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Full text of "L'Internationale et le jacobinisme au ban de l'Europe"

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L'INTERNATIONALE 

ET 

LE JACOBINISME 

AU BAN DE L'EUROPE 



\ 



OUVRAGES DU MEME AUTEUR 
K N VENTE A LA L 1 It R A I K i i: L A Cil A H H 



L'INTERNATIONALE. — Son origine — Son but — Son caractère — 
Ses statuts — Ses congrès, etc., etc. 7» édition, 1 vol. in-18 3 1r. 

LE LIVRE BLEU DE L'INTERNATIONALE. — Collection complète 
des rapports officiels lus aux congres de Genève, Lausanne, Bruxelles 
et Bâle par le Conseil général de Londres et les délégués des différen- 
tes sections de l'Internationale, 1 vol. in-18 3 » 

LE DRAME DE LYON (20 décembre 1870^. Relation de l'assassinat du 
commandant Arnaud. — Compte rendu des débats.— Réquisitoire du 
tiiinistère public. 1 vol. in-8« 1 » 

LE ROLE DE L'INTERNATIONALE depuis le * septembre , une bro- 
chure in-S» (Epuisée) .- .10 



SOUS PRESSE 

L'INTERNATIONALE ET LE JACOBINISME AU BAN DE L'EUROPE 

TOME II 

APERÇU DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME 

Les exploits de l'Internationale à Lyon les 28 septembre, i novembre, 19 et 
:20 décembre 1870, 23 mars et 30 avril 1871. — Les lignes du Midi et de l'Est.— 
Le général Cluseret à Marseille , Aix et Genève. — Ses attaques contre le 
gouvernement de la défense nationale.— Il annonce que l'heure de la justice 
•l des revendications populaires armera bientôt. — Les émeutes du Crenzot, 
Saint-Étienne, Marseille, Aix, Grenoble, Tliiers (Puy-de-Dôme), Limoges, 
Toulouse, Bordeaux, Cosne, La Charité, Dorlives, Montargis, Perpignan, 
Périgueux , Narbonne, Olonzac (Hérault). — Participation de l'Internationale 
à la plupart de ces mouvements insurrectionnels. — Ses agissements à Brest et 
à Rouen. — L'Internationale maîtresse de Paris. — Son rôle aux 4 septembre, 
31 octobre, 22 janvier et 18 mars. 

Ses émissaires parcourent les départements — Placards et manifestes incen- 
diaires. — La Commune et le Comité central. — Détails inédits. — Biographie 
des chefs de l'Internationale.— Situation actuelle de l'Internationale en Europe. 



Clichy. — Impr. l'aul Dupont et C'", rue du Bac-d'.\snières, tl. 



£m9r 



•raTERMTMALE 



ET 



LE JACOBINISME 



AU BAN DE L'EUROPE 



OSCAR TESTUT 





^^m^ 




PARIS 


E. 


I.AGHAUD. ÉDITEUR 




4, PLACE nu THlfATRB-FHAΫÇAlS 




1872 




Teu» droits réservés. 




4-o^Too^ 




T^T'^^^T^ 



< 



prefacp:. 



« BOURGEOIS ET CAPITALISTES, VOS .I(U1\S SONT COMl'- 
TÉS; A VOUS DE VEILLER ET SURTOUT u'aVISEK ; IL x'eN 
EST QUE TEMPS. ■• 

Tel est le cri que nous poussâmes, il y a six mois ; 
mais à quoi donc ont servi et rot avertissement qui 
ne nous était inspiré que par notre profond désir de 
secouer la torpeur de la bourgeoisie et de la convier 
à se prémunir contre les conséquences désastreuses 
du cataclysme social dont elle était menacée, et ces 
pressantes exhortations (]ue lui ont maintes fois 
adressées, dans le même but, des voix plus autorisées 
que la nôtre? 

Qu'avez-vous fait, BOURGEOIS, depuis cette 
époque, pour conjurer l'orage amoncelé sur vos tètes? 
Oii sont les mesures i[\ie vous avez prises? Quels 
sont les moyens dont vous disposez pour combattre 
le iléau de Vln/ernationale? \ous ôtes-vous concertés 
pour opposer une digue i) ce torrent? — Avez-vous 
entrepris une croisade conti'e son développement? 



II PREFACE. 

— Non, VOUS n'avez rien fait, absolument rien : vous 
avez mieux aimé, fidèles à vos traditions, rester dans 
l'inaction la plus complète. — La leçon du 18 mars 
et l'expérience du passé ne vous ont nullement profité, 

— vous avez lout oublié ; vous ne songez plus dé- 
sormais qu'à reprendre le cours de votre joyeuse 
existence, vous en remettant sans doute à d'auti'cs 
du soin d'assurer voire avenir. 

Gomment qualifier une pareille conduite? Oue 
penser d'une caste qui se désintéresse d'une question 
aussi vitale? 

Ah! MESSIEURS LES BOURGEOIS, pendant que vous 
vous endormez dans une indifférence qui n'a cl'égale 
que votre égoïsme, Vlnteimationale, elle, se prépare 
activement à une nouvelle levée de boucliers. Elle ne 
vous dissimule plus ses projets : elle a aujourd'hui 
complètement levé le masque. Ce n'est plus seule- 
ment à vos fortunes qu'elle en veut ; c'est encore et 
surtout à vos jours. N'allez pas, dans votre naïveté, 
comme au temps où Gluseret parlait de brûler Paris 
le jour où il en serait devenu maître, prendre ces 
menaces pour de la fanfaronnade. 11 s'agit ici d'un pro- 
jet mûrement arrêté : si vous persistez dans votre 
attitude, l'Internationale accomplira bientôt, soyez-en 
sûrs, toutes les horreurs dont chaque jour ses organes 
se plaisent à vous faire Tépouvanlable énuméralion. 



iMiKFAci';. m 

A riioiirc où nous traroiis ces lignes, elle s'agite; 
fiévreusement dans loute l'Europe : partout les grèves 
se multiplient ; partout la lutte entre le capital et le 
travail prend les proportions les plus alarmantes : on 
se croirait à la veille de cette grève générale tant pré- 
conisée au congrès de Bruxelles. 

En France, à la faveur de nos divisions, de l'in- 
quiétude croissante des esprits, de l'incertitude dans 
laquelle nous vivons, de la rivalité des partis multi- 
colores qui se disputent le pouvoir, et de l'existence 
de tous ces comités soi-disant électoraux, elle a pu re- 
gagner du terrain et se réorganiser puissamment. 
— Forte de l'appui qu'elle trouve dans les déborde- 
ments du RADICALISME et dans les excitations in- 
cessantes d'une CERTAINE PRESSE; enhardie 
par l'impunité dont jouissent, auprès des nations voi- 
sines, ses membres les plus compromis dans l'insur- 
rection parisienne^ et persuadée que l'amnistie lui 
rendra bientôt ses plus héroïques défenseurs, elle se 
fait un jeu de vous jeter chaque jour les défis les plus 
insolents. 

Écoutez en effet le langage que tiennent ses adeptes : 
nous tenons à ce que vous soyez une fois de plus 
édifiés sur le sort qui vous attend : 

« VOUS AVEZ PROVOQUÉ L'INTERXATIO- 
NALE, s'écriait, il y a quelques heures à peine, de- 



,v PHKFAi;i-:. 

viuil lin conseil de guerre, rmi de ses délégués à Lyon, 
le ('doyen VIberl. LeManc, kii hikx! vous serez écrasés 

l'Mt EU. F- ! » 

.' Lk .loi'ii EST i'U(if;iii:, mnis annonci' à sou tour 
lex-çoii\maudau^de la légion fédérale belge, le com- 
nuuidanl MeloLte, OU L'INTERNATIONALE PRO- 
MÈNEliA SA TOUCHE ET SA HACHE DE ML- 
LAOE EN VILLAOE, SA HACHE POUR VOS 
TÈTES ET SA roiiniIE POT'R VOS CHA- 
TEAUN. . 

Est-ce assez clair cl assez significatif? Et pourtant 
ces pasquinades sinistres ne sont rien auprès des 
hurlements lugubres et des imprécations des Ver- 
mesch, des Horgella et autres. Qu'on en juge par les 
appels siiivanls à l'assassinat et à l'incendie : 

« O lîÉVOLI TION ! NOUS NE NOUS SOMMES PAS ASSEZ 

. SOUVENUS QUE TU VEUX QU'ON T'EM- 
. BRASSE AVEC DES BRAS ROUGES DE 
«• SANU... NOUS AVONS ÉTÉ DOUX POUR 
. CES GUEUX EFFAROUCHÉS. PARDONNE, 
. NOUS NE LE FERONS PLUS! DÉSORMAIS, 
- EN IRE CES DROLES ET NOUS, LA GUERRE 
. EST ÉTERNELLE; PLUS DE FER ROUGE, 
. PLUS DE BACJNE, PLUS DE MÉPRIS 



. LA MOHT!... ^rillOMPHATELUS D'AllAl- 
. TOï[{, INFAMES!... 

Un jour viendra bienlùl, où les cnfanls, les {eiiiines, 

Les mains frêles, les })etits bras, 
S'armeront de nouveau sans peur des fusilhule^^, 

Lt sans respect pour vos canons : 
Les faibles sans pâlir iront aux ];arricades : 

[.es petits seront nos clairoii>. 
Sur un fronUie bataille épouvantable et large 

L'émeute se relèvera; 
Fa sortant des pa^és pour nous sonner la charge. 

Le spectre de Mai pariera... 
11 ne s'agira plus alors, gueux hypocrites, 

]Je fusiller obscurément 
Quelques mouchards abjects, quelques obscurs jésuiles 

Canonisés subitement ; 
11 ne s'agira plus de brûler Irois bicoques 

Pour défendre tout un quartier ; 
PI us d'hésitations louches ! plus d'équivoques ! 

Bourgeois, tu mourras loui entier î 
La conciliation, lâche, lu Tas tuée î 

Tes cris ne te sauveront pas î 
Tu vomiras ton âme au crime liabituée 

En invoquant Thiers et Judas ! 
Nous t'apportions la paix et tu voulus la guerre : 



VI PREFACE. 

Eh î nous l'aimons mieux ainsi : 
Cette insurrection sera la dernière ; 
Nous fonderons notre ordre aussi ! 
iNon, rien ne restera de ces coquins célèbres, 

Leur monde s'évanouira ; 
Et toi dont l'œil nous suit à travers nos ténèbres, 

Nous t'évoquerons, ô Marat ! 
Toi seul avais raison : pour que le pleuple touche 

A ce port qui s'enfuit toujours, 
11 nous faut au grand jour la justice farouche, 

Sans haines comme sans amours, 
Dont l'effrayante voix plus haut que la tempête 

Parle dans sa sincérité. 
Et dont la main tranquille au ciel lève la tête 

De Prudhomme décapité ' ! 

La prose de Borgella " et de son digne maître, La 
Gécilia^ vaut encore mieux. En voici des échantillons : 

« Vous verrez se dresser un matin, et 
pour vous tous, les potences de Montfaucon. 
« Mais ce sera place de la Concorde. 



' Le Qui-Vive (numéro du i5 novembre 1871), 

-i Borgella, ex-lieutenant colonel d'artillerie, ex-aide de camp du général 
i.a Cécilia. 



PREFACE. VII 

« A ces gibets énormes, où s'accrochaient 
jadis les misérables indignes de la hache et du 
billot, on vous accrochera. 

« Et vous serez là, pendus, la face convul- 
sée^ la langue grosse, toute bleuie et les yeux 
■jaillissants. 

(( Et vous y resterez nuit et jour, au soleil, 
à la pluie, jusqu'à pourriture complète de 
votre sale cadavre, qui, lambeaux par lam- 
beaux, s'en ira dans la poussière ou la boue 
de la place publique. 

« Nous saurons aussi trouver vos enfants 
et vos femmes. 

«Et nous les mènerons sous les potences. 
Et sous vos cada^ res, nous les ferons danser. 
Et ils danseront en mesure ; car c'est nous qui 
la battrons, la mesure, avec nos cravaches, 
sur leurs épaules. 

(( L'orchestre, ce seront deux millions de 
voix criant à l'unisson : 

« Voilà la Justice de Paris vengé ! 

« • ° * * • • 

ce Pour moi, à la vue de Rossel, de celui 

qui fut mon ami, la poitrine défoncée par les 

balles de ces tueurs d'enfants ; à la vue de 

Ferré râlant, ce ne sont pas des pleurs qui 



VIII pp. EFAGF.. 

viennent à mes yeux, c'est une fureur froide, 
concentrée, qui me monte au cerveau. 

« Bourgeois, vous avez été plus lâches 
que la lâcheté, plus féroces que la férocité. 
Mais, so} ez tranquilles, l'heure de régler vos 
comptes viendra, 

« Ce sera le jour de la justice implacable, 
sans pitié. Et dans ce Jour, j'en fais le ser- 
ment, bourgeois : 

« Je vouerai aux njànes de nos deux mar- 
tyrs une hécatombe de Yersaillais. » 

Et' cette élégie insérée dans V Égalité, de Genève 
(numéro du 7 décembre 1871), sous ce titre : La 
Grâce des Chouans, ne contient-eJle pas, dans des 
termes en apparence moins violents, l'annonce des 
plus sanglantes représailles et une déclaration de 
guerre à tout ce qui n'est pas l'Internationale? 

- FERRÉ N'EST PLUS!... 

. ROSSEL , BOURGEOIS , GASTON GRÉ- 
. MIEUX SONT ASSASSINÉS! LA HORDE 
. DES BANDITS PRÉTORIENS A SATISFAIT 
. SA JUSTICE, LA BANDE DES BOURREAUX 
' A FÊTÉ SES SATURNALLES SANGLAN- 
' TES. EH QUOI! JÉSUITES JOURNALISTES! 



i'i;Kr.\(:i;. ix 

. CRIEZ MAINTENANT UlJ'IL FAUT S'INCIJ- 
. NER DEVANT LES ARRETS ïNFr.EXIBLES 
. DE VOS r.AVKAU ET DE VOS HOMMES DE 
. GRACE. 

. HOMMES D'ÉTAT! PRÊCHEZ [lYPOORl- 
« TEMENT LA RÉCONCILIATION A\ KC: LA 
. CLIQUE CRIMINELLE DES (lOUVERNANTS. 

.0 DÉFENSEURS DE l/ORDDE, DE LA 
RELIGION, DE LA PROPRIÉTÉ! ^ PRENEZ 
. GARDE A LA RÉPONSE DU PEUPLE, LE 
« JOUR PROCHAIN DU NOUVEAU COMBAT... 
. LA SOCIÉTÉ BOTIRGEOISE POURRA n VOIR 
« ALORS SI VOUS L'AVEZ BIEN DÉFENDUE 
« EN DÉCRÉTANT i /ASSASSINAT DE NOS 
« MARTYRS. 

« iiK Qll l'OUI'vl!i:Z-\"Oi;S KXHIEU Ql'ON HKSI'ICCTK 

. VOTRE RELIGION SANGUIN/JilE, (JUANIJ 
« VOUS i-OULEZ AUX PIEDS ET NO^EZ 
« DANS LE SANG LE PLUS PUR LA RE- 

- LIGION DU PEUPLE QUf LUI COMMANDE 
" DE S'INSURGER CONTRE LES MISÉRA- 

- BLES TRAITRES ET AFFAMEURS DU PEU- 

- PLE^/ 

ET VOUS APPELEZ CELA • L'ORDRE El 
• LA LIBERTÉ . ■ comme lk i'hocu.amenï lks 



X PRÉFACE. 

« ASSASSINS DE VERSAILLES! ' EH BIEN! LE PEU- 

« PLE NE VEUT NI DE CET ORDRE NI DE 
« CETTE LIBERTÉ, ET UN JOUR IL AURA 
.. RAISON ET DE VOTRE ordre et de vous. 

« CROYEZ-VOUS AVOIR VAINCU LE PEUPLE PAR CET 
ASSASSINAT? SES ASPIRATIONS, LES AVEZ-VOUS 

DÉTRUITES EN TUANT QUELQUES-UNS 
DE NOUS? LA VOLONTÉ, L'AVEZ-VOITS 
ÉBRANLÉE ? NON. 

« FÉROCES CRÉTINS, IGNOREZ-VOUS QUE 
. LE MONDE OUVRIER PROFESSERA tou- 

(C jours LA VÉNÉRATION POUR LA MEMOIRE DE SES MAR- 

.< TYRS? CROYEZ-VOUS QUE CETTE MÉMOIRE 
« INSPIRE AU PEUPLE PLUTOT L'OBÉIS- 

« SANCE QUE LA VENGEANCE ? 

« NON! VOUS N'AVEZ PAS D'ARMES AS- 
SEZ PERFECTIONNÉES POUR ÉTOUFFER 



1 Ce ne sonl plus seulement les intei'nalionaux qui qualifient iVassassinat 
l'exécution de Rossel, Ferré et autres. Il s'est trouvé au sein même de l'As- 
semblée nationale un homme qui a poussé l'ouhli des convenances parle- 
mentaires jusqu'à traiter d'assassins les membres de la commission des i,'ràces 
[Journal officiel, séance du samedi 9 décembre). Cet homme, c'est le citoyen 
Ordinaire, l'un des candidats du cercle de la rue Grolée de Lyon. 

Quant à la presse rouge de la province, elle a tenu à ne pas laisser 
échapper une si belle occasion de recommencer ses invectives à l'adresse des 
élus du suffrage universel. Qu'on en juge par cal entrefilet emprunlé à 
VÉmancipation de Toulouse: c. Hossel, dites-vous, a pardonné à ses jugesl 
la conscience publique jiardonnera-t-elle à ses bourreaux? 



PUÉFACK. XI 

. DANS NOS CŒURS LE RESSENTIMENT 
« QUI PORTE LES HOjSIMES JUSQU'A LTIÉ- 
« ROISME ET L'ABNÉGATION. 

« LES ARMES DE CES PELOTONS MEUR- 
. TRIERS DIRIGÉES CONTRE LES POITRINES 
« DE NOS FRÈRES, CES ARMES SE TOUR- 
.< NERONT CONTRE VOUS. PAR LE FORFAIT 
« QUE VOUS VENEZ DE COMMETTRE, VOUS 
« AVEZ PRONONCÉ VOTRE PROPRE ARRÊT ! 
« VOUS VOULEZ NOUS DONNER UN EXEM- 
.< PLE INSTRUCTIF, A VOTRE TOUR, NOUS 

* VOUS FORCERONS d'accepter la leçon non 

« MOINS INSTRUCTIVE QUE NOUS EN TIRONS. 

« NOUS VOUS L'AVONS DIT, IL Y A SIX 
.< MOIS : LE VRAI ASSASSIN DE L'ARCHEVÈ- 

* QUE EST VOTRE GOUVERNEMENT RURAL. 
. SI LA MORT DE L'ARCHEVÊQUE DEVAIT 
« ÊTRE EXPIÉE PAR UN CHATIMENT, POUR- 
« QUOI AVOIR TUÉ FERRÉ, QUAND LES RU- 
.< RAUX ET LEURS SPADASSINS EXISTENT? 

« VOUS ASSASSINEZ ROSSEL ET BOUR- 
« GEOIS... C'EST BIEN, mais vous qui avez 
« VENDU LA FRANCE A BISMARK, VOUS, 
« LES BAZAINE, LES TROCHU, LES FAVRE, 
» LES DUCROT, LES CISSEY, LES VINOY, 
« LES MAC-MAHON ET TOUTE LA TOURBE 



XII IMvKFACK. 

SAUVAGE DES RUP»AUX, VOUS OUI AVEZ 
TRAHI, VOUS VERSEZ LE SANG DE NOS 
FRËl{ES, ET ON NE VOUS FUSILLERAIT 
PAS!... NON. POUR CETTE HORDE ODIEUSE 
DES TERRORISTES VERSAILLAIS, L'EN- 
NEMI, C'EST LE PEUPLE DE PARIS. 

' VINSI DONC, PEUPLE DE PAPJS, PEU- 
PLE QUI AS APPORTÉ EN HOLOCAUSTE 
AUX MASSACREURS VERSAILLAIS PLUS 
DE 50,000 SOLDATS DU CONTINGENT RÉ- 
VOLUTIONNAIRE , TE VOILA RÉDUIT A 
VOIR QUE TANT DE SANCr OUVRIER N^A 
PU ASSOUVIR LA SOIF DE TES GOUVER- 
NANTS; PRENDS PATIENCE. TES SOUF- 
FRANCES SONT CELLES DU PROLÉTA- 
RIAT INTERNATIONAL; CE PROLÉTARIAT 
SE SENT OUTRAGÉ PAR LTNFAME AS- 
SASSINAT CO^^IMIS SUR TES DÉFENSEURS! 
CELA NE FERA QU'AVANCER LE JOUR 
DELA REVENDICATION GÉNÉRALE, ET CE 
JOUR-LA TU AURAS LE DROIT, DRO rr 
DE RÉCIPROCITÉ, DE TE RAPPELER QUE 
CES BANDITS VERSAILLAIS T'ONT TRAITÉ 
EN ENNEMI. 

ALLONS, FRÈRES, DU COURAGE, ET 
PUISQU'IL FAUT LUTTER, LUTTONS POUR 



KKF.vCK. Xlll 



. Kl\\lUiXK(l Ai: MONDE LA TRISTK HKPKTi- 
. TiON ])K CK^^ COMÉDIES IXEEPvNALES 
. D'HOMMES SAXS EXTRAILKES. 

l'iio dcriiirri* cilaiio!'. Elle osl, on iic ;>(.'iil ol k 
<'dili;ini.c : 

c AppiCiiez (juc nous n'avons plus aa 
cœur que ridée cVune vengeance^ et nous \n 
voulons terrible, exemplaire. 

'( Un joui' vieiidra, vous ie sa\ez^ oil nous 
serons de nouveau maîtres de la place. . . 

'■ Il ny aura plus de grâce^ plus de 
merci >>, [)om' ies tueurs de juin 1848 eî de 
mai 1871. 

( lYoïis faucherons vos léteSj seraient' 
elles couvertes de cheveux blancs, et cela 
avec le plus grand calme. Vos femmes, vos 
filleSj, nous n aurons plus j)our elles m 
respecL ni pitié; nous n'aurons que la 
mort! La mort^ jusqu'à ce que votre race 
maudite ait disparu à tout jamais, 

<( A bientôt, messieurs les bourgeois ! » 

Vous voilà suffisamment avertis : vous êtes donc 
condamnés à périr, et vous ne devrez, ce jour-là, vous 



x\\ prefacf;. 

en i)rendre qu'à vous-mêmes de votre anéantisse- 
ment Ponl-êli'c vous j-éveillerez-vous enfin de vo- 
ire apathie Hélas ! il est téméraire de l'espérer !.... 

Étudier le rôle politique joué i)ar l'Internationale 
depuis sa fondation jusqu'à l'heure présente ; signaler 
son intrusion constante dans le domaine i)olitique ; 
réfuter i)ar des preuves irrécusables les objections 
de ceux qui prétendent qu'elle a dévié de son but; 
dévoiler ses agissements à la veille des élections ; re- 
produire tous les documents de nature à jeter un jour 
nouveau sur ses menaces exclusivement politiques ; 
rendre compte de son attitude en France dans les pre- 
miers mois de l'année 1870 et à l'époque du plébiscite ; 
indiquer sa participation dans le fameux complot des 
bombes ; énumérer les poursuites dont elle a été 
l'objet en France et en Autriche ; rechercher la part 
qu'elle a prise dans les grèves des ouvriers en bâti- 
ment de Genève ; constater le désarroi profond et les 
désorganisations à peu près complètes qui ont été les 
conséquences des condamnations prononcées contre 
la plupart de ses memltres ; faire connaître le résultat 
de ces poursuites et les noms des individus frappés 
]xir la justice ; divulguer les DicTioxNAmES et alpha- 
liETS SECRETS dout sc sorvcut SCS « intimes » ; rappeler 
les tentatives de soulèvement que, de concert avec 
« la fine fleur » du jacobinisme, elle sut provoquer au 



PKKI'ACE. W 

loiidemain dv nos premiers désastres; proseiilor 
riiistorique de toutes les émeutes qu'elle a suscitées à 
Lyon, Marseille, Saint-Etienne, Brest, le Greuzot, 
Bordeaux, Grenoble, etc., etc. ; parler de l'organisation 
de cette comédie militaire que l'on a décorée du nom 
de ligue du Midi ; retracer tous les faits de l'Interna- 
tionale et du jacobinisme depuis le 4 septembre 1870 
jusqu'au mois de juin 1871 ; montrer de quelle ma- 
nière et dans quelles circonstances ces deux fléaux 
se sont coalisés pour travailler à l'avènement de la 
révolution sociale par la violence et les moyens les 
plus extrêmes; faire l'histoire de la commune de 
Paris, etc., etc., tel est, en résumé, le but de cette nou- 
velle publication. Puisse cette étude dessiller enfin les 
yeux des conservateurs, et leur montrer l'influence 
désastreuse qu'ont exercée pendant plusieurs mois, 
sur les destinées de notre malheureux pays, tous ces 
prétendus comités de salut public, ces hgues du 
salut de la France, ces fédérations révolutionnaires 
dont nous avait dotés l'Internationale et son digue 
allié le jacobinisme ! 

OscAii TESTUT. 

Paris, le 10 décembre 1S71. 



4. ■ 



\ 



L'INTËKNATIONALE 

LE JACOBINISME 
AU BAN DE L'EUROPE 

GHAriTHE PREMIER. 

l'imeunationale s'occupe-t-elle de politique ? 

Il est de mode aujourd'hui de prétendre que l'Internationale 
a dévié de son but, qu'elle s'est écartée « de celle pensée 
ulile, généreuse et progressive » dont parlait l'organe du mi- 
nistère public, lors de la poursuite dirigée en 1868 contre la 
[)remière commission du bureau de Paris. 

Nous ne pouvons partager cette illusion : l'émancipation du 
prolétariat n'a jamais été que le prétexte nppaient do l'Inter- 
nationale; le renversement de tout ordre social et politique, tel 
a toujours été et tel sera toujours son vérilablc Lui. Que 
quelques adeptes aient agi de bonne foi et aient voulu se borner 
à l'étude des problèmes économiques , c'est possible ; mais il 
n'en est pas moins incontestable que l'Internationale s'est im- 
miscée dans toutes les (jucstions jioiiti(iuos, et qu'elle s'esL 
mêlée à tous les agissements révolutionnaires. 

1 



2 L'INTERNATIONALE 

Dès roriyiui', une seule pensée préoccupe ses fondateurs : 
recruter le plus grand nombre possible d'adhérents et gagner 
prudemment du terrain'. Dans ce but, ils ont soin d'éliminer 
des statuts tout programme politique. Ils avaient compris 
qu'arborer le drapeau d'un système politique ou anti religieux 
quelconque, c'etit été diviser les ouvriers au lieu de les unir. 
Il fallait surtout triompher des hésitations d'un grand nombre 
d'entre eu.\, que la lecture d'un prograuune eût pu rendre dé- 
fiants et sans nul doute eût éloignés de l'Association. IJ Inter- 
nationale, l'un des organes officiels les plus anciens et les 
plus autorisés de l'Association, applaudit en ces termes à l'ha- 
bileté dont ses fondateurs ont fait preuve : 

s Nous pensons, dit ce journal, que les fondateurs de l'Asso- 
ciation ont agi avec une très-grande sagesse en éliminant 
d'abord du programme de cette association toutes les ques- 
tions pohtiques et rehgieuses. Sans doute ils n'ont point 
manqué eux-mêmes ni d'opinions politiques ni d'opinions anti- 
religieuses bien marquées ; mais ils se sont abstenus de les émet- 
tre dans ce programme, parce que leur Lut principal, c'était 
d'unir avant tout les masses ouvrières du monde civilisé dans 
une action commune. Ils ont dû nécessairement chercher une 
série de simples principes sur lesquels tous les ouvriers, quelles 
que soient d'ailleurs leurs aberrations politiques et religieuses, 
pour peu qu'ils soient ouvriers sérieux, c'est-à-dire des hommes 
durement exploités et souffrants, sont et doivent être d'ac- 
cord » 

(Numéro du 3 septembre 1869.) 

D'ailleurs si l'Internationale avait manifesté son existence par 
un programme pohtique, l'attention des gouvernements eût été 
mise en éveil : des mesures auraient été prises pour en empê- 
cher le développement. 11 importait donc de multiplier les précau- 

* Nous atlachuns, écrivait Eugène Dupont à Murât, de Paris, le 18 mars 
1S70, beaucoup plus d'impor lance aux chiffres des adhésions qu'aux colisa- 
lioiis Ui snis pourquoi! 

Quelques jours auparavant le conseil général expliquait à ses correspon- 
dants qu'il avait préféré à Vcclat des Iréleaux une action sérieuse et sou- 
Irrraine. (Voir notre ouvrairc sur l'Internalionale. Annexes. — Pièce K.) 

11 vaut mieux organiser d'abord, même petitement, que faire des actes à 
scnsaliun. (Varlin à Aui)ry, ."i avril 1870. 



KT LE JACOBINISME. 3 

lions, aliii de nu pas compromettre le suceùs de l'ccuvre nais- 
sante, etdissimnlcr, aussi long'lemiis (jue les eirconslances le ré- 
clameraient, l'action essentiellement politique de l'InLernationalo. 
Nous devohs rappeler que les débuts de l'Association lurent 
assez laborieux : les adhésions se produisaient difficilement. Les 
premiers sociétaires furent recrutés dans les rangs de la Ma- 
rianne, devenue plus tard le Père de famille et des autres asso- 
ciations républicaines dissoutes par l'Empire. Plus tard., l'In- 
ternationale pénétra dans la franc-maçonnerie. 

Pendant toute cette période, l'Internationale garde un silence 
des plus prudents : toute son activité paraît absorbée par la pro- 
pagande et le travail d'organisation des sections. 

Elle ne se sent pas encore assez forte pour s'aftirmer ; mais 
elle laisse déjà percer ses tendances politiques, et si elle en a 
lait momentanément le sacrifice, c'est uniquement parce que 
l'intérêt général de l'Association l'exigeait ^ 

Elle n'est encore connue que par un seul acte : le pacte fon- 
damental répandu en France à plus de vingt mille exemplaires 
et reproduit dans la plupart des journaux. Nous savons dans 
(juel esprit il a été rédigé. 

Les fondateurs de l'Internationale étaient intéressés à donner 
à cette pièce toute la publicité possible ; ils devaient y puiser 
plus tard un argument puissant en faveur de la pureté de leurs 
intentions et de la publicité apparente de l'œuvre dont ils pour- 
suivaient le triomphe. Pleinement convaincus, par la lecture de 
son programme, que cette société n'avait pour but que l'amélio- 
ration de leur sort, les ouvriers ne devaient pas manquer de s'y 
affilier. A ce double titre le succès de l'entreprise était assuré. 
Mais à côté de ce document destiné au public et aux compar- 
ses, il en existe un autre d'une importance capitale, qui prouve; 
jusqu'à l'évidence que les fondateurs de l'Internationale n'ont ja- 
mais eu la pensée de se renfermer dans le cercle étroit de leurs 
statuts et d'éloigner la politique de leurs délibérations. Nous 
voulons parler d'un manifeste du conseil général, rédigé par le 



• '< L'inlcnialionale, disait Conibaull à l'assemblée générale des seclion.-. 
parisiennes (^18 avril 1870), a subi les dures lois de la nécessité : elle s'est, 
lue jusqu'au jour où elle a pu dire : Nous ne voulons pas de l'euipiro. » 



1 L'INTERNAilONALK 

socialisle allemand, Karl Maix, el jnihlié eu anglais le 1*' no~ 
vembi'e 186i, à la suite du meetini,' de Sniut-Marlins' Hall •. 

Ce manifeste qui dépeint la situation de la classe ouvrière 
dans tous les ))ays industriels en opnosition avec celle delà bour- 
i^eoisie, qui signale les efforts tentés i)ar les prolétaires ijour 
hâter l'heure de leur affrancliissenienl, explique le but essen- 
liellement politique poursuivi par les fondateurs de l'Interna- 
tionale et se termine par ht provocation la plus ardente, pur 
l' appel le plus violent aux passions politiques : 

« Pour affranchir les masses travailleuses, nous dit le conseil 
général dans ce manifeste, la coopération doit atteindre un dé- 
veloppement national, mais les seigneurs de la terre et les sei- 
gneurs du capital se serviront toujours de leurs privilèges poli- 
li'/ues pour défendre et perpétuer leurs privilèges économiques. 

.'. Aussi la conquête du pouvoir politique est-elle devenue le 
premier devoir de la classe ouvrière. Elle semble l'avoir com- 
pris : car, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France, 
des efforts ont été faits pour réorganiser poli! iquenient le parti 
des travailleurs. ' 

« Il est un élément de succès que ce parti possède : il a le 
nombre, mais le nombre ne pèse dans la balance que s'il est uni 
par l'association et g'uidé par le savoir. L'expérience du passé 
nous a appris comment l'oubli de ces liens fraternels qui doi- 
vent exister entre les travailleurs des différents pays et les ex- 
citer à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes 
pour l'affranchissement, sera puni par la défaite commune de 
leurs entreprises divisées. C'est poussés par cette pensée que 
les travailleurs de différents pays réunis en un meeting public 
à Saint-Martins' Hall, le 28 septeml)re 186i, ont résolu de fon- 
der l'Association internationale. 

"■ Mais une autre conviction encore a inspiré ce meeting. 

. Si l'affrancliissement des travailleurs demande, pour être 
assuré, leur concours fraternel, comment peuvent-ils remplir 



» Ce manifeste a ùlé réinipriiné en fram.-ais à Bruxelles, en 1866, sous ce 
litre : Manifestr de l'Association internationale des Troinillcurs {BruxeUes, 
Alliance typojrraphique. .M. J. Poot et Ci<", rue aux CJioux, ;i3). Un excmpliirL^ 
ei a été a'iressc \ tous les forrespondants de rinternationalc en France et 
l'étronïer. 



ET I.K .lACOlU NISMK. ."i 

cette grande mission si unt- polilii/iK- i-lrniu/ùro, mnn pi\r des 
desseins criiiiinels, et mettant en jeu les pi-rjugés nationaux, 
répand dans des gueiros de pirates le sang et l'argent du peu- 
ple ? Ce n'est pas la prudence des classes gouvernantes de 
l'Angleterre, mais bien l'opposition de la classe ouvrière à leur 
criminelle folie qui a épargné à l'Europe occidentale l'infamie 
d'une croisade pour le maintien et le développement de l'escla- 
vage de l'autre côté de l'Océan. L'approbation sans pudeur, la 
sympathie dérisoire ou l'indifférence idiote avec lesquelles les 
classes supérieures d'Europe ont vu la Russie saisir comme 
une proie les montagnes forteresses du Caucase et assassiner 
l'héroïque Pologne, les empiétements immenses et sans obsta- 
cles de cette puissance barbare, dont la tête est à Saint-Péters- 
bourg, et dont on retrouve la main dans tous les cabinets d'Eu- 
rope, ont appris aux travailleurs qu'il leur fallait se mettre au 
courant des inystcres do la politique inlevnationalc, surveiller 
la conduite diplomatique de leurs (jouvernements respectifs, la 
combattre au besoin par tous les moyens en leurpouvoir, et enfin, 
lorsqu'ils seraient impuissants à rien empêcher, s'entendre pour 
une protestation commune et revendiquer les lois de la morale 
et de la justice qui doivent gouverner les relations des individus 
comme la règle suprême des rapports entre les nations. 

« Combattre pour une politique étrangère de cette nature, c'est 
prendre pari à la lutte générale pom* l'affranchissement des tra- 
vailleurs. La conquête du pouvoir politique est donc devenue le 
premier devoir de la classe ouvrière. 

«■ Prolétaires de tous pays, uuissez-vous. » 

Ce manifeste qui n'a jamais été connu de la masse des adhé- 
rents donne la mesure exacte de la pensée qui a présidé à la fon- 
dation de l'Internationale *. 

D'ailleurs, dès que les affiliations augmentent, le rôle politique 
de l'Internationale s'accentue ; une partie de sa tâche est ac- 

* L'Egalité de Genève i numéro ilu 14 janvier 1871), faisant allusion à ce 
manifeste, proclame « que les initiateurs de l'internationale onl entendu dès 
LE Pi.EMiER MOMENT appeler les travailleurs à Vaciion politique. Elle ajoute : 
que leur esprit clairsoyant et droit avait prévu à l'avance toutes les cala- 
mités qui arriveraient autrement à la classe ouvrière : l'action politique, in- 
séparable de l'œuvre sociale, fdiaait la base essentielle de l'.issuciation 
inlernationnle. » 



U 1, 'INTERNATIONALE 

compile ; les ouvriers ont compris la nécessité de solidariser 
leurs intérêts. Les idées d'émancii)ation ont gagné du terrain 
et bientôt l'Internationale |)f)urra sans crainte se lancer dans 
le domaine des questions politiques. 

11 est certain que si l'Association s'était Lornée à l'étude des 
l)roblémes économiques ou professionels, elle n'eût jamais re- 
cruté des millions d'adoi)les, et elle ne se poserait pas aujour- 
d'hui en lace de l'Europe épouvantée comme une puissance avec 
laquelle il faut compter et qui menace de nous engloutir un jour. 

Ce qui a fait toute la force de l'Internationale, c'est l'élénienL 
politique, c'est l'appui que lui ont prêté, dès le principe, toutes 
les sociétés secrètes qui se sont hâtées de faire cause commune 
avec elle ; c'est sa fusion avec la Marianne, devenue après 1852, le 
Père (If famille, et avec tout ce qui restait des sociétés secrètes, 
carbonarisme et autres; c'est dans leur sein qu'elle a recruté 
ses adeptes les plus énergicpies et les plus dangereux : plus 
tard elle a trouvé encore des hommes d'action dans les exilés, 
les réfugiés politiques de Londres, Bruxelles, Genève, etc. Nos 
fougueux démagogues lui ont à leur tour prodigué toutes leurs 
sympathies ; quelques-uns même n'ont pas reculé devant l'adhé- 
sion formelle à ses statuts. 

Fai tacticiens habiles, les internationaux ont utilisé le con- 
cours de tous les partis : tout a été mis en œuvre pour préparer 
le terrain de la révolution. Mais aussitôt qu'ils ont pu compter 
sur le tviomphe prochain de leurs doctrines, nous les avons vus 
rejeter de leur sein les politiques, les discréditer auprès des 
masses. Ils n'étaient guidés dans ces manœuvres que par la 
crainte seule de voir la révohilion leur profiter de nouveau ex- 
clusivement. 



La pensée politique de l'Internationale ne se révèle-t-elle pas 
dans le programme du C'ongrès de Genève? Parmi les questions 
mises à l'ordre du jour nous voyons figurer les armées per- 
manentes, les impôts directs et indirects, ïiniluence des idées 
relifficuses sur le développement social, politique, intellectuel. 
J.a reconstitution de la Pologne sur des hases démocratiques et 
sociales, et la nécessité d'anéantir l'influenre russe en Kurope 



HT I,r-: «lACOIUNISME. 7 

])iir J'!yi/)lir[i/inn ilu ilroil des poiijjlcs: de iJif^posor (Toux- 

Diseuler sui' do pnroillos ([uestions, n'est-ce pas faire do la 
politique? 

Passons maintenant on revue, en suivant l'ordre chronolo- 
f^ique, les principaux actes accomplis par les sections de l'Inter- 
nationale. Examinons les écrits de ses membres ; recherchons 
ceux dont la sig-nification politique ne peut être mise en doute. 
Il nous s(>ra facile d'établir que pas un événement, ayant le 
moindre caractère politique, no s'est produit sans que l'Interna- 
tionale y ait été mêlée. 

Au mois de janvier 1807, la section de Paris proteste pu- 

Ijliquement contre lo projet d'une nouvelle organisation mili- 

i 
tau'e. 

Deux mois plus tard (20 avril), en réponse à une adresse des 
mécaniciens de Berlin relative à dos bruits de guerre qui flot- 
taient dans l'air, les correspondants parisiens publient une pro- 
testation en faveur du maintien de la paix. Quelques jours après 
ils organisent la Ligue internationale du désarmement ^. 

A la même époque paraissait dans un journal de Lyon une 
adresse des sections de Lyon, Vienne (Isère), Fleurieu et Neu- 
ville-sur-Saône (Rhône) ; elles jetaient un cri suprême de ré- 
probation contre la guerre 3. La section d'Amiens imitait bientôt 
ce double exemple. 

Les événements nous ont appris que l'Internationale ne son- 
geait nullement à fonder la paix, mais seulement à déplacer la 
guerre. 

Il suffit d'ailleurs de lire les lettres d'Eugène Dupont, et les 
instructions du conseil général pour être édifié sur la pensée 
politique qui a toujours animé l'Association. 

Ainsi, le li janvier 1867, Dupont écrivant à Aubry de Rouen, 
lui fait part en ces termes de ses espérances et de ses craintes : 

a Je vous engage à propager le. Courrier français. C'est le 



1 Sur la question des trades-tinions, il fut décidé qu'elles devaient aider 
tout mouvement polifiqup et social et tendre à l'émancipation radicale do la 
classe ouvrière. 

* Voir Documents justificatifs. Pièces A. 

3 Nous reproduisons cette adresse. Documents justitîcatifs. Pièces A. 



H l.'INTKRNATIONAI.K 

seul journal [.olitiquo (jui soit socialiste. 11 iii>;r'ro toutes le» 
coinniiinications relatives à notre association. Depuis le la sep- 
Icmlji-c, il a publié de très-bons articles sur ce sujet. TAclioz (ht 
vous lo ijrorurer. Ils intéresseront vos membres rouennais, et 
c'est un bon moyen de propag-ande. (Bureaux, H), rue Haute- 
feuille, l'aris.) 

' \'ous dites, mon cher Aubry, (|ue vous êtes peu nombreux, 
mais qu'importe ! Ce qu'il faut, c'est avoir de la conviction et ne 
pas se décourager. 

« Fussiez -vous seul à Rouen, vos principes vous font un 
devoir do rester sur la brèche. Rien ne doit vous faire déses- 
pérer, ni l'ignorance de nos frères ni la persécution des gou- 
vernements. Car la rrvolution est fatale, elle arrivera quand 
munie et il faut être prêts pour ce jour alin cVenipêcln'r (pie lu 
puissanc'e ne quitte la main du peuple pour passeï' dans celles 
de ceux qui rêvent fassociation du travail et du capital. Car si 
vous grattez un peu cela, vous voyez apparaître la bourgeoisie 

libéràtre 

« Surtout pas de dé'aiUance. 

■c Salut fraternel 

« Eugène DUPOXT. 

Les deux lettres suivantes d'Eugène Dupont sont encore 
plus significatives : elles ont été adressées au citoyen Cbémalé, 
l'un des membres de la première commission du bureau de 
Paris. 

I.ondifi-, 17 avril 1867. 

Mon cher Cliémalé, 

.. Votre lettre a produit une bonne impression sur le conseil 
général. Puisse-t-elle fouetter un peu le sang des Anglais ! Le 
mieux que nous puissions faire, c'est de les pousser en avant 
dans la voie de la révolution. Déjà deux branches du ■ Reforrn 
League >< discutent actuellement la question suivante ; La répu- 
blique .'sl-rJli- meilleure que la monarchie pour le peuple an- 
glais '/ 

11 faut que la conviction et le dévouement 

suppléent au nombre : nous devons agir vigoureusement. 



KT I.K J.Vr.OniNIéiMK. 

Loiidoii, 12 mai 18ti7. 



Mon clier Chémalé, 



Vous mo parlez do plusieurs ariicles dans 

les journaux ((ui atliKjuent nolro association ; mais lo Congrès 
n'a-t-il pas décidé que les correspondants doivent faire parvenir 
au conseil général toutes les publications qui intéressent l'œuvre? 
-( Vous me demandez si les Anglais vont en finir, cela dé- 
pendra des circonstances. Si le gouvernement n'avait pas eu 
peur au dernier meeting et ({u'il eût employé la force, aujour- 
d'hui ce serait fait. Plus de 200,000 hommes des provinces n'at- 
tendaient qu'un signal pour descendre armés sur Londres au 
recours des ivfurnK-s. Endu espérons (pie'(i'est reculer pour 
mieux sauter. 

« Tout à vous, 

« Eugène DUPONT. - 

Et cette lettre écrite, le 2?> novembre 1867, à Murât peut-elle 
laisser 1(3 moindre doute sur l'immixtion constante de l'Interna- 
tionale dans toutes les (luestions ou événements politiques ? Il 
s'agit de la condamnation à mort de trois feniaus et des efforts 
tentés par le conseil général. Il sufth-ait de lire cette lettre pom' 
être convaincu que rinternalionale a toujours asjiiré à jouer un 
rôle politiiiue et à se mêler de choses étrangères k son pro- 
gramme. 

Londres, 23 iiovemlire 1SG". 
ii, Litchtielcl, Street Soho square, 

' Mon cher Murât, 

" Il y a environ un mois que je t'ai écrit une lettre en même 
temps qu'à notre ami Chémalé : mais pas de réponse de toi ni 
de lui. Pourquoi ce silence ? 

" J'ai reçu la semaine dernière l'épreuve des séances de 
Lausanne, les rapports ne sont ])as encore prêts. Je vais cepen- 
dant tâcher que nous publiions le premier bulletin international 
dans le sens que nous avons causé ensemble. Les feniaus ont 



10 L'INTERNATIONALE 

absorbé beaucoup notre temps, tous les efforts faits en leur fa-. 
veur ont échoué, ot les trois condamnés de Manchester, OUer, 
Lnrkiu ot Cîould ont payé de leur vie leur dévouement à la'li- 
berté. — Ne soyez pas surpris à Paris que de terribles repré- 
sailles aient lieu. Des menaces par lettres sont publiées tous les 
jours par les journaux, et en Amérique le Congrès fénian de 
Boston, a juré cpie si l'exécution avait lieu, ils mettraient le feu 
à tous les navires anglais dans les ports américains. 

« Tous les procès en Angleterre sont des actes de vengeance 
et non de justice, et l'assassin ni d' aujourd'hui, un infâme assas- 
sinat politique ; ils avaient (les juges) condamné dans les cinq un 
nommé Maguire qui n'avait jamais été vu au lieu de l'attaque 
contre la police pour sauver Kelly et Darcey. 

« Je croyais toujours voir dans le r/o^/r^'i'w la nomination delà 
commission ; est-elle ou n'est-elle pas nommée? Dis-moi dans 
ta prochaine oiî en est l'association à Paris. Je sais bien que les 
derniers événements politiques ont absorbé toute votre atten- 
tion, mais il est temps de se recueillir. » 

« Peux-lu me donner l'adresse de notre ami Longuet ? 
. Signé : EvamK DUPONT. . 

Voilà ce (|ue l'on appelle, dans la langue de l'iniernationale, 
procurer un point central de communication et de coopération 
entre les travailleurs des différents pays aspirant au même but 
(article 1" des statuts généraux). 

De son côté, la branche française de Londres ne reste pas 
inactive ; à l'instigation de Félix Pyat et autres révolutionnaires 
du même acabit réfugiés à Londres, elle agite la question d'un 
soulèvement général. 

Les mêmes tendances se produisent en Suisse : nous en 
trouvons une preuve irrécusable dans un manifeste publié, le 
14 juillet 1867, par le comité directeur de la section genevoise 
à l'occasion de l'assassinat de l'empereur Maximilien et adressé 
à toutes les sections de l'Internationale. Voici comment s'expri- 
ment les auteurs de ce manifeste intitulé : Un empereur con- 
damné à mort. 

« Ori vient de fusiller ou de pendre un homme. Cela ne se 



ET LE JACOBINISME. 11 

voit-il pas tous les jours flans ces Irouponux de moutons qu'on 
appelle armées permanentes? 

■ Les lois des royaumes condamnent à mort l'individu qui 
attente à la vie des souverains : csl-rc (pie A>.s' répuLliquns n'ont 
pas le droit do faim subir la niOnio puino aux princes qui tuent 
dos hommes pour s'emparer do leur patrie? Pourquoi alors (pia- 
lifie-L-on d'assassins les Mexicains? Ah ! c'est qu'il y a le droil, 
des rois que nous admettons honteusement, et le droit des peu- 
ples que nous avons la lâcheté de ne pas proclamer. 

« Et puis, c'est que l'homme fusillé n'est point un simple pa- 
triote... c'est Maximilicn, mais c'est un homme qui provient de 
source impériale. 

'< Qu'avait-il donc fait pour mériter la mort ([uo d'autres (jui 
sont bien vivants n'aient fait avant lui? Qui songe à reprocher 
à tel nionarcpie d'avoir tU('i un gendarme d'un coup de pistolet à 
bout portant? d'avoir fait écraser, broyer sous les sabots de sa 
cavalerie, des femmes, des mères, de petits enfants? d'avoir 
fait égorger, éventrer des passants inoffensifs par ses préto- 
riens gorgés de vin? d'avoir exilé, confondu avec des assassins 
ordinaires l'élite du pays, les hommes d'intelligence et de cœur, 
ni encore d'avoir dix fois manqué à ses serments * . 

« Mais en vérité, personne. Nous autres Européens nous 
avons pour principe de morale qu'il vaut mieux se laisser tuer 
par milliers, si telle est la volonté que de commettre un assas- 
sinat sur sa personne. 

« Maximilien, par sa naissance, appartenait à ces terribles fau- 
cheurs d'existences qu'on appelle des princes, qui, par l'édu- 
cation qu'ils reçoivent croient sérieusement avoir, soit par droit 
divin, soit par droit de conquête, soit par la grâce de Dieu et 
la volonté nationale , la mission spéciale de faire battre les 
peuples. 

« Que dire de ces lamentations, de ces cris de douleur et de 
rage que les journaux font retentir aux quatre coins de l'Eu- 
rope, et que penser du parti républicain qui proteste si timide- 



* Nous connaissons les exploits des sljires de l'hilernationnle, el nous 
savons à quoi noas en tenir sur cette élite du pays. 



12 i.'inti:r\'atio\'ai,k 

inenl ou iiirnio ne proteste pjis du tout contre ces insultes 

adressées aux Mexicains ? 

•• Pour la section delienovc ilc l'Association Internationale 
des travailleurs 

Le cQiniUi : BHOSSET, président ; MONGHAL, secrétaire ; 
DUPLEIX, HARD; PERRON, secrétaire correspondant 
pour la Suisse ; MEPiGIER, correspùndant pour l'étranger. « 

En présence de pareils documents, qui oserait encore préten- 
dre que l'Internationale i)0ursuit rcninncipation matérielle et 
morale éles IravuiHours pav ïrliKh' des questions économiques:' 

Nous devons encore mentionner une adresse aux membres du 
congrès de Lausanne, votée par une assemblée populaire tenue à 
Genève le 24 aoilt 1867, en vue d'établir un lien fédératif entre 
toutes les sociétés ouvrières. 

Nous lisons dans cette adresse, que a les réformes sociales 
pour s'implanter d'une manière sérieuse et durable doivent être 
précédées de grandes réformes politiques dans tous les l'Jfats 
despotiques de l'Europe ; que l'émancipation sociale est insépa- 
rable de l'émancipation politique. Conquérir Tune sans reven- 
diquer f autre serait une œuvre avortée. Il faut donc cbercber 
et formuler les moyens praticables pour introniser en Europe 
CETTE LIBERTÉ ABSOLUE, sans laquelle il n'est pour les travail- 
leurs ni prospérité ni délivrance. > 

Au congrès de Lausanne, la revendication des droits et des 
libertés politiques est à l'ordre du jour. 

L'un des organes de l'Internationale, en France, le Courrier 
français., auquel collabore Tolain, est le premier à proclamer 
que « le Congrès semble avoir le tempérament tant soit peu 
révolutionnaire » *. 

G'est qu'en effet les questions politiques et sociales les plus 
irritantes y ont été traitées dans les termes les plus violents. 

» Si nous en croyons une personne en mesure d'être bien renseignée, la 
décision suivante \ aurait été adoptée en comité secret : Tous les ouvriers 
qui entreront désormais dans l'Association devront prêter serment de sou- 
tenir les insurrections sur quelque point du globe qu'elles se déclarent. Le 
conseil irénérai lui-même avouait dans son rapport qu'une société anglaise 
avait refusé .son affiliation sous le prétexte que l'Internationale s'occujjait 
dex qiipslions poliliques. iVoir. Livre lilen de V Internationale, p. 11. i 



F/r LK .lACOIilNISME. 18 

On y proclame la iiccossité de faire tal)le raso de l'ordre de 
choses établi et de reconsliluer la société sur des jjases nou- 
velles. 

« TToif^noiis-iioiis an Congrès de la paix (pii vont l'aljolition 
des armées pci-manoutes, s'éci-iait le dootein- (lonllcry de l,i 
Chaux-de-Koiids, 

(Séance an i si'i)tt'inhn'.) 

a Ce sont les armées pei'uianentes qui perpétuent les haines 
nationales : ce sont ces estropiés de conscience et de hras et de 
Jambes, portant des croix d'honneur sur la poitrine qui ex- 
citent la Jiaine des peuples les mis contre les autres. Il faut dé- 
sarmer les armées et armer le peuple souverain en organisant 
les milices. » 

A la suite de plusieurs discours des plus ardents sur les mi- 
sères sociales, le paupérisme, le despotisme césarien, l'exploi- 
tation des travailleurs, les vices de l'organisation politi(iue 
actuelle et autres thèses du même genre, le congrès proclame 
la nécessité absolue de l'établissement des libertés politiques ', 
l'instruction obligatoire et gratuite, débarrassée de tout enseigne- 
ment religieux, et l'abolition des ;n*niées perniauPiites. On parle 
de la formation d'une confédération d'Etats libres dans toute 
l'Europe et de la création d'un nouvel ordre de choses (jui ne 
permette plus la coexistence de deux classes dont l'une est 
exploitée par l'autre. Pour la première fois, on agite la question 
de l'entrée du sol à la propriété collective. Enfm le congrès 
donne son adhésion pleine et entière à la Ligue de la paix. 

A partir de cette époque, l'Internationale lève le masque et 
se place résolument sur le terrain politique. Le moment est 
venu pour le prolétariat de revendiquer /jy/^/ir/ywiie;;/ ses droits : 
l'ennemi commun, l'Empire, paraît fortement ébranlé : une pre- 



J 11 iinporle de rappeler que le rapporl ilo la ooiuiiiissioii sur ceUe qticslion 
signalait la revendication par tous les ouvriers, dans la mesure des forces 
individuelles, du droit illiniilc de la presse cl de réunion connue un inoseii de 
hâter l^Mablissement des liberlés politi(iues. La commission reconnaissait 
'"epenJant que, selon les é\énements qui pourraient sur^dr en Europe, il y 
aurait des mesures plus pratiques à .ijqdiquer alin d'accélérer la réalisation 
des vœux des lra\ailleurs. 



14 L'INTERNATIONALE 

inière levée de boucliers semble donc présenter (juel(iues 
chances de succès. 

Le conseil général l'a compris : des inslructions parlent de 
Londres. Il faut profiter de l'intervention du gouvernement 
français en Italie pour faire de l'agitation : une manifestation a 
lieu, le lundi -4 novembre, sur le boulevard Bonne-Nouvelle 
pour protester contre cette intervention. Tous les membres de 
l'Internationale y prennent part : quelques-uns d'entre eux et 
notamment Malon, se rendent au domicile de Jules Favré et de 
Garnier-Pagès pour connaître quelle sera leur attitude à la 
Chambre en présence de la résolution prise par le gouverne- 
ment. Des démarches sont faites auprès des étudiants, mais 
sans succès. Trois jours auparavant l'Internationale s'était éga- 
lement trouvée mêlée à la manifestation du cimetière Mont- 
martre ^ . 

A la veille de ces événements, dont il avait deviné toute la 
portée, Eugène Dupont, qui s'attendait « à voir une insurrec- 
tion éclater à Paris » faisait part de ses espérances à Chémalé. 
Voici la lettre qu'il lui écrivait, le 1" novembre 1867 : 

« Londres, 1" novembre 18b7. 
» Mon cher Chémalé, 

" Que faites-vous de bon à Paris?... Au milieu du gâchis 
franco-italien, l'Internationale a-t-elle chance d'être écoutée? 

' Que pensez-vous de l'intervention? Bonne chose si les Fran- 
çais ont encore des ça doit leur fouetter le sang : pour ma 

part, depuis plusieurs jours je suis dans un état de surrexcita- 
tion extrême, je crois entendre à chaque instant la nouvelle 



' Parmi les internationaux présents à la manifeslation du -{ novembre, on 
peut citer Bellamy, Uastien, Gérardin, Guiard, Delorme, Malon, Gauthier, 
Tolain, Camélinat, Murât, Dauthier, Perraehon, Héligon, Fournaise, Chémalé, 
Félix et Chardet (ce dernier se trouvait à la tête du groupe qui se rendit 
à l'Ecole de médecine pour y chercher les étudiants.) 

A pro[)os de cette manifestation, il n'est pas sans importance de faire res- 
sortir que tous les internationaux compris dans la première poursuite décla- 
rèrent à l'audience qu'ils s'étaient trouvés accidentellement sur le boulevard 
et sans accord préalable. 

Dans une publication récente, J'un des fondateurs de l'Internationale ex- 
plique au contraire dans quelles circonstances et par suite de quel compromi> 
l'Internationale fut amenée à prendre part à cette manifestation. 



ET LE JACOBINISME. lo 

d'une insuiTCctioii ù Paris Donnez-nous des détails sur 

Paris. Quelle est la vraie situation ? 

« Passons à autre chose. Nous avons formé un comité poul- 
ies souscriptions rcvolutionnaires pour J'Jlalie. Les journaux 
anglais nous donnent à chaque instant des nouvelles contradic- 
toires. Je fais des vœux pour que le droit flanque une roulée à 
qui lu sais '. 

« Tout à toi, 

. Eugène DUPONT. • 

Que nous sommes loin du programme ostensible de l'Inter- 
nationale. Pauvres ouvriers, voilà de quelle manière on entend 
améliorer votre sort ! Apprenez donc une fois pour toutes que 
le hnUivoué de l'Internationale, c'est de rechercher et de mettre 
en pratique les moyens d'améliorer la position tant individuelle 
que collective des travailleurs de tous les pays, mais que son 
but vrai n'a jamais été en réalité que de créer un centre d'ac- 
tion et des relations suivies avec les travailleurs, afln, à un 
moment donné, d'agir sur l'ensemble des affaires pubhques et 
d'en prendre au Ijesoin la direction. Songez, prolétaires, que si 
l'Internationale vous recherche, si elle prend la peine de vous 
organiser en sociétés, chambres syndicales, fédérations, etc., 
ce n'est pas que votre situation lui inspire le moindre in- 
térêt, c'est uniquement que votre concours lui est nécessaire 
pour l'exécution de ses criminels desseins. Elle a besoin d'ins- 
truments aveugles, et elle les recrute partout oii elle les trouve. 
De là ces croisades entreprises par ses agents, ces visites dans 
les ateliers, ces distributions de journaux, ces prêts effectués 
par les sociétaires, ces souscriptions en faveur des grévistes, 
ces attafiues violentes et haineuses contre les patrons. N'at- 
tendez rien des réformes tant prônées par l'Inlernationale : elle 
aspire à tout envahir et à tout bouleverser, mais elle est inca- 
pable de rien produire, sinon des désastres. Que rex[)érieuce 
de ces derniers mois vous profite! 



' Eii 186", le consuil général preiuiit egaleiueiit des résolutions ait sujet 
de l'attitude de l'Internationale relativement à la visite du rzar à Paris. 



16 L'INTERNATIONAL!-: 

Mais revtnioiis à notre sujet. 

I)c6 (lissiùences se sont iiroduites an siùn de la section lyon- 
naise : la [ilni)art des ouvriers désertent le drapeau de Tlnter- 
nationale. Ils trouvent que celte association s'occupe livp de 
polilitfie (sic) et que toutes les réunions sont cousaci-ées à dis- 
cuter les événements du jour, à supputer les chances plus ou 
moins probables de l'avénemenl prochain de la Hépuhli- 
(lue, etc., elc '. 

En IM()8, les manifestations politiques de rinternalionale abon- 
dent : nous citerons parmi les plus caractérisques : 1" les réso- 
lutions volées par le groupe de Wolveriiampton ; 52° l'adresse 
de Vésinier; les différents mcetinirs organisés i)ar la branche 
française de Londres ; S" l'appel adressé par les seclions gene- 
voises à la suite des condannialions prononcées contre les 
membi-es du bui-eau de Paris; i" les déclarations laites au 
Congrès de Bruxelles par Dupont, Steens, Pellering; enlin 
les décisions (jui y sont adoptées sur les questions soumises 
à la discussion et ([ui se résument dans ces deux mots : 
triomphe de l'élôniont aidicHl, — renversejuciil de ïédihce 
social. 

La {jlupart de ces documents ont une telle inq)ortance <|ue 
nous croyons indispensable pour l'édification du lecteur de les 
reproduire in extenso. 

Occupons-nous d'abord des résolutions votées ])ar le groupe 
de \\'olverhampton, sur la proposition de Le Lubez, ex-secré- 
taire correspondant pour la France, connu par ses démêlés avec 
le bureau de Paris au sujet de la nomination d'Henri Lefort au 
poste de correspondant général de l'Association près la presse 
française : 

1° « L'InlernRtional Workin(j Men's association déclare la 
nécessité pour tous les ouvriers de s'unir contre l'eimemi com- 



i L'un lies déiéfrues lyonnais ;ui rnn,i;iù.s de l>àle, AlLurl Uicliaid, racon- 
tait : « que Vlntcruatiunale eut d'abord beaucoup de succès à Li/an, iiiair. 
comme les elévients qui la composaient étaient plus politiques que socialistes. 
il y eut bientôt désagré(jation. Depuis, ajoutail il, les travailleurs se sont 
aperçus que les réfurvies politiques étaient insuffisautcs et que c'était à la 
base même du système social qu'il fallait s'ollaniier. Ils sont devenus ré- 
volutionnaires dans le sens social. 



HT lA: JACOBIN IriML;. 17 

iiiiiri. rcrsoiuii! 110 doit obéissauco aux lois ([iio le itou[)lo n'a 
pas été appelé à faire ; 

« 2" Tout soldat qui ne regarde pas la cause pour laquelle il 
combat comme sienne, est relevé do toute obligation de combat- 
tre {lour cette cause; 

« S" Si ce droit lui est nié, c'est pour lui un devoir de défendre 
ce ((ui est la souveraineté du peuple ; 

oc [i° h'Inlernntional Working Men's Association considère 
les complications actuelles du continent comme des complica- 
tions entre les tyrans : elle conseille aux ouvriers de rester neu- 
tres, de chercher à acquérir de la force par l'unité et de se ser- 
vir de cette force pour porter un dernier coup aux tyrans de 
l'Europe et enfin proclamer la liberté. » 

Les agissements de la branche françniso th Londres se tra- 
duisent par des meetings oij assistent tous les meneurs du 
parti révolutionnaire *, et oiî sont prononcés les discours les plus 
incendiaires. L'assassinat politique est le thème favori développé 
avec emportement par presque tous les orateurs. Un compte 
rendu sommaire de ces différents meetings permettra de mieux 
apprécier les dispositions politiques des membres composant la 
branche française. 

Le 5 janvier 1868, un grand meeting est organisé dans New- 
mann-Street, sous la présidence deBesson; on y donne lecture 
de diverses adresses plus violentes les unes que les autres. 

Le 24 février, nouveau meeting dans la salle de Chevelard- 
Street pour célébrer l'anniversaire de la Révolution. Eugène Du- 
pont figure parmi les signataires de l'affiche de convocation 2. 
Le conseil général s'y fait représenter officiellement. Les ci- 
toyens de tous les pays, amis de la révolution, sont invités à y 
assister. Besson, Le Lubez, Lesner, Félix Pyat et autres pren- 
nent la parole. 

On y fait le procès du peuple français qui supporte si patiem- 
ment 7e plus grand lyran qui ait jamais existé. La bourgeoisie 



1 Quel(j[ues-uns de ces meneurs qui s'associaient alors à l'œuvre de l'Inter- 
nationale ont élé acclamés préfets au 4 septembre par le irouvernement de la 
défense nationale ; l'un d'eux est encore en fonctions. Nous pourrions citer 
la ville. 

2 Voir l'affiche de convocation. Documents justificatifs. Pièce B. 

2 



18 L'INTERNATIONALE 

est traînée aux gémonies : elle est condamnée à disparaître. On 
accuse de trahison les quelques bourgeois républicains (]ui se 
sont excusés par lettres de ne pouvoir assister à la réunion '. 
On proclame que l'avenir appartient aux prolétaires ; que, seul 
de tous les hommes de 1848, Félix Pyat est resté fidèle à la 
cause du peuple, et que c'est lui qui sera un des chefs de la ré- 
volution prochaine, regardée comme inévitable. On parle de l'es- 
poir de célébrer le prochain anniversaire en France. 

Des acclamations frénétiques saluent l'entrée de Félix Pyat 
dans la salle du meeting : le futur membre du comité de salut 
public de l'insurrection parisienne monte à la tribune pour y don- 
ner lecture d'une adresse de la Commune révohitionnnive et y 
provoquer à l'nssassinat. 

A son tour Le Lubez prend la parole : le drapeau rouyc, s'é- 
crie-t-il en terminant, est le symbole de la révolution prochaine. 
A ces mots l'on voit s'avancer une députation de la société ou- 
vrière allemande, portant un drapeau rouge qu'elle place près 
de la tribune, au milieu des cris de : Vive la République démo- 
cratique et sociale - ! 

Les 24 juin, 22 septemln-e (76'' anniversaire de la proclamation 
de la Répubhque) et 20 octobre, nouveaux meetings de la 
branche française. Toujours même violence de langage, mêmes 
provocations à l'assassinat et même haine profonde contre les 
spoliateurs des deniers du peuple. Dans le meeting du 20 octo- 
bre notamment, Vésiniery donnait lecture d'une protestation où 
il déclarait : i° que l'Association internationale devait être con 
sidérée comme étant une société essentiellement politique; 
2° que l'Association internationale était une société républi- 
caine démocratique, sociale et universelle, partageant les prin- 
cipes, le but et les moyens proclamés par la Commune révolu- 
tionnaire de Paris dans ses manifestes ^. 

1 De ce nombre étaient Ledru-Rollin, Victor Hugo. 

2 11 imi)orte de rappeler qu'en 1866, lors du congrès de Genève, en tète de 
la colonne des délégués se rendant à la salle du congrès, était également 
porté un drapeau rouge où était inscrite la devise de l'Association interna- 
tionale : Pas de droits sans devoirs. 

5 Pour le texte complet de cette protestation, voir notre ouvrage sur 
\'Internatio7iale, annexes, pièce A. Nous reproduisons aux documents justi- 
ficatifs un manifeste de la Commtme révolutionnaire de Paris. 



ET LE JACOBINISME. 19 

Enfin, le 3 décembre, un nouveau meeting avait lieu sous la 
l)résidonce de Le Lubez pour célébrer l'anniversaire de la mort 
du représentant Baudin. Sur la proposition de Félix Pyat, des 
remercîments étaient votés à la presse et au barreau de Paris 
à raison de leur attitude dans l'affaire de la souscription de ce 
martyr du droit. Voici dans quels termes était conçu ce vote de 
remercîment : 

Association internationale des travailleurs. 

(Branche française de Londres. 

a Le 3 décembre dernier, le meeting composé des démocrates 
de toutes les nations et convoqué par la branche française 
de l'Association internationale des travailleurs à Londres pour 
l'anniversaire de la mort du représentant Baudin, après les dis- 
cours prononcés en l'honneur de ce martyr du droit, a voté, sous 
la présidence de A.-V. Le Lubez, la proposition suivante de Fé- 
lix Pyat : 

a Considérant que les quatre journaux, le Réveil, l'Avenir 
national, la Tribune et la Revue politique, en prenant l'ini- 
tiative de la souscription Baudin, ont fait leur devoir ; 

« Considérant que les avocats qui les ont tous si heureuse- 
ment défendus devant l'opinion ont fait leur devoir ; 

<c Considérant que l'hommage public rendu au martyr du droit 
sertie droit: que l'esprit de sacrifice et l'exemple du devoir 
sont plus nécessaires que jamais dans les circonstances actuelles 
de la France et de l'Europe ; 

« L'assemblée vote un remercîment à la presse et au barreau 
de Paris, et elle déclare avec reconnaissance qu'ils ont bien mé- 
rité de la démocratie française et européenne. 

Pour la branche française de l'Association 
internationale des travailleurs. 
Le président : A.-V. LE LUBEZ. 
Le secrétaire: A. HULET. 
Londres, le 7 décembre ISUfi. 

Le conseil général s'était ému de l'altitude prise par la ])ran- 
che française : il trouvait son tempérament un peu trop révo- 



20 L'INTERNATIONALE 

lulionnaire dans la situation présente. De pareilles déclarations 
lui jiaraissaient intempestives; c'était effrayer sans profit la 
masse ouvrière et mettre un temps d'arrêt dans le travail d'or- 
ganisation. Il admettait bien le caractère politique de l'Interna- 
tionale (il l'avait déclaré kii-mèmc dans son manifeste), mais il 
jugeait prudent de dissimuler jusiju'au jour où l'on pourrait 
compter sur des éléments assez sérieux et surtout assez nom- 
breux pour tenter la lutte, si l'occasion en était donnée, et avouer 
hautement ses projets. En un mot, les agissements de la bran- 
che française étaient compromettants : il fallait en pallier i'effe 
en lui infligeant un blâme. Le tour était ainsi joué. 

L'esprit révolutionnaire de l'Internationale s'affirmait en même 
temps à Genève, et au congrès de Bruxelles. 

A Genève, à la date du 15 juillet 18G8, le comité central des 
sections de la Suisse romande publie une protestation sur pla- 
cards rouges contre l'arrêt delà cour de Paris qui condamne les 
membres de l'Internationale à trois mois de prison et 100 francs 
d'amende : cet arrêt est qualifié de déclaration de guerre aux 
idées sociales et aux principes de la révolution de 89 *. Au 
mois d'octobre suivant, ce même comité publie un manifeste 
intitulé : République démocratique et sociale, et réclame des 
réformes sociales radicales. 

Au congrès de Bruxelles, où assistent Tridon, Blanqui, Miot, 
Rochefort, Victor Hugo, Elie Reclus, les tendances politiques 
et radicales de l'Internationale s'accentuent encore davantage. 
Perron, de Genève, déclare que dans le programme des réformes 
politiques il ne faut pas se borner à inscrire l'abolition de la 
guerre ; il cite parmi les réformes sociales et politiques indispen- 
sables à l'émancipation du prolétariat : la séparation de l'Iiglise 
et de l'Etat, l'instruction obligatoire à tous les degrés, l'impôt 
unique sur la richesse. — « Pour empêcher la guerre, s'écrie à 
son tour Catalan, il faut en supprimer les auteurs : que l'Inter- 
nationale fasse la guerre à la guerre, en employant toutes ses 
forces contre les hommes qui ont le droit de faire la guerre. » 

t Nous reproduisons cette protestation à la fui du volume, documents jus - 
liliculil's, pièce C. 



ET LK JACOHINISME. -M 

« Personne ne veut la guerre, ajoutait Henri, de Paris, mais 
pratiquement comment l'empêcher? Je crois qu'il faut nommer 
des hommes aux prochaines élections qui amèneront un chan- 
gement d'institutions ou môme 

Bref, au point de vue politique, nous de- 
vons par les élections et les manifestations populaires, par la 
propagande politique et socialiste, arriver à la suppression des 
gouvernements personnels. » 

« Protestons par le refus du service militaire ou de tout tra- 
vail Provoquons contre la guerre la conjuration du peuple 

travailleur tout entier », répétaient à satiété, Ilins, César de 
Paepe, Pellering, Spehl, etc. 

-i Nous en appelons à la guerre sociale, s'écriait Slecns de 
Bruxelles, elle seule nous permettra de renverser les institu- 
tions tyranniques des gouvernements. y> 

« La révolution, disait un autre orateur, ne peut évidemment 
surgir que de la bourgeoisie ; elle la fomente et la désire : tout 
fait prévoir que les anciens partis coalisés contre l'Empire se 
lèveront bientôt. Eh bien, faudra-l-il intervenir ou faudra-t-il 
rester les bras croisés? N'est-ce pas dans la révolution qu'est 
le salut du prolétariat ? 

" Le renversement du despotisme, l'al^olition des armées 
permanentes, les relations économiques modifiées, la séparation 
de l'Eglise et de l'État, ce sont autant de progrès qui no peuvent 
produire l'ordre social qu'autant que la réaction n'aura plus pour 
levier l'ignorance du peuple Le soldat, le dévot, le prolé- 
taire sont la manifestation de l'ignorance du peuple. 

< Plus de gouvernements, s'écrie à son tour Eugène Dupont 
dans le discours de clôture, car les gouvernements nous écra- 
sent d'impôts! Plus d^ armées, car les armées nous massacrent ! 
Plus de religion, car les religions étouffent l'intelligence ! 

SinguUer moyen do travailler par les voies pacifiques à l'amé- 
lioration du sort des ouvriers ^ / 

1 Quelques personnes ont prétendu que, pour appartenir à l'Internationale, 
il fallait evercer un métier manuel : c'est là une erreur frrossic' re que nous 
avons vu l'accusé Lullier reproduire naguère devant le 3^ conseil de guerre 
séant ;'i Versailles. Les faits sont là pour démentir une pareille allégation. 
Quel est donc le métier manuel des Richard, Bastelica, Tridon, Bakounine 



22 L'INTERNATIONALE 

Noms devons placer ici sous les yeux du lecteur un document 
de la plus haute importance : c'est une adresse du comité do la 
section centrale de Genève au congrès de Bruxelles. Les signa- 
taires signalent la nécessité d'arrêter, en vue d'éventualités qui 
pourraient surgir en Europe, nn programme do réformes poli- 
tiques et sociales commun à l'Association internationale des 
travailleurs et à la Ligue de la paix et de la liberté, ces deux 
grandes institutions modernes qui poursuivent le môme but; en 
un mot, d'abandonner l'étude de la théorie pour s'entendre sur 
les moyens pratiques d'assurer le succès de la révolution euro- 
péenne, afin que les prolétaires ne soient pas, comme par le 
passé et faute d'avoir pris à temps les mesures nécessaires, le 
jouet des castes privilégiées. 

Au congrès de Bruxelles. 

« La révolution sociale prévue dès longtemps, la révolution so- 
ciale, conséquence forcée de l'organisation acluellc de la société, 
s'approche rapidement, et le prolétariat n'a pas encore examiné 
quels sont les moyens pratiques de faire passer de la théorie dans 
les faits les principes d'égalité et de justice. 

« N'est-il pas à craindre cependant que le moment fatal surgis- 
sant tout à coup, les prolétaires ne soient, comme par le passé, 
et faute d'avoir pris à temps les mesures nécessaires, le jouet 
des castes privilégiées ? 

« N'est-il pas à craindre qu'au moment décisif les forces ou- 
vrières, abandonnées à tous les vents de la tempête, ne man- 
quent d'unité d'action ? 

« Et cela faute d'avoir regardé résolument en face cette éven- 
tualité : la révolution ! 

« Le mouvement ouvrier est surtout un mouvement d'étude 
s'avançant sûrement, sans colère, sans précipitation, et agis- 
sant profondément, irrésistiblement. Ce grand caractère qui fait 
la puissance et assure l'influence des classes travailleuses doit 
être conservé; mais serait-ce le méconnaître que d'abandonner 

Cluseret, etc., etc. A Genève, il existe même une section spéciale, dilo section 
centrale, dans laquelle sont compris tous les individus ne faisant partie d'aucune 
association ouvrière, c'est-à-dire les meneurs, les réfugiés politiques et autres. 



ET LE .(ACOniNISME. 28 

un instant l'ôlndo dos tlirorios ponr mettre en œuvre les moyens 
prnUqiicfi qui sont .wus votre main ? 

« Nous no lo pensons pas. 

« Jamais la possibilité d'une émancipation radicale des classes 
déshéritées ne s'est présentée sous un aspect aussi favorable et 
aussi encourageant. 

« Les ouvriers ont ou sont prêts cV avoir l'appui des démocrates 
européens, membres de la FJrjuede lapaix et de la liberté, qui, 
eux aussi, scmble-t-il, veulent l'émancipation complète do la 
pensée et de l'individu. 

« Ils ont des sympathies sérieuses en dehors de la classe ou- 
vrière proprement dite, parmi cette foule de sociétés progressistes 
qui, à des degrés divers, vivifient le mouvement de rénovation. 

« Ils ont, ce qui vaut mieux, groupé leurs forces avec une rapi- 
dité incroyable sous la devise de cette grande fédération, créée 
iiier, impérissable aujourd'hui : P Association internationale des 
travailleurs. 

« Ils ont pour eux la justice. 

« Ils ont le nombre. 

« Ils ont l'unité de vues : il dépend de vous, citoyens délégués, 
de donner au prolétariat sa complète unité d'action. 

« Avec de tels éléments de succès, avec l'expérience du passé, 
négliger de prendre ses mesures serait une faute et un malheur 
que vous saurez éviter, nous en avons la ferme confiance. 

« Le régime qui ronge l'Europe aujourd'hui ne peut toujours 
durer, et, tôt ou tard, il prendra fin dans le sang un Jour de 
révolution. — Ce n'est pas nous qui désirons que cela soit 
ainsi, c'est l'histoire qui nous démontre que, par le fait de l'obsti- 
nation aveugle des privilégiés, les choses ne se sont jamais 
passées autrement. Il faut donc savoir accepter ce qui est iné- 
vitable; la responsabilité en retombe sur ceux qui veulent arrêter 
l'humanité dans son évolution. 

« Au jour de l'écroulement du système des monopoles qui 
nous régit, la Ligue de la paix et de la liberté, ainsi que V As- 
sociation internationale des travailleurs, par l'influence qu'elles 
exercent déj;\ en Euroiie, semblent naturellement appelées à 
décider de l'avenir, à prendre une part plus ou moins grande à 
l'édification du nouvel ordre social. 



n Î/INTKRNATION'ALF. 

.. La Lirpw l'a comjji'is, aussi se pi'coccui)e-t-elle des moyens 
pratiques, et dans sou prochain congrès elle adoptera, selon 
toute probabilité, la constitution des i'uLui's Etats-Unis d'Europe, 
ainsi qu'un pr^graninie de réforme politique et sociale. 

« La Ligue prépare donc les J)ases sur lesquelles reposera 
l'avenir de la société. 

« Rien de mieux. Nul doute (juc ses membres ne veuillent 
aborder radicalement toutes les questions, y compris la question 
économique qui nous tient si fort à cœur à nous tous ; mais 
sont-ils bien placés pour cela? La plupart des membres de la 
Ligue, étrangers aux souffrances du prolétariat, en couqiren- 
dront-ils bien les causes ? Les ont-ils suffisamment étudiées ? 
Ne se pourrait-il pas qu'ils ne songeassent point à inscrire sur 
leur progrannne certaines réformes jugées par vous et par les 
congrès ouvriers qui vous ont précédés, indispensables à l'avé- 
nement de la liberté et de l'égalité réelles. 

« Quoi qu'il en soit, les membres de la Ligue, plus instruits, 
plus rompus à la politique que nous autres ouvriers, auront, 
comme individus et comme corps, une très-grande influence au 
moment de la révobition. Il faut donc que la classe ouvrière 
sache si les membres de la Ligue sont d'accord en tous points 
avec vous, avec nous tous, pour revendiquer les réformes né- 
cessaires à l'émancipation définitive du prolétariat. Il faut de 
toute nécessité que le travailleur sache au plus tôt jusqu'à 
quel point, jusqu'à quelle ligne de démarcation il peut compter 
sur l'appui et le concours de ces démocrates. 

«> Pour cela, chers amis, il est indispensable d'arrêter un pro- 
gramme de réformes politiques et sociales, et de le faille repré- 
senter au congrès do la Ligue, qui succède au congrès de 
Bruxelles, par une délégation munie de pleins pouvoirs. Celle-ci 
entendra les observations (|ui pourraient être faites au pro- 
gramme présenté, et y fera droit si elle le juge à propos; elle 
prendra connaissance des rapports faits sur les questions qui 
doivent se résoudre dans cette assemblée, et y donnera, s'il 
convient, son adhésion au nom de l'Association internationale 
tout entière. 

« En un mot, la délégation ouvrièjro, en vue des éventualités 
qui pourraient surgir en Europe, arrêterait si possible, et so- 



i-;t i.f. jacoiîini^^mi:. 25 

lennelloniput, nvec le conffrrs ilc In Lit/ un da la pnix cl de In 
liberté, un programme aussi radicalement rénovateur que les 
connaissances acquises jusqu'à ce Jour le permettent, — lequel 
deviendrait par le fait le programme de la révolution européenne, 
et serait toujours modifiable d'année en année, jusciu'à l'avénc- 
ment de la république démocratique et sociale. 

« Cette union conclue, nous pourrions tous, sans inquiétude 
pour l'avenir, poursuivre l'étude des sciences sociales ; la crise 
inévitable pourrait éclater sans que pour cela le prolétariat soit 
exposé à être oublié, joué comme par le passé. Le grand jour 
de l'effondrement social pourrait venir sans qu'il soit à craindre 
une division parmi les hommes do progrès, assurés qu'ils 
seraient de se rencontrer sur un môme terrain, la main 
dans la main, mus par la même pensée : l'égalité réelle et la 
paix. 

« Nous appelons de toutes nos forces, chers camarades, votre 
attention sur cette idée d'un programme commun aux deux 
grandes institutions modernes, VAssociation internationale des 
travailleurs et la Ligue de la paix et de la liberté, qui, ayant 
chacune une tache spéciale à remplir, poursuivent néanmoins le 
même but : l'ordre social. 

Agréez, etc. 

Le Comité de la section centrale de Genève. 



Nous ne parlerons que pour mémoire des discours incen- 
diaires prononcés au congrès de Berne par le triumvirat Ba- 
kounine, Richard et Jaclart, et qui se terminent par une déclara- 
tion de guerre à tout ce qui existe et notamment à la bourgeoisie, 
sur les ruines fumantes de laquelle Jaclart so propose d'asseoir 
la république délinilive et de planter le drapeau de la révo- 
lution sociale. 

Quelques jours plus tard, l'alliance delà démocratie socialiste 
était fondée à Genève : le groupe initiateur comprenait quatre- 
vingts adhérents. Nous avons fait connaître, dans notre ouvrage 
sur Y Internationale , les statuts adoptés par cette branche de 



26 L'INTERNATIONALE 

l'Internationale *, nous n'y reviendrons pas. Ils se résument 
d'ailleurs dans ces trois termes : athéisme ; égalisation politi- 
que, économique et sociale des individus des deux sexes ; sup- 
pression de tous les Klats politiques. 

Cette section, dig'ne émule de la section française de Londres, 
qui, dans son programme, s'était donné pour mission spéciale 
d'étudier les questions politiques, peut être considérée comme 
la personnification la plus complète des tendances véritables de 
l'Internationale, tendances dissimulées jusqu'alors dans l'intérêt 
de l'association et par mesure de prudence. Elle fut organisée 
par des Internationaux impatients de hâter l'heure de la révo- 
lution et dont le tempérament révolutionnaire ne pouvait s'ac- 
commoder des lenteurs, des hésitations, de la modération relative 
et habilement calculée de quelques-uns de leurs coreligion- 
naires. Le conseil général s'émut de cet état de choses : il com- 
prit que le programme de l'Alliance pouvait jeter du discrédit 
sur l'Internationale et fournir l'occasion à ses détracteurs de 
signaler le danger de pareilles doctrines : il refusa de recon- 
naître à cette section le caractère d'internationale; et prit à 
cet égard, le 28 décembre 1868, une décision portant annulation 
des statuts de ce groupe qui était traité de dissident : cette dé- 
cision fut communiquée à tous les correspondants de l'Interna- 
tionale en France et à l'étranger. 

Une pareille exclusion n'était que le résultat d'une insigne 
fourberie : elle avait été nécessitée par les circonstances, mais 
aussitôt que l'orage fut calmé, le conseil général se hâta de re- 
venir sur cette décision. Le 14 mai 1869, à la suite d'une nou- 
velle délibération, l'Alliance de la démocratie socialiste recevait 
du conseil général un brevet qui la déclarait Internationale : 
ce titre lui était de nouveau confirmé en juillet 1869. Puisque 
nous nous occupons de cette section, nous tenons à répondre 
à ime objection que ne manquent pas de faire quelques interna- 
tionaux, lorsqu'on parle de l'Alliance; ils prétendent qu'elle n'a 
jamais été reconnue comme section de l'Internationale. C'est là 
une erreur, une erreur grossière. Comme en pareille matière 
les preuves sont indispensables, nous renvoyons ces naïfs in- 

* Voir page 28. 



F.T LE JA OBI NI S ME. 97 

tcrnationaux au journal VMgalilô (numéro du 23 avril 1870) *. 
Ajoutons que l'Alliance ne tarda pas à jouer un rôle prépondé- 
rant ; l'avenir lui appartient ; nous verrons plus loin comment 
elle finit par envahir le monde ouvrier et par devenir maîtresse 
de la situation. C'est elle qui a fait le 31 octobre et le 18 mars. 
Composée aujourd'hui de communistes et de blanquistes, elle 
commande à toutes les sections françaises, et domine le mou- 
vement, grâce à l'énergie, à l'activité et à l'influence de ses 
membres. 

Autre erreur qu'il importe de relever. Dans sa récente cir- 
culaire, le ministre des affaires étrangères rappelant un pas- 
sage du Propres du Loclo (29 janvier 1870) emprunté à notre 
premier ouvrage, signalait ce journal comme l'un des organes 
de l'Internationale. Cette affirmation a soulevé les colères du 
grand conseil de Londres ; l'un de ses membres, dans une let- 
tre adressée au Times et reproduite dans YEgalité, proteste 
contre cette allégation qu'il qualifie de mensongrre, et affirme 
que le Progrès du Loclo n'a jamais été un journal de T Inter- 
nationale. Pauvre M. John Haies, vous ne lisez sans doute pas 7a 
Solidarité. Nous le regrettons : vous auriez évité de conmiettre 



1 Nous lisons en effet à la 2e pa^, 2e colonne, ligne 79, et suiv. à propos du 
compte rendu du congrès de la Cliaux-de-Fonds (avril 1870) : Le conseil géné- 
ral a, il est vrai, admis l'Alliance, mais le conseil général, en admettant l'Al- 
iance, ignorait coinplélement les procédés occultes dont certaines personna- 
lilés dirigeant l'Internationale se permettaient d'user. 

Nous trouvons encore dans le numéro du 30 avril, l^e page, 3e col., ligne 2^, 
cette déclaration faite au congrès par le citoyen Guillaume, de Neufchàtel. 

« Le conseil général a admis la section de V Alliance, et vous ne voulez pas 
l'admettre à siéger au congrès ! vous ne le pouvez pas !... 

Et plus loin (page -4, 2^ col., lignes 4 et suivantes). 

« Le conseil général aurait-il admis l'Alliance, si elle était menée par une 
intrigue... 

Discours du citoyen Rossier (ligne 56) : 

ce Puisque le conseil général de Londres a admis la section de l'Alliance 
dans l'Internationale, c'est preuve qu'elle peut et doit être admise par nous. 
Je demande que le comité fédéral nous présente la correspondance qui a été 
échangée entre lui et le conseil général sur l'admission de l'Alliance. 

Et encore (ligne 73) : — L'Alliance s'est adressée deux fois au conseil géné- 
ral, et ce n'est qu'à la seconde fois qu'elle a été reçue. 

Est-on maintenant convaincu que l'Alliance est une section de l'Internatio- 
nale et que ce titre lui a été conféré par décision du conseil suprême? — Le 
conseil général, dans la conférence tenue à Londres le 21 septembre 1871, s'est 
occupé de nouveau de la situation de cette section (Voir Résolution XVI — 
Radical — 13 novembre 1871). 



28 !/• I N ï E Tx N A T 1 N A L !■: 

uno ciTonr aussi pirossiùro, surtout pour un membre du conseil 
général, (jui u'e&t pas un nouveau venu dans l'Internationale. Il 
valait beaucouj) mieux ne pas relever ce passage du Progrès 
du Loclc, que do i)rotcster nicnsonç/crcinc]}/ ; il est compromet- 
tant, c'est vrai, mais à qui la faute? Ouvrez donc la Solidarifé, 
citoyen John Haies : vous y lirez (numéro du 16 avril 1870, 
4* page, 1" colonne, ligne 61), sous cette rubrique : Nouvelles 
de la Ft'dcvntion romande, cet entrefdet dont nous vous enga- 
geons à faire votre profit : 

« Les sections ("internationales) du Locle rpii font généreuse- 
ment le sacriJice de leur organe spécial, le Progrès^ promettent 
leur concours on masse à la Solidarité. » 

Êtes-vous maintenant persuadé que le Progrès était l'organe 
des sections du Locle ? D'ailleurs vous ne l'avez jamais ignoré ; 
il vous sied bien, conseil général, de taxer les autres de men- 
teurs, vous dont les manifestes ne sont qu'un tissu de menson- 
ges plus ou moins habilement assaisonnés. 

Nous arrivons à 1869. Les événements vont se précipiter : les 
réunions publiques, les élections, les nombreuses grèves, le 
malaise général, les excitations de la démagogie, les théories 
subversives répandues dans les masses par une certaine presse, 
l'attitude des partis extrêmes, l'agitation des esprits, voilà autant 
de causes destinées à faciliter le jeu de l'Internationale et à lui 
permettre d'accentuer encore davantage son rôle politique. En 
France, à la faveur de la nouvelle loi sur les réunions publiques, 
la propagande socialiste et révolutionnaire va pouvoir se don- 
ner libre carrière. Fidèle à ses traditions, la branche française 
de Londres, à l'instigation de Félix Pyat, organise un grand 
meeting pour le 14 janvier 1869, en Vhonneur de l'attentat 
d'Orsini. 

Un nouveau meeting a lieu, le 24 février, pour célébrer 
l'anniversaire de la Révolution. Comme toujours, la plu- 
part des réfugiés politiques et les meneurs du parti révolu- 
tionnaire sont présents. Félix Pyat est accueilli avec enthou- 
siasme. Il prédit la chute inévitable de l'Empire et éspèro 
que l'on pourra célébrer à Paris le prochain anniversaire du 
24 février. 



i:t lk ,1 ACOiJiM^.Mi;. jd 

11 donne lecture à l'assemblée d'une adresse de la bruiicln; l'niii- 
çaiso au président Granl. 

Nous nous faisons un devoir de reproduire celle curieuse élu- 
cubralion dont nous garantissons l'authenticité, et qui est de na- 
ture à édifier pleinement nos lecteurs sur les tendances révolu- 
tionnaires de l'Internationale. Ce manifeste n'est qu'une série 
de récriminations contre l'Empire et la Papauté : 



30 L ' 1 N T E R N A T I N A L E 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. 
AU PRÉSIDENT GRANT 

Adresse de L'Association internationale des travailleurs (branche 
française), lue par Félix Pyat, votée a l'unanimité, au meeting 
DU 24 février, a Londres, par les démocrates de toutes na- 
tions, ET remise par les DÉLÉGUÉS BeSSON, A.-V. ChATELAIN, De- 

BORD, Hulek, Jourdain, le 6 mars, au ministre américain, qui a 
promis de l'envoyer au président. 

Timbre de la branche française. Section fédérale. 

« Citoyen, 

« L'Europe jette de temps en temps un cri de détresse à 
l'Amérique qui ne l'entend pas. Elle s'affaisse de plus en plus 
sous son double joug. Malgré réforme et révolution, après trois 
grands siècles d'efforts, elle n'a pu se délivrer de ses envelop- 
pes caduques, le prêtre et le soldat. 

« Rome et Paris sont les capitales de la bête apocalyptique à 
deux fronts, de la double tyrannie couronnée et mitrée, du Ja- 
nus catholico-monarchique, le pape et l'empereur. 

« La fraude et la force sont le trait d'union de ces deux Sia- 
mois du droit divin, monstres hybrides qui allient tous les con- 
traires, hosties et chassepots, immaculation et guillotine. 

« L'autel et le trône se tiennent soudés à l'échafaud par les 
miracles et les merveilles. 

« Avant de refaire l'Empire, l'homme de Décembre, comme 
celui de Brumaire, a refait la papauté. Et il garde la papauté pour 
garder l'Empire. 

« L'empereur sait à fond cette vérité politique, que le pape est 
le premier précepteur de servitude humaine ; que le maître spi- 
rituel assure le maître temporel ; que tout peuple qui subit le 
prêtre, subit le prince ; que tout peuple, n'importent sol, race et 



ET LE .lACODlNISME. 31 

loi, qui lie pont secouer le catholicisme, s'arrôtc ou décline, 
reste ou retombe en enfance, s'il n'en meurt i)as avant le temps; 
que, partout et toujours, la liberté est en raison inverse de la 
catholicité. 

« L'empereur sait que les peuples les plus dominés, les plus 
annulés sont les plus catholiques ; que l'Irlande se meurt et que 
la Pologne est morte; que l'Italie même, l'institutrice du monde 
moderne, la seconde patrie de tout civilisé, n'a pu s'élever à la 
vie nationale sous son pape, maîtrisée par tous ceux ({u'elle maî- 
trisait sous sa république. 

« Il sait que l'Espagne, qui la suit dans le giron, a pu être na- 
tionale, mais libre jamais ; et qu'après avoir chassé une royauté, 
elle va en reprendre une autre pour finir en état de grâce. 

« Il sait que la France, la moins catholique des trois, l'est en- 
core assez, hélas! pour avoir perdu deux répubhques, et que 
les principes hérétiques de sa philosophie doivent tuer le des- 
potisme ou être tués par lui; qu'en Amérique môme, les répu- 
bliques du Sud sont toutes stationnaires ou rétrogrades, selon 
leur degré d'orthodoxie; bref, que le cathohcisme, en niant la 
liberté de conscience, les nie toutes, façonne le sujet à la disci- 
pline par l'obéissance, le lait passer d'emblée du confesseur au 
commissaire, d'une autorité -à l'autre, automate habitué à servir, 
effrayé d'être libre, déléguant sa souveraineté et nommant vite 
des empereurs au heu de présidents, des Napoléons au lieu de 
Washingtons ! 

« L'empereur sait tout cela et il agit en conséquence. Le pré- 
sident le sait aussi. Qu'il agisse de même! L'un s'honore de 
violer la loi, l'autre de la défendre ; ils diffèrent trop pour ne pas 
se combattre. Mais vous êtes homme d'action et non de dis- 
cours... Au fait! 

« L'empereur occupe Rome. Que le président le fasse sortir! 
Il sortira. Pas si rétif, vous l'avez vu ! Il entend raison quand il 
faut. Un mot lui a fait évacuer le Mexique. Un demi lui fera éva- 
cuer Rome. C'est l'empereur de l'évacuation comme de l'in- 
vasion. 

« La république a déjà fait reculer l'empire. Poursuivez ! Ten- 
dez la main à Garibaldi comme à Juarez ! Grant et Garibaldi... 
Rome sera Ubre comme Mexico ! Nous nous chargeons de Paris! 



VJ2 L'INTERNATIONALE.' 

« L'Amérique, fille de l'Europe, en est l'espoir. La lille lais- 
sei'a-l-cUe périr la mère? Les enfants doivent aider les parents. 
Chacun son tour! Même devoir pour les nations que pour les 
individus ! A quoi bon vapeur, électricité, si l'indifférence, si 
l'ingratitude, nous sépare i)lus (jue l'Océan? Famille oblige et 
puissance surtout! Héros du nouveau monde, vous pouvez l'être 
de l'ancien. Élu de la république américaine, vous pouvez l'être 
de la républiciue universelle. Libérateur de la race africaine, vous 
pouvez l'être du genre humain. Vous pouvez acquérir aisément 
une gloire qui traversera toutes les mers et dépassera tous les 
monts. Vous pouvez, en vidant le Pandémoniuni, mériter l'ad- 
miration, la reconnaissance de l'iiumanité. Vashington a pro- 
clamé la liberté pour les États-Unis. Monroe l'a proclamée pour 
l'Amérique. Président Grant, proclamez-la pour le monde entier. 

« Vous le pouvez, vous le devez ! 

« Ne nous répondez pas en pharisien, en louant Dieu de n'être 
pas né Européen ! A cet appel fraternel pour Rome, ne nous 
répondez pas par ce mot immonde : Chacun pour soi ! Nous at- 
tendons mieux de vous que ce refus d'acier poli, déjà fait jiar 
^"otre presse à notre appel pour l'Espagne : 

« La mission de l'Amérique, dit le ^Veu'- York Times, est de 
montrer aux peuples les charmes de la démocratie, les beautés 
d'une nation libre, de la souveraineté individuelle, d'un meilleur 
gouvernement, d'une plus pure société, d'un plus haut type du 
caractère humain qu'on n'en peut voir sous un régime despo- 
tique, sous rois et prêtres, grandes armées et grandes églises, 
mensonges de Machiavel et violences de César. Quand nous au- 
rons suffisamment montré cet exemple au monde, toute tyrannie 
en Europe sera finie et le règne des peuples commencera. Mais 
si nous alhons en fous furieux combattre pour l'Italie et l'Es- 
pagne, l'Irlande et la Pologne, notre puissance serait bientôt 
perdue et la grande république consignée à l'histoire. 

« L'égoïsme ne saurait être plus gracieux ; mais enfin c'est 
l'égoïsme... Et l'homme du peuple, l'homme du droit et surtout 
l'homme de cœur doit penser autrement. Le président de la 
grande république pensera avec moins d'orgueil et plus de jus- 
tice, que les peuples ont d'autres devoirs que de se montrer 
leurs charmes ; que la liberté est soUdaire connue la tyrannie ; 



El" l.\-: .lACOlJlN ISMi:. 33 

(\nv lo droit ne peut pas plus se passer de l'orce que le crime; 
([ne les élus mêmes de la providence, empereur et pape, ne s'en 
tiennent pas à la magie de leurs vertus; ijue l'exemple delà 
force ne suffît pas aux faibles ; l'exenijtle de la liberté aux es- 
claves; l'exemple de la santé aux mouraiils. 

« Nous donc, ouvriers français, républicains de i8, aujour- 
d'hui 24 février 69, vous parlant pour les Romains, républicains 
comme vous et nous, nous avons foi en vous, vainqueur des né- 
griers. Nous ne craignons pas de vous dire, dans la langue de 
Lafayette, que si la France avait envoyé aux Grecs, au lieu d'une 
ilottc à Xavarin, un exenq)laire de Plularquc, loulo la Grèce 
serait encore tunpie à présent... 

« (Jue si la France avait envoyé aux Italiens, au lieu d'une 
armée à Magenta, le De \iris IlJuslriLus, l'Italie serait encore 
autrichienne à présent... 

« Uu'enlin si la France, au lieu d'envoyer aux Américains 
mêmes, son armée et sa flotte à Boston, leur avait envoyé 
l'inuige de Jeanne d'Arc chassant l'Anglais, la grande répu- 
bli(|ue n'aurait ni puissance à perdre dans le i)résent, ni même 
un nom à laisser dans l'histoire. » 

Voilà les qiieslions économiques et professionnelles aux({uelles 
devaient se borner, d'après les statuts, l'action et les études de 
l'Internationale. 

Ajoutons que la branche française tient w.i nouveau meeting 
pour célébrer l'anniversaire du 2i juin. 

De leur côté, les sections belges étaient loin de rester inac- 
tives : leur attitude prenait même une forme de plus en plus 
révolutionnaire. 

Nous en trouvons la preuve manifeste dans cet appel adressé 
aux ouvriers belges, lors de la grève des bouilleurs, puddleurs. 
lamineurs. 

« Amis, compagnons, frères ! 

« 11 y a assez longtemps que vous souffrez dans un dur escla- 
vage. Vengez-vous, tuez, massacrez, si on ne vous donne pas 



34 L'INTERNATIONALE 

la liberté entière pour tous! A bas les capitalistes! Mort à la 
noblesse, au clergé ! 

« Vive la République ! 

« Allons, courage! si vos couteaux, vos flèches ne suffisent 
pas, nous vous donnerons des armes. 

► Le comité révolutionnaire de Bruxelles, 
•i Vengez-vous! " 

Ce comité révolutionnaire était une création de l'Internatio- 
nale due à l'initiative des citoyens Delassalle, Robin, Sephl, qui, 
dès le mois d'avril, avaient proposé d'organiser un groupe ayant 
pour mission uni(|ue de propager l'idée et les principes de l'ac- 
tion révolutionnaire et destiné à agir sur la France. A la même 
époque nous constatons la présence à Bruxelles de Tridon, 
Blanqui et Miot. 

En France, lors des élections générales du mois de mai, nous 
voyons les internationaux s'agiter et prendre part à la lutte. La 
question électorale devient leur unique préoccupation et le but 
constant de tous leurs efforts. 

Dans les réunions électorales la tribune est envahie par des 
ouvriers, la plupart membres de l'Internationale. L'abolition des 
armées permanentes, le retrait des troupes de Rome, l'abolition 
du budget des cultes, la magistrature élective, l'instruction gra- 
tuite et obligatoire, l'abolition des impôts directs, l'abolition des 
gros traitements, la liquidation de la dette publique, la respon- 
sabilité effective des fonctionnaires, tels sont les thèmes favoris 
développés par les orateurs du prolétariat *. Ils proclament 
l'avenir du socialisme. Voici en quels termes Combault, l'un des 
vétérans de l'Internationale, appréciait le caractère de ces réu- 
nions électorales (A'^a777e', numéro du 29 mai 1869) : 

œ La question sociale a été mise au-dessus de la question des 
personnes et dans plus de deux cents réunions tenues à Paris 
dans les quinze jours de période électorale, les principes du so- 

1 Nous avons reproduit, dans notre premier travail sur l'Internationale, le 
programme publié à cette époque par un certain^;- roupe d'internationaux 
i7« édit.l. 



r:T LE j Ai;oBiNi>^Mr.. 8.s 

(.'lulisnie oui élé iiellement allinués : le pouvoir poi'sunnei a été 

démasqué, hué, critiqué sur toute la ligne Le peuple de 

Piu'is, prêt pour le scriiUn el non encore pour la (juerre des 
rues, a organisé avec calme sa victoire. Il ne faut pas se mé- 
prendre sur les conséquences de ces troubles : ils ont consommé 

la scission entre la force armée el la population L'ivresse de la 

victoire électorale ne mettra pas fin aux justes ressentiments po- 
pulaires. ..La nation révolutionnaire secoue sa torpeur et le lion 
populaire ne dort plus, il se refait les griffes. » — Murât avait donc 
raison lorsriu'il écrivait à Dupont, le 28 novembre 1868, que c'était 
rinternationalc qui dirigeait les meetings *. Nous devons ajou- 
ter qu'à la suite des troubles dont parle Combault, des ar- 
restations furent opérées à Paris et qu'aussitôt des souscrip- 
tions furent recueillies par les soins de l'Internationale pour 
venir en aide aux fiimilles des détenus politiques, au nombre 
desquels figuraient Meligon et Murât. Toutes les sections durent 
envoyer leurs cotisations. 

Le 16 juin 1869, un certain groupe d'internationaux parisiens 
publiait la protestation suivante : 

« Aux démocrates socialistes! 

« Pendant cinq jours des scènes de désordre, dont les démo- 
crates socialistes repoussent énergiquement la solidarité, ont 
affligé Paris. 

a Ces actes ont servi de point de départ, de prétexte à l'ar- 
restation d'un grand nombre de citoyens. 

« Témoins de ces faits, connaissant pour la plupart les hom- 
mes arrêtés par suite demandais d'amener, nous savons que l'ins- 
truction judiciaire d'une part, de l'autre l'enquête qu'il est du 
devoir de chacun de poursuivre sans relâche, démontreront pé- 
remptoirement l'arbitraire de pareilles arrestations. 

« Sur quels renseignements, i)our quelle cause, dans quel 
but, ces hommes honorables ont-ils éié arrachés à leui's ti-a- 
vaux et à leurs familles? 

« Comment se fait-il que chaque jour de paisibles citoyens se 

' Pour connaître le caraclère des réunions publiques et la manière dont le 
résultat des élections était apprécié par l'Internationale, on peut consulter uti- 
lement les correspondances parliculirres de VErjalifé reproduites aux docu- 
ments justificatifs, pii-ce D. 



86 L'INTERNATIONALK 

sont trouvés vittiinos de brutalités, retenus prisonniers, alors 
({ue les fauteurs de désordres continuaient leurs actes coupaldos ? 

» Il faut que la vérité soit connue tout entière : car il s'agit 
d'une question de moralité et de dignité publique qui intéresse 
chaque citoyen. 

« Moralité publique, liberté individuelle, dignité humaine, tous 
ces sentiments, ces droits, qui sont l'essence des sociétés dé- 
mocratiques ont été atteints par des faits scandaleux. 

« En attendant que la lumière soit faite, nous, qui nous por- 
tons garants de l'innocence et de la moralité de nos camarades 
aujourd'hui détenus, nous qui affirmons le principe de solidarité, 
n'oublions pas qu'il y a des familles sans chefs, c'est-à-dire des 
femmes et des enfants dont l'existence est en péril. 

« Nous faisons appel à tous les démocrates socialistes pour 
venir en aide à ces malheureux et leur épargner au moins les 
privations matérielles, si nous sommes impuissants à faire dis- 
paraître leurs souffrances morales. 
« Paris 16 juin 1869. 

«Ont signé: PINUY, menuisier; H. TOLAIN, ciseleur; 
A. THEISZ, ciseleur; GUIARD, monteur en bronze; 
VARLIN, relieur; V. CARRIÈRE, menuisier; G. DU- 
RAND, bijoutier; BELMON, mécanicien; J. AMOLRIE, 
employé de commerce ; J. LABURTHE, chapeUer ; LE- 
CRENIER, chapeUer; E. GUILMARD, chapelier; MAS- 
SADOU, chapelier ; Eugène BAY, chapelier. » 

Le conseil général avait vu avec plaisir les ouvriers français 
se mêler avec ardeur à la lutte électorale. Dès le 14 mai 1869, 
Eugène Dupont écrivait à son cher ami Murât : 

•1 Donne-moi quelques explications au sujet de la division des 
socialistes de Paris, je veux dire la provocation aux députés de 
l'opposition et la protestation des 149 1. 

• A propos de ceUe provocation donl parle Dupont, nous devons repro- 
duire ce passage du journal VEgalilè (numéro du 17 avril 1869i,où se trouvent 
expliqués les faits auxquels fait allusion le correspondant du conseil général : 

Paris. 12 avril 1869. 
» La grande nou\ elle de ces jours derniers, ce sont les deux coinnumica- 



I:T le ,1 vr.dilINIS.Ml';. ^17 

« Que penses-tu des élections? Serons-nous l);tltns? » 
Quelques jours plus tard le conseil général chargeait trois de 



lions des socialistes aux journaux. La première a recueilli quelques sympa- 
thies dans les journaux libéraux, la seconde ne peut manquer de soulever 
tontes leurs haines. Voici ces deux pièces : 

AUX nÉPUTKS PE l/OPPOSlTIOX UnKRALE. 

" Citoyens députés, 

« ÎN'ous ne croyons être contredits par aucun de vous en altirniaiil qu'en 
France la peur du socialisme a été, de 18iS ;i 1S:>I, la caus.; principale 
de la perte successive des libertés politiques laborieusement conquises par 
nos iiért's ; que cette peur avait lini par rejeter dans le camp de la réaction 
autoritaire la presque totalité des hommes qui avaient défendu jusqu'alors les 
principes de la révolution; que si le parti delà liberté s'est ensuite lentement 
reconstitué, c'est parce que la peur du socialisme s'était progressivement 
évanouie ; que par le l'ait des réunions publiques, où la question sociale s'est 
de nouveau posée, la peur, un moment disparue, tend à renaître avec son 
ancienne intensité; et enfin, que si elle ne réussit pas à la faire cesser 
avant les prochaines élections, l'opposition libérale, dont vous êtes les repré- 
sentants officiels, risque fort d'être vaincue, sinon à Paris, du moins dans 
les déparlements. 

« Nous aussi, socialistes, nous Aoulons, bien que par d'autres motifs, faire 
cesser celte peur absurde de la question sociale, et, puisque nous sommes 
d'accord avec vous sur ce but, nous vous offrons loyalemenl le moyen de 
l'atteindre. 

a Nous vous proposons à cet effet, de convoquer une réunion de 2,000 per- 
sonnes, les cartes d'entrée à cette réunion étant ainsi distribuées : 

500 remises à la chambre de commerce; 

100 à l'ordre des avocats; 
30 à la magistrature: 
50 aux of liciers ministériels; 
50 à la faculté de médecine ; 
30 aux journaUstes : 

100 aux différents ministères; 
50 au Corps législatif; 
26 au Sénat ; 
25 au Conseil d'Étal ; 

500 dont vous disposerez comme vous voudrez; 

« El 500 laissées par vous aux socialistes qui accepteront de vous la som- 
mation suivante : 

a Sommation de faire connaître, avec précision et sans réticence aucune, 
non pas leurs idées sur l'avenir de l'humanité, idées qui doivent être d'au- 
tant plus vagues qu'elles s'appliquent à un avenir plus éloigné, mais, ce qui 
est bien différent et bien autrement important, les mesures législatives qui 
leur paraissent nécessaires et suftisanles pour accomplir ce qu'ils appellent 
la révolution sociale. 

« Désireux comme vous, citoyens députés, d'en finir avec celle peur 
absurde qui fait seule obstacle au triomphe de la liberté, convaincus d'ail- 
If'urs qu'un pûiivnir qiiPlçon((ue ne ponrra jamni-; révolutionner à sa guir.e 



38 LlNTERNATlONALi: 

ses membres, Eccarius, Lessiier et Sack, de féliciter les ou- 
vriers français de leur attitude patriotique pendant les élen- 
tions. 



une société qui ne veut pas être révolutionnée, ou la faire marcher dans un 
sens conlraire à celui dans lequel, à tort ou à raison, elle veut et entend 
marclier, nous avons, aprùs mûres délibérations, pris le parti d'aller au- 
devant de votre soumiation. 

« Nous vous invitons publiquement à venir discuter avec nous, devant une 
assemblée composée comme nous venons de le dire, les voies et les moyens 
de la révolution sociale. 

« Trois sténograpiies, clioisis d'un commun accord, seront chargés de 
publier in extenso vos discours et les nôtres, et la France, attentive à ce 
grand débat, sera juge. 

« Qu'avez-vous à craindre? Ce n'est pas le talent oratoire qui vous 
manque. Et certes, si nous n'étions pas convaincus de la justice et de la 
praticabilité de nos moyens, il y aurait de notre pari une grande outrecuidance 
à oser discuter avec vous. Mais nous savons, pour lavoir expérimenté dans 
les réunions publiques, que, chez le peuple français, l'amour de l'art n'exclut 
pas le bon sens, et que celui-ci finit toujours par l'emporter. 

« Nous savons aussi, et c'est là surtout ce qui explique notre audace, que 
si, contre notre attente, nous devons être vaincus par vous sur le terrain 
pratique, si vous réussissez, par vos arguments, à convaincre la nation 
française de l'impraticabilité de nos moyens, nous réussirons, de notre côté, 
à lui démontrer clair comme le jour la nécessité de trouver d'autres moyens 
et l'impossibilité de rester dans le stalu quo, 

a Le parti socialiste, auquel nous avons l'honneur d'appartenir, sera sans 
doute alors envoyé à l'école des moyens; mais la nation, nous en sommes 
profondément convaincus, vous y renverra avec lui en posant ainsi le pro- 
l)lème : 

« Formuler un ensemble de mesures législatives, telles que la liberté du tra- 
vail et la liberté des transactions restant sauves, l'égalité des conditions en 
résulte progressivement et promptement, sans spoliation ni banqueroute. 

« Et par là, citoyens députés, notre défaite commune ne pourra èlre qu'une 
victoire commune, une victoire qui, faisant enfin cesser la peur du socialisme, 
nous conduira, dans un avenir prochain, à la glorieuse et définitive conquête 
de la liberté, sans laquelle il n'est pas de dignité nationale. 

« Dans l'espoir d'une réponse favorable, nous vous envoyons, citoyens dé- 
putés, l'expression de nos sentiments fraternels. » 

a Suivent 11 signatures. La publication de ce document {Siècle, .'i avril) amena 
a publication de celui qui suit {Opinion nationale, 10 avril) : 



T>ECI,ARATIOX DE SOCIALISTES DE TOITES DOCTKINES. 

« Paris, ce 16 germinal. 

« Quelques individualités qui s'arrogent indûment le droit de représenter 
le socialisme, viennent, à la stu])éfaction de toute la démocratie, d'adresser 
aux « députés de l'opposition libérale » l'invitation de prendre paît à une 
joute d'éloquence dont les doctrines sociales seraient le prétexte. 

« En présance d'une aussi outrecuidante manifestation, nous qui ostimouî 



1-;T LI-: JACOBINISME 39 

D'ailleurs riininixtion de l'Internationale dans les élections et 
son ingérence dans le mouvement des affaires politiques résul- 
tent encore des documents suivants qu'il n'est pas sans intérêt 
de reproduire. 

Le premier est une lettre écrite, le 25 octobre 1868, par un 
groupe d'internationaux marseillais, au citoyen Murât, mécani- 
cien, à Paris : 



Marseille, ce 25 octobre 1868. 



Cher citoyen Murât, 



« Dans une deuxième réunion privée tenue hier soir dans le 
bureau du journal le Peuple à l'effet d'organiser les élections 
générales de 1869, un groupe de socialistes adhérents à l'Asso- 
ciation internationale vous a choisi pour figurer sur une liste 
provisoire composée de dix candidats sur le sort desquels il sera 
décidé ultérieurement, après un travail d'information et de pro- 
pagande que les différents groupes présents à la réunion vont 
entreprendre chacun^ pour les trois candidats défmilifs qui de- 
vront être présentés dans les trois circonscriptions des Bouches- 
du-Rhône. 

« Votre adhésion nous est nécessaire pour agir auprès de la 
classe ouvrière à laquelle nous allons vous présenter comme 
candidat, comptant sur son acceptation. Veuillez nous l'envoyer 
au plus tôt afin que nous nous mettions activement et fructueu- 
sement à l'œuvre ; nous vous tiendrons d'ailleurs au courant de 
ce travail. 

» La nuance que nous voulons donner à votre candidature est 
essentiellement, foncièrement socialiste, le sens est contenu in- 
tégralement dans sa quahfication de candidature ouvrière. 

que le parti socialiste n'a pas besoin de représentants ofûciels ou officieux, 
nous protestons formellement et déclarons refuser toute participation à cette 
promiscuité iiideuse d'hommes et de principes, qui sacrifie la dignité de la 
cause populaire à la vanité oratoire do quelques discoureurs. 

oc Laissons ergoter à leur aise les scolasliques de la démocratie et ceux qui 
ne sont que les vaincus de Décembre. 

« Les vaincus de Juin ne discutent pas avec leurs meurtriers; ils attendent. » 
«Suivent 149 signatures. Ces deux piècfs indiquent aussi h\ea ([ue n importe 
quelle appréciation l'esprit du socialisme à Paris. 



iij l.'lNTKRNATIdXAl.i: 

« El) iigissanl ainsi, nous oaleuflons poursuivre le Lut qua 
nous nous étions proposé on adhémnl ;) l'Assoointion inferna- 
tionalo des fra\ ailleurs. 

« Agréez, cher citoyen, l'assurance de nos sentiments fra- 
ternels. 

« P. S. Notre ami ïolaincst compris dans la liste provisoire; 
nous lui envoyons la même dépêche. Seulement en toute fran- 
chise, nous vous dirons que, quant à ce citoyen, des bruits que 
nous voulons attribuer à la médisance se sont fait jour, qui 
demandent néanmoins à être ou justitiés ou démentis, ce que 
nous espérons '. 

œ Nous usons de votre intercession pour agir auiirès du ciloyen 
ïolainailn que son adhésion, à laquelle nous tenons, soit conçue 
de manière à dissiper jusqu'à l'ombre d'une calomnie qui nous 
pourrait faire tort à divers titres. Ceci dit entre nous ! 

« BASTELICA, conniiis, ex-secrétaire du bureau de l'Interna- 
tionale à Marseille; BOYER, ouvrier boulanger, ex-membre 
correspondant; MINOVIS (F.), portefaix, ex-bibliothécaire; 
PILLARD, maçon; PILLARD (Jean-Baptiste), maçon; 
BRAYE, représentant de commerce ; CxUIRAUD ; BOSIO 
(Jacques); BUGNA, menuisier; GAUVIN, ébéniste ; DU- 
GROS, ajusteur ; PELTIER, mécanicien; BRUNET, bou- 
langer; BISGAREL, ajusteur; RESTAGNY, mécanicien; 
MALASSY, typographe; MOLLARD; BIGHET; ROHN- 
FELDER; MALABURA, ferblantier; L. PIASTRE, tan- 



' A propos de ces bruits nous trouvons ce petit entrefilet, dans un organe 
officieux de l'Internationale, le Giiafron, \)\ih\ié à. Lyon au mois de septeni- 
bie 1870 et rédigé par le ciloyen Stanislas Gharnal, qui assistait aux séances 
du congrès de Lausanne : 

« L'Indépendance beUje, cette feuille bonapartico-libéràtre, prétend que d'a- 
près des pièces saisies aux Tuileries, V Association internationale des travail- 
leurs recevait des subsides sur la cassette de l'ex-empereur. 

V Association internationale, jamais ! quelques-uns de ses membres, oui : 
le sieur Tolain entre autres; mais depuis, le congrès des travailleurs de Ge- 
nève, ce misérable a été démasqué et la branche française de Londres n'a 
cessé de réclamer son expulsion. (Le Gnafron. numéro du 25 septembre 1870, 
S"" page, 3'' colonne. I 

Les mêmes accusations avaient été, au mois d'octobre 1865, portées contre 
lui et ses collègues Fribourg, Limousin et Varlin, par le ciloyen Vésinier. Il 
y eut entre eux à ce sujet un échange des lettres les plus grossières ; nous 
en reproduisons quelques-unes empifintées au journal V Espièqle. (Voir docu- 
menls justificalil's, pièce E. 



KT I.K .1 AC.i l!| \ IS Mi:. /,! 

neiir; DELPECH, ex-lrésoiici- dn l'Intmialionale; G, LAU- 
RENTIE; ARNAUD; E. COMBET, ouvrier on cJ.aises; 
Pierre GOLASSE, tanneur ; AUI3RY. 
« Le timbre de l'Associalinn inlornationale est apposé pour 
affirmer l'authenticité dos signatures. 

« Siffué : GERNIGHE. . 

Une lettre de Bastelica, adressée, le 29 novembre 1868, au 
citoyen Murât, contient ce passage dont la signification politique 
ne saurait nous échapper : 

« Le citoyen (Terniclic m'a communiqué votre lettre collec- 
live. xTe tiens à vous donner une opinion qui, quoique purement 
personnelle, réflrte celle de tous nos amis. Sur la liste des dix 
candidats figure un des nôtres, le citoyen Delpech, teneur de 
livres, homme jeune, convaincu, estimé, ex-trésorier de l'Asso- 
ciation internationale '. C'est vous dire que le même esprit 
nous anime et qu'à ces indices nous sommes sûrs de marcher 
tous d'accord et de front dans la prochaine campagne électo- 
rale 

. Signé : BASTELICA. » 

Une troisième preuve de l'immixtion de l'Internationale dans 
la lutte électorale nous est fournie par cotte lettre de Varlin à 
Aubry : 

« Paris, \o 8 janvier ISfiS). 

€ Mon cher Aubry, 

« Quant à la candidature ouvrière, je vois que vous êtes réso- 
lus à la poser. Lyon s'est déjà prononcé dans ce sens. Mar- 
seille nous a adressé une demande de renseignements. J'espère 

» Nous avons quelque raison de supposer que ce citoyen Delpech est le 
même qui fut acclamé sous-prélot d'Aix au lendemain de la révolution du 
4 septembre, et quelques jours après préfet des Bouclies-du-Rhône, qui devint 
plus tard général de brigade dans l'armée des Vosges, qui fit partie de la 
cour martiale appelée à condamner à mort le brave colonel Chenet, de la 
guérilla d' Orient, i{m n'avait commis d'autre crime que celui d'avoir' fait son 
devoir. C'est, croyons-nous, le même citoyen qui s'est battu plus tard en duel 
avec l'Anglais Miilleton dont hs s!/ii)j)al.liie!i pour l'armép garibaldienne sont 
suffisamment connues. 



« L'INTERNATIONALE. 

que nous allons bientôt nous entendre à ce sujet et que, malgré 
les abstentionnistes, prud'hommes enragés, nous entrerons dans 
la lice électorale concurremment avec les républicains bourgeois 
de toutes nuances, afin de bien affirmer la scission du peuple 
avec la bourgeoisie. 

« Salut fraternel à tous nos amis de Rouen. 

c. E. VARLIN. » 

Les lettres suivantes de Bastelica, l'âme de l'Internationale à 
Marseille, prouvent avec quelle ardeur ses adeptes se livraient 
à la lutte électorale. 



« Marseille, janvier, 1869. 
« Mon cher citoyen Murât, 

« Dès que j'ai reçu votre lettre, je me suis hâté de réunir une 
vingtaine d'amis sûrs afin de nous entretenir ensemble du pro- 
gramme. 

« Depuis lors, des événements ont surgi, qui nous ont empê- 
chés de tenir notre deuxième réunion jusqu'à un de ces jours 
derniers. Je vous avouerai franchement qu'à des degrés diffé- 
rents nous aurions tous adopté la candidature Gamhetta. La 
manifestation était on ne peut plus opportune ; il faut renverser... 
l'obstacle quand il est ébranlé. Entre autres raisons pouvant 
légitimer notre adhésion à cette candidature, il y a celle-ci d'un 
ordre élevé : ce qui fait la valeur morale d'un individu ne dépare 
certes pas la dignité d'un peuple ; or, ennemis jurés de faits ac- 
complis, notre conscience indignée nous fera sans cesse un de- 
voir de protester contre toute violation du droit et de la morale. 
Vous me comprenez? 

• Ceci dit pour vous attester qu'en cette occasion nous n'a- 
vons pas faibli à nos principes et pas plus dévié de notre ligne 
de conduite. 

» Nous avons été surpris du manifeste incolore pubhépari'O- 
pinion nationale. D'autre part vous trouverez quelques extraits 
du projet de manifeste que nous avons présenté et que nous 



KT l,K JACOBINISMF. AJ^ 

avons longuement et chaudement discuté. Une sous-commission 
a été nommée à l'effet d'en poursuivre l'étude et de la compléter 
selon l'esprit qui a prévalu ou plutôt qui s'est déçrag-é de nos 
deux séances. La question capitale est encore en suspens : 
sera-ce un manifeste Rlrietemenf. éle(^tovRl on un manifeste essen- 
tiellement socialiste Y 

« Je désirerais connaître où en sont vos travaux sur ce sujet 
avant une troisième réunion que nous tiendrons fm courant. 
Peut-être que d'une mutuelle consultation nous parviendrons à 
éviter un conflit : car l'esprit publié est lancé, le réveil de l'opi- 
nion tient du délire, et je crois que, vu les événements et les cir- 
constances, nous n'aurons pas de peine à engager dans le 

grand mouvement tous nos amis. Je n'oserais répondre si 

l'on me demandait oiî l'on va de ce pas ; ce que je sais, c'est 
que Von est pressé. A vrai dire cet entrain ne me déplaît 
guère. 

« Nous sommes sans nouvelles exactes des progrès du parti 
socialiste à Paris et dans les départements. A Marseille, n'ayant 
qu'une publicité... très-hostile à nos idées, nous ne pouvons rien 
fonder. Ou en sont le Fédéraliste et la Renaissance \^ 

« Salut fraternel. 
« BASTELIGA. « 
Rue Chevalier-Rose, 8 



* MarseUle, 29 juillet 1869, 



Cher citoyen Murât, 



« Dans une dernière lettre je crois vous avoir posé celle ques- 
tion : Que faites-vous en vue des élections parisiennes ? Le ra- 
dicahsme est efflanqué, impuissant : c'est jugé ; si le socialisme 
n'agit pas, nous verrons se renouveler en 1869, les agissements 
de 52. Les idées extrêmes se rallieront à l'empire : nous aurons 
des réformes sociales qui seront à la révolution ce que les cré- 
dits foncier, mobilier, agricole sont à la uiutualité et à l'égal 
échange. Il ne faut pas que nous laissions l'intérêt plébéien se 
souder à l'intérêt gouvernemental; la liberté se prostituer avec 



U l.'lNTKIiN ATIDNALK 

r;iiitorilt'' et riminanité se doniiei- décidément un dieu nouveau 
dont Home elle-même n'a point voulu, César, 

« El pour cela, que faut-il faire? Un simple appel aux socia- 
listes français, la réunion d'un congrès national qui élaborera 
un programme et proposera des candidats ouvriers ; de sorte 
que nous [)ouvons faire des élections de Paris les élections de 
la France et que « ces candidats principes » représenteront la 
France révolutionnaire. 

« Paris ne peut se refuser à ce projet : car après tout quels 
résultats nous a donnés le vote de ces neuf circonscriptions? Le 
succès du scrutin est que la révolution vous me comprenez. 

« Saisissez vos amis de cette idée, arrnngez-la, modifiez-la, 
faisons aiilvp chose, maissacredieu, faisons, faisons !.. Faisons ! 
agissons! osons! Foin de Dieu et de Satan, de F empire et de la 
république ! il nous faut la révolution. Evoquons les ombres de 
Marat et de L)anton; inscrivons sur le guidon de combat loue 
devise : dévolution, audace. 

« Je sue de colère. 

« Répondez-moi. » 

Cette lettre se passe de tout commentaire ; en voici une autre 
où sont exprimés, avec moins de véhémence il est vrai, les mêmes 
principes; elle a été adressée à Murât le 28 octobre 1869 : 

« J'ai commencé à prêcher les candidatures ouvrières en réu- 
nions publiques : je vais poursuivre ma propagande auprès des 
6'orporations, et rien au monde ne me fera démordre de ma ligne 
de conduite ; d'ailleurs le moment est propice pour éreinter les 
avocats, et je ne mettrai pas les gants. » Pauvre Bastelica ! il 
oubliait que quelques mois auparavant il avait acclamé la can- 
didature de l'avocat Garabetta (Lettre précitée du mois de jan- 
vier 1869). 

Il importe de signaler que les mêmes tendances se manifes- 
taient dans les autres centres ou\Tiers et que partout l'Interna- 
tionale était sur la brèche pour assurer le succès de ses candida- 
tures. Les comités corporatifs de l'arrondissement de Rouen 
affiliés à l'Internationale élaboraient un programme de réformes 
sociales qui n'est que la reproduction de celles dont l'Interna- 



i:i" I.!-: .iAc:uUi.\isM i;. W 

tioiialcsc VcUiLl' de poursuivre la réalisation. Le Cercle écouoiui- 
que posait la candidature de son secrétaire, Emile Aubry. Nos 
lecteurs trouveront à la lin de l'ouvrage, parmi les documents 
justificatifs (pièce F), la profession dcfoi d'Auhry, Icprof/rfunuie 
des comités corporatifs et le uianifcste êlecLoiul du Cercle éco- 
nomique de f arrondissement di; Rouen '. 

A Lyon, les mêmes préoccui)ations sont à l'ordre du jour, et 
les socialistes internationaux songent à affirmer hautement leurs 
prétentions. Le chef de l'Internalioualc à Lyon, Albert Richard, 
a pris soin de nous expliquer lui-même, dans un factum, quelle 
avait été à cette époque l'attitude des ouvï^iers lyonnais. Ce fac- 
tum, qui a pour titre le Socialisme à propos des élections légis- 
latives de 1869, mérite d'être connu. Nous le reproduisons in 
extenso aux pièces annexées (voir pièce G). 

Le courant des menées politiques de l'Internationale est tel 
qu'Aubry, de Rouen, commence à éprouver des inquiétudes sur 
le sort des réformes sociales : il craint que les événements po- 
litiques n'absorbent toute l'activité de ses coreligionnaires. Var- 
liu se hâte de le rassurer : « Vous sembler croire, lui éci-it-il le 
f) août 1869, que le milieu dans lequel je vis est plus [jrcoccupé 
de la révolution politique que des réformes sociales : je dois vous 
dire que pour nous la révolution politique et les réformes so- 
ciales s'enchaînent et ne peuvent aller l'une sans l'autre. Seule, 
la révolution poHtique n'est rien ; mais nous sentons bien, par 
toutes les circonstances auxquelles nous nous heurtons, qu'il 
nous sera impossible d'organiser la révolution sociale tant que 
nous vivrons sous un gouvernemeut aussi arbitraire que celui 
sous lequel nous vivons. ■> 

Yarlin propliétisait vrai ; nous étudierons plus Lard comment il 
a su briser tous les obstacles et préparer la révolution sociale. 

Au mois de septembre, le congrès général s'ouvre à Bâle : 
les doctrines socialistes les plus radicales, les résolutions les 
plus révolutionnaires y sont discutées et adoptées. Quelques 
passages des discours des principaux orateurs suffiront pour 



• Ces trois pièces impiiniées sur papier rouge et tirées à un Iros-jrrand 
nombre d'exemplaires iivaient été adressées à loules les sections de l'Inlorna- 
onale. 



4« L'INTERNATIONALE 

nous édilier sur le caractère essentiellement politique et révolu- 
tionnaire de l'Internationale. 

Dans le discours d'ouverture, le citoyen Bruhin, procureur 
général de la république bâloise, insiste « sur la nécessité de 
travailler sans relâche à la création de la république populaire... 
car avant tout, ajoutc-t-il, il faut que le peuple pronnc en main 
le gouvernement. Il reste à savoir si nous pourrons réaliser les 
réformes projetées dans un bref délai et s'il nous sera donné de 
les aceomplir par des voies paei/iques... » 

Dès la première séance, la proposition d'ajouter au programme 
la question de la législation directe du peuple par le peuple 
provoque les débats les plus passionnés. 

Bakounine proteste : « Nous sommes, s'écrie-t-il , une asso- 
ciation internationale qui, d'après ses résolutions, déclare que 
les questions politiques et sociales sont intimement liées, mais 
qui, par son nom lui-même, indique que les questions poli- 
tiques doivent être internationales et non nationales. » 

1 II est nécessaire, ajoute à son tour Rittinghausen, de nous 
occuper des moyens d'exécution par lesquels nous pourrons 
accomplir nos grandes réformes sociales. J'entends dire à beau- 
coup d'entre vous que vous voulez atteindre votre but par la 
révolution. Eh bien, citoyens, la révolution, comme fait matériel, 
n'accomplit rien... Ce n'est qu'en prenant lui-même en main ses 
intérêts par la législation directe que le peuple pourra faire 
prévaloir ses idées et établir le règne de la justice sociale. » 

Hins s'élève contre cette discussion, qu'il qualifie de course 
au clocher des gouvernements : « Ne nous occupons pas de trans- 
former par une représentation ou législation directe les gou- 
vernements actuels, œuvre de nos ennemis bourgeois... Lais- 
sons plutôt ces gouvernements tomber en pourriture, et ne les 
étayons pas de notre morahté. Voici pourquoi : L'Internationale 
est et doit être un État dans les États. Qu'elle laisse ceux-ci 
marcher à leur guise jusqu'à ce que notre État soit le plus fort. 
Alors sur les ruines de ceux-là, nous mettrons le nôtre, tout 
préparé, tout fait, tel qu'il existe dans chaque section. Ote-toi 
de là que je m'y mette, telle sera là question... Quand nous 
serons les \)\us forts, nous prendrons le suffrage universel, et 
alors ce sera pour ne le partager avec personne. » 



KT LK .I.U-.OBINISME. 47 

Dans sa deuxième séance, l'assemblée ainniie sa fcrnif vo- 
lonté de si3 placer non-seulement sur le terrain social, mais 
aussi sur le terrain politique; elle renouvelle sa doolaration de 
guerre au césarismo : « L'Internationale, s'écrie le citoyen de 
Paepe, peut désormais défier toutes les persécutions. Elle inspi- 
rera bientôt tant do terreur à ses erniemis que ceux-ci n'oseront 
plus la persécuter. Elle a pris pour devise ce mot de Danton : 
De V audace^ de V audace et encore de l'audace ! 

Bakounine, le barbare russe, se proclame l'antagoniste ré- 
solu de l'État et de toute politique bourgeoise de l'État. Il de- 
mande la liquidation sociale, la destruction de tous les Ii^tats, 
nationaux et territoriaux, et, sur leurs ruines, la fondation de l'E- 
tat international des travailleurs. 

Flaliaut })arlc d'une fédération universelle à établir entre les 
ouvriers dans le but de revendiquer non-seulement les -droits 
sociaux, mais aussi les droits poliliqucs. 

Nous devons ajouter que l'assemblée se sépare aux cris 
plusieurs fois répétés de : Vive la république démocratique et 
sociale universelle. 

Les doctrines préconisées dans ce congrès ne devaient pas 
tarder à porter leurs fruits : nous assisterons bientôt aux tenta- 
tives de soulèvement provoquées par l'Internationale. D'ailleurs 
ses adeptes ne dissimulent plus leurs espérances : ils croient au 
triomphe prochain de l'idée socialiste. Les circonstances et les 
événements qui vont se succéder avec une étonnante rapidité 
contribueront dans une bien large mesure à faciliter leur œuvre 
de bouleversement et de destruction. 

Le 29 septembre 1869, Robert, professeur à la Ghaux-de- 
Fonds, l'un des vétérans de l'Internationale, écrivait à Aubry, 
de Rouen, une lettre dont nous extrayons les passages sui- 
vants : 

« Chaux-de-Fonds, 29 septembre 1869. 
« Ami Aubry, 



« Que pensez-vous du congrès de Bàle? tous ceux à qui j'en 



48 l/INTKl;\ATl().\AJ,E 

parle suai dans reiilliousiasme. 11 est vrai que depuis quatre ans 
l'Internationale lait vraiment des pas de géant et qu'il l'aut sou- 
vent non marcher pour la suivre, mais courir. 

« Tant mieux, je crois que la violence seule pourra nous ame- 
ner à un but, et Je suis de ceux qui disent : Au feu les vieilles 
loques, lespnperasscs, les litres de propriété, etc., etc. '. 

« Il ne faudrait cependant pas crier cela par-dessus les toits 
aujourd'hui, car on risquerait fort d'avoir à se sucer les doigts 
pour vivre. 

« En ce moment \)'dv exeiui)le, dans ma libre Suisse, je sui.-. 
obligé de tiler doux comme nu agneau pour conserver ma place 
au collège industriel de la Ghaux-de-Fonds... 

« Votre dévoué, 

« F. ROBERT. .. 

(Quelques jours plus tard, le communard Verdure, alors rédac- 
teur du journal le Travail, dans une lettre écrite à Piéton, tisseur 
à Elbeuf et membre de l'Internationale, se plaignait amèrement 
de ne pas voir les questions politiques figurer dans les statuis 
du cercle de Rouen. C'était, d'après lui, une lacune profondément 
regrettable. A peu près à la même époque, les délégués des so- 
ciétés ouvrières de Paris protestaient par la voie de la presse 
contre le prétendu massacre de leurs frères à Aubin ^. 

Nous . arrivons au 26 octobre. On se rappelle à quelles pro- 
testations donna lieu la non-convocation du Corps législatif 
pour cette date, à laquelle expirait le dernier délai de proroga- 
tion accordé par la loi. Nous n'avons pas à revenir sur l'attitude 
des députés Kératry, Gambetta, Raspail et autres : ces faits 
appartiennent au domaine de l'histoire. 

L'Internationale ne pouvait, on le comprend, rester étrangère 
à ce mouvement : elle devait se préparer à agir sérieusement, 
si l'occasion lui en était donnée. 

Dès le 1" octobre, Bastelica se met à l'œuvre : il écrit à Ri- 



'Nous sommes obligé de reconnaître que cet appel à la violence a été en- 
tendu : nous avons vu rinlcrnalionalc à l'aiuvre au mois de mai 1871 et nous 
savons qu'elle ne se contente plus de jeter au feu les vieilles loques. 

î Voir celle protestation aux docunu'Jits juslilicalifs, pièce H. 



ET LE JACOBINISME 49 

cliard, do Lyon, qu'il est nécessaire qu'une entente loyale {sur- 
tout sur les moyens pratiques) s'établisse entre les socialistes 
de Lyon, Paris, Rouen et Marseille afin de no pas livrer les 
évéacmcnis au hasard. — Il insiste siu' la nécessité d'étudier au 
plus vite et d'établir un plan do révolution française. 

Le 10 octobre, il lui rappelle qu'il attend avec la plus vive im- 
patience son appréciation sur le 26 octobre. Il ajoute : Le citoyen 
Carrière vous dira quelles sont nos intentions. 

Le 17, nouvelle lettre ainsi conçue : 

« Marseille, 17 octobre 1869. 



« Non certes, je n'éprouve pas votre scepticisme sur ia liberté 
poliliquc. Exemple : jeudi passé, 3,000 ouvriers se trouvaient 
réunis dans le local que j'avais loué et désigné pour tenir une 
réunion privée dont le but était de subvenir à la grève de Rouen 
ou d'Elbeuf. L'administration a intimé l'ordre au propriétaire de 
nous refuser carrément l'entrée de la salle. Le droit de pro- 
priété ne peut vivre qu'à l'abri et sous l'égide du despotisme. 
Aussi j'ai dû renvoyer cette foule impatiente, protestant et qui ne 
parlait de rien moins que de devancer l'heure. Bref, rendez- vous 
a été pris pour le 26, à une heure, sur la i)lace de la préfecture, 
afin d'y tenir un meeting — en attendant mieux. Qu'en dites- 
vous? Et encore le vote administratif, c'est chose anodine : les 
chàssepots sont au service de la bourgeoisie dont l'empire est 
l'exécuteur des hautes œuvres. 

« Salut amical. 
. BASTELICA. . 

Il n'est pas sans intérêt de rappeler à l'appui de ces lettres 
que les inculpés dans l'affaire du complot avaient juré de s'ar- 
mer pour faire le 26 une manifestation insurrectionnelle. 

Les agissements de f Internationale s'expliquent par les rela- 
tions qui existent entre elle et ces derniers. Nous reproduirons 
plus loin une lettre oii Dupont signale à son complice Guérin un 
groupe tout constitué {ï Internationale) qui s'occupe trrs-acti- 

4 



Ô» L'INTERNATIONALE 

vement de politique et dont les membres sont tout ce qu'il y a 
de pins révolutionnaire. 

A la môme époquele conseil généraldc l'Association internatio- 
nale des travailleurs, s'arrogeant publiquement le droit d'inter- 
venir dans la marche des gouvernements et des affaires politi- 
ques, infligeait un blâme au ca])inet anglais à raison de sa conduite 
dans l'affaire de l'amnistie des prisonniers fénians (Irlandais). 

Voici le texte des résolutions votées à ce sujet par le conseil 
général : elles ont été reproduites dans le journal Vlnternatio- 
nale (numéro du 12 décembre 1869). : 

« Considérant que dans sa réponse aux demandes des Irlan- 
dais pour le relâchement des patriotes irlandais emprisonnes 
(réponse contenue dans ses lettres à M. 0' Shea, le 18 octo- 
bre 1869, à M. Isaac Butt, le 23 octobre, et aux anciens fores- 
tiers de Dublin), M. Gladstone a insulté la nation irlandaise ; 

« Considérant qu'il mêle à l'amnistie politique des conditions 
qui dégradent à la fois les victimes d'un mauvais gouvernement 
et le peuple gouverné ; 

« Considérant qu'ayant, malgré la responsabilité de sa posi- 
tion, publiquement et avec enthousiasme applaudi à la rébel- 
lion des esclavagistes américains, il vient de prêcher au peuple 
irlandais la doctrine de l'obéissance passive ; 

« Considérant que l'ensemble de sa conduite dans la question 
de l'amnistie irlandaise est la continuation fidèle et naturelle de 
cette politique de conquête qui , fièrement dénoncée par 
M. Gladstone, a chassé les torys, ses rivaux, du ministère; 

« Le conseil général de l'Association internationale des tra- 
vailleurs exprime son admiration pour la manière magnanime 
dont le peuple irlandais a conduit son mouvement de l'amnistie. 

« Par ordre du conseil général, 
« B. LUCRAFT, président de séance. COWELL STEP- 
NEY, trésorier. J.-G. EGARRIUS, secrétaire général. 
R. SHAW, correspondant pour l'Amérique. Eugène DU- 
PONT, pour la France et la Belgique. Karl MARX, pour 
la Germanie. Jules JOHANNARD, pour l'Italie. Paul LA- 
FARGUE, pour l'Espagne. Antony ZABISKI, pour la Po- 
logne. H. JUNG, pour la Suisse. » 



r-:T LE .lACOUINISME. 01 

En France, la fédération parisienne, (lui n'est autre chose 
qu'une contrefaçon et une doublure de Vlnlevnnlionalc déguisée 
sous un nom nouveau et sous une couverture légale, s'apprê- 
tait à dcvenii- le foyer do la révolution •. Elle possédait désor- 
mais son Moniteur, son organe officiel, la Marseillaise, dont le 
rôle va consister à secouer la torpeur des traînards et à fouetter 
le sang des peureux. Nous trouvons à ce sujet dans un des 
organes de l'Internationale un aveu bien précieux à recueil- 
lir : il émane d'un intcmalional, attaché au comité de rédaction 
de la Marseillaise, le citoyen Varlin : 

« La situation actuelle de la France ne permet pas au parti de 
rintornalionnle de rester étranger à la politique. En ce moment 
la question de la chute prochaine de l'empire prime tout le reste, 
et les internationaux doivent, sous peine d'abdiquer, prendre la 
tôtc du mouvement. Si nous nous étions tenus a l'écart de la 

POLITIQUE, nous NE SERIONS RIEN EN FrANCE AUJOURD'HUI, taudis 

que nous sommes à la veille d'être tout. « (Voilà le secret de la 
véritable puissance de l'Internationale dévoilé par un de ses 
adeptes.) 

II continue : « Il faut qu'un journal sociahste ait, à côté de la 
partie réservée aux questions sociales et ouvrières, une partie 
spécialement politique. 

« La direction de cette partie politique de la Marseillaise a été 
confiée à Rochefort qui, grâce au mandat impératif qu'il a accepté 
franchement, est devenu le véritable porte-voix du peuple de 
Paris. Les rédacteurs de la partie politique devront toujours 
être complètement révolutionnaires, non-seulement contre l'em- 
pire, mais contre toutes les institutions gouvernementales ac- 
tuelles. 

« Quant à la partie socialiste du journal, elle a pour prin- 
cipal rédacteur, Milhère, un des sociahstes les plus capables 
que je connaisse. Les principes que nous devrons nous efforcer 
de faire prévaloir sont ceux de la presque unanimité des délé- 

» Pin dy, interpellé au mois de juin 1870 sur le but de la fédération, avait 
fait au juge d'instruction cette réponse assez signilicalivc : « Vous demandez, 
disait-il, si la fédération n'est pas une transformation de l'internationale. 
J'ijrnore si c'est absolument la même chose, mais ce qui est certain, c'est 
qu'elle poursuit le même but par les mêmes moyens. » 



52 I/INTERNATIONALE 

gués au congrès de Dâlc, c'est-à-dire le collectivisme ou le com- 
munisme non autoritaire. » 

[Progrès du Locle, numéro du !«' janvier 1870). 

Le terrain de la révolution commençait à être suffisamment 
préparé : il ne restait plus qu'à rccliercherlcs moyens pratiques 
pour arriver rapidement à s'entendre et à s'unir en vue d'une 
action commune. 

Dès les premiers jours de 1870, le rôle politique de l'Interna- 
tionale devient audacieux et menaçant. On se rappelle l'émo- 
tion produite par le meurtre d'Auteuil et l'enterrement de 
Victor Noir, et les surexcitations auxquelles donna lieu cet évé- 
nement. Les internationaux furent surpris, et, soit crainte d'un 
échec, soit défaut de plan et de direction, ils laissèrent échapper 
une si magnifique occasion de désordre sans tenter une levée 
de boucliers. Ils n'avaient pas voulu engager la lutte dans des 
conditions déplorables : ils se réservaient pour des jours meil- 
leurs. L'un de leurs adeptes, persuadé que le crime de Pierre 
Bonaparte pourrait bien amener un dénoûment d'un moment à 
l'autre, prenait déjà ses précautions *. 

Cette attitude modérée ne fut pas cependant du goût de tout 
le monde; elle fut vivement critiquée par Aubry et Bastelica, 
Varlin se chargea de calmer leur légitime impatience et de leur 
fournir des exphcations. 

<t Vous êtes dans l'erreur, écrivait-il à Aubry, le 19 jan- 
vier 1870, lorsque vous pensez5que l'influence de notre fédération 
a probablement contiibué à empêcher que la manifestation du 
12 janvier se transformât en insurrection. Les délégués de la 
chambre fédérale ne s'étaient réunis ni concertés à l'avance, 
tous se sont rencontrés , avec la plupart des membres des so- 
ciétés ouvrières, à l'enterrement de Noir, et je puis vous affir- 
mer que la majeure partie d'entre eux étaient disposés à agir si 
Rochefort avait dit : A Paris ! 

t Rochefort était maître du mouvement. 11 a été assez intelli- 

1 Voir notre premier ouvrage, documents justificatifs, pièce N. 



KT I. E lACÔlJlNlSMK. 53 

gent et raisonnable pour no pas donner un ordre funeste et 
envoyer au massacre les meilleurs soldats de la révolution. 

ft C'est à lui seul que nous devons savoir gré du dénoûinent 
de la journée. Quant au peuple, s'il n'a pas pris roiTonsivo de 
lui-môme, c'est que d'abord il manquait d'armes, et que, do 
plus, il comprenait que la position stratégique était des plus 
mauvaises. 

« Les délégués de la diambro fédérale se sont émus du dan- 
ger qu'il y a pour la cause populaire à abandonner ainsi la 
direction à un ou à (luelqucs hommes. 

<t Des circonstances semblables à colles du 12 pouvont se 
présenter. Il ne faut pas que la population ouvrière et socialiste 
soit exposée à ce que le mot d'ordre soit dans un ([uartier, 
a combat », et dans un autre, « situation » {sic). Pour éviter 
tout malentendu compromettant et aussi pour empêcher que 
quelques invidualités ne s'emparent du mouvement, nous avons 
décidé que désormais nous suivrions attentivement le mouve- 
ment politique, et que dans toutes les occasions nous nous 
consulterions sur ce qu'il y aurait à faire. Les esprits sont 
montés ; la révolution s'avance ; il ne faut pas nous laisser 
déborder. 

t Je ne crois pas que maintenant les partis bourgeois multi- 
colores désirent la révolution. Les idées ont marché depuis un 
an, et ils craignent le socialisme, qu'ils voient grandir. Sans 
doute, une émeute vaincue les satisferait, car ce serait une 
occasion de proscription contre nous : mais nous serons d'au- 
tant plus prudents que nous nous sentons seuls. Nous devrons 
du même coup abattre toutes les tètes de l'hydre : mais il ne 
faut pas que nous les manquions, et c'est pourquoi nous hési- 
tons. 

« Si, cependant, comme vous le dites, on porte atteinte aux 
droits restreints dont nous jouissons , si, par exemple , on 
arrache Rochefort à son banc pour le jeter dans une prison, 
que devrons-nous faire ? 

« Signé : VARLIN. » 
Y)c son côté Bastelica insiste sur la nécessité d'une entente 



54 L'INTERNATIONALE 

commune, afin do ne pns être pris au dépourvu. Voici ce qu*il 

écrit à ce sujet à son ami Murât, le 19 janvier ^. 



€ Quelques lignes seulement pour remplir fidèlement une mis- 
sion. Les événements de ces jours derniers nous ont donné à 
« réfléchir sur le défaut d'entente surtout entre les groupes 
du parti... Alors que le peuple parisien se trouvait massé, prêt 
à déborder, nous nous trouvions presque calmes, sans autres 
nouvelles que celles de l'agence Ilavas : d'autre part une nou- 
velle apocryphe pohcière pourrait nous jeter dans la rue et vous 
trouver tranquilles comme des Baptistes : il faut même craindre 
que le gouvernement n'emploie un de ces moyens affreux pour 
décimer quelques villes de la province, prétexte sanglant à de 
nouvelles proscriptions. Aviser n'est pas de reste , quoique 
je n'espère pas que nous devions user tôt de nos moyens, mais 

enfin Des amis peu nombreux, mais sûrs, connaissant nos 

relations et appréciant particulièrement votre caractère, m'ont 
prié de vous demander si vous voulez vous charger de nous 
prévenir télégraphiquement (ou d'employer tels moyens qu'il 
vous conviendra) en cas d'événement. 

K La même démarche est faite auprès d'autres citoyens con- 
nus , afin que, les informations de l'un corroborant celles de 
l'autre, la responsabilité ne retombe sur personne. 

« L'opinion a été vivement surexcitée la semaine passée : elle 
commence à s'apaiser. Les bourgeois nous rient au nez ; leur 
frayeur folle est passée. Je voudrais voir les révolutionnaires 
parisiens sommer résolument les journalistes aventureux et bra- 
vaches... la plume à la main, d'avoir à ne plus nous ennuyer 
avec leurs déclamations énervantes. Sont-ils drôles ces farceurs- 



1 Nous trouvons, dans un journal de Paris, un programme social et polilique 
qui aurait été arrêté des le mois de janvier 1870 par l'Internationale, les blan- 
quistes et le comité du journal \z. ^'( arselUaise fusionnés et qui, s'il est authen- 
tique, jette un jour nouveau sur les actes sanglants et les orgies révolutionnaires 
accomplis vingt mois plus tard. Nous le reproduisons soui toutes réserves aux 
documents justificatifs, pièce I. 



i:t le -IAGOBINISME. &6 

là? Il n'y en a pas un qui Jonrnellomcnt no chante plusieurs 
fois celte antienne : L'empire est mort ! et (|ui ensuite ne se 
laisse fourrer à la salle de police... correctionnelle. 

« Si au moins la révolution de 18.. antithèse de 48 pouvait 

être la bonne révolution J'ai la mort dans l'Ame de voir tout 

un peuple vouloir remplacer l'homme providentiel usé par 
l'homme lanterne ou l'homme réveil. Ça me crispe. » 

La lettre de Varlin à Bastelica reproduite dans le Journnl 
officiel du 4 mai 1870 donne la mesure exacte des dispositions 
concertées entre les chefs de l'Internationale en vue d'éven- 
tualités que l'on regardait comme prochaines ^. Le rôle joué 
par l'Internationale dans les derniers événements y apparaît 
dans tout son jour. 

Il n'est pas sans intérêt de signaler ici qu'il résulte de tous 
ces documents, que ce sont trois ou quatre personnalités qui tien- 
nent en France tous les fils de l'Internationale, et que la masse 
des prolétaires, si désireuse pourtant de hâter l'heure de sa 
complète émancipation et de son affranchissement, accepte 
complaisamment toutes leurs volontés. Le despotisme est dé- 
placé, voilà tout. Au lieu d'un tyran, on subit le joug de plu- 
sieurs. 

La grève, cette arme terrible dont parle Eugène Dupont, fait 
partie du plan poHtique de campagne adopté par l'Internationale. 
Le Creuzot, et plus tard Fourchambault, en deviendront les 
premières étapes. Les habiles ont compris que le moment était 
venu de recourir à ce moyen, préconisé au congrès de Bruxelles 
et dont ils apprécient toute la portée dans la situation actuelle. 
Ils comptent ainsi exciter les esprits, augmenter l'agitation, 
multipher les foyers d'insurrection, indisposer les masses po- 
pulaires contre leurs prétendus exploiteurs et, par tous ces 
moyens, arriver à un soulèvement général ayant pour but : 
rétablissement de la république démocratique et sociale uni- 
verselle. 

D'ailleurs, dans les premiers mois de 1870, les manifestes po- 
litiques de r Internationale abondent. Par ordre de date, nous 

» Voir \' Internationale, documents anne^tés, pièce I. 



56 L'INTERNATIONALE 

trouvons d'abord nno adresse des femmes appartenant à la sec- 
tion internationale de Lyon, pour engager les jeunes gens de la 
classe de 1870 àrefiiserle service militaire. Cette pièce, adoptée 
dans une réunion privée tenue à Lyon, salle Valentino, le 16 jan- 
vier, a été notifiée à tous les comités centraux de l'Internationale 
par la citoyenne Virginie Barbet, Tiin des champions les plus 
infatigables de ridée socialiste *• 

Le manifeste du conseil général belge, à l'occasion du meur- 
tre d'Auteuil et de l'attitude des internationaux parisiens, mérite 
une mention toute spéciale : il contient un appel des plus violents 
à l'insurrection et à la révolte -. Il porte la date du 19 jan- 
vier. 

Quelques jours plus tard, l'arrestation de Rochefort devenait 
le prétexte de nouvelles tentatives insurrectionnelles : comme 
toujours l'Internationale s'y trouve mêlée. La déclaration de Var- 
lin, Combault et Malon, insérée dans la Marseillaise du 11 février 
1870, est de nature à dissiper tout doute à cet égard 3. C'est 
un défi insolent jeté aux réactionnaires et une invitation aux 
frères et amis à se recueillir aûn d'assurer la l'évolution. On 
proclame que la coupe est pleine et qu'elle ne tardera pas à dé- 
border. 

Un autre groupe d'internationaux, obéissant à la même pensée, 
publie un manifeste oîi se trouve tracée la ligne de conduite à 
suivre en présence des événements qui viennent de se produire 
et qui constituent le prologue de la révolution... « Il faut, disent- 
ils, hâter le triomphe définitif, mais sans le compromettre par 
une action trop précipitée *. » 

Pendant ce temps Aubry, Richard et Bastelica sont loin de 
rester inactifs ; ils préparent leurs forces et organisent tous leurs 
moyens d'action afm de seconder, au moment opportun, les 
efforts de leurs frères de Paris. Leurs correspondances trahis- 
sent cette constante préoccupation. BasteUca se distingue entre 
tous par son tempérament révolutionnaire. 

« L'Internationale, écrit-il le 2 février à Varlin, est la maîtrise 

i Ce document se trouve reproduit à la fin du volume, pièce J. 
s Voir notre premier ouvrage sur l'Internationale, annexes, pièce B. 
s Jd., ibid., pièce J. 
4 Voir notre premier ouvrage, page 21. 



HT LE JACOBINISME. 57 

révolutionnaire : personnellement, et pour l'action, je compte 
moins sur le nombre que sur la trempe. 

a II faudrait profiter de la réunion générale de la fédération 
lyonnaise pour donner à cette assemblée le caractère et la pro- 
portion d'une manifestation socialiste. Lyon avant Paris ! Qu'en 
pensez-vous ? Si vous m'approuvez, écrivez à Richard afin que 

l'entente s'établisse J'ai adressé dernièrement à Mabilly, 

Cesat, Noble et Giraud, qu'il connaît d'ailleurs, avec prière de 
vous faire communiquer avec eux. 

a L'objet de leur présence à Paris se rattache à celui de nos 
deux dernières lettres échangées. Confiez-vous avec ces amis... 
politiques (seulement !) » 

* Le 7 février suivant, il fait connaître en ces termes à Murât 
son opinion sur la situation : « La révohilion ne perd pas du 
terrain, elle perd du temps. » 

Son impatience se traduit en invectives contre Rocliefort 
dans une lettre qu'il adresse à Varlin le 11 février. 

« J'ai reçu votre lettre, lui écrit-il, hier soir fort tard, après 
que j'eus jeté à la poste deux pages que j'ai adressées par pré- 
caution à mon ami et compatriote Ma...i, comme cosignataire du 
manifeste de la Marseillaise, et, à moins que vous ne soyez par- 
venu à vous esquiver prudemment, il est probable que celte 
lettre ne vous trouvera pas à votre domicile. Aussi ne lui con- 
fierai-je pas tout ce que j'ai à vous dire. Par la lecture de la let- 
tre que vous remettra tôt ou tard mon ami, vous verrez ce que 
je pense du mouvement. L'entente préalable ! vous écriez-vous. 
Pourquoi ne l'a-t-on pas fait ? Rochefort est coupable ; je suis 
sévère, mais juste. On ne doit pas jouer comme cela à la gUs- 
sade dans le sang du peuple. Les tigres des Tuileries l'appren- 
dront un jour. Soyez certain que je pousserai à la manifestation 
indiquée de toutes mes forces, a^•ec rage. Mais pourquoi Roche- 
fort ne démissionne-t-il pas aussi ? Cet homme (que je tiens en 
haute estime) a eu, comme tous les hommes qui servent la ré- 
volution, son jour, son heure, sa latitude. Aujourd'hui le niveau 
populaire l'a surpassé ; qu'il regagne la rive s'il ne veut être 
noyé. A un autre ! 

« En lisant dans le Rappel l'article sur l'arrestation en corps 
des rédacteurs de la Marseillaise, il m'est venu plusieurs ré- 



5« L'INTERNATIONALE 

llexions : Varlin n'était pas là, ine suis-je dit, il n'aurait pas ré- 
pondu à l'appel ; il aurait riposté, et })uis cette autre : Un coup 
d'État est possible. 

« A vous, 

« A. BASTELIGA. » 

Do quelle manifestation voulait parler Bastelica ? Il a pris 
soin de nous l'expliquer lui-même lorsque^ écrivant quelques 
jours plus tard à Aubry (21 février 1870), il lui annonce qu'il 
s'est mêlé aux scènes tumultueuses qui se sont passées à Mar- 
seille à la suite de l'arrestation de Rochefort, et qu'il était prêt 
2:)his qiio jamais à agir sérieusement. Nous devons rappeler 
qu'une manifestation fut à cette époque organisée par la cham- 
bre fédérale de Marseille, qui n'était, sous une couverture légale, 
comme celle de Paris, qu'une contrefaçon de l'Internationale. 
D'ailleurs, il faut bien le reconnaître, l'exaltation delà branche 
française de Londres est aussi grande que celle qui se manifeste 
dans les sections de Paris, Marseille, Rouen, etc. Elle a res- 
senti le contre-coup des événements politiques qui se sont ac- 
complis en France. 

Le 26 janvier, un grand meeting d'indignation est tenu sous 
la présidence de Besson_, dans Gleveland Hall, pour protester 
contre l'assassinat de Victor Noir par le bandit Bonaparte. Les 
discours les plus violents y sont prononcés. On y fait l'apologie 
de l'assassinat. 

En parlant de l'empereur, Besson, dont la figure a quelque 
chose de sauvage, entre dans des transports de fureur : « Avec 
un pareil homme, s'écrie-t-il avec rage, tous les moyens sont 
bons, il faut à tout prix le supprimer, son existence coûte la 
vie à des milliers de démocrates. ^ 

On annonce l'arrivée à Londres de Félix Pyat qui vient tra- 
vailler au triomphe de la révolution.. Une souscription est ou- 
verte pour élever un monument à la mémoire de Victor Noir. 
On donne lecture de lettres écrites par Alavoine et Gromier. 
Le 2/t juin, nouveau meeting public de la branche française 
réunie à la société révolutionnaire la Teutonia, pour célébrer le 
vingt-deuxième anniversaire de la proclamation de la républi- 



KT LK .lAlUJDINlSME. &9 

quo sur les barricades (24 février 1848). L'assemblée, présidée 
par Besson, proteste contre l'arrestation du représentant Hoche- 
fort *. 

Étudions maintenant quelle est au milieu do tous ces événe- 
ments l'attitude polilii|ue du conseil général. 

Dans sa séance du 1" janvier, il vote des résolutions, desti- 
nées à être adressées en communication privée à tous les cor- 
respondants de l'Internationale. Ces résolutions sont do la i)lus 
haute importance: on y explique que V initiative révolutionnaire 
doit partir de la France... que le conseil général a pour mis- 
sion d'accélérer le mouvement vraiment révolutionnaire en 
Angleterre et partout.. On ajoute que le seul point où l'on 
puisse frapper le grand coup contre l'Angleterre oflicielle, 
c'est rirlande, et que le premier besoin du conseil général est 
de pousser la révolution en Angleterre -. 

C'est à ces résolutions, traduites en français par Dupont, que 
Serrailler fait allusion dans cette lettre à Johannard, le 9 fé- 
vrier 1870, alors qu'il lui parle de pièces très-importantes que 
Dupont, son propriétaire, est chargé d'envoyer en France. Voici 
les termes mêmes de cette lettre, adressée sous le couvert d'un 
nommé Jarry, 4, rue des Abbesses, à Montmartre : 

« Londres, le 9 février 1870. 
« Mon cher Jules, 

t Étant locataire de M. E. Dupont, je remplis provisoirement 
les fonctions de secrétaire. — Il est chargé d'envoyer en 
France des pièces très-importantes, et, d'après les événements 
de Paris, il est nécessaire de savoir au juste si on peut les 
envoyer en sécurité. D'ailleurs; plusieurs de ces pièces étant 
pour être adressées à nos amis Combault, Murât, vous-même, 
etc., il est urgent de savoir par le retour de la poste si vous 



* La Marseillaise (numéro du 28 février) a publié un compte rendu de cette 
réunion qui lui a été communiqué par le secrétaire même de la brandie fran- 
çaise, G. Pêtre. Parmi les assistants de ce meeting, on remarquait Weber, Pain- 
tot, Prévost, Kaufman, Denonpont, Lelubez, Holtporl, Debord, Félix Pyal, 
MouraiUe, Crampon, Jourdain, Victor Gudfm. Nous reproduisons, aux documents 
ustilicatifs (pièce K), le compte rendu de cette réunion. 
- Consulter sur ce point, l'Internationale, annexes, pièce K. 



60 L • I N T E H NA T 1 o N A L K 

n'êtes pas logés gratuitement *. Pas de retard à répondre ; quel- 
ques détails s'il est possible, mais pas de délai. Surtout ne soyez 
pas Johannard pour cette fois au moins. Adressez votre lettre : 
3i, Lisle street, Leicester square, à mon nom. Mettre les for- 
mes sous dictée. Ce que nous racontent les journaux anglais 
nous semble empreint d'exagération. Dans tous les cas le mo- 
ment paraît grave, et il est bon d'être prudent en ce qui con- 
cerne l'Association internationale, qui certes ne manquera pas 
d'avoir sa part de responsabilité des événements actuels. 

« A bientôt, ma vieille, et s'il ne manque que moi pour faire la 
révolution, vous pouvez compter qu'elle ne manquera pas. Dans 
six semaines au plus tard, j'arrive à Paris. Surtout, pas de ma- 
nifestation. 

« Votre silence serait pour nous la confirmation de nos 
craintes par rapport à l'Association internationale et pour nos 
amis personnellement. 

« N'oubliez pas Lucien pour nous, ainsi que tous les amis. 
Encore une fois, à bientôt ! Nous vous serrons la main. 

ce A SERRAILLER. >. 

On s'explique qu'il soit nécessaire de s'assurer si l'on peut 
envoyer en sécurité des pièces aussi compromettantes ; mais ces 
précautions paraissent étranges, de la part d'une société qui 
affiche hautement la prétention d'avoir toujours agi au grand 
jour. 

L'esprit des sections belges est tout aussi révolutionnaire. 
Jamais procès plus violent n'a été fait au gouvernement belge 
que dans le meeting tenu à Liège, le 9 janvier 1870, dans la 
salle de l'Allée- Verte. 

L'un des orateurs. Fontaine, demande que l'on obtienne le 
suffrage universel bon gré, mal gré. Il propose de former des 
rondes immenses, de danser une vaste carmagnole, en chantant : 
Nos droits ! nos droits ! Il ajoute que, si à leui^s sommations on 



< Nous devons rappeler que déjà, à la date du 7 janvier, Dupont annonçait 
à Murât l'envoi de ces résolutions, a. J'ai à traduire, lui écrivait-il, des réso- 
«lutions du conseil pour en envoyer copie aux correspondants. Cela me prend 
« beaucoup de temps. Tu les recevras d'ici à quelques jours. » 



ET LE JACOBINISME. fll 

répond par le dédain, alors il faudra serrer leurs rangs et 
broyer ces gens contre les colonnes du temple. 

Le citoyen Robert parle de l'impôt, qui sert à payer un roi 
parasite, des ministres insolents, une chambre prostituée, à 
solder la bureaucratio qui exploite le travailleur, lu magistrature 
qui le condamne, l'armée qui lui envoie du plomb dans le ventre 
lorsqu^ il réclame du pain. La loi du recrutement, s'écrie-t-il, est 
une loi monstrueuse. Autrefois, au moins, le despotisme avait 
la pudeur de se servir de mercenaires. Il appartient à l'hypocrisie 
parlementaire d'emprunter au peuple les bourreaux du peuple. 
Il faut que cela finisse. Vive la république sociale ' ! 

Au meeting tenu à Mons le G février, salle du Château-des- 
Fleurs, le drapeau rouge qui flotte au dessus du bureau est 
choisi pour emblème de l'Internationale. Eugène Hins représente 
le drapeau tricolore comme étant celui de la royauté et de l'armée. 

a Le drapeau rouge, dit-il, sera le drapeau de l'Internatio- 
nale, parce que ce drapeau nous rappellera le sang de nos frères 
qui a coulé à l'Épine, à Seraing, à Frameries, à Bàle, à Aubin, 
à la Ricamarie 2. » 

D'ailleurs, nous devons bien le reconnaître, à cette époque, 
l'Internationale fait cause commune avec les démagogues les plus 
ardents, avec les anciens déportés de 1851 et de 58. Peu scru- 
puleuse sur le choix de ses adhérents, elle s'allie à tous ceux 
qui pourront l'aider à accomplir son œuvre de destruction et de 



1 Nous devons signaler que, dès la fin de 1869, une certaine agitation s'était 
manifestée en Belgique en faveur d'une extension du suffrage, et que des ré- 
publicains socialisies, membres de l'Internationale, avaient pris l'initiative d'or- 
ganiser des meetings dans toutes les localités, aiin d'y exposer les principes de 
la représentation du travail. Il fut même décidé, dans deux meetings tenus à 
Ver%-iers le 28 novembre et à Seraing le 12 décembre, qu'aux prochaines élec- 
tions les ouvriers opposeraient au scrutin censitaire le scrutin libre, et que l'on 
voterait pour des ouvriers appartenant aux industries les plus répandues dans 
la localité. [Int., 19 décembre 1869.) 

2 Nous aimons à croire que les démocrates lyonnais ignoraient cette parti- 
cularité le jour où ils arboraient cette hideuse loque rouge qui a flotté sur le 
dôme de l'hôtel de ville pendant plus de six mois, et que l'on retrouve encore à 
la mairie &<• la Guilloîière la veille de l'insurrection du 30 avril. Nous aurons 
d'ailleurs Toccasion de revenir sur ces faits avec plus de détails lorsque nous 
étudierons les émeutes ou tentatives d'émeute qui se sont produites dans 
:ette ville les 28 septembre, 2 et -4 novembre 1870, 23 mars et 30 avril 1871. 

Quant aux communards parisiens, la plupart membres de l'Internationale, 
.Is savaient quelle était la signification du drapeau rouge ! 



62 L'INTERNATIONALE 

renversement. Elle choisit de préférence des gens tarés. Il 
lui faut maintenant des hommes résolus à tout, ne reculant de- 
vant aucune extrémité, et elle est sûre de les trouver dans 
cette catégorie d'individus qui font du désordre et de la guerre 
civile leur métier favori. Aussi voyons-nous Combault rêclnmcv 
rinlervention de Pyat et de Bcsson comme chose indispensable 
pour faire la rcvohilion. C'est Eugène Dupont qui se charge 
lui-môme de cette négociation *. 

Parmi ces artisans de la dernière heure nous devons citer le 
prétendu général Cluscret, cet aventurier de la pire espèce, qui, 
après avoir promené dans toute l'Europe son incapacité et sa 
forfanterie, est venu plus tard s'abattre sur la France et prendre 
part à la' curée du 18 mars. 

Nommé par Varlin représentant de la fédération parisienne 
en Amérique, il notifie aussitôt par un manifeste son nouveau 
titre à tous les travailleurs américains 2. 

Quelques jours plus tard il rend compte de sa mission à Var- 
lin et lui écrit une lettre oii il expose la manière dont il entend 
exécuter son plan de révolution. On frémit à la pensée que ce 
misérable caressait déjà à cette époque le projet d'incendier 
Paris, afin de se maintenir au pouvoir le jour où il y arriverait; 
et qu'il avait le cynisme révoltant de l'avouer. 

Sa lettre à Varlin est une des plus belles pages des annales de 
l'Internationale : elle est de nature à enlever toute illusion sur 
V humanitaire Internationale à ces quelques rêveurs qui, égarés 
dans son sein, s'évertuent à nous persuader que c'est par un 
progrès pacifique qu'elle a toujours poursuivi l'émancipation des 
travailleurs. Quand on rapproche cette lettre de celle du pro- 
fesseur Robert 3, on demeure convaincu que tous les actes de 
pillage, d'incendie et de vandaUsme dont la révolution du 18 mars 
a assumé la responsabihté devant l'histoire étaient le résultat 
d'un plan depuis longtemps concerté entre les chefs avoués de 
l'Internationale. Nous tenons à reproduire cet important docu- 
ment. 



1 Voir aux documents justificatifs, pièce L. 

- Nous reproduisons ce manifeste à la fin du volume, (iiièce M) 

3 Voir page 47. 



ET LE .lACOBINISME. 68 

« New-York, 17 février 187U. 

•< Mon cher Varlin, 

« Je viens de recevoir votre bonne lettre du 2, elle ni'expli({uc 
le relard apporte à la solution do ma demande. Inutile de vous 
dire que j'accepte et vais me mettre à l'œuvre pour tâcher d'être 
utile à mes frères en misère et en travail *. 

« Le journal dont je vous avais parlé ne s'est pas fondé et je 
n'ai pas cru devoir renouveler la tentative en présence des der- 
niers événements de France ainsi que des lettres de mes amis 
unanimes à me rappeler en Europe. Selon toute probabilité, j'y 
serai pour l'été ; mais d'ici là, j'aurai organisé les relations in- 
ternationales entre les différents groupes français et américains, 
et désigné pour me remplacer (au choix du comité français) une 
ou plusieurs personnes zélées et capables. 

« Gomme vous le dites, nous triompherons sûrement, infailli- 
blement, si nous persistons à demander à l'organisation le 
succès. 

« Mais ne perdons pas de vue que l'organisation a ^tour but de 
solidariser pour F action le plus grand nombre. 

a. Donc soyons coulants, arrondissons les angles, soyons réel- 
lement frères en action et non en parole. Que les questions de 
doctrine et d'individualité ne séparent pas ce qu'une commune 
souffrance , c'est-à-dire un commun intérêt a réuni ; nous 
sommes tout et tous : il faut avouer que si nous sommes battus, 
nous méritons bien de l'être. 

€ Je n'ai pas vu figurer les nôtres dans les derniers troubles; 
quelle a été f attitude des sociétés ouvrières et quelles sont leurs 
dispositions actuelles ? 

« Certes il ne faut pas sacrilier nos idées à la politique, mais 
il serait désastreux qu'elles nous en détachent même momenta- 
nément. 

« Pour moi, tout ce qui vient de se passer signifie que les 

» Varlin avait écrit à Oluseret, le 2 février, pour lui demander de représenter 
la fédération parisienne aux Elals-Unis. 



«4 L'INTERNATIONALE 

d'Orléans se faufilent petit à petit au pouvoir, en rognant les 
ongles à L.-N., de manière à n'avoir plus qu'à se substituer à lui 
un beau matin. 

a OR, CE JOUR-LA NOUS DEVONS ÊTRE PRÊTS PHY- 
SIQUEMENT ET MORALEMENT. CE JOUR-LA, NOUS OU 
LE NÉANT ! rJusqiie-là je resterai trnnquille probablement, 
MAIS CE JOUR, JE VOUS L'AFFIRME, et je ne dis jamais 
OUI POUR NON, PARIS SERA A NOUS OU PARIS N'EXIS- 
TERA PLUS. Ce sera le moment décisif pour l'avènement du 
peuple. 

« A vous, 

ce CLUS.... 

« P-S. Nous avons le Sun, qui tire à 90,000 exemplaires, un 
journal français et un journal allemand. 

« Comme vous le voyez, nous sommes déjà solides. 

Que vont faire Malon, Héligon et C^^ dans 

l'affaire Vermorel ? Nous n'avons pas à nous mettre pour ou 
contre dans de semblables questions de personnes. Allez voir 
Fonvielle et faites-nous adresser la Marseillaise. » 

Les événements nous ont appris comment Gluseret avait su 
tenir cette sinistre promesse. Si Paris existe encore, ce n'est 
assurément pas la faute de Cluseret et de ses séides : ils avaient 
tout préparé pour l'exécution de leur criminelle entreprise. 

Pendant que Cluseret travaillait ainsi les Américains et se 
préparait à la lutte, la propagande socialiste et révolutionnaire 
se poursuivait en France sur la plus vaste échelle. 

A Lyon, les réunions de l'Internationale se multiplient, a La 
situation est excellente, écrivait, le 14 février, lebronzierBour- 
seau à Landrin, nous attendons avec conviction la révolution 
sociale qui ne tardera pas à paraître. » 

Le mouvement se propageait à Saint-Etienne, à Brest, au 
Greuzot, à Fourchambault, au Mans, à Mulhouse, à Tours, 
Lille, Tourcoing, Aix, la Ciotat, Barcelonnette, Saint-Tropez, la 
Garde-Freinet, Goufaron, Grenoble, Dijon, etc., etc. 

L'heure de la révolution approche : aussi le rôle poUtique de 
l'Internationale se traduit-il chaque jour par de nouveaux faits. 



ET LE JACOBINISME. 65 

Nous la IroTivons niôlûo aux évc'uenicnts du Crcuzol. ("-elle 
grève, dont la portée politique ne saurait plus aujourd'hui être 
contestée, éclate au cri de : Vive lu République ! La présence au 
Creuzot du citoyen Malon est assez sig'nificative : sa mission se 
rattache à tout aulro chose qu'à l'envoi de corrcspoudances à la 
Marseillaise. Ses nombreux voyajîes dans les centres ouvriers, 
ses lettres à Varlin et à Richard, le ton môme de ses articles 
indiquent assez qu'il agit dans un but politique. On espère pro- 
fiter de l'agitation créée par la multiplicité des grèves et attiser 
ainsi entre l'Empire et contre les bourgeois les passions déjà 
si ardentes de la classe ouvrière. 

Au mois de mars (13 mars), Bastelica, Varlin, Richard, 
Schwitguobel, de Neuchàtel, se rencontrent à Lyon. On en pro- 
fite pour purger bien des équivorpics et pour établir cette entente 
loyale sur les moyens pratiques dont parlait Bastelica à Richard 
dans sa lettre du 1" octobre 1869 ^ 

Varlin apporte dans ces délibérations le tempérament révo- 
lutionnaire dont il- a déjà fait preuve au mois de février lors de 
l'arrestalion de Rochefort, et qui lui a valu quatorze jours de dé- 
tention. Sa lettre écrite à Aubry, le 8 mars J870, nous permet 
de juger de l'attitude qu'il se propose de prendre pour hâter 
l'heure des revendications sociales. 

« Vous voulez, lui dit-il, que je devienne moins révolutionnaire, 
en présence d'un état de choses qui semble s'aggraver tous les 
jours. Quand l'arbitraire et l'iniquité auront disparu, quand la 
liberté et la justice régneront sur la terre, Je ne serai plus ré- 
volutionnaire; mais jusque-là, croyez bien (jue plus je serai 
exposé à supporter les coups du despotisme, plus je m'ir- 
riterai contre lui et j)lus je serai dangereux. Ce n'est qu'au 
point de vue vraiment sociahste que je poursuis ï œuvre révolu- 
tionnaire, mais vous devez bien comprendre que nous ne pou- 
vons rien faire comme réforme sociale, si le vieil état politique 
n'est pas anéanti! N'oublions pas qu'en ce moment l'Empire 
n'existe plus que de nom et que le gouvernement est l'injure des 
partis. Si dans ces circonstances graves le parti socialiste se 
laissait endormir par la théorie abstraite de la science sociolo- 

1 Consulter notre premier travail sur ï Internationale, annexes, pièce 0. 



C6 L'INTERNATIONALE 

gique, nous pourrions bien nous réveiller un beau matin sous 
de nouveaux maîtres plus dangereux pour nous que ceux 
que nous subissons en ce moment, parce qu'ils seraient plus 
jeunes et par conséquent plus vigoureux et plus puissants. 
« Tout en préparant l'organisation sociale future, ayons l'œil 

au mouvement politique Je serais très-heureux que vous 

fussiez au petit congrès de Lyon. En dehors du moetincf, nous 
pourrions nous entendre sur bien des points. Ce serait très- 
utile. » 

Quelques jours encore et, le travail d'organisation et de pro- 
pagande de l'Internationale étant terminé, nous allons voir les 
sections françaises entrer dans la période de la lutte et se placer 
plus résolument que jamais sur le terrain politique. 

Il était réservé à l'Empire de leur fournir l'occasion de 
descendre publiquement dans l'arène politique en appelant le 
peuple à voter sur une constitution nouvelle. 

Nous sommes ainsi amené à parler du plébiscite et des 
circonstances qui en ont précédé le vote. 



ET LE JACOBINISME. 61 



CHAPITRE II. 



I-E PLÉBISCITE DU MOIS DE MAI 1870. — REUNIONS PLÉBISCITAIRES. 
— DISCOUnS DE VARLIN ET DE COMBAULT. — ATTITUDE DE l'iji- 
TERNATIONALE. — MANIFESTE DE LA FEDERATION PARISIENNE, DE 
LA BRANCHE FRANÇAISE DE LONDRES ET DU COMIÎÉ RÉPUBLICAIN 
SOCIALISTE DÉ MARSEILLE. 

Il ne nous appartient pas de nous prononcer sur l'opportunité 
du plébiscite et sur la portée politique de cet acte : nous lais- 
sons à l'histoire le soin d'apprécier et de prononcer son verdict 
sur le plus ou moins de nécessité de cet appel au suffrage 
universel. 

Nous n'avons à nous occuper ici que du rôle joué par l'Inter- 
nationale et des moyens qu'elle sut mettre en œuvre pour 
augmenter l'agitation des esprits déjà suffisamment surexcités 
par la décision impériale. 

L'Internalionale avait compris que l'on pourrait peut-être 
profiter de l'émotion populaire pour réaliser cette révolution 
sociale si ardemment convoitée *. Les agitateurs politiques 
réfugiés à l'étranger à la suite de récentes condamnations parta- 
geaient tous les mêmes espérances. Un des futurs membres de 
la commune de Paris et l'un des vétérans de l'Internationale, 
le chapelier Amouroux, devenu à cette époque l'un des collabora- 
teurs du journal la Réforme sociale de Rouen, écrivait à ce 

1 Avant six mois, écrivait, le 31 mars, Huart d-^ Reims au con^pagnon Sau- 
va?eot de Saint-Quentin, nous serons les plus forts dans tous lespays de l'Eu- 
rope. Nous reproduisons cette lettre à la fin du volume, aux pièces et docu- 
ments justificatifs (pièce V, n" 6). 



68 L'INTERNATIONALE 

sujet de Bruxelles à Aubry, le 15 avril : a Que pensez-vous du 
plébiscite? Croyez-vous que le moment soit propice pour les 
revendications sociales? Nous autres proscrits, nous espérons 

quelque chose Enfin nous verrons. Veuillez donc m' écrire 

comment on prend la chose dans voire pays : cela nous fera 
plaisir. 

a J'ai reçu une lettre de Bastelica de Marseille : cela marche 
très-bien ; ils sont prêts à tout pour réussir. Mes sentiments de 
confraternité à notre famille collective des travailleurs de la 
fédération. » 

Jetons d'abord un coup d'œil sur les réunions publiques 
dont le plébiscite fut à cette époque le prétexte. Partout nous 
voyons les coryphées de l'Internationale les diriger et riva- 
liser de violence dans leurs attaques. L'assassin Mégy est 
acclamé président ou assesseur honoraire de la plupart de ces 
réunions •. Nous citerons celles tenues les 16 et 17 avril, salle 
Molière et passage Saint-Denis, rue Lhoraond, et surtout 
l'assemblée générale des sections parisiennes, le 19 avril, dans 
la salle de la Marseillaise, rue de Flandre, 51, où les statuts de 
la fédération parisienne furent définitivement adoptés. Varlin 
et Combault y prononcèrent les discours les plus incendiaires ; 
les extraits suivants pourront en donner une idée exacte. 

« Nous ne voulons plus, disait Varlin, nous fiera ces hommes 
qui jusqu'à ce jour nous ont bercés de vaines promesses pour 
obtenir nos suffrages et qui, ime fois arrivés au pouvoir, nous 
ont abandonnés et trahis. 

«Nos exploiteurs se sont partagé les rôles. Les uns nous ont 
promis la justice ultra- terrestre, en échange d'une soumission 
aveugle envers nos oppresseurs. D'autres ont imaginé des lois 
qu'ils ont faites sans nous et contre nous. Ils ont étabh des ma- 

i Le 21 mars, dans une réunion du Cercle des études sociales, sur la propo- 
sition de Combault, Malon avait été chargé de porter à cet assassiîi l'expression 
des sympatliies de l'assemblée. Nous avons, il est vrai, la douleur de consta- 
ter que le crime commis par Mégy fui loin de provoquer alors l'indignation 
générale. Il se trouva des gens ailleurs que dans les rangs de l'Internationale 
pour proclamer que Mégy n'avait fait que son devoir. Il existe même sur ce 
point des consultations d'avocats assez édifiantes. Nous nous rappelons enfin 
avoir entendu, à une audience du tribunal correctionnel de Lyon (juin 1870), 
l'accusé Bertranche affirmer avec forfanterie que, s'il s'était trouvé dans le môme 
cas que Mégy, il n'aurait pas hésité à brûler la cervelle à l'agent de police. 



HT LK JAC.OIJINISMi:. G5l 

gistrats qui, pris dans leur classe, deveuaieiil des auxiliaires 
puissants qui laisaicnt pencher la balance du côté de nos maîtres. 
Aujourd'hui tout cela doit changer. Déjà l'Internationale a vaincu 
les préjugés de peuple à peui)le. Nous savons à quoi nous en 
tenir sur la Providence, qui a toujours penché du côté des mil- 
lions. Le bon Dieu a fait son temps. En voilà assez. Nous 
sommes revenus de ces prétendus tribuns ({ui ont la bouche pleine 
de promesses quand ils quêtent nos votes dans leur sébille de 
député et qui considèrent comme outrage à leur dignité tout 
mandat qui tend à faire respecter et triompher nos droits K 

« Nous faisons appel à tous ceux qui souffrent et qui luttent. 
Nous sommes la force et le droit. Nous devons nous suffire à 
nous-mêmes. C'est contre l'ordre juridique, économique, politi- 
que et religieux que nous devons tendre nos efforts. Solidarisons 
nos intérêts, fédérons nos groupes pour étendre notre action. » 

te Pendant quelque temps, s'écrie à son tour Combault, l'As- 
sociation internationale a été mise en suspicion par le parti 
républicain, qui l'accusait de tendances bonapartistes : c'est 
une calomnie contre laquelle nous devons protester. La 
classe ouvrière n'a jamais oublié le 2 Décembre ! Jamais elle 
n'a voulu accepter quoi que ce soit du vainqueur de la France , 

1 11 faut bien reconnaître que, dans l'espèce, Varlin n'avait pas tout ù fait 
tort. Nous trouvons la même idée expi'imée dans ce discours prononcé au mee- 
ting de Lausanne, le 27 février 1870, par Guillaume de Neufchàlel. 

« ... Sous les gouvernements soi-disant républicains, on vous dit :« Nom- 
mez-nous, et nous améliorerons votre position; choisissez un tel, celui-là est 
bon, il fera votre bonheur. » Lequel a tenu sa parole lorsqu'il y est arrivé ? Au- 
cun. Ils sont tous devenus autorité ; ils n'ont rien fait que de défendre la 
propriété et les capitalistes. Je citerai un fait comme exemple, sans crainte de 
me tromper : nommez à la tête de l'Etat les sept membres de votre comité 
fédéral romand, en qui vous avez confiance; eh bien, vous en ferez de nou- 
veaux bourgeois. 

« Je ne reconnais aucune forme de gouvernement. Il faut les supprimer tous 
et nommer des hommes chargés d'exécuter nos volontés et qui auront pour 
mandat de nous instruire. Les bourgeois la possèdent, l'instruction, mais ce 
n'est pas celle-là que nous entendons : ce dont il s'agit, c'est que chacun con- 
naisse ses droits et ses devoirs ; l'ouvrier doit savoir juger celui qui vit par 
le travail, et celui qui ne travaille jamais et par là ne produit rien. 

« Ils vous disent encore, ces prétendus républicains, de patienter ! ils vous font 
espérer qu'à la troisième ou quatrième génération votre sort sera amélioré. 
Unissez-vous donc, à un moment donné, et alors que tous les ouvriers seront 
d'accord, nous proclamerons notre programme, et nous leur dirons : « Nous 
sommes les plus forts ! « et le jour où nous leur prouverons notre force, notre 
programme sera réalisé. » {Égalité, 5 mars 1870.) 



70 L'INTERNATIONALE 

qu'elle a toujours regardé comme son plus cruel ennemi. 

« Il se peut que quelques individualités, ou même quelques 
rares groupes d'ouvriers aient accepté la discussion officielle 
avec l'Empire. Mais l' Internationale a subi les dures lois de la 
nécessité ; elle s'est tue jusqu'au jonr où elle a pu dire : « Nous 
ne voulons pas de l'Empire ! 55 et depuis plusieurs années c'est 
son cri le plus aigu. 

« La première fois que nous avons pu parler^ c'est au banquet 
de l'Exposition. A dater de ce jour, l'Empire s'est jeté sur nous, 
et à la face de ses juges, nous avons abandonné le rôle d'accusé 
qu'on nous donnait, pour prendre celui d'accusateur. Nous avons 
affirmé nos principes socialistes et républicains. Nous avons ré- 
pudié toute pactisation avec l'Empire, à qui nous jetions le gant. 

« Toute équivoque a cessé. Unissons-nous tous dans une pensée 
commune de revendication politique ou sociale. On peut persé- 
cuter quelques hommes : on n'emprisonne pas tous les travail- 
leurs ; d'ailleurs ils ont besoin de nous pour nous exploiter. 
Organisons-nous. Malgré la ruse, la violence, nous triomphe- 
rons. Si nous sommes des individualités, nous serons broyés. 
Si nous sommes une collectivité, la victoire est à nous. 

« Nous devons nous occuper f/ejooiiYi^ue, puisque le travail est 
soumis à la politique. Il faut dire tout haut, une fois pour toutes, 
que nous voulons la république sociale avec toutes ses consé- 
quences. Unissons, centralisons nos efforts. Serrons-nous les uns 
contre les autres. Pour un qui tombe blessé, qu'il s'en dresse 
dix au poste du combat. Toujours fermes ! pas de concession '. 

1 Ces discours sont extraits du compte rendu de cette assemblée générale 
publié dans la Marseillaise du 20 avril. Mais nous savons que ce journal a 
été obligé pour l'insertion de mitiger le ton un peu trop violent des paroles 
prononcées par Varlin et Combault. Cela résulte de ce passage d'une lettre 
écrite le 20 avril par Pindy aux membres de la section de Brest : 

a Le compte rendu de la séance de lundi inséré dans la Marseillaise de ce 
matin, 20 avril (peut être vous l'a-t-on écrit), n'est pas exact; cependant je 
ne blâme pas le journaliste qui l'a fait : il eût été regrettable de raconter ce 
qui s'est passé à tous ceux qui lisent la Marseillaise, cela aurait produit 
mauvais effet pour la cause même. » 

Ajoutons que, le 2 avril, Schwitzguebel de Sonvilliers, écrivant à Pindy, lui 
annonçait que partout dans le Jura bernois Vidée révolutionnaire dominait. 

Quelques jours plus tard, Pindy prononçait ces paroles auxquelles les évé- 
nements ont donné le plus sanglant démenti. « Notre idéal, c'est la républi- 
que démocratique et sociale, seulement il n'entre pas dans notre plan d'em- 
ployer pour cela la violence et l'insurrection. Nous voulons que la révolution 



ET LE .lACOBINISME. 71 

De son côté, la branche française de Londres est loin de res- 
ter inactive : ello est la première à tracer la ligne de conduite à 
tenir. Elle proche le vote par bulletins blancs et publie dans ce 
sens un manifeste aux électeurs français. Ce document, sous 
la date du 11 avril, vaut la peine d'être reproduit. 

ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRAVAILLEURS, 

BRANCHE FRANÇAISE. 

Adresse aux citoyens français. 

« Londres, H avril 1870. 
« Citoyens, 

« Le plébiscite qui est proposé par l'Empire au peuple français 
n'est qu'un piège. Nous ne pouvons voter ni pour l'Empire par- 
lementaire ni pour l'Empire autoritaire. Nous voterons tous pour 
la République en déposant des billets blancs dans l'urne. 

« Pas d'abstentions. Des billets blancs. » 

Quant aux sections parisiennes, elles avaient paru un instant 
indécises sur le parti à prendre : elles hésitaient entre l'absten- 
tion et le vote par bulletins inconstitutionnels. Quelques-uns de 
ses membres réprésentaient la presse comme voulant accaparer 
la direction du mouvement antiplébiscitaire, et substituer son 
action à celle des travailleurs. Des démarches furent même 
tentées auprès des journalistes et du parti démocratique, afm 
d'obtenir que des délégués ouvriers fussent admis dans leurs 
réunions et pussent ainsi influer par leurs discours sur la 
rédaction du manifeste que préparaient les radicaux. Nous en 
trouvons la preuve dans cette lettre écrite à Theiz par Murât : 

(ï Paris, 18 avril 1870. 
« Mon cher Theiz, 

<c II m'est impossible de *tne rendre ce soir à la réunion des 
délégués de la chambre fédérale, mais voici ce que j'ai appris : 

s'accomplisse pacifiquement et par la force des choses. Ma vie tout entièro 
proteste contre l'insurrection et la guerre des rues. 



72 L'INTERNATIONALE 

« Je viens de voir Delescluze, et il m'a dit que le manifeste 
n'était pas encore rédigé, mais qu'il était parfaitement convenu 
qu'il conclurait au vote iio;h II pense que son nom et la plupart de 
ceux qui s'y trouveront donneront une signification républicaine 
assez nette, et' que du reste les journaux officieux ne s'y trom- 
pent pas, pour pouvoir voter non sans équivoque. Il regrette 
que les travailleurs s'en tiennent au vote inconstitutionnel, il 
pensait faire l'unité des partis complète dans cette occasion. 
Sur mon observation que voter oui ou non, c'est reconnaître le 
droit plébiscitaire, il m'a répondu que Rochefort a bien prêté ser- 
ment et ({u'aujourd'hui il recommande l'abstention ; qu'il a bien 
mieux reconnu le gouvernement qu'on ne le reconnaîtra en 
votant non. Je lui observe qu'il ne s'agit pas de Rochefort, mais 
des sociétés ouvrières ; il me répond qu'il regrette beaucoup 
cette division, mais qu'il croit que le non est le seul moyen d'a- 
voir sinon la majorité, du moins une minorité assez considéra- 
ble pour faire échec à l'Empire. Impossible de l'amènera recon- 
naître la question de principe : la tactique l'emporte. 

a Les journahstes ont ce soir une réunion avec la gauche : je 
lui dis alors de demander notre admission, afin que nous puis- 
sions présenter nos raisons avant la publication du manifeste, 
et peut-être influer sur cette rédaction. Il m'a répondu qu'ils 
avaient eu assez de peine à faire accepter à la gauche d'agir 
avec eux ; qu'il n'y avait pas à espérer de leur faire admettre 
les délégués ouvriers. F'ar conséquent il en résulte que le ma- 
nifeste sera fait sans nous, qu'il concluera au vote non , qu'on 
vous appellera seulement pour le propager... Grand merci! pour 
moi, je sors d'en prendre. 

K Salut fraternel. 

« A. MURAT. 

« A demain. Si aujourd'hui on décide de faire un manifeste 
ouvrier, vous me ferez plaisir de ne pas manquer demain au 
cercle pour qu'on se hâte de le rédiger et de le propager. » 

En présence des agissements de la presse et de la gauche ré- 
publicaine et de leur refus d'admettre la classe ouvrière à pren- 
dre part à leur manifeste, la question de l'abstention était de 



ET LE JACOniNISMK. 73 

nouveau agitée dans la réunion générale du 19 avril. Après une 
vive discussion, il était décidé que l'on se rallierait à la politi- 
que de la Marseillaise et que l'Internationale ferait son mani- 
feste à elle. Une commission de douze membres était chargée 
d'élaborer un projet de manifeste au nom de l'Association inter- 
nationale. Les douze membres élus étaient Ancel, Berthomieu, 
Germain Casse, Gombault, Franquin, Johannard, Lafargue *, 
Lefèvre, Raymond, Robin, Roussel. 

Il était convenu que ce projet de manifeste sorait discuté dans 
les sections et publié par les journaux. 

Le 23 avril, cj manifeste était lu dans une réunion tenue 
dans les bureaux du Réveil et à laquelle assistaient les délégués 
de la presse et des comités électoraux. 

Il était décidé que ce manifeste serait publié dans tous les 
journaux démocratiques et qu'il recevrait la même publicité que le 
manifeste des députés de la gauche [Marseillaise, 24 avril 1870). 

Le lendemain, ce manifeste paraissait dans la Marseillaise ; 
les jours suivants, il était distribué sur la voie publique à une 
quantité considérable d'exemplaires. Voici cet important docu- 
ment : il est une preuve de plus de l'immixtion constante de 
l'Internationale dans toutes les questions pohtiques. 

MANIFESTE ANTIPLÉBISCITAIRE 

DES SECTIONS PARISIENNES FÉDÉRÉES DE l'iNTEUNATIONALE 

et de 

LA CHAMBRE FÉDÉR.A.LE DES SOCIÉTÉS OUVRIERES. 

A tous les travailleurs français. 

a Citoyens, 
« Après la révolution de 89 et la déclaration des droits de 93, 
la souveraineté du travail est l'unique base constitutive sur la- 
quelle doivent reposer désormais les sociétés modernes. 

1 Lafargue, qui demeurait à ceUe époque rue du Cherche-Midi, est le gendre 
de Karl Marx. Il se trouve actuellement en Espagne et a été arrêté il y a quel- 
ques jours à Huasca. 



74 L'INTERNATIONALE 

« Le travail, en effet, est la loi suprême de l'humanité, la 
source de la richesse publique, la cause la plus efficiente du 
bien-être individuel. 

« Le travailleur seul a droit à l'estime de ses concitoyens ; 
il impose son honorabilité à roux mêmes qui l'exploitent ; il est 
appelé à régénérer le vieux monde. 

« Voilà pourquoi nous disons aux travailleurs des villes, aux 
travailleurs des champs, aux petits industriels, aux petits com- 
merçants, à tous ceux qui veulent sincèrement le règne de la 
liberté par l'égalité : Il ne suffit pas de répondre au plébiscite 
qu'on ose nous imposer, par un vote purement négatif ; de pré- 
férer la constitution de 70 à celle de 1852, le gouvernement 
parlementaire au gouvernement personnel ; il faut qu'il sorte de 
l'urne la condamnation la plus absolue du régime monarchique, 
l'affirmation complète, radicale, de la seule forme de gouverne- 
ment qui puisse faire droit à nos aspirations légitimes, la répu- 
blique démocratique et sociale. 

« Insensé celui qui croirait que la constitution de 1870 lui per- 
mettra davantage que celle de 52 de donner à ses enfants les 
bienfaits d'une instruction intégrale, gratuite et obhgatoire pour 
tous ; 

« D'exécuter la réforme et la réorganisation des grands ser- 
vices pubhcs (mines, canaux, chemins de fer, banques, etc..) 
au profit de tous les citoyens, au Heu d'être, comme aujourd'hui, 
un moyen d'exploitation pour la féodalité du capital ; 

« De changer complètement l'assiette de l'impôt qui, jusqu'ici, 
a été progressif dans le sens de la misère ; 

« De faire rentrer au domaine public les propriétés dont le 
clergé séculier s'est emparé par des moyens plus ou moins sub- 
reptices, au mépris même des lois de 89 et 90 ; 

« De mettre un terme aux abus de pouvoir de tous les fonc- 
tionnaires, grands et petits (gardes champêtres, juges d'instruc- 
tion, commissaires de police, etc., etc.), dont la conduite 
arbitraire est aujourd'hui couverte par l'article 75 de la constitu- 
tion de l'an vni ; 

« De supprimer, enfin, l'impôt du sang, nous voulons dire 
l'armée permanente, en abolissant la conscription ! 

« Non, citoyens ! il ne saurait en être ainsi. Le despotisme a 



F.T LE JACOBINISME. 75 

cela de fatal, qu'il ne peut cngendrei' que le despotisme. L'é- 
preuve en est faite, nous n'avons plus à y revenir. 

« D'ailleurs, nous ne saurions reconnaître à l'exécutif le 
droit de nous interroger. Ce droit impliquerait chez nous une 
sujétion contre laquelle prot(3ste le nom même du pouvoir qui 
se l'arrogé, en inditiuant qu'il n'est pas lo maître, qu'il est sim- 
plement, et rien de plus, l'exécuteur des volontés souverainef^ 
du pays. 

« Si donc vous désirez, comme nous, en finir une bonne fois 
avec toutes les souillures du passé ; si vous voulez que le nou- 
veau pacte social, consenti par des citoyens égaux en droits 
comme ils le sont en devoirs, garantisse à chacun de vous là 
paix et la liberté, l'égalité et le travail ; si vous voulez affirmer 
la répuj)lique démocratique et sociale ; le meilleur moyen, suivant 
nous, c'est de vous abstenir ou de déposer dans l'urne un bul- 
letin inconstitutionnel, — ceci dit sans exclure les autres modes 
de protestation. 

« Travailleurs de toutes ! sortes souvenez-vous des mas- 
sacres d'Aubin et de la Ricamarie, des condamnations d'Autun 
et de l'acquittement de Tours, et, tout en retirant vos cartes 
d'électeurs, afin de montrer que vous n'êtes point indiffé- 
rents à vos devoirs civiques, abstenez-vous de prendre part 
au vote. 

tt Travailleurs des campagnes ! comme vos frères des villes, 
vous portez le poids écrasant du système social actuel : vous 
produisez sans cesse, et vous manquez la plupart du temps du 
nécessaire, tandis que le fisc, l'usurier et le propriétaire s'en- 
graissent à vos dépens. 

oc L'Empire, non content de vous écraser d'impôts, vous en- 
lève vos fils, vos uniques soutiens, pour en faire les soldats 
du pape, ou semer leurs cadavres abandonnés dans les terres 
incultes de la Syrie, de la Cochinchine et du Mexique. 

K Nous vous conseillons également de vous abstenir parce 
que l'abstention estla protestation que l'auteur du coup d'État re- 
doute le plus ; mais si vous êtes forcés de mettre un bulletin dans 
l'urne, qu'il soit blanc, ou qu'il porte un de ces mots : Change- 
ment radical des impôts! Plus de conscription ! République dé- 
mocratique et sociale ! 



76 L'INTERNATIONALE 

« Pour la fédération des sections parisiennes de V Association 
internationale des travailleurs : 

« A. COMBAULT, rue de Vaugirard, 289 ; REYMOND, rue 
de l'Ouest, 8 ; GERMAIN CASSE, rue de Maubeuge, 94 ; 
BERTHOMIEU, membre de la commission de l'Inter- 
nationale ; LAF ARGUE, membre de la section de Vau- 
girard; E. LEFÈVRE, rue des Martyrs, 99; Jules 
JOHANNARD, rue d'Aboukir, 126 ; J. FRANQUIN, rue 
de la Verrerie, 42, 

a Pour la chambre fédérale des sociétés ouvrières : 
« A. THEIS, ciseleur, rue de Jessaint, 12 ; GAMELINAT, 
monteur en bronze, rue Folie-Méricourt, 34 ; AVRIAL, 
mécanicien, passage Raoul, 15 ; D. ANDRÉ, ébéniste, rue 
Neuve-des-Boulets, 17 ; BESTETTI, rue des Boulan- 
gers, 16; PINDY, menuisier, rue du Faubourg-du-Tem- 
ple, 17 ; ROBILLARD, doreur, rue de Sèvres, 114 ; 
ROUVEYROLE, orfèvre, rue Lesage, 16. » 

Nous devons ajouter que dans chaque section un certain 
nombre de membres avaient été choisis pour diriger la campa- 
gne anliplébiscitaire. Voici le nom de ces meneurs : Jules Jo- 
hannard, pour la section de Belleville ; Auguste Combault, pour 
celle de la Villette ; Louis Ghalain, pour celle de Grenelle ; Gou- 
mant et Sabourdy, pour celle de Montmartre; Blesson et Lam- 
blay, pour celle de Vaugirard; Varlin, Pieron, Toussaint, Ro- 
cher, Rouiller, Guilment, Moullé, Garnier, Mader, Maie, Gollot, 
Louis Hourlier, pour celle de Paris. 

Les sections parisiennes n'étaient pas les seules à se préoccu- 
per du plébiscite : ^a même question était à l'ordre du jour de 
toutes les autres sections ou fédérations. D'ailleurs Varhn avait 
eu soin de les tenir au courant des résolutions adoptées à Paris. 

« Le plébiscite, écrivait-il àAubry, le 20 avril 1870, est notre 
unique préoccupation en ce moment. 

« La chambre fédérale et les sections internationales de Paris 
ont résolu de faire ensemble un manifeste antiplébiscitaire. 

(V Nous protestons contre l'Empire en particulier et en général 



ET LE JACOBINISME. 77 

contre toutes individualités qui croiraient pouvoir s'arroger le 
droit de poser des questions au peuple souverain sans lui [per- 
mettre de les discuter. Nous revendiquons la souveraineté ab- 
solue du peuple, le gouvernement direct par le peuple. 

« Nous affirmons la République sociale universelle. Nous pro- 
testons contre le plébiscite et contre son résultat, ((ucl qu'il soit, 
et nous recommandons à tous nos frères travailleurs l'absten- 
tion sous toutes les formes. » 

Les ouvriers de Rouen n'avaient pas attendu ces instructions 
pour se mettre à l'œuvre. Déjà dans une séance tenue, le 
13 avril, par le comité du cercle elbeuvicn, il avait été décidé 
que l'on s'entretiendrait de la question du plébiscite avec la fé- 
dération rouennaise et avec celle de Paris, afin d'être édifié sur 
la marche qu'auraient à suivre les socialistes fédérés d'Elbœuf 
et des environs, dans le futur vote du plébiscite. Le 24, le cer- 
cle fédéré d'Elbœuf se constituait en comité antiplébiscitaire ; 
Piéton, l'un de ses membres, était chargé d'informer Aubry de 
ce résultat. 

A son tour la fédération rouennaise, imitant l'exemple de sa 
sœur de Paris, publiait un manifeste antiplébiscitaire : il a été 
reproduit dans la Hé forme sociale du 1" mai. 

La section de Lyon obéit, elle aussi, aux mêmes préoccupations : 
elle organise pour le 8 mai, jour du plébiscite, une assemblée 
générale publique de tous les adhérents et de tous les hommes 
de bonne volonté afin de protester solennellement et pacifique- 
ment contre la comédie plébiscitaire à laquelle on a f audace de 
convier les ouvriers, absolument comme s'il s'ajissait d'une 
chose qui les intéresse *. 

A Marseille, même débordement des passions révolution- 
naires : un comité républicain socialiste dans lequel nous voyons 
figurer bon nombre de membres de l'Internationale et organisé 
probablement sous ses auspices, lance une proclamation à l'ar- 
mée. Il n'est pas sans intérêt de reproduire ce document. Nous 
retrouverons plus tard quelques-uns des signataires parmi les 
émeutiers du mois d'avril 1871. 

« Nous reproduisons à la fin du volume (pièce N), la déclaration publiée à ce 
sujet par ia fédération lyonnaise dans le Progrès de Lyon du 24 avril 1870. 



78 L'INTERNATIONALE 



LE COMITE RÉPUBLICAIN SOCIALISTE 

DES BOUCHES-DU-RHONE • 

A l'armée. 

a Soldats, 

« L'heure est venue pour vous de faire connaître le sentiment 
patriotique qui vous anime, de démontrer, qu'appartenant à la 
grande famille humaine, vous en avez les aspirations *. 
« Jusqu'à ce jour on vous a traités en ilotes, en parias. 
« Vous présentiez-vous dans une réunion publique, pour 
former votre éducation politique, l'on vous condamnait à 
expier vos généreux sentiments dans les compagnies discipli- 
naires. 

« Vous qui payez plus que personne, puisque vous payez l'im- 
pôt du sang, vous n'avez pas seulement votre droit de citoyens ; 
on vous encaserne, on vous enrégimente, on vous isole de la 
société pour que vous la preniez en dégoût, pour que, au besoin, 
vous puissiez sévir contre elle. 

« Vous sortez de son sein et, par métier, vous devez la haïr. 
« Les personnes les plus chères, vos pères, vos mères, vos 
frères, vos sœurs, vos fiancées, sont là qui soupirent après vo- ' 
tre retour au foyer domestique, et, sur l'ordre d'une puissance 
occulte, vous avez parfois, quand l'intérêt politique de certains 
personnages l'exige, à sévir contre eux. 

« C'est bien triste, et certes vous devez, tout les premiers, 
sentir l'ignominie de cette situation dégradante. 
« A qui et à quoi devez-vous cette fausse situation ? 
« N'est-ce pas à l'Empire? 

« N'est-ce pas à cette forme despotique d'un gouvernement 
condamné par tout ce qu'il y a de généreux et de viril dans 
notre génération? 

« On vous mène comme des troupeaux à la boucherie, non 

» Dans les premiers mois de 1870, des tentatives de corruption étaient pra- 
tiquées à l'égard de la garnis(5n de Marseille. 



ET LE JACOBINISME. 79 

pour défendre une idée ou le drapeau national, mais pour ser- 
vir à de mesquines et criminelles ambitions. 

« Souvenez-vous du Mexique et de Montana. Et la Ricamarie 
et Aubin, ces deux expéditions fratricides, ne sont-elles pas une 
tache indélébile pesant comme un remords sur vos cœurs fran- 
çais? 

« Citoyens soldats, vous refuserez votre appui à cet ordre de 
choses qui a cherché à vous humiher et à vous déshonorer. 
Vous trouverez assez de patriotisme dans votre cœur pour pro- 
tester contre cet Empire que vos frères condamnent. 

« VOTEZ NON ; votez inconstitutionnellement ; votez par bul- 
letin blanc : toutes les formes de protestation sont bonnes ; mais 
il ne faut pas que le monde, qui nous observe anxieusement, 
puisse dire que l'armée française, qui a donné tant de preuves 
de courage, a manqué de dévouement civique. 

tt Le comité républicain socialiste : 

a J.-A TARDIF ; GENSOUL ; ETIENNE ; H. GHACHUAT ; 
GAYET ; GUICHARD ; VITEL ; VIAL; MAIREL; BER- 
GERONT; Charles DANTOINE ; GAVARD ; COMBES. 
ROURE ; DELVACQUEZ ; GRANIER ; MASSE ; DARDE ; 
BARTHELEMY. » 

En présence des agissements de l'Internationale, de ses ré- 
criminations violentes et de ses excitations audacieuses, le gou- 
vernement, qui par sa police en connaissait toutes les menées et 
tous les projets, crut devoir mettre un terme à la tolérance dont 
il avait fait preuve jusqu'alors. Il essaya de conjurer le danger 
dont une pareille association semblait menacer son existence et 
celle de la société. On venait d'ailleurs de découvrir le complot 
des bombes et de saisir tous les fils d'une vaste conspiration 
organisée par le parti révolutionnaire. 

L'Internationale, dont quelques membres s'étaient trouvés, 
ainsi que nous le verrons plus loin, mêlés aux agitateurs renvoyés 
plus tard devant la haute cour de Blois, devint l'objet de nou- 
velles poursuites et l'ordre fut donné d'en arrêter les chefs à 
Paris et dans toutes les autres villes. 



80 L'INTERNATIONAL!-: 



II 



POURSUITES CONTRE l'iNTERNATIONALE. — DÉPÊCHES DU MINISTRE DE 
LA JUSTICE A TOUS LES PROCUREURS GENERAUX. — SES CHEFS 
SONT ARRÊTÉS A PARIS, LYON, NEUVILLE (rHONE), SAINT-ÉTIENNE, 
ROUEN, MARSEILLE, BREST, SAINT-QUENTIN, REIMS, ETC. — PRO- 
TESTATIONS DU CONSEIL GÉNÉRAL DE LONDRES, DES SECTIONS BELGES 
ET FRANÇAISES, CONTRE CES ARRESTATIONS ET CONTRE LA DECOU- 
VERTE DU PRÉTENDU COMPLOT. 

Dans la matinée du 30 avril, les deux dépêches suivantes au 
chiffre de l'administration étaient adressées à tous les procu- 
reurs généraux par le ministre de la justice, Ollivier : 

« Arrêtez sur-le-champ tous les individus qui dirigent l'In- 
ternationale. Nous les poui'suivons à Paris. La situation devient 
grave. » 

Autre dépêche chiffrée : 

« Justice à tous les procureurs généraux. 

« J'ai ordonné cette nuit l'arrestation de tous les individus qui 
constituent l'Internationale. Si cette société a des ramifications 
parmi vous, arrêtez les affihés. 

« Emile OLLIVIER. » 

En vertu de ces instructions et d'autres du même genre trans- 
mises les jours suivants *, de nombreuses arrestations furent 
opérées, principalement à Paris et à Lyon. Voici les noms de 
tous les individus arrêtés^ avec la date de leur arrestation et la 
durée de leur détention préventive. 

A Lyon : Ghol (30 avril-19 mai) ; Bourseau (idem) ; Blanc (idem); 
Marmonnier (idem) ; Doublé (30 avril-14 mai) ; Bret (idem) ; 
PuUiat (idem) ; Martin Arthur (idem) ; Deville (idem) ; Palix 
(30 avril-25 mai) ; Pdchard (idem) ; Michallet (30 aviil-5 mai) ; 
Garnier (2 mai-5 mai) ; Martin Louis (2 mai-25 mai) ; Gevelinge 
(3 mai-10 mai) ; Vallot (4 mai-5 mai) ; Vernaz (7 mai-idem) ; 

1 Voir documents justificatifs, pièce 0. 



r;T i.K .lAcuniMsMi.. si 

liciiuvoii- (7 iiiai-li niai); Duinarllieray (7 iiiai-2,"> mai); Vizof. 
(7 mai-7 mai); Diipuis (15 mai-i7 mai); Gliarvet ;20 juil- 
lcl-::iô juillcL); Tacnsscl (ideiii; ; Busqué (itleiu). 

A A'cuvilIc-sur-Situnc (Rliôue) : Momnier ^5 mai-7 mai) ; Nal- 
liod (idem). 

.1 Suinl-Elicnne : Dupin (5 mai-23 mai) ; Dumas (idem) ; Délaye 
(idem) * ; Bcryer et Philibert. 

Ail (Ircuzot : Assi, arrêté le 1"=' mai, transféré à Paris le 7 du 
même mois, le juge d'instruction d'Autun s'élant dessaisi de la 
poursuite en faveur de son collègue de la Seine. 

A Dijon : Focillon (10 mai-il mai). 

. l I\u'i!i : Avrial (30 avril) ; Germain Casse (idem) ; Gollot(idem) J 
Frau([uiii (idem); Dugau(}uié (idem); Flahaut (idem) ; Héligon 
(idem) ; Johannard (30 avril-22 juin) ; Landeck (idem) ; Malon 
(30 avril-22 juin); Murât (idem) ; Pindy (idem) ; Theiz (30 avril) ; 
Rocher (idem) ; Robin (12 juin) ; Langevin (idem). 

^l Rouen : Aubry (2 mai- H mai). 

A Miirscillc : Combes (3 mai-9 mai) ; Cliachuat; Gayet. 

A />i'(,vs/ .- Ledoré Constant (3 mai-7 juin) ; Plouzané ii mai- 
7 juin) ; Ledoré Joseph (5 mai-7 juin) ; Plouzané Victor (5 mai- 
7 juin) ; Tréguer (10 mai-7 juin) ; MoaHc (11 mai-7 juin). 

A Cannes : Alerini, gérant du Rappel do Provence, secré- 
taire correspondant et fondateur de la section de Bnrcclonnette 
(20mai-16 juini. 

A Suint-Qiienlin : Sauvageot [2 mai-21 mai) -. 

Ces poursuites servirent de prétexte à de nombreuses récrimi- 
nations : tous les organes du parti républicain répétèrent à sa- 
tiété ({ue c'était une manœuvre électorale : que ce prétendu 
complot dans lequel on voulait impliquer les membres de l'Inter- 
nationale n'avait jamais existé et que c'était une invention de la 
police. On n'a pas oublié qu'à cette épocjue la police était devenue 
le bouc émissaire de toutes les émeutes. 

Le conseil général s'émut le premier des persécutions exer- 

• Ces liois inculpés a\;ùeiil éti- Uansl'érés à Lyon le '±0 mai, le juge d'in- 
struction (le Saint-Etienne s'étanl dessaisi de la poursuite en faveur de son col- 
lègue de Lyon. 

- On se rappelle que larreslation de cet individu causa une véritable émeute 
à Saint-Quentin. 



32 L'IiNTERiNATIONALE 

cées contre « ses frères de France » : il convoqua un meeting à 
Londres, et jiar un manifeste publié le i mai et adressé à tous 
les correspondants, il protesta hautement contre les mesures de 
violence prises contre les sections françaises et contre les accu- 
sations « insensées » portées contre l'Internationale. Nous 
croyons devoir reproduire ce document; nous le trouvons in- 
séré dans le journal l'EgaUlé (numéro du 14 mai). 

CONSEIL GÉ.>'ÉKAL DE l'aSSOCIATION INTEKi\AT10NALE DES THAVAILLEURS. 

2o6, High Holborn, Londres. 
AUX membres de rAssociation internationale des travailleurs. 

a A l'occasion du dernier soi-disant complot, le gouvernement 
français a fait arrêter plusieurs membres des sections de Paris 
et de Lyon, et insinué dans ses journaux que l'Association in- 
ternationale des travailleurs est la complice do ce soi-disant 
complot. 

«c D'après nos statuts, c'est certainement la mission spéciale de 
toutes nos branches, en Angleterre, aux États-Unis et sur le 
continent, d'agir non-seulement comme centres de l'organisation 
militante de la classe ouvrière, mais aussi d'aider dans leurs 
différents pays tous les mouvements politiques, qui peuvent 
servir de moyens pour l'accomplissement de notre but suprême, 
c'est-à-dire l'émancipation économique du prolétariat. En même 
temps ces statuts obligent -toutes les sections de notre asso- 
ciation d'agir au grand jour. Si ces statuts n'étaient pas formels 
sur ce point-là, la nature môme d'une association identifiée à la 
classe ouvrière exclurait de son sein toute idée de société se- 
crète. Si la classe ouvrière, qui forme la grande masse des na- 
tions, qui crée toutes les richesses et au nom de laquelle tout 
pouvoir même usurpateur prétend régner, conspire, elle con- 
spire publiquement, comme le soleil contre les ténèbres. 

a En bonne conscience, en dehors d'elle il n'y a pas de pou- 
voir légitime. 

« Si les autres incidents du complot dénoncé par le gouver- 



ET LE JACOUINIbME. 83 

nement français sont aussi faux et aussi dénués do. fondement 
que ses insinuations coulro l'Association internationale, ce der- 
nier complot se rangera dignement auprès de ses deux prédé- 
cesseurs, do ridicule mémoire. Les mesures violentes prises 
contre nos sections françaises ne sont évidemment ({ue dos 
manœuvres ù f intérieur de la politi(jue plohiscilaivc. 

« Londres, 4 mai 1870. 

« Au nom et par ordre du conseil général de l'Association 
internationale des travailleurs : 

« R. APPLEGART, président de la séance; A. SERRAIL- 
LER, secrétaire pour la Belgiijue et secrétaire suppléant 
pour l'Espagne ; G. COHEN, secrétaire pour le Dane- 
mark; E.DUPONT, secrétaire pour la France ;J. AGOSSA, 
secrétaire pour l'Italie; Karl MARX, secrétaire pour l'Al- 
lemagne ; A. ZABIZKI , secrétaire pour la Pologne ; 
H. JUNG, secrétaire pour la Suisse ; J.-G. EGCARIUS, 
secrétaire pour le conseil général et les Etats-Unis ; 
G. HARRIS, B. LUGRAFT, J. MOTTERSHEAD, mem- 
bres du comité linancier; J. BORRA, J. HALES, W. RA- 
LES, F. LESNER, ODGER, J. WESTON, G. MURRAY, 
W. TOWESEND, J. RUHL, Karl PFENDER, G. MIL- 
NER, membres du conseil général de l'Association inter- 
nationale *. » 

Signalons que, dans un banquet de l'Internationale qui eut lieu 
à Londres le 3 mai, le président, après avoir réclamé le si- 
lence, annonçait qu'on venait de lui remettre une unie dans la- 
quelle on priait le citoyen Flourens de vouloir bien faire con- 
naître s'il était pour quelque chose dans la récente affaire du 
complot; ce dernier répondait, aux applaudissements de tous 
les assistants : <> La situation est trop grave en ce moment-ci. 
Je ne puis rien dire de ce qui se fait à Paris. Je n'en ai pas le 

» Ce manifeste, qui suffirait à lui seul pour établir d'une manière irrécusa- 
ble le rôle politique de rinternationalo, a- été reproduit dans la Marseillaise 
du 7 mai, avec celte mention : Pour copie conforme, Eugène Dupont, secré- 
taire correspondant pvur la France. Serrailler remplissait les functions de 
secrétaire suppléant pour l'Espaiinc pendant l'absence du iilulaire, Paul 
Lafargue, dont nous avons déjà signale la présence à Paris. 



84' L'INTERNATIONALE 

droit, et vous devez comprendre toute la réserve qui m'est im- 
posée. Le doigt sur la bouche, je suis forcé de me taire. Mais 
patience et courage, le triomple est à nous ! » 

A son tour, le go.\seil (}émîual uklge publiait le manifeste 
suivant * : 

Aux membres français de l'Association internationale des tra- 
vailleurs. 

Association internationale 
des travailleurs, conseil 
général belge. 

tt Compagnons! 

« Pour la troisième l'ois depuis trois ans, les membres de 
l'Internationale sont en butte aux persécutions du gouverne- 
ment français. Cette lois la persécution est plus violente que 
jamais et s'étend d'un bout de la France à l'autre : il semble 
qu'à l'exemple des soi-disant républicains de 48, le gouverne- 
ment soit décidé à en finir avec le socialisme. 

a Car les gouvernements en sont là ; aveugles et sourds 
volontaires, ils n'ont jamais rien compris à leur époque. 

« Il y a quatre-vingts ans, alors qu'après des siècles d'oppres- 
sion et de misère, les déshérités de l'Europe entière frémis- 
saient d'impatience sous le joug, alors que l'ancien régime 
vermoulu craquait de toutes parts, quelle était la pensée de 
Louis XVI en convoquant les états généraux ? Se rendait-il 
compte de la situation périlleuse de la monarchie et de l'épuise- 
ment de ses ressources? Appelait-il les députés de la nation 
pour s'entourer de leurs lumières dans ces moments difficiles ? 
Pas du tout, il convoquait les états généraux pour aviser 
aux moyens de combler les vides de ses coffres que la misère 
croissante du pays menaçait délaisser à sec. 

« A quatre -vingts ans de distance, nous nous retrouvons 
dans la même position. Cependant la Révolution a bien accom- 
pli son œuvre, elle a bien détruit sans remèdes les privilèges, 



* Ce manifcslc, ropioduil dans loiis le? journaux de ïlnlernatwnalc, a él-j 
inséré clans la Marseillaise du 17 mai. 



HT l.h .1 \c.('i:l MtrMi;. s:, 

elle a bien aboi» le servage ; mais se contentant de proclamer 
la liberté et laissant fleurir l'inégalité, elle a laissé la porte ou- 
verte à tous les abus du monde ancien. Une nouvelle noblesse 
s'est installée à la place de l'ancienne : c'est la bancocratie ; et 
à l'ancien servage, il s'en est substitué /un nouveau, le servage 
industriel. 

« Et les mêmes causes produisent les mêmes effets : comme il 
y a quatre-vingts ans, les déshérités murmurent, les plaies de la 
société apparaissent béantes et réclament un remède énergi- 
que; 

a Et, comme il y a quatre-vingts ans, le gouvernement ne 
comprend rien à ce qui se passe, et, de môme que Louis XVI 
demandait des écus à ceux qui réclamaient le redressement des 
griefs, Napoléon III, à la nation tout entière qui proteste 
contre l'iniquité de l'état actuel, répond en implorant un vote de 
confiance. 

« Si des voix nombreuses s'élèventet disent : « Qu'avons-nous à 
faire de vos appels à la confiance ? Qu'entendez-vous par les 
clameurs des déshérités ? Nous avons à préparer la grande 
œuvre de la génération sociale : que nous importent vos change- 
ments de ministères 1 » le gouvernement crie : « Vous êtes des 
factieux ! » et il fait emprisonner ceux qui protestent, puis il se 
dit : « Nous avons fait aujourd'hui bonne besogne, nous avons 
supprimé le socialisme. » 

a Ainsi, pour ces aveugles volontaires, la question sociale se 
réduit à une question de personnes, et, en supprimant ceux qui 
protestent, ils croient avoir délruil la cause des protestations. 
Pourquoi ne pas déclarer par décret que la misère et les injus- 
tices sociales sont supprimées à partir de ce jour"? 

« Que viennent-ils nous parler de complot? Nous ne connais- 
sons fju'un grand complot, nous, c'est le complot de tous les 
grands affamenrs du peuple, delà haute banque, de la grande 
industrie, de la grande propriété ; s'il y a des perturbations dans 
la société actuelle, c'est à ce complot que l'on peut les rattacher. 
Ses ramifications sont tellement vastes qu'il mettrait sur les 
dents des milliers de procureurs : aussi n'est-ce pas trop, pour 
l'instruire, des millions de déshérités qui en sont les victimes. 

« Les accusés songent à A^ire dii^pnraîfrp leiu's juges ; mais 



86 L'INTERNATIONALE 

ce ne sont pas quelques individus, ce sont des millions qu'il 
faudra frapper ; car le temps des personnalités est passé : ce 
sont les masses mêmes qui se mettent en mouvement, et à ces 
flots, pas plus qu'à ceux de la mer, nul no peutdire : Vous 
n'irez pas plus loin. 

« Aussi, compagnons, si nous souffrons de voir quelques-uns 
de nos amis emprisonnés et sous le coup d'une accusation ab- 
surde, nous ne doutons pas de vous et nous ne désespérons 
pas de la causedu peuple en France : au contraire, nous croyons 
à l'efficacité puissante de la persécution pour le triomphe des 
persécutés. 

« Honnie, bafouée, emprisonnée, fusillée, l'Association mter- 
nationale des travailleurs grandit tous les jours. 

« Après chaque nouvelle épreuve, elle apparaît de plus en plus 
aux malheureux battus par la tempête comme le phare indiquant 
le port du salut : les travailleurs opprimés n'ont plus confiance 
qu'en elle, et, tout dernièrement encore, les ouvriers du Creuzot, 
vaincus dans une lutte inégale, ne déclaraient-ils pas, avant de 
reprendre le joug, que leur unique espoir de salut est : l'Asso- 
ciation internationale ! 

« Ainsi, courage, frères et amis, vous êtes dans la voie de la 
délivrance, suivez votre chemin, malgré toutes les entraves. 
Ensemble nous lutterons, ensemble bientôt, nous en avons le 
ferme espoir, nous entonnerons le champ du triomphe. » 

« Salut et fraternité. 

« Bruxelles le 7 mai 1870. 

« Pour le conseil général belge de l'Associai ion internationale 
des travailleurs : 

a Les membres présents à la séance : G. BRASSEUR ; D. BRIS- 

xMÉE; G. DE PAEPE; V.-P. HERREBOUUT; E. KIXS ' ; 

R. SPINGLARD. » 

Pendant que le conseil central de Londres et le conseil géné- 
ral belge élevaient ainsi la voix pour affirmer que Tlnternatio- 
nalo défiait toute persécution, le conseil fédéual parisien, pre- 

» Eujîène Hins exprimait les mêmes sentiments dans une lettre écrite, 
le 5 mai, au nouveau ronespondanl de la section lyonnaise, le citoyen Char- 



ET LK JACOBINISME. 87 

liant prétexte des accusations portées contre cette association 
par laprossp vvnalo, se déclarait en conspiration permanente 
et contre le gouvernement et contre la société actuelle. Nous 
livrons à l'appréciation de nos lecteursla déclaration qu'il faisait 
insérer, le 5 mai, dans le journal la Marseillaise et qui est re- 
produite dans V Internationale du 8 mai ; voici dans quels termes 
virulents elle était rédii,''ée : 

« Le conseil fédéral parisien de l'Association internationale 
des travailleurs donne un démenti formel aux accusations et aux 
insinuations des journaux officieux. 

« Il est faux que l'Internationale soit pour quelque chose dans 
le nouveau complot, qui n'a sans doute pas plus de réalité que 
les inventions précédentes du même genre. 

« L'Internationale sait trop que les souffrances de toutes 
sortes qu'endure le prolétariat tiennent bien plus à l'état écono- 
mique actuel qu'au despotisme accidentel de quelques faiseurs 
de coups d'État, pour perdre son temps à rêver la suppression 
de l'un d'eux. 

« L'Association internationale des travailleurs, conspiration 
permanente de tons les opprimés et de tous les exploités, exis- 
tera, malgré d'impuissantes persécutions contre les soi-disant 

vet, appelé à remplir ses fonctions pendant la détention d'Albert Richard ; nous 
possédons l'autographe de cette lettre : 

a Bruxelles 5 mai 1870. 
« Compagnon Char\et, 

« Les arrestations de Lyon ne sont pas un fait isolé : des arrestations 
analogues ont été opérées dans toute la France. Ces arrestations ne sont 
rien qu'une manœuvre plébiscitaire, car il serait difficile de soutenir que 
l'inlernalionale soit pour quelque chose dans un complot quelconque, ses 
actes ayant toujours eu lieu au grand jour et l'Internationale n'ayant ja- 
mais fait m5'stère de ses doctrines. C'est ce qui la rend incompréhensible. 
iNulle puissance humaine ne pourra jamais empêcher les ouvriers de se réunir 
et de mettre en commun leurs misères pour en faire ressortir la régénération 
sociale. 

« Dites-bien à nos amis de Lyon, que tout en déplorant les contrariétés qui 
les atteignent, nous sommes sans inquiétude sur l'existence de l'association 
en France et sur le triomphe de nos idées. {Suit la liste des adresses de tous 
les correspondants de l'Internationale en Europe )... Dans l'espérance que la 
section de Lyon sortira plus forte de ses épreuves actuelles, 

a Salut et fraternité, 

« E. Hins. » 



SN i.'i X'i'i:iix A rioXAij', 

(Miofs, tiiut ([110 ii'aufuitl pas tlisjjiiru lotis los oxploileurs, capi- 
talistes, prêtres et aventuriers politiques. 

« 2 mai 1870. 

K Pour le conseil fédéral, 

« Les membres présents : ANSEL, BERTHOxMlEU, BERTIX, 
BOYER, GHAILLOU, ClIALAIN, ClIAUDEY , GIRODE, 
GOMBAULT, DAMBRUN, DELAGOUR, DUPONT, DU- 
RAND, DURIEUX, DUVAL, FOURNAISE, FRANKEL, 
FRANQUIN, GIOT, HAUGKE,LANGEVIN, MALEZIEUX, 
MINGOLD, MARRET, MÉNARD, PAGNERRE, PORTA- 
LIER, REYNIER, RIVIÈRE, ROBIN, ROGHAT K » 

Un pareil manifeste se passe de tout commentaire : il donuo 
la mesure exacte destendanceset des projets de l'Internationale. 

Indépendamment de ces protestations collectives, de nombreu- 
ses protestations individuelles se produisirent ; l'on vit même 
à Paris quelques corporations adhérer à l'Internationale en signe 
de protestation : témoin la chambre syndicale des tourneurs 
sur métaux et la Société de résistance des ouvriers fer- 
blantiers -. 

Parmi ces protestations individuelles nous devons citer celles 
de la citoyenne André Léo, de la citoyenne Paule Minck et du 
citoyen Irénée Dauthier, de Paris ^. 

A Lyon, où. la commission fédérale tout entière a été empri- 
sonnée, une nouvelle commission est nommée dans une réu- 
nion tenue, le 6 mai, au cercle des serruriers, rue Belle-Gor- 
dière, 26, sous la présidence deDumartheray. Un manifeste est 
aussitôt rédigé : nous le trouvons reproduit dans VKclairenr 
de Saint -FAicnne du 5 mai. 



» Rachat fait actnelleinent partie du conseil central de Londres. Delacour 
vient d'être condamné, le 28 octobre 1871, par le 3» conseil de guerre séant 
;'i Versailles, à h\ déportation dans une encp in le fortifiée, fionr avoir pris une 
jiart active à l'insurrection du 18 mars. 

•- Nous reproduisons à la Un du volume, pièce P, les actes d'adhésion de 
ces deux corporations, insérés dans la Mnrxeillnise du 7 mai 1870. 

^ Ces diverses protestations figurent parmi les pièces et documents justifi- 
catifs, pièce Q. 



i:r m; .i acoiu m smk. 8'.) 

La fédération ouvrière à tous les travailleurs. 

Section iiiloinational(! lyonnaise. 

« Les intérêts do l'Empire étant l'absorption des nôtres, nous 
avions arrête une assemblée générale, pom'le jour du plébiscite, 
en faveur des victimes du Greuzot, où nous devions nous af- 
llrmer publiquement, en démontrant que le socialisme, dont les 
ennemis de la société font un épouvantait à leur profit, n'est que 
l'application du droit commun ; mais, semblable à un agonisant 
qui craint la lumière, le pouvoir a répondu à la déclaration de 
réunion légale par l'emprisonnement de la commission fédérale. 

« Bien que cet acte inique soit digne du moyen Age, nous 
nous demandons si, devant les bommes du 2 décembre qui vio- 
lent la loi au lieu de l'exécuter, il ne vaut pas mieux y répondre 
par un souverain mépris, en passant outre, que de protester 
inutilement. 

K Dans tous les cas, nous déclarons que nous soutiendrons éner- 
giquement cette lutte du droit contre la force Ijrutale, tant qu'il 
y aura un d'entre nous cpii ne sera pas embastillé. 

« Nous invitons tous les travailleurs qui ne sont pas encore en 
fédération à s'organiser et à nous envoyer leurs délégués sans 
crainte, c'est leur droit et leur devoir. 

« Nous les prions aussi, au nom de la solidarité qu inous unit, 
d'ouvrir une souscription pour les familles de nos amis, victi- 
mes de l'arbitraire et du pouvoir. 

« Pour la commission fédérale emprisonnée : 

« Ui.YSSE VIZOT, rue Grenette, 27 ; Narcisse BAR- 
RET, rue Masséna, 20. » 

Cette attitude des internationaux lyonnais leur valut les féli- 
citations de Guillaume, deNeuchâtel : « Amis de Lyon, leur écri- 
vait-il le 5 mai, ne perdez pas courage; c'est le moment de se 
montrer fermes. En reconstituant immédiatement une nouvelle 
commission, vous avez prouvé que vous êtes des hommes dignes 



no l.'I NTF.RNATIONALK 

de tenir le drapeau ûo l'Internationale. Nous sommes avec vous 
(le cœm' en attendant le moment, peut-être prochain, où nous 
pourrons vous aider d'une autre manière. Voici les adresses des 
correspondants : Poiu' le conseil général, M. llermann Jung; 
pour la Belgique, Eugène IIins,ruo des Alexions, 13, à Bruxel- 
les; pour l'Espagne. M. G. Sentinôn, rue Giralt-PcUicer, 5 piso 
2» Barcelone; pour Genève, Charles Perron, rue du Cendrier, 8. 
Si vous voulez écrire au conseil fédéral parisien, adressez votre 
lettre ainsi : Mademoiselle Delasalle, rue Monge, 95. 

« Des amis (jui sont arrivés hier de Paris m'ont affirmé qu'on 
s'attend à un mouvement à Paris pour le jour du vote, dimanche. 
K Votre dévoué, 

« James GUILLAUME. . 

A SAmï-ÉTiEMVE, dans une réunion privée antiplébiscitaire 
tenue, le 4 mai, rue de la Pareille, sous la présidence du nommé 
Durif, le citoyen Duvand Adrien , rédacteur de V Eclaireur de 
Saint-Ktienne, blâmait énergiquement l'arrestation, quelques 
jours avant le plébiscite, des membres de l'Internationale. Il 
voyait, disait-il, dans ce fait, une nouvelle manœuvre destinée 
à frapper l'imagination du public. 

A Rouen, la fédération ouvrière proteste contre l'arrestation 
de son secrétaire, Aubry, et contre l'emprisonnement des vail- 
lants défenseurs de la démocratie socialiste. Bien que cette pro- 
testation soit dans le même goût que toutes les autres, nous 
croyons devoir la reproduire à titre de document. 

Protestation de la fédération ouvrière de Rouen. 

« Travailleurs, 

« Après l'emprisonnement des principaux défenseurs de la dé- 
mocratie socialiste, de nos frères parisiens écroués à Mazas, 
sous la plaisante et fallacieuse prévention de participation à une 
société illicite, c'est-à-dire comme membres de VAssociafion in- 



F.T I.K JACORINISME. 91 

IcnialionaJ'' des Iravuilhurs^ nous avons hi séqueslralion de 
notre ami Anbry, secrrtaii'c de la fédéralion ouvi-ir're de l'arron- 
dissemenl de Fiouen et rédacteur-directeur de la Réforme sociale. 

« Rien de plus juste, selon M. OUivier, ministre de la justice, 
qui prend le droit de les faire arrêter. Mais sont-ils coupables ? 
M. le ministre a-t-il des motifs sérieux, graves, importants, pour 
les priver du bien le plus cher à leur co-nr : delà liberté? 
A-t-il oublié qu'ils ne sont jioint des ])erturbateurs, des anar- 
cliistes, des hommes de i)arti, mais bien des travailleurs, vou- 
lant pour tous Lihcrlé, Justice, Fralernité ? A-t-il oublié qu'ils 
laissent chez eux des femmes, des vieillards, des enfants sans 
soutien, sans argent, sans pain ? A-t-il oubUé qu'un article des 
déclarations des droits de l'homme et du citoyen nous apprend 
qu'il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses 
membres est opprimé, et qu'il y a oppression contre chaque 
membre lorsque le corps social est opprimé? A-t-il oublié que 
la vraie liberté est un droit inaliénable et qu'il n'y a que l'injus- 
tice et la violence qui puissent en dépouiller l'homme social ? 

« Eh bien! oui, M. E. OUivier, ministre de la justice, paraît 
oublier, ignorer que les prolétaires incarcérés, nos amis en un 
mot, ne sont pas coupables et qu'il n'y a point de motifs pour les 
priver de leur liberté ! Oui, M. le garde des sceaux paraît igno- 
rer que M. OUivier, député, conseillait, il y a deux ans, aux mem- 
bres de la fédération ouvrière, de réclamer hautement leurs 
droits, ce qu'ils se sont empressés de faire, avec l'assentiment 
de l'autorité locale, et ce que font tous ceux qui vivent en travail- 
lant, comme l'indiquent clairement les statuts de la fédération, 
considérant : que l'émancipation des travailleurs doit être l'œu- 
vre des travailleurs eux-mêmes, que les efforts des travailleurs 
pour conquérir leur émancipation ne doivent pas tendre à con- 
stituer de nouveaux privilèges, mais établir pour tous les mêmes 
droits et les mêmes devoirs ! Oui, oui, M. OUivier paraît ignorer 
que la liberté est un droit inaliénable et que nous ne sommes 
point des anarchistes, qui désirent remplacer une dynastie par 
une autre. 

a Aussi est-ce au nom de la politique socialiste, qui ne veut 
que le triomphe des trois grandes lois de la société, le Travail, 
la Science, la Justice, que nous protestons contre l'arrestation 



9:2 L ' l X T F I i X A T I n X A 1 . ]■: 

illryiile de iiotro auii i'^. Auhry cL nos livi-es do l'Inlpriialionalo. 

a WOLF, rédacteur de la Réforme sociale. 
« Pour la fndêrnlion onrrSrre , les membres présents : 
D. FRISTCII, J. NEVEUX, J. MOUXE, HARDY, HAL- 
LOT, SCHRUB, II. BAILLEMONT, DEHAYES, HOUF- 
SEAUX, LfEUGARD , AUVRAV, DUCLOS, DAMAS, 
J. TUVÉE, G. TUVÉE, BLOT, LEGLERC, VIMONT aîné, 
HAREXG, RIGAULT, LOUVET , GIIOQUET, GILET, 

D. FOUET, D. VÉRITÉ jeune, T. PERREY, TASSU, 
A. RINGWAL, A. BIONVAL, MAISONNEUVE, BERTIN, 
J. BOULARD, CREUZOT, F. BONS, A. GAVELIER, L. SI- 
MON , P. LEFEBVRE, L. L'HERMITE, BELLELLE, 

E. VÉRITÉ fils, VERNAGH, A. JULLIEN, JACOB, E. SA- 
VAL, L. JULLIEN, P. JULLIEN, SENARD, DUVAL, LE- 
PAGE, A. JULLIEN, DUQUESNE, GROULT, SA VAL, 
xTAJOU, CHALLOT, FILLEUX, LAINE, H.-P. FERET, 
J. RENÉ, F. PORCHER, L. MOUTIER, A. POIROT, 
E. SERGENT, G. GROULT, DUPRÉ, P. MAGLAIR, L. SI- 
MON, R. LEBLOND, C. LECLAIR, A. PINEL, D. HUTT, 
LEFRANGOIS, MULET père, AUVRAY père, MULET fils, 
LETEURTRE, F. GIRARD, Philippe WALINSKI , RE- 
NAULT, FLEUTRY, PAUTOT, DESORMÈRE, PAQUES, 
C. DAMER, BOULANGER, THOMAS, COLLET, H. DE- 
LAMARE, A. ADELINE, MULLET, PIÉTON. » 

La chambre fédérale de Marseille réclamait aussi contre l'in- 
vasion i)olicière dont le local de ses séances avait été l'objet : 
elle s'étonnait des poursuites dirigées contre ses membres et 
proclamait hautement qu'elle était demeurée fidèle an principe 
qui avait préside à sa création. Nous savons comment Bastelica, 
son chef, entendait ce principe. Voici dans quels termes était 
conçue sa protestation : 

Chambre fédérale du travail de Marseille. 
Séance du 10 mai. 
■ La chambre fédérale, fondée depuis près d'un an en vue de 
favoriser l'émancipation de la classe ouvrière, ne s'est jamais 
entourée de mvstère. 



1;T I.E ACOBiMsjMi-;. 03 

♦• Elle a toujours tenu ses réunions dans le lieu ordiiiaue de 
ses séances, portes et ïonôtres grandement ouvertes. 

a Fidèle au principe qui a présidé à sa création, elle ne s'est 
jamais occupée que des questions purement de travail, laissant 
de côté toute politique. 

Œ Prolbndément pénétrée.' de ba iiiissiou, elle poursuivait son 
œuvre en toute sécurité. 

« Ne faisant rien qui no lut avoiiaJjie au grand jour, elle était 
loin de s'attendre à celte invasion policière qui a eu lieu à son 
siég'e, dans la matinée de mardi dernier. 

œ On s'est livré à une vraie scène de vandalisme, on a brisé 
tous nos meubles, on a emporté tous nos livres, nos registres, 
nos })rocès-verbaux , on a emprisonné notre secrétaire, le 
citoyen Combe, on a saisi notre argent et pourquoi tout cela? 
Nous l'ignorons. 

œ Forts de notre droit, de notre innocence, nous protestons de 
toutes nos IbrcGS contre cet acte arbitraire (|ue rien ne justifie. 

a Oui, avec toute l' énergie que nous puisons dans notre 
honnêteté, dans la justice de notre cause, nous disons : Si l'on 
nous croit coupables, que l'on sévisse contre nous ; mais si 
l'on n'a rien à nous reprocher, que l'on nous restitue tous nos 
objets que l'on détient aussi injustement qu'on nous les a saisis. 

« Le secrétaire, COMBE, vernisseur , en liberté provisoire ; 
Auguste FONTE, charron; CIIAVE, menuisier; Frédéric 
BORDE ; PAGINI, tapissier ; Antoine DURAND, chargeur ; 
Joseph BLANC, paveur ; BONNEFOY, paveur ; ROMAIN, 
doreur sur métaux ; MASSOL, marin ; L. ADAM, maçon ; 
BONIFAY, serrurier ; BORDE, peintre ; ARIÉS, peintre ; 
GANDOPIÎE, cordonnier; BERNARD, cordonnier; BAR- 
DEE, marbrier; Henri VENEL, marbrier; GAFFAS, bou- 
chomiier ; Barthélémy FABRE, bouchonnier: Jean-Baptiste 
SIMARD, chaisier; HERMITTE, lithographe ; E. POLETTl, 
employé. » {Marseillaise, 17 mai 1870 K) 



• Nous devons faire remarquer que tous ces sif^uataires, dél6j,'ués de leurs 
corporations respectives auprès de la cliambrc fédérale, nièrent énerdquemeiU 
leur affiliation à rinternalionalc- Nous verrons plus loin qu'au mois de sep- 
leminc 1870 quelques-uns d'entre eux affichèrent leur titre de membre de 
VlnlenuUiunalr. 



94 L'INTERNATIONALE 

Au moment où tous ces manifestes étaient lancés, les jour- 
naux de l'Internationale, et notamment VKgalilé (numéro du 
7 mai) et ÏJnlornalionale (numéro du 8 mai), s'égayaient à 
l'cnA'i sur le comjjto du ministre OUivior et le félicitaient 
hautement de l'excellente occasion qu'il venait de leur offrir de 
faire publiquement le procrs à la société actuelle. « Bravo, 
Ollivier! a lui disait la première de ces feuilles... Tu as l'éussi 
a être trois fois plus canaille que Boulier. Bonaparte est si con- 
tent de lui, qu'il n'entend plus désormais être servi que par 
des renéc/ats. » 

L'article continue sur le même ton : il fourmille d'attaques 
grossières contre la magistrature, les ministres, les gouverne- 
ments en général. Nous reproduisons aux pièces et documents 
justificatifs les principaux passages de ces deux articles : on 
jugera par là de la façon dont les internationaux entendent 
traiter la société. (Voir pièce R.) 

Au milieu de cette avalanche de manifestes, de protesta- 
tions, de récriminations violentes, il est un fait important à 
constater et qui est une preuve de plus du double jeu de 
f Internationale : Comprenant tout ce que pouvait avoir de com- 
promettant , au point de vue de l'avenir de l'Association et 
de la sécurité de ses membres, l'attitude prise par quelques 
sections , le conseil général chercha le moyen de donner 
le change sur la véritable portée des faits reprochés à l'Inter- 
nationale ; il résolut donc de désavouer la conduite tenue par la 
branche française de Londres. C'était un moyen habile de se 
ménager le bénéfice des circonstances atténuantes et de per- 
suader les naïfs de la pureté de ses intentions. 

Voici les résolutions prises à cet égard par le conseil général 
et portées par l'intermédiaire des correspondants à la connais- 
sance de toutes les sections et fédérations : 

« Considérant : Que des adresses, des résolutions et des ma- 
nifestes émanant d'une société française à Londres s'intitulaut 
7a branche fédérale de ï Association des travailleurs ont été pu- 
bhés dans des journaux du continent comme venant de l'Asso- 
ciation internationale des travailleurs ; 

« Quù r Association internationale des travailleurs subit en ce 
moment de grandes persécutions de la part des , gouvernements 



HT LE JACOBINISME. 95 

français ot aulrichien qui saisissent les moindres prétextes pour 
justifier ces persécutions ; 

« Que dans de pareilles circonstances le conseil général 
encourrait une grande resi)onsabililé en permettant à une 
société n'appartenant pas à ï Internationale d'agir en son nom 
et de s'en servir ; 

« Le conseil général déclare que ladite hrnncho française 
fédérale ù Londres a, depuis deux ans, cessé de faire par- 
tie de l'Association internationale des travailleurs et n'a au- 
cune communication soit avec le conseil général soit avec 
aucune des branches de cette association sur le continent. 

« Londres, 10 mai 1870. » 

On ne saurait mieux jouer la comédie et surtout mentir avec 
plus d'impudence. Il est si peu vrai que la branche française 
ait cessé depuis deux ans d'appartenir à l'Internationale que 
nous trouvons un de ses délégués au congrès de Bruxelles 
(septembre 1868), le citoyen Matens, ouvrier mécanicien *. Ce 
n'est pas là d'ailleurs la seule preuve que nous puissions invoque)- 
pour démontrer tout ce qu'une pareille déclarationa de menson- 
ger. En effet, au meeting tenu le 24 février 1869 par la branche 
française pour célébrer l'anniversaire de la Révolution, le con- 
seil général était représenté par des délégués officiels. Il re- 
connaissait donc à cette époque que cette branche faisait encore 
jiartie de la grande famille internationale. 

Pendant que l'Empire poursuivait ainsi l'Internationale, ses 
membres étaient également arrêtés à Naples et à Vienne (Au- 
triche). 

A Naples, ils étaient accusés d'avoir provoqué une grève 
parmi les ouvriers tanneurs. Le président de la section, Capo- 
russo, le secrétaire, Francesco Forte, et l'avocat Gambuzzi 
étaient pour ce motif mis en état d'arrestation et détenus pen- 
dant six semaines. 

En Autriche, l'Internationale était pourchassée : des années 



• Consulter la liste des délégués au congrès de Bruxelles, vuir l'inlcrnalio- 
Mule, 1* édit., page 135. 



'.»a I , •! N T i; H N A 'i' I N AL K 

de prison étaient infligées à ses membres déclarés coupables de 
haute trahison contre l'Elat *, ses organes étaient supprimés, 
son argent saisi, le droit de réunion aboli, les assemblées po- 
pulaires prohibées. 

Nous allons rechercher maintenant si l'Internationale a par- 
ticipé au complot des bombes, et dans quelle mesure ; nous fe- 
rons ensuite connaître le résultat des procès intentés à ses 
membres, en ayant soin d'indiquer la nature de l'inculpation re- 
tenue contre eux et de présenter le compte rendu des débats. 



1 Obcrwiiider, l'un des iueuliiés, fui coudainné à six ans de cancre duro 
(cachot); Sclieu, Most, Perrin et Pabst a cinq aiis de carcere dura, comme 
coupables du crime de haute trahison, et cela après avoir subi une détention 
préventive de quatorze semaines; neuf autres accusés furent condamnés à des 
peines variant de deux à six mois de prison pour actes jiublics de violence. 
Voici leurs noms Schafftner, Fichinger, Gehrke, Dorsch, Hecker, Sclai^nfelder, 
Baudisch, Berka el Pfeiffer. 

En Prusse, à Essen, le compagnon Riidt était arrêté et détenu pendant plus 
de trois mois. 



ET LE JACOBINISME. 97 



CHAPITRE III 



LE COMPLOT DES HOMBES. rARTICIPATION DE L INTERNATIONALE. 

RAPPORT DU PROCUREUR GÉNÉRAL GHANPERRET. LETTRE DU SOL- 
DAT VANEL AU CITOYEN ALBERT RICHARD, DE LYON. 

On comprendra que nous ne prenions pas la i)eine de répondre 
à ceux (|ui prétendent encore aujourd'hui que ce complot était 
l'œuvre de la police et que c'est au commissaire Lagrange que 
revient l'honneur d'en avoir organisé tous les détails. L'absur- 
dité d'une pareille thèse ne se démontre pas. Au lendemain du 
4 septembre, nous avons vu des journaux, et de ce nombre le 
xJoiirnal officiel ^ insinuer que les accusés Guérin et Ballot, 
revenant sur les déclarations consignées dans la procédure, au- 
raient révélé les machinations coupables auxquelles ils s'étaient 
livrés à l'instigation de i^a. police. Nous n'avons pas à apprécier 
ici le mérite de pareils aveux, ni surtout à rechercher sous 
l'empire de quelles circonstances ils ont été obtenus. 

Les débats du procès ont été publiés. 

Les prétendus accusés ont pu produire tous les moyens de 
justification : la question du complot imaginaire a été vidée ; 
une décision judiciaire est intervenue. Nous n'avons (ju'à nous 
incliner devant l'arrêt de la justice. 

Mais l'Internationale a-t-elle réellement pris part à ce com- 
plot, et quelle a été sa participation ? 

1 Voir documents justificatifs, (pièce S.) Une procéJure a même élé ouverte 
contre les magistrats instructeurs, les juges composant la liante cour, quel- 
ques membres du ministère public et le coiumissaire Je police Lagranire. Nous 
serions heureux d'en connaître le résultat. 



98 L'INTERNATIONALE 

Le rapport du procureur général Grandperret, inséré dans le 
Journal officiel du 4 mai, ne peut laisser aucun doute à cet 
égard*. Nous voyons en effet, dès le 2 octobre, Dupont 
(Amyntlie) écrire à son ami Guérin cette lettre assez si- 
gnificative sur le concours que l'on attendait de l'Inleriiatio- 
nale 2. 

t Un hasard des plus heureux m'a fait mettre la main sur un 
groupe tout constitué et dont je connais depuis longtemps les 
principaux chefs, sans Avom jamais soupçonné qu'ils s'occu- 
paient AUSSI ACTIVEMENT DE POLITIQUE. Cc sont dcs hoinuies, tout 
ce qu'il y a de plus liommes, en tant que révolutionnaires s'en- 
tend, et il nous les faut à tout prix. Donc, à samedi, alin qu'ik 
puissent juger de notre organisation et se lier à nous en con- 
naissance de cause ^. » 

Plus tard, dans une réunion tenue le 30 janvier, nous trouvons 
les délégués de l'Internationale mêlés aux chefs des groupes 
de Puteaux, de Courbevoie et de Ménilmontant. Ils viennent dé- 
clarer que, si une insurrection éclate, on peut compter sur eux. 
Nous savons quelle part l'Internationale a prise aux troubles 
du mois de février. 

D'ailleurs la lettre de Varlin à Bastelica exphque assez la li- 
gne de conduite adoptée par les sections parisiennes à la suite 
du meurtre d'Auteuil et de l'enterrement de Victor Noir. 

Ajoutons que parmi les individus renvoyés devant la haute- 
cour de Blois, quelques-uns appartenaient à l'Internationale : de 
ce nombre étaient Mégy, Gérardin, Ferré, Roussel, Gt)llot, Du- 
pont, etc., etc. 

Il est encore un autre document qui semblerait prouver que 
Richard, de Lyon, était tenu au courant de tous les projets de 
« ses frères et amis de Paris. » Il s'agit d'une lettre écrite à ce 
dernier par un soldat, le nommé Vanel, que les lauriers des 

* Documents justificatifs (Pièce T). 

2 Pendant la commune, A. Dupont a été acclamé chef de la police munici- 
pale ; il avait signé, le !2 mai 1870, le manifeste pul)lié par le conseil fédéral 
des sections parisiennes. 

5 Nous avons parlé plus haut de l'attitude des sections françaises au sujet 
du 26 octobre ; il n'est pas sans intérêt de faire connaître que les inculpés de 
Blois avaient décidé de faire, à la même époque, les armes à la main, une 
manifestation insurrectionnelle. 



ET LE JACOBINISME. 99 

FayoUe et des Asnon empêchaient sans doute de dormir. Voici 
les termes mûmes de cette lettre : 



a A 3 mai 1870. 

« Chaleureux démocrate, 

a Si je t'écris aujourd'inii, c'estcjuo j'ai su que les êtres divers 
qui devaient se charger de l'opcvalion chirnrfjiatlc du 29 avril 
étaient membres de la lamcasc société intcrnntionnlo. Je L'a- 
voue qu'il est vraiment fâcheux que le coup ait manqué, car le 
progrès n'aurait plus eu deirein. Je vocifère contre cette pléiade 
de moucliards qui ont découvert le complot. Tant pis, une autre 
fois on j)rendra plus ses précautions et l'on pourra peut-être 
réussir. Tu faisais prob.a.blement allusion a cette gihconstance, 

LORSQUE TU ME DIS DANS TA LETTRE : Tu NE RECONNAITRAS QUE TROP 
TÔT QUE TU AS EU TORT DE MANQUER DE CONFIANCE EN MOI. Je LE RE- 
CONNAIS MAINTENANT. DÉCIDÉMENT TU ES PUISSANT 

« X propos, que penses-tu de ce vote universel ? Quelle stu- 
pidité de faire voter la troupe ! Mais ce sont des voix assurées, 
et voilà pourquoi on a songé à cela. Dis donc, Badinguet va 
ressembler pas mal à un chef de brigands entouré de ses com- 
plices armés jusqu'aux dents qui forceront d'honnêtes bour- 
geois garottés à faire leur volonté... sous peine de mort, hein I 

« Ce vote à mes yeux n'est qu'une plaisanterie. 

« Celui qui approuve ton dévouement à la sainte cause de la 
liberté. 

« Signé:YKNEL. . 

'Voilà un petit échantillon des heureux résultats produits par 
les tentatives d'embauchage et de corruption qui, à cette époque, 
se pratiquaient sur une vaste échelle dans les casernes de nos 
grandes villes. Nous savons par une douloureuse expérience 
combien a été funeste cet esprit d'insubordination ouvertement 
prêché dans les réunions publiques et propagé par tous les 
iournaux de la nuance Marseillaise. 



100 L'INTERNATIONALE 



II 



RESULTAT DES POUIiSUITES DIHIGEES CONTllE L INTEUNATIO.\ALE. 

DÉSIGNATION DES INDIVIDUS POURSUIVIS. COMPTE-RENDU DES 

DÉBATS. NATURE DIVEP.SE DES INCULPATIONS. — PEINES 

APPLIQUÉES. TEXTE DES JUGEMENTS PRONONCÉS. ORDON- 
NANCES DE NON-LIEU. 

C'est devant le tribunal de Saint-Quentin (juc se déroula le 
premier })rocès de l'Internationale. 

Les inculpés étaient au nombre de quatre ; voici leurs noms : 

i° Sauvag'eot (François-Joseph), 38 ans, tisseur à Saint- 
Quentin, rue d'Isle, 135 ; 

2° Huart (Joseph-Séraphin), 38 ans, tailleur d'habits, fau- 
bourg Gérés, 77 à Reims ^ ; 

3° Loth (Jean-Baptiste-Lucien), 30 ans, bonnetier, à Retliel, 
rue du Sorbon ; 

4° Thomas (Désiré-Jean-Marie), 28 ans, tisseur, Boult-sur- 
Suippe. 

Sauvageot et Huart étaient inculpés de participation à une 
société non autorisée et d'affiliation à une société secrète. Tous 
les quatre étaient en outre poursuivis pour délit d'excitation à. 
la haine des citoyens les uns contre les autres. 

L'affaire fut appelée à l'audience du 21 mai ; le tribunal, écar- 
tant le chef de société secrète, condamna Sauvageot à un mois 
de prison ; Loth et Thomas à trois mois de la même peine et 
100 francs d'amende, et Huart par défaut à un an de prison et 
100 francs d'amende. Nous reproduisons le texte de ce jugement 
aux pièces et documents justificatifs. (Voir pièce U.) 

Il nous paraît nécessaire de compléter ici par des renseigne- 
gnement plus précis et plus détaillés les indications sommaires 



' Cet inJivMu d'origine Lelge, repris de justice, n'avait pu être arrêté : il 
s'était réfugié en Belgique en apprenant que l'Internationale était poursuivie. 
Au mois d'avril 1871, il reparaissait à Rc\lielet essayait d'y provoquer un sou- 
lèvement en laveur de la commune de Paris. Arrêté le 8 avril, il fut expulsé 
de France. 



ET LE JACOBINISME. ICI 

fournies (tans notre premier ouvrage sur la situation de l'Inter- 
nationale à Reims et ii Saint-Quentin. 

Dès le mois de juillet 1809, le oiloycii Iluarl l'un dos vétérans 
de la section bruxelloise, /<v Fùdcvidion, s'occupait de propager 
l'Internationale à Reims. Le 10 août, il écrivait au compagnon 
Yung, membre du Conseil général, qu'il travaillait à faire adhé- 
rer à rinlernationale les deux grandes sociétés ouvrières de 
Reims, les tisseurs et les lileurs : Si nous ne sommes pas encore 
affiliés à flnlcrnnlionale, ajoutait-il, cest que les lois nctiicUes 
de la France le défendent, mais moralement nous soiiniies des 
volves, car nous poursuivons lo même but *. 

Bientôt il so mottait en relation avccVarlin etAuljry; il orga- 
nisait à Reims et dans les environs la société de résistance le 
Droit et l'afilHait à f Internationale, ainsi que cela résulte de 
la déclaration suivante signée par tous les membres du Conseil 
général belge : 

Timbre du conseil 
général Belge. 

« Bruxelles, 26 février 1870. 

« Les soussignés, membres du Conseil général belge de l'As- 
sociation internationale des travailleurs, déclarent avoir reçu 
de Londres la nouvelle que le Conseil général avait accepté 
l'affiliation de la société le Droit, société de résistance des travail- 
leurs de Reims et des environs. 

« De plus le Conseil général de Londa'es nous a déclaré qu'il 
se mettrait en mesure pour régulariser la position de ladite 
société et qu'il enverrait prochainement à cet effet les pièces 
nécessaires. » 

Ont signé : E. HINS; Alphonse VANDEHOUTEN; IIERRE- 
BROULT; BRISMÉE ; CROISIER ; C. STANDAERT ; 
VULORDAN ; C. de PAEPE. 

Quelques jours plus tard, il constituait un comité lédéral à 
Reims et en était nommé correspondant, le 22 mars, par le Con- 
seil général de Londres -. 11 notitiail cette nomination aux sec- 
tions parisiennes et exprimait à Varlin le désir de se fédérer avec 
ellt s, A son instigation un sous-comité était établi à Saint- 

1 Voir ceUe lettre aux documents justificatifs (Pièce V). — 2 /d,, ibid. 



102 L'INTERNATIONALE 

Quentin par Sauvageot, et une société de résistance et de soli- 
darité forte de s'ix cents membres y était organisée . 

Son adhésion à l'Internationale était proclamée dans une 
réunion tenue ù Saint-Quentin, le 24 avril. C'est dans celte 
réunion (ju'était commis le délit d'excitation à la haine des ci- 
toyens relevé par l'accusation contre les quatre individus 
poursuivis le 21 mai devant le tribunal de cette ville '. 

A Rethel, les principes de l'Internationale avaient été égale- 
ment propagés par Huart et par le citoyen Loth, dont le nom 
figure parmi les délégués au congrès de Bàle. Un comité était 
nommé et le 7 février il confiait à (rois délégués le soin de s'oc- 
cuper de son affiliation à l'Internationale. Voici dans quels ter- 
mes était conçu le mandat remis à ces trois délégués : 

« Les membres du comité de Rethel déclarent donner pleins 
pouvoirs à leurs trois délégués ci-dessous concernant l'affilia- 
tion à l'Association internationale. 

« Fait en réunion du comité à Rethel le 7 février 1870. 

« Les trois délégués sont : Loth (Lucien), Lesuer (CJiarles,) 
Potier (Jean-Baptiste.) » 

Ont signé : CHAMPION; BOITTE; MARÉCHAL; BIL- 
LAUDEL; MANGIN ; DOLIGNOU ; BONFILS. 

Ces renseignements étaient indispensables pour permettre 
d'apprécier de quels éléments disposait l'Internationale à Reims, 
Saint-Quentm, Rethel, Boult-sur-Suippe, au moment de l'arres- 
tation de Sauvageot, l'un de ses principaux meneurs. A Bazan- 
court (Marne), le 20 mars, une réunion était tenue sous la 
présidence d'Huart. On y parlait de la nécessité d'adhérer à 
l'Internationale et, après la séance, des livrets étaient distribués 
par ses soins aux ouvriers qui déclaraient vouloir s'y affîher. 

Plusieurs lettres d'Huart à Sauvageot et à Varlin ({ue nous 
reproduisons parmi les documents justificatifs compléteront 

1 Dans cette réunion la suppression dn patronat et du capital fut le thème 
favori développé par tous les orateurs. On représentait les patrons comme de 
vils exploiteurs, ne vivant que de rapines et de vol, s enrichissant aux 
dépens des ouvriers dont ils violaient les filles. On annonçait que dans un an 
les frères et compagnons seraient maîtres de tous les établissements indus- 
triels, soil par une révolution pacifique, soit autrement. 



ET LE JACOBINISME _ l08 

ulilein 'uL i'iiistorique du dévelo])pemenL de riuLernationale dana 
ces 'Contrées ' . 

En suivaul l'ordre chronologique nous arrivons au jugement 
des inlernalionaux parisiens. Les débats de ce procès occu- 
pèrent plusieurs audiences: commencés le 22 juin, il furent 
continués les 29, 30 juin, 1, 2 et 5 juillet. Nous nous bornerons 
à rapi)eler les noms des individus poursuivis et à indiquer les 
peines prononcées contre chacun d'entre eux. Un compte rendu 
de ces débats a été publié i)ar les soins de la commission de 
propafjando du 3^ groupe de rAssociutio]i internationale ^. Il 
devient donc inutile de raconter les détails de l'audienco, de 
parler du réquisitoire si remarquable du ministère public et 
d'indiquer les moyens de défense i)résentés parles prévenus. 

Trente-huit prévenus étaient renvoyés devant le tribunal cor- 
rectioimel : dix-neuf sous inculpation d'avoir, depuis moms de 
trois ans, à Paris, comme chefs ou fondateurs, fait partie d'une so- 
ciété secrète ; les dix-neuf autres pour avoir contrevenu à l'arti- 
cle 291 du Gode pénal. Dans la première catégorie étaient |)lacés : 

1" Langevin (Pierre-Qaniille), tourneur sur inélaux, (30, l'ue 
de l'Égiise, né à Boixleaux, le 14 février 1813 ; 

2° Rocher (Marie-Antoine,) homme de lettres, né le l^' sep- 
tembre 1833, à Montournaix (Vendée) ; 

3° Avrial (Augustin), né à Rovel (Haute-Garonne), le 20 no- 
vembre 1840; 

A° I^eblanc (Albert-Marie-Félix), ingénieur civil, né à Paris, 
le 29 janvier 1844; 

5"" Allard (Camille-Félix- Albert), étudiant en droit, rue 
Sainte-Placide, 26, né à Dieppe, le 13 août 1848 ; 

1 Voir pièce U. 

2 Quelques jours, en effet, après le jugement, la lettre suivante était 
adressée à tous les correspondants de l'Internationale : « Citoyen, les membres 
de la commission de propagande du 3« groupe de l'Association internationale 
faisant imprimer le dernier procès des sections parisiennes vous deman lent, 
citoyen, de vouloir bien nous indiquer le nombre des volumes dont vous 
pouvez avoir le placement dans votre groupe. 

« Veuillez nous envoyer vos demandes le plus tôt possible et vous organiser 
pont en placer le pins grand nombre, afi;i de donner une grande extension à 
cette œuvre de propagande socialiste. Pour la commission de propagande, 
le correspondant, Henry Bacliruch, 13, rue de l'Echiquier. — Pour les envois 
d'argent, s'adresser au trésorier Delabaye, 58, rue des Amandiers. » 



Oi L'INTERNATIONALE 

6" Robin (Charles-Louis-Jean-Paul), professeur, rue Monge, 
95 (cx-mcnibro du conseil général belge, expulsé de Belgique à 
la suite des troubles de Seraing), né à Toulon le 3 février 1837 ; 

7° Pagnerre (Gustave-Félix), feuillagiste ', rue de la Fi- 
délité, 11, né à Étrcpagny (Eure), le 2 mars 1824 ; 

8° Carie (Paul-Emilien-Florimond), rue Saint-Jacques, 214, 
{correspondant de la section de la rive gauche), né à Laon 
(Aisne), le 13 septembre 18-18 ; 

9" Sabourdy (Pierre), pointeur au journal la Marseillaise, 
rue du Roi-d'Alger, 16, né à Guéret (Creuse), le 17 juin 1826; 

10° Colmia dit Franquin (Jules- Joseph-Étienne), né à Gap, 
le 24 novembre 1838, ouvrier lithographe, rue de la Ver- 
rerie, 42 ; 

11" TMndy (Jean-Louis), menuisier, rue du faubourg du 
Temple, 17, né à Bresl, le 3 juin 1840; 

12° Joliannard (Jules), feuillagiste, rue d'Aboukir, 126 ^, 
né à Beaune (Gôte-d'Or), le 22 janvier 1843; 

13° Murât (André-Pierre), mécanicien, rue Saint-Maur, 
200, né à Lyon, le 20 juin 1833 ; 

14° Malon (Benoît), ouvrier teinturier, à Puteaux, rue 
Mars-et-Roty, né à Prétieux (Loire), le 23 juin 1843 ; 

15° Gombault (Amédée-Benjamin-Alcxandre), né à Tours, le 
16 novembre 1837, ouvrier bijoutier, rue de Vaugirard, 289 ; 

16°Héligon (Jean-Pierre), courtier en librairie, grande rue de 
la Truanderie, 42, né à Paris, le 20 janvier 1834 ; 

17° Varlin (Louis-Eugène), ouvrier relieur, rue Dauphine, 33, 
né à Glaye (Seine-et-Marne), le 5 octobre 1839 ; 

18° Passedouet (Auguste- Jules), journaliste, né à Recou- 

* Signataire de la protestation publiée le 2 mai, par le conseil fédéral pari- 
sien. Arrêté le 11 décembre 1851, il fut désigné, le 10 janvier 1832, pour la 
transporlation à Gayenne et mis en liberté, quelques jours après, par décision 
de la commission militaire. 

- Johannard s'était réfugié à Londres en 186" à la suite d'un article qu'il 
avait publié dans le Courrier français. Devenu membre du conseil général, il 
remplissait les fonctions de secrétaire correspondant pour l'Italie. Rentré en 
France à la suite de l'amnistie du mois d'août 1869, il devint l'un des ora- 
teurs les plus violents des réunions de Belleville, et organisa la section du 
faubourg Saint-Denis. Son nom figure parmi les signataires du manifeste anti- 
plébiscitaire. 

Johannard est le fils d'un marcliand de nouveautés de Beaune, déclaré en 
état de faillite en 1856. 



ET LK JACOBINISME. 105 

vrauce (Finistère), le 2S avril 18ïi8, avenue de Choisy, 163 ; 
19» Assy (Adoli)hc-Ali)honse) , mécanicien , né à Houbaix 
(Nord), le 2H avril 1841. 

A la deuxième catégorie appartenaient : 

1° Malézieux, 42 ans, ouvrier forgeron, rue de Lévis, 84 ^ 

2" Ansel (Bernard-Gabriel), i)eintre sur porcelaine, rue d'Al- 
sace, 35, né à Paris, le 16 octobre 1840 ; 

3° Durand (Gustave-Paul-Emile), ouvrier Ijijoutior, rue Hani- 
ponneau, 15, né à Paris, le 2 mai 1835 ; 

4° Duval (Emile- Victor), fondeur en fer, rue de la Glacière, 21, 
né à Paris, le 27 novembre 1840 ; 

5° Frankel (Léo), ouvrier bijoutier, rue Saint-Sébastien, 37, 
né à Bude (Hongrie), en février 1844 ; 

6° Fournaise (Joseph), ouvrier en instruments d'opti([ue et de 
précision, rue Villehardouin, 12, né à Paris, le l'^^ janvier 1828 ; 

7° Landeck (Bernard), sertisseur bijoutier, boulevard Sébas- 
topol, 86, né à Duren (Prusse), le 19 mai 1832 ; 

8° Delacour (Alphonse), relieur, rue d'Assas, 52, né à Lor- 
rez-le-Bocage (Seine-et-Marne), le 19 août 1839; 

9° Dugaucquié (Jean-Désiré), mécanicien, passage Raoul, 17, 
né à Bruxelles le 3 septembre 1840 ; 

10° Cirode Barthélémy, sculpteiu*, rue Lecourbe, 43, né à 
Nevers, le 30 octobre 18 i3 ; 

11° Ghalain (Louis-Denis), courtier en librairie, né au Plessis- 
Dorin (Loire), le 10 janvier 1845 ; 

12° Bertin (Frédéric-Jean-Baptiste) , fondeur , rue d'Alle- 
magne, 20, né à Torteron (Cher), le 16 octobre 1838 ; 

13° Flahaut (Emile- Amour-Gustave), 33 ans, marbrier, bou- 
levard Ménilmontant, 01, né à Thou (Belgique) ; 

14» Boyer (Vincent), 29 ans, tailleur de pierres, rue de Van- 
ves, 75 ; 

15° Casse (Germain-Eugène-François), journaliste , rue de 
Maubeuge, 94, né à la Pointe-à-Pitre, le 23 septembre 1837 ; 

16° Theiz (Albert-Frédéric-Félix), ouvrier ciseleur, rue de 
Jessaint, 12, né à Boulogne, le 12 février 1839 ; 

17o Gollot (Adolphe), menuisier, rue Jean Robert, 6 his, né à 
Montargis (Loiret^ le 12 novembre 1830 ; 



i06 L'INTERNATIONALE 

18° Giot (Ilippolyte), ouvrier peintre, rue des Rosiers, 14, 
né à Tournon (Ardèohe), en 1839; 

19" Mingold, professeur de dessin '. 

Lejugemenlfutrenduà l'audienco du 8 juillet. Le chef de so- 
ciété secrète était retenu à l'éyard de Vurlin, Malon, Àlurat, 
Jolmnnard, Pindy, Coaibault et Iléligon. A raison de cette cir- 
constance, le tribunal prononça contre eux la peine d'une année 
d'emprisonnemeiit. 

Assi, Dug-aucquié, Flahuut et Laudeck furent acquittés. 

Tous les autres prévenus furent condamnés à 2 mois de iJii- 
son et 25 francs d'amende comme coupables d'avoir, depuis moins 
de trois ans, fait partie de l'Association internationale des tra- 
vailleurs, société non autorisée et composée de plus de vingt 
personnes. 

Les considérants de ce jugement sont longuement motivés : 
ils relèvent avec précision et clarté les principales charges ré- 
sultant de la procédure. Nous les rejjroduisons aux documents 
justihcatifs (Pièce U). 

Nous devons mentionner que ce jugement fut fraiipé d'appel, 
mais que la Cour n'a jamais eu à statuer, l'amnistie du 6 sep- 
tembre étant survenue quelques jours après l'envoi du dossier 
au parquet du procureur général. Ce dossier a échappé aux 
investigations des coninnuiards, mais il n'en a pas été de même 
des pièces saisies et autres documents importants qui ont été 
consumés dans l'incendie du Palais de Justice. 

La section de Saint-Etienne fut la seule qui osa protester 
contre ces condamnations : sa protestation a été insérée dans 
VEclaireur de Saint-Étienne du 29 juillet 

Le citoyen Albert Richard tut tellement effrayé de cette con- 
damnation qu'il se réfugia à Neuchàtel pour pouvoir, disait-il, 
déhbérer en lieu sûr. La lettre qu'il écrivait à ce sujet à son 
ami Palix est assez édifiante. 

Quelques jours après le jugement des internationaux pari- 



1 Tous les signataires du manifeste publié le 2 mai avaient été compris dans 
les poursuites, mais l'identité de quelques-uns ne put être établie. D'autres 
inculpés turent l'objet d'ordonnances de non-lieu, et notamment Routier, 
Lacatle . 



ET LH JAC0BI.NISM;E 107 

siens, coimnciioaienl à Brest les débals de la poursuite dirigée 
contre les uieiubres de la secliun organisée dans cette villL-, au 
mois de septembre 18G9, par Fiiuly de concurt avec son ami Le 
Doré*. Six inculpés comparaissaient devant le tribunal corric- 
tionnel : le délit de société secrète n'était pas relevé contre eux. 
Voici leurs noms : 

Le Doré (Constant-Eugène), 29 ans, rue Kerl'autras, "2, écri- 
vain à la direction d'artillerie de marine ; 

Plouzané (Célestin-François), 19 ans, oiivrier pouiier au port ; 

Plouzané (Claude-Marie- Victor), père du précédent, 51 ans, 
tonnelier au port ; 

Le Doré (Joseph-Eugène-Marie), 16 ans, menuisier, rue Ker- 
fautras, 2 ; 

Tréguer (Pierre-Jean-Marie), 25 ans, mécanicien ; 

Moallic (Jean-Louis), 21 ans, voilier au port. 

La défense collective fut présentée par Le Doré. 

A l'audience du 23 juillet, présidée par M. Dupuy, ils furent 
condamnés pour afiiiiation à l'Internationale, savoir : Le Doré 
(Constant), à deux mois de prison et 50 francs d'amende, Plou- 
zané (Célestin),àun mois de la môme peine, et les quatre autres 
à 10 jours. 

Par arrêt du 17 septembre 1870, la cour de Rennes statuant 
sur l'appel interjeté le l^' août par Le Doré et les autres pré- 
venus déclara le jugement non avenu, en se fondant sur ce que 
le délit reproché aux prévenus était essentiellement politique et 
prononça qu'il y avait lieu de les faire bénélicier du décrel du 
gouvernement de la défense nationale en date du 6 septembre, 
aux termes duquel amnistie pleine et entière était accordée pour 
tous les crimes et délits politiques -. 



• A l'époque do l'arrestation de Le Doré, cette section comptait une douzaine 
de membres : nous verrons plus tard qu'au lendemain du 4 septembre, ce 
nombre s'était élevé à plus de vingt. Le Doré (Constant) en était le secrétaire 
correspondant; Plouzané (Célestin), le secrétaire adjoint. Le Doré entretenait 
une correspondance très-active avec Pindy cl Malon. On pouria juger de son 
lempt'rament révolutionnaire par les quelques lettres qui figurent aux docu- 
ments justificatifs (pièce Y). C'était à son domicile que se réunissaient, tous les 
mercredis, les membres de la section. Toutes les cartes délivrées aux socié- 
taires portent la signature de Pindy. 

- Nous reproduisons, aux documents justificatifs (pièce U), le dispositif du 
jugement, le compte rendu de l'audience et la défense collective présentée 
par Le Doré. 



10S L'INTERNATIONALE 

Los membres de la fédération lyonnaise ont été plus heureux 
(jue loui-s compagnons de Paris et de Brest : aucune condam- 
nation n'a pu èlre prononcée contre eux, et Albert Richard a 
pu se remettre tout à son aise de l'elTroi ipie lui avait causé le 
jugement du tribunal de la Seine. Il leur a été même loisible, 
au lendemain du k septembre, d'aller retirer du greffe le dossier 
de leur volumineuse procédure et d'en faire un auto-da-fé. C'est 
au citoyen Beauvoir, l'un des prévenus, acclamé par lui-môme 
membre du comité de salut public, (juo revient l'honneur de 
cette mesure de précaution. De pareils faits peuvent paraître 
étranges même au sein des plus grandes tourmentes révolu- 
tionnaires. Voici les deux documents qui confirment notre as- 
sertion. 

I 

RÉPUI3LIQLL; FUAXÇAISE. 

Sous-comité des intérêts publics. 

G Le citoyen Beauvoir est autorisé à prendre le dossier du pro- 
ès de l'Internationale au greffe du tribunal correctionnel. » 

Bon pour décharge au greffe. 
Pour le comité, 
Le délégué : JACQUES *. 
Lyon, ce 9 septembre. 

II 

4 Je soussigné, Ch. Beauvoir, membre du comité de salut pu- 
blic, déclare qu'en vertu de la décision dudit comité et de l'auto- 
sation ci-contre, j'ai retiré le dossier du procès de l'Interna- 
onale du greffe de Lyon, dont décharge -. -a 

Sicjnô Ch. BEAUVOIR. 

Lyon, le 10 septembre 1870. 

convient d'ajouter ({ue, par une lettre insérée dans \eProjrrs 

1 Ce citoyen Jacques est devenu plus tard commissaire de iiolico. 

2 il est permis de s'étonner qu'un greffier livre ainsi des procédures sur le 
vu d'autorisations de cette espèce. 



ET LE JACOBINISME. 100 

do Lyon du 20 octobre 1870, le même citoyen Beauvoir invitait 
SCS collègues de riulernationalo avenir chercher au plus tôt les 
parties de la procédure qui pouvaient les intéresser; il annonçait 
que, passé un délai de huit jours, il brûlerait le dossier pour Jo 
sousfi'iiirc aux ivt^hcrcJji's de In police '. 

Nous avons à explifjuer mnintenant par suite de rpiol concours 
de circonstances le procès de l'Inlernationale, à Lyon, plusiciu's 
fois appelé et toujours renvoyé d'audience en audience, n'a ja- 
mais reçu de solution. 

Les scènes de désordre (jui se produisirent à Lyon vers 
le 20 juillet et dont nous aurons plus tard l'occasion de parler, 
l'agitation croissante des esprits, les préoccupations politiques, 
la crainte de voir s'aggraver la situation en fournissant aux me- 
neurs lyonnais un nouveau prétexte de manifestations, nécessi- 
tèrent un }(remier délai : l'affaire, d'abord fixée au lundi 2i juil- 
let, ne vint devant le tribunal correctionnel que le 8 août. 
Trente-sept prévenus avaient été cités. C'étaient : 

Richard (Albert), 25 ans, publiciste, quai de Serin, 20 ; 

Blanc (Gaspard), employé des ponts et chaussées, rue de Ja- 
rente, 31 ; 

Bourseau (Victor), 43 ans, jjronzier, rue des Remparts-d'Ai- 
nay, 24; 

Michallet (François), 37 ans, teinturier, rue do la Vieille, 13; 

Bret (Joseph), 52 ans, tisseur, rue Charlemagne, 12; 

Pulliat (Jean-Pierre), 31 ans, tisseur, rue d'Austerlitz, 12 et 14. 

Martin (Arthur), 29 ans, sculpteur, rue de Fleurieux, 8 ; 

Martin (Louis), 31 ans, passementier, rue du Bon-Pasteur, 2; 

Palix (Louis), 41 ans, tailleur d'habits, cours Vitton, 41 ; 

Doublé (Jean-Baptiste), 46 ans, tisseur, rue Bugeaud, 140; 

Ghol (Guillaume), 41 ans, cordonnier, rue j\Iazenod, 23 ; 

Cevelinge (Louis), 34 ans, marbrier, cours Bourbon, 103; 

Dupuis (Jean), 42 ans, tailleur, quai Vaïsse, 11 ; 

Deville (Jacques), 52 ans, passementier, impasse Gigodot, 20; 



1 Cet appel fut entendu : il a été trouvé, en effet, plus tard, cliez plusieurs 
des individus compromis dans les divers mouvements insurrectionnels de Lyon, 
quelques pièces appartenant au dossier de l'Internationale. Nous pourrions 
citer tels internationaux qui possèdent encore leur interrogatoire, leur casier 
judiciaire, les renseignements fournis sur leur compte par la police, etc. 



110 L'INTERNATIONALE 

Vernaz (Jacques-Joseph) , 30 ans, cordonnier, rue Sainte- 
Jeanne, 7 ; 

Beauvoir (Charles), 58 ans, représentant de commerce, rue 
d'Algérie, 15 ; 

Dumartheray (François) , 28 ans , enii)loye de commerce, 
sans domicile fixe. 

Yizot (Ulysse), 28 ans, marchand de porcelaines, rue Gre- 
nette, 27 ; 

Vallot (Eugène), 32 ans, apprèteur de chapeaux, rue Dugues- 
clin, 84 ; 

(jarnier (Pierre-Antoine), 45 ans, apprèteur, rue Bngeaud, 154; 

Marmonnier, (Jean), 34 ans, passementier, rue Tholozan, 11 ; 

Pichot. (Louis), 26 ans, tulliste, rue Neuve-des-Gharpennes, 4 ; 

Ginet (Etienne), 31 ans, tulliste, rue Moncey, 212 ; 

Placct (Balthazard), graveur, rue Masséna, 58 ; 

Busqué (Léon-Antoine), 35 ans, sculpteur, rue de la Reine, 57 ; 

Régipas (Antoine), 50 ans, tailleur, rue Vendôme, 102; 

Barret (Narcisse) , 28 ans , garçon de café , rue Mas 
séna, 20 ; 

Poncet (Jean-Marie), ouvrier peigner, rue Saint-Georges, 10 , 

Tacussel (Louis-Joseiih-Hilarion), 34 ans, serrurier, avenue 
de Saxe, 187; 

Gharvet (François), 44 ans, tisseur, rue du Bon-Pasteur, 31 ; 

Nalliod (Médard), 32 ans, imprimeur sur j Section de 
étoffes ^ Neuville. 

Meunier (Louis), 30 ans, idem ! 

Dupin (Pierre), 30 ans, velouli^'r 1 

Dumas (Jean), 36 ans, passementier...... f Section de 

Délaye (Philippe-Jean), 39 ans, passemen- ( Saiat-ELienne. 
lier ] 

Berger (Jean), passementier ) Section de 

Philihert (Jean), passementier i Saint-Etienne. 

Tous ces individus étaient inculpés d'avoir, étant membres 
de l'Association internationale, commis le délit de société secrète 
et subsidiîiirement celui d'association illicite '. 

« Quelques-uns de ces prévenus ont joué un rôle important au 4 septembre, 



ET LK JACODINISME. 111 

Au début (le l'audience, l'honorable organe du ministère pu- 
blic déclarait, quo, dans les circonstances critiques où se trou- 
vait la patrie, et au lendemain de noti'c délaite de Reischoffen, 
il ne sentait pas la liberté d'e-^piit nécessaire pour engager un 
débat aussi sérieux. Il demandait au tribunal le renvoi fie l'af- 
faire à trois semaines. 

Le ciioyen Beauvoir protestait énergiquement contre cette 
décision et réclamait le jugement immédiat ou une ordonnance 
de non-lieu. Il insistait pour que Ij tribunal télégraphiât dans 
ce sens au ministre de la justice. Ces observations étaient ap- 
puyées par Albert Richard, Délaye, de Saint-É tienne, ]VP« Ghe- 
iiel et Millaud. Tous les accusés se déclaraient prêts à faire leur 
devoir et se refusaient à toute idée de grâce. 

En dépit de toutes ces protestations le renvoi fut prononcé ; 
le unième jour, le télégramme suivant, resté sans réponse, était 
adressé au ministre de la justice : 

« ^4 S. Exe. M. Olliviei', garde des sceaux {Paris). 

€ U Inlevnationalc de Lyon, qui m'a confié sa défense dans le 
jugement qui devait commencer le 8 août et qui a été renvoyé 
à trois semaines, demande à être jugée immédiatement, 

« Les irente-huit travailleurs inculpés dans cette affaire pro- 
testent contre cette situation. 

« Notre altiiude prouvera, comme notre langage l'a déjà 
prouvé à l'ouverture de l'audience, qu'il n'y a dans ces graves 
circonstances que des cœurs froissés et unis dans une douleur 
et des espérances communes. Si l'on craint de notre part une 
manifestation quelconque, nous repoussons ces soupçons conune 
une offense. 

« Il n'y a devant vous ({ue trente-huit citoyens français qui 

notammenl Chol qui élait devenu commissaire central à Lyon. D'autres avaient 
été acclamés, qui officier de paix, qui ?arde urbain. 

Nous dexons ajouter que trois autres individus, les nommés Gonnard, Mailre 
et Seigner, compris dans les poursuites, avaient été l'objet d'une or.lonnance 
de non-lieu. L'identité de Gonnard et Maître n'avait \m être établie : quant 
à Seigner, qui apparlenait à l'armée en qualité de ser^'ent, il s'était afiilié a 
l'Internationale pendant la durée d'un congé, et au moment des poursuites, il 
se trouvait devant l'ennemi. 



112 L'INTERNATIONALE 

veulent et peuvent triompher des inculpations qui pèsent sur eux. 
. Nous nous refusons à toute grâce. Nous ne voulons que la 
justice égale pour tous. 

t Au nom des accusés, leur avocat qui vous salue 
a respectueusement. 

« Joseph GHENEL *. 
t Rue des Céleslins, 2 (Lyon). .-' 

L'affaire ne fut pas appelée à l'audience du 29 août; les préoc- 
cupations poKtiques ne furent pas étrangères à ce résultat : 
tous les accusés avaient été prévenus de ne pas se présenter, 
leur procès étant remis à une époque indéterminée. Le 4 sep- 
temlire survint, et nous savons comment le dossier de la pour- 
suite a disparu. 

Nous devons reconnaître que le tribunal de Rouen ne se laissa 
pas arrêter par des considérations de cette nature ; le procès 
de la fédération rouennaise, d'abord fixé au 10 août, appelé à 
l'audience du 23 août, renvoyé à celle du 25 sur la demande du 
défenseur de l'un des prévenus , fut défmitivement jugé le 
30 août. Les accusés étaient au nombre de cinq : 

Aubry (Emile- Victor), 41 ans, imprimeur lithographe à Rouen ; 

Creuset (Jean-Claude), 44 ans, fileur, 110, rue du Carrefour, 
à Sotteville-les-Rouen ; 

Piéton (Eugène), 32 ans, tisseur, rue du Neubourg, 71, à El- 
beuf 2 ; 

Régnier (Arnoux-Antoine), 53 ans, tisserand à Elbeuf, rue 
Saint-Jean, 42 ; 

Julien (Pierre-Victor), 49 ans, épicier à Darnetal, rue du 
Champ-du-Marais, 18. 

Un seul délit était relevé contre eux, celui d'association non 
autorisée. 

Aucun des prévenus ne comparut à l'audience. Aubry fut 
condamné à six mois d'emprisonnement et cinq cents francs 



i Me Chenel est devenu, au 4 septembre, conseiller de préfecture à Mâ'^O'i 
2 Piéton, secrétaire correspondant, à Elbeuf, du cercle d'études économique^ 
avait été délégué au Congrès de Bàle par le groupe d'Elbeuf. 



ET LE JACO^.INI^ML:. US 

d'cunende ; Piéton, Rôgnior, Julien et Crcusot, chacun a trois 
mois de la même peine et cent francs d'amende *. 

Ici s'arrête la série des persécutions exercées contre l'huma- 
nitaire Internationale^ par la justice impériale. Toutes les au- 
tres poursuites aboutirent à des ordonnances de non-lieu ou 
furent abandonnées. 

Dans cette catégorie nous devons ranger Dijon et Vienne 
(Isère). 

A Dijon, un seul individu, le sieur Focillon (Auguste), em- 
ployé, rue Saumaise, 55, avait fait l'objet d'une information. Se- 
crétaire de l'Association syndicale des comptables et employés 
de commerce de Dijon, il avait assisté à l'assemblée générale 
tenue, le 13 mars 1870, par la fédération lyonnaise. Les charges 
relevées contre lui n'ayant pas été jugées suffisantes, une ordon- 
. nance de non-lieu était intervenue en sa faveur le 28 juillet ^. 

A Vienne, l'affiliation à l'Internationale des inculpés n'avait 
]iu être établie et une décision semblable avait été prise le 
27 mai. 

Les inculpés étaient au nombre do quatre : 1° Ailloud (Jean- 
Alphonse), 42 ans, tailleur, rue de l'Archevêché, ex-délégué de 
la section de Vienne au congrès de Lausanne ; 2° ,Vaganey (Jean- 
Louis), 37 ans, tisseur, place duMusée; STilloux (Jean), 40 ans, 
fileur, rue des Carmes, 8; 4° Monnier (Charles), dont le domi- 
cile était demeuré inconnu. 

La situation qui fut faite à la Fédération marseillaise mérite 
une mention spéciale. Plus de soixante-dix individus avaient été 
compris dans les poursuites sous l'inculpation de participation 
à une société secrète. A la suite d'une information laborieuse 
qui n'a pas duré moins de cent trente-six jours, la poursuite 
s'est terminée, le 15 septembre 1870, par une ordonnance de 
non-lieu collective. 11 semble ' qu'après l'amnistie du 6, il eût 
été inutile de recourir même pour la forme à ce dernier acte de 



1 Les considérants de ce jugement offrent le plus vif intérêt. Le loclnur les 
trouvera parmi les documents justificatifs (pièce U). — Consulter également 
(pièce a) les lettres d'Aubry à Varlin et les autres déclarations relatives à la 
Fédération muennaise. 

2 C'est le député Raspail qui est l'auteur de cette lieurcn-e qualification, 
s Voir documents iu-tificaiif s. pièce Z'. 

8 



fl4 L'INTERNATIONALE 

procédure. On s'explicfue qu'une amnistie {c'est chose si ordi- 
naire) ait pu couvrir Baslelica, Alerini, mais on comprend diffi- 
cilement une ordonnance de non-lieu rendu en leur faveur. 
Quoiqu'il en soit, nous croyons indispensable de présenter le 
tableau de tous les individus poursuivis : nous aurons occasion 
de retrouver plus tard ([uckiues-uns d'entre eux, au lendemain 
du 4 septembre, publiant manifestes sur manifestes, et usurpant 
les emplois publics après avoir été membres de la commune 
révolutionnaire. Voici leurs noms et la désignation de la corpo- 
ration qu; les avait délégués auprès de la Fédération. 

Baslelica (André), 24 ans, employé de w^^^respondaiit de la Fédéra- 
commerce, boulevard des Dames, 32. j ration marseillaise 1. 

HenniUe (François), 39 ans, rue Fontaine- j Délégué de la corporation des 
des-Vents, 8. ( Uthographes. 



Béraud (Juslinien-Fortuné), 27 ans. 
Chalandon (Guillaume), 27 ans. j 

Bertholand (Jean), 45 ans, boulevai'd Na- [ Ide 

tional, 356. 
Fabi'B (Simon\ 26 ans, rue Larrey, 43. 



m de la corpoiation des 
Chaudronniers. 



Bonnefoy (Joseph-Alidiouse), 27 ans, rue 
Hoche, 12. 

Blanc (Marius-Joseph), 29 ans, rue Beau- 
mont, 6. 

Bonifay (André), 31 ans, rue des Grandes-] 
Armes, 77. ( 

Cloquemin (Jules-Simon) , 36 ans , rue 
Fort-l'Empereur, 4. 

Codonel (Joseph-Apollinaire), 31 ans, rue 
du Nanquin, 3. 

Simard (Jean-Baptisle), 41 ans, rue Neu- 
ve, 18. 

Blanc (Joseph), 45 ans, boulevard de Pa- j 
ris, 67. r 

Reiffort (Marius-Louis),41 ans, boulevard l 
Rougier, 32. / 



Idem, de la corporation des 
l'aveurs. 



Idem de la corporation des 
Serruriers. 



Idem do la corporation 
des Chaisiers (octobre 1869). 



Idem des Tailleurs de pierre 
(décembre 1S69;. 



\ A l'époque des arrestations iîastelica s'était prudemment replié sur Barcelone 
où il logeait chez Farga Veiller. W, Calle Mercaders. Baslelica est d'origine Corse : 
est néà Pastia. 



ET LE .1 Ar.OrJINlSMF. 115 



' néléguo des 



Taulannc (Lambert-André), 3u uns, ruo ] 

Devillicrs, 6. ' néléguo des chapeliers (dc- 

Uriot (Jeau-naptistCy), li ans, rue Saint- l cembre ueo). 

Ferréol, 2\. ' 

Aye (Jacques-Jean), 44 ans, rue Como- j 

lut, 42. f /(/(?;» dos ou VI icrs Maçons. (De- 

Dourgnon (IjOuis-dluirles), 36 ans, rue l légatioad'Ayeisjauvier hsto. 

Dugère, 2. ) 

Chave (Léon- Auguste), 25 ans, rue des j 

Bergers, 12. f 

Gay (Pierre), 32 ans, rue Uuule-Sl-Do- 1 /'/«'« -^les .Menuisiers. 

niinique, 14. / 

Venel (Charles-Henri), 2(3 ans, boulevard i 

de la Madeleine, 202. { Wc'« des Marbriers. 

Bardel (Honoré), 31 ans, rue Paradis, 141. } 

Lozier (Emile), 30 ans, rue Saint-Théo- \ 

dore, 2. ]'''*'" ^^^ ^Cordonniers. Lu2i;<r, 

,, , , , /T • N t->T T-> i f démissionnaire de janvier 

Gandolphe Louis), 33 ans, rue Boute- 1 ,.„ ^ ,^, , Janvier 

\. * -^ r 1870, a été quelque temps 

rie, 45. \ secrétaire do la féd6ralion. 

Bernard (Pierre), 25 ans, rue Pastoit, 16. j 

Couchoud (Joseph), 23 ans, rue des Pe- h,,,„„^^ ^^ ^^,^^.^^^ ^^^ ^^_ 
tites-Maries, 26. j vriers cordonniers. 

Brun (Eugène), 42 ans, rue des Bous-En- ^ 

f t on I Délégués des Bouchonniers. 

' • l Brun est président de cette 

Henriot (François-Claude), 39 ans. Grand- 1 corporation, nenriot n'était 

Chemin de Toulon, 17. ] que délégué supplémentaire. 

Pacini (Pierre-Paul), 53 ans, quai du Ça-"" 

nal, 24. j 

Duperron (Jean-Pierre-Gustave), 26 ans, f ^''^'" '^^^ '^'^P'"^'^''-'- ""P^non 

,.. ,,1 • j^ Tj At,\ > n'a été délégué que pendant 

\ieux-Lhemin de Rome, 110. / i„c ,„„ „ ^ ■ ...■ 

' l les mois de novembre et dc- 

Lassus (Antoine-Henri-Guilhen), 34 ans.l cembre i869. 
rue Curiol, 41. / 

Meunier-Rivière (Georges), 30 ans, rue] 

de Lodi, 136. f 

T-. i- /» . \ o-i I m- • r ^'^fi"' des ouvriers Charrons 

Fontes (Auguste), 37 ans, rue des Mini- l 

mes, 12. ) 

Ronianin (Martin-Antoine), 29 ans, quai] 

de Rive-Neuve, 81. //dm des Doreurs sur bois. Ar- 

. 1 'TT • in 11 ^l niand délégué en fé- 

.\.rmand [Henri), 29 ans, boulevard l vrier %-o 

Raille, Hhi. • ) 



il6 L'INTERNATIONALE 

Ariés (Guillaume), i3 ans, rue Gou- J 

(lai'd, 37. Il)ël(5gii6s des Peintres. Déléga- 

Borde 'r Jean-Frédéric), 33 an., rue Cha- | 'l°i\jTmo. '^^'"'"' '' 
teaubriand, 1, ] 

Ghachuat* iHcnri), 25 ans, menuisier en voilures, rue Navarin, 27. 
(iayet- (Jean), 40 ans, mécanicien, rue Ijangeron, 11. 

Bret (Joseph), 42 ans, boulevard du Mu-\,,/w , , ... 

, ^ ^ ^ ' 1 Dolc'guos par la corporation (les 

see, Al. ^ f Vcrnissoiirs. Coinbes était 

Combes ^ (Louis-Étienne), ''21 ans, boule- l sccn^taire de la chambre fé- 
vard de la Paix, 4. / '^^'^''^^^ 

Lemonnier (Alexandre), 54 ans, tailleur L_^.d.,^g,é au Congr..s de 
d'habits, Vieux-Chemin de Rome, 43. j Bruxelles. 

Roux (Étienne-Marius), 27 ans, rue de la] 

Mure 7. f Délégués de la corporation dos 

Aillaud f Jean-Baptiste-Léon), 34 ans,bou- i Tonneliers. 

levard National, 156. ] 

Gaffar (Guillaume-Gérard), 28 ans, rue de] 

la Loge, 29. f jdem des Bouchonniers. Gaf- 

Fabre (Barthélémy), 35 ans, rue de la( far délégué en mars i87o. 

Loge, 18. ) 

Dubecco (Jean-Baptiste), 35 ans, rue"\ 

Hoche, 72. f hlem dos Chartiers-cliargeurs, 

Durand (Antoine- Jean-François), 30 ans. l Dubecco délégué en novem- 
rue des Petites-Mariés, 30. ) ""^^ ^^'^•'• 

"\ Délégué en février I870 parla 
Masse (Félicien), 46 ans, rue Désiré, 5. ( corporation des scieurs de 

{ long, démissionnaire le 2* fé- 
y vrier. 

Sénéchal (Hubert -Nicolas), 29 ans, rue 

Sainte-Eugénie, 33. 
Mury (Antoine), 46 ans , rue Château- l ^'^^^^''^^ '^^^ vanniers. 

Payon, 38. 

Peleng (Joseph), 43 ans, rue Longue-des- ) Trésorier de la société des 
Capucines, 71. i Vanniers (de juillet à dé- 

7 cembre 1869). 

Salicis (Louis), 27 ans, rue Dragon, 118 ) ^""'^'^""^ '^^ '^ '"^"'^ '^«■•po- 

° ' ■ ) ration. 

i Chachuat était à celte époque secrétaire de la société des libres-penseurs. 

2 Oayet était membre de la même société, c'est un ancien condamné politique 
déporté à Lambessa. 

••« Combes appartenait déjà à L'Internationale en 1867, lors de la première organi- 
sation de rette société à Marseille. 



l.T l.K JACOBINISME 117 

LongueviUo (Franeois-Mariu«). 4i ans. | ^^^-^-' ;^„tr"'' '" 

Roger (Jean) , 41 ans, cours ^^''^'^-\u,,(.,^, ,,,,,, ^,^,,^„^,,,^ 
Louis, 12. ) 

Lafont (Émile-Victor), 28 ans, rue de) ;^^„, ^j^, Modeleurs-Mécani- 
Chantérac, 4. j ciens (janvier 1870), 

,, f ,,, ■„, M.,„:r, riômpiit ^ \ /''''«' fies Taiiissiers en meu- 

Bonrguc ( loussaint- Marie - *.<icnieni ), i ' 

3't ans, rue Fontangcs, 9. ) 

Durand (Ferdinand-Gaspard), 28 ans, rue I y,,,,„; dos Fondeurs (jan- 

Ste-Paulinc, 5. j vior i87o). 

l^oche (Joseph-Siméon), 36 ans, rue des 



, Idem des Maroquiniers. 
Pistoles, 13. 

Fourreau (André). 51 ans. menuisier, me)^^^^^^ ^^ ^^^^^.^ „^ „.,^ 
Navarin, 15. ) 

Foletti (Kugène), 26 ans, commis, prolon-L^^^^ délégation spéciale, 
gement du boulevard de la Corderie, 2. J 

Dumény (Gustave), 29 ans, rue d'An- | Délégué de la corporation des 
vers, 1. . ( tonneliers en huile. 

Massol (Pierre-Didier), 31 ans, marin , i [,i,„ p^r cette corporation 
rue Ciary, 10. j en janvier H870'. 

\ Secrétaire correspondant de 

f la section de Barcelonuette, 

A-lerini, > garant du Rappel de /•;<>- 

/ vence, publié à Cannes . 



Il est bon de faire remarquer que tous ces délégués nièrent 
énergiquement toute affiliation à l'Internalionale. 

Ils prétendaient n'avoir jamais entendu parler de l'infernafio- 
iiale et ne connaître Bastelica que de nom. 

Quand nous arriverons aux manifestes publiés par cette sec- 



' Au Congrès de lîàlc, à la suite du rapport sur la situation de la Fédération mar- 
seillaise, présenté par Albert Kichard, de Lyon, il était donné lecture d'une adresse 
de l'Union des marins de Maneille donnant leur adhésion aux principes de l'Interna- 
tionale (Voir Livre Bleu de l'Internalionale, page 118.) On peut consulter utile 
ment sur l'activité de la l'édération marseillaise, la déclaration delà Chambre syn- 
dicale des matelots français du port de Marseille insérée dans la Marseillaise du 
23 avril 1870 et les lettres do lîastelica à Murât et autres que nous reproduisons aux 
documents justificatifs, (pièce \V). 



tiS I.'îXTKr.\ATin\.\ [.i: 

lionnux mois de septembre et d'octobre 1870, nous verrons 
combien de pareilles déclarations étaient sincères. D'ailleurs ils 
mai'chaient sur les traces de leurs frères de Lyon, dont ([uol- 
ques-uns étaient allés jusqu'à soutenir que l'Internationale 
n'existait pas en France. 

Il est nécessaire de dire un mot de cette chambre fédérale 
qui avait été organisée d'après l'esprit et les i)rincipes de Flnlor- 
nationaJe, etdonttous les délégués furent appelés à rendre compte 
de leurs actes à la justice. Son organisation remonte au mois 
d'août 1869. Elle est due à Bastelica, Vun des ronimis-voyagciirs 
de rintei'iiRlioimlo les plus connus : témoins ses tournées dans 
1<^ YaT, les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône, dont il a 
lait lui-même le récit dans deux lettres, l'une écrite à (niil- 
laume, de Neucliâtel, le 28 avril, l'autre insérée dans le journal 
l'Internationale (numéro du l*^"" mai). Nous reproduisons ces 
deux pièces : elles contiennent de précieuses indications sur les 
résultats obtenus par Bastelica. 



« Marseille, !28 avril 1870. 

«t Mon cher Guillaume, 

« La section de Marseille marche rapidement dans la voie des 
grands progrès. -Je suis ù peine de retour d'une excursion parmi 
les populations révolutionnaires du Var. Quel enthousiasme Tln- 
ternationale a soulevé sur le passage de son propagateur ! J'ai 
acquis cette fois la preuve invincible, irrécusable que les paysans 
pensent et qu'ils sont avec nous. Ainsi, j'ai fondé en trois jours 
de marches forcées et pénibles à travers ce pays des plus mon- 
tagneux, cinq sections stratégiques autour desquelles rayonnera 
toute la contrée, Gogolin , Saint-Tropez, la Gardc-Freinct, 
CoUobrières et Goafaron. 

« Les ouvriers et paysans des Alpes-'\îaritinies m'ont écrit 
une lettre excellente , convaincue, m'invitant expressément à 
leur porter la bonne nouvelle. Déjà Aix, la Ciotat, Annal et la 
banlieue de Marseille se couvrent de sections industrielles agri- 
coles. A bientôt le tour de l'Hérault. 



ET Li; J A CO IJI X l"- M F.. llW 

« Tout ce mouvement brise mes forces, mais augmente mon 
courage. 

« Salut cordial à Sehwilzgfuébel et. à tous les amis et frères 
en révolution sociale. — A loi de cœur. 

a André BASTELIGA. » 
II 

« Citoyen rédacteur', 

« Je vous écris à la hâte ces quelques lignes, afin d'appuyer, 
par l'expérience péremptoire des faits, votre article sur le 
socialisme au village. 

« Le numéro de la Marseillaise me tombe, en guise d'à-pro- 
pos, ce matin sous la main, à Toulon, au moment où je quittais 
avec deux compagnons le véhicule qui nous avait servi à ter- 
miner la tournée propagandiste que nous avions entreprise 
depuis (juelques jours dans les montagnes du Var. 

« Après avoir visité ces énergiques populations agricoles et 
industrielles, j'ai acquis cette certitude absolue qu'avec une 
campagne bien menée, nous attirerons à nous la masse des 
paysans. 

a Ma conviction, dis-je, n'est plus idéale, mais bien expérimen- 
tale. Les paysans seront, qu'on se le tienne pour certain, les 
ennemis du socialisme tant que nous laisserons aux conserva- 
teurs omnicolores et aux propriétaires le soin déhcat de le leur 
expliquer par ces deux mots à sensation : partage et spectre 
rouge!!! 

« On s'indigne toujours injustement contre ces braves ou- 
vriers des champs : que ne fait-on mieux, de les instruire, de 
les éclairer, de les organiser sur place ? 

« Délégué avec le citoyen E.Brun, syndic président de la 
Corporation des houchonniers, guidé à travers ces pays monta- 
gneux' par le citoyen Loujon, de la Garde-Freinet, pendant notre 
courte mission, au moyen de réunions sérieusement organisées 
par les comités locaux, nous avons instauré partout des so- 

» Cette lettre avait été adressée au journal la Marseillaise. 



120 L'INTF.RNAT lONALE 

viélés de solidarité et parmi lea oiivriei^s houchonniers, et 
parmi les paysans à vrai dira enthousiastes d'entrer dans la 
voie du mouvement social; ensuite nous avons ébauché la 
fédération parmi ces diverses sociétés, sans compter rétablis- 
sement projeté d'une société de production {boulangerie), plus 
cinq ligues d enseignement avec bibliothèques populaires : 
cinq sections de P Internationale rayonnant sur tout le dépar- 
tement. 

« Tout ce travail, habilement préparé par les comités locaux 
qui avaient invité à leurs réunions les hameaux environnants, a 
été accompli en quelques jours seulement. 

« Gela ne prouve-t-il pas surabondamment que l'esprit du 
paysan est préparé à recevoir la semence ; ne tardons pas plus 
longtemps . Je n'ose dire, de peur d'être taxé d'exagération, 
que les résultats probables que nous attendons de cette propa- 
gande énergique à travers les montagnes seront au-dessus de 
nos espérances. 

« Bientôt le tour des Alpes Maritimes viendra. 

« Auparavant l'Internationale avait organisé les villes d'Aix 
et la Ciolat. 

1^ Je vous laisse à vos réflexions sur ce fait probant. 

« Salut et égalité, 

« A. BASTELIGA. 

« Secrétaire-correspondant de la Fédération marseillaise. » 

Revenons maintenant à la Fédération marseillaise. Organisée 
au mois d'août 1869, elle avait son siège rue Dauphine, 5. Ghaque 
corporation adhérente était tenue d'envoyer deux délégués : la 
réunion de tous ces délégués constituait la Chambre fédérale 
dont le bureau se composait d'un trésorier, d'un secrétaire * et 
d'un président spécial pour chaque séance ^. G'est dans une 

i Le secrétaire était chargé de la correspondance et de la rédaction des 
procès-verbaux des séances. Ces fonctions d'abord remplies par Lozier l'ont 
été ensuite par Combes. 

•^ Chaque délégué devait présider à son tour et, à ce titre, signer lo procès- 
verbal de la séance. Au mois d'avril 1870, 26 corporations faisaient partie de 
la Fédération. 



ET LE JACOUINIBMK. 121 

réunion tenue à la salle du théâtre Musset qu'avait été décidée, à 
l'instigation de Bastelica, l'organisation d'une chambre fédérale. 
Une commission d'initiative et de propagande de cinq membres 
était nommée à l'eftet do s'occuper de cotte organisation. Ariés, 
peintre, Ghachuat, oufilleur, Lemonnier, tailleur, Poletti, em- 
ployé, et Bastelica en faisaient partie. 

Sous ce titre de Fédération ils devaient reprendre l'œuvre 
inaugurée en 1867 par le ferblantier Vasseur *. 

Nous avons signalé plus haut les tournées opérées à Aix, 
Goufaron et autres centres ouvriers par Bastelica en compagnie 
du citoyen Brun. Il nous paraît indispensable de donner quelques 
détails sur les corporations organisées par leurs soins en syndi- 
cats ou chambres syndicales et de relater les circonstances dans 
lesquelles ces faits se sont accomplis. 

La corporation des chapeliers d'Aix est l'une des premières 
conquêtes opérées par le commis-voyageur marseillais^ elle re- 
monte au mois de décembre 1869 (14 décembre) ; deux ou trois 
réunions et la distribution de quelques carnets de l'Interna- 
tionale lui ont suffi pour obtenir ce résultat. A son instigation et 
à celle de Poletti et de Gombes, les ouvriers chapehers se sont 
organisés en chambre syndicale; cette chambre comprenait à 
cette époque environ 250 membres ; elle n'avait pas de prési- 
dent, et était administrée par une commission composée de 
13 membres. Cette chambre syndicale était représentée à la 
réunion générale de la Fédération lyonnaise tenue , le 
13 inars 1870, par l'un de ses secrétaii'es, le citoyen Goquillat ; 
ce dernier était porteur d'un mandat de délégation signé par 
tous les membres de la commission syndicale et visé par le se- 
crétaire et le trésorier de la Ghambre fédérale Je Marseille. 

Voici les noms des principaux membres de cette chambre 
syndicale : cette indication aura son importance lorsque nous 
arriverons à la tentative de soulèvement qui se produisit à Aix, 



* Vassear est mort le 16 mai 1868. C'est lui gui avait fondé la section Mar- 
seillaise au mois de juillet 1867 : à cette époque le bureau de la section dont 
il était secrétaire se trouvait quai Napoléon, à l'entresol du café du Nouveau- 
Monde. La cotisation mensuelle était de 10 centimes par membre. Bastelica 
figurait parmi les adliérenls. — La section s'est désorganisée à la suite des 
poursuites exercées contre les deux commissions parisiennes. 



12.2 L • I N T K P, N A T I O N A L E 

dfins la soirée du 4 avril, en laveur de la commune révolution- 
naire de Marseille : 

Bonnafoux (Auguste), 36 ans, ruo dos Bernardines ; 

Cahassud (Louis), 3/i ans, rue Treille des Cordeliers, 36 ; 

Trotebas (Charles), 36 ans, rue du Pont, 14 ; 

Brissac (Antoine), 36 ans, rue des Cordeliers, 67; 

Bertho (Louis) , 38 ans, rue des Bourrées, 25 ; 

Porte (Jean-Baptiste), 3i ans, rue Fermée, 20 ; 

Livon (Claude), 33 ans, rue des Épinais, 19 ; 

Chapus (Calixte), 25 ans, rue de la Fontaine, 3 ; 

Coquillet (Jude), rue Gourteissade, 20 ^ 

Livon remplissait les fonctions de trésorier; Calixte Chapus, 
Bertrand et Bonnafoux, celles de secrétaire. 

GouFARON, dans le Var, est la seconde étape de la cnmpagnn 
ijjfornationnlo accomplie par Bastelica. 

Dès le mois d'avril, les ouvriers de Goufaron * et même ceux 
de Pignans étaient prévenus de la prochaine arrivée dans ces 
contrées de Bastelica et de son compagnon de combat, le ci- 
toyen Brun. Une réunion organisée par un certain Dubois était 
en effet tenue à Goufaron, le 16 avril, sous la présidence do 
Bastelica, dans une salle du café Bonnet. Une centaine d'ou- 
vriers étaient présents; tous avaient été convoqués par lettre 
spéciale. Dans ce nombre figuraient 15 ou 16 ouvriers de Pi- 
gnans, notamment Cougourdan et Raynaud. Brun y prenait la 
parole. Bastelica y traitait ensuite la question du plébiscite et 
surtout la question de l'Internationale. Il en exposait les prin- 
cipes et invitait les assistants à s'y affilier. Il leur expliquait que 
le siège de cette société était à Londres, et que la cotisation à 
payer pour en être membre était de 10 centimes par an. 

Il ajoutait qu'un certain nombre de livrets de l'Internationale 
seraient déposés chez le citoyen Dubois et que moyennant 
10 centimes les ouvriers pourraient s'en faire déUvrer 3. 

Quelques jours plus tard, le 20 avril, il conférait de sa propre 

» Ce dernier était compris dans les poursuites dirigées contre l'Internatio- 
nale : mais à cette époque il avait déjà quitté Aix et ne put être découvert. 

2 Goufaron compte 90 ou 100 ouvriers bouchonniers. 

3 30 livrets furent, en effet, remis à Dubois, par Bastelica : ils avaient été 
préalablement visés parce dernier. 



ET LK .i \<'.(,.I;1.\ISME. 12H 

autorité à Dubois lo titre de socrétairo de la section de Goufaron: 
cette nomination rlnit nno violation manifeste de l'articlo 9 des 
statuts g"énéraux qui dispose que « chacpie sortion csl sonvcrnino 
pour nommer ses covvcspondanls au conseil r/énérnl. » Basle- 
lica, on le comprend, n'était pas homme à se laisser arrêter pour 
si peu. Voici le brevet qui fut adresse par lui à ce nouveau colla- 
borateur : 



Association internationale 
des travailleurs (Marseille). 



« Marseille, 20 avril 1870. 

« Cher citoyen Auguste Dubois, à Goufaron. 

« Par cette présente, en vertu des pouvoirs à nous conférés 
par le conseil général siégeant à Londres de l'Association inter- 
nationale des travailleurs, nous déclarons nommer le citoyen 
Auguste Dubois, ouvrier Louclioiuiier, secrétaire de la section 
de la susdite association à Goufaron, département du Yar. Ses 
pouvoirs particuliers consistent à propager partout où il lui 
semblera propice et convenable, les principes de l'Internationale, 
faire des adhérents, encaisser les cotisations, le tout en confor- 
mité des statuts et règlements. 

(c Le secrétaire général, 

. BASTELIGA. » 

Ce correspondant improvisé^ tout heureux d'être honoré d'une 
pareille distinction, se mit à l'œuvre et parvint à distribuer une 
dizaine de livrets et finalement à grouper autour de lui quelques 
rares adhérents. Au mois de mai 1870, la section de Goufaron 
ne comptait que sept membres inscrits ; c'étaient : 

Dubois (Auguste), bouchonnier, rue des Puits, secrétaire de 
la section ; 

Maqiiet (Joseph), 43 ans, cordonnier; 

Loujeon (Joseph), 48 ans, bouchonnier ; 

Berne (Fortuné), 56 ans, idem ; 

Martin (JuUien), 32 ans, idem ; 

Joanès Matetto, 28 ans, idem ; 



124 1/INÏKRNATlONALE 

Chrysti (L(';on), 22 ans, bouchonnier '. 

Après le succès obtenu par Bastelica à Goufaron, son mou- 
vement de propagande se continuait les jours suivants à la Garde- 
Freinet et Gogalin. En effet, le 17 avril, il se rendait à la Garde- 
Freinet ; là, comme il l'avait fait à Goufaron la veille, il parlait 
de l'Internationale et de la nécessité pour les ouvriers d'en de- 
venir membres. Il était procédé, séance tenante, à la distribu- 
tion de carnets contenant les statuts de V Internationale. Le 
môme jour, à Gogalin, les principes de l'Internationale étaient 
exposés par Bastelica et son acolyte, le bouchonnier Brun; le 
lendemain les mêmes discours étaient tenus à GoUobrières, à 
Pignans et autres centres ouvriers. 

Nous avons encore à parler de la section organisée à Barce- 
LONNETTE (Bassos-Alpos) par les soins d'Alerini, son secrétaire 
correspondant, que nous retrouverons plus tard à Marseille 
parmi les membres de la commission municipale instituée par 
le préfet Labadié au mois de septembre 1870 ^. 

Dans les premiers jours du mois de janvier de la même an- 
née, Alerini, l'une des recrues de Bastelica, recevait d'Eugène Du- 
pont les pleins pouvoirs pour organiser des sections de l'Inter- 
nationale àBarcelonnette et dans les environs. A Barcelonette, 
il faisait de la propagande jusque sur la voie publique : on le 
voyait arrêter dans les rues les ouvriers, de sa connaissance, 
môme ses anciens élèves et leur proposer d'entret dans l'In- 
ternationale. Il leur remettait des livrets après leur avoir donné 
connaissance des instructions qui lui avaient été adressées do 
Londres et des pleins pouvoirs dont il était porteur. 

En dépit de tous ses efforts, le nombre des adhérents fut 



I Tous ces individus avaient été compris dans les poursuites ; ils ont béné- 
ficié de l'ordonnance de non-lieu collective dont nous avons parlé plus 
haut. 

- Alerini (Charles), né à Bastia, le 20 mars 1842, était professeur de physique 
au collège de Barcelonnetle. Suspendu de ses fonctions au mois de mars ou 
avril 1.S70, par décision du recteur d'Aix, il devint gérant et plus tard rédac- 
teur en chef du Rappel de Provence. 

II avait été affdié à l'Internationale par Bastelica, et avait reçu des mains 
de ce dernier un livret et une carie de sociétaire. Il fut arrêté à Cannes, le 
20 mai, sous inculpation de participation à une société secrète el en vertu d'un 
mandat délivré par le juge d'instruction de Marseille. Le même jour il était 
transféré dans celte ville. 



ET LE .IAc;c)1!IN1SML;. 125 

toujours des plus modestes : à la fin du mois d'avril il n'était 
jinrvenu à recruter que trois ou quatre adoptes, au nombre des- 
quels figuraient un tailleur de nom de Brun (Adrien), et un 
employé des ponts et chaussées, le citoyen Guende (Louis). Ce 
dernier, enTabsence d'Alerini, remplissait les fonctions de sncré- 
Inivocovvespondiuit pur intérim ; c'est en cette qualité qu'il écri- 
vait, le 14 floréal an LXX VIII ^ au citoyen Albert Baume, alors ré- 
dacteuren chef du journal le Rappel do Provence. Gomme on le 
voit, l'Internationale était représentée à Barcelonnette par deux 
lonctionnaires. Nous devons ajouter qu'à l'instigation d'Aleriiii, 
nn cercle ninuiiol y avait été organisé ; Guende en était do- 
venu secrétaire. 

A la môme époque, l'Internationale cherchait à s'implanter à 
Besançon ; les poursuites ordonnées par le ministère Ollivier ve- 
naient la surprendre dans sa période d'organisation. C'est dans 
la corporation des graveurs et guillocheurs qu'elle avait re- 
cruté ses premiers adhérents. Cette corporation ne devait donc 
pas échapper à la persécution qui sévissait alors. Plusieurs de 
ses membres ayant été déférés à la justice, on s'explique com- 
ment nous sommes amenés à raconter dans quelles circonstances 
l'Internationale avait reçu droit de cité à Besançon. Cet histori- 
que offre d'ailleurs un certain intérêt. 

Dès le mois d'octobre 1869, les ouvriers graveurs et guillo- 
cheur en horlogerie songeaient à s'organiser en association coo- 
pérative de prévoyance. Des démarches étaient faites par l'un 
d'entre eux, Robert, auprès du citoyen Fritz Hong, de la Chaux- 
ele-Fonds ', aiin de connaître la marche à suivre pour entrer dans 
l'internationale et pour être admis à faire partie de la Fédéra- 
tion des graveurs de la Suisse. Dans sa lettre du 31 octobre, 
Fritz Heng fournit sur ce point à son ami Robert des rensei- 
gnements qui ont leur importance au point de vue des principes 
qui règlent les rapports entre le conseil général et les sections. 
Voici les passages les plus saillants de cette lettre. 

a Je vois avec plaisir qu'à Besançon les ouvriers conipren- 



1 Ffitz Heng était secrétaire de la section de l'Alliance de la démocratie tocia- 
Uste, qui avait pour président le Russe Bakounine. 



188 L'INTERNATIONALE 

neni que ce n'est que par lu soliLhinlé du tous que le prolétariat 
peut arriver à quelque chose pour amcliorer sa position. Vous 
demandez de quelle manière vous devez vous l'aire recevoir de 
l'Internationale et de la Fédération des graveurs de la Suisse. 
Vous n'avez qu'à m'envoyer votre règlement : je le soumettrai 
au Comité fédéral des sections romandes do l'Internationale, 
qui se fera un plaisir de vous recevoir. Je dois vous ex- 
pliquer ce que c'est que la Fédération romande. ly-dhorûVlnlcv- 
nale comprend toutes les sociétés du monde en lier sans dis- 
tinction de couleur, de nationalité et de religion. Cette vaste 
association est organisée comme il suit : 

<t Elle a s,on comité général appelé cojiseil général siàgcdid à 
Londres lequel nmiGE toutes les affau^es générales de l'lmeu- 
NATiONALE ; puis dans chaque pays ou région, l'Internationale 
se forme en fédérations ayant leur comité fédéral avec lequel 
chaque section correspond directement. Ce comité fédéral sert 
d'intermédiaire entre la fédération et le conseil général. Pour 
faire partie de l'Internationale il suffit donc d'adhérer aux sta- 
tuts et règlements de l'Association et de faire connaître cette 
adhésion au conseil général de Londres 

« Fritz HENG. ^ 

Quelques jours après avoir reçu ces indications, Robert, qui 
voulait avant tout se couvrir d'une apparence de légalité, solli- 
citait du préfet du Doubs l'autorisation de fonder une société de 
prévoyance destinée à établir un lien de solidarité entre les ou- 
vriers d'un même état et à leur créer au moyen d'une cotisation 
mensuelle, des ressources disponibles en cas de grèves, acci- 
dents, chômages, mais non en cas de maladie. 

La chambre de commerce de Besançon, consultée sur l'oppor- 
tunité d'accorder cette autorisation, conclut au rejet de la de- 
mande le 21 février 1870. Une décision ministérielle fut prise dans 
le même sens sous la date du 21 mars : le refus était motivé 
sur ce fait que' certains articles des statuts déposés et notam- 
ment l'article 19 imposaient aux ouvriers et même aux patrons 
des obligations contraires à la liberté du travail. (Article 19. « Le 



ET LE JACOBINISME. 127 

« sociétaire qui accepterait une diminution de prix sans consul- 
« ter le comité sera rayé immédiatement. ») 

En attendant l'autorisai ion (ju'il avait demandée, Robert était 
loin de rester inactif; il entrait en correspondance avec Aubry 
de Rouen et lui annonçait que l'inlenlion de .sa corporalion 
était de se faire recevoir eu bloe iminédiaiemeiit aprùs non ur- 
ganisation.W s'informait du lieu oii devait être adressé le mon- 
tant des cotisations et priait Aubry de le mettre en rapport avec 
Dupont de Londres dont il recevait plus tard des instructions 
sous la date du 29 avril. Dans toutes ces lettres il exprimait son 
ardoiit désir de faire adhérer le plus vite possible à l'Interna- 
tionale le groupe des ij;Taveurri *. 

En dépit du veto ministériel, la société des graveurs et guillo- 
clieurs de Besançon était déiinitivcment organisée ; ses membres 
allaient jusqu'à prévenir l'autorité de leur décision à cet égard 
et à lui annoncer que la société commencerait à fonctionner le 
1"' avril sous le titre d'Association ouvrière des graveurs et 
guillocheurs de Besançon. 

Les agissements de cette société lui valurent, au mois de mai, 
les honneurs d'une poursuite. Ses membres furent d'abord ac- 
cusés (V avoir fait partie d'une section de la société secrète 
r Internationale. Douze d'entre eux: comparurent devant le tri- 
bunal correctionnel de Besançon, à l'audience du 17 juin, et ne fu- 
rent condamnés, le 24 du même mois, qu'à 25 francs d'amende 
pour avoir fait partie d'une association non autorisée, ayant pris 
le titre de Société ouvidère des graveurs et guillocheurs de Be- 
sançon, association composée de plus de vingt personnes ^. 
Voici les noms des individus condamnés : 
Robert (Augustin), président de la société ; 
Melin (Alphonse), secrétaire; 
Petit-Jean (Jules); 

Borel (Philandre), vice-président de la société; 
Chevrier (Joseph), trésorier; 
Wys (Emile) ; 
Julien (Victor) ; 

1 Toutes ces leUres, ainsi que les instructions d'Eugène Dupont, ont été 
reproduites aux documents justificatifs (voir pièce b). 
» Robert seul fut condamné à cent francs d'amende. 



128 L'IN.TERNATIONALE 

Ormancoy (Félix) ; 

Robillier (Edmond) ; 

Moreau (Léon). 

Nous en avons iini avec les nombreuses poursuites dirigées 
contre les membres de l'Internationale : nous aurons à étudier 
maintenant dans quelle mesure ces persécutions ont ralenti son 
œuvre, et à rechercher les actes accomplis par cette association 
depuis le jour oii ont commencé ses épreuves jusqu'au moment 
où les malheurs de la patrie permettront à ses coryphées d'usur- 
per les fonctions publiques. Il est de notre devoir d'initier le 
lecteur à tous les faits et gestes de l'Internationale pendant 
cette période qui s'étend du mois de mai au 4 septembre. Qu'on 
nous permette, avant de commencer ce récit, d'appeler l'atten- 
tion publique sur un document do la plus haute importance. 
Nous voulons parler des ALPHABETS SECRETS à l'usage des 
chefs de l'Internationale. 



ET LI:; JACOBINISME. 129 



CHAPITRE IV 



DICTIO.WAIRES ET ALPHABETS SECRETS A l'uSAGE DES AFFILIÉS. 

Il n'est pas rare de rencontrer aujourd'hui des gens qui, se 
faisant les apologistes de « Vlmmanitnirc Internationale », pré- 
tendent que cette société ne dissimule aucun de ses actes 
et qu'elle a toujours agi au (/ranci jour. Nous savons par 
expérience à quoi nous en tenir sur le mérite de pareilles 
affirmations. 

Le ffrand jour, au nom duciuel on fait tant de bruit, consiste 
à publier de temps à autre quel([ues manifestes dans les jour- 
naux étrangers, manifestes reproduits par quelques journaux 
français. Mais les instructions transmises au nom du conseil 
général par les correspondants, les décisions adoptées par ce 
même conseil général^ les résolutions prises à la veille ou à la 
suite de tous les événements politiques, ces communications 
privées dont l'envoi se fait avec un luxe inouï de précautions, 
ces mots d'ordre .que l'on recommande de brûler, oîi en est la 
publicité? Dans quelle feuille peut-on en prendre connaissance? 

La vérité, la voici : nous ne savons de l'Internationale que ce 
qu'elle veut bien nous faire savoir; elle a des mystères impéné- 
trables, au secret desquels quelques rares adeptes sont seuls 
initiés. 

Remarquez, en effet, que tout ce qu'on a pu apprendre jusqu'ici 
des menées de l'Internationale résulte ou de révélations obtenues 
de « c/uelques traîtres » ou de pièces saisies dans les perquisi- 
tions opérées au domicile des internationaux à l'époque des 
poursuites dont ils ont été l'objet. Voilà les sources auxquelles 
il a fallu s'inspirer : on comprend tout ce qu'un pareil procédé 
offre d'incertitude. 

En dehors de là, rien ne transpire de ce qui se passe au sein 

9 



130 L'INTERNATIONALE 

(le l'Internationale : les adeptes seuls connaissent r/rosso modo 
les réunions (jui ont eu lieu dans les diverses sections et les ré- 
solutions (jui y ont été prises ; il leur est donné lecture de 
quelques lettres dont on a soin de supprimer les passages à 
sensation. Los correspondants, les hommes d* action, les intimes 
sont seuls mis dans la conlidence des projets ou résolutions 
d'un caractère compromettant. 

Ces communications leur sont faites à l'aide des alphabets 
secrets : nous avons eu la bonne fortune de nous procurer 
quelques-uns de ces mystérieux documents. Nous n'hésitons 
pas à les livrer à la publicité en ayant soin de reproduire les 
remarques qui y figurent ainsi que les instructions à suivre 
pour s'en servir i. Toutes ces annotations d'ailleurs son! l'œuvre 
de James Guillaume, de Neuchâtel, rédacteur en chef du Journal 
la Solidarité, une des autorités de l'Internationale, de Richard 
et de Bakounine ; nous n'y ferons aucun changement, nous 
copions textuellement les originaux qui sont entre nos mains. 



» Parmi les individus qui se servaient « de ces béfises » (style d'Albert 
Richard), nous pouvons signaler Perron, de Genève ; Guillaume, de Neucliàtel; 
Bastelica, de Marseille; Varlin, de Paris; Robin de Bruxelles ; Richard, de 
Lyon, etc., etc. 

Le 11 janvier 1870, Guillaume écrivant à Richard lui recommandait de 
faire une copie du dictionnaire pour Bastelica et de la lui envoyer d'urgence. II 
ajoutait : Nous niions pouvoir entrer maintenant en correspondance suivie 
•''ans avoir rien à craindre. Lundi, je t'écrirai une première lettre pour faire 
'•'essai du système. 



ET LE JACOBlMÏS^^ï:. 



131 



Premier système d'alphabet écrit par James Guillautne. 



1. Je 

2. Moi. 

3. Me. 
't. Tu. 

5. Toi. 

6. Te. 

1. Il, elle. 

«. Lui, elle. 

y. Le, la (pronom). 

10. Soi. 

11. Moi-même. 

12. Toi-même. 

13. Lui, elle-même. 

14. Mou, 

15. Ton. 

16. Son. 

17. Oïl. 

18. Tout. 

19. Ce, cela. 

20. Celui qui. 

21. Ce qui. 

22. Que. 

23. Qui. 

24. Rien. 



25. A. 

26. Avec. 

27. Alors. 

28. Ainsi. 

29. .\ussi. 

30. Avant. 

31. Après. 

32. Auprès. 

33. Assez. 

34. Autant. 

35. Au moins. 

36. Autour. 

37. A présent. 

38. Ailleurs. 



39. Bien. 

40. Bien que. 



il. Heaucoup. 

42. Car. 
A.\. Cj:nme. 
4i. Comment. 

45. Combien. 

46. Chez. 

47. Ci, ici. 

48. C'est, il est. 



49. De. 

50. Dans. 

51. Depuis. 

52. Déjà. 

53. Donc. 



54. Et. 

55. En. 

56. Encore. 

57. Ensuite. 

58. Entre. 

59. Enfin. 



60. Le (article). 

61. Lorsque. 

62. Longtemps. 



63. Ici. 

64. Jusque. 

65. Juste. 



66. ^Nlais. 

67. Même. 



68. Non, r,c 

69. Ne pas. 



70. Ou. 

71. Oui. 

72. Ou. 

73. Ou. 

74. Pas. 

75. Par. 

76. Pour, 

77. Partout 



1S2 



l'internationalf: 



IS. Parmi. 

79. Presque. 

80. Pas encore. 

81. Pas du tout. 

82. Pourquoi. 



83. Quand. 

84. Quoi. 

85. Quel. 

86. Quoique. 

87. Quelque. 



?. Recevoir 



89. Si. 

90. Sans. 

91. Sur. 

92. Sous. 
93 Selon. 

94. Sans doute. 



95. Tout. 

96. Tant. 

97. Très. 

98. Trop. 

99. Tout à fait. 



100. Un. 



101. Etre. 

102. Avoir. 

103. Bientôt. 

104. Y. 



Les numéros suivants, de 105 à 
233, qui avaient été établis d'après 
un système reconnu ensuite défec- 
tueux, ont été retranchés pure- 
ment et simplement, pour ne pas 
déranger la série. Le dictionnaire 
continue par le n° 234. 
[Annotation do James Guillaume.) 

234. Besançon M. A. 

235. Montagnes neuchâte- 
loises. M-'e A. 

236. Neuchàtel. M. B. 



237. Chaux-da -Fonds. M"'» B. 

238. Locle. I\L Cl. 

239. St-Imicr. M""' C. 

240. Jura bernois. M. D. 

241. Bienne. M™« — 
2i2. Berne. M. E. 
2'i3. Zurich. M™** — 

244. Alsace. M. F. 

245. Bàlc. M™e — 

246. Wuiiemberg. M, G. 

247. Bavière. M™= — 
218. Bade. M. H. 

249. Provinces rhénanes. M™" — 

250. Prusse. M. J. 

251. Autriche. M"« — 

252. Angleterre. M. K. 

252. Belgique. M™« — 

253. Londres. M. M. 

254. Bruxelles. M™« — 

255. Berlin. M. M. 

256. Vienne. M'"* — 

257. Leipzig. M. N. 

258. Prague. M™« — 

259. Dresde. M. 0. 

260. Francfort. M™« 0. 

261. France. M. P. 

262. Pans. M^-^ P. 

263. Lyon. M. R. 

264. jNLarseille. M°»" — 
263. St-Etienne. M. S. 

266. Rouen. M»° — 

267. Nantes. M. T. 

268. Bordeaux. M™e _ 

269. Toulouse. M. U. 

270. Nîmes. M°>e — 

271. Montpellier. M. V. 

272. Tours. M'"'' — 

273. Lille. M. W. 
274. 

275. Luccrne. M. X. 

276. Fribourg. M«>e _ 

277. Lausanne. M. Y. 

278. Genève. M^-^ — 

279. Savoie. M. Z. 

280. Lugano. M"= — 



ET LE JACOBINISME. 



183 



281. Tessin. 


M. AA. 


313. Russie. 


M. AS. 


28-2. Mont-Genis. 


M'"" — 


314. Pologne. 


Mme 


283. Simplon. 


M. AB. 


315. St-Pétersbourg. 


M. AT. 


284. St-Gothard 


M™» — 


316. Moscou. 


Mme 


285. Italie. 


31. AC. 


317. Le Volga. 


M. AU. 


28G. Naples. 


Mme .^ 


318. Petite Russie. 


Mme 


287. Home. 


M. AD. 


319. Sibérie. 


M. AV. 


288. Sicile. 


Mme AD. 


320. Lithuanie, 


Mme 


289. Calabre. 


M. AE. 


321. Kazan. 


M.AW. 


290. Uomagne. 


M..'c _ 


322. Kiew. 


Mme 


291. Bologne 


M. AF. 


323. Odessa. 


M. AX. 


292. Civita-Vecchia. 


Mme 


324. Riga. 


Mme 


293. Palerme. 


M. AG. 


325. Varsovie. 


M. A Y. 


294. Livoui-ne. 


Mme _ 


326. Turquie. 


Mme _ 


295. Gênes. 


M. AH. 


327. Constautinople. 


M. AZ. 


296. Venise. 


Mme — 


328. Algérie. 


Mme _ 


297. Trieste. 


M. AJ. 


329. Egypte. 


M. BA. 


298. -Alilan. 


Mme _ 


330. Balgarie. 


Mma _ 


299. Turin. 


M. AK. 


331. Valachie. 


^L BB. 


300. Florence. 


Mme 


332. Servie (Turquie). 


Mm» _- 


301. Espagne. 


M. AL. 


333. Servie (Autriche). 


M. BG. 


302. Catalogne. 


Mme _ 


334. Hongrie. 


Mme _ 


303. Andalousie. 


M. AM. 


335. Transylvanie. 


M. BD. 


304. Murcie. 


Mme 


336. Pesth. 


Mme _ 


305. Galice. 


M. AN. 


337. Constautinople. 


M. BE. 


306. Madrid. 


Mme — 


338. Athènes. 


Mme — 


307. Barcelone. 


M. AO. 


339. Alexandrie. 


M. BF. 


308. Saragosse. 


Mme __ 


340. Bucharesl. 


Mme — 


309. Tarragone. 


M. AP. 


341. Amérique du Nord 


M. BE. 


310. Cadix. 


Mme 


342. — du Sud. 


Mme BE. 


311. Xérès. 


M. AR. 


343. New-York. 


M. BF. 


312. Malaga. 


M"'c 







ai4. Association Internationale des travailleurs. 

3i5. Fédération romande. 

346. Sections de Genève. 
347. Sections de la fabrique (Genève). 
348. Sections du bâtiment (Genève). 

349. Sections des Montagnes (Neuchàtel). 

350. Sections de la Suisse allemande. 

351. Sections lyonnaises. 

352. — parisiennes. 

353. — marseillaises. 

354. — rouennaises. 

355. — italiennes. 



Mme BF. 

M. BG. 

Mme 

M. BH. 

Mme _ 

M, BJ. 

Mme 

M. BK. 

Mme 

M. BL. 

Mme 

.M. BM. 



m 



L'INTERNATIONALE. 



856. — espagnoles. 

357. — belges. 

358. — anglaises. 

359. — allemandes. 

3G0. Parti de la démocratie sociale allemande. 

361. Parti _ . ^^ — auti'ichien. 

362. Parti de Schweitzer., 

363. Conseil général de Londres. 

363. Conseil général belge. 

364. Comité fédéral romand. 

365. Comité du parti démocrate socialiste allemand. 

366. Comité central allemand pour l'Internationale. 
36,7. Comité central international français. 

368. — — — italien. 

369. — — — espagnol. 

370. Alliance de la démocratie socialiste. 

371. — publique. 

372. — secrète, 

373. Section publique de Genève. 

374. Organisation secrète de l'Alliance. 

375. Organisation secrète international. 
376., — — nationale. 
377.. — — provinciale. 

378. — — locale. 

379. Allié secret internationale. 

380. — — national. 

381. — — provincial. 

382. — — local. 

383. Bureau central de l'alliance. 

384. Bureau suisse. 

385. — français. 
3S6. — italien. 

387. — espagnol. 

388. — allemand. 

389. — autrichien, 

390. — belge. 

391. — anglais. 

392. Congrès de l'alliance 

393. Membre de l'alliance 
39_4. Délégué 

395. Jung. M. CG. 

396. Eccarius. M™« — 

397. Lessner. M. CH. 

398. xMarx. M"»* — 

399. Dupont. M. CJ. 



= la fête. 

=^ cousine. 

== parent.. 

400. Applegarlh. 

401. Lucraft. 

402. Corvell Stepney. 

403. Becker. 

404. Goegg. 



Mme ^ 
M. BN. 
M"« — 
M. BO. 

Mme — 

M. BP. 

M™e — 

M. BU. 
M"eBR. 
M. BS. 

]\lme — , 

M. BT. 

M^e 

M. BU. 

Mme , 

M. BV. 

Mme 

M. BW. 

Mme — 

M. BX. 

Mme _ 

M. BY. 

Mme _ 

M. BZ. 

Mme 

M. CA. 
Mme _ 

M. CB. 

Mme _ 

M. ce. 

Mme _ 

M. CD. 

Mme 

M. CE. 

Mme __ 

M. CF. 

Mme _ 



Mme _^ 
M. CK. 

Mme — 

M. eu 

Mme _„. 



ET LK JACOBINISME. 



im> 



405. Licbkaecht. 


M. CM. 


450 


Napoléon. 


M""' DJ. 


406. Sehweitzer. 


M"»* — 


451 


Eîugénic. 


M. DK. 


i07. Behcl. 


M. GxN. 


452 


Plon-plou. 


Mm. _ 


408. Hess. 


Mme _ 


153 


Orléans. 


M. DL. 


40n. Spici-. 


M. GO. 


4 .-.4 


Jésuite. 


M me — 


410. Neumeyer. 


Mme — 


455 


République bour- 




411. Collin. 


M. GP. 




geoise. 


M. DM. 


41i. .la lias h. 


M -ne 


456 


Gommune révalu- 




413. Hhis. 


M. GR. 




tionnuire. 


Mme _ 


41 i. De Paepe. 


M tue — 


457 


Jacobin. 


M. DN. 


41ô. Rol)iu. 


M. GS. 


458 


Socialiste d'Etat. 


Mme — 


416. Hiismée. 


M-e _ 


459 


Socialiste révolu- 




41". Bakouiiine. 


M. GT. 




tiounaire anar- 




418. Perron. 


Mm. _ 




chiste. 


M. DO. 


419. Brosset. 


M. GU. 


460. 


Tolain. 


Mme _ 


'r20. Duval. 


Mme — 


461. 


Longuet. 


M. DP. 


421. Schiiidler. 


M. GV. 


462. 


Proudhon-, 


Mme _ 


422. Liadeg-ger. 


Mme _ 


463. 


Laaglois. 


M. DR. 


423. Piiiier. 


M. GW. 


464. 


Ghassin. 


Mme 


424. Mory. 


Mme _ 


465. 


Individualiste. 


M. DS. 


423. Guétat. 


M. GX. 


466. 


Mutualiste. 


Mme _ 


426. Grosselio. 


Mme _ 


467. 


Ligues de la Paix 




427. Perret. 


M. G Y. 




et de la Liberté. 


M. DT. 


428. L'Egalité. 


Mme 


468. 


Varlin. 


Mme _ 


429. Le Progrès. 


M. GZ. 


469. 


Malon, 


M. DU. 


430. Ij'InlornatioDale. 


Mme — 


470. 


Rey. 


Mme _ 


431. La Volkstimme. 


M. DA. 


471. 


Reclus. 


M, DV. 


432. Le Volkstaat. 


Mme — 


472. 


Ozeroff. 


Mme _ 


433. Guillaume. 


M. DE. 


473. 


Mroczkouski. 


M. DW. 


434. Fritz Robert. 


Mme _ 


47ï. 


Joukowsky, 


Mme _ 


435. SchwitzguobeL 


M. DC. 


475. 


Mad. Joukowsky. 


M. DN. 


436. Spiehiger. 


Mme _ 


476. 


Princesse Obo- 




437. Graisier. 


M. UD. 




lensky. 


Mme _ 


438. Ho(iu©t., 


Mme _ 


477. 


Outine. 


M, DY. 


439. Heug. 


M. DE. 


478-. 


Richard. 


Mme 


440. Chevalley. 


Mme 


479. 


Palix- 


M. DZ. 


441. GouUery. 


M. DF. 


480. 


Bastelica. 


Mme _ 


442. Le Réveil. 


Mme _ 


481. 


Aubry. 


M. EA. 


443. Delescluze. 


M. DG. 


482. 


Tasso, 


Mme 


444. Ledru-RoUin. 


Mme _ 


483. 




M. EB. 


445. Félix-Pyat. 


M. DH. 


484. 




Mme _ 


446. Blanqui. 


Mb»<= — 


485. 




M. EG. 


447. Jaclard. 


M. DJ. 


486. 




Mme _ 


448. Parti. = 


comédie. 


487. 


Gaporusso. 


M. ED. 


449. Partisan, ::^ b 


ouffon. 


488. 


Gamljuzzi. 


Mme _ 



136 



L 'INTERNATIONALE 



489. 


Fanclli. 


M. EE. 


523. 


L'Etat. 




M. EX. 


490. 


Fiùszia. 


Mme _ 


52 i. 


Victor- 


Emmanuel 


. Mme — 


491. 


Sentinon. 


M. EF. 


525. 


Garibaldi. 


M. EY. 


492. 


Farga Pcllicer. 


Mme — 


526. 


Mazzini. 


Mme __ 


493. 


José L. Pelliccr 




527. 


La Consorlcria. 


M. EZ. 




Pintor. 


M. EG. 


528. 


Bismai 


k. 


Mme — 


494. 


Rubau. 


M™e _ 


529. 


Beust. 




M. FA. 


495. 


Cordova. 


M. EH. 


530. 


Gouvernement — 


: Compa- 


496. 


Ceneg'orta, 


Mme 




gnie. 






497. 


Benito Rodriguez. 


M. EJ. 


531. 


Gouvern. russe. 


Mme FA. 


498. 


Lorenzo Asprillo. 


Mme _ 


532. 


— 


prussien. 


M. FB. 


499. 


Passiol. 


M. EK. 


533. 


— 


autrichien 


M-ue _ 


500. 


Tomas Gonzalès, 




534. 


— 


français. 


M. FC. 




Grabador. 


M"^« EK. 


535. 


— 


italien. . 


M'»e _ 


501. 


CciTudo. 


M. EL. 


536. 


— 


espagnol. 


M. FD. 


502. 


Garrido. 


Mme _ 


537. 


— 


belge. 


]\Ime 


503. 


Pi y Margall. 


M. EM. 


538. 


— 


anglais. 


M. FE. 


504. 


Pierrad. 


Mme — 


539. 


— 


bavarois. 


Mme 


505. 


Castelar. 


M. EN. 


540. 


— 


^vurtember- 


506. 


Orense. 


Mme 






geois. 


M. ¥h\ 


507. 


Prim. 


M. EO. 


541. 


— 


papal. 


Mme _ 


508. 


Serrano. 


Mme _ 


542. 


— 


suisse. 


M. FG. 


509. 


Candidat de Por- 




543. 


— 


genevois. 


Mme _ 




tugal. 


M. EP. 


544. 


— 


vaudois. 


M. FH. 


510. 


Duc de Gènes. 


Mme _ 


545. 


— 


neuchàte- 




511. 


Isabelliste. 


M. ER. 






lois. 


]\ime _ 


512. 


Carliste. 


Mme 


546. 


— 


bâlois. 


M. FJ. 


513. 


Prêlres. 


M. ES. 


547. 


— 


zuricois. 


},Ime _ 


514. 


Libéraux. 


Mme _ 


548. 


— 


tessinois. 


M. FK. 


515. 


Progressistes. 


M. ET. 


549. 


La police = les em- 


516. 


Démocrates. 


Mme _ 




barras 


, ou /a tante. 


517, 


Républ. centra- 






ou mademoiselle 


FK. 




listes. 


M. EU. 


550. 


Chimie 




Mme FK. 


518. 


Républ. fédéra- 




551. 


Nitro-g 


lycérine. 


M. FL. 




listes. 


Mme _ 


552. 


Picrate de potasse. M^e — 


519. 


Social, bourgeois. 


M. EV. 


553. 


Armes. 




M. FM. 


520. 


Social, rôvolut. 


Mme _ 


554. 


Poudre. 


Mme _ 


521. 


Le Pape. 


M. EW. 


555. 


Muniti 


ons. 


M. FN. 


522. 


L'Eglise. 


Mme — 


556. 


Argcn 




Mme _ 


557 


Paysans propriétaires. 








M. FO. 


558 


Paysans prolétaires. 








Mme _ 


559 


La Liberté de Bruxelles. 








M. FP. 


560 


La Liberté de Genève. 








Mme _ 


561 


La Federacion de Barcelone 








M. FR. 


562 


Le Bulletin du coi 


iseil sénéi 


^al. 






Mme _ 



KT IJ-. JACOBINISMK. 137 

503. La Fratrriiiltj Aï" la Migaudière. M. FS. 

5Gi. Chandcy. M""' — 

565. Fiil)ourg. M- FT. 

566. La Dcinocraiio de Chassin. M"" — 

567. Victor Hugo. INL FU. 

568. Le rtappol. M""' — 

569. Berti Calura. -^1- i^'V. 

570. Mazzoui. M"'= — 

571. Journal de Jauasch. M. F\V. 

572. Journal do Genève. M»" — 

573. Le Bund (de Berne). M. FX. 

574. La Montagne (journal de Coullery). M™« — 

575. Journal radical ncuchàtelois. M- FY. 

576. Dcr Deinokrat (journal do Zurich). M'"'' — 

577. Der Volksfreund (journal de Bàle). M. FZ. 

578. La Suisse radicale (journal genevois). M">e _ 

579. Fazy. M. GA. 

580. Catalan. ' M'"'^ — 

581. Campcrio. ^I- ''î^- 
58-2. Noire. ^i""*" — 

583. Votre. M. GG. 

584. Leur. ' M"»" — 

Uemarques *. 

« Gc dictionnaire ayant été confectionné à la hâte, il s'y est glissé 
plusieurs erreurs, ({u'on ne pourrait corriger que par une entente 
commune, mais qui heureusement sont sans conséquence. Les voici : 

« Le chiffre 252 est répété deux fois : on y obvie au moyeu du 
signe ' Il en est de même du chiffre 363. 

« Au n" 274 il y a une lacune, pour placer une ville de France qui 
n'a pas été inscrite. 

« Gonstantinople est répété deux fois, aux n»* 327 et 337. 

« Les désignations M. BE., M'"^ BE,, M. BF. et M"'« BF., sont 
répétées deux fois. Pour éviter une ei'reur, on n'a qu'à écrire à côté 
de ces indications leur n» d'ordre, lorsqu'on s'en sert. 

« On a laissé 4 places vides, de 483 à 486, pour les remplir ùvcn- 
tuellement par des noms nouveaux. 

« Enfin, plusieurs choses ayant été oubliées à leur place naturelle, 
et écrites plus tai^d, le dictionnaire manque généralement d'ordre. 

« La première partie de ce dictionnaire, n° 1 h 104, renferme des 
mots usuels, que l'un écrit au moyen de leur numéro d'ordre, pour 

1 Ces remarques et instructions sont l'œuvre do Guillaume ainsi que les deux 
autres systèmes d'alptiabet qui figurent, poges 138 et 139. 



138 L'INTERNATIONALE 

s'éviter la peine de les chiffrer lettre par lettre. Pour les distinguer 
dcsaulres wots chiffrés, on les luit suivi-e de deux points.. 

Beaucoup s'écrira 41.. 
Comment s'écrira 44.. 

(' Les mots des n<>» 231 à la fin, s'écrivent au moyen de Monsieur 
ou Madame tel ou tel. Le numéro ne sert que dans les cas où il faut 
éviter une équivoque. 

« Ainsi Lyon s'écrit M. R. 

Dakounine s'écrit M. CT. 
Perron s'écrit M°"= Cï. 

« Par des motifs que J'ignore, rnulcur du dictionnaire ifa pas 
admis dans ses combinaisons la lettre q. 

« Pour éviter la confusion, l'i et l'j ont été réunis en une seule 
lettre. 



DEUXIEME SYSTEME U ALPHABET. 



a 
b 
a 
d 
e 
f 

g 

h 

1 

J 
k 
1 

m 



98, 77, 49, 32. 

86, 64, 24. 
92, 59, 31. 
88, 57, 23. 

79, 71, 44, 39, 13. 
85, 45, 30. 
97, 58, 22. 
82, 46, 21, 17. 
91, 70, 55, 48. 

87, 43. 
78, 63, 11. 
69, 56, 38, 96. 
74, 61, 50, 33. 



n 


84, 68, 52, 


47, 12 





76, 67, 54, 


37. 


P 


95, 67, 27. 




y 


81, 42, 16. 




r 


90, 66, 63, 


36. 


s 


73, 51, 26, 


10. 


t 


94, 41, 19, 


15. 


u 


75, 29, 25, 


14. 


V 


93, 65, 28, 


18. 


w 


89, 60. 




X 


80, 10. 




y 


99, 35, 20. 




z 


83, 34. 





« Pour écvh'G d'après cet alphabet, on prend, pour représenter une 
lettre, fun ou l'autre des groupes de deux chiffres, en variant les 
combinaisons. 

« Au commencement de chaque nouvelle phrase, on place un chiffre 
arbitraire, que le lecteur, en déchiffrant, doit hiffer. 

« Ainsi ye viens s'écrira, avec le cliiffre arbitraire 2 : 
287799391718473. 

« Lin chiffre qu'il faut lu'e comme un nombre, doit être souligné. 



EMPLOI DU DICTIONNAIRE DE BENARD. 

17™« édition. 
« Pour écrire un mot d'après ce dictionnaire, on cherche la page 



ET LE JACOBINISME. 13^ 

OÙ st' trouve ce mol, et on eu iusci-il le clùlTre. Puis ou compte, 
daus la colonne où le mol se trouve, (luel est sou rauy à partir du 
haut fie la page, et ou inscrit encore ce chilTre ; si le mot est dans 
la seconde colonne, on fait un Irait horizontal au-dessus de ce 
claiffre. 

a Exemple : je veux écrire le mol ville. Supposons qu'il soit à la 
page 412, le 8^ mot de la seconde colonne, j'écris : 412, 8. 

« Toutefois, ces chiffres ne suflisent pas. 11 faut encore des signes 
pour indiquer le genre et le nombre, la personne et le temps des 
verbes, etc. 

« Ces signes supplémentaires ; les voici : 

Masculin et indifférent : !'« personne ! 

Féminin ; 2°»« personne ? 

Pluriel — 3°"^ personne, aucun signe. 

Féminin pluriel ; — 

« Quand les signes de ponctuation ont leur valeur ordinaire, on 
les met entre parenthèses (.j (:) (;) (!) ;?). 



Temps des verbes. 



Présent 1. 

Imparfait 2. 

Passé délini 3. 

Passé indéfini 4. 

Plus-que-parf. 5. 

Futur 6. 

Futur nasse 1. 

Conditionnel 8. 



Conditionnel passé 9. 

Impératif 10. 

Subjonctif présent H. 

Subjonctif passé 12. 

Participe présent 13. 

Participe passé 14. 
Infinitif, aucun signe. 



« On peut se dispenser d'écrire les pronoms qui précédent le 
vei'be, l'indication de la personne suffit. 

ï Encore deux signes : 

v Pour indiquer l'inversion, c'est-à-dire le vei^be précédant le pro- 
nom qui lui sert de sujet, comme, voulez-vous, on ajoute le signe ^ 

c Pour indiquer la négation accompagnant le verbe, comme, je 
veux pas, on emploie le signe ^. 

« Je veux écrire la phrase : les amis viendront bientôt. N'ayant 
pas le dictionnaire de Bénard sous la main, je suis obligé de prendre 
des chiffres arbitraires. 

Les, petit dictionnaire, n° 60 (article). 

Amis, dictionnaire Bénard, supposons page 36, l"'^ col, mot 8. 

Venir, dictionnaire Bénard, supposons p. 450, 2™* col., mot 23; 
gme personne, masculin pluriel, futur. (Pour un verbe, on écrit 
d'abord le temps, puis la page et le numéro de la colonne, puis la 
personne, le genre et le nombre.) 



1 iO L ' I N T E \\ N A TI N A L E 

Bientôt, petit (liclionnairc, 11° 103. 
60.. — 30,8 — G. iDOr^ — 103.. 

On peut donc : 

1° Ou bien se sei'vii- du dictionnaire Bénard, complété par le 
petit dictionnaire, n» 1 à 104; 

2° Ou bien écrire tous les mots au moyen de l'alphabet chiffré; 

3° Ou Ijicn écrire en style ordinaire, en remplaçant les noms 
propres par M. ou M""^ ; 

4° Ou bien combiner dans la même lettre l'un ou l'autre de ces 
trois systèmes *. 



iN.n. Robin et Perron n'emploient pas le vocabulaire à partir de 105, 



AUTRE PROJET D ALPHABET. 

Bureau central 777. 

— français 666. 

— italien 555. 

— espagnol 444. 

Signatures du bureau central = par exemple : 
Additionner le chiffre avec l'année, puis le numéro d'ordi'e du 
mois, puis le quantième formant un total. 
L'homme insignifiant pose une lettre sans rien dire. 
Celui qui dit : J'ai un numéro, etc. » qui dit le chiffre de ce nu- 
méro est un homme de confiance. 

Celui qui dit : « Je sais comment le numéro se fait, » est un 
intime. 

« Le chiffre obtenu par le 
« moyen indiqué de l'autre côté 
« étant ilécomposé, on prend l'une 
« des deux lettres qui sjnt en 
a regai'd de chaque chiffre. 

« J'use des voyelles, comme je 
(( l'entends. » 

820 Palix. 

821 Entrepreneurs 

822 Lemonnier. 

823 Cartier. 



1 Ce projet d'alphabet a éié imaginé par Albert Richard : nous en possédons 
l'original. 



1 


m 


z 


2 


1 


X 


3 


k 


w 


4 


j 


V 


5 


h 


t 


6 


§ 


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7 


f 


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8 


d 


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9 


c 


P 





b 


n 



ET LE JACOBINISME. 

AUTRE ALPHABET ''. 



U\ 



a 99 44 

al 98 43 

au 95 40 

ay 94 89 



1) 93 38 
c 92 37 
d 91 36 



c 90 35 

ca 89 34 

ci 88 33 

eo 81 82 

eu 86 31 

ay 85 30 



f 84 29 
g 83 28 
h 82 27 



i ^^l -:() 

io 80 25 

ie 79 24 

io 78 23 

ia 77 22 



j 76 21 

k 75 20 

1 74 19 

m 73 18 

n 72 17 



ai 


97 42 


ao 


96 41 





70 15 


oa 


69 14 


oe 


68 13 


oi 


67 12 


ou 


66 11 


oy 


65 10 


p 


Gi 


qu 


63 


r 


62 


s 


61 


t 


60 


u 


59 


ua 


58 


, ue 


57 


ui 


56 


uo 


55 


uy 


54 


V 


53 



110 71 16 



w 52 
X 51 



y 50 

ya 49 

ye 48 

yo 47 

yu 46 



1 Cet alphabet a été arrangé par Michel Bakounine qui depuis longtemps est passe 
maître en pareille matière. On mot au commencement de chaque nouvelle phrase 
chiffrée un chiffre unique arbitraire que le lecteur efface avant de lire. Puis on 
arrange les nombres comme on veut, en ayant soin de ne point embrouiller leur 
suite. _ chaque lettre étant représentée par deux chiffres. 

Lorsqu'on veut écrire un nombre réel, on met d'abord : (N») 71 ou 16, c'est-à-dire 
l'un de ces chiffres représentant N», puis on écrit le nombre en faisant suivre le 
dernier chiffre du nombre par un tiret — après quoi ces chiffres recommencent à 
représenter des lettres. 



L'INTERNATIONALE 



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O 

CD 



1 . 




















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1 ^ 
















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X 























ET LE JACOBINISME, 



143 



AUTRE ALPHABET. 



111 Fi'ance, 


M. 


Adalbcrl. 


152 


Genève, 


M"!» Amél e. 


U2 Nantes, 


M. 


Ilerward. 


153 


Les Monta- 




113 Bordeaux, 


M""" Herward. 




gnes, 




114 Toulouse, 


M. 


Delanglc. 


154 


lîàlc. 


AI . de Lendry. 


115 Nîmes, 


Mme _ 


155 


Belgique, 


^kl»' de Lendry. 


116 Montpellier, 


M. 


Thouvoncl. 


156 


Bruxelles, 




in Marseille, 


M">e Rigaud. 


157 


Angleterre, 




118 Lyon, 


M. 


de Romeuf. 


158 


Londres, 


M. de Forcade. 


119 St-Etienue, 


M-^e Berlioz. 


159 


Allemagne 




120 Tours, 


M. 


de Parieu. 




du Sud, 


M""* Justin. 


121 Paris, 


M°>« — 


100 


r.onfédéra- 




122 Rouen, 


M. 


Babinet. 




tion du N., 


M. de Brenneville 


123 Lille, 


M"'* Babinet. 


IGl 


Berlin, 


Mme jg Brenne- 


124 










ville. 


125 






162 


Autriche, 


M"»« Bentinch. 


126 






163 


Vienne, 


M. Bentinch. 


127 






164 


ilussie. 


Mrae Vuitry. 


128 






165 Pétersbourg 


, M. Vuitry. 


129 






166 Moscou, 


M. Duruy. 


130 






167 


Pays du 




131 Italie. 


M. 


de la Motte. 




Volga, 


Mme ijuruy. 


132 Naples. 


Mme _ 


168 


Petite Russie, 


133 Rome. 






169 


Pologne, 


M. Veillot. 


134 Sicile. 






170 


Varsovie, 




135 Calabre. 






171 


Espagne, 


M. Roux. 


136 Bologne. 






17-2 


Madrid, 


M«« Roux. 


137 Romagne. 






173 


Barcelone, 


M. Hébert. 


138 Florence. 






174 Sarragosse, 




139 Turin. 






175 Cadix, 




140 Milan. 






176 Andalousie, 


M"'« Hébert. 


141 Gènes. 






177 


Algérie, 




142 Parme. 






178 


Turquie, 




143 






179 


Constantino- 




144 








ple. 




145 






180 


Grèce. 




146 






18i 


Etats-Unis, 




i47 






182 


New- York. 




148 






183 Richard. 


Alphonse Guil- 


14'J 










lois 


150 Odessa, 


M. 


de la 1-^aille. 


18 i 


Malon, 


Julie. 


151 Suisse, 


M. 


André. 


185 


Beauv, 


Eugénie. 



144 


L'INTERN 


ATI 


ONALE 




186 Basielica, 


Eugène. 


230 fnite, 


maladie. 


187 Aubvy, 


Pauline. 


231 


délivrance. 


mort. 


188 De Paepe, 


Alexandre. 


232 


coup d'état, 


aventure. 


189 Steens, 


André. 


233 


état de siège 


, persistance. 


190 Delcsallc, 


Gabi'icl. 


234 


troupes, 


^l. York. 


191 Hins, 


Antoine. 


235 


massacre, 


fête. 


192 Eccarius, 


lloirictte. 


236 


surprise, 


agrément. 


193 Dupont, 


Marguerite. 


237 


conspiration 


, relâchement. 


194 Yvuy, 


Sophie. 


238 


organisation 


, conversation. 


195 Bakcman, 


LéopoldBôschu. 


239 


préparation, 


échange. 


196 Perron, 


Laure. 


240 


agitation, 


protection. 


19" Heng, 


Gyprien. 


241 


insurrection 


négligence. 


198 Duval, 


Anna. 


242 


révolution, 


négociant. 


199 Guillaume, 


Anselme. 


243 


propagande. 


négociation. 


200 Fritz Robert 


, Lise. 


244 


brochure. 


débit. 


201 Morokowsk 


, Renaud. 


245 


manifeste. 


débiteur. 


202 Fanelli, 


Baptiste. 


246 


proclamatioE 


, crédit. 


203 Gambuzzi, 


Fabien, 


247 


groupe, 


créditeur. 


204 Friscia, 


Xavier. 


248 


correspon- 




205 Garibakli, 


Adolphe. 




dance. 


empêchement. 


206 Mazzini, 


Valentin. 


249 affiliation, 


épuisement. 


201 Blanqui, 


Yilhelm. 


250 


poste, 


M. A. 


208 Jaclard, 


Louise. 


251 


lettre. 


vin. 


200 Reclus Elise 


3 Paul. 


252 


dépèche, 


tabac. 


210 Rey, 


Laurent. 


253 


courrier. 


l'ami de M. A. 


211 Empereur, 


Adèle. 


254 


envoyé, 


l'ami de M. B. 


212 Plon-plon, 


Valentine. 


255 


pleins pou- 




213 Rouhcr, 


Pulchérie. 




voirs. 


autorisation. 


214 Ledru-Holliii 


Mathilde. 


256 


chemin de 




215 Louis Plane, 


Urbain. 




fer, 


entremise de 


216 Félix Pyat, 


Madelaine. 






M. A. 


217 Les d'Orléans Nathalie. 


257 


télégraphe. 


— de M. B. 


218 le pape, 


M. de P.uch. 


258 


moyens ma- 




219 police, 


agent. 




tériels, 


soieries. 


220 armée, 


coaimerce. 


259 


pillage, 


ouvrage. 


221 préfet. 


commis. 


260 incendie. 


commandes. 


222 espion, 


ami. 


261 


Association 




22S dénonciation, achat. j 




internatio- 




224 poursuite, 


spéculation. 




nale. 


M. B. 


225 perquisition. 


vente. 


262 


conseil gé- 




226 arrestation, 


l'arrangement. 




néral, 


M. G. 


227 prison. 


hôtel. 


263 


comité fé- 




228 condamna- 






déral. 


M. D. 


tion, 


cadeau. 


264 


comité local, 


compagnie. 


229 mort. 


promenade. 


265 section. 


bureau. 



• 


ET LE JACOBINISME. 


266 membre, 


domestique. 


300 douane, tant 


267 alliance, 


M. E. 


301 je, moi, me. 


268 section pu- 




302 tu, toi, te. 


blique, 


maison do M. E. 


303 il, se, soi. 


269 bureau cen- 




304 mon. 


tral, 


M. I)D. 


305 ton. 


TIO bureau na- 




306 son. 


tional. 


notre clientèle. 


307 recommandation. 


2T1 bureau pro- 




308 prudence. 


vincial, 


nos acheteurs. 


309 homme. 


272 groupe se- 




310 ce, cela, il. 


cret de l'Al- 




311 bon. 


linnco, 


succursale. 


312 mauvais. 


273 membre pu- 




313 utile. 


blic de 




314 dangereux. 


l'Alliance, 


professeur. 


315 impossible. 


274 membre de 




316 de suite. 


l'allianco 


[fiance. 


317 plus tôt. 


secrète, 


homme de con- 


318 plus tard. 


275 fraternité, 


M. E. 


319 bientôt. 


277 frère, 


fils de M. E. 


320 avant. 


278 avoir. 




321 pendant. 


279 avoir besoin 




322 après. 


280 être. 




323 de. 


281 rester, dc- 




324 a. 


meue 




325 par. 


282 aller, partir. 




?)26 pour. 


283 venir, arrivei 




327 en. 


284 retourner, ren- 


328 demander. 


trer, revenir. 


329 si. 


285 passer. 




330 annoncer. 


286 faire. i 




331 apprendre. 


287 attendre. 




332 que. 


288 envoyer. 




333 éclater. 


289 recevoir. 




334 qui. 


290 se passer. 




335 tout. 


291 falloir. 




336 loin. 


292 argent, 


échantillons. 


337 près. 


293 armes, 


soie. 


338 et. 


294 munitions, 


montres. 


339 ou. 


295 chimie. 


dentelle. 


340 où. 


296 adresse, 


nouvelles. 


341 ici. 


297 passeport. 


portefeuille. 


342 là-bas. 


298 frontière, 


neveu. 


343 on. 


299 contrebande 


, nièce. 


344 oui. 



1» 



10 



■140 

345 non, ï\e. 
3-16 pas. 

347 alors. 

348 lorsque. 

349 parce que. 

350 c'est, il est. 

351 sans doute. 

352 peut-être. 

353 tant que. 
854 tant. 

355 autant que, de. 

356 servir. 

357 suivre. 

358 deviner. 

359 supposer. 

360 savoir. 

361 vouloir. 
36-2 pouvoir. 

363 devoir. 

364 conseiller. 

365 ordonner. 

366 obéir. 

367 informer. 

368 apprendre. 

369 attaquer. 

370 désirer. 

371 défendi'e. 

372 tuer. 

373 nouvelle. 

374 des. 

375 avertir. 

376 dire. 

377 faire dire. 

378 écrire. 

379 vite. 

380 plus. 

381 moins. 

382 assez. 

383 trop. 

384 tard. 

385 tôt. 

386 accident. 

387 circonstance. 

388 condition. 

389 moyen. 



Iv INTERNATIONA LE 



390 ami. 
3i)i allié. 

392 aide. 

393 secours, 

394 obstacle. 

395 difticultc. 
390 facilité. 

397 diflicile. 

398 facile. 

399 avec. 

400 sans. 

401 sous. 

402 au-dessus. 

403 sur, sûr. 

404 devant. 

405 en sorte que. 

406 car. 

407 ahsolumont. 

408 rencontre. 

409 malheur. 

410 bonheur. 

411 succès. 

412 faillite. 

413 événements. 

414 approcher. 

415 éloigner. 

416 rapprocher. 

417 trouver. 

418 arx'êter. 

419 continuer. 

420 ajouter. 

421 joindre. 

422 fort, paissant. 

423 faible. 

424 solide. 

425 interruption. 

426 communication. 

427 machination, intrigue. 

428 intrigant. 

429 mensonge. 

430 occasion. 

431 voyageur. 

432 justice. 

433 tribunal. 

34 tribunal militaire. 



i 



ET LE JACOBINISME. 


135 condamnation. 


479 chercher. 


i36 exécution. 


480 loUre d'échange. 


137 transportation. 


481 billot de bancpie 


'i38 exil, exile. 


482 emprunter. 


439 émigration, émigré. 


483 donner. 


440 prier, enjoindre, recomman- 


484 rendre. 


der. 


485 reprendre. 


441 prévenir. 


48G prendre. 


442 à temps, temps. 


487 gagner. 


443 longiemps. 


488 courage. 


444 effet. 


489 peur. 


445 cause. 


490 lâcheté, lâche. 


446 entraîner. 


491 confiance. 


447 persuader. 


492 déliance. 


448 enfin. 


493 manière. 


449 pas encore. 


494 voie. 


450 presque. 


495 instrument. 


451 tout à fait. 


496 lent. 


452 être prêt. 


497 obstacle. 


453 l)ruit. 


498 attendre. 


454 faux. 


499 époque. 


455 juste. 


500 grave. 


456 voici. 


501 très. 


457 bien, très-bien. 


502 entre. 


158 mal, très-mal. 


503 depuis. 


459 heureux. 


505 jusque. 


460 comme, puisque. 


506 environ. 


461 peu. 


507 auteur. 


462 beaucoup. 


508 arrêter. 


463 beaucoup trop. 


509 tout. 


464 trop peu. 


510 rien. 


465 suffisant. 


511 peuple. 


466 insuffisant. 


512 paysan. 


467 suffire. 


513 ouvriers. 


468 encore. 


514 chiffonnier. 


469 pas encore. 


515 tourbe populaire. 


470 déjà. 


516 voleur. 


471 alors. 


517 brigand. 


472 regarder. 


518 fonctionnaire. 


473 entendre, écouter. 


5i9 civil. 


474 répandre. 


520 militaire. 


475 tâcher. 


521 étudiant. 


476 parvenir. 


522 petit bourgeois. 


477 trouver. 


523 bourgeois. 


47S perdre. 


524 riche bourgeois. 



147 



148 ^ 

525 patron. 

526 fabricant. 

527 marchand, négociant 

528 petit. 

529 grand. 

530 moyen. 

531 milieu. 

532 commencement 

533 fin. 

534 noblesse. 

535 curé. 

536 jésuite. 
531 tromperie. 

538 dupe. 

539 monde officiel. 

540 administration 

541 bas. 

542 haut. 

543 élever. 

544 abaisser. 

545 relâcher. 

546 accélérer. 

547 précipiter. 

548 manier. 

549 savoir. 

550 élémeait. 

551 différent. 

552 pareil. 

553 ressemblant. 

554 distrait. 

555 jour. 

556 sou. 

557 semaine. 

558 nuit. 

559 mois. 

560 an. 

561 certitude. 

562 doute. 

563 probabilité. 

564 il y a. 

565 insignifiant. 

566 devant. 

567 derrière. 

568 accord. 

569 désaccord. 



INTERNA|TIONALE 

570 brouille. 

571 crise. 

572 habile. 

573 stupide. 

574 intelligent. 

575 nombre. 

576 nomljreux. 

577 donc. 

578 éviter. 

579 menacer. 

580 adversaire. 

581 combattre. 

582 victoire. 

583 défaite. 

584 garder. 

585 prémunir. 

586 réunir. 

587 séparer. 

588 concentrer. 

589 répartir. 

590 par-dessus, au delà. 

591 en deçà. 

592 dans. 

593 chez. 

594 cher. 

595 quand. 

596 combien. 

597 comment. 

598 quel. 

599 présent. 

600 absent. 

601 coupable. 

602 innocent. 

603 responsable. 

604 vite. 

605 répondre^ 

606 participer. 

607 s'abstenir. 

608 retenir. 

609 pousser. 

610 engager. 

611 combat. 

612 joindre, unir. 

613 réunion, assemblée. 

614 quoi, que. 



J 



615 ajouter, 
fi 10 augmenter. 

617 diminuer. 

618 remplir. 

619 commission. 

620 remettre, 

621 renoncer. 

622 réaliser. 

623 somme. 
62i chose. 

625 projet. 

626 incertitude. 
621 confusion. 

628 désorganisation. 

629 panique. 

630 peur. 

631 châtier. 

632 union. 

633 au moins. 

634 à moins que. 

635 d'autant plus. 

636 décider. 
631 convenir. 

638 c'est entendu. 

639 quoique. 
6'tO pourtant. 

641 autant, tant. 

642 selon. 

643 essayer. 

644 crier. 

645 haut. 

646 bas. 

647 se plaindre. 

648 protester. 

649 envahir. 

650 fuir. 

651 résister. 

652 renverser. 

653 détruire. 

654 établir. 

655 rétablir. 

656 ordre. 

657 désordre. 

658 passion. 

659 anarchie. 



ET LE JACOBINISME. 

600 anarchique. 

001 consolider. 

002 calme. 

003 discipline. 
064 complet. 
605 modérer. 
660 penser. 

007 parole. 

008 action. 
609 entreprise. 

070 réussir. 

071 visiter. 

072 ensuile. 

073 tandis que. 

074 tout au plus. 

075 exécuter. 

076 sauver. 

077 parmi. 

078 risquer. 

079 semer, 

080 esprit. 

081 tempérament, 
682 caractère. 

083 honnête. 

084 noble. 
685 vil. 
086 incertitude. 

687 paresse. 

688 activité. 

689 énergie. 

090 pratique. 

091 théorie. 

092 connaître. 

693 négligence. 

694 exactitude. 
095 oubli. 

690 dévoué. 

097 bon. 

098 méchant. 

699 brouiller, 

700 réconcilier. 

701 fidélité. 

702 persévérance. 

703 conséquence, 

704 sagesse. 



149 



150 



L'INTERNATIONALE 



705 scicnco. 

706 intelligence. 

707 perfidie. 

708 trahison. 

709 dénonciation. 

710 continuer. 
7H cesser. 

712 mais. 

713 emporter, 

714 apporter. 

715 amener. 

716 terme. 

717 fixer. 

718 nommer. 

719 montrer. 

720 dénigrer. 

721 apercevoir. 

722 regarder. 

723 observer, 

724 parti. 

725 impérialiste. 

726 jésuite. 

727 orléaniste. 

728 radicaux. 

729 libéraux. 

730 blanquistes. 

731 proudhoniens. 

732 communistes, 

733 révolutionnaires, anarchistes 

socialistes, 

734 gouvernement. 

735 police. 

736 banque. 

737 bourse. 

738 morale bourgeoise. 

739 caresses. 

740 les bons. 

741 les demi-bons. 

742 dimanche. 

743 lundi. 

744 mardi. 

745 mercredi. 

746 jeudi. 

747 vendredi. 

748 samedi. 



749 janvier. 

750 l'évricr. 

751 mars. 

752 avril. 

753 mai. 
751 juin. 

755 juillet. 

756 août. 

757 septembre. 

758 octobre. 

759 novembre. 
700 décembre. 

761 n'est-ce pas. 

762 ainsi. 

763 aussi. 

764 maintenant. 

765 avant. 

766 après. 

767 pendant. 

768 situation. 

769 malade. 

770 année. 

Un trait ajouté change les ver- 
bes en substantifs et vice versa. 

Un trait met les pronoms au 
pluriel. 

771 ralentir. 

772 accélérer. 

773 précipiter. 

774 élément. 

775 différent. 

776 identique. 

777 répartir. 

778 force. 

779 entourer. 

780 devant. 

781 derrière. 

782 à côté. 

783 vérifier. 

784 certifier. 

785 doute. 

786 probable. 

787 impossible. 

788 patience. 

789 impatient. 



ET Lie JACOniNIï^MI':. 



101 



TJO danger. 
791 ennemi. 
Wl sigiiitiunl. 

793 possible. 

794 du tout. 

795 marcher. 

796 en avant. 

797 en arrière. 

798 hier. 

799 aujourd'liui. 

800 demain. 

801 avant-hier. 

802 après-demain 

803 art financier. 

804 ,^rand. 



805 petit. 

806 vérité. 

807 semblable. 

808 contredire. 
80'J opposer. 

810 consentir. 

811 adopter. 

812 repousser. 
81 âriposter. 
811 refuser. 

815 observer. 

816 violer. 

817 promettre. 

818 tenir. 

819 rompre '. 

A côté de ces dictionnaires el alphabets, il est d'autres docu- 
ments de la même nature dont l'importance ne saurait nous 
échapper. Nous devons tout d'abord rappeler que, lors des der- 
nières poursuites dirigées contre l'Internationale, deux lettres 
chiffrées furent saisies au domicile du citoyen Pindy : elles lui 
avaient été adressées par le secrétaire correspondant de la sec- 
tion de Brest, Le Doré. Elles ne purent être déchiffrées, Piudy 
et Le Doré ayant refusé d'en donner la clef-. On pourra se rendre 
compte par l'examen de ces deux pièces que les chiffres n'ont 
pas été combinés d'après l'une des méthodes que nous avons 
reproduites. 

Première lettre. 

Louis Pindy, rue du Faubourg- du-Temple, 17, 

à Paris (Seine). 

a Brest, vendredi 11 mars 1870, 9 heures du matin. 
12133212 1122 111332 112 2222111322122 
uesneiinlvnimuaeivlsnivenl r li nlpni 
12 2 12 3 3 13 13 1 1 13 1113 113 2 2 12 2 2 11 
Y n i j e c i r i g in 1 n c n p 1 i r n 1 v n v u e i j s 

M Ton ami, 

. LE DORÉ. » 

» Ce système resté inachevé a été établi par Richard de concert avec Bakounine- 
nous possédons les originaux de ce travail. 

^ A l'audience, Pindy répondait : Ces 'chiffres sont notre propriété, je n'en donnerai 
jamais la clef; ils nous permettent d'exprimer nos pensées. Ledoré, à Brest, tenait le 
même langage. 



1!)£ L'INTERNATIONALE 

Deuxième lettre. — A Louis Pindy (Paris). 

«r Brest, 7 avril 1870. 

131122113311112132212 12111 

ai Iveve lensnslv Incin ipccnl 

11113211332 12121311311 

vulvei inee in Invenlennp 

« 8 heures du soir. 
« Tous les amis sont content de toi. 
« Ton ami, 
« CoNST.\NT LE DORÉ, j) 

Puisque nous sommes sur le chapitre des correspondances 
chiffrées, il n'est pas sans intérêt de reproduire le petit alpha- 
bet que le Russe Bakounine, l'un des héros de l'échauffourée 
lyonnaise du 28 septembre, adressait à ses frères et amis de 
Lyon, dans les premiers jours d'octobre. L'envoi de cet alpha- 
bet était accompagné d'une lettre de nature à nous édifier sur 
les tendances éminemment révolutionnaires de l'Internationale. 
Nous aurons plus tard l'occasion, en parlant des mouvements 
insurrectionnels de Lyon, de revenir sur le plan de campagne 
indiqué par cette lettre ; mais en attendant nous devons la pla- 
cer sous les yeux de nos lecteurs, afm qu'ils puissent juger de 
l'importance que pouvait avoir à cette époque le dictionnaire 
Bakounine. 

A Palix et à Blanc. 
(Lettre à brûler — dictionnaire à bien cacher). 

< Chers amis, 

« Marseille ne se soulèvera que lorsque Lyon se sera soulevé 
ou bien lorsque les Prussiens seront à deux jours de distance 
de Marseille. Donc encore une fois le salut de la France dépend 
de Lyon. Il vous reste trois ou quatre jours pour faire une révo- 
lution qui peut tout sauver. Pour la révolution de la vengeance et 
du désespoir, il sera toujours temps jusqu'à ce que les Prus- 



HT LK ,1 A coin NI fi M K. ■ ir..'5 

siens entrent à l^yon. Si vous croyez pouvoir faire la révolution 
salutaire, et si vous croyez que ma présence peut être utile, té- 
légraphiez à Louis Combe * ces mots. Afous attendons Élionno. Je 
partirai aussitôt en vous avertissant par télégramme à l'adresse 
de Palix 2 par ces mots : Etienne sera chez madame Roche- 
brune tel Jour, telle heure. Maurice. Madame Blanc se trouvera 
à l'heure indiquée avec une voiture à la dernière station avant 
Lyon désignée par le nom de madame Rochebrune (dans notre 
dictionnaire), à cette môme station oii elle voulait me conduire. 
— Je me mettrai en voiture avec elle, et elle me conduira tout 
droit au logement que vous m'aurez secrètement et prudemment 
préparé. Ce logement, qui ne doit pas être aux Brotteaux ^ oii 
l'on connaît trop ma figure, ne devra être connu d'abord que de 
Palix, Blanc et madame Blanc, aussi bien que mon arrivée parmi 
vous. Nous verrons après quels seront les amis qu'il sera utile 
de conduire chez moi. Tout ceci seulement dans le cas d'une 
révolution salutaire. 

« Quant à la révolution de vengeance et de désespoir, elle 
doit être également utilisée en vue de la formation d'un grand 
fonds révolutionnaire. Si vous croyez que ma présence peut être 
utile encore dans ce cas, je viendrai également et de la même 
manière. Cette dernière révolution demande encore plus d'orga- 
nisation que la première. Il ne faut pas beaucoup d'hommes poiu* 
elle, mais des hommes réellement énergiques et sûrs et bien 
dévoués à la cause. Valence '* vous dira le reste. — Mon cher 
Blanc, je te recommande deux choses : d'abord de venir t'ins- 
pire/* toujours chez Palix et ensuite de me tenir chaque jour au 
courant de ce qui se passe chez vous avec tous les détails pos- 
sibles, ce qui te sera facile avec le dictionnaire que je t'envoie 
et que tu dois garder et bien cacher chez Palix. 

« Votre dévoué, 
« M. B. » (Michel BAKOUNINE.) 



1 Louis Combe, secrélaire de la chambre fédérale de .Marseille. 

- Palix, membre influent de la section lyonnaise. 

^ Quartier de Lyon, habité par liakounine, à l'époque où il préparait l'émeute 
du 28 septembre. 

* Valence liuukietzvitz. Polonais, ami de Bakouninc ; c'est à lui ([u'élaient 
adressés la lettre et le dictionnaire. 



1Ô4 

(2) 
(3) 
(4) 
(5) 
(6) 
(7) 

(8) 
(9) 
(10) 
(H) 
(12) 
(13) 
(14) 
(15) 
(16) 
(17) 
(18) 
119) 
(20) 
(21) 
(22) 
(23) 
(24) 
(25) 
(26) 
(27) 
(28) 

(29) 



(30) 
(31) 
(32) 
(33) 
(34) 
(35) 
(36) 
(37) 
(38) 



L'INTERNATIONALE 



* Basielica ^ Ange. 

* Combe — Mauiùce. 

* Michel — i£lieiino. 

* Jean — Robert. 

* Valence — Rodrigue. 

* Palix — Louis. 

* Blanc — Laurent. 

* P lacet — Lucien. 

* Fuvre — Antoine. 

* Camée — Gamin. 

* Bisclioff — Just. 

* Paraton — Pierre. 

* Beauvoir — Paul. 

* Père Blanc — Père. 

* Schottel — Fort. 

* Richard — Démosthènes. 

* Dupin — André. 

* Ber tranche — Jules. 

* Saignes — Eugène. 

* Doubli — Gérard. 

* Olivier — Jérôme. 

* Colon — Joseph. 
Amis — les utiles. 

Municipalité — Colonie. 

Préfet — Marie. 

Avocat général — Louise. 

Andrieiix — Pauline. 
Général commandant — 
Rose. 

Boucha , commandant la 
garde nationale — Clau- 
dine. 

Baudy — Marianne. 

Hênon — Julie. 

Férouillat — Catherine, 

Brialou — Eulalie. 

* Cluseret — Putain. 

* Louis-Martin — Ferme. 
Soldats — Comédiens. 
Gardes mobiles — Acteurs. 
Gardes nationaux — Artistes. 



(39) Compagnies bourgeoises — 
Mannequins. 

(iO) Compagnies bonnes — Con- 
sorls. 

(il) Compagnie Luizcrne — Frè- 
res. 

(42) Corps-francs — Sœurs (bon- 

nes oa mauvaises). 

(43) Croix Rousse — Amis de 

Pierre. 
(4i) Brotteaux — Amisde Lucien, 

(45) Guillolièro — Amis d'Eugène. 

(46) Les- troupes — Les drôles. 

(47) Artillerie — La mariée. 

(48) Ofticier - Employé. 

(49) Etat-major — Les prétentieux. 

(50) Chef de compagnie — Sal- 

timbanque. 

(51) Les internationaux — Les 

compagnons. 

(52) L'Internationale — La com- 

pagnie. 

(53) Lyon — Madame Séraphine. 

(54) Marseille — Madame Agrip- 

pine. 

(55) Besançon — M. Félix. 

(56) Saint-Étienne — M. Grégoire. 

(57) Creuset — M. Adhémar, 

(58) Vienne — Madame Rolland. 

(59) Valence — Madame Chavor- 

nay. 

(60) Tarascon — M. Tardot. 

(61) Arles — ^ladame Boquet. 

(62) Toulon — M. la Féré. 

(63) Genève — M. Boudy 

(64) Neuchâtel — Madame Boudy. 

(65) Paris — M. Roux. 

(66) Tours — Madame Roux. 

(67) Gouvernement provisoire — 

M. Clément. 

(68) Ci'ômieuxa. Tours — Clémence 



> Les noms précédés d'un astérique sont ceux de membres iiuporlants de 
l'Internationale à Lyon ou à Marseille; les noms écrits en italique désignent 
des fonctionnaires administratifs ou judiciaires* 



i;t i.h jagouinismk 



i5r 



(69) Esquiros — Li' marié. 

(70) * Charvct — Ernest. 

(71) * Gaillj — rançois. 

(72) * Le petit noir de Luizcrne K 

— Arthur 

(73) * Martin, ami de Palix — Be- 

noît. 

(74) Commerce — Soins. 

(75) Révolution — Vente. 

(76) Hôlel-de-Ville — Baraque. 

(77) Pillage — Emprunt. 

(78) Assassinat — Traitement. 

(79) Incendie — Maladie. 

(80) Tuer — Guérir. 

(81) Arrêter — Loger. 

(82) Organiser — Paralyser. 

(83) Conspiration — Les affaires. 

(84) Conspirer — Arranger les af- 

faires. 



(85) 



(8G) 
(87) 
(88) 

m 

(90) 



(91) 
(92) 

(9-i) 
(95) 
(96) 
(97) 



Mfiroiiaiids lU- vin — Los iia- 
biles. 

Les révolutionnaices — Les 

glorieux. 
Les Prussiens — Les en- 
nuyeux. 

Les forts — Les fonds. 

Prendre — Acheter. 
Dépêche — Le papier en 
question. 

Armes — Tabac. 

Munitions — Café. 

Dernière station avant Lyon. 
— Madame Rochebrune 

Lettre — Marchandise. 

Courrier — Commis. 

Ami — Acheteur. 

Replier — Envoyer un aver- 
tissement. 



Ajoutons qu'au mois d'avril 1870, l'un des délégués de la 
commune de Paris à Lyon, Albert Leblanc, membre de l'Inter- 
nationale (section du Panthéon), envoyait à son ami Caulet de 
Tayac, l'un de ses compagnons de captivité, un nouveau sys- 
tème d'alphabet que nous croyons devoir reproduire à titre de 
document, avec la lettre explicative qui l'accompagne. 

« La méthode proposée par D ^ pour correspondre sans dan- 
ger est mauvaise, il suffirait d'un ({uart d'heure et d'une ving- 
taine do mots pour pouvoir lire constamment sans avoir la clef. 
Pour t'en convaincre, inventes-enune, écris au moins six ou huit 
lignes avec ton écriture et conserve ton secret, je t'enverrai 
quand même la traduction. Voilà la seule bonne méthode. Soit 
une phrase connue de nous trois, par exemple, Association in- 
ternationale des travailleurs, et soit cette phrase à m'envoyor : 



* La rue Luizerne est la rue où elait situé au mois de septembre l'hôtel de 
police ; lo citoyen désigné sous le nom d'Arthur faisait partie à cette époque du 
comité de sûreté générale : plus tard il a été employé dans un office de paix- 

- 11 s'agit do Charles Dumont, ancien ouvrier typographe de la maison Dupont, 
autre délégué de la Commune de Paris à Lyon, le même qui, dans une réunion 
tenue le 5 avril 1870 au cercle de la rue Grolée, d''clarait qu'il f allô il ren- 
verser l'Assemblée nationale et mettre à la place la guillotine pour tous 
les réactionnaires. 



156 L'INTERNATIONALE 

Méfic-toi des intermédiaires. On prend les lettres et la phrase 
type les unes après les autres, et on compte combien il y a de 
lettres après jusqu'à la lettre que l'on considère, à partir de A 
jusqu'à M — 12, — à^partir de S jusqu'à E — 11 — de S jus- 
qu'à F, — 12 — etc., et j'ai le mot inrfie, 12, 11, 19, 12, 2. Ce 
chiffre est impossible à découvrir sans connaître la phrase pri- 
mitive : pour aller vite, on peut faire un tableau. IL'avantage 
est de toujours pouvoir retrouver la clef. Si on n'a pas fait de 
tableau, on en est quitte pour faire la même opération que celui 
qui a fait la dépêche. » 

13 u g g a 

14 h h (1 

15 p i i c 

16 q j j b 
n r k k g 

18 s 1 1 k 

19 t m n i 

20 nu u j 

21 V t 

22 X p p t 

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24 z r r n 






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f 


b 



ET LK JACOBINISME. V,l 



CHAPITRE V 



LES GREVES. — GHKVE DES TUILIERS, PLATRIERS, PEINTRES ET OU- 
VRIERS EN BATIMENT DE GENEVE. ATTITUDE DE L'iNTERNATIONALE. 
LE CITOYEN GROSSELIN ET l'aSSEMBLÉE POPULAIRE DU 7 JUIN. TROU- 
BLES DE VERVIERS. PROTESTATION DE LA SECTION VERVIÉTOISE. 

Nous allons maintenant reprendre notre récit des faits et ges- 
tes de l'Internationale : nous avons signalé son attitude pendant 
la période plébiscitaire, reproduit ses manifestes et ses protes- 
tations, énuméré les poursuites dirigées contre ses membres, 
indiqué les condamnations prononcées contre eux, il nous reste 
à rechercher les actes par lesquels elle s'est affirmée depuis 
cette époque jusqu'au jour où ses membres seront appelés aux 
emplois publics par V acclamation populaire. 

Au moment où la persécution sévissait en France, les grèves 
étaient partout à l'ordre du jour. Cette levée de boucliers était 
comme toujours l'œuvre de l'Internationale. 

Parmi ces grèves nous devons citer celle des charpentiers de 
Neuchâtel et de la Chaux-de-Fonds, la grève des tailleurs d'ha- 
"bits de Genève et d'Erfurt, celle des ouvriers fondeurs et mou- 
leurs de Paris *, celle des mineurs de Rochebelle dans le Gard, 
celle des ouvriers menuisiers de Saint- Vallier (Drôme), celle 

1 « Depuis deux mois, disaient les ouvriers fondeurs en fer de Paris, dans une 
adresse à tous les travailleurs, nous luttons contre l'exploitation ei, nous le 
disons hautement, nous ne céderons jamais, dussions-nous tous quitter notre 

patrie et abandonner notre profession 

Qu'aucun ouvrier fondeur et mouleur d'Europe ne -vienne à Paris nous rem- 
placer » ■ 

Sur les demandes de ces ouvriers, les unions de métiers en Angle- 
terre, affiliées à l'Internationale, votaient une somme de 23,000 francs pour sou- 
tenir les grèves sur le conlinent. 



158 L'INTERNATIONALE 

(les ouvriers, mécaniciens, ajiislcurs, tonneurs et serru- 
^'iers de Carcassonne (Aude), des ouvriers cordonniers, maçons, 
tailleurs de pierre, corroycurs do Lyon, des ouvrierri en métaux 
de Vienne (Isère). 

Il est deux de ces grèves qui méritent une mention spéciale 
à cause de l'immense retentissement qu'elles ont eues et des 
complications dont elles ont été l'objet, nous voulons parler de 
la grève des tuiliers, peintres, plâtriers et ouvriers en bâtiments 
de Genève. 

A Genève, on effet, le conflit entre ouvriers et patrons prit 
les proportions les plus graves. 

Quelles étaient donc la signification et la portée de toutes ces 
grèves? Ne serait-on pas frappé de cette coïncidence de l'agita- 
tion plébiscitaire en France avec ces manifestations de la classe 
ou\ rière se produisant simultanément à l'instigation de l'Inter- 
nationale, à Genève et dans plusieurs autres centres. Gomment 
trouver la clef de cette énigme? Nous laissons sur ce point la 
parole au Journal de Genève, un des rares journaux sérieux 
de r époque ; voici comment il s'exprime dans son numéro 
du 8 mai. 

« Y a-t-il parmi nous un seul homme assez ignorant de ce qui 
se passe dans le monde pour ne pas comprendre ce que signifie 
cette levée imprévue de boucliers faite à la veille u pléhisc ile 
Irançais, assez naïf pour y chercher une cause purement locale 
et assez aveugle pour ne pas la rattacher immédiatement à ce 
que nous connaissons aujourd'hui des projets de cette société 
révolutionnaire? On aurait pu prévoir d'avance que notre pays 
n'échapperait pas à ses menées subversives, et qu'à défaut de 
raisons plausibles, on susciterait quelque mauvais prétexte pour 
Y élever de nouveau le drapeau de la guerre sociale. » 

La grève des ouvriers tuihers servit de prétexte à ces agis- 
sements de l'Internationale. Dès le 7 mai, les sections genevoi- 
ses publiaient un volumineux manifeste oii les laits étaient dé- 
naturés de la façon la plus odieuse, et qui n'était qu'un tissu de 
calomnies et de mensonges les plus fantastiques. Ce document 
mérite la peine d'être lu ; comme style enflé et déciamatoire 
on ne- saurait mieux trouver. 



ET LE JACOBINISME. 1&9 



Association internationale des travailleurs. 

« Frùres travailleurs ! 

« Au nom de votre bonheur commun, au nom de vos droits 
dont on vous prive, écoutez la voix de vos frères tfui luttent cofl- 
trc los persécutions les plus odieuses pour pouvoir gagner leur 
pain au prix de leur travail. 

« Après une longue attente et des démarches infructueuses 
les ouvi'^iers tuiliers du canton de Genève ont dû recourir à la 
grève. 

« Ils travaillent seize heures par jour et même plus encore et 
cela pour le misérable salaire de 2 fr. 70 et de 1 fr. 60, s'ils sont 
nourris par les patrons. Pour ne pas mourir de faim, ils sont 
obligés de prendre le travail à la tâche et d'appeler à leur aide 
leurs enfants. Et lorsque sept ou huit mois de travail constant, 
sans repos ni sommeil, ont usé à bout leurs forces, les patrons 
les renvoient chômer sans s'inquiéter de leur sort ni de celui de 
leurs familles. Et quand les tuiliers présentent leur tarif, de- 
mandant 10 c. par heui^e et la limitation du travail à 11 heures, 
les patrons, au lieu de toute réponse, s'arment de leurs fusiis et 
bâtons et chassent les ouvriers parce qu'ils osent appartenir à 
la grande Association internationale. 

« A la lettre la plus conciliante de notre commission, les p<i- 
trons répondent que, sans l'intervention de l'Internationale, les 
ouvriers seraient toujours contents de leur misère et ne récla- 
meraient jamais un salaire dû à leur travail ! 

•< Est-ce donc que l'ouvrier ne ressent pas la faim sans que 
l'Internationale le lui dise ? Est- ce donc qu'il n'endure point toutes 
les horreurs de la misère sans que-nous les lui racontions? 

« Ce que l'Internationale veut, c'est l'union fraternelle qui 
donne la force pour briser les chaînes de l'esclavage et pour 
créer une nouvelle vie dans laquelle chacun jouira pleinement 
du produit de son travail. 

« En attendant, l'Internalionale viendra toujours en aide aux 
souffrances des travailleurs. Les ouvriers des villes sont déjà 
groupés, et nous appelons maintenant sous n.itre drapeau nos 



160 L'INTERNATIONALE 

frères des campagnes. Les ennemis du peuple veulent tenir les 
campagnes dans l'ignorance pour mieux les exploiter, et dans 
cette grève des tuiliers, les patrons osent faire à la campagne 
ce que jamais dans la ville les citoyens ne permettraient de faire 
à qui que ce soit : ils osent menacer les (nilicrs de les fusiller, 
ils les couchent en Joue, et cela sur la grande route, comme si 
le sol de la Suisse appartenait aux patrons et non au peuple : 
ils oublient, ces patrons, que s'ils tiraient un seul coup sur les 
travailleurs, tout le peuple de la républicpie se lèverait pour dé- 
fendre sa liberté. Les patrons de Bellevue osent séquestrer les 
tuiliers et exercer sur eux une pression révoltante pour ne pas 
les laisser se joindre à leurs frères qui luttent pour les intérêts 
communs. Le contre-maître, à Vcrsoi-v,se fait assister des gen- 
darmes pour insulter les tuiliers et leur i^e fuser le payement ^. 
«En présence de pareils actes, voyant que les patrons persis- 
tent à ne pas se rendre à un arrangement favorable pour les 
deux parties et ne veulent pas écouter la voix conciliatrice de la 
commission toujours prête à servir d'intermédiaire entre eux, 
les 30 sections de Genève déchirent qu'elles soutiendront éner- 
giquement les justes demandes des tuiliers, et elles invitent 
tous les travailleurs à aider leurs frères dans leur lutte pour 
l'existence humaine, 

« Au nom de l'Association internationale, nous vous adressons 
cet appel fraternel, comme aussi, si la grève dure, nous nous 
adresserons aux Fédérations internationales de tous les pays, 
aux milliers de membres de notre Association qui n'ont jamais 
encore abandonné leurs frères dans la nécessité et qui ne les 
abandonneront jamais ! 

« Par décision des 30 comités réunis, 

«Zfl commission de la grève : 
« J.-P. BECKER, DUVAL, H. PERRET, GHÉNAZ, 
. OUTINE, BENOIT, JAGCAZ, BAUMGARTNER. » 



1 II est à peine utile de faire remarquer que ces prétendues fusillades 
d'ouvriers sur les grandes routes n'ont jamais existé que dans l'imagination 
des Outine et autres. Nous avons reproduit aux Documents justificatifs (pièce c). 
deux autres proclamations relatives à cette même grève. 



KT LH JAGOniNISMK. 161 

AVIS. 

• € Les .SO sections sont convoquées en assemblée générale 
extraordinaire pour samedi 7 mai, à 8 heures du soir, .m 
Temple-Uni(iue. 

Ordre du jour : 

« Question do la grève dos tuiliers. 
ΠQuestion du journal. 

« Pour le Comité central : 

a Le président : FREPPAZ. » 

En présence d'un pareil uJtimnliim,\es, xw^lives tuiliers, dans 
une protestation des plus dignes et des plus fermes, se décla- 
raient prêts à traiter individuellement avec les ouvriers, mais 
ils se refusaient énergiquement à admettre en quoi que ce 
soit l'arbitrage de l'Internationale. Voici leurs déclarations à 
cet égard : 

RÉPONSE 

Des iunîlres tuiliers ù la proclaninlion de la Société inlernntio- 
unie des travailleurs. 

« En face dos accusations calomnieuses contenues dans le ma- 
nifeste de l'Association internationale, les maîtres tuiliers 
soussignés ne croient pas avoir autre chose à faire que de 
livrer à la publicité la lettre suivante, qu'ils ont adressée le 
30 avril dernier, au président de l'Association internationale. 

a Ils se déclarent toujours prêts à traiter avec leurs ouvriers 
individuellement, à protéger ceux qui voudront travailler, et à 
maintenir par tous les moyens le droit d'être maîtres chez eux. 
Ils font appel au bon sens des ouvriers disposés à travailler, et 
leur font savoir que tant que les internationaux ne les en 
empêcheront pas, ils trouveront chez eux de l'ouvrage aux 
prix fixés ce printemps, et qui sont bien supérieurs à ceux 
énoncés dnns -le manifeste de l'Internationale ; mais ils sont 

11 



162 L'INTERNATIONALE 

décidés aussi à fermer leurs fabriques plutôt que de traiter 
avec la société de l'Internationale . 

a MOICHON; Société genevoise de Gri(fuerie; JOSSE- 
RON; Simon EGGLY; GROBET; Félix EGGLY. » 



REPONSE 

Des maîtres tuiliers ù M. J.-P. DecAer, direct en r de F Asso- 
ciation internationale des travailleurs. 

« Monsieur, 

« Nous avons l'honneur de vous accuser réception de votre 
lettre du 26 courant, ainsi que du tarif des ouvriers tuiliers 
qui nous a été communiqué quelques jours auparavant. 

(i Ce document, rédigé dans une forme absolue qui ne paraissait 
pas discutable, émettait des prétentions telles que, si elles 
étaient maintenues, il ne nous resterait plus qu'à fermer nos 
usines, 

«Nous ne pouvons accepter, Monsieur, l'intervention que vous 
nous offrez, pour discuter nos intérêts avec nos ouvriers. Nous 
avons, cette année-ci déjà, augmenté le prix de la journée, et 
nos ouvriers ne réclameraient rien si votre Société ne s'était 
mêlée de nos affaires. 

« Nous serons toujours prêts à discuter individuellement avec 
nos ouvriers les conditions du salaire et du travail ; mais nous 
n'accepterons jamais de devoir traiter avec un comité qui se 
réserve le droit de juger souverainement toutes discussions 
entre ouvriers et patrons \ » 

(Suivent les signatures.) 

Cette grève durait encore, lorsque les ouvriers plâtriers- 
peintres abandonnèrent leurs ateliers. Ils alléguaient qu'aux 
termes d'une convention signée en 1868 et renouvelée en 1869, 

1 Quelques ouvriers ayant refusé de se mettre en grève, les tuileries où ils 
travaillaient furent envahies par des bandes d'individus, et les ouvriers menacés. 
11 fallut l'intervention de la policiî locale pour mettre un termo à de pareilles 
manifestations et protéger dans leurs ateliers los ouvriers qui no demandaient 
qu'à continuer leur travail. 



ET LE JACOIUNIS ME. 16S 

tous les ouvriers du bUiiiient devaient avoir la journée de 
10 heures el ùlrc payés à raison de 45 centimes l'heure ; que 
les patrons plâtriers avaient seuls refusé de faire droit aux 
réclamations de leurs ouvriers ; que ces derniers n'en avaient 
pas moins consenti à signer la convention et à reprendre le 
travail, mais qu'aujourd'hui ils formulaient de nouveau leurs 
prétentions et demandaient à être admis au bénélice d'une rému- 
nération égale à celle des ouvriers des autres métiers. (Voir 
documents justificatifs, pièce cl.) 

Cette nouvelle grève ne tarda pas à prendre les proportions 
les plus graves. Les patrons, comprenant qu'elle n'était qu'un 
ballon d'essai, et que, si elle réussissait, tous les autres corps 
de métiers viendraient successivement réclamer une augmenta- 
tion de salaire et une diminution des heures de travad, annon- 
çaient leur ferme résolution de continuer la lutte jusqu'au bout. 
Ils se déclaraient soUdaires les uns des autres, et, dans une 
assemblée générale tenue le 3 juin, ils décidaient à runanimité 
que tous leurs ateUers seraient fermés si, le 9 juin, le travail 
n'avait pas recommencé. Les ouvriers se moquèrent d'un pareil 
ullimatiim : des meetings furent organisés par l'Internationale 
pour protester contre la déclaration des patrons qu'elle quali- 
fiait d'appel à la guerre civile, de provocation à la dissolu- 
tion de l'Association internationale et à la proscription des 
étrangers. 

A son instigation, une assemblée populaire composée de plus 
de 3,000 personnes avait lieu à Genève le 7 juin, dans la salle 
du palais électoral. Le citoyen Grossehn, l'un des membres de 
la section centrale de Genève et le porte-voix du parti radical 
dont il a été le candidat aux dernières élections au conseil d'É- 
tat, y prenait la parole : dans un langage des plus violent» il 
s'élevait avec indignation contre les procédés in/juaIiûaL!es des 
patrons. Il affirmait que les ouvriers étaient décidés à ne re- 
culer devant rien pour obtenir le triomphe de leurs droits, et 
qu'ils iraient sur la place pnbli'/ue, s'il le fallait. 

Nous tenons d'un témoin oculaire qu'il fut volé par acclama- 
tion que les internationaux descendraient dans la rue, les armes 
à la main, si l'une de ces trois hypollièses venait à se réa- 
liser : 



164 I> ' I ^" 'l' ^ I^ ^' A '1 I N A L E 

1° Pi (les mesures répressiv(>s (''taieiiL prises j)ar le gou\erne- 
ment de Genève contre rintcrnalionalc; 

2° Si les étrangers étaient exi)nlsés ' ; 

3° Si les patrons l'ennaieiit leurs ateliers le jeudi 'J juin, 
comme ils l'avaient décidé. 

Sur un pareil terrain, l'entente entre })atrons et ouvricis de- 
venait difficile, sinon impossiljle : aussi les pourparlers engagés 
avec l'intervention officieuse do M. Gampério, clief du dé})artc- 
ment dejustice et police, ne purent aboutir. 

Le 11 juin, les patrons, fidèles à la promesse (iu'ils avaient 
faite, fermèrent tous leurs ateliers : plus de 3,000 ouvriers fu- 
rent ainsi congédiés. 

Dans une ville aussi agitée que Genève et oi!i se trouvent 
réunis tant d'éléments de désordre, une pareille crise })0uvait 
devenir le prétexte d'un conflit dont il était difficile de prévoir 
toutes les conséquences. L'Internationale, qui en avait pris l'ini- 
tiative, ne se dissimulait nullement la gravité exceptionnelle 
d'une situation aussi tendue. Des appels pressanls étaient laits 
à tous les travailleurs en faveur des grévistes genevois. L'Inter- 
nationale publiait manifestes sur manifestes, proclamations sur 
proclamations: les sections étaient en permanence, afin d'aviser 
aux mesures à \ivenûve pour demcui^er unis en face du dan- 
ger, sortir victorieux CCune crise provoquée à dessein par les 
patrons, et répondre dignement au dcll de vie on de mort porté 
par les bourgeois à toute l'Association intcrnationnle dont 
l'existence était proclimée être à l'abri de toute attaque sérieuse. 

Le 14 juin, il était décidé que les sections de métiers repren- 
draient le travail sous la responsalnlité collective des corps de 
métiers respectifs et se chargeraient d'exécuter tous les tra- 
vaux qui leur seraient offerts en traitant directement avec les 
propriétaires et architectes sans l'intervention désormais inu- 
tie de tous entrepreneurs. Cette déclaration était rendue publi- 

i L'Assemblée voulait faire allusion à un passage du manifcsln des chefs 
d'atelier invitant les autorités compétentes à appliquer à certaines meneurs 
l'article 77 de la constiLulion fédérale ainsi conçu : La Confédéralion a le droit 
de renvoyer de son territoire les étrangers qui compromettent la sûreté inté- 
rieure ou extérieure de l;i Suisse. — (Voir aux IJocaiitcnls ju^lificatlfs le ma- 
vifcsle des patrons f.l tous les attires plc^cards publics à Voccasion de cette 
grève. Pièce e.) 



ET LI-: JACOIîIXISMK. 165 

que par la voie traClicliL;. Ou pi'occ'.'dail à la uoininalion d'une 
commission de dix membres chargée de la direction de la grève *. 

Des assemblées générales étaient tenues tous les soirs au 
Teniple-Uniquo : les ouvriers déclaraient que, la grève diit-ollc 
durer indé/iniincul, il no foraient jamais aucune démarche vis- 
à-vis des patrons et qu'ils ne traiteraient jamais en dehors de 
l'Internationale. 

De leur côté, ceux-ci ne se laissaient nullement décourager i)ar 
la résistance des ouvriers; ils refusaient énergiquement de trai- 
ter avec la commission de grève instituée par l'Internationale. 

D'honorables citoyens offraient leur intervention pour amener 
un rapprochement sincère entre ouvriers et patrons et mettre 
un terme à un conllit aussi désastreux. Une première entrevue, 
dont rinilirilive revient à M. Amljerny, avait lieu le 18 juin, mais 
aucune entente n'était possible, et tous les efforts tentés par 
d'honorables intermédiaires dans deux conférences successives 
venaient échouer contre la résolution prise par les parties inté- 
ressées de ne vouloir céder sur aucun point. Les chefs d'atelier 
déclaraient qu'il ne consentiraient à la reprise des travaux que 
lorsque les plâtriers-peintres se seraient soumis au décret de 
rentrée aux anciennes conditions. 

Dès le 20 juin, les négociations étaient définitivement rom- 
pues : un conseil d'arbitrage avait été voté dans une assemblée 
nationale tenue le 21 du même mois, mais les patrons avaient 
répondu par une fin de non-recevoir à cette nouvelle pro}iosition. 

Cette crise industrielle appelait, on le comprend, une solution 
définitive et prompte : il ne s'agissait rien moins que de la ruine 
totale de l'industrie dubâtiment. D'ailleurs une colhsion paraissait 
imminente. Le conseil d'État préoccupé de la nécessité de parer 
à cet état de choses par la création de chantiers nationaux, ne 
pouvait manquer d'intervenir. 

Cédant à la pression de l'opinion publique et désireux do ré- 
tablir l'union, les patrons offraient le 8 juillet la rei)rise des tra- 
vaux aux anciennes conditions et la nomination d'une commis- 
sion chargée de statuer sur la question des dix heures de tra- 



1 Ces dix membres élaient Baumgarlner, Dailly, Grosseliii; TognieUe, Duoarc, 
Hofer, Sleiiier,, Girod, Goy, Antoine. 



\eG L'INTERNATIONALE 

vail. Mais leurs offres étaient dêdnigneusement repoussées. 

Les choses en étaient toujours à ce jioint lorsqu'éclata la guerre 
entre la France et rAUcmagnc. Privées dorénavant des subsi- 
des qui leur arrivaient de ces deux contrées, les sections gene- 
voises comiirirent l'impossibilité matérielle où elles allaient se 
trouver de lutter plus longtemps contre la persistance opiniâtre 
des patrons. Une pareille situation mit la commission de la 
grève dans la nécessité d'en demander la suspension. Mais 
afin do pallier les conséquences de celte défaite, le journal VE- 
galHô (numéro du 27 juillet) avait soin d'expliquer les motifs de 
cette détermination et de démontrer ù sa ffiçon que la grève 
avait été victorieuse sous plus d'un rapport. 

« Avus sommes, disait celte feuille, arrêtés pour le moment 
mais non par les patrons, non par leur coalition, mais par des 
causes plus impérieuses et indépendantes de notre volonté: 
nous faisons trêve pour le moment pour mieux assurer notre 
victoire. 

« Et ce n'est pas la défaite, mais la victoire qui a été arrêtée 
à moitié chemin : ayant acquis la moitié de la victoire, nous 
n'avons pas osé risqué de la perdre 

a Nous n'avons cédé en rien : nous avons obtempéré aux 
circonstances de force majeure. En suspendant momentanément 
la grève, les sections se réservent plein droit de suspendre les 
travaux à un moment propice, en considérant l'abandon des tra- 
vaux comme la continuation pure et simple de la grève des pa- 
trons. Les sections en bâtiment déclarent avec l'appui moral et 
matériel de toute l'Association internationale qu'ils n'abandon- 
neront pas leurs justes réclamations, qu'ils persisteront dans 
leurs égitimes revendications, tant qu'ils n'auront pas obtenu 
la durée de dix heures, l'abolition du travail aux pièces et la ta- 
rification précise du salaire légalisée par les notaires.... Prépa- 
rons-nous résolument, énergiquement à recommencer la lutte 
qui devra éclater au moment propice et qui devra être couron- 
née par la victoire décisive. 

Cet ultimatum se passe de tout commentaire. 

Nous avons cru devoir entrer dans tous les détails de cette 
lutte entre le caiiital et le salaire afin de montrer une fois de 



ET LE JACOBINISME. 167 

plus la part active de l'Internationale dans les grèves. Nous de- 
vons reconnaître que, jusqu'à ce jour, l'Internationale n'en avait 
pas suscité d'aussi graves ; il a fallu tout le courage des patrons 
pour triompher d'une pareille coalition. C'est grâce à leur en- 
tente uiiaiiimc, à leur refus hautement manifesté d'accepter toute 
proposition émanant de l'Internationale qu'ils ont dû de voir les 
ouvriers reprendre le travail. Puisse cet exemple des patrons 
genevois être d'un salutaire effet et montrer la puissance d'une 
entente commune ! 

A peu près à la môme époque, des troubles éclataient à 
Verviers. L'opinion publique était unanime à en faire remon- 
ter la responsabilité à l'Internationale. Quand on se rappelle 
en effet dans quelles circonstances se produisirent ces scènes de 
désordre, on ne peut douter un instant du rôle joué par l'In- 
ternationale. 

La section verviétoise émue de pareilles accusations crut 
devoir protester contre 7es calomnies dont elle prélendait être 
l'objet. Les procédés de l'Internationale sont, comme on le voit, 
partout les mêmes : elle excite, elle provoque, elle met tout 
en œuvre pour déchaîner les masses ouvrières, et puis, quand 
elle a réussi à susciter un soulèvement et à jeter les ouvriers 
dans la rue , elle leur recommande le calme et la dignité. 
Survient-il une rixe, une collision sanglante, elle déclare être 
étrangère à tout ce qui se passe et ne voit dans de tels faits 
qne l'œuvre de la police et le résultat de provocations dirigées 
contre l'existence de l'Internationale, Voici le manifeste pubUé 
le 22 juin par la section verviétoise. 

Association Internationale des Travailleurs. 

Section verviétoise. 

« Dans un meeting extraordinaire tenu mardi 21 juin courant, 
à 9 heures du soir, à Verviers, les conclusions suivantes ont 
été votées à l'unanimité dos personnes présentes : 

« 1° La section verviétoise de l'Association internationale des 
travailleurs déclare être étrangère à tous les événements sur- 



i 68 L ' 1 N T E R N A T 1 N A L I'. 

venus dans ces derniers jours et ne les avoir ni préparés, ni 

secondés en quelque maniôro que ce soit ; 

a 2" La section vcrviétoise, loin d'avoir elle-même pris part à 
ces événements, engage au contraire tous les travailleurs à 
s'abstenir de toute manifestation pouvant contribuer à trou- 
bler inutilement l'ordre public. 

« Le bureau du meeting : 
« Victor DAVE, membre du conseil général belge, prési- 
dent du meeting ; Emile ROUBARD, membre du comité 
de la section verviétoise ; Toussaint DÉJOZE, id. ; Jean 
GROSJEAN, id. ; Denis DEBLUET, id. ; Nicolas WHATE- 
LET, id. ; Jean HANSENNE, id. ; François HEREMAN, 
id. ; Jean LELOTTE, id. ; Léonard MARÉCHAL, id ; 
Toussaint RUWETTE, id. ; Jacques SAUNENIÈRE, id. » 



II 



situation des sections françaises APRES les arrestations du 
mois de mai. agissements de la fédération lyonnaise, comptes 
rendus de ses séances. albert richard se réfugie a neu- 
chatel. la fédération parisienne et la statistique du tra- 
vail, circulaire a tous les correspondants. 

Les poursuites dirigées contre l'Internationale lui portèrent 
un coup terrible ; son existence en France en fut sérieuse- 
ment menacée. Une désorganisation à peu près complète s'en- 
suivit, et sans les événements du mois de juillet et plus tard 
les désordres et l'anarchie du mois de septembre, nous n'au- 
rions jamais assisté au spectacle humiliant de voir l'Interna- 
tionale maîtresse de Paris. Nous prouverons plus tard c[ue, déjà 
puissante vers la fin de septembre, elle a fait le 21 octobre, 
le 22 janvier et plus tard le 18 mars ; que le comité central a été 
son œuvre et son instrument et qu'elle a été l'âme de l'insur- 
rection. Nous la verrons dès le 10 septembre, avec son comité 
de défense et ses comités de surveillance établis dans tous les 



KT LE J ACOinXISMK. IGO 

arrondissements pour cnipêchcr lu rcnclion ; nous devons bien 
reconnaître dès à présent, que le choix des foncLionnaircs et 
l'intronisation de quelques-uns de ses membres dans les 
mairies et ailleurs devaient singulièrement faciliter son œuvre. 
Mais n'anticipons pas ; ces événements seront Inentôt l'objet 
de notre étude. 

Seule de toutes les sections, la Fédération lyonnaise sem- 
ble avoir conservé une certaine activité. 

A l'arrestation de ses principaux membres elle a ré^jondu 
par la nomination d'une nouvelle commission destinée à rem- 
placer, dans ses fonctions et ses efforts de proi)ag\'!ude, celle 
qui vient d'être incarcérée. 

Cette nouvelle commission avait été, comme nous l'avons déjà 
dit, nommée dans une réunion tenue le 5 mai, sous la présidence 
de Dumartlieray. Elle n'était que provisoire et se composait 
de 10 membres au nombre desquels figuraient Ubaudi, sculp- 
teur, rue de Fleurieux, 4; Charvel *, tisseur, rue du Bon- 
Pasteur, 31 ; Tournairc, tulliste, rue Bossuet, 67, devenu 
au 4 septembre l'un des agents du commissaire central (]hol. 
On n'était admis dans cette réunion qu'à l'aide d'un mot d'ordre 
qui était pont. 

Le sculpteur Ubaudi était devenu l'homme de la situation ; 
il était chargé de faire la correspondance et recevait mission de 
distribuer le montant des souscriptions recueillies en faveur 
des détenus. Dans l'une des séances, il donnait communication 
à l'assemblée de la lettre d'Eugène Hins que nous avons re- 
produite et qui invitait les travailleurs lyonnais à no pas se 
décourager et à continuer leur œuvre. 

Dans la soirée du 6 mai, une nouvelle réunion avait lieu 
dans une salle du café Jacquet, place Saint-Michel, Vingt-cinq 
membres étaient présents ; trois membres de l'ancienne com- 



i Cbarvet, nommé quelques jours après secrétaire correspondant de la sec- 
tion lyonnaise en remplacement do Richard, se trouvait en armes, dans la 
salle de Valentino, le 20 décembre 1870, au moment de la condamnation à 
mort du commandant Arnaud. Il chargeait le fusil du jeune lîmile Boyer, 
l'un des assassins, acquitté par le conseil de guerre comme ayant agi sans 
discernement. 

Charvet, arrêté à la suite de cet assassinat, fut tué d'un coup de revolver, au 
moment où, conduit à la maison d'arrêt, il essayait de s'évader. 



170 L'INTERNATIONALE 

mission, mis en libertô la veille, Arthur Martin, Bret et PuUiat 

et la citoyenne Virginie Barbet assistaient à la séance. 

II était procédé à la nomination d'une nouvelle commission. 
Etaient nommés Tacussel, serrurier, avenue de Saxe, 187 (mem- 
bro de la commune lyonnaise lors de l'insurrection du 30 avril) ; 
Penel , passementier , cours Vitton ; Bauzin , id ; Chan^et , 
tisseur; Favre, doreur sur bois, rue Béchevelin, 01; Vuitton, 
marbrier, rue do Grillon ; Tournaire, tuUiste, etc. Les nouveaux 
élus jurèrent de marcher sur les traces de leurs devanciers. 

Deux jours après, nouvelle réunion dans le môme local sous 
la présidence de Garnier. On agitait la ({uestion de savoir quelle 
attitude devait prendre l'Internationale en présence des pour- 
suites dont elle était l'objet. Après une vive discussion, il était 
décidé que l'on continuerait l'œuvre entreprise par l'ancienne 
commission. Un nouveau bureau était constitué. Il se composait 
de Charvet , secrélaire correspondant, Tacussel , secrétaire 
général de la commission, Vuitton, secrétaire adjoint, et 
Garnier, trésorier. Une somme de cent francs, destinée aux 
familles des individus arrêtés pour affiliation à l'Internationale, 
était remise au bureau par une délégation du comité central 
anti-plébiscitaire du Rhône. 

La discussion du projet de statuts de la fédération était re- 
prise. Enfin il était convenu que le citoyen Ubaudi et un délé- 
gué des ouvriers verriers se rendraient le dimanche suivant à 
Givors oîi devait avoir lieu une réunion de l'Internationale. 

Le 23 mai, la fédération lyonnaise tenait deux séances : la 
première, à une heure de l'après-midi, chez le restaurateur Bon- 
nefond, aux Brotteaux, où aucune décision ne pouvait être prise, 
les délégués ne se trouvant pas en nombre, et la secondQ, dans 
la soirée, chez le cafetier de la place Saint-Michel. Blanc prési- 
dait ; Tordre du jour portait : création d'une commission dé/ini- 
tive ; création d'un cercle d'études sociales et économiques. 

Sur la proposition du citoyen Doublé, il était décidé que la 
commission définitive ne se composerait que de cinq membres 
auxquels viendraient s'adjoindre deux délégués de chaque cor- 
poration adhérente. 

Quant à l'organisation d'un cercle d'études sociales, elle de- 
vait être confiée à une commission d'initiative de cin(i membres 



ET LK JAf'.OBINI^Mi:. 171 

chargés de prendre toutes les mesures nécessaires pour la réa- 
lisation de ce projet. 

Les nominations de ces deux commissions étaient renvoyées 
à une prochaine séance. 

L'arrivée au miheu de la réunion des trois internationaux sté- 
phanois, sortis de prison depuis quelques heures à peine, Du- 
mas, Dupin et Délaye, était accueillie par des transports d'enthou- 
siasme. Leur présence devenait le prétexte des récriminations 
les plus violentes contre les mesures réucliunnaircs et brutales 
adoptées par le gouvernement ; on y (lonnail lecture d'une lettre 
rédigée i)ar Richard et dans la({uellc étaient énumérés tous les 
actes arbitraires dont ses collègues de Saint-Etienne avaient été 
victimes de la part des agents du pouvoir impérial. Il était con- 
venu qu'une supplique serait adressée au procureur général afin 
d'obtenir la mise en liberté des citoyens Palix et Richard qui 
« gémissaient encore dans les cachots du bandit Bonaparte. » 

A l'issue de la réunion, tous les assistants, au nombre d'une 
quarantaine, se cotisaient pour payer les frais du voyage de leurs 
collègues stéphanois et les reconduisaient triomphalement à la 
gare. Le lendemain, tous ces faits étaient perlés à la connaissance 
du citoyen Guihaume de Neuchâtel; deux lettres lui élaicnt écri- 
tes à ce sujet par le secrétaire correspondant ^ 

On voit qu'en dépit des poursuites dirigées contre elle, la 
fédération lyonnaise n'en persistait pas moins à poursuivre son 
œuvre. La commission fédérative était défmitivement nommée 
le 28 mai : elle se composait de Tacussel, Charvet, Favre, Des- 
borde et Tournaire. 

Le même jour, Richard, Palix, Doublé, Blanc, Poncet, Placet 
et Busqué recevaient mission de s'occuper de l'organisation du 
cercle d'études sociales dont la création avait été adoptée dans 
une précédente réunion. 

Les séances suivantes et notamment celle du 16 juin étaient 
consacrées à l'examen des mesures à concerter pour la défense 
commune des membres poursuivis. Dans la séance du 17 juin 
(café Brochier, place Kléber) , la commission fédérative et la 
commission d'initiative pour la création du cercle d'études so- 

1 Ces lettres figurent parmi les Documents justificatifs (Pièce f). 



\l-2 L ' I N T E R N A T I N A LE 

oiales ôlaiont réunies. Au noml)rc des assistants ^ iiquraicnt Ri- 
chani, * I\ilix, * Martin, * Placot, * Dupuis, * Bret, Cormier, 
Pinel, ' Cliarvet, Desljordcs, * Tacusscl, Favre, Tournaire, * Pi- 
cliot, * Pulliat, * Dumartlieray, Adenot, ' Régipas, Valois, 

Ricliard donnait communication à l'assemblée d'une lettre de 
Bastelica, alors réfugié à Barcelone et qui sollicitait un mandat 
de délégation poiu* représenter la section lyonnaise au congrès 
qui devait s'ouvrir dans cette ville vers la fin du mois de juin. 
Le secrétaire était chargé de l'envoi de ce mandat. 

Après une courte discussion, les statuts de la fédération étaient 
définitivement adoptés. 

Enhardis par les retards que subissait leur jugement et croyant 
à un abandon qu'ils regardaient comme possible des poursuites, 
dirigées contre eux, les internationaux lyonnais avaient songé à 
signifier par lettre au procureur général qu'ils regardaient l'ac- 
cusation portée contre eux comme abandonnée et que, si dans un 
délai de huit jours, aucun avis contraire ne leur était donné, ils 
se croiraient autorisés légalement à reprendre leur œuvre. Ce 
projet dont l'initiative appartient à Richard ne fut pas, il est vrai, 
misa exécution, les condamnations « des frères et amis de Paris » 
étant venues quehjues jours plus tard déranger tous leurs calculs. 

En attendant, Ubaudi et Martin parcouraient le bassin houiller 
de la Loire : des sections étaient organisées à Rive de Gier et 
Givors parmi les ouvriers verriers de ces deux localités. 

On songeait à convoquer une assemblée générale de tous les 
adhérents lyonnais. Cette question agitée, le 22 juin, fut de nou- 
veau discutée dans la réunion privée tenue le 27 juin, salle du 
restaurant Guillerme aux Brotteaux. Sur la proposition de Ri- 
chard, il était convenu qu'un appel serait adressé par la voie du 
jounml le Progrès à toutes les corporations ouvrières afin de 
les inviter à hâter l'envoi de leur acte d'adhésion et qu'une réu- 
nion générale serait annoncée pour le 10 juillet -. 



< Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des individus compris dans 
les poursuites. 

■■2 Une demande d'autorisation devait être adressée à la préfecture relie 
devait être signée par Tacussel, Penel (Claude), passementier, cours Vitton,42, 
Bauzin, rue Robert, o3, Scliild (Jean\ chemin des Culattes, 7, Favre (Fran- 
cisque), doreur sur bois, rue Madame, 98. 



i:t lk jacoiîinismi-:. mv, 

Des rcmercîinoals élaient votés aux membres do i'ariciiHi co- 
mité anti-plébiscilairo pour les secours f{u'ils avaient donnés aux 
familles des citoyens mis en état d'arrestation. 

Il était ensuite procédé à la réception des actes d'adhésion de 
quatre nouvelles corporations : Jcs pnsscmontiors^ les verriers, 
les apprôtciirs sur iiiUes et les serruriers. Les membres pré- 
sents à la séance étaient Régipas, président, Kicliard, L. Martin, 
Foncet, Pidliat, Duuiartheray, Brot, Grinand, (lonnard, Sciiild, 
Tacussol, Favre, Cliarvet, Desbordes, Toiirnairt^ Cormier, Fenel 
et Bausin. 

Juscpi'ici la section lyonnaise a agi dans l'ombre, elle a dis- 
simulé son action : tous ses actes ont été accomplis dans le se- 
cret le plus absolu. Elle a su faire le silence autour d'elle et 
n'étaient les récits d'un affilié, nous n'aurions jamais su si elle 
avait tenu des réunions et quelles décisions y avaient été prises. 
ilais bientôt, se croyant à l'abri de tout danger, elle affirme de 
nouveau son existence par plusiciu-s déclarations rendues publi- 
ques. Voici ces documents : 

I 

Fédération ouvrière lyomiaise. 

« La commission fédérale ouvrière lyonnaise prévient les so- 
ciétés et corporations ouvrières adhérentes aux principes de 
l'Association ir.ternationale des travailleurs, que le long et labo- 
rieux travail d'organisation de la fédération est complètement 
achevé dans sa partie fondamentale. Dix sociétés ont déjà en- 
voyé à la commission fédérale leur ;,:dhèsion ofliciclle et délîni- 
tive. 11 est temps que celles qui sont en retard sur ce point se 
hâtent d'aider la commission à rassembler et à coordonner les 
forces immenses jusqu'alors isolées du prolétariat. 

« Nous devons rester calmes en présence des excitations de 
nos ennemis, les partisans de l'organisation sociale actuelle ; 
nous devons repousser les suggestions téméraires de la colère 
et de la passion ; mais il est de notre devoir de poursuivre avec 
une froide énergie l'accomplissemont de l'oeuvre que nous avons 
entreprise. 



174 L'INTERNATIONALE 

« Une assemblée générale des adhérents à la fédération aura 
lieu prochainement. 

« La commission fédérale y fera un rapport sur ses travaux et 
l'on étudiera ces principes et ces idées socialistes sur lesquels 
notre fc'd(''ration s'appuie et que nos adversaires chercheront en 
vain à dénaturer. 

« Pour la commission fédérale, 

« GARNIER; Louis MARTIN; Fiunçois 
DUMARTHERAY. » 



II 



Aux citoyens qui ont fait partie du comité central 
antiplébiscitaire à Lyon. 

(i Citoyens , 

« Les inculpés dans l'affaire de l'Association internationale 
des travailleurs et les membres de la commission fédérale ou- 
vrière lyonnaise tiennent à vous donner un témoignage pubUc 
d'estime et de sympathie bien mérité par votre conduite digne et 
fraternelle pendant le cours de la détention préventive d'un cer- 
tain nombre d'entre eux. 

« Vous avez joint vos cotisations à celles des membres de l'In- 
ternationale pour venir en aide aux prisonniers et à leurs fa- 
milles, vous souvenant alors que, malgré les divergences qui 
peuvent se manifester dans les actes et dans les opinions de 
ceux qui composent la grande armée des amis de la liberté et de 
l'égalité, il y a des sentiments et des devoirs qui leur sont com- 
muns à tous. 

a Vous avez donné un exemple que nous n'oubherons pas, et 
qui sera certainement suivi dans d'autres circonstances. Pour le 
moment, nous sommes heureux de constater que les intrigues, 
les déceptions, les palinodies qui ont si souvent jeté le désarroi 
dans le camp de la révolution, n'ont encore pu arriver à briser 
la solidarité démocratique universelle. Que cette certitude soit 
pour nous le sijne précurseur du triomphe prochain de nos 
idées. 



ET LE JACOBINISME 175 

« Nous VOUS donnons une poignûo de main fraternelle. ' 
a François DUMARTHERAY ; GARNIER ; GHARVET ; 

Aldert richard ; FAVRE ; BRET ; TAGUSSEL ; 

ALATERNE; L. MARTIN; TOURNA YRE; GORNIER ; 

PONGET; RÉGIRAS; P. J. PULLIAT ; PENEL ; 

BAUZIN ; L. PALIX. :o 

III 
Fédération ouvrière Lyonnaise. 

Lyon, le 18 juillet 1870. 

€ La constitution de la Fédération étant complètement ache- 
vée, la commission fédérale fait savoir à tous les adhérents 
qu'elle a installé son bureau central, siège officiel de la Fédéra- 
tion, dans un local adjacent à la salle du théâtre des Folies-Lyon- 
naises, rue Basse-du-Port-au-Bois, n° 11, à la Guillotière. 

« Tous les mardis et jeudis, de huit heures à neuf heures et 
demie du soir, deux membres de la commission fédérale se trou- 
veront au bureau à la disposition des corporations et des ci- 
toyens qui désireraient des renseig-nements. 

« Des exemplaires des statuts de la Fédération seront vendus 
au prix de 10 centimes. 

« Lyon, le 8 juillet 1870. 

Pour la commission fédérale, 
«B. PLAGET; PENEL; GHARVET. » 

IV 

a La Fédération ouvrière lyonnaise a annoncé que le local de la 
commission était fixé dans une salle des Folies-Lyonnaises, rue 
Basse-du-Port-au-Bois. Aujourd'hui ce local lui est refusé par 
le propriétaire. On ne sait quelle influence a pu changer d'un 
jour à l'autre les idées de celui-ci ; mais quoi qu'il en soit, le nou- 
veau local sera annoncé incessamment par la voie du Prorjrès. 



176 L ' I N T 1-: lî NATION A L E 

La Fédùi'alion ne pouiTa pas alors clro taxée de société secrète, 

à l'instar de ce qui a été fait pour l'Internationale *. 

« En attendant, les renseignements relatifs à la Fédération se- 
ront donnés par les citoyens dont les noms suivent : 

« Tacussel, avenue do Saxe, 187; ïournayre, vuo Uos- 
suet, 67; Gharvet, rue du Bon-Pasteur, 31. » 

« TACUSSEL ; Eaule BARDEY ; PENEL ; GHARVET ; 
François DUMARTHERAY; SGHILD JEAN; GOR- 
NIER ; J. PREMILLIEUX ; A. GUILLERMET. » 

La nouvelle des condamnations prononcées contre les inter- 
nationaux parisiens jeta le désarroi le plus complet dans le 
camp des Lyonnais. Les plus comi)romis furent effrayés de la 
sévérité du tribunal de la Seine. En homme prudent, Albert Ri- 
chard fut le premier à se mettre en lieu sûr et à se réfugier à 
Neuchâtel. Du fond de sa retraite il exphquait à ses amis de 
Lyon, que condamna d'avance et ne pouvant se défendre, il s'é- 
s'était mis en lieu sûr pour délibérer plus mûrement siw les vé- 
solulions ultérieures qu'il aurait éprendre. 

Ses amis d'ailleurs n'étaient guère plus rassurés qne lui; 
l'autorité administrative ayant refusé de leur accorder l'autorisa- 
tion de tenir une assemblée générale le 10 juillet, ils se conten- 
tèrent de protester timidement contre ce veto. 

L'agitation provoquée par les bruits de guerre qui prenaient 
chaque jour une nouvelle consistance vint ranimer leurs espé- 
rances. Ils en prenaient prétexte pour protester contre la guerre ^. 
Dans une réunion tenue, le 17 juillet, chez le sculpteur Ubaudi 
et oîi assistaient Blanc, Tacussel, Gharvet, Busqué, Ghol, 
A. Martin, Premillieux, Fax, Gennerel et une vingtaine d'ou- 
vriers tisseurs de la Croix-Rousse, il était convenu (ju'une mani- 
festation publique aurait lieu le jeudi suivant à 6 heures du soir, 
«ur la place des Terreaux; que tous les membres de l'Iuternatio- 
nale y seraient convoqués, que l'on protesterait contre la guerre 
et qu'une délégation serait nonmiée sur la place même pour 



1 11 n'y a jamais ou aucune ùlHivoncc enireVInlernalioiiaîe et la Fédération. 

2 Nous les trouverons plus lard à la Rotonde, au mois de septembre, prê- 
chant la ievoo en niasse et la guerre à oulranre. 



ET LE JACOBINISME 177 

mettre en demeure le préfet de fournir les motifs pour lesquels 
il refusait à l'Internationale le droit de se réunir. 

L'assemblée votait par acclamation l'envoi d'une adresse aux 
sections prussiennes pour assurer les travailleurs allemands des 
sympathies de la nation française. Il était décidé qu'en dépit 
du veto administratif, le cercle d'études d'économie sociale serait 
ouvert, mais que pour dérouter les recherches de la police, on lui 
donnerait le nom de cercle des tisseurs et des corporations adhé- 
rentes et qu'on chargerait du soin de T organiser vingt-cinq tis- 
seurs des moins connus comme membres de V Internationale. 

La manifestation projetée avorta : ses promoteurs furent ar- 
rêtés la veille du jour oùelle devait se produire. Il est bon de rap- 
procher cette manifestation organisée sous l'inspiration avouée de 
T Internationale des scènes de désordre qui éclatèrent à cette épo- 
que à Lyon . Nous voulons parler de ces promenades dans les rues, 
drapeau rouge en tête, de bandes d'individus en blouse vociférant : 
A bas la France ! Vive la Prusse ! Nous avons lieu de supposer que 
les menées de l'Internationale n'y furent pas étrangères, avec d'au- 
tant plus de raison que parmi les inculpés figuraient des membres 
de cette société et que c'est l'Internationale qui avait pris l'initia- 
tive d'une première démonstration en faveur du maintien de la 
paix. 

Mise de nouveau en éveil par l'arrestation de quelques-uns de 
ses membres , la section lyonnaise s'occupa désormais des 
moyens à concerter pour correspondre sûrement avec Paris et 
les autres sections de l'Internationale : la plupart de ses séances 
furent consacrées à cette discussion. Elle avait d'ailleurs à songer 
à son procès dont les débats venaient d'être fixés au 8 août *. 

Nous avons déjà eu l'occasion d'expliquer par suite de (juel 
heureux concours de circonstances ce procès n'avait jamais 
reçu de solution. 

Ces délais, ces renvois d'audience à audience faisaient, on le 

i II avait éié convenu dans une réunion tenue le 3 août par les membres 
poursuivis : l» que Richard serait chargé de la défense collective des prin- 
cipes de l'Internationale, de son but et de ses moyens d'aclion ; 2" que 
Me Chenel défendrait l'ensemble des faits incriminés; 3° que le citoyen Deauvoir 
présenterait la défense collective. On devait surtout se prévaloir de ce faivque 
l'adhésion de la fédération lyonnaise à V Internationale ne pouvait avoir 
qu'une valeur morale, la fédération ayant conservé sa complète autonomie. 

12 



t78 L'INTERNATIONALE 

comprend, le bonheur de nos internationaux lyonnais ; ils ne 
se di.ssiniulaicnt nullement tout l'effroi que leur attitude parais- 
sait inspirer au pouvoir dans les circonstances criti({ues oii le pla- 
çaient les événements et plus encore l'éloignement de l'armée. Ils 
insistaient pour être jugés : ils en appelaient au ministre de la 
justice et cherchaient par tous les moyens possibles à amener 
des complications qu'il était prudent d'éviter. 

Bientôt leur audace ne connaîtra plus de bornes ; elle gran- 
dira avec les malheurs de la patrie : In levée en masse va devenir 
leur mot de ralliement ; les cris « A la trahison et à l'incapacité ! » 
leur moyen d'action. Us attendent une occasion favorable : ils 
ont multiplié leurs conciliabules, arrêté les mesures à prendre au 
lendemain d'un nouveau désastre dont ils entrevoient la possi- 
biUté. Aussi les retrouverons-nous le 4 septembre à la tête des 
envahisseurs de l'hôtel de ville décrétant l'armement delà nation. 

Pendant que la fédération lyonnaise déployait autant d'activité, 
les fédérations mai'seillaise et rouennaise, privées de leurs chefs, 
ne donnaient plus signe de vie. Une protestation contre la guerre, 
voilà tout le bilan des actes accomphs par ces deux sièges au- 
trefois si importants de l'Internationale. Il faut arriver jusqu'au 
mois de septembre pour retrouver sur la brèche les Bastelica, 
les Combe, les Aubry et autres champions naguère si ardents 
des idées socialistes. 

La situation des sections parisiennes n'était guère plus bril- 
lante : le mouvement de propagande était complètement arrêté. 
Une seule commission fonctionnait encore : elle était chargée de 
la répartition des secours recueillis en faveur des détenus et de 
leurs familles. Quelques rares corporations osaient élever la 
voix en faveur de l'Internationale et protester contre l'accusa- 
tion de société secrète dirigée contre elle ; témoin cette décla- 
ration de la commission administrative de la Société des reheurs : 

a Nous soussignés, membres de la commission de la Société de 

C'était lathése qu'avait développée quelques mois auparavant le citoyen Gaspard 
Blanc, devant un groupe de tisseur.'?. 

« Il y a, disait-il, en France, une difficulté au développemenl de l'Interna- 
tionale, c'est un petit article de loi qui, je l'espère, disparaîtra bientôt de nos 
Codes et qui ne permet pas son orj^'anisation, mais cette difficulté a été tournéf!, 
et les travailleurs français en se déclarant non pas mernbres de l'Internatio- 
nale, viais seulement adhérents à sfs iirincipcs, ne tombent pas sous ie coup 
de cette loi impopulaire . » 



ET LE JACOBINISME. 179 

solidarilô des ouvriers relieurs de Paris, déclarons que l'Associa- 
tion internationale, dont nous faisons partie, n'a jamais été une 
société secrète,ses statuts généraux s'y opposant fornielleinent. 
t Nous protestons énorgiquement contre cette accusation, 
f Au nom de la société, 

a La commission administrative, 
« H. BELAZ, P. ROUDIER, E. BOGENVAL, A. CHAIL- 
LOU, DUMONT, DUREL, FROEREISEN, LANGELIN, 
MOULLAND, PUREN, SAGRÉ, SCHOTT, STERGKVAL, 
STAUBER. . 

Vers le 20 juillet, une commission de statistique entrait en 
fonctions : elle avait pour mission de recueillir les éléments d'une 
statistique générale du travail conformément aux résolutions vo- 
tées par le congrès de Genève au mois de septembre 1866 *. 
Voici la circulaire que cette commission adressait à toutes les 
sections, avec la série des questions sur lesquelles ces der- 
nières étaient appelées à fournir des renseignements ; ce docu- 
ment mérite d'être connu, il offre une certaine importance : 

ce Paris, juillet 1870. 
« Giloyens ! 

a Nous vous adressons une série de questions sur les points 
de statistique qu'il est utile aux travailleurs de connaître. 

tt Nous fûmes, il y a quelque temps, nommes par le conseil 
fédéral parisien de l'Association internationale des travailleurs 
pour remplir ce devoir imposé par le congrès. 

« Aujourd'hui, après la dissolution légale de l'Internationale, 
nous continuons cette œuvre en notre nom personnel jusqu'au 
moment où il redeviendra possible de rendre compte à ceux qui 
nous avaient nommés. 

a Nous comptons quand même sur votre concours actif. Nous 
vous prions d'écrire sur cet imprimé la réponse auxquestions, et 
de nous faire demander des imprimés semblables pour les grou- 
pes déjà constitués ou en voie déformation, auxquels nous nous 

1 Cette statistique faisait l'objet de l'une d's questions comprises dans le 
programme du congrès qui devait se tenir en 1870, à Paris d'ibord, à Mayencc 
ensuite, et dont les événements n'ont pas permis la réunion. 



180 L'INTERNATIONALE 

empresserons d'en envoyer, sur la promesse formelle de nous 
les renvoyer, remplis cl sous enveloppe^ A l'une des adresses 
ci-dessous. 

« Salut et solidarité. 

« PAUL ROBIN, rue Monge, 95; HENRY BAGHRUCH, 
rue de l'Echiquier, 13; MANGOLD, rue des Partants, 49; 
E. LANGEVIN, rue de l'Église, 60; Charles KELLER, 
rue Tournefort, M. 



QUESTIONS. 

1° — Localité? 
2» — Profession? 

3° — Nombre approché des ouvriers 
de la profession ? 

4° — Nombre approché des ouvrières 
de la profession? 

50 — Durée du travail quotidien en 
moyenne? 

6« — Durée du travail quotidien au 
maximum? 

7° — Si le travail est à la journée, 
quel est le tarif à l'heure, en moyenne? 
8° — Si le travail est à la journée, 
quel est le tarif h P heure, au maxi- 
mum ? 

Qo — Fait-on beaucoup d'heures sup- 
plémentaires? 

10° — Quelle est l'augmentation de 
salaire pour les hem-es supplémen- 
taires? 

llo — Quel est le prix de l'heure du 
travail du dimanche ? 

12° — Si le travail est aux pièces, 
indiquer les principaux prix ? 

13° — Que représentent ces prix par 
heure, en moyenne? 

14° — Que représentent-ils par 
heure, au maximum? 

15° — Quels sont les salaires des 
apprentis aux diverses époques? 



REPONSES. 



ET LE JACOBINISME. 



181 



QUESTIONS. 

16° — Quelle est la durée moyenne 
de l'apprentissage? 
17° — De quel Age à quel âge? 
180 — Commencement du travail 
quotidien aux diverses époques? 

19° — Quelles sont les heures de 
repos ? 
20° — Y a-t-il des chômages? 
21° — Quelle en est la durée? 
22° — Que font les ouvriers pendant 
le chômage? 

23° — Quelle est la dépense néces- 
saire pour les outils ? 

24° — Quelles sont les autres dé- 
penses spéciales à la profession? 

25" — Y a-t-il des pénalités aux- 
quelles les ouvriers sont soumis? 

26° — Quelle est la nature des vète- 
menls? 
27° — Quelle est leur usure ? 
28° — Jusqu'à quel âge l'ouvrier 
est-il capable d'exercer cette profession 
en moyenne? 

29° — Quel est l'âge moyen auquel 
parviennent les ouvriei's de la pro- 
fession ? (Pour cela donnez l'âge des 
décès du plus grand nombre possible 
de travailleurs. Les sociétés qui en- 
terrent leurs membres décédés pour- 
ront sans inconvénient faire ce tra- 
vail.) 

30° — Jusqu'à quel âge l'ouvrier 
est-il capable d'exercer cette profession 
au maximum? 

31° — A quelle maladie, à quels ac- 
cidents les ouvriers de la profession 
sont-ils particulièrement exposés? 

(Les sociétés organisées en pré- 
voyance, secours mutuels, au lieu de 
donner une simple appréciation con- 
sulteront leurs registres et en extrairont 
des renseignements précis.) 

32» _ Quel est l'état de la ventilation, 



REPONSES. 



482 



L'INTERNATIONALE 



QUESTIONS, 

de l'éclnirago, de la propreté chez les 
grands et chez les petits patrons? 

330 — Si le travail se fait en atelier, 
quel est le nombre ordinaii'e des ou- 
vriers ? 

340 — Quel est l'espace accordé à 
chacun d'eux dans les ateliers? 

35° — La profession est-elle exposée 
à la concurrence étrangère ? 

36" — Quel est l'état d'instruction 
des travailleurs de la profession ? 

37" — Observations diverses. 



REPONSES. 



« Sous ce titre nous prions nos correspondants de nous adres- 
ser tous les autres renseignements qu'ils jugeraient de nature à 
intéresser les travailleurs *. » 

(Signatures des correspondants; leurs noms et adresses.) 

Si l'Internationale, fidèle à son programme, s'était toujours bor- 
née à l'étude de questions de cette nature, nous n'aurions jamais 
eu à signaler ses menées subversives et ses projets de destruc- 
tion de tout ordre social. 

Examinons maintenant les actes accomplis pendant cette 
période par le conseil général de Londres et les sections 
étrangères. 

1 Ce questionnaire avait été rédigé d'après les instructions données par Je 
conseil général de Londres, iors du congrès de Genève. Il avait elé en effet 
décidé à celte époque que l'enquête devait porter sur l'espèce d'industrie, 
l'âge et le sexe des ouvriers, les salaires et gages, les heures de travail, la 
description de l'atelier cl du travail, les conditions morales, la description 
de l'industrie, etc., etc. 



ET LE JAGOIHNISME. 188 



CHAPITRE VI 



LE S AGISSEMENTS DU CONSEIL GENERAL — DESIGNATION D UN NOU- 
VEAU LIEU DE RÉUNION POUR LE PROCHAIN CONGRES RESOLUTIONS 

' PRISES PAR LE CONSEIL GÉNÉRAL AU SUJET DU SIÈGE DU COJIITÉ 
FÉDÉRAL ROMAND — PROGRAMME DU CINQUIÈME CONGRES. 

Nous savons quelle fut l'attitude du grand conseil au lende- 
main des poursuites dirigées contre les membres de l'Interna- 
tionale par le gouvernement français. 

11 vit dans un événement aussi imprévu une question de vie 
ou de mort pour l'existence de l'association en France. Com- 
prenant l'impossibilité matérielle pour le prochain congrès de 
se réunir à Paris et ne voulant pas laisser péricliter l'œuvre, il 
décida que les assises du travail seraient tenues à Mayence. 
Cette résolution, adoptée dans la séance du 17 mai, était portée à 
la connaissance de toutes les sections par la voie des journaux 
de l'Internationale. Voici dans quels termes elle était conçue : 

tt Le conseil général, 

« Considérant : que par le congrès de Bâle, Paris a été dési- 
gné comme lieu de réunion du congrès de l'Association inter- 
nationale des travailleurs pour l'année 1870 ; 

« Que tant que durera le régime actuel en France, le congrès 
ne pourra se réunir en France ; 

« Que néanmoins les préparatifs pour la réunion du congrès 
rendent une solution immédiate nécessaire ; 

« Que l'article 3 de nos statuts oblige le conseil général à 
changer, en cas de besoin, le lieu fixé par le congrès pour la 
réunion du nouveau congrès ; 



184 L'INTERNATIONALE 

c Que le comité central du parti prolétaire démocratique 
social allemand * a invité le conseil général, de l'Association 
inlernalionale à transférer son congrès en Allemagne ; 

a Le conseil général, dans sa séance du 17 mai 1870, 
a unanimement résolu que le congrès (jui doit s'ouvrir le 
5 septembre prochain, se réunirait à Mayence -. » 

(Suivent les signatures des membres du Conseil général.) 

Dans notre premier travail sur l'Internationale, nous avons eu 
soin de signaler la scission qui s'était produite au congrès de la 
Chaux-de-Fonds (avril 1870) au sujet de l'admission des 
délégués de la section de FalHance de Genève. Le conseil 
général jugea nécessaire d'intervenir dans ce conflit et de 
rendre un arrêt aux termes duquel le comité fédéral romand 
siégeant à Genève devait conserver son titre, et celui installé 
à la Chaux-de-Fonds par la minorité scissionnaire adopter 
tel autre titre local qui lui plairait. (Documents justificatifs» 
pièce /.) 

Cette décision mécontenta vivement la Solidarité de Neu- 
châtel. -James Guillaume, son rédacteur, contesta au conseil 
général le droit d'imposer ainsi sa volonté à la fédération 
romande. Il déclarait que le conseil général avait manqué à tous 
ses devoirs en intervenant pour donner tort ou raison à une 
majorité ou à une minorité. Il ajoutait qu'une telle manière 
d'agir et d'imposer son autorité dans des choses qui ne con- 
cernaient absolument que les groupes intéressés était tout à 
fait incompatible avec les principes de l'Internationale. 

Il est assez curieux de voir des énergumènes comme 
Guillaume vouloir faire acte d'indépendance vis-à-vis du conseil 
général : ne résulte-t-il pas surabondamment de tous les faits 
que nous connaissons, des écrits des membres de l'Interna- 
tionale, des lettres d'Eugène Dupont, des déclarations mêmes 
de la presse internationale, que le conseil général dirige 

1 Nous reproduisons aux Documents justificatifs le programme du parti social 
démocratique allemand (voir pièce h). 

2 Dans la même séance, le conseil général prononçait la radiation comme 
organe officiel de l'Association du journal le Beehive, parce qu'il était devenu 
l'organe de la clique capitaliste {Egalité, 28 mai 1870). 



ET LE JACOBINISME. 18ô 

toutes les aflaires, que sa volonté est souveraine et ({ue tous 
les affiliés sont, quoi qu'ils veuillent en dire, ses lirs-hiiinhlcs ser- 
viteurs. Nous en trouverions au besoin une preuve suffisante clans 
les récriminations de Guillaume qui essaye de se roidir contre 
une autorité dont il est en mesure mieux que personne d'appré- 
cier toute la puissance, et qui s'exci'ce sans contrôle. A quelle 
époque en effet avons-nous vu le congrès ou les sections infli- 
ger un blâme au conseil général ? toutes les résolutions prises 
par lui en dehors du congrès n'ont-elles pas toujours été exécu- 
tées servilement et sans soulever la plus légère protestation? 
Cet état de choses n'est certes pas nouveau : dès 1867 le bureau 
de Paris, dont la gestion avait sans doute à souffrir des allures 
autoritaires du conseil général, se récriait contre un pareil 
despotisme ; l'un de ses membres, Cliémélé, allait jusqu'à repro- 
cher à Dupont de constituer à Londres un petit gouverne- 
ment *. 

Le 12 juillet, le progranmie du prochain congrès était arrêté, 
dans une assemblée tenue par le conseil général ; les questions 
qui devaient être soumises à ses discussions ont une significa- 
tion qui n'échappera à personne : l'abolition de la dette publique 
figure au premier rang. Voici ce programme tel que nous le 
trouvons reproduit dans une communication faite par Eugène 
Dupont au correspondant lyonnais : 

I. De la nécessité d" abolir la dette publique. Discussion sur 
le droit d'indemnité à accorder. 

IL Des rapports entre l'action politique et le mouvement 
social de la classe ouvrière. 

III. Des moyens pratiques pour convertir la propriété fon- 
cière en propriété sociale. 

IV. De la conversion des banques de circulation en banques 
nationales. 

V. Condition de la production coopérative sur une échelle 
naturelle. 

VI. De la nécessité pour la classe ouvrière de faire la statisti- 



« a. Vous venez nous jeter cette insulte, lui écrivait Dupont, le 20 août 1867, 

de nous croire un petit gouvernement Qui donc peut être accusé de 

gouvernement, est-ce Paris ou Londres? » 



186 L'INTERNATIONALE 

que générale du travail * conformément aux résolutions du con- 
grès de Genève de 1866. 

VII. Nouvel examen de la question sur les moyens de suppri- 
mer la guerre. 

VIII. (Question proposée par le conseil rfônôral belge.) 
Des moyens pratiques de constituer des sections agricoles au 

sein de l'Internationale, et d'établir la solidarité entre les prolé- 
taires de l'agriculture et les prolétaires des autres industries. 
11 est inutile d'ajouter que les complications politiques sur- 
venues en Europe quelques jours après ne permirent pas la dis- 
cussion de ces questions ; il fut décidé que la convocation du 
congrès général serait renvoyée à une époque plus favorable. 



II 



LA DÉCLARATION DE GUERRE ET l'aTTITUDE DE l'iNTERXATIONALE. 
— MANIFESTE DU CONSEIL GENERAL ET DES SECTIONS. — MEE- 
TINGS ET RÉUNIONS POPULAIRES. 

La déclaration de guerre fut une bonne fortune pour l'Inter- 
nationale : elle en prit prétexte pour s'affirmer hautement et se 
répandre en récriminations violentes contre le despotisme césa- 
rien. Elle essaya de dissimuler sous le couvert de bruyantes 
protestations la Joie qu'elle ressentait intérieurement de voir 
r ennemi commun : « l'empire » aux prises avec de nouvelles dif- 
ficultés qu'il avait eu l'imprudence coupable de ne pas aplanir. 
C'était le moment ou jamais de recourir à cette grève générale 
votée au congrès de Bruxelles pour le cas où la guerre vien- 
drait à éclater. 

a Nous ne sommes pas encore prêts, avouait F Egalité de Ge- 
nève (27 juillet 1870) ; malheureusement nous ne sommes pas 
encore assez organisés ni assez nombreux pour pouvoir faire la 
grève générale, car, si nous l'étions, nous l'aurions faite depuis 
longtemps, sachant bien qu'une pareille grève équivaut au der- 
nier acte de la révolution sociale qui s'accomplit en ce moment. 

» Nous avons déj.à vu que quelques membres de l'ancienne fédération pari- 
sienne s'étaient mis en mesure d'exécuter cette partie du programme. 



ET LE JACOIilNISME. l>il 

Les internationaux soupirent déjà après le jour probable où 
les malheurs de la patrie leur fourniront l'occasion de renverser 
« rédUlco bariolé de la tyrannie. » Albert Rir-liard, l'une des lu- 
mières de rintornationale, trahit lui-même le secret de ses espé- 
rances dans un article que nous recommandons à la mé- 
ditation de nos lecteurs, et qui a i)Our titre : F Internationale et ht 
Guerre. Il donne la mesure exacte du patriotisme de son au- 
teur, que nous verrons plus tai*d se laisser condamner à six 
mois de prison pour insoumission au service mihtaire ! ! ! 

« L'Internationale, écrit-il, traverse en ce moment une crise ter- 
rible dont le dénoùment ne se fera pas attendre. Au moment 
où elle prenait en France un développement prodigieux qui éta- 
blissait enfin sa supériorité sur tous les partis et sur toutes les 
coteries pohtiques, au moment oii elle se répandait et se conso- 
lidait enfin dans tous les pays de l'Europe à la fois, alors que 
les masses ouvrières avaient partout déjà reconnu en elle la ré- 
demptrice de notre société, elle a été poursuivie en France et 
en Autriche avec acharnement. 

ΠEt. maintenant que ces poursuites ne sont pas encore termi- 
nées, voici qu'un événement inouï vient préoccuper presque 
exclusivement tous les esprits. 

« Les haines nationales se réveilleront-elles? Le patriotisme 
des Français et des Allemands dominera-t-il en eux tout autre 
sentiment? Question terrible, question de vie ou de nicrl, que 
les gouvernements français et allemand ont voulu poser aux 
peuples avant que la révolution soit assez forte et assez bien 
organisée pour y répondre.. 

a Nos adversaires se seront peut-être trompés dans leur 
calcul machiavéUque. 

a Dans toute l'Internationale, dans tous les grands centres in- 
dustriels, on sait que ce prétendu intérêt national au nom du- 
quel se font toutes les guerres n'existe que pour une intime 
minorité de tyrans et d'exploiteurs qui, à l'aide de la centra- 
lisation politique, réussissent à inoculer au peuple leurs idées 
malsaines, comme la puissante organisation théocratique réussit 
à entraver de ses dogmes et de ses superstitions la marche 
progressive de l'humanité. On sait et c'est là surtout le carac- 
tère distinctif, le hoc sir/no vinces de notre génération, que la 



18s L'INTERNATIONALE 

double tyi'aniiio morale et inaLénclle, lhùuci';iti({ue et politique 
est la consécration nécessaire, la garantie naturelle et indispen- 
sable de l'organisation sociale actuelle. 

« Là oîi la loi du plus fort est la première de toutes, là où les 
hommes sont insolidaires, là uii cette insolidarité est coiislam- 
menl accrue par VhêrêdiLô, par Faliénation du sol et de toute 
la 2-ichesse sociale au profit dos uns et au détriment des autres, 
là où des hommes se tordent dans les angoisses de la misère 
tandis que leurs semblables nagent repus et insensibles dans le 
bien-être et dans l'opulence, — là il faut qu'il y ait des hommes 
qui se fassent un devoir, une mission de conserver et d'entre- 
tenir la souffrance, de protéger la ruse, l'égoïsme et rop])res- 
sion. 

(£ Et c'est quand de tels hommes viennent nous parler à nous 
les victimes, les exploités, les danmés de cet enfer qu'on appelle 
la civilisation européenne, c'est quand de tels Iwmmes viennent 
nous parler d'honneur, de gloire et de patrie, que nous senti- 
rions vibrer nos cœurs et que jious mettrions au service de ces 
chimùves notre courage et notre intelligence! Qu'y a-t-il de 
commun entre eux et nous, entre T honnêteté et Finfamie, entre 
la justice et rinic/uité, entre le travail et F oppression? 

« On ose venir nous parler au milieu de toutes nos préoccu- 
pations économiques, malg-ré les aspirations de tous les travail- 
leurs vers une société où le droit de tous soit reconnu dans la 
paix et dans la fraternité universelles ; on ose venir nous parler 
de Français et de Prussiens, d'intérêts nationaux, et l'on pousse 
à se massacrer, non-seulement deux peuples qui s'estiment et se 
respectent, mais des travailleurs qui ont absolument les mômes 
intérêts, qui souffrent des mêmes maux, qui ont les mêmes en- 
nemis à combattre et les mêmes droits à revendiquer I 

« La conscience se révolte devant de pareils faits. 

oc Bien des gens se croient engagés par le sentiment de la di- 
gnité nationale, c'est-à-dire par un intérêt moral. Ceci est du 
fanatisme pur et simple. 11 n'y a pas de dignité nationale, il y a 
la dignité humaine qui nous commande à tous de nous respec- 
ter les uns les autres, et il y a la dignité des travailleurs qui 
leur prescrit de s'organiser pour résister aux prétentions et aux 
privilèges des bourgeois. 



KT LE JACOIilNISME. 189 

« En 1867, lorsque h\ guerre monaraiL d'éclater entre la France 
et la Prusse, de nombreuses i)rolostations des ouvriers français, 
allemands, belles cl suisses parurent dans les journaux : un 
immense mouvement se fit dans louto l'Europe contre la p,uerre. 
a Cette fois on nous a à peine laissé le temps de manifester 
nos sentiments; la g'uerrc est tombée sur nous comme un coup 
de foudre. Cette tacti({ue ne prévaudra pas, nous l'espérons, 
coniro l'expérience du peuple et contre des faits tels que le mé- 
contentement général des soldats français et prussiens, le vote 
de cinquante mille soldats contre l'empire qui les mène à la ])0U- 
cherie, et cela malgré la pression des colonels entre les mains 
desquels tous les bulletins de vote devaient passer, 

« Le despotisme veut se retremper dans le carnage ! C'est 
bon signe. Malheur à ceux (jui ne s'appuient (|ue sur la force ma- 
térielle, car dans une épociue comme la nôtre, la dernière vic- 
toire doit appartenir à la force morale, Aprrs les halaillons de 
la Franco et de la Prusse, l'armre de In révolution sociale en- 
trera en lice, un cri de justice sortira de toutes les poitrines, et 
l'ennemi qui sera vaincu alors n appartiendra à aucune natio- 
nalité, ce sera cet ennemi séculaire de tous les hommes et de 
tous les peuples qu'on appelle le droit du plus fort et l'insoli- 
darité. 

« En Franco où ces idées sont déjà devenues prépondérantes, 
les travailleurs anxieux regardent vers P Allemagne, pi'éf s à s'u- 
nir avec leurs frèi'cs contre rennenii commun. Le moment est 
suprême ! 

« Que les travailleurs allcjnands et français se serrent les uns 
contre les autres. Nous ne sommes plus aujourd'hui au temps do 
Napoléon l*"" et il faudrait désespérer de notre génération si 
elle ne savait pas profiter de cette occasion pour affirmer ses 
principes et ses intentions. » 

Voilà les intentions de l'Internationale clairement dévoilées ; 
désormais le patriotisme de ses membres est jugé : profiter de 
foccasion pour s'unir avec les travailleurs allemands contre 
y ennemi commun. Le moment est suprême. 

Ces déclarations d'Albert Richard sont de nature à nous édifier 
sur la valeur de toutes ces protestations contre la guerre publiées 
à cette époque par tous les groupes internationaux, et qui devaient 



190 L'INTERNATIONALE 

contraster si étrangement avec leur attitude au mois de septem- 
bre. Car, il faut bien ([u'on le sache (et nous le démontrerons par 
desdociunents irrécusables), Jn lulleà outrance n'eulT^as déplus 
chauds partisans que les internationaux. La salle de la Rotonde, 
à Lyon, retentit encore dos discours belli(iueux des Richard, 
des Bastehca, des Saignes et autres recrues qui, les Jours d'é- 
meute et d'insurrection , se cachent prudennnent, après avoir 
jeté dans la rue quelques misérables comparses. Le mot de 
ralliement avait été changé pour les besoins de la cause : au lieu 
de protester une fois de plus contre la guerre et d'appeler de 
tous leurs vœux la conclusion de la paix, il n'était plus question 
alors que de levée en masse, d'appel aux armes, d'enrôlement 
de volontaires, etc. 

Les internationaux parisiens furent les premiers à protester 
contre cette nouvelle levée de boucliers : ils rom})aient ainsi le 
silence qu'ils avaient si prudemment gardé depuis le mois de 
mai. Leurs nombreuses protestations figurent dans notre pre- 
mier ouvrage sur l'Internationale ; nous nous bornerons donc 
à en faire mention sans les reproduire de nouveau. Qu'on nous 
permette cependant une oliservation. Nous avons prétendu que 
les sections de Paris avaient été complètement désorganisées 
par l'arrestation de leurs membres : nous maintenons le fait. Les 
protestations dont il s'agit sont l'œuvre d'internationaux agissant 
individuellement ; il n'y avait plus à cette époque de sections 
constituées ; et si quelques-unes de ces protestations sont indi- 
quées comme émanant de telle ou telle section, cette désigna- 
tion n'a aucune valeur. Elle a été employée pour donner plus de 
poids à la protestation qui paraissait ainsi être le fait de tout 
un groupe, alors qu'en réalité ce n'étaient que quelques adhé- 
rents qui en avaient pris l'initiative. Pour ne citer qu'un exem- 
ple, la section des Gobelins existait si peu à cette époque que 
nous trouvons au mois de mars 1871 dans le Cri du peuple un 
appel adressé à ses anciens membres pour les inviter à travailler 
à se reconstituer. Ah uno disce omnes. Nous avons (pielque rai- 
son de croire que ce n'est pas pendant le siège de Paris qu'elle 
avait été désorganisée. 

L'exemple donné par les internationaux parisiens ne devait 
pas tarder à trouver des imitateurs. 



ET LE JACOBINISME. 194 

Dans toutes les sections les protestations contre la guerre 
étaient à l'ordre du Jour, à Bàle, Barcelone, Rouen, lîi-uxelles, 
Leipsick, Lyon, etc., etc. Ce n'étaient partout ({ue manifestes 
et adresses de la classe ouvrière. Nous ne pouvons résister au 
plaisir de reproduire ici queltpies échantillons do cette littérature 
sortie des oflicines de l'Iuternationalc : on jugera combien le 
ton en est pacifique et rassurant. 

La section bruxelloise ouvre la marche par un appel à la guerre 
sociale 

« Vous, ouvriers, les grands souffre-douleur , les parias, 
non-seulement vous fournirez la chair à canon, non-seulement 
on vous forcera de par la discipline à égorger vos frères sous 
prétexte qu'ils parlent une autre langue que la vôtre, mais le 
travail, votre unique ressource, venant à cesser subitement, 
vous n'aurez plus qu'à opter entre la mort par la faim ou la 
mort par le plomb. 

« Voulez-vous sérieusement la paix, voulez-vous l'assurer à 
tout jamais ! eh bien 1 sachez vouloir ce qui peut seul assurer la 
paix, aidez-nous à détruire le régime social actuel, seule cause 
de tous nos maux. 

« Travailleurs, frères de tous les pays, courage, la délivrance 
approche : de l'excès même de nos maux sortira la délivrance. 
Faisons tout poui' empêcher le sang de couler, mais que tout le 
sang qui coulera retombe sur la tête des auteurs directs et in- 
directs du massacre, et que les martyrs de la guerre qui débute 
soient nos derniers martyrs. 

« N'oubliez pas, quand sonnera T heure, votre héroïque c/e- 
vise : 

« Vivre en travaillantou mourir en combattant. » 

Le manifeste des sections espagnoles et celui de la fédération 
rouennaise expriment les mêmes sentiments dans des termes 
aussi violents contre V omnipotence du capital. En voici quelques 
extraits : 

œAu nom de la solidarité qui unit tous les travailleurs de notre 
grande et vaste Association, 

« La fédération ouvrière rouennaise croit qu'il est de son de- 
voir de protester contre l'emploi des armées pour résoudre les 
conflits européens. 



192 L'INTERNATIONALE 

« Elle proteste de toute son énergie contre les procédés de la 
vieille politique qui, sans respect pour la tranquillité des fa- 
milles, va jeter, sans avoir consulté les peuples, des milliers 
d'ouvriers les uns contre les autres. 

<( Appartenant à la même Association qui ne connaît de dis- 
tinction, ni (le race, ni do couleur, ni de nationalité, qui partout 
ne voit que dos frères courbés sous le joug du même despotisme, 
romnijw lance du capital, intéressés à combattre les abus parle 
développement de la solidarité, nous vous prions, chers compa- 
gnons qui composez les ai'mées de tous les pays, de croire à 
toutes nos sympathies. 

a La fédération ouvrière rouennaise proclame bien haut 
qu'elle ne connaît de guerre juste que celle qui a pour but de 
résoudre le grand problème à l'ordre du jour, V abolition du ser- 
vage moderne. 

« Rouen, li juillet 1870. » 



a C'est au moment oià,nous, ouvriers, réunissons tout ce que 
nous avons d'idées, deforces, d'aspirations, dans une vaste Asso- 
ciation internationale, c'est à l'instant où. nous déclarons que 
la fraternité est la loi suprême de l'humanité, que des hommes 
aveugles, derniers restes des races sauvages et barbares, en- 
treprenent audacieusement d'entretenir et d'éterniser entre nous 
des germes de division et de haines nationales 

« Aujourd'hui plus que jamais, devant la destruction nous re- 
présentons Vcdiûcation ; nous sommes la vie, en face de ceux 
qui sont la mort; nous symbolisons le droit et la paix, eux 
n'ont jamais été, ne seront jamais autre chose que la gnerre et 
l'injustice. 

(Manifeste des sections espagnoles de Barcelone, 17 juillet 
1870.) 

Le 16 juillet, un meeting considérable des ouvriers de Bruns- 
wick exprimait sa parfaite harmonie avec les sentiments pro- 
clamés par les sections françaises et repoussait toute idée d'en- 
tagonisme national contre la France. ^ 



ET LK J ACOniNI^MK. 193 

Le 17 juillet, une grande assemblée composée «le plus de 
60,000 travailleurs était tenue à Cliemuit/. (Saxo) sous les 
auspices de Bebel et de Liebknecht ; la résolution suivante y 
était unanimement adoptée : 

« Au nom de la démocratie allemande, et spécialement au 
nom des travailleurs du i)arti démocrate socialiste allemand, 
nous déclarons la guerre actuelle purement dynastique. Nous 
ne nous y mêlerons pas plus que les démocrates français, et 
spécialement les travailleurs du parti démocrate socialiste 
français. Nous touchons avec bonheur la main fraternelle que 
les travailleurs français nous tendent dans leur adresse pu- 
bliée dans le Réveil du 12 juillet. Enfin, nous rappelons la de- 
vise de l'Association internationale des travailleurs : Prolétaires 
de tous les pays, unissez vous ; nous n'oublierons jamais que les 
travailleurs de tous les pays sont nos amis, que les despotes de 
tous les i)ays sont nos ennemis. 

« Dites encore aux travailleurs français qu'à Leipzig et d'au- 
tres villes allemandes, des assemblées populaires seront convo- 
quées pour prendre des résolutions pareilles. Le comité central du 
parti socialiste allemand, siégeant à Brunswick- Wollénbuttel, 
fera en outre une réponse officielle, au nom du parti démocrate 
socialiste qu'il représente, à Tadi'esse des travailleurs français '. 

« Au nom des travailleurs saxons. 
« Salut fraternel. 
a BEBEL, LIEBKNECHT, EKSTEIN, DEMLER. » 

A la même époque, la ville de Aladrid était le théâtre de mani- 
festations populaires contre la guerre. Des colonnes de milliers 
il'ouvriers parcouraient les rues ])récédées d'iui drapeau rouge 
sur lequel étaient écrits ces mots : Le peuple a faim. 

On se rappelle encore, la mort dans l'àme, avec quel enthou- 
siasme frénétique fut accueillie par toute la population la décla- 
ration de guerre à la Prusse: on n'a pas perdu le souvenir de ces 
démonstrations belhqueuses qui se produisirent alors à Paris et 



1 Nous avons reproduit cette adresse officielle dans notre premier ouvrage. 
(7« édition, page 284.) 

13 



194 L ' I X T E R X A T I X A L E 

ailleurs. Les cris A liei'lin! Au Rhin! retentissent encore flon- 
lourensement ù nos oreilles. 

L'Internationale ne vit dans toutes ces manifestations ({Wune 
manœuvre de police , que le fait de quelques bandes d'individus en 
relations plus ou moins intimes avec la police impériale (La So- 
lidarité, numéro du 28 juillet 1870). 

Le conseil général élevait à son tour la ^■nix pour flétrir 
la conduite de Bismark et de Bonaparte. Voici le inanifeste 
qu'il adressait à toutes les sections d'Europe et des États-Unis ; 
les injures les j)lus grossières, les calomnies les plus odieuses 
et les attaqiu^s les plus violentes s'y trouvent réunies : 



MANIFESTE 

DU CONSEIL GÉNÉRAL DE l'aSS0CL\TI0N INTERNATIONALE DES TR.W AIL- 
LEURS AUX MEMBRES DE l' ASSOCIATION INTERNATIONALE DES TRA- 
VAILLEURS EN EUROPE ET AUX ETATS-UNIS. 

« Dans le manifeste d'inauguration de l'Association internatio- 
nale des travailleurs, publié en novembre 1864, nous disions : 
a Si l'émancipation des classes ouvrières requiert leur fraternel 
concours, comment pourront-elles remplir cette grande mission 
avec une politique étrangère à la poursuite de desseins crimi- 
nels, exjjloitant les préjugés nationaux et prodiguant en guerres 
de pirates le sang et les trésors du peuple ? s 

a Nous définissions la politique étrangère à laquelle Vlnterua- 
tionale aspii'e, en ces termes : « Revendiquer les simples lois 
de morale et de justice qui devraient présider aux relations en- 
tre les individus, comme devant régir souverainement les rap- 
ports entre nations. » 

(c Quoi d'étonnant que Louis Bonaparte ait, dès le premier mo- 
ment , traité V Internationale en ennemi dangereux , lui qui 
usurpa le pouvoir par l'exploitation de la guerre des classes en 
France et le maintenait par des guerres périodiques au dehors ? 

« A la veille du plébiscite, il ordonna des razzias contre les 
comités administratifs de l'Asi^ociation dans toute la France, à 
Paris, Lyon, Marseille, Rouen, Brest, etc., sous prétexte que 



KT L1-: JACOBINISME. 1«R 

V Internationale étnit une société secrète, pataugeant dans un 
complot poui' son assassinat, prétexte (|iii lut bientôt exposé 
dans toute son absurdité par ses juges à lui. 

a Quel était le véritable crime des sections françaises de 
V Internationale^ Elles avertissaient le peuple irançais, publique- 
ment et à voix baute, (jue voter le plébiscite, c'était voter le 
despotisme au dedans et la guerre au dehors. En réablé, c'était 
l'œuvre de nos sections françaises cpie, dans toutes les grandes 
villes, dans tous les centres industriels de France, la classe ou- 
vrière s'est levée comme un seul homme pour rejeter le plébis- 
cite. Malheureusement, la lourde ignorance des campagnes a fait 
tourner la balance ^ La bourse, les cabinets, les classes gou- 
vernantes et toute la presse d'Europe ont célébré le plébiscite 
conune une victoire signalée remportée par l'empereur fran- 
çais sur la classe ouvrière française, et ce fut le signal d'un as- 
sassinat, non d'un individu, mais de nations. 

« La guerre, ourdie en juillet 1870, n'est qu'une édition revue 
et corrigée du coup d'Etat de décembre 1851. Tout d'abord cette 
guerre parut si aljsurde ({ue la France n'y voulut pas croire. Elle 
croyait plutôt à la parole du député qui dénonça les discours 
guerriers du ministère comme un tripotage de bourse. Lorsque, 
à la fin, la guerre fut officiellement annoncée, le 15 juillet, au 
Corps législatif, l'opposition en masse refusa les premiers sub- 
sides préliminaires d'une guerre que Thiers môme stigmatisa 
de détestable ; tous les journaux indépendants de Paris la con- 
damnèrent et, chose étonnante, la presse provinciale s'y joignit 
presque à l'unanùnité. 

« Sur ces entrefaites, les membres parisiens de V Internationale 
s'étaient remis à l'œuvre. Dans le Réveil du 12 juillet, ils pu- 
blièrent leur manifeste « aux ouvriers de toutes les nations », 
duquel nous extrayons les passages suivants : 

€ Une fois encore, sous prétexte d'équilibre européen, d'hon- 
neur national, des ambitions pohtiques menacent la paLx du 
monde. Travailleurs français, allemands, espagnols, que nos voix 
s'unissent dans un cri de réprobation contre la guerre... 

» Voir aux. Documents justiflcatifs (pièce i) un article du journal ['Egalité, 
sur la propagande dans les campagnes el le résultat du plébiscite. 



196 L'INTERNATIONALE 

« Nous protestons contre le sang- répandu pour la satisfaction 
odieuse de vanités, d'amours-propres, d'ambitions monarclii- 
({ues, froissées ou inassouvies. 

« Oui, de toute notre énergie, nous protestons contre la guerre, 
comme hommes, comme citoyens, comme travailleurs... 

(c Frères d'Allemagne, nos divisions n'amèneraient, des doux 
côtés du Rhin, que le triomphe complet du despotisme... 

ce Travailleurs de tous les pays, quoi qu'il arrive de nos efforts 
communs, nous, membres de l'Association internationale des 
travailleurs, qui ne connaissons plus de frontières, nous vous 
adressons comme un gage de solidarité indissoluble les vœux 
et le salut des travailleurs de France. » 

ce Ce manifeste des sections de Paris fut suivi de nombreuses 
adresses françaises semblables, dont nous ne pouvons citer ici 
(jue celle de Neuilly-sur-Seine, publiée par la Marseillaise du 
22 juillet : « La guerre est-elle juste ? — Non ! La guerre est- 
elle nationale? — Non! Elle est purement dynastique. Au nom 
de l'humanité, de la démocratie, des véritables intérêts de la 
France, nous adhérons complètement et énergiquement à la pro- 
testation de l'Internationale contre la guerre. » 

ce Un curieux incident vint bientôt montrer que ces protestations 
exprimaient les vrais sentiments des travailleurs français. La 
hande du 10 décembre, que Louis Bonaparte organisa à l'époque 
de sa présidence^ ayant été déguisée en blouses et lâchée dans 
les rues de Pai'is pour y simuler les contorsions de la fièvre 
ffuerrière, les vrais ouvriers des faubourgs iirent des démons- 
trations tellement imposantes en faveur de la paix, que le pré- 
fet de police Piétri jugea prudent d'interdire sans retard la po- 
litique des rues, sous prétexte que la féale population parisienne 
avait donné un cours suffisant à son patriotisme comprimé et à 
son enthousiasme échevelé pour la guerre. — • Quels que puis- 
sent être les incidents de la guerre de Louis Bonaparte contre 
la Prusse, le glas funèbre du second empire a déjà sonné à 
Paris. Il finira comme il a commencé — par une parodie. Tou- 
tefois n'oublions pas que ce sont les gouvernants de l'Europe 
qui ont mis à même Louis Bonaparte de jouer pendant dix-huit 
ans la farce féroce de V empire restauré. 

« Du côté allemand, cette guerre est une guerre défensive. Mais 



ET LE JACOLUNISME. 197 

(jui a mis rAll('iniii,'no dans la nécessité do so dclendre? Qui a 
Iburni à I3t)iiai)arto l'occasion do lui faire la guei-ro? Lti Prusse. 
C'est Bismark qui conspirait avoc le mémo Louis Jiona])arte, 
afin d'écraser l'opposition populaire à l'intérieur et d'annexer 
l'AUemag-ne à la dynastie des IlohonzoUorn. S'il avait perdu 
la bataille de Sadowa, au lieu de l'avoir gagnée, des batail- 
lons français auraient envahi l'Allemagne comme alliés de la 
Prusse. 

« Après sa victoire, le gouvernement prussien songea- t-il un 
instant à opposer une Allemagne libre à une France esclave? Au 
contraire. Tout eu prescrivant soigneusement les beautés innées 
de son ancien système, il y ajouta tous les trucs du second em- 
pire, son despotisme réel et son pseudo-démocratisme, ses 
fourberies politiques et ses tripotages financiers, son langage 
ampoulé et ses vils tours de main. Le régime bonapartiste, qui 
jusqu'alors ne florissait (]ue d'un côté du Rhin, avait trouvé sa 
contrefaçon de l'autre côté. D'un tel état de choses, que pouvait- 
il résulter sinon la f/iu}ri'o ? 

« Si la classe ouvrière allemande souffre que la guerre actuelle 
perde son caractère strictement délensif et dégénère en une 
guerre contre le peuple français, la victoire ou la défaite seront 
pour elle également désastreuses. Tous les maux qui ont accablé 
l'Allemagne après sa guerre de l'indépendance revi\ront avec 
plus d'intensité. 

« Néanmoins les principes de l'Internationale sont trop grande- 
ment répandus et trop profondément enracinés au sein de la 
classe ouvrière allemande, pour que nous ayons à craindre la 
réalisation d'un tel malheur. La voix des travailleurs français a 
rencontré un écho en Allemagne , Un immense meeting d'ouvriers 
tenu à Brunswick le 16 juillet a exprimé son adhésion complète 
au manifeste de Paris, a repoussé avec indignation l'idée d'un 
antagonisme national contre la France et a résumé ainsi ses 
résolutions : 

« Nous sommes ennemis de toutes guerres, mais surtout des 

guerres dynastiques c'est avec une profonde tristesse que 

nous nous voyons forcés de soutenir une guerre défensive 
comme un mal inévitable; mais nous faisons, en même temps, 
appel à toute la classe ouvrière allemande, pour rendre le retour 



198 L'INTERNATIONALE 

d'un aussi épouvantable malheur social impossible, en revendi- 
quant pour les peuples eux-mêmes le droit de décider de la paix 
et de la guerre et en les rendant maîtres de leurs propres des- 
tinées. » 

« A Chemnitz, une réunion de déléf^ués représentant 50,000 
ouvriers saxons a adopté à l'unanimité une résolution à cet effet : 

<t Au nom de la démocratie allemande, et spécialement des ou- 
vriers formant le parti démocrate-socialiste, nous déclarons la 
guerre présente exclusivement dynastique... Nous sommes 
heureux de serrer la main fraternelle qui nous est tendue par 

les travailleurs de France Nous rappelant le mot d'ordre de 

l'Association internationale des travailleurs : Prolétaires de 
tous les pays, unissez-vous, nous n'oublierons jamais que les 
travailleurs de /o?;s les pays sont nos amis, et que les despotes 
de tous les pays sont nos ennemis. » 

« La section de Berlin de l'Internationale a également répondu 
au manifeste de Paris : 

« Nous nous associons de tout cœur à votre protestation 

solennellement nous vous promettons que ni le bruit des tam- 
bours, ni le tonnerre des canons, ni victoire, ni défaite ne nous 
détourneront de notre travail poiu* l'union des prolétaires de tous 
les pays. » 

« Qu'il en soit ainsi. 

a A l'ombre de cette lutte homicide se dresse la sinistre figure 
de la Russie. C'est un signe de mauvais augure que le signal de la 
guerre ait été donné au moment même où le gouvernement mos- 
covite venait de finir ses lignes stratégiques de chemin de fer et 
concentrait déjà ses troupes sur le Pruth. Quelle que soit la 
sympathie que les Allemands peuvent réclamer dans une guerre 
de défense contre l'agression bonapartiste, ils se l'aliéneraient 
en permettant au gouvernement prussien de demander ou d'ac- 
cepter l'aide du cosaque. Qu'ils se souviennent qu'après leur 
guerre de l'indépendance contre le premier Napoléon, l'Allema- 
gne est restée, durant des générations, abattue aux pieds du 
czar. 

« La classe ouvrière anglaise tend une main fraternelle aux tra- 
vailleurs français et allemands. Elle est intimement convaincue 
que, quels que puissent être les résultats de cette horrible 



ET LE JACOBINISME. l09 

L,'uerre, l'alliance des classes ouvrières de tous les pays finira par 
tuer la guerre. Le fait seul que, pendant que la France et l'Alle- 
magne officielles se précipitent dans une lutte fratricide, les ou- 
vriers de France et d'Allemagne échangent des messages de 
paix et de fraternité, — ce grand fait, sans parallèle dans l'his- 
toire du passé, nous fait entrevoir un avenir meilleur. Il esl. la 
preuve qu'en opposition à la vieille société avec ses misères 
économiques et son délire polili(iue, une nouvelle société surgit 
dont la règle internationale sera \apaix, parce que le régulateui' 
national sera partout le même — 7e travail. Le pionnier de cette 
société nouvelle est Y Association internationido des travail- 
leurs. 

Le Conseil général : 

« Robert APPLEGAfiTlI ; Martin J. BOON ; Fréd. BRAD- 
NIOK;CowELL STEPNEY; John HALES; William HA- 
LES ; George HARRIS ; Fréd. LESSNER ; W. LINTERN , 
LE( iREULIER ; Maurice ZEVY ; George MILNER ; Thomas 
MOïTEllSHEAD; Charles MURRAY ; George ODGER , 
James PARNELL ; PFANDER ; RUHL ; Joseph STE- 
PIIERD ; STOLL ; SCHMITZ ; W. TOWNSHEND. 

Secrétaires correspondants : 

« Eugène DUPOxNT, pour la France; Karl MARX, pour 
l'Allemagne ; A. SERRAILLIER, pour la Belgique, la 
lande et l'Espagne ; Herman YUNG, pour la Suisse ; Gio- 
vanni BORA, pour l'Italie ; Antoine ZABIZKI, pour la Po- 
logne ; James COHEN, pour le Danemark ; J.-G. EGCARIUS, 
pour les États-Unis ^ . 

« Benjamin LUCRAFT, président de la séance. 

« John WESTON, trésorier. 

ft J. Georges EGCARIUS, secrétaire général. 

« Londres, le 23 juillet 1870. 

« Bureau : 256, High Ilolborn, W. G. » 
Les arrêtés d'expulsion rendus par le gouvernement français 
• Georges Eccarius est d'origine allemande ; Yung, d'origine suisse. 



200 L'INTERNATIONALE 

contre les Allemands résidant en France ne pouvaient manquer 
de soulever les récriminations de l'Inlei-nalionale. De pareilles 
mesures lui parurent odieuses et dignes des temps les 
plus bar])ares. Le Volks/aaf s'empressa de déclarer, on réponse 
à certaines accusations portées contre l'attitude en cette circon- 
stance des ouvriers français, que ceux-ci, en tant qu'ils appar- 
tiennent à T Internationale, considèrent les ouvriei^s allemands 
comme leurs freines, et que c'étaient les membres français de 
l'Association internationale qui, seuls, pouvaient mener à bonne 
lin la chute de l'empire sans dnnrjor pour la liberté de la France 
et deïAUemaffne. 

Cette déclaration nous édifie sur le véritable Lut que poursui- 
vait l'Internationale en France, pendant que l'ennemi en souillait 
déjà le sol. 

Nous devons ajouter que les inculpés dans l'alTaire du com- 
])lot, par une déclaration rendue publique, adhérèrent à la protes- 
tation pacifique de l'Internationale. Voici cette déclaration; elle est 
sous la date du 14 juillet : 

« Quatre-vingt-unième anniversaire de la prise de la Bastille par 
le peuple souverain et jour de notre départ pour Blois. 

« Nous, républicains, internés à Mazas depuis cinq mois révo- 
lus, par ordre du ministère Ollivier, — nous qui sommes pour la 
fraternité des peuples contre l'alliance des rois, — déclarons 
complètement adhérer à la protestation pacifique de l'Associa- 
tion internationale des travailleurs. 

« DUPONT, J. FONTAINE, GARREAU, M.-A. GROMIER, 
A. JOLY, PELERIN, H. SAPPIA. » 



III 



LE GOUVERNEMENT AUTRICHIEN ET LA DISSOLUTION DE TOUTES LES 
SOCIÉTÉS OUVRIÈRES. CONGRES DE BARCELONE. 

Nous avons déjà vu que le gouvernement autrichien était loin 
de professer une très-grande sympathie à l'endroit des doctrines 
de l'Internationale et qu'il poursuivait avec acharnement tous 
les propagateurs des idées socialistes. 



KT Lie JACOHlMSMi:. 201 

Drs le mois d'août il procédailà lîi confiscation du join-nal le 

Volkswvillo (volonté du peuple), organe de la section de Vienne. 

Tous les clubs ouvriers et les vingts-cinq trade's-unions de 

Vienne étaient supprimés à cause de leur tendance socia/is/o et 

(hwfjcreuso pour l'FAat. 
Voici les noms de ces trade's-unions : 
Société des maçons et tailleurs do pierres ; 

— des teinturiers et bronzier ; 

— des apprcteurs ; 

— des potiers ; 

— des selliers, corroyeurs, liandagistes, couverturiers, 

faiseurs de malles; 

— des boulangers ; 

Union des relieurs, laiseurs d'éluis, cartouuiers, peintres 
de cartes à jouer et autres brandies semblables ; 

Société des pelletiers, des faiseurs de casquettes, teininriers 
en peau et pelleterie ; 

— des fondeurs en métaux et potiers d'élain ; 

— des tailleurs ; 

— des ouvriers en fer ; 

— des teinturiers en soie, laine et coton ; 

— des menuisiers et ébénistes ; 

— des tourneurs, ouvriers sur l'écume de fer et sur l'nm- 

br© et boutonniers ; 

— des lithographes et imprimeurs lithographes ; 

— de tous les faiseurs d'instruments de musique ; 

— des doreurs, peintres et vernisseurs ; 

— des charrons ; 

— des bijoutiers, orfèvres et joailliers ; 

— des ouvriers cotonniers, tisserands, ruJjannieis, ou- 

vriers sur la soie, passementiers, ouvriers sur les 
cordonnets, lacets et galons ; 

— des compagnons cordonniers ; 

— des armuriers ; 

— des chapeliers; 

— des vitriers, marchands de verres, polisseurs el tail- 

leurs de glaces ; 
Cette dissolution était qualifiée de barbare i)ar tous les or- 



202 L'INTERNATIONALE 

ganes de l'Internationale, qui poussaient à cette occasion les 
hauts cris de l'indig'nation et de la veng-eance. 

La réaction Irionipho, s'écriait le Volkslvillc, mais nous n'a- 
^'ons pas peui' de cette réaction : elle passera, et notre temps ne 
tardera pas à venir. 

Le langage du Volsktaat de Leipsick et de V Egalité de (ienève 
était encore plus explicite : 

« En Autriche comme dans toute l'Allemagne, les travailleurs 
n'ont jamais séparé les deux questions politique et sociale, dans 
leurs aspirations : c'est ce qui permet d'espérer que si, d'un 
côté, la guerre bonapartiste a eu son contre-coup à Vienne dans 
la dissolution des associations, d'un autre côté, si la ruine de 
la France, la dévastation et tous les revers de la guerre brisent 
enfin la patience trop magnanime du peuple français et l'amènent 
à se lever unanimement contre l'oppression insupportable, la 
révolution française aura aussi son contre-coup à Vienne. » 
(Égalité, 10 août 1870.) 

« Nous remercions bien les ministres d'État autrichiens : ils 
prennent bien soin pour c[ue le tonnerre do la révolution fran- 
çaise trouve son écho sur le Danube. » {Volskstaat, 10 août 1870.) 

Nous devons ajouter que cette dissolution fut accompagnée 
de quelques scènes de désordre et que même des collisions san- 
glantes se produisirent à Vienne et à Gratz. Il y eut quelques 
morts et plusieurs blessés. 

Comme on peut en juger, le gouvernement français n'avait pas 
été le seul à sévir contre l'Internationale : il est juste cependant 
de reconnaître qu'il ne fut pas aussi loin dans cette voie que l'Au- 
triche et qu'il ne recourut jamais à des mesures aussi extrêmes. 

Si l'Internationale perdait du terrain en Autriche, il n'en était 
pas de même en Espagne. Le congrès de Barcelone venait im- 
primer une nouvelle impulsion au mouvement socialiste dans la 
Péninsule. De toutes parts les ouvriers se groupaient, se fédé- 
raient et envoyaient leur adhésion à l'Internationale. La fédéra- 
tion de Barcelone était définitivement constituée, avec un effectif 
d'une cinquantaine de sociétés formant un total de quinze 
mille membres. La fédération espagnole, dirigée par des hom- 
mes énergiques et résolus, allait devenir une des plus actives et 
des plus importantes de rintcrnationale. 



ET LE JACOBINISME. 203 



CHAPITRE VII 



LES PREMIÈRES TENTATIVES DE LA. DEMAGOGIE. — TROUBLES A LYON 

ET A MARSEILLE. — PILLAGE d'aRMES A SAINT-ETIENNE. AFFAIRE 

DES POMPIERS DE LA VILLETTE. — AGITATION A COSNE ET AU 
GREUZOT. 

Pendant que l'Inlernationale levait si audacicusement l'éten- 
dard de la guerre sociale et proclamait qu'elle aurait hienlôl son 
Jour, la démagogie, dont le concours lui était depuis longtemxjs 
assuré, faisait ses premières armes. 

Nous n'avons pas à apprécier ici à quelles inspirations elle 
obéissait ; mais ce que nous tenons à proclamer bien haut, c'est 
que ces tentatives étaient doublement criminelles et qu'elle a 
assumé devant l'histoire une partie de la responsabilité de nos 
désastres. Il est vrai que, pour elle comme pour sa digne sœur, 
Vlnternatioi^le, la patrie n'est qu'un vain mot : le désordre, 
l'anarchie, voilà sa seule devise. 

Son réveil commence avec l'agitation plébiscitaire : elle es- 
saya pour la première fois ses forces dans les réunions tenues à 
cette époque et put compter ses membres. 

Au mois de juillet nous la retrouvons sur la brèche, plus forte 
et plus ardente que jamais. Le temps des théories et dos dis- 
cours est passé : le moment de l'action paraît venu. 

Lyon donne le signal : durant plusieurs jours des scènes tu- 
multueuses s'y produisent ; des bandes d'individus, drapeau 
rouge en tête, parcourent les rues en vociférant : A bas la France! 
Vive la Prusse! Des attroupements stationnent en permanence 
sur les places publiques et, dispersés sur un point, vont aussitôt 
se reformer sur un autre. 

Les établissements religieux et notamment le couvent des je 



gO-i L'INTERNATIONALE 

suites, rue Sainte-Hélène, sont envahis et saccagés, les vitres en 
sont brisées ; les agents de l'autorité sont assaillis à coups de 
pierres. On entend des gens exprimer publiquement l'espoir que 
la France sera vaincue. Nous pourrions citer tel négociant de Ta- 
rare, qui, de ce chef, a été condamné à trois mois de prison. On 
aperçoit, comme aux plus mauvais jours, des figurés sinistres, co- 
horte habituelle des émeutes. Au lendemain do notre première dé- 
faite, les mômes excitations sont mises en œuvre; le sang coule 
à la suite d'une échauffourée aussi ridicule qu'insensée, provo- 
quée par le notaire Lcntillon ' dont le 4 septembre devait abréger 
la captivité et faire un membre du comité do sid/it public. Nous 
démontrerons plus tard qu'il s'y trouvait en bonne compagnie 
et que la révolution devait trouver à Lyon un terrain tout préparé. 

Les démagogues stéphanois tenaient à honneur de se montrer 
dignes de leurs voisina : ils ouvraient la campagne par un pil- 
lage d'armes. Un pareil début promettait pour l'avenir : le -4 sep- 
tembre ouvrait aux pillards les portes de la prison et rendait 
à la société ces victimes politiques. 

Au Greuzot, le drapeau rouge était promené dans les rues; 
quelques cris de Vive la Prusse ! étaient proférés. Et quel était 
l'auteur de celte démonstration? Un certain Supplissiz, devenu 
plus tard commissaire de police au Greuzot, et compromis dans 
les troubles dont cette ville fut lo théâtre, les 26 février, 26 et 
27 mars 1871. 

Bientôt l'agitation révolutionnaire et démagogique gagnait la 
Nièvre, Sous la haute direction du célèbre Gamboni,une tentative 
de soulèvement, aussitôt réprimée , avait lieu à Arquian et à 
Neuvy, dans les environs de Gosne, le 21 août 1870. Le tocsin 
était sonné, et les cris : Aux armes ! poussés dans les rues. Au 
nombre des instigateurs figuraient, entre autres, RoberE, Malar- 
dier et deux membres de l'Internationale ^ que nous retrouverons 

1 Le citui'on Lentillon, notaire à Tliurins (Rhône), fut condamné, le 3 sep- 
tembre, à un an de prison par le 2^ conseil de guerre de la 8« division militaire. 
Mis en liberté le lendemain, il a eu le triste courage de rechercher la défense 
de Deloclie, l'un des inculpés de l'affaire d'Arnaud, et de venir à l'audienco 
essayer la réhabilitation du plus lâche des assassins. 

- Les citoyens Fournier et RigoUet. (le dernier était secrétaire do la section 
de Cosne. 11 était porteur, au momenlde son arreslalion, d'une lettre d'Eugène 
Dupont, lui conférant ce titre. 



HT LE JACOIHMSME 20y 

plus tard à la tôte do rémcule conunmirirdr t[\ù so jjrodiiisil à 
Gosnc dans la journée du 17 avril dernier. 

Marseille no pouvait rester en arrière dans une voie si bi'il- 
lammenl inaug-urée. A la lu'cmière nouvelle des dés.istres de 
ReisciiolTcn, des bandes s'ori^-anisaient et, grossies jjur les cu- 
rieux et les désœuvrés, se rendaient sur la place do la Préfec- 
ture où, à g'rands cris, elles demandaient des armes sous le 
prétexte de courir à la frontière. Cette manifestation, qui n'eût eu 
rien que de louable si elle avait éLé dit'tée par un sonlimont j);:- 
triolique, n'avait d'autre but que d'augmenter l'agitation du pays, 
d'enlrclcnir une iiKpiiètudo regi-ettable et d'aggraver par des 
trouijles intérieurs la situation déjà si critique de la P>ance. 
Le 8 août, les mêmes scènes se renouvelaient à l'instigation du 
comilc répnblicnhi socialislc dont nous avons reproduit une 
proclamation à l'armée. « Les amis et frères » étaient convoqués 
au cours du Giiapitre et, de là, se portaient de nouveau sur la 
place de la Préfecture où, comme la veille, des armes étaient ré- 
clamées. Sur la réponse faite par l'autorité que des armes ne se- 
raient délivrées qu'aux enrôlés volontaires, un certain nombre de 
membres du comité socialiste se réunissaient aussitôt dans leur 
salle habituelle, rue Vacon. Il était décidé qu'on se rendrait à 
l'hôtel de ville pour y rédiger une pétition. Cette déclaration 
était communiquée à la foule, qui se pressait à la porte de la 
salle, et accueiUie par de frénétiques applaudissements. On se 
mettait bientôt en route : les membres du comité marchaient en 
tête, drapeau déployé. Quelques minutes après la mairie était 
envahie par une populace sans cesse grossissante et qui se ruail 
dans le vestibule. Un agent de police, ayant été reconnu par la 
foule au moment où elle se précipitait dans l'escalier, fut frappé 
et renversé ; ses vêtements furent mis en lambeaux. Pendant ce 
temps les membres du comité s'installaient dans la grande salle et 
y rédigeaient une pétition pour demander au préfet l'autorisation 
d'établir un comité d'enrôlement. La plupart d'entre eux étaient 
porteurs d'armes prohibées : les uns étaient armésde poignards ; 
les autres de revolvers ou de pistolets ; quelques-uns portaient 
des cannes à épée, de gros bâtons pouvant servir d'assommoirs. 
Sur ces entrefaites, la force armée, accourue en toute liâte, 
dégageait les abords de l'hôtel de ville, cernait cet établis- 



^06 L'INTERNATIONAIJ': 

sèment et ne tardait pas à s'emi)arer des quarante individus 

<[ui s'étaient constitués en comité d'initiative privée. 

Pendant (jue ce comité rédij^'-cait sa pétition, des coups île 
pistolet partis de la foule qui s'agitait au dehors fin-ent sur le 
point d'allumer la g-uerre civile et de devenir le signal d'une 
collision sanglante. Le bruit de ces détonations avait produit un 
tumulte indescriptible et il l'allut toute la présence d'esprit des 
chefs de la force armée, tout le calme et la prudence des 
hommes placés sous leurs ordi'es, pour conjurer l'orage. 

Mais qui trouvons -nous à la tête de cette démonstration soi- 
disnnt pnipioliqiic ? Les mêmes individus que nous verrons plus 
tard proclamer la commune révolutionnaire ou s'associer à son 
œuvre : ces socialistes dangereux, ces (jeus déclassés, ces ambi- 
tieux politi(jues dont les récents conseils de guerre de Mai'- 
seille viennent de débarrasser la société. Il est intéressant de 
constater que sous tous les régimes l'émeute et la guerre civile 
retrouvent toujours les mêmes artisans; que, conspirateurs 
hier, ils le sont aujourd'hui, ils le seront demain et toutes les 
fois que l'occasion leur en sera donnée. 

Nous tenons à indiquer les noms des individus qui se trou- 
vaient dans la salle de l'hôlel de ville au moment où la police 
y pénétra. C'étaient : Grémieux, Giraud, Sorbier, Maviel, Alerini, 
Tardif, Onkelinx, Holkinson, Blanqui, Bordes, Fonteneau, 
Hentz, Gombes, Hayand, Pillard, Castagne i, Matheron (Cé- 
lestin), Armand, Gilbert, Barthélémy, Maurel, Bosc, Gonteville, 
Lafage, Icard, Ismael, Verdier, Matheron (Emile), Lapierre, 
Blanc, Delon, Anthelme, Vieux, Gros, Lombard, Gérard, Ro- 
main, Giraud, Fossat, Carenca. 

Parmi ces individus figurent de nombreuses recrues de l'In- 
ternationale, et de ce nombre, Combes, Alerini, Maviel, Pillard, 
Vieux, etc. Sept d'entre eux ont fait partie de la commune révo- 
lutionnaire installée à Marseille le l^"" novembre : Sorbier, Gon- 
teville, Castagne, Maviel, Combes, Bordes, Bosc. On n'a pas 



I Castagne, devenu garde civique au 4 septembre et plus tard membre de la 

commune révolutionnaire, était signalé par l'opinion publique comme l'auteur 

de i'attenlat commis sur la personne du préfet Cent au moment de son 

arrivée à Marseille. Arrêté à la suite de ce fait, il a été remis en liberté, l'ins- 

ruction n'ayant relevé aucune charge sérieuse contre lui. 



ET LE JACOBINISME. 207 

oublié* le rôle joué dans l'émeute du mois d'avril par Sorbier, 
Crémieux, Matheron et autres. Nous no faisons ici ((u'indiquer 
ces fails; nous aurons bientôt l'occasion de les étudier dans 
tous leurs détails. 

Tous les membres du comité républicain socialiste arrêtés 
dans la salle de l'hôtel de ville ne furent pas poursuivis : une 
ordonnance de non-lieu fut rendue en faveur de quelques-uns 
d'entre eux. 

Quinze seulement furent traduits devant le !•"■ conseil de 
guerre de Marseille (audiences des 27 et 28 août 1870) et con- 
damnés, savoir : 

Gaston Crémieux, avocat, à 6 mois de prison ; 

Paul Giraud, avocat, à 1 mois; 

Sorbier (Auguste), journaliste, à 6 mois ; 

Tardif (Joseph), employé, à 1 mois; 

Maviel (Joseph), cordonnier, à 1 an ; 

Bernard (Pierre), cordonnier, à i mois * ; 

Combe (Etienne), vernisseur, à 6 mois : 

Bosc (Victor), maçon, à G mois; 

Frédéric Bordes, peintre, à 8 mois; 

Conteville (Auguste), ajusteur, à 1 an ; 

Philibert Gilbert, tailleur, à 1 an; 

Eugène Barthélémy, employé, à 1 mois ; 

Esprit Tourniaire, maçon, à 3 mois ; 

Félix Debray, entrepreneur, à 1 an de prison et 4,000 francs 
d'amende -. 

Quelques jours plus tard, des faits d'une plus haute gravité 
se produisaient à Paris : nous voulons parler de la scène de 
tumulte et d'agression de la caserne de la Villette et des assas- 
sinats commis sur la personne des pompiers qui l'occupaient. 
Le dimanche, 14 août, vers 3 heures du soir, une bande de 
60 à 80 individus, tous armés de revolvers et de poignards, ar- 
rivant du haut de la Villette, attaquaient le poste de la caserne des 

ï Bernard (Pierre) était le délégué de la corporation des cordonniers au sein de 
la chambre fédérale ; Combes, celui des vernisseurs ; Bordes, celui des peintres. 

- Deliray était l'auteur des six coups de revolver tirés dans la foule ; il était 
accusé de violence et voies do fait, et d'avoir crié Vive la Prwse ! en passant 
sur le trottoir du café-Glacier. 



208 L ' I NT E R N A T I N A L E 

pom))iers située sur le boulevard du même nom. Aous voulons, 
avait dit le chef de la bande au lieutenant du poste, procliinior lu 
république. Donnez-nous vos fusils cl marchez avec nous au 
Corps législatif. Sur le refus de ce dernier d'obtempérer à 
d'aussi brutales injonctions, ces forcenés se ruaient sur le fac- 
tionàaire et le renversaient d'un coup de revolver. Le poste était 
envahi : plusieurs pompiers étaient grièvement blessés, et 
quelques fusils enlevés par les émeuliers. 

Les sergents de ville de la rue de Tanger, prévenus de ce qui se 
passait, accouraient en toute liàte' : ils essuyaient à leur tour une 
violente décharge et l'un d'eux tombait mortellement frappé. A 
quelques pas du lieu de la scùne, une petite tille de cinq ans 
recevait une balle en pleine poitrine. Pendant un instant la lutte 
fut des plus acharnées et la mêlée devint générale. Cependant les 
émeutiers, déconcertés par l'attitude hostile de la foule et vigou- 
reusement attaqués par les sergents de ville, commencent à 
reculer, et, au bout d'une heure, l'ordre était rétabli par la 
police, puissamment secondée par la population. De nombreuses 
arrestations étaient opérées. 

Démagogie, voilà de tes coups ! Tu peux à ton aisecouvrir de 
ta responsabihté ces assassins qui tirent sur des hommes dé- 
sarmés, ces misérables qui tuent des enfants ! 

L'Internationale n'a-t-elle pris aucune part à ce complot contre 
la sûreté de l'État? Certes, en dépit de la protestation des sec- 
tions parisiennes, il est bien permis de penser le contraire, 
surtout lorsqu'on retrouve à la tête de la bande l'un des adeptes 
les plus fervents de l'Internationale, le citoyen Eudes. C'est lui 
qui a tout préparé, qui, armé jusqu'aux dents, dirige l'attaque et 
■ somme le lieutenant du poste de lui livrer ses armes et de le 
suiwe au Corps législatif. Il est encore un autre fait qui a son 
éloquence : c'est que ce même jour une réunion de l'Internatio- 
iiale devait être tenue à 2 heures rue de Flandres, et, qu'au 
moment où les frères et amis se rendaient à cette séance, ils 
étaient prévenus qu'elle ne pouvait avoir lieu. On devine le 
motif d'une décision aussi subite : il fallait à tout prix assurer 
le succès de l'émeute qui allait éclater, et ne pas jeter les uns dans 
la rue pendant que les autres délibéreraient. Tous ces inter- 



KT LK JACOB IN ISMK. 20» 

uatioiiaiix convoqués à dessein une heure avant que le mouve- 
ment n'éclate à quehiuospas du terrain de la lutte étaient des- 
tinés à venir grossir le nombre des émcutiers et à leur prêter le 
concours le plus efficace. Leur présence dans les rangs des 
insurgés ne saurait être mise en doute, puisque parmi les in- 
culpés nous retrouvons certains membres do l'Interuatioualc, 
et iiolanmient un sieur Périn, l'un des invités de la réunion de 
la rue de Flandres. 

Il était réservé à la citoyenne André Léo, qui vient de faire, 
il y a quelques jours, les déliées du congrès de Lausanne, de 
découvrir dans l'affaire delà Villette une manœuvre de la police, 
un complot contre l'Internationale. Voici dans quels termes 
grotesques elle raconte les faits : 

« On a demandé, dit-elle, le grand jour sur les faits qui se 
sont produits à la Villette. Il ne se fera probablement pas. Mais 
voici ce que je sais, ce que j'ai compris dans le premier mo- 
ment, et ce que sont venues contirmer les calomnies des feuilles 
officieuses. Il y a effectivement un complot dans l'affaire de la 
Villette, un complot contre l'Internationale, une manœuvre 
indigne. 

« Dimanche dernier, une réunion de l'Internationale devait 
avoir lieu, rue de Flandres, à deux heures. Les menaces du 
commissaire de police au concierge de la salle empêchè- 
rent cette réunion au dernier moment, en sorte qu'un grand 
nombre de personnes venues pour y assister se trouvaient 
de trois à quatre heures, sur le boulevard à l'issue de la rue 
de Flandres. C'étaient des groupes paisibles , calmes. On 
s'y entretenait des malheurs publics. De quel autre sujet 
parler ? 

« Je quittai ce point vers trois heures et demie, peu avant 
l'événement que j'appris seulement le soir par plusieurs amis 
Ils en éprouvaient comme moi une stupéfaction douloureuse. 
Ils en avaient été témoins, puisque les nôtres à cette heure 
remj)lissaient le boulevard. Cette coïncidence nous frappa r 
nous pensâmes qu'on avait voulu compromettre l'Internationale. 
Qui ? Nous ne savions ; mais nous nous rappelâmes le dicton : 
à qui la chose doit- elle profiter? 

« Mai'di, on lit dans le petit Moniteur : « Le chef de l'attaque do 

14 



210 L'INTERNATIONALE 

« la Villette parait être un nommé Périn, un des chefs de l'in- 
< ternationale, » 

a L'Internationale n'a pas de chefs. Et Périn ne figure nulle- 
ment sur la hstc des gens arrêtés *. 

(c Et maintenant la Gazette dos Tribunaux vient de nous 
apprendre l'existence de poignards dits de l' Internationale ^ 
donnant ainsi l'apparence d'un fait constaté à une invention 
infâme. 

« L'Internationale n'a pas de poignards. Elle n'a pas pris part 
à l'attaque de la Villette ; elle a cru seulement y reconnaître 
Guérin échappé de Blois. 

«Mais quoi! l'occasion est si belle pour les feuilles officieuses 
d'accuser toute une association, tout un parti ! Honnêtes gens ! 
Regardez donc un peu où vous êtes et ce qui se passe autour 
de vous; regardez donc la France envahie, saignante, épuisée. 
N'essayez plus de jouer au spectre rouge. Que pourrait-on 
craindre désormais? De la sécurité, de la fortune du pays, que 
reste-t-il? » 

a André LEO. » 

Ainsi, d'après le récit de cette aimable citoyenne, la police 
a profité de la présence des internationaux sur le boulevard de 
la Villette pour faire une émeute et compromettre V Internatio- 
nale. C'est assez instructif. 

Les internationaux parisiens n'osèrent pas aller jusque-là : 
ils se bornèrent à protester timidement contre les prétendues 
calomnies prodiguées à leur mère, l'Internationale, par la presse 
bourgeoise. Voici cette protestation : 

a Tandis qu'en Prusse, Bismark et Guillaume poursuivent et 
proscrivent V Association internationale, ici d'infâmes calomnies 
la signalent comme l'agent du despotisme prussien. 

ff Nous, soussignés, membres français de cette association, 
nous mettons publiquement au défi les misérables calomniateurs 
d'avouer les sources oh ils puisent ces ignobles accusations. 

i Double mensonge. Personne aujoui'd'hui ne peut douter que Vlnternatio- 
nale n'ait des chefs et de véritables chefs. Quant à Périn, il figurait si bien 
parmi les acteurs du drame de la Villette, qu'il fut condamné par le 1" conseil 
de guerre de Paris (audience du 31 août) à la peine do cinq années de détention 
pour complot contre la sûreté de l'Etat. 



ET LK JACOlilNlSME. 211 

Et nous en appelons à l'oxpérience publùjuo pour qualifier cet 
odieux système de dénonciation anonyme qui ne peut avoir (ju'un 
])ut : nous rendre suspects à nos concitoyens, parce (pie depuis 
longtemps nous avons affirmé en même temps les ilroits du 
travail et l'amour de la liljerté. 

« Henri TOLAIN; Emile LANDRIX; DEMAY; PEHHA- 
CHON ; CAMÉLINAT ; SAINT-SIMON ; GÉRARD; MER- 
VILLE; MOREL ; Léon LANDRIN ; DUDAGH ; LAMPÉ- 
RIÈRE. » 

Nous devons ajouter (pi'à la même époque retentissaient dans 
les rues de Paris des cris, isolés il est vrai, de Vive In Prusse! 
A bas la France ! et que plusieurs fois le tribunal cori'eotionnel 
eut à juger les individus cjui les avaient proférés. 



■ 1 ' J, IN'J KRNATIONALK 



CHAPITRE VIII 



LE 4 SEPTEMBRE. — LES COMITES DE SALUT PUBLIC, DE SUUETÉ GÉNÉ- 
RAL, DU SALUT DE LA FRANCE ET LE COMITÉ CENTRAL FÉDÉRATIF 

A LYON. — LEUR COMPOSITION. — LEURS ATTRIBUTIONS, LEURS 

EXPLOITS. — LA POLICE LYONNAISE AUX MAINS DE l'inTERNATIO- 
NALE. — CHOL COMMISSAIRE CENTRAL. — OFFICIERS DE PAIX ET 
GARDES URBAINS. 

Nous n'avons nullement la prétention de raconter ici tous les 
événements qui se sont accomplis le -4 septembre, à Lyon, 
Marseille, Paris et autres villes ; nous nous bornerons à re- 
later les faits où s'est montrée l'action de l'Internationale et du 
jacobinisme, qui dès ce jour se sont donné ouvertement la 
main sur le terrain de Li révolution sociale. 

Nous suivrons les membres de l'Internationale dans les 
fonctions publiques oi!i vient de les appeler l'acclamation popu- 
laire. Nous étudierons leurs actes, leurs décisions ; nous si- 
gnalerons les manœuvres coupables auxquelles ils se livraient 
pendant que la France agonisait sous les étreintes d'une horde 
de barbares. Nous les verrons dans les clubs révolutionnaires 
prêcher à l'ombre du drapeau rouge la guerre civile, le pillage, 
voire même l'assassinat ; nous mettrons sous les yeux de nos 
lecteurs les placards et manifestes incendiaires répandus à 
profusion par leurs soins. En un mot nous dévoilerons leurs 
agissements ; nous indiquerons comment de concert avec le 
jacobinisme ils préludaient à l'œuvre du 18 mars. Nous allons 
d'abord nous occuper de Lyon. 

Lyon peut à juste titre revendiquer la plus large part dans 
l'œuvre révolutionnaire qui a préparé la Commune. Dès 
le 4 septembre, l'Internationale y prend possesion de l'hôtel de 



ET LE JACOBINISME, alS 

ville et de tous les services publics. Le citoyen Beauvoir, l'ur 
de ses coryphées, proclame du haut du balcon de l'holel de ville 
la déchéance de l'empire et l'armement de la nation ; un co- 
mité de salut public est installé. Nous en indiquerons tout à 
l'heure la composition. 

Pendant tpie toutes les mairies sont envahies, que les Conc- 
tionnaires, les magistrats sont décrétés d'arrestation par une 
tourbe de voleurs, de repris de Justice, de gens tarés, que 
quelques soldats improvisés lèvent la crosse en l'air et frater- 
nisent avec le peuple, les Dumartheray, les Codex et autres 
membres de l'Internationale volent à la prison où do nobles vic- 
times (lu despotisme césarien attendent l'heure de la délivrance. 
Les portes en sont brisées à coup de marteau ; un commissaire 
de police, accouru où l'appelle son devoir, n'échappe que mira- 
culeusement à une mort presque certaine et à une noyade dans 
le Rhône ; les prisonniers sont arrachés et conduits triomphale- 
ment devant le comité de salut public dont ils sont proclamés 
membres. Les arsenaux sont pillés ; le drapeau rouge do l'In- 
ternationale, « ce ûer étendard de la patrie en danger, » flotta 
sur tous les édifices publics ». 

L'Internationale triomphe : ses membres siègent à l'hôtel de 
ville ; la police est sous ses ordres. C'est elle qui va présider 
désormais aux destinées de Lyon. Les beaux jours de la Ro- 
tonde et de Valentino vont renaître. 

Il importe en cette matière de préciser les faits, alin 
qu'aucun doute ne puisse surgir dans l'esprit de personne sur la 
situation désastreuse où les menées de l'Internationale et de la 
démagogie ont plongé la ville de Lyon pendant plusieurs mois. 

Esquissons d'abord à grands traits la physionomie de ce fa- 
meux comité de salut public qui venait ainsi de par la volonté 
du peuple souverain s'imposer à toute une cité. On y trouvait 
réunies les personnalités les plus étranges : l'élément canut y 
dominait ; les comptables et teneui's de livres y étaient large- 
ment représentés ; quelques coryphées de la démagogie, plu- 
sieurs internationaux, et deux ou trois orateurs des réunions 



> Proclainaiiou du conseil municipal de Lyon : -2i septembre ;1870 
^▼oir Pièce)!. 



214 L'INTERNATIONALE 

publiques venaient tempérer agréablement les allures par trop 
réactionnaires de nos canuts. 

D'ailleurs, il faut bien le reconnaître, le nombre de ses mem- 
bres allait s'aiigmentant chaque jonr. Ils n'avaient été que 13 
pour proclamer la république, mais au 15 septembre on en 
comptait déjà plus de 100. Il n'est pas sans intérêt d'indiquer 
leurs noms : cette désignation aura plus tai'd son importance, 
quand nous étudierons les mouvements insurrectionnels 
des 28 septembre , 4 novembre , 20 décembre , 22 mars 
et 30 avril. 

Le comité provisoire de salut public installé à l'hôtel de ville 
dans la matinée du i septembre se composait de 13 individus 
dont les noms figurent au bas de l'affiche officielle apposée sur 
les murs de la ville quelques heures après l'envahissement de 
l'hôtel de ville. C'étaient : 

Ghai'les Beauvoir , membre de l'Internationale , rue d'Al- 
gérie, 15; 

Lombail, idem ; 

Gordelet (Jean-Marie), 89 ans, représentant de commerce, 
rue du Commerce, 6; 

Louis Ghaverot, 48 ans, peintre-plâtrier, rue Mercière, 82 ; 

Moussy (Jacc[ues), 51 ans, commis, rue deSaint-Cyr, 3; 

Em. Vollot, 29 ans, pharmacien, Grande-Côte, 9 ; 

Reignier. 

Gros (Polidore),42 ans, commis, quai de Serin, 40; 

Griffe (Louis), 40 ans, employé, cours du Midi, 36; 

Tarre; 

Soubrat (Denis), 33 ans, dessinateur, place des Tapis, 6; 

Bonnet ; 

Fournier (Léonard), mécanicien. 

Quelques jours après, une liste définitive était arrêtée : elle 
comprenait soixante-dix-huit membres. Voici leurs noms avec 
leurs attributions et l'indication des fonctions qu'ils occupent 
actuellement * : 



1 Nous devons rappeler que plusieurs semaines avant le 4 septembre, on 
comité central avait été établi à la Croix-Rousse; des sections avaient été orga- 
nisées dans chaque quartier, en vue de nommer des délégués chargés de gérer 
les affaires publiques,qaind l'heure regardée comme prochaine en serait venae. 



ET LE JAGOniNISME. 215 

Présidents. 

Chépié (Jean-Baptiste), 35 ans, tisseur, rue Sainte-Blandine, 9 ; 
Ghaverot, i)làtrier, ruo ^lercière, 82 ; 

Perret (Jean-Marie), 00 ans, comptable, rue Vilieroi, 21, ac- 
tuellement membre du conseil général du Rhône ; 

Scci'vlnires. 

Maynard (Louis- Séraphin), teneur de livres, cours des Char- 
treux, 29; 

Vallier (Germain), 49 ans, comptable, rue Jean-de-Tournes, 15; 

Despeignes (Nicolas), 37 ans, comptable, rue du Pont de la 
Gare, 20, à Vaise ; 

Garel (Louis), 30 ans, homme de lettres, rue de Créqui 44 (ré- 
cemment condamné à la déportation dans une enceinte for- 
liliée pour avoir pris une part active aux événements du 
23 mars) ; 

Sous-comilé des finances. 

Grinand (Jean-Baptiste), 56 ans, commis voyageur, rue du Bon- 
Pasteur, 3; 

Rossigneux (Auguste), 31 ans, comptable, rue Lafayette, 26; 

Garlod (Pierre-Alexandre), 47 ans, marchand de nouveautés, 
place de la Groix-Rousse, 11; 

Durand (Pierre-Sébastien) , 55 ans , officier de santé , rue 
Neuve, 30 ; 

Roux ; 

Bruyat (Jean-Pierre), 52 ans, balancier, rue de Marseille, 65 
(affaire Arnaud) ; 

Lentillon, notaire à Thurins (en prison au 4 septembre, affaire 
du sergent de ville Garican) ; 

Soubrat (Denis), 33 ans, dessinateur, place des Tapis, 6 ; 

Sous-comité de la guerre. 

Président. — Ganguet PieiTe), 42 ans, maître tisseur, rue Ri- 
vet, 10, actuellement encore en fonctions ; 



•216 L'INTERNATIONALE 

Favier (Antoine), 60 ans, relieur, rue Saint-Joseph, 19, ex-direc- 
teur du fameux cercle de la rue Orolce ; 

Andrieux (Louis), 81 ans actuellement procureur de la Répu- 
blique, à Lyon; 

Barodet (Désiré), 47 ans, ex-instituteur, rue de la Barre, 5; 

Velay (Benoît), 58 ans, ouvrier tuUiste, membre de l'Internatio- 
nale (réfugié à Genève, compromis dans l'insurrection du 
30 avril) ; 

Bonnet (Jean), 51 ans, tisseur, rue de la Madeleine, 10; 

Beauvoir (Charles-François), 58 ans, représentant de commerce, 
rue d'Algérie, 15; 

Hénon (Jacques), 71 ans, médecin, cours ^lorand, 56; 

Marinier (Jean-Baptiste), 2o ans, tisseur, cours Vitton pro- 
longé, 42; 

Tissot (Alphonse-Pierre), 42 ans, tisseur, Grande-Côte, 22, ré- 
cemment condamné à la déportation dans une enceinte for- 
tifiée ; 

Doublé (Jean-Baptiste), 46 ans, membre de l'Internationale, 
concierge du cimetière de Loyasse ; 

Borel (Jean-Claude), 71 ans, cordonnier, place Louis XIV, 16; 

Fournier (Léonard), mécanicien, employé dans le mouvement in- 
surrectionnel du 30 avril ; 

Sous-coniitê des intéi'êts publics. 

Baudy (François), 39 ans, cordonnier, rue Madame, 162 ; 

Garnier Barthélémy, 50 ans, tisseur, rue des Gloriettes, 9; 

Maire (César- Auguste), 50 ans, tisseur, grande place de la Croix- 
Rousse, 3 ; 

Jacques (François-Paulin), 44 ans, plus tard commissaire de 
police, aujourd'hui révoqué; 

Guillerme (Jean-Charles), 48 ans, restaurateui', rue Gari- 
baldi, 108 ; 

Grosbois (Pierre), 42 ans, fabricant de formes, passage de 
l'Hôtel-Dieu, 11; 

Michaud (Claude), 48 ans, lissevu', rue du Mail, 28; 

Josserand (Nicolas), 39 ans, parqueteur, route de Bourgo- 
gne, 13; 



KT LE JA(;:Oin.NISMK. 217 

Fournier (Edouard-Philibert), 48 ans, horloger ; 

Verrière (Guillaume-François), 60 ans, horloger, quai Saint-An- 
toine, 2; 

Vérat (Gaspard-Auguste), 58 ans, courtier en charbons, i-iic 
Vauban, 19, actuellemont conservateur des théâtres de Lyon ; 

Garnier (Pierre), apprcteur do tulles, rue Bugeaud, 15i (In- 
ternat.) ; 

Placet, graveur, rue Masséna, 58 (Internat.), décédé. 

Ghanoz (Jean-Baptiste), i2 ans lluternal.), tisseur, rue des 
Fantasques, 8 * ; 

Didier (Jean), 34 ans, rue Tramassac, 22, sculpteur, membre 
de l'Internationale; 

Archivistes. 

Ghapitet (Jean), 47 ans, teneur de livres, place du Perron, 1, 
compromis dans l'affaire du 23 mars, actuellement conseil- 
ler d'arrondissement (rue Grolée) ; 

Gharavey ; 

Membres sans attribution spéciale. 

Langiade, pharmacien, rue Thomasin,8; 

Vincent (Guillaume) ; 

Gros (Polydore), 42 ans, commis, quai de Serin, 40; 

Duguerry (Louis-Marie), 62 ans, tisseur, montée Rey, 5; 

Vaille (Pierre-Emmanuel), savetier, 60 ans, rue Pailleron, 15 ; 

Laurent, tisseur, montée du Gourguillon, 31 ; 

Gannet, (Ennemond), 39 ans, tisseur, rue du Pavillon; 

Ghol (Guillaume-Jean-Marie) , 40 ans (Internat.), cordon -liér, 

condamné à la déportation [affaire Arnaud) ; 
Cler (Pierre-Etienne- Jean), 63 ans, homme de lettres, chemin 

des Pins, 32 ; 
Gomte ;ELienne), 68 ans (Internat.), fabricant de navettes, rue 

d'Austerlitz, 17 ; 



' C'est à Chanoz que revient l'iionneur d'avoir conduit en prison l'ex-préfet 
du Kliône, M. Sencier, et d'avoir signé le registre d'écrou. Cet individu --e 
trouve impliqué dans l'iasurreclion de la Guillotière. 



218 L'INTERNATIONALE 

Michaloud (Jean-Marie), 42 ans, tisseui', rue de Sèze, 126 ; 

Henry (Louis), 54 ans, tisseur, montée Saint-Barthélémy, 34 ; 

Ohanal (François), 42 ans, papetier, rue Lafont, 18 ; 

Gastanier (Jacques), 45 ans, mécanicien, rue de Gondé, 33 ; 

Grestin (Melchior-François), 58 ans, médecm, £?rande rue de la 
Guillotière, 113 ; 

Bouvatier (Aimé), 44 ans, rue des Trôis-Pierres, 78; 

Gandy (Pierre), 50 ans, chauffeur mécanicien , cours La- 
fayette, 131 ; 

Ychalelte ; 

Bergeron (Joseph), 48 ans, tisseur, rue de la Terrasse, 4, l'un 
des émeutiers du 30 avril ; 

Vendry (Internat.); 

Montfouilloux (Etienne), 54 ans, tisseur, rue Bossuet, 110; 

Rafin (Etienne), 37 ans, tisseur, montée de Garillan, 11 ; 

Belon (Jean-Marie), 40 ans, ouvrier ajusteur, rue de Gondé, 10; 

Gottin (Pierre), 40 ans, tourneur sur cuivre, rue Saint-Geor- 
ges, 41; 

Ghavant (Jean), 59 ans, relieur, rue Sainte-Catherine, 15 ; 

Jeanin (Emmanuel), 37 ans, peintre -plâtrier, rue Sainte-Elisa- 
beth, 214 ; 

Vollot (Emile), 29 ans, pharmacien, Grande-Gôte, 9 ; 

Fouillât ; 

Varambon (Francisque), 40 ans, actuellement procureur général 
à Besançon ; 

Gharvet (François-Noël), 44 ans (Internat.), tisseur, ruû du 
Bon-Pasteur, 31, imphqué dans l'affaire Arnaud ; 

Pahx (Louis), 42 ans, tailleur d'habits, com's Vitton, 41 (In- 
ternat.), l'un des héros du 28 septembre. 

Tacussel (Louis-Joseph), 34 ans, serrurier, avenue de Saxe, 187 
(Internat.), membre de la commune révolutionnaire installée 
à la Guillotière le 30 avril, a lait partie de la Ligue du Midi ; 

Lombail (Internat.). 



ET LE JACOBINISME. Sl'J 



APPENDICE. 

Il nous a paru nécessaire de compléter par des renseigne- 
ments supplémentaires les quelques indications que nous avons 
déjà données sur le nombre, la situation et l'importance des di- 
verses sections de l'Internationale établies en France. 

Nous allons passer en revue les différentes villes où l'Inter- 
nationale avait réussi à s'implanter et dont il n'a pas été ques- 
tion dans notre premier ouvrage. 

CASTELNAUDARY. 

Dès le mois de mai 1867, un certain Nègre, se disant profes- 
seur en congé, et domicilié place du Collège, entrait en rela- 
tion avec le bureau de Paris. Le 14 mai, il écrivait à Chémalé : 

« Nous sommes ici quelques hommes qui, désirant prendre une 
part active à l'évolution qui, dans les deux mondes, porte 1^ 
classe ouvrière vers la conquête légitime de ses droits, avons 
formé le dessein de nous constituer en section de la société In- 
lernationale. Ayant écrit dans ce but, nous avons reçu de Lon- 
dres, de M. Eugène Dupont, secrétaire pour la France, une 
réponse par laquelle il nous conseille do prendre le titre de 
Société de crédit mutuel et nous engage à nous adresser à vous 
pour avoir les statuts et règlements des sociétés qui, sous ce 
titre, fonctionnent à Paris depuis trois ans. 

« Nous vous serons bien obligés de nous aider de vos conseils 
et de vos renseignements sui' le mode le plus efficace et le plus 
légal de constituer notre section. Nous vivons au sein d'une 
population très-arriérée, très-réfractaire à toute idée de progrès 
et de civilisation, très-dominée par le fanatisme et l'ignorance. 
Dans un tel milieu, il est de grande importance que nous trou- 
vions moyen d'avoir les apparences de la dégalité 

« Pour le groupe de première formalion. 

« Signé NÈGRE. » 



•220 L ' 1 M- K I { N A T 1 N A L E 

Quelques jours auparavant une lettre conçue dans des termes 
identiques avait été adressée au citoyen Beslay., rédacteur du 
Courrier Français. Elle portait les signatures suivantes : Nègre, 
professeur, Connac, Gaubcrt Jean, Busson. 

Enfin, le 22 mai suivant, Eugène Dupont portait à la con- 
naissance do la section de Paris qu'un bureau venait d'être 
formé à Gasteinaudary (Lettre du 22 mai 1(S67 au citoyen Ghé- 
malé). Il était donné lecture au Congrès de Lausanne (séance 
du 7 septembre) d'une lettre du professeur Nègre exprimant des 
vœux pour le succès de l'œuvre entreprise par l'Internationale. 

KUVEAU (Bouclies-du-Rhône). 

Nous avons déjà fait connaître qu'une section avait été orga- 
nisée, en 18G7; dans celte localité par le citoyen Vasseur, de Mar- 
seille, et que ce résultat avait été obtenu à la suite de deux grèves 
successives qui avaient éclaté parmi les ouvriers mineurs. Le 
bureau de Paris, représenté par ses correspondants, Varlin, To- 
lain et Fribourg, en avait profité pour réclamer en leur faveur 
l'appui moral et matériel des membres de l'Internationale 
et porter l'existence de cette grève à la connaissance de toutes 
les sections de l'Association. Voici en effet l'appel qui était pu- 
blié à cette occasion par le Courrier Français, l'organe spécial 
de l'Internationale à Paris, dans son numéro du 21 avril 1867, 

Association internationaie des travailleurs. 

(Bureau de Paris.) 

« Deux grèves successives ont éclaté parmi les charbonniers- 
mineurs de Fuveau (Bouches-du-Rhône). 

s 11 ne s'agitpoint d'une augmentation de salaire; ici encore, 
c'est une question de règlement non débattu et que la compa- 
gnie veut imposer. 

« Une première fois, un changement dans les heures du tra- 
vail de nuit avait amené la grève. Quoique ce changement dimi- 
nuât le temps du repos, les mineurs avaient été obligés de s'y 
soumettre. 



ET I.P: JACOniNlSMK. 22* 

« Un nouvel article ajouté à ce règlement, en aggravant encore 
leur situation déjà si pénible, a causé une seconde fois la ces- 
sation des travaux. 

« Quatre cents mineurs sont en grève depuis trois semaines. 
Dans cette crise douloureuse, les ouvriers de Fuveau ont donné 
l'exemple du plus grand calme, et prouvé ainsi (Qu'ils avaient 
conscience de leurs devoirs et de leurs droits d'hommes et do 
citoyens. 

« En conséquence, 

« \'u le paragraphe du pacte constitutif: 

« L'association considère comme un devoir de réclamer, 
« non- seulement pour ses membres les droits d'homme et de 
« citoyen, mais encore pour quiconque accomplit ses devoirs, j> 

Œ Le bureau de Paris porte le fait à la connaissance des bu- 
reaux de l'Association, avec la confiance que l'appui matériel 
et moral des membres de ladite association est acquis désor- 
mais aux mineurs de Fuveau. 

oc Pour la commission parisienne, les correspondants, 
« VARLIN, TOLALN, FRIBOURG.» 

Le 4 août 1867, le bureau de Fuveau était définitivement cons- 
titué ; son secrétaire correspondant, Antoine Barthélémy, écri- 
vait au citoyen Tolain la lettre suivante pour lui faire connaître 
les noms des membres de ce bureau. 



Association internationale des travaileurs. 

(Bureau de Fuveau.} 

Fuveau, 4 août 1867. 

« Monsieur Tolain, 

«Nous avons l'honne urde vous annoncer que le bureau de 
l'Association des travailleurs vient d'être ouvert à Fuveau ; 
depuis longtemps nous luttions et nous venons d'atteindre ce 
but. Au moment où nous écrivons ces lignes, notre secrétaire 
Barthélémy vient de recevoir de Londres l'appel du conseil 



!222 L ' I N T VA{ N AT 1 N A L E 

général au congrès de Lausanne Nous espérons y avoir un dé- 
légué. 

« Voici les noms des inemljres du bureau de Fuveau : 

a Secrétaire correspondant : Antoine Barthélémy ; 

a Trésorier correspondant : Mathieu Richaud ; 

« Président : Gervais Vidal. » 

Quchpies jours plus tard, Kugrne Dui)ont informait Chémalé, 
de Paris, que rinternationalc comptait 300 membres à Fuveau. 
Chémalé s'empressait aussitôt de leur adresser des carnets de 
l'Internationale. Cette section avait nommé un délégué au con- 
grès de Lausanne, le citoyen Barthélémy; mais ce dernier, faute 
de fonds, ne put se rendre à ce congrès et remit son mandat à 
Vasseur, de Marseille, qui fut ainsi chargé de représenter et la 
section de Marseille et celle de Fuveau. Voici dans quels termes 
Barthélémy expliquait cette détermination au correspondant du 
bureau de Paris, Chémalé : 

« Fuveau, 30 août 1867. 

Vous me parlez d'un délégué 

au congrès de Lausanne : c'est moi (pii ai été nommé, mais 
comme le bureau était formé nouvellement, et que les fonds 
nous manquent, nous avons envoyé notre mandat par le délé- 
gué de Marseille, Fuveau... L'année prochaine nous serons or- 
ganisés pour faire nous-mêmes la corvée. J'ai reçu les 350 car- 
nets, 

« Pour la commission. 

« Sir/iié : A. BARTHELEMY. » 

coNDÉ-suR-NOiREAU (Calvados). 

Cette section était représentée au congrès de Lausanne par le 
citoyen Longuet, délégué plus tard à la rédaction du Journal 
officiel de la Commune. 

Toussaint, l'un des membres de cette section, portait ce fait à 
la connaissance du bureau de Paris par une lettre écrite à Fri- 



ET LK JACOBINISME. 2I8 

boui'p:, l'un de ses correspondants, le 20 août 1867. Nous en 
extrayons les })assag'es les pins saillants : 

« Nous serons représentés cette année au congrès, avec Caen, 
})ar M. Charles Longuet, ancien secrétaire i)0ur la Belgique 
près le conseil conti'al de Londres. 

« i\I. Ch. Limousin lait-il encore partie de notre association ? 
J'ai vu avec peine son nom figurer parmi les rédacteurs du Sid- 
clc, ce journal nous étant hostile, je crois. 

« Notre association a fait peu de progrès dans notre localité, 
mais maintenant, avec l'appui du Courrier français, j'espère, 
en le propageant , faire de nouvelles recrues. 

« Siffné : TOUSSAINT. . 

viK.NAE (Isère). 

Pour compléter ce que nous avons déjà dit sur l'origine de 
cette section, nous devons signaler que c'est à l'instigation des 
ouvriers lyonnais et par leur intermédiaire qu'elle fut organisée 
au mois d'août 1867. 

Cette section comprenait 5 à 600 membres divisés par groupe 
de 20 membres ; chaque groupe avait une caisse particulière. 
La cotisation mensuelle était do 30 centimes : chaque socié- 
taire était tenu le jour de sa réception de verser 1 fr. 25 cent, 
comme droit d'entrée. Elle était administrée par un comité di- 
recteur élu et composé de 18 membres. Ailloud en avait été 
nommé président; Vaganey, trésorier, et Marcheval, tisseur, 
(juai de Gère, 5, secrétaire correspondant. 

Cette section était en fréquentes relations avec le bureau de 
Paris. 

AMIENS. 

Les débuts de la section d'Amiens furent assez laborieux. 
Dès le 12 mars 1867, un certain Frédéric Petit se mettait en 
rapport avec le bureau de Paris et lui adressait la lettre sui- 
vante : « Quatre ou cinq travailleurs qui désireraient s'affdier à 
V Association internalionalo m'ont chargé de prendre les ren- 
seignements nécessaires pour cela. 



284 L'INTERNATIONALE 

« Le Courrier ïi'onf^'iiis, à qui J'avais écrit, me priedem'adres- 
ser au bureau de Paris. 

« Quelle serait la situation de ces travailleurs isolés par rap- 
port à l'Association ? Quels liens les y rattacheraient? Quelles 
communications recevraient-ils des travaux de l'Association? A 
quel groupe auraient-ils à se rattacher, et quelle part pourraient- 
ils prendre dans leur isolement aux délil)érations des adhérents 
français de l'Association? A qui enfin devraient-ils adresser leur^ 
cotisations et quelle en est l'importance? j> 

Le correspondant du bureau de Paris s'empressa de lui 
adresser avec les renseignements demandés plusieurs exemplai- 
res des statuts de l'Association. Le citoyen Petit se mit aussitôt 
à l'œuvre et lit de pressantes démarches auprès de plusieurs 
corporations d'Amiens, notamment celle des typographes, pour 
les entraîner dans l'Internationale. Mais ses tentatives échouè- 
rent en partie, et le 21 avril, il n'avait encore recruté que neuf 
adhérents. Il était convenu qu'en attendant que le premier 
groupe amiénois fût assez nombreux et eût réuni des éléments, 
assez lettrés pour organiser avec fruit un bureau de correspon- 
dance, les adhésions et cotisations seraient envoyées au bu- 
reau de Paris, et qu'Amiens serait une annexe de ce bureau 
(Lettre de Petit à Chémalé, 7 avril 1867). 

Quelques jours plus tard; paraissait dans le Courrier fran- 
çais l'acte d'adhésion de ces neuf adhérents. Voici cette pièce 
qui offre au point de vue de l'histoire de l'Internationale en France 
un certain intérêt. 

Atts membres de l'Association internationale formant le bureau 

de Paris. 

(Les Iravailleurs soussignés résidant à Amiens.) 
a Ghers citoyens, 

a Paul Caruelle, ajusteur, rue des Corroyers, 141 ; 

<r Raoul Caruelle, mouleur, id. id. ; 

a. Firmin Sinet, cardier, rue du Béguinage, 3 ; 

a Auguste Vimeux, peigneur, rue Neuve-de-Gouty, 23 ; 

« Léopold Durier, liquoriste, rue Septenville, 25 ; 



1 : T L !•; .1 A C U It I \ 1 < M E. 22r> 

« Airwible Maicliiiiid, inoiiloui', routu d'Albert, ÏJ2 ; 

« J. B. Tassencourt, iiié^issier, rue de l'Union, 27; 

« Lucien Boulanger, impasse Sans-Boutons, 29 ; 

« Alphonse Lngan, ébéniste, rue du Lycée, 30. 

« Voulant al'lii'nier la solidarité qui les unit à tous les li-avail- 
leurs, sans distinction de profession ou de nationalité, et con- 
courir d'une manière orfective au mouvoment d'émancipation 
économique et sociale qui doit relever les ouvriers d'un servage 
séculaire. 

«[ Adhèrent à la déclaration de principes du congrès de Ge- 
nève du 3 septembre 1866, et aux statuts et règlements élabo- 
rés par les délégués au congrès. 

« Ils demandent en conséquence à être admis à titre de colla- 
borateurs par le bureau de Paris, aucfuelils désirent se ratta- 
cher par des liens fraternels, en attendant que les travailleurs 
aniiénois, éclairés sur leurs véritables intérêts, répondent à leur 
appel, et se ralliant à leur initiative, permettent d'organiser le 
bureau particulier delà section d'Amiens. 

« Amiens, le Hl avril 1867. ^ 

« Ont signé: R. CARUELLE; P. CAHUELLE ; F. SINEÏ ; 
AiMALLE MARCHAND ; Auguste VIMEUX ; BOULANGER; 
A. LUGAN ; DURIER ; TASSENCOURT. « 

tt Le siège de correspondance est provisoirement établi chez 
M. Frédéric Petit fils, à Amiens, 47, rue du L^'cée. » 

Ce dernier avait eu soin d'expliquer à Chémalé que les adhé- 
rents auraient été plus nombreux, si l'on avait voulu accepter les 
cotisations de ceux qui refusaient de donner leur signature de 
peur de se compromettre ; mais il avait cru ne devoir admettre 
que ceux qui avaient eu le courage de montrer leur visage. 
(Lettre de Petit à Chémalé, 25 avril 1867.) 

Le 5 mai, les adhérents amiénois, imitant l'exemple de leurs 
frères de Paris, élevaient la voix pour protester contre les exci- 
tations belliqueuses d'un chauvinisme arriéré. Nous reprodui- 
sons celte )iroLestation. 

•ir. 



.Ittô 1. ' 1 N l' 1^ l\ N A 1" 1 ( > N A L E 

Association internationale des travailleurs. 

Section il'Aiiiifiis. 

« Amiens, 5 mai 18bT. 

« Los travailleurs aiaiénois, membres de l'Association inter- 
nationale, saluent avec joie les espérances et les manifestations 
pacitiques qui s'aflinnent chacjue jour davantage. 

<t Comme leurs frères de Paris et de Berlin, ils s'élèvent avec 
énergie contre les horreurs que ferait surgir une guerre entre 
la France et l'Allemagne. Ils savent que c'est du meilleur sang 
des travailleurs que s'arrosent les champs de bataille, sur les- 
quels ne croît jamais que le droit du plus fort, et préfèrent au.K 
lauriers stériles d'une gloire douteuse et inhumaine, les fruits 
féconds de la paix. 

« La guerre, cet apanage des temps barbares, aurait, aujour- 
d'hui surtout, les conséquences les plus funestes. Elle ne ferait 
«{n'apporter une diversion fâcheuse aux problèmes économiques 
et sociaux que les peuples cherchent avec ardeur à résoudre, et 
reculer pour longtemps peut-être une solution qui s'impose aux 
classes laborieuses de toutes les nations dont les intérêts sont 
partout solidaires. 

« Les travailleurs soussignés ont conscience de faire acte 
de patriotisme et d'humanité en opposant aux excitations bel- 
liqueuses d'un chauvinisme arriéré une énergique protesta- 
tion. 

a Paul GAHUELLE, ajusteur ; R\oul GARUELLE, mou- 
leur ; A. LUGAN, ébéniste; J.-B. TASSENGOURT, mé- 
gissier; A. MARGHAND, mouleur; 0. ROHANT, mé- 
gissier ; E. SLNET, cordier ; J01JRDAL\, mégissier ; 
VIMEUX, peigneur. » 

En dépit de toutes ces déclarations, la situation de la section 
d'Amiens était des plus précaires : témoin la lettre écrite 
le 7 mai, par son secrétaire-correspondant, où nous trouvons 
ce passage signiticatif : 



KT LE JACOBlNlb.MK. 2i'- 

K Le bureau d'Amiens a bien de la peine à se constituer [tar 
suite du petit nombre, de l'insuflisance des éléments et du peu 
de zèle de cpielques-uns. » 

Il ajoutait : « Les jours '1^ réunion ont cependant été lixés ; 
le règlement particulier du bureau de Paris a été adopté. Le 
chiffre ou droit d'admission et de la cotisation hebdomadaire est 
le même que celui qui avait été spontanément adopté. .. Vous 
avez reçu une adresse en faveur de la paix émanant du bureau 
d'Amiens. J'ai cru ({u'il était l>on que lapj'ise de possession d'A- 
miens par Vlntovnnliunah' lut al'lliniée ouvertement et avec un 
certain éclat. Ne l'audrail-il pas que le Courrior français el les 
autres publications à notre disposition reproduisent cette mani- 
festation? Notre bureau ne compte encore que douze adhérents; 
prochainement aura lieu le choix définitif de la commission et 
des correspondants. » 

Désormais l'activité de ce bureau ne se révèle plus (jue par 
quelques actes isolés, tels que : adhésion au banquet commémo- 
ratif organisé , le 14 juillet 1867, par la section de Paris, demande 
de statuts, appel en faveur de la g'rève des ouvriers teinturiers en 
coton d'Amiens. 

Il ne put se l'aire représenter au congrès do Lausanne : son 
organisateur, le citoyen Petit, était forcé d'avouer dans deux let- 
tres successives écrites à Ghémalé (22 août et 4 décembre 1867) 
que le bureau d'Amiens n'avait pris aucun développement, et 
qu'il serait difficile qu'il se recrute parmi la population ouvrière 
de cette ville, a l' abrutissement, l'ivrognerie générale des 
travailleurs rendant le progrès des idées très-lent, pour ne pas 
dire impossible. » 

Plus tard ses membres songèrent à organiser une société coo- 
pérative de boulangerie et un cercle du Progrès social; mais par 
suite du veto administratif,ce projet ne put être mis à exécution, 
et les poursuites exercées contre le bureau de Paris vim-ent com- 
pléter la désorganisation d'une section qui ne fut jamais d'un 
puissant secours pour propager les idées et les doctrines de l'In- 
ternationale '. 



1 Dès le mois de juin. Paul Caruelle avait été nommé secrétaire correspondant 
du bureau d'Amiens. 



226 L ' 1 N T E 1 V N A 1 1 U N A L K 



NEUFCHATEAU. 

La section de Neulchâteau est toujours restée stationnaire. 
Constituée dans les premiers jours de 1867 à l'instigation 
du citoyen Emile Lefebvre, elle n'a jamais compté que huit 
membres dont les cotisations étaient adressées au bureau de 
Paris, chargé de les faire parvenir au conseil central de Lon- 
dres. 

CHOLLET (Mahie-et-Loire). 

Des tentatives d'affiliation à l'Internationale avaient eu lieu 
dans cette ville par les soins du nommé Barré, secrétaire de la 
société d'épargne et de crédit des ouvriers tisserands ; le nou)- 
bre des adhérents recrutés dut être des plus insignifiants, la 
soction de GhoUet n'ayant jamais donné signe de vie. 

LisiEUx ((^alvados), 

La ville de Lisieux, qui compte six mille ouvriers environ, 
a toujours été un des centres les plus actifs de l'Internatio- 
nale. En 1866, elle était parvenue à y étabhr une section dont le 
citoyen Duhamel avait été nommé secrétaire correspondant. Le 
bureau de Paris avait été chargé de donner à ce dernier tous les 
renseignements nécessaires pour l'organisation de ce nouveau 
groupe. A chaque adhérent, écrivait Fribourg à Duhamel, vous 
demanderez son nom, sa profession, sa demeure, et vous le por- 
tere sur un livret spécial ainsi que le numéro matricule de la 
carte, et sur la carte vous n'aurez qu'à mettre le nom de l'adhé- 
rent ainsi que la somme qu'il a versée. 

La section de Lisieux échangeait à cette époque une corres- 
pondance des plus actives avec Eugène Dupont. En 1867, Duha- 
mel adressait au Conseil général un état sommaire de la situation 
et des ressources pécuniaires de la section. 

Elle périclita après les poursuites dirigées contre les interna- 
tionaux parisiens, mais rintcrnationnlp n'en a pas jnoins ton- 



i;r m: ,iA<;r)i!i n i s mh :;-2'' 

jours (^oas(M'V(' (l(^ iiciinhi'ouscs raiiiilications dans (•elle villi' iii- 
(lusli'icllo, ot aujourd'hui oucoi'e elle y coiuijIo des adliôrenls par 
centaines. 

Nous devons ajouter qu'au mois d'avril 1871 l'inteiiiatioualc 
a essayé de provoquer des soulèvements parmi la population ou- 
vrière de Lisieux ; que la présence de ses agents y a été constalôe, 
mais (lue tous les efforts faits par eux pour y faire proclamor 
une commune révolutioiuiaire sont demeurés sans résultat. 



CAEN. 

Pendant longtemps l'Internationale a été représentée à Oaon 
par le citoyen Edouard Talbot, devenu au mois de février 1871 
rédacteur du journal le Franc-Parleur do Caen el condamné 
récemment pour délit de presse à une année d'emjn'isonne- 
ment. 

Nommé secrétaire correspondant de la section de Caon, il 
écrivait, en 1867, à Duhamel, de Lisieux, une lettre où l'on re- 
marque ce passage : 

<c M. Fribourg, graveur à Paris, m'a fait savoir que vous êtes 
correspondant de l'Internationale à Lisieux comme je le suis 
moi-même à Caen Si vo^.^ manquiez de cartes de sociétai- 
res, je suis à même de vous en envoyer. » 

ce <Si'^;2é; TALBOT. » 

NEUVILLE-SUR- SAONE (RhÔnc). 

L'Internationale s'était implantée à Neuville dès les premiers 
jours de l'année 1866 ; elle y avait étabh une section forte de 
six cents membres ; Eugène Benière en avait été nommé secré- 
taire correspondant \ C'est en cette qualité qu'il écrivait, 
le 14 juin 1867, au citoyen Ghémalé de Paris pour lui annoncer 
qu'une section de l'Internationale venait d'être constituée à Tour- 
non (Ardèche). Plus tard, le 4 décembre 1869, Varlin lui notifiait 
officiellement la constitution de la fédération parisienne et la no- 
mination de ses secrétaires correspondants. 

Nous retrouvons le citoyen Eugèno Benière dans une réunion publique 



i:<0 l.'INTF.rîN AT[O\■.\Î.F 



FLEURIEU-S(;R-SA0NE (Rhône). 

L'Internationale comptait encore des adhérents à Flenrien, pe- 
tite commune des environs de Neuville : elle y était représentée 
f/jciellement par Louis Baudrand. 

TOUR NON (Ardèche). 

La section de Tournon a été organisée, le 10 juin 1867, par 
deux délégués de Lyon et Neuville, Albert Richard et Benière. 
Elle comprenait un noyau de quarante-cinq membres, tous ou- 
vriers imprimeurs sur étoffes. 

Baudrand et Benière s'empressaient de télégraphier ce résul- 
tat au bureau de Paris; ils réclamaient l'envoi de carnets afm de 
pouvoir remettre à ces nouveaux sociétaires une pièce niithonti- 
que établissant leur titre d'adhérents à l'Internationale. 

« Par notre active propagande, écrivait Baudrand à Varlin, 
le 15 juin 1867, et les connaissances que nous faisons tous 
les jours nous sommes invités par une quarantaine d'amis de 
Tournon à les former en section de l'Association interna- 
tionale le 10 juin. Etant dépourvus de tout titre international, 
je viens vous demander l'envoi de 50 carnets de l'Interna- 
tionale. 

« Salut et fraternité, 

a Louis BAUDRAND » 

Le 14 juin suivant, Benière rendait compte en ces termes à 
Chémalé de son voyage à Tournon : 

a Nous avons réussi à jeter les premiers fondements de 



électorale tenue, le "l avril 1870, à Neuville, traitant la question de l'organisation 
dans l'agriculture du crédit mutuel et liLre pour li^s travailleurs pauvres afin de 
leur permettre d'acquérir l'outillage. [1 ajoutait que, dans tout programme poli- 
tique, il est certaines questions dont la solution ne peut être l'œuvre que des 
intéressés, telles que l'organisation du travail, ses rapports avec le capital, le 
libre échange, ainsi que le fonctionn-îment du crédit et de la mutualité parmi 
les travailleurs {Progrès de Lyon, 6 avril I870u 



Kl LK ,IAt:OUINlSM i;. 231 

notre œuvre avec un succès au-dessus de nos espérances, eu 
égard aux mœurs et à l'état des esprits de ce pays. 

alla été formé un conseil qui nous donne la certitude, par sa 
composition comme hommes, d'une grande extension de nos 
principes, dans un avenir très-prochain. 

« Nous leur avons remis des cartes d'adhésion de la section 
lyonnaise dont les délégués avaient eu le soin de se pourvoir à 
cet effet. 

« Pour la section de Neuville, 

-c Eugène BENIÈRE 
« Secrétaire correspondant. >< 

Quelques jours plus tard, Baudrand adressait à Chémalé une 
lettre du président de la section de Tournon, avec prière de la 
faire insérer dans le Courrier français, en évitant toiitetois d'- 
compromettre le président. % 

Il recommandait à Chémalé d'écrire à ce dernier une lettre 
bien assaisonnée d'énergie . 

Nous devons ajouter qu'au congrès de Lausanne (séance 
du 7 septembre), une protestation contre un acte arbitraire de 
la police de Tonrnon était déposée sur le bureau du congrès 
])ar les délégués Palix et Schettel de Lyon, Chassin, de Ville- 
i'ranche, Rnbaud, de Neuville-sur-Saône et AHIoud, de Vienne. 
Voici les termes de cette protestation : 

« La section de Lyon a a se plaindre d'un abus de pouvoir 
de la part d'un commissau'e de police de Tournon (Ardèche). 

■i Ce monsieur, ayant appris qu'une section se formait dans 
cette localité par l'intermediau'e de la section de Lyon et des 
sections voisines, s'est permis de faire arrêter le citoyen 
Richard^ délégué lyonrjais. Mais après diverses explications 
fournies par ce dernier, le commissaire a pourtant eu la cour- 
toisie de le relâcher. Ouehpies jours après, il faisait compa- 
raître devant lui les adhérents de Tournon et leur faisait 
déposer leurs cartes. Donc, abus de pouvoir. 

« C'est pour ce motif que le délégué Palix et ses cosigna- 
taires réclament du congrès ime protestation énergique con- 
tre un employé d'administration qui, en outre-passant son 



2S2 L'IXTF.RNATIONALK 

mandat, a paralysé l'initiative individuelle et les intérêts mo- 
raux et matériels d'un nombre important de citoyens. » 

Le Congrès, à l'unanimité, déclare se joindre à la protestation 
formulée dans cette pièce. 

ROUBAIX. 

En 1867 , loi-S de la grève des ouvriers roubaisiers, 
Charles Lécluse, demeurant à cette époque, rue de Beaunard, 
au Grenadier-Français s'occupait activement de la constitution 
d'un comité. Quelques extraits des lettres qu'il adressait à cette 
époque aux membres du bureaju de Paris ne peuvent laisser 
aucun doute à cet égard. 

Ainsi, dans les premiers jours d'avril, il faisait connaître à 
Chémalé son intention d'organiser à Roubaix une section de 
l'Internationale. 

tt Nous avons l'intention, écrivait-il, de fonder une association 
ici ; depuis dix-huit mois une petite réunion d'amis a lieu sous 
le titre Association bibliophile ; nous avons pour prétexte 
une bibliothèque en cas de malheur. J'ai proposé aux amis 
qui font partie de celte réunion d'établir une section, d'adopter 
votre règlement, suivre vos principes de solidarité et de nous 
tenir la main en toutes circonstances. Nous ne recevrons dans 
notre association que des amis de notre sentiment. La liberté 
et la solidarité, voilà notre devise... 

a Votre frère, 

« LÉCLUSE. » 

« 15 avril 1867. 

(i Nous sommes en train de constituer un comité, mais comme 
nous ne sommes pas très au courant de ces sortes de choses, 
nous voudrions que vous nous fassiez parvenir immédiate- 
ment les renseignements nécessaires, ainsi que vos statuts et 
règlements. 

« Je suis allé à Lille voir des amis qui m'ont aussi promis 
leur aide. 



l'.T l.!: ,1 \ (;<>i:i\lS M !•:. 233 

Cl J'ai vu M. Ma/urc, l'édaclt'ui- en clu'l'dii l'i-oiji-rs du .'S'ord, 
qui m'a promis toute sa satisfaction à cet égard, s 

Le 20 avril, ilinibrmeChémalé ({u'aussitôtlo comilô constitué, 
il enverra les noms et adresses des amis qui en font partie. Il 
ajoute qu'il fera tous seseffoi'ts pour les faire abonner au (lour- 
l'iev français, afin (//l'ils piiisscjif /jrondrc avis dos Ijcanx ar- 
ticles qu'on y rencontra souvent et (/u'on a tant de plaisir à lire, 
principalement ceux de MM. Vermorel et Duchêne {sic). 

Le 21, il lui réclame instamment l'envoi de statuts jwo«7' /;o//- 
Yoir organiser leur association sur la même échelle c/ue la leur. 
Beaucoup d'amis de Lille et do Rouhaix, lui écrit-il, sont très- 
contents de faire une association. 

Le 4 mai, il lui annonce que le ministre de l'intérieur vient 
d'appeler sur lui l'attention du préfet du Nord et que le com- 
missaire central de Roubaix a été cliargé de procéder à une en- 
quête sur son compte. 

Il ajoute : « Quant aux carnets, règlements et statuts que 
vous m'avez envoyés, je n'ai rien reçu. Vandal aura sans doute 
agi en cette circonstance; car c'est de là le rapport du ministre ; 

nous reprendrons notre revanche un jour, Vandal sois-en 

sûr nous ne t'oublierons pas. -> 

Les 11, 22 et 28 juin, nouvelles lettres de Lécluse 

à Chémalé pour lui rendre compte du résultat de ses efforts et 
de sa propagande. 

« 1 1 juin 1S67. 



« Dimanche, 9 courant, j'ai été voir de nouveau M. Mazure; il 
est enthousiasmé de l'Association internationale. Je crois qu'il 
se décidera à former un bureau à Lille. » 



« 2^2 juin 1867. 

« Notre petit comité s'organise très-bien ; j'espère que nous 
réussirons à établir une section à Roubaix. Ces messieurs de 



2S4 L'INTERXATIONA L F, 

Lille sont, d'avis de commencer, je leur ai remis un carnel et 
des statuts. Je crois que M. Mazure s'en occupera ; il est pos- 
sesseur de la lettre par laquelle vous demandez de nous rrunir, 
les villes de Lille, Tourr.oins: el, Houbaix. 

•< -18 juin 1867. 

« M. Mazure m'a promis d'insérer toutes les correspondances 
qu'on voudrait bien lui envoyer ; vous pouvez expédier de nou- 
veaux carnets. 

" Nous sommes une douzaine pour le comité. Adressez les 
carnets chez notre secrétaire Philippe Paul, 48, rue de Tour- 
coing. 

« Pour le comité, 

" LÉCLURE. . 



LE HAVHK. 

Au mois d'avril 1867, un ouvrier de l'imprimerie Fournier, le 
nommé Lefebvre, signalait aux membres correspondants du bu- 
reau de Paris, la présence au Havre d'un groupe d'ouvriers dis- 
posés à adhérer à l'Internationale. Il demandait l'envoi de sta- 
tuts et la marche à suivre pour constituer une section. Nous ne 
pouvons indiquer si ce projet a été réellement mis à exécution. 



ANNEXES 



PIÈCES ET DOCUMENTS J[JSTIFICATIFS 



Toutes oes pièces ont été classées en suivant l'ordre dans lequel 
elles ont été citées dans l'ouvrage. 



ANNEXES 
PIÈCES IT DOCUMEINTS JUSTIFICATIFS 

PIÈCE A. 



LIGUE INTEKNATIONALE DU UESAHMEMENT, 



ha. cause première de la guerre, 
c'est l'armée. 

u Considérant : 

« Que l'axiome : Si vis paccin, pnvn bolhnii (Si vous voulez la 
paix, préparez la guerre) a jusqu'ici reçu des événements le plus 
complet démenti; 

« Que les armées permanentes, loin d'être un gage de sécurité 
pour chaque nation, sont, au contraire, devenues, par suite de la 
surexcitation belliqueuse qu'elles développent chez l'homme enrégi- 
menté, une occasion de conflit, un défi continuel jeté aux nations 
voisines; 

« Que ce système d'armement tend à faire prévaloir l'idée de 
/b/'ce sur l'idée de (iroiY; 

« Qu'au point de vue politique, la paix armée, fausse dans son 
principe, funeste dans ses résultats, a pour conséquence immédiate 
de déterminer chez tous les peuples un armement excessif ; 

« Que, d'une part, un tel ordre de faits ne pouvant se continuer 
sans amener la ruine des peuples, et que d'autre part, ces efforts 
ayant trop coûté aux nations pour qu'on puisse les déclarer inutiles, 
la conquête devient l'idéal de chaque armée ; 

« Qu'au point de vue économique, l'homme arraché violemment 
à la vie sociale, aux habitudes du travail, livré sans réserve au 
culte de la force, revient difiicilement à sou premier état ; 



038 L'INTERNATION ALL: 

« Qu'ainsi, uou-seulcmcat ce système arrête la production dans 
le présent, mais encore l'entrave dans l'avenir; 

(' Considérant, en outre, que si, dans l'état actuel de l'Europe, il 
est des circonstances où la justice, la liberté, la dignité et l'indé- 
pendance nationales ne peuvent trouver de sanction que par les 
armes, les milices nationales offriraient en cas d'agression, par la 
levée en masse et l'élan spontané des citoyens, plus de garanties 
jiour la sécurité des peuples que le militarisme professionnel, (pjii 
consomme en pure perte les ressources de la nation, 

« Les soussignés déclarent : 

(( Réprouver énergiquement le système actuel d'armement qui, 
faisant de la guerre un métier, rend la guerre inévitable; 

« Protester contre les armées permanentes et réclamer, comme 
moyen transitoire, l'organisation des milices nationales, moyen le 
plus eflicace de détruire à tout jamais la prépondérance de la force 
brutale sur la puissance intellectuelle et morale des peuples. 

« Désarmement général, organisation des milices. Telle est la 
devise inscrite sur notre drapeau. » 



COMMISSION h INIllATIVK. 

France. — MM. Ch. Beslay, propriétaire, 11, rue Oberkampf; 
— E. Fribourg, graveur-décorateur, 44, rue des Gravilliers; — E. 
Chémalé, dessinateur, 64, rue de l'Ouest ; — H. Tolain, ciseleur, 
24, rue Saint-Lazaie ; — P. Gautier, bijoutier-employé; 4, rue 
Sainte-Opportune; — G. Laplanche, sellier-carrossier, 1, rue 

Gauthey. 

Allemagne. — MM. Schily, avocat, 4, rue Saint-Quentin; ~- 
Hugo Rothschild, négociant, 54, rue Lafayette. 

Angleterre. — M. Cowell Stepney, 6, Witton Terrace, Palace 
Rood, London. 

Belgique. — M. Louis Debock, typographe, 5, rue Vincent. 

Hongrie. — MM. Pompéry, 41, rue des Acacias ; — Karoly Dras- 
kulcs, 47, rue des Acacias. 

Danemark. — M. L. Petersen, fourreur. 

Russie. — iNL Reinfeld, ébéniste, 18, rue d'Aval. 

Suède. — M. Wollin, tailleur, 14, rue d'Argenteuil. 

Suisse. — M. Antoine Muller, Zurich. 

Les souscriptions, ainsi que les listes d'adhésion, sont provi- 
soii'ement reçues, 54, rue Lafayette, chez M. Hugo Rothschild. 

Lé versement minimum unique est iixé à 10 centimes *. 



' Celte ligue u'était que la mise en pratique des résolutions adoptées contre le? 
armées permanentes par le congrès de Genève. 



ET LF. .lACOBINISME. 239 



il 



AS SOCIATION INTERNATIÛNALB DES TRAVAILLEUnS 

(Bureau de Paris.) 

« 26 avril 18b7. 
« Ouvriers de Berlin, 

<' Nous avons reçu avec joie votre salut pacifique; comme vous, 
nous ne voulons que la paix et la liberté. 

" Comme citoyens, sans doute, nous aimons la mère-patrie ; 
mais quand l'esprit du passé essaye d'éterniser les préjugés, quand 
les adorateurs de la force veulent réveiller les haines nationales, 
ouvriers, nous n'oublierons jamais que le travail qui nous fait tous 
solidaires ne peut se développer que par la paix et la liberté. • 

a 11 ne s'agit point de décider par les armes la nationalité d'un lam- 
beau de territoire, mais bien de réunir nos efforts pour y faire 
régner l'équité. 

« N'avons-nous pas à combattre assez de causes de misères, de 
souffrances, assez de malheurs immérités, sans aller de nos pro- 
pres mains détruire et dévaster ; laissant le champ on friche, la 
machine inerte. 

« Vainqueurs ou vaincus nous n'en serons pas moins victimes. 

« Le travail, c'est le devoir et le droit. C'est la loi de l'homme 
moderne. 

a La guerre entre peuples ne peut être considérée que comme 
une guerre civile, un recul de la civilisation. 

« Ouvriers d'Allemagne ou de France, nous n'avons pas trop d(! 
toutes nos forces et de toutes nos énergies pour nous organiser en 
vue dli travail et de l'échange. 

« Nous voulons la paix et la liberté. 

« La paix! pour produire, échanger ensemble. 

« La liberté! pour établir entre nous des relations toujours plus 
intimes, plus pacifiques; car à mesure que nous nous connaissons 
mieux, nous nous estimons davantage. 

« Frères de Berlin, frères d'Allemagne ! C'est au nom de la soli- 
darité universelle, invoquée par ÏAssocialiou iniernulionale, que 
nous échangeons avec vous le salut pacifique qui cimentera à nou- 
veau l'alliance indissoluble des travailleurs ! 

« Pour la commission parisienne . 
« Les covresporiclatits : TOLAIN» FRIBOURG, VARLIN. » 



-240 L ' 1 N T !•: 1 ; N A T 1 1 > N A L, L 



III 



LES SECTIONS DE LYON ET DES ENVIRONS , DE L ASSOCIATION INTERNA- 
NATIONALE, AUX TRAVAILLEURS DE RERLIN ET d'aLLEMAGNE. 

« Frères! 

« Encore une fois, l'Europe s'ag-ite épouvantée dans la crainte 
d'une guerre entre deux des peuples les plus puissants et les plus 
avancés de la terre. De l'un et de l'autre côté du Rhin, des cris de 
cannibales se font entendre ; on cherche à réveiller ces vieilles et 
absurdes rancunes nationales qui ont toujours fait le malheur 
des peuples. Jusq\i'à quand donc serons-nous les jouets du pré- 
jugé? jusqu'à quand donc laisserons-nous nos fils et nos frères 
aller engraisser de leur sang et de leurs os le terrain des champs 
de bataille, pour y faire germer le despotisme et la misère? 

« Elevons nos voix et nos cœurs, travailleurs d'Allemagne qui 
souffrez des mêmes maux et réclamez les mêmes droits que nous ; 
que le monde entier sache bien que ce n'est pas nous, nous la por- 
tion la plus nombreuse et la plus utile de la population, qui vou- 
lons la guerre. Et par-dessus les ambitions des grands, les colères 
des lâches et le fanatisme des ignoi'ants, tendons-nous la main en 
jetant un cri de réprobation qui soit un jour notre signal de rallie- 
ment dans le champ fertile de la solidarité. 

« Albert UICHAIID ; Louis FAURE; A.-P. BLANC; SCHET- 

TEL; Louis PALIX; DOUBLÉ; BENIÈRE »; BAUDRAND ; 

MARCHEVAL °-. » 



PIEGE B. 

ASSOCIATION internationale DES TRAVAILLEURS. 

(Branche française de Londres.) 

" Aux révolutionnaires ! 

(' Le meeting commémoratif des glorieuses journées des i2-2, 28 
et U février 1848 aura lieu le lundi, 24 février 1868, à Cheveland 
Street, Fitzroy square, à huit heures du soir. 

' Butiiére remplissait les fonctions de secrétaire correspondant de la section de 
-Neiiviile-sur-Saône. 

- Uaudrand était secrétaire correspondant de celle de Ileurieu-sur-Saùne, Mar- 
cheval, tisseur, quai de Gère, iJ, de celle de Vienne (Isère). 



KT l.K .1 ATOI! IM SMK. 241 

[>es riloyciis de tous pays, nmis de la l'évolution, sont invités à 
y .issister. — Entrée libro. 

.. Si;j„r : KudKNK DUPONT. BKSSON, 
LE l.UBEZ, etc., etc. » 

l'IÈGE C. 

PROTESTATION DU (illOljl'K (■F;m;vOIS CONTUK I,KS JUr.KMEXT'ï PF.c. DF.IX 
PHEMIÈRES COMMISSIONS I)i: HUREAU UK PAIllS. 

" Ouvriers ! 

'( Le lu juin, les membres du bureau de l'Association interna- 
tionale de Paris ont vu confirmer le jugement du 20 mars, qui les 
condamne définitivement à trois mois de prison et 100 francs d'a- 
mende, pour avoir aidé et secouru leurs frères, les ouvriers de 
Genève, en temps de grève, et, comme le dit l'arrêt de la Cour, 
pour avoir eu pour but l'amélioration de la condition de tous les ou- 
vriers, sans distinction de nationalité, par la coopéi'ation, la pro- 
duction et le crédit. 

« Cet arrêt est une déclaration de guerre aux idées sociales et 
aux principes de la Révolution de 89, comme l'ont très-bien dit 
les accusés Varlin et Combault dans leur défense. 

« Apparemment, on ne se gène plus! On a jeté le masque et l'on 
nous dit franchement : Nous vous croyons sincères, moraux, sé- 
rieux ; mais nous ne pouvons admettre que vous preniez en main 
le maniement de vos affaires, que vous étudiiez votre position 
et que vous aspiriez à la solution du grand problème : l'établisse- 
ment de l'ordre, de la justice, de l'égalité et de la fraternité dans 
l'humanité. 

X Cet arrêt monstrueux , qui s'appuie sur une loi tombée en 
désuétude, n'a rien qui doive nous étonner de la part de gens qui 
se sont agenouillés devant tous les pouvoirs ; aussi nous di- 
sent-ils : 

« Vous autres ouvriei's , vous êtes esclaves et vous i-esterez 
esclaves; car tel est notre bon plaisir. C'est une loi naturelle que 
le riche exploite le pauvre, ({u'il vive à ses dépens. » 

« Ouvriers, 

« En face de tels procédés, quel est notre devoir? 

« Certes, d'invoquer d'abord contre les actes d'une telle magis- 
trature l'indignation publique, d'en appeler à tous les hommes hon- 
nêtes, sans exception de parti , puis de prouver, par un surcroit 
d'énergie, ijuc nous ne sommes pas les indignes confrères de 

16 



-'42 1/ 1 N T E H X A T 1 N A L E 

ces défenseurs héroiqurs de la cause du iicuplc, et .[iie iiou .^ nu les 
laisserons pos seuls sur la Jjrèchc. Noti-e honneur, surtoul à nous 
ouvriers de Genève, est enyagé : monlrons par l'action que la 
fraternité chez nous n'est pas une vaine parole, et que nous 
sommes dignes d'appartenir au grand parti social, au parti de la 
régénération de l'humanité. 

* Au nom du comité central des sections de la Suisse Homandc. 
e Le présidcul : GRAGLIA (François) ; * 

« Le sccfcUtirc r/éncral : PERHET (Henri). 
« Genève, o juillel 18U8. 5> 



PIECE L). 
I 

J.ES RÉUmONS FLBMOUES de 18l3'J appréciées far les l.NTEKNAilONAUX. 

(CovrespondHucc pnrticuliève do 7'Egalité.) 

« Paris, le 9 février 1869. 

« Le mouvement social prend chaque jour plus d'extension et plus 
d'intensité parmi notre population ouvrière. Les réunions publiques 
pour la discussion des questions économiques augmentent en 
nombre de jour en jour et sont de plus en plus fréquentées, en 
même temps que le besoin de groupement qui, chaque jour, se fait 
sentir davantage chez les travailleurs, entraîne la formation de 
nouvelles sociétés dans toutes les professions qui jusqu'alors n'a- 
vaient pas encore songé à se solidariser. 

« En présence de ce mouvement presque magique qui s'empare 
des masses pour les porter en avant vers la recherche des améliora- 
tions sociales, les socialistes sentent s'affermir leurs espérances et 
redoublent d'efforts pour satisfaire à leur mission régénératrice. 

« Les orateurs doivent se multiplier pour satisfaire aux discus- 
sions des plus intéressantes, mais des plus ardues que l'on ne 
craint pas de mettre brusquement à l'ordre du jour, sans se pré- 
occuper de savoir s'il se trouve dans le public des hommes assez 
instruits et assez dévoués aux intérêts du peuple pour apporter à 
la tribune des renseignements suffisamment complets sur la situa- 
tion, et des propositions de solution aux vices de l'organisation 
économique qui pèse sur nous. 

K La génération actuelle, élevée sous un régime d'obscurantisme 
complet, est avide d'apprendre, et la gravité des circonstances qu 



HT l.K .1 AC.Oin.NlSMK. 243 

se préparent fait (ju'elle veut savoir de suite. Aussi, voyons-nous 
poser simullanémcut à l'ordre du jour presque toutes les cpiestions 
économiques qui, dans leur cnsemMe, oonstituent la ({uesfiou 
sociale. 

« Il suffit, pour montrer l'importance de ce mouvement, d'indiquer 
les principaux ordres du jour des réunions publiques. Les voici : 

« Des privilèges; de l'hérédidé ; des chômages; des monopoles ; 
salariat et paupérisme ; des patentes ; de la société de Jésus, 
considérée comme corps enseignant ; de l'éducation et de l'instruc- 
tion ; des chambres syndicales ouvrières; de l'inlérèt du capital; 
communisme et mutualité ; du paupérisme ; de l'assistance publi- 
que ; de la lutte de l'homme dans la nature et des moyens de la 
continuer ; salariat et propriété ; droits et devoirs des individus 
dans la société moderne, etc. 

« Malgré les restrictions de la loi sur les réunions et la présence, 
dans chacune d'elles, de l'autorité sous la figure d'un commissaire 
de police, accompagné d'un secrétaire et d'un sténographe, les 
orateurs, soutenus d'ailleurs par le sentiment des assemblées, 
n'ont pas hésité à porter la discussion sur son véritable terrain, 
c'est-à-dire n'ont pas craint d'examiner la (Question sociale dans 
son ensemble et d'attaquer les principes constitutifs de l'organisa- 
tion actuelle. 

« Il est vrai que leur audace a déjà valu à plusieurs l'avantarjc 
d'aller soutenir leurs doctrines devant la correctionnelle, pour de 
là aller prendre quelques mois de repos à Sainte-Pélagie ; mais en 
somme le résultat obtenu est satisfaisant, la loi s'avachit, et le pu- 
blic prend goût à la libre parole. 

« Les oreilles des commissaires commencent à s'habituer à toutes 
ces théories malsaines, à toutes ces idées subversives de liberté, 
d'égalité, de mutualité, de fraternité, de communauté, etc., qui tout 
d'abord déchiraient le tympan, et ^naturellement ils se relâchent. 

« Mais si les commissaires, obligés d'entendre répéter ces choses 
tous les jours, ont pu s'y habituer, il n'en est pas de même de nos 
lionorables du Corps législatif, qui n'en ont entendu que les échos 
répercutés par le Pays, des Cassagnacs. Aussi, se sont-ils empres- 
sés, aussitôt l'ouverture de leur réunion publique, de demander à 
interpeller le gouvernement sur l'application de leur loi. 

« L'affaire promettait d'être grave; on s'attendait à de nombreuses 
récriminations de la part de nos députés satisfaits ; on croyait même 
qu'il serait question du retrait de la loi. Il n'en a rien été. Les au- 
teurs de l'interpellation ont simplement demandé que l'on fût plus 
rigide envers les orateurs des réunions ; le ministre de la justice 
a promis des sévéï'ités, et la gauche démocratique et libérale, par 
la voix de M. Pelletan, a fait cette déclaration : « On a demandé au 
gouvernement des poursuites plus fréquentes ; le gouvernement 



24 'i T. ' I N T !•; H N A T I () N A L li 

les a promises. La question ainsi i)Osée ne regarde pas le parti de 
la liberté. » 

« Nous ne nous attendions pas à mieux de la part de nos députés 
i-épublicains. Bourgeois de la gauche ou de la droite se valent, 
nous le savons depuis longtemps : lorsqu'il s'agit de leurs per- 
sonnalités, lorsqu'il s'agit d'avoir la direction des affaires publi- 
ques, ils se font la grande guerre; mais dès qu'il y. a des socia- 
listes à condamner, ils sont d'accord. 

i< P.-S. Dans quelques jours je vous enverrai une lettre sur les 
sociétés ouvrières. » 

(Autre conespumlance. j • 

« Paris, le 10 février 1869. 

« Depuis que VEgalitê nous a l'ait connaître la grève de Bàle, nous 
nous sommes occupés d'organiser une vaste souscription pour ve- 
nir en aide à nos frères bâlois, frappés parla vindicte des patrons. 
D'ici quelques jours nous espérons commencer à leur envoyer 
quelques secours, et nous continuerons à les soutenir tant qu'ils 
auront besoin de notre aj)pui. 

« Hier, lundi, à la réunion publique de 13elle\^lle, le citoyen Héli- 
gon, membre de l'Association internationale, a porté à la connais- 
sance de l'assemblée la grève des ouvriers de Bàle et tous les faits 
y relatifs. 

c L'assemblée a appris avec autant de surprise que d'indignation 
la conduite inique des patrons, car, jusqu'alors, nos nombreux 
journaux, qui tous prétendent, plus ou moins, s'occuper des inté- 
rêts du peuple, s'étaient bien abstenus de mentionner cette grève, 
sans doute pour ne pas avoir à signaler le rôle odieux que les pa- 
trons y ont rempli. 

<' Après l'appel chaleureux du citoyen Hcligon, il a été fait immé- 
diatement une collecte qui a produit 135 francs ; il a été en outre con- 
venu qu'à chaque réunion on lecevrait des cotisations tant que du- 
rerait la grève. f> 

KÉîtalUé. 1.3 février 1869.) 

I 

LE RÉSULTA r DES ELECTIONS DE 1869, AP1>RÉC1É PAR LES LXTERN.VriO- 
NAUX. — RÉCIT DES TROUBLES QUI ÉGLATKHEXT A CETTE ÉPOQUE A 

PARIS. 

« Paris, le 1^ juin 1869. 

« Le résultat du premier tour de scrutin électoral avait surpris 
tout le monde en France. La majorité écrasante donnée au radica- 



KT. \.K .l.\ C. Oni NISMK. 2^1 :. 

lisme à Paris et dans les villes eu môme k'iniis ([ue l'éiîliec pres- 
que général des libéraux, accusait très-nettement la situation : d'un 
côté les irréconciliables, la révolution ; de l'autre, les conserva- 
teurs, le stutii quo. Toutes les nuances intermédiaires, tous ces 
hommes à trempe modérée, tous ces politiques aux i)etits moyens 
qui veulent concilier l'eau et le feu, la paix et la guerre, la liberté 
cl l'autorité, la souveraineté du peuple et l'empire eniin, tous ou 
presque tous avaient échoué. 

« Ce résultat aussi stupéfiant qu'imprévu a pu effrayer bien des 
gens; pour nous, socialistes et radicaux, amis des situations net- 
tes, il nous satisfaisait grandement. 

« Mais il restait un assez grand nombre de sci'ulius de ballottage 
4 faire, soixante environ pour toute la France. La lutte recommence 
aussitôt. Cette fois la situation s'accentue encore, à Paris surtout. 
Les candidats officiels arrivés troisièmes et quatrièmes au pre- 
mier tour s'effacent et la lutte s'engage entre républicains modérés 
et républicains- radicaux. Le gouvernement se trouve dans cette 
piteuse alternative, ou d'abandonner complètement la lutte et de 
laisser ses ennemis s'entre-dévorer, ou de prendre fait et cause 
pour les moins dangereux. 

« Le gouvernement n'hésite pas, il fait voter tous ses amis, ses 
employés, ses sergents de ville et municipaux pour Jules Favre el 
Garnier-Pagès, les chefs de l'opposition démocratique au derniei" 
Corps législatif , que la population parisienne veut repousser 
maintenant comme trop doux et que les socialistes combattent a 
outrance à cause de leur haine bien connue pour le socialisme. 

'« Grâce à la coalition officielle, cléricale et libérale, les radicaux 
sont battus sur toute la ligne à Paris, mais ce n'est pas sans réunir 
d'imposantes minorités. L'ancienne opposition rentre triomphante 
au Corps législatif. En somme le gouvernement est toujours le 
plus battu. 

« Dans les départements, on avait espéré que tous les ballottages 
seraient à l'avantage de l'opposition; il n'en est rien. Le gouverne- 
ment est tellement tombé dans la déconsidération publique, il est 
tellement avéré que l'empire est usé et qu'il va s'écrouler d'un mo- 
ment à l'autre, que les partis politiques au lieu de se liguer contre 
lui, comme en 1863, préfèrent se disputer l'honneur de lui porter les 
derniers coups et cherchent à prendre position pour profiter de la 
débâcle. Aussi, de même qu'à Paris, le gouvernement battu au 
premier tour avait appuyé les libéraux contre les radicaux au 
deuxième, de même dans plusieurs départements les libéraux ont 
fait cause commune avec le gouvernement contre les radicaux. 
Malgré tout , plus de trente députés opposants sont nommés au 
deuxième tour de scrutin. 

« Pour nous l'important n'est pas tant d'avoir beaucoup de 



o'iC, L'INTERNATIONALE 

dépulés ojjposants, mais bien d'avoir des opposants qui nous repré- 
sentent, ou tout au moins ne soient pas nos ennemis. Les gens do 
l'union libérale sont pour nous aiissi dangereux que l'empire ; nous 
les avons vus à l'œuvre après juin en 48. Nous devons les com- 
battre par avance, il vaut mieux retarder un peu la chute de l'em- 
pire et que du mémo coup nous puissions abattre toutes les préten- 
tions monarchistes et parlemcntaristes. 

« Maintenant que je vous ai parlé des manifestations légales et ré- 
gulières, passons aux événements singuliers dont Paris a été le 
théâtre cette semaine. 

« Quelques jours avant le scrutin de ballottage, le bruit s'était déjà 
répandu que le 7 juin, au soir, la police se proposait de profiter de 
l'émotion que le résultat du scrutin, bon ou mauvais, ne pouvait 
jnanquer de produire pour tenter un coup, provoquer les citoyens, 
frapper et disperser violemment les groupes et procéder à des ar- 
restations. 

« Quelques journaux s'étaient fait l'écho de ce bruit et avaient en- 
gagé les citoyens à éviter tout rassemblement et surtout toute colli- 
sion. 

« L'avis passa presque inaperçu. Les citoyens ne pouvaient croire 
à de pareilles manœuvres. Cependant au comité Rpchefort, aux 
bureaux du Rappel et dans divers endroits où la foiile se pressait 
pour connaître le résultat du scrutin, des bandes do sergents de 
ville armés de coup de poing et massés par cinquante, par cent et 
quelquefois plus, se précipitaient sur la foule inoffensive, frappant, 
bousculant, et arrêtant les citoyens qui faisaient mine de résister 
ou qui poussaient quelques cris. Plusieurs membres du comité 
Rochefort qui se trouvaient parmi la foule pour annoncer le ré- 
sultat ont été aussi arrêtés. 

« L'émotion était grande dans Paris ce soir-là. ]\|ais c'était une 
émotion triste. Le résultat du scrutin défavorable aux radicaux et 
avec cej^ les bousculades des sergents de ville et les ari^estations 
avaient semé la contrariété sur toutes les figures. 

« Le^ rues, les boulevards, les faubourgs retentissaient des cris 
s^ns cesse répétés de : Vive Rochefort ! Vive Raspail ! Vive 7a Lan- 
terne! Plusieurs cafés où ces cris étaient également répétés furent 
envahis pqr les sergents de ville, mais non sans l'ésistance de la part 
des consommateurs, qui brisèrent les choppes, les canettes et les 
tasses sur la tète des agents. Là de nombreuses arrestations furent 
encore opérées. 

« La provocation de la police était flagrante. Tous les hommes 
sérieux regrettaient cette attitude et évitaient de se trouver dans 
les mêlées, sentant trop bien où on voulait en venir. 

« Après cette soirée passée on pensait que te calme allait se réta- 
blir en mémo temps que l'émotion disparaîtrait. C'est ainsi on 



RT LE JACOFJINISMi:. 5'i7 

clïel qu'il aurait dû en cMre, Oui, mais on complail sans la police. 

u Le lendemain et les jours suivants un spcelacle bien plus étiange 
étaif réservé aux Parisiens. 

« Après la journéo tranquillement passée, le soir, des Landes d'in- 
dividus, sortis on ne sait d'où, parcouraient certains quartiers, 
chantant la Marseillaise et criant Vive Rochefort! Vivo /;/ Lanlcvno! 
Le public badaud avait bientôt transformé ces groupes en masses 
compactes et un grand nomljre de jeunes gens naïfs augmcntaien< 
vite le nombi'C des tapageurs. Puis revenaient les bris de vitre, de 
becs de ga? et de devantures de boutiques, les renv.ersements de 
kiosques et même des tentatives de barricades faites sur le boule- 
vard Montmartre avec deux ou trois kiosques renversés et quelques 
bancs. Enfin la police arrivait. 

« Chose étrange, les sergents de ville et les municipaux à pied et 
à cheval se trouvaient justement massés bien avant l'heure de 
l'émeute dans les quartiers où elle devait se produire. Ils se te- 
naient cachés dans la cour d'une mairie, dans les postes ou autres 
lieux et sortaient justement quand les dégâts étaient accomplis pour 
rétablir l'ordre et arrêter nombre de citoyens attirés par la curiosité 
ou môme entraînés par le bruit. 

« Comme plusieurs journaux s'étaient plaints de ce que les agents, 
dans leur brutalité, négligeaient les sommations légales avant de dis- 
pei'ser les groupes, on voulut nous donner la comédie complète. 
Alors, des commissaires ceints de leur écharpe et précédant les 
gardes de Paris, à pied et à cheval, vinrent faire les sommations 
légales, d'avoir à se disperser, aux foules compactes attirées par la 
curiosité. 

« En présence des sommations, les foules s'écoulaient par les rues 
adjacentes et revenaient ensuite, derrière la troupe qui, après avoir 
parcouru quelques hectomètres de distance, ne trouvait plus per- 
sonne devant elle et devait faire volte-face pour recommencer la 
cérémonie. 

« Nous n'aurions qu'à rire de la déconvenue de la police dans cette 
.affaire si, s'apercevant qu'aucun des hommes d'action ne tombait 
dans ses embûches, elle ne s'était décidée à les arrêter chez eux. 
C'est ainsi que le jeudi 10 juin, entre 2 et i heures, une vingtaine 
de citoyens connus par leur activité et leur énergie ont été enlevés 
à leur famille et à leurs occupations ordinaires après perquisitions 
faites à leur iloinicile. .. On les accuse de complot contre la sûreté 
de l'État. 

« Parmi les citoyens arrêtés se trouvent deux membres de l'Asso- 
ciation iuleruationale, Héligon et Murât, les membres du comité 
Uaspail, deux candidats socialistes, Briosne et Lefrançais, quatre 
rédacteurs du Béveil, deux du Rappel et quelques autres citoyens. 

u Le soir et le lendemain de ces arrestations le déploienient de 
forces devenait plus imposant encore. Cette fois, c'étaient les csea- 



o/,s I.'IN IKUNATION AL F. 

lirons de ruirassiers ci de chasseurs i[ui (tiiargérenl dans les rues 
et sur les boulevards où grondait l'émeute. .Mais, dérision amère, 
personne ne résistait et les calèches et voitures découvertes rem- 
plies de dames du monde suivaient les escadrons pour voir de près 
cette révolution de fantaisie. 

« Heureusement l'opinion publique n'a pas été dupe de cette odieuse 
manœuvre. Les citoyens n'ont pas pris les armes, ils n'ont pas 
fourni au gouvernement l'occasion qu'il demandait de sauver encore 
une fois la société, le prétexte qu'il cherchait pour remettre en vi- 
gueur la loi de sûreté générale qui lui aurait permis de déporter 
sans jugement les citoyens qui le gênent. 

« Aujourd'hui le gouvernement est tout déconfit, tout honteux de 
l'insuccès de sa tentative ; et le résultat de cette triste cérémonie, 
qui a fait mettre en état d'arrestation douze à quinze cents personnes 
actuellement entassées pour la plupart dans les casemates du fort de 
Bicêtre, se tourne complètement contre lui : les gens les plus pai- 
sibles, les plus modérés sont indignés de ces odieuses manœuvi'es. 

« Depuis deux jours la tranquillité est complètement rétablie. Les 
soldats, qui étaient restés consignés dans leurs^casernes pendant 
huit jours, peuvent sortir; les rues reprennent leur aspect ordi- 
naire. 

« Le Corps législatif est convoqué pour la fin du mois, nous ver- 
rons comment le gouvernement expliquera les derniers événe- 
ments. > 

{Correspondance pai'ticulière de 7'Egalité.) 



« Lyon, le 8 juin 1869. 

K Nos élections sont terminées ; le second tour de scrutin n'a point 
affirmé à Paris une tendance aussi radicale que le premier : Jules 
Favre, Thiers et Garnier-Paj,. - ont passé. Considérée dans son 
ensemble, examinée sous toutes les formes, la situation générale, au 
point de vue démocratique et socialiste, est bien meilleure qu'elle 
n'était en 1863. Les esprits ardents qui devancent leur époque sans 
tenir compte des obstacles de tout genre qu'il faut renverser, se 
montrent eux-mêmes satisfaits. 

« Mais, il ne faut pas s'illusionner, l'action du suffrage univei"sel 
ne peut pas avoir l'efficacité qui semble lui être inhérente, dans le 
milieu ambiant où nous vivons. Un de nos amis de Maiseiile nous 
l'écrivait : « Le suffrage universel qui lit la Révolution n'est pas 
celui qui fit l'Empire. » Que prouvent ces déplorables fluctuations? 
Ellles prouvent que : 1" dans un pays centralisé le suffrage uni- 
versel n'est pas libre, parce que à l'aide d'innombrables fonction- 
naires on l'influence de toutes les façons; 2" que là où le droit des 
minorités, même les plus imposantes, n'est pas respecté, le pays 



KT I.K JACDI'.lNl SMi:. 249 

l'st mal représt'uté ; 8" que là ou hi (itioslioii sotîiale u'cst pas if^solue 
OU tout au moins poussée vers sa solution, lédutratiou et l'iustruc- 
tion du peuple sont encore à faire après quatre-vingts ans de révo- 
lutions presque continuelles. 

€ C'est là un enseignement i»récieu\ ; les révolutionnaires, qui 
(l'une part ont malgré tout l'ait l'aire un pas en avant a la question 
sociale, profitent de l'autorité que leur donne ce succès pour faire 
ressortir aux yeux de tous les hommes d<; progrès un tel ensei- 
gnement. 

« Et c'est avec plaisir qu'on voit ceux t[ui pensent s'arrêter à cette 
conclusion : Dans le système politique et surtout dans le système 
économique actuel, le suffrai^e universel est un anachronisme, et 
comme tel, il est très-surprenant qu'il donne quelques bons ré- 
sultats. 

« A Lyon, l'élection de Baneel et de Raspail nous a valu un im- 
mense avantage entre toiis, celui de nous avoir débarrassés d'une 
puissante coterie bourgeoise qui depuis de longues années nous 
faisait avaler son généreux libéralisme et ses candidats. Des ambi- 
tieux qui espéraient se faire céder une circonscription par les ma- 
tamores de la démocratie sociale ont été impitoyablement écartés 
en même temps que leurs patrons. Dans la 3'»«= circonscription du 
Rhône, aux portes de Lyon, Alphonse Esquiros a réuni plus de 
10,000 voix et le candidat ofUcicl 14,000; Esquiros eût évidemment 
passé sans les manoeuvres du fonctionnarisme. En tout cas, une 
pareille manifestation faite par des paysans a une réelle valeur. 
Cette manifestation ne sera pas la dernière : à Lyon et dans les 
environs, les libres penseurs s'agitent beaucoup, on fonde des 
journaux, on fait des conférences, on se réunit. Au lieu de s'ar- 
rêter à la négation comme autrefois, on commence à affirmer des 
principes nouveaux; on attaque le déisme, le mysticisme des francs- 
maçons : de là au socialisme, il n'y pas loin. Les socialistes n'ont 
qu'à bien s'unir en dépit des divergences de vues qui pourraient 
les séparer, et ils auront bientôt de grandes satisfactions. 

M Un dernier mot à ceux qui nous reprochent de n'avoir pas, malgré 
toutes les entraves et toutes les considérations, posé des candida- 
tures ouvrières comme à Rouen et dans une circonscription de la 
Seine. Tant que la masse sera plongée dans une ignorance l'elative, 
c'est-à-dire, tant que la question sociale ne sera pas résolue, il y 
aura de raines hommes dont le rôle sera beaucoup plus actif et 
beaucoup plus important que celui des autres. On a le plus grand 
besoin de ces hommes-là. Mais comme la masse est assez intelli- 
gente pour exiger des garanties de ceux auxquels elle confie un 
mandat, ce n'est que quand les socialistes pourront lui présenter 
des personnalités remarquables qu'elle votera avec eux. Même 
pour diriger un mouvement sérieux dans le même sens, mais d'une 



250 L'INTERNATIONAI.E 

autre innnière, il faut de telles personnalités. Les sooialistes qui 
veulent les empêcher de surgir commettent donc la faute la plus 
dangereut^e : il est temps qu'ils s'en aperçoivent. 

« AuiERT lUCIlAlU) .. 

PIÈGE E. 



I.KS 1>1:TITES injures de ces messieurs. — INCIDENT TOLAIN, YESIXIER, 
FRIBOURC. ET AUTRES. 

« Paris, 10 février 1866. 
« A Monsieur le directeur du Journal /'Espiègle. 

« Mieux vaut lard que jamais. » 

t Mousieuv, 

« Peut-être trouverez-vous qu'il est un peu tard pour vous adresser 
une réponse à un de vos articles publié dans votre journal du 29 
octobre 1865 ; néanmoins ne vous hâtez pas de nous juger : nous 
aurions répondu de suite, «li de suite ce pamphlet idiot nous avnit 
été communiqué. 

« Mais à chaque jour suffit sa peine et nous espérons, Monsieur, 
qu'il n'y aura pas de prescription pour notre réclamation. 

tt Ceci dit, permettez-nous d'entrer dans le vif du sujet. 

« A peine votre brave correspondant anonyme, M. V , nous 

a-t-il nommés — que disons nous? il ne nous a encore qu'indiqués 
— qu'il nous accole une épithète aussi injurieuse pour nous que 
pour le conseil central dont il fait partie ; — cette calomnie si 
niaise est même le fond et le but de son article, il n'y en a pas 
d'autre, et la preuve en est que, sans utilité pour ce qu'il avance, il la 
répète et répète encore à satiété, et pour les seuls besoins de sa 
diatribe ; ne lui demandez plus d'être un homme, ce serait inutile. 
Pourquoi? Il a voulu convaincre une assemblée et n'a pas réussi : 
cela suffit pour déterminer chez lui un accès de rage folle ; il lui 
faut à tout prix des victimes. Les prendra-t-il près de lui? Que 

nenni ; pas si simple le V : il descend en droite ligne de 

Tartuffe et Bazile : il choisira ceux qui sont (lésarmés, ceux qui, 
même avertis, ne pourront se procurer le libelle injurieux, et d'ail- 
leurs, pour plus de précaution, il prendra bravement un pseudo- 
nyme, ce qui lui permettra de nuire à ceux près desquels il reste. 

u Tout est bien calculé : il est à Londres, il écrit en Belgique une 
calomnie sur des Français. o\ cette calomnie esl de celles ((u'il sait 



F-rr LE JAtJolUNIBMlK. 2DI 

ne pouvoir être rf^levéo sans danyi-r ; il se dit : « Us auront peur 
d'un éi'lat qui rejaillirait sur l'Association, ils se taii-ont et je pren- 
drai acte de leur silence. » N'avious-nous pas besoin de vanter la 

bravoure do cet excellent et honorable M. V ? 

€ Kh bien ! iM. V se trompe, nous relevons ici la calomnie et 

la combattons publitjueniLMit. IVun, non, nous ne somnjcs pus des 
honupurtislcs, ol nous wo/tODs au ilufi quiconque d'inlirmer notre 
dire, non par des paroles en l'air, mais par des faits ; quo celui 
d'enlrc nous sur lequel on pourrait fournir ou un mot, ou une lettre, 
OU un acte authentique, soit démasqué, nous le voulons, nols lk 
DEMANDONS ; mais jusqu'à ce moment, jusqu'aux preuves, nous 

crierons à tous les V du monde : Vous èles des lâches et des 

Itii])uissants. 

. C. LIMOUSIN, II. ÏOLAIX, E. VAHLIN, FRIBOIJRG. » 



« Messieurs Tolain, Fribourg, Limousin et Varlin, 

« M. le rédacteur en chef de Y Espiègle a bien voulu me communi- 
quer la lettre me concernant que vous lui avez adressée. 

« Il parait que mon « pamphlet idiot » ne l'est pas autant que vous 
voudriez le faire croire, puisqu'il vous a mis dans une si grande 
fureur. 

« Mon article, publié dans l'Espiègle du 29 octobre dernier, n'était 
pas anonyme, j'avais eu soin de signer le manuscrit ; c'est la per- 
sonne à laquelle je l'avais adressé pour le remettre à Y Espiègle 
qui a jugé à propos de le faire suivre d'un pseudonyme. Vous pou- 
vez vous assurer de la vérité de ce fait, en vous adressant à la ré- 
daction du journal ci-dessus cité. 

« Il entrait si peu dans ma pensée de ne pas avouer publique- 
ment mon article et de ne pas vous avertir de sa publication que 
j'ai dit à tous ceux qui ont voulu l'entendre que j'en étais l'auteur, 
et particulièrement à un de vos amis et à un membre du conseil 
central de l'Association internationale, afin qu'ils pussent en infor- 
mer les personnes qu'il intéressait. Et enfin, pour que vous n'en 
ignoriez, je vous l'ai adressé, avec ma signature au bas, par la 
poste sous pli cacheté, à Paris. 

« Vous conviendrez que pour un « descendant en droite ligne de 
Tartuffe et de Bazile », tout cela aurait été très-maladroit si j'avais 
voulu garder bravement l'anonyme. 

« Voyons maintenant si je me suis conduit en lâche : 

« L'article en question est le compte rendu exact d'un incident 
des conférences de Londres de la Société internationale. 

« L'acrusation de hoiiapnrtiswe, qwi soulève bien tardivement votre 



252 I . ' I N' 1" K R N A T I N A L E 

courroux, je vous l'iii portée alors eu face, et vous ne ui'eu avez 
pas ilcmaudù raison. Ne seriez-vous courageux qu'à distance et 
seulement après quatre mois de réllexion ? 

« Je maintiens tout ce que je vous ai dit, et tout ce que contient 
mon article du 29 octobre dernier, me réservant d'en prouver bien- 
tôt l'exactitude, le temps indispensable pour le faire me manquant 
aujourd'hui. 

« Je désire, avant tout, ne pas rester une heure sans vous répondre 
sous le coup des injures que vous me prodiguez. Ne pouvant, pour 
cause politique, aller à Paris vous infliger le châtiment physique 
que mérite l'outrage qui termine votre lettre, je vous en demande 
réparation. Je vous attendrai à l'adresse où vous avez envoyé votre 
lettre précédente. 

a Le 15 mars iSHK. 

.. VÉSINIER. .. 

La réponse de Tolain, Varlin, Fribourg, et Limousin ne fut pas 
insérée dans le journal V Espiègle : le rédacteur, l'ayant trouvé trop 
injurieuse, se borna à leur faire remai'quer que les gros mots n'étaient 
pas des arguments et qu'injurier ce n était pas répondre. Cet inci- 
dent fut terminé à la suite de la lettre suivante" de Vésiaier en 
réponse aux injures de ses adversaires : 

« Messieurs Tolain, Fi-ibourg, Limousin et Varlin, 

« Après m'avoir outragé, vous me refusez réparation. Vous m'in- 
sultez de nouveau et joignez la menace à vos injures. 

« Je constate cette conduite que tous les hommes de cœur appré- 
cieront et je cesse tout rapport avec des gens de votre espèce. 

« VÉSINIER. » 



m' ij: j \(,(h:i.msmi;. 25s 



l'IKOE K. 

r.ANDIDATUnE IVKMII>K AL'IîRY. — i-hogrammk dks comm-ks cor- 
poratifs DK ROUEN. MAMFKSTK KLKCTORAT. DU CF.RCI,K DKS ÉTUDK!^ 

ÉCONOMIQUES DK L'aRRONDISSEMKNT I)K ROUK.N. — PROFKSSION DO FOI 
d'émii.k ATHRY. 

Élections générales de 1869 pour le renouvellement du Corps lé- 
gislatif. — Emile Aubry, candidat ouvrier. 

MANIFESTE ÉLECTORAL DU CERCLE ÉCONOMIQUE DE 
L'ARRONDISSEMENT DE ROUEN. 

Aux ouvriers des i"'*" c/ "^e rirconscri/itioiis de la Sciuo-Iiil'érioiire. 

'• Si les ouvriers, en 1S69, votent «iiL-Dro iiour Imirs pn- 
Irons politiques, ils retardent leur iiffranchissemenl de 
«Inquante uns. » l'.-j. PROUDHO.N. Des Capaciirx po 
Utiqucs (le la classr ouvrière.) 

< Chei-s camarades, 

< Dans ({uelques jours, la Fram-e sera appelée à renouveler le 
mandat de ses représentants au Corps législatif. 

" Industriels, négoeiants, banquiers, commerçants, hommes de 
lettres, professeurs, prêtres, avocats, propriétaires et fonction- 
naires, chacun dans son organisation respective, s'agitent et se 
concertent pour proposer ti la masse des éleeteui's le candidat de 
leur choix appelé à défendre les inti^rêts généraux qu'il sera chargé 
de représenter. 

t Seuls les ouvriers des champs et de l'industrie, ainsi que la 
petite bourgeoisie, cette distributrice de la production nationale, 
restent indifférents à l'organisation de la solidarité de leurs inté- 
rêts, et, par cette absence d'ordre sérieux, n'ont pu jusqu'à présent 
être représentés. 

« En effet, depuis l'immortelle révolution de 89, qui proclama 
l'égalité civile et politique des citoyens, jamais un ouvrier, jamais 
un petit commerçant ne sont entrés directement dans les corps 
délibérants pour représenter et défendre les intérêts de la classe à 
laquelle ils appartienneni ; et cependant, nous sommes la majorité : 
c'est par nous que les fortunes s'élèvent, que la richesse nationale 
se crée et s'accroît; enlin, sans notre labeur, la nation ne serait 
qu'un grand corps sans vie, qui se décomposerait rapidement. 

« Les causes de cette anomalie ne sont autres que la persistance des 
préjugés politiques, qui faii^iiienl croiie ;nix classes déshéritées (ju'ou 



25'i [-'INTERNATIONALE 

dehors ries préoccupations exclusivement politiques, l'émancipation 
du travail ne pouvait avoir lieu; de là ces troubles périodiques qui 
ont ensanglanté notre nialheui-cux pays, en le faisant passer par 
différentes formes gouvernementales, sans jamais donner satisfac- 
tion aux nombreux intérêts de notre classe, 

« Depuis quatre-vingts ans, nous nous plaignons constamment : 
tantôt nous nous attaquons à l'énormité des impôts dont nul autre 
que nous ne supporte le poids, malgré les tièdes protestalions du 
privilège ; tantôt nous accusons la forme politique d'être la cause 
directe do nos misères, sans nous apercevoir qu'outre le septième 
de la production- enlevé par l'Etat, deux autres septièmes et demi 
sont adroitement soulevés par le monopole iinancier, bancôcratique, 
terrien ou industriel, à l'aide d'engins économiques, dont le prin- 
cipal est la prélibation de la ceniralisation financière sur la force 
vive du pays : le travail, quelle que soit l'opinion politique qui 
le mette en mouvement. 

« Oui, chers concitoyens, les partis politiques, en désaccord 
sur ce qu'ils appellent leurs principes, sont tous partisans de con- 
sidérer le travail et sa distribution comme la bète de somme qui 
doit supporter le fardeau de toutes les innovations fiscales, impôt 
de l'État et impôt du monopole capitaliste, divisées de façon à pou- 
voir échapper à notre observation, en employant pour l'Etat comme 
pour le capital la contribution indirecte; c'est-à-dire qu'à l'aide de 
cette forme, tous les produits, quels qu'ils soient, renferment dans 
leur prix de vente le salaire du fonctionnaire et du capitaliste : ven- 
dus à des doses infinitésimales, ils se payent sans que nous nous en 
apercevions, et dérobent, à chaque «nstant, à notre jugement les 
véritables causes de nos misères. 

« Piien de surprenant que jusqu'alors les choses se soient passées 
ainsi. Malgré les aspirations quelquefois généreuses des gouver- 
nants, force leur a toujours été de s'incliner devant la majorité des 
représentants envoyés par la nation, qui toujours étaient pris dans 
la classe ayant des intérêts opposés aux nôtres, et dont la consé- 
quence a été constamment les sacrifices du plus grand nombre. 
Plus préoccupés de la forme que du but, nous nous sommes, 
jusqu'à ce jour, laissé abuser par les promesses des solliciteurs 
de suffrages. 

« Il est temps de rompre avec une si funeste habitude de confier 
nos inlérêts sans raisonnement plus perspicace. Nous devons bien 
nouspénétrer que l'époque actuelle est beaucoup plus économique que 
politique ; cependant, cette dernière doit continuellement se mettre 
à l'unisson des besoins du jour, et s'incliner devant les impérieuses 
nécessités de la première': quelle que soit sa forme, son devoir est 
de revêtir le caractère propre à satisfaire les exigences écono- 
miques de la société, qui est, en majorité, composée de travailleurs 



K T L E ,1 A C H 1 N I 5 M hi. 256 

agricoles ot industriels, dirigeant leurs travaux il'après les décou- 
vertes suci^essivcs de la science. 

« L'économie sociale prime tellement la politi(}ae depuis quatre- 
vingts ans, que le despotisme d'Efat n'a pas d'autre cause que la 
tyrannie du capital. Qui, depuis quehjues années, a le plus élevé de 
protestations contre les droits économiques qui ont été accordés aux 
ouvriers? Le capital, aujourd'hui centralisé entre quelques mains, 
faisant à son gré l'abondance et la disette, l'avilisseinent et la 
cherté des prix des subsistances, suivant les besoins de l'agio. Gela 
est tellement vrai, que les traités de commerce, qui devaient avoir 
pour conséquence logique une diminution de la valeur de beaucoup 
de produits, ont, au contraire, déterminé une hausse générale. Les 
politiquants quand môme oseraient-ils soutenir que l'effet de cette 
contradiction est dûcntièrement à l'absence des libertés politiques? 
Alors qu'ils étaient au pouvoir, ils confiaient aux juifs de la liuance 
les intérêts économiques des masses, et écrasaient celles-ci d'impôts 
pour relever le cours de la rente, et cependant, à cette époque, les 
libertés politiques fleurisaient ; malgré cela, île travail dépérissait, 
et la nation atteignait à peine, dans cette année de phraséologie 
révolutionnaire, la moitié du chiffre de la production générale en 
temps ordinaire, conséquence logique de l'ineptie des gouvernants 
pour tout ce qui regardait l'économie sociale, malgré les avertisse- 
ments et les conseils qui leur étaient donnés. Ce qui prouve qu'un 
peuple qui n'a que le droit de contrôler ses gouvernants apparents, 
sans avoir celui de rechercher les causes qui créent et tuent la 
richesse générale, ressemble beaucoup à des marionnettes, qui 
ignorent complètement l'existence des fils qui les font mouvoir. 
Voilà pourquoi la démocratie devient la plus souvent de la pure 
démagogie, malgré la bonne foi de ceux qui sont chargés de la 
représenter. 

« Le cercle d'études économiques do l'arrondissement, fondé pour 
la propagation des idées appelées à transformer le vieux monde 
économique qui n'a donné au 'travail aucune satisfaction , fait 
appel au bon sens de tous ceux qui ont hâte de donner à leur vote 
la signification qu'il doit avoir, et qui doit être l'affranchissement 
du travail et des échanges de toutes les entraves fiscales, bancocra- 
tiques et bourgeoises qui les tiennent en lisière depuis tant d'années 
et les empêchent de développer la civilisation à la hauteur réclamée 
par le siècle actuel. 

e Ne voulant, en aucune façon, procéder comme nos adversaires, 
nous ne voulons pour représentants que ceux choisis par le tra- 
vail, c'est-à-dire par les corporations ouvrières de Tarrondissement, 
et encore ne le seront-ils qu'à la condition de se conformer au pro- 
gramme ci-dessous, arrêté préalablement par les ditï(^rent3 comités 
des sociétés ouvrières orti'anisèes. 



2r>(; l.'INTKlt NAI' 10 .\ ALK 

I. Nous voulons d'abord que tous ceux qui seront jugés dignes île 
d( -fendre nos intérêts déclarent accepter un mandat impératif. 

* Nous repoussons l'institution du mandat à terme, qui permet au 
mandataire inlidèle do mettre sa conscience à l'enchère, se re])osanl 
sur la durée déterminée de la délégation, qui force les électeurs à 
su|)porter, sans mot dire, la trahison de leui" représentant. 

« En conséquence, les comités corporatifs, qui ont élaboré le pré- 
sent manifeste, sont invités à le soumettre de nouveau à la discus- 
sion dans leurs sociétés respectives, pour, dans la quinzaine ((ui 
suit, les inviter à faire connaître leur appréciation, et à désigner 
le CANDIDAT OUVRIER qui acceptera la rude lâche de défendre les 
intérêts des travailleui-s des deux circonscriptions, devant les huit 
millions d<: prolétaires qui enrichissent et défondent la France, 
avec le mandat conçu ainsi qu'il suit : 

MAJ^JDAT IMPÉRATIF. 

« 1" -le, soussigné, représentant agrée par la fédération ouvrière 
de la circonscription électorale de la Seine-Inférieure , 

m'engage à défendre l'esprit du programme d'icelle, et à en référer 
auprès d'elle chaque fois qu'une question imj)révue par ledit pro- 
gramme surgira dans le cours de lu session législative, et à la 
juger d'api'ès la décision de la fédération, à la condition qu'elle 
réunisse au moins 2,000 voix. Dans le cas où les électeurs se par- 
tageraient sur le sort de la question soumise à leur jugement, je dé- 
clarerais le mien insuffisamment celaii'é, et m'abstiendrais dans 
mon vote. 

« 2o Je m'engage aussi par le présent, que je signerai en autant de 
copies qu'il me sera piésenté, d'être le fidèle exécuteur des vo- 
lontés de mes mandants ; de môme, je déclare être déchu de mon 
mandat le jour où je n'exécuterais pas, non-seulement une partie, 
mais le programme entier auquel j'adhère complètement de cœur 
et d'esprit ; et, par le fait, m'engage à donner ma démission lors- 
qu'elle me sera signifiée par la moitié plus un des électeui's qui 
m'auront nommé, soit pour pourvoir à mon remplacement, soit pour 
des motifs de dignité politique, économique et sociale qui me 
seront commandés par la circonscription qui m'aura élu. 

« 3° Egalement, je m'engage, en acceptant la candidature, à me 
présenter dans toutes les réunions qui me seront désignées par le 
comité électoral ouvrier, pour répondre à toutes les questions et 
observations qui me seront soumises, tant au point de vue poli- 
tique qu'économique, excepté celles qui auraient pour but de com- 
promettre inutilement ma personne, comme, par exemple, de la 
ffirrne politique, présente et à venir, de l'Etal. 

" Voilà, chei's camai-ades, le mode nouveau (rélection que propose 



ET LE JACOBINISME. 257 

le cercle d'études écononiitincs do raiTondissemont aux. ouvriers et 
petits liourg-eois de la i)rcmiùi'e et de la iloiixième circonscription. 

Ce fait, sans précédent dans l'hisloirc des peuples, fera réfléchir 
ceux qui jusqu'alors ont l'habitude de solliciter nos suffrages, sans 
tenir compte de leurs promesses ; de celte façon la rhétorique dis- 
paraît de la lutte électorale, et fait place au bon sens des électeurs 
et à la bonne foi de l'élu, qui est forcé de connaître à fond les 
questions du programme qu'il doit défendre au Corps législatif, 
après l'avoir préalablement défendu dans les réunions, soit pu- 
bliques, soit de comités. 

V^oici maintenant le programme que nous soumettons aux élec- 
teurs de notre classe qui n'ont pu assister aux séances des comités 
et des corporations ouvrières de la circonscription, ainsi qu'aux 
électeurs de la petite bourgeoisie, qui doivent comprendre, api'ès 
la dure et rude expérience que nous avons faite ensemble, que leur 
cause et leurs intérêts sont identiquement semblables aux nôtres. 



PROGRAMME 

KLABORÉ PAn LES COMITÉS CORPORATIFS ET ADOPXK APRES DISCUSSION 
PAR LES SOCIKTÉS ORGANISÉES DE l'.^RRONDISSMEENT. 

l» Décentralisation politique, avec retour aux communes de 
toutes les franchises municipales, sans autre injonction que l'obli- 
gation de contribuer aux frais généraux de la nation, d'après le 
nombre des habitants ; 

2o Liberté individuelle, garantie par la responsabilité permanente 
de tous les fonctionnaires, quel que soit leur rang ; 

3° Réforme générale delà législation ; élection de la magistrature 
par le suffrage universel, avec mandat révocable ; établissement du 
jury pour toutes les affaires civiles et criminelles; tous les citoyens 
admis à en faire partie; renouvellement par tiers tous les trois 
mois, appliqué à toutes les juridictions ; 

i° Abolition de toutes les entraves administratives s'opposant 
aux droits de réunion et d'association ; liberté complète de se 
réunir et de s'associer, sans autre forme préalable que la déclara- 
tion simple, sur papier libre, à l'administration communale ; 

5» Abolition du cautionnement et du timbre ; liberté complète de 
publier tout ce qui concerne la pensée, le commerce, le travail 
agricole et industriel, soit par la voix des journaux, soit par la bro- 
chure, sans autre formalité que le simple dépôt par l'imprimeur ; 

6o Abolition du monopole de l'université ; liberté entière de l'en- 
seignement, sans formalité autre que le dépôt du programme ; 

7° Instruction, aux frais de la circonscription communale, laïque 

17 



258 L'INTERNATIONALE 

obligatoire, la même pour tous et accessible à tous, à tous les de- 
grés ; concours publics entre les élèves jugés les plus capables 
pour la continuation des études spéciales; sommes suffisantes 
accordées aux concurrents admis pour terminer ces études ; in- 
demnité transitoire aux. élèves, proportionnée à leurs progrès, le 
tout fixé par le conseil communal ; 

Diplômes délivrés par un conseil fédéral élu chaque année par 
tous les membres du corps Guseignanl ; 

8° Liberté des banques avec faculté d'émettre du papier-crédit, 
sans autre formalité que la publication très-étendue et exigée des 
manières d'opérer ; 

9« Abolition du monopole de la banque de Fi-ance ; 

10° Liberté des cultes et des croyances, sans formalité autre que 
leur diffusion en plein jour ; 

H" Suppression du budget et du ministère des cultes ; séparation 
absolue de toutes les Eglises et de l'Etat ; 

12° Abolition de tous les monopoles industriels, y compris ceux 
exercés par l'État ; liberté entière de toutes les industries ; 

13'' Abolition de la conscription et suppression des armées per- 
manentes, remplacées par une institution déclarant tous les citoyens 
aptes à la défense du tex'ritoire national ; 

14» vVbolition des impôts indirects, tels que douanes, octrois, etc., 
remplacés par l'impôt unique individuel et proportionnel; 

15» Abolition des emprunts extraordinaires, remplacés par une 
élévation consentie et temporaire de l'impôt unique proporlionnel 
et individuel ; 

16«» Abolition de tous les monopoles politiques et économiques, 
tels que cumuls, subventions, chemins de fer, canaux, mines, sels, 
tabacs, théâtres, etc. ; 

17° Extinction de la dette publique par la suppression de la rente, 
cette dernière représentant l'annuité du taux de remboursement ; 

18° Les colonies s'administrant comme la métropole, et représen- 
tées, dans tous leui^s intérêts, par des mandataires élus, au même 
titre que ceux représentant la nation. 

Le cercle d'études économiques de l'arrondissement de Rouen 
est convaincu que la réalisation de ce programme tTansformerail 
rapidement l'organisation économique de la société, sans jeter la 
perturbation dans les relations sociales, 

11 croit que tous les. ouvriers à qui il s'adresse comprendront 
l'importance qu'il y aurait de faire entrer au Corps législatif un 
camarade, faisant entendre nos griefs et nos plaintes, et que cela 
ayant lieu, toutes les sphères de l'activité sociale seraieni ouvertes 
et accessibles aux travailleurs; conséquemment la disparition suc- 
cessive de la misère et de l'ignorance, par le développement de la 
solidarité, nullement enlravco par les exigences du monopole ûnan- 



ET L1-: JACOBINISME. u59 

cior qui nous défend do nous créditer sans payer une rodevance au 
privilccjc do la Banque do Franco, aurait iudubilal)lomciit lieu dans 
une très-courte période. 

Les temps sout arrivés où le travail doit s'aflirincr sérieusement 
et dire à la bourgeoisie : Je veux être libre, et j'exige la suppres- 
sion complète des entraves politiques et économiques qui m'ont 
empêché, depuis quatre-vingts ans, de m'élever au niveau de mon 
aînée ; au nom de ma dignité, si méconnue par le monopole du 
capital, je demande à être considéré suivant la place que j'occupe 
dans l'échelle sociale, qui est celle de créateur de toutes les richesses 
nationales; je n'exige point que l'on se mette ù genoux devant 
moi, mais je proteste, avec énergie, contre le rôle de valet de la 
production que me font remplir, depuis 89, les privilèges écono- 
miques de la bourgeoisie. 

Tel est le langage, cliers camarades, que désoi'mais le travail 
doit tenir à ceux qui refuseraient de reconnaître qu'un 89 social 
s'accomplit en ce moment au fond de nos consciences. 



DECISION DES COMITES CORPORATIFS», 

RÉUNIS EN ASSEMBLÉE GENERALE LE 25 AVRIL 1869. 

Les soussignés, invités à se réunir pour discuter le manifeste et 
le programme ci-dessus, déclarentlesavoir adoptés tels qu'ils sont, et 
proposent comme candidat au suffrage des électeurs des 1" et 2« 
circonscriptions de la Seine-Inférieure, pour représenter les inté- 
rêts politiques et économiques de la classe ouvrière, le camarade 

1 11 est nécessaire, pour l'intelligence du lecteur, d'expliquer quelle est l'organi- 
sation des comités corporatifs de Uouen, Elljeuf et des environs. 

Cette organisation comprend dix sociétés corporatives : i" lithographes ; 2" fileurs 
de laine de Darnetal; 3" fileurs de laine d'Elbeuf ; 4° tisseurs de calicot ; y tis- 
seurs de bretelle; 6° /Heurs de colon; 1" les charpentiers ; 8° les menui.iierx ; Q° les 
teinturiers ; 10" les fondeurs. Ces différentes sociétés comprennent environ l,l0Oad, 
hérents, dont 250 à Darnetal, 350 aElbœuf et les 500 autres répartis entre Uouen, 
Sotteville, Uissel, le grand et le petit Quevelly. Elles aboutissent à une société 
Centrale, composée de délégués de toutes les corporations, à raison de un délégué 
par fraction de 50 membres, et qui se nomme la Fédération rouennaise, laquelle re- 
lève immédiatement du conseil général de Londres par l'intermédiaire de son se- 
crétaire correspondant, et se rattaclie à ï Internationale par une cotisation annuelle, 
de dix centimes. 

Chaque société corporative s'administre par un comité de douze membres élus. 
Quelquefois la corporation se subdivise en branches; ainsi, la corporation des tis- 
seurs est partagée en tisseurs de bretelles et tisseurs de calicot : dans ce cas, la 
subdivision s'administre aussi par un comité élu de douze membres. 

Mais la caisse spéciale, alimentée par la subdivision, se centralise tous les mois 
dans celle de la corporation. 

Les fileurs de coton, étant très-nombreux dans le département, sont subdivisés 
en commissions cantonales. 

Toute cette hiérarchie s'alimente par des cotisations heldomadaires ou de quin- 
zaine qui vont à la caisse de chaque comilé spécial, et sur lesquelles s'opère un 
prélèvement destiné au comité supérieur. 



260 L'INTERNATIONALE 

Emile Audry, ouvrier lithographe, dôlégnc de Rouen aux congrès 
des travailleurs de (icnève, Lausanne et Hruxelles. 

Le dévouement que ce camarade a constamment apporté dans la 
défense des intérêts de la classe à laquelle il n'a jamais cessé d'ap- 
partenir, ainsi que son acceptation du mandat impératif ci-dessus 
transcrit et qu'il a signé en autant de copies qu'il existe de comités 
corporatifs, nous faisait un devoir de l'honoi'cr de notre confiance ; 
pei'suadés que nous sommes qu'il ne cessera de s'en rendre digne, 
son passé étant la meilleure garantie de sa conduite avenir. Dans 
le cas contraire, nous déclarons publiquement que nous mettrons à 
exécution les clauses du contrat, en faisant apprécier sa manière 
d'agir par toutes les corporations réunies. Tel est, à notre avis, le 
meilleur mode que nous puissions employer pour flétrir les manda- 
taires infidèles. 

Convaincus que tous nos camarades sauront apprécier le choix 
que nous avons fait, nous comptons sur leur bon sens pour lui 
donner leur voix, afin de déclarer solennellement à la bourgeoisie 
que nous n'acceptons plus sa tutelle et que désormais nous défen- 
drons nos intérêts nous-mêmes, l'expérience de quatre-vingts an- 
nées nous ayant démontré que jusqu'alors elle ne s'en était pas 
inquiétée. 

Pour le Comité du cercle : 

Le secrétaire de correspondance, Emile AUBRY ;' le secré- 
taire du bureau, MARQUES ; le caissier, Pierre JULIEN^ 

Pour le Comité électoral ouvrier d'Elbeuf : 
COURONNÉ, PIÉTON, DEPERNEY, Alfred DURÉ, PAR- 
MENTIER ; 

Pour les Comités : 

Les présidents, fileurs de /a/fles ; FERRET, PELTIER (Dar- 
nétal) ; Alfred DUPRÉ (Elbeuf).Fi7e?/rs decoton .-CREUSOT 
(Rouen) ; HÉNAULT (Darnétal). Tisseurs calicot : Jean 
STÉPHAN, SAVALLE, ROUSSEAU (Sotteville). Tisseurs 
bretelles : LAURENT, DESCANIÈRE, CAPPON, VIMONT 
fils (Rouen). Imprimeurs lithograpbes : E. AUBRY, GLAS- 
SON, DELAHAYE, BOULARD, HARDY, A. SÉGARD, 
GOUPIL. Imprimeurs sur indienne : MERCIER. (Darnétal). 
Teinturiers grand Leint : BARTHÉLÉMY, GOUELLAIN, 
HALLOT et Jules TUYÉE {Idem). Teinturiers petit teint : 
JAJOU {Id.]. Chauffeurs : FLEUTRY (Id.). Charpentiers : 
JULLIEN (Id.). Mécaniciens : WELHELLE, STÉPHAN {Id. 
Plombiers: Henri BERROUX {Id.). 



i;t lk j Ac:oi;iNiSME. 261 

AUX ÉLECTEURS DES 1« ET 2» CIRCONSCRIPTIONS 

UE L\ SEINE-INFÉRIEURE 

ouvniEUS i;t petits commerçants. 

Chers compagnons de lutte, 

Cédant à l'invitation, faite par irois mille camarades, de vouloir 
bien arcopter la rude mission de planter, dans les deux, circonscrip- 
tions du département, le drapeau de la dcmocvalie ouvrière ie viens 
faire appel au désir, maintes fois exprimé, de prouver à la bour- 
geoisie que, désormais, nous prendrons en main la défense de nos 
intérêts. 

Las de toujours servir d'appoint dans les luttes que se livrent nos 
adversaires depuis quatre-vingts ans, sans jamais en avoir obtenu 
que déceptions de toutes sortes, aggravation de charges, et finale- 
ment misère progressive, nous devons déclarer à notre aînée, qu'à 
l'avenir, nous ne nous mêlerons plus de ses querelles politiques 
dont nous avons toujours été les dupes. 

Payant de notre sang, sacrifiant l'existence de nos familles pour 
des intérêts qui n'étaient point les nôtres, nous devons déclarer 
solennellement que maintenant nous ne ferons de sacrifices que 
pour nous seuls. 

L'heure de la revendication do nos droits politiques et l'conomiques 
est arrivée ; il est temps de mettre en pratique l'adage des philoso- 
phes anciens : « Fais ce que tu dois, advienne que pourra. > Quels que 
soient les obstacles qui s'opposent à notre affranchissement, notre 
devoir est de les briser ; nous possédons une conquête chèrement 
acquise qui, dirigée habilement par les travailleurs, pourra renver- 
ser facilement les digues savamment construites par le monopole 
pour arrêter noire développement économique. Nous avons le 
suffrage universel ! nous avons le droit d'organiser les forces ré- 
volutionnaires du travail par la solidarité des métiers : avec cette 
organisation, tout doit se transformer; puisque nous avons le 
nombre, nous serions coupables de ne pas le mettre au service de 
nos intérêts, et ce serait trahir notre cause. 

Le moment est favorable. La discorde règne dans le camp de 
nos adversaires; laissons-les débattre leurs affaires, elles ne doi- 
vent nullement nous préoccuper. 

Nous sommes le travail, la production ! 

Us sont le capital, la non-production ! 

Les intérêts sont diamétralement opposés. Notre rôle, dans cette 
grande lutte électorale, est de peser de tout notre poids dans le 
plateau de la balance contenant la production, pour le faire pencher 

enotre côté. 



262 L'INTERNATIONALE 

Ce n'est pas à vous, chers camarades, qu'il est besoin de dire 
que, jusqu'alors, nous avons été traités en parias par la société 
moderne. 

Qui de vous ignore que le monopole, il y a peu de temps de cela, 
osait dire que nous ne pourrions jamais rien faire sans son con- 
sentement? N'allait-il pas jusqu'à avancer que, sans lui, nous ne 
pourrions manger? Nous, les créaleurs de la richesse ! 

Il est vrai qu'en cette époque de fièvre électorale, tous les can- 
didats bourgois s'évertuent à nous démontrer qu'ils sont les vrais 
représentants des intérêts généraux du travail ; malheureusement 
pour eux, ils oublient que, depuis vingt ans, nous sommes habi- 
tués à ce langage. Il est temps que cette rhétorique de circonstance 
se termine. 

Je me permets, camarades, de supposer chez vous une inten- 
tion bien arrêtée de ne plus servir d'instruments à tous ces solli- 
citeurs : les pièges qu'ils vous tendent sont vieillis par un usage 
trop prolongé. J'ai la certitude que tous ceux qui vivent du travail 
auront à cœur de prouver à la bourgeoisie qu'il n'y a plus possibi- 
lité de compter sur nos voix pour satisfaire ses rivalités, et que 
vous n'hésiterez nullement à les donner au candidat désigné par 
trois mille ouvriers organisés corporativement, qui mettent leur 
confiance dans le bon sens de tous ceux qui ont hâte d'en finir avef 
l'exploitation du monopole financier, agricole et industriel. 

Mon nom ne représente pas une personnalité, c'est une protesta- 
tion vivante contre l'organisation économique d'une société qui 
nous refuse : propriété, bien-être, instruction, liberté, justice ! 

Ainsi que le mentionne le manifeste du Cercle d'études économi- 
ques de l'arrondissement de Rouen, j'adhère de cœur et d'esprit au 
programme ; si vous m'honorez de votre confiance, je m'engage à 
le soutenir énergiqucment en acceptant le mandat impératif, sau- 
vegarde des électeurs et garantie du mandataire. 

Dans cet espoir, croyez, chers compagnons de lutte, au dévoue- 
ment de votre camarade, 

E. AUBRY, 

Ouvrier litliographe, secrétaire de correspondance du cer- 
cle délégué de Rouen aux congrès des travailleurs de 
Genève, Lausanne et Bruxelles. 



ET LK JACOBINISME. 



«68 



PIECE G. 

LE SOCIALISME. 

A propos dos élections JcgisJ ulives. 



Le sort commun de 
toute vérité nouvelle qui 
surgit est d'effrayer au 
lieu de séduire, de bles- 
ser au lieu de convain- 
cre; c'est qu'elle s'élan- 
ce avec d'autant plus de 
force qu'elle a été plus 
longtemps comprimée ; 
c'est qu'ayant des ol)sta- 
cles à vaincre, il faut 
qu'elle lutte et qu'elle 
renverse, jusqu'à ce que 
comprise et adoptée par 
la généralité, elle de- 
vienne la base d'iN nou- 
vel ORDRE SOCIAL. 

L.-N. BONAPARTE. 



DE 1869. 



PAR 

ALBERT RICHARD 

Ex-dôlégué 
des ouvriers lyonnais aux con- 
grès de Bruxelles et 
de Berne en septembre 1868. 



Ce ne sont |i;:s les mi- 
sérables qui ''ii\l des 
épargnes; car qui n'a 
pas de quoi vi , re nu met 
guère de côté. C'est \ 

LEURS DÉPICNS C'L'E LES 
Kl'AUGNF.S SdNT FAITES. 

J'en conclus : que 
quoiqu'il y ait incontes- 
tablement, dans tous les 
Etats d'Europe, des pro- 
duits épargnés chaque 
année, cette épargne ne 
porte pas en général sur 
les consommations inu- 
tiles, ainsi que le vou- 
draient la jiulilique et 
l'humanité, mais sur des 
besoin-s- véritables : ce 
qui accuse le système 
politique et économique 
de beaucoup de gouver- 
nements. 

J.-B. 8AY. 



PAS DE DROITS SANS DEVOIRS. — PAS DE DEVOIRS 
SANS DROITS. 



I 



Bien que l'Association internationale des travailleurs ait été dis- 
soute en France, l'oeuvre qu'elle y avait inaugurée avec un certain 
éclat dès 1865 n'a pas laissé que d'y faire des progrès qui déjà sont 
assez apparents pour que personne ne puisse plus les nier. 

Il est vrai que les socialistes de Paris, de Lyon, de Marseille et 
d'autres villes de France, qui adhèrent aux principes de l'Associa- 
tion internationale, ne se sont point manifestés dans les dernières 
élections avec cet ensemble et cette spontanéité qu'on aurait pu 
attendre d'eux. 



264 L'INTERNATIONALE. 

Cependant, ils ont agi comme la force des choses et la nature 
des circonstances leur ont jiermis de le faire. 

Et, somme toute, ils ne sont par mécontents du résultat obtenu. 

A Paris, des programmes socialistes franchement radicaux ont 
été publiés, et plusieurs ont réuni des milliers d'adhésions. Des 
candidatures socialistes s'y sont produites dans plusieui-s circons- 
criptions. 

Enfin, l'honmie du 15 mai, le prisonnier de Vincennes, le dévoué 
Kaspail a triomphé à Pains et à Lyon. Or, l'arrivée de Raspail à 
la Chambre, c'est l'avénemcnt du vieux socialisme de I80O et de 1848, 
préparant l'avènement du nouveau socialisme, qui se développe et 
s'organise sous le drapeau de l'Internationale. 

Nous ne voulons pas mettre au nombre de nos succès les nom- 
breuses protestations de dévouement à la classe ouvrière dont un 
grand noml)re de candidats démocrates, et même de candidats con- 
servateurs, ont chargé leur programme : c'est là cependant un signe 
du temps. 

Quant à la rude leçon infligée à M. Jules Favre, l'un des plus 
grands adversaires du socialisme, c'est un indice certain de la ten- 
dance de plus en plus accentuée des esprits à suivre le mouvement 
dont les socialistes forment l'avant-garde. 

Mais, qu'on y fasse bien attention : si les socialistes, mettant de 
côté toute considération subjective, n'avaient vu que l'objectif qui 
leur est propre, ils auraient pu s'affirmer envers et contre tous, et 
cette résolution aurait pesé d'un certain poids dans la balance. 

Pourquoi ne l'ont-ils pas fait? 

Voilà ce que nous voulons apprendre à nos concitoyens, et no- 
tamment aux électeurs de la 2'' circonscription du Rhône, à laquelle 
nous appartenons. 

De nombreux socialistes de cette circonscription avaient depuis 
longtemps formé le projet de poser aux élections de 1869 la candi- 
dature d'un démocrate socialiste. Plusieurs réunions privées avaient 
eu lieu à cet effet, quand tout à coup est apparue, avec l'auréole 
d'une immense popularité , la candidature du citoyen Baneel. 
L'apparition de cette candidature, concordant avec le réveil général 
de la France à la vie politique, dut nécessairement modifier les 
intentions des socialistes; car après s'être demandé s'ils ne devaient 
tenir aucun compte de ce grand mouvement politique et l'entraver 
au besoin pour marcher directement à leur but, l'affranchissement 
du travail, ils se firent une réponse négative. 

Les obstacles politiques sont en France tellement obstruants, 

tellement pénibles à supporter, que, malgré le pas en avant fait par 

le gouvernement impérial, ils frappent encore avant tous les autres 

les yeux de la masse intelligente. 

Partout des règles, partout des limites, une presse accessible 



ET LK JACOniNISMK. 265 

aux seuls bourgeois, une centrulisatiou ;il).soibantc, ilos budgets 
écrasants. 

La candidature Daucel ('lait une prolestaliou contre ont état de 
choses, et les socialistes comprirent que la Franco entière, cher- 
chant à se délivrer de l'étreinte d'un système qui n'a plus de raison 
d'être, ils seraient mal venus, quel que fût le prétexte qu'ils pussent 
alléguer, à se mettre en travers d'une si grandiose et si légitime 
revendication, 

Il ne leur restait que deux partis à prendre : ou s'abstenir, ou 
voter pour le citoyen Oancel. 

Un moment, l'abstention, ou plutôt le vote par bulletin blanc, 
sembla prévaloir. 

Cependant, il est si dur, pour dos hommes jouissant do leurs 
droits civiques, conquis au prix de tant d'el'l'orts de tout genre, de 
ne pas on user quand le cas se présente; de plus, il est si difficile 
de rester neutre en face des candidals officiels ou officieux, qu'au 
dernier moment tous nos amis se décidèrent à voter pour le citoyen 
Bancel. 

Du reste, les courageux vaincus de 1852 avaient droit à do tels 
égards. Nous en convenons, pour qu'on ne nous accuse pas de 
partialité, quand nous rappelons aux peuples d'autres vaincus non 
moins glorieux et non moins intéressants. 

Peu de jours après qu'eut été prise la décision dont nous venons 
de parler, un groujie de socialistes étrangers à l'Association inter- 
nationale, et qui ne s'était point concerté avec nous, fit afficher une 
invitation de voter par bulletins blancs. Nous respectons d'autant 
mieux les intentions de ces socialistes, qu'elles ont été un instant 
les nôtres; mais, nous le répétons, nous avons cru de notre devoir 
de ne point y persévérer. 



II 



Ceci posé, nous nous sentons forts pour dire à tous les démo- 
crates ouvriers : 

« Nous avons tous ensemble revendiqué énergiquement nos 
droits de citoyens; conservons cette union, qui nous a donne la vic- 
toire, pour revendiquer nos droits de travailleurs. » 

Nous ne voulons pas profiter de la circonstance pour agiter le 
légendaire spectre rouge. Nous savons d'ailleurs que la loi no 
nous permet pas de porter atteinte au principe de la propriété, mais 
nous voulons au moins expliquer, une bonne fois, aussi claire- 
ment que possible, et cela sans exaltation, sans haine, sans colère,. 
ce que nous entendons par nos droits de travailleurs. 



266 L'INTERNATIONALE 

Les membres de la société actuelle ont à remplir deux fonctions 
qui, bien que distinctes, se corroborent l'une l'autre. 

L'une est la fonction de citoyen^ qui se rapporte à l'ordre politi- 
que; l'autre est la fonction de travailleur, qui se rapporte à l'ordre 
économique. 

Pour agir et se développer, l'homme, en tant que citoyen et 
en tant que travailleur, a besoin de ce milieu salubre, de cette at- 
mosphère légère, de cet horizon immense qui s'appellent la Liberté. 

La liberlé du citoyen, ou la liberté politique, est bien loin d'être 
suffisante. 

Faut-il encore rappeler, pour le prouver, les sinistres souvenirs 
de juin 1848 ? 

]\îais regardons plutôt les pays libres qui avoisinent le nôtre. 

En t'uisse, des grèves éclatent à chaque instant, et les ouvriers 
oppressés ne savent comment se débarrasser du fardeau qui les 
écrase. En Belgique, la misère est à son comble, et les capitalistes, 
non contents de molester les travailleurs, les font fusiller par les 
troupes du gouvernement. 

Et l'Angleterre? 

Peut-il être une condition plus déplorable que celle de la 
majeure partie des prolétaires anglais? Et ces statistiques offi- 
ciel les qui constatent que tous les ans des milliers d'ouvriers an- 
glais meurent de misère, ne sont-elles pas une honte pour ce pays 
delà liberté politique, delà richesse et de l'égoïsme? 

Les économistes nous disent : Avec la libeiié d'association, les 
travailleurs, par leurs seuls efforts, fermeront peu à peu toutes 
ces plaies; le capital, bien loin de les en empêcher, les y aidera 
au contraire. 

Nous avons beau faii-e tous nos efforts pour arriver à partager 
cette agréable conviction, nous ne pouvons y parvenir. 

Non la liberté d'association, qui est une liberté politique, n'est 
pas suffisante ; et quand même tous les travailleurs seraient assez 
instruits et assez pénétrés des pinncipes modernes de solidarité 
pour s'associer tous ensemble, pour organiser le crédit mutuel 
gratuit sur une vaste échelle, la centralisation capitaliste les étouf- 
ferait encore et paralyserait leurs efforts. 

Car cette centralisation va toujours croissant, à mesure que le 
mouvement général delà production et de la consommation se dé- 
veloppe dans notre société. Et il ne peut pas en être autrement, 
parce qu'on ne peut pas se passer du capital, et parce que des as- 
sociations, fondées avec des ressources insuffisantes, ne peuvent pas 
détourner ces grands canaux par lesquels les capitalisies aspii'cnt 
toute la richesse publique, la rente foncière, l'intcrèt au capital, le 
patronat et Pagiotage. 

Proudhon lui-même a cru à la possibilité d'une transformation 



ET LK JAGOltlNISME. 267 

sociale opérée par les travailleurs avec les seules ressources donl 
le capital les laisse disposer. 

Nous admirons Proudhon, mais pas exclusivement, et nous pen- 
sons qu'il s'est trompé plusieurs fois, et cette fois-ci entre autres, 
qui, du reste, n'est pas arrivé qu'à lui. 

Que faut-il donc aux ouvriers pour qu'ils puissent enfin travail- 
ler sérieusement et efficacement à leur émancipation? 

()n propose parfois des moyens radicaux, et nous en avons pro- 
posé aux congrès de Bruxelles et de Berne. 

Le premier de ces congrès a reconnu la nécessité de l'entrée du 
sol à la propriété collective. 

Le second a repoussé le principe de l'égalité économique ; mais 
il a étudié cette question, en a reconnu l'importance, et notre dé- 
mission de membre de la Ligue de la paix, que nous avons cru 
devoir présenter, en compagnie de nos amis Bakounine, Jaclard, 
Elisée Reclus, Aristide Rey, Fanelli, etc., a été une nouvelle et so- 
lennelle affirmation du socialisme radical. 

Mais les moyens préconisés à Bruxelles et à Berne ne sont ap- 
plicables que dans un milieu rendu favorable à leur action par des 
circonstances toutes spéciales. 

Outre que nous ne pouvons pas on parler sans imprudence, nous 
tenons à prouver qpie les socialistes ne sont révolutionnaires qu'au- 
tant qu'on les force de Vêtre, et qu'ils ne demanderaient pas mieux 
que de devenir de vrais amis de l'ordre et de chauds conscrvateui's. 
Il ne faudrait pour cela qu'une simple reconnaissance des droits du 
travail par l'État, c'est-à-dire qu'il faudrait donner aux travailleurs 
ce que nous appellerons la liberté sociale, corollaire indispensable 
de la liberté politique. 



III 



Donc, nous nous plaçons sur le terrain de la modération et nous 
demandons ici, non pas des moyens radicaux, non pas une trans- 
formation immédiate, mais des moyens transitoires, dont on puisse 
se servir pacifiquement et sans nuire à personne. 

Mais qu'est-ce que la liberté sociale? 

La constitution de 92 nous en donne la définition, en nous don- 
nant celle de la liberté politique. 

De même que la liberté politique est la faculté pour chaque ci- 
toyen de faire tout ce qu'il veut jusqu'à la limite de la liberté d'un 
autre citoyen, la liberté sociale est la faculté pour chaque travailleur 



l'68 L'INTERNATIONAL F. 

(le faire tout ce qu'il veut jusqu'à la liniile de la liberté d'un autre 
travailleur. 

Or, si la liberté politique n'existe que quand elle est délinie, as- 
surée, garantie par des lois d'ordre politique, la liberté sociale ne 
peut exister que si elle est définie, assurée, garaplie par des lois 
d'ordre social. 

Dans les républiques grecque et romaine, la liberté politique 
existait, mais la liberté sociale n'existait pas : elles avaient des es- 
claves. 

Le Brésil et l'île de (^,uba nous présentent encore le même spec- 
tacle. 

Dans nos sociétés européennes, la liberté politique existe, un 
peu plus ou un peu moins développée, mais la liberté sociale n'y 
existe pas : elles ont des prolétaires. La misère s'y montre à côté 
de l'opulence ; une inégalité choquante y divise les citoyens en 
castes ennemies; l'anarchie et la confusion régnent dans le sys- 
tème économique : on n'y connaît point de droits, et la loi du plus 
fort, qui est la loi du plus riche, est la seule que l'on y suive. 

Mais comment établir la liberté sociale ? 

Il faut pour cela trois grandes réformes législatives bien sim- 
ples, et dont l'application ne présentera de difficulté que pour ceux 
qu'aveugle le préjugé et qui se rattachent avec une opiniâtreté in- 
sensée au débris d'un passé dont nous nous éloignons avec tant 
de rapidité. 

Ces trois réformes sont celles pour lesquelles nous avons demandé 
au citoyen Bancel de se prononcer, dans la dernière réunion publi- 
que électorale qui s'est tenue dans la salle du Trianon, à Vaise. La 
première, c'est l'établissement de l'impôt proportionnel et progres- 
sif. Quoi de plus juste qu'un impôt de ce genre, substituant à la 
multitude d'impôts directs et indirects, dont nous sommes accablés et 
<{ui pèsent tous directement ou indirectement sur le travail, substi- 
tuant à ces impôts, disons-nous, un système qui ferait payer à cha- 
que citoyen une portion de charges; publiques proportionnée à ses 
ressources personnelles. 

Le citoyen Bancel, sentant tout ce que cette idée a d'avenir, a ad- 
mis la proportionnalité de l'impôt, mais il a repoussé la progression. 

Nous serions d'accord avec lui, si nous nous trouvions en pi^é- 
sence d'une société vraiment égalitaire, c'est-à-dire où chacun 
ne disposerait que des fruits de son travail ; mais la différence qui 
existe actuellement entre la fortune est si grande, que la i^ropor- 
tionnalité sans la progression ne serait plus la proportionnalité. 

La seconde réforme, c'est la suppression des monopoles d'Etat, 
tels que ceux dont jouissent la Banque de France, des sociétés 
financières, des compagnies de chemins de fer, des compagnies 
d'assurances et autres entreprises. 



ET LE JACOIUNISMi;. 26i* 

Il est facile de comprendre (juc ces sociétés i)riviléyices, offrant 
à la fois des avantages plus considérables et de meilleures garan- 
ties, attirent à elles tous les capitaux disponibles, qui deviennent 
ainsi une précieuse ressource pour la centralisation capitaliste' et 
un moyen de plus pour lui asservir le travail. 

Nous pouvons en donner une idée à nos lecteurs : 

11 n'existe en France que cinq milliards de francs eu numéraire, 
dont deux milliards seulement sont en circulation. Cependant, les 
spéculateurs, à l'aide de leurs privilèges, accaparant le crédit public, 
prêtent une somme de soixante milliards de francs au moins, repré- 
sentée par des valeurs fiduciaires, c'est-à-dire par des valeurs fic- 
tives qui deviennent ainsi réelles à leur profit exclusif. 

Ces papiers de toute sorte sont des dettes d'P^tat, des dettes hypo- 
Ihécaii'es, des actions, des obligations, valeurs ohirographaires, etc. 

Pour payement des frais qu'ils provoquent et de leurs intérêts, 
ils enlèvent à la production une somme annuelle de cinq milliards 
<|ualre cents millions ! Nous constatons avec plaisir que le citoyen 
Baneel a reconnu la nécessité de supprimer ces monopoles. 

La troisième de nos réformes, qui est la plus importante, parce 
que, sans elle, les précédentes qui pourraient la compléter si utile- 
ment seraient faciles à éluder et ne serviraient par conséquent de 
rien, consiste dans la création de lois spéciales et de tribunaux 
spéciaux pour régler dans un sens démocratique et égalitaire les 
rapports entre les capitalistes, propriétaires et patrons d'une part, 
et les travailleurs dans la plus vaste acception du mot d'autre 
liart. 

L'institution des prud'hommes est déjà un tout petit pas fait dans 
cette voie. 

Ces lois et ces tribunaux économiques détermineraient claire- 
ment les droits et les devoirs de tous les intéressés dans l'ordre 
économique, fixeraient la durée des journées de travail, s'inspire- 
raient à la fois des intérêts généraux de l'industrie, du commerce 
et de l'agi'iculture, et des intérêts particuliers de tous les intéressés 
sans distinction aucune. Ils s'occuperaient même de coordonner 
dans la mesure du possible le mouvement de la production et de la 
consommation, celui de rimportaliou et de l'exportation, la con- 
currence et l'échange. 

Enfin, ils assureraient du travail à tout le monde, même aux 
dépens des capitalistes, si cela était nécessaire. 

La vie de l'homme est sacrée; son indépendance sociale et sa 
dignité, sans lesquelles il n'est pas un homme, mais une brute^ doi- 
vent l'être également. Aucune [considération d'aucun ordre ne peul 
primer celles-là. Une société civilisée qui ne sauvegarde pas en- 
vers et contre tous la vie de l'homme, son indépendance sociale et 
sa dignité n'est pas digne du nom de société civilisée, et l'histoire 



270 L'INTERNATIONALE 

est là pour nous démontrei" qu'elle nourrit le monstre qui doit la 
dévorer. 

On parle sans cesse d'initiative individuelle. C'est seulement 
après l'établissement des réfoi^mes que nous venons d'exposer 
qu'on pourrait on parler avec raison, car les membres de la 
société, placés comme citoyens et comme travailleurs sur le ter- 
rain solide du di'oit, pourraient déployer en toute sécurité et sans 
porter préjudicL' ù autrui toute leur activité morale et matérielle. 
L'instruction et l'association deviendraient des arines puissantes 
entre les mains des ouvriers, et, le socialisme entrant de la phase 
théorique dans la phase pratique, cet abominable specti'e rouge 
deviendrait la plus complète réalisation du progrès dans la paix et 
dans la liberté, par la science et par le travail. 

Sans l'epousser directement une proposition si conforme à la jus- 
tice et aux besoins de notre époque, le citoyen Bancel, s'égaranl 
dans des considérations d'un ordre purement politique, nous a ré- 
pondu en parlant de liberté et d'initiative individuelle. 

Il n'est pas étonnant qu'il ne nous ait pas compris; prévenu 
depuis longtemps contre les théoriciens, il croit qu'ils sont encore 
possibles maintenant et il se tient sur ses gardes. 



IV 



Nous convenons sans peine qu'il ne manque pas d'objections à 
faire à notre troisième proposition, mais nous défions nos adver- 
saires d'en trouver une seule qui soit irréfutable. 

La plus forte est celle qui repousse l'intervention de l'Etat dans 
le système économique. C'est aussi la moins solide. 

Car, qu'est-ce que l'Etat dans le sens le plus légitime du mot ? 
L'Iîltat, c'est la société, c'est nous, citoyens et travailleurs. Nous 
avons donc le droit de faire des lois et d'intervenir dans nos pro-- 
près affaires, au point de vue économique comme au point de vue 
politique. 

Voici une autre objection : 

En détruisant le chômage et la misère, en améliorant d'une ma- 
nière si sensible la condition des travailleurs, nous dit-on, on pro- 
voquera une augmentation considérable du prix des objets de con- 
sommation, et en dépit de tout la situation redeviendra la même 
qu'auparavant. 

Nous répondons que cela est impossible parce que l'augmenta- 
tion de la production concordera uécessaircment avec l'augmenta- 
tion de la consommation. 



RT LE JACOBINISME. 371 

On pouiTu dire encore : Mais la moyenne des revenus et salaires 
est en France de dix-huit sous par jour pour chaque personne.. Si 
les uns gagnent beaucoup plus, il faut nécessairement f[u'il y ail 
des mallieureux. 

Nous ne voulons pas discuter le chiffre de dix-huit sous; il y a 
tant d'ouvriers qui ne gagnent guère plus el qui ont une femme et 
des enfants ! 

Mais nous ferons observer qu'il semble que ce soit très-peu 
parce qu'on ne réfléchit pas que derrière ces dix-huit sous jour- 
naliers, il y a toute la richesse publique, propriété foncière, 
immobilière, capital industriel, monnaie, etc., qui, si elle était 
également répartie, rendrait chaque individu, homme ou femme, 
enfant ou vieillard, propriétaii'C d'une valeur de trois mille 
francs. 

D'ailleurs, non-seulement l'impùl proporlionnel et progressif 
remédierait à l'inégalité des gains, mais l'augmentaliou de la pro- 
duction et de la consommation porterait le revenu général à sou 
maximum, qu'il est bien loin d'atteindre aujourd'hui, tandis que nous 
ferions de jour en jour des pas plus considérables dans le sens de 
l'égalité économique. 

Une dernière objection et la plus digue d'être combattue est celle 
par laquelle on pourrait nous reprocher de gêner la liberté indivi- 
duelle. 

Mais, quand la liberté individuelle des uns dégénère en licence, 
c'est-à-dire quand elle porte atteinte à la liberté individuelle des 
autres, la société a le droit et le devoir do la gêner. 

Ceux qui ne voient que la liberté et l'initiative individuelles, 
ranavchic et le fédéralisme, ne voient qu'un seul côté de la ques- 
tion. Esl-ce que le droit d'un seul doit annuler le droit de tous ? 
Est-ce que le droit individuel doit annuler le droit social ? 
Non! 

Pas plus que le droit social ne doit absorber le droit individuel. 
Ces deux droits qui n'eu font qu'un doivent s'amalgamer, se 
corroborer. C'est la loi naturelle d'attraction et do répulsion ap- 
pliquée au système économique. 

Au surplus, nous n'avons aucune prétention à l'infaillibilité. 
Non-seulement nous ne redoutons pas la discussion orale ou 
écrite, mais nous l'appelons, nous la provoquons. Si nous som- 
mes dans l'erreur, qu'on nous le prouve. 

Les socialistes d'aujourd'hui ne sont point des révélateurs so- 
ciaux : au contraire, ils ne détestent rien tant que les prophètes 
et les systèmes. Les socialistes sont purement et simplement des 
travailleurs qui veulent qu'on respecte les droits imprescriptibles 
qu'ils tiennent de leur double qualité d'hommes et de travailleurs. 
Leur grand ennemi, ce n'est pas la bourgeoisie, ce n'est pas la 



Tri L'INTERNATIONALE 

j-eligion, ce n'est pas la propriété, e'esl le mal social dans sa cause 
passive, l'ignorance, et dans sa cause active, l'égoïsme. 

Mais, s'écrie-t-on, ils veulent tout nivclei* ; c'est là pour eux le 
Lut messianique! 

Les socialistes no veulent rien niveler du tout. Ils veulent la 
réalisation matérielle de la justice qui n'est autre que l'égalité 
acclamée en 92. 

Et qu'est-ce que c'est que cette égalité ? 

C'est l'obligation du devoir et la reconnaissaince du droit pour 
tous les individus avec l'équilibre entre les droits et les devoirs de 
chacun d'eux. 

Qu'y a-t-il là de si effrayant ? 

Vous ne voulez pas que les paresseux et les débauchés profitent 
des peines des autres ? 

Nous ne le voulons pas davantage. 

Vous voulez qu'on respecte la propriété qui a poui- origine le 
travail ? 

C'est précisément celle-là que nous vouions respecter. 

Vous voulez que les citoyens vivent en bonne intelligence en- 
tre eux? 

Mais, c'est absolument ce que nous vovilons. 

Vous voulez que les paysans conservent leur morceau de ter- 
rain? 

Non-seulement nous le voulons, mais nous voulons ({ue ceux 
qui n'ont qu'un terrain insuffisant en aient un plus grand, que les 
fermiers et les journaliers deviennent propriétaires, qu'enfin, per- 
sonne n'ait plus lieu de se plaindre, ni dans les campagnes, ni dans 
les villes. 



Et cependant, on nous insulte, on nous bafoue, on nous prête 
des intentions telles que les traîtres de nos grands drames en 
cinq actes et douze tableaux ne nous en montrent point d'aussi 
terribles ! 

A de certaines époques, et l'époque des élections est une de celles- 
là, les journaux réactionnaires sont amusants au possible. D'hon- 
nêtes rédacteurs transformés en croquemilaincs de parade embou- 
chent la trompette du jugement dernier pour jeter, sur un ton 
sépulcral, ces avertissements épouvantables à leurs débonnaires 
lecteurs: 

C'est la vengeance, le pillage, les proscriptions, dissimulés à 



ET LE JACOBINISME 278 

u Les représentants de la justice, Ollivier, nernier et C'c vou- 
draient bien trouver quelque chose ({ui les sauvilt du ridicule, et 
peine sous le nom de révolution sociale, qu'il faut aux radicaux et 
aux socialistes. Ils ne veulent que satisfaire par tous les moyens 
leurs rancunes et leurs convoitises. » 

Ciel et terre ! Est-il possible ? 

Hommes de vengeance, de pillage et de proscrijjtion, où ctes- 
vous ? Apparaissez si vous existez. Mais nous ne voyons rien à 
l'horizon, à moins que ce ne soient les fameux points noirs en 
question. 

Les démocrates libéraux attaquent le socialisme avec moins de 
violence, mais avec autant d'ardeur. Défenseurs de la bourgeoisie et 
de ses privilèges, arrière-garde attardée des générations qui ont 
joué leur rôle en 89, en 1830 et eu 1848, ils sentent qu'ils ne sont 
plus les hommes de l'avenir et qu'à une situation nouvelle il faut 
des hommes nouveaux. Mais leurs routines, leui- ignorance en ma- 
tière d'économie sociale et surtout leurs craintes les jettent dans 
le trouble. Et ils pactisent avec la réaction quand il s'agit de 
nous jeter la pierre. Qu'ils y réfléchissent désormais : cette alliance 
monstrueuse a déjà coûté bien cher aux Jules Favre, aux Garnier- 
Pagès, aux Marie, et ce ne sont pas là les dernières surprises qui 
nous soient réservées. 

Quant aux économistes, ils sont incorrigibles et ils nous répètent 
comme toujours que « l'ouvrier intelligent et honnête sait bien que 
par son travail il peut arriver à être patron, qu'il peut acquérir 
l'aisance et souvent la fortune. » 

Ouvriers lyonnais qui par votre travail acquérez l'aisanee et la 
fortune, où étes-vous ? 

Montrez-vous ! 

Allez, messieurs les adversaires du socialisme, soyez tranquilles, 
nous ne vous rendons pas la haine que vous avez pour nous. 

Et savez-vous pourquoi? 

C'est parce que, de par la loi suprême qui préside au développe- 
ment des sociétés humaines, l'avenir nous appartient. 

Vous aurez beau faire et beau dire, nous triompherons à notre 
heure. 

Nous triompherons, parce que notre devise est : Vérité, Justice, 
Morale. 

Nous triompherons, parce que nous avons derrière nous tout un 
corps d'armée, et que ce corps d'armée, c'est le peuple, le peuple 
qu'on peut abuser, tromper un instant, le peuple qui paye bien cher 
les fautes qu'il lui arrive de commettre, mais qui porte dans son 
sein le germe de tous les progrès et de toutes les grandeurs. 

Lyon, le 3 juin 1869. 

18 



374 L'INTERNATIONALE 



PIEGE H. 



PROTESTATION DES DELEGUES DES SOGIETl» OUVRtEBES DE PARIS CONTRE 
LE MASSACRE d'aUBIN. 

« Les délégués des sociétés ouvrières, réunis pour conolure un 
« pacte fédératif, protestent de foute leur énergie contre les actes 
« sanglants rommis sur les travailleurs dos mines d'Aubin. 

« En présence de pareils attentats contre la vie et le droit du 
« peuple, 

« Nous déclamns qu'il nous est impossible de vivre sous un ré- 
(I gime social où le capital répond à des manifestations, quelquefois 
« turbulentes, mais toujours justes, par la fusillade. 

« Les travailleurs savent ce qu'ils ont à espérer de cette caste qui 
« n'a exterminé l'aristocratie que pour hériter de ses injustes 
« prétentions. Etait-ce pour aboutir à de tels résultats que le peuple 
c( scella de son sang la proclamation des droits de l'homme? 

a Les faits accomplis nous autorisent à affirmer de nouveau que 
« le peuple ne peut attendre que de ses propres efforts le triomphe 
« de la justice. 

« SYLVESTRE, imprimeur en taille-douce, rue St. -Jacques, 187. 
SOLIVEAU, imprimeur en taille-douce, rue Lctort, 1 AVRIAL, 
mécanicien, passage Raoul, 15. MARTIN edouard, forgeron, 
boulevard Ronne-Nouvelle, 25. DROUCHON Gustave, mécani- 
cien, rue Oberkampf, 131. MARGHAL, menuisier en bâtiment, 
marché Ste-Catheriiie, 9. CAPUT, menuisier en bâtiment, rue 
St-Maur, 140. ROUILLY, wagonnier, rueSte-YIarie, 12. DAM- 
BRUN, menuisier en sièges, rue duFaubourg-St-Antoine, 255. 
FRrVNQUIN, litbographe, rue de la Verrerie, 42. BLON- 
DEUX, lithographe, rue de Douai, 28. SAUZET, tourneur sur 
métaux, rue St-Maur, 195. VIGNERON, sculpteur sur bois, 
rue de la Villette, 68. PRUDHOMME, sculpteur sur bois, rue 
du Faubourg-du-Temple, 82. VERONA richari>, porcelainier, 
rue Neuve-Gabi ielle, 15(Gharenton). UXRBIER, peintre en cé- 
ramique, rue des 'Chaufourniers, 21. MEVRE, peintre en cé- 
ramique, rue Ramponneau, 32. GASPARD, ébéniste, rue Tra- 
versière, 43. ANDRÉ, /c/em, idem. RERGON louis, tisseur en 
canevas, boulevard Vangirard, 163. LOTHON, brossier pour 
joei/3i(/re,ruedesTrois-Bornes, ibhis. PARROT aîné, brossivr 
pour peinture, rue de Reuilly, 67. PABROT jeune, brossier 
pour peinture, rue du Cloître-St-Merry, 1. MÉNARD, brossier 



KT l.K JACOBINISME. 275 

pour peinture, rue Beautreillis, 13. ROUSSEL, ferhianlier', rue 
du Vcrfbois, 22. I)U(-IION, ùhni, rue Turenno, 62. ACHARD, 
inégissierpaIissonnciir,v\ie de Lourcine, 75. FOUHCAND, mà- 
gissirr palissonncur, rue Mouffetard, 269. DPZLPONT, tailleur 
de pierres, rue Banville, 8. PARRY, tailleur de pierres, rue 
Jean-de-Beauvais, 11. BERLIOZ, /(/(,7/j. PAGNERRE, fcuilla- 
giste, rue de la Fidélité, 11. DELORME, papiers de fantaisie, 
rue des Pruuiers, 22. ROUVEYUOL, orfèvre, rue de Tour- 
telle 23. BRANSAUU, idem. LOREAU, sculpteur sur pierre, 
rue Oberkampf, 95. LAGHENE, rue La^àlle (Montmartre). 
ROUILLARD, cuirs et peaux, rue du Four, 25. IIOUEL, cor- 
royeur. JAILLON, instruments de musique, rue Prévost, 26. 
DURAND, bijoutirr. CHAMPI (louis), idem. BOUVET, em- 
ployé de commerce. LECLERCQ, idem. ROLLAND. MURAT. 
charpentier. TUEIZ, bronzior, rue de Jessaint, 12. LANBRIN 
HU'POLYTEj bronzier, rue deBelleyme, 12. VARLIN, relieur, 
rue Dauphine, 33. LÉVY Lazare, de la société civile des 
opticiens, rue de Sévigné, 26. » 

(La Réforme, 14 oétdbre 1869.) ' 



PIEGE I 



LA FUTURE REPUBLIQUE EN FRANGE. 

Programme social et politique. 

« Il y a trois formes distinctes de république : l'une dite consti- 
tutionnelle, l'autre despotique et la troisième socialiste. 

« La dernière doit être le couronnement de l'édifice et le but su- 
prême de la révolution. 

« Sont arrêtés et proclamés les points suivants : 

« Banqueroute de l'Etat; 

« Vente des propriétés nationales; 

« Confiscation des biens acquis par les hauts fonctionnaires de 
l'Empire durant leur administration; 

« Allocation de 4 à 5 millions par an sur les fonds de la nation 
aux corporations ouvrières ; 

« L'impôt proportionnel et progressif; 

« L'impôt sur le revenu; 

« La suppression de l'armée régulière et permanente. 

« La terreur et le despotisme, dès le commencement de la répu- 
blique, afin d'empêcher toute réaction. 



i>.H'> L'INTERNATIONALE 

« Pas d'église catholique. 

« Exil — sinon la mort — des prêtres et des religieux. 
« Un seul journal, la feuille officielle du gouvernement. 
« Clubs en permanence, autorisés pour les ouvriers seulement, 
n Interdiction absolue de toute autre réunion entre les citoyens. 
« L'armement de la classe ouvrière, à l'exclusion de toute autre 
classe. 

« L'éducation des enfants et de la jeunesse gratuite cl obliga- 
toire, dans les seuls établissements de la nation. 

« Suppression de tout culte chrétien qu'on pourra remplacer par 
un culte national empi^unté au paganisme des Grecs anciens. 
« Suppression du droit de propriété. 

« Le travail imposé à tout citoyen valide, comme condition pour 
recevoir de la république les vivres et les autres choses néces- 
saires à l'existence. 

« Les pillages, incendies et massacres pourront être ordonnés dès 
le commencement de la révolution, s'ils sont jugés nécessaires 
pour déblayer le terrain politique. 

c Un tribunal révolutionnaire secret est formé dès à présent. 
(Minière en fut nommé le président. Hustave Flourens fut évincé de 
la composition de ce tribunal.) Les arrêts et sentences qu'il portera 
seront exécutés par les membres de l'Internationale' que le sort 
aura désignés *. 

Moyens d'action et de préparation. 

« Réunions publiques ; 

« Diffusion des journaux socialistes; 

« Contributions légères, mais hebdomadaires, des ouvriers, ver- 
sées dans une caisse générale, au profit de la cause socialiste; 

« Grèves nombreuses et fréquentes; 

« Engagement pris par tous les affiliés d'obéir fidèlement aux 
ordres qui leur seront donnés. 

« Fait et arrêté à Paris, en janvier 1870. > 



• La personne de qui nous tenons ce canevas effroyable, et dont le caractère 
et la situation nous permettent d'affirmer, que ce n'est point là un lugubre cau- 
chemar, ajoute ici en note : « Deux mois après il y eut à Paris plusieurs person- 
nages jugés et désignés pour la mort par ce soi-disant tribunal, pour la sentence 
être exécutée suivant les occasions et les circonstances qui paraîtraient les plus 
favorables. » [Note de la rédaction.) 

(Extrait ûe Paria-Journal, 6 septembre 1871.) 



Eï LE JACOBINISME. 277 



PIEGE J. 



MA.MFESTK UES FEMMES I.YONNAISES ADHERENTES A l'iNTERNATIONALE, 

pour engager les jeunes gens de 1870 à refuser le service mili- 
taire, adopté par une réunion privée tenue, sallo Valentino, à la 
Croix-Rousse, le 16 janvier 1810, et communiqué à toutes les 
sections et comités de l'Internationale. 

t Citoyens, 

« Dernièrement un groupe de nos concitoyennes ont adressé aux 
députés socialistes, Raspail et Rochefort, une protestation contre 
les armées permanentes, avec prière de la remettre au Corps légis- 
latif. Protester, c'est bien, mais de l'avis d'un très-grand nombre 
d'entre nous, ce n'est pas assez. En voici la raison : présentée à 
une chambre composée en très-grande majorité de gros capitalistes, 
de grands exploitants qui n'ont rien moins en vue que les intérêts 
des masses, cette réclamation contre la loi de l'impôt du sang dont 
ils sont les heureux privilégiés, puisque pour 2,000 francs, somme 
insignifiante pour leur fortune, leurs fils en sont affranchis, les 
trouvera récalcitrants et passera comme tant d'autres sans 
succès. 

f C'est par un acte révolutionnaire, celui du refus de la cons- 
cription, qu'il faut protester et non par d'inutiles réclamations. Car, 
depuis un an que la démocratie radicale se morfond en protesta- 
tions qu'a-t-elle obtenu? Rien. Confiant dans le dévouement de 
ses plats valets du Palais-Bourbon, l'Empire se joue du jieuple, se 
moque de ses doléances, et si nous continuons sur ce ton, bientôt 
il ne nous prendra plus au sérieux. Les impériaux, et avec eux, 
toute la race des oppresseurs du prolétariat se gênent si peu avec 
nous qu'ils ne prennent môme plus la peine de couvrir leurs actes 
arbitraires de l'apparence de la légalité. 

t De turpitudes en turpitudes, de forfaits en forfaits cette noble 
engeance a comblé la mesure de la dégradation morale. Elle nous 
frappe sans pudeur comme sans merci. Eh bien! quand on a eu le 
malheur de tomber sous la domination de pareilles gens et que l'on 
veut s'arracher à leur joug odieux, on ne perd pas son temps en 
de vaines réclamations, surtout on ne rabaisse pas sa dignité d'hnn- 
nète homme à parlementer avec eux : on prépare la lutte, 
on fait appel à ses moyens et on agit. Mais, dit-on, l'Empire est 
trop fort : quels que puissent être nos moyens d'action, il nous 



278 L'INTERNATIONALE 

vaincra. Telle n'est pas notre appréciation. Un fait acquis au monde 
entier, c'est que le gouvernement de Bonaparte est aujourd'hui 
perdu dans l'opinion, et que la^France entière lui est hostile, sans 
en excepter l'armée qui, pour en donner une preuve éclatante, n'at- 
tend qu'un appel du périple. 

« Dans cette situation, l'Empire se trouve sans appui moral, et 
cette force que la frayeur nous montre si redoutable ne repose que 
sur quelques cent mille chassepots placés en des mains toutes dis- 
posées à en faire usage, non contre le peuple, mais contre ses op- 
presseurs et exploiteurs. 

« La force dont l'Empire dispose contre nous est donc toute maté- 
rielle, et qui la lui fournit? Tous les Français, ses ennemis. Pour 
exercer sa pression sur eux, il puise dans leurs forces, et ils se 
laissent faire. Si encore nous nous bornions à nous laisser dévaliser, 
mais, ù comble de la couardise, les citoyens vont jusqu'à se livrer 
en personne au service de sa cause. Tous nous devrions eu avoir 
le rouge au front. Nous nous disons civilisés, émancipés, erreur! 
nous ne sommes encoi'e que de misérables esclaves et, ce qu'il y a 
de plus triste, c'est que nous le sommes non-seulement matérielle- 
ment, mais encore moralement, puisque, sans nous révolter, nous 
sulùssons la condition qui nous est faite. Quand donc compren- 
drons-nous dans quel abaissement on nous tient courbés? Quand 
donc, par un acte viril, nouveaux Spartacus, nous rpdresserons-nous 
contre la tyrannie? 

« Jeunes citoyens de la classe de 1870, vous faites partie de la 
génération nouvelle, par conséquent vous êtes appelés à bénéficier 
les premiers des réformes issues de la révolution sociale; c'est 
donc à vous, à vous que revient l'honneur et le devoir d'ouvrir la 
lutte. Une occasion se présente à vous de donner un exemple de 
dignité humaine, ne le laissez pas passer. Dans quelques jours 
l'Empire vous appellera pour vous enrôler sous les drapeaux fran- 
geux, ne lui répondez pas ou plutôt répondez-lui ceci : nous 
sommes les soldats de la France, nous ne sommes pas les 
vôtres, car enti'e la France d'aujourd'hui et vous, il n'y a rien de 
commun. Nous ne voulons pas servir dans votre armée. Savez- vous 
pourquoi? Parce que, par vos exploits de Mentana, de Chine, du 
Mexique, surtout par vos massacres de la Bicamarie et d'Aubin, 
cette armée vous l'avez déshonorée, vous l'avez avilie. 

» Faites cela, citoyens, le monde entier vous applaudira et vous 
aurez bien mérité de la révolution- Que craignez-vous? La prison? 
Nous, vos mères, vos soeurs, vos amies, nous veillerons sur vous, 
nous combattrons avec vous. Aussitôt que nous aurons appris 
qu'un ou plusieurs d'entre vous ont été arrêtés, nous irons en 
fo\ile vous réclamer à l'autorité compétente, et il faudra bien qu'on 
nous rende justice. 



ET LK ,1AC0BINISME. 279 

« Mettez-nous à l'épreuve, jeunes citoyens, et l'on verra que les 
l'itovenncs françaises n'ont pas dégénéré, qu'elles sont susceptibles 
d'autant d'énergie et de civisme que leurs aïeules de 1"98. 

€ Cet appel à la résistance à une loi civique, puisqu'elle ne frappe 
qu'une partie des citoyens, a été adopté à l'unanimité dans une 
réunion privée, salle Valcntino, à Lyon, le 16 janvier 1870. 

a Pour les citoyennes présentes à la réunion et par ordre, 

<( Virginie BARBET. 

« Membre de l'Association inlernalionale des travailleurs'. » 



PIÈCE K. 



COMPTE RtiNDU DU MEETING TENU A LONDRES, LE 24 FÉVRIER i8~0, PARLA 
BRANCHE FRANÇAISE POUR CÉLÉBRER LeS2* ANNIVERSAIRE DE LA PRO- 
CLAMATION DE LA RÉPUBLIQUE. 

AssociriUon jutcriintionalc des travailleurs. 

a L'Association internationale des travailleurs, branche française, 
section fédérale le conjointement avec la société révolutionnaire 
Va Teutonia (Allemande) ont tenu un meeting public pour célébrer 
l'anniversaire de la proclamation de la république, le "24 février 1848. 

« Une puissance occulte nous ayant fait refuser lu salle du Cleve- 
land-Hall, la réunion a eu lieu au Bell Tavern old Bailly, sous la 
présidence du citoyen Besson, 

« La réunion était nombreuse et enthousiaste. Les citoyens Bes- 
son, Weber, Paintot, Prévost , Kaufmann, Denempont, Lelubez, 
Holtporp et Debord ont pris successivement la parole, et ont 
énergiquement revendiqué les droits du peuple aux applaudisse- 
'ments des auditeurs. 

« La proposition suivante, présentée par les citoyens Mouraille, 
Denempont et Victor Gudfin a été votée a l'unanimité avec le plus 
grand enthousiasme : 

1 Cette aimable citoyenne, qui était plus qu'à la hauteur des pétroleuses Pari- 
siennes, tenait à cette époque un débit do boissons, rue Moncey 123. Elle a publié 
dans le Progrès du Locle plusieurs articles sur le déisme et l'athéisme où le gro - 
tesque le dispute à rodieu> . 

Nous la retrouvons au Creuzot le 21 février 1 871, vociférant dans les clubs révolu- 
tionnaires organisés sous le patronage du citoyen Dumay, alors maire du Creuzot 
de par la vûlunlé du prcjel Frédéric Morin : qu'il ne fallait pas en. vouloir aux Prus- 
tien-i ; qu'en irùlant et saccageant la France, ils avaient appris au peuple ce qu'il fal- 
lait faire contre la réaction : que si l'on pouvait faire sortir de Paris les Irav ailleurs, 
elles pauvret, elle terail heureuse d y mettre le feu. 



280 L'INTERNATIONALE. 

K L'assemblée proteste contre l'arrestation du seul représentant 
« qui a accepté le mandat de la souveraineté permanente du peuple, 
«le mandat impératif; elle engage le peuple à ne jamais accorder 
« sa confiance à ceux qui la repoussent. » 

«A l'issue de la réunion, une collecte a été faite au profit des 
«détenus politiques. 

«On s'est séparé au chant de la Marseillaise et aux cris mille fois 
répétés de vive Rochefort! vive la République démocratique 
sociale et universelle! 

« Pour la branche française, 

« Le secrétaire : 

« Signé : G. PÉTRE. » 

{Marseillaise, 28 février 1870.) 



PIÈGK L. 



LETTRE D EUGENE DUPONT A COMBAULT, I. INFORMANT QU IL A REMPLI LA 
MISSION dont! il l'avait GHAnGÉ AUPRÈS DE BESSON ET DE FÉLIX PYAT. 



Londres.... janvier 1870. 
« Mon cher Combault, 

c Je vois avec plaisir que tu te dévoues toujours à la propagande 
de notre chère association. Mais je ne comprends guère ton long 
silence, car depuis la lettre où tu réclamais l' intervention dePyat 
et de Besson comme chose indispensable pour faire la révolution je 
n'ai rien reçu de toi. J'avais cependant répondu h cette dernière et 
fait ta commission. 

c Je t'engage à prendre rendez-vous avec Varlin, Héligon, Johan- 
aard, Malon pour voir Murât: je lui envoie les pièces officielles: 
il y a en outre une autre lettre qui vous concerne tous. 

« Je n'ai pas répondu aussitôt que tu le désirais, d'abord parce 
que ta lettre ne m'a été remise qu'au conseil général et qu'en- 
suite je voulais savoir si dans cette dernière affaire aucun de nos 
amis n'était compromis. 



Signé : Eugène DUPONT. > 



ET LE JACOBINISME. 281 



PIEGE M. 

ADRESSE I)U CITOYEN CLUSERET AUX TRAVAILLEURS AMÉRICAINS POI'R LEUR 
NOTIFIER SA NOMINATION AU I>OSTE DE REPRÉSENTANT VK LA ClIAMURE 
FÉDÉRALE PARISIENNE EN AMÉRIQUE. 

Aux travnillenrs américains. 

« Càtoyeiis, 

« Élu par la chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris 
représentant des intérêts du travail français en Amérique, jn dé- 
sire me mi'Itre en communicalion immédiate avec les représentants 
des sociétés ouvrières américaines, afin de commencer ma mission, 
qui consiste à mettre en rapports constants et directs les sociétés 
des deux pays, dans le but de solidariser les intérêts du travail, 
d'un bout du monde à l'autre. 

« L'émancipation des travailleurs n'est pas un problème pure- 
ment local ou national ; au contraire, ce problème intéresse toutes 
les nations civilisées, sa solution étant nécessairement subordonnée 
à leur concours théorique et pratique. {Statuts de rinternationale. 

« Fédérer et solidariser les sociétés ouvrières d'un centre comme 
Paris ou d'une nation comme la France, est certainement un grand 
pas accompli. Relier cette fédération à celles d'Angleterre, d'Alle- 
magne, de Suisse, de Belgique est plus encore ; mais ce n'est pas 
assez. L'œuvre ne sera efficace que quand elle sera universelle, 
c'est-à-dire quand chaque corporation -dans chaque pays sera fé- 
déralisée avec les autres corporations des autres pays. 

« Dans la lutte de plus en plus acharnée du travailleur contre le 
capitaliste ', ce n'est pas trop des efforts combinés de tous les tra- 
vailleurs contre la fédération si puissante des capitalistes. Tant 
que les deux termes de l'équation sociale ne seront pas renversés, 
tant que le travail ne commandera pas au capital, il n'y a ni sta- 
bilité, ni| sécurité possibles pour les sociétés. 

« Ici plus que partout ailleurs, le problème est palpittint d'actua- 
lité, car l'Américiue présente cette étrange anomalie d'un travail 
esclave dans une nation libre. Libre politiquement, le travailleur est 
socialement serf du capitaliste, dont les exigences et l'influence gran- 



1 II est assez curieux de connaître comment on définit dans le langage Je Vliiter- 
nationalc les capitalistes et les banquiers. Nous trouvons cette dc^'finition dans le 
journal l'Internationale , (janvier 1870) ce sont des vautours, aux doigts eroehus, qui 
planent au-dessus du commerce, cherchant un cadavre à dévorer. 



282 L'INTERNATIONALE 

dissent de plus en plus ; à ce point qu'après avoir contrôlé le marché 
il contrôle aujourd'hui la politique, et malgré le vœu unanime du 
peuple, fait prévaloir la politique de ses intérêts sur celle du pays. 

« Tant que les salaires ont été assez élevés pour que le travailleur 
ne s'aperçut pas de l'immense tort que lui faisait le capitaliste dans 
la répartition des richesses, tout a bien été. Le travailleur peu 
soucieux de sa nature, vit au jour le jour. Et pourvu que le salaire 
lui donne le bien-être, il passe facilement condamnation sur le 
reste. Aujourd'hui les choses ont bien chanyé. Tout a augmenté. 
Le salaire seul est resté stationnaire pour les deux tiei^s des produc- 
teurs; et tandis que l'émigration fait la fortune du pays et des ca- 
pitalistes, elle opère momentanément l'abaissement des salaires 
par la concurrence. 

« Or, l'élévation des salaires est aussi importante à la grandeur et 
à la prospérité de la république que l'accroissement constant de 
l'émigration. Par l'élévation des salaires on maintient le niveau 
moral de la population et l'on accroît l'émigration qui va où le 
bien-être l'appelle. Par l'émigration on développe la prospérité ma- 
téx'ielle du pays. 

« L'équation nationale américaine est celle-ci : le salaire, ou part 
dans la répartition des richesses, est à l'émigration comme la pros- 
périté est à la nation. 

ff Qui empêche de résoudre l'équation ? Le capitaliste, qui vierit 
s'interposer entre le producteur et le consommateur et ne faisant 
rien, spécule sur tous. 

« Or, il importe au bonheur de tous, que le parasite soit de plus en 
plus réduit à l'impuissance de nuire. 

« Car qu'adviendrait-il d'une société où les ouvriers libres, de par 
la constitution, déparier, d'écrire, de se grouper et d'agir, vien- 
draient se compter sous l'influence de la misère? 

« En Europe, le problème est tout autre. Le travailleur est à la 
fois esclave, politique et social. Là on a été logique et pour voler 
le travail on a commencé par lui mettre les menottes. 

tt Ici pas de millions de baïonnettes, pas de police, ni de gen- 
darmes pour menacer les travailleurs coupables de réclamer ce qui 
leur est dû. 

« Que fera la société le jour où après avoir pressuré le travailleur 
elle voudra le maintenir sous sa dépendance forcée ? Elle devra 
imiter l'Europe et employer son argent à payer des soldats et de 
la police. Pour conserver une aristocratie pernicieuse, elle sera 
forcée de détruire les institutions qui ont fait la grandeur et le 
bonheur de la nation. 

« La guerre civile succédera à l'union pacifique, la lutte au traA'ail, 
la misère à la richesse et le morcellement à l'unité. Le système 
monarchique aura triomphé. 



ET I.H JACOiHMSME 283 

« H est facile de voiries premiers symiilômcs de ce que j'avance. 
Ou'est-ce que le mouvement pour les huit heures de travail et celui 
contre la cotispiracy law et ces grèves nombreuses et ces meetings 
où, sous une forme encore confuse, percent les mêmes aspirations, 
se révèlent les mêmes souffrances et se pioduisent les mêmes 
griefs qu'en Europe ? Tz'availlcurs, avant ([u'il soit trop tard, à 
l'œuvre 1 A l'œuvre féconde et pacifique de la solidarisation par 
l'organisation ! 

« La meilleure de toulcs les révolutions est celle qui s'accomiilil 
sans qu'on s'en aperçoive. Etablissons notre société dans la so- 
ciété. 

«Quel exemple i)Ius pratique que celui qui nous est offert par les 
travailleurs français? 

« Il y a, en ce moment, deux représentants de la France en Amé- 
rique : celui des fainéants, nommé par Napoléon, à Washington, 
et celui des travailleurs, élu par eux, à New-York. Elst-ce que je 
m'inquiète de mon collègue? Pus le moins du monde. 

» Représentants du passé et de l'avenir, nous fonctionnons par- 
faitement côte à côte, jusqu'au jour où l'avenir ayant absorbé 
le passé, et ses services n'étant plus rétribués, il mettra la clef sur 
la porte. 

« Il en sera de même petit à petit pour tous les fonctionnaires de 
l'ancien ordre social. Représentants du néant, ils fonctioniieront 
dans le vide. 

« Nous avons parle nombre, le vote, c'est-à-dire l'influence poli- 
tique ; par les bras, la force productive; par le nombre encore, la 
consommation, c'est-à-dire le marché. 

a Que nous manque-t-il ? Le crédit, pour organiser l'échange. 
Par l'organisation et la solidarité, nous pouvons avoir le crédit 
sans capitalistes. Travaillons-y. 

« Il importe à la grande république qui a affranchi l'esclave noir, 
de libérer l'esclave blanc, en lui assurant un lendemain. 

« Signé : CLUSERET. » 



PIÈCE N. 

MANIFESTE DE I.A FÉDÉRATION LYONNAISE A l' OCCASION DU PLÉBISCITE 

Association internationale dos fravailleui^s. 
(Fédération ouvrière Ij'onnaiye.) 

« La commission fédérale ouvrière de Lyon a décidé dans sa réu- 
nion du 22 avril qu'une assemblée générale publique de tous les 



28^ L'INTERNA T I O N A 1 ; !•: 

udlu'irals a nos principes et de tous it's liomnies de bouiio voloiilc 
qui voudront nous ai)porter leur concours aura lieu le dimanche 
8 mai. 

« Il a été convenu qu'il y aura un prix d'entrée iixé à vingt-cinci 
centimes par personne, et ([uc tout le bénéfice de la réunion sera 
exclusivement réservé jtonr les familles des ouvriers du Creusof 
condamnés h Aulun. 

« La commission fera connaître ultérieurement les détails d'orga- 
nisation et le programme de la réunion, ainsi que le lieu où elle se 
tiendra. Pour aujourd'hui, elle se contente d'ajouter que, dans la 
pensée des membres de l'Internationale, cette réunion ne sera pas 
seulement un moyen de venir en aide aux ouvriers du Creuzot et 
d'annoncer officiellement la formation définitive de la Fédération 
ouvrière lyonnaise, mais qu'elle sera en outre la protestation solen- 
nelle et pacitique des ouvriers lyonnais contre la comédie plébis- 
cilaire à laquelle on a l'audace de les convier, absolument comme 
s'il s'agissait d'une chose qui les intéresse. 

ir La commission prolite de l'occasion pour engager les sociétés 
ouvrières qui ne lui ont pas encore fait parvenir leur adhésion ré- 
gulière ou leurs observations à le faire autant que possible avant 
l'assemblée du 8 mai. 

« Pour la commission : 

« CHOL, DUMARTHEUÂY, BLANC, DUPUIS, BUSQUE, MAI- 
TRE , GARNIER , PONGET , GONNARD , YALLOT , SE- 
VELINGE. » 

[Progrès de Lyon, 24 avril 1870.) 

PIÈCE 0. 



LES DKPKGHES DU MINISTRE OLLIVIEK LORS DES POURSUITES DIRIGEES 
CONTRE L'iNTERN.VnONALE (AVRIL ET MAI 1870) 

Ho 1 

Justice h Procureur général, Aix. 

lor mai 1870. 

a A-t-on saisi F Internationale a Marseille? Elle y existe certaine- 
ment. 

« Emile OLLIVIER. . 



KT LE JACOIHNISMF.. 285 

M" « 

.*1 Monsioiir lo darde des sroanx, In Procureur t/rnénil. 

Uoufii, le 1er mai 1K70. 

c 11 y a à Houcn l'un dos prinripaux membres de l'Intcinatioualc 
le France. Faul-il l'arrcler sons l'inculpation de société secrète ou 
d'afliliation au complot V y> 

Hrponso. 

V Arrètez-le de suite, mais seulement sous inculpation d'associa- 
tion non autorisée ; puis nous verrons, d'après les pièces trouvées 
à Rouen ou ailleurs, s'il convient d'ajouter d'autres qualifications. 

« Emile OIJ.IVIER. .) 

M» 3 

Justice à tous les Procureurs généraux. 

• 'mai ]870. 

€ L'Internationale est poursuivie comme association illicite et 
société secrète. Elle a des affiliés dans toutes les grandes villes. 
Tâchez de les découvrir. 

. Emile OLLIYIER. » 

M" 4 

Justice n Procureur général, Lyon. 



« l" mai. 



'( Si parmi les papiers saisis vous trouvez des indications utiles 
pour notre procédure, envoyez-les. Si vous trouvez des noms 
d'affiliés dans les autres villes, transmettez-les directement aux 
procureurs généraux que cela concerne. 



« Émue OLLIVIER. » 



286 L'INTERNATIONALE 

M» 5 

Justice à Procureur général, Toulouse. 

a l<=r niai. 

€ Avez-vous saisi l'inicrnatiouale ? Elle existe à Toulouse. 

« Emile OLLIVIEU. » 

. Justice k Procureurs r/cnôraux. 

K l*»- mai 1870. 

« N'oubliez pas que si l'incuiiiation de société secrète ou de com_ 
plot contre l'Internationale n'était pas justifiée par les pièces 
trouvées, et si tout se réduisait au délit d'association non auto- 
risée, vous devez mettre en libei^té dans les cinq jours. Ne perdez 
donc pas un instant de jour ni de nuit pour dépouiller les pièces 
saisies et pour savoir si l'incrimination doit être seulement d'as- 
sociation non autorisée ou bien de complot ou de société secrète. 
Correspondez télégraphiquement et sans mon intermédiaire avec 
vos collègues soit pour donner, soit pour recevoir des rensei- 
gnements. 

. Emile OLLIVIER. * 

Justice à Procureurs généraux. 

« 2 mai 1,S70. 

c A Paris, le Procureur général qualifie la poursuite contre l'In- 
ternationale de société secrète. Faites de même si vous poursui- 
vez dans votre ressort. 

" « Emile OLLIVIEU. » 

Mo S 

Justice à Procureur général h Bennes. 

2 mai 1870, 

(( Faites arrêter, sous inculpation de société secrète, Constant Le 
Doré, demeurant à Brest, nie Kerfautras. 

« Affaire de rinlernationale. — Section de BresL 
. Emile OLLIVIER » 



KT l.i: JACOBINISME. L87. 

Justice il Procureurs rjrnoruux. 

« 4 mai 1S70. 

« Si vous avez aiTÔté des meneurs de l'Internationale, ne les 
relâchez pas. Uotencz-les sous qualification de société secrète. 

« Emile OLLIVIER. » 
{Égalilé, 2 février 1871.) 

PIÈGE P. 



ACTE I) ADllKSION A L INTERNATIO>fALE DE LA CORPORATION DES FER- 
BLANTIERS, EN SIGNE DE PROTESTATION CONTRE LES POURSUITES DIRI- 
GÉES CONTRE l'internationale. 

« Paris, 4 mai 1870. 
« Citoyen rédacteur, 

« La société de résistance des ouvriers ferblantiers-tourneurs- 
repousseurs a l'honneur de vous informer que, par décision 
unanime de l'assemblée générale, en date du 2 mai, elle a fusionné 
avec l'Association internationale. 

« Pour la corporation, 

« Le secrétaire : A. DUCHON. » 

II 

Idem... DES tourneurs sur métaux. 

« Paris, le 4 mai. 

« La chamJjre syndicale des tourneurs sur métaux, dans son 
assemblée générale de ce jour, voulant protester, au nom de la 
solidarité , contre les accusations portées contre l'Association 
internationale el les arrestations qui en ont été la suite, a voté 



288 I. ' 1 N T K R N A T I N A L !•: 

« à l'unanimité son adhésion aux principes de cette association. 
« Au nom de l'assemblée et par délégation, 

<( Le socvôlairc : Ch. DE BUYGER, 46, rue Palonceau. 

« Gustave MCEUF, 18u, boulevard de la Villette. » 



111 



« Paris, le 2i juin 1870. 

« Nous, membres de la chambre syndicale des tourneurs sur 
métaux, présents à notre assemblée générale de ce jour, protes- 
tons énerg'iquement contre l'accusation de société secrète attribuée 
à l'Association internationale, à laquelle nous avons tous adhéré 
dans notre assemblée du i mai dernier. 

(( Nous déclarons en outre que, quel que soit le sort réservé à 
nos confrères poursuivis en ce moment, nous n'en continuerons 
pas moins l'œuvre de cette association, dont les principes sont 
universellemement connus et n'ont de secret pour personne ; tout 
en déclarant aussi que nous nous renfermerons toujours dans les 
strictes limites du droit et de la justice. 

t Au nom et par délégation de la chambre syndicale, 
« Les délégués : Ch. DE BUYGEH, H. SAUZET. » 



PIÈGE Q. 

protestation individuelles contre les poursuites dirigees contre 
li'nternationale. 

1° — Protestation du citoyen Dauthior. 

« Paris, 5 mai 1870. 

t Citoyen, 

« Vous avez dû voir ma protestation dans le Réveil du 3 mai, 
contre l'arrestation de nos amis de l'Internationale, les citoyens 
Murât, Pindy, Héligon, Malon, Theisz, Flahaut, Casse, Avrial, 

Landeck, Johannard, etc , tous arrêtés sous la prévention de 

société secrète. 



F.T LM .lACOniNISMK. 280 

(le la icsponsabilité qu'ils se sont nlliréc depuis quelque temps. 
Ils no trouvent rien de mieux que d'accuser de société secrète une 
société dont tous les actes sont rendus publics : de là leur embarras. 
• Ils eu seront pour leur courte honte. Nous ne sommes pins 
au temps où les sociétés scci'ètes étaient possil)les et avaient leur 
raison d'être : autres temps, autres mœurs. Nous, républicains 
démocrates et socialistes, nous cherchons et nous voulons la lu- 
mière; nous devons éclairer les aveugles, instruire les ignorants; 
nous agissons au grand jour et n'avons pas J)esoin de nous cacher. 
« (l'est une répétition de notre procès d'il y a deux ans : en 
sévissant aujourd'hui, on espère intimider les électeurs dinianche 
prochain. Erreur!,.. 

t Les journaux policiers ont toujours attaqué, calomnié et. dé- 
noncé l'Association internationale des travailleurs, comme un 
arsenal révolutionnaire : il est vrai que c'est un arsenal, mais sans 
armes autres que le droit. .\vcc cetle arme, nous luttons contre l'ex- 
ploitation des monopoleurs eapitalisles qui n'existent que par suite 
de l'ignoi'ance et de la misère, deux plaies qui garantissent leurs 
capitaux, jusqu'au jour où le prolétaire aura pu s'en affranchir. 
C'est cet affranchissement qu'ils redoutent, aussi l'Internationale 
est-elle leur cauchemar; parce qu'ils savent qu'un jour, ils devront 
compter avec elle et ce jour-là leur parasitisme touchera à sa fin. 
• Leurs craintes sont justifiées : la cause qu'ils servent est si 
mauvaise et si injuste qu'ils doivent l'imposer par la force, la 
soutenir par le ehassepot, position peu tenable et surtout peu du- 
rable. Notre cause, au contraire, se défend par sa justice même : 
la grève du Creuzot a été une preuve de plus de la solidarité des 
travailleurs de tous les pays. La solidarité des peuples apparaît 
donc comme l'œuvre de l'Internationale, tandis que la désunion, 
l'iniquité, la guerre sont dues à ses ennemis, aux despotismes de 
tous genres, 

« Qn cherche à nous rendre solidaires d'un prétendu complot : 
ce '.l'est pas avec ces armes mesquines que nous combattons. Nous 
cherchons à réunir les prolétaires de tous les pays; nous cherchons 
à propager les idées de justice, les sentiments de droit et de devoir, 
de façon à rendre les despotes impossibles en les privant de sujets, 
de façon à ne faire qu'un peuple libre de tous les membres de la 
grande famille humaine. 

« Salut et fraternité. 

« Irénée DAUTHIER ». » 
{Marseillaise, .S mai 1870. — Internationale, S mai ISTO.i 



I Dauthier (Onésime-Irénee) , né le S août 1837, à Évergnicourt (Aisne), sellier, 
affilié à l'Internationale depuis le mois de juillet iS67, carte n» .4, a été compris dans 

19 



290 L'INTERNATIONALE 

2° — ProlosUiliou de In ciloycimc Paulu MiiUi contre l'arrcsialion 

d'Aubry. 

ot Paris, 5 mai 1870. 
c Citoyens rédacteurs, 

• J'apprends à l'instant, nvoo autant d'étonnement que d'indigna- 
tion, l'arrestation du citoyen Emile Aubry, secrétaire de correspon- 
dance de la fédération ronennaise, et je proteste , avec toute 
l'énergie de ma conscience révoltée, conti'e un pareil acte d'arlii- 
traire. 

« Emile Aubry est un paisible et bon père de famille, un homme 
actif, intelligent, d'une honnêteté et d'un dévouement à toute 
épreuve ; il a été porté candidat ouvrier aux dernières élections et 
a obtenu de très-nombreuses voix (1,000 environ); renvoyé pour 
ce fait de l'imprimerie où il travaillait, il fonda, avec le concours 
du comité rouennais, un journal socialiste pour les intéi'êts des 
travailleurs : La Reforme Sociale. 

« Est-ce pour cela qu'il a été arrêté? 

« Sans doute, comme pour nos frères de Paris, Lyon, Marseille, 
membres de V Internationale, l'accusation qui pèse sur lui est de 
faire partie d'une société secrète. 

« Les internationaux affiliés à une société illicite! eux qui depuis 
plusieurs années vivent au grand jour et marchent en plein soleil! 
eux qui agissent ouvertement et ne cachent rien de leurs actes, ni 
même de leurs pensées ! eux dont le défaut est peut-être un excès 
de franchise et de loyauté 1 

« INIais il fallait un prétexte pour entraver à tout prix le mouve- 
ment sublime de fraternité qui se faisait d'un bout de la France à 
l'autre : toute union est un danger pour le despotisme et ils ont eu 
peur, nos tyranneaux plus ou moins grands et officiels. 

« Mais quelques arrestations ne sauraient suffire à leur sécurité : 
tout le monde conspire en ce moment contre les iniquités actuelles, 
contre les hontes de notre temps, contre les profondes douleurs 
sociales. Ils ne peiivent cependant mettre sous les verrous tous les 
memibres de cette sainte alliance des travailleurs et des peuples; 
et, qu'ils le sachent bien, nous sommes tous solidaires; ce qui 
touche l'un atteint tous les autres, et tant qu'un seul d'entre nous 
restera debout, nous ne cesserons de protester et de revendiquer 
nos droits. 

« Paule MINK. » 

{Internationale, 8 mai 1870.) 

|;i poursuite dirigée contre la première commission parisienne et condamné j 
100 francs d'amende par arrêt de la cour impériale de Paris (29 avril 186S). 



ET LE JACOBINISME 2')1 

3" — Proicsl.ilioii do Irt citoyenne Aiidn) Léo '. 

« Paris, le 1er mai 1^70 

( Des personnes arrôtées hier soir, je n'en connais ({u'une, Malon ; 
mais cette arrestation suflit i^our que mon opinion soit faite sur le 
prétendu complot dont on annonce la découverte. 

« Malon n'est pas un conspirateur, son intelligence, son caractère, 
ses convictions s'y opposent. Il a compris à merveille le vrai ter- 
rain du combat. 11 fat bien mieux que Inpolico, nn des pacificateurs 
de r émeute dernière en février et en toute rencontre; il a combattu 
la vieille routine révolutionnaire des sociétés secrètes et des com- 
plots, qui, d'ailleurs, compte maintenant peu de dupes. 

<( Franc, persuasif, sympatlùque, de conduite irréprochable, plein 
de noblesse et de cœur, il organisait ouvertement la ligue du pro- 
létariat contre la force sans contre-poids du capital, c'est-à-dire 
l'Association internationale que calomnient ceux gui n'en connais- 
sent ni le but, ni la légitimité, ni l'esprit. 

« Membre moi-même de cette ligue illicite aux yeux de l'empire, 
ge proteste contre l'arrestation d'un de ses chefs, vui soir de com- 
plot. Cette arrestation est une calomnie et un mensonge. 

■< Et j'engage tous les membres de l'Inlernalionale à Paris et en 
province à protester comme moi. L'empire manquera de prisons. 

€ Signé : André LÉO. » 



PIEGE R. 



LES POURSUITES CONTRK l'iNTERN.VTIONALE EN FRANCE, APPRÉCIÉES PAR 
l'internationale, de BRUXELLES, l'ÉGALITÉ, UE GENEVE , ET LE 
RÉVEIL, DE PARIS. 



w Le libéral Ollivier tient à se distinguer : il veut montrer q l'il 
est plus fort que Rouher. 

« Deux fois sons le règne de ce dernier, l'Internationale a été 
poursuivie à Paris : les membres du premier bureau ont été con- 

1 Pendant la Commune, la citoyenne André Léo collaborait au journal la Sociale 



I 



292 L'INTERNATIONALE 

damnés à un mois, ceux du second bureau à tiois mois de prison; 
ils n'avaient pas été soumis à la détention préventive. 

« Dans le reste de la France les membres de l'Internationale 
n'avaient pas été inquiétés. 

« Il appartenait à un renégat, à un ex-républicain, au iils d'un 
proscrit, au frère d'un martyr, à M. Emile Ollivier, de faire mieux 
que le bonapartiste Rouher. 

« Bon nombre de nos amis, non-seulement de Paris, mais encore 
de Lyon et d'autres villes de France, sont arrêtés, comme faisant 
partie de l'Internationale, société illicite. 

« En même temps, on fait semblant de découvrir un complot 
contre la vie de l'Empereur, et au commencement on paraissait avoir 
envie de mettre ledit complot sur le compte de l'Internationale. Il 
paraît que l'on a renoncé à ce premier projet et que nos amis ne 
seront poursuivis que pour chef d'association illicite. 

« Nous disons : il paraît, car il ne faut jurer de rien : les magis- 
trats et les juges à la solde de Bonaparte sont prêts à tout faire. 

« Si donc nos amis ne sont pas accusés et condamnés pour avoir 
voulu tuer l'empereur, c'est qu'Ollivier n'aui'a pas voulu com- 
mander la chose à ses juges; et nous devrons encore bénir Ollivier 
pour sa grande bonté. 

« Et ces gens-là croient tout bonnement qu'on tue le socialisme 
à coups de juges d'instruction! 

« Ce seraient de fiers imbéciles si ce n'étaient pas des gredins. 

<i Arrêtez, arrêtez, messieurs, vous n'empêcherez pas la terre de 
tourner, le soleil d'éclairer, et le socialisme de se développer. 

« Car nous croyons les lois de la pensée humaine aussi fatales 
que les lois de l'ordre physique. 

« Il peut se produire des oscillations, des variations, des temps 
d'arrêt ou de recul, mais ce ne sont que des détails qui ne nuisent 
en rien à l'évolution. 

« Aussi, si nous ressentons vivement les contrariétés qui frappent 
nos amis, en revanche nous n'éprouvons aucune angoisse au sujet 
de nos idées, certains que rien ne peut en empêcher le triomphe. 

« Ces arrestations nuiront sans doute à l'organisation matérielle 
de l'œuvre ; mais, en revanche, elles aideront puissamment à la 
propagande des idées. 

( D'abord la persécution permet de juger les hommes ; bien plus, 
elle permet de juger la cause. 

« Dis-moi qui te persécute, et je te dirai qui tu es. 
(f Puis, les sections françaises se proposaient de tenir un con- 
grès ce mois-ci ; peut-être aussi eût il été empêché par la 
police. 

« Et voilà qu'on fournit à nos amis de France l'occasion de tenir 
un congrès, qui attirera l'attention de toute la France et de toute 



KT LE JACOBINISME. 203 

l'Enropp, dont tous, amis ou ennemis, auront connaissance, et sur 
lequel s'élèveront des discussions passionnées. 

« On leur offre un congrès devant la justice ; les juges seront 
à pour servir de l'cpoussoir aux délégués, qui seront sur le pre- 
mier plan. 

« Ce sera réternelle histoire dos voleurs condamnant les volés, des 
assassins condamnant leurs victimes! mais au moins ici, les vic- 
times peuvent se faire entendre et transformer les accusés en ac- 
cusateurs. 

« Donc nous félicitons nos amis de l'occasion qu'on leur offre 
de faire solennellement le procès à la société actuelle. 

X Ce qui ne nous empêche pas d'ajouter ce nouveau méfait au 
dossier si chargé do ceux qu'un beau Jour le peuple Jugera. » 

[Internationale, 8 mai 1870.) 



Il 



« Alors que les milliers d'adhérents de l'Association internationale 
à Paris procédaient à leur organisation définitive, à la formation 
de la grande fédération parisienne, et que l'arrogance cynique des 
Bonaparte-Ollivier forçait les travailleurs à se prononcer énei^gi- 
quemenl contre tout contact impur avec le Deux-Décembre, voilà 
qu'un beau matin, à la veille de la grande fête, éclate le complot 
Bonaparte-Ollivier-Piétri. 

« Cette fois, rien ne manque à cet accessoire policier de tous les 
moments tant soit peu critiques du second Empire : les bombes 
orsiniennes et de meilleures encore, la science est mise à la sellette 
pour avoir inventé des matières explosibles et fulminantes, les 
lettres et les signatures sont là, les conspirateurs parlent comme 
toujours de Londres, vu que Bonaparte a si heureusement préparé 
à Londres sa conspiration de Boulogne : Bonaparte étant le plus 
grand conspirateur, tous ses collègues de métier doivent nécessai- 
rement provenir de Londres ! tout y est donc, le morceau de lard 
est remplacé par les lettres de Flourens, aussi authentiques que le 
grand aigle alléché par ce lard. Et en plus le grand monstre siégeant 
au dehors, V Internationale est décrétée d'accusation et précisément 
le même jour que la police juge nécessaire de découvrir son pro- 
pre complot, les chefs (!) de l'Internationale sont arrêtés en masse 
à Paris, aussi bien qu'à Lyon. 

« Nous ne nous amuserons pas à réfuter les absurdes accusations 
lancées contre l'Internationale : sans cela nous aurions trop à faire 
avec certains journaux parisiens, dont s'inspirent à leur tour les 
correspondants de notre très-cher Journal de Genève. Il n'est pas 



294 L'INTERNATIONALE 

nécessaire d'entendre nos expliratioiiF pourriio à gorge chaude ou 
pour exprimer le plus profond mépris lorsqu'on apprend que l'In- 
ternationale est accusée en France de former une association illicite, 
une organisation occulte ayant son siège en dehors ! Une associa- 
tion qui public tous les jours ses proclamations fraternelles adres- 
sées à tous les fravaillours, proclamations malheureusement tou- 
jours timbrées par le timbre impérial ; une association qui tient 
régulièrement ses séances publiques ; une organisation qui publie 
dans les journaux ses statuts et règlements ; une organisation 
dont les milliers de membres viennent de signer et publier leurs 
noms dans les journaux en y apportant tous les jours leurs 
cotisations pour les victimes du complot Bonaparte-OUivier, — 
voilà ce qui s'appelle une organisation occvilte, et elle est déclarée 
illicite ! 

« Pourquoi donc les sieurs de l'Empire ont-ils toléré cette asso- 
ciation durant plus d'une demi-année, depuis le congrès de Bâle? 
n'étaient-ils pas en force suffisante pour arrêter ses progrès? et 
cette force ne peuvent-ils l'obtenir qu'aidés de complots fantasques? 

<c Mais, pour cette fois, ils se tromperont ; on est las d'être tou- 
jours dupé, on est las de se voir insulter tous les jours, d'être pris 
pour un stupide badaud capable de croire à tous les exercices des 
acrobates politiques et policiers du second Empire. Que l'Empire 
tombe on qnil végète^ l'Internationale, dans la personne de millions 
de ses adhérents^ va poursuivre son but essentiel : V affranchisse- 
ment intégral des travailleurs par la révolution sociale, — et per- 
sonne et rien ne pourra détourner l'Internationale de sa voie toute 
tracée. Le travaillevu' veut son émancipation économique, et si les 
conditions politiques d'un tel ou outre pays lui barrent le chemin qui 
mène à cette émancipation, les citoyens, le peuple entier saura 
briser ces conditions. 

« Et, une fois pour toutes apprenez que le peuple ne pi'ocède 
point par des complots. J/orsque la propagande aura pénétré dans 
tous les cœurs et dans tous les cerveaux, et lorsque l'organisation 
des sections ouvrières aura embrassé les masses compactes et unies, 
le peuple entier se lèvera et s'emparera de ses droits usurpés, et 
alors ce ne sera plus par quelques bombes orsiniennes que le peuple 
voudra châtier les fauteurs de toutes ses misères et de toutes ses 
souffrances. 

« Que la police invente donc tant de complots qu'elle le voudra : 
que les bombes orsiniennes se trouvent toujours dans la poche des 
sergents de ville, à eôté des casse-tètes et des poignées de fer, 
que le second Empire emprisonne tous les chefs de l'Internatio- 
nale, notre oeuvre est faite, et bien habile serait celui qui voudrait 
arrêter la marche irrésistible de l'Internationale. » 

[Égalité, 7 mai 1870.) 



ET Li: jacûuimsml: 295 



1 1 1 



« Il est bien amusant d'entendre, au moment de ce procès, tes 
ignorants et les gens de mauvaise foi parier de VInfernationalc. 

« C'est une société secrète, disaient les grands et les petits bour- 
geois, affolés de peur. . 

« Singulière société secrète, ({ui public les noms de ses délégués, 
qui annonce dans tous les journaux le lieu et le jour de ses réu- 
nions, l'ordre du jour de ses travaux, etc., etc. 

« Comme toujours, hélas! la petite bourgeoisie, abêtie de ter- 
reur, est venue grossir de sa masse inintelligente le groupe des 
grands exploiteui's, sans comprendre le rôle immense, le rôle sau- 
veur que V Internationale est appelée à jouer dans la formidable 
bataille des intérêts sociaux. 

" Sottise humaine, où sont tes bornes? Petits entri'prcncurs, pe- 
tits industriels, petits fabricants, petits marchands, vous avez été 
les preaaiers à dénoncer cette Intevnalionale qui sera un jour pro- 
chain votre seule planche de salut. 

« Sa puissance aujourd'hui est tellement formidable, que les per- 
sécutions que l'on dirige contre elle ne sont pas franches. 

« Eh quoi ! toutes ces arrestations, eh quoi ! ces formidables rap- 
ports de police publiés par la presse des mouchards, aboutissant à 
uii simple procès de correctionnelle ! Eh quoi ! on ne sait pas en- 
core si l'on a affaire à une société secrète ou à une société purement 
irrégulière ! 

« Où donc est la bravoure de M. (JUivier ? 

« C'est qu'en effet il s'est passé un fait qui a dû donner lieu à de 
sérieuses réflexions. 

« Les travailleurs comprennent qu'en face de ces effroyables ab- 
sorptions des petites entreprises, il faut présenter une union for- 
midable ; aussi, dès que les poursuites ont été annoncées, une foule 
de sociétés isolées ont déclaré publiquement qu'à partir de ce mo- 
ment elles fusionnaient avec \ Internationale. 

« Aujourd'hui, c'est par millions que se comptent les adhérents. 
Il ne s'agit pas seulement de la France, de l'Europe ; l'Amérique 
elle-même y est représentée. 

« C'est que c'est elle qui aura la gloire, périlleuse peut-être, mais 
a coup sûr immortelle, de rédiger les cahiers delà révolution future. 

« Avant peu, elle pourra parler au. nom de tous ceux qui travail- 
lent pour vivre, ou, ce qui est plus vrai, qui vivent pour travail- 
ler, qu'ils soient ouvriers ou patrons, qu'ils exercent des fonctiojis 
ou des professions libérales. 



£90 L'INTERNATIONALE 

« Résistez donc ù uu pareil courant ! 

« Le fleuve grossit chaque jour, et ce n'est pas la petite person 
nalité de M. Oliivier qui l'empêchera de passer. 

« \j Internationale, une société secrète ! 

t liemcrciez le ciel, exploiteurs de toute espèce, qu'elle ne le soit 
pas : il y a lonijtcwjis que vous n'existeriez plus ! 

. Edouard SIEBECKER. » 

(Extrait ilu Progrès de Lyon, 28 juin 1870.) 



PIEGE S. 

« 11 est démontré aujourd'hui que, sous le second empire, la pré- 
fectui'e de police s'était transformée en un véritable laboratoire de 
complots conçus, organisés ou provoqués par MM. Layrange cl 
Piétri. 

« Sauf les attentats d'Orsini eî de Pianori, et le dernier mou- 
vement de la Villette, on retrouve la main de la police impériala 
dans tous les procès célèbres qui ont tant servi à la consolidation 
du régime déchu. 

« Vers 1863, par exemple, éclate le fameux complot, dit des quatre 
italiens, dont le principal instigateur, nommé Grecco, paye sa com- 
plicité apparente par sa condamnation à la déportation perpétuelle. 
Or, ledit Grecco, agent secret et payé de M, Lagrange, était nui- 
tamment élargi par M. Lagrange, mis en liberté, et recevait les 
fonds nécessaii^es pour se rendre en Amérique, et pendant de lon- 
gues années, le gouvernement impérial lui a assuré une pension 
annuelle de 6,000 francs. Grecco avait changé de nom, et s'appe- 
lait Rulotti ; pseudonyme sous lequel il est revenu dans ces der- 
niers temps à Paris, seconder la police de la préfecture. Grecco 
est aujourd'hui sous les verrous et a signé lui-même la déclaration 
de ses méfaits. 

« Avant ces événements, le même Lagrange s'était rendu à Flo- 
rence accompagné de plusieurs de ses agents, parmi lesquels 
Alexandre, Laui'et, Labairet, Nicque, Moulins, etc.. Leur mission 
avouée avait pour but l'enlèvement ou l'assassinat de Mazzini. 
Plusieurs des complices de cette tentative avortée sont aussi enfer- 
més à la conciergei-ie. Leurs aveux écrits feront foi devant la 
justice. 

« En 1869, des agents de police, toujours sous les mêmes ordres 
et vêtus de blouses blanches, brisent les kiosques. L'amnistie coupa 
court à l'instruction, mais l'amnistie n'a pas supprimé les traces 
de la provocation soudoyée. 



E r LK J ACOBlNISMIv 2J97 

. Kii [HlO, OH ce qui concerne les divers complots jugés récem- 
ment à Blois, il résulte des pièces et des révélations, qu'ils ont été 
provoiiués et organisés en partie par MM. Lagrange, Tiétri (préfet 
de police), Jules Itallol, (iucriu, Bcaury, Ueruier (juge d'insli'uc- 
tion), et plusieurs autres, (iuérin était depuis loiiglcini)s un agent 
secret; Ueaury et Hallot le devinrent (luelques mois avant le 
complot, Ballot n'avait [las craint de demander 500,000 l'r., il en 
avait touche déjà 20,000 ([ui lui avaient servi à payer ses sous- 
agents. 

« M. et nuuhuue Hallot ont lait des aveux et ont signé leurs déjjosi- 
tions, acquises aujourd'hui à l'enquête, 

• Il résulte encore des déclarations de témoins, (|ue ces divers 
complots avaient été vivement poussés, sur l'ordre même de 
M. Piétri, pour favoriser le plébiscite. 

« M. le juge d'instruction l?ernier, dans les dil'i'éi'cntcs affaires 
dont il s'est occupé, a pris une part imporlante à ces machinations. 
Il est certain notamment qu'il faisait ses instructions dans le ca- 
binet du sieur Lagrange. 

« Des arrestations nombreuses ont eu lieu déjà, des perquisitions 
sont faites chez divei'ses personnes, fortement sou[)ç.onnées. La 
justice est saisie. 

« Quant à certaines individualités dont la presse s'est occupée, sans 
pouvoir utilement nommer personne, on est en possession de do- 
cuments que le préfet de police est décidé à faire connaître au fur 
et à mesure de la marche de l'instruction, qui se poursuit rapi- 
dement. » 

(Journal officiel, l^'' octobre 1870.) 



PIECE T. 

I.E COMPLOT, RAPPORT A l'k.MPEREUU. 

« Paris, le 4 mai 1870. 
« Sire, 

«Il existe parmi nous un parti révolutionnaire. Son but est d'éta- 
blir la république démocratique et sociale; ses moyens sont le 
dénigrement systématique, l'outrage, la calomnie, l'émeute, l'assas- 
sinat. Les libertés nouvelles, loin de l'apaiser, l'ont surexcité : il 
n'y a vu qu'une facilité de plus de s'organiser et de s'étendre. 

« 11 ne prend pas la peine de se cacher. Dans ses journaux, répandus 
en grand nombre, dans ses réunions, où nul contradicteur ne peut 
se faire entendre, il expose ses projets et il organise ses moyens 



208 L'INTERNATIONALE 

d'action. Il suffirait, pour prouver l'attentat et ic complot qu'on 
lui impute, de reproduire les arliclcs et les discoui-s dans lesquels 
il les raconte ou les annonce, ("ontre lui on pourrait n'invoquer 
pour témoin que lui-môme. 

« Nous avions espéré (fue la patience et la douceur sufliraient à 
vaincre des passions d'un autre temps. Mais notre patience a été 
prise pour delà timidité, et notre douceur pour delà faiblesse ; nous 
avons dû nous convaincre qu'une répression énergique étaitle seul 
moyen de rétablir celle paix sociale et ce rcspecl de la loi sans les- 
quels l'élablissemcnt d'institutions libres ne serait qu'une témérité. 

« Lorsque votre gouvernement a décrété l'appel au peuple, une 
première instruction était terminée ; nous en avons différé la conclu- 
sion, afin qu'une coïncidence involontaire ne ressemblât pas à 
une manœuvre électorale. Mais les révolutionnaires n'ont pas été 
arrêtés par l'armistice légal que nous établissions. Ils ont cini (jue 
supprimer par un crime le souverain, alors qu'une constitution 
abandonnée, l'autre n'était pas encore votée, ce serait déti'uire à 
coup sûr l'Etat lui-même, momentanément en dehoi's de tout ordre 
constitutionnel, et ils se sont résolus à mettre à exécution, avani 
le 8 mai, des entreprises depuis longtemps préparées. 

« Dans ces circonstances, il est de notre devoir de saisir publi- 
quement la justice. 

« J'ai donc l'honneur, sire, de vous soumettre le rapport de M. le 
procui'eur général près la cour impériale de Paris, et je vous pro- 
pose d'en adopter les conclusions. 

« Le nombre des inculpés, la nature et la gravité de l'affaire, la 
nécessité de concentrer des renseignements fouiniis par les divers 
parquets de France, les exigences de l'ordre public, motivent l'at- 
tribution à la haute cour de la procédure et du jugement, 

« Cette attribution ne privera pas les accusés de la garantie pré- 
cieuse du jugement par jurés, elle l'augmentera : au lieu d'être les 
représentants d'une ville, les jurés seront les représentants de la 
France entière. 

« J'ai l'honneur d'êire, etc. 

« Emile OLLIVIEH. » 



Ce rapport est suivi du décret suivant : 

Art. 1er. La chambre des mises en accusation de la haute cour de 
justice est convoquée pour statuer sur les faits se rattachant audit 
complot. 

Art. 2. M. le conseiller Lascoux présidera la chambre d'accusation 
de la haute cour. Les fonctions de procureur général près la haute 



ET LE JACOBINISME. 2y9 

cour seront remplies par M, Grandperret, procureur général, as- 
sisté fie MM. Duprc-Lasale, premier avocat général, Bcrgognié et 
Lepellcticr, substituts du procureur général. 



Happorl il S. Exe. le rjnrdc des sceaux, iniiiislro de la Justice et 
des cultes, par M. le procureur (jéitrnil Grandperret. 

Monsieur le garde des sceaux, 

J'ai l'honneur de pi'oposer à Votre Excellence la convocation de 
la haute cuur de justice, pour la saisir de l'affaire du complot, dont 
une information judiciaire a réuni les éléments et les preuves. 

Je place sous vos yeux, monsieur le garde des sceaux, un ex- 
posé sommaire des faits qui me paraissent motiver impérieuse- 
ment cette mesure. 

Depuis longtemps l'autorité était avertie qu'au milieu des réu- 
nions publiques les révolutionnaires ai*dents s'étaient reconnus et 
rap})rochés pour organiser une insurrection et pi'éparer uu attentat 
contre la vie de l'Empereur. 

Leurs conciliabules secrets furent constatés; ils se tenaient habi- 
tuellement chez les nommés Dupont, Jules Fontaine, professeur de 
matliématiques, Guérin, condamné en 1S48 pour avoir pris part à 
l'insurrection de juin, et plus rarement chez les nommés Petiau, 
artiste peintre, et Sappia, correspondant de Mazzini. Là, s'assem- 
blaient, outre Dupont, Jules B"'ontaine, Guérin, Petiau, Sappia, les 
nommés Verdier, Benel, Pellerin, Ruault, Tony Moilin, docteur en 
médecine; Godinot, lieutenant de la garde mobile; Mégy, qui a tué 
l'agent de police Mourot, Cournet, rédacteur du Réveil, et beau- 
coup d'autres connus par leur exaltation socialiste. 

La composition, la périodicité de ces réunions, les précautions 
dont on les entourait, indiquaient assez leur caractère. On ne 
tarda pas à savoir ce qui s'y passait. Le 28 janvier dernier, l'un 
de ceux qui y assistaient habituellement, Verdier, se présenta à la 
préfecture de police, et déclara qu'affilié à un complot contre la 
sûreté de l'Etat, mais que repoussant toute participation à un as- 
sassinat, il apportait des révélations sur des menées dont il voulait 
se dégager. 

« Le but primitif des réunions dont je faisais partie, disait-il, 
était de discuter les questions sociales^ Peu à peu leur caractère 
devint plus accentué, et alla ainsi en augmentant jusqu'au jour où 
des bruits alarmants sur la santé de l'Empereur commencèrent à 
circuler. Alors on discuta les chances, et les moyens pratiques de 
faii'e le mouvement révolutionnaire ; des souscriptions furent ou- 
vertes dans tous les groupes pour des achats d'armes ; des dons> 



yoU L'INTERNATIONALE 

volontaires faits par les membres les plus aisés. L'indécision des 
chefs fut l'une des causes principales que, le 12 janvier, il n'y eut 
à Neuilly aucune démonstration. L'opportunité d'un mouvement 
révolutionnaire ayant été discutée la veille, Blanqui répondit que 
ses hommes ne marcheraient pas, ce qui n'empêcha pas un grand 
nombre d'entre eux de venir à Neuilly. Néanmoins, les groupes de 
lîciloville, la Chapelle, Saint-Antoine, .Ménilmontant, BatignoUes, 
Vaugirard, Saint-Marceau, obéissant aux nommés Dupont, Fon- 
taine, Tony Moilin, Sappia, Ruault et autres, étaient décidés à se 
battre et armés. 

« Aujourd'hui il y a fusion entre le parti Blanqui, dont les re- 
présentants sont les frères Villeneuve , Tridan , Gois , Rigault , 
Jaclard et le parti cité plus haut. 

" Il y a un comité d'action et un comité central. Le but de ces 
comités est de faire coïncider un mouvement révolutionnaire avec 
un attentat contre la vie de l'Empereur. Des versements d'argent 
ont été faits pour fabriquer des bombes et autres ingrédients pro- 
pres à l'accomplissement de ce crime. » 
Verdier signa ces déclarations. 

Plus tard, après avoir passé en Belgique, il adressa au journal 
le Rappel une lettre dans laquelle il nia l'authenticité du document 
qui précède. Or, non-seulement une expertise établissait que la 
pièce émanait de lui, mais M. le secrétaire général de la préfecture 
de police et M. le commissaire Lagrange, tous deux entendus dans 
l'instruction, ont déclaré que Verdier avait fait ses révélations de- 
vant eux. 

Au surplus, les avertissements reçus furent bientôt confirmés 
par les troubles qui, le 7 février, suivirent l'arrestation de M. Ro- 
chefort. La présence de plusieurs affiliés y fut signalée. Le 10 fé- 
vrier, Godinot, Sappia, Dupont, Petiau, Fontaine fils, Gérardin, 
Ramet, Rousseau, furent arrêté chez Dupont; presque tous étaient 
armés de revolvers. D'autres conjui'és furent saisis à leur domicile, 
où l'on trouva des armes, des munitions et des correspondances 
significatives. Lorsque, en vertu de mandats judiciaires, des agents 
se présentèrent, le H février au matin, à la porte de Mégy, celui-ci 
déchargea sur eux son pistolet, et un sergent de ville tomba mor- 
tellement frappé. « J'ai tiré dans le tas », a dit plus tard Mégy dans 
un interrogatoire. 

Les charges étaient déjà si graves que Godinot, confronté avec 
les agents qui avaient constaté sa présence aux réunions clandes- 
tines, entra dans la voie des aveux par une lettre où, tout en cher- 
chant à diminuer sa responsabilité, il confirme et complète les ré- 
vélations de Verdier. « J'appris chez Dupont, dit-il, les noms de 
quelques habitués; il me conduisit chez Petiau; je retrouvai là à 
peu près les mêmes hommes, plus Sappia, à qui je fus présente; 



ET LE JACOBINISME. 301 

huit jours après, J'y rotouniai. Le lendemnin de la mouifestalion 
provoquée par renterrement de Victor Noir, nous nous trouvâmes 
chez Dupont. On déplora l'avortement de la révolution. On maudit 
Rochefort; on exalta Flourens. Je fus seul à soutenir qu'on avait 
eu raison de no rien faire, que la révolution se ferait toute seule. 
Fontaine, le plus acharné de mes adversaires, me dit que déeidé- 
ment je n'avais pas l'étoifo d'un révolutionnaire ; que le peuple était 
là, qu'il était prêt, qu'il avait des armes. — Quelles armes, lui dis- 
je, des revolvers? — On n'avait pas que des revolvers, me répon- 
dit-il ; on avait aussi des bombes orsiniennes et des bouteilles de 
nitro-glycérine. On m'expliqua alors les effets de cet engin meur- 
trier. » 

Godinot exposait ensuite ce qui s'était passé, suivant lui, dans 
les réunions auxquelles il avait assisté. 

Lorsqu'on fit connaître ces aveux àGuérin, qui jusqu'alors avait 
tout nié, il s'écria que puisqu'il était dénoncé par un honnne qui 
cherchait à se tirer d'embarras en perdant les autres, il dirait la 
vérité tout entière. Son interrogatoire est en effet l'histoire com- 
plète de la conspiration. Ce document, confirmé d'ailleurs par les 
constatations des agents, par les correspondances saisies, par les 
révélations de Verdier et de Godinot, par les aveux paiiiels de plu- 
sieurs inculpés, ne laisse aucun doute sur l'existence d'un complot, 
sur l'organisation, le but et les moyens des affiliés, et sur leur ré- 
solution d'agir. 

Voici une analyse succincte de ces déclarations de Guérin. 

a II dit que l'effervescence développée par les réunions publiques 
a réveillé les hommes d'action et leur a permis de se retrouver. Il 
fut décidé, à l'instigation de Tridon, des frères Villeneuve, de Ja- 
clard, de Gois, agents de Blanqui, qu'on organiserait des réunions 
clandestines pour former des groupes révolutionnaires. Chaque 
soir, dans un café des BatignoUes, on se rendait compte des résul- 
tats obtenus; en outre, les affiliés savaient qu'en cas d'événements 
gi'aves, le rendez-vous était au café de Madrid. 

« A la fin de juillet dernier, Dupont, à une réunion chez Guérin, 
annonça qu'il avait à sa disposition un moyen infaillible de tuer 
l'Empereur : J'ai pris, dit-il, gros comme un pois de nitro-glycé- 
rine, je l'ai mis sous de gros pavés, et quand le feu a été mis à la 
glycérine, les pavés ont sauté à 15 mètres de hauteur. 

« A une autre réunion, Dupont, fit prêter, par les affiliés, le ser- 
ment de garder le secret de leurs projets et de frapper à mort, par- 
tout où on le rencontrerait, celui qui trahirait. Après ce serment, il 
proposa la formation de groupes qui ne communiqueraient qu'avec 
leurs chefs ; les chefs, ensuite, communiqueraient seuls entre eux. 
On décida le versement de cotisations afin d'acheter des revolvers, 
soit pour tuer l'Empereur, soit pour participer à une insurrection ; 



302 L'INTERNATIONALE 

Benel fut ehargc do recueillir les souscriptions ; eu outre, Dupont, 
vauta de nouveau la nitro-glycérine. On constitua les groupes de 
Saint-Ouen, de Levallois et de Batignolles. Ce dernier fut placé 
sous la direction commune de Dupont et de L'ontaine. Les ai'Iiliés 
devaient être, à l'avenir, désignés par un chiffre correspondant à 
l'inscription de leurs noms (ce ([ui fut réalisé, ainsi que le constate 
une liste écrite par Benel, et jointe à la procédure). 

« A une réunion chez Dupont, le 16 septembre. Fontaine appor- 
ta cinq revolvers et cinq boîtes de cartouches, achetées par lui 
pour les conjurés; lofi armes furent tirées au sort avec les numé- 
ros de la liste de Benel, et devinrent le partage de Collet, Chas- 
saigne, Derin, Bourclin et Pasclin. 

« A la fin de septembre, chez Guérin, Dupont annonça qu'il avait 
acheté quatre revolvers : un pour lui, les trois autres pour Bu- 
thiau, Mollevaux et Touchard. 

« Le 2 octobre, une réunion a lieu chez Guérin, sur la demande 
de Dupont, qui lui avait écrit la lettre suivante, jointe à la procé- 
dure : 

« Mon vieux Guérin, 

« L'homme propose et les événements disposent; c'est pourquoi, 
hier je suis allé vous prévenir que très-probablement quelques sa- 
medis se passeraient sans que j'eusse le plaisir de me trouver avec 
les amis d'Ouen, tandis qu'aujourd'hui, au contraire, je vous 
adresse quelques mots pour vous prier de vouloir bien les réunir 
tous, si faire se peut, pour la soirée du 2 octobre, à partir de huit 
heures. Un hasard des plus heureux m'a fait mettre la main sur un 
groupe constitué, et dont je connais depuis longtemps les princi- 
paux chefs, sans avoir jamais soupçonné qu'ils s'occupaient aussi 
activement de politique. Ce sont des hommes, tout ce qu'il y a de 
plus hommes, en tant que révolutionnaires s'entend, et il nous les 
faut à tous prix. Donc, à samedi , afin qu'ils puissent juger de 
notre organisation, et se lier à nous en connaissance de cause. 
Je compte sur vous. 

« A. DUPONT.» 

« Le 2 octobre, la réunion fut nombreuse ; quarante-deux affiliés 
y assistèrent ; ils jurèrent de s'armer pour faire, le 26, une mani- 
festation insurrectionnelle. 

« A la réunion suivante, chez Guérin, Mégy était présent. On 
abandonna le projet d'une manifestation pour le 26, mais on pro- 
mit de se préparer à l'attentat contre la vie de l'Empereur. 

K Le 9 décembre, on se réunit chez Dupont ; Guérin, Pellerin, 
Fontaine père et fils, Petiau, Géravdin, Bocquet, Rousseau, Berton, 



KT LK JACOniNISME. 303 

Vcnlicr, liamet, (iois, Sap[)ia, otiiieiil présents, dois ({ui représente 
Blanqiii, discuta avec P'ontaine, Duponl et (iuérin, le moyeu d'ap- 
procher de l'Empereur pour le frapper. Sappia dit que le parti révo- 
lutionnaire, ({uoiquc en minorité, pouvait entraîner les masses, et 
qu'il suffirait pour cela de quelques hommes dévoués jusqu'au sa- 
crifice de leur vie. Kntin, Dupont promit des affiliations dans l'ar- 
mée. 

■( Quelques jours après, nombreuse rénnionrhoz Petiuu ; (".ournct 
excite à l'assassinat de rEm|)Creur. 

'1 Le lendemain, Guérin assiste à un conciliabule chez Sappia ; 
Dupont y expose la manière dont les «groupes étaient formés et à 
l'aide de quelles ressources ils étaient armés, 

•( Enfin, dans la soirée du M janvier, les chefs tiennent séance 
chez Petiau, pour concerter la conduite à tenir le lendemain à l'en- 
terrement de Victor Noir. Ils décident qu'ils se rendront armés à 
la maison mortuaire. ■•> 

Les excitations ne leur manquaient pas: la Marseillaise, le 
Rappel, la Réforme avaient publié de véritables appels aux armes. 
Dans la plupart des réunions publiques, les orateurs avaient poussé 
à Taclion. Flourens avait dit à Belleville : '^ Demain, il faut vaincre 
DU mourir ! Ce n'est pas une émeute, c'est une révolution qu'il faut 
avoir faite avant la nuit. » 

Guérin affirme que les affiliés étaient accourus à rcnterremcnt 
avec des armes sous leurs vêtements. 

On sait quels efforts fit Flourens pour dirig-er le eorbillai d sur 
Paris; Benel prit les chevaux par la bride; Fontaine père le sou- 
tenait avec la plus grande énergie ; l'exaltation était grande ; on 
était résolu à se battre ; mais l'intex'vention de Rochefort déjoua 
ces espérances, et les assistants furent entraînés vers le cimetière. 

Le lendemain, les récriminations échangées dans les journaux 
révolntionnaires trahirent les regrets. des conjurés. " L'hcvu'e était 
suprême, écrivait Flourens en reprochant à Rochefort son attitude ; 
le sang de Noir allait être vengé par la démocratie et l'aider elle- 
même à se venger. » 

M. Rochefort répondait dans la Marseillaise : «Nous étions peu 
armés ; de plus, les projets du lendemain avaient été éventés im- 
jirudemment la veille dans les réunions publiques. « 

Cependant, on comptait retrouver bientôt l'occasion perdue, et 
l'on s'y préparait avec un redoublement d'ardeur. Le 21 janvier, la 
plupart des affiliés assistaient au banquet régicide de Saint- 
Mandé. Gromier, agent de Félix Pyat, y lisait une lettre de ce dernier 
dont il suffira de citer quelques passages pour en faire juger le but 
et la portée : 

c Citoyens, je ne puis assister ce soir à votre banquet républicain ; 
j'aurais voulu vous dire là que le régicide est de droit, et que de 



304 L'INTERNATIONALE 

lait il est la l)ase do lonte jurande et forte répul)lic[ue... .l'aurais 
voulu conclure en disant (juc le meilleur moyeu de commémorer 
les tyrans morts est d'abatire les tyrans vivants, et que ce n'est pas 
précisément Louis XVI qui nous gène aujourd'hui. Mais loin de vouS' 
aller faire un discours, je dois seulement me contenter do vous en- 
voyer mon toast à une balle: 

« petite balle! tu peux être la vie comme la mort. Tout dépend 
de toi, de toi seule ; chacun t'invoque ; tout le monde t'attend ; car 
si la F'ranee marche, le monde marche ; si elle penche, il lombe. 
Petite halle de bon secours, relève tout! petite balle de l'humanité, 
délivre-nous ! délivre-nous tous !... 

« Signé : Feux PYAT. » 

Fontaine père fit ensuite un discours demandant la fîn de tous 
les empires : 

t Ils ont des chassepots, dit-il, nous avons la science; grâce à 
ses progrès, nous serons bientôt débarrassés de ce bandit de 
Bonaparte. » 

Cette allusion à la nitro-glycérine fut couverte d'applaudissements 
frénétiques. On la comprendra mieux par une lettre que Pellerin, 
détenu à Sainte-Pélagie en avril 1869, avec Flourens et Ferré, écri- 
vait de leur part à Dupont : 

« Les deux ennemis de la famille, de l'ordre et de la religion, 
les citoyens Flourens et Ferré, vous envoient leurs saluts frater- 
nels et vous prient de jeter dans les environs des Tuileries, cet 
océan vaseux où nagent certains poissons pourris, ({uelques bou- 
teilles de nitro-glycérine. » 

Enfin, Dupont, Gromior se succèdent à la tribune, où l'on donne 
lecture d'une lettre de Mazzini, saisie depuis chez Sappia, et dans 
laquelle on remarque ce passage : « Citoyens, il m'est impossible 
d'assister à votre ban(iuet. Des devoirs pareils à ceux que vous 
\ ous préparez à accomplir me retiennent où je suis. Merci du fond 
'le mon âme pour votre invitation fraternelle, et adhésion complète 
au but que vous poursuivez... Nous marclions, nous aussi, rapidc- 
menl à la république; si nous ne pouvons pas vous devancer, nous 
vous suivrons, comptez-y. » 

Le 30 janvier, Guérin se rendit avec P'ontaine à une réunion 
où se trouvaient les chefs des groupes de Puteaux, de Courbevoie 
et de Ménilmontant, ainsi que des délégués de l'Internationale. 
Ceux-ci déclarèrent qu'ils ne voulaient pas accepter la direction 
d'un comité dont les membi^es resteraient inconnus; mais que si 
une insurrection éclatait, on devait compter sur eux. 

On peut rapprocher de cette déclaration de Guérin la lettre sui- 
vante, qui vient d'être saisie à Marseille, et ({ui émane du sieur 
Varlin, l'un des chefs de l'Internationale. 



i:t Li:- jaouuinisml;. SOô 

« Mon cher l?astclic;i, 

« J'accepfe d'autant plus volontiers le poste que vous m'indiquez, 
qu'il fait partie de mes attributions de secrétaire correspondant de 
la chambre fédérale. 

« Ici nous avons été pris au dépourvu, mais depuis nous avons 
pris nos mesures pour ne plus nous trouver dans une situation 
aussi fausse. La chambre fédérale, à peine constituée (à vrai dire, 
elle ne l'est pas encore délinitivement), ne s'était pas encore 
préoccupée de sa contenance, ou même de son action, en cas de 
mouvement politique. Or, il est arrive que tous les délégués à la 
chambre fédérale se sont rencontrés à rcuîerrement de Victor Noir, 
sans s'être donné le mot à l'avance, et les UES voïtlaient venir à 
Paris, c'est-à-dire livrer bataille, les autres , plus circonspects, 
voulaient maintenir à la marifestation son caractère paciliquc ; 
c'est, du reste, les deux saatiments qui, toute la journée, ont 
divisé la foule. Je dois ajouter que la plupart des membres de nos 
sociétés se trouvaient aussi à l'enterrement sans qu'il y ait eu 
entente préalable, et par conséquent subissaient la même division 
de vues que les autres citoyens. 

« Cette situation nous a émus, et le lendemain la séance de la 
chambre fédérale a été complètement employée à la discussion de 
ce qu'il y aurait à faire en pareille occasion, et les occasions se 
reproduisant, il ne faut pas nous exposer à ce que, dans une circon- 
stance semblable, quelques-uns d'entre nous livrent bataille sur un 
point et se fassent massacrer, tandis qu'ailleurs on ne songerai! 
pas à la lutte. 

« Désoi'mais nous nous consulterons et nous agirons d'ensemble. 
De plus, nous nous sommes mis en rapport avec Rochefort, qui, 
de son côté, ne provoquera rien sans s'être entendu avec nous; de 
cette façon, nous pourrons compter sur l'unité d'action, si néces- 
saire en pareil cas. 

« Le concours de la province pourra nous être très-utile pour 
faire diversion et déconcerter le gouvernement. Je prends donc 
acte de votre proposition avec joie, et je vais m'assurer du con- 
cours des autres centres : Lyon, Rouen, Roubaix, etc. 

« Salut et fraternité, 

« E. VARLIN. . 



Le 6 février, tandis qu'une partie des afliliés s'assemblait de 
nouveau chez Fontaine, Flourens, à un banquet, à Samt-Mandé, 
s'écriait en prévoyant l'arrestation de Rochefort : « S'ils osent 
l'arrêter, nous ferons une manifestation comme je les aime, c'cst-à- 



306 L'INTERNATIONALE 

dire à coups de fusil; » et l'on portait ensuite un toast: * Aux 
régicides en principe, et à Orsini, régicide de fait ! » 

Le lendemain, 7 février, Rochefort est arrêté au moment où il 
se rendait à une réunion publique dans la rue de Flandre. 

Tandis qu'on le conduit à Sainte-Pélagie, Flourens préside la 
réunion ; Debeaumont et Minière occupent le bureau à ses côtés; 
la salle est comble; trois mille personnes assiègent les portes. 
Debeaumont commence un discours très- violent : « Nous ne lais- 
serons pas Rochefort en piùson, dussions-nous mourir tous ! » 
A ces mots, M. le commissaire de police, Barlet, qui l'avait déjà 
averti, prononce la dissolution de l'assemblée; de tous côtés on 
proteste en criant : A la potence ! Flourens se lève ainsi que 
Minière ; il s'arme d'un revolver et d'une canne à épée, déclare la 
révolution en permanence, ordonne l'arrestation du commissaire de 
police, puis il sort, aux cris de : Vive la République ! 

Des barricades s'élèvent rapidement à Belleville et dans le 
faubourg du Temple. Les principales sont construites avec une 
certaine habileté, et entourées d'obstacles secondaires pour empê- 
cher leurs défenseurs d'être touiniés. 

Aussitôt averti, l'officier de paix Lombard se met à la tête de sa 
brigade, et la conduit contre une barricade commencée dans la 
rue de Paris ; des insurgés y traînent un omnibus ; le choc de cette 
voiture blesse deux sergents de ville. Un moment séparé de sa 
troupe, entouré par les insurgés, l'officier de paix est frappé en 
pleine poitrine d'un coup de baïonnette. Ses. agents, trop peu 
nombreux, sont obligés de se retirer sous une grêle de pierres. 

Bientôt après arrive la garde de Paris, précédée d'un commis- 
saire de police qui fait les sommations légales. Au moment où il 
remplit ce devoir, devant une barricade de la rue Saint-Maur, un 
coup de feu est tiré sur lui. Aussitôt la barricade est enlevée par 
les gardes, et le brigadier Simon, en parant un coup de barre de 
fer que lui assénait un insurgé, a son fusil brisé. Les autres 
barricades sont prises avec la même promptitude, qui déjoue les 
efforts des insurgés en ne leur permettant pas d'organiser une 
défense sérieuse. 

Plus tard, une bande de deux cents émeutiers attaquait la 
maison de l'armurier Lefaucheux, rue de Lafayette. La porte allait 
être enfoncée, lorsqu'elle fut ouverte; on se précipita dans le 
magasin ; on y prit quatre ou cinq fusils à deux coups, une cara- 
bine à vingt coups, cent deux pistolets, cinq mille cartouches. 

Commencés sous prétexte de s'armer, les pillages se multipliaient. 
Rue Oberkampf, chez le quincaillier Nitelette, dont la boutique 
avait été forcée, on enlevait des barres d'acier, des fleurets, de 
l'argent, des couverts d'argent et du vin. Chez la veuve François, 
mercière, on volait de la lingerie. Si l'action rapide des agents de 



I;T le jacobinisme. 307 

l'auloritô n'avait pas rélahli l'ordre, ces dùprédatiuus violentes 
auraient pris de grandes proportions. 

Le lendemain 8 février, ilans la soirée, on tenta de renouveler 
les mêmes scènes ; une barricade fut encore élevée dans la rue 
Saint-Maur; un des insurgés (jui la fléfendaicut, le nomme Prost, 
tira un coup do revolver à l)out perlant sur le sieur Laine, qu'il 
prenait pour un agent de police. Laine n'échappa à la mort qu'eu 
se baissant brusquement. C'est encore Prost qui, pres(juc au même 
instant, tira sur la garde de Paris deux coups de pistolet. 

Dans cette journée du 8 février,Peliau s'était rendu avec Gérardiu 
chez Guérin ; ne l'ayant pas trouvé, il lui avait laissé un billet cent 
au crayon, qui a été saisi et qui est ainsi conçu : 

« Mon cher ami, 

« Si vous l'entrez, venez ce soir avec vos amis, vers neuf ou neuf 
heures et demie^ en face des Folies-Dramatiques, près du C.hàteau- 
d'Eau, à l'entrée du café Parisien. Salut et fraternité. H. P. » 

A son j-etour de l'usine Farcot, où il travaille, Guérin, obéissant 
à la convocation, se rendit au lieu désigné avec Basmaison, Benel 
et plusieurs autres. Ils retrouvèrent au Chàteau-d'Eau Sappia, 
Fontaine, Gournet, Razoua, et près du faubourg du Temple, Derin, 
Mangeraatin et Bullier lils ; Fontaine y chargea le pistolet de ce 
dernier. 

Au bout de trois quarts d'heure, voyant que l'insurrection ne 
gagnait pas de terrain, ils prirent les instructions de Gournet, qui 
engagea Fontaine à aller place du Caire, où il devait trouver 
d'autres groupes ; les conjurés s'y rendirent, mais la tentative 
insurrectionnelle paraissant n'avoir aucune chance de succès, ils 
finirent par se disperser. 

Pour faire comprendre toute la gravité de la convocation faite 
par Petiau, il faut faire connaître une lettre écrite par le nommé 
FayoUe et signée par cet inculpé et par le nommé Asnon, lettre 
jointe ù la procédure. 

FayoUe et Asnon, tous deux soldats du 7« bataillon de chasseurs 
à pied, alors caserne au Chàteau-d'Eau, araient été embauchés et 
détournés de leurs devoirs par Flourens, ainsi que le constate une 
déposition énergique de FayoUe père. Tous deux ont déserté après 
les troubles de février dernier, et sont passés en Belgique. Le 15 fé- 
vrier, ils ont adressé de Bruxelles à un des rédacteurs du journal 
la Reforme, une lettre où se trouvent les passages suivants : 

• Citoyen rédacteur, un ami nous apporte aujourd'hui la lettre 
de notre héroïque et cher Gustave Flourens, insérée dans le 
numéro d'hier de votre vaillant journal, et l'article publié dans le 
numéro d'aujourd'hui du Fi ijn ru, bous ce tilrc : Un déscrtour... 



306 h'INTEHNATlONALK 

Nous tenons seulement à iléelarer au public; tout eulior, et aeces- 
soiremcnt au sicuv Lebœuf, soi-disant ministre de la gueire du 
soi-disant empereur du 2 décembre, que si nous sommes les amis 
personnels, à la vie et à la mort, du citoyen Gustave Flourens et de 
tani d'autres citoyens apparlenaut à l'armée, au journalisme, nous 
n'avons besoin des leçons de i)crsonne pour être ce que nous 
sommes, c'est-à-dire des républicains et des socialistes énergiques 
et convaincus. 

« Nous nou^ croirions déshonorés, enfants de la génération 
nouvelle, de ne pas nourrir dans nog cœurs la haine de la tyrannie 
et la résolution indomptable d'assurer le triomphe de nos idées et 
de nos droits par tous les moyens possibles... Oui, nous et une 
multitude de nos frères de l'armée, nous haïssons l'Empire, 
nous voulons sa chute ; oui, nous avons en foule, malgré votre 
surveillance, fréquenté les clubs de Paris, applaudi aux courageux 
discours, aux salutaires leçons de tant de nos frères républicains 
et socialistes, oui, nous étions prêts le 12 janvier, dans notre 
caserne du Prince-Eugène, comme tant de nos camarades, dans 
toutes les autres easei'nes, à faire cause commune avec le peuple ; 
oui, moi, caporal Fayolle, de garde dans la soirée du 12 janvier, 
je me proposais d'ouvrir la porte de la caserne au peuple, dont je 
veillais les moindres mouvements... 

« Oui, moi, chasseur Asnon, je veillais tout habillé au poste, 
prêta couper au moment favorable les fils du télégraphe, pour isoler 
la caserne de l'état-major, et mieux assurer le succès de nos plans... 
Nous sommes désespérés que la journée du 12 janvier n'ait pas 
été celle de l'expiation suprême ; nous sommes désespérés que celle 
du 7 février n'ait pas été la revanche de l'autre. Nous jurons de 
mourir pour assurer la destruction de la tyrannie et le triomphe 
du droit et le droit, c'est la république démocratique et sociale. 
Salut et égalité. 

. L. FATOLLE. — A. ASNON. » 

Ce document explique pourquoi, dans la soirée du 8 février, à 
l'heure même où des barricades s'élevaient aux environs, les con- 
jurés étaient convoqués et se réunissaient sur la place du Château- 
d'Eau, aux portes d'une caserne. Ils comptaient sur les embau- 
chages de Flourens: ils ont été trompés dans leur attente, mais 
leur présence en armes et en ce lieu, avec de pareilles espérances, 
au moment même où une insurrection était tentée, ne laisse aucun 
doute sur leur résolution d'agir, qui caractérise le complot et 
confirme la démonstration qui résulte des révélations de Verdiei' , 
de Godinot, de Guérin et de tous les faits constatés. 

Faut-il à tant de preuves ajouter que plusieurs des autres in- 
culpés, notamment Pellerin, Bencl. Basmaison, Derin, avouent le 



ET LE .1 ACOBINISME. 30» 

eomplot contre la sûreté de l'État, tout on niant les desseins contre 
la vie de l'Elmpereur? Sur ce i)oint, un nouveau démenti leur est 
donné par le nommé Schatenne, em[)loyé du chemin de fer de 
l'Ouest. Introduit par Uamet dans les réunions des aflidés, on lui a 
t'ait connaître que ceux-ci s'armaient, non-seulemcut povu- un mou- 
vement insurrectionel, mais surtout pour assassiner l'Empereur, et 
qu'on devait employer la nitro-ylycérine pour l'aire sauter sa 
voiture. 

Tel était, monsieur le garde des sceaux, l'état de l'information, 
lorsque de nouveaux faits ont été portés à la connaissance de 
l'autorité judiciaire. 

Le 29 avril, le nommé Oeaury, soldat déserteur, récemment 
revenu d'Angleterre, était arrêté à Paris, rue des Moulins. Il était 
porteur d'un revolver chargé et d'une lettre datée de Londres et 
signée : gustavk. 

Cette lettre et les aveux de Beaury établissent qu'il était rentré 
en France pour attenter à la vie de l'Empereur. 

Je place sous les yeux de Votre Excellence une analyse sommaire 
des déclarations de l'inculpé : 

« Je m'étais lié avec Fayolle, caserne comme moi place du 
Château -d'Eau. Flourens est venu nous voir à la caserne, Fayolle, 
Asnon et moi. Le 10 janvier, ayant appris la mort de Victor Noir, 
et pensant qu'il y aurait des troubles, je ne suis pas rentré à la 
caserne : j'ai assisté à l'enterrement de Noir; puis, craignant d'être 
compromis, j'ai passé en Belgique. Je suis allé ensuite à Londres 
avec Fayolle, qui avait aussi déserté. Nous y avons retrouvé 
Flourens, avec lequel je me suis étroitement lié. Je lui ai parlé de 
mon projet d'attenter à la vie de l'Empereur, et il m'a encouragé 
dans ma résolution. 

Je suis revenu à Pans, d'où j'ai correspondu avec Flourens. J'ai 
reçu de lui trois lettres ; j'ai détruit les deux premières ; la troi- 
sième est celle qu'on a saisie sur moi, et qui est signée Gustave. 
J'ai été en relations, à Paris, avec Ballot, ami de Flourens, chargé 
par lui de me remettre de l'argent. J'ai reçu une première fois 
400 francs, une seconde fois 100 francs, quelques instants avant 
mon arrestation. J'avais l'intention de m'habiller en soldat pour 
m' approcher plus' facilement de l'Empereur, puis de me servir de 
mon revolver. » 

La lettre de Flourens trouvée sur Beaury était ainsi conçue : 

« 20 avril 1870. 
« Bien cher ami, 

« J'ai, en effet, reçu vos trois lettres ; je regrette que vous me 
les ayez adressées par cette voie et par M. Smalley, New- York 



310 L'INTKRNATIONALE. 

'l'rihiino, lo, Pall Mal!, J^ondres, eu mettant une enveloppe inté- 
rieure avec mon prénom ; mais j'espère que nous n'aurons plus à 
nous écrire longtemps, et que la semaine prochaine nous nous re- 
trouverons à Paris, où tout se terminera très-bien. Vous avez dû 
recevoir ma lettre du 19, adressée à M. Fleury, où il y on avait une 
pour mon ami de la Banque. Si vous l'avez, en effet, reçue, et si 
cet ami vous a fait parvenir par madame S... la somme de 
400 francs, brûlez la lettre ci-jointe pour lui, et que tout soit dit» 
sinon envoyez-la-lui, et agissez aussitôt les 400 francs reçus. 

« Il n'y a pus un moment à perdi'c ; l'homme au brevet irait à la 
campagne, et tout serait retardé. Mais réussissez. Je compte sur 
vous, sur vos amis fidèles. Ne sortez que de nuit ou en voiture. 
Mangez l'argent. Pas d'imprudence. Je suis avec vous de cœur. 
Ne manquez pas, peut-être scrai-je très-vite à Paris pour vous 
soutenir. Tout dépend de vous. Encore une fois, ce que je vous 
disais ici ; ou il fallait ne pas s'en mêler, ou réussir. 

« Votre GUSTAVE. » 

Cette lettre a été soumise, avec des pièces de comparaison, à un 
expert, qui a déclaré qu elle émanait de Flourens. C4'est d'ailleurs 
ce qu'avoue Beaury. 

Une autre lettre non moins significative, et écrite cette fois par 
Beaury, a été saisie au domicile du nommé Ballot; elle porte la 
date (lu 28 avril : 

« Monsieur, 
« Le docteur a fini par se déclarer pour l'amputation. Il la juge 
indispensable. Et comme il croit que tout l'etard serait mauvais, il 
la fera demain, coûte que coûte (dût-on employer envers lo malade, 
qui n'est guère raisonnable, des moyens violents). Ses mombreux 
amis sont d'accord là-dessus. 

» Si vous désirez donc assister à cette triste opération, à titre 
d'ami de ce pauvre malade, vous pouvez venir dans sa petite 
chambre de la rue de Bivoli, demain, entre deux et quatre heures 
de l'aprè-smidi. 

R Je vous salue bien. 

« CAMILLE. 



« P. -S. Les différents frais de cette triste maladie ayant dépassé 
de beaiu'oujt le cliil'fre supposé, je me vois dans la nécessité 
de réclamer de votre extrême obligeance une avance de 100 à 
440 frani'S, somme que nous estimons très-juste et très-indis- 
pensable aux nombreux préparatifs qu'exige une pareille opération 
chirurgicale. Il faut tant d'instruments et tant d'accessoires! Nous 



ET LE JACOBINISME. 8H 

vous prions do vouloir bien remettre au porteur de la présente cette 
petite somme. 

« Je suis avec respect, monsieur, votre tout dévoué, 

« CAMILLE. . 

« Reçu, h titre d'avance, de M. Ballot, la somme de 140 francs. — 
« Paris, ce 28 avril 1870. 

« CAMILLE. » 

« Le meilleur ami de ce cher malade ne manquera pas de nous 
rembourser cette petite somme le plus tôt possible. 

« Comme cette opération est très-sérieusement décidée pour 
l'hetire indiquée, vous n'en recevrez pas de nouvel avis. » 

Enfin, depuis l'arrestation de Beaury, on a saisi une nouvelle 
lettre adressée à Ballot par Flourens, à la date du 28 avi'il : 

« Bien cher ami, 

« Je reçois à peine votre lettre dernière, et j'y réponds de suite. 
Si je n'ai pas répondu à la précédente, c'est que je ne voulais pas 
vous écrire directement d'ici. Je vous remercie mille fois de tout 
ce que vous avez fait jusqu'ici, mais je vous prie formellement, 
sous aucun prétexte, de ne plus avancer un sou seulement à mes 
amis. Vous me mettriez dans l'embarras en le faisant, et ne 
m'aideriez nullement, car ce que je veux est en voie de se faire 
très-bien. Ils ont même besoin d'être un peu hâtés dans l'exécution 
parle besoin d'agir. 

< Je vous prie de ne pas leur montrer cette lettre, mais de leur 
dire qu'après ma dépêche vous avez reçu une lettre vous disant de 
ne rien faire de plus jusqu'à nouvel ordre. Je leur ai moi-même 
écrit, par autre voie, la même chose. Surtout, qu'ils ne retournent 
plus chez vous, car cela ne pourrait que nuire, et je ne voudrais 
pas cette aventure pour rien au monde. Cette lettre-ci part pour 
vous dans une à ma mère, qui vous l'expédiera. Surtout, soyez 
prudent. Tout ira bien. Je vous verrai. Mes bons hommages à 
"VOS dames. 

« A vous de cœur. 

« Que M. G..., ni le jeune O... ne retournent plus chez vous. » 

L'authenticité de cette lettre a été reconnue par la mère et par le 
frère de Flourens. 

Mais ce n'était pas seulement l'assassinat de l'Empereur que 
Flourens préparait ainsi avec Beaui^y ; en même temps, il orga- 
nisait avec Sauret, Greffier et autres, les moyens de faciliter une 
insurrection. 

Dans la soirée du 30 avril, Greffier et le nommé Roussel, qui 



Slî! L'INTERNATIONALE 

revenaient de la commune d'Epinay, où ils avaient fait une com- 
mande de 50 revolvers à l'inculpé Manche, furent l'un et l'autre 
arrêtés. 

Greffier resta aux niains de la police; mais Roussel s'étant mis 
à crier : « A moi ! au secours ! on aiTète les républicains ! » la 
foule s'assembla et des individus en grand nombi'e, se jetant sur 
les agents, délivrèrent l'inculpé. 

Une perquisition faite immédiatement à son domicile amena la 
découverte de 21 bombes dont je n'ai point à faire ici la des- 
cription. 

A la vue d'un dessin publié par le Figaro, M. Lepet, fondeur, 
reconnut ces engins pour les avoir lui-même fabriqués, et il fit aus- 
sitôt des déclarations dont voici la substance : 

« Le 14 avril dernier, un individu, prenant le nom de Renard (et 
dont le signalement paraît se rapporter à Roussel), est venu me 
commander des rondelles en fonte dont l'assemblage forme les 
b ombes sasies chez Roussel. Il m'a dit que ces rondelles étaient 
destinées àfaii*edes moyeux de vélocipèdes, dont l'intérieur devait 
être garni en caoutchouc, afin de donner au ressort plus d'élasti- 
cité. Il nous a d'abord commandé 30 moyeux complets, puis cent 
vingt, ajoutant que, même après la livraison de cette quantité, nous 
pourrions continuer à fabriquer, parce que cette invention avait le 
plus grand succès en Amérique, et que sa fortune serait bientôt 
faite. Nous en avons fabriqué 22, mais la grève étant surve- 
nue, nous n'avons pu continuer nos livraisons. Il nous payait ces 
moyeux à raison de ôofr.les 100 kilog. Sans la grève, j'aurais fondu 
et livré 400 bombes. Sur les 21 bofnbes saisies, j'en reconnais 17»' 
quant aux autres, elles ne proviennent pas de ma maison. » 

La déposition si importantede ce témoin offre, dans sa dernière 
partie, cette gravité particulière de démontrer qu'il existe des 
bombes provenant d'une autre fonderie que celle de M. Lepet, et 
qui est encore inconnue. 

Rallot, qui avait d'abord échappé aux recherches dont il était l'ob- 
jet, vient d'être arrêté, et il a fait des déclarations dont voici l'ana- 
lyse. 

« J'ai pris part à l'insurrection de Crète; c'est là que j'ai connu 
Gustave Flourens. Dans la soirée du 8 février dernier, il est venu 
se réfugier chez moi, où je lui ai donné asile jusqu'au 20 mars. Pen- 
dant son séjour chez moi, une seule personne, la femme Rauret, esj 
venue le voir. Depuis son départ, et sursa demande, j'ai remis succes- 
sivement 1,100 fr. à Sauret, 550 fr. à Beaury et 1,400 fr. à Greffier. » 

Tels sont, monsieur le garde des sceaux, les principaux résultats 
de l'information judiciaire. Je n'ai point à entrer ici dans le détail 



KT l.K JACOBINISME. 813 

des faits ni hieu moins encore dans l'examen des charges spéciales 
à chaque inculpé. Ce sera plus lard l'œuvre de l'acte d'accusation 

Ce rapport n'a d'autre objet, monsieur le garde des sceaux, que 
de vous présenter l'ensemble de l'affaire et de vous démontrer 
l'opportunité de convoquer la haute cour de justice. 

Veuillez agréer, monsieur le garde des sceaux, l'hoiuniage de 
mon respect. 

Le conseiller d'État, procureur général près la 

cour impériale, 

GRANPERRET. 



PIEGES U. 

POURSUITES CONTRE l'iNTERNATIONALE (avril 1870). — JUGEMENTS PRO- 
NONCÉS PAR LES DIFFÉRENTS TRIBUNAUX. 

I 

JUGEMENT DU TRIBUNAL DE SAINT-QUENTIN. 

(Audience du 21 mai.) 

Ministère public contre Sauvageot, détenu ; Huart, fugitif ; Loth 
et Thomas, non détenus. 

« Le Tribunal : 

« En ce qui touche le délit de participation à une société non 
autorisée imputé aux prévenus Sauvageot et Huart, 

« Considérant qu'il résulte de l'instruction et des débats la preuve 
qu'en la présente année, une association ou société non autorisée de 
plus de vingt personnes a été formée à Saint-Quentin dans un but 
de résistance contre les patrons et de solidarité entre les ouvriei's ; 

« Que l'existence de ladite société s'est manifestée suffisamment 
par la nomination d'un président et de collecteurs, par la perception 
de cotisations, l'achat de livres de recettes, la possession et l'usage 
d'un timbre spécial ; 

« Qu'il est établi que les sieurs Sauvageot et Huart ont fait partie 
de ladite association, fait prévu et puni par les articles 1, 2 de la 
loi du 10 avril 1834, 291 et 292 du Code pénal. 

« En ce qui touche le délit d'affiliation à une société secrèie 
imputé aux mêmes prévenus, 

« Considérant que s'il est établi qu'il y a eu, de la part d'Huart, 
dans la réunion publique du 24 avril dernier, proposition formelle 
d'affilier la société de Saint-Quentin à la société Internationale de 



314 L'INTERNATIONALE 

Londres, cette proposition néanmoins n'a pas été suivie d'un vote 
d'adhésion de la part des membres présents *. 

« Par ces motifs, renvoie lesdits prévenus Sauvageot et Iluart 
de ce chef de la poursuite. 

« En ce qui touche le délit d'excitation à la haine des citoyens 
les uns contre les autres imputé aux quatre prévenus, 

« Considérant qu'à la même réunion publique du 24 avril der- 
nier, les prévenus Huart, Loth et Thomas ont, à différentes reprises, 
dit que les patrons s'engraissaient de la sueur des ouvriers; 
qu'ils vivaient do rapines; qu'ils subornaient les filles de leurs 
ateliers et qu'il fallait les détruire ainsi que le capital ; 

« Que ces faits constituent le délit prévu et puni par les arti- 
cles 1" de la loi du 17 mai 1819, 6 et 7 du décret du 11 août 1848; 

« Qu'il n'apparaît pas suffisamment que Sauvageot ait proféré 
les mêmes discours ni qu'il s'en soit rendu complice ; 

« Le renvoie également de ce chef de la poursuite. 

« Mais considérant qu'en sa qualité de président de ladite réunion, 
il n'aurait pas dû tolérer les propos ci- dessus relatés, étrangei's au 
but et à l'objet de la réunion ; que par là il a contrevenu aux 
articles 4 et 9 delà loi du 6 juin 1848. 

« Considérant qu'il existe en faveur de Sauvageot des circons- 
tances atténuantes, 

« Vu les articles 291, 292 et 463 du Gode pénal, 1 et 2 de la loi 
du 10 avril 1834, 1 de la loi du 17 mai 1819, 6 et 7 du décret du 
11 août 1848, 

« Condamne, savoir : Sauvageot, à un mois de prison ; Huart à 
un an de prison et 100 francs d'amende ; Loth et Thomas chacun à 
trois mois de la même peine et 100 francs d'amende, 

« Déclare dissoute la société non autorisée dont s'agit : 

« M. de CHAUVENET, président; DOMADE, juge; BIS- 
SON, juge ; BABLED, procureur impérial » 

Gomme on le voit, dans ce jugement la question de l'Interna- 
tionale est complètement écartée. Sauvageot et Huart ont été con- 
damnés non pas à raison de leur afiiliation à l'Internationale, mais 
comme membres d'une société de résistance fondée à Samt-Quentin, 
laquelle société est reconnue, par le jugement même, n'avoir jamais 
adhéré à l'Internationale. Étrange anomalie : on voulait frapper 
l'Internationale et le jugement atteint une autre association. Si l'on 
s'en tenait à la lettre même de ce jugement, on devrait en conclure 
que jamais l'Internationale n'a recruté aucun adhérent à Reims, 

•t. Voilà un considérant quinous parait inintelligible ; il ne s'agissait pas dans l'es- 
pèce de savoir si cette société avait été réellement ou non affiliée à l'Internatio- 
nale. Toute la question se réduisait à ceci : Huart et Sauvageot sont-ils membres de 
l'Internationale. Le moindre doute n'est plus permis quand on se reporte à la déclaration 
du conseil général belge, et aux lettres échangées entre Huartet Sauvageot (V. p.tOf). 



HT l.r, JACOBINISMK. 315 

Saint-Quenliu, et qu'Huait, l.olli el Sauvageot ne lui ont jamaiiï 
appartenu : ce ([ui est inadmissible comme l'otahliss'ut surabon- 
damment les documents quu nous reproduisons plus loin, pièce V. 



II 

JUGEMENT DU TRIBUNAL CORREGTIONNEl. DE PARIS. 

(Audience du 8 juillet 1870.) 

Présidence de M. Brunct. — Carlêt, Thiroain, Alauzet, juges. — 
Aulois, ministère puJjlic. 

« Le Tribunal, 

« Maintient le défaut donné à l'audience du 29 juin dernier contre 
Varlin, Sabourdy, Passedouet, Uocher, Carlo, Ducancquio et Giol, 
non comparants quoique régulièrement cités, et après en avoir dé- 
libéré conformément à la loi, faisant droit : 

« Attendu que le fait imputé aux prévenus est celui d'appartenir à 
une association qui n'est autre que l'Association internationale des 
travailleurs, qualifiée de société secrète par l'ordonnance qui a saisi 
le tribunal ; 

«Qu'il convient dès lors de rechercher, en fait, si tous les préve- 
nus appartiennent à l'Association internationale, sauf à apprécier 
ensuite la qualification donnée à cette association, qualilication que 
le tribunal aura toujours droit de modifier en l'atténuant s'il y a lieu 
de le faire ; 

« En ce qui touche le fait principal, 

« Attendu qu'il n'est pas suffisamment établi que les inculpé Du- 
cauquie, Flahaut, Landeck et Assi fassent partie de l'Association 
internationale des travailleurs; 

t Que des présomptions graves s'élèvent contre Assi dont tous les 
agissements pendant les deux grèves du Greuzot tendent à établir 
qu'il a constamment existé une entière communion d'idées entre ce 
prévenu et les divers membres de l'Internationale avec lesquels il 
s'est mis en rapport, soit au Greuzot, soit à Paris ; mais que ces pré- 
somptions ne sauraient suppléer à l'absence de preuves directes, 
précises, certaines qui seules pourraient prévaloir contre les déné- 
gations d'Assi; 

« Qu'il est en effet de règle, en matière correctionnelle, que le 
dente, quelque léger qu'il soit, doit profiter au prévenu. 

« Attendu, quant, aux autres prévenus, au nombre de trente-qua- 
tre, qu'il résulte de l'instiuction, des débats et des aveux même de 
ceux des prévenus qui se sont présentés à l'audience, qu'ils font 
partie de l'Association internationale des travailleurs ; 



316 L'INTERNATIONALE 

« Qu'à la vérité il s'est produit, à la dernière heure, quelques ré- 
ticences en ce qui touche le prévenu Allard ; 

« Qu'en effet ce prévenu, revenant sur ses précédentes déclarations, 
a prétendu que s'il appartenait de cœur à l'Internationale, il ne lui 
appartenait pas de fait ; qu'il avait eu l'intention d'adhérer aux 
statuts de cette association, mais que cette adhésion n'était pas 
encore passée à l'état de fait accompli, lorsque les poursuites ont 
été dirigées contre lui ; 

« Mais attendu que ces allégations toutes nouvelles d' Allard sont 
contredites : i° par sa réponse au juge d'instruction : 

« Je suis et je reste de l'Internationale ; » 

« 2p PaY" sa réponse au pi'ésident, lors de l'interrogatoire subi par 
lui à la première audience : 

« Je fais partie de l'Internationale, mais cette association n'est 
pas une société secrète ; » 

« 3° Par cette circonstance que, dans la note insérée au numéro 
du 21 mai 1870 du journal la Libre pensée, Allard est indiqué 
comme étant un des trois citoyens qui recevront les adhésions à la 
section dite de la Rive gauche, de l'Iuternationale; et qu'on ne 
saurait admettre que les adhésions de l'Internationale puissent être 
reçues par un individu qui lui-même ne serait pas déjà membre 
de cette association ; 

« 4° Par cette autre circonstance qu'on a saisi au domicile d'Allard 
un livret lui donnant le titre de membre de l'Internationale et por- 
tant cette signature : « Le secrétaire correspondant, Paul Caide, » 
alors que rien dans la cause n'autorise à admettre que Carie (l'un 
des prévenus en fuite) se soit faussement attribué le titre de secré- 
taire correspondant. 

« En ce qui touche la qualification de société secrète relevée dans 
l'ordonnance de M. le juge d'instruction; 

« Attendu que d'une manière générale on ne saurait dire que 
l'Association internationale des travailleurs est une société se- 
crète ; 

« Qu'en effet cette société, qui se compose de sections et de bu- 
reaux organisés publiquement dans divers États européens, d'un con- 
seil général siégeant à Londres, et dont les résolutions principales 
sont discutées et arrêtées, chaque année, dans les Congrès dont l'ac- 
cès est public, ne présente pas, considérée dans son ensemble, les 
caractères d'une société secrète ; 

« Qu'à la vérité, organisée pour ne s'occuper que d'un objet de 
l'ordre purement économique , l'amélioration du sort des classes 
ouvrières, elle n'a pas tardé à dévier de son but, et qu'il n'est pas 
permis de douter aujourd'hui que cette société, qui pouvait être 
utile pour le bien, si elle s'était renfermée dans les termes de ses 
premiers statuts, est devenue un danger social, et un danger for- 



KT LK JACOBINISMI':. :il7 

iiiidablc, si ou lient compte du uoiuliif de ses niiMnhrcs, (jiii, jtinir 
la France seulciiieut, s elèvci-ait, au dire dos prévenus, à plusieurs 
t-entaines de mille, et de l'ardeur avec laquelle elle s'est jiilée dans 
les questions les plus irritantes fie la politique actuelle, n'abandon- 
nant pas, il est vrai, son premier programme, mais déclarant qu'il 
ne peut être réalisé que par la révolution et par l'avénemcnt de la 
révolution démocratique et sociale ; 

« Mais attendu qu'il ne svit'lit pas qu'une société s'occupe de ques- 
tions politiques et s'écarte de ses premiers statuts pour qu'elle soit 
déclarée société secrète ; qu'il faudrait, pour établir la société se- 
crète, que cette modification du programme de l'association fût 
elle-même tenue secrète, tandis que, dans la cause actuelle, il suffit 
de se reporter, pour les Etats autres que la France, au compte rendu 
du Congrès de Bàle, et, pour ce qui concerne la France, aux divers 
manifestes qui ont été publiés dans les journaux, aux premiers 
mois de 1870, aussitôt après la réorganisation de Tlnternatioualc 
en sections, pour se rendre compte que l'iiatrusion de la politique 
dans les matières qui font l'objet du programme de l'association 
n'a pas été tenue secrète et n'a pas voulu l'être ; 

tt Que, pour ce qui concerne la France, tout spécialement Paris, 
le département de la Seine, et par suite l'objet dont le tribunal doit 
plus particulièrement s'occuper, il convient de distinguer deux 
périodes • celle qui s'est écoulée depuis les jugements de 1868, à 
la suite desquels l'Internationale fut dissoute, en tant qu'organi- 
sation par sections et bureaux, pour ne compter, pendant un 
certain temps, que des membres adhérant individuellement à 
ces statuts , sans faire partie d'aucune section , d'aucun bu- 
reau ; et la période qui s'est écoulée depuis la réorganisation de 
l'Internationale à Paris , c'est-à-dire depuis les premiers mois 
de 1870 ; 

t Que dans la première période, si on trouve, ainsi que cela va être 
plus loin établi, un groupe d'hommes dont les agissements concertés 
pour un but poursuivi en commun et momentanément caché, réu- 
nissent tous les éléments constitutifs de la société secrète, il ne 
serait pas exact de dire que les divers individus qui sont venus 
adhérer entre leurs mains aux statuts de l'Internationale ont voulu 
s'affilier à une société secrète ; 

« Que dans la seconde période, les adhérents n'ont absolument 
rien fait de clandestin, alors que d'une part la réorganisation de 
l'Internationale par sections bientôt réunies en une fédération qui 
centralise leurs efforts plus énergiquement encore que ne pouvait 
faire le bureau existant avant 1868, et d'autre part, les manifestes 
qui engagent l'Association dans la voie politique et révolutionnaire 
ne pouvaient être ignorés de personne et avaient rey-u la plus 
grande publicité possible ; 



318 L'INTERNATIONALE 

€ Attendu, néanmoins, que, dans une association publique, auto- 
risée ou non autorisée, il est parfaitement admissible qu'on puisse 
rencontrer un ijroupe d'bommes se concertant pour arriver à un 
but qu'ils tiennent momentanément secret, et dont les agissements 
occultes donnent à ce groupe, le plus souvent directeur de l'asso- 
ciation, le caractère d'une société secrète ; 

< Attendu que tel est le fait qui se présente dans la cause soumise 
au tribunal ; 

« Attendu, en effet, que, par deux arrêts de la cour impériale de 
Paris, des 29 avril et 24 juin 1868, l'Association internationale des 
Iravaillem^s, établie à Paris, sous le nom de Bureau de Paris, ayant 
été dissoute, cette dissolution fut ostensiblement effectuée, mais 
bientôt après certains hommes, dont quelques-uns figurent parmi 
les prévenus, se mirent à l'œuvre, de concert avec le conseil géné- 
ral de Londres, pour faire, à Paris et en France, une propagande 
occulte, destinée à aboutir au résultat qui a été obtenu en 1870, 
c'est-à-dire la réorganisation de llnternationale par sections et bu- 
reaux ; 

c Que d'abord, ils cherchèrent des biais, suivant l'expression rele- 
vée dans une lettre de Dupont, secrétaire correspondant pour la 
France au conseil général de Londres, pour éluder la loi, et que ces 
biais n'ayant pas été trouvés, ils se décidèrent à procéder d'une 
façon secrète et toute différente ; 

« Qu'il y eut désormais en France des cori'espondants acceptés ou 
nommés par le conseil de Londres sans qu'ils représentassent 
aucune section, et choisis plus particulièrement parmi les anciens 
membres qui se trouvaient dans le cas du prévenu Murât, auquel 
Dupont écrivait le 27 novembre 1868 : « Vous avez raison de ne 
pas abandonner le terrain, votre position de condamné vous donne 
un grand poids auprès des travailleurs ; » 

« Attendu que les correspondants eurent « pleins pouvoirs » pour 
« recevoir des adhésions collectives ou individuelles, recueillir les 
souscriptions et cotisations, et faire toute chose ayant pour but la 
propagation de l'Association internationale des travailleurs, » ainsi 
que cela est écrit dans le pouvoir délivré à l'un d'eux, le prévenu 
Murât, le 27 juillet 1869, et saisi à son domicile ; 

« Attendu qu'ils purent ainsi, sans éveiller l'attention de l'auto- 
rité, reconstituer tous les éléments de l'Internationale jusqu'au 
jour où leur persévérance aboutit à un tel résultat , que les 
adhérents se trouvèrent assez nombreux et assez forts pour se re- 
constituer ouvertement, au mépiùs de la loi et des décisions de 
justice, en sections, et bientôt en fédération des sections pari- 
siennes ; 

<c Attendu que parmi les prévenus il en est sept qui ont incontes- 
tablement donné leur concours à cette reconstitution clandestine 



ET LE JACOBINISME. 319 

do I Association dissoute en 1868, et que ces prévenus sont Varliu, 
Malon, Murât, Johannard, Pindy, Gombaultct Ilélijjou ; 

« Vai'lin, dont le nom se trouve partoul, dont l'aclivitéet rinlliience 
se manifestent à Lille, au Creuzol, à Rouen, à Marseille, à Lyon, 
et dont la correspondance avec Aubry, de Rouen, suffirait à elle 
seule pour établir quelle part importante il a prise à la réorgani- 
sation de l'Internationale ; 

« Malon qui faisait, en l86'J, delà propagande à Tourcoing (lettre 
de Varlin à Aubry du 18 août 18159), qui n'a du reste pas cherché ù 
nier le rôle actif qu'il a joué soit à Paris, soit en province, et qui 
n'aurait pu le nier, alors qu'on peut lire dans une des lettres qu'il 
adressait, en 1870, de Fourchambault, au prévenu Combault : 
« Combien faudra-t-il avoir fondé de sections en province pour 
mériter une couronne civique"? S'il ne faut en avoir fondé que vingt, 
j'espère la gagner; » 

« Murât qui paraît avoir eu plus particulièrement la conliauce du 
conseil généi'al de Londres, dont il recevait en juillet 1869 les 
pleins pouvoirs, auquel il adressait des i-apports (lettre de Dupont 
du 1 janvier 1870) et qui lui adressait lui-même, à diverses reprises, 
des communications destinées non-seulement à lui, mais encore 
aux auti'es agents de l'œuvre de reconstitution à laquelle il s'em- 
ployait avec tant d'activité, d'habileté, et bientôt de succès ; 

« Johannard, membre du conseil général de Londres, alors qu'il 
résidait en Angleterre, prenant encore ce titre au bas d'une pru- 
testation qui fut publiée dans le journal le Réveil, le il février 1870, 
signataire d'un très-grand nombre de cartes d'adhérents, détenteur 
de cartes en blanc et reconnaissant .en avoir rempli et délivré un 
assez grand nombre, entretenant avec Dupont une correspondance 
suivie, recevant le titre de correspondant de l'Interaationale, se 
livrant enfui à une propagande incessante et parvenant à fonder à 
Paris la section du faubourg Saint-Denis; 

c Pindy, fondateur de la section de Brest, délégué aux congrès de 
Bruxelles et de Bâle, en 1868 et 1869, reconnaissant avoir placé à 
Paris et ailleurs trois cents cartes d'adhésion à l'Internationale, 
sinon un plus grand nombre, et déclarant au surplus à M. le juge 
d'instruction qu'il n'a jamais cessé d'employer ses efforts à cette 
propagande; Pindy, dont la correspondance avec Le Doré, de Brest, 
indique assez quel but il poursuivait en s'efforçant de réorganiser 
l'Association internationale, et dont les espérances, les désirs, l»s 
ardeurs et les égarements révolutionnaires sont révélés d'une 
façon sinistre, par ces formules d'engins de destruction qui ont été 
saisis en son domicile, formules auxquelles rien ne manque, pas 
même la note indicative de la façon dont il faudra se servir des 
engins après les avoir fabriqués ; 



3:10 L'INTERNATIONALE 

« Coinljaull, aulrelois résidant ù Londres, et membre du conseil 
général à celte même époque, entretenait, depuis son retour en 
France, une correspondance suivie avec Dupont, lui dcmaurlant 
l'intervention de Pyat et de Resson « comme chose indispensable 
'pour faire la révolution, t ainsi que la réponse de Dupont saisie 
chez Hélig'on en fait foi ; détenteur à son domicile de cartes et de 
livrets en blanc dont la possession ne s'explique que par un intérêt 
de propagande ; organisateur enfin de la section de Vaugirard, 
dont il est aussitôt nommé le correspondant ; 

K Héligon, dont les dénégations, en ce qui touche le rôle qui lui 
est attribué par la prévention depuis d868, sont démenties et dé- 
truiles par deux lettres émanées de Dupont, de l'homme qui, par 
sa fonction au conseil général de Londres, peut et doit connaître 
le titre et le rôle de chacun dans tout ce qui concerne la branche 
française de l'Internationale ; 

€ Une première lettre qu'il adresse à Murât et à d'autres, au sujet 
de la composition du jury Yermorel, place Héligon au nombi*e des 
correspondants; une deuxième lettre, qu'il adresse à Combault, 
place Héligon au même rang que Varlin, Malon et les autres, lors- 
qu'il s'agit de choses qui intéressent officiellement l'Internationale, 
elle porte textuellement ceci : « Je t'engage à prendre rendez-vous 
avec Varlin, Héliyon, Johannard, Malon pour voir Murât; je lui 
envoie les pièces officielles ; il y a en outi^e une lettre qui vous 
concerne tous ; » 

« Attendu que parmi les autres jDrévenus, il en est quelques-uns, 
tels que Avrial, auquel Drouchon écrit le 10 avril 1869 une lettre 
contenant un passage significatif, mais qui ne peut avoir, en tant 
que preuve, la valeur d'un écrit émané de Dupont ; Colmia, dit 
Franquin, qui fut délégué au Congrès de Bàle, et qui adhéra en 
août 1869 à l'Internationale avec la société de résistance des impri- 
meurs, d'autres encore à l'égard desquels certaines indications de 
la procédure portent le tribunal à se demander s'ils ne se sont pas 
livrés, eux aussi, à une œuvre clandestine de reconstitution, devant 
les faire ranger dans la catégorie à laquelle appartiennent les sept 
prévenus qui précèdent ; 

« Mais, attendu qu'en une telle matière, les présomptions doivent 
être écartées dès qu'elles ne sont pas suivies de preuves positives 
absolument certaines, et que ces preuves ne paraissent résulter 
contre Avrial, Franquin et consorts, ni de la procédure, ni des 
débats ; 

« Que par suite, il convient de restreindre cette première caté- 
gorie, à "Varlin, Malon, Mui^at, Johannard, Pindy, Combault et 
Héligon ; 

« Attendu que si les agissements de ces sept prévenus avaient été 
individuels, nullement concertés, leur propagande clandestine 



HT LL; JACUHlNlS.Mi:. UiM 

echupporuil à l'action de la loi, et ne saurait justifier riucuipation 
de société secrète, parce cpic dire société, c'est dire concert et 
association ; 

t Mais attendu que cel élément essentiel du délit imputé aux pré- 
venus ne l'ail pas défaut dans la cause; 

«Qu'en effet, rien n'est moins exact que de dire, ainsi que l'a t'ait 
Combault dans sa défense, que les prévenus dont il s'agit, divisés 
en partie par quelques dissiilenccs d'opinion, n'avaient les uns avec 
les autres que des relations fugitives, très-rares, presque nulles; 

« Que le contraire résulte des pièces saisies au cours de l'infoniia- 
lion, et que, pour ne parler que de Combault, qui seul a produit ce 
moyen de défense, on le voit correspondre aclivement avec Malon, 
signer avec Malon et Varlin, en prenant tous les trois le titre de 
f membres de l'Association in'.ernationals des travailleurs », un 
manifeste révolutionnaire inséré dans In nv.nicro du l\) janvier 18~() 
du journal la Marseillaise, transmettre à Héligon, aux mains 
duquel il la laisse, une lettre de Dupont dont ii a été déjà parlé; 

c Qu'au surplus, en dehors des relations privées, il existait entre 
ces prévenus un lien commun, résultant des rapports qu'ils entre- 
tenaient avec le conseil général de Londres, et des instructions, 
des pouvoirs qu'ils recevaient de ce conseil pour arriver à la 
meilleure et à la plus prompte réalisation de l'œuvre commencée; 

(( Qu'en effet, ce conseil, dont l'autorité sur les membres de l'Asso- 
ciation est, quoi qu'on en ait dit aux débats, assez énergique pour 
revêtir, au besoin, un caractère de juridiction, ainsi que le prouve 
la lettre de Dupont relative au jury de Rochefortet Vermorel, trans- 
mettait aux prévenus des instructions, des injonctions ([ui souvent 
étaient collectives; des injonctions lorsque, par excmpK\ s'adres- 
sant aux citoyens Murât, Malon, Héligon, Combault, membres 
du jury Vermorel, et autres correspondants de l'Association inter- 
nationale des travailleurs, il leur intimait d'avoir à exclure un 
membre de ce jury et de soumettre leur conduite à l'examen du 
conseil général ; des instructions, lorsqu'il invitait Combault à s'en- 
tendre avec Vai'lin, Héligon, Johannard et Malon, pour voir Mural 
et prendre chez ce dernier communication des pièces ofliciellcs 
qui venaient de lui être adressées, ainsi que d'une lettre qui les 
concernait tous; 

f Attendu que, si l'œuvre de [irupagande occulte à laquelle les pré- 
venus rangés dans cette première catégorie se sont livrés, établit 
déjà contre eux, aux yeux du Uibuual, le fait d'avoir été membres 
d'une société secrète, il se rencontre dans la cause un autre élément 
qui est constitutif de ce même délit ; 

« Attendu, en effet, que, suivant ses premiers statuts et suivant la 
l)cnsce qui j)arait avoir préside à sa création, l'Association interna- 
tionale des travailleurs ne devait, ainsi que ce la a été dit prciédem- 

21 



a-2i> L ' I iN T K R N ,\ T 1 N A L E 

ment, s'atlachcr qu'à la solution de questions pui-cmcnt écono- 
miques et devait rester étrangère aux questions de l'ordre politique, 
à leurs passions, à leur irritation; *' 

« AI tendu que, si on i»rend l'Association au moment où les décisions 
judiciaires de 1868 viennent de la dissoudre, on la voit encore fidèle 
son programme, à la veille, il est vrai, de l'abandonner, car ses 
membres ou presque tous sont des hommes hostiles aux institu- 
tions gouvernementales de notre époque, tous ou presque tous 
veulent individuellement la République démocratique et sociale, 
et, réunis pai' les liens énergiques de l'Association internationale, 
ils vont être latalcment amenés à faire servir cette puissante orga- 
nisation à la réalisation de leurs désirs individuels; néanmoins à 
cotte date de 1868, ils protestent que leur programme est toujours 
le même et que ce n'est pas par la révolution qu'ils cherchent à le 
réaliser, mais bien par l'étude, la persuasion et le progrès; 

e Que si, au contraire, on prend l'Association internationale 
en 1870, au moment où, par les efforts de Murât et des autres, par 
leur propagande occulte et leur activité, cette Association est ar- 
rivée à se reconstituer au grand jour, on la voit ardemment préoc- 
cupée de toutes les questions politiques, résolue à saisir toutes les 
occasions (jui pourront se présenter d'arriver à son but, non plus 
j)ar une révolution pacifique, celle qui s'opère dans les idées, mais 
par la révolution violente, celle qui commence dans la rue ; 

« Que pour s'en (convaincre, il a suffi au tribunal de lire les mani- 
festes et les comptes rendus publiés dans la Marseillaise et dans le 
Béveil, des premiers mois de 1870, sans même s'arrêter aux cor- 
respondances privées, aux lettres de Varlin, de Chiseret, de Baste- 
lica et autres : lettres dans lesquelles les ardeurs i^évolutionnaires 
se traduisent en des termes qui témoignent du parti que l'on entend 
tirer de l'Association internationale, de son organisation éner- 
gique, de sa puissance, de ses ramifications sur tout le continent 
européen et jusque dans le nouveau monde; 

« Attendu qu'un tel état de choses, si différent de la situation 
de 1868, ne peut être évidemment attribué qu'à l'action de ceux qui 
entreprirent après 1868 de reconstituer l'Internationale, et qui ont 
réussi à le faire dans des conditions qui ne sont plus celles des 
statuts d'origine, des statuts que le public a connus; 

« Attendu dès lors, qu'à ce double point de vue d'une propagande 
occulte et d'une impulsion secrètement donnée dans un sens qui a 
fait dévier l'Association internationale du terrain économique pour 
la placer, au jour même de sa reconstitution, sur le terrain poli- 
tique, le délit de société secrète est largement établi contre les 
sept prévenus de la première catégorie; 

« Que cetle appréciation n'est, du reste, en aucune façon contra- 
ilii'loire avec celle qui a été précédenmient formulée, et aux termes 



i;r i.K .lAcoiiiNisMi-:. 323 

de laquelle les nouveaux ciToniciils do l'Iiiteriialiouiile, dt.'s loi's 
qu'ils sont pul)lics, ne la coasiitueul pas à l'état do société secrète: 
le tribunal ne «'occupant en ce moment que de délcnninei' le carac- 
tère de l'o'uvre de propagande occullc pai- laquelle certains hommes 
sont arrivés à réorganiser rAssociation, et à la réorganiser pour 
un but autre que celui auquel elle tendait à l'origine; 

« Attendu que l'objection tirée du décr.'t d'amnistie du 14 août 18(î9, 
<iui n'a pas été produite aux débats, mais qu'il était du devoir du 
tribunal de relever d'office, ne reçoit pas application dans l'espèce; 
« Qu'en erfet, l'œuvre de propagande claudi'slinc à la([nellese sont 
livrés Varlin, Murât et les cinq autres prévcDUS, n'a itiis lin qu'en 
1870, plusieurs mois après l'amnistie, et seiileuient le Jour où, la 
reconstitution étant devenue un fait accompli et publii-, l'ieuvi-e se- 
l'rète n'aurait plus eu sa raison d'être; 

« Attendu que, de tout ce qui précède, il résulte que la prévention 
de société secrète n'est établie qu'à l'égard de sept prévenus, et 
(jue, pour tous les autres, la qualification donnée par l'ordonnance 
de M. le juge d'instruction doit être modifiée et atténuée par le tri- 
bunal, leur association ne devant plus être qualifiée (jue d'associa- 
tion illicite dans les termes de l'article 2'Jl du Code pénal; 
<( Par ces motifs, 

« Le tribunal donne de nouveau défaut contre Varlin, etc., non 
comparants ; 

« Renvoie des fins de la prévention, sans amende ni dépens, Assi, 
Ducaucquic, Flahaut et Landeck ; 

« Déclare Varlin, Malon, Murât, Johannard, l'indy, (lombault et 
Iléligon, atteints et convaincus d'avoir, à Paris, depuis moins de 
trois ans, et notamment depuis le décret d'amnistie du 14 août 1869, 
lait partie d'une société secrète , 

« Et, leur faisant applicati-n de l'article 13 du décret du 28 juil- 
let 18i8, 

<i Condamne chacun d'eux à un an d'emprisonnement et 100 francs 
d'amende; 

« Dit qu'ils seront tenus solidairement au payement des amendes; 
« Fixe à quatre mois la durée de la contrainte par corps, s'il y a 
lieu de l'exercer; 

« Dit en outre qu'ils resteront pendant un an privés des droits ci- 
viques ; 

« Renvoie Avrial, Sabourdy, Colmia dit Franquin, Passedouet, 
Hocher, Langevin, Pagnerre, Robin, Leblanc, Carie, Allard, Theiz, 
Collot, Germain, Casse, Chalain, Mangold, Ansel, Bertin, Boyer, 
Cirode, Dclacour, Durand, Duval, Fournaise, Franckel, Giot el 
^lalzieux, de la prévention d'avoir fait partie d'une société secrète; 
mais les déclare atteints et convaincus d'avoir à Paris, depuis 
moins de trois ans et notamment après le décret d'amnistie du 



S-2i L ' I N ï K 11 N AT 1 Oi\ AL li 

l't août 1869, fait inirlie de l'Association iutcrnatioiiale des tiavail- 
lcui"s qui se compose de plus de vingt personnes et n'est pas auto- 
risée; 

« Et, leur faisant application des articles !29i, 2'J!2 du Code pénal 
et 2 de la loi du 10 avril 1834, 

n Condamne chacun d'eux, à deux mois de prison et 25 francs 
d'amende; 

« Dit qu'ils seront tenus solidairement au payement des amendes, 
et lixe pour chacun d'eux à quatre mois la durée de la contrainte par 
corps s'il y a lieu de l'exercer pour le recouvrement de ces amendes ; 
déclare dissoute l'Association générale des travailleurs, à Paris 
et dans le département de la Seine, dans les sections et dans la fé- 
dération des sections parisiennes; dit que les dépens seront soli- 
dairement supportés par tous les condamnés, et les liquide à la 
somme de... 



jugp:ment nu tkibunal cokrkgtionael dk brest. 
(Audience du sanietli 23 juillet 1870.) 

1" — Compte vendu de l audience. 

Les six prévenus répondent à l'appel de leurs noms. Deux témoins 
seulement, MM. Blanchard, commissaire de police, et Le Hérissé, 
commissaire central, ont été cités à la requête du ministère public. 
Les dépositions de ces témoins se bornent au récit succinct des 
arrestations et des perquisitions qu'ils ont été chargés d'opérer. 
Ils déclarent avoir saisi chez Tréguer et chez Moalic une carte de 
sociétaire signée par Pindy, un livret de cotisation et un exemplaire 
des statuts de l'Internationale. 

Sur interpellation du procureur impérial, le témoin Blanchard 
ajoute que, depuis sa sortie de prison, Le Doré a recommencé à 
tenir des réunions et qu'il a reçu chez lui tous les jours Moalic et 
Plouzané, père et fils. 

Le président demande au commissaire central quelle est la con- 
duite des prévenus. 

Le témoin répond qu'elle n'est pas mauvaise; que, d'après lui, 
Constant Le Doré est J'ânie de celte section. Pour les autres pré- 
venus ou quelques-uns du moins, il est convaincu que l'Interna- 
lionale n'est pas autre chose qu'une société de secours mutuels. 

Le procureur impérial fait observer que ce n^est Jk qu'une ap- 
prêcinlion [lertionnelle. 



ET LE ^1 ' --ME. aSS 

Le ^veTç-uu Li? D&rè j««te=r*f^ _ . ; -.TOiâ qTi'3 sTtesit fas ÎTâ^iP 'âe 
la «oeâ-e^tf : gn*!] -&=<t seifilktBeHi tcn de oeiii: :rm travaBfleMl le ph&. 
E est pi-cipédé fl^gniÉe à riaaÉ*-' "^-amis. 

■HBS i9 ae pease pas 'fK"*» pM:4ac. ma icoa âare « leprBifbe j aHa^n e 
«ellle soieaéftë a pasnr ftoit rgmeitBgafeaa Aes «a^Manfe aa les p irtal à 
s''eair^Bâder r— *' Wnamiji m afa^ eaniBBis ameHn as^ «Da^paàfe. 

Ijc jorês^ecï^ — :^ e.?tle -^ [ itaâ lîiiiiinii iii' ilm •^bb ^vik 

le '£le&, «a B ea pQûQ^sïUT^ --.itMânm. Cre^cAp ifos pr»- 

! les ^rwt i s et 'çm 1^ ssiàBÉe. 'um s'aunùâ; ^os tib e^ grèves 



heUoFt-^ — Cesî TLD.? enfîni- : ru z. i ^tJiiLi? T-n .1;-,-^ 

pafiliffmes? 
£ie Doré. — Jamarâgw 

dpfc a aes pvsMnrœes pas- 1^ aneiiiiiïpes àe TCiire >:._:- _r-;:- !•» 
tarilMKBl de MSene fAiv é amism- i et esfBKwuBm. >^pe. àm&ûe sf - 

tèrfêiser des ifKtwMi:;. pofiËfn^, ib «mft an esnÉraÔK? Izi.:!. 

<èe leareersier les itas^; fsir iles>fE»les i^sse la ^Dsâé^^ Ils aiâ 
iill'inaiHiff'iiilt ^àa^aé ki «veR« an cafi^. 

L^ Doré. — La 'gaerva am ■^gmiaë ne ■gàgmitfie piis âépeiBi^sr eran: 
ifû pr-nifiiiifi, wnîn se p^sea* <§■ ns^àf^ ctt >à^ paÉra^ for rnsiss 
d^ traLTaôBsoTS. 

i> présjûsiii^ — B ffîâ éT&âeaS ^e Tbït-ersaÊàaBais se fvapese '^ 
eitûàsir sdoi ^&mr ^î son lieimte at '^"aSi^ tenà a Fià^too'Tiâen àe teafi 
pa* le naaaBÎiaKt, e^'esâ-^aMâàs® par !k TaiBik»e&. 

Le Darv^, — Cesl âe cMKoïi^ajr^ : sm Iml ^ àe &âre 3«sfcister ki 
I0Kx4è âe cbusEB. 

Lf fresàSeaiS. — Amt foàs^ i«sp^f!l»- ibi i&er*^ (Tnâam. il iniA 
<âraâjt ^j>a<»»wa ,fM*>sai*rm^ ^^ ^rAt^wa .?f>».>»'^|.^^fi^j|f^^j|j^ppf» ^-'^i^^»,^^ ^ nfWTîr 

£vnKy& S'&risPt dm ^e^iEtseal Rentraj àe liSaiâKS <êfiut le pr^ wummg 
f^ •â'araixwB' par des mèveiMBsns "vàsIlfiiiÉeSs <f|aà iMHKneaifieiitt par 
âes frèTvs scHEdieKOtïs: par ht sswàèt<ë .4 Jn S^fiamiûë^aK' stKimif f-i nza- 

Le DùTc; — Xous a? souLmfs à îa rfsinoir^pK' âaurmi ebei, Nc^b^ 
i* recovens juas de uftoî dorâre ; ciiMiepe 5«icaà©ai «st senveErame- 

Le jBurâàieat. — 3)bàs al dts ccaifliiecaî se faiî-ii gxie ts^otis s^p^m 
afiilÀè à «ne socKOé dral îe p7±Dci|ial sù^ ««â a Lcatàrf^-" 

Le B»é. — 4«e ai^ aà araesa vu de mal "? 

Lefrseanmr iayéràsj « Le I^ùtt, — Le Doiv', 3i'»Tei2-v:.c> p»? ne- 
•nniniH i B va <fH3«^ pMnr aJBicr i Paais ^pobs M«iB^«(neT fivfir Jes arntre^ 



;(:.'(; L'INTERNATIONALE 

Lr Dort'-. — ,ie siis allé assister aux fléljats du procès uni m'in- 
téressait, puis([iie j'i't.'iis moi-même sous le coup d'une poursuite 
seml)lal)]e. 

Le prôsn'clpiil. — Si vous n'aviez jkis de mauvaises intentions, 
pourquoi vous eadier et correspondre par des lettres chiffrées dont 
vous avez refusé de donner la clef? 

Le Doré. — La clef m'a été donnée par Pindy : je ne pouvais la 
divulguer sans son consentement. Il n'y a rien de mal dans ces 
lettres chiffrées. 

Le président. — Qu'entendez-vous par ces mots contenus dans 
une de vos lettres : J'ai voyagé avec des soldats : iJs m'ont dit 
qu'ils refuseraient de tirer sur des ouvrjci's. Vous projetiez donc 
quelque soulèvement? (Signes de dénégations de Le Doré.) Alors, 
expliquez-vous. 

Le Doré. — A Aubin et à la Ricamarie on a massacré des gens 
qui demandaient des choses justes. Ce sont des soldats qui ont tiré 
sur eux. Ma lettre signifiait que les soldats avec qui j'ai voyagé, 
étant eux-mêmes des ouvriers, auraient refusé de tirer sur leurs 
frères. 

Le président. — Ce que vous dites là est odieux. Si le sang a 
coulé, qu'il retombe sur les sociétés dont vous faites partie; ce 
soul elles qui ont mis l'autorité dans la douloureuse nécessité de 
recourir à la force pour faire respecter la loi et pour défendre ceux 
qui étaient attaqués. 

Le procureur impérial fait oliserver que le prévenu n'est pas un 
ouvrier : il travaille dans les bureaux aux appointements de 
900 francs et a refusé 500 francs d'augmentation pour avoir le droit 
de protester. 

Le Doré réplique que la société à laquelle il appartient n'a jamais 
provoqué les grèves dont il vient d'être parlé. Il ne s'explique pas 
pourquoi le gouvernement poursuit cette société, alors qu'il ne 
poursuit pas les sociétés de Saint-Vincent de Paul et la société des 
Jésuites qui ne sont pas plus autorisées que FLiternationale. 

Le présid'Vit à Le Doré. — Votre assimilation n'est pas exacte- 
Individuellement les membres de la société des Jésuites ont fait 
vœu de pauvreté ; quant aux membres de la société de Saint- 
Vincent de Paul, ils portent des consolations et des secours dans 
la demeure des pauvres. 

Votre but à vous est d'arriver à donner satisfaction à vos intérêts 
individuels. 

Le Doré. — Gomment se fail-il alors qu'ils soient si riches et 
nous si pauvres? 

Interrogatoire de Plouxané Célestin. — Il reconnaît faire partie 
de l'Internationale : il était secrétaire adjoint de la section. 11 
ajoute : Ce n'est uns la un grade, cav.jious sonjwes tous égaux. 



HT I.K JA<:(»r{INIS MK. Ht'? 

Intrrrof/atoirf 'If Ln Jfnrr (Jos^eph), Trère ilc Le Doré ConstanM. 
Il avoiu^ l'iiiro parlic de riiitenuilion.ilc. 

Inlorior/atowe do Plonzané[ Victor). 

Il déclare être membre de riateriKitionale. Il explique i|u'il a été 
arrêté le 25 mai et conduit en prison coninic faisant partie d'une 
société secrète. On l'a accusé de vouloir chavirer le gouvernement: 
il n'a jamais eu l'intenlion de cliavircr quoi ({ue ce soit; il veut 
seulement l'amélioration du sort des travailleurs. 

Le présidenL. — Quand les travailleurs ont-ils été plus heureux 
qu'aujourd'hui'.' 

Plou/.unê. — Voilà trente-cinq ans que je travaille depuis cinq 
heures du matin jusqu'à sept heures du soir. J'ai eu onze entants : 
il m'en reste encore .sept, et nous avons toujours vécu dans la 
misère. 

Le procureur impérial. — Croyez-vous vous enrichir par une 
révolution? 

Plouaané. — Ni mes amis, ni moi, ne voulons une révolution : 
nous avons seulement étalili entre nous une société pour nous sou- 
tenir mutuellement . 

Le président. — Quand vous ferez une société dans un but aussi 
louable, nous serons les premiers à vous soutenir. 

Plouxané. — Cependant vous nous poursuivez sans que nous 
ayons rien fait pour le mériter. 

Inlerroçfatoire do Moalic. 

Il avoue être membre de l'International i^ et ne voir dans cette 
qualité aucun mal. Il ajoute qu'à sa sortie de prison on l'a ren- 
voyé du port et ou a mis sur son congé que c'était par inconduite 
que l'on le renvoyait. Cependant il n'a eu aucune punition pendant 
les six ans qu'il est resté au port. Il a voulu réclamer prés du 
préfet maritime, et ce dernier a appelé du monde pour le faire 
mettre à la porte. 

Le président. — C'est de l'inconduito que de protéger les grèves 
par des subsides. 

Plouzanc. — L'Internationale n'a jamais provoqué aucune grève. 

Le président. — Vous savez bien le contraire : c'est Assi, l'un 
de vos sociétaires, qui a excité les ouvriers du Creuzot. 

Constant Le Doré proteste contre cette allégation. Il défie d'éta- 
blir qi^p l'Internationale ait provoqué une seule grève. Assi n'a ja- 
mais fait partie de la société, et ce qui le prouve, c'est qu'il a été 
acquitté par le tribunal de Paris. 



3S8 T/INTERNATIONALE 

Interrogaloiro dn Tréguor. 

7Vé^»fr reconnaît qu'il fait i)avtie de l'Internationale. 

Le procureur impérial prend la parole et, dans un brillant réqui- 
sitoire, fait le procès do Félix Pyat et de Mazzini ([u'il roj^ardc 
comme les fondateurs de l'Internationale. 11 flétrit la Commune de 
Paris, l'attentat d'Orsini, le i\ Juin 1848, et le journal la Marseil- 
laise qu'il représente comme l'organe officiel de l'Association inter- 
nationale. 

Il condamne les doctrines subversives proclamées dans les con- 
grès et meetings tenus à Londres, Genève, Lausanne , Bàle, 
Bruxelles, Mons, Paris, Rouen et Lyon. Il ne relève contre la sec- 
tion de Brest d'autre fait qu'une adhésion à la fédération pari- 
tienne, signée : Constant Le Doré et Gélestin Plouzané, et repro- 
duite dans le journal la Marseillaise (numéro du 23 avril). 

Il demande une application sévère de la loi contre chacun des 
prévenus. 

Le Doré (Constant) lit une défense écrite. Tous les accusés décla- 
rent adhérer à cette défense et n'avoir rien à y ajouter. 

Le tribunal se retire dans la chambre du conseil el, après une 
demi-heure de délibération, rend le jugement suivant : 

'( Le tribunal : 

€ Attendu qu'il résulte des dépositions des témoins entendus à l'au- 
dience, des diverses pièces saisies au domicile des prévenus et de 
leurs propres aveux même qu'ils ont fait partie comme membres 
de la société dite Inlernationnle, 

« Les déclare atteints et convaincus d'avoir, à Brest, depuis moins 
de trois ans, et notamment après le décret d'amnistie du 14 août 1869, 
fait partie de l'Association internationale des travailleurs, qui n'est 
pas autorisée et qui se compose de plus de vingt pei'sonnes. 

« Par application des articles 291, etc., 

« Condamne : Le Doré (Constant) à deux mois de prison et 50 francs 
d'amende ; Gélestin Plouzané, à un mois de prison ; Moalic, Le Doré 
(Joseph), Plouzané (Victor) et Tréguer, chacun à dix jours de la 
même peine; tous solidairement aux frais; Déclare dissoute la sec- 
tion de l'Internationale établie à Brest. 

« Président : M. DUPUIS. — Procureur impérial : 
M. LEGEARD de la DIRYAIS. « 

Après le prononce du jugement, Tréguer proteste contre la dis- 
tinction établie par le jugement entre les accusés. Tons coupables 
du même degré, s'écrie-t-il, nous devions subir la même peine. 



I-:T LK ,1 Af;OI!INISME. 329 

Lo prôsideiil lui lail observer qu'il ne rfsie plus désormais qu'une 
seule mîiuièro ilr [irolcsloi- (îonlro ce jugiMiltiul : la voixdf l'appol. 

'lo — Défenf^n onllnctivn Inn par Constant f," Par.'-. 
Messieurs, 
Tous les six, nous avons été arrêtés nt oonrlnils à la prison rlu 
fort Boujiuen : 
Le tî mai, Lo Doré (Goustanf) ; 
Le 4, Plouzané (Colostin) ; 
Le 5, Le Doré (Joseph) et Plouzané (Victor) ; 
Le 10, Tréguer (Pierre) ; 
Le 11, Moalic (Louis). 
Le 1 juin on nous mettait en liberté provisoire. Ce qui fait : 

35 jours de prison pour Le Doré (Constant) ; 

34 Plouzané (Célestin) ; 

33 Le Doré (Joseph) ; 

33 Plouzané (Victor) ; 

28 Tréguer (Pierre) ; 

27 Moalic (Louis). 

Nous étions accusés de l'aire partie de la société secrète Vlnter- 
nationale dos travailleurs. 

Pourquoi nous a-t-on emprisonnés, quand on n'avait aucune 
preuve que nous eussions fait le mal ? 

Aujourd'hui nous sommes poursuivis i)0ur faire partie de r.4sso- 
ciation internationale des travailleurs, association composée de 
plus de vingt personnes et non autorisée par le gouvernement. 

Chacun de nous est membre de cette société. 

Nous n'avions pas à demander d'autorisation; sommes-nous les 
seuls à faire partie d'une société non autorisée? 

Et l'association des Jésuites"? 

Et la société de Saint-Vincent-de-Paul? 

Et la franc-maçonnerie? 

Beaucoup parmi ceux, qui nous poursuivent font partie d'une o 
plusieurs de ces sociétés. 

Est-ce à dire que nous voudrions les voir poursuivies? Non. 

Mais nous voulons également notre droit de nous réunir et de 
nous associer. 

Pourquoi lajustice française aurait-elle deux poids et deux mesures? 

Est-ce parce que nous sommes des travailleurs ? 

Nous ne sommes donc pas des hownies devant Jouir également 
de leurs droits ? 

Comment ! ce sont les travailleurs qui supportent les charges 
de la société et ils n'auraient pas de droits ? 

Liberté pour tous, voilà ce que nous voulons. Nous, nous vou- 



330 L'INTERNAtrONALE 

Ions nous organiser pour nous ontr'airler mutuellomenl et poui 
avoir Je produit iiilégral de notre Irnvnil. 

Le président lui fait observer qu'il ne reste plus désormais qu'une 
seule manière de protester contre ce jugement : la voix de l'appel. 

Nous voulons être assurés de ne pas mourir de faim et vivi'r 
heureux en travaillant modérément. 

Nous no voulons [)as que notre existence et notre hien-étre dé- 
pendent du caprice. 

Pourquoi nous dénierait-on ce droit V 

Quels sont ceux, qui veulent le faire ? 

Avons-nous fait le mal ? 

L'insliuclion qui a fouillé dans notre vie publique et privée a-t-rlle 
trouvé quelque chose de mauvais ? Non. Eh bien, alors, .Messieurs, 
nous vous demandons en vertu de quel principe de Justice vous 
nous condamneriez. 

Personne n'est plus honnête que nous. 

La loi pour être respectée doit être l'expression de la vérité et de 
la justice. 

Bresl, 23 juillet 1870. 
Ont signé : Constaist LE DORÉ, Céi.kstin PLOUZANÉ, secrétai- 
res de la section. 



IV 

JUGEMENT DU TRIBUNAL DE H OU EX. 

(Audience du 1" septembre 1870.) 

« Ministère publie contre Aubry, Piéton et autres. 

(I Le Tribunal, 

« Attendu que les prévenus ne comparaisant pas quoique réguliè- 
rement cités ; 

« Attendu qu'aux termes des articles :29l du Code pénal, 1 et 2 de 
la loi du 10 avril 1834, nulle association de plus de vingt personnes 
dont le but sera de se réunir tous les jours ou à des jours marqués 
pour s'occuper d'objets religieux, littéraires, politiques et autres, 
et alors même que ces associations seraient partagées en sections 
d'un nombre moindre et qu'elles ne se réuniraient pas tous les jours 
ou à des jours marqués, ne pourra se former qu'avec l'agi-érnentdu 
gouvernement ou son autorisation ; 

« Attendu qu' Aubry, Piéton, Régnier, Creuset et Julien ont re- 
connu dans l'information qu'ils étaient membres de l'Association in, 
ternationale des Iravnilleurs ot de l'association dite le Cercle d'é- 



KT I.H JAl'OniNISME. ^Si 

tudes deononuqiics de Honcn ; i\\\\\ icsiille des piùces du |)rO(!t's 
qnelos affiliés de ces deux associa! iniis, ildul le iiuinbre exccde au- 
jourd'hui daus le seul ari'ondissemenf de Rouen douze cenlspei'sou- 
ues, se son! depuis moins de trois ans riMinis àdil'féieutes reprises ; 

« Attendu qu'il résulte également des pièces du procès que les af- 
liliés poursuivent et la niino de nos institutions poJitùfuc s ci In de-<- 
truction mcmr do la société ; 

« Attendu que l'attente d'une révolution radicale se moulre dans 
chacune des lettres émanant des meiuhres de l'Association interna- 
tionale ; que tous s'anprètent à jouer un rôle dans cette révolution; 
quo dès 1867, Dupont, seerétaire dn conseil central de l'Interna- 
tionale pour In France, écrivait a Aubry : « La rôvolntion est fa- 
tale, elle arrivera quand même, il faut que les vingt soient prêts 
pour ce jour », faisant ainsi allusion an premier noyau d'adhérents 
recrutés par Anhry ; 

« Attendu que [dus tard les at'iiliés dévoilent leur but plus claire- 
ment s'il est possible : qu'ainsi le 19 janvier dernier, Varlin l'un 
des plus lemuants, écrit à Aubry ; Nous devons du même couj; 
abattre toutes les têtes de l'hydre, mais il no faut pas que nous les 
manquions et voilà pourquoi nous hésitons ; 

« Attendu que trois mois après, Amouroux, un autre affilié, écrit 
à son tour au même Aubry : J'ai reçu une lettre de Marseille de 
Bastelica : cela marche très-bien, ils sont prêts a tout pour réussir; 
que déjà Aubry, au mois de septembre 1869, avait reçu d'un nommé 
Robert, de laC'.haux-de-F'onds, une lettre où on lit ces mots: Je crois 
que la violence seule pourra nous amener a un but et je suis de ceux 
qui disent : Au feu les vieilles loques, les paperasses, les titres de 
propriété et C'^ ; 

« Attendu qu'au congrès de Bàle, en 1869, ou se trouvaient réunis 
les délégués des sections de l'Internationale, on avait clairement 
manifesté d'ailleurs le but de l'Association ; qu'on s'était séparé au 
cri trois lois l'epèté de Vive la république démocratique et sociale 
universelle ! et après avoir pris les deux résolutions suivantes, qui 
ont été insérées dans les statuts de l'Association internationale : 
1° Le congrès déclare que la société a le droit d'abolir la propriété 
individuelle du sol et de faire rentrer le sol à la communauté ; 2" il 
déclare oncni'p quil y a nécessité de faire rentrer la propriété du 
sol à la propriété collective ; 

«Attendu que les projets subversifs de l'Association internatio- 
nale ne sont donc pas douteux -, qu'il résulte des pièces et des décla- 
rations mêmes des prévenus dans l'instruction que le Cercle d'études 
économiques de Rouen n'est qu'une section de cette association ; 
« Qu' Aubry, Piéton et Creuset ne peuvent objecter ({u'ils ignoraient 
le but de l'Association internationale, puisque tous trois assistaient 
au congrès de Râle ; que les pièces saisies chez Julien et Régnier 



382 L ' I N T E R N AT I N A L E 

démontrent qu'ils n'i£>noi'aien( rien ilo ce que savaient les trois 
autres ; 

« Attendu que les prévenus ne sauraient se disculper en disant 
qu'ils ont sollicité l'autorisation de l'administration, qui ne leur au- 
rait pas été refusée ; 

« Attendu qu'il est constant qu'aucune autorisation n'a été accordée 
à l'une ou à l'autre de ces associations ; que si l'administration n'a 
pas immédiatement dénoncé ces associations à la justice, c'est que 
les affiliés avaient soin de dissimuler leurs menées en masquant 
leurs docti'ines subversives ; 

€ Attendu, en effet, qu'à l'époque où Aubry déposait les statuts du 
Cercle et ceux de Y Association internationale, on n'avait encore rien 
dit dans ces derniers statuts de la propriété foncière ; que, si les 
résolutions de l'association sur ce point n'ont été prises qu'au con- 
grès de Bàle, il n'en est pas moins vrai cependant que les doctrines 
précisées dans ces résolutions étaient professées depuis longtemps 
déjà par les principaux meneurs, tous disciples de la même école ; 
qu'on les dissimulait pour les besoins de la cause ; que cette dissi- 
mulalion éclate lorsqu'on rapproche les correspondances des affiliés 
des lettres qu'ils adressaient à l'administration ; qu'on voit par ces 
correspondances, qu'ils attendaient pour la plupart des circons- 
tances favorables pour jeter le masque ; que cette disposition se ré- 
vèle dans une lettre du 8 octobre 1869 de Varlin Jx Aubry ou 
il lui dit : « S'il vous était possible de vous créera Rouen une 
petite position indépendante, cela serait très-heureux pour vous 
et surtout pour notre cause, car cela nous permettrait de prendre 
des allures plus rudes et surtout plus révolutionnaires » ; que 
de son côté un autre correspondant d'Aubry, Robert, dans sa let- 
tre précitée, lui dit, en parlant de leurs doctrines: « 11 ne faudrait 
pourtant pas crier cela par-dessus les toits aujourd'hui, car on ris- 
querait d'avoir à se sucer les doigts pour vivre. En ce moment 
par exemple, dans ma libre Suisse, je suis obligé de filer doux 
comme un agneau pour conserver ma place au collège industriel 
de Cliaux-de-Fonds » ; 

« Attendu que les prévenus ne sauraient donc trouver un moyen 
de défense dans une tolérance qu'ils ne devaient qu'aux dissimula- 
tions auxquelles ils avaient recours; 

« Attendu que tous les documents de la cause démonti^ent qu'Aubry 
était à Rouen le principal agent de l'association ; que c'est grâce 
à sa propagande que des sociétés affiliées à l'Internationale ont 
surgi dans cet arrondissement ; que c'est donc sur lui principale- 
ment que doit peser la répression ; 

« Attendu que les faits établis à la charge d'Aubry et de Piéton 
sont antérieurs à ceux qui ont fait l'objet des jugements prononcés 
contre ces prévenus les 21 juillet et 11 août 1870; 



E l L E .1 A C O H 1 N 1 S M 1-: . ii^ri 

« Altoiidu (fiu! le iiriiici|)(' de iion-c.uiiml dos pciiii's pose [tarraiiicle 
ïJ6o du Code d'iiistruetioii criminelle s'iipidiciue i'i loiitos les iiilVac- 
tions atteintes de peines eorroctionnelles <[ni n'en ont pas élé expli- 
citement ou iniplicitement exceptées et nolauunent aux infraelinns 
qui font l'objet des poursuites qui ont élé et qui sont aujourd'hui 
dirigées contre Âubry et Piéton; que par suite les condamnations 
prononcées contre ces prévenus ne doiventpar excéder le maximum 
de la i)eine édiclée par l'article 18 do la loi du H mai 1819, peine la 
plus foite applicable aux délits qui ont l'ait l'objet des poursuites 
dirigées contre eux ; 

« Parées motifs, — l.e Iribunal donne défaut contre Aubry, Pie- 
ton, Régnier, Julien et C'.reusot, faute de comparaître, les déclare 
coupables d'avoir, dans l'arrondissement de Rouen, depuis moins de 
trois ans, fait partie de V,-issocinlion dilo lo (mtcIi) d'études éconiini- 
qiios et de celle dite F Internat ioualo des travailleurs, associations 
qui se composent chacune de plus de vin,yt i)er&onnes et <[ai n'ont 
pas été autorisées ; 

« Délits prévus et punis par les articles -iUi du Code [)eual, 
1 et '2 de la loi du 10 avril 1881; 

« C'-ondamne... 

" Président : M. LKCAY, vii-e-[)residcnl . — Jut/es : .MM. Ki.ii'. 
LEFEBVRE et PELLICAT. — Ministère inihlic : M. SE1{- 
GENT, substitut. » 



PIEGE V 

LKITHKS u'hLART ET UE SACVAUEOT SUR LES PROGRES DE l'iNTERNA- 
TIONALi; A liEI.MS, SAINT-QUENTIN, RETHEL, UOULT-SUR-SUIPPE ET 
AUTRES CENTRES. DOCUMENTS DIVERS RELATIFS A I.A SITUATION DK 
l'internationale DANS CES CONTRÉES. 



Au vonipiiijnvit Jun;/, jirrsKhint le (jiuili'iènie runi/res de l'Associa- 
tion internationale des travailleurs. 



o. Reims, 10 aoùl 1S69. 

« Goinpagnun, 
U s'est formé à Reims dei)ui8 le mois de mars dernier 
deux grandes sociétés ouvrieies, celle des tisseurs et celle des 
fileurs, qui comprennent ensemble 3,000 membres. Mon but était de 



1 



334 L'INTERNATIONALE 

leur faire connaître l'Association internationale et de leur faire 
comprendre que ce n'est que par l'entente et l'association des ou- 
vriers de toute l'Europe que nous pourrons résoudre la question 
sociale ; mais comme en France on ne peut s'affilier officiellement, 
nous ne l'avons pas fait; et puis les esprits n'étaient pas préparés, 
car depuis dix-iiuit années que les travailleurs de Reims ne s'étaient 
pus occupés de leurs affaires, et avec une faible instruction, et en- 
core toute catholique qu'ils reçoivent, vous pensez, compagnon, 
que l'on a bien de la peine à se faire comprendre. D'un autre côté 
les bourgeois, quand ils ont su que ,je faisais partie de l'Associa- 
tion inlernationale, ont fait et font encore leur i)ossible pour don- 
ner une mauvaise idée de l'Internationale. VAi même temps les pa- 
trons ont eu tellement peur qu'ils ont eu des réunions pour voir 
ce qu'ils devaient faire. D'un autre côté nous avions avec nous des 
traîtres qui n'ont pas manqué de lue dénoncer à lu police, et ils au- 
raient voulu me faire peur en me disant que l'on me recondui- 

)-ait à la frontière parce que je suis Belge Si nous ne 

son)mes pas encore affiliés à l'Internationale, c'est que les lois 
actuelles de France le défendent ; mais moralement nous sommes 
des vôtres, car nous poursuivons le même but. Courage donc, 
compagnon, ne craignons pas les méchancetés de la bourgeoisie 
et les calomnies qu'ils disent contre l'Association internationale, 
car c'est la peur qui les leur fait dire, et ils savent bien que l'avenir 
nous appartient, car nous sommes vingt contre un, et ils savent bien, 
quand tous les ouvriers se tendront une main fraternelle par- 
dessus les frontières, que ces frontières disparaîtront et que nous 
ne serons plus qu'un grand peuple de travailleurs et de produc- 
teurs, au lieu de nous entr'égorger dans des guerres ; la seule 
guerre que nous ferons sera à l'ignorance et à la fainéantise : car 
eux, s'ils veulent vivre, ils devront se faire travailleurs comme nous 
et ne plus s'engraisser à nos dépens. Veuillez, compagnon, remercier 
pour moi tous les délégués venus au congrès et donner mes sa- 
lutations fraternelles à tous les membres de l'Association ; le bonjour 
à Depaepe, Hins, Brismée et Fontaine, s'ils sont au congrès. 

« Je vous serre la main. 

ïHUART, 

« Tailleur, rue du faubourg Cérès, 77, à Reims (Marne- 
France), membre de la fédération, section brnxelloise 
(le rinternatiouale. 



Veuillez m'envoyer le compte rendu complet du congrès afin d'en 
donner connaissance à la société. « 



ET LE .lACOlilNlSMt:. 335 

II 

« Reims, 13 mars 1870. 
1- Compagnon Sauvageot, 

'< Tâchez d'organiser votre comité sur un bon pied. Je vous apprends 
que nous faisons partie de l'Association internationale. .\ous allons 
fonder à Reims un conseil fédéral. Tous les comités des villes voisi- 
nes pourront se fédérer avec nous . Quand vous serez organisés, 
nous pensons bien que vous ne demanderez pas mieux que de vous 
fédérer avec nous, car il n'y a que par l'Internationale que nous 
pourrons ixnissir 

« Toutes les villes de France sont en train de s'organiser. . . . 

« Tenez-moi au courant de ce qui se passe à Saiut-Quentin, et de ce 
qui a rapport au travail, pour eu rendre compte au conseil fédéral 
de Paris. 

1 J'attends une réponse. Salut fraternel, 

.( HUA HT, 



« Faubouri; Gérés 77. 



III 



« Reims, le 18 mara 1870. 
« Compagnon San vageot, 

« Fais ton possible pour fonder un comité: dis-leur que dans tous 
les pays d'Europe les sociétés ouvrières s'organisent et se fédèrent 
à l'Internationale, seul moyen d'arriver à notre affranchissement. 
Courage, compagnon, et nous arriverons à détruire l'arbitraire. 

Salut fraternel. 

« HUART, 
i< Faubourg Gérés, 77. » 

IV 

a Uétliel, 21 mars 1870. 

« Citoyen Marmonnier ', à Ivyon. 

« Aussitôt la réception rie votre appel daté du lô couranl, je suis 
parti immédiatement pour Reims, siège de notre société, pour faire 
part à notre comité de la lettre que vous m'avez envoyée. Sur ma 

1 Marmonnier fait ticluelleinoiil [jurtits du coûsoil iiiuiiici|ial du Lyuu. 



Sm L ' i N T E K N A T 1 N A L E 

demande, ainsi (jue sui' la demande du eitoyen Thomas (l)ébiic;, de 
I5oull-sur-Suippc, nous sommes parvenus à faire voter une somme 
de 2,000 francs qui devaient être envoyés au citoyen Variin. Mais 
malheureusement nous avions dans notre comité plusieurs membres 
qui, no comj)renant pas Ui solidarité, ont i'ail signer une protesta- 
tion contre la décision du comité, et j'ai appris dimancixe dernier 
que la somme votée n'était pus envoyée. Eloignés du comité et 
n'étant pas à la portée de surveiller ses actes, nous sommes obligés 
de faire des démarches continues pour pouvoir faire marcher ses 
affaires à notre gTé, et, en notre absence, notre secrétaire passe outre 
la décision du comité. Nous sommes donc aujourd'hui dans la né- 
cessité de révoquer ces hommes qui, nous eu sommes certains, 
sont en rapport avec les patrons, 

« En présence de semblables faits, nous avons cru devoir informer 
le comité de Reims que nous suspendions nos versements à Heims 
jusqu'au renouvellement du comité. 

« Si nous ne pouvons rien établir de sérieux à Reims, nous 
serons forcés d'établir notre centre à Rethel qui possède des élé- 
ments beaucoup plus sérieux que P»eims, car il n'y a même pas à 
Heims d'homme capable de donner une réunion publique. Nous 
pouri-ions fonder à Rethel un comité avec Boult-sur-Suippe, Ra- 
zancourt, Pont-Favergé, lleutrégiville. Notre intention serait 
même de propager l'association à Sedan et autres villes où les ou- 
vriers sont en grand nombre. 

« Dimanche prochain une réunion publique aura lieu à Rethel. 
Lecture sera faite des correspondances que j'ai reçues de vous et 
de Variin. Nous ouvrirons une sousci'iption publique : ne réunirais -je 
(qu'une faible somme, je vous l'enverrai dans le plus bref délai '. 

« J'espère, citoyen, que vous me tiendrez au courant de ce qui se 
passe à Lyon conrernant votre grève. 
« Salut fraternel. 

« LOTM, bonnetier, rue de Sorbon. r> 

V 

a Paris, 24 mars 1870. 
« Latoyen Luth, 
« Je vous envoie par le courrier cent exemplaires des statuts de 

t Au sujet de la soniiiic de 2,000 fianc--, iluiit le président Uuarl avait dispose en fa- 
faveur des passementiers de Lyon, une scissioii se prnduisit au seui de la société 
Le Droit. Le groupe de V.ethel fut sur le point de se séiiarer de celui de lieinis. 
0:1 eu vint aux injures et aux outrages ! Le citoyer. .laequet, secrétaire île la société, 
poursuivit en police eurreciionnelle Huarl et le fil condamner pour diffamation et 
injures publiiiues à ':>0 francs d'amende-, c'est à ces faits (}ue fait allusion Varliu, 
le2i mars, dans sa lettre k Loth. 



KT Lli JACOBlNliSME. Siil 

rinternatiouule 

« Pour ce qui est de vos divisions avec lieims, à mon avis, avant 
de songer à vous séparer, il faudrait faire quelques efforts pour 
modifier radicalement le comité Rémois : j'ai vu Huart lundi, c'est 
son avis. 

« J'écris à Rouen pour vous faire servir la Réforme sociale. 
« Salut fraternel. 

« E. VARLIN. .. 



VI 



« Reims, 31 mars 1870. 
« Compagnon Sauvageot, 

« Malgré les entraves que les patrons mettent pour empêcher 
notre œuvre, nous réussirons quand même. Dis aux compagnons 
qui sont renvoyés de prendre courage. Les patrons ne seront pas 
toujours aussi fiers. Je suis nommé correspondant du conseil gé- 
néral de Londres. J'ai été nommé à Londres le 22 mars dernier. 
Fais-le savoir aux patrons qui veulent vous renvoyer et dites-leur 
qu'ils feraient beaucoup mieux d'être plus convenables. Car en 
vous renvoyant, ils insultent l'Association internationale tout entière, 
et avant 6 mois nous serons les plus forts dans tous les pays 
d'Europe. 

« Courage, marchons toujours. 

a Signé : HUART. » 



VII 



« Reims, ce 12 avril 1870. 

if Citoyen Sauvageot, 

« J'ai écrit au journal l'Internationale, et aussi au conseil général 
de Londres, ce qui se passait à Saint-Quentin. 



« Courage, 

« Salut et fraternité, 

« HUART. 
« Faubourg Gérés, 77. » 



338 L'INTERNATIONALE 

VIII 

« Retliel, 14 avril. 
« Citoyen Varliii, 

tt Maintenant que notre réception est certaine, je mets la main à 
la plume pour vous en donner connaissance et vous faire pari de 
notre désir de fédérer avec les sociétés parisiennes 

a Le montant de notre caisse s'élève à 6,000 francs qui ont été 
versés en commun par Rethel, Reims, Bazancourt, Boult-sur- 
Suippe, Pont-Favergé, Sainte-Mame et Heutrégiville. 

« La ville de Reims ne possède pas d'hommes bien avancés en 
socialisme x> 

Et plus loin — « Voilà notre devise : Tout est à nous, rien n'est 
à moi. Notre caisse est aux Parisiens comme la caisse des Parisiens 
est à nous, à titre de pi'èt bien entendu. 

« Vous me donnerez des renseignements, je l'espère si j'en ai 
besoin plus tard, sur la direction d'une grève, et dans le cas où une 
grève arriverait chez nous, faites-moi savoir si nous pouvons 
compter, si nous en avions besoin, sur les fonds nécessaires pour 
nous soutenir. 

« Envoyez-moi une correspondance particulière, qui puisse être 
lue en réunion publique : cela aura une grande influence pour les 
ouvriers qui sont travaillés par les patrons qui emploient tous 
les moyens possibles pour nous faire échouer ^. 

« Signé : LOTH. » 



IX 

Société de résistance et de solidarité des travailleurs de Reims 
et des environs. 

NOMS DES MEMBRES COMPOSANT LE COMITÉ ET LA COMMISSION DE 
SURVEILLANCE. 

Comité. 

Président, Huart (Joseph); vice-président, Woutaz (Endrès) ; se- 
crétaire, Jacquet (Victor) ; vice-secrétaire, Droz (Edouard) ; tréso- 
rier, Thurnèse (Victor) ; vice-trésorier. Pelletier (Pierre). 

1 Dans une lettre écrite à Varliu le 1 1 avril, Huart signalait les menées des 
parons contre l'Internationale et la campagne entreprise contre elle par l'Indé- 
pendant remois. Il lui annonçait que le Conseil général de Londres avait reconnu 1h 
société te Droit, section de l'Internationale, et l'avait nemuié correspondant. 



ET LE JACOIilNlSML. 3d9 

ConimiiÀtrlou de t>urvclllaucc. 

Président, Lechiea (Emile). 

REIMS. 

Membres : Valtoii, Renai'd, Dautel, Thiriet, Lorsignol, Etienne, 
Scheibcl, Débats, Peter, Barthélémy. 

RliTHEL. 

Loth, Champion, Lcsieur (Charles), Billaudel (François). 

PONT FAVKRGKR. 

Schneider, Douillet (Octave), Clément (Victor). 

BOULT-SUR-SUIFPK. 

Désiré (Thomas). 

HEUTK ÉGI VlLLfc. 

Rouyer (Réol). 



c Reims, 13 mars 1870. 

« Citoyen Varlin, 

« Ici, à Reims, nous avons organisé une société de résistance et 
nous sommes onze cents membres environ ; à Rethel, trois cent 
vingt ; dans les villages près de Reims, cent cinquante membres et 
tous ensemble nous ne formons qu'une seule société dont le comité 
est à Reims, et dont je suis le président; de plus, depuis notre 
affiliation à l'Internationale, le conseil général belge m'a dit l'autre 
jour, quand j'ai été à Bruxelles, que le conseil général de Londres 
comptait sur moi pour fonder à Reims un conseil fédératif ; c'est 
ce que je vais tâcher de faire. 

« C'est donc moi qui suis chargé de faire les correspondances 
intei-nationales ; quand vous aurez des communications, faites-les 
moi parvenir. 

« Mardi, noire comité s'assemble pour voter la somme que nous 
enverrons aux frères do Lyon à titi'e de prêt. 

« Faites insérer dans la Marseillaise que la société de résistance 
de Reims fait partie de l'Internationale; présentez-nous aussi à la 



340 L'INTERNATIONALE 

chambre fédérale de Paris pour qu'elle nous reçoive. J'ai des rela- 
tions à Sccliin et j'espère avant peu y fonder un comité qui se fédé- 
rera avec nous et à Saint-Quentin la même chose. 

« Compagnon Varlin.j'ai eu bien de la peine pour organiser cette 
société à Reims, car c'est un pays en retard, mais depuis que j'ai 
pris la i)arolc dans toutes les réunions, dans lesquelles j'ai prêché 
les doctrines sociales, du mieux que j'ai pu, pour un citoyen qui 
n'a pas d'instruction, du moins ce que j'ai dit a été dit avec con- 
viction, et puis les doctrines du socialisme n'avaient jamais été 
étudiées par la classe ouvrière et la bourgeoisie n'en connaît pas 
davantage, car eux ne s'occupent que de leurs millions, mais dans 
nos réunions, depuis que ces doctrines ont été un peu comprises, il 
se fait un grand réveil parmi les ouvriers. 

« Il y avait bien avant deux cents membres associés, mais le pré- 
sident était vendu à l'administration, c'est pour cela que je me suis 
mis à l'œuvre et que j'ai travaillé pour le faire mettre dehors par 
les sociétaires; c'est ce qui a eu lieu; ils m'ont tous nommé 
président et au lieu de deux cents sociétaires, je suis pai'venu 
à arriver au chiffre de quinze à seize cents avec Rethel ; et 
j'espère bien qu'ils deviendront presque tous socialistes. 

« Compagnon, je suis bien heureux d'avoir rencontré quelques 
vrais citoyens, Loth, Rouyer, Schneider, Thomas Désiré, des vil- 
lages près de Reims, de Rethel, pour m'aider dans la tâche que 
j'avais entrepinse, car je suis déjà bien fatigué. Je ne sais si j'aurais 
pu parvenir seul, car à Reims moi seul ose prendre la parole sé- 
rieusement, mais ce n'est rien d'avoir le mal quand on arrive à un 
résultat comme le nôtre dans neuf mois de temps. 

« HUART, 

« Marchand de confections, 77, faubourg Cérès, à Reims. 



XI 

« Reims, 19 mars 1870. 

c Compagnon Varlin, 

« Notre commission s'est réunie hier soir pour voter la somme 
que nous devions vous envoyer à titre de prêt pour nos frères de 
Lyon; la somme dont nous pouvons disposer est de 2000 fr. 

« Dites aux compagnons de Lyon que nous désirons ardemment 
qu'ils réussissent dans la lutte qu'ils ont entreprise contre les ex- 
ploiteurs, Jiommes sans entrailles qui s engraissent des sueurs et des 
douleurs des producteurs, qui ont toujours profité de l'ignorance 
(lestravaiUeiirs pour les niouger dans le plus affreux servage, 



FT LE JACOBINISME. M\ 

chose qui leur devient impossible maintenant, car, par l'Interna- 
tionale les ouvriers sont tous frères et solidaires les uns des autres, 
et quand un membre souffre, tout le corps social souffre, et nous 
lous, membres de l'Internationale, nous sommes toujours i)rèts à 
tous les sacrifices, pour soutenir nos frères quand ils sont dans le 
besoin, que ce soit à Paris, Lyon, Bruxelles, Genève, Londres, 
New-York, Madrid, Barcelone, Vienne ou Berlin, car nous ne con- 
naissons pas de frontières car nous sommes la grande armée des 
producteurs. 

C'est nous qui donnons la vie à toutes les nations; sans nous rien 
n'existerait, ce qui fait que nous sommes la vraie force, la force 
qui fait vivre et par là, la seule force juste, qui vaut bien la force 
destructive qui apparlient aux bourgeois, nos éternels ennemis, 
qui ne pensent qu'à leur ambilion et à leur insociabilité et qui vou- 
draient encore vivre sans rien produire, excepté le désordre social 
et tous les maux qui s'ensuivent et qui nous ruent les uns sur les 
autres pour nous entre- déchirer comme des bêtes sauvages pour 
ce qu'ils appellent : patrie, gloire, victoire chose bien vaines pour 
nous aujourd'hui, car, nous, membres de l'Internationale, nous ne 
reconnaissons plus que la solidarité universelle et tous les pro- 
ducteurs sont nos frères ; nos seuls ennemis sont tous les impro- 
ducteurs de n'importe quel pays. 

« Par l'Internationale nous voulons établir le collectivisme dans le 
monde entier et la fraternité univer<5elle ; nous y arriverons plus tôt 
que messieurs les bourgeois ne }.;. .isent, car, je le répète, nous som- 
mes le nombre, nous sommes la force, nous sommes le droit, nous 
sommes la justice, nous sommes la morale universelle, et une 
cause aussi juste que la nôtre ne doit pas succomber, l'éternelle 
morale est là pour l'attester. 

« Vive l'Association internationale des travailleurs, seule force 
qui est en train de miner le vieux monde des abus et qui rétablira 
la société sur des bases solides où l'égalité sera proclamée parmi 
tous les hommes. 

« Salut fraternel. 

'< J. S. HUART. 

« Président de la Société le Droit, société de résistance de 
Reims, Retliel, Pontfaverger, Heutréj<iville et Boult, Air, 
Oneppe, membre de l'Internetionale. Faubourg Cérès, 77, 
Reims. 

« P. -S. F'aites insérer cette lettre en entier dans la Marseillaise, le 
plus tôt possible, s'il y avait un mot ou deux qui soient trop roides, 
supprimez-les, si toutefois vous le jugez utile. » 



342 L'INTERNATIONALE 



PIEGE X 



PROTESTATION DES INTERNATIONAUX STÉPHANOIS CONTRE LA CONDAM- 
NATION DE LEURS FRÈRES DE PARIS. 

Saint-Étienne, 24 jnillnt 1870. 
Càtoyen rédacteur. 

Les soussignés, qui connaissent l'excellent esprit de votre journal, 
se plaisent à croire que vous voudrez bien accorder une place, 
dans son plus prochain numéro, à la protestation qu'ils viennent 
faire expressément, en leurs qualités d'hommes et de travailleurs, 
contre les récentes condamnations de leurs frères de Paris et de 
l'étranger. 

Loin de réussir à intimider les travailleurs, ces sévices et les 
nouvelles persécutions dirigées actuellement contre ceux des pro- 
vinces de France stimulent davantage les efforts des courageux 
soldats du travail et de la paix; les imputations de délits, que par- 
tout on invoque contre eux, ne servent qu'à montrer combien ap- 
préhendent les forts d'être anéantis par les faibles, le jour où 
ceux-ci comprendront la solidarité de leur situation sur la terre. 

Ainsi donc, lorsque les travailleurs de toutes les nations pou- 
vaient croire à la réalisation de la sainte alliance des peuples, rêvée 
et tant chantée par Béranger; quand, déjà, ils se tendaient les bras, 
apercevant enfin un rayon lumineux de la vraie justice à l'ho- 
rizon, soudain sont sorties de nouveau les ténèbres profondes, 
pour venir obscurcir encore le jour, les horribles et monstrueuses 
influences du passé, qui, malheureusement, n'avaient pas été assez 
profondément ensevelies... 

Les travailleurs de tous pays vont essuyer et essuient déjà une 
nouvelle et effroyable tourmente ! 

Les pasteurs des peuples, s' attribuant le droit et le soin de dis- 
poser d'eux, leur infligeront encore arbitrairement leur volonté 
sous Fapparence delà justice, cherchant toujours à les diviser par 
des dissensions et les lançant de temps en temps les uns sur les 
autres pour mieux enraciner leur domiiation dans le sang. 

Mais les peuples n'ont qu'à ne pas s'émouvoir des tourments 
personnels de leur gouvernants, à ne pas épouser leur querelles 
dynastiques et à s'aimer, au contraire, entre eux, en réfléchissant 
qu'ils sont tous , par le travail , rendus solidaires. Ils auront 
vaincu le despotisme et pourront se gouverner beaucoup mieux 
seuls. 



KT I.E JACOBINISME. 34S 

Donc, prolétaires, travailleurs solides que l'on opposo mal à pro- 
pos les uns aux antres et ;\ qui. l'on inculque le lalal chauvinisme, 
unissons nos flmes et nos efforts! Travailleurs internationaux, ne 
nous effrayons pas de procéder à nos devoirs ; mais protestons 
toujours contre l'abus inique do la tyrannie, en persévérant dans 
notre but de lui substituer la justice ! 

Courage, honneur et fraternité ! 

himancipation sociale! 

Les membrefi do l'Internationale de S/iint-Etienne, 

(Èclaireur de. Saint- Etienne, 29 juillel 1S70.) 



PIEGE Y 
DOCUMENTS RELATIFS A LA SECTION DE BREST. 

I 

STATUTS DE \.S. SECTION nE BREST. 

Les membres de la section de Brest de l'Association internatio- 
nale des travailleurs conviennent entre eux ce qpii suit : 

Article l'^ — Liberté, Égalité, Fraternité. 

Art. 2. — La section est souveraine à la majorité ; la majorité se 
compose des trois quarts au moinsdes membres votants. 

Art. 3. Aucun vote n'est secret. Lorsqu'il y aura "lieu de voter, 
tous les membres seront prévenus ; ceux absents momentanémnet 
le seront également, et pourront envoyer leur vote signé. Dans les 
cas d'urgence, il sera passé outre pour les absents. 

Art. 4. — La cotisation mensuelle est de un franc. 

Elle sert à s'entr'aider, à payer la location des salles de réunion, 
l'abonnement aux journaux, les frais de correspondance, etc. Au- 
cune dépense ne pourra être faite sans le consentement de la ma- 
jorité. 

Art. 5. — Pour la tenue des comptes et pour les correspondances, 
les secrétaires sont dépositaires de tout ce qui appartient à la sec- 
tion. 

Ils ne peuvent se dessaisir d'aucune pièce sans le consentement 
de la majorité. 

Dans chaque réunion ils mettent les comptes, correspondan- 
ces, etc., à la disposition de l'assemblée et lui donnent des explica- 
tions. 



84^1 I/INTERNATIONALE 

Lors de leur remplacement, ce n'est que devant l'assemblée génù 
raie qu'ils remettent tout ce dont ils sont dépositaires. 

La majorité change ces secrétaires toutes les fois qu'elle le juge 
utile. 

Art. 6. — Les réunions ont lieu le samedi de chaque semaine à 
huit heures du soir. Dans chaque réunion deux membres sont dé- 
signés, l'un pour inscrire par ordre les noms de ceux qui veulent 
parler, l'autre pour prendre note des décisions de l'assemblée. Ne 
seront admis dans les réunions que les membres de l'Association 
internationale des travailleurs. 

Art. 1. — Les membres qui auraient à présenter des personnes 
voulant adhérer devront préalablement prévenir la section qui dé- 
cidera ce qu'il y aura lieu de faire. Pour être membre de la section, 
il faut habiter la localité. 

A.rt. 8. — Ceux des membres partant de Brest pour aller s'éta- 
blir ailleurs pourront rester dans l'Association, mais ne feront plus 
partie de la section. Ils ne pourront rien avoir que du consente- 
ment delà majorité. 

Il ne sera rien remis à ceux qui se retireront volontairement ni 
à ceux renvoyés par décision de la majorité. Les membres destinés 
à être renvoyés pourront être entendus à l'assemblée générale, s'ils 
le désirent. 

Art. 9. — La section de Brest pourra se fédérer avec d'autres 
sections. 

Art. 10. — La présente convention sera signée par tous les 
membres de la section. 

Art. 11. — La majorité étant souveraine change ou modifie la 
présente quand elle le juge convenable. 

Fait à Brest le 9 avril 1870. 



II 

COnRESPONDANCES DIVERSES. 

1° — A Louis Pindy, Paris. 

« Brest, 7 avril 1870. 

« Je suis arrivé ici sans accident ; j'ai voyagé avec des soldats. 
Ce sont des ouvriers, et certes ils ne tireraient pas sur leurs cama- 
rades. 

« Ils savent où est l'ennemi. 

« Ils étaient quarante-cinq dans le compartiment où j'étais. 



!•: ï LE J A C LU \ I S M l'. . 345 

'< Voudrais-tii (lomamU'r au bui\'an de la Mursoillaisc daiis quel 
numéro ou a porte la souscriptiou des ouvriers du porl de Uresl, 
pour les détenus politiques? 

« Pourrais-tu m'envoyer de suite le numéro du 30 mars du Bappeiy 
On demande une vingtaine de portraits en plâtre de Victor Noir. 
« Ici nous nous débrouillons. 
« Joseph ne peut })as encore aller là. 

« Bien des choses à (jarrière, à l.aburthe et à tous les amis. 
« Il est plus que probable que hic/itôt une partie des membres de 
rintoi'nationale sera assassinée, et l'autre partie emprisonnée. 
« Ci-joint une lettre de la section de Brest aux: sections de Paris. 
« Nous comptons sur toi, si les autres citoyens à qui nous l'avons 
adressée en sont empêchés et que toi tu ne le sois pas, pour en 
donner lecture dans la réunion générale qui doit avoir lieu diman- 
che, 10 avril. 

131 12 2 113 3 11 112 13 2 212 12 1 1 1 

ail vev ele nsn slv Ine ini pec ne 

11113 2113 3 2 121213 113 11 

V n 1 v e i i n e e 1 n 1 n v e n 1 e n n p 

« 8 heures du soir. 

« Pierre me communique ta lettre, 
« C'est bien ! 

« J'attendais pour t'écrire, 
« Je croyais que tu avais eu de mes nouvelU^s. 
« J'ai cru m'en apercevoir en lisant le petit mot que tu !is écrit a 
Pierre. 
« Nous sommes tous assez bien. 
<■<. Tous les amis sont contents de toi. 
« Ton ami 

a CONSTANT LE DORi':. » 



2° — Au citoyon Malon, impasse Sainl-Sébastien, K 

a Brest, 7 avril 1870. 
* Citoyen, 

c Je suis de retour à Brest, depuis le 30 mars au soir. 

( Je devais retourner à Pufeaux le 26 ; il y a eu empêchement. 

oc J'ai rendu compte à la section de Brest de ce que j'avais vu et 
entendu. Elle est contente. 

« Elle sympathise avec tous les hommes et toutes les femmes de 
cœur et d'énergie qui travaillent pour l'alïranchissement de tous. 



346 L'INTERNATIONALE 

tt Nous sommes tous résolus à faire de môme ici. 

a II est plus que possible que bientôt une partie des membres de 
Y Internationale sera assassinée et une partie emprisonnée. 

« Nous espérons que vous voudrez bien communiquer la lettre 
ci-jointe ù la réunion générale qui doit avoir lieu le 10. 

« N'étant pas sûr (jue ces deux lettres vous parviennent, nous en 
envoyons une semblable à celle ci-jointe à d'autres citoyens. 

« Ici la grande majorité est trcs-môeontenlo de l'empire. 

« Bien des choses à vous et à tous les amis. 

« Pour la section. 

« Le secrétaire correspondant, 

« Constant LE DORÉ. 
« Rue Kerfautras, 2, Mécédou, Brest (Finistère). >- 



3° — La section de Brest de F Association internationale des trn- 
vailleurs, aux sentions de Paris. 

« Brest, le 7 avril 1870. 
« Citoyens, 

« Nous désirons nous fédérer avec vous. 

« Notre conviction est que nous ne pouvons nous affranchir 
qu'étant tous unis et solidaires. 

« Qu'une fédération française est nécessaire pour faciliter les 
communications de toutes les sections et cela le plus tôt. 

« Nous voudrions étudier avec tous l'organisation à venir de J:i 
société basée sur Injustice. 

« Nous ne voulons pas commander, et nous ne voulons pas de 
maîtres. 

« Nous voulons la liberté, l'égalité et la fraternité. 

« Nous voulons la justice. 

« Quoi qu'il aiTive, il y a des hommes dans cette section qui ne 
reculeront jamais. 

« Tous ceux qui ont la même volonté doivent s'entendre. 

« Pour la section : 

« Les secrétaires, 

« Constant LE DORÉ, Gélestin PLOUZANË. 
« Rue Kerfautras, 2, Mécédou, à Brest. » 

(Marseillaise, 23 avril 1870.) 



ET LE JACOBINISME. fî47 

■i° — An rifoypn Lp Don'', <;ocvi''tairr> do l,i fiortion de Brest. 

a Pari'^, '21 avril 1870. 

« Citoyen, 

'( Notre fédération parisienne est définitivement formée. Je n'ai 
pn donner lectni-e de l'adresse que vous avez envoyée aux sections 
do Paris pour le motif suivant que je livre à voti'e appréciation. 

« En arrivant à la réunion, je m'aperçus que j'avais entre les 
mains la lettre que vous m'aviez adressée personnellement au lieu 
de celle que vous adressiez aux sections, 

a Sachant que vous en aviez envoyé un double au citoyen Pindy, 
je le i»rL,Ti de me le remettre ou de le lire. Malgré mes nstances 
toutes fraternelles, il ne voulait consentir à en donner lecture qu'à 
la condition qu'on lui reconnaisse le droit d'assister à nos séances, 
et ceci en dépit d'une décision antérieure, qui ne permet pas à un 
membre n'appartenant à aucun groupe de prendre la parole, ni 
même d'assister à une réunion. 

« L'assemblée, en présence de cette mise en demeure, ne voulut 
accepter aucune condition et Pindy refusa de donner lecture d'un 
document qui ne lui était pas destiné, mais bien au contraire qui 
était destiné aux sections réunies. Je dus donner lecture de la lettre 
qui m'était pei\sonnelle et résumer celle que j'avais oubliée. L'as- 
semblée tout entière applaudit à l'adhésion de la société de Brest 
à la fédéi'ation parisienne. 

« Je vous laisse juge de la conduite du citoyen Pindy en cette 
occasion et vous prie, en m'accusant réception de cette lettre dans 
le plus bref délai, de m'autoriser à faire publier votre adresse aux 
sections parisiennes de l'Association inteiniationale. 

« Recevez, citoyen, l'expression de la plus fraternelle sympathie 
de la part des membres de la section de Vaugirard. 
« Pour la section : 

« Le secrétaire correspondant, 

« Signé : A. GOMBÂULT, 
« Rue de Vaugirard, 289, Paris. » 

5° — A Louis Pindy, 17, nie du Fauhourg-du-Temple, Paris. 

a Brest, 23 avril 1870, 

'< J'ai reçu ta lettre hier soir : j'en recevais également une de Gom- 
bault. 



MH L'INTERNATIONALE 

« Combault est maron. Ij y a <Jn bons maçons. Nous le croyons 
sincère, et moi ])ai'ticulièi'ement. Tu as eu tort de ne pus lui laisser 
lire notre adresse, puisque les statuts t'en empêchaient. 

« Pourquoi ne te rallies-tu pas à une section ? Je sais et nous 
savons pai'l'aitement que tu es libre là-dessus ; mais tu sais qu'il 
nous faut être unis, c'est une faute que tu commets. 

« Je sais bien que, dans notre organisation, il se glisse des lâches 
et des traîtres, des ambitieux qui veulent ou de la gloire ou de 
l'argent, ou les deux réunis. 

« Je ne vois rien de gemblable dans aucun de ceux dont tu cites 
les noms sur ta lettre ; au contraire, je vois des hommes déployant 
toute leur activité pour la réussite de notre cause commune. 

« Entre toi et eux, ce ne peut être qu'un malentendu qui va tou- 
jours en s'aggravant, c'est cependant si facile de s'arranger. 

K Tu peux y arriver avec du calme et de la réflexion. 

« De toutes les sociétés ouvrières que j'ai vues à Paris lors de 
mon dernier voyage (mars 1870), c'est le cercle mutuelliste qui m'a 
fait la plus mauvaise impression. 

« J'ai vu, entre autres choses, dans une réunion des délégués des 
sections de Paris, Murât repousser c?eda/(/72e«sejije/2i les avances que 
ces délégués lui faisaient de se joindre à eux. 

« As tu reçu du citoyen Bizier (il n'est pas membre de l'Interna- 
tionale) un mandat de 10 fr., produit d'une souscription des ou- 
vriers du port de Brest pour les grévistes du Gi^euzot ? 

h L'insertion a eu lieu dans deux numéros de la Marseillaise 
pour la somme que tu as versée, dimanche 27 mars, provenant des 
ouvriers du port de Brest pour les détenus politiques. 

« Le secrétaire correspondant de la section de Brest, 

« Ton ami, 

« Constant LE DOBÉ. 

« Nous avons reçu de Londres, le 15 au soir, notre acte d'affilia- 
tion et une lettre de Dupont. » 



60 — Ali citoyen Combault, secrétaire de la section de Vaugirard, 

à Paris. 

a Brest, le 23 avril 1870. 
« Citoyen, 

« A cinq heures, hier au soir, j'ai reçu votre lettre, j'en recevais 
également une de Pindy. 

« Nous nous sommes réunis à 8 heures pour délibérer sur le con- 
tenu de ces deux lettres. 



ET LK .lAC.dlîINlSMK 349 

« Aujoiu-d'hui nous nous soiuinos encore réunis. 

« Voici le résultat. 

<. Nous sonuncs contents de la formation délinitive de la Icdcration. 

« Hier soir, sur 16 membres votants, 14 vous autorisent à faire 
avec notre adresse ce que vous jugerez utile pour tous . 

« Notre désir était que l'adresse fût lue dans la réunion yéuérale. 

« Salut fraternel à tous. 
« Le secrétaire correspondant do la section de Brest, 

« Sigiv' : Constant LE DOlU':. 

« P.-S. Ce matin, 24 avril, on me communique le n» 23 de la 
Marseillaise où est insérée notre adresse. Bien ! » 



PIECE Z 

7" — Au citoyen Varlin, vue Daupliine, 33, Paris. 

a Dijon, 1er avril 1870. 
« Cher citoyen, 

<( Le citoyen Bastelica, secrétaire de la fédération marseillaise, au- 
quel nous nous étions adressés pour obtenir notre admission dans la 
Société internationale des travailleurs, nous a répondu en nous en- 
gageant à nous adresser à vous pour cela. 

i< Le citoyen Girard (Pierre), de la section genevoise, que nous 
avons eu le plaisir de voir hier soir, nous a confirmé la réponse du 
citoyen Bastelica. 

« Nous venons donc, cher citoyen, vous prier de vouloir bien 
nous admettre dans la grande famille dont le titre est l'Association 
internationale, et qui a pour but la destruction des monopoles et 
l'émancipation de travail. 

« En nous adressant nos livi^ets, vous aurez- l'obligeance de nous 
faire connaître nos devoirs et la manière de les remplir le plus 
utilement pour la prospérité de l'Association. 

« Aujourd'hui même nous écrivons au citoyen Bastelica pour lui 
demander les statuts des 26 chambres syndicales de Marseille. Aus- 
sitôt que nous aurons ces documents, nous travaillerons active- 
ment à constituer nos travailleurs dijonnais en syndicats. 

« Et quand cette constitution sera terminée nous relierons toutes 
ces chambres syndicales par un comité central qui correspondra 
alors avec la section parisienne. 



850 L'INTERNATIONALE 

« Pour activer la propagation de l'Internationale, pour en étendre 
rapidement les ramilicatious sur la France entière, il nous semble 
qu'il y aurait ui'gfiuce que cinq ou six hommes actifs, intelligents, 
connaissant très-bien les questions sociales et capables d'exposer 
clairement leurs idées eu public, fussent dirigés individuellement 
sur chacune de nos grandes villes. 

« Là, ils provoqueraient des réunions de travailleurs et ne quit- 
teraient la place qu'après l'organisation de l'Association fédérale 
dans la ville ainsi visitée. 

« Les cotisations spéciales recueillies dans chaque ville, dépas- 
seraient bientôt les frais de séjour du conférencier. 

n Nous vous soumettons cette idée : voyez à la mettre en pratique 
si elle vous paraît réalisable. 

« En attendant le plaisir de recevoir votre réponse, 

« Nous vous prions d'agréer, cher citoyen, l'assurance de 
nos sentiments de parfaite estime. 

« Salut et égalité. 

A Alguste MARBEAU, président de la chambre syndicale, rue de 
l'Hôpital, 7, à Dijon; TRAPET, viae-préideid; Jules VIL- 
LlAME, comptable; Auguste RICHARD, syndic; Emmanuel 
COMAGUl , syndic ; Ferdinand DONNOT , syndic ; Auguste 
FOCILLON, secrétaire ; Alexandre TAURET, trésorier ; Joseph 
FOURNEAUX ; François THIBAULT, comptable K » 



PIECE W. 



DECLARATION DE LA CHAMBRE SYNDICALE DES MATELOTS FRANÇAIS 
DU PORT DE MARSEILLE. 

C'est au peuple souverain de France que nous nous adressons, 
ne voulant avoir que lui pour juge dans nos différents avec ceux 
que la discipline nous désigne comme nos supérieurs. 



1 Nous croyons utile de donner quelques détails sur l'organisation de l' Association 
des comptahles et employés de commerce de Dijon. Cette société avait tenu une pre- 
mière réunion générale le 17 octobre 1869. Dans cette séance, sur la proposition 
d'un sieur Boutinon,il avait été décidé que l'on se constituerait en chambre syndicale. 
Une commission provisoire fut nommée avec mission spéciale d'élaborer un projet de 
statuts. Cette commission se composait de neuf membres : Boutinon, Cosson, Donnât, 
Focillon, Fourneau, Groffied, Marbeau, Tauret et Trapet. 

Un projet de statuts fut rédigé d'après les indications fournies par la chambre syn- 
dicale des employés de Paris et par le député Jules Simon. Ces statuts furent déli- 



KT LK .lACuBlNlrf.MK. 351 

Attendu i[UO la inuiine marchande a besoin de rcfonnos innom- 
brables qu'il n'est pas possible d'Olablir immédiatement; 

Que cependant, des amélioiations Irès-impurtantes peuvent et 
doivent y être apportées, non-seulement au i)oint de vue des 
affaires commerciales; mais encore et surtout au point de vue des 
garanties de toutes natures à accorder aux équipages; 

Attendu que, par suite des lois et des décrets successifs qui sont 
venus s'abattre sur la malheureuse classe des matelots de com- 
merce, le marin a toujours été soumis à l'arbitraire de ceux (jui le 
commandent ; 

Attendu que ceux qui lui inlligeut des punitions, le nourrissent, 
le commandent, sont ceux-là môme qui le jugent; 

Attendu que les abus de pouvoir les plus odieux de la part des 
capitaines sont presque toujoui-s la cause des actes d'insubordina- 
à bord des navires de commerce ; 

Les matelots français du port de Marseille, réunis en chambre 
syndicale, font la déclaration suivante : 

Au nom de la liberté, de la raison et de la justice, 

Puisque tous les hommes sont égaux devant la loi ; 

Puisque chaque classe de la société a pour devoir principal l'é- 
niancipation, qui dérive de l'instruction et de la libre pratique des 
droits civiques et sociaux; 

Puisque la dignité humaine se l'efuse à conserver dans la société 
des taches honteuses qui ternissent l'histoiie de notre siècle civilisé; 

Déclarons vouloir concourir avec tous nos frères à l'émancipa- 
tion générale, et prendre part aux travaux de la malheureuse classe 
ouvrière dont nous faisons partie. 

Attendu que les tribunaux commerciaux maritimes, tels qu'ils 
sont constitués, ne peuvent rendre des jugements impartiaux; 

Attendu que la sûreté de l'équipage n'est gai'antie en aucune fa- 
çonparles semblants d'expertises qui ont lieuau départ des navires; 

Attendu que, quelque soit son engagement, le matelot a besoin de 
repos, et qu'il ne peut, en aucune façon, être considéré comme une 
machine par ceux qui le commandent ; 

Attendu qu'il est privé d'une façon arbitraire de la plupart de 
ses droits de citoyen; que sa liberté, son existence et, par consé- 
tpient, celle de sa famille, sont sans cesse à la metci d'un seul 
homme qui a des pouvoirs les plus absolus; 

nitiveuient. adoptés le 17 décembre 1869. Quelques jours plus tard il était procédé 
à l'élection des membres de la chambre syndicale et à la formation de son bureau . 
Marbeau en fut nommé président, Trapet, vice-président ; Focillon, secrétaire ; Tau- 
ret, trésorier. 

Le 20 février 187U, cette charaltre syndicale adressait au Corps législatif une 
pétition à l'effet de demander en matière d'élection des juges consulaires, l'e.xtention 
du droit de vote à tous les justiciables des tribunaux de coinmcrce. Cotte pétition 
était transmise à la commission d'initiative iiarleinentaire par M. Magnin. 

-Marbeau est actuellement président de l'Alliance republioainf de Uijon. 



352 L'INTEUNATIONALE 

Par ces motifs, 

La chambre syndicale des matelots de Marseille déclare : 

1° Puisque le travail justement organisé est loin d'avoir, pour 
pouvoir sérieusement s'établir en France, toutes les garanties 
indispensables de justice et de liberté, l'inscription maritime doit 
être maintenue. 

Cependant, de notables améliorations et de sérieuses modifica- 
tions y seront apportées dans le sens le plus libéral et le plus 
équitable. 

2° Une nouvelle loi maritime serait promulguée, qui mettrait à 
néant tout ce que le décret-loi du 24 mars 1852 a de défectueux, 
d'injuste et de barbare. 

3" Un contrôle sérieux serait établi pour vérifier les faits et 
gestes du capitaine et de l'armateur, à l'égard des équipages. 

40 Toutes les peines corporelles qui existent encore à bord des 
navires seraient supprimées, ainsi que les retenues de solde que 
font supporter le plus souvent à la famille les caprices ou la bar- 
barie d'un officier sans conscience. 

5° Les tribunaux commerciaux maritimes seraient abolis; tous 
les délits, contestations et autres seraient jugés par le tribunal de 
commerce du port où rentrerait le navire. 

9° Le tribunal de commerce devrait pour cela être nommé par 
l'universalité des commerçants et des négociants, et non pas par 
un nombre restreint de personnes choisies. Pour juger tous les faits 
qui auront trait aux matelots, le trilmnal s'adjoindra une délégation 
composée de membres de la chambre syndicale, qui auront voix 
délibérative. 

7»» Les experts chargés de vérifier à bord des navires si tout est 
en bon état, si les vivres sont en quantité suffisante et de bonne 
qualité seront nommés tant par les armateurs que par les matelots. 
Le tribunal de commerce nommera un tiers expert. 

8° Un règlement sérieux fixera les heures du repos des matelots, 
tant en mer qu'à terre, sauf les cas de force majeure. 

9° Les matelots pourront librement exercer leurs droits de ci- 
toyens et concourir à l'émancipation des classes déshéritées ; au- 
cune incompatibilité ne pourra être invoquée centime eux entre leur 
situation, par rapport à la marine marchande, et les fonctions di- 
verses dont ils pourraient être revêtus par la volonté de leurs con- 
citoyens. 

10° La caisse des invalides de la marine marchande serait com- 
plètement séparée de la caisse de la marine de l'Etat. 

Le contrôle de cette caisse serait confié à des agents désignés 
par le suffrage des matelots français. 

llo Tout inscrit, après être resté soumis pendant vingt ans aux 
lois de l'inscription maritime, recevra une retraite qui sera égale 



KT LK JAC.oI'.l NIS>[I-;. 3r>?, 

poui' tous les malelols, sans aui-iiiif disfiiiptiou de giadcs ou de 
classes conquises en naviguant pour l'Klal. La durée du service de 
l'inscrit devrait être divisée de la façon suivante : 

Trois ans de présence sous les di'apeanx. 

Trois ans de congé provisoire, 
Au boni duquel temps il lui sera remis un congé définitif, sans 
qu'aui'un décret puisse l'enlever à ses travaux. 

Pendant les ti-ois années de congé provisoire, le matelot devrait 
avoir la faculté de naviguer au grand et petit cabotage. 

Les plaintes des matelots pour abus île pouvoir de la part des 
officiers seront toujours admises, sans aucune de ces formalités dis- 
ciplinaires qui entravent toujours la marche de la justice et sont 
contraires à la liberté. 

Fait et délibéré en assemblée générale, le 6 avril 1870. 

Chambre syndicale des matelots français de Marseille. 
Le président, l\ G1R.\UD; le secrétaire, P. MASSOL. 

(Marseillaise, 23 avril 1879.) 



II 



CORKKSPONDANCES ECHANGEES ENTRE liASTELlGA, MURAT ET AUTRES. 

DOCUMENTS HIVERS RELATIFS A LA FÉDÉRATION iMARSEILLAISE. 

l» — Au citoyen Murât. 

« Marseille, 23 octobre 1869. 
« Mou cher Murât, 

(' Notre fédération est bien lancée, et dans deux mois ma pré- 
sence à Marseille ne sera plus aussi nécessaire. Si cette époque 
concorde avec l'affaire Pyaf, /irai volontiers rejoindre et grossir la 
(jrande armée de Paris. 

« Cest entendu, je m'en rapporte a vous, en tous cas nous nous 
vcri-ons prochainement, vous allez savoir oii. 

. Depuis quelques jours j'ai observé un certain mouvement de 
troupes entre l'Afrique et le continent : tandis que des colonnes de 
chasseurs de Vincennes et de pioupious débarquent, les jeunes re- 
crues de Paris, Lyon et d'autres villes bien connues pour leur peu 
de dévouement s'embarquent pour la terre d'Algérie. Ce va-et-vient 
coïncide avec la nomination à des postes élevés dans l'armée, 
d'aventuriers tels que Bazaine, Bourbaki, de Faiily et autres héros 
anthropoi)hages d'Afrique, de Montana et du Mexique. Mauvais 
symptôme. 

23 



354 L'INTERNATIONALE 

« A ce propos je puis vous assurer que lors des insurreclions 
burlesques de juiu, un capitaine de ligne me disait : L'empereur 
ne médite rien de sérieux, sinon, il se serait entouré de ses deux 
dogues, Bourbaki et Picai^d, à côté desquels les Canrobcrt et les 
Arnaud sont des chiens de faïence! ! ! Nous avons déjà Bourbaki, 
Picard n'est pas loin. — Évidemment l'empire veut en finir avec 
ses deux cauchemars : les soc-démoc et la Prusse. 11 procède par 
induction, 51 et la Crimée. — Or III n'entreprendra la gueri'e 
avec le colosse germain qu'api^ès l'extermination et l'cliraination 
des ennemis intérieurs, donc nous aurons Je coup d'Elat et la 
guerre. 

« C'est mon opinion intime depuis plusieurs mois et fondée pluiôt 
sur l'observation que sur le syllogisme. 

« J'écrivais un jour à Mabilly : Si le 26, nous n'avons pas la ré- 
volution, nous aurons le coup d'Etat. 

« Eh bien certes je voudrais mentir, mais nous y sommes : 
j'ai vu, vu dis-je, de mes propres yeux, vu; à moins que j'aie la 
berlue. 

« Cette hypothèse vérifiée, je vous déclare qu'après la lâche con- 
duite des députés et la panurgerie du peuple, j'ai pris le parti de 
comprimer mon impatience et de fermer ma volonté à toute excita- 
tion nerveuse, d'où qu'elle vienne. 

« En regrettant sincèrement le temps perdu en vaine espérance 
et l'énergie en échappements ilkisoires, je n'ouvrirai désormais 
mon esprit et mon cœur qu'à toutes les idées et passions concernant 
la révolution sociale. 

« J'ai toujours détesté à l'instar de Marat, cette guenon de poli- 
tique qui nous fait parfois descendre au rôle et au niveau di'S 
hommes d'Etat. 

« Dès aujourd'hui, je la hais plus que peste et la fuis d'autant. 

« J'ai commencé à prêcher les candidatures ouvrières en réunion 
publique, je vais poursuivre ma propagande auprès des corpora- 
tions et rien au monde ne me fera démordre de ma ligne de con- 
duite, d'ailleurs le moment est propice pour éreinter les avocats et 
je ne me mettrai pas les gants. 

« Je vous écris currente calamo, pardon ; à vous de rectifier 
les écarts de ma plume. 

« Cette lettre a une certaine importance, pour que je vous engage 
à m'en accuser réception, directement ou indirectement. Je ne vous 
ai pas dit où nous pourrions nous rencontrer, mais vous l'avez de- 
viné ! 

. Signé : BASTELIC.\. » 



E'£ LE JACOBINISME :fô5 

2° — An ciloyciJ Munit. 

« Marseille, 7 déccmbie lâ69. 

« Mou cher Murât, 

« J'ai reçu hier seulement, de retour d'nn oetit voyaye ' de Lyon, 
votre aimable lettre du 2. 

« Je m'en remets donc à vous, pour tous les soins à donner à 
ma candidature au secrétariat du ministère de travail -. Oui, tel 
est aussi mon avis : la fédération parisienne en créant un centre 
sérieux doit devenir le foyer de la révolution sociale, surtout, comme 
le donnent à comprendre vos <lernières lignes, si une feuille pou- 
vait être créée qui en devînt l'organe officiel, le Moniteur. 

« Appelée à rendre des services immenses à la cause de l'émanci- 
pation ouvrière, la fédération pourrait fort bien, à un moment 
donné, proposer aux fédérations françaises de contribuer aux frais 
nécessités par une telle installation. 

« Notre chambre fédérale a adopté (en principe) des statuts. — 
Les adhésions corporatives arriveront bientôt, je l'espère, pour les 
consacrer et donner à celte œuvre une existence virtuelle. — Il 
est vrai de dire que les délégués ont été vite en besogne et ne se 
sont pas laissés arrêter par des vétilles. Nous sommes plus révo- 
lutionnaires que ça. « Eh quoi ! l'ennemi est à nos ])ortes e( nous 
délibérons! » (s'écriait Mirabeau. 

« Toutes les corporations sont représentées par deux délégués. 

<r II faut vous dire qu'en général nos ouvriers ont une horreur 
prononcée pour les discours : ils sont pratiques avant tout. 

« Ils préfèrent que l'expérience les déjuge que de s'abandonner 
avant aux caprices du paradoxe, 

« En l'état, les corporations sentent la nécessité de l'union, de 
la solidarité : eh bien, ils se groupent d'abord pour agir énergique- 
ment, quitte à se renier ensuite. Cette qualité que je leur reconnais 
fait tout leur avantage, mais ne rachète point à mes yeux celles 
nombreuses qui leur manquent et que l'on trouve chez l'ouvrier 
de Paris. 

« Signe : B.\STELI(;A. . 



1 C'est peudant son séjour à Lyon, à cette époque, que furent jetées les bases cit 
la grande fédération ouvrière. 
> Bastelica veut désigner par là la Chambre fédércUe. 



35G L'INTERNATIONALE 

30 — Au citoyen Mural. 

« Marseille, 3 janvier 1870. 

« La semaine prochaine vous recevrez la visite du citoyen Pillard, 
un de nos orateurs de réunions puljliques. Je vous le donne pour »/ï 
bon, intelligent et remuant. Je l'eslime beaucoup ; dans ces derniers 
temps sa conduite a été irréprochal)lc... Le crépuscule est tombé 
sur une nouvelle année grégorienne. A quand l'aurore du cycle 
républicain ? 

« En attendant j'emploie tous les jours fériés en excursions socia- 
listes ! hier, j'étais à Aix. Dimanche j'y retourne pour donner une 
conférence, ce sera ensuite le tour de la Giotat, Fuveau, puis Avi- 
gnon, Toulouse... Je prépare aussi la fédération de tous les ouvriers 
bouchonniers hispano-franco-italiens. Si ce coup réussit, Vlnterna- 
lionale comptera 20,000 membres de plus... et solides. Je vous 
confesse en toute sincérité que nos travailleurs méridionaux, 
quoique bien portés vers le principe de la Révolution sont mous; 
ils acceptent, ils adhèrent sans passion; aussi, quoique je n'aie pas 
à me plaindre du mouvement, je ne saurais encore le caractériser 
de révolutionnaire ! Socialiste, je puis l'assurer déjà... » 

(r Tout à vous, 
^ « BASTELIGÂ. » 

40 _ MANDAT IMPÉRATIF, 

REMIS \ DASTELICA EN VUE DE LA RÉUiSriON TENUE, LE 13 MARS 1870, 
PAR LA FÉDÉRATION LYONNAISE. 

(Chambre fédérale des sociétés ouvrières,) 

« Marseille, 10 mars 1870. 

« Mandat impératif est donné aux citoyens André Bastelica et 
A. Pacini de représenter ladite Fédération au Congrès de Lyon en 
s'inspirant des vœux qui sont émis par ses membres pour la réali- 
sation de toutes les questions sociales propres à conquérir l'éman- 
cipation du prolétariat universel. 

■< Le président de la séance : A. DURAN. 
« Pour la chambre fédérale, 

« Le secrétaire, 

« E. COMBES. 



ET LE JAGOniNISME 357 



PIECE a. 

DOCUMENTS nKLATIF.S A LA FKDÉnATION UOUENNAISE. 

a Rouen, 26 mai 18G8. 
« Mon chci" Varliii, 

« Je vous remercie, au nom de la justice sociale, d'avoir dit aux 
àancocrulos que leur rùjjac était bientôt fini , parce que nous affir- 
mions notre existence, et que sous le régime du suffrage universel, 
il fallait un jour ou l'autre que la plèl)e asservie prononce le fa- 
meux alea jacta est. 

a De jour en jour les dieux s'en vont, place à la Justice, à cette 
Théniis inexorable qui jamais ne voudra aue deux et deux fassent 
cinq comme le Mercure de la finance. 

« Mais avant tout la question principale est d'organiser votre 
existence à Paris, et je ci'ains bien que vous n'y réussissiez main- 
tenant, ou alors il vous faudra changer de nom et encore faudra- 
t-il que vous en a[)pelicz à la formule administrative, j'entends 
celle qui n'entendra aucunement entraver votre mai'che écono- 
mique, qui respectera mordicus la dignité de tous, c'est ainsi qu'ici, 
nous procédons, nous déclarons, nous accomplissons les formalités 
banales établies par les gouvernements prudents; quels qu'ils aient 
été, avant tout, ils étaient bourgeois, mais nous entendons con- 
server entièrement notre dignité. N'eus savez, mon cher Vai'lin, 

combien ceux pour lesquels nous travaillons sont encore 

c'est-à-dire pauiqueux, et si j'en dois croire noire accusateur 
devant le tribunal, vous devez en savoir quelque chose, puis- 
qu'après les premières poursuites contre nos amis, notre nombre 
a diminué des sept huitièmes, et puis dans mou département, com- 
bien est exploitée cette attaque, et que de mal cela nous duune pour 
empêcher les groupes de se séparer quand ils sont à peine formés. 
Il m'a fallu toutes les peines du monde pour continuer le mouve- 
ment que j'ai sérieusemeiat c uimcncé à mon retour de Lau- 
sanne. 

« Faites pour le mieux à Paris, secouez la torpeur si vous le 
[louvez, mais ne permettez pas (|ue l'on dise que vous compromettez 
le mouvement, pas de concessions, mais aussi pas d'imprudences, 
car je le répète et ne saurais trop insister, nous sommes encore les 
plus faibles, l'éducation économique de nos compagnons d'infor- 
tune n'est pas encore faite, le jacobinisme exerce encore un peu 
d'empire sur eux avec son galimatias politique, et ici les gros 
bonnets de ce parti incapable se frottent les mains de votre dis- 



358 L'INTERNATIONALE 

solution, et espèrent effrayer le pouvoir pour se passer, d'accord 
avec tous les satellites, des principes autoritaires, et persécuter le 
socialisme avant (fu'il n'ait pris de sérieuses racines dans notre 
nation. Je coniple sur votre intelligente sagesse et fais des vœux 
pour que mes fralernels conseils soient entendus. 

« AUBRY. » 
PIÈGE b. 



DOCUMENTS RELATIFS A LA SITUATION DE L INTERNATIONALE A BESANÇON. 



Cercle d'études économiques 
de l'arrondissement de Rouen. 



Rouen. 22 février 1870. 



« Cher citoyen et ami, 

« Dites à nos frères de Besançon que la Fédération rouennaise 
espère les voir d'ici peu entrer en lice avec eux pour jeter les 
bases de notre affranchissement à l'aide des moyens que le suffrage 
universel et le droit de coalition mettent à notre disposition. 

t Vous me demandez si c'est à moi qu'il faut que vous adressiez 
les adhésions à V Internationale; comme première relation avec le 
Conseil général, je veux bien vous être agréable et je vous mettrai 
directement en rapport avec notre ami Dupont à Londres, qui est 
notre représentant et secrétaire pour la France. 

« Salut fraternel, 
« E. AUBRY. » 



II 



« Besançon, 17 mars 1870. 



« Cher citoyen Aubry, 



« J'attends des nouvelles du citoyen Dupont : je pense que vous 
lui avez fait part de notre organisation et de nos désirs de faire 
partie de Vlnternationalc. Je voudrais bien avoir une réponse pour 



ET LK J ACOniNISMF,. 359 

le 27 courant, parce que nous faisons une douxièmc réunion et j'ai 
promis que j'aurais les nouvelles de Londres : comme je vous l'a^ 
déjà écrit, nous tenons à nous faire recevoir en bloc et aussi vite 
que possible . 

« Honneur au groupe rouennais, 

( Signé : Roukut SEVEHIN. > 



m 



« Besançon, 2 mars 1870. 
« Cher citoyen et ami, 

« Veuillez me mettre en rapport avec le citoyen Dupont de 
Louda*es... Nous serons fiers un jour de pouvoir lutter à côté de 
nos devanciers, nos frères Rouennais. 

« Le ciel s'éclaircit, l'horizon nous laisse apercevoir des jours 
plus heureux : les gros nuages sombres et ^tristes qui planent sur 
nos tètes seront peut-être hientôt dissous par la pei'sévérance et 
l'cnergie de quelques citoyens en tète desquels vous vous trouvez. 
Ce jour qui nous apparaît comme dans un rêve sera sublime : je le 
vois, mais loin, bien loin encore. Seulement il faut espérer. Oui, 
il faut, malgré toute l'obscurité et l'ignorance dans laquelle nous 
sommes encore plongés, ari'iver à ce but afin que nous puissions 
voir le drapeau de l'égalité flotter sur les ruines des trônes des po- 
tentats écrasés et de l'insolente bourgeoisie anéantie. 

. ROBERT. 

IV 

« Besançon, 14 février 1870. 
« Cher citoyen Aubry, 



« Je me permets de vous demander comment nous pourrons 
entrer dans Ylnlernationale : si c'est à vous qu'il faudra que j'envoie 
les cotisations ou si nous devons nous adresser au iureau fédéral 
de la Suisse Romande, car notre intention est de nous faire recevoir 
en bloc immédiatement après notre organisation. 

« Salut au porte-drapean de l'égalité. 

« Signé : ROBERT. » 



^360 L'INTEr^NAÏIONALE 



General council of llie International, 

VVorking men's Association, 
256. High Holborn, Londoii, W.-C. 



a Londres, 29 avril 1870. 



International Working Mens association 
central council London. 



« Cher citoyen Robert, 

« J'ai eu beaucoup de peine à me procurer le manifeste et les 
statuts de notre association : car ils sont épuisés depuis longtemps. 
C'est la cause du retard que j'ai mis à vous répondre. Je vous 
envoie ces différentes pièces dans un journal anglais : vous me 
direz dans votre prochaine si le tout vous est parvenu. 

« Le conseil général vous remercie, ainsi que les autres citoyens 
de votre ville qui ont compris la nécessité de l'organisation de la 
classe ouvrière, surtout au point de vue international. Nous 
comptons sur votre dévouement et sur votre actif concours pour la 
propagation des principes de l'Association internationale des tra- 
vailleurs. 

« Nous vous conseillons de constituer un comité d'initiative pour 
l'organisation des sociétés ouvi'ières principalement les sociétés 
de résistance, car les sociétés c/e crédit mutuel et de coopération ne 
peuvent produire aucun résultat, tandis que les sociétés de résistance 
(trades-unions), organisent le travailleur et l'habituent à l'exercice 
des droits sociaux et politiques et empêcheront qu'il ne soit détourné 
de son but par les lépublicains formalistes et autres pantins po- 
litiques, comme en 1830 et 1848. 

« Les adhésions ù l'Internationale peuvent se faire individuelles 
ou collectives. Chaque membre doit une cotisation annuelle de 
10 centimes. Les correspondants du conseil général doivent en- 
voyer tous les trois mois au conseil : l» le compte rendu de l'état 
de la section; 2° les cotisations dues; o° tous les documents et pu- 
blications concernant le mouvement prolétaire en général et notre 
association en particulier ; \° tous les renseignements pouvant servir 
à l'enquête statistique ouvrière votée par les congrès. 

« Chaque société adhérente doit nommer un correspondant 
direct avec le conseil général. A ce sujet choisissez parmi vous un 
correspondant, le conseil vous enverra les pleins pouvoirs : pour les 
renseignements d'intérieur demandez à notre ami Aubry. Mais dans 
cette circonstance je vousrappelei^ai les mots de Danton, de l'audace, 
toujours de l'audace. Le conseil général est tout à votre disposition 
pour tout ce que vous aurez besoin. Permettez-moi, citoyen, de 



KT LI-: .lACOHIMSME. r{bl 

vous dire, en terminant, que le succès et la propagande de nos prin- 
cipes dépendent do la force de conviction et du dévouement de nos 
corrospondanls. 

« Salut IVaternel à tous, et à vous une cordiale poignuo de muin. 

V Ecc.KNE DUFOiNT, 

« Secrétaire correspondant pour la France. •) 

« P. -S. Écrivez-moi à l'adrssse qui suit : 4, ('.liarics-strect, Nor- 
fhampton square, London, E. G., à n'importe quel nom anglais ou 
allemand. » 



PIECE c. 

GHÈVE DES OUVRIERS TUn.IERS DE GENEVE. 
1 

Lettre des ouviirrs tuiliers u leurs pn/rons. 

Il a\ril 1870. 

« Nous avons l'honneur de vous soumettre le nouveau tarii', alin 
ijue vous ayez bien la complaisance de l'accepter. 

« Nous sommes certains que vous apprécierez les raisons qui nous 
poussent à vous demander une petite augmentation. Vous con- 
naissez vous-mêmes notre triste situation, et vous jugerez bien 
que l'augmentation sera bien récompensée par notre travail, auquel 
nous saurons mieux apporter notre foice et énergie. 

«Nous espérons aussi que vous verrez que nous sommes animés 
par les désirs tout eoncilianls, et vous ne voudrez point nous mettre 
dans l'obligation de porter préjudice à nous-mêmes, ainsi qu'au tra- 
vail et à vos intérêts. — C'est dans cette idée que nous attendons tous 
votre favorable réponse pour le samedi 18 avril, la veille de l'àques. 

« Agréez, Messieurs, nos salutations. 

« Le Comité. 

« Nous vous prions d'adresser votre réponse à M. Sievenn Félix, 
à Carouge, sur la route de Saint-Julien, 557. 

« .\rt. i. Du 25 mars au li décembre, le taux du travail est di' 
40 centimes au minimum. 

« Art. 2. La journée est de 11 heures de travail par jour ni jdus 
ni moins; ou, aux cas extrêmement pressants, le travail se payera 



362 L'INTERNATIONALE 

60 centimes l'heure pour le travail à faire en plus de la journée. 

« Alt. 3. Le payement des ouvriers devra se faire régulièrement 
toutes les quinzaines. 

« Tout signataire s'engage par sa signature de maintenir et de 
faire respecter le présent tarif. 

« En cas de différend survenu entre l'ouvrier et le patron, le socié- 
taire devra s'en référer à une assemblée du comité, convoquée à 
cet effet, dans laquelle il exposera les motifs de sa discussion avec 
le patron. » 

{Suivent Jes si(fualures.) 

Il 

Proclamation de la Commission de la grève. 

« Frères travailleurs, 

« Les actes de brutalité ne suffisent pas aux ennemis des travail- 
leurs pour maintenir leur exploitation. Comme toujours et partout 
ils ont recours à la calomnie et aux mensonges. 

« A peine notre manifeste paru, le Journal de Genève, organe des 
seigneurs les privilégiés, a osé nous calomnier, en nous accusant 
d'assertions inexactes et de menées subversives ; et hier encore il 
s'est permis de répandre une fausse nouvelle, en déclarant que la 
gi'ève est terminée. 

« Par ce mensonge, le journal voulait porter préjudice aux gré- 
vistes et tromper l'opinion publique. 

« En face de ces infâmes manœuvres, nous venons vous affu'mer 
la véracité exacte de tous les faits rapportés dans notre Manifeste 
et dans l'Égalité, et nous livrerons à l'indignation publique d'autres 
faits bien plus scandaleux, si nos adversaires persistent dans leur 
conduite déloyale. Nous déclarons aussi que la grève dure toujours : 
Plus de la moitié des tuiliei's de tout le canton ont abandonné le 
travail et ne le reprendront que lorsque les patinons auront fait jus- 
tice à leurs légitimes réclamations. Plutôt que de se soumettre à 
l'ancienne misère, ils préféreront gagner leur vie par d'autres 
moyens qui leur sont offerts par leur aptitude au travail et par la 
solidarité toujours croissante de tous les travailleurs. 

« Les patrons annoncent qu'ils veulent traiter avec les ouviûers 
seuls et individuellement. Pourquoi alors, au lieu de s'expliquer avec 
les tuiliers, les ont-ils insultés et brutalisés ? Pourquoi, tout en pro- 
mettant d'augmenter le salaire, ne veulent-ils pas signer l'en- 
gagement ? 

n Les honnêtes gens veulent-ils faire croire qu'il ne leur coûte 
rien, ni à leur conscience ni à leur réputation, de rompre à chaque 



ET LE JACOBINISME. -383 

rnouienl une promesse verbale, laiulis i |u' ils auraient peUT d'être 
lorcés à se confornicr à leur eiif^agcmcnt signé '! La signature des 
patrons étant la seule et uni({ue garantie de l'ouvrier contre l'arbi- 
traire, les patrons des autres métiers signèrent les conventions 
réciproques. Pourquoi donc les maîtres tuiliers seuls s'y refusent- 
ils ? Ils veulent aussi défendre aux ouvriers de faire partie de notre 
association. Les wultrcs ont-ils donc seuls le droit d'être orga- 
nisés en société? Et ce droit n'est-il pas reconnu aux ouvriers? 

« Quant aux stupidcs accusations contre l'Internationale de sus- 
citer les grèves, nous déclarons que les âO sections ne sont inter- 
venues que lorsqu'il fallait venir en aide aux grévistes, et cet 
aide ne leur manquera point, car la grève est organisée solidement. 

• Une pension alimentairo, approvisionnée par tous les établisse- 
ments coopératifs, est organisée au Temple Unique pour les gré- 
vistes et leurs familles, et nous invitons tous les travailleurs à 
venir participer fraternellement au change banal. 

« Au banquet coopératif de la section des Tuiliers, ce samedi 
2i mai à 8 h. du soir, au Temple Unique. 

« Les cartes, à un fr., se trouvent chez le concierge du cercle. 

« Kendons-nous y donc on grand nombre pour vo ir comment fonc- 
tionne notre pension coopérative, qui peut nous rendre de grands 
services pendant les grèves, et pour porter un toast au succès de la 
grève des tuiliers et au développement de l'Internationale dans les 
campagnes ! 

c La Commission de la Grève. 

« .I.-Ph. BECKER, DUVAL, GHÉNAZ, h. PERHET. OUTINE, 
JACCAZ, BAUMGARTxNER, BENOIT. 

« Le président, FREPAZ. » 

« AVIS. — Au dernier moment, nous apprenons que ccrlains 
patrons se sont permis envers les tuiliers les actes les plus révol- 
tants, nous devons soumettre ces actes à l'appréciation de tous les 
comités réunis, convoqués pour mardi prochain afin qu'ils avisent 
aux mesui'es à prendre pour porter ces actes à la connaissance des 
autorités compétentes. » 

« La Commission. » 

III 

Appel aux sections romandes. 

(( Ghers Citoyens, 
<' Votre comité a pris connaissance et examiné la marche suivie 
par la section des Tuiliers, dans ses rapports avec les patrons 



364 L'INTERNATIONALE 

pour obtenir pacifiquement une auginentalion de salaire, justiliée 
par un travail d'une aube à l'autre, et pour un faible salaire, in- 
suffisant pour élever leui's familles et passer les mois de chômages. 

« Leurs demandes ne sont pas exagérées, ils réclament 40 cen- 
times par heure, et onze heures de travail. 

'< Ces justes demandes ont été repoussées, et toute tentative de 
conciliation a échoué. En présence de ces faits, votre comité dé- 
clare que jamais grève n'a été plus légitime; elle mérite d'être 
appuyée énei^giquement. Soutenir les tuiliers, c'est prolester conti^e 
les abus de pouvoir du capital, qui n'a plus de frein lorsque rien 
ne résiste à sa dômoi'alisante influence. 



« Citoyens, 

« Nous espérons que vous répondrez à notre appel fraternel, et 
que vous contribuerez de tous vos efforts à aider vos frères dans 
cette lulle, afin qu'ils en sortent victorieux. Trouvons une fois de 
plus que la solidarité qui existe entre nous, n'est pas un vain mot. 
Organisez promptement des secours en leur faveur, et vous aui'cz 
contribué à améliorer leur malheureuse position. Comptant sur 
votre dévouement, nous vous saluons i'ralernellement. 

a Au nom du comité iéilcral romand : 
« Le secréluive général, 

« Jules DUTOIT. 
« Genève, le 11 mai 1870. » 

[Les secours sont roniis au Temple Unique.) 



PIECE (/. 



iiéj.onse des plâtriers-ieiiUres h la déclaration des chefs d'aleliers 
de r industrie du bâtiment h Genève. 

« Les patrons déclarent que les ouvriers plâtriers-peintres i iier- 
chent à induire le public en erreur, et que quelques-uns de ces 
beaux parleurs veulent l'éclairer par leurs arguments. 

« Les ouvriers plâtriers-peintres, réunis en assemblée généi'ale, 
déclarent fausse et mensongère leur déclaration. Est-ce induire le 
public en erreur de leur dire que, après la convention de 18G8 



Kl' i.K .lAconiMSMi-:. 3«r. 

ainsi coiipue : le 10 pour cciil (raii^'mentation sur lo salairo, tout 
en conservant les auoions usages. Rsi-il dit dans la convention 
qu'il y aurait des patrons qui donneraient tJO centimes de dc[)lace- 
ment aux ouvriers qui vont exécuter des travaux à la campagne, 
et qu'ils leur diminueraient depuis 55 centimes à 1 franc [)ii' jour 
dans la saison d'hiver? ce qui a été fait par plusieurs patrons, au 
point que la délicatesse nous oblige à ne pas livrer leurs noms à 
la publicité ; y en a-t-il de ces messieurs qui puissent mettre la 
main sur la conscience et dire qu'ils aient respecté la convention 
lie 1808? N'est-ce pas avoir usé des moyens de conciliation, lorsque, 
en 18fi9, s'est élevé le conflit des tailleurs de pierre et maçons par 
la violation de la convention de 1868? Les plâtriers-peintres ont-ils 
demandé une nouvelle convention ou annexe, comme ces messieurs 
veulent bien l'appeler? NON. 

« Nous avons protesté énergiquement auprès de M. Campério et 
auprès de MM. les patrons par de nombreuses lettres; plus, nous 
déclarons que nous tenions à la convention de 1868 et que ces 
messieurs avaient à la respecter envers nous. 

« Ont-ils tenu compte de ces protestations, lorsque, en automne 
4869, les ouvriers qui avaient travaillé l'été à la journée, ont été mis 
au travail à l'heure sans môme leur tenir compte des 95 pour cent de 
bonification prévue par l'annexe du 10 avril 1869, ce qui procure à 
l'ouvi-ier une perle ncltc de cinquante heures dans la saison d'hiver? 

« Est-ce induire le public en erreur do lui dire que ce que nous 
déclarons est la pure vérité et prouvé par des faits patents? 

a Les plâtriers-peintres veulent user de plein droit de leur liberté 
individuelle et commerciale, qui autorise chacun de garder sa mar- 
chandise ou main-d'œuvre, autant que l'acheteur ou patron ne 
remplit pas les clauses convenues, et de la revendre au prix cpii 
lui convient. 

« Est-ce encore induire le public en erreur de lui dire que, puisque 
ai Pune ni l'autre des conventions précédentes n'ont pu être res- 
pectées, les ouvriers plâtriers- peintres ont le droit de demander 
qu'une de ces conventions soit signée par les patrons pour 
la tranquillité du pays et le bien-être de la population tout 
entière, et cela à la majorité desdits ouvriers, et qu'ils s'engagent 
à la respecter et à la faire res[)ecter à quiconque y porterait 
atteinte ? 

TARIF 

Demandé par les ouvriers plâtriers-peintres réunis en assemblée 
générale, le i" mai 1870, et soumis à l'approbation des patrons. 

« 1° La journée de travail sera de dix heures dans tous les 
ateliers. 



566 L'INTERNATIONAL!-: 

« 2° Le pi*ix de l'heure est de 45 centimes en moj'enne ; on cas de 
contestation entre patron et ouvrier, tout en laissant à chacun la 
liberté de traiter au-dessus et au-dessous, suivant les capacités de 
l'ouvrier. 

« 3° Le i)rix de l' hernie, à plus de 1 kilomètre, est fixé à 5 centimes 
en plus. 

« A° Et à 10 centimes en plus par heure, quand la distance du lieu 
oblige l'ouvrier de découcher. 

« Que le public juge maintenant les hautes prétentions des ouvriers 
plàlriers-peintres, et le renversement du mode actuel de vivre, 
prôné par nos narrateurs, quoique sans le demander, ce serait à dé- 
sirer pour nous! 

« Nous pourrions alors au moins traiter nos intérêts avec nos 
patrons et non avec des maçons, charpentiers, menuisiers, ser- 
ruriers, asphalteurs, etc. 

< Au nom de l'assemblée générale du 23 mai 1870, 

« tSAULNlER, président. » 



PIEGE c. 

1° — Association des chefs d'ateliers de l'industrie du bnliinent dntis 
le canton de Genève. 

DÉCLARATION. 

.(Maintenant que chacun a pu juger par lui-même des prétentions 
des ouvriers plâtriers-peintres et des offres des patrons, les chefs 
d'ateliei's de l'industrie du bâtiment font appel au bon sens du pu- 
blic et demandent si l'ultimatum des ouvriers peut être considéré 
autrement que comme un moyen de bouleverser tout ce qui a été 
convenu jusqu'à ce jour. 

« Il n'est personne qui, en y réfléchissant un moment, ne reconnaisse 
qu'il y a dans cet ultimatum matièi'C à des l'écriminations sans lin 
et que, en ayant l'air de vouloir tout terminer, les organisateurs de 
grèves ne cherchent qu'à se ménager de l'occupation pour l'avenir. 

« Les ouvriers plâtriers ne sont en effet qu'une avant-garde. Si leur 
tentative réussit, les ouvriers des autres corps de métier sont prêts 
à les suivre, et lorsque, après plusieurs grèves successives, on sera 
parvenu à un accord quelconque, dans deux ans, peut-être plus tôt, 
la nouvelle convention sera traitée de b.vlançoire et tout sera à re- 
commencer. 



i: T L !•: J A C D I X 1 s M K. :}67 

H Or,chai'uu sait déjà que la main-d'œuvre est plus chère à Genève 
(|ue chez uos plus proches voisins cl confédérés, dont la liborfé de 
travail est protégée d'une manière eflicaco.. Si, à celte condition 
défavorable, vient se joindre une instabilité aussi comjtlrle des élé- 
ments essentiels du itrix de revient, inslaljilité qui rend impossible 
tout marciié ferme et fait reculer devant les engagements ù longs 
termes que comportent les construetious, l'industrie du bâtiment 
sera bien vite ruinée chez nous. 

« Les chefs d'ateliers le comprennent bien, aussisont-ils liécidés à 
soutenir leurs collègues plâtriers et à ne pas consentir à de nou- 
veaux changements. 

K C'est pourquoi, au lieu de se faire battre en détail, ils préfèi'cnt; 
tout en regrettant profondément d'en être réduits à cette extrémité, 
fermer dès maintenant leurs chantiers. 

a Aussi bien seraient-ils forcés de le faire même malgré eux, si la 
grève des plâtriers devait se prolonger. Vai construction, tout se 
tient, et la non-exécution d'une partie de l'ouvrage, arrête tôt on 
tard, et inévitablement tout le reste. 

« Que les ouvriers plâtriers-peintres voient donc ce qu'ils ont à 
l'aire. Ce sont eux qui donneront le signal de la grève générale. 

« Préféreront- ils à l'intéi'èt de leurs collègues des autres métiers, 
celui de quelques individus qui ont besoin de cette agitation poui- 
avoir l'air de servir à quelque chose? 
■■. Nous espérons que non. 

« Le public ne doit pas voir dans toutes ces discussions une sim- 
ple querelle de famille. Que chacun soit bien persuadé que le zèle 
des agitateurs ne s'arrêtera pas en si beau chemin. Ce que l'Associa- 
tion Inlernnlionale prêche partout, ce qu'elle proclame dans ses 
journaux, c'est la haine entre les ouvriers et ce qu'elle appelle les 
bourgeois. Elle lance les ouvriers sur les patrons, parce que ce 
sont les premiers bourgeois qu'elle rencontre ; lorsqu'elle en sei'a 
venue à bout, elle s'attaquera à d'autres. 

>< Mais nous n'en sommes pas encore là, et tous ceux qui se sou- 
viennent qu'ils sont Suisses avant tout, et non pas Internationaux, 
savent que les autorités compétentes appliqueront en temps et lieu, 
à qui de droit, les articles suivants de notre constitution fédérale : 
« § 36. — Les citoyens ont le droit de former des associations, 
pourvu qu'il n'y ait, dans le but de ces associations ou dans les 
moyens qu'elles emploient, rien d'illicite ou de dangereux pour 
l'Etat. Les lois cantonales statuent sur les mesures nécessaires à la 
répression des abus. 

« § 37. — La confédération a le droit de renvoyer de son territoire 
les étrangers qui compromettent la sûreté intérieure ou extérieure 
de la Suisse. 



::^6S L ' I N T E R N A T I O N A L K 

(.( Par décision de l'Assemblée générale du 2 juin 1870, 
« Le comité central: C. AUVERGNE; C.SGHMIEDT; L. COLLET; 
A OLIVET; P. URASCO; PROBST; ÏREYVAUD; L. DE- 
FERNE. » 

2" — Avis aux ouvriers plâtriers-peintres. 

« Les patrons plâtriers-peintres offrent de nouveau aux ouvriers 
de leur profession de rentrer dans leurs chantiers aux conditions 
convenues en 1868 ou 1869. 

ft Si, le jeudi 9 juin, le travail des plâtriers-peintres n'a pas recom- 
mencé partout, les chantiers de l'industrie du bâtiment seront fer- 
més le samedi 11 juin, pour no se rouvrir que lorsque les ouvriers 
plâtriers auront repris le travail aux conditions énumérées ci-des- 
sus. 

« Toutes lescommunicationsseront reçues tous les jours, de 2 à 3 
heures par la commission d'exécution et le comité central, rue du 
Rhône, 18, au 2" étage. » 

3" — Assemblée populaire nationale des ouvriers suisses. 

Mardi 7, à 7 l/2 heures du soir, au Stand. 

Une réunion d'ouvriers suisses croient qu'il est de leu r dignité 
de convoquer leurs concitoyens en assemblée populaire nationale, 
pour protester par une éclatante manifestation contre les menaces 
contenues dans la proclamation des chefs d'ateliers de l'industrie du 
bâtiment, concernant le droit d'association et les ouvriers étran- 
gers. 

Au nom de la réunion : 

Jean LAPLAGE, guillocheur; Louis-Henri ZEHFUS, monteur 
déboîtes; Jules DUTOIT, monteur de boîtes ; Henri PERRET 
graveur; François ROGHAT, horloger; TOGNIETTI, gra- 
veur; JeanZIEGLER, typographe ; Louis BLANC, typographe ; 
Jean HOFER, typographe; Jacques GROSSELIN, monteur de 
boîtes; Louis ALLEMENT, graveur; Louis MARTIN, bijou- 
tier; François WEYERMANN graveur ; François MERMIL- 
LIOD, monteur de ])0Îtes ; Louis MAGNIN, faiseur de ressorts; 
Alexandre DUPARC, graveur ; Jacques UEROUAND, mon- 
teur déboîtes; YERSIN, guillocheur; N1DEGKER, gaînier; 
Auguste MIEVILLE, faiseur de pièces à musique. 



ET LF. JACOBINISME. 'SO 



A° — DécJ/ir,-ilion (le J'ussocin/iori des cln'/'s il'.ilclicrs ilc J'i/n/i/slrlr 
(In hiiliincnt dans Je caillou du Gciicyv. 

« Aux patrons, 

« La grève des plâtriers-peintres n'ayant pas cessé le jcmli 9 juin, 
lo comilc central vient vous rappeler que la grève générale des pa- 
trons, votée par l'assemblée générale du 2 juin, et à laquelle vous 
avez adiiéré, devient exécutoire, le samedi soir 11. 

f Les seules exceptions à la grève, admises par l'assemblée géné- 
rale, sont : les ébénistes, les fondeurs en fer, chaudronniers, ap- 
pareilleurs de gaz, terrassiers, paveurs et asphalteurs. 

« A quoi il faut joindre les chantiers de travaux d'utilité publique, 
dont l'exécution est urgente, savoir : les machines hydi'auliques, le 
l>ont sur l'Arve, l'hôpital cantonal. 

« Il est très-important que les chantiers et ateliers ne rentrant 
pas dans les exceptions ci-dessus mentionnées ne soient, sous au- 
cun prétexte et dans quelque mesure ipie ce soit, pas en activité 
dès lundi matin. 

t Dans le cas où la suspension des travaux entraînerait des ré- 
clamations de la part des architectes ou propriétaires, M^L les 
entrepreneurs sont priés de passer outre et de transmettre à la com 
mission d'exécution lesdites réclamations, lesquelles, par suite de 
notre solidarité, deviennent l'affaire de l'association entière. 

« Au nom du comité central. » 

(Suivent les signatures des membres du comité central, 
de la commission d'exécution et de la commission 
fmancièi'e.) 



5° — Le comité fédéral Romand, aux sections de l'Association 
internationale. 

« Genève, Temple-Unique, le 14 juin 187C 

« Parères travailleurs, 

« La menace formulée dans l'affiche des chefs de l'industrie lu bâ- 
timent de Genève, de mettre en grève toutes les branches du bâti- 
ment dans le cas où les plàtriers-peinti^es ne se rendraient pas à 
V invitation de rentrer dans les chantiers jeudi 9 juin, cette menace 
a été exécutée rigoureusement par INIM. les entrepreneurs : lundi, 

24 



370 L'INTERNATIONALE 

tous les chantiers ont été fermés ; cet acie hrntal jette sur le pavé 
trois mille ouvriers, dont beaucoup sont pères de famille. 

« Le refus d'accepter les demandes légitimes des plâtriers-pein- 
tres n'a été qu'un prétexte pour déclarer la grève générale. 11 ne 
s'agit plus pour les entrepreneurs et la coterie qui les pousse sour- 
dement, d'une question de salaire, non : le but que l'on veut at- 
teindre est bien connu, il s'agit de détruire à Genève l'association 
en semant la division entre les travailleurs, et en faisant appel à la 
proscription. Les sections de Genève, profondément attachées à 
l'Association internationale, ne se laisseront jamais diviser ni dé- 
truire par ])ersonne, les différentes crises par lesquelles elles ont 
passé ont prouvé qu'elles étaient toujours unies en face du danger. 

« Nous venons faire appel à la solidarité fraternelle de tous les 
travailleurs, pour aider leurs frères de Genève à traverser cette 
ciùse. Nous vous prions d'organiser promptement les secours 
et de les adresser au citoyen T. DUVAL, trésorier du Comité 
fédéral. 

« Nous vous envoyons le salut fraternel, 

« Au nom du Comité fédéral romand, 
« Le président de la séance : 13. ROSSETTI. 

« Le secrétaire général, Henri PERRET. » 



6" — Adresse de l'Association Internaliomilc des travailleurs, 
Aux ouvriers en grève. 



« En présence de la situation grave qui nous est imposée, nous 
vous recommandons fraternellement d'être à la hauteur des jours 
difliciles qui s'annoncent, en restant calmes et froids en face des 
provocations que vous pourriez subir pour vous faiie tomber dans 
des excès. 

« Les entrepreneurs ont déclaré la grève générale, que le pays juge 
entre nous, et cju'il en fasse retomber la lourde responsabilité sur 
les fauteurs. 

« Montrons une fois de plusque, forts de leurs droits et inéljranlu-. 
blés dans leur revendicalion, les travailleurs savent respecter la 
paix publique. 

« Le Comité fédéral romand, 

€ Le Secrétaire général: II. PERRET. 
« Genève, 13 juin 1870. » 



ET LK ,IACOniNI?ME. ill 



7° — Avis nu public. 



H La commission tle dirccUoii de la grùve générale a l'honneur 
d'avertir le public, ainsi que MiM. les propriétaires et architectes 
que, d'après la décision de l'assemljlée générale de toutes les sec- 
tions, les sections de métiers se chargeront d'exécuter tous les tra- 
vaux qui leur seront offerts, en traitant directement avec MM. les 
propriétaires et architectes, et sous la garantie collective des corps 
de métiers respectifs. 

On est prié de s'adresser au cercle du Temple- Unique, à la com- 
mission de direction siégeant en permanence de 7 heures du matin 
à 1 1 heures du soir. 

Au nom de la commission de la grève : 
f Le président, DAJLLY. 
a Le secrétaire, Antoine GO Y. 
« Genève, le 14 juin 1870. » 



8» — Manifeste du comité fédéral romand aux sections ro- 
mandes. 

.1 Travailleurs, 

Les circoustaaces graves par lesquelles nous passons depuis 
([uelques jours nous font un devoir de nous exprimer sans arrière- 
pensée sur la situation actuelle. 

« La grève générale que les entrepreneurs vous font su!)ir depuis 
deux semaines n'est pas encore arrivée à son terme ; des tentatives 
d'arrangement entre les parties intéressées ont eu lieu, en vue d'a- 
mener une prompte solution à cette crise. Vain espoir ! tout a échoué 
devant le mauvais vouloir et le parti pris des chefs de l'industrie 
du bâtiment. 

« Il est hors de doute que l'on veut traîner les choses en longueur, 
pour gagner du temps, dans le but de diviser les ouvriers, de las- 
ser leur patience et de les pousser à des actes violents ; donnerez- 
vous dans des pièges aussi grossiers? Nous ne le croyons pas. 
L'expérience des grèves précédentes doit vous démontrer claire- 
ment que les mêmes moyens seront employés contre vous et que 
vous avez devant vous les mêmes hommes, animés de sentiments 
haineux contre notre association, que tous les moyens seront em- 
ployés pour .xNÉANTHç notrc faisceau. 



372 L'INTERNATIONALE 

(( La fédération genevoise a nommé une commission de direction 
de la grève ; le mandat diflicile que vous lui avez confié, elle saura 
le remplir dignement, et vous devez la seconder dans sa tâche, 
afin qu'elle puisse mener à bien l'œuvre qu'elle a entreprise. L'opi- 
nion publique est pour nous, les sections non en grève et les 
sections amies vous appuieront énergiquement dans votre lutte ; 
votre comité fédéral secondera de son côté la commission de la 
g-rève, il ne négligera rien pour que vous sortiez vainqueurs de 
celte lutte, mais il doit en même temps vous rappeler qucds sont 
les devoirs à remplir dans une grève générale. 

« Nul ne doit agir isolément, quand une lutte est engagée, tout 
acte ou mesure prise en dehors de l'action collective est une faute 
qui peut compromettre le succès de la grève et porter un grave 
préjudice à l'existence même de notre Association internationale. 
La grève étant générale, aucune section ne doit et n'a le droit de 
prendre une résolution sans avoir consulté les autres sections in- 
téressées dans le conflit; toutes sont liées par les mêmes intérêts, 
et tout doit être fait solidairement. 

« Les comités des sections en bâtiment, qui ont une grande res- 
ponsabilité dans la crise actuelle, doivent veiller activement à ce 
qu'il ne se fasse aucune démarche irréfléchie ou un acte imprudent ; 
il est de leur devoir d'appuyer dans toutes les circonstances la 
commission de la grève. » 

« Travailleurs, 

« Nous n'avons jamais passé par une crise comme celle que nous 
traversons actuellement : tout dépend de vous ; que votre dévoue- 
ment et votre énergie soient à la hauteur des circonstances ; soyez 
unis en face du danger, et la cause s.era gagnée. 

« Le mandat que vous avez confié à votre comité fédéral, il le 
remplira énergiquement : représentant les intérêts de toutes les 
sections, il saura faire son devoir envers ceux qui veulent porter 
atteinte à notre association ; il rappelle aux sections en grève 
notre belle devise : 

« Pas de droits sans dévoilas, pas de devoirs sans droits. 

« Salut fraternel ! 

« Au nom du Comité fédéral romand, 

« Le président de la séance : ROSSETTI. 

« Le secrétaire général : H. PERRET. 

« Genève, le 25 juin 1870. « 



E'I LE JACODINISME. 373 

U" — Adresse uii.x ouvriers de Genève. 

(. Les ouvriers do la Chaux-dc- l'omis, dans une assemljléc po- 
pulaire, protestent contre la décision des chefs d'ateliers de l'indus- 
trie du bâtiment à Genève. En outre, ils décident d'appuyer mora- 
lement et matériellement la grève forcée de leurs collègues de 
Genève ; des collectes seront organisées dans toutes les sections. 

c Citoyens ouvriers, 

» Nous devons, pour aflirmer la solidarité qui doit unir nos so- 
ciétés ouvrières, donner une peuve éclatante de nos sympatliies à 
tout ouvrier tiavaillant i)our son développement matériel et intel- 
lectuel ! 

K Au nom de l'assemblée du lundi :20 juin. 

« Le président, Ulysse DUBOIS. »~ 

10° — Deux lettres de M. Amberny 

.1 la Commission de direcLion de la grève, au Temple- Unique. 

a Le 23 juin 1870. 
« Messieurs, 

« Je vous demande, en mon nom personnel et non comme mem- 
bre du comité d'initiative, de vouloir bien vous réunir aujourd'hui, 
après-midi, si vous pouvez m'admettre à cette conférence. 

« Je serai à votre disposition dépuis quatre heures. 

« Deux longues conférences entre les délégués des patrons et des 
ouvriers n'ont amené aucun résultat. Hier, cependant, il semblait 
qu'un pas fût fait vers un arrangement. 

« Il est certain que si, de part et d'autre, on persiste à ne vouloir 
rien céder, une solution amiable est impossible; et alors, nous 
voilà avec la perspective d'une grève de la fabrique, une grève 
générale. Ce serait un vrai désastre pour Genève, et la Suisse en- 
tière nous lapiderait. 

« Dans une question aussi grave, il faut examiner avec calme 
s'il n'y a pas une solution à adopter, à proposer au moins pour 
cette année, et ensuite on l'organiserait mieux pour l'avenir. 

« Il est nécessaire, messieurs, que vous examiniez froidement, à 
lui point de vue général et non en vue seulement de faire expier 
aux patrons la mesure désespérée qu'ils ont prise, s'il n'est pas 



374 L 1 N r E n N AI" 1 N A L I-: 

dans rintéivt, liieii entendu, des ouvriers de votre société d'ad- 
mettre (lueliiuos uiudificiilions aux iirétentions formulées pai- les 
ouvriers, alin de garder devant l'opinion i)niili<|uo une position qui 
vous altirc les sjnijtalliies de la j^ramle majorité ilf la population. 

t Sans doute, vous êtes indignés et vous vous révoltez contre une 
mesure qui atteint et fait souffrir tant d'innocenls. 

« Je compi'ends votre irritation contre les patrons, mais veuillez 
remarquer, messieurs, qu'ils ne sont pas seuls en eause, seuls in- 
téressés au mouvement de ce conilit. 

a Des intérêts plus graves sont en jeu. (l'est pourquoi je vous 
supplie de bien peser les résolutions définitives que vous prendrez. 

« Demain, il faut tenter un dernier effort pour mettre lin à la 
grève et couper court au mal trop grand qu'elle a causé. 

* Mais, croyez-moi, messieurs, préoccupez-vous un peu de l'opi- 
nion publicjue et du grand intérêt du j^ays à une conciliation entre 
ouvriers et patrons. 

« Pesez bien toutes les conséquences il'unc rupture des négo- 
ciations ; le préjudice serait incalculable pour l'avenir. 

« Agréez, messieurs, mes plus empressées salutations. 

« AMBEHNY. » 



.4 moiisicuv Auvergne, président do VAssociaLion des chois d'ate- 
liers de Finduslrie du bâtiment. 



» Monsieur le président, 

« Nous apprcnuns i^uc MM. vos collègues se réunissent en as- 
semblée générale aujourd'hui à cinq heures. 

u Pcrmeltcz-moi de faire encore une fois appel à vos sentiments 
d'humanité, à votre patriotisme, à votre amour de la paix et du bien 
du pays, et de vuus supplier de consentir à réduire la journée à 
10 heures de travail. 

« C'est ce qui se pratique à nos portes, en Frauee, dans votre 
industrie; nous sommes persuadés que si vous nous concédiez ce 
point-là, les travaux pourraient être immédiatement repris, sauf à 
laisser à une commission mixte le soin de régler pour l'avenu" et 
d'une manière complète, claire et précise, les rapports de pati'ons à 
ouvriers dans toutes les branches de l'industrie du bâtiment. 

c On ne peut pas i)révoir les conséquences de la rupture des né- 
gociations entre chefs d'ateliers et ouvriers. 

« Pendant qu'il en est encore temps, nous vous supplions d'adop- 
ter cette proposition parmi celles qui vous sont soumises. Nous ne 



ET LE JACOBINISME- 375 

pouvons pas vous exposer ici tous les motifs que nous avons de 
redouter les suites d'une lutte à outrance. 
« Agréez, etc. 

« Pour le comité d'initiative. 

« AMBERNY. » 
a Genève, 25 juin 1870. » 

11" Réponse à la lettre des patinons. 

« Messieurs, 

« Vous prétendez que l'affiche placardée lundi sur les murs de 
notre ville, attribue à votre dureté et à votre orgueil, sans parler 
de vos intérêts, votre refus formel d'accepter l'arbitrage, -proposé 
par l'assemblée populaire régulièrement convoquée et coustif.uéè. 

« Vous revendiquez, messieurs, les conventions de ISfiH et 1869, 
prétendant que n'importe quelle concession que vuus feriez aux 
ouvriers, serait une perte réelle pour vous, en regard des entre- 
prises que vous avez faites en vous basant sur lesdites conven- 
tions. 

« Mais, messieurs, il ne faut pas tromper le public à ce point, 
car, la saison que vous laissez passer avec vos chantiers fermés 
vous est bien plus préjudiciable qu'une diminution d'un onzième 
de journée de travail que vous auriez accordé aux ouvriers, qui ne 
vous demandaient rien. 

« Vous prétendez que les plâtriers-peintres ont abandonné leurs 
travaux à leur convenance quoique liés par les conventions de 1868 
et 69 ; mais ils n'auraient pas abandonné leurs travaux, si vous 
aviez satisfait à ces conventions que vous revendiquez aujourd'hui, 
après avoir déclaré en assemblée qu'elles sont incomplètes et que 
vous les avez rompues par la fermeture de vos chantiers. 

« Vous dites que l'on vous accuse de compromettre la paix du 
pays, et de sacrifier l'intérêt général : oui, messieurs, car il ne dé- 
pendait que de vous de circonscrire la grève des plâtriers-peintres 
et ne pas signer un pacte de famine envers les autres sections qui 
ne vous demandaient rien. Par ce fait vous avez sacrifié l'intérêt 
général, car tout le commerce souffre de cet état de choses. 

« Vous compromettez la paix publiqu'e, vous qui avez signé le 
pacte de famine, en faisant travailler sournoisement des ouvi'iers, 
pour qu'il arrive des conflits avec ceux que vous avez renvoyés. 
Quand on a déclaré une grève générale l'on doit avoir conscience 
de ce que l'on a fait et l'exécuter ; mais ce n'est pas votre fait. 

« Ce n'est donc pas une question d'organisation du travail, mais 
seulement un défi jeté à l'Association internationale des ouvriers : 



S7b I/INTKHNATIONALE 

pouvcz-vous, mossit'urs, coiitoslcr le droit do soliduiitù des osso- 
eiatiitns oiiviiùrcs, (juund vous signe/ voln; lettre au nom des co- 
mités ivunis do rnssocialion dos patrons? 

i Cessez donc, messieurs, vos scmijlants de bon vouloir cl dites 
ouvertement que vous no voulez pas absolument traiter sans que 
les ouvriers se rendent A discrétion, alors lo public sera dans le 
vrai et pourra comprendre la position. 

« Vous faites soi-disant des concessions depuis deux ans ; mais 
vous (pii comprenez si bien l'association, usez-en donc, afin de ne 
pas vous faire une guerre désastreuse dans vos soumissions, <le 
manière à ôtre obligés de spéculer sur la main-d'onivrc pour sortir 
avantageusement de vos entreprises. 

t Vous pictondez que si vous faites faire l.i reprise des travaux, 
il n'y aura rien de défini. Les ouvriers?, au contraire, 'iemandcnl une 
base généi-ale et solide afin que toules ces grèves finissent ; une 
base semblable existe dans la fabrique de Genève ; et la fabrique 
est tranquille, c'est un exemple : or, nous ne connaissons aucune 
société qui ait fait défaut aux conventions qu'elle a signées. 

• Mais, messieurs, vous no pourriez en dire autant, puisque par 
voire lettre du 29 juin 1870, signée de M. le président des chefs de 
l'industrie en bâtiment, vous vous faites l'organe de la dénoncia- 
tion de contrats réguliers, passés le 9 décembre 18139, entre MM. les 
patrons couvreurs et leurs ouvriers, il y a là un déni de justice 
que tout citoyen impartial saura juger. Nous ne craignons pas de 
dire qu'au lieu d'inviter toutes les industries qui gagnent avec les 
ouvriers de faire des sacrifices qui leur sont i)ro]jablemcnt impos- 
sibles, MM. les ])atrons auraient mieux fait de ne pas compro- 
mettre le petit commerce de Genève par la mesure exorbitante 
qui, tout en étant leur droit (nous l'avons reconnu publiquement), 
n'en reste pas moins un acte insensé et inhumain. 

t Agréez, etc. 

« DAILLY, prcsidenf, tailleur de pierres ; .\ntoine GOY, secré- 
taire, tailleur de pierres; DUPARC, Ircsorier, bijoutier; 
Charles (il ROD, bijoutier; BÂUMGARTNER, typographe; 
IIOFF.R. typographe; GROSSELIN, monteur de boîtes; TO- 
GNlKïri,Vaveur;STEINEl{, graveur. » 
Le 4 juillet, la commission de la grève jugeait nécessaire d'avi- 
ser le pul)lie sur l.i situation par l'afliehc suivante : 

Association inlcrnnlioiuilo des travailleur^;. 

Communication au public. 

« Nous venons encore une fois faire appel à l'espi'it de justice qui 
anime la nation dans le eoullit actuel et doiuier à jui,'er dos con- 



ET LE JACOBINISME. 377 

cessions que les ouvriers ont faites pour le bonheur et la paix du 
pays. 

<i L'assemblée nationale, tenue le 29 juin 1870, vota un arbitrage, 
afin de concilier les parties. Les neuf sections engagées ratilièrbut 
le le"' juillet le désir exprimé par cette assemblée et les arJjitres 
eux-mêmes acceptèrent la tàcb.e pénible qui leur était offerte. Tout 
jusque-là faisait prévoir que nous allions sortir de cette crise, 
pourvu ({uc MiM. les chefs de l'industrie du bâtiment fissent comme 
nous sacrifice d'orgueil et de dureté (nous ne disons pas d'intérêts) 
pour aplanir la difficulté. 

« Mais MM. les patrons refusent tout arbitrage (lettre de MM. les 
arbitres, 2 juillet 1870) et n'entendent reprendre les travaux qu'aux 
conditions 1808-1869, conditions qu'ils ont brisées en jetant les 
ouvriers hors des chantiers, et que, du reste, ils reconnaissent 
obscures et boiteuses sur certains points. 

« En outre, comment MM. les patrons pourraient-ils ouvrir leurs 
chantiers aux ouvriers du bâtiment, puisque ceux-ci, probablement 
au nom de la liberté individuelle, n'ont pas encoi'e réduit les plâ- 
triers-peintres à renoncer à leur juste réclamation? 

« Ayant épuisé tous les moyens de conciliation, en présence de 
ces faits, nous faisons appel à l'opinion publique, et nous déclarons 
que les ouvriers mis en grève par les patrons ne rentreront qu'à 
des conditions meilleures et mieux définies, pour que de nouveaux 
conflits ne se reproduisent plus. » 

La commission de grève. 

(Suivent les signatures.) 

12° — Adresse des ouvriers de la fabrique de Genève aux ouvriers 
du bâtiment. 

Considérant, 

Que la grève générale, décrétée par les chefs d'ateliers de l'in- 
dustrie du bâtiment, est une mesure arbitraire, et que rien ne peut 
justifier ; 

Considérant, 

Que celte résolution imprudente a été prise dans le but, nette- 
ment ari'ôté; de porter atteinte au droit d'association. 

Nous protestons énergiqucment contrp cette mesure, et nous dé- 
clarons hautement que nous défendrons le droit d'association me- 
nacé. Nous acceptons solidairement la gi'ève qui vous est imposée, 
et nous vous soutiendrons de toutes nos forces dans cette lutte in- 
juste, qui a pour but de vous réduire à la misère et de vous faire 
subir des conditions honteuses. 

En conséquence de ces faits, les ouvriel's de la fabrique d:* Ge- 
nève, pour venir en aide à leurs frères du bâtiment et les faire 



378 L'INTERNATIONAL K 

triompher dans colto crise, s'imposcronl, diiianl toute In grève, des 
(•(((is.itioMS on souscriptions l'xliJiuniinains. 
\n nom ilo l'Assemblée : 

Le socrctairo : CiiAni.i.s (iKnlKlF.S. 

Lv ini'siJonL : Lotis .NLMITIN. 

13" — Avis ilo In Conioiission nowniéc jmr fAsscniblce générale jour 
organiser les souscrijilioiis. 

Gon.vc, le 18 juin 1S7(). 

Har d(^oision de l'assemblée de la fabricpie, les listes de souscrip- 
tion pour venir en aide aux ouvriers mis en grève par les chefs 
d'atelier de l'inciuslric du bàliment, seront déposées dans les prin- 
cipaux établissements ainsi que dans tous les ateliers. 

Les ouvriers i)ensent que chacun s'empressera de concourir à 
cette œuvre humanitaire; ayant toujours fait leurs devoirs ctré|>ondu 
aux appels de fonds pendant les ilésaslres de toute sorte dont le 
peuple suisse a été victime, il est du devoir de tous de répondre à 
l'ajjpel que nous adressons à la population. 

1 i° — ^1 Messieurs les ouvriers de J'indiislrie du Ijûtimcnt. 

Genève, le 15 juin 1870. 

Les soussignés, 

Préoccupés des graves conséquences de la suspension générale 
des travaux de construction dans le canton de Genève, et désireux 
de contribuer de toutes leurs forces, avec la plus entière impartia- 
lité au rétablissement d'une entente sincère entre patrons et ou- 
vriers, non-seulement dans leur intérêt i>arliculier, mais poui* le 
bien général. 

Déclarent, de leur propre initiutive, offrir à M>L les ouvriers et 
patrons leurs bons offices, aux fins d'une conférence qui aura lieu, 
si elle est acceptée de part et d'autre, au foyer du lliéàlre, samedi 
prochain, IHJuin 1870, à trois heures précises après midi. 

Le nombre de sept délégués de chaque côté semblerait suffisant, 
sauf meilleur avis des parties intéressées. 

Messieurs les ouvriers et patrons sont instanuuent priés de bien 
vouloir se rendre à cette invitation, avec le désir de trouver une 
solution équitable pour ramener la bonne harmonie entre eux, sans 
nul froissement pour leur dignité personnelle. 



ET LE J ACOniNISME. 379 

Les soussignés s'estimeraient heureux, s'ils pouvaient ai'.ler à 
l'apaisement de ce grave conflit. 

Tout l'honneur en reviendrait à l'esprit de justice qui sait aiiinicr 
les uns et les autres. 

AMBERNY ; REVlLLIOlJ ; G. DUCHOSAL, D-. 

.1 Messieurs Ambcvny, Rcxilhod et D'' Duchosal. 

Genève, le 16 juin 1870. 
Messieurs, 

En réponse à votre honorée d'hier, nous venons vous informer 
que nous acceptons l'offre que vous nous faites, mais pour samedi 
à sept heures du soir, où vous le Jugerez convenable; seulement, 
afin d'éviter tout conflit personnel, nous vous informons que l'as- 
semblée des trente et une sections a nommé dimanche dernier une 
commission ayant pour titre : 

Commission de direction de la grève, dont voici les noms et la 
lu'ofession de chacun : 

Dailly, président, tailleur de pierres. 

Goy, secrétaire, 

Duparc (Alexandre), trésorier, bijoutier. 

Grossclin, (Jacques), monteur de boîtes. 

Girod (Charles), bijoutier. 

Steiner, graveur. 

Baumgartner, typographe. 

Hofer, » 

Tognetti, graveur. 

Veuillez donc, messieurs, faire savoir à messieurs les pa- 
trons que c'est avec ces personnes qu'ils auront à traiter, et nous 
communiquer les noms des neufs patrons délégués au même 
effet. 

Maintenant, messieurs, nous venons de la par: de la Société inter- 
nationale tout entière vous remercier de la démarche que vous faites 
pour la tranquillité du pays, et il est de notre devoir de vous dire 
ceci : 

Peu importe à la commission de la grève la durée qu'elle peut 
avoir, dût-elle durer indéfiniment; nous ne ferons nous-mêmes 
aucune démarche préalable vis-àvis des patrons; ce sont eux 
qui ont déclaré la grave générale en signant un pacte de fa- 
mine, chose la plus odieuse qui puisse se iaire à la honte d'un pays 
républicain ; c'est donc à eux de faire cesser la grève. Quant à 
nous, notre seule conduite est d'organiser le travail, d'envoyer à 
l'étranger tous les ouvriers que l'on nous demande et de suivre 



8»» l/INTKHNATIONALl!: 

uoiro pn»;^; ainmo «vei- Iraïujiullilu et avec la dignilc iriionnûtes 
nii\ riers. 

Kn outre, messieurs, nous «Icclarons qno, puisque les patrons 
nous (lonnont le droit d'aj^'ir d(i notre force, eu dc}5'aînanl i'êpée 
contre nous, cf nous la tcndcul par la poignée, nous soiiiincs décidés 
à leur laisser la lame dans la main. l''assc l'anioui" du pays que 
votre diMuarclic amène un résultat satisfaisant pour le pays et que 
vous ayez l'hounour d'atténuer la houle que notre république sup- 
porte pai" lo jtacte irrélléchi que quelques hommes ont eu la mala- 
dresse de siguoi'. 

Agréez, messieurs, nos sahilations empressées et nos rcmcrcî- 
ments. 

Au Mipiii de la commission de dircrtiou de la grève, 

Lo jiri'sidont, IJ.VILLY. 
Le seci'vtnirc, GOY. 

PIKCE /: 

LKTTRES UU COUItKSPONDANT DE LA GOMMrSSION FÉDÉRALE LYONNAISE 
A C.UU-LAUME DE NEL'CHATEL SUR LA SITUATION DE LA SKCTION APRÈS 
LES POURSUITES DIRIGEES CONTIIE SES MEilURES. 



Lyon, le 2i mai 1870. 

Mou cher Guillaume, notre commission administrative et de ré- 
daction a toujours été inquiétée par des arrestations partielles jus- 
qu'au 21 mai , et il n'y a que la commission de répartition des 
secours aux prisonniers et à leurs familles qui ait fonctionné régu- 
lièrement. Sur vingt-cinij citoyens arrêtés ou fugitifs, il n'en que 
quatre en prison en ce moment. Ce sont : Albert Richard, Palix, 
Louis Martin et Dumartheray. 

Le 21 mai, après avoir mis en liberté quatre de nos amis, on en 
a amené onze de Vienne ', de Givors et de Saint-Etienne; ne trou- 
vant pas le complot à Lyon, on le cherche ailleurs. On a amené ces 
braves citoyens à Lyon, la chaîne au cou et les mains liées. Au 
bout de trois jours ils ont remis en liberté les trois qu'ils avaient 
amenés de Saint-Etienne. 

Depuis quehiues joui-s que nous sommes un peu tranquilles, la 
commission fédérale a repris son travail. Tout lo monde est plein 
de courage et de persévérance. Les citoyens arrêtés à Saint-Étienue 

\ Mensonge 1 aucune arrestaliun ne fut opérée ni à Vienne ai à Civors. 



KT LE JACOBINISME. 3S1 

sont venus nous dire adieu en passant. Ils sonl pleins de courage 
et de persévérance de voir prospérer la fédération, et cette pre- 
mière persécution n'a fait que les affermir davantage. 

Il y a ici en ce moment quelques ouvriers qui voudraient créer, 
en dehors de notre fédération, un groupe qu'ils appellent chambre 
syndicale locale. Je jiense qu'ils ne créeront rien du tout. A leur 
réunion qu'ils ont tenue à la Rotonde, il n'y avait presque personne, 
lie sont les menées de Schettel, Chanoz, Vindvy et Consorts, lesquels, 
vous le savez, ont été exclus de F Internationale comme suspects, ils 
ont profité de ce qu'on nous persécutait pour faire- un coup à leur 
façon. On s'en inquiète peu. Les travailleurs comprennent le prin- 
cipe de la solidarité, et rien ne peut les détacher de la grande fa- 
mille internationale. 

J'ai vu l'acte d'accusation contre Ghol, que lui a remis le juge 
d'instruction, lorsqu'il est sorti de prison. Il n'y a aucune charge 
grave. Ils ne sont accusés que d'avoir fait partie d'une association 
illicite ayant son siège à l'étranger. Quant au complot, pas un mol. 
Je pense qu'ils ne seront pas jugés. Le bruit court d'une amnistie 
qui arrangerait tout. 

Lorsque nos amis de Saint-Etienne ont quitté la prison de Per- 
rachc, ils ont laissé nos amis Richard et Palix bien malades. 
Pour la commission fédérale, 

Le se«rétaire correspondant, 

Signé : CHARYET. 



II 



Lj'on, le 23 mai 1S70. 

Mon cher Guillaume, tous les détenus ont subi des interroga- 
toires tout à fait minutieux. 11 y a eu deux fournées de mises en 
liberté provisoire. La première, sous prétexte que ceux qui en bé- 
néficieraient étaient moins coupables que les autres; la seconde, ne 
s'appliquant qu'à des pères de famille, et comprenant Chol, BlanC; 
Bourseau et Marmonnier. 

Richard est décidé à se défendre lui-même et il a raison. Il a in- 
vité Blanc à en faire de même, mais ce dernier est encore en sus- 
pens à ce sujet. Presque tous les autres ont choisi des avocats. 

D'après le résultat des interrogatoires que nous ont racontés ceux 
qui sont sorlis dernièrement, les juges ont été battus à plate cou- 
ture. Ils ont cherché chez nous d'abord le soi-disant complot, puis 
une société secrète. Enfin il ne reste plus debout que l'accusation 
d'association illicite, qui sera coulée comme toutes les autres l'ont été 



»<-• 1/ l N r K II N A T 10 N A L K 

sui'cossivcmonl. On n'a qu'il dire la Yrrilà, personne no s'oiuhroiiiUf, 
rt Jos jiiifi'S sont bttllus nvec leurs propres ;irni<-s. Eu déliuitivc il s 
sont jiliis emhOtrs qur noits. 

\jV jugement doit ùlrc rendu le 2 juin.ù moins que l'avocal de nos 
ami.s ne demande une pron)gnlion pour étudier les dossiers qui 
sont énormes. 

Les internatimiaux de Saint-Quentin viennent d'être eondanuiés, 
l'un à ijuinze jours do prison, deu\. autres à ti'ois mois, et le qua- 
trième à un an. {Ca dernier heureusement n'a pu être arrêté.) Il os' 
vrai qu'on leur imputait de plus qu'a nous le délit d'excitation à la 
haine des citoyens les uns contre les autres; mais cela devrait, .selon 
moi, donnera réllf'cbir à nos amis, tout décidés qu'ils sont à se pré- 
senter au jny:einont. 

Notre fédération se développe de plus belle, et l'emprisonnemen 
fie nos amis n'aur.i servi qu'à faire discuter nos principes jtar beau" 
coup d'ouvriers qui ne les connaissaient pas; et vous savez, en ma- 
tière sociale ouvrière, avec quelle raison on peut dire : de la dis- 
l'ussion jaillit la lumière. Aussi le succès de nos principes es' 
nssuré à Lyon. 

Pour la commission fédérale de Lyon : 

Le Secrétaire correspondant, 

Sirjné : CILVIU'ET. 

authf:s documents relatifs a l'activité déployée par les membres 

DE I^ fédération LYOXNAISK. 

Association internationale 
des travailleurs. Lyon. 
Comiiiission d'initiative 
1870. 

« Lyon, 18 avril 1870. 
« Mon cher Guillaume. 

I La fédération ouvrière lyonnuise ser;i bientôt définitivement et 
solidement constituée. Plusieurs des corporations adhérentes ont 
déjà accepté officiellement le projet de statuts propose. D'autres 
corporations, qui étaient jusqu'ici restées étrangères au mouvement 
socialiste, commencent à s'organiser. Les teinturiers, entre autres, 
qui sont très-nombreux, paraissent en bonne voie. Les tisseurs font 
de grands pas du côté des masses internationales. A Saint-Etienne, 
il y a eu, le 10 avril, à la rotonde Saint-Charles, une réunion pu- 
blique de plus de deux mille personnes appartenant, pour la plu- 
part, à la corporation des passementiers. Les citoyens Louis Martin 
et Albert Richard, qui avaient été délégués par la commission fé- 
dérnle de Lyon, ont exposé, aux applaudissements do l'assemblée 



ET LE .IAC0BINI6ME. 388 

les principes et les moyens d'action de l'Association internationale 
des travailleurs, et l'on a adopté, séance tenante, le projet de former 
une société de prévoyance et de solidarité des passementiers sté- 
phanois, adhérente à l'Internationale. 

<r Nous avons encore quelques grèves qui ne sont pas complète- 
ment terminées. Néanmoins, des souscriptions ont été et sont en- 
core ouvertes à Lyon pour les ouvriers du Greuzot. 

« Notre mouvement se propage sur plusieurs points des environs 
de Lyon, et des sections rurales sont en voie d'organisation. L'échec 
même de la candidature Fonvielle contribue à développer le socia- 
lisme. On reconnaît de plus en plus l'inutilité de tous les mouve- 
ments politiques. Faire de la politique, c'est nous placer sur le 
terrain de nos adversaires et nous mettre par conséquent à leur 
merci. 11 n'y a pas de suffrage universel possible, il n'y a pas de 
liberté possible avant la révolution sociale. Préparons-nous donc 
pour la faire, et pour cela, jetons les bases de la solidarité ouvrière, 
locale, corporative, régionale, nationale et internationale. C'est le 
seul travail séineux pour le moment. 

« Mes cordiales salutations, 
« Albert RICHARD. » 



Lettre d'Albert Richard, k Guillaume de Neuchâtel en date de Lyon 
duSO avril 1870. 



« Mon cher Guillaume, 

« La Commission fédérale ouvrière dj Lyon organise pour le 
8 mai une grande assemblée générale publique avec un prix d'en- 
tré de 0,25 par personne, au bénélice des ouvriers du Creuzot, con- 
damnés ù Autuu. Cette assemblée servira en môme temps à annon- 
cer officiellement la formation déiînitive de la fédération avec les 
corporations ouvrières suivantes : vine société de tisseurs, la so- 
ciété des peigneurs, celle des graveurs, des apprêteurs de tulles, 
des apprêteurs d'étoffes, des tuUistes, des passementiers, des ta- 
pissiers, des verriers, des doreurs, des teinturiers en chapeaux, des 
marbriers, . des sculpteurs, une autre société de tisseurs, celle 
des tanneurs, des tailleurs de piei*re, des chapeliers, des chauffeurs 
machinistes, des menuisiers, des cordonniex^s et des peintres-plâ- 
triers. 

« Plusieurs autres corporations qui n'ont pas encore achevé 
de s'organiser et qui ont encore un certain travail à faire pour cela, 
adhéreront à la fédération après l'assemblée générale. 

« Il va sans dire que cette assemblée sei'a en outre un moyen de pro- 
tester contre le fameux plébiscite. Nous protesterons ainsi À notre 



384 I.'INTKHN ATInN AI.K 

fnvon ol on nous i>l;i{-ant sur un Irmiin très-diffi-rcnl île celui (l< > 
drmocrntoa politiques, lilu'mux et rndicnux. 

Dimanche dernier, la oommission féilérnlc à iléléguô à Givors les 
citoyens Chol el moi. Une i-éunion gàncrale îles ouvriers verriers, 
lie Cïivors, a eu lieu sous l'impulsion fies verriers «le Lyon, \Çt\ ci- 
toyens environ avaient répomlu à l'appel. Vienne avait envoyé 
li) (lôlcgués et Vei-naison \. C.lioi et moi avons expose les intentions 
et les principes de l'Internationale au milieu de l'enlhoiisiasme una- 
nime des nouveaux eompaf^nons givordins. 

« Les citoyens Sclicefer, verrier de Lyon, el Ilencoin, verrier de 
Vienne, ont appuyé en traitant les ((ueslions plus si)ccialement rela- 
tives à la corporation des verriers. Une commission de II mem- 
bres a été nommée, séance tenante, pour élaborer un projet de sta- 
tuts de société de prévoyance des verriers de Clivors, adhérente à 
la fédération lyonnaise et par conséquent à l'Internationale. 

« Le même jour, il y avait à Lyon (pKitre autres réunions de cor- 
porations adhérentes <à rinlernalionale. 

« La commission fédérale était représentée auprès des chapeliers 
par les citoyens Blanc et .\rlhur .Martin, auprès des verriers par 
les citoyens Busqué et Ubaudi, auprès des charpentiers par les ci- 
toyens Palix et Arthur Martin, et auprès des teinturiers par Richard 
père. Toutes les semaines nous avons des réunions '. 

« Recevez notre salut fi-atemel. 

« Siçinô : A RK^IIARL). >- 



PIECE g. 

o Neucbàlel, le 13 juill-'l 1.^70. 

« Mon cher Palix, 

« J'ai déjà envoyé plusieurs lettres ù Lyon, mais pour plus de sû- 
reté el de rapidité dans les communications, je vous envoie encore 
celle-ci. Dans ces lettres que j'ai envoyées il y a des bouts de billets 
pour nos amis. J'y explique et je vais encore vous expliquer l'our- 
quoi j'ai cru devoir me retirer à l'étranger. 

« Le par({uet de Lyon m'a placé dans une impasse; en alteudant 
le jugement de Paris, il a semblé monirer qu'il a l'inteulion île se 
baseï- sur ce jugement qui condamne si.\ de nos amis à un an de j^ri- 
son. Il vous force même à réclamer une conila;nuation égale pour 
aflirmcr la solidarité qui lie tous les internationaux. D'autre part, 
il m'a été affirmé ({ue des ordres spéciaux avaient été ilonncs à 
mon endroit. 

\ Voir page 530, d'autres documents relatifs à la fédération lyemnalse. l'iice w 



Kl LE J ACODIMï^ML;. .j8D 

■( Dans une telle situation, je suis condamné d'avance et je ne puis 
me défendre, car cela ne servirait à rien. .l'ai donc pensé que pour 
me procurer des renseignements là-dessus et pour délibérer mû- 
rement, il fallait d'abord que je me mette en lieu sur. 

« J'ai écrit à M. le procureur général s'il peut me prouver : 1° le 
parquet de Lyon ne peut nullement être influencé par les décisions 
du parquet de Paris ; 2" il n'y a pas eu d'ordre d'en haut me con- 
cernant; si surtout nos amis sont toujours résolus à se présenter 
au jugement, je reviendrai à Lyon et j'accepterai les débats. 

« Dans le cas contraire, je me considère comme près de tomber 
dans un piège, et je l'éviterai en restant en exil. 

« Donnez-moi, je vous prie, des renseignements sur tout cela. 
Dites où je suis le moins possible. Voici mon adresse en ne met- 
tant mon nom que sous enveloppe : M. Vincent Dumermuth, horlo- 
ger, rue Saint-Maurice, 15, à Neuchàtel (Suisse). Répondez moi tout 
de suite; dites-moi où en sont les affaires et ce que l'on fait à 
Lyon. 

« Si le parquet de Lyon se montre raisonnable, je vous autorise à 
demander pour moi la remise des débats afin que si je dois y assis- 
ter je puisse ai'river et me préparer. 

« Je vous prie de vite faire passer par l'intermédiaire de Dupuis ou 
d'un autre la lettre ci-jointe à mon père. 

« J'attends votre réponse. 

« Albert RICHARD. « 



PIECE h. 



PROGRAMME DU PARTI PROLÉTAIRE DEMOCRATIQUE SOCIAL ALLEMAND '. 

1. Le parti social démocratique des ouvriers poursuit l'établis- 
sement d'une république. 

n. Chaque membre dudit jiarti s'engage à tenir de toutes ses 
forces aux principes suivants : 

1° L'état social et politique actuel est injuste au plus haut degré 
et doit être combattu avec la plus grande énergie. 

2" La lutte pour la délivrance des classes travailleuses n'est pas 
une lutte pour des privilèges de classes, mais bien pour les mêmes 

1 La formation de ce parti est due à l'initiative de Guillaume Liebkneht, rédacteur 
du Volktaat (états du peuple) a Leipzig, et Bebel (Auguste), ouvrier tourneur de la 
même ville, tous deux actuellement membres du parlement allemand. 



, 



38C L'INTKKNATIONALE 

• lioils (ogaux), les mônics devoirs et pour l'aholifioii ili- totilo <lo- 
niiuatioii do classe. 

3° La déiieiulaneo ecouoniiquo du Iravailleur vis-ù-vis (lu rapita- 
lislo constituant la huse do l'esclava^jo sous toutes les fornuîs, lo 
liarti social dôniocratiipio des ouvriers tond pour cela au produit 
l'.omplet du travail ou faveur de chaque travailleur, par l'abolition 
du ^'cnro actuel do proiluction (salariat), et par l'introduction de 
l'association coopérative. 

A" La liberté i>ulitiquo est la condition absolue pour la délivrance 
économique des classes travailleuses, l'ar conséquent, la question 
sociale est inséparable de la question politique; sa solution (celle 
de la question sociale) n'est possible que dans l'état démocratique 
(république). 

5° Considérant que la délivrance politique et économique de la 
classe ouvrière ne sera possible que quand celte dci-nière marchera 
i-n rangs serrés vers le combat, le parti ouvrier démocratique et 
social se donne une organisation unitaire, laquelle cependant laisse 
à chacun de ses membres la possibilité d'exercer son influence 
pour le bien-être de la nation. 

60 Considérant que la délivrance du travail n'est une tâche ni locale, 
ni nationale, mais sociale, qui concerne tous les pays de notre société 
moderne, le parti ouvrier démocratique social se considère comme 
une branche de l'association internationale des travailleurs dont il 
seconde les tendances autant que les lois sur les réunions le per- 
mettent. 

III. Les demandes qui sont en premier lieu à obtenir par la pro- 
pagande du parti démocratique et social sont : 

1° Concession du suffrage universel direct et secret, à tous les 
hommes dès l'âge de ^U ans pour l'élection du parlement allemand 
national, des corps législatifs de tous les pays composant la confé- 
dération germanique, des représentations de provinces, de com- 
munes, etc. Les représentants élus doivent être rémunérés conve- 
nablement. 

2" Introduction de la législation directe par le peuple {rcfcrenduni 
et veto). 

S" Suppression de tous les privilèges de classe, de propriété, de 
naissance et de confession. 

4° Etablissement d'une milice nationale à la place des armées 
permanentes. 

50 Séparation de l'Eglise, de l'Etal et de l'école. 

6" Instruction obligatoire et gratuite dans les écoles primaiies, 
ot enseignement gratuit dans tous les autres établissements d'in- 
struction publi({ue et supérieure. 

1" Indépendance des tribunaux et des cours de justice, introduc- 
tion du jury et «les tribunaux d'arbitrage pour choque métier, 



ET LK JACOBINISME. 387 

procédure publique, vorhale et gratuite dans lous les procès. 

8° Suppression do toutes les lois sur la presse, les réunions et 
les coalitions, introduction de la journée normale du travail, res- 
triction du travail des femmes, défense du travail des enfants dans 
les fabriques, et suppression de la concurrence que font au travail 
libre les prisons et les ))a£''nes. 

9" Suppression de tous les impôts indirects et leur remplacement 
par un impôt direct et progressif sur les revenus et les héritages. 

10° Encouragement par l'État des sociétés de production coopé- 
ratives et crédit d'État pour lesdites sociétés, sous des garanties 
démocratiques. 



PIECE y. 



i.A PROPAGANDE DANS LES CAMPAGNES ET LE RESULTAT DU PLEBISCITE. 



« Pourquoi s'effrayer tant du vote impérialiste des campagnes ? 
Est-ce que l'on aurait pu s'attendre, en bonne conscience, à un 
autre résultat? Avons-nous, ouvriers et artisans des villes, fait 
notre devoir envers les campagnes ? Pendant que les villes se 
groupaient et s'organisaient , avons-nous songé à porter notre 
propagande dans les campagnes ? 

« Ne subissons-nous pas plutôt les conséquences de notre propre 
insouciance, de notre oubli, — involontaire peut-être, inconscient, 
bien paixlonnable au milieu de toutes les odieuses persécutions, 
que nous avons à subir, — d'accord, mais le fait ne reste pas 
moins, et l'oubli s'appellera toujours l'oubli. Nous sommes fiers du 
développement rapide de nos forces, et en effet il y a de quoi être 
fier, de quoi se réjouir et se glorifier quand on peut constater cet 
immense et vigoureux épanouissement des principes socialistes et 
de l'organisation internationale, qui s'est effectué dans l'espace de 
quelques années. 

« Mais, par le nombre, nous ne formons pas encore la majorité 
des masses ouvrières, car auti'ement la révolution serait déjà faite 
et le système actuel serait balayé de fond en comble ! Nous ne 
sommes pas encore la majorité, mais nous sommes déjà sûrs de 
devenir cette majorité et, plus même, — la totalité des masses 
ouvrières, car la réalisation de nos principes est de l'intérêt gé- 
néral, de l'intérêt suprême de tous les travailleurs, et notre orga- 
nisation présente des avantages immenses à tous ceux qui souffrent 
et qui sont deshérités. 

« Que devons-nous donc faire pour accélérer la marche de la 



388 I.'INI l-.HNATIltNALK 

révolution sociale, di' la rfor^janisation inlr;»ral(' «les rapports cl 
ili's rhoses? 

• Porlor iiolro propagandt' partout, dans tous les coins (djscurs 
du monde travailleur, pour appelfV les masses du monde entier à 
nous ; introduire notre organisation internationale, nos sections, 
nos caisses do résistance, nos assemblées, partout où l'homme est 
réduit à l'état do machine, où l'ùtro humain n'est considéré que 
comme un outil l»on à exploiter à la jdus grande gloire des 
patrons ! 

« Kt puisque nous sommes groupés dans les villes, allons 
porter notre drapeau international dans les cuinjtaijncs. Ne dites 
pas que cette propagande serait infructueuse ou impossible, car 
c'est précisément la propagande socialiste qui s'adapte le mieux à 
l'état des campagnards. Le campagnard, le paysan comprendra 
trcs-bien tout ce qui touche à ses intérêts; car il est aussi las de 
souffrir toujours la misère. 

« Ne croyez pas qu'il s'effrayerait de la propagande des principes 
collectivistes, de l'idée de la propriété collective du sol. Nous 
pouvons constater avec joie l'exemple que nous a montré récem- 
ment encore le manifeste de J.-l'h. I5eker, adressé aux campa- 
gnards. Ces hommes l'ont parfaitement compris et ils ne deman- 
dent pas mieux que de nous entendre, quand nous savons leur 
parler un langage compréhensible. 

' Il lauileur dire que l'Internationale veut : 
» (Jue tout individu Jouisse des produits de son travail ; 
« Oue la terre, n'étant la propriété de personne, n'appartienne qu'à 
ceux qui la cultivent, comme aussi les usines, les mines, les chemins 
de fer, etc., n'apppartienuent qu'à ceux qui les rendent utiles et qui 
les exploitent par leur travail, et non à ceux qui n'exploitent que 
le travail d' autrui ; 

« Qu'elle proclame en même temps que ni le sol, ni ces usines ne 
peuvent appartenir à un individu quelconque, mais bien rester en 
possession collective de tous les travailleurs, autrement les petits 
propriétaires du sol morcelé ne pourraient pas soutenir la concur- 
rence des grands capitalistes qui liniraient de rechef par agglo- 
mérer entre leurs mains toute la propriété terrienne, et partant do 
là, feraient arbitrairement la loi au marché de toutes les matières 
premières. 

« Quand l'homme aura saisi cette simple idée, il comprendra faci- 
lement que le système actuel, avec sa féodalité industrielle, pro- 
tégé par le militarisme, doit être non soutenu, mais démoli, et cet 
homme deviendra un ardent apùtre de la nouvelle loi du travail 
[)armi ses frères et su:!urs. 

« Avons-nous assez fait de cette propagande, et en sommes-nous 
déjà fatigués, pour désespérer des campagnes? 11 est vrai que 



ET LK JACOBIN ISMK. ■'^■'' 

la vaillante Marseillaise a tenté de faire la propagande dans les 
campagnes, et nous sommes sûrs qu'elle a fait beaucoup de bien, 
mais elle n'a pus pu poursuivre assez longtemps son œuvre, et sa 
propagande est venue trop tard pour contrebalancer l'effet des in- 
trigues de la bourgeoisie, devenue bonapartiste. 

« Et cependant les grèves qui ont surgi récemment dans les cam- 
pagnes près de Lyon, les grèves qui comptaient plus de 1,000 cam- 
pagnards, ne prouvent-elles pas d'une manière éclatante que la 
campagne ne veut pas. rester en arrière, et qu'elle ne demande 
qu'à se joindre au mouvement universel du monde des travail- 
leurs ! 

« Et si nous nous rappelons l'histoire , — la date néfaste 
du 2 Décembre 1851, —que faisait alors la campagne ? Est-ce 
qu'elle ne s'est pas levée à main armée pour défendre la répu- 
blique contre le coup d'État impérial? Ni la résolution, ni l'énei'gie 
ne lui ont manqué alors ; elle pactisa avec la mort, avec la prison, 
et avec Cayenne avant de pactiser avec le "2 Décembre, et elle ne 
vota pour l'Empire que lorsqu'on la persuada que l'Empire s'éle- 
vait sur les ruines d'une conspiration royaliste et bourgeoise ; — 
autant vaut l'un que l'autre ! Et si la campagne était pour la Répu- 
blique, c'est que dans la République elle croyait voir son éman.ci- 
pation économique, tant de fois promise et tant de fois escamotée. 

« N'oublions pas aussi que ce qui contribua puissamment à ce 
soulèvement spontané des campagnes, — ce fut la propagande so- 
cialiste semée partout durant deux années consécutives. 

(Égalité, 28 mai 1870.1 



PIECE J. 



REPUBLIQUE FRAÇNAISE. — COMMUNE DE LYON, 



Lyon, 24 septembre. 
Le conseil municipal, 

Considérant : 

Que le 4 septembre, en face de la France envahie, de l'armée 
française livrée à l'ennemi, 

La ville de Lyon a proclamé la patrie en danger et en a arboré 
le signe ; 



fm l'intkhnationam: 

C.oiisidéront : 
Que le péril est plus {^ranâ que jamnis. 

Uél ibère : 
I^e si;,'iiiil (le 1.1 pairie en ilanj^er restera arboré sur l'holel lif 
ville, jusqu'il co (juo le péril ait eessé. 

En niaiutonantcesifçne, la ville do Lyon n'a jamais son^jé à dé- 
savouer le drapeau national, sous lo»iuel les Hls du pays combullenl 
pôur riudéjjendance du sol français'. 

(Citoyens, 

Pas de division. — Debout et aux armes ! 

SAUVONS LA PATRIR ! 

Lo ))rôsiilcnt, IIKNON. — Los vice-présidents, 
HAGOT, GIIEPIÉ. — Les secrêluiro^, 
MAYNAUD, JACQUI. 

l'IKi^E /,-. 

HKPUHLIQUE FUAXr.VISE. — i:0MMUNK UK LYON. 

Les malheurs de la patrie nous dictent notre devoir. Nous décré- 
tons immédialemenl la décliéance de l'Empire, la proidamation de 
a HépubliquL! et l'armement de la nation. 

Comilv jjrovisoire do sulal public : 

Ch. BEAUVOIR ; CURDELET; L. GHAVEROZ ; MOUSSY ; 
Em. VOLLOT; REIGNIER; GROS; GRIFFE ; TARRE: 
SOURRAT; RONNET; FOURNIER; LÛJdBRAlL. 



PIECE /. 

DOCUMENTS (tÉXKUAUX RELATIFS AUX SECTIONS PARISIKNNEs. 

Association internationale des travailleurs. 

c Gne section adliérenle au groupe oonlral. les travailleurs réunis, 
se constitue à Ratignollcs. 

1 1.0 ciilu- du tli.iiMMii roufc'o avail élé poussé si loin, que lo citoyen Uaudy, se- 
crélaire général île la police, n'Iiésila pas à faire urrOtrr un individu (|ui avait 
refusé de porlor les armes deviml lo drapeau rouge. Téiunin le document suivant : 
a IlÈPUBLiyUE niA.NÇAISE, suus-rnmilé dex interiUs pithlux. — Ortirr ilf ganter ;//.»•. 
i/H'(i \ lieun-t If iiommé h'tirrr, courv de Riosaei, 33, qui n rrfusi- ilf pnrlir In nrmêi 
•lei'diil le DP.AI'EAU Kni:(;K. — Siiinr : HAinV. — l.yon, le il seiileinbre iHTû- 



ET LE JACOBINISME. 391 

« Nous appelons à nous les ouvriers de notre quartier qui veulent 
l'équité dans les rapports sociaux. 

« Le siège provisoire est chez le citoyen Légalité, rue de 
Naples, 40, et les demandes de renseignements et les adhésions sont 
i^ecues le mercredi de chaque semaine, de 7 à 40 heures du soir. 

« Le secrétaire de section, 

« L. LEMAIRE. » 

[Marseillaise, 6 février 1870.) 

Association internationale des travailleurs. 

'< Une section de l'Association internationale est constituée à 
Vaugirard. 

i Nous invitons tous les citoyens sympathiques à l'œuvre de 
solidarité universelle qui doit unir tous les travailleurs à nous ap- 
porter leur concours. 

« Les renseignements seront donnés et les admissions reçues 
chez le correspondant provisoire, rue de Vaugirai'd, 289. 

« Le correspondant, 

.( A. COMBAULT. . 

(Marseillaise, 21 janvier 1870.) 

SKCTION DE LA MAISON BLANCHE. 

« Nous prévenons qu'une section de l'Internationale a été consti- 
tuée sous la dénomination de section de la Maison-Blanche. Nous 
invitons tous les citoyens désireux de faire triompher l'œuvre de 
revendication sociale à nous apporter leur concours. 

« Les adhésions sont reçues tous les mardis soir au local de la 
section, chez le citoyen Passedouet, 163, avenue de Choisy (quartier 
do la Maison-Blanche.) 

« Le secrétaire correspondant, 

« PASSEDOUET '. » 

(Marseillaise, 13 avril 1870.) 

« Paris, le 20 avril 1870. 

« Une section de l'Association internationale est en voie de for- 
mation dans le quartier des Ecoles. 



i Passedouet, journaliste, ex-rédacteur du Corsaire, du Satan, de la Misère du 

Père Jhtchène, etc. 



:«>i I/INTKHNATIONALK 

rt Lesadliùsions sunl reçues tous les jours, dt* 10 heures à -1 lieun-s, 
rue Saiiil-Jncques, IKI. 

a La coinmissiou d'iiiili.ilivc : 

« PIKRON, typographe; FIîADIN, iustrunients do tdiirurgie ; 
SEBOUli, élève on phiirmacie. » 



« Les inoinbrts de l'Association inlornationale (section de Vaugi- 
rard) sont prévenus que le siège délinitif est situé rue du Théà- 
ti'o, 10, à Grenelio. 

< Les réunions ont lieu tous les mercredis à .S lieures. 
« Tous les soirs, de 8 à 10 heures, et le dimanche, de 10 heui-es ù 
midi; un membre de la section se tiendra au siège social pour re- 
cevoir les adhésions et donner tous les renseignements. 

■' Le secrétaire correspondant, 
« A. COMUAILT. .. 



•< l'ne section do l'Association internationale des travailleurs se 
constitue à Grenelle sous la dénomination de soclion de Grenelle. 

« Invitation est i'aito -à tous les citoyens qui partagent ses principes 
de se faire inscrire tous les soirs, de 8 à 10 heures, et le dimanche, 
de 10 heures à midi, 10, rue du Théâtre. 

« Le jour de la réunion a lieu tous les mardis à 8 heures ». 

<> Le secrétaire correspondant, 
« L. CllALAlN. » 



Au citoyen ( '.ornuschi, digne représentant delà démocratie, 
c L section internationale du Panthéon vous offre, dans sa 
séance du 28 avril 1870, le titre d'assesseur honoraire, et vous re- 
mercie des services que vous avez rendus à la cause du prolétariat. » 

(Suivent les signatures.) 



I Voir il'amros avis du même genre, page iM. 



l-yi' l.i". .lACiMllMS MK. 393 



Au citoyen Raspail, 

« La section internationale du Panthéon vous a offert dans sa 
séance du 28 avril 1870, le titre de président honoraire à raison des 
services que vous avez rendus à la cause du socialisme et de la 
révolution. 

u Ont signé : nOCUER ; ue la BERTHELLIERE; VI- 
GOUROUX; VERGNAUD ; TOUSSAINT; SERGENT; 
femme SERGENT; JUILIN; SERVETH ; Jules SAN- 
SONET; R. B. CONNEAU; E. FAVRET, etc., etc. » 



Association internationale des travailleurs. 
(Sections parisiennes.) 

JUGEMENT d'aUTUN. 

« (Juand la justice succomhe sous l'arbitraire, quand on acquitte 
les i)rinces qui tuent, et que l'on condamne les ouvriers qui ne de- 
mandent qu'à vivre de leur travail, quand ces condamnations frap- 
pent surtout les femmes et les enfants en les privant du labeur des 
chefs de famille, il nous appartient d'infirmer cette nouvelle ini- 
quité par l'adoption des veuves et des orphelins. 

« En conséquence, nous faisons appel à tous les citoyens, à tous 
ceux qui sont pénétrés du sentiment de la solidarité républicaine 
socialiste, pour qu'ils nous aident dans l'accomplissement de ce 
devoir, en prélevant sur leur travail un pour cent par semaine. 

« Salut et solidarité. 

u Les sections de Vaugirard, Meudon, Glichy, Poteaux, 
Batignolles, Belleville, de l'Est (faubourg Saint-Denis), 
la Maison-Blanche, relieurs, lithographes, bijoutiei's, 
cordonniers, ferblantiers, tourneurs, repousseurs, pein- 
tres en bâtiments, dessinateurs sur étoffes, opticiens, 
cercle d'étude sociale et section allemande. « Dès aujour- 
d'hui, on peut faire les versements à la Marseillaise. 
Un avis ultérieur fera connaître l'adresse des co- 
mités.» 

« Pour copie conforme : BARBERET. » 



H94 I/INTKHNATION A l.i: 



Communications ouvrières. — Aux uicinhrcs do J'Assoriulion iiilcr- 
iinlionnlr ilrs /i:i\ .lilli'iirs. 

\ Imis les fr.ivailleuis, 

Déclaration : 

• Eu présonco ilc rappel si léj^ifiine et pros(juc désespéré des 
ouvriers houilleurs de Waklcnljourj,' (Alleiiiatjne), adressé aux 
n»einl)ros de l'Association intei'nalionale des travailleurs, et dans 
l'impossibilité où' nous sommes d'iutervenii- matériellement dans lu 
lutte qu'ils ont à soutenir en ce moment contre les chefs industriels 
pour s'assurer une existence conforme à la dignité humaine, nous 
faisons la déclaration suivante : 

'( La longue période île grèves que nous traversons et qni me- 
nace de se perpétuer épuise chaque jour les caisses des sociétés 
ouvrières sans amener d'auti^e résultat que de faire ressortir l'im- 
moralité des moyens qu'emploient les détenteurs du capital pour se 
soustraire aux réclamations toujours modérées des prolétaires. 

t La situation économique n'est par changée, elle est toujours la 
même. Partout les détenteurs du capital se sont montrés indignes; 
car partout s'appropriant arbitrairement le produit du travail des 
générations passées et de la génération présente, ils se servent 
des instruments que le hasard de la naissance, la spéculation, ou 
l'exploitation ont mis entre leurs mains pour tenir le prolétariat en 
lisière. 

. L'introduction dans l'industrie des machines et des procédés 
scientifiques qui aurait dû améliorer les conditions physiques, mo- 
rales et intellectuelles des travailleurs n'a contribué, au contraire, 
(ju'à aggraver leur sort. 

« Non contents d'étouffer dans l'ouvrier la vie intellectuelle et la 
vie morale, les industriels lui ravissent encore la vie animale par 
l'excès de travail et les privations en maintenant une partie des 
travailleurs dans le chômage, et en surchargeant l'autre partie 
d'un travail excessif. On peut dire, sans exagération, qu'ils font 
lenlemeut mourir les uns de faim et les autres d'épuisement. 
« Ils ne tuent pas, ils font mourir. 

« Comme l'a dit le docteur Hridges: « -\u sein de nos grandes et 
.< grandissantes cités, il y a des plaies en comparaison desquelles 
< les massacres féodaux semblent des combinaisons heiu-euses. » 
< Il est terrible que le sang soit versé, mais il est autrement ter- 
rible ipi'il se dessèche et se cousump. 



ET LE JACOBINISME 895 

« En un mot, ils mettent constamment les travailleurs dans l'alter- 
native de subir des conditions impossibles, ou de tomber sous les 
balles fratricides, comme à Lépine, Dour, Seraing, Frameries, la 
Ricamarie et Aubin. 

« En présence de cette situation, que pouvons-nous faire ? Les 
grèves se multiplient, révélant toujours des abus de même nature, 
et sont successivement vaincues ; l'obole de la solidarité que l'ou- 
vrier prélève sur son nécessaire, Vassociation même sont manilesle- 
ment insuffisantes, le mal est trop pi'ofond, il faut d'autres remèdes. 

« Ce remède ne peut être que dans une transformation radicale de 
notre état social. 

« Cette transformation radicale, objet de tous nos vœux, nous 
l'appelons de toute notre énei'gie. 



A. COMBAULT, rue de Vaugirard, 289; E. VARLIN, rue 
Dauphine, 33 ; B. MALON, impasse Saint-Sébastien, 8 ; 
G. MOLLIN, impasse Samt-Sébastien, 10, Membres de la 
dernière commission parisienne de l'Association inter- 
nationale des travailleurs. 



{Marseillaise, l^r janvier 1870. 



« Paris, le 31 décembre 1869. » 



Aux citoyens Murât, Malon, Héligon, Comijault, membres du Jury 
Vermorel, et aux memJjres correspondants de l'Internationale a 
Paris. 



« Citoyens, 

« Nous avons vu avec indignation vos noms iigurer dans un jury 
d'iionneur à côté d'un Vtsinier. 

« Jusqu'alors nous n'avions guère compris la faiblesse qui vous 
faisait tolérer à la tète de la démocratie parisienne un homme 
chassé de l'Association internationale. Nous vous rappelons que moi 
et Jung, pour avoir démasqué cecalomniatew'à T^ondres, nous avons 
été traités de mouchai'ds et de bonapartistes par la branche française 
de Londres, dont ce Vésinier était membre. Mais accepter une mesure 



896 l/INIi;ilN ATION \M-: 

tlo loyiiutt' ot <lo jjislice îivcc ct't hoiiinu', »'t'l;i no st'ia |»;is en tant rpie 
nieinltres ou ('(ti-ivspoinlants <lo V Inlcrualionulo. 

• Nous ne comprenons pas do pareil compromis. 

• Va\ consr'îqucnce, nous vous déclarons que nous sommes résolus 
ù porter cette affaire devant le conseil général et à en poursuivn* 
toutes les ronsiMjuences. 

« Nous aurions cru c(uc les membres do l'ancien comité de Paris 
n'auraient pas souffert aussi paticmnuMil in présence et l'introduc- 
tion de leur ancien et constant calomniateur, non-seulement dans 
les réunions publiques, mais encore dans un jury d'honneur. 

« Poui- H. .lung et Dupont, 

« Sifjné : Eugène DUPONT. 

• P. -S. Cependant si vous voidcz nous donner quelques explica- 
tions, nous attendrons jusqu'à mai'di 22 février. 

« J'ai peine à comprendre le rôle que vous nous avez fait jouer 
d:ins l'affaire Vcsinier ; je m'accorde avec Dupont. 

« S if/ no : H. JL'NG. » 

(Après de pareilles sommations, voudra-l-on encore prétendre que 
le conseil général n'exerce aucune autorité sur les membres de 
l'Internationale. Voilà lléligon, Murât, Malon et ('ombault menacés 
par Dupont d'être déférés disciplinai renient au conseil général !) 



« Lonihes, 5 février 1870. 
e Cher ami, 

« Tu me promets une longue lettio, et je ne vois rion venii', ce- 
pendant tu dois avoir des choses à me dire. Je désirerais quelques 
explications sur la visite domiciliaire qui a été faite chez toi, car je 
ne puis comprendre comment, puisque tu attendais un..., tu aies 
gardé rue d'Aboukir des armes et surtout de nos lettres. 

t Veux-tu bien une fois pour toutes expliquer aux citoyens Malon 
et Combault ({uelle est la valeur des hommes de la branche fran- 
çaise et surtout de Hesson. J'ai vu ces jours-ci Lemaître. Nous 
avons eu un petit attrapage; il est engoué de Besson. Il m'a repro- 
ché d'avoir été deux fois délégué de cette branche et d'avoir présidé 
les meetings révolutionnaires ct.int gris. Si j'insiste là-dessus, c'est 



i-:t lk JACoinxi^Mi: 397 

parce que Lemaître me paraît très-bien avec Malon et les autres et 
cela me refroidit à leur égard. Mais n'est-ce pas trop fort de voir 
Lemaître et Besson reprochant aux autres de trop boire? Ace 
sujet j'ai rappelé au petit Lemaître la paille et la poutre. 

• Tu n'as donc pas remis à Varlin sa lettre, ils ont donc bien 
changé de manière de voir à l'égard de leur ami Vésinicr, 

« Tout à toi, 

« Eugène DUPONT. » 



l'ruij rumine du SOCIALISTE, ort/ano dos sections parisiennes. 

La tourmente gronde sur la mer. Le navire éperdu roule à tra- 
vers les abîmes ; les vagues se tordent échevelées autour des 
matelots glacés d'épouvante. Ils s'interrogent du regard : qui sau- 
vera le navire ? 

Alors l'un deux se lève, et faisant un suprême appel au courage 
et à l'énergie de l'équipage désespéré, le conjure de remplir au moins 
son devoir et de combattre jusqu'au dernier moment. 11 rappelle à 
ses frères abattus leurs espérances si vives au départ, la longueur 
de leur mission et les joies qui les rappellent au port. Chaque 
homme relève alors la tète, déploie une nouvelle énergie, et le 
navire, couvert des baves de la mer, sort triomphant de sa lutte 
terrible avec l'ouragan. 

Le navire emporte les travailleurs vers le rivage ; battu des vents 
de la politique, assiégé par l'ouragan social, il risque de faire 
naufrage, sans qu'une voix s'élève, vibrante, s'empare avec fer- 
meté du commandement, et ordonne la manœuvre de laquelle dé- 
pend le salut commun. 

L'écrasement de nos frères à la Ricamarie, à Aubin (France), à 
Seraing et dans le Borinage (Belgique), à Swarow (Autriche), l'em- 
prisonnement de nos frèi'es à Paris, à Lyon, à Rouen, au Creuzot, à 
Fourchambault (France), à Vienne, à Reichemberg (Autriche), etc. ; 
la famine érigée en système et dirigée contre nos frères de l'Ir- 
lande, voilà les orages qui tentent de détourner le mouvement des 
travailleurs de sa voie, de son but : la république sociale. 

Péril imminent ! Il est temps, il faut qu'une voix s'élève, une 
voix d'avertissement fraternel qui indique à chacun de nous quel 
est son devoir, comment il faut qu'il agisse pour conjurer le dé- 
sastre, sauver le navire, le remettre dans sa route, le conduire au 
port. D'où partira cette voix? quelle sera-t-elle? Elle partira de 
travailleurs, car eux seuls savent jusqu'où vont les souffrances de 
leurs frères, eux seuls sont donc capables d'indiijuer les moyens 



:{<J8 L'INTKK.NA linNAI.I. 

de les guérir. Lo Socirdislc so coiilcnlera-t-il d'avertir? Non, il faut 
qu'il const'illo, instruise, activo le mouveniont d'émancipation so- 
ciale, car la foroo des l)aïonnoltcs, l'arldlraire de la iiolico, lu justice 
d'exception ne sont pas les seuls, uo sout mémo pas les plus dange- 
reux écueils que nous oyons à éviter. 

Il existe une classe égoïste, intéressée, infatuée d'elle-même, qui 
considère tous les moyens propres à nous anéantir, et parmi tous 
les moyens dont elle dispose, il en est un surtout, perfide, ter- 
rible , c'est la bienveillance hypocrite que celte classe alTlichc à 
l'égard do la classe des travailleurs. Là est l'écucil sur lequel 
tous les yeux doivent être fixés. Cette classe, qui s'est large- 
ment installée dans tous les journaux à cautionnement, qui pos- 
sède toutes les grandes c.\'iiloif;ilioijs d'ouvriers, mines, forges, 
filatures, etc., qui dispose de tous les moyens de transport et de 
communication, qui tripote dans foutes les spéculations de bourse, 
— l'opprimée d'hier, la dominatrice d'aujourd'hui, — cette classe, 
c'est la bourgeoisie. 

L'organe des travailleurs doit porter sans ménagements à la 
connaissance du public les actes de la bourgeoisie, montrer com- 
ment s'engendre cette richesse qui va s'engouffrer dans quelques 
bourses privilégiées, et à laquelle ou donne pompeusement le titre 
de richesse nationale; s'occuper de la question des travailleurs 
industriels et des travailleurs agricoles, et rendre manifeste l'im- 
puissance des uns et des autres à arriver à leur émancipation. 

«Tant que subsisteront les modes de production actuels, il doit 
surtout s'attacher à démontrer que le bien-être collectif, réalisé par 
la somme des travaux individuels, ne pourra régner que lorsque 
les travailleurs auront été mis en possesion des moyens de travail 
nécessaires: le travailleur agricole, du sol ; le travailleur industriel, 
de la matière première et de l'outillage. 

Le Sociialsle pénétrera dans toutes fabriques, partout où se trou- 
vent des hommes réunis en vue d'un travail commun, de ces ou- 
vriers dont l'activité productrice est l'unique soutien de la société, 
laquelle cesserait immédiatement d'exister, s'ils lui refusaient un 
seul instant leurs services ; il ira en tout lieu réveiller, i-animer, ap- 
peler, exciter les travailleurs qui Técouteront certainement parce 
qu'il sera leur propre voix, sortant des entrailles mêmes de leur 
souffrances. 

(Le Socialisle, nr^'ane Je l;i fi-dcValion des scclioii> 
parisiennes. Numéro liii l»' juin 1870). 

Paris, tiîi jnin 1S70. 

Le banquet des associations ouvrières, dit banquet coopératif, 
n'aura pas lieu. 



ET LE JACOBINISME. 399 

Après trois ajournements suecessils, M. le préfet de police vient 
enfin de faire prévenir la commission d'organisation qu'il n'autori- 
serait pas cette fête de famille, car, comme à celui de l'an passé, 
les femmes et les enfants devaient y assister. 

Le motif de ce refus, nous a dit M. le chef du caJ)inet, vient de 
ce que les ouvriers s'occupent trop de politique ; le gouvernement, 
a-t-il ajouté, a obtenu sur l'ordre de choses actuel une immense 
majorité, et il est bien résolu à ne laisser prendre corps à aucun 
motif d'agitation. 

Ainsi, des travailleurs honnêtes et paisibles veulent se réunir et 
fraterniser avec femmes et enfants dans un banquet: ce sont des 
agitateurs que vite il faut empêcher. 

Des ouviners veulent échanger leurs pensées sur les conditions 
actuelles du travail, tâcher d'améliorer leur sort par un concours 
d'idées mutuelles, s'apprendre par des rapports collectifs l'état et 
les chances de la coopération : eh bien, non ! ce sont des ennemis 
qu'il faut vexer et ils ne se réuniront pas. 

Nous le demandons franchement aux esprits les plus pacifiques, 
le scrutin du 8 mai s'est-il prononcé pour cette répression injusti- 
fiable? 

Cette grande majorité française a-t-elle voulu confondre dans un 
même blâme le travailleur et l'agitateur ? 

Le même banquet qui avait eu lieu au mois de septembre l'an 
passé, n'était-il pas un précédent suffisant pour l'ordre ? 

Encore une fois, ce n'est pas sur le pi-ogramme qu'on exécute 
que le pays a voté le 8 mai dernier. 

Aussi ces mesquines taquineries faites à des travailleurs ne se- 
raient que bien ridicules si elles n'avaient pour conséquence de 
porter atteinte aux plus sacrés de nos droits. 

Au nom de la classe ouvrière, nous protestons énei'giquemeat 
contre cette façon d'agir aussi arbitrairement avec elle, en même 
temps que nous nous empressons de mettre sous les yeux du public 
quelles mesures de liberté on est en droit d'attendre, d'après de tels 
procédés, d'un ministère qui s'est pourtant dit honnête et libellai ! 

La commission du banquet, 

BOISGONTIER ; FOUGEROUX ; HUGUET ; REl- 
GNEAULT; ARMAND; FONTAINE; DALOZ ; AK- 
NOULT ; BRUDON ; CEYTER ; GODFRIN. 

Ont approuvé la protestation, 

GAPRON; FORNET ; DESINGE; HUBERT; VALLE- 
ROUX; ANTHESKl; P. RANGE; M. LERME. 



.i(K) 1/1 N 1 h li.NA I lu N Al. 1. 



l'IKCK III. 



I.KS EXPLICATIONS DU CITOYKN IlICllAKH At; SIJKT DES POURSUITES 
OIRI6ÉKS (.ONTItK l/lNTI-RNATIONAI-K. 



Lyon, 1.' M mai 1870. 

Monsieur le rédacteur, 

Hon nombre d'amis me reprochent de n'avoir pas donné signe 
dévie depuis que j'ai été mis en liberté provisoire. Si je ne l'ai pas 
fait, c'est que je n'ai pas cru que cela pouvait avoir une grande 
utilité. 

Je ne demande pas mieux cependant que de donner au public les 
renseignements dont je puis disposer sur l'affaire de l'Association 
internationale. 

Nous avons été mis en liberté provisoire, Palix, Louis Martin et 
moi, le 25 mai, après vingt-six jours de détention préventive. Nos 
collègues avaient tous été successivement mis en liberté avant nous. 
Pour nous, on ne nous aurait certainement point accordé la même 
faveur s'il n'avait été de toute évidence que nous n'avons été initiés 
à aucune machination politique. 

Dès l'origine, il ne s'agissait de rien moins '[ue de nous englober 
dans la fameuse affaire du complot contre la vie de l'empereur. 

Une pareille inculpation devait nécessairement tomber d'elle- 
même. Je crois môme pouvoir affirmer qu'elle ne sera pas main- 
tenue en ce qui concerne Varlin et Bastelica, bien que leur fuite 
paraisse devoir être un argument dont le parquet se servira 
contre nous. 

D'îiilleurs, s'il est une chose dont je suis lïorticulièrement cci'tain, 
m i, ami de Varlin et de Bastelica, c'est qu'ils n'ont trempé non- 
seulement dans aucun complot, mais dans aucun mouvement ayant 
un but politique direct. Us se devaient à l'.Vssociation interna- 
tionale, ils étaient solidaires avec nous et ils se seraient exposés, 
en trompant notre contiance, à perdre notre estime et notre amitié, 
c'est-à-dire à rompre la solidarité morale et matérielle qui fait la 
force de notre association. Or, je les connais trop et je sais trop 
sur quelles bases était assise notre union pour croire à la possibilité 
d'une pareille folie de Icui" itarl. 

On s'appuie, pour soutenir le contraire, sur certaines lettres 



i-;t le jacobinisme. ioi 

trouvées chez Baslelica et chez moi. Mais ces lettres ne prouvent 
que deux choses : 1" l'impossibilité pour le parquet do rassembler 
des preuves sérieuses contre nous ; 2° l'inquiétude que Varlin et 
Bastelica partageaient avec des milliers d'autres, en présence d'une 
situation qui a été réellement tendue à de certains moments. 

Personne n'ignore que si l'Association internationale est une 
association pacifique qui s'occupe de résoudre par la solidarité 
ouvrière les difficultés économiques actuelles, en revanche elle 
veut éviter que des partis politiques quelconques puissent faire 
éclater une révolution à leur profit et au détriment des travail- 
leurs. 

A Lyon, le caractère de notre association a été tout spécialement 
accentué sous ce rapport, et vous devez vous rappelei", Monsieur 
le rédacteur, aussi bien que tous les démocrates lyonnais, que 
nous avons toujours évité soigneusement toute fusion avec les 
hommes politiques proprement dits. 

Ce n'est pas que nous les méprisassions, ni que, par haine ou 
par vanité, nous voulussions les tenir à l'écart de notre mouve- 
ment. 

Au contraire. 

Mais, dans notre pensée, le socialisme de l'Internationale reflé- 
tant les véritables aspirations de notre époque et de notre géné- 
ration, c'est à lui que l'avenir appartient. Il doit, en conséquence, 
primer toute autre idée et toute autre action. 

En principe, la question révolutionnaire n'est plus posée au- 
jourd'hui entre une nation et son gouvernement ; elle est posée, 
selon nous, entre le travail et le capital, enti-e le peuple et la 
bourgeoisie. 

C'est-à-dire qu'elle est sortie du domaine des instincts, des 
passions et des faits brutaux, pour entrer dans le domaine de la 
science et de la réflexion. 

Nous n'en serons pas moins accusés de n'avoir organisé sept 
millions de travailleurs européens et américains que dans le but de 
décréter, à un moment donné, une insurrection générale contre les 
propriétaires et les capitalistes, comme si l'avènement fatal de la 
nouvelle classe historique, la classe laborieuse des villes et des 
campagnes, comme si son action générale, calme, grandiose, irré- 
sistible, basée sur l'étude pratique et théorique de la science 
sociale, comme si cela pouvait avoir quelque chose de commun 
avec ce qu'on appelle une insurrection ! 

Bref, on fait peser sur nous l'inculpation d'affiliation à une asso- 
ciation illicite et à une société secrète. Il sera curieux de voir 
comment le ministère public s'y prendra pour soutenir une pareille 
accusation. 

Le jugement des internationaux de Lyon aura lieu lo 8 juin, à 



40t 1/ 1 N i" i: 1 1 N A I l O N A L 1-. 

moins que lo parquet ne jugo à propos tic reculer cette date pour 
mieux preiulre son lcrn|is. Nous serons une (|uanuituinc il'inculpes 
environ. 

C^cst alors c|u'on pourrii so faire une idoe juslo do l'immensité 
do la frayeur que nous avons causco à nos infortunés conservateurs. 
Heureusement que la lumière s'y fera en môme temps sur notre 
association, son organisation, ses principes, son but^ et que nous 
y gatjncrons plus que jamais l'estimo des umis do l'ordre véiitablc, 
do la paix et do la liberté. 

Je vous salue avec considération. 

ALUtnx UICIIAIU). 
Proijrcs de Lyon, à juin lH'iO.) 



PIECE n. 



M.VNDAT niiMlS AV r.ITOYKN HICHAKD, HK LYON, MEMHKK lONDATKUR UK 
l'alliance, HOUU KAmE UE LA PROPAGANDE EN lAVEU» DE CETTE 
SECTION. 

« Genève, le i juin 1869. 

« Le comité fondateur de l'Alliance internationale de la démocra- 
tie socialiste, section de l'Association internationale des travail- 
leurs, charge le citoyen A. Hichard, membre fondateur do rAUiunce, 
de l'aire à Lyon et dans les autres villes do France cl de l'clranger 
des adhésions au groupe genevois aussi bien que de former de 
nouveaux groupes autonomes. 

. Signe : Le président, BAKOUNINE. 

. Le secrétaire, FRITZ HENG. » 

Au bas se trouve an cachet portant cette inscription : 



Assuciation internutiuaale 
des travailleurs, section de 
l'Alliance. fGonèvo. 



ET LA'. J.VC.OlUMSMt. -iO:; 



PIEGE o. 



BULLETIN DU MOUVEMENT SOCIAL. 



Les ouvriers de Limoges. 

Nous avons différentes fois déjà entretenu nos lecteurs du grand 
mouvement qui, depuis quelque temps, agite profondément toutes 
les corporations ouvrières de Limoges. Nous avons raconté suc- 
cinctement les principaux incidents de cette agitation et les heureux 
résultats qu'elle a déjà produits. Nous sommes heureux de pou- 
voir, aujourd'hui, mettre sous les yeux de nos lecteurs le résumé 
des iDrocès-verbaux tenus par les organisateurs des réunions pu- 
bliques qui ont donné naissance à plus de dix associations coopéra- 
tives do solidarité. Les détracteurs du peuple et les organes de la 
rue de Jérusalem y trouveront des réponses non équivoques à 
leurs perfides insinuations, à leurs éternelles et stupides diatribes. 

Le citoyen Yallière, rapporteur de la commission chargée d'éla- 
borer les statuts des chambres syndicales, après avoir domaé lec- 
ture du projet, qui est immédiatement approuvé par l'assemblée, 
s'exprime en ces termes : 

« Citoyens, 

« Le syndicat nonuné par vous pour accomplu* la tâche difficile 
d'organiser notre chambre syndicale vient remettre aujourd'hui 
entre vos mains les pouvoirs qu'il a reçus de l'assemblée prépara- 
toire. Vous pouvez juger par les résultats obtenus que ses travaux 
n'ont pas été stériles. Plus de mille citoyens ont répondu à son 
appel ; le nombre des femmes qui ont adhéré à nos statuts dépasse 
120. Ces chiffres ont bien leur éloquence, surtout dans une ville 
comme Limoges où depuis vingt ans les travailleurs s'étaient en- 
dormis dans une torpeur profonde, si nuisible à leur émancipation; 
ces chiffres sont d'autant plus beaux, que, jusqu'à ce jour, vous 
le savez, aucune propagande, aucune sollicitation n'ayant été faite, 
les adhésions ont été données spontanément. 

« L'arrivée des délégués que nous ont envoyés nos frères de Paris 
va encore activer le mouvement, et nous pouvons être certains 
que leur présence ici, leurs paroles conciliantes, amicales et éclai- 
rées viendront grouper autour des premiers adhérents un grand 
nombre de nos camarades qui n'ont pu encoi'e être instruits de 
nos projets. 



;ui i/imi.i;natiu.nall 

« CcptMiilaiit, citoyens, il y auniil imprudence à s'endormir snr un 
premier succès. iNolro société est fondée^ mais sans lo dévouement 
personnel do c.liacun do nous et l'initiative intelligente do ceux que 
nous allons choisir pour leur (ronlier nos intérêts, ce premier suc- 
cès ne serait fju'un leurre. 

• Citoyens, nous sommes eiilin sur le chemin de l'émancipation; 
nos femmes nous y suivent avec courage. .Marchons paciliipicmcnt 
et légalement, mais avec une constance inéhranlahle dans celte voie 
d'amélioration par le travail, on nos frères de l'aris nous .servent 
il'éclaireurs. Happelons-nous surtout que nous n'avons pas seu- 
lement en vue notre intérêt matériel comme le prétendent ceux qui 
disent que nous sommes lu tlviiiucnitio ii l'cm/rnis. Cherchons à 
sortir de la i»osition pénible où se trouve encore le travailleur, en 
élevant notre niveau intellectuel et moral par l'instinietion et la 
ju-atique sincère de la fraternité. Aidés et encouragés par les esprits 
généreux. (jui applaudissent à nos efforts, nous pourrons enfui nous 
monircr dignes de cette société régénérée que nous rêvons tous et 
où tout doit être bonheur, bien-être, harmonie, liberté. » 

Ces paroles sont couvertes d'applaudissements unanimes. 

Le président donne ensuite lecture d'une letti-e des membres de la 
SucicLé civile do crédit mutuel de lu vûrnunijuv de Paris, en ré- 
ponse à l'adresse qui leur a été votée dans une précédente réunion. 
L'assemblée vote par acclamation des remercîments aux signa- 
taires (le cetle lettre cl à leurs camarades. 

Le citoyen Benoît, délégué de Paris, prend la parole pour féli- 
citer les ouvriers de Limoges de leur courageuse initiative, puis il 
lit une adresse des ouvriers parisiens à leurs camarades de 
Limoges. Des remercîments sont de nouveau vulés par acclama- 
tion. 

Le citoyen Minet, délégué de Paris, remercie l'assemblée des 
témoignages de sympathie qu'elle lui témoigne, ainsi qu'à son ami 
lîenoit. 11 l'ail l'historique dos progrés de l'idée sociale pondant les 
dernières années qui viennent de s'écouler, exjjose avec beaucoup 
rie précision et de clai-té le rôle joué en 1867 par les délégués ou- 
vriers à l'exposition de Paris et entre dans les détails les plus 
minutieux sur les conditions que doivent remplir les statuts de 
chambres syndicales pour faire des associations prospères. Il fait 
ensuite ressortir le danger des grèves imprudentes entreprises 
légèrement et sans les moyens suflisants i)Our les soutenir avec 
succès : « Les grèves, dit-il, ne sont qu'un moyen transitoire, et 
les chambres syndicales sont bien moins faites pour venir à l'aide 
des grèves, que pour combattre l'influence écrasante qu'exerce le 
capital sui- le travail, et la domination du patron riche sur le petit 
patron et l'ouvrier. » Il termine par une apologie de Lanicnnais. 

Les ajtplauilisseinents n'dul cessé d'inlcrroinpre ce discours net, 



I':T l.K JACOBINISME. 405 

précis et parfaitement à la porirn des audileurs, auxquels le citoyen 
Minet sait admirablement exposer et faire comprendre les questions 
les plus difficiles. 

Le citoyen Thabar monte à la tribune : « N'ayez plus peur, dit-il, 
les temps sont passés ; relevez la tête, car la crainte a toujours 
porté atteinte à nos intérêts : aujourd'hui, le progrès nous donne 
des moyens de salut, usons-en et faisons voir au monde entier que 
nous sommes les dignes fils de la première Révolution. » (Applau- 
dissements.) 

Le citoyen Robert remercie les délégués de Paris des bonnes et 
fraternelles paroles qu'ils viennent de faire entendre aux ouvriers 
de Limoges. 

« Des espints malveillants i)rétendaient que nous étions plutôt 
disposés à montrer nos poings à nos frères de Paris qu'à partager 
leurs idées, que ces estimables diffamateurs sachent bien qn'à ces 
braves et courageux Parisiens nous ne pouvons tendre que des 
mains amies, » 

Il rappelle les difficultés que les syndics provisoires ont eu à 
vaincre pour arriver au but qu'ils viennent d'atteindre si hcureu- 
,sement en se lançant avec courage dans le mouvement social qui 
agite en ce moment toute l'Europe. « Oui, ajoute-t-il, les appels à 
« l'union et à la concorde que nous faisons chaque jour à nos ca- 
« marades seront entendus; les indifférents viendront à nous, 
« nous réchaufferons les tièdes et nous calmerons les ardents, car il 
« ne faut pas plus s'arrêter dans la voie 'où nous entrons que s'y 
« lancer à corps perdu au risque de s'y égarer. Nous aurons besoin 
H d'une constance à toute épreuve, d'une calme énergie, si nous 
« voulons arriver à nos Ans ; ce n'est qu'après plusieurs années, 
« peut-être, que nos syndicats pourront fonctionner avec l'assu- 
tt rance que donne une situation solide. 

« A l'œuvre donc et courage ! défrichons cette teri'e promise qui 
« s'étale devant nous et l'égalité fera sa gerbe. 

« A. VERDURE. « 
{Marseillaise, 23 avril l.';70.) 

PIÈCE p. 

PROTESTATIOîV DE L.\ SECTION STÉPHAXOISE CONTRE LES AGISSEMENTS 
DE CERTAINS INTERNATIONAUX LYONNAIS. 

« Saint-Élienne, décembre 1869. 
« Citoyens ! 

« L'année dernière, nous étant réunis un groupe de quinze citoyens 
qui voulaient faire partie de l'Association internationale des tra- 



U)lî l.'INTKnNATIONALF. 

vailleurs, nous iiominAmt^s un (lfiI('j,Miô, (jui fui lo «'iloyen (îornnl, 
pour aller à Lynu prendre dos rpnseij;nemcnts sur «'('Ile associa- 
tion. N'ayant que l'adresse du sieur Scliellcl, noiro dôlcjçuo fui le 
trouver, mais il n'était pas chez lui ot l'on renvoya notre délégm- 
Mux sieurs Carnal ot Blano, (pii lui déclarèrent que l'Assoniation in- 
loriialioniilo n'oxisluit plus ot que c'était la Société coopérative de 
consommation des travailleurs en participation qui l'avait rem- 
placée. Notre déléfçué, n'ayant pas d'autre renseignements, prit 
seize carnets do cette doniiéro société à 1 fr. 125., qu'il nous appor- 
ta à Saint-Etienne et qui furent distribués plus tard. 

a Ayant ensuite un nombre plus considérable d'adhérents, nous 
fîmes venir soixante carnets de plus, et nous invitâmes les ci- 
toyens de Lyon à venir nous organiseï- on assemblée générale. 

« Sachant qu'ils devaient soixante fi-aucs à la section de Vienne 
(Isère) et que leur caisse n'était pas riche, nous leur payAmes les 
frais de voyage d'un délégué. 

« Les sieurs Carnal et Hlano furent désignés pour venir. Arrivés 
dans notre Assemblée, ils nous parlèrent de la production de notre 
travail, et de capitaliser cl de formel- des groupes pour renversei- 
le capitaliste ; ils nous dirent que les carnets n'étaient que pour, 
nous couvrir de la police, qui pourrait intervenir contre l'Associa- 
tion internationale. Puis ils nous promirent de nous mettre en rap- 
port avec toutes les sections. Après leurs beaux discours, nous le- 
vâmes la séance, nous passâmes une partie de la joiu'uée et de la 
nuit ensemble, et le lendemain nous leur donnâmes l'argent ries 
carnets et du voyage. Après quoi ils partirent pour Vienne payer la 
dette qu'ils y avaient contractée. Qu'ils sachent bien qu'ils ont payé 
Vienne avec notre argent, mais qu'ils nous le doivent à nous, car 
nous ne leur donnons pas quittance. Ce ne fut pas tout, cai- 
plus tard nous leur payâmes vingt autres carnets à 25 centimes. 

« Ayant ainsi livré tous nos fonds aux sieurs ('arnal et Hlane, nous 
trouvant sans ressources par suite des manœuvres de ces intri- 
gants, les livrets furent vendus à 1 fr. 50, afin de nous recréer des 
fonds pour acheter une paii-e de balances. Après avoir invité les so- 
ciétaires à verser de nouveaux fonds, nous commençâmes notre 
triste métier fl'épieiers en participation, vrai métier de charlatan 
— en attendant les correspondances de l'Association internatio- 
nale. 

« .\prcs trois ou quatre mois d'attente inutile, notre correspondant 
fut envoyé à Lyon pour chercher des nouvelles. 

'c Pour toute nouvelle il no.is apporta une grosse correspondance 
d'une traite do "iSb francs en huile et pétrole, une boîte de boules 
de bleu et un panier de figues. Voilà ce que les sieurs Carnal, 
Blanc et Compagnie appellent correspondance internationale et af- 
franchissement des travailleurs : c'est ce que nous appelons l'af- 



ET LE JACOBINISME. 407 

franchissement de 80 et quelques francs, et nous sommes vraiment 
honteux de rexccs do confiance qui nous a fait prêter le liane à de 
pareils abus. 

Nous cinq, membres de la commission de la Société des travail- 
leurs en participation, ainsi que tous les soussignés, nous protes- 
tons contre les sieurs Garnal et Blanc et leurs acolytes. Nous dé- 
clarons qu'ils sont venus nous organiser l'année dernièi'e au nom 
de l'Association inteinaationale, à laquelle ils n'appartenaient pas, 
et qu'ils disaient ne plus exister que par leur société mercantile, 
ce qui était un infâme mensonge. 

Ils se sont couverts du drapeau socialiste, pour venir nous trom- 
per, nous exploiter et calomnier les vrais socialistes auprès de 
nous, fils de 1789, qui voulons, comme ceux qui tombèrent au pied 
de la Bastille et dans les journées de juin 1848, reconquérir nos 
droits sociaux et politiques, et qui combattons pour l'affranchisse- 
ment de tous les travailleurs et le renversement de tous les exploi- 
teurs. 

Ainsi donc, vous, les sieurs Carnal et compagnie, vous n'êtes 
que des trompeurs ; vous avez brisé notre travail, vous avez pro- 
fité de notre confiance pour nous égarer, vous avez mis la division 
dans nos rangs, emporté notre argent, et empêché le développe- 
ment du socialisme à St-Étienne. 

Un an plus tard, la vérité nous rallie avec honneur autour du 
drapeau du socialisme révolutionnaire international. Nous rele- 
vons bien haut ce que vous aviez mis bien bas. Nous reprenons ce 
que vous aviez enlevé, nos vraies couleurs de vrais socialistes. 

Vous osez traiter d'intrigants et d'escroqueurs les citoyens qui 
sont venus nous apporter les insignes de vérité ; ceux-là sont des 
frères pour nous; ils ne nous ont pas trompés, mais il vous ont 
arraché le masque noir qvie vous portez et nous avons vu que vous 
n'étiez que des gens corrompus, hypocrites et dignes de mépris. 
Vous dites que vous avez tenu à Lyon une assemblée dans laquelle 
il y avait trois cents citoyens de Neuville, et devant laquelle le 
citoyen Martin, qui présentait notre protestation, a été hué. Nous 
pi^enons fait et cause pour ce digne citoyen. Nous "disons que vous 
avez menti en affirmant que vous aviez une autre lettre de nous qui 
démentait notre protestation. 

Nous vous connaissons ; trois cents citoyens ne seraient pas 
venus faire quatre lieues pour écouter vos ignobles calomnies. 

Vous dites que nous ne sommes pas des citoyens parce que nous 
avons faitune ^protestation bien légère. Nous avons été trop honnêtes 
pour nous servir des paroles injurieuses et odieuses dont vous avez 
la bouche pleine. Vous vous faites nos juges. Nous n'entendons pas 
être jugés par des hommes comme vous. Sachez que c'est nous qui 
sommes vos juges. Si vous avez du cœur, venez à St-Etienne, et 



408 I.'INTKKNATIONA M". 

nous nous chnrgeous do vous rôpondic. Dites-nous quand vous 
viendrez, et nous vous attendruns. Vous nous avez pris pour des 
ignorants de la pire espèce ; sachez qu'il y avait parmi nous des 
hommes «mi <*<)n)prennent l'union sctcinlc des traviùllcurs. 

Nos fi'ères de Lyon et nous, nous vous avons r/inssrs de nos 
nuifjs '. Maiiifenanf tous nos iVùres de fous les pays sauront que 
vous ùlos comme le chardon : malheur à qui vous touche. 

Pour nous, socialistes révolutionnaires, nous poursuivons noire 
u'uvro malgré tout, et rien ne pourra ])lus nous diviser. 

Vous, frères de Lyon, qui êtes placés sous le vrai drapeau 
de l'Association internationale, et qui résistez depuis si long- 
temps aux attaijues de tons nos ennemis, nous vous serrons la 
main de tout cœur. Vous avez été, comme nous, mutilés par les 
calomniateurs. Vous avez été en butte aux attaques incessantes 
lie la démocratie bourgeoise et des partis politiques qui veulent 
exidoiler les travailleurs. On vous a méprisés, bafoués; mais re- 
doublez de courage, serrez vos rangs, restez toujoni-s les énergiques 
défenseurs de nos ilroits ; unis, nous n'aurons rien à craindre et 
nous saurons nous préserver des intrigants et des ambitieux de 
toute espèce qui nous entourent. 

Vive l'Association internationale ! 

Salut et fraternité. 

Signé : DEhX\E; JAYOL; PHILIBEIIT; BARBALLON; PEY- 
CELLON; COLLET; VAOllEH; UUiNLY ; RAVEL; SAYNAHU; 
CHIBET; GHOl'.EL; COUBBON ; BOUSSIEB ; VIGNAL; HOU- 
CHET; BEBGEB; FEHRIOL; BEBOEH; BBEUIL; MIARL); 
GR1LI..EÏ; CHENET, membre correspondant -. 

PIÈCE /•. 



l.A JLSTICi; DE I. INTERNATIONALE. 

Jugement rendu en faveur d'Albert Richard. 

Le jury d'honneur élu par la seclion cenlrale de (Jenévo juge 
dans l'affaire des accusations renouvelées jiar les citoyens Aristiile 

1 Les individus iriYnocihlement expulsés des sections lyonnaise et stéphanoiso 
pour indife-nite et notuniinent pour avoir calomnié de la manière la plus horrilik- lo 
citoyen Albert Kicbard, sont les sieurs iilaiu;, tisseur; Chanoi. tisseur; ScIkIIcI, 
uiécaiiicieii; Carnul; Yindry, lemluiier. et Aristide i'.urmier. Ils sont signali's aux 
sections non-seuleiiient cmume caltinniialcurs, mais aussi comme traîtres, car ils se 
sont faits les sii aires dus liancel, de la franc- maçonnerie, des libres penseurs bour 
geois, et autres ennemis du socialisme. (Note du journal If i'ruyris du Lotif, uu 
cette! protestation a eti- insérée.) 

« Chenet est actuellement détenu n Versailles pour avoir pris part à l'insunv rt,,,n 
du IX mars. 



!•: T L K J A C H I N I S M E . 409 

Cormier et Carnal de Lyon coulre le ciloyeu All)ei't lliehard de la 
même ville : 

Considérant d'un côté que sa couslilutiou a été rormellement 
demandée au comité central de Genève par les citoyens Cormier 
et Carnal, qui sont aujourd'hui les principaux accusateurs contre 
Richard, et que d'un autre côté sa compétence a été reconnue i)ar 
ce dernier; 

Considérant que les accusations les plus graves et les plus infa- 
mantes ont été portées contre Richard devant l'Association interna- 
tionale de Genève par Cormier, tant verbalement que par écrit, et 
par Carnal, seulement par écrit, et que ces accusations avaient pour 
but ostensible de faire passer Richard, tant devant le comité cen- 
tral que devant tous les membres de l'Internationale de Genève, 
pour uu traître avec lequel cette association doit rompre toute rela- 
tion et correspondance ; 

Ayant pris connaisance des protestations (jui lui sont parvenues 
de la part des citoyens Carnal et Blanc, qui ne veulent plus recon- 
naître la compétence de ce jury, dont ils avaient eux-mêmes solli- 
cité la formation par l'organe d'Aristide Cormier, passe outre ces 
protestations dénuées de tout fondement et de toute justice, et se 
déclare entièrement compétent pour prononcer son jugement défi- 
nitif dans cette affaire. 

En conséquence de quoi : 

Considérant que la principale accusation contre Richard avait déjà 
été portée, au nom des mêmes accusateurs, par le citoyen Schettel 
de Lyon, devant le congrès de Lausanne, en septembre 1867, que 
ce congrès a fait juger cette affaire par un jury d'iionneur élu dans 
son sein, et que ce jury a déclaré à l'unanimité Albert Richard non 
coupable ; 

Considérant que les accusateurs de Richard, sans aucun égai'd 
pour le jugement prononcé, et sans apporter la moindre preuve 
nouvelle contre Richard ont continué de l'accuser, c'est-à-dire de 
le désigner et de le calomnier partout où il existe une section de 
l'Association internationale, à Paris, à Londres, à Bruxelles et à 
Genève ; et qu'ils se sont efforcés de le représenter partout, avec un 
acharnement incx'oyable, comme traître, comme espion, comme 
escroc, comme affdié des jésuites et comme un homme vendu à la 
bourgeoisie ; 

Que lorsque nous leur avons demandé des preuves à l'appui de 
toutes ces accusations, ils n'ont été en état d'en fournir aucune, et 
se sont contentés de nous envoyer une seule pièce : la copie d'une 
lettre d'un certain Grinand de Lyon au citoyen Carnal, contresignée 
par ce dernier, et dans laquelle Grinand rapporte faussement à 
Carnal des paroles qu'il dit avoir entendues de la bouche du 



/iio i.'inti;h\ati()na lk 

citoyon K. Dupont, membre «lu conseil ^'-n*'''"' •'<* Londres, eu 
se|>li'mliro IXIJS, a IJruM'Iles ; 

Kt que In citoyen K. Diipont, <lonl la v«^rncilé et le hnul senli- 
ment do justice ne snurniont èlro mis en question par personne, 
iléelnre. pnr iino lettre <[u'il a l)ien voulu nous ndrosHer. qu'il n'a 
prononcé nucune des paroles ou accusations ronti'c Richard qui 
lui ont cfé nttriliiu'cs par (Irinand ; 

Ayant pris connaissance des explications jinrfailement satisfai- 
santes qu'Albert lUihard nous a données par écrit et de licancoup 
d'autres lémoi{çnages qiii nous sont arrivés tant do Neuville que de 
T.yon ; 

Nous, membres du jury d'hnnnciir, réunis en séance dans le 
cercle de l'Associalion internationale de Genève, le 'J juin \HC\9, sur 
noire honneur et conscience déclarons à l'unanimité : 

Que les accusations portées contre le citoyen Albert Richard sont 
absolument fausses et calomnieuses; 

Qu'elles ont été évidemment dictées par la jalousie et par l'in- 
lri{!fue; 

(Ju'Albert Richai-d, p\n' de Ions les crimes et délits qu'on lui a 
imputés, a toujours servi fidèlement et avec autant d'intelligence 
que de zèle la cause des travailleurs et qu'il a toujours mérité la 
sympathie, la conliance et l'estime de tous les compa.q-nonsdc notre 
:;i aiule Association internationale ; 

Enfin, que dans l'intérêt même <le la sainte cause de l'émancipa- 
(iondu travail et des travailleurs, les ouvriers doivent prendre bien 
tjarde de ne point s'accuser légèrement, en se dénigrant les uns les 
.lutres, et de ne point servir par là-même, contre cette même cause, 
d'instrument à la réaction bourgeoise. 

M. BAKOUNINE; PUTHON ; M. MONCIIAI. ; P. W.EHPY; 
F. PAILLARD '. 

PIÈCE N. 

DOCUMENTS nEl.ATlFS AUX FKnKHATIONS KSPAONOI.F.S. 



Barcetono, 31 mars IS70. 

Compagnon président du congrès romand, 
Sachant que le congres romand réuni à la Chaux-de-Fonds, 
auquel la chambre ledéi-alc de Barcelone souhaite le plus hiillanl 

i Nous avons dc'-jàfait connaîtro {l.'liiternalinnolf. Anne.rf.<i. l'ii-ce Ti qu'un jugement 
iivail été TMiidu dans cetU- iiu-ine afraii u par Iq conseil goni'-ral de Londre^^. 



ET LE JACOBINIBME. 411 

succès, onfre les questions locales traitera des questions générales 
ou de principe, nous ci'oyons convenable et esi)érous que vous ne 
(rouverez pas mauvais que nous constations l'opinion de la niajo- 
ri(é des ouvriers fédérés chez nous sur ces questions. 

Sur l'oi'ganisation ou la fédération des caisses de résistance, 
nous sommes complètement d'accord avec les résolutions du con- 
grès de Bâle qu'il faut mettre en pratique le plus tôt possible. En 
attendant la solidarité entre toutes les sociétés du même métier, 
nous cherchons à établir la solidarité entre les différentes sociétés 
de la même localité. 

Quant à la coopération, nous sommes aussi d'avis qu'elle doit se 
faire solidairement entre toutes les sociétés différentes de la même 
localité, et que pour le moment elle doit se borner aux industi-ies 
qui ne laissent pas de doute sur le bon résultat assuré par la seule 
consommation des ouvriers intéressés. 

Relativement à l'attitude des ouvriers vis-à-vis des gouverne- 
ments, nous sommes heureux de pouvoir constater que les ouvriers 
d'Espagne se convainquent de plus eu plus qu'ils n'ont absolument 
rien à attendre de leur participation dans les affaires d'État, que 
tolit le temps et tous les efforts consacrés à leur procurer une amélio- 
ration par ce chemin, non-seulement sont pitoyablement perdus, mais 
au contraire sont positivement nuisibles, parce que de telles tenta- 
tives ne sont que trop susceptibles d'égarer un grand nombre de nos 
compagnons de misère, comme nous le voyons à notre grand regret 
en France, en Angleterre, en Allemagne et dans la partie allemande 
de la Suisse, Inutile de dire que nous félicitons la fédération 
ropaande pour son radicalisme socialiste si bien représenté par le 
Procfvès. Aussi croyons-nous que les sections romandes ne seront 
pas disposées à transiger avec les socialistes bourgeois, et qu'elles 
sont convaincues que si les ouvriers ont à espérer leur émancipation 
de leurs propres efforts, ils ne doivent pas gaspiller leurs forces 
en tâchant d'arracher les privilèges aux bourgeois morceau par 
morceau. 

Au nom des ouvriers d'Espagne conscients du but de leurs efforts 
et en train de célébrer un congrès eux-mêmes, nous présentons 
\v au congrès romand nos salutations les plus coi^diales et les plus 

fraternelles. 

G. SENTINON, délégué au congrès de Bàle ; RAFAËL; FARGA; 
PELLICER, secrétaire de la chambre fédérale des sociétés 
ouvrières de Barcelone, et délégué au congrès de Bâle. 



41? I.'INTF.MNATIONALK 



II 
Au riloyrn Vnrlin. 

« Barcelont', 10 avril 1870. 



Mou cluT ami. 



• C'est avec lo plus j,'ran(l plaisir que j'observe quelle jiart active 
vous prenez dans l'organisation des sociélés ouvrières sur toute la 
PVance. Vous voilà dans le beau chemin, le seul qui conduit droit 
an but. Tout le temps et tous les efforts voués à d'autres choses 
non-seulement sont perdus, mais directement nuisibles. C'est avec 
regi-ot, ;ivec douleur que je vois tant d'hommes sincères s'occuper 
à combatlie le youvernemi-ut ou tel autre mal particulier, au lieu 
de viser directement à l'ensemble des questions à résoudre. Si 
les peuples de race germanique s'occupent de détails et perdent 
de vue l'ensemble, le vrai but, cela n'a rieu d'étonnanl, mais c'est à 
nous autres peuplos de race latine de corriger ce défaut, d'en con- 
trebalancer les mauvaise conséquences, et non de nous laisser en- 
traîner ilans la même voie des petits moyens, des palliatifs. • 

« A quand l'avènement délinitif de la justice? Voilà la question. 
Voulez-vous que liberté, égalité, fraternité ne cessent d'être des 
paroles vaines et creuses qu'après des siècles? 

« Eh bien, alors attaquez les gouvernements monarchiques, éta- 
blissez des républiques déplus en plus démocratiques, amassez des 
capitaux en épargnant des sous, instruisez-vous de mieux en 
mieux, et vous aurez l'iuie après l'autre la liberté, l'égalité et la 
fraternité et l'an 3000 la justice sera laite sur la terre. Voilà un 
idéal à faire pleurer de satisfaction un philosophe allemand. 

« Nous autres, travailleurs espagnols, nous n'avons pas cette pa- 
tience séculaire; nous voulons voir la justice établie le plus tôt 
possible, en cinq ou dix ans, el pour cela nous marchons droit au but 
sans dévier en ne nous occupant d'autre chose que de l'organisa- 
tion des sociétés ouvrières. Peu nous importe qu'on donne à l'Es- 
pagne un loi ou quel soit ce roi ou un empereur ou un président 
de la République ou même une douzaine de ces présidents, nous sa- 
vons d'avance que ce seront les mêmes chiens avec ditïérvnts col- 
liers. Le gouvernement le plus tyiannique ne nous pourra pas 
empêcher deserrer nos rangs sous tel ou toi autre nom, de jeter 
des bases solides pour l'édifice futur, et ajtrès (|uelques années, 
un beau jour rKs])agne s'éveillera libre de tout gouvernement, 
libre de toute iniscrc, libre de tout parasite, contenue seulement par 
les liens élastique de la fraternité. 

♦ Tous les ouvriers Espagnols ne sont pas encore bien pénétrés 



ET LK JACOiîlMSME, 413 

de cette conviction et vous voyez une ^^rande partie d'entre eux 
accourir aux clubs politiques et en général s'occuper trop sérieuse- 
ment de certaines améliorations partielles. Ainsi, la semaine passée, 
la question de la conscription a failli produire une révolution dans 
notre ville ; heureusement la pluie est venue refroidir les tèies 
échauffées. La ville de Gracia, située environ à quatre kiloniùtres 
au nord-ouest de Barcelone, et qui compte plus de 8,000 habitants, 
avait résolu de ne faire la conscription sous aucune condition. Celait 
se soulever contre les Cortès et par conséquent extrêmement illégal. 
On fit des barricades excellentes, et le gouvernement civil et mili- 
taire, par des affiches menaçantes qui trahissaient la peur qu'il avait, 
sut entraîner Barcelone dans le mouvement. Dans la nuit de lundi 
à mardi, on érigea plus de cent barricades dans la ville, et mardi 
et mercredi il y eut des coups de canon et de fusil dans les deux 
villes, malgré la pluie de ce dernier jour ; mais tandis que les ha- 
bitants de Gracia déclaraient qu'ils voulaient ou vaincre ou mourir, 
les Barcelonais s'étaient déjà lassés. Le bombardement de Gracia 
dura avec quelques interruptions jusqu'à samedi'; quand les troupes 
entrèrent dans la ville sans trouver la moindre résistance, il n'y 
avait absolument personne dans les rues, on s'était retiré dans les 
montagnes, voyant qu'il n'y avait rien à espérer de la participa- 
tion de Barcelone. Pour discréditer ce mouvement, on disait que 
c'était une tentative carliste, mais le gouvernement était d'autre 
opinion, car depuis le premier jour il supprima les deux journaux 
républicains el Estado Catalan et la Raaoïi, et comme ce dernier 
reparut le lendemain sous le nom de la Chelon, on vint s'emparer 
des imprimeurs et des rédacteurs qu'on put trouver. Pour donner 
plus d'importance atout cela et pour cacher la grande peur qu'on 
avait éprouvée, on fit un bon nombre de prisonniers en empoi- 
gnant à tort et à travers. 

« Sùjné : SENTINON. » 



PIEGE t. 

DOCUMENTS RELATIFS AU CREUZOT. 

Vf Le Creuzot, le 12 avril 1870. 

« Compagnon Yarlin, 

«■ La section de l'Internationale du Creuzot est en voie de forma- 
tion : nous sommes aidés par le citoyen Malon qui, dans une réu- 
nion privée que nous avons eue, a complélemeut terminé ce que nous 



.\i\ L'lNTi;i{NATlnNALK 

avions si bien commencé. Les principes .socialistes sont implantés 
ici niuintcnanl. 

a Salut cl fratornilé. 

a Shjnô ; DU MAY «. 

.. Le Creuïtit, 12 avril 1870. 

>' Mon bien cher ami, l{ichurd, 

« Je l'envoie une fraternelle poijj'ncu de main et le prie de faire buii 
accueil à J.- M. Vrriinml, mcmiire de rinlernulionale, mon bon ami, 
l'ami de Varlin, une victime de ce Schneider dont les pratiques te 
soift connues. Veuille le présenter aux internationaux de Lyon cl 
lui accorder ton amitié, il en est digne. C'est un des plus tenaces ré- 
voltés crcuzolins du 19 janvier, en un mot il est des nôtres et la fra- 
ternité internationale doit le couvrir. 

« Fais des compliments pour moi aux socialistes lyonnais pour 
toutes les belles choses qu'ils font, présente mes sympathies à tes 
parents, à madame Barbet. Jeté serre bien rralcrnclleiueul la main 
et je t'aime de tout mon coeur. 

« Ton fivre et vieil ami. 

« Sifjné : U. M.-VLU.N. 

a En ce moment au Creuzot, chez Gafflol, yi, rue de Chalon-. » 

« Le Cieuzol, 18 avril 1870. 
« Citoyen, 

a La grève est à peu près terminée sans que Schneider ait fait au- 
cune concession. Les proscriptions sont à l'ordre du jour et la mi- 
sère en est le grand résultat, bien entendu, et les secours arrivent 
bien à propos. 

w Nous vous remercions au nom des victimes, et nous vous enga- 



1 Au mois (Je scploiubre isTO le cituyi-ii Uuiiiuy a ôtu iiuniiiii; maire du Crouzol 
par arrêté du préfet de Suone-Ct-Loiro, Frédéric Morin Lo 26 inar.s luT), il a pro- 
rlamé la commune au Creuzot; il vieul d'Être coudamué par conlumaie à la der- 
nière sessiou de la cour d'assises de Saôue-eULoiro à la poino dos travaux forcés 
il perpétuité. 

2 Gaffiot, devenu agent de police sous la répubUquu, a oto renvoyé, au mois de 
septembre 18"1, devant la cour dassise.»' dt; Saône-el-Loire pour avoir pris part aux 
trouilles du Creuxot, et h elé condamné par conlumace à la peine do la déportation 
dans une enceinte fortifiée. 



ET LE .) ACOHINISME. 41b 

geons à faire part de notre i-econnaissauce aux braves ouvriers 
qui ont si bien compris les grands principes du socialisme. 

u Le comité: ALÉMANUS; TESTAR ; POIGNOT; SUPPLICY ; 
DUMAS; GOFFIER. 

« P.-S. Le citoyen Malon, correspondant de la Marseillaise, a 
organisé ce comité. » 

[Peuple de Marseille, 20 avril 1870.) 
PIÈGE u. 

t DOCUMENTS GÉNÉRAUX SUH l'iNTEKNATIONALE. 

I 

« Il y a cinq ans qu'elle vit, et sa puissance est déjà devenue si 
formidable que les gouvernements comptent avec elle. Elle a dit 
en dépliant ses anneaux dans tous les pays : 

K Travailleurs malheureux, donnez-vous la main sur la base du 
travail ligué contre l'oppi-ession des capitalistes; ensuite nous 
organiserons nos forces, nous tracerons notre programme et nous 
discuterons nos idées. » 

« Cinq années de vie seulement, et la bourgeoisie est si profondé- 
ment ébranlée dans tous les pays, que partout elle réunit ses baïon- 
nettes, partout elle cherche à organiser le massacre des tra- 
vailleui's, partout enfin elle a peur, mais elle résiste. 

« Et nous, pourrons-nous résister ? 

« Si non, il faut nous dissoudre. 

« Si oui, il faut rendre notre organisation formidable, donner ba- 
taille à la boui'geoisie, et en triompher. » 

.Discours prononcé par Michel Bakounine au meeting 
tenu sur le Crèl du Locle, le 30 mai 1869.) 



II 

« A l'apparition des premiers préludes de la transformation 
sociale, la boui'geoisie stupéfaite s'ai-rache à son ivresse; un cri 
de justice est venu troubler son orgie séculaire ; mais elle aura 
beau faire, sa condamnation est gravée sur la muraille, 

« Des aujourd'hui, le gant est jeté : les travailleurs ont arboré 
leur drapeau. A l'époque de misère et de dégradation a succédé 
l'époque du réveil et dU combat. Nous sommes descendus dans 
l'arène et nous y resterons ou nous on sortirons libres et 
vainqueurs 



41(i L'IMKHN A IlON ALI, 

• A la faveur des immenses progrès moraux et inalcricis nouvel- 
lement réalisés, la bourgeoisie, délivrée de l'oppression cléricale, 
est devenue à son tour la classe exploitante. La société europccnne 
du dix-ncuvionie siècle n'a jdus d'esclaves, il est vrai; mais clic 
a des prolétaires. Qu'est-ce «juo le prolétariat, sinon cet esclavage 
hypocrite, cet esclavage civilisé à l'aide duquel les bourgeois ex- 
ploitent les ouvriers?... Nous voulons à tout prix en finir avec 
cello bourgeoisie, qui, froide et insensible au milieu des crises 
sociales les plus tcriihles, est vraiment l'apothéose de l'égoïsmo et 
la honte de notre civilisation... .Nous, travailleurs, qui pioduisons 
la richesse sociale, nous ne pouvons i-ien par nous-mêmes. 

« Avons-nous besoin d'une bonne loi, implorons les monarques 
et ceux qui les entourent; avons-nous besoin de protection, implo- 
rons les cafards; avons-nous besoin de travail, implorons les 
bourgeois. Implorer, implorer sans cesse, s'humilier, se dégrader, 
souffrir, voilà, sous le régime de la force, la destinée des tra- 
vailleurs. 

« Des grâces du bon liicu, nous n'en voulons plus, des consola- 
« tiens des prêtres, nous n'en voulons plus, de la pitié des bour- 
^ geois, nous n'en voulons plus: ce que nous voulons, c'est la grande 
>i révolution des truvaillenrs, la seule qui nous donnera la lUjerté, 
• parce (itrelle seule peut faire éclore dans ce vieux monde malade 
' et gangrené la paix sociale et la fi aternité. » 

(E\ Irait d'un discours prononcé par un nieniljre de 
la section de Lyon. Année 1870.1 

« Une puissance nouvelle, année d'un droit nouveau, a surgi, et 
cette puissance qui se pose en face des exploiteurs et des tyrans 
comme le spectre des générations éteintes dans les fers de l'escla- 
vage, comme l'incarnation vivante de la justice j)opulaire, c'est 
l'Internationale. » 

(Progrès du Locl>\ — mai 1S70.) 

« Dès le quatorzième siècle, le réveil social eut lieu en F'rancc 
mais ce n'est ni le roi, ui les princes, ni les savants, ni les prêtres 
d'alors i\\i\ l'ont provoqué. 

« Les rois et les princes de cette époque étaient comme ceux 
d'aujourd'hui, des individus très-insignitiants, qui n'avaient d'autres 
soucis que de boire, de manger, de chasser, de danser et de mener 
une vie que, par respect pour vous, je m'abstiens de qualifier... 
Leurs royaumes n'étaient pas des sociétés humaines, mais de sim- 
ples abattoirs... 

u La révolution de l.SiS qui ne fut que i)oliliquc, parce que l'idée 
socialiste ne la dominait pas, parce que les instincts populaires 
n'étaient pas encore nettement définis, la révolution de ISiH vint 



K r Li: JACOIIINIBMK. r^^^ 

st; l>i-is('i- lonire l'éeueil de Juin ; reniprisonueineat de Blanqui, de 
Marbés el de Haspail lut l'acte de déchéance de la l)onrgeoisie 
pépuhlirainc 

« .fusqu'à iH'ésout toutes les lois n'ont (Mi d'autre })ut que de pro- 
téger les exploiteurs eonti'c les exploités, ou si l'on préfère, d'em- 
pêcher les travailleurs de reprendre par la violence ce que l'on 
leur avait pris par la ruse 

• Jules Favre disait dans son discourssnr les droits civiques que 
la politique, plus que toute autre chose, influait sur la marche des 
sociétés et sur le développement de leur organisme intérieur. Baneel 
et les autres disent à peu près la même chose ; eh bien, nous disons 
le coiilraire. Ce n'est pas la politique qui influe sur les sociétés, 
c'est la société qui influe sur la politique; c'est ce (juise passe dans 
les régions productives du travail et du capital qui influe sur ce qui 
se passe dans les régious iu/ectes de 1h politique. 

Il Aujourd'hui l'on s'aperçoit que la politique est impuissante à 
réformer la société: les travailleurs ont fait un retour sur eux- 
mêmes ; ils ont vu quelle immense force résidait en eux, et ils ont 
enfin songé à faire leurs affaires eux-mêmes : ce ne sont plus seu- 
lement des droits politiques que les travailleurs réclament, ce sont 
aussi et surtout des droits sociaux. » 

(Discours piùiionc6 par Richard à la réunion générale, 
tenue, le 13 mars 1S70, par la fédération lyonnaise, 
salle de la Rotonde. 1 

(1 Le jour où les sociétés ouvrières seront organisées dans tous 
les pays et reliées par l'Association internationale, la classe bour- 
geoise disparaîtra et la puissance sociale appartiendra alors aux 
h'avail leurs. « 

(Extrait d'une lettre d'Eugène Dupont :in\. tiron^ier; 
de Lyon, juillet iS69.\ 



III 

ASSOCIATIOX INTERNATIONALE DES TRAVAILI.F.l'RS. 

Adresse aux électeurs de France. 

u. Citoyens électeurs, 

a En présence du grand événement qui se prépare eu France, les 
élections, l'Association internationale des travailleurs, branche fran- 
çaise, section fédérale, à Londres, croit devoir vous faire entendie 
sa voix. 

'■ Elle se pose ces deux questions : 

<i 1° T)oil-on ou ne doit-on pas voter '? 

27 



Ils I. INTKlîNATIONALK 

• 'i" l'.omnionl fiinl-il voler? 

« .V la proiniiTC, nnus rcjjondrous : 

■< Voler, c'est faire acte poliliquc, aflirincr votre ilroil et vnîie 
souveraineté. 

« C'est sanctionner l'occnijalion constante tic Home, rcxpéililiou 
du Moxiriuc, les f^norres eonlinuelles, l'impùt ilu sanj,', les arresta- 
tions partielles ou en niasse, les cinpi'unts successifs, l'appauvris- 
semcnt de la Krancc, raufjmcntation de la dette, la légitiniilc du 
2 Décembre, ou c'est flétrir et désapprouvei" souverainement de jia- 
reils actes. 

" No pas voter, c'est renier votre souveraineté, c'est laisser se 
consommer l'œuvre de deslruction, sans que votre bullelin proti'ste 
on indique la marclic à suivre, c'est faire abandon du peu de liberté 
i[ui vous reste, c'est préparer l'esclavage de vos enfants, c'est faire 
preuve d'ignorance sur l'iiistiuction. c'csl rciiicr vos ocres de ??, 
et leur grande œuvre. 

« Ku effet, ils doiveni se ■.n-c, sou.^ ic iii;r.r,c;n; l'ivi'pr- nu Ic^ 

couvre de gloire : Honte à nos fils ! 

« Honte à nous d'avoir produit de jiareils rejetons 1 
« L'absLcntiou est d'ailleurs un crime en matière politique. 
X Examinons froidement la seconde question. 
« Les députés sortants ont-ils fait leur devoir? 
« Non! la majorité, d'ailleurs, ne représentait pas la souvorainele 
du peuple. 

« La minorité qui le représentait l'a-t-elle l'ail? 
'( Non. Pourrait-elle mieux faire? Oui, en protcslnnl énergique- 
ment contre l'autorité du pouvoir exéci;tif, q>ii csl la négation de la 
souveraineté du peuple. 

« Ceux que vous êtes appelés à élire devront donc, en face d'un 
pouvoir personnel, revendiquer par tous les moyens les droits im- 
prescriptibles du peuple français. 

Il Pinrdo : lutter, c'est ton devoir! 
S;dut fra'crncl. 
" .\i\ nom de la branche française réunie on séance ex- 
traordinaire. 

« Lcscci'ùtn. ve : MONTHUS ; 

" La président : C. BESSOX.- b 

{La Cigale, 23 mai IS70. 



IV 

« Citoyen Varlin, 

'( Un journal fondé à Vienne (Autriche), destiné à la défense de> 
intérêts etd-^s droits ^-^ li i^lassc ouvricre m'a demandé \me cor- 



KT LE JACOBINISME. UQ 

respondaucc sur le mouvement, le progrès, les lendanees et les es- 
pérances des sociétés ouvrières de France et de Paris en particulier. 

« J'ai cru qu'il appartenait à la fédération de prendre elle-même 
on main la direction d'une telle entreprise et j'ai décliné l'honneur 
(jui m'était fait, pensant qu'un pareil travail serait mieux fait par 
les délégués des ouvriers que par une individualité. 

<( La devise de l'Association internationale : V omancipation des 
fravailleurs doit êiro l'œuvre des travailleurs eux-mêmes, m'a 
déterminé à vous faire la proposition suivante : 

« 1" Les procès-verbaux ou tout au moins une analyse des discus- 
i^ions delà fédération sei-a adressée une fois par semaine au journal 
demandeur. 

« 2" Les sociétés ouvrières seront en outre invitées h joindre aux 
renseignements généi^aux tous les renseignements particuliers 
qu'elles jugei'ont utile de faire parvenir h leurs associés d'Autri- 
che et d'Allemagne. 

« Si vous voulez bien prendre ma proposition en considération, 
je demande à être entendu d'abord, et à vous présenter ensuite et 
dans le plus bref délai le représentant du journal de Vienne. 

« Je prie le citoyen Camelinat de vous faire parvenir la présente. 
Il est également chargé de m'adresser votre réponse. 
« .\gréez mes salutations fraternelies. » 

« CHKMALK, 10, rue Yavin. » 



« Mulhouse, (j mars 1870. 
« Citoyen Varlin, 

« Au commencement de février, j'avais déjà écrit vme lettre pour 
vous prier d'avoir la bonté de m'envoyer les statuts et règlements 
de l'Association des ouvi'iers de l'Internationale, mais au moment 
de la mettre à la poste, j'ai lu dans la Marseillaise votre arresta- 
tion ; enfin vous voilà relâché, et je vous fais de nouveau la même 
demande. 

« La situation de l'ouvrier à ]»Iulhouse est loin d'être brillante : 
nous avons des fabricants, des tyrans de la pire espèce, et, mal- 
gré toutes les injustices commises tous les jours, l'ouvrier ne sait 
trouver le l'emède de tous ces maux. 

« Depuis près d'un an, chaque semaine, une fois, je réunis chez 
moi une vingtaine de mes confrères des divers établissements de 
la ville, imprimeurs, mécaniciens; fdeurs, etc., pour parler un peu 
politique. ^Mercredi prochain nous nous i-éunissons pour ouvrir 
une souscription pour nos frères du Creuzot. La semaine pro- 
chaine j'espère avoir les statuts demandés. 



4J() l,"IN 1 Fit NATION M. F. 

n N()u> vt'i'j'ons ff (|uo nous pdiiiTinis fiiii'c ici. romlt r .|.-s ili.im- 
brcs syndicales, de. 

« Nous ;iur(ins heaucuuii do difliraUt-s, nuiis le counij^c uo muis 
fera pas défaut, avec le temps el la pcrsévérancf »»ii viendra à l»oul. 

a Parler du choiera ici, n'efCvaycntit pas (uni MM. les riiiiitn- 
listes, quosi on finrlc ilr l' Intornaliouulc. NalurellonnMil ; «'"esl hicn 
clair : jusqu'aujourd'hui ils nul régné en maîtres (système SchutM- 
der et compaj^nie) el ils liennenl aulanl à leur loule-iiuissance que 
uotro bion-aiiut' l'mpoicur ; et on voudrait leur faii'o opposition ï 
mais bigre, on no souffrirait pas cela ! à la porte ! avec ces ciiarn- 
(]ncs les amis do l'ordre co/ifiniicionl h trnvinlhr et ;i nous Fain; 
qarjncr des tnillions. 

• Quoique je n'aie pas à me plaindre de- mes patrons, au con- 
traire (je suis imprimeur au rouleau chez les frères Koeehlin), 
je ne peux pas voir eommc dans les autres étaldissements on 
traite l'ouvrier ! Pour cela donc j'ai formé le plan do commencer la 
Campagne contre l'injustice et le capital, avec l'espoir, cher ci- 
toyen, comme nous sommes Idon ij,'noranls ici, que vous nous ai- 
derez de vos conseils au besoin. Vous ne pouvez pas voiis ima- 
giner quelles précautions il faut prendre pour iraguor roiivi-ier, on 
o>t si peureux ! la eonlianeo manque partout, parée que dans tous 
les coins on croit apercevoir un mouchard. N'importe, nous agi- 
rons en secret jusqu'au Jour où une cerluino ^oliiUirilr sera t'tahlir, 
et quand même nous arrivei'ons au but. 

tt Bcaucoui) de jjersonnes étaient encore bien suri)rises. quand, le 
il\ février, nous avons pu réunir une soixantaine de citoyens eoura- 
geux, pour un banquet eomménioratif, qu'on ne nous ait pas arrêtés. 

« Enfin je vous prierai encore une fois de m'envoyer les statuts 
demandés et plus tard je vous rendrai compte de mes efforts. 
.Je vous renioicie à l'avance de vos peines. 

■ Salut et fraternité, 

i' Fuokm; \VE1S>. 
me du Houry-, -i. à Mulhnuse (Hiut-Khin) 



yi 

Adresse do lu section russe à ta rédaction do la .NIaiîsfm i.aisi-, 

Geuèv ', Moiitbiillaiit, 8. 
Imprimerie lo l.i C'mse du prupl^. 

t (Utoycn rédaoteur, 

.\ux actes sauva,i;es de la ebalition internationale du ■•apilal ol 
lu ehassepot, la solidarité internationale du travail el de l'intelb- 



ET LK JACOBINISMK 421 

geuce à son tour doit opposer des actes, car le momeat est venu où 
In réaftion nous obliire à ne plus nous borner à de simples pa- 
roles. 

« Sur la lerre de l'exil, aussi hieu que du fond de leur malheu- 
reux pays, vos frères russes accompagnent de leurs vœux ardents 
votre marche victorieuse vers l'affranchissement social, vers la 
liquidation complète de tout cet exécrable ordre de choses actuel. 

« Ils ressentent douloureusement les souffrances et les maux tou- 
jours croissants dont le 2 Décembre ne cesse de vous accabler, 
au moyen de ces mêmes mesures de répression el de persécution 
employées par son frère de Saint-Pétersbourg, le bourreau de 
Pologne, l'oscamoteur de l'émaneipation des serfs russes, le flagor- 
neur des vieilles et funestes tendances panslavistes. 

« Gai- c'est bien du plomb et de la prison, de la soMatesque soûlée 
et de la magistrature prostituée que se sert l'empire russe — tout 
comme l'empire français, — pour écraser le peuple lorsqu'il tente 
ces grèves — non organisées encore, mais qui néanmoins éclatent 
'le temps à autre, — ces grèves contre l'impôt de plus en plus 
énorme, que le peuple ne veut, ne peut et ne doit payer à ses enne- 
mis, et contre cet autre impôt — impôt de sang — le recrutement, 
qui ne s'opère qu'afui de soutenir l'empire au détriment de tous les 
intérêts du peuple. 

« La branche russe de rAssocialion internationale s'impose le 
devoir d'implanter le drapeau international en Russie, afin que la 
propagande internationale et l'organisation des sections de métiers 
et de professions réalisent, dans ce pays comme ailleurs, la solida- 
rité qui doit unir les efforts de tous les peuples dans leur lutte 
«commune pour une vie nouvelle, affranchie fie toutes les chaînes <lu 
privilège et de Texploitation. 

n Le moment est grave et critique, el nous croyons servir la li- 
berté des peuples en travailhml à relier par des liens fraternels 
rOrienl ù l'Oceidenl. 

« L'Occident a rendu d'immenses services à la cause de l'affran- 
chissement international, et la France surlout, depuis bientôt un 
siècle, pi'odigue le sang de ses meilleurs fils pour apporter au 
monde le règne de l'égalité. 

(' Au nom ilu peuple russe, nous ne saurions mieux témoigner 
notre reconnaissance à la France révolutionnaire et socialiste, 
qu'en travaillant à ce que la transformation sociale — qui, selon 
toute probabilité, s'effectuera premièrement en France. — trouve de 
Hièine dans le peuple russe un défenseur du nouvel ordre, et vin 
ennemi acharné des protecteurs de l'ordre déchu. 

« En attendant, les souffrances endurées par les travailleurs re- 
quièrent l'aide et le soutien de leurs frères : c'est pourquoi la 
première section internationale russe, r'onstiluée à Genève, vous 



282 l.'lNTKlx.NATlUNALK 

prie de joiuiJiv aux buuscriplious destinées uu\ viclimo t.,-, ^-i, \c>^ 
son obole IValonielle. sa prcmiùitt colisiUion cxlruurdinairo 
(100 francs^ 

« Nous nous l'crmetloiis do prolitcr dn voire urijano, pour dire à 
nos nombreux compatriotes losidaid en France, ipiils pourraient, 
mieux qu'ils ne le font, apprécier l'bospitaiité ipu' leur offre lu 
France, et que, puisqu'il s'agit d'épaigner la mort à toute une popu- 
lation d'bommes, de fommcs cl d'enfants succ(jmbant à la faim, il 
serait pour le moins de leur devoir de verser aux hureaux de 
la Marseillaise leur pai-t de cotisation. 

'. Salul et fraternité. 

« Pour le comité de la section russe, 

" Le secvctuirc : \. TROUSSOFF. 

{lut. 8 mai lS70.i 

MI 

DÉCISIONS UUCONSKU. GKNÉRA.L UELATIVKMIiNT A LA KKDKRATIOX IlOMANDE 

Le conseil çiéih'n'al un comilr fédéral romand. 

■ Londres, le 29 juin 1870. 
« Considérant : 

« Que, quoiqu'une majorité de délégués au congrès de la Cbaux- 
de-Fonds ait nommé un nouveau comité fédéral romand , cette 
majorité n'était que nominale; 

« Que le comité fédéral romand, à Gcnôvc, ayant toujours rempli 
ses ol)ligations envers le conseil général et envers l'Association 
internationale des Iravaillcuis, et s'étant toujours conformé aux 
statuts de l'Association, le conseil général n'a pas le droit de lui 
enlever son titre; 

« Le conseil général, dans son assemblée du 28 juin 18"0, a una- 
nimement résolu , que le comité fédéral romand, siégeant à Ge- 
nève, conserverait son titre, et que le comité fédéral, siégeant à la 
Chaux-de-Fonds, adopterait tel autre titre local qu'il lui plairait 
d'adopter, 

(1 Au nom et par ordre du conseil général de l'Association 
internationale des travailleurs, 

. II. JUNG, 
" Secrélairc pour In Suisse. « 



ET LE JACOBINISME. 423 

VIII 

r.KGLEMENT OÉiNÉnAL DES GREVES. 

Article l«^ — Toute section faisant partie de la fédération, ou 
qui désire en faire partie, doit avoir une caisse de résistance, dont 
chaque membre do la section doit faire partie. 

Art. 2. — Cette caisse est alimentée par une cotisation obligatoire 
de 25 centimes par membre et par mois. 

Art. 3. — Les caisses de résistance sont particulières, c'est-à-dire 
qce chaque section (ou groupe de sections) gère la sienne. 

Art. 4. — Chaque section (ou fédération de sections) formera un 
bureau spécial de résistance. 

Art. 5. — Aucune section ne doit se décider à faire ia grève 
que dans les conditions suivantes : 

lo Lorsque les patrons voudraient violer une convention libre- 
ment consentie par les deux parties ; 

2° Lorsqu'ils voudi^aient porter atteinte à la liberté individuelle 
des ouvriers et au droit d'association ; 

3° Lorsque l'état du marché sera tel que le triomphe sera certain, 
ou qu'une augmentation de salaire ou une diminution d'heures de 
travail seront reconnues pai^faitement justes et bien fondées. 

Art. 6. — Pour qu'une grève soit solidaire pour toutes les sections 
d'une localité, il faut qu'elle soit acceptée par les comités respectifs 
des caisses de résistance et par le comité central ou cantonal. 

Art. 7. — Pour qu'elle soit solidaire pour toutes les sections 
romandes, il faut qu'elle soit sanctionnée par le comité fédéral, 
qui la soumettra immédiatement au conseil général en demandant 
l'appui des sections de tous les pays. 

Art. 8. — Lorsqu'une grève aura été proclamée par les comités 
respectifs, un appel de fonds sera fait ; à ce premier appel chaque 
secxion ou caisse fédérative de résistance ne s'engagera que pour 
le tiers de ce qu'elle doit posséder, c'est-à-dire, sur les fonds des- 
tinés à la caisse de résistance, et toujours à titre de prêt. 

A un second appel il en sera fait de même. 

bi un troisième appel était nécessaire, une assemblée générale 
des sections aurait lieu pour prendre une décision. 

Art. 9. — Les souscriptions, à moins de cas excessivement graves 
et reconnus comme tels par les comités respectifs et par les as- 
semblées générales des sections, sont absolument prohibées. 

Art. 10. — Aucune section n'a le droit d'entraîner dans une g rêve 
involontaire les autres sections ; toutes les sections ont le droit et 
même le devoir de refuser leurs secours à la section qui a com- 
mencé la grève sans les avoir consultées. 

{Égalilé, mercredi '21 uillel 1870.) 



'.fH I ■ I N T F-: R \ A I 1 • ' N M , 1-: 

IMKCK V. 

^K■^0(.IMIl)^ IMKIINATIONAI.K DKS 1 IIA\ All.LK ,ll<. 

hrdrrulinii om ricre lyoïininsi.'. 

' «lilnyoïi \juliii, 

<• A la noiivollc du Juj^iMiiful il Aiiliui, lii coiniiii^^siuu le Iim.iIc on 
\ri>Te lyounnisc n cl'' uiianimr lians la luMiséo de V(M»ir eu ;iide aux 
lainilles des onviiers etiipiisouiiés, et sa pi'cmière idéi' a iHô d'as- 
surer au\ mallieureusos ri licn)ï(ju(»s virliim's la continuation do 
li'ui- salaii-e, pcudanl tout le tonips do leur délention. f'.ela paraissait 
à la commission une appliealion immédiate du ijpincipc <le soli- 
darité (jui doit unir tous les travailleurs, et lui paraissait i-n outre 
iviler cet autre principe dit ilr r/i;ii-i/,('-, si pirconisé parles hour^^'eois 
el ipii n'est en délinitivequi' la l'onsécration des inégalités so.-ialos. 

• Mais devant cet acte tout spontané de l'adoption par les actions 
l-arisiennes de l'Internationale, des familles privées de leur soutien 
en vertu d'un ari'ôl qu'elle s'abstient de qualifier, la l'édératiou 
lyonnaise n'a pu qu'apphaudii-, et, pour [)articij)er à cette adoption, 
Plie a ouvert immédiatement dans son sein une souscription en 
faveur des grévistes du Creu/ot, cl des familles des ouvrier> 
e:iiprisonnés. 

•( Un premier envoi s'élevant à '.''{ francs a été fait hier au citoyen 
Hevillol, et toutes les semaine^ un envoi des fonds recueillis pai- 
la souse.ripliou sera effectué. 

•• Salut et rgalilé, 

" l'oiir la eoiiimission fédéral*'. 
(1 /.'/;// (les seci'ètairo-i, 
u CAsiwnn IU..\X«:. ■ 



l'IKCE V. 

<.ujij/ii' rk'rlor.il ilo /'iirruii'/issciiivnl 'Ir Itoiu ii. 

o Hoiioii. !'■ 4 j'iiii 1870. 

Citoyens travailleurs, 

' Le comité éleeloral ouvrier, composé de délégations apjiiti- 
I tenant à diverses professions, en présence des élections qui vont 
îivnir lieu pour la nomination de deux ronscHlors généraux et de 
■six conseillers d'arrondissement, avait eu l'intention de présenter 
huit travailleurs pour inviter les électeurs démocrates-socialistes à 
réunir leurs suffrages sur ces citnyons alli! île jirotcsler eoulre 



Kl I.K JACOBlNIS^rK. Mb 

rornuiiioloiict; des candidatures excdusivemeiil politiques prcsontées 
par le comité bourgeois dit L'iuon duwocrutique vl libérale. 
Nous ue parlons pas des autres qui, n'empruntant aucunement l'éti- 
quelte de démocrates, conservent le rùlc qu'ils n'ont jamais cessé 
de remplir, qui consiste ouvertement à déleudre les privilèges poli- 
tiques, économiques et sociaux, perpétuant notre asservissement. 

« (7est doue au comité de l'Union démocratique et lijjérale que 
aous nous adressons directement puisque, malgré son litre, il n'a 
daigné consulter les ouvriers pour appeler leur attenlion ^wv le 
rhoix des candidats. Cette persistance à méconnaîti'c le il roi L des 
éleeteui's démocrates-socialistes nous invite à notre li.ur h per- 
sister dans la voie que nous nous sommes ti'acée. 

« Fidèles à nos principes émis aux élections générales, nous nous 
ju'oposions de i>rouver à ces messieurs que les ouvriers persis- 
taient à revendiquer leurs droits ; et, malgré que celte fois encore 
nous n'aurions espère voir notre appel entendu de tous les inté- 
ressés, malheureusement- pour une grande partie trop pénétrés (!es 
préjugés d'une politique qui ne leur a donne jusqu'aloi's que dé- 
ceptions, misère et ignorance; 

« Malgré, disons-nous, que la majorité de nos frères n'auraient 
peut-être pas compris l'importance de notre manifestation, néan- 
moins nous aurions prouvé à nos adversaires que les événements 
ne nous avaient nullement abattus, mais, bien au contraire, nous 
faisaient plus que jamais persévérer dans notre conviction de con- 
quérir par tous les moyens pacifiques notre affranchissement. 

« Mais les dépenses qu'aurait occasionnées cette lutte, a\i moment 
de celles Iden mieux employées pour les frais de notre congrès, 
ont engagé le comité à décider de réserver nos forces [lOur une 
lutte prochaine Lien plus importante, nous voulons parler des 
conseils municipaux dont il élabore en ee moment la liste dans le 
sens d'une représentation de toutes les classes de la cité. Le 
)inité attache plus d'importance à cette institution parce qu'elle 
;i, du moins, sur celle a\ijourd'hui en i-ours d'élection, le mérite 
il 'émettre autre chose que des vœux. 

( Cependant, le comité électoral ouvrier recommande à tous les 
•travailleurs jaloux de conserver intact le principe de la reven- 
l'ication du travail, en jjrésence de compétitions personnelles 
<nillement sympathiques à son affranchissement, de protester par 
un vote hullolin blanc contre tous ceux qui méconnaissent nos 
aspirations. 

« fit si ces messieurs crient à l'indifrerenct, nous n'avons qu'une 
réponse à leur faire ; 

« Supposons pour un inslant que les fonctions de conseiller gé- 
néral et d'arrondissement soient continuellement remplies par des 
liîovens apjiartenant à l'.irinée et au i-h^rgé : 



4:i(; i.intkunaiionall: 

Np protcsleriez-vous pas ilo riiicompélciice do vos Ijojiorables 
citoyens pour défcndro les intérêts si noini)reux île la banque, du 
commerce, do l'industrio, dos transports et de la navigation? Ce 
serait votre droit, et vous auriez raison. 

(' Eh bien! nous ouvriers, nous disons quo les eonsoils généi-aux 
cl d'arnuidissement sont on frès-grando majorité foniposés d'élus 
incompétents pour traiter les questions do salaires, <le coalition^ 
d'ateliei-s corporatifs, au point do vue des travailleurs; 

« Quota majorité ne s'est nnlleniont prôoccuiiée jusfju'alors de ma- 
nifester ses sympathies pour l'aholilion du (•.aiilinniirmonl et du 
timl)re, môme ])0\\v traiter les matières économiques cl soeialos, 
de l'abolition de tous les privilèges de l)anquos, tous monopoles (jui 
oûti'avcnt la marche du mouvement social ; 

« Et comme la majorité des candidats partage les pi-ini.-ipesdo l'cUe 
<|ui siège, c'est-à-dire, a soin de no parler aiicunemcnt do vouloir 
supprimer tous les privilèges économiques, le comité, au nom 
de la dignité de nos principes et en l'absence de candidats repré- 
sentant exactement les aspirations des classes ouvrières, croit qu'il 
est de sou devoir de prolester par bulletin blanc. 
« Les membres du Comité : 

(t SIMON; LEFRANÇOIS; A. FRITSCII ; E. SAVAL ; PiEnni-: 
AU^■RAY ; VIMONT aîné ; MULET père ; DOULANGEPi : 
ÉmileAUBRY ; LENOIR ; PAQUES ; Hippolyte FP^RET : DÉ- 
smÉ VÉRITÉ; G. RERTIN; TUREU ; LECLERC ; E. VÉRITÉ 
tlls; A. VÉRITÉ ; BELLELLE; COLLET ; TASSU ; RARBET : 
D. FOUET; JAJOU ; P. JULLIEN ; Jules FORTIER; CRO- 
QUET ; FLEUTRY ; DKSORMIÈRE ; SCIIRUB. » 



PIECE y 



Vi nne (Isère). 27 juin 1870. 



" Monsieur le rédacteur, 

« Nous voyons avec satisfaction que tous les travailleurs s'unissent 
solidairement pour nous aider à obtenir les conditions que nos 
patrons persistent à ne point accepter. Nous demandons les mômes 
satisfactions que les ouvriers de Lyon. Sommes-nous déraison- 
nables'? Que vos lecteurs en jugent. 

« Les ouvriers en fer de Lyon viennent de se réunir pour nous 
soutenir; dans une grande quantité de petites localités il y a déjà 
quelques jours que les ouvriers de la même corporation ont pris 
semblable initiative. 

« Nous remercions sincèrement tous ceux qui s'unissent pour nous 
aider. 



ET LE JACOiHiMSME. Aiil 

« Notre entreprise aboutira sans doute, siuou nos coUùyue.s tra- 
vaillant à Vienne s'expatrieront tous. 

« MM. les patrons devront adhéi'er bientôt à nos Justes réclama- 
tions s'ils ne veulent créer le désert autour d'eux. 

« Recevez, Monsieur le rédacteur, l'assurance de notre haute estime 
et de tous nos bons sentiments. 

« Prôsident . GRAILLE François ; Secrôtaive : il. FAYSSE ; 
Trésorier : RICHARD. » 

{Proçjrés de Lyon, 29 juin 1870.) 
PIÈCE z. 

LA DÉFAITE DE LA BOURGEOISIE. 

Tous les organes de l'Association internationale et de toutes les 
langues sont remplis des protestations ouvrières contre la gvierre. 
Les journaux allemands, le Volkstaat et le Volkswillc, contiennent 
les comptes rendus des nombreuses assemblées des ouvriers pro- 
testant contre la guerre. Le dernier numéro dvi Vorboto publie un 
remarrj;uable article sur les vraies causes de la guerre, en démon- 
trant que la guerre extérieure sera ù l'ordre du jour tant que durera 
la guerre civile ; et enfin, la Cnuse du Peuple déclare, dans uu 
long article sur la guerre, que si l'empire russe intervenait, les 
Russes, qui sont dévoués à la cause de l'alfranchissement politique 
et social de leur pays, doivent souhaiter sincèrement une défaite à 
l'armée impériale, et non une victoire, qui no serait que la consé- 
cration de ral)Solutisme. 

Ce qui est vrai pour un pays est vrai pour un autre, et sans 
vouloir entrer pour le moment dans trop de détails, nous avoue- 
rons que, n'était la douleur poignante de voir tant de nos frères 
soit assommés sur les champs de carnage, soit affamés par le chô- 
mage inévitable, nous assisterions avec une parfaite indifférence 
aux victoires ou aux défaites des armées françaises ou prus- 
siennes. 

Il serait en effet profondément triste si les travailleurs français 
se laissaient égarer par le chauvinisme du moyen âge, ou si les 
travailleurs allemands voulaient s'enorgueillir des victoires de 
leiïr l'oi ! 

Non ce n'est pas le peuple français qm est vaincu, c'est l'empire 
et c'est la bourgeoisie qui ont subi une défaite éclatante : ils ont 
égorgé le peuple français aux barricades de Juin 1848, et ils lui ont 
volé sa République le 2 décembre; depuis, dui\ant vingt ans, ils n'ont 
fait que martyriser leur victime, et les grandes armées, composées 
de fils du peuple, se sont exercées sur leurs frères à la Ricamarie, au 
Creuzot et dans la France entière ! Poussés par leur ignorance, 



^■2S I ' 1 \ 1 I K N \1 loN \ 1.1". 

prOKst'.s par les lois siiiiviijfos de lu fliscipliiii' niilitairo, N-s suidais 
iVnm'iiis soiil (ilili;,n's de se hîillrt', mais ItMirs fameux j^éin-iaiiv, 
fiuos Heurs de l'impiM-ialismc el de la l»ii\u-p-foisic, les onl mniiés 
aux ciimlinls pour It^s fairi- niilraillcr pai iiiilliris à la fois! Voilà 
tlonc la |»rciniiu'0 leron que t-ellr* aliorc ^^'n.'rrc nous donne. L'Km- 
pire a vécu sïw^l nna, soulenu jtar la hourgi'oisie ; il a sucé le 
meilleur sa uf^ ilu peuple, il a ruiné le pays |iar «les impôts énasanlK, 
il a cxei'eé la ilirlatnre la plus infàîue, il a n-nipli 1rs iiics di' Paris 
<ie ealavrcs et de m\ililes.il a rempli les jirisons de tous ceux qui 
oui eu l'audaec de se monlii'r di'xoués au peu|)I(; et «pii ont eu 
rhoum'lelé df mauifesler liur liaim' à rimpérialisun-. .lauiais la 
voix du peuple n'a clé i-nleudue par les elasses j^ouvernanles du- 
rant eetti* nuit san;^laule de vingt ans, ellesonl donc, ])u faire to\it er 
qu'elles voulaient, ees i-lasses, dans leur sollicitude paternelle pour 
le peuple, el les voilà à l'ieuviv mainlenanl. à l'ouvre qui c^' la 
leur, cl eu aucune l'aeou celle du jK-nplc ! 

Ou ciie à Vliiv:i-i()ii 'Ir ii'imcitii ." \c>- jmn'iiaiix lionr^'cios 
ap[>ellent de k'iu's vieux re\leriMination eoinplète des .Mle- 
mands \)nv tous les moyens les plus sauvages; mais (jui a amené 
celle iuvasitui"? à qui la faute si les Alleniauls doivent être 
appelés aujourd'hui ennemis îles Franeais? ennemis lorsque hier 
eneore ei's deux juMqdc^s se lendaieni une main fratei-nelle et 
proteslaiiMil de ioutes leurs foi-ees contre rinfàmt! déeUu'ulion de 
gueiTe ".' 

Les journaux Ito'.n-Lîeids ciienl ipie le> .MIeinands sont vandales 
et assassins ! iliraienl-ils la nièine chose des |-'raneais, si les Français 
avaient passé le Rhin 1 1 avaient i)oursuivi les Allemands jusqu'à 
Berlin, c< l'cpée dans les i-eins », selon la mdde mais tiiqi liAtive 
promesse de ees mêmes journaux '.' 

Pour nous, le malheur n'en serai! pas plus ;^-i'and, ni nioinJi'C, 
puisque ponr nons le nialhcui- est dans le fait même de la (j'uerre 
qui, a\ec les euyins luM-rectionni'--, esl devi-mu^ une liOiudieric per- 
feetionuêe des populations ! 

Ainsi doue, « le coui'onnement de l'éditiee r de l'inijiirc hour- 
gcois eonsisie dajis l'invasion sau,i,''lanle delà Fninee ! El voilà que 
toute la hourgeoisii- devient folle, elle suspend toutes ses affaires 
el elle eu appelle au peujde, à la nalion, elle di-evele l'envoi de 
tout le pen|de a la IVonlieic. car sans le peuph^ elle est jterduc ! 
Cel appel au peiqde, c'est la déchéance rie l'empii'e et (li> la Ikmu'- 
geoisie,qui se déclarent ainsi incapables de sauve,i,''arder le paisible 
et le libre- dévehqqiemeni ilu l'aysl 

P^n même temps, cette guerre est la eouilauination suprême des 
armées permanentes ; car comparativement ]>arlant, «-erles c'est 
l'armée française qui est le modèle des armées |)eruiauentes, et 
uous voyons dans ce momeni tpie l'enqni'e est oblip' dt* eonqiter 



i-; i 1. 1-: ,1 A coin \ I >.\i i-;. lao 

sdi- un -ti.'oc-. eu iMiiuplaui sur rrullioiisinsmi' de la (mpulali. n 
«ulici'C, f[ui ne s'est j.iiuiiis cxcnuW- aux arnit's. 

C'est ainsi qu'an-ivo la liquidation, la li(iuidati(ui sauylante de ccl 
ordre do idiosos, ol oortos re sont les classes ti'availleuses elles 
seules qui iieuveul se donner les i;ai'antics i'éci[ii'(>ques d'-aa pays à 
l'autre iiour le déveldppeineijt paisible et ijro.uressil" île l'Iiuinaailé. 

Nous avons dit qui» les travailleurs fraueais n'assuniont aucune 
responsabilité ilans tnut ce drame : ce ne sont pas eux qui subis- 
sent la défaite, ce sont l'empire et la bourgeoisie. Nous devons 
constater ici que le mènie rôle appartient aux Allemands. Le mal- 
heur serait incalculable s'ils voulaient se gloriiier du succès des 
années allemandes , et, oublian' ainsi leur seul problème vital, 
abandonner la lutte énergique pour leur affranchissement social. 
Mais ils savent aussi très-ltien que le succès des armées royales 
pourrait mener à la dictature militaire de V empereur allemand, 
que cette dictature no serait qu'une seconde édition de la dictature 
bona|)arliste, [toi'tant un coup mortel à tout progrès social, à toute 
amélioration et l'éorganisatitui sociale, et, par conséquent, nous 
avons la profonde eunvietion ([ue les travailleurs allemands sauront 
déjouer les convoitises eouiiables de leurs rois et princes ; et notre 
conviction est affermie par toutes les protestations dont nous avons 
parlé plus haut. Ces protestations en effet présentent un fait tout 
nouveau dans l'histoire des peuples et prouvent que les populations 
sont à la veille d'être prèles iidernutionalemenl à secouer une fois 
pour toutes le joug de la soldatesque et des capitalistes ! 

a Pas de divisions 1 unissons-nous tous sans distincliou de partis! 
s'écrient les liraves ])ourgeois ! Pas d'accusations intempestives, 
s'écrient leurs orateurs dans leurs parlements ! plus tard nous 
verrous à qui la faute !... » Et p(nKlant ce même temps, le zèle des 
lâches serviteurs de leur tyrannie ne se ralentit guère, et persécu- 
tion sur persécution , comlamnation sur condamnation suivent 
leur Irain accoutumé, k La pati'ic a besoin de tous les bras ! )> mais 
on a peur di'S bras de nos frères et nos meilleurs amis languissent 
en prison ptuu^ avoir appartenu à l'Internationale. Les internatio- 
naux sont poursuivis avec uneféroeilé inouïe dans toute la France! 
En même temps la haute cour s'empresse de condamner à vingt 
et quinze ans de travaux forcés et de détention les républicains les 
plus dévoués, enveloppés par la police dans un complot inventé 
la veille du plébiscite. Mér/v est condamné à vingt ans pour avoir 
tué un agent de indice qui viola son domicile, tandis que les énergu- 
mènes qui fout tuer des milliers d'hommes tous les jours ne sont 
encore ni jugés ni condamnés ! 

Uempire untrichien prolite de l'embrouillement général, et, au 
bruit du canon prussien, porte sa main meurtrière sur toutes les 
sociétés ouvrières ! Ce u'élait pas assez pour les héros autrichiens 



J.W !.' 1 NTi:H NATION A LK 

que il avoir condamné les hommes les plus influents duparti ouvrier 
;i cinq cl six ans do in'ison.ccs héros veulent absolument obtenir 
une vu'loirc siu- le i>enplc: vinjil-six sociétés ouvrières, c'esl-a-dire 
foutes les sections de métiers, ainsi que toutes les sociétés d'in- 
struction ouvrière, sont dissoutes à Vienne à cause do leurs (en- 
ilmifcs (Inngcrrascs pour l'empire ! Naturellement les milliers 
d'ouvriers qui en font ])artio no voulonl pas se soumettre silen- 
cieusement ù ce cnpi'icc révoltant du gouveinemont, les protestations 
éclatent do tous côtés ; les sociétés ouvrières veulent portei- la 
question de leur existence devant la cour impériale ; cette cour va 
naturellement soutenir le gouvernement ; il y aura de nouvelles 
démonstrations, de nouvelles arrestations ; les sociétés vont se 
reformer ouvertement on non, et la lutte deviendra de plus en plus 
implacable des doux côtés, jusqu'à ce qu'un jour l'Empire soit balayé 
du territoire aulrichien. 

En attendant, en voyant toutes les persécutions que nos fi'èrcs 
subissent dîuis les pays monarchiques, <|ue tous les internationaux 
qui se trouvent d.ins les pays ]dus libres, comme la Suisse, se 
rappellent plus que jamais leur devoir de porter haut le drapeau 
de rintei-nationale, de travailler éiicrgiqnemcnt à la disparition de 
toutes les divisions et à l'organisation solide et puissante de la 
résistance, en vue de nouvelles épreuves qui nous attendent et que 
nous devrons savoir surmonter victorieusement. 



PIECE u. 

AUTnKS nOCUMîCNTS RELATIFS A LA rÉDÉnATION LYONXAISK. 

1 

Fcdcralion ouvrière lyonniiisc. 

«i L'assemblée générale publique des membres de?^ sociétés adhé- 

* rentes à la fédération ouvrière lyonnaise qui devait avoir lieu le 
■ dimanche 10 juillet a été interdite par ordre ministériel. Pareil 
< refus nous avait déjà été adressé lorsque nous déposâmes, avant 
«. les aiTcstations du liO avril, une déclaration pour une asM-mlilcc 

* générale qui devait avoir lieu le 8 mai. 

i Le maigre droit de i-éunion qu'on nous avail ociroyc il y a 
■■ deux ans nous est-il, oui ou non, déjà retiré? 

* S'il eu est ainsi, le gouvernement ferait bien de le dire, aiin 
.. qu'on sache à quoi s'en tenir. 

« En attendant, nous protestons contrôle nouvel acte d'arbitraire 
■' qui nous frapjie et qui ne peut s'cxp+iquer autrement que pnr tine 



KT LE JACOKINISME. Wl 

< infcntion bien arrcléc d'cmpèchcr les (ravaillcurs do s'entendre 
« et de s'éclairer mutuellement, aiin d'endiguer le grand mouvc- 
<r. ment ouvrier qui se manifeste partout. 

«t Les travailleurs ne se laisseront poini décourager par de telles 
« manœuvres : l'organisation de leurs nombreuses fédérations est 
« achevée et, à moins qu'on ne fasse uu coup d'Etat économique 
•:' bien hasardeux, ou ne réussira pas à les dissoudre. 

^ ALBERT RICHARD ; FRANÇOIS DUMARTHERAY ; BLANC ; 
CHARVET, délégué des tisseurs ; AIGLON , délégué des 
tailleurs ; TOURNAIRE, délégué des tullistes ; GORNIER, 
délégué des tullistes ; BUSQUE, délégué des sculpteurs ; 
GARNIER, délégué des apprôteurs de tulle ; FAVRE, délé- 
gué des doreurs 'sur bois; PREMILLEUX, délégué des do- 
reurs sur Jjois ; VxVLLOT, délégué des apprôteurs et teintu- 
riers en chapeaux ; BARDERY Emile, délégué des cha- 
peliers ; H. BOURON, délégué des chapeliers ; VITTENNE, 
délégué des peintres et plâtriers ; YUITTON, délégué des 
marbriers ; GINET ; DEYILLE ; PALIX ; L. RÉGINAS ; RRET ; 
DjPUIS; LABRO, délégué des corroyeurs. 

« Lyon, le o juillet 1P,70. 

Proçirè^ de Liior, 8 juillet 1S70.) 



II 

Fcdcralwn nuvrirre ]yoiiii:v's 

« ^[onsicur le rédacteur, 

« Nous soussignés, membres de la commission fédérale de l'As- 
( sociation internationale lyonnaise, protestons contre toute mani- 
a festation extérieure faite en notre nom. L'Internationale étant 
« une association purement économique, elle sortirait do son rôle 
( et de sou programme en acceptant la responsabilité d'une maiii- 
'( festation que l'on voudrait tourner en mouvement politique, et 
'< ({ui pourrait amener une collision entre les travailleurs et l'auto- 
' rite. 

■( Le refus d'autorisation pour les réunions de la fédération ou- 
I vricre, fait par l'autorité, constitue un acte arliitraire du moment 
« que toutes les autres sociétés ouvrières ont cette même autori- 
( sation. Nous sommes convaincus qu'une demande formelle faite 
(( à l'autorité, afin que la loi soit égale pour tous et soit observée à 
v( notre égard, aurait pu être écoutée sans avoir recours à une ma- 
'< nifestation. En conséquence, nous déclarons n'accepter aucune 



Mit i.'i \ ri-, i; \ V r I .• \ V i,i 

n S()liii;irilt' a\oc 1rs ;nitrurs «le l;i iiimiifcslalion, t-l niiii> l«-iji en 
" laissons toutiî lu rfs|i(»ii>;ibililc. 

« Nous \frnons (l'iipprciidrc i|iu' |>lusi(iirs <li's laeiubres iK- lu 
1 (tominissioii fodiM'alc viciiiicnl il'i'lir .nivli-s an ^ujet «le la mnni- 
< fostation, 1*1 nous ariinnons i|ui! lnus reu\ i|ui sont arrôlés jtoui 
i (M' motif n'onl im'ss('' d'y rtii' cnniidoliMncnl o|>|ios<''S. 

« Ce n'est (lu'cu allant pnur lc\ir faire si^^nor la |.rMl''^latiuii ci- 
« dessus i|Ut* nous avons a|i|U'is Ifur arrcslalion. 

« Par CCS motifs, nous "|ualilioiis i'U('r;,'ii(Upmcnt la cdndiiitf d'' 
« l'administratiou en follc fircnu-^tancc de l'arliiti-aiic le plu'' into- 
t léraldc, 

« l.. 1»AI,I\. GINKl', I)Oi;i»,i.K, IMACKT. 

T(>ri{\\M!K. (;.\i!\iF,n. .. 

l'ioyrrs <!'■ /.iio.iy'i'l jiiiM i IST". 



lii 



. Monsieiu' le rédacUui-, 

.1 .le viens emprunter les colonucs de votre ('sliiii;ild>- j-Muiiai 
' pour porter à la eonuaissance de vos lecteurs un acto dont l'Asso- 
« ciation internationale vient encore d'être victime. 

« Aujourd'hui, 20 courant, entre 3 et i heures, la police a proc»^iiç 
« à l'arreslalion do plusieurs de ses membres. 

« Ces! la deuxième fois qu'on peu de temps ce l'ait >e reproduit 
« et plonge de nouveau les familles des victimes dans la ruine el 
' la misère. 

'< Je viens pi-otesler contre ces actes de violenee. 

« t^.her rédacteur, je vous prie en même temps d'aununeer qu'une 
Il souscri[itiou est ouverte chez le citoyen Langlade, en faveur des 
i familles des victimes et des uoIjIcs soutiens de cette vaste Assi.- 
" ciation internationale des travailleurs, «{ui seule peut établir la 
« paix eu sujiprimant les frontières. 

« Je m'associe donc de grand cœur à ceux <|ui ont osé protester 
« contre la guerre; notre seul mot d'ordre entre travailleurs c'est de 
a rendre la guerre impossible. Ou doit rendre res]iousab|ps ceux 
« qui l'aïuonf faite. 

« Puisqtie je tiens la iilume, je tiens a faire savoir à mes nom- 
« breux amis que le 2(» coui-aut, au jour et à l'heure de Tarresta- 
t tien, je venais de sortir de chez moi, lorsque deux agents, accom- 
« pagnes d'un commissaire de police, se sont présentés chez moi 
-> pour m'arrèter. J'étais parti pour (iivors voir mon père. 

« J'en reçus immédiatement avi--. Uepartir inunédiiitement pour 
" Iaou, voii- le eitoyen l.auirlade. \oiis éerir<', fui l'affairi- d'un 



ET LE JACOBINISME. 433 

(' momenl, et à l'heure ou paraUrout uca quelques ligues, je serai à 
« l'abri des recherches de la police. 
« Recevez, monsieur, l'assurance de ma parfaite considération. 

« CHOL '. .. 
i^roiirès de Lyon, '-Il juillet 1870.} 



IV 

Fédôvalion ouvrière lyonnaise. 

« Lyon, le 24 juillet 1870. 
« Monsieur le rédacteur, 

« Nous comptons sur votre obligeance ordinaire pour inscicr l;i 
« présente lettre dans votre prochain numéro. 

« Le Salut public, dans son numéro du 22 juillet, en parlant des 
a attroupements qui se forment chaque soir sur la place des Ter- 
« reaux, annonce l'arrestation d'un individu qui criait : Vive la 
« Prusse! et ajoute que c'était un des principaux chefs de l'Asso- 
« ciation internationale de Lyon qui était revenu de Genève. 

« Comme cette assertion est complètement fausse et que, de plus, 
(' cela tendrait à faire supposer que l'Internationale pousserait au 
(( désordre à Lyon, nous croyons devoir démentir le fait ; de plus, 
« nous mettons au défi le journal ci-dessus nommé de prouver que 
« la personne arrêtée est un des soi-disant chefs de l'internatio- 
« nale. 

« Nos amis de l'Internationale qui sont arrêtés, l'ont été mercredi, 
' à trois heures ; par conséquent ils ne pouvaient guère se trouver 
« mercredi soir sur la place des Terreaux. L'arrestation dont parie 
« le Salut ne peut donc s'appliquer à eux. 

« Nous comprenons parfaitement le motif qui fait parler le Salut 
'( public, qui voudrait, malgré la protestation de la commission 
i( fédérale, faire retomber toute la responsabilité des troubles sur 
« l'Internationale. 

« Le Salut public croit-il de son devoir de se modeler sur un de 
a ses confrères parisiens qui, pour satisfaire sa haine contre cer- 
« tains hommes qui sont d'un parti opposé au sien, fait le service 
« particulier de M. Piétri, et ne craint pas d'aller jusqu'à la délation 
« pour assouvir ses rancunes? Cela ne nous étonnerait nullement, 
« car, en répandant des calomnies sur notre compte, le Salut fait 
« les affaires de son parti. Mais il est de notre devoir de le démcn- 

i Devenu ijIu~ tard ^ilu 12 au 30 septembre 1870} commissaire centrai à 
Lyon. 

28 



484 L'INTKHNA riONALl-: 

<( lir cl tic prolcstor conlro unu puroillc inauioi-o iJ'ugir(jui n'a lieii 
« do loyal. 

(f Muis une choso nous éloimo, c'est ({iic lo Salut, depuis la 
u guerre, ne cesse de répéter que nos divisions intestines doivent 
a cesser devant le danger commun ; puis, après ce bel appel à la 
« concorde, il cherche à porter la division par des insinuations 
« malveillanles et peu fondées, car, encore une fois, nous le uwl- 
« tons liii drii de prouver ce qu'il a avancé au sujet de la personne 
V arrêtée mercredi soir. 

« Pensant bien que le Sulnl jitihlic comprendra fie fiuelle impor- 
« tance il est pour nous, dans les circonstances actuelles, «le dé- 
« mentir son récit qui pourrait l'aire supposer que nous pousserions 
a au désordre, 

ï Nous espérons que, dans l'intérêt de la vérité, il s'empressera 
n de reclifier ce qu'il y a de faux dans ce qu'il a dil. 

a Recevez l'assurance de notre considération distinguée. 

« Pour la commission fédérale : 
«B. PÎACET; DUM.XRTHEHAY ; G.\RN1ER; BUET : 
rjUlLLERMET; PULLIAT ; PENEL. » 

(Progrès de Lyon, 26 juillet 1870.) 

ADHÉSION 

A l'inLQvnaLionalc des ouvriers tisseurs de THrurc (HJjôjw). 

a Tarare, le 23 juillet 1870. 

« Nous, citoyens tisseurs, protestons contre la guerre et adhérons 
« de tout cu'ur à l'Internationale. 

« Signatures des adhérents : 

« DESCHAMPS ; F. TACHER; DUCREL'X ; CIIERPIN ; PRA- 
MUNDON;F. JEAN;LAFFET; MARSAN DE ; ALLIER ; 
JIROUDON; BROSSARD; BARTH ; SAUNIER ; PIERRE. 



Autres documents relatifs aux sections parisiennes. 

I 

AssociiHion InlcrnHlioihih des Irav ail leurs. — Section de CIicIq . 

« Une section de l'Intcrnalionale est constituée ;i Clieliy. 
<( Tous renseignements sont donnés au siège provisoire . 
« 2, rue de Neuilly, chez le secrétaire de section, S. Siraéon. 

.(S. SIMÉON. 



ET LE JACOBINISME. 43Ô 



II 



« '.\us amis do la section de Vaugii'ard nous eut fait observer 
c que notre dénomination les Tl-availleurs unis et la communi- 
« cation de la section de Batignolles où se Irouvc le mot ;< groupe 
« central » pouvaient laisser croire que nous nous étions constitués 
« bureau central de l'Association internationale, à Paris. Nous 
« croyons de notre devoir de dire que nous sommes simplement 
« tx'ois sections en communion d'idées et fédérées entre elles. 
« D'autre part, pour faire cesser tout malentendu, nous abandon- 
« nons notre dénomination des Travailleurs unis pour l'ester sim- 
« plement section de Puteaux-Suresnes, de Clichy, de Batignolles. 

« Délibéré en réunion de Puteaux, le 6 février 1870. 

« La correspondant, 

« B. MALOx\. » 

III 

i^cs doreurs sur bois. 

La Chambre syndicale des ouvriers doreurs sur bois, dans sa 
séance du 2 février 1870, compose son bureau de la façon suivante : 

« Hamet, secrétaire général; Jones, Thomas, Cerret, secrétaii-es; 
« Traizegnies, trésorier; Tissier, trésorier adjudant; Barix Hubert, 
« Favre Claudius, Favre Joseph, Minoggio, Lebon, Lichebracque, 
« Van-Abat, Dubois, Bellenger, Viard, Dumortiei-, Aubert, syndics; 
« ?ilazeran, Michel, Charles, Durnel Léon. » 

Le siège de la Société reste fixé place do la Corderie, 6, à la 
Fédération du bâtiment. 

HAMET. 

MANIFESTE 

î)u comité central d'action de la commune révolutionnaire du Pans 
sous là date du 22 septembre 1868. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ. 

RÉPUBLIQUE F R A N Ç AISE. 

G0MMU^;E KÉVOLUÏION.NAI RE DL l'ARIS. 
I 

il Uitoveiii, 
•' La conscience vivante de la France, le peuple de Paris a parlé. 
v< La conscience de l'empire, ou plutôt ce qui reste de cette 
• morte, la peur a répondu. 



486 L'INTK U \ A 1' ION A LE 

(' Le glas (Jl! Fontainebleau a réiiondu au tocsin de la commune; 
r le râle du crime, à la voix du droit. 

« Surpris dans sa longue impunité, l'homme de décemljre cric 
. et prie, tout prêt à mourir en hostie pour les siens! Un pélican 1 
« Plus il mourra, plus ils vivront. Race de chiendent !... Dieu pro- 
V lége la France!... Si Napoléon !«•• eût eu la chance d'être tué 

par Mallet, Napoléon II eût régné. Le meurtre du duc d'Enghien 

a l'ait régner Henri V ; et Ciuillaume Tell a l'onde l'empire suisse! 

« Décidément, les empereurs perdent la tête comme leurs 

l'emmcs! (3ésar tourne en Charlotte!... 

« Pourquoi divaguer quand on a la raison du canon ? 

« Pourquoi ? — Parce qu'avec tous ses gendarmes, ses confes- 
A seurs et ses avocats, ce pouvoir fort est un accusé. Parce que 
« son trône est une sellette, et le banc de ses ministres, le banc 
« de la défense ; parce que ses conseils, maîtres Rouher, Baroche 
(( et Pinard, plaident en vain les atténuantes pour un crime impar- 
<( donnable, imprescriptible, récidivé et renouvelé chaque jour; 
t; îîarce que ce triple assassin est suspect en Europe et convaincu 
!( à Paris, à Rome et au Mexique ; parce qu'il sent le poids de ses 
' plébiscites; parce que son dossier est plein, sa cause jugée et son 
« arrêt rendu ; parce que toute la perversité de la langue et de 
i( l'Église ue peut changer l'assassin en victime : parce qu'il est 
« condamné par la haute-cour ; parce que le contuniax a relevé 
« lui-même l'échafaud pour exécuter la sentence ; pai-ce qu'exécuter 
.< n'est pas assassiner; parce qu'enfin, signes du temps, après les 
(( vieilles exécutions de Charles I^f et de Louis XVI, celle de Maxi- 
« milieu a rendu tout son timbi^e à ce mot : Justice. 

« Voilà ce qui le rend fou. 

« L'empereur du 2 décembre, le troisième dans la dynastie des 
« coups d'État, craint d'être le quatrième dans celle du châtiment. 
« Le tyran tue et dort ; mais le son des balles l'éveille. Le spectre 
c rouo"e du fusillé lui revient. Ses transes sont ses remords. 11 
!( prévoit aussi sa fin et tremble à l'ombre de son Jjourreau. Il sait 
M que l'élu de la force n'en est pas toujours maître. 11 sent que 
« Paris fera comme le Mexique de Juarez, l'Angleterre de Crom- 
« well et la France de Robespierre : Justice. 

« Elle sera faite. Nous le jurons. 

« Comment? Par l'opposition? Non. Qu'est-ce le député d'un 
« peuple esclave? Un esclave assermenté... au lieu de Manuel 
« Ollivier, un successeur au haiw. 

« Justice sera faite par la révolution , et la révolution, comme 
« toujours, par le peuple de Paris. 

« Son cri, le cri du droit, le nôtre, a troublé le sommeil des uns 
« et la prudence des autres. Le courage est toujours en minorité, 
ce Mais c'est assez. 



ET 1. K JACOBINl!i>rK. 'i37 

»i Oui, c'est assez de vous, étudiants et ouvriers, vous la seienoo 
« et la force, si comme toujours, vous les mettez ensemble nu ser- 
tt vice du droit. 

« Union et action. 

« Union républicaine et action révolutionnaii'e poui- la Jus- 
« tice. 

« Vous d'abord, étudiants, fils de la bourgeoisie, l'aînée du 
« peuple (aînesse oblig-e), tous vos privilèges font appel à votre 
« conscience. Savants, vous êtes responsables de l'erreur de tous ; 
« riches, de leur misère ; jeunes, de leur inertie. Avoir, savoir, 
« pouvoir, vous devez tout cela avi peuple, qui vous a conquis les 
« biens des nobles par son sang, et vous les a maintenus par l'im- 
« pôt. Souvenez-vous du milliard! Payez votive dette. Traître qui 
« la renie ou l'ajourne ! Traître qui met ses plaisirs, ses études 
t même avant son devoir 1 La liberté n'est pas plus une grisette 
« qu'une comtesse. Traître et complice qui sauve le crime en tirant 
« sur ses vengeurs ! Fin à cette panique devant un soliveau; halte 
« à cette déroute qui dure depuis la nuit de décembre ; trêve aux 
« querelles qui nous divisent et nous paralysent depuis vingt ans. 
« Reprenons l'histoire de France et quittons celle d'Haïti, Insister 
« serait vous insulter. Étudiants, justice. 

« Justice, ouvriers, vous surtout, payeurs d'indemnités, de rentes, 
« de taxes et d'usures de toute sorte. Qui plus que vous a besoin 
« de justice? La justice est votre droit comme le travail votre 
« devoir. Si vos mains sont calleuses, votre conscience ne l'est pas. 
« La noblesse est morte; la bourgeoisie se meurt. Le peuple vit. 
« L'égoïsme et l'oisiveté ne l'ont pas gangrené. La vie, la sève, 
« le sentiment du droit, du devoir, la passion, l'action sont là. Le 
« courage et le dévouement ne sont plus que là. Le passé à ces 
« deux aristocrates, la guerre et le vol; le dix-neuvième siècle au 
« peuple ! Le peuple a repris en 48 la question du Tiers : Qu'est-ce 
« que le peuple? Rien. Que doit-il être ? Tout. Pourquoi? Pai'ce 
« qu'il travaille. Lui seul s'affirme aujourd'hui dans les deux 
« mondes. En Amérique, qu'est-ce que Lincoln? Un ouvrier. 
« Juarez? Ouvrier. En Europe, Bérézouski, Allen, Pianori, Barrett, 
« Milauo, Piéri ? Tous ouvriers. Un nom français manque à cette 
« liste de héros et de martyrs du droit. Ouvriers de Paris, vous, 
« la vraie puissance, vous les nerfs et l