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Cherchez et vous < , ^-^.^ -* » w K se faut 
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L'INTERMÉDIAIRE 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

FONDÉ EN 1864 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, HISTORiaUE ET ARTISTIQUE 
QUESTIONS ET RÉPONSES, LETTRES ET DOCUMENTS INÉDITS 

COMMUNICATIONS DIVERSES A L'USAGE DE TOUS 

LITTÉRATEURS ET GENS DU MONDE, PROFESSEURS, ARTISTES, AMATEURS, 
BIBLIOPHILES, ÉRUDITS, COLLECTIONNEURS, ARCHÉOLOGUES, GÉNÉALOGISTES, NUMISMATES, ETC. 



52' ANNÉE — 1916 

PREMIER SEMESTRE 

VOLUME LXXIII 



PARIS 



CINIERMÈDIAIRE DES CHERCHEURS El CURIEUX 
31 bis, RUE VICTOR MASSÉ )i bis 



309 

ISÙ 

v. 13 



LXXnK* Volume Paraissant les /o, ao et io de chaque mois 



10 janvier 1916. 



N» 1431 

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PARIS (IX*) 

Bureaux : de3à 6hearo 



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DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QjKSTIONS ET REPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



1 ■ 

L'INTERMÉDI AIRE paraîtra du- 
rant l'anné« 1916 dars les mêmes 
conditions que pendant Pannée de 
guerre 1915. 

'Nous prions nos correspondants d^ 
vouloir bten répéter leur nom ati-dessou^ 
de leur pseadonvme, et de n'écrire qu^ 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés di pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Qitand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauj exception^ 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



Versailles devait-il être détruit ? 

— L'éminent conservateur du musée de 
Versailles, M. de Nolhac, disait, l'autre 
semaine, aux éditeurs du cours si suivi 
qu'il professa dans les petits apparte- 
ments de Louis XV : « Versailles a failli 
disparaître. Sans la Marne, la démons- 
tration militaire allemande, entreprise au 
sud-ouest de Paris, incendiait et suppri- 



mait à jamais le chef-d'œuvre de la civi- 
lisation française. Versailles avait été 
inscrite d'avance sur la liste des villes 
martyres De même que Louvain avait 
épouvanté Bruxelles, Versailles était char- 
gée de terroriser Paris. Peu importait aux 
barbares que leur Empire de proie eût été 
proclamé dans la galerie de Louis XIV ! 
Ils effaçaient un jour de leur histoire pour 
anéantir deux siècles et demi de la nô- 
tre... » 

M. de Nolhac, qui n'avance rien à la 
légère, a-t-il cité le texte sur lequel il 
étayait cette accusation ? 

V. 

Saile des maréchaux aux Tuile- 
ries. — Nous connaisssons les noms de 
dix des portraits de maréchaux qui dé- 
coraient la grande salle d'apparat du pre- 
mier étage au pavillon de l'Horloge et de 
dix des bustes qui les accompagnaient 
en 1850. Mais Imbert de Saint-Amant 
porte le nombre des tableaux à douze et 
celui des bustes à vingt-deux. Ces chiffres 
sont-ils exacts et pourrait-on nous donner 
la liste complète des maréchaux peints 
ou sculptés à la fin du Second Empire ? 
Y a-t-il eu quelques-unes de ces œuvres 
sauvées avant l'incendie de 1871, et en 
général quel fut le sort des œuvres d'art 
du palais disparu ? 

H. C. 

^.ppartements privés de l'Empe** 
reur <.t du prioce impérial. — Mal- 
gré l'époque relativement récente de la 

LXXIIM. 



N» 1431. Vol. LXXIII. 



L'INTERMEDIAIRE 



3 



démolition des Tuileries, il est malaisé de 
trouver des précisions sur la distribution 
intérieure des appartements impériaux, et 
notamment du rez déchaussée. Nous 
voudrions savoir très exactement la dis- 
position des pièces de l'aile gauche, du 
côté du pavillon de Flore, où se trou- 
vaient la salle du Conseil, le cabinet et 
la chambre de Napoléon 111, les apparte- 
ments du prince impérial, de son gou- 
verneur, du chef de cabinet, des secré- 
taires, etc. Y avait-il des logements dans 
l'aile droite sur la Galerie de la Paix, la 
salle de spectacle, le grand escalier? 

H. C. 

Où était à Paris la chapelle de 
Saint Fronton ? — Saint Fronton ou 
Frontin, apôtre des Périgourdins, avait, 
au début du xiii® siècle, une chapelle dans 
une des églises de Paris. 

Est-il vraisemblable que ce soit à Saint- 
Merry ? Où était-elle ? 

Deux maîtres en théologie se rencon- 
trent dans cette chapelle, tous deux sont 
de la nation anglaise. Peut-on soutenir 
que l'Apôlre des Périgourdins est un dts 
patrons de la nation anglaise à l'Univer- 
sité, au début du xiu* siècle ^ 

Nardé. 

L'assassinat de M. de Brie-Ser- 
rant. — M. de Brie-Serrant fut assassiné 
à Angers le 5 janvier 1564. Les soupçons 
se portèrent sur le sieur Le Maçon de 
Launay, procureur du roi au Présidial, 
qui fut arrêté et emprisonné à Paris. Son 
procès n'était pas encore complètement 
terminé en 1598. Pourrait-on retrouver 
aux Archives Nationales le dossier de cette 
affaire, qui étiiit conservé avant 1789 au 
greffe criminel du Parlement? 

F. UZUREAU. 



Buffon. — Mémoire sur les cou- 
leurs accidentelles par Buffon. — Un 

intermédiairiste pourrait-il mindiquer où 
trouver le Mémoire sut les couleurs acci- 
dentelles, de ButTon. 

En.vainjel'ai cherché dans les 81 co- 
lornes du Catalogue Général de la Biblio- 
thè^^jue Nationale consacrées aux œuvres 
de Buffon. 

D. R. 



Alexandre Guérin, chansonnier. 

— Troycs 1H24- Paris 1888. - - A la suite 
d'une première question posée dans Vln- 
tei oiédiaire, j'ai pu recueillir sur lui d'u- 
tiles indications et acquérir pas mal de 
papiers, mais il doit exister encore des al- 
bums, des manuscrits et des lettres de cet 
auteur, qui écrivit beaucoup. Prière de 
m'indiquer les collections publiques ou 
particulières qui en posséderaient. 

L. M. 

Les mémoires de Luther. — Jules 
Michelet a traduit et mis en ordre les 
Mémoires de Luther, publiés en deux vo- 
lumes, in-80, Paris, A. Delahays, 1854. 

DcWis le 2^ volume, à la page 7, je re- 
lève — au sujet d'une polémique entre 
le réformateur et le Duc George de Saxe, 
en l'année 1529 — ces lignes : 

Ne dirait-on pas que le Duc George ne 
connaît pas de supérieur? Moi, hobereau 
des hobereaux, dit-il, je suis seul maîtie et 
prince, je suis au-aessus de tous les princes 
de l'Allemagne, au-dessus de l'Empire, de 
ses lois et de ses usages. C'est moi que 
l'on doit craindre, à moi seul que l'on doit 
obéir; ma volonté doit faire loi en dépit de 
quiconque pensera et parlera antiement. — 
Amis, où s'arrêtera la superbe de ce moab ? 
Il ne lui reste plus qu'à escalader le ciel, à 
espionner, et punir les lettres et les pensées 
jusque dans le sanctuaire de Dieu même. 
Voilà ce petit prince, et avec cela il veut 
être glorifié, respecté, adoré II! 

... Guillaume II, le Superbe « Uber 
ailes > n'n-t-il pas sucé le même lait que 
ce duc George de Saxe au xvi* siècle .? 

Victor Déséglise. 

Han«^ Sachs. — Cordonnier-poète 
allemand (1494-1576), auteur du « Rossi- 
gnol de Wittemberg»,a écrit un pamphlet 
xwwQ-.Une curieuse prophétie sur la papauté, 
frappé de saisie et brûlé par ordre du con- 
seil municipal de Nuremberg à cause des 
injures qu'il renfermait contre le pape et 
l'empereur : serait-il possible d'en retrou- 
ver le texte .? 

Robert Geral. 

Armoiries à déterminer : Chevron 
d'azur, trois roses.— A quel dignitaire 
ecclésiastique ont appartenu les armoi- 
ries suivantes : d'or au chevron d'a:(ur, 
chargé de j roses (2 et une), au franc 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo janvier 1916' 



quartier des Comtes sénateurs du i"' Empire. 
Tojue à ly plumes, aotx pastorale à double ; 
branche surmontée du chapeau de cardinal , 
{^de gueules ) avec cordons entrelacés et ter- , 
minés par 5 rangs de houppes, le dernier 
rang de ^. — Ces armoiries figurent sur 
un bouton de livrée de l'époque du i" 
Empire. — On a pensé au cardinal du 
Belloy mais son blason portait : de gueu- 
les à 4 losanges d'argent (2 et i), d'après 
Révérend, Armoriai du /«"^ Empire. 

A. Bz. 

Exlibris à déterminer. Mappe- 
monde. — A quelle maison appartient 
l'ex libris moderne suivant : 

« d' a^ur au chevron d'or accompagné en 
chef de deux étoiles et surmonté d'un crois- 
sant, le tout d'argent — en pointe d'une 
mappemonde de... 

Timbre : casque de profil orné de ses 
lambrequins. 

j'emploie à dessin le terme non héral - 
dique de mappemonde, entendant dési- 
gner par là un meuble non héraldique 
mais une véritable mappemonde de bu- 
reau. 

Gravure soignée non signée. 

R. DE R. 

La véritable traduction de l'Al- 

koran. — Je possède deux traductions 
très diflférentes de l'Alkoran. 

La première figure dans la collection 
des Livres Sacres, publiée par l'abbé 
Migne. Elle est de Kasimirski. 

La deuxième se dit <;< traduction tex- 
tuelle de l'arabe, faite par Faima-Zaida/ 
Djarié-Odalyk-Doul / den / Beniamin-Aly / 
Eftendi-Agha » . 

C'est une traduction française, mais 
éditée à Lisbonne en 1861. 

L'auteur dit que le véritable Alkoran, 
écrit de la main de Mohammed est à la 
Kaaba, à Mecque II y en a un autre qu'on 
sait en Perse, soi-disant écrit par Aly, le 
gendre du Prophète. « Les sourates du 
Koran Persan ont des titres comme des 
chapitres de roman ». Et la traductrice 
ajoute : « j'ai lu cet Alkoran traduit en 
français, et moi, Musulmane, je n'y ai 
rien compris ». 

La traduction de Fatma-Zaida est dédiée 
à « Monseigneur le vénérable et honoré 
cheik (Derviche) Méhémet-Abdel, à Istam- 
boul (^Constantinople) »,Elle semble donc 



avoir une certaine garantie d'authenti- 
cité. 

Elle commence par une prière en 7 ver-- 
sets, à peu près identique dans les deux 
traductions. Puis, la deuxième sourate est 
un dialogue entre Mahomet et l'Ange. 
Aucune des sourates n'a des titres. Dans 
les traductions qui ont cours en France, à 
commencer par celle de Kasimirski, que 
j'ai déjà nommée, la deuxième sourate 
s'appelle ^< La Vache », la troisième « La 
famille Imran », la quatrième « Les 
femmes »... 

Quelle est la traduction authentique ? 
Laquelle des deux pourrait présenter 
comme garantie de son authenticité Vopi- 
nion d'une autorité religituse musulmane i 

M. A. 

Les signes Runiques en armoi- 
ries. — Que penser de la théorie qui 
donne comme origine à certains meubles 
des armoiries Polonaises les lettres de 
l'alphabet Runique? Certes, beaucoup 
des armoiries purement Polonaises sont 
difficiles à énoncer selon les règles occi- 
dentales. Plusieurs meubles seraient la 
transformation à la mode chrétienne des 
signes anciens devenus inintelligibles à 
leurs possesseurs mêmes : Lances croisées, 
croix à diverses branches, fers de flèche 
chevronnés, croisés, demi-cercles atte- 
nants à des croisettes, bandes ondées, fa- 
ces vivrées, toujours meubles alésés, etc. 
La Pologne a été la route des ases, des 
odiniques,vers la Scandinavie. Les signes 
Runiques sont-ils demeurés , adoptés 
comme fétiches par les guerriers autoch- 
tones ? Autre avis : La noblesse Polonaise 
offre cette particularité : Ce ne sont pas 
les familles qui ont des armes, mais les 
armes qui ont des familles. Une maison 
appartient aux armes Jelita,ou Pilawa,etc. 
Plusieurs familles appartiennent aux 
mêmes armes sans que cela constitue pré- 
somption de parenté. On en a tiré l'hypo- 
thèse suivante. Antérieurement et même 
parallèlement à la conquête des Rurick, il 
y a eu des infiltrations, sinon des inva- 
sions Scandinaves en Pologne Les guer- 
riers des clans Scandinaves auraient con- 
servé pour signe personnel celui du clan 
ou de son chet, et plus tard se christia- 
nisant et devenant féodaux, ils auraient 
mué le signe suivant ses apparences en 
un meuble héraldique, il faudrait alors 



N« 143 1. Vol. LXXIII. 

7 

que le clan, famille d'armoiries, fut de- 
meuré assez uni : en elTet, la noblesse Po- 
lonaise a beaucoup vécu en patrons et 
clients. 

j, Pour ne pas] trop étendre la question, 
d'ailleurs parente de celle de l'odinisme 
récemment discutée, que pensent les éru- 
dits du Signe Runique peut-être masqué 
dans l'Héraldique Polonaise? 

SoULGÉ-RlORGES. 

Qu'est-ce qu'une grande Vie ? — 

Tout le monde cite, en l'attribuant parfois 
à « un poète » et plus souvent à Alfred de 
Vigny, la phrase célèbre : « Qu'est-ce 
qu'une grande vie ? C'est un rêve de jeu- 
nesse réalisé dans l'âge mûr». 

Où Vigny a-t il écrit cela ? La première 
attribution que je connaisse est d'Auguste 
Comte qui cite, sous une forme légère- 
ment différente, cette phrase en tête de la i 
préface de son Système de Politique Posi- 1 
tive. Littré la cite à son tour dans sa Vie 1 
d'Auguste Comte. Enfin M. Louis Ratis- ' 
bonne dans l'article qu'il consacra à Vigny ' 
dans le Journal des Débats du 4 octobre j 
1863 écrit : 

« Qu'est-ce qu'une grande ? dii-il quel- 
que part ». 

Quelqu'un peut-il nous dire où se 
trouve ce quelque part ? 

G. G. 

Terre Finistère. — Teyre et Finis- 
tère doivent être des mots de la même 
famille. Mais alors pourquoi deux rà l'un 
et un seul à l'autre ? 

A. PONROY. 

Trois fois-z-un. — Doit-on dire : 
Trois fois :(-un ou trois foi un ? 

A. PONROY. 

Quelle couleur désigne l'adjectif 
« vermeil ? »Je prends les dictionnaires 
et je lis partout que vet vieil c'est le rouge 
vif. Darmesteter cite Boileau : « D'un 
vin pur et vermeil. » Mais je vais enten- 
dre Ruy Blas à la Comédie Française et ' 
quand on y parle d'un vin oermeil je vois 
qu'or, sert un vin jaune. 

Je lis Rostand, parlant de Napoléon : 
« II va tachant de gris l'Etat-Major vermeil.» 

C'est jaune doré. Il s'agit de l'Etat- 
Major chamarré d'or. 



LMNTKRMEDIAIRE 



8 



Mais je lis Hérédia : 
« Rouge du fîux vermeil de cent blessures 

[fraîches 

Il le dit assez : c'est rouge. 

La comtesse de Noailles me parle de 
'< blés verm<'ils ». C'est jaune doré. Boi- 
leau m.e dit : « Le teint frais et la bouche 
vetmeille. » C'est rouge. 

Je sais bien ce que signifie le substantif 
*» vermeil » ; mais je ne trouve nulle part 
dans les bons dictionnaires Vadjectif 
« vermeil » qu'avec la, signification de 
rouge vif. Alors? 

M. A. 

Houseaux : étymologie. — Vln- 

tranu'geant dans son numéro du 28 
décembre, parle des houseaux auxquels il 
consacre notamment les lignes suivantes ; 

11 y a dans l'équipement que touche un 
cavalier, deux guêtres de cuir, montant 
jusqu'au getiou, couvrant le soulier, qu'on 
appelle les houseaux. Ils ont remplacé 1 anti- 
que basane qui faisait c .rps avec la culotte. 

Les houseaux. sont infiniment plus prati- 
ques ; ils sont indépendants de la culotte, 
plus légers, et dessinent agréablement le 
mollet. 

Mais... mais ils portent un nom boche ! 
Houseaux, hélas ! vient de hose, bette. 

Conservons les houseaux, et trouvons-leur 
un nom français. 

— Littré donne sur l'étymologie du 
mot des indications suffisantes ; je me 
permets pourtant d'observer, d'après le 
dictionnaire du Patois Normand, que le 
nom a ses lettres bien anciennes de légi- 
timation car, en ma qualité de Blaisois, 
je l'ai entendu souvent employer au sens 
de «chausses » autant que de chaussure. 

— Scarron a écrit dans le Virgile Tra- 
vesti : 

Et plusieurs Troyens des plus beaux 
En inquinèrent leurs houzeaux 
On trouve également housiaux dans la 
vieille muse Normande et l'on peut con- 
clure que houseaux ou housiaux est de- 
puis assez longtemps français pour demeu- 
rer dans notre langage ; sa figure, comme 
ses vieux grades, doivent donc le protéger 
contre toute suspicion de bocherie. 

Le Dictionnaire « Edélestand > édi- 
tion de 1849, rappelle au mot Heuse <\ut\t 
radical se trouve également dans les lan- 
gues celtique et germanique : Heu:( en 
breton, Hôs en gallois, Hosa en islandais 
et Hosjn en gothique. On dit aussi Housias. 

DORIZON. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 janvier 1916, 



10 



i^ome^ 



La vénalité de Madame de Pom- 
padour (LXIX ; LXX ; LXXI) Bismarck 
et Gortchakoff (LXXI ; LXXll, 8. 99, 
342). — De l'article du confrère Britan- 
nicus, je retiendrai seulement un trait 
pour poser une question et exprimer un 
doute. 

Notre collaborateur dit que Mme de 
Pompadour «a vécu richement ; mais n'a 
laissé aucune fortune ». Est-ce bien cer- 
tain ? M. de Marigny qui avait été son 
héritier était fort riche, ce me semble, et, 
encore ne nous a-t il point fait confi- 
dence, non plus qu'au fisc, de l'argent i 
comptant et des eftets laissés par sa sœur. | 
Quant aux biens au soleil, ils étaient ( 
nombreux et constituaient une véritable ï 
fortune ; des châteaux comme Menars, \ 
Crécy, Bellevue ; des hôtels, à Paris — | 
c'est maintenant l'Elysée — à Versailles, i 
à Fontamebleau, que sais-je ? Enfin, des | 
pierreries sans nombre, une argenterie | 
princière, des œuvres d'art, enfin un mo- 
bilier inestimable. 

D'après Balzac, v. Le Cousin Pons, 
bronzes, vaisselle plate ou montée, mar- 
queterie, on faisait tout unique pour 
Mme de Pompadour. Ce prodigieux mo- I 
bih'er, dont une partie fut achetée par 
Frédéric II qui, on le sait, en fait d'art et 
de luxe avait bon goût, mais plus fémi- j 
nin que viril, ces hôtels, ces domaines, j 
ces châteaux ne composaient-ils pas, sans ! 
compter l'argent liquide et le portefeuille, | 
une vraie fortune et considérable ? 

On objectera que c'étaient là des va- 
leurs de luxe ; mais ne furent-elles pas 
réalisées et avantageusement .? 

N'y aurait-il donc pas quelque intérêt 
à traiter à fond cette question de la for- 
tune de Mme de Pompadour ? 

H. G. M. 



Marif-Antoinette et les Biens ' 
Nationaux (LXIX; LXX; LXXII, 147). i 
— 11 semble très présumable que la Cour I 
ait fait racheter ou ait engagé ses fidèles i 
à racheter des Biens Nationaux de la i" j 
catégorie, je veux dire des biens d'Eglise; ' 
comme on l'a déjà dit, aucune prescrip- ; 
tion religieuse n'interdisait alors, en cons- i 
ciencc, ce genre d'acquisitions. Il est non î 
moins présumable que celles-ci furent | 



faites dans le but de restituer les bien 
rachetés à leurs légitimes propriétairess 
une fois la tourmente passée. II suf!it de 
se rappeler ce qui s'est fait bien près de 
nous, lors de la vente des biens des con- 
grégations dissoutes en vertu des célèbres 
décrets Ferry de 1881. Les arrêts de jus- 
tice nombreux rendus à la suite des pro- 
cédures engagées par les Liquidateurs 
nommés en vertu de la loi dite de Sépara- 
tion, en sont une preuve convaincante. 
Ces arrêts en effet déclarent très souvent 
que les biens vendus alors et depuis n'ont 
pas cessé d'appartenir, en fait, aux con- 
grégations, menses, fondations, etc., et 
que l'acquéreur n'est que propriétaire ap- 
parent et « personne interposée ». Com- 
ment n'en aurait-il pas été de même, en 
1791 ? Les mêmes causes produisent les 
mêmes effets. 

Je puis vérifier le fait, pour une région 
que je connais bien, l'actuel arrondisse- 
ment de Cholet (Maine-et-Loire) sur le 
territoire duquel devait éclater, en 1793, 
la guerre civile improprement appelée 
dans l'histoire giierre de Vendée. Lors de 
la mise en vente des Biens d'Eglise, nom- 
breux furent les membres de la noblesse 
ou les administrations catholiques ou 
royalistes qui soumissionnèrent pour l'ac- 
quisition de ces biens. 

Dans sa Vendée Angevine, et dans son 
T/ictionnaire historique de Maine-et-Loire., 
le très érudit archiviste Célestin Port re- 
lève un certain nombre de leurs noms. 
J'en retiendrai ici seulement trois, parce 
qu'ils sont démonstratifs. A Saint Martin, 
de Beaupréau, d'Elbée, le futur généralis- 
sime vendéen, alors syndic de sa com- 
mune, signe la soumission pour acquérir 
au nom de celle-ci, des biens repris à la 
paroisse. Il n'appert d'aucun document 
que ces immeubles aient jamais appartenu 
réellement à la commune de Saint-Alartin, 
en tous cas ils n'ont à aucun moment fait 
partie du modeste patrimoine de d'Elbée. 
A la Chapelle Saint-Florent, Bonchamps, 
autre futur général vendéen qui devait 
s'illustrer en sauvant les républicains pri- 
sonnierS; soum.issionne pour l'acquisition 
d'un certain nombre de pièces de terre et 
de prairies appartenant à l'Abbaye de 
Saint-Florent-le Vieil; jamais il ne réalise 
sa sou^iission, jamais les biens n'entrent 
dans son patrimoine ; et ils ne sont pas 
compris dans la saisie de ses biens patri- 



N» 1431. Vol. LXXhI. 

1 1 - 



L'INTERMEDIAIRE 



12 



moniaux faite après la guerre, à la requête 
de ses créanciers et de la République 
Française, qui a séquestré le patrimoine 
comme bien d'un insurgé hors la loi. 
Mais, par cette soumission. Bonchamps a 
obtenu, au moins pour un temps, le ré- 
sultat cherché : les terres et prés dont 
s'agit ne furent pas alors mis aux enchères. 
A Geste, d'Escoubleau de Sourdis, sei- 
gneur du Plessis, acquiert pareillement 
des biens d'Eglise. Or la Révolution pas- 
sée, on retrouve ces biens, non pas dans 
le patrimoine des Sourdis qui ont émigré, 
mais dans celui de la mense paroissiale, 
dont ils firent partie jusqu'après la loi Je 
rQOÇ. Dans un article de \ Anjou histori- 
que^ dont je ne puis préciser la date, mais 
que notre érudit et dévoué confrère M. 
l'abbé Uzureau, pourrait facilement indi- 
quer, le vicomte de La Blo'.ais, petit fils 
et héritier du dernier Sourdis, a établi, 
preuves en mains, que les biens dont 
s'agit n'avaient jamais fait partie du pa- 
trimoine de sa famille et appartenaient 
toujours à la paroisse et aux fondations 
pieuses auxquelles ils avaient été légués. 
H. Baguenier-Desormeaux. 

Correspondance de Marie- Antoi- 
nette avec Marie-Thérèse (LXXIl, 
386). — Cet ouvrage est le 2" volume de 
la série de 15 volumes publiés par le che- 
valier Rilter Von Arneth (Vienne, Leip- 
zig, Paris, Jung, Treuttel, i866-i88i) com- 
prenant la correspondance de Marie-Thé- 
rèse et de ses enfants (Texte français, 
notes et préfaces in allemand). Le Cata- 
logue de la Bibliothèque Cardinal (édit. 
1888) mentionne ce volume page 571 , 

P. CORDIER. 



gion de Paris ; IV Frontière du Nord ; V 
Lorraine, etc.. L'énorme travail de Chas 
sin, intitulé : Etudes documentaires sur la 
Révolution Françnse et qui a trait aux 
guerres de l'Ouest contient aussi beau- 
coup de renseignements sur les Représen- 
tants qui eurent des missions auprès des 
armées, aussi bien aux frontières qu'à 
l'intérieur. 

La table très copieuse qui forme le 
onzième volume de ce travail sera utile- 
ment consultée. 

H. Baguenirr-Desormeaux. 

L'hôtel Godot de Mauroy (LXXII, 
236). — Le fait signalé par M. L. du 
Bouchet est parfaitement exact. L'hôtel 
du 24 de l'avenue delà Grande-Armée fut 
commencé vers 1869-70 par M. Godot 
de Mauroy, sur le modèle des belles mai- 
sons du siècle de Louis XIV qui se voient 
notamment aux alentours de la Place 
Vendôme, rue Saint-Honoré, côté des 
numéros pairs entre les rues Casti- 
glione et Cambon. Un obus l'atteignit 
pendant la Commune et j'ai lu, de mes 
yeux lu, sur l'un des pilastres de la porte 
d'entrée, à gauche, l'inf.cription suivante 
dont quelques lettres peuvent encore se 
deviner sous un badigeonnage récent : 



Cette 


pierre est telle 


qu'elle 


a été 


frappée 


par 


un obus 


lance 


de la 


rue d' 


en face 


le 


9 Avril 


1871 


a stx 


heures d 


u matin 



Commissaires aux armées sous la 
Révolution (LXX). — En dehors de 
l'ouvrage de M. Bonnal de Ganges, il 
serait regrettable de ne pas citer le 
premier en date : Les Missionnaires de p3 
(1819) I vol. in-8'' dont l'auteur anonyme 
est Falisy ; VHistoire de la Justice Révo- 
lutionnaire, de Berriat-Saint-Prix, tome 1, 
Paris, 1870 ; le reste du travail a été pu- 
blié dans le Cabinet historique de Louis 
Paris; Les Repi ésentants en mission et la \ 
justice révolutionnaire dans les départements; j 
de Wallon, Paris, Hachette, 1889 1890, | 
5 vol. in 8° ainsi divisés : I Vendée ; II ;. 
Ouest et Sud-Ouest ; III Sud-Eit, Est, ré- \ méro du lo décembre dan» lequel voïig posez 



Le propriétaire de cet hôtel fut si im- 
pressionné par cet événement qu'il ne 
voulut pas l'habiter et n'en termina ja- 
mais la construction. 

En 1880 (voir le « Bottin » de l'époque), 
il appartenait encore à Mlle Godot de 
Mauroy. 

II a reçu, depuis lors, une affectation 
industrielle. 

Hector Hogier. 

L'Allemagne et Michelet (LXXII, 
330). — M. le lieutenant-colonel de Mal- 
ieray, auteur de Souviens-toi, nous adresse 
la lettre suivante : 
Monsieur, 

Un ami m'envoie votre intéressant nu- 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



13 



14 



une question au sujet de l'Allemagne et Mi- 
chelet, à laquelle il m'est difficile de répon- 
dre du marécage dans lequel je suis en ce 
moment plongé. Je puis seulement affirmer 
que la citation à laquelle vous faites-allusion 
n'émane ni d'un ouvrage de seconde main 
ni d'un article de journal. Je l'ai copiée 
dans une édition de Michelet que je possède 
et que précèdent deux préfaces. 

Veuillez croire à mes meilleurs senti- 
ments. 

H. DE Malleray. 

La força prime le droit (LXX ; 
LXXI ; LXXIl, 204, 297). — Un examen 
attentif et impartial des actes des Parle- 
ments prussien et allenand permet, sem- 
ble-t-il, d'affirmer que le prince de Bis- 
marck n'a jamais, de la tribune,'' pro- 
noncé textuellement les mots imacht geht 
vor Recht. 

Cette phrase si incisive, si provocante, 
n'eût pas manqué d'être relevée sur le 
champ, et elle ne le fut pas. 

C'est dans la séance du Landtag prus- 
sien, chambre des députés, le 27 janvier 
1863, qu'elle aurait été prononcée. Le 
Ministre-président, qui n'était alors que 
M de Bismarck-Schoerchausen, prit plu- 
sieurs fois la parole. Il défendit fortement, 
âprement, les droits et les prérogatives 
de la couronne. Son discours achevé, il 
sortit de la salle. Le député comte 
Schwerin eut la parole. Il dit, entre au- 
tres choses, que son parti et lui étaient 
résolus à combattre la thèse énoncée par 
M. de Bismarck. Au principe « la force 
prime le droit « qui dominait (cul mi nier te) 
le discours qu'on venait d'entendre, il 
opposait cet autre « jmtitia fundatur 
regnum ». Tel est le sens générique de 
sa réponse. 

M. de Bismarck qui était rentré dans 
la salle, se lève de nouveau. Il regrette 
de ne pas avoir entendu le commence- 
ment de ce qui a été dit par le Comte 
Schwerin. Il comprend toutefois qu'on n'a 
pas bien saisi ses paroles. 

On lui reproche d'avoir dit que Macht 
geht vor Recbt. Il ne se souvient pas 
d'avoir effectivement employé une telle 
expression. Il ajoute : « Malgré les mar- 
ques d'incrédulité par lesquelles vous ac- 
cueillez ma rectification, j'en appelle 
à votre mémoire ; et si elle est aussi 
sûre que la mienne, vous conviendrez 
que je me suis exprimé ainsi ; «... Celui 



10 janvier 1916. 



la force est en 



qui est en possession de 
droit de s'en servir ». 

Et comme l'assemblée est agitée, M. 
de Bismarck insiste : il ne veut pas être 
mal compris. 

Le comte Schv^^erin déclare n'avoir dit 
autre chose, sinon que l'idée dominante 
du discours prononcé par M. de Bismarck 
était que « la force prime le droit ; et il 
maintient son dire, 

11 ne dit pas que les mots aient été 
textuellement prononcés. 

Le souvenir de la phrase Macbt geht vor 
Recbt revient, le 13 mars 1869, au Reichs- 
tag de la Confédération de l'Allemagne du 
Nord. Le Comte de Bismarck et le Comte 
Schwerin, sont encore en présence l'un de 
l'autre. Le premier amorce le sujet. Ré- 
pondant au comte Schwerin « il exprime 
la crainte que celui-ci ait quelque peu mo- 
difié ses paroles. Cela déjà est arrivé pour 
le mot bien connu qui lui a été attribué, 
mais qu'il n'a jamais proféré : la force pri- 
me le droit. Le mot a eu ses origines dans 
la bouche de l'orateur qui Ta précédé (le 
comte Schwerin) » (Hilarités. 

Lorsque le comte de Bismarck s'assied, 
le comte Schwerin déclare qu'il n'a ja- 
mais attribué à M. de Bismarck les mots 
textuels « la force prime le droit » ; il a 
simplement dit que dans le discours pro- 
noncé par lui dominait (culminierte) 
l'idée qu'expriment ces mots. 

Comte de Ronzagli€. 

* 

Voir T. G., 356. 

Les noms d^ s tranchées (LXXIl, 
242, 392). — Sous le titre « Nos mai- 
sons, nos rues et nos places » VEcho des 
Gourbis du mois de décembre : 

Nous connaissons déjà des avenues Poin- 
caré, Gallién;, Jofifre, Castelnau, Dubail, Ro- 
ques, Cordonnier, des rues de la Paix, des 
places de la Concorde, des villas Mon repos, 
un trou profondément enfoui qui s'appelle le 
Nid ! et un curieux abri de chasseurs h che- 
val qui, unissant la musique à la cavalerie, 
et la demeure du poilu à b vie champêtre, 
s'appelle Cavalleria Rusti-Cagna. 

Nous signalons d'autre part, un boulevard 
pariiien. Nous avons aussi parlé du Jardin 
du Génie l'ouverrière. 11 y en a d'autres... 
de tous calibres. 

Une tranchée a la solide et justifiée ré- 
putation d'être envahie par des insectes 
divers et fort gênants. 



N* 



1431. Vol. LXXIII, 

15 



L'INTERMÉDIAIRE 



Des parigots l'ont baptisée : « Le Bou- 
levard Pique-puces ». 



Comment l'on appellera la guerre 
actuelle? (l!XXl ; LXXIi, 56, 1 1 2, i ç6, 244. 
587). — Dans sa réponse à l'interpellation 
du conseiller national socialiste Greulich, 
sur une intervention possible de la Confédé- 
ration suisse en faveur de la paix, le conseil 
fédéral a qualifié la guerre actuelle de 
€ guerre européenne >. 

Elle a le te.nps de changer de nom 

NlSlAR. 



La cathédraledeCambraimiaeen 
venteen 1796 (LXXII,2î5). - On trou- 
verait sans nul doute des renseignements 
à ce sujet dans Le Glay, Recherches sur 
l'Eglise métropolitaine de Cambial^ ou- 
vrage que je ne suis pas à même de con- 
sulter en ce moment. M. BruyeMe dans 
ses \< Rcciierches historiques sur les mo- 
<r numents religieux qui existaient à Cam- 
« brai avant la Révolution de 1789, » 
se contente d'écrire : 

Le marteau révolutionnaire n'épargna pas 
l'antique Métropole de Cambrai : vendue 
vers l'an IV (i79'>-i796), elle fut démolie, 
et la belle pyramide demeurée debout, sans 
charpente, dégarnie en partie de ses ancres 
et sapée jusqu'à sa base, fut enfin renversée 
par l'ouragan du 30 janvier 1809. 

Dans un article intitulé ; « Ecroulement 
du clocher de la métropole de Cambrai *, 
S. H. Berthoud dit : 

L'église métropolitaine fut vendue à vil 
prix, en 1796, comme domaine national, et 
sous la condition qu'elle serait démolie. Les 
clauses du contrat de vente ne furent que 
trop fidèlement exécutées ! 

P . ce. De Mortagne. 



Congrès de la paix, initiative 
d'Henri IV (LXXll, 185). - M. Poir- 
son a traité la question dans son His- 
toire du règne d'Henri IV. Le chapitre 11 
du livre VII est consacré au Grand des- 
sein du roi, et on lit dans le paragraphe 
premier de ce chapitre, intitulé : « Pre- 
mière partie du grand dessein : désirs et 
desseins divers de Henri IV : idée de la 
république chrétienne et de la paix perpé- 
tuelle : 

... Il essayerait encore défaire convenir le» 
quinze Etats qui formaient la chrétienté 
d'Europe de former un conseil où tous se- 
raient représentés par leurs députés, et qui 
du consentement de tous également, décide- 
rait comme arbitre ami.^ble de leurs diffé- 
rends, remplacerait la guerre par la concilia- 
tion. 

(Plus loin, l'auteur constate que « dans 
les Mémoires de Sully l'on ne trouve pas 
mois de six versions du plan qu'il ima- 
gina pour la mise en pratique des desseins 
du roi j>, et il cherche à former « des di- 
verses variantes du plan de Sully » un tout 
qui, dans un cadre resserré, présente ce- 
pendant la réunion et l'ensemble de ses 
idées). 

Mais il fallait tout d'abord mettre la 
Maison d'Autiiche à la raison et pour 
cela faire la guerre avant d'arriver à la 
paix perpétuelle. « Le roi avait déjà fixé 
l'instant oii il devait passer des projets 
longuement et sagement médités à l'exé- 
cution... Le poignard d'un assassin ren- 
versa d'un seul coup ce que la France et j nissait aussi les coffres où Ton serrait les 
l'Europe attendaient d'une semblable dé- ] objets précieux et sur lesquels, avec des 
termination ». | clous, on faisait des dessins très compli- 

De Mortagne. I qués et parfois fort beaux. 



"Vache en or enterrée par las An- 
glais en quittant la France (LXXll, 
139, 322). — La Vache en question n'a 
rien de commun avec le veau d'or d'Is- 
raël ; elle n'est non plus pour rien dans 
le culte solaire ou les jeux de cartes, 
ainsi que nous l'affirme le docteur Marcel 
Baudouin. 

je ne veux pas parler ex cathedra, mais 
qu'il me soit permis d'émettre une opi- 
nion, tout au moins, dont il ne me serait 
pas difficile d'affirmer l'exactitude. 

11 s'agit encore là d'une légende pro- 
duite par la défotmation du fait et du 
sens exact des mots. C'est, en effet, par 
métonymie que l'on a dit une vache pour 
une peau de vache et comme ladite peau 

était pleine d'or on en a fait la vache 

d'or. 

On appelait vache un sac fabriqué avec 
la peau de la mère du veau, un panier 
! d'osier recouvert de cette peau, une va- 
lise fabriquée avec ce cuir dont on gar- 



DES CHERCHURS ET CURIEUX 



10 janvier 1916. 



17 



18 



A chaque instant, dans les inventaires 
anciens, il est question d'une vache pla- 
cée dans la chambre à coucher ; dans les 
procès-verbaux de police, on mentionne 
un particulier voyageant en voiture avec 
une vache. 

Donc, si l'on accepte la légende des 
Anglais fuyant le côté ouest de la France, 
enfouissant en toute hâte leur vache — 
il ne faut entendre que leurs valises, leurs 
coffres, pleins d'or. 

Je veux bien admettre qu'avec cet or, 
il y eut une très problématique image du 
soleil ou du taureau sacré ; mais, con- 
clure de là au culte de la vache d'or dont 
le souvenir serait conservé sur les cartes 
du jeu de l'AUuette, cela me paraît 
inadmissible. 

LÉONCE Grasilier. 
* 

M. le docteur Marcel Baudouin a eu 
raison d'élargir le débat en écrivant que 
les trésors cachés, de quelque époque 
qu'ils soient, s'expliquent tous de la même 
façon : la découverte, due au hazard, de 
cachettes de réels trésors de l'époque 
historique (monnaies) ou de l'époque 
préhistorique (sépultures ou cachettes an- 
tiques à objets d'or ou d'argent). » Dans 
notre étude sur Nimes et Nostradamus , dans 
la Revue des Langues Romanes de juin- 
septembre 191-1, nous avons consacré 23 
pages (pp. 211 233)3 illustrer cette vé- 
rité fondamen'ale par l'exemple de la 
Tour Magne n.noise, mutilée par Trau- 
cat, jardinier et propagateur du mûrier 
dans le midi de la France^ parce que cet 
homme avait trouvé dans la cinquième 
C^«^a:rîé de Nostradamus ce quatrain, qui 
en est le 66* : 

Sous les antiques édifices vestaux 
Non éloignez d'aqueduct ruyné, 
De Sol et Lune sont les luisans métaux : 
Ardente lampe, Trajan d'or buriné. 

Voir, au demeurant, l'article : Trésors^ 
du Dictionnaire infernal, etc., de CoUin 
de Plancy, 6» éd. (Paris, 1863) et les ré- 
flexions de M. E. Maynial sur l'épisode 
du trésor de Cesena, dans Casanova et son 
temps^ y éd. (Paris, 1910), p. 144 seq. 

Camille Pitollet. 

Famille de Saint-DominguefLXXII, 

238). — Il existe une publication de l'Im- 
primerie Koyale 1830, comptant =534 pa- 
ges, intitulée : « Etat détaillé des Liqui- 



« dations opérées à l'époque du i*' janvier 
€ 1830, par la Commission chargée de ré- 
« partir l'indemnité attribuée aux anciens 
« colons de Saint-Domingue, en exécution 
« de la Loi du 30 avril 1826 et conformé- 
« ment aux dispositions de l'Ordonnance 
« du 9 mai suivant », in-4''. 

Si l'examen de cet ouvrage que je pos- 
sède dans une reliure aux armes du duc 
d'Angoulême pouvait intéresser un cu- 
rieux, on pourrait le compulser chez moi, 
je vous demanderais de me transmettre 
les demandes que vous pourriez recevoir 
à cet égard. N. 

M. Beaurepaire-Froment (LXXII, 

184). — Nous recevons cette lettre : 

24 Décembre 1915. 
Monsieur le'^Rédacteur, 
Dans le Paris- Journal (rubrique des" Let- 
tres et des Arts, rédigée par moi sous la si- 
gnature VEcrttoire) j'ai publié sur votre re- 
vue un petit écho en rectification à propos 
d'un de vos échos sur Beaurepaire-Froment, 
un de mes amis. Cet écho a paru dans le 
Parts-Journal à\x 5 décembre, il me paraît 
utile de vous le signaler, car, chez Beaure- 
paire, la question de 1' < ortografe » sim- 
plifiée était chose ^capitale, komme^vous 1* 
savez. 

Bien votre, 
Gabhiel Plauy. 

Voici l'écho dont il est parlé : 

\J Intermédiaire des chercheurs et curieux 
(N" 1435, du )0 octobre 1915) cite, parmi 
les ouvrages de Paul de Beaurepaire-Froment, 
le « 71^ Trin^loti ». Nous nous permet- 
trons de faire une petite rectification impor- 
tante toutefois pour l'auteur et ses idées sur 
« l'orthografe simplifiée ». En effet, il 
faut écrire 71* Tratnglaux, comme l'a fait 
Beaurepaire qui insiste, il nous semble, 
dans soti livre même, et que nous avons lu 
d'ailleurs, ^ous n'avons pas besoin d'expli- 
quer la logique de cette « orthografe selon 
Beaurepaire, le rédacteur de V Intermédiaire 
sait cela comme nous. Juste ou non, il faut 
toutefois respecter une idée chère à l'auteur 
de ce curieux ouvrage. 

Couturier de Fornone (LXXII, 383, 

397). — Antoine-Jean Baptiste Couturier 
de Fornoue était, en 1790, clerc du dio- 
cèse de Limoges. Il fut installé, le 9 juillet 
1781, chapelain de la chapelle Saint-Vin- 
cent dans la collégiale Saint-Etienne à 
Troyes. Il dut mourir avant i8i6. 
[Archives de l'Aube 6 g 4g). 

Arthur Prévost. 



flï» 143 1, 



Vol. LXXIII 

19 



L'INTERMEDIAIRE 



20 



Madame de Feuchères (LXXII, 
348). — Dans \c cat;dogue de l'Ama- 
teur d'Autographes, M N. Charavay 
offrait, sous le n° 51984, une lettre du 
baron général de Feuchères à M. Prunet, 
Nîmes 18 janvier 1841, relative à la mort 
et à la succession de sa i'" femme. Il y 
disait... 

Je n'ai jamais voulu, vous le snvez, mon 
cher Prunet, augmenter mon modeste avoir 
par des sommes offertes à des conditions que 
j'ai lepoussées ; mais si, contre toute attente, 
un legs m'eut été fait par testament, qu'elle 
qu'en eût été l'importance, il aurait eu, vous 
le croyez, j'en suis certain, la même destina- 
tion que les 200.000 francs. 

On sait que M. de Feuchères, marié en 
1818 avec Sophie Dawes, se sépara de sa 
femme en 1822, lorsqu'il connut la situa- 
tion qu'on lui avait faite. Il fit alors do- 
nation aux hôpitaux de Paris de ses droits 
sur la succession de sa F" femme, lors- 
qu'elle mourut en janvier 1841. 

Le baron génér?! de Feuchères était né 
à Paris le 20 novembre 1785, où il est 
mort le 22 novembre 1857. '^ avait épousé 
en secondes noces Madame Gide 

Victor Deséglise. 



* ♦ 



Mes remerciements pour les indications 
qui me sont données. 

La Baronne de Feuchères n'avait pas 
d'enfants. Elle a légué la fortune qu'elle 
tenait du Prince de Condé, à une nièce, 
dont les enfants et petits-enfants sont 
encore vivants, et occupent à Paris une 
honorable situation. Je ne crois pas dis- 
cret de les nommer ici. Bénédicte. 

Foucault de Mondion (LXXII, 381). 
— Une lettre — un /- pour un a changé 
le sens de ma question. 

J'avais écrit : « Foucault de Mondion 
aurait été empoisonné » — on a imprimé : 
emprisonné. 

Le poison est un moyen d'attente ; le 
poison est une solution brutale. 

Notre question était défigurée : 

C'est bien empoisonné qu'il faut lire et 
partir de là pour les réponses à venir. 

Jea.n-Bernard. 

Le baptême de Delphine Gay 
(LXXII, 238). — 11 faudrait tout au moins 
dire « dans la basilique où fut enseveli 
Charlemagne » et non « sur le tombeau 



de Charlemagne », puisqu'on ignore 
l'emplacement exact du tombeau décrit 
par Hginhard. Il parait que l'empereur 
Guillaume faisait faire des fouilles pour le 
retrouver lorsque la guerre a éclaté. 

De Mortagne. 

Michel de Montaigne (LXXII, 33s). 
— Si M. Paul MuUer veut bien consulter 
l'inventaire de la collection Payen et Bas- 
tide sur Montaigne, que possède la Biblio- 
thèque Nationale, il y trouvera de nom- 
breuses indications concernant Jeanne de 
Lestonnac. 

(Inventaire rédigé par M. Richou, Paris, 
Téchener, 1878, in 8). 

J. Brivois. 

Monsieur l'abbé ]. Neyrac, curé de Fos- 
semagne,par Tenon (Dordogne) a séjourné 
plusieurs années en qualité de curé dans 
la paroisse de St-Michel-Montaigne. 

Ayant le goût de l'histoire, et possé- 
dant la facilité de consulter la bibliothè- 
que et les archives du château de Mon- 
taigne, il a publié en 1904, a Bergerac, 
(Imprimerie J. Castanet) le livre « Mon- 
taigne ». 

[Le château, Montaigne Intime, Pierre 
Magne, la paroisse]. 

Ce travail a été, je crois, l'objet d'une 
récompense de l'Académie Nationale des 
Arts. Sciences et Belles Lettres de Bor- 
deaux. A la page 119, l'auteur parle de 
l'affection de Montaigne pour sa nièce et 
cite le passage indiqué par M. P. MuUer à 
la fin de sa note ; mais M. l'abbé Neyrac 
n'indique aucune provenance — puis il 
parle de Mlle de Lestonnac, calviniste mi- 
litante, et à la page 120, nous trouvons 
la première partie du premier texte cité 
dans V Intermédiaire. La 2» partie qui com- 
mence par ces mots : « Qjiels précieux en- 
couragements », existe, mais à la page 
( 1 19) et sert de transition à l'auteur pour 
parler de G. de Lestonnac, dans ces ter- 
mes : 

« Et cette autre Jeanne de Lestonnac, 
sa nièce, quels précieux encouragements, 
quels fortifiants conseils ne reçut elle pas 
de lui ! Montaigne fut son soutien, son 
appui, son guide. Il avait pour elle une 
vive tendresse et une grande admiration » . 
Suit le passage que j'ai signalé au début 
de ma note. Il y a eu lors des fêtes de la 
béatification de la Bienheureuse pour la- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 janvier 1916' 



21 



22 



quelle S. E. le Cardinal Lecot, archevê- 
que de Bordeaux, avait une grande dévo- 
tion, un discours prononcé par Mgr. 
Enard, évêque de Cahors. 

M. l'abbé Neyrac en parle, dans son 
livre, à la page 120, (avant de citer le 
texte indiqué plus haut à cette page) or^ 
comme son ouvrage est postérieur au dis- 
cours de M. Enard et à ceux des autres 
panégyristes de la Sainte, il est probable 
que l'auteur a reproduit un passage de 

ces orateurs sacrés. 

B. P. 

Robespierre ou "P'oberspierre 

(LXXll, 240). —Je n y vois qu'une erreur 
dans l'orthographe du nom. 

j'ai de mon côté quatre différents por- 
traits gravés de Robespierre où son nom 
est écrit Roherspicire : l'un par Gaultier, 
d'après Bonneville ; un autre, d'après 
Bonneville, publié chez Vignières (c'est 
Robespierre le jeune) ; puis deux anony- 
mes dont un ancien et un moderne. 

Enfin je possède un autre portrait de 
Robespierre, gravé par John, d'après Bou- 
telou, publié en 1794 et où le nom du 
conventionnel est Robbespiette. 

On pourrait utilement soumettre la 
question à l'érudit écrivain Hipp. Buffe- 
noir, qui s'intéresse fort à Thistoiie de 
Robespierre. 

Simon . 

J'opinerais plutôt, même pour« Robert- 
pierre ». 

Né aux environs d'Arras, j'ai toujours 
entendu dire que « l'Incorruptible * des- 
cendait d'un Robert- Pierre Damiens, 
homonyme — ou parent — de l'assas- 
sin de Louis XV et qui aurait obtenu, 
après l'attentat, de substituer à son nom 
un nouveau nom formé de ses deux pré- 
noms. 

Damiens, on le sait, était artésien et le 
fait est très plausible. 

Que de Louvel ont demandé à changer 

de nom, après le meurtre du duc de 

Berry ! 

Hector Hogier. 

♦ 
» • 

De la Fons Melicocq a publié dans les 

Archives historiques et litiérxires du Nord 

de la France et du Midi de ta Belgique 



I (3« série, t. VI, p. 72, Valenciennes 1857) 
une note intitulée : Famille Robespierre et 
ses armoiries. 

Après avoir constaté que, dans le cu- 
rieux article qu'il a consacré à la famille 
Robespierre (dans V Armoriai de Flandre^ 
pp. XXXll-XXXlV) , Borel d'Hauterive 
conclut avec raison, d'après les docu- 
ments qu'il a pu consulter, que le vérita- 
ble nom du chef des terroristes estRobers- 
pierre, l'auteur expose le résultat de ses 
propres recherches dans les archives de 
Béthune et de Lens. 

11 en résulte qu'au xvi« siècle le vérita- 
ble nom de la branche de cette famille 
établie à Béthune et dans les environs de 
cette ville était bien de Robespierre. 

Par contre, dans les environs de Lens, 
on trouve presque toujours de Robers- 
pierre, rarement Robespierre. 

Enfin, des lettres du père du terroriste 
datées de 175,7 sont toutes signées « de 
Robespierre ». 

Les journaux du début de la Révolution 
écrivent Roberspierre. 11 est probable que 
c'est là le nom primitif, dans lequel la let- 
tre f a eu tendance à disparaître par rai- 
son d'euphonie. 

Lorsque les de Robersart du Hainaut 
devinrent anglais a la fin du xiv^ siècle, 
* leur nom se transforme en Robessart et 
même plus tard en Robsart. 

De Mortagne. 



Armes à déterminer : d'azur à 
l'aigle d'or (LXXll, 287). — Ces armes 
sont celles de la famille d'Anglade^ bran- 
che de Malevas. 

La famiUe d'Anglade, en Guyenne et 
Gascogne, est actuellement représentée 
par deux branches : 

10 la branche de Sarrazan;2° la branche 
de Malevas. 

11 est vrai que la branche de Sarrazan 
a l'eçu comme armoiries, dans l'Armoriai 
de 1696 : d'a:^ur à un aigle à 2 têtes le vol 
abaissé d'or, cou}onnà de même, hecqué et 
membre de sable. Mais ce rameau a gardé 
les armes que La Chesnaye lui attribue 
dans sa généalogie, et qui sont : d:a:![ur à 
l'aigle d'or à deux têtes et au vol éployé^. 
Ces dernières armes sont celles que n'a 
cessé de porter le rameau de Malevas et 
que Chérin lui a reconnues en 1788. Si les 
2 branches ont pour devise : Faisons bien, 



N» 143 1. Vol. LXXIII. 

23 - 



L'INTERMEDIAIRE 



24 



laissons dire, le rameau de Malcvas n'a 
gardé que la seconde partie : Laissons 
aire. 11 est représenté par M. d'Anglade à 
Bazas, Gironde. 

M. 

Ex-libris à déterminer : arche de 
Noé (LXXll, 287). - Depuis que j'ai 
adressé ma question à Y Intermédiaire j'ai 
retrouvé fortuitement une alliance entre 
les Plantavit et les des Ursins. 

François II de Plantavit, comte de Margon, 
épouse le 27 juillet lôao Claire des Ursins 
de Cannuzi, cousine et pupille de la prin- 
cesse Marie Félice des Ursins, duchesse de 
Montmorency ; de cette union un fils uni- 
que Joseph-Auguste, tué à 18 ans à la bataille 
de Lens. 

Je crois donc que les quartiers sont 
ainsi déterminés, reste à identifier le sur^ 
le-tout. 

Ce fils unique aurait-il eu des sœurs, 
lesquelles ne comptent pas au point de 
vue généalogique ? 

Peut-on m'indiquer quelques ouvrages 
sur les des Ursins ? la < Bibliothèque Hé- 
raldique » de Guigard n'en .mentionne 
aucun. 

R. DE^R. 

Açnus Dei à la tête retournée 

(LXXi, 276). — Dans un petit livre 
Science et Religion, par Malvert (3'^ édition, 
Paris, 1899) qui ne se trouve probablement 
dans aucune bibliothèque chrétienne, et 
pour cause, mais qui, cependant, est 
quelquefois intéressant, l'auteur décrit 
de nombreux agmis anciens, quelques- 
uns avec vignette à l'appui, et plusieurs j 
avec la tête regardant en arrière. Je cite- ! 
rai les suivants avec l'indication des mo- \ 
numents où ils se trouvent représentés, ■ 
paraît -il. 
Page 69. Sarcophage du 'Vatican. 

— 70. Lampe chrétienne de Carthage. 

— 81. Sculpture Italienne du x'^ siècle. 

— 81. Cuivre gravé du xi' siècle. 

En fait d'ouvrages à consulter, on indi- 
que la Revut de l'art chrétien i8pi-i8ç2 
et la Peinture des manuscrits l. 111 (Collec- 
tion Le Bastard) à la Bibliothèque Na1-o- 
nale. 

PlETRO. 



un ouvrage très documenté, paru en 1864 
(Heugel et C") sous le titre : < G. Kossi- 
ni, sa vie et ses oeuvres >, par A. Aieve- 
do, on peut lire les lignes suivantes : 

L'ouverture de l'Aurel/ano, construite 
avec des motifs tirés de cet opéra, figure 
depuis longtemps, nous ne savons pourquoi, 
en tête du Barbier, et tout le monde la con- 
naît sous le titre d'ouverture du B-zrbier et 
la sait par cœur. . . 

Ce ne serait donc pas l'ouverture de 
Demetrio e Polibio qui figurerait en tête 
de la partition du Barbier, mais celle de 
l Aureliano . 

Qu'en pense notre érudit et très distin- 
gué confrère M. Arthur Pougin ? 

Emile Deshays. 

Bibliothèque de'Valenches(LXXII, 

287. 406). — Valenches se trouve dans la 
Loire, commune de Marols, canton de St- 
Jean Soleymieux.L'écu d'argentàtroisban- 
des de gueules constitue les armoiries des 
d'Assier, propriétaires de Valenches de- 
puis l'année 1299. 

Patchouna. 

* * 
« D'argent {quelquefois d'or) à trois 
bandes de gueules ». Ce sont les armes de 
la maison d'Assier de Valenches, Foré- 
zienne. Un érudit, Pierre Marie d'Assier, 
a publié en i8'53 YAssemblée Baillaoèt e en 
Foie{ lyS^, les Fiefs du Fore:( etc., il ha- 
bitait le château de Valenches', près de 
St-Bonnet-le-Château, Loire. Valenches 
est aux d'Assier depuis 1330. M. Charles 
d'Assier l'habite aujourd'hui, et pourrait 
renseigner plus complètement. 

SoUl.GÉ-RlORGES. 



Ouverture originale du « Barbier 
de Séville » (LXXII, 168). — Dans 



3 Prophéties pour les temps actuels 
\ (LXX ; LXXll, 368). — aue « Saint- 
j Saud » veuille bien consulter le travail 
! que, sous le titre : Nimes et Ncstradamus, 
\ nous avons publié dans le n" de juin-sep- 
I tembre 1914 de la Revue des Langues Ro- 
\ mânes (t. LVII, p. 204-261). Il y trou- 
i vera les renseignements qu'il cherche 
j sur le curé charentais qui l'a intrigué — 
! lequel n'était autre que le trop fameux 
j Torné-Chavigny, et qui fut curé, non 
I seulement de la Clotte, mais encore de 
I Saint -Denis-du Pin, et auteur d'une 
i quantité de grimoires nostradamiens, 
j dont nous avons donné une liste som- 
i maire. Camille Pitollet. 



Des chercheurs et curieux 



io janvier 1916^ 



25 

* 



26 



L'histoire prédite et jugée par Nostra- 
damus,} vol. gr. in-40. 

Bordeaux 1860-1861-1862 par M. 
Torné-Chavigny, curé de La Glotte (Cha- 
rente-Inférieure). 

Quant aux prédictions indiquées sur la 
photographie, la plupart ne sont pas ap- 
plicables, avec la meilleure bonne vo- 
lonté, aux personnages nommés. Mais 
cela demanderait des citations et de trop 
longues explications. 

Charles Nicoullaud. 

L'origine de Schlestadt (LXXIl, 
145, 313). — Schlestadt s'appelait d'abord 
Elsebus, de El ou /// (nom de la rivière 
sur laquelle elle est située) et Bus, con- 
traction du pluriel du vieux mot Burcn, 
Soit Butons ou Burones, qui signifie Ca- 
banes, petites maisons, hutte de bergers, 
fromageries. Plus tard Else, germanisé, 
est devenu, par corruption, Schles ou 
Schlett (en allemand), on dit Schlettstad, 
puis l'agglomération étant devenue plus 
importante, Bus a été remplacé par Stadt^ 
qui veut dire ville. 

En Lorraine, on trouve encore Busbaçh; 
en Alsace, Buschwiller . 

En France : Boutguebus en Normandie, 
Bus en Picardie ; et ailleurs, Buscon, Bu- 
iigyiy, Busloup, Busqué, Bussac, Bussang, 
Busseau, Bussotte, Busseol, Busserolle, Bus- 
re:(, Bussihes, Busson, Bhssîis, Bussy, 
Busy, etc., etc. 

Rappelons que c'est la rivière à'El ou 
///, qui a donné son nom à l'Alsace : ///- 
sass, Elisa.^s, Elsass, pays de 17//. 

O. D. 



Etymologie de 

LXII, 



Gallipoli (LXXI, 
375, 440, 480; LXII, 63). — Dans mon 
premier article, la faute Galicie pour Ga- 
lice, signalée par P. H, et la faute Gala- 
tée pour Galatie qui a échappé à sa saga- 
cité, ne sont point de mon fait. Mais pour 
le Gamma changé en Kappa, il n'y a pas 
eu d'erreur matérielle de ma part, parce 
que, dans ma pensée, Gallipolis était an- 
térieur à Kallipolis. 

je veux bien avec Monsieur L. Abet 
que tous les géographes et les historiens 
soient unanimes pour dire que les Macédo- 
niens disaient Kallipolis et non Callipolii, 
de même qu'il est certain que tous les géo- 
graphes et tous les historiens sont unani- 



mes pour dire dans le présent, et seront 
unanimes pour dire dans l'avenir, que les 
Français appellent Regensbourg, Ratis- 
bonne ; Kôln, Cologne ; Aachen, Aix ; 
London, Londres, etc., etc. 

Mais s'il est vrai, comme le dit l'au- 
teur du Ôo//z«, que ce soient les Gaulois 
qui aient fondé Gallipoli, il faudrait 
d'abord savoir comment ils la nommaient, 
et puisque le Gamma peut se muer en 
Kappa et réciproquement, si les Macédo- 
niens n'auraient pas fait cette mutation, 
car, sous aucun rapport, Gallipoli qui a 
toujours été, paraît-il, un ramassis de 
rues étroites et malpropres, ne pouvait 
guère, si ce n'est par dérision, être appe- 
lée Belle ville. 

Nous savons donc que les Macédo- 
niens disaient Kallipolis. Un point, c'est 
tout. Mais qu'est ce que cela prouve 
quant à l'étymologie de Gallipoli, étant 
donné : i* que cette ville aurait été fon- 
dée par les Gaulois; 2- que le nom Ma- 
cédonien de Kallipolis peut provenir d'un 
changement (patriotique peut-être) du 
Gamma en Kappa; 3- que ce nom ne fit 
son apparition qu'à l'époque précisément 
où les Gaulois, après avoir envahi la Ma- 
cédoine, se dirigèrent vers l'Asie-Mi- 
neure ? Telles sont les raisons pour les- 
quelles ne me trouvant pas complètement 
satisfait des réponses données, j'ai fait ap- 
pel à l'esprit d'examen pour dissiper mes 
doutes, et attirer, sur la question posée, 
la plus grande lumière possible. Je n'ai 
pas eu d'autre ambition ; le reproche qui 
m'est fait de m'être mis en frais d'imagi- 
nation pour flatter mon amour-propre 
national, est bien mal tombé en la cir- 
constance^ car j'estime qu'il n'est nulle- 
ment flatteur pour nous, d'être issus d'un 
peuple dont les pillages et les briganda- 
ges ont désolé jadis une grande partie de 
l'Europe. 

Les historiens qui attribuent le nom de 
Galicie à la ville d'Halicz (ungarisation du 
nom Russe Gallitsch) disent que le fait 
s'est produit au xviii* siècle. C'est une 
erreur. Vers la moitié du xii' siècle, les 
géographes Arabes, les Byzantins, et 
même les Islandais appelaient la Gallicie : 
Gallistia, Gallea. On ne sait rien, pendant 
trois siècles, de l'histoire des Gaulois qui 
s'établirent sur les rives du Danube en- 
viron 600 ans av. J. C, mais ces déno- 
minations de Gallitsch, Gallitzia, Gallea, 



N» I4JI. VoJ, 



LXXIII. 

- 27 



f/iNTERMÊDIAIRE 



28 



constituent une forte présomption en fa- 
veur de la présence des Gaulois dans la 
Galiicie à une époque reculée. 

Qyant à Gallipoli, puisqu'il n'y faut 
plus revenir, je laisse à M. Ibère ses opi- 
nions personnelles sur ce sujet, tout en 
conservant les miennes telles que je les 
ai formulées ti-dessus dans ma réponse à 
M. L. Abet. je fais remarquer seulement 
que Kritoté serait devenu Kallipolis pour 
les Macédoniens, justement à l'époque où 
les Gaulois se sont installés dans ces 
parages, et que ce changement ne dut pas 
se faire sans motif. 

Qyoi que César ait pu dire, il est un fait 
certain, c'est que, bien avant lui, les 
Gaulois se nommaient eux-mêmes Galls, 
car le territoire occupé par eux, c'est-à- 
dire la Gaule tout entière, ils l'avaient 
nommée (GalltachJ, Terre des Galls). 
Gall était le nom générique sous lequel 
étaient compris tous les peuples galliques 
tels que les Arvernes (Ar fearann, hauies 
terres) ; les Armorikes (Ar-Mhoirick, voi- 
sins de la mer) ; les AUobroges (A\\- 
brogs, hauts villages) ; les Helvètes 
(Ealbha Et,pays des troupeaux) ; les Edues 
(Oedh, mouton), etc, etc., et enfin les 
Celtes (Coiilte, forêts), qui habitaient le 
pays situé entre les Cévennes, l'Auver- 
gne, la Garonne et l'Océan. Ce ne furent 
pas des Celtes qui vinrent 587 ans av. 
j.-C. conquérir l'Etrurie sous la conduite 
de Bellovèse, et, la même année, sous 
celle de Sigovèse^ se fixer sur les rives 
du Danube : ce furent surtout, pour la 
première expédition, des Bituriges, des 
Edues, des Arvernes, et pour la deuxième 
des Séquanes et des Helvètes ; ce ne fu- 
rent pas non plus des Celtes qui, en 391 
av. j. C, vinrent saccager Rome, mais 
des Sénons établis au nord du Po ; ni qui, 
en 281 av. J, C, du temps de Ptolémée 
Kéraunos, vinrent coloniser la partie de 
l'Asie-Mineure appelée ensuite Galatie, évi- 
dent dérivé de Gall ; ce furent principale- 
ment des Arékomites et des Tectosages, 
tribus Belges établies dans la région de To- 
losa et auxquel'es se joignirent une partie 
des Gaulois établis sur le Danube ;tous ces 
peuples étaient des Galls, parmi lesquels 
peu ou point de Celtes, et il est proba- 
ble qu'ils ne laissaient pas aux Grecs ni 
aux Macédoniens, le soin de donner un 
nom aux pays où ils s'établissaient. 
La morale de tout ceci est qu'il ne faut 



pas croire, les yeux fermées, à tout ce 
que disent les géographes et les histo- 
riens, fussent-ils César lui-même. Com- 
bien d'erreurs et d'absurdités n'ont-ils 
pas propagées, même en étant unani- 
mes, car ils les copient et les répètent à 
l'cnvi les uns des autres C'est d'ailleurs 
ce que loul le monde sait. 

O. D. 

Réceptionner (LXXII, 143). — He- 
ceptionner . grand dieux ! pour que dans 
quelques années on nous . propose récep- 
tionnaiion ! N'oublions pas que constitu- 
tion nous a valu constitutionnel, celui-ci 
constitutionnaliser,constitutionnalisation, 
déconstitutionnaliser, déconstitutionnali- 
sation. Ne laissons pas envahir et défigu- 
rer notre français, comme l'a été le latin 
de la décadence, par ces hideux mots 
abstraits, longs, lourds à l'égal d'un com- 
posé allemand, qui surchargent son vo- 
cabulaire, encombrent la mémoire de 
ceux qui veulent l'apprendre, le rendent 
de plus en plus, dans la langue adminis- 
trative, dans celle du journalisme, dans 
les œuvres même d'une tenue littéraire 
plus sévère, partout où on expose et dis- 
cute des idées ou des faits techniques, 
inaccessible à la masse des lecteurs, qui, 
enfin, dans la concurrence des langues 
pour la diffusion internationale, aggra- 
vent de plus en plusses désavantages sur 
l'anglais, vif, alerte, concret, imagé, 
dans son vocabulaire aux mots brefs et 
sa très simple syntaxe, sur l'anglais ; et 
même sur d'autres langues. 

Si encore ces mots répondaient à un 
besoin, avaient une utilité quelconque ! 
Mais non ! Pourquoi réceptionner, quand 
nous avons recevoir et admettre .? Il y a, 
à la création de mots de ce genre, trois 
causes, inconscientes le plus souvent, 
mais réelles, et toutes bien fâcheuses et 
contre lesquelles il faut se défendre. A 
l'origine, très souvent, l'ignorance et la 
paresse. On crée un mot nouveau parce 
qu'on ne sait pas sa langue, qu'on est in- 
capable d'en utiliser les ressources, ou que 
par laisser aller on aime mieux créer un 
barbarisme que dire ou écrire trois mots 
français de plus. Le premier qui a créé 
émotionner, ce ridicule substitut d'émou- 
voir, était sans doute un ignorant, qui ne 
savait pas conjuguer émouvoir, verbe irré- 
gulier, ou avait peur de s'y tromper. Le 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 janvier 1916 



29 



30 



premier qui a osé écrire ovationner, et | bien d'écrire Nord, Sud, Est et Ouest 
que son directeur de journal aurait dû j avec des majuscules lorsqu'on veut expri- 
congédier le lendemain, a eu la paresse mer une région. 

de tourner un membre de phrase où il eût ! Je vais dans l'Est. Le Midi s'agite. Ohli- 
dit « faire une ovation 7>, ou, peu sûr de | gâtions de chemin de fer du Midi. Lèvent 
son français, a craint de le mal tourner. de l'Ouest. 
Une autre cause, c'est cette idée absurde '*" — * 

que pour chaque objet, chaque idée, cha- 
que acte, chaque aspect particulier d'un 
objet, d'une idée ou d'un acte, il faut un 
terme spécial ; alors que l'art de parler et 
d'écrire consiste précisément à employer 
un petit nombre de mots pour exprimer 
une multitude infinie de choses, que la | 
richesse d'une langue réside non dans le 



Au contraire : Versailles est à l'ouest 
de Paris. 

Il est des cas cependant où l'on restera 
dans le doute, suivant le sens qu'on atta- 
che aux mots. 

Par exemple : Le vent est à l'est ; la 
pluie vient deVest. Entend-on la région de 
l'Est ou la direction de l'est ? 

11 y aura toujours de l'aléa dans la 



nombre de ses termes, mais dan.j celui de i pensée de l'auteur et dans sa manière 



leurs sens divers, des associations mul- 
tiples d'idées qui se sont formées autour 
de chacun. Là est la preuve de la richesse, 
de la souplesse d'intelligence de ceux 
qui parlent cette langue ; là aussi est 
la raison de l'exercice continuel qui entre- 
tient ces qualités de l'esprit. Sous une su- 
rabondance de vocabulaire la mémoire 
plie, et l'intelligence se paralyse. Une 
troisième cause, c'est l'esprit de pédan- 
tisme particulariste qui se développe dans 
les administrations, les corps de métier, 
les spécialités diverses. Chaque groupe 
d'hommes qui se consacre à une occupa- 
tion spéciale, déjà porté par les raisons 
ci-dessus indiquées à se faire à l'excès un 
vocabulaire spécial, est bien aise aussi de 
s'en faire un pour se distinguer, s'isoler, 
s'envelopper de prestige et de mystère. 
Ce qu'il faut penser de ce travers, Molière 
l'a montré à propos des médecins. Nos 
médecins à nous parlent encore plus grec 
en français, quoiqu'ils ignorent bien plus 
le grec que les médecms de Molière. 
Mais tous nos spécialistes se sont mis 
aussi à parler des jargons divers. Spécia- 
listes ou non, réagissons là contre. C'est 
l'avenir de notre langue, et quelque peu 
celui de l'esprit français, qui sont en jeu. 

Ibère. 

Durf^r c'est vaincre (LXXII, 375). 
— A signaler à M. Hériot, le maire de 
Lyon, qui possède des papiers de Barnave. 

A. G. 

Est ou est (LXXII, 46), — Les auteurs, 
pour une infinité de mots à double sens, 
écrivent comme ils le trouvent logique. 

II en est ainsi pour Est. Il paraîtrait 



d'écrire, donc pas de règle fixe à donner. 

MlGOBERT. 

* 

Gros boutien convaincu, j'honore, pour 
ma part, d'une majuscule les noms des 
quatre points cardinaux, mais je trouve 
oiseux d'en référer à l'Académie Française 
pour qu'elle condamne les petit-boutiens 
inféodés à la minuscule. 

Plus légitimement, on serait fondé à 
traîner devant les tribunaux, en vertu de 
l'art. 257 du C. P., les littérateurs pa- 
tentés (parmi lesquels il serait, je le 
crains, facile de troiîver des académi- 
ciens) qui écrivent sans sourciller : « Mal- 
gré que, en outre de, voire même... » et 
j soumettent sans scrupule à d'autres mu- 
tilations ce monument national : la lan- 
gue française ! 

Si nous reprochons aux petits-boutiens 
de nous induire à confondre est, point 
cardinal, avec est, y personne du verbe 
être, ils seraient fondés à rétorquer que 
lorsque nous écrivons : « un fort vent de 
S. E. » nous risquons de les scandaliser, 
les rnajuscules S. E. étant réservées par 
eux aux prélats et non à une aire de vent. 

SlIRELL. 

Guitou e (LXXII, 338). — Terme im- 
porté par nos troupes d'Algérie. 

Gustave Fustier. 



Cagibi (LXXII, 338). — Ce mot n'ap- 
partient pas au vocabulaire spécial aux 
tranchées. Il est depuis longtemps en 
usage dans le parler populaire ; on s'en 
sert assez couramment dans l'Orléanais 



L'INTERMEDIAIRE 



NoMsi Vol. LXXIII. 

31 

comme synonyme de recoin, petit réduit 
obscur, petit cabinet noir. On dit aussi 
cabiji. Verrier et Ouillon lui font place 
dans leur Glossaire des patois et des parlcrs 
de l'Anjou. Cagibi, littéralement, petite 
cage. « Je serais mussée bien tranquille 
dans un petit cagibi quelconque » (Willy : 
Claudine en ménage^ 1902). 

Gustave Fustier. 



Matrulle (LXXIl, 288,416). — A la 
ligne 8, supprimer le mot père à la suite 
du nom de Victor Hugo. 

V. A. T. 

* 

Une erreur de composition m'a fait 
dire que l'origine de ce mot est dans le 
grec MapûXrj (entremetteuse, prostituée). 
C'est MaTpÛÀï] qu'il faut lire. 

Puisque j'en ai l'occasion, j'ajouterai 
qu'on trouve aussi Ma-:puÀcïov (maison de 
prostitution). Le mot matrule ou matriilie 
a le même radical que matrone et vient di- 
rectement du dorien MàiYjp, dont il est un 
péjoratif. 

L. Abet. 



L'origine du mot « mufle » (LXXIl, 
6, 126, 177, 271, 311). — Hst-ce qu'on 
ne va pas chercher bien loin, alors que 
l'origine du mot pourrait être tout bonne- 
ment l'assimilation de gens mal élevés et 
grossiers avec la brute caractérisée par 
ce qu'il y a en elle de plus bestial, le 
groin, la mâchoire, le « mufle », enfin. 
Une origine germanique serait assuré- 
ment des plus séduisantes et sans doute 
la matière y prête, car en fait de mufle- 
rie... Mais est-il nécessaire d'aller chez 
les boches pour trouver ce que nous 
donne le français ^ 

H. CM. 



Indications données par le lever 
ou le coucher dts astres (LXXIl, 
146, 314)- — La critique de Nauticus est 
très )usle. Comment le vieux fldele des 
études latines que je suis s'estil laissé 
égarer par l'y de « hybernis » qui figure 
dans le texte du Père de la Rue, texte que 
j'avais par hasard sous les yeux ? Je n'ai 



32 



aucune excuse. D'abord l'ad'ectif géogra- 
phique est « hybernius » et non « hyder- 
nus > Ensuite la transcription marginale 
en prose de l'édition « ad usum delphini » 
ne donne elle même que le sens de c hi- 
vernal Tt. Enfin le texte de Dubner, aussi 
bien que celui de Benoist (le dernier en 
date) portent « hibernis » avec un i, ce 
qui est la graphie adoptée par la critique 
moderne. 

Ma confession faite, je demanderai à 
Nauticus la permission de lui faire remar- 
quer qu'il ne répond pas à ma question, 
qui est celle-ci : Qu'entendent les Anciens 
par l'époque du lever d'un astre ou d'une 
constellation ? Est-ce le lever héliaque des 
modernes, c'est-à-dire le lever de l'astre 
un peu avant celui du soleil ? N'est-ce pas 
plutôt le lever de l'astre le soir, au mo- 
mentoù le soleil vient de se coucher ?Cette 
dernière supposition m'apparaît plus vrai- 
semblable, car les Anciens devaient plu- 
tôt s'attacher à l'observation faite le soir, 
à l'heure où l'astre prend son éclat. Il 
semble que ce soit aussi l'avis de Nauti- 
cus, lorsqu'il écrit : 

Quoi qu'il en soit, si l'on se rappelle que 
la constellation d'Orion se lève le soir à. la fin 
de novembre... 

Par exemple, quand il continue : 

... qu'elle passe au méridien à minuit à la 
fin de janvier, et qu'elle se couche le matin 
à la fin de mars, 

notre confrère ne commet-il pas une mé- 
prise ? Si Orion se levé le soir du 30 no- 
vembre, c'est le même jour à minuit qu'il 
passe au méridien, et le même jour qu'il 
se couche le matin. Ne fallait-il pas dire : 
que Orion, au moment du coucher du so- 
leil, se trouve à la fin de novembre à l'ho- 
rizon oriental, à la fin de janvier au mé- 
ridien, enfin à la fin de mars à l'horizon 
occidental ? 

A. P. L. 



Fréjus : étymologie (LXXIl, 144). 
— Exemple de « Ireluin » pris dans le 
sens le « défilé terrestre » : Frettes (nom 
de lieu de la Haute-Marne) « Fretae » en 
i26o.L'étymologie est fournie par le mot 
romain « frète » ou « frette », du latin 
(( fracta », au sens de « brèche », d'ou- 
verture », et par suite, de « défilé » (Le 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 janvier igi6. 



33 



34 



clerc : Origine des noms de lieux du dé- 
partement de la Haute-Marne. Résumé des 
Conférences données à l'Ecole des Hautes- 
Etudes^ ipo^f-içoô, par Longnon ; p. 25, 
Langres 1908. 

A. B. 

Comment prononcer le | mot 

obus? (LXXII, 48, 174, 359). — J'ai 
écrit (359) : Cette bombe devait avoir la 
forme cylindrique, (^est un lapsus. C'est 
sphérique que je voulais mettre. Il n'y a 
jamais eu de bombe cylindrique. ;.;/■,« 

P. MOREL. 

Le baiser à pincettes (LXXII, 288). 
— Baiser à pincette c'est embrasser quel- 
qu'un en lui pinçant la joue entre le pouce 
et l'index. 

Nauticus. 

« * 
On peut, certainement sans indécence 
aucune, dire en quoi 'consiste le baiser à 
pincettes, c'est sans doute le plus chaste, 
le plus puéril de tous les baisers puis- 
qu'en même temps qu'on embrasse, on 
pince des deux mains la partie caressée, 
tous les enfants connaissent ça, et j'ajoute 
que si le baiser quelquefois est agréable, 
la pincette est bien agaçante. 

Edmée Legrand-Dumontet. 

* * 
Le baiser à la pincette se pratique, je 

crois, dans les jeux innocents. On pince, 

quand on doit un gage, les joues d'une 

personne désignée, et on embrasse entre 

les deux endroits pinces. 

E. Grave. 

« 

* » 

M. ].... peut se rassurer. On peut dire 

sans indécence baisera pincettes et même 
le pratiquer en famille ; tous les papas et 
toutes les mamans, ou du moins presque 
tous, le connaissent et l'apprécient très 
fort. Il est du reste charmant et très 
simple. Il consiste pour le bébé à appli- 
quer ses 2 petites mains sur les joues de 
celui ou celle qui le demande et à baiser 
la figure ou le cou ainsi retenus entre les 
branches d'une aimable pincette. 

Dehermann. 

* ♦ 

f Le baiser à pincettes n'a rien d'indé- 
cent. C'est une manière de petit badinage 
que la question de J. remet^en ma mé- 



moire (après un demi-siècle), et dont je 
me souviens parfaitement. On pince légè- 
rement avec les pouces et les index les 
joues d'un enfant, puis on l'embrasse, 
sans lâcher. Seulement, je ne vois pas 
trop comment on pourrait embrasser de 

cette façon dans le cou. 

J. V. P. 



* 



Deux personnes de ma famille, origi- 
naires de Douai, me disent que cette ca- 
resse et cette désignation sont usuelles 
dans leur région. Pour baiser à pincettes, 
on pince.de chaque main, on attire dou- 
cement, [et on baise au milieu. On incite 
souvent Ies;bébés à faire ce geste : « Fais- 
moi une « baise » à pincettes ». — « Fais 
une belle « bisette » à pincettes ». — Et 
certains l'exécutent avec une grâce sé- 
duisante. 

Sglpn. 



» * 



Le baiser à pincettes, qui est un baiser 
d'une chasteté exemplaire, est bien con- 
nu dans rOuest de la France. Il est d'un 
usage courant pour les papas qui embras- 
sent de la sorte leurs jeunes enfants. 

Il consiste à embrasser les bébés, en fai- 
sant semblant ou presque de leur pincer 
la peau du cou, d'un côté ou des deux à 
la fois. 

J'ai vu souvent un de mes amis, père 
de famille, y recourir, à la grande joie de 
ses fillettes. 

Il m'a semblé, physiologiquement parlant^ 
que la faible sensation nerveuse produite 
par ce doux pincement, avait, chez les 
jeunes enfants, une action plus efficace 
que le simple baiser. 

La réaction est certainement différente 
et plus vive. Or^ chez les bébés, il faut 
des actions assez puissantes pour impres- 
sionner un système nerveux, encore non 
éduqué et non entraîné. 

D'' Marcel Baudouin. 



* 



Le^Roux, dans son Dictionnaire comi- 
que, (i) fournit cette définition du baiser à 
la pincette : 

C'est donner un baiser à une personne en 
lui pinçant doucement les deux joues des 
doigts, afin de pouvoir appliquer le baiser 

(1) Nouvelle édition, Lyon, chez les héri- 
tiers de Beringos, 173 «5 ; in-8. 



L'INTERMEDIAIRE 



N» 14)1. Vol. LXXIII. 

35 

sur la bouche plus à l'aise et plus amoureu- 
sement. 

Donné dans le cou, le baiser à pincet- 
tes comporte moins d' « indécence >•> ; il 
est d'ailleurs, bien souvent innocent ; 
quelle est la mère qui n'a pas embrassé 
son enfant à pincettes et ne lui a point 
appris à en faire autant ? 

P. D. 

... • * 

Mais certamement, on peut le dire, et 

sans nulle indécence ; le terme est déjà 
ancien. Les Bourguignons ont la même 
expression : boiiai ai lai pivcôta. Dans le 
langage des enfants auxquels cette expres- 
sion est surtout familière, donner un bai- 
ser à pincette, en pincette, c'est pincer de 
chaque main les joues de la personne 
qu'ils embrassent. 
Je te prie, baise-rooi à la pincette 

{Comédie des Proverbes, 1616). 
Que fortune tousjours, qui de travers m'a- 

[guette. 
Ne me voudra jamais baiser à la pincette. 

(/« ambitieux de Coût , 1622). 

« Bonsoir, cher grand ami, je vous em- 
brasse à pincette ». (Muhlfeld : Associée 
1905). 

Gustave Fustier. 

On dit fréquemment dans le Nord à un 
enfant ,• Embrasse-moi à pincettes. Aussi 
Hécart enr^gistre-t-il, dans son Diction- 
naire Rouchi/rançais, l'expression Pin- 
chète {hasier à), sans même prendre la 
peine de l'expliquer, et }. Sigart, dans son 
Dictionnaire du IVallon de Mons et de la 
plus grande partie du Rainant, définit la 
baige àpinchette : baiser de vive amitié, 
en pinçant les joues ». 

De Mortagne. 

* 

* * 
L expression bat ser d pincettes est d'usage 

courant en Picardie. Personne n'y attache 
aucune idée d'mdécence. Voici en quoi 
consiste cette façon d'embrasser qui com- 
porte quelque chose de plus affectueux 
que le baiser ordinaire. Un enfant — c'est 
chez l'enfant que ce mode de baiser est le 
plus usité — veut-il embrasser à pincette, 
mère, sœur, frère, etc., il lui prend le 
cou, mais plus particulièrement les joues, 
entre le pouce et les doigts index, médius ! 
et annulaire — c'est la pmce ou pincette { 

— pendant que sa bouche baise la partie 
voisine du cou ou du visage. Un père dira ' 



36 



donc à son enfant : « Embrasse-moi à 
pincettes ». C'est un mot fréquemment 
employé notamment dans le Vimeux ou 
Picardie maritime. D"" Lomier. 



Je n'ai pas lu le roman de Paul Her- 
vieux, mais le baiser à pincettes, tel qu'on 
le nommait et qu'on le pratiquait dans 
mon enfance, il y a quelques 60 ans, était 
la chose la plus simple du monde : il con- 
sistait à embrasser nos parents en leur 
tenant les joues, en les serrant, avec nos 
petites menottes d'enfant. 11 faut que cette 
caresse innocente ait été bien déformée 
par l'esprit d'un romancier, pour qu'il 
s'y mêle une idée indécente. 

X. B. 

* 
* « 

Le « Baiser à pincette » — que votre 
correspondant se rassure — n'était pas 
indécent. Je me souviens très bien qu'il 
était encore de mode alors que j'étais 
tout enfant et que je l'ai « subi > maintes 
fois comme « gage > au cours de jeux 
d'enfants. Cela consistait à vous pincer 
légèrement les joues entre le pouce et 
l'index, à tirer un peu sur la peau et à 
vous embrasser sur le menton ou sur le 
bout du nez. Le baiser « sur le cou » se 
donnait en réalité sur la nuque en même 
temps que l'on pinçait légèrement le cou 
au dessous des oreilles du patient ou de 
la patiente. 

Et cela n'était pas si agréable que cela. 

A. L, 

■k 
* * 

Cette question me rappelle des souve- 
nirs de prime jeunesse, époque où les 
grandes personnes jouaient plus souvent 
que maintenant aux « jeux innocents > et 
où l'on s'embrassait plus que de nos 
jours (et dire que nos mères proclament 
que de leurs temps on était plus prude 
qu'actuellement!) toutes les fois qu'après 
la phrase sacramentelle : *< qu'ordonnez- 
vous au gage touché .f" >, on répondait par 
une « pénitence » 

Une de ces pénitences était le < baiser 
à la pincette >. La jeune fille, qui avait 
mérité la pénitence, s'agenouillait à côté 
d'une chaise à barreaux, perpendiculaires 
et rapprochés de préférence, et un jeune 
homme désigné par l'aréopage s'age- 
nouillait de l'autre côté. Pour pouvoir lui 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 janviar 1916, 



37 



38 



donner un baiser, il devait « délicato 
modo » pincer la joue de la demoiselle 
pour l'attirer à lui, afin de la rapprocher 
de sa bouche, qui y déposait un baiser 
d'un non moins « délicato modo ». La 
position assez disgracieuse des pénitents 
(étaient-ils tant que cela en pénitence ?) 
faisait rire l'assistance. 

Saint-Saud. 



Après avoir pincé délicatement des 
deux doigts preneurs de chaque main une 
petite portion aimée d'une chaire tendre, 
y porter, du cœur aux lèvres, le baiser 
exquis, voilà le rituel « baiser à pincette» . 

Originellement, il semble réservé aux 
mères par leurs tout petits enfants. 

iVlais les amoureux, initiateurs de 
toutes les profanations, perpétuent, avec 
plus ou moins d'inconscience puis de 
conscience, la tradition sacrée. 

Chacun, chacune, souviens-toi!... 

Ce baiser est-il décent? nous demande 
J... rieur. 

Ça dépend, confrère, des conditions et 
circonstances ! 

Fouillons nos méninges. . . Epicure dit 
oui ; Zenon , non 1 

Abélard, plus expérimenté ;5/c et nonl.. 

Mgr d'Hulst, badine ; Distinguons.. 

Elojean. 

Un 420 français (LXX, 11,187,325). 
— Il vient d'être démontré que la France 
z eu, avant l'Allemagne, des canons de 
420 millimètres. 

Il serait peut-être curieux de savoir 
pourquoi l'une et l'autre de ces deux na- 
tions ont choisi cette dimension de 420 
millimètres. Bien sûrement les Allemands 
n'ont pas pensé aux vieux canons dont 
on a parlé dans l'Intermédiaire et qui 
n'ont jamais servi. 

Est-ce qu'il y a une justification quel- 
conque pour le choix exact de ce chiffre 
un peu bizarre : 420 ? Pourquoi pas 400 
ou 450 ? 

M. A. 

Le bruit du canon ''(LXXII, 2, 109, 
226, 274, 324). — La^Revue des deux 
Mondes du i" novembre IQ15, dans un 
article consacré au fils du Régent, Louis 
d'Orléans, cite (à la page 123) une phrase 



de ce prince, qui dit qu'on entendait, aux 
environs de Versailles, le canon du Qyes- 
noy et de Landrecies. V. A. T. 



* 
* ♦. 



La question a déjà été traitée en 1899 
(XXXIX, m, 457J avant d'être posée à 
nouveau dans l'Intermédiaire du 10 fé* 
vrier 1913. 

Ci-joint deux articles sur ce sujet, l'un 
du Cri de Paris du i8 juillet dernier, 
l'autre trouvé dans le Petit Comtois de 
Besançon. 

Dins le Journal du havre, M. Louis Brin- 
deau, sénateur de la Seine-Inférieure, a pu- 
blié quatre articles fort intéressants sur la 
question. Il y a rappelé des observations an- 
ciennes et il en a ajouté qui lui sont per- 
sonnelles ou lui ont été communiquées, sur 
la distance à laquelle peut s'entendre le ca- 
non actuellement. 

Les quelques exemples historiques connus 
et que rappelle M. Louis Brindeau montrent 
que le canon aurait éié entendu : 

En 1694, de Dieppe au Havre (80 kilo- 
mètres, ce qui n'est pas énorme, mais l'ar- 
tillerie de 1694 n'était pas celle du ving- 
tième siècle •, 

En 1814, de Paris à Canon (Eure), à 176 
kilomètres ; 

De Waterloo à Creil, à 200 kilomètres 
(Arago); 

De Paris à Dieppe, en 1870, a 140 ku. ; 

D'Arras à Fécamp, en 1915, à 178 kil. ; 

D'Arras à Vieux-Port, en 1915, à 175 kil. ; 

De Roye à Saint-Pierre-en-Port, en 1915, 
à 165 kil. ; 

De Sillery à Saint-Sauveur (Yonne), en 
1915, à 188 kil. 

Aux exemples qui précèdent, j'ajouterai 
tenir d'un témoin dont l'honorabilité ne 
fait pas de doute que le oanoa du Mont-Va- 
lérien se fit entendre, en 1870, à Honfleur, à 
150 kilomètres environ ; que d'après M. Ch.- 
E. Guillaume, le canon des Vosges a été 
entendu à Zurich (à 130 ou 140 kil.) au 
cours de la présente campagne ; que le ca- 
non de Belfort fut entendu en 1870 jusqu'à 
Monetier, sur le Salève, près de Genève ; 
qu'on a entendu en Hollande, à Groningue, 
le bruit des canons tirant sur Anvers, à 270 
kil Tan dernier : et enfin que les saluts de 
la flotte anglaise à la dépouille de la reine 
Victoria à Portsmouth, 1901, ont été enten- 
dus à Woodchurch, à 134 kilomètres de 
distance. 

Depuis, le canon de VOrion a été entendu 
sur terre, à 155 kil. 

De nombreuses observations permettent 
d'accepter les chiffres de 150 et 200 .kil. Ce- 
lui de 370 kil. est évidemment plus diffi- 
cile à admettra, d'autant que là où le son fut 



N» 1431. 



Vol. LXXIII. 

^9 - 



L'INTERMEDIAIRE 



40 



perçu il paraissait venir de l'opposé de la 
direction du lieu d'origine réel. Mais il y a 
des raisons diverses pour ne pas s'étonner 
trop des fantaisies auxquelles le son peut se 
livrer dans l'air. L'air est un milieu très hé- 
térogène où, par le fait de différence de 
densité et de température, sont disposées 
sous tous les angles des surfaces réfléchis- 
santes et des masses réfractantes. Ces acci- 
dents at nosphériques, qui sont chose nor- 
male, expliqueraient ici la « zone de silen- 
ce >, étudiée par M. le professeur de Quer- 
vain, de Zurich et M. A. Mallack, de Lon- 
dres, et ailleurs les anomalies d'apparente 
direction. 

Le son peut avoir à faire des zigzags fort 
compliqués dans l'atmosphère. 

Lors des classiques expériences que fit le 
Bureau des longitudes entre Montlhéry et 
Villejuif, en 1822, on remarqua que Ville- 
juif entendit chaque coup de canon de Mont- 
lhéry, tandis que Montlhéry n'entendit que 
7 des 12 coups tirés à Villejuif. 

Dans un volume excellent que M. E.-H. 
Barton vient de publier sous le titre de 
Text Book on Sound (Londres, Macmillan), 
l'auteur discute ce cas, et conclut que le 
vent, selon le sens, ou bien rabat le son 
vers le sol ou bien le remonte vers le zé- 
nith. Aussi dans un cas le son arrive-t-il à 
un point donné, au lieu que dans l'autre, il 
passe par-dessus, parfois pour rencontrer 
d'ailleurs un autre vent qui va le rabattre sur 
le sol plus loin : d'où le paradoxe de la « zone 
de silence ». 

11 paraît bien certain que le canon peut 
s'entendre dans des conditions favorables, à 
150, 200 kil. Peut il s'entendre à 300 kil. F 
Aux observateurs à répondre. Je n'ai pas be- 
soin de dire que je recevrai avec grand plai- 
sir toute communication sur ce sujet. 

Le bruit le plus formidable que l'homme 
moderne aurait entendu, et qui aurait voyagé 
le plus loin, serait celui de l'éclatement du 
Krakatoa, en août 1883. Le bruit aurait été 
perçu non seulement à 300, à 500, à 700 
kil. ; il aurait été entendu à 1.500 kil., à 
Célèbes, et même en Australie, à 2.800 kil., 
deux heures après. Sans garantie, bien en- 
tendu pour ce dernier chifTre. 



{Débats) 



Henri de Varigny. j 



Pendant plusieurs soirs, la semaine der- 
nière, les habitants de la grande banlieue de 
Paris, à Cormeilles, Enghien, Heiblay, 
Montmorency, Maisons, Achères, ont dis- 
tinctement entendu vers huit heures du soir, 
c'est-à-dire au moment où les bruits du jour 
s'apaisent, une canonnade formidable. 

On se réunissait par groupes, après le 
d!ner, pour chercher le poste le plus favo- 



rable à l'audition de ce grave concert. On vit 
des messieurs attentifs, çà et là se coucher 
sur l'herbe et mettre l'oreille contre terre, 
pour se conformer aux prescriptions de 
l'acoustique, et scander de la tête chaque 
coup sourd qui parvenait aussi nettement, 
du reste, aux auditeurs restés debout. 

Dans les villages où cantonnent des trou- 
pes, les officiers griffonnaient des chiffres 
pour déterminer autant que possible les 
points du front d'où partaient ces sonorités 
qui faisaient trembler l'air. 

En septenr-bre dernier, les habitants de la 
banlieue avaient entendu les grosses pièces 
allemandes ; aujourd'hui, ce sont les nôtres, 
sorties des ateliers depuis cette époque, et 
nécessairement moins éloignées, qui tonnent 
avec plus de force encore. 

Les coups sourds de ces pièces franchis- 
sent certainement aujourd'hui 80 kilomètres 
à vol d'oiseau, par temps favorable. 

Le Cri de Paris, 18 juillet. 

Le premier sous-marin (LXXII, i , 
1D2, 157,326) — Lire dans le numéro du 
20-30 novembre 1915, colonne 327, ligne 
26 de ma communication : Bossut au lieu 
de Bossuet Bossut (Charles, abbé)mathéma- 
ticien, né à Tarlaras (Loire) {1730-1814). 

Examinateur à Polytechnique, membre 
de l'Académie des sciences. 11 publia de 
nombreux ouvrages sur les mathémati- 
ques, la mécanique, la physique, la na- 
vigation, etc. 

L. Capet. 

Le Verre de Nicolas II (LXXll, 84, 
311, 315). — Cette question se rapporte 
à la coutume préhistorique bien connue, 
du Bois DES Pots, dont on a constaté 
l'existence au premier âge du tir (L. Cou- 
tre) et à l'époque gauloise (abbé Baudry, 
M. Baudouin). 

Je l'ai vu utiliser, de la façon la plus 
solennelle, à Paris au banquet des IVléde- 
cins de la Flotte russe, au Grand-Hôtel. 

Elle était très en vogue, il y a cent ans, 
en Bretagne, puisqu'elle est citée par 
Cambry dans son Voyage dans le Finistère. 
Elle a donné lieu, ici même, à de nom- 
breuses notes. Elle persiste encore ailleurs 
qu'en Russie, Allemagne et France. 

Marcel Baudouin. 



Li. Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

Imp.Ci.«RC-DAHiBL,St-Araand-Mont-Roii<l 



LXXIIl»'* Volume Paraissant Us io, ao et ^o de chaque tiuAi 20-30 janvier 1916. 



N» 1432 

Sl"*,r.Victor-Ma88é 
PARIS (IX«> 

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N° 5432 

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PARIS (IX*) 

Bureaux : de 3^ 6 houro 



C3nt^rmiftiairc 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 

41 » .. 42 

populi te salutant redemptorem ferenteitt 
oppressis prosperitatem atque salutem. 

Le Mutin fait suivre ce discours de 
cette observation : 



L'INTERMÉDIAIRE paraîtra du- 
rant rannéc 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'anuéo de 
guerre 1915. 

Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme , et de n'écrire que 
£un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés di pseudonymes inconnus 
ne seront pas imérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste., la liste, sauf exception^ 
n'est pas insérée., mais envoyée directement 
à V auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'tnterutt toute question ou réponse 
tendant a mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



(flUuedttond 



Le compliment latin de Ferdi- 
nand de Bulgaiid à Guillaume Jl. — 

Le roi Ferdinand de Bulgarie a adressé à 
son hôte et associé, l'empereur Guil- 
laume un petit discours qu'il a eu la 
bizarre idée de tourner en latin. Il lui a 
dit: 

Ave, imperator César et rex victor et 
gloriosus es. Nusa antiqua, omnes Oneniis 



Dans un lourd compliment latin, il dé- 
cerne à s©n complice l'épithète de gluriosus. 
S'il avait lu le Mtles gloriosus, de Plaute 
il saurait que gloriosus ne signifie pas 
« glorieux » mais « fanfaron ». 

Le « kaiser fanfaron » ! Combien juste ! 
Mais combien plus drôle que ce soit son bon 
ami Cobourg qui le lui ait dit ! 

Qu'en pensent nos collaborateurs ? 

11 y a quelques années, le roi de Bulga- 
rie, faisait r^cquisition d'une collection 
de V Intermédiaire, pour sa bibliothèque, et 
s'abonnait. 11 a suivi nos controverses, 
qu'il n'a abandonnées que peu de temps 
avant la guerre. 11 a eu tort évidemment : 
la discussion qui va s'ouvrir lui appren- 
dra qu'il n'aurait eu qu'à gagner à suivre 
la direction de nos latinistes. 

Maintenant, est-il bien certain qu'il a 
fait un contre-sens par inadvertance ?S'il 
n'est pas sûr qu'il connaît bien son 
atin , il connaît du moins son hôte, 

1 ^ V. 

Le lion porteur du livre fermé» 
lion de guerre ? — Le plus ancien 
journal d'Italie — la Ga^etta di Vene^ia, 
qui compte 174 années d'existence — 
vient d'offrir a ses abonnés le calque du 
Lion de Si-Marc avec le livre fermé* 
Pourquoi ? Actualité, répondra-t-on, et 
symbolisme, puisque le lion avec un livre 
terme est signe de guerre... 

Lxauii-a. 



N* 143a. Vol. LKXIII. 



L'INTERMÉDIAIRE 



43 



44 



Nous voudrions savoir sur quoi repose 
cette prétention. Le livre de St-Marc fut 
surtout représenté avec le lion des Evan- 
giles, tantôt ouvert, tantôt fermé. Sur le 
livre ouvert . on lit généralement celte de- 
vise : « Pax tihi Marco Evange lista meus ». 
Sur le \\vre fermé, l'invocation a disparu. 
Donc, guerre ? Mais, d'autre part, des 
deux catégories de lions qui figurent à 
Venise, l'une en mouvement^ l'autre im- 
mobile, il semble bien que ceux de la 
première seuls portent le livre ouvert, 
tandis que le livre fermé est réservé à 
ceux de la seconde. Nous rappellerons, en 
particulier, les deux vieilles effigies, Tune 
quattroceniesça, qui orne la porte du cam- 
panile de S. Aponal, l'autre, peinte par 
lacobello del Fiore et que connaissent 
bien les amis de Venise. Mais il serait 
difficile de djmêler le critère qui aurait 
été adopté dans l'érection, ou la figura- 
tion, de lions av.v livre ouvert ou fermé. 
Il est, au surplus, à peu près certain qu'à 
une même époque on a. à Venise, érigé 
ou peint des lions de l'un et l'autre type. 
Donc il manquerait, à la tradition popu 
iaire du lion avec livre fermé symbole de 
guerre, toute base historique. Et l'origine 
en serait purement « rhétoricienne. » 
Nous aimerions à voir s'ouvrir à ce sujet 
un débat contradictoire à Vlniennédiaii c. 

Camille Pitollet. 

L'Homme malada. — C'est ainsi 
qu'on désigne en manière de plaisanterie 
le sultan. 

D'où vient cette façon de parler:* à qui 
a devons-nous ? 

G. F. 



Sainte Honorine, patronne des 
captifs. — Les traditions anciennes re- 
latent des faits attestant la piété des an- 
cêtres envers sainte Honorine, martyre 
D'ailleurs des villages nombreux portent S 
son nom. Citerai-je seulement celui de 
Conflans-sainte Honorine ? 

La société historique et archéologique ; 
de Pontoise et du Vexin a consacré une ( 
étude très bien faite au prieuré de Con- 1 
flans-Sainte Honorine où il est fait allu- > 
sien à des faits de délivrance de prison- | 
niers. {Mémoires, t. XXXlll) La dévotion j 
populaire s'est-elle perpétuée dans le sens ' 
de cette tradition jusqu'à nos jours et à b 



Conflans-Sainte-Honorine, existe t-il en- 
core un pèlerinage qui aurait été célèbre 
autrefois .'* H. H. 

Bourbouze. — lean Gustave Bour- 
bouze, né le 17 septembre 1825 à Paris, 
où il est mort le 2'} septembre 1H89, a, 
dit on. inventé, en 1H70. la télégraphie 
sans fil à l'usage de sa ville natale assié- 
gée. A t-il été publié une biographie de 
ce savant très modeste ? Sa famille n'était- 
elle pas originaire de l'Auvergne? 

D' Maxime, 

Chevillé de Champigny. — En 

1865 l'Annuaire de la Noblesse a donné la 
nomenclature des familles nobles de 
Frinche-Comté ; on y trouve : 

]:i\'^ Chevillet anobli par Charles Quint 
en 1,44, tant en sa personne qu'en sa 
postérité, dirmes : tanche d'azur et d'argent, 
le I" chargé d'une étoile dor, le 2" d'un 
croissant de gueules. 

Existe-t-il un lien entre ce Jean Chevillet 
et les Chevillet ou Chevillé de Champigny 
habitant au xviii= siècle les environs de 
Langres et Coiflfy ? Joseph Gabriel Che- 
villé de Champigny, dernier prévôt de 
CoifFy épousa Gabrielle Françoise de Rose, 
fille de Nicolas de Rose, chevalier mar- 
quis de Dammartin, et de Gabrielle An- 
toinette de Poutier de Sône. 

Ses armes nous sont inconnues ; si 
elles rappelaient celles de l'anobli de 
Charles Quint ce serait une première 
preuve de leur parenté. 

E Tausserat, 

Jean-le-Gouin. — On lit dans 17/ 
lustration du 17 avril 1915 : 

La baïonnette y jouait le rôle le plus im- 
portnnt et c'était à qui des Jean-le-Gouin 
(équivalent maritime de poilu), embrocherait 

le plus de Boches. 

Pourquoi ce sobriquet ? Peut-être est- 
ce un nom propre bien qu'il ne figure 
point dans de Ch . le Goflfic : Dixmude. 
Si Jean-le Gouin existe ou a existé quelles 
sont ses actions d'éclat.? 

Gustave Fustier. 

Prévost de Sansac. 11 a été ques- 
tion dans les colonnes de \' Inter médiane de 
cette famille à laquelle appartenait Louis 
Prévost, Baron de Sansac, le vaillant 



DES CHERCHURS ET CURIEUX 



45 



compagnon de François l'f. Un membre 
de cette famille aurait, dit-on, émigré en 
Angleterre, à la Révocation de l'Hdit de 
Nantes, et y aurait laissé des descen- 
dants. 

A l'heure où Français et Anglais com- 
battent côte à côte, sur tous les champs 
de bataille, quelque aimable confrère 
pourrait-il me dire si les Prévost d'Angle- 
terre, dont un membre, Georges Prévost, 
né en 1767, mort en 1816, fut comman- 
dant du Canada, et créé Baronnet le 6 dé- 
cembre 1805, descendent réellement des 
Prévost de Sansac ? Leurs armoiries sont- 
elles semblables ? Quels sont les membres 
actuels de la famille anglaise ? Enfin s'en 
trouve-t-il dans l'armée britannique? 
Merci au confrère qui pourra me rensei- 
gner. D'AlZECQ. 

Rebière de Maillac de Cessac . — 

Nous serions reconnaissant à M Le Lieur 
d'Avost qui a si obligeamment répondu à 
notre question sur Couturier de Fornoue, 
de vouloir bien nous donner également, 
s'il en possède des renseignements généa- 
logiques sur les Rebière de Maillac de 
Cessac . 

Marguerite Couturier de Fornoue, soeur 
de l'abbé, avait épousé un Rebière de 
Maillac de Cessac. Ils eurent Pierre Ga- 
briel, marié à Françoise des Ardillers de 
Neuville. Nous serions désireux d'avoir 
l'origine de cette famille également de la 
Marche, dont la Préfecture actuelle de 
Guéret est l'ancien hôtel. 

Les archives des Cessac en partie dé- 
truites pendant la Révolution ne contien- 
nent aucuns dossiers suffisants pour éta- 
blir leur filiation. Elles révèlent cependant 
l'internement d'un Rebiere de Maillac au 
mont Saint-Michel, mais sans donner son 
prénom sur la cause de cet internement à 
la fin du xviii* siècle. 

MONTMOREL. 

Sienkie-wickz. — Dans le pêle-mêle 
des événements qui nous déborJert, il a 
été question d'un château polonais de 
Sienkiewickz envahi par les Allemands. 
Uyel est le nom de ce château ? Où se 
trouve-t-il exactement? Comment les Bo- 
ches s'y sont-ils comoortés ? Sienkiewicz 
a-t il était fait prisonnier ? Qu'est-il de- 
venu ? J. Landrel. 



30-30 janvier 191 6« 

46 ' 

Comte Stevïrarton ou Stuarton , — 

Quelqu'un pouvrait-il me renseigner sur 
le Comte Stewarton ou Stuarton, l'auteur 
des Mémoires de Tallevrand (i8oç) DuRtm 
voltitionary Plutarch (1804). Date de sa 
naissance, de sa mort. 

Horace Backley. 

Les « Mémoires » de Viennet. — 

Chateaubriand, dans ses Mémoires d'Ouift 
Tombe, assure que Viennet, de l'Académie 
française, ancien pair de France, a laissé 
des Mémoires inédits. 

Ces .Mémoires ont-ils été publiés de- 
puis? 

S'ils sont encore inédits, sait-on entre 
les mains de qui ils sont déposés ? 

J... 

Lettres de Voltaire. — Etant privé 
en ce moment de tous moyens de docu- 
mentation et n'ayant à ma disposition 
qu'une vieille et incomplète édition de la 
correspondance de Voltaire, j'ai recours à 
Vhiler média ire et demande si ont été pu- 
bliées les lettres suivantes dont jai les 
copies anciennes sous les yeux. Elles sont 
adressées au président de la Chambre des 
Comptes de Bourgogne et Bresse, Richard 
de Ruffey. 

Aux Délices, 2 mai 1759. 

A Tourney, 21 juillet 1759. 

A Ferney, i" août 1759. 

Aux Délices, 15 août 1759. 

A Ferney, 29 mars 1761. 

A Ferney, 24 avril 1761. 

S. D. 2 juin 1761. 

Ces lettres ne sont pas d'un intérêt de 
premier ordre, toutefois elles méritent 
d'être publiées si elles ne le sont déjà. 

H. C. M. 



Ex-Libris à déterminer. « Loyalté 
me lie », - A qui appartient l'ex-libris 
suivant : deux écus accolés. 

/ de gueules au sautoir d'or 

II d'argent à la herse de. . . 

Timbre : Casque de face surmonté de 
la couronne de comte et orné de ses lam- 
brequins. 

Autour des deux écussons la cordelière 
de veuve. 

Sur un listel : « Loyalté me lie. » Au 
bas : « Ex-libris, M, G, H. 1907. » pièce 



N* 143a. Vol. LXXIII. 

47 

finement gravée, non signée, mon exem- 
plaire est tiré en sanguine. 

R. DE R. 

Un jeton à déterminer : ex pace 
Ubertas - Pourrait-on aider un mobi- 
lisé (éloigné de toute bibliothèque) à iden- 
tifier un jeton dont voici la description : 

Face : Une femme éteint le flambeau de 
la guerre, qu'elle jette sur des armes 
amoncelées. 

Inscription circulaire : ex page vbertas. 
Inscription horizontale, en deux lignes : 
RECHEPF ]] CL. (La lettre P est peut-être 
une combinaison du P et du T'. 

Revers : Un dauphin nageant, cou- 
ronné par un dextrochère sortant d'une 
nuée. 

Inscription circulaire : a delphino in- 
COLVMITAS. A. L. S. 

Bijoux normands. — Connaît-on 
quelques ouvrages ou articles de revue, 
où soit étudiée la fabrication des bijoux 
normands du xvii» et du xvui*' siècle : 
Saints esprits, esclavages, croix, broches, 
épingles, bagues avec pierreries, diamants 
d'Alençon ? 

Existet-il des collections particulières 
de bijoux normands ? 

G. D. 

Lunévllleuse. — On demande l'ex- 
plication de ce mot remarqué dans les 
Petites Annonces. Gramadoc.H. 

Un livre détruit de Chateaubriand. 

— Dans Les Mémoires d' Outre-Tombe de 
Chateaubriand, (vol. IV, page 501, de 
l'édition Carnier), il est question d'un vo- 
lume sur la politique de la Restauration 
de 1822 et 1823, qui fut complètement 
détruit et dont l'imprimeur, M Delloy, 
n'avait gardé qu'un seul exemplaire en 
feuilles, sur lequel il notait lui-même, 
pour sa justification, à la main et en 
marge, des retranchements demandés et 
refusés. 

Sait-on si cet exemplaire a été détruit ? 

S'il existe encore ? Et si oui, où pour- 
rait-on le trouver ? Dans quelle collection 
publique ou privée ? 

Il y a là un intérêt historique qui 
n'échappera à aucun confrère. 

J.-B. 



L'INTERMEDIAIRE 



48 



Maître Guillaume. — Quelle est 
la revue historique française qui a publié 
en 1Q130U 1914 une étude sur la vie et 
les ouvrages de Maître Guillaume, l'écri- 
vain populaire du commencement du 
xvii" siècle ? Ce travail a-t-il été édité à 
part? 

Ma-Del. 



Arriguets. — Je lis dans les Mémoires 
de la vie du Maréchal de Vieilleville, Tome 
IV, p. 37. (Paris-Guérin 1767). 

Ayant trouve par son crédit cent mille 
fr.incs pour payer les arriguets, que l'on a 
accoustumé en telle levée et sans lesquels 
jamais les Allemands ne marchent. 

plus loin p. 53 et 54. 

Et estait cette petite armée fort gaillarde, 
car six jeunes Princes Allemands avaient levé 
chacun sa cornette de Reithres ..tt avaient 
pris les arriguets. 

En note à la p. 37. 

On n'a pu trouver nulle part la significa- 
tion de ce mot S'il exprime une somme 
d'argent, payer les arriguets signifie peut-être 
payer les arrhes ou les avances ; et s'il ex- 
prime un corps de troupes, il signifie peut- 
être ceux qui conduisaient les bagages : arri- 
gatores. 

Que signifie au juste : arriguets ? 

R. DE R. 

Pain K, p^in KK. — D'où viennent 
ces deux appellations qui excitent chez 
nous une douce gaieté ? 

Pour désigner le pain K, on aurait pris, 
je crois, la première lettre soit de l'alle- 
mand Kartofel., pomme de terre, soit de 
Kriegsbioi, pain de guerre Est-ce exact ? 

Et le pain KK. d'où vient cette façon 
de parler ^ G F. 

Chiquenaude. — Rabelais, au cha- 
pitre des jeux, dans Pantagruel, si je ne 
me trompe, cite la chiquenaude, vieille 
forme du mot chiquenaude. En quoi con- 
sistait ce jeu? Etait-ce tout uniment ce 
que représente le mot de nos jours t 

|e fais observer que l'italien a le mot 
cinqutno (quirie), cinquina (quantité de 
cinq objets). 

Cette recherche serait intéressante pour 
l'origine du mot chiquenaude qui demeure 
dans les limbes. L. Abet. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

49 



20-30 janvier 19 16. 



Seponere 



50 



Comte de Chambord. — Où il 
descendit à Paris en 1873 (LXXII, 
90, 91, 203). — Bien que je n'attache 
que peu d'importance aux petits côtés de 
l'histoire, je crois devoir signaler quel- 
ques erreurs de fait dans les réponses qui 
ont été données à la question posée, et 
peut-être aussi dans renonciation de cette 
question même. 

M. le comte de Chambord fit, à ma 
connaissance, depuis la guerre de 1870, 
non pas un seul. ■ ais deux voyages en 
France, je suis porté à croire qu'i! y a eu, 
dans les souvenirs relatés par M. Loth, 
confusion entre ces deux voyages. 

Le premier eut lieu en iSyi. peu de 
temps après la Commune. Le comte de 
Chambord arriva à Paris le dimanche 2 
juillet, dans la matinée, et en partit le 
soir du même jour 

C'est ce jour-là {et non pas en i8j)) 
qu'il vint chez mon père, avenue de Vil- 
lars, n° 10. Il y arriva Jans l'après-midi, 
y dina et y passa le reste de la journée 
jusqu'à son départ. Dans la matinée, il 
avait déjeuné, accompagné du comte 
Henry de Vanssay, beau-trère de mon 
père (1), dans un restaurant tenu par 
Bénard, rue de Marivaux, n° 9, à côté de 
l'Opéra Comique. Ce restaurant faisait 
partie d'un immeuble appartenant à la 
famille de Nanteuil et dont Mme de Vans- 
say, sœur de mon père, était l'un des co- 
propriétaires. (2) 

En rapprochant ces détails, par eux- 
mêmes sans grand intérêt, mais dont je 
puis garantir l'authenticité, des réponses 
précédemment faites à la question posée, 
on rectifiera, d'une part, quelques erreurs, 
et, d'autre part, on remarquera qu'il y a 
eu confusion, dans ces réponses, entre ce 
premier voyage de M. le Comte de Cham- 
bord (1871), et le voyage de 1873. 

Cette fois ce ne fut pas chez mon père 
que séjourna le prince, mais à Versailles, 
chez le comte Henry de Vanssay, au nu- 



(ù C'est M. de Vanssay et non pas mon 
père qui étaii l'un des filleuls du prince. 

(2J L immeuble a été vendu ; et la maison 
a été démolie. 



méro 5 de la rue Saint-Louis. II y de- 
meura quelques jours. 

Pour répondre à la question posée, est- 
il exact que le comte de Chambord, « en 
arrivant à Paris en 1873, entendit la 
I messe à Sainte-Clotilde, puis alla déjeu- 
ner dans un restaurant situé au rez de- 
chaussée d'une maison dont M. de Vans- 
say était propriétaire dans le faubourg 
Saint-Germain » ? 

Il ne m'est pas permis de répondre 
non, d'une manière absolue, sur ces dif- 
férents points, parce que j'ignore quels 
furent, en 1873, pendant la traversée de 
Paris (très courte peut-être), la durée et 
l'emploi du temps passé par le prince. 
I Mais tout semble indiquer qu'ici encore 
i les souvenirs relatifs au premier voyage 
I auraient été, non sans quelques erreurs 
I de détail, attribués au second. Voici sur 
I quoi ic fonde cette supposition : 
\ i" Le dimanche 2 juillet 1871 (premier 
voyage), le comte de Chambord entendit 
la messe a Notre-Dame-des-'Victoires (non 
à Sainte-Clotilde, ce qui pourrait être 
l'origine du souvenir transmis par M. 
Loth). 

2° M. de Vanssay n'était, à ma con- 
naissance du moins, propriétaire d'aucun 
immeuble dans le faubourg Saint-Ger- 
main. 

3" Enfin l'analogie des faits relatés par 
M. Loth — mais ignorés de ma famille 
en tant que relatifs au voyage de 1873 
— avec ceux que j'ai rapportés ci-dessus 
pour le premier voyage (celui de 1871) 
suggère et, à mon sens, autorise l'hypo- 
thèse que je viens d'émettre d'une confu- 
sion entre ces deux voyages. 

En résumé, les faits énoncés dans le 
texte cité plus haut sont, à mes yeux, 
l'un erroné et les autres fort douteux. 

Mais remplacez la date de 1873 par 
celle de 1871, l'église Sainte-Clotilde par 
celle de Notre-Dame-des-Victoires et le 
restaurant du faubourg St-Germain par 
celui de la rue de Marivaux : le texte, 
ainsi modifié, deviendra à peu près con- 
forme à la vérité authentique. 

Baron de Nanteuil. 

Le Bourbons sont-ils Arsacides 7 

(LXXII, 378). — Il yaconfusiondans la note 
de L-ii. Léo Claretie rappelée par notre 
confrère A. Urit. fcn effet, Othon II, empe- 
reur d'Allemagne, épousa Theophanie et 



N« 



1432. 



Vol. LXXIII. 
51 - 



L'INTERMEDIAIRE 



52 



c'est sa sœur Anna, fille de l'Empereur 
grec Romain II. qu'épousa Wladimir le 
Grand, premier ijrand prince et souve- 
rain de toute la Russie, de Kiew, Novo- 
gorod, etc.. de toute la Volhynie, vain- 
queur de Moscou, de Korson, etc ., Ce 
prince qui descendait de Ruryk, embrassa 
comme on sait, en 990, la religion grec- 
que et eut comme fils laroslaw dont la 
fille, comme il est dit dans la note de M. 
Claretie, se maria avec Henri I , roi de 
France, première alliance Franco-Russe. 
Il est donc évident qu'on en peut con- 
clure qu'un peu, très peu de sang macé- 
donien coule dans les veines des Bour- 
bons. C'est probablement pour cette rai- 
son que le Czar des Bulgares a cru pou- 
voir se réclamer d'Alexandre le Grand. 
Au surplus, il est desdescendantsdirects de 
Wladimir le Grand qui ont toujours et de 
tout temps ry[inelé cette alliance de leur 
illustre ancêtre, notamment la mais m 
princière d'origine Russe Swialopolk 
Czetwertynski qui a pour ancêtre immé- 
diat Swiatopolk, fils de laroslaw, petit 
fils de Saint Wladimir et qui a conservé 
par tradition le nom d'Anna parmi 1 s 
filles dans la branche aînée de la vieille 
Czetwertnia (voir Gotha de 1884) en sou- 
venir de la Porphyrogenete-Anna, fille de 
l'Empereur Grec, descendante de Basile I 
et de Philippe de Macédoine, épouse de 
Wladimir le Grand. 

Evidemment cela n'est pas près de 
nous, mais l'histoire, même documentée, 
peut en matière généalogique être parfois 
très éloignée. Eue. Rogée Fromy. 






A propos d'un article de Léo Claretie 
paru il y a quelques années dans le Gau- 
lois, un lecteur de V Intermédiaire de- 
mande ce qu'il peut y avoir de vrai dans 
la généalogie qui, d'après l'auteur, ratta- 
cherait les Bourbons aux Arsacides par le 
sang d'Agnès de Russie — ou plutôt de 
Moscovie comme on disait alors. 

Il est exact que Romain II — sombre 
canaille à qui ses crimes ne profitèrent 
pas puisqu'il régna quatre ans seulement, 
de 959 à 963 — était l'arrière petit fils 
de Basile 1='' et que sa seconde fille, Théo- 
phane, épousa Wladimir, duc de Mosco- 
vie, père de laroslaw (Georges) dont une 
fille, Agnès,' devint la femme d'Henri I"", 
Roi de France. 



Quant à Basile I", souche d'une mai- 
son royale de Macédoine, il n'était 
qu'un simple écuyer quand Michel le 
Buveur l'associa au gouvernement de ses 
Etats Peu d'années après, sa faveur di- 
minuant, il crut sa vie menacée par Mi- 
chel et se hâta de prévenir celui-ci en le 
supprimant pour lui succéder. 

C'est bien de lui qu'on peut répéter 
avec Voltaire : 

Le premier qui fut Roi fut un soldat heureux. 
Mais si l'on connaît assez bien sa 
descendance, on est beaucoup moins fixé 
sur ses ancêtres et la preuve qu'il se 
rattachait aux Arsacides ne me s'^mble 
pas avoir été donnée, jusqu'à présent, 
avec une évidente clarté. 

Adrien Varloy. 



Il y a six cents ans de distance, si je ne 
me trompe, entre la disparition du der- 
nier roi Arsacide des Parthes et le temps 
où a régné Basile I" à Constantinople. Il 
y a quatre cents ans entre la disparition 
des Arsacides d'Arménie et ce même rè- 
gne. Quels documents tont le pont sur 
cet abîme, et relient les Arsacides à Ba- 
sile ? Quel est le pont, du reste^ d'une 
plus belle longueur encore, qui relie à 
Ale.xandre le Grand, et à sa progéniture in- 
connue de l'Histoire, ce fils de pauvres 
gens d'An;lrinople ? je sais bien que le 
petit-fils de Basile, l'empereur Constan- 
tin VII, a fabriqué ou fait fabriquer à son 
grand-père une généalogie merveilleuse, 
qui le faisait, en outre, M. Léo Claretie 
n'a pas utilisé ce détail, descendre de 
Constantin 1". Aucun historien n'a ja- 
mais pris au sérieux les chroniqueurs de 
cour byzantins. 

A partir de Basile !""■ les filiations sont- 
elles mieux établies ? Peut-être — sous 
réserve des accidents, particulièrement à 
craindre dans les dynasties byzantines, 
qui compromettent parfois les légitimités. 
En:ore faudrait-il y regarder de très 
près. 

Le roman historique est du reste un 
genre intéressant. Ibère, 

A 
» V 

Si l'on considère que le nombre des 
ascendants est au lo' degré, (soit 300 ans 
environ) de 2'°, soit plus de 1000, que 
conséquemment chacun de nous a plu- 
sieurs milliards d'ascendants avant vécu 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30-30 janvier 1916. 



53 



54 



vers l'an mil, il n'est pas étonnant que les 
Bourbons aient quelques gouttes, infini- 
ment petites des Arsacides, aussi bien que 
de presque toutes les familles historiques. 
Il est vrai que de tout temps H surtout 
dans les temps modernes, les maisons 
souveraines ne s'allient qu'entre elles ou 
avec d'illustres familles, ce qui multiplie 
outre mesure ies ascendants qui se répè- 
tent Ainsi, Henri IV qui descendait au 
io« degré dans la ligne masculine de S. | fond de chaque canton, des fleurs de lys, 



(Cf. SUZA.NE : Histoire de V Infanterie 

française 11, p. 219 220). P. D. 

* 

Les vieilles bandes de Picardie formè- 
rent le régiment de Picardie, en 1585, le 
premier des Grands-Vieux. Ce corps prit 
en 1780 le nom de « Colonel général », 
(qui portait un casque, sous Louis XVI), 
Le régiment avait gardé le vieux drapeau 
rouge à croix blanche, en ajoutant sur le 



Louis, comptait ce dernier plus de 100 
fois dans ses ascendants de ligne fémi 
nine. Alphonse XII, roi d'Espagne, comp- 
tait, sur ses 32 quartiers, (ascendants au 
5^ degré) 11 fois Philippe V, 11 fois sa 
femme Elisabeth Farnèse, ou des descen- 
dants de ces deux souverains. 

Il est donc téméraire de comprendre 
trop exclusivement un souverain ou toute 
autre personne dans l'une des innombra- 
bles familles dont ils descendent dans la 
ligne féminine. A. E, 

« 

* * 

La question devrait être posée ainsi : 
Les Bourbons descendent-ils des Arsa- 
cides? Car pour être des Arsacides. il fau- 
drait qu'ils en fussent issus de mâle en 
mâle. Ceci posé, les Bourbons descendent 
bien par femmes — et de la manière indi- 
quée dans la question, de Basile 1 le Macé- 
donien, ainsi du reste que la plupart des 
maisons souveraines, ou même simple- 
ment nobles — voire bourgeoises de la 
chrétienté, — mais Basile-le-Macédonien, 
de naissance fort obscure au dire des con- 
temporains, était rien moins qu'un Ar- 
sacide, et cette origine fut une invention 
des courtisans après son avènement au 
trône impérial. 

Voir Du Cange, Familice By^aniînce. 

D. V. 

Régiment de Picardie (LXXIl, 379). 
— Par suite de l'organisation du 25 
mars 1776, Picardie forma deux régi- 
ments : Le premier, formé des 2" et 4^ 
bataillons, conserva momentanément son 
nom, tandis que les i®"" et 3^ bataillons 
formaient le régiment de Provence. 

Le régiment de Picardie prit en 1780 
le titre de Colonel-Général, cette charge 
ayant été rétablie en faveur du prince 
de Condé et devint en 1791 le premier 
régiment de ligne. 



1776. on avait formé avec le 2* et 



et en chargeant la croix de couronnes 
royales. En 1791, Colonel général devint 
i^f régiment d'Infanterie de ligne ; lors 
de la création des demi-brigades de ba- 
taille (1794), le i" bataillon fit partie de 
la composition de la i^^ demi-brigade, et 
le 2" bataillon, de celle de la 2' demi-bri- 
gade 

En 
le 46 bataillon de Picardie, un régiment 
nommé Provence — qui avait ajouté au 
vieux drapeau du corps primitif, une- 
mince croix de St-André blanche; le ç 
avril 1780, Provence redevenait Picardie 
et prenait place après colonel général. 
Devenu 2^ d'Infanterie en 1791 — son 
i**' bataillon en 1794 — entre dans la 3* 
demi- brigade de bataille, et son 2" ba- 
taillon sert à former la 4" demi brigade. 

A la grande refonte de 1796, je signale 
que la 9' demi-brigade fut formée de la 
2^ demi-brigade, qui descendait de Co- 
lonel-gônéral par son 2' bataillon. 

. Ces formations furent très compliquées. 
L'ouvrage publié en 1900 par le Ministre 
de la Guerre chez Berger-Levrault « His- 
torique des corps de troupe de l'armée 
Française » est utile à consulter sur ces 
points. 

Le règlement provisoire de 1784 donne 
2 bataillons à chaque régiment d'Infan- 
terie. Chaque bataillon possède 4 com- 
pagnies de fusiliers à 119 hommes sur 
pied de paix et 170 sur pied de guerre 
plus 6 officiers par compagnie et une 
compagnie de grenadiers (i»'' bataillon) 
et une de chasseurs (2" bataillon) fortes 
de 96 hommes et 6 officiers — Monsei- 
gneur le prince de Condé était Colonel- 
général de l'Infanterie française et étran- 
gère. B. P. 

Voici un court historique du Régiment 
de Picardie pour répondre à la question 
posée. 



N» 1432. Vol. LXXIII. 

55 

Les Picards ont toujours été de valeu- 
reux gens de guerre et répondaient les 
premiers à l'appel du Roi, qu'ils fussent 
archers, arbalétriers, arquebusiers, halle- 
bardiers, etc., mais longtemps, ils res- 
tèrent des m'iices, des bandes. Le premier 
essai dorgimisation régulière fut fait en 
1^69 par Henri 111 qui créa les quatre ré- 



L'INTERMËDIAIRE 



56 



de Nangis (1640), Nicolas de Nangis 

(1644), le duc de La Vieuville (1545), 

Claude de Nangis (1655), le comte de la 

: Marck (1658), le marquis de Bourlémont 

l ('675)1 's duc d'Harcourt (1677), le 

i prince d'Epinoy (1691), le prince de 

j Montbazon (1702), le prince de Montau- 

! ban(i7i7)le marquis de Massé (1734), 

giments des Gardes Françaises, de Picar- I le duc d'Antin (1745) le marquis de Bre- 



die, Champagne et Piémont. Mais le Ré- 
giment de Picardie ne prit réellement ce 
nom qu'en 1585 et son ancienneté le fit 
désigner plus tard pour marcher en tête 
de tonte l'infanterie française, immédia- 
tement après la Maison du Roi. 

C'est ainsi que la célèbre ordonnance 
du 26 mars 1670 portant règlement gé- 
néral pour le rang des régmients d'in- 
fanterie édictait : 

N° I Les Gardes Françaises 

2 Les Gai des Suisses 

3 Picardie 

4 Piémont 

5 Champagne! 

6 Navarre 

7 Normandie 

8 La Marine 

9 Rambures 

10 Castelnau 

1 1 Auvergne 

12 Sault 

13 Bandeville 

14 St-Vallier 
(devenu en 1672 réginent du Roi). 

Suivaient les 37 autres régiments dont 
il me semble inutile de donner les noms. 

Le 2S mars 1776 Picardie fut divisé en 
deux : le 2® et le 4* bataillons gardèrent 
le nom de Picardie ; le i"' et le 3^ pii/ent 
le nom de Provence. Enfin, en 1791, Pi- 
cardie, gardant son beau titre d'ancien- 
neté, devint le i" Régiment d'Infanterie 
de Ligne. 

Impossible de citer ici tous les com- 
bats où se distingua le célèbre Picardie : 
on le vit sur tous les champs de bataille 
de l'Europe. 

Ses colonels furent ; Jean de Montcas 
sin (158c), Antoine de Montcassin (i 587), 
Gilles de Faverolles (1589}, Jean de Ro- 
mefort (1589), le marquis d'Estrees 
(1593), Jean de Gontaut Biron (1595), 
Jean de Zamet (1617), le duc de La Ro- 
che Guyon (1621). de Béthune Sully, duc 
d'Orval (1625), le duc de Charost (1627), 



I 



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hant (1749), le comte de Durfort (1761), 
le comte de Lévis (1763), le co . te de 
Rabodanges (1780), lemarquisdeSenevois 
( 1782), le marquis de Rochjdragon (1734J, 
Jean Dubois de Chantereine qui fut le 
premier colonel du \^' de ligne le 25 
juillet 1791, etc.. 

L'unitorme de Picardie était l'habit de 
drap gris blanc avec veste rouge, culotte 
blanche et bas noirs, puis guêtres noires. 

Pour plus amples renseignements, con- 
sulter : C. Rousset : Histoire de Louvois 
T. 1. p. 222; Desmaze : Le Régiment de 
Picardie ; Roussel : Histoire dei Régi- 
ments de Picardie^ Navarre, Champagne ; 
Général Suzanne : Histoire de l'Armée 
Française, etc. 

Adrien Varloy. 






Sous Louis XVI, existaient le régiment 
de Picardie, infanterie et le régiment 
royal Picardie cavalerie. 

Le régiment de Picardie-infanterie, le 
plus ancien corps français de nos troupes 
à pied avait quatre bataillons à la fin du 
règne de Louis XV ainsi que les autres 
régiments les plus anciens de l'infanterie 
française, Champagne, Navarre, Pié- 
mont, etc. Comme on voulut en 1776 
mettre tous les régiments à 2 bataillons, 
on dédoubla ceux qui en avaient quatre. 

Les 2" et 4"^ bataillons formèrent le 
régiment de Picardie, i'^'^ de ligne, les !*■■ 
et 3*^ prirent le nom de régiment de Pro- 
vence 2^ de ligne. 

En 1780, le ler de ligne prit le nom 
de régiment du colonel-général (de l'in- 
fanterie) le 2* de ligne quitta alors le 
nom de Provence pour reprendre celui de 
Picardie. 

Le dernier colonel du 2^ de ligne fut en 
1793 Macdonald, depuis maréchal de 
France. Les bataillons des i^"" et 2*^ de 
ligne entrèrent au cours de la Révolution 
dans des demi brigades diverses 

Les 1*' et 2' de ligne actuels les repré- 



le marquis de Breauté (1634), François] sentent aujourd'hui par similitude de 



DES CHSRCHSURS ET CURïKUX 

57 —^ 



ao-30 janvier 1916. 



58 



n" car à la 2® Restauration, les régiments 
de l'Empire furent dissous par Louis XVIII 
et les troupes d'infanterie organisées alors 
n'eurent plus aucun lien avec celles du 
passé, l'ancienne armée étant entièrement 
brisée. Cottreau. 

Ordres et correspondance du ma- 
jor général en juin 1815 (LXXll, 
284). — A la suite de la question posée 
dans V Intermédiaire, M. Lenient, auteur 
du volume Solution des énigmes de Wa- 
terloo a envoyé à M. Alfred Duquet la 
lettre suivante : 

19 décembre 1915. 
Monsieur, 

Votre note m'a vivement intéressé, mais 
peimettez-moi de vous faire remarquer qu'il 
existe une grande différence entre la citation 
du registre de Soult par H. Houssaye, 
et celle que j'ai faite. Pour Houssaye 
un des éléments de sa thèsa, une des co- 
lonnes de son argumentation. Il s'appuie sur 
le registre de Soult comme sur une base in- 
destructible. Pour moi, au cont'-aire, qui n'ai 
en vue que la vérité impartiale, sans tdée 
préconçue et san^ Vomhre de passion poli- 
tique, je n'ai visé le registre de Soult que 
comme un moyen accessoire, un élément de 
second ordre. J'ai démontré que la fausse 
légende n'avait même pas su y lire ni s'en 
servir tel qu'il était (V. mes démonstrations 
de la p. 263 à 268). 

En somme, j'ai fait pour le registre de 
Soult ou copie de ses ordres ce que j'ai fait 
pour toutes les armes de la fausse légeride. 
je l'ai arraché de leurs mains et tourné contre 
mes adversaires (adversaires courtois et au 
point de vue purement historique). 

Otez ce registre de mes démonstrations, 
je n'ai pas une ligne, pas un mot à changer. 
Tous mes arguments stratégiques et tacti- 
ques restent intangibles. 

Dailleuss, il convient de ne pas exagérer 
au sujet de la discussion de la valeur du re- 
gistre de Soult. La date de son dépôt à la 
Bibliothèque n'infirme rien, et la raison en 
est simple : toutes les lettres, ordres et notes 
qu'il contient sont prouvés par la n.éthode 
que j'appellerai la méthode des recoupe- 
ments. Ces lettres, ordres et notes ont été 
envoyés et sont arrivés à destination, et les 
destinataires, Ney, d'Erlon, Davout, Reilie, 
Grouchy, Lobau, l'ont constaté et attesté. La 
valeur du cahier du major général — qu'il 
ait été enregistré en 1847 ou en 1816 ou à 
n'importe quelle autre date — est donc am- 
plement démontrée par les pièces d'archives 
et papiers de famille authentiques qui en 
constituent la contre-partie, on pourrait diie 
le duplicata. Les documents inédits du duc 



d'Elchingen notamment en contiennent tous 

I les passages essentiels et les quelques difïé- 

1 rences d'orthographe ou de ponctuation ne 

I modifient ni le sens ni même la lettre du 

cahier de Soult. v^ 

Remarquez encore que ce cahier a été dé- 
posé du vivant de Soult, qui occupa les plus 
hautes situations sous le règne de Louis-Phi- 
lippe. 

Il n'est pas présumable ',que le dépôt de 
cette pièce capitale ait été effectué sans l'avis 
ou l'examen du duc de Dalmatie. Mais quand 
même nous laisserions cet argument décote 
comme trop personnel, il n'en reste pas 
moins h contre partie authentique et irréfu- 
table des ordres parvenus à destination. 

Voulez-vous me permetire, Monsieur, 
puisque ces questions vous intéressent, de 
vous demander ce que vous pensez de ma 
discussion de la note au crayon. C'est un 
des clous de ^mon livre, le plus curieux au 
point de vue dramatique. 

Veuillez agréer. Monsieur, l'e.xpression de 
mes sentiments les plus distingués. 

Lenient. 

Papier monnaie et monnaies de 
nécessité (LXXl ; LXXll, 17, 58, 258, 
299. 391). — La Chambre de commerce 
de Melun (Seine-et-Marne) a émis, le 15 
octobre I9i5,des coupures de o fr. 50, 
I fr. et 2 fr. du même type, rembour- 
sables à la Banque de France succursale 
de Melun avant le 15 octobre 1920 et 
n'ayant cours que dans sa circonscription 
(arrondissements de Melun, Provins et 
Fontainebleau). 

Robert Ferat. 
♦ 
* * 

Je rectifie d'abord et je complète ma 
dernière réponse (LXXII, 299). 

Belfort (Ch. de C.) coupures de 1 f. et 

fr. 50. 

Besançon (Ch. de C) coupures de i fr. 

et o fr. 50. 

Rennes et Saint-Malo (Ch. de C) cou- 
pures de 1 fr. et 0,50. 

Le Tréport (Ch. de C.) outre la cou- 
pure de 2 fr. déjà signalée, il en existe 
une de o fr. 25 ; j'ignore s'il y en a d'au- 
tres. 

Au lieu de Niort ; il faut lire Deux- 
Sèvres (Ch. de C.) les coupures sont de 

1 fr. et 0,50. 

j'ajoute maintenant, d'après des exem- 
plaires que j'ai sous les yeux. 

Abbeville (Ch. de C. et ville) 2 fr.,i fr. 
et 0,50. 



L'INTERMEDIAIRE 



N" 1433. Vol. LXXIII, 

59 

Alençon (Ch. de C.) i fr. et o.ço. 

Amiens (Ch. de C ) 2 ir.,\ fr. et 0.50. 

Angoulême (Ch de C.) . 11 y a une 2° et 
3" série. 

Béthune (Ch. de C.) 0.50. 

Bourges (Ch. de C.) i f et 0.50. 

Châteauroux (Ch. de C.) 2 fr., i fr. et 
o.so. 

Le Havre (Ch. de C.) coupure de o.ço 
créée en 1914., mise en circulation en 
191Ç. 

Le Havre (Ch. de C.) coupure de 1 fr. 
avec la date 191 5. 

Libourne (Ch. de C.) il y a une 2c sé- 
rie. 

Lorient (Ch. de C.) 2 fr.^ i fr., 0.50. 

La Rochelle (Ch. de C.) i fr. 
' Narbonne (Ch. de C] i fr. et 0.50. 

Poitiers (ville) 1 fr. et 0.50 

Remiremont (ville) 1 fr. et 0.50. 

Rouen (Ch . de C. et ville) 2» série por- 
tant la date 1915. 

Vertus (ville) i fr., 0.50 et 0.25. 

Enfin sur le catalogue n" 80 de la li- 
brairie Saffroy frères, je trouve les villes 
suivantes qui n'ont pas encore été signa- 
lées. 

Alais 1 fr. et 0.50. 

Blois I fr. et 0.50. 

Cette I fr. et 0.50. 

Chambéry i fr. 

Elbejf (Maison Blin) i fr. et 0.50. 

Ferfay (Mines) 2 fr., i fr., 0.50 et 

0.2Ç. 

Graissessac f Mines) 2 fr , i fr., 0.50 
et 0.25. 

Lunéville — 5 fr., 2 fr., i fr. 

Mâcon et Bourg — 1 fr. 

Mayenne (ville, 2 fr. 

— (service des émigrés) série de 
8 billets. 

Montaigu — i fr., 0.50, 0.25 (reti- 
rés de la circulation). 

Montpellier — i fr. et 0.50. 

Nancy (Ch de C.) 0.50. 

Perpignan — i fr. et 0.50. 

Roanne (Ch. de C.) i fr. 

Sens — I fr. 

Tarare — 1 fr. 

Thann (Alsace) 0.50 et i marck. 

HD'. 



60 



triotiques » émis par des municipalité^ 
pendant la Révolution, en ce qui con" 
cerne la somme de cinq sous et au-des- 
sous, que pour les départements suivants • 

Aisne.-- La Fère (5 sous) ; Neuilly-sur- 
Front (2 sous 6 deniers) ; Brugées (5 sous, 
1 sou, 2 sous 6 deniers ) ; Saint-Q.uentin 
(1 sou) ; Vervins (^ sous' ; Wicge (7 sous). 

Aube. - Nogent-sur-Seine (4 sous). 

Aude. — Carcassonne (5 sous ; 2 sous 
6 deniers) ; Castelnaudary (5 sous). 

11 est certain qu'il doit y en avoir des 
quantités d'autres. ]e ne sais rien sur la 
Vendée, en 1790-1793; en dehors de ce 
qui est dans A. Colson(i). 

2° En ce qui concerne la guerre de 
1870-71, je ne connais les billets de cinq 
sous (vingt-cinq centimes) que par la 
ville de Saint Q.uentin (Aisne). 

Toutes les pièces citées se trouvent 
dans des collections privées. 

Marcel Baudoin. 

Comm*^nt appeler la guerre ac- 
tuelle ? (LXX ; LXXl ; LXXII). — J'ai 
été étonné de voir, Tautre semaine, l'ar- 
ticle d'un académicien intitulé :« La guerre 
mondiale ». Est-ce que « Guerre uni- 
verselle » n'indique pas aussi clairement 
que le conflit actuel s'étend jusqu'aux ex- 
trémités de la Terre '^ L. V. P. 

Guillaume» II, musicien, poète 

(LXXll, 382). — J'ai lu qu'il avait com- 
posé, il y a quelques années, une œuvre 
lyrique et musicale, sans doute^ en l'hon- 
neur d'Œgir, qui était le Neptune de la 
mythologie primitive des peuples du 
Nord. 

N'a-t-il pas aussi composé des sermons? 

V. A. T. 

Ce qu'on a dit des Allemands 

(LXX; LXXl; LXXII, 21,209,289).— 
Flaubert a écrit : 

Les armées de Napoléon l^"" ont commis 
\ des horreurs, sans doute. Mais ce qui les 
composait, c'était la partie inférieure du 
peuple français, tandis que, dans l'armée de 



(i) Les billets que j'ai cités sont bien de 
__.,, , . j 1 -r-. ■ i SaintGillessur-Vic (VenJée), et non de Saint- 

Billets de cinq sous de la Revo- J Q^nes (Gard), ils sont signés de noms qui 
lution (LXXll, 284, 392)- 1" Je nai > existent encore dans ^ette commune oii je les 

trouvé jusqu'à présent, de mentions rela- ai trouvés moi-même ! A. Colson a donc 
tives aux «* Bons de confiance » ou « pa- oublié Saint-Giiles-sur-Vic... 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



30-30 janvier 1916 



61 



62 



Guillaume, c'est tout I2 peuple allemand qui 
est le coupable. 

Quelle barbarie! quelle reculade... Ces 
officiers, qui cassent les glaces en gants 
blancs, qui savent le sanscrit et qui se 
ruent sur le Champagne, qui vous volent 
votre montre et vous envoient ensuite leur 
carte de visite, cette guerre pour de l'ar- 
gent, ces civilisés saiivages me font plus 
horreur que les cannibales, 

P. c. c. Nauticus. 

Le pas do l'oie allemand (LXXI ; 
LXXII, 20, 60, 247). — « Les parades de 
Postdam où affluait l'Europe militaire en- 
tière » (sous Frédéric II), ^< s'exécutaient 
à un pas cadencé très lent, très solennel 
que le règlement de 1862, après ceux de 
183 I et dé 1791, définit comme le règle- 
ment prussien... Le pied gauche à soi- 
xante-cinq centimètres du droit, le jarret 
tendu, la pointe du pied nn peu baissée et 
légèrement tournée en dehors ainsi que le 
genou . . , 

« Ce pas, parce qu il était habituel, s'ap- 
pelait en Prusse le pas ordinaire, pour le 
distinguer du pas que nous marchons 
dans la rue, lequel ayant un caractère ex- 
ceptionnel dans la manœuvre de Postdam 
s'appelait le pas accéléré. Notre règlement 
de 1862 — puissance invincible de la 
tradition -- continue cette distinction et 
ces dénominations. 

« Le pas de tout le monde, il l'appelle 
pas accéléré, et le pas cadencé solennel 
des grenadiers du grand Frédéric (con- 
servé seulement à titre d'exercice prépa- 
ratoire pour nos soldats à leurs débuts), 
il l'apjielle encore pi^ ordinaire^ alors que 
nos habitudes en ont fait depuis cinquante 
ans tout ce qu'il y a de plus extraordi- 
naire ». 

(Amowvw^, L'Armée Française en 1867, 
Paris, 1867, quatorzième édition, pp. 212- 
213). 

On sait que le général Trochu était 
l'auteur de cet ouvrage, qui eut à l'épo- 
que un retentissement considérable, 
comme en témoigne le nombre des édi- 



tions l'année 



qui n'est pas 

véritable intérêt d'actualité. 



même de l'apparition, et 
sans présenter encore un 



A. L. S. P. 

Colonies romaines du Rhin d'après 
Victor Hugo (LXXII, 188). — Il y a 
une courte^ dissertation^ sur,, Rigodulum, 



qui serait Rigol ouRéol, à deux lieues au- 
dessous de Trêves, dans la Description de 
la Gaule-Belgique d-a PèreCh. Wastelain, 
p. 245, Cet auteur ne mentionne pas les 
autres localités restées inconnues à notre 
confrère. De iMortagne. 

Le théâtre au camp (LXXI). — 
Je me fais un plaisir de signaler à 
M. Henry Lyonnet un article paru dans 
\e Figaro du 14 janvier dernier sous ce 
titre : Le Théâtre à la guerre ; et aussi 
un article de V Illustration (n° du 21 août 
1915) intitulé : « Le Théâtre en campa- 
gne », mais j'ai l'idée d'être Gros-Jean en 
remontrant à son curé. 

Gustave Fustier. 

La chapelle Notre-Dame de 
Lorette (LXXI, 467). — Cette ques- 
tion intéressante de la fondation de la fa- 
meuse chapelle de Notre-Dame de Lor- 
rette entrée désormais dans l'histoire de 
la Guerre Actuelle est restée sans ré- 
ponse. Je suis documenté à ce sujet par 
les cartes postales de la chapelle de Notre- 
Dame de Lorette qui portent la notice sui- 
vante : 

Cette chapelle auprès de laqaelle^se sont li- 
vrés tant de sanglants combats et de laquelle 
plus une pierre n'est debout, avait été édifiée 
en. 1878-80 par l'abbé Pingresson. Elle rem- 
plaçait un modeste monument élevé en 1700 
à la suite d'un vœu par Floient Guilbert 
d'Ablain Saint-Nazaiie, guéri d'une façon 
miraculeuse à Lorette (Italie). 

Cette carte postale porte une vue trè^ 
bien faite de la chapelle et la signature d^ 
« Th. I homas del ». 

Je suis très heureux de pouvoir la si- 
gnaler. Sans doute, dans l'avenir, des 
mains pieuses reconstruiront la chapelle 
Notre-Dame de Lorette sur le plateau où 
dorment, enveloppés dans leur gloire, 
tant de nos vaillants soldats; ce sera pour 
les familles un asile de prière et du sou- 
venir des chers « morts pour la Patrie ». 

H. H. 



ramille d'Argent (LXIX, 741 ; 
LXXII, 3417V • Si la famille d'Argent 
dont parle M. E. des R. est du Sancerrois 
en Berry, voici quelques notes qui peu- 
vent l'aider à en trouver l'origine : 
Le chanoine Poupard, dans son His- 



L'INTERMEDIAIRE 



N» 1439. Vol. LXXIII. 

63 

toire de Sancerrc, imprimco en 1777, lui 
consacre les lignes suivantes : 

Darsrent — Cette famille subsistait au 
temps du siège en IS73. Abel Dargent mi- 
nistre converti et mort en 1653 à l'hôpital 
de S^ncerre dans l'exercice des œuvres de 
charité. — Miche! Darg.nt lieutenant des 
Chevaux-légers de la Maison du Roi en 165'} 
— Jean Dargent capitaine au régiment de 
Bussy en 1655 — Alichel Dargent, licencié 
es lois «n 167a. 

D'autre part, je trouve dans mes docu- 
ments d'archives : 1652 Etienne Dargent 
procureur du comté de Sancerre. — Gé- 
néalogie de Villantroys : Marie de Villan- 
troys, fille de Simon de V. s"" de la Girau- 
dière à Vierzon et de sa 2" femme Marie 
Bourgeois, épousa, vers 1660, noble Louis 
Dargent, conseiller du Roi, avocat en par- 
lement, grenetier au grenier à sel de San- 
cerre. 

D'Ho:(ier registre 1" D'Argent : porte 
d'azur au lion d'or et un chef d'or chargé 
de j étoiles de gueules. 

Charles Antoine d'Argent, écuyer, sei- 
gneur de Deux Fontaines au diocèse de 
Reims, fils de |ean D'Argent, capitaine de 
cavalerie et Chevalier de l'ordre de Saint- 
Louis a justifié sa noblesse par titres de- 
puis Louis d'Argent, son trisayeul, s' de 
Deux Fontaines, vivant avec Elisabeth de 
Serpe, sa femme avant l'an môb. 

E. Tausserat. 

Mlle Dorival (N...) LXXII, 332). ~ 
je ne connais ni le lieu ni la date de la 
naissance de Mlle Anne-xMarguerite Dori- 
val, danseuse de l'Académie royale de 
musique. Je sais seulement qu'elle débuta 
à ce théâtre avec succès en 1773, en 
dansant un pas de deux avec Gardel 
jeune, dans un opéra nouveau de Floquet, 
l'Union de l'amour et des arts, et que 
l'année suivante elle se fit remarquer 
dans les divertissements de Vlphii^énie en 
Àidide de Gluck, ce qui lui valu, ce qua- 
train enthousiaste d'un anonyme : 

C'est un enfant, c'est Hébé, c'est l'Amour ; 
Mais sur la scène, où le public l'adore. 
Lorsque des Jeux elle conduit la cour, 
L'enfant n'est plus! et l'on voit Terpsichore. 

De fait, Mlle Dorival était, comme on 
dit, jolie comme un cœur, avec un main- 
tien plein de grâce, à quoi elle ajoutait ! 
un talent déjà remarquable. Si je veux la i 
suivre année par année, je la vois, à par- î 



— 64 



tir de 1774 parmi les < doubles », de 
'775 à 1779, parmi les danseuses seules 
et en double, et de 1779 à 1787 parn.i 
les « remplacements, > c'est à-dire pres- 
que au rang des premiers sujets. Hlle dis- 
parait ensuite des listes du personnel de 
l'Opéra, pour une raison péremptoire : 
elle mourait à Marseille, oij elle était en 
représentations, en 1788. 

Malheureusement, la dite demoiselle 
Dorival, malgré son talent, sacrifiait trop 
facilement son art au plaisir, et, de plus, 
avait un penchant trop prononcé pour le 
culte de Bacchus. et elle en donna, dans 
une circonstance particulièrement impor- 
tante, une preuve qui fit scandale et lui 
valut un de ces châtiments habituels à 
cette époque. C'était le soir de la pre- 
mière représentation de la Caravane du 
Cure (15 janvier 1784), où elle arriva au 
théâtre ivre à ne pouvoir se tenir, et 
dans l'impossibilité de se présenter en 
scène. On conçoit, à cette vue, l-i fureur 
de M. de la Ferté, intendant des Menus, 
qui prit incontinent sa bonne plume et 
adressa au ministre de la maison du roi 
la plainte que voici : 

Je dois avoir l'honneur de vous rendre 
compte, Monseigr:îur, que la demoiselle 
Dorival, une des premières danseuses, est 
arrivée ivre à l'Opéra et n'a pu danser, ce 
qui a oc:asionné quelque embarras. J'ai en- 
voyé sur le champ chez M. Le Noir pour lui 
demander de la fiiie coucher, ainsi que c'est 
au moins de règle, en prison ; il a donné en 
conséquence l'ordre à un exempt de police 
pour la conduire ce soir à i'hôtel de la Force, 
si on la trouve chez elle. Comme ce n'est 
pas la première fois que ceh lui arrive et 
qu'elle fait en général mal son devoir, je 
ciois que la punition devrait durer ia hui- 
taine et même avoir l'air de vous faire solli- 
citer pour la faire sortir dans ce temps. Ce- 
pendant c'est à vous, Monseigneur, à décider 
sur la longueur de la punition, et v^ us pour- 
rez en convenir dimanche avec M. Le Noir. 

Je suis, avec respect, etc. 

De la Fertb. 
Ce jeudi soir, 15 janvier 1784. 

Il est permis de supposer que cette le- 
çon ne fut pas perdue, car, dans le cou- 
rant de cette même année 1784, une note 
de l'administration de l'Opéra concer- 
nant Mlle Dorival est ainsi conçue : 

Elle a du talent, mais elle l'a beaucoup 
négligé pour ne s'occuper que de so;i plaisir. 
Cependant, elle a plus travaillé depuis quel- 
que temps. En général, c'est une mauvaise 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



65 



tête. Elle a beaucoup de caprices. Si elle 

veut travailler, elle est faite pour remplacer 
la demoiselle Guimard, surtout dans la pan- 
tomime. 

Comme je l'ai dit, Mlle Dorival (on 
peut consulter à son sujet le Mercure et 
les Mémoires secrets) mourut à Marseille 
en 1788. Elle n'est donc point devenue, 
comme le prétend ce farceur de Castil- 
Blaze, grande dame et en possession 
d'une grande fortune. Ceci m'est une oc- 
casion de mettre tout curieux en garde 
contre un enthousiasme irréfléchi à 
l'égard de Castil 81aze, historien facé- 
tieux et imaginatif, qui savait beaucoup, 
mais qui arrangeait l'histoire à sa guise, 
qui faussiit les faits à dire d'expert, in- 
ventait des anecdotes plus ou moins 
croustilleuses, et se gaussait du lecteur 
avec un sans façon dont, pour ma part, 
j'ai donné cent fois la preuve irrécusable. 
Ce Provençal renforcé aurait dû naître 
Gascon. Arthur Pougiw. 



Dorival (Louise) (LXXll, 332). — 
Le moyen te plus simple pour obtenir les 
renseignements désirés sur cette artiste 
est de s'adresser à l'agent général de 
l'Association de secours mutuels des ar- 
tistes dramatiques (rue de Bondy, 42), 
les registres d ■ l'Association reproduisant 
l'état civil de -ous les sociétaires, je ne 
suppose pas q ion fasse aucune difficulté 
pour commu!) quer ces renseignements, 

A. P. 

* 
♦ ♦ 

Cette question ne peut guère se séparer 
de la précédente : Mlle Dorival (N.). — 
Le nom de Dorival fut porté pour la pre 
miere fois, à ma connaissance, par le co- 
médien Jean, Louis, Thierret,dit Dorival, 
qui, après avoir joué en Hollande, fut ac- 
teur à la Cour de Prusse en 1773 aux ap- 
pointements de II 00 thalers. Le 8 juin 
1776, il débutait au Théâtre français 
dans la tragédie, mais sans suite, puisque 
nous le retrouvons à Berlin le 2 avril 
1778. Le 4 mai suivant, il débute une se- 
conde fois à la Comédie, qui le reçoit 
sociétaire le 12 avril 1779. Troisième 
rôle tragique, on lui prêtait de l'intelli- 
gence et de la chaleur ; mais son organe j 
était mauvais, et sa tournure mesquine, 
ce qui ne l'empêcha pas de se rendre fort 
utile jusqu'en 1791. 



20-^0 janvior 1916. 
— ._ 66 . 

Un Dorival passe par le Théâtre Pa- 
triotique en 1792 ; sans doute le même, 
que nous retrouvons au Théâtre de la 
Rue de Louvois en 1793 Lemazurier qui 
lui consacre quelques lignes, nous laisse 
entendre qu'il partit aux colonies, où l'on 
suppose qu'il mourut, sans doute à Saint- 
Domingue. 

En 1781, nous découvrons un Dorival 
à la Cour de Hesse-Casstd où il joue Clis- 
torel du Légataire Universel Ce ne peut 
être le sociétaire du Théâtre Français, à 
moins qu'il n'eût eu un congé ; mais on 
aurait fait mousser sa qualité de socié- 
taire, et le Dorival de Hesse Cassel passe 
bien inaperçu. Pour en finir avec notre 
sociétaire, il habita success vement à 
Paris, rue de Clichy, 1779-81, rue de 
l'Arbre sec 1782, ruede Molière 1783 87, 
rue de Condé 1788, rue de Tournon 
1789-91. Ces indications de domicile 
peuvent paraître superflues. Cependant 
elles aident quelquefois à retrouver des 
actes de baptême, et il ne faut pas ou- 
blier qu'il s'agit dans le cas présent de 
grouper les membres dispersés d'une fa- 
mille. 

C'est vers la même époque que nous 
voyons apparaître Mlle Dorival à l'Opéra : 
danseuse en double en 1774, danseuse 
seule en 1777, en premier en 1779, en 
remplacement de 1780 à 1787. Sur Mlle 
Dorival de l'Opéra, nous ne connaissons 
que cette anecdote : artiste très aimée, 
ayant refusé obéissance à Gaétan Vestris, 
maître de ballet elle fut envoyée au For- 
l'Evêque A cette nouvelle Paris s'émut, 
et le soir, la salle de l'Opéra était comble. 
A son entrée en scène, Vestris est sifflé. 
On lui signifie l'ordre d'aller immédiate- 
ment délivrer la prisonnière et de la ra- 
mener avec lui. Le maître de ballet est 
obligé de s'exécuter ; il arrive au For- 
l'Evêque — qui était une prison gaie à 
ses heures, — et tombe au milieu d'un 
souper que donnait Mlle Dorival à ses 
amis. Vestris est forcé de se mettre à 
table avec l'aimable société, et bientôt, 
aussi gris que les autres invités, il ramène 
par la main sa partenaire qui s'était cos- 
tumée à la hâte. 

Mlle Dorival, la danseuse, se'.iible 
avoir été atteinte ds la manie des démé- 
nagements Nous la voyons successive- 
ment rue Saint-Marc, 1774, rue N. D. de 
Nazareth, 1777-78, rue Saint-Maur à la 



N« i4î2. Vol. LXXIII. 

67 

haute borne 1779, rue Basse-Porte Saint- 
Denis 1780, rue de Bomiy 1781, rue Mes- 
lée, 1782, rue Pavée-SaintSauveur 1783- 
85, Faubourg Saint Denis, vis-à-vis de la 
rue de l'Echiquier 1786, rue Poissonnière, 
au coin de celle Bergère 1787 A partir 
de cette date nous perdons ses traces. 

Passons au xix" siècle ; 

Etienne Dorival joue les financiers à 
Valenciennes en 1826 et à Bergues en 
1827. 

Madame Alexandrine Dorival. choriste 
au Vaudeville en 1828 passe la même 
année jeune première à Bayeux. 

Madame Louise Dorival fait partie du 
Théâtre d'Amiens vers 1849 

Reste à savoir si un lien de parenté 
unissait tous ces Dorival. On sait que ce 
nom est porté actuellement au théâtre 
par M. Charles Jules Groscœur, par 
M. Georges Edouard Lemarchand, né à 
Orival et 2^ prix du Conservatoire en 
1896 (Odéon), et Mme Blanche Lemar- 
chand (Th. Antoine). 

Henry Lyonnet. 

Dulau, bénédictin do Sorrèze 

(LXXIl, 333). — A partir de 1793. je 
trouve sur des livres antifrançais publiés 
à Londres, la mention du libraire Dulau 
et Cie, Wardour-Street ; en 1800 cette 
librairie se trouve Soho-Square. Elle y 
sera encore en 180^, date à laquelle je la 
perds de vue. — Comme je puise ces ren- 
seignements d'un nombre très limité de 
volumes, cette mai5on existait peut-être 
avant 1798 et après 1805. 

D' NlMRAK. 

* 

Chateaubriand mentionne à plusieurs 
reprises, dans ses Mémoires d' Outre-Tom- 
be, MM. Dulau, libraires à Londres. Il dit 
notamment : 

J'écrivis la première partie du Génie du 
Christianisme MM. Dulau, qui s'étaient 
faits libraires du clergé français émigré, se 
chargèrent de la publication, 

M, Biré, dans une note de son édition 
(t. II, p. 181), nous apprend que : 

M. A. Dulau était français, ancien béné- 
dictin du collège de Sorèze, il avait émigré 
et s'était fait libraire à Londres. Homme 
d'esprit et de jugement, il rendit à ses com- 
patriotes et surtout aux ecclésiastiques de 
nombreux services. Sa boutique était dans 
Wardour-Street . 



L'INTERMÉDIAIRE 



68 



I Biré a publié (t. II, p. 556) une lettre 
par laquelle Chateaubriand annonce à ses 
amis de France < un ouvrage qui s'im- 
prime à Londres et qui a pour titre : « De 
la Religion chrétienne par rapport à la 
Morale et aux Beaux-Arts *. On y lit : 

Adressez, nous vous en supplions, le plus 
tôt possible, à ce sujet, un mot par la voie 
d'Hambourg, ou tout aulre voie, à MM. Du- 
lau et Cie, libraires "Wardour-Street, à 
Londres. La maison de ces citoyens est fort 
connue dans la librairie 'et est co-proprié- 
taire du manuscrit avec l'auteur. 

P . c. c. De Mortagne. 

* 
» « 

« MM. Dulau, qui s'étaient faits librai- 
res du clergé français émigré 7/, écrit Cha- 
teaubriand dans les Mémotres d Outre- 
Tombe, *< se chargèrent de la publication. » 
11 s'agit du Gc'iiie du Christianisme^ de 
cette pré-première édition commencée à 
Londres en 1799 alors que l'ouvrage 
n'était encore qu'en partie écrit ; édition 
dont Châteaubridnd dit encore : « Les 
premières feuilles du premier volume fu- 
rent imprimées. » Et il ajoute, cette fois 
dans la Préface de l'édition princeps de 
1802 : « Cette édition fut interrompue 
par mon retour en France, au mois de 
mai 1800. Je me déterminai à recommen- 
cer l'impression à Paris, et à refondre le 
sujet en entier »..Coinme on sait, re- 
trouver l'édition parisienne de 1800. qui 
à son tour fut arrêtée, après le second 
volume, et les placards du premier, im- 
primés pour Dulau, ou le manuscrit qu'il 
eut entre les mains, serait infiniment dé- 
sirable, mais toute trace en a disparu. 

« MM. Dulau », dit Chateaubriand. Il ne 
faut pas en conclure qu'il y eut plus d'un 
Dulau. La lettre « à la citoyenne Fonta- 
nès » du 19 août 1799 nomme successive- 
ment « MM. Dulau et Cie » , « les ci- 
toyens Dulau et Cie », et « le citoyen 
Dulau »; et le « MM. » des Mémoires s'ap- 
plique sans doute à la raison sociale. 

Déjà en 1797, l:a librairie A. Dulau et 
Cie, Wardour-Street, était indiquée, dans 
l'édition princeps de VEssai hisforiqiie, 
politique et moral sur les Révolutions an- 
ciennes et modernes, parmi celles où se 
trouvait ce premier ouvrage de Chateau- 
briand. La librairie Dulau existe encore à 
Londres, « Dulau et Cie 37 Soho-Square », 
comme on peut le lire sur la couverture 
|[ de la Revue des Deux-Mondes, dans la liste 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



69 



de ses dépositaires à l'étranger. Et c'est 
probablement en Angleterre, dans les re- 
cueils biographiques, qu'on trouverait des 
indications sur le passé du fondateur de 
cette maison. 

Le nom de Dulau était porté, il y a peu 
d'années, par un parlementaire français, 
M. Constant Dulau, député, si je ne me 
trompe, des Landes. 

Ibère. 

Condamnés à mort protégés par 
Victor Hugo (LXXIl, 383) — Peut- 
on rappeler, à ce sujet, que deux faits 
analogues se sont passés en France, et 
dans lesquels Victor Hugo intervint pour 
un malheureux et pour un condamné ? 

Dans l'un le poète écrit à Napoléon III : 
Pour soulager celui que le chagrin consume 
La France t'a donné des pouvoir absolus ; 
Un seul mot de ta bouche, un seul trait de 

[ta plume, 
C'est un malheur de moins, c'est un bienfait 

[de plus. 

Dans l'autre cas, il s'agissait de Barbés 
condamné à la peine capitale pour ses 
idées politiques, et dont la sœur, à bout 
de ressources, avait prié le grand poète 
d'intervenir en sa faveur. 

Victor Hugo se rjnd aux Tuileries où 
Louis-Philippe refi; e de le recevoir. Il 
prend alors une c rte de visite sur la- 
quelle il se contentt de tracer le quatrain 
suivant : 

Par cet ange envolée ?insi qu'une colombe. 
Par ce royal enfant jeune et frêle roseau. 
Grâce, encore une fois, grâce au nom de la 

[tombe, 
Grâce au nom du berceau ! 

Or, le roi portait un deuil récent, et le 
Comte de Paris venait de naître. 

Il prit la carte, la lut, sentit ses yeux 
se mouiller de larmes, et Barbes fut 
sauvé. 

QUIDONC 

Troterel(LXXl; LXXll,3Çj2,403). -Sur 
Pierre Troterel, sieur d'Aves, néaux envi- 
rons de Falaise vers i 586, voir Mme Oursel 
dans Nouvelle biographie normande [?dix\s, 
A. Picard, i886- 1888), dont M.Marsan 
rectifie quelques erreurs dans son impor- 
tant ouvrage sur la Pastorale dramatique 
en France (Hachette, 19015). Protégé de 
la famille des Kouxel de Médavy. et de 
dame Charlotte de Haute-Mer, Troterel 



30-30 janvier 19*6, 

débute en 1600 par la pastorale : la Driade 
amoureuse, cinq actes en alexandrins, con- 
tinue par Tbéocris, 1610, pastorale aussi, 
en cinq actes et en alexandrins, par les 
Cor rivaux, comédie facétieuse, 16 12, 
Sainte-Agnès, tragédie, l'Amour triom- 
phant, pastorale comique en prose, 1615, 
Gillette^ comédie facétieuse, 1620, Pasi- 
tbee, tragi-comédie. 1624, Aristène, Phi- 
listée, pastorales, 1626 et 1627, et donne 
encore en 1632 La vie et sainte conversion 
de Guillaume duc d'Aquitaine, écrite en 
vers et disposée en cinq actes. M. Marsan 
suppose que c'est à tort que les frères 
Parfaict lui attribuent aussi un Ravisse- 
ment de Florise. C'est, semble-t-il, pour- 
le nombre et la variété de ses œuvres, le 
principal auteur dramatique secondaire de 
la période que domine le nom de Hardy. La 
Tragédie de Sainte- Agnès a été réimprimée 
en 1875 par la Société des Bibliophiles. 
Les Corrivaux l'avaient été en 1856, au 
t. VlU de Yancien Théâtre français de la 
Bibliothèque EL:^évirienne. 

Ibère. 

* 

Je n'ai pas été heureux dans mes re- 
cherches biographiques sur Pierre Trote- 
rel. sieur d'Aves. La Biographie Didot 
ainsi que le Dictionnait e des littératures 
de Vapereau sont muets à son égard. 
Peut-être M. XVI B trouvera-t il des ren- 
seignements dans la Bibliothèque du théS- 
tre français et dans les catalogues Soleiniie 
et La Vallière. 

Voici, faute de mieux, la bibliographie 
des ouvrages de Troterel. 

1° U amour triomphant oii sous les noms 
du bercer Pirandre et de la belle Orcade de 
Mont-Olimpe, sont décrites les amoureuses 
aventures de quelques grands princes, pas- 
torale comique en cinq actes ; Paris, Thi- 
bout, 1015. 

2° Les Corrivaux, comédie facétieuse de 
l'invention de P. T. S. D. Rouen, du Pe- 
tit-Val, 1612 (c'est, je crois, celle de ses 
pièces qui eut le plus de succès). 

30 Gilette, comédie facétieuse. Rouen, 
du Petit- Val, 1620. 

4" Sainte- Agnès, tragédie, Rouen, du 
Petit-Val, 1615. Cette tragédie est fort 
libre. 

5° La Driade amoureuse. Rouen, du Pe- 
tit Val, 1606. 

6° Théocris, Rouen, du Petit-Val, i6io. 



N* 1432. Vol. LXXIII. 

7' 

7° Pasistée, tragi-comédie, 1624 

8° Aristenée, pastorale, 1626. 

9° Pbilislée, pastorale 1627. 

10° La vie et conversion de P. Guillaume ! 
duc ^'Aquitaine, tragédie en cinq actes et j 



L'INTERMEDIAIRE 



72 



draient faire à Pierre Troterel l'honneur 
— quelque peu immérité à mon avis - 
d'approfonJir sa biographie. 

Comte nE Caix de Saint-Aymour. 



en vers, 1632. 



Gustave Fustier. 



* 



Une épitaphe mémorable (LXXI, 
\ LXXII, 120, 310). — Le bas-relief attri- 
\ bué à Jean Goujon dans l'église de Gi- 
Puisque Pierre Troterel est né près j sors. — Deux membres de ma famille 
de Falaise, je me demande s'il n'a rien • ont, sur ma demande, examiné, à Gisors, 
à voir avec une Jacqueline Troterel, sa ' la pierre en question. Elle est désignée 



contemporaine, femme de Thomas de 
Launay, laquell ; habitait, au commence- 
ment du xvii* siècle, la paroisse des Us- 
Bardels, à trois lieues à l'ouest de cette 
ville. Les de Launay étaient de riches 



comme suit dans la brochure. Quelques 
mots sur les monuments Je Gisors, par 
Louis Régnier, 3' édit. Gisors, Bardel 
1909. 

« Cadavre décharné, en pierre, sculpté en 



paysans portant souvent des noms dis- j « 1326, et attribué à Jean Goujon, sans ombre 

tinctifs de «sieuries ", et le Thomas dont j « de vraisemblance ». 
il est ici question pouvait parfaitement Je ne sais où l'auteur a pris 5rK//'^^. 

être le beau-frère de Pierre Troterel, qua- | L'inscription, française, où on lit l^ 

lifié sieur d'Aves I date 1^26, est dans la partie concave d^ 

S'il faut en croire des documents con- j la pierre, en deux lignes parallèles au 
- ,A^ .,., -I — f.,;^, i., ^i,A<oo,, ^«c- 11^ ^^|.^ droit du corps représenté, à peu près 



serves au chartrier du château des Ils 
Bardels, Jacqueline Troterel avait eu une 
conduite plus que légère avec Jean lll de 
la Pommeraye, écuyer, seigneur de ce 
lieu, époux de damoiselle Jeanne de Mon- 
tesson. Ce gentilhomme avait <* toujours 
aimé et poursuivi les femmes », et vers 
l'année 1600, après avoir marié ses deux 
filles, et bien qu'il eut alors la soixantaine, 
il avait pour maîtresse ladite Troterel de 
Launay, lui avait donné « plus de mil li 
vres, luy aiant loué et meublé un logis à 
Fallaise, nourrie et entretenue par un long 
espace de temps... » , puis « s'estant 
ennuyé de ladite Troterel », il avait pro- 
mené ailleurs ses volages amours. 

D'après la date de nos documents, cette 
liaison avait duré jusque vers l'année 
1605- Or. c'est en i6io que commence 
l'activité littéraire de Pierre Troterel. Il 
me paraît bien difficile d'admettre qu'il 
n'eut pas quelque lien de parenté avec 
cette homonyme qui habitait, comme lui, 
Falaise ou ses environs immédiats. Il n'est 
pas jusqu'à sa comédie de Gillette (un 
nom bien local) mettant en scène un 
hobereau amoureux de sa servante, qui ne 
puisse peut-être faire penser à quelque 
caricature d'un personnage qu'il aurait eu 
sous les yeux dans son entourage. Je n'in- 
siste pas. d'ailleurs, sur ces rapproche- 
ments, laissant le soin d'en tirer les con- 



clusions à ceux de nos confrères qui vou- { exactes. 



depuis l'alignement du bas des genoux 
jusqu'à l'alignement des mains ; les chif- 
fres sont très espacés, la disposition est 
sensiblement celle-ci : 

lE FVS EN CE LIEV MIS 
LAN I 5 Z {sic) 6 

Ma sœur a eu l'impression que: cette 
inscription, restaurée, rendue plus lisible, 
à. une époque récente, pourrait bien avoir 
été un peu... arrangé . Ne l'a-t-elle pas 
été... trop.? Avec de bons yeux ou un 
verre grossissant, ces deux petites lignes 
peuvent être lues sur la carte postale 
illustrée. « 8. Gisors. — VEglise. — Statue 
par Jc-'jn Goujon. — L. L. » 

Cette photographie m'a causé une sen- 
sation de déjà vu • à la réflexion, je crois 
qu'il existait au musée de Douai, vers 
i88ç, une sculpture de corps décharné, 
analogue, mais présentée couchée; elle 
était peut-être cataloguée Christ au tom- 
beau ; je ne me souviens pas d'inscrip- 
tions .. A Gisors, la pierre est fixée au 
mur, derrière un treillis métallique qui 
fut abaissé pour photographier, mais 
l'attitude du personnage, la disposition 
de la draperie, me font penser qu'elle 
devrait être aussi mise horizontale. Les 
descriptions et copies quelque peu sus- 
pectées dans V Intel médiaire, LXXI. ^546, 
ne sont pas, en effet, méticulcusement 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



73 



Le corps est figuré allongé ; la tête, 
derrière laquelle on voit des ossements, 
est inclinée vers l'épaule gauche ; d'autres 
ossements sont sous les pieds ; un suaire, 
déplié, ne masque que la région s'éten- 
dant de la hanche droite à la cuisse gau- 
che, puis une partie de la jambe gauche, 
laissant les genoux, et le reste du corps, 
visibles ; les poignets sont croisés par 
dessus l'étofFe. A droite du cadavre repré- 
senté, deux lignes d'écriture gothique 
occupent, parallèlement au grand axe de 
la sculpture, une bande plane de la pierre, 
qu'on pourrait penser figurer la paroi 
d'un épais sarcophage, découvert. La 
partie antérieure des lignes, à peu prés 
depuis l'alignement des pieds jusqu'à 
peine à celui des coudes, contient les 
vers latins : 

Quisquis ades tu morte cades sta respice plora. 
Sum quod eris modicum cineris pro me precor 

fora. 

le reste, jusqu'à l'alignement du front, 
contientles vers français : 
Fais maintenant ce que vouJdras. 
Auoir fait quait tu te mourras. 

L'inscription comportant la date va 
d'au dessous de « o » dans « modicum », 
au-dessous de « m » dans « me », mais est 
en dehors de la bande plane. 

Dans Histoire de Gisors, par Victor 
Patte. Gisors, Hapierre, 189b, est donnée 
une traduction faite par Charles Brainne, 
enfant de Gisors, d'après les deux vers 
léonins. 

Qui que tu sois, ô passant, tu mourras ; 

Vois cette pierre : 
Ce que je suis, un jour tu le seras, 

Cendre et poussière. 
Arrête, pleure, et pour moi tu diras 

Une prière. 

Je ne puis me permettre de prononcer 
ni sur l'attribution de l'œuvre a Jean 
Goujon, ni sur l'authenticité de la date 
1526, ni sur la valeur de la traduction 
ci-dessus. Sglpn. 

Le bas-relief de Rude à l'Arc de 
Triomphe (LXXI, 514; LXXII, 8,69, 
258, 404). — La demande primitive était : 
Rude a-t-il voulu représenter dans son 
groupe la Marseillaise ; ne pourrait-elle 
être transformée ainsi : « Quelle a été lin- 
tention des inspirateur et auteurs du mo- 
nument dans le grou^t exécuté par Rude 
à rArc de Triomphe ? ». 



so-30 j«nvier^i9i6t 

74 

Quand après la révolution de Juillet on 
reprit les travaux de l'Arc de Triomphe, 
on décida de consacrer le monument aux 
victoires de la République et de l'Empire, 
les quatre grou[ es devant orner les deux 
grandes faces furent commandés aux ar- 
tistes ; ils devaient représenter le Départ, 
le Triomphe, la Résistance, la Paix. Rude 
rentré depuis peu d'exil, où il avait tra- 
vaillé sous les conseils de David, reçut la 
commande du groupe le Départ. Il doit 
exister trace de ces commandes aux ar- 
chives de létat, conditions d'exécution, 
de paiements, reçus d'acompte, etc. La 
trise du couronnement représente le dé- 
part et le retour des armées. Rude eut à 
en exécuter une partie : laquelle ? 

A l'origine des groupes avaient du être 
prévus, quels étaient ils? 

Le Père Sertillange en faisant allusion 
dans son sermon de La Madeleine (LXXI, 
8) au groupe de Rude sur l'Arc de 
Triomphe et l'intitulant la Marseillaise, 
conformément à un usage erroné et aux 
guides pour étrangers, a pu commettre 
une erreur, rectifiée aussitôt en l'appelant 
« un cri de la France violée », en rap- 
prochant de cette définition les deux vers 
de Boulay-Paty dans sa [ ièce de vers 
écrite au moment de l'inauguration du 
monument. 

... Ici la Liberté, bravant et rois et czar, 
Pouise sur la frontière un peuple qu'elle en- 

[flamme ; 

Ne faut-il pas arriver à conclure que 
le groupe de Rude « le Départ » re- 
présente la France appelant ses enfants 
et leur criant de courir à la frontière ? 
D'ailleurs, ne les voit-on pas se pres- 
ser, courir, vers un point déterminé tan- 
dis qu'EUe crie, qu"Elle gueule aux au- 
tres, qu on sent suivre de près les premiers 
accourus : « la frontière est attaquée ». Le 
tout n'est-il pas bien trançais et cela ne 
suffit- il pas .'' 

Rude a pu être critiqué dans son œuvre 
il le sera encore, mais de tout temps, elle 
a été, est et sera admirée parce qu'elle 
est un sentiment Français. 

L'Arc de Triomphe que Napoléon avait 
décidé d'élever a la gloire de ses armées 
devait primitivement être construit a 
l'emplacement de la Bastille ; l'Empereur 
après hésitation se décida pour la barrière 
de l'Etoile et ordonna de faire la une 
I entrée majestueuse pour sa capitale; les 



I 



L'INTERMEDIAIRE 



N» 1432. Vol. LXXIII. 

• 75 

deux architectes Raymond et Chalgrin 
chargés de la construction ne s'en tendi- 
rent pas ; Chalgrin voulait simple et 
grani.1, des nus décorés de; quelques points 
de sculpture, son confrère ne partageait 
pas celle idée. Un certain nombre d'ar- 
tistes furent appelés à juger le différend et 
à répondre en même temps à un certain 
nombre de questions déterminées. Chal- 
grin l'emporta et continua seul les tra- 
vaux commencés dès 1^05-1806, jusqu'à 
sa mort en janvier 1811. 

Goust lui succéda jusqu'en 1814; les 
travaux interrompus à celte époque furent 
repris en 1825 par Huyot. auquel on de- 
manda de grandes modifications, aban- 
données, il est vrai, après le commence- 
ment de leur exécution pour en revenir 
au projet de Chalgrin Huyot désirant 
quand même faire œuvre personnelle fut 
écarté et remplacé par une commission 
de quatre architectes qui bientôt céda la 
place à Huyot rentré en grâce après avoir 
abandonné ses prétentions premières ; 
évincé de nouveau en 1853, Blouet le 
remplace et c'est vers cette époque que 
commence l'exécution des sculptures. 
Conçu par Chalgrin dans ses grandes 
lignes le projet primitif eut à subir quel- 
ques modifications, principalement dans ! 
son attique . sa destination ne fut pas tou- ! 
jours la même ; d'abord dédié par Napo- 
léon à la gloire de ses armées, il le fut 
par Louis XVUl à l'armée d'hspagne, puis 
après la révolution de juillet aux victoires 
de la Republique et de l'Rmpire. 

Sous l'Empire, le Directeur des Beaux- 
Arts, Dcnon, dirigeait les travaux d'art ; il 
choisissait les artistes, discutait avec eux 
les projets, souvent même, imposait sa 



76 



ment « le Départ > des armées, représenté 
aussi sur la frise ? 

S'il représente le Départ des Volon- 
taires en 1792, le chant de Rouget de 
Lisle composé pour eux à la frontière ne 
fut appelé la Marstillatae qu'un peu plus 
tard après l'assaut des Tuileries 10 août, 
par les fédérés venus de Marseille à l'ap- 
pel des jacobins, et Rude en représentant 
la Mai s, niaise dans la figure allégorique 
dommant son groupe aurait commis un 
anachronisme. Ses contemporains l'au- 
raient-ils laissé passer ?, 

Ne faut il pas voir plutôt dans cette 
allégorie la France du Père Sertilange ou 
la Liberté de Boulay-Paty jetant son cri : 
« tous à la frontière » ? Geo. 

Alfred de Musset et le clocher 
de Vouziers (LXXll, 383;. — Ces 
strophes, qui sont un pastiche ser- 
vile de la Ballade à la Lune ne nous sem- 
blent pas le moins du monde appartenir 
à Musset. Ht cela, non point parce qu'elles 
ne figurent pas dans ses Œuvres ce 
qui ne prouverait rien — mais pour les 
raisons suivantes : 

1° Jamais Musset ne se serait imité lui- 
même, dune façon tellement étroite 
qu'on pourrait croire à une parodie. Ce 
n'était pas « son genre » ! 

2 Si, par passe-temps, Musset avait 
pensé un jour à se pasticher, il n'aurait 
vraisemblablement pas choisi la Ballade à 
la Lune, qui fut un peu pour lui comme 
une tunique de Nessus romantique, sous 
laquelle on l'écrasait et dont les plis go- 
guenards gênèrent toujours le classique 
qu'il prétendait être. 

3° Pas la moindre allusion à cette pièce 



volonté exprimée en dessins qu'il faisait | dans les lettres qu'on possède de lui, ni 

exécuter sous sa direction. De nombreux i dans celles de ses correspondants, ni 

rapports à l'Empereur le tenaient au cou- dans aucun des documents relatifs à lui 

rant des travaux ; — pour l'Arc de ; que nous avons pu avoir entre les mains. 

Triomphe il doit, comme pour beaucoup ! Il y a donc gros à parier que ces stro- 

d'autres monuments de cette époque, exis- | phes ne sont pas plus de Musset que la 

ter de nombreux documents, rapports, etc., ! fameuse Oie à l'absinthe, resXhuée à son 

où il serait peut être possible de retrou- ! véritable auteur par V Intermédiaire, en 

ver l'indication des motifs de sculptures 1 1906 
devant décorer les grandes surfaces adop I 
tées par Chalgrin qui ne pouvaient avoir 



aucun rapport, sauf le Départ, avec ceux 
exécutés vers 1833 qui rappellent des 
épisodes postérieurs. 

Le groupe de Rude glorifie- t-il le Dé 



Paul Peltier. 
Vice-président des Mussettistes. 



Les sonnets de Clément Privé 
(XLVIII; Ll ; LXXIl, 408). - aue n'ai-je 
cinq lustres de moins! Comme tous lesca- 



part des Volontaires en 1792 ou simple- i marades du Chat Noir, je répondrais à la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX ao-30 janvier 1916. 



77 



78 



question de Pierre Dufay en lui récitant, 
les yeux fermés, le Parce que... truculent 
que, chaque soir, le gentilhomme-cabare- 
tier servait aux clients du théâtricule, 
comme un plat de sa cuisson. Hélas ! le 
fumet n'a laissé dans ma mémoire qu'une 
fumée grasse où trottent quelques étin- 
celles {^commerce... perce... travenin... 
cascamèche,. ) Une flamme brusque jaillit, 
la chute terminale : 

O Dante, et toi ! Shakespeare, il peut naître 

[ un poète. 

Encore Salis ne terminait-il pas ainsi. 
Régulièrement le gosier gouailleur hoque- 
tait : « Il peut naître Déroulède.» Les 

auditeurs qui ignoraient le sonnet de Clé- 
ment Privé ne comprenaient rien ; mais 
Rodolphe s'en moquait, satisfait d'avoir 
pu railler Déroulède. 

Le déroulédisme là-haut, n'était pas 
très à l'ordre du soir. Je renonçai à dire 
certain poème patriotique avec lequel 
j'avais pénétré dans le Temple des Muses 
montmsrtroises et chassé un Boche per- 
turbateur. O lyre de la Revanche 1 De- 
bout sur une table, je claironnais : 

Marche, marche, Breton têtu ! 

Dans un nuage de pojssière 

Fais rouler le casque pointu 

Dont l'orgueil luit sur la frontière !... 

Un grognement m'interrompit. Ro- 
dolphe jeta le groin dehors. . Cinq ans 
après il se servait d'un sonnet de Clé- 
ment Privé pour rendre Derouiède ridi- 
cule : les violons de la Butte oubliaient 
les fifres d'Outre-Rhin. 

LÉON DUROCHER. 

* * 
Si j'étais à Paris je pourrais donner au 

confrère Uufait 3 ou 4 des sonnets que 

Privé m'avait donnés : 

Je me rappelle de quelques vers des 

Parce que. 

Parce que sa viande était à point rôtie 
Que le Journal détaillait un viol 
Que sur sa gorge immonde et mal bâtie. 
La servante avait oublié de fermer son col. 

Un autre était Présente:^ armes au 
Luxembourg. 

Un livre de nouvelles de Privé a été 
publié, l'éditeur avait le^ sonnets. 

A. Callet, 

Le voyage de Locke avec lord 
Norihumberlctûd (LXXII, 382). — Je 



cherche vainement dans la vie de Locke (A/. 
Marion Locke, sa vie et ses œuvres, i vol. 
Paris, 1878) le voyage de ce philosophe en 
France avec le Comte de Northumberland 
en 1668. 

J'y vois seulement qu'en i6'/2^ il vint 
en France pour la pi entière fois en com- 
pagnie de lady Northumberland, femme 
d'un clerg)man ami et ancien condisciple 
de Locke. A son retour, celui-ci adressa à 
Mapletoft une lettre moitié triste et moitié 
enjouée où il raconte quelque chose de 
cette première visite. 

11 fit un nouveau voyage en France, en 
1876 et séjourna en 1876-77-78, tant à 
Montpellier qu'à Paris, sans y être plus 
que la première fois accompagné de lord 
Northumberland. 

Dehermann. 

♦ 

Au moins de juin 1678, Locke partit de 
Paris pour parcourir l'ouest et le midi de 
la France. 11 n'avançait qu'à petites jour- 
nées et muni de lettres lui donnant accès 
auprès de personnes susceptibles de le 
renseigner. C'est ainsi qu'il visita succes- 
sivement Orléans, Blois, Angers, La Ro- 
chelle, Rocheforî, Bordeaux, etc. 

Locke tenait un Journal. 11 appartient 
au comte de Lovelace, et lord King en a 
fait des extraits (Fox Bourne, 1, 338). 

F. Uzureau. 

* 

* * 

On trouvera quelques renseignements 
sommaires sur un voyage fait par Locke 
en France, en 1675-1076, dans la Revue 
de Paris, t. XIV (1830), p. 5 et suiv. 

Le 3 décembre 1675, Locke esta Beau- 
vais, le 22 décembre à Lyon. Le i^"^ mat 
1676, il est à Montpellier, le 2Ô mai à 
a Tours. Mais cette date de 1675-1676 ne 
répond pas à celle de 1668 qu'indique 
« Un curieux ». S'agit-il de deux vo- 
yages difïérents ? O. — C. R. 

L'humanité se compose de pus 
de morts que de vivants (LXllI, 385). 
— D'après M. Bouche-Leclercq, l'oracle 
de Delphes conseillait déjà « aux démo- 
crates mégariens de faire entrer dans le 
nombre souverain tous leurs ancêtres, de 
telle façon que la gcnération vivante se 
considérât toujours comme la minorité >. 

C'est le cas de dire avec l'autear de 
V Ecclésiaste : * Rien n'est nouveau sous 



L'INTERMEDIAIRE 



N« 1432. Vol. LXXIIl. 

79 

le soleil et nul ne peut dire : voilà une 
chose nouvelle, car elle a élc deja dans les 
siècles qui se sont passés avant nous. » 

Albert Uesvoyes. 

Avoir du cran (LXXll, 145,270,3^9). 
— Quand j'ai émis des doutes sur le bon 
aloi de l expression »* avoir du cran » je ci- 
tais le général Clierlils... il est donc super- 
flu d'invoquer l'emploi qu'en aurait lait le 
général Jolïre. L'incorporation de celte lo- 
cution dans l'armée n'est pas douteuse ; 
reste à prouver qu'elle n'est paséquivoque, 
et j'estime que, pour cela, le plus probant 
serait d'étiiblir que cette incorporation a 
précède celle de recrues plus que douteu- 
ses qui alarma fort l'opinion il y a quel- 
que quinze ans. 

11 taut n'être amateur ni de fusils ni de 
couteau pour ne pas saisir l'association 
d'idées qui s' « impose v>. Dans un sens 
péjoratif nous avions déjà 1 expression 
« être à cran » faisant image pour quicon- 
que a eu à sourire de 1 embarras d'une 
personne peu experte a refermer le cou- 
teau qu'on lui avait prête ouvert. Une 
belle- mère est a cran lorsque son gendre 
ne sait comment s'y prendre pour la 
rendre inoffénsive. 

Mais j'ai eu aussi, dans mon enfance, 
des carabines Fiobert dont le chien, sur- 
mené, ne tenait plus l'arrêt et j'imagine 
ans peine que le troupier doit apprécier 
que son aime « ait du cran », De la ma 
question ; l'origine de l'expression peut 
être loyale et « franchement » militaire, 
mais elle est suspecte ; c est une question 
de date. Surell. 



» * 
li y a bien des chances pour que 

« avoir du cran », se rattache a « cià- 
ner >> et à sa lamille — quoi qu'en ma- 
tière de langage les associations d'idées 
les plus imprévues soient possibles, et 
qu'une indication précise puisse révéler 
un jour une parente, invraisemblable au 
premier abord^ par l'intermédiaire, peut- 
être, de quelque langage technique, avec 
« cran » entaille. 

Maison peut, sembh. -t-il, assez bien 
concevoir que le verbe crâner ait suggéré 
le substantit cran : la dérivation, quel- 
quefois, se fait en remontant, en quelque 
sorte, et dote un mot deja existant u'un 
mot-souche imaginaire. « Cran » entaille 
a donné un verbe dérivé « crâner », 



80 



vieux français et encore usité comme 
terme teciinique ; de « crâner », on a 
bien pu, instinctivement, remonter à 
« cran ». (C'est justement ce qui s'est 
passé dans la langue de la marine, où 
du verbe crâner pour caréner, on a tiré un 
substantif cran). 

Maintenant, si j'en crois le Lexique de 
l'ancien Irauçan de Bonnard et Salmon, 
l'ancien français a possédé, au sens de 
<< crâne ».os de la tête, la forme « cran ». 
Subsisterait-elle encore dans le langage 
populaire de quelque province ? Et serait- 
ce la l'origine de notre expression : 
« avoir du cran » ? 

Quoiqu'il en soit de ce point, je ne 



vois, pour ma part, aucune objection à 
rattacher « crâner » et sa famille au subs- 
tantit crâne. Toute cette famille de mots 
est liés récente ; les étymologies grec- 
ques sont donc à écarter L'emprunt au 
breton ou à l'anglais est une hyp'.'these 
ingénieuse; mais il est fort malaisé de 
voir quelle transformation phonétique 
vraisemblable aurait fait passer de Krem, 
si Krem il y a, ou de crank, à crâne. Au 
contraire, la parenté avec crâne substan- 
tif semble très facile à concevoir. Nous 
prenons souvent le mot tête dans le sens 
de caractère et même spécialement de ca- 
ractère volontaire, énergique; c'est là 
une image courante. On dit : une mau- 
vaise tète, une furie tète ; oa dit : il en a, 
une tête, pour dire que la personne dont 
on parle n'a pas le caractère commode. 
On dit même : « c'est une tête », pour 
exprimer la même idée. Quand le mot 
<\ crâne », longtemps reserve aux savants, 
est entré dans la langue courante, vers le 
xvui" siècle, semble-l-il, on a bien pu 
dire : « c'est un crâne », pour marquer 
encore mieux la dureté de cette tète. El, 
l'expression se répandant, on a pu finir 
par y prendre w- crâne » pour un adjectif 
subslantivé : « un crâne » pour « un 
homme crâne », et s< crâne », peu à 
peu, a pu passer ainsi adjectif. Si je ne 
me trompe, on trouverait une évolution 
identique dans l'emploi du nom propre 
« Myrobolan », devenu, au cours sans 
doute du xviii" siècle, l adjectif ** mirobo- 
lant. » Le plus ancien exemple que Dar- 
mebleter-HaizIeld aii trouvé de crâne 
adjectif (il date de 1785) est justement : 
«V cet homme est un crâne., un fou, un 
écervelé ». Ibère. 



DES CHERCHEURS ET CURIBU 



20-30 janviar 1916 



81 



82 



Lugdunum (LXVIII ; LXIX, 121,324, 
517, 579 ; LXXI, 459). — Quand le 
commandant L. Abet invitait, l'an passé, 
à lui proposer l'étymologie de Lugdunum, 
je n'avais point mes références sous la 
main. Mais je puis lui conseiller aujour- 
d'hui la lecture de Words and Places 
(Illustrations of History, Ethnology and 
Geography, by îsaac Taylor of York). | 
VEveryman^s Lihary vient de nous réé- | 
diter à bon compte ce précieux livre \ 
d'érudition. Je m'étonne qu'aucun lecteur J 
des Notes and Querirs ne l'ait signalé. 

D'après Taylor, LUG ne signifiait pas 
« brume »^ « brouillard», mais tout sim- 
plement « marais, marécage ». Il y a 
pourtant d'ordinaire entre les deux idées 
une connexité certaine. Dans les climats 
secs, bien ventilés, le marais peut émettre 
néanmoins très peu de brouillard. J'ai 
observé le fait dans le Midi, en une plaine 
marécageuse, de formation éolienne, fille 
d'une rivière (l'Argens), de la mer, et 
surtout du Mistral : à Fréjus. 

Taylor apparente « Luy » au gaélique 
« Llwch », à « loch », en écossais ; 
« lough », en irlandais ; \i lagen » en gal- 
lois et breton ; « lagu » en anglo-saxon ; 
« lac » en français ; « lacus », en latin ; 
« lakkos » en grec. Parmi les exemples 
géographiques ci; is de Taylor, et aux- 
quels il serait fac le d'en adjoindre bien 
d'autres, on peut c ter Lugdunum (Lyon) ; 
Leyden (Leyde) ; et même. Lukolekia, 
Lukotokia, Lutetia (le nom romain de 
Paris). 

Même en gaélique, la racine « Llwch » 
est voisine de « Llaith » moite, hu- 
mide : c'est le brouillard auquel s'est ar- 
rêté le commandant. D'où Arles, « Are- 
late » (ville « sur le marais »). 

Pour les parentés linguistiques, con- 
sulter aussi V Etytnolo^ical Dictionary de 
M. W. Skeat. 

Elojean. 



Les Allemands sont à Noyon 

(LXXll, 38s ; LXXIII, 15). — 

— Je m'écarterai de la question ?... Ah ! 
tant pis !.. pour égayer cette rubrique 

Pourquoi cela me rappelle-t-il : 

« Fermez l'gaz et qu'toiit Tmond' sorte ! 

« 11 est deux heur's du matin 

« Et surtout n' fait's pas d' potin : 



« Les agents sont à la porte ! > 

de , dans 

(je ne retrouve pas!...) 

Et pourquoi aussi, qu'un de mes an- 
ciens chefs qui avait « fait 70 », répon- 
dait, lorsqu'on l'agaçait d'une « ur- 
gence » mal prouvée : 

<\ Peuh ! , . . les Prussiens ne sont pas à 
Chatou ! » 

Sglpn. 



Combien f3e mots français sont 
employés drins le langage usuel? 

(XXI ; LXIV ; LXV ; LXVI ; LXXll, 264). 
1915-12 14 = Je viens d'entendre, 
dans une conférence sur la sténographie, 
le professeur, moins généreux que Mau- 
rice Donnay (LXXll. 164), n'attribuer à 
la langue française que quarante mille 
mots, et dire qu'un orateur, même un 
orateur qui se respecte^ n'en a guère, dans 
son vocabulaire usuel, qu'une douzaine 
de mille, 

Sglpn. 



Les nonns des tranchées (LXXll» 
242, 392 ; LXXIIL 14). — « C'est le re- 
flet de la bonne humeur qui passe chez 
les poilus. Lorsqu'on ne tire pas. rien 
ne s'y passe autrement que dans une 
ville. L'un d'eux sort-il de sa cellule 
pour se dégourdir les jambes } Il de- 
mande à son voisin s'il ne veut pas 
l'accompagner rue de Morhange. Toutes 
les artères de la Cité ont des noms. Il y a 
la rue de Maricourt (un souvenir récent), 
la rue de Morhange (un rude souvenir, 
hélas !) et le boyau qui porte cette plaque 
est un vilain coupe gorge, un mauvais 
lieu où les balles pleuvent et où il ne faut 
pas s'attarder ; la rue de la Paix et la 
place de la Concorde (les bien nommées, 
et d'autres rues qui parlent à l'esprit des 
nancéens ». 

{Illustration, 14 nov. 19 14). 

« Il y a quelque part, sur le front, une 
une tranchée envahie par de fort gênants 
insectes, de l'espèce des diptères, pour 
laquelle ses habitants, des Parisiens, ont 
trouvé un nom qui la définit exactement. 
Ils l'appellent le boulevard de Pique puces». 

{Liberté^ 27 décembre 191 5). 

P, ce. Gustave Fustier. 



N» 143a. Vol. LXXIIl. 
83 



L'INTERMEDIAIRE 



84 



Guifoune(LXXII;LXXin, 30).— Gui- 
toun est un mot arnbc qui signifie tente en 
toile. Voir le Diciionnaiie arabe français 
de Roland de Biissy, page 580 : 

« Guit'oun, pluriel guiat'en, tente de 
campagne, en toile ». 

Il y avait autrefois en Kabylie un vil- 
lage nommé Blad Guitoun (pays de la 
tente). Il s'appelle actuellement Félix- 
Faure. Station du chemin de fer d'Alger 
à Tizi-Ouzou. T. O'Reut. 

Cagibi (LXXIl ; LXXIIl, 30). - Sous 
cette forme, le mot qui est ancien, vient 
d'être modernisé et parisianisé puisqu'il 
sert d'enseigne a un cabaret de Mont- 
martre, le C^^j^t du chanteur Enthoven.Le 
mot se rencontre aussi sous la forme iahiji 
cabajotiti. Il a le sens de baraque, mau- 
vaise maison, appentis, recoin, Balzac 
l'a cité plusieurs fois dans Ferragus, le pre- 
mier épisode de Y Histoire des Trei:(e, puis 
dansUrsuleMtroufitoù il parle d'une « lon- 
gue galerie, terminée par uncabajouii. » 

Dans rile-et-Vilaine, au pays de Dol, 
sous cette forme : cahajouti, ou cabajuti, 
le mot est souvent employé pour désigner 
un petit grenier, un réduit. C'est le mot 
« cage à, allongé ou déformé, suivant Le 
Dictionnaire des locutions populaires du 
bon pay-i de Rennes de H. Caillère, 1891. 

Dans l'Anjou, on dit aussi : cabagiti, 
cabageti. Le {Vocabulaire du Haiit-Maine 
de ^^. de .Montesson, l'indique comme 
étant masculin, avec le sens de méchante 
maison, mauvais meuble, rnauvais bahut. 
En réalité, le mot cagibi est un terme 
provincial, passé dans l'argot et qui est 
ressuscité aux tranchées, pour désigner 
les installations de fortune, créées par 
nos braves « poilus >>, pour s'y abriter 
tant bien que mal. « Le cagibi du perco- 
lateur est le dernier salon où l'on cause. » 
(Le Temps, 4 septembre 1915). 

Gitounes. — Gitounes ou plutôt Gui- 
tounes a surtout été popularisé par le 
petit journal du front, édité par le i44« 
de ligne. VEcho des Guitounes, qui an- 
nonçait son apparition en ces termes 
amusants et spii ituels. 

L'Echo des Guitounes est le journal le 
plus répandu du (Vont entier : tirage justifié, 
1. 000. 000 d'exemplaires (à quelques zéros 
près). Il est relié à toutes les cuisines du 



1440 par fil spécial (fil de fer en cuivre) ; il 
esf en outre relié avec les Boches, par fil 
barbelé. Toutes l.;s nouvelles sont garanties 
fraîches, même celles qui arrivent de la li- 
gne de feu. Les 100000 premiers abonnés 
civils auront droit à un billet de faveur pour 
le Théâtre des Hostilités. ^Se h.iter !) .. 

Le mot guiloune figure aussi dans le 
titre d'un article de M. Henri Béraud,dans 
V Information, arborant ces mots : Gui- 
tounes et Cagniats. 

Après avoir décrit la. cagniat d'un offi- 
cier d'artillerie, l'auteur ajoute : 

Et tout autour de ce châlet, \es Q'Uttounes, 
gourbis et cagniats des honmies se gioupent 
sur la pente du talus. Toutes ont des fenê- 
tres, des fenêtres qui s'ouvrent, qui ont des 
vitres et des espagnolettes. 

Guitoune, dans le langage actuel des 
tranchées, sert donc coinme cagibi à dé- 
signer une installatior., un abri peu 
luxueux, édifiés rapidement. C'est un 
terme qui a certainement été introduit 
sur le front par les troupes algériennes, 
et qui a été un peu détourné de son véri- 
table sens, parce que Kitoune, en arabe, 
signifie surtout « tente > ; au pluriel, 
« gui à theun, tentes, tentes de voyage. 

De la langue arabe, nous vient aussi 
gourbi ou gourbil, plus ancien, car ce 
terme est aujourd hui francisé, étant ad- 
mis depuis 1878 dans le Dictionnaire 
de V Académie française. Le gourbi est 
une sorte de cabane conique, formée par 
un clayonnage de branches d'arbres, en- 
duit d'un gâchis de terre et de paille 
hachée, comme la beaugeàQS chaumières 
normandes ; souvent il est recouvert de 
roseaux ou de branches de diss. Une seule 
ouverture forme la porte du gourbi, et 
une autre baie laisse passer la fumée du 
foyer intérieur. Souvent, autour du gourbi, 
est creusée une rigole pour l'écoulement 
des eaux de pluie. Dans les tranchées, le 
gourbi d'après M. L. Sénéan, est un abri 
en planches, une petite baraque adossée 
au talus. Il existe un petit journal, qui a 
pris le nom de VEclo des gourbis, petite 
feuille du front. 

Le mot gourbi s'emploie aussi en pro- 
vençal, et Mistral, dans son Dictionnaire 
de la langue provençale, cite ces deux 
vers du poète J. Laurès. 

Tout sausso toi grais e tout vi 
Me sauveri d'aquil gourbi. 



DES CHERCHEURS 



85 



Et la cagna ou cagnat qui revient si ! 
souvent dans les lettres des poilus? C'est f 
un abri individuel sous terre ou sur terre, S 
pour les hommes ou pour les officiers, j 
« Son intérieur, il le regardait de tous j 
< ses yeux Ah la cagna! Revoir sa ca- • 
« gna ! C'est propre ici et c'est mignon! » '. 
(René X. Parisiens à la guerre). M. Sé- 
néan donne au mot une étymologie es- 
pagnole. «C'est la cana (cagnia), qui si- 
« gnifie à la fois roseau et galerie de 
« mine, mot emprunté, par les turcos au 
« sabir, au jargon mélangé, d'arabe, 
«d'espagnol, d'italien, parlé en Algérie 
« et dans le Nord de l'Afrique. » M. Sé- 
néan ajoute qu'il sert à désigner les j 
petites huttes de bambou, tonkinoises ou j 
annamites, dans lesquelles habitent les j 
coolies et les femmes. « Les cagnas de { 
Tuyen-Quan. (Le Jourtul, 17 juillet | 
1915). I 

Il nous apparaît que cagna, au lieu de » 
venir de l'espagnol, pourrait bien être un | 
terme de marine transporté à terre. Le 
Glossaire nautique de jal indique, en ef- 
fet, cagnard, cagniard, comme étant un S 
méchant abri, une retraite malpropre, un I 
chenil, un abri sur le pont, au moyen \ 
d'une toile goudronnée pour les matelots - 
de service, qui veulent se préserver de la | 
pluie et du vent. 11 cite l'emploi di ce j 
mot, par Montaigne. « Mais en ces j 
voyages vous serez misérablement en î 
un caignart où tout vous manquera ». I 

ht Dictionnaire de war/wé de Montfer- « 
fier, 1841, donne aussi au mot cagniard : 

Pièce de toile de melis double, peinte en j 
ocre, qu'on tend dans les bas haubans, par j 
les mauvais temps, pour servir d'abri aux 
matelots. ! 

Le Dictionnaire provençal, de Mistral, cite I 
encore cagnard, cagnar, comme venant, ! 
non de l'espagnol cana, roseau, mais de 
l'italien cagna, chienne, animal pares- 
seux, qui reste souvent couché Cagnat, 
suivant lui désigne « un abri chaud où le 
vent ne se fait pas sentir et où le soleil 
darde. » j 

Littré donne aussi la même étymolo- * 
gie... j 

Canine, pour caignard : coin malpropre, ' 
chenil. En provençal et en languedocien, 
endroit exposé au soleil, parce que la cha- 
leur qu'on y éprouve rend cagnard, pares- 
seux, nonchalant comme un chien. Par ex- 
tension, les gens demeuiant dans les ca- 
gniards ou les cagniats, les mendiants prirent fi 



ET CURIEUX 20-30 janvier 1916. 

„. — . 86 

le nom de leurs pauvres habitations : Les 
cagniards de l'Hôtel-Dieu. 

Cagibi, gourbi, cagna, guitoune, can- 
fouine, kasba ~ encore un mot arabe si- 
gnifiant « château, forteresse, » — piaule, 
tôle, termes de l'ancien jargon, sont, jus- 
qu'à présent, les termes principaux de 
l'architecture du « front » et des tran- 
chées. Mais qui sait si, au gré de la fan- 
tais'e, il n'en naîtra point de nouveaux, 
non moins pittoresques ? 

Georges Dubosc. 

Cafard, expression militaire (LXXII, 
144). — Les Africains n'avaient pas 
attendu la guerre de tranchées pour avoir 
le cafard. 11 conduit souvent à des excen- 
tricités, souvent aussi à la neurasthénie, 
parfois au crime. Ce fu' le cas des malheu- 
reux qui eurent nom Voulet et Chanoine. 

En Indo Chine, l'insecte change de 
nom et s'appelle le Margouillat, mais ses 
effets restent les mêmes. D'aucuns consi- 
dèrent l'opium comme un remède, ce qui 
est à démontrer. 

L'expression est depuis longtemps 
déjà passée dans la langue. Lorédan-Lar- 
chey la citait comme lui ayant été fournie 
par le lieutenant Palat : 

« Cafard (Avoir un) : avoir des idées 
décousues. Allusion semblable à celle de 
avoir une araignée dans le plafond. Il 
s'agit du cafard, insecte. » 

Elle est, depuis belle lurette, devenue 
courante. 

Dans l'argot de Saint-Cyr, le mot ca- 
fard et son dérivé, le verbe cafarder ont 
un sens tout à fait différent Le cafard est 
un flatteur ; le cafardage : la faveur, la 
protection L'ancien cafarde le melon 
qu'il protège; on cafarde également l'au- 
torité, quand on la flatte. 

(Cf : Paul Eudel : U Argot de Saint- 
Cyr). 

P. D. 

Lettre de cachet sur carte à jouer 

(LXXII, 331). — Cette question a déjà 
été posée dans \ Intermédiaire ; il me sem- 
ble bien avoir pris part aux communica- 
tions qui subirent, pour rappeler que 
Louis XVI étant alors à son jeu, écrivit 
sur une carte l'ordre de mettre Beaumar- 
chais à St-Lazare. 

H. G, M. 
Même réponse ; Vilna 



L'INTERMÉDIAIRE 



N» 143a. Vol, LXXllI. 

87 

Boulet ramé (LXXll, 386). — On lit 
dans d Aubigne {^Hisl.^ Il, 2b-]) la phrase 
suivante : kachonure atanl Its retns coup- 
pe^ d utie balie ramee, qu\ prouve que ce 
genre de projectile elail employé au 
XVI' siècle, tin ce qui concerne le boulet 
ramé, nits premières recherches m'en 
font trouver la mention dans Le manœu- 
vrier ou taat iul la ibeoiw et La pratique 
du mouvements du navire et des évolutions 
navales, de Bourde de ViUehuet, publie en 
1769. En 1Ô14, le boulet rame ligure en- 
core dans les liaites relatifs a l'artillerie 
de marine, Nauticus. 

Vaches en or enterrées par les 
Anglais eu quittant la jbréince 

(LÀAli ; LXXIU, lO). — J ai bUjil y a quelque 
40 ans, que des paysans des enviions du 
iVlans, avaient en leur possession un 
peut cheval en or provenani uu pillage, 
en lyOy, d un chaieau voisin, bibeiol .^ 
Jouel a enlaiu r Ce même chaieau, au- 
jourdliui ueliuil, joua bon lOie pendant la 
guerre de Leni Ans, et la tradition vou- 
lait et veut encore qu il y au un trésor 
cache dans ses substructions encore exis- 
tantes , un propriétaire moderne y lit 
faire des louiiles sans résultat. 

Ce cheval en or n est pas la seule épave 
des pillages de lyOy dans celle région. 
M. L. d A., ancien uepuie sOus le second 
fcmpire, y de,ouvni et leeueihii dans une 
ferme, un bonheur du jour b^ule. M.D-iVl., 
ancien contrôleur des contributions di- 
rectes, trouva^ dans une lerme aussi, un 
portrait a l'nuiie, en cadie ovale du 
xvni- siècle, représentant une charmante 
jeune femme, vêtue d une tunique ou 
d un manteau bleus, parsemés de Heurs 
de Lys, et qu'il croyait être celui d une 
lille de Louis XV, a cause des lleurs de 
Lys ; mais je pense que ce porliait prove- 
nait du pillage, en 1769, d'un château 
voisin qui appartenait a la lamiUe de Laval- 
Montmorency, laquelle jouissait de la pré- 
rogative de laire ligurer les lleurs de Lys 
dans ses insignes et ses armoiiics, et qu'il 
doit représenter la liUe cadette du comte 
de Laval-iViontmorency qui lut mariée au 
comte d Heimstadt, et était en ellet, fort 
jolie, C^ueique temps avant sa mort, 
M. D. M. vendit ce portrait a quelque 
amateur ou marchand t^arisien, et je 
serais heureux de savoir ce qu'il est de- 
venu pour pouvoir 1 luentUicr plus nelte- 



88 



ment.Je le crois de Nattier qui était le 
peintre de cette famille de Laval-Montmo- 
rency, o. D. 

Le premier aviateur : Le Français 
Giffard. — Nous lisons dans le Figaro : 

Le maitie Saint-Saëns nous adresse, en 
réponse à un écho d'hier, la lettre sui- 
vante : 

Mon cher ami, 

N'en déplaise au Masque de Fer, le pre- 
mier aviateur fut un Français. Giffard, que 
j'ai vu de mes yeux voler autour de Paris 
dans un ballon déforme allongée au-dessous 
duquel fumait un moteur à vapeur Et 
c'était certainement avant ,862, car j'habi- 
tais alors rue du Jardinet n" 3. dans l'appar- 
temefit oiJ je suis né et que j'ai quitté en 
1Î559. Or, l'événement auquel je me re- 
porte avait eu lieu plusieurs années aupara- 
vant. Je crois même que c'était en 1849 

Complmients et amitiés, 

C. Saint-Saens, 

Le lendemain nouvelle correspondance 
dans le Higaro faisant suite à celte pre- 
mière lettre : 

Cher Masque de Fer, 

Les souvenirs de M. Camille Saint-Saëns, 
sont, comme toujours, fidèles. Us antidatent 
de trois ans seulement la première appari- 
tion du ballon dirigeable, qui fut bien celui 
de notre compatriote Henri Giffard. 

On lu, eu effet, dans \& Presse ou 25 sep- 
tembre 1852 : 

« Hier vendredi 24 septembre, un homme 
est parti, iinpciluibablement assis sur le lea- 
der d'une macliiiie a vapeur élevée par un 
ballon ayant la forme d'une uumeuse baleine, 
navire aérien pourvu d'un ujàt servant de 
quilie,tl d'une V 01. e lenani lieu de gouvernail. 

» Ce Fullon de la navigation aérienne se 
nomme Henri (jiffard. — btgné : Emile de 

GlRARDlN. » 

Henri Giffard,cejour-là, s'éleva donc en di- 
rigeable a z'<ï/>^m;-, au-dessus de l'Hippodrome. 

L'aérostat obéissait parlaiteraent au gou- 
vernail. Il faisait trois mètres par seconde 
dans le travers du veut. Il alleignil l'altitude 
de 1.800 meires et redescendit à Trappes, 
en beine-et Oise, sans accident. 

Un vieux lecteur. 

i^t Uu ecitiur -^ét uni . 
GbOKGl.:. iMON 1 OrvoLiLlL 

lmp.c.LBftc-i.'AMibu,M-Aroand-.MODt-Kond 



LXXin Volume Paraissant les to, »o et )0 de chaque mois 



10 février 1916. 



N" 1435 

81 "".r.VIctor-MKSsé 
PABIS (IXo> 

Sureaux : de 3 à 6heures 



Cherches et 
vou$ trouverez 




» Il se faut 
S tntr'aider 

o 



N» 1433 

at*i'.r.Vlctor-Illas*é 
PARIS (IX*) 

Baieaux: de 3^ âheu'es 




nitxmihxaxxt 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QOESTIONS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 
— 90 



— -• 89 

L'INTERMÉDI A IRE paraîtra du- 
rant l'année 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'année de 
guerre 1915. 

Nous plions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme , et de n^ écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d? pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauj exception^ 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



Le tombeau de Napoléon P' à 
l'Ile Sainte-Hélène. — En 1858, le 

Gouvernement Français acheta, non seu- ^ ^..^ 

lement Longwood, la dernière résidence ' core décrit après bien d'autres auteurs, 



Un intermédiairiste pourrait-il nous 
dire ce qu'est devenue cette propriété de 
la France, si l'officier y a toujours résidé 
et quelle est la situation actuelle ? 

J.-B. 

Avanies subies par les représen- 
tants des puissances chrétiennes 
auprès de la Porte. — Jadis les en- 
voyés des puissances chrétiennes à Cons- 
tantinople étaient soumis à de cruelles 
avanies de la part du Sultan qui affectait 
le plus profond mépris pour les giaours. 
Après avoir négocié durant quelques 
mois pour obtenir une audience, l'am- 
bassadeur devait faire antichambre du- 
rant plusieurs heures avant d'être intro- 
duit dans la salle du trône : à son entrée 
dans cette salle, il se trouvait empoigné 
par deux serviteurs (capidgis-bachis) qui le 
traînaient, le soutenant sous les bras et 
lui mettant la main sur le cou, pour le 
forcer à s'incliner jusqu'à terre avant de 
parvenir au pied du trône : l'ambassadeur 
lisait alors un discours que Tinterprète 
traduisait d'une voix tremblante et au- 
quel le Grand Seigneur ne répondait que 
par un monosyllabe ou faisait même ré- 
pondre par le Vizir. 

Je serais curieux de savoir jusqu^à 
quelle date cet étrange cérémonial — en- 



de Napoléon I", et la vallée où se trou- 
vait le tombeau de Napoléon ; mais en- 
core il fut décide que Longwood serait 
remis en état et qu'un officier supérieur 
y résiderait à titre fixe. 



par Le Chevalier dans son Voyage de 
\ Propontide (1802) — fut infligé aux re- 
présentants des puissances chrétiennes, 
. et. notamment, s'il a été imposé à Sébas- 
j tiani, ambassadeur de Napoléon 1" au- 

LX&III-3. 



• 1433. Vol. LXXIII. 

91 - 



L'INTERMEDIAIRE 



près de Sélim III, en 1806, comme il 
l'avait été aux ambassadeurs de nos rois, 
qui jouissaient cependant d'une situation 
privilégiée à Constantinople ? 

J. W. 

Emigrés Normands et Bretons à 
Jevsey. — Dans un ouvrage récemment 
paru. La Maison du Hecquet et les seigneu- 
ries Je Haniteville et de Rauville, par M. 
Hervé de Rauville, on trouve, pages 163, 
164 et 165, une liste de 228 noms que 
l'auteur donne comme étant ceux des 
émigrés normands et bretons résidant à 
Jersey en juillet 1796. 

L'ouvrage étant; visiblement d'un éru- 
dit,et très consciencieusement documenté, 
cette liste présente de réelles garanties 
d'exactitude. On voudrait néanmoins 
pouvoir la contrôler par d'autres sources. 
Existe-t-il un travail spécial sur les émi- 
grés à jersey ? Si oui, où pourrait-on se 
le procurer ? 

S. d'A. 

Napoléon lîl et l'ingratitude du 
pamphlétaire. — Dans un des derniers 
articles, d'ailleurs si intéressants, que iV? 
Frédéric Febvre, ancien sociétaire de la 
Comédie-Française, écrit dans Le Gaulois, 
nous lisons que, lorsqu'en 1871, l'ancien 
vice-doyen du Théâtre Français, en re- 
présentation à Londres, fit visite à Chi- 
selhurst à Napoléon III, il put constater 
un fait d'une ingratitude remarquable. 
Parlant d'un des familiers de Napoléon 
III, dont l'empereur venait pour la troi- 
sième fois de payer les dettes, M. Febvre 
dit qu'il n'avait trouvé d'autres moyens 
de s'acquitter que de publier « un livre 
infâme ». Et M. Febvre ajoute que Napo- 
léon III laissa tomber ces mots : 

« Je ne croyais pas qu'un seul homme 
pût faire tant d'ingrats », 

Le même fait raconté par M. Frédéric 
Febvre se trouve dans les si curieux Sou- 
venirs de M. Jules Claretie. 

Ayant interrogé M. Febvre pour con- 
naître le nom de ce pamphlétaire dont 
Napoléon III aurait payé trois fois les 
dettes et qui, pour l'en récompenser, au- 
rait publié des brochures contre lui, il 
m'a répondu qu'il ignorait ce nom. 

Est-il indiscret aujourd'hui, étant en 
tendu que nous sommes assez éloignés 



92 



de 1871, d'essayer de savoir ce qu'il y 
aurait de vrai, non pas dans le fait lui- 
même, puisque M. Febvre l'affirme, mais 
dans le nom qu'on ne connaît pas encore 
et qu'il ne doit pas être très difficile 
d'authentifier ? 

Eglise St6-G6neviève des Gran- 
des arrières, rue Championnet. 

— Eglise paroissiale depuis 1907 ; de- 
puis quelle époque cette église porte-t-elle 
son nom actuel ? Qiiel était le nom qu'elle 
portait lorsqu'elle n'éfait qu'une chapelle ? 
Par quoi était occupé son emplacement 
actuel avant la construction d'un édifice 
religieux ? 

C. F. 

Les faux mollets chez les soldats 
de l'Empire. — Que penser de cette 
assertion de M. Jean Morvan, qui écrit 
dans son très attachant ouvrage Le Sol- 
dat Impérial (I, 132), les lignes suivan- 
tes : 

Parfois il arrive que, chez des conscrits, 
les mollets absents laissent tomber la guêtre 
sur le pied et les rendent grotesques, mais 
le cas est rare, car, pour les revues, on leur 
en met de faux. 

Sur quels documents s'appuie cet au- 
teur ? 

P. C. 

Noms d s navires marchands ja- 
ponais. — Depuis la guerre russo-japo- 
naise, on parle beaucoup du japon, de son 
armée, de sa marine qui, tout récemment 
encore, viennent de s'illustrer par l'anéan- 
tissement de la colonie allemande de 
Kiao-Tchéou. Sa flotte de commerce 
prend de plus en plus d'extension et de 
développement. 

Beaucoup ne seront pis sans avoir re- 
marqué que les bâtiments à vapeur ou à 
voile japonais, de la marine marchande, 
portent un nom généralement composé de 
deux mots : un premier, variable avec 
chaque navire, un second, toujours le 
même, le mot Maru. Tels les noms des 
navires japonais Ysaka Maru et Sado- 
Maru qui sont d'actualité, l'un d'eux 
ayant été coulé le 21 décembre 1915, 
dans la Méditerranée, par un sous-marin. 

Un intermédiairiste renseigné voudrait- 



i 



DBS CHBRCHHURS BT CURIEUX 



10 février 1916. 



93 



94 



il donner la signification du mot Maru 
et l'explication de sa présence constante à 
la fin du nom des bâtiments de la flotte 
commerciale japonaise? 

D' LOMIER. 

Lieu de naissance de saint Am- 
broise. — > Saint Ambroise, d'après une 
tradition accréditée en Provence, se- 
rait né à Arles. Les Allemands veulent 
que ce soit à Trêves ; sur quoi se ba- 
sent-ils ? 

Beauvau, officier vendéen. — 

L'officier vendéen, qui se faisait appeler 
Beauvau sous la Restauration, était-il le 
fils du marquis de Beauvau, procureur- 
syndic du district de Cholet, tué par les 
Vendéens le 14 mars 1793 ? 

Un curieux. 

Cyprien Bérard. — Quelque aima- 
ble intermédiariste pourrait-il nous four- 
nir quelques détails biographiques sur 
Cyprien Bérard, auteur de Rulhwen ou les 
Vampires (Paris, Ladvocat, 1820, 2 vol. 
i n- 12 par C. B.) ? On le dit né à Arles (à 
quelle date?) et fut, dit-on, directeur du 
Vaudeville et des Nouveautés, et rédac- 
teur au journal La Flandre. Il aurait colla- 
boré avec Charles Nodier. 

A. L. 

Le baron Emile de l'Empesé. 

Debraux. — Un curieux de Montmar- 
tre possède un petit livre devenu rare 
intitulé ; Uart de mettre sa cravate de 
mille et une manières, enseigné par la pra- 
tique, précédé de l'histûire de la cravate de- 
puis son origine jusqu'à ce jour, etc., par 
le baron Emile de VEmpesé, membre des 
Sociétés les plus à la mode de la capitale, 
Paris, 12" édition, 1832, i vol. d'environ 
160 pages. Il est évident que ce baron de 
l'Empesé, qui porte le même prénom que 
l'auteur delà chanson célèbre : Fanfan-Ia- 
Tulipe, et qui, de plus, est, comme ce der- 
nier, membre des Sociétés les plus à la 
mode de la capitiile, ne peut-être que Paul 
Emile Debraux, le chansonnier si célèbre 
sous la Restauration et si oublié aujour- 
d'hui, je voudrais en avoir la preuve dans 
les bibliographies et les annuaires de 
l'époque. L'œuvre d'Emile Debraux est 
considérable. Les catalogues de la Biblio- 
thèque Nationale ne sont peut-être pas la 



moitié de ses œuvres en vers et en prose 
Ce fait est compréhensible, car le « baron 
Emile » pleuré par Béranger, son heureux 
rival, écrivit sous différents pseudonymes 
tels que les suivants : P. E. Duval-Thier- 
mont, Paul-Emile Duval, Paul-Emile Du- 
val-Thiermont, Xuarbt de Clopincourt 
(Xuarbt-Braux retourné) C. D. Roi de la 
Fève, Baron Emile de l'Empesé, L. Cons- 
tant ; Richard ; etc. 

En 1824, Emile Debraux demeurait n° 8, 
rue du Mail, à Paris ; en 1830 à Mont- 
martre. Le Bulletin n*' 67-68 de janvier- 
juin 1910 de la société Le Vieux Mont- 
martre a publié la notice biographique 
d'Emile Debraux. 

O' Kelly de Galway. 

(rérard de Nerval. — Peut-on me 
dire où habita Gérard de Nerval durant 
les 3 ou 4 mois qui précédèrent le jour 
où i! fut trouvé pendu à un réverbère de 
la rue de la Lanterne, dans la Cité ? 

C. F. 

Groléô. — De qui était fille et 'petite 
fille Alix de G. qui épousa en 1363 Fran- 
çois, chevalier, seigneur de Maubec ? 
Comment la relier aux généalogies dres- 
sées par Guichenon en son histoire de la 
Bresse ? 

Comte DE G. 

Justin Langlois. — Il a paru, dans 
la Lune Rousse de 1867 et V Eclipse de 
1868, une suite d'articles sous le ti- 
tre : Nos Vaudevillistes cbe{ eux, révé- 
lations d'unfrotteur, signés de Justin Lan- 
glois. 

Un confrère pourrait-il: 1° me dire si 
ces articles ont été réunis en \olume, 2° 
quel était ce Justin Langlois, signataire 
desdits articles ? 

E. H. 

Lacépède, musicien. — On sait 
que Lacépède, grand amateur de musi- 
que, fut un compositeur fécond et mal- 
heureux, et en même temps un écrivain 
musical. Son ouvrage en deux volumes, 
imprimé en 1785, la Poétique de la musi- 
que, est quelquefois cité. Mentionnons en 
j passant ce petit fait omis par Fétis, qu'une 
i seconde édition, remaniée et réduite tout 
' exprès par l'auteur, en fut publiée en 1 787 
^ dans la collection intitulée Bibliothèque 



N» I43J, Vol. LXXIII. 



L'INTBRMBDIAIRE 



95 



96 



universelle des Dames, avec une préface 
ampoulée, adressée par Lacépède à ses 
nouvelles lectrices. Qui nous renseignera 
sur Lacépède musicien P 

R. D. 

Musy, graveur. — Dans le Manuel 
de l'Amateur d'estampes de Ch. Le Blanc, 
on lit : 

Musy (Antoine-François) . Grav. sur bois 
et en creux, né à Sallaiiche le 2 juin 1709, 
fut un artiste assez célèbre dans la Savoie ; 
il abusa de..., s'embarqua à Nice et disparut 
sans qu'on n'ait plus ouï parler de lui. 

Le Manuel ne cite aucune pièce de son 
œuvre. Mais « il abusa de... » qui, de 
quoi?... S1.MON. 

Le Cardinal Piefort de R bas- 

tens. — L'Annuaire pontifical catholi- 
que, publié par Mgr A. Battandier, donne 
dans son édition de 1905, une liste des 
cardinaux français. Parmi ceux-ci, se 
trouve Piefort de Rabastens, créé cardi- 
nal prêtre en 1320 par son ami intime le 
Pape Jean XXII. Peut-on me donner des 
renseignements plus complets que ceux 
fournis dans la notice, sur ce Cardinal ? 
Connaît-on ses armoiries, l'origine de sa 
famille ? Ses collatéraux, leur descen- 
dance .'' L'orthographe de son nom est- 
elle bien exacte ? N'est-ce point Pilporc ? 

B. P. 

Rambures — De qui était fille et pe- 
tite fille Simone de R. qui épousa au 
XV* siècle Jean, seigneur de Boubers ? 

Comment la relier à la généalogie dres- 
sée par le Père Anselme ? 

Comte DE G. 

Réginald de Roye. — Guillaume 
Nogaret avec Réginald (Raynald, Re- 
naud) de Roye arrêta les Templiers de 
Paris en octobre 1307. Quelque aimable 
collaborateur peut-il me renseigner sur 
ce Réginald et plus particulièrement sur 
le rôle joué dans l'affaire des Templiers? 

Nardé, 

Pour les Stendahliens. — Je serais 
très reconnaissant à quelque fervent bey- 
liste de me communiquer, s'il les a en sa 
possession, ou de mindiquer où je pour- 
rais me procurer les « nombreuses let- 
tres » du D' Korefî adressées à Beyie et 



que le regretté Casimir Stryenski avait 
m'a-t-on assuré, le projet de publier .? 

D"" Cabanes. 

Ramezay (Armoiries de la fa- 
mille de). — Dans notre tome LXXI, 
M. Suite, aimable et érudit Canadien, a 
répondu substantiellement à une question 
Ramezay. En voici une nouvelle qui se 
pose à ce sujet : Quelles sont les armoiries 
de cette famille .^ Potier de Courcy dit 
(m'assure-t on, je n'ai pas le volume sous 
les yeux) : d'a:{ur au bélier issani d'or ^ac- 
compagné Je 2 bandes tranchées de gueules 
el d'or et conlmrné (sic^ cantonné plutôt) 
de ^f étoiles d'or. D'où isse ce bélier ? Mais 
d'après la maintenue de noblesse des 
Ramezay, au i<" juin 1701, voici un bla- 
son encore moins compréhensible ; d'a:(ur 
au bélier issant d'or, à quatre bandes, 2 de 
gueules et 2 d or, aux quatre étoiles d'or 

Parmi nos érudits bretons collabora- 
teurs (Brondineuf par exemple) y en a-t-il 
qui puisse me renseigner ou dire com- 
ment il comprend ce blason .'* 

Saint-Saud. 

Ex-libris à déterminer : « Avant 
tout Lorraine ». — A quoi attribuer 
l'ex-libris moderne suivant : 

D'azur à la fasce d'or accompagnée de 
trois croissants d'argent, chacun d'eux sur- 
monté d'une croix de Lorraine de même, et 
d'une étoile de même en chef. 

Timbre : Casque de face orné de ses 
lambrequins. 

Cimier : Une croix de Lorraine. 
Devise : « Avant tout Lorraine > . 

R. DE R. 

Distique latin à attribuer : crede 
ratem. — A qui dois-je attribuer le dis- 
tique suivant : 

Grade ratem ventis, animum ne crede puel- 

[lis, 
Namque est feminea tutior unda fide, 
Femina nulla bona (est) vel si bona contigit 

[una, 
Nescia que fata res mala facta bona est. 

Hy Many. 

Musidora. — Que signifie ce mot que 
je lis sous un portrait de Lady Hamilton 
par Gainsborough, à la National Gallery : 
Musidora se baignant les pieds. 

Hy Many. 



DES CHERCHEUSES ET CURIEUX lo février i^6. 



97 



98 



Miroir sur une statue. Une sta- 
tue en bois de la Vierge à l'Enfant récem- 
ment extraite d'un grenier en Bourgogne 
présente une particularité curieuse 

Cette statue haute, d'un mètre environ 
et d'assez bon style, paraît dater du 
XVI® siècle. Sur la poitrine de la Vierge 
une fleur est sculptée comme pour servir 
de broche. Elle a la forme d'une églan- 
tine et peut passer pour une rose. 

Le cœur de cette fleur est occupé par un 
petit miroir circulaire étamé d'un dia- 
mètre de deux centimètres environ. 

Seulement ce miroir ayant été fendu 
fut recouvert d'une couche de peinture 
verte et c'est en grattant la peinture 
qu'on Ta découvert. 

L'idée d'un reliquaire doit être écartée 
pour deux motifs, 

1° Le miroir est serti dans le bois et 
ne peut s'ouvrir ; 

2° les Vierges, il me semble, ne ser- 
vent pas de reliquaires, car quelles reli- 
ques porteiaient-elles? 

Faut-il voir là seulement un ornement 
sui generis faisant l'office de pierre pré- 
cieuse .'' 

Et de fait, l'éclat de la lumière du jour 
ou des cierges reflété par ce petit miroir 
devait produire un effet singulier. 

Faut il y voir encore un symbole du 
miroir de Justice dans la Rose mystique ? 

Autant d'hypothèses admissibles mais 
fort incertaines. 

Pourrait on leur apporter quelques pré- 
cisions ? 

Connait-on, notamment, des statues 
analogues ou même seulement de petits 
miroirs faisant l'office de pierres précieu- 
ses ou ayant comme ornements une si- 
gnification symbolique ? 

E. Fyot. 

De qui ce vers et dans quelle œu- 
vre le trouver. 

Ces deux enfants divins, le désif et la mort. 

W. 

Alphabet à déterminer. — Une 

inscription latine, qui paraît ancienne, a 
été faite avec un alphabet assez curieux 
dont la reproduction dans Y Intermédiaire 
serait sans doute d'une exécution difficile ; 
mais voici la description des lettres les 
plus typiques : 



F est représenté par une croix sur un 
socle ; 

B ressemble à un sigma majuscule re- 
tourné, mais avec une solution de con- 
tinuité au milieu ; 

S est retourné et tracé par une ligne 
brisée de sept traits ; 

P ressemble à notre Y cursif, retourne 
de gauche à droite ; 

T est une croix légèrement gammée ; 

O la forme d'un écu héraldique fran- 
çais ; 

M est surmonté d'un T ; 

D est notre C retourné ; 

ï ressemble assez au phé hébreux. 

Les autres lettres sont pareilles aux 
minuscules gothiques de même valeur. 

Quel est cet alphabet .? A-t-il un nom ? 
A quelle époque a-t-il commencé à être 
en usage ? A. de Prat. 

Hocquesonner. — Quelle est l'ori- 
gine et l'étymologie du verbe hocqueson- 
ner, employé par Flaubert dans le pas- 
sage suivant ? 11 ne figure dans aucun des 
dictionnaires dont je dispose : 

Le génie comme un fort cheval traîne à 
son c... l'humanité sur les routes de l'idée; 
elle a beau tirer les rênes et par sa bêtise lui 
faire saigner les dents en hocquesonnant 
tant qu'elle peut le mors dans sa bouche, 
l'autre qui a les jarrets robustes continue tou- 
jours au grand galop par les précipices et les 
vertiges. Nauticus. 

Quadrillée. — On lit dans V Illustra- 
tion du 20 novembre 1915 : 

Les marsouins cisaillent les fils de fer qui 
retiennent les quadrillées sur leurs plan- 
chettes. 

Quelle est la signification de ce mot : 
quadrillée? G. F. 

Le lièvre Carnivore. — Dans une 
I de ses Nouvelles Asiatiques dont quelques- 
I unes ne seraient pas indignes de Mérimée, 
Gobineau fait dire par un turcoman quel- 
conque que la chair du lièvre est mal- 
saine parce que cet animal se nourrit de 
charognes. Trouve-ton ailleurs trace de 
! cette ridicule allégation ? 

11 faudrait, en tout cas, y vo ir une 
\ nouvelle preuve du manque d'esprit d'ob- 
servation chez les paysans, dont j'ai re- 
,, levé tant d'exemples chez les indiens de 
i l'Amérique centrale. O.S. 



N* I4J3. Vy.. LXXIII 
99 



L'INTERMÉDIAIRE 



100 — 



Réponôee 



La première victime de la guerre 
actuelle (LXXl). — Le premier soldat 
français, tombé au champ d'honneur, est 
Jules André Peugeot, caporal à la sixième 
compagnie du 44' régiment d'infanterie 

Il existe diverses relations de la mort 
du caporal Peugeot qui permettent de 
préciser l'importance d'un événement qui 
doit faire date dans l'histoire de la guerre. 
MM. Sibille et Mauvaux ont publié, dans 
le journal Le petit Comtoii du 19 septem- 
bre 1915, un récit très étudié des circons- 
tances dans lesquelles ce vaillant soldat 
fut tué. M. Calame, un suisse, dont la 
neutralité garantit l'impartialité, a donné 
dans La Ga^etts de Lausanne du 16 octo- 
bre 191 5, le résultat d'une enquê e faite 
avec le plus grand soin, à Joncherey où 
eut lieu l'attaqua allemande. L'Elsasser 
Kurier de Colmar a donné aussi un récit 
de ce premier combat, mais en l'emprun- 
tant à un numéro illustré du journal de 
guerre de Lille offert au grand duc de 
Bade pour le 58" anniversaire de sa nais- 
sance. M. l'abbé Wetterlé en a publié une 
traduction dans Lx France de Demain. De 
l'étude attentive de ces divers documents, 
il résulte, comme on le verra, qu'avant 
toute déclaration de guerre, les allemands 
pénétrant Ires avant en terre française, 
commirent l'acte le plus grave d'hostilité. 
Il importe de rappeler que désireux, jus- 
qu'à la dernière heure de prévenir toute 
cause de conflit, ordre avait été donné à 
nos troupes de s'éloigner à dix kilomètres 
des frontières allemandes et de créer ainsi 
uneione neutre entre les armées. 

Le dimanche 2 août 1914, le caporal 
Peugeot, avec quatre hommes, se trouvait à 
Joncherey, petit village situé à deux kilo- 
mètres de Délie. Il s'était installé dans la 
maison de M. Docourt, éloignée du village 
d'environ cinq cents mètres et avait placé 
une sentinelle sur la route qui conduit à 
Faverois, Il était dix heures du matin. La 
fille de M. Docourt, étant sortie de la mai- 
son se rendant à une fontaine voisine, aper- 
çut tout-à-coup quelques cavaliers alle- 
mands qui chevauchaient entre deux 
champs de blé. Elle revint courant et 
criant : Les Prussiens, voilà les Prussiens. 
Sans doute l'on pouvait croire qu'ils 
patrouillaient le long de la frontière mais 



non pas, qu'avant la déclaration de 
guerre, ils fussent assez audacieux pour la 
franchir et s'avancer à plus de douze kilo- 
mètres en France. 

Mais, d'après la relation allemande, le 
lieutenant Mayer du 5" chasseurs à che- 
val, en garnison à Mulhouse, avait reçu 
de son général de brigade l'ordre de 
faire un service d'éclaireurs, en pas- 
sant par Délie, dans la direction de Bel- 
fort. Le lieutenant réunit une patrouille 
< pleine de joie et de désir de combattre 
et fière d'apprendre la première à l'en- 
nemi la force du cavalier allemand avec 
ordre de supprimer quiconque pourrait 
les gêner dans l'accomplissement de leur 
mission > 

Le lieutenant Mayer, en effet, arrivait 
sur la route de Faverois, tandis que sa pa- 
trouille cherchait à prendre entre deux 
feux la sentinelle et le petit poste. 

Le caporal Peugeot s'avança immédia- 
tement vers l'ofïîcier allemand et, ne pou- 
vant prévoir une attaque la guerre 
n'étant pas déclarée, l',:i fit les somma- 
tions d'usage. Mais le lieutenant Mayer, 
saisissant son revolver, par trois fois, tira 
sur le chef de poste. Si la première 
et la troisième balle se perdirent, la se- 
conde frappa Peugeot à l'épaule droite, 
le transperça et sortit par le côté gauche. 
Le vaillant soldat chancela, mais domi- 
nant la souffrance, épaula son fusil et 
le lieutenant Mayer, mortellement atteint, 
tomba de son cheval. 

Par un suprême effort, Peugeot essaya 
de faire quelques pas mais il s'affaissa, sans 
un cri sur la porte de la maison de M. Do- 
court ». Je vois toujours, disait celui ci à 
M. Calame, ce corps étendu à mes pieds, 
ce visage blême, ces traits crispés de la 
première victime de la guerre. La patrouille 
prit la fuite poursuivie par les coups de 
fusil du petit poste, l'ordonnance du lieu- 
tenant, son cheval avant été blessé, fut 
fait prisonnier ainsi qu'un autre chasseur. 

Le caporal Peugeot, instituteur, né le 1 i 
juin 1893,3 Etupes, avait été incorporé au 
44'' régiment d'infanterie le 26 novembre 
1913 et nommécaporal le i^avril 1914. 
Il avait passé les examens pour le grade 
d'officier de réserve, et avait été admis à 
suivre les cours préparatoires à ce grade. 

M. Baillot, l'Inspecteur d'Académie 
écrivant à sa mère, institutrice à Etupes, 
lui a rendu ce beau témoignage « il avait 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 février 1916. 



lOI 



102 



la vertu supérieure de l'éducateur, la foi 
qui agit et avait montré une ardeur de 
zèle qui lui mérita l'éloge de son inspec- 
teur primaire ». 

L'héroïsme de Peugeot lui a valu d'être 
cité à l'ordre du régiment, *< pour avoir 
arrêté et dispersé la première patrouille 
allemande qui violait le territoire fran- 
çais ». 

Voici le texte de l'acte de décès du capo- 
ral Peugeot, telqu'il estrelatédans le regis- 
tre des actes de l'état civil dejoncherey : 

Le deux août 1914, dix heures, Jules André 
Peugeot, né à Etapes (Doubs), le 11 juin 
189?, caporal au 44' régiment d'infanterie 
au fort de Lomont (Doubs) âgé de 21 ans, 
fils de Jules Albert Peugeot employé d'usine, 
âgé de 48 ans et de Fiancine-Marie Fréde- 
rique Pechin, son épouse, âgée de 49 ans, 
demeurant ensemble à Etupes, (Doubs), est 
décédédevant l'ennemi vers la maison Docourt 
Louis, à Joncherey. Dressé le présent acte le 
trois août 1914, neuf heures, sur ladéclaration 
deDocourt L'uis propriétaire, âgéde 59ans et 
de Docourt Ernest, ouvrier d'usine, âgé de 21 
ans, demeurant tous deux à Joncherey, qui, 
lecture faite, ont signé avec nous, Pierre 
Charbonnier, maire dejoncherey. 

Signé Louis Docourt, père 
Docourt, Charbonnier. 

Le témoignage de M. Docourt réduit à 
néant le récit de VElsasser Kurrier où il 
est parlé du lieutenant Mayer « fendant 
d'un coup de sabre, la tête jusqu'à la 
poitrine d'un pioupiou français terrorisé.» 
La vérité est que l'on se trouve moins 
en présence d'un loyal combat que d une 
odieuse agression , faite comme nous 
l'avons déjà dit, avant la déclaration de 
guerre. 

«J'ai eu le triste privilège, nous écrit 
M. Poivez, le vénéré pasteur d'Etupes, 
d'assister la famille dans ces doulou- 
reuses circonstances et de présider le ser- 
vice funèbre de mon jeune ami, si affec- 
tueux, si modeste et d'une piété aussi 
simple que ferme. Ce service a eu lieu 
dans notre temple d'Etupes, le 4août 1914, 
à deux heures de l'après-midi, au milieu 
d'une affluence énorme et, vous le pensez 
bien, profondément émue. » 

Ce même jour et à la même heure 
M. Viviani, président du Conseil, montait 
à la tribune de la Chambre des Députés, 
et annonçait que l'ambassadeur d'Alle- 
magne lui avait remis, la veille, la 
déclaration de guerre, justifiée par le 



vol d'avions français sur Nuremberg. Il 
repoussa dédaig eusement une si mépri- 
sable accusation, mais il est permis 
de regretter que, faute d'information, il 
n'ait pab pu dire qu'au moment même où 
il parlait, se célébraient les funérailles du 
brave caporal Peugeot, victime de la plus 
criminelle des violations de la frontière 
française, acte qui, à lui seul, aurait auto- 
risé la France à déclarer la guerre à l'Alle- 
magne dès le dimanche 2 août 1914 

MM Sibille et Mauvaux ont demandé 
qu'un monument soit élevé à la mémoire 
de Peugeot là même où il tomba face à 
l'ennemi. « Sur cette terre sacrée, disent- 
ils, il enseignera aux enfants comment 
est mort, les armes à la main, pour la dé- 
fense de la patrie, pour le droit et la Jus- 
tice, le premier instituteur français >. 

Frakk Puaux. 

Le compliment latin de Ferdi"- 
nsnd de Bulgarie à Guillaume II 

(LXXlll, 41). — Gloriosus, dans le bon 
sens du mot, celui dans lequel le roi 
Ferdinand avait cru le prendre, ne se 
trouve guère dans les auteurs latins 
qu'appliqué aux choses et non pas aux 
hommes : clarorum hominum facta illus- 
tria et gloriosa. (Cic), mois gloriosa (Cic.) 
die gloriosissimm (Tàc), gloriosum ai 
(Cic.) etc. ; la seule exception que je 
sache était : gloriosus princeps, de Suétone, 
une autorité insuffisante, on en convien- 
dra, et nous en voici donc une seconde qui 
nous est aujourd'hui fournie par le roi de 
Bulgarie. Suétone parlait de Caligula, 
l'autre citation est pour Guillaume II : 
l'humanité se passera volontiers d'en con- 
naître jamais une troisième. 

Par contre, gloriosus, avide de gloire, 
présomptueux, vantard, fanfaron, est en 
général appliqué aux êtres animés. Nous 
con {laissons tous Miles Gloriosus, au 
moins par son titre, comme nous connais- 
sons le Glotieux de Destouches, mais il 
y a encore Cicéron qui a écrit : milites 
gloriosi, les soldats fanfarons, et Pline 
l'Ancien : pavo, animal gloiosum, le paon, 
animal plein d'ostentation. 

Ceci dit. croyez-vous que le Roi de 
Bulgarie se soit autrement préoccupé de 
la pureté classique de son latin et du 
choix de ses expressions .? Je ne le pense 
pas. II avait sans doute été avisé qu'i. 



N» 1435. Vol. LXXIII. 

Ï03 

eût à porter un toast dans cette langue, 
cela ne pourrait manquer d'avoir une 
agréable saveur d'Empire Romain, seu- 
lement on ne lui avait pas dit lequel, et, 
lui, se rappelant les souvenirs de l'édu- 
cation de sa jeunesse, s'est dit qu'après 
tout on pouvait aussi faire du latin sans 
en savoir beaucoup. Et il a été de l'avant, 
sans se soucier du rapprochement peu 
heureux de « salutant >* et de «salutem*.il 
a fait l'appel de « vainqueur, glorieux, 
rédempteur, les opprimés, prospérité », et 
à la minute, Victor, qui était bon, glo- 
rio'ius, qui n'était pas réussi, sont venus 
se placer sur les rangs, avec redemptor, 
oppressi, prosperitas, que vous trouverez 
certes dans tous les dictionnaires, mais 
peut-être rarement ou jamais dans les 
classiques avec le sens que leur donnait 
sa bouche royale. Qu'importe ? Les 
oreilles impériales ont été réjouies, et 
dame ! si tout cela n'est que de la basse 
latinité, c'est qu'on ne peut jamais pren- 
dre sa latinité que là où l'on est. 

Et tenez, puisque j'ai écrit le mot de 
<< pjosperitas > laissez-moi vous faire lire 
une phrase où Cicéron l'a mis dans un pas- 
sage du De Natura Deorum, la voici : 

Improhorum prosperilales secundaeque rcs 
reciarguunl [ut Diogenes dicebat) vim om- 
nem deorum, ac potestatem. 

C'est-à-dire que les succès des mé- 
chants et la réussite de leurs projets se 
dressent comme un argument contre la 
force et la puissance des dieux. 

Mais nous avons changé depuis Dio 
gène et depuis Cicéron, et avec un de 
nos penseurs et écrivains, à nous, nous 
disons : 

*< Pourquoi voit-on parfois le mal l'em- 
porter sur le bien ? Parce qu'on ne re- 
garde pas assez longtemps ». 

Nous regarderons ! H Goudchaux. 

L'Homme malade (LXXIII, 43). — 
Celte expression a été employée par l'Em- 
pereur Nicolas I" qui, le 9 janvier 1853, 
rencontrant dans une grande soirée l'am- 
bassadeur d'Angleterre, Sir Hatmilton 
Seymour, lui proposa ex abrupto de 
prendre des dispositions pour partager 
entre la Russie et la Grande-Bretagne, et 
en dehors de la France, l'héritage de la 
Turquie qu'il traita d'homme malade, gra- 
vement malade. L'Angleterre déclina ces 
ouvertures en répondant qu'il valait 



L'INTERMÉDIAIRE 



104 



mieux essayer de guérir le malade en 
question. (Quelques mois après éclatait la 
guerre d'Orient. 

U.\ Bibliophile Comtois. 

Le mot ne s'applique pas au Sultan, 
mais à l'Empire Ottoman, et c'est l'Em- 
pereur de Russie, Nicolas I«', qui a dit en 
1844 : 

je vous lépète que l'homme malade est 
mourant et nous no devoni; pas permettre 
qu'un tel événement nous prenne par sur- 
prise. 

H. Goudchaux. 



L'. tête de la princesse de Lam- 
balie (LXXII, 379). 

... Enfin las de cette horàble journée ils 
jetèrent le rorps et la tête de cette princesse 
sur le monceau de victimes qui se trou- 
vaient M\ Chatelet. En vain chercha-t on à 
les reconnaître, cela fut impossible. 

f Mémoires historiques de Marie Thérèse - 
Louise de Savoie Carigiian, princesse de 
Lamballe, par Madame de .Meri). 

... C'était, au dire de Weber, un sieur 
Pinte! qui avait riimassé la têie et l'avait 
apportée à la Section des Quii.ze-Vingts. Le 
Commissaire de la Section prit les disposi- 
tions nécessaires poui faire inhumer le dé- 
bris macabre datis le Cimetière des Enfants- 
Trouvés . 

{La Névrose Révolutionnaire. Docteurs 
Cabanes et L Nass) 

...M. de... se rendit au Cimetière des 
Quinze-Vingt-, avec un plombier, fit mettre 
dans une boîte de plomb tout ce qu'on ava.t 
pu co!i;erver de ces restes précieux (la tête 
de M^ne de Lamballef et les fit partir pour 
Dreux cil ils furent placés dans le même ca- 
veau qui atteniail M. de l'enthièvre . 

(Les Massacres de septembre. Récit de 
Weber, frère de lait de la reine Marte- 
Antoinette. G. Lenoîre). 
' Si la tête de l'infortunée Princesse a été 
inhumée à Dreux en 1792, elle n'a pu être 
découverte en 1904 dans le petit cimetière 
attenant à la chapelle de l'Hôpital Trous- 
seau. J. R. DE M. 

Les cheveux blancs de Ma-ie- 
Antoinette (LXXll, 379). - Je puis ci- 
ter trois cas répondant, ce me semble, à 
la demande de notre confrère. 

Le premier est celui de l'aimable doc- 
teur J A., bien connu à Paris, pour sa 
belle conduite en 1870 71, et qui me 
sauva la vie en me guérissant d'une grave 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo février 1916 



i05 



106 



pleurésie contractée en juin 1887, aux ^ouvriers, alors qu'il remplissaitles fonc 



Invalides, lorsque j'y retrouvai la cham- 
bre qu'y occupa le marquis de jouffroy 
d'Abbans. — Blessé en Crimée, le doc- 
teur A., passa, m'a-t il dit maintes fois, 
toute la nuit sur le champ de bataille de 
l'Aima, entendant sans pouvoir crier, 
courir près de lui 'a cavalerie et les équi- 
pages d'artiilerie et du train. On le releva 
le lendemain avec les cheveux complète- 
ment blancs. 

Le second est celui d'un mien cousin, ;; 
incorporé dans un régiment algérien, qui i 
se trouvant de garde la nuit, près d'un I 
bois dans lequel il entendit rugir un lion, 
en éprouva une telle frayeur que ses che- 
veux, d'un brun foncé lors de son départ, 
devinrent, du jour au lendemain, d'un 
gris bien accentué. 

Le troisième (ce récit m'a été fait par 
des gens dignes de foi) est celui d'une 
personne de la société parisienne, dont 
la chevelure a blanchi à la suite d'une 
forte émotion sur laquelle on me permet- 
tra de ne pas m'étendre. Accablé moi- 
même par le malheur, je m'incline très 
respectueusement devant la douleur de 
cette personne que je n'ai pas l'honneur 
de connaître, mais à laquelle je ne vou- 
drais, pour rien au monde, faire la moin- 
dre peine, même légère. 

Si ces faits qui me paraissent avoir eu 
pour causjs communes la frayeur ou 
1 émotion, ont pu se produire, il n'est pas 
étonnant que les mêmes effets se soient 
produits sur les beaux cheveux blonds 
de la Reine, à la suite des frayeurs, des 
émotions dont les meilleurs historiens de 
l'époque nous ont fourni les douloureux 
détails, et que ces cheveux qui firent 
l'admiration de la Cour, soient devenus 
de la couleur blanche que nous a montré 
le portrait fait de l'infortunée Souveraine 
à la Conciergerie, par Kucharsky. 

A quelle date s'est produit ce change- 
ment de nuance, dans les cheveux de la 
Reine ? j'avoue humblement n'être pas à 
même de le préciser. 

j, G. Alfred Prost. 

* * 
Il n'est nullement invraisemblable que 

la malheureuse reine ait pu blanchir en 

peu d'heures. 

le connais à Paris une haute personna- 



tions d'ingénieur, il fut pris sous un 
éboulement de matériel ; l'émotion que 
ressentit cet homme d'uncourage éprouvé 
et d'un rare sang-froid eut pour effet de 
faire blanchir sa chevelure du jour au len- 
demain. 

Danj le Prisonner of Chitton Lord Byron 
fait allusion à ce phénomème : 

My hair is grey, but not with years, 

Nor grew it white 

In a single night... 

(Grise est ma chevelure, mais non du fait 

des années ; ce n'est pas non plus qu'elle ait 

blanchi en une seule nuit.. ) CusA. 

♦ 

* * 
André Tudesq, dans Le Journal, 1916- 

janv. 10, p. I, col. 2. «Le Navire tor- 
pillé», dit d'un officier échappé aux effets 
de l'explosion : 

On imagine les poignantes minutes qui 
suivirent : celui qui me les conte a vu, en 
une nuit, ses cheveux blanchir. 

Je rencontrais à Cherbourg vers 1895 (.?), 
un officier d'infanterie coloniale dont on 
me dit que les cheveux avaient blanchi 
pendant que, tombé aux mains des Anna- 
mites, ceux-ci l'avaient enterré jusqu'aux 
épaules et laissé dans cette position. 

Sglpn. 

Les Portraits de Louis XVII 

(LXXII, 334). — V Intermédiaire sus-dé- 
signé, signalait un portrait de l'Enfant- 
Roi martyr , ignoré jusqu'ici , quoique 
dessiné au Temple par Isabey. — On sait 
quel est le possesseur des deux der- 
niers portraits connus du royal prison- 
nier, dont l'un est cette petite merveille 
artistique qui figura à l'Exposition de 
Trianon en 1867, et que François Lau- 
rentie a reproduit dans son ouvrage sur 
Louis XVII, mais d'une manière si im- 
parfaite que, de l'aveu même de l'auteur 
de ce volume, cette reproduction a altéré 
la beauté de cette œuvre, au lieu de la 
faire valoir. 

L'autre est un beau, vigoureux dessin, 
placé dans un cadre en argent ciselé, de 
style Louis XV, assez bien rendu dans 
l'important ouvrage où il figure : Autour 
du lemple, par Gustave Bord, Paris, E. 
Paul, éditeur. Celui-ci nous montre l'in- 
fortuné prisonnier ayant l'air effrayé par 



lité du monde de la grande industrie qui la crainte des coups dont le menace, sans 
est dans ce cas ; préoccupé du sort de ses doute, son cruel et tortionnaire geôlier. 



M» I4IJ. Vol. LXXIII. 

107 

Si le premier de ces deux derniers por 
traits a pu être authentifié par des con- 
naisseurs dont l'avis fait autorité, le se- 
cond, attribué à David, ne parait pas 
encore l'être définitivement. 

Un de nos savants confrères aurait-il 
l'amabilité de vouloir bien solutionner 
cette question artistique ? Un Curieux. 

Une fille de l'impératrice d'Au 
triche (LXXIl, 91. 189, 244, 322, 387). 

— Je me range absolument à la manière 
de voir de notre confrère qui signe H. C. 
M. (LXXII, 387). — A l'heure où nous 
voulons à juste titre opposer nos mé- 
thodes scientifiques à celles de nos enne- 
mis, il est inadmissible, et dans tous les 
cas très regrettable, qu'on semble donner 
à plaisir à ces derniers des armes contre 
nous, je laisse à dessein de côté l'aven- 
ture abracadabrante dont l'impératrice 
Elisabeth serait l'héroïne : quels que soient 
nos légitimes griefs contre l'adversaire, 
aucun vrai français n'y trouvera l'excuse 
d'un manque de courtoisie vis-à-vis d'une 
femme. Mais que diredes — mettons naïve- 
tés — imprimées dans les journaux même 
les plus sérieux, depuis certains récits sur 
les dessous de la politique du kaïser, où 
l'on voit le chancelier de Bûlow se hâter 
de passer le ruban de l'ordre de l'Aigle 
Noire à la boutonnière de sa redin- 
gote pour recevoir son gracieux maî- 
tre, jusqu'à la soi-disant séquestration 
de l'empereur Ferdinand I^"^ d'Autriche, 
qui, tout le monde le sait, était un 
minus hahens, mais partageait son temps 
entre Prague et les rives de l'Adriatique, 
et jusqu'à sa mort en 1875;, recevait con- 
tinuellement à Prague, au palais du 
Hradschin, les membres de l'aristocratie, 
et les Français attaches à la personne de 
M. le comte de Chambord, ou courtisans 
de son exil. Beaucoup d'entre eux l'ont 
ainsi bien connu, ainsi que sa femme l'im- 
pératrice Marie-Anne de Modène, et les 
réflexions souvent pleines de bon sens 
dans leur simplicité, du vieux monarque 
qui était la bonté même, circulent encore 
dans les familles de ceux qui l'ont appro- 
ché. L'histoire véritable de la maison de 
Lorraine-Autriche est assez tragique pour 
qu'on n'y ajoute pas des épisodes dignes 
de figurer à côté des horreurs de la Bas- 
tille et des divers masques de fer apo 
cryphes. D. V. 



L'INTERMfiDïAIRB 



108 



Congrès de la paix, initiative de 
Henri ÎV (LXXUl. 15). — M. Poirson, 
panégyriste plus qu'historien,, a tenu 
compte du prétendu « grand dessein > 
de Henri IV comme il n'est plus permis 
de le faire aujourd'hui. Afin d'établir soi- 
disant la « paix universelle », Henri IV, 
excité d'ailleurs par sa passion sénile 
pour la jeune princesse de Condé, allait, 
à la veille de sa mort mettre l'Europe à 
feu et à sang. Or, la maxime que tous les 
moyens sont bons pour obtenir une bonne 
fin n'est point meilleure sous le rapport 
de la morale publique que sous celui de la 
morale individuelle. Aussi les meilleurs 
catholiques de l'époque, qui étaient des 
meilleurs français, se sont-ils opposés à la 
furieuse et aveugle politique contre la 
maison d'Autriche, continuée pir Riche 
lieu et ce capucin dévoyé que fut le père 
Jos<iph du Tremblay, de laquelle n'est 
issue rien moins, avec la dernière évi- 
dence, que la puissance de la Prusse. Inu- 
tile d'insister sur les suites. 

Hyrvoix de Landosle. 

Comment est mort Baudouin P^, 
empereur de Constanîinople (LXXll, 
377J. — D'après les uns, il périt le 
14 avril 1205 dans la funeste bataille 
qu'il livra aux Bu'gares sous les murs 
d'Andrinople; suivantd'autres il y fut fait 
prisonnier et fut massacré dans la suite par 
Joannice ; enfin d'aucuns prétendent qu'il 
fut supplicié à Lille, vingt ans plus tard, 
sur l'ordre de sa fille, la comtesse Jeanne. 

Le P. Cahours a consciencieusement 
étudié la question dans son Baudouin de 
Consiantinople, (Paris, 1850), d'où sont 
tirés les renseignements suivants : 

Villehardouin, qui assistait à la bataille, 
raconte que l'empereur Baucloiin y fut pris 
vif Lorsque, quelque temps après, les croi- 
sés dégagèrent Renier de Trith, assiégé de- 
puis trt ize mois dans le château de Sténiniac, 
à trois lieues de Philippopoiis, ils lui deman- 
dèrent des nouvelles de l'empereur. Nous 
avons, dirent-ils, mainte fois oui dire qu'il 
est mort dans les prisons de Joannice : 
mais nous ne le croyons mie. Renier leur 
asiura qu'il était réellement mort et c'est 
alors que le f ère de Baudouin, Henri, se fit 
couronnera Constantinople le 15 août 1306. 
(Villehardouin). 

Quand Arnoul de Gavre retrouva en 
1222 son oncle Josse de Materne, qu'on 
croyait mort à la Croisade, en la personne 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 février I0i6. 



109 



— 110 



du franciscain Jean le Nattier, celui ci lui 
raconta que l'empereur avait péri dans le 
combat : « In strage finali contra Coma- 
« nos et Blactos, ante Andrinopolim, in- 
« qua captus et interf^ctus fuit Baldui- 
« nus, dimicavimus.» (Jacques de Guise). 
Les anciens croisés devenus frères mi- 
neurs, que la comtesse Jeanne convoqua 
au Qi:esnoy lorsque l'ermite de la Forêt 
de Glançon après avoir déclaré qu'il était 
l'empereur eut fait une entrée triomphale 
à Valenciennes, déclarèrent sous la foi du 
serment ce qui suit : 

Nous, seize anciens chevaliers et compa- 
gnons d'armes du prince Baudouin, nous 
avons vécu avec lui tant qu'il a combattu. 
Nous étions tous là lorsqu'il livra sa der- 
nière bataille contre les Comans et 'es Blac- 
tes, et nous l'y avons vu vivant et puis 
mort. Tous nous eu sommes témoins ; et, de 
plus, nous demandons à comparaître, en pré- 
sence du roi Louis, pour être confrontés avec 
cet homme qui se dit notre coiute. 

La confrontation était, en effet, néces- 
saire, et cette seule déposition, telle que 
la rapporte Jacques de Guise, était su- 
jette à bien des difficultés. Ces chevaliers 
prétendaient avoir vu le comte tomber 
mort dans la mêlée ; et Topinion com- 
mune, mêrneparmi les partisans de Jeanne, 
était qu'il avait été pris vivant, et traîné 
ensuite par son vainqueur dans les pri- 
son de Bulgarie, où il ne fut tué qu'au 
bout de quinze mois environ. 

Cette croyance s'appuyait : 1° sur la 
relation de Renier de Trith 5 2'^ sur les 
lettres de l'empereur Henri • 3" sur le té- 
moignage du roi des Bulgares lui-même. 
Car, en 1206, Joannice , menacé par 
Innocent IIl, lui avait, dit-on, répondu 
que son captif était mort dans 'a prison. 
< Debitum carnis exsolverat cum carcere 
^ teneretur » Peut-être ce prince avait-il 
voulu se débarrasser, par cette réponse, 
des instances du pontife. 

La confrontation ne put avoir lieu 
puisque l'ancien ermite, convoqué à Pé- 
ronne à la fin de mai 1225 par le roi 
Louis VIII, s'enfuit dès qu'on lui eut posé 
des questions qui l'embarrassaient. Mal- 
gré cette fuite il conserva de nombreux 
partisans (et il en a encore de nos jours). 
Lorsque, après avoir été arrêté en Bour- 
gogne et livré à la comtesse Jeanne, il 
eut été pendu à Lille, vers le 1" octobre 
suivant, sous le nom de Bertrand de 



Rayns, on persista à dire qu'il était bie" 
l'empereur. Aussi la comtesse, pour réfute'^ 
tous ces bruits et mieux prouver son inno* 
cence, envoya-t-elle en Bulgarie des com* 
missaires chargés de procéder à une en- 
quête juridique sur la mort de son père. 
Ils en rapportèrent une relation du sup- 
plice du comte Baudouin que leP, d'Ou- 
treman a utilisée dans sa Constantinopolts 
Belgica, d'après un auteur anonyme dont 
il avait entre les mains le manuscrit « au- 
jourd'hui perdu », 

D'après cette relation, Baudouin pri- 
sonnier ayant résisté aux avances que lui 
faisait la femme de son vainqueur fut ac- 
cusé par celle ci d'avoir voulu la détour- 
ner de son devoir. Joannice fit alors tran- 
cher, en sa présence, d'abord les mains et 
les pieds puis les bras et les jambes de son 
captif, lentement et à diverses reprises. II 
fit ensuite jeter les membres et le tronc, 
qui respirait encore, dans une vallée près 
de Ternove, où l'on jetait les chevaux et 
les chiens morts. Le héros chrétien y sur- 
vécut pendant trois jours^ luttant non 
contre les oiseaux de proie, qui le respec- 
tèrent, mais contre la mort, soutenu par 
sa foi et plein de l'espoir du ciel.. . Appre- 
nant que Baudouin avait cessé de souffrir, 
Joannice lui fit enlever le crâne, qu'on en- 
châssa dans de l'or : et ce fut, selon l'an- 
cien usage des Scythes, sa coupe dans les 
repas de fête. 

L'auteur a réuni, dans une note de la 
p. 278, les principales chroniques citées 
par lui, en distinguant celles qui ont dé- 
fendu l'ermite. 

On voit qu'il est impossible de concilier 
ces diverses données Aussi le P. Cahours, 
après avoir scruté tous les textes et pesé 
tous les témoignages, conclut-il en ces 
termes : 

C'est un des plus mémorables exemples des 
incertitudes et des vanités de la renommée. 
Nous en sommes à douter si le fondateur 
d'une dynastie nouvelle sur le trône de 
Constantin mourut sous le fer des Bulgarei, 
empereur et martyr, ou pendu par ordre de sa 
fille, avec le titre de comédien. 

De Mortagne. 

Eugène Baillet ; l'année de sa 
naissance (LXXII, 381), — La date du 
20 octobre 1829 que donne Félix Boisson, 
est la vraie. Cette notice, comme presque 
toutes celles données à la mort de Baillet, 



L'INTERMEDIAIRE 



N 1433. Vol. LXXIII, 

. 1 1 1 ... I. ■ 

a été faite d'après la Biographie écrite par 
L.-H. Lecomte, que j"ai publiée dans le 
ournal La Chanson, que j'ai fondé, et 
dirigé de mars 1878 a 1882. Les princi- 
paux document sont été fournis par Baiilet 
lui-même. Jai été l'intime ami de Baiilet 
pendant 50 ans. A. Patay. 

Feschbein, peintre du X"VIIP 
siècle (LXXII, 381 ). — 11 me semble pro- 
bable, sinon certain^que l'auteur des deux 
pastels en question est le peintre Jean 
Henri Tischbein (et non pas Feschbein, ni 
Fechbein) né à Haina en 1722, mort à 
Cassel en 1789. 

Les deux pastels ont été exécutés à une 
époque où Jean Henri Tischbein travail- 
lait à Paris comme élève de Carie van 
Loo, puis de Boucher. 

On peut voir, au Musée de Versailles 
le portrait de Waldner de Freudstein peint 
par cet artiste. 

J'emprunte ces détails à un ouvrage de 
M. Edmond Michel publié à Lyon en 1881 
in-4°, intitulé Etude biographique sur les 
Tischbein, peintres allemands du xviii* 
siècle 

Le moi peintres est ici au pluriel car il 
s'agit d'une véritable tribu d'artistes. 

J'ajoute que le Musée d'Amsterdam, à 
côté de sept portraits à l'huile et neuf 
pastels de Jean-Frédéric-Auguste Tisch- 
bein, possède le portrait d' Anne de Bruns- 
wick par son oncle Jean Henri. 

ViLNA. 

Monsieur Tausserat ou l'auteur de la 
mention qui se trouve au dos des deux 
portraits sont-ils sûrs d'avoir bien lu le 
nom de l'artiste ? Ne s'agirait-il pas de 
J. H. Tischbein (le vieux en raison de la 
date donnée : 1747), auteur de nombreux 
portraits et oncle de J. F. A. Tischbein, 
également portraitiste et pastelliste, dont 
je me rappelle avoir vu au Musée royal 
de la Haye, un bien joli portrait de la 
princesse Frederique-Sophie-Wilhelmine 
de Prusse, épouse du stathouder Guillau- 
me V? 

Tischbein le vieux faisait souvent en 
forme d'F la première lettre de son nom, 
quand il signait ses tableaux. 

C. Dehais. 

Le nom de Guadet (LXIX). — 
fextrais d'une lettre qu'a bien voulu 



112 



m'adresser M. Paul Guadet, architecte en 
chef du gouvernement, les renseigne- 
ments qui suivent : 

Mon oncle, ses enfants, mes frères et 
sœur e* moi sommes les seuls parents qui 
existent actuellement de notre arrière-giand 
oncle, le girondin. Sa descendance en ligae 
directe est éteinte depuis quelque vingt ans. 

Il n'existe pas, à ma connaissance, de té- 
moignages contemporains sur la prononcia- 
tion du nom, mais je puis vous indiquer que 
l'habitude de la famille a toujours été de le 
prononcer .sans marquer Tm, c'est-à-dire 
Gadé, Je pense donc que c'est là la vraie 
prononciation. 

Toutefois, je puis vous donner un rensei- 
gnement, hypothétique d'ailleurs, qui con- 
tredirait cette façon de voir. L'origine de la 
famille est ancienne et peut être suivie à 
Saint-Emilion jusqu'à la fin du xvi« siècle (A 
Saint Eimlion, on prononce aussi Gadè). 
Vous pourriez consulter à ce sujet {'Histoire 
des Girondins et surtout \ Histoire de Saint 
Emilion de mon grand-père, Joseph Guadet, 
où il est indiqué que plusieurs maires de la 
ville ont porté ce nom. D'aulre part, l'éîy- 
mologie du nom ne m'est pas connue d'une 
façon certaine, mais nous pensons qu'elle 
serait d'origine mauresque, et que notre 
nom serait un diminutif francisé du mot 
arabe o«e/ ^ rivière) ou ouàd (un), si cette 
hypothèse est juste, la prononciation cor- 
recte serait plutôt Gou-a-dè, en prononçant 
l'a à la façon latine. Il senible bien, en tout 
cas, que la terminaison et soit un diminutif 
et doive se prononcer è et non pas é, c'est-à- 
dire d'une façon claire et grave et non basse 
et aiguë, légère aussi et non appuyée. 

Nauticus. 



Hans Sachs (LXXIII, 4). — La satire 
intitulée « Etrange prophétie touchant la 
papauté et le sort qui l'attend jusqu'à la 
fm du monde » est due surtout au prédi- 
cateur protestant Osiander. Une série de 
trente dessins symboliques^ accompagnés 
de commentaires attribués à Joachim de 
Flore et prédisant la grandeur future de 
la papauté, avait été puMiée sous le titre 
de Vaticinia Joacbimi^ "çno^hiÙQs de Joa- 
chim, Osiandev eut l'idée de rééditer ces 
dessins, avec un préambule et des com- 
mentaires de sa façon qui leur faisaient 
prédire au contraire la ruine prochaine de 
la papauté. Hans Sachs lui fournit un 
quatrain à placer sous chaque image, et 
qui en résumait le sens dans l'esprit du 
commentaire. Un portrait de Luther 
avait été ajouté, et le quatrain de Sachs 



DES 



Ï13 



placé au bas, à la louange du « héros ». 
La satire plut fort à celui ci. Mais le 
conseil communal de Nuremberg, mal- 
gré sa sympathie pour la Réforme, fut 
sans doute inquiété par la violence des 
diatribes d'Osiandev et ses menaces con- 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

vère aux trois intéressés 



10 février 1916. 



Hans Sachs fut 
traité plus durement que les autres ; il 
lui fut enjoint de retourner à son métier 
de cordonnier et de s'abstenir à Tavenir 
de publier de pareilles élucubrations, si- 
non le conseil se montrerait moins indul- 



tre les catholiques, le blâma ainsi que î gent à son égard. Il n'est pas dit que l'ou- 



l'éditeur, fit saisir les planches et les exem 
plaires tirés, et enjoignit à Hans Sachs de 
s'en tenir désormais à son métier de cor- 
donnier et de ne plus rien faire imprimer. 
Le livre n'a pas pour cela disparu, et il 
en existe plusieurs éditions de cette an 



vrage ait été condamné à être brûlé ; on 
raconte seulement que la municipalité de 
Nuremberg demanda aux autorités de la 
ville de Francfort de faire racheter à ses 
frais les exemplaires du livre de Hans 
Sachs existant dans leur ville et de les 



née même, 1527. On peut aussi se repor- | supprimer. 11 est vraisemblable qu'elle 



ter aux recueils des œuvres complètes de 
Hans Sachs. La thèse de M. Schweitzer 
(Etude sur la vie d les oeuvres de Hans 
Sachs, Berger-Levrault, 1887^ à laquelle 
j'ai emprunté les indications que je viens 
de résum.er, en donnera de plus complè- 
tes à ceux que Hans Sachs intéresse. 

Ibère. 






. Le titre complet du pamphlet de Hans 
Sachs est : Ein wunderliche IVeissagung 
von dem Bapstumb. voie es yhn< bis an âas 
end der welt gehen sol . ynn figuren odder 
gemelde hegrijfen^ gefunden ^w Nurmberg, 
ym Cartheuser Kloster und ist sehr ait » 
(Une prophétie singulière sur la papauté, 
sur ce qui doit lui arriver jusqu'à la fin 
du monde, comprenant des figures et des 
peintures; elle a été découverte à Nu- 
remberg dans le couvent des Chartreux 
et est très ancienne). D'après une étude 
publiée en 1894 par M. Mummenhoff, 
archiviste municipal de Nuremberg, à 
l'occasion du quatrième centenaire de la 
naissance de Hans Sachs, ces prophéties 
auraient été empruntées par Andréas 
Osiander, pasteur de l'église Saint-Lau- 
rent, aux « Vaticinia Joachimi »>, ouvrage 
paru à Bologne en i ç 1 5 et attribué à 
l'abbé Joachim de Fiore en Calabre, ho- 
noré dès I2 xni« siècle comms thauma- 
turge. Os'ander avait fait précéder l'ou- 
vrage en question d'une préface, FJans 
Sachs avait écrit des vers sous chaque 
figure et l'enlumineur et graveur Gulden- 
mund s'était chargé de l'impression. 

Comme l'opuscule avait été publié à 
l'insu et sans l'autorisation de la munici- 
palité et sans avoir été soumis à la cen- 
sure préalable, le conseil, qui n'était pas 
encore converti aux doctrines luthérien- 
nes, s'en émut et infligea un blâme sé- 



avait déjà procédé de son côté a une sem- 

I blable exécution. 

j'ignore s'il existe une édition moderne 

\ des œuvres complètes de Hans Sachs 

\ Plusieurs de ses ouvrages, tels que ses 

; poésies gnomiques, ses pièces de théâtre 

I pour Carnaval et ses fables et farces, ont 

1 été publiés séparément par des éditeurs 

1 différents en Allemagne. Si le pamphlet 

{ qui nous intéresse a été poursuivi et dé- 

( truit, il est peu probable qu'il se trouve 

f reproduit dans une de ces éditions. Peut- 

\ être serait-il possible de se renseigner à 

I cet égard en consultant l'ouvrage fran- 

; çais publié en 1891 à Nancy par M. 

I Schweitzer « Un poète allemand au xvi^ 

siècle. Etude sur la vie et les œuvres de 

; Hans Sachs » et qui, de l'aveu des Alle- 

I mands eux-mêmes, est la meilleure bio- 

j graphie qui ait été écrite sur le jjoète-cor- 

I donnier. 
{ Un Bibliophile Comtois. 



Les Mémoires de Luther (LXXIII, 4). 

— 11 est peut être imprudent de prendre 
au pied de la lettre les invectives ou les 
sarcasmes que Luther avait coutume de 
décocher à ses adversaires. Dans ses polé- 
miques, le célèbre réformateur n'obser- 
vait pas toujours les règles de la douceur 
et de la courtoisie. Comme la plupart des 
réformateurs, qui se considèrent comme 
uniques détenteurs de la vérité, il sup- 
portait mal la contradiction et se laissait 
aller parfois à des accès de grossièreté re- 
grettables, ainsi qu'en témoignent ses 
pamphlets contre Henry VIIId'Angleterre 
et contre le duc Henri de Brunswick — 
Wolfenbuttel qu'il ne craignait pas de 
traiter d'Arlequin (Hanns Worst). Il était 
particulièrement vif et chacun sait qu'au 
cours d'une discussion qu'il eut avec le 



N« 143V Vol. LXXIII. 

1 i:; 



L'iNTERMÊDlAlRE 



ii6 



diable à la Wartbourg, il lança s^n écri- 
toirc a la tète du démon , on montre en 
core actuellement la tache d'encre qui ré- 
sulta de ce geste d'impatience 11 était 
d'ailleurs également en relations person- 
nelles avec Dieu, qui était sans doute le 
bon vieux Dieu allemand dont Guil- 
laume Il est si fier de posséder l'amitié. 

Georges de Saxe, dit le Birbu, passait 
au contraire pour un homme simple, éco- 
nome et instruit, très affable avec ses su- 
jets. 11 reconnaissait la nécessité d'une ré- 
forme dans TEglise, mais entendait pour- 
suivre cette réforme par des moyens légi- 
times et la faire porter, non sur les 
dogmes, mais sur ks abus. Aussi se pro 
nonçat-il contre les doctrines luthé- 
riennes qu'il considérait comme héré- 
tiques. Il combattit les paysans insurgés, 
les anabaptistes et autres manifestations 
révolutionnaires et prit, dans ses états, 
des mesures répressives contre le mariage 
dns prêtres et la coinmunion sous les deux 
espèces. C'est à ce propos qu'il fut vio 
lemment pris à partie par Luther qui le 
qualifia sans ménagement « d'assassin de 
L'resde, de suppôt du diable et de hobe- 
reau stupide. » 

De ses neuf enfants, Georges de Saxe 
ne conserva qu'une fille, Christine, qui 
épousa le landgrave Philippe de Hesse, 
dit le Magnanime Celui-ci, bien que des- 
cendant en ligne directe de sainte Elisa- 
beth de Hongrie, fut, à l'encontre de son 
beau-père, un partisan déterminé et actif 
de la Réforme II ne mettait aucun frein 
à ses passions et professait le mépris le 
plus complet pour les lois divines et hu- 
maines ; c'est ainsi qu'il pratiquait publi- 
quement la bigamie. Avec l'assentiment 
de Luther et de Mélanchton. il contracta, 
du vivant même de sa femme qui eut 
la faiblesse d'y consentir, un second ma- 
riage avec Margarethe v. d. Saal. qui lui 
donna six fils et une fille morgana- 
tiques. Comme il avait quatre fils de sa 
femme légitime, il est possible qu'en 
cherchant bien, on trouverait parmi leurs 
descendants des ancêtres de Guillaume IL 
Je crois bien que la trisaïeule de ce der- 
nier, la reineFrédérique Louise de Prusse, 
femme de Frédéric Guillaume II, était 
une princesse de Hesse-Darmstadt, mais 
c'est un point que je la'sse aux généalo- 
gistes le soin de vérifier 

En résumé, Guillaume II ne semble-til 



pas, bigamie à part, tenir beaucoup plus 
de son ancêtre Hessois que de son aïeul 
Saxon ? 

Un Bibliophile Comtois. 

Mich' 1 Montaigne a t il contribué 
à enrichii le calendrier catholique 
d'une sainte (LXXII ; LXXIll, 20). — 
Voici le passage de l'ouvrage de l'abbé 
Nayrac intitulé : Montaigne, de Château. 
Montaigne intime. Pierre Magne^ de Parois- 
se^ et publiéà l'imprimerie Constant à Ber 
gerac (page 119), dont parle M. Paul 
Muller : 

Après avoir dit quelques mots de Jeanne de 
Lestor.nac, il ajoute : M chel lut son soutien, 
son ; ppui, son guide. Il avait pour elle une 
vive tendresse et une grande admiration. « il 
était difficile de connaître si sa nièce était 
plus belle en son corps qu'en son âme, mais 
on pouvait assurer en vérité que la nature 
avait fait un chef-d'œuvre en elle, alliant 
une belle âme avec un beau corps, et logeant 
une piincesse dans un magnifique palais ». 

En dirigeant sa nièce dans les sentieis de 
la perfecti jn religieuse le croyant allait con- 
tre les vues et la volonté de sa sœur .^lada.Tle 
de Lestonnac, calviniste militante. Ce point 
a été touché par les panégyristes de la sainte, 
notamment par Mgr Enard, évêque de Ca- 
hors, lors des létes de canonisation qui fu- 
rent données à Bordeaux. 

Go.MBOUST. 

Prévost de Sansac (LXXIII, 44) — 
Le DehreU's illustrated Baronetage de 
1879, page 367, donne les armoiries des 
Prévost d'Angleterre : d'a;(ur aux 2 étoiles 
d'argent en chef, à dcxtre tin bras tenant 
une épée d or. {e ne puis préciser la des- 
cription héraldique de ce dernier meuble ; 
devise : servatum cineri. 

A. E. 

Robespierre ou Roberspierre 

^LXXU; LXXIII, 21). — Dans l'important 
Catalogue de lettres autographes compo- 
sant la Collection de M. Alfred Bovet, 
dont la vente eut lieu en 1884, sous la 
direction de M. Etienne Charavay, on 
trouve deux fac-similés de la signature du 
célèbre tribun : 

I* Sous le 11*^ 530, une pièce, in-i8, si- 
gnée : de Robespietre, alos qu'il était se- 
crétaire à l'Assemblée nationale, séance du 
lundi 21 juin 1790. 

2° Sous le n" 331. Une minute de lettre 
autographe signée : Robespierre. C'est une 



DBS CHERCHEURS BT CURIBUX 



10 février tgmÔ 



117 



118 



pièce historique de 3 pages 1/2, 111-4°, écrite 
au nom du l on-iité de Salut public, adressée 
à l'Armée. 

Un fragment de cette lettre est repro- 
duit, avec la signature, en facsimile, à la 
page 122 du susdit Catalogue. C'est donc 
bien Robespierre qu'il faut orthographier 
le nom. 

Quant à la particule. . ? 

Victor Deséglise. 

Armoiries à déterminer : d'azur 
à l'aigle d'or (LXVII). — La mal- 
son de Brémond d'Ars porte d'azur à 
l'aigle éployée d'or, c'est-à-dire à l'aigle 
à deux têtes d'or. D. V. 

Armoiries à déterminer : : che- 
vron d'azur, 3 roses (LXXlll, 4). — 
Voici une question qui m'embarrasse bien 
que j'aie cru, à sa lecture, qu'il me serait 
facile d'y répondre. Je crois pouvoir assu- 
rer qu'il ne peut s'agir d'un cardinal 
français du temps de Napoléon ^^ Comme 
en l'espèce il s'agit d'un bouton de livrée, 
comment sait-on qu'on a sous les yeux 
un chapeau de cardinal ? Les ^ rangs de 
houppes .? Mais nombreux sont les arche- 
vêques (les primats spécialement) qui les 
ont usurpés. — Puis le blason, un che- 
vron chargé de 3 roses 2 et i, est-il 
exact ? 

Les roses (sont-elles or ou argent .?) ne 
peuvent être placées sur un chevron que 
I et 2. 

En outre les comtes-sénateurs n'avaient 
pas le même franc-quartier que les com- 
tes-archevêques (Ceux-ci : d'aj^ur à la 
croix pattée d'or). Si le célèbre cardinal 
Maury fait exception, c'est qu'il était dans 
une situation exceptionnelle. 

Saint Saud. 

* 

ri 1 * * 

Un chevion ne peut pas être chargé de 
3 roses 2 et i, à moins qu'il ne soit ren- 
versé. A-t-on voulu dire : accompagné ? 

NlSlAR. 

Ex-libris à dé'erminer. Mappe- 
monde (LXXIIl, 5). — D'après feu M. le 
comte de Burey ces armoiries seraient 
celles de la famille Pasquet de la Reven- 
chère, Saffroy frères. 

Ex-libr's à déterminer: lion de 
sinopl-j (LXXIl, 383). — Cet ex-libris 



est celui d'un membre de la famille de 
Beaufort de Pothemont (ou d'Epothé- 
mont) en Champagne). 

On le trouve reproduit dans les Âr ' 
chives des CollecHonmeiirs d' tx libris, an- 
née 1898. page 109 On trouve dans ce 
même bulletin, année 1901, page 36, des 
renseignements bio)j;raphiques sur les 
membres de cette famille du xix« siècle, 
ainsi qu'un tableau généalogique. 

Saffroy frères, 

Buffon. Mémoire sur les couleurs 
accidentelles (LXXIIÎ, 3) — La < Dis- 
sertation sur les cou'eurs accidentelles, 
par M. de Buffon » a été publiée dans 
l'Histoire de l'Académie Royale des 
Sciences, année 1J4}. Dans l'édition in-4°, 
on la trouve à la page de 1' « Histoire > et 
à la page 147 des « Mémoires ». 

P. DORVEAUX. 

Les « Mémoires » de Viennet 

(LXXlll, 46). — Je ne crois pas que ces 
mémoires inédits aient été publiés parce 
que, dans la Bibliographie des Mémoires 
que j'ai faite, pour mon usage, en lisant 
les catalogues des livres d'occasion, je 
n'ai pas eu, depuis 25 à 30 ans, l'occasion 
de les noter. 

Je leur consacre une fiche avec lespoir 
qu'on en découvrira le possesseur s'ils 
sont inédits et l'éditeur s'ils ont été pu- 
bliés, 

Primogué. 

Traduction de l'Alkoran (LXXlll, 
5). , — Je n'ose pas donner comme exacte 
la traduction suivante : du nom di Mme 
Fat.na Z^ida Djarié Odalyk Doul Den Ben- 
jamin Aly Effendi Agha. Mais la voici 
néanmoins : 

Fatma (la Sevrée) la grosse, empressée, 
amoureuse de toi, court et poursuit Mon- 
sieur l'Agha benjamin Ali. 

Je ne signe pas à cause de l'impréci- 
sion de ma traduction. 

EsH. 

Qu'est-ce qu'une grande Vie? 

(LXXII, 7). — Voir Saint-Mars. Vigny, 
Paris, 13 éd. 1861, in 8 p. 319. 

CURIOSUS. 

G' thographpdenomsriis8es(LXXII, 

337y. -- L alphabet russe comportant 



L'INTERMEDIAIRE 



H* 1433. Vol. LXXIII. 

,,9 

des lettres qui n'existent pas dans le nô- 
tre, il est impossible de prétendre ortho- 
graphier les mots russes avec une stricte 
exactitude, lorsqu'on les figure au moyen 
des caractères de Talphahet français. On 
est obligé de recourir a un phonétisme 
approximatif et il est alors inévitable que { ou ts. 
cette reproduction, plus ou moins parfaite, 
de la consonnance russe n'aboutisse pas à 
des dixergences, suivant l'oreille ou la 
manière de voir de chacun. 

Ainsi prenons comme exemple les 
noms propres en of, désinence qu'on 
écrit aussi off, ou ov, ou ow et exami- 
nons particulièrement ce nom de la fa- 
mille Orlof que M. J. W, cite spéciale- 
ment. 

Tous ces noms propres en of sont des 
génitifs pluriels et indiquent que la per- 
sonne qui les porte appartient à \< la fa- 
mille des.. ». Orlof, génitif pluriel de 
Ariol (Aigle) pluriel Orli, nous désigne 
quelqu'un « de la famille de? Orli ». Ro- 
manof^ nom de la dynastie régnante, si- 
gnifie « de la famille des Romani», 
Chouvalof « de la famille des Chou- 
vali », etc. 

Cela dit recherchons la meilleure ma- 
nière d'orthographier la finale of. Cette 
finale est figurée, en écriture russe, au 
moyen d'un v suivi d'une autre lettre, 
ou plutôt d'un signe, qui n'a pas de pro- 
nonciation propre mais sert simplement 
à durcir la prononciation du v, lequel se 
prononce alors comme un f. 

Le fait que la lettre russe à figurer en 
français est un v justifie la notation 
Orlov. Qrlow, avec un w, vient sans 
doute du scrupule de vouloir ajouter 
quelque chose au v simple, pour rendre 
le signe spécial qui est ajouté à cette 
lettre en russe, dans le cas présent. 

Orlof me paraît mieux, parce que cette 
notation reproduit la prononciation russe. 
Ceux qui écrivent Orloff, avec double f, 
veulent sans doute accentuer le durcisse- 
ment du V russe, quand il est suivi du 
signe spécial dont je viens de parler. 

En tout cas, les notations Orlelif, Orlef, 
ou Orlev sont absolument fausses et ne 
répondent à rien. Je ne les ai jamais ren- 
contrées, ou du moins jamais remar- 
quées. 

11 existe des terminaisons en ef. comme 
dans IVlouravief,Skobelef; mais alors l'e se 
trouve aussi dans la notation russe, tandis 



120 



que dans Orlof c'est im o bien net, qui ne 
peut aucunement être rendu par un e. 

Tzar et Tzarévitch me paraissent mieux 
répondre à la prononciation russe que 
Czar ou Czarévitch. La lettre spéciale, 
qui commence ces mots, se prononce tz 



Tzarévitch signifie : fils de l'Empereur. 
Tzésarévitch sit^nifie quelque cho.">e de 
plus ; héritier du trône. Tous les fils de 
l'Empereur sont Tzarévitch ; un seul, 
l'aîné, est Tzésarévitch. . 

Remarquons, en passant, que Tzar, 
comme Kaiser en allemand, dérive du la- 
tin Cœsar. 

Nikita signifie Nicétas ; peut-être l'em- 
ploie t on, pour ce qui concerne le roi 
de Monténégro, comme une sorte de di- 
minutif afïectujux de Nicolai (Nicolas). 

, A. W. 

* 

Erratum. — Prière de lire : Orloff, 
ORLOF, et Malakofî, Malakof Mouraviev.' 
ou Mouraviev (et non Mouravieu). 

Terre, Finis'ère (LXXIII, 7). — 
Oui, pourquoi cette anomalie.'^ Car enfin 
le cap extrême de la Galice, en Espagne, 
se nomme Finisterre par deux ;. Pour- 
quoi cette anomalie contre laquelle tous 
les géographes se sont élevés sans pren- 
dre le seul parti rationnel, qui serait de 
s'insurger et d'écrire dorénavant selon la 
logique ? 

Je n'y vois qu'une explication. La créa- 
tion des départements est contemporaine 
de l'abolition des privilèges. Deux r pour 
teire ont dû paraître excessifs ; les géo- 
graphes nouveau styl?. en auront sacrifié 
un sur l'autel de la patrie. 

L. Abet. 

Lugdunum (LXVIII; LXIX ; 121, 

324, 517, 579; LXXI ; LXXIII, 80). — 
Que l'idée de « tristesse » ou de « dou- 
leur », en de nombreux mots latins et 
grecs, soit incluse dans une racine dont 
*< lug » est une de." formes, c'est chose 
incontestable ; que cette racine se confonde 
avec une autre, ou l'une de deux autres 
(car pourquoi ne seraient elles pas dis- 
tinctes ?). ayant les sens d' « obscurité » 
et de i< brume », cela semble plus conjec- 
tural ; et ce n'est pas, je crois, de ce 
côté, que les linguistes cherchent d'habi- 
, rude les afîînitds de cette famille de mots. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo février 1916 



121 



122 



Mais peu importe, après tout, à la ques- f éclairé^ le matin ou le soir, alors que les 

r . ^. . I ,1- : t -„ „..J^;;.J«_„I'«~U,^ 



environs sont encore ou déjà dans l'ombre, 
et que l'idée peut naturellement venir de 
tirer de là son nom. Les Clermont sont 
nombreux en France. 

Pour la colline de Fourvières, le Lug- 
dunum primitif, il est curieux que juste- 
ment Sénèque, dans le Ludtis de morte 
Claudii, ait noté cette impression de la 
hauteur éclairée par le soleil Levant : 

Vidi duobus immineiis fluviisjugjm 
Quod Phoebus ortu semper obverso videt. 

M. Camille jullian, dans sa belle His- 
toire de la Gaule (t. 2» p. 252) relève ce 
passage. 11 en rappelle un autre aussi, qui 
donne une indication sur la question 
même qui nous occupe. Le Bourguignon 
Héiric, l'un des plus savants hommes du 
ix^ siècle, dans sa vie de Saint-Germain 
d'Auxerre, dédiée à Charles le Chauve, 
explique Lugdunum par « mont lumi- 
neux » , btcidus mons : 



tion de « Lugdunum ». A la thèse que 
soutient sur le sens de ce mot M. le com- 
mandant Abet, ce point de départ suffit : 
en ancien gaulois une racine « lug » évo- 
quait l'idée de « brouillard ». Tenons-le 
pour admis, afin de simplifier les choses. 
Il n'en restera pas moins assuré qu'une 
autre racine, celle-là représentée dans la 
plupart des langues indo-européennes, 
et qui évoque l'idée de « lumière », est 
susceptible aussi de prendre la forme 
« lug » : qu'elle l'a en grec dans « lu- 
gdos » marbre blanc, en vieux haut alle- 
mand dans le verbe « lougazzan », être 
ardent, embrasé, en cymrique dars le 
mot « llùg », lumière, et que la présence 
de ce dernier mot dans un idiome celti- , 
que donne à l'existence de la racine sous 
cette forme, en gaulois, une probabilité 
au moins égale à celle de l'existence de 
« lug » signifiant brouillard. 
• Les deux interprétations de Lugdunum, 
« mont des brouillards » « ou mont lumi- 
neux », semblent, à ce point de vue, être 
à égalité, et toute liberté rester, pour 
choisir entre elles, à l'inclination de cha- 
cun. 

Quelques raisons d'un autre ordre me 
feraient, pour mon compte, pencher vers 
la seconde. Dans la grande montagne, un 
pic, souvent, est un centre de condensa- 
tion des vapeurs ; la brume est une ca- 
ractéristique, alors, qui le distingue, et 
peut suggérer son nom Les collines , 
souvent fort basses, où se dressent les 
villes qui ont reçu le nom de Lugdunum, 
si des marécages les entourent, si elles 
bordent une rivière, peuvent être, à 
certains moments, enveloppées de brouil- 
lards, mais cela leur est commun avec 
tout le pays environnant, ne les distin- 
gue pas ; tant que ces brouillards sont 
naissants ou restent bas, elles en sont 
même en partie dégagées, et leur seule 
caractéristique, à ce point de vue, est de 
leur échapper un peu plus que les alen- 
tours ; il serait assez illogique de les dé- 
nommer : la brumeuse. 

Existe-t-il, d'ailleurs, c'est une ques- 
tion de fait à vérifier, beaucoup de villes \ Souvov U totov £Ç£-/ovTa, » répète d'après 
dont le nom, en des langues mieux con- | Clitophon l'auteur du De fluviii : « Car 
nues que le gaulois, ait le sens de « ville \ dans leur langue ils app:llent le corbeau 
des brouillards »? Il me semble qu'au j « lougos », et « dounos» un lieu élevé *. 
contraire un bourg situé sur une hauteur \ Au sujet de quoi M. Jullian rappelle qu'on 
gst visible de loin, accroche la lumière, est * connaît des monnaies antiques de Lyon 



LugdLinum célébrant Gallorum famine nomen 
Impositum quon laia, quod sit mons lucidus 

[idem. 

Tenait-il cette explication des moines 
irlandais, ses maîtres, qui, parlant une 
langue celtique, pouvaient comprendre 
ce nom Gaulois? Est il l'écho d'une tra- 
dition locale, qui avait conservé le sens 
du nom de la ville après la disparition de 
la langue des aïeux ^ De toute façon le 
témoignage n'est assurément pas négli- 
geable. 

11 en est un autre, chose curieuse, qu'on 
ne peut négliger non plus, et qui appuie 
une interprétation toute différente. La pe- 
tite. compilation De fluviis, une des oeu- 
vres attribuées sans doute faussement à 
Plutarque, rapporte, d'après un autre ou- 
vrage grec aujourd'hui perdu, celui de 
Clitophon sur les fondations de villes, 
une légende d'après laquelle, quand on 
creusait, sur la colline de Fourvières, les 
fondements de la future ville, ses fonda- 
teurs, Momoros et Atépomaros, voient 
s'abattre dans les arbres voisins tout un 
vol de corbeaux, et en conclurent qu'il 
fallait appeler la ville Lugdunum ; « Xouyov 
yàp TE açwv StaXÉxT'o xov xdpaxa --"'-- — 



y.ako 



uat. 



H» 1453. Vol. LXXIII. 

123 - 



L'INrgRMKDIAlRtî 



124 



au corbeau, et qu'on y a trouvé un mé- 
daillon représentant le génie du lieu et la 
colline surmontée d'un corbeau. 

La légende du corbeau ne vaut appa- 
remment pas pour tous les Lugdunum ; 
et ce qu'on peut conclure de ces textes, 
c'est, d'une pari, que le souvenir s'était 
conserve, après l'extincUon de la langue 
gauloise, que le nom de Lugdunum vou- 
lait dire « montagne claire » ou »< lumi 
neuse » , d'autre pari, que par suite 
d'un de cesjeux de mots d'où sortent, dans 
l'imagination populaire, tant de fausses 
étymologies et d'interprétations fantaisis- 
tes, sur la colline de Fourvières s'était 
installé le culte d'un dieu Lug, corbeau 
lui même, ou ayant le corbeau pour em- 
blème, que ses adorateurs se représen- 
taient volontiers comme ayant donné à la 
ville son nom. 

Ce sont là deux faits plus certains sans 
doute que toutes nos conjectures, deux 
sommets qui accrochent encore la lumière 
au-dessus du brouillard des origines lyon- 
naises. 

Ibère. 

Houseaux (LXXIII, 8) — Après ce 
qu'en dit M. Dorizon, il reste peu de 
chose à ajouter. 

Hoiiseau est un développement du mot 
heuse qui existe chez nous de temps immé- 
morial dans un sens assez large dt chausse, 
bas, guette, proprement une gaine comme 
dans les mots cosse et gousse auxquels se 
rattache le hollandais Kouse (bas, culotte, 
chausse). En dérive le mot hou^aid, hus- 
sard. 

Le mot housse en est une autre forme. 
Enfin n'oublions pas l'anglais house (mai- 
son) ; en Allemand haus dont le sens gé- 
néral d'enveloppe, protection, abri est le 
même. 

L. Abet. 

Chiquenaude (LXXIII, 48). — En ci- 
tant Rabelais je n'ai pas écrit chiquenaude, 
mais chinqucnaude, ce qui seulement ma 
permis de rappeler l'Italien cinquino 
(quine), ciuquina (quantité de cinq objets). 

Nos intermédiairistes auront peut-être 
rectifié d'eux-mème.";. 

L. Abet. 

Le mot chiquenaude se rencontre au 
moins deux fois dans Pantagruel. D'abord 



au chapitre des Jeux (1. 22) où ce mot 
suit presque immédiatement le mot na:^ar- 
des ; ce devait donc, comme ce dernier, 
être un jeu où il s agissait de se donner 
des coups avec le médius détendu. Puis 
au cliap. 29 du livre 11, dans lequel il est 
raconté comment Pantagruel défit les 300 
géants et Loupgarou leur capitaine : 
« Mais il ne lui faisait mal en plus que 
feriez baillant une chicquenaulde sur une 
enclume de forgeron ». 

Bien que l'orthographe du mot soit 
différente dans ces deux exemples, il s agit 
évidemment du même geste. L'origine du 
mot chiquenaude est inconnue, d'après 
Liltré et autres grammairiens. Il en est 
d'ailleurs de même de ses synonymes 
pichenette, croquignole 

Un bibliophile comtois. 

Guitoune (LXXII, 338; LXXIII, 30.83). 
— « Abri dans les tranchées Terme algé- 
rien ». (Sainéan. L'Argot des tranchées^ 
' p. 148). X. 

; Ainsi que le dit M. Gustave Fustier, le 

{ mot a été importé par nos troupes d'Afri- 

\ que. En Arabe il signifie tente. 

1 L. Abet. 

; Gagibi(LXXII, 338; LXXIII. 30, 83) — 

I « Petit réduit, petite loge. Provincialisme 

! de l'Ouest, angevin ou manceau ». (Sai- 

; NEAN. V Argot des tranchées, \). 137). 

i X. 



* 
* * 



Nous avons posé une question sur Gui- 
toune et Cagibi. Il serait injuste d'oublier 
Cagnat, qui fait également partie de l'ar- 
chitecture des tranchées. 

Voici ce qu'en dit le Figaro : 

D'où vient ce mot de « cagnat » que nos 
soldats de front emploient pour désigner les 
coins de leurs tranchées où ils se retirent aux 
heures de repos et où ils sont à l'abri de 
tous projectiles ? 

La question nous est posée par plusieurs 
de nos lecteurs Nous les renvoyons aux 
Lettres de mon moulin 

Dans la jolie nouvelle intitulée : Les 
Vieu.x, Alphonse Daudet dit : 

Justement ce matin-là il faisait un temps 
admirable, mais qui ne valait piesque rien 
pour courir les roules : trop de misiral et 
trop de soleil, une vraie journée de Pro- 
vence, j'avais déjà choisi mon cagnard 
(abri), entre deux roches, et je rêvais là tout 



125 



DES CHERCHEURS ET CURÏBUX lo février 191 

~ 126 



le jour, comme un lézard, à boire de la lu- 
mière, en écoutant chanter les pins,.. 

Pas de doute : la <: cagnat » des tranchées, 
c'est le « cagnard «des Provençaux. Le mot 
vient du pays du soleil, il s'est à peine 
transformé. 11 le fallait bien, car ce n'est pas 
précisément, hélas! contre le mistral et la 
chaleur que nos poilus cherchent dans leurs 
< cagnats » l'abri nécessaire à leur repos. 

Etymologie de Schlestadt (LXXII, 
145, 313 ; LXXIII, 25). — Notre confrère 
O.-D. signale que le nom primitif de 
« Schlestadt » était « Elsebus »,de < Else » 
(adjectif dérivé de « El ou 111 », nom de 
la rivière qui traverse la ville) et de « bus» 
qui, pour lui, serait une contraction de 
« burones », pluriel de « buro » (buron, 
hutte de berger). L'origine de « Else » 
est exacte, mais, quant a celle de « bus », 
elle est tout à tait erronée. La liste des 
noms qu'il cite à l'appui de sa thèse en 
est la condamnation, car « bus, buss, 
busch, buse, busq, bux » y a toujours le 
sens de « bois » ou de « buis ». Pour s'en 
convaincre il n'aura qu'à se reporter aux 
anciennes dénominationSjlatines de ces loca- 
lités'jarchives départementales, Bibl.nat.). 

Peut-on considérer « Schlestadt » ou 
« Schlettstadt » comme une déformation de 

« Elstadt ? » 

j'en doute, mais je n'ai sur ce point que 
des présomptions de nature linguistique 
auxquelles les faits peuvent fort bien ne pas 
donner raison. Je ne les expose donc que 
dubitativement et jusqu'à plus ample in- 
formé. Les voici : 

Ce sont les Allemands qui ont transfor- 
mé il y, a 45 ans le nom de «Schlestadt» 
en x< Schlettstadt. Il est à croire qu'ils 
l'ont fait en connaissance de cause et que 
pour eux Schlettstadt est la transcrip- 
tion germanique exacte du nom alsaci en. 

Or, que signifierait « Schlettstadt ? 

Ce nom signifierait exactement ville 
des traîneaux, des « schlittes, » qu'on 
appelle aussi des « Schleites » dans la | 
basse Allemagne, des «sleds» en anglais. | 

La transcription des Allemands est elle ; 
fidèle .? Peut-être oui, peut être non 11 se ■ 
peut, en effet, que l'alsacien « schles » '[ 
corresponde à FalLemand « schleuse » 
l'écluse, auquel cas « schlestadt » signifie- 
rait ville-l'Ecluse,ou à l'Allemand S(hlos$ i 
(fermeture, château), de Schlies:(en (clore) 
ce qui donnerait à -Schlestadt le sens de 
ville fermée. L. Abet. I 



Quelle couleur désigne l'adjectif 
vermbil .? (LXXIll, 7). — 11 n'est rien de 
tel que de remonter à l'origine du mot 
pour en avoir le sens exact. 

D'où vient-il ? Du latin vermtculus (pe- 
tit ver) diminutif de veimis (ver) Parce 
même mot vermiculiis les latins désignaient 
plus spécialement le Kermès (cochenille), 
insecte utilisé dans la teinture des étoffes 
pour leur donner « une couleur rouge ti- 
rant sur l'incarnat », dit Littré. 

Si vous en voulez la preuve, la voici : 
de Kermès, dérivent les mots carmin et 
cramoisi. Pour carmin la démonstration 
de cette dérivation est inutile ; pour cra- 
moisi je rappellerai que ce mot se dit cher- 
misi en italien ; carmesi en espagnol ; 
Karmesi en arabe. 

Il me paraît donc démontré que le vet- 
vieil (d'où vermillon) est une couleur 
rouge tirant sur le carmin et le cramoisi. 

L. Abet. 

* * 

En latin, purpurens., qui signifie pro- 
prement couleur de pourpre, a fini par 
être employé pour désigner toute couleur 
éclatante. On le trouve, chez les poètes, 
appliqué au printemps, aux yeux (à de 
beaux yeux brillants), à la neige même ! 
Il seuîble que cette déviation de sens se 
soit produite de tempsen temps pour ver- 
meil^ qui, venant du latin vertniculus, au 
sens de « cochenille », désigne propre- 
ment un rouge vif. Dans les exemples 
donnés par Littré, on en trouve un du 
xu* siècle déjà où vermeil qualifie les prés 
fleuris au printemps ; ce n'est pas le rouge 
qui y domine ; un de du Bellay, où le 
vermeil des fleurs signifie évidemment 
leur éclat. C'est ce dernier sens qu'on 
peut retrouver dans le vers de Rostand 
cité par M. M. A. (du reste, la note rouge 
devait tenir une grande place dans les 
couleurs éclatantes de cet état-major). 
Quant à Mme de Noailles, il se peut bien 
qu'elle ait, en employant l'adjectif, songé 
à tort au sens du substantif, à la couleur 
de l'argent doré. 

Les dictionnaires n'indiquent pas toutes 
ces nuances de l'usage ^ A coup sûr, où 
existe-t-il un dictionnaire complet ^ Com- 
bien de vies d'homme faudrait-il pour le 
composer ? Il n'e>t pas un lecteur un peu 
cultivé, et réfléchi, qui ne pût eniichir ai- 
sément maint article de ses dictionnaires. 

Ibère. 



N 1433. Vol»LXXIII. 

127 



L'INTERMEDIAIRE 



* 
* * 



! 



Les dictionnaires consultes par notre 
confrère M. A. sont d'accord avec l'éty- 
mologie L'adjectif « vermeil » vient de 
vermicnhti, petit ver, cochenille du chêne 
qui donne la teinte écarlate. De vermeil 
on a même formé, par diminutif, le subs- 
tantif « vermillon » pour désigner le sul- 
fure de mercure, autrement dit cinabre. 

D'où viennent donc Jcs variantes d'in- 
terprétations qui se rencontrent chez les | autre, 
auteurs? Tout simplement, je crois, d''uiie i 
confusion. 

A côté de l'adjectif « vermeil » se 
trouve, comme le fait observer ."Vl. A. un 
substantif « vermeil > . 

Ce substantif commença par désigner 
une espèce de vernis composé de gomme 
et de cinabre mêlés cl broyés dans l'es- 
sence de térébenthine et qu'on appliquait 
très également sur les ouvrages auxquels 
on voulait donner une apparence et un 
éclat métalliques. 

En raison de la composition du vernis, 
le substantif « vermeil » avaitévidemment 
la même étymologie que l'adjectif. 

Mais, dans la suite, lorsque les orfè- 
vres dorèrent l'argenterie, au feu avec de 
l'or amalgamé, ils désignèrent leur nou 
veau produit sous la dénomination de 
« vermeil doré », par analogie avec le 
vernis qui donnait l'éclat métallique. 

Puis on supprima « doré » et le subs- 
tantif « vermeil » den eura seul pour dé- 
signer les objets d'orfèvrerie en argent 
doré. 

Des lors on s'explique aisément qu'un 
certain nombre de nos auteurs modernes 
aient associé la couleur jaune d'or à l'idée 
suggérée par le mot vermeil, sans distin- 
guer entre le substantif et l'adjectif. 

E. Fyot. 



128 — 

servaient-ils du verbe latin collaudare 
qu'on traduisait avec fantaisie collauder ! 
Toutes les langues sauf le français ont 
une expression pour dire qu'une choie a 
été reconnue^ par le collège d'experts pré- 
vus, telle que le voulait le cahier des char- 
ges et qu'elle e<it acceptée officiellement par 
le commf.tlant. 

Je ne tiens pas à l'expression « récep- 
tionner » mais qu'on nous en donne une 



Seulement, voilà ça sera peut-être au- 
jourd'hui difficile. Messieurs les lexico- 
logues ont trop attendu, le mot est venu 
de lui-même par évolution, on a com- 
mencé par dire : les Experts chargés de 
la réception des automobiles, des aéro- 
planes ou de; caissons d'artillerie, puis 
réceptionner a coulé de source, par né- 
cessité ! 

Le mot est donc déjà bien enraciné et 
jusqu'à ce que Messieurs les grammai- 
riens soient tombés d'accord sur son 
remplaçant, il y a chance qu'il reste... 

Kiss N. F. Rega. 

* 

Puisque, de l'avis même de Littré, on 
peut dire et l'on dit : action, actionner ;, 
affection, affectionner ; caution, cautionner ; 
lotion, lotionner ; munition, munition- 
ner ; etc., pourquoi ne pourrait-on pas 
dire : réception réceptionner; solution, 
solutionner ? Pourquoi l'un et pas l'autre ? 

A C. 



Réceotionner (LXXII, 143,409).— 
Monsieur M. P. trouve que la cour est 
pleine et demande qu'on ne réceptionne 

point le verbe réceptionner. | 

Pourquoi ? \ 

M. M. P. n'est probablement pas au j 

courant de la « nécessité » de ce verbe ? 

qui jusqu'à sa création mettait quotidien- ' 

nement dans l'embarras toutes les per- j 

sonnes qui avaient à faire avec des « ca- ^ 

hiers des charges » car l'expression équi- \ 
valente n'existe pas en français. 

Aussi les techniciens intellectuels se » 



Sur le front (LXXI). ■- Il n'a pas 
été répondu à la question de la date à 
laquelle remonte l'expression : « sur le 
front » posée par H B. 

A mon avis le premier historien qui 
l'employa est Tacite. On lit dans la Vie 
d'Agricola, n°XXXV. 

Agricol.T, veritus ne simui in frontem, si- 
mul et latera suorum pugnaretur, pedes 
ante vexilla constitit. 

Et n» XXXVII : 

Transvectœque praecepto ducis a fronte 
pugfnantium aise aversam hostium aciem in- 
vasere. 

(Tacite, Vie d^^gricola, éd. Hachette, 

1887). 

Arthur Prévost. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 février igi6. 



129 
LXXl, 



150 



Poilu (LXX, LXXl, LXXII). — M. 
Maurice Barrés écrit dans V Echo de Paris, 
23 Décembre 191 5 : 

Nous allons célébrer la Journée du Poilu. 
Voilà six mois qu'ici je la demandais. Cec- 
caldi et quelques parlementaires y pen- 
saient de leur côté, et se sont chargés de 
l'organiser entre eux Ils veulent constituer 
un trésor, afin de donner aux soldats qui 
n'ont pas de famille ou dont la famille est 
malheureuse le moyen de profiter de leurs 
permissions. Idée juste et généreuse que le 
public accueille de tout son cœur. 

Voilà de ce fait le mot « Poilu » installé 
sur tous nos murs en grands caractères, 
presque officiellement. J'ai dit, l'autre jour, 
que je trouvais quelque chose de déplaisant 
à cette consécration d'un mot qui ne me 
semble pas respecter assez ceux qu'il dési- 
gne. Poilu ! le vocable a quelque chose d'ani- 
mal. C'est vrai que j'avais demandé : « A 
quand une Journée du Poilu ? », mais ce 
qu'un écrivain peut se permettre dans une 
conversation familière avec ses lecteurs n'est 
plus de même convenance si c'est le Parle- 
ment qui l'emploie. Pour une solennité, le 
mot manque de dignité ; il respire une jo- 
vialité qui est peu de saison et nous entraîne 
trop du côté de la farce... Le pittoresque 
est-il donc indispensable? Pourquoi pas, 
tout simplement, la Journée du Combat- 
tant, ou comme me disait Gyp, la Journée 
du Soldat? 

« Mais non, me dit un sage correspon- 
dant, je ne vous suis pas dans vos scru- 
pules. Le mot de poilu a rompu ses liens 
étymologiques autant que celui de soldat. 
Un poilu a sans doute du poil, autant que 
le soldat reçoit une solde, mais des harmo- 
niques supplémentaires donnent la note fon- 
damentale. Le « combattant » a, comme 
tous les mots qui gardent leur figure de par- 
ticipe présent, quelque chose de pas défini- 
tif : un mourant, un mendiant, un protes- 
tant... Poilu a je ne sais quoi d'hirsute, sans 
doute, mais aussi de solide et de fort Je 
vous assure qu'en avril, au poste de com- 
mandement d'où nous observions le déclan- 
chement des braves gens oui partaient à 
l'assaut, blocs de boue transformés soudain 
en gLcrriers, il n'y avait pas d'autre mot 
pour venir sur nos lèvres, au commandant 
R. . . et à moi : < Il faut une fête du Poilu, 
Barrés devrait s'y atteler. » 

J'écoute, mais je ne me rends pas. Dans 
l'action même, poilu est admirable de spon . 
tanéité, de vérité farouche II est juste, hardi, ! 
fait image et l'on serait bien chétif de s'of- j 
fusquer. Mais sur de grandes affiches offi- ' 
cieiles et froides, pour annoncer une fête ' 
nationale, pour grouper des jeunes filles qui , 
quêteront le passant, ces deux syllabes nues > 



ne sonnent pas à l'unisson avec nos pensées 
d'amitié et de respect... 

Chanson de déserteur (LXX). — 
Cette chanson ou complainte est très con- 
nue notamment dans nos provinces de 
l'Ouest et du Sud-Ouest. Elle a été re- 
cueillie et notée par Jérôme Bugeaud,dans 
ses chants et chansons populaires des pro- 
vinces de r Ouest : Poitou, Saintonge, 
Aiinis et Aiigoumois, 2 voL in-8°, chez 
l'éditeur Ciouzot, à Niort. La i''® édition 
(i86t) 1866) est à peu près introuvable. 
La 2° (1895) est admirablement imprimée 
et doit exister encore dans le commerce ; 
elle est aussi un 8" mais en plus grand 
format. Chaque chanson est accompagnée 
de notes historiques ou autres, de Bujeau, 
et fort intéressante. 

L'un des couplets porte : 

Celui qui me tuera W-. 
Sera mon camarade ) 

Il mi bandera les yeux 
Avec un m uchoir bleu 
Et me fera mourir 
Sans me faire souffrir. 

Cette strophe a été l'occasion d'une 
nouvelle délicieusement éditée, il y a une 
vingtaine d'années, je crois, par l'éditeur 
Conquet, de Pans. 

H, Baguenier-Desormeaux. 



Trois fois-z-un (LXXIII, 7). —Au 
temps lointain 011 je fréquentais l'école de 
mon village, nous braillions « trois fois- 
h-un ». C'était rude, c'était décisif. Au- 
jourd'hui l'on susurre « trois fois-z-un ». 
C'est plus conforme à la règle, mais com- 
bien moins pittoresque ! 

L. Abet. 



Boches (LXX ; LXXl ; LXXII). ~ Le 
mot n'est, certes, pas nouveau. je lis dans 
un ouvrage intitulé : le Sexe Faible, de 
M. William Vogt, janvier 1908, et à pro- 
pos de l'entrée des Alliés à Paris en 1814, 
le passage suivant : 

Les officiers slaves, teutoboques, slavaques 
et ang'o-saxons disposèrent du cœur de ces 
agitées... etc , etc. 

je trouve même Teutoboques « supé- 
rieur » à Boches ! 

Hector Hocier. 



«• 1433. 



Voi. LXXIII. 

131 - 



L'INTERMEDIAIRE 



132 



• » 



Le pi emier sous-marin (LXXII, i, 
102, 157). — On pourra trouver des 
renseignements sur ce sujet dans un livre 
curieux de John Wilkins (Bistrop of Clies- 
ter) Mathematicaîl Migick, or the IVou- 
ders ihat may be perfoimed Mechanicall 
Geometry. London.M. F. for S A. Gelli- 
brand 1648. Le titre du chapitre V est 
celui ci : « Concerning the possibility 
of framing an ark for submarine naviga- 
tion. » Labéda. 



L'origine de ce mot a déjà été étudiée 
dans le tome LVIII de \ Intomédiain, 
année 1908. 

X. 

Où était à Paris la chapelle de 
Saint-Fronton ?(LXX111, 4). — M.Nar- 
dé pourrait se renseigner, avec sûreté, il 
me semble, en écrivant à M. l'abbé Ba- 
loche, vicaire de Saint-Merry, et qui a 
écrit une belle Histoire de l'église Saint- 
Merry. — A consulter, également, Trois 
Eglises ei Trois Primitifs., de J.-K. Huys- 
mans, (ce dernier ouvrage assez succinct, 
toutefois). 

G.U. Langé, 

Comment prononcer le mo' obus ? 

(LXXII; LXXIII, 35). — Dans Vlntermé- 
diaire du lojanvier 1916, col. 33, P. Mo- 
rel s'excuse d'avoir commis un lapsus en 
écrivant : 

Cette bombe devait avoir la forme cylin- 
drique. 

Et, pour donner plus de poids à une 

certitude nouvellement acquise, il ajoute: 1 711) ^'^'"'t- . ^„ . , 

• Le lendemain, quand 1 aurore aura ranime 



Indications données par 1'= lev-r 
ouïe coucher du soleil (LXXH, 146, 
314; LXXIII, 31J. — Une étude minu- 
tieuse des divers passages où les pc êtes 
anciens donnent des indications chrono- 
logiques au moyen du lever ou du cou- 
cher des astres serait nécessaire pour ré- 
pondre avec précision à la question posée 
par A. P. L. Je crois qu'elle montrerait 
que ces poètes, peu soucieux d'une grande 
précision, songent tantôt à l'observation 
faite le soir, tantôt à l'observation faite 
le matin. L ur texte même l'indique dans 
certains passages. Ainsi Ovide (f^s/t'5, î II, 



Il n'y a jamais eu de bombes cylindriques. 

Je regrette d'être en désaccord avec 
notre collègue et de lui dire qu'en se ré- 
tractant, il commet, cette fois, une erreur. 

En effet,peu importe qu'il soit dénommé 
boulet, obus ou bombe, le projectile cy- 
lindrique est bel et bien en usage dans la 
marine française. Il y a même deux sortes 
de boulets cylindriques : i" Le boulet cy- 
lindrique en acier-pour le combat ; 2° Le 
boulet cylindrique en fonte ordinaire pour 
exercice. 

Ceux de ces boulets (acier ou fonte) 
pour canons de 32 c/m pèsent 350 kil. 
Pour canons de 27 c/m 216 kg. 24 c/m 
144 kil. et de 19 c/m 75 kilogr. 

Les pièces de 14 c/m ne lancent que 
des boulets ogivaux : obus ou boulets. 

Le boulet cylindrique se termine à 
l'avant par une calotte sphérique peu pro- 
noncée et à l'arrière se trouve une petite 
poignée en fil de cuivre qui sert de prise 
pour le soulever. 

En terminant, mon appréciation sur la 
façon de prononcer le mot obus : on doit 
dire o-buz. 

L. Capet. 



les tendres herbes, on pourra voir la partie 
antérieure du Scorpion. 

ou encore (ibid. V. ^33) : 

La venue de l'aurore fera disparaître à nos 
yeux le Bouvier, et le lendemain on verra la 
constellation des Hyades. 

Voilà des observations du matin, 
comme encore celle-ci dans Hésiode {Tra- 
vaux et jours, 606) : 

Quand Orion et Sirius arrivent au milieu 
du ciel, et que l'aurore aux doigts roses voit 
Arcturus (il faut vendanger). 

Ailleurs, dans les Fastes par exe nple. 
c'est le soir qui est nettement indiqué 
comme le moment de l'observation. 

Mais très souvent le texte ne contient 
aucune indication. C'est au lecteur à s'y 
retrouver, et parfois à tirer, du fait même 
que l'indication astronomique devrait da- 
ter, les moyens de déterminer l'heure à 
laquelle celle-ci se rapporte. 

Ibère. 



Le a baiser à pincettes » (LXXII ; 
LXXIII , 33I. — je crois qu'il n'y a aucune 
indécence à cela... C'est plutôt un geste 
enfantin. 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 février içitf» 



133 



134 



Dans le Nord les enfants aiment à em- 
brasser leurs mamans — ou leurs nour- 
rices — « à pincettes », et, avec leurs 
petits doigts, ils serrent la partie des 
joues ou du cou qu'ils veulent embrasser, 
afin de « localiser » leur baiser. 

Le titre d'une polka d'Emile Pavan in- 
titulée : Pichenette, dessiné par Chatinière 
(vers 1880), représente trois peiits amours 
joufflus — ou trois angelots — * embras- 
sant « à pincettes » les joues d'une jolie 
jeune fille . C'est bien le type du « baiser 
à pincettes > 

Hector-Hogier. 



* * 



Eh, mais ! n'allons pas oublier nos 
grands auteurs. 

Le bon Nadaud, de si juvénile mémoire, 
ne lui fit-il pas, à ce mot, les honneurs de 
sa poésie ? 

Rappelez vous seulement , vous tous 
qui eûtes 20 ans, autrefois, la finale de sa 
jolie Lettre d'un Etudiant à son Etu- 
diante : 

Adieu, je t'embrasse à pincettes 

Sur ton col blanc, sur ton œil noir, 

Et surtout sur les deux fossettes 

Qui m'ont pris mon cœur, un beau soir. 

C'est printanier. Aussi bien, ces pin- 
cettes-là, qu'on le veuille ou non, sont en 
passe, pour l'Académie. 

Ulric Richard-Desaix. 

Vache tn or enterrée par des 
Anglais en quittant la France 

(LXXll ; LXXIII, 16, 87). - Si noire con- 
frère L. Grasilier avait pris la peine, 
avant d'écrire, de consulter l'ouvrage de 
M. H. d'Allemagne [ Les cartes à jouer, 
t. I, p. 204, planche hors texte, t. II, p. 
388 ], il y aurait vu un beau taureau. 
recouvert d'une housse (et non pas une 
Vache), sur le Deux de Coupe d'un jeu 
d'ALLUETTE (le second) de Antoine de 
Logiriera, daté de 1508. 

Or le deux de coupe, c'est la Fâche de 
l'Alluette actuelle! 

Qui plus est, s'il s'était souvenu du 
passage ci-dessous d'Hérodote Livre II, 
Para. 131): « La Génisse f de M3cérimès) 
a le corps couvert d'une housse de pour- 
pre .. Entre ses cornes, brille le cercle du 
Soleil, imité en or Elle ne se tient pas 
droite, mais sur les genoux. Elle sort... 
pour... voir le Soleil une fois chaque 



9 année », il en aurait conclu que le Tau- 
reau d'Antoine de Logiriera ne peut être 
qu'un souvenir du Bœuf Apis [lequel est 
un dérivé de cette Génisse], c'est-à-dire 
du Veau d'Or d'Israël. ■ N'insistons pas 
et renvoyons à notre Traité de VAllueite, 
annoncé ici-même, où nous avons prouvé 
le grand rôle joué dans ce jeu par les 
Symboles solaires les plus classiques. 

Je connais très bien la « Vache en 
cuir>>, dont parle le même confrère, puis- 
que j'en possède une ! Mais elle n'a, 
certes, aucun rapport, par exemple, avec le 
Veau d'Or caché, entr'autres, dans les 
Puits funéraires romains, où il n'y a 
d'ailleurs que des têtes de Bœufs en chair 
et en os (i). 

Marcel Baudouin. 

Prophétie pour les temps ac- 
tuels LXX, LXXll, 368). — le me sou- 
viens d'avoir lu naguère un volume an- 
glais qui doit avoir paru en 191 1, inti- 
tulé : Recollection of a Society Clairvoyant, 
où il était très nettement fait allusion au 
destin actuel de la Serbie. 

On y racontait la genèse de la Prophétie 
noire (1866), selon laquelle après l'an- 
nonce des malheurs des Obrénovitch, il 
était dit que la nouvelle dynastie — celle 
de Pierre Karageorgevitch, l'actuel sou- 
verain — (( ne resterait pas longtemps au 
pouvoir >>, que le pays serait envahi par 
une armée étrangère, après quoi un 
homme se lèverait du sein de la nation, 
qui l'affranchirait delà domination étran- 
gère, et 1.1 rendrait libre et indépen- 
dante. 

Quelque intermédiairiste pourrait- il 
identifier avec précision — en allant, par 
exemple, faire une recherche à la Natio- 
nale ■ — le volume anglais en question et 
nous fixer sur son auteur ^ Je suis sûr du 
titre et du contenu général, mais c^est 
tout... 

Camille Pitollet. 

Le verre dé Nicolas II ''LXXII. 391). 
— Veuillez me permettre de rappeler en 
I mémoire, {hisi fallor) que ce ne fut pas la 
i mère du tzar Nicolas H, mais le grand duc 
I héritier, ou mari de la princesse Dagmar, 
; le futur empereur Alexandre III qui, après 

I 

(i) Cf. Bull. Soc. Préh. franc., 1915, n« 
i II [Réponse à V Intermédiaire ]. 



N 143^. Vol. LXXIII. 

135 — 

la guerre de 1870 71, lors d'un dîner de 
gala à la cour de Russie, et où le tzar 
Alexandre 11, son auguste père, alors ré- 
gnant, portait un toast de félicilation au 
vieux Guillaume 1"' de Prusse, pour célé- 
brer son anniversaire, brisa brusquement 
son verre, afin de ne pas s'associer à ce 
toast. Néanmoins il n'hésitait pas, plus 
tard, comme tzar régnant, en 1888^ d'être 
présent aux funérailles de Guillaume 1'' 
à Berlin et de lui rendre le dernier hon- 
neur. H. K. 

Les noms des tranchées (LXXIl ; 
LXXIII. 14, 82). — Le peintre breton Pé- 
got-Ogier,qui venait de rejoindre le front, 
sur les rives de l'Aisne, et à qui j'avais 
envoyé dans une lettre de la graine d'a- 
jonc, m'écrivait le 13 septembre 1915 ces 
lignes émouvantes : 

J'ai jeté vos graines d'ajonc pieusement 
dans la terre d'ici, qui est toute remuée, vous 
pouvez le croiie, et je pense que lors de no 
tre marche en avant la fleur- d'or jaunira 
derrière nous pour les tombes des Bretons 
qui sont ici. Les tranchées portent leurs 
noms, sur des croix servant de poteaux indi- 
cateurs : Tranchée Carton (de Braspars, 
mort le 22 août 191 5). Tranchée Quéfellec 
(de Belle-lsle en mer), etc. .. 

[e ne pense pas que l'aspirant Pégoi- 
Ogier ait commis en me livrant ces dé- 
tails une faute bien grave contre la dis 
cipiine. En tout cas je ne redoute, héla.- ! 
pour lui aucune punition. Car le 2 octo- 
bre une bombe stupide vint briser la pa- 
lette harmonieuse d'où s'échappaient des 
coilîes blanches, des chapelles au toit 
bleu, des barques, des pèlerins, des par- 
donneurs... Puisse l'ajonc — dont le 
peintre sema des graines envoyées par 
moi - - fleurir à son tour la Tranchée Pé- 
got-Ogiei ! 

LÉON DUROCHER. 

Du Cxnarddii Boyau : 

L Inlermèhaire de? Chercheurs et Cu- 
rieux nous a demandé quels noms étaient 
donnés aux ouvrages, boyaux et tranchées 
du font. Nous nous faisons \\n plaisir de 
satisfaire ces Messieurs, dans la mesure de 
nos moyens, d'ailleurs, pensant bien que nos 
contrères de la « presse poilue » apporteront 
eux aussi leur collaboration 

A l'origine, il y avait bien peu d'ouvrages 
et pas de noms. On se dirigeait d'instinct. . 
La difficulté de se reconnaître augmenta peu 
à peu, et dans ce dédale d'une ville souter- 



L'INTERMEDIAIRE 



136 



raine, on plaça de petites plaquettes en bois. 
Sans doute, on n'emploie pas le mot « rue », 
il n'y a que boyaux, parallèles et tranchées. 
La géographie et l'histoire fournissent le 
plus grand nombre de noms. Beaucoup 
d'ouvrages tirent leur origine de leur situa- 
tion (€ Ouviagesblancs»,« bastion duCanton- 
nier », « la Moissonneuse,* tranchce de la 
Batteuse », < boyau des Cinq-Saules >, < les 
Buisson.^ », « la Pêcherie»). 

D'autres, de la proximité de certains lieux 
(« Tr. de Neuville », « b. d'Ecoivres », « de 
Berthonvai). 

L'histoire a été sérieusement mise à con- 
tribution. On évoque de grands noms fran- 
çais («Tranchée Joffre». « tr. Foch »), des 
noms anglais, belges (« Tr. du roi Albert », 
« ouvrage de la reine Elisabeth »). 

Il y a même pas mal de noms empruntés 
à l'histoire et la géographie allemandes (« Tr, 
Kant », « Strauss », « Schopenhauer », 
« des Walkyries, « B de von Kiu:h » 
« d'Eulenbourg », de « Saxe», « ouvrage de 
Nuremberg »). 

On conserve aussi pieusement le souvenir 
de militaire; tombés au champ d'honneur 
(« Mont Doyen », « bois Claussade », « boyau 
Denis-Laroque », « ouv. Claudot »), et de 
certains régiments qui ont peiné en creusant 
la terre (« Boyau du 28* ternt , du 156»). 

Lt géométrie même fournit matièie à dé- 
nomination \^<i ouv. en losange »,« en cœur », 
« en ovale », « tranchée des 300 mètres », 
« tr. des Cent-Mesures », « les Entonnoirs », 
« tr. de la Dent-de-Scie, t de l'Escalier », 
Certains noms, plus ou moins symboli- 
j ques, resteront, à tout jamais, dans la mé- 
1 moire de ceux qui ont vécu-là (« Canal de 
, Suez », tr. des Ondes », b. des Marmites », 
{ «le Labyrinthe ». « b. du Mensonge», 
j « tr. des Anes », « du Vert-Halo »). 
i Un boyau n'ayant reçn aucune dénomina- 
' tion s'appelle « Boyau-sans-Nom ». Certains 
': ouvrages sont internationaux (B. « interaatio- 
; nal », « tr. franco boche »). 
i Nous citerons enfin certains noms maca- 
j bres, qui évoquent des souvenirs à faire 
I frémir (« Chemin des Boches-Morts », « b. 
i des Trépassés », « du Champ-Pourri », 
I « ouv. de la Tète-de-Faulx ». « pont de la 
S Mort », « b. des Déserteurs », « ravin de la 
' Mort »), et certaines dénominations particu- 
lièrement suggestives (« Tr. des Poux », « des 
Punaises», « des Rats 2>, « de la Vermine », 
(( ouvrage de la Tête de Cochon »). 

Les gourbis et abris du front ont aussi 
reçu des noms pittoresques. Nous en repar- 
lerons prochainement. 

t Directeur -gérant 
GEORGES MONTORGUEIl 

* Imp.CLBRC-DAHiBL, St-Anoand-Mont-Rond 



LXXin« Volume Paraissant les jo, to et 30 de chaque mois 



àO'-29 février 191 6 



N» 1434 

Sl"*,r.Victor-MaeȎ 
PAKI8 <IX«> 

Sureaux: de 3 àSheuret 



QCJiQDa 



Cherchez et 
voue trouveret 




g /{ se faut 
B intr'aider 

o 



N» 1434 

8f"',r.Victor-»las*é 
PAKI8 (IX*) 

Bareaax: AeSï 6heaiM 




ntexmébxaxxc 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES. HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 
138 



ET ARTISTiyUKL 



137 

L'INTERMÉDIAIRE paraîtradu- 
rant l'année 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'année de 
guerre 1915. 

Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme, et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés di pseudonymes inconnus 
ne seront pas imérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste^ la liste, sauj exception^ 
n'est pas insérée.^ mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



(âueôtiaîtd 



Le publiciste prussien de Gentz 
veut être français. — Le bulletin de 
mars, de Noël Charavay, annonce une 
lettre de Louis XVIII, qu'on dit être adres- 
sée à Frédéric de Geniz, S'il n'y a pas 
d'erreur sur la personne du destinataire 
(l'adresse est libellée : A. M. de Gentz, 
sans prénomj, cette pièce est infiniment 
curieuse. 



On connaît le fameux publiciste prus- 
sien, qui, dejiuis plusieurs années était 
i au service de l'Autriche, d'où il tirait de 
\ beaux revenus. La Fra'nce, ou plutôt le 
j Révolution, n'eut pas d'ennemi plus 
; acharné, et l'on se demande pour quelles 
1 raisons Frédéric de Gentz voulut être 
■ Français, Voici le texte de la lettre de 
Louis XVIII. 

A Varsovie, le 30 mai 1804, 

J'ai chargé M. l'évêque de Nancy de vous 
exprimer, Monsieur, toute h sensibilité que 
m'a fait éprouver votre lettre à M. de Bon- 
nay, mais en même temps je me suis ré- 
servé de vous dire moi-même combien je 
suis touché du moment que vous avez choisi 
pour me demander de vous adopter. Oui, 
vous êtes français, Monsieur, vous l'étiez 
déjà par vos sentiments, vous l'êtes à pré- 
sent par votre choix et par l'autorité qui 
m'appartient, et que j'abdiquerai aujour- 
d'hui moins que jamais. Cette naturalisation, 
scellée par le malheur, vaut bien toutes les 
autres, et dans le noble mouvement qui vous 
a porté à la désirer, dans le présent que 
Dieu me fait aujourd'hui en vous, je vois un 
augure bien favorable pour ma cause. 

Soyez bien persuadé. Monsieur, de ma 
parfaite estime et de tous mes sentiments 
pour vous. Louis. 

Le successeur de Louis XVI venait d'ap- 
prendre l'élévation de Napoléon à l'Em- 
pire et c'est à quoi il fait allusion en di- 
sant qu'il est touché du moment choisi 
i par M. de Gentz pour demander son 
adoption. Quel est le mobile qui dirigeait 
l'ennemi de la France à se faire adopter 
par un prétendant repoussé d'un peu 
partout ? 

LXXIIM. 



N« 1454. Vol. LXXIII. 

«39 

Cette énigme est digne d'exercer la sa- 
gacité de nos confrères. 

M. 

L'incendie de la flotte romaine 
par Archimède. — On raconte qu'Ar- 
chimcdc a incendie la flotte romaine, au 
moyen de la réflexion des rayons solaires, 
produite par des miroirs concaves. 

Nu' doute que l'opération était théori- 
quement possible. Mais il serait curieux 
de savoir si ce fait est incontestable ou 
s'il y a là plus de légende que de vérité. 
A-t on jamais calculé quelles dimensions 
devaient avoir ces miroirs pour obtenir 
l'incendie d'une flotte .? De quoi était faite 
celle-ci pour se laisser brûler si facile- 
ment ? Combien de temps a pu demander 
une telle opération ? 

On a essayé de se servir de la chaleur 
solaire pour faire marcher des moteurs. 
Quoique cela fût fait en notre temps, 
avec toutes les ressources de l'industrie 
moderne, on n'a rien obtenu de bien re- 
marquable. Tout cela me rend fort sus- 
pecte la prouesse du vieil Archimède. 

A Syracuse, il y a sa statue avec un 
miroir... en marbre. Mais, s'il était d'une 
substance appropriée, je crois qu'il ne 
pourrait brûler qu'un peu de coton à 
30 centimètres de distance... 

M. A. 

Sainte Ge-^eviève. patronne de 
Paris ou de tout^i la France. — L'ar- 
chevêque de Paris a prescrit, parmi les 
invocations à réciter dans les églises pen- 
dant la guerre la suivante : 

« Sancta Genovefa, urbis et Galliœ pa- 
trona ora pro nobis. » 

Ce libellé me paraît devoir donner à 
contestation. « Urbs », dans le latin 
d'église, comme dans celui de l'ancienne 
Rome veut dire Rome. Pourquoi n'avoir 
pas employé le mot « civitas», que 
donne l'Ordo à l'occasion précisément Je 
la fêle de sainte Gene\iève? 

D'un autre côté , il me semble qu'aucun 
acte officiel ne permet de co-i-dérer 
sainte Geneviève comme la p?l!onne de 
toute la France, bien que so;^ office ait 
été étendu récomment à tous les diocèses 
de France, comme ceux de sainte Clo 
tilde et du curé d'Ars. 

Qyelque aimable collègue pourrait-il 
me fixer à ce sujet? A, E. 



L'INTERMEDIAIRE 



[40 



La Vierge de Dixmuda. — Dans 
j un roman J'Aime Giron : La Gardeuse 
1 d'oies^ paru en 1881 dans le Journal de la 
I Jeunesse, p. 300 et dont. la scène se passe 
. pendant la guerre de 1870, je lis : 

; La patrie avait saigné seus la lame de 
\ l'étranger, et la cicatrice en est restée, 

• comme dan': le tableau de Dixmtidc, repré- 
sentant une Vierge Marie qui avait miracu- 

: /) US' ment saigné sous la pique d'un soldat 
allemand. 

N"est-ce pas le cas de dire : <* déjà .-* ». 
j Et à quelle toile invraisemblablement pro- 
i phétique du martyre de la petite ville 
illustrée par la défense de nos fusiliers 
j marins, des Belges et des Sénégalais, fait 
j allusion l'auteur de La Gardeuse d'oies .^ 

1 - ^'^' 

* Le miracle de Louvain — je re- 
lève dans les^ Mémoires de Rohertson 
(1830, tome 1) l'anecdote suivante: 

« On montre à Padoue les boulets qui, 
dans un siège de cette ville, vinrent tom- 
ber aux pieds de la Vierge et qu'elle ar- 
rêta, en étendant la main. 

« Un prodige non moins surprenant 
eut lieu autrefois, au siège de Louvain. 
Les assiégés n'avaient plus d'armes : ils 
invoquèrent la Vierge; elle parut aussitôt 
dans les airs, tenant son fils entre ses bras 
et découvrit aux yeux des suppliants des 
grands amas de poudre qu'ils brûlèrent 
avec succès contre l'ennemi. Un tableau 
conservé dans une des églises de Louvain, 
atteste l'authenticité de ce miracle». 

Sur quel ensemble de faits repose l'anec- 
dote de Roberston ; et si le tableau du 
miracle existe encore, dans quelle église 
de Louvain se irouve-t-il... à moins qu'il 
ne soit brûlé ou déjà parti pour l'Alle- 
magne .? 

H. QyiNNET. 



Mesdam s Adélaïae et "Victoire 
de Fiance. — Pourquoi les corps de 
de ces deux princesses, partis de Trieste 
le 17 novembre 1814, à bord de la frégate 
la Fleur-de-lis [ex-Dryade), n'ont ils été 
déposés que le 20 janvier 1817, dans les 
caveaux de Saint Denis? 

Je serais reconnaissant à ceux de mes 
confrères qui pourraient me signaler les 
ouvrages et les journaux donnant le détail 
des cérémonies faites à l'occasion de la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



141 



translation des dépouilles mortelles de ces 
deux filles de Louis XV, au départ de 
Trieste, à Toulon, le ii décembre 1914, 
et à Saint-Denis, 

Nauticus. 

Enfant perdu pendant la guerre 

de Ve de — La situation déplorable 
des petits réfugiés de nos départements 
actuellement envahis, des enfants belges 
et serbes donne une cruelle actualité à 
cette question. Nombreux aussi furent les 
enfants perdus dans la Vendée de 1793 à 
1797. 

L'histoire de Voyneau, le plus connu 
de tous est célèbre. Je désirerais savoir à 
quelles sources nanuscrites et imprimées 
je pourrais compléter les quelques rensei- 
gnements que je possède déjà sur Made- 
moiselle Duvau de Chavagnes, sauvée par 
le lieutenant colonel, plus tard général 
Lepic, et sur le long et célèbre procès 
qu'elle dut soutenir avec l'appui de son 
sauveur, jusqu'en 1818 pour obliger sa 
famille à la reconnaître. Prièred'indiquer : 
1" la bibliographie de ce procès qui com- 
porte un certain nombre de mémoires ou 
faciums ; 2° tous renseignements biogra- 
phiques sur cette jeune fille ; y toutes i.i- 
dications de documents manuscrits. Merci 
d'avance, 

H. Baguenier-Desormeaux. 

La vente de la Cathédrale de 
Reims sous le Directoire.— Comme 
la Cathédrale d'Amiens, la Cathédrale de 
Reims faillit être vendue sous le Direc- 
toire, je lis, en effet, cette note insérée 
dans le Journal de Paru du 24 nivôse 
an Vil : 

« Le ministre de l'intérieur vient d'é- 
crire à celui des finances, pour l'inviter à 
suspendre la vente de la Cathédrale de 
Reims, dont le portail est un chef-d'œu- 
vre gothique » 



20-29 février 19 16 . 

I 42 

Louvre, a eu comme historien M. Henri 
NicoUe en 1858, sans compter les notices 
de MM, Engrand et Foulon en 191 1, 1912 
et 1913. 

Pourrait-on avoir quelques renseigne- 
ments sur Henri Nicolle auteur de l'ou- 
vrage intitulé « Le Château de Maisons, 
son Histoire et celle des principaux per- 
sonnages qui l'ont possédé par Henri Ni- 
colle, Paris, Ledoyen, 1858?» 

roUaborateurs au « Chat Noir ». 

— je serais reconnaissant de tous les ren- 
seignements qui pourraient m'être four- 
nis sur les «oubliés», dont les noms 
suivent : 

Raymond d'Abzac poète et journaliste 
Lieux et dates de naissance et de mort. 

Victor d'Auriac, poète ; auteur des 
Pâques fienries (iSS-^) et de Renaissance 
(1887;. — - A donné au « Chat Noir » : la 
Chanson des Seins (23 décembre 1882). 

André '-^eauva s, poète. Etait attaché 
au parquet de la Seine. Avant de fonder 
avec Karl Boès, le Courrier libre ; avait 
donné des vers au « Chat Noir » (1888) 
et au Couirier français. 

Léon de Bercy, chansonnier. Lieu 
et date de sa mort ;né à Belleville le 10 
décembre 1857). Pierre Duhay. 

Le chevalier de Champigny. — 

La Revue d'histoire diplomatique, qu'il 
m'est impossible de consulter en ce mo- 
ment, a publié, en 1907, je crois, un ar- 
ticle intitulé .• Un diplouiaie en quête 
d'' emploi : le chevalier de Champigny. — 
Un de nos collègues de V Intermédiaire qui 
aurait cette revue entre les mains, aurait- 
il l'obligeance de répondre à ces questions : 
lo ce chevalier de Champigny i\e s'appe- 



Est il resté, aux Archives nationales, ou [ lait il pas Jean de Champigny .^ — N'était- 



dans les archives dépariementales de la 
Marne, ou enfin dans celle de Reims — si, 
hélas ! il en existe encore 
cette,., négociation .? 



des traces de « lesquels ? 



il pas originaire du Forez? — N'a-t-il pas 
publié quelques ouvrages, et, en ce cas, 



O.-C, R. 



d'E. 

Le Château de Maisons. — Le châ- 
teau de Maisons-Laffitte, devenu depuis 
1912, musée national annexe de celui du 



M. Felissent. — Il épousa Miss Bil- 
lington, une chanteuse anglaise, très cé- 
lèbre, à Milan, circa 1798 9. Qui était-il ? 
Date de sa mort .? 

..,.■ -.;^' Horace Bleackley.j^ 



N« 1434. Vol. LXXIII. 

143 

Duchesse Franco s, historiogra- 
phe de France. — Qu'est devenue sa 
fille Françoise, qui (ut en 1652, à Troyes, 
marraine d'un de mes aucctres mater- 
nels? 

Existe-t-il, sur la famille Duchesne, 
une notice plus détaillée que les articles 
de dictionnaires ou de biographies col- 
lectives ? L. M. 

Portrait de Madame de Lamballe. 

— Connaît-on un portrait ou un ;buste 
authentique de la princesse de Lamballe ? 

Qy/ERENS. 

L© général comte ^1 Lepic, 1765- 
1828. - Le futur héros d'Austerlitz et 
d'Eylau, après avoir servi aux dragons de 
Lescure, etc., puis dans la garde consti- 
tutionnelle de Louis XVI, fut employé en 
Vendée comme lieutenant-colonel du 2i« 
chasseurs à cheval devenu le 15e de 
l'arme, de juillet 1793 à mai ou juin 
1796. Il s'y distingua autant par sa mo- 
dération que par son courage et y fut 
blessé à plusieurs reprises. Il faisait par- 
tie de la colonne aux ordres de Travot, 
qui s'empara de Charette, à la Chabotte- 
rie et mis fin virtuellement à la guerre 
de Vendée. En dehors des ouvrages con- 
nus sur la Vendée, je désirerais savoir où 
je trouverais des renseignements aussi 
détaillés que possible, sur cette période 
mal connue de la vie de cet admirable 
cavalier, notamment sur son raid de 
Nantes à Fontenay, en septembre 1793. 
H. Baguenier-Desormeaux. 

Le gendre deRivery. — A quelle 
famille appparteriait Marie Le Gendre, 
dame de Rivery en 1595 .? Peut-être à 
une famille normande ou picarde, mais il 
faudrait une certitude. 

d'Heuzel. 

Renaud de Roye. — E. Renan écrit 
dans son étude sur Guillaume de Nogaret 
(Etudes sur la politique religieuse du 
règne de Philippe le-Bel, Paris, 1899, 
in-8, p 109), que Nogaret avec Raynald 
(Réginald ou Renaud) de Roye reçut la 
mission d'arrêter les Templiers à Paris, 
le I) octobre 1307. 

Existe-t-il une biographie sur ce per- 
sonnage .? 



L'INTERMEDIAIRE 



144 



Où pourr?it-on trouver des renseigne- 
ments biographiques sur Renaud de 
Roye ? 

Na:îdÉ. 

L'abbé Sechard. — Cet homme 
était le secrétaire de la fameuse aventu- 
rière, Elisabeth Chudleigh, soi-disant du- 
chesse de Kingston. Je désire quelques 
renseignements. 

Horace Bleackley. 

Quel était co Sidrac ? — Dans le Lu- 
trin (chant premier), Boileau a écrit ces 
deux vers : 

Quand Sidrac à qui l'âge allonge le chemin, 
Arrive dans la chambre un bâton à la main ! 

Quel était ce Sidrac.'' Pourrait-on don- 
ner quelques détails? 

I. 

Ex-libris à déterminer : « Christus 
et Victoria ». A qui appartient l'ex-li- 
bris suivant : 

Deux écus ovales accolés : 

I d'argent au lion de... debout^ sur une 
terrase herbue de... tenant entre se% pattes 

une palme de et tourné vêts le Jianc 

senestre de l'ccu, affronté d'un serpent on- 
doyant de... posé en pal et^e reposant pas 
sur la terrasse. 

II d'argent au chevron de gueules accom- 
pagné de trois brancha de lautier de sinople 
et surmonté d'un croissant de gueules. 

Timbre : couronne de comte surmon- 
tée d'un casque orné de ses lambrequins. 

Supports, deux lions regardant repo- 
sant sur un listel portant la devise ; 

« Christus et Victoria. > 

R. de R. 

Ordre du Crancelin. — Ne trouvant 
nulle part des renseignements sur cet or- 
dre, dont, semble-t-il, sont exclusivement 
chevaliers les chefs et les membres des 
maisons souveraines d'Europe, je m'a- 
dresse à mes confrères de V Intermédiaire 
pour me documenter à ce sujet. 

Nauticus. 



Inscriptions. Bar-sur- Auba. — 

On lit à Bar-sur-Aube l'inscription sui- 
vante sur l'une des portes de la sous-pré- 
fecture : quel en est le sens? 



DES CHERCHEURS BT CURIEUX 



145 



Adsit *...*... 
Absit *,..*... 

Veni *...*... 

Vate *...*... 

Vovebad anno Domini tyjo. 

Les astérisques sont des soleils, 

L. G. 

Costume de chanoine ? — Je serais 
désireux de savoir à quelle dignité ecclé- 
siastique s'applique ce costume ci-après : 

Petite periuque blanche, robe soie 
rouge, manchettes en dentelle, rabat noir, 
avec large liseré blanc. N'est-ce pas la te- 
nue des chanoines sous l'ancien régime 
et en particulier celle des chanoines d'Ai- 
nay, à Lyon, ou des Comtes de Lyon ? 

MONTMOREL. 

La prononciation à la m^rière 
d'Alcibi«de. — Au tome IV, page 241,, 
des Mémoires d' Outre-Tombe de Chateau- 
briand, on lit à propos de lord Clauwil- 
liam : 

Il avsit une certaine façon de prononcer à 
la manière d'Alicibiade qui ravissait. 

Quelque intermédiairiste pourrait-il 
nous renseigner sur cette prononciation, 
dont le sens nous est inconnu ? 

J.-B. 

Rayons X. — A-t-on déjà signalé, à 
propos des rayons X, la trouvaille de M. 
E. Perrusson, avocat à Dijon, qui a 
donné lieu à une plaquette parue en 1841 
et intitulée : Magnétisme animal. Refus de 
V Académie de Médecine de constater le 
Phénomène de la vision à travers les corps 
opaques., (Bibl. nat., 8« Tb. 64. 226). 

Ouel était et que valait le système de 
ce précurseur ? 

L. M. 

Ecrivain français auteur d*une 
descript on du FriouL — Je lis dans 
l'allocution du maire d'Udine à M. 
Briand : 

Ufline, cette vigilante et fière sentinelle 
de la latinité dans un pays qui rappelle l'op- 
probre de la domination étrangère ; Udine 
et le Frioul, dont les beautés naturelles et 
artistiques ont été décrites par un de vos 
compatriotes sous la forme !a plus aimable 
et la plus flatteuse, vous saluent avec toute 
l'effusion de leur cœur, ainsi que les hôtes 



ao-29 février 1916, 

- 146 

illustres venus de France pour témoigner de 
la fraternité renouvelée de deux races et de 
la fusion de deux volontés inébranlables. 

Je serais reconnaissant à mes confrères 
de V Intermédiaite de vouloir bien me 
faire connaître le nom de l'auteur fran- 
çais auquel le maire d'Udine, le profes- 
seur Pecile, a voulu faire allusion. 

Nauticus. 

La « gnôle ». Origine du vocable. 

— Encore un mot que la guerre a remis à 
l'ordre du jour... des tranchées. En fait, 
les poilus ne disent plus l'eaude- vie. S'ils 
la boivent encore, ce n'est que sous for- 
me de « gnôle ». Or, un hebdomadaire 
parisien qui ne se pique qu'intermittem- 
ment (si j'ose dire) de philologie, écrit, 
dans son n° 984 (6 février), qu'il va pré- 
ciser la véritable origine du mot avant que 
les étymologistes amateurs l'aient travestie 
avec leur coutumiêre fantaisie . 

La (( gnôle », ou, mieux, c niôle > est le 
nom que, depuis plus demi siècle, les 
Lyonnais donnent à l'alcool. C'est une 
métaphore, tirée des patois du Lyonnais, 
de la Savoie, de la Suisse romande, où le 
brouillard — et l'alcool rend giis, nébu- 
leux, brouillé! — s'appelle la niàla (latin : 
nebula). 

Se non è Vero). 

C. PlTOLLET. 

Frivolité. — Quelle est l'origine de 
ce mot appliqué aux objets de toilette.'' 

M. 

Appam, — D'où vient le mot « Ap- 
pam » qui désignait le navire anglais 
pris par un corsaire allemand et conduit 
aux Etats-Unis en janvier dernier .>• 

Est-ce un nom géographique, un nom 
de personnage ^ Un obligeant confrère 
pourrait-il me renseigner ^ X. B, T. 

Le Mahlzeit des Boches. —Quand 
deux Boches, même du meilleur monde, 
se quittent, ils disent avant le repas : malh- 
zeit, ou gesegnete béni, est sous-entendu, 
(cela signifie, bon appétit) ; après le re- 
pas, également mahlzeit(cela signifie alors 
bonne digestion). Cette mode existe-t elle 
dans d'autres pays que celui de lakultur? 

Paul Muller. 



N« 1434. Vol. LXXIII, 
147 



L'INTERMEDIAIRE 



148 



Repondcd 



A propos du vieux Dieu allemand 

(LXXl ; LXXII). — l-'union sacrée en 
Amérique. — Si, comme le dit le prover- 
be, tous les chemins mènent à Rome, tous 
les chemins, à l'heure présente, divergent 
de Berlin ; et le germanisme, aujourd'hui, 
nous conduit en Amérique.Je regrette sin- 
cèrement de ne pouvoir me rallier à l'ob- 
jection, trop courtoise, de notre confrère 
H. CM; mais j'ai des raisons de penser 
que, aux Etats Unis, on pose assez souvent 
la thèse comme j'ai cru devoir la poser 
ici. La guerre de Sécession fut un acte de 
force contre la minoi ité pour achever l'é- 
tranglement de cette mmorité battue déjà 
par la majorité dans le Congrès. 

Ne disputons pas qui tira le prer^ier 
coup de canon. Ce sont la des chinoise- 
ries à l'adresse des badauds, ainsi que 
l'avait indiqué Montesquieu. Nous venons 
de voir la candide Autriche écrasant de 
ses obus monstres nos places du Nord, 
tout en maintenant son ambassadeur à 
Paris pour se faire déclarer la guerre et 
se donner un air de victime. Et surtout, 
ne comparons pas la grande République 
fédérale de là-bas à notre France centra- 
lisée. Au fait vrai, la guerre de Sécession 
fut la suite naturelle de la guerre d'Insur 
rection du xviii' siècle. 

Sous le régime anglais, les colonies 
américaines étaient un nid de discordes : 
les citoyens aux prises, les partis contre 
le gouverneur de l'Etat, les Etats en dis- 
pute. On avait eu toutes les peines à les 
faire marcher contre notre Canada durant 
la guerre de Sept Ans. Comme tous les 
bourgeois du monde, ceux d'Amérique ne 
voulaient s'occuper que de balayer devant 
leur porte ; ils prétendaient que ce qui se 
passait sur les bords de TOhio, — la ri- 
vière « Malengueulée », — ne regardait 
pas les gens de THudson, de la Delaware 
ou de la Susquehanna. « je crois bien 
qu'ils ont envoyé leur bon sens en va 
cances », écrivait rageusement Dmwiddie, 
le gouverneur de la Virginie Autant di- 
saient ou pensaient ses collègues, Shirley 
du Massachusselts, Delancey de New- 
York, Hamilton ou Morris de la Pensyl- 
vanie. Franklin, le bon apôtre, qui aurait 
laissé, d'ailleurs, scalper toute la colonie ' 



par les Indiens pour le plaisir succulent 
d'e.nnuyerle gouverneur, obtint pourtant, 
dit-on, les subsides des Qiiakers Pensyl- 
vains en leur promettant d'employer l'ar- 
gent au charitable achat de farines pour 
nourrir les troupes. Sur quoi, il acheta de 
la poudre, qui n'est après tout que de la 
farine noire. .Mais, malgré toute sa ca- 
suistique, il tenait pour impossible l'ac- 
cord des colonies contre la métropole. 

Néanmoins, quand vint la guerre d'in- 
surrection, l'on parvint à créer une sorte 
d' << Union sacrée». Mais cela n'alla pas 
tout seul. Il y eut d'abord le retrait des 
loyalistes, au moins 80.000, qui refusèrent 
de rompre avec [Angleterre, et dont les 
uns rentrèrent en Europe, — le célèbre 
Rumford, par exemple, — tandis que les 
autres allaient renforcer l'élément anglais 
du Canada. Les patriotes émancipés pour- 
suivirent ces transfuges d'une haine fé- 
roce, comme les jacobins nos émigrés. 
Tel chef insurgent se vantait d avoir pen- 
du de sa main tous ceux qu'il prenait ; et 
tel émigrant se trouva plongé, une nuit 
d'hiver, dans un étang pour y geler len- 
tement à mort. Puis, les cultivateurs pré- 
féraient ravitailler les soldats anglais plu- 
tôt que l'armée insurgente.ce qui donnait 
del'amertumeà Washington. Sans laFran- 
ce, l'insurrection eûtété ruinée Encore nos 
bons aïeux n'apportèrent pas tous là-bas 
le zèle de La Fayette. Beaucoup n'y virent 
que l'occasion de jouet un excellent mau- 
vais tour à l'Anglais; ils n'aimaient pas 
les Américains, et les Américains ne nous 
aimaient pas. 

Après la guerre, l'Union sacrée dut 
continuer, l'ennemi campant à la porte. 
Mais les Etats libres, qui se seraient mis 
en monarchie s'ils eussent trouvé un roi 
de bon vouloir, n'entendirent abdiquer 
que le moins possible de leur autonomie 
dans le strict intérêt commun. Il suffit 
de relire la Constitution du 17 septem- 
bre 1787, pour voir combien précaution- 
neux et parcimonieux ils furent. A qui 
appartenait en cas de conflit la souverai- 
neté, c'est à-dire le droit de décider en 
dernier ressort ? Ce fut le problème des 
quatre-vingts années suivantes, insolu- 
ble en apparence II devait produire un 
éclat tôt ou tard. En reprenant leur indé- 
pendance, les Etats sudistes se regardaient 
en droit de rompre l'Union, un peu 
comme l'Italie actuelle de quitter la Tri- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

149 



3o-a9 février 19 lè. 



150 



pie Alliance, sécession dont les Empires 
du Centre lui garderont la plus éternelle 
rancune qu'ils pourront. 

Sans cloute, la guerre de Sécession 
avança les affaires du pouvoir central j 
mais elle ne trancha pas la question. 11 y 
a plusieurs années, lorsque des Italiens 
furent lynchés à la Nouvelle Orléans, le 
gouvernement fédéral refusa d'intervenir 
pour ne pas empiéter sur l'mdépendance 
de l'Etat particulier. L'Italie riposta ver- 
tement que ne pouvant déclarer la guerre 
à la Louisiane, elle s'en prendrait à la Ré- 
publique entière. La défaite était fâcheuse, 
en effet, si l'on se rappelait que vers 1874, 
le gouvernement de Washington avait, 
sans autre scrupule, chargé le général de 
Trobriand de jeter militairement à la porte 
ou par la fenêtre, la législature de la 
Louisiane. Plus récemment, l'hostilité de 
la Californie pour les Japonais a failli 
mettre encore le gouvernement central en 
mauvaise passe. Et ce n'est point fini. 

Mais ce fut, à ce propos de démêlés 
diplomatiques jaunes, que l'amiral Mahan, 
peu de temps avant sa mort, exprimait le 
principe qui ordonne la séparation des 
races et des classes, contre lequel l'égalité 
démocratique viendra toujours se briser, 
11 regrettait d'avoir soutenu l'identité des 
jaunes et des Blancs, et venait à résipis- 
cence. « A Dieu ne plaise », disait-il en 
substance, « que je me croie supérieur à 
un Chinois ou un Japonais ! Mais nous 
sommes autres, et cela suffit, Et même, 
lors de la Sécession, nous eûmes le tort 
de croire qu'un nègre n'est qu'un blanc 
relié en noir ». Rien de plus exict. L'éga- 
lité peut s établir entre races ou classes, 
et à l'intérieur de chacune, mais pas entre 
personnes individuelles de l'une à l'autre. 

En réalité, l'esclavage fut le prétexte 
ou l'occasion de la guerre, non la cause. 
Lincoln, le plus ludicieux peut être, avec 
Washington, des Présidents de Républi- 
que, n'avait pas grand doute là dessus II 
regardait la Sécession comme une crise 
née d'un problème économique et consti 
tulionnel. plutôt que philanthrophique. 
Et telle par.HÎt, en somme, l'opinion de la 
Nouvelle école d Histoire américaine, celle 
du Professeur Mac Master et de ses dis- 
ciples Lincoln semble même avoir prévu, 
avec la libération des esclaves, les excès 
du Carpei-baggers, chose que ne soup- ( 



connaît pas le naïf Montalembert dans 
son article enthousiaste du Correspondant 
{k< La victoire du Nord aux Etats-Unis », 
25 mai 1865). Notre confrère peut recher- 
cher sur ce point le remarquable petit 
livre de M. Laird Clowes, Black America 
(London, George Bell, 1891. M. Clowes, 
correspondant du Tïmes^ a dirigé plus 
tard la publication d'une grande Histoire 
de la Marine Anglaise, en 5 volumes). La 
crise avait été sinon déclanchée, du moins 
accélérée par le roman de Miss Beecher 
Stowe, La Case de Voncle Tom, roman 
écrit « de chic » par une femme qui ne 
connaissait pas beaucoup — d'aucuns di- 
sent rien du tout — de la question, et qui 
était prédestinée aux publications tapa- 
geuses, puisqu'on lui doit la révélation 
des aventures de Lord Byron et de sa de- 
mi-sœur. Au fond, les abolitionnistes se 
souciaient médiocrement du nègre, dont 
ils avaient eu plus que l'équivalent dans 
la Nouvelle-Angleterre, avec Vindented 
servant. (( Nous prêchons, mais nous ne 
pratiquons pas, » avouait l'un d'eux, — 

— Charles Summer, si je me souviens, 

— au prince de Joinville. Un Anglais, 
vers 1866, descendait le Mississippi en 
steam-boat avec un nègre libéré — 
n'était-ce pas Laurence Oléphant ? c En 
somme, » demandait-il, « vous êtes heu- 
reux d'être libre ?» — « Cela dépend, » 
répondait l'oncle Tom, ou son neveu. 
« Si, avant la guerre, j'étais tombé de ce 
bateau dans le fleuve, le capitaine aurait 
stoppé en jurant : « Qu'on repêche ce 
sale nègre et qu'on lui serve vingt coups 
de fouet pour lui apprendre à se tenir 
tranquille ! « Alors, je valais de l'argent. 
Aujourd'hui, le capitaine regarderait avec 
dédain ; « Un nègre qui se noie? Ail 
right ! continuez. » 

Un peuple qui, pour se débarrasser des 
Indiens, leur distribuait des couvertures 
contaminées de petite vérole, qui briJle à 
proportion autant de nègres lynchés que 
l'Inquisition d'Espagne brûlait d'héréti- 
ques, d'après les calculs les plus hostiles, 

(Voir l'aveu du Century Maga:(ine, que 
l'homme est un pyromane, avril 1903, 
p. i5"5 ;et aussi juin 1903, pp. ^ 16, 318), 
qui condamne les gens aux travaux forcés 
pour des peccadilles, afin d'avoir des 
travailleurs gratuits, de même que sous 
Louis XIV, on condamnait parfois aux 



L'INTERMEDIAIRE 



N 1434. Vol. LXXIII. 

151 

galères pour avoir parfois des rameurs, 
qui refuse toute justice aux « Dagos », 
c'est-à-dire aux Italiens et gens bronzés 
du Sud Europe, n'est peut être pas le 
phénix d'humanité qu'imaginait Monta- 
lembert. 

Quant au Mexique, quelle qu'eût été 
notre attitude au cours de la crise Séces- 
sionniste, les Etats-Unis ne pouvaient 
manquer de nous être hostiles, de par la 
seule et fameuse doctrine de Monroe, qui 
n'est qu'une prétention inadmissible. Ose- 
rai-je avouer que l'entreprise de Napoléon 
III sur le Mexique, pour être assez chimé- 
rique, ne me paraît cependant pas tout à 
fait absurde ? Il ne faut pas oublier que le 
comte de Raousset-Boulbon, quelques 
années auparavant, avait failli conquérir 
le pays avec une pincée d'hommes. Quoi 
qu'il en soit, si la République américaine 
avait été moins ambitieuse et prétentieuse 
le Président Wilson serait un peu moins 
embarrassé aujourd'hui dans sa Maison- 
Blanche. Il y eut d'ailleurs, ce semble, 
beaucoup de dessous de cartes que nous 
ignorons. Les Etats-Unis auraient eu, pa- 
rait-il, un instant, l'idée de nous propo- 
ser une alliance pour chasser les Anglais 
du Canada. D'autre part, si Maximilien 
avait accepté la proposition des généraux 
sudistes, de venir s'établir à la frontière 
du Mexique, en confins militaires, avec 
leurs troupes pour la garantir, appuyés 
des Mexicains fidèles, contre les Fédéraux 
de Washington, peut-être eùt-il gagné la 
partie. Mais il ne voulait pas se brouiller 
avec la grande République, qui donnait 
refuge à ses ennemis, sans excepter Jua- 
rez lui-même, et qui revendait aux Jua- 
ristes les Impériaux contraints de cher- 
cher asile sur ce territoire de fâcheuse 
hospitalité, — par exemple Ortega, ar- 
rêté par Sherman et livré par lui à Esco- 
bedo. 

C'est ainsi que le général Sheridan, pla- ; 
ce en observation sur la frontière, par le j 
général Grant, assistant à un engagement 
entre Maximilianistes et Juaristes donna 
vingt quatre heures de congé à ses troupes 
pour aller ?e promener. Les soldats com- 
prirent, franchirent la frontière et firent le 
coup de feu avec les Mexicains contre les 
Impériaux (Ce;7/M;)', oct.1890. pp. 958-9 ; 
Souvenirs du général Abner Doubleday). 
Ce qui n'empêchait pas le général Sher- 
mann, déjà nommé, de songer à se faire 



152 



proclamer lui même Empereur, pour rem- 
placer Maximilien. O Liberté, que d'hy- 
pocrisies on comn^et en ton nom ! 

Britannicus, 

La vénalité de M>»dame de Pom- 
padour (LXIX; LXX; LXXll; LXXlll 9). 
— Je suis absolument de l'avis de notre 
confière H. C. M. Il y aurait intérêt, très 
grand intérêt même, à étudier sérieuse- 
ment la fortune de Madame de Pompa- 
dour, d'autant que ce fut un des gros 
griefs contre l'ancien régime 

Mais je ne puis insister en ce moment 
sur la question. 

Je dirais seulement que si la Marquise 
a laissé les châteaux et terres dont notre 
contrère rappelle le nom, nous savons 
comment elle les a acquis, et sa foriune 
personnelle n'a rien à y voir, sauf pour 
les embellissements qu'elle a pu y appor- 
ter. Elle a laissé naturellement en mou- 
rant les terres que le Roi lui avait don- 
nées, rien de plus naturel et cela ne tou- 
che pas au fond de la question. 

Britannicus. 

La tête de la princesse de I am- 
balle (LXXll, 379; LXXlll, 104). — Le 3 
septembre 1 792 le Comité de la section des 
Quinze Vingts a délivré à Jacques Pointel 
un certificat qui atteste qiie ledit citoyen 
lui a apporté la tête de la princesse de 
Lamballe et que cette tête a éié inhumée 
au cimetière des Enfants Trouvés. 

Cette pièce, publiée par Taschereau 
dans la Revue tétrospective (i""' série, 
t. III, p. 153), a été reproduite en fac- 
similé dans V Amateui d' Autographes, 
1913, p. 205. 

R. B. 

Les cheveux blancs de Marie- 

1 Antoinette (LXXII ; LXXlll, 104). — Il 
y a les analogues de Charles I d'Angle- 
terre, dont les cheveux devinrent blancs 
l'avant-nuit de son exécution ; et ceux-là 
du malheureux général romain, dont dit 
le poète : Quam noctis longa est quid facit 
scnetem . 

Edward West. 

Commissaire' s aux armées s. us la 
Révolution (LXX; LXXlll, 1 1), —j'ai vu 
verslafin de 1870, M. Wiecztïenski, dit de 
Serres, délégué par M. de Freycinet, son 



DES CHERCHEUHS ETCURiEUX 30-39 février 1916. 



Ï53 



154 



ami, marcher à cheval, tout de noir vêtu, 
ceinture tricolore sur la redingote, à côté 
du général Bourbaki Parmi les survivants 
de l'époque, je puis citer le prince Pierre 
Karageorgewitch, aujourd'hui roi de 
Serbie, avec qui j'étais attaché à l'état- 
major de la i^^ division d'infanterie du 
i8' cors de l'armée de l'est, à qui je fis 
remarquer le fait comme rappelant assez 
tristement les procédés de la Révolution. 
M. Cochin, qui était porte-fanion du gé- 
néral Bourbaki, pourrait certainement 



témoigner du même fait. 



H DE L. 



Ordres et correspondance du 
major-général en juiu 1815 (LXXli, 
284 ; LXXlll, 57}. — Dans son livre 
(Solution des énigmes de Waterloo), 
M. Lenient dit avoir consulté à la Biblio- 
thèque nationale le « registre d'ordre et 
de correspondance du major-général pen- 
dant la campagne de 181 5 ». 

Il reconnaît implicitement aujourd'hui 
qu'il s'agissait non d'un document au- 
thentique, mais d'une copie. 

Il prétend seulement que la « méthode 
des recoupements » prouve l'exactitude 
de cette copie. Appliquée par moi, cette 
méthode en a prouvé, au contraire, l'ine- 
xactitude En effet, certaines des dépêches 
contenues dans le manuscrit n" 4366 ne 
sont pas reproduites in extenso, mais 
simplement résumées. 

Il est d'ailleurs facile d'en comprendre 
la raison. 

Le vicomte de Grouchy, s'appliquant à 
réhabiliter la mémoire du maréchal, a 
voulu se documenter, et il a copié (pos- 
térieurement à 1847) certains des ordres 
contenus dans le registre d'ordre et de 
correspondance du major-général, re- 
gistre dont il a eu probablement l'origi- 
nal entre les mains. 

C'est cette copie qui est entrée à la Bi- 
bliothèque nationale le 6 mai 1884, c'est- 
à-dire — saul erreur ! — après la mort 
du duc de Dalmatie. 

Il n'y a donc pas « une grande diffé- 
rence » entre le procédé d'Henry Hous- 
saye et celui de M. Lenient. L'un et l'au- 
tre ont invoque l'autorité d'un document 
qu'ils n'avaient pas consulté. 

E. M. 
lieutenant-colonel. 



Nous avons transmis cette réponse à 
M Lenient qui nous adresse la lettre sui- 
vante : 

Monsieur, 

Pour voir clair dans le problème de Wa- 
terloo, il importe de séparer nettement les 
questions divers,es, de ne pas mêler et em- 
brouiller les énigmes. 

Le problème capital est le suivant ; oui ou 
non, Napoléon — malgré son admirable gé- 
nie que personne ne discute — est-il le véri- 
table auteur, le seul responsable de la dé- 
faite ? 

Les trahisons — j'en admets cinquante, 

les maladies. 



n'atteignaient 



cent, tant qu'on voudra — 
maladies fort connues et qui 
en rien la prodigieuse lucidité et la superbe 
volonté de l'iimper ur — les documents les 
plus divers, les innombrables registres ou 
copies de registres, ou les inexactitudes de 
copies ne furent pourrien absolument pour 
rien — dans les décisions essentielles. C'est 
Napoléon seul qui décida de laisser 50.000 
hommes inutiles en France (p. 36 à 64), 
qui choisit de marcher par Charleroi au lieu 
de déboucher brusquement par Mons (p. 97 
à 132), qui paralysa son armée en l'encom- 
brant sur le défilé du pont de Charleroi et 
manqua l'encerclement de Zieten (p. 133 à 
157) C'est lui seul — n'écoutant peisonne 
et ne tenant compte de rien, méprisant l'en- 
nemi au delà de toute mesure — qui négli- 
gea les problèmes terribles du temps et de 
l'espace, les questions de distance et d'im- 
mobi'.isation des Anglais, la détermination 
de l'offensive principale, et qui lança Ney 
tête baissée sur les Quatre-Bras (p. i6i à 
289). C'est encore lui et lui seul qui écarta 
d'Érlon du champ de bataille de Ligny dès 
le 16 au matin — avant toute note au crayon 
-- et écarta aussi Lobau, dont la présence 
eût réparé l'absence d'Erlon et du j" corps 
(p. 211 à 329). 

Enfin c'est à sa volonté unique qu'est dû 
le lancement de Grouchy sur Wavre et son 
maintien formel dans cette direction par 
des ordres implacables émanés de lui, le 17 
et le l8 (p. ^}\ à 389, ^24 à 435, 531 à 

539). 

Quant au champ de bataille de Waterloo, 
je me permettrai de demander, sans man- 
quer à la courtoisie la plus irréprochable, si 
M. E. M. lieutenant-colonel, et les passionnés 
An légende, l'ont jamais parcouru. La vérité 
aveuglante leureiît sauté aux yeux. Pas un 
détail de ce champ de bataille restreint ne 
pouvait échapper à l'Empereur. C'est lui qui 
détermini la causj principale de la défaite 
en fixant la nasse d'artillerie sur un empla- 
cement immuable, alors que lui-même nous 
dit formellement que le terrain permettait la 



N« 1434. 



Vol. LXXIII. 

IÇ7 



L'INTERMEDIAIRE 



156 



manœuvre dès dix heures du matin (p. 415 
à 447. 45' à 453, 455 à 456- 520 à 533, ^50). 
C'est lui qui écar a encore Lobaii de l'jction 
principale dés 1 heure (p. 497 a 505). A qui 
donc, sinon au chef sup'ême apparteriait-il 
de manœuvrer contre les Anglais ou >le dé- 
daigner la manœuvre (p. 414 à 424) ? A qui 
donc, sinon au maître qui voyait tout, in- 
combe la responsabilité du coup de force di- 
rect, front contre front, de l'attaque du cen- 
tre, et de l'usure de la cavalerie, et de l'inu- 
tile agonie de la Garde (p. 453 à 497) ? qui 
donc est responsable de la méthod; de com- 
mandement de 1 Empereur, sinon l'Empereur 
lui-même (v. sa psychologie p. 65 à 941 ? 

Voilà les causes capitales qui ruinèrent la 
campagne, l'armée... et la France. Qu'est ce 
que le registre de Soult pèse dans cette terri- 
ble balance des erreurs et des fautes ? le poids 
d'un fétu de paille. 

Encore une fois je ne me suis occupé du 
registre de Soult que pour détruire une des 
dernières illusions de la fausse légende, j'ai 
suivi ce registre mot à mot à la Bibliothèque 
nationale, j'ai démontié que M. Houssaye 
n'avait même pas su s'en servir. Mais quand 
bien même ce document serait discutable — 
et M. E. M. a produit une simple affirmation 
sans l'ombre de preuves — il n'est pas une 
ligne de mes démonstrations stratégiques et 
tactiques qui ne subsiste intégrale. Les maî- 
tres les plus éminenls de la critique militaire 
(généraux Humbel, Bonnal, colonel Feyier, 
commandant de Civrieux, Campinchi et bien 
d'autres généraux et officiers) ont reconnu 
mes démonstrations péremptoires. Ce qu'il y 
a de plus curieux, c'est que M. E. M. ne 
parle que de Grouchy. Or Grouchy n'a rien 
— absolument rien à voir — avec li note au 
crayon. 

J'attends les preuves de M, E. M. contre 
mes démonstrations stratégiques et tacti- 
ques. 

E. Lenient. 



Le tombeau de Napoléon !« à 

rUe Sainte-Hélène (LXXIII, 89). — 
Voir l'Intermédiaire {IX, 613, 698, 727). 
Dans son ouvrage : Autour de Sainte-Hé- 
lène, Frédéric Masson consacre le dernier 
article du 2* volume à : Sainte-Hélène 
abandonnée : mon exemplaire étant à la 
campagne je ne puis vérifier s'il répond 
à la question. Dans l'Illustration il me 
semble avoir lu un article déplorant cet 
abandon et l'état de ruines où il se trou- 
vait, mais pour la même raison, il m'est 



impossible de le retrouver. 
la guerre. 



Il est d'avant 

P. CORDIER. 



Les Bou botis Arsacide? ? (LXXII; 
LXXIU, 50). — Une biniple rcmarqu à 
l'exacte réponse de vi.Rogée Fromy : les 
nombreuses maisons issues de Rury'-c ne se 
réclament d'une « origine Russ ■ » que si 
l'on entend par « Russe » la race des 
, Normands de Rosslagen, en Scandinavie, 
j Aucun descendant des Kuryk ne s'estime 
, d'origine moscovite, le prestige de ces 
ancêtres étant précisément de ne pas être 
autochtones. Ou bien, si l'on veut, il y a 
en Russie juste autant de Russes que de 
Princes Rurikowicz. La vanité généalogi- 
que demande cette précision. S. R. 

Rég mentdePicardi6(LXXII:LXX!II, 

53.) — Les très intéressants renseignements 
fournis par nos érudits confrères sur le 
« Régiment de Picardie » m'encouragent 
à recourir à eux pour tenter rideniifica- 
tion d'un portrait de famille que je pré- 
sume être celui d'un officier du « Régi- 
ment du Roi » ou de « Picardie » ; plu- 
sieurs de mes ascendants ayant servi 
dans ces corps. 

Le personnage, à mi-corps, représenté 
sur ce portrait, porte la petite perruque 
blanche, Thabit de drap gris blanc avec 
manches à grands revers ornés de 3 bou- 
tons dorés termmées par des manchettes 
en dentelles. Il a la cuirasse et tient à la 
main un casque à cimier recourbé rappe- 
lant celui des dragons de l'ancien régime. 

Est-ce là l'uniforme des officiers d'un 
des régiments précités? 

Le casque n'indique-t il pas « Picardie 
cavalerie » qui existait sous Louis XVi ? 

MONTMOREL. 

Emigrés normands et bretons à 

Je^^ey (LXXIII, 91). — M. le marquis 
de l'Estourbeillon, aujourd'hui et depuis 
de longues années, député du Morbihan, 
a publié, il y a une trentaine d années, un 
très important ouvrage sur les éniigrés 
bretons à jersey. Notre confrère S. d'A. y 
trouvera beaucoup plus de 228 noms, 
avec les références. L'ouvrage est très 
rare, aujourd'hui. Mais, Dieu merci ! 
Monsieur de l'Estourbeillon est toujours 
vivant et je pense que son obligeance n'a 
pas diminué depuis les quelques douze 
ou quinze ans que je n'ai pas eu l'hon- 
neur de le rencontrer. Elle était alors 
proverbiale. 

H. Bàguenier-Desormbaux. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



3o>39 février 19 16. 



»57 

bien 



158 



L'auteur fera bien de consulter l'ou- :• cette signification, « gloriosus » se di" 

vrage de M de l'Estourbeillon, député j sait des choses plutôt que des personnes ! 

du Morbihan, intitulé : Lei Familles fran- \ mais je ne l'affirmerais pas, et il serait en 

çaises à Jersey pendant la Révolution i tout cas excessif de chicaner sur ce point 



(Nantes, Forest, 1886). 



UZUREAU. 



L'Homme malade (LXXIII, 43, 103). 
— Selon M. Herbert Paul(<4 History of mo- 
dem Hngland, t. I, p. 303), le tsar Ni- 
cholas I, dans une conversation tenue 
avec l'ambassadeur britannique, Sir 
George Hamilton Seymour, à Péters- 
bourg, le 14 janvier 1853, ^'^ 1"® 
l'homme malade, car c'était ainsi qu'il 
avait depuis longtemps désigné la Tur- 
quie (non pas le sultan) se mourait, 
M. W. A. Phillips dans sa vie de Nicholas, 
Encyclop. Bfitannica, éd. Il, affirme que 
le tsar a déjà désigné la Turquie l'homme 
malade dès l'an 1844, quand il faisait 
visite à la cour d'Angleterre. 

Edward Bensly. 



le médiocre latin du roi Bougre. 



« * 



Le mot a été dit par l'empereur de 
Russie Nicolas I", dans une conversation 
diplomatique, de salon ou de cabinet, je 
ne sais plus Et cela se passait dans les 
dernières années du règne de Louis-Phi- 
lippe, si je ne me trompe ; mais je suis 
certains de l'attribution à Nicolas l^"". 

H. C. M. 

Lecomplimentlatin deF rdinand 
de dulgarie (LXXllI, 41, 102). — Tout 
ce qu'on peut dire, c'est que gloriosus, 
sans que l'ait voulu sans doute l'auteur 
de ce plat et pénible latin, est dans la 
phrase un mot à double ou même triple 
entente. « Gloriosus », en latin classique, 
signifie en elfet vaniteux, vantard, fan- 
faron ; par exemple dans le titre de la 
comédie de Plaute, où il qualifie l'ancêtre 
gréco romain des capitans matamores et 
autres tranche-montagnes. 11 signifie en- 
core avide de gloire. Il a enfin le sens 
favorable de glorieux ; Cicéron l'emploie 
à plus d'une reprise dans cette acception : 
cbenede republica mereri gloriosum est>>, 
dit-il par exemple dans la première Phi- 
lippique ; « bien mériter de l'Etat est 
glorieux ». On trouvera dans les diction- 
naires d'autres exemples, pris dans 
Tacite, Suétone, etc., où le mot a 
le même sens. Peut-être bien, avec 



Ibère. 



Comment appeler la guerre ac- 
tuelle ?(LXX; LXXI;LXX11; LXXIII, 15, 
60) . ~~ Si l'on veut absolument, ce qui 
me semble prématuré, donner un nom à 
la guerre actuelle, je proposerais celui de 
Guerre germanique, de même qu'on dit 
les guerres puniques, la Guerre Sociale, 
les Guerres médiques. Mondiale et uni- 
verselle me paraissent doublement im- 
propres. H C. M. 

Le Pas de l'oie allemand (LXXÎ ; 
LXXII ; LXXIII, 61). - Le pas lent et dé- 
composé en usage dans l'armée prussienne 
qui l'a imposé aux autres armées alleman- 
des, s'appelle « Parade-Narsch » ou « Pa- 
rade-Schritt ». Le mot « Pas de l'oie » 
(March) que l'on emploie improprement 
en France pour désigner le pas de parade 
allemand, s'applique à toute marche à la 
queue leu leu et répondrait plutôt au mot 
français « Monôme ». 

Un Bibliophile Comtois, 



Papier-monnaie e"^ monnaies de 

nécessité (LXXI ; LXXII ; LXXIII, s8). 
— La Chambre de Commerce de Cler- 
mont-Ferrand avait émis en 1914 des 
billets de I et 2 fr. qui furent retirés 
de la circulation en décembre 1914 ; mais 
la persistance du manque de monnaie 
obligea à en émettre de nouveau. 

Les quatre Chambres de commerce du 
département du Puy-de-Dôme, Ambert, 
Clermont-Ferrand, Riom et Thiers firent 
au début de 1915 une émission de billets 
de I fr. et de o fr. 50 centimes, rem- 
boursables en billets de la Banque de 
France jusqu'au i" janvier 1920. 

Baron du Roure de Paulin. 

Le 14 Février 1916, la Chambre de 
Commerce de Villefranche-sur-Saône 
(Rhône) met en circulation des coupures 
de I fr. et de o fr. 50 centimes qui pour- 
ront circuler dans toute sa circonscrip- 
tion : Anse, Belleville, Beaujeu, Monsols 
et Villefranche. 



L'INTERMÉDIAIRE 



N» 1434. Vol. LXXIII. 

159 

l'échangerais volontiers ces coupures 
contre coupures équivalentes. 

Francopolitanus. 

Les journées de charité. Guerre 
de 1914-1915. (LXXll, 5^, '59^- — 
Suite : 

12 septembre 1915 : Journée niver- 
naise ; œuvre nivernaise des mutilés de la 
guerre. Les collectionneurs pouvaient se 
procurer : 

Une affiche par Maurice Neumont ; une 
médaille en carton sur laquelle figurent 
les armes de la Nièvre (des exemplaires 
de cette médaille existent en métal) ; un 
groupe de trois fleurettes bleue, blanche 
et rouge sur feuille verte ; un nœud de 
ruban aux couleurs des nations alliées, 
des bijoux en émaux reproduisant le des- 
sin de la médaille et présentés sous trois 
formes : pendentifs, broches et épingles 
de cravate. 

26 septembre J915. Journée des éprou- 
vés de la guerre. Gustave FusTiER. 

Sainte-Honorine, patronne des 
captifs (LXXUI, 43). — On lit dans le 
Guide-Joanne des environs de Paris (Edit. 
1872) : 

Conflans doit son nom au confluent près 
duquel il se trouve et son surnom à la châsse 
de Sainte-Honorine qui y fut apportée 
(898), sous le règne de Charles-le-i)imple, 
par un habitant de Graville, pour y être 
mise à l'abri des incursions des Normands... 
Les reliques de Sainte-Honorine ont. de 
tout temps, attiré un grand nombre de pè- 
lerins à Conflans; le jour de l'Ascension, 
elles sont portées en procession. 

On trouverait sans doute des rensei- 
gnements complémentaires dans : yi^ de 
sainte Honorine, translations de ses reli- 
ques à Conflans Sainte Honorine, ses mi- 
racles. Pontoise, 1864, in- 12. 

De Mortagne. 

Le Cimetière de Picpus. Salm- 
Kirburg (LXXI ; LXXll, 49). — A ajou- 
ter à tout ce qui a été publié ici sur le 
petit cimetière de Picpus et ceux qui y 
dorment leur dernier sommeil. 

Dans son rapport quotidien à l'Empe- 
reur, Fouché écrivait le 28 juin 1809 : 

« Le Prince de Bénévent a perdu sa mère 
Il a écrit au Ministre pour lui demander 
l'autorisation de la faire inhumer dans le ci- 



160 



metière de Picpus. Le Ministre a répondu 
que par des raisons politiques, ce cimetière 
était fermé. (L'ancienne Noblesse en vou 
lait fiire exclusivement son cimetière.) La 
permission a été refusée. » 

Il ne s'a^/issait pas, là, seulement 
d'une mesure administrative, mais aussi 
d'une taquinerie personnelle du duc 
d'Otrante à l'égard de Talleyrand. 

LÉONCE Grasilier. 

Un portrait de Cervantes (LXV ; 
LXXIIj. L'ardent « cervannophile » 

pour employer l'expression de M. Camille 
Pitollet, le grand ami dès l'enfance du 
chevalier de la Triste figure que je suis, 
serait assurétnent heureux de connaître 
les traits du créateur génial à qui nous 
devons les prodigieuses figures de Don 
Quichotte et de Sancho Pança. 

Mais si nous avons telle quelle l'effigie 
funéraire de Shakespeare, où sont les 
images vraies de Rabelais et de Cervan- 
tes ? Le désir qu'a tout lecteur du Don 
Quichotte, c'est-à dire de tout homme qui 
sait lire, de posséder le portrait de l'au- 
teur, a induit déjà maintes fois les cher- 
cheurs en trouvailles dont aucune n'est 
devenue un fait acquis. Ainsi, voilà une 
soixantaine d' années, V II liist ration publiait 
à pleine page un grand et beau bois don- 
nant un soi disant portrait récemment 
découvert, de l'auteur du Don Quichotte, 
de Nnmenie des Nouvelles que sais-je P 
La gravure montrait, il m'en souvient 
parfaitement, une figure maigre, non dé- 
charnée pourtant, sympathique, intelli- 
gente et de grand air, avec moustaches et 
royale noires et drues, bien peignées 
comme on en verra aux hidalgos de 
Velasquez. Tout cela répondait pleine- 
ment à ce que l'on attendait d'un portrait 
de Cervantes. Mais quelles raisons avait- 
on eues d'attacher ce grand nom à cette 
noble image d'un contemporain de Phi- 
lippe 111 .? Je ne sais plus ; il faudrait re- 
venir à l'article. Malheureusement, bien 
que la collection entière de l'Illustration 
soit à la bibliothèque publique de Dijon, 
celle-ci étant fermée faute de personnel de- 
puis la guerre, il ne m'est pas possible d'y 
faire la recherche désirée 

J'ai, toutefois, le souvenir lointain que 
l'article donnait l'attribution pour une 
hypothèse très acceptable, traditionnelle, 
peut-être, ce qui ne compte guère en 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

i6i 

et non comme une cer- 



20-29 février 1916. 



162 



tant que preuve, 

titude fondée en documentation. Cn croit 
si volontiers vrai ce que l'on souhaite être 
tel. H. CM. 

Chevillé 'eCliampigny(LXXIlI, 44). 
— Les Che'Mllet, anoblis en 1 544, parais- 
sent être les mêmes que ceux qui ont 
subsisté, au moins jusqu'à la fin du xviir 
siècle, à Baignes Ha^^te-Saône, arrond. 
de Vesoul, canton de Scey-sur-Saône). Il 
existe peut-être en ce village des descen- 
dants de cette famille que Ton pourrait 
consulter sur la généalogie de leurs an- 
cêtres. 

11 a existé à Lavoncourt (Haute Saône, 
arr. de Gray, canton de Dampierre-sur- 
Salon), une famille notable du nom de 
Chevillet, qui était peut être une branche 
de celle de Baignes. (Consulter : £ssai 
sur Lavoncourt, par l'abbé Gousset. Be- 
sançon, J. Jacquin, 1857). 

D'après les indications données par 
Bonvallet {La Prévôté de Coiffy), il ne 
parait pas que Chevillé de Champigny 
fût noble ; il ne figure pas dans la liste 
des gentilshommes de Champagne, con- 
voqués pour les élections de 1789. 

Une erreur typographique a dû altérer 
la description des armes des Chevillet ; il 
faut lire : tranché et non hanche d'azur et 
d'argent. Un Bibliophile Comtois. 

Commerson, du « Tintamarre » 

(LXXll, î}2). - Des œuvres éphémères 
de Commerson. un seul petit volume res- 
tera peut-être {Les. Binettes contemporaines. 
Biographies comiques, Paris, Delarue, 
grand in-18, sans date), sauvé qu'il sera 
du naufrage, sur l'aile protectrice de ses 
illustrations : soixante petits Portraits — 
chari/es du bon Nadar, gravés sur bois 
par Didlot, imprimés hors-iexte et dont 
quelques uns sont d'une malicieuse et 
bien amusante drôlerie, qui n'en exclue 
point d'ailleurs la ressemblance. 

Qiiant à l'esprit au gros sel de Com- 
merson [Joseph Citfouiilard, de son élé- 
gant pseudonyme), son idéal ne semble 
pas avoir été jamais bien relevé. Ses 
« mots », pour la plupart, restent à côté 
trop tirés qu'ils sont, souvent par les che- 
veux. Aussi bien font-ils songer leurs 
lecteurs, au vers de Gres'et : 
L'esprit qu'on veut avoir gâte celui qu'on a. 

Ulric R.-D. 



UWe Dorival (N...) (LXXII ; LXXIII, 
63). — Sans donner aucun renseignement 
'1 sur les demoiselles Dorival, M. Camille Pi- 
i ton, dans son livre sur Paris sous Louis 
I XV ; les nomme deux (ois et les fait assis- 
ter à deux soupers. Ce n'étaient donc pas 
des dragons de vertu. Elles ne sont ce- 
pendant pas citées dans \q Journal des ins- 
pecteurs de M. de Sartine. 

E. Grave. 



Romain Dupériev (LXXII, 381). —- 
Le nom est : le chevalier Romain du Pé- 
fier de Larsan, qui appartenait à une an- 
cienne famille du Bordelais. Il naquit dans 
le Médoc, au château de Livran, le 16 
juillet 1756 et il mourut à Bordeaux en 
janvier 1829. - Il disait que ses noms 
et titre (voir ci-dessus) formant un ale- 
xandrin, sa vocation poétique en était 
née. Il a publié : L^s Verrous Révolution- 
nait es, Etrennes aux Dames, la Muse bor- 
delaise, etc. Voici son épitaphe composée 
par lui. 

Ci-gît Romain l'original 

Du Bas Médoc originaire 

Qui de Bordeaux à Saint-Nazaire 

N a pu rencontrer son égal 

Ce qui est moins connu de lui c'est 
de savoir d'une façon précise de qui il 
était fils. On le croit fils d'un du Périer, 
seigneur de Livran, surnommé « Lou gran 
Cagney » et de sa deuxième femme Mlle 
d Aux On croit aussi qu'il époisa une 
demoiselle Brun, dont il n'aurait eu 
qu'une fille, Madame Mazel, morte à 
Montpellier en 1895. 

St-Saud. 



Ce personnage était un littérateur bor- 
delais, contemporain de la première Ré- 
volution. )'ai possédé jadis un ouvrage de 
lui, où il raconte, en plusieurs chants, 
et en vers alexandrins, son incarcération à 
Bordeaux sous la Terreur, épreuve qui pa- 
raît avoir été, pour lui, relativement bé- 
nigne et d'assez courte durée. 

Cet ouvrage (un in-octavo) fut édité 
par souscri[)tion, et Romiin Dupérier 
ayant remarqué parmi les noms des 
souscripteurs, plusieurs noms de couleurs 
diverses, jugea utile de les grouper en six 
vers qu'il fit imprimer en tête de son 
A poème, et dont voici ce que j'ai retenu : 



N 1434. Vol. LXXIII. 

. ,63 

Pour le choix des couleurs 011 offre cette plan 

[che 
Parmi nos souscripteurs nous comptons mes 

[sieurs Blanche 

Le Gris 

Le verd. le bleu, L'yris 

Rose, Rouge, Carmin. Ces noms de deux syl 

[labe 
Ne sont ni Grecs ni Turcs et moins encore 

[Arabes 

D'après cet échantillon, l'éloge fait de 
l'auteur, en un distique, au bas du nié- 
daillon gravé que possède notre confrère, 
paraîtra peut-être un peu exagéré. 

Le nom de Saint-Marc est aussi un nom 
bordelais C'était celui d'un excellent 
avocat légitimiste, vers 1845. 

V. A. T. 

* * 
Le chevalier Romain du Périer de Lar- 
san est loin d'être un inconnu pour les 
lecteurs de V Intermédiaire, \\ en a été lon- 
gu.-ment question, il y a moins de dix ans, 
dans nos colonnes, XL, c. 55, 242, 476. 

P. D. 

Ce personnage est peu connu, son nom 
ne se trouve dans aucune biographie gé- 
nérale, bien qu'il ait commis un nombre 
considérable de vers. 

Romain du Périer de Larsan, tel était 
son véritable nom, était né en Médoc 
en ^757, fils de Jean du Périer, seigneur 
de Larsan et d'autres lieux et demi-frère 
de Marc-Antoine du Périer de Larsan qui 
prési la en 1789 l'ordre de la noblesse de 
Guyenne U mourut à Bordeaux en 1829. 

Interné comme noble dans une des pri- 
sons de Bordeaux pendant la Terreur, 
bien qu'il se fût qualifié de poète de la 
Convention et qu'il se fût, affirme-t-il, 
dénobilisé pour se sans-culotiser, il écrivit 
pendant sa captivité un long poème en 
douze chants, plus de quatre mille vers ! 
intitulé Les Prisons, t'oème hérdi -comique^ 
Bordeaux, an 2 de la République, in-8° de 
40 pages. U en donnera plus tard, en 
1796, une seconde édition, augmentée 
bien entendu, sous le titr<^ de Les ver roux 
révolutionnaires, poème héroï-comique de 
vers alexandrin'', dédié au Neuf Theimi- 
dor, in 8° de 162 pages, et c'est dans cette 
seconde édition qu'on trouve son portrait 
gravé à Taqua-tinte par Saint-Marc (?). 

En 1796 Romain Duperier était devenu 
beaucoup plus modéré, il s'était même 



L'INTERMEDIAIRE 



164 



fait muscadin, comme il nous l'apprend 
luiinème, en écrivant dans le journal 
qu'il rédigeait alors : 

i e sans-culotte est malpropre, traître, in- 
différent, avare, égoïste, par.sscux... Le 
Muscadin est actif, fort propre, franc, sen- 
sible s'attachant beaucoup aux femmes...» 
Signé : « Komain Dup-^lrier, muscadifié > 
Notre poète était, comme on le voit, 
un original, et il poussa l'originalité jus- 
I qu'à rédiger lui-même son épitaphe : 
Ci-gît Romain l'origi.ial. 
Du Bas Médoc originaire, 
Qi^ii de Bordeaux à Samt-Macaire 
N'a pu lencontrer son égal. 

On peut consulter sur Dupérier notre 
' ouvrage La Presse Bordelaise pendant la 
Révolution où nous donnons des rensei- 
gnements biographiques inédits. 

Ern. L.,. 

Féschbein, peiatre du X"VIir siè- 
cle (LXXIl; LXXlll,! 1 i).— Je me permets 
de croire que les portraits sont du peintre 
allemand J. H. Fischbein, dit l'Ancien, 
qui demeurait à Pans de 1845-1748 
comme élève de Vanloo. Ce Fischbein 
excellait dans le portrait comme dessina- 
teur et coloriste. 

A. P. F. 

Maître «uillaume (LXXIII, 48). — 
Sur maître Guillaume, il n'y a qu'à con- 
sulter le remarquable travail de M. J. 
Mathorez : Notes sur maître Guillaume 
fou de Heniiiy el de Louis XUl . Contri- 
bution à l'Histoire de la Presse française 
paru dans la Revue des livres anciens, fasci- 
cule m, 1913, Tome I. 

Lach. 

* 

En 191 3, la Revue des Ihres anciens 
(Fontemoing. éd. ; t. 1, fasc. 111, pp. 264- 
284 et 309 339) a publié une étude de 
M. J. ."Aathorez sur A/jt/r« Guillaume. 

d'Heuzbl. 

Justin Langlois (LXXIII, 94). — C'est 
un des nombreux pseudonymes d'Alexan- 
dre Flan. Je ne crois pas, que No^ vaudevil- 
listes che^ eux, ait jamais été réuni en vo- 
lume. 

A. Patay. 

M'îc-Mahon, médecin de Colmar 
(LXXI, LXXII, 35, 167, 213, 350J. - J'ai 



DES CHERCHE iJFiS ET CUflISUX 



165 



20-39 février ig^fô, 

166 — 



entendu dire en Bourgogne qu'un Mac- ^ rêta sans forces, et le visage inondé de 

amille d'Irlande, ré- larmes. IVlêmc émotion plus tard lorsqu'il 



Mahon d'une illustre fat 
fugiée sans fortune, en France, après la 
ciiute de Jacques II. était médecin à Autun 
au xvm* siècle, et s'était marié à une 
riche héritière qu'il avait soignée. Lui ou 
son fils avait des propriétés près d'Ar- 
nay-le Duc, et l'un de mes pa ents en 
était fermier. 

A. E. 

Parny, séminariste (LXXII, 283). 
— On lit dans le Dictionnaire historique 
de Feller que Parny «entra dans un sémi- 
naire de Paris ou'il quitta pour la Trappe, 
mais il se détermina à prendre le parti des 
armes » ; et dans VHi^toire de la Littéta- 
tur-e française de Fr Godefroy : 

Envoyé eu France à l'âge de neuf ans, il 
fit à Rennes des études brillantes. 11 vint en- 
suite à Paris, et s'enferma au sérpin:iire de 
Saint Firmin, dans l'intention d'y prendre 
l'habit ecclésiastiq je. Il nourrissait même en 
secret le projet d'aller s'ensevelir à la Trappe. 
Mais sa vocation, sua;gérée par la tendresse 
de son âme, était évanouie au bout de huit 
mois : il entra au service âgé de dix huit 
ans. 

P. C. C. Db MORTAGNE. 

* * 

Lorsque Parny vint en France, il entra 
au Collège de Rennes et bientôt après, 
sous l'mfluence d'une crise de mysti- 
cisme, au séminaire de Saint-Firmin, à 
Paris, paroisse de Saint-Nicolas du Char- 
donn'ît. Il se destinait à l'état ecclésiasti- 
que. II songea même à se retirer tout à 
fait à l'écart du siècle. Le monastère de la 
Trappe l'attirait. Mais, comme un feu de 
paille, cette vocation trop ardente s'étei- 
gnit vite. Au bout de huit mois, le jeune 
Evariste, transformé, ne voulut plus de 
soutane. Il revêtit l'uniforme qui lui con- 
venait mieux. Bien que brillant élève, à 
Rennes du moins, il emporta de ses 
études un mauvais souvenir. 

Ceux qui connaissent un peu la vie de 
Parny, ?es origines, son caractère, ne 
s'étonnent guère de cette équipée reli- 
gieuse. Parny était le fils d'un très zélé 
catholique et puis il avait un cœur ex- 
quis. Pas de roman plus attendrissant 
que l'histoire de sa passion pour Eléo 
nore. Un jour, il revit du haut d'une 
colline la maison de son ancienne 
amante mariée depuis longtemps ; il s'ar- ' 



recevait encore de ses lettres. Rien ne 
put flétrir en lui le souvenir du premier 
amour. Qu'un tel homme, un poète qui 
a écrit de si belles élégies, ait eu son 
heure de mysticisme, nous ne voyons là 
rien d'étrange. S'il faut en croire son 
biographe Tissot, c'est à une lecture trop 
assidue de la bible — lecture que lui dé- 
fendait son confesseur — que nous devons 
le revirement de Parny. La Bible aurait 
rendu ce précurseur de Lamartine à la vie 
profane et lui aurait inspiré ses poèmes 
les moins recommandables. Plus tard 
l'amaat d'Elvire aura le même livre de 
chevet ; mais d'une même cause naissent 
parfois des effets contraires Peut être 
d'autres raisons, qu'un biographe très do- 
cumenté pourrait seul nous révéler, arra- 
chèrent Parny à la foi : l'éveil des sens 
par exemple qui dut être chez lui précoce 
et violent. 

Cet ancien séminariste commençait 
ainsi son testament olographe le 12 avril 
1786, 335 ans ■ « Au nom du Père, du 
Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit il. » Le 
5 décembre 1814, Parny, moribond, ne 
répondit point au D'' Récamier qui lui 
conseillait la visite d'un prêtre. Ce silence 
équivalait-il à un refus.? N'était-ce pas 
plutôt la mort qui accomplissait son 
œuvre? D'ailleurs, qu'importe son atti- 
tude à l'heure dernière : Parny a eu dans 
sa vie des côtés irréprochables La Guerre 
des T/ieux et quelques autres poèmes ter- 
nissent sa réputation, c'est entendu ; 
mais son indulgence, sa bonté, sa fidélité 
d'amant, de frère et d'ami, sa haine de 
l'intrigue suffisent pour le proposer en 
exemple. 

Coïncidence curieuse : le Séminaire 
Saint-Firmin transformé sous la Révolu- 
tion en geôle pour les prêtres insermentés 
fut le théâtre de massacres odieux en sep- 
tembre 1792 De nombreux prêtres y 
trouvèrent la mort. Ainsi la maison qui 
abrita l'auteur de la Guerre des Dieux — 
régal des esprits forts d'aujourd'hui — vit 
le lâche triomphe des esprits forts d'hier. 
Le séminaire Saint-Firmin a disparu lors 
de l'ouverture de la rue des Ecoles, sous 
le second Empire. Ses bâtiments s'éle- 
vaient en face du débouché de la rue 
d'Arras. 

Albert Desvoyes. 



N 1434. Vol. LXXIII, 

1 by 



L'INTERMEDIAIRE 



168 



1 



Sienki' wicz (LXXII ; LXXIII, 45). - 
L'Ilhisl ration du 22 décembre 1900 : 
4< Obleiigork », petit castel situé dans 
une localilé pittoresque, offert à Sen!:ie- 
wicz le 22 décembre 1900, par souscrip- 
tion nationale. 

V/llushation, s lanvier 1901. Récit du 
jubilé de Sien Kowicz, jeté à Varsovie, le ; liers teutoniques. 
22 décembre iqoo, en note : 

Une souscription nationale fut faite par 
voies privées pour ne pis blesser la suscep- 
tibilité de l'auteur en l'annonçant dans les 
jourtiaux. Elle réunit près de 300.000 francs. 
Le Comité jubilaire employa cette somme à 
l'achat de la propriété d Oblengork, près de 
la ville de Kielcé, et à la reconstruction de 
l'ancienne résidence. Le castel ne sera com- 
plètement achevé qu'au printemps pro- 
chain. 

On ne prodigue pas le nom de « châ- 
teau > en Pologne comme en France. 
Kielcé est une province peuplée où la 
terre est chère, Oblengorck ne doit pas 
avoir cent hectares. On s'est battu à 
Kielcé plusieurs fois, surtout en avril 
19115 avant la retraite Ru^se Les dégâts 
doivent être sérieux, et imputables aux 
combats, et non à la destruction systéma- 
tique, que les Russes n'ont appliquée 
qu'un peu plus tard, en approchant de la 
Vistule, 80 kilomètres plus à l'Est, 

S. R. 



niste Paderewski en est le vice-président* 
Henry Sienkiewicz a pu quitter la Po" 
logne avant l'arrivée des Allemands» 
après avoir réussi à mettre en lieu sûr ses 
manuscrits. Il prépare un nouveau ro- 
man, consacré à la guerre actuelle et 
! qui sera comme un pendant à ses Cheva- 






Victor Joze. 



! 



Un de nos collaborateurs nous écrit : 
Sienkiewikz est en Suisse, j'ai déjeuné 
près de lui, à Vevey ce matin. Vous 
pouvez donc rassurer ceux qui sont in- 
quiets de lui. Il paraît en excellente santé. 

F. 



Proph4tie8 pour les tempaactuels 

i (LXXl ; LXXII). Abbé Torné. — La 
; photographie en question est la re- 
production d'un grand dessin exécuté par 
I l'abbé Torné Chavigny, qui s'est portrai- 
) turé lui même en écoutant Nostradamus 
\ prophétiser sur les personnages représen- 
: tés dans un ciel lumineux. 
I Ce tableau est le complément du pre - 
I mier ouvrage de ce prêtre sur les prophé- 
I ties de Nostradamus • 

i V Hstoi''e prédite et jug^e p ir Nostrada- 
I mus. Texte de l'édition de 1566 imprimée à 
' Lyon par P Rigaud. Preuves tirées des au- 
teurs les plus connus. Traduction et com- 
mentaire par H. Torné Chîvigny. — Vie de 
Il y a quelques années, des Polonais \ l'hilippe I»»- ou de Louis-Philippe, chef d'Or- 



» * 



ont off'ert par souscription à Sienkiewicz 
le domaine d'Oblegorek,dansle Royaume. 
Nous ne croyons pas qu'il contînt de châ- 
teau. Qu'entendre par Prisonnier.? un 
habitant resté chez lui au départ des uns 
et à l'arrivée des autres ? Un habitant 
emmené de force par le déguerpissant, 
ou consigné à la chambre par l'envahis- 
seur ? Quant aux dégâts que les Alle- 
mands ont pu faire chez Sienkiewicz, il 
faudrait savoir si l'application du sys- 
tème Rostopchine en laissait à commet- 
tre : Là où il n'y a plus rien, le roi de 
Prusse perd ses droits.,. 

SOULGÉ RlORGEI. 

* * 
Henry Sienkiewicz. le célèbre auteur de 



léans; République de 1848, ou le jeune Og- 
mion ; Avènement au trône de N.ipolëon III 
; ou de l'emoereur pacifique. Extraits des rè- 
j gnes do N ipoléon I»"". de Loris XVlIl et de 
! Charles X. Etude d'interorétation. Maladie 
I de la V gne, ou vignes mâtinées Grand 
i in-S» avec une planche double. 1860 Bor- 
deaux, Couderc, Degreteau et Poujol. 
Son deuxième ouvrage a pour titre : 
Conrord nce iea prophéti-s de Nostrada- 
mus av.'C r Aporali'/yse ou l'Apo-alypse in- 
terpréiée par Nostradamus, faisant suite à 
rhi'toire prédite et jugée — parle même 
auteur. — Recherches et comment lire — 
in-40 rhez l'auteur à la Glotte par Mont- 
guyon, Charente-Inférieure 2 fr. 25. 
' je ne cite que les deux premiers ou- 
i vrages ; mais de 1860 à 1878 il a publié 
• X Alm.inach du çrran ! prophète et divers 



Qiwî^adis, habite depuis plusieurs mois la i autres études sur le niT^me sujet. 
villesuissede Vevez, au bord du lac Léman. \ L'abbé Torné, qui ajouta à cette occa- 
1 est à la tête du comité de secours Pro \ sion le nom de Chavigny au nom simple 



Polonia, créé en Suisse au profit des vic- 
imes de la guerre en Pologne. Le pia- 



qu'il avait porté jusqu'alors, était né à La- 
chelle où ses parents, de modestes corn- 



OES CHERCHEURS £T CURIfiUX 



âo-aç février 1916. 



169 



170 



merçants,étaienttrèsconnus de ma famille. plaint de ses supérieurs, malgré qu'ils 

Il fut condisciple de mon frère aîné. Il me l'eussent contrarié dans ce qu'il prétendait 

serait très facile d't^crire, même de souve- 1 être sa vie prédite par Nostradamus. Sa 

nir, une longue biographie de ce prêtre, \ parole était douce, naïve même; il ne 



qui doué d'une race intelligence, de ta- 
lents remarquables et d'une éducation 
parfaite, abandonna tout pour se consa- 
crer uniquement a ce qu'il crut être sa 
véritable vocation : l'interprétation des 
prophéties de Michel de Notre-Dame. 

Il était, en effet, en 1862, curé delà 
petite paroisse de la Glotte, son évêque 
trouvant que le pasteur négligeait un peu 
ses ouailles, le transféra à une plus petite 
église, à Saint-Denis du Pin, près Saint- 
Jean d'Angély. 

Ce changement n'apporta aucun remède 
à la monomanie dont était atteint l'abbé 
Torné et l'évêque voulut encore le trans- 
férer en une troisième paroisse L'abbé ne 
l'entendit pas ainsi; il avait, parait-il, 
trouvé dans Nostradamus que, lui, Torné 
devait finir ses jours à Saint-Denis du 
Pin I L'évêque ne céda pas devant Nostra- 
damus et son interprète dut obéir, mais 
ne voulant pas désobéir non plus au pro- 
phète, il n'accepta pas d'autre poste et son 
idée fixe fut qu'un jour ou l'autre il serait 
rétabli dans sa cure. 

Il vint alors à Paris, continuer le tra- 
vail auquel il s'était voué. C'était sous le 
gouvernement de Mac-Mahon, l'époque 
était propice à son apostolat ; les salons 
du faubourg Saint-Germain s'ouvraient 
pour lui, car il annonçait la bonne nouvelle 
du retour d'Henri V : il corroborait ses 
prophéties pour l'avenir par la démons- 
tration de l'accomplissement des prédic- 
tions pour le temps passé. 

Gela ne lui rapportait guère et ce qu'il 
récoltait lui servait à faire imprimer ses 
brochures peu luxueuses mais compactes; 
tout son avoir (pas bien gros) avait déjà 
été englouti par les précédentes publica- 
tions et les nécessités de la vie. Or, cet 
homme trouvait encore le moyen de venir 
secrèiement en aide à un de ses compa- 
triotes qu'il savait dans un grand embar- 
ras. L'abbé Torné est mort à l'hôpital de 
la Charité dans le plus absolu dénue- 
ment 

C'était un homme bon, un saint prêtre, 
un ami dévoué ; jamais je ne lui ai en- 
tendu dire une parole acerbe contre qui 
que ce fut, pas même contre ceux qui le 



s'emballait point, car il était convaincu 
que la vérité de ses paroles s'imposait. 
Son autosuggestion était infinie. Quand il 
parlait ses grands yeux brillaient, s'éle- 
vaient souvent vers le ciel, ou bien vous re- 
gardaient avec une douceur extrême et 
semblaient dire : Voyons, laissez-vous 
convaincre... N'est-ce pas la vérité? 

Cet homme fut aussi un inventeur, en- 
tre autre chose il perfectionna le véloci- 
pède Au Pin, il fit faire sur ses plans 
un de ces instruments d'autre locomotion 
qui portait six personnes au moins; mais, 
un accident et le manque de fonds lui 
firent renoncer à cette machine. Au risque 
de contrarier bien des gens et de trouver 
beaucoup d incrédules de parti pris. Il 
avait, lui même, confectionné en bois le 
modèle d'un des organes que je vois 
encore sur la cheminée de la cham- 
bre bien modeste qu'il occupait au n" 4 
de la place Saint Sulpice, en un crasseux 
logis dénommé Hôtel Saint-|oseph. Ce 
modèle, il le porta chez un petit ouvrier 
fabricant ou pour mieux dire réparateur 
de cycles. Cet homme saisit tout de suite 
l'importance de l'invention du curé, la 
fit sienne et l'exploita. L'abbé Torné ne 
réclama jamais rien et, comme tout bon 
inventeur, pour justifier le dicton, il se 
résigna à mourir à l'hôpital. 

LÉONCE Grasilier. 

Je dirai qu'il fut un des inventeurs de 
la pédale de notre bicyclette. 

Lettres de Voltaire (LXIIl, 46). - 
Aucune des lettres mentionnées par H. 
G. M. ne figure dans la Correspondance 
générale de Voltaire, Œuvres complètes, 
édition Firmin Didot frères, 184^ La 
seule lettre de Voltaire a Monsieur le 
président de RutTey qui y soit donnée, est 
datée de Ferney, le 27 février 1771. 

Nauticus. 

Le lion porteur du livre fermé, 
lioa de gu«ire (LXXlll, 42). — Le 
groupe sculpté placé directement au- 
dessus de la porte, dite dell.i Caria, du 
palais ducal de Venise, représente le lion 



bafouaient sans respect. Jamais il ne s'est fe de Saint-Marc immobile, la patte droit 



N» 14)4. Vol. LXXIII. 

171 



L'INTERMEDIAIRE 



172 



de devant appuyée sur le livre des Evan- Caen en 1883, avec figures et dessins. On 
giles ouvert, avec, en face de lui, le per- y détaille la collection de Mme Auguste 



sonnage du doge agenouillé. 



Nauticus. 



Billets de cinq sous de la Révo- 
lution (LXXIll, 59). — Dans une notice 
sur les billets de confiance de la ville de 
Gray émis e 1 1792, lue à la séance du 
n janvier 1897 de la So iétè d'émulation 
du Doubs, M. Ernest André donne d'in- 
téressants détails sur ces billets qui étaient 
de couleur jaune pour ceux de cinq sous 
et de couleur rouge pour ceux de 2 sous, 
6 deniers. 

En passant, l'auteur reproche aux Ta- 
bleaux Je billets Je confutnce publiés par 
Colson dans la Revue de Numismatique, 
de contenir de nombreuses erreurs. 

Un Bibliophile comtois. 

Le train de Napoléon III (LXXII)- 
— Comme comblement aux réponses pu- 
bliées vol. LXXII, col 389 591, il con- 
vient de dire que, parmi les dessins d»* 
Viollet Le Duc conservés par son peiit- 
fils, il existe des aquarelles, vues d'en 
semble du wagon-salon d'honneur et de 
l'intérieur de la chambre à coucher, ainsi 
que des études pour le mobilier 11 y en 
a également au musée de sculpture com- 
parée du Trocadéro, notamment un des- 
sin d'un panneau i^arde-corps en fonte de 
fer pour le wagon plate-forme. 

Les planches de l'ouvrage signalé col. 
391 ont été publiées aussi dans V Encyclo- 
pédie d'architecture que publiaient, chez 
Bauce, V. Caillât et Ad. Lauce (IX' an- 
née, 1859, pi 74 78, 83-89, 91 98, lOI- 
108). C'est le cas de dire ici que les voi- 
tures construites par Blonceau sur les 
dessins de Viollet le-Duc, furent décorées 
bar Denuelle (plafonds, armoiries), Cor- 
pon et Pyanet (sculpture sur bois), Ba- 
chelet (bronzes), Fraysse, Ternisien et 
Godin (tapisserie). 

J Mayor 

'^ijoux normands (LXXIll. 47). — 
L'ancienne Revue Jes arts Décoratifs, pu- 
bliée sous la direction de Victor Cham- 
pier, a inséré, sous la signature de 
Edouard Garnier, dans le tome IV p. 56, 
une notice sur les bijoux normands, a 
propos de l'exposition rétrospective de 



Leroi à Caen, dont le mari était bijoutier. 

Geo FiLH. 

De qui ce vers ? Heredii (LXXIII, 
97). — De |. M. de Heredia, dans les 
Trophées. C'est le dernier vers du sonnet 
intitulé Le Cvdnu^, le premier des trois 
consacrés à Antoine et à Cléopâtre. Ap- 
pelée à Tarse par le général romain, pour 
se justifier d'avoir prèle, aide aux meur- 
triers de César, la reine d'Egypte, con- 
fiante dans sa jeunesse et sa beauté pour 
séduire son jige, remonte le Cydnus dans 
une trirème splendidement ornée, pleine 
de musique et de parfums. Le poète, 
s'inspirant d'une page colorée de Plu- 
tarque, la montre, dans la certitude de 
son espoir, debout à la proue, ouvrant ses 
bras d'ambre dans la splendeur du cou- 
chant. 

Et ses yeux n'ont pis vu, présage de son 

["sort, 
Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des 

[roses, 
Les deux Enfants divins, le Désir et la Mort. 

Symbolique vision, où, au cortège de 
jeunes enfants vêtus en Amours dont Plu- 
tarque entoure Cléopâtre Hérédia, trans- 
posant ces figures réelles dans le plan du 
rêve, substitue la présence mystérieuse 
des deux divinités adolescentes familières 
à l'imagination grecque, Eros et Thana- 
tos. Ils conduisent, sans qu'elle s'en 
doute, la jeune reine non au triomphe, 
mais à une aventure d'amour que clora 
la défaite et la mort tragique des deux 
amants ; et dans cette poésie complexe et 
subtile, les derniers reflets du couchant 
sur l'eau assombrie du fleuve, ce sont, — 
symbole encore — des roses effeuillées 
par ces mains fatales et invisibles. 

Ibère. 

Même réponse : F, D. 

¥ « 

H est de José Maria de Heredia et ter- 
mine le premier sonnet du triptyque 
« Antoine et Cléopâire ». Le texte exact 
est : 
Les d ux enfants divins le désir et la mort. 

Seul le gracieux génie grec a eu l'idée 
de peindre la mort sous la forme d'un 
en ant, :t le poète a peiisé sans doute au 
monument antique oii l'on voit un enfant 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



173 



blanc et un enfant »oir dans les bras de 
la Nuit, le premier qui dort, Vautre qui 
feint de dormir. G. Malet. 

Même réponse : P. D. 

La force prime le droit t'LXX ; 
LXXl ; LXXll, 204, 297 ; LXXIII, 13. Voir 
aussi T. G 356). — La Zukun/t vient de 
reparaître et Harden, après une couple de 
mois de repos forcé, reprend la plume 
pour y donner un article laborieux, bourré 
de ses propres citations et de celles d'au- 
trui, dont le thème est précisément : « La 
force prime le droit». Harden remonte 
aux origmes historiques de cette phrase, 
et nie que Bismarck l'ait prononcée^ en 
ajoutant que c'est Luther, un «. boche *> 
{sic} d'ancienne trempe, qui l'a écrite dans 
sa traduction d'Habacuc, le huitième des 
douze petits prophètes. Harden, il se plaît 
à le rappeler, l'a ensuite employée, le 8 
août 1914. sous la forme: «< Ma force, 
c'est mon droit ». Son article a été, dit-il. 
mal interprété à l'étranger, parce qu'il 
a été traduit sans les explications 
qui en complètent le sens En somme, 
Harden prétend que personne, en Alle- 
magne, ne croit que la force soit le 
droit », avec la signification qu'on donne 
à cete phrase à l'étranger. Nauticus. 

L'humanité se compose de plus 
de morts qu > de vivants (LXXll; 
LXXIII, 78). — Je n'avais pas répondu a la 
demande du n° 14 50 parce que je m'achar- 
nais à chercher chez Comte le texte précis 
ci-dessus. Je doute maintenant de l'y pou- 
voir rencontrer ; Comte n'était point de 
l'école de M. de la Pâlisse. 

Enoncer solennellement qu'il est plus 
de défunts que de vivants n'est point 
l'axiome de qui rappelait le calcul fameux 
de Condorcet sur le nombre des ancêtres 
directs de chacun de nous 

La formule préférée de Comte semble 
celle du Catéchisme {iS'^2) : « Les vivants 
sont de plus en plus gouvernés par les 
morts » La loi biologique de l'hérédité est 
le seuil de la loi sociologique. Dans 1'///) 
pel aux Conservateurs (1855), je retrouve 
l'aphorisme de Comte ainsi martelé : « La 
domination nécessaire que les morts 
exercent de plus en plus sur les vivants. » 
Qu'on le bénisse, qu'on le maudisse : cet 
empire est ! 



ao-29 février 19 16. 

174 

Notez-le : dans ses Morts, dans l'Hu- 
manité, non seulement le philosophe 
compte les animaux utiles à notre espèce, 
mais il en exclut les gens nuisibles ; jus- 
qu'aux parasites. 

Ne laissant après eux que des latrines pleines. 

Cette emprise des morts, avouez-le, est 
mieux qu'un puéril dénombrement. Le 
fait numérique devient une morale, sui- 
vant un autre aphorisme de Comte, « le 
progrès est le développement de l'ordre. » 

Elojean. 

La Marseill ise (T. G ). — Ce cou- 
plet récemment cité fait-il partie de la 
Marseillaise, comme on l'a prétendu? 
Dieu de clémence et de justice, 
Vois nos tyrans, juge nos cœurs; 
Qu"ï ta bonté nous soit propice, 
Defeiids-nous de ces oppresseurs (bis) 
Tu règnes au ciel <-t sur terre 
Et devant toi tout doit fléchir. 
De ton bras, viens nojs soutenir, 
Toi, grand Dieu, maître du tonnerre. 

Aux armes, citoyens, etc. 

J. Chappée. 

Avoir du cran (LXXll, LXXIII, 79). — 
11 y a quinze ans, un officier enseignant le 
service en campagne, solebat dicere : 
« Les Patrouilles, dès la découverte de 
l'ennemi, doivent l'accrocher, s'y cram- 
ponner : du Cran, les avaliers ! » 

Depuis que les tranchées sont bouclées, 
fin octobre 1914, les aviateurs ont le mo- 
nopole de ce cran-là. 

S. R. 

Cagibi (LXXII; LXXIII, 30,83. 124^. 

— De mon temps, sous la forme cachibi, 
ce mol était employé dans la marine de 
guerre pour désigner la petite chambre, 
située généralement sur le pont des 
gaillards à l'arrière ou vers le centre du 
bâtiment, dans laquelle le maître de ti- 
monerie renfermait une partie du maté- 
riel d'usage courant de son service. 

Ca^nà est un mot annamite signifiant 
case indigène 

Nadticus. 

Petit sexe (LXX ; LXX; LXXll, 129^ 

— Le mastic de la médiiaiion XXV de la 
Phv iologie du mariage n'est qu'une des 
amusantes fanui^ies de ce livre plein de 



N* 1434. Vol, LXXIll. 

'75 



L'INTERMÉDIAIRE 



176 



verve. A la page 347 du tome II de la 1 cette même acception que Basan s'est 
i" édition (Levavasseiir, Paris, 1830). on i servi de ce mot teinturier en parlant de 
lit, en effet, aux enata : «Pages 207, | la duchesse de Luynes. 



208, 209 et 210 du tome 11. Pour bien ! 
comprendre le sens de ces pages, (il s'agit \ 
du mastic) un lecteur honnête homme doit | 
en relire plusieurs fois les principaux j 
passa^^es, car l'auteur y a mis toute sa 
pensée. » 

Dons une nouvelle édition, bien faite, 
de la Physiologie, cette note devrait être 
reproduite à la fin du mastic. D, M. 

Teinturier (LXXil). — Dans le lan- 
gage des gens de lettres on entend par 
teinturier ct\u\ qui met au point les ouvra- 
ges des autres et aussi l'écrivain qui com- 
pose des œuvres qu'il vend à celui qui les 
signe. Si nous en croyons M. de Rémusat 
[Correspondance I, 95) il y aurait là une 
allusion à un passage de la Comédie de 
\' Avocat Patelin de Brueys et Palaprat,où 
M. Guillaume, marchand drapier, com- 
plimenté par l'avocat sur la couleur de 
certain drap et félicité de l'avoir trou- 
vée, répond modestement qu'il en est l'au- 
teur. . . avec son teinturier. 

On lit dans \t Journal historique âo. Col- 
lé (année 1754) : « Le 26, M. le comte de 
« Clermont alla prendre sa place à l'Aca- 
« demie française sans en avoir prévenu | 
« les académiciens. Il a fait sagement d'é- ' 
« viter une réception d'apparat et de se 
« dispenser de faire un compliment public 
<* qui, s'il avait été bon_, ne lui aurait pas 
< été attribué, mais à son teinturier». 

Je trouve encore ce mot dans les Mé- 
moires de Bachaumont : « Mme la com- 
« tesse de Beauharnais a fait présenter 
« une comédie ; elle a été reçue. On ne 
<r doute pas que le S"" Dorât ne soit son 
« teinturier > . 

Je pourrais encore citer des exemples 
de ce mot teinturier pris dans le Nain 
Jaune (1816) ; \es Nouvelles à la main (20 
janvier 1841); le Fz^vrro (23 juillet 1859); 
la Galette anecdotique [\^ mai 1876), etc. 
Voici le dernier que j"ai recueilli dans le 
roman Demoiselles à marier de notre col- 
lègue M. Albert Cim : « Il avait fait rédi 
« ger par un de ses commis un gros mé- 
€ moire sur la question monétaire et pu 
« blié, toujours grâce au même teinturier, 
« un aide manuel des assurances ». 

C'est évidemment, me semble-t-il,dans 



Gustave Fustier. 

Oésinence on (LXXll 143,413).— 
Cette désinence provient vraisemblable- 
ment du suffixe yn (eun) ou en usités 
dans la langue kymrique pour marquer 
le nombre individuel ou le diminutif. 
Exemples : 

Ceirios : cerise en général, 

Curiosen : une seule cerise 

As : âne en général 

Asen : une seule ânesse 

Asyn I Un seul âne. 

Comme diminutif 

Mam : mère. 

Mamen ; petite mère (maman). 

Dans d'autres cas la désinence vient du 
mot également kymri^jue gwn. 

(Action, ouvrage (anglais Goun. (confec- 
tion ou rob -K 

le g initial disparait dans les mots de 
cette langue dans la contraction d'après 
une règle grammaticale et instante. 

da.. bon, gwn action ; bonne action. 

dawn, don. donio, donner. 

Le w se prononce ou : aw se contracte 
en O comme au en Français. 

E. A. L. 

Quelle couleur désigne l'adjectif 
« vermeil »? (LXXIll, 7, 126) — 
Littré définit ainsi cet adjectif : « Qui 
est d'un rouge un peu plus foncé que 
Tincarnat ». Comme le prouvent les 
citations suivantes, c'est bien le sens 
réel que lui ont donné nos écrivains. 
.Molière a dit : « Gros et gras, le teint 
frais et la bouche vermeille > {Tar- 
tufe) ; Bossuet, parlant de Jésus-Christ : 
« Ses blessures toutes récentes, toutes 
teintes et toutes vermeilles de ce divin 
sang » (Sermons) ; Boileau, déjà cité par 
M. A. : « Ses chanoines vermeils et bril- 
lants de santé » {' iiirin) ; Madame Des- 
houlières : « Elle dit que l'éclat vermeil, 
— Dont on voit lorient se peindre à ton 
réveil, — Vient d-.s roses que ta main 
sème — Dans la carrière du soleil » 
(Poésies) ; Regnard : < Une lèvre qu'on 
mord pour rendre plus merveille » (Le 
jcueur): Delille : « 11 tombe, un sang 
vermeil rougit ce corps charn:ant ; — H 
succombe... » {Enéide). Enfin, on dit : 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

177 . 



30-99 ^éyri^T 



178 



< une plaie vermeille •», pour indiquer 
celle dont les chairs sont d'un rouge vif. 
D'autre part, le substantif z;<^rmej7 dési- 
gnant une application de l'or sur l'argent, 
il semble que Rostand et la comtesse de 
Noailles, en parlant d' c état-major ver- 
meil » et de « blés vermeils «, ont voulu 
dire, par ellipse : <^ couleur de vermeil 
ou d'or », ce qui répond bien à la réalité. 

Nauticus. 



* * 



II ne faut pas attacher trop d'importance 
aux termesemployés parles poètes qui sont 
souvent gênés par le souci de la rime ou 
de la mesure. Tel paraît avoir été le cas 
de Rostand dans l'exemple cité. 

En peinture, la couleur vermeille 
n'existe pas. 11 y a le rouge de Saturne, 
le vermillon, le carmin, le rouge de Ve- 
nise, les laques de garance, etc. Je n'ai ja- 
mais entendu un peintre ou un critique 
d'art employer ce terme qui manque de 
précision. Dans l'état actuel de la langue, 
« vermeil » est un adjectif sans valeur 
technique, comme incarnat, cramoisi, 
couleur de chair, havane, chamois, 
beige, etc. 

Mais il n'en a pas toujours été ainsi. 
En effet « vermeil », vient de vertniciilus . 
Suivant le Larousse, ce terme désignerait 
la Cocheni'ie, qui donne le carmin. « Ver- 
meil » signifierait donc carmin. « Ver- 
millon », qui en dérive, serait un aug- 
mentatif ayant eu à l'origine le sens de 
gros carmin, comme nous disons encore 
maintenant gros bleu. 

Toutefois l'interprétation du Larousse 
ne me parait pas sûre pour deux raisons. 
La cochenille n'est pas du tout un vermi- 
cttlus ; c'est un insecte presque rond. De 
plus, elle est originaire du Mexique d'où 
elle a été répandue dans le reste du 
monde ; son emploi ne peut donc être an- 
térieur à la découverte de l'Amérique 
tandis que le mot « vermeil » est peut 
être plus ancien. 

Que! est donc ce vermiculus qui incon- 
testablement a formé le mot « vermeil » 
et de quelle couleur était-il .? Toute la 
question est là. 

U est possible que veimiculus n'ait pas 
désigné un animal mais simplenBent la 
forme sous laquelle la matière première 
«tait livrée aux broyeurs de couleurs. 

A. DE Prat. 



Lugdunum (LXVIIl ; LXIX ; LXXI ; 

LXXIll, 81). — le remercie M. Elo- 
jean de son intéressante contribution. 
Sans avoir consulté Taylor, j'avais moi- 
même été sollicité bien souvent par le 
radical Lug (marécage), qui s'impose aussi 
souvent que Lug (brouillard). 

Si je n'en ai pas parlé c'est uniquement 
pour ne pas compliquer le débat et parce 
que, comme le dit notre collaborateur les 
deux sens sont connexes. 

Aussi bien, ce que je cherchais tout 
d'abord c'était à ruiner une fois de plus 
la tendance, jamais vaincue, à expliquer 
un nom par une légende. Peut être ce long 
échange d'idées aura-t-il contribué à dé- 
truire cette fois pour toujours l'hydre... 
de marais de Lyon. 

L. Abet. 



Etymologie de Gallipoli (LXXI, 

LXXIl, 6?; LXXIll, 25). —Je ne veux 
pas prolonger le débat. Mais n'est-il pas 
d'une bonne méthode que chacun de nous, 
pour instruire véritablement ses lecteurs, 
leur fasse connaître les textes et documents 
sur lesquels ses affirmations se fondent, 
on leur indique si ces affirmations sont 
seulement l'expression forte de conjec- 
tures personnelles ? |e poserais donc deux 
questions, qui pourraient presque figurer 
dans la première partie du numéro. 

1° De quels textes ou monuments an- 
ciens, visiblement ignorés des spécialistes 
comme d'Arbois de Jubainvilje, fulliaii, 
Dottin, etc., résulte-t-il que les Gaulois 
se soient appelés eux-mêmes Galls et 
aient appelé leur pays Galltachd ? Ou ne 
sont-ce là, comme les assertions concomi- 
tantes, que des hypothèses modernes et 
personnelles ? 

2° Quels sont les textes ou monuments 
anciens qui indiquent, que les Gaulois ont 
fondé Gallipoli, ou l'ont habitée .? Le 
Bottin, seul cité jusqu'ici, peut malaisé- 
ment être tenu pour une autorité histo- 
rique. D'où son rédacteur a-t-il tiré cette 
indication? Si elle n'est qu'une conjecture 
de son cru, suggérée par la forme mo- 
derne du nom dont il ignorait la forme 
antique, que vaut un raisonnement qui 
pourrait se résumer ainsi : Gallipoli, nous 
le savons, s'est appelée dans l'antiquité 
Kallipolis, et auparavant Krithotè ; si, 
entre ces deux derniers noms, elle s'était 



N» 1454. Vol, 



LXXIII. 

- '79 - 



L'INTERMEDIAIRE 



180 



appelée, ce que rien ne nous apprend, 
Gallipolis, on pourrait en inférer que des 
Gaulois l'ont habitée, et lui ont donné ce 
nom (un nom gréco-latin 1) ; mais il n'est 
pas impossible que des Gaulois l'aient ha- 
bitée ; donc elle a dû, quelque temps, 
s'appeler Gallipolis ? 

Ibère. 

Réceptionner (LXXII, 143, 409; 
LXXIll, 127). — Pourquoi repousser 
rfiepiiomier et solutioniier ? Mais parce 
que ce sont des barbarismes inutiles, 
puisque nous possédons les verbes rece 
voir et résoudre^ dont les Français se sont 
contentés jusqu'à ce 'our. Toute ma vie 
j'ai entendu des entrepreneurs dire que 
leurs tra\aux avaient été reçus par les in- 
génieurs ou parles agents-voyers. On les 
eut bien surpris en leur demandant sî ces 
travaux avaient été réceptionnés. Laissons 
ce patois au Palais-Bourbon. 

M. P. 

» » 
Que nous réceptionnions « réception- 
ner »! Ah ! non ! — je me souviens trop 
d'avoir admis d'abord « solutionner ,»>... 
et de m'en être amèrement repenti ! — 
Eprouvons, essayons, acceptons, refusons, 
admettons, rejetons, mais ne réception- 
nons pas... surtout «réceptionner » ! 

Sglpn. 

''afard (LXXII, 144 ; LXXIII, 86). — 
« Cafard » et « cafarder ». au sens de 
flatter chefs ou maîtres, de « faire » ou 
de « piquer la lèche », comme disent les 
écoliers, est très proche parent de cafard, 
cafarder au sens de « rapporteur » « rap- 
porter », qu'appliquent les collégiens à 
celui d'entre eux qui cherche à se faire 
bien venir des maîtres en dénonçant les 
méfaits de ses camarades. Ce ne sont là 
que des applications particulières du sens 
propre et ancien de ces mots. « Cafard » 
ou « caphard », s'il vient, comme Littré le 
pense avec du Cange, de « caphardum », 
mot d'origine obscure qui aurait, dans le 
latin du moyen âge, désigné une sorte de 
robe de clerc, a servi d'abord à désigner, 
en français, les porteurs de cette robe, ou 
de costumes analogues. 

Il y a des mots, comme des gens, qui 
naissent avec une mine ingrate. Cafard, 
avec sa terminaison pareille à celle des 



péjoratifs^ est de ceux-là, et parmi les 
porteurs de rol^e noire il a été très vite, 
par l'instinct populaire, choisi pour dé- 
signer ceux qui, ijOus une mine humble 
et doucereuse, cachaient une âme hypo- 
crire et sournoise 

Avec ses dérivés, « capharder », « ca- 
pharderie », il était d'usage coi:rant dès 
le xv' siècle au moins, pour qualifier les 
tart'ifïes et leurs façons ou actes. On le 
trouve à chaque instant avec cette accep- 
tion chez les écrivains du xvi" siècle. 

Le P. Garasse rendait, un peu plus tard, 
les huguenots responsables de son ap- 
plication fréquente aux ecclésiastiques 
(c'était le c calotin » d'alors, avec 1 idée 
d'hypocrisie en plus) ; mais ils n'avaient 
fait que la généraliser. — Le coléoptère à 
la longue robe noire, aux allures fuyan- 
tes, habitant des lieux sombres, qu'on 
appelle aussi ténébrion, a dû son nom de 
cafard à son costume et à toute sa façon 
d'être. Et il est naturel que dans des 
milieux où il abonde, on l'ait choisi, à la 
place de l'araignée, comme le symbole 
des idées absurdes, des idées noires sur- 
tout, qui se glissent parfois dans l'esprit. 

Ibère. 

Lunévilleuse (LXXIII, 47). — La luné- 
villeuse est l'ouvrière qui fait la broderie 
dite de Lunéville. 

Dans les environs de Lunéville, et 
surtout dans les campagnes, les fem- 
mes ont chez elle une sorte de « métier », 
fait de deux tréteaux, sur lequel est tendu 
en carré un large morceau de tulle. Sur 
ce tulle, lorsqu'elles ont fini de vaquer 
aux soins de Tintérieur, les femmes se 
mettent à l'ouvrage : elles brodent, au 
moyen d'un petit crochet à dentelle, des 
dessins formés de lacets, de perles, de 
paillettes. 

Ces tulles brodés servent aux garni- 
tures des robes, des corsages, des cha- 
peaux, des voiles, des bordures, des ga- 
lons etc.; ils ont surtout leur emploi aux 
costumes et accessoires de toilette pour 
les théâtres. 

... Et si, en ce moment, on lit aux 
Petites annonces des On demande des luné- 
vUleusei, il faut en conclure que les théâ- 
tres reprennent leur activité, ce dont 
il convient de se réjouir... pour les luné- 
villeuses ! 

Charles Fegdal. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 20-29 février 1916. 



i8i 



182 



Vac^e en or enterrée par les an- 
glais (LXXIl ; LXXIII, 16,87,133). -« Il 
est dit, dans la Galette de France du 29 
avril [1758] qu'on a trouvé dans la ville de 
Neufchàteau, en Lorraine, en travaillant 
et remuant des terres, dans la maison 
d'un particulier, un veau d'or, figure en 
relief de trois pieds et demi de circonfé- 
rence sur cinq pieds 3 pouces et 99 lignes 
de longueur. 

Il a été déposé dans l'Hôtel de Ville, et 
l'on en a donné avis en cour ; les uns di- 
sent que cela peut venir des juifs, qui 
dans des temps de guerre, ayant été obli 
gés de se retirer, l'ont caché en terre ; 
d'autres, que cette riche idole est le dieu 
des Egyptiens, le fameux Apis » (Journal 
de Barbier, VII, p. 44, édition Charpen- 
tier), 

Pain K, pain KK (LXXIII, 48.. — 
Le pain K {Krugsbrot ou pain de guerre), 
fabriqué d'abord, contenait un peu de 
farine de seigle, de la paille hachée et 
d'autres ingrédients aussi peu digestifs. 
Quand le seigle fut remplacé par de la 
pomme de terre, le nouveau pain fut 
nommé Kriegs Kartoffelhrot (pain de 
guerre de pommes de terre) ou par abré- 
viation KK. 

Un bibliophile comtois. 
* 

Nous croyons volontiers dans notre ré- 
giment que nos vis-à-vis désignèrent le 
premier pain par la lettre K, première 
lettre du mot Korn, grain lorsqu'ils ajou- 
tèrent au froment, la farine du seigle — 
d'ailleurs fort employée en Allemagne 
avant la guerre. 

Lorsque le froment devint plus rare, la 
pomme de terre dut entrer dans la com- 
position du pain, qui fut dénommé Korn- 
Kartoffel, d'où K. K. par abréviation. 

R. DE Cressia. 



Les noms des tranchées (LXXII, 
242, 592 : LXXIII, 14.82,1315). —Comme 
le dit bien le colonel de Massas, il est 
pour le moment impossible de répondre 
par des indications précises à la question 
de notre collègue. 

Mais qu'il se rassure, toutes ces déno- 
minations drôles, pittoresques ou glo- 



rieuses pourront en grande partie se re- 
trouver plus tard et ne disparaîtront pas 
avec la guerre. Il existe dans tous les 
Etats-majors des plans parfaitement pré- 
cis et détaillés des lignes tant françaises 
qu'allemandes, établis par les services 
topographiques de l'armée aidés des pho- 
tographies d'avions. 

Ces plans, confidentiels, ne se trouvent 
même pas pour le moment entre les 
mains des officiers subalternes des uni- 
tés combattantes qui, de part leurs fonc- 
, i tions en toutes premières lignes seraient 
- î exposés à les perdre en cas d'attaque ; 
mais on peut toujours, quand il en est 
besoin, les consulter dans les états-ma- 
jors et dans les postes de commande- 
ment. 

Chaque bois, chaque tranchée, chaque 
boyau de la ligne française y porte en 
général un nom consacré par l'usage 
courant, cette terminologie s'étant éta- 
blie peu à peu à mesure que le secteur 
s'organisait et se compliquait. 

Toute cette géographie nouvelle qui 
n'eut, pour se créer, jamais recours aux 
plans cadastraux, se retrouvera donc sur 
des documents sûrs qui seront publiés 
un jour. 

Et puisque nous en sommes aux tran- 
chées, je me permets d'ajouter un rensei- 
gnement qui, quoique ne touchant en 
rien à la question posée, intéres.sera peut- 
être certains de nos collègues. 

La masse énorme de terre remuée tout 
le long des lignes ir.éritera après la 
guerre une étude attentive. Les géologues 
y trouveront sans bourse délier, le plus 
admirable choix de coupes superficielles 
de terrain qui se soit jamais vu. Et les 
archéologues feront sans aucun doute en 
circulant dans les boyaux d inattendues 
trouvailles. Pour ne parler que de la 
Champagne, seule région des lignes que 
je connaisse en partie, la belle voix ro- 
maine qui s'étend de Reims à l'Argonne, 
coupée et entrecoupée de tranchées, li- 
vrera tous les secrets de sa constitution 
intime. Et d'autre part, bien des nécro- 
poles gauloises et mérovingiennes, dont 
la Champagne a été déjà si prodigue, se 
révéleront au chercheur persévérant : j'ai 
maintes fois considéré moi-même, au- 
dessus de la ferme des Marquises, dans 
un secteur de première ligne, un inté- 
ressant cimetière dont les tombes à ter^ 



No 1434. 



Vol. LXXIII. 

.83 - 



LiNTERMEDIAIRB 



reau noir, coupées transversalement, se 
distinguaient nettement sur les parois 
blanches des boyaux. Des monuments du 
même genre m'ont été signalés dans la 
même région par des camarades dont 
j'avais attiré l'attention sur ce point. Ht 
combien d'autres se trouveront encore 
quand des temps meilleurs seront venus. 

D-- P. Olivier. 
aide-major de bataillon. 

Journal des tranchées (LXXl; 
LXXll; LXXIU). — La Direction de 
r hcbo des Marmites informe les Bi- 
bliophiles qu'elle crée des Abonnements 
à lorlait pour toute la durée de la Guerre 
au prix de vingt francs. L'abonnement 
comprend les 7 numéros parus dont les 
premiers sont presque épuisés et tous les 
numéros à paraître d'ici la fin de la cam- 
pagne. 

La Direction et la Rédaction étant trè; 
occupées aux Tranchées : 

Adresser les Demandes au Correspon- 
dant de Paris : M. Hauet, rue Guer- 
sant, 12. 

L*art militaire défini par le géné- 
ral i-e Michaud d'Arçon. — Le gé- 
néral Le Michaud d Arçon est surtout 
connu par l'invention de batteries flot- 
tantes qu'il avait imaginées pour atta- 
quer Gibraltar en 17^2; il finit sa car- 
rière d'ingénieur militaire en provoquant 
la reddition de Bréda en 1793, mais la 
délation fit son œuvre et le bon serviteur 
du pays fut écarte des armés de la Répu- 
blique parce qu il avait bien servi son 
pays sous les rois Louis XV et 
Louis XVL 

On ne fut pas long à lui rendre justice 
puisque l'Institut de France, quelques 
mois seulement après sa fondation, l'as- 
socia à ses travaux en l'élisant, le 24 fé- 
vrier 179<3, membre associé dans la sec- 
lion de géographie de la classe des 
sciences morales et politiques. 

Le Michaud d'Arçon était tout à fait 
digne d'un pareil choix car ses vues sur 
l'art militaire dépassaient en direction 
l'idée qu'ordinairement on s'en forme. 
Pour lui, l'art militaire, n'était pas une 



184 



arène où l'on se produisait pour briller. 
^ Ses vues étaient bien plus hautes, car 
l'art militaire consistait pour lui à défen- 
dre son pays, et à protéc:er sa liberté en 
conjurant, par la science et l'étude, les 
hasards et la mauvaise fortune. C'est ce 
programme tout d'actualité, qu'il déve- 
loppe dans la lettre que nous publions ci- 
dessous ; il récrivit pour remercier de 
son élection à l'Institut. 

Voray, le 34 germinal an iV 

de la République française. 

Le citoyen Michaud-Darçon, ancien 

général do division, au président 

de l'Institut national des Sciences 

et des Aits. 

Citoyen président, 
Je suis flatté des suffrages qui m'ont asso- 
cié aux travaux intéressants de l'Institut na- 
tional. Je ne puis guère y porter pour tri- 
but que de nouveaux efforts tendant à faire 
classer les arts militaires dans l'ordre des 
connaissances utiles. 

Ce fut toujours l'objet de mon étonne 
ment et de mes regrets de voir que la 
science des armes n'ait paru que sous les 
rapports calamiteux, comme instrument de 
dévastation, qu'on ait paru méconnaître les 
principes conservateurs qu'elle renferme, 
qu'on ait à peine soupçonné, qu'il existait 
den (.ombinaiî-ons par lesquelles on pouvait 
surmonter les caprices des hasards et de la 
fortune, que la philosophie même ait dé- 
daigné ce puissant ressort de nos destinées, 
le seul garant de l'indépendance des em- 
pires, de U sécurité et du bonheur des peu- 
ples... 

j'ai travaillé, je travaille encore à extraire 
des poisons de la guerre, les moyens de con- 
sisti-nce qui doivent en sortir. Comme j'ai 
lieu de craindre que cette entreprise ne soit 
au-dessus de mes forces, l'Institut daignera 
recevoir l'hommage de mes intentions, 
Salut et respect. 
Michaud-Darçon. 

P . S. — J'habite un coin de champ que 
je possède à Voray, à deux lieues de Besan- 
çon, département de la Haute-Saône où je 
me suis retiré après avoir poussé ma carrière 
militaire jusqu'à l'extinction de mes forces 
physiques. 

L'original fait partie du bulletin d'avril 
de Noël Charavay. 



Lt Directeur -gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

Imp.CuERC-DANiEtjSl-Amand-Mont-Roûd 



LXXIII* Volume Paraissant Us to, ao et 10 de chaque mois 



N»i435 

«l'"*,ï*.VIctor-Ma»*é 
PAR9S (ixn 

iiuresux: deSiôheures 



QIJiBQOB 



Chtrches et 
vo%ia trcwêraz 





10 Mars 1916, 



N» 1435 

PARIS (IX*) 

Buieaax: de 3^ 6 hou* m 



nkrtîîe5 taire 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QDKSTIONS KT 



RRt'OINSKS LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIKNTIKIQUKS 

TROUVAILLES ET CURIOSITES 
- 185 ■ — 186 



ET AHIISItyiJKi 



L'INTERMÉDI A I^^E paraîtra du 
rant l'année 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'aniiéo da 
guerre 1915. 



Nous 



Sait-on quels furent les résultats de 
cette doublé expérience ? 

Sir Graph. 

Monsieur Lebureau. — Cette ex- 
prtons nos correspondants de j pression désigne l'administration fran- 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous \ çaise, dans l'employé type de cette ad- 
de leur pseudonvme , et de n'écrire que \ ministralion. 



i'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés dt pseudonymes inconnus 
ne seront pa', insérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d^une liste^ la liste, sauf exception^ 
n'est pas insérée., mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou U 
titre d'une famille non éteinte. 



m^iiom 



Le torpédo de Fulton. — Fulton, 
qui fut l'Hdison des dernières années du 
xvui" siècle et des premières du xix^, avait 
imaginé une torpille, dite /o/-/)^^o, destinée 
à rendre invulnérables les côtes maritimes 
du pays possesseur de ce moyen de dé- 
fense 

Le torpédo fut expérimenté à deux re- 
prises différentes, en 1805, dans la rade de 
Walmar, puis à New- York. 



A qui doit on fair*' monter l'origine 
de ce nom ? Dans quel journal l'a t-on 
trouvé pour la première fois ? 

V, 

Un portrait de l'Impératrice Jo- 
séphine par Heinsius. Dupont de 
l'Eure possédait un portrait de l'Impéra- 
trice Joséphine, qui lui avait été donné 
par elle et qui se trouvait dans la biblio- 
thèque de la propriété de Dupont, Roge- 
perrier près de Neubourg (Eure). Ce por- 
trait, peint par Heinsius, disparut à la 
mort de la fille, restée célibataire, de l'an- 
cien président du gouvernement provi- 
soire de 1848. 

Pourrait on donner quelques renseigne- 
ments à son sujet ? 

J. M. 

Eégiment de Royal-Suédois. 

Le marquis de Ségur, dans la cinquième 
leçon de son cours sur Marie Antoinette, 
publiée par la Revue hebdomadaire, .lit que 
le comte de Fersen, parti avec Ro(;ham- 
beau pour l'expédiiic^n d'Amérique, fut 
nommé, après la signature de la paix, 
colonel du régiment de Roval-Suédois 
■• en France, alors que le Grand LarouiSg 

LXXIII-5. 



N« 1435. Vol. LXXIII. 

187 - 



L'INTERMEDIAIRE 



188 



porte que Fcrsen fit la campagne eii qua- 
lité de colonel de ce même régiment. 
C'est le Marquis de Ségur qui doit avoir 
raison, car le Royal Suédois ne figure pas 
dans la liste des régiments cités dans 
l'ouvrage : Les combattants français de la 
guerre américaint (1778-83), Paris, 1903, 
ancienne maison Quantin, 7, rue Saint- 
Bcnuit, publication du ministère des 
Affaires étranjicres, d'après Its documents 
des Archives nationales et du Dépôt de la 
guerre, où sont cités les régiments irlan- 
dais de Walsh et de Dillon. 

A quelle époque remonte la création du 
Royal-Suédois ? Tous autres détails sur 
ce régiment seront les bienvenus. 

Nauticus. 

Est-ce U maison A-noux? — 
Dans son roman V Education sentimentale, 
GustaveFlaubert indique qu'Arnoux habite 
au 31 de la rue de Paradis, où il exerce 
un commerce de faïences. On sait que 
cette rue est encore la rue par excellence 
de ce genre de commerce. Or, nous avons 
eu l'idée de regarder quelle maison il y 
avait au 3 1 , et nous avons vu que cet im- 
meuble pouvait fort bien dater de l'épo- 
que, (Premier Empire a la Restauration;, 
et avoir été la maison d'Arnoux. Cette sup- 
position est-elleexacte.^ Existe t il, de la rue 
de Paradis, des gravures de l'époqae sur 
lesquelles cette maison serait rcjprésentée ? 
Nous le demandons aux Damesnil, Paul 
Dubois, et autres flaubertistes amis de 
V Intermédiaire ? 

Gabriel Ursin-Langé. 



Ruô Moussy. — Dans quelle ville 
du Centre-Est, et sur la Loire, y avait-il 
une rue Moussy .'' Une des maisons de 
cette rue était un couve '.t d'ursulines où. 
de 1781 à 1783. il y eut des exhibitions 
de convulsionnaires (Sœur Agathe, sœur 
Félicité, etc.) Au cours d'une des séances, 
la convulsionnaire « parlant du P Noë, 
qui était entré, !: désigna en lisant qu'il 
venait de cent l'.'ues par la L )ire », Voilà 
les seules indicadons un n u précises qui 
permettraient de situer iii curieux récit 
manuscrit que j'ai sous les yeux. 

BiBL. Mac. 

Le cuisinier de "Venceslas "VI 
embroché. — Dans ses Mémoires d'Ou- 



tre Tombe, Chateaubriand, page 115, 
tome 6 (édition Garnier) écrit : 

V'endaiit 'e règne de Venceslas VI. qui 
mettait à U broche son cuisinier quand il 
n'avait pas bien lôti un lièvre, s'éleva J2an 
Huss, lequel, ay.nt étudié à Oxford, en ap- 
porta la doctrine de Wiclef. Les protestants, 
qui cherchaient partout des ancêtres, sans en 
pouvoir trouver, rapportent que, du haut de 
son bûcher, Jsan chanta, prophétisa la venue 
de Luther. 

OÙ pourrait-on trouver une confirma- 
mation documentaire en ce qui concerne 
Venceslas VI et la mort de son cuisinier ? 

J. B. 

La belle-sœur de Favras, la nièce 
de Mme Roland. -- A la page 7 du 
tome VI des Mémoires d' Outre-Tombe de 
Chateaubriand, nous lisons : 

Quant à Ihistoire, nous aurons bientôt à 
l'hospice la sœur du marquis de Favras et la 
fille de Mine Roland : la Monarchie et la Ré- 
publique m'ont chargé d'expier leur ingrati- 
tude et de nourrir leurs invalides. 

Pourrait-on préciser ce que sont deve- 
nues et la sœur du marquis de Favras et 
la fille de Mme Roland ? 

"Vicomte de Boreili. ^ Poète ; an- 
cien officier à la Légion étrangère. 

P. D. 

* 

Gattelain, graveur. — Ancien chef 
de la sûreté sous la Commune (il en a 
déjà été question dans V Intamédiaire). — 
A publié ses souvenirs dans le Chat Noir, 
en 1884. 

Naissance ; mort ? 

P. D. 

C jëtlogon (De). — Habitué du pre- 
mier Chat Noir. Y lança la Chanson 
à Grévy, de Liorat, 

P. D. 

Mon-ireigne et Mont Perrit (Ven- 
dée). — Vendéen déraciné depuis long- 
temps, mais fidèle au souvenir du pays, 
je me demande quelle est l'étymologie 
de « Monsireigne > commune de l'arron- 
dissement de Fonlenay le Comte je me 
réponds : « Mons aranea > Mont de l'arai- 
gnée». .Mais ce n'est de ma part que 
simple oblitération et jeu de mots quoique 
je sois peut être tombé juste. Pourrait-on 



08S CHERCHEURS ET CURIEUX 

189 ^ — — 



10 mars 1916. 



190 



m'indiquer une source sérieuse de docu- 
mentation telle qu'un Dictionnaire étymo- 
logique des localités poitevines ou même 
un inlermédiairiste érudii vendéen, M. le 
Docteur Baudouin par exemple, ne me 
fournirait-il pas ce renseignement? 

Même question pour Saint-Paul Mont 
Perrit (canton de Palluau), en respectant 
toutefois au moyen da latin les oreilles 
du chaste lecteur suivant le conseil de 
Boileau, car je soupçonne véhémentement 
de crudité le nom de cette petite localité 
à cause du Perrit final. 

Dehermann-Roy. 

Edgard Quiûet ^portraits d'). — 
Existe-t il un portrait d Edgar Quinet 
jeune? S'il y en a plusieurs connus, en 
est-il d'inédits ? Où se trouvent-ils ? 

René Villes. 

Ex-libris à déterminer. -- De 

gueules à lu bande d'or, accomp. de ^ be- 
sants d'agent 2 et i. 
Cour, de marquis. 

H. A. 

Ex-libris à déterminer : Dauphin 
pâmé. — De gueules à la bordure engrêlé 
a*or, à un pal d'or, entouré d'un dauphin 
pâmé d'argent, la tête eu chef. 
Supports deux lions regardants. 
Lambrequins. 

100 mm, sur 65 

H. A. 

Ex-libris à déterminer» Sedit in- 
forti arcus ejus ». — D aiur au sau- 
toir de gueules chat gé d'un arc avec sa 
flèche d'argent, brochant jur un lion d'or 
rampant armé et lampassé de gueules. 

Au chef d'argent chargé d'une croix de 
Jérusalem d'or. 

104 mm . sur 90 

Lambrequins. 

Devise : Scdit inforti arcus ejm. 

H. A. 

Décorations BOges. — Peut on 
nous donner brièvement quelques expli- 
cations sur les décorations belges ^ Dans 
le livre du lieutenant Radelet, dont je 
parle dans une autre question, je vois : 
Ordre de Léopold. — Ordre de Léopold 
II. — Ordre de la Couronne. — Médaille 
civique (plusieurs classes). — Décoration 



militaire (généralement de deuxième 
classe, article 4). — Croix civique. 

Saint-Saud. 

Décoration Tolstoy. — f^ans le 
tome 1, qui vient de paraître, -ippelé Le 
Livre d'Or du Peuple Belge. — Aoîit 1914, 
Mai 19:3, par M. Radelet, lieutenant (se- 
crétaire d'Etat-Major au Ministère de la 
Guerre belge) imprimé à Rouen chez 
Laine, « recueil des distinctions honori- 
fiques décernées pour faits de guerre », 
je trouve mentionnée la décoration sui- 
vante : Souvenir personnel du comte Tols- 
toy, petite ou giande médaille de bronze ou 
d'argent. 

Quelle est cette décoration ? Si elle est 
russe, ce qui est vraisemblable, à qui se 
confère-t-elle et pour quelle raison le tsar 
l'octroie-t-il à des soldats belges, si tant 
est que ce soit lui qui la concède ? 

Saint-Saud. 

Plats de livre avec armes goua- 
chées — La bibliothèque du château de 
Pierreux à Odenas en Beaujolais, possède 
un volume dont la reliure me paraît cu- 
rieuse et peu commune. 

C'est un ouvrage de piété, une Quinzai- 
ne de Pâques, en l'espèce, recouvert en 
maroquin rouge, décoré au petit fer et 
datant du début du xviii' siècle. 

Mais l'originalité de la reliure réside en 
ceci : c'est que le centre des plats exté- 
rieurs, à l'endroit où l'on frappe généra- 
lement les armes, a été habilement dé- 
coupé en ovale, le cuir a été remplacé 
par deux petites gouaches peintes sur pa- 
pier que protège une feuille de mica ; le 
tout est inséré dans la reliure et encadré 
d'une guirlande au petit fer du plus heu- 
reux effet. Les deux gouaches identiques 
représentent les armes accolées de : du 
Sauzey et de Blottefièrc de Vauchelles. 

Ce volume a dû être fait pour la mar- 
quise du Sauzey, une des rares femmes 
bibliophiles, dont on trouve l'Ex-libris 
décrit dans les Annales des Collection- 
neurs d' Ex-libris, année 1914. 

j'ai recours aux lumières des bibliophi- 
les de V Intermédiaire, pour savoir si ce 
volume a quelque rareté, si on connaît 
beaucoup d'exemples de reliures avec 
armes peintes au centre, les noms de rc 
lieurs du xvui' siècle qui pratiquaient c 
genre de travail (cette reliure me para 



f^' M35. 



Vol. LXXIII. 
191 - 



L'INTERMKDIAIRli 



très riche). En un mot, j'accueillerai avec 
plaisir tout ce qui aurait quelque rapport 
avec la reliure qui m'intéresse. 

Francopolitanus. 

Rébus, caricatures (les inscrip- 
tions sortent de la bouche). — Com- 
ment appelle-ton les inscriptions fré- 
quemment employées sur les rébus et les 
caricatures, sortant da la bouche des figu- 
res pour les expliquer .? Est-ce banderole, 
label, phylactère, rouleau, sentence ?... 

A. G. 

A-ton jamais passé de grand pro- 
sateur à grand poète? — Un écrivain 
brésilien, discutant la possibilité de la 
disparition de la poésie métrifiée, a dit 
qu'on connaissait de nombreux cas de 
grands poètes devenus de grands prosa- 
teurs ; mais qu'on ne connaissait dans au- 
cune littérature le cas d aucun grand pro- 
sateur devenu un grand poète. 

Est-ce bien vrai ? 

M. A. 

Les Vers d'Alfred de Musset à la 
BCBur Marcelline (de Boa-Secour^) 

— Mme la vicomtesse Alix de Jauzé fnée 
de Choiseul-Goutfier), plus tard princesse 
de Faucigny-Lucinge, morte à Paris en 
Novembre 1915, publia chez Eug. Pion, 
en 1891, un fort intéressant petit volume : 
£iude et Récits sur Alfred de Musset^ gr. 
in 18. 

Me permettra-t-on d'en citer ce pas- 
sage : 

Ses croyances personnelles (de Musset) 
avaient eu quelque peine à se fixer. Ainsi 
l'on voit son esprit hésitant mais sincère 
parcourir trois phasas successives : il nie, il 
doute, il croit quand il a souffert C'est 
alors qu'il adresse à Dieu ces paroles sup- 
pliantes de VEspoir tn Dten : c'est une 
flamme qui s'échappe de la cendre du scep- 
ticisme. Une sœur de Bon-S:cours, la sœur 
Marcelline, qui l'assista à plusieurs reprises 
dans sa dernière maladie, lui avait inspiré 
une respectueuse sympathie ; il avait avec 
ell» de sages conversations où la piété n'ex- 
cluait pas l'enjouement. 11 la redemanda 
vers la fin, mais on ne put la lui renvoyer 
qu'une fois. Alfred de Musset a écrit pour la 
sœur Marcelline des vers qui n'ont pas été 
imprimés (page 137). 

Sait-on si ces vers de Musset à la sœur 
Marcelline cnt été conservés et, en cas 



192 



qu'ils existent encore, dans quelles mains 
ils peuvent se trouver, aujourd'hui ? 

Ulrich R.-D. 

L'^^s a Mœurs du tBmps », de 
Maxime du Camp. — La notice nécro- 
logique bur cet écrivain, insérée dans la 
Revue Encyclopédique (Année 1894, p. 
167), signale in-fine, qu'il avait légué à la 
Bibliothèque Nationale, un ouvrage inédit 
< Lns Mœurs de son Temps » qui devait 
rester souj scellés jusqu'en 1910. 

Qu'est-il advenu de ce manuscrit ? 

L. P. 

La poésie de Zermontoff à Victor 
Hugo — A la matinée du 26 février 
1916 donnée par la Comédie Française 
pour fêter le 1 14' anniversaire de Victor 
Hugo, Mlle Sointini récitait la poésie de 
Zermontoff (probablement il s'agit de 
Michel Zermontoff, le grand poète russe 
tué en 1841) c A Victor Hugo ». Peut-on 
savoir d'où' vient cette poésie et si c'est 
une traduction ? J'ai quelques doutes sur 
son authenticité, car dan'^ ^< Les Œuvres 
complètes de Michel Zî.'-montoff», édi- 
tion de l'Académie Impériale de Russie 
■ (^ volumes, St Pétersbourg 1913 avec la 
; bibliographie française de Zermontoff par 
I André Mazon), ces vers n'existent pas et 
même le nom de Victor Hugo ne figure 
nulle part. 

W. Katenefp, 

( hant patriotique suisse: « Rou- 
Iez.tambours! »— Qjielles sont les paro- 
les et l'originedu chant patriotique suisse 
« Roulez, tambours! » que l'on vient de 
chanter dans plusieurs villes suisses à 
propos de l'affaire des Colonels ? 

Alex Thomas. 

; « Les Epitaphes ariticipées ». — 

Possède t-on la clef des Epitaphes anti- 
cipées que le chansonnier Dalès aîné pu- 
bliait dans le Tintamarre en 1849.'' J^ 
voudrais savoir à quel personnage s'ap- 
plique celle-ci : 

: Ci-gît un modéré qui chérissait la daube. 
Il se levait toujours lorsque l'aube ondoyait : 
Ignorant son pays, le peuple le croyait 
En général de Bir-sur-Aube. 

1 L. M. 



DES CHEPXHEURS ET CURïftUX 



lo mars ^i6 



193 



94 



La chanson d'Alphonse du Gros- 
Caillou — Pourrais-je avoir des rensei- 
gnements sur Lacombe, l'auteur de la 
chanson et sur la date à laquelle elle fut 
composée. 

Elle semble remonter aux dernières 
années du second Empire ou aux premiè- 
res années de la troisième République. 

Elle aurait été poursuivie, suivant Ch. 
Virmaître. — Quand ? 

Pierre Dufay. 



Pe pie égoïstes et peuples ^é- 
néieux. — De qui cette'citation faite par 
M. Lenôtre dans un article du Temps du 
25 février 1916 intitulé « Par les rues du 
Vieux Nice ? » 

Il y a de-j peuples égoïstes par tempéra- 
ment et par volonté ; il en est de généreux par 
vocation et pai génie. 

M. Lailler. 

La majuscule des noms ds naiio- 
calité. - Beaucoup de personnes — j'en 

ai remarqué deux dans le n° 1453 de Vin- ! 

termédiaire — écrivent des français, des | 
allemands quand il s'agit d'hommes de 

la nationalité française et allemande, j ai \ 

toujours cru que la minuscule ne cor.ve- \ 

nait qu'à l'adjectif. Suis je dans l'erreur ? \ 

Où est ce eux .? Et les correcteurs de 17«- \ 

termédiaùe (qui semblent sommeiller par- | 

fois) ne devraient-ils pas corriger .? O. G. | 

Relationner. — La cour est pleine, il 
est vrai, on n'en continue pas moins | 
à en jeter. Après *< réceptionner » qui \ 
est d'hier, voici '< relationner » qui est '; 
d'aujourd'hui. On lit dans la Liberté du 
12 janvier : 

Mais M T... faisait partie de ces minis- 
tres d'avant-guerre. .. choisis comme Excel- 
lences non pas parce qu'excellents hommes 
d'Etat, mais parce qu'ils sont bien « reia- 
tionnés » dans les groupes ou avec quc-Ique 
tigre de la jungle parlementaire... 

Ne « réceptionnons » nous pas non plus 
« relationner » ? 

Gustave Fustier 

Kmpaperasser. - Par contre, voici 
un néologisme « empaperasser » pour 
lequel j'avoue avoir un faible. Le verbe 
est joM, imagé, et je le cueille dans le Fi- 
garo du 12 janvier : 



je me réjouis de ne m'être laissé « empa* 
perasser dans aucun état major... 
écrit le docteur Emile Reymond dans son 
journal intime. 

Que pensent d' « empaperasser » les 
intermédiairistes } 

Gustave Fustier, 

Géssrite. — Depuis quelques mois je 
trouve souvent, dans les journaux, ce 
mot appliqué à l'esprit de domination de 
Guillaume IL L'étymologie crève les yeux. 
Qui a forgé césarite.? Qui l'a lancé? Je ne 
demande pas si la mentalité du mons- 
trueux Empereur justifie cette qualifica- 
tion. 

Paul Mubler. 

Chérusque. — Dans son Impératrice 
Marie- Louise, M, Frédéric Masson se sert 
à plusieurs reprises du i< mot « chérus- 
que » pour désigner une partie du vête- 
ment féminin de l'époque. 

Que représentait exactement te voca- 
ble, qui ne figure, comme habillement de 
femme, dans aucun des dictionnaires que 
j'ai pu consulter ? . Nauticus. 

Drachenfels. — Il y a, dans Tim- 
mortelle bible d'Amiens, tout un chapitre 
intitulé : 

Soi4s le Drachenfels. 

je ne suis pas parvenu à comprendre 
exactement la signification de cq Drachen- 
fels. 

Viendrait-on bien m'y aider .^Quelle cor- 
rélation y a t-il avec les Drachen — vi- 
lains oiL^eaux de malheur allemands — 
dont on a tant parlé récemment dans la 



presse 



A. d'E. 



En avoir mare, ou marc. — Encore 
une expression de l'argot des tranchées 
qu'on entend beaucoup là et ailleurs. On 
me dit qu'elle vient de l'arabe. Que si- 
gnifie-t-elle, où et comment convient il de 
l'écrire? o. G. 

Comment faire disparaître Jes 
taches d't ncre 7 — Je possède un livre 
fort précieux qu'une malheureuse tache 
d'encre défigure. Connait-on un procédé 
pour faire dispar aîte lestaches autrement 
que par 1 t n-j loi d< agcmme, du grattoir, 
lesquels laissent toujours des traces.? 

A, Ch. 



N» 143 j, 



Vol. LXXIII. 
»95 



L'INTtiHMËDIAIiiB 



.96 



lléponded 



Le comte de Chambord. — Où 
ildesct-ndii à P&iU (LXXIl: LXXlll, 
49). J'étais trop jeune en 1871 et 1873 
pour avoir été mêlé aux événements po- 
litiques qui se déroulèrent à cette époque ; 
mais à défaut de ï^ouvenirs personnels je 
puis, sur les deux voyages de M. le Comte 
de Chambord, fournir des détails circons- 
tanciés qui m'ont été donnés par un fami- 
lier de Frohsdorf, auquel le Prince témoi- 
gna jusqu'à sa mort la confiance la plus 
entière et la plus vive affection. 

En 1871, Monsieur le Comte de Cham- 
bord venant de Bruges arriva à Paris le 
2 juillet au malin accompagné du comte 
Edouard de Monti de Rezé il entendit la 
messe à N. D. des Victoires. 

Dans un fiacre fermé, toujours avec 
son seul compagnon, il visita l'église de 
Notre Dame, les ruines de la Cour des 
Comptes, des Tuileries et du Pavillon de 
Marsan où il était né 43 ans auparavant ; 



tait le nom qu'il voulut, le 5 juillet, da- 
ter son célèbre mani''este. 

Dans la soirée il quittait secrètement 
Chambord prenant a Blois un train de 
nuit. Le comte René de Monti avait été 
envoyé à l'avance louer à Tours un com- 
partiment entier dans lequel Monseigneur 
monta sans être reconnu, avec les mem- 
bres de son service d'honneur qui l'avaient 
accompagné durant le voyage. Le train 
était bondé de royalistes se rendant de 
Tours à Blois, espérant pouvoir saluer le 
lendemain le Prince à Chambord. 

Le 6 juillet au matin. Monseigneur ne 
faisait que traverser Paris en voiture de la 
gare d'Austerlitz à la gare du Nord, s'ar- 
rêtant un moment place de la Bastille de- 
vant la colonne qui se dresse sur l'empla- 
cement de la célèbre prison. 

Le soir de ce même jour, il rentrait avec 
sa suite à Bruges^ moins le comte de 
Vanssay. 

Voyage de 18"^ 

Le 9 novembre 1873 au matin, Monsieur 
le Comte de Chambord arrivait à la gare 
de l'Est à Paris, venant de Frohsdorf par 



cherchant avec une émotion profonde, au Bâle ; il était accompagné du Comte S. de 
milieu des débris du lalais saccagé, les 5 Blacas, des Comtes Edouard et René de 



derniers vestiges auxquels se rattachaient 
sa première enfance. 

Il déjeuna 9 rue Marivaux à côté de 



] Monti, et du Comte Henri de Vanssay. 
11 fut reçu à la Gare de l'Est par le 

I Comte de Ste-Suzanne qui v amenait une 



l'Opéra-Comique, dans un des salons du \ calèche de remise à 2 chevaux, louée rue 
Restaurant « Marivaux » dont l'immeuble ] Basse du Rempart ; Monseigneur accom- 



appartenait au comte Henri de Vanssay. 
Les convives étaient : le comte Edouard 



pagné du Comte Edouard de Monti et du 
Comte de Vanssay entendit la messe à 



de Monti, le comte Henri de Vanssay et le \ l'église St-Laurent tout proche la gare 

comte René de Monti; ce dernier venu là ( Une femme du peuple le reconnut d'après 

pour rendre compte de la mission qui lui , ses photographies et lui fit dans l'église 

avait été confiée, d'aller la veille,en secret, j une respectueuse révérence, 

préparer les logements du Prince à Cham- | Le Prince monta en voiture avec ses 

°'^''^- I deux compagnons ayant sur le siège son 

En quittant la table, Monseigneur se \ premier valet de chambre Ferdinand 

rendit 10 Avenue de Villarschez le Baron , obry (dit Charlemagne) il se rendit di- 

de Nanteuil,beau-frere du comte de Vans- , rectement à Versailles en traversant Paris 



say. Ce fut là qu il dîna, après s'y être 
reposé le reste du jour. 

Ce même soir, vers 9 heures, il partait 
pour Blois accompagné des mêmes per- 
sonnes qui assistaient au déjeuner rue 
Marivaux, et auxquelles s'était adjoint le 
comte -Stanislas de Blacas. 

Le Prince coucha incognito avec sa 
suite, à Blois, à l'hôtel d'Angleterre. 

Le lendemain matin 3 juillet, il arrivait 
à Chambord. 11 y demeura pendant 3 
/oyrs, et c'est de ce domaine dont il por- 



j par les Champs Elysées, le Bois de Bou- 
logne, Bagatelle et StCloud. 

Arrivé devant les ruines du château 
qui, à cette époque, subsistaient encore, 
M. le Comte de Chambord descendit de 
voiture et voulut parcourir les abords de 
ce délicieux palais où s'était écoulée une 
partie de sa première enfance. 11 contem- 
pla mélancoliquement ces pierres calcinées 
et ces voûtes effondrées qui évoquaient 
pour lui de si émouvants et lointains sou- 
venirs, puis il s'engagea dans le parc, té- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 mars 19164 



197 



198 



moin jadis de ses jeux et de ses prome- 
nades, cherchant à retrouver dans le dé- 
dale des ombreuses allées, un sentier qui 
autrefois lui avait été familier! Arrivé de- 
vant une petite porte qui s'ouvrait discrè- 
tement dans le mur d'enceinte du parc 
royal le Prince s'arrêta. Cet huis ver- 
moulu qui disparaissait à demi sous le 
feuillage et les herbes folles s'était en- 
trouvert bien souvent, autrefois, j>our 
lui et ses jeunes amis qui profitaient de 
cette mystérieuse issue pour gagner la 
campagne et accomplir quelque joyeuse 
escapade ! Sans doute le Duc de Gramont, 
Henri de Brissac, les trois frères Blacas, 



Dans son ouvrage sur la mission du 
marquis de Villeneuve {Une ambassade 
française en Orient sons Louis XV. Pion, 
1887). Albert Vandal raconte qu'en 1699, 
le comte de Ferriol voulut braver tous 
les usages en se présentant avec son 
épée à l'audience du sultan ; on voulut la 
lui arracher ; l'ambassadeur repoussa vio- 
lemment les officiers du sérail, engagea 
une lutte, rentra dans son palais et de- 
meura dix ans sans remettre ses lettres 
de créance, plutôt que de se présenter dé- 
sarmé devant le monarque. 

Trente ans après, en 1728, rapporte 
plus loin Vandal, le marquis de Villeneuve 



Louis, Xavier et Stanislas. Maxence de | tenta aussi de se soustraire aux exigences 

Foresta, le Duc de Rivière, Maxence de j de l'étiquette ottomane. Quand il se ren- 

Damas, tous ceux qu'il ivait aimés et qui dit au sérail pour présenter ses lettres de 

avaient compté parmi ses fidèles, pas- créance au sultan Ahmed III, le chef des 



saient successivement devant ses yeux 

Devant la petite porte abandonnée qu'il 
n'avait pas revue depuis près d'un siècle, 
celui qui avait été le Duc de Bordeaux 
resta quelque temps silencieux et immo 



tcbaouchs ou huissiers de la Porte ayant 
voulu marcher à ses côtés et s'arroger la 
première place, l'ambassadeur repoussa 
cette prétention ; aussitôt le Turc, jetant 
I son haut turban de cérémonie, piqua des 



bile, et ce fut à pas lents et sans prononcer 1 deux et disparut. Villeneuve fut nean- 
une parole qu'il regagna sa voiture qui moins admis dans les appartements impé- 
■illait l'amener à Versailles. Ce fut pour riaux où le commandeur des croyants lui 
l'heure du déjeuner qu'il arriva rue St- 1 apparut pour quelques instants, entouré 
Louis chez le Comte deVanssay dont l hô- { de quatre de bes fils. En recevant la lettre 
tel avait été préparé pour cette royale vi- j de créance, le souverain dit seulement : 
site. On sait à la suite de quelle cruelle ; « Cela est bien »^et l'audience prit fin. 
désillu.sion, le Comte de Chambord reprit ■ Il ne paraît pas que ces timides protes- 
te chemin de l'exil. I tationsaient amené une modification quel- 
Tel est fidèlement rapporté le récit qui | conque dans le cérémonial traditionnel, 
m'a été fait ; je ne me su s permis d'y ! car lorsqu'en 1739, le même Villeneuve 
rien ajouter et si je ne puis garantir en • accrédité depuis neuf ans auprès du suc- 
avoir reproduit les termes exacts, Je suis ( cesseur d'Ahmed, Mahmoud I^^ fut enfin 
certain, du moins, d'en avoir respecté \ reçu en. audience, pour la première fois 
l'exactitude rigoureuse. 11 ne fait du reste ■ par le Grand Seigneur, il dut subir la se 
que confirmer en le complétant, celui déjà 
donné par M. le baron deNanteuil. 

Le Vicomte de Reiset. 



rie des nombreuses cérémonies obliga- 
toires avant d'être admis en son auguste 
présence. Un Bibliophile Comtois. 



Avanies subies par les représen- 
tants des puissances chrétiennes 
auprès de la Porte (LXXIII, 90). — Ce 
fut le général Aubert-Dubayet, envoyé du 
Directoire en 179b, qui réussit le premier 
à faire abolir quelques-unes des exigences 
humiliantes infligées aux représentants 
des puissances chrétiennes auprès du sul- 
tan. Ceoendant. il parait y avoir eu au- 
paravant, de la part de deux ambassa- 
deurs du roi de France, des velléités de 
résistance au protocole que prétendait 
leur imposer l'orgueil musulman. 



L'^ tête de la prir; cesse de Lamballe 

(LXXII;LXX1I1, 104,152). — Dans sa bio- 
graphie de la princesse de Lambjlle iPernn, 
1911), M. Raoul Arnaud confirme la 
version des docteurs Cabanes et L. Nass. 
Il raconte que les commissaires de la sec- 
tion des Quinze-Vingts, ayant reçu la tête 
de la princesse d'un émissaire du duc de 
Penthièvre, le S"^ Pointel, qui avait réussi 
à s'en emparer, consentirent à la faire 
inhumer dans le cimetière des Hnfants 
Trouvés, et ajoute dans une note placée 
au bas de la page 394: « 11 est faux, com- 



N» 1435. Vol. LXXIII. 

«99 

me l'a écrit Weber, que la tête de la prin- 
cesse ait été transportée à Dreux. En 
1793, les caveaux de Dreux furent violés, 
les sépultures dispersées, la tête de IVlme 
de Laniballe ne s'y trouvait pas et la 
chapelle de Dreux ne contient aucune ins- 
cription rappelant l'inhumation de Mme 
de Lamballe >>. 

Un Bibliophile Comtois. 
* 

♦ • 

Je lis dans V Almanach des honnêtes gens 

contenant des prophéties pour chaque 
mois de l'année 1793^ des anecdotes peu 
connues sur les journées des 10 août, 2 et 
3 septembre 1792 et la liste des person- 
nes égorgées dans les différentes prisons, 
seconde édition ornée de deux figures et 
augmentée de la liste des personnes égor- 
gées à Versailles, Paris 1793 : 

... La tête de la Piincesse fut coupée et 
promenée dans les rues sur une pique, son 
cœur et ses entrailles servirent de pâtuie à 
une troupe de cannibales. M. le Duc de 
Penthièvre^ peaupïre ,'src) de la Princesse, 
est parvenu à recueillir ces déplorables 
restes. 

Ce qui confirme pleinement la déposi- 
tion de Weber. J. R. de M. 

Le tombeau de Napoléon !•"• à 
l'U© Sainte-Hélène (LXXlll, 891. — 
La Grande Encyclopédie.^ t. XXIX, p. 1315, 
col, I (1901) dit, de Longwood : 

En 1837 la reine Victorioi a fait cadeau de 
cette maison à Napoléon 11! et l'a envoyée à 
Paris : une restitution fidèle de l'ancienne 
demeure a été faite à Sainte-Hélène ; ... 

J'ai passé à ce sujet (LXIII, S48 = 191 1, 

avril 30J une question, restée je crois 

ans réponse, qui peut se confondre avec 

a nouvelle. Sglpn. 

• 

♦ ♦ 

En réponse à la question sur le Tom- 
beau de Napoléon a Sainte-Hélène, n" 
1433, 10 février 1916, on peut consulter 
pour tous renseignements à ce sujet le n 



L'INTBRMSDIAIRE 



200 



<,< parfaitement lucide à 94 ans..., qui se 
« souvient des récits d'autrefois, que lui 
« faisait si souvent la Mère Saint Ignace, 
« laquelle avait vu descendre au tom. eau 
« le corps brisé de Montcalm, après la 
« bataille d.s Plaines [d'Abrahan] ; alors 
1 que la Mère Saint Ignace elle-même 
« avait entendu des récits bien plus an- 
« ciens de Geneviève de Bouchcrvilles, 
tf qui avait vu allumer la lampe perpé- 
s< tuelle de Repentigny, il y a plus de 200 
« ans, et dont le père se souvenait du 
« temps de Champlain » — « Quatre vies 
humaines pour couvrir un espace de plus 
de 300 ans. » 

Riview of Histortcal Publications rela- 
ting to Canada, publiée par l'Université 
de Toronto : Publications de 1913. 

Britannmchs. 



L'aviso français <* Le Bouvet», en 

1870 (LXXII). — j'ajoute aux ren- 
seignements donnés par M. L. Bassière 
que le commandant du Bouvet était 
M. Franquet, qui a terminé sa carrière 
active comme vice-amiral, commandant 
en chef, préfet maritime du 4^ arrondis- 
sement, à Rochefort, Le Meteor allemand 
était com.Tiandé par M. Knorr. 

J'ai eu jadis entre les mains une bro- 
chure allemande, d'un officier de marine 
nommé Livonius, laquelle consiste en un 
exposé complet du rôle de la marine alle- 
mande dans la guerre de 1870-71. Le 
combat du Bouvet et du Meteor y est 
raconté avec détail, d'une façon à peu 
près conforme au récit de la « Feuille de 
la Guyane ». Toutefois, M, Livonius 
donne pour motif de la rentrée du Me- 
teor à la Havane, la nécessité de se pro- 
curer de la glace pour les soins à donner 
à un matelot blessé à bord de ce bâti- 
ment. 

L'aviso à hélice de i ço chevaux, le Bou- 
I vet avait été construit à Rochefort sur 



3690 de r///Mi/r^//'on, I ç novembre 1913, | les pians de l'ingénieur De la Celle. Les 



page 390, article de M. Albéric Cahuet. 

Alex Thomas. 

La veuve du maéchal de Riche 
li uet Napoléon lli (LXXII). — Au 
couvent des Ursulines.à Québec, le colo- 
nel Wood, l'un des meilleurs historiens 
du «'anada, raconte qu'il connaissait en- 
core, en 1909, une religieuse «, d'esprit 



travaux furent comtnencés en Décembre 
i 1803, par l'auteur du plan, auquel, à par- 
J tir de Janvier 1865, succédèrent divers 
! ingénieurs (MM, Boden. Duchesne, Mar- 
,' chegay, Auxcousteaux, Trasbol).Le lance- 
' ment eut lieu le 26 mai 1865. Le premier 
j départ le 29 août 1866. 
\ Cet aviso le Bouvet était frère du Gui- 
i <:i?e«. Plus tard à partir de décembre 1872, 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

201 



10 mars 1916. 



202 



a été construit, à Rochefort encore, un 
autre aviso ie Bouvet, frère du Parscval. 

V. A. T. 

Emigrf^s normands et bretons à 

Jer-ey (LXXIII, 91). - Notre confrère 
S. d'A. pourra parfaitement contrôler 
l'ouvrage de M. de Rauville par celui du 
Cte Régis de lEstourbeillon : Les Familles 
françaises à Jet sey pendant la Révohiiion. 
Cat auteur, — qui n'est autre que le mar- 
quis de l'Estourbeillon, député du Mor- 
bihan, — reproduit tous les actes de 
l'état-civil des français baptisés, mariés 
ou inhumés à Jersey pendant Témigra- ) 
tion et il accompagne ces actes d'une no- 
tice sur toutes les familles de la noblesse 
française fixées dans cette île. Ce volume 
in-S" de 680 pages se termine par une très 
copieuse table des noms cités. 

Si un ouvrage du même genre était pu- 
blié pour les émigrés réfugiés à Londres, 
il serait bien utile pour les généalogi.tes. 

Brondineuf. 



M. S. d'A... pourrait, je crois, re- 
cueillir d'utiles renseignements en s'adres- 
sant à la « Société Jersiaise » et en écri- 
vant à son bibliothécaire. D^0. C. Powell, 
cf. of. Société Jersiaire, 9, Pier Road, ou 
au secrétaire M. T. T. Nicolle, 21 Hill 
Street, à jersey. 

A. L. 

Prêteur de Strasbourg (LXXII, 236, 
388). — La réponse de M. E. Lehr à la 
question posée m'a très vivement inté- 
ressé. Mais notre confrère pense-t-il que 
les fonctions de prêteur dans les bourgs 
d'Alsace avaient le même caractère que 
dans la ville de Strasbourg ? Un de mes 
ascendants, qui vivait à Marmoutier, près 
Saverne, de 1702 à 1730, est qualifié 
dans les actes indifféremment de senator, 
consul, ptœtor, burgmeistei . J'avais cru 
pouvoir traduire senator et consul par 
échevin, prcetor et hurgmeister par maire. 
Quel sens M. E. Lehr attribue-t il à cha- 
cun des quatre qualificatifs? 

Je dois dire que M. le Dr L. Spach, di- 
recteur des archives de la Basse-Alsace, 
a traduit prcetor par prévôt (Inventaire 
sommaire des archives, t. IV, 1872, in 40, 
p. 56). 

BiBL, Mac. 



Papier monnaie et monnaies de 
nécessité (LXXl ; LXXII ; LXXIII, 58, 
158). — A ajouter aux listes précédentes. 

Digoin (Saône-et-Loire). — La Société 
coopérative « la Ruche » usait, avant la 
guerre, de trois jetons valant respective- 
ment 0,50 c. (métal blanc, dentelé),o, 10 c. 
(biUon, dentelé), 0,05 c. (billon, hexa- 
gonal). Depuis la guerre elle en a frappé 
de nouveaux valant i fr. (métal blanc, 
orbiculaire) et 0,25 c. (métal blanc, hexa- 
gonal). Les pièces portent, à l'avers, une 
ruche entourée d'abeilles et le nom de 
Digoin ; au revers, la valeur en chiff"res. 
Cette monnaie circule à Digoin et dans 
les communes voisines. 

Mâcon (id) et Bourg (Ain). — Les Cham- 
bres de commerce de Mâcon et de Bourg 
réunies viennent d'émettre (février 191b) 
des coupures de 0,50 c. à l'imitation de 
celles de i fr. La date d'émission est la 
même pour les unes et pour les autres 

(!"■ septembre 1915). Bibl. Mac. 

* 
* * 

J'ai sous les yeux l'arrêté pris par le 
maire d'une importante commune de 
France, pour la création dans cette ville 
du papier ^monnaie. J'y lis les articles 
suivants : 

Art. 3. — Les Billets ont cours obliga- 
toire et forcé, en ce sens que le créancier 
auquel ils seront remis en paiement ne pourra 
les refuser. 

Art. 4. --Le refus d'acceptation de ces 
billets entraînera l'arrestation immédiate du 
délinquant. 

Art. 5. — Le chef de la Garde civique 
est chargé de l'exécution du présent arrêté. 

De semblables dispositions sont-elles 
légales ? 

je nai pas en ce moment la possibilité 
d'étudier la question. Mais il me semble à 
première vue qu'il y a là un abus de pou- 
voir évident. 

Dans plusieurs villes où je suis passé, 
je me suis vu refuser par des commer- 
çants, ou par des particuliers, les billets 
locaux. — Les Caisses de l'Etat ne les 
acceptent nulle part. — - J'en conclus que 
le cours forcé n'a pas été é.licté partout : 
ou que s'il l'a été on n'en tient aucun 
compte. 

Autant il est ridicule et fâcheux de 
voir les habitants d'une commune re- 
fuser un papier dont le remboursement 
est garanti de la façon la plus sûre, et qu: 



N« 1435. Vol. I.XXTII. 

203 

n'a été créé que pour faciliter leurs afFai- 
res ; autan», il semble arbitraire de vou- 
loir en imposer l'usage à ceux qui, à tort 
ou à raison, n'ont pas confia ce. Il y a 
également un gros inconvénient à obliger 
le voyageur de pa^sage à accepter une 
monnaie qu'il ne pourra utiliser ailleurs 
et dont le remboursement lui occasionne- 
rait plus tard des frais qui en diminue- 
raient la valeur. 

Les conditions de remboursement des 
billets émis par les Villes ou les Cham- 
bres de Commerce varient à l'infini ; 
elles peuvent néanmoins se ramener à 
quatre principales : 

1° Remboursement à vue, à quelque 
époque que ce soit. 

20 Les billets ne seront remboursables 
qu'à partir de telle date. 

3" Il ne seront remboursables que jus- 
qu'à telle date, sous peine de prescription. 

40 Ils ne seront remboursables i\ut par 
groupements de 20 fr., 50 fr., 100 fr. 

Que penser de ces diverses s'.ipula- 
tions? 

Les deux premières sont évidemment 
à l'abri de toute critique. — Dans l'une 
le remboursement n'est soumis à aucune 
condition. Dans l'autre l'acceptation du 
billet entraine l'acceptation du terme 
fixé pour le remboursement qui, ce ter- 
me une fois échu, restera toujours pos- 
sible. 

Peut-on en dire autant de la troisième? 

Pour ma part je ne le crois pas. — Ce- 
lui qui engage sa signature ayant pour 
premier devoir d'y faire honneur et 
n'ayant pas le droit d'instituer à son pro- 
fit une déchéance que son créancier ne 
serait pas toujours à même d'éviter. 

Pour les mêmes raisons, je n'admets 
pas non plus la quatrième. — jfe me de- 
mande en vain de quel droit l'établisse- 
ment créateur bénéficierait par exemple 
d'une somme dp i^ francs, sous prétexte, 
qu'il manque 5 francs pour permettre le 
remboursement? 

je préfère penser que cette dernière 
condition n'a été imaginée que pour en- 
gager le public à faciliter par le groupe- 
ment les opérations de remboursement et 
de comptabilité, sauf à ne pas l'appliquer 
si le porieur exige qu'il en soit autre- 
ment. 



L'INTERMEOIAIRK 



204 



En tout cas, ces diverses conditions ne 
pouvant à mon avis avoir de valeur et 
devenir opposables au porteur qu'en vertu 
de son ; cceptation tacite, me paraissent 
tout à fait incompatibles avec Tidée de 
cours forcé. 

H. D'. 

La prononciation à la manière 
d'Alcibiade (LXXIII, 145). — Aristo- 
phane ne dit-il pas qu'Alcibiade gras- 
seyait ? C'est sans doute ce à quoi fait 
allusion Chateaubriand en parlant de la 
prononciation de lord Clauwilliam. 

H. CM. 

Les Allemands sont à Noyon 

(LXXIl ; LXXIll, 81). - aue notre col- 
lègue Sgipn ne se mette pas en peine au 
sujet des quatre vers qu'il a cites de mé- 
moire : c'est simplement le refrain de la 
chanson de Victor iVleusy : Deux heures 
dti matin. 

Cf. Chansons d'hier et d'aujourd'hui . 
Paris, Librairie documentaire, 1889; in-8). 

P. D. 

Nom de navires march nds ja- 
ponais (LXXIII, 92). Le mot Maru 
qui accompagne presque toujours, on peut 
même dire toujours, le nom des bâtiments 
de la flotte commerciale et de la marine 
de guerre japonaises, est un terme géné- 
rique et signifie Bateau Navire. 

11 est assez fréquent en japonais de 
trouver le terme générique suivant un 
mot ou un nom : par exemple pour dési- 
gner une jeune fille on a le terme généri- 
que Ko que Ion ajoute à un nom ou mot 
quelconque formant un nom de jeune 
fille : Sakoura Ko (jeune fille qui a nom 
Fleurs de Cerisier). 

Mitsù Ko (jeune fille qui a nom Petite - 
Chose). 

Un trépané. 






Notre confrère en sera probablement 
pour ses frais de curiosité : un japonisant 
même ne pourra le satisfaire. 

Voici, en e(Tet, ce que dit Basil Hall 
Chamberlain, une haute autorité, dans 
son Hau'ihook of CoHoçuial Japancse, Kel- 
ly et Walsh, Yokh.oama, 3"^ éd., 1898; 
p. 515: 



DES CHERCHE J vis ET C'JRIEVX 



lo mars 104$. 



205 



206 



Maru, un mot qui sert à former le nom 
des navires marchands, comme Tôkvô Maru. 
Son origine et sa signification sont obscu- 
res. 

Rien de plus, 

Britannicus. 
* 
* « 

Maru (pron.marou) veut dire un cercle 
et aussi un tout^ un entier, une unité. 

Il servait à désigner autrefois les diffé- 
rentes parties d'un château féodal : hom- 
maru, la partie principale ; « nishi no- 
maru », la partie de l'ouest, etc., etsussi 
les sabres japonais auxquels on donnait 
un nom quand ils sortaient des mains 
d'un fabricant célèbre. 

Enfin (et c'est le cas visé par la ques 
tion) il servait et sert encore à désigner 
une « unité » navale : Yamashiro maru, 
l'unité (appelée) Yamashiro. 

Un Bibliophile Comtois. 

La Vierge de Dixmude (LXXIll, 
140), — A l'article Dixmude, dans l'His- 
toire générait; des Pais-Bas, contenant la 
desciiption des XVII Provinces ('Edition 
nouvelle, Bruxelles, 1743, t. II, p. 143), 
on lit : 

On voit dans l'hôtel de ville une Image 
de la Sainte Vierge, qui aiant été frappée 
de plusieurs coups d'épée par un soldat 
allemand répandit plusieurs goûtes de sang 
par une plaie, dont les cicatrices paraissent 
encore. 

P . c. c. De Mortagne. 

Salle des iViaréchaux aux Tuile- 
ries (LXXU, 2). — A la question posée 
parM. H. C, il n'est pas aisé de donnerune 
réponse satisfaisante, tant la décoration ico- 
nographiquede cette salle célèbre a subi de 
changements. En fait, quant aux por- 
traits peints placés dans les grands pan- 
neaux du bas, ce chiff're de 12 est inexact, 
c'est 14 qu'il faut dire ; 14 emplacements 
du moins, car nous connaissons un nom- 
bre plus élevé de peintures ; ainsi 7 co- 
pies à Versailles, qui s'ajoutent à la liste 
de 13 originaux donnée par une notice de 
1836. Ces divergences s'expliquent par 
des remaniements successifs nécessités, 
peut-être, par l'introduction dans la série 
de gloires nouvelles. 

Quant aux bustes, sous Louis-Philippe 
il y en eut 64, si l'on en juge par les 
coupes gravées dans un ouvrage officiel de 



l'époque, soit 14 bustes du côté du jar- 
din, 14 du côté de la cour, 18 du côté du 
pavillon de Flore, autant du côté du pa- 
villon de Marsan. Mais, sous le second 
Empire, il n'y en a plus que 24, car tous 
ceux qui se trouvaient sur la galerie, soit 
40, furent supprimés, — en admettant qu'ils 
aient jamais été placés. 

Il existe à Versailles 15 bustes moulés 
sur ceux de la salle des Maréchaux (Col- 
bert, Espagne, Saint-Hilaire, Lannes, El- 
liot, Berthier, Masséna, Augereau, Ney, 
Davoust, Kellermann,Lefebvre, Pérignon, 
Sérurier, Gouvion-Saint-Cyr), plus deux 
bustes originaux enlevés avant le second 
Empile, ceux de joubert et de Muiron, 
plus enfin deux bustes épargnés lors de 
l'incendie de 1871 et transportés à Ver- 
sailles l'année suivante : le comte de 
Dampierre et Lasalle 

J. Mayor. 

Eglise Sainte -Geneviève des 
Grandes Carrières (LXXIll, 92). — An- 
cienne chapelle Sainte-Geneviève des Ar- 
dents, en souvenir de la vieille église qui 
existait naguère, avant 1747, dans l'île 
Notre-Dame (à l'emplacement actuel de la 
Préfecture de Police) et dont le nom rap- 
pelait la cessation du « Mal des Ardents », 
due à l'intercession de la patronne de 
Paris en l'an 1 130. 

Aux n"^ 172-174 de la rue Champion- 
net — emplacement actuel de la nouvelle 
paroisse — se trouvaient encore en 1900 : 
Les Petites Sœurs des pauvres ; la clinique 
Saint-Joseph ; une école enfantine protes- 
tante ; enfin un hôpital néerlandais. 

Hector Hogier. 

Lieu de ^naissance de saint Am- 
broise (LXXHl, 93). — Paulinus dans sa 
Vie de saint A^'ihroise dit : 

Igitur posito in administratione praefec- 
turae Galliarum pâtre ejus Ainbrosio, natus 
est Ambrosius. 

cap. 3. 

Parce qu'à cette époque là la ville de 
Trêves était le chef-lieu de la Gaule on a 
cru qu'elle était le lieu de naissance de 
saint Ambroise. 

Edward Bensly,. 

Le Père de Saint-Ambroisc était préfet 
du prétoire des Gaules. 



N 1435. Vol. LXXIII. 

■ 207 

Le P. Pagi, dans ses Notes sur Baronius^ 
a démontré qu'à cette époque la rési- 
dence du gouverneur était à Trêves, et 
non pas à Arles. 

E. P. 

* 

* • 
il se peut qu'une tradition provençale 
fasse naître saint Ambroise à Arles. Mais 
toutes les biographies, tant françaises 
qu'Allemandes, font d'accord pour lui 
attribuer comme lieu de naissance la 
ville de Trêves, où son père Pratorio était 
préfet romain. 

Un Bibliophile Comtois. 

11 ne semble y avoir sur le lieu de 
naissance de saint Ambroise que des con- 
jectures. L'histoire de la littérature latine 
la plus complète et la mieux documentée 
qui existe actuellement, celle du profes- 



L'INTErMEDIAlRE 



20 



avec une très sérieuse bibloi^raphie docu- 
mentaire, dans U Héritage des Beauvau- 
, Tign\\ iy^o-18^0, p:ir le comte de Mira- 
! mon-Fargues, édité chez Pion, en 1907 .Je 
ne crois pas qu'il existe encore de vieux 
. choletais contemporains du procès en re- 
K v.-^ndication de nom intenté par l'ofFicier 
\ royaliste. Mais j'en ai connu qui savaient 
• bien des choses que n'a pu raconter M. 
i de Miramon qui les ignorait. Pour tous 
j ces gens, il ne faisait pas doute qu - Char- 
< les Jusl- Louis Eugène ne fût le fils du mar- 
1 quis de Beauvau II doit encore exister à 
{ Cholet, dans la famille Broque.un intéres- 
] sant recueil de notes a ce sujet. 

H. Baguenier-Desormeaux. 

Le marquis de Beauvau, tué par les Ven- 
déens à Cholet le 14 mars 1793. avait eu 
seur Martin Schanz, de l'Université de j en 1774 un fils de son mariage avec Mlle 
WiJrzbourg, dans le volume consacré à la i Le Sénéchal de Kercado-Mollac. Ce fils 
période du IV" siècle P. J. C, n'mdique - ' ■^^ - • - ^- • 



comme texte sur la question que ce pas 
sage de la vie de saint Ambroise par son 
secrétaire Paubinus : « Posito in adminis- 
tratione prasfec'urae Galliarum pâtre ejus 
Ambrosio. natus est Ambrosius ». Comme 
son père était préfet du prétoire en Gaule, 
ajout-^ M. Schanz, on admet que Trêves, 
fut le lieu de naissance d'Ambroise ». La 
formule, on le voit, n'est pas très affir- 
mative ; et s'il est possible que la femme 
du préfet des Gaules ait fait ses couches 
dans la capitale officielle de la préfecture, 
c'est-à-dire à Trêves, il l'est aussi que ce 
soit à Arles, qui dès lors n'avait guère, 
en fait, un rôle moins important, et qui, 



mourut à Nantes le 2 février 1789. Du 
moins, ce fait passa pour constant et ré- 
sultait de l'acte de sépulture inscrit à cette 
époque sur l.s registres de la paroisse de 
Saint-Nicolas. 

Le marquis de Beauvau avait contracté 
en 1777, à Saint Domingue, un second 
mariage avec Mlle de Marceillan. Le Par- 
lement de Paris, en l'annulant, déclara 
néanmoins légitime la fille qui en était 
issue et qui seule recueillit la succession 
de son père. 

Cependant, sous la Restauration, un offi- 
cier vendéen parut sous le nom de Beau- 
vau et prétendit être ce fils légitime du 
marquis réputé mort en février 1789. Il ac- 



au début du v' siècle allait devenir, au \ tionna en r clamation d'état la demoi 



lieu de Trêves envahie par les Barbares, 
la résidence régulière du préfet. Mais il se 
pourrait aussi que ce ne fût ni à Arles ni 
à Trêves. En l'absence d'un texte ancien 
positif, il est vraisemblable qu'on n'en 
saura jamais rien. 

Ibère. 

Beauvr.u, officier T'ndéen (LXXIII, 
93). - Beauvau, ou, du moins celui qui 
a été connu sous ce nom, fut un des plus 
admirables officiers de second rang de 
l'armée vendéenne. 11 fit bien des efforts 
pour être reconnu comme étant le fils du 
marquis jacobin, procureur-syndic du 
district de Cholet ; Un Curieux trouvera 
tous les détails importants de cette affaire 



selle de Beauvau, épou?e de M.Delaunet Un 
jugement par défaut, du 6 avril 1819 rejeta 
l'action du réclamant. Il y forma opposi- 
tion, et comme on lui avait opposé Lacté 
de décès de celui-là même pour lequel il 
voulait se faire reconnaître, il s'inscrivit 
en faux contre cette pièce et demanda l'ad- 
1 mission de cette inscription. Par son juge- 
ment du 22 février 1820, le tribunal de 
première instance d'Angers lui accorda un 
délai pour établir qu'il avait ou la posses- 
sion constante de l'état du fils légitime 
du marquis de Beauvau. ou un commen- 
cement de preuve par écrit ou des indi- 
ces résultant de faits dès a présent cons- 
tants et assez graves poi!r déterminer l'ad 
mission de la preuve testimoniale. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo mars 1916. 



209 



210 



Les avocats des parties étaient M' Ber- 
ryerfils, de Paris, pour le demandeur, M* 
Duboys pour la dame Delaunet, et M'' Ju- 
bin pour les intervenants. Leurs plaidoi- 
ries savantes et pleines d'intérêt firent 
époque dans les annales du barreau d'An 
gers Le 23 mai i8^o, le tribunal rejeta 
définitivement l'action du réclamant et ce 
jugement fut confirmé par la Cour d'Ap- 
pel d'Angers et la Cour de Cassation. 

L'aventurier Eugène de Beauvau mou- 
rut à Nantes, le 26 j'jillet 1833. M. Port, 
archiviste de Maine-et-Loire, membre de 
l'Institut, dit à tort qu'il mourut à Angers, 
vers 1850. 

F. UZUREAU, 

Directeur de l'Anjou histoiique^ 

Un portrait da Cervantes {LXV, 
LXVll, LXXll, 160). ~ Dans la commu- 
nication signée H. C. M. parmi les ouvra- 
ges cités de l'auteur du Don Quichotte, on 
a imprimé par inadvertance Numènie au 
lieu Je Numaiice. II s'agit, en effet, du dra- 
me héroïque et national dont le sujet est 
le siégea jamais mémorable de 133 av. 
I. C. Pendant celui de Saragosseen 1808, 
NnmanceéXzxi jouée au théâtre de la ville 
et celte œuvre devenue de circonstance 
enflammait d'une ardeurnouvelle les sol- 
dats de Palafox. H C. M. 

Gérard de '-'erval (LXXIII, 93). — 
Gérard de Nerval n'est pas mort dans la 
rue de la Lanterne en la Cité, non plus 
que dans la rue de la Lanterne-des-Arcis, 
mais non loin de cette dernière rue dans 
une ruelle immonde, la ruedela « Vieille- 
Lanterne » qui allait, parallèlement à la 
Seine de la rue Saint Jérôme à la rue de 
la Vieille Placc-aux-Veaux,prèsde la place 
du Châtelet, et occupait à peu près 
l'emplacement actuel du théâtre Sarah- 
Bernhardt et de la maison Allez. 

Apres le 19 octobre 1854, jour où il 
quitta l'asile du docteur Blanche, Gérard 
de Nerval habita jusqu'au milieu de jan- 
vier dans un hôtel de la rue Neuve-des- 
Bons Enfants (actuellement rue Radzi- 
will), puis il vécut en vagabond dans 
lequartier desHalles etdel'Hôtel-de-Ville, 
faisant de la nuit le jour, traînant de ca 
baret en cabaret et se faisant de temps à 
autre ramasser dans les rafles de police. 
A peu près dénué de res-ources, il aurait 
été dans l'impossibilité de louer un domi- 



cile permanent et logeait sans doute « à la 
nuit » dans l'unou dansl'autre desbouges 
de ce quartier mal famé. Ce qui tendrait à 
justifier cette hypothèse, c'est que la nuit 
de sa mort, il vint frapper à la porte 
d'un des hôtels borgnes de la rue de la 
Vieille Lanterne ; mais le froid était tel 
que la tenancière de l'établissement ne 
voulut pas se lever pour aller lui ouvrir. 
Le malheureux alla se pendre à quelques 
pas de là, non à un réverbère, mais à la 
grille d'un cloaque qui s'ouvrait en con- 
tre bas de la rue. 

Un Bibliophile comtois. 



* 



\ 



Après sa sortie de la maison de santé 
du Dr Blanche, qui eut lieu le 19 octobre 
1854, Gérard de Nerval dem'îura pendant 
quelque temps chez sa tante, Mme veuve 
Labrunie, 54, rue de Rambuteau. 

« La maladie de sa tante » dit le mieux 
renseigné et le plus fervent de ses biogra- 
phes, M. Aristide Marie, 

a rej 'té Gérard à la vie errante et aux nuits 
vagabo des il a bien loué une chambre, rue 
des Botis-Enfant-, a l'hôte! de Noimandie, 
mais il n y paraît ^nère, et l'on ne sait plus 
où il loge, ni queis gîtes de rencontre abri- 
tent son ex:s ence incertaine. Depuis long- 
temr-s sans doute ces divagations de noctam- 
buL lui sont famil-ères : que de fois l'heure 
passée, au teaips de ses anciens domiciles, 
lui arrivait-il, pour le plaisir d'errer ou de 
rêver, ou seulement par crainte d'éveiller son 
concierge, de ne pas rentrer chez lui. témoi- 
gnant, à sa manière, de son respect de l'or- 
dre et de la discipline ! 

Mamtenant il ne redoute plus que le « pi- 
pelet » des autres, et c'est à des heures dé- 
centes qu'il lui arrive encors d'aller deman- 
der un gîte à ses ami? à Georges Bell, à 
Busquet, ou à Théophile, chez lequel il 
irouve un divan toujours prêt et un tapis 
pour s'y pelotonner M;^is le plus souvent il 
s'égare dans le Paris interlope d'après minuit 
et s'attarde aux établissements nocturnes en 
des promiscuités équivoques. 

Fuis, quand les bouges eu> -mêmes se sont 
fermés, que le dernier pissant a iisparu de la 
rue déserte, il va rôder d^na les carrières, au 
millieu des vagabon.ls etdes escoipes dont il 
envie l'insoumisi.» et libre existence ; ou bien 
en>-ore à l'aube naissante, il explore les b m- 
lieues où le hasard de sa divagation le fait 
échouer en quelque chambre d'auberge, ou 
au violon d'un poste de police. 

La ru'^ où Gérard de Nerval fut trouvé 
pendu le 26 janvier iSç^.au petit jour, ne 
s'appelait pas rue « de la Lunterne »,mais 



N« 1455. Vol. LXXIII. 

21 1 

« de la Vieille-Lanterne >.EIle n'était pas 
situéedans la(jté, mais donnait dans l'an- 
cienne place du Châtelet. 

Ici encore, écoutons M. Aristide Marie, 
dont l'autorité en la matière est indiscu- 
table. 

Du thiàtre du drame, il ne subsiste ni 
trace ni vestige : les expropriations ont de- 
puis lontenips emporté le pâté lépreux de 
vieilles bcitisses où serpentaient la rue de la 
Vieille-Lanterne et les auties impasses tor- 
tueuses du quartier des «Anciennes Bouche- 
ries » ; mais la figuiation en a été conservée 
avec précision . Commençant aux numéros 2 
et 4 de l'ancienne place du Chapelet, au mi- 
lieu de la façade actuelle du ihéâtre Sarah- 
Bernhardt, la rue de la Tuer e - ci-devant 
rue de l'Hcorcherie, — aboutissait après un 
parcours de trente-six mètres, entre les numé 
ros ao et 22 de la Vieille-Place-aux- Veaux. 
Elle se dirigeait parallèlement à la Seine, 
puis, à quelques mètres de l'entrée, s'enfon- 
çait d'environ deux mètres, au moyen d'un 
escalier de douze marches, branlantes et vis- 
queuses, et se prolongeait par la rue Basse 
de la Vieille Lanterne, innommab'e couloir 
au fond duquel croupissait la fange d'un 
égout : c'était le caniveau qui autrefois dé 
versait à la Seine le sang et les détritus de 
l'écorcherie. 

De cette partie, encaissée entre les hauts 
murs des noires maisons, on apercevait au 
fond, vers la place du Châtelet, une étroite 
entaille lumineuse, dont la clarté s'interrom- 
pait en haut de l'escalier, hissant dans une 
ombre sinistre le surplus de la ruelle 

Au niveau de la rue haute, un palier de 
bois, muni d'un garde fou. surplombant au- 
dessus des marches, donni'it accès à la porte 
d'un bouge dont l'hospitalité s'annonçait par 
une gros^^e lanterne portant cette inscription: 
< On loge à la nuit Café à l'eau. » D'autres 
enseigi.es étaient peintes en grosses lettres 
sur le mur voisin : u Bains de Gesvres », et 
plus bas : « Boudet, entrcpeneur de serrure- 
rie ». Au-dessous du palier, à hauteur de la 
quatrième m irche, s'ojvrait une baie grillée 
de louids barreaux, traversée au milieu par un 
croisillon ; une porte, à côté, permettait d'ac- 
céder de la rue basse à la maison louche. 
L'escalier s'interrompait en son milieu par 
un palier d'un mètre en"iron, formant re- 
pos entre les deux tronçons, le supéiicur 
comptant sept marches et l'inférieur cinq : 
ce dernier obliquait à gauche pour laisser 
place à une grille, celle de l'égout, qui ve- 
nant du marché Saint- Jacques, canalisait au- 
autrefois le ruisseau rouge de.^ boucheries, 
mais ne servait plus alors qu'à l'abduction des 
eaux ménagères. Le flux immonde, suivant 
la pente du sol, obliquait à droite, sous une 



L'INTKRMEDlArPrî 



212 



ce ru infect se continuait, en pente rapide, 
d'abord à ciel ouveit, ensuite voûté jusqu'à 
la Seine, dont on apercevait au loin le ni- 
roitement argentin 

Cette galerie, dans laquelle un piéton 
pouvait circuler, avait servi naguère de re- 
fuge nux auteurs du complet des Prouvaires. 
En face de la baie grillée se trouvait une 
écurie souterraine où venaient se loger péle- 
niêlu, les misérables auxquels manquaient 
les quatre sous requis pour l'octroi d'un 
«lit convenable » De l'autre coté, au- 
dessus d'une voûte, où s'enfonçait, large 
d'un mètrt , un circuit de la ruelle, une clé 
symbolique, peinte en jaune, servait d'ensei- 
gne à lj bo'jtiquedu serrurier. La plus sor- 
dide truanderiee lampait dans la f mge de ce 
dédale, repairait la nuit à l'auberge sans 
nom 

Au-dessus de cette lèpre médiévale, la 
tour Saint-Jacques haussait sa couronne den- 
telée aux emblèmes apocalyptiques ; 'es dé- 
nominations conservées à ces vielles ruelles y 
ajoutaient une couleur locale qui, vingt ans 
auparavant, eût ravi les disciples du Petit 
Cénacle : c'étaient les rues de la « Vieille- 
Tannerie », du « Pied-de Bœuf », de la 
« Tuerie », « Vielle-Place aux- Veaux » et 
« Saint Jacques de-la-Boucherie ». On accé- 
dait jadis à la rue de !' « Escorcherie » en 
logeant la prison du Châtelet, par la rue 
« Trop va qui dure », devenue plus tard la 
« Descente de la Vallée de la Misère ». 

De ce lieu sinistre nous possédons mieux 
que de froides descriptions : des artistes, de 
pieux amis ont vouIj en fixer pour toujours 
1 horreur trag-ique. S.ns parler de la litho- 
graphie de Gustave Doré, véritable poème 
d'une si pénétrante allégorie, nous avons la 
précise eau-forte de Léopold Flaraeng, un 
dessin au lavis de Legrip, des croquis de 
Roger de Beauvoir, de Jules de Goncourt, 
de Victorien Sardou. Mais la plus impression- 
nante vision qui nous en ait été léguée est 
due à Célestin Nanteuil, qui, dans une litho- 
graphie simple et ni.e,-,par queLpies opposi- 
tions de blanc et de noir, a résumé l'épou- 
vante de l'impASse de désespoir. 

Ce fut le 36 janvier 1835, entre six et sept 
heures du matin, alors qu'un jour blafard 
commençait à filtre! sur les parois des lu- 
gubres maisons, qu'on aperçut Géraid, pendu 
à la grille de l'escalier. Il était accroché 
au troisième barreau, à l'intersection du croi- 
sillon, au moyen d'un cordon mince en 
toile écrue, ceinture de tablier de cuisine, 
d'après Houssaye et Maxime du Camp, lacet 
blanc de corset, muni de son ferret de cuivre, 
d'après Nadar. La tète était couverte d'un 
chape lu haut de forme, l'extrémité des pieds 
rasait le pavé, les jambes étaient repliées, 
soit par un effort de traction, soit par le dé- 
voûte creusée dans la muraille en retour, et l sir d'éviter la rencontre d'un point d.ippui 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 mars 1916. 



213 

Une 



214 



en touchant le sol. Une pierre se trouvait ^ 
près ae la, attestant la précision avec laquelle 
il avait procédé : pour fixer à la gnlle les ex- 
trémités du cordon qui entourait son cou, il 
était monté sur la première marche, de ma 
nière à rester suspendu dans le vide, en aban- 
donnant es point d'appui. Mais, pour éviter 
qu'un balancement ou un instinctif ressaut 
ne l'y pussent rame 1er, il y avait placé la 
pierre trouvée près de lui et sur laquelle il 



était monté, rendant ainsi impossible tout | Jack Tar » 
nouveau contact avec la marche : un sim- 
ple coup de pied pour écarter cet appui, un 
bond dans le vide, et l'œuvre de mort s'était 
accomplie... 

[Gérard Je Nerval par Aristide Marie, 
« d'après des Manuscrits et Documents 
"" volume in-8, librairie Ha- 



je demeure très perplexe, comme l'in- 
dique ma note. 

J'ajoute que dans l'édition anglaise de 
mon livre (Londres, Heinemann),ma tra- 
ductrice, Mrs Florence Simmonds, a fait 
un heureux rapprochement entre le sur- 
nom donné aux fusiliers marins français 
et le sobriquet des marins anglais : 
« Compare the carrent English nickname 



inédits ». Un 
chelte, 1914)- 



Victor Joze, 



Jean le Gouin (LXXlll, 44). - Gus- 
tave Fustier avait certainement les yeux 
dans sa poche quand il lut Dixmiide. 
Sans quoi il n'eût pas manqué d'aperce- 
voir, p. X de l'Introduction, en plein 
texte ; 

« Jean Gouin (ou Le Gwenn, Jean-Le- 
Blanc), comme s'appellent entre eux les ma- 
rins. > 
et en note : 

« Quand on a passé dans les rues de Gand, 
elles étaient pleines de monde qui criait : 
« Vivent les Français ! » Dans la foule, 
j'avais entendu un qui a crié : « Vive Jean 
Gouin I » Celui-là les connaissait bien, les 
Jean Gouin! Lettre du fusilier F... de l'île 
de Sein. Le Gwenn qui, par corruption, a 
donné Gouin, est un nom très répandu en 
Bretagrie ». 

Voilà ^ouïDixmiide. Mais je suis revenu 
sur Jean Gouin dans la suite de l'histo- 
rique de la brigade, qui a commencé à 
paraître di.ns la Hevue des Deux Mondes 
Page 577 de ce périodique, n" du T"" dé 
cembre 191 5, vous pouvez lire en note, à 
propos de Jean Gouin : 

« Surnom donné aux fusiliers marins et 
dont l'origine est incertaine : les uns y 
voient une déformation de Jean Le Gw-^nn, 
nom très répandu en Bretagne; les autres le 
font venir du mot gwin (s c. r,rdant, eau- 
de-vie), éty.nologie malheuieusement aussi 
acceptable. » 

Ce sont des officiers de la brigade qui, 
dans rintervalle, m'avaient proposé cette 
seconde étymologic, pour laquelle ils 



Reste à savoir : \° si Jean Gouin est un 
surnom particulier aux fusiliers marins 
ou, comme jack Tar, en Angleterre, et Ma- 
thurin chez nous, commun à tous nos ma- 
rins ; 2° à quelle époque remonte son en- 
trée dans la circulation ; 3° à quel bord ou 
dans quelle formation il a pris naissance. 
Charles Le Goffic. 

Condamnés à mort protégés par 

Victor Hugo (LXXII ; LXXlll, 69). — 

Victor Hugo s'adressant à Napoléon III, 

et dans ces termes là, qui plus est, cela 

me paraît un comble. Puis vraiment les 

vers ne sont pas trop bons ; mais ce 

n'est pas seulement pour leur médiocrité 

que je ne puis les croire de l'auteur des 

Châtiments . 

H. C. M. 
* 
* * 

L'intervention de Victor Hugo en fa- 
veur de Barbes est bien connue, amsi que 
les vers (où il faut lire, je crois : « Par 
votre ange»), et si Mme Hugo rapporte 
les circonstances de la composition, autant 
qu'il m'en souvient, un peu autrement 
que notre confrère, peu importe : le tond 
du récit est le même, et l'authenticité des 
vers ne fait pas doute. 

En est-il de même de l'autre quatrain ? 
fe ne parle pas seulement de sa médio- 
crité. Mais que l'auteur des Châtiments, 
de 'Napoléon le Petit, de V Histoire d'un 
Crime, ^\\. pu consentir à demander quelque 
chose, fût-ce la vie d'un condamné, à 
Napoléon III, après le coup d'Etat, il y a 
là, ce me semble, une impossibilité mo- 
rale. La chose mérite, en tout cas, d'être 
éclaircie « Qiiidonc » serait bien aimable 
de préciser la date et l'occasion de ces 
quatre vers, et d'indiquer sur quelle au- 
torité ils ont été attribués à Victor Hugo. 

Ibère. 

* « 



aci,uii>at «-ijMiv^.wç,.^, f^v^u.. .„v^L.^,..^ ..., Le :|uatrain adressé par Victor Hugo à 

penchaient visiblement. Personnellement * Louis-Philippeenfaveur de Barbes est con- 



N» 1435. Vol. LXKIII. 

215 

nu. Mais en faveur de quel autre person- 
nage le poète est il intervenu auprès de 
Napoléon ill? Et d'abord cette intervention 
a-t elle pu réellement se produire.'' Vic- 
tor Hugo avait combattu énergiquement la 
politique Je l'Elysée pendant la présidence 
de Louis Bonaparte et avait vécu en exil de- 
puis le Coupd'Etat du 2 décembre jusqu'à 
la chute de l'J'mpire. On ne voit pas bien 
comment ni quand il aurait pu implorer 
la clémence de l'homme qu'il avait si 
cruellement stigmatisé dans les Châti- 
ments et dont il était l'ennemi irréconci- 
liable. Il semble qu'une pareille démarche 
de sa part aurait été plutôt nuisible que 
profitable à son client. 

Un bibliophile comtois. 

"Une épitaphe mémorable fLXXIlI, 

73). — Erratum : Ligne 31 , lire <<. Gisors, \ 

Ch. Lapierre, 1896 ». j 

Sglpn. ! 

Distique latin à attribuer : cred© \ 

ratf-m iLXXUl, 9b). — Ce tetrasîique se i 
trouve dans plusieurs manuscrits anciens ' 
et dans les collections connues d'épigram- i 
mes et pièces diverses, par exemple les j 
Epi^rammata et Poema'ia Vetera de Pierre 
Pithou, Paris, 1590, p. 25. Mais 1 auteur 
de ces vers? Ils sont bien anonymes. ' -n 
les a attribués à teinte Cicéron, à Pé 
trône, à Ausone, à Pentadius. Le mot 
fata toutefois, l. 4, doit être/17/0. 

Edward Bensly. 



L'INTERMEDIAIRE 



216 



d'autographe, dans La Médecine interna- 
tionale illustrée (^n"» d'aoïit et septembre 
1915). 

Ad. Paupe. 

Les Mémoires de "Vienne' (LXXIII, 
46,1 t8. — Les Mémoires m'avaient été si- 
gnalés, il y a une vingtaine d'années. Ils 
étaient entre les mains d'un petit-filsà l'é- 
crivain, qui habitait alors Béziers. J'eus 
l'occasion de causer avec lui, au cours 
d'un voynge qu'il fit à Paris à cette 
époque, et il me manifesta son intention 
de publier lui même cet ouvrage inédit de 
son grand père, en X accompagnant d'une 
réimpression de toutes les œuvres de Viennet. 

Terrible perspective ! Je m'abstins par 
politesse de donner mon opinion sur ce 
projet. 

La librairie Pion à qui j'avais parlé de 
ces Mémoires, dont elle ignorait l'exis- 
tence, les aurait édités très volontiers, 
mais sans accompagnement. Arbogast 
et la Franciade ne la tentaient pas le moins 
du monde. 

L'affaire en resta là. Le petit-fils de Vien- 
net est mort. Les Mémoires (dont l'intérêt 
ne me paraît pas contestable) continuent 
à être inédits.Je n'ai plus eu ni le loisir ni 
le désir de m'en occuper. 

Henri d'Almeras. 



Pour les Stendhaliens (LXXIII 915). 
— A l'époque de mes amicales relations 
avec Casimir btryienski, je ne l'ai jassiais 
entendu dire qu il avait en sa possession 
les « nombreuses lettres » du Docteur 
KorefF, auxquelles M. Jean de Bonnefon a 
fait allusion dans son étude sur « Un ori- 
ginal oublié » (Revue Bleue du 17 mars 
1906) Il en est peut être de cette corres- 
pondance, comme des « mille lettres » de 
Stendhal que Stryienski déclarait jalou- 
sement détenues pa»" une petite nièce 
d'Henry Beyle .? Sur le D"" Koretf, la bi- 
bliotb.èque du Stendhal club renferme, ou- 
tre l'étude ci-dessus, celle d'Oppeln Bro- 
nikov^-ski du 18 novembre 1906, et celle 
du Dr Rondelet publiée sous le titre « Un 
médecin, espion prussien, dans les salons 
romantiques » , avec gravures et fac simile 



Musidora (LXXIII, 96). - Voir le 
joli épisode de Musidora dans The Sea- 
sons de James Thomson, Summer, 1269- 
1370. 

Edward Bensly. 

La vé itable traduction de l'Al- 
koran (LX .111, 5) — Question déjà 
posée et restée sans réponse (LIV, 896), 

Le baron Emile de l'Empesé. De- 

br-ux (LXXIII, 95). —Consulter au sujet 
duchansonnierEiniie Debraux.lacoUection 
de V Intel médiaire : LXl : 528, 654, 695, 
730, 888 ; XLIl : ^.3, 880, 1091 ; XLVllI : 
240 ; LIV : 5S7, 745, 977 ; ^Xll : 897 ; 
LXllI : 25, 141. 

P. D- 
* 
* » 

L'opuscule signalé par M. O'KelIy de 
Galway, n'est point dû à Debraux, com- 
me il le pense, mais bien à Emile Marco 
de Saint Hilaire, ancien page de la Cour 



DES CHHRCHBURS ET CURiBUX 



10 mars 1916 



217 



218 



impériale, comme il aimait à se qualifier, j 
La première édition de l'Art de mettre sa j 
cravate parut en 1827, en une brochure 
in- 18 chez les marchands de nouveautés^ 
comme on disait alors, en l'espèce chez 
le libraire Thoisnier Desphces. 11 faut 
croire que cette facétie eut un certain 
succès car quatre autres éditions suivi- 
rent de près la première. 

Une sixième parut dans cette même 
année 1327, revue, corrigée et «augmen- 
tée de deux leçons et de plusieurs nœuds 
de cravate». Cette sixième édition, de 
format in- 18 comme les précédentes ren- 
ferme cinq gravures ; les précédenies n'en 
comportaient qu'une 

Emile Marco de Saint-Hilaire se com- 
plaisait à cette sorte de littérature; c'est 
ainsi qu'il donna : L'art de donner à dî- 
ner, ( 1828) ; L'art de faire fortune {iSzj) ; 
L'art de fumer et de priser (1827) ; 
L'art de ne jamais déjeuner che:( soi et de 
dinet toujours che^ les autres (1827) ; 
Lart d'obtenir des étrentits et de n'en pas 
donnet (1827) ; Lait de pj /er ses dettes et 
de satisfaire ses créanciers sans dshourser 
un sou ( 1827) etc. etc 

V au surplus : Quérard : La France 
lit th aire ; viii, 339. 

Gustave Fustier. 



^^ * 



L'auteur de LArt de mettre sa cravat- 
n'est pas Emile Debraux, mais Noël Jac 
ques Lefebvre Durufle, qui fut (d'après la 
Nouvelle biogapbie Normande par Mme 
Oursel. 1886, T. Il, p. q6) député de 
l'Eure en 1849, ministre de l'Agriculture 
et du Commerce en 18^2, sénateur, etc , 
né à Pont-Audemer en 1792, mort à 
Pont-Anthou (Eure) en 1877. 

Lorsqu'il fut nommé ministre, le grand 
journal d'opposition le Sièch fit grief au 
gouvernement d'appeler à un poste aussi 
important l'auteur d'un opuscule si peu 
sérieux etc., etc. 

Evidemment renseigné par le ministre, 
le principal journal de sa circonscription 
répondit par un article dont voici les 
passages essentiels : 

Nous allons apprendre an Siè le ce qu'il 
signale comme un trait de frivolité dans M. 
Lefebvre-Daruflé jeune homme est un acte 
sérieux de bienfaisance aussi réfléchi que 
désintéres-:é , .. 

Alors qu'il habitait Paris, il y a quelque 



30 ans, il prenait ses repas à une table 
d'hôte . 

Une des domestiques de la pension vint 
à mourir Ir'issant sans ressources de pauvres 
petits orphelins. Les pensionnaires, pour sou- 
lager cette infortune, décidèrent de publier au 
profit de ces derniers une bluette quelconque 
dont le programme ne serait pas déterminé... 
M, Lefebvre-Duruflé se mit à l'œuvre le 
plus diligemment et avec le plus de succès. 
Ce fut lui qui remporta le prix dans ce con- 
cours d'esprit, d'humanité et de charité 
chrétienne. L'art de mettre sa cravate fut 
loué en manuscrit, remis à l'impression et 
publié, il fit fureur. Et son succès devait 
être bien mémorable, puisque le Siècle lui- 
même se le rappelle encore aujourd'hui, 
(Courrier de r Eure au z décembre 1851). 

Margeville. 

Madame Amel, de la Comédie Fran- 
çoise, a donné, dans une conférence sur 
« L'Art de chanter les vieilles chansons » 
un charmant souvenir à ce bon chanson- 
nier et sur le succès que lui valut sa 
chanson de Funfan la Tulipe. 

Les Annales^ du 28 octobre 1906, re- 
produisant une partie de cette conférence, 
en trois pages, in 4" avec le portrait de 
Emile Debraux, 3 illustrations et la mu- 
sique de ce chant populaire : Fanfun la 
Tulipe. 

Victor Déséglise. 

La paternité de l'ouvrage sur V Art de 
mettre sa cravate est un des problèmes les 
plus ardus qui aient exercé la sagacité des 
bibliographes ; d'ailleurs, il n'a pas encore 
été définitivement résolu. 

je possède deux exemplaires de cette 
plaquette Le premier est intitulé : Lari 
de mettre sa cravate de toutes les manières 
connues et usitées, enseigné et démontré en 
sei:(e leçons , précédé de l'hiitoife de la 
cravate^ depuis son origine jnzqu'à ce 
jour; de considérations sur l'usage des cols, 
de la cravate noire et de l'emploi des fou- 
lards , par le Baron Emile de l'Empesé, 
ouvrage indispensable à tous nos fashio- 
nables. Bruxelles. Périchon aîné, r. des 
Alexiens, n° 714, 1827. C'est évidem- 
ment une contrefaçon belge de l'ouvrage 
qui a paru la même année à Paris. Cet 
exemplaire de 80 pages, contient quatre 
planches avec figures explicatives et un 
portrait lithographie de l':iuteur en buste. 
Une notice manuscrite, portée sur la 



N» »435. Vol LXXIII. 

219 

feuille de garde, dit que l'auteur est Marc 
Hilaire, ancien page de la Cour Impériale, 
connu sous le nom d'Emile Marco de 
Sainl-Hilaire et que l'édition parisienne a 
eu cinq éditions l'année de sa publica- 
tion; cl le renvoie aux 5«/»^ft" -'.'«' iV5 dévoilées ^ 
de Qi,iérard (II, 26, n" 2216), où je me 
suis reporté inutilement. Mon autre 
exemplaire porte le même titre que 
l'exemplaire possédé par le « curieux de 
Montmartre » et a été édité à Pans chez 
Jacques Ledoyen, Galerie d'Orléans, n° 16 
Onzième édition, 1831. 146 pages II 
contient trois planches explicatives un 
peu différentes de celles de l'édition belge 
et trois portraits de messieurs haut cra 
vatés d'après les modes de 1793, »8i i et 
1830. La couverture est bleue. Le texte 
de chacun de mes exemplaires diff"ère 
dans plusieurs endroits. 

Une note au crayon sur la feuille de 
garde attribue le livre à Balzac. Mais ni 
Lovenjoul, ni Pirran dans leurs biblio- 
graphies balzaciennes ne confirment cette 
attribution ; M. Georges Vicaire, dans son 
Manuel, ne mentionne pas non plus cette 
étude à l'article Balzac Ce dernier aurait 
seulement imprimé les r*, 2« et 4* édi- 
tions de VArt de mettre sa cravate Asse- 
lineau, dans sa Bibliothèque Romantique, 
donne comme auteur Lefèvre-Durufle et 
dit que li 1" édition contient le portrait 
du baron, en pied, le chapeau à la main, 
lithographie à la plume par Henry Mon- 
nier et colorié, mention qui est confirmée 
par Champfleury dans son Catalogue de 
l'œuvre d'Henry Monnier. 

Il est possible qu'Emile Debraux soit 
l'auteur de cette fantaisie, mais cette at- 
tribution n'est pas évidente. M. Albert 
Cim, dans l'étude si docu nentée qu'il a 
consacrée au <\ Roi de la Goguette » ne cite 
pas VArt de mettre su cravate au nombre 
des œuvres en prose du chansonnier. 

Un Bibliophile Comtois. 

* 

De mmutieuses et intéressantes recher- j 

ches, dont on trouve de nombreuses | 

traces dans la collection de Vlnicimcdiaire [ 

ont été entreprises depuis longtemps sur j 

le chansonnier Emile Debraux par MM. ■ 

Jules Guinoiî-ean et Albert Cim. Ces re- i 

cherches se trouvent résumées dans le vo- i 
lume Le Chansonnier Emile Debraux, toi 
de la Goguette (1796-18)1), par Albert 



L'INTERMÉDIAIRE 



220 



des principaux domiciles occupés à Paris 
par Emile Debraux a été dressée par M. 
Iules Guinoiseau et elle figure dans un 
appendice de cet ouvrage. 

L. R. 



Chanson 

LXXIll, 139) 
version très 



du Dés rteur fLXX ; 
— De cette complainte^une 
peu différente de celle la 
plus généralement connue, version parti- 
culièrement populaire en Bresse a été don- 
née par les Lectures pour tous, en mars 
1899, recueillie et harmonisée par Tiersot 
*tt illustrée d'une façon charmante par H. 
Gerbault^ le dessinateur bien connu. 

Dehermann. 






11 existe plusieurs chansons du Déser- 
teur, à commencer par celle du Valois, 
dont Gérard de Nerval a recueilli ce frag- 
ment dans les Filles du Feu (i) et dans la 
Bohême galante (2) : 

On lai a deinandé : 
Où est votie congé ? 
— Le concé que j'ai pris 
Il est sous mci souliers ! 

répond le déserteur, interrogé par la ma- 
réchaussée. 

M. Aug. Gaut a publié, d'autre part, 
dans le volume consacré^ en 1897. à 
La Tradition en Poitou et Charentes (3), 
une ronde du Déserteur qui n'offre aucun 
rapport avec la chanson du Valois et celle 
dont il va être question. 

Par contre, j'ai moi-même recueilli, en 
Sologne, une version de cette ronde. 

Qi-iant à la Chanson du Déserteur pro- 
prement dite, encore que le titre soit 
assez inexact, elle porte parfois celui de 
Chinson du Capitaine, qui ne vaut pas 
mieux et qu'a cru devoir lui laisser M. 
Henry Vaschalde (4). 

Henry Murgeren avait publié des frag- 
ments, en 1857, "^^"5 ses Vacances de 
Camille [y^, et M Julien Tiersot en donne 



(i) Nouvelle édition ; Paris, Michel Lévy 
1856 ; iii-i2, p. 56. 163 

(2) Paris. Michel Lévy, 1855 ; iti-12, p. 

79- 

(3) Paris. Librairie de la T adition nationa- 
le, 1897 ; in. 8. p. 381 . 

(4) Ckanson'i f^ofulaires du Vtvur.its. — 
Paris h. Lechevalier 1897 ; '""8, p. 22. 

(5) Paris, Michel lévy, 185,7 



. - . .- - . - . ,., — jt --., , )n-i9, p 

Cim ; Paris, Flammarion, 1910. La liste < 19, 21, 224, 225, 228, 236, 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 mars 1916. 



221 



222 



une version complète et quelques varian- 
tes originaires des Alpes françaises (1). 

Les textes fournis par IVl. Tiersot et par 
M. Vaschalde contiennent, l'un et l'autre, 
à une variante près, le couplet cité par M. 
Baguenier-Désormeaux, des yeux bandés 
avec le mouchoir bleu. 

Cette chanson se chanterait également 
dans le Piémont. 

Pierre Dufay. 



* 
» * 



Cette chanson se récitait en 1859 au 
mess des officiers d'artillerie de marine, à 
Lorient, antérieurement à la i" édition 
(1865-66). Ce n'était pas précisément la 
chanson d'un déserteur, mais d'un en- 
gagé rejoignant son corps. 

il y avait 5 couplets avant celui que 
cite M, Baguenier Désormeaux, et un 
après. Les voici : 

I 

Je me suis t'engage pour l'amour d'une belle 

Non pas pour !e baiser 

Qu'elle m'a refusé 

Mais bien pour l'anneau d'or 

Q^i'elle me refuse encor. 

3 

Au fond du bois j'ai rencontré mon capitaine 
Soldat, t'as du chagrin, 
Où vas tu si matin ? 
Je vais dans le vallon 
Rejoihdr' mon escadron. 

3 
Soldats t'as du chagrin pour l'amour de ta 

[ belle 
EUe vaut moins que toi 
La preuve est à mon doigt. 
Et je vois l'anneau d'or 
Qu'elle me refusa encor. 

4 

Au fond du bois il y a une claire fontaine; 

J'ai mis mon habit bas. 

Mon sabre au bout d' mon bras. 

Je me suis battu là comme un vaillant soldat. 

5 
Au premier coup portant, j'ai tué mon càpi- 

[ tame 
Mon capitaine est mort, 
Et moi je vis t'encor ; 
Peut être dans trois jours 
Ce s'ras zaussi mon tour. 

Ici, le couplet cité par V Intermédiaire 



(i) Chansons populaires recueillies dans 
les Alpes françaises. — Grenoble, Librairie 
Dauphinoise, 1903 ; in-4, p. 130. 



(c'est le 6* couplet) et puis (7) le couplet 
final : 

Soldats de mon pays, ne l'dit' poinz à ma 

[ mère 
Mais dites lui plutôt 
Que je suis t'a Bordeaux 
Oià chez les Hollandais 
Qu'on n' m' r'verra jamais. 

L'officier qui récitait cette chanson 
était un lieutenant du nom de Viel. 

V.A.T. 

Lugdunum (LXVlll ; LXIV; LXXl ; 
LXXlll,8o, 120,178). — Pour résoudre des 
questions d'étymologie géographique, si 
je puis m'exprimer ainsi, il faut autre 
chose que des citations poétiques et des 
appréciations contestables. 11 faut à des 
situations de la nature appliquer des rai- 
sonnements congrus. 

Or, sans même connaître la valeur 
exacte du radical Lug, il paraissait pro- 
bable qu'entrant dans le nom de Lugdu- 
nur,;, ville située dans une région bru- 
meuse et jadis très marécageuse, ce radi- 
cal devait rappeler les conditions locales. 
11 se trouve, sans que je l'aie inventé, 
que ce radical signifie précisément brouil- 
lard, brume en plusieurs langues indo- 
européennes (et non pas s ulement dans 
le gaulois qui m'eût suffi . Les proba- 
bilités recevaient de cette constatation un 
surcroît de force allant jusqu'à la certi- 
tude lorsque la controverse m'a amené à 
démontrer que, les mêmes conditions lo- 
cales existant pour les autres Lugdunum, 
il devenait scientifiquement assuré que ce 
nom signifie colline des brumes ou quel- 
que chose d'approchant. Quelques collè- 
gues depuis ont adhéré à ma manière de 
^'oir, car on ne peut compter pour un dis- 
sentiment le fait de préférer le sens de 
marécage proposé par l'un d'eux. 

Cependant d'autres, et j^armi les plus 

érudits, tiennent pour un radical lug 

ayant le sens de lumière, clarté. M. Ibère 

pense que si lug (brouillard) convient à 

la base de la colline de Lyon, il ne con- 

j vient plus à son sommet moins brumeux 

I et frappé par les premiers rayons du so- 

! leil. Tout cela est très bien exposé, agré- 

I mente de vers latins de Sénèque et d'Hei- 

j rie qualifié l'un des plus savants hommes 

} du ix' siècle. 

Qp'il me permette cependant de lui 
dire que nous savons trop ce que valait la 



À 



L'INTERMEDIAIRE 



No 1435. Vol. LXXIII, 

223 

science des hommes de cet âge. M. Th. 
Ruyssen ne dit-il pas que le savant philo 
sophe nomii.alisie Heine, fervent partisan 
de la doctrine d'Aristole la connaissait à 
peine. Sa science étymologique avait tout 
au plus la même valeur, sans nul doute. 

Mais, sans se couvrir d'une autorité 
aussi vaine, sans même en appeler à 
M. C Jullian qui expose des conjectures 
sans rien athrmcr, que M. Ibère veuille 
bien répondre à ceci : 

1° pourquoi le radical /m^, qu'il signifie 
brouillard ou lumière, apjiartient-il à des 
lieux situés au milieu de mai étages tt non 
pas à d'autrei ; 2° pourquoi, si ce radical 
signifie ici lumière, n'a-t-il pas été appli- 
qué à des sommets mieux en lumière, tels 
que ceux des Alpes, des Pyrénées ou de 
l'Auvergne, par exemple, mais dépour- 
vus de brumes d'origine paludéenne? 

J'ajouterai, visant un argument de mon 
aimable contradicteur, qu en effet, l'idée 
a dû venir de dénommer moni de la lu- 
mière ou monl clair les lieux élevés expo- 
sés aux rayons du soleil ; mais je cons- 
tate qu'on les a baptisés (..lerniont et non 
pa*^ Lyon, Laon ou Leyde, probablement 
parce que les conditions locales n étaient 
pas analogues, et cela même est encore en 
faveur de ma thèse. Ct L. Abet. 

Quelle couleur désigije l'adjectif 
« vermeil » (LXX ; LXXlll, 7, 120, 
l'jb). — H désigne la couleur rouge à re- 
flets jaunes dorés ou la couleur jaune doré 
à reflets rouges. Si on observe un vermi- 
cule — vertniculiis a donné vermeil — sur 
sa motte de terre, on remarque que ce 
petit ver qui s'allonge, ram 
se joue dans la lumière du soleil, offre a 
l'œil cette énigme : est-il vermeil parce 
que ses fibrilles nerveuses apparaissent 



224 



on dit d'une pêche qu'elle a la peau ver- 
meille, on dit qu'une jeune personne a un 
teint de pèche : des joues roses et dorées, 
du jaune sous le rouge. 

En résumé, la couleur vermeille est 
bien indiquée, dans les dictionnaires, 
comme « couleur rouge plus foncôe que 
Y incarnai > ; mais incarnat par lui-même 
signifie déjà « couleur de chair vive » et 
c'est encore couleur rouge à reflets de 
jaune doré, la chair n'étant de façon ab- 
solue ni entièrement, ni uniment ou jaune 
ou rouge. 

Donc « vermeil » désigne — dans tou- 
tes leurs gammes, tous leurs tons, toutes 
leurs transparences ou leurs translucidi- 
tés, avec leurs amalganes ou leurs reflets 
— les deux couleurs rouge et jaune doré. 

Charles Fedgal. 

Trois f is z-un ou tr«ns fois — un 

(LXXlll. 7. 130) — L'5 finale sellant et 
prenant le son de ^, devant uns voyelle 
ou une h muette, on doit donc dire, hé- 
las ! » trois foi-zun * , comme on dit : 
« de foi-z à autre ». Cependant l'.^ finale 
des verbes dont l'infinitif e>^t en er ne 
se fait pas entendre, dans la conver- 
sation, à la deuxième personne du sin- 
gulier du ptésent de l'indicatif et du 
subjonctif: Tu songes à partir ; tu res- 
sembles à ton père ; tl faut que tu ailles 
en sourdine^ qu'on prononce comme s'il 
y avait : songe^ ressemble, aille. Mais 
dans les vers cette s se lie. J'ai écrit plus 
haut : « hélas 1 » parce que « trois foi- 
zun » me choque l'oreille. Ne pourrait-on 

fait 



sanglantes sous une peau dorée, ou est-il 
vermeil parce que l'incarnat de sa peau j 
laisse apercevoir le jaune doré de ses ! 
muscles ? ! 

On dit « l'éclat vermeil des dorures ». \ 
Pour donner du brillant aux dorures des ; 
bois de meubles on emploie une sorte de ; 
vernis rouge. Au surplus, quand on voit \ 
de vieux meubles dorés, on aperçoit, par 
places, du doré qui s'écaille et,au-desious, 
des frottis de couleur rouge 

Regardez de tout près une pèche, sa 
eau est par endroits rouge et, dans 
e rouge, on voit des hachures jaunes ; 



Vr i pas, dans ce cas, agir comme on 1 a 1 

Î!ip;i nffrp^^ 1 pour la deuxième personne du singulier 
du présent de l'indicatif et du subjonctif, 
et dire, au moins dans la conversation : 
trois foi-un? Nauticus. 






Cette question, dont la compétence est 
plutôt du ressort de Noël et Chapsal, de 
si vénérables mémoires, me rappelle cette 
jolie légende d'un dessin du Monde amu- 
sant de Grévin, 

Un jeune couple, sur le palier d'un es 
calier. bien astiqué... par les soins cons- 
tants de « maman », sûrement : 

« _ Dé'-idément (interroge la dame), 
est-ce colhdor. ou est-ce corridor ? 

— C'est cor? n/or (lui répond, avec un 
flegme comique, le monsieur); quand je 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

2 2 s — — . — 226 



10 mars 1916. 



dis : coUidor, c'est uniquement par égard ir maison, en langue annamite. Je prie le 

pour ta mère. » I compositeur de ne pas oublier l'accent ai- 

Truth. gu sur câi et l'accent grave sur nhà ; 

— la langue annamite comporte, pour des 

Arriguet (LXXIII, 48). — Le mot mêmes émissions de voix, six tons diffé- 

Arrignet ne serait-i! pas synonyme et rents, et le ton donne une signification 

corruption de. Anière-guet^ garde de nuit différente à chacune de ces émissions ; on 

indique ces tons par des accents et des si- 



et de jour à laquelle on était obligé en 
temps de guerre ? 

Voir pour plus amples détails ce mot 
dans le Dictionnaire de Tancienne langue 
française de F. Godefroy Bibliothèque 

399. 

Dehermann. 



nationale, Casier X 



Godefroy, qui a enregistré ce mot dans 
le Supplément de son Dictionnaire de Van- 
cienne langue française, lui attribue le 
sens de « arrhes », mais il ne donne 
comme exemples que les deux textes cités 
dans la question. 

De Mortagne.. 



Cggnard (LXXII ; LXXIII, 30, 83, 
124). - Cagnard n'a rien de spécia- 
lement provençal C'est un mot bien 
français qui a toute une famille, dont 
certains membres paraissaient déjà vieil- 
lis à Furetière au xvii' siècle : cagnar- 
der^ verbe, avec son composé aca- 
gnarder, cagnat lict adjectif, cagnardisc, 
substantif Se m lache-t il^ comme le sup- 
pose Littré à V v lisclif cagnard (pAresstux 
comme un chien, de ca^nc chienne, em- 
pruntée à l'Italie;') ? Est-il, comme le croi- 
rait Oarmcsteter, ine déformation de coi- 
gnard. donc un djrivé de coin {ctinens en 
latin)? La seconde hypothèse paraît plus 
satistaisr.nte à l'esprit, sans être certaine. 
En tout cas le mot est bien français, et 
cagnat (qui existe comme nom propre ; 
témoin le savant professeur d'épigraphie 
latine au collège de France, M. René Ca- 
gnat) en est sans doute une variante dia- 
lectale. 

Ibère. 

* 

* * 

A propos de la question posée sous la 
rubrique « Cagibi v> on discute aujour- 
d'hui les expressions plus ou moins 
similaires de gmtoune^ de gourbi.^ de 
cagna 

Celte dernière expression nous vient 
en droite ligne et depuis longtemps d'In- 
do-chine ; ci», numéral des choses, nhà^ 



gnes conventionnels. 

JMaisje ne fais pas ici un cours de lan- 
gue annamite. De ce que nous devons 
aux missionnaires portugais les premiers 
essais de traduction de l'annamite en ca- 
ractères latins, nh se prononce gn^ d'où 
câi nhà et par corruption cagna. 

Les centaines de mille français, mili- 
taires pour la plupart, qui ont habité Tln- 
do-Chine depuis bientôt soixante ans, ont 
depuis longtemps vulgarisé l'expression 
dans l'armée. 

Thix. 



Si Ton adoptait, comme le Figaro (ce 
qui serait hasardeux) l'origine proven- 
çale de cagna. on pourrait rapprocher du 
mot « cagnard » dont Alphonse Daudet 
fait emploi, le vieux verbe trançais « s'ac- 
s'attarder paresseusement. 
G. M. 



cagnarder » 



Il y a une vingtaine d'années, a été pu- 
blié, à Paris, sous forme de feuilleton^ 
dans le journal l'Echo de V Yonne (92, 
rue Lafayette), une relation de sa cam- 
pagne au Tonkin, par le sous-officier 
« Bacleau ». Il y est souvent fait men- 
tion de l'habitation sous le nom de Can- 
hia. ] y vois volontiers l'origine de la ca- 
gnat actuelle. 
^ A. G. 



On disait aussi, dans mon enfance, Ca- 
gihiii. Le sens est bien : petit réduit, pe- 
tite loge. Dérive évidemment de cage. 
Pour nous punir, on nous enfermait dans 
h Cagihiti. autrement dit on nous met- 
tait en cage. 

On appelle Cagnard, dans l'Ouest, un 
petit fourneau portatif muni d'un cou- 
vercle qui sert à étoufïcr le charbon de 
bois ou la braise en ignition, pour les 
conserver lorsqu'on ne veut plus s'en 
servir. Ce mot est synonyme de réci- 
. pient clos, conserve, abri. Au figuré, un 



N<» 1435. Vol. LXXIII. 

227 



L'INTERMEDIAIKE 



228 



cagnard est un paresseux, un lâche, parce que houseaux vient de Hose ; dans ce cas 
qu'il mène une Vie cagnarde, c'est-à- | le tout a été pris pour la piirtie. 11 con- 

dire qu'il se tient coi, à l'abri ; on dit i •■■ — « ■^~ — ■• 

a\ors qu'il cagtiardi', quW vit daifi la ta- 
gnnrdisr, comme le charbon qui som- ! 
nieillc dans le c;ignrird. L'abri dans le- j 
quel le poilu momentanément se repose. 



vient de remarquer qu'il en est de même 
en ani.',lais, où le moi liose signifie bas et 
le mol hosiery bonneterie. 

Hose a formé aussi le mot français 
heuse. qui est la forme archaïque de hou- 



est donc bien un cagnard ; c'est là que ! seau. Far extension, il s'appliquait à la 
son ardeur sommeille jusqu'au prochain ! jambe elle-même; c'est pourquoi le fils de 
réveil. \ Guillaume le Conquérant, le duc Robert 

de Normandie, qui avait les jambes 



O. D. 






courtes, s'appelait Robert Courte Heues. 
Un Bibliophile Comtois. 



A propos de ce mot une consultation 
est ouverte dans le Figaro sur l'origine j 
du mot cagnat. L'auleur de l'article rap- j 
proche le mot Cagnard du précédent et j 
conclut à leur parfaite identité. 

Or, si cagnard en provençal signifie 
un endroit bien abrité, où l'on faii la ca- 
gne (le chien), où l'on s'acagnarde. (Ex : Je n'avais point de mollets. Il iallut avoir 

la promenade du Cagnard à Valence) ; ! re;ours à des faux J'allai au Palais-Royal 
Gagna (et non pas Cagnat) passe pour | pour me les procurer, je trouvais mon affaire 



Les faux moilet-^ chez les soldats 
de l'Empire (LXXUl. 92). — Cette his- 
î loire de faux mollets est vraie. Témoin ce 
pressage des C<i/z/£M du Capitaine Coignel, 
(alors sous-officier) : 



être un mot tonkinois signifiant paillotte. 
hutte de roseaux, de cannes. C'est du 
moins ce qu'aflirment de nombreux offi- 
ciers qui ont fait la campagne du Tonkin 
et auprès desquels j'ai longtemps vécu, 

Gt L. Ab'et. 

Poilu LXX . LXXl ; LXXII ; LXXIII, | 
129). — Lorsque naquit « Pantagruel, 
tout velu comme ung ours, » une des î 
« saiges-femmes » dit 'f en esperit pro * 
phéticque : « 11 est nay à tout le poil, il 
fera choses merveilleuses .. » Pantigruel, 
liv. 11, chap. II p. 26 de l'édition de 
1732 ; et Le Duchat a ajouté 25 lignes de 
notes. 

Sglpn. 

Houseaux: élymologie (LXXIII^ 8, 
123). — L Intransigeant fail erreur quand 
il prétend que Hose signifie botte en alle- 
mand ; botte se dit Stiefel. 

Le mot Hose veut dire chausses braies, 
grègucs, pantalon, en un mot tout vête- 
ment enveloppant 1: bassin et séparément 
les jambes; il est aussi employé en alle- 
mand pour haut de chausses ou pour cu- 
lotte, mais jamais dans cette langue il n'a 
signifié spécialement la partie du vêtement 
couvrant la jambe au dessous du genou 
et qui se dit en allemand Gampsche. 

Mais V Intransigeant a raison de dire 



i que je payai 18 francs, ce qui me fit une 
} jambe passable, avec une paire de bas fins 
sur les f-jux moilets, . 



P . ce. De Mortagne. 



* 

¥ V 



M.]. Morvana pu entr'autres documents 
s'appuyer sur ce passage des « Cahiers 
du Capitaine Goignet » qui me revient en 
mémoire Cahier du capitaine Goignet — 
dans les Mémoires patriotiques. — Ha- 
chette, I vol. in-i8 S. d. pages 257 et sui- 
vantes. 

Ayant des visites indispensables à faire, je 
me suis mis sur mon trente et un 11 me 
fallu; des bas de soie pour porter l'épée. j'ai 
déjà dit que j'avais passé à St-iMalo (1), je 
n'avais point de mollets, il fallut recourir à 
des faux. J'allai au Palais Royal pour me 
les procurer, je trouvai mon affaire que je 
payai 18 fr. ce qui me fit une paire de jam- 
bes passables etc., etc. 

Suit le récit de la seule aventure ga- 
lante du brave capitaine. 

Dehermann. 

Le premier sous-mrin (LXXII ; 
LXXIII, 40). — Le premier sous-marin 
construit en France a été exécuté à Ro- 



(I) Locution familière — appliquée aux 
personnes dépourvues de mollets et mise en 
usage depuis la chanson populaire : « Bon 
voyage, Monsieur Dumollet ». 



DiHS CÉIBRCHEURS ET CURIEUX 



lo mars ignô. 



229 



230 



chefort, par M. l'Ingénieur Charles Brun 
(qui, depuis, a été ministre delà marine) 
sur les idées du Vice-amiral Bourgeois, 
M. l'ingénieur Lebelin fut, plus tard, 
chargé du Plongeur. 

Les travaux, commencés en juin i86o, 
s'achevèrent en septembre. Le navire fut 
armé, des essais furent exécutés en rade 
de l'île d'Aix. Rentré ensuite dans l'arse- 
nal, le Plongeur resta plusieurs an- 
nées sans destination, sur une cale 
couverte entourée d'une cloison pleine 
montant jusqu'à la toiture, de manière à 
la rendre invisible. 

A la fin on se décida à débarquer les 
récipients à air comprimé, qui constituait 
la force motrice; à démolir les hauts, en les 
remplaçant par un pont percé des pan 
neaux habituels, et à faire du Plongeur 
une citerne flottante à vapeur, qui fonc- 
tionnait en 1897 quand j'ai quitté Roche- 
fort Peut être même sert-elle encore au- 
jourd'hui .? 

V. A. T. 

Les noms des tranckéfs» fLXXlI ; 
LXXllI,i4, 82, 135, 181).— La plus pitto- 
resque appellation que j'aie rencontrée est 
la suivante Boyau Saint Martin. Elle m'a 
d'autant plus frappée que Saint-Martin 
est le patron des soldats. .. 

Autres appellations : Boyaux Drowo/, 
Fleurus, Ddvoust., Dumourie:^, Fauban, 
Jemmapes et autres noms glorieux. Un 
autre boyau s'appelle Le Boulevard ;... 
d autre portent des noms de villes : Tran- 
chées : Dijon^ Dunkerque.^ Douai, etc. 



Sûtes, ©^[(ruitaiUçs «t ^iqiositc's 



Décisions royals pour Victor 
Hugo. — Pendant le cours d'un dé- 
pouillement minutieux opéré, il y a cer- 
tain temps, des papiers de l'Administra- 
tion des Lettres et Beaux-Arts, ressor- 
tissant au Ministère de la Maison de 
Charles X, roi de France, aux Archives 
Nationales, nous avonstrouvé sept docu- 
ments que nous croyons inédits et dont 
voici la copie : 

1° 19 avril 182s. — Rapport au Roi. 

Sire, deux poètes, jeunes enco'-e, mais 
qui se sont acquis déjà une juste célébrité, 
et dont les sentiments monarchiques et re- 



ligieux ne peuvent être révoqués en doute, 
MM. Delamartinë et Victor Hugo, enfin, 
qu'il suffit de nommer pour rappeler leurs 
titres de gloire, désirent, pour prix de leurs 
travaux, être décorés de la Légion d'hon- 
neur. 

En me chargeant de mettre sous les yeux 
du Roi leurs vœux et leurs espérances, j'ai 
pensé qu'il entrerait dans ses vues bien- 
vei lantes de leur accorder la noble récom- 
pense qu'ils ambitionnent, qu'ils ont si bien 
méritée et qu'on peut même s'étonner 
qu'ils n'aient pas encore reçue. 

J'attends, à cet égard, les ©rdres de Votre 
Majesté. 

Approuvé 
Charles. 

2° M. de La Rochefoucauld à MM. de 
La Martine et Victor Hugo. 

Paris, le 30 avril 1825. 

J'ai l'honneur de vous informer, Mon- 
sieur, que le Roi, prenant en considération 
vos travaux littéraires et les nobles efforts 
que vous n'avez cessé de faire pour soutenir 
la cause sacrée de l'autel et du Trône, vous 
a, par décision du 1 9 de eu mois, nommé 
chevalier de l'Ordre Royal de la Légion 
d'honneur. 

Je m'estime heureux d'avoir à vous trans- 
mettre ce témoignage de la bienveillance 
particulière de Sa Majesté. 

3' M. le vicomte de la Rochefoucauld à 
M . le duc de Doudeauville, directeur des 
fêtes. 

Paris, le 23 juin 1825. 
Monsieur le Diic, 

Votra Excellence sait qu'à l'occasion du 
sacre de S. M. il a été jugé convenable de 
faire venir à Rheims l'un de nos poètes dont 
le lalent reconnu, pas moins que les bons 
sentiments qui l'animent, pouvaient donner 
lespérance que cette auguste solennité serait 
célébrée en des veis dignes d'en transmettre 
la mémoire à la postérité. Le choix qui a été 
fait de M. Victor Hugo a pleinement justi- 
fié ce qu'on était en droit d'attendre ae lui 
et 1 Ode qu'il a iait paraître a réuni tous les 
suffrages. Les frais de son déplacement et 
de son séjour à Rheims ayant nécessité une 
dépense qui me païaît devoir rentrer dans 
la catégorie de celles relatives au Sacre, j'ai 
l'honneur de prier Votre Excellence de 
vouloir bien ordonner qu'une somme de 
mille francs, considérée comme indemnité et 
prise sur le fonds de six millions, sera mise 
à ma disposition, pour être donnée à M. 
Victor Hugo, et lui tenir lieu de frais de 
voyage. Je crois devoir également vous prier, 
Monsieur le Duc, de faire prendre, au compte 
du roi, 500 exemplaires ^e l'Ode de ce 
I poëte ; c'est un dédommagement auquel il 



N- 1435. Vo!. LXXIU 



L'INTERMÉDIAIRE 



231 

a quelques droit?. Ht comme cette dépense 
scru peu importante, je ne doute pas qu« 
Votre Excellence n'acquiesce ù la proposition 
que je viens de lui faire. 

4° — 23 juin 1825. - Pension de mille 
francs accordée à M. yictot Hugo. 

5° M le Vicomte de La Rochefoucauld 
à M. Victor Hugo. 

Paris, le 25 juin 1825. 

Je m'empresse de vous prév>-nir, >'on- 
sieur, que le Roi, voulant vous donner une 
nouvelle preuve de sa bienveillance et de 
son estime pour vos talents, vient de décider 
que votre belle Ode sur lé Sacre, serait 
imprimée aux frais de S. M. à l'Imprimerie 
Royale. 

Je donne des ordres pour que cette déci- 
sion soit exécutée le plus promptement pos- 
sible 

Je me flatte d'être, dans cette occasion, 
l'interprète des bontés du Roi à votre égird. 

6° M. de La Rochefoucauld à M. Vic- 
tor Hugo. 

Paris, le 3 juillet 1825 

J'ai l'honneur de vous adres.ser, Monsieur, 
une lettre d'avis qui vous servira à recevoir, 
chez le Trésorier de la Liste civile, une 
somme .le 1.000 francs qui vous e^t allouée, 
à titre d'indemnité, pour les frais de vovage 
que vous avez fait à R.heims, à l'occasion du 
sacre du Roi, aussi je me trouve heureux 
d'avoir à vous transmettre ce nouveau té- 
moignage de U bienveillance de Sa Majesté. 

7° M. le vicomte de La Rochefoucauld 
à M. de Villebois. 

Paris, le 15 juillet 1825, 
Monsieur, Le Roi voulant honorer le ta- 
lent de M. Victor Hugo et donner à ce jeune 
poète une preuve de sa bienveillance, a dé- 
cidé que VOd^ déjà publiée surleSacre, se- 
rait réimprimée par l'Imprimerie Royale. 

Jai donc l'honneur d** vous adresser un 
exemplaire de cette Ode, afin que vous 
veuilliez b'en donner des ordres nécessaires 
pour sa réimpression à trois cents exem- 
plaires. 

P. c. c. O'Kelly de Galway. 

^L'invasion des ouvriers alle- 
mands à Pari-- en 1854. — En feuille- 
tant les si curieux Memoira du comte 
Horace de Viel-Castel sur le règne de Na- 
poléon 111 je trouve (T. III, p. 39) l'in- 
téressant passage suivant, bien d'actua- 
lité : 

Piétri, le préfet de police, est, je le pense 
jusqu'à preuves contraires, un homme sur le- 
quel l'empereur peut compter; mais il n'est 
pas bien servi par tous ses agents. Ainsi, 



332 



une chose à laquelle il ne donne pas toute 
l'iittention qu'elle mérite, est l'envahisse- 
ment de certains quartiers de Paris par 
{ les Allemands des bords du Rhin. Le Marais 
î et le faubourg Saint-Antoine sont pieins de 
.' ces sauvages démagogues, soldats d'émeutes, 
! prêts au pillage, le souhaitant, et qui ne re 
I culeraieiit pas devant des massacres. 



Ce son'. '. s ouvriers allemands, que con- 
naît Crozaii>r, le fondeur, qui, en 1830 et en 
lS48,sont Ci.irés les premiers dans les p. lais, 
ont brisé les beaux meubles et les beaux 
! vases pour avoir les bronzes. 
1 Depuis deux mois (Viel-Castel écrit cela 
j à la date du 9 août ISs^J, il est arrivé dans 
: le Marais et dans le faubourg Saint-Antoine 
t un déluge de ces mauvais Allemands à moitié 
juifs. La fabrication de l'ébénistcrie de luxe 
j est entre leurs mains. 

î A ces Allemands, il faut joindre les ou- 
'■■ vriers tïilleuts et cordonniers, presque tous 
Allemands et démagogues de la pire espèce. 
Il serait grandement temps de faire iiten- 
i tion à cette population. 
I P. c. c. Gustave Fustier. 

I Nécrologie 

; Le D' Max Billard 

Nous avons à déplorer la mort de notre 
collaborateur le docteur Max Billard. 

11 a succombé en pleine activité. Nous 
avons publié de lui tout récemment un 
remarquable article ïur le cimetière de 
Picpus et les Salm-Kirburg 11 donnait 
bien sa manière : une ferme érudition his- 

, torique servie par une présentation pitto- 

■ resque abondante. 

Dans la voie ouverte par les Cabanes 
et les Lenôtre, il s'était engagé depuis 

, une quinzaine d'années et s'y était conquis 
une brillante réputation. La période révo- 
lutionnaire et impériale l'avait particuliè- 
ment intéressé. Les études qu'il laisse lui 
assurent une place très honorable dans h 

i phalange de nos derniers historiens. 

': Nous gardons, à {Intermédiaire, le sou- 

\ venir d'un collaborateur érudit, dévoué et 

. obligeant, et d'un ami dont la perte nous 
cause une affliction profonde. 

Décédé à Paris le 22 février, le docteur 
Maxime Billard a été transporté dans son 
pays, Châteauneuf-sur-Loire, où il a été 
inhumé. 

f..t Directeur-gérant : 
GHORGÎ2S MONTORGlIEiL 

Imp.CLERC-ÛAiîuX.St-Amaiid-'Mont-rvODd 



LXXIÎI« Volume Paraissant Us to, ao et )o de chaque m&is 



20-30 Mars 1916. 



N«i 436 
Sl'"».r.Vlctor-lllas8* 



vowt trouverez 



Bureaux ; de 3 à6beures 




nUx 




g n se faut 
ra tntr'aider 



N» 1436 

Sf^'-.r.Viclor-MaMé 
PAKI8 (IX«) 

Bureaux : deSè ôheues 



tatr^ 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS KT RÉPONSES LITTÉRAIRES, HISTOKKJUES. SCIENTIPIQUKS BT ARIISlIQUa, 



TROUVAILLES ET CURIOSITES 



-- 233 



(Il!luedît0n0 



Etymologie de vTtrdun. — De ce 

que Verdun vient du celtique Virodunum 
(vires, fort; dunon, forteresse;, s'en suit-il 
que, dès les temps les plus reculés, elle 
ait été place forte, comme l'insinue un 
Dr. C. T. dans la Nouvelle Galette de Zu- 
tich du 28 février (p. 320) r --11 est cu- 
rieux, d'ailleurs, d'examiner d'un peu 
près l'étymologie des localités avoisi- 



234 



L'INTERMEDÎ A Ih E paraîtradu- 
rant l'année 1916 dans les mêmes 
couditions que pendant Tanuée d«i 
guerre 1915. 

Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de Uur pseudonyme , et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés de pseudonymes inconnus 
ne seront pas tmérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste., la liste, sauf exception, 
n'est pas insérée, mats envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



, nanles. Dans celles qui se terminent en 
: ville (ferme), ou villier « weiler » ha- 
meau), ou court (métairie), la première 
partie du vocable révèle fort souvent le 
nom du tenancier primitif (Hattonville, 
Thiaucourt, etc.), d'origine germanique. 
Par contre, dans celles qui commencent 
j en dom, ou donne, n'est il pas manifeste 
j que l'origine latine s'affirme, par ce rac- 
I courci de dominus (maitre), ou domina 
I (Domremy [Dominus Remigius ;] Dam- 
j pierre [Dominus Petrus] ; Dannemarie 
[Domina maria], etc .?} même cet étrange 
rupt (avec / muet), d'apparence si hirsute, 
est-il autre chose que le doux Rivus ? 
Ainsi, sur ces tragiques marches de l'Est, 
la terminologie géographique, elle-même, 
lutte déjà devant l'envahissement de 

l'immonde Bête Rousse Germaine 

Camille Pitollet. 

Henri IV, là combat d'Aumale 
et les du Mesnil. — Suivant une tradi- 
tion conservée dans une famille que je 
connais et qui pour diverses raisons, me 
paraît basée sur un fonds de vérité, le 
roi Henri IV combattant à Aumale en 
1591 et en butte aux horions à cause de 
son panache blanc, se fit successivement 
enlever son casque par troisgentilhommes 
de sa suite qui, après avoir remis au roi 
leurs propres casques, moururent percés 
de coups, Henri IV concéda au 4" frère la 
devise «: Intacte vivunt, intacte peicunt», 
le droit de porter son étendard à côté de 
ses armes, etc 

Quelque intermédiairiste pourrait il me 
' permettre d'éclaircir cette question ? 



N« 1436. Vol. 



LXXIII. 

' 235 - 



L'INTERMBDI/MRE 



236 — 



On sait que Henri IV à lafTaire qu'il 
surnomma 1' « Erreur d'Aumale » n'avait 
que cent hommes derrière lui contre les 



toine », Barras ajoute : «Je quittai Mme 
de la Vottc que je n'ai pas revue., je me 
retirai d'une union où le plaisir de con- 



troupes du duc de Parme et qu'il dut bat- | templer les excellentes qualités de cette 

tre en retraite (blessé .'') | dame m'avait seul attire. Je dois ici un 

Connait-on la composition de sa petite j hommage de reconnaissance à M. le duc 

armée au moment de cette « affaire »? Sa \ d'Orléans, qui, dans cette occasion, me 

suite était-elle composée d'hommes d'ar- ' montra un grand intérêt à cause de ma 

mes de * la contrée » ? En effet ces trois liaison avec Mme de la Motte. » 

frères nommés du Mesnil étaient bien Qyel est, en réalité, le service rendu 

avant 1591 seigneurs d'Escles à côté par le duc d'Orléans à Barras, service 



d'Aum aie. 

La tradition veut qu'ils aient été pro- 
testants. La suite du roi était elle alors 
composée presque exclusivement de hu- 
guenots.'' 

Dans la Conespondance publiée d'Hen- 
ri IV un de ces vin Mesnil est nommé mais 
sans aucun déta 1. 

Renauld d'Esci.£s. 



dont celui-ci parle si vaguement ? Le cou 
vent où se trouvait la .'■œur de la com- 
tesse était-ce celui des filles Sainte-Marie ^ 
Et qu'est devenue, par la suite, la sœur 
de la comtesse ^ 

Alpha . 

Le quartif^r du Petit-Pictus et 
« les Misérables » de ViciorHugo. 
; — Le débat ouveit dans V Intermédiaire 



La Franc© était-elle plus peuplée 
au moyen âge qu'aujourd'hui ? — 

D'après Dureau de la Malle qui a pré- 
senté, en 1836. un curieux mémoire sur ' 
la question, la France en 1328 avait plus | 
de population qu'au xix® siècle II parait f 



pop 
établi 



en 



tout 



au sujet du cimetière de Picpus m'incite à 
poser une question d'un intérêt purement 
topographique, qui se rapporte à la même 
région parisienne. 

Tout le monde a lu dans la deuxième 
p^îrtie des Misérables, dont l'action se 



cas, que la popuiatitai | liasse en 1824, le récit émouvant de la 



était bien plus considérable au moyen 
âge, depuis le xi' jusqu'au xiu' siècle 
qu'on ne le pense communément. Les 
guerres anglaises, dans les siècles qui sui- 
virent les guerres d'Italie et les dissen- 
sions religieuses au xvi" ; la guerre de 
Trente ans au xvii®, puis la lutte à ou- 
trance de Louis XVI contre l'Europe ont 
dû certainement la diminuer dans de no- 
tables proportions. 

A-t-on actuellement des éléments qui 
permettent d'établir d'une manière à peu 
près exacte la statistique de la population 



au moyen âge 



B.J. 



Un mariage manqué de Barras. — 

La Galerie des Buta et des Mauvais, jne 
publication de l'an V, annonce dans son 
tome I, p. 35, que, peu de temps avant le 
scandale de l'atTaire du Coilier, Barras 
devait épouser la sœur de 1h comtesse de 
la Motte et que rinl<;r\ . -itioii du duc 
d'Orléans lui épargna cette sottise. Le 
fait est exact, Barras le reconnaît dans ses 
Mémoires (Appendice T. I. pp. 326-327). 
Cette sœur de la comtesse se trouvait 



fuite nocturne de Jean Valjcan, essayant 
d'échapper, avec Cosette^ a la poursuite 
de l'inspecteur de police Javert et parve- 
nant à trouver un refuge dans le couvent 
des Dames du Petit Picpus. 

Tant que |ean Valjean se trouve sur la 
rive gauche, le lecteur suit facilement 
l'itinéraire choisi par lui à travers le 
quartier Mouffetard et celui du Jardin des 
IMantes ; mais une fois que l'ancien for- 
çat a passé le pont d'Austerlitz et s'est 
engagé dans la région comprise entre la 
rue du Faubourg-Saint-Antoine et la 
Seine, on n'y comprend plus rien. Victor 
Hugo mentionne plusieurs rues qu'il place 
dans le quartier du Petit Picpus et que 
j'ai vainement cherchées sur les plans de 
Paris daiant de la Restauration ou anté- 
rie.irs à cette époque. L'auteur a d'ail- 
leurs soin de nous prévenir qu'aucun plan 
actuel n'a gardé trace du quartier en 
question et qu'il l'a décrit d après un 
plan de 1727, publié à Paris chez Denis 
Thierry, rue Saint-Jacques, vis-à-vis la 
rue du Plâtre et a Lyon chez Jean Gérin, 
rue Mercière, à la Prudence. 

Victor Hugo indique d'une façon plu- 



dans une € abbaye de la rue Saint-An- | tôt confuse la topographie des différentes 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 mars 1916. 



!37 



238 



rues qu'il fait parcourir à son héros et qui, 
selon lui, menaient au couvent ou se 
trouvaient dans ses alentours. I! parle 
d'une rue du Chemin-Vert-Saint-Antoine 
qui se divisait en deux branches et pre- 
nait à gauche le nom de petite rue Pic- 
pus et a droite celui de rue Polonceau. je 
trouve bien sur les plans de l'époque une 
rue du Chemin-Vert située dans le quar- 
tier Popincourt et une grande rue Picpus 
qui longe le cimetière du même nom, 
mais je n'ai pu découvrir ni rue du Che- 
min-Vert-Saint-Antoine ni petite rue Pic- 
pus. Il y a aussi à Paris une rue Polon- 
ceau, mais elle se trouve dans le quartier 
de la Goutte d'Or à Montmartre et n'a été 
dénommée ainsi qu'en 1864 en l'honneur 
d'uningénieurnéen lyyBetqui n'aévidem- 
ment pu servir de parrain à une voie exis- 
tant déjà à l'aube du ministère du cardinal 
Fleury. Victor Hugo ajoute que la petite rue 
Picpus allait jusqu'au marché Lenoir ^ac- 
tuellement marché Beauveau, sur la place 
d'Aligre) situé à plus d'un kilomètre du 
couvent. Enfin il cite une rue Droit Mur 
et un cul de-sac Genrottout aussi introu- 
vables que les rues précédentes. 

Victor Hugo avait beaucoup d'imagi- 
nation et ce n'est pas faire injure à sa mé- 
moire que de dire qu'il a pris dans 
ses œuvres beaucoup de libertés avec 
l'histoire, mais ses descriptions topogra- 
phiques sont généralement exactes et l'on 
ne voit pas pour quelles raisons il aurait, 
dans le cas qui nous intéresse, inventé 
des rues imaginaires dans ce Paris d'au- 
trefois qu'il connaissait admirablement. 
Il vaut mieux croire que ces rues ont 
réellemert existé, sinon en 1824, du 
moins en 1727 et c'est pour cela que je 
■■erais reconnaissant à ceux de mes con- 
frères dcV ntermédiaire qui pourraient me 
renseigner sur le plan ancien auquel se 
réfère Victor Hugo et en même temps 
sur la topographie de ce quartier de Pic- 
pus qu'il décrit d'une façon trop mi- 
nutieuse pour qu'elle soit absolument 
fausse. 

Un bibliophile comtois. 

Fortiolo (camp de). —- Où se trou- 
vait ce camp? en 1735, un officier du ré- 
giment d'Aquitaine y fut blessé pendant 
un tir d'exercices. 

T V. M. 



Chapelle N.-D. de Tout- Ay de* 

— Au 16 Rue de Sèvres se trouve l'em' 
placement de TAbbaye-au-Bois démoli en 
1907; la ch;;peile, qui fut démolie en 
1908, possédr.it la célèbre statue de < N.D. 
de ToLit-Ayde » laquelle appartint aux 
Filles-Dieu de i6i8 a la Révolution. Qu'est 
devenue cette statue ? 

G. F. 

"Vierge Noire N. D de Bonne Dé 
livrande. — Cette statue datait du xiv« 
siècle, elle ornait l'église St-Etienne des 
Grès d'où elle fut enlevée pour être mise 
dans la chapelle des sœurs de St-Thomas 
de Villeneuve, rue de Sèvres. Cette cha- 
pelle a été démolie en 1907 lors du per- 
cement du boulevard Raspail. Qu'est de- 
venue cette statue ? G. F. 

AnnalsK de I* Révolution fran- 
çaise — Ce manuscrit du chevalier de 
Rivarol, frère puîné du comte, a-t-il été 
jamais imprimé ? Et sait-on ce qu'il est 
devenu? H. Quinnet. 

Le sabre baïonnette-scie des Al- 
lemands. — Un journal — je ne sau- 
rais dire lequel — signalait dernièrement 
comme étant de création récente le sabre- 
baïonnette-scie en usage dans l'armée al- 
lemande. Je crois au contraire que cette 
arme de sauvage est assez ancienne et que 
son emploi remonte peut-être au premier 
empire? 

Quoi qu'il en soit, j'ai vu des sabres- 
baionnettes-scies çntre les mains des Ba- 
varois, à l'issue de la bataille de Frœsch- 
willer-Wœrth Reichshoflfen. 

Pourrait-on savoir à quelle époque re- 
monte l'emploi du sabre baïonnette- 
scie ? Marc Ol. 

De Ballon. — Quelle est l'ascendance 
d'Anne-Eulalie de Ballon, Provençale, qui 
épousa, vers 1788 à S. Domingue.jLan de 
Laplace ? A quel moment les Ballon ont- 
ils quitté la Provence pour les colonies ? 
A-t on jamais dressé leur généalogie ? 

AURIBAT. 

Adrien Dézamy. — Poète, secrétaire 
général du théâtre du Cbat tioir, mort à 
Lariboisière, fin juillet 1891. 

P. D. 



N- i4)é. 



Vol. LXXIll 

2 59 



L'INTERMÉDIAIRE 



240 



Le général Mainon». — Dans mon 
enfance, a Slrasboiirg, je faisais de fré- 
quentes stations devant une jjraide litho- 
graphie placée dans la devanture de la li- 
brairie Noiriel, alors située place Guten- 
bcrg, au rez-de-chaussée de l'hôtel du 
Commerce. Bien des fois depuis lors, j'ai 
revu cette même gravure en partie repro- 
duite dans les Rues de Strasbourg, de Pi- 
ton ; elle représente la scène de pillage, 
en 178c de ce même hôtel du Commerce, 
à cette époque Hôtel de Ville, qui fait 
l'objet d'une belle étude de M. R. Reuss, 
dans les deux derniers fascicules de la 
Revue Historique. La Revue d'Alsace (n" 
de juillet-août 1914 paru depuis peu) 
mentionnant l'étude historique de Hang, 
sur le bâtiment de style renaissance, dit 
qu'il fut agrandi en 1808, par l'adjonc 
tion d'une maison de la rue des tonneliers 
appartenant au fameux général Mainoni . 

Pc urrais-je savoir à quelle époque vi- 
vait ce général ? Quelle était sa famille? 
S'il a laissé une descendance ? 

Marc Ol. 

"Un portrait de M. le comte de 
Mun. — L'illustration par la carte-pos- 
tale s'est emparée d'un bea.i et curieux 
tableau représentant M. le comte Albert 
de Mun sous les traits énergiques d'un 
cuirassier faisant le coup de feu tout en 
maintenant son fougueux coursier qui se 
cabre. 

Dans le fond, sur un socle de colonne, 
le médaillon du regretté députe-académi- 
cien avec ces dates : 1841-1914. 
Signé : Gautier, ptnxit. 

Pourrais je savoir où a figuré ce beau 
portrait ? où il a été fait ? et à qui il ap- 
partient ? 

A. d'E. 

Jean Froax. - Poète (nombreux 
vtxs 3\i Chat noir, 1886 1890). Auteur de 
poèmes. Les Af^Z/rd-ss^, luxueusement édi- 
tés à la librairie Monnier. 

P. D. 

Piet Pijouy (Charles Noël). — 

Qyelque aimable collègue du Poitou pour- 
rait-il me renseigner sur Charles Noël Piet 
Pijouy, avocat au parlement, second 
échevm de Niort en 1773, député pour le 
tiers état à l'assemblée des notables en 



1787, président du tribunal de Niort en 
1792. 

Pourrais-je avoir communication de la 
généalogie de cette famille qui a donné 
plusieurs mairei et échcvins à la ville de 
Niort ? 

Cette famille est elle encore représen- 
tée ? 

Comte G. du F. 



Les Rouget,de Niort. — Pourrais-je 
avoir la généalogie des Rouget qui ont 
donné trois maires de Niort ? Cette famille 
n'cst-elle pas la même que celle de Rouget 
de risle? 

Si oui, on demande la parenté d« cette 
famille avec le célèbre auteur du « Chant 
de l'Armée du Rhin ». 

Comte G. du F. 

Symon, seigneur de la Touche.— 

Pourrais-je avoir la généalogie de» Symon 
seigneurs de la Touche, de la Figuasse, de 
la Tillièrc, qui ont donné deux maires de 
Niort. 

Comte G. du F. 

Un^> citation de Montaigne. — 

Dans ses Lettres de mon Moulin.^ k poète 
Mistral, p. 155 (édit. Lemerre, s. d), Al- 
phonse Daudet cite le passage suivant de 
Montaigne : 

« Souvienne vous de celuy à qui, comme 
on demandait à quoy faire il se fjeincit si 
fort en un art qui ne pouvoit venir à la co- 
giioissance de guère de gens : < J'en ay assez 
de peu, réponJit-il. J'en ay assez d'un. J'en 
ay assez de pas un. » 

Je désirerais savoir dans quel endroit 
exact de Montaigne se trouve cette phrase. 

G. Gallois. 

Le délire des naufragés. — H 

existe. Il serait intéressant d'en parler par 
le temps de naufrages que nous traver- 
sons. 

Connait-on une étude physiologique 
sur ce cas ? 

T. 

Ruée. — Si réceptionner n'est p.is 
français, le mot ruée l'estil davantage ? 
Les journaux l'emploient couramment 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 mars 1916. 



241 



242 



pour indiquer les tentatives d'offensive / 
faites par les Allemands pour percer 
notre front et cependant il ne se trouve 
dans aucun dictionnaire. 

Un Bibliophile comtois. 

Alfred de Vigny. Critique de 
quelques-uns de seï vers. — La der- 
nière poésie d'Alfred de Vigny, intitulée 
« L'esprit pur » convient de grandes 
beautés. 11 y a cependant des strophes qui 
mt déroutent et au sujet desquelles je de- 
mande la permission de recourir aux lu- 
mières de nos collaborateurs. 

Je ne citerai aujourd'hui que celle-ci où, 
parlant de ses ancêtres, le poète dit : 

Mais leurs champs de la Beauce avaient leurs 

[cœurs, leurs âmes, 
Leurs soins. Ils les peuplaient d'innomb.a- 

[bles garçons 
Et de filles qu'ils donnaient aux chevaliers 

[pour femmes, 
Digne de suivre en tout V exemple et les le- 

[çons ; 
Simples et satisfaits si chacun de leur race 
Appo-'Lnt St- louis en croix iw sa cuirasse^ 
Comme les vieux portraits qu'aux murs noifg 

[nous plaçons 

Le premier des vers soulignés me laisse 
en suspens. Il semble que « Exemples et 
leçons » appellent un complément qui les 
précise : on ne dit pas d'une façon gé- 
nérale «Suivre l'exemple et les leçons», 
mais un exemple ou une leçon, ou l'exem- 
ple ou les leçons de quelqu'un. Il me 
semble aussi qu'on suit ou non un exem- 
ple, qu'on est digne ou non de tel exemple, 
mais <\\xêlre digne de suivre un exemple 
n'a pas de sens. 

L'autre vers m'a intrigué longtemps. 
Ce que j'ai de connaissances en blason ne 
me mettait sur aucune trace, et je ne me 
représentais pas non plus le roi Saint-Louis 
crucifié ou peint en double en forme de 
croix grecque. Une jeune personne, dont 
l'expérience devrait pourtant retarder de 
près de cinquante ans sur la mienne, me 
suggère qu'il s'agit sans doute tout sim- 
plement de la décoration dite de Saint- 
Louis. C'est une révélation. Mais tout de 
même, si, pour expliquer que quelqu'un 
était décoré de la Légion d'honneur, on 
avait dit sous l'Empire qu'il avait « appo- 
sé Napoléon en croix sur sa poitrine », 
l'iiiterlocuteur aurait peut être éprouvé 
un moment d'hésitation. 

A. P. L. 



Douleur. Tout mortel est cha^-gé 
de sa p'opre douleur — Mme de 

Staël considère ce vers de Voltaire comme 
« le plus beau vers » qu'il ait écrit. 
(Lettre à Camille Jordan), 20 juin 1806. 
Cf. Nouveaux Lundis de Sainte-Beuve^ 
XII, p. 255. 
Tout mortel est chargé de sa propre douleur. 

Où a-t-il écrit ce vers .'' 

O. G. 

Pauvre comme le chat du juge. 

-~ Pourquoi les Gascons disent ils, d'un 
pauvre diable qui n'a ni sou ni maille : 
Qu'es praube coum lou gat don yutye ? 
Qui nous expliquera les raisons profondes 
assurément de cette comparaison .? Les 
juges iiitermédiairistes sont tout naturelle- 
ment indiqués pour répondre à cette ques- 
tion qui n'est f as sans doute une énigme 
pour eux. Auribat. 

A quand remonte l'invention du 
bridge? — Je croyais que l'invention du 
bridge — dont la vogue extraordmaire a 
succédé à celle d'autres jeux de cartes 
tels que le v/hist ou le boston — ne re- 
montait pas au-delà des dernières années 
du xix^ siècle. 

Aussi ai-je été surpris de lire dans les 
intéressants souvenirs de M. Nelidow, ré- 
cemment parus dans les Revue des Deux 
Mondes {n° du 15 juillet, page 270) que, 
durant le printemps de 1876, les diplo- 
mates restés a Constantinople « se li- 
vraient le soir au jeu du bridge ». 

Est-ce un lapsus ou est-il bien vrai que 
l'on connaît déjà le bridge à cette date ? 

Y. "W. 

Guillotin. — J'ai lu quelque part que 
la famille de l'inventeur de \.<. la machine 
à écouler les victimes » selon le mot de 
Barère, avait obtenu de changer son nom. 

Le Bulletin des lois mentionne bien les 
changements suivants : 

1815, n" 56 Guillotin en Sainte-Marie. 

1816, n° 382, Guilloiin en Vincent d'inville. 
1830, u° 14S0, Guillotin en Samte-Marie. 

Mais rien n'indique que ce sont des 
membres de la famille du célèbre doc- 
teur, dont un magistrat érudit de Saintes, 
M. Guérin vient de publier une biogra- 
phie fort remarquable. 

L. G. 



N« 1436, Vol. LXXIII. 



243 



L'INTERMEDIAIRE 



— 244 



Ecponsc^ 



Congrès de la Faix, initiative de 
Heuri IV (LXXlI, 5, 10»). — Je ne dis- 
cuterai pas la questicn fort obscure du 
« grand dessein > de Henri IV ; sans 
doute, quand il fut frappé par le couteau 
de Ravaillac, le premier Bourbon médi- 
tait quelque entreprise d'importance pour 
laquelle il s'était préparé de longue date, 
profitant d'ailleurs, d'un maître atout dans 
le jeu de la France, la demi impuissance 
de l'Angleterre gouvernée par Jacques l'^. 
Mais n'allons pas plus loin et ne cher- 
chons pas à pénétrer le secret d'un ave- 
nir qui ne s'est point réalisé. Sur ce point 
donc, j'ai le plaisir d'être d'accord avec 
M. Hyrvoix de Landosle et me borne à 
dire que le coup eût été certainement di- 
rigé contre l'ennemi héréditaire, la Mai- 
son d'Autriche. Mais tout aussitôt je me 
sépare de notre collaborateur du moment 
ou il s'agira de juger la politique de 
Henri IV, reprise par Richelieu, continuée 
par Mazarin et Louis XiV. 

Cette politique, notre collaborateur la 
dénonce comme « furieuse et aveugle » 
parce que anticatnolique ; si sur ce der- 
nier point je traduis mal la pensée mai- 
tresse de la communication l'auteur recti- 
fiera. Il la condamne encore parce que 
elle a tu pour résultat de créer la Fruste, 
c'est-a-dire l'Allemagne militarisée plus 
redoutable à la France que ne le tut ja- 
mais le Saint Empire romain des Habs- 
bourg». Voyons. 

L'œuvre de Henri IV et de Richelieu a 
été double. A l'intérieur il fallait résoudre 
le problème protestant ; le roi y pourvut 
par l'Edit de Nantes, Richelieu par la paix 
d'Alais. 

Par ces deux actes de haute politique 
et de justice, la France, une fois de plus 
en avance sur l'huiupe, montrait que l'an- 
cienne et la nouvelle religion pouvaient 
vivre côte à côte au sein de la même na- 
tion, ayant chacune son rôle utile dans la 
grandeur nationale. 

L église catholique, religion de l'Etat, 
conservait de ce fait im.; supériorité 
écrasante, ayant de plus puui elle le nom 
bre et la richesse, tandis que les protes- 
tants avaient pour eux 1 energi propre 
aux minorités qui veulent se faire leur 
place au soleil. 



Cet état de choses ne dura guère plus 
de trente années pendant lesquelles les 
protestants firent preuve, notamment au 
temps de la Fronde où ils eurent pour- 
tant la partie belle, d'un loyalisme ab- 
solu. Mais du jour où Louis XIV com- 
mencera de gouverner par lui-même, les 
dissidents seront en proie à une politique 
de vexations continuelles, sournoises ou 
violentes, qui s'aggravèrent d'année en 
année, sans lasser le loyalisme des vic- 
times. Si bien que quand sera officielle- 
ment révoqué, en octobre 1687, l'édit pa- 
cificateur, il n'en subsistait plus rien (ou 
si peu^. Il y a, selon moi, chose jugée 
sur l'acte déplorable auquel applaudit la 
France presque entière et je me boi ne à 
invo luer la condamnation prononcée par 
ce grand libéral catholique, Montalem- 
bert, en ajoutant que je n'obéis à aucun 
esprit de parti puisque je suis non pas 
protestant, mais catholique. 

L'œuvre extérieure de Henri IV et de 
ses successeurs ne pouvait être que la 
lutte contre la Maison d'Autriche, lutte 
devenue une nécessité nationale depuis le 
mariage de Marie de Bourgogne Et un 
simple regard jeté sur la carte de l'Eu- 
rope aux xvi' et xviie siècles, montre la 
France prise dans l étaj de la Maison 
d'Autriche, au Sud par lEspagne, à 
l'Est par la Comté, au Nord par les Pays- 
Bas, tètes de bélier d'une poussée for- 
niidable, celle des deux masses, l'Em- 
pire et l'Espagne qui avaient formé sous 
Charles-Quint cet empire unique sur le- 
quel ne se couchait jamais le soleil. Et 
de combien peu s'en fallut il que, au lieu 
de Henri IV, un prince autrichien s'assit, 
sur le trône de France ? 

La politique nécessaire de la France ne 
pouvait être que anti-autrichienne. Etait- 
elle en même temps anti-catholique ? Pas 
le moins du monde, elle était seulement 
nationale, rien de plus, rien de moins ; 
elle triompha au traité de Weslphalie et 
valut a la France avec une longue pré- 
pondérance en Europe, l'Artois le Rou- 
sillon, l'Alsace, la Flandre et la Franche- 
Comté, plus tard la Lorraine. Quant a 
prévoir un bon siècle à l'avance que, la- 
bas, dans les sables du Brandebourg, un 
petit état sans passé, pauvre et sans 
frontières deviendrait d'abord la Prusse, 
puis un siècle et demi plus tard, l'Alle- 
magne actuelle, au temps de Henri IV et 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

245 



ào-^ mars 19161 



246 



de Richelieu, cela eût dépassé toute pres- 
cience humaine, j'aimerais autant repro- 
cher aux vainqueurs de Salamine de 
n'avoir pas deviné qu'en brisant l'effort 
des Perses ils préparaient la grandeur de 
la Macédoine. 

C'est au xviii^ siècle, la politique anti- 
autrichienne ayant suffisamment réussi, 
qu'il fallait faire front au péril nouveau 
et deviner celui que recelait pour nous la 
Prusse grandissant sous un roi de génie, 
mais sans foi ni scrupule, en qui l'Alle- 
magne se reconnut aussitôt. La menace 
germanique aurait dû apparaître aussitôt 
à tous ; mais on sait par quelle aberra- 
tion du sens national, la France, au con- 
traire, s'engoua du « roi philosophe » 
qui se lévélait comme son plus dange- 
reux ennemi Et au siècle suivant, dans 
cette funeste année 1866, n'avons-nous 
pas vu l'opinion dominante française, 
même celle du gouvernement, pencher 
avec la plus parfaite inconscience du côté 
de la Prusse ? 

Vous voyez bien, dira mon contradic- 
teur Je vois seulement que au cours des 
derniers siècles, la France a eu deux en- 
nemis implacables qui se sont succédé 
dans la durée. Elle a mis ou croyait avoir 
mis ie premier hors de combat, au tour 
du second maintenant. Ces évolutions-là 
sont fréquentes au cours des âges. Voyez, 
par exemple, l'Angleterre dont la longue 
rivalité avec la France semble bien pour 
jamais close et a fait place à une lutte 
inexpiable contre l'Allemagne. L'his- 
toire de l'humanité est faite de ces à 
coups-la. 

H. C. M. 

Henri V a-t-il été un ri popu- 
laire ? (LXXIl). — M. Franklin vient 
de publier sous ce titre : La Cour de 
France^ la vie privée peu édifiante de 
Henri IV et de son entourage ; l'assassi- 
nat de ce roi, ses rapports avec la reine, 
avec ses maîtresses. Tous ces personnages 
paraissent peu recommandables Dans 
son entourage, d'bpernon est Lobligé de 
Ravaillac qui lui épargne un crime... 

Albéro. 

Adélaïde et Victoire de France 

(LXXlll, 140). — Dansma question rela- 
tive à Mesdames Adélaïde et Victoire de 



France, on a imprimé : « 1 1 décembre 
1914 ». pour II décembre 181^. Les lec- 
teurs de {Intermédiaire ont certainement 
rectifié d'eux-mêmes le millésime erroné. 

N. 

La tète de la princesse de Lam- 
balle (LXXll -, LXXlll, 104, 152, 198).— 

Le 7 septembre 1904, lors d'une fouille 
faite pour la constitution d'un égout dans 
le terrain de l'ancien cimetière des Enfants- 
Trouvés du faubourfç Saint-Antoine, les 
terrassiers mirent au jour, au pied du mur 
de la petite nécropole, un crâne seul, de 
jeune femme, enfoncé à un mètre de pro- 
fondeur, je suivais alors ces fouilles pour 
la Commission du Vieux-Paris, hanté par 
le souvenir des restes de l'infortunée prin- 
cesse, qui avaient été inhumés en cet en- 
droit le soir de la lugubre promenade à 
travers Paris ; et l'étais encore sous l'im- 
pression de la brochure que j'avais écrite 
à ce sujet deux années auparavant. 

Je fis donc mettre le crâne de côté, que 
les docteurs Manouvrier, Siffre et Capitan 
voulurent bien examiner. Ces savants dé- 
clarèrent que le crâne en question était 
celui d une femme d'environ 20 ans et la 
princesse de Lamballe en avait 44 au mo- 
ment de sa mort. )'avais surtout été 
frappé par cette circonstance particulière, 
cadrant avec les documents du temps, 
de la trouvaille de ce crâne, seul, et sans 
autres ossements, au pied du mur du ci- 
metière. 

On trouvera la relation de cet incident 
dans le procès-verbal de la Commission du 
Vieux-Paris^ du 15 décembre 1904. 

Lucien Lambeau. 

* « 
Notre confrère ]. R. C. M. cite, à ce 
propos, V Almanach des honnêtes gens 
pour 1775, paru à Paris à la fin de Tan- 
née 1792. Je possède un exemplaire de ce 
curieux almanach. Comment expliquer 
qu'un écrit aussi réactionnaire ait pu se 
vendre sans difficulté à Paris en pleine 
crise révolutionnaire, c'est-à-dire à une 
époque où la censure s'exerçait en France 
d'une manière autrement terrible qu'en 
1914 1916 ? J. W. 

Portrait de Madame de Lamballe 

(LXXlll, 143). - Deux portraits au moins 
de la princesse de Lamballe devraient 



r^o 1436. Vol. Lxxiii. 

1 347 

pouvoir être considérés comme authen- 
tiques : 

i' celui de Madame Vigée-Lebrun qui, 
dans sts Souvenirs, vante le teint, les che- 
veux el l'éléf^ance de son modèle. 11 est 
reproduit dans l'ouvr.ige de M. de Nolhac 
sur Madame Vigée-Lebrun. Mais cette ar- 
tiste faisait-elle toujours ressemblant ? 

2" le croquis que Gabriel exécuta de la 
princesse quelques instants avant son sup- 
plice et qui a été donné au Musée du 
Louvre par M. Clemenceau, il est repro- 
duit dans l'album consacré par M. A. 
Dayot à la Révolution française. Mais 
exécuté dans un pareil moment et avec 
des procédés de fortune, peut-il être con- 
sidéré comme absolument exact ? 

Quœrens Irouvera en outre dans les 
Françaises du xvui' siècle, pzr MM de Gran- 
ges de Surgères et Bourcard l'indication 
de plusieurs au.i es portraits de Madame 
de Lamballe. Un portrait par Rioult existe 
aussi au musée de Versailles. Un des culs 
de lampe par Leclerc pour les Quitte 
heures de la toilette des darnes, par de 
Favre, ouvrage dédié à la princesse de 
Lamballe, en donnait aussi un portrait. 

G. Dehais. 

Les c'aeviux blancs de M^iie- 
Anioiaei-te LXXU ; LXXlll, 104, 152). 
Qu^i-n noclts longa est quid facit senecem 
doit être 

O nox quam Innga est quae facii una se- 

\jiem! 

Sir Thomas Browne, l'auteur de Reh- 
gio Medici, propose ce vers comme de- 
vise d'un portrait de Franciscus Gonzaga 
dont la chevelure ait blanchi en une seule 
nuit. Voir Martial, Epigram., iV, vii, 4, 

O ntx quam loiiga es quae facis una se- 

[nem ! 

Edward Bensly. 

* * 
Madame P... dont les cheveux blanchis- 
sent en une nuit, ayant eu à révéler à sa 
fille, lors du mariage de cette dernière, 
son état d'enfant naturelle. 

Philosoë. 

» . 
Autre analogie Monseigneur Donnet, 

archevêque de Bordeaux qu on avait cru 
mort et qui, en état de léiliargie avait été 
enferme dans le cercueil, Qyand tort heu- 
reusement on s'aperçut de l'erreur et qu'il 



L'INTIÎRMKCIAIRE 



248 



fut délivré, il était réveillé ei ses cheveux 
avaient blanchi 1 

D. Roy. 

Régime ot de Royal Suédois 

(LXXlll, i!S6). — Ancien régiment de 
Lcisler (i^' août 1690:, de Sparre (1695), 
de Lenck (1714), d'Appelghren (1754) 
A la suite de la sortie du 22 août 1742, 
le roi, pour témoigner au corps sa satis- 
faction de la brillante valeur qu'il avait 
montrée dans cette occasion, le mit, par 
ordre du 30 octobre, sous le titre de 
Royal-Suédois, et lui accordait les pri 
vilèges dont jouissaient les régiir.ents 
royaux » (i). 

Le nom avait été choisi en souvenir des 
10 compagnies « en grande partie com 
posées avec les hommes d'un excellent 
corps d'infanterie suédoise au service de 
la Hollande » (2) qui avaient formé le 
régiment. Origine a laquelle il dut d'avoir 
toujours des colonels suédois. 

Royal-Suédois ne prit pas part à l'ex- 
pédition de Rochambeau, il était, à cette 
époque, en garnison à Strasbourg (dé- 
cembre 1778), à Belfort et à Huningue 
(oct. 1780), puis à la Seyne (septembre 
1781), Il participa, cette même année, 
au siège de Mahon, d'où il passa en Es- 
pagne, pour se faire renarqucr le 13 sep- 
tembre 1782, devant Gibraltar, au com- 
bat des batteries flottantes. 

Il rentra en France en octobre 1783, 
pour tenir successivemert garnison à 
Avesnes et Philippeville. à Landrecies et 
Valenciennes (jum 1785), à Maubeuge 
(juin 1787), à Valenciennes (mars 1787), 
à Saint Brieuc (juillet 1788) et de nouveau 
à Valenciennes (octobre 1788), 

Fréderic-Axel, comte de Fersen, en 
avait été nommé colonel le 21 septembre 

1783. 

Pierre Dufay. 

Enfant perdu pendant la guerre 
d-ô Vendte '.LXXlll, 141). — Sous la 
signature Leoni (pseudonyme, je crois, 
d'un M. Dieu) a paru dans le Patriotf de 
l'Ouest. d'Angers, un roman, annoncé 
des le 25 janvier 1894, sous la titre : La 
Biiga.nde aux yeux noirs, où l'auteur 

(!) GÉNÉRAI- SusANE. ~ Histoite de Vin- 
fantere française, V, 75. 
(2; Ibid., V, 73. 



iyES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 mars 1916. 



249 



250 



avait, sur les indications d'un vieil snge- 
vin, mis en action les faits signalés par 
le curieux procès relatif à Cailierine Du- 
vau de Chavagnes. C'est à M. Duvau de 
Chavagnes que Mme de Sapinaud avait 
laissé ses Mémoires dont utie partie fut 
publié en 1820, par M, Sapinaud fils, 
sous le titre de Notices sur la Vendée. 

René Villes. 

Le Tombeau de Napoléon ï""" à 
Ste-Hélène (LXXIII, 8q). — Consulter 
les deux ouvrages de M. Albéric Cahuet : 
Après la moit de l'Empereur et Naboléoti 
délivré parus en 1912 et 1914 chez Emile 
Paul. 

QUATRELLES L'EpINE. 

Un portrait de l'impératrice José- 
pliine par Neinsius (LXXIII, 180). — 
Deux questions sur l'artiste n'ont pas eu 
de suite (XXXV-622; LIX-731). Par con- 
tre, en réponse à deux autres questions, 
des détails biographiques ont été fournis, 
notamment sur le séjour de Neinsius à 
Orléanset sur sa femme (XXXVlil, 122, 
577> 753 : ^LV ; 166, 486, 9441. 

Dans aucune de ces communications, il 
n'a été faitalki&ion au portrait de l'Impé- 
ratrice Joséphine. P. D. 

L'Union sacrée en Amérique 

(LXXIII, 147). — Le hasard me met sous 
les yeux l'opinion intime du Président 
Lincoln sur la guerre de Sécession. Elle 
est assez nette et claire pour couper court 
à toute controverse. 

Dans le Harper's Magasine de jan- 
vier 1915, iVl William Roscoe Thayer a 
publié des extraits du journal de John Jay, 
le jeune et fidèle secrétaire particulier du 
Président, plus tard l'un des ministres 
de Théodore Roosevelt, après avoir été 
ambassadeur à Londres, de 1897 à 1899. 

« A la date du 7 mai 1841 », écrit 
M. Thayer. Voici un passage d'impor 
tance capitale... Hay fait allusion (de- 
vant Lincoln) à l'opiinon de Browning, 
que le Nord devrait mater le Sud, exter- 
miner les Blancs, fonder une République 
noire et protéger les nègres qui font croî- 
tre notre coton. 

Quelques-uns de nos Nordistes paraissent 
ahuris, aveuglé';, sous l'excitation du moment, 
réplique Lincoln. Doolittle incline, ce me 
semble, à croire que cette guerre aura pour 



résultat final l'abolition complète de l'esda 
vage Le vieux colonel HAmiltoii, ve'nérable 
et très respectable gentleman, insiste vive- 
ment sur l'utilité d'enrôler des nègres dans 
notre armée. — «Je lui dis, interrompt John 
Hay, que sa correjpondance est abondamment 
mêlée de conseils semblables» — Pour ma 
part, continue le Président^ je considère que 
l'idée foncière et qui imprègne tout ce conflit 
est la nécc-ssité pour nous de prouver que le 
gouvernement populaire n'est pas une absur- 
dité. Nous devons maintenant trancher la 
question de savoir si, dans un gouvernement 
libre, la minorité a le droit de rompre avec 
ce gouvernement quand il lui plaît. Si 
nous échouons, cela contribuera beaucoup à 
montrer l'incapacité de notre peuple à se 
gouverner lui-même. Il peut y avoir une 
objection en réserve sur cette appréciation, 
mais ce n'est pas à nous de la signaler 
d'avance. Ce serait qu il existe cher nous un 
élément de trouble énorme, très puissant, 
que l'histoire d'aucun autre peuple libre 
n aura sans doute jamais présenté. Cela, tou- 
toutefois, ce n'est pas à l'ous de le dire au- 
jourd'hui. Prenant le gouvernement comme 
nous le trouvons, nous verrons si la majorité 
peut le sauvegarder. » 

Cette déclaration, ajoute M. Thayer, faite 
impromptu à son secrétaire, révèle le fond 
de la pensée de Lincoln sur la guerre de la 
Rébellion. 11 y avait en jeu quelque chose 
de plus précieux que la conservation de 
i'Union, de plus urgent que l'abolition de 
l'esclavage, — c'était la Démocratie. Deux 
ans et demi plus tard, dans son adresse à 
Gettysburg, il formulait en une sentence 
impérissable, la pensée dont ce n'était ici 
que le germe (pp. 167-8). 

Remarquons bien que, en remontant à 
45 ans au-delà, — à 100 ans juste de 
nous, — la question ne se serait très pro- 
bablement pas posée de même. 

Lorsqu'un Américain parlait de son pays, 
il y a cent ans, il en parlait toujours an plu- 
riel, ayant dans son esprit une Union d'Etats 
souverains et distincts. 

(Le Professeur Gaillard Hunt, biblio- 
thécaire du Congrès, Life in Amcric i a 
Hundied Years Ago\ New-York. Harper, ' 
1914; p. is). Mais le sentiment de Lin- 
coln était bien énergiquement unitaire. 

Une remarque incidente faite à joha 
Hay peut intéresser ceux qui étudient 
l'aspect constitutionnel de la guerre. 
Dans son message au Congrès, en dé- 
cembre 1863, le Président exposa ses vues 
sur les Etats dissidents. Le sénateur Sum- 
ner, qui d'habitude critiquait Lincoln, 
parla cette fois du message avec une 



252 



N» 1436. Vot. Lxxiii. L'intermédiaire 

251 

vive satisfaction. En l'apprenant, le 
Président répéta à John Hay ce qu'il lui 
avait dit mainte fois auparavant, qu'il n'y 
avait sur ce sujet aucun désaccord essen- 
tiel entre gens de bonne foi, s'ils voulaient 
l'aborder sérieuïement. La seule question 
est : Qu'est-ce qui constitue l'Etat ? Une 
fois ce point tranché, la solution des 
questions ultérieures est facile. 11 dit 
qu'il avait écrit d'abord dans son message 
qu'il considérait la discussion sur le faitde 
savoir si un Etat avait été quelque temps 
om dehors de l'Union, comme vaine et 
sans fruit. Nous savons que ces Etats 
ont été — nous espérons qu'ils seront 
encore — de l'Union. 11 n'y a pas grand 
avantage à considérer si, dans l'inter- 
valle, ils ont été dedans ou dehors. Mais 
ensuite il estima que la 4" section, 4' ar- 
ticle de la Constitution lui accordait le 
pouvoir de protéger les Etats de l'Union, 
et il était inutile d'admettre que ces Etats 
en eussent été jamais séparés. C'est pour- 
quoi il biffa le passage, comme pouvant 
ofitrir des inconvénients. Il préféra, dit-il, 
s'appuyer fermement sur la Constitution, 
plutôt que de travailler en l'air. 

Quant à l'esclavage, ce régi me avait passé 
par les méines vicissitudes d'opinions que 
l'Union constitutionnelle. 11 y a cent ans, 
dit le Professeur Gaillard Hunt, on s'ac- 
cordait fort généralement à le condamner. 
Mais, en 1815, on considérait partout que 
c'était*in problème régional. 11 existaitdans 
toutes les colonies, au moment de la Ré- 
volution ; chacun des Etats du Nord l'avait 
néanmoins aboli progressivament. Les 
autres considéraient que le noir se trou- 
vait mieux comme esclave en Amérique 
que comme sauvage en Afrique. Puis, tant 
de gens marquants avaient des esclaves ! 

Trois des quaires Préâidents [jusqu'à cette 
ëpoquej, deux des cinq Vice-Présidents, 
quatorze des vingt six Présidents du Sénat, 
cinq des dix Présidents de la Chambre, avaient 
été propriétaires d'esclaves. Jusqu'à l'élection 
de Lincoln en 1861, sur une période de 
soixante-douze ans, le siège présidentiel fut 
occupé par le» propriétaires d'esclaves pen- 
dant cinquante ans, — les deux tiers du 
temps (pp. 39, 43-44). 

le n'ajouterai qu'un mot, en ce qui nous i La mot « Urbs » (avec un grand u) em- 
concerne, puisque la question a été sou- j ployé seul a parfois servi et sert encore à 
levée : une revue publiée par rUni\ersité j personnifier Rome, comme < la Ville par 
de Lincoln, Nebraska, la Mid-West Qu*r- \ excellence ». 

/er/v, dans son numéro de juillet 1915, \ De même que saint Georges est tou- 
déclare que l'attitude de la France, pen- 4 jours le patron de l'Angleterre, Je crois 



dant la Guerre de Sécession, fut parfaite- 
ment correcte. 

P. S. — Dans ma note précédente, il y 
a lieu de rectifier deux noms propres, 
Charles Sumner, au lieu de Summer, et 
Lawrence Oliphant, au lieu de Oléphanl. 

Britannicus. 

La Petite Eglise (LXXl ; LXXll). — 
Les papiers de Grégoire assurément se- 
raient consultés avec fruit par ceux qu'in- 
téresse la question. Or, s'il me souvient, 
ces précieuses archives étaient, il n y a 
pas longtemps encore, entre les mains de 
M. Gazier. S'il ne s'est pas déjà mêlé à 
la controverse, il est tout indiqué pour 
intervenir efficacement. 

AuRiBvr. 

Sainte-Honot ine, patroone des 

cap ifs iLXXIIl, 43. 150). — Il y aurait 
peut-être chance de trouver quelque 
chose sur ce sujet dans l'opuscule sui- 
vant, que j'ai vu s la Bibliothèque Natio- 
nale (LK' 2223;, quand j'assemblais les 
matériaux de ma Bibliothèque des écrivains 
foré{iem : 

Descriptio dcmus qu<x Conflans vulgo 
appellatur. Autore lo. — B Massono Fore- 
sio Paris, i6iq, in 4°, 15 pages. 

Ce n'est toutefois qu'une conjecture ; 
car je n'ai pas eu le temps d'analyser le 
contenu de ce petit ouvrage. 

O. C. R. 

Sainte Geneviève, patronne de 
Paris ou de toute la France (LXXllI, 
139 . — Entre autres citations, que l'on 
pourrait multiplier, en voici deux, prises 
au hasard, qui prouvent que le mot 
« urbs »,n'a pas, chez les auteurs latins, le 
sens restreint que lui attribue notre con- 
frère A. E. 

Cicéron a dit : « Tum conventicula ho- 
minum, quae postea civitates nominata» 
sunt ; tum domicilia conjuncta, quas 
« urbes » dicimus » ; et, après 'ui, Ovide : 
« Prima < urbes » inter, Divûm domus, 
aurea Rorna ■ù. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 mars 19 1< 



253 



254 



que saint Denis est encore celui de toute 
la France. 

Nauticus. 

* 

Le fait que l'office liturgique de 
la fête de Sainte Geneviève aurait été 
étendu par le Pape à tous les diocèses de 
la France suffirait à la constituer pa- 
tronne de tout le pays, 

Qyant au texte de l'invocation : « Sancta 
genovefa, urbis et Galliœ patrona, ora 
pro nobis » , monsieur A. E. a raison d'ob- 
server qu'on devrait dire : « civitatis », 
au lieu de « urbis », toute ville épisco- 
pale portant le titre de « civitas », comme 
dans r « Ordo » de Paris qu'il vise. De 
même les bourgeois des villes épiscopales 
étaient-ils anciennement qualifiés « ci- 
ves ». J'ai par exemple, entre les mains 
un document français de 1390, où un per- 
sonnage de ma famille, Prévôt d'Angou- 
lême, est qualifié « citoyen > de cette 
ville. 

H. deL. 

Raymond d'Abzac (LXXllI ; 142). — 
Voici que repasse devant nos yeux la 
figure de ce petit brun, à l'air décidé, aux 
yeux brillants et pleins de vie que fut 
Raymond d'Abzac. Je l'eus pendant quel- 
que temps, comme secrétaire, au Gtl Blas 
du boulevard des Capucines — ce qui 
n'est pas d'hier. 11 était ardent et aven- 
tureux. Il me semble bien qu'il mourut 
au cours d'un voyage en Argentine, aux 
environs de 1889. J'ai gardé de lui le sou- 
venir d'un brave garçon, très allant, fait 
pour l'action, ce qui explique ses hésita- 
tions pour le choix définitif d'une car- 
rière. Je crois qu'il avait un peu d'affec- 
tion pour moi. et je sais que la nouvelle 
de sa fin prématurée me consterna. U 
avait été introduit au Gil Blas par M. De- 
nécheau, qui devait être, plus tard, dé- 
puté de l'Aisne. 

Paul Ginisty. 

Cyprien Bérard (LXXIU, 93). ~ 
Tout ce que l'on sait de Cyprien Bérard 
c'est qu'il est né à Arles à une dale incon- 
nue, qu'il est l'auteur du roman Lord 
Ruthwen ou les Vampires et qu'il a été 
dans la suite directeur du Vaudeville et 
des Nouveautés. Ch. Nodier n'aurait pas 
collaboré à ce roman et se serait borné à 
le publier chez Ladvocat. M. Georges^Vi- | 



caire, dans son Manuel de l'Amateur de 
Livres du XIX* siècle, die à ce sujet une 
lettre adressée par Nodier à cet éditeur 
pour lui reprocher, en termes assez vio- 
lents et en le menaçant de poursuites, 
d'avoir annoncé cet ouvrage sous son 
nom. Qiiérard dans ses Supercheries litté- 
raires dévoilées, dément à son tour, que ce 
roman soit de Nodier. 

Toutefois, un mélodrame anonyme, in- 
titulé le Vampire, âvec mus'que d'Alexan- 
dre Piccini, a été représenté à la porte St- 
Martin le 13 juin 1820, c'cstà dire la mê- 
me année que le roman et M. Georges Vi- 
caire, dans son Manuel précité affirme, d'a- 
près le Catalogue général de la Société des 
auteurs et compositeurs dramatiques (1863), 
que cette pièce est due à !a collaboration 
de MM. Carmouche, de Joufïroy et Charles 
Nodier Champfleury, dans ses Vignettes 
romantiques, l'attribue ouvertement à Ch. 
Nodier et donne une analyse humoristique 
dece drame d'un romantisme effarant, dans 
lequel Mme Dorval, alors à ses débuts, 
tenait le rôle principal de Malvina. 

Un Bibliophile Co.mtois. 

Léon de Bercy (LXXIII, 142), — 
Drouin de Bercy, est mort rue Girardon,à 
Montmartre, le 31 juillet 191 5. 

A. Patay. 

Décisions royales pour Victor 
Hugo, l'ode du sacre, la pension 
littéraire (LXXIl, 229). — Nous trou- 
vons dans la Revue des autographes, mars 
1916, l'analyse d'une lettre de Victor 
Hugo qui peut faire suite aux documents 
que nous avons publiés. U s'agit cette 
fois de la pension littéraire que la Restau- 
ration avait faite à Victor Hugo — et que 
le poète, à la suite d'une polémique en 
1832, refusa avec éclat. 

Importante lettre (33 décembre 1832) re- 
lative à sa pension littéraire. 

« U y a dix ans, en 1823, Louis XVIII, 
Roi lettré assigna de son propre mouve- 
ment, surlesfondsdu ministère del'Intérieur 
deux pensions littéraires de deux mille francs 
chacune, l'une à mon noble ami, M. de La- 
m;!rtine, l'autre à moi. On conçoit que je 
rappelle volontiers ce souvenir. 

En 1829, à l'époque où la Censure du mi- 
nistère Polignac, arrêta Marton de Ltrme, 
Charles X, voulant m'en dédommager, or- 
dotuia que la pension, inscrite sous mon nom, 
fut portée de deux mille francs à six mille 



N» 1456. Vol. LXXIII. 

255 — 



L'INTERMEDIAIRE 



256 



francs. Je refusai cette augmentation qui me 
semblait faite, dans le but d'engager ma 
conscience. ..Je n'avais jamais considéré jus- 
qu'ici, et les divers ministères de la Restau- 
ration auxquelsj'ai été opposé partageaient 
probablement cet avis, je n'avais considéré 
cette» pension > que comme une reconnais- 
sance un peu exagérée, de quelques titres 
littéraires fort contestables, comme une in- 
demnité légitime pour les nombreuses taxes 
abusives et eyceptionnelies qui grèvent en 
France ma profession, et peut-être même, 
depuis trois ans, comme le maigre intérêt 
d'un capital de quarante-sept mille francs 
que les deux ouvrages qu'il m'a été permis 
de donner au th âtre ont versé jusqu'à pré- 
sent au budget sous la forme impôt des hos- 
pices. Mais aujourd'hui que le gouvernement 
paraît croire que ce qu'on appelle les pen- 
sions littéraires vient de lui et non du pays, 
•t que cette sorte d'allocation engage l'indé- 
pendance de l'écrivain, aujourd'hui que cette 
étrange prétention du gouvernement sert 
de base à la polémiqu: assez honteuse de cer- 
tains journaux dont il est malheureux pour 
vous qu'on vous attribue, à tort sans doute, 
la direction, comme il importe de maintenir 
mon débat avec le gouvernement dans une 
région plus haute que celle où s'agite cette 
polémique, sans examiner si les prétentions 
relativement à l'indemnité en question sont 
le moins du monde fondées, j'y renonce en- 
tièrement. 

11 va sans dire que cet incident, si peu 
important en soi, est à mes yeux une raison 
pour que ma réclamation contre l'Acte arbi- 
traire qui a supprimé Le Roi s'umuse con- 
serve plus que jamais son caractère de di- 
gnité, de réserve et de modération ». 

Condamnés à mort protégés par 
Victor Hugo (LXXII ; LXXllI, 69, 214). 
— Il ne m'est pas possible d'accéder à la 
demande de notre collègue Ibère, ayant 
lu les vers dont il s'agit, dans une publi- 
cation dont je n'ai pas conservé le titre. 

QyiDONC. 

Justin Langlois (LXXIII, 94). — Le 
vrai nom de Justin Langlois était Léon 
Bienvenu et les articles dont s'enqui rt 
E. H. n'ont jamais été réunis en 
lume. 

A remarquer aussi que la « Lune 
rousse » ne paraissait pas comme l'indi- 
que E. H. en 1867 mais que, d'abord 
« Eclipse > elle n'est devenue « Lune 
rousse » que dix ans plus tard à propos du 
16 mai. Philosoë. 



Le Cardinal Pilfort d« Rabas- 
tens (LXXIII, 95). — Ce ne serait ni Pié- 
fort ni Pilporc, à en croire VHisioite géné- 
rale des Cardinaux, par Aubéry (1642). 

« Pie-Fort de la noble et ancienne maison 
de Rabasteins est natif de sainct '"■eorge, pe- 
tite ville sur le Tarne au diocèse d'Alby ». 

Nommé évêque de Pamiers, il fut trans- 
féré, avant décembre 1320, au siège de 
Kieux, dont il fut vraisemblablement le 
premier évêque C'est le 31 décembre de 
cette année-là qu'il fut honoré de la 
pourpre cardinalice au titre de Saint- 
Anastase. Il mourut peu après 

La Gallia Christiana renseignerait 
mieux sur ce prélat. — Rabastens porte : 
d'a:(ur au lion d'or aimé et latnpassé de 
gueules (La Chesnaye, Rietstap, jouflfroy 
d'ïïschavannes), 

SaintSaud. 

• ♦ 
Voir Histoire du Languedoc^ édition 

Privât, VllI, 815, acte de 1224: Pilus- 

fortis de Rabastens. 

Revue du Tarn, année 1907 : Pelfori de 
Rabastens, vicomte de Paulin (Tarn) en 
1327. Citte seigneurie appartenait précé- 
demment à la famille de Lautrec. 

Ibid : 

Le premier Rabastens qui apparaît dans 
l'histoire est Raymond de Rabastens, qui 
était un peisonnag'j important puisqu'il as- 
sista comme témoin en avril 1 109 à la dona- 
tion du château de Penne, par i'évèquc 
d'Aibi, à Bernard-Aton, vicomte d'Albi. 

P. c. c. s. X. T. 
* 

* * 
C'est d'abord une erreur typographique 

I qui a fait écrire Picjort, alors que l'An- 
nuaire pont. cath. cité a imiprimé Pilfort, 
du latin Pilus/ortis, comme l'imprime 
Ciacconius, vttœ pontificaux . II, p. 418 

Voici maintenant les quelques rensei- 
gneirients que j"ai pu recueillir. 

Pilfort de Rabasteins (je ne connais pas 
son prénom, à moins que ce ne soit Pil- 
fort, qui n'est pas un nom de saint) na- 
. .- quit au château de Saint-Geri, dioc. 
vo- d'Alby, de la famille de Rabasteins, entra 
I dans l'ordre de Saint-Benoit etdevint abbé 
de Lombez en 13 10. et diacre de l'Eglise 
de Toulouse. Il devint ensuite év. de Pa- 
miers le 17 janv. 1312 et n'était pas en- 
core sacré le 6 janv 1317 ayant obtenu 
j un délai. Cela venait peut être de difticul- 
( tés qu'i'l eut avec son chapitre et lui fai- 



OES CHERCï^KURS ET CURÏEirX 



20-30 mars 1916* 



257 



258 



saient craindre sa situation comme pré- 
caire. Pour ce motif, il fut transféré, le 
23 mars 13 17, à Léon en Espagne, et 
c'est alors seulement qu'il reçut la consé- 
cration épiscopale, mais il ne dut pas aller 
sur ce siège car le 1 9 oct. 1317, Jean XXII 
le nomme premier évêque de Réaux (Ri- 



de la vie du premier président de Brosses 
qu'il venait de publier. Sollicité de com- 
prendre cette correspondance dans la cor- 
respondance générale de Voltaire entre- 
prise par Firmin-Didot, il s'y était refusé, 
en raison du caractère nettement anticlé- 
rical de cette publication. 

A. E. 



veneti) qu'ilvenait de fonder. 

Le 20 déc. 1320, Jean XXII, dont il 
était l'ami intime, le créait card. pr. de ! Les lettres au Président de Ruflfey qui por- 
Sainte-Anastasie, et il mourut vers 1321. * +-"<■'-- -!"♦==• -.;-o"t-- -«t «f^ ,,„Mi<ioc 

Les armoiriesdes Rabastens sont d'azur 
ail lion d'argent armé et îampassé de 
gueules. Ciacconiu? ii avait primitivement 
pas donné son écusson. Le compilateur 
d'une édition subséquente lui assigne, di- 
sant les avoir tirés d'armes authentiques, 
de (la gravure n'indique pas) à trois radis 
[de gueule) surmontées de trois feuilles (de 
sinople) Il n'a pas d'autres explications 
et je me borne à signaler cette contradic- 
tion. 

Je n'ai malheureusement pas de données 
sur les autres questions posées. 

D-^ A. B. 



Quel était ce Sidrac? (LXXIII, 144). 
— Sidrac est le vrai nom d'un vieux 
châtelain de la Sainte Chapelle. 

Dehermann Roy. 

» » 
Dans l'éditio:- dî Boileau que je pos- 
sède, (Paris F D !ct 18=53) une note mise 
au bas de la page où se trouvent les vers 
en question, dit : « Sidrac est le vrai 
nom d'un vieu:: chapelain clerc de la 
Sainte-Chapelle ». 

G. QUESNEL. 

Lettres de Voltaire (LXXIII, 46, 
170). — Les lettres mentionnées par H. 
C. M , sauf la dernière (pour laquelle il y 
a peut être une faute d'impression), se 
trouvent dans la Correspondance inédite 
de Voltaire avec le Président de Brosses 
et autres personnages, publiée par Th. 
Fûisset en 1836, (Pans chez Levavasjeur, 
libraire 16, place Vendôme). (Dijon, im- 
primerie Frantin). Ce recueil con'ient 64 
lettres de Voltaire au président de Ruffey. 

Une de ces lettres, datée de Fcrney, 29 
mars 176! , avait précédemment été pu- 
bliée par Girault et Beuchot. 

M. Foisset avait public cette correspon- 
dance inédite comme pièce justificative 



tent les dates suivantes ont été publiées 
dans Fédition Moland : 2 mai, 21 juillet, 
i"^ août et 15 août 1759 ; 29 mars et 24 
avril 1761. Quant à celle du 2 juin, elle 
n'y figure point. Est-elle encore inédite, 
je l'ignore. Moland en donne une du 9 
juin 1761 envoyée de Ferney, qui com- 
mence ainsi : 

Quoique je sente parfaitement, mon cher 
Président, que ce n'est qu'à vous que Je dois 
l'honneur d'être Bourguignon.. 

Albert Desvoyes. 

Lois Héraldiques (LXIX). — Dans 
les blasons, mêiie les plus anciens, se 
rencontrent soux^ent des erreurs, per- 
pétuées dans les familles par d'excellents 
armoriaux. En France, les exemples sont 
assez fréquents ; ils sont innombrables à 
l'étranger. 

Pourquoi, dès lors, lire un Ecu pallé de 
sable et de gueula de sept piècei (une de 
pics que la normale) en énonçant ; De sa- 
ble à ^ pals cousus de gueules ? Le texte 
qui est venu Tout naturellement sous la 
plume du questionneur est le meilleur : 
pallé de sable et de gueules de sept pièces. 

La 3® Exception à notre /^^ Loi Héraldi- 
que dit : Les champs de plusieurs émaux 
juxtaposés ou cornus ne suivent pas la loi. 
La 5" Exception énonce : Plusieurs métaux 
ou plusieuis couleurs peuvent être cousus en- 
semble pourvu que le champ ainsi formé soit 
chargé d'une figure de métal s'il est fait de 
couleurs et inverseir.ent. 

Il n'y a aucune contradiction entre ces 
deux textes. Si l'Hcraldique étrangère a 
trop souvent confondu ou négligé les piè- 
ces brochantes et les cousues — comme 
presque tous les peintres et tous les gra- 
veurs — le vrai Blason de France a pré- 
cisé et appliqué des lois qui pr/voyaicnt 
jusqu'à cette confusion possible. La ^* Ex- 
ception (toute de précaution) s'applique 
^ aux cas douteux, par exemple à ce blason 



N. 1436. Vol. LXXIII, 

259 — — 

sus-énoncé : de sable à trois pals cousus de 
gueules, qui n'est, en réalité, qu'un : pallé 
de sable et de /gueules de sept pièces. 

Négligeons les cas où — dans certains 
armoriaux - le sable est souvent accepté 
comme métal. Prenons les cas normaux, 
où le Sable, c'est la couleur noire. Dans 
l'exemple proposé par Droz, l'Ecu pallé 
de sept pièces noires et rouges bénéficie 
de la troisième Exception si le blason- 
neur (par distraction ou par ignorance) le 
lit : de sable à trois pals cousus de gueules, 
et reste soumis à la cinquième Exception, 
qui n'admet, brochant sur lui^ qu'une fi- 
gure de métal. 

P. B. Gheusi. 

Le lion porteur du livre fermé, 
lion de guerre (LXXIII, 42, 170). — Il 
est des errata qu'il serait superflu de corri- 
ger, tant ils sont manifestes et, par suite, 
non imputables au signataire de l'article. 
Mais, dans celui que nous publiâmes ici 
sous la rubrique ci-dessus, on nous fait 
dire cette absurdité : 

Le LIVRE de St-Marc fut surtout repré- 
senté avec le lion des Evangiles... 

C'est, évidemment, ainsi qu'il fallait 
lire : 

LeuoH de St Marc fut surtout représen- 
té avec le livre </« Evangiles... 

Camille Pitollet. 

Ramezay( Armoiries de la famille 

de) (LXXIII, 96). — Voici comment 
je comprendrais ces armes d'après la 
description de Potier de Courcy. Un 
animal issant n'est pas forcément issant 
de quelque chose ; ce terme exprime la 
moitié supérieure d'un animal rampant. 
(Voir Palliot). D. V. 

Ordre du Crancelin (LXXIII, 144). 
— L'ordre du Crancelin est le premier 
des ordres du royaume de Saxe ; il a été 
fondé le 20 juillet 1807 par le roi Frédé- 
ric-Auguste I*f en vue de récompenser 
les hauts fonctionnaires du royaume et 
d'honorer les souverains et chefs d'états 
amis. L'ordre ne comprend qu'une classe. 
La croix est vert-clair, à huit pomtes, 
émaillée de blanc ; au milieu de chaque 
face est un cercle d'argent entouré d'une 
couronne de tue à seize feuilles ; sur un 
des côtés sont les initiales du fondateur 



L'INTERMEDIAIRE 



260 



« F. A » surmontées d'une couronne i t»ient en « Croix de Rouen, croix de St- 



royale ; sur le revers est la devise de 
l'ordre « ProvidenticC mémo» ». Cette 
croix est attachée à un large ruban moiré 
de couleur verte qui se porte en écharpe 
de droite à gauche. Les chevaliers de 
l'ordre portent en outre sur le côté gauche 
de la poitrine une croix d'argent égale- 
ment à huit pointes ayant au milieu la 
devise de l'ordre entourée de la couronne 
de rue et se détachant en argent sur un 
écu central d'or. 

Le Cranc«lin, signifie petite couronnede 
feuillage (de l'ail Kranzlein).Il figure dans 
les armes des familles royaleet ducales sa- 
xonnessous la forme d'un fragment decou- 
ronne à fleurons posé en bande. Le P. Mé- 
ncstrier,dans son traité de la chevalerie, ra- 
conte que, lorsqu'il donna l'investiture de 
la Saxe à Bernard, fils d'Oihon d'Ascanie, 
l'empereur Frédéric jeta par badinage une 
couronne de rue (Raute) au nouveau duc 
qui l'ajouta à ses armoiries ; c'est pour- 
quoi le Crancelin est appelé en .Allemand 
Rautenkran{. Mais cette explication est 
sujette à caution et, en réalité, l'or'gine 
de cette figure héraldique est inconnue. 
Un bibliophile comtois. 

Ex-libris à déterminer : « Chris- 
tus et Vicîoria (LXXIII, 144). — Cet 
ex-libris est celui d'un membre de la fa- 
mille Dupleix de Cadignan (Guyenne et 
Gascogne). Voir Y Armoriai général de 
Rietstap. Saffroy frères. 

♦ » 
Le premier écu est Dupleix de Cadignan 

(Gascogne) . 

Le second écu, selon Quantin, II* série, 
manuscrite, est Hunter. Rietstap donne 
des armoiries toutes diff"érentes à Hun- 
ter. Comme l'ex-libris est du xix* siècle, 
il ne sera pas difficile de connaître le 
nom du second écu d alliance. 

L. DE S. M. 

Bijoux normands. (LXXIII, 47, 171). 
— Un article dans le Magasin pittoresque 
du 15 août 1908, et quelques lignes de 
Léon Boutmy,La Toilette des Normandes en 
1830 dans Le Pays Normand, p. 161, voilà 
tout ce que je connais sur le sujet. A l'Ex- 
position de Caen, en 1883, les collection- 
neurs qui avaient prêté des bijoux étaient 
MMmcs Charles Hettier, Leroy ; MM. Fa- 
net, Bogulawski, Dussault. Ils consis- 



DBS CHERCHEURS BT CUKIBU 



ao-30 mar< 191e. 



261 



262 



Lô, croix de Bernay, alliances, esclavages, 
jeannettes et Saint Esprits normands, 
pendants d'oreilles du Pollet, épingles de 
Caen et de Lisieux ». A l'exposition du 
musée des Arts décoratifs à Paris, en 1906, 
les bijoux normands provenaient de Mmes 
Brémond, Metman, Ch. de Beaumont, 
MM. Baufine, Weiss, Quentin, D"" Cazalis. 
Le musée ethnographique du Trocadéro, 
à Paris, le musée du Vieux Honfleur, et 
sans doute bien d'autres collections, 
possèdent des spécimens de cette fabri- 
cation régionale assez intense jusqu'en 
1850. A l'origine, les modèles étaient 
rehaussés de diamants d'Alençon (quartz 
hyalin cristallisé) de couleur enfumée 
qu'on trouvait dans les granits du pays. 
En 1810, deux lapidaires étaient encore 
occupés à ce travail ; mais, par la suite, 
le strass seul fut employé pour les parures 
Cf , Revue de l'art ancien et moderne.^ 10 
janvier 1907, Les bijoux populaires fran- 
çais, par : 

Henri Clouzot. 

Le jeu de cartes dit alueties 

(LXXII, 338). — fe trouve : Luette.^ sorte 
d'ancien jeu de palets : jouer à la luette 
sur la grave {Rabelais). 

Nauticus. 

Le théâtre au camp (LXXI ; LXXII, 
62). — Se reporter au tome LIX de Vin- 
termédiaire, c. jb, 154, 205,349,509, 
580. 

P. D. 



Le Pas de l'oie allemand (LXXI, 
LXXII ; LXXIll, ôi, 158).- Presque tous 
les mots allemands figurant dans ma no 
tice ont été défigurés ou omis à la com 
position II faut lire « Parade-Marsch » au 
lieu de « Parad<^-Narsch » et « Gânse- 
Marsch » (de Gans, oie), au lieu de 
« March > tout court et estropié par sur- 
croît. 

Un Bibliophile Comtois. 

Pain K, pain KK (LXXIII, 48, 181). 
~ Je ne pense pas que la lettre K, im- 
primée sur le premier pain de guerre alle- 
mand, puisse désigner le mot Korfi qui 
veut dire en général grain de céréales et 
plus particulièrement grain de blé : or, 
le pain K renfermait une très petite quan- 



tité de farine et encore était-ce de la farine 
de seigle, le reste était composé de ma- 
tières hétérogènes ; il eût été illogique de 
baptiser pain de grains un pain de guerre 
qui en contenait une moins grande quan- 
tité que le pain fabriqué en temps de 
paix, je crois donc pouvoir maintenir 
mon interprétation en attribuant à la lettre 
K la signification de Kriegsbrot. 

A ce propos, je n'ai pas parlé d'ingré- 
dients \\. digestifs », mais « digestibles », 
ce qui est différent. 

Un Bibliophile Comtois. 

Livres, autographes, portraits, 
document- concernant les femmes 

(LXXI, LXXII). — Notre collaborateur 
Nozirad nous envoie une très longue 
liste d'ouvrages où il est parlé des femmes 
et convient qu'il est loin d'avoir épuisé 
le sujet Nous ne la publions pas. elle 
est à la disposition de l'auteur de la ques- 
tion. Nous croyons que la question n'em- 
brassait pas une matière aussi ample et 
ne visait qu'à faire surgir des documents 
contemporains inédits ou d'une insigne 
rareté. 

Autrement, nos colonnes n'y suffiraient 
pas et le sujet serait loin d'être épuisé. 

La Marseillaise (T. G. ; LXXIll, 
174). -■ La Marseillaise, telle que Rou- 
get de Lisle l'a composée, ne contenait 
que six couplets. Le septième, appelé la 
Strophe des enfants, et qui commence 
par ces mots ; Nous entrerons dans la car- 
rière..., a été ajouté après la fête du 14 
octobre 1792 Pendant la Révolution, on 
publia à Paris et dans les départements 
de nombreuses éditions de la Marseil- 
laise, avec sept, huit, neuf, dix, douze, 
treize, dix-huit et même vingt couplets. 
Ces strophes supplémentaires, inspirées 
par les circonstances, ont disparu avec 
elles. La seule qui soit restée indissolu- 
blement unie avec le chant primitif est la 
belle strophe des enfants. Le couplet cité 
par J. Chappée ne fait pas partie de l'hym- 
ne original. 

L'ouvrage auquel j'emprunte les dé- 
tails qui précèdent ajoute : 

En 1867, à l'époque de l'Exposition, l'Au- 
triche envoya à Paris une de ses meilleures 
musiques militaires. La musique autrichienne 
se fit entendre aux Tuileries, puis au cirque 
de l'impératrice, et là, au moment oij on s'y 



N* 1436. 



Vol. LXXllI. 

263 



L'INTERMEDIÀIRB 



364 



allendait le moins. ! -s iviii<;iripn^ inuùr-jnt la 
Marseillaise. 

Cette anecdote est-elle authentique ? 

Nauticus. 

« * 
Est ce d'actualité de rappeler que la 
Marseillaisf a été trad':ite en grec ? C'est 
dans V Intermédiaire (XV), 718,' 719), 
qu'un (.le nos plus anciens collaborateurs, 
nous en donnait un couplet. 

PlETRO. 

a poésie de '^ermoutofE à V c 
tor-Hugo (LXXIII, 192). Lire Ler- 
montolïau lieu de Zermontoff et Guintini 
au lieu de Saintini 

TV-adame O., . u*eur d'iUustra- 
tions, pour les « Nouvelles » ci'Al- 
fred de Muss-t (LXXII, 333). — La 
grande édition de luxe, en dix volumes 
in-4'', des CEnvtes complètes d'Alfred de 
Musset, Paris. CharpenUer, 1866, repro- 
duit bien (tome H. page 318), le sonnet 
« A Madame O., qui avait fait des Des- 
sins pour les Nouvelles de l'Auteur », 
mais tel qu'il existe d^ms l'édition pré- 
cédemment ciiée des Poésies Nouvellei, 
Charpentier, 1852, grand in-i8, c'est à- 
dire, £;;ns annotation ni commentaire, et 
cependant, le volume in-4° compte à 'a 
fin dix pages pleines de précieuses anno- 
tations pour ces mêmes poésies, mais il 
n'y a rien là qui concerne spécialement 
ce sonnet, ni le nom de Madame O. Je le 
constate avec regret. 

Truth. 

Eccîôsiast'3, Ecclésiastique (LXXI1_, 

334). — Ekklhta, de ^fe/ea/f'd, je convoque, 
signifie non seulement assemblée du 
peuple, mais'' to'.'te réunion f"hommes 
venus sur convocation ; c'est ce qui ex- 
plique que dans la langue chrétienne il 
ait désigné rassemblée des fidèles, 
r « Eglise. » Ekklèsiastès a entre autres 
sens celui-ci : « celui qui parle à une 
assemblée. > 11 est donc naturel qu'il ait 
été pris pour tiacV ire l'hébreu Kohéiel, 
l'orateur, le prédicateur, pseudonyme 
sous lequel se désigne lui-même l'auteur 
du li\ re attribué à Salomon. Et l'analogie 
de forme entre ce livre et celui de les- 
chou ben Sirach expliqua qu'on ait donné 
à celui-ci un titre tout à fait analogue, et 



destiné à exprimer la même idée, de leçon 
prcchée à un public d'auditeurs. 

Ibbrb. 

J.-B. Glaire, dans son Introduction his- 
torique et critique aux Livfcsde l'ancien et 
du nouveau Testament, dit (t. V, p. 50) 
que : 

Le mot hébreu gShéléth a été traduit dans 
la version grecque par Ex-/.).T,aia!jTr^i;, Ecclê- 
staste, dont le vrai sens est proprement qui 
assemble, et par extension oratei.r pitrianl de- 
vant une assemblée. Ce nom désigne Salo- 
mon, comme le prouve le livre même en 
plusieurs endroits. 

11 ajoute en note : 

Grotius et après lui Jahn ont prétendu que 
le livre de l'EccIésiaste était ainsi nommé 
parce que l'auteur y a rassemblé des maxi- 
mes et des sentencts; mais cette opinion 
est fondca sur une fausse interprétation du 
mot hébreu. Ajovitons que la terminaison 
féminine de çôhjléih appliquée à un homme 
ne saurait présenter la plus légère difficulté à 
un hébraïsaot En latin même, les noms de 
termii'.iison fiminine. p'eta, prophetx au- 
rigj, etc., se donnent à l'homme. 

Le même auteur a écrit au sujet du 
Livre de 1 Ecclésiastique (t. V, p. 100) : 

'Ecclésiastique est aussi bien que la Sa- 
gesse un des livres deutéro-canoniques de 
l'Ancien-Testament Ce titre, que l^s Latins 
lui ont donné, est un mol ^rec qui signifie 
livre en usa:(e dan l'Assrmhlés ru dans 
l'église, c'est-ù-dire livre qui instruit l'as- 
semblée; lie même qu'on a appelé EtcU 
siaUe, ou orateur qui instruit l'assemblée, le 
livre dt Saîomon désigné p-ir les Hébreux 
sous le nom de Co'nèleth 

P. c. c. .De Mortagne. 

Quelle coureur désigne l'adject f 

vermeil ?(LXXI11, 7,126, 176,223) — M. 
Adc Pral demande quel est ce veimiculus 
qui a formé le mot vermeil, quelle était 
sa couleur et conteste que ce soit la co- 
chenille, parre qu'elle est. originaire du 
Mexioue. C'est très vrai de la cochenille 
propremen*; dite, celle qui vit sur le cactus 
nopal, et qui, introduite en Europe au 
xvi' siècle con>me matière colorante, a 
été d'ab'Td, à cause de l'aspect de l'in- 
secte desséché, prise pour une graine, et 
appelée « graine d'écarlate ». Msis on 
donne aussi couramment le nom de co- 
chenilles à tous les insectes de la famille 
des Coccides, à laquelle appartient le coc- 
cus cacii, et parmi ces insectes il en es 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 mars 1916.. 



265 



266 



un r^rand nombre qui fournissent le même 
principe colorant que la cochenille mexi- 
caine ; ce sont ceux dont le corps dessé- 
ciié porte le nom arabe de Kermès, et 
dont le plus connu est le coccns iLicis, 
qu'on trouve dans les régiofis méditerra- 



passé à la couleur elle-même. Comme on 
peut le voir dans le grand dictionnaire 
latiri de Freund, vermiculus a été employé 
par saint Jérôme dans la traduction latme 
de la Bible, dite « la Vulgate », pour dé- 
signer la couleur écariate ; il l'est aussi 



néennes sur le Q^uercus cocci fcra.La. cou- i dans une inscription. Si même on accep- 



leur écariate qu u iournit était bien con 
nue des anciens ; en Asie, en Grèce, dans 
le monde romain, on en faisa.t grand 
usage. Les Grecs, sans doute a cause de 
la ressemblance du corps desséche de ce 
puceron avec une graine, ou parce qu'ils 
l'avaient d'abord, eux aussi, pris pour 
une graiin;, lui avaient donne ce nom de 
Kokkos, qui signifis giaine ou pépin, et 
que les Latiub transcrivirent en coccum. 
On pourrait reunir nombre de textes d'au- 
teurs grecs et latins sur le coccum, sans 
parler de ceux où est nommée la couleur 
qu'on en tirait. 

Je me bornerai à indiquer qu'à Romef 
encore on s'est souvent trompé sur la na- 
ture du produit qu'on employait ; les an- 
ciens étaient de médiocres naiuraiistes. 
Le corps rend du puceron cohé contre 
les branches de i'arbre n'était pas tou- 
jours reconnu comme de nature animale ; 
Pline l'Ancien (XVI, i2j dit : Orunum 
boc, pritnogue C3U scabtes fruiicis; «C'est 



tait certaines conjectures du même érudit 
sur le texte de Columelie, vermiculus s'y 
trouverait comme adjectif en deux pas- 
sages, et nous aurions la déjà, dans l'un 
<v< la giappe vermeille ;;>, dans l'autre « les 
blés vermeils » de Mme de Noailles. 
Mais ceci n'est qu'hypothétique. Les in- 
dications qui précèdent ne le sont pas, et 
répondent, ce me semble, a la question 
de M. A. de Pra., d'une iaçon satisfai- 
sante. 

Ibère. 



l 



M. A. de Prat demande quel est c^Ver- 

\ miculw, qui, incontestablemeni, dit-il, 

i a formé le mot « vermeil » . Ce vermicu- 
lus, le voici. C'est la larve du Coccus ili- 

\ cis qui vit dans les pays chauds de l'Eu- 

' rope et dans le Nord de l'Afr.que sur le 

' Qiiercus coccijcr I , Apres sa fécondation, 

■ la femelle de ce Coccus, qui est spherique, 

! se développe au point d acquérir la gros- 

S seur d'un pois ; dans son intérieur nagent 

un grain, et d'abord ii semble une gale \ au milieu d'un liquide rouge, 1800 à 

de l'arbuste ». iVlais le coccum^ comme les ! 2000 œufs, d'où s échappent ensuite les 

autres insectes, a ses metamorpnoses. j larves ou petits vers (w/wzcît/?), en même 

Des ceafs que pond la lemelle tixee srur la | temps que se produit la dessication de la 

branche ou !a feuille qu'elle suce sortent » ^asse ; il faut donc laire la récolte avant 

de petites larves qui se promènent aux en- celte dessication, pour pouvoir utiliser le 

I liquide rouge contenu dans cette petite 

! bouie et qui lui a valu son nom vulgaire 

marqueta, et Pline en concluait, après j et Qrame d écariate, o\ib\&x\ mtWxQ ctWe- 

d'auires (cela ne gênait pas du tout leurs | ci dans du vinaigre pour tuer les petits 



virons en 
pour subir 



attendant de s'immobiliser 
leurs mues. On les avait re- 



conceptions scientitiques très vagues) que 
cette graine, ou celte gale, se changeait 
en un petit ver : Est genus ex eo m At- 
tica fere et Asta nascers, celerrime in ver- 
miculum se mutans, dit-il (XXIV, 4) : il 
y en a une espèce, répandue en Aitique ] 
et en Asie, qui se change très vite en un I 
petit ver > . \ 

i< Aussi, ajoute-t-il, les Grecs l'ap- j 
peilent-ils skoiekion v>. Ma's skolékion, cela | 
veut dire « petit ver », en latin « vermi- i 
culus ». Ce passage de Pline nous fait sai- | 
sir l'origine de cttte appellation, qui dans | 
la langue courante, a sans douie peu à ' 
peu supplante celle de coccum, et qui, de j 
la substance dont on tirait la couleur, a ?. 



vers et empêcher la dessication. On la 
1 nomme aussi Kermès animal par opposi- 
! tion au Kermès minéral (oxy-sulfure d'anti- 
j moine) qui est roLge-brun. Le mot Kermès 
\ ou Chermès vient de l'Arabe Ktrmi:^ et du 
j sanscrit Kimn, qui signilient/)^//^ rer, dé- 
i nominations bien anierieures à la décou- 
I verts du Coccus Cacti ou Cochenille du 
1 Mexique. 

i Les Cocci, employés jadis en médecine, 

i ne le sont plus guère que dans les arts et 

I l'industrie, pour leur matière colorante 

i rouge dont la teinte, variable d'ailleurs 

selon les espèces, a servi a designer sous 

les noms de vermeil et de vermillon, toute 

couleur rouge plus ou moins vive, et, par 



N* 1436. Vol. 



LXXIII. 

— 267 



L'INTERMÉDIAIRE 



269 



extension métaphorique, toute couleur 
vive en général, telle que le jaune vif, le 
jaune d'or, par exemple ; il n'y a guère 
du reste que le rouge et le jaune qui don- 
nent des teintes éclatantes. 

Curieuse remarque. D'après Emery, 
(Traité Uuivetifl lies Drogues siriiples, 
Paris 1723), ce serait Fagon, médecin de 
Louis XIV, qui aurait le premier étudie la 
question qui nous occupe et découvert la 
genèse du vermiculus en question. Les 
explications de Fagon, bien que justes en 
général, ont cependant été un peu modi 
tices et rectifiées dans les temps mo- 
dernes. 

O. D. 

Etymologie de Schlestadt (LXXII, 
M5'3i3î LXIll; 25, 125). — Si le bus 
dtlsebus, au lieu d'être une contraction 
de Burones, veut dire bois, alors Elsebus 
veut dire bois de l'JU, ce qui ne signifie 
rien du tout pour désigner une vilh ou 
un village ; tandis que Burones, qui veut 
dire huttes ou cabanes, c'est-à-dire abris 
ou maisonnettes en bots, signifie quelque 
chose et contient en même temps la ra- 
cine bu ou bus. Voila pourquoi je me suis 
décidé pour Burones plutôt que pour 
Bus. Onconçoit 1res bien que BuschwiUer, 
par exemple, puisse signitier village du 
bois ou même village en bois, de même 
pour beaucoup d'autres ; mais pour Else- 
bus, il est impossible de s'en tenir à la 
racine bm, et il faut nécessairement cher- 
cher un dérivé de cette racine pour obte- 
nir un sens quelconque. Je crains donc 
que M. L. Abet n ait porté un jugement 
trop précipite non moins que téméraire, 
en disant que je me suis trompé. 

On ne voit pas pourquoi Elstadt ne se- 
rait pas devenu Schlestadt. On pourrait 
citer mille exemples de métamorphoses 
semb.ables : Fas Je l'ancié devenu Pas 
des lanciers ; Pas rolant devenu Pas de 
Roland ; rue Gilles- le-queux, devenue tue 
Gît le Cœur ; rue dts Jeux neufs, devenue 
rue des Jtunevrs, etc. etc. 

Règle générale : quand malgré tout ce 
que disent les manuscrits, transcriptions, 
inscriptions, traductions et traditions, on 
n'arrive pas a trouver une etymologie 
ayant un sens raisonnable, il faut cher- 
cher ailleurs, attendu qu'a l'origine au- 
cun nom n'a été créé sans signifier quel- 
que chose. Ceux qui s'en rapportent ex- 



clusivement aux écritures sont Docti cum 
libro ; mais il faut, pour découvrir la vé- 
rité, quelque chose de plus, qui permette 
d'interpréter les documents légués par le 
passé, d'en contrôler la valeur, et d'en 
rectifier let^ cireurs. C'est ce qu'on appelle 
V Esprit d'exjineu. 

O. D. 

Hocquesonntir (LXXlll, 93). — Doit 
s'écrire Hocheionner. Composé de Ho- 
cher (secouer, branler) et deSonndir, pour 
dire bccoucr et en même temps faire ré- 
sonner le mors d'un cheval. On dit Ho- 
cher le mots, hocber la brtde à un cheval, et 
au figure Hocher le mors, hocher la biide 
a quelqu'un, pour dire essayer de l'ani- 
mer, de l'exciter à faire quelque chose. 
Ces locuiions encore usitées il y a un 
siècle, paraissent tomber en désuétude. 

O. D. 

Ce mot doit figurer dans tous les dic- 
tionnaires de patois normand. On trouve 
la ionwt Hocsoniiet dans le Dtct. de patois 
tiormand par Henri Moisy (Caen, Deles- 
ques, iyb7, in-0), qui renvoie à Loque- 
tontier, lequel sigiutie « agiter le loquet 
dans la serrure en secouant la porte. » 

On trouve aussi Hosonner et Hoctonner 
secouer avec bruit, dans le Dut. du pa- 
tois de l'Eure, par Robin, publié par la 
Société libre de l'Eure, Evreux, i»82, 
in- 8. 

Enfin, le Glossaire de la valide d'Hydres 
par DelbouUe (Le Havre, 1876, in-8) tire 
diieciement Hocsonner ou Huquesonner 
(secouer fortement une porte, faire comme 
si on 1 ébranlait avec un hoque) de ce der- 
nier terme qu il définit : Crochet en fer 
tixe au bout d une longue perche avec le- 
quel kjw décharge le fumier. 

Margeville. 

« 

Le Dictionnaire de Patois notttiand, qui 
est particulièrement indiqué quand il 
s agit du vocabulaire de Flaubert, men- 
tionne ce mot avec l'orthographe ci- 
dessus et aussi avec la contraction Hoc- 
sonner. il suffira de mentionner l'article 
consacré a ce mot : 

Hocsonner, v. a, hocher, agiter, ébran- 
ler, en parlant dune porte que l'on cher- 
che a ouvrir. Hocsonner semble dit pour 
hocquetonner, forme tréquentative de hoc* 



il 



269 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 tûzrs 1916. 



370 



quêter, ébranler en secouant (i), v. Lo- | quentative de hocqueter, ébranler en se- 



quetonner 

Quand le suppliant ne trouvoit point 
l'huis ouvert, ii faisoit tant en le hoquetant et 
sourdant, que il ouvroit. 

Let.de Rém.de 1410, Duc,,Hoquetus2. 

NOZIROD. 

* 

La Fontaine a écrit : 

... L'un contre l'autre jetés, 
Au moindre hoquet qu'ils treuvent... 
Hoquet signifie choc, ce mot vient de 
hoquer qui vient lui même du verbe ho- 



couant. 

Et de ce dernier mot, il donne un exem- 
ple emprunté a une Lettre de 1 émission, 
citée par Ducange au mot : hoquetus (2). 

Quand le suppliant ne trouvait point 
l'huis ouvert, il taisait tant en le hoquetant 
et iecouant que il ouvrait. 

{Lettre de rémission de 1410). 

Hocqsonner, sous la forme Hoq'sonner, 
avecie sens de secouer, figure aussi dans 
le Glossaire de la val Lee d Yeies, de Del- 



ivv^ijwi \^\jn vitiiL lui liiciiiC uu veroe no- .^~»».-w ~ *v.i.j, u», lyti- 

her. L'expression « hocher du mors » l bouUe. Sous la forme Hotonner, « ebran- 

est parfaitement française, elle est citée \ ^^^. ^" secouant », on le trouve dans le 

dans \' Encyclopédie Larousse^ elle signifie i ^^'^^^onnatre de patois du pays de Btay 

« secouer le mors ». i l'abbé Decorde (1852). Hoq'sonner tig 



Hoche, n. f , signifie coche, entaillure, 
est mis pour oche (sans h) ou osche, cor- 



de 
figure 
aussi, avec le même sens, dans le Mé- 
mento du Falots normand, en usage dans le 



w^i m,^ yKjui yj\,ii^ v^aoïia iij uu U>CIie, cor- ..^. ...^..^, .,. ^.jM^t wM/ij »c 

respond au provençal osca, mot d'origine t'ays de C^mx, par A. G. de Fresnay, 



inconnue ou douteuse. Ôsca ou hosca 
qui, par usage, donne hosque ou hoscque 
puis hosque, est la racine du verbe hoc- 
quesonner 



Rouen (i8bi). 

On peut rapprocher de hocqsonner, un 
autre terme : loqueionner, agiter le lo- 
quet d'une serrure, en secouant la porte 



Flaubert ayant écrit :« ... lui faire sai- P^""* chercher a 1 ouvrir. C est un Iré- 
gner les dents en hocquesonnant tant j que'itatil de loqueter. « Lequel huis, ils 

ni.'pii« r^^,,t \c. r^r.^^ A — .„ 1 1-_ : trouvèrent terme et pour ce, heurtèrent et 

loqueierent ensemble. Lellte de i émission 
('393J. citée par Ducange au mot : Loce- 



qu'elle peut le mors dans sa bouche... » i 
a voulu donne, sans doute un mot ex 
pressif, presque « d harmonie imitative », \ 



^.-»^.., ^.«^v^ijx,,, uiiaimvjinc lllllldlivc V, i ^ J^JIi I — w.^.^..^,^ „„ mv/i. . i_\j\,\,- 

comme ces autres mots « brinqueballanl, i ^"^' Loquetonner se rencontre aussi dans 

tintinnabulant,, elc... \ ^^ Lilossaite de patois notmand de L. Du 

Hocquesonner signifie enfin hocher, i i^ois (Caen 1856], avecie sens de « agi- 

hoquer, choquer, secouer, tirer (le mors) j ^^'^ ^^ loquet dans la serrure, clancher, 

en produisant un bruit d'acier, de chai- ^°"c» sur couii. > 
nettes qui claquent, tremblent, sonnent. 

Charles Fegdal, 



* * 



On comprend facilement qu'on n'ait 
point trouvé ce terme dans les diction- 
naires de langue française. Ce mot, em- 
ployé par Flaubert, est purement de pa- 
tois normand et est encore en usage dans 
toute la Haute et Basse-Norrwandie, sous 
les formes hocsonner, hoxonner, hoq'son- 
ner, hoctonner . i- o ....e,v.w.^...^. ^.,1^ a 

11 signifie hocher, agiter, ébrar.lcr, en ^ ^^^ prononcée par la dauphine Marguerite 
parlant dune porte que l'on cherche a ou- ' d'Ecosse, première épouse de Louis XI 
vrir. Dans ÏQ Dtctwnnaire de patois nor- ' ^ "' ' 

mand de Moisy, p. 356, on trouve : 

Hocsonner pour hocquetonner, foime fré- 



coup sur coup. » 

Gustave Flaubert connaissait fort bien 
le patois normand et on trouve dans plu- 
sieurs de ses ouvrages des locutions pure- 
nnent iiormaudes. 

Georges Dubosc. 

Vie. — « Fi de la vie, qu'on ne 
m*en parle pius ! » (LXXll, 2&8, 415). 
— Notre conirere intermédiairiste H. de 
L. commet une erreur en attribuant cette 
phrase à Marguerite d'Angoulème. Elle a 



(1) DausTarrond. de Pont- Audemer (Hure), 
hoquetoiiner a celle acception ^v. le Diction, 
de M. Robin) ; dans celui de Neulchàiel (S.- 
Inf.) on dit hotonner (V. le diction, de M. 
Decorde). 



Cette princesse, née en 1425, était tille 
de Jacques d'Ecosse. Elle lut fiancée dès 
142» au dauphin Louis, fils de Charles 

I Vil, qu'elle épousa en 143b (24 juin). 

i C'était une jeune fille gaie, spirituelle, 

• qui avait la passion des lettres et qui ne 
tut guère comprise de son sec et pro- 

;; saique mari. 

I C'est Marguerite d'Ecosse qui bail* sur 



L'INTERMÉDIAIRE 



N» 14)6. Vol LXXIII. 
271 

la bouclie Alain Chartier endormi, tant 
elle avait envie de « babcr ccUe bouche 
d'où sortaient de bons n:ots et de ver- 
tueuses parcks t>. 

Victirrie de caloinnie» odieuses et at- 
teinte d'une plcuréiiie, elle mourut, abreu- 
vée de décrût, ii Châlons-sur-Marne 
(16 août 1444) en s'éciiant : « Fi de la • 



Î72 



plus 



Elle 



i' Isoler la page tachée en plaçant des- 
sou-> deux ou trois feuilles de papier bu- 
vard blanc assez épais. 

2" Laver h page tout entière à grande 
eau, au moyen d'un pinceau à poils 
soyeux, un pinceau d'aquarelle par 
exemplo. 

3" A'i i-iout d'un moment laver la tache 
; d'encre :. c l'acide oxalique, au moyen 
j du même pmceau, — On verra la tache 
passer au violet foncée, puis au violet 
clair. — Renouvel'-r le passage à Tacide 
jusqu'à ce que la taché ait complètement 
diirparu 11 est bon de ne pas se presser et 
d'attendre quelques minutes entre chaque 
lavage a l'acide pour re pas trop impré- 
gner le feuillet. 

4" Passer encore une fois toute la page 
à l'eau. 

50 Passer ensuite à l'eau de javel tou- 
de Hose, mais du mot allemand Hulst, \ jours à l'aide du pinceau, et aussi loin 



vi'i ! Qu on r.i; m'en parle 
n'avait que dix-neuf an.s. 

Maurice Jeannard. 



Hous> aux (LXXIII. 8. 123). — Il est 
possible qu'il existe une paienté d'ori- 
gine entre le mot hlouseau tl le substantif 
néerlandais Koas, bien que ce dernier 
terme serve plutôt à désigner un has de 
chausses qu'un haut de chausses qui se dit 
en hollandais hrock. 

je crcis que le mot hous'ie ne vient pas 



qui veut dire fourreau De même, le mot 
Haus, maison, vient tout uniment du 
vieil-allemand hûs et a produit plus lard 
le substantif anglais house. 

Eu ma qualité d'ancien hus:ard, je 
proteste contre l'élymologie analogue 
que l'on veut attiibuer au mot housarJ, 
qui devrait être !a vraie prononciation Ce 
mot vient du hongrois bus^. c'est-à-dire 
20. parce que quand le roi Sigismond vou- 



que possible de la tache pour empêcher 
les nuages 11 n'y a pas d'inconvénient à 
étendre sur la page entière. Une ou deux 
fois suffisent. 

6° Posser enfin deux ou trois fois toute 
la page à l'eau et laisser sécher, le livre 
ouvert Renouveler naturellement les pa- 
piers buvards au fur et à mesure qu'ils 
sont imbibés. 

Il serait bon, avant de procéder sur 



lut créer en 1455 un corps de cavalerie | l'ouvrigeen question de faire quelques 
légère contre le? Turcs, il leva dans cha- j essais jn anima vi'li, c'est-à dire sur des 



que village, sur vingt hommes, un cava- 
lier équipé. 

Un Bibliophile Comtois. 

* * • • 

Dans le Dictionnaire iPhtstoire et de 

géographie de Bouillet figure un fils de 
Guillaume le Conquérant appelé Robcrl 
Courteheuse ce qui, d'après Bouillet, si- 
gnifie courte cuisse. 

V. A. T. 

Bourbouze (LXXIII, 44). — Le D. 
Maxime pourra consulter La Nature 1876' 
II. p. 83 et 1890, 1 p. 63, 

Albert Desvoyes, 



\ livres sans valeur ou sur des feuillets quel- 
conques 

J'ai pu faire disparaître de la sorte sur 
des volumes in -b", édition Pion, des taches 
d'encre, des lignes d'écriture qui couvraient 
tout un bas de page, sans qu'il soit resté 
aucunj trace et sans que le volume ait 
subi la moindre détérioration. Je me suis 
même amusé à nettoyer ainsi un vieux 
i petit bouquin dérelié - 12, sur lequel 
{ était tombé un encrier. On ne se doute- 
rait pas à le voir aujourd'hui que toutes 
; les pages, en partant du dos, avaient 
i été aussi gravement atteintes. Je tiens 
I ce bouquin à la disposition de notre con- 
1 frère s'il veut se rendre compte du résul- 
tat obtenu. 
I 

G. dUESNEL. 



Comment faire disparsître le:^ ta- 
ches a'encre ? (LXXUl, 194). •— Il 
existe un procédé qui donne les meilleurs 
résultats et dont je me sers couramment. 
Il consiste à employer l'acide oxalique et \ La Table générale de Y Intermédiaire 
l'eau de javel. — Le mode d'emploi est le i conseille de voir XXIII, 587 mais... 
suivant : Sglpn, 



♦ 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 mars 191 ô . 



273 



274 



La« gnole » (LXXIII, 146).— Lyon- 
naise, peut-être, mais pas essentiellement. 
Car les Lyonnais sont les Lyonnais, et les 
Vosgiens sont les gnoleux, comme je l'ai 
appris, au cours de la guerre, en corres- 
pondant avec un de mes jeunes amis, le 
peintre Pierre Bertrand, secrétaire de 
Francis de Croisset, et sergent du 152e de 
ligne. Homme de l'Ouest incorporé dans 
l'Est, le bon peintre de marines m'écrit de 
a Tête du Linge, fin de juillet : 

Il n'y a pas de Bretoiv« dans mon régiment, 
et je me sens bien dépaysé au milieu de tous 
ces Vosgiens, les gnoleux. 

Le mot me frappe, et je ne manque pas 
de questionner mon sergent, qui me ré- 
pond (16 aoijt) : 

Les Vosgiens s'appellent gnolevx parce 
qu'ils boivent en quantité de la gnole, eau- 
de-vie blanche, de basse qualité, faite avec 
des pommes de terre, betteraves et autres lé- 
gumes. Mais d'où vient ce mot grtoWi J'ai 
interrogé moult gnoleux, et aucun n'a pu 
me le dire. C'est un mot de patois qui dé- 
signe cette eau-de-vie de mauvaise qualité. 

Les Vosgiens sont d'ailleurs des soldats 
d'excellente qualité Leur ténacité égale 
la ténacité bretonne, et Pierre Bertrand se 
sentit moins dépaysé en chantant avec eux 
une chanson que je rimai à son intention. 
Sur les pics de Metzeral balayés par les 
obus il entonn;i : 

Tout Vosgie 1 est par sa nature 

Un Breton ; lutter enclin : 

Ces gnoleux ont la tête dure 

Comm' Bert, ind, Bertrand Duguesclin. 
Du coup je 1? bombardai « barde des 
gnoleux », et il me promit d'entrer à 
Munster et à Mulhouse en chantant mes 
couplets avec ses gnoleux. Hélas ! le 
« barde des gnoleux » a été pris, dans 
une tranchée avancée, sur l'Hartmanns- 
willerskopf, et il s'ennuie .. à Mannheim, 
oià il supplie les bouquineurs de l'arrière 
de lui adresser des livres « Pierre (Ber- 
trand, sergent, n° 8275, i7Komp., Kriegs- 
gefangenenlager, Mannheim, Baden). Je 
lui ai écrit l'autre jour, et comme le 
« barde des gnoleux » a un atelier aux 
Batignolles, je l'appelais : « Mon cher 
Batignoleux... » 

En relisant la lettre oli il me dit que la 
gnole est une eau-de-vie de mauvaise qua- 
lité, je songe qu'en argot niolle signifie : 
« chapeau retapé. » En somme la gnole, 
c'est du jus de... chapeau retapé. 

LÉON DUROCHER. 



M. Fustier nous a écrit à ce propos. De 
son intéressante communication, nous ex- 
trayons ce passage : 

« ... Et, de tait, on trouve dans le Die- 
tionnate du patois lyonn itt de Puitspelu : 

Quibla, brume ; nibla, brouillard du matin 
qui se lève avec le soleil. De neb(u)la. Et 
encore : Quiblous, Qmblousa, nébuleux, de 
nebulosus. 

Quelqu'un qui fit, il y a une trentaine 
d'années, son service militaire à Auxonne, 
m'affirme que gnole, eau-de-vie, y était 
alors d'un usage courant... » 

Camille Pitollet. 

Cafard (LXXIII, 179). — Au chapitre IV 
du livre VUl*' de Noire-Dame de Paris, par 
Victor Hugo, on lit : 

Une cagoule noire lui tombait jusqu'aux 
pieds, un cafTardum de même couleur lui 
cachait le visage. On ne vo3'ait rien de sa 
personne, ni si face ni ses mains. 

V. A. T. 

Sur le front (LXXILXXIII, 128). - 
Si l'on veut trouver les premiers exem- 
ples du mot « front » au sens de l'avant 
d'une armée, il faut au moins, en fran- 
çais, remonter au xiu^ siècle, à Ville- 
hardouin, les citations de Littré le prou- 
vent ; et en latin à Salluste, qui a 
écrit dans son Catilina : « Octo co- 
hortes in fronte constituit » ; « il plaça 
huit cohortes sur le front de bataille. » 
Et il est probable que Salluste en latin, et 
Villehardouin, en français, n'ont fait 
qu'employer une expression déjà cou- 
rante ; car c'est une image toute natu- 
relle, et qui ne s'emploie pas seulement 
en parlant de choses militaires, que le 
nom de front appliqué à la partie de de- 
vant d'un tout quelconque. Mais ce qui 
semble bien nouveau, ce qui paraît dater 
de cette guerre, — à moins que quelque 
guerre antérieure n'ait déjà momentané- 
ment suscité cette façon de parler, qui 
sera ensuite sortie de l'usage, la réalité 
correspondante ayant disparu — c'est 
l'usage universel et courant de locutions 
comme « être au front, être sur le front, 
venir du front, retourner au front, la vie 
du front »>,etc., non seulement pour oarler 
de la partie de l'armée qui fait, aux pre- 
mières lignes, immédiatement face à 1 en- 
nemi, mais pour désignei en somme, 
tout ce qui, à un point quelconque de 
l'épaisseur des lignes, est troupe prenant 



N» T436. Vol. LXXIII, 

275 

part, ou pouvant prendre p^rt aux opéra- 
tions de guerre. Le sens du mot arrière ne 
s'est pas moins élarp;i, et Varricre finit, 
souvent, par dési-ncr tout ce qui, dans le 
pays, n'est pas mobilisé. 

Ibère. 

Coramenfpronon'^crle mot obus? 
(LXXII; LXlil, 33, ,3,). .- p. Morel a 
eu raison de rectifier sh plirase : 

« Cette bombe devait avoir la forme 
cylindrique », en disant plus tard, ce qui 
est vrai : « 11 n'y a jamais eu de bombes 
cylindriques ». 

Employant les termes de L. Capet, je 
lui dis à mon tour : 

« je regrette d'être en désaccord avec 

vous, mon cher collègue — non: 

« confrère »— ; maisc'est vous qui êtes 
dans l'erreur, de inême que vos notions i 
d'artillerie navale sont 
lottes. 



L'INTERMEDIAIRE 



276 



temberg. > En effet, nous lisons dans la 
Siampa du 7 mars, dans un télégramme 
de Zurich, en date du 6, nuit : 

La eco délie caniionate [de Verdun] giunge 
fino in Germaiiia netla Selva nera e nella 
pianura del Reno. Si conferma che oggi nel 
pomeriggio, l'ecu del cannone giunse fino a 
Carisruhe... 

Mais que sont ces distances, en face de 
l'affirmation de M. W. de Muller, lequel 
mande à M. de Varigny « avoir entendu 
l'explosion du Krakatoa, à Sarawak, à 
1,000 kilomètres: on a même entendu 
des distances supérieures pour la propa- 
gation du bruit de cette explosion, un des 
plus considérables que l'homme moderne 
ait entendus .'' » 

M. de Varigny discute, avec une com- 



pétence qui n'est malheureusement pas 
notre fait, de l'existence des zones de si- 
un peu vieil- | lence et de la considérable inégalité de 
Nauticus. ' distance de propagation dans les divers 
— { sens. Il appuie ses affirmations à l'aide 

Le bruit du car. on (LXXll ; LXXIII, de phénomènes constatés scientifique- 
37). — On lit dans le Patriote Or- ! ment. De telles discussions intéressent les 
léanais, l'un des quotidiens les plus physiciens — qui, d'ailleurs, en sont ré- 
créancés de la ville de Jeanne d'Arc, à la duits à des hypothès.-s, dés qu'il s'agit 
date du 5 mars 1916 : du problème de l'origine — et ne seraient 

Dans les campagnes des environs d'Or- Pp ^^ domaine strict de V Intert}iédiaire. 

L'inégalité de portée des sons semble 



léans on recommence depuis quelques jo irs. 
à entendre le canon du front, comme cet été 
jusqu'à la mi-septembre environ. 

Serait-ce le canon de Terdun .? 
A cette distance .? 

A. D'E. 



« 



M. de Varigny revient, dans les Débats 
du 9 mars, sur cette intéressante question, 
et, laissant de côté les nombreuses obser- 
vations sur les portées inférieures à 100 
kilomètres, relate seulement les témoi- 
gnages qui se rapportent à diS distances 
supérieures à ce chiffre. 

Il en cite un assez grand nombre, em 



s'expliquer — en temps qu'il s'agit de 
leur direction par rapport à la source — 
par les positions réciproques des centres 
de haute et basse pression, c'est-à-dire le 
vent. Pour la zone de silence, les opinions 
sont plus divergentes, mais le caractère 
hétérogène de l'atmosphère intervientsans 
doute comme facteur principal. Il y a là 
un domaine d'investigation presque vierge 
encore. Mais M. de Varigny termine son 
article en invitant ses lecteurs du front à 
« recueillir des observations fen notant 
par quel temps, quel vent, à quelles dis- 
tances) de non audition d'éclatements, 



pruntés à des sources diverses et d'au- î ou de départs, à petite distance, c'est-à- 
thenticité inégale : journaux et correspon- 
dances. Il nous suffira de noter ici que 
l'échelle de leurs perceptions varie entre 
120 et 270 kilomètres. Nous sommes à 
même d'en préciser un, relatif à l'obser- 
vation consignée par M. de Guervain, di- 
recteur du Bureau météorologique de Zu- 
rich, « signalant que le canon du Sund- 1 

gau (Mulhouse^ a été entendu en décem- t Archimède (LXXIII, 139). — En 1881, 
bre 191461 janvier 1915 à 160 et 200 ,' à Alger, pendant une exposition régio- 
kilomètres vers le Nord et l'Est en Wur- ; nale, on voyait un poulet rôtir en plein 



dire 2 4, 5 kilomètres environ. » Hélas 1 
'' nous craignons fort que de tels témoi- 
; gnages ne soient délicats. Car la tran- 
; chée n'a rien de commun faut-il le 
I dire? — avec un observatoire de savant. 

C. PlTOLLBT. 

L'incendio de la flotte romaine par 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 20-30 marsiQ-iô. 

277 — — — ^^ ; — 278 ■ 

sans combustible. Il tournait au | Mémoires de Marbot,t. I, ^'j^ Ed. p. 150- 



air et 

centre d'un grand miroir concave héniis , 

phérique, pouvant avoir un mètre et demi j 



I 152. 



«Un de nos capitaines, nommé B... fort 



de diamètre, qui renvoyait sur la volaille, | beau garçon, aurait été un des plus beaux 
en les concentrant, les rayons du soleil ' iT-'m'^oc h» l'-jrm^* ci ««^c mr^iiojc oi.oc-o^f 



Je ne sais si cette invention, dont l'auteur 
s'appelait, je crois, M. Mourot, a reçu 
beaucoup d'applications ultérieures. 

V. A. T. 



Vache en or enterrée par les an- 
glais en quittant la F» anc e (LXXll ; ? 
LXXIll, 87, 133). — Prétendre que la 
légende de la Vache en or enterrée par les 
anglais fuyant de France, n"a rien de 
commun avec la vache symbolique ou 
mythique, n'entraine pas la négauon du | 
mythe. Par conséquent, en répondant à 
mon observation M. le D"" Baudouin a fait 
dévier ia question, comme la légende a 
déformé le fait. 

Que l'oh trouve des vaches en or, cela 
ne prouve pas le culte. La légende dit que 
les Anglais ont enterré une vache en or, 
cela ne veut pas dire qu'ils ont enfoui une 
idole ou tout simplement un fétiche. S'ils 
avaient eu ce culte, il en serait resté trace, 
et nous serions curieux de connaître un 
texte authentique l'établissant irréfutable- 
ment. Si ce texte existait, nul doute que 
l'anglophobe auteur de L'Anglais est il un 
juif ? Louis Martin (ch. Aubry) ne l'eut 
cité pour appuyer sa thèse antisémitique ; 
il était trop averti et trop fanatique pour 
commettre pareil oubli d'un texte sur la 
mère du veau d or. 

]e maintiens donc mon opinion jusqu'à 
preuve du contraire, c'est-à-dire ; par 
métorianie la partie pour le tout, le con- 
tenant pour le contenu : la valise, le cof- 
fre, le sac, la sacoche dans laquelle les 
écoliers de Nantes ou des Sables d'Olonne, 
tel M. le Docteur Beaudouin, mettaient 
naguère leurs livres et leurs cahiers de 
classe. 

N'encombrons pas inutilement les éta- 
blés de l'Olympe, car les érudits de l'ave 
nir seraient obligés de reco,;rir,eux aussi 
à Hercule pour les nettoyer. 

LÉONCE Grasilier. 

Les fu X mollets chez las soldats 
de l'Empire (LXXIU, 92). — Une his- 
toire de faux mollets est racontée dans les 



i hommes de l'armée si ses mollets eussent 
été en harmonie avec le reste de sa per- 
sonne ; mais ses jambes ressemblaient à 
des échasses ce qui était fort disgracieux 
avec le pantalon étroit .lit à la hongroise 
que portaient alors les Chasseurs. Pour 
parer à cet inconvénient, le capitaine B... 
s'était fait confectionner d'assez gros 
coussinets en forme de mollets, ce qui 
complétait sa belle tournure. Vous allez 
voir comment ces faux mollets me valu- 
rent des arrêts, mais ils n'en furent pas 
seuls, la cause ». 

Suit le récit de l'aventure que je ne re- 
produis pas ici, ce serait un peu long. Je 
dirai seulement que, un jour d inspection 
générale, dans une manœuvre de cavale- 
rie, les faux mollets de M, B... pressés par 
les quartiers de la selle avaient glissé en 
avar.t sans qu'il s'en aperçût et se dessi- 
naient en ronde bosse sur les os de ses 
jambes ce qui produisait un effet des plus 
bizarres pendant que le capitaine se re- 
dressant fièrement sur son cheval avait 
l'air de dire : Regardez-moi, voyez com- 
me je suis beau ! 

A cet aspect, Marbot ne put retenir un 
fou rire des plus éclatants et fut envoyé 
aux arrêts. 

L. S. 



Clous de lâ stcitue d'Hindônboarg 

(LXXII). — Découpé dans le Temps du 
21 février 1916 : 

M. P. Saintyv<;s publie dans le Mercure 
de France, un intéressant article sur « le Clou 
de la guerre », dans lequel, à propos du 
« chevalier en fer » de Vienne, il recherche 
la lointaine tradition à laquelle se rattache 
cette coutume. En réalité, c'est une très an- 
cienne pratique que l'on a restaurée. Au 
moyen âge, les Autrichiens enfonçaient un 
clou dans le « tronc en fer » quand ils fai- 
saient un vœu pour éviter une catastrophe, 
et Tite-Live rapporte qn'en 365, la peste sé- 
vissant à Rome, on se rappela qu autrefois 
un dictateur, eu enfonçant le clou, avait 
calmé le fléau. La guerre telle que la prati- 
quent les Austro-Allemands est un fléau pire 
que ia peste, mais les Germains ont surtout 
trouvé là un moyen de battre monnaie avec 
une vieille superstition. En cela encore, ils 
sont bien de leur paya et de leur race. 

P. c, c. Gustave Fustier, 



NO 1436. Vol. LXXIII. 

279 - 



l'INTERMÉDIAIRfi 



280 



Lettre de Gustave III au marquis 
de Mirabeau - Le marquis de .Mira- 
beau, l'ami des hommes, père du tribun, 
publiait, en 1760, à f^aris, La Tbcoric de 
l' Impôt, qui eut un supplément publié à 
La \\»yt en 1770. 

?our le remercier de l'envoi et de la 
dédicace de ce dernier ouvrage , Gus- 
tave 111, roi de Suède, adressait au mar- 
quis de Mirabeau lâf lettre suivante, que 
nous supposons inédite, et qui se trouve 
dans le Bulletin d'avril de Noël Chara- 
vay. 

Monsieur le marquis de Mirabeau, 

Les occupations toujours suivies, souvent 
forcées, qui sont le partage de mes pareils, 
ne me permcileiit pas de lire, même les 
meilleurs ouvrages, précisément lorsqu'ils 
paraissent. Je n'ai donc pas eu le loisir de 
parcourir plutôt votre Supplément à la ThéO' 
ne des impôts, qui, d'ailleurs, m'est parvenu 
fort tard. Ce qui m'en plaît davantage est cet 
esprit de famille que vous exigoz surtout 
pour la régénération d'un état, tn effet, un 
Roi qui se croit véritablement le père de ses 
peup.es, des sujcis qui se icgardent tout de 
bon comme les enfants' de leur Roi, c'est, ce 
me s mble, ce que la politique peut produire 
de plus admirable. Je vous suis donc très 
sincer'^meni obligé d'avoir mis mon nom à 
la lète d'un ouvrage où tout respire cette 
bonne et saine politique, et je vous prie de 
croiic que je n'en serai que plus disposé à 
vous prouver en toute occasion la bienveil- 
lance avec laquelle je suis, Monsieur le mar- 
quis de Mirabeuu, 

Votre très affectionné. 

Gustave, 

Cette lettre, d'un souverain dont la fin 
tragique ne répondit pas aux efforts de sa 
bonne volonté, pourrait inspirer bien des 
réflexions. Nous en laissons le soin aux 
philosophes. 

Lettre de Paul Baudry à Francis- 
que Sarcey sur les journalistts par- 
lant de i'armèe — La lettre suivante, 
dont nous recevons l'aimable communica- 
tion, appartient au cabinet d'autographes 
de Noël Charavay. 

Mon cher ami, 

J'ai écrit à M. Jouaust dans le sens que tu 
désirai», je peuse qu'il doit être rassure. 



Puisqu'il me reste un peu d'encre au bec 
de la plume, je peux te dire, si tu le permets, 
que ton article de ce matin sur les volontaires 
et l'ordre du jour qui défend les correspon- 
dances, n'est pns digne de ton jugement, si 
honnête et si droit. 

J'avais pres;onti ces choses, lorsque ton 
ami Tavernicr me prévint que j'aurais peut- 
être di siîs iiDuvel es par votre journal ; je 
l'engageai à ne nen écrire. 

Vous autres, journalistes, vous vous trom- 
pez absolument sur certains points. Les ques- 
tions de respect, de discipline et d'honneur 
n'ont lien à voir avec vos polémiques pour 
le salut et le bonheur de notre pays. L'armée 
l'a toujours compris ainsi. 

Elle est encore, grâce à Dieu, l'école de 
l'abnégation et du devoir et si la France se 
relève elle ne le sera que par elle. Tous les 
avocats et tes confrères patriotes journalistes 
n'empileront que de la copie. 

En somme dans les choses obscures, où la 
presse a la prétention d'apporter la lumière, 
il n'y aura jamais que ce point d'acquis, 
c'est q!:s l'armée manque de lavabos et de 
s-jrviettes. 

Croi^-moi, mon viiîux Sarcey. ne discutons 
pas et n'habituons pas les soldats à ces sot- 
tises sentimentales et finis tes articles. Ton 
esprit peut s'exercer agréablement ?ur d'au- 
tres sujets, 

A toi, 

Paul Baudry. 

Il est assez piquant de voir le peintre de 
l'Opéra. Paul Baudry. assurer ï son ami 
Sarcey, que les journalistes n'entendent 
rien aux choses de l'armée et feront sage- 
ment de n'en point discuter. 

Peut-être dans les tranchées, certains 
i< poilus » en lisant les ar icles de jour- 
naux, font-ils des réflexions qui ne sont 
pas sans ressembler à celles de Paul Bau- 
dry. 

Mais sur quoi les malheureux journalis- 
tes p:ult;raient-ils, s'ils ne parlaient pas sur 
le seul sujet qui passionne l'opinion ? Et 
aujourd'hui, d ailleurs, les plus jeunes en 
parlent en connaissance de cause, qui 
tiennent un fusil en même temps qu'une 
plume. L'école du journalisme est aux 
tranchées. Elle y fait même dettes brillants 
élèves, 

Paul Baudry serait content. 



Li Directeur-gérant : 
GEORGES MONTORGUEIL 

Imp.CLERC-DAMi£i.,St-Amand-Mont-R3nd 



LXXIII* Volume Paraissant les lo, ao et |o d£ chaque moU 



!o Avril 1916, 



N» 1437 

Sfxvr.Victor-Masaé 
PARIS iwy 

Sareâux : de 3 ^ 6heures 



QCJtQDB 



Chtrches et 
vous trouverez 




g II se faut 
tntr'aider 



N» 1437 

af*'-,r.Victor-Masaé 
PARIS (IX*) 

Bureaux : de3^ ôheuïcs 




nUxméhïaïxt 



DES 



CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



QUESTIONS ET RÉPONSES LITTÉRAIRES. HISTORIQUES, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 

281 282 

rien, a-t-il ajouté, de son histoire, si ee 
n'est qu'elle s'appelait Hélène d'Anjou. 
Elle apporta en Serbie les premiers ger- 
mes de la civilisation occidentale. 

Le Serbes la vénèrent toujours comme 
Nous puons nos correspondants ^, ; une sainte et, le jour de sa fête, viennent 

vouloir bien répéter leur nom au-dessous \ ^"V° '5M^^P/i'f"^' .-^ ^.^"fj 

de leur pseudonyme , et de n'écrire que \ 

d'un côté de la feuille. Les articles ano- \ 

nymes ou signés di pseudonymes inconnus \ 



L'INTERMÉDIAIRE paraîtradu- 
rant l'année 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'année de 
guerre 1915. 



ne seront pas in:>érés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauf exception, 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou U 
titre d'une famille non éteinte. 



Serait il possible d'avoir quelques ren- 
seignements plus pi écis sur cette Hélène 
et sur les liens qui la rattachaient à TAn» 
jou ? René Villes. 



dilluedtione 



Guillaume II est il venu à Paris 7 

M, Bac, dans ses intéressants Souvenirs 
que publie la Revue de Paris, croit pou- 
voir l'affirmer : 

Il paraît, disait-il à des Français, qu'on 
croit en France que je visite Paris de temps 
en temps. C'est une fable qui m'amuse. Je 
le sais peut-être, n'est-ce pas, si j'y suis allé 
ou non ? Sôus quel déguisement, avec une 
fausse barbe et des lunettes noires? Non, je 
ne suis pas retourné à Paris depuis i886. Je 
suis alors descendu à l'hôtel M.,., rue de la 
Paix, un petit hôtel calme et bien tenu. 
Est-ce qu'il existe encore? C'est ma mère qui 
me l'avait indiqué 

Que penser de cette affirmation .? Y a-t-il 
d'autres textes relatifs aux séjours de 



L'Anjou en Serbie. — M. Emile . „ ,, „ ^ • -, 

Haumant, professeur à la Sorbonne, dans Guillaume II a Pans ? 
une conférence faite par lui récemment à 
Nantes, a raconté son voyage à travers 
la Serbie et parlé avec émotion de la ren- 
contre qu'il fit d'une petite église de 
style français, placée au fond d'une val- 
lée et qui abrite le tombeau d'une fran- 
çaise, sainte Hélène, qui épousa, vers le 
xm' siècle, un roi de Serbie. On ne sait 



Alphonse XII. — D'après le CorreS' 
pondant {lo ociobre 1915), Alphonse XII 
aurait été un germanophile à qui Paris 
fit la leçon. 

Cette opinion n'appelle-t-elle pas une 
mise au point i* D' L. 

LXXIU-7. 



\ 



W» (I4J7. 



Voi. LXXIII. 

283 



L'INTERMÉDIAIRE 



284 



ce qui concerne particulièrement le Sud- 
Ouest de la France ou région limitrophe ? 

D. Sandrel. 

L'imprimerie à Angers. — Quels 
ont été les commencements de l'impri- 
rie à Angers ? 

Un Fureteur. 

L'actrice Claii ville. — Je voudrais 
avoir quelques renseignements biographi- 
ques sur la chanteuse d'opéra Clairville, 
qui a fait, avant, pendant et après la Ré- 
volution, les beaux jours des théâtres de 
Bordeaux, de Toulouse et d'autres lieux, 
et qui vivait encore vers 1820. 

Ern. L... 

Fouquier d'Hérouel et Fouquier- 
Tinville. — Le premier était-il le ne- 
veu du second ? 

Le Dictionnaire des Parlementaires dit 
seulement qu'ils appartenaient à la même 
famille. 

On m'affirme que Fouquier-Tinville 
avait un frère aîné né à Hérouel (Aisne), 
qui se faisait appeler Fouquier d'Hé- 
rouel. 

Le fils de celui-ci , représentant de 
l'Aisne à l'Assemblée législative, siégea 
à droite et adhéra au (]oup d'Etat ; il fut 
nommé par L.-N. Bonaparte, membre de 
la Commission consultative, et sénateur 
le 26 janvier i8s2. il ne jouit pas long- 
temps du traitement sénatorial de 
30 000 francs ; il mourut à la fin de 

l8ci2. 

11 était né en 1784 ; il avait donc en- 
core connu Fouquier-Tinville. Etait-il 
réellement le neveu de l'odieux person- 
nage de la Terreur ? 

Paul Muller. 

Mlle le Sénéchal de Kercado. — 

Le nom d'une demoiselle Le Sénéchal de 
Kercado, que je rencontre dans un arti- 
cle sur Beauvau, officier vendéen, m'in- 
cite à poser une question à laquelle un 
de nos excellents confrères de Y Intermé- 
diaire pourrait peut-être repondre. 

Le 24 jum 1805, le théâtre de l'Opéra- 
Comique donnait, non sans quelque suc- 
cès, la première représentation d'un 
opéra-comique en un acte intitulé la 
Méprise volontaire ou la Double leçon, 
chefs ainsi que'^sur les bandes armées, en \ paroles de Duval, musique de Mlle Le 



Woëvre Voivre. — Le nom de 
cette plaine, connue jadis des seuls géo- 
graphes et militaires — en dehors des 
Lorrains, - n'est aujourd'hui ignoré de 
personne. Mais pourquoi quelques écri- 
vains et quelques journaux ont-ils adopté 
la forme Voivre ? Non seulement ce n'est 
pas la véritable prononciation lorraine, 
mais l'écriture est en contradiction avec 
de très nombreux noms de lieux : forêt 
de Woëvre, Fresnes-en-Woëvre etc., que 
l'on ne songera jamais à transformer. 

EvidemmenI la prononciation de Woë 
se rapproche assez de voi, mais est-ce 
une raison pour toucher à cette forme 
consacrée par le temps? A ce compte, il 
faudrait écrire Lan et non Laon, Sône et 
non Saône, Crâne et non Craonne, Ste- 
Mer<ou et non Menehould, L'Ene et non 
l'Aisne, qui souscrirait à de telles méta- 
morphoses? 

Un journal qui mène avec beaucoup 
de constance et d'esprit la lutte contre 
les déformations du langage et de l'or- 
thographe — j'ai nommé le Figaro — a 
pris parti pour Voivre et cherche à l'im- 
poser. Oserait-il imprimer Lan quand 1! 
s'.- git du chef-lieu de l'Aisne? 

\)a(i autre raison de respecter Woëvre, 
c'est qu'il )' a plusieurs forêts ou noms 
de lieux appelés. Voivre ou Vaivre, même 
çn Lorraine Et ces mots veulent dire 
infestés de vipères. En donnant la forme 
Voivre à la Woëvre on prête à une con- 
fusion qu'il faut éviter maintenant que la 
Woëvre est devenue une des régions his- 
toriques de la France. 

Donc, laissons à l'antique pagus Va- 
brensis sa forme Woëvre, qui se rapproche 
plus que Voivre de la prononciation lo- 
cale : Vouavre, avec une nuance dans 
l'a rapprochant un peu de è. Cela d'ail- 
leurs est plus facile à dire qu'à expliquer. 

AUDOUIN-DUMAZET . 

Le corps doSant Vincent de Paul 
à Saint- j..azar. — Est-il vrai que le 
corps de saint Vincent de Paul soit en- 
core conservé à Saint-Lazare? 

Un admirateur. 



Les compagnies de routiers. — 

Je désirerais connaître une étude générale 
sur les compagnies de routiers, sur leurs 



DES CHERCHEURS ET CURÏEUX 



10 avril 191Ô . 



285 



286 



Sénéchal de Kercado, l'un des rares com- 
positeurs féminins qui aient abordé le 
théâtre. Fétis avait omis cet ouvrage et 
son auteur, que j'ai mentionnés dans 
mongSupplémentà son livre. Mais, quelles 
qu'aient été mes recherches, il m'a été 
impossible de rien découvrir touchant 
Mlle Le Sénéchal de Kercado : lieu et 
dates de naissance et de mort, particula- 
rités de l'éducation musicale, noms de 
professeurs, tout m'est resté inconnu. Et 
cette manifestation artistique est restée 
unique de sa part ; non seulement elle 
n'a jamais reparu à la scène avec un au- 
tre ouvrage, mais je ne sache pas qu'elle 
ait publié aucune composition soit vocale, 
soit instrumentale. 11 y a là un petit 
mystère que j'ai vainement cherché à 
percer. Je serais reconnaissant à celui de 
nos collaborateurs qui pourrait m'ouvrir 
la voie à de nouvelles recherches. 

Arthur Pougin. 

Benjamin de Lessert, 1773-1843. 

— Benjamin De Lessert, ^113 T 1^43, 
a t-il été créé baron le 19 septembre 
1810 ? certains de ces biographes disent 

l8l2 

Groll. 

Mérimée et Panizzi. — Les hasards 
d'un rangement de bibliothèque m'ont 
amené à relire les deux volumes de let- 
tres de .Mérimée à Panizzi éditées en 
1881 par M. Louis Fagan. Celui-ci était 
attaché au Britnh Muséum dont Panizzi, 
ancien proscrit italien, fut, ]f crois direc- 
teur. 

Ces lettres sont curieuses, mais je ne 
pense pas qu'un français les eût publiées 
vingt ans à peine après la mort de l'au- 
teur. En effet, cette publication de billets 
intimes et confidentiels où Mérimée se 
laisse toujours aller à l'impression du 
moment, sont une véritable trahison. Les 
jugements sommaires sur Garibaldi, 
Pie IX, Antonelli, Cavour, Thiers, Lin- 
coln, le peuple américain, sont d'une 
rare violence. Le voltairien qu'était Mé- 
rimée se montre à nous comme un réac 
tionnaire fanatique, ennemi même du suf- 
frage universel. 

Quelques anecdotes un peu vives, quoi- 
que visiblemet retouchées, ne nous 
apprennent pas grand'chose. L'éditeur 
étant étranger n'a pu les éclairer par 



des notes ni lever le masque des person- 
nages. 

Mais la lecture de ces deux volumes 
nous intrigua fort sur le compte de Pa- 
, nizzi. En dé(>it de ses mérites comme ad- 
I ministrateur et comme bibliophile, com- 
' ment se fait-il que sans cesse l'Empereur, 
; l'Impératrice, le prince impérial, la prin- 
■ cesse Mathiide, la comtesse de Montijo, 
I les dames les plus en vue de la cour des 
5 Tuileries, s'informent auprès de Mérimée 
î du vieux carbonaro, lui envoient leurs 
\ souvenirs amicaux, lui offrent l'hospita - 
j lité lors de ses voyages en France ? Quelle 
l est la clef de ce mystère ? 

M. P. 

Oberthur, graveur. — Connaît-on 
> ce graveur dont je possède une eau-forte 
d'assez grande dimension représentant la 
cathédrale de Strasbourg et signée F. J. 
Oberthur fecit argent. 18 18. 

Cette pièce est traitée au point de vue 
architectural, l'artiste s'est-il spécialisé 
dans ce genre ? 

RoLiN Poète. 

Général Pierre. — Qui était un gé- 
néral de Pierte, baron de l'Empire. 

Il avait laissé deux filles mariées à 
Trieste et mortes à la fin du siècle der- 



nier. 



Groll. 



Maison de Rabastens. — Je remer- 
cie les aimables érudits qui viennent de 
répondre à la demande faite au sujet du 
Cardmâl Pilfort de Ra'castens, et serais 
très désireux de connaître l'origine^ et la 
descendance de la Maison de Rabastens, 
qui possédait des armoiries, presque sem- 
blables à celles de la Maison de La Flte, 
seigneurs de Pelaporc (.XIII), Pelleporc 
(XVII) et qui porte d'as^iir au lion d'or, 
couronné d'argent, armé et lampassé de 
gueules, à la bordure d'or, chargé de il 
merletles de sable affrontées. 

B.P. 

Hethel de la Brétèche. — Un lec- 
teur de V Intermédiaire pourrait-il donner 
des détails sur cette famille? Un Edme Re- 
thel de la Brétèche appartenait à l'admi- 
nistration des fermes à la fin du xvm* 
siècle, Ne pas confondre avec les Richard 



«• I4J7. Vol. LXXIII. 

287 - 



L'INTERMEDIAIRE 



de la Brétèche ni Roettiers de la Brétèche ] 
à moins que, dans les actes, le nom de 
Roettiers se soit mué en Retiiel. 

OUATR£LLES L'EPIKE. 



288 



Général Richter. — Qui 
général Richter, créé baron le 
1809. 

A-t-il laissé des descendants ? 



était le 
25 mai 

Groll. 



Treyssac de Vergy. — Pourrait-on 
m'indiquer où je trouverais des renseigne- 
ments sur ce personnage peu connu, mais 
qui joue un certain rôle dans l'affaire du 
Chevalier d'Eon et du Comte de Guerchy, 
ambassadeur de France à Londres en 
1763? 

Ern. L... 

Manteau des Pets de France. -- 

Les pairs de France, créés sous Louis- 
Philippe, (Loi de 1831) sont-ils, en art 
héraldique, assimilés aux pairs de l'an- 
cienne monarchie, et peuvent ils utiliser 
le manteau, comme ornement extérieur 
de leurs armes? Sous le 2" empire, le car- 
dinal Donnet, et Mgr Sibour. archevêque 
de Paris, ornaient leurs armoiries d'un 
manteau, probablement en qualité de sé- 
nateurs. 

Que faut-il penser de ces coutumes? 

B. P. 

Armes ^e la Compagnie d'Occi- 
dent (devenue Compagnie des 
Indes). — je connais la description de 
ces armes concédées au mois d'août 17 17, 
mais où puis-je en trouver la reproduc- 
tion .? Car il me parait impossible de re- 
constituer «... une pointe ondée d'argent 
sur laquelle sera couché un fleuve au 
naturel appuyé sur une corne d'abon- 
dance.. » j'aurais besoin de savoir de 
quelle façon était figuré le Mississipi. 

T. V. M. 

Dupont de Nemours : armoiries. 

Je serais très reconnaissant à la personne 
qui voudrait bien me faire connaître les 
armoiries de la famille Dupont de Ne- 
mours, aujourd'hui établie en Amérique, 
et celle de la famille Dupuy de Pauligné, 
des environs de Limoux (Aude). Cette 
dernière famille subsiste-t-elle ? 

Lascombes. 



Armoiri s du général Dutruy. — 

Quelque aimable confrère pourrait il m'in- 
diejuer les armoiries du général de 1 Em- 
pire : Dutruy, né 1762 f 1836. 

Groll. 

Ex-libris à déterminer : mont 
d'argent. — Ecu ovale. 

D'azur à un mont (d'argent ?) mou- 
vant d'une mer de ? surmonté d'un soleil 
d'or à 8 rais. 

Casque de face avec ses lambroquins 
surmonté du même soleil. 

Devise : Oriens ex alto. 

En bas de l'écu, une tenture portant 
une salamandre entourée de flammes sur- 
montée du mot Duraho. 

Encadré de 2 filets. 

100/70 mm. 

H. A. 

Ex-libris à déterminer : lion d'or 
rampant. — D'azur à un lion d'or 
rampant armé et lampassé, accompagné de 
5 besants d'or en orle , 

Ecu ovale encadrement en rocailles. 
2 filets 

Veyrier, sculpteur. 

80/65 mm. 
H A. 

Fer de reliure : trois massacres 
de cerf. — Sur un volume relié en 
veau, (traduction de Columelle parC.Co- 
tereau, is5i)'"-4°) se trouvent frappées 
les armes suivantes. 

De... à trois massacres de cerf à (3 bran- 
ches) 2 et I . 

Heaume de profil, accompagné d'am- 
ples lambrequins. 

A qui attribuer ces armes ? 

H. A. 

Devise de Jean Grolier. — D'où 
est tirée la devise Portio mea Domine sit 
in terta viventium.^ gravée au verso des 
couvertures des reliures les plus recher- 
chées de Jean Grolier. 

Un bibliophile normand. 

Stultorum nomina semper ubique 
jacent. — Connaît on l'auteur, ainsi que 
l'origine de cette locution ? 

YSEM. 



DBS CHERCHEURS ET CURÎBUX 



10 avril 19*6 • 



289 



290 



Inscription romaine en Algérie : 
« Vanari ». Où se trouve cette 

inscription romaine en Algérie ? 



VANARI 
LUDERE 
OCCEST 



LAVARE 

RIDERE 

VIVERE 

BlNGO. 



arrêt décourageant que l'héroïque résis- 
tance de nos armées depuis vingt mois, et 
surtout la fin gloiieuse de son petit-fils 
Ernest Psichari se sont victorieusement 
chargées de démentir ? 

Un Bibliophile Comtois, 



! 



! 



O sola b?ati- 

trouvaille est 



O Beata solitude 
tudo ! — Cette heureuse 
attribuée à saint Bernard. 

Un obligeant confrère pourrait-il me 
dire dans quel ouvrage du saint abbé de 
Clairvaux j'en trouverais la confirma- 
tion ? Geo FiLH. 

On ne détruit que c« qu'on rem- 
place. — Cette < admirable maxime >, 
« la plus profonde sentence politique du 
XIX* siècle » est attribuée par Auguste 
Comte à Napoléon lll, chez qui elle est 
c restée stérile». {Catéch. positiviste^ pré- 
face ; Polit., IV, 395). Je l'ai trouvée sous 
la forme ~ On ne détruit réellement que ce 
qu'on remplace — dans une lettre au géné- 
ral Piat (Œuvres de Napoléon 111, tome 111, 
p. 18). Mais dans un ouvrage, Biographie 
de tous les ministres depuis la Constitution 
de ijçi jusqu'à nos jours (1821^), a. la 
page 19b, on avait déjà dit : « Danton 
paraissait avoir la conviction de la vérité 
de ce principe politique, « qu'il n'y a de 
vraiment détruit que ce qui est remplacé » . 
Peut-on savoir l'auteur de ce livre? Et 
cette sentence se trouve-t-elle formulée 
ailleurs ? 

JosE Fei*!Ciano-de-Oliveira. 

« Du spectacle d'hirsr, affiche dé- 
chirée ». — De qui est ce vers ? 

B. Z. B. 

Renan et l'avenir de la France. 

— J'ai lu, il y a quelque temps déjà, dans 
une publicatio-i dont j'ai oublié le titre, 
que Renan, peu après la guerre de 1870, 
aurait répondu à un jeune patriote plein 
d'enthousiasme qui venait l'entretenir de 
la régénération de la France et des idées 
de revanche en cours à cette époque : 
« jeune homme, la France se meurt ; ne 
troublez pas son agonie ». 

je serais curieux de savoir à qui Renan 
a fait cette réponse Ne serait-ce pas à 
Paul Déroulede i' Mais est il certain que 
Renan ait prononcé sur notre pays cet 



Quel est l'auteur d'un 

passablement filan- 

intéressant tout de même, qui a 



Poyanne — 

roman-pamphlet 

dreux, 

pour titre : Les apparences trompeuses^ ou 

les Amours du Duc de Nemours et de la 

marquise d' Poyanne. 

In- 18 de 344 pages. 

Inutile, aux amateurs d'histoire locale 
de se déranger. On y apprend tout juste 
que Poyanne est après Bordeaux. Mais 
l'ouvrage semble écrit plutôt du temps de 
la Fronde et doit être rarissime. En con- 
nait-on l'auteur ? Auribat. 

Envoi d'Honoré de Balzac. — 

Une édition originale des Scènes de la vie 
privée (1830) que je possède, porte sur le 
faux-titre un envoi de l'auteur à une per- 
sonne dont le nom est à moitié déchiré. 
On peut lire encore ceci : 

a monsieur Ker... 
témoignagne d'une profonde admiration 

H . Balzac. 

J'ai vainement cherché dans la corres- 
pondance de Balzac et dans ses nombreu- 
ses biographies le nom d'un de ses amis 
commençant par la syllabe à consonnance 
bretonne du destinataire. Parmi ses con- 
temporains, je ne trouve guère qu'un 
écrivain du nom d'Amédée Kermel ; mais 
c'est un auteur de troisième ordre, qui 
n'a laissé qu'un roman intitulé : Une 
âme en peine et plutôt recherché pour son 
frontispice dessiné par Tony johannot que 
pour son mérite littéraire. 

Quel pouvait bien être ce personnage à 
qui Balzac, qui n'admirait guère que lui- 
même, adressait un hommage aussi flat- 
teur ? 

Un bibliophile comtois. 

Financiation. — Que pensent de ce 
mot ceux qui, avec raison — à mon avis, 
du moins — regrettent les néologismes 
« relationner, réceptionner .'' » 

Il est employé dans le sens d'organisa- 
tion d'une affaire au point de vue finan- 
! cier ; tous les jours on le voit imprimé. 
' La Cqussière. 



N« 1437. Vol. LXXIII. 

, 391 



L'INTEKMiiLJJAIKii 



292 



Képonôed 



Noms de ravir'^s marchand«« ja- 
ponais (LXXIII, 92, 204). - M. Dau 
tremer, ancien premier interprète à la lé- 
gation de France à Tokio, professeur de 
langue japonaise à l'Ecole des Langues 
Orientales, à qui j'avais communique les 
notices publiées par V Intermédiaire sur la 
signification du mot Maiu, me répond 
par la lettre suivante qui confirme, en 
les complétant, les explications que j"ai 
données : 

Bièvres, 18 mars 1916. 
Mon cher ami, 

Voici ma réponse : Maru ne s'applique 
en aucun cas aux navires de guerre. Ces der- 
niers portent le nom de Kwir, bateau da 
guerre : ex : Fujiyama Kwan zz: le navire de 
guerre Fujiyama. 

Ma.ru n'est pas un terme générique qui 
signifie bateau, navire. Maru signifie rond, 
et aussi quelque chose de con^plet, sans 
doute parce que le rond est quelque chose 
de complet, de parfait; il veut dire un 
tout, une unité. C'est pourquoi, sans doute, 
on l'appliquait aux navires japonais 
ou jonques ; on continue à l'appliquer 
aujourd'hui aux navires de commerce ; la 
flotte de guerre actuelle, chose toute mo- 
derne, ayant adopté le terme Kwan qui veut 
dire positivement navire de guerre. 

Ce terme maru ne s'appliquait pas seu- 
lement aux bateaux et jonques, mais aussi 
aux difféientes parties d'un château fort, 
aux sabres renommés. 11 désigne aussi le 
pavillon japonais Ili no maru ou le rond du 
soleil, mais ici, le sens n'est pas douteux; 
c'est bien rond qu'il signifie. Dans tous les 
autres cas : navires, sabres, pièces d'ar- 
mures, instruments de musique etc..., il 
faut évidemment prendre le sens de unité, 
tout complet. 

L'origine de ce terme est, en effet, obscure, 
ainsi que le dit M. Chamberlain, mais je 
crois que l'explication que je donne est vrai- 
semblable ; quand on connaît les deux 
significations différentesdu caractère japonais 
maru, c'est l'explication logique. 

Quant au nom de Ko, et non Ko, que l'on 
ajoute aux noms de j.unes filles, il faut dis- 
tinguer; on le dira à une gamine de sept ou 
huit ans au plus, jamais à une jeune fille. 

Sakura ko, petite Sakura. 

Mitsu ko petite Mitsu, 

C'est un terme d'omitié envers les petites 
filles. 



A une jeune fille on dit O Sakura san, 
Mitsu san. 
Bien affectueusement à vous, 

Dautrem^r. 

Au surplus, l'Hnglish-Japanese diciio- 
naiy, de Hepburn et le Dictionnaire Ja- 
ponais- Fiançais de Le Maréchal donnent 
du mot viaru les mêmes acceptions diffé- 
rentes et sont d'accord pour lui attribuer, 
dans les noms des bateaux de commerce, 
le rôle d'un simple suffixe. 

Un bibliophile Comtois. 

Avanies subies par les représen- 
tants des Puissinces chrétiennes 
auprès de la Porte (LXXIII, 90, 197). 
— Le général Aubert-Dubayet put, en 
effet, se soustraire aux exigences les plus 
humiliantes infligées jusqu'alors aux re- 
présentants des puissances chrétiennes 
auprès de la Porte. 

Néanmoins il ne fut autorisé à entrera 
Constaniinople que de nuit, sans aucun 
appareil et ce fut seulem.ent au bout de 
trois mois et demi i^u'il obtint une audien- 
ce du Sultan qui, suivant la coutume, lui 
fit faire antichambre durant de longues 
heures avant de le recevoir mais ne loi 
imposa, du moins, aucune humiliation, 
(28 nivôse an V, 7 janvier 1797). 

Neuf ans plus tard, le général Sébastian!, 
ambassadeur de Napoléon Ie^ fut accueilli 
plus honorablement encore par le même 
sultan Sélim qui, faveur insigne, l'autori- 
sa à garder ses armes pendant l'audience 
et, au lieu de lui répondre, suivant l'an- 
cien usage, par une inclination de tête ou 
un simple monosyllabe, eut une longue 
et amicale conversation avec lui. 

Notre savant confrère le « bibliophile 
Comtois » pourrait-il me dire si, à cette 
date (1806) les représentants des autres 
puissances chrétiennes auprès de la Porte 
étaient également exempts des avanies 
infligées à leurs prédécesseurs ? 

1. W. 

Mesdames Adélaïde et Victoire de 
France (LXXIII, 140, 245). — On trouve 
les détails les plus circonstanciés sur le 
transfert et la déposition des restes mor- 
tels de Mesdames de France dans l'excel- 
lent ouvrage du comte de Fleury : Femmes 
célèbres de la Révolution. 

Fromm de l'Univers, 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



10 avril 19«6. 



— 293 



294 



Dans son ouvrage sur les grandes Da- 
mes pendant la Révolution et sous l'Em- 
pire (Henri Vivien, 1900, in-8°), le comte 
Fleury explique de la façon suivante le 
retard apporté à l'inhumation à Saint- 
•'Denis des deux tantes de Louis XVI : 

Un des premiers soins de Louis XVIH, à 
sa rentrée en France, avait été d'ordonner 
la translation ûe leur dépouille mortelle 
dans la basilique de Saint-Denis. Mgr de la 
Tour alors évèque de Moulins, fut naturel-' 
lement chargé de cette mission. Une fiégate 
l'emmana à Trieste et rapporta les deux cer- 
cueils à Toulon, au moment où les Bour- 
bons reprenaient une seconde fois la route 
de l'exil. Le curé de Toulon, l'abbé Michel, 
depuis évêque de Fréjus, s'entendit avec les 
autorités ei le funèbre dépôt fut respecté. 
Quand Louis XVllI fut rentré aux Tuileries, 
Mgr de la Tour acheva sa mission et présida 
à rinhumaticn des deux filles de Louis XV 
dans les caveaux de Saint-Denis. 

Un bibliophile comtois. 



La tête do 
balle (LXXII; 
26Ô). — Dans 
au lieu de 1773 



la princesse 

LXXIII, 104, 
l'article J. ,W. 



de Lam- 

152, 198, 

1793 



Lire 



Les Bourbons Arsacides (LXXl! ; 
LXXIII, 50, 156). — Au sujet de la ques- 
tion posée, ayant été amené à parler d'une 
maison princière qui compte encore de 
très distingués représentants, et l'ayant 
qualifiée « d'origine Russe », M. S. R., 
me répond que cette origine ne se justifie 
que si l'on admet comme « Russe », l'ori- 
gine Scandinave dont elle est issue. C'est 
l'évidence même, et je désire seulement 
plaider « non coupable » et informer mon 
distingué correspondant que je n'ai fait 
que répéter l'erreur — si erreur il y a — 
des historiens de cette maison qui la con- 
sacrent eux-mêmes. < d'origine Russe *, 
« établie d'après l'histoire des Roxolans, 
l'histoire de Pologne, celle de Kiew et, 
en partie, d'après les Documents et livres 
de fondations des cathédrales et des cou- 
vents Russes, en partie d'après les actes 
les plus anciens de cette famille ». (Luck 
1793). je n'ai donc fait que suivre les 
rrements d'autrui n'étant, pour ma part, 
ni historien ni généalogiste, 

E, R. F. 



Un mariage 

(LXXIII, 235). - 



mi<nqué à.^ Barras 

L'éphémère fiancée de 
Barras se nommait Marie-Anne ; elle 
n'avait que deux années de moins que le 
futur Directeur, étant née le 22 octobre 
1757 de Jacques de Saint-Remy et d'une 
fille de basse condition nommée Marie 
Josset, qui avait été sa maîtresse ayant 
de devenir sa fpmme. Ils avaient déjà un 
fils, Jacques, qui servit comme officier 
dans la marine royale et mourut à l'âge 
de trente ans et une fille, Jeanne, qui de- 
vint la tristement célèbre comtesse de Va- 
lois. 

Jacques de Saint-Remy descendait di- 
rectement du roi de France Henri II et de 
Nicole de Savigny, épouse d'un seigneur 
nommé Jean de Ville. C'était un triste 
sire, un déclassé qui se ruina rapidement 
et mourut de misère à l'Hôtel-Dieu de 
Paris. Sa veuve abandonna, pour suivre 
un soldat de fortune, ses enfants qui 
durent mendier pour vivre et furent 
recueillis et élevés par la marquise de 
Boulainvilliers. Jeanne de Saint-Remy, 
qui avait été placée par son père comme 
servante chez un fermier nommé Durand, 
dont elle ctait la filleule, fut, grâce à la 
marquise, admise en 1776, ainsi que sa 
sœur, au couvent de Longchamp, dont 
toutes deux s'échappèrent six ans plus 
tard pour se réfugier à Bar-sur-Aube. 
Mme de Boulainvilliers leur ayant retiré 
sa piotection à la suite de cette escapade, 
l'ainée eut les aventures que l'on con- 
naît ; Marie-Anne devint chanoinesse dans 
un chapitre d'Allemagne et mourut dans 
la plus complète obscurité. 

(Voir^ au sujet de cette descendance de 
Henri II, Les Bâtards de la maison de 
France, par le marquis de Belleval, ainsi 
que son travail sur les derniers Valois. 
Librairie Henri Vivien, ^i, rue Blanche). 
Un Bibliophile Comtois. 

Le comte de Chambord. — Où il 
descendit à Paris (LXXII ; LXXIII, 49, 

195). — M. de Reiset rappelle que Mon- 
sieur le comte de Chambord se servit d'un 
vulgaire fiacre dans sa course à travers 
Paris, en 1871. 

J'ajouterai un trait qui a été rapporté, à 
l'époque. 

Le cocher dudit fiacre, voyant l'émo- 
tion de l'auguste voyageur, inconnu d^ 



N- 1437. y«i. Lxxni, 

— 295 

lui, en présence des ruines du cliàteau 
des Tuileries, lui dit familièrement : 
< N'vous inquiétez pas, mon bourgeois, 
on rebâtira çà ! > 

H. deL. 

* * 
Lire colonne 197, ligne 22 : depuis près 

d'un demi siècle au lieu d'un siècle. 

Le Vicomte de Reiset. 

L' « union sacrée » en Amérique 

(LXXIll, 147, 249). — p. 249, au début 
du second paragraphe de ma note, il y a 
(ligne 3) « John Jny », au lieu de « John 
Hay » ; et, à la i™ ligne du paragraphe 
suivant, « 7 mai 1841 », au lieu de « 7 
mai 1861 ». Kerallain. 

La veuve du Maréchal de Riche- 
lieu et Napoléon III (LXXII ; LXXIll, 
199). — Bel exemple de longévité phy- 
sique... et littéraire. 

M. Ernest Prarond, écrivain picard, 
beau frère de M. de Chennevières qui fut 



L'INTERMÉDIAIRE 



296 



rateur Daron, si ardent champion des 
origines grecques de la lanjj;ue française, 
nous prive depuis longtemps des consi- 
; dérations étymologique» qui avaient si 
peu de succès auprès de nus hellénistes, 
; mais qui n'en étaient pas moins curieuses 

pour des ignorants comme moi. 
* Pour en revenir à notre question, une 
\ observation récente me semble se rappor- 
' ter au même sujet : 

Dans le département des Landes, et par- 
; ticulièrement dans le Marensin, il existe 
) pour les mulets un mode d'attelage tout à 
' fait original et que l'on ne remarque dans 
aucune autre région de la France. C'est 
( un bât, en forme de cadre long à com- 
i partiments dans lequel sont attachés deux 
\ mulets, leur cols engagés dans les deux 
■ compartiments extrêmes, et assez éloignés 
! l'un de l'autre. Il parait que dans les chc- 
l niins affreux des immenses forêts de pins, 



ce mode d'attelage donne plus d'aisance 
aux bêtes de somme et leur permet de 
profiter des ornières, souvent en contre- 



l'un des conservateurs du Louvre, est mort * bas l'une de l'autre et qui constituent les 



il y a 3 ans à Abbeville, sa ville natale. 
En 1912, il publiait encore des articles 



seuls 



pistes praticables. 
Or je viens de voir des photographies 



d'érudition dans les journaux et revues de 5 du port de Salonique, où précisément les 



la Somme ; et son premier ouvrage : Uuâ 
Révolution che^ Us Macaques, parue chez 
Michel Lévy, datait de 1863, Près de 70 
années de production littéraire, c'est 
beau! M. Ernest Prarond avait, d'ailleurs, 
connu Balzac et était l'un des commen- 
saux de Baudelaire. 

Hector Hogier. 



mêmes attelages sont parfaitement re- 
connaissables. C'est une coïncidence qui, 
dans la question actuelle, méritait, je 
pense, d'être signalée. 

RoLiw Poète. 

L'incendie de la flotte romaine 
p-r Archimède (LXXIll, 139, 276^. 



— i Celui qui se voua toute sa vie au problème 

Une colonie grecque a-t-&lle f de l'utilisation mécanique et chimique de 

existé dans leslanaes de Gascogne f la chaleur solaire, se nommait Mouchot ; 

(T. G., 378). — Cette curieuse question ^ vers le milieu du dernier siècle, il était 

posée il y a quelque vingt-cinq ans dans | maître répétiteur au lycée de Dijon, où je 

V Intermédiaire a provoqué plusieurs ré- { l'ai bien connu. 

ponses intéressantes (vol. XXV). Comme | En ces temps très lointains, il avait 



arguments à l'appui, le principal était la 
consonnsnce tout à fait grecque des noms 
actuels de très nombreuses localitéssituées 
dans les deux départements de la Gironde 



déjà pour dada cette utilisation de la 
force calorique des rayons solaires et ce 
fut pour toute sa vie ; c'était un brave 
homme, aimé de ses élèves qui souriaient 



et des Landes. On citait aussi des noms j un peu de sa monomanie chimique et 

de famille ; et, en fait de traces histo- aussi de sa personne non dépourvue de 

riqucs, des auteurs anciens commue Am- j bizarrerie ; mais cela n'allait pas bien 

mien Marcellin et Timogène d'Alexandrie. ! loin. Je pense que M. Gustave Noblemaire, 

Ces derniers auraient, parait-il, mentionne i directeur honoraire du P. L. M Un bril 



l'établissement de colonies Doriennes sur 
les côtes de l'Océan. 

Comme problème philologique à ré- 



lant élève du lycée de Dijon en ce temps, 
doit avoir conservé le souvenir cordial de 
son ancien maître d'études. Il me semble 



•oudrc, il est fâcheux que notre collabo- 9 que le grand miroir concave hémisphé- 



ORS CHERCHEURS ET CURÏSUX 

297 -^^ ~~ ' 



10 arril 19 16. 



298 



rique dont parle le collaborateur V. A. T. 
ligura dans le jardin de Trocadéro, à 
l'Exposition universelle de 1878; mais il 
servait à échauffer de l'eau non à la 
cuisson 

Mouchot est mort il y a quelques an- 
nées à Paris, dans un état voisin de la 
gène, non toutefois dans la misère. Je 
crois que ses idées et ses tentatives sur 
l'utilisation dynamique de la chaleur so- 
laire ont été ensevelies avec lui. Qui ose- 
rait affirmer, cependant, que ce modeste 
chercheur possédé toute sa vie d'une idée 
fixe, ne fut pas un précurseur ? L'emma- 
gasinement de la force inépuisable de la 
chaleur solaire n'est-il pas, comme Tutili- 
sation des marées, un des problèmes que 
résoudra l'avenir et peut être un avenir 
prochain? 

Exhumera-t on alors la mémoire du 
pauvre chercheur méconnu et inconnu, 
mort trop tôt? 

H. C. M. 

Préteur de Strasbourg (LXXII, 236, 
588; LXXUl, 201). — le n'ai pas à ma 
disposition, sur le nombre et les fonctions 
des officiers municipaux de la petite ville 
alsacienne de Marmoutier, des renseigne- 
ments assez précis pour répon Ire à la 
question de notre confrère Bibl. Mac. Je 
ne sais pas à quoi correspondait la quali- 
fication de senaior. Consul était parfois 
employé comme synonyme latin de bourg- 
mestre. Mais je crois pouvoir affirmer que, 
si l'un de ces officiers était qualifié de 
ptcetor, ses fonctions et sa situation 
n'avaient rien de commun avec celles du 
haut fonctionnaire qui représentait le roi 
de France auprès du Magistrat de la ca- 
pitale de l'Alsace. Mon savant ami, M. L. 
Spach, me paraît avoir très exactement 
traduit^ dans ce cas, prcttor par prévôt, 
c'est-à-dire, en langage moderne, par 
maire de la localité. 

Dans V Armoriai de la Généralité d'Al- 
sace, dressé en 1696 et dans lequel tous 
les particuliers un peu notables et les 
grands et petits fonctionnaires ont été 
plus ou moins contraints de se faire ins- 
crire et « blasonner », moyennant une 
taxe de 20 livres, il y a une infinité de 
maires de villages ou de petites villes, 
tous titrés prévols, quelle que fût leur 
appellation dans le dialecte de la province. 
Pour le dire en passant, ce document 



héraldique officiel donnerait, encore au- 
jourd'hui, aux familles, de précieux ren- 
seignem.ents sur leurs ascendants de la 
fin du xvu° siècle, s'il n'avait pas été 
dressé en 1696 (puis publié à Colmar en 
ibôi) par des personnes qui connaissaient 
mal la langue et la géographie du pays; 
il fourmille, presque à chaque page, d'er- 
reurs grossières quant aux noms des lieux 
et des personnes (sans parler des blasons 
historiques, dont beaucoup sont fautifs). 

Ernest Lehr. 

Sainte ©enf^viève, patronne d© 
Paris ou de toute la France (LXXUl, 
139, 252). — Le vocable de Patronne de 
la France donné à Sainte Geneviève dans 
l'invocation prescrite par le Cardinal de 
Paris, pour le temps de la guerre, n'est 
pas nouveau. En 1723, un professeur ou 
un étudiant de l'université de Wittenberg, 
certain Geo. Wallinus, publiait une Dis- 
qnisitio bistorico theologica ayant pour 
titre, De S. Genovefa Parisiorum et Gai- 
liae patrona, in 8, avec 4 fig. (Gâtai. 102 
de Ludw. Rosenthal, de Munich). 

Pour les anciens latins le mot Urbs, 
employé seul, signifiait la ville par ex- 
cellence, Rome : comme en France nous 
disons la Capitale, pour Paris, et je crois 
qu il en est de même dans les autres pays. 
Dans le latin ecclésiastique Urbs a con- 
servé le même sens, quand lien ne vient 
expliquer quil soit question d'une autre 
ville. Dans le cas présent, l'invocation 
étant prescrite pour Paris et son diocèse, 
l'emploi du mot Urbs me paraît justi- 
fié.' 

Cela me rappelle le plaisant contre- 
sens commis voilà quelques années par 
un bon chanoine romain. Ayant à traduire 
le titre de l'ouvrage du jésuite Daniel Pa- 
pe broch., Annales Anttvetpienses ab 
urbe condita ad annum ijoo^ il écrivit et 
imprima sans la moindre hésitation : Les 
Annales de la ville d'Anvers depuis la 
fondation de Rome. On en rit encore. 

Arch. Cap. 



Chapelle N.-D. de Tout-Ayde 

(LXXll, 238). — On trouvera des rensei- 
gnements sur la statue de la Vierge, dite 
de Notre-Dame-de-toute-Aidc, dans ma 
communication à la Commission du Vieux 
Paris, sur l' « Abbaye-aux-Bois ». (Voir 



N« 14^7. Vol. LXXIII. 

299 

P. V . de la Commtisioft du 9 décembre 

'905)- ... 

Quant au sort réserve a cette image 

vénérée après la démolition du célèbre 
monastère, on ne saurait douter qu'elle 
fut emportée par les religieuses au mo- 
ment de leur départ. Peut-être la placè- 
rent-elles dans le bâtiment qui échappa à 
l'expropriation, contigu au couvent, et 
que l'Etat laissa alors comme maison de 
retraite aux plus âgées des chanoinesses 
de Saint Augustin ? 

Quoi qu'il en soit, au mois d'octobre 
IQ06, assistant d'un œil attristé à la dispa- 
rition du cher asile de Mme Récamier et 
de Chateaubriand, j"ai pu lire et copier, 
sur un panneau de bois gisant dans la 
cour d'honneur, provenint de Tautel de 
Notre-Damede-toute-Aide, et destiné à 
être converti en cotrets, l'Inscription 
peinte ci après : 

Celte statue miraculeuse fut bénite en 
i6i8, par Saint-François de Sales, au monas- 
tère des Filles-Dieu. En 1792, trois religieu- 
ses l'emportèrent, se fixèrent à l'Abbaye- 
aux-Bois en 1816, et en firent don à cette 
communauté en 1824. 

(Voir P. V . de la Commission du Fieux 
Parts du 10 novembre 1906). 

Lucien Lambeau, 

Le Château de Maisons (LXXIII, 
141). — Le journaliste et littérateur Hen- 
ri Nicolle, né à Paris le 30 octobre 1819, 
est mort en 1863. On trouve une notice 
sur sa vie et ses écrits dans les deux 
premières éditions du Dictionnaire des 
contemporains de Vapereau. 

Cathédrale de Strasbourg (T. G. 

855). — Question restée sans réponse de- 
puis bientôt quarante ans. Il s^'agit d'une 
chanson écrite sous forme de rébus et qui 
figurerait sur la face méridionale de la 
Cathédrale L' Intermédiaire possède heu- 
reusement une quantité de nouveaux cor 
respondants depuis l'année 1877 ^^ "o^s 
pourrions peut être espérer maintenant 
une réponse. 

ROLIN POFTE. 

Lieu de naissance de saint Am- 
broise (LXXIII, 95, 206). — Presque tous 
les biographes font naître l'archevêque de 
Milan a Trêves, parce que son père était 
préfet du prétoire des Gaules. Mais les 



L'INTERMEDIAIRE 



300 



BoUandistes le font naître à Arles. André 
1 hévet dans les Hommes illustres le fait 
naître à Rome et cela explique comment 
on montre dans cette ville, une maison 
des Ambroise avec trois chambres, un 
pour le saint, un pour sa sœur et l'autre 
pour sa mère. Dans le livre qu'il a con- 
sacré a saint Ambroise, Monsieur l'abbé 
Baunard a traité tout au long la question 
de la naissance du saint, mais il ne sem- 
ble pas être parvenu à élucider complète- 
ment cette question, qui restera toujours 
un peu conjecturale. 

E. Grave. 



* * 



Erratum : Au lieu de : où son père Pra- 
torio était préfet, lire : où son père était 
préfet romain du prétoire. 

Un Bibliophile Comtois. 

Cyprien Bérard (LXXIII, 93. 253). 
— Voici quelques nouveaux détails sur 
Cyprien Bérard et sur ses entreprises 
théâtrales. 

En 1820, le privilège accordé au Gym- 
nase (devenu le théâtre de Madame) ayant 
porté un coup mortel au Théâtre du Vau- 
deville, Désaugiers en céda la direction à 
Cyprien Bérard. Le théâtre était alors si- 
tué rue de Chartres, petite rue aujour- 
d'hui disparue qui reliait la place du Car- 
rousel à celle du Palais Royal. Bérard ne 
manquait ni d'intelligence ni de moyens 
d'administration et sa gestion fut assez 
heureuse pendant la première année ; 
mais ayant eu une affaire d'honneur avec 
un jeune auteur, il reçut une blessure 
grave qui mit ses jours en danger et le 
retint pendant un an éloigné de son 
théâtre. La seule pièce dont les chroniques 
de l'époque nous aient laissé le souvenir 
est \ Ecole des Ganaches^ par A. Dartois, 
Francès et Gabriel, représentée le 6 jan- 
vier 1824; c'était une parodie de l'Ecole 
dei l^ieillards de Casimir Delavigne. 

A la demande des actionnaires du Vau- 
deville, le mmistre de l'Intérieur, Cor- 
bière, rappela en 1825 Désaugiers à la 
direction de ce théâtre, après un an de 
procès et de querelles et accorda à Cy- 
prien Bérard le privilège d'un nouveau 
théâtre avec la faculté de le bâtir là où il 
voudrait. 

Un capitaliste du nom de Langlois 
fournit les fonds et l'architecte de Guer- 
chy éleva; au coin de la place de la 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 avril 1916. 



501 



Vicomte de Borslli (LXXIII, 188) 
— Dans ma prime jeunesse, je me sou- 
viens d'avoir vu et admiré dans les salons 
de Bordeaux le vicomte de Borelli. Puis- 
je ajouter que pour ressembler davantage 
à Napoléon 111, dont il avait les traits, il 
dansait comme lui ? Puis-je dire qu'ayant 
quitté l'armée assez jeune, il crut devoir 
y rentrer pour y reprendre une situation 
toute d'honneur et que c'est à cette occa- 
sion qu'il ne put y revenir que comme 
officier dans la Légion Etrangère, où il se 
couvrit de gloire au Tonkin ? 

Emmanuel-Raymond de Borelli. fils 
d'un général, naquitau château du Taillan, 
dans la Gironde, en 1837. En 1856 il en- 
trait à Saint-Cyr II fit la campagne 
d' Italie (blessure) ; la guerre de 70 le trouva 
capitaine. Il démissionna en 74. L'année 
suivante il fut nommé lieutenant-colonel 
du i8«' régiment de cavalerie territoriale. 
Rayé des contrôles de l'armée en 80, il 
obtint en 1883 d'être capitaine au i^' 
Etranger et montra une bravoure extra- 
ordmaire aux combats de Yoc et de 
Tuyen-Quan. Il était officier de la Légion 
d'honneur. Il est mort en 1906 laissant 
plusieurs enfants de Mlle d'Angone épou- 
sée en 1872. Parmi ses poésies citons : 
Sursum Corda et Rana^ couronnés par 
l'Académie ; Souvenirs à la Légion Etran- 
gère. 

La CoussiÈRE. 

* 

Le Progfèi militaire, du 16 avril 1887 
a reproduit, en partie : 

Légion^étrangère... pièce de vers consa- 



Bourse et de la rue des Filles Saint-Tho- \ 
mas, un théâtre qui prit le nom de Théâ- 
tre des Nouveautés et devint plus tard le 
Vaudeville que fit disparaître en 1869 le 
percement de la rue actuelle du Quatre 
Septembre Bérard en prit possession le 
I*' mars 1827. Il y fit représenter le 5 
mai suivant M. Jovial ou V Huissier Chan- 
sonnier^ par Théaulon et Chocquart ; 
mais, malgré le grand succès qu'eut cette 
pièce, il ne fut pas plus heureux dans 
cette nouvelle entreprise qu'il dut céder 
au bout d'un an à son bailleur de fonds 
Langlois, associé à un sieur Crosnier. Bé- 
rard se retira avec une pension annuelle 
qu'il devait toucher jusqu'en 1840, terme 
fixé pour l'expiration de son privilège. 
Un bibliophile comtois. 



— — - 302 

hommes qui 



sont morts > 



par 



crée « à ses 

un des plus brillants officiers de notre i"^ 
régiment étranger, le capitaine de Borelli 
nommé officier de la Légion d'honneur, pour 
sa belle conduite au Tonkin... strophes 
[d'un] souffle vigoureux et pénétrant... que 
publie La Nouvelle Revue du 15 avril. 

j'ai lu aussi Le Jongleur, poésie par le 
vicomte de Borelli, en 1891, dans \t Jour- 
nal des Sténographes, du 6 décembre. 

Sglpn . 



Cattelain, graveur (LXXIU, 188). — 
Je ne connais pas les dates de la nais- 
sance et de la mort de Cattelain, mais je 
me rappelle qu'au mois de juin 1870 il 
était à Nantes et tenait ses assises en un 
café de la rue Molière ou mes amis et 
moi, et sans doute bien d'autres Nantais, 
venaient le trouver pour avoir moyennant 
le prix fixe de 5 fr. leur caricature aux 
crayons de couleur (et toujours de profil, 
avec les attributs de nos professions ou 
de nos sports favoris, avocats, canotiers, 
chasseurs, pêcheurs, etc.). 

Parti à l'armée de la Loire en novem- 
bre de la même année je l'ai perdu de 
vue, mais j'ai appris à mon retour qu'il 
avait, pour gagner sa vie, fondé à Nantes 
un journal satirique qui n'eut qu'une 
existence éphémère. C'est sans doute à la 
suite de cet insuccès qu'il partit à Paris, 
s'enrôla dans les rangs de la Commune. 

Ces détails ne se trouvant pas dans 
« les Mémoires du chef de la Sûreté de la 
Commune » publiés en 1884 dans le Chat 
Noir et que je viens de lire, je me per- 
mets de les offrir à V Intermédiaire. Ils 
sont ^inon très intéressants du moins très 
véridiques. )'ai possédé longtemps ma 
caricature par Cattelain, en chasseur de 
papillons, un filet à la main. La ressem- 
blance était assez bonne, le dessin, élé- 
gant, révélait une main exercée. 

Dehermann Roy. 

Un éditeur de musique parisien : 
De Roullèdfa de la Ghevardière 

(LXXI). — Auguste-Louis Lachevardi'ere, 
qui fut un des agents les plus actifs 
de la t<évolution, fit partie de la section 
de la Halle aux Blés, puis de l'Admi- 
nistration départementale de la Seine, 
spéculateur, Consul de France à Ham- 
bourg, puis disgracié en 1808, était fils 
d'un éditeur de musique parisien. 



L'INTERMEDIAIRE 



N» 1437. Vol. LXXIII. 

303 

Alexandre de Lachevardifre^'wnpx'xmGur 

à Paris, mort en 183c, fut l'un des pre- j 

miers introducteurs en France des presses ' 

mécaniques, ce fut lui qui fonda \e Globe, 1 

puis l'Encyclopédie pittoresque devenue le , 
Magasin pittoresque. Ces deux homm'^s 

n'auraient-ils pas appartenu à la famille j 

de l'éditeur de musique faisant l'objet de i 

la question ? \ 

H. M. D. 



304 



Duchesne (François) historiogra- 
phe de Franct) (LXXlll, 143). — Réta- 
blir ainsi le terme de cette rubrique, 

La sœur du Marquis de FavraS; 

(LXXlll, 188). — La Famille de Fa- 
vras avait émigré après le meurtre de son 
chef ; elle s'était établie en Bohême. f 

La fille du marquis, Caroline de Favras, | 
s'y est mariée avec un cadet de la Mai- | 
son comtale Stillfried, titulaire d'un fief | 
donné par Podicbrad, Roi de Bohème le 3 
mai 1472. 

Parmi mes papiers de famille je pos- 
feède un rr souvenir mortuaire » de la fille 
de Favras. Elle y est qualifiée de Baronne 
de Stillfried, des Marquis de Favras, née 
à Paris, le 26 février 1787, morte à Te- 
plitz en Bohème, le 13 février 1865. 

Fbomm, de VUnivers. 



du nom de son immortel fusilier marin. 

Car voici une autre version plus géné- 
ralement admise. Que signifie propre- 
ment un gotiin en langage mathurin ? 
C'est un camarade, un compagnon. 
Littré dit que c'est un compagnon mate- 
lot. 

Et le mot lui-même a toujours signifié, 
compagnon. Dans la langue franque on 
disait u)ni, qui entre dans la composition 
de bien des noms comme Baldwin (Bau- 
doin) Liutwin (Léodbin) \yoir Fœrsiniann]. 
Notre vieux français cuens (comte, coni- 
pagnonj en est une autre forme. 

L'origine est germano Scandinave. On 
trouve en anglo-saxon cwen, en gothi- 
que czvin, en Scandinave cwinn qui si- 
gnifient toujours compagnon. Inutile 
d'ajouter que le féminin existe aussi dans 
le sens de compagne, épouse et de reine, 
par exemple en angl. queen, mais tandis 
que le mot féminin a eu des sorts assez 
divers, à telle enseigne qu'il est devenu 
I gouine, le gouin, sans aspirer au trône, 
■ s'est maintenu dans une ombre discrète, 
d'où l'ont pu faire seulement sortir ses 
qualités natives et les dangers du pays. 

Je n'ajouterai qu'un mot : La modestie 
de Jean le Gouin est d'autant plus appré- 
ciable qu'il pourrait se targuer d'une an- 
cienneté plus grande encore, s'il ne s'igno- 



— rait lui même. En effet le Grec Koivô? si- 

M. Félissent (LXXIII, 142), - De ce 1 gnifie non seulement commun, mais aussi 
personnage je lc saurais rien dire, sinon î compagnon. 

qu'en 1798 il se trouvait en Italie comme L. Abet. 

fournisseur de l'armée française. C'îst, en — 

effet, à Milan qu'il épousa non pas miss, 
mais mistress Billington, veuve depuis ] 
quatre an^ environ. Née et élevé à Lon- l 
dres, la Billington, dont le talent était 
remarquable, n'était pourtant pas an- 
glaise d'origine. Sa famile était alle- 
mande, et elle s'appelait Elisabeth Weich- 
sei. Elle avait épousé en Angleterre le 

contrebassiste Billington, qui avait été i 257;. — un m aans la Deiie co//^c/îou c7^5 
son professeur de vocalisation, et à qui i classiques français de Lefèvre, Œuvre de 
elle en fit voir de dures, car elle fut aussi j Boileau, Paris. 1824, t. II, p. 186 (en 
renommée pour sa... non, pour son in 



Justin Lang'.ois (LXXIII, 94). — 
1" Justin Langlois s'appel&it Alexandre 
Flan ; 2° j'ignore si ses articles ont été 
réunis en volume. 

Un bibliophile comtois. 

Quel é^r.ii ce Sidrac? (LXXlll, 144, 
2^7). — On lit dans la belle Collection des 



conduite que pojr son incontestable va- 
leur de cantatrice, et il faut bien croire 
que le nommé Félissent ne recherchait 
pas les primeurs. A, P. 

Jean le Gouin (LXXIII, 44, 213).— M. 
Ch, Le Goffic a raison de présenter sous 
forme dubitative l'explication qu'il donne 



note) : 

Sidrac est le vrai nom d'un vieux chape- 
lain-clerc de la Sainte-L.hapeile, c'est, à- 
dire un chantre musicien, dont la voix était 
une taille fort belle : son personnage n'est 
point feint, 

(Lettre de l'abbé Boileau à Brossette, 
12 février 1703). 

Baron de Nant&uil. 



DKS CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 avril 1916, 



305 



306 



E Quinet. Porfrdts (LXXII, 189). 

— Il y a au cabinet des Estampes de la 
Bibliothèque Nationale 7 portraits d'Ed- 
gar Quinet (6 lithographies et i petite 
gravure sur bois le représentant en toge). 
4 de ces lithographies le donnent sous les 
traits d'un jeune homme de 25 à 30 ans 

Les dates d'entrée à la Bibliothèque 
Nationale de ces portraits sont de 1843- 

4'>-47- 

Dehermann Roy. 

Les « Mémoires » de Viennet 

(T G. 935 ; LXXIÎI, 46, i!8, 2i6). — 
Je ne comprends pas très bien comment 
Chateaubriand, mort une vingtaine d'an- 
née avant Viennet, aurait pu mentionner 
les mémoires inédits de ce dernier. 

Quoi qu'il en soit, la question des mé- 
moires est trop intéressante pour n'avoir 
pas déjà figuré à V Intermédiaire (voir vol. 
IX). Elle est, du reste, demeurée sans ré- 
ponse satisfaisante, mais je crois bien que 
des héritiers de Viennet existent encore à 
Paris. PiETRO, 

L'Ordre du Crancelin (LXXIII, 144). 

— Nauticus désire avoir des renseigne- 
ments sur l'ordre de Crancelin (la cou- 
ronne de la Maison de Saxe). Cet ordre a 
été fondé le 20 juillet 1807 par Frédéric- 
Auguste de Saxe, proclamé roi de Saxe 
par Napoléon I^''. 

Fromm, de l'Univers. 

Le lion de Venise (LXXIII, 42, 170, 
259). — Il faut que son livre soit ouvert 
ou fermé, selon le caprice du sculpteur. 
Cela n'a aucune signification. Ainsi, pen- 
dant les guerres contre les Turcs, et à 
Lépanto même, les galères vénitiennes 
arboraient les étendards de San Marco, le 
livre du lion ouvert! Bingo. 

P. -S. — Le lion délia Carta cité par 
Nauticus est une reproduction compara- 
tivement moderne. 

Plats de livres avac arm^ s goua- 
chées (LXXIII, 190). — fe possède un 
assez joli petit volume relié entièrement 
en basane havane avec les gardes inté- 
rieures en soie de même nuance ; les plats 
sont décorés au petit fer et les reliefs des 
motifs de décoration peints de nuances 
variées sur fond or : le tout est d'un as- 
pect fort agréable. 



\ Au centre des deux plats extérieurs, est 
? découpé un rectangle d'environ cinq cen- 
j timères sur sept, contenant une petite 
' gravure en couleur, sous verre, différente 
\ sur chacun des plats et représentant des 
vues d'un port quelconque avec de nom- 
breux bateaux. Chacune des gravures est 
entourée d'un cadre en acier sertissant 
verre et gravure et le tout est inséré dans 
la reliure. 

Dans ce volume doré sur tranche, in- 
titulé ; Les sœurs de charité, sans nom 
I d'auteur, se trouvent plusieurs gravures. 
f Edité à Paris, sans date, chez Louis Janet, 
I libraire rue Saint-Jaques, 59, il est très 
;. certainement des environs de 1830. 
I Ces renseignements intéresseront peut 
j être l'auteur de la question qui verra que 
\ ce genre de reliure s'est fait aussi au 
\ XIX® siècle. 
I L. L. 

ï . , * * 

I En réponse à la question posée par 

j Francopolitanus dans V Intermédiaire du 
I 10 mars, je l'informe que je possède un 
I aimanach du x\iii« siècle, relié en une 
} charmante soie bleu passée, dont le cen- 
\ tre est découpé, et sur lequel, peintes à la 
! gouache sous verre, figurent les armes de 
\ la duchesse de Gramonî.née Choiseul. Ce 
I petit volume, chsirmant d'apparence, n'a 
pas de signature, mais possède à la fin 
quelques comptes de jeu, vraisemblable- 
ment de la main de l'illustre propriétaire. 
Ce serait une sorte de fort délicat petit 
agenda. E. L. I. 



Fer de reliure à déterminer : 

Le Jay ;LX1I). — Au verso du titre 
d'un ouvrage intitulé Bdicts, arrêts et rè- 
glemens... par Filleau, in-fol, 1631, figu- 
rent les armes de N. Le Jay, président à 
mortier, gravées par J. Picart. 

Est-ce là l'ex libris, indiqué par M. Ni- 
siar Intermédiaire, 1910, t. II, col. 530, 
et peut-on le tenir sûrement pour ex- 
librls.? H. A. 

Rébus, caricatures tles inscrip- 
tions sortant de la bouche) (LXXIII, 
191), — Banderole est le terme consacré. 

R. D. 

* 

J'ai toujours entendu dire que ces ins- 
criptions s'appelaient des Voix. 

Hector Mogier. 



L'INTERMEDIAIRE 



K» 1437. Vol. LXXIII 

. 307 

Ouverture originale du *< Parbier 
de Séville (LXXII; -- J'ai dit ce 
que je savais de plus précis sur l'ouver- 
ture du Barbier de S/ville, et je n'y sau- 
rais malheureusement rien ajouter. Aze- 
vedo était très sûrement informé quand il 
écrivit sa biographie de Rossini, car il 
était renseigné par le vieux maître lui- 
même, avec lequel il était en relations 
constantes. On peut donc s'en fier à ce 
qu'il dit à ce sujet. Mais il serait impos- 
sible d'ailleurs de contrôler son dire, pour 
cettj raison qu'à l'époque dont il parle 
on ne publiait pas, en Italie, les partitions 
d'opéras. Pour le faire, il nous faudrait 
donc avoir en mains les manuscrits ori- 
ginaux d' Aurelio in Fulmina et de Deme- 
trio e Polibio et Ton voit d'ici l'impossibi- 
lité. C est ce qui fait que je ne saurais ré- 
pondre à l'invitation très courtoise et très 
engageante de M. Emile Deshays. 

A. P. 

Livres, autograph s, portraits, 
document conceri aat les femmes 

,LXX1; LXXIl; LXXlll, 262). - 11 a été 
publié un livre sur les femmes-soldats, 
par M Ernest Laut, rédacteur au Petii 
Journal 

Dans le catalogue 12, de février 1901, 
des libraires .marchands d'estampes Geof- 
froy frères, je relève au n" 660 : 

Interestiiig Anecdotes of the heroïc con- 
duct of Women, during the French Révo- 
lution 

London, 1802 ; un volume in-8 avec 
frontispice. 

On trouve des gravures représentant 
les deux sœurs Fernig, la chevalière Bal- 
tazard, capitaine de carabiniers en 1697, 
Philis de la Tour du Pin La Charce 
(1692). 

A rappeler les femmes aéronautes. 

Enfin le catalogue cité de Van Sto- 
ckum date de 1913. Simon. 

Orthographe de noms russes 
(LXXll, 337; LXXIII, 118). -Dans sa 
réponse, A. W. écrit : « Remarquons, en 
passant, que Tzar, comme Kaiser eri alle- 
mand, dérive du latin Cœsar ». A ce 
propos, Voltaire {Histoire de Charles XII) 
s'exprime ainsi : 

Parmi les prisonnier» faits à la journée de 
Warva on en vit un qui était un grand exem- 
ple des révolution» de la foitune : il était 



308 



fils aînc' et héritier du roi de Géorgie ; on 
le nommait le czarafis Artfchelou ; ce titre 
de czarafis signifie prince, ou fils du czar, 
chez tous les Tartares comme en Moscovie ; 
car le mot de c:{ar ou t^^ar voulait dire le 
roi chez les anciens >eyohe3 dont tous ces 
peuples sont descendus, et ne vient point 
des Césars de Kome, si longtemps inconnus 
à ces barbares. 

Qyi a raison, dans la circonstance • 
A. W. ou Voltaire ? 

Nauticus. 

Les vers d" Alfred de Musset à 
la sœur Marceline (de Bon Secours j. 

aXXllI, 191J. — Dans le n'^ 3:58 de la 
Ki Revue encyclopédique de Larousse (14 
juillet 1900, page 545) se trouvent ces 
vers. Le signataire de l'article est Octave 
Uzanne. 

Cette pièce aurait paru d'abord dans 
les Souvenirs de Mme Amélie Ernst, qui 
d'après Octave Uzanne, connut Alfred de 
Musset dans les dernières années de sa 
vie. J'ignore les indications bibliographi- 
ques des Souvenirs de Mme A. Ernst et 
.serai reconnaissant qu'on voulut bien me 
les fournir. ' Primogué. 

* •* 

Ces vers ont été reproduits par Paul de 
Musset dans sa Biographie d' A Ifred de Mus- 
set (i)et par Léon Séché, dans son Alfred 
de Musset (2). Mme Martellet en avait 
donné des variantes, reproduites en note, 
par Séché, dans le volume de Souvenirs 
qu'elle a publié sous le titre de : Dix 
ans che? Alfred de Musset. 

P. D. 

i . Edition Lemerre, Paris, 1877 ; in-i 2, 
p. 242-243. 

2. Paris, Mercure de France, tome I*' 

1907 ; in-12, p. 35i-3'>2. 

• * 

Ces vers se trouvent imprimés dans 
l'étude de M. Léon Séché sur Alfied de 
Musset (Société du Mercure de France, 
1907-in 12, tome 1", p 35 0- 

Les souvenirs de Mme Martellet inti- 
tulés Dix ans che:( Alfred de Musset (Cha- 
muel, 1899, in-12, pp. 139 et 140) con- 
tiennent des variantes aux deux dernières 
strophes. 

Un BIBLIOPHILB COMTOIS. 

Ces vers se trouvent p. 139, 140 dans 
« Dix ans chez Alfred de Musset » par 



DBS CHERCHEURS BT CURIEUX 



10 avril 1916. 



Mme Martellet 
G. Montorgueil, 
gr. in 18. 



• 309 

née A. Colin, 



310 



préface de 
Paris, Chamuel, 1899, 
J. Brivois. 



L'Allemagne et Michèle t (LXXII ; 
LXXIU, 12). — L'édition Rouff (illustrée) 
de l'Histoire Je la Révolution présente le 
texte de Michelet tel que fa cité l'inter- 
médiairiste Pen, c'est-à-dire : « Elle (la 
France) est ravie de voir une Italie, une 
Allemagne, et les salue de cœur. Un point 
considérable, c'est que des deux côtés, 
les vaillants dédaignent la guerre, sa- 
chant que ce n'est plus une aflfaire de 
vaillance, mais de pure mécanique entre 
Delvigne el Chassepot. » Pas plus que 
l'édition Hetzel, l'édition Rouff ne contient 
la phrase sensationnelle transcrite par 
l'auteur de Souviens-toi, qui évidemment 
a eu une autre édition sous les yeux. Il 
serait intéressant d'étudier les variations 
de la Préface de 1868. 

Taubin. 

Est-ce b maisonArnoux? fLXXlll, 
187), — M. Gabriel Ursin Langé, le très 
sincère critique d'art du Paris Journal^ a 
bien voulu, dans l'Intermédiaire^ faire 
part aux chercheurs et curieux de la dé- 
couverte d'une maison qui, selon lui, au- 
rait pu abriter la belle ÎVadame Arnoux, 
rue de Paradis. 

N'ous avons vu l'immeuble et nous 
comprenons qu il ait éveillé l'attention de 
l'artiste érudit qu'est M. Langé : il a été 
bâti, sans nul doute, sous le Premier Em- 
pire, et son avancement laisse supposer 
l'alignement des maisons de l'ancienne 
rue de Paradis-Poissonnière où Flaubert a 
placé la demeure d'Arnoux ; deux étages 
dont le premier, seul, est percé de trois 
fenêtres en arc de plein cintre, puis, au 
rez de-chaussée, deux petits magasins sé- 
parés par une étroite porte d'entrée. 

Certainement Arnoux, faïencier, et sa 
femme, auraient pu vivre là, voire y hos- 
pitali£er Frédéric ! mais il nous faut dé- 
chanter, et la maison Arnoux n'est pas 
cette maison. 

En etïet, l'immeuble dont nous venons 
de parler est situé au n''3i, alors que 
Flaubert (Education sentimenfah, p. 1155, 
éd. Conard) fait répondre par Regim- 

bart, à Frédéric qui l'interroge : « rue 

de Paradis-Poissonnière » — « .... n° 

37 ». 



Nous avons regardé cette autre maison, 
bâtie sous la Restauration. Plus large que 
la précédente, elle est aussi plus haute : 
trois étages et un attique qui donne à l'en- 
semble un air vieillot ; le rez-de-chaussée 
est occupé par un seul magasin dont la 
disposition aurait parfaitement pu con- 
venir au commerce d'Arnoux, puis 
une porte cochère. Notons enfin, à titre 
de rapprochement purement fantaisiste, 
qu'un M. Moreau (mais pas Frédéric) y 
fait actuellement même commerce de 
faïences ! La tenons-nous, cette fois, la 
maison Arnoux ? 

De Ni. Langé, des flaubertistes, du 
stendhaliensi documenté qu'est M.Paupe, 
nous de meurerions l'obligé si, passant rue 
de Paradis, ils voulaient bien s'arrêter 
quelques instants devant le n" 37 et, par 
le bienveillant Intermédiaire, nous com- 
muniquer leurs impressions. 

Paul Dubois, 



Chanson du Déserteur (LXX ; 
LXXllI, 130, 220) — - je remercie les con- 
frères Baguenier Desormaux, Dehermann, 
V. A. T., et l'ami Pierre Dufay d'avoir 
répondu a une question déjà presque an- 
cienne. Me pardonneront-ils, si j'avoue que 
leurs réponses me satisfont très incom- 
plètement ? Je n'ignorais pas la chanson : 
« |e me suis t'engage », que Thérèsa a 
rendue deux fois populaire. Mais je n'y 
voyais pas s'encadrer le couplet cité par 
Gérard de Nerval, et je ne ly vois pas 
s'encadrer davantage. Dans la chanson 
que me rappellent ces messieurs, chaque 
couplet se compose de cinq vers et débute 
par un douze pieds : 

je me suis t'engage pour l'amour d'une belle, 
dont l'équivalent ne se retrouve pas dans 
les Filles du feu : 

On lui a demandé : — « Où est votre con- 
gé ? Le congé que j'ai pris. — il est sous mes 
souliers. 

Et puis, que devient là dedans cet au- 
tre couplet dont Gérard de Nerval donne 
le début : 

La belle s'en va troaver son capitaine, — 
Son colonel et aussi son lergent ? 

Enfin, je réclame le refrain annoncé 
par Gérard de Nerval : « Le refrain est 
une mauvaise phrase latine, sur un ton ds 
plain chant, qui prédit suflîsamment le 
sort du malheureux soldat >. Pierre Du- 



N» 1437. Vol. LXXIII. 

3u 

fay, Baguenier-Desormeaux, baillez-moi 
du lalin, baillez-moi du plain chant ! 

Rup. 
N.-B 11 s'est glissé une erreur dans 
la cote l'e la lerniére Réponse. Lire : 
LXXllI, 130 (et non 139). 

• » 

Le vrai titre de la Chanson du Déserteur 
doit être : Le Soldai par Chagrin. — Le 
meilleur texte paru, en effet, sous cette ru- 
brique, des 1895. 

Jérôme Bujeaud. Chants et Chans. pop. 
desprov. de l'Ouest, t. 11 p. 213!. — C'est 
Jérôme Bujeaud qui a imiiqué le premier 
que cette jolie légende avait été signalée 
par H. Murger, — Moi même, j'en s\ 
parlé dans l'un de mes ouvrages. [Marcel 
Baudouin. Le cœur Vendéen. — 1903, 
in- 16°, p. 49]. 

Dans Jérôme Bujeaud il y a neuf cou- 
plets, et non sept, comme on l'a dit. — 
Certes, V. A. T. n'en cite que sept ; mais 
voici le texte des deux non encore publiés 
ici et qui sont précisément les plus intéres- 
sants. 

N° II (celui cité par G. de Nerval, sous 
une autre forme d'ailleurs) ; 

Je me suis engagé (bis) 

Dans rrégiment de France (bis) 
Là ouc'que j'ai logé, 
Ori m'y a conseillé, 
De prendre mon congé, 
Par dessous mes souliers, 

N" Vlll (Après le couplet du « Mou- 
choir bleu ^) : 

Que l'on mette mon opur (bis) 
Dans une serviette blanche (bis) 
Q.u'on le porte à ma mi' 
Qui demeure au pays, 
En disant : C'est le cœur, 
De votre serviteur.... 

C'est ce fameux couplet, qui m'a fait 
songer aux célèbres « Enterrements des 
cœurs > et aux « Cœurs enfermés dans 
des coffrets en plomb », que j'ai étu- 
diés en 1 903 dans l'ouvrage cité plus haut. 

N'' IX (Dernier couplet ; texte de Bu- 
jeaud) : 

Soldats de mon pays (bis) 
N'ie dit's pas à ma mère (bis) 
Mais dites-lui plutôt. 
Que je suis-t-à Bordeaux, 
Prisoni.iif des Anglais, 
Qu'a ne me r'verra jamais 

(Version de V Angoumois) 
On trouvera, dans Bujeaud {Loc. cit. 



L'INTERMÉDIAIRE 



312 



p. 213), la musique de cette belle chan- 
son, qui commence ainsi, comme il con- 
vient : 

Je me suis engagé, 

F^our l'amour dune blonde. 

En réalité, le texte de Bujeaud diffère 
totalement de celui publié {Int. Ch. et 
Cur. p. 221). 

Je le préfère, et de beaucoup ! 

Marcel Baudouin. 

* 
■* » 

M . V.A.T. dit que cette chanson se ré- 
citait en 1859. !e puis assurer que j'ai été 
bercé avec elle, et j'étais déjà grand en 
1859. Cette chanson doit être une chan 
son de l'hmpire ou même plus vieille 
encore. On l'a chantée un peu partout en 
France et les variantes sont nombreuses. 

Voici comment j'ai entendu le 7* cou- 
plet et tel que je l'ai retenu : 

Soldats de mon pays, 
Va t-en dire à ma mère : 
Mon capitain*; est mort 
Et moi je vis encore, 
Hélasse dans trois jo;irs, 
Ça s'ra bientôt mon tour. 

Il existait dans nos anciennes armées 
quantités de chansons semblables otj l'on 
sentait l'absence de toute littérature, avec 
de nombreuses variantes, justement parce 
que chaque chanteur les arrangeait un 
peu à sa façon . 

E. Grave. 

Le baron Emile de l'Empesé. De- 
braux (LXXIII, 93, 216). — A la liste de 
divers Arts donnée par notre confrère 
M. Gustave Fusîier sous la rubrique pré- 
cédente, on pourrait joindre V Art de se 
bien nouriir avec peu de nourriture et de 
\ se bien désaltérer en hiivant peu., que j'ai 
■ vu en 1858 exposé dans la vitrine d'un 
'j libraire du quai lYialaquais, je crois, ou du 
quai des Grands Augustins. Serait-il aussi 
j de Marco Saint-Hilaire .? et de quand da- 
terait-il ? 

J'ai eu en ma possession l'Art de deve- 
nir député et même ministre, par un oisif 
qui n'est ni l'un ni Vautré. Je crois me 
rappeler que c'était assez ennuyeux. 

Je crois que cet ouvrage (un in-douze 
assez gros) datait du temps de Louis-Phi- 
lippe 
• En aurait-on la date exacte ? 

V. A. T. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



le avril 1:91e. 



314 



>— 3,3 „_^ 

* 

Tout bien considéré, je crois que c'est à 

Emile Marco de Saint-Hilaire qu'il con- | 

vient d'attribuer la paternité de l'Art de \ 

mettre sa cravate. Et cela pour les raisons f 

suivantes : f 

En premier lieu, l'autorité de Quérard, | 

bibliographe de premier ordre et le plus ! 

compétent en matière d'ouvrages anony- | 

mes, et aussi l'opinion de M. Georges s 

Vicaire, le bibliographe le mieux renseigné ] 

sur les auteurs du xix^ siècle. En second 1 

lieu, le fait que 1' Art de mettre sa cravate \ 

ressemble comme un frère aux autres \ 

«■ L'Art de... » énumérés par 'A. Gustave ! pjs donner 1 vol. in-i8. 



L'exemplaireavec vignette d'Henri Mon- 
nier, que je possède de ce petit « art de 
mettre sa cravate », porte, en laux-titre, la 
note suivante : 

Sous PRESSE 
Du même auteur 

h' art de payer ses dettes i vol. in- 18 de 
200 pages. 

Pour paraître incessamment : 

De l'Indifférence en matière de cravate 
I vol. in- 18. 

\Jart de ne jamais déjeuner cbe:( soi^ i 
vol. in-18. 

L'art de recevoir des étrennes et de tien 



Fustier et dont Marco Saint Hilaire est 
l'auteur universellement reconnu : même 
éditeur, même imprimeur, même format. 



En bas, ces mots. Imprimerie H. Bal- 
zac rue des Marais S. G. n» 17. 

j'avais toujours cru que ces petits traités 



même disposition de titres, même date ; S avaient été non seulement imprimés mais 
en ouire, même allusion au régiment du ;• aussi écrits par Balzac... tout comme son 



Royal Ciiîvate dans l'avant propos d 
l'opuscule qui nous occupe et dans celui de 
V Art Je payer ses dettes. Enfin la charge 
publiée en 1840 par Roubaud, dit Benja- 
min, dans son Panthéon Charivarique et où 
Marco Saint Hilaire est représenté en trou- 
badour, donnant une sérénade à son idole, 



petif Dictionnaire cowiqve des Enseignes 
de Paris. Hector Hogier. 

Tf-os fois z-un(LXXlII, 7, 130).— La 
question des liaisons dans le langage 
parlé n'est soumise à aucune règle pré- 
cise ; c'est une question de tact et de me- 



Napoléon, et portant comme devise à sa \ sure, qui ne dépend, en réalité, que des 



jarretière : VArt de mettre sa cravate. 

En présence de ces arguments, il sem- 
ble que la présomption tirée de la simili- 
tude de prénom serait plus justifiée pour 
Emile Marco Saint-Hilaire que pour Emile 
Debraux. 

Toutefois, il n'est pas interdit de sup- 
poser que Lefebvre Duruflé, qui avait des 
prétentions littéraires, a également colla- 
boré à V Art de mettre sa cravate. Il est 
permis de négliger le témoignage du 



lois naturelles de l'euphonie. Telle liai- 
I son est bonne, telle autre est mauvaise, 
I en raison de l'effet agréable ou fâcheux 
qu'elle produit sur l'oreille. En ma qua- 
I lité de musicien, je suis, pour ma part, 
I assez chatouilleux sous ce rapport ; c'est 
ainsi qu'on ne me fera jamais dire : nous 
étions -:( on :^e à table., parce que cela me 
paraît sauvage et barbare. D'autre part, 
! je me rappelle le sursaut fâcheux que 
j'éprouvai un soir, à la Comédie Fran- 

6 _„; — „„ „_<-~„j„.,4 



Courrier de l'Eure, mais l'affirmation de l çaise, en entendant Ch. Féraudy, dans 



Ch, Asselineau, érudit délicat et critique 
judicieux ; mérite en elle même d'être 
prise en considération. Lefebvre Duruflé, 



la Vie de Bohême, dire : /e vais la mettre 
dxns une voiture, sans faire une liaison 
assurément indispensable en l'occurence. 



ancien bureaucrate révoqué en 1815, l'un je sais bien que Rodolphe et Musette ne 



des fondateurs du Nain-Jaune et de la 
Mineive française, très bonapartiste d'opi- 
nion, s'est certainement rencontré avec 
Marco Saint Hilaire et de leur commu- 
nauté de sentiments politiques a dû naî- 
tre leur collaboration. 

En résumé, s'il est certain que Marco 
Saint-Hilaire est l'auteur de VArt de met- 
tre sa cravate, il est probable que Lefeb- 
vre Duruflé a eu sa part dans l'élabora- 
tion de cette fantaisie. 

Un Bibliophile CoMTOig. 



sont pas des puristes ; mais c'est égal, je 
fus vraiment choqué de cette façon de 
parler. En résumé, je le répète, cette 
question de liaisons est simplement une 
question de mesure, de tact et de conve- 
nance pour l'oreille, que rien ne saurait 
régler de façon absolue. 

Arthur Pougin. 

Mon'^ireign» et Mont P*='nit (Ven- 
dée). — (LXXlll, 188) - Je réponds de 
mon mieux — et cela avec grand plaisir 



N* 1437. Vol. LXXIII. 

■ 3Ï5 — 



L'IWIKKMEDIAIRK 



316 



— aux deux questions posées par mon 
aimable et savant confrère Deherrrann- 
Roy. 

1° Mont;>ireip;ne. — Cette paroisse est 
consacrée à Notre-Dame, c'est-à-dire à 
l'Assomption de la Vierge (15 août). La 
plus ancienne dénomination du prieuré est 
Mont « Yrennée »> (Grand Gauthier, xiv* 
siècle). Le manuscrit de Luçon donne : 
Mons Aranetis (Araneus étant sans doute 
la traduction d'Yiaigne, terme patois si- 
gnifiant Araignée. Mais, des 1648 (Fouillé 
d'Alliot) on a: Monsiraignes. Au xviir s 
le Fouillé latin donne Mons Airaneat 
Plu s tard on a Monsiretgtie. Mais toutes 
les chartes donnent : Moiitiguiaciis, qu 
semble une mauvaise traduction latine 
Cette commune ne correspond pas d'ail 
leurs à un monticule. L'altitude est 
pourtant notable. 

2° Si-Paul Mont Penit. — Le manus- 
crit de Luçon (1 533) donne A/o«5 Penittus 
mais il faut savoir que dans cette paroisse 
il y avait alors une confrérie de Sainte Ca- 
therine, sainte dont tout le folklore est 
relatif à la Génération. On a écrit Monpe 
nit en 1648. 

Cette commune, d'une altitude peu 
élevée, ne présente aucun monticule. On 
y a découvert des ruines de constructions 
gallo-romaines {Poitou et Vendée, Art 
Commequies, t. 1, p. 2). 

Conclusion : L'érudition de notre col- 
lègue, loin de l'induire en erreur, l'a 
parfaitement mené au port (i). Je suis 
heureux d'avoir pu le prouver. 

D"" Marcel Baudouin. 

Chéruïsque (LXXIII, 193). — La 
question n'a-t-elle pas déjà été posée dans 
V Intermédiaire ? En tous cas, elle a été 
posée ailleurs car, dans des notes person- 
nelles vieilles d'au moins 15 ans, je re- 
trouve cette trop Lconique et insutfisam 
ment explicative citation : 

Chérusques, vieille nation germanique 
(Brunsv/ick), 

Un point. C'est tout. 

Mais je me rappelle fort bien qu'il 
s'agissait d'un détail de toilette féminine, 
sorte d'écharpe ou de mantelet qu'un des 
personnages féminins de « Madame Sans 



(1) Reste à expliquer VÂraignée ., et le 
reste... et sainte Catherine, en l'espèce I 



Gêne » — je crois — avait arboré et dont 
on avait parlé sous le nom de « chérus- 

que ». Hector Hogier. 

* 

La « chérusque » consistait sous le pre- 
mier Empire en une pièce de tulle ou de 
dentelle se dressant sur chaque épaule au 
moyen de fils darchal ; elle n'ornait que 
les robes de gala. 

Henri Bouchot, dans son ouvrage inti- 
tulé'?: La toilette à la cour de Napoléon > 
Librairie illustrée (1895J, in 8°, écrit à 
propos de cet ornement : «■ L'habit de 
cour, « le grand habit >> des femmes dé- 
ri\ era du costume de Joséphine à Notre- 
l'ame : manteau à queue, robe décolletée, 
chérusque aux épaules, jupe de dessous. 
La chérusque est la graine d'épinards des 
mondaines ; cette blonde légère, soutenue 
en l'air par des laitons savants, sera 
d'obligation et d'uniforme. > 

Les fournitures de chérusques figurent 
fréquemment sur les factures du couturier 
Leroy mentionnées dans le même ou- 
vrage. Elles étaient tantôt en tulle, tan- 
tôt en crêpe, mais le plus souvent en 
blonde : « Leroy — ajoute Henri Bou- 
chot - la note toujours en son ortho- 
graphe faubourienne : Chérusse ; il eût 
écrit : Montpernasse > 

On peut voir la chérusque sur les épau- 
les de Joséphine dans le tableau du Sacre 
par David et aussi dans le portrait d'elle 
fait par Gérard et reproduit dans « Le 
Luxe français — L'Empire», du même 
Henri Bouchot. 

J'ignore l'origine de ce mot qui évoque 
le souvenir d'une ancienne tribu barbare 
d'entre Weser et Elbe. 

Un bibliophile comtois. 

Etymologie de Verdun (LXXIII, 
233). —Il y 16 Verdun en France, d'après 
le Dictionnaire des Postes, sans compter 
les noms où Verdun entre en composi- 
tion. Au sujet du Verdun historique et 
glorieux entre tous, le regretté Longnon 
invoquait le dounos gaulois, htinisé dunus, 
du7ium. Quel est le sens de dounos ? Le 
pseudo-Plutarque traduisait Lugdunos 
(Lyon) par « mont des corbeaux ». Dunos, 
dmium aurait donc eu le sens de mont. 
Le De Nominibns Gallicts qui suit la Noti- 
tia gallarium traduit par??JO«s desideratus. 
Toujours le sens de mont pour dunum. 
Enfin dans les Miracles de Saint-Germain 



OES CHERCHEURS El CURiEiiX 



10 &vrii 1916. 



317 



318 



d'Auxerre on traduit Lugdunum par mon- | 
tagne lumineuse. En gallois> comique, 
bas-breton, dtin et tun ont le sens de 
hauteur, élévation. Mais, ajoutait Lon- 
gnon, le sens de dmmm a pu évoluer 
comme l'a fait celui de rocca (roche) : il a 
pu devenir celui de forteresse ouoppidum, 
les lieux fortifiés étant le plus souvent 
placés sur les hauteurs. Ainsi dans Cesaro- 
dunum (ancien nom de Tours), dumim si- 
gnifie forteresse, car le site est en plaine. 
En somme dun de dunum, venant de dou- 
nos, signifie élévation ou forteresse. 

Quant au premier élément du nom Ve- 
rodunum ou Virodunum, devenu Verdun, 
Longtion ne se prononçait pas. G. Dottin, 
dans son Manuel de l'antiquité Celtique 
rattache ijjV à l'irlandais ^r et au gallois 
gwt , au sens d'homme, mais sans appli- 
quer cette opinion à l'interprétation du 
nom en question. 

Fabre d'Envieu attribue à ver ou vir le 
sens de grand ou fort, de sorte que Ver- 
dun signifierait grand ou puissant oppi- 
dum. Aux celtisants de décider, en ce qui 
concerne le sens de vir ou l'er, et de nous 
dire ce qu'il signifie, dans le nom de 
l'héroïque forteresse gauloise qui barre la 
route à l'héréditaire ennemi germanique. 

Mais il faut rappeler que pour d'Arbois 
de Jubainville {Les noms gaulois che^ Cé- 
sar) le thème est bien Jit-dounos, où fit 
signifierait vrai, très, d'où un sens très 
voisin de celui que donne Fabre d'Envieu : 
la « très fortifiée », la « vraiment forti- 
fiée ». 

Henry de Varigny. 

Arriguets (T. G. 62 ; LXXIU, 48, 
325). — Pourquoi n'a-t-on pas toujours 
sous les yeux la Table Générale de V Inter- 
médiaire qui existe pour les 34 premiers 
volumes. 

La question '^es « Arriguets » a été 
posée presque dans les mêmes termes et 
à propos du même ouvrage, dans le vol. 
XV, col. 387, et suivie de quelques ré- 
ponses. 

PlETRO. 

Réceptionner ; solutionner, etc ; 
(LXXll, LXXllI; 127. 179). — Dans un 
leader article tout récent de M, Clemen- 
ceau dont on a fort parlé puisqu'il a mo- 
tivé, le Dimanche 5 mars dernier, la saisie 
de l'Homme Enchaîné — et dont j'ai pu 



entrevoir le texte j'ai trouvé, à propos 
de Verdun — la phrase suivante : 

\< Ce point qui culmine toute la situa- 
tion. .. » etc. 

Ce « culminer », verbe actif, m'a quel- 
que peu surpris. Il a dû surprendre éga- 
lement la Censure ; mais ce n'est peut- 
être pas pour cela que l'article a été 
« échoppé» et le journal saisi. Qui sait? 

A. D'E. 

* 

L'expression existe sous la forme de 

réceptionnaire^ terme usifé spécialement 

dans l'Intendance Militaire. 

Petracorensis . 

♦ 
* * 

Je partage absolument l'opinion de M. 
P. : «Ne réceptionnons pas le verbe ri- 
ceptionner ». Noire confrère Kiss N. F. 
Rega affirme que l'expression équiva- 
lente à ce verbe n'existe pas dans notre 
kngue. Est-ce bien sûr ? J'ouvre le dic- 
tionnaire de Littré au mot recevoir, et je 

lis : 

Se dit en parlant des ouvrages de char- 
pente, de menuiserie, de maçonnerie, etc., 
dana le sens de reconnaître, après examen et 
mesurage ou pesage, l'espèce, la qualité et la 
quantité de ces ouvrages. 

Ceci ressemble fort, il me paraît, aux 
exagérations qui ont fait créer, sans néces- 
sité, à mon humble avis, le verbe cocasse 
dont il s'agit, puisque Gaston Hellevé 
pose sa question sous la forme suivante : 
« Ce verbe peut-il être admis dans la 
langue française dans le sens : action de 
recevoir (formalités et épreuves auxquelles 
est soumis un ouvrage avant d'être con- 
sidéré comme terminé et propre à l'em- 
ploi auquel on le destine)? S'il est cou- 
ramment employé, avec ce sens, dans le 
langage de l'armée, il en est tout autre- 
ment dans celui de la marine, où il est 
remplacé par le verbe recevoir : La 
phrase : « La Commission chargée de 
recevoir — c'eslà dire : opérer la recette 
— les vivres de campagne, les rechanges, 
le charbon, etc., » y est d'usage courant. 
Il semble donc que recevoir, dans le sens 
d'accepter une fourniture, soit suffisant, 
et que pas n'était besoin d'inventer réc^^- 
tionner. 

Si notre excellent confrère Kiss N. F. 
Rega n'était pas content que je sois d'un 
avis contraire au sien, je le prie de vouloir 
bien « réceptionner » — non : « accep- 



N» 14^7. Vd. LXXIII. 

319 

ter » ou € recevoir» — mes plus sincères 
excuses. 

« Solutionner >*, pour « résoudre >\ cité 
par M P., donne lieu de ma part aux 
mêmes observations. 

Nauticus. 



L'INTERMEDIAIRE 



320 



* 
* * 

Snel! 



dans V Humanité 



des Cheycheurs et 
e comtois » pose la 



De M. Victor 
(4 avril iqi6) : 

Dans V Intermédiaire 
Curieux un « bibliophi 
question suivante : 

« Si le mot réceptionner n'est pas fran- 
« çais, le mot ruie l'est-it davantage? Les 
< journaux l'emploient couramment, etc .. v 

Ainsi posée, la question paraît assuiément 
un peu puérile, mais elle m'enchante par 
sa netteté qui permet une réponse de portée 
générale et non pas seulement applicable au 
as particulier. En un mot, elle embrasse 
ous les élénirnts du problème— si vraiment 
c'en est un — des mots nouveaux dont il 
sied de faciliter ou de combattre l'introduc- 
tion dans la lanuue. 

Or VOICI ce nous que dirons au « biblio- 
phile comtois » : 

11 eft vrai que ni réceptionner ni ruée ne 
se trouvent au dictionnaiie : mais le premier 
de ces mots constitue un fâcheux barbarisme 
alors que le second est parfaitement français 
et désirable. 

Peut être mal définie quant à elle-même 
mais catégorique dans la plupart de ses arrêts, 
il existe une esthétique de la langue — et il 
n'est pas douteux qu'elle exclut réceptionner 
en acceptant ruée. 

A cette raison presque d'instinct s'ajou- 
tent des raisons de raison. 

« Réceptionner » est la formation arbi- 
traire d'un verbe par un substantif qui est 
lui-même, si on peut dire, une « fin de sé- 
rie » ; « réception » dérive de recevoir. Il 
est un aboutissant, une conclusion. En faire 
un recommencement esi inutile et illogique. 
D'autant plus que si on admet réceptionner 
t7 /<7z^/ admettre, par voie de conséquence, 
réceptionnement : et cette considération 
suffit... 

« Ruée » est au contraire une formation 
parfaitement régulière du verbe ruer, 
dont le sens premier n'est pas le sens 
neutre de < lancer des ruades », mais le 
sens actif de «jeter avec force ». M ilière 
fait dire quelque part à Sganarelle : « Je de- 
vrais lui ruer quelque pierre » : c'est la 
transposition en français, sans changement 
de (orme ni de sens du verbe latin ruere. 

Forme dérivée régulièrement et gramma- 
ticalement de rur, répondant à un sens 
précis et nécessaire, indispensable même, 
de consonnance parfaite, ruée apparaît donc 



comme un mot supeibement français. Les 
meilleurs auteurs corilemporains l'ont em- 
ployé et il figurera dans les dictionnaires de 
demain. 11 a ainsi tous les niérites que pré- 
cisément n'a pas « réceptionner >. 

Et c'est sans exagérer qu'on pourrait se 
proposer la règle suivante pour l'admission 
ou le rejet de tout teime nouveau : le bannir 
quand il a les défauts de réceptionner et le 
recevoir quand il a les qualités de ruée. 

VicToa Snhll. 

Cagibi (LXXIl ; LXXIII, 30, 83, 124, 
174). — Ce mot est usité dans le lan- 
gage populaire d'une certaine partie de 
la Picardie. )'ai toujours entendu pro- 
noncer casihi, c'e.st-à-dire petit réduit 
où l'on casse ou range divers objets ; 
on dit quelquefois dans le même sens 
castu, corruption probable de case-tout. 

Je n'ai rencontré le mot cagibi dans 
aucun des glossaires patois que je pos- 
sède, si ce n'est dans les dictionnaires 
sur le patois normand, peut-être esl-il 
d'origine normande. L'abbé Corblet n'en 
fait pas mention dans son Glossaire sur le 
patois picard (iH^i) : ce qui donnerait à 
croire que ce vocable, étranger sans doute 
à la Picardie, y est d'importation récente. 

Gelidus. 

Avoir du cran (LXXIII, 79, 174). — 
Dans l'argot militaire cette expression a 
donné le verbe « crauser > (ou crancer ?) 
qui signifie punir. Il est intéressant de le 
rapprocher du synonyme « boucler > 
ces deux mots semblant 
l'image du ceinturon que 
que Ton serre d'un cran. 



empruntés à 
l'on boucle ou 



L'Origine 

(LXX ; LXXI 



du mot 

LXXII). 



O' PORNY. 

« botîhe » 

Dans la reviie 



mensuelle Westermanns Monaishefte, r\° 
de février 1916, p. 852, le boche profes- 
seur D'' K. Bergmann, de Darmstadt, 
constate avec mélancolie, dans un article 
intitulé : La langue des soldats dans la 
guerre moderne des mondes, que les hordes 
hunnesques n'ont pas encore pu « inven- 
ter un digne pendant allemand » à l'im- 
mortel vocable français, par lequel seront 
désormais désignés les Teutons. Mais, 
bien que négligeant d'examiner le problè 
me de l'origine, le Hcrr Ptofessor nous 
apprend cependant que tout ce que l'in- 
géniosité des Huns a pu trouver — à côté 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 avril 19 16. 



321 



322 



du vieux sobriquet de Fn^ti^mann — ça 
été, pour désigner les Français : 

i" répithéte Tuhlœmong. Cela repré- 
sente « l'ordre français souvent entendu 
par nos soldats à proximité des tran- 
chées : « Tout le monde en avant ! » ; 

2° IVulje et Parlewuh, tirés « des tour- 
nures,« veuillez»et «parlez-vous », égale- 
ment entendues si fréquemment par nos 
troupes chez l'habitant» ; 

3» Die Fraeck, vocable fait sur « le 
manteau du fantassin français, à pare- 
ments semblables à ceux d'un frac ». 

Et c'est tout ! Boche restera, c'est cer- 
tain. Mais ces stupidités s'en iront, dans 
la débâcle proche... 

C. PlTOLLET. 

Drachenfels (LXXllI, 194). —Je ne 
connais pas autrement que de nom la 
Bible d' Amiens dont parle M d'A d'E., 
je suppose toutefois que « Sous le Dra- 
chenfels » veut dire « sous le Rocher du 
Dragon » de « Drachen » en allemand 
Dragon et « Fels » rocher, falaise, ro- 
che. 

Quant à la corrélation qu'il peut y 
avoir avec les « Drachen » ballons d'ob- 
servations allemands il n'y en a point 
avec le mot « Drachen » signifiant « Dra- 
gon » mais certainement avec le mot 
« Drachen » ou plus exactement « Pa- 
pierner Drachen -•> qui signifie « Cerf- 
Volant ». « Einen Drachen Steigen las- 
sen )) : faire partir un cerf volant. 

Les « Drachen » allemands ou « Bal- 
lons Drachen ». Ballons cerf-volant qui 
correspondent d'ailleurs exactement à ce 
que nous appelons dans notre argot du 
front les « saucisses » s'appellent ainsi 
du fait qu'ils sont construits de façon à 
ce que supportés par le vent et se tenant 
toujours dans le sens d'où vient celui ci^ 
ils ne tournent pas, restent immobiles et 
planent comme un cerf volant. 

C'est pour éviter les fâcheux résultats 
que pourraient avoir pour l'observateur 
les mouvements de giration incessants 
des ballons captifs sphériques que cette 
forme spéciale a été adoptée. 

Un Trépané. 

* 

11 existe en Allemagne de nombreux 
sommets portant les noms de « Drachen- 
berg > ou « Drachenfels », qui signifient 
Moni des Dragons ou Rocher des Dra- 



gons. Des légendes populaires expliquent 
ces dénominations. 

Le titre Sous le Drachenfels peut donc se 
traduire, il me semble, par : au pied du 
Rocher des Dragons. C'est ce que le con- 
texte permet seul d'établir d'une façon 
certaine. 

L. Abet. 



* 
* » 



Je ne connais pour ma part sous ce 
nom que la plus haute des sept collines 
qui se trouvent en face de Bonn sur la 
rive droite du Rhin. Sur ce sommet on 
visite encore les ruines d'un vieux châ- 
teau et sans doute, d'après quelque lé- 
gende, un dragon devait vivre en ces 
lieux qui ont conservé une antique et gran 
diose beauté. 

E. R.-F. 



* * 



Entre Coblentz et Bonn, l'on rencontre 
sur la rive droite du Rhin, le groupe peu 
élevé des Sept Montagnes (Siebengebirge), 
centre d'excursions pour les touristes. 

Dominant le fleuve, et ayant à ses 
pieds le bourg de Rhôndorf et la petite 
ville de Kônigswinter^ se dresse une de 
ces pseudo-montagnes , dont l'altitude 
arrive à 325 mètres. C'est le Drachenfels. 
Un chemin de fer à crémaillère, conduit 
de Konigswinter au sommet, où se trouve 
l'inévitable « restauration » et son dra- 
peau noir, blanc, et rouge. Une pyra- 
mide commémore, la campagne de 181 3- 
15 contre la France. Non loin, un vieux 
château en ruine depuis le xvii* siècle. 

Le nom de la montagne « rocher du 
Dragon » vient d'un dragon que Sieg- 
fried aurait tué à cet endroit. 

(Voir la Tétralogie). De cet endroit, la 
vue est fort belle. 

B. P. 

« Le Drachenfels ». Le chapitre de la 
Bihle d' Amiens. Sous le Drachenfels ne se 
rapporterait-il pas à la célèbre abbaye cis- 
tercienne de Heisterbach, une des « qua- 
tre mille filles » de Citeaux ^ 

Cette abbaye construite de 1202 à 
1233, et dont reste quelques vestiges, est 
à deux kilomètres au nord du Drachen- 
fels, une des montagnes volcaniques du 
groupe des Sept Montagnes, non loin de 
Bonn et sur la rive droite du Rhin 

Au « Drachenfels » se rattache une 
pieuse légende chétienne d'après laquelle 



N* 1437. Vol, LXXIII. 

325 

le dragon aurait péri à la vue de la croix 
que lui tendit sainte Marguerite, au mo- 
ment où les païens la livraient au sup- 
plice. 

Fromm, de V Univers. 
* 
» * 

Le « Drachenfels (rocher du Dragon) 
est un des pics d'une chaîne de sept 
montagnes nommée le « Siebengebirge » 
et s'étendant sur la rive droite du Rhin 
entre Bonn et Coblentz. Le Drachenfels, 
qui a une altitude de 300 mètres envi- 
ron, domine la ville de Koniarswinter 
et porte à son sommet les ruines d'un 
vieux château du xii* siècle appelé au- 
trefois « Drachenburg *>. 

Lé nom de cette montagne « rocher du 
Dragon > vientd'un dragon qui y aurait été 
tué par Siegfried, le héros des Nibelun- 
gen. 

Dans son ChiltJe Harold (chant IIl, 
LV, 1) Byron célèbre aussi les beautés du 
« Drachenfels ». 

Le mot « Drache » (dragon) s'applique 
également en allemand au jouet que nous 
appelons cerf-volant. Enfin on nomme 
aussi « Drache », en art militaire, une 
sorte de ballon captif servant à surveiller 
les lignes ennemies. 

Un BIBBIOPHILE COMTOIS. 

« 

L'sxplication demandée se trouve dans 
le chapitre même qui porte ce titre, aux 
dernières pages. On y voit clairement — 
je ne dispose pas de cartes assez détaillées 
pour y vérifier le fait — que le Drachen- 
fels (roc du Dragon) est une éminence 
voisine de Tolbiac, ou Zulpich, où la 
légende place la victoire du roi Franc 
Clovis sur les envahisseurs Alamans. 
Cette victoire a donc été remportée « sous 
le Drachenfels », et Ruskin, qui consacre 
surtout ce chapitre à l'importance, pour 
la civilisation, du rôle des Francs et de 
Clovis, et qui aime bien donner à ses 
chapitres, et à ses livres des titres au 
premier abord frappants et énigmatiques, 



L'INTERMEDIAIRE 



324 



blance, et visant toujours au terrible, ont 
qualifié les leurs de dragons. 

Ibère. 

A la six quatre deux (LUI). — 
D'après le Petit Parisien, i9ib-fcvrier 17, 
p. 4, col. 3-4, le 246» d'mfanterie a créé 
un journal : < A la 6-4-2 ». 

Sglpn . 

Pauvre comma le chat c'u Juge 

(LXXUl, 242). — il est vraisemblable 
que dans ce proverbe « lou gat » ne doit 
pas être traduit par « le chat », mais bien 
par « la bourse » . 

Je n'ai pas le bonheur d'être gascon, 
je citerai donc ma référence pages 356 et 
3Ç7 des Etudes sur les proverbes français, 
par Quitard et résumerai ici pour les lec- 
teurs qui n'ont pas ce volume les obser- 
vations de l'auteur qui cite d'abord Vol- 
taire, puis le glossaire de Ducange et qui 
continue : 

On peut conjecturer aiiSM, dit le savant 
Théodore Lorin, que le mot chat a ici la 
même acceptation que l'espagnol gato, qui 
désigne une bourse faite de la peau du chat, 
témoin le sobriquet «^a («/..fa/n (serre bourse) 
donné à un avare ; témoin encore cet exem- 
ple pris de Cervantes : Un grandissime gato 
de reaies - une très grande bourse de 
réaux. « Emporter le chat » serait donc syno- 
nyme de Emporter le magot, emporter la 
grenouille, et répondrait, selon l'exigence des 
Ctts, à toutes les significations qui lui sont 
assignées ~ L'expiession existait déjà en 
langue romane. 

Au total, le proverbe voudrait dire : 
— Qlii est pauvre comme la bourse du 
juge — ce qui, au reste, est tout à l'hon- 
neur de la magistrature. 

NOZIROD, 

A quand remorte l'invention du 
bridge? (LXXllI, 242). — Q.uand on 
nous importa d'Amérique il y a une ving- 
taine d'années, le jeu de bridge, qui resta 
longtemps confiné dans les salons de la 



rattachées par quelque association d'idées | haute finance, les importateurs nous 



parfois à un menu détail du contenu, a 
fait de ces mots son titre. Entre Drachen- 
fels et le nom des Drachen ballons captifs 
allemands, il n'y a de commun que ce 
mot de Drachen. Nous avons appelé chez 
nous ces ballons, à cause de leur forme, 
des saucisses, comparaison piîloresque ; 
les Allemands frappésd'une autre ressem- 



i apprirent qu'il s'agissait d'un jeu d'ori- 

' gine grecque. 

A ce jeu plein d'ingéniosité, le brid- 
geur émérile a quelque chance de s'en 
tirer, même avec de mauvaises cartes, si 
ses adversaires sont moins experts que 

i lui. Skouloudis et Gounaris le savent 

i sans doute... D"^ VogTi 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 avril igté. 



3^5 



C'mment faire disparaître les 
taches d'encre? (LXXlll^ 194, 271). — 

Avec un premier pinceau, humecter la 
tache avec du vinaigre e.t avec un second 
la mouiller avec de l'eau de chlore (Eau 
de lavel, une partie pour quatre d'eau 
ordinaire) puis sécher avec du buvard. 

P. B. 



* 



Dans son Essai sur Vart de restaurer les 
estampes et les livres, 2« édition, Paris, 
Aubry, 1858, Bonnardot a donné, aux 
pages 73 et suivantes, des indications 
précises et bien détaillées pour faire dis- 
paraître les taches d'encre. 

Geo Filh. 

Les cheveux blancs do Marie- 
Antoinette (LXXlll, 104, 152,247). — 
Un des artistes les plus justement célè- 
bres de la Comédie Française, Brizard, 
offre un exemple demeuré fameux de dé- 
coloration soudaine des cheveux à la suite 
d'une grande émotion. Tragédien admira- 
ble, qui quitta l'atelier de peinture de 
Carie Vanloo pour se consacrer au théà 
tre, Brizard, dont la carrière à la Comédie- 
Française s'écoula de 1757 à 1786, faillit 
périr un jour que^ dans le Midi, il faisait 
une excursion sur le Rhône. La petite 
barque sur laquelle il se trouvait, empor- 
tée par un courant violent en arrivant à 
Pont-Saint-Esprit, chavira tout à coup, et 
Brizard, tombé à l'eau, n'eut que le temps 
de saisir un anneau de ler fixé à l'une 
des piles du pont, restant ainsi suspendu, 
sans aide ni appui, jusqu'à ce qu'on piit 
venir a son secours et le tirer de cette si- 
tuation périlleuse. Sa frayeur, en cette 
circonstance dramatique, avait été telle 
que, instantanément, ses cheveux devin- 
re;it complètement blancs ; et c'est ce qui 
le décida à abandonner l'emploi des pre- 
miers rôles, qu'il tenait jusqu'alors, pour 
prendre celui des pères, où ses longs che- 
veux blancs, tombant sur ces épaules et 
encadrant son beau visage, ajoutaient 
encore à l'illusion que procurait aux spec- 
tateurs son incomparable talent, d'un pa- 
thétique plein de puissance et parfois dé- 
chirant. 

Arthur Pougin. 

• Leson du canon (LXXII ; LXX111,37, 

275). - Sous ce tare, le Patiiote d'Orléans 
du Dimanche 12 mars 1916, reproduit Tin- 



326 



téressante chronique suivante de M. H. 
de Varigny parue dans le Journal des Dé- 
bats de la veille : 

La canonnade de Verdun a été entendue 
à Remiremont (160 kilomètres environ), et 



dans l'Eifel aussi, les 22-23 



février, sous 



forme de tambourinemeni, surtout des point» 
élevés (500-600 mètres), même fenêtres closes, 
et avec brise du Nord. Mais cela a une cer- 
taine étendue, l'Eifel, et le point n'est pas 
spécifié. Mettons qu'il est à 150 ou 200 kilo- 
mètres. De l'Eifel aussi on a entendu en sep- 
tembre la canonnade de Champagne. 

D'après la Gaieiie de Lausanne (22 février 
1916), un ingénieur, M. Dubuis, sur les 
pentes du Bosswald, et en particulier, à Bé- 
rival, a entendu nettement le roulement de la 
canonnade d'Alsace. Distance 160 kilomè- 
tres. L'altitude n'est pas indiquée. 

Une de nos lectrices, Mme B..., me si- 
gnale, avec beaucoup de détails intéressants, 
l'audition du canon de Champagne (Suip- 
pe>?) à Chariez, près de Vesoul : distance 
210 kilomètres environ .Le bruit venait d'une 
toute autre direction que celui du canon 
d'Alsace, très souvent entendu. Vent faible 
du N.-N.-O. Altitude, 240 mètres. Audition 
spécialement nette en deux points particu- 
liers, tout à fait différents de ceux où l'on 
entendait le canon des Vosges. Date, 4-ia 
octobre 1915. 

Il convient de faire état d observations re- 
cueillies par l'abbé Th. Moreux, directeur de 
l'observatoire de Bourges^qui (Peitt Journal, 
9 sept. 1915) cite des cas d'audition du ca- 
non près de Dijon (à 160 kilomètres de 
Thann, Saint-Dié, Saint-Mihiel^ et même à 
Auxerre (190 kil.) D'autre part, le canon de 
Las-igny, Roye et Arras, aurait été entendu 
en Seine-lnferieure et Calvados, à 200 kilo- 
mètres. 

Ue l'existence de la zone de silence, on ne 
peut dauter non plus. M. van Everdingen en 
indique plusieurs cas qui coiicoideiit en ceci 
que la zone de silence paraît se trouver en- 
tre les distances 100 et 150 kilomètres. C'est- 
à-dire que le son — dans la direction où il 
se propage — s'entend jusqu à loo kilomè- 
tres, puis disparaît, pour reparaître à 160 ki- 
lomètres, s'entendre au delà, jusqu'à 200,350, 
300 kilomèties même (explosion de Wiener- 



Neusiadt, 1912). 



Hector Hogier. 






Voici qui complétera ce quenous avons 
écrit dans notre résumé de l'article de M. 
de Varigny. 

La Neue Zuercher Zeitung publie, dans 
son n° 447 (21 mars 191b) une corres- 
pondance de Bàle ainsi conçue ; 

« La recherche scientifique du bruit du 



N» »4|7. Vol LXXIII. 

327 

canon {Correspondant Y, de Bâle). — H y^ 
a peu de tecnps qu'une organisation a été 
fondée, réunissant tous les observatoires de 
Suisse.de l'Empire allemand et de la Hollande 
pour une observation rigoureuse du bruit du 
canon. Car, jusqu'à présent, le phénomène 
delà zone de silence n'a point été explore 
scientifique iient, du tait que ni les stations 
sismologiques,ni les observatoires ne s'étaient 
occupés spécialement de ce bruit du carion. 
A Strasbourg aussi, comme dans toute 1 Al- 
sace, on s'occupe présentement avec ardeur 
de cette question, afin de résoudre le pro- 
blème, qui est d'un intérêt scientifique uni- 
versel. En effet, ces jours derniers, on a en- 
tendu à Strasboursî — spécialement dans le 
quartier neuf — le canon de Verdun, bien 
queces deux villes soient, à vol d'oiseau, a 
185 kilomètres de distance. Mais on a perçu 
aussi le sourd roulement à Mannheim, a 
Carlsruhe, à Stuitgart, à Francfort-sur-le 
Mein, et mêtne à Marbourg. » 

Nous ne disons pas que l'idée en est ve- 
nue de France, mais enfin V Intermédiaire 
(qui est lu partout) n'est peut être pas 
sans avoir sa petite part à la chose... 

C. PlTOLLET. 

Le Mahlzeit des Boches (LXXIII, 
146). — On peut en rapprocher, il me 
semble, l'expression Buen provecho (bon 
profit), une formule de souhait employée 
couramment en Espagne, dans les mêmes 
conditions que le Mahlzeit ; 



L'INTERMÉDIAIRE 



328 



TvIa-Del. 



* * 



En Espagne, le mahlzeit des Boches a 
son correspondant dans l'expression « buen 
provecho », qui signifie également *< bonne 
digestion »> ou « bon profit », « grand 
bien vous fasse », et s'emploie à lissue 
d'un repas ou dans certaines circonstances 
particulières aux mœurs espagnoles. 
Voyagez en Espagne, et vous remarquerez 
qu'en wagon, sur un bateau, dans une 
salle d'attente, dans une diligence — il y 
a encore des diligences en Andalousie — 
si un voyageur tire d'un panier, d'une 
musette ou de sa poche une provision de 
bouche quelconque, il la désigne aussitôt 
à ses voisins en disant d'un ton fort enga- 
geant : « Usted gusta? > (Aimez vous 
ceci? en voulez-vous?) C'est là simple et 



obligatoire geste de politesse ; il est for- 
mellement entendu qu'on refuse toujours, 
on répond par un souriant € gracias » 
(merci), puis on ajoute — quand bien 
même on serait torturé par une faim 
grandissante — on ajoute « buen pro- 
vecho ! » Et l'aimable voyageur espagnol, 
l'aimable mangeur castillan peut alors se 
livrer en tout égoïsme à sa boulimie : il 
mange, ses voisins le regardent. 

Charles Fegdal. 



La politesse castillane en usage dans 
les nations de langue espagnole demande 
qu'en se levant d'une table à la fin d'un 
repas pris en commun avec d'autres per- 
sonnes, on leur dise : « Buen proveche > 
ou « Que aprovechen » ce qui équivaut à 
l'expression française « Grand bien vous 
fasse ». 

Vous trouverez la confirmation de ceci 
au mot proveche dans le tome IV du Dic- 
tionnaire des Langues Espagnole et Fran- 
çaise comparées de Fernândez Cuesta 
(Barcelone, éd. Montaner y Simon) et 
dans le tome II du Dictionary of the Spa- 
n.sh and Fnglish Languagues de Bensley 
(Paris, éd. Garnier Frères), comme d'ail- 
leurs on devra le trouver dans les publi- 
cations similaires. 

Georges M. G. E. de Frézal. 



Le « torpédo » de Fulton LXXIII, 
185). — Le 15 octobre 1805, Fulton fit 
sauter dans la rade Je Walmer — et non 
« Walmar », — située à environ trois ki- 
lomètres au Sud de Deal, prèsde l'entrée 
Est du Pas-de-Calais, dans le comté de 
Kent, un navire marchand de 200 ton- 
neaux. 

Je ne crois pasfque l'engin du célèbre 
inventeur ait été jamais expérimenté à 
New-York. 

Nauticus. 



Le Directeur-gérant : 
GEORGES 240NTORGUEIL 

Imp,Ci.BHC-DANiEi.,St-Amand-Mont-Rond 



LXXIII* Volume^^ Paraissant la to, ao et 30 de chaque mois 



20-30 Avril 1916. 



N» 1438 

81 "*,i*. Victor-Masse 
PARIS (!-V> 



Ohtrches at 
voua trouxierei 



Sureaux: deSàôheures 




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ii s ôntr' aider 



N» 1438 

3'3<"-,r.vector-!M«i?8é 
PARIS <ÎX«) 

Bureaux : deSà 6heire8 



eotattc 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



gnSSTJONS ET RRFONSKS LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIEKTIFIQUKS ET ARTISTIQUES. 



TROUVAILLES ET CURIOSITES 



329 



330 



L'INTERMEDIAIRE paraîtradu 
rant l'année 1916 dans les mêmes 
coaditions que pendant l'an' é 3 dtj 
guerre 1915. 

Noui pttcm «05 correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme , et de n'écrire que 
cfun côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés di pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauf exception^ 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit tonte question on réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou h 
titre d'une famille non éteinte. 



(ïEue0îioii0 



L'économia du soleil. L'heure lé- 
gale. — On va avancer, par décret^ 
l'heure légale, d'une heure. 

Franklin, dans une lettre, que \e Jour- 
nal de Paris publiait en avril 1784, de- 
mandait qu on réveillât les parisiens dès 
la levée du soleil sous le prétexte qu'ils 
perdaient du jour, et consommaient ainsi 
inutilement de la bougie. 



Cette question de l'économie du jour 
a-t-elle eu d'autres propagandistes ? 

A. B. X. 

On les aura. — L'énergique procla- 
mation du général Pétain a donné son 
sens glorieux à cette expression popu- 
laire. 

A quelle époque remonte-t-elle ? 

D' L. 

Chevrons et brisque^. — On vient 
de rétablir les chevrons et les hrisques : 
l'histoire de ces distinctions a-t-elle été 
faite? A quelle époque remontent-elles? 
Quand furent-elles supprimées. 

V, 

Le premier ouvrage sur l'avia- 
tion est- il espagnol? — On a eu l'idée 
I d'exhumer des Gwt^ÎJti d'Alphonse Karr un 
j passage où il est qusstion d'un inventeur, 
nommé Pierre Gire, qui médite de bom- 
barder les villes du haut des airs, tout 
comme le font aujourd'hui les Boches de 
Zeppelin. 

M.Pierre Gire, dit le célèbre pamphlétaire, 
trouvant que le ballon a terminé sa carrière 
pacifique, le destine à être une niachine de 
guerre. 11 est évident que si l'on arrivait sé- 
rieusement à diriger les ballons, il n'y aurait 
pas à plaisanter avec les aéronautes. En effet, 
le ballon, rnonfé par deux ou trois hommes, 
arrivé sur les lieux à une hauteur inaccessible 
aux boulets, l'aéronaute précipiterait, sui- 
vant son désir, des bombes et divers autres 
projectiles, et, en peu d'instants, une cité 
serait plongée dans le chaos éternel, sans 
qu'on eût pu opposer la moindre résistance. 

'\ LXXili-8, 



N» 1438. Vol. LXXIIl. 

331 



L'INTERMEDIAIRE 



332 



Karr,i]en écrivant ces lignes, était sous et « Gerbeviller ». Transposition singu 
l'impression du Mémoire de M. Giie, con- i lière : on enlève à celui-ci son accent aigi 



cernant Us billions comme machines de 
guerre avec le moyen de les diriger , que les 
autorités compétentes auraient rejeté 
comme grotesque. Et Karr de s'indigner : 

Ceci est grotesque, lîh bien ! si j'étais mi- 
nistre, je me serais rendu compte de l'inven- 
tion de M. Gire. I/histoire de la vapeur de- 
vrait apprendre à ne pas rire sans examen 
des découvertes qui paraissent absurdes. 

Nous trouvons^ cependant, dans la très 
érudite Revista de Archivas publiée à Ma- 
drid par le corps des archivistes et biblio- 
thécaires du Royaume, un article (n° de 
septembre-décembre 1915, p. 350-360), 
où M. Vicentc Castalïeda y Alcover (Es- 
curial) établit avec toute l'érudition bi- 
bliographique en usage dans ce docte or- 
gane, que dès 1676, le problème de 
l'aviation était posé — et partiellement 
résolu, du moins en théorie — par le 
P. Capucin Antonio de Fuente La Pena, 
p. 473-486 de l'un de ses ouvrages, inli- 
tulé : 

El Ente DiluciJddo (Madrid, Iniprenta 
Real, i677,vMi, 486 et x pp. in-4° ; 2' éd. 
même année.) 

Le P. A. de Fuente n'eût, d'ailleurs, 
pas clé un véritable inventeur, un\< génie » 
dans son genre, s'il n'eût aussitôt, par 
quelque grave professeur officiel, été 
iraiié de fou C'est ce que se chargea de 
faire, dès 1678, un certain D. Andrés Dà- 
vila Heredia, capitaine de cavalerie, ingé- 
nieur militaire et professeur de mathéma- 
tiques, dans un rarissime traité, imprimé 
à Valence, chez Villagrasa, et dont 
M. Castaneva reproduit la feuille de titre. 
Ceux qu'intéresserait ce délicat pro- 
blème de l'origine espagnole de l'idée de 
l'aviation voudront-ils, après lecture de 
l'article de la Revista de Archivas^ contri- 
buer, dans les colonnes de V Intermédiaire 
à sa mise au point plus complète ? Ce se 
rait une besogne utile et curieuse .. 

C. PlTOLl.ET. 

Nomeny, Gerbévillers. — Deux 
petites villes lorraines, s-.ccagées par 
l'armée allemande, figureront au premier 
rang dans le martyrologe de notre pro 
vince. Or la presse parisienne en écorche 
regretiablement les noms ; c'est Numeny 
et Gerbeviller. 

Presque toujours elle écrit : «Nomény;^ 



aigu 

pour le reporter sur celui-là. 

En Lorraine, chacun prononce : 
« Nom'ny » et « Gerbaivillé », bé ayant 
ici le même son que dans '< tombé ». 

Parfois, des confrères ajoutent une s 
fantaisiste à Gerbeviller. 

Autre erreur du même genre ; on met 
souvent un accent aigu à « Domremy » ; 
or, tout publicistc français devrait connaî- 
tre l'orthographe du nom de ce lieu oij 
naquit Jeanne d'Arc. 

Un-tâcheux usage parisien impose l'acr 
cent aigu au mot « Remy ». Les arronJ 
dissements d'Arles, Thiers, Vitry, possèj 
dent des localités nommées « SaintRe' 
my », personne n'y songe à accentuer lail 
syllabe re. 

Consultez divers ouvrages édités, al 
Reims, sur cette autre ville martyre jvousj 
y trouverez mention de la célèbre basili- 
que Saint-Remi. Aucune trace du parasi- 
taire accent aigu. 

Permettez-moi de vous signaler encore | 
un grief. Nombreux sont, en littérature, 
eux qui appellent « Nancéens » les ha- 
bitants de Nancy. 11 faut dire : < Nan- 
céiens > , avec un i. 

Ce mot vient de « Nanciacus », M. Pfis- 
ter, dans son savant livre « histoire de 
Nancy, » mentionne un triens — tiers 
de sou d'or — remontant a l'époque mé- 
rovingienne. Au droit; un buste diidèmé, 
avec cette inscription, très lisible : « Nan- 
ciaco. » Sur ce mot, selon les règles pho- 
nétiques, s'est greffée la forme Nanceium. 
Donc, « Nar.céiens » et non pas Nan- 
céens. 

Le Nouveau Larousse illustré graphie 
correctement : « Nomeny, Gerbeviller, 
Domremy,Remi,Remy etNancéien ». 

Louis DUCAMP. 



Comment prononcer Mort- 
homme ? — On me demande comment 
il faut prononcer le nom de la colline ap- 
pelée si justement Mort-homme'^ Selon 
l'usage, je dis le Moromme et non le A/or- 
tomme. En effet, vous entendez presque 
toujours : 

La moit a {la mora) des rigueurs à nulle autre 

pareilles, 

« Mort aux [morô) tyrans ! » 
i< La mort est {la morest) venue le sur-»j 
prendre ». 



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ht. 

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nies 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-^0 avril 1916 



333 

Il est vrai que l'on dit : La mort aux 
(la morto) rats, et non la morora . 

La mort aux rats, les souricières, 
N'e'taient que jeux auprès de lui. 

On dit aussi : « Il a souffert mort et 
(morte) passion » 

Mais ce sont des exceptions. Je connais 
même des personnes, parlant fort correc- 
tement, qui, dans le dernier cas, disent 
morépassion. 

Donc, prononçons leMoiomme, à moins 
que, dans le pays, tout le monde dise le 
Mortomme. Si je me trempe, je m'incli- 
nerai bien volontiers. 

Alfred Duq.uet. 



334 



Caderousse a demandé dans le 
Marseillais l'étymologie de ce nom. 



Petit 



Un mot de Bonaparte sur le 
troupier français. — D'après le Mé- 
moire du général de Pommereul sur la 
Campagne d'Italie de Bonaparte, celui-ci 
aurait dit, dans une de ses dépêches, que 
nos soldats, au cours de leurs marches 
forcées, «chantaient la patrie et l'amour >*. 
je n'ai pas en ce moment à ma disposition 
!a correspondance de Napoléon : et je dé- 
sirerais savoir si le mot que prête Pom- 
mereul à son contemporain est bien exact. 

Paul Edmond. 

Les Bailleul d'Ecosse, ancêtres 

des Corday ? — 11 y a peu d'années_, 
M. d'Alméras publiait : 

Charlotte Corday d'après des documents 
contemporains. A la page 2 de son livre, 
il dit que la famille de la mère de Char- 
lotte prétend descendre des Baliot d'Ecosse 
devenus les Bailleul de France. En note, 
il précise : 

Papiers de Va tel, cités pour la première 
fois par le docteur Cabanes ; Le Cabinet sa- 
cret de IHistoire, p. 179 où se trouve cette 
assertion : « Mme de Corday (née d« Gau- 
tier) mère de Charlotte, était une Mauvers. 
Sa mère était elle-même une Chezot, et les 
Chezot descendaient des Bailleul, descen- 
dants des rois d'Ecosse. 

Or, IVlme de Corday n'était pas une 
Mauvers , sa mère n'était pas une Chezot, 
et les Bailleul de France n'avaient rien de 
commun avec les Bailleul d'Ecosse. 

Il n'est pas inutile d'ajouter que la gé- 
néalogie de Charlotte, donnée ensuite par 



M. d' Aimeras, réédite l'erreur qui fait de 
l'héroïne l'arrière-petite-nièce de Pierre 
Corneille, tandis qu'elle est en réalité sa 
descendante directe. 

Ces erreurs sont assez singulières pour 
que les causes en soient précisées. D'où 
proviennent elles ? 

F. C. 

Dampierre. — Quelle est la dame 
qui a signé la lettre suivante adressée au 
connétable de Montmorency et qui se 
trouve aux archives de Chantilly : 

Halluin ce... octobre [1597]. 

Monseigneur, j'ai beaucoup de regret de ce 
que je ne peux, suivant le commandement 
quy vous avoit pieu me faire, vous aller 
trouver à Chantilly, pour après vous faire 
l'honneur de la maison à Noisy, où je crey 
que Mons'. et Mad^_ de Rei:^ aufont eu cest 
honneur de vous voir; mais le facheus sub- 
jet de la pronite mort de Mons'. d'Halluin 
nous en empescha et nous a donné à ceste 
maison beaucoup d'affliction, (suit une re- 
commandation sans intérêt). 

Vostre très humble. . . servante. 

Dampierre. 

Cette lettre est considérée comme de 
la maréchale duchesse de Retz, Claude 
Catherine de Clermont, fille du seigneur 
de Dampierre. Sa présence à Hallevin à 
cette date est naturelle, sa fille Claude 
Marguerite de Gondi, marquise de Maigne- 
lay venait de perdre son beau-père 
Charles duc d'Hallevin à l'automne de 
1597. De plus elle parle de Noisy, belle 
résidence du duc de Retz, en maîtresse 
de maison ; mais alors comment expli- 
quer la phrase que j'ai soulignée ? M. 
et Mme de Retz, c'est son mari : c'est elle- 
même, car à qui peut-elle donner ce nom 
de Retz? De leurs quatre fils : l'aîné 
Charles, marquis de Belle-lsle, est mort 
laissant une veuve Antoinette d'Orléans 
Longueville et un fils en bas âge, deux 
autres fils du duc et de la duchesse de 
Retz se succédèrent sur le siège de Paris, 
et le 4" fils Philippe-Emmanuel n'est pas 
encore marié 

Quelle est donc la signataire de cette 
lettre ? 

X. B. 

La Mission de Charles Didier. — 

Dans son volume de magnifique repor- 
tage : Choses vues Victor Hugo, à la 
date du 28 janvier 1849, écrit : 



L'INTERMÉDIAIRE 



N» 143S. Vol LXXllI, 

335 

M. Charles Didier qii paroournit l'Europe 
à quatre mille fia ics par mois avec une mis- 
sion de la République a été invité à Fros- 
dhorf, y est allé, y a dîné, y a couché et 
s'en est allé le lendemain matin, enivré, 
ébloui et disant : -< Monseigneur, nous re- 
viendrons vous chercher ». 

Qycl était ce Charles Didier ? Qu'est-i^ 
devenu ? 

Quelle était cette mission à travers 
TEurope confiée par la 2' République? 
Fut-elle la seule du genre ou faisait-elle 
partie d'un système ? Quels en furent les 
résultats .'' 



536 



J... 

De l'Eglise. — Plusieurs étrangers 
avaient accompagné le maréchal de Bois- 
Dauphin, ambassadeur, à son retour en 
France. Parmi ceux ci je rencontre : 
« Henri Kerker ou de l'Eglise, gentil- 
homme originaire de Wistbourg en Fran- 
conie », qui se maria à Sablé (Sarthe), et 
y fit baptiser plusieurs enfants et y mou 
rut, en 1640. Ce « gentilhomme » était- 
il apparenté à la célèbre famille « de 
l'Eglise », dont est le Souverain- Pontife 
actuel ? L. C. 

La thèse de licence de Gambetta. 

— L'Intermédiaire n'a-t-il pas publié il y 
a quatre ans environ un article sur la 
thèse de licencié en droit de Gambetta, 
dédiée à un officier français ami de la fa- 
milh, article contenant de curieux détails 
sur cet officier ? 

On n'en trouve pas mention dans les 
tables. 

0. S. 

Exploit, ignoré, du célèbre La 
Bussière. — L'Annuaite Jrattiatique 
d'Audiffret et Ragueneau (années 1806 et 
suiv.) contient de prodigieuses anecdotes. 
Je lis, par exemple, dans le tome I", que 
La Bussière, le fameux sauveur des comé- 
diens français, étant devenu secrétaire de 
Legendre après le 9 thermidor, donna la 
liberté à 84.000 personnes. 

D'abord, il me paraît douteux que, 
même pendant les plus mauvais jours de 
la Terreur, les prisons, en France, aient 
jamais compté autant de détenus : puis 
est-il vraisemblable qu'après Thermidor 
La Bussière ait continué son métier de 
sauveteur.? Enfin, Audiffret a-t-il jamais 



eu la moindre autorité comme chroni- 
queur théâtral ? 

d'E. 

Muiron. Sa deso ndanco. — Par un 

quatrième codicille a son testament, en 
date du 24 avril 1821, Napoléon I" avait 
légué une somme de cent mille francs à 
la << veuve, fils ou petit fils (sic) » de son 
aide de-camp Muiron, tué à ses côtés à 
Arcole en le couvrant de son corps. 

Muiron at-il laissé une descendance? 
Je me souviens qu'il y a une trentaine 
d'années habitait au n" 78 de la rue de 
Rennes une dame âgée qui se nommait 
Mme Muiron et était, je crois, la sœur de 
feu l'amiral de La Roncière. Celte dame, 
décédée sans laisser de postérité, appar- 
tenait-elle par son m»ri.ige à la famille 
du héros d'Arcole ? 

Un bibliophile comtois. 

Madame Thiebault, née Thayer. 

— Elle était la fille d'un américain et elle 
épousa Monsieur Thiebault, François, 
après l'année 181 3. Dans cette année son 
portrait, peint par le fameux Sir Thomas 
Lawrence, apparaitdansl'Académie Royale 
à Londres. De cette peinture sont sorties 
deux gravures, par W. R. Worthington 
1828 et par E. Wehrschmidt 1899. 

Quelle était s:i famille .? Date de sa 
mort ? Qui était son mari ? 

Horace B. 

Armoiries à identifier : chevron 
d'or. — D'azur an chevron d'or à j 
étoiles de... à 6 f-ais posées 2 et i . 

Couronne de Marquis surmontée d'un 
bâton ou masse, rappelant celui de grand 
chantre dans l'ancien rite Manceau. 

On croit que le propriétaire des armes 
avait un rôle dans l'administration de 
l'hôtel Dieu delà Ferté-Bernard (Sarthe). 

J. Chappéé. 

Armoiries à déterminer : che- 
vrons et lion — de... à deux chevrons 
abaissés de. . .accompagnés en chef d'un lion : 
passant de... au chef de.-, chargé de deux \ 

} chevrons de,.. 

I Cachet de cuivre bien gravé, mais 

I grossier quant au reste. Probablement 

I Forézien, Louis XIV. 

\ Soulgé-Reorges. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



«0-30 avril 1916. 



341 



34: 



éi^miMB 



Alphonse XII (LXXIII, 282V — 
Germanophile ou non germanophile, 
Alphonse XII avait épousé, en secondes 
noces, une princesse autrichienne, la 
reine Marie-Ctiristine et son premier 
ministre M. (Canovas del Castillo, passait 
pour suivre une politique tendant à faire 
entrer TEspagne dans la Triple Alliance. 

Pour atténuer le mauvais effet de son 
voyage en Autriche et en Allemagne, le 
roi d'tspagne avait, à l'automne en 1883, 
décidé de passer officiellement à Paris, à 
son retour. Malheureusement, il avait eu 
l'imprudence d'accepter, de l'empereur 
dAllemagne, le titre de colonel hono- 
raire d'un régiment de uhlans, et impru- 
dence plus grave, avait passé ce régiment 
en revue, à Strasbourg, où il tenait gar- 
nison. 

On pensa quel effet dut produire, à 
Paris, cette malencontreuse parade. La 
politique et les journaux s'en mêlèrent, 
chauffèrent l'opinion, montèrent les têtes, 
et le 29 septembre, lorsque le roi d'Es- 
pagne, accompagné du président Grévy, 
descendit, en landau, de la gare, il fut 
accueilli par des bordées de sifflets et par 
des cris de « A bas le roi uhlan ! » 

La manifestation se renouvela dans la 
soirée, avec moins de violence, lorsque le 
souverain se rendit a l'Elysée, pour y ren- 
dre visite au Président de la République. 

Cherchant à retenir à Paris le Roi qui 
voulait le quitter de suite, le Président 
dut se rendre le lendemain à l'ambassade 
d'Espagne, pour y présenter les excuses du 
gouvernement, qu'enregistra le Journal 
Officiel et. non sans peine, on décida 
Alphonse Xll â assister au dîner, offert, 
le soir, à l'Elysée, en son honneur. 

Le roi d'Espagne avait pu commettre 
une imprudence, mais lui était-ii loisible 
de refuser le commandement honoraire 
qui lui était offert r On ne peut en tirer 
de là des sentiments germanophiles et la 
malheureuse revue de Strasbourg, elle- 
même, était plutôt un traquenard, dans 
lequel, connaissant notre impressionna- 
bilité, le prince de Bismarck avait attiré 
l'hôte de l'Allemagne. 

Quant à Paris, la ville du tact, elle en 
avait manqué ce jour-là, et, par Taccueil 



chaleureux qu'elle n'a cessé de réserver 
à Alphonse XllI, elle semble toujours «voir 
eu à cœur de faire oublier à iin souverain, 
ami de la France, son erreur d'un mo- 
ment. 

Pierre Dufay. 

» * 
A ce sujet nous recevons la lettre sui- 
vante : 

Monsieur, 

Dans la revue Le Correspondant de Paris, 
(n» du 10 octobre 1915, article anonyme sur 
l'Espagne) le rédacteur fait du roi Alphonse 
XII, un germanophile sur la foi des « Mé- 
raoiies du Prince de Hohenlohe » et (page 
SI, ligne 30) ne craint pas d'écrire : Al' 
phonse XII eut la légèreté et la sottise de 
passer à Paris en revenant de Berlin ; il y 
fut reçu à coups de sifflets en septembre 
1883 ». Il y a là une erreur de fait qu'il 
est convenable et utile de ne pas laisser 
passer : l'auteur, qui serait un moine béné- 
dictin, ne peut pas la rectifier parce qu'il 
est mort. 

11 suffit, en effet, d'ouvrir les « Souvenirs 
de carrière » du Baron des Michels, ambassa- 
deur de la République Fiançaise à Madrid à 
cette époque (1 vol. Paris, éd. Pion Nourrit 
et Cie, 1901) et d'y lire les chapitres intitu- 
lés La politique allemande en Espagne, pour 
apercevoir que la bonne foi de la revue et 
celle de son rédacteur ont été surprises. Si 
Alphonse Xll ne passa pas par Paris, avant 
d'aller à Berlin, c'est (lit-on, page 204, 
ligne 6; parce que « malheureusement cette 
visite gênait les convenances personnelles; 
de M. Grévy, alors en villégiature ». Il y a 
dans le récit très détaillé et très-vivant du 
diplomate français, des passages d'un intérêt 
poignant et qu'il aurait fallu signaler au 
public avant les mémoires du diplomate 
allemand. L'Allemagne a piis soin de faire 
traduire tn espagnol et placer en des biblio- 
thèques stratégiques le texte de son défunt 
serviteur et cela semble avoir été fait non 
parce que le texte serait un miroir mais parce 
qu'il serait un outil ; la vérité vraie qui est 
dans le texte de feu le baron des Michels 
aurait sollicité davantage l'attention des 
chercheurs si son titre avait été « Souvenirs 
diplomatiques » ou « Souvenirs A'Egypte, 
de Rome et d'Espagne ». 

Le rédacteur anonyme du Correspondant 
semble aussi reprocher à la rené Isabelle 
d'avoir fait élever le futur Alphonse XII dan» 
un collège autrichien ; un tel procès de ten- 
dance serait injuste. Depuis la renonciation 
des Bourbons d'Hspagne au trône de France 
(de laquelle le marquis de Courcy, ancien 
diplomate, a écrit l'histoire (1 vol., Paris 



No 1438. Vol. LXXIII. 

343 

Pion Nourrit et Cie, 18S9) les Bourbons 
d'Espagne ne doivent plus être des princes 
français; et I:! reine Isabelle II, si amie de 
la France, avait le devoir de satisfaire dans 
son exil les partis espagnols qui voulaient 
préparer le lelour de son fils. Les c conser- 
vadorès » étaient les premiers à demander 
que le prince des Asturies fût élevé avec 
d'autres enfants dans un grand collège et 
non pas chez lui dans l'isolement de la fa- 
mille. On choisit ad hoc un collège français 
et non un collèj^fe autrichien : ( anovas del 
Castillo, le chef du parti « conservador » 
étant « aye c'est à dire gouverneur du 
prince, ce fut un sous-gouvei neur fran- 
çais, M. Dubusse, qui fut chargé de con- 
duire chaque matin le prince, d.mi-pension- 
naire, au collège Stanislas et de le ramener 
le soir chez la Reine au « palais de Castille ». 
— A la condition de ne pas le flatter, de ne 
pas le frapper et de l'appel&r « altesse » 
tout en lui parlant à la deuxième personne 
du pluriel, tous aa collège pouvaient être 



L'INTEUMfcLlAlRE 



344 



Paulin, qui « a le mérite d'une autorité 
originale », comme remarque Ed. Gibbon : 
Paulin déclare que saint Ambroise est né 
lorsque son père, qui s'appelait /^H.-èrojnrs, 
adniinhtrait la préfectii'e des Gaules [po- 
sito in adiiiinistiatione prcufechna: GaJlia- 
rnm...) (V. Appendix à l'édit. des Béné- 
diclms, Pariï, 1686, apud Gibbon. Hist. 
\ de la Déca letwc cl Chute de Ikmp. Koni., 
\ ch XXVII). Hn?uite nous avons les riches 
j An:tal:i ecclesiastici, du Cardinal Baro- 
I Nius, complétés par la Oitica hi^/orico- 

iChronclogica, du père Antoine Pagi, et 
les notes des Bénédictins : ces sources 
I nous permettent de fixer la naissarce du 
I Saint entre 333 et 340. Or, la Criiica 
\ histoiico-chronologica in universos Antialcs 
1 eccksiasiicos Baionii, par Pagi, noiis dé- 
I montre et l'histoire de Trêves nous con- 
i firme que la préfecture des Gaules siégeait 
j alors en celte ville et non à Arles ni à 



admis dans la familiarité du prince et à sa 

table au déjeuner. Malheureusement, à la fin \ Lyon. En effet, Lyon après la défaite d'Ai- 
de la première année scolaire -t la veille de P binus (197), n'était plus au premier rang, 
la distribution des prix, le futur roi d'Es- { comme Trêves ou Arles. A l'époque delà 
pagne, au regret général, dut quitter s.-.sca- • naissance de saint Ambroise, c'était Trè- 

ves, — 1 l'Arles du Nord », — qui avait 
atteint la plénitude de son développement, 
comme ^^ une seconde Rome », assez 
I puissante pour barrer la poussée de ces 
barbares qui y sont encore... Ce fut son 
apogée, aux approches de la décadence 
générale. Le puissant préfet dti prœtorium, 
espèce de Grand-Vizir, comme disait 



marades dont il conierva toute sa vie un 
souvenir étonnamment fidèle; on clait en 
1870 et la guerre venait d'être imprudem- 
ment déclarée à la Prusse. Paris n'étant 
plus possible, il fallut pour la rer:trée des 
classes au mois d'octobre chercher un autre 
collège réunissant les conditions voulues et 
periïiettant l'espoir que l'élève pourrait y 
achever ses études sans nouvelle interruption 
fâchouse. Le descendant de Louis XIV fut 
conduit alors sur le sol de la Maison d'Au- 
triche, mais non par germanophilie. 

Il conviendrait de ne pas écrire trop pré- 
cipitamment dans des revues très estimées, 
de n'accueillir les allégations des écrits po- 
litiques allemands que sous bénéfice d'in- 
ventaire et, tant en Amérique qu'en Europe, 
de ne pas prendre pour des journaux espa* 
gnols des journaux allemands écrits dans 
cette langue castillane qu'il serait opportun 
d'étudier davantage. 

Je saisis volontiers cette occasion, Mon- 
sieur, de vous prier d'agréer les assurances 
de ma considération distinguée. 

Desconocides. 

/. ieu de naissance de taint Am- ; 

broise (LXXIII, 93, 206). — L'excel- ) 

lente Histoire de saint Ambroise, par s 

fû, l'abbé Baunard (2« éd., 1872, pages | 

2-b) résolut le problème d'après les seules i 

données qu'une bonne érudition lui avait '; 



l'abbé DuBos, — de 314 à 390, a dû y 
séjourner avec les empereurs eux-mêmes, 
parce que, dans cette période, le Code 
Théodosien inscritquelque « cent quarante - 
huit ordonnances signées de leur main, 
dans cette résidence » de Trêves. (V. La- 
vissE, H. de F., I, 2, pages 377; Dubos, 
Histoire critique de l'établissement de la 
Mon. française dans les Gaules, 1742, 1, 
p. 63 ; Gibbon, D. et Ch. de l'E Romain, 
ch. XVII). 

II y a plus d'un siècle (181 1 ), un pro- 
fesseur et docteur en théologie, l'abbé 
CoTTERET, se rangeait à cet avis, en se 
fondant, vraisemblablement. sur lesmêmes 
documents. (Biographie Universelle de 
MlCHAUl), t. II). 

José Feliciano-de Oliveira. 



L'exhumation de 
e:; 1873 (LXIX, 815). 



Charlei-Quint 

Nous n'avons 



fournies. D'abord la Vie abrégée de saint j pas à réfuter ici un collègue qui se fait de 
Ambroise par son contemporain, le diacre ' l'histoire espagnole — sur la foi de ga- 



DES CHERCHEI/RS ET CURIEUX 



337 



338 



30-30 avril 1916. 



Ex-libris à déterminer : deux 
clefs d'argent. — Ecartelé. - i parti: 
d'argent à 10 tocs d'échiquier de sable 2. 
5. 2. ^ et de gueules. 2 de gueule i à 2 
clefs d'argent en sautoir accompagné d'une 
étoile d'or. 3 de sable à la fasce d'or., accom- 
pagné d'un lion passant et de ^quinte feuilles 
figées et feuillées, le tout d'or. ^ d'azur à 
lafasce d'argent accompagné de 10 losanges 
d'or, 4. 4. 2. 

Sur le tout d'argent, à la fasce denchée 
de sable, chargée de trois étoiles d'argent, 
accompagné de tiois rocs d'échiquier a. 
I. de sable. 

Supports 2 lévriers. 

Couronne de marquis. 

Devise : Sive Macula. 

Boily s. 



122/103 



H. A. 



L'attitude hanchée au Moyen- 
Age. — Dans une monographie artis- 
tique, je fus amené, ces temps derniers, à 
chercher la raison d'être de cette position 
hanchée affectée souvent jusqu'à la bizar- 
rerie dans les statues de la Vierge et en 
général dansles reproductions de lafemme 
au xiv« et au xv* siècle. 

N'ayant à ce sujet aucune certitude en 
l'absence de témoignages contemporains, 
j'ai relevé seulement certaines opinions 
émises, je reproduis ici le texte imprimé 
dans la Revue de Bourgogne (sept. oct. 
1915. P- 378)- 

Certains critiques d'art croient découvrir 
la solution du problème dans la nécessité oia 
se trouvèrent les sculpteurs d'ivoire de don- 
ner à leurs Madones le mouvement de la 
dent légèiement cintiée. qui leur servait de 
matière première. Des statuettes auraient 
fait école en passant leur formule aux ima- 
giers tailleurs de pierre. 

La thèse est ingénieuse et se base sur un 
fait expérimental, mais elle n'e.vplique pas 
tout. Car, il faut bien le reconnaître, l'atti- 
tude hanchée jusqu'à l'exagération difforme 
se retrouve partout à cette époque, dans les 
dessins, dans les miniatures comme dans 
l'ivoire et la pierre Elle s'applique plus 
encore à la dame portant hennin qu'à ia 
Madone couronnée, et les psychologues sont 
naturellement portés à voir ici une influence 
de mode. 

La maternité, disent-ils, était en grand 
honneur au xiv et xv siècle. Les guerres 
interminables, en accumulant les ruines, ré- 
duisaient lamentablement la population. Il 






fallait repeupler, et la nécessité faisant loi, 
on témoignait ostensiblement l'estime atta- 
chée à la grossesse que la mode, pour favo- 
riser cet état d'esprit, simulait par la dé- 
marche et les ajustements. Et les artistes de 
suivre le mouvement, les uns avec discré- 
tion, las autres en exagérant. 

S'il m'était permis une pointe d'ironie, ^je 
rappellerais que tout récemment les instituts 
de Beauté parisiens préconisaient beaucoup 
ces attitudes hanchées qui font encore les 
délices de nos snobinettes, sans qu'elles 
aient le moins du monde, j'en suis con- 
vaincu, les préoccupations honorifiques prê- 
tées aux dames du moyen âge. Tant il est 
vrai que les caprices de la mode ne tombent 
pas toujours sous l'analyse des philosophes. 

je n'entends pas rejeter pour cela l'expli- 
cation proposée ; elle entraînerait seulement 
une conséquence contraire à celle qui déri- 
vait de la thèse précédente. Il faudrait ad- 
mettre alors que les artistes auraient subi 
l'influence de la mode au lieu de lui avoir 
donné naissance. 

Notons enfin, pour ne rien omettre, une 
opinion beaucoup plus simple qui voit dans 
ce « style hanche » l'expression, exagérée 
parfois, de l'attitude natutelle à une mèr« 
qui porte son enfant sur son bras. Mais 
alors comment expliquer sa généralisation a 
la plupâit des scènes de la vie privée où 
l'absence d'enfant ne justifie plus l'hypo- 
thèse ? 

A la lecture de cet article, un médecin 
major présente aujourd'hui une explication 
nouvelle basée sur une observation phy- 
siologique. « La chaussure du xiv« et du 
xv« siècle, dit-il, ne comportait pas de 
talon. Or les femmes qui marchent sans 
talons portent naturellement le ventre en 
avant. » 

Je soumets ces avis divers à la sagacité 
de nos collaborateurs et je serais heureux 
si quelqu'un d'entre eux pouvait apporter 
quelques précisions à ces hypothèses. 

E. Fyot. 



l^oltaire et Fragonard en Forez. 

— On lit dans V Histoire du Foie{. par 
Antoine: « le marquis de Saint-Vincent 
avait été l'Hôte de Voltaire dans son 
château du Roannais ». — On lit dans le 
Fore:( illustré, de ThioUière^ i888 : 

On admirait il y a 15 ans encore, dans le 
grand salon de St-Vincent, quatre toiles dé- 
coratives, satyre symbolique des principales 
religions. Ces peintures, malheureusement 
trop libres, mais délicieuses de coloris et 
d'habileté, avaient été exécutées sur place 



(V» 1438. Val. LXXllI. 
339 



L'INTERMh. MAIRE 



peu avant la Révolution, par Honoré Frago- 
nard, ami et commensal du marquis de St- 
Vincent. 

Ce St Vincent est d'ailleurs en Beaujo- 
lais, mais si près du Forez... M. de St- ! 
Vincent habitait Paris en 1755. H recons- ! 
truisit son château vers 1768 et l'habita j 
depuis. I! mourut avant la Terreur. Son 1 
neveu, incarcéré, fut relâché sur la de- 
mande des habitants, en considération } 
«' du feu ci-devant Vincent > qui « l'un • 
des premiers fondateurs du club jacobins 
Paris, pensait conmie un bon siins-cu- 
lotte ». 

Il n'était plus là pour protester... et ne 
Tcut fait que discrètement. 

Sait-on quelque chose sur ce voyage 
de Voltaire? Aurait-il inspiré sur place 
Fragonard .? Vers 1768 .''Que représen 
taient les toiles .'' Où sont-elles ? 

Le prince Kospigliosi, liéritier de Saint- 
Vmcent, l'a vendu vers 1870. Il avait en- 
levé les Fragonard mais je ne les crois 
plus au palais Rospigliosi. 

S. R. 

La belle Eury^nt. Qu 1 est ce 
personnage? — Parmi les poésies de 
Victor Hugo qui ont été dites à laComédie 
Française à l'occasion du dernier anniver- 
saire du poète se trouvait une partie d:; 
l'Idylle de Floriane(7'ow/r la lyre VI, 21). 
La première strophe de la troisième divi- 
sion est celle-ci : 

Gaie, elle sautait dans l'herbe 
Comme la belle Euryant, 
Et, montrant le ciel superbe, 
Soupirait en souriant. 

La belle Euryant m'est tout à fait in- 
connue, et je dois dire que ceux des ar- 
tistes de la maison de Molière que j'ai in- 
terrogés ne sont pas plus avancés que 
moi. Un de nos collaborateurs pourra -t-il 
ne donner la solution ? 

A. P. L. 

L'égoïsme sacré — Au début de 
la guerre un homme politique italien 
essaya de justifier l'absteniion de l'Italie 
en invoquant pour une nation le droit 
à l'égoïsme. . Quel est l'orateur qui a 
employé l'expression d'égoïsme sacré? 

O. G. 



— 340 



aphorisme 1 le célèbre principe sociolo- 
gique de Bossuet ^. [Polit. A)i<7., 11,45c; ) 
Je l'ai trouvé chez Fénklon, dans un 
sermon « pour la fête de l'Epiphanie » 
^Œuvres, éd. Didot, II, 368). Je l'ai re- 
trouve dims l'édition française de Diodore 
de Stcife, trad. de F. Hœff.r, tom . III, 
554. N'ayant plus sous la m;)in ces ou- 
vrages et n'avant pu consulter Bossuet. 
l'ai iccûursà l'obligeance des /w/(f;w,//,„-. 
ristes pour vérifier ces citations et pour 
savoir où Bossuet a formulé le même 
aphorisme 

José Féliciano-df-Ouveira. 

Se marier jeune... — On m'affirme 

que les préceptes suivants, d'une haute 
moralité, sont d'Alexandre Dumas fils : 

Se n)ïricr jeune et sain, épouser une bonne 
tiil« jeune et saine, l'aimer de toule ."-on âme 
et de toutes ses forces, en faire une compagne 
sûre et une mère féconde, travailler pour éle- 
ver ses enfants et leur laisser eu h-iritage 
I exemple de sa vie; voilà la vérité. Tout !e 
reste n'est qu'erreur, crime ou folie. 

Dans quelle œuvre, pièce ou roman 
pourrait-on les rencontrer .? ' 

RoLiN Poète. 

L'origine du mot <* Hun n, appli- 
qué aux Boches. — On sait que l'épi- 
thète « Huns » appliquée aux iioches est 
d'un usage général dans la poésie an- 
glaise. Ce que l'on sait moins, peut-être, 
c'est que son usaue remonte à la guerre des 
Boers. En effet, dans une poésie composée 
à cette époque par Rudyard Kipling et 
qui eut une grande popularité, se trouve- 
rait ce vers : 

The Gothand tlie shameless Hun... 

Les Leipziger Neiieste Nachricbtcn du 
vendredi 24 décembre 1915 (n''556), 
auxquelles nous som.T!es redevable du 
renseignement, oublient d'identifier cette 
poésie. 

Quelque lecteur de V Intermédiaire se- 
rait-il à même de le faire, avec la préci- 
sion désirable .? C. Pitollkt. 



L'homme s'agite et Dieu le 
mène. — Auguste Comte appelle cet 



Drcits d'Ambostj î-.ur lavoine. 

— J'ai recours à mes collègues de Y Inter- 
médiaire pour savoir en quoi con.siste le 
droit d'Amboste qui se levait sur l'avoine 
au XVI' siècle, dans la région lyonnaise. 

Francopolitanus. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



ao-30 avril 19 16. 



349 



350 



Suédois qu'il porta jusqu'à l'embrigade- 
ment de la Révolution. Ses deux bataillons 
furent en 1794 le noyau des lôi^ et 162* 
demi-brigades. 

COTTREAU, 

Papier monnaie et monnaie-: de 
nécessité, pendant la guerre de 
l9i4(LXXI; LXXil; LXXIII, 58, 158, 
202). — Contrairement a ce que pense 
H. D'. « les Caisses de l'Etat » accep- 
tent les billets locaux dans chaque ville 
qui les a émis. De plus, elles acceptent, 
dans toute la Seine Inférieure, les billets 
de Rouen, du Havre et de Dieppe ; dans 
tout le Calvados les billets de « Caen et 
Honfleur ». 

A Dieppe, tout le monde accepte les 
billets du Tréport. 

Partout où i! y a une succursale de la 
Banque de France, elle rembourse les bil- 
lets de la localité. 

P. H 

L'incendie de la flotte romainj 
par ArcMmède (LXXIII, 296). — A 
l'Exposition de 1878, M. Mouchot avait 
installé au Trocadéro un miroir argenté, 
non pas concave hémisphérique, mais 
bien conique à 90 degrés. Du centre du 
cône s'élevait un tube de verre fort rem- 
pli d'eau ; les rayons polaires tombant pa- 
rallèleme:.t sur la surface du miroir 
étaient réfléchis sur le tube et échauflFaient 
suffisamment Venu pour que la vapeur 
dégagée put alimenter un petit moteur, 
servant à déplacer le miroir de manière à 
ce que les rayons solaires tombassent 
toujours normalement sur le miroir. Inu- 
tile de dire que cet appareil ne pouvait 
servir que quelques heures par jour et par 
un beau solei! . 

Martellière. 

Le quartier du Petit Picpus et les 
Misérables de Victor Hugo (LXIII, 

236). — Le poète, pour donner le change, 
a be.îu dire x< que l'état de lieux qu'il 
dresic est d'une rigoureuse exactitude et 
qu'il éveillera certainement un souvenir 
très précis dans l'esprit des anciens habi- 
tants du quartier », on ne peut s'y trom- 
per. On n'a qu'à dresser un plan selon les 
indications données par Victor Hugo, au 
cune des rues dont il parle n'a existé. 



La Petite rue Picpus qu'évite Jean Valjean 
en y apercevant une sentinelle conduirait 
dans la direction de la Bastille plutôt 
qu'au marché Lenoir. La rue qu'il ap- 
pelle rue du Chemin-Vert-Saint-Antoine 
existait, mais sous le nom de rue Moreau ; 
quantàla ruePolonceau, à la rueDroit-Mur 
et au cul de sac Gcnrot, ce sont de vérita- 
bles mythes. 11 y avait bien un couvent 
dans le quartier, celui des Filles-Anglaises 
que longeait la rue Moreau, mais son em- 
placement ne coïncide en aucune façon 
avec celui qu'indique l'illustre écrivain, 
comme on le croit. S'il a voulu décrire 
la maison religieuse où a été élevée Mme 
Victor Hugo, il se ssra bien gardé d'en 
indiquer l'emplacement exact et c'est 
pourquoi il aura créé un Quartier, sorti 
tout entier de son imagination. 

L'éditeur du plan de 1727, dont il pré- 
cise l'adresse, paraît également imagi- 
naire. Pour se rendre compte de la to- 
pographie des lieux, on n'a qu'à prendre le 
plan de l'abbé Delagrive publié l'année sui- 
vante (1728), et on verra qu'il n'y a ja- 
mais eu de quartier du Petit-Picpus. Il y a 
quelques années, on a essayé, à la Société 
historique du Vil" arrondissement, d'iden- 
tifier la maison de la rue Plumet où s'est 
passée la célèbre idylle de Marius et 
de Cosette ; il n'a pas été possible de 
retrouver l'endroit. Les romanciers et 
les poètes prennent des licences, qu'il 
faut leur accorder; ne cherchons pas à 
mettre d'accord le roman et la topogra- 
phie. 

GOMBOUST. 



* * 



Pour essayer de répondre aux ques- 
tions posées par C. F. (LXXIII, 256), 
j'ai consulté les articles « Abbaye-au- 
Bois » et « Sœurs de Saint-Thomas de 
Villeneuve », du Guide des amatews et 
des étrangers voyageurs à Paris. Paris^ 
1787. Les statues qui font l'objet des 
questions dont il s'agit n'y 5ont pas men- 
tionnées ; mais, dans ce Guide, la rue de 
Sèvres est constamment appelée rue de 
« Sève » ou de « Sève /^ et la rue du 
Cherche-Midi, rue du « Chasse Midi ». 11 
semble cependant que cette dernière s'ap- 
j pelait du Cherche-Midi en 1595. 

A quelles époques a-t-on changé pour 
\ la première, Sève ou Sevc en Sèvres, et 
i pour la deuxième, Cherche-Midi ou 



N» 1438. Vol. LXXIIl. 

351 

Chasse-Midi, pour revenir ensuite à 
première appellation ? 

Nadticus. 



L'INTERMEDIAIRE 



352 



la 



Eglise Sf.inte - Geneviève -des - 
Grandes-Cairières (LXXllI, 92,206). 
— L'ét^lise Sainte-Geneviève des-Ardents 
ou Sainte Geneviève-la Petite était située 
dans la Cilé et non dans l'île Notre-Dame 
qui, réunie à l'ile aux Vaches, a formé 
l'île Saint-Louis. 

D'autre part, l'église en question n'oc- 
cupait pas l'emplacement de la Préfec- 
ture de Police actuelle ; elle s'élevait non 
loin de l'ancien Hôîcl Dieu, entre la rue 
Neuve Notre-Dame et la rue Saint-Chris- 
tophe qui conduisaient, parallèlement à la 
Seine, du Petit Pont et de la rue du Mar- 
ché-Palu ('plus tard rue de la Cité) au par- 
vis Notre-Dame. 

U.N Bibliophile Comtois. 



Le ohâter».u de l'Etoile (LXXII, 236). 
— De renseignements pris sur place et 
que je crois exacts — du moins, approxi- 
malivem.ent — le château de l'Etoile où 
aurait habité (?) Napoléon 1°', peut-êtce 
y a-t-il fait de simples haltes à l'époque 
de Joséphine et de La Malmaison, était un 
ancien couvent dont les souterrains rejoi- 
gnaient ceux du Château de Madrid. L'en- 
trée de ces souterrains est en tous cas eu 
rieuse; ce sont d'immenses caves dont 
les voûtes en arcatures rappellent assez 
celles d'une ancienne crypte religieuse. 

Cet im.Tiense « Château de l'Etoile » a 
longtemps appartenu à la famille Pottier 
qui était propriétaire du magasin des 
« Trois-Qyartiers ». Son aménagement 
actuel semble remonter au règne de Louis 
Philippe. 

11 couvre une très grande surface et a 
une sortie au 158 de l'avenue Maiakofï. 
Le garage dit : *< Bob-Walter » en occupe 
une partie. C'est un immeuble curieux et 
digne de recherches plus approfondies que 
celle-ci. 

Hector Hogier. 



nommé Sanari. Les deux noms se trou- 
vent, il est vrai, accolés dans le diction- 
naire géographique de Briand de Verzé, 
1852. 

V. A. T. 



Victor d'Auriac (LXXIIl, 142). — 
Victor d'Auriac, né à Neuilly-sur-Seine, 
le 30 juin 1858, fut successivement éiève 
du lycée de Versailles et du lycée Henri IV, 
puis entra, tout jeune, à l'Ecole des 
Chartes et à la Bibliothèque nationale. 

D'avril 1888 à février 1889, il fut déta- 
ché au Ministère d.- l'Instruction publi- 
que et des Beaux-Arts, en qualité de se- 
crétaire du Ministre. 

Il fut longtemps bibliothécaire à la Na- 
tionale 

Son premier volume de vers fut : Pâ- 
ques Jlntriei (Alphonse Lemerre, 1883). 
Renaissance, sonnets illustrés, fut égale- 
ment publiée à la même librairie, en 1887. 
La Gaf/e, moralité en un acte, avec 
Raoul Colonna, parut chez Ollendorff. 
Parmi les autres volumes, il faut citer : 
Flenriane, poème en un acte, non mis 
dans le commerce, en 1902, et As/ai té, 
vers (Genonceaux et C'®, Paris, 1903). Ce 
dernier volume contient, à côté de plu- 
sieurs petites pièces d'une touche fine, 
des poèmes d'un grand souffle. 

Poète à la fois mièvre et précis, dit Ro- 
dolphe Darzens , Victor d'Auriac aime à 
remplir du sublime parfum de l'idée, l'im- 
peccable forme du sonnet... C'est aussi un 
parfait diseur des choses de l'amour, qui fixe 
merveilleusement, en de courts poèmes, le 
charme indécis des aveux. 

Victor d'Auriac avait aussi collaboré à 
l'Evénement, où il a publié des contes en 
prose, de 1886 à 1888. 

G. D. 



Cattelain (LXXIIl, 188). — Cattelain, 
graveur, était né à Paris, leô février 1838. 
Fils d'un employé aux Tuileries, sous 
Louis-Philippe, il perdit tout jeune ses 
parents, et fut adopté par une brave 
famille ouvrière. 



11 apprit de Paul Cirardet la gravure. 
Changement de noms de localités Puis, successivement, il fut imprimeur 
pendant la Révolution (T. G., 186 ; en taille-douce, déménageur, cordonnier, 
LXXIIl, 412). — Un petit port du dépar- 1 décapité parlant, homme d'équipe à la 
tement du Var, qui s'appelait encore I gare du Nord, caricaturiste au Hanneton 
Saint-Nazairc en 1882, est maintenant i où André Gill l'avait fait entrer. Après 



OB^ Caë^CHMlIES HT CURî^Uîi 



20-30 avril 1916, 



-- 345 



346 



I 



rants un peu romantiques — une concep 
tion spéciale. Pour ce qui est de Cliarles- 
Quint, M. Alfred Morel-Fatio ayant, con- 
sacré ses loisirs parisiens et les infinies 
possibilités de travail que lui garantit une 
situation privilégiée -~ unique entre 
toutes celles que peuvent occuper les his- 
panisants de France, — à en dépurer 
l'historiographie originale, il serait pué- 
ril de notre part de tenter d'aller sur les 
brisées de ce membre de l'Institut. 
Laissant donc au D"^ Max Billard la res- 
ponsabilité de plusieurs assertions ris- 
quées, nous nous bornerons à nous «..le- 
ver contre cette extraordinaire graphie de 
« Saint-Juste >.>, qu'il nous ressert, en dé- 
pit de l'évidence. Est il permis, en effet, 
d'ignorer encore que Yuste est le nom 
d"un ruisseau d'Esîrémadure qui se jette 
dans leTiétar, affluent du Tage et que le 
monastère qui se trouve à peu près à mi- 
chemin entre Badajoz et Salamanque s'ap- 
pelle c< San Jeronimo de Yuste ? » 

Baedeker — dont la plus récente édi- 
tion du guide espagnol est l'anglaise, qui 
a paru, pour la 4' fois, l'été dernier — 
remarque p. 457 : 

The SHpPressed monastery of « San Jero- 
nimo de Yuste » , named aftcr thc brook 
Yustû, was founded from Plasencia in 
1^04 [Sic). 

Mais, bien avant que cet éditeur — 
dont le guide d'Espagne en français n'a 
paru qu'en 1900, la première édition an- 
glaise datant de 1897 le merveilleux 
À. Germond de Lavigne^ dont l'Espagne 
et Portugal (Paris, Hachelte et C'% 1890) 
est un chef-d'œuvre de conscience et de 
minutie, avait eu soin de faire observer 
au touriste non initié qu'il fallait « ne pas 
traduire » Yuste par « Saint-Just » (p. 
415 : 

Excursion au monasitère de Yuste par Nu- 
vain or al). 

Nous n'ignorons pas, cert£S,que déjà Ca- 
brera de Cordoba, diplomate et histo- 
rien (1559 1625), dont le Filipe Segundo 
Rey de Espana., publié en 1619, a été 
rendu accessible, en 4 vol. in-f", aux his- 
toriens en 1876-1877 par le comte de To- 
rcno (1), mentionne exactement le nom 



I de Yuste, quand il écrit, I, p. 105 : 

Parlio [l'Empereur] para et ntonasterio de 
San Justo i ['ator, de la Orden ne San Ge- 
ronimo, pueito en la Ver.;, de Plasencia. . 

Juste et Pasteur, enfants de 7 et 9 ans, 
martyrisés à Complutum (l'actuelle Al- 
calà deHenares) en 304, n'ont rien à voir 
avec le monastère fondé en 1408 par les 
Ermites de Saint Jérôme — branche es- 
pagnole de l'ordre de Saint-Augustin, — 
qui, en grande faveur sous Charles-Quint 
et Philip[>ell, gardent aujourd'hui encore 
TEscorial (et non « Escurial, soit dit en 
passant). Cette erreur du biographe de 
Philippe 11 se retrouve dans l'historiogra- 
phe espagnol et bénédictin Iray Pruden- 
cio de Sandoval (1=560-1620), dont XHis- 
toria de Charles-Quint parut pour la 
première fois à Walladolid en 1604- 1606, 
mais fut réimprimée dès 1614 à Plam- 
plune en 2 t. in-f° : 11^ 815, « monasterio 
de San Juste » ; ihid, 823, cependant : 
« Juste ». Des auteurs italiens (Guido 
Bentivoglio, Strada, Leti, le trop célèbre 
Pietro Giannone) graphierontà leur tour, 
copiant sans doute Cabrera : « San 
Giusto ». De nos jours^ des hommes de 
science — Baumstark, C. A. Wilkens, 
G, Diercks, etc. — ne se gêneront nulle- 
ment pour écrire « Saint-Yust » ou « San 
Yuste », graphies contre lesquelles, mo- 
deste hispaniste, nous mettions déjà en 
garde les jeunes Français en 1 90 1 , à la p. 
i68, note 2, de nos Morceaux choisis de 
Prosateurs et de Poètes espagnols, dont la 
4" édition est actuellement vendue par 
l'éditeur Garnier à Paris. 

Qui voudrait connaître l'histoire de 
Yuste n'aurait qu'à la rechercher dans le 
numéro de mai 1906 de la Ciudadde Dios, 
où elle a été écrite par M. Alboraya (i). 

Camille Pitollet. 



(1) "Voyez à ce sujet la note que nous 
avons mise à la page 528 do notre afticle 



Lô corps de saint Vincent de 
Paul (LXXllI, 283). — Le 8 avril 1712, 

hispanique : Un épisode iticdit delà carrière 
scientifique de J.-B. Munoz : lei manuscrits 
historiques de Suare^ de Mendonça, dans la 
Pcvue des Langues Romanes t. Lv (1912), 

p. 527-577^ 

(1) Cet article de M. Camille Pitollet écrit 
avant la guerre était sur le marbre et nous ne 
le publions aujourd'hui que pour ne pas 
laisser cette question en suspens. 



No .438. Vol. LXXIII 

347 

M. du Saray, procureur général de 



L'INTERMEDIAIRE 



la 



Congrégation de la Mission, écrivait, de 
Paris, au supérieur des Missionnaires 
d'Angers : 

Les jTocès-verbiiux de l'ouvfirlurc lu tom- 
beau de notre vonciabli instituteur M. Vin 
cent ayant été clos et scellés le 3i« du mois 
dernier, et le serment du secret étant levé, 
je puis vous dire que j'ai eu la consolation 
de voir son corps entier et uni i toutes ses 
parties, qui n'ont aucune mauvaise odeur. 11 
a dix-huit dents, neuf à U mâchoire d'en 
haut et neuf en celle d'en bas, qui lui res- 
taient lors de son dicès. lia les bras, les mtins 
et les doigts en chair et en os, à laréserve des 
bouts des doigts de la main gauche qui 
sont un peu décharnés. Ses cuisses sont en- 
tières et apparemment les pieds aussi, ce 
qu'on ne peut voir, les bas r.'ayant poin*. été 
tirés. Sa soutane avec le collet et les qu:itre 
boutons s'.nt presque comme si on venait de 
les y mettre, et moi-mên''e avec quelques 
autres ayant voulu essayer d'en tirer quelque 
morceau il ne fut pis possible d'en avoir. 
D'ailleurs, on nous fit en ce moment la lec- 
ture du Bref du Pape, qui défend de rien 
ôter dans ces ocr.isions. Le médecin et le 
chirurgien, qui étaient présents, dirent 
qu'il ne se pouvait pas natuiellemeiic que les 
choses fussent comme on les trouvait après 
cinquante et un ans passés. 

La copie de cetteiintéressante^lettrc se 
trouve dans les yies des Saint-Pi cires, 
manuscrits de (Irandet, conservés au sé- 
minaire de Saint-Sulpice. à Paris (tome I, 
page 113). 

F. UZUREAU. 
* « 

Voir : Intermédiaite : Le corps de saint 
Vincent de Paul conservé dans une étude 
(Je notaire, XLIII : 573, 687 ; Saint Vin- 
cent de Paul. Ses resta, LV : 
916, 975 ; LVI : 31, L25, 195. 



Ml, 866, 



P. D. 



Enfant perdu pendant la guerre 
de Vendée ^LXXlll, 141, 248). — En 
éti'dinnt l'histoire du passage au Maine 
des Vendéens, j'ai plusieurs fois rencon- 
tré, sur les registres d'état-civil, la men 
tion d'enfants perdus par les fuyards. 
Quand la guerre aura remis chacun à sa 
place, je pourrai communiquer à qui 
les demande quelques notes à ce su- 
jet. 

L. C. 



. _ 348 

Régiment de Royal -Suédois 

(LXXIU, 186, 248). — Ce régiment ne 
fit point la guerre d'Amérique. Il tenait 
garnison en Alsace depuis 1769, jusqu'en 
1781, époque à laquelle il fut envoyé au 
siège de Mahon, il revint en France au 
milieu de l'année 1783. 

Le comte Alex de Fersen, fut son 
Meslre de Camp propriétaire du 21 sep- 
tembre 1783 au 25 juillet 1791. 

Voici ses origines : Régiment d'Infan- 
terie « dite allemande » formé avec des 
prisonniers, après la bataille de Flcurus, 
par Henri Leisler (1690). Ce corps formé 
en grande partie de Suédois au service de 
la Hollande, devint Sparre (1695) Lenck 
('1714) Appelghren (1735) et Royal Sué- 
dois (1742) avec privilège de régiment 
royalpour sa brillante conduite s Pra- 
gue. 

L'Histoire de l'Infanterie française du 
générale Susane, donne au t. V, page 73, 
une notice sur ce régiment et dans le t. I, 
aux pages 226 et 319. Notre collaborateur 
peut trouver des détails utiles sur la com- 
position de ces corps d'abord étrangers 
qui comptaient dans les rangs de l'armée 
française. 

B.P. 

♦ 
* » 

Le comte de Fersen fit la guerre d'Amé- 
rique comme aide de Camp de Rocham- 
beau. Il avait demandé en 1779 à faire 
partie de l'expédition et partit avec le 
corps expéditionnaire français en 1780. 

11 fut nommé colonel en second du ré- 
giment Royal Deux Ponts à la suite de la 
campagne, chevalier du IVlérite Militaire 
en 1783 et reçut l'ordre de Cincinnatus. 
Ce fut on septembre 1783 qu'à la deman- 
de du roi de Suède, pendant le séjour que 
fit celui-ci à Paris, il fut fait Colonel pro- 
priétaire du régiment Royal Suédois. 

Ce qui précède se trouve très bien ex- 
pliqua dans l'ouvrage «• Le comte de Fer- 
sen et la cour de France» extraits des pa- 
piers du comte par son petit neveu, le 
baron de Klinckowstrom, colonel suédois, 
in-2 8°, Paris, Didot, 1878. 

Le régiment Royal Suédois fut créé sur 
le pied allemand en 1690. 

il porta le nom de ses Colonels suc- 
cessifs jusqu'en 1742 et le 30 octobre de 
cette année là le roi lui donna comme ré- 
, compense pour sa valeur le nom de Royal 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 avril .> 16. 



357 



358 



puis peut-être a Amiens. 



E. Grave. 



il y a une vingtaine d'années. Son fils | sulter à la Bibliothèque publique d'Or- 
s'était retiré à BouIogne-sur-Mer, et de- j léans les Mss. du Cbanotne Hubert {lU^ 

i f"* 215) où se trouve une filiation allant 
! de 1470 à 1666; et aussi La France Pro- 
I testante dt ÏA^. Haag (VIII, 374, 37s); 
i la Cbesnaye- Desbois, réimpression XVI 
I 764 Ce dernier auteur donne pour bla- 
son : d'argent â l'aigle de sable, becquée et 
menibiée Je gueules. U Armoriai Poitevin 
de M. René Pétiel, cite des Rampsay, 
Ramsay, originaires d'Ecosse s'armant : 
d'argent à l'aigle éployée et couronnée de 
sable, chargée 'inr la poitrine d'un croissant 
du champ. 

Pour les armoiries des Ramsay de Fin- 
lande, de Suède et d'Ecosse on peut con- 
sulter V Armoriai général de Rietstap. En- 
fin Mora'ri, éd. 1 759 (IX, p. 44, 45) donne 
des notices sur certains personnages de la 
famille des Ramsai d'Angleterre. 

le ne me charge pas d'expliquer le bla- 
son des Ramesay de Champagne, tel que 
le décrit notre confrère Saint-Saud ; ce 
doit être un blason de la fabrication des 
commis de d'Hozier, pour TArmorial de 
1696, 

Brondineuf. 



Lois Héraldiques (LXIX ; LXXIIl, 
258). — je demande à M. Gheusi, que 
je regarde comme un maitre et dont 
j'aime à suivre les règles, pourquoi il pré- 
fère paie de sahls et de gueules Je sept pic- 
ces, 's. de sable à 4 pals cousus de gueules. 
La règle : fascé de... paie de... bandé de.,., 
que je croyais s'appliquer à un écu 
chargé ou couvert de fasces, de pals de 
bandes, etc , en nombre égal, n'est donc 
pas exacte .? Dans son blason héraldique 
p. 91 in fine il ne laisse pas supposer que 
les partitions puissent être un nombre 
impair. 

Il est vrai que la 38 exception, à la p. 
32, semble contredire tout cela, mais 
quelle est l'utilité de cette exception .? 

Saint-Saud. 

Hamezay (Armoiries de ia f^- 
m lie de) (LXXIil, 96). — Lorsque dans 
une tranchée, un chef pressé par les bo- 
ches, crie : « debout les morts y>, tous les 
braves se redressent et font face à l'en- 
nemi. U doit en être d; même à Vlntermé- \ 
diaire. A l'appel de mon ami Saint-Saud, 
je sors de ma tour d'ivoire et je dis : 
« présent ». Seulement si j'ai des armes, 
je manque de munitions et je crains de 
ne pouvoir être d'un grand secours à 
notre érudit confrère. 

^ je commence par dire que la Bretagne 
n'a rien à voir avec les Ramezay. En 
France, il y a des gentilshommes de ce 
nom en Chamnagne,en Orléanais, Beauce, 
Poitou et peut-être ailleurs. 

Ceux de Champagne portaient le bla- 
son signalé par le comte de Saint-Saud 
comme donné par M. de Courcy (Conti- 
nu.itwn du P. Anselme, IX, 2« partie, 
p. 92), avec cette différence qu'il y a bien 
« cantonné » et non « contourné >. 

Les Ramezay ou Ramesay de l'Orléa- 
nais et de Beauce se disent issus des Ram- 
say d'Ecosse. Je ne^sais sijieur prétention 
est fondée ; dans tous les cas lenrs ar- 
moiries ont une grande ressemblance : 
« d'argent à l'aigle de sabl^, oniHée et 
languée de gueules, aune fleur delvs d'or 
sur l'aile droite. » 

Pour ceux de l'Orléanais, on peut con- 



Une cit Uion de Montaigne (LXXIIl, 

240). — La source est le passage suivant 
de Sénèquc : 

« Bene et ilie, quisquis fuit (ambigitur 
enin de au:tore) cum quaereretur ab iilo, 
quo tanta diiigentia artis spectavet ad paucis- 
simos perventurae, sat:s sunt, inquit, mihi 
pauci, sâtis est unus, sali? est nuUus. 

Epistiilae moral'S 7, 11. 

L'épigrammatiste JohnOwen s'est servi 
de ces mots de Sénèque : 

Sat mihi sunt pauci Icctores ; est satis unus : 
Si nie nemo légat, sat mihi nuiius erit. 

Epigra'nmata,V\, 1, 3-4. 
Edward Bensly. 

Plats dâ livre av-c a^mes goua- 

ohées (LXXlii, 191, 305). — [e connais 
deux volumes relies comme celui signalé 
par Francopolitanus portant nu centre un 
écusson peint protégé par une feuille de 
mica ; l'un fort richement décoré au petit 
fer est aux arnjes de Marie Antoinette et 
appartient au comte du Pug,t à Compiè- 
gne ; l'autre, aux armes des Esmangart, 
telles qu'elles sont reproduites d.tns l'Ar- 
mori;il au Bibliophile, appartient à M . de 
la Viilesboisnet à Meaux. X. B. 



N» 1438. 



Vol. {.X.XIII, 

359 



!. 'INTERMEDIAIRE 



360 



O beata solitudo ! (LXXUI, 289) — 
J'ignore absolument i\ cette pensée est de 
saint Bernard. Qu'il nous soit permis à ti- 
trede rapprochemetitde citer une romance 
de Florian exprimant la même idée. 
Dans cette aimable solitude, 
Loin du monde et des vains piopos, 
Exempt de soin, d'inquiétude, 
Mes jours s'écoulent en repos. 
Jouissant enfici de moi-niéme, 
Sachant maîtriser mes désirs, 
Je pense que le bien çu;;rème 
C'est la paix et non les plaisirs. 

Martelliére. 



Mém -iies de Salarao.i (LXXII). — 
Les Mémoirei de l'internonce, M. de Sa- 
lamon, sont d'une authenticilé certaine. 
Les archives du Vatican mentionnent 
plusieurs fois cet agent ecclésiastique, 
ainsi que vient de le démontrer M. iVli- 
sermont, dans son étude très documenté 
sur le Sennent de liberté et J'égaUtéet 
quelques documents ifiéJits des Atchives 
Vaticaiies (Paris, Gabalda, 1914). 

F. UZUREAU. 



File était si belle sous l'Empire 

(LXXl, 228j — Cette phrase, qui est une 
trouvaille, serait, suivant Léon Daudet.de 
Durran:, l'un des collaborateurs de M. 
Clemenceau, à \à justice, où il faisait les 
comptes rendus parlementaires. 

« C'est lui indubitablement l'auteur 
de la fameuse phrase concernant la Répu- 
blique : Elle était si belle sous l'Empire. » 
LÉo.N Daud!-.t : Devant la Douleur ■ Paris, 
Nouvelle Librairie Nationale, 191 5 ;in-i2, 
p. 179). 

P. D. 



Madame O. ., aute ir d'illustra- 
tion;? pour « les Nouvelles » d'Al- 
fred de ;!V[usset (LXXII. 353 ; LXXlll, 

263;. — Madame O'Connel. Elle habitait 
un petit hôtel situé boulevard St-Michel 
en face l'Ecole des Mines. Son atelier don- 
nait sur le boulevard ; il se trouvait au 
premier (seul étage). Au rezde-chaussce 
était l'atelier de Cordier,le sculpteur po 
lychrome du Second Empire. A ce mo- 
ment, elle avait une certaine notoriété et 
de; commandes officielles. 

Philosoë, 



Les a Mœurs du temps » de 
Maxime Du Camp (^LXXlll. 192). Le 
manuscrit est toujours à la Bibliothèque 
Nationale mais la mise es mains du pu- 
blic qui devait avoir lieu en est ajournée 
siKe die ainsi que je l'ai appris au Cabinet 
des Manu'icrits. Il est encore trop tôt, pa- 
rait-il. 

D. R. 

Alphonse du Gros-Caillou (LXXllI, 

193). — Hipolyte Lacpmbe, l'auteur du 
Monologue est né le 21 novembre 1821, 
il a édité lui-même son Monologue en 
1888. Il a été saisi. L'auteur a été con- 
damné à 24 heures de prison avec sursis 
Il est devenu fou, et a été enfermé à Sainte 
Anne ou il est mort le i 3 septembre 1889 
dans sa 68' année, 

11 était artiste dramatique, il a joue 
pendant de nombreuses années à Lyon 
il faisait aussi de la peinture, et vendait 
ses petites toiles chez les marchands de 
tableaux. 

A. Patay. 

* * 
Lacombe, qui, d'après Charles Virmaître, 

fut l'auteur de cette chanson, était un excel- 
lent acteur comique, jouant au début de sa 
carriè:e les « jeunes premiers comiques ». 
De 1857 à 18(33, environ, il fit partie sous 
la direction de Halanzier, de la troupe 
du Théâtre français de Rouen. 11 laissa les 
plus vifs souvenirs de gaité et d'entrain 
dans le rôle de Jean Leblanc, de la vieille 
féerie de Théodore Coignard et Clairville, 
Les bibelots du Diable, qu'il créa i Rouen, 
le 4 juin 1860, aux côtés de Céline Mon- 
taland, qui jouait Risette et de Mme Fro- 
mentin Devaux. Depuis, Lacombe joua 
dans les théâtres parisiens et fut,cro)ons- 
nous, régisseur. 

Charles Virmaître habitait Rouen, au 
temps où Lacombe y jouait la comédie et 
dut être bien renseigné sur l'origine de 
la chanson très populaire, jadis, d'Al- 
phonse du Gros-Caillou. 

G. D. 

Portiolo (LXXIII, 237). - Il existe 
dans les Basses-Alpes un col de Portiole, 
cité par Pezay, ?ur la chaîne des Alpes 
franco-Italiennes, brèche étroite qui fait 
communiquer la combe de l'Oubaye, du 
coté français avec lacombeduRio di Maria, 
i du côté italien. Ce col de Portiolo est, de 



DES CHERCHEURS ET CURÎSUX 
553 — 



ao-30 avril 1916. 



354 



avoir été soldat, Cattelain fut franc-ti- ? 
reiir en 1870, puis, à la Commune fut 
nommé directeur de l'Assistance publique, 
où il exerça ses fonctions avec une dou- 
ceur remarquable, dit Maxime Du Camp. 
Condam.né à trois ans de prison qu'il fit à 
Mazas, Cattelain, à sa sortie, fut attaché 
au service spécial du fameux Grenier du 
bibliophile Charles Cousin et grava les 
planches du Nouveau voyage au pays Je 
la Curiosité^ publié chez Danel à Lille. 
Voir la notice publiée par Beraldi, dans 
Les graveurs du XI X'^ siècle. Tomo. IV. Page 
71. G. D. 

Couturier de Fornoue, abbé de 
Pibrac (LXXlI, 283, 397). - Dans un 
article de M. Louis Battifol (Revue Heb- 
domadaire, n" 17, 25 mars 190s, page 
389) l'archidiacre est donné comme vi- 
caire générai de l'évêque « dans les siè- 
cles passés » qui vont jusqu'au xviii» in- 
clus. 

Il faisait, en cette qualité, dans chaque 
cure, des inspections annuelles, mais à 
une époque indéterminée. Ces inspections, 
d'un caractère plus spécialement admi- 
nistratif et financier, étaient indépen- 
dantes de la« grande calende >», inspection 
annuelle et annoncée d'avance, de l'évê- 
que lui-même, et aussi de la « petite ca- 
lende », examen qu'il fallait aller subir 
chez le curé doyen, c'est-à-dire celui des 
curés qui, dans chaque doyenné, était dé- 
signé par Pévêque. 

Tout cet article est plein d'utiles ren- 
seignements. A ce que je crois, le Con- 
cordat ni les lois organiques n'ont consa- 
cré le titre d'archidlajre. Mais on a conti- 
nué à le donner officieusement, j ignore 
dans quelles conditions. Ainsi j'ai vu, à 
Bordeaux, il y a quelques années, une 
collection, exposée de portraits d'ecclé- 
siastiques du diocèse, avec leurs qualités. 
L'un d'eux dont le nom m'échappe, por- 
tait !o titre d'archidiacre de Lesparre. 

V. A. T. 

Guillotin (LXXIII, 242). — je connais 
aussi le même fait, mais on comprendra 
à V Intermédiaire que je ne m'étende pas 
sur un changement de nom dont il reste 
encore des descendants avec lesquels j'ai 
de bonnes relations. De sorte que je ne 
puis donner aucune précision et ne veux 
même pas signer cette note. 



Justin Langlois (LXXllI, 94, 255)' 

- Au sujet de la Lune Rousse^ une mise 
au point ne me parait pas inutile, car on 
me semble avoir aisément confondu la 
Lune et son arrière petite- fille la Lune 
Rousse. 

La première Lune datée d'octobre 
1865, n'avait d'abord été qu'un supplé- 
ment au Hanneton, «Journal des toqués» 

— journal au demeurant très amusant 
et très littéraire, on y retrouve des vers 
de Coppée, de Verlaine, de Vermesch... 
bref, toute une époque. 

En mars i8fc)6, seulement, la Lune prit 
une périodicité régulière et une existence 
propre, ce fut la Lune de Gill ; elle porta 
au bout de quelques numéros, le sous- 
titre, qui, parfois disparaissait pour re- 
paraître la semaine suivante de : Semaine 
comique illustrée paraissant tous les di- 
manches. Puis, le titrj de la Lune fut suivi 
de cette mention, qui ne tarda pas à dis- 
paraître à son tour : paraissant tous les 
dimanches. 

Le rédacteur en chef en était F. Polo et 
le directeur D. Lévy, jusqu'au 6 octobre 
1867 ; à partir du i } octobre. Polo assuma 
la direction, en même temps que la ré- 
daction en chef. 

La collection de la Lune est des plus 
intéressante. Elle comprend 98 numéros, 
dont certains eurent au moins quatre édi- 
tions et sont, la plupart, illustrés de re- 
marquables dessins d'André Gill. 

tlle disparut avec le numéro 98, 17 jan- 
vier 1868, qui contenait une belle charge 
d'Ernest Feydeau, l'auteur de Fanny et 
l'annonce de la forme nouvelle que n'al- 
lait pas tarder à prendre l'astre des nuits 
arrivé à son dernier croissant :• 

Pour paraître prochainement 

L'ECLIPSE 

Semaine comique illustrée 

Le premier numéro de V Eclipse est du 
26 janvier 1868. et contient en première 
page une caricature de Diipuis et de Mlle 
Schneider, par Gill, au sujet de la re- 
prise de Barbe-bleue au Variétés. Sa col- 
lection compi end 400 numéros (26 jan- 
vier 1868-2^ juin 1876) La publication 
avait été interrompue du 18 septembre 
1870 à juin 1871 . 

Sondirecteur-rédocleur en chef,F.Polo, 
mourut sur la brèche ; le numéro du 22 
février 1874 est entièrement consacré à sa 



N» 1438. 7oI. LXXIII. 
~ 355 



!.'ÎNTKRM;'.îMAlRi 



mémoire, et son nom auquel ne fut ad- 
jomt aucun autre, fut, n partir de cette 
date, conservé comme /owt/fl/rM;' sur les 
manchettes du journal. 

MhIs la censure n'avait pas désarmé, et 
de même que la Lune à laquelle devait suc 
céder VEclipae, avait disparu sous le poids 
dcb pourt-uitcs ot d'.:s amendes. V Eclipse 
dut, sinon disparaître, du moins modifier 
tellement son genre, que la petite gazette 
in-quarto qui lui succéda n'eut plus rien 
de la feuille de combat dont elle avait 
gardé le titre. 

Au bout de six mois André GiU fonda 
la Lune tousse, dont il fut le seul illustra- 
teur, à part Félix Régamey, qui en avait 
dessiné le titre. La collection comprend 
it)g numéros et va du 10 septembre 
1876 au 21 décembre 187^ 

Pierre Dufay. 



35^ 



Général Mainoni (LXXUl, 239). — 
Le général Mainoni, (parfois orthographié 
Mainony) était un général de brigade des 
guerres de la Révolution et de l'Empire. 
Officier d'origine italienne, il fit toute 
la campagne de 1799, en Allemagne et 
se trouva notamment au combat de Feld- 
kirch. Quand l'armée de jourdan atta- 
qua les troupes autrichiennes d'Auffen- 
berg, dans les Grisons, la brigade Mai- 
noni et la brigade Loison se portèrent 
sur l'Engadine. Quelque temps après, le 
général Mainoni, faisant alors partie de 
l'armée de Lecourbe, occupait le petit 
poste de Schuls, .juand il fut surpris 
ainsi que troi ; compagnies de grenadiers 
par les Autrichiens Malgré la rapide in- 
tervention de Lecourbe. avec un bataillon 
de la 38^ demi-brigade, Mainoni et son 
aide-de-camp furent faits prisonniers. 11 
ne manquait point pourtant de prudence, 
carie Moniteur officiel deranVlll, rap- 
porte que Mainoni avait fait arrêter, dans 
le Valais, la femme d'un militaire au 
service de l'Autriche, véritable espionne, 
qui embauchait pour les armées ennemies. 
Mainoni ne resta poin. longtemps pri- 
sonnier. Excellent topogr;iphc, connais- 
sant fort bien les Alpes, il fut, sur l'or 
dre de Berthier, adjoint au général du 
génie Marescot, pour préparer le pas- 
sage de l'armée de Bonaparte par le col 
du Saint-Gothard, Pendant le passage des 
troupes, il occupa même l'Hospice. 

Dans cette campagne d'Italie, il se fit 



remarquer encore à Castillon prè* 
d'Aosie, où, à la tête, d'une centaine de 
cavaliers du 12' hussards, il chargea l'en- 
nemi avec un succès complet En 1800, 
il s'illustra aussi au passage du Pô, 
dont il tut chargé de garder la rive 
droite, par ordre du général Lannes, 
en appuyant ses trois bataillons aux di- 
gues de San-Cipriano. Attaqué par des 
forces supérieure-, il tint assez longtemps 
pour que la brigade de Gcncy put inter- 
venir et chasser les Autrichiens, qui se 
retirèrent sur Stradella. 

Toujours sous Lannes, Mainoni qui 
avait été fait général de division, prit 
paît à la bataille de Marengo, où il tenait 
la droite avec la division Watrin à Cas 
tel-Novo di Scrivia. U y fut blessé. Nom- 
mé gouverneur de .Mantoue, Mainoni de- 
vait y mourir, le 9 décembre 1807. 

Voir : Tables du Moniteur Officiel et 
Victoires et conquctrs des Français de 7792 
à j8i^. Tomes 11 et 12, et La Table : 
Tome 26. 

Georges Dubosc. 



Le Gardin;il ilfor. de Rabastens 
(LXXUL 95, 236). - Dans une des ré- 
ponses il est dit : «Je ne connais pas son 
prénom. /. Pilfort n'étant pas un nom 
patronymique, c'est bien la le prénorn 
de ce cardinal, mais mal orthographié. 
Je maintiens, d'après Aubéry, que ce 
prince de l'Eglise se prénommait Pie Fort 
(Pins, For lis). Cela se rapproche de l'or- 
thographe donnée par Ciacconius. 

Les Rouget, de Niort (LXXIII, 240). 
I -— l'ai connu une dame Dessat, directrice 
I à Paris d'une Ecole communale, alliée 
j aux Rouget de Lisle par <a mère Rouget- 
). Gourin de Niort. Sa fiUe, institutrice 
j d'école communale, à Paris. pourrait don- 

I ner des indications. 

i A. Callet. 



! V:on (LXXUl, 286, 403)- — A cette 

• question déjà ancienne j'ai répondu, m;.is 

\ un autre intermédiairiste a dit que celte 

i famille était depuis longtemps éteinte. 

! C'est une erreur. Un marquis Vion de 

Gaillon figurait parmi les délégués de 

Meulan en 1789. Un autre marquis Vion 

de Gaillon, vivait encore près de Mtulan, 



365 



CHERCHiiURS ET CUKSEîjX 



2S0 30 avril 1916 



366 



qui nous revient des tranchées existait 
avant elles, était courant dans les con- 



mar^jan, marjan (gêner, mettre dans 
rembarras) On en peut rapprocher Tita- 



versations populaires bien antérieurement i ''^." maroso (égarement, trouble de l'es- 



prit), le latin mocior (chagrin) mœro 

(affliger; mocia (sort fâcheux), le grec 

(affligé) , moira (sort ïk- 



n ei me*-os 



à la guerre 

Chaque mobilisé a emporté son argot ; 
tous ces argots s'amalgament en « l'argot 

des tranchées » lequel s'enrichit sans \ "^J^eLix 

cesse, mais la qualitkation « expression | ^e radical mar signifie écraser comme 

de l'argot des tranchées ;■> n'est réelle- | *^^"^ '^ sanscrit mar puis mal, et on le 

ment applicable qu'a ce qui est né depuis i '"'^irouve dans une foule de mots comme 

qu'on en creuse et habite. * marc, marteau, mal, malléable, etc. . Je 

Mar... je l';ii entendu mille fois, long- j pourrais en citer bien d'autres; mais il 

temps avant le 2 août 1914, dans les | faut savoir se borner et le vrai peut par- 



fois n'être pas vraisemblable. 



L. Abet. 



i Du Radical, ij mars 1916. 



groupes ouvriers avec lesquels je passais 

!a majeure partie de mon îemps. jamais 

rien de leurs conversations ne m'a fait 

penser que cela put avoir une origine 

étrangère. Je crois que c'est simplement 

<^ mal », avec l'accent final un peu durci, j 

Ils grognaient indifféremment à l'adresse | 

d'un camarade agaçant : « Tu m'fais 

mal ou « Tu niTais m;ir »; ils disaient \ gue française qui s'écrit. Cependant elle est 

aussi : « Il est marant, c'typ'là » et met- I l'siiée, dans les camp ignés comme dans les 

talent aussi bien l'auxiliaire être que Tau- 1 



Vous la chercherez vainement dins le 
Dictinnnaire de V Académie française et dans 
les ouvrages analogues, répertoires de la lan- 



xiliaire avoir : c< J'en ai mar ». « l'n'a 
mar w ou j'suis mar ». De pauvres gar- 
çons, après quelque embêtement carabiné, 
m'ont confié s'être fait de la bile jusqu'à 
(( être mar'ons » ; mais je n'ai jamais en 
tendu le féminin de cet adjectif; elles 
conjuguaient seulement le verbe « mar' 
onner » 

Tout cela c'est avoir ou être mal, être 
las, tanné, outré, excédé^ encore plus 
mal !... Toute la gamme des fatigues et 
des dégoûts, jusqu'à la maladie incluse, 

peut être exprimée par ces trois lettres Félon païen mar i vinrent as ports 
(( mar », si on les place bien, si on y " ' " 

met le ton, si on accompagne le mot 
des gestes et jeux de physionomie qui 
conviennent. 

Sglpn. 



iaubourgs populeu.x et remonte sans doute 
fort lom. Les poilue ne l'ont pas inventée, 
mais ils l'emploient .lussi souvent qu'à leur 
tour : « J'en ai mare ! On en a mare / » Ce 
qui signifie « Assez ! C'en est trop ! On en a 
de teste I » 

A quelle origine faut-il rapporter cette 
expression ? Au mot mar. mare, qu'on ren- 
contre souvent dans la Chanson de Roland 
et dans des textes d'ancien français? C'est 
fort possible. 

Venant du latin mala hora, « sons de 
mauvais auspices », « à la maie heure ! », le 
mot voulait dire en somme « pour son mal- 
heur ". » 



* « 



i Félon païen mar i sont assemblez. 

(C'est pour leur malheur que les paiens 
félons vinrent aux ports, sont assemblés !) 

Le fnot enttait, ordinairement dans la for- 
mule du « regret », brève oraison funèbre du 
\ guerrier ton hé au champ d'honneur. 
\ L'archevêque Turpin, voyant Roland dé- 
Non pas mare ou marc, mais marre est | faillir, dit : « Tant maie fustes,ber ! » (Mal- 
un vieux mot d'argot parisien, non pas ^^"•' de vous, baron !) 
né mais transporté dans les tranchées. Il 
signifie peine, chagrin, ennui : et l'exprès- j 
sion en avoir marre exprime un sentiment ; 
de lassitude, de dégoût, primitivement } 
de peine. 

Il a son origine dans le breton rnâr 
(embarras, difficulté, ennui). De là vient \ co nment d'être mare, on & pu tirera» avoir 
notre verbe marrir (mettre dans l'ennui). mare. Mais quelles survivances tenaces on 
On trouve de même en anglais to mar on \ -constate à trav rs les siècles, dans ia vie des 
to marh (gâter, abimer) ; en gaélique ' ^^'^^^ • 
mearadr (chagrin) ; en germanique ancien * J. C. 



Ami Roland, si mare fut la vie ! 

Et le preux salue ainsi sa vaillante épée : 
Eh ! Dura dal, bone, si mare fusles ! 

(Durendal, ma bonne lame, malheur de 
vous !) 

Je laisse aux chficheurs à découvrir com- 
ment d'une formule on a pu passer à l'autre, 



N' M38. Va:. LXXIil 

367 

L'imprimerie à Angers (LXXIII, 
284). — Morel ou Morcan ()eaii), Jo- 
hannes Morelli, associé avec Jean de la 
Tour, est l'introducteur Je l'imprimerie à 
Angers, qui prend rang après Paris et 
Lyon. Le premier livre connu avec date, 
qui sorte de ses presses, est la Rhétorique 
de Cicéron, terminée d'imprimer le 5 fé- 
vrier 1477 (nouveau stylcj. 

V. Cclestin Port. [Dict. Je Maine-et- 
Loire. Keni; Villes. 

• * 
La Rbetofica nova, de Cicéion, le pre- 
mier livre publié à Angers, y a été im- 
primé au commencement de 1477, par 
Jean de La Tour et Morelli. 

Nauticus. 

» 

* • 

Les introducteurs de l'imprimerie à 
Angers furent Jean de la Tour et Jean 
Morel. Le premier livre connu avec 
date, qui sorte de leurs presses, est !a 
Rhétorique de Ciccron, terminé d'impri- 
mer le 5 février 1477 (nouveau style), La 
même année, le 19 septembre, ils impri- 
mèrent le Manuel des Citréi^ Manipidn- 
Curatorum, de Guy de Montrocher (petit, 
in-4°). -- Les mêmes presses imprimèrent 
la Coutume du pays d' Anjou et du Maine 
(petit in-8 de IS5 tï.). sans lieu ni date, 
mais peut-être avant 1476. Jean de la 
Tour et Jean Morel, toujours associés, im- 
primèrent un Perse. En 1495, Jean de la 
Tour, pour son compte personnel, im- 
prima une nouvelle édition du Manipulus; 
il prenait déjà le titre d'imprimeur de 
l'Université d'Angers. {Anjou historique, 

II, 286). F. UZUREAU. 



L'iiMTERMÉDIAIRe 



368 



* « 



Le Fureteur n'a qu'à consulter, sur 
cette question, l'ouvrage intitulé : « Dic- 
tionnaire de géographie ancienne et no- 
derne à l'usage du libraire, etc. » Paris, 
Firmin Didot, 1870; p. 63, au mot An- 
degava, Andegavum. 11 y trouvera ce 
qu'il cherche sur les commencements de 
l'imprimerie dans cette ville. 

NlSlAR. 

A quand remonte l'inventioa du 
bridge? (LXXllI, 242, 324).— Je lis 
dans le Traité complet des jeux Je cartes, 
par G. B. de Savigny : 

_ On pourrait cioire que le bridge, la va- 
riété du jeu de whist qu'on joue presque 



seule aujourd'hui, est d'origine anglaise, 
comme son nom semble l'indiquer. Cepen- 
dant il était inconnu en Angleterre à une 
époque où on le jouait depuis fort long- 
temps en Turquie. Dans une correspondance 
de Coiistantinople, en 1864, M. de la Gué- 
ronniére en a fiit minlion ; il y était déjà en 
grande faveur. 

Ce n'ost que dans ces dernières années 
que, joué dans les stations balnéaires de la 
Côte-d Azur, il s'est propagé de là en France, 
puis aux Etats Unis et enfin en Angleterre, 
le bureau du whist, qui l'a adopté la der- 
nière. 

P. c. c. Nauticus. 

'Le Premier sous-mann (LXXll ; 
LXXIll, 40). — Le « Plongeur >^ figurait 
encore sur la Listo de la Flotte au \^' jan- 
vier 1914. 

P. H. 

Le délire des naufragés (LXXIII, 
240). — 11 w'y a pas un délire de nau- 
fragés, mais des réactions névropathiques 
variant avec la situation des victimes et 
la gravité de la catastrophe. 

r C'est d'abord l'afïolcment par con- 
tagion mentale : « la folie des foules » 
née brusquement sous l'influence d'une 
émotion commune. 

Dans le cas particulier des naufragés 
on les voit, ou prostrés, mertes, en état 
de stupeur ; ou agités, courant sans rai- 
son, grimpant aux cordages, se jetant à 
la mer, se suicidant ou se livrant à des 
meurtres que rien ne justifie. Si on les in- 
terroge sur leurs actes ils en donnent une 
explication puérile ou absurde. C'est à ce 
moment que le sang froid de l'équipage 
et du capitaine est le plus nécessaire. 

2' Quant aux immergés que l'on repê- 
che avant qu'ils aient perdu connaissance, 
ils sont en général contractures, trem- 
blants, et n'émettent que des sons com- 
parables à des aboiments. Ici intervien- 
nent la peur et surtout le froid. Il sufïit 
en effet de les réchaufler pt de rétablir la 
circulation par des moyens énergiques 
pour que tout rentre dans Tordre. 

Ces deux séries de phénomènes ont 
été bien mises en lumière, à la dernière 
séance de la société de Neurologie de Pa- 
ris, par le D'' C. qui -e trouvait à bord du 
paquebot torpillé ia Provence, et qui a fait 
preuve d'un courage et d'un dévouement 
admirable. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

361 



2o-3oavril 1916. 



362 



« Felices nuptiae... etc. » (LXII ; 
pia. Ne serait-ce point là qu'aurait été | LXVII) — K. L. a demandé l'auteur 
orf'anisé un camp militaire ? de « c 

G. D. 



nos jours, souvent appelé le col de Stro- 
P 



Une colonie grecque (T. G., 378-; 
LXXIII,295), Dans quel embarras je me 
trouve! J'étais sur le point d'écrire, ce matin, 
ànotre aimable Directeur, pour lui deman- 
der s'il lui serait agréable que je conti- 
nuasse encore quelque temps ma collabo- ' 
ration à V Intermédiaire, quand mes yeux ï 
sont tombés sur l'article de notre con- | 
frère Rolin Poète, où le nom de Daron se | 
détachait au haut de la page, je lis avidL^- 
ment, et j'y trouve ces lignes : 

Comme problème philologique à résoudre, 
il est fâcheux que notre collaborateur Daron 
si ardent champion des origines grecques de 
la langue française, nous prive depuis si 
longtemps des considération? étymologiques 
qui avaient si pou de succès auprès de nos 
hellénistes, mais qui n'en étaient pas moin> 
curieuses pour des ij.niorants comme moi. 

: i M. Rolin Poète ne se trompe pas, si 
vraiment mes confrères de Vlntermédiaiic, 
qui savent le grec, font des gorges 
chaudes de mes articles, et si les igno- 
rants seuls en sont curieux, pourquoi, si 
j'ai besoin d'un passe-temps, ne lirais je 
pas désormais un chapitre de Don Qui 
cbotte, en espagnol, qui est la lecture la 
plus délicieuse du monde? 

Daron. 



Poyanne (LXXIII, 29o\ — La Biblio- 
graphie Gay semble la seule qui^men- 
tionne ce livre dont elle indique deux 
éditions, l'une de 1.715, l'autre de^ya^, 
sans connaître l'auteur. 

On trouve des renseignements sur la 
famille de Poyanne aux archives départe- 
mentales du Gers etsurtout auchâleau de 
Poyanne, dans les Landes, dont le re- 
marquable fonds d'archives, inventorié 
vers le milieu du xvin* siècle, a déjà été 
utilisé pour diverses publications. 

d'Heuzel. 

Appam (LXXIII, 146). — Mon dic- 
tionnaire de mots janus donne cette dé- 
finition d'Apam (avec un seul P). 

Ville du Mexique. — Comptoir hollan- 
dais de la Côte- d'Or. 

Auguste Rault. 



cette plainte douloureuse « Félices 
nuptiae et moriar nisi nubere dulce 
est : » 

Elle se trouve dans le rhéteur Sénèque, 
« Bxcerpta Controversiarum » lib. VI, 
contr. 8, qui commence : 

« Virgo Vestalis scripsit hune versum ; 
Felices niiptae\ moriar nisi nubere dulce 
est. » 

Edward Bensly. 

Césarite (LXXIII, 194).-- Le créateur 
du mot « Césarite » est le Profeiseur 
A Lacassagne, le savant criminalogiste 
de Lyon. C'est dans une des études sorties 
de son enseignement à l'Ecole de méde- 
cine que j'ai vu ce mot employé pour la 
première fois, vers 1891. Si ma mémoire 
ne me trompe pas, c'est à propos de cer- 
tains rois de France qu'il employa ce 
mot. Loin de ma bibliothèque, je ne puis 
pas me reporter au volume en question 
pour vérifier. Dans Les Archives d'anthro- 
pologie criminelle entre 1889 1892 on le 
trouverait employé soit par Lacassagne, 
soit par un de ses élèves. 

J'ai moi même employé ce mot en 1893 
dans ma Psychologie du Militaire Profes- 
sionnel pour désigner la déformation men- 
tale résultant de l'exercice du pouvoir, 
d'un pouvoir auquel on doit obéir passi- 
vement. Je crois aussi que vers la même 
époque, un criminologue et penseur d'une 
très grande intelligence, le Docteur Ar- 
mand Corre l'a employé soit dans son vo- 
lume, Crime et suicide, soit dans sa bro- 
chure Militarisme qui parut après mon 
ouvrage. Je ne crois pas que Lombroso 
l'ait employé avant Lacassagne. 

Augustin Hamon. 

On ne détruit que ce qu'on rem- 
place (LXXIII, 289). — Se reporter, une 
fois de plus, à la collection de V Intermé- 
diaire (XXXIX : 2.205 ; XLVIII : 35, 543). 
En dix-huit ans, il paraît que l'angle de 
notre vision change : cette « adinirable 
maxime » était, en 1899, considérée 
comme un « mot cynique». Je n'ai ja- 
mais compris en quoi ? 

P. D. 

Orthographe de s noms russes 

\ (LXXII, 377 ; LXXIII, 118, 307). — J'ai 



N« 1438. Vol. LXXllI. 

363 ■ 

écrit : « Scythes ; on a imprimé : 

Seyches ». 

Nauticds. 

Ruée(LXXlII, 240). — Le mot n'est 
pas dans le dictionnaire, en etTet. mais il 
en est peu d'usage plus durant, dans la 
conversation même dans les livres. 11 
vient en droite ligne de so ruer, qui veut 
dire s< se jeter impétueusement sur l'en 
nemi », si j'en crois des dictionnaires 
Le mot s'impose dans la guerre actuelle, 
seul il donne bien l'impression de ces 
assauts allemands où les troupes se jet- 
tent contre les tranchées sans souci du 
courage auquel elles seront soumises. 

Du reste, le mot ruée n'est il pas, au 
féminin, le participe passé de ruer ? 

Donc, qu'on nous laisse à nous, écrivains 
militaires, un terme qui dit bien ce qu'il 
vcuL dire et qu'on remployé depuis tant 
d'années.pour parler d'une foule se pré- 
cipitant pour voir quelque chose ou arri- 
ver bon premier. Peut être n'y eut-il ja- 
mais de ruée pour les réceptions aca- 
démiques, c'est pourquoi le mot n'est 
pas entré par cette porte du diction- 
naire. 

Le terme n'a rien de barbare, on ne 
saurait le comparer aux horribles « solu- 
tionner », « réceptionner » et tant d'au- 
tres. 

Ardouin-Dumazet. 

En avoir marie ou marc (LXXIII, 
1Ç4). _ Ce n'est point là une expression 
spéciale à l'argot des tranchées. 

Aussi bien, n'y a t il point, quoi qu'on 
puisse dire, d'argot spécial ?ur le front 
Chaque poilu y a apporté son langage par- 
ticulier : qui, celui de l'usine ou de late- 
lier ; qui celui du bureau ou du magasin ; 
• tous, ou à peu près, le langage de la rue 
et du faubourg. 

Quelques vocables, il est vrai, que l'on 
pouvait croire morts depuis longtemps 
ont fait leur réapparition, tels ^«o/^ dont 
Vlnl'.rmédiaire s'occupait tout récem- 
ment, mais c'est là une exception... 

Pauca renascuntur quœ jam cocidere... 

Pour en revenir à marre, Timmermans 
et, tout récemment, Sainéan (L'argot des 
tranchées p. 15 i ^ veulent voir dans ce mot 
« une abréviation de « mare », blasé, ce- 



IJiNTKRMEDIAIRI 



364 



lui ci abstrait de « marée », dégoût, ré- 
pulsion, par allusion à l'odeur du pois- 
son peu frais » . 

je me permets de ne point partager 
celteopinion. A mon avis, «marre > vien- 
drait de « marrer » , abréviation de *< dc- 
irarrer », détacher ce qui est amarré 

Marres I Marrez ! vaut autant que : 
va-t-en 1 tu m'ennuies, tu m'assommes ; 
c'est le synonyme des trivials « scier » 
et « lâcher le coude » impliquant l'idée 
de scission, de séparation. On a com- 
mencé par dire : « Il est marrant c frère- 
là », cet individu est ennuyeux ; « Ah 
non 1 marrer ! ah ! non ! tu m'ennuies ! » 
Puis, le sens s'est étendu. « Marre», 
« marrez » en est venu à signifier : assez 
et ». avoir marre de » avoir assez de quel- 
que chose. 

Quant à la graphie, ce sera « mare » 
ou « marre » suivant celle des deux éty 
mologies qui semblera la meilleure. 

« Quelques-uns maugréèrent : Mare! tu 
irie cours ! » (Bruant : Lanienu, n° 14, 
1897) « Ah ! mare si jamais tu te barres, 
je gueule! {Journal, 15 m.ai 1905) •;* Au 
bout de quelque temps, on on a mare, 
on se débecte » . (Bruant : Lanterne, 
n" 67, 1898). 

Sachez en outre, que le poilu agacé et im • 
portuné vous envoie promener sans scru- 
pules en lançant la main droite par dessus 
l'épaule et en disant, après un petit siffle- 
ment : « A la gare ! » traduisez : laiisez- 
moi la pai.x... Et d'autres fois, il vous décla- 

i sans sourciller : « j'en ai marre ! > J'en 



rera 



ai assez ! » 

(Barrés : Le poilu tel qu'il parle dans 
Echo de Paris 23 déc. 191 5). 

Gustave Fustier. 

« « 

Ve muet, le c, ou toute autre lettre 
après IV de mar, me semble à sup- 
primer, je suis d avis qu'il ne faudrait 
jamais donner d'orthographe a l'argot ; 
chaque fois qu'est recueilli un mot de 
cette langue savoureuse, ou un mot patois, 
ou quoi que ce soit de littérature orale, 
on devrait le plus possible 4 phonogra- 
phier», à l'aide, seulement, des lettres 
strictement indispensables ; je préconise 
donc la forme « mar ». 

|e ne vcis pas là une c expression de 
l'argot des tranchées », du moins dans 
le sens de « produite par la vie de tran- 
chées » ; d'ailleurs, neuf fois sur dix, ce 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-30 avril Ï916. 



369 



370 



J'ai moi-même observé exactement les 
mêmes phénomènes, il y a quelques an- 
nées, lors du triste naufrage du paquebot 
anglais le Lima. 

3" Le vrai délire survient chez les nau- l 
fragés abandonnés plusieurs jours, en mer, | 
dans de? canots il sans nourriture. | 

C'est un délire d'inanition caractérisé | 
d'abord par de l'exaltation de la mémoire | 
et de l'imagination, puis par de l'exci- 
tation et des hallucinations. Celles-ci sont | 
visuelles et auditives, d'abord agréables, | 
fantasmagoriques, puis terrifiantes, s'ac- \ 
compagnant d'impulsions au suicide ou \ 
au meurtre. 

De nombreux travaux traitent de ce 5 
sujet, mais on trouvera dans celui du \ 
D^Lassignardie. « L'état mental dans l'abs- 



du premier Empire, du moins leurs gra- 
dés^ étaient armés d'un sabre à dents de 
scie et dont la poignée, en cuivre plein, 
avait souvent la forme d'une tête de coq 
(symbole de la vigilance) ou d'une tête 
d'aigle. Je n'ai pas où je me trouve l«s 
renseignements nécessaires pour l'afifir- 
mer, mais je crois, qu'en France, le sabre 
à dents de scie, spécial aux sapeurs, 
doit remonter à une époque plu» éloignée. 

A. Bz. 

Pas de l'oie (LXXI ; LXXII ; LXXIII, 
61, 158,261). — Un correspondant as- 
sure qu'on nomme pas de l'oie, le pas de 
parade, pour cetteraison qu'il est exécuté 
l'un suivant l'autre, comme les oies, II 
faut observer en premier lieu que les 



tmence » (Thèse de Bordeaux, 1807) es : ■ . * ,. 1 _ u 

, ., . / ^ ■ ^. ' 'yyy; ''-^ o,es n ont pas coutume de marcher en 

récits et les auto-observations curieux des 1 r.i„ ;„ „„ u^^a^ a--..^.a a^ c„ ^^ 



D" Savigny et Maire rescapés le premier 
du radeau la Méduse et le second de la 
faille de-Saint-Naj(aite. (i) 

LabÉda. 



file, mais en bande désordonnée. En se- 
1 cond lieu, dans la marche en bataille, 
i qui est la marche habituelle aux revues, 
I les hommes marchent précisément l'un à 
; côté de l'autre, coude à coude. Enfin le 
I moindre enfant allemand ou français sait 
j que ce pas est ainsi nommé parce 
I que l'homme exécute en marchant ainsi 
] lej mêmes grotesques mouvements que 
i l'oie, en tendant la jambe en avant et en 

la levant exagérément. 
I F. X. T. 



Le sabre baïonnette soi© de? Alle- 
mands (LXXill, 2:8). — Il n'est peut- 
être pas sans intérêt de mentionner 
comme complément de l'article de M. Marc ! 
01. qu'une ordonnance du 19 ayril 1766, 
créait dans notre armée 2 soldats char- 
pentiers par compagnie. On leur donnait 
une forte hache, un sabre à scie, un ta- ^ 
blier de peau noire et un petit bonnet à | 
poil. Ces soldats étaient assimilés aux sa- ! 

peurs proprement dits qui avec des modi- \ LXV, LXVÏ, LXVll). 
fications dans le costume et l'armement ' . — ~ ^^ 

ont été conservés jusqu'à nos jours. Mais 
jusqu'à quand ont-ils conservé le sabre 
scie .'' 

Dehermann-Roy. 



Le sabre-baïonnette-scie des Allemands 
a une origine ancienne. Je ne connais que 
les pionniers, c'est-à-dire les soldats du 
génie, qui en aient été et en soient armés, 
ils l'appellent encore aujourd'hui le «cou- 
teau à fascines » Ont-ils, les pre 



Reliures en peau humaine (T. G. 

761 : XXXVl, XXXVII, XLII, L, LUI, 

"" Peau humaine 
tannée (T G. 687 : LXII ; LXIV). — 
Tanneries de peau humaine (T. G. 

869 ; XLII). - Au cours des quinze 
mois que mon service m'a fait passer à 
Vaugirard, un aimable habitant du XV*, 
connaissant mon amour des livres et ma 
curiosité pour tout ce qui les touche, 
vint, un jour, me communiquer la pièce 
rare qu'il considérait comme le bijou de 
sa modeste bibliothèque. 

C'était l'édition populaire de la Vie 
i de Jésus, le petit volume à vingt sous 



-- —-.- — , — f-~ i ~- 1 -- I — ■•••»- 

miers, introduit l'usage du sabre à dents que tout le monde connaît — quand 

l'éditeur Georges Crès nous en donnera- 

; t-il une édition propre, pour faire pen- 

I dant aux Souvenirs d'enjance et de jeu-^ 

nesse ? — II fallait donc considérer non 



de scie .? 

Peut-être; maison sait que les sapeurs 

(1) Nous croyons pouvoir dire que le D' C. 
est le D"^ Clunet, fils de rémineat avocat du 
barreau parisien, M. Edouard Clunet. 

L. R. 



le livre, mais la reliure. Encore que 
pleine, elle me laissa assez froid. A quoi 
bon cette peau de truie, mal préparée, 



N» 1438. Vol. LXXIII. 

-— 371 

d ailleurs ? Le tannage, comme la reliure, 
semblait avoir été saboté. Les plats gon- 
dolaient et ne fermaient pas, les marges 
étaient rognées et le titre paraissait avoir 
été composé par quelque apprenti, au sor- 
tir de l'école. 

Devant la médiocrité de mon enthou- 
siasme, mon visiteur n'hésita pas à em- 
ployer les grands moyens. Achevant 
d'ouvrir le livre qui ne consentait pas à 
rester fermé : 

— Eh bien ! lisez la dédicace. 

— Mais ce n'est pas l'écriture de Re- 
nan. 

— Lisez tout de même... 

_ Et je lus le singulier certificat d'ori- 
gine que voici, dont je m'empressai de 
prendre copie : 

Pour toi, ma chère P... ce livre aux édi- 
tions épuisées par le succès, chef d'oeuvre 
dont j'ai cherche à augmenter la valeur pre- 
mière, en le lai^ant relier à ton intention 
avec un peu de la peau de la femme X..., 
morte dernièrement à l'Hôtel Dieu de Nan- 
tes, de bacillose intestinale : j'eus le devoir 
au commencement du semestre d'hiver de 
préparer son creux axillaire. 

J'espère que tu me pardonneras cette édi- 
tion peu luxueuse et d'une facture très mé- 
diocre, la seule que j'ai pu trouver dans le 
moment, si tu considères le prix inestimable 
qu'ajoute à ce livre une pareille reliure et 
je pe;ise que tu reliras souvent avec émotion 
cette admirable Vie de Jésus, qui, comme 
l'écrit Renan, te fêta un moment oublier et 
renouvellera pour toi la douceur de cette 
idylle sans pareille, qui, il y a dix huit 
cents ans, ravit de joie quelques humbles I 

Ton frère dévoué, 
R. F. 
Nantes, le 10 janvier 1906. 

Joli cadeau à faire à sa sœur 1 J'avais 
pris pour de la peau de truie celle de la 
femme X... et je me sens la chair de 
poule en songeant combien peu, une fois 
tannée, la peau... je n'oserai dire de 
l'une d'entre elles... se différencierait 
peu du derme de la « Treue Garelle »! 

Reste la peau de Boche, le Kaiser a 
vraiment tort de suivre le conseil de 
Jules Jouy et de faire, ayant « commis 
un crime », incinérer les cadavres de ses 
bavarois et de ses poméraniens : il y au- 
rait là, pour la grande Allemagne, une 
source de revenus inestimable, et, ma 
foi, il n'y aurait chez les amateurs qui se 
tromperaient que demi-erreur. 

Pierre Dufay. 



L'INTERMBniAIRK 



372 



Ouverture de la chasse de saint 
Rémy. — Le martyre de Reims évoque 
tous les grands souvenirs de la cité véné- 
rable, 011 nos rois légitimes fondateurs 
de la France, recevaient l'onction sainte. 

Ses monuments sont des reliquaires. 
Le nom glorieux de saint Rémy est insé- 
parable de son histoire. 

On sait que sous le Pontificat de 
Léon IX ses restes fureht ramenés dans 
l'abbaye bâtie sous son vocable On eut 
la curiosité au dix-septième siècle de vou- 
loir connaître en quel état était son corps 
et Ton procéda à l'ouverture de sa châsse. 

Le D' Cabanes nous communique une 
lettre qu'il tient pour inédite, du religieux 
relatant cette ouverture dont ce religieux 
a été le témoin. 



* * 



! Relation de l'ouverture de la chasse 

DE SAINT RÉMY FAITE AU MOIS D'aOUST 
EN l'an 1646. 

Lettre d'un Religieux de Saint -Nicaise 

\ de Reims présent à ïonveitute, au R. Père 

dom Nicolas Cocquebert, Religieux de la 

Congrégation de St Maiir, demeurant à 

N. Dame de Josaphat lès Chartres. 

Mon Révérend Père, 

Je suis ravi de la présente occasion pour 
vous mander ce qui s'est passé àSaint-Rémy 
touchant l'ouverture de la chasse de ce saint. 

Vous scavez que Monsieur le prieur 
(MonsieurBourgeoisavantIa réformeUait faire 
une nouvelle chasse : or comme elle approche 
d'être faite, on a jugé à propos d'ouvrir 
l'ancienne pour voir l'état du corps, et 
pouvoir prendre l'ordre de le transporter de 
1 une dans l'autre chasse : cela fut conclu 
dans le Conseil secret, ou j'estois par la bonté 
du R. Père d'Anselme Dohin prieur, moy 
quatrième La résolution fut qu'on envoiioit 
les contres (qui ont coutume de coucher 
dans l'église) coucher chez eux, et que la 
nuit nous l'ouvririons. Nous nous enfermâ- 
mes dans le tombeau, et ayant t'ait provision 
d'outils nécessaires, sur les sept heures et un 
quart du soir nous commençâmes notre ou- 
vrage. Dom Antoine Alard qui demeure à 
St-Rémy, en étant l'entrepreneur et moy 
son second, le R. P. Prieur et le Père Hya- 
cinte, qui est mort depuis peu à Saint-Ger- 
main, servants déport"* chandeliers, nous en 
vînmes à bout sur les 10 heures jdu soir avec 
beaucoup de peine. 

La chasse étant ouverte, nous y vîmes le 
corps étendu tout de son long, et de la même 
grandeur qu'est 1» chasse avec une od«ar ce- 



DÈS CHEkC HEURS ET CURIEUX 



20-30 avril 1916. 



373 



374 



leste. Nous fûmes tous saisis de dévotion à la 
vue du corps. Nos prières étant faites, nous 
commençâmes à le développer. 

Il est enveloppé de la sorte (stc) d'étoffes, 
sans compter celle qui est a; i..chce à l'entour 
du coffre de bois en dedans, qui est toute 
semblable, et comme je pense d'une même 
pièce avec son suaire qu'on porte en proces- 
sion si non qu'elle paraît si neuve, qu'on la 
diroit sortir de la boutique; comme sont 
aussi les trois premières enveloppes, dont la 
première est d'un satin rouge violet ; la se- 
conde d'un satin cramoisi d'un costé, et vert 
de l'autre ; la troisiemme semble d'un satin 
blanc comme neige ; mais on n'a pu con- 
venir de la nature, quelqu'uns croyant que 
c'est une grosse toile de cotton, ou quelque 
autre chose de semblable, quoique c'en soit 
c'est une étoffe prétieuse : la quatrième qui 
enveloppe le corps immédiatement semble 
être d'un lin très fin, ou un taffetas fort délié, 
cela ne se peut pas bien discerner par ce 
qu'elle est toute imbibée de l'humeur de Si 
chaire, et de heaume, car il a été embaume 
très assurément, et le Curps est bien enve- 
loppé quatre ou cinq tours de cette deiruère 
enveloppe, et cela tient l'un à l'autre, quand 
nous pensions deffaire cela tout se rompit. 
On discerne les pieds, les jambes, les cuisses, 
les bras, l'estomac comme si un corps n'estoit 
envellcppé que d'un simple linge, nous lais- 
sâmes cela voyant qu'il se déchirait 

Outre les enveloppes susdites, entre la troi- 
sième et la dernière il y avait sur le texte un 
grand voile de satin violet avec cinq croix de 
broderie une au milieu les4 autres aux 4 coins 
et tout à l'entour il y a escrit en fll de soye 
verte et rouge et d'or en latin, que ; Vinj- 
mar, indigne Archevesque de Reims et in- 
digne successeur de St Pémy lui offre en 
vase ce voile, affin qu'il l'assiste de ses 
prières. La. lettre est aussi lisible que leraeil- 
lieure de ce temps cy, a laquelle elle res- 
semble fort, il y a cependant 800 ans comme 
vous le scavez et au delà. 

Dessous la teste il y a un petit coussin de 
satin avec 4 bouffes de soye et d'or; nous 
découvrîmesla teste à nud.La mandibuled'en 
bas étoit attaché encore au col, mais le reste 
d'en haut étoit séparé, on croit que ca été 
par le mouvement de la chasse lors qu'elle a 
été portée en procession, il n'a que cinq 
dents a la bouche : le bas de son menton 
est garni de peau, et de poil grand environ 
comme le notre lorsque nous faisons notre 
poil ; il est comme châtaigne, je crois que 
c'est le beaume qui la rendu ainsi, car a son 
âge il devrait être blanc, sur la testg et sur 
les joues il y a encor quelque peu de peau 
par cy par la, les creux des yeux en est rem- 
pli : le reste de son corps est fort roi ie, et 
montre que les nerfs tiennent encor tous les 



membres bien ensemble. 

Après avoir bien vu, considéré, baisé et 
manié, le tout à notre aise, et avec de grands 
sentimens de dévotion, nous renveloppames 
le tout comme il estoit et remisment la 
chasse en sorte qu'on ne s'en appercevoit pas. 

Environ un mois après le lo sept. 1466, 
on l'ouvrit de rechef par la permission de 
M, l'Archevesque qui ny put assister cette 
fois étant allé en Picardie, en présence de 
M. le grand ricaire, M. le Doyen, le grand 
Archidiacre et le secrétaire de l'Archevêché, 
de Mrs les anciens, M. le grand prieur et 
tous nos confrères de St-Rémy,et moy pour 
la seconde fois, sous le même prétexte que 
la première fois; car ils ne scavoieiit pas 
notre affaire et nous l'avions faite fort secrè- 
tement affin que si on eut trouvé quelque 
deffaut au corps d'en empêcher l'ouverture, 
pour laisser toujours le peuple dans le senti- 
ment qu'il est entier. 

La chasse étant remise au premier état, 
elle fut scellée du sceau de M. Archevesque. 

Mais le 10 novembre suivant, ce prélat 
n'ayant pas vu le St-Corps souhaita de le 
voir et aussi à la sollicitation de M. Leves- 
que du Puy et Abbé de St-Denys qui assista 
à l'ouverture (1) avec les principaux de la 
ville. On en eut vent dans la ville, parce 
qu'on entendait les carosses sur les 7 heures 
du soir : ily accourut plus de quarante mille 
personnes, pour voir. On fit cependant si 
bien que peu de personnes le virent, peur 
d'inconvénient, dans une si grande foule, Ce 
sera la dernière fois comme je crois. 

La chasse n'est pas si prête d'achever 
comme on le croyait à causa que l'entrepre» 
neur est fort mal à son aise ; il a mal fait 
ses affaires, et le pis, c'est qu'on Luy a 
avancé l'aigent. M. du Puy en a parlé à la 
Reyne et Luy a fait promettre mil escus pour 
la dorer (elle ne le pas cependant esté) M. 
l'Archevesque poursuit pour tenir son con- 
cile,, il en a obtenu la permission du Roy a 
été voir tous les Evesquesde Picardie, qui y 
consentent en apparence, mais qui Tempes- 

(i) Noms de ceux qui assistèrent à cette 
ouverture du 10 novembre 1646. 

Mgr Eleonore d'estampe de Valençay Ar- 
chevesque de Reims. 

M. Henry de Maupas Evêque du Puy, abbé 
de St-Denys de Reims. 

M. le marquis de Rottelin gouverneur do 
la ville. 

M. Clément Le Meunier seigneur d'Atti- 
gny, conseiller au Parlement de Pari;. 

M. Jean Legentil officiai de Reims. 

M. Robert chanoine do la cathédr:iie. 

M, Py de Serancourt Lieutenant criminel* 

M Philippes Fremin Lieutenant de ville, 

M.LouisLepagnolproc.du Roy auPresidial, 



L'INTERMEDIAIRE 



N« 1438. Voh LXXin. 

-— 375 

cheront en effet à ce qu'on croit, il prétend le 
commencer au mois de may prochain 5 il 
souhaite que la translation du corps de St 
Remy se fasse en présence de tous les eves- 
ques, on s'y dispose en cas que le concile se 
tienne : si la lettre cit longue j'ay cru que 
vous apprendriez volontiers le récit de l'ou- 
verture de la chasse de Remy. Je me rccom- 
mînde à vos sts sacrifices et suis 
Mon Révérend Père 

Votre très humble et affectionné confrère 

Paul de Rivery 
M. i! 
et sur le dos est escrit 

Au Révérend Père dom Nicolas Cocquebert 
Religieux de la Congrégation de StMaur. 
A notre dame de Josaphat 
Les Chartres. 
NOTA 

La chassa de St-Remy donnée par Mon- 
sieur Bourgeois ancien grand Piieurde St- 
Remy, est faite pai le nommé Lepicier orfè- 
vre de Reims payé deux cens Marc d'argent a 
38 le marc et 23 marc et demy a 27 prove- 
nant de l'ancienne chasse, elle conte treize 
miMesept soixante et seize livres, seize sols 
six deniers, dont la communauté a payé huit 
mille livres qui restoient à payer à la mort 
dudit M. Bourgeois qui en fit le premier 
marché en 1645, sa mort estant ariivé en 
1649. Cette chasse fut achevée en 1648 et le 
St Corps y fut déposé ou transieié en 1650 
le 19 du mois d'Aoust de la mesme anuée. 

NÉCROLOGIE 

François L&ui entie 

Nous avons annoncé en son temps la 
mort d-, notre cher et regretté collabora- 
teur, François Laurenlie. M. Maurice 
Barrés, dans l'Echo de Paris, consacre à 
François Laurentie et à son frère Gabriel, 
également tombé au champ d'honneur, un 
article admirable. Nous en extra) ons ce 
document, une lettre d'un territorial qui 
a été le témoin de la mort du brillant 
écrivain. 

Notre compagnie devait travailler en pre- 
mière ligne avec le génie... 

...Il n'eut au cœur aucun pressentiment; 
toute la journée, jusqu'au moment fatal (trois 
heures environ), il fut calme, tranquille. 
Quand les obus commencèrent à tomber, il 
ne s'émut pas, il ne craignait rien, Je lui fai- 
sais remarquer que les obus s'approchaient et 
qu'il fallait nous déplacer : « Je crois en la 
Providence >, me dit-il, et c'est alors qu'il 
fut tué. 

Il était connu de tous, non seulement des 
soldats du 27« territorial, mais encore des 



376 



zouaves et des tirailleurs qui le voyaient 
passer dans la tranchée. 11 imposait à tous 
par 8a haute taille, son ample barbe frisée 
qu'il avait laissé pousser, son grand air et sa 
distinction n^.turelle. 11 attirait les regards. 
Aussi la nouvelle de sa mort se répandit-elle 
comme une traînée de poudre et causa à 
tous la plus forte impression. 

C'est en ces termes que le capitaine 
avertit Gabriel Laurentie. 

Monsieur, depuis le commencement de la 
guerre j'ai eu malheureusement trop d'occa- 
sions de déplorer la mort d'un de mes sol- 
dats, mais je puis vous dire en toute sincé- 
rité que je n'ai jamais été plus ému que le 
jour où j'ai perdu votre frère. 

J'avais pour lui une profonde estime, non 
seulement pour sa conduite courageuse, 
mais aussi pour l'admirable dévouement qui 
l'avait amené parmi nous alors que sa place 
aurait pu être auprès des siens, en vertu des 
lois militaires. 

Il reste une grande figure du dévouement 
obscur ; je vous avoue que je l'ai toujours 
admiré, lui le savant, le cultivé, le favori 
du bien être, se pliant à ceite vie du soldat 
de campagne, pleine de détails si pénibles. 

Dans le rang, ce docteur es lettres, entre 
un laboureur et un ouvrier, marchait sans 
murmure et donnait l'exemple de supporter 
les privations, plus pénibles encore pour lui 
que pour tout autre. 

J'avais voulu lui donne, le grade de ca- 
poral pour le nommer ensuite fourrier; il 
m'avait refusé par conscience, craignant de 
ne pas être capable de remplir ces fonctions ; 
je l'avais proposé tout de même, estimant 
que je devais forcer sa conscience en le cou- 
vrant de mon estime. 

Il est mo t avant que cette nomination ait 
été faite. 

Nous vivons, monsieur, à une époque où 
les cœurs, 'out en restant tendres, doivent 
ê,re parfois enveloppés d'un triple airain : 
moi-même, qui vous écris sur cette feuille 
de deuil, j'ai dû, quelques jours après la perte 
de votre cher frère, subir la cruelle épreuve 
d'une mort qui a brisé mon cœur paternel. 

Je dois vous dire en terminant que nous 
avons enseveli votre frère dans son uniforme, 
seul linceul digne du soldat mort à l'ennemi, 
et il repose au cimetière du cantonnement... 

Nous avions pour François Laurentie 
autant d'admiration que de respect. Nous 
l'aimions dans sa tâche conduite avec 
tant de probité, de talent et de conscience. 
Nous tenons à ce que ces témoignages de 
ses frères d'armes soient inscrits danscete 
revue qu'il honora par sa collaboration, 
puisqulls achèvent de peindre l.i belle 
figure de ce noble Français. 



U Directeur-gérant : G. Montorgueil Imp.CLWc-DANiw.,St-Anriand-Moiit-hind 



LXXIÎI* Volume Farainant les /o, so et io de chaque mois 



10 Mai 1916 



N» 1439 



Sl'"*,r.Victor-!lS»S£é 

PAKÏ8 <IX«> Ch*rchtx et 



vous îrointoroi 



Sarosux : cie 3 ^ Gheures 




S II se faut 
H $titr'aider 



N» 1439 

3 «»<-,r. Victor '.««.^SKé 
PARIg (IX»> 

Bureaux ; de3i Sbcures 




0£S CiigRCHEUBS £T CUBIëUX 

Fondé en i 864 

O'KSTIONS ET iiKPONSES LITTERAIRES. akSTOHl'vfUKS, SCIENTIFIQUES ET ARTISTIQUES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 
__ 377 _ ^ ^^g 



L'INTERMEDIAIRE paraîtra du- 
rant Tannée 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'année de 
guerre 1915. 



De nos jours les anciens Fencir sont 
devenus les F^t«^r et sont les compagnons 
militants de la Société Stnn fein qu'un 
journal traduisait dernièrement : peme:( à 
nous. 

Quelque docte confrère pourrait-il me 
dire si ces termes de Fenians, Feneir et 
Feiner, sont philologiquemcnt de même 



Nous prions nos correspondants de \ 

uloir bien répéter leur nom au-dessous ] 

leur pseudonyme , et de n'écrire que '•■ - „ . 

d'un côté de la feuille. Les articles ano- j origine et quelle est leur étymologie ? 

nymes ou signés di pseudonymes inconnus \ L. AbET 

Les bleuets. — Qui a baptisé les 



ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, une j 

^"^1^"."''^''*^''"''^"''*''''"^ "'''"'''*"" 1 d^»^'^^^ Je^'-^s bleus, des bleuets. Mme 

^,°J^ ' , , . ^, j Juana Richard, Lesclide, tient Lucien Des- 

Indiquer les rubriques e leurs cote,. \ i^,,,^ ^^^^ j^^ ■ ^^ante dans 

<i^uand La question solltcue la connais- | j^g Annales ■ 

sauce d'une liste, la liste, sauj exception, \ Le mot, si joli, fait fortune :/« 5/.»^/. .' 

n est pas insérée, mais envoyée directement \ Au front des jouvenceaux frémit sa fière ai- 
à l'auteur de la question. j [grette : 

L'intermédiaire des chercheurs et eu- ! Ah ! comme elle est française et pimpante, 
rieux s interdit toute question ou réponse ! [et coquette, 

tendant à mettre en discussion le nom ou le ^^^^^ cocarde offerte à nos conscrits fluets. 
titre d'une famille non éteinte ^^'"^ ^^^^^ ces vers à « Lucien Descaves, 



ai^uedti0n0 



leur parrain, » Est-ce bien lui ? 



M. 



Fenians. — On trouve dans nombre 



Composition du pavillon vénitien 
de 1848. — J'ai déjà posé la même 
question, qui est restée sans réponse, au 



d'ouvrages 1 originehistorique de cette as- j sujet du pavillon adopté par le gouverne- 



socialion, qui revendique, smon l'indépen- 
dance, tout au moins l'autonomie de l'Ir- 
lande. Les Fenians se réclament "des Feneir, 
membres de la Fianna érenn, milice irlan- 
daise au lu* siècle. Ce n est donc pas sur 
ce point que portera ma question, mais 
sur celui-ci : 



ment provisoire institué à Venise, en mai 
1797, par Bonaparte. Je lis, à propos de 
celui du gouvernement que présidait Ma- 
nin, en 1848, que ce pavillon compre- 
nait « trois couleurs avec U lion de saint 
Marc) ». 

Quelles étaient ces couleurs, leur dis* 



LXXIIl-S. 



L'INTERMÉDIAIRE 



N» M39. Vol LXXIII. 

379 

position et la place qu'y occupait le lion 
emblématique ? 

Nauticus, 

Le royaume de la Basoche. — 

Deux de mes ascendants, deux frères, 
ont s rvi, l'un comme lieutenant, l'autre 
comme premier officier porte-drapeau au 
« Coipi des volontaires auxiliaires du 
Rovautue de la Basoche du Palais. » 

Je conserve divers certificats et pièces 
datés d'Août et de Septembre 1789^ et si- 
gnés entr'autres : Gouvion, major-oéné- 
ralde la garde nationale, — Lafayette, — 
Ducolombier, chancelier du Royaume de 
la Bazoche, etc. etc, qui attestent que les 
susdits « se sont conduits pendant les 
troubles qui ont agité la capitale avec 
l'activité, 1 intelligence et le zèle patrioti- 
que qui ont en général distingué MM. de 
la Bazoche »; et le major général Gouvion 
se dit à deux reprises — très flatté (sic) — 
de trouver l'occasion de rendre justice à 
ces messieurs. 

Qii'était donc ce « Corps », et quel a 
été son rôle dont, à ma connaissance, au- 
cun auteur n'a jamais parlé f je serais très 
reconnaissant à l'obligeant intermédiai- 
riste qui me donnerait quelques détails à 
ce sujet. 

Jeanne d'Artois. — Quels étaient 
les parents de Jeanne d'Artois, épouse de 
Simon deThouars tué le jour de ses noces, 
le 12 juillet i3bs? Etait-elle proche pa- 
rente d'Alix de Montaigu, nommée plus 
loin : Si oui, comment ? 

S. L, 

Comte de Barbai oux — Qui était 
un comte de Barbaroux dont le tombeau 
se trouve au cimetière de Turin et qui a 
donné son nom à une rue de cette ville, 
qui existait encore vers 1880, débaptisée 
aujourd'hui . 

Quels sont ces ascendants ? 

A-t-il laissé des descendants .? 

Paul de St-Yves. 

Famille de Blo8^et. — Peut-on me 
communiquer une généalogie de la famille 
de Blosset et fournir quelques renseigne- 
ments sur Nicolas Blosset et ses enfants ? 
Que dit dom Caffiaux sur cette famille ? 
Trouve- t-on des actes concernant cette 



580 



famille Blosset aux Archives Nationales et 
à la Bibliothèque Nationale.? 

S. L 

Bujault. — Pourrait-on me dire les 
nom et prénoms de la femme de Jacques 
Bujault (connu sous le nom de Maitre 
Jacques, le laboureur de Challoue) et où 
s'est-il marié ? 

Ainsi que ceux de sa mère ? 

P. B. 

Madeleine de Chalendas. — De 

qui était fille Claude Madeleine de Cha- 
lendas épouse de Bénigne de Ruel (1668).'' 
Elle eut des enfants. Existe-t-ii de la sur- 
vivance ? 

S. L. 

Hugo sur le volcan. — Un poète 
n'a-t-il pas représenté Hugo sur un vol- 
can, venant y chercher soit des sons et 
des images, soit une comparaison entre 
les éclats de sa parole et ceux de la mon- 
tagne en éruption ? 

Si oui, quel poète ? Quelle poésie : 
date et référence .'' 

Ergo. 

L'origine française de la famille 
ir andaise des Mac-MahoD. — Je ne 

sais plus où je lus que Mac Mahon 
est la littérale traduction en langue erse 
ou celtique de fit{ ut se, vieux français 
pour fils Or son : fils Je l Ours. La noto- 
riété du livre où je trouvai cette origine 
m'empêcha de garder note du fait. 

Or, ajoutait mon guide-âne, Fitzurse 
était le nom du principal assassin de 
Thomas Becket ; et, pour apaiser la malé 
diction publique, l'obséquieux serviteur 
de Henri 11 se réfugia sur les frontières 
d'Ecosse. Walter Scott retrouve trace 
{Ivanhoe, Richard en Palestine) de cet 
exode. 

Les descendants immédiats de Fitzurse 
préférèrent, a l'Ecosse, la retraite en leur 
château de Pontorson, sur les frontières 
de la petite Bretagne. Mais, en France 
comme en Normandie, la réprobation po- 
pulaire s'attacha au nom du Fils de 
lOurs ; surtout après la pénitence du roi 
d'Angleterre sous le porche de la cathé- 
drale d'Avranches; ses actes de munifi- 
cence à l'abbaye du Monl-Saint-.Michel et 
l'érection de l'église de Pontorson. Les 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 

381 382 



10 Mai 191e, 



Orson, (l'une de ses branches du moins, 
car un Orson commandait l'artillerie de 
Charles le Téméraire), durent émigrer en 
Irlande ; prenant soin de cacher leur nom 
anglo-français sous la langue du pays 
d'adoption. 

Un de nos confrères pourrait-il re- 
trouver le texte égaré ? 

Le Maréchal, j'ai raison de le croire, 
n'ignorait pas cette ascendance mouve- 
mentée. 

Elojean. 

Alix de Montaigu. — De qui était 
fille Alix de Montaigu, dite princesse de 
sang royal ? Elle vivait vers 1334. 

S. L. 

La Maréchale de Villars. — Où 

naquit, où mourut la Maréchale, Duchesse 
de Villars (Jeanne-Angélique Roque de 
Varengeville). Quelles sont les dates de 
sa naissance et de sa mort ? 

Patchouna. 

Armoiries à déterminer : allian- 
ces des Naturel. — écartelé : / d'a:^ur 
au lion passant d' ... accompagné en 
chef de trois hèfles rangés d'... 

II. d'or a la croix ancrée de gueules . 

III. da:(ur au chevron d'argent. 

IV. d'a:(ur à deux clefs en sautoir d' ... 

sur U tout d'or à une face d'a:(ur, ac- 
compagnée de trois merlettes de..., deux en 
chef une en pointe. 

Couronne de marquis, supports : deux 
aigles. Très beau cachet d'argent, fin, 
XV1I1«. 

Je suppose : i Mazuyer. U Danaas.III 
Genost, IV Clermont ? 

et sur le tout, naturel. 

Le cachet provient d'une demoiselle de 
Sainte-Colombe, morte sous la Restaura- 
tion. 

Pourquoi Mazuyer ? Le IV ne doit pas 
être Clermont. 

SoUI.GÉ-RlORGES 

(Les cachets sont à la disposition de nos 
collaborateurs). 

Armoiries à déterminer: tour ma- 
çonnée d'argent, — A quelle famille 
appartiennent les armoiries suivantes : 

Parti : au 1^'' de sinopleà une iour maçon- 
née d'argent — au 2« de gueule à a massues 



d^ argent foxées en pal et accostées ; au chef 
d*argent. 

Timbre : Couronne de comte. 

Supports : Deux lions regardants d'ar- 
gent. 

Maxime L. 

Ex-libris : ab Eijss. — Au verso du 
titre d'un ouvrage de théologie mystique : 
Mater amoiis ac doloris, par Ginther, 
Augsbourg 1710, est imprimé, timbré à 
l'encre noire, l'ex-libris ci-après : 

Ecartelé en sautoir, à 2 ^asces de gueu- 
les hochantes sut le tout, accompagné aux 
I et ^ d'une rose tigée et feuiUée , sui montée 
d'un oiseau. Chapeau ^ rangs de houppes 
mitre., crosse. 

En bas, sur une banderolle, ces mots ; 
L, M.,, ab Eijss, Epis, Ros, Supp, vie, 
gen. Trev. 

Je désirerais avoir la traduction de ce 
xno\. ab Eijss . 

H. H. 

Bagues aux signes du Zodiaque. 

— De quels pays viennent ces bagues d'or, 
que l'on trouve de loin en loin chez les 
marchands de bijoux d'occasion, et qui 
portent en relief les douze signes du Zo- 
diaque? Le Capricorne y est représenté 
par un signe assez compliqué qui n'est 
pas usité en Europe. 

Ont-elles dans leur pays d'origine une 
signification particulière ? 

A. DE Prat. 

Marque des Juntas, — duelle est la 
signification des initiales L. A. que l'on 
remarque de chaque côté du lys rouge 
des imprimeurs Juntas.-^ 

A, DE Prat. 

La lettre grecque minuscule \^. — 

Je lis dans un bulletin de Société Lin- 
nienne que les petites dimensions (12 à 
15 [J-) des cellules de l'encéphale des pois- 
sons rendent leur étude fort difficile. 

Quelle est la valeur en dimensions mé- 
triques de la lettre grecque minuscule a. 

Albero. 

Shakespeare à Elseneur. — M. |es- 
sen a adressé au Temps, cette lettre : 

Dans l'article que le Temps a consacré à 
la mémoire de Shakespeare, il est dit que ce 



N» 1439. Vol. LXXIll. 

383 

maître immortel « n'a connu que sa petite 
ville (Stratford-on-Avon), son comté et ton- 
dre» ». Est-ce bien certain ? I! !-e trouve en 
tout cas des littérateurs et des historiens sa- 
vants qui inclinent à croire que l'auteur 
A' Hamlet a bien en personne, visité Else- 
neur, ce port du Sund, où s'affairent encore 
sans trêve de nombreux navires. 

Je ne prétends pas que la visite de Shakes- 
peare à Elseneur soit un fait document d'après 
les méthodes irréfutables de la science mo- 
derne. Mais il y a de ces indices qui sont de 
grand poids pour l'histoire comme pour -la 
Justice. 

Le maître qui faisait de la Bohême < un 
royaume entouré de mers » ne se souciait 
guère de l'exactitude géographique ou ethni- 
que. Et pourtant parmi tous ses drames //aw- 
lei, est localisé avec une telle précision à El- 
seneur et à son château, le Kronborg (c châ- 
teau de la Couronne ») qu'il semble impossi- 
ble que le poète ne les ait pas vus de ses 
yeux. Certes, ce n'est pas une preuve suffi- 
sante que l'auteur de Jules Cé^ar, du Roi 
Lear et du drame passionnel du général mort 
au service de la république de Venise, ait 
choisi pour héros une figure de la légende 
nordique, ce roi Amied (ou Amlode), dont le 
nom, depuis l'antiquité, avait acquis la signi- 
fication de « sot » ou de « fou », et dont les 
skjalds islandais mentionnaient déjà les « ré- 
ponses étranges ». Mais il y a autre chose. 
On a trouvé (vers l'an 1845), dans les archi- 
ves de l'hôtel de ville d'Elseneur, des indica 
tions de dépenses faites, au cours de l'été 
1582, à l'occasion des représei.tations des 
« comédiens anglais qui y jouaient », proba 
blement pendant les fêtes données au châ- 
teau par le roi Frédéric II en l'honneur de 
l'ambassade britannique qu'il recevait le 
10 août à Elseneur. Le roi avait donné des 
ordres détaillées pour la réception au Kron- 
borg des ambassadeurs anglais ; il était très 
fier de la construction de cet admirable châ- 
teau, une des merveilles de la Renaissance 
danoise, qu'il venait à peine de terminer et 
où on pouvait admirer alors comme aujour- 
d'hui la terrasse sur la mei, conduisant des 
appartements du roi à ceux de la reine. 

Le roi Frédéric arrivait à Elseneur avec 
une suite nombreuse et brillante. Parmi 
cette noblesse danoise se trouvaient, notons- 
le, un Rosenkrands et non moins de trois 
seigneurs portant le nom de Gyidenstjerne. 
On sait qu'un Rosenkrantz et un Guldens- 
tern figurent parmi les compagnons d'Ham- 
let et l<is personnages du drame. 

Quand Horatio demande au prince de Da- 
nemark ce que signifie au château d'blscneur 
la sonnerie des clairons et les salves des ca- 
nons, Hamlet répond que c'est le roi qui 
s'enivre avec ses convives, et chaque fois 
qu'il vide son hanap les trompettes et les 



L'INTKRMRLMAIRE 



384 



mortiers annoncent comme il a su magnifi- 
quement boire. Or Frédéric H — un vrai roi 
de la Renaissance nordique — avait expres- 
sément fait donner des ordres pour que les 
pièces d'artillerie placées dans la tour du 
château dominant l'entrée du Sund fussent 
prêtes pour tirer à l'occasion de la visite des 
ambassadeurs anglais qu'il entendait voir 
traités d'une manière digne d'un monarque 
qui régnait du cap Nord aux rives de l'Elbe 
et recevait de si grands personnages. 

Mais il y a plus encore. Dans Hamlet, le 
roi et sa cour font jouer la comédie au châ- 
teau d'Elseneur. Nous savons d'autre part, 
d'une façon irrécusable qu'une troupe de 
comédiens anglais a donné des représenta- 
tions dans la petite ville du Sund vers l'an 
1582. N'est-il donc pas au moins vraisem- 
blable que William Shakespeare ait été l'un 
de ces comédiens et qu'il ait vu de ses yeux 
l'admirable décor que sa poésie a immorta- 
lisé? 

N'y a-l-il pas là plus qu'une simple hypo- 
thèse ? 

La question est fort intéressante. Nous 
ne nous flattons pas de trouver la solu- 
tion : ce droit trop présomptueux. En 
tout cas, c'était notre devoir de poser 
cette question en des termes aussi trou- 
blants.' 

Le cléricalisme, voilà l'et^nemi ! 

— Parlant dans le Figaro du 3 avril 1916 
de la visite faite au Pape par M Asquith, 
Polybe écrit : 

Gambetta, très résolument concordataire 
pour des raisons de puissance, était trop de 
son temps et il connaissbit trop bien la dé- 
mocratie pour ne pas regarder la séparation 
des Eglises et de l'Etat comme la solution 
inévitable de l'avenir. Mais il était aussi 
trop bon logicien, et trop loyal « pour ne 
pas isoler », comme il disait, « au point de 
vue concordataire >, la question de l'ambas- 
sade au Vatican. 

L'homme qui empruntait à son vieil ami 
Peyrat, pour la lancerdans la politique et la 
graver dans l'histoire de la troisième Répu- 
blique, la fameuse formule : « Le clérica- 
lisme, voilà l'ennemi... », j'attends qu'on 
le traite de clérical, lui aussi, pour l'amu- 
sement de nos ironies. 

J'avais toujours cru que cette formule 
était bien de Gambetta qui, si je me ré- 
fère au Dictionnaire Latousse,\a prononça 
à la tribune de la Chambre, le 4 mai 

Faut-il rendre a Peyrat ce qui est a Cé- 
sar ? Gustave Fustier. 



DES CHERCHEURS 

38c 

à tout et ne suffît à 1 



ET CURIEUX 



10 Mai 1916 



386 



L'esprit sert 
rien. — De qui est cette maxime ? 

O. G. 

Le bon temps où nous étions si 
malheureux. — Qui a écrit cette pa- 
role de douce philosophie ? Peut être Bé- 
ranger ? Peut être Chateaubriand. 

D. R. 

Une tranche de vie. • De quand 
date cette expression : à qui faut-il l'at- 
tribuer ? 

E. N. 

Dana !a peau du bonhomme. — 
Dans ses Mémoires (Tallandier, éditeur, 
75, rue Dareau, 191 1) Madame Judith, 
sociétaire retirée de la Comédie française, 
attribue (pages 164 et 165) l'origine de 
cette expression à son camarade Bignon, 
qui tenait le rôle de Danton dans la 
Charlotte Coiday de Ronsard 

Lui-même, dit Madame Judith, eut cons- 
cience d'avoir excellemment joué, et, à 
la fin de la repréientation, il dit dans un cer- 
cle d'artistes et d'abonnés : Je crois être 
entré carrément dans la. peau du bonhomme. 
Expression qui a fait fortune depuis, mais 
qui n'avait encore jamais été employée, et 
dont Bignon fit, à cette occasion, le piemier, 
usage. 

Ces mémoires de Mme Judith (Judith 
Bernât, veuve Bernard Derosne 1^2-] — 
28 octobre 1912) sont remplis de détails 
très intéressants sur toute la période de 
1835 à 1871. 

V. A. T. 

Usiner. — Une nouvelle expression 
vient de s'introduire dans lalangue: Usiner 
^oux fabriquer. N[. Albert Thomas l'em- 
ploie et d'autres. M. Pierre Hanip, écrit 
L'Humanité, 28 avril 1916) : « La femme 
était depuis longtemps ouvrière en mé- 
taux.. . Elle usine l'obus de 75 ». 

Que pense-ton de ce récent intrus.-* 
Qu'est-ce qu'usiner veut dire ? 

A. B. X. 

Chf.rivari de cuir. — Dans ses Sou- 
venirs, Théodore de Banville décrit les 
guenilles pittoresques d'un miséreux dont 
Frédérick-Lemaitre se serait inspiré pour 
composer le costume de son personnage 
de Robert Macaire dans l'Auberge des 
Adrets et, à ce propos, s'exprime ainsi ; * 



Ce qu'il fallait voir, ce qu'il (allait admirer 
en silence, ce qu'il fallait admirer à genoux, 
c'était le pantalon de drap rouge ! Autrefois 
pantalon militaire à charivari de cuir, mais 
effrontément racommodé maintenant avec des 
pi'^ces de couleurs les plus hétéroclytes {sit)^ 
par quel artifice, par quelle métamorphose, 
par quel avatar, ce pantalon de cavaleiie, qui 
évidemment était né flottant et larga, 
avait-il pu devenii pantalon callant P 

D'après les dictionnaires, le mot cha- 
rivari désigne le pantalon garni de cuir 
entre les cuisses et de boutons sur les 
côtés en usage dans la cavalerie française 
pendant la première moitié du xix» siècle. 
L'origine du mot charivari est inconnue ; 
mais comment ce vocable qui, au sens 
propre, signifie, d'après Littré, « tout 
bruit discordant et tumultueux », est-il 
arrivé à désigner cette partie d^ l'uni- 
forme français que l'adoption des basanes, 
puis celle des houseaux, ont successive- 
ment modifiée ? 

Un Bibliophile Comtois. 

Auditiouner. — Si V Intermédiaire est 
un puori, je lui envoie et néologisme 
affiché sur tous les murs d'Auteuii, Un 
professeur de chant, pour attirer les élè- 
ves, leur pi omet de les faire auditionner 
gratuitement tous les quinze jours par 
une Madame de St-A., parait-il. illustre. 

Ard-D. 

L'écre visse et le poxc. — C'est 
une fable évidemment. Mais que faut-il 
penser de l'active et si pernicieuse in- 
fluence du porc sur l'écrevisse que je 
trouve signalée dans la note suivante : 

Ce crustacé a une si giande aversion pour 
les porcs que, s'il en passe auprès de lui, 
cela le fait crever, c'est pourquoi dans le 
Brandebourg où la pèche ea est abondante 
les voituriers qui les transportent sont obli- 
ges de faire sentinelle la nuit pour empêcher 
Lju'il ne se glisse quelque pourceau sous 
leur chaiielte, car, s'il s'en glissait un, ils 
ne trouveraient pas une seule de luurs ecre- 
visses en vie le lendemain matin. 

L'abbé Manet (^Histoire de la petite 
Bretagne 1834, tome I, p. 103) donne ce 
fait comme une des raisons qui expliquent 
labsence d'écrcvisses en Bretagne, ou 
le porc abonde et circule librement. 11 
s'appuie sur un « Mémoire de l'Acadé- 
mie des Sciences, » année 1709, p. 411, 
de M. de Vanhelmonl. 

René Vullès. 



N» 1439. Vol. LXXIIl. 

387 - 



L'INTERMEDIAIRE 



Rrpo^ïiitô 



Paris vaut bien une messe (T. G., 
677). — Ce mot, si souvent reproduit, 
a t-il été réellement prononce parHcnri IV, 
lors de son abjuration, ou bien, comme il 
arrive souvent, le mot a-t-il été forgé 
après coup ? 

|e remarque que M. Félix Rocquain n'y 
fait point allusion dans son intéressant 
article : Les Espagnols en France sous 
Henti ÎV . Le Roi ei la Nation, paru dans 
la Revue hebdomadaire du 15 avril dernier. 

J. W. 

Henri IV, le combat d'Aumale et 

les du Mesii.l (LXXIII, 234). — Je ne 
puis rien affirmer au sujet des du Mesnil, 
mais seulement qu'Henri IV fut blessé à 
Aumale et qu'il avait avec lui également 
des catholiques, notamment Charles de 
Humières, gouverneur de Compiègne, qui 
fut blessé, lui aussi, peu après, à Poix, 
{Cojnpicgne pendant la Ligue, p. 337). 

Je n'ai pas ici les documents nécessaires 
qui m'ont permis d'affirmer ce fait, ce 
doit être d'après la vie de Humières, Bibl. 
nat. Fr. 3425,61 d'après le Ms. d'un bour- 
geois de Compiègne, contemporain, 
Claude Picart. X. B. 

Le corps de saint Vincent de 
Paul à Saiat-Lazare(LXXIII, 283, 347;. 
— Le tombeau de saint Vincent de Paul 
fut ouvert pour la première fois en 1712, 
on dut constater que Dieu n'avait pas pré- 
servé de la corruption le corps de son 
serviteur. 

Les restes furent déposés dans une 
châsse en or placée au dessus de l'autel 
de Saint-Lazare (aujourd'hui prison Saint- 
Lazare). 

En 1792, le gouvernement réclamant 
tous les objets d'or et d'argent, s'empara 
de la châsse et laissa les reliques En 1806 
ces reliques fuient portées au noviciat des 
filles de la Charité rue du Vieux-Colom- 
bier, aujourd'hui caserne des Pompiers ; 
puis rue du Bac ; et jnfin, au mois 
d'avril 1830, rue de Sèvres 95, à la cha- 
pelle de la maison mère de l? Congréga- 
tion des Pères de la mission, plus connus 
sous le nom de Lazaristes, de leur an- 
cienne maison du faubourg St-Denis. 

E. P. 



388 

« 

* * 

Dans leur livre sur la Société fran- 
çaise sous le Directoire, les frères de 
Concourt ont parlé de la célébration de 
la fête de saint Vincent de Paul, c dont 
un notaire a gardé le corps pendant la 
Révolution ». p. 237. Le corps de saint 
Vincent de Paul, a été dépose, en 1830, 
au dessus du maître-autel de la chapelle 
des Lazaristes, à Paris, rue de Sèvres. 

G. D. 

Les cheveux blancs de Marie- 
Antoiuette (LXXIU, 104, 152, 247, 
325). — Un de mes amis, qui était ufli- 
cier d'Etat-Major dans l'Est au moment 
du recul de Morhange en août 1914, se 
trouvait sur place lors de la condamna- 
tion à mort d'un chef de bataillon qui 
avait lâché pied devant l'ennemi. Il m'a 
raconté, entr'autrcs détails, que pendant 
les douze ou quinze heures qui s'écoulè- 
rent entre larrèt et l'exécution, les che- 
veux du condamné étaient devenus com- 
plètement blancs de brun foncé qu'ils 
étaient d'abord, 

A. P. L. 

* 

* • 

Au point de vue scientifique la décolo- 
ration subite des cheveux ou canitie ra- 
pide, n'est acceptée que si elle est prou- 
vée. On a donné des exemples nombreux 
qui ne semblent pas très authentiques, et 
notamment l'histoire bien connue du 
cardinal Donnet est sujette a caution. 

Cette guerre, avec ses spectacles terri- 
fiants, ses shocks nerveux intenses, si 
féconde en troubles émotionnels graves, 
ne semble pas avoir provoqué souvent 
l'accident qui nous occupe. Je signalerai 
cependant l'observation du D"" Lebar : 
Sur un cas de canitie précoce, publiée dans 
les Bulletins et Mémott es de la Société Mé- 
dicale des Hôpitaux de Paris, n*"» 22-23, 
i"' juillet 1915. 11 s'agit d'un )eune soldat 
qui fui projeté par l'éclatement d'une 
mine et brûle superficiellement au visage 
au front et a la région temporale gauche. 
Il s'aperçut, avec surprise^ le lendemain, 
qu'il avait des loulfjs de cheveux blancs 
sur le coté gauche de la tète. Ces cheveux 
forment quatre touffes séparées par les 
cheveux normalement noirs du reste du 
crâne ; leur Coloration est blanche de la 
base a l'extrémité, le bulbe lui-même est 
décoloré. 



389 

L'auteur fait remarquer que si on ac- 
cepte la théorie de Metchnikoff qui fait 
dériver la canitie de la destruction du 
pigment du cheveu par les cellules pig- 
mentophages, il faut admettre que l'é- 
branlement nerveux, dans la canitie pré- 
coce, a mobilisé brusquement ces cel- 
lules. 

11 resterait à savoir pourquoi cette mo- 
bilisation subite est si rare et comment 
elle se produit dans certains cas. 

Labéda. 

L'accident, arrivé à l'acteur Brizard, ra- 
conté par M. Arthur Pougin, s'explique 
par des exemples analogues, dont les ou- 
vrages spéciaux de Médecine conservent 
des souvenirs précis. 

Mais tout dépend des hommes et des 
femmes, et des circonstances. — Voici 
deux preuves : 

1° Femme. — Pendant mon séjour 
comme interne des hôpitaux aux Enfants- 
Malades [1888], j'ai entendu mon vénéré 
chef, le D' A. Olhvier, raconter le cas 
d'une toute jeune fille devenue toute 
blanche, par peur, instantanément, en tra- 
versant, la nuit, le parc de St-Clcud. 

2° Homme. — L'accident, qui est à l'ac- 
tif de l'acteur Brizard, m'est arrivé à moi- 
même. En 1882, dans la rivière de l'Erdre 
près Nantes, j'étais en bateau, avec mon 
camarade Vignard, actuellement profes- 
seur de clinique chirurgicale à Nantes. 
Sous un pont, comme Brizard, je suis 
tombé à l'eau. J'avais 22 ans, — Sous 
le pont, je m'accrochai alors à une touffe 
d'herbes qui lâcha. J en fus quitte pour 
gagner le bord à la nage, quoiqu'alors je 
ne savais pas nager (absolument authenti- 
que, quoiqu'invraisemblable)! Malgré cela, 
je n'ai pas eu peur, puisque mes cheveux 
n'ont commencé à blanchir que huit ans 
plus tard. [Concours. — Ne sachant pas 
nager j'aurais dû avoir très peur ! Mais 
j'étais déjà interne des hôpitaux et accou- 
tumé aux opérations, aux autopsies et à la 
mort ! — Si Brizard avait été, jadis, étu- 
diant de médecine, ses cheveux n'auraient 
pas eu, à ce point, le trac. Car, quoi qu'on 
en dise, cette forme de « trac » est très, 
très rare 1... 

D' Marcel Baudouin. 

Portrait de Madame de Lamballe 
(LXXIII, 143, 246}. — Un portrait de la 



10 Mai X916. 



390 



princesse est conservé au château des 
Perrais à Yvré-le-Palin (Sarthe). 11 fut 
donné par elle à Louise de Broc, dame de 
Pommery (i7=,2-i8oi) une de ses dames 
d'honneur. 

L. C. 

Le Musée Carjiavalet possède un petit por- 
trait de forme ronde, entouré d'un cercle 
d'or et intitulé : 

— La princesse de Lamballe, miniature 
faite à la prison de la Force. 

La princesse est représentée en costume 
de deuil, corsage noit sur giaimpe blanche; 
coiffée d'un bonnet blanc tuyauté entouré 
d'un large crêpe ou ruban noir faisant le tour 
de la tête, descendant sur les épaules et ve- 
nant se nouer sur la poitrine. La figure est 
maigre et fine, les cheveux blonJs sont 
abondants et frisent sur le front. L'authenti- 
cité de ce portrait, qui ne s'appuie sur aucun 
texte, nous paraît bien contestable, au moins 
en ce qui touche son exécution à la Force. 
Nous u'ocserions nous prononcer pour ce qui 
concerne la ressemblance, encore qu'il n'y 
ait aucun point de concordance entre elle et 
le dessin de Gabriel, niais il nous est impos- 
sible de penser que Mme de Lamballe, dans 
l'état d'esprit où elle se trouvait A\x 19 août 
au 2 septembre, inquiète sur le sort de la 
famille royale qu'elle venait de quitter au 
Temple, bouleversée sur îon propre compte, 
les oreilles pleines des rameurs de mort 
qu'elle enlendait, de sa fenêtre, gronder 
dans la rue, se soit prêtée à toutes les minu- 
tieuses préciosités d'un miniaturiste préparant 
sou ivoire, étalant ses couleurs, sortant ses 
flacons et ses pinceaux. 

Passe encore du dessin de Gabriel, crayonné 
à l'improviste dans la cour, sans qu'elle le 
vit ; mais il n'en est pas de même de l'exé- 
cution d'une miniature qui demande du 
temps et des soins. 

Mme de Tourzel, d'ailleurs, qui ne la 
quitta pas à la Foice, n'en parle nullement 
dans ses Mémoires. 

Jusqu'à la fin, ainsi que nous venons de 
le dire, la marquise resta auprès d'elle ; elle 
fut la dernière fidèle, la dernière amie qui 
l'accompagna jusqu'à la porte de la mort. 

— Je ne quittai pas un instant, écrit-elle, 
cette pauvre princesse tout le temps qu'elle 
fut dans cette cour. Nous étions assises à 
côté l'une de l'autre quand on vint la cher- 
cher pour la conduire à cet affreux tribunal. 
Nous nous serrâmes p. ur la dernièie fois... » 

[Essais sur la mort de Madame la prin- 
cesse de Lamballe, par M. Lucien Lambe.-îu 
1902, p. 18). 
Ces mémoires sont rédigés avec trop 
' de précision pour que leur auteur ait omis 



K» 1439. Vol. LXXIII. 



L'INTKRMEDIAIKE 



39' 



392 



de parler de l'exécution de la miniature 
si la chose avait eu lieu. 

L. L. 

Commissaires aux ai mées oous 
la Révolutioa (LXXIl ; LXXIII, 1 1 , i'52). 
— Une contusion parait s'établir. M. Al- 
bert N[A{hiez{L' Œuvie, 4 mai 1916) com- 
pare les commissaires aux armées, aux 
intendants de Richelieu : 

Ce grand homme, qui sentait e;i Français, 
ne recula pour sauver la France devant au- 
cune innovation, devant aucune audace. L'ar- 
mée au début échappait à son contrôle. Elle 
dépendait de grands seigneurs pourvus de 
hautes charges à titre presque héréditaire. 
Pour faire obcir les raarécliaux, capitaines- 
généraux, généraux, Richelieu institua le mi- 
nistère de la guerre et il en pourvut un civil, 
un homme < de robe longue ^, Sublet de 
Noyers. Les grands offices subsistèrent, mais 
ils furent réduits à une sorte d honorariat. 
c Rien ne se fit encore, dit d'Avenel, p-ir 
l'ordre du ministre et en ion nom, mais tout 
ou presque tout passa déjà par ses mains. 
Les maréchaux, ies coloueis-généraux trou- 
vèrent cette ingérence d'autant plus péiiib e 
qu'entre eux les ho urnes de guerre obé.i- 
sa.ent peu et à contre-cœur. » Richelieu 
brisa leur résistance. « Ces/ par les civils, 
d;t encore d'Avenel, que! fut instituée la 
ili^ciphne militaire. » 

Pour faire exécuter les ordres du ministre, 
le cardinal choisit dans lo conseil du roi de 
jeunes maîtres des requêtes pleins d'énergie 
qui eurent la commission » de mater les 
chefs récalcitrants. 

Ces bourgeois, ces roturiers en robes lon- 
gues portèrent le titre à'iniendants ou de 
commissaires départis. Us comptèrent les 
sacs de blé, les barils de poudre, ils passé. ent 
les troupes en revue pour vérifier les effectifs 
ils destituèrent les officiers prévaricateurs, 
ils rédigèrent de terribles rapports contre les 
chefs incapables, 11 faut entendre comment 
d'Avenel nous vante leur action bienfaisante : 
« Les termes de luur commission les auto- 
risent à intervenir dans toutes les affaires 
d'administration et même de s'immiscer dan.s 
le commandement. Ils doivent se trouver 
aux conseils de guerre, « connaître de tous 
crimes, délits, abus et malvers;;tions qui se- 
ront commis » en l'armée, « avoir l'œil à la 
direction, maniement et di iribution » des 
services du roi, ordonnance! les états de paie- 
ment dressés par le général en chef, contrô- 
ler les opérations des trésoriers, se fane pré- 
senter < les extraits de montres et revues » 
pour avoir l'efïectif vrai des régiments et 
des compagnies. Ils surveillent les compta- 
bles ' ils surveillent les fournisseurs, Ils cens* 



j truisent les ponts, élèvent des fortifications, 
distribuent des vivres, des vêtements, dts 
couvertures aux troupes. Ils sont les adminis- 
trateurs de 1 armée et ils en sont les grands 
juges... » 

Bref, ils sont déjà à la lettre, les procon- 
suls de la Convention. D'Avenel nous dit 
que Richelieu ne les trouvait jamais trop 
hardis, car « il appréhendait de laisser à un 
seul homme la disposition d'une armée ». Là 
encore, le grand cardinal pensait comme un 
Carnot ou comme un Robespierre ; tant il est 
vrai que les hommes d'Etat qui ont fait la 
France victorieuse, la France grande et res- 
pectée, sont des esprits de la même fa- 
mille ! 

Que pense-t on à {'Intermédiaire de 
cet!" analogie ? 11 est bien entendu qu'il 
ne s'agit pas d'établir une controverse 
politique, mais historique, (i) 

V 

Commis'^air^s civils ?ux armées 
sous la Révolution (LXX ; LXXIII, 
11, 152;. — iVl. Téry, voulant justi- 
fier — dans le journal VŒuvre du 2 mai 
1916 — l'institution des Commissaires 
civils aux armées, parle de Commissaires 
des guerres qui auraient existé sous notre 
ancienne monarchie. 

H y avait alors des intetidants aux ar- 
mées., dont on a fait les Commissaires des 
guertes. sous le premier Empire ; mais les 
uns et les autres remplissaient des fonc- 
tions purement administratives telles que 
les remplissent les Intendants militaires 
actuels, et leur rôle notait pas du tout 
celui des Commissaires civils aux aimées éc 
la Révolution. 

H. DE L. 

Le tombeau de Napoléon I" à 
l'île Saime-Héiène 'LXXIII, 86, 15s, 
199,249). - Dès I854, Napoléon 111 avait 

j conçu le projet d'acquérir au nom de la 
France l'habitation et le tombeau de Tlim- 
pereur, son grand-oncle, à Sainte-Hélène, 
pour les soustraire à une destruction dé- 
finitive par suite des scandaleuses spécu- 

1 lations dont ils étaient l'objet, mais il ne 
fallut pas moins de trois années de négo- 
ciations pour aplanir toutes les difficultés 



(l) Nous appuyoîii sur cette distinction : 
nous ne soufti irons aucune allusion politique, 
Vlniernté^iuire cs\ f<,rnié à ce genre de con- 
troverse. 

La R. 



OKS CHERCHEURS ET CURÏKUX 



lo Mai 1Q16. 



394 



de cette cession par le gouvernement an- 
glais En 1897, 'e Corps législatif vota un 
crédit de ic5o.ooo francs sur lesquels 
40.000 fr. furent versés au sieur Stephen 
Pritchari, propriétaire du tonibeau et des 
terrains l'environnant, d'une contenance : 
de 13 hectares 38 ares ; en ce qui concer- | 
naît l'habitation de Longwood, partie j 
d'un vaste domaine appartenant à la cou- | 
ronne et loué a long terme, 87.500 francs j 
furent accordés au fermier Isaac Moss pour : 
indemnité et résiliation de son bail qui ne ;• 
devait expirer qu'en 1873 ; et 50.000 fr. l 
furent payés au gouvernement colonial i 
pour la reconstruction ailleurs des bâti- | 
ments destinés à remplacer ceux qui | 
étaient cédés. Moyennant quoi une or- | 
donnance locale du 18 mars 1858, ratifiée ■ 
le 7 mai suivant par la Reine d'Angle- 
terre, déclara ces immeubles, propriété 
française (Consulter l'ouvrage de M. Al- 
béric Cahuet : Après la nwt de V Empe- 
reur^ Paris, Emile-Paul). 

Un ancien soldat du premier Empire, 
le commandant de Rougemont, fut alors 
envoyé dans l'Ile Sainte-Hélène pour veil- 
ler à la conservation de ces reliques his- \ 
toriques qui avaient subi les plus lamen- j 
tables détériorations (on sait que la mai- | 
son de l'Empereur, notamment, avait été .; 
convertie en moulin et en écuries). \ 
C'est pourquoi, à la fin de 1858. ie capi- | 
taine du génie E. Masselin fut chargé par > 
le comte Walewski, ministre des Affaires ■; 
étrangères, de la réparation et de la re- j 
constitution des lieux dans leur état pri- ^, 
mitif. 11 a rendu compte, dans son livre ' 
Sainte-Hélène (Pion, 1863), de ses Im- I 
portants et minutieux travaux qui ne du- j 
rèrent pas moins de 21 mois. | 

A Monsieur de Rougemont succéda, \ 
comme conservateur du domaine de 
Longwood et aux appointements de 9000 
francs, un garde du génie, M. Mareschal, | 
assisté de deux soldats français, le capo- f 
rai Morilleau et le sapeur Moutardeau, 1 
qui remplissaient le rôle de gardiens de ! 
la maison et du tombeau, avec des trai- \ 
tements de 4000 et de 3500 francs. Mou- ( 
tardeau mourut en 1873 et, par une \ 
bonne fortune inespérée, le caporal Mo- | 
rilleau fut nommé à la place de M. Ma- . 
reschal. A son décès, survenu en 1907, ; 
ce fut sa femme, une anglaise de l'Ile, 
qui continua ses fonctions, sans qu'on ait 
osé toutefois aller ju-squ'à la titulariser 



officiellement Par la suite le conservateur 
fut et est encore, je crois, M. Roger. 

Depuis la restauration par le capitaine 
Masselin, l'entretien des constructions 
avait été fort négligé — à part les papiers 
de tenture renouvelés avec beaucoup de 
mauvais goût en 1885 — et une ruine 
nouvelle s'annonçait comme imminente. 
Le gouvernement de la République avait 
considéré longtemps ce domaine natio- 
nal comme une inutile charge pour le 
budget des Affaires étrangères qu'il gre- 
vait encore, malgré diverses réductions, 
de 9000 francs par an (6000 fr. au profit 
du gérant et 3000 fr seulement pour sa- 
laires des gardiens, réparations et impôts). 

Cependant, à la suite de protestations 
contre le délabrement dans lequel il était 
abandonné, un rapport sur son état avait 
été demandé au contre-amiral Boue de 
Lapeyrère en 1905 et il s'en suivit quel- 
ques réparations sommaires, des couches 
de peinture, puis un second remplacement 
des papiers en 1911. C'était tout à fait 
insuffisant, et M. Roger écrivait en 1913 ; 
<*. Je m'efforce de consolider cette vieille 
maison pour pouvoir la faire tenir debout 
pendant quelques années encore » . 

Cette fois, son appel désespéré fut 
écouté et un amendement au budget de 
19 14 fut présenté par MM. Engerand, 
Maurice Barrés, l'amiral Bienaimé, Bé- 
nazet, Jules Delafossc, le commandant 
Driant, Lannes de Montebello, Millerand, 
Henri Pâté, Paul Boncourt, le général 
Pédoya, D. Pugliesi-Conti, Raiberti. J. 
Reinach, Marcel Sembat et de Villebois- 
Mareuil, dans le but « d'augmenter de 
20.000 francs le crédit des 358.000 francs 
au chapitre 20 du budget des Affaires 
étrangères, pour assurer, en l'Ile Sainte 
Hélène, l'entretien du domaine de Long- 
wood où mourut Napoléon l*"" » 

Mais je ne saurais dire — le fait est du 
reste facile à éclaircir — si les complica- 
tions financières et autres produites par 
les événements subséquents ont permis 
la mise en œuvre, pourtant urgente, de 
cette affectation. 

Pierre. 



Ce qu'on a dit des Allemands 

(LXX ; LXXl ; LXXU; LXXIll, bo). - En 
parcourant la collection de V Intermé- 
diaire, nous retrouvons la nota de M. E. 



,• i43f. Vol. LXXIII. 

39S - 

Fyot, au n° du lo avril 



L'INTERMEDIAIRB 



396 



1915, col. 288. 



Ce « manuscrit duxvii* siècle >, conservé 
à la Bibliothèque municipale dijonnaise, 
est-il véritablement inédit, du moins dans 
sa partie qui traite de la « différence des 
humeurs » des cinq nations ? Nous nous 
permettrons d'en douter. 

Nous avons, en effet, publié naguère, 
dans la Revue Germanique de notre pau- 
vre ami Piquet — dont nous ne savons 
rien depuis octobre 1914, date à laquelle 
il nous envoyait, de l'Université de Lille, 
de curieux renseignements sur la première 
occupation boche de la ville — , une note 
sur les Otid de N. J. Gundling, parus en 
1706-1707 à Francfort en 3 Patties, où il 
est fort question du tempérament des 
peuples européens et dans des termes à 
peu près analogues à ceux du manuscrit 
en question Cette note se trouve dans 
le fascicule de mars-avril 1910 de la Re- 
vue Ger^nanique^ p. 188- 191, Si M. E. 
Fyot veut s'y reporter, puis collationner 
avec celui du manuscrit le texte de Gund- 
ling — ce que nous ne pouvons faire 
dans notre situation présente — , peut- 
être sera-t-il à même de fixer ce point, 
en somme minime, mais toutefois inté- 
ressant 
rée... ? 



d'histoire littéraire compa- 

C. PiTOLLET. 



L'incendie de la flotte romaine 
par Archimède (LXXIll, 1 39,276, 296). 
— La bibliographie de cet épisode du 
siège de Syracuse serait « considérable » 
J'emploie à dessein ce vague adjectif ; 
car les anciens se copiaient entre eux 
tout autant que les modernes. 

Nul argument décisif ne ressort des 
rapports grecs et latins. Le premier, 
BufFon requit l'expérience. D'après Con- 
éorcQi{Eloge de M. de Buffon), elle réus- 
sit ; et, sur la foi du philosophe, sur la 
foi de ceux qui le copièrent, nos manuels 
classiques confirment le fait... 

Pourtant, la machine thermique de 
Mouchot, perfectionnement, disait-on, du 
réflecteur de Bufl'on, a disparu de l'ima- 
gerie officielle. Mauvais signe ! car cette 
éclipse inexpliquée ne provient malheu- 
reusement pas de la conscience acquise 
d'une confusion de la richesse de l'instru- 
mentation physique avec le choix judi- 
cieux des phénomènes à exposer... 

Un physicien italien reprenant, sous 



le ciel de Syracuse, l'entreprise d'Archi- 
mède saurait seul clore le débat. 

Elojean. 

Lescompagniesde routiers (LXXIll, 

283). — Que notre collaborateur lise la vie 
d'Arnaud de Ccrvole, surnommé l'Archi- 
prêtre, par Aimé Cherest, intitulée L'ar- 
chiprctre^Epiiode de la guerre de Cent Ans. 
Voir aussi Us Annales du Midi, avril 1891. 
L'histoire de ce célèbre chef de rou- 
tiers, Périgourdin, ne manquera pas de 

l'intéresser, St-Saud. 

« 

* * 
Les Routiers au XII^ siècle par M. H. 

Géraud, dans Bibliothèque de l'Ecole des 

Chartes, t lU. 

Un Mémoire du baron de Zurlauben sur 
Arnaultde Cê/do /é, archi prêtre, chevalier 
et marié, et ses relations avec les compa- 
gnies dites des Routiers, les Tard-v'enus, 
et la jacquerie, dans Histoire de V Académie 
des Inscriptions et Belles-Lettres^ t. XXV, 
p. 153, et dans Leber, Dissertations no- 
tices et traités patticuliers relatifs à l'his- 
toire de France, t. XVlll. (Voir aussi sur 
ce personnage les Œuvres de Frotssart, 
édit. K de Lettenhoir, t. XX (table des 
noms historiques) pp. 528 531). 

Recherches historiques sur les Routiers et 
la Jacquerie, dans Leber, Dissertations, 
t. XX. 

Des Grandes Compagnies au XIV^ siècle, 
par M. E. de Fréville, dans Bibliothèque 
de l'Ecole dès Chattes, tt. III et V. 

De Mortagne 

L'Impiimerie à Angers (LXXIII, 
284). — Voici les renseignements rela- 
tifs à V Imprimerie à Angers, recueillis 
dans un manuscrit déposé à la Bibliothè- 
que technique du Cercle de la Librairie : 

Angers est l'une des premières villes de 
France qui ait possédé un atelier typo- 
graphique. 

CiCERO (M. TuUius. Riietorica) nova, 
(Au recto du i*"" feuillet). Incipit Rheto- 
rica nova Marci TuUii Ciceronis — (In 
fine) : Anno incarnationis domini M CCCC 
LXXVI, die quinta mensis februarit Juit 
hoc opus ccmpletum Andcgavi, per lo. de 
Turre atque Morelli impressores. Pet. in 4", 
lettres rondes, sans chiffres, réclames, ni 
signatures. 

Pour nous, ces premiers imprimeurs 
sont Français. On peut traduire leurs 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mai 1916. 



397 



398 



noms latins par Jean de la Tour et Jean 
Morel ; ils sortaient probablement de Pa- 
ris ; mais nous n'émettons cette hypo 
thèse qu'avec certaines réserves. 

L'année commençant alors à Pâques, 
cette édition parut le 5 février 1477 (nou- 
veau style). 

Le second volume est du 19 septem- 
bre : 

Monte Rocherii (Guido de). Liber qui 
Manipîihs curatoium appellatur... (In 
fine) : Complétas est Andegavi per indus- 
triosos impressorice artis magistros, I. de 
Tune etjoh. Morelli Anno Domininativita- 
iîs /^77, tnensis septemhris die vero ip. — 
Pet. in 4°, sans chiflfres, ni réclames, mais 
avec signatures. 

Mais nous avons à citer un volume 
sans date, sans nom de lieu ni d'impri- 
meur, exécuté avec le même caractère 
que les précédents, mais qui, nous dit 
Brunet, pourrait être antérieur ; car les 
prototypographes d'Angers ont dû pu- 
blier les : CousTUMEs de la province^ de 
préférence à la Rhétorique et même au 
Manuel des Curés. 

« Cv commencent les coustumes des 
pays Daniou et du Mayne contenant seize 
parties. » 

Sans titre, date et sans nom d'impri- 
meur. Petit in-8° de 155 feuillets, en let- 
tres rondes, de 19 lignes à la page, sans 
chiffres ni réclames, mais avec signa- 
tures /4. — V. 

Le volume qui commence par le som- 
maire ci-dessus se termine au recto du 
feuillet 155 par Deo gratias en capitales 
gothiques. Pédé. 

Vierge noire. Notre-Dame de 
Bonne-Délivrande (LXXIII, 238, 298). 
— C'est iVotre-Dam-j de Bonne- Délivrance 
qu'il faut lire, suivant une inscription 
apposée dans la chapelle du couvent en 
1829. Cette statue^ que M. de Guilhermy 
piétend dater du xiv« siècle, appartint à 
l'église Saint -Etienne -des- Prés jusqu'en 
1791, et fut placée dans le m(<nastère de 
Saint-Thomas-de-Villeneuve, rue de Sè- 
vres n° 27, le r'' juillet 1806. 

Lors de la démolition du couvent pour 
le percement du boulevard Raspail, en 
1907, les religieuses réinstallèrent vrai- 
semblablement leur vierge noire dans la 
nouvelle maison conventuelle du Boule- 
vard d'Argenson, à Neuilly- sur-Seine? 



V (Voir, au sujet de cette image et du mo- 
nastère de la rue de Sèvres, la commu- 
nication du soussigné à la commission du 
Vieux Paris, du 25 mai 1907). 

Lucien Lambeau. 

Victor d'Auriac (LXXllI, 142, 352). 
— Je ne sais trdp s'il n'y a pas eu confu 
sion entre deux d'Auriac dans la notice 
donnée sur ce poète, où il est dit « qu'il 
fut longtemps bibliothécaire à la Biblio- 
thèque nationale ». Au temps où mes 
travaux me faisaient fréquenter assidû- 
ment la Bibliothèque, c'est-à-dire de 1860 
aux environs de 1900, j'y eus souvent 
affaire non à Victor, mais à Eugène d'Au- 
riac, conservateur, que j'avais connu au 
Siècle, dont il fut longtemps le collabora- 
teur, homme affable, courtois, et de rap- 
ports fort agréables. Eugène d'Auriac, 
grand, mince, à la barbe et aux cheveux 
noirs, publia un certain nombre d'ouvra- 
ges historiques, parmi lesquels un opus- 
cule curieux donné par lui sous ce titre : 
La corporation des ménétriers et le roi des 
violons (1878). A. P. 

Cyprien Bérard (LXXIII, 93, 253, 
300). — Dans la notice consacrée à ce 
fondateur du premier théâtre des Nou- 
veautés, je vois mentionné, avec une ap- 
parence un peu dédaigneuse, le nom 
d' « un sieur Crosnier ». Mais il ne faut 
pas s'y tromper : en dépit d'une extrac- 
tion particulièrement modeste, le « sieur » 
Crosnier fut, à l'époque, comme une ma- 
nière de personnage. Né à Versailles le 12 
mai 1792, il eut pour mère une brave et 
exceUente fem-ne qui fut pendant trente 
ans concierge de l'entrée des artistes à 
l'ancien Opéra de la rue Le Peletier, 
celles que toutes les chanteuses et dan- 
seuses, et jusqu'aux plus huppées, avaient 
prise en affection et appelaient familière- 
ment « maman » Crosnier. De bonne 
heure, Crosnier s'occupa activement de 
théâtre. Après avoir écrit quelques vau- 
devilles sans conséquence, il devint, en 
1832, directeur de la Porte-Saint-Martin, 
qu'il abandonna deux ans plus tard à Ha- 
rel, pour prendre, au mois de mai 1834, 
la direction de l'Opéra-Comique, en com- 
pagnie d'un associé nommé Cerfbeer. Il 
conserva celle ci pendant onze années, 
jusqu'au i" mai 1845, où il céda son pri- 
vilège à Basset. Au cours de ces années, 



^»• 1439- Vol. F,X.X11I. 

399 

qui furent brillantes, il oflrit au public, 
entre autres ouvrages nouveaux, l Ambas- 
sadrice, le Domino noir, la Sirène, la Part- 
du diable, le Cheval de bion^e, les Dia- 
mants de la couronne, d'Auber ; l'Eclair , 
d'Halévy ; le Postillon de Lan jumeau, le 
Brasseur de Preston, le Roi d'Yvetot, d'A- 
dolphe Adam ; la Fille du Régiment, de 
Donizetti ; les Deux Reines, d'Hippolyte 
Monpou ; le Perruquier de la Régence, le 
Panier fleuri, la Double Echelle, d'Am- 
broise Thomas... 

Puis, bientôt, !e fils de l'ancienne con- 
cierge de l'Opéra allait se muer en homme 
politique. Déjà membre du conseil géné- 
ral de Loir-et Cher, où il avait acquis des 
propriétés, il est choisi en 1850 par l'Em- 
pire renaissant comme candidat officiel, 
et, naturellement, élu haut la main 
comme député de ce département, qui lui 
renouvelle son mandat aux élections de 
1857 et de 1863. Pourtant, il n'avait pas 
renoncé à son amour pour le théâtre; et 
lors de la débâcle retentissante de Nestor 
Roqueplan à l'Opéra, lorsque le gouver- 
nement impérial résolut de mettre notre 
grande scène lyrique en régie pour le 
compte de l'Etat, Crosnier en fut nommé 
administrateur général le 1 1 novembre 
1854. Charles de Boigne, dans ses amu- 
sants Petits Mémoires de l'Opéra, appré- 
ciait le fait en ces termes : — « Début de 
M. Crosnier dans l'emploi d'administra- 
tear général. Réussite contestée ; physique 
un peu marqué pour l'emploi; cheveux 
blancs, besicles d'or, engagement de 
30.000 francs. » En fait, Crosnier ne con- 
serva pas plus de vingt mois cette situa- 
tion ; nommé, on l'a vu, le 1 1 novembre 
1854, il cédait la place à Alphonse Royer 
le I" juillet 1856, et recevait comme 
compensation la cravate de commandeur 
de la Légion d'honneur. 

Crosnier, qui brilla surtout au Corps 
législatif par un silence invétéré, mourut 
au mois de septembre 1867. 

Arthur Pougin. 

VicomtedeBor:lli(LXXlll,i88,3oi). 
— Tout Algérien, tant soit peu cultivé, 
pourrait compléter les renseignements 
fournis dans le numéro du 10 avril de 
Vlntermédmire, sur le vicomte de Bo- 
relli. 

Je me rappelle seulement qu'il habita 
assez longtemps l'Algérie et collabora à 



L'INTKRMELIAIRîi 



400 



une revue locale, la Revue Algérienne 
dirigée alors par M Ernest Mallebray. 11 
y publia non seulement un grand nom- 
bre des poèmes qui devaient composer 
son recueil Sursum corda, qu'a couronné 
l'Académie ; mais aussi plusieurs poé- 
sies, qui n'ont, je crois bien, jamais été 
réunies en volume . 

On trouverait aussi dans la collection 
de la Revue Algérienne, vers les années 
1894-1898 — un roman du vicomte de 
Borelli. 

Enfin notre auteur n'aurait-il pas posé, 
puis, presque aussitôt, retiré sa candida- 
ture au fauteuil du vicomte Henri de 
Bornier ? 

Charles Briand. 



L'actrice Clairville (LXXII1,284).— 
Madame Clairville, première chanteuse 
d'opéra, aux appointements de dix mille 
livres, était en cette qualité à Bordeaux 
de 1790 a 1793. Nous ignorons si c'est la 
même qui fut longtemps suspectée pour 
son royalisme et menacée de mort à Tou- 
louse (V, V AniiTerrorisie,pr3i\T'ia\ an V). 
Madame Clairville semble s'être fixée à 
Bordeaux, car elle y mourut vers le 20 
mai 1825. 

Son décès est annoncé dans les termes 
suivants dans V Almanach des Spectacles, 
Barba, pour 1826, p. 431 : 

« 20 mai 1825. Mme Clairville qui pen- 
dant de longues années a tenu l'emploi 
de première chanteuse sur le grand théâ- 
tre de Bordeaux avec beaucoup de succès, 
est décédée dans cette ville après une 
maladie longue et douloureuse. Ses ob- 
sèques ont eu lieu dans l'église St Pierre, 
sa paroisse >. 

Ce nom de Clairville fut porté par di- 
vers comédiens et comédiennes. Maas- 
tricht 1774. Lyon 1784. Porte St-Martin, 
i8i6 1820. Théâtre des Acrobates, 1821- 
22. Théâtre du Luxembourg, 1829-30. 
Théâtre de Rouen, 1834, etc. 

Clairville aîné, Louis, François, le fé- 
cond vaudevilliste et revuiste, s'appelait 
de son véritable nom Nicolaic. 11 était né 
de parents comédiens, à Lyon, le 28 jan- 
vier 181 1, et avait débuté lui-même sur 
les planches avant d'écrire ses joyeux 
couplets. Mais il nous est impossible de 
dire s'il existe quelque parenté entre Mme 
Clairville, première chanteuse, et tous ces 
Clairville. Henry Lyonnet. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo Mai 1916. 



401 



402 



Fouquet d*Herouel et Fouquier- 

Tin ville (LXXIIl, 484;. — Robinet dans 
son Dictionnaire de la Révolution, fait 
naître le premier de Eloy Fouquier de 
Thinville, seigneur d'Hérouel, et de 
Marie-Louise Martine. Quant à Antoine 
Quentin, il le dit bien frère du précédent; 
mais de l'un il fait un cultivateur, tandis 
qu'il qualifie l'autre d'avocat au parle- 
ment. Tous deux sont bien nés à Hé- 
rouel, Aisne. 11 n'est pas question de la 
descendance du trop fameux accusateur 
public. 

E. Grave. 
* 

* ♦ 

M. Paul MuUer trouvera dans Le Cu- 
rieux de Ch. Nauroy, tome I*', page 347, 
des renseignements précis puisés aux Ar- 
chives Nationales sur la famille Fouquier. 

Eloy, fils de Pierre Fouquier et de Marie 
Vinchon, se fit appeler Fouquier de Tin- 
ville. 11 était seigneur d'Hérouel et mou- 
ruf en 1759. De sa femme Marie-Louise 
Martine, il avait eu quatre fils : 

1. Quentin Fouquier de Forest, avocat 
au Parlement de Paris; 

2. Pierre Eloy Fouquier, écuyer, Sei- 
gneur d'Hérouel, bien connu sous le nom 
de Fouquier d'Hérouel qui a laissé posté- 
rité ; 

3. Charles François Fouquier de Vau- 
villiers ; 

4. Antoine Quentin Fouquier de Tin- 
ville. Ce dernier est l'accusateur public. 

Patchouna. 

* » . 

Le Dictionnaire historique et biogra- 
phique de la Révolution et de l'Rmpire 
1789- 181 5, ouvrage rédigé par le D'' Ro- 
binet et sujet à caution indique : 

Fouquier d'Hérouel (Pierre-Eloi), culti- 
vateur et législateur, né à Hérouël 
(Aisne) le 10 mars 1744, de « sieur Eloy 
Fouquier de Tinvilie, seigneur d'Hérouel, 
et de demoiselle Marie-Louise Martine >*, 
mort à Saint-Quentin (Aisne) le 13 avril 
1810, était fourrier des logis du roi et 
cultivateur à Hérouël, quand il fut élu, le 
I 3 mars 1789, député du Tiers aux Etats 
Généraux. Son mandat expiré, il se retira 
dans ses terres d'Hérouel et ne s'occupa 
plus des affaires publiques. 

Fouquier-Tinville (Antoine-Q.uentin), 
avocat en parlement et accusateur public 
au tribunal révolutionnaire, né à Hérouël 
(Aisne) le 12 juin 1746, exécuté à Paris le 



I 2 mai i-jgtf, frhe du précédent, était avo- 
cat en parlement quand il (ut pourvu, le 
26 janvier 1774, de la charge de procu- 
reur postulant au Chàtelet... etc., etc. 

Sur Fouquier-Tinville et sa famille, 
M. Paul Muller aura intérêt à consulter 
le no 22 du Curieux et le Dictiormaire 

dejal. Gustave Fustier. 

* 

* * 
Antoine -Eloi -Jean- Baptiste Fouquier 

d'Hérouel naquit à Foreste le 30 mars 
1784 et mourut le 17 juin 1852. 

Voir : Félix Germain, Biographie de 
M. Fouquier d'Hérouel, ancien officier su- 
périeur de cavalerie, etc., membre du Sénat 
et président du Comice agricole de Saint- 
Quentin, Saint-Quentin, 1852, in-8°. 

Gramadoch. 

* 

¥ » 

Né le 12 juin 1746, de parents riches, 
cultivateurs de Vermandois, au village 
d'Hérouel (aujourd'hui Foreste) à gauche 
du grand chemin qui va de Ham à 
Saint-Quentin, Fouquier-T'nville perdit à 
l'âge de 13 ans, son père, le sieur Eloy 
Fouquier de Tinville, <? seigneur d'Hé- 
rouel et autres lieux ». La fortune, 
qui était considérable, fut partagée entre 
la veuve, Marie-Louise Martine et les 
cinq enfants, savoir : a) Pierre-Eloy 
Fouquier, l'aîné, écuyer, fourrier des 
logis du Roi, devenu par la mort de son 
père, seigneur d'Hérouel et de Tinville ; 

b) Antoine Quentin Fouquier de Tinville ; 

c) Charles-François Fouquier de Vauvillé ; 

d) Quentin Fouquier de Forest et e) Louise- 
Pélagie Fouquier, épouse de Claude Ho- 
noré Torchon, seigneur de Lihu, désigné 
comme avocat au Parlement. 

(Extrait de G. Lenotre, Le Tribunal 
Révolutionnaire, p. 33). 

De Mortagne. 

La thèse de licence de Gambetta 

(LXXIIl, 335). — L'article demandé se 
trouve dans V Inteimédiaire sous la ru- 
brique : Gambetta et le lieutenant Sisco. 

P. CORDIER, 

Voir LI, 1905, col. 775,776. 

Benjamin de Lessert 1773-1843 

(LXXlll,285) - Jules Paul-Benjamin De- 
lessert (alias de Lessert)baron de l'Empire 
par lettres patentes du igseptembre 1810, 
capitaine (1793) régent de la Banque de 
France, membre du collège électoral de la 



No 1439, 



Vol. Lxxin 

403 



LTNTERMEDIAIRR 



404 



Seine et député (1817-23, r827-42) mem- 
bre de l'Institut G O. né à Lyon, 14 fé- 
vrier 1772, mort a Paris le 1" mars 

1847. 

Révérend. Armonal du Piemter Empire 

t»me 11, page 36. 

Patchouna. 

Robinet, dans le Dictionnaire de la Ré- 
volution, dit qu'il fut créé baron de l'Em- 
pire le 19 septembre 1812. 11 ajoute qu'il 
se retira de la vie politique en 1742 et 
mourut cinq après, c'est-à-dire en 1847 et 
non en 1843. 

E. Grave. 

* * 
D'après le vicomte Révérend (Armoriai 

du !"■ Empire) les lettres patentes le 
créant baron sont du 19 Septembre 1810. 
D'après la monographie intitulée Fa- 
mille de Lessert, Souvenirs et portraits 
par M. Gaston de Lessert, à Genève, ces 
lettres patentes que ce dernier a encore 
entre les mains sont datées du Palais de 
Saint-Cloud, 19 Septembre 1810 ; elles 
ont été enregistrées au Conseil du Sceau 
des Titres Reg. ; P. M. 2. fol. 472 et 
transcrites sur le Registre du Sénat, le 
28 Septembre i8io. Les biographes qui 
ont donné la date de 1812 ont donc 
fait erreur. Nisiar. 



* 



Un article qui semble fort documenté, 
signé V. Rosenwald et paru dans la Nou- 
velle biographie générale éditée par Didot, 
indique la date de 1812. 

M. Groll me permettra d'attirer son 
attention sur ce fait qu'il donne 1843 
comme l'année du décès, alors que M. 
Rosenwald et le Nouveau Larousse illustré 
indiquent 1847. 

Gustave Fustier. 

Mérimée et Panizzi (LXXIll, 285), 
— La faveur particulière témoignée à 
Panizzi par la famille impériale s'explique 
aisément si Ion se souvient que Mérimée, 
très bien vu aux Tuileries grâce à la 
vieille amitié qui le liait aux Montijo, 
n'avait dû avoir aucune peine à intére.s- 
ser l'Empereur et l'impératrice à Panizzi, 
d'autant plus que ce dernier, ancien car- 
bonaro, devait, à ce titre, plaire à Napo- 
léon III, carbonaro lui-même, qui avait 
pris part en 185 1 à l'insurrection des Ro- 
magnes contre le Pape. 



11 ne faut pas oublier non plus que Pa ■ 
nizzi, qui était l'ami de Gladstone et de- 
vint en 1868, sénateur du royaume d'Ita- 
lie, aimait à s'occuper secrètement de po- 
litique. M. Augustin Filon, dans son inté- 
ressant ouvrage sur Mérimée et ses amis, 
raconte qu'à Biarritz, vers 1860, Panizzi 
fut reçu par l'Empereur des Français qu'il 
tenta d'amener à une action commune de 
la France et de l'Angleterre en faveur de 
la constitution définitive de l'Italie. Ces 
négociations n'aboutirent pas, mais Na- 
poléon m continua de ménager et mèm.e 
de choyer un homme qui, par ses rela- 
tions en Italie et en Angleterre, pouvait, 
à un moment donné, être utile à sa politi- 
tique. 

Les lettres de Mérimée à Panizzi sont 
évidemment spirituelles et divertissantes, 
encore qu'elles aient été fortement expur- 
gées par leur éditeur. Mérimée adorait les 
anecdotes scabreuses et plusieurs de celles 
qui ont disparu dans sa correspondance 
auraient eu, paraît-il, de la peine à être 
reproduites, même en latin. M. Fagan au- 
rait été bien inspiré en supprimant égale- 
ment certaines plaisanteries anti-cléricales 
d'un goût douteux que l'on a le regret de 
rencontrer au cours de cette agréable 
lecture. Il est vrai que Mérimée, né de 
parents irréligieux, n'avait pas été baptisé 
et n'avait pas été élevé dans le respect des 
choses saintes. Mais alors, s'il n'était pas 
chrétien, comment a-t il cru devoir, par 
une inconséquence surprenante, ordonner 
la présence à ses obsèques d'un ministre 
de la confession d'Augsbourg? 

Un bibliophile comtois. 



Un « Mériméiste ;; distingué, à qui 
j'ai communiqué la question de notre 
collègue M. P., m'adresse la lettre sui- 
vante, que je crois utile de publier, bien 
qu'elle ne donne pas la solution défini- 
tive de la question : 

Mon cher ami. 

Je ne lis pas V Intermédiaire, et je suis 
bien content qu'en le lisant, vous pensiez à 
moi, à l'occasion. Voici, par exemple, un 
article qui m'aurait échappé, et il n'est pas 
sans intérêt. Pour y faire une réponse qui 
vaille, il faudrait relire avec soin les lettres 
de Panizzi, ce dont je ne me sens pas tenté 
actuellement. 

En gros, je crois qu'on peut dire que si 
certains jugements de Mérimée ont vieilli, 



DBS CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo Mai 1516. 



405 



406 



(ce qui n'est pas étonnant au bout de soi- 
xante ans), si d'autres se ressentent des pré- 
ventions de l'auteur, et celles-ci étaient in- 
vincibles en certaines matières, notamment 
dès qu'apparaissaient les questions religieu- 
ses — en gros, je crois que Mérimée appré- 
ciait choses et gens de la politique avec sa j 
lucidité habituelle. Et si le suffrage univer- 1 
sel n'était pas à ses yeux une institution | 
admirable et sans défauts, eh ! mon Dieu.. . | 

Le personnage de Panizzi est resté, par | 
quelques côtés, un peu mystérieux. Les 1 
sympathies qu'il trouvait aux Tuileries te- | 
naient peut-être tout simplement au bien | 
que ne cessait d'en dire, dans le milieu im- j 
périal, son ami Mérimée, dont le milieu ; 
impérial appréciait fort le très-honnête ca- 
ractère. Un honnête homme, dans une 
Cour, c'est un personnage rare, dont les 
opinions ont du poids, et Mérimée n'était 
pas une « peste de Cour », comme Racine 
appelle Narcisse dans la préface de Briian- 
nicus. 

Et, en ce qui concerne l'Empereur, est-ce 
qu'il n'a pas toujours gardé une tendresse 
secrète pour ses vieux amis; les Carbonari? 
— Ils lui ont parfois donné quelques soucis, 
ils ont parfois cherché à lui forcer la main 
par des procédés un peu brutaux, (n'est ce 
pas, mânes d'Orsini ?). Mais c'étaient ses 
vieux amis. 

L'auteur de l'article ne paraît pas con- 
naître la question des retranchements qui 
ont été opérés dans le texte des lettres à 
Panizzi. M. Lucien Pinvert en a parlé dans 
son ouvrags {Sur .Mérimée) pp. 19 21). L'/w- 
termédiaire en a parlé aussi. Le Mercure de 
France a donné u :>.e longue étude de M. Henri 
Monod sur cette affaire (n° du 16 août 

i9'i)- 
Excusez, je vous prie, ce que cette réponse 

a d'incomplet. 

P. c. ç. Un Stendhalien. 

Oberthiir (LXXIII. 286. — F. J. 
Oberthiir était un graveur qui a vécu 
surtout à Strasbourg, au commencement 
du xix^ siècle. On connaît de lui : La 
Vierge et l' Enfant endormi, d'après Ti- 
tien, in-f", en largeur ; Saint-Jean Baptiste 
avec Vagneau d'après Luini, in-40 ; La 
Cathédrale de Strasbourg, 1818, in-folio 
en largeur et une autre pièce, sur le même 
sujet : Vue de la Cathédrale de Strasbourg., 
d'après F. Gùnther, 1827, grand in-folio 
en hauteur. 

G. D. 

Général Pierre (LXXIII, 286). ~- 
L'Armoriai de l'Empire français indique 



j un capitaine Pierre ()ean) Baron de l'Em- 
j pire (14 mai 1809), membre de la Légion 
1 d'honneur, né à Lunéville le 20 janvier 
j 1773, mort le 2 février 181 5 ; et un colo- 
1 nel Pierre (Charles-Antoine) chevalier de 
1 l'Empire en 1810, mort le 9 février 1814. 
I U n'est point question d'un général de 
Pierre. 

B. P. 



Pierre, Charles-Antoine, capitaine au 
y régiment de cuirassiers, membre de la 
Légion d'Honneur — chevalier de l'Em- 
pire, par lettres patentes du 18 août i8io, 
puis baron de rÈmpire. 

11 est possible que ce capitaine soit de- 
venu général — les archives du Ministère 
de la Guerre pourraient être utilement 
consultées. 

NOZIROD. 



* 



V Armoriai du Premier Empire.^ du vi- 
comte Révérend, mentionne deux mili- 
taires de ce nom. 

1° Charles-Antoine Pierre, chevalier de 
l'Empire en 18 10, donataire sur le Trasi- 
màne, major d'infanterie, puis colonel ; 
né à Marseille le 13 avril 1769, mort le 9 
Février 1914, marié à Anne Rose Favier, 
dont un fils. 

2° Jean Pierre, baron de l'Empire le 14 
mai 1809, donataire sur le Trasimène; 
capitaine en 1809; né à Lunéville le 20 
Janvier 1773. mort le 18 Février 1825. 

Ni l'un ni l'autre ne fut général ni ne 
porta la particule. 

NlSlAR. 

Même référence : Saint-Saud. 

Alfred de Vigny. Critique de 
quelques uns de ses vers (LXXIII, 
241). — Dans un essai publié en 1914 : 
Alfred de Vigny d'après son aiuvre, j'avais 
eu l'occasion de critiquer certains passa- 
ges obscurs des Destinées. 

Mais je ne m'étais pas attardé à la 
strophe citée par notre collaborateur. 
Dans la remarquable édition de 'Vigny 
publiée par l'éditeur Louis Conard, M, 
Fernand Baldensperger n'apporte aucun 
éclaircissement à ce sujet. 

Déjà quelques erreurs rendaient incom- 
préhensibles deux ou trois vers de V Es- 
prit pur. M. A. P. L. n'ignore pas les 
corrections proposées pour la septième 



N» 1^39. Vol. LXXIII. 

407 - 



L'INTERMEDIAIRE 



408 



strophe: Livre d'oiau lie» de disque d'or \ 
titra deiespi it-àw lieu de livres de l esprit ; 
et, pour la huitième, traces sur le sable au 
lieu de traînes sur le sable . Que découvri- 
rons-nous le jour où nous pourrons enfin 
coiisulter les manuscrits de Vigny ? 
Je ne vois rien d'étrange dans ce vers : 

Apposait Saint-Louis en croix sur sa cuirasse 

Il y a un rapport étroit entre une croix 
et un saint ; il n'en existe pas entre une 
croix et un conquérant qui ne prétendait 
point a la sainteté. 

Albert DtsvovEs. 

La veuve du maréchal de Riche- 
lieu et Nipoléoii III (LXXU ; LXXIII, 
199,295). — C est en 1843 et non er. 1863, 
comme cela a été imprimé par erreur, que 
M. Ernest Prarond, d'Abbeville, a f ublié 
ses premiers ouvrages, alors que son 
dernier né date de 1912. 

Ce qui précise celte étonnante longé- 
vité littéraire de 70 années que nous avons 
signalée ! 

Hector Hogier. 

Décoration'=î belges (LXXlll, 189). 
— Ordre de Léopold, fondé le 1 1 juillet 
1832 par Léopold I", étendu le 28 décem- 
bre 1838 et le 16 mai 1839. Cinq classes : 
grand-croix, grand-officier, commandeur, 
officier, chevalier. La décoration des mi- 
litaires porte des glaives croisés, entre la 
couronne qui surmonte la croix propre 
ment dite et cette dernière. Ruban rouge 
ponceau. 

Décoration industrielle, instituée le 7 no- 
vembre 1847 ' arrêtés royaux des i"' mars 
1858, 28 février 1861, 6 octobre 1868, 
19 septembre 1878; arrêté du 9 mai 1863, 
modifiant le type de la décoration Deux 
classes. Ruban aux couleurs nationales, 
noir, jaune, rouge. 

Ordre pour le mérite civil ou décora- 
tion civique, fondé le 21 juillet 1867, par 
Léopold II. Cinq classes : les deux pre- 
mières une croix ; les trois dernières une 
médaille. Les titulaires de la médaille ne 
peuvent pas porter le ruban seul, rouge 
ponceau, avec deux raies noires pour ser- 
vices administratifs, et deux raies noires 
liserées de jaune pour actes de courage et 
de dévouement. 

Croix militaire, fondée le 1 1 février 
1885, par Léopold II, divisée en deux { 



classes par arrêté du 12 septembre 189c ; 
la première pour vingt-cinq ans de grade 
d'officier ; la deuxième pour vingt-cinq 
ans de services militaires. Ruban vert 
avec un liseré jaune de cinq millimètres 
sur chaque bord ; une rosette sur le ruban 
de la 1'^° classe. 

Nauticus. 






Ordre de Léopold, créé le 11 juillet 
1832, pour services rendus à la patrie. 
Ruban ponceau moiré. Classes : grand 
cordon, grand officier, commandeur-offi- 
cier, chevalier. Les croix militaires se dis- 
tinguent des civiles, par deux glaives 
placés en support de la couronne dans le 
bijou de l'ordre . 

Décoration civique (21 juillet 1867), 
pour services civils, ainsi que des actes 
de courage, etc. Deux degrés, la croix 
(deux classes) la médaille (trois classes), 
ruban ponceau rayé noir pour services, et 
rayé noir et jaune pour actes de courage. 

Décoration militaire(22décembre 1873) 
pour sous officiers et soldats ayant au 
moins dix années de bon service, ou des 
services exceptionnels, ou pour un acte de 
courage. Croix avec ruban aux couleurs 
nationales, rayures horizontales (courage) 
ou verticales (ancienneté). Croix militaire 
(11 février 1885) aux officiers ayant 
25 ans de bons services en qualité d'offi- 
ciers (î'* classe avec rosette, arrêté du 
13 septembre 1895), ou bien ayant 25 an- 
nées de services depuis leur entrée dans 
l'armée (2® classe). Le ruban est vert 
moiré, à deux bandes ponceau. 

je recommande à notre très aimable 
confrère, les pages 698-99, du beau livre 
du colonel Rouen, « L'armée Bslge », où 
il peut trouver les dessins des décorations 
citées dans ma réponse et qui contient ce 
qui peut l'intéresser des notices sur 
« les Belges qui se sont distingués aux 
armées, — depuis le Moyen Age. » 

B. P. 

Armoiries du Général Dutruy 

(LXXlll, 288) — L'Armoriai de l'Empire 
français indique que cet officier général 
d'origine suisse, créé baron le 15 août 
1809, n'aurait pas reçu ses lettres pa- 
tentes, et n'indique de ce fait aucune ar- 
moirie. 

B. P. 



L>KS CHERCHEURS ET CURIEUX 



lo Mai 1916. 



- 409 



410 



Il ne lui en fui pas octroyé, le décret 
le créant baron n'ayant pas été suivi de 
lettres patentes. St. -S. 






Le général Dutruy (alias Ducruix) baron 
de l'Empiie par décret du 15 août 1809, sol- 
dat au régiment suisse 1778, commandant 
d'un corps suisse (1793) ; général de brigade 
(1793) , officier de la Légion d'honneur: ne 
à Genève, le 20 novembre 1762, mort à 
Ferney le 27 avril 1836. Fils de N. Du- 
cruix, émailleur à Genève. 

Armoriai du Premier Empire, déjà 
cité). 

je ne sais où le vicomte Révérend a pris 
ce prédicat de Ducruix. 

Les Dutruit sont d'origine vaudoise. 
Cette famille plébéienne de figure pas 
dans \ Armoriai du pays de Vaud. Les 
lettres patentes de l'Empereur auraient 
dû fixer les armes du général ; Révérend 
ne les donne pas. Voir au Sceau. 

NlSIAR. 

Ex-libris à déterminer : mont 
d'argent (LXXUI, 288). — Orsel, en 
Lyonnais, portait un mont issant d'une mer, 
accompagné d'un soleil en chef. S, K. 

Oriens ex Allô était la devise de Marie- 
Laurent Trioche, évêque de Bagdad en 
1837. (Voir Dictionnaire des divers ecclé- 
siastiques, d« Tausin, p. 144. G. D. 

Ecu ovale. Belleville sut Saône a pour 
armoiries : 

D'azur à une salamandre d'argent dans 
des flammes de gueule avec la devise : Du- 

RABO. 

Ce qui correspond bien à la description 
du bas de l'écu à déterminer. 

NOZIROD. 

Ex-libris à déterminer : « Ckris- 
tus et Victoria «(LXXUI, 144, 260). — 
L'ex libris en question est celui de Anne- 
Charles- Guy- Gérard Uupleix, baron de 
Cadignan, né le 11 mai i7t>7, de Charles 
Dupleix, baron de Cadignan et de Marie- 
Charlotte OUivier. Il avait épousé Cathe- 
rine Hunter. 

Voir : Les femmes bibliophiles et leur ex- 
Itbris, par A. de Remacle, in les Archives 
de la Société Française des collectionneurs 
d'ex libris, et de reliures artistiques, p. 62, 
dix septième année, 1910. 

Baron du Roure de Paulin. 



Fer de reliure, massacres (LXXIII. 
288). — Le Gras porte trois rencontres. 
j Malgré cette différence, on peut penser 
aux deux conseillers de Luart, Manceaux. 
Les Cottereau, de Tours, avaient des ha- 
bitudes au Maine. 

11 y avait aussi Simon de Vaubercey, 
évêque de Soissons, qui sacra Louis XIV. 

S. R. 






Un ex-libris, gravé par Brevet en 1752, 
porte un écu de sable à 3 massacres de 
cerf d'argent. Cetie pièce a été attribuée, 
à un membre de la famille Daen de la 
Roche-Daen (Archives des collectionneurs 
d'ex-libris, 1897), mais les armes des 
Daen étant d'argent à^ lencontres de daim 
de sable sommés d'or, cette attribution me 
paraît fort hasardée. 11 s'agit plus proba- 
blement d'un Keralio (Bretagne), alias 
Guynement, famille qui porte de sable à 
3 rencontres d'argent, et dont le nom se 
trouve sur un ex-libris de plus grand for- 
mat. Ce fer de reliure a dû appartenir au 
même bibliophile. 

NlSlAR. 

Si la reliure en question est de l'épo- 
que de l'impression (xvi* siècle), les plats 
du volume pourraient porter les armes de 
Michel Le Gras, seigneur du Luart, con- 
seiller au Prcsidial du Mans, en 1555, 
puis Lieutenant particulier du sénéchal 
du Maine de 1569 à 1582. 

On pourrait égalen.ent les attribuer à 
François Le Gras, conseiller au Parlement 
de Bretagne, puis au Grand Conseil, en 
1581 : De son union avec Diane Garnier, 
fille de Robert, lieutenant-criminel au 
Mans, poète dramatique, descendent Mes- 
sieurs Le Gras, marquis du Luart, qui 
portent : D'azur à tiois rencontres de cerf 
d'or, 2 et I (Rietslap). 

L'hôtel du Luart. démoli lors du pro- 
longement du boulevard Raspail, portait 
sculptées au fronton du corps principal 
de ce logis seigneurial, les armes ci-des- 
sus, qu'on peut voir conservées dans les 
magasins de la réserve de Carnavalet. 

Le Recueil des quartiers des Chevaliers 
de Malte, donne à Jeanne Le Gras, mariée 
vers 1460 à Jean Morin s. de la Masserie, 
les armes suivants : D'argent à tiois mas- 
sacres de cerf de gueules; mais on sait 
que les émaux énoncés dans ce Recueil, 
sont en général, sujets a caution. 

P . LE VaYER, 



N» 



«439 ■ 



Vol. 



l. XXIII. 

- 411 



.INTERMEDIAIRE 



412 



Plats de livres avec armes goua- 
chées (LXXni, 191, 305,30). — Je con- 
nais une belle reliure au fer, à fermoirs, 
de Thompson, 5, rue des l-"illes St-Tho- 
mas : Scherzi Poetici, de Gérard de Rossi, 
traduction par le comte d'Ussy, vers 1815. 
Au centre de chacun des plats intérieurs 
est enchâssée une miniature sur ivoire, 
ronde. 

L'une, l'amour, de sa flèche, trace les 
mots n Pour toujours ». L'autre, con- 
cluante : l'amour s'envole, ravissant un 
cœur, loin des bras qui l'implorent. 

Je crois que cette reliure et les gravures 
du ib« italien qu'elle habille nous est 
revenue d'Amérique après la vente 
R'. Hoë. 

S. R. 

Une citation de Montaigne (LXXIII. 
240). - Le passage cherché se trouve au 
livre 1, chap. 38 ide la solitude). Mon- 
taigne ne dit pas où il a puisé. Probable- 
meni dans Sénèque : 

J'approuve, quel qu'en soit l'auteur car 
on n'est pas d'accord sur ce point, la réponse 
d'un artiste auquel on demandait pourquoi 
il soignait tant des ouvrages que si peu 
d'hommes seraient appelés à connaître : C'est 
assez de peu, as:ez d'un, assez de pas un. 

(7° lettre à Lucilius). 

S. X. T. 

Devise de Jean Grolier (LXXIII, 

288). — La devise « Portio mea Domine 
sit in terra viventium » est attribuée au 
Pape Martin IV. 

NOZIROD. 

♦ » 
Ce célèbre bibliophile eut, d'après Gui- 
gard, cinq devises, dont deux seulement 
ont un caractère livresque. « Mei Grolie- 
rii Lugduneus et amicorum » « jo. Gro- 
lierii et amicorum. » Les autres sont reli- 
gieuses. «Tanquam ventus est vita mea. » 
« Custodit dominus omnes diligentes se, 
et omnes impios disperdet. « yEque diffi- 
culter. » Et, enfin : « Portio mea, Domi- 
ne, sit in terra viventium. » D'après 
Tausin cette devise est celle de bimon 
de Brion, pape, sous le nom de Martin IV 
(1210-1285). L'abbé Migne le nomme 
Simon de Brie, dans son Dictionnaire des 
Cardinaux. 

NlSIAR. 



La devise de Grolier est tirée de la 
Bible. 

« Clamavi ad te, Domine ; dixi : Tu es 
spes mea, portio mea in terra viven- 
tium. > Psaume CXLI, 6. 

Edward Bensly.. 
Même réponse : 

L. Barbey. 

O beata solitudo (LXXIII, 289, 359). 
— On ne trouve ce texte ni dans siint Jé- 
rôme, ni dans saint Bernard, mais dans un 
poète latin du xvi» siècle, Corneille Muys 
(en latin Musius) né à Delft en 1503, 
mort à Leyde en 1572. Ce renseignement 
m'a été donné par M. Lévesque, l'érudit 
bibliothécaire de Saint-Sulpice. On trouve 
en effet dans un volume de vers rimiés 
qui a pour titre : Solitudo, sive vita soli- 
taiia laudata, et alia poetnata, Anvers 
1566, in-4°. 

O beau solitudo 
O sola beatiludo 
Plis secessicolis ! 
Quam beati candidat! 
Oui ad te volant alati 
Porro ab mundicolis ! 

E. P. 

Jean le Gouin (LXXIII, 44, 213, 303). 
— Il y a en Charollais, rive gauche de la 
Teissonne.une ferme <\ chez Jean Gouin >». 
Ce mot Scandinave a uonc conserve sa 
forme loin des côtes de l'Océan. S. R 

La belle Euryant. Qatl est ce 
personnage? (LXXIU, 339). — Du Fi- 
garo, 7 mai 191b : 

L'indiscrète question. 

Dans une poésie de Victor Hugo, VIdyle 
lie bloriat.e, qui fut dite à la Comédie Fran- 
çaise à l'occasion du dernier anniversaire du 
tuaitre, se trouvent ces vers : 

Gaie, elle sautait dans Iherbe, 
Comme la belle Euryant, 
Et, montrant le ciel superbe, 
Soupirait en souriant. 
Un coirespondant tle \ Intermédiaire est 
fort intrigué par cette belle Euryant qui lui 
est tout a iaii inconnue Et, sans doute, nui 
ne pourra lui fournir de renseigntmeuts sur 
cette beauté, totalement ignorée en effet de 
toutes les mythologies. 

La belle Euryant est une simple « che- 
ville ». C'est une rime, et voilà toui ! Vic- 
tor Hugo ne se gênait ni avec l'histoire ni 
avec la géographie et ne s'embarrassait point 



DfiS CHERCHEURS BT CUiKiJbUX 



ic N^ai 1916. 



413 



414 



outre mesure des réalités. Par exemple, le 
quartier du Petit- Picpus, décrit dans/« Mi- 
sérables, n'a jamais existé, non plus que le 
cul-de-sac Genrot et la rue Droit-Mur, où 
Jean Valjean et Cosette échappent à la pa- 
trouille et à Javert. 

Au reste, dans l'admirable poème de Boo:[ 
endormi, il y a un vers d'une mélodie péné- 
trante et que tout le monde connaît : 

Tout reposait dans Ur et dans Jerimadeth... 

Et bien ! tout comme le Petit-Picpus ou la 
belle Euryant, Jerimadeth est un mythe. Vous 
feuilleterez en vain, pour le trouver, tous les 
Larousse et toutes les encyclopédies. Jeri- 
madeth n'a jamais existé que dans la Lé- 
gende des siècles ! 



« 
» * 



C'est l'héroïne d'un roman de chevale- 
rie qui a pour titre : Lhistoire de très no- 
ble et chevaler eux prince Gérard^ comte de 
Nevers et de la ttès vertueuse et très chaste 
princesse Euriant de Savoye, sa mve, lequel 
roman est une adaptation d'un poème du 
xiu* siècle. 

Un opéra de Weber, Euryanthe, fut 
joué sans succès à Vienne le 25 octobre 

î82?. d'Heuzel. 

* 

* * 
Le Figaro a publié une intéressante 

lettre du poète Dorchain, sur ce sujtt, et 
nous avons reçu des réponses très docu- 
mentées qui se trouveront dans notre 
prochain numéro. 

Le Mort-Homme (LXXIII, 332.) — 
Du Petit Marseillais. 

On nous écrit de Paris : 

Comme il arrive chaque fois qu'on pose 
une question dans le Petit Marseillais, les 
réponses intéressantes affluent. 

Celles qui nous sont adressées au sujet de 
l'étymologie du Mort-Homme ne disent pas 
toutes la même chose ; mais chacune d'elles 
a ses arguments : 

M. Eugène Jaubert, ancien professeur au 
lycée de Marseille, retraité à Nice, sachant 
que le substantif français morne, qui sert à 
désigner de petites montagnes, a pour éty- 
rnologie le mot espagnol murro, ou son aug- 
mentatif morrun, estime que c'est dans 
morron qu'il faut chercher l'origine de 
Mort-Hoiiime, morne de 295 mètres. 

M. Pistât, archéologue, olficier d'acadé- 
mie, réfugié de Reims actuellement à la Na- 
poule, qui a fait des études sur les origines 
des lieux dits, précisément, atteste qu'il a 
souvent rencontré des « Mort-Honune » dans 
les régions champenoises et meusiennes par 
lui explorées. Dans presque tous ces sites, il 
a trouvé un cimetière, gaulois ou mérovin- 



gien, toujours sur une én.inence, qui dut être 
qualifié à l'origine de la mise en culture par 
les laboureurs du sol, et tout naturellement 
Mort-Homme , Morthorame, Homme mort. 

Pour notre troisième correspondant, qui ne 
sigre pas sa lettre, raaisdont l'érudition appa- 
raît incontestable, le Mort-Homme, c'est le 
Mort-Orme, ou l'orme mort. 

« Reportez-vous, écrit-il, à l'ouvrage du 
chef d'escadrons d'artillerie en retraite E. 
Peiffer, intitulé : Recherches sur l'origine et 
la signification des noms de lieux [France, 
Corse et Algérie). Nice 18^4, vous y trou- 
verez au mot Mort-bois, que vous avez judi- 
cieusement mis en tace de Mort-Homme, une 
définition complète de ce bois qui ne peut 
devenir arbre. Alors vous irez à la page 173, 
et vous y lirez qu'en ternies iorestiers Houlme, 
Houme, Homme et Orme sont synonymes. 
Donc le Mort-Homme, c'est le Mort-Orme. 
Il y eut sur le haut de la colline 395 un vieil 
orme qui mourut... » 

Quia raison? j'inclinerais à cioire que 
c'est M. Pistât. Mais... mais la lice est tou- 
jours ouverte. Au besoin, les sociétés savan- 
tes s'en mêleront. 11 faut qu'on soit fixé, un 
jour ou l'autre, sur l'origine de cette appel- 
lation bizaire, entrée dans l'histoire de 
France pour toujours, et aussi sur la pronon- 
ciation correcte qui lui appartient. 

Caderousse. 

Etymologie de Verdun (LXXIII, 
233, 5i6j. — M. de Varigny écrit très ju- 
dicieusement qu' « en gallois, comique, 
bas breton, dun et tun ont le sens de : 
hauteur, élévation. » Ht cela nous a fait 
ressouvenir du problème, tant discuté, de 
Tctymologie de Londres, qui fournit 
quelques points de comparaison avec celui 
que nous avons posé ici. 

London, le fait est certain, dérive du 
latin Londinimn, le nom que lui donne 
lacite et qui n'est que l'adaptation ro- 
maine de l'antique vocable britannique 
Llyn ou lin (étang) et de din ou dun, 
(place forte, colline fortifiée, cité. ) 
L' « étang » , c'était l'élargissement du 
fleuve en ce lieu, où sa courbe offrait un 
point propice à la navigation. La « place 
forte » était vraisemblablement le som- 
met de Ludgate Hill, où s'élève mainte- 
nant St-Paul, à moins que de Cornhill, 
près Mansion House, ce que soutient le 
Révérend W. ). Loftie dans A History 0/ 
London, encore qu'il soit piuuable que 
ces deux hauteurs fussent sur le lin {pool, 
étang). D'ailleurs, ce lin — soit dit entre 
parenthèses — londonien est aussi le lin 



N« t^jg. Vol. I.XXin. 

4,5 

de Lincoln, que Ptolémée iippelait At'vSov 
et les latins Lindum, ce Sov (du») ayant, 
dans la forme moJernc, cté substitué par 
coin, qui osi la colonia rorr.iiine. La forme 
britannique (wtshh) de Londres est Llun- 
ii.iin, qui conserve mieux l'aspect primi- 
tif... 

Camille Pitoi.let. 

« • 

Faut-il voir, avec MM. G. Dottin 
et H. de Varigny, dans le yerû de 
yerodunnm (Verdun), un radical vir, fii , 
gwi , avec le sens « d'homme », ou de 
< grand »,ou de « vrai >> .? — J'ai, là-des- 
sus, les doutes les plus grands. 

Ce que je sais, c'est qu'en Vendée 
nous avons divers noms de lieux-dits, où 
le radical ^er ou l^ert se montre nette- 
ment : yertou (yertawuin), (lat.) (bois) ; 
ret tonne ou Veitoane [yertona) (lat.) ri- 
vière {ona) ; etc. : yerte (rocher soui- 
marin, à bo lieues au large des côtes : 
reste de lOrcanie avec Rochebonne |., 
etc., etc 

Les Celtisants de l'Ouest — il est vrai 
qu'ils n'étaient pas des professeurs ! — 
ont affirmé que ver, veut dire ruisseau. 

[Fillon, A Bitton ; etc. ]. 

Je n'en crois rien, car, dans Vestona, 
c'est sûrement ona, qui signifie « riviè- 
re » (I). Mais Ver ton n'aurait-il donc au- 
cun rapport avec Verdun ? ï. et D. sont 
bien proches voisins. Qui nous expli- 
quera tous ces mystères f 

Marcel Baudouin. 

Viroduniim et Veiodnnnn:. Dunum si- 
gnifie bien un lieu élevé, et, par exten- 
sion, un lieu forti!;é ; mais viro ou veto 
indiquent un bois, une forêt. Racine : 
Viridis, qui a donné aussi 1 'erd,yerdme, 
Verdoyant, Verdetie^ Verdier. 

Vci dette : étendue de bois qui était sou- 
mise à la juridiction tl'un Vcidicr. 

Verdier (Viridariu.s). officier qui com- 
mandait aux gardes d'une forêt éloignée 
d'une maîtrise. De nos jours, il y a ordi- 
nairement à Verdun deux inspecteurs des 
Eaux et forêts qui émanent de Bar-le- 
Duc, chef lieu du xvi" arrondissement 
Forestier 

Je pense donc que Verdun tire, avant 
tout, son étymologie de sa situation au 
milieu des bois 



L'INTKKMfsDlAlRR 



416 



(i) Cf. Divone, rivière consacrée. 



1 



En ce qui concerne Cœsarodunum, je 
dois faire remarquer à M. Henry de Va- 
rigny, qu'avant la conquête Romaine, les 
Turones étaient établis sur les hauteurs 
de St-Symphorien qui sont un véritable 
Dutttim ; leur ville nommée AUionos, 
dut rester longtemps le principal éta- 
blissement après que les Romains se 
furent établis en face de celui-ci, sur 
la rive gauche de la Loire, et, par con- 
séquent, cette dénomination de Cœsa- 
rodunum n'autorise pas à affirmer qu'elle 
indique une forteresse située en terrain 
plat, car elle a pu se rapporter à la ville 
Gauloise qui, elle, était sur une hauteur. 

La même objection pourrait être faite 
pour Verdun, qui estdans un vallon et non 
sur une hauteur, et même pour les autres 
Vcrduns qui .'-ont, pour la plupart, en ter- 
rain plat. Mais il faudrait rechercher si, 
comme pour Tours, il n'existait pas un 
Dunum dans leur voisinage. Je ne con- 
nais pas Verdun, mais j'imagine qu'il est 
entouré de hauteurs et que sa citadelle 
doit se trouver sur l'une d'elles. 

En tous les cas, sous les Romains et au 
Moyen-Age, lorsqu'on voulait fortifier 
un lieu quelconque, on plaçait la défense 
sur une élévation naturelle adjacente, 
et s'il n'en n'existait pas, on en faisait 
une, artificielle {Motte, Tumulus, Tom- 
belle. Donjon, etc.) Soit en terre, soit en 
maçonnerie. 

O. D. 

Woëvre ou Voivre (LXXIII, 283). 
— En réponse à l'excellent écrivain et 
géographe de France qu'est M. Ardouin- 
Dumazet, il est peut être intéressant de 
donner, d après le Dictionnaire topogra- 
phique de la Meuse,dQ Liénard, les formes 
que, chronologiquement, le mot Woëvre 
a revêtues en français. 

On rencontre d'abord : Wevre, en 
1252 53 (Cartulaire de la Cathédrale;; La 
IVeivre, la Grange en Weivre, pour desi- 
gner une ferme ruinée de la commune de 
Cornieville, en 1265 (Cartulaire de Ré- 
gneval) ; Les IVavies, en 1289 (Cartu- 
laire d'Apremont) ; 14^'eyvre, en 1315. 
(Collection lorraine T. 267,49, P. 6) ; 
Kyvre, en 1315. (Collect. Lorraine T. 
267, 49 P. 8; en 1656 (Carte de l'Arche- 
vêché; ; La foi et de Wocvte « qu'on dit 
Manhœuvre »,en 1320 (Archidiaconné de 
Ville en Woëvre; yuevre^ en 1373 (Col- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



10 Mai 1916. 



417 



418 



lection lorraine T. 139 n° 3); Vevre, en 
1373 (Collection lorraine T. 139, n° 34); 
Wepvre^ en 15 18 (Acte du tabellionage 
d'Hattonchatel) ; en 1594 (Actes de la 
prévôté de Bar; (Voyevre, en 1564 (Col- 
lection lorraine T. 267, 49 p. 27) ; Woip- 
vie, en 1575; en 1642; en 1743. Woi- 
pure,en 1^89 (Contrat de Jean de Fon 
taine) ; Voisvre, en 1656 (Carte de l'Evê- 
ché); Château de Poivre, en 1745 ; Foivre, 
(Carte des Etats), 

Comme le dit fort bien M. Ardouin- 
Dumazet, vaivre ou voëvre est un mot du 
glossaire topographique qu'on retrouve 
un peu dans toute la France du Nord Est, 
et qui désigne une terre inculte, infestée 
de vipères (vipera), sous les formes les 
plus diverses : vavre^ vevre, vesvre, voë- 
vre. voivre. vouavre. 

Sous la forme vaivre, existent les com- 
munes de : Vaivre (Doubs); Vaivre (Jura) ; 
Vaivre (S&àne-e\.-Lo\re) ; le ruisseau Vai- 
vre (Doubs) ; La Vaivre (Saône et Loire) ; 
Vaivre et Mentoille (Haute Saône) ; Vai- 
vre, ferme à Gy (Haute-Saône) ; forêt de 
Belle-Vaivre (Côte d'Or) Sous la forme 
vavie : Le Vavre (Indre) ; Petit Vavre (In- 
dre). Sous la (oxxno. vevre : La Vevre {N]é- 
vre) ; La Vevre (Saône-etLoire) et quatre 
communes de La Vesvieen Saône-et-Loire. 
Sous la forme Voivre : La Voivre en 
Haute-Saône et dans les Vosges , forêt 
de la Voivre^ en Meurthe-et-Moselle ; Fort 
de la Voivre, dé'aché d'Epinal ; Les Voi- 
vres (Vosges) ; Voivres (Sarthe). 

Sous la forn:e vouavre : La Vouavre 
(Nièvre) ; Les Vonavres (Haute Savoie), 

G, D. 

Ruée (LXXllI,24o). — Non, ruJe n'est 
pas français, et c'est dommage, il devrait 
l'être, à plus juste titre que le mot épa- 
tant. 

D'ailleurs il appartient à la langue 
médiévale. Le Dh liontiaire d^ Godefioid 
en cite des exemples du xiv' siècle. Ruée 
est, au reste, la traduction, très exacte 
dans sa concision, de l'exemple classi- 
que de la vieille grammaire latine de 
Lhomond. 

H. QuiNNET, 

¥ « 

Ruée me semble im néologisme très ac- 
ceptable. Ne vient il pas de ruer aussi 
naturellement que poussée àe pousser , mêlée 
de mêler, envolée de envoler ? C'est un mot 



court, compréhensible, utile. Qualités fran- 
çaises que n'a point l'affreux verbe récep- 
tionner. 

Albert Desvoyes. 



I Cagibi (LXXII ; LXXIII, 30, 83, 124, 
! 174, 320). — Le mot Castu signalé par 
M. Gelidus comme synonyme de Cagibi, 
se rencontre dans les anciens manuscrits; 
I je l'ai vu, dans une charte du xiii' siècle, 
j écrit Castu, avec un tréma sur Vu. Il si- 
gnifie lieu clos, entouré, formé, enclos, 
et a, comme synonymes ou dérivés : 
Chas (trou d'aiguille) ; Châsse ; CbSton 
(de bague) ; Chat (enclos où Ton renferme 
les porcs) ; enchâsser, etc. 

O. D. 

Cagnard (LXXII; LXXIII, 30, 83, 
124, 225). — Le mot s'emploie à Genève 
et on y a utilisé jadis le terme de cagne, 
l'un et l'autre dans le sens de cache, plus 
spécialement, pour cagnard, de coin obs- 
cur, de retrait plus ou moins dissimulé ; 
« le cagnard » c'était le cabinet de débar- 
ras des gens modestes. Par là on se rap- 
proche du coignard\nà\c{ué ci-devant^ col. 

22Ç. 

Il faut remarquer, en tout cas, que ca- 
gnard et les mots qui lui forment une fa- 
mille, verbe et substantifs, quelles que 
soient les déformations qu'ils ont pu su- 
bir, présentent tous une acception plutôt 
péjorative de paresse, de dissimulation, 
d'obscurité ; par celle-ci on remonte à un 
sens primitif de cabane misérable, de 
hutte de pauvre apparence, d'abris pré- 
caire. L'emploi de cagnard au figuré con- 
firme sa valeur de chose secrète ou à peu 
près : ainsi en Suisse française, on a « le 
Cagnard », petite salle de café où se réu- 
nit un groupe restreint de politiciens ou 
de bourgeois désireux de se voir en un 
lieu discret. 

Ne serait-il pas possible de chercher 
l'étymologie des mots qui comportent et 
le radical ca et un seul général se ratta- 
chant aux diminutifs les plus médiocres 
de la maison, dans le latin casa : ceci par 
remplacement de la finale à l'aide d'un 
nom de possesseur ou d'un qualificatif, 
réduit lui-même aux dernières syllabes ? 
On trouve des cas assez curieux de ce 
procédé en Suisse encore, mais dans les 
Grisons celte fois-ci, où le latin a laissé 
beaucoup de traces; ainsi le nom de fa- 



N' «43 9 



Vol, LXXUI 

4iq 



L'INTERMÉDIAIRE 



420 



mille Camenisch \'\ent de Ca(sa Do)minici, 
et l'on pourrait citer bien jautres patro- 
nymes formés de façon identique. Ca^nard 
ne pourrait-il pas avoir été jadis la mai- 
son ou la hutte d'un personnage — peu 
considéré — ayant eu un nom terminé en 
nardus ou gnardus^ casa Gttignardi par 
exemple ? 

Les articles du dictionnaire de Gode- 
froy ne sont pas suffisants en ce qui con- 
cerne cagnard. Il faut tenir compte ce- 
pendant des acceptions qu'il donne, 
comme celle de « coin de rue où peuvent 
se retirer les gueux et les fainéants. » 

J. d'EcHALLENS. 

Réceptionner; solutionner, etc. 

(LXXll; LXXUI, 127. 179, 317). — fe 
n'aime guère prendre part à ces discus- 
sions sur les mots, où chacun demeure le 
plus souvent de son avis et où d'ailleurs 
d'autres que moi savent si bien formuler 
ma propre opinion. Je ne puis cependant 
résister aujourd'hui au plaisir d'applaudir 
l'article cité de M. Victor Snell. 11 exprime 
si judicieusement ce qui est, à mon sens, 
la vérité en cette matière ! 

Je ne puis résister non plus au désir de 
donner, moi aussi, mon petit coup de 
pioche, pour contribuer à démolir — s'il 
se peut — ce déplorable solutionner , hélas ! 
trop solidement cimenté dans la maçon- 
nerie de l'édifice politico-journalistico- 
parlementairc. 

Aucun mot nouveau — tout le monde 
devrait être d'accord à cet égard — ne 
doit être introduit ni accepté s'il ne ré- 
pond à un besoin, s'il ne comble une la- 
cune, en un mot, comme indispensable, 

A plus forte raison doit-on proscrire et 
combattre impitoyablement tout mot nou- 
veau qui, ayant d'avance un synonyme 
dans la langue, n'a sur ce dernier aucun 
avantage, n'apportant ni un sens de plus, 
ni une meilleure formation, ni plus de 
concision, ni plus de justesse, ni plus de 
précision. 

Tel est bien le cas du verbe solution- 
ner, pur svnonytm de résoudre, et qui 
a exactement le même sens, la même 
origine et ne s'en distingue que par 
le fait qu'il est nouveau et inal cons- 
truit ; car si le substantif solution dé- 
rive correctement du verbe (en latin 50/- 
verg^solutus), il n'y a aucune raison pour 



, tour au nouveau verbe solutionner. Autre- 
ment, où s'arrêterait cette série? Si le 
verbe résoudre (ou plutôt son étymologie 
latine) nous a donné le substantif so/m//ok 
et si ce dernier nous procure le verbe 
solutionner , je ne vois pas pourquoi le 
verbe solutionner ne deviendrait pas à son 
tour le père du substantif solutionnement, 
que nos fils s'habitueront sans doute à 
voir imprimer dans leurs journaux ; et je 
ne désespère pas que mes petits enfants 
fassent connaissance à leur tour avec le 
verbe solutionnementer .. De grâce, arrê- 
tons la série !... 

Observons, en outre, que le mot solu- 
tionner est plus long que son synonyme 
résoudre^ possédant quatre syllabes, au 
Heu de deux et demie (si l'on compte la 
muette pour une demie), et qu'il serait 
vraiment bien paradoxal de voir là un 
avantage à une époque qui tend avec 
raison à rendre la langue plus brève, plus 
concise, plus nerveuse, plus rapide et qui, 
dans le langage courant, abrège tous les 
longs mots, commt auto ^ métro ^ pneu, tXc. 
Dans quelle phrase, dans quelle circons- 
tance, dans quel sens particulier, le mot 
solutionner remplace-t il, avec un avan- 
tage quelconque, le mot résoudre ? Parti- 
sans de solutionner, s'il en existe parmi 
les lecteurs de Vlntermédiaiie, dites-le 
moi ! 

Mais nous qui voulons préserver et lé- 
guer intacte à nos enfants, comme un 
patrimoine sacré, notre vieille langue 
nationale, supplions bien humblement 
Messieurs les académiciens — surtout 
quand il leur arrive, par hasard, d'être en 
même temps ministre ou président de la 
Chambre des députés, ou Président de la 
République — de s'interdire et de com- 
battre ces affreux néologismes du jargon 
parlementaire et journalistique actuel. 

Baron de Nanteuil. 

« 
♦ * 

On a imprimé : « exagérations », au 
lieu de : « opérations », que j'avais écrit. 

Nauticus. 

Pauvre comme le chat du juge 

(LXXUI, 242, 324), — Ce proverbe gas- 
con me fait l'effet d'avoir tout spéciale- 
ment, pris son origine dans quelque fait 
divers local, l'hais, lequel ? Me permet- 
tra-t-on, toutefois, d'ajouter, qu'il est 



que ce substantif donne naissance à son 1 moins connu, cet adage provincial, et 



DES CHERCHEURS ET CURiEUX 



10 Mai 1916. 



421 



422 



i 



surtout moins clair à l'esprit, que le 
très ancien proverbe français : Etre gueux 
comme ung rat d'église. Celui-là sent son 
Rabelais, d'une lieue. Peut-être est-il un 
peu malicieux, mais comme aussi la vé- 
rité qui en découle saute aux yeux des 
moins clairvoyants : La nourriture spi- 
rituelle, le pam de l'âme, qu'on recher- 
che, avec une pensée de suprême conso- 
lation, dans les églises, n'étant pas pré- 
cisément créés, pour y attirer la dent 
Carnivore de MM. les rats. Le jeûne n'est 
point leur dogme. Ulric R.-D. 

• * 
Je suis un peu de l'avis de. M. Nozirod 

qui doit être un spécialiste. 

Ata-el-Gato. 

[Serre-bourse] m'a d'ailleurs rappelé le 
terme Gate^Course, que je croyais fran- 
çais, comme Gâte pâte, ou Gâte-Sauce 
ou Gâte-métier , mais que je n'ai pas 
trouvé dans les dictionnaires classiques, 
[Petit Laiousse, etc.] 

Mais alors, avec cette manière de voir, 
quel serait le sens exact de Gdie-bomse, 
qui parait pourtant formé sur le modèle 
de Gaie-Sauce ? Au fait, Gâte-bourse si- 
gnifie-t-il, en réalité, quelque cliose?Ie 
demeure perplexe, vraiment. 

Marcel Baudoin. 

Le canon et la météorologie. — - 

V Intermédiaii e laisse un peu chômer 
cette rubrique, que nous y ouvrîmes na- 
guère, a l'occasion dune lettre de Loïe 
FuUerau New York Herald (éd. de Paris). 
Or, voici que le général Cbittenden revient 
sur la question dans Tbe Monthly Weather 
Revtew et que K. écrit à ce sujet quelques 
judicieuses réflexions dans les Débats du 
13 mars, sous le titre : Pluie et bataille. 

il n'est personne — dit-il — qui n'ait en- 
tendu dire que la bataille fait pleuvoir, qu'il 
pleut toujours pendant les guerres et, en 
particulier, apiès les grandes batailles. Sans 
s'arrêter un instant à savoir si le fait est 
exact, on l'explique aussitôt. Rien de plus 
simple. Le tracas desarnies à feu secoue l'at- 
mosphère et en fait tomber les gouttelettes, 
comme on fait tomber les prunes en secouant 
un prunier. Ln ouire, la combustion des 
poudres et des explosifs répand dans l'atmos- 
phère une quantité de poussières qui servent 
de noyau de condensation à la vapeur d'eau, 
de prétexte à la formation de gouttelettes 
qui, une fois formées, ne demanderont qu'à 
tomber... 



Ceci serait très bien — à condition 
qu'on le prouvât — si cette croyance en 
l'action de la bataille sur la pluie ne re- 
montait à des époques où l'on se battait à 
Larme blanche. Et c'est ici qu'intervient 
cet excellent Plutarque. 

« Plutarque raconte en effet, — conti- 
nue V., qui ne nourrit aucunes illusions 
sur la naïveté de l'illustre archonte — 
que c'est chose connue qu'il pleut assez 
généralement après les batailles, soit que 
la puissance divine veuille ainsi nettoyer 
la terre polluée, soit que l'humilité et 
l'évaporation issues du sang et de la cor- 
ruption épaississent l'air, « qui est natu- 
lellement sujet aux altérations par les plus 
petites causes. . . » 

Quelqu'un saurait-il — ce qu'a oublié 
de faire l'auteur anglais — identifier avec 
exactitude ce passage des Vies des hommes 
illustres ? Camille Pitollet. 

Le son du canon (LXVIl ; LXXII ; 
LXllI 5275, 325). 

On lit dans les Débals : 

D'après Vlntertnédiaire du 10 avril fp. 
326), un journal de Zurich annonce de Bâle 
la fondation, en Suisse, Allemagne et 
Hollande, d'une Association pour l'observa- 
tion scientifique de la portée du son du ca- 
non . Tous les observatoires des trois pays 
collaborent à l'œuvre commune qui peut et 
doit donner des résultats fort intéressants, les 
faits devant être recueillis par des observa- 
teurs expérimentés et de profession, et dans 
des conditions de précision exceptionnelles. 
Qu'a-t-on fait dans cet ordre d'idées, chez 
nous ? Nous l'ignorons. Peut-être rien du 
tout. Et pouitant des recherches étaient, et 
sont encore, très possibles, dans les obser- 
vatoires. On peut, dans les observatoires 
pas trop éloignés de la ligne de feu, jusqu'à 
300 ou 400 kilomètres de distance de celle-ci, 
noter les jours et heures où le bruit du ca- 
non s'entend le plus fort, ou s'entend tout 
simplement (pour les stations les plus éloi- 
gnées) et, par comparaison, on se procurerait 
des données sur la portée du son et sur la 
zone de silence, sur sa fréquence, son éten- 
due, sa dépendance par rapport aux condi- 
tions météorologiques. Si l'on dispose, par 
exemple, de trois stations, situées à 50, 100, 
200 kilomètres de Verdun, sur le même 
rayon ou à peu près, et si le canon, au même 
moment, est entendu à 50 et à 300 kilomè" 
cres, mais non à 100, on peut conclure à la 
présence de la zone de silence. Selon le nom- 
bre et la disposition des stations on peut dé- 



N* M39. 



Vol. LXXIII. 

423 



LÏNTERMRDIAïRB 



terminer la largeur de cette zone. Jamais 
cette étude n'a été faite. Nos ennemis, met- 
tant à profit les circonstances, vont la fane; 
mais nous le pourrions tout aussi bien 
qu'eux, et \es Débats ont, à plusieurs repiises, 
signalé l'intérêt qu'il y aurait à utiliser la si- 
tuation pour entreprendre cette recherche. 
Mais un jeurnaliste ne peut, à lai seul, faire 
la besogne de plusieurs observatoires, et il 
n'a pas le don d'ubiquité. 

D'après les dépOches de Bâle, on s'occupe 
beaucoup du bruit du canon à Strasbourg où 
le canon de Verdun se fait entendre, à 185 ki- 
lomètres, comme à Mannheim, Carisruhe, 
Stuttgart, Francfort sur-le-Mein, et même 
Marbourg. 

Nos observatoires français regarderont-ils 
faire, tranquillement, sans rien entrepren- 
dre t' Nous attendons leur réponse que nous 
enegistrerons avec intérêt. 

Le sabre-baïonnette-scie des Al- 
lemanus (LXXlll, 238, 369). —De même 
que l'intermediairiste Marc Al., j'ai passé 
ma prime jeunesse à Strasbourg où je 
suis né, et comme lui, j'ai vu le sabre 
baionnelle scie attaché au ceinturon de 
quelques soldats allemands. 

Ma jeune imagination avait été frappée 
par ce tait que ces hommes portaient à 
leur côté deux sabres baïonnettes. 

La présence de deux armes qui, cha- 
cune dans leur fourreau, avaient un aspect 
extérieur ne les différenciant pas l'une de 
l'autre, m'intriguait et j'en derrandai la 
raison a un allemand. 

Celui-ci me répondit que l'un des sabres 
était une baïonnette ordinaire tandis que 
l'autre était une vulgaire scie. Et il m'ex- 
pliqua alors que dans chaque compagnie, 
quelques hommes étaient munis de cette 
arme supplémentaire, destinée, en ma- 
nœuvre ou en campagne, à permettre 
aux hommes de débiter du bois pour les 
divers besoins du service : bois pour les 
feux du bivouac, bois pour la construc- 
tion rapide d'ouvrages légers de dé- 
fense, etc. 

La partie en dents de scie de ces sabres 
s'étendait sur toute la longueur du tran- 
chant de la lame dont le dos était assez 
épais. On peut donc admettre qu'en 1870, 
le sabre-baionnelte-scie n'était pas à pro- 
prement parier une arme offensive ou 
défensive. 

Dans la guerre actuelle, d'après les 
dessins que j'ai vus, il n'en est plus de 
même, Le sabre-baïonnette n'est trans- 



424 



formé en scie, que sur la moitié environ 
de sa longueur, en commençant du côté 
de la garde, la partie vers la pointe res- 
tant lisse. Or, l'homme muni d'une pa- 
reille arme est nécessairement porté, dans 
une charge à la baïonnette, à la plonger 
en entier dans le corps de son adversaire 
et à lui causer par suite d'affreuses bles- 
sures. C'est en cela que le génie malfai- 
sant du boche se révèle à nous et que 
l'expression d'arme de sauvage employée 
par M. Marc Al se justifie pleinement. 

Je sais bien que mon article m contient 
pas la réponse à la question posée, mais 
je crois tout de même qu'il sera lu avec 
intérêt, car il fait ressortir jusqu'à l'évi- 
dence le raffinement de cruauté qui diffé- 
rencie les boches d'aujourd'hui d'avec 
les boches de 1870. 

Paul de Montzaigle. 

NÉCRQLOGiE 

M. Henri Goudchaux 

11 va quelques semaines, l'Intermédiaire 
publiait une de ces réponses solides qui 
étaient la marque de M Henri Goudchaux 
dont nous avons le regret d'annoncer la 
mort de notredistingué collaborateur était 
un de ces parisiens répandus— armateur, 
il était le chef de la maison Worms et Cie 
— qui sont de parfaits lettrés et d'irrépro- 
chables érudits et ne font point profiter 
de leur savoir que les cercles mondains 
où on les fête. 

M. Henri Goudchaux nous prodiguait 
ses notes rédigées avec autant de cons- 
cience et de science, que de courtoisie. 

L'une de ses dernières enquêtes était 
relative à l'expression « chifïon de pa- 
pier », qu'il avait menée si à fond, que ce 
sera, dans nos colonnes, que les histo- 
riens de cette guerre devront en venir 
chercher la plus exacte référence. 

Plusieurs de nos lecteurs nous signalent 
qu'il manque des pages dans leur exem- 
plaire dernier. En réalité, c'est le pliage 
qui est mal fait — ce dont nous nom 
excusons très fort — le nombre des pages 
s'y ttouve. 



Lt Directeur- ^tirant : 
GEORGES MONTORGEUIL 



Imp. Clrrc-Danibi., St-Amand-Mont-R-ynd 



LXXIII® Volume Haraissant les jo, 30 et iode chaque mois 20-30 Mai 191b 



N° 1440 

Sl^'.r.VIctor-Stîassé 
PAHIS (!\'> 

Sureaux : de 3 ^ Sheuret 



QUiEûnS 



Cherchez et 
voua trow.'srez 




g II «s faut 

s êtxtr'aider 

z 
c 
o 



N" 1440 

PARIS (iX') 

Bureaux : de 3 à ôhei ras 




t^tîîîfèiatre 



ES CHfRCHEU 

Fondé 



RS ET CURIEU 

en 18Ô4 



QUESTIONS RT URFONSKS 



LITTKRAIRKS, H 
TROUVAILLKS 



425 



L'INTERMEDIAIREparaîtradii- 
rant l'année 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'anuée de 
guerre 1915. > 

Nous fartons nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
'de leur pseudonyme, et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Lés articles ano- 
nymes ou signés d? pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour ■ la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauj exception^ 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



dHueeîiouô 



L'épée de Frédéric II. — De 

VŒuvre, citant un écho de la presse 
anglaise: 

Napoléon visitant Potsdam après la ba- 
taille d'Iéna, prit le sabre de Frédéric le 
Grand et le rapporta en France. 

Le 17 mai 1807, cette relique fut déposée 
solennellement aux Invalides. Elle n'y est 
plus, 

Qii'est devenu le sabre de Frédéric II ?• de- 
mande le journal anglais, '"' 



ISTORIQUES, SClKNTIKKillKS ET ARIISllQU.S 
ET CURIOSITÉS 

— 42b — 

* 

* * 
Nous lisons dans {'Intermédiaire, tome 

XX, (10 mai 1887) : 

Après la capitulation de Paris, en 1814, le 
' gouverneur des invalides fit briser (dit-on) 
l'épée de Frédéric II, prise à Potsdam par Na- 
poléon, et en fit sceller secrètement les mor- 
ceaux dans le mur aux quatre coins de la 
grande coui . 

Si le fait est exact, a-t-on jamais essayé de 
retrouver ces intéressants débris? 

La question n'a pas eu de réponse. 

La première idée pratique du pa- 
rachute. — Lettre adressée au Journal 
de Paris, le 3 aoijt 1781. 
« Messieurs, 

« Quelques personnes m'ayant prié de 
chercher des moyens pour empêcher les ac- 
cidents funestes occasionnés par une chute, 
je viens d'imaginer un bonnet que l'on fa- 
brique, et par le moyen duquel on peut tom- 
ber d'une hauteur quelconque sans se blesser, 
et voici comment : Ce bonnet, composé 
d'une matière forte et légère, très peu volu- 
mineuse, quand le bonnet est replié sur lui- 
même, se déploie et s'allonge, dès qU3 la 
personne qui l'a sur la tête tombe : il se 
remplit d'un volume considérable d'air, de la 
hauteur de quatre à cinq pieds sur un pied 
de diamètre, et conséquemment de trois 
pieds de circonférence. Cette colonne d'air 
verticale suspend et soutient l'homme per- 
pendiculaire, en sorte qu'il tombe toujours 
et nécessairement sur ses pieds et avec beau- 
coup de douceur, 

« Plus la chute est considérable, plus vous 
tombez doucement et sans que la tête soit 
tiraillée par la suspension de ce bonnet, 
parce qu'il tient aux aisselles p.ir de fortes 



LXXIIi-9. 



N* 1440. Vol. LXXIII. 

427 

bandes qu'on passe dans les bras, en mettant 
le bonnet, avec une ceinture horizontale, 
que vous attachez avec une boucle autour du 
corps. 

< Ce bonnet sera d'une très giaiide utilité 
aux personnes qui, p^ir état, sont obligées de 
travailler fort haut et souvent exposées à des 
chutes mortelles, coaime maçons, charpen- 
tiers, couvreurs, vitriers, serruriers. 

« Lii Roux. » 



L'INTERMEDIAIRE 



428 



allemands prisonniers ont-ils été l'objet 
d'une demande de leur gouvernement d'as- 
similation avec les officiers, si on voulait 
que nos sous- lieutenants sortis des rangs, 
fussent traités en Allemagne comme des 



I officiers 



La CoussiÈRE, 



Montreuil et Montereau. — Le 

Maitre Maçonqui a construit Notre Damc- 
Est-ce la première idée du parachute | de Paris a sa mémoire perpétuée dans 

: -.^^ ^n ,-n n-.^...'.<>t->f ^tinl/^ii^o oa,-<it,~r>c «1 .1 .. I „ . . ..- .-^ ^m,r->-, ani <• ^ n ••', r- i anr- 



qui rend en ce moment quelques services 
à l'aviation? A. B. X. 

Un fils naturel de Napoléon : 
l'abbé... — Dans Choses Vues, à l'année 
1842 et au chapitre consacré à la mort 
tragique du duc d'Orléans, après une 
description sommaire de la chariibre où 
fut apporté le prince mourant, Hugo 
écrit : 

Le cKapelain de la Reine, qui assistait le 
curé de Neuiliy au moment de rextrème- 
onction, est un fils naturel de Napoléon, 
l'abbé..., qui ressemble beaucoup à l'Empe- 
rsur moins l'air de génie. 

Quel est ce fils de Napoléon ? Qui étail: 



plusieurs monuments parisiens. 

Comment se fait-il qu'une Commission 
ou un Corps scientifique autorisé n'ait 
pas encore pu trancher la question de 
l'orthographe d'un nom aussi cher aux 
Pcii 'siens .? 

Faut-il dire Pierre de Montreuil ou 
Pierre de Montereau ? 

L'Hôtel de Ville dont la façade est or- 
née d'un Pierre de Montreuil (qui du reste, 
tourne le dos à ses œuvres : la Sainte 
Chapelle et Notre-Dame) le donne comme 
P. de Montreuil ; l'église Saint-Germain- 
des-Prés conserve également la mémoire 
de « Pierre de Montreuil >>. 

Par contre, un statuaire illustra le jar- 
samère? Pourrait-on donner quelques ■ din du Carrousel d'une statue de «Pierre 
détails sur sa vie .'' "- »» - ■■ 



de Montereau ». 

Mais en revanche les murs du Palais du 
Trocadéro olïrent à létonnement des 
touristes et des générations futures la 
double graphie « Montreuil » et « Mon- 
tereau » . 

Ne sont-ce pas là manifestations d'igno- 
rance auxquelles on devrait mettre fin ? 

BURON. 

Voir Intermédiaire, tomes III, IV, VII. 

Le lieutenant Flachat. — Etait-ce 
.Le Journal de Verdun. — Je dési- { un frère de l'ingénieur Eugène Flachat, le 
rerais avoir le plus de renseignements | lieutenant de, voltigeurs Flachat qui fit en 
qu'il sera possible de me donner, sur ce j Espagne la campagne de 1809 et se maria •' 
périodique du xvm' siècle dont j'ignore en Béarn .? Ils étaient l'un et l'autre origi- 
tout, y compris l'origine du nom, la durée naires de Saint-Etienne (Loire) 



ROAN. 

Archives du Mams. — Lorsque les 
Anglais évacuèrent le Maine (1427-28), 
ils emportèrent, selon divers historiens 
locaux, les archives de la ville du Mans, 
qui auraient été déposées à la Tour de 
Londres. Est ce exact f Peut-on les con- 
sulter ? 

O. D. 



de la publication, le format ci l'objet 
principal Je sais seulement que la collec- 
tion estassez rare à rencontrer et je ne ren- 
contre aucune documentation à Dijon. 

H. C. M. 

Grades dans les armées beiligé- 



JEAN DE CaUCHARIÉ. 

\ Manuscrits de Madame de StaëL 

î — Dans la correspondance de la comtesse 

i d'Albany, figure une lettre de Madame 

de Souza, annonçant à son amie, la mort 

1 de Madame de Staël. Elle lui dit que 



ran es. — Quel» sont-ils, spécialement i celle ci a laissé cent mille francs à Schle- 

dans les rangs subalternes ? .'\ quoi cor- j gel, ainsi que ses manuscrits. Est ce 

respondent ils chez nous? Qu'en est ii au I exact? Schlegel fut il mis en possession 

juste des sous officiers allemands .? Pour- | des dits manuscrits? Que sont-ils de- 

quoi ces temps-ci les sergents-majors (5îc) î venus? ~ * Nisiar. 



DES CHEfiCHhUîtS ET CURIEUX 



20-30 Mai 19 16. 



4-9 

à détermiîi'^^r 



430 



Armoiries à détermin^^^r : Six , 
pexîpliers. — A quelle famill'.' appar- | 
tiennent les armes suivantes : | 

D^argent à 6 peupliers mouvant d'une \ 
Champagne de même, an chef d'azur chargé 
de ^ étoiles d'or. 

P. B. 

Armoiries à détermmer : dPar- 
gen t. au lion do... — A quelle famille 
appartiennent les armes suivantes : 

D'argent an lion de... tenant une bran- 
die repliée sur elle-mêtne, an franc quartier 
de gueules à l'c'pée d'or en pal. 

P. B. 

' rmoiries à déterminer: d'or à 
trois cors de sabîe. — A quelle famille 
appartiennent les armes suivantes : 

D'or à 3 cors de cable. 

P. B. 

La fourragère. — On vient de re- 
mettre en honneur cette distinction mi- 
litaire. 

On a cru, dit le Temps, découvrir l'origine 
de la « fourragère » dans l'histoire^de la do- 
mination espagnole sur les Pays-Bas. Le duc 
d'AIbe ayant. à se plaindre d*un corps de Fla- 
mar.ds qui avait lâché pied au cours d'un 
couiba't, décida qu'à l'avenir tout fuyard se- 
rait pendu. Les Flamands voulurent prendre 
leur revanche ec se battirent brillamment, en 
portant sur l'épaule un morceau de corde et 
un clou. Ce symbole d'une fnute devint, 
par la suite, un "signe d'honneur et la corde 
fut remplacée par une tresse de passemen- 
terie. 

Cette version pittoresqije est-elle exacte? 
L'origine de la « fourragère » semblerait être 
plus simple. Les soldat-; des troupes à cheval 
ont pris l'habitude, depuis un temps immé- 
morial, de porter en sautoir leurs cordes à 
fourrages. C'est là le point de départ de 
l'aiguillette, que tous les cavaliers poi talent 
encore sous le second Empire. Les « Touria- 
gères » étaient, selon l'aime, assorties à la 
couleur des épaulettes, et surtout du liséré 
de l'uniforme. Cet ornement à la toilette de 
nos soldats a donc une origine bien française, 
et !e duc d'AIbe n'y serait pour rien. 

Qu'en pensent nos collaborateurs ? 

M. 

? x-lib ri? à identifier : Dexti ochère 
armé d'argent. — Ecu ovale. 

D'or au, dexir ochère armé d'argent? 
mouvant du flanc dextre, tenant deux flè- 



ches de sable en sautoir^ au chef d'a:(Hr 
chargé de ^ é'oiles (5) d'or. 

Heaunîe de profil, lambrequins 43/40. 

• * 

Ecu ovale. 

D'or à ^ fasr.es d'azur chargé d'une ren- 
contre de arf d'atgent, brochant sur le 
tout. 

Couronne de comte. 58/42. 

H. A. 

La devise des ducs de Gdaval. 

— La vieille noblesse portugaise portait- 
elle des devises ^ 

Quelque chercheur saurait-il me dire 
celle des ducs de Cadaval (maison Alva- 
rez Pereira de Mello) ou tout au moins à 
qui je pourrais m'adresser pour avoir ce 
renseignement ? 

Elvire. 

Citation latine à expliquer : Hosa 
quo locorum sera moratur. — Je 

croyais savoir le latm, mais je m'aperçois 
que c'était une illusion, car je ne com- 
prends absolument nev\ à l'épigraphe sui- 
vante : 

• Rosa quo locorum sera m.oratur, 
qui sert de titre au chapitre LVl du ro- 
man de Thackeray « The Newcomes *>. 
Je serai très reconnaissant au collabora- 
teur plus savant que moi auquel je devrai 
l'explication de l'énigm^e. 

A. P. L. 

Le Héraut d'armes de Murcie. 

— En 1879. dans une publication intitu- 
lée ;. Parii-Miircte et qui avait paru 
quelque temps après les inondations 
d'Espagne en 187s se trouvait une gra- 
vure ou estampe représentant un héraut 
d'armes à cheval. 

Un de nos collaborateurs pourrait-il 
me faire connaUre l'auteur de cette gra- 
vure et m'indiquer où je pourrais la re- 
trouver? 

J^ota. — Le Numéro spécial était remis 
à tous les souscripteurs pour venir en 
aide aux victimes de l'inondation qui 
avait causé des dégâts considérables en 
Espagne. 

BlBL10rHHQ.UE DE BoURGES. 

Bibliotheca magna ecolesiastics. 

— De qui est cet ouvrage ? Oùj^peut-on 
le consulter ? O. D. 



M' H40. Vo!. LXXlll 

45, 

Forlos. — Je ne possède pas Diicaiige, 
ni ne suis à même de le consulter. Qiie si- 
gnifie ce mot employé, en Angoumois 
notamment, dans le sens de mercuriale 
municipale au xviii' siècle encore ? 

Saint-Saud. 

Slesvig ou Schleswig. — Du Fi- 
garo : 

Lorsque les joiunaiix frMiçais ont à parler 
du Slesvig, il en est certains qui écrivent 
Schleswig. C'est là l'orthographe allemande 
du nom de cette province danoise, laquelle, 
comme on le sait, fut arrachée, en 1864, au 
petit Danemark par la coalition de l'Autriche 
et de la Prusse et annexée purement et sim- 
plement par celle dernière, après Sadowa, où 
Guillaume l^' infligea une si complète défaite 
à celui qui devait être « le brillant second » 
de son petit-fih. 

Voilà pourquoi nous pensons qu'il vaut 
mieux écrire Slesvig, jelon l'orthographe da 
noise. 

Et nos collaborateurs, qu'en pensent- 
us? 

V. 

Un texte obscur de la « Tentation 
de Sa»nt l'Antoine ». — Nul plus que 
moi n'admire le style de Gustave Flaubert 
et sa connaissance de la langue. C'est 
pourquoi je m'étonne de trouver à la 
page 44, de l'édition définitive (18^8) de 
La Tentation de Saint Antoine une phrase 
aussi. . . singulière : 

« Siffît:^. lanières, mordes-moi, arra- 
che:(-moi ! le voudrais que les gouttes de 
mon sang jaillissent jusqu'aux étoiles, fis- 
sent craquer mes os, découvrir mes nerfs !... 

/I rt ache:( -moi est déik bien audacieux; 
mais que penser de gouttes de sang qui 
font craquer des os et qui font découvrir 
des nerfs I . . . 

Est-ce là le texte bien exact de Flau- 
bert, ou ne devons-nous pas croire à 
quelque erreur typographique? 

GÉo M. 

Etymologie d© « Nogent » ? — I! 
est de belles ou curieuses étymoloyies de 
noms. Ainsi, Yvetot, où l'on trouve Yves, 
et iô, (bocage), du mot saxon toft, qui se 
retrouve dans Sassetot, Bennetot. etc., 
— Ainsi, la rue Erembourg de Biie est 
devenue la rue Boutebrie, et l'on croit à 
peine que la rue Zacharie ail été, au xv» I 



L'INTERMÉDIAIRE 



432 



siècle, la rue Sac-à-lit, ainsi qu« le spé- 
cifie l'abbé Lebeuf! je n'éprouve donc 
nulle gêne à demander humblement à 
des confrères érudits quelle est l'étymo- 
logie de Nogent, (nom de lieu commun 
en France, d'ailleurs) ? 

Gabkiel Ursin Langé. 

Afnaf — On lit dans V Impromptu du 
paquetage de M. Maurice Donnay : 

« J'suis content d'un sens ; d'un autre 
sens, j'suis pas content ; c'est afnaf, comme 
on dit. . . » 

Ouel est le sens exact de ce mot, son 
étymologie ; appartient-il à ce qu'on est 
convenu d'appeler l'argot des tranchées ? 

Gustave Fustier, 

P ur enlever l'encre grasse des 
cachets. — Sur le titre de quelques li- 
vres que je possède se trouvent les em- 
preintes de cachets apposés avec de l'en- 
cre grasse de couleur bleue. Un aimable 
confrère pourrait-il m'indiquer à l'aide de 
quel procédé efficace on arriverait à obte- 
nir leur disparition complète ? 

Geo Filh. 

Boutons et Boutonnières. — D'or- 
dinaire, dans les vêtements d'HOMMEs, les 
boutons sont du côté droit et les bouton- 
nières du côté G avcwe [Ex : Re 'ingote ; 
gilet; pardessus, braguette du panta- 
lon ; etc.] (i). 

D'habitude, au contraire, dans les vê- 
tements du SEXE FÉMININ, les boutotis sont 
à gauche. 

Le fait est général et s'observe aussi 
bien en province, chez les paysans (Ouest 
de la France pariexemple), qu'à Paris, sur 
le boulevard et à la devanture des plus 
élégants tailleurs. 

A quoi cela est-il dû ? Ce ne peut être, 
évideinment, à la Droiterie. 

Cela remonterait il au début du costume 
actuel, c'est-à-dire au commencement du 
moyen-âge .? Les tailleurs consultés ont 
répondu : « C'est la tradition y (2). 

Marcel Baudouin. 

( i) Je n'ai pas à insistsr ici sur le costume 
militaire tt ses règlements. 

(2) Les Femmes n'acceptent jimais la li- 
vraison d'un vêtement, avec lès boulonnières 
à gjuche ! . 

Quand les spécialistes en vêtements de 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 



io-30 Mai 1916, 



433 



434 



Pourquoi ne porte on plus de 
chapeaux hauts ds) forme ? Un article 
du Figaro du 7 mai dernier constate qu'on 
ne voit plus guère dans Paris que deux 
ou trois chapeaux hauts de forme « qui 
continuent à circuler quotidiennement 
sans avoir conscience de leur ridicule ni 
de leur fantastique inopportunité ! » 

L'auteur de l'article en question attri- 
bue donc à la tristesse des temps actuels 
la presque totale disparition d'un mode 
de coiffure auquel nos pères ne crurent 
pas devoir renoncer durant la guerre de 
1870-71. On sait même que le citoyen Ue- 
lescluze arborait encore un chapeau haut 
de forme aux derniers jours de la Com- 
mune quand il alla se faire tuer sur les 
barricades. 

Serions-nous plus austères aujourd'hui 
et serait-ce donc un signe de deuil que 
nos contemporains auraient abandonné 
une coiffure qu'ils reprendront seulement 
le jour où la paix nous sera rendue avec 
la victoire ? 

Nous serions obligés de constater, dans 
ce cas, ,que le sexe féminin ne s'est pas 
misa l'unisson du nôtre, car il n'a pas at- 
tendu la paix et la victoire pour adopter 
les toilettes les plus fringantes ! 

N'est-il pas plus vraisemblable que la 
suppression du chapeau haut de forme 
doit être attribuée à l'envahissement des 
mœurs démocratiques qui, déjà bien 
avant la guerre actuelle^ tendaient à l'uni- 
formité du costume masculin pour toutes 
les classes de la société ? 

En ce cas, les Parisiens devront dire un 
éternel adieu à ce chapeau haut de forme 
qui, venu d'Angleterre à la fin du xviii'' 
siècle, continue à être poité à Londres 
— malgré la guerre ! — par tout gentle- 
man tant soit peu correct. 

Qu'en pensent nos confrères de l'Inter- 
médiaire ? { I ) J. W. 

femme font des redingotes, ils se trompent 
parfois ! Les patrons refusent la commande. 
D'après les tailleurs, la lecume, en l'es- 
pèce, est victime d'une coutume, qui re- 
monte à l'enfance. 

(i) Cette question sort de notre pro- 
gramme : nous ne devons que répondre briè- 
vement et avec précision a une question qui 
appelle non une opinion mais une référence 
Cependant, le sujet est curieux et, pour une 



fois, nous îaisons exception à la 



règle. 
L. R. 



Marche sur l'eau. — On vient d'as- 
sister à des expériences d'une marche sur 
l'eau à Paris, qui ont très bien réussi. 

On lit dans les Débats : 

L'ingénieur italien qui vient de procéder à 
des essais de marche sur l'eau avec l'appareil 
baptisé du nom gréco-norvégien d'hydro-ski 
a eu de nombreux précurseurs. Sans remonter 
plus \\3l\.\\.. ^Illustration A\i \6 septembre 
1834 décrit et représente la traversée de la 
Seine par un certain Filleul, sur deux bate- 
lets qu'il faisait mouvoir au moyen de patins 
dont le va-et-vient déterminait la rotation 
de pales inférieures et latérales : manière de 
naviguer pas commode du tout, s'il faut en 
croire la notice. Quatre ans plus tard, le 
Il septembre 1S58, notre excellent confrère 
signale une expérience beaucoup plus con- 
cluante ; un voyage en podoscaphes, de Rot- 
terdam à Cologne, soit 136 lieues, accompli 
en 6 jours et 16 heures. Ce n'est pas une vi- 
tesse d'aéroplane, ni même d'express de es 
temps-la, mais c'est pourtant quelque chose, 
surtout d'aval en amont, et il serait curieux 
de savoir pourquoi cette prouesse n'a pas eu 
de suite. Etait-elle bien authentique? 

Quelle est la littérature relative à cet 
intéressant sujet ? D"" L. 

Etymologie de Boy scout. — 

(Boy scout, terme adopté pour désigner 
nos jeunes éclaireurs) : le mot anglais 
« Boy » qui signifie « jeune garçon », est 
probablement d'origine saxonne (alle- 
mand Bube, qui a donné « Bouèbe » 
dans le parler populaire du pays de 
Vaud) ; — mais se doute-t-on que 
« scout », n'est autre qu'un vieux mot 
français, rapatrié sous cette forme d'ou- 
tre-iVlanche ^ 

Scout signifie « vedette », « senti- 
nelle » ; c'est tout simplement notre vijux 
mot cscoute, par lequel on désignait les 
guetteurs qui allaient aux écoutes. Parmi 
mains exemples que fournit Littré, en 
voici un de Froissard (xv' siècle) : 
et les convenoit envoyer aucuns escoutes 
demie lieue loin de la ville. 

L'ancien français avait aussi la forme 
« escout ». 

Le verbe « escouter » (nous disons 
écouter) est une altératijon du latin « aus- 
cultare » (de aus — oreille), qui est de- 
venu « ascultare » dans le latin popu- 
laire, d'où « ascouter », puis « escouter », 
tandis que le langage scientifique conser- 
t vait ou rétablissait la forme classique 
; « ausculter ». CusA. 



*; 



N» M40. Vol LXXIll, 
■ 435 ~ 



L'INTERMEDIAIRE 



436 



cpdîîSÉ 






• Les Bleuets (LXXllI, 378). — Ce 
surnom 2 déjà été porté par nos soldats. 

On lit dans l'ouvrage du baron Ch. 
Poisson, L' armée et la Garde NatioiLilc, 
1. 11, p. 75: ^ 

Les déiiominalions usitées dans les camps 
étaient culs blancs et bleuets. Les soldats 
de la ligne avaient des uniformes dont le 
fond ét;7it blanc, les basques retroussées de 
chaque côté, faisaient donc voir des citls 
blancs ; les bataillons de volontaires, au con- 
traire, qui étaient mêlés avec eux, avaient 
l'uniforme de garde nationale qui 0*1.111 bleu ; 
de là le surnom de bleuets. 

« 
♦ .* 

Notre excellent confrère et ami Lucien 
Descaves noQs adresse ce billet : 

Cher ami, 
Ma foi oui, jusqu'à preuve du contraire, je 
crois bien que c'est moi le parrain de bleuets. 
J'ai proposé ce mot au départ de la classe 
17, dans le Journal (n" du 5 janvier dernier, 
article de tète : Le départ des bleuets). L'ar- 
ticle est en partie reproduit dans un petit vo- 
lume qui vient de paraître et que je vous 
envoie : La Maison anxieuse. Voilà. 
Bleu cordialement à vous, 

Lucien Descavhs. 

Captivité de la duchesse de 

Berry (T. G., 107) — Le Docteur Mé- 
nière, médecin de la Duchesse de Berry 
pendant sa captivité à Blaye, écrivit pen- 
dant son séjour en cette ville un journal 
quotidien de tous lés événements dont il 
lut témoin. Ce journal a été publié en 
1882 (Paris, Calmann Lévy). La com- 
tesse d Hautefort, compagne de captivité 
de la princesse, écrivit aussi un journal, 
parait-il. Sait-on s'il a été publié? 

L'archiviste. 

'■^ Napoléon et Madame Fourès (LIV) 
— Dans le dernier catalogue à prix fixe 
de Noël Charavay, se trouvait un intéres- 
sant dossier composé de la copie d'une 
vingtaine de lettres, de Napoléon L"", reje- 
tées de la Correspondance. 



M, Fourez, officier léforn 
Vous le ferez \enir chez 



rmé du 22« chasseurs. 

.'z vous et lui direz 
qu'il ait à laisser '.ladame Pauline de Rou- 
ch.iux tranquille. Vous le ferez conduire en 
Languedoc dans son département, où il res- 
tera en surveillance saris qu'il en puisse sor- 
tir. » I;n note, le maréchal Vaillani précise 
que Mme Pau ine de i ouchaux, épouse di- 
vorcée de M. i'ourès, a été la maltresse en 
hgypte du général Bon^iparte La mention 
de -suppiession est de la main de Napoléon 
III. 



Alphonse XII (LXXUl, 282, 341,,.— 
Alphonse XII, alors prince des Asturies, 
a, en etïet, suivi les classes de septième 
et de sixième du 'collège Stanislas eu 1869 
et 1870 jusqu'au moment où, la guerre 
ayant éclaté entre la France et la Prusse, 
la reine Isabelle fut obligée d'envoyer son 
fils au Thercsianeum de Vienne Au collège 
Stanislas, où je ne suis entré qu'en 1872, 
j'ai fréquemment entendu mes camarades 
évoquer le souvenir de leur ancien con- 
■ disciple Alphonse de Bourbon (car c'est 
ainsi qu'il était désigné et figure encore 
sur les Diptyques du coliegej. Je ne crois 
pas que le jeune prince ait été complète- 
ment soumis à la règle générale ; j'ai en- 
tendu dire qu'il assistait aux cours, mais 
travaillait à part sous la direction de son 
gouverneur et ne prenait pas part aux ré- 
créations de ses camarades de classe; il 
avait seulement comme compagnons de 
jeux quelques élèves choisis dans les fa- 
milles de la haute aristocratie française. 

Devenu roi, Alphonse XII parut avoir 
conservé le meilleur souvenir de son an- 
cien collège français et figura, jusqu'à sa 
mort, en compagnie du prince Albert de 
iVionaco, comme membre perpétuel sur 
l'Annuaire de l'Association amicale des 
anciens élèves du collège Stanislas. 

Mais quelque bienveillants que fussent 
restés les sentiments du roi à l'égard de 
l'établissement dans lequel il avait passé 
deux années de son enfance, il n'en est 
pas moins vrai qu'à partir de son second 
mariage, l'influence austro-allemande finit 
par devenir prépondérante à la cour de 
Madrid. Le roi était-il aussi germanophile 
que son entourage t C'est une question 



Parmi ces lettres se trouve... Nous re- qu'il est malaisé de résoudre. Dans tous 
produisons l'analyse du catalogue : j les cas, la politique suivie par le gouver- 

L'ordre au général Junot du ; août 1870 ! nement espagnol d'alors n'est pas de na- 

I ture à laisser supposer le contraire. 
I L'iilcident fâcheux qui a marqué le 



concernant l'arrestation de M. Fourès. En 
voici le texte : « Vous ferez arrêter demain 



437 ■■ 

passage du roi à Paris en 1883, indique ! 
qu'à tort ou à raison, l'opinion publique ? 
en France n'éprouvait aucun doute sur 
les sympathies d'Alphonse XII pour l'Alle- 
magne. 11 eût donc bien fait de s'abstenir 
de passer par Paris après avoir reçu l'in - 
vestiture militaire du vieil Empereur. Mais 
les manifestations hostiles qui l'accueilli- 
rent auraient peut-être pu être évitées, 
si, du côté français, toutes les précautions 
nécessaires avaient été prises et s'il 
n'avait existé, dans le gouvernement 
même, des complicités latentes avec les 
promoteurs de ces déplorables scènes. 
Un Bibliophile comtois. 

Guillaume II est-il venu à Paris ? 

(LXXXIIl, 282). — J'ai entendu raconter, 
avant la guerre, par des artistes de la 
Comédie Française, à leur retour de Ber- 
lin, que Guillaume II leur avait galam- 
ment témoigné une vive admiration pour 
leur troupe et pour leur théâtre qu'il di- 
sait avoir fréquenté. Par contre, il faisait 
fi de notre Opéra. 

Le Kaiser est donc certainement venu 
incognito à Paris, mais à quelle date? Il 
est peu croyable qu'il y soit venu sou- 
vent et qu'il ait tenu à visiter notre ex- 
position de 1900, comme on l'a souvent 
affirmé 

J. W. 

Le corps de saint Vincent de Paul 

(LXXlll, 283, 346, 387). — La question 
est intéressante et j'y réponds en disant : 
Non, le corps de saint Vincent de Paul 
n'est plus à Saint-Lazare, mais, à mon 
tour, je demande : où est-il ? 

On sait qu'après la béatification de 
Vincent de Paul qui eut lieu le 13 août 
1729, son corps fut exhumé le 16 sep- 
tembre suivant et mis dans une châsse 
d'argent qui fut placée sur l'autel de la 
chapelle de Saint-Lazare, où l'on inhuma 
également ses deux successeurs. MM. Ai- 
meras et Jolly. 

11 y resta jusqu'en 1823, époque à la- 
quelle cette chapelle fut démolie (les 
deux chapelles actuelles sont modernes), 
et fui remis aux prêtres de la Mission 
dont la maison-mère était située rue de 
Sèvres, 95. 

Or, si je suis bien renseigné, au mo- 
ment de la dernière expulsion des con- 
grégations, les Lazaristes auraient, dit- 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX ao-30 

: 438 



Mai 1916 



on, fait transporter la châsse de saint Vin- 
cent de Paul à leur maison-mère de Bel- 
gique. Je ne puis rien affirmer à cet égard, 
mais il paraît certain que le corps de 
saint Vincent de Paul n'est plus en 
France. 

A ce propos, il est utile de remarquer 
que c'est par erreur que la tradition fait 
écrire * Vincent de Paul » car, en réalité 
ce nom doit s'écrire < Vincent Depaul » 
ainsi que l'établissent les actes authen- 
tiques et la signature du saint qui se 
trouvent dans les archives des prêtre» de 
la Mission. 

Eugène Grécourt. 



Le miracle de Louvain (LXXIII, 

140), — je ne connais pas le tableau de 
Louvain ni le fait qu'il représente et dont 
parle Robertson ; peut-être les ouvrages 
de Van EvenSsur Louvain en font-ils men- 
tion ; on pourrait les consulter. Mais le 
•fait signalé pour Padoue se rapporte aussi 
à Hal, petite ville du Brabant, peu éloi- 
gnée de Bruxelles, lieu de pèlerinage fort 
ancien. On y montre encore, sous le por- 
che de la belle église ogivale, un tas de 
.boulets de pierre que la Vierge miracu- 
leuse (une Sedes Sapientiae romano-ogi- 
vale) reçut dans sa robe, dit la tradition, 
pour épargner la ville, au cours d'un 
siège violent. Il existe de nombreuses 
gravures, images religieuses, médailles 
de N. D. de Hal, et quelques tableaux, 
reproduisant les boulets. On peut consul- 
ter aussi à ce sujet plusieurs ouvrages an- 
ciens et modernes sur la ville de Hal, sa 
Vierge miraculeuse, sur les Vierges du 
Brabant ou de Belgique, et notamment 
l'Histoire de N. D. de Hal par Juste-Lipse. 

Des images religieuses populaires et 
de petits drapeaux triangulaires en pa- 
pier imprimés, se vendent encore à Hal, 
aux abords de l'église, rappelant le fait 
miraculeux. 

Quant aux boulets, qui sont posés 
en pyramide, et fort difficiles à compter 
par suite de cette disposition, ils ont donné 
lieu à une expression proverbiale souvent 
employée en Belgique ; pour indiquer 
une chose difficile ou embrouillée, don- 
nant lieu à des recommencements, on 
dit couramment dans le peuple : « C'est 
comme les boulets de Hal ». 

A. G. Dh M. 



N* £4^0. vol. 



XIII. 

439 



'i.'INTERMEL^IAIiU'. 



Vierge Noire da Notre-Dame de 
Délivraude (LXXIII, 258, 298, 397). 

La Vierge Noire de St-Elienne du Grés, 
coiiiiruno voisine de celle de T^irascon 
(B.-ilu R ) n'a j.irri'is quitté, que je sache, 
le sanctuaire qui l'abrite depuis 1^19 Elle 
est toujours véncrée par les fidèles sous le 
vocable de Notre-Dame- du-Château. Cha- 
que annét, le cinquième dimanche après Pâ- 
ques, un pèlerin. ige composé des popula- 
tions voisiiiîs se vend au sanctuaire de la 
Vierge siluii r-ur une colline qni domine le 
village de St-F.tienne du Giè . 

A. 



440 -• 

;uix environs de 



la gaie de 



placées 
l'Est. 

M. Lucien Lambeau qm a fait un très 
inlérci-sant hi -torique de ces charmants 
cdiculescn 1900 et en 1906, a fait voter un 
vœu pour les maintenir en place le plus 
longtemps que faire se pourra. 

Il ajouta : 

Le présent rappert était rédigé q\tand pa 
rut, d.-.ris V Intel méJiaire des cherchcu s eL 
curieux du 10 octobre iQij, une se- 
conde information, sou.") la signature de 
M. Ardouin-Damazet. Cette information est 
ainsi conçue: 

« Plusieursde ces fontaines furent .T:quises 
par la municipalité de Raon-I'lltape, la pe- 
tite ville dévastée depuis lors par les Alle- 
mands et récemment bombardée. Je les ai 
vues au mois de juin 1914 •• » 

C'était là un fait d'autant plus nouveau 
LXXllI, 2Ç2). —- Quelle ejt la croyance ; po.r non^; que, au cours da r.os nombreuses 

"" " _ .. ^ ' recheiches concernant ce5 édicqles, nous 

n'avions jamais renconlré la moindre allu- 
sion à une venle de cette natuie. Nous ne 



Dans la communication 397 
Eglùe ^lUnl-Etiitincdes-Grés qu'il 
lire, et non Saijil Etienne des-Prcs. 



L. 

c'est 
faut 



La Petite Egli e (LXXl ; LXXII ; 



actuelle d^s gens de la 



f'etitv Eglise ? 
Un Curieux. 



i pouvions niieux faire, en la circonstanre, 
I que do nous renseigner auprès de M. Er- 



nest Coyccque, qui cun:ule, à cause de la 



Irôs fontaiii-s du f -.ubourg Ssi ^t- 
Marti;, (LXXl ; LXXII;. — Le Bulletin 

iTiunicipal officiel (mardi 2 mai 1916) 1 guerre, fes fonctions de c 
contient le compte rendu de la' séance de \ Haux ô.i la Ville de Paris 
la Commission du Vieux Paris, dans la 
quelle il lut parledes fontaines monumen 
taies de la rue du Faubourg- Saint fylar- , 



tm 

M., Marcel Poète exposa que M. Lucien 
Lamocau lui ayant signalé, lei6 juin 1915, 
que V Intermédiare des chercheurs et eu \ 
rj^MAT annonçait l'enlèvement de l'une des } 
fontaines monumentales de la rue du i 
Faubourg-Saint-Honoré , il adressa le % 
18 juin, une note à A'I le Directeur des j 
services d'arcliilecture afin que ce der- i 
nier voulût bien, dans le cas où la nou- i 
velle serait exacte, donner des insîruc- | 



chef du bureau des 
vec l'administra- 
tion iie.s Bibliothèques ^dtoin.'stiative et mu- 
nicipale, 

M. Coyccqu'3 voulut bien nous adresser 
es renseignements ci-après, concernant le 
sort réservé jusqu'ici aux fontaines t'ont il 
s'agit, dès que le long usage auquel elles sont 
astieintes les met hors de service : 

« La conservât on, ou plus exactement la 
suppression progressive des fontaines monu- 
mentales de la rue du Faubourg Saint -Martin, 
rentii'.it dans les attributions du service des 
Promenades, qui reste chi'rgé de 1 1 derai- 
doiizaine encore sur la voie publique. 

« Ces fontaines, placées dars le voisinage 
du caniveau, étaient frjqueniment heurtées 
et mises en pièces par les gros charrois de 



tions pour que le sort de cette fontaine \ cette artère maîtresse de Paris; dans cha 



fût réservé jusqu'à ce que la Cornmis- 
sion du Vieux-Paris eût été appelée à'en 
délibérer. 

Le Directeur adnîiiiistralif répondit à 
cette note que la fontaine er. qu.siion 
avait été déplacée pour être remise en 
état* et quelle ser;iit replacée sitôt la ré- 
paration. 

Sur les trente fontaines installées pri- 
mitivement, un certain nOmbre ont été 
enlevées à la ^uite d'accidents ou en rai 
son de la gêne qu'elles causaient sur le 
trottoir. Puis ii a été décidé de n'en cor- 
server que quatre qui seraient plus tard 



que cas, le service des Promenades interve- 
: nait pour ramasser les morceaux, mettre "de 
;. côté ceux qui pouvaicht servir à la répara- 
' tion éventuelle d€s fontaines subsistant ec 
; envoyer le reste à la ferraille ; entre temps, 
) le \service de la distribution des Eaux fermait 
i ses robinets et enlevait ses appareils, n'ayant 
■ rien d'autre à faire en la circonstance. 

« Si, par suite, il existe à Raou-TEtape 
: une 011 plusieurs fontaines identiques à 

celles de la rue du Faubourg-Saint-Martin, 
! le fait païaît devoir, s'expliquer très simple- 
î ment par un achat au n^èuie industrie! qui 
ï vendit celles de Pari.'., et cette hypothèse ne 

perd rien de sa v.i!cur s'il est exact, comme 

l'affirme un agent du service des Eaux alla- 



DE*^ CïiERCHEURS ET 



20- jo Mai jçiô. 



441 



44- 



ché au X® arro;idissement, qu'une fontaine 
idenlique se voit aussi h Orléans. • 

« ligné : Ernest Coyecqu?. » 
Nous sommes heureux de partager, en 
cette circonstance, l'avis de M. Coyecque, à 
savoir que ces Tontaines furent peut-être ven- 
dues aux deux villes ci-dcssus indiqu^-es, 
par la société qui en avait fabriqué !e mo- 
dèle : Association fraternelle des ouvriers 
fondet:rs. En avait-olle ie droit ? Ceci est 

une autre affaire, et nous ne connaissons pas \ vingt-cinq ans de services, annonçait l'in- 
le marché passé avec les habitants de la rue f tentiôn de prendre sa retraite. A ceux qui 
du Faubourpr-Saint Martin , DaiHeurr,, celles \ lai exprimaient ieurs regrets d'une telle ré^o- 
de îlaoïi-i'Etiipe et d'Orléan^sout-elles bien j iution, elle répondait qu'elle aimait niieux 
les mêmes que celles de Paris ? \ qu'on s'étonnât de !a voir partir que de la 

— l voir rester. . , . 

La Fv^v.oe étaiteV.G plus peuplée \ Un soir, ell'fe é-tait assise dans le foyer, à 
moyeii-âge qu'aujou:d'hVi ? ; ^' pla- habituel!?, sous l'horioge, un 
Je ne crois pas. En tout î ^t^otiné s;aPP'0':ha^ d^^lle, rt,^abo<-dant k 



L'esprit des Brohan (LX!V). — 
C'est, comme on le voit, pnr l'énoncé de 
la tomaison, une vieiiJe question à la- 
quelle je ne crois pas qu'il ait été ré- 
pondu. 

On lit à ce sujet dans la Liberté du 
i8 avril dernier : 

C'était vers 1885, à l'époque (5Ù la belle 

grande artiste, sur le point d';chever'ses 



iU 



(LXXIII, 23=,) 

cas, il me semble bien difficile de réunir ] 
des éléments de documentation assez 
précis pour qu'on puisse en déduire le 
chiffre exact de la population française 
au moyen-âge. 

Ce qui me semble mieux établi, c'est la 
statistique de cette même population 
s;us h règne de Louis XVi et pendant les 
premières années de la Révolution. îVîer- 
der et d'autres co temporains évoluent à 
vingt-quatre millions d'habitants le chif- 
fre de la poprilatioa française. 

Alpha. 



Chevroa etbr sque&(LXXlll, 330). 
— Les chevrons destinés aux sous offi- 
ciers et soldats sont un insigne éminem- 
ment français institué par un éJit Ju 4 
août 1771. Un chevron indrquait alors 8 
ans de services, deux chevrons 16 et trois 
24. A 24 ans de services;, on avait droit 
à un médaillon ovale porté sur la poi- 
trine représentant deux épécs croisées sur 
fond de drap de la couleur distinctive du 
régiment. 

Le 6 août 1791, une loi abolit les che 
vrons, rétablis pag décision du 3 thermi- 
dor, an 10. Un chevron indiqua alors dix 
ans de services, deux 15 et trois 20 ans 
En 1821, or. créa des demi-chevrons 



sujet de son dépa't liiidit qu'elle devrait au 

moins attendre d'avoir accompli ses trente 
ans de théâtre, 

— TrenU ans ou la vie d'une joueuse, 
alors ? fit-elle en souriant.- A quoi bon ? je 
trouve que j'ai fait in on temps. 

- C'est juste-, rep.it.l'abipnné ; on pe peut 
pan êtie et avoir été. ' " '■ 

C'it:ii.t la « gaffe », !:i' 'orté' « gaffe », faite 
sans malice assutéîoent : mais toute bonne 
qu'elle fût, « Madame Madeleine » comme 
l'appelaient ses intime», ne se retint point 
de la relever, et répailit vivement : 

— Si, monsieur, on peut avoir été sot et 
l'être encore. 

Et le pauvre abotiné s'aperçut — trop tard 
— du danger qu'il y a à se montrer mala- 
droit, ou distr.'.it, devant une femme d'es- 

P'it- . ^ 

P . c. c. Gustave Fustier. 



Gattelain (LXXIU, 188, 302, 352). — 
M. i\laxinie Du Camp, qui n'en était pas 
à une erreur près, surtout lorsqu'il s'agis- 
sait de la Commime, se trompait certai- 
nement en plaçant C:-)ttélain à la tête du- 
service de l'Assistance, publique. 

Catteîain avait été nommé, le 13 avril 
1871, {l'Officiel estropiait d'ailleurs son 
nom, qu'il transformait en Chattelain), 
chef de la sûreté de l'ex-préfecture de 
police. \\ ",", . 

Ses souvenirs qjj [)ublia \q' Chat Noir 



J'ignorais qu'on eût supprimé les che- 
vrons et je rne demande si cette suppres- et que l'éditeur Juven réunit en volijme, 
sion a réellement eu lieu. Je crojs plutôt étaient ceux d'un ancien chef de là sûreté 
que pour les troupes métropolitaines, le j de la Commune, et c'est cotrime te^l qu'en 
service à court terme a fait disparaître | a déjà parlé VlnicrmcJiure ^LX, 214, 
les anciens soldats qui y tiuraisnt eu droit, i 234). 

En tout cas, leur rétablissement ne peut l Edmond Lepellotier, cert-.r. plus rcn- 

avoir qu'un tçès bon effet moral. 1 seigné que IV'. Mctxime du Camp, h ce 

CoïTREAu. 1 sujet, se montrait, dans son Histoire de 



L'INTERMEDIAIRE 



No 1440. Vol. LXXIII. 

443 

Ja Commune de iSyt ( ij, malheureuse- 
ment restée inachevée, on "ne peut fHus 
affirmatif : 

11 convient de dire aussi que la police 
ét«it habilement et strictement faite par le 
chef de la sûreté Cattelain, Rien, à là pré- 
fecture, n'rflait changé pour la surveillance 
et la poursuite des malfaiteurs. 

Les Convulsions de Paris^ sont un livre 
de parti pris, sinon de polémique, plus 
que d'histoire et il est bon de les consulter 
avec la plus extrême prudence. Je me suis 
toujours mcfié d'elles et cette constata- 
tion me prouve que je n'avais pas tout à 
fait tort. Une petite erreur sur un point 
de détail en laisse supposer de grosses 
sur des points plus importants. 

A part quoi, je remercie vivement 
notre collègue G. D., des précieux ren- 
seignements qu'il a bien voulu me don- 
ner tant sur Victor d'Auriac, que sur le 
pauvre Catttlain et sur Lacombe. 

Quant à Maxime Du Cam.p, ma con- 
fiance en ses dires est tellement limitée, 
que si je considère comme une... grande 
indélicatesse de sa part, d'avoir en qualité 
d'ami de Flaubert — une amitié morte 
depuis longtemps ! — révélé la tare phy- 
sique, dont aurait été atteint le romancier, 
j'en suis parfois à me demander si cette 
tare a existé et si l'auteur des Convulsions 
de Paris n'a pas commis, ce jour-là, pis 
qu'une mauvaise action? 

Pierre Dufay. 

» • 
Puisqu'on s'intéresse a ses œuvres, il 

faut aussi parler d'une suite de portraits 

des membres ou délégués de la Commune 

gravés tant à la pointe sèche qu'à l'eau 

forte^ édités par l'auteur ils furent peu 

répandus, partant, ils sont peu connus. 

Voir aussi le Monde pour rire, 138 n°s où 

l'on trouvera de ses caricatures. 

P. K. 

Il a déjà été question de Cattelain dans 
V Intermédiaire et j'ai donné sur cet ancien 
chef de la Sûreté (et non directeur de l'As- 
sistance Publique, comme l'écrit notre con- 
frère G. D.), quelques renseignements que 
je crois devoir compléter aujourd'hui. 

Cattelain, Auguste-Philippe, né à Paris 
(»• ïrrond.), dessinateur et graveur en 

{\)?iùs. Mercure de France, \n-'i,\omt II, 
191a ; p. «'J- 



444 



taille douce, était le petiifils ^u brigadier' 
ciief des valets de pied de Charles X et de 
Louis-Philippe, et le fils d'un pa.teur très 
estim é. 

Après avoir servi pendant le siège de 
Paris comme volontaire dans le corps des 
éclaireurs du commandant Lafont-Moc- 
quard, il fut, sur la proposition du cari- 
caturiste Gill, son ami, nommé chef de 
la sûreté à l'ex-prcfecture de police pen- 
dant la Commune, au traitement mensuel 
de 3S0 francs. 

Du 6 avril au 17 mai 1871, il dirigea 
les arrestations, réquisitions, perquisi- 
tions et autres opérations de police exé- 
cutées par les agents mis à sa disposi- 
tion. 

Arrêté après l'écrasement de la Com- 
mune il fut traduit devant la 9' chambre 
du Tribunal correctionnel de la Seine, 
pour usurpation de fonctions, le 22 sep- 
tembre 1871 . 

Les divers témoignages recueillis au 
cours de l'audience établirent que Catte- 
lain avait exercé ses fonctions avec la 
plus grande humanité. Il avait eu sur- 
tout pour but, en les acceptant, disait-il, 
de purger Paris des malfaiteurs de toutes 
sortes qui s'y étaient donné rendez-vous. 
Une somme de 10 millions de francs 
saisie par lui au cours d'une perquisition 
faite à l'hôtel de l'entrepreneur de tra- 
vaux publics Desbrousses, fut retrouvée 
intacte dans le cabinet de jourde, le dé- 
légué aux Finances, où Cattelain l'avait 
fait transporter. 

Plusieurs personnes arrêtées comme 
agents des Versaillais purent s'évader 
grâce à son concours, il fit élargir Polock | 
directeur de VEcUpse arrêté sur la réqui- 
sition de Pilotel, ainsi que des frères de 
la doctrine chrétienne. 

Cattelain ne fut condamné qu'à 3 ans 
de prison, et se remit à la gravure après 
sa libération, mais sa vue s'étant affai- 
blie il tomba dans une misère profonde, 
et obtint une médaille de marchand des 
quatre saisons. 11 demeurait alors, ru« 
Marcadet. 166, avec sa femme et un 
neveu orphelin qu'il avait recueilli et; 
adopté, 

A. son décès qui eut lieu en 1901, je 
crois, sa veuve obtint à son tour une mé-j 
drille et alla demcurei- passage Duhesme, 
26, où elle est morte en 1912. 

En résumé, Cattelain, qui n'était pas] 



OES CHERCHEURS ET CUR'EUX 

445 — — . — 446 



20 30 Mai 1916. 



dépourvu de valeur, fut un philanthrope 
et, s'il se fourvoya dans le mouvement' 
insurrectionnel, il crut agir dans un but 
humanitaire. 

Le père Claude, ancien chef de la Sû- 
reté auquel il avait succédé momentané- 
menf, cl que j'ai connu autrefois, l'avait 
lui-même en grande estime. 

Eugène Grécourt. 

Exploit ignoré du célèbre La 
Bussière (LXX[II,335). — Non, La Bus- 
sière n'a certainement pas sau/é la vie à 
84 000 personnes^ce qui serait un compte 
un peu fantastique ; et j'ai essayé d'éta- 
blir la vérité à ce sujet. 

Lorsque en 1891, la Comidie-Française 
se prépara à offrir à son publicie Thenni- 
dor de Victorien Sardou, dans lequel l'au- 
teur avait mis en scène Labussière, per- 
sonnifié par Coquelin, l'affaire, considé- 
rée comme un événement, fit erand briiit 
dans la presse, et je donnai au Temps, 
■ huit jours avant la représentation, qui de- 
vait être si orageuse, deux articles retra- 
çant Il vie et rappelant l'œuvre coura- 
geuse de Labussière. A ce moment s'é- 
leva, autour du nom de ce brave homme 
alors bien oublié.dans le Temps tflc Fïgar , 
une polémique assez vive à laquelle pri- 
rent part Sardou lui même, l'excellent 
M. Truffier, de la Comédie-Française, 
Georges Monval, l'archiviste de ce théâ- 
tre, et votre serviteur. 

Quelques années plus tard, mon travail 
sur Labussière, complété encore par de 
nouveaux documents, formait le quatrième 
et dernier chapitre du livre que je publiais 
sur la Cciiiédie Fiançaisc et la Révolution , 
et c'est Sa, je crois, que l'on peut trou- 
ver tous les renseignements désirables se 
rapportant au rôle bienfaisant joué par lui 
sous la Terreur. Mais j'avoue n'avoir pas 
parlé de 84. 000 personnes arrachées par lui 
à la hache du bourreau de Fouquier-Tin- 
ville. «D'aucuns dis-je à ce sujet, évaluent 
ce nombre à 500 personnes, d'autres disent 
précisément 924, et Liénard, l'historien 
fantasque de Labussière, l'élève à 1153, 
dont il donne les noms. Et il est à remar- 
quer qu'aucun des personnages portés sur 
les listes de Liénart n'a jamais réclamé 
publiquement. » On sait que parmi ces 
rescapés de la guillotine grâce à Labus- 
sière, se trouvaient tous les artistes de la 
Comédie-Française, arrêtés en masse et in- 



carcérés le 3 septembre 1793, puis Volney, 
Florian, le maréchal de Ségur, la vicom- 
■tesse de Beauharnais, future impératrice 
des Français^ la duchesse de Duras, Mmes 
de Lévis, de Poix, de Beauvau, de Cus- 
tine, etc. 

Notre collaborateur d'E, demande si 
Audiffret, l'un des auteurs de V Anmiahe 
Dramatique (1805-1822) a jamais eu la 
moindre autorité comme chroniqueur 
théâlril? Oui, sous ce rapport, il n'était 
point le premier venu. Hyacinthe Audif- 
fret, né à Avignon en 1773, mort à iMont- 
martre en 184 i , était compositeur amateur 
et avait publié dans sa jeunesse quelques 
romances. Savant distingué qu'aidait une 
instruction sérieuse, bibUographe habile, 
employé au département des manuscrits 
de la Bibliothèque royale à partir de : 820, 
de-tout temps il s'occupa avec ardeur de 
toutes choses relatives au théâ're et à la 
musique. Il a donné un nombre énorme 
d'articles sur les acteurs, chanteurs et 
compositeurs, à la Biographie Micbaud, 
ainsi qu'à VexceWeniQ Biographie pot tativc 
des contemporains, articles toujours très 
informés. Les notices curieuses, on pour- 
rait dire méticuleuses, qu'il donnait dans, 
la partie nécrologique de 'VAnnuaiie dra- 
matique, surtout dans les dix dernières 
années de ce recueil très bien fait, sont 
précieuses à consulter pour leur cons- 
cience, leur précision et leur exactitude. 
]'en ai, pour ma part, souvent fait mon 
profit . 

Arthur Pougin. 

De L'Eglise (LXXIII, 335). — H était 
d'usage aux xvieet xvu* siècles (même au 
xvin° ; ex. les Broglie) de déformer les 
noms des familles quand, quittant leur 
pays d'origine, elles se transportaient 
ailleurs. C'est ainsi que Kerker est devenu 
de l'Eglise, traduction de ce mot, signi- 
fiant plus ou moins ^^//'5^ dans les langues 
germaniques, je réponds à côté pour po- 
ser une question non moins intéressante. 
La famille de Benoît XV est-elle française 
ou italienne j)rimitivement ? 

Ainsi diUa Chicsa est-il devenu de 
r Eglise, ou vice- versa ? 

Saint-Saud, 

Benjamin de Lessert 1773,1843 

(LXXIU, 285, 402). — Ligne 21, au lieu 
de <i< a encore » lire a eues. 



N« 1440. Vol. LXXIII. 

447 

L'origine frança se de la tamille 
irlandais© des Mac Mahon LXXlll, 
580). — Sous le nom de « roriginc fran- 
çaise de la famille irlandaise des Mac- 
iMahon » V Ititoiiiédiairc du 10 mai 1916 
publie une interprctalion qui ne repose 
sur aucune réalité. Ces origines ont été 
publiées assez souvent et dans Y Inleimé- 
diaire même, pour qu'il soit utile d'y re- 
venir et d'y ajouter des légendes. 

V. M. 

Muiron, sa descendance (LXXIII, 
3^6). — Le lieutenant-colonel du 25^ de 
ligne qui était à Cherbourg vers 1890 se 
nommait Muiron, était marié, avait plu- 
sieurs enfants et passait pour descendre 
de l'aide de camp de Napoléon I-'. 

Albero. 

Général Richter (LXXXIl, 287). — 
Jean-Louis Richicr, baron de l'empire (2^ 
mars i8oq) donataire d une rente dp 
4000 francs sur le Trasimcne (17 mars 
1808) capitaine de cavalerie à la Légion 
des Allobroges (1792) colonel de cuiras- 
siers (31 décembre 1806) général de bri- 
gade (181 r). Lieutenant du roi 'à Metz 
(1817) Lieutenant général Honorairp (31 
août 1827) commandeur de la Légion 
d'Honneur, né à Genève, le 24 octobre 
1769,-}- à Paris le 24 décembre 1840, 
marié le 5 avril 1802 à Marguerite Ferey 
dont 2 fils : Jules Joseph né en i8iof 
jeune ; Victoire Louis, né le 30 septembre 
J815, marié à R. A. Gaillardon. 

B. P. 
« 

M. Groll trouvera dans V Armoriai du 
/e^ Empire de Révérend les armes et les 
' états de service du général Richter, créé 
baron de l'Empire par lettres patentes du 
25 mars 1899, mort à Paris le 24 décem- 
bre 1840, marié, le 5 avril 1802 à Mar- 
guerite Ferey dont 2 fils : 

i" Jules Joseph-Louis, baron Richter, né 
le 30 septembre 1810, mort jeune, 

2° Victoire Antoine-Louis, baron Rich- 
ter, né à Metz! le 30 septembre 181 s, 
marié à Roseide Marie Guillaurne Gaillar- 
don . 

Dehermann Roy. 
* 

II a existé, en 1807, un Richter, colo 



LTNIERMEDIAIRIi 



448 



de la Légion d'honneur, le 1 i juillet 1807. 
C'^l vraisemblablement le même que le 
Moniteur officiel^ du 10 avril 1817 cite 
commemaréchal-de-camp, baron de Rich- 
ter, lieutenant du Roi pour la place de 
Metz, où il fut présenté à la garnison par 
le lieutenant général Ernouf, commandant 
la 3° division militaire. 

G. D. 



* 



«Jean-Louis Richier^baron de l'Empire 
par lettres patentes du 25 mars (et non 
mai) 1809, donataire sur le Trasimène 
par décret impérial du 17 mars 1808 ; 
capitaine de cavalerie à la Légion des 
Allobroges (13 août 1792J ; chef d'esca- 
dron, II septembre 1798 ; major, 27 octo- 
bre 1804 ; colonel de cuirassiers, _j 1 dé- 
cembre 1806 ; général de brigade, 6 août 
1811, lieutenant du roi à Metz, 1817 ; 
lieutenant général honoraire, 31 août 
1827. Commandeur de la Légion d'hon- 
neur. Né à Genève le 24 octobre J769, 
mort à Pans le 24 décembre 1840; marié 
le 5 avril 1802 à Marguerite Ferey, dont 
deux fils : fuies-Joseph -Louis, baron Rich- 
ter, né le 30 septembre 1810, mort jeune, 
et Victoire-Antoine-Louis, baron Richter, 
né à Met?le 30 septembre 1815, marié à 
Roséide-Marie-Augustine Gaillardon. » 

{^Armoriai du Premier Empire, vicomte 
Révérendj. 

P. c c. NlSlAR. 






nel du 3* cuirassier.-, qui fut fait officier » pah cousus de gueules. Pourquoi r 



Son fils aîné, Louis, né en 1810, mourut 
jeune et le cadet Victoire Louis, né à Metz 
en 1815, n'a pas laissé d'enfants de Ro- 
seide Gaillardon, d'après V Armoriai du 
/«■■ Empile. Toutefois ce peut être W une 
erreur, car je sais qu'il existe une demoi- 
selle Anaïs Richter, proche parente de la 
famille X..., et qui a eu pour mère une 
demoiselle Gaillardon. 

Oroel. 

Lois Héraldiques (LXIX ; LXXlll, 

258, 357;. — Mon excellent interlocuteur 
Saint-Saud n'aurait il pas lu ma dernière 
réponse .-* Je la croyais si simple et si 
claire! .. Essayons de la formuler en 
d'autres termes et de répondre ligne à 
ligne au minutieux Saint-Saud : 

— Paîlé de sable et de gueules de - 
pièces blasonne mieux que : de sable à iiois 



449 



DBS CHBRCHBUr.S ET CURIEUX 

4 5 o 



20-30 Mai fçlô- 



Parce qu'aucun graveur 95 sur 100 
ignorent tout du Blason et, depuis des 
siècles, en rendent les lectures inextrica- 
bles — ne pourra dessiner, peindre et 
perpétuer un écu d'armes faux, si on lui 
impose notre premier blason. 

De toutes les lectures proposées pour 
des armoiries, une seule est correcte : la 
plus claire, celle qui ne laisse à la traduc- 
tion linéaire et polychrome aucune espèce 
d'initiative. Tout énoncé qui peut être 
traduit en deux ou plusieurs dessins diffé- 
rents est erroné. 

Le pallé de 7 pièces qui nous est proposé 
n'est pas normal. La règle, ce serait un 
pallé d'un nombre divisible par deux 
(comme les émaux). Mais, puisqu'on nous 
le donne pour exceptionnel, rendons-le 
clair et précis en disant : de 7 pièces Et 
c'est bien, en effet, une exception à la 
normale, destinée à ne recevoir que des 
attributs brochants de métal. 

Jamais, dans un armoriai français de 
la bonne époque, nous n'eussions trouvé 
de pareilles Armes, sans un brochant-sur- 
le-tout ; ou bien, elles n'eussent admis 
qu'un nombre pair de rebattements. Mais, 
même irrégulières, elles sont plus héral- 
diques — pour le peintre-graveur, le bro- 
deur ou l'architecte — que si nous 'adop- 
tions l'énoncé suggéré par Droz : de sable 
à trois pals cousus de gueules. 

Celui-ci, en effet, viole ouvertement 
notre i''» loi, la plus respectée des bla- 
sonneurs, même des pires. Tandis qu'un 
pallé de 7 pièce', n'est pas autre chose 
qu'un chamg d'émaux juxtaposés ou cou- 
sus (3* exception à notre loi). 

Saint-Saud écrit : — «Dans son Bla^ 
son Héraldique (page 91, in fine) G. ne 
laisse pas supposer que les partitions 
puissent être un nombre impair » 

Relisons ensemble les deux dernières 
lignîs de la page 91. Elles disent textuel 
lement ceci : — « On en blasonnerait le 
nombre, s'il y en avait plus ou moins de 
six, qui est le cas normal » 

« Plus ou moins », ai-je écrit, — ce qui 
implique bien « pair ou impair ». 

— « Quelle est l'utilité de cette 3^ ex- 
ception ? » demande Saint-Saud, 

J'ai surtout pensé, dans son énoncé, aux 
tiercés et à leurs dérivés (multiples de 
trois), qui méritent un chapitre à part 
dans le Blason pur. ^ 



Exemples : tierce en bande de salU, 
d'or et d\iigent (deux xnitAnyi juxtaposés, ' 
que de mauvais graveurs vont infaillible- 
ment faire brocher l'un sur l'autre) ; — 
gironné de six pièces d'argent, de sinople ei 
de gueules (deux couleurs juxtaposées en 
angles opposés par leurs sommets et 
qu'un tr?it de gravure maladroit va pro- 
jeter l'une sur l'autre !) 

Vuliliié de cette exception, c'est donc 
d'admettre un champ d'émaux cousus à 
recevoir indifféremment des pièces bro- 
chantes de couleur ou de métal (puisque 
le champ demeure inerte devant la 1" 
loi). 

Exemple très moderne, pour une démons- 
tration facile ; le drapeau des Etats-Unis 
est formé d'un champ hnrelé de i ^ pièces 
de gueules et d'argent (inerte à la i'* loi et 
il régulier comme notre pallé de 7 pièces) 
au franc-quartier d'a:(ur semé d'étoiles d'ar- 
gent . 

— Ce franc-quartier pourrait donc, 
grâce à notre 3- exception, être d'or ou 
d'argent (métal), au lieu d'être d'azur 
(couleur), 

P. B Gheusi. 

Dupont de Nemours Arii^oiries 

(LXXlll, 187). — Originaire de la pa- 
roisse de St Eloi de Rouen, Jean du Pont 
(1538-1604) fut la souche commune des 
3 branches, du Pont de la Caroline du Sud; 
de Nemours ou de la Delaware, et de la 
Hollande (Branche éteinte). La branche de 
Nemours a été illustrée par Pierre Samuel, 
fils unique de Samuel du Pont et d'Anne 
de Montchanin. 

Armes : D'azur à la colonne d'argent 
sur une terrasse de sinople : la branche 
cadette porte ." écartelé : aux i et 4 d'azur 
à la colonne d'argent sur une terrassa de 
sinople : aux 2 et ^ de gueules au chevron 
d'or qui est de Montchanin. 

Devise : Rectitudine. Sto. 

B. P, 

Fer de reliure ^ : Massacre éÎB 
cerf (LXXlll, 288, 410). Ligne 10, au 
lieu de Brevet, lire Brenct, 

Plat de livres avec armes goua- 

chées (LXXIil. 191, 305. 411). — Au 
lieu de Lugduneus, lire Lugdunens, 



N» 1440. Vol. LXXIII, 
451 



J.'ïNTERMEDlAUvE 



4^2 



Chasser, se baigner, jouer et ri'e, voilà la 



vie 



(Consulter : René Cagnnt ob.cit. — Al- 
bert Ballu : Guide illustre de Tinigad). 

T. O'Reut. 



Ex-libris à dét rmner ; deux ! 

clefs d'argent (LXXlll 337), — D'après j 

le Diitiovnain dei dessinateurs cl graveurs ! 

d'ex libris, cette pièce serait peut-être ' 

d'un membre de la famille de Bressac (?). j 

D' ^};)xh.s Y Armoriai généi ûl âc Rietslap, j 

les armoiries du 2' quartier seraient celles ! y[ 

de la famille Manissi (Savoie, (^omtat- : cripti ^ 

Venaissin) ''""^ '^^ Timgad. C est une table a jeu, 

La devise doit probablement se lire 1 dont chaque lettre représentait une case . 

le pion du joueur avançant de lettre en 



* * 



Lire « vcnari » et non « varrari » . L'ins- 
on se trouve sur le dallage du fo- 



Sine Mticulael non Sive Macula. 

Sahhroy, frères. 

Inscription romaine en A'gérie 

(LXXIlI, 280). — L'inscription signalée 
(rectifier toutefois yenari) se trouve gra- 
vée négligemment sur une des dalles en 
bordure d'une des grandes avenues de 
Timgad. Elle est connue de longue date, 
sans qu'on puisse préciser à quelle 
époque un soldat romain désœuvré a ré- 
sumé si joliment sa philosophie épicu- 
rienne. 

René Villes. 

* * 
Cette inscription se trouve au forum 



lettre. 

« Chasser, se baigner, jouer et rire, voilà 
■ la vie » devise épicurienne qui devait 
plaire aux paresseux venant jouer aux 
dés en plein forum. Sur cette table de 
jeu de TimgaJ, Saglio-Pottier, Diction- 
naire des anliquitc; grèco-tomaines, s. v. 
Lusoria tabula p. 140.4, fig 4676 ; Ga- 
gnât, Cartbage, Timoad, Tebessa,, 1909, 

P- 70- ^ . . ^ 

Sur ce jeu antique : Dictionnaire des 

antiquités, s. v. Lusoria tabula. 

Sur Timgad ; A. Ballu, Timgad, une 
cité africaine sow; l'empire romain (en col- 
laboration avec Gagnât ei Roesswilwald ; 
id., Les ruines de Timgad ; id.. Théâtre et 

de Timgad (ancienne Thamugadi). Elle j forum de Timgad; id., Musée de 'iimg.id. 

est gravée à la pointe d'une façon très rudi- j W. Dcon'na. 

mentaire sur une dalle de pavage le long ' 

du portique Nord à gauche lorsqu'on 

pénètre sur le forum en venant du Cardo , 

Maximus Nord. Voici la description qu'en 

donne M. René Gagnât dans son excel- > 

lent ouvrage : Caithagc, Timgad ., Tebessa i 

et les villes antiques de l'Afrique du Nord j 

page 70 (H. Laurens, éditeur, 1909, Col- j jacent (LX.XIL 288). Cette sentence 

lection des \illes d'art célèbres). ! latine a-i-elle du rapport a\^c celle-ci : A'a- 

Le dallage cUi forur.i porte encore le des- i mina sluîtornm semper parictibus insuiit ? 

sin de plusieurs jeux qu'on y avait tracés à la 1 Ce que nous traduirons à l'usage des da- 

pointe. Ici nous voyons une séria de ttous | mes. qui visitent les vieux monuments ; 



Marque des Juntas (LXXlll. 382). 
— L. A. sont les initiales du premier des 
imprimeurs Junta, Luc Antonio. 

Edward Bensly. 

Slultorum nomina semper ubique 



juxtaposés et réguiièremeni espaces entre les- I 
quels il s'agissait de faire rouler une bille di- 
rigée vers un but déterminé sans qu'elle s'ar- 
rêtât dans un de ces trous ; là est figurée 
une maicile circulaire, oii l'on fais::it mou- 
voir des pions qu'il falijit amener sur une 
même ligne. Plus loin on avait dessiné une 
sorte de ciamier d'un gt-n-c p.irticulier. A 
droite et à gauche d'un motif central déco- 
ratif, un vase Je fleurs surmonte 4'un oiseau, 
étaient gravés trois mots di; six lettes, cha- 
que caractère faisant l'olfice des carrés d'un 
échiquier. L'ensemble forme une devise épi- 
curienne 

VbNARl LAVARI 

LUDLRE RIDERE 

OCCEST VIVERE 



Seuls les sots écrivent leurs nom'i sur les 
murs. 

* LaCoussière. 

* 

l'ai toujours entendu : « Nomina stul- 
torum in parietibus instant » ; 

Qiie l'on traduit : il n'appartient qu'à 
la canaille d'écrire son nom sur la mu- 
raille. 

Albero. 

Même réponse : Un Bibliophile comtoks. 

* 

if ♦ 

le connais une variante sous forme 

d'hexamètre de cette locution qui dc- 

i vrait fu|urer sur tous les murs que sa- 



ûhS CHBRCHHURS LT CUKiiiUX 



20-30 Mai 1916. 



453 



454 



lissent de leurs graffiti malencontreux des 
visiteurs. . fâcheux. Nomina stultoium 
semper pai ieiibus insunt. 

Patchouna. 



* 



Je réponds à côté de la question : 
Dans ma jeunesse, quand nous surpre- 
nions un de nos camarades à graver son 
no n sur un mur ou sur son pupitre : 
Stiiltorum nomina parieiibus iusiint, ne j 
manquions-nous pas de lui dire. f 

i Gustave Fustier. [ 

* f 

* * I 

Celte phrase ou ses nombreuses va- I 

riantes, se trouve soit gravée, soit tracée 1 
au crayon, dans presqu; toutes les ruines, 
tours, clochers, où le public peut péné- 
trer. On se demande si les braves gens 
qui passent des heures à apposer cette 
inscription, ne sont pas au moins aussi 
bêtes que ceux qui inscrivent leur nom 
tout court. 

Ma. 

La prononciation à la manié; e 
d'Alcibiade (LXXllI, 145, 204). — On 
lit dans la f^ie d'Alcibiade par Plutarque 
(Traduction A. Pierron) : 

On dit qu'il grasseyait un peu en parlant, 
ce qui lui seyait bien, et donnait à son dis- 
cours une sorte de grâce naïve et ent-aînante. 
Aristophane parle du grasseyanient d'Alci- 
biade, dans ce passage (de la Comédie des 
Guêpes) où il plaisante Théorus : 
Puis Alcibiade me dit en grasseyant : 
Regarde Théolus ; il a la tête d'un colbeau. 
II a très bien parlé Alcibiade, tout en mal 

parlant. 

Et Archippus se moquant du fils d'Alci- 
biade : « 11 marche, dit-il. dun pas indo- 
lent, laissant flotter derrière lui son man- 
teau ; et, pour qu'on trouve en lui tout le 
portrait de son père,- il penche le cou et 
grasseyé. » 

P, c. c. De Mo-^tagne. 

Le théâtre au camp (I.XXIII, 201). 
— V. Vlllustraiion, n° 3814, 8 avril 1916. 

GUSTAVR FUSTIER, 

La belle Euryant. Quel est ce per- 
sonnage? (LXXIll, 359, 412) — Albert 
Miilaud, je crois, prétendait, non sans es- 
prit, que Victor Hugo avait retrouvé un 
Bottin préhistorique : la Légende des siè- 
cles permettrait de le croire. Georges Du- 
val, de son côté, s'est amusé, jadis, à 



composer un Diclionnaire des Métaphores 
de Victor Hugo, aujourd'hui devenu peu 
commun : On pourrait y joindre un Dic- 
tionnaire des Rimes. 11 aurait ceci de 
spécial, que lorsqu'une rime lui manquait, 
le Maître forgeait volontiers le mot ap- 
pelé à la lui fournir. C'était assez facile, 
lorsqu'il s'agissait de noms propres et la 
belle Euryant pourrait bien relever uni- 
quement de l'imagination du poète, ou 
plutôt, du besoin puissant où il se trou- 
vait d'une rime en riant A\(ic consonne 
d'appui. 

C'est, d'ailleurs, l'avis du Figaro qui 
a consacré un écho amusant à la belle 
Euryant et à l'imaginaire quartier du 
Petit-Picpus. (7 mai 1916). 

<< C'est une rime et voilà tout ! » écrit 
avec raison le Masque de Fer, et, en ma- 
nière de conclusion, il cite cet autre 
exemple des libertés qu'Olympio vieilli 
prenait volontiers avec l'histoire et avec 
la géographie : 

« Au reste, dans l'admirable poème. de 
Boo:( endormi, il y a un vers d'une mélo- 
die pénétrante et que toi'.t le monde con- 
naît : ■ 
Tout rci^osait dans T'^'r et dans jerimadeth... 

« Eh bien ! tout comme le Petit-Picpus 
ou là belle Euryant, jerimadeth est un 
mythe. Vous feuilleterez en vain, pour le 
trouver tous les Larousse et toutes les en- 
cyclopédies. Jerimadeth n'a jamais existé 
que dans la Légende des siècles ! » 

Pierre Dufay. 

* ♦ 

A la suite de sa note le figaro a re- 
çu du poète Dorchain celte érudiîe et spi- 
rituelle lettre : 

Paris, 7 mai 1916. 
Cher Masque de Fer, 

A is question indiscrète », indiscrète ré- 
ponse. 

Quel! la belle Euryant, dont Victor ilugo 
apa:lô dans V Idylle de Florian , n'existerait, 
pas ! Quoi ! elle serait moins qu'un mythe : 
u«e rime ! iMo;ns qu'une rime : .me cheville ! 
Et nul, ui^es-vous, « ne pourrait [ouriiir de 
renseignements sur cette beauté totalement 
inconnue » ! — Erreur, ô Manque, grave er- 
reur. Et si ji- n'ose ajouter que cette personne 
est connue comine le loup blunc, c'est qu'elle 
l'est bien davantage. 

Euryant, c'est l'héroïne, d'abord, du Ro- 
man de la Violette, le plus délicieux de nos 
romans de chevalerie, e'crit dans les premières 
années du treizième siècle par le ménétrier 
Gilbert de Montreuil et dédie à une nièce de 



N» 1440. Vcl. LXXIÏI. 



'lNTK'.«^^itDIAIRE 



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Philippe-Auguste ; et la « Violette » en ques- 
tion est un joli signe qu'j^uryant a sous 1« 
sein droit, forain de b(."autri d'ailleurs fatal, 
que l'infâme Li^iart eiitr'apercevr.i par tran- 
trise, d'où les affreux soupçons ot la cruelle 
jalousie du beau Gérard de Nfvers, lequel 
venait justement de pioclamcr, devant le roi 
de Fr.iiKe ot ses barons assemblés à Pont 
de l'Arche : 

J'ai pour amie la plus belle 
Qj^ii soit dame ne demoiselle, 
La p'us belle et l.x plus courtoise' 
Qui soit entre Metz et Pontoise... 
Et ce n'était pas pju dire ! — Leurs aven- 
tures, avec des noms quelquefois différents, 
se rép;indirent dans toute l'Europe, et dé 
frayèrent, notamment, un conte de Boccace 
et une tragédie de Shakespeare, Cvtnbc' ne. 
Mais le nom même de la Belle Euryaiu con 
tinua de circuler, de plus en plus populaire, 
surtout quand un anonyme, au quinzième 
siècle, aura mis en prose le Rommi de la 
Violette, sous le litre do : Hi t ire du Càs 
noble et très chevalereux prince Gérard, 
comte de Nevcs ri de Rethel, el de la très 
vertueuse, .'ai,>e et belle princesse Euryant 
de Datnmartin, sa mie. Nouveau regain de 
faveur lorsque M. de Tressan, à la fin du 
dix-huitième siècle, adaptera cette histoire en 
style troubado.ir et l'insérei;^ dans sa fameuse 
collection de Romans de chevalerie, qu'on 
réimprimait encore en 1822. 

Pais, c'est le célèbrï opéra romantique de 
Webçr, £"?/r;l'<7«/'/2tf. joué à \''ienne en 1823, à 
Paris en 1851, l'un des trois chefs-d'œiivre 
du m litre avec Obéron (autre emprunt de 
l'Allemagne à la France), et le Freyschiït^. 
Et la belle Euryant a déjà paru sur la scène 
du Cirque Olympique, en 1810, en atten- 
dant qu'elle reparaisse sur celle de l'Opéra- 
Comiijue, dans là Yiolelte., du poète Planard 
et du compositeur Car^-fa. Et il y a, sans 
parler de l'édition savante du vieux poème 
par Francisque Michel, la traduction en fian- 
çais moderne du vieux rom^m en prose, par 
Alfred Dtivau, enfin ce comte de Gérard de 
Nevcrs cl la beile Euryant, tel qu'il fut im- 
primé, pendant deux siècles dans la Biblio- 
thèque Bleue, entre les Qiatre fils A\mon 
et Robert le Diable, et propagé par les col- 
porteurs jusque dans les plus lointaines chau- 
mières, où on les retrouverait encore^ tiré 
sur papier à chandelles, entre l'almanach de 
Mathieu Lsensberg el l'Eucologe de la 
Mère-Grand. 

Voilà déjà, ce me semble, de quoi satisfaire 
le correspondant « intrigué » de V Intcnné- 
diatrc. Mais lc n'est pas tout ; non seulement 
Victor Hugo n'a pas inventé ce nom d'Eu- 
ryant ; non seulement, ce n'est point non 
plus par chevillage qu'il y a accolé l'epilhète 
de < belle », qui en est inséparable depuis 
six cents années ; si vous le voulez bien, je 



vous chargerai de dire aux curieux qu'avant 
de parler d'Euiyant, Victor Hugo s'était dt^- 
cumenté avec le plus grand soin et scrupule, 
dans Tressan, sur le caractère même et les 
habituels comportements de cette bille. Il y 
avait lu : 

« Euryant fut très g ie ; elle courut pen- 
dant tout le jour, dans ses jardins, avec les 
jeunes personnes de sa cour, et revint le soir 
un peu fatiguée. » 

Alors il écrivit, de Floriane, en toute tran- 
quillité de conscience : 

Gaie, elle sautait dans l'herbe 

Comme la belle Euryanl, 

Et, montrant le ciel superbe, 

Soupiiait en souriant. 
Et qu'on ne m'ohjecte pas que c'- st là 
une reccontre de hasard, que Victor Hugo ne 
lisait pas les romans de* chevalerie « tr^uba- 
douristes » par Tressan ; il les lisail, à 
preuve ce vers des Qtiatrc -Vents de l'Epril 
où il les cite : 

L'Amour, dit l'Amadis de Monsieur de Tre;- 

[san. 
C'est la vie ! 

Douter de l'existence d'Euryant!.. Alors, 
on pourrait douter aus<ii de I ex'stence du 
Masque de Fer !ui-;nêmc, malgré'les déposi- 
tions du père Dumaj et du V!co:nU'. de Bra- 
gelonne, malgré les témoignages des mélo- 
dra.matarges el des faiseurs de romances 
senlimentjles, et encore que ce fière jumeau 
de Louis XIV, deux cer.t treize ans après sa 
mort à la B;;stille, continue de se manifester 
chaque matin dans le Fig^i'o, d'une si spiri- 
tuelle et plaisante manière ! 

Mais puisque, à n'en pas douter, le Masque 
de Fer, pas moins que la belle Euryant, 
exi<;Te, qu'il veuille bien tiouver ici toutes les 
civilités de son lectLvjr fiJèl'j et dévoué con- 
frère. 

Auguste Dc^chaîn. 

* 
* *^ 

je connais une u belle Euryant », mais 

est ce bien celle de Victor Hugo ^ Elle fi- 
gure dans un vieu.\ roman du moyen âge, 
publié pour la première fois, sauf erreur, à 
Paris, 1^20, petit in-40 goth.. sous ce 
titre : Histoire de ires noble et chevaleieux 
prince Gérard, comte de Nevers, et d la 
treî vertueuse et ires chaste princesse Eu- 
riant de Savoye, sa mye (traduit de rimes 
de Gibert de Montreui!;. 

Fin 1834, Francisque Michel publia le 
texte même de Gibert de Montreuil •^Ro- 
man de la Violette ou de Gèiard de Ne- 
vers, en vers, du XIII" siicïe. 

L)ans le roman intervient un certain Li- 
ziart, comte de Forez, plus félon et plus 
rempli de mal engin qu'onques ne fut Ga- 



DES CHEUCHEURS ET CURIEUX 



90-30 Mai 1911$. 



457 — 



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nelon. Il entreprend de séduire la belle et \ rent, cependant, de celui qui a provoqué 
sage Euriant, fiancée aii comte de Ne- la dernière question. 



vers, et échoue natuiellement dans sa 
malhonnête tentative. Après bien des pé- 
ripéties, Gérard tue Liziart en duel, épouse 
la belle Euriant et devient comte de Forez. 
Le comie de Tressan, dans VHistoiie de 
Gérard de Nevers et de la bdlc Euriant 
(Paris, 1792, in 8°) rajeunissanlà sa façon 
l'ancien roman, lui donne une conclusion 
inattendue. Il imagine qu'après la mort 
du traitfs. Lysiart, comte de Forez, Gérard 
et la belle 'L:.uriant, devenus maitres de 
rvlontbrison et des bords fleuris du Lignon, 
lespeuplèrentd'amantsvertueuxetfidèles. 
C'est de Gérard et d'Euriant qu'Astrée et 
Céladon sont descendus ! (Voir mon 



livre : La vie et 1-m 


Œuvres J'Honore 


d'Urfé, p. 3Ï7). 






O.-C. Reure. 



La Marseillaise (T. G , 568; XXXVI ; 
XL : LX'iLXl, LXli, LXXIII, 174. 262). -- 
Il ne serait peut être pas mauvais de se 
reporter, au sujet de la question posée 
par M. j. Chappée, à la collection de 
Vlntermèiiaife postérieure à . la publi- 
cation de la Table générale. Cette con- 
sultation n'éclaircira rien malheureu- 
sement — au contraire — mais, quand 
un problème se pose, ne vaut-il pas 
mieux en connaître toutes les données? 

Le texte imprimé, en 1792, en confor- 
mité d'un arrêté du Conseil général du 
département de la Dordogne, en date 
du 16 octobre, comprenait bien un der- 
nier couplet, que ne fournit aucune ver- 
sion, et dont le fac-similé a été publié ici 
même (LX : 32^-326) : 

Peuple Fratiç/is connois ta gloire, 
Couronnés par l'égalité, 
Quel triomphe, qusile victoire, 
Q_ e conqu(j>rir la liberté {bis) 
Le Dieu qui lance le tonnerre. 
Et qui commande aux élémens, 
Pour exterminer les tyrans. 

Dix jours plustard,Willy, non, M. Henry 
Gautier-Villars, faisait remarquer avec 
justesse la parfaite platitude de ces vers, 
qui, avec la rime masculine les terminant 
et avec la pénultième féminine, ne se 
prêtaient pas du tout à la musique de la 
MancUhise : elle exige le contraire (342). 

D'ailleurs, s'il est question de Dieu 
dans ce couplet, il est tout à fait diffé- 



Par contre, le couplet des enfants : 
Nous entrerons dans la carrière... 
ne figure pas dans cette version : les 
membres du Conseil général de la Dor- 
dogne devaient cependant ignorer que ce 
couplet serait attribué dans l'avenir, non 
à Rouget de Lisle, mais à l'abbé Pesson- 
neaux, professeur au collège de Vienne 
(Vaucluse) (,LX, 231 ; LXl, 568). 

Ah ! si nous parlons des couplets de la 
M.irseillaise, nous n'avons pas fini et la 
question ne fait que s'embrouiller. Géné- 
ralement, nous en connaissons sept ; nos 
ancêtres faisaient mieux les choses et en 
recopiaient souvent treize, dont presque 
la moitié ont disparu. 

Ce fut d'abord le couplet de l'arbre de 
la liberté : 

Arbre chéri devient le gage 
ce qui ne semble pas avoir été une grosse 
perte (XXVII, 447; LX.231; LXl, 568). 

Puis, ce fut cet autre couplet, le trei- " 
zième et dernier, le plus souvent ignoré : 

Q^Lie l'amitié, que la Patrie, 

Fassent l'objet de tous nos vœux : 

Ayons toujours l'âme nourrie 

Des feux qu'ils inspirent tous deux (^«). 

Soyons unis, tout est possible, 

Nos vils ennemis tomberont 

AlIoi's les Français cesseront 

De chanter ce refrain teirible... 

(LXl, 65 ; LXlll, 179). 

La perte n'est pas bien grande, hasar- 
derez-vous, peut être, à votre tour. 

A coup sûr, je m'en voudrais de vous 
contredire. Mais qu'il soit bon. ou qu'il 
soit mauvais, il a disparu, à une excep- 
tion près, une exception qui ne confirme, 
rien du tout — des textes modernes de la 
Marseillaise, à commencer par celui que 
fournissait Dumersan dans ses Chants et 
Chansons populaires de la France. 

Il n'a pas été perilu pour tout le monde, 
cependant Un placard gravé, semblant 
dater de 1848, que j'ai sous les yeux, 
présente cette anomalie assez inattendue : 
le couplet des enfants a été supprimé à 
nouveau, et, le septième : 

Amour sacré de la Patrie... 
ainsi devenu le sixième, le couplet oublié : 

Qiie l'amitié, que la Patrie... 
forme le septième e; dernier. Mais, nulle 
1 part, qu'il y en ait sept ou treize, sauf 



N» 1440. 



Vol. LXXIII. 

459 ~ 



L'INTERMÈl.'IAlRé; 



460 -■ 



dans l'imprimé périgourdin, le nom de 
Dieu n'apparaît. 

PlERKE DUFAY. 

Le quartier du Petit f^icpus et 
« les Msérabley » d»:; Victor Hugo 
(LXX11I,236,349). — Je veux bien admettre 
qu'il faille renoncer à reconstituer, à l'aide 
desplans de l'époque, les rués du « quartier 
du Petit-Picpus » qui figurent dans les 
Misérables et qu'elles n'nient jamais existé 
que dans l'imagination de Victor Hugo. 
Mais je ne distingue pas très bien dans 
quel intérêt ce dernier, toujours si «cru- 
puleux en matière de reconstitutions to- 
pographiques, aurait dénaturé d'une fa- 
çon aussi radicale l'aspect de celte partie 
du vieux Paris. 

Je me permettrai seulement d'émettre 
deux simples observations. 

L'éditeur du plan de 1727, Denis 
Thierry, n'est pas un personnage imagi- 
naire ; j'ai vu encore tout récemment son 
nom imprimé sur une édition de l'Art 
poétique de Boileau, de la fin du xvii« siè- 
cle, au-dessus de l'adresse indiquée par 
Victor Hugo. 

Ce n'est pas Mme Victor Hugo, mais 
Juliette Drouet, la compagne du poète 
pendant un demi-siècle, qui a été élevée \ Premières éditions ? 



des Chansons, ou Bièviaire du Chansonnier ■> 
dédié à Béranger (Un gros volume petit 
in-12 de 4O0 p. p., orné d'une couver- 
ture illustrée, du plus pur style romanti- 
que. Chez Emile Debraux, Village Orsely,. 
n" 14, près Paris, et les Marchands de 
Nouveautés, 1830I, œuvre technique en 
propre et qui porte bien, cette fois avec 
le nom de Debraux, sa marque de facture 
et qui, de plus, à toutes les pages, j'allais 
dire à toutes les lignes, est relevée d'in- 
nombrables citations, données là comme 
exemples à suivre, de vers de son maî- 
tre et ami Béranger. A la bonne heure ! 
Voilà qui était bien dans ses cordes. Mais 
dame ! aussi, quand on était le père, et 
l'heureux père, de ces maîtresses chansons : 
Fanfan-la-Tulipe, la Colonne, et- T'en 
souviens tu, disait un capitaine! 

Et l'édition originale, donc, aujour- 
d'hui rarissiine, de ces mêmes chansons : 
Chansonnettes et poésies légères de P. Emile 
Debraux. A Paris, chez Henrion libraire, 
quai des Augustins, n° 23, 1820. Un 
volume petit in-12 de 216 p. p., imprimé 
sur un papier raisin, excellent (par pa- 
renthèses>,avec titre et iVontispii^e gravés 
et couverture imprimée. Ne voilà-t-il pas 
bien de quoi attirer l'œil des fanatiques de 



au pensionnat du Petit-Picpus, où elle 
avait deux tantes mères vocales, et qui a 
fourni à son am-nt sur cette maison, les 
détails p'ttoresques que celui-ci a utilisés 
dans un chapitre des Misérables. 

Un bibliophile comtois. 

Le baron Emile de l'Empesé. De- 
braux(?j (LXXIll, 93,216).— Notre con- 



Quant à VAtt de mettre sa cravate,h\trï 
que d'assez modeste apparence, et d'une 
piètre rédaction, pour un baron, même 
de l'Empesé, et bien aussi qu'il ne soit 
en rien, certes non, de la plume de De- 
braux, ce petit livre a cependant son 
genre spécial et personnel de célébrité. 
Croyez-m'en sur parole. Je n'invente rien. 
Ses quatre premières éditions sortirent 



frère, M. 0'K.,se trompe du tout au tout. \ toutes, et la même année encore, en 1827, 
Non ! la petite facétie : L'Art de mettre de l'Imprimerie H. Balzac,- rue des Marais 



sa cravate de toutes les manières connues et 
usitées, etc., n'est pas et ne peut pas être 
de Etnile Debraux. Au reste, jamais per 



S. -G., n° 17, à Paris, et le peu qu'il 
en reste est marqué à ce nom. C'est un 
titre cela et fort apprécié des Bibliophiles 



sonne au monde ne la lui attribua cette 5 de race. Aussi bien, toutes ces éditions s'en 

insolite paternité, tellement différait cette | retrouvent-elles, trèsminutieusementmen- 

brochurettc, et par son titre même et par ! tionnées et classées, à leurs rangs, dans 

le texte-semi plaisant de ses 122 pages, 1 le beau et excellent livre de MM. Gabriel 

d'avec le genre habituel littéro-chanson- I Hanotaux et Georges Vicaire : La Jeunesse 

_:„_ J ui- -*: j_ -- • . -' „: J- n ' d_t :...i.^J ;« Qo 



nier des publications de ce joyeux écri- 
vain, quand, — toutefois, la misère de sa 
vie rt'éteignait pas en lui, avec l'envie de 
rire, sa verve poétique. 

Mais, par contre, ce même Emile De- 



de Balzac. — Balzac imprimeur, in -S" 
1903. 

Les exemplaires restés propres et com- 
plets de leurs planches, de cette plaquette 
Balzacienne (un frontispice lithog. colorié 



braux, qui mourut jeune, à 34 ans, en 4 Portrait du baron Em. de l'Empesé, et 32 
1831 , reste bien l'auteur de VArt défaire petits modèles de cravates et de cols), sont 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 20-30 Mai 191Ô. 
461 — 462 — 



aujourd'hui devenus d'une insigne rareté, | 
et cela se comprend facilement : ils se | 
vendaient, parait- il, bien plus encore que I 
chez les libraires, par l'entremise des mo- 
distes et chefs de rayons des magasins de 
nouveautés, aux fashionables, jeunes et 
vieux, leurs clients, toutes gens d"habi- 
tude peu enclins à m mier un livre avec 
le soin voulu. L'auteur, nussi, quelque peu 
roublard, ayant eu la maligne finesse d'in- 
tercaler, comme appât, dans son opuscule, 
une longue liste par ordre alphabétique et 
adresses individuelles, des fabricants, mar- 
chands et marchandes de cravates, de fou- 
lards et de cols, « les plus en vogue,dans 
la capitale», il arriva que tous, petits et 
gros s'évertuèrent à en écouler le plus 
possible. Histoire de montrer à la clien- 
tèle qu'on était classé parmi ces « plus en 
voo-ue ^>. 11 s'en expédia ainsi, jusqu'en 
Rulsie, et plus loin même jusqu'en Amé- 
rique Et, de cela, rien à dire ! Dans ces 
temps-là, les gigantesques grands maga- 
sins actuels, rive droite, rive gauche, n'exis- 
taient pas encore et leurs gros catalo- 
gues réclames illustrés, aujourd'hui ré- 
pandus jusque dans les moindres bour- 
gades, étaient alors absolument, incon- 
nus. 

Et ce petit fait si typique de propa- 
gande commerciale « avant la lettre », à 
l'aide de ce petit Art de h cravate, ce fut 
l'auteur même de son frontispice^ M. 
Henry Monnier, qui me le raconta, un 
jour que je me trouvais chez lui, rue 
Ventadour, en tenant à la main un bel 
exemplaire que je venais justement d'ac- 
quérir, à deux pas de là, chez un libraire 
bien connu, du passage Choiseul. Et c'est 
ainsi que se fit jour la vérité grâce au 
nom de Balzac. 

P. S — Ajouterai-je encore, pour édi- 
fier entièrement notre confrère M O'K.que 
Quérard {Supercheries dèvoiîées, I, colonne 
I236)attribue ce même petit livre à Emile 
Marc-Hilaire, dit Emile Marco de St Hi- 
laire, auteur d'une ///5/o/r<î de Napoléon, 
bien connue et que Barbier (DïV/ww. des 
Anonymes, édit. Daflfis, 1872, 1, col .292) 
le cite également à ce même nom. Ni l'un 
ni l'autre de ces deux bibliographes, par 
contre, ne parlant de Debraux, à ce su- 
jet. 

Ulric Richard-Desaix. 



♦ « 



Puisque M. V. A. T. paraît s'intéresser 
aux divers Arts de... je lui indique, comme 
étant également de Marco de St-Hilaire : 



Lart de 



réussir en amour. 



enseigne en' 



vin^t-ciuq leçons ou nouveaux secrets de 
triompher des femmes et de les fixer. Par 
l'auteur de la Biographie dramatique., Pa- 
ris, Palais-Royal, Galeries de bois, 1825, 
in-18, fig. . 

L'Art de se bien nourrir n'est point in- 
diqué par Quérard. 

je possède aussi VArt d'obtenir des pla-^ 
ces ou là clef des ministères ; ouvrage dédié 
aux gens sans emploi et aux solliciteurs de 
toutes les classes. Paris, chez Pélicier et 
Petit, libraires, cour du Palais-Royal, 
1816, in 8. 

L'ouvrage est assez insignifiant. 

GtlSTAVE FUSTIER. 

* 
.* * 
Je ne voudrais point tourmenter nos 
aimables chercheurs et dévoués confrères 
de Vlnicr en m'éternisant mal à propos 
sur un sujet. Mais, quelque chose reste à 
dire pour « l'Art de mettre sa cravate ». 
En eftet, Emile Marco de Saint-Hilaire en 
est bien l'auteur ; je pense afifriander en 
révélant que Balzac en fut l'éditeur, en 
1827 ; ce qui explique que certains cu- 
rieux ont pu attribuer cette plaquette à 
Balzac, auteur d'écrits similaires. C'est, 
au fond, u4| affirmation peu hasardée si 
on considère que le genre humoriste est 
peu en rapport avec les récits et contes 
militaires donnés au journal Le Pays par 
Marco de Saint-Hilaire. 

Ce qui suit, je l'emprunte à Charles 
joliet, un des plus spirituels' représen- 
tants du petit journalisme de 1850 a 1885. 
Il vivait oublié à Asnières, chez son père 
où il est mort, il y a peu de temps. . 

Paul Klenck, 
« L'Art de mettre sa cravate de toutes les 
manières connues et usitées, enseigné et 
démontré en seize leçons. Précédé de 
l'histoire complète de la cravate, depuis 
son origine," jusqu'à ce jour, de.considé- 
rations sur l'usage des cols, de la cravate 
noire et l'emploi des foulards, par le ba- 
ron Emile de l'Empesé. Ouvrage indis- 
pensable à tous nos fashionnables, orne 
de trente-deux figures explicatives du 
texte et du portrait de l'auteur. 



L'INTERMLUIAUΠ



fi* 1440. Vol. LXXIII. 

463 

<xLes cravates empesécs,quf étaient alors 
à la mode, expliquent l'origine du pseu- 
donyme. La page du titre porte en épi- 
graphe : « LArt de mettre sa cravate est 
à l'homme du monde ce que l'Art de 
donner à diner est à l'homme d'étal. » 
Nous mentionnerons encore, à titre de 
curiosité, la définition citée du Diction- 
naire de r Académie :« Cravate. — Subst. 
fémin. — Linge qui se met autour du 
cou, qui se noue par devant, ut dont les 
bouts pendent sur la poitrine. » Celte 
définition fait rèvcr à celle de l'Hcrevisse : 
c Petit poisson rouge qui marche à recu- 
lons. » Un aphorisme : « On ne refait 
jamais un nœud de cravate : il en est des 
nœuds de cravate comme des sauces, 
quand elles ne sont p*is réussies, on ne 
les refait pas, on en recommence d'au- 
tres. » La conclusion : « Au milieu du 
nivellement général qui menace la so- 
ciété, au milieu de la fusion de tous les 
rangs, de toutes les conditions, au milieu 
du débordement universel des petites pré 
tentions subalternes contre les grandes 
prétentions supérieures, nous avons pensé 
que c'était rendre un signalé service à la 
haute classe de la société et lui tendre 
pour ainsi dire une véritable planche de 
salut, que de lui offrir 1' « Art de mettre 
sa cravate. » 

Pour Charles Follet empêché : 

P. K. 
_ • 

Le cléricalisme? Voilà l'ennemi 

(LXXIll, 354). — Discours de Gamhelta, 
publiés par M. Joseph Reinach, tome VI, 
page ^54, discours du 4 mai 1877 • 

Et je ne fais qde traduire les sentiments 
intimes ou peuple ce France en disant du 
cléricalisme ce qu'en disait, un jour, mon ami 
Peyrat : Le cléricalisme? Voilà l'ennerui ! 

HlSTORlCUS. 

Même réponse : Auguste RAULT.et O.G. 
V. Le Musée de la Conversation de 
Roger Alexandre. 

Vivre sa vie (LXV ; LXXll, 415). — 
« Nous devons à Ibsen deux formules du 
jargon sentimental intellectuel de l'Entre- 
deux-guerres : Viwe sa vie et En beauté. 
La première menait les fem.mes faibles au 
trottoir ou chez la proxénète. La seconde 
légitimait toutes les loufoqueries. L'une 
et l'autre comportaient le sermon laïque. 
J'ai vu trop d'applications, douloureuses 



464 



ou comiques de ces insanités, pour n'en 
pas garder rancune à leur auteur respon 
sable. » Léon Daudet : U Entre-deux- 
guerret ; Paris, Nouvelle Librairie na- 
tionale, 1915 ; in-i2, p. 191). 

L'on sait l'abus que les disciples de 
Loyson-Bndet ont fait de ces deux for- 
mules. Comme les femmes faibles et les 
loufoques de la morphine ou de la coco, 
les bandits de la bande tragique les 
avaient adoptées : Garnier avait vécu sa 
vie et Bonnot — rien de notre cher Do- 
minique — est mort en beauté. 

P. D. 

Hocqsonner (LXXIII, 93, 269). — 
On comprend facilement qu'on n'ait 
point trouvé ce terme dans les diction- 
naires de langue française. Ce mot, em- 
ployé par Flaubert, est purement de pa- 
tois normand et est encore en usage dans 
toute la Haute et Basse-Normandie, sous 
les ïormts hocsonner , hoxonner ,boq sonntr , 
hoc tonner. 

Il signifie : hocher, agiter, ébranler, en 
parlant d'une porte que l'on cherche à 
ouvrir. Dans le Dictionnaire de patois 
tformand dQ Moisy, p. 356, on trouve : 
Hocsonner pour hocquetonncr, <<• fréquenta- 
tive de hocqueter, ébranler en secouant. » 
Et de ce dernier mot, il donne un 
exemple emprunté à une Lettre de rémis- 
sion, citée par Ducange, au mot : ho- 
quetm. 

Qiiand le suppliant ne trouvait point 
l'huis ouvert, il faisait tant, en le hocquetant 
rt secouant que il ouvrait. 

Lettre de rémission de 1410). 

Hocqsonner, sous la forme Hoq sonner, 
avec le sens de secouer, figure aussi dans 
le Glossaire de la vallée d'Yères, de Del- 
boulle. Sous la forme Hotonner, < ébran- 
ler en secouant », on le trouve dans le 
Dictionnaire d^ patois du pays de Bray, de 
l'abbé Decorde (i8t,2). Hoq'sonner figure 
aussi, avec le même sens, dans le hAe- 
mento du Patois normand, en usage dans le 
Pays de Caux., par A. G. de Fresnay, 
Rouen (1881). 

On peut rapprocher de hocqsonner, un 
autre terme : loquetonner , agiter le loquet 
d''jne serrure, en secouant la porte pour 
chercher à l'ouvrir. C'est un fréquentatif 
de loqueter. 

Lequel huis, ils trouvèrent fermé et pour 
ce, heurtèrent et loquetèrent ensemble. 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 



20-50 Mai 1916, 



465 



466 



Lettre de rémission (1393), citée par 
Ducange au mot : Loceius, Loquetonner 
se rencontre aussi dans le Glossaire de pa- 
tois normand de L. Du Bois. (Caen, 1856), 



J'ai entendu, il y a fort longtemps, en 
Basse-Normandie, sur la côte, du Mont 
Saint Michel à Cherbourg, 'employer le 



avec le sens de « agiter le loquet dans «la \ terme Hannesonner avec la signification 



serrure, clancher, coup sur coup. 

Gustave Flaubert connaissait fort b'en 
le patois normand et on trouve dans plu- 
sieurs de ses ouvrages des locutions pu- 
rement normandes. 

Georges Dubosc. 

* 

Le verbe hocquesonner employé par 
Flaubert dan's le passage obscur cité par' 
M. Nauticus est certainement d'origine 
normande. Les divers dictionnaires que je 
possède sur le patois de ce pays : 

Dictionnaire du patois normand^ par 
Henri Moisy ; 

Dictionnaire du patois normand en usage 
dans le département de l'Eure, par Robin, 
Le Prévost, Passy et de Blosseville ; 

Petit dictionnaire du patois non,:and en 
usage dans l'arrondissement de Font- Au- 
demer, par Vasnier, 

ainsi que le Glossaire de la vallée 
d'Yhres,^AX Delboulle 

s'accordent tous sur la définition à 
donner à ce mot : 

hocsonner ou hocquesonner == hocher, 
agiter, ébranler, en parlant d'une porte 
que l'on cherche h ouvrir 

Ici — patois jV.card à la limite sud de 
l'ancien Amiéno s — on dit dans !e même 
sens hocque chine r , fréquentatif du verbe 
hocher ^ secouer ; expression qui signifie 
ébranler fortemer. l et à reprises précipi- 
tées pour essayer d'ouvrir une porte qui 
tient. 

Les mots hocquesonner et hocquechiner 
doivent donc être considérés comme deux 
expressions semblables, l'une normande, 
l'autre picarde, signifiant secouer ou agi- 
ter violemment comme avec un hoc — 
vieux français conservé en picard, de 
l'anglo-saxon hoc - sorte de crochet en 
fer formé de deux fortes dents recourbées 
et fixé au bout d'un long manche avec 
lequel les cultivateurs , déchargent le fu- 
mier des topTbereaux. 

Du primitif hoc sont encore formés les 
dérivés ahoquer =:z accrocher ; dchoquer rr: 
décrocher et hoquet — petit hoc — cro- 
chet en bois servant à attirer à soi les 
branches éloignées dont on yeut cueillir 
les fruits. Gelidus. 



I 



donnée par nos confrères au mot patois 
Hocqusonner , mais dans un sens obscène. 
On aspirait fortement l'H de Hannesonner 
comme si ce vocable devait s'écrire Ahan- 
nesonner. Cette remarque me dispense 
d'ailleurs de plus ample explication. 

Flaugonzo . 






F(uée (LXXIll, 240, 363. — 11 faut 
dire un Rii et non une Ruée. Rii est un 
vieux mot français qui se trouve dans 
Rabelais et veut dire Briiit^ Choc : Ni 
Rn Ni Mu, ni bruit ni choc. 

O. D. 



Etymologie de Scblestadt (LXXII, 
145, 313 : LXXIll, 215, 125, 267). — M. 
Dorlan, qui fut en 1848 représentant du 
Bas Rhin à l'Assemblée Constituante, a 
publié en 1843 les Notices historiques sur 
r Alsace et principalement sur la ville de 
Scblestadt, 2 vol. in 8°. C'est dans cet ou- 
vrage trèr- consciencieux au'on trouve les 
meilleures indications sur la petite ville 
alsacienne. 

Des amis du merveilleux ont attribué 
la fondation de Scblestadt à un géant, 
Sletton, qui arracha des rochers dans la 
montagne, les lança jusqu'aux lieux qu'il 
voulait habiter. Bealus Rhenanus a déjà 
fait justice de cette légende. 

L'opinion la plu; répandue fait dériver 
Scblestadt de Ladbojf, t^iom que porte la 
plus ancienne place de la ville. Ladhoflf 
signifie lieu de chargement ; de Ladhoff on 
a ta't Ladstatl, ville de chargement. De 
Ladstatt on est arrivé à Selatsiat, mot 
qu'on rencontre dans les anciennes char- 
tes. 

Comme la navigation était active sur 
rm, le petit port Ladhoff s'est naturelle- 
ment augmente d'une ville. Les alentours 
du Ladhoff montrent l'antiquité de celte 
pbce. Une charte de 728 dit Selatsiat. 
Dans un diplôme de Charlemagne se 
trouve Sealistadt. 

En 880, Charles-leGros désigne la ville 
par Selesiisiadl. Sous Othon, en 953, elle 
est appelée Slc^estatl , sous Frédéric II en 
1221 Scblctitatt, sous Richard en 1252 
SUtstat, sous Henri MWScbUttstatt.Selis- 



N» H40. Vol. Lx>:iii. 

467 

tadt. Scblest{latt. A partir de 1347, sous 
Charles IV, Schlesl.tdt est invariable jus- 
qu'en 1871. Les B 'chos n'ont pas trouvé ' 
le nom consacré p.ir cinq siècles suffisam- 
ment teuton ; i!sc:riveni Scblcitstadt. 

Paul Muli.er. 



L'INTliKMF.UlAIRE 



468 



> * 



Est-il temps encore d'apporter sa con- 
tribution à la controverse ouverte sur l'ori- 
gine de Schlostadt par le spirituel chroni- 
queur des Débals, M. Pi'.ul Muller. Elle ne 



proposition, pour séduisante qu'elle soit, 
me paraît un peu spécieuse. 

La seconde — la plus récente — ^ qui 
émane de l'abbé Geny, prétend voir dans 
Scladistat la réunion de deux mots de 
l'ancien dialecte alémanique : slade^ au 
génitif slaJis et stat, et non stadt : le 
lieu, la place du marais, image qui corres- 
pond assez exactement à la situation to- 
p<ographique de Schlestadt. Toutefois ces 
deux mots s'adaptent mal à la forme de 



pas date d'hier cette discussion et au xvMi" ; 778, dont la juxtaposition constituerait 

siècle Schœpflin pouvait déjà dire en par- \ une redondance inadmissible, 
lant d'elle : Scicsladium. cujm nomen mire ! En résumé pourquoi au lie.u de se met- 

toiqueiit set ipiores. j tre l'imagination à la torture, ne pas se 

Sart^ parler de la légende qui fait re- borner plus simplement à traduire ScJ.i- 

monter Li fondation de Schlestadt à Slet- | distativilli par villa de Scladistatus. Cla- 

ton. géant populaire, qu'on retrouve à [ distus ou Scladistatus serait alors un de 

l'origine de bien des villes, deux courants \ cçs nombreux fermiers gallo-romains 



d'opinion se sont per.dant longtemps ma 
nifestés sur ce point. Los uns faisaient dé 
river Schlestadt de L.'iJstatt. Gcbwiler est 
le premier qui au xvr siècle semble avoir 
proposé cette étymologie, reprise après 
lui par Kentzinger au xviii*, Stœber, 
Schweighaeuser. et Dorlan au xix'. Le 
vice de ce système, qui l'a fait abandonner 
depuis, réside dans son défaut de concor- 
dance avec l'orthographe primitive du 
nom. 

D'après d'autres, Schlestadt dériverait j 



dont les ét:iblissements couvraient la 
plaine et se muèrent par la suite en do- 
maines mérovingiens. 

On trouve en Alsace quantité do noms 
de communes, formés de© cette manière, 
notamment ceux finissant par la termi- 
naison si répandue en willer. A Schles- 
tadt, par un phénomène de contraction, 
d'ailleurs fort répandu, villi a disparu et 
il n'est resté que le nom déformé de son 
possesseur primitif. 

Des découvertes récentes sont venues 



d'Elcebus. C'est au savant de la Renais- | du reste confirmer cette supposition. On a 



sance beatus Rhenanus que nous devons 
cette trouvaille, qu'ont adoptée sur la foi 
de son autorité, son contemporain Her- 
tzog, plus tard Meriau et enfin au xviii 
siècle le jésuite Koos. Malheureusement 
pour elle cette proposition pèche par la 
base, l'fclcebus de Ptolemée ne correspon- 
dant nullement avec l'emplacement de la 



e actuelle, qui se trouve située à 24 j Gaule 



mis à jour il y a une vingtaine d'années 
a Schlestadt un trésor de 140 pièces d'ar- 
gent romaines du 111* siècle de notre ère, 
enfouies sous une épaisse couche de cen- 
dres. 11 atteste l'existence à cette place 
d'un ancien établissement gallo-romain, 
ruiné au cours d'une des multiples inva- 
sions qui désolèrent cette marche de la 



vill 

kilomètres plus au sud. 11 nous faut donc 

renoncer à l'illustration de celte 'origine. 

Plus récemment se sont fait jour deux 
thèses nouvelles qui traduisent chacune 
fidèlement les d^ux sj'stèmes adverses 
synthétisant l'éternelle controverse sur 
le caractère gaulois ou allomanJ de la 
rive gauche du Rhin, Toutes deux 
d'ailleurs prétend.nt s'appuyer sur la 

forme la pliis ancienne connue de Schles- j plus récente de Schlestad qui n'est pas an- 

'tadt : Scaldistal 7;', Schdiilai (775); i térieure au début du xix^ siècle ne consti- 

Sciai isiatt villa (-j-jH). \ tue qu'une locution bâtarde, en même 

La première émise par Bagnol et Risle!- ■' temps qu'un fâcheux et tardif démarquage 
hueber fait dériver le mot des deux ter- de l'allemand. ' 
mes celtiques cli, fort el di, petit. Cette \ • D- 



Pour terminer c'est avec raison que M. 
Muller rappelle que la seule fa^oncorrecte 
de prononcer Schlesi.idl est de dire Seles- 
tat. C'est aussi la seule façon vraiment 
française de l'orthographier. C'est celle 
qui était adoptée par Belleforest dès 157^, 
celle enfin consacrée par l'usage dans 
toute la correspondaçce officielle du grand 
siècle, tandis que l'orthographe beaucoup 



\ 



DES CHERCHEURS ET CURIKUX 



20-30 Mai 19 lé) 



469 



470 



/ 



Ce rôle, d'ordre tout moral, ne lui suffit 
sait pas. 

Et, au jugement des hommes compétents, 
elle montra la science consommée d'un chef 
de guerre el la bravoure d'un héros. 

Elle n'écoutait que le conseil de Dieu et 
entraînait ses hommes avec une fougue toute 
française. « Quand nos ennemis seraient 
pendus aux nues, dit elle à Pntay, nous les 
aurons ». . 

Il semble donc que ce poii'it d'histoire 
est établi. 

C'est à Jeanne d'Arc que revient l'hon- 
neur d'avoir magnifié, la première, l'éner- 
gique expression populaire : « On les 
aura » I Hector-Hogier. 



Avoir du cran (LXXII ; LXXIII^ 79, 

174. 320). - Cest un journaliste neutre, 
un rédacteur de la Trihine de Genève qui 
vient de donner du « cran » une défiri- 
tion^.. définitive. Il a dit : 

« Le cran, c'est la panache, moins ce qu'il 
a de théâtral, c'esi la bravoure avec un peu 
de blague, c'est* l'héroïsme, mais bon enfant, 
c'est le courage, mais pas trop austère, c'est 
la confiance en soi, mais pas fanfaronne, 
c'est le mordant par l'initiative, c'est l'en- 
thousi.isme condensé en bons mots, c'est la 
volonté de vaincre expiiinée en gouailieries, 
Cs'est l'offre de sa ps^u avec bonne humeur, 
c'est de bien vouloir mcurir mais «sans s'en 
faire », c'est Gavroche ut d'Assas, c'est Fan- 
fan la Tulipe et Bayari', c'est une légende 
de Raffet sous un dessin de Neuville, c'est le 
faubourg de Paris avec b lumière de l'Arc de 
Triomphe. Le cran est offensif en Cham- 
pagne, défensif à Verdun -, c'est alors le cran 
d'arrêt. On ne passe pas. Et les marmites, 
les trombes de fer et de feu ne peuvent rien 
contre cette volonté arrêtée, contre cette as- 
surance entêtée ». 



En avoir marre ou marc (LXXIII, 

194, 363). — Marc n'est pas un mot 

d'argot. H se trouve dans tous les dic- 

; et Jeanne, parlant de nos ennemis j tionnaires Quand on a pressé du raisin 

ou des pomn^,cs,on en a marc, c est-a dire 
un résidu. Métaphore : quand ona tiré de 
quelqu'un ou de quoique chose tout ce 
qu'ils pouvaient rendre, on en a marc^ 
c'est-à dire assez. 

Etymolbgie : Marciis (Ovide), flétri, 
passé, fai'ié. Elle rend très bien compte 
des citations de la Chanson 'de Roland 
faites par M. j. C. dans le Radical du 17 
mars 1916. 

0. D. 



On les aura (LXXIII, 330). •— Ces 
temps derniers, la Presse s'est plu k rap- 
procher l'expression du général Pétain 
« on les aura » des teimes mêmes em- 
ployés par Jeanne d'Arc « nous les au- 
rons ». C'est donc que l'acception n'est 
pas d'hier. 

Au fait, doit-on s'en étonner alors que 
nous la retrouvons dans le verbe habere à 
la source latine de notre langue ? 

Au cirque romain^lorsqu'un des adver- 
saires était touché, le public criait : 
« Habet ». ou « hoc habet », il en a, il 
en tient. D'où l'on en était venu naturel- 
lement au sens « Il est pris, je le tiens, 
Habeo >. 

On trouverait plusieurs exemples à 
l'appui dans Plaute_, Virgile, Térence et 
Florus. 

E. Fyot . , 
« 

La question a été posée déjà sous cette 
rubrique : Nom les aurons ! (LXXI) et il y 
a été répondu (même volume). 

A ma précédente communication 
j'ajoute ceci, c'est qu'en latin habere, parmi 
ses nombreuses acceptions, avait celle de 
se rendre maître de MÔstis, habet muros, 
dit Virgile, l'ennemi est maître de la 
ville. 

V. aussi un entriîfilst paru dans le Fi- 
garo du î mai dernier. 

Gustave Fustier. 

, - . * * 
D'un écho du Figaro, du 3 mai dernier 

j'extrais ceci : 

Dans une lettre... à ses fidèles, S. G. Mgr 
Touchet fait une remarque t?ès curieuse en 
notant, qu'à 487 ans. de distance, Jeanne 
d'Arc et le général Pétain se sont servis des 
mêmes ierines. 

Le général, écrit TEvêque d'Orléans, dans 
un ordre du jour aux héros de Verdun, 
dit en parlant des Allemands : « On les 
aura » 
d'alors, s'é.:ria . « Nous les aurons » 

.D^autre part, on peut lire dans le Pa- ' 
triote Orléanais du 2 mai 1916, le passage ■ 
suivant d'un sermon prononcé à Chécy ') 
(Loiret) par .Mgr Vie, professeur à Pont- ] 
leroy — et tout récemment nommé Eve- | 
qu3 de Monaco : 

Les bon, mes d'armes fratornifent et pren- 1 

• nent Beaugency. Jeanne eftt voulu rallier ! 

\ii Bourguignons eux-mêmes et ui:ir en un \ 

même faisceau toutes les forces vives de la ^ 

France.' 't 



N« 1^40. 



Vol. LXXIÏI. 

471 - 



L'INTERMEDIAIRE 



472 



Boche : ôtymologie (LXXI ; LXXII ; 
LXXIÏI, 130). — (ludlc; Oit cxaclemcnt 
la gravité du qualificatif « Boche », 
adressé à un individu qui n'est pas 
« Français, de pure oriij;ine »? Le juge de 
paix de Mclun vient de trancher celte 
délicate question. 

Il l'a fait simplement en ces termes : 

... Attendu que, en présence des doulou- 
reuses circonbtances que traverse, avec tant 
de vaillance, notre pays, il eît i'Tipossible 
de trouver une injure plus dégradante que 
1« qualificatif de « Boche », dont la signifi- 
cation est la négation même de toute idée 
de civilisation et d'humanité ; que l'on con- 
çoit aisément qu'un Français de pure ori- 
gine bondisso sous un tel outrage. 

Dans la circonstance, la plaignante 
n'étant pas « de pure origine », s'est vu 
vertement débouter de sa plainte. 

A quand remonte l'invention du 

bridge LXXIÏI, 242, ^24, 3^7). — Se 
reporter à la rubrique : U phe du bridge, 
(L, 450, 658, 773, 886; LUI, 45,96; 
LIV, 712). P. D. 

Les tiroirs (LXXI, 138, 308, 357)- — 
Dans le sud du département de l'Indre, 
aux limites de la Creuse, on dit une ii 
relie pour un iiroif ; aux environs d'Is- 
soudun on dit une yeite ou une ayelte (pro- 
noncez : a icle). A. Ponroy, 

Délire des naufragés (LXXIÏI, 240). 
— 11 n'a rien lie spécial à ceux-ci : c'est 
un symptôme commun à certaines con- 
gestions cérébrales, aux méningites, aiix 
maladies infectieuses, etc., qu'elles se dé- 
veloppent ou non à l'occasion d'un nau- 
frage. 

Voir dans le Diciionnaiie de médecine 
de Littré et Robin l'article Paraphrosyne. 

O, D. 

Le sabre-baïonnette des Alle- 
manrls (LXXIII, 238, 369, 423). — Cette 
arme a été effectivement en usage — et 
dans les diverses armées européennes — 
avant le !'>•' Empire ou même la fin du 
xviii' siècle. Elle doit remonter beaucoup 
plus haut, mais elle a été à l'usai^e exclu- 
sif des sapeurs et troupes du génie, ne 
se servant d'arme proprement dite qu'à 
titre exceptionnel. C'était en réalité un 
outil, qui a eu non seulement la forme du 



sabre droit et court encore en usage, 
mais auparavant celle d'un grand sabre 
recourbé à lame large et plate, dont j'ai 
vu des exemplaires dans divers musées, 
sans pouvoir préciser lesquels en ce 
moment. ). 

NÉCROLOGIE 

M. Alfred Duquet 

M. Alfred Duquet vient de succomber 
à Paris après une courte maladie. 

Sa verte vieillesse était loin de faire pré- 
sager ce cruel dénouement. Jusqu'à la 
dernière heure il avait gardé son énergie 
combative. 

Historien de la guerre de 1870- 1871, 
à laquelle il a consacré de nombreux ou- 
vrages, l'Académie Française l'a récom- 
pensé p?r le prix Berger. 

Très versé dans les choses de l'armée, il 
a mené, avec le patriotisme le plus désin- 
téressé et la plus belle vigueur, des cam- 
pagnes pour des idées qui lui étaient 
chères et notamment dans notre défense 
marine. L'amiral Fournier qui a pris la 
parole à ses obsèques a particulièreriient 
insisté sur ce côté de son œuvre de bon 
Français. 

Notre regretté collaborateur avait été 
vice-président de la Plume et l'Epée, 
vice- président de la Société des Gens de 
Letties. 

Nous adressons à sa veuve et* à ses 
fils — dont deux sont sur le front — 
l'expression de nos douloureuses sympa- 
thies 

M. Gustave Lantz 

M. Gustave Lantz, décédé à Paris, 
s'était spécialisé dans les questions d'hi.*^- 
toire et de biographie. La mort l'a 
surpris sans lui avoir permis de rien pu- 
blier, en dehors de la collaboration très 
intéressante qu'il nous avait apportée. Il 
était entouré de documents qu'il avait 
passionnément rassemblés en vingt ans, 
et dont il usait avec la plus large et îa 
plus intelligente libéralité envers ses con- 
frères. 



-'.' Dir-cteur-i>érant 

GEORGES MONTORGEUIL 
Imo. CiBRC-DANifii., St-Amand-M.ônt-Rond 



LXXIII* Volume Paraissant tes lo, âo et )o de chaque mois 



N» 1441 

SI "".r.Vlctor-IUassé 
PARIS (IX«> 



Qhtrchex et 
vou»troMV€rei 



D 



QDiSQUa 



Bureaux : de 3 ^Gheures 






g // se faut 
H éntr'aider 

e 
I o 



10 Juin 1916 



N» 1441 




8f<"',r.Victosr-!iaae&é 
PARIS (IX*) 



Bureaux : de 3.^ 6 heures 



OES CHERCHEURS ET CURIEUX 

Fondé en 1864 



Q'JKSTIONS ET REFUNSKS LITTÉRAIRES, HISTORIQUES, SCIENTIPKJUK» ET AKllSlïQlES 

TROUVAILLES ET CURIOSITÉS 



475 



474 



L'INTERMEDIAIRE paraîtradu 
rant rannée 1916 dans les mêmes 
conditions que pendant l'année de 
guerre 1915. 

Nous prions nos correspondants de 
vouloir bien répéter leur nom au-dessous 
de leur pseudonyme , et de n'écrire que 
d'un côté de la feuille. Les articles ano- 
nymes ou signés d", pseudonymes inconnus 
ne seront pas insérés. 

Pour la précision des rubriques, une 
question ne peut viser qu'un seul nom ou un 
seul objet. 

Indiquer les rubriques et leurs cotes. 

Quand la question sollicite la connais- 
sance d'une liste, la liste, sauj exception^ 
n'est pas insérée, mais envoyée directement 
à l'auteur de la question. 

L'Intermédiaire des chercheurs et cu- 
rieux s'interdit toute question ou réponse 
tendant à mettre en discussion le nom ou le 
titre d'une famille non éteinte. 



mm^iUï\% 



Ney et l'Empereur d'Autriche. — 

Après la mort de Ney, la princesse de la 
Moskowa témoigna le désir de résidera 
Florence. 

L'Empereur d'Autriche lui répondit : 

Désirant vous voir traitée comme l'un de 
nos plus chers sujets, vous êtes parfaitement 
libre de choisir telle résidence qu'il vous 
plaira dans nos propres domaines. Nous dé- 
plorons la fatalité des circonstances qui ont 



fait périr si malheureusement votre illustre 
époux, et sachant qu'il a été victime de son 
dévouement à son prince qui nous est allié 
par les liens du sang et à S. M. la duchesse 
de Parme, notre fille chérie, nous croyons 
de notre devoir, de concourir à vous offrir 
toutes les consolations qui sont en notre 
pouvoir, en invitant notre très cher père 
S. A. I. le grand duc, de vous transmettre 
lui-n-ême cette lettre écrite de notre propre 
main ; nous le prions de vous considérer 
comme possédant notre entière amitié. Sur 
ce. Madame, nous prions Dieu qu'il vous ait 
en sa sainte et digne garde. 

François. 

Au Palais de Blankenbourg, le 20 février 
1817. 

Quelle suite fut donnée à cette négocia- 
tion ? 

V. 

Angaries. — On lit dans la Ga;^eite de 
Lausanne, reproduite par le Gaulois du 
18 mars dernier^ le passage suivant : 

La réquisition des navires allemands dans 
les eaux portugaises n'est point, comme le 
prétend Berlin, un acte contraire aux trai- 
tés. Cette réquisition s'est exercée en vertu 
d'un droit fort ancien que les juristes ap- 
pellent droit d'angarie et en vertu duquel 
un Etat peut obliger des navires étrangers à 
faire un service dans son propre intérêt. 
L'Allemagne elle-même y recourut. 

Quelles sont l'origine et l'étymologie 
de ces « Angaries » ? 

A. d'E. ' 

Murât. — La date de sa nais- 
sance. — Quand est né joachim Mu- 
rat. 



Lxxm-ii, 



144' Vol. LXXIII. 
475 



L'INTERMfiOlAlRE 



476 



D'Apres Larousse, en 177 i. Même date 
dans Brockhaus, Dictionnaire de la con 
versation qui ajoute : le 20 mars. Idem 
Dezobry et Bachelet. 

L' Almattach de Gotha de 1904, dit : 
315 mars 1767. 

L Armoriai du /" Empite du vicomte 
Révérend donne 30 mars 1787. 

M. Esquieu, dans un «Essai d'un Armo- 
riai Quercynois » donne les mêmes dates 
que le Gotha. 

La Biographie Michaud : 25 mars 1771. 

Les uns le font naître à la Bastide For- 
tanière (Lot) et aussi à la Bastide Forta- 
nicre 

NlSlAR. 

L'abbé Auzou, ex-comédien. — 

En 184c, il y avait à Paris un culte ca- 
tholique dissident dirigé par un abbé 
Chatel qui i= disait évcque quoiqu'il eût 
été sacre par un simple épicier ; il y avait 
aussi une église dirigée par un abbé Au- 
zou Jqui avait été comédien. 

Pourrait-on dire à quel théâtre il avait 
appartenu, comment il était devenu d'E- 
glise et quelle a été sa fin ? 

î| Brillât- Savarin en Amérique. — 

BrilIat-Savarin a passé ) ans d'exil à New- 
York. A-t-il paru en Amérique des ar- 
ticles, notes, dans des revues sur ce sé- 
jour de l'illustre auteur de la Physiologie 
du Goût, qui a dû laisser des traces en 
Amérique ? 

A. C. 

Garnier de la Cour du Bois (Fa- 
mille). — Je serais bien reconnaissant à 
ceux de nos confrères qui m'aideraient à 
trouver : 1° les armes de cette famille. - 
2» Le lieu et la date du mariage de Mes- 
sirc Louis-Pierre Susanne, chevalier, sgr 
de Bréauté, La Chapelle, etc., ancien ca- 
pitaine au régiment de la Reine, avec Da- 
moiselle Catherine - Françoise - Charlotte 
Garnier de la Cour du Bois. Le chevalier 
mourut à la Chapelle-Bréauté, le 15 jan- 
vier 1764, et, sa veuve habitait à Eu, pla- 
ce et paroisse St-Ja:ques, en 1766. — 3" 
Le lieu et la date de la naissance de leur 
fils, Pierre -Jean - Laurent Susanne de 
Bréauté, conseiller au Parlement de Nor- 
mandie, qui mourut à Paris le 2 novem- 
rt 17 75. J. F. 



Pichot l'Amabilaia. — A Dijon, en 
février 1916, est morte sans postérité Mme 
veuve Dard qui avait hérite de M. Henri 
baron Pichot l'Amabilais, une très belle 
collection d'objets d'art qu'elle a intégra- 
lement léguée à la ville de Dijon. 

J'ai connu dans ma jeunesse M. le ba- 
ron Pichot qui était le plus galant hom- 
me du monde ; mais je ne sais rieo de 
lui, de sa famille, de l'habitat de celle-ci 
avant que Henri Pichot vînt se fixer à Di« 
jon ; qu'étaient ces Pichot l'Amabilais et 
quelles armes avaient-ils ? La bibliothèque 
publique de Dijon étant fermée depuis la 
guerre pour cause de mobilisation pres- 
que intégrale du personnel, tous moyens 
de documentation et de recherches me 
sont impossible, j'ai bien eu cependant à 
ma disposition l'Armoriai de l'Empire de 
Révérend, mais n'y ai rien trouvé et je 
n'ai pu consulter Rictstap, 

H. CM. 

George Sand. ~ Pourquoi Mme Sand 
a-t-elle supprimé 1*5 de son prénom ? 11 
me semble que ses premiers romans 
étaient signés Georges Sand. 

A. PONROY, 

Charles de Sivry. — Musicien et 
causeur charmant. Mort fin 1899. Des 
dates. 

Pierre Dupay. 

Henry Somm. — Très japonisant au- 
teur des premières ombres du Chat Noir, 
de l'Escalier, que s'amusait à chanter Del- 
met, d'élégantes pointes sèches et d'in- 
nombrables caricatures. 

Sa biographie. 

Pierre Dufay. 

Armoiries à déterminer : au cha- 
peau. — Dt gueules au chapeau ou casque 
de sable tenu par un dextrochère et un se- 
nestrochère habillés de même, la. main au 
naturel, et accompagné en pointe d'un crois- 
sant du second émail; au chef cousu de 
gueules, chargé de ^ étoiles d'or. 

J. P. M. 

Armoiries à déterminer : fasce 
brochante. — Sur un cachet du xviii«s. 

De... au lion de... à la fasce brochante 
dt gueules changée de 5 croisettes de... 

Couronne de comte. ).-P. M. 



DES CHERCHEURS ET CURIEUX 



!• juin If té, 



477 



478 - 



Ex-libris à déterminer : croix 
dentelée. — De gueula, à la croix den- 
telée d'argent. Ecu ovale, ornements co- 
quilles, couronne de marquis, xvin". 

Pas de mention, mais à la page, une 
empreinte ronde portant entrelacées les 
initiales E H ou E C, et autour : château 
de St-Andiol. 

SOULGÉ RlORGES. 

Ex-libris à déterminer : Tour d'ar- 
gent... — Sur un cartouche, style Res- 
tauration, reçu, sommé d'une couronne 
de marquis. Ecartelé, aux i et 4,d'a:^ur à 
la tour d'argent ; aux 2 et ^, d'argent au 
palmier tertassé de sinople, tenu par deux 
chevreaux (ou boucs) affrontés de (gueules .?) 
jM chef d'azur, chargé de 3 éteiUs d'or. 

NlSlÀR. 

Croix (de St-Eloi). — Je possède 
une croix pectorale en cuivre, du type 
que Larousse dit de St-Eloi. 

D'un côté, elle présente l'image du 
Christ crucifie, avec ces mots en creux : 
Sancte Francisce, ora pro me. 

De l'autre, l'image de la Vierge nimbée, 
percée d'un glaive et tenant un lys, avec 
ces mots : Sine... original. Un mot que 
je remplace par des points, et qui doit 
être < iabe », est mal venu. 

Hauteur 10 c. largeur 5 c. 

De quel ordre ou congrégation est-ce 
l'insigne ? Je prie les iconographes de 
X Intermédiaire de vouloir bien me ren- 
seigner. H. A. 

La Médaille helvétique. — En 1853 
mourait à Saint-Germain-en-Laye, un an- 
cien Suisse de Notre-Dame qui paraît y 
avoir pris sa retraite après les événements 
de 1850. Il est dit dans son acte de décès 
qu'il était « chevalier de l'Ordre royal de 
la Légion d'Honneur et titulaire de la Mé- 
daille helvétique ». Qyelle était cette der- 
nière décoration ? A noter que le défunt 
paraît avoir été Suisse d'origine en même 
temp.s que de profession. 

P.J. 

Le thaler de réconciliation. — Le 

Musée Universel annonçait *« qu'en sou- 
venir du rétablissement des bons rapports 
entre l'Empereur d'Allemagne et le prince 
de Bismarck) la Monnaie de Berlin avait i 



frappé 5000 thalcrs de « réconciliation ». 

D'un côté le buste de l'Empereur : 
comme exergue : Guillaume II, empereur 
allemand, roi de Prusse. Sur le revers, le 
chancelier, avec ces mots : Otto, prince 
de Bismarck, duc de Lauenbourg. 

La tranche portait : Thaler du souvenir. 

Ces thalers ont-ils été réellement frap- 
pés ? D'C 

Sociétés littéraires antagonistes 
de l'Académie française. — Le Por- 
tique républicain eut pour fondateur, en 
1799, Antoine de Piis, surnommé « le 
Régénérateur du Vaudeville ». Or, aucun 
membre de l'Institut ne pouvait, aux ter- 
mes des statuts du Portique, faire partie 
de cette Société. Il est vrai que Piis avait 
présenté, par trois fois, et sans le moin- 
dre succès sa candidature à la deuxième 
classe de l'Institut^ correspondant, sous 
la République et l'Empire, à l'Académie 
française supprimée en 1793. 

Connaît-on, en dehors du Portique et 
de l'Académie des Concourt, d'autres 
Sociétés littéraires, dont les membres 
s'interdisent d'avoir appartenu, dans le 
passé ou d'appartenir dans l'avenir, à 
l'Académie Française ? 

Paul Esmond. 

Un vers de "Virgile (7) à situer. 

— Dans le « Premier Paris » de VEcb» 
Je Paris portant la date du mercredi 5 
mai, on lit sous la plume de M. Maurice 
Barrés : 

il est un vieux vers de Virgile qu'ont 
évoqué à travers les siècles bien des exilés, 
au moment qu'ils s'éloignaient de leur patrie, 
c'est celui qu'écrit le poète quand il nous 
montre Troie en flammes et tous les survi- 
vants du désastre se groupant autour d'Enée 
pour quitter avec lui les ruines de la ville. 

et campos ubi Troja fuit. 

Qui ne connaît ce vieux thème? 

Au second livre de YEneide le héros dii 
poème quitte Troie accompagné seule- 
ment de son père Anchise et de son fîls 
Iule, et ce fragment de vers, qui d'ailleurs 
ne peut que commencer et non finir un 
alexandrin, ne se trouve pas dans ce se- 
cond livre. Est-il question ailleurs du dé- 
part des Troyens, et dans quel chant figu» 
rerait alors le vers .' 

A. P. L. - 



N» 1441. Vol. LXXIII. 

479 

Aphorisme de Napoléon ^^ — 1 

Quel est le « fameux aphorismt » de 
Napoléon 1^' »< sur la puissance absolue 
d'un chef militaire » r Et le « conscien- 
cieux publiciste y> qui l'a *< énergique- 
mont flétrie >», comme produit d'un 
« monstrueux orgueil >> ? (V. Auguste 
Comte, Polit. Postt, 11, 454). 

José Feliciano de Oliveira. 

Thèse de A. Dupré. Thèse de 
"Victor Arren. — Je recherche un 
exemplaire de la