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3,q,t,=c.=ïGooglc; 



THE 
NEW YORK PUBLIC LIBRARY 

PURCHASBD PROM THS 

JACOB H. SCHIFF FUND 



1 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



^o^w 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



,,'^»' 



Littérature arabe 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



A LA MÊME LIBRAIRIE 



HISTOIRES DES LITTÉRATURES 
(Oiaqne volame in-S° tcu, brochi, S b.; idil to[le. . 6 (r. 60) 



Litténtuie anglaise, par Edmund Gosss (traducdon Henry-D. 
Davray). 

Littérature Japonaise, par W. G. Aston (traduaion Henry-D. 
Davray.) 

Littéiatuie nuse, par K. Waliszewski. 



oiniiicii 11 SoMe, li Narr^ a U 



Conlommitn. — Imp. Pin, BRODAHD. — 1IU-IM3. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



HISTOIRES DES LITTÉRATURES 



Littérature arabe 



PAR 

CL. HUART 

SsiréUlr>-intarpr*li da GouTimnniiil, 
PrDt*a«nr t l'Écol* ip^cialo d» Uorou oritnUla TiTula. 




Librairie Armand Colin 

Paris, 5, rue de Mézières 



Tou droit* rOir 



:=.,Goog|c: 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



AVANT-PROPOS 



11 n'existe pas, en langue française, d'histoire de 
la littérature arabe. Une courte notice traduite de 
l'anglais de Joseph Berington (1823), quelques 
pages de VArabie de Noël Desvergers (1847) et de 
VHistoire des Arabes de L.-A. Sédillot (1854) sont 
tout ce qui permet de se former une idée des 
productions des écrivains de langue arabe pendant 
treize siècles. L'Angleterre possède un manuel 
très incomplet, dû à la plume de M. Arbuthnot 
{Arabie authors; Londres, 1890). La Russie et l'Italie 
peuvent revendiquer : la première, VEsquisae de la 
littérature arabe autographiée par V. Guirgass; la 
seconde, la Storia délia litteratura arabe sotto il 
califfato, du chevalier Filippo de Bardi (1846). 
C'est en allemand que l'orientaliste autrichien 
Hammer-Purgstall, qui a remué tant de documents 
sans en tirer un parti suffisant, a écrit sa Literatur- 
geackichte der Araber, parue à Vienne en sept volumes 

D,q,t,=c.=ïGooglc; 



AVANT- PROPOS 



de 1850 à 1856; c'est en altemand également que 
M- C. Brockelmann, professeur à l'Université de 
Breslau, a donné l'ouvrage le plus récent sur la 
matière, sa Geschickte der Arabischen LÂtteratur, en 
deux volumes, dont le premier a paru à Weimar en 
1897-98 et dont le second vient de se terminer par la 
publication toute récente de sa deuxième livraison 
(Berlin, 1902), survenue alors que la correction des 
épreuves du présent ouvrage était déjà presque 
achevée. 

Malgré les critiques très justes que lui ont adres- 
sées MM. Barbier de Meynard, Seybold, Goldziher et 
Martin Hartmann, ce dernier ouvrage, qui est plutôt 
un manuel de bibliographie qu'une véritable histoire 
de la littérature, est plein de renseignements utiles 
qu'il a groupés pour la première fois. La publication 
des catalogues de manuscrits arabes conservés dans 
les bibliothèques de l'Europe, aujourd'hui achevée 
en très grande partie, celle des bibliothèques des 
mosquées de Constantinople , entreprise par plu- 
sieurs ministres de l'Instruction publique de Tur- 
quie, parmi lesquels Munif-parha, ont puissamment 
aidé M. Brockelmann. Nous nous sommes servi de 
son ouvrage comme guide; l'indication soigneuse 
des sources permet en effet, assez généralement, 
de retrouver sans trop de peine l'origine des ren- 
seignements donnés; malheureusement cet impor- 
tant ouvrage est déparé par de trop nombreuses 

D,q,t,=c.=ïGooglc; 



AVANT- PROPOS 



fautes typographiques en ce qui concerne les dates. 
La divisioa du premier volume de M. Brockelmann 
est avant tout historique. Le premier livre est 
consacré à la littérature nationale des Arabes, c'est- 
à-dire à celle qui sort du fond même de la nation, 
sans mélange d'éléments et d'influences étrangères; 
le second comprend la littérature musulmane en 
langue arabe, due, comme on le sait, à tous les 
peuples vaincus pour lesquels l'arabe était devenu 
la langue littéraire et scientifique des couches civi- 
lisées; ce sont des Sémites (Syriens, Chaldéens de 
la Mésopotamie), des Égyptiens, des Persans, des 
Berbères , des Espagnols qui écrivent , mais ils 
écrivent en arabe. Le premier livre est divisé en 
plusieurs sections : l'une depuis les origines jusqu'à 
la mission de Mahomet, l'autre au temps du Pro- 
phète, la troisième à celui des Oméyyades; le 
second comprend une période classique qui va du 
commencement du khalifat des Abbassides jusque 
dans les environs de l'an mille, et une période post- 
classique qui s'étend jusqu'à la prise de Bagdad par 
les Mongols (1258). Le second volume comprend la 
période qui s'étend de la prise de Bagdad à la 
conquête de l'Egypte par les Ottomans sous 
Sélim I" en 1517, et les temps modernes de 1517 à 
nos jours. On sent très bien tout ce qu'a d'artificiel 
cette division. Il est certain que la belle période de 
la littérature est celle qui va jusqu'aux environs de 

D,q,t,=c.=ïGooglc; 



VIII AVANT-PROPOS 

l'an mille, où le déclin devient sensible; mais la 
chute du khalifat abbasside et la conquête de 
l'Egypte par les Turcs, qui ont eu de vastes consé- 
quences au point de vue politique, n'en ont pas 
eu sur la littérature; ce sont d'autres événements, 
d'autres causes qui ont évincé l'arabe des pays où il 
régnait en maître, et ont ainsi circonscrit son champ 
d'action, tandis qu'il pénétrait, par la force d'expan- 
sion de la religion dont il est le véhicule, dans des 
régions qui lui étaient restées fermées jusqu'alors. Il 
ne faut donc prendre ces divisions que pour ce 
qu'elles sont, c'est-à-dire un moyen commode de 
se représenter en raccourci l'histoire de l'Orient 
musulman. 

L'ouvrage de M. Brockelmann étant le traité le 
plus récemment paru sur la matière, nous l'avons 
suivi pour la partie déjà publiée lors de la composi- 
tion du présent ouvrage et nous lui avons emprunté 
de bons renseignements; mais la sécheresse de son 
style ne pouvait convenir à un volume du genre 
de celui-ci, non plus que la nature technique, 
réservée aux arabisants seuls, de ses indications; 
aussi avons-nous toujours recouru aux sources ori- 
ginales, sans trop sacrifier cependant à l'attrait des 
légendes populaires dont sont remplies les antholo- 
gies littéraires, et qui n'ont que peu de rapport avec 
l'histoire vraisemblable. Depuis lors, M. Brockel- 
mann a donné un résumé de son grand travail dans 

D,q,t,=c.=ïGooglc; 



le sixième volume de la série intitulée : Die Liltera- 
turea des Ostena in Einzeldarstellungen (Leipzig, 1901), 
qui est fait à un point de vue moins spécial. 

Le présent livre ne pouvait se permettre une aussi 
vaste envergure. Depuis le xvi* siècle, une foule 
d'illustres orientalistes ont publié le texte ou donné 
la traduction, jadis en latin, aujourd'hui dans les 
langues européennes les plus diverses, des princi- 
pales œuvres sorties de la plume des écrivains 
arabes. C'est donc à la littérature imprimée, soit en 
Europe, soit en Orient, que l'on s'est attaché davan- 
tage, sans négliger cependant d'indiquer ce qui 
reste encore en manuscrit quand il est question 
d'un auteur fort connu. On a dû, de propos délibéré, 
sacrifier la mention de ces poeix minores, de ces 
littérateurs de rang infime dont les œuvres sont 
soigneusement conservées en manuscrit, en atten- 
dant qu'un éditeur les publie ou qu'un érudit en 
quête de proie à dévorer en extraie ce qui vaut la 
peine d'être dit. On s'est attaché aux grandes lignes, 
pour donner un tableau du développement des 
lettres arabes à travers tout le moyen âge jusqu'aux 
temps modernes, où l'emploi de l'imprimerie et la 
création d'une presse orientale promettent encore de 
beaux jours à une langue qui vivra aussi longtemps 
que la religion musulmane, professée par deux cents 
millions d'hommes et dont les adeptes s'accroissent 
tous les jours. 

D,q,t,=c.=ïG00gk' 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



LE CLIMAT ET LA RACE. — ORIGINES DE LA POÉSIE 
SES FORMES PRIMITIVES 

ht djiert et lei rilles. Loi Arabei oomadM, Laar parenU aémitiqne. 
La marcbe das caraTanes dans les sables. Las États dn sad et da nord. 
Souveolra d'anciennes poésie* arabe*. La satire, sorte d'évocalion magique ; 
■es rites particalien 1 

CHAPITRE II 

LA POÉSIE ANTÉ-ISLAMIÛUE 

Les Mo'allaçdt. ImTonoDl-Qaïs, roi et po^. Les poètes de coar et ceux 
da dfsert. Nâbigba Dhob7ADi, 'Antara, Tarafa, Zobéîr, 'AlqamH. Les 
VDleors et les ban diU : Teab bâta- Charran, ChaurorA. Libéralité deHfltim- 
Taï. Un païen judalsant, Omeyja ben-Abi'j-Çalt. Un manotbéiete , Bl- 
A'cba. Poètes jnifs et cbrétiens. Origioes de la prose B 

CHAPITRE III 

LE KORAN 

Uabomet et sectes religienses de ion temps en Arabis. Le r61e des 
Hanils. La révélation du Koran, ses époqnei différentes, les variatloDa 
de son iljle. Constitution etrcTision da texte. Particalaritéi de sa rédac- 
tion. Les panégyristes de Hahomet; Lébld, passage duKaran qni amena 
■a conversion; Hass&n ben Thibit 32 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE IV 

LES 0MËYYADE3 

Imitation maladroite d'anciennes </açidai; développement de la poiiie 
de circonttance. 'Omar ben- Abi-Rabi'a, ses avenlares et ees poéijei 
amoarenaea. Poètes de Hédine. Le chantre dei Oméyjadei, El-Akbtal. 
Djirir et Féroideq, lear ritalité. Dhou'r-itomma, l'un des derniers poètai 
da désert. DéTeloppemeot du radjas. Les Persani commencent î. com- 
poser en laDgne arabe. ZijAd ben Soléiman. Lei femmes poètes ; LAUa 
el-Akbjaliyya et ses élé^ei funèbres, El-Khansâ et ees épi^ammea. 
Poites cbritiena. A'cba Homdan Bbandonne i'étade du droit pour la 
poésie; ses aientares. Les poésies bachiqoee do khalife Wélid. El-Kométt. 
défenseur des Arabes de Hodar on du Nord. Hammftd er-Rflwija et l'au- 
torité de ses citations. Débat* de l'biatoire 45 



CHAPITRE V 

LES ABBA8SIDES 

Bataille da grand ZAb et fondation de Ba^^dad. La Perse Tsineue prend 
sa revanche: inOnence de l'esprit arjen sur le aémitisme des Arabes. 
Liberté de langage de Uoati* ben Ayis. Le nègre abyssin Abon-Dolima, 
Le Persan BachchAr ben Bourd. Herwân ben Abi-Hafga, Ibn el-AhoBl. 
Les poésies bachiqnes d'AboD'Nowfts. Hoslim, • la Victime des belles >. 
Le moraliste Abau'l-Atâhija. Hnsiciens et chanteara. Ali ben el-Djahm, 
commensal da khalife EI-HoUwakkil. La poétesse Fadl et la cban- 
tease Mahboubé. Le satiriste Ibn er-Boùml. El-Bohtori. Le khalife d'un 
jour, Ibn el-Mo'tasi. Un commissaire de police poète : Ibn el-BBdjdjAdj. 
Hihydrben Harioùjé, maidéen,ae convertit à l'islamisme. Les provinces. 
Dik el-Djinn (le Coq des génies) et le mouvement de réaction nationaliste 
des Cho'oMii.Lat Bamdanidesft Alep. Hoténebbi,Gls d'an porteur d'ean. 
Abou-Pirâs.prince et général. Le chancelierTagbràl.AbonTAlAel-Ma'arri, 
le libre penseur. — Littérature arabe en Perse. L'Arabie, l'Egypte, la 
Syrie, la Sicile, l'Espagne. La prose élégante et rimée : Ibn Hobàta, 
Bl-Kbériimi, HamadhAni, Bariri 63 

CHAPITRE VI 

LES ABBASSIDES (stniK). LA GRAMMAIRE 

Écoles de Koùfa et de Bassoro. Le dictionnaire linguistique et ta 
métrique de Khalil. Le Lt'iTt de Sibawalh. El-Afma*l. Le Kâmil d'El- 
lioberrad. Ibn Doraid, poète et èrudît. El-Kisfll invente nne manier* 
particulière de lire le Koran. L'école éclectique de Bagdad. Le lexico- 
graphe El'Djanheri. L'Université Nizhimij/ya de Bagdad. Les trois Ibn 
el-Athir duu le Kurdistan 139 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE vn 

LES ABBASSI0E3 (smn). L'HISTOIRE, LES FABLES 

ET LES ANECDOTES 

Laa Lraductioni dci biitoirei des rois de Peraa incitent ie> Arabei 
à écrire lei leon. Ibn libsq, biographe d* Uabomet. El-Wflqidi, El- 
BélAdbori, Tabari, Uoi'oûdi, Hamia elIçfahAni. Le Lirre dti chaatoni 
d'Abou'l-Poradj el-IçrahAni. Le Fihriit. L'hiatoire de> prOTÎnces. Les 
biographe! de Saladin. L'autobiographie d'Ihn Honq[idh. L'hiatorien de 
lamédecioe, Ibn Abi-Otaïbi'a. Ibn Khallikan. Le pridicatenr de Bagdad. 
Kimaleddin, l'hialtirieii d'Alep. 'Omâra do Yérnen. Ibn el-Albtr. El-Uakin, 
Bar-HebrcD*. Lei Fables àa KaUla et Dintaa. Lea Anlhologiei... 173 

CHAPITRE Vin 

LES ABBASSIDES (SDirs). LA TRADITION DU PROPHÈTE 

ET LA JURISPRUDENCE 

DéTaloppement de la icience do kadith. Lee ÇakSh* de Bokhârl et de 

Hoelim. Lea £oiuBoa coatamaa. Lacrîtiqne dai autoritéa do hadith, La 

jnriaprudeDce. Lea BaD«fitei, le* Halékilea, lei ChBfé'itea, le» Uamba- 

lite*. lei ZbAhiritee, le* Chiites. L'itnde da Koran. La théologie dog;- 

natiqne. Lei mjatiqaei 316 

CBAPtTRE U 

LES ABBASSIDES (sum). LES SCIENCES 

Lea tradnctioDS da grec. La philosophie. Les metbémoliqaes. L'as- 
tronomie et l'astrologie. La géographie. La médecine. L'alchimie. Lea 
cncjclopédiea S7B 

CHAPITRE X 

LA LITTÉRATURE DEPUIS LA PRISE DE BAGDAD 

JUSQU'A LA FIN DU XVIII' SIÈCLE 

La poéaie. L'histoire. Ibn Khaldoan, EI-Haqrtii. SojoAti. Les Tnrci 
commencent A écrire eo arabe. El-Uaqqari de Tlemcen. Hadji-Khalra. 
La Philologie. Hatoe. Sondas. Anthologies et livrea populaires. Lea 
mUt tl une JVui'It. Le Ronait d'Antar. Antres romans de cheralerie. Lea 
fables de LoqmAn 320 

CHAPITRE XI 

LE XIX- SIÈCLE 

Michel Sabbâgh,le Cfaélkh BtU'a.Ndçir-el-YAildjl.Farisecb-aiidTBq. 
L'Egypte : actiiité littéraire sons l'impalsion de H4hemet-Ali. Dévelop- 



..jogic 



CHAPITRE XII 

LA PRESSE PÉRIODIQUE 

Origines d« la presse arabe en Egypte. IMTeloppement des joarnani 
de Bejroiitb. Renu de la presse arabe dans la monda entier. L'aieoir 
ds la litUratare arabe 428 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LITTÉRATURE ARARE 



CHAPITRE I 

LE CLIMAT ET LA RACE. — ORIGINES DE LA POÉSIE. 
SES FORHES PRIMITIVES. 

Une longue série de montagoes blanchâtres, en deots 
de scie; plus au sud, de vastes plaines à l'horizon infini, 
parsemées de cailloux noirâtres; enfin le désert de sable, 
aux tons rougeâtres, aux dunes arrondies, mobiles au gré 
des vents, oii le voyageur craint sans cesse de périr : 
telles sont les régions qui séparent l'Arabie du reste du 
monde, et qui en firent si longtemps une contrée mysté- 
rieuse. Partout ailleurs la mer : la mer Rouge aux bas- 
fonds madréporiques, récirs dangereux à fleur d'eau, 
l'océan Indien aux moussons périodiques et aux grandes 
tempêtes du large, le golfe Persique qui vient mourir 
dans les alluvions des deux grands fleuves historiques, 
l'Euphrate et le Tigre. Au centre de la péninsule, de 
hautes montagnes nues; à leurs pieds, là où l'on trouve 
des sources, des villes entourées de jardins de palmiers. 
Au bord de la mer, de nombreux ports où viennent s'em- 
barquer les produits de l'agriculture, les dattes et le café, 

UTTiRATCBI ABABI. 1 



LITTBRATDRB ABÂBE 



la gomme et le baume, où arrivent quelques maigres 
produits de l'industrie européenne. 

C'est dans ce territoire que, de temps immémorial, 
vont et viennent les Arabes nomades, grands possesseurs 
de troupeaux, transportant leur camp de tentes noires en 
poîl de chameau là où l'herbe pousse et où sourd le 
maigre (îlet d'eau, voyageant d'un point à un autre sur la 
monture imposée par la nature du pays, le chameau à 
une bosse, en ses caravanes éternelles qui sont parfois 
des expéditions de guerre. Quel est ce peuple, qui en 
un moment de son histoire se révéla subitement au 
monde par des fortunes étonnantes, la chute du grand 
empire perse des Sassanîdes et la défaite des légions 
romaines du Bas-Empire? Un moment d'enthousiasme, 
qui ne fut qu'un éclair, précipita à la conquête du monde 
les hommes qui jusque-là avaient guerroyé les uns 
contre les autres pour la possession d'un site de campe- 
ment favorable ou pour venger leurs injures. Mais le 
Bédouin est vite retombé dans son genre de vie primitif, 
il a conservé avec amour son ignorance native, dont il 
n'a jamais voulu sortir ; et quant à l'Arabe des villes, la 
fréquentation des marchands syriens et chaldéens, avant 
l'islamisme, celle des pèlerins qui de toutes les parties 
du monde musulman viennent vénérer le temple sacré 
de la Mecque, la Ka'ba et sa pierre noire, depuis Moham- 
med le prophète, l'a bien un peu civilisé, mais bien peu ; 
et encore aujourd'hui, les vices qui sont les vertus de 
l'homme primitif, l'astuce, la cupidité, la défiance, la 
cruauté régnent encore, sans palliatif, dans le cœur des 
citadins de ces villes inaccessibles. 

Au moins l'Arabe du désert est brave ; sa vie d'aven- 
tures lui fait un devoir d'être courageux. Éternel voya- 
geur, il va de place en place à la recherche de l'aiguade 



:=.,Goog[c 



nécessaire au campement, de la maigre verdure indispen- 
sable à ses troupeaux. Pendant longtemps il ne connut 
comme monture que le chameau; la Bible et l'antiquité 
classique ne parlent que de cet animal. L'introduction 
du cheval — à quelle époque? nous ne savons — donna 
un nouvel aliment à ses qualités morales : l'Arabe devint 
excellent cavalier, et, a partir du tv° siècle de ootre ère, 
on voit apparaître la cavalerie sarrasine; la tribu arabe 
des Thamoudites a des combattants qui brandissent la 
lance, montés sur le pachyderme dont Buffon trouvait la 
conquête noble. Souvent les guerriers se hissaient â deux 
sur le dromadaire, comme dans ces escadrons que le 
général Bonaparte avait organisés pour éclairer le désert; 
arrivés snr le lieu du combat, l'un des deux mettait pied 
à terre et enfourchait le coursier mené en laisse, la 
croupe libre, jusque-là. Vêtu de la cotte de mailles 
empruntée à la Perse, le casque en tête, secouant sa 
longue lance de bambou que la navigation du golfe Per- 
eique apportait de l'Inde à El-Khatt, le cavalier chargeait 
puis s'enfuyait, quitte à revenir à la charge sur l'ennemi 
qui s'avançait à sa poursuite. Cela, c'était la guerre; mais 
le Bédouin était aussi voleur, bandit, brigand; le ghazou, 
la razzia, comme nous disons d'après un mot emprunté 
à l'Algérie, est bien une forme primitive de la lutte pour la 
vie, mais pour nous, civilisés, c'est un acte de brigandage, 
pillage des troupeaux, enlèvement des femmes et des 
enfants destinés à servir d'esclaves, parfois massacre com- 
plet. Les poésies de ces brigands ne sont pas les moins 
belles de celles que nous ont laissées les anciens temps. 
D'où venait ce peuple? Il appartient certes, par sa 
langue et sa conformation ethnologique, au grand groupe 
des Sémites, répandus dans toute l'Asie antérieure; il 
se peut que la péninsule ait été peuplée par une mîgra- 



i LITTÉRATURE ÂRÂBB 

tion de tribus venant des plaines basses de la Babylonie. 
Cependant ses traditions nous laissent deviner des croi- 
sements de races avec des populations africaines. De 
bonne heure le commerce des captifs a introduit des 
nègres sur le sol de l'Arabie. Il est étrange que les 
Arabes eux-mêmes considèrent comme Arabes pur- 
sang ces populations du Yémen que nous savons voisines 
des Ethiopiens par la race et le dialecte, et admettent 
comme créateur de leur nationalité, à une époque plus 
récente, une émigration de Sémites amenés parismasi, 
le fils d'Abraham et d'Agar, ou descendus de son mariage 
avec une fille du Yémen. Quoi qu'il en soit, la lutte des 
descendants de Qahtan, censé roi de Saba, avec ceux 
d'Adnau, de la lignée d'IsmaCl, les guerres que se livrè- 
rent les tribus qui s'y rattachaient et que leurs migrations 
menaient à travers les sables et les montagnes, furent 
l'occasion où se révéla le génie poétique de l'Arabe. 
Les longues marches de la caravane à travers les 
déserts monotones, au balancement uniforme du cha- 
meau, qui plie en deux le corps de son cavalier et donne 
le vertige du mal de mer à qui n'y est pas habitué, invi- 
tèrent de bonne heure l'Arabe à chanter des poésies. Il 
remarqua même bien vite qu'en pressant la mesure de 
sa récitation, la longue file de chameaux redressait la 
tête, relevait le pas, accélérait la marche; cet animal 
stupide et vindicatif est, en quelque degré, accessible à 
la musique, tout au moins au rythme. Les quatre pas 
lourds de sa marche fournirent la mesure, et l'alternance 
des syllabes brèves et longues de la langue parlée donna 
les temps successifs de cette mesure. Ce tut le kidd, le 
chant du chamelier conducteur de la caravane. Et cela 
fut l'origine des mètres de la prosodie, inventés sans 
s'en douter par le génie natif du Bédouin, découlant 



:=,Googlc; 



LB CLIMAT 2T LA BACE 



des besoias de la vîe au milieu desquels il traînait sa 
moDotone existence, et dont plus tard les théoriciens 
farmulërent les lois : on sait que Khalil conçut l'idée de 
sa métrique en entendant les ouvriers batteurs de fer, 
au bazar, frapper alternativement l'enclume de leurs 
coups cadencés. Jusqu'à cette découverte féconde du 
profond grammairien, les Arabes avaient fait des vers 
sans en connaître les lois autrement que par le sentiment 
inné qu'ils avaient de la mesure poétique. 

Voilà donc l'Arabe chantant au cours de ses longs 
voyages, inventant des poésies où il célébrait des sujets 
bien restreints, l'image de la bien-aîmée, les vestiges 
laissés par le campement disparu, enfin les luttes de la 
guerre. Non pas que les souvenirs que lui laissaient les 
coups de main auxquels il avait pris part, pillages de 
caravanes, luttes pour la possession d'un point d'eau, 
querelles pour des chameaux enlevés, aient jamais déve- 
loppé chez lui le sentiment épique. Ce merveilleux apa- 
nage des races indo-européennes, la faculté de traduire 
des événements historiques ou légendaires en immenses 
poèmes remplis de tableaux grandioses, dont les héros 
surhumains sont le type d'un idéal toujours poursuivi, 
jamais réalisé, manque à l'esprit des peuples de langue 
sémitique. Le souffle est plus court, mais n'en est pas 
moins puissant pour cela ; et si ramassée que soit l'expres- 
sion des idées elle n'en a pas moins produit un effet 
considérable sur la conscience de l'humanité : car c'est 
de cette inspiration que sortirent les poèmes religieux 
en prose nés à Jérusalem ou à la Mecque. 

C'est donc du désert que devait sortir la poésie arabe; 
car dans les villes, on était trop plongé dans des préoc- 
cupations mercantiles pour que jamais une littérature en 
dût venir. Au sud, les populations himyaritcs, placées 

L,, ;....,C00g[c 



LITTéRATOIIB ARABE 



sur les routes du commerce qui reliaient, dès l'antiquité 
la plus reculée, par la voie de mer, l'Egypte a l'Inde, 
avaient fondé des villes qui se groupèrent en États, entre 
autres celui de Saba dont la reine légendaire figure parmi 
les personnages qui vinrent saluer la gloire des descen- 
dants d'Israël, le fils de l'heureux David, le sage Salomon, 
et dont nous constatons l'existence, aux premiers siècles 
de l'ère chrétienne, par les monuments dont le Yémen et 
le Hadramaut ont conservé les ruines, parles inscriptions 
en caractères himyariqucs relevées par J. Halévy et 
Glaser. Au nord, la civilisation syrienne avait de bonne 
heure pénétré dans les oasis de l'Arabie, apportant avec 
elle ses dieux, comme n Téïma. Sur la frontière de 
l'empire romain, sur celle de l'empire perse des Arsa- 
cides et des Sassanides, il s'était établi de petits États ; les 
princes de Ghassan, à l'ouest do désert de Syrie, ceux 
de Mîra, non loin de l'Euphrate, régentaient de petits 
royaumes, centres de civilisation dont l'éclat rayonnait 
plus loin que nous ne saurions le penser. A Hira, notam- 
ment, où une population mélangée était venue se grouper 
de différentes contrées, les 'Ibâds, anciens esclaves 
affranchis, restés clients des tribus, se livraient au com- 
merce et voyageaient dans l'Arabie où ils portaient le 
vin récolté sur les rives du grand fleuve et fabriqué dans 
leurs celliers; ces Ibàds étaient chrétiens, et nous 
verrons un peu plus loin que ce sont ces marchands de 
vin qui, en portant aux Bédouins la liqueur enchanteresse 
que les oasis ne produisent pas, introduisirent parmi eux 
les idées chrétiennes et firent dos prosélytes qu'on n'au- 
rait pas attendus d'une évangclisation de cette nature. 
Les plus anciens monuments de cette poésie arabe 
primitive sont les fragments qu'on nous a conservés des 
morceaux relatifs au Hidjâ, à la satire, à laquelle on 



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LE CLIMAT ET LA HACl! 7 

attachait des idées superstitieuses et on prêtait un effet 
magique. Le poète, proprement le savant, chd'ïr, était 
une sorte de devin auquel on s'adressait pour composer 
ces satires qui couraient de bouche en bouche à travers 
les tribus de même origine, et auxquelles répondaient 
bientôt des satires équivalentes sorties du cerveau du 
poète de la tribu adverse. 

Nous ne possédons plus rien de ces chants qu'impro- 
visaient les Arabes du Sinaï quand ils rencontraient une 
source après un long voyage, comme le raconte l'ancien 
préfet de Constantinople, devenu ermite, saint Nil, vers 
l'an 400 après J.-C. Sozomène, auteur grec qui écrivit au 
v* siècle une histoire ecclésiastique, rapporte qu'en 372, 
Mania ou Mavia, reine des Sarrasins, ayant battu les 
troupes romaines de Palestine et de Phénicie, le souvenir 
de cette victoire se conserva dans les chants populaires 
des Arabes. La mémoire des hommes, quand elle n'est 
pas fixée sur la brique, la pierre ou le papier au moyen 
des traits de l'écriture, est bien courte et ne garde pas 
longtemps le souvenir des temps passés. Aussi ne faut-il 
pas s'étouner si les poésies arabes les plus anciennes ne 
remontent qu'au vi' siècle de notre ère, lorsque les voya- 
geurs nabatéens venus de Syrie apportèrent l'alphabet 
cstranghélo et l'appliquèrent à la langue arabe, ainsi 
qu'on en voit un essai dans l'inscription bilingue de 
Harrân. 

C'est aux djinns, à l'esprit malicieux plutôt que 
méchant qui peuple les solitudes, que l'ancien poète 
rapportait son inspiration ; et ce djinn lui insufflait l'idée 
de persiffler l'ennemi de la tribu, avec l'arriëre-pensée 
que la mordante satire, répétée dans les différents 
campements, était capable de faire du mal à cet ennemi, 
de l'envoAter, comme disaient les magiciens de notre 



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8 LITTERATURE AHABB 

moyen âge. Le poète est le savant, le connaisseur des 
opérations magiques, l'oracle de la tribu, iuspiré par le 
djinn. C'est par l'ordre du vieux poète Zohéïr ben Djauûb 
que le campement changeait de place, ou s'installait au 
moment et au lieu qu'il jugeait favorables. C'est sur soq 
avis qu'on entreprenait lea guerres, et lors du partage 
du butin, on lui faisait sa part, celle des plus braves. Son 
arme, c'est la satire, qui irrite, qui blesse, comme les 
armes les plus acérées, qui précipite les peuples les uns 
contre les autres, mais qui est aussi une incantation qui 
menace l'ennemi, qui cherche à lui nuire en faisant agir 
les divinités malfaisantes du désert, qui le maudit, et le 
voue il la perte, à la destruction , par l'emploi du mot 
fétiche, que seul connaît le savaut, le châ'ïr. Il ne nous 
est point malheureusement resté de textes de ces satires; 
mais il est aisé d'imaginer sur quels sujets elles roulaient 
en les comparant à la fameuse malédiction de Balaam. 

Le hidjd était accompagné de rites spéciaux, tels que 
de s'oindre les cheveux d'un seul câté de la tête, de 
laisser trainer son manteau, et de ne porter de chaus- 
sure qu'à un seul pied. 

Ce fut d'abord en prose rimée, aadf, que l'on prononça 
ces formules; puis l'invention du mètre radjaz, sorte de 
mélopée fort simple, deux longues suivies d'une brève, 
puis d'une longue, le remplaça : ii partir de ce moment 
il y eut une poésie arabe, bien que dans le sentiment des 
indigènes, ce mètre ne soit pas un vrai mètre prosodique ; 
mais ils ont au moins conservé le souvenir que ce fut 
leur mètre primitif, celui d'où découlent tous les autres, 
j'entends ceux des poètes du désert : car plus tard la vie 
citadine, l'influence de la danse et de la musique firent 
inventer des rythmes nouveaux. 



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CHAPITRE II 

LA POÉSIE ANTËISLAHIQUE 



Les plus sDcieDDes poésies anté islamiques sont celles 
qui forment le recueil des sept mo'allaqa, littéralement 
les suspendues », nom qui leur fut donné beaucoup 
plus tard par Hammâd er-Ràwiya et d'où est sortie la 
légende, entièrement fausse d'ailleurs, que ces poèmes, 
écrits avec de l'encre d'or, étaient suspendus au fameux 
temple de la Mecque, à la Ka'ba. Celui qui leur a donné 
ce nom a simplement voulu faire allusion à la place 
d'honneur qui leur est accordée sur le Parnasse arabe 
comme un lustre est suspendu au milieu d'une salle ou 
plutôt comme un collier est suspendu au cou, car on les 
appelait aussi es-Somoût, « les colliers de perles ». Les 
poètes dont les chefs-d'œuvre oui eu l'honneur d'être 
ainsi groupés sont Imrou-oul-Qaïs, Tarafa, Zohéïr, Lébid, 
Amr ben Koltboum, 'Antara, El-Hàrith ben Hilliza (selon 
d'autres, les deux derniers sont Nàbigha et A'cha). A 
cette époque, la qaçtda a déjà trouvé sa forme définitive. 
D'après les anciennes règles rapportées par Ibn-Qotaîba, 
l'auteur d'une qaçida devait commencer par mentionner 
les campements abandonnés; puis il se lamentait, priait 



jogic 



10 LITTÉRATDRB ARABE 

ses compagnons de s'arrêter, tandis qu'il rappelait le 
souvenir des habitants partis pour chercher d'autres 
campements et d'autres aiguades. Il abordait ensuite la 
partie amoureuse, se plaignait des tourments de la 
passion et par là attirait sur lui l'attention et l'intérêt ; 
il racontait ses voyages pénibles et fatigants dans le 
désert, parlait de la maigreur de sa monture dont il fai- 
sait l'éloge et la description. Enfin il terminait par le 
panégyrique du prince ou du gouverneur à qui il récitait 
son poème, afin d'obtenir des marques de sa générosité. 
C'était la récompense qu'attendait l'auteur et dont il 
vivait. 

Cette dernière règle ne s'applique naturellement pas à 
celui dont les œuvres sont considérées comme les plus 
anciennes, et que le hasard de la destinée avait fait 
naitre sur un trône. iHROn-ouL-QAÏs, HondodJ, le roi 
errant, appartenait à la race de Kinda, race méridionale; 
ses ancêtres s'étaient créé une principauté dans le Nedjd. 
Son père Hodjr, qui était sévère, voulut punir son fîls 
du penchant amoureux qui le possédait, et l'envoya 
garder, en qualité de berger, ses troupeaux de moutons. 
La révolte des Beni-Asad mit lin à la vie de Hodjr, et le 
poète commença une carrière aventureuse, vie de roi 
détrôné, cherchant les moyens de récupérer le trône 
paternel, qu'il ne retrouva plus jamais. II finit par se 
réfugier chez Samuel, prince de Téïma, qui possédait le 
château d'Ablaq et était de religion juive. Vers l'an 530, 
l'empereur romain Justinien, qui avait pensé il utiliser 
ses services contre les Perses qui menaçaient les fron- 
tières, l'autorisa à venir le trouver, à la demande du 
prince de Ghassan, qui commandait pour les Romains la 
frontière de Syrie; il fit un voyage en poste — la poste 
des chameaux et des chevaux — jusqu'à Constantinople, 



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LA POBSIB ANTB ISLAMIQUE II 

OÙ il séjourna longtemps, attendant une place, qui ne 
venait pas, de la part de l'empereur déjà vieilli. Nommé 
phylarque de Palestine, il retournait au désert, lorsqu'il 
mourut à Ancyre, empoisonné, sur l'ordre de l'empereur 
et d'après la légende, par le don d'un manteau d'honneur, 
robe de Nessus qui couvrit son corps d'ulcères, pour 
avoir séduit une princesse. Considéré par Mahomet 
comme le plus excellent des poètes et leur chef, d'après 
une tradition, c'est lui qui le premier avait soumis le 
vers à des règles fixes. Quand on vint lui apprendre la 
mort de son père, il était occupé à boire du vin et à 
jouer aux dés; il continua la partie, et ce n'est que quand 
elle fut finie qu'il s'écria : « Je m'înterdîs le vîn et les 
femmes jusqu'à ce que j'aie tué cent individus des Béni- 
Asad, et coupé les cheveux du front, comme trophée, à 
une centaine d'entre eux. » C'était un esprit fort qui 
n'hésita pas à jeter, à la tète de l'idole Dhou'l- Khôl osa, 
dans la ville de Tabâla, les trois flèches du destin, parce 
que le sort lui interdisait de poursuivre la vengeance de 
la mort de son père. 

A côté du poète-roi, il faut citer, comme créateur de la 
qaçlda, Mohalhil, dont le surnom a été traduit ordinai- 
rement par « le poète subtil », mats il est plus probable 
que c'est un sobriquet qui lui est resté de ce qu'il a 
employé, dans un vers, l'expression halkaltou pour dire 
« j'ai fait écho ». On ne connaît de lui qu'un petit nombre 
de vers. 

Nabigha Dhobtani, d'une tribu originaire des envi- 
rons de la Mecque, habitait les villes ; on le trouve à Hira, 
la cité semi-persane, semi-arabe, sous le règne des rois 
Al-Moundhir 111 et Al-Moundhir IV; cette ville devînt 
nn centre littéraire d'où la poésie rayonnait sur toute la 
péninsule. Le successeur de ce dernier, No'man Abou- 



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13 LITTéRATDRE ARABE 

Kabous, se fâcha contre le poète qui avait usé d'une trop 
grande liberté dans les vers où il flattait la reine; l'exilé 
alla trouver a Damas les princes rivaux de ceux de Hira, 
les clients de la cour de Constantinople, les Gbassanides. 
'Amr ben Hàrith le reçut fort bien : mais après sa mort 
il retourna à Hîra et rentra en faveur. Après la mort de 
son bienfaiteur, il quitta l'entourage de l'usurpateur 
imposé par les Perses vainqueurs, et rentra dans sa tribu. 
C'est là qu'il mourut, peu de temps avant que Mahomet, 
par ses prédications, soulevât l'Arabie. Nâbigha était 
poète de cour : il se vantait de réserver aux princes 
l'hommage de ses compositions; mais il faisait un usage 
grandiose des libéralités que ses flatteries lui attiraient ; 
présent à toutes les fêtes, il dépensait royalement. 

Un poète du désert, par contre, c'était 'Antaba, fils de 
Cheddâd, dont le nom devait être repris plus tard par 
les conteurs populaires du Roman tTAnlar pour incarner 
le type des vertus prêtées aux paladins errants des 
tribus païennes . Le héros de la tribu d'Abs était 
mulâtre; fils d'une esclave abyssine, il avait la ièvrc infé- 
rieure fendue; il dut à sa valeur personnelle la réputa- 
tion qu'il acquit comme guerrier et qui lui valut de passer 
du rang d'esclave à celui de fils reconnu de Cheddâd. Il 
se trouva mêlé à la terrible guerre suscitée à l'occasion 
de la rivalité du cheval Dàhis et de la jument Ghabrâ; 
on sait que la trahison seule empêcha le merveilleux 
coursier de gagner la course, et que Qaïs, le chef de la 
tribn d'Abs, pour en tirer vengeance, mena contre ses 
ennemis une guerre terrible. 'Antara fut le rapsode de 
ces longs combats. Il chanta la bataille d'El-Farouq, où 
la bravoure des Absides sauva les femmes de la captivité; 
il avait juré de ne pas laisser de repos à l'ennemi « aussi 
longtemps qu'il brandirait une lance ». 'Antara périt en 



i^ïGocoIr 



LA POESIE ANTÊISLAMIQUE 13 

combattant la tribu de Taï : il était âgé et n'avait plus la 
vigueur de ses jeunes ans : on dit qu'il tomba de cheval 
et ne put se relever à temps. Sa mort fut le signal de la 
paix et de la fin de cette grande guerre ;* malgré le désir 
d'Abs de venger son héros et son poète, on racheta, pour 
le prix de cent chameaux, le meurtre d'un de ses parents, 
et les poètes célébrèrent la fin de la longue lutte. Il a 
chanté son amante 'Abla, mais son sujet préféré fut tou- 
jours le bon combat. C'est lui qui a dît : « Nous tour- 
noyions comme la meule tourne sur son axe, tandis que 
nos sabres s'écrasaient sur la tête des combattants. » 

Takafa, dont le nom était 'Amr ben el-'Abd, était 
encore un poète de cour; il vivait dans l'entourage du 
roi de Hira 'Amr, fils de Hind. Son oncle Motalammis 
s'appelait Djérir, fils d"Abd-el-Masih (ou d''Abd-el-'Ozza 
d'après Ibn Qotaïba) ; il fut surnommé Motalammis, u celui 
qui cherche avec instance », parce que, dans un vers 
célèbre, il avait parlé de la mouche bleue qui furète. Sa 
sœur Khirniq était aussi poète. Ingrat et d'esprit léger, 
Tarafa s'était moqué de son oncle qui avait dans un vers 
employé une expression impropre. « Ta langue te fera 
périr, » dit l'oocle. II ne craignit pas de diriger ses 
moqueries contre le roi lui-même, qui inventa, pour se 
débarrasser de lui, de l'envoyer en mission en compagnie 
de son oncle Motalammis auprès du gouverneur de 
Babréin. Son oncle ouvrit la lettre de créance et vit que 
le roi ordonnait au gouverneur de le mettre it mort. Pen- 
sant que celle qui était entre les mains de son neveu disait 
la même chose, il lui conseilla de l'ouvrir; Tarafa ne 
voulut pas rompre le cachet du roi. L'oocle eut peur et 
s'enfuit en Syrie; Tarafa poursuivit son voyage et fut 
enterré vivant à son arrivée dans le Babréin . Il est curieux 
de constater que dans ses vers ii s'est montré plus judi- 



3,q,t,=cdbïGoogle 



14 LITTESATURB ARABE 

cieux que daos sa conduite, et qu'il est à peu près le seul 
des anciens poètes chez qui l'on trouve quelques réflexions, 
quelques maximes ou apophtegmes, tandis que les autres 
se laissent emporter par leur nature vive, exubérante, 
mais enfantine. 

ZoHÉiR ben Abi-Solmâ, de la tribu de Mouzîna, est 
avec Imrou-oul-Qaïs et Nâbigha Dhobjànî, l'un des trois 
grands poètes des tribus arabes. On ne sait lequel des 
trois l'on préfère ; mais l'on est d'accord pour leur donner 
la suprématie sur les autres. Il était d'une famille qui 
possédait le don de la poésie; son beau-père Aus ben 
Hadjar, ses sœurs Solmâ et El-Khansà, son fils Ka'b le 
panégyriste de Mahomet, se firent connaître. II avait le 
caractère d'un moraliste ; ses vers se font remarquer par 
leur sérieux, leur tendance sentencieuse et didactique. Il 
estimait peu les louanges, qui ne rendent pas immortel, 
et surtout les louanges mensongères qu'il évitait; il 
s'abstenait d'emprunter aux autres poètes des vers pour 
les insérer parmi les siens, et d'employer des mots diffi- 
cilement intelligibles. Tel est le jugement porté sur lui 
par le khalife Omar qui admirait surtout, dans Zohéîr, le 
soin qu'il avait pris d'éviter l'emploi d'un langage hoûchî, 
c'est-à-dire inintelligible. On prétend — mais ce n'est 
probablement qu'une légende, comme il y en a tant à ces 
époques lointaines — que le prophète Mahomet rencontra 
le poète Zohéîr, alors âgé de cent ans, et demanda à Dieu 
de le protéger contre le djinn inspirateur de ses vers. 
Guerrier lui-même, il quitta brusquement sa tribu à la 
suite d'une injustice qui lui était faite dans le partage 
du butin, et se retira dans celle de Ghatafân, où il 
séjourna depuis lors. Il chanta la pacification qui mit fin 
à la longue guerre de Dâhis. 

Harim, son bienfaiteur, avait juré de lui donner à 



:=,Googlc; 



LA POESIE ANTEISLAMIQDE 16 

toute occasion, soit qu'il lui adressât des louanges, ou 
qu'il lui demandât quelque chose, ou simplement qu'il 
le saluât; Zobéïr fut honteux de recevoir ainsi des 
esclaves ou des chevaux, de sorte qu'il prit l'habitude, 
quand il le voyait dans une assemblée, de saluer tout le 
monde, sauf lui. Ce sont là délicatesses du désert, mœurs 
empreintes d'une noble rudesse. Plus tard les enfants de 
Harim diront : « Certes, tes louanges sont belles, mais 
nos cadeaux l'étaient aussi », et on leur répondra : « Vos 
dons n'existent plus, tandis que ses vers vivent encore; 
ce sont là des vêtements d'honneur que le temps n'use 
pas. » 

Il avait la réputation d'un grand seigneur riche, de 
mœurs douces et connu pour ses scrupules religieux. 
On préfère ses vers parce qu'ils étaient les plus beaux, 
les plus éloignés de l'exiguïté, contenant le plus d'idées 
en moins de mots, les plus exagérés en louanges, et 
renfermant le plus de proverbes. El-Khansù eut le triste 
devoir de prononcer l'éloge funèbre de son frère. 

'Alqaha ben Abada, surnommé El-Fahl, était de la race 
de Témim. Il adressa au prince de Ghassan, El-Hàrith ben 
Djabala, un poème pour le remercier de la mise en 
liberté de ses compatriotes prisonniers. Ce qu'on raconte 
de sa rivalité avec Imrou-oul-Qaïs appartient au domaine 
de la légende. La comparaison de la chamelle qui le 
portait à travers le désert avec l'autruche fuyante est 
célèbre; il a dépeint l'oiseau aux grandes pattes qui 
s'éloigne de son nid, a la recherche de la nourriture, se 
repaît tranquillement des graines amères que portent les 
broussailles des dunes, puis, se rappelant ses œufs aban- 
donnés, se met à courir de ses longues échasses noirâtres, 
dépourvues de plumes. Ailleurs il représente d'une façon 
saisissante les squelettes blanchâtres des chameaux morts 



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IS LirrâBATURB ABABE 

de fatigue daoB les sables, doDt la peau desséchée et 
ratatinée sous l'ardeur du soleil paraît noirâtre et recouvre 
encore en partie les os blafards. 

Les Moallaqât ne sont pas les seules sources qui nous 
aient été conservées; nous avons encore les diwans 
(recueils de poésies rangées selon l'ordre alphabétique 
de la rime] des six poètes réunis par le grammairien el- 
Açma'i, conservés dans une récension due au savant arabe 
d'Espagne YoAsouf el-A'lam de Santa-Maria, qui vivait 
au XI* siècle, et publiés par Ahlwardt; les poésiei dîtes 
Mofaddaliytfdtf ainsi appelées d'après le nom d'El- 
Mofaddal ed-Dabbt qui les avait réunies en volume pour 
son élève le prince El-Mehdi, au viii* siècle, et dont Thor- 
becke avait commencé la publication; le Djamharat 
Ach'âr el-'Arab (réunion des poésies des Bédouins], 
dont le nom du compilateur est supposé, mais qui est 
déjà cité par Ibn Rachiq au xi' siècle, et qui a été imprimé 
à Boulaq; le Hamdaa ou recueil de bravoure d'Abou- 
Temmàm, publié par Freytag et traduit en allemand par 
F. Râckert; un ouvrage du même titre et du même 
genre compilé à la même époque (ix* siècle) par el- 
Bohtori, et dont un unique manuscrit se trouve à Leyde; 
V Akhbâr-el-Loçoûç (histoires des brigands] du grammai- 
rien Sokkarî, dont un fragment a été publié par Wright, 
et le grand Kitâb el-aghdni (livre des chansons) d'Abou'I- 
Faradj 'AU el-Içfahâni, publié en vingt volumes par 
l'imprimerie de Boulaq, auxquels M. Brûnnow en a 
ajouté un vingt et unième d'après les manuscrits retrouvés 
dans les bibliothèques d'Europe- Cette immense compi- 
lation littéraire est la source la plus importante en ce 
qui concerne les circonstances au milieu desquelles ont 
vécu les poètes des premiers siècles de la littérature 
arabe et dans lesquelles ils ont composé leurs œuvres. A 



:,q,t,=c.=ïGooglc; 



LA POÀSIB ANTÉISLAMIQDB 17 

côté de ces textes il convient d'indiquer les poèmes des 
Hodbéilites, c'est-à-dire de cette tribu de Hodhéîl qui 
vivait au sud-est de la Mecque, et dont on a des vers tant 
de l'époque a nté islamique que des temps musulmans, 
réunis par le grammairien Sokkari, et étudiés et traduits 
en partie par Kosegarten, Abicbt et Wellbausen. 

A côté du groupe des six poètes, réunis par l'admira- 
tion de leurs commentateurs, nous trouvons encore de 
nombreux guerriers chantant leurs exploits et leurs 
amours. Tbâbit ben Djâbir el-Fehmi fut surnommé 
T^bbata-Cbahran (celui qui porte le mal sous son bras) * 
parce qu'on le vît un jour avec un couteau qu'il avait mis 
soas son aisselle. Comme 'Antara, il était mulâtre; 
comme lui, il fut paladin errant, et s'il n'est pas aussi 
célèbre que lui, c'est qu'il n'y eut pas de roman popu- 
laire pour transmettre son nom aux contrées éloignées. 

On prétend aussi qu'il avait ramené du désert un 
bélier, et que ce bélier était une gkoule, un djinn femelle, 
ou bien qu'il rapporta à sa mère un sac plein de vipères ; 
ce sont là des explications forgées après coup pour expli- 
quer un étrange sobriquet. C'était un voleur; il forçait 
les gazelles à la course. Il fait allusion dans ses vers à ses 
aventures avec les ghoules ; il les a vues, avec leurs deux 
yeux au milieu d'une tète borrible, comme celle d'un 
chat, avec la langue fendue, deux jambes d'avorton, 
comme un cbien rôti vêtu d'un vêtement de bure gros- 
sière. Un homme de Thaqif, Abou-Wahb, qui était un 
poltron malgré sa haute taille, rencontra, un jour qu'il 
était vêtu d'un beau manteau, le fameux coureur, et lui 
demanda ce qui le rendait victorieux contre tout le 
monde, bien qu'il fût petit, court et malingre. « C'est mon 
nom, dît le brigand; quand je rencontre quelqu'un, je 
lui dis : Je suis Téabbata-Charran, son courage fond et 

UTTlUTtrut ïlUBI. 3 

C,q,;,z....,G00g[C 



18 LlTTâBATDRB ABABB 

il me donne ce que je veux. » Il lui proposa d'acheter 
son nom moyennant le vêtement qu'il portait et le droit 
de prendre son propre surnom d'Abou-Wahb, marché qui 
fut accepté : il donna le vêtement neuf et prit en échange 
les haillons en loques. Mais le poète parcourut les tribus 
en chantant : « Quand même nous aurions changé de 
nom, qui donnera à Abou-Wahb la patience avec laquelle 
je supporte les malheurs, mon courage indomptable en 
face de toute adversité ? n II était fertile en ruses et avait 
une ouïe singulièrement délicate. Un soir, au campement, 
il avertit ses compagnons que l'ennemi était proche; et 
quand on lui demanda d'où il tenait cet avis, il répondit : 
« C'est que j'entends battre le ctBurdes hommes, là, sous 
mon pied. » Les beaux vers du Hamâsa sur la mort de 
ses parents sont-ils de lui? « Sur le chemin au bas de 
Sala est un homme tué dont le sang ne sera pas versé 
impunément. » Des critiques arabes les ont attribués à 
Khalef el-Ahmar. 

Compagnon d'aventures de Téabbata-Charran, Chan- 
FABA, « l'homme aux grosses lèvres », très laid dévisage, 
était un de ces coureurs célèbres qu'un cheval au galop 
ne pouvait atteindre. De là le proverbe fameux : Meilleur 
coureur que Chanfara. 

En guerre avec les Béni-Salamao, il jura d'en tuer 
cent; et voici comment le serment fut tenu. Chaque fois 
qu'il rencontrait un homme de cette tribu, ïl tirait sa 
flèche et l'atteignait à l'œil. Il arriva ainsi au chiffre de 
quatre-vingt-dix-neuf victimes. La tribu des Béni-Salaman 
songea à se débarrasser de cet ennemi importun. Aeir, 
lîls de Djaber, l'un de ses concurrents à la course, le 
guetta, et le surprit pendant la nuit quand il était des- 
cendu dans une gorge pour y boire. C'est ainsi qu'il périt; 
mais ensuite, dit la légende, un de ses ennemis passant 



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LA POBSIB ANTElSLAHtQOB 19 

auprès de son crâne et lui ayant donné un coup de pied, 
uoe esquille lui entra dans le pied et lui fit une blessure 
dont il mourut; de sorte que le chiffre de cent victimes 
fut atteint, et le serment accompli. Lui-même avait 
demandé à ne point recevoir de sépulture, s'il faut en 
croire les vers que noua a conservés le Hamâsa : « Ne me 
donnez point la sépulture, car il vous est défendu de me 
rendre ce devoir : mais c'est à toi de te réjouir, 6 hyène, 
quand ils se chargeront de ma tète (et c'est dans ma tète 
que réside la plus grande partie de moi-même). » Téab- 
bata-Charran prononça en vers son oraison funèbre. 

II est célèbre par sa grande ode, la Lâmiyyat-el- Arab, 
c'est-à-dire le poème rimé en l, dont Silvestre de Sacy 
et Fresnel ont donné de belles traductions. On a douté 
que le fameux poème fût de Chanfara, on a fait remar- 
quer que les anciens philologues arabes ne connaissent 
pas son existence ; mais s'il n'est pas de Chanfara, il est 
d'un auteur vraiment bien au courant de l'ancienne vie 
arabe, et qui sentait souffler en lui l'inspiration des 
féroces habitants du désert. Il ne pourrait être, en ce 
cas, que de Khalef el-Ahmar. 

A cdté d"Antara, la tribu d"Abs peut nommer avec 
orgueil 'Orwa ben bl-Ward; elle le considérait même 
plutôt comme un poète, et 'Antara comme un héros. Son 
père, chanté par 'Antara, avait pris part à la guerre de 
Dâhis. Lui-même guerroya, comme les autres. On l'ap- 
pelait 'Orwa des indigents, parce qu'il avait rassemblé 
une troupe de pauvres pillards aux besoins desquels il 
subvenait quand ils rentraient bredouilles de la razzia. 
Il les a chantés : « Que Dieu couvre d'ignominie le 
pauvre quand, enveloppé de la nuit obscure, il se glisse 
sar le eol tendre, habitué des écorcheries de chameaux ! 
Que le pauvre est beau, au contraire, quand sa joue est 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



M LITTiuLTDRE ARÂBK 

éclairée par la flamme du feu emprunté au voisin, qui 
l'illumine! S'il rencontre la mort, c'est une mort glo- 
rieuse; a'il acquiert la richesse, il s'en est rendu digne. » 
[| avait enlevé une jeune fille nommée Salma, l'avait 
affranchie et épousée ; au bout de dix ans, ses parents 
la rachetèrent en surprenant le consentement d"Orwa, 
pendant qu'il était ivre. Salma le quitta en faisant l'éloge 
de sa générosité et de sa bravoure; mais elle n'avait pu 
s'habituer à s'entendre traiter d'esclave par les femmes 
de la tribu. Sa libéralité était sans bornes : a Pour moi, 
je partagerais mon corps pour nourrir mes hôtes, et je 
me contente de boire une eau pure. » Aussi l'a-t-on 
comparé au fameux Hàtim, de la tribu de Taï. 

Dhou'l-Açba' el'-Adwani, dont le nom propre était 
Hourthan ben el-Hârîth, devait son surnom de Ckomme 
au doigt à ce fait qu'un de ses doigts s'était desséché par 
suite de la morsure d'une vipère. La tribu d"Adwân, à 
laquelle il appartenait, était puissante par le nombre de 
ses guerriers, par la célébrité d'Amir, fils de Zharib, qui 
avait été reconnu comme Hakam ou arbitre suprême 
par tous les Arabes de la descendance de Qaîs, par le 
privilège qu'elle avait de haranguer les pèlerins de la 
Mecque au moment du retour et de leur concéder la per- 
mission de rentrer dans leurs tribus. Cette prospérité 
déchut à la suite de luttes intestines, et ce fut la ruine 
de sa tribu qui inspira les élégies de Dhou'l-Açba'. 
« Les soutiens de la tribu d"Adwân étaient semblables 
aux serpents qui rampent sur la terre; ils ont voulu 
s'élever à l'envi les uns des autres, ils ont rencontré le 
néant. » Il atteignit un âge très avancé; ses quatre gen- 
dres, craignant qu'il ne tombât en enfance, essayèrent 
de l'empêcher de dissiper son avoir; mais il leur répon- 
dit : « Si vous prétendez que j'ai vieilli, sachez qu'on ne 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



t& POESIE ANTEISLAHIQUE 31 

m'a jamais considéré comme un fardeau ni comme un 
être stupide ou imbécile. Pourquoi donc me calomnier 
ainsi? » Et dans une autre pièce de vers : « Ne t' étonne 
point, Omàma, de ces événements : c'est la fortune et le 
destin qui nous ont accablés. » Omàma était sa fille, 
poète elle-même, qui déplora également la destruction 
de la puissance d"Adwân : « Ils se sont passé entre eux 
une coupe; malheur à ceux qui ont bu! ils ont péri, ils 
se sont réfugiés dans les déserts.... » Dans les conseils 
qu'il adressa à son fils Oséïd (le lionceau), il se crée un 
noble idéal du guerrier arabe : k Sers-toi de tes biens 
noblement; rends-toi le frère des hommes généreux 
toutes les fois que tu pourras former avec eux des liens 
de confraternité. N'oublie jamais, quelque grande que 
soit la distance, ce que tu dois au frère de ton frère 
ou au pauvre. Précîpite-toi dans les batailles lorsque les 
héros les plus intrépides refuseraient de charger ; et 
lorsqu'on t'appelle pour une affaire importante, prends 
son fardeau tout entier sur toi. » 

Qotba ben Aus bl-Hadida se prit de bec avec Zabbân 
ben Sajyàr et échangea des satires avec lui; c'est même 
son adversaire qui l'avait surnommé El-Hàdira (le gros, 
le ramassé) et ce sobriquet lui resta : « On dirait que 
to es une femme aux épaules grosses, aux flancs mai- 
gres ». C'était à l'occasion de la chasse; le soir Zabbân 
se mit à part pour faire rôtir le gibier; alors Hàdira 
l'interpella : a Tu abandonnes ton compagnon d'expédi- 
tion ; tu ne songes qu'à ta bouche dans les ténèbres. » 
Piqué, Zabbân répondit par le vers où il le comparait à 
une « femme aux fortes épaules ». Et ils continuèrent à 
se rejeter la balle. 

'Abid ben bl-Abrab, de la tribu d'Asad, vivait a la cour 
de Hira et était en rapport avec Nâbigha Dhobyàni. Par- 



, .....,Coog[c 



3S LITTÂKATDRE ARABE 

venu a ud grand âge, dît-OD, il fut mis à mort par le roi 
Moundhir, fils de Mà-Essemà, comme sacrifice sur le tom- 
beau de deux amis du roi, qu'il avait fait enterrer vivants 
jadis, dans sa colère. Le roi avait juré de faire mettre à 
mort le premier qui se présenterait à lui le second jour 
du deuil annuel qu'il s'était imposé, et de nourrir de 
son sang les corbeaux. Le poète demanda qu'on le fit 
mourir après qu'il se serait enivré de vin. Cette coutume 
barbare dura jusqu'au moment oii le roi, vaincu par la 
générosité d'un certain Hanzhala, de la tribu de Taï, qui 
avait demandé un délai et promis de revenir, revint à 
temps pour remplir sa promesse et délivrer son garant 
qui allait être mis à mort à sa place. Depuis cette aventure 
Moundhir supprima les sacrifices sanglants. 'Abid était 
pauvre et n'avait aucune fortune : un jour qu'il menait a 
l'abreuvoir le troupeau de sa sœur Mawiya, il fut repoussé 
par un homme qui le frappa au front; le pauvre diable 
s'en retourna tout triste et s'endormit à l'ombre des 
arbres. Il se réveilla poète; un génie était venu le visiter 
pendant son sommeil et lui avait placé dans la bouche 
une boulette de poésie. 

Hatih, de la tribu de Taî, est universellement connu 
par sa générosité sans bornes. Lorsqu 'arrivait le mois 
sourd (Rédjeb), respecté par les païens de Modar, il 
faisait tuer dix chameaux par jour et en nourrissait ses 
hôtes. Les poètes El-Hotaï*a et Bichr ben Abt-Khâzim 
reçurent l'hospitalité chez lui. Il avait perdu son père de 
bonne heure ; recueilli par son grand-père Sa'd ben el- 
Hachradj, il lui joua le mauvais tour de distribuer à une 
caravane de poètes qui passait tout le troupeau de cha- 
meaux qu'il était chargé de garder. L'ambition d'être 
reconnu le pins généreux des hommes l'avait poussé à 
cet acte d'extravagance. Son grand-père ne put lui par- 

L,, .....,Coog[c 



LA POESIK AKTBISLAUIQUE 33 

donner ce coup ; il fît plier ses tentes et abandonna Hâtîm 
seul avec une esclave qu'il lui avait donnée, sa jument et 
son poulain. C'est alors qu'il prononça ces vers magni- 
fiques : « Je n'ai pas souffert du départ de Sa'd avec sa 
famille, lorsqu'il m'a laissé seul au logis, séparé de mes 
proches. En prodiguant ma fortune, je me suis acquis 
impétueusement de la gloire, au moment où la guerre 
montre ses hideuses dents tordues. » 

Le tombeau de Hâtim était entouré de pierres dres- 
sées en face les unes des autres, comme si c'étaient des 
pleureuses. C'est là qu'Abou'I-Khaïbari, un certain soir, 
interpella Hâtim mort et lui demanda de le régaler. Au 
matin il trouva sa chamelle égorgée, dont ses compa- 
gnons se régalèrent; puis le fils de Hâtim vînt lui 
raconter que son père lui avait, en songe, ordonné de 
lui restituer de son troupeau la chamelle qu'il avait dû 
égorger pour ne pas faillir à la réputation de son hospi- 
talité. 

Et tant d'autres : Laqit ben Ya'mour, de la tribu 
d'Iyâd, qui fréquentait les vastes plaines de la Mésopo- 
tamie, composa une longue ode pour prévenir ses com- 
pagnons des embûches du roi de Perse Chosroès, qui 
voulait débarrasser les rives de l'Euphrate de la pré- 
sence gênante de ces maraudeurs; mais ceux-ci ne cru- 
rent pas en l'avertissement de leur poète, et ils furent 
surpris et massacrés. Aus ben Hadjar, de la trîbu de 
Témîm, était de la province lointaine du Bahréïn ; rap- 
sode ambulant, on le vit parcourir l'Arabie du Nord 
et les contrées de l'Euphrate, oii l'attirait la cour des 
rois de Hira. Ses poésies, dont nous n'avons plus que 
des fragments, sont remplies de descriptions de scènes 
de chasse et d'armes de toute espèce. Au cours d'un 
voyage, il fut précipité en bas de son chameau et se 



, .....,Coog[c 



LITTERÂTUBB ARABE 



brisa ies deux jambes; soigné par Fodâla ben Kilda, 
qui vÎDt planter sa tente à l'endroit même où il était 
tombé, et par sa fille Halîma, il leur consacra, par recon- 
naissance, des poésies qui nous ont été conservées. 

Une Ëgure historique intéressante est celle d'OuATYA, 
fils d'Abou'ç-Çalt, un Mecquois né it Taïf, « qui avait lu les 
livres et suivait les doctrines judéo-chrétiennes », et qui 
pourtant resta païen jusqu'à sa mort, en 630, huit ans 
après l'hégire. Vers l'an 572, lui ou son père avait fait 
partie d'une députation envoyée par les Qoréïchites au 
roi du Yémen Séïf ben Dhi-Yezen, et il lui avait adressé 
en vers des félicitations pour sa victoire sur les Abys- 
sins. En général, les poésies d'Omayya roulaient sur des 
sujets religieux empruntés au fond commun des idées 
juives et chrétiennes; on peut le considérer comme un 
précurseur de Mahomet ; c'est lui qui, dans ses vers, avait 
appelé le jugement dernier le « Jour de la déception 
mutuelle », yaum el-têghdboun, expression qui a passé 
dans le texte du Koran (chap. 64). Il donnait à Dieu 
des noms étranges qui n'avaient jamais frappé l'oreille 
des Arabes : il l'appelait tantôt silUt, « l'empereur m, et 
tantôt taghrour, a porte -couronne » (perse taha-barâ). Il 
portait un cilice par dévotion; il a mentionné dans ses 
vers les prophètes de l'Ancien Testament et les hanîfs, 
secte d'Arabes qui vivaient selon la religion d'Abraham 
et d'où est sorti l'islamisme. II interdisait l'usage du vin 
et ne croyait pas aux idoles. Les musulmans prétendirent 
plus tard qu'il aurait désiré que Dieu l'élût pour son 
prophète, et qu'à ce titre il jalousa Mahomet, contre qui 
il composait encore des satires en 624. 

El-A'cba s'appelait de son vrai nom Méïmoôa ben 
Qaïs; il était né dans cette contrée éloignée du Yémàma, 
au midi du Nedjd, qui borde le grand désert inaccessible 



, ;....,Goog[c 



LA POésIE AMTÉ ISLAMIQUE 2S 

du Dahnà; c'est là, dans le village de Manfoùba, que l'on 
montrait son tombeau. 11 alla porter ses louanges rétri- 
buées à travers toute l'Arabie, depuis le Hadramsut 
jusqu'à Hira,près de l'Ëuphrate; ses moqueries versifiées 
le rendaient la terreur de ses adversaires. Il était mono- 
tbéistc et croyait à la résurrection et au jugement der- 
nier; ses idées avaient été influencées par ses amis chré- 
tiens, soit par les 'Ibâds de Hira, cbez lesquels il venait 
acbeter du vin, soît par son ami l'évéque de Nedjrân dans 
le Yémen. On loue dans ses vers la variété des mètres, 
l'art du panégyrique et de la satire : on a cité ses des- 
criptions du vin et de l'onagre. L'ode dans laquelle il a 
chanté la mission de Mahomet est devenue célèbre dans 
tout l'Orient. Son père Qaïs avait été surnommé QatU 
el-djoû', « mort de faim », parce que, étant entré dans 
une caverne pour s'y mettre à l'ombre, une roche se 
détacha de la montagne et boucha l'entrée de la grotte, 
de sorte qu'il ne put en sortir et qu'il y périt de faim. 
Quant à son fils, il est placé au rang des grands poètes : 
Silvestre de Sacy estimait qu'il méritait d'aller de pair 
avec les auteurs des Mo'allaqât, et les Arabes, parlant 
de leurs meilleurs poètes d'avant l'islamisme, le com- 
paraient à Imrou-oul-Qaïs, à Nâbigba et à Zohéïr. Il a 
chanté dans ses vers Horaïra, qu'il aimait et qui était 
une esclave noire ; elle avait une belle voix et son maître 
la faisait chanter pour son plaisir. Il se rendait tous les 
ans à la foire d"Okàzh; il eut l'occasion d'aider, par les 
louanges qu'il lui adressa pour reconnaître son hospi- 
talité, un certain Mohallek, qui était pauvre, à trouver 
des maris pour ses huit filles. Une fois qu'il s'en retour- 
nait cbez lui chargé de présents, îl craignît d'être 
dépouillé par les Beni-'Amir, dont il avait à traverser le 
territoire. Il demanda à 'Alqama, fils d'Allatha, de le pro- 



LITTERATURE ARABE 



téger; celui-ci s'engagea à le défendre contre les hommes 
et les djinns. El-A'cha lui demanda s'il promettait de le 
défendre aussi contre la mort, ce qu"AIqama refusa. 
Mais 'Amir, fils de Toféîl, lui promit de le protéger 
même contre la mort. « Comment cela? lui demanda 
A'cha. — Si tu viens à mourir, lui répondit 'Amir, pen- 
dant que tu seras sous ma protection, je payerai à ta 
famille l'amende qui est le prix du sang. » A'cha fut 
satisfait de cette réponse, mais non son premier protec- 
teur évincé : « Si j'avais su, dit alors celui-ci, ce qu'il 
demandait de moi, je le lui aurais accordé. » 

Parmi les poètes des villes, il faut citer Qais, hls d'El- 
Khatîm, qui habitait Yathrib, ville qui plus tard prit le 
nom de Médine, qu'elle porte encore aujourd'hui. Il est 
célèbre par la vengeance qu'il poursuivit contre le meur- 
trier de son père et de son grand-père et par la guerre 
qu'il suscita à cette occasion entre les tribus d'Ans et de 
Khazradj. C'était un bel homme, aux sourcils se rejoi- 
gnant, aux grands yeux noirs, aux lèvres rouges, aux 
dents éclatantes de blancheur. Hassan ben Thâbit avait 
conseillé à la poétesse El-Khansà de l'attaquer par ses 
satires : « Je n'attaque jamais personne, répondît-elle, 
sans l'avoir vu. » Elle vint visiter Qaïs un jour; elle le 
trouva couché par terre dans une chambre; elle le fit 
lever en le poussant du pied, le fit avancer et reculer, de 
sorte que Qaïs s'écria : « On dirait qu'elle examine un 
esclave avant de l'acheter au marché ! » Puis il se recoucha 
et se rendormit : « Jamais je n'attaquerai un homme 
pareil ! » dit El-Khansâ. Il mourut d'une flèche à la guerre. 

La coutume de pleurer les morts et l'industrie des 
pleureuses attitrées enfantèrent l'élégie destinée à célébrer 
le panégyrique des défunts (ntarf/tiya), et qui fut, comme 
cet ofEce des obsèques, réservé aux femmes. Le poème 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LA POéSIB ANTÉISLAHIQOE 37 

commence par la représentation du deuil ressenti, des 
larmes dont la pleureuse ne peut arrAter le cours, puis 
continue par l'exposition des vertus du défunt qui 
engendrent le regret cuisant de ne plus le posséder ; et 
ce sont les principales vertus des Arabes païens, la 
vaillance et la générosité, qui forment la base de ces 
éloges; enfin vient l'appel à la vengeance. C'est par la 
composition d'élégies de ce genre que El-Khansa se 
rendit célèbre. Son nom était Tomàdbir; le surnom 
sous lequel on la connaît signifie « la vache sauvage, au 
museau écrasé ». Elle était mariée; elle le fut d'abord à 
Mirdâs, fils d'Abou-'Amir, puis après sa mort à 'Abdallah, 
fils d"Abd-e]-Ozza. Elle célébra la mort de ses deux 
frères, Mo'âwïya et Sakhr, le second, poète lui-même, 
tué au cours d'une razzia. 



Poètes juifs et chrétiens. 

Dans les villes du nord du Hedjaz habitaient des Juifs, 
qui peut-être avaient quitté la Palestine au moment des 
guerres sous Titus et Adrien; mais la tradition locale 
fait remonter leur émigration jusqu'aux temps qui 
suivirent la mort de Moïse , et dît qu'à la conquête 
romaine les Qarizha, les Hadal et les Nadhir vinrent 
rejoindre leurs coreligionnaires. Ces colonies avaient été 
un centre de propagande religieuse, et des tribus arabes 
s'étaient affiliées à elles. Elles n'avaient conservé que 
leur religion; leur langue était devenue purement arabe. 
Elles se mirent à chanter à la façon des nomades, et 
eurent leur plus grand poète dans la personne de Samaual 
(Samuel), petit-fils d'Adiyà. C'était un grand seigneur, 
qui habitait le château d'Ablaq, qu'on appelait l'unique, 



M LITTénATURE ARABE 

auprès de la ville de Téïma. Ce château avait été élevé 
par son grand-père, qui y avait fait creuser un puits. Les 
Arabes y venaient et y tenaient un marché. Samaual est 
célèbre par sa fidélité à la foi jurée, qui lui fit livrer son 
propre fils pour Imrou-oul-Qaïs. Le roi poète, déchu de sa 
splendeur, s'était réfugié chez lui et lui avait demandé de 
le recommander aux rois de Ghassan, qui intéresseraient 
l'empereur romain de Constantinople à sa cause. Il lui 
avait donné un guide pour le conduire en Syrie. Lorsque 
El-Hârith ben Zhâlim, envoyé par El-Moundhir pour 
s'emparer des trésors d 'Imrou-oul-Qaïs confiés à Samaual, 
vint assiéger le château, il s'empara du fils du prince 
juif, qui chassait dans les environs. « Je ne rendrai 
jamais l'argent qui m'a été confié, dit le fidèle déposi- 
taire »; et son cruel ennemi fit couper en deux son fils 
par le milieu du corps. Samaual chanta alors : « J'ai gardé 
fidèlement les cuirasses du Kindite,...j'ai été fidèle, alors 
que tant de gens trahissent. » 

Parmi les coreligionnaires de Samaual, on peut citer 
Ek-Rabi, fils d'Abou'I-HokaVk, qui se battit vaillamment a 
Bouùt à la tète de sa tribu, et dont les fila furent de 
violents adversaires du Prophète. Il se mesura avec 
Nàbigha dans ce jeu poétique où l'un des interlocuteurs 
disait l'hémistiche d'un vers tandis que le second com- 
plétait impromptu le sens et la rime par un second hémi- 
stiche. 

A côté du judaïsme, le christianisme avait fait des 
prosélytes en Arabie. La Syrie, où les Arabes du Nord 
conduisaient d'incessantes caravanes, était couverte 
d'églises et de couvents; en Mésopotamie la population 
était chrétienne. Les princes de Ghassan à Damas pro- 
fessaient cette croyance ; les Lahmides à Hira l'adoptèrent 
également. Les vers d'un poète comme Omayya-ben- 



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LA POBSIB ANTÉIEL&MIQTIK Î9 

Abî'ç-çalt qui, sans être chrétien lui-méiDe, propageait 
BOUS la tente les idées dominantes puisées dans les livres 
judéo-chrétiens, avaient beaucoup fait pour répandre ces 
idées dans l'Arabie. 

Dans la ville de Hira, qui comptait une population 
mélangée d'éléments araméens et arabes, les 'Ibàds for- 
maient le fond même de la population primitive, à côté 
des Arabes de la tribu de TanoAkh, moitié bédouins, 
moitié cultivateurs, qui s'étaient emparés du pays, et des 
Ahldf, protégés ou clients venus se réfugier là de toutes 
les parties de l'Arabie ; or ces 'Ibâds étaient chrétiens ; 
ils avaient, avec quelques juifs, monopolisé le commerce 
du vin produit par la contrée riveraine de l'Euphrate, et 
allaient porter cette denrée, à travers les déserts, dans 
les villes et les campements des Arabes, intrépides 
buveurs. 'Antara parle d'un héros du désert qui faisait, à 
force de boire, « tomber les drapeaux des marchands de 
vin », allusion à ce fait que ceux-ci élevaient un dra- 
peau sur leur tente pour annoncer leur marchandise; la 
chute de ce drapeau indiquait que leur provision était 
épuisée. Déjà les idées religieuses du poète Ël-A'cha 
avaient été influencées par les conversations qu'il avait 
eues avec ces marchands de vin, porteurs de la bonne 
parole. Ces chrétiens, qui probablement appliquèrent les 
premiers à la langue arabe les caractères de l'écriture 
syriaque, comptaient des poètes dont le plus célèbre était 
'Asi BBH Zbïd. Il appartenait à une ancienne famille de 
Hira qui occupait une grande position dans cette ville; 
son père avait été élevé à la cour persane des Sassanides 
à Ctésiphon; dans l'interrègne entre No'man I" et Al- 
Moundhir, on l'avait choisi pour gouverner la ville; il 
continua à l'administrer sous le second de ces rois. 
Comme son père, 'Adi fut élevé à la persane; bien vu du 



, .....,Coog[c 



SO LITTÉR&TUBE ARABE 

Roi des rois, il fut envoyé en ambassade à Constanti- 
nople et passa par Damas où il composa sa première 
poésie. A son retour, son père était mort; mais le poète 
avait horreur des fonctions oflicielles; il préféra rester 
indépendant et libre, et courir entre Hira et Ctésiphon, 
en chantant les délices du vin. Il contribua à faire 
monter sur le trône No'man, fils d'Al-Moundhir; mais 
les Béni-Marina, qui avaient vu évincer leur candidat, 
jurèrent sa perte; ils le dénoncèrent comme ayant parlé 
avec mépris du roi, qui lui devait quelque peu sa cou- 
ronne; celui-ci l'attira sur son territoire et le fit jeter en 
prison. Le roî de Perse voulut prendre sa défense; mais 
quand son envoyé arriva à Hira, il trouva le poète assas- 
siné dans la geôle. Les vers bachiques d"Adi ben Zéîd 
firent plus tard les délices du khalife oméyyade Wélîd II. 



La prose. 

Il ne nous est rien resté de la prose de ces époques 
anciennes, parce qu'elle n'était pas écrite et qu'on ne lui 
accordait pas assez d'importance pour qu'elle méritât cet 
honneur. On peut se faire une idée, par les recherches 
des philologues arabes, de ce que devait représenter cet 
état très primitif : les récits des veillées, samar, sous la 
tente des nomades, les contes que déjà des conteurs de 
profession allaient colporter de ville en ville, comme le 
Mecquois Nadr ben Hârith, qui avait appris à Hira les 
belles légendes que les Perses racontaient de leurs 
anciens rois, et s'était fait une célébrité qui contreba- 
lança un moment celle que Mahomet devait aux récits du 
Koran empruntés à la Bible; la bataille de Bedr mit fin 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



LA POÉSIE ÀNTÉlSLÂMlQnB 31 

au développement de cette coDtreiBÏDe dangereuse. Les 
récits légendaires et fort peu historiques des journées 
des Arabes, de ces grandes batailles livrées au désert, 
les proverbes collectionnés plus tard par les philologues, 
et provoqués par des événements déjà oubliés, incom- 
préhensibles souvent et expliqués par des commentaires 
inventés de toutes pièces, enfin les allocutions par 
lesquelles on se flattait d'agir sur la pensée de ses sem- 
blables, forment les éléments d'un art littéraire dont nous 
ne possédons aucun document, mais qui devait se déve- 
lopper considérablement par la suite. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE III 



LE KORAN 



D'une famille pauvre et peu considérée, Mohammed, 
qui avait débuté par accompagner en Syrie les cara- 
vanes de la Mecque, avait trouvé la fortune dans son 
mariage avec Khadidja. De son temps* deux sectes reli- 
gieuses, en dehors des religions judaïque et chrétienne 
dont nous venons de voir le développement, s'étaient 
implantées en Arabie. L'une est celle des Rakoussia, 
l'autre celle des Hanifs. La première se rattache indubi- 
tablement aux mandaïtes ou chrétiens de saint Jean- 
Baptiste, que le moyen âge a connus sous le nom de 
Sabiens et qui vivent encore en communauté dans la 
basse Mésopotamie ; c'étaient des Ebionîtes, vénérant le' 
Précurseur, antérieurs au mouvement gnostiqne. Les 
Hantfs étaient des Essénieng qui s'imaginaient pratiquer, 
BOUS le nom de religion d'Abraham, un judaïsme puri&é 
de pratiques rituelles et laissant de côté la lecture des 
textes sacrés. C'est dans le sein de cette société de 
Hanifs que l'Islamisme s'est formé. Mohammed disait de 
lui-même qu'il était un hanif, comme ceux que l'on 
connaissait a la Mecque, à Taïf et à Yathrib. Par hanif, 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



il faut entendre monothéiste et ennemi de l'idolâtrie ; et 
quand Mohammed commença ses prédications, les Mec- 
quois lui dirent qu'il était devenu sahien. Ces hanifs 
colportaient un livre qui s'appelait les Çohofou rouleaux 
d'Abraham. Peu d'années avant la mission du prophète, 
un missionnaire de cette secte était venu dans le Hedjaz, 
pour prêcher le monothéisme d'Abraham, et il avait 
rencontré des adeptes. Ces rouleaux furent plus tard 
déclarés faux par Mohammed. Maintenant ces rouleaux 
étaient-ils vraiment un livre, comme l'a cru Sprenger, ou 
bien ne faut-il voir dans cette expression qu'une vague 
appellation désignant peut-être la Bible des Israélites? 
Quoi qu'il en soit, ces chrétiens de saint Jean et ces 
hantfs avaient, au milieu du polythéisme de la péninsule 
arabique, préparé le terrain où allait réussir la prédica- 
tion du monothéisme islamique. 

Quant aux Juifs, qui habitaient dans les principales 
villes et avaient converti à leur culte certains chefs de 
tribu, et aux chrétiens de Syrie et de Mésopotamie dont 
ta propagande avait été singulièrement favorisée par un 
poète comme Omayya ben-Abî'ç-Çalt, en contant les épi- 
sodes de la Bible dans les campements bédouins, leur 
influence est indiscutable. 

Le Koran a été révélé par pièces et morceaux, et l'état 
dans lequel il nous a été transmis ne rend que faiblement 
compte de la manière dont il a été composé, car les cha- 
pitres ou sourates ont été, lors de la rédaction définitive 
sous le khalife 'Othmân, rangés par ordre de longueur (à 
l'exception du premier}, ce qui est un procédé tout à fait 
artificiel. 

Mohammed, dit le Koran, recevait ses inspirations du 
Saint-Esprit, qu'il considérait comme un ange et que plus 
Urd, dans les chapitres révélés à Médine, il appela du 



r,:....,Goog[c 



H LITTÉRATURE ARABE 

nom de l'arcbange Gabriel, qu'il prononçait Djabril. 
Dans les extanes où se produisait l'inspiration, il croyait 
voir le visage de l'archange et quand on lui demandait à 
qui il ressemblait, il citait un jeune homme de la tribu 
de Kelb qui s'appelait Dihya ben Khalifa. C'était toujours 
par petites parcelles que la révélation se produisait, par 
versets isolés ou par groupes de quelques versets; quand 
la révélation était terminée, Mahomet appelait un de ses 
secrétaires, surtout 'Abdallah ben Sa'd ben Abi-Sarh, 
pour écrire les mots sous sa dictée, et faisait ranger la 
feuille écrite à telle ou telle place. 

Le nom de sourate est hébreu, il signifie une rangée 
de pierres dans un mur, et par analogie une ligne d'écri- 
ture. Koran veut dire lecture; fourqân, nom qu'on lui 
donne aussi, signifie (dans les langues sémitiques autres 
que l'arabe) <i affranchisse ment, délivrance » de la « révé- 
lation ». 

Le style du Koran est très différent selon les époques 
de la vie du prophète où se sont produites les révéla- 
tions. Sa caractéristique principale est d'être écrit tout 
entier en prose rimée, très sensible dans les premières 
sourates, ob les versets sont très courts, et qui n'est plus 
marquée, dans les longs chapitres révélés à Médîne, que 
par la pause terminale du verset, qui rime par assonance 
avec les autres pauses. En outre il ne faut pas perdre de 
vue que l'arrangement actuel des chapitres est tout à fait 
artificiel. On sait comment la compilation en a été faite. 
Les auditeurs du Prophète avaient commencé par se fier à 
leur mémoire pour retenir le texte des révélations dont 
ils étaient témoins, puis ceux qui savaient écrire les tra- 
cèrent en caractères antiques sur des feuilles de palmier, 
sur des peaux d'animaux tannées, ou sur des os dessé- 
chés. Lorsque le Prophète mourut et qu'on vit que 



l'heure du jugement deroier s'éloignait toujours de plus 
en plus (car la croyance des premiers musulmans, 
comme celle des premiers chrétiens, était que les jours 
étaient accomplis et que la grande résurrection allait 
venir), que, d'autre part, les guerres civiles et les expé- 
ditions sur les frontières étrangères se multipliaient, et 
que la mort enlevait nombre de ceux qui savaient tout 
ou partie du Koran par cœur, on eut peur de voir la 
parole de Dieu disparaître entièrement, et l'on réunit 
tous ces fragments épars; Zéïd ben Thâbit, disciple de 
Mahomet, fut chargé par le premier khalife, Abou- 
Bekr, de rassembler tout ce qu'on pouvait retrouver du 
texte sacré, et d'en former un volume; les chapitres 
furent alors, sans égard pour leur ordre historique, 
rangés par ordre de longueur, d'abord les plus longs, 
précédés de la Fâliha ou court chapitre de sept versets 
qui ouvre le livre, puis les plus courts. Or ceux-ci sont 
les plus anciens, ayant été révélés à la Mecque avant 
l'émigration, tandis que les longs chapitres placés en 
tête de l'ouvrage sont pour la plupart de l'époque où le 
Prophète, devenu chef d'armée et d'État, commandait à 
Médine les troupes qui devaient lui donner promptement 
la capitale religieuse de l'islamisme. Cette rédaction de 
Zéïd peut être considérée comme définitive ; car, quelques 
vingt ans plus tard, on en fit une nouvelle récension, qui 
porta plutôt sur des détails de langue et de grammaire 
que sur l'ordonnancement général du texte. 

Le style du Koran n'est pas uniforme, et ne saurait 
l'être. L'expression de la pensée est purement sémitique, 
et se rattache étroitement à cette longue série historique 
de documents émanés de source hébraïque, depuis les 
antiques versets de la Tôra jusqu'à l'Evangile, en passant 
par l'inspiration prophétique qui gravitait autour de 



:=,Googlc; 



LITTEBÂTORE ARABE 



Jérusalem . Les phrases sont découpées en versets, 
d'abord très courts, puis très longs : le caractère de 
prose rimée est donné par les allitérations qui marquent 
la fin de chaque verset. Les chapitres se rangent en 
deux grandes classes, selon qu'ils ont été révélés à la 
Mecque ou à Médine : les premiers sont ceux de la pré- 
dication avant l'émigration, les seconds ceux qui ont 
suivi l'hégire, 

Au début, le souffle est court, parce que l'inspiration 
est intense, les adjurations pathétiques; Dieu parle, et 
l'homme disparaît. Mahomet s'y montre dans son carac- 
tère de prophète; il n'est pas encore l'homme d'État, le 
législateur qui crée une société nouvelle; il n'a pas pour 
objet de donner à ses compatriotes un code, mais de les 
initier au culte du Dieu unique. On n'y trouve rîen de 
rituel, aucune mention de lois sociales. Mahomet invite 
ses auditeurs à croire à l'évidence de leur aperception de 
l'univers, il leur demande d'admirer les merveilles de la 
nature, les étoiles, le soleil, la lune, <( tous signes de la 
puissance de Dieu, si seulement vous voulez le com- 
prendre » ; ou bien il raconte les malheurs survenus aux 
anciennes générations qui n'avaient pas cru à la mission 
des prophètes, légendes où viennent se confondre des 
fables rabbiniques et d'anciennes traditions nationales 
relatives aux tribus disparues d"Ad et de Thamoûd. 

Dans les plus anciennes sourates de la Mecque, les 
phrases ont un enchaînement rythmique, mais non un 
mètre régulier; des formes prosodiques ne se rencontrent 
que très rarement et dans de courts passages. L'exprès* 
sion de la pensée est ramassée sur elle-même, et la plu- 
part du temps très vague et incomplète. Mais le discours 
est fier et passionné; on sent que le Prophète emploie 
toutes ses forces à essayer de convaincre les indifférents 



de la réalité de sa mission ; la véhémence de l'expression 
transperce même le pâle manteau dont la voile la traduc- 
tion dans nos langues analytiques. C'est d'un poète autant 
que d'un prédicateur, selon la 6ne remarque de Stanley 
Lane-Poole. Son grand argument pour exhorter à faire 
le bien et à craindre Dieu, c'est le jour du jugement; et 
pour récompenser les croyants, ce qu'il fait luire à leurs 
yeux, c'est l'espoir du paradis. « Lorsque le ciel se fen- 
dra, que les étoiles seront dispersées, que les mers con- 
fondront leurs eaux, que les tombeaux seront renversés, 
l'âme verra ses actions anciennes et récentes.... Les 
justes seront dans le séjour des délices, mais les préva- 
ricateurs dans l'enfer, n Ses imprécations contre ses 
ennemis sont terribles; mais il ne faut pas oublier que 
dans tout le Koran c'est Dieu qui parle, et que le pro- 
phète n'est que l'intermédiaire de la révélation. Les sen- 
timents féroces de l'Arabe du désert s'y dévoilent fran- 
chement, sans nulle hypocrisie qui en cache la barbarie. 
La malédiction adressée à son oncle Abou-Lahab est 
célèbre : « Que les deux mains d'Abou-Lahab périssent, 
et qu'il périsse lui-même. » 

Dans une seconde catégorie des chapitres de la 
Mecque, les adjurations « par le soleil et sa clarté, par la 
lune quand elle le suit de près, par le ciel et celui qui 
l'a bâti n ont presque disparu; c'est la formule « par le 
Koran! » qui les remplace. Le discours commence par 
la déclaration : « Ceci est la révélation de Dieu », et 
ponr qu'il n'y ait pas de doute sur la provenance des 
paroles émises par la bouche du Prophète, celui-ci met 
en tète l'ordre qu'il a reçu de la divinité sous cette 
forme : « Dis! » L'histoire des anciens prophètes 
hébreux, tirée de l'Haggada juive au moyen de commu- 
nications verbales obtenues des Juifs qu'il avait fré- 



LITTERÂTDRB ÂHÂBB 



queotés, est la principale preuve que Mahomet donne de 
sa mission; rien d'étonnant que, par cette voie indirecte, 
cette histoire soit inexacte et légendaire. 

Une troisième période, celle de l'argumentation, se 
fait remarquer en ce que la langue est devenue plus pro- 
saïque. Le seul trait nouveau est la réponse que fait le 
Prophète à cette « génération mauvaise et adultère n qui 
a l'outrecuidance de demander un miracle pour preuve 
de sa mission. Le miracle, dit-il, est partout: « Pourquoi 
demander un miracle, quand toute la nature est miracle? 
Je ne suis là que pour avertir. > Enfin il convient de 
donner une place à part à tous les versets oii le nom 
donné à Dieu est a er-Rahmân n (le Miséricordieux), le 
même nom que portait la divinité païenne de certaines 
tribus. 

La seconde partie comprend les vingt-quatre chapitres 
composés pendant les dix années passées à Médine après 
la fuite. L'enthousiasme se calme, le prédicateur devient 
légiste, homme d'État. Il enseigne, il explique; il n'a 
plus à subjuguer ni à convaincre, l'esprit de ses adeptes 
est tout formé; ils croient, et la foule grossissante de ses 
disciples montre à ses ennemis sceptiques qu'il y a chez 
lui une force naissante avec laquelle il faudra bientôt 
compter. Le caractère poétique du style disparait, ce 
n'est plus qu'une longue prose, avec des répétitions 
constantes, destinées à faire pénétrer quelques idées 
simples dans les cerveaux les plus rebelles. Ses allocu- 
tions, qui commençaient à la Mecque par la formule : 
« hommes ! », débutent maintenant par la formule ini- 
tiale : « vous qui croyez.... » et quand il s'adresse à 
ses adversaires : n Juifs ! » ou bien : « hypocrites ! » 
Le style général est lourd et diffus, les versets sont très 
longs. Les chapitres sont composés de harangues frag- 



LB KO RAM 



mentaires et de phrases détachées; néanmoins on ren- 
contre parfois des passages d'une beauté et d'une éléva- 
tion de pensée et d'expression véritablement remarqua- 
bles. Les principes de la réglementation religieuse, 
civile et pénale de la nouvelle société sont presque tous 
contenus dans trois des plus longs chapitres, les second, 
quatrième et cinquième, qui forment à eux seuls près 
d'un dixième de la totalité du livre sacré. 

Le texte du Koran, à n'en pas douter, n'avait point été 
rassemblé du vivant du Prophète ; seuls quatre disciples, 
Obayy ben Ka'b, Moàd ben Djabal, Zéïd ben Thâbît et Abou- 
Zéïd Ançâri, en avaient réuni des collections plus ou 
moins complètes. La lutte contre le faux prophète Moséï- 
lima avait conduit à la mort nombre de ceux à la 
mémoire de qui le texte était confié, lorsque Abou-Bekr, 
sous l'impulsion d'Omar, qui avait vu de ses yeux dispa- 
raître ces précieux témoins, ordonna de réunir ce qu'on 
pouvait rassembler de textes écrits, et il confia cette mis- 
sion à Zéïd, que Mahomet avait eu pour secrétaire. Omar, 
qui eut la haute main sur cette rédaction, n'y admit que 
les passages écrits, corroborés par la déclaration affirma- 
tive de deux témoins ; c'est dire que bien des fragments 
de la révélation, qui ne pouvaient s'appuyer sur ces deux 
ordres de preuves, bien que peut-être authentiques, ne 
furent pas admis; c'est ce qui permit plus tard aux 
Chiites de prétendre que le texte sunnite était incomplet, 
et qu'on en avait retranché tout ce qui avait rapport à la 
mission providentielle d"Ali et de sa famille. Ce recueil 
n'avait rien d'officiel, et ce qui le prouve, c'est qu'à la 
mort d'Omar il devint la propriété de sa fille Hafça. 

Pendant les guerres d'Arménie et d'Azerbaïdjan, les 
soldats venus de l'Irak et ceux de la Syrie disputèrent 
sur la vraie manière de lire le Koran ; leur chef Hodhaïfa 



, ;....,Goog[c 



40 LITTBRITURB AHABB 

soumit la question au khalife 'Othmâo, qui chargea Zéïd 
ben Thâbit et quelques autres Qoréïchites de rédiger un 
texte définitif. Cette commission fit réunir tous les exem- 
plaires existants, mais reconnut comme base celui 
d'Abou-Bekr, conservé par Hafça; une fois le travail 
terminé, 'Othmân fit détruire tous les textes, à l'excep- 
tion de celui d'Abou-Bekr, qui d'ailleurs ne tarda pas à 
être détruit n son tour par Mcrwân, gouverneur de 
Médine; de sorte que toutes les copies du Koran répan- 
dues aujourd'hui dans le monde musulman sont, sans 
aucune exception, la reproduction de celle d"Othmân. 

Mahomet, qui n'aimait pas les poètes païens et qui 
craignait toujours que ses adeptes ne l'abandonnassent 
pour retourner écouter les chants rhytmés qui avaient 
bercé leur enfance, trouva des poètes pour célébrer ses 
louanges. Lébid a un de ses poèmes comptés parmi les 
Mo'allaqàt. Il appartenait à une famille considérée des 
Benî-Dja'far; son père Rébi'a avait mérité, par sa géné- 
rosité, le surnom de Rébi'a des indigents ; né vers l'an 560, 
il vécut très âgé, jusqu'au commencement du khalifat de 
Mo'âwiya, vers 661 ; la légende prétend qu'il vécut cent 
quarante-cinq ans. Il entendit la prédication de la Mecque, 
mais n'en fut nullement touché; lorsque Mahomet se fut 
retiré à Médine, 'Amir, oncle de Lébid, qui devait à ses 
prouesses le sobriquet de Jouteur des lances, tomba 
malade et envoya son neveu con sulter le Prophète sur son 
cas; c'est alors que Lébid entendit réciter le Koran, et 
cette récitation, faite avec l'aspect sérieux et sombre des 
gens convaincus, fit la plus profonde impression sur son 
esprit. On cite même le passage qui entraîna son adhé- 
sion définitive à la nouvelle religion : 

i( Ce sont eux qui ont acheté l'erreur avec la monnaie 
de la vérité, mais leur marché ne leur a point profité: ils 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LR KORAN 



ne sont plus dirigés dans la droite voie. lia ressemblent 
à celui qui a allumé du feu ; lorsque le feu a jeté sa clarté 
sur les objets d'alentour et que Dieu l'a enlevée soudain, 
laissant les hommes dans les ténèbres, ils ne sauraient 
voir. Sourds, muets, aveugles, ils ne peuvent plus 
revenir sur leurs pas. Ils ressemblent à ceux qui, lors- 
qu'un nuage gros de ténèbres, de tonnerre et d'éclairs, 
fond du haut des cieux, saisis par la frayeur de la mort, 
se bouchent les oreilles de leurs doigts, à cause du fracas 
du tonnerre, pendant que le Seigneur enveloppe de tous 
côtés les infidèles. Peu s'en faut que la foudre ne les 
prive de la vue; lorsque l'éclair brille, ils marchent à sa 
clarté; et lorsqu'il verse l'obscurité sur eux, ils s'arrêtent. 
Si Dieu voulait, il leur ôterait la vue et l'ouïe, car il est 
tout-puissant. hommes I adorez votre Seigneur, celui 
qui vous a créés, vous et ceux qui vous ont précédés; 
peut-être le craindrez- vous. » 

* Après la mort de son oncle il accompagna a Médine 
une députation de sa tribu et se convertit alors publique- 
ment; devenu musulman, il n'attacha plus aucun prix à 
ses poésies, et n'en parla plus que malgré lui. Ce qu'il 
admirait le plus dans le nouvel ordre de choses, c'est l'or- 
ganisation de la société qu'il voyait succéder à la vie de 
misère, de luttes et de rapines qui avait été jusque-là le lot 
des Arabes de la tente ; il trouvait admirable qu'il y eût 
a une force publique établie pour protéger les hommes les 
uns contre les autres, des maisons de secours d'où un em- 
ployé sortaiit avec des besaces, distribue la subsistance à 
ceux qui ont besoin, enfin un trésor public où chacun 
reçoit le salaire auquel il a droit ». Cela en dit long sur 
l'état de la péninsule avant le Prophète. 

Lébid avait un frère, Arbed, qui fut frappé de la 
foudre au retour d'un voyage ' à Médine, où il avait 

L,, ;....,C00g[c 



U LITT&BATnilB ARABE 

cherché, dît-on, à surprendre le Prophète et à le tuer; 
cette mort subite fut attribuée à la vengeance céleste. 
Le poète pleura longtemps son frère; il a composé sur 
lui de tristes élégies où il chante le néant de la vie : 
« L'homme n'est qu'une flamme légère : après s'être 
élevée en l'air, elle se convertit bientôt en cendres. » Il 
prescrivit à ses deux filles, avant de mourir, un deuil 
d'un an : « Gardez-vous de vous déchirer le visage ou 
de raser votre chevelure ; dites plutôt : Notre père était 
un homme qui jamais n'a abandonné son allié, ni trahi 
la confiance de son ami. Répétez ces paroles jusqu'à ce 
qu'un an soit révolu, puis allez en paix, car celui qui a 
pleuré un an entier, a satisfait a son devoir et ne mérite 
aucun reproche. » 

Mais à Hassan ben Thabit était réservée la gloire d'être 
le panégyriste du Prophète et de chanter ses succès. Il 
était né à Médine, avait dans sa jeunesse visité Hira et 
Damas, puis il s'attacha à Mahomet comme poète de 
cour, chargé de répondre à ceux que les députations des 
tribus, qui venaient se soumettre, amenaient avec eux. 
A côté des grands modèles du paganisme, Hassan est 
bien pâle et son style bien simple; mais le sujet qu'il a 
traité lui a assuré, chez les musulmans, une renommée 
immortelle. Ka'b bbh Zobéïb, le fils de l'auteur de la 
Mo'allaqa, avait commencé par se moquer du nouveau 
prophète; la conversion de la tribu de Mouzéîna, à 
laquelle il appartenait, celle même de son frère Boudjéïr 
ne firent qu'exciter sa verve railleuse. Cela déplut à 
Mahomet, et cela pouvait devenir dangereux, à cause du 
pouvoir de la poésie sur l'esprit des Bédouins; il le con- 
damna à mort. Il fut difficile au poète d'échapper à l'exé- 
cution de ce terrible jugement; il y parvint néanmoins 
habilement. Les louanges qu'il adressa au triomphateur 



:,q,t,=c.=ïGooglc; 



lui plurent tellement qu'il fit présent à Ka'b de son 
propre manteau (fourt^a), cadeau qui assura la renommée 
de l'auteur des vers et dont il le remercia par un poème, 
connu par ses deux premiers mots : « Bânat So'dd.... » 
qui a été lu et admiré dans tout l'Orient musulman. 

MoTÂHHiH ben Nowaïra s'est rendu célèbre par les 
élégies, pleines d'une émotion profonde, qu'il a consa- 
crées à pleurer la fin tragique de son frère Màlik. 
Celui-ci était le chef de la tribu de Yarbou', branche des 
Témim; il s'était converti à l'islamisme, et on avait 
fait de lu! un percepteur d'impàts. Après la mort du 
prophète, quand les Arabes cessèrent de sentir le poids 
de la main qui les avait réduits au silence, il fut un de 
ceux qui se soulevèrent contre le khalife Aboo-Bekr, son 
successeur, et tentèrent de se soustraire à une autorité 
qui leur semblait oppressive ; on sait que ce mouvement 
fiit promptement enrayé par les généraux du khalife; 
Màlik fut battu, se rendit à Khâlid et, quoique musulman, 
paya de sa vie sa rébellion. 

Abou-Mihdjan avait attendu, pour se convertir a l'is- 
lamisme, que la tribu de Thaqîf, à laquelle il appartenait, 
eût été convaincue, par la force des armes, de la mis- 
sion du Prophète; mais il conserva toujours, de ses 
erreurs païennes, un amour immodéré du vin, ce qui lui 
valut quelque temps de prison de la part des maîtres de 
la nouvelle religion, qui ne badinaient pas sur ce sujet; 
incorrigible, il fut enfin relégué par le khalife 'Omar sur 
les frontières de l'Abyssinie, oii il ne tarda pas à mourir. 
C'était un brave guerrier, comme il le montra dans la 
guerre de Perse, à la bataille de Qâdisiyya. Nous n'avons 
que par fragments ses poésies bachiques. 

Djarwal ben Aus avait été surnommé le Nabot, el- 
HoTAî**; il fut un des maîtres de la satire. Troubadour 



, .....,Coog[c 



H LITTÉRATDRB ABABB 

errant de tribu en tribu, se rattachant tantôt aux Benî- 
'Abs, tantôt à d'autres tribus, il gagnait sa vie au moyen 
des présents que lui faisaient les grands et les riches, 
en récompense de ses louanges ou par crainte de ses 
attaques mordantes. Son talent dans ce genre, en soule- 
vant les colères autour de lui, le firent considérer comme 
un homme dangereux que, dans un intérêt de sécurité 
publique et de paix générale, le khalife 'Omar fut obligé 
de mettre en prison. D'autres, comme Aboo-Dhodaïh, de 
la tribu des Hodhéïlîtes, s'étaient engagés dans l'armée 
conquérante; il accompagna 'Abdallah ben Sa'd dans le 
nord de l'Afrique, fut député par ce général au khalife 
'Othman pour lui annoncer la prise de Carthage. Il avait 
eu le malheur de se voir enlever par la peste, en Égjrpte, 
ses cinq fils, et il consacra une élégie à ce triste souvenir. 
Avec Abou'l-Asouad Dodali nous abandonnons le désert, 
car il était habitant des villes; c'était un notable de Bas- 
sora, qui est connu par le rôle politique qu'il joua auprès 
du khalife 'Ali, dont il était le partisan ; il figura à ses 
côtés pendant cette longue bataille de ÇilBn qui fut le 
prélude des malheurs des Alides. C'est à lui qu'on 
attribue l'invention de la grammaire arabe, et cela lui a 
valu quelque renommée qui a rejailli sur ses vers, d'ail- 
leurs assez médiocres. Les critiques considèrent comme 
supposées les poésies attribuées à Abou-Tàlib, oncle de 
Mahomet, et avec encore plus de certitude celles qui ont 
été mises sous le nom du khalife 'Ali, et dont les ten- 
dances chiites ont promptement démontré qu'elles avaient 
été composées, on ne sait à quelle époque, pour les 
besoins de la cause des Alides. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE IV 



LA DYNASTIE DES OHéïïADBS 



La révolte de Mo'âwiya, son succès et la disparition 
définitive du khalifat de Médine, en transportant au 
dehors des déserts de l'Arabie, sur un théâtre qui héri- 
tait d'une vieille civilisation gréco-syrienne, à Damas, la 
capitale du nouvel empire, enlevait la prédominance aux 
tribus nomades pour la donner aux citadins. Pour ce qui 
est de la littérature, on voit les poètes de cette seconde 
Ûoraison sacri&er encore, par une imitation maladroite, 
sur l'autel de la vieille ode des Bédouins, la qaçlda ; mais 
en même temps les poésies de circonstance, que tous 
les incidents imprévus de la vie politique du nouvel 
empire provoquaient, nous fournissent une ample mois- 
son. 'Omar bbn Abi-Rébi'a appartenait à la tribu de 
Qoréïch, celle d'où était sorti Mahomet, mais qui 
n'avait encore produit aucun poète. Son père était un 
négociant que le Prophète avait envoyé gouverner une 
province du sud de la péninsule, fonctions qu'il conserva 
jusqu'à la mort d"Omar et peut-être même sous le kha- 
life 'Othman; puis il revint dans son pays natal. C'est 
là que grandit le jeune poète; il ne quitta pas cette 



:,q,t,=cdbïGoogle 



LITTSnATURB ARABE 



ville jusqu'à sa mort, sauf quand il fut mené prisonnier 
a Damas, et ne prît pas part aux guerres que les musul- 
mans poursuivaient sur les frontières de leur empire 
agrandi. Riche et oisif, il eut l'occasion de célébrer les 
louanges de nombreuses dames, parmi lesquelles deux 
princesses de la famille régnante ; ses aventures amou- 
reuses le mirent en mauvaise vue auprès du khalife de 
Damas, 'Omar II, qui le fit enchaîner et conduire auprès 
de lui, en compagnie de son ami El-Ahvtraç ; celui-ci fut 
exilé à l'île de Dahlak dans la mer Rouge, et 'Omar bea 
Abi-Rébi'a dut jurer de renoncer à son art, serment 
qu'il lui fut probablement facile de tenir, car il était 
alors septuagénaire; il ne tarda pas d'ailleurs à mourir, 
vers l'an 719, peut-être dans un naufrage, quoique ce 
ne soit pas bien sûr. Ses poésies, mises en musique et 
popularisées par les chanteurs, parcoururent tout le 
monde arabe. 

A côté de lui 'Abdallah bbn Qais eb-Rooqattat se fit 
remarquer par la part qu'il prit aux prétentions d" Ab- 
dallah ben Zobéïr au khalifat; il accompagna le frère de 
celui-ci, Moç'ab, en Irak, dont il venait d'être nommé 
gouverneur, était avec lui à la malheureuse bataille oii 
tomba Moç'ab (690), se tint caché pendant un an et 
retourna à Médine. Le khalife 'Abd-el-Mélik lui par- 
donna, mais ne lui rendit pas la pension dont il jouissait. 
Médine compte encore comme poètes, à cette époque, 
Qaïs ben Dharih, frère de lait de Hoséïn, le malheureux 
tils d"Ali, martyr de Kerbéla, qui aimait une Lobna, et 
qui la rendit par ses chants tellement célèbre qu'on lui 
attribua plus tard toutes les poésies où figurait le nom 
de Lobna; on fit de même pour le fameux Medjnoun, le 
fou des Beni-'Amir, qui s'appelait en réalité Qaïs ben 
Molawwah, devenu fou d'amour pour la belle Léïla, et 



:,q,t,=c.=ïGoOgk' 



dont les aventures servirent de thèmes sur lesquels les 
poètes persans brodèrent le canevas de leurs poésies 
mystiques. Djémil ben 'Abdallah aimait Botaîna, comme 
Kothayyir aimait 'Azza la Bédouine ; celui-ci appartenait 
à la secte chiîte des Kéîsanîa, ce qui ne l'empêcha pas 
d'être bien reçu à Damas par 'Abd-el-Mélik. La même 
ville contenait alors dans ses murs un chanteur d'origine 
persane, nommé Jonas (Yoânous) et désigné sous le 
surnom de secrétaire (Kàtib) , qui avait appris la 
musique de Soraïdj ben Mohriz et d'El-Gharid. Le kha- 
life Wélid, fils de Yézid, le fit venir en Syrie lorsqu'il 
monta sur le trône en 742. Ce chanteur était aussi 
auteur, et il écrivit un Livre des chansons qui fut le 
premier modèle du fameux Kitdb el-aghdni d'Abou'I- 
Faradj el-Içfahâni. 

Les Oméyyades trouvèrent dans El-Akhtal le chantre 
de leurs exploita. C'était un chrétien de la tribu de Tagh- 
lib, originaire du Ncdjd, mais établie alors en Mésopo- 
tamie ; son nom était Ghiyâtb. Akhtal veut dire qui a les 
oreilles flasques et pendantes ; était-il affligé d'un 
défaut de ce genre? Si oui, ses adversaires n'auraient pas 
manqué de s'en moquer; or ils ne l'ont pas fait. D'autres 
disent qu'il faut prendre ce mot dans le sens de 
« bavard », qu'il a également. 

Encore tout jeune, il s'attaqua à la réputation de Ka'b 
ben Djoaïl, qui était de la même tribu que lui et le poète 
attitré de la nation : ils se firent une guerre d'épi- 
grammes. 11 perdit de bonne heure sa mère Léïla, et eut 
à souffrir les persécutions d'une marâtre qui l'employait 
à des soins pénibles et l'envoyait garder les chèvres; il 
se vengea d'elle en lui enlevant par ruse une outre 
pleine de tait et des fruits secs. La religion que profes- 
sait El-Akbtal était plutôt d'apparat purement extérieur; 



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U LITTÂRÀTORE ARÂBB 

il portait uae croix sur la poitrine, et il conserva ce signe 
jusque dans le palais des Oméyyades à Damas, quand la 
faveur de ces princes l'y appela. Il se soumettait parfois 
à des pénitences assez dures, comme celle que lui infligea 
le prêtre de sa tribu, qui le prit par la barbe et le rossa. 
Le kbalife 'Abd-el-Mélik, bien que peu religieux, essaya 
de le convertir à l'islamisme : « J'accepte si l'on m'ac- 
corde l'usage du vin et la dispense du jeune du Rama- 
dan », dit le poète : et il composa ces vers : « Jamais je 
n'irai crier comme un âne : Allons! a la prière! mais je 
continuerai à boire la bienfaisante liqueur et me proster- 
nerai au lever de l'aurore, u Ce dernier vers est intéres- 
sant, parce qu'il montre que la vieille coutume des chré- 
tiens primitifs, de s'assembler en se tournant vers le 
soleil levant, s'était encore conservée, au viii* siècle, chez 
les Arabes de la tribu de ïaghlib. 

Ka'b ben Djoaïl ne lui tint pas rancune de ses épi- 
grammes, car ce fut lui qui le recommanda à Yézid, fils 
de Mo'âwiya; celui-ci cherchait quelqu'un pour composer 
des diatribes, qui, répandues dans le désert et propagées 
par les chanteurs à travers les villes de la péninsule, pus- 
sent servir le but politique des Oméyyades et détourner 
l'affection publique du parti des Ançàrs, ces Médînois 
qui avaient été les premiers défenseurs du Prophète. La 
protection de Yézid le sauva des rancunes que soulevèrent 
ses injures violentes. 

Un sujet souvent traité à la cour des Oméyyades, ce 
fut la suprématie respective des trois poètes, Akhtal, 
Férazdaq et Djérir. Les princes s'amusaient it provoquer 
des appréciations chez leurs courtisans, et ceux-ci, qui 
craignaient la vengeance des deux poètes exclus s'ils 
donnaient la palme au troisième, se tiraient de la diffi- 
culté par des définitions générales : « Djérir puise dans 



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LA DTNASTIE DBS OHÉYYADBS 49 

DDe mer, disait l'un ; Férazdaq taille daos un roc ; quant 
à Akhtal, il excelle dans l'éloge et la poésie héroïque, n 
Plus tard, sous les Abbassides, quand les passions 
furent éteintes, les grammairiens finirent par préférer 
Akhtal, parce que sa poésie était plus correcte et plus 
soignée, et qu'il a su composer le plus grand nombre de 
pièces d'une certaine étendue, irréprochables d'un bout 
à l'autre, pour le fond et pour la forme. Les qualités 
qu'on admirait en lui étaient donc la longueur du souffle 
et la pureté de l'expression : on ne nous dit rien de la 
hauteur de l'inspiration. Mais un vers célèbre entre 
tous, et qu'Haroun er-Rachid aimait a se remémorer, 
nous prouve l'élévation des sentiments moraux exprimés 
par le poète ; c'est celui de l'ode adressée au khalife 
'Abd-el-Mélik, oii il parle des Oméyyades : « Terribles 
dans leur colère, tant qu'on leur résiste, ils sont les 
plus cléments des hommes après la victoire. » 

Pendant que la renommée d'Akhtal se répandait en 
Mésopotamie et en Syrie, celle des deux autres poètes 
Djérir etFérazdaq croissait dans l'Irak. 

Férazoaq était un musulman pieux et convaincu, plein 
de dévotion pour la famille du Prophète, et avec cela 
libertin, cynique, se faisant un jeu d'attaquer l'honneur 
des femmes, abusant de la terreur qu'inspirait sa muse 
ordurière, et néanmoins très poltron, plus timide qu'un 
moineau, vindicatif et haineux : tel était le triste carac- 
tère de ce grand poète. Il s'appelait Hammam et appar- 
tenait à la tribu de Témim; il naquit à Bassora vers 641. 
Le khalife 'AU lui conseilla d'apprendre le Koran plutôt 
que de s'occuper de poésies; le jeune homme se serait mis 
des chaînes aux pieds Jusqu'à ce qu'il ait su par cœur le 
texte sacré. Mais la mort de son père ranima bientôt ses 
sentiments poétiques. La haine des Beni-Nahchal lecon- 

LrrtdfuTDiii «luai. 4 

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BO LITTBtIATUtlB ARABE 

traignît à s'expatrier, il se reodit à Koufa et à Médine, 
où il fut bien traité par Sa'ïd ben el-'Aç. L'imprudence 
qu'il commît de se vanter, dans une pièce de vers, d'avoir 
franchi l'enceinte d'un harem au moyen d'une échelle de 
corde, souleva les colères des bons pharisiens de Médine ; 
il fut exilé par Merwàn et se serait établi à la Mecque si 
la mort de son ennemi Ziyad, gouverneur de l'Irak, ne 
lui avait permis de rentrer dans sa tribu. Ses aventures 
avec sa cousine Newûr qu'il épousa, qui voulut divorcer 
sans pouvoir trouver de témoin à produire devant le juge, 
parce qu'on craignait les satires du poète, qui se réfugia 
auprès d"Abdallah ben Zobéïr, le prétendant de Médine, 
et qui enfin obtint le consentement de son mari à la 
séparation, ont fait l'objet de poésies, non moins que ses 
luttes avec son adversaire Djérir. 

Il mourut d'une maladie de peau, gagnée pendant un 
voyage dans le désert, vers l'an 72S. Il était partisan 
déterminé des droits des Alides, et la pièce de vers par 
laquelle il célébrait Zéïn el-'Abidin, petit-fils d"Ali, lui 
valut d'être mis en prison; il avait alors soixante-dix 
ans. Mais son domaine propre est celui de la satire, et il 
faut convenir qu'il n'y connut aucune borne, pas plus 
celle de la décence que celle de l'honnêteté, sans compter 
qu'il pratiquait couramment et largement un défaut qu'on 
a reproché souvent aux Arabes, celui de piller sans ver- 
gogne les vers de leurs voisina; il était plagiaire, obli- 
geait ses concurrents à lui céder la propriété de vers qui 
lui plaisaient et qu'il mettait sous son nom. 

KoTiiAYYiR, né dans le Hedjaz, était célèbre par ses 
excentricités; c'était un partisan des Alides, qui profes- 
sait les opinions religieuses les plus extravagantes; ses 
prétentions ridicules l'avaient fait surnommer l'Anté- 
christ. Avec cela de petite taille, ce qui prétait à la 



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LA DYNASTIE DBS OMÉYYADBB 51 

moquerie. On disait — c'est même un mot d'Akhtal — 
que transplanté du Hedjaz en Syrie, i! s'y trouvait affamé 
et engourdi par le froid — relatif — de ce dernier pays. 
Mais Djérir, du Yémama, dans le sud du Nedjd, avait 
les faveurs de la foule. Djbrir était aussi de la tribu de 
Témim. Il vécut dans l'Irak, et eut l'occasion d'adresser 
ses louanges au terrible gouverneur qui par sa sévérité 
faisait trembler tout le monde, Ël-Had]djâdj. Mais la 
faveur des princes oméyyades ne s'étendit pas jusqu'à 
lui; 'Abdel-Mélik était prévenu contre lui par Akhtal; il 
lui fallut attendre qu"Omar II montât sur le trône pour 
se voir préférer à ses concurrents. Puissant lutteur, sa 
TÎe se passa aux joutes poétiques; le plus célèbre de ces 
combats est celui qu'il soutint contre Férazdaq, appuyé 
par Akhtal. 'Obaïd, qu'on appelait le a berger des cha- 
meaux », parce qu'il avait décrit eu beaux vers ces ani- 
maux, compagnons inséparables du nomade, avait pris le 
parti de Férazdaq; Djérîr ne put le lui pardonner et il le 
poursuivit de ses sarcasmes jusqu'à ce qu'il le chassât 
de Bassora et soulevât contre lui la colère de sa propre 
tribu. Djérir mourut en 728, la même année que 
Pérazdaq; il avait rejoint son pays natal, le Yémama, 
vers la fin de sa vie. 

A la même époque Ghaïlan ben 'Oqba, surnommé 
Dhod'r-Rohha, continuait la tradition des poètes du 
désert, mais d'une manière moins vivante : Férazdaq lui 
reprocha de trop se complaire, comme les anciens 
auteurs, à la description des campements abandonnés, de 
l'oiseau qatd et des chameaux; il avouait d'ailleurs lui- 
même que ses comparaisons pouvaient s'étendreà l'infini. 
Néanmoins ses poésies firent longtemps l'admiration des 
philologues, peut-être surtout à cause des mots rares 
qu'elles contenaient. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



SI LITTÉRATDRE ABABB 

A côté de ces poètes qui coatinuaieiit la tradition clas- 
sique des longs récits rythmés, nous voyons le plus 
simple des mètres prosodiques, le radjaz, prendre tout 
à coup une importance considérable et se hausser à la 
hauteur de ses frères dans l'admiration des foules. 
Méprisé pendant le paganisme, considéré comme une 
sorte de prose cadencée bonne tout au plus pour l'im- 
provisation, le radjaz, assoupli el transformé déjà par 
EUAghlab ben 'Omar ben 'Obaïda, tombé en vaillant 
guerrier a la bataille de Néhawend (641), prend son déve- 
loppement avec Abou-Nedjm el-Fadl ben Qodùma el- 
'Idjli, l'ami du khalife Hicham, El-'Adjdjâdj et son fils 
Rou'ba. 

Les élégies funèbres d'une femme, Léila bl-Akhy alita, 
sont célèbres, surtout celles qu'elle consacra à Tauba 
ben el-IIomayyir, qui l'aimait et eut la douleur de la voir 
mariée par son père à un étranger, un vilain jaloux qui 
la battait. On raconte qu'une nuit, lassée de se voir vic- 
time, elle appela un hôte inconnu qui était descendu au 
coucher du soleil dans la tribu; que celui-ci vint dans 
l'obscurité, sans être reconnu, appliqua trois ou quatre 
coups de gourdin sur les épaules du mari, et que ta poé- 
tesse l'empêcha d'intervenir davantage dans cette que- 
relle de ménage. Il partit sans être reconnu et on ne le 
revit plus. Elle sauva son ami de bien des embûches que 
lui tendirent les jaloux : il lui fut fidèle jusqu'à sa mort, 
qui survint dans une lutte entre tribus (704). La célébrité 
que lui valurent ces poésies touchantes l'encouragea a 
continuer de composer; elle visita la cour des princes, 
elle alla voir le khalife 'Abdcl-Mélik et le gouverneur de 
l'Irak, El-Hadjdjâdj, auquel elle adressa des compliments 
généreusement récompensés. C'est en se rendant auprès 
de son cousin Qotaïba ben Moslim, le général musulman 



LA DTNASTIB DBS OHBÎTADBS B3 

qui gouveroait la province du Khoraaan, qu'elle mourut 
pendant le voyage (707). D'entre les poétesses, El-Khansâ 
seule peut lui être considérée comme supérieure. Elle 
était de haute taille avec de grands yeux noirs. Elle fit 
une guerre d'épîgrammes ii Nâbigha el-Dja'di, qui le lui 
rendit bien, au sujet des attaques d'un certain Sawâr ben 
Aufa, qu'on appelait Ibn el-Hayâ, du nom de sa mère, et 
qui avait médit en beaux vers de la tribu d'Azd ; Nâbigha 
lai avait répondu, et tout cela se passait à Ispahan. Les 
vers circulèrent dans le désert et les tribus attaquées 
parlèrent de se plaindre au gouverneur de Médine ou 
même au khalife. 

Parmi les poètes du désert qui étaient chrétiens il faut 
conapter 'Abdallah ben el-Moukbâriq, qu'on appelait le 
Nâbigha des Béni-Chaïbâu, qui jurait par l'Évangile, par 
les moines et par les serments habituels aux chrétiens. 
Il quittait volontiers les steppes syriennes pour venir à 
Damas réciter aux khalifes ses panégyriques largement 
rétribués; 'Abdel-Mélik ben Merwàn et Wélid furent ses 
protecteurs; Hicham, au contraire, ne pouvait pas le 
sentir et le tint éloigné. On chanta longtemps le poème 
qui débute ainsi : « Mes yeux ont versé des larmes — à 
la vue des traces laissées à Hafîr — qui s'effacent dans 
la solitude — tristes comme les versets des Psaumes. » 
'Omaïr ben Choyaïm, de la tribu de Taghiib, neveu d'El- 
Akhtal, était aussi chrétien, mais il devint musulman plus 
tard. On l'appelait El-Qotàmi, l'Ëpervier, à cause d'une 
comparaison qu'il avait rendue célèbre, et aussi Çarî'-al- 
Ghawuni, la Victime des belles, expression dont il est 
l'inventeur et que plus tard Moslim rendit fameuse. li 
mourut en 728. 

A c6té de ces poètes il faut mettre encore A'cha 
Hahdan, lecteur du Koran et jurisconsulte de Koufa, qui 



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U LITTERÂTORB ÂR&BE 

délaissa les études du droit pour dire des vers, alla com- 
battre les païens du Déïlem dans les montagnes au sud- 
ouest de la Caspienne, tomba entre leurs mains comme 
prisonnier de guerre, fut délivré par l'amour d'une jeune 
Déïlémite, prit parti pour le rebelle 'Abder-Rahman ben 
el-Ach'ath, qui avait osé proclamer la déchéance d"Abdel- 
Mélik et qu'on disait être le Qahtanide dont les musul- 
mans attendaient la venue, signe précurseur du juge- 
ment dernier, mais qui fut vaincu par El-Hadjdjâdj (702); 
le poète suivit le triste sort de son maître ; confondu dans 
la foule des prisonniers, il fut mis à mort par le redoutable 
gouverneur de l'Irak qui ne pouvait lui pardonner les 
vers où il l'avait imprudemment attaqué. Abmed en- 
Naçibi, avec lequel il avait contracté des liens de confra- 
ternité, à la façon des Arabes du désert, était un musi- 
cien qui chantait les vers de son ami. 

El-Hadjdjàdj avait une sœur, Zéïneb, qui fut aimée de 
Nomaïri, poète erotique de Taïf ; mais le gouverneur jugea 
que les louanges du littérateur compromettaient sa 
famille; le poète dut s'enfuir auprès du khalife de 
Damas. Zéïneb, qui avait été envoyée dans cette ville lors 
de la révolte d'EI-Acli'ath, y mourut d'un accident, étant 
tombée de sa mule. Nomaïri se consola en chantant des 
élégies sur sa tombe. 

La conquête musulmane avait donné un vaste empire 
à la langue arabe, et déjà des essais littéraires se pro- 
duisent dans lesquels se font connaître des hommes pour 
qui l'arabe n'était pas la langue de leur race. Il est 
impossible de ne pas reconnaître un Persan d'origine, 
quand ce ne seraitqii'à raison de son surnom d'El-A'djam, 
dans ZiYAD bbn SoLi'iiuAK, qui se rattachait comme client 
à une tribu arabe (par client il faut entendre esclave 
affranchi ou individu ayant recherché volontairement un 



LA DYNASTIE DES OUETYADES 



patronage qui le relevait de la condition singulièrement 
abaissée, à cette époque, de vaincu, même devenu musul- 
man de religion], qui habitait à Persépolis, était, suivant 
quelques personnes, né à Ispahan et mourut dans le 
Khorasan en 689. Son éloge funèbre de Mohalleb ben 
Abi-Sofra emporta tous les suffrages ; « Dis aux cara- 
vanes que la bravoure et la générosité ont été enterrées 
â Merv de la façon la plus claire, u Son talent poétique 
surmontait une difficulté d'élocution qui le gênait, et on 
lui reprochait une prononciation patoise; il n'articulait 
pas la lettre 'Ain, ce pbonème caractéristique de la 
langue arabe, qui est le grognement du chameau qu'on 
charge, et prononçait mal le cad ou s emphatique j il 
ignorait l'A du gosier. 

Voici un autre Persan devenu poète arabe, Isma'ïl ben 
Yasàr, client d'une tribu arabe et partisan des Zobéïrides. 
Ayant accompagné 'Orwa, fils de Zobéïr, dans son voyage 
auprès du khalife Wélid, il composa une élégie sur le 
fils de son protecteur tombé d'un toit au milieu d'un 
troupeau de chevaux qui le déchirèrent de leurs ruades. 
Plus tard il rendit encore visite à Wélid, quand celut-cî 
était à la Roçàfa de Syrie, construite par Hicham à l'oc- 
cident de Raqqa. C'est là que du temps de ce prince, au 
lieu de chanter ses louanges, il se mit ii célébrer les 
Persans. Le khalife entra dans une violente colère et 
le fit jeter dans une pièce d'eau, d'où on le retira à 
moitié asphyxié pour l'exiler dans le Hedjaz. 11 avait 
deux frères, Mohammed et Ibrahim, tous deux poètes 
également, et qui sortaient des esclaves enlevés dans la 
province du Fars. Isma'ïl est le premier exemple de ces 
Cho'oâbiyya, fanatiques de leur race, qui, malgré leur 
éducation arabe, prononçaient hautement qu'ils étaient 
d'une autre origine que leurs grossiers vainqueurs. 



SS LITTERATURE ARABE 

Entre autres poètes étrangers à la race arabe, que 
l'ascendant de la conquête et de la poésie du désert 
avait convertis à la langue du Koran, il ne faut pas 
omettre Abou-Alà Aflah ben Yasâr. Son père était un 
Indien des bords du Sind; les hasards de l'existence 
firent naître l'enfant à Koufa, mais il parla toujours mal 
l'arabe, observation déjà faite à propos des Persans qui 
avaient adopté la langue triomphante. Panégyriste des 
Oméyyades, il eut à diriger contre les Abbassides les 
traits de ses satires; il vécut assez pour voir ceux-ci, 
vainqueurs, grâce à l'appui des Chiites de Perse, fonder 
Bagdad sur les bords du Tigre, car il ne mourut que sous 
le khalifat de Mançour, en 774. Sa prononciation était 
tellement défectueuse qu'il fut obligé de faire réciter les 
poésies qu'il composait par un esclave barbarin qu'il 
possédait et qui était doué d'un bel organe. Les panégy- 
riques qu'il adressa à Mançour ne plurent pas au khalife, 
qui ne pouvait oublier qu'il avait pleuré en vers la mort 
de Naçr ben Sayyàr, l'adversaire d'Abou-Moslim. Aussi, 
rejeté par l'Abbasside, le poète se vengea par ses satires; 
il se moqua de l'arrêté qui prescrivait au peuple de 
porter des vêtements noirs, couleur des Abbassides, 

Le khalife Wélid était poète, compositeur de musique 
et chanteur. Avec sa nature d'artiste, il se livra de bonne 
heure aux plus grands excès; il buvait du vin pendant 
son pèlerinage à la Mecque. Abandonné par l'affection 
du peuple, il fut tué par les Yéménites en 742, un an 
après la mort de son oncle Hicham. Comme auteur de 
chansons bachiques, il avait pris pour modèle 'Adi-ben- 
Zéïd et il eut pour successeur, dans ce genre, le grand 
poète Abou-Nowâs. Bel esprit et pourvu de toutes les 
qualités extérieures, maïs débauché et ébonté, ce kbalife 
devait déplaire aux musulmans; aussi l'accusa-t-on de 



DBS OHBTTÂDES 



pactiser avec la religion des Persans et d'y croire en 
secret. II a composé de nombreux airs ; il savait jouer du 
luth, marquer le rythme sur les timbales, marcher cq 
cadence au son du tambour de basque; il s'en cachait, il 
est vrai, et interdisait à ses compagnons d'en parler. A 
la Mecque il n'eut rien de plus pressé que de mander le 
meilleur chanteur de la localité, un certain Yahya, qu'on 
appelait l'Éléphant (Fil), et de prendre leçon de lui. 
Yahya, enthousiasmé, demanda au khalife d'être compris 
dans sa suite, pour pouvoir profiter des leçons d'un 
artiste renommé qu'il reconnaissait comme maître. 

El-Koméit connaissait les divers dialectes de l'Arabie, 
il savait l'histoire de ses guerres; partisan fanatique 
des tribus de la race de Modar, il célébra leurs exploits 
en raillant les tribus du sud. Il s'était attaché à la famille 
de Hàchem, aux descendants du Prophète, et ses plus 
beaux panégyriques lui sont adressés. Son amitié avec le 
poète Tirimmâh est restée proverbiale, et ce phénomène 
était d'autant plus curieux qu'ils étaient d'opinions dia- 
métralement opposées, Koméït étant chlïte et tenant 
pour les gens de Koufa, tandis que Tirimmâh était kha- 
rédjîte et tenait pour ceux de Damas, ville dont il était 
originaire. On leur demanda : « Étant différents en tout, 
comment pouvez-vous vous entendre ? — Nous avons de 
commun la haine du vulgaire, » répondit Koméït. Odi 
profanum vulgus et arceo : tout poète est un aristocrate. 
Ses attaques contre la dynastie régnante lui valurent 
d'être arrêté et emprisonné par l'ordre d'HicIiam, qui 
voulait lui faire couper la langue et la main; il fut sauvé 
par le dévouement de sa femme, qui lui prêta ses vête- 
ments pour s'enfuir de la geôle. Masiama, fils du khalife, 
obtint ensuite son pardon en l'honneur de l'éloge funèbre 
que le poète avait fait de Mo'àwîya, son grand-père. 



U LITTERATURE ARABE 

éloge que l'on dît avoir été réellement improvisé. Il 
mourutde mort violente en 743; il fut tué par les troupes 
de Khâlîd lors d'un soulèvement. 

C'est à cette époque que florissait un homme remar- 
quable, Hamhad ben-Sabour, surnommé Er-Rawiya ou le 
Citateur, parce que sa mémoire extraordinaire avait con- 
servé des milliers de vers arabes anciens et des poèmes 
entiers. C'est a lui que l'on doit la cooservalion d'une 
grande partie des poèmes antéislamiques; c'est à lui 
qu'on est redevable de la réunion en un livre des sept 
Mo'allaqas. C'était un Iranien; son père Sabour (Sapor), 
fait prisonnier dans les guerres, appartenait à cette 
redoutable race des Déîlémites qui, bravant les Arabes, 
se maintenait indépendante dans les montagnes inacces- 
sibles du Guilan et qui plus tard, sous le nom de Bouïdes, 
devait s'emparer de Bagdad et réduire le khalifat à une 
souveraineté purement spirituelle. C'est également à 
Koufa que naquit ce commentateur, cet érudit des pre- 
miers temps, qui trahissait son origine étrangère par ses 
fautes de langage. La faveur que lui avait réservée Yézid 
lui avait attiré le mécontentement de Hicham; à l'avène- 
ment de celui-ci, il dut se tenir caché un an dans sa 
maison, n'en sortant que secrètement pour voir des 
amis auxquels il pouvait se fier; mais le nouveau khalife 
ne tarda pas à l'appeler à Damas. On donne comme la date 
de sa mort 771 ou 774. Son érudition s'étendait à l'histoire 
légendaire des Arabes antéislamiques, à leurs poésies, à 
leurs généalogies, à leurs dialectes. Il savait distinguer le 
style ancien du style moderne; il se vantait de pouvoir 
réciter cent odes longues, du temps du paganisme, 
rimant sur chaque lettre de l'alphabet. C'était une ency- 
clopédie vivante. Il avait commencé par être un mauvais 
sujet et un voleur; des vers qu'il trouva sur un homme 



„ ;....,C00g[c 



I^ DYNASTIE DBS OMETTADES 



qu'il dépouilla au milieu de la nuit éveillèrent sa vocation. 
I) composa lui-même des poésies; EI-Mofaddal ed-Dabb{ 
l'accusait de mêler ses imitations aux vers des ancieus 
poètes, de façon à ce qu'on ne pouvait plus les distinguer, 
et l'on prétend même que, pressé par le khalife El-Mehdi, 
Hammâd aurait avoué ses supercheries. 

C'est sous le règne des Oméyyades que l'on voit 
poindre l'histoire. L'on dit que Ziyàd, frère de Mo'àwiya 
et son lieutenant, avait écrit un livre sur les prétentions 
des familles arabes, destiné à servir d'arme entre les 
mains de ses descendants contre ceux qui attaqueraient 
sa propre origine (il était fils d'Abou-Sofyân, père de 
Mo'àwiya, et d'une esclave), mais ce n'est pas sûr, bien 
que l'attribution ait pour elle l'autorité du Fihrist. 'Abîd 
ben-Chariya était un Arabe du sud ; appelé de Sanaa à 
Damas par Mo'àwiya, il lui racontait les histoires des 
rois du Yémen et les légendes bibliques, ainsi que Wahb 
ben Monabbib, juif d'origine, converti à l'islamisme, ou 
peut être sabien.ou chrétien de saint Jean-Baptiste. 
Son surnom d'Abnâwi indiquait qu'il descendait de cette 
colonie perse laissée dans l'Arabie du Sud par les 
troupes envoyées par Chosroès I" AnouchirwâQ contre les 
Abyssins. \\ a joué un grand r61e dans l'élaboration de 
la jurisprudence et de la théologie musulmane, qui, 
après le Koran, reposent sur les kadith ou traditions du 
Prophète; Wahb est un des plus anciens et des plus 
populaires traditionnistes. Né à Dhimàr, près de Sanaa, 
il mourut nonagénaire en 728. Abou Mikfanaf Loùt ben 
Yahya écrivit trente -trois traités sur des personnes et 
des événements différents; ils sont consacrés surtout à 
l'histoire de la conquête de l'Irak, pour laquelle il fut, 
dans les premiers temps, l'auteur incontesté; il mourut 
en 774. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



littbbathiib arabe 



Mohammed ben Moslim ez-Zohri, qu'on appelait Iba- 
Chihùb, du nom d'un de ses ancêtres, est un de ces savants 
qui se plongèrent dans l'étude des traditions du Prophète. 
Il était de Médine, mais n'appartenait pas à ce parti 
irréconciliable qui considérait comme des usurpateurs 
les Oméyyades établis à Damas. 11 se rendit en Syrie, fut 
choisi par le khalife Hicham comme précepteur de ses 
enfants et entra dans la magistrature sous Yézid II. Ses 
attaches avec la dynastie des Oméyyades peuvent faire 
suspecter les tendances dans lesquelles il dirigea sans 
doute inconsciemment ses études théologiques. Le kha- 
life 'Omar II recommanda par lettre aux diverses pro- 
vinces de l'empire de prendre l'avis d'Ez-Zohrî sur les 
ditBcultés juridiques qui se présenteraient, «car on ne 
trouvera personne , dit-il, connaissant mieux les usages 
des temps passés n. Quand il restait à la maison, il se 
plongeait tellement dans la lecture des livres qui l'en- 
touraient que le monde n'existait plus pour lui, à tel point 
que sa femme s'écria un jour : « Ces livres m'ennuient 
plus que les trois autres femmes que la loi lui permet 
d'avoir, bien qu'il n'en ait qu'une! » 11 mourut à soixante- 
treize ans en 742, dans sa ferme d'Adama, en Arabie, 
entre le Hedjaz et la Syrie. 

La conquête de la Syrie et le choix de Damas comme 
capitale du khalifat avaient mis les musulmans en relations 
intimes avec les chrétiens. Saint Jean Damascène, dont le 
père était reçu à la cour d"Abdel-Mélik, écrivit une 
défense de la religion chrétienne contre les dogmatistes 
musulmans. En Irak c'était le grand théologien Hasan 
Baçri, mort en 728, qui régnait sans conteste sur l'ensei- 
gnement de la doctrine ; il parlait l'arabe avec une 
pureté et une élégance qui sont restées célèbres; il était 
aussi très beau de visage, mais un accident le fit tomber 



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U DYNASTIE DBS OHETYADSS 61 

de sa monture, lui écrasa le nez et le défigura. Son 
père habitait la Méeène et fut fait prisonnier et esclave 
lors de la conquête de cette province par Khàlid en 633. 
Son élève Wâçtl ben 'Ata se sépara de lui et fonda l'école 
des Mo'tazélites, sorte de rationalistes. Il grasseyait, et 
comme il ne put jamais surmonter ce défaut, il s'astrei- 
gnait en parlant à éviter l'emploi de mots oii figurait 
la lettre r;U avait un long cou, et l'on se moquait un peu 
de lui à ce propos; il mourut en 748. Mais les ouvrages 
théologiques de ces époques lointaines ne nous sont pas 
parvenus. On commença à s'occuper de rassembler des 
proverbes arabes; le prince Khàlid, fils de Yézid, s'occu- 
pait d'alchimie, science que lui avait enseignée un cer- 
tain moine Marianus; il écrivît trois traités, dont le pre- 
mier traite de son professeur et de l'enseignement qu'il 
lui donna. 



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CHAPITRE V 



LES ABBASSIDES 



La bataille du grand Zâb fut uoe revanche de la Perse 
contre i'Arabie victorieuse, revanche bien incomplète, 
car un peu plus d'un siècle s'était écoulé, et la Perse 
avait reçu de ses vainqueurs deux empreintes indélé- 
biles : la religion et la langue. L'Avesta, code religieux 
de la dynastie des Sassanides, renouvellement du vieux 
culte d'Ahoura-Mazda, avait disparu et n'était plus con- 
servé que dans un petit nombre de pyrées que laissait 
subsister la tolérance du vainqueur; la langue persane 
n'était plus qu'une langue parlée, elle avait perdu tout 
caractère d'une langue littéraire; les Persans n'écrivaient 
plus qu'en arabe, et l'impression de la langue sémitique 
fut si forte qu'elle s'est maintenue jusqu'à nos jours. 
Mais la Perse possédait une autre force, intangible celle- 
là, c'est son esprit aryen, l'esprit imaginatif, créateur 
et puissant de la grande famîUe indo-européenne, l'es- 
prit artiste, philosophique et penseur qui, à partir de ce 
moment, influe puissamment sur la littérature arabe, va 
lui permettre de se développer sur toute la surface de 



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LBS ADBASaiDBS 63 

l'empire des khalifes, et de produire cette masse éaorme 
d'ouvrages dont une grande partie a certes disparu dans 
les destructions de la conquête mongole, mais dont on a 
conservé les principaux monuments, et dont l'influence 
sur l'Europe au moyen âge a été beaucoup plus considé- 
rable qu'on ne l'imagine. 

En créant Bagdad sur la rive droite du Tigre, les 
Abbassides semblaient chercher dans ce site un com- 
promis entre les Arabes, créateurs de l'empire des kha- 
lifes, et les Persans, auteurs de larévolution qui amenait 
les fils d'Abbas sur le trône. A droite du Tîgre, c'est la 
Mésopotamie, sémitique de temps immémorial, et par- 
courue, depuis la chute des anciens empires, par des 
Arabes nomades. A gauche, c'est déjà le territoire iranien. 
Le nom de la ville lui-même est persan et signifie donné 
par Dieu. Aujourd'hui que la Bagdad des khalifes est 
entièrement ruinée et qu'il n'en reste qu'un petit nombre 
de monuments, la Bagdad moderne, située, comme on 
«ait, sur la rive gauche du Tigre, renferme encore un 
nombre considérable de Persans. 

Au VIII* siècle, l'influence persane, dès le début, se 
fait si vivement sentir au point de vue politique que Man- 
çour n'hésite pas à se défaire du général Abou-Moslim, 
qui avait renversé la dynastie oméyyade , par l'as- 
sassinat, comme le fera plus tard Haroun er-Rachid à 
l'égard de la famille persane des Barmékides, qui lui 
avait donné de trop puissants ministres. Dans la littéra- 
ture cette influence est immense; elle pénètre tout, la 
poésie, la théologie, le droit; c'est que les Arabes n'écri- 
vent plus, et que tout, l'administration, les charges de 
cour, la justice, appartiennent à des non-Arabes, et que 
la littérature est écrite par des non-Arabes. A partir de 
ce moment, l'arabe est la langue, l'unique langue de 



M LITTKRATOIIE ARABE 

l'immeose empire des khalifes ; mais elle est parlée et 
écrite par des gens qui ne sont pas d'origine arabe, mais 
seulemeot de culture : tous, Persans, Syriens, Berbères 
du Maghreb, sont foodus, amalgamés dans ce puissant 
creuset. De ce mélange, les plus intellectuels s'affran- 
chiront plus tard; la langue persane, qui ne dépouillera 
plus jamais le manteau dont l'a couverte la domination 
des Sémites, redeviendra langue littéraire et aura la gloire 
de susciter autour d'elle d'autres littératures, ses filles, 
telles que la turque-ottomane et l'hindoustanie; mais 
en Occident l'arabe ne sera chassé d'Espagne qu'en même 
temps que les Maures, et le Maghreb conservera à tout 
jamais la langue de ses vainqueurs, devenue son idiome 
national. 

La poésie change de caractère. La longue qacida du 
désert, donnée comme modèle aux élèves par les théori- 
ciens, ne fournit plus d'oeuvres originales; elle est vouée 
à l'imitation servile, donc à la platitude; mais une poésie 
toute nouvelle naît sur les bords du Tigre, où l'éclat de 
la splendeur de l'empire attire les esprits d'élite. 



Mouti' ben Ayas. 



MouTi' BEN Atas était d'une famille de Palestine : son 
père avait accompagné El-Hadjdjàdj lorsque ce général 
alla réduire dans la Mecque même le prétendant 'Abdallah 
ben Zobéïr, et lorsqu'il défit cet autre prétendant, qui, 
sorti des lointaines contrées de l'Arachosie, faillit ren- 
verser le khaltfat, Ibn el-Ach'ath. Quant à lui, né et 
élevé à Koufa, il s'était attaché d'abord au khalife Wélîd 
ben Yczid ; mais, après la chute des Oméyyades, il s'adressa 



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LES ABBABSIDES «S 

à Dja'far, fils du khalife Maoçour, qui le garda à son ser- 
vice oii il resta jusqu'à sa mort : ce qui d'ailleurs déplai- 
sait fort il soD père le khalife. Ses poésies se distinguent 
par l'élégaace de l'expression et la profondeur du senti- 
ment : sa description des deux palmiers de Holwân suffit 
à le rendre célèbre. D'une indifféreuce apparente en 
matière religieuse, il parait avoir dissimulé des croyances 
hérétiques. On l'accusait de n'être pas au fond un vrai 
musulman; il se défendait d'être Zindiq (manichéen), 
mais on le surprit récitant des vers suspects. On fuyait 
sa compagnie, qui était celle d'un débauché. Ses vers 
étaient fort libres; il dit un jour à une femme qu'elle 
n'était pas moins digne que le khalife El-Mehdi de monter 
dans la chaire du prédicateur, ce qui fit beaucoup rire 
le souverain. 

Abott-Doiama. 

Comme farceur et fou de cour il faut citer le nègre 
abyssin Abou-Dolàma Zend ben el-Djaun, qui avait fait 
la guerre contre les Oméyyades et était admis aux 
séances des khalifes Mançour et Mehdi; mauvais musul- 
man, mendiant effronté, mais spirituel. II était le favori 
de Mançour, à qui il avait sans doute rendu un grand 
service en le louant, dans un panégyrique, d'avoir mis à 
mort Abou-Moslim, car le peuple avait peine à comprendre 
pourquoi les Abbassîdes récompensaient d'une façon 
aussi ingrate le grand général qui les avait fait monter 
sur le trône. 11 se moqua du khalife qui avait ordonné à 
ses sujets de se vêtir de noir, couleur des Abbassides , 
et pair une saillie spirituelle il obtint, seul de tout le 
peuple, d'en être dispensé. Lorsque Mousa ben Daoud fit 
le pèRerinage de la Mecque, il promit au bouffon dix mille 



LITTERATURE J 



drachmes s'il voulait l'accompagoer ; celui-ci empocha 
i'argent et disparut dans des villages où il allait boire du 
vin. Craignant de manquer l'époque du pèlerinage, 
Mousa se mit en route et rencontra l'ivrogne sur sa 
route; il le fit lier et jeter dans un palanquin; mais ses 
impudentes répliques obligèrent Mousa à se débarrasser 
de lui et à le laisser achever de dépenser la somme qu'il 
lui avait donnée. Il mourut en 778. Pour payer une 
somme d'argent a un médecin qui avait guéri son fils, il 
lui conseilla de citer devant le juge un riche juif, s'ofTrant 
comme faux témoin pour prouver le dire du médecin; le 
juge, qui savait à quoi s'en tenir sur la réalité de la 
réclamation, mais qui craignait la méchante langue 
d'Abou Dolama, préféra payer de sa poche la somme 
demandée. C'est ainsi qu'il se fit soigner pour rien. Un 
jour qu'il avait fait allusion, dans ses vers, h une pré- 
tendue parenté existant entre lui et le khalife, El-Mchdi, 
fort en colère, lui demanda où remontait cette parenté : 
« A Adam et Eve, » répondit le bouffon ; et cette saillie 
fit rire le khalife. On disait de lui qu'il ferait rire le diable. 
El-Mehdi le miten demeure, sous peine de mort, un jour 
qu'il était en nombreuse compagnie, de satiriser tous les 
assistants; dans ce péril extrême, Abou-Dolama se sauva 
par son esprit; il s'attaqua lui-même, s'appela « face de 
singe coilTéc d'un turban », « précurseur du Jugement 
dernier », et autres aménités, ce qui amusa beaiicoup 
l'assistance. A la chasse, le khalife atteignit une gt zelle 
d'un coup de flèche, tandis que son compagnon 'Ali ben- 
Soléïmau ne réussissait qu'à frapper un des chiens ctela 
meute, qu'il tua ; Abou Dolama résuma l'aventure de 'aafta 
plaisante : « Le khalife tue une gazelle et 'Ali un cjlùtn; 
bravo! chacun mangera la provision qu'il s'est faHie. > 
Et El-Mehdi de rire au point de chanceler sur sa P^lle. 



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Bachchar ben Bourd. 

Bachchar BEN BouRD était un Persan de race, peut- 
être même desceadait-il d'une souche royale, comme 
il le prétendait. C'est aux environs de Bassora qu'il 
naquît, où son père avait été amené comme esclave; son 
grand-père avait été fait prisonnier de guerre dans 
le Tokharistan, au fond du Khorasan. Il était habile dans 
l'art de pétrir l'argile. Il naquit aveugle. Ayant obtenu 
plus tard son affranchissement de la femme arabe dont 
il était la propriété, il vécut tantôt à Bassora, lieu de sa 
naissance, tantôt à Bagdad. Il connut le théologien 
Wâçil bea 'Ata, fondateur de l'école des Mo'tazélïtes, qui 
; attribuait à ses vers la démoralisation qui régnait à 
, Bassora, et resta libre penseur; il s'était affranchi de la 
règle des cinq prières journalières; en réalité il était 
Zindiq, c'est-à-dire qu'il croyait en secret à la religion 
de l'Avesta tout en conservant les dehors de l'islamisme. 
Il fut toujours suspect; son panégyrique du khalife 
Mehdi lesauva une fois. Le khalife se borna i) lui inter- 
dire de parler des femmes dans ses vers, mais ayant eu 
l'imprudence de s'attaquer au ministre Ya'qoûb ben 
Daoud, celui-ci s'en vengea en lui faisant donner soixante- 
dix coups- de fouet, traitement dont il mourut; il avait 
alors quatre-vingt-dix ans (783). 

Il était laid, car en outre de son infirmité congénitale, 
qui faisait voir deux morceaux de chair rouge à la place 
I Jcs yeux, i! avait le visage ravagé par la variole. Il consi- 
[jérail l'élément du feu comme supérieur à celui de la 
Uerre, et justifiait Satan, ange créé du feu, d'avoir refusé 
Lie se prosterner devant Adam, fait de limon, ainsi que 

D,q,t,=c.=ïG00g[C 



LITTERATURE ARABE 



le dit le Koran; il a même composé ua vers qui est clai- 
rement mazdécn : a La terre est obscure et le feu est 
brillant; depuis qu'il existe, on l'a adoré ». C'était un 
misanthrope qui remerciait Dieu de l'avoir privé de la 
vue, a pour ne pas, disait-il, voir ce que je hais ». Quand 
il allait réciter udo poésie, il frappait dans ses mains, 
toussait et crachait a droite et à gauche ; mais dès qu'il 
avait ouvert la bouche, il provoquait l'admiration. Il 
avait commencé à composer des vers avant l'âge de dix 
ans; il se vantait d'avoir connu Djérir et même de 
l'avoir satirisé, mais le grand poète du désert l'avait 
trouvé trop jeune : « S'il m'avait répondu, disait Bech- 
chàr, je serais le premier entre tous ceux de l'époque. » 
Ce que le grammairien A<;ma'ï goûtait le mieux dans ses 
vers, c'est qu'ils provenaient d'un génie naturel qui se 
refusait à polir longtemps le vers avant de le publier; ils 
étaient pour ainsi dire presque improvisés. Quand on lui 
demandait d'où, provenait la pureté de la langue qu'il 
parlait, il en faisait remonter la gloire aux vieillards et 
aux femmes de la tribu bédouine des 'Oqaïl, à laquelle 
il se rattachait comme ancien esclave affranchi. On lui 
reprochait cependant de cheviller à outrance et d'intro- 
duire dans ses vers des noms d'hommes ou de lieux 
qui n'avaient jamais existé; il avait donné des surnoms 
poétiques k plusieurs pièces de sa maison, ce qui plongeait 
dans une douce stupéfaction les non-initiés à qui il en 
racontait les beautés. 

Merivan ben Abi-Hafça. 

MBnWAK BEN Abi-Hafça était le fils d'un juif du Khora- 
san qui, emmené par Merwân ben el-Hakam, alors gou> 

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LB9 ABDASSIDBB 69 

verneur de Médine, dans le Yémama, en Arabie, comme 
collecteur de taxes, y avait épousé une Arabe de sang 
libre. Né en 721, il fut étranglé en 797 par une ven- 
geance particulière, provoquée par des vers ayant une 
couleur politique et dirigée contre les prétentions des 
Alides; nous avons les aveux du criminel, qui ne fut pas 
reconnu. C'était un imitateur de l'ancienne poésie du 
désert. D'après Ibn-Khallikan, il était arrière-petit-fîls 
d'Abou-Hafça, affranchi de Merwân, qui lui avait donné 
la liberté pour les services rendus lors du siège de la 
maison du khalife 'Othman à Médine : il lui avait sauvé la 
vie. On dit que c'était un médecin juif qui se convertit à 
l'islamisme. Le peuple de Médine croyait cependant qu'il 
était affranchi du fameux poète et châtelain Samaua!. On 
dit aussi qu'Abou-Hafça fut fait prisonnier lors de la prise 
de Persépolis sous 'Othman. — Quant à Merwân, qui était 
né dans le Yémama, il se rendit à Bagdad, composa des 
panégyriques à la louange d'EUMehdi et de Haroun er- 
Racbid, écrivit des satires contre les descendants d'Ali. 
Son morceau le plus célèbre est une qaçida rimée en l 
composée à la louange de Ma'an, fils de Zaïda, gouverneur 
du Yémen, dans lequel il chante sa générosité inépui- 
sable : « Quand on lui demande une faveur, Ma'an évite 
de prononcer le mot non, car ce mot lui semble un mot 
interdit. » 11 était avare, et venait au palais du khalife 
vêtu d'une peau de mouton et de vêtements de grosse 
toile de coton; par économie, il n'achetait que des têtes 
de mouton et ne mangeait pas d'autre viande, hiver 
comme été. C'est sur lui qu'on fit ce vers : « Merwân n'a 
pas de zèle pour la noce, il n'est jaloux que des mar- 
mites, n 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



70 LITTERATURE ARABE 

Ibn eî-Ahnaf. 

A côté du rôle dangereux joué par ces poètes qui con- 
sacraient leurs œuvres à la politique, bien plus aimable 
est l'auteur des poésies amoureuses, Aboul-Fadl el- 
'Abbâs Ibn bl-Ahnaf, descendant d'Arabes établis dans le 
Khorasan et alliés à des familles iraniennes; compagnon 
du khalife Haroun er-Rachid, il le suivît dans ses cam- 
pagnes et mourut à Bagdad (807 ou 813). La grâce et 
l'élégance de sa diction firent la joie des gens de goût. 
C'était un homme ayant de grandes manières, rien d'un 
débauché; il était poli, mais il ne sortit jamais du genre 
de la poésie amoureuse, il ne possédait pas l'art de la 
satire et du panégyrique. Le seul ennemi qu'on lui connût 
était le grand théologien mo'tazélite Ibn Hodhéil cl-'Allàf, 
qui lui reprochait d'avoir affirmé la prédestination dans 
un de SCS vers. 

Abou-Nowâs. 

Mais le plus célèbre de cette pléiade est sans contredit 
Abod-Nowas, le poète bachique et lyrique par excellence, 
dont les œuvres ont été étudiées par Nôldeke et Alfred von 
Krcmer. 11 était né en pleine Susiane, à EJ-Ahwaz (vers 
75G), d'une mère d'origine persane, qui était laveuse chez 
des foulons, mais c'est à Bassora qu'il reçut les leçons de 
son maître le poète Wâliba, qui le présenta aux Barmé- 
kides et qui eut plus tard l'occasion de le regretter, à 
cause de l'ingratitude de son élève; il parcourut un an 
le désert pour y étudier la pure langue des Bédouins. A 

L;m,;,z..:=ïG00glc 



LES ABBAS9IDBS 



Bagdad it fut apprécié des khalifes Haroun et Ernio, 
malgré ses mauvaises mœurs. Devenu vieux, i! renonça 
à la débauche et se livra à des pratiques de piété; ses 
moqueries à l'adresse d'un membre de la famille des 
Beni-Naubakht le firent maltraiter, ce dont il mourut vers 
l'an 810. Abou-Nowîis embrassa les genres les plus 
divers de la poésie arabe : non seulement il chanta le vin 
comme 'Adi ben Zéïd et Wélid ben Yézid, mais encore 
il composa, comme ses devanciers, des élégies, des 
poésies amoureuses, des satires, des panégyriques, des 
facéties, des poèmes de chasse, où îl renouvela le style 
des anciens et intrépides chasseurs du désert, et enfin 
des poèmes dévots qui marquent sa dernière transfor- 
mation. Sa mémoire était extraordinaire, et, détail non 
moins remarquable, il ne possédait aucune bibliothèque; 
à sa mort on ne trouva chez lui qu'une couverture de 
livre renfermant un cahier de notes de grammaire. Le 
khalife l'avait fait mettre en prison ; le poète lui écrivit en 
vers : k Si vous tuez Abou-Nowàs, oii en trouverez-vous 
un autre? n L'esclave Djénân fut la seule femme qu'il 
aimât réellement : elle était instruite et spirituelle; elle 
avait une érudition historique et poétique. Elle partit 
pour le pèlerinage de la Mecque, et le poète la suivit; 
c'est alors qu'il dit ces vers : « Ne voyez-vous pas que 
j'ai passé ma vie à sa poursuite, entreprise diflicilc? Nous 
avons faille pèlerinage en même temps; ce voyage seul 
a pu nous réunir. » Djénân ne l'aimait d'abord pas, mais 
la constance de l'amoureux fit fléchir les rigueurs de la 
cruelle. 11 est le premier qui employa des métaphores 
hardies pour décrire les diverses parties du corps de 
l'amante; entre autres ce vers est de lui : « Elle soufflette 
la rose avec des jujubes, » c'est-ii-dire la joue avec le 
bout des doigts. Les scènes qui représentent des buveurs 



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73 LITTERATURE ARABB 

intrépides, toujours altérés, qui ne se laissent pas dis- 
traire de leurs graves occupations par l'appel à la prière 
que lance en vain le muezzin du haut des minarets, le 
chant du hon vin vieilli dans l'amphore recouverte de 
toiles d'araignée, obtenu à prix d'or du marchand juif 
ou chrétien, et dont l'éclat réjouit et réchauffe l'obscurité - 
de la nuit, tel est le thème des plus célèbres productions 
d'Abou-Nowâs, que vient traverser parfois le souvenir 
triste des temps écoulés et des compagnons disparus, 
pensée lamentable que refoule bien vite un nouveau coup 
de la liqueur divine. 

Mosîim. 

Mosuu ben el-Walid, connu sous le surnom de Cari' 
el-Ghawânl, « la Victime des belles n, que lui avait donné 
Haroun er-Rachid, était client d'une famille d'Ançàrs 
ou auxiliaires, c'est-à-dire de ces habitants de Médine 
qui s'étaient fait une noblesse en soutenant le Prophète 
contre ses ennemis. Il était né à Koufa entre 747 et 757, 
d'un père qui exerçait le métier de tisserand, comme 
Ibn-Qanbar le lui reprocha plus tard cruellement ; 
«■ Où trouverais-je un être plus infime que ton père? Je 
me trompe, il en est un, c'est toi. Longtemps il a tissé 
la trame des manteaux, aussi mal que tu tisses la trame 
de tes vers. » On ne sait point quels furent ses maîtres; 
peut-être se rattache-t-il directement aux grands poètes 
de l'âge héroïque, dont il étudiait les œuvres. Bohème 
insouciant, dépensier et sans songer au lendemain, il 
couchait souvent, faute de gîte, sous le ciel étoile, dans 
l'unique manteau qu'il possédât. Ses protecteurs, le vail- 
lant général Yézid ben Mazyad, Mohammed, fils du kha- 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



life Mançour, le mioîslre Fadl ben Sahl le tirèrent de 
ce mauvais pas; le dernier même n'hésita pas à lui donner 
UD emploi dans la cour de justice de la province de Djor- 
djàn, puis lui confia les délicates foactions de directeur 
de la poste aux chevaux dans la même localité; seulement 
il lui adjoignit un intendant chargé de loucher les 
revenus des fermes qu'il lui avait données dans les envi- 
rons d'Ispahan, de prélever la somme nécessaire pour 
ses dépenses journalières et d'acheter de nouvelles terres 
avec le surplus économisé. Il était grand amateur du 
produit des vignes que les Mazdéens cultivaient à Tize- 
nâbàd, et il a chanté les délices du vin : « C'est la fiUe 
des mages, devenue musulmane par son union avec les 
convives. Nous l'avons demandée en mariage et le négo- 
ciateur qui nous l'amène marche d'un pas grave et 
solennel, n La pièce tout entière est à lire, dans la char- 
mante traduction qu'en a donnée M. Barbier deMeynard. 
Ses ennemis le raillèrent de sa passion; 'Abbâs Ibn el- 
Ahnaf l'appelait par dérision « la victime des sorcières n 
et d'autres disaient « ta victime de la coupe pleine ». Son 
ivresse était d'ailleurs élégante et son style classique, à 
la manière des anciens modèles, qu'il suivait de près tout 
en lançant par le monde de nouvelles métaphores. Ses 
poésies amoureuses sont moins sincères, et il a reconnu 
lui-même qu'il chantait l'objet de ses pensées parce que 
le bon ton l'exigeait, mais que son goût était pour de 
moins hautes dames. Dans la satire, îl paraît être resté 
inférieur à ses adversaires; sa dispute avec le poète Ibn- 
Qanbar fut violente, mais l'avantage de l'insulte, comme 
l'ont constaté Abou'l-Faradj el-Içfahâni et El-Mobarrad, 
resta à son adversaire. Il mourut eu 803, étant encore en 
fonctions, étranger à Djordjûn comme le palmier qu'il a 
chanté dans son dernier vers. Sur le point de mourir, il 



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74 LinâRATURB ARABE 

avait fait jeter dans la rivière le brouillon de ses poésies, 
à titre de pénitence pour ses compositions bachi- 
ques. 

Abou'l-Atâhîya. 

A la tribu des 'Anézés appartenait Adou'l-Atàhiya 
Isma'ïl ben Qàsim, né en 748 dans !e Hedjaz, qui vécut 
à Koufa, se rendit à Bagdad alors que ses vers l'avaient 
déjà fait connaître, et y tomba amoureux d'une esclave 
de Mehdi, nommée 'Otba. Il mourut en 828. La caractéris- 
tique de son style est l'emploi d'expressions simples et 
accessibles n tous, parce que ce sont des sermons en 
vers sur l'instabilité des choses de ce monde; il est à 
cause de cela l'ancêtre de cette longue série d'ouvrages 
parénétiques qui fleurit surtout dans la littérature per- 
sane. Il évitait les expressions recherchées, de façon à £tre 
compris par le peuple. 

On le surnommait le marchand de jarres (EI-Djarràr) 
parce qu'il avait d'abord exercé ce métier. On allait 
l'entendre réciter ses vers, et l'on écrivait, sous sa dictée, 
les pièces de poésie sur les fragments de poterie brisée 
ramassés à terre. 

Il se vantait de pouvoir mettre en vers toutes ses 
paroles ; et quand on lui demanda s'il connaissait la proso- 
die, il répondit : « Je suis supérieur à toute prosodie; » 
et le fait est qu'il a écrit sur certains mètres de son 
invention qui ne rentrent pas dans les règles de la 
prosodie classique. 'Omar ben el-'Alù, gouverneur du 
Tabaristan, l'ayant libéralement récompensé pour des 
vers qu'il lui avait adressés, excita la jalousie des autres 
poètes; il les rassembla et leur tint ce petit discours : 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LBS ADBABSIDES TB 

« Il est étrange que vous autres poètes soyez si jaloux les 
uns des autres. Quaod l'un de vous vient nous présenter 
une qaçtda composée en notre honneur, il emploie cin- 
quante vers à célébrer les charmes de sa maîtresse, et ne 
commence son véritable sujet que quand il a épuisé ses 
louanges; Abou'I-Atâhiya, au contraire, ne consacre que 
peu de vers h sa bien-aimée et commence tout de suite 
son panégyrique. Pourquoi ëtes-vous jaloux de lui? » Sur 
le point de mourir, il fit venir a côté de lui le grand 
chanteur Mokhâriq pour lui chanter ces vers qu'il avait 
composés : n Au terme de mon existence, les peines des 
femmes qui me pleurent seront courtes. Mon amie cessera 
de penser à moi; elle oubliera mon amour, et trouvera 
vite un nouvel ami. y> Sa dernière volonté fut qu'on 
ioscrivit ces mots sur sa tombe : m Une vie qui se termine 
par la mort est une vie pleine d'amertume. »Abou-Nowùs 
lui reprochait son extrême facilité, qui lui permettait de 
composer cent ou deux cents vers par jour. Lui aussi, il 
renonça à la poésie sur le tard, par motif religieux pro- 
bablement, mais cela lui valut d'être enfermé dans la 
prisoD des criminels et d'être amené en présence d'EI- 
Mchdi, qui lui donna le choix entre la mort et la conti- 
nuation de son art : « J'aime mieux faire des vers, » 
dit le poète, et il fut immédiatement mis en liberté. On 
lui prêtait l'idée d'avoir adopté les croyances des philo- 
sophes grecs, parce que ses vers parlaient de la mort, 
mais non de la résurrection; on lui reprochait aussi son 
avarice, d'autant plus incompréhensible qu'il avait amassé 
de grandes richesses. Le surnom sous lequel il est connu, 
et qui signifie probablement l'Intrigant, est dû au khalife 
El-Mehdi. Il se fit des ennemis, tels que 'Abdallah, fils de 
Ma' an, qui le prit par ruse et lui donna cent coups de 
fouet, mais très doucement, par crainte de sa vengeance; 



, .;...,Coog[c 



LITTERATURE ARABE 



néaoraoias te poète profita de la maosuétude de son 
eancmi pour l'invectiver davantage, en le comparant à 
une femme entourée d'eunuques : « Elle m'a frappé de sa 
main, la fille de Ma'an, elle s'y est fait mal, et je n'ai rien 
ressenti. » Il prétendait que la plupart des hommes par- 
laient en vers sans s'en douter, et que s'ils savaient 
donner à leurs paroles la composition parfaite, ils seraient 
tous poètes. Le grammairien EI-Asma'ï disait d'Abou'l- 
Atàhiya : « Ses vers sont eomme la place publique devant 
le palais des rois, oii il tombe des perles, de l'or, de !a 
poussière, des débris de poteries et des noyaux. » Abou'l- 
Atâhiya considérait comme son chef-d'œuvre le vers où il 
a dît : « Les hommes sont dans l'insouciance, tandis que 
la meule du destin continue de moudre. » Haroun er- 
Rachtd le fit aussi emprisonner, quand il voulut se livrer à 
l'ascétisme, pour le forcer à composer des vers erotiques. 



El-Akawwak. 



El-*Aka\vwak (le Courtaud], surnom d"Ali ben Djabala, 
était né dans la classe des afTranchis; sa famille était 
originaire du Khorasan; aveugle de naissance (ou bien 
il le devint à sept ans, par suite de la variole), il avait 
une peau noirâtre et marquée de taches de lèpre. Le 
khalife Mamoun se mit en colère contre lui à l'occasion 
d'une pièce de vers qu'il avait composée en faveur de 
Homéiid et-Toûsi et où le souverain relevait des éloges 
extravagants, tels qu'on n'en donne qu'à la divinité et 
parce qu'en parlant d'Abou-Dolaf, il avait dit que tous 
les Arabes sur la terre empruntaient leurs belles qualités 
à Abou-Dolaf, sans faire d'exception pour le souverain 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LES ABDASSIDBS 17 

lui-même- Le poète se trouvait dans les montagnes de 
rirak-Adjémi; forcé de fuir, il fut saisi en Syrie, amené 
a Bagdad et eut la langue arrachée; l'hémorragie amena 
sa mort, en 828; il était oé en 776. 

Abou-Dolaf, qu'il avait loué, entendit, un jour qu'il 
traversait une ville de l'Irak, deux femmes se dire l'une 
à l'autre : « Celui-ci est Abou-Dolaf, celui dont le poète 
a parlé en ces termes : « Abou-Dolaf est le monde entier, 
« nomades ou citadins ; s'il se détourne de sa route, tout le 
« monde le suit. » Ce qui fit pleurer le grand seigneur, se 
repentant de n'avoir pas récompensé BI-'Akawwak comme 
il le méritait. 

Ibrahim et Ishaq eî-Mauçili. 

Comme poètes, mais aussi comme chanteurs et compo- 
siteurs de musique et incomparables dans ces derniers 
rôles, sont célèbres deux Persans d'origine, Ibrahih el- 
Mauçili et son fils Isuaq (mort en 849). Le père n'était 
pas né il Mossoul, comme son surnom paraît l'indiquer, 
mais il s'y était enfui pour y étudier la musique; c'est à 
Koufa qu'il avait vu le Jour d'un noble Persan, Mâhùn 
(dont le nom iranien fut transmué en Méïmoun], émigré 
du Fàrs en 742. C'est le khalife El-Mehdi qui commença 
à goûter sa musique, et sa faveur continua d'augmenter 
sous ses successeurs; lorsque Haroun er-Rachid se 
brouilla avec son esclave Màrida, et que Dja'far le Barmé- 
kide, dont les Mille et une Nuits ont popularisé le rôle 
de grand ministre, voulut raccommoder le souverain et 
sa favorite, il fit écrire par le poète 'Abbàs Ibn el- 
Ahnaf et mettre en musique par Ibrahim des vers pas- 
sionnés qui réconcilièrent les deux amants. Son fils. 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



78 tirTSRATUnE ARABE 

Ishaq (né en 767) lui succéda; c'est de lui que le khalife 
Mo'taçem disait : « Quand Ishaq chante, il me semble que 
l'étendue de mon empire s'augmente- » 11 perdit la vue 
deux ans avant sa mort. II était aussi versé dans la 
science des traditions du Prophète, le droit et la théologie 
scolnstiquc, que dans la musique. EI-Mamoun disait de 
lui ; K Si Ishaq n'était pas aussi célèbre comme chanteur, 
je l'aurais nommé juge, il le mérite mieux que nos cadis 
actuels, et les dépasse par sa conduite, sa piété, son hon- 
nêteté; mais son talent de musicien éclipse tous les 
autres, n II fut le second a écrire un Livre des Chansons 
(Kitàb el-Aghâni} où il avait recueilli les morceaux qu'il 
chantait. 

El-Mehdi avait interdît à Ibrahim d'aller voir ses fils 
Mousa (el-Hàdi) et Haroun (er-Rachid) : l'ayant fait, il fut 
puni de trois cents coups de fouet et mis en prison. El- 
Hàdi SG montra plus tard tellement prodigue à l'égard 
d'Ibrahim, que son fils Ishaq put dire que si le khalife 
avait continué de vivre, ils auraient pu construire en or et 
en argent les murs de leur maison. 

Di'bil el-Kho^aî. 

Parmi les poètes de Bagdad d'origine arabe ou tout 
au moins sémitique, il faut encore mentionner Di'bil ben 
'Ali el-Khozà'î, né en 765 à Koufa ou à Karkisiya (Circe- 
sium); il fut quelque temps chargé de fonctions adminis- 
tratives en qualité de gouverneur d'une petite ville du 
Tokharistan, dans la Perse du Nord-Est; il mourut en 
860 en Babylonie; c'était un satirique, qui s'occupa de 
recueillir dans un livre des biographies de poètes. 
Méchante langue, il n'épargnait personne, pas même les 



:=,Googlc; 



' LES ABBASSIDES 79 

khalifes. Aussi fut-il constammeat en fuite et obligé de 
se cacher. Son nom était tellement craint qu'ayant un jour 
rencontré un épileptîque qui se tortîait sur le sol dans 
une crise de douleur, il lui sufBt. de lui crier son nom 
dans l'oreille pour le guérir. H avait d'ailleurs d'autres 
méfaits sur la conscience : il attaqua une nuit un chan- 
geur qui rentrait à sa maison, et qu'i! croyait porteur de 
sa bourse, comme à l'ordinaire; mais ce jour-là il n'avait 
dans sa manche qu'un chiffon renfermant trois grenades : 
cependant la victime était morte sur place, et la justice 
poursuivit l'assassin, qui dut quitter Koufa après s'être 
longtemps caché. 

I) préparait des satires par avance, et quand il avait à 
se venger de quelqu'un il insérait son nom dans la pièce 
préparée. El-Bohtort préférait Di'bi! à Moslim, parce 
que la langue qu'il écrivait et le caractère de ses poésies 
étaient mieux dans le goût arabe. 

Il disait, dans sa vieillesse : « Il y a plus de cinquante 
ans que je me promène avec ma croix sur mon épaule, 
mais personne n'a encore pu m'y clouer. » C'était un 
ami de Moslim, qui lui avait donné de profitables conseils. 
Cependant quand Moslim fut chargé du gouvernement 
d'une ville en Perse, 11 ne voulut plus le reconnaître, ce 
dont Di'bil se vengea par une mordante satire. C'était un 
chiite convaincu, partisan des droits d'Ali au khalifat. 

C'est lui qui &t sur le khalife Mo'taçim le vers qui 
cingle comme un coup de fouet : « Les Abbassides sont 
au nombre de sept, d'après les livres, qui ne nous parlent 
pas d'un huitième, à moins que ce ne soit comme les 
Sept Dormants dans leur caverne, sept braves gens, dont 
le huitième était un chien. » I! est vrai que plus tard il 
se défendit de les avoir faits. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



'Ali ben el-Djakm. 

'Ali ben el-djahh, surnommé Es-Sàmi parce qu'il des- 
cendait d'une branche des Qoréïchites de ce nom, com- 
mensal et compagnon du khalife Kl-Motawakkîl, était né 
dans le Khorasan, d'où El-Mamoun l'avait amené à 
Bagdad. Il était l'ennemi des Chiites; il a écrit de nom- 
breux vers contre les prétentions des A)ides ; II insultait 
également les chrétiens, entre autres le fameux médecin 
Bokhtyëchou', et les Mo'tazélites. Pour une satire qui 
déplut au maître qu'il avait d'ailleurs mécontenté par des 
dénonciations incessantes contre ses compagnons, il fut 
emprisonné et exilé. Rentré dans son pays que gouver- 
nait Tâhir, il fut, sur l'ordre du khalife, un jour tout 
entier attaché nu à une croix, comme il l'a raconté lui- 
même : « Ce n'était pas une personne d'un mérite infé- 
rieur ou un homme inconnu qu'on a crucifié à Chadyakh 
le lundi soir. Par cette exécution, ils ont satisfait leur 
vengeance; mais, grâce à Dieu, leur victime était un 
homme d'honneur et respectable. » De là il se rendit 
en Syrie, et c'est en se dirigeant d'AIep vers l'Irak qu'il 
tomba en se battant contre un gkazou de bédouins (en 
863). Quand les secours arrivèrent on le trouva mourant, 
mais prononçant encore des vers : « A-t-on ajouté de 
l'obscurité à la nuit, ou le torrent a-t-il emporté le matin ? 
Je pense aux gens de la rue de Dodjaïl à Bagdad, mais 
comme j'en suis loin ! » Les Orientaux admirent cette 
pensée délicate : a L'inimitié d'un homme sans honneur 
ni religion est une affliction sans égale, car il vous aban- 
donne sa propre réputation tandis qu'il attaque ta vôtre, 
que vous préservez si soigneusement. » 



:=,Googlc; 



LES ABBASSIDB8 81 

Il a lui-même raconté que sa vocation poétique se 
manifeRta pour la première fois lorsque son père le fit 
enfermer dans l'école où il se rendait. Il écrivît alors 
à sa mère pour se plaindre de l'inhumanité de son père ; 
a Tous les élèves ont quitté l'école, et moi j'y reste 
emprisonné sans avoir commis de faute ! » Sa mère obtint 
alors sa liberté; mais sa réputation de menteur était 
telle que l'on prétendit que ces vers avaient été com- 
posés à soixante ans, et que par conséquent il n'avait pu 
les écrire étant à l'école. 



La poétesse Fadl et Mahboubé. 

Sous le règne de Motavrakkil, prince artiste, ami des 
jeux et des bouffonneries, qui fut le premier à les intro- 
duire dans le palais des khalifes, la musique et la danse 
se développèrent encore plus que par le passé. Parmi 
les poètes de cour, nous trouvons à cette époque une 
femme originaire de l'Arabie centrale, menant à Bagdad 
une vie assez libre; sa liaison avec le poète Sa'id ben 
Harotd, d'origine persane, et d'opinions religieuses très 
orthodoxes, qui fut chef du bureau des dépêches sous le 
khalife Mosta'in, tandis que la chanteuse était chiite, 
remplit toute l'histoire de sa vie. On la faisait venir dans 
le harem du khalife pour j charmer les belles favorites. 
C'était une femme d'un esprit prompt, d'une riposte 
alerte; elle était calligraphe. Son ami Sa'id avait fini par 
s'apercevoir qu'insensiblement il copiait son style. Elle 
allait librement le voir; un jour qu'elle entrait, Sa'id se 
leva avec empressement, la salua et l'invita à rester chez 
lui : « Un envoyé du palais, répondît-elle, vient d'ar- 



...,Goog[c 



LITTERATURE il 



river chez moi, il ne m'est donc pas possible de rester; 
mais je suis montée chez toi, parce qu'il me répugnait 
de passer devant ta porte sans venir te voir. » Et Sa'id 
d'improviser : n Tu es comme le soleil qui éclaire le 
monde, et dont la lumière semble tout près de nous ; 
mais oïl est la possibilité de l'atteindre! » L'attachement 
de Sa'id n'empêcha pas l'inconstante FadI d'accepter les 
hommages du jeune chanteur Buunân; mais au moins 
elle n'agissait que sous l'empire d'un sentiment vrai et 
sincère; quelle différence avec les musiciennes esclaves, 
qui, suivant la poétesse elle-même (nous savons par d'au- 
tres témoignages que c'est vrai), « reçoivent le pauvre 
comme un chien, et ne demandent jamais que des mines 
d'or »! Sur le point de mourir, Fadl voulut encore une 
fois revoir son ami, et elle eut la force de lui écrire : 
« Ma patience est ii bout, et mes soufirances ne font que 
s'accroître; ma maison est proche, il est vrai, mais lu 
en es encore bien loin! » C'était sous le khalifat de 
Mo'tamid, en 873. Dans le harem même de Motawakkil, 
on admirait la chanteuse Mahboubé, née h Bassora, mais 
d'origine étrangère. Elle composait des vers qu'elle 
chantait en s'accompagnant sur le luth; mais on préférait 
sa poésie à son chant, qui était médiocre. Quand Mo- 
tawakkil fut assassiné, Mahboubé garda le deuil et 
renonça à tout plaisir jusqu'à ce qu'elle mourût. EUe 
déplut par cette fidélité persistante au nouveau maitre à 
qui elle était échue en partage lors de la dispersion du 
harem du khalife ; mais un officier d'origine turque 
l'ayant demandée en cadeau, l'affranchit, lui rdonna de 
quitter Sàmarra et de s'établir où elle voudrait. Elle 
mourut à Bagdad dans la plus profonde obscurité. 



3,q,t,=c.=ïG00glC 



LES ABBASSIDBS 



Ibn er-Roumi. 



IsH BB-RoDMi, le fils du Grec, surnom qu'il devait à 
son grand-père Djoraïdj ou Georges, né à Bagdad en 836, 
fut empoisonné par le ministre du khalife Mo'tadîd, 
Abou'I-Hoséïa Qâsïni ben ■Obéïdallah, qui avait peur de 
tes satires. Celui-ci suborna un domestique qui lui remit 
OD biscuit préparé. Quand Ibn er-Roumi l'eut maugé, il 
■ aperçut qu'il était empoisonné et se leva pour partir : 
« Ou allez-vous? dit le ministre. — A l'endroit où 
vous m'avez envoyé. — Bien, répliqua le vizir, vous 
présenterez mes hommages à mou père. — Je ne prends 
pas la route de l'enfer, » répondit le poète, qui se 
retira chez lui, se fit soigner par un médecin qui, dit-on, 
se serait trompé de drogues, et mourut quelques jours 
après. 

Ses vers sont admirables pour la beauté de l'expression 
et l'originalité de la pensée ; on y remarquait surtout la 
nouveauté des idées. II bafoua la manie des Orientaux 
de se teindre la barbe : k Quand les cheveux d'un homme 
continuent d'être noirs bien que sa jeunesse disparaisse, 
ce ne peut être qu'une teinture artificielle. Comment un 
vieillard peut-il s'imaginer qu'on prendra pour naturelle 
cette couleur noire, ou qu'on le considérera comme 
jeune ? n 

El-Bohtori. 

EL-BoBTOni (Wéltd ben 'Obéïd), de la tribu de Taï, 
né à Manhidj ou dans le voisinage en 820, compagnon 
d'abord de son compatriote Abou-Temm5m, se rendit plus 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



84 LtTTBRATVRB ADABE 

tard à Bagdad et y vécut longtemps comme panégyriste 
de Motawakkil et de ses courtisans ainsi que des chefs 
de l'administration civile. Il mourut en 897, soit dans sa 
ville natale, soit à Alep. Comme Abou-Temroâm, dont le 
plus beau titre de gloire est d'avoir recueilli le Hamàsa, 
il réunit aussi un livre de ce genre ; ses poésies d'ailleurs 
sont une imitation de l'ancien style. Il parle fréquem- 
ment d'Alep et de la plaine qui l'entoure, car il avait 
pris ce pays en affection. C'est Abou-Temmâm qui, l'en- 
tendant réciter à Homs un poème de sa composition, 
devina son talent poétique, et comme il était pauvre, 
Abou-Tcmmnm écrivit aux habitants de Ma'arrat en- 
No'mân une missive pour le leur recommander; sur cette 
lettre, ceux-ci lui firent une pension de quatre mille 
dirhems; c'était le premier argent qu'il gagnait. Abou'I- 
'Alâ el-Ma'arri considérait Abou-Temmâm et Moténabbi 
comme deux moralistes, tandis qu'il voyait le vrai poète 
dans El-Bohtori. Il était très avare, portait des vêtements 
malpropres et laissait mourir de faim son frère et un 
domestique qu'il avait chez lui. Il a peu laissé de satires; 
son Ris a raconté que son père lui avait recommandé, à 
son lit de mort, de brôler toutes celles qu'il avait faites 
dans un moment de colère et sous l'empire de sentiments 
de vengeance, et cela pour éviter à son fils les difificultés 
provoquées par des ressentiments. Mais Abou'l-Faradj 
el-Içfahàni a établi, par les fragments connus de satires 
d'El-Bohtori, qu'il avait été tout à fait inférieur daos ce 
genre. 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LBS ABRASSIDES 



Ibn el-Mo'ta-:^^, le khalife d'un jour. 

Les fiU des rois eux-mêmes s'en mettaient, 'Abdallah 
Ibn el-Mo'tazz, fils du khalife El-Mo'tazz, né en 8G1, 
meoa sous le règne d'El-Mo'tadid une vie libre de 
poète et de savant. Après la mort du khalife, il fut mêlé 
aux intrigues de cour ; les mécontents de la politique de 
Moqtadir, livré aux femmes et aux eunuques, choisirent 
'Abdallah pour khalife sous le nom d'EI-Mortadi 
(17 déc. 908), mais la garde du khalife eut l'avantage 
sur ses partisans; son règne ne dura qu'un jour; Ibn 
el-Mo'tazz s'enfuit dans la maison d'un joaillier, y fut 
bientôt découvert et étranglé le 29 décembre par l'eu- 
nuque Mounis, chambellan et trésorier du khalife. Sa 
poésie, dans le genre d'Abou-Nowâs, a renoncé à toute 
imitation des anciens poètes-, c'est avec une élégance 
aristocratique qu'il écrit de petites pièces charmantes de 
circonstance. A coté de cela, il s'occupa de l'histoire de 
la littérature et écrivit le premier en langue arabe un 
grand ouvrage sur la rhétorique (Kitâb el-badi', conservé 
à l'Escurial). Ses vers offrent un sens clair et un style 
aisé. 

Il avait formulé les règles de la saine rhétorique 
par ce dicton : « L'éloquence est l'expression juste des 
idées au moyen de peu de mots. » Il eut des poètes qui 
pleurèrent sa mort tragique, comme 'Ali ben Mohammed 
Ibn Bassùm, l'élégant et subtil, et son ami Ibn el-'Allàf 
Hasan ben Ali, poète aveugle de Nahréwan, qui pour 
éviter les persécutions écrivit sa fameuse élégie sur la 
mort d'un chat, de son chat favori, qui avait l'habitude 
d'entrer dans les pigeonniers voisins et d'y dévorer les 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



86 LtTTÉRATCRE ARABE 

pigeons, et qui fut méchamment tué par les proprié- 
taires : « Tu nous as quittés, minet (hirr), et ne reviendras 
jamais plus! Tu étais comme mon enfant! Comment pou- 
vons-nous cesser de t'aîmer, toi qui étais pour nous une 
sûre protection! u Ibn el-Mo'tazz aimait à boire du vin 
le matin, dans les prairies de Matira, près de Sàmarra, 
non loin du couvent chrétien d'Abdoûn : « Que de fois, 
à l'aurore, je fus éveillé par la voix des moines à leurs 
prières ! Vêtus de robes noires, ils chantaient matines, 
la cordelière autour des reins, les têtes rasées cerclées 
d'une couronne de cheveux. » 



Ibn el~Hadjdjâdj. 

L'administration des Abbassides peut revendiquer le 
mohtasib, commissaire chargé de la police des marchés, 
de la surveillance des poids et mesures et des mœurs à 
Bagdad, Ibn BL-HAnjDJADj, plus tard destitué et qui 
mourut en l'an 1000. Ses poésies légères eurent un 
succès et une célébrité considérables; on en vantait le 
tour aisé et enjoué. On l'a comparé à Imrou-oul-Qaïs dans 
ce sens que, comme lui, il a créé un nouveau genre de 
poésie dans lequel il est resté sans rival. C'était un chiite 
convaincu, et il prescrivit par ses dernières volontés 
d'être enterré aux pieds de l'imam Mousa, dont le tom- 
beau est non loin de Bagdad. A côté de lui il faut rap- 
peler le chérif Mohammed er-Ridà, un des descendants 
du Prophète ; son père Tahîr avait exercé les fonctions 
d'inspecteur de la descendance d'Ali, de premier prési- 
dent de cette sorte de cour de cassation que l'on appelait 
el-Mazhâlîm, et de chefde la caravane des pèlerins. Il avait 



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tES ABBASSIDES 



commencé très jeune à composer des vers, et il continua 
toute sa vie à en produire un nombre considérable. Il 
s'occupa aussi d'exégèse coranique et écrivit des ouvrages 
sur la rbétorique du livre sacré; il mourut à Bagdad 
en 1015. 

Mihyar ben Mar:^oûyè. 

Un de ses élèves, Mibvar ben MARzoî)Yà, fut par lui 
converti à l'islamisme; car c'était un mazdéen, né dans 
te Déïlem ou région montagneuse au sud du Guilan, sur 
les côtes de la mer Caspiennne, et qui mourut à Bagdad 
en 1037. Il était secrétaire pour la langue persane, et 
étudia la poésie avec le chérif Er-Ridâ. Ses opinions chiites 
révoltaient les Sunnites, dont l'un d'eux finit par lui 
dire : n Mihyâr, en vous convertissant, vous n'avez fait que 
passer d'un coîn à l'autre de l'enfer. » On admirait, dans 
ses vers, la délicatesse de la pensée et la remarquable 
douceur de l'expression. 

Les provinces. 

La capitale n'était pas seule à attirer les génies poéti- 
ques dont les œuvres se manifestaient d'un bout à l'autre 
de l'empire. Pour des motifs politiques ou religieux, ou 
pour d'autres raisons personnelles, ils restèrent éloignés 
du centre et se contentèrent delà protection des gouver- 
neurs de provinces. Le Sbid Himyakite, Isma'ïl, né à 
Bassora vers 729, dut à cause de ses opinions chiites 
quitter cette ville pour Koufa; il reconnut Abou'l-'Abbâs 
SaSab lors de la prise de cette ville, mais se tint à l'écart 

L,, .....,Coog[c 



88 LITTÉRATURE ARABE 

de lui et de ses successeurs quand il les vit persécuter 
les Alîdes, et mourut en 789 à Wùsit. Ses poésies se 
distinguent par la simplicité de la langue, comme celles 
d'Abou'l-'Atàhiya et de Bachchâr ben Bourd. 

Lui qui était né de parents kharédjites, de la secte des 
Ibàdites, il célébra pendant plus de quarante ans, dans 
d'innombrables pièces de vers, les gloires de la maison 
d'Ali, avec un talent quî força l'admiration de ses 
ennemis. Il a raconté lui-même que c'était à la suite d'un 
songe qu'il s'était converti aux croyances de la secte des 
Kéïsànites, partisans de Mohammed, âls de la Hanéfîte. 
Son teint bronzé attestait les croisements de races qui 
s'étaient produits dans le sud de l'Arabie. II était grand 
et bien fait; il avait les dents belles et la chevelure ahou- 
dante. Il se distinguait par la fécondité de son imagina- 
tion et l'énergie de la pensée; les Bédouins eux-mêmes 
prisaient son style. Ses habitudes d'ivrognerie lui valurent 
d'être arrêté une nuit par la police en flagrant délit dans 
les rues d'EI-Abwaz, en Susiane. Dans ses satires, ani- 
mées d'une haine violente contre les compagnons du 
Prophète, il alla jusqu'à comparer 'Aïcha <( au serpent 
qui cherche a dévorer ses petits u. 

Abou'ch-Chiç Mohammed ben 'Abdallah s'attacha 
comme panégyriste à l'émir de Raqqa, Oqba ben Dja'far 
ben el-Acb'nth el-Khozà'!, écrivit des poésies bachiques, 
et des élégies sur la perte de sa vue, qui lui arriva avec 
l'âge; il mourut en 811. Cousin de Di'bil el-Khozù'i, il 
était resté obscur a côté de MosHm ben el-Wélid, 
d'Achdja' et d'Abou-Nowàs. L'émir de Raqqa était riche 
et généreux, et ses dons maintinrent le poète auprès de 
lui. 11 avait la pensée prompte et composait très vite. 

Dans la péninsule arabique nous ne trouvons plus 
de poètes : c'est ii peine si l'on peut citer Ibn Harma 



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LES ABBASStDES 



Ibrahim ben 'AH, né en 685, qui vécut à Mcdine, partisan 
des Alidea, grand ami du vin, mort en 767; eu revanche, 
la Syrie continue de briller d'un grand éclat. Abou 
Temmâm Habib ben Aus, né en 807 dans le voisinage du 
lac de Tibériade, d'un père chrétien nommé Tadoùs le dro- 
guiste (Thaddée), voyagea beaucoup; étant jeune il était 
a Homs où le poète El-Bobtori le rencontra jouissant déjà 
d'une renommée poétique; cependant quelques-uns pré- 
tendent qu'étant enfant il distribuait de l'eau dans des 
mosquées du Caire. li est certain que c'est en Egypte que 
ses productions littéraires furent tout d'abord appréciées. 
Étant venu à Damas sans pouvoir y trouver de prolecteur, 
il profita d'un voyage que fit £l-Mamoun en Syrie pour 
aller le trouver sans pouvoir obtenir d'être reçu. Parvenu 
à Mossoul il fit une excursion en Arménie où l'attendaient 
les riches présents du gouverneur Khâlid ben Yézid. La 
mort du khalife £l-Marooun le ramena à Bagdad où il 
trouva un accueil favorable auprès d'El-Mo'taçim; aussi 
lui consacra-t-il de nombreux poèmes, ainsi qu'à ses 
courtisans. La renommée grandissante d"Abdallab ben 
Tafair, qui était presque indépendant en Khorasan, l'at- 
tira auprès de lui; à son retour, retenu ii Hamadan par 
une tourmente de neige qui avait rendu infranchissables 
les passes du Zagros, il y fit la connaissance de l'érudit 
Abou'1-Wéfa ben Salama, qui lui ouvrit toutes grandes 
les portes de sa bibliothèque, ce qui lui donna le goût de 
rechercher et réunir les poésies des anciens poètes arabes 
et lui permit de composer, entre autres, son Hamâsa qui 
nous a conservé la notion d'une foule de poètes et de poé- 
sies de l'ancienne époque arabe. Comme poète, il aurait 
peut-être été vite oublié; mais comme compilateur du 
Hamâsa, il est resté célèbre, et son commentateur Tébrizi 
a pu dire : « Abou-Temmàm, en réunissant cette antho- 



, .....,Coog[c 



logie, s'est montré meilleur poèlc que dans ses propres 
vers. » Cependant l'on disait aussi de luî qu'il surpassait 
ses contemporains par la pureté de son style, le mérite 
intrinsèque de ses poésies, et la manière excellente dont 
il savait traiter un sujet. Ibn-Khallikao a établi qu'Abou 
Temmàm avait passé les derniers jours de sa vieâMossoul 
où Hasan ibn Wahb, secrétaire du directeur de la chan- 
cellerie, l'avait envoyé comme directeur de la poste aux 
chevaux : fonctions de toute confiance dans l'empire des 
Arabes, car ce fonctionnaire, en outre de son service 
public, renseignait l'autorité centrale sur ce qui se pas- 
sait dans les provinces; il mourut dans cette ville vers 



Dik el~Djinn. 

Avec Dik el-djinn (le Coq des génies, ainsi surnommé 
parce qu'il avait des yeux verts et était très laid] Abdessé- 
lâra ben Raghbàn nous avons un exemple de cet intéres- 
sant mouvement d'idées qui souleva contre les Arabes 
d'Arabie et leurs prétentions à la supériorité et à la no- 
blesse toutes les races vaincues qui relevaient la tète, et qui 
trouvaient des rhéteurs pour défendre leurs droits, d'ail- 
leurs purement imaginaires; on appelait ces gens des 
cho'oûbiyya. Ils n'oubliaient qu'une chose, c'est que leur 
patriotisme ne pouvait se manifester qu'en langue arabe, 
et que l'emploi de cette langue était la marque indélébile 
de la conquête. Le Coq des génies était un fameux Cho- 
'oûbî; né à Homs en Syrie, pays qu'il ne quitta jamais, il 
plaida la supériorité des Syriens; il était en même temps 
chiite et composa des élégies sur la mort lugubre de 
Hoséïn, (ils d"Ali, a la bataille de Kerbéla. Il mourut en 



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LES ABBASSIDBS 



849 âgé de plus de soixante-dix ans. I! avait dissipé tout 
son patrimoine dans le désordre et les plaisirs. Il avait 
une esclave nommée Dounyâ, dontil était passionnément 
amoureux, et à qui il consacra de nombreux poèmes; 
mais dans un accès de passion criminelle et de jalousie, 
il la mit à mort sur un soupçon qu'il avait conçu à l'égard 
de la conduite de la servante envers un esclave nommé 
Waçif ; crime dont il se repentit amèrement plus tard. 

L'épanchement de sa douleur nous a valu les vers où il 
exhale sa plainte : « branche de dattes ! la destruction 
est tombée sur toi! J'ai arrosé de ton sang la terre... » 
Son image venait le visiter pendant la nuit : « Elle 
visita ma couche après ses funérailles... et je lu! dis : 
Joie de mes yeux! tu m'es rendue enfin! mais comment 
est-ce possible? Et elle répondit : Là-bas mon corps est 
déposé, mais ceci est mon âme qui vient te visiter. » On 
remarquera l'expression des regrets; celle du remords 
est absente; en accomplissant cet assassinat le poète ne 
faisait qu'user du droit que la loi lui reconnaissait; sa 
conscience était tranquille. 

Les Hamdânides à Alep. 

Le règne des Hamdânides à Alep créa dans cette ville 
un mouvement littéraire des plus importants, dont In 
célébrité ne tarda pas à se répandre dans tous les pays 
où l'on parlait l'arabe. Séïf-Eddaula, qui s'y établit 
alors que le khalifat de Bagdad était disputé entre des 
chefs militaires d'origine turque ou persane, eut à 
défendre l'État qu'il avait créé contre bien des ennemis 
extérieurs, et surtout contre les troupes romaines de 
Byzance; néanmoins il vit fleurir autour de lui plusieurs 



9S LtTTKnATURB ARABE 

poètes, doDt les plus célèbres sont Moténebbî et Abou- 
Firâs el-Hamdânï. 

MoT^NBBBi, Ris d'un porteur d'eau, était né à Koufa 
en 905 ; il passa son enfance en Syrie et parmi les Arabes 
du désert. Étant jeune homme, il se crut prophète, 
fonda une nouvelle religion dans les plaines qui entou- 
rent la petite ville de Sémâwàt sur l'Euphrate, eut des 
révélations dans le genre de celles du Koran, et réunit 
quelques sectateurs autour de lui ; mais au bout de fort 
peu de temps, il fut défait par Loulou, le général des 
Ikhchidites commandant à Homs, et mis en prison ; de là 
son surnom de Moténebbî, « celui qui se prétend pro- 
phète n. La prison dont il ne sortit qu'après avoir reconnu 
la vérité de l'islamisme, lui révéla son génie de poète. En 
948, arrivé à la cour de SéiT-Eddaula, il composa pour le 
louer des poèmes tellement beaux que les noms de l'au- 
teur et du protecteur sont indissolublement liés l'un à 
l'autre . 

Leur bonne entente toutefois ne dura que neuf ans. 
A la suite d'une dispute avec le philologue Khàlawalh, 
Persan de Susiane, qui s'emporta jusqu'à le frapper 
au visage avec une clef, il quitta Alep et alla offrir ses 
services à l'ennemi de la dynastie des Hamdànides, à 
l'eunuque nègre Knfour et à Anoûdjour, ministres des 
princes Ikhchidites qui s'étaient rendus indépendants en 
Egypte; seulement les résultats de sa démarche trom- 
pèrent son attente; furieux, il s'enfuit et se rendit 
a Bagdad, oii commandait de fait le ministre El-Mohal- 
labt, qui aurait bien voulu être l'objet des louanges de 
l'illustre poète ; mais celui-ci ne lui accorda pas la gloire 
qu'il sollicitait, de sorte que le poète alla rechercher en 
Perse, à Chiraz, Adod-ed-Daula, le Bouïde, qui le récom- 
pensa généreusement. C'est en revenant de le visiter 



:,q,t,=c.=ïGooglc; 



LBS ABDASSIDBS D3 

qu'il tomba, aoa loin de Bagdad, au milieu d'une expédi- 
tion de brigands bédouins et fut tué (965). 

Les poésies de Moténebbi ont été applaudies et criti- 
quées outre mesure dans le monde arabe et dans le 
monde européen . Le cadi Abou'l-Hasan se vantait de 
tenir le milieu entre les admirateurs et les détracteurs 
du poète, les premiers lui donnant la préférence sur 
tous les autres poètes de son temps et l'élevant au-dessus 
de tous ses rivaux, tandis que les seconds prétendaient 
que ses discours n'étaient qu'un bavardage, ses expres- 
sions que des barbarismes. Tha'âlibi, l'auteur du Yati- 
met-ed-Dakr, trouvait à juste titre que la division des 
esprits sur ce sujet est la preuve la plus évidente de son 
mérite et de sa supériorité ; il vantait aussi son habileté : 
a la rime est soumise à son empire et les pensées sont ses 
esclaves ». Quand on examine de près l'opinion des cri- 
tiques orientaux, on voit que ce qu'ils louent le plus 
dans Moténebbi, c'est la recherche de l'expression, 
l'abandon de l'antique simplicité pour l'afTéterie, l'accu- 
mulation d'images hétéroclites; c'est ainsi qu'il fut le 
premier à composer des vers dans le goût de celui-ci ; 
a II marcha à la tête d'une armée soulevant un nuage de 
poussière qui obscurcit la vue ; il semblait que les soldats 
vissent avec leurs oreilles ; n et cela parce que l'obscurité 
était telle qu'on ne pouvait voir avec ses yeux! Ce» 
fâcheuses inventions du pseudo-prophète et de ses con- 
temporains eurent un succès tel qu'elles régnèrent en 
maîtresses sur la poésie orientale, que nous allons voir 
verser de plus en plus dans la boursouflure et les 
images forcées. Comme preuve de la popularité de Moté- 
nebbi, Ibn Kballikan cite ce fait que, pour expliquer ses 
poésies, on a écrit plus de quarante commentaires; cela 
tient surtout à ce que les expressions rares et recher- 



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LtTTBIlATDRE ARABE 



chées dont il abusait avaient begoln d'Être expliquées 
pour être comprises. L'avarice était le seul défaut qu'on 
put lui reprocher : sa conduite morale frappait au milieu 
des plaisirs et des débauches de la cour de Séïf-Eddaula ; 
un rigide musulman remarqua même que quoiqu'il ne 
jeûnât pas, ne fit pas les cinq prières canoniques journa- 
lières, ni ne lût pas le Koran, il ne disait cependant 
jamais de mensonge. 

D'autre trempe était Abou-Fibàs el-Hamdàni, qui était 
de la famille même de ces princes d'Alep et cousin de 
Séïf-Eddaula, qui l'avait nommé gouverneur de la ville de 
ManbidJ, et qu'il accompagna dans ses luttes contre le 
Domestique, général en chef des troupes romaines 
d'Asie. Fait prisonnier en 959, à la chute de la forteresse 
qu'il défendait, il fut conduit à Constantinople et y resta 
jusqu'à sa mise en liberté en 965. Pendant sa captivité 
il composa de nombreuses élégies adressées aux mem- 
bres de sa famille, parmi lesquelles un poème célèbre 
adressé à sa mère à Manbidj, qui a été traduit en alle- 
mand par Ahlwardt. A la mort de Séîf--Eddaula (967), il 
prétendit au trône de la principauté de Homs, mais i! 
périt dans un combat avec les troupes envoyées contre 
lui par le fils de Séif-Eddaula. Abou-Fîrâs était un brave 
guerrier, dont les poésies, dépourvues d'appareil pédao- 
tesque, respirent des sentiments vrais et francs exprimés 
dans une langue noble et élevée ; elles forment le journal 
de sa vie accidentée. 

A côté de ces deux maîtres de la langue, on peut encore 
citer, dans l'entourage de Séïf-Eddaula, Es-Sari br-Reppà, 
ainsi nommé parce que dans sa jeunesse il avait été stop- 
peur ou repriseur d'étoffes à Mossoul; après la mort de 
Séïf-Eddaula il se rendit à Bagdad auprès du ministre El- 
Mohallabi ; Tha'àlibi lui a reproché de nombreux plagiâtes. 

L,, .,.:„G00g[c 



LES ABBA58tDB9 



Il avait pris pour modèle Kochàdjim, alors célèbre en 
Orient; il avait contracté l'habitude, pour augmenter le 
volume des copies qu'il faisait de cet auteur, d'insérer ses 
propres vers au milieu des siens. En-Nâmi (Abou'l-' Abbâs 
Ahmed], successeur de Moténebbi comme poète de cour, 
mourut à Alep entre 980 et 1008; on l'appelait El-Mis- 
stsi parce que sa famille était originaire de Mopsueste en 
Cilicie. On a conservé de lui les vers spirituels qu'il a 
consacrés a un seul cheveu noir qui était resté sur sa 
tète chauve : « Je dis à mes cheveux blancs, efirayés de 
la présence de cet étranger : Je vous en prie, respectez- 
le. Une épouse noire d'Afrique ne restera pas longtemps 
dans la maison où la seconde femme est blanche de 
peau. » Abou'l-Faradj , qu'on surnommait El-Babbaghâ 
(Perroquet) à cause d'un défaut de prononciation, était de 
Nisibine; après la mort de son protecteur il se rendit 
à Mossoul et à Bagdad, et mourut en 1007. Ez-Zâhi Ali 
ben Ishaq ne séjourna à Alep que temporairement : il 
vivait ordinairement à Bagdad, où il était né et où il 
tenait une boutique de marchand de coton ; il y consacra 
des poèmes aux Abbassides et au vizir El-Mohallabi; il 
mourut en 963; il est célèbre par ses descriptions : on cite 
les vers qu'il a consacrés à la violette, a. fleur d'azur 
dont la tige semble trop faible pour supporter la fleur », 
au vin « si transparent dans la coupe qu'il en semble 
lumineux m, aux belles « dont les yeux semblent brandir 
des sabres et dégainer des poignards, dont le visage 
voilé rappelle le croissant, et dévoilé, la pleine lune ». 

L'Egypte échappait de plus en plus à l'action du kha- 
lifat de Bagdad; les Toulounides et les Ikhchidites s'y 
étaient rendus indépendants ; les temps n'étaient pas 
loin où les Fatimides, venus d'Afrique, allaient y établir 
un khalifat chîïte. Passant sur le kâlib ou secrétaire 



, ;....,C00g[c 



LITTERATURE ARABE 



Hâchid ben Ishaq, qui florissait vers 850 et a laissé ud 
diwan plein d'obscénités qui est conservé à la biblio- 
thèque de Berlin, nous pouvons noter le chérif Abou'l- 
Qàsim Ibn Tadâtabâ, qui remplissait les fonctions d'ins- 
pecteur des descendants d'Ali; tl mourut en 956. Ses 
poésies sont surtout mystiques et ascétiques ; ou cite cepen- 
dant sa description d'une longue nuit : a Les Pléiades sem- 
blent cette nuit avoir voyagé tout le jour et être arrivées 
fatiguées à leur station du soir. Elles ont dressé leurs 
tentes pour que leur caravane puisse reposer, aucune 
planète ne roule dans son orbite, aucune étoile ne se 
bâte dans sa voie nocturne (tellement la nuit est noire). » 

Abou'l-Qàsim Mohammed ben Hâni' el-Andalousi 
était né k Séville, mais son père était originaire d'un 
village des environs de Mahdia en Tunisie. Banni de sa 
ville natale à vingt-sept ans, parce que la dissipation 
dans laquelle il s'était plongé l'avait fait accuser de par- 
tager les opinions des philosophes grecs, lui avait valu 
la haine du peuple et avait contraint son protecteur, qui 
craignait d'être accusé de pactiser avec ses idées, de le 
prier de s'éloigner quelque temps, il se rendit auprès de 
Djauhar, le général du Patimide El-Mançour, puis auprès 
du (ils de celui-ci, El-Mo'îzz, quand il remplaça son père 
en 95.3, et l'accompagna lorsqu'il se mit en route pour 
la conquête de l'Egypte en 969. Au bout de quelque 
temps il retourna au Magreb rejoindre sa famille et 
l'amener en Egypte; il fut en cours de route assassiné 
à Barqa dans l'ancienne Cyrénaïque (973), jeune encore, 
ayant au plus quarante-deux ans. 

El-Mo'izz, en entrant en Egypte, apprit la mort de son 
protégé ; il en fut extrêmement afQigé : « Nous espérions, 
dit-il, mettre cet homme en compétition avec les poètes 
d'Orient, mais ce plaisir nous a été refusé, n Abou'I-'Ala 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LBB ABBASBIDBS 97 

el-Ma'arri, qui n'aimait pas les vers d'Ibn Hâni', les com- 
parait à des grains de blé broyés par ta meule, à cause 
de la dureté de sa phraséologie. 

tÉmu, second fils du khalife fatimidc El-Mo'izz, né 
en 948, composa des dithyrambes consacrés à son 
frère le khalife EI-'Aziz et mourut en Egypte en 985. 
Celui-ci, qui avait succédé à El-Mo'izz après avoir été 
désigné de son vivant comme héritier présomptif, était 
aussi poète. Témim a écrit des poésies amoureuses, 
tout en imitant les poètes du désert dans ses descrip- 
tions de gazelles souETrant de la soif. A côté de lui nous 
pouvons citer Ibn-Wakî', né à Tinnis près de Damiette, 
mort dans la même ville en 1003; on appréciait en lui 
l'originalité de la pensée. Compilateur remarquable, il a 
consacré un ouvrage à rechercher les plagiats attribués 
il Moténebbi. Un défaut de prononciation l'avait fait sur- 
nommer El-' Atis (Celui qui éternue). Il a chanté les délices 
de l'amour refroidi ; « Mon cœur, jadis aimant, est 
maintenant délivré de ton amour, et ne sent plus pour toi 
ni inclination ni désir. Ta cruauté m'a réconcilié avec 
ton absence; un parent peut cesser de regretter la mort 
d'un enfant revéchc. n 11 était d'ambition modeste : 
« Une position obscure satisfait mes souhaits, qui se 
détournent d'un rang élevé. Cependant ils n'ignorent pas 
combien les grandeurs sont douces, mais ils préfèrent 
la santé, m 

ABOu'a-RAgA'MAQ était originaire d'Antioche, Établi en 
Egypte, il adressa des louanges aux souverains fatimides 
et aux grands de ce pays ; il y mourut en 1008. Et-Tihami 
(Abou'I-Hasan 'Ali ben Mohammed) n'a pas produit un 
gros volume, mais la plus grande partie des pièces qui 
le composent sont exquises, àla manière orientale, c'est-à- 
dire pleines de comparaisons exagérées et imprévues. 



LITTBRATUBB ARABB 



Célébrant la libéralité d'uD ministre, il s'écrie : « Com- 
parés à sa magni&ccnce, le nuage gonflé n'est plus 
qu'une vapeur, et les mers de simple» ruisseaux. » Mais 
il a composé une fort belle élégie sur la mort de son 
fils encore jeune, et l'on prétendit que ses péchés lui 
avaient été pardonnes pour avoir écrit une si belle pièce 
de vers. Le rôle politique qu'il joua fut cause de sn 
perte. Étant arrivé secrètement en Egypte porteur de 
lettres de Hassan ben Mofarridj, chef de la tribu de Taï, 
adressées aux Beui-Qorra qui habitaient la province de 
Barqa, l'ancienne Cyrênaïque, et venaient de se révolter 
contre les Fatimides en faveur d'un descendant des 
Oméyyades, il fut arrêté et jeté dans une prison du Caire 
où il fut mis à mort en secret en 1025. 



Toghrai. 



Abou Isma'il el-Hasan TochiiàÏ était d'origine persane, 
né à Ispahan; à la fois poète, savant et homme d'Etat; 
son surnom signifie : Celui qui trace le togkrd, sorte de 
dessin formé de lettres entrelacées qui se place en tête 
des diplômes et actes officiels et sert à lui donner le 
caractère d'authenticité. Le calligraphe qui le trace est 
en réalité le chancelier de l'Etat. C'est à Bagdad qu'il 
composa la Ldmiyyat el-'Adjam (l'ode rimée en / des 
non-Arabes) par opposition à la célèbre Lâmiyyat el-'Arab, 
dont l'auteur est Chanfara; c'est une élégie sur le 
malheur des temps. Plus tard le sultan seldjoukide 
Mas'oud le prit pour son ministre, dans sa capitale de 
Mossoul. Lorsque celui-ci fut défait à ta bataille d'Hama- 
dan (1121) par son frère Mahmoud, le poète fut fait pri- 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LES ABBASSIDES 99 

soDDÎer et exécuté sur le conseil du vizir Souméïrami, 
souB le prétexte d'athéisme. Son diwan contient de nom- 
breux panégyriques du sultan Sa'id, fils de Mélekchah, et 
du grand ministre Nizhiim el-Molk. Les orientalistes 
Pocock et Golius se sont exercés à traduire en latin ta 
Lùmiyya de Toghràï. 

Un copiste et libraire de Bagdad, Abou'l-Ma'àli Sa'd 
el-Haziri (f 1172), surnommé Dellàl el-Kotob (le Courtier 
de livres], a réuni ses propres poésies sous le titre de Lou- 
mah-el-moulah, par ordre alphabétique, ainsi qu'un 
recueil d'énigmes qui se trouve au Caire. Nous n'avons 
plus son Zînat ed-dahr, anthologie des poètes de son 
temps et de leurs prédécesseurs, ornée de biographies, 
non plus que ses nombreuses compilations. Ses composi- 
tions abondent en pensées gracieuses exprimées avec 
beaucoup d'élégance. 

En l'honneur du grand ministre des Seldjoukides, 
r^izhàm el-Molk, Mou'in-Eddin Ahmed ben 'Abderrazzàq 
bt-Tamtakâni rima son ode à échos [tardji') que Silvestre 
de Sacy a fait connaître et a traduite dans sa Chrestomalhie 
arabe. 

oAbou'Valâ el-Ma'arrî. 

La Syrie avait alors vu naître un philosophe qui fut le 
dernier des grands poètes de la langue arabe, et dont le 
pessimisme, exprimé en beaux vers, provoqua l'admiration 
de nombreuses générations. 

Abou'l-'alâ el^Ma'aruî, né àMa'arrat-en-No'man, dans 
la Syrie du Nord, en 973, était d'une famille qui se rat- 
tachait à la tribu yéménite de Tanoùkh. A l'âge de 
quatre ans, il fut atteint de la variole et perdit un œil ; 



.:,.,C00g[c 



100 LITTÂRATUHB ARABB 

plus tard l'œil resté sain fut détruit à son tour et il 
devint totalement aveugle. Malgré cela il reçut une édu- 
cation soignée à laquelle veilla son propre père, dont il 
a éternisé la mémoire dans une élégie. Après avoir con- 
tinué ses études à Alep, ît lit un premier voyage à 
Bagdad, qui ne lui réussit pas, car il s'y sentait étranger 
et ne rêvait que de sa ville natale; il y revint cependant 
l'année suivante pour y faire la connaissance d'Abdes- 
sélâm de Bassora, directeur de l'une des grandes biblio- 
thèques de la ville. Celui-ci réunissait chez lui, chaque 
vendredi, une société de libres penseurs dont Abou'l- 
'Atù fit bientôt partie : les uns étaient rationalistes, 
comme les Mo'tazclites, d'autres purement matérialistes; 
cette fréquentation eut une grande influence sur la direc- 
tion de son esprit. Cependant, au bout d'un an et sept 
mois, rappelé à Ma'arra par la nouvelle de la maladie 
de sa mère, il arriva trop tard pour recueillir son der- 
nier soupir, pleura sa mort dans des vers pleins de 
sentiment, et ne quitta plus sa ville natale. Ses poésies 
de jeunesse ont été rassemblées sous le titre de Sitjl az- 
zand (les Etincelles du briquet) et celles de son âge mùr, 
BOUS celui de Luzoâm mû lam yalzatn (Obligation qui 
n'est pas indispensable), ainsi appelées d'après la difficulté 
vaincue d'une double ou triple rime, ce qui n'est pas 
indispensable en prosodie ; il a laissé un recueil de lettres, 
un traité de l'ascétisme et de la prédication en prose 
rimée et en vers. On dit qu'il avait écrit un Koran, imi- 
tation de celui du Prophète et qui n'était peut-Atre que 
le persiflage d'un libre penseur. Comme on lui objectait 
que l'ouvrage était bien fait, mais qu'il ne produisait pas 
l'impression du vrai Koran : « Laissez-le lire pendant 
quatre cents ans dans les chaires des mosquées, répHqua- 
t-il, et TOUS m'en direz des nouvelles. » 



3,q,t,=c.=ïG00glC 



LES ABBASSIDES 101 

Ibn Kocb&djin Mahmoud a aussi laissé un diwaa ou 
recueil de poésies rangées par ordre alphabétique. Il 
était le petit-hls d'ua Indien des bords du Siode, et 
vivait à Ramla. Il mourut vers 961. 

Abou'UFaradi Mohammed bl-Wa'wa' de Damas était un 
poète précieux et délicat, qui abusa des descriptions et 
des métaphores; il est l'auteur du vers fameux : « Elle 
fit pleuvoir des perles du narcisse, arrosa la rose et mor- 
dit les jujubes avec ses grêlons, » qu'on pourrait prendre 
pour la description d'un nuage, mais a tort, car il 
s'agit d'une femme : les perles sont les larmes, le nar- 
cisse l'œil, la rose est la joue, les grêlons les dents, et les 
jujubes ne sont autre que les lèvres roses. Ces facettes 
durent paraître charmantes quand on les inventa; plus 
tard, répétées ii satiété par des milliers de poétaillons 
en persan, en hindoustani et en turc, elles forment la 
plus fastidieuse répétition de formules creuses qu'on peut 
imaginer. Il mourut à la fin du x° siècle. 

A Bagdad vécut Abou-' Abdallah el-Ablah, qui y naquit 
et y mourut; c'est vers 1183 que ce dernier événement 
arriva. Ses poésies, dont quelques-unes ont été conser- 
vées au British Muséum, unissent la tendresse du senti- 
ment à l'artifice du style. Elles n'étaient pas très nom- 
breuses, mais elles eurent un grand cercle de lecteurs ; 
les musiciens s'en emparèrent et les chantèrent sur de 
vieux airs; ils s'empressaient autour de lui pour lui 
réclamer des poésies nouvelles. En 1160, le Kâtib 'Imàd- 
Eddîn, auteur de la Kharîda, entendit réciter ses vers. 
Son surnom d'Ël-Ablah signifie le Sot; mais on s'est 
demandé si on ne le lui avait pas donné par antiphrase; 
c'est ainsi que les Arabes appellent un nègre Kàfour 
(Camphre], et nous Boule-de-neige. 

Ibn bt-Ta'.IwidhI (Abou'1-Fath Mohammed) était le fils 



, .....,Coog[c 



lOS LITTÉRATURE ARABB 

d"Obéïd-allah, qui s'appelait proprement NoAchtékin et 
était un esclave turc affranchi; par sa mère il était le 
petit-âls du célèbre ascète Ibn et-Tâ'àwidhi, d'où son sur- 
aoiB. Né en 1125 à Bagdad, il fut élevé par les soins de 
son grand-père maternel, devint secrétaire à l'adminis- 
tration des (iefs : en 1183, il perdit la vue; il se lamente, 
dans nombre de ses poèmes, sur la privation de l'usage 
de ses yeux et regrette les jours de son active jeunesse. 
Avant cette calamité, il avait réuni ses poésies en un 
diwan, qu'il compléta plus tard, en y ajoutant ce qu'il 
appelait Ziyâdât ou Additions. Quand il devint aveugle, 
il occupait encore son poste dans l'administration; il 
obtint que son nom fût remplacé, sur les registres du 
personnel, par ceux de ses fils; néanmoins il paraît que 
ceux-ci se montrèrent ingrats et ne nourrirent pas leur 
përe, qui adressa au khalife Nàçîr-Lidînillah une plainte 
en vers si touchante, pour demander une pension viagère 
pour lui-même, que le khalife ta lui accorda, u Si cette 
pièce de vers avait été récitée à un roc, dit Ibn Khallikan , 
elle l'aurait amolli, n On admira son style aisé et gra- 
cieux; la correction et la douceur de l'expression s'y 
alliaient à la subtilité de la pensée, on les trouvait char- 
mantes au plus haut degré. Sa mort arriva en 1188. 

Idm el-Mo'allim (le Fils du professeur] est le surnom 
d'Ahou'l • Ghanùïm Mohammed el-Horti , de Hort près 
de Wàsit, né en 1108, mort en 1196. Dans ses poésies, 
c'est le sentiment pathétique qui domine, ainsi qu'une 
délicatesse naturelle de la pensée; elles appartiennent 
aux genres amoureux et panégyrique; le style en est 
aisé et les pensées justes; elles eurent un succès consi- 
dérable, se répandirent au loin et procurèrent à leur 
auteur l'estime publique, l'aisance et l'influence. On les 
apprenait par cœur avec plaisir, et tes prédicateurs les 



LES ABBASSIDES 103 

citaient dans leurs serinons. Chaque ode qu'il composait 
était immédiatement apprise par cœur par les derviches 
appartenant à l'ordre religieux des Rifù'iyya, qui les 
chantaient dans leurs assemblées pour se procurer 
l'extase mystique. Le chant de l'amour charnel les menait 
sur la voie de l'amour divin. Il régnait une jalousie 
mutuelle entre Ibn el~Mo'allim et Ibn et-Ta'ùwidhi, qui 
s'adressèrent l'un à l'autre des satires. Un jour que le 
premier passait it un endroit où le chéïkh Ahou'l-Faradj 
Ibn eUDjauzi avait l'habitude de prononcer de pieuses 
exhortations, il vit une foule nombreuse assemblée et 
s'informa du motif qui produisait l'encombrement de la 
rue. On lui apprit que c'était une prédication d'Ibn el- 
Djauzi qui allait avoir lieu. 11 réussit à se faire place et 
s'approcha du prédicateur assez près pour l'entendre 
dire : « Ibn cl-Mo'altim a exprimé une pensée fort belle 
dans ce vers : La réputation de ton nom renouvelle, 
pour mon oreille, le plaisir de l'entendre, et celui qui le 
répète me parait charmant. » L'auteur fut délicieusement 
frappé de s'entendre ainsi citer, mais ni le prédicateur 
ni personne de l'assemblée ne sut qu'il était là. 

'Isa ben Sindjar BL-HiDjiai était comme son père un 
soldat des troupes régulières turques. Il naquità Arbèles. 
Un frère d'Ibn Khallikan, nommé Diyâ-Eddin 'Isa, était 
lié d'une étroite amitié avec Ël-Hùdjiri ; quand le biographe 
arabe quitta Arbèles en 1229, le poète était alors détenu 
dans la citadelle de cette ville, » pour des motifs qu'il 
serait trop long de rapporter »; il trompait son ennui 
en composant des vers sur sa captivité. Plus tard il obtint 
sa mise en liberté et entra au service de Mozhaffar-Eddin 
Koûkbouri (le Loup bleu], qui régnait à Arbèles depuis 
1190; il fut en faveur et adopta le costume des soufis. 
A la mort de son maître en 1232, il quitta cette ville 



, ...^-.iCoogk 



10% LITTEBATVRB ARABE 

et il n'y retourna que quand Bàtikin, esclave arménien, 
fut chargé de l'administrer au nnm du khalife. Il y résida 
constamment pendant longtemps. Un jour, en sortant de 
sa maison, il fut poignardé par un assassin qui l'épiait 
depuis quelque temps. Il expira la même journée, en juin 
1235, après avoir écrit, malgré son affreuse blessure, un 
appel en vers à la vengeance de Bàtikin ; il avait ii peine 
cinquante ans. Son surnom d'Ël-Hàdjirî se rapporte à 
El'Hâdjir, village dans le Hedjaz ; il n'y était pas né, mais 
bien à Arbèles ; on le lui donna à cause de la mention 
fréquente qu'il en faisait dans ses vers, ce qui indique 
bien tout ce qu'il y a d'artificiel dans la poésie de cette 
époque, oii les auteurs, par esprit d'érudition, citaient 
des endroits qu'ils n'avaient jamais vus, où ils n'avaient 
jamais mis les pieds et qu'ils ne connaissaient que par 
la lecture des anciens poètes arabes : telle la Grèce pour 
les poètes français du xvii' siècle. Son diwan a été 
recueilli et mis en ordre par 'Omar ben cl-Hosémi de 
Damas, qui l'a rangé en sept chapitres : les ghazels ou 
poésies amoureuses, celles du temps de sa captivité, les 
mokhammasdt ou stances de cinq vers, les vers isolés, 
les satires, les poésies populaires appelées maivdli, et 
enfin les quatrains ou doù-béït; il a été imprimé au Caire 
en 1888. 

Un autre poète d'origine turque, Aïdamir el-Mohyawî, 
surnommé Fakhr bt-Turk (la Gloire des Turcs), était 
un affranchi de Mohyî-Eddin Mohammed ben Sa'îd. Il 
florissait dans la première moitié du xiii' siècle. C'est le 
poète des jardins et des fleurs ; il a aussi écrit des poésies 
populaires dites Mowachchah. Dans ce même genre on 
remarque Ifan el-Halâwî de Mossoul (Ahmed ben Moham- 
med), né en 1206, qui fut le poète de cour de Bedr-Ëddin 
Loxyloa, atâbek de Mossoul, et qui mourut en 1258; c'était 



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LES ABBASGIDES 105 

UD des élégants de la ville, d'une fréquentation aimable 
et agréable, mais d'un esprit fort léger; il a chanté, dans 
ses odes, les khalifes et les rois de son époque, tels que 
Mélik-Nàçir Dâoud, seigneur de Karak. Lorsque le prince 
de Mossoul se rendit en Perse à la rencontre de Houla- 
gou, le pelit-61s de Tchinguiz-Khan, qui marchait à la 
conquête de Bagdad, son poète favori l'accompagna; 
mais celui-ci tomba malade en route et mourut dans les 
environs de Salmâs, à l'âge de près de soixante ans. Tout 
d'abord Bedr-Eddin Loulou, loin d'avoir en lui un "confi- 
dent Intime, ne l'admettait môme pas à sa table et dans 
sa société; il l'employait à réciter, les jours de fête, les 
panégyriques qu'il avait composés; mais à la suite d'une 
saillie spirituelle du poète à propos de son bidct que le 
prince avait rencontré malade dans un jardin, il le prit 
dans son cercle de commensaux habituels et lui attribua 
une pension. 

Si nous citons encore les noms du poète chiite 'Izzeddîn 
'Abd-el-Hamid Ibn Abi'l-IIadîd (■}■ 1258), auteur de sept 
poésies appelées ea-sab' el-'Alaiviyyâl, sur les louanges 
du Prophète, la prise de Khaïbar et de la Mecque, la 
mort de Hoséîn fils d'Ali, et le panégyrique du khalife 
Nàçir-Lîdinillah, dont un manuscrit existe à Leyde; de 
Djémùl-Ëddin Yahyà eç-Çarçari, originaire de Çarçar 
dans le voisinage de Bagdad (7 1258), qui fit le tour de 
force de composer, à la louange de Mahomet, un poème 
dont chaque vers renferme toutes les lettres de l'alphabet 
et de résumer le droit hambalite en vers sur le mètre 
tatvil; de Medj-Eddin el-Wà'îzh ei-Witri, prédicateur de 
Witr (-}- 1264), auteur de vers à la louange de Mahomet 
et sur les mérites du pèlerinage; de Chems-Eddin el- 
WîVizh el-Koùfl (prédicateur de Koufa), mort à quatre- 
vingts ans en 1276, dont les poésies existent en manus- 



„ ;....,C00g[c 



lOe LITTÀRATORB ABADE 

crit à Gotha, et de Medjdeddin Ibn Abi-Chùkîr d'Ar- 
bêles, qui vivait encore en 1277 et dont un poème, 
Tadhkiret el-artb, se trouve à la Bibliothèque Nationale, 
nous aurons passé en revue le mouvement poétique qui 
a Bagdad pour siège. 

Là Perse. 

La ville de Bost, dans le Sidjistan, qui fut brillante 
au moyen âge par sa prospérité et sa science, et dont 
les ruines inexplorées gisent dans les espaces déserts 
qui séparent la Perse de l'Afghanistan, donna naissance 
en 971 à Abou'1-Fath 'Ali el-Bosti, qui dans ^ jeunesse 
fut secrétaire du chef de cette ville, BatyoAr, et passa au 
service du chef turc Subuk-Tékin, le père du fameux 
Mahmoud le Ghaznévide, lorsque le prince de Bost fut 
défait par lui. Il mourut à Bokhara en 1010, sous le 
règne de Mahmoud. Ses œuvres en prose et en vers 
étaient surtout admirées pour l'emploi, disons l'abus, 
qu'il faisait de l'allitération. Un extrait de son diwan est 
conservé à Leyde; sa qaçida la plus célèbre, que l'on 
connait sous le nom de Qaçidat el-Bosti, et qui a été plu- 
sieurs fois commentée, est assez répandue dans les 
diverses bibliothèques d'Europe. 

Abou-Mançoùr 'Ali ben el-Hasan est connu sous le 
surnom de Sorr-Dorh (Bourse de perles), qui lui fut donné 
à cause de son talent poétique, tandis que son père avait 
été surnommé Sorr-Baar (Bourse de fiente) à cause de 
son avarice; c'est ce qu'Abou-Dja'far Mas'oûd el-Bayadi 
nous a fait savoir par ses vers satiriques; il a eu seule- 
ment le tort d'ajouter : « Ce que votre père avait amassé, 
vous, l'ingrat, l'avez dispersé, et vous l'appelez poésie; » 



LES ABB49SIDB9 



c'est injuste, car les vers de Sorr-Dorr sont charmants. 
Nous ne savons presque rien de sa vîe; il naquit anté- 
rieurement à l'an 1009; il était à Wâsit lorsque Fakhr- 
Ëddaula Mohammed beo Djéhlr fut nommé vizir, et le 
félicita de sa nomination. Il mourut par accident en 1072 ; 
une fosse pour prendre les lions avait été creusée près 
d'un village sur la route du Kborasan, et il y tomba. 

L'étude du droit chaféîte n'empêcha pas les talents 
poétiques d'Abou'I-Hasan 'Ali el-Bakhaiizi de se déve- 
lopper; il s'était exercé à l'art de la calligraphie, et fut 
employé occasionnellement dans les bureaux de la secré- 
tairerie d'État. II était né à Bùkbarz, chef-lieu d'un 
canton entre Nisapour et Hérat, dans le Kborasan. Il 
passa sa vie dans des alternatives de richesse et de pau- 
vreté, et éprouva de surprenantes vicissitudes dans ses 
voyages et ses séjours dans les villes. It écrivit, en dehors 
de son propre diwan, une continuation, jusqu'il l'an 450 
de l'hégire, du Yatimat eddahr de Tha'àlibi, sous le 
titre de Doumyal-el-qaçr (Statue du palais) ; c'est, comme 
l'ouvrage qu'il continuait, une anthologie poétique. Il 
fut assassiné dans sa ville natale, au milieu d'une partie 
de plaisir, dans l'été de 1075, et te crime resta impuni. 

Un membre de la sainte famille de Hachim, un des- 
cendant d'Ibn 'Abbâs, le chérif Abou Ya'la Mohammed, 
mieux connu sous l'appellation d'IaN el-Habd&riyya, 
était né à Bagdad. Poète de grand talent, il avait la 
langue acérée; ses satires n'épargnaient personne. Il 
faisait partie du cercle de poètes qui entouraient le grand 
ministre des Seldjoukïdes, Nizhàm el-Motk; les genres 
de composition qu'il affectionnait étaient la satire, les 
pièces humoristiques et obscènes : « Quand it veut bien 
consentir à respecter la décence, ses poésies sont haute- 
ment belles, M dit te Kàtib 'imâd-Eddtn dans sa Kkarîda. 



..jogic 



108 LITTéRÀTURE ARABB 

Nïzbûm el-Molk avait pour lui une indulgence poussée 
à la limite la plus extrême. Un esprit de haine et de 
jalousie s'était élevé entre ce ministre et Tadj el-Molk 
Ifan Darest, secrétaire de Turkan-Khatoun, épouse de 
Mélek-Chah, et qui d'ailleurs lui succéda après sa mort. 
Celui-ci demanda à Ibn el-Habbâriyya de composer une 
satire sur Nizhâm cl-Molk, lui promettant, s'il y consen- 
tait, une récompense considérable et l'appui de sa faveur. 
« Comment, dit le poète, pourrai-je attaquer un homme 
aux bienfaits de qui je dois tout ce que je vois dans ma 
maison? » Néanmoins Ibn Darest ayant insisté, le poète 
composa ces vers : « Quoi d'étonnant que Nizhâm el- 
Molk gouverne et que te destin l'assiste? La Fortune 
est comme ta roue hydraulique qui sert à faire monter 
l'eau du puits, les bœufs seuls peuvent la faire tourner. » 
Quand on fît part au ministre de cette méchante 
attaque, il se contenta de faire observer que le poète 
avait simplement voulu faire allusion à son origine : 
il était de la ville de Tous dans le Khorasan, et le pro- 
verbe populaire disait que les gens de Tous sont des 
bœufs (nous dirions des ânes); non seulement il s'abstint 
de punir le poète, mais il le récompensa et le traita avec 
plus de faveur encore qu'auparavant. C'est là une noble 
conduite, et une marque d'extrême indulgence, que les 
Orientaux, peu coutumiers de faits pareils, irascibles et 
prompts à la vengeance, admirent à cause de leur rareté. 
Comme exemple de ses vers humoristiques, on cîte les 
suivants : « Quand Abou-Sa'id s'aperçut que, pendant 
une année entière, je m'étais abstenu de boire du vin, 
il me dit : « Quel est le chéîkh qui vous a converti à 
une vie plus honorable? n Je répondis : « Ce cheikh, 
c'est la pauvreté. » 

L'une de ses productions tes plus originales est un 



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LES ABBASSIDBS 



recueil d'apologues, de fables et de maximes morales 
sur le plan de Kalila et Dimna; cet ouvrage porte le 
titre A'Eç-Çâdih wal-bâghim (Celui qui parle bas et mur- 
mure); il est entièrement en vers sur le mètre radjaz, au 
nombre de deux mille, et sa composition occupa l'au- 
teur dix ans. Il le dédia à Abou'l-Hasan Sadaqa el- 
Mazyadi, seigneur de HiUa, ville qui occupe le site de 
l'antique Babylone, et lui envoya le manuscrit par son 
fils, en s'excusant de ne pouvoir s'y rendre lui-même; il 
obtint en revanche une ample récompense. Ce livre est 
connu aussi sous le titre de Natâïdj-el-fiuia (Résultats de 
la discorde). Le poète raconte qu'une fois, au cours d'un 
voyage, il s'éveilJa ta nuit et entendit une dispute entre 
un Indien et un Persan sur la prééminence de leurs pa- 
tries respectives; chacun, pour soutenir son dire, racon- 
tait des fables et des apologues. Tel est le canevas de cet 
ouvrage, dont Hammer a traduit en vers allemands un 
morceau considérable dans les Wiener Jahrbiicher; il a 
été imprimé au Caire et à Beyrouth. Quant à Tbn el- 
Habbùriyya, il mourut en 1110 à Kirman, où il passa les 
dernières années de sa vie, après avoir résidé quelque 
temps à Ispaban. 

De pure race arabe et d'origine aristocratique était 
Abou'l-MozhaSar Mohammed bl-Abiwardi, qui appar- 
tenait à la famille des khalifes oméyyades et à la tribu 
de Qoréïch, quoique né sur le sol iranien, à Koùfàn, petit 
village du Khorasan à six lieues d'Abiward . Il s'acquit une 
grande célébrité comme poète, mais il fut en même 
temps érudit, traditionniste et généalogiste. Ses pièces 
de vers sont classées sous trois rubriques différentes : 
'Iraijit/ûl (pièces relatives à l'Irak), poésies de jeunesse, 
panégjTÎques des khalifes et de leurs ministres ; Nedjdiyâl 
(poésies qui chantent le Nedjd ou Arabie centrale, l'Ar- 



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110 I.1TTÉRATDRB AHABB 

cadie des poètes orientaux) ; Wedjdii/ât (pièces erotiques) . 
Nous n'avons plus, malheureusement, son Histoire des 
villes d'Abiivard et de Nasa. Sou origine illustre l'avait 
rempli d'une vanité exagérée, d'orgueil et d'arrogance; 
dans ses prières, il avait coutume de dire : « Dieu tout- 
puissant! fais-moi roi de l'Orient et de l'Occident de la 
terre! » Dans ses vers le descendant des Oméyyades 
transparait parfois : « Nous régnâmes sur les royaumes 
de la terre, a-t-îl dît, et leurs grands se soumirent à 
nous, bon gré mal gré. n Sa vîc fut vertueuse et sa con- 
duite exemplaire. Il mourut empoisonné à Ispahan, dans 
l'après-midi du 4 septembre 1113, 

D'origine syrienne était Idn bl-Khayyat (le fils du 
tailleur), né à Damas en 1058; il avait obtenu le titre 
honorifique de Chihàb-eddin (flambeau de la religion), 
et était employé d'administration lorsqu'il se mit à voya- 
ger; troubadour errant, il composait des éloges des 
grands personnages qu'il rencontrait sur sa route, et 
finit par aboutir en Perse, où il mourut en 1123. A Alep, 
il avait rencontré le poète Abou'l-Fityân Ibn Hayyoûs, 
et lui avait présenté ses vers; ce qui fit dire au vieux 
poète d'Alep que la venue de ce jeune homme lui annon- 
çait sa mort prochaine parce qu'il était rare, dans une 
profession, qu'un auteur de chefs-d'œuvre parât sans 
que ce fût l'annonce de la disparition prompte du doyen 
des maîtres. Son diwan, réuni l'année même de sa mort 
et qui a été, au moyen âge, extrêmement répandu, est 
conservé à l'Escurial et à Copenhague. 

En ce même temps, la ville de Gaza en Palestine avait 
aussi produit son poète dans la personne d'Abou-Ishaq 
Ibrahim ben Yahya el-Kelbî bl-Gbazzî, né en 1049; il 
vint à Damas en 1088 pour y étudier le droit, puis se 
rendit à Bagdad et s'établît pour plusieurs années dans 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



le collège Nizhâmiyya, où il composa des élégies et des 
panégyriques ; enfin il partit pour le Khorasan oii il trouva 
matière à louer des princes qui le récompensèrent géné- 
reusement de ses éloges ; c'est là que ses compositions 
commencèrent à trouver des admirateurs. It fit lui-même 
un choix de ses meilleures poésies et les réunit en un 
volume qui contient environ cinq mille vers. 11 voyageait 
continuellement et pénétra jusque dans le Kirman, dont 
il célébra le gouverneur, Naçr-Eddin Mokram ben el-'Alâ, 

Il mourut sur la route entre Merv et Balkh en 1130, et 
fut enterré dans cette dernière ville. Quand il sentit les 
approches de la mort, il s'écria : « J'espère que Dieu me 
pardonnera pour trois raisons : je suis compatriote d'Ech- 
Cfaàféï, je suis un vieillard, et loin de ma famille. » 

Nàçih-Eddio BL-AnnADJÂKi appartenait à une famille 
qui faisait remonter sa noblesse aux Ançàrs ou auxiliaires 
de Médine qui prirent le parti de Mahomet contre les 
Mecquots. Il fut magistrat, cadi suppléant de Chouster et 
d'Asker-Mokram ; né en 1068 à Arradjùn près d'El-Ahwaz 
en Susiane, il fit ses éludes au collège Nizhàmiyya d'Ispa- 
han ; il commença à composer quelques années postérieu- 
rement à 1087, vers la période de la mort de Nizhàm el- 
Molk, et continua jusqu'à sa mort en 1149. Sa suppléance 
des cadis en titre l'amusait ; il y a fait allusion dans ses 
vers : « Que je puisse être suppléant dans une telle pro- 
fession est un des tours de la fortune. C'est un miracle 
que j'aie assez de patience pour endurer de tels change- 
ments! » Il a dit encore ; a Je suis sans contradiction le 
plus poétique juriste de l'époque, et au moins le docteur 
en droit le plus instruit parmi les poètes. » Son diwan, 
qui se compose surtout d'apologies assez longues, a été 
réuni par son fils. 

'Amid ed-dîn As'ad ben Naçr bl-Abahzî, né à Abarz 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



us LITTERATURE ARABB 

dans le Fars, fut ministre de l'Atabek Mozhafler-Eddîn 
Sa'd ben Zenguî ; sous Abou-Bckr, le protecteur du poète 
persan Sa'di, il fut destitué et enfermé,, sous l'accusation 
de trahison, dans la prison d'Etat d'Ochkonwân, l'une 
des trois forteresses qui couronnent le site de Pcrsépolis 
(fin de 1226) et y mourut quelques mois après. Pendant 
sou internement, il composa une ode qui a été recueillie 
par son fils Tadj-Eddin Mohammed et qui est restée 
célèbre en Perse. Elle est remarquable par son style 
contourné et diffus, cl rempli de formules de convention 
apprises à l'école, au milieu desquelles il passe parfois 
un souffle de vraie et de franche poésie. Elle a été publiée 
et traduite en français par l'auteur de ces lignes. 

Parmi les poètes persans qui ont écrit en arabe, on ne 
peut oublier Sa'di, le délicieux auteur du Guliatan et du 
Boûstan, ces deux fleurs jumelles de la littérature ira- 
nienne. Sa'di a composé des tjacidas arabes, dont la 
première est une élégîc sur la prise de Bagdad par les 
Mongols et la mort du dernier khalife abbasside. Il écri- 
vait dans cette langue comme dans la sienne propre, 
avec cette simplicité merveilleuse, ce naturel inimitable 
qui le distinguent entre tous ses confrères de l'Iran; en 
même temps ses vers sont remplis de sentiments pathé- 
tiques et touchants. Ses odes sont au nombre de vingt. 
Sa'di, né à Chiraz, capitale du Fars, vers 1184, perdit 
de bonne heure son père attaché au service de l'atabck 
Sa'd ben Zenguî, alla suivre à Bagdad les cours de l'uni- 
versité Nizhùmiyya, fit plusieurs fois le pèlerinage de la 
Mecque, exerça, par esprit de charité, la profession de 
distributeur d'eau dans les marchés de Jérusalem et des 
villes de Syrie, fut fait prisonnier par les Francs et obligé 
de travailler avec des juifs à nettoyer les fossés de Tripoli 
de Syrie; il fut alors racheté par un Alépin qui lui donna 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



s ABBASStOBS 



sa fille eQ mariage. Il raconte lui-même avoir visité 
Kachgar dausIeTurkestan.l'Abyssinie etl'Asie Mineure^ 
il parcourut l'Inde eu passant par l'Afghanistan. Il finit 
sa vie de voyageur en rentrant s'établir à Chiraz dans un 
ermitage en dehors de la ville, près des sources du canal 
de Rokn-Abàd; c'est là qu'il mourut (1291), plus que 
centenaire, et qu'il fut enterré. 



L'Arabie. 



L'Arabie n'est plus ce qu'elle avait été naguère, le ber- 
ceau delà poésie j cependant son (lambeau n'est pas entiè- 
rement éteint; au Yémen, nous trouvons encore, vers 
1058, un poète indigène, 'Abd-er-Rabim BL-Botrn'î, dont 
les vers sont pleins du sentiment religieux et mystique; 
cent ans plus tard, dans la même région, un autre poète 
soufi, Abou'I-Hasan Ibn Khoumârtâch l'Hîmyarite, com- 
posa à vingt-deux ans une ode mystique commentée plus 
tard. Dans la province de Babréïn, nous trouvons comme 
poète 'Ali ben Moqarrab ben Mançour el-lbraliimi, 
qui appartenait à cette famille des 'Oyoùnides qui avait 
fondé, après l'expulsion des Carmathes, un État vassal 
des khalifes de Bagdad; après avoir vécu à la cour de 
son grand- oncle Mohammed et du fils de celui-ci, 
Mas'oùd, il se brouilla avec ce dernier et s'enfuit à 
Mossoul oii le géographe Yâqoût le rencontra en 1220, 
puis à Bagdad oii il mourut probablement en 1234. Ses 
panégyriques se sont adressés successivement à ses 
parents les 'Oyoùnides, au khalife abbassidc Nàçir Lidinîl- 
lah et à Bedr-Eddin Loulou, prince de Mossoul. Enfin un 
Syrien d'origine, Emin-Eddaula Abou'l-Gbanâïm Moslim, 



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LITTERATURE ARARE 



qui était de Chaïzar sur l'Orontc, dédia au dernier des 
princes éyyoubites du Yémeu, MéHk-Mas'oùd Salàh- 
Eddio, son authologic poétique intitulée Djamharat el- 
ialttm. 



L'Egypte. 



Alexandrie donna lejouren 1137à Ibn-Qalâqis (Abou'l- 
Fotoùh Naçr-allah), que l'on appelait encore El-Qddt 
el-a'azz (le Juge le plus illustre) et qui avait si peu de 
barbe que sa face en paraissait toute glabre, ce dont on 
se moquait beaucoup . C'était cependant un poète de 
talent. Ayant quitté l'Egypte à la suite des troubles qui 
suivirent t'établisscmcnt de Saladin, il se rendit en Sicile 
où il 5t la connaissance d'un chef musulman nommé 
Abou'l-Qâsim bcn cl-Hadjar, ce qui prouve que sous 
Guillaume II, le troisième roi normand de cette île, des 
chefs musulmans y avaient conservé une haute position. 
Traité généreusement par lui, il lui dédia le Zakr~el~bâaim 
(la Fleur qui sourit), que nous n'avons plus. 11 y avait 
alors en Sicile un ambassadeur égyptien ; Ibn Qalàqis 
voulut profiter de son départ pour s'en retourner à 
Alexandrie, mais comme c'était la saison d'hiver, les 
vents contraires ramenèrent à son point de départ le 
navire qui les portait. Plus tard le poète se rendit au 
Yémen et vécut quelque temps à Aden; puis 11 voulut 
rentrer en Egypte, maïs son vaisseau fit naufrage près de 
l'île de Dahlak dans la mer Rouge et il fut forcé de 
revenir à Aden après avoir perdu toute sa fortune, fruit 
de la générosité d'Abou'l-Faradj Yâsir, ministre du sou- 
verain d'Aden (11 août 1168). Il retourna presque du 
auprès de son protecteur. 



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LBS ABBABSIDBB US 

Le 29 mai 1172 il mourut à 'Aïdhâb, petit port près 
de Djedda. Ses nombreux voyages lui ont fait dire de 
lui-mSme : « 11 y a beaucoup d'hommes dans le monde, 
mais je suis destiné à n'avoir pour compagnons que des 
matelots et des conducteurs de chameaux. i> 

Un autre magistrat égyptien que ses graves occupa- 
tions n'empêchaient pas de cultiver avec succès les 
belles-lettres, c'était Hibat-Allah Ibn Sanà-el-Molk , que 
l'on surnommait El-Qddies-sa'ïd (le Juge fortuné). Il était 
né en 1150; en mars tl76, il se rendit en Syrie, oii son 
protecteur Ef-Qâdi el-Fâdil Modjir-Eddin d'Ascalon, 
ministre de Saladin , avait accompagné son maître et où sa 
réputation l'avait précédé; le Kùtib 'imàd-Eddin, auteur 
de la Kharlda, l'y rencontra et le trouva une merveille 
d'intelligence. Son mérite et ses talents le menèrent seuls 
au rang émînent qu'il occupa, en même temps qu'ils lui 
valaient les faveurs de la fortune. Il mourut au Caire en 
1211. 

Celui de ses diwans qui nous a été conservé, le Ddr et- 
{!><£« (Dépôt de broderies), est composé en grande partie de 
poésies populaires dites Mowackchahât; le Focoûç el- 
foçoûl est une anthologie de morceaux de vers et de 
prose extraits de sa correspondance littéraire. 11 faisait 
partie, au Caire, d'une société de poètes qui tenaient des 
séances pendant lesquelles ils échangeaient des conver- 
sations agréables; c'étaient des académies bénévoles, 
auxquelles il ne manquait qu'une organisation pour 
devenir peut-être aussi célèbres que beaucoup d'autres. 

Kémal - Eddin Ibn en-Nabih fut le panégyriste des 
princes eyyoubites. Plus tard il entra au service d'El-Mélik 
el-Achraf Moùsa, prince de Nisibe, en Mésopotamie, 
comme secrétaire rédacteur, et il mourut dans cette ville 
en 1222. Son diwan a été imprimé à Beyrouth en 1882; 



116 LITTBRATtJRB ÂRÂBK 

une de ses poésies a été traduite en anglais dans les Spé- 
cimens of arabian poetry de Carlyle. Ses poésies légères 
sont pleines d'afféterie et de jeux de mots. 

'Omab Ibn el-Farbd, le plus grand poète mystique 
arabe, naquit au Caire en 1181 et mourut dans la même 
ville en 1235, après un séjour de quelque temps à la 
Mecque. Son dïwan a été recueilli et mis en ordre par son 
petit-fils 'Ali. Ses œuvres sont, en langue arabe, un 
modèle parfait du style que les soufîe employaient pour 
décrire leurs extases. On sait que ces philosophes pan- 
théistes chantaient l'amour de la Divinité et le désir de 
la réunion avec le grand Tout en empruntant à la vie 
humaine les peintures les plus enflammées, et qu'ils 
n'hésitaient pas à chercher dans l'usage et l'abus du vin 
une exaltation qu'ils s'imaginaient les rapprocher de 
l'Être suprême. C'est ainsi qu'une des odes d'Ibn 
Fâred est consacrée aux louanges du vin. 

BbhI-Eddin Zohéïr el-Mouhaltabt , secrétaire dans 
l'administration égyptienne, poète de cour des Eyyou- 
bites, mourut en 1258, laissant un diwan publié et traduit 
en anglais par E. H. Palraer. C'est chez lui qu'on saisit 
combien la langue arabe était devenue souple et se prétait 
aux mille délicatesses de sentiments affinés par une civi- 
lisation brillante, celle des successeurs de Saladin. 

Chéref-Eddin Mohammed bl-Bouçiri s'est acquis, dans 
le monde musulman, une renommée universelle par son 
ode au manteau du prophète {Qaçidet el-Bourda), imitation 
du panégyrique de Ka'b ben Zohéïr. Il était né en 1211 
et mourut en 1294. De nombreux commentateurs ont 
expliqué les beautés de cette œuvre; M. R. Basset en a 
donné une traduction française ; il en existe des traduc- 
tions allemandes et une anglaise. Bien plus, des poètes 
se sont amusés à en écrire des paraphrases, ce qu'on 



LES ABBASSIDES 117 

appelle takhmis, et qui consiste à écrire trois distiques 
de remplissage, ce qui, avec les deux distiques du vers 
arabe, fait cinq. D'autres panégyriques du Prophète sont 
encore sortis de la plume îuspirée de Bouçiri : ce sont 
l'ode appelée Omm-el-Qora (la Mère des villes, surnom de 
la Mecque), et quatre autres pareilles. 

Djéroal-Eddin Yahya Ibn Matrouh naquit dans la haute 
Egypte, à Syout, le 8 juin 1196. C'est là qu'il passa sa 
jeunesse et poursuivit des études qui le firent entrer 
dans l'administration civile. Après avoir occupé divers 
emplois, il fut attaché au service du prince Éyyoubite 
El-Mélik eç -Çùlih Nedjm-Eddin, fils de Mélik-Kâmil et 
son lieutenant pour l'Egypte, et il l'accompagna lorsque 
ce prince fut chargé par son père d'aller administrer ses 
nouvelles acquisitions d'Orient, en Irak et en Mésopo- 
tamie (1231); il le suivit également lorsqu'il rentra en 
Egypte (1240) et fut nommé intendant du trésor. Quand 
son maître fut, pour la seconde fois, investi de la prin- 
cipauté de Damas, Ibn Matrouh fut chargé d'administrer 
cette ville et son district avec le titre de vizir, puis il eut 
l'ordre d'aller reprendre, a la tête d'une armée, la ville de 
Homs, tombée entre les mains de Mélik-Nàçir; c'est pen- 
dant le siège de cette ville que le sultan apprit que les 
Croisés se réunissaient dans l'Jle de Chypre pour attaquer 
l'Egypte : il retira ses troupes en hâte et les ramena dans 
ce dernier pays, tandis qu'lbn Matrouh tombait en dis- 
grâce pour certains actes qui avaient déplu ; néanmoins il 
continua, malgré sa défaveur, son service auprès de son 
maître. Saint Louis avait pris Damîette le 11 juin 1249; 
EI'Mélik eç-Çâlih vint camper à Mansoura et y mourut le 
23 novembre 1249; Ibn Matrouh retourna alors au Vieux- 
Caire et y resta dans sa maison jusqu'au jour de sa mort 
le 19 oclobre 1251. H était l'ami d'Ibn Khallikan, qui dit 

L,, .....,Coog[c 



118 LITTÉRATORB ÀHABB 

qu'il possédait de grands taleals, uo caractère aimabie et 
unissait à ses mérites les plus estimables qualités du 
cœur. Ils restèrent en correspondance quand ils se 
furent séparés; quand ils se réunissaient, ils passaient 
le temps en réunions littéraires et en conversations amu- 
santes. Ibn Matrouh récita ses vers à son ami, qui en a 
inséré un certain nombre dans son dictionnaire biogra- 
phique. Quand il se fut retiré de la vie publique à la suite 
de la mort de son patron, son désceuvrement lui pesa; il 
souffrit d'une maladie d'yeux qui devint incurable et le 
priva de la vue. Il avait connu tout jeune, dans la haute 
Egypte, Béhâ-Eddin Zohéïr; ils étaient comme deux 
frères. Plus tard ils entretinrent entre eux une corres- 
pondance versifiée. Son diwan a été publié à Constanti- 
nople en 1881. On y trouve une pièce sur la bataille de 
Mansoura, gagnée par Mélik-Mo'azbzham et oà saint 
Louis fut fait prisonnier. 



La Syrie. 

A Damas était né on 1161 Ibn es-SÂ'âti, que sa filia- 
tion permet de croire d'origine iranienne, car son père 
s'appelait Rustem et son grand-père HardoOz; par suite 
de circonstances inconnues, c'est en Egypte qu'il passa 
sa vie, c'est ce pays qu'il chanta dans ses vers, c'est là 
qu'il mourut, au Caire même, en mars 1208. 11 laissa 
deux recueils de poésie, un grand qui est conservé à la 
mosquée de Sainte-Sophie, et un petit qui porte le titre 
de Moqattaât-en-Nil (Fragments relatifs au Nil) et dans 
lequel il a décrit, entre autres, en termes élégants et fort 
admirés, les délices d'un jour et d'une nuit qu'il passa 



LES ABBA8SIDES 119 

à Syont, daas la haute Egypte. Ses vers aboadent en 
idées que les Orientaux trouvent charmaDtes, et dous 
précieuses et affectées. 

Nous n'avons plus le diwan en quatre volumes de 
Chihâb-Eddin Yoàsouf ben Ismâ'ïl d'Alep, surnommé 
Ech-Chawwâ {le Rôtisseur). Né en cette ville vers 
l'an 1166, il acquit une grande habileté technique dans 
la versification; il aimait à introduire des termes de 
grammaire dans ses vers; il composait de petites pièces 
de deux ou trois lignes, contenant des idées originales 
et recherchées. Il se lia d'amitié avec le biographe Ibn 
Khallikan, qui aimait à discuter avec lui sur les difiicultés 
et les subtilités de la grammaire arabe; ils devinrent 
compagnons inséparables depuis l'an 1236 jusqu'à ta 
mort d'Ech-Chawwà en 1237, un an après. Il était de 
ces sectaires qui ont adopté les plus extravagantes 
doctrines des sectes chiites, c'est-à-dire qu'il croyait 
qu'Ali et les imams, ses descendants, étaient des incar- 
nations de la Divinité. 

'Abdbl-Mohs)n ben Hamoûd ct-Tanoûkhi, né en 1174, 
s'était instruit par de nombreux voyages et était entré au 
service du Mamelouk 'Izz-Eddin Aïbek, prince de Sar- 
kfaad, dont il fut d'abord secrétaire, puis ministre, 
fondions qu'il occupa jusqu'à l'assassinat de ce prince 
en 1229. H mourut lui-même en 1245, laissant, entre 
antres ouvrages, le Miflâb el-Afrâh fi'mlidâk er-rdh 
(Clef des joies, louanges du vin), recueil de poésies 
bachiques à la façon d'Abou-Nowâs. 

Noùr-Eddin Mohammed eUls'irdi, né à Séert en 1222, 
fat l'un des poètes les plus appréciés de Mélik en-Nàçir 
l'Eyyoubite, prince d'Alep, auquel il s'était particulière- 
ment attaché et auquel il dédia ses Ndçiriyyât, panégy- 
riques conservés à l'Escurial. Il était effronté et sans 



vergogne. Une de ses odes est consacrée à défendre le 
vin contre le hachlch. Il mourut en 1254. 

Ibn eç-Çaffnr (le Fils du chaudronnier] de Mardïn, 
autrement dit Djélal-Eddin 'AH ben Yoùsouf, né dans 
cette ville en 1179, fut secrétaire-rédacteur au service du 
prince Orlokide el-Mêlik el-Mançour et périt lors de la 
prise de la forteresse par les Mongols en 1260. Ses 
poésies, légères et erotiques, font partie des manuscrits 
conservés h Gotha. 

Nedjm-Eddin Abou'l-Maâli Ibn Isràïl (Mohammed ben 
Sawwar), né à Damas en 1206, mourut dans cette même 
ville en 1278; c'était un derviche, qui se retira du monde 
et voyagea. Son dîwan est à l'Escurial. 

Ibn Monir ET-TARABOtosi (Ahou'l-Hoséïn Ahmed] était 
fils d'un chanteur ambulant qui récitait des poésies dans 
les marchés de Tripoli de Syrie; il naquit dans cette 
ville en 1080; en grandissant, il apprît le Koran par 
cœur, étudia la grammaire et la philologie, et commença 
à tirer des poésies de son propre fonds; il se rendit à 
Damas et s'y établit. En religion il professait des opinions 
chiites. Le nombre de ses satires et la causticité de son 
langage étaient sî excessifs, que Bourî, fils de l'atabek 
Toghtékin et prince de Damas , le tint emprisonné 
quelque temps et avait l'intention de lui faire couper la 
langue; de puissantes interventions sauvèrent le poète 
de ce supplice; on se contenta de le bannir de la ville. 
Celui-ci se rendît alors à Alep, oii il mourut en 1153; il 
fut enterré sur la colline de Djauchan, en dehors de la 
ville, et le biographe Ibn Khallikan y visita son tombeau. 
L'atabek 'Imad-Eddin Zengui assiégeait le château de 
Djabar lorsqu'il entendit son musicien chanter des vers 
d'Ibn-Montr qui lui plurent : il donna l'ordre de faire 
venir l'auteur d'AIep en toute hâte; mais la même nuit 



LBS ABBA9SIDB3 131 

OÙ Ibn MoDtr arriva au camp, l'atabck fut assassiné, et 
l'armée reviot à Alep, ramenant le poète décooGt. Son 
ennemi Ibn el-Qaïsarùni, dont ÎI 9'était si souvent 
moqué en prétendant qu'il avait le mauvais œil, le félicita 
ironiquement de sa belle équipée. La poésie d'Ibn Monîr 
est éminemment raffinée; la bibliotbëque de Berlin a 
conservé sa qaçlda et-Tatarit/t/a, ode de quatre-vingt- 
onze vers sur son esclave Tatar, qu'il avait envoyé porter 
des présenta au chérif El-Moùsawî et que celui-ci avait 
retenu; il y laisse entendre qne, pour rentrer en pos- 
session de son serviteur, il serait disposé a renoncer à 
sa profession de foi chiite. 

Ibh Hattous, qui vit le jour à Damas le 27 décem- 
bre 1003, était le fils du chef d'une tribu arabe du 
désert, ce qui le fit surnommer El-Emir, et s'appelait 
proprement Abou'l-Fityàn Mohammed ben Soltnn; 
Hayyoûs était son aïeul. Il fut en relations avec un grand 
nombre de princes et de personnages importants, qui le 
récompensèrent généreusement des louanges qu'il leur 
prodigua, mais il s'attacha particulièrement aux Beni- 
Mirdas, famille qui régnait alors à Alep, ville où il se 
rendit en 1072. L'un des princes de cette dynastie, 
Mahmoud ben Naçr, lui avait fait un présent de mille 
pièces d'or. A la mort de Mahmoud (1075), il alla trouver 
son fils et successeur Djélal-Eddaula Naçr pour lui pré- 
senter, en vers, ses compliments de condoléance; dans 
le cours de son poème il disait : u Mahmoud m'a donné 
mille pièces d'or de son trésor ; je sais bien que son fils 
Naçr en fera autant. » L'élégie plut tellement à Xaçr qu'il 
s'écria : « S'il avait dit que Naçr doublerait plusieurs 
fois cette somme, au lieu de dire qu'il en ferait autant, 
je l'aurais certainement fait. » Les bienfaits de la 
famille de Mirdas permirent au poète de se faire bâtir 



m LITTÉRATUBB ARABE 

une maison à Alep, sur la porte de laquelle il fit inscrire 
des odes de sa composition pour célébrer « la bonté de 
ceux qui l'avaient délivré de l'adversité et de la tyrannie 
de la fortune ». Il y mourut en janvier 1081. 

DjaTar bcn Chems-el-Kbilàfa el-Afdali tirait son sur- 
nom d'EI-Afdal Emîr-el-djoyouch, ministre d'Egypte, 
au service duquel il avait été. Né en 1148, il mourut au 
Caire en 1225. Copiste de mérite, les ouvrages transcrits 
par lui étaient recherchés pour la beauté de l'écriture et 
leur correction, qualités qui, en Orient, s'excluent 
presque toujours l'une l'autre. La plupart de ses ouvrages 
sont des compilations où l'on ne peut louer que le bon 
goût qui présida au choix des pièces qu'elles renfer- 
ment. Cependant il a également laissé des compositions 
poétiques; H^idji-Khalfa mentionne son diwan. On a 
admiré les vers où il dît que « la misère est suivie par le 
bonheur; considérez que le mal qui a cessé est préférable 
à la joie qui est en train de disparaître ». 

Séïf-Eddin el-Mochidd était un Turcoman d'origine 
qui s'appelait 'Ali ben 'Omar ben Qyzyl ben Djildak el- 
Yaroùqi; il naquit au Caire en 1205, puis fut appelé à 
Damas en qualité d'inspecteur {mockidd) du bureau des 
administrations publiques par El-Mélik en-Naçir Yoùsouf ; 
il mourut en cette ville en 1258. C'était un homme d'une 
fréquentation agréable et d'un entretien spirituel. Od 
peut trouver son diwan à l'Escurial et au Britîsh 
Muséum. 

De cette époque nous ne retiendrons encore que les 
noms d'Ibn ez-Zaqqàq el-BoIqini, mort en 1134 à moins 
de quarante ans, et connu pour ses mowachckakdf, de 
Zhàfir el-Haddâd d'Alexandrie, mort au Caire en 1135, 
dont le diwan, composé en grande partie de panégyriques 
et d'élégies, est à Berlin ; d''Ali el-Hamadâni es-Sakhàwî, 



LES ABBA3S1DBS 1Ï3 

auteur de sept odes à la louange du Prophète, commen- 
tées plus tard par 'Abd er-Rahman beu Isma'îl ben cl- 
Maqdîsi, dans un texte conservé à Paris; de Zéïn-Eddin 
Katâkit, originaire de Séville, né en t208 et mort au 
Caire en 1285, dont la bibliothèque de Gotha possède 
de« poésies; de Nàçîr-Eddin Ibn en-Naqib cl-Nafisi, mort 
au Caire en 1288, qui avait composé des poésies fragmen- 
taires, dont quelques-unes se retrouvent dans le Fatvât 
el-Wafayât d'El-Kotobî, et une anthologie intitulée 
Mandzil el-Ahbâb, dont un exemplaire peut être consulté 
dans la bibliothèque de la mosquée Nouri-Osmanié à 
Constantinople ; de Siràdj-Eddin el-Warrâq, poète copieux 
et abondant, né en 1218, mort en 1296, qui était calli- 
graphe et expéditionnaire au service du gouverneur du 
Caire, et dont les poésies, excessivement nombreuses et 
formant environ trente volumes, avaient été réduites par 
lui-même en un diwan de sept épais volumes; nous n'en 
avons plus qu'un extrait fait par Çafadi en 1346. 

Chihâb-Eddin et-Tella'farî (Mohammed ben Yoûsoul) 
naquit à Mossoul en 1197; les panégyriques qu'il adressa 
au prince Mélik-el-Achraf ne l'empêchèrent pas d'être 
exilé de cette ville parce qu'il était adonné aux jeux de 
hasard, interdits par la loi musulmane : les sommes que 
lui donnait son protecteur étaient immédiatement dissi- 
pées par lui au jeu; il se transporta alors dans la ville 
d'Alep, fut d'abord bien accueilli par le prince, puis 
mérita sa défaveur par le même défaut; on fut obligé de 
faire annoncer par le crieur public que quiconque serait 
vu jouant avec lui aurait la main coupée. 

It ne fut pas plus heureux à Damas oîi, perdant au jeu 
l'argent qu'il soutirait aux grands personnages, il en fut 
réduit à coucher dans les fours à chauffer les bains 
publics. Enfin on le retrouve à la cour du prince de 



1H LITTÉRATURE AHABB 

Hama, ville où il mourut en 1277. Ses poésies sontàl'Eia- 
curîal et à Berlin ; sortant des mètres classiques, il a écrit 
également des chansons populaires appelées motvack- 
chahtît. 

'Afif-Eddin Soléïmân et-Tilïmsâni, né en 1213, vécut 
au Caire et à Damas tantôt comme soufi, tantôt comme 
écrivain, et mourut dans cette dernière ville en 1291. Sa 
famille était originaire de Koufa; il prétendait au mysti- 
cisme, employait volontiers les expressions particulières 
dont se servent les soufis : on le soupçonnait même de 
tendre vers les croyances des Nosaïris ou Ansariéa. 
Quand il mourut, il prononça ces paroles : « Celui qui 
connaît Dieu ne saurait le craindre; je suis au contraire 
joyeux d'aller le retrouver, u II était à Damas huissier 
du percepteur du trésor public. Son fils, Mohammed ben 
Soléïmân, le doux poète, dont on disait qu'il pénétrait 
dans les cœurs avant d'avoir frappé les oreilles, composa 
des vers élégants qui firent l'admiration des Damas- 
quins. On l'avait surnommé Ech~Ckâbb ez-Zharlf {le 
Jeune homme spirituel). Né au Caire en 1263, il mourut 
en 1289 à Damas; il n'avait que vingt-six ans. 

A côté de ces noms, ceux d'Abdallah el-Khafûdji 
[f 1074), qui célébra les louanges du grand émir Sa'd- 
Eddaula Ali benMounqïdh, deMa'dàn ben Ketbîr el-Bûlisi, 
dont on ne connaît rien en dehors de ses panégyriques 
et élégies conservés à Gotha, du prince Bahrâm-Chah ben 
Farroukh-Chah, petit-neveu de Saladin, qui régnait ù 
Baaibek en 1182 et fut assassiné en 1230 en laissant un 
diwan composé de poésies amoureuses et de poèmes che- 
valeresques qui est à la Bibliothèque nationale; ceux 
encore de Çadr-Eddin el-Baçrl, qui dédia au prince d'Alep 
Mélik-Niîçir Abou'l-Mozhaffar Yoùsouf son Hamdsal el- 
Baçriyya; de Tadj-Eddin de Sarkhad, né en 1201, pro- 



, ;....,C00g[c 



LES ABBAS81DBB 12b 

fesseur de droit hanéSte à Damas, où il mourut eu 1275; 
de Chems-Eddiu el-KhafiFaf, panégyriste du Prophète, 
nous font passer en revue les petits poètes de cette époque 
en Syrie. 

La Sicile. 

Abou-Ishaq Ibrahim ei-Housri, poète de Kairouan en 
Tunisie, y était né et y mourut en 1061; il a composé 
des poésies sur sa ville natale, que l'on retrouve à l'Es- 
curtal; il a laissé trois anthologies de différents formats : 
le Zakr el-Adâb (Fleurs de la littérature), imprimé à 
Boulaq sur les marges de V Iqd-el-Férid d'Ibn 'Abd-Rab- 
bihi, le Kitab el-maçoûn (Livre bien gardé) et le Noûr et- 
ïor/'(Lumière du regard). 

Un prince qui fut aussi poète un jour, c'est El-Mo'izz 
Ibn Bâdis, ce membre de la dynastie des Zîrides qui pro- 
pagea dans l'Afrique du Nord le rite malékite à l'exclu- 
sion du rite hanéfite qui avait dominé jusqu'alors, et qui 
se sentit assez puissant pour rompre les liens de vassa- 
lité qui l'attachaient aux Fatimides d'Egypte et pour 
reconnaître publiquement la suzeraineté, purement fic- 
tive, du khalife de Bagdad. Né en 1007, il mourut en 1061 
après un très long règne. Pour célébrer sa déclaration 
d'indépendance relativement aux Fatimides, il composa 
une ode, appelée Nafakdt-Qodaiyya (Effluves sacrés), qui 
se trouve à l'Escurial. 

Ibo Charaf el-Qaïrawâni cl-Djodbâmi était borgne ; il 
fiit en lutte littéraire avec Ibn Rachiq, qui composa 
contre lui des satires; il mourut en 1068- L'Escurial a 
conservé de lui une Séance littéraire sur les poètes les 
plus célèbres. Il est l'auteur d'un vers gracieux sur le 



, .....,Coog[c 



ISe LITTERATrRE ARABE 

bois du luth : « Quand il était frais, les oiseaux chao- 
taient sur ses branches; maintenant qu'il est sec, ce sont 
les bommes qui chantent en s 'accompagnant sur lui. » 

Abou 'Abdallah Mohammed ech-Choqrâtîsi, mort dans 
le Djérid (Tunisie) en 1072, auteur d'une ode à la louange 
du Prophète, souvent commentée, Abou'l-Fadl et-Toû- 
zéri, né vers 1041, mort en 1113, qui composa une 
ode intitulée el-Monfaridja, fréquemment commentée, 
amplifiée et imitée; Abou'l-Hasan Hâzim el-Qartâdjini, 
né en 1211, mort à Tunis en 1285, auteur de plusieurs 
odes à la louange du souverain Hafside de Tunis El- 
Mostançir-BlUah, terminent la liste des poètes qui fleu- 
rirent dans l'Afrique du Nord du xi° au xiii' siècle. 

'Abdeidjabbàr Ibn Hamdis était né en Sicile; jeune 
encore, il se 6t connaître par ses productions poétiques. 
II avait une trentaine d'années lorsque les Normands 
conquirent l'île sur les Arabes, en 1078; il s'enfuit à la 
cour du khalife d'Espagne El-Mo'tamid, fut bien accueilli 
par lui et l'accompagna en captivité lorsque le prince 
africain Yodsouf ben Tàchifin s'empara de lui en 1091. 
Le khalife mourut au bout de quatre ans, et le poète 
resta à Mehdia en Tunisie. Plus tard nous le retrouvons 
à Bougie où il mourut, octogénaire et aveugle, en 1132; 
certains disent qu'il mourut dans l'île de Majorque. Son 
diviran a été publié à Palerme par Monçada et son chan- 
sonnier à Rome par Schîaparelli. 

L'Espagne 

Dès le premier siècle qui suivit la conquête de l'Es- 
pagne, les vainqueurs y cultivèrent avec succès la poésie; 
cependant ce n'est qu'avec lexi' siècle que nous trouvons 



3,q,t,=c.=ïG00glC 



des renseignements suffisants sur le mouvement litté- 
raire dans ce pays. Nous rencontrons au début YoAsouf 
ben Haroùn er-Ramâdi, poêle de Cordoue, qui y mourut 
pauvre en 1013, après avoir eu un grand succès ; il fut 
remarqué à cause du nombre de ses productions et de 
la rapidité avec laquelle il énonçait ses idées ; it ne reste 
cependant de lui que quelques vers épars dans les antho- 
logies, ainsi qu'une ode composée par lui pour charmer 
ses loisirs pendant qu'il était en prison. Ensuite vinrent 
'Abdallah ben "Abdes-Sélam, auteur du Dorr el-manzkoum 
(Perles rangées en ordre], diwan par ordre alphabétique 
et composé de panégyriques et de félicitations pour l'an 
nouveau ; Abou'I-Fath Ibn el-Hasina vers 1048, 'AH el- 
Mayorqi, originaire des Baléares, qui mourut à Bagdad 
en 1084, le khalife abbadide de Séville El-Mo'tamid, ami 
et protecteur des lettrés, poète lui-même, Ahmed en- 
Noméïri au début du xii* siècle, et Abou'l 'Abbûs et-Totili 
el-A'mà, l'aveugle de Tudèie, mort jeune en 1126, qui 
chanta l'AImoravide 'Ali ben Yoùsouf ben Tâchifin et 
composa des mowachchahât. 

Ibn-Zérdoun (Abou'l-Wélid Ahmed) était d'une fa- 
mille considérable de Cordoue, où il naquit en 1103. 
Le rôle important qu'il jouait encore jeune dans sa ville 
natale attira sur lui l'attention de Wallâda, fille du 
khalife oméyyade El-Mostakfi, assassiné en 1025. Leurs 
amours furent traversées par Abou'l-Hazm ben Djahwar, 
alors maitre de Cordoue, qui le fit jeter en prison; il 
s'enfuit, mais le désir de revoir Wallâda le ramena dans 
la même ville. A la mort de son persécuteur, le fils de 
celui-ci, Abou'l- Wélîd, étant monté sur le tràne, rappela 
Ibn-Zéïdoun et fît de lui son vizir. Abou 'Amir ben 
'Abdoùs s'étant porté candidat à la main de Wallâda, Ibn- 
Zéïdoun lui adressa, au nom de celle-ci, une épître 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



ISS LITTÉRATORB AUBE 

célèbre oh elle refusait sa demande en mariage. Les 
rapports qu'il entretenait avec le prince de Malaga, 
Idrîs II, ami des arts, le rendirent également suspect à 
son protecteur Abou'l-Wélid, qui le bannit. Il se rendît 
alors à Séville oii régnait El-Mo'tadid, qui lui réserva 
une brillante réception et le choisit bientôt après pour 
réunir sur sa tète les chaînes de premier ministre et de 
commandant des troupes. Il réussit à tel point dans ces 
fonctions que le successeur de Mo'tadid, El-Mo'tamid, 
les lu! conserva jusqu'à sa mort en 1070. La lettre à 
Ibn-Abdoùs a été publiée et traduite par Reiske en 1755 ; 
plus tard l'orientaliste hollandais Weijers s'est occupé de 
lui, et plus récemment encore M. Besthorn a étudié sa 
vie et a publié la lettre adressée à Ibn Djahwar. 

'Abd-el-Medjid Ibn 'Abdoùn, né à Evora, attira de 
bonne heure sur lui l'attention d"Omar ben Aftas, alors 
gouverneur de cette ville. Quand celui-ci succéda à son 
frère Yahya, il fit venir le poète à Badajoz et lui confia 
les fonctions de secrétaire. Lorsque l'irruption des Almo- 
ravides fit perdre à ce prince ses États et sa vie, en 1092, 
Ibn Abdoùn entra en la même qualité au service de 
Sir ben Abi-Bekr, commandant les troupes d'Afrique; 
puis il passa au Maroc où le fils de Yoùsouf ben Tâchifin 
l'employa aussi comme secrétaire. 11 mourut dans sa 
ville natale, où il était venu revoir sa famille, en 1134. 
L'ode qu'il a composée sur la fin de la famille d'Aftas 
devint célèbre; elle a été commentée par Ibn Badroùn 
et par Isma'ïl Ibn Athir. 

Entre Jativa et Valence se trouve Jucar, que les 
Arabes appelaient une île parce que ce village est 
entouré par les eaux de la rivière du même nom. C'est là 
qu'en 1058 naquît Ibn Khafûdja (Abou-Ishaq Ibrahim); 
c'est là qu'il vécut sans essayer de courtiser les roitelets 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LES ABBASSIDBS 139 

qui s'étaient partagé la contrée, et qui cependant met- 
taient leur gloire à patronner les lettres. Toutefois il 
adressa de nombreux panégyriques à Abou-Ishaq 
Ibrahim ben Yoùsouf ben TâchiGn, comme nous le 
voyons par son diwan qui a été imprimé au Caire en 1869. 

Médecin et poète a la fois était cet Espagnol d'Almeria 
qui entra au service du sultan seidjoukide Mahmoud ben 
Mélekchâh en 1127 et installa pour lui un hôpital de 
campagne monté sur quarante chameaux; il se nommait 
'Obétdallah ben Mozhaffar; né en 1093, il entreprit le 
pèlerinage de la Mecque en 1122, séjourna à Damas et à 
Alexandrie, vécut quelque temps comme professeur à 
Bagdad et retourna ensuite à Damas, ob il mourut en 
1154. De ses vers, en dehors de ceux qui sont cités dans 
les anthologies, il n'est guère resté qu'un poème dans le 
mètre radjaz, Ma arret-el-béît, qui se trouve dans un 
manuscrit de Berlin. 

Abou-Bekr Mohammed Ibn Guzman, troubadour am- 
bulant, allait de ville en ville célébrer les grands dans 
ses panégyriques et vivait des récompenses qu'il obte- 
nait par ce moyen . 11 a écrit des poésies populaires 
dans la forme dite zadjal, jusqu'alors réservée aux impro- 
visateurs, et qu'il a élevée à la dignité de mode litté- 
raire; aussi a-t-on pu le considérer comme l'inventeur de 
ce genre de poésie. Il l'a employé même pour célébrer 
les panégyriques des princes, tandis qu'avant lui la 
noble qaçlda avait seule été réservée à cet usage. Le 
manuscrit unique du Musée asiatique de Saint-Péters- 
bourg a été publié par M. D. de Gunzbourg. 

Abou-Ishaq Ibrahim Ibn Sahl, israélite de Sévîlle, se 
convertit plus tard à l'islamisme. Il pérît noyé, en même 
temps qu'Ibn Kballas, gouverneur de Ceuta, en 1251 ou 
1260; il avait un peu plus de quarante ans. II fréquen- 

LirrtlIiTDHI IIUBI. " 



ISO LITTÉIUTUIIE ARABE 

tait la société musulmaDe avant sa conversion, et com- 
posa même un poème en l'honoeur de Mahomet avant 
d'entrer au nombre de ses sectateurs. Cependant sa con- 
version a laissé des sceptiques, qui avaient remarqué 
qu'il ne se privait pas de boire du vin. Il a écrit des 
poésies sur le mètre populaire dit movfackchah, qui ont 
été réunies par Hasan ben Mohammed el-'Attâr et litho- 
graphiées au Caire. 

L'administration espagnole pouvait revendiquer à bon 
droit Abou-Zéïd 'Abd-cr-Rahman Ibn Yakhlaftan qui, 
après avoir été employé comme secrétaire par différents 
princes arabes, fut exilé par l'Almohade EI-MamoAn. 
Réfngié au Maroc, il se raccommoda avec le sultan en 
1230, mais sans grand profit pour lui-même, puisqu'il 
mourut trois mois après. Ses œuvres complètes en prose 
et en vers ont été rassemblées par un de ses élèves en un 
volume qui se trouve à Leyde et dont le contenu est 
relatif à l'édification et à l'ascétisme; du même genre 
sont les pièces de vers renfermées dans un manuscrit de 
l'Escurial, auxquelles il faut joindre un certain nombre 
d'odes à la louange du Prophète. Un auteur de poèmes 
soulis sous la forme populaire du motvachchah est cet 
Espagnol né à Chouchtar, localité du Wadi-Ach en 
Andalousie, mort à Damiette en 1269, Abou'l-Hoséin 
'Ali ech-Chouchtarl. Un habitant de Malaga, Abon'l- 
Hakam Mâlîk Ibn el-Morahhal, écrivit le panégyrique 
du Prophète en vers populaires. 

La prose élégante et rîmée. 

La même époque vit composer des ouvrages de prose 
qui peuvent être mis à côté des œuvres poétiques. 
La prose rimée, dont le chef-d'œuvre est le Koran, avait 



: .,..,Goog[c 



LES ÀBBÂSSIDES 1S1 

perdu sa vogue d'avant l'islam et était totalement 
délaissée, lorsqu'elle retrouva un renouveau avec les 
prônes (Khotba), l'art épistolaire et les compositions 
poétiques devenues célèbres sous le nom de Séance» 
(maqâmât). 

Ibn NoeiTA, né à Méyyâfàriqta en Mésopotamie (d46), 
prédicatenr à la cour de Séïf-Eddaula à Alep, mourut dans 
sa ville natale en 984; on l'appelle El-Khatîb, le Prédi- 
cateur, pour le distinguer de son homonyme Ibn Nobâta, 
le Poète, qui vivait également à la cour de Séïf-Eddaula. 
Une grande partie des sermons d'Ibn Nobâta sont con- 
sacrés au devoir de la guerre sainte; ils étaient destinés 
à encourager le peuple et à le stimuler à porter secours 
à son prince, dont nous avons vu plus haut les luttes 
continuelles avec les troupes romaines de Byzance. Le 
plus célèbre de ses sermons est celui qui est connu sous 
le nom de Sermon du songe ou de la vision, composé 
pendant un rêve où le prédicateur crut voir lui apparaître 
le Prophète en personne ; il a été publié et traduit par 
Mac-Guckin de Slane dans le Journal Asiatique de 1840. 
Quant au poète du même nom, il allait de pays en pays 
réciter aux princes et aux grands personnages les poèmes 
qu'il avait rimes à leur gloire. Né en 938, il mourut à 
Bagdad en 1015. C'est à lui qu'il arriva une étrange 
aventure racontée par Ibn Khallikan. Faisant un jour la 
sieste dans le vestibule de sa maison, un individu arrivé 
des régions de l'Orient vint lui demander s'il n'était pas 
l'auteur des vers où il est dît : « Celui qui ne meurt pas 
par l'épée mourra de quelque autre façon ; les modes sont 
différenu, mais le malheur reste le même; » et avant la 
fin de la même journée, un habitant de Tiaret en Algérie 
vint lui poser la même question ; ce qui surprit fort Ibn 
Nobâta, c'est que la célébrité d'un de ses vers eût atteint 

— «gi^' 



1» LITTÂUTVBE ARABB 

à la fois les extrémités est et ouest du monde musulmaD. 
Abou-Bekr bl-KhArizmi avait pour mère la propre soeur 
de l'historien Tabari; né en 935, il est le premier auteur 
qui nous ait laissé un recueil de lettres. C'est un épis- 
tolier qui avait eu de nombreuses aventures. Il était 
d'origine persane; son père était du Khârizm, aujour- 
d'hui Khanat de Khiva, sa mère du Tabaristan ou Mazan- 
déran au nord de la Perse; dans sa jeunesse il vécut 
quelque temps à Alep à la cour de Séïf-Eddaula, se 
rendit à Bokhara auprès d'Abou-'Ali el-Bal'ami, se 
sépara bientôt de lui, séjourna à Nisapour dans le Kho- 
rasan ainsi que dans le Sidjistan, oii il lut mis en prison 
pendant longtemps à cause d'une satire dirigée contre le 
gouverneur Tahir ben Mohammed. De retour à Nisapour, 
il s'y établit après quelques voyages à Ispahan et à Chiraz. 
Sa manie de composer des satires lui attira la confisca- 
tion et la prison de la part d'El-'Otbi, ministre du Ghaz- 
névide Mahmoud; puis il se rendit dans le Djourdjàn, 
d'où il fut rappelé, après l'assassinat d'Otbi, par son 
successeur Abou'l-Hoséïn el-Mouzani. Vers la fin de sa 
vie sa réputation commençait à être efiacée par celle de 
Hamadhâni. Il mourut en 993, ou 1002. Tha'âlibî, en sa 
Yatîmat ed-dahr, nous a conservé des extraits de ses 
poèmes ; mais ses Résaîl ou lettres en prose rimée sur 
tous les sujets de littérature possibles ont rendu son nom 
célèbre. Étant allé trouvé le ministre Ibn-'Abbâd, le 
chambellan lui fit savoir que son maître ne permettait 
d'entrer chez lui à un littérateur qu'à la condition que 
celui-ci saurait par cœur vingt mille vers d'Arabes du 
désert. « Est-ce vingt mille vers composés par des 
hommes ou par des femmes ? » demanda Abou-Bekr el-Khâ- 
rizmi, ce qui le fit reconnaître : « Ce ne peut être que 
lui, dit le ministre ; qu'on le fasse entrer, n L'accueil qn'il 



LB8 &BBASBIDKS 



reçut de ce personnage ne l'empêcha pas de le persifler 
plus tard : a Ne louez pas Ibn 'Abbâd même s'il répand des 
bienfaits assez abondants pour faire bonté au nuage plein 
de pluie; car de tels actes sont chez lui la suggestion de 
sa fantaisie; quand il accorde, ce n'est pas par libéralité, 
ni par avance qu'il refuse. » — Dieu maudisse l'ingrat! 
s'écria alors le ministre. Un de ses compatriotes nous 
a laissé de son caractère ce portrait peu flatteur : « Abou- 
Bekr possède science et talent, mais il n'est pas fidèle 
à ses engagements. Son amitié dure du matin à la nuit, 
mais non plus tard. » 

Bédi'-Ezzemàn (le prodige de son temps) el-Hahadhani 
quitta jeune encore sa ville natale d'Hamadan en 990, 
voyagea dans les mêmes contrées qu'EI-Khârizmi, 
séjourna à Nisapour, soutint dans cette ville une joute 
oratoire contre El-Khàrizmi, plus âgé et plus connu que 
lui; il parait s'être établi enfin à Ghazna dans l'Afgha- 
nistan et être mort à quarante ans en 1008, à Hérat, après 
avoir été enterré trop précipitamment en état de léthar- 
gie; ses cris furent entendus dans la nuit, son tombeau 
fut ouvert, mais on le trouva mort de frayeur, sa main 
empoignant sa barbe. Il avait une mémoire si prodi- 
gieuse, qu'il récitait exactement quatre ou cinq feuillets 
d'un livre, après les avoir lus une seule fois, et qu'il 
répétait sans hésiter un poème pour l'avoir entendu 
déclamer seulement une fois. Il composait avec la même 
facilité, soit en prose, soit en vers, et improvisait sur un 
sujet choisi à volonté ; il lisait en prose ce qui était écrit 
en vers, et vice versa; mieux encore, il mettait quelque- 
foi» par écrit ce qu'on lui avait demandé, en commençant 
par la dernière ligne et en continuant ainsi à rebours. Il 
traduisait avec la même promptitude les vers persans en 
vers arabes. C'est à Nisapour qu'il composa ses Séances, 



r,:....,Goog[c 



13& LITTÀBATORB AHABB 

dans lesquelles il met en scène un être ioveoté Dommé 
Abou'1-Fatb Iskandéri, et qui contieDoent des traits de 
mendicité et autres sujets. Ces séances sont en effet des 
contes, dont on reconnaît tout de suite l'origine aryenne, 
assez courts, mais écrits dans un style brillant et difficile 
où se rencontrent les mots les plus rares du lexique arabe. 
Le béros forgé est un cbevalier d'industrie, qui se fait 
passer tantôt pour Nabatéen et tantôt pour Arabe, tantôt 
pour cbrétien et tantôt pour musulman : « Je suis le 
caméléon, dit le béros, je change continuellement de 
couleur; ne te laisse pas décevoir par la raison : il n'y a 
de véritable raison que la folie. » 

Le nom de maqâma « séance » désignait depuis long- 
temps ces réunions de savants etde lettrés qui se réunis- 
saient auprès des khalifes et des gouverneurs pour y 
échanger leurs idées sur des points de grammaire et y 
faire assaut d'esprit et d'érudition; Ibn Qotéïba les 
signale déjà dans ses 'Oyoun el-Akkbâr. Mais Hamadbàni 
est le premier qui a eu le mérite, en réunissant en volume 
les historiettes consacrées k des aventures plaisantes de 
mendiants et de fourbes, revêtues des plus brillantes 
couleurs par un maître érudit connaissant à fond l'homo- 
nymie de la langue arabe, de créer un nouveau genre 
littéraire dont le chef-d'œuvre fut plus tard les célèbres 
séances de Ilariri. La bibliothèque de Berlin a conservé 
une séance du même genre, écrite à la même époque par 
un auteur qui, né à Bagdad en 939, fut poète de cour ii 
Alep du temps de Séïf-Eddaula, puis à Réï, auprès du 
gouverneur Mohammed ben el-'Amid, et mourut dans sa 
ville natale en 1014 : 'Abdel-'Aziz ben 'Omar es-Sa'di. 

A la même époque on peut citer, comme auteurs de 
correspondances littéraires, Abou'l-Hosérn el-Ahwâzi et 
ce païen hellénisant de Harrân, appartenant à cette secte 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



I^B ABBASSIDES 



qui conserva jusqu'en plein islamisme les vieilles reli- 
gions de la Syrie fortement mélangées de syncrétisme 
gréco-romain et qui avaient fait croire qu'ils se ratta- 
chaient aux Çabiena ou chrétiens de saint Jean-Baptiste 
formellement compris par le Koran parmi les Gens du 
Livre, je veux dire Abou-Ishaq Ibrahim ben Hilàl, sur- 
nommé Eç-Çâbi, qui fut chef de la correspondance offi- 
cielle sous le Bouïde 'Izz-ed-Daula et que la haine 
d"Adod-ed-Daula voulut faire piétiner sous tes pieds 
des éléphants lors de la prise de Bagdad en 977; il eut 
le bonheur de s'en tirer au moyen de la prison, et fut 
gracié à la condition d'écrire une histoire des Bouïdes. 
Il mourut dans la misère en 994. 

La gloire de composer le plus brillant monument lit- 
téraire en prose rimée arabe était réservée à Abou- 
Mohammed el-Qàsim el-Hariri, auteur des célèbres 
Séances. Il naquit à Bassora en 1054 ; sa famille était de 
Machàn, petit village malsain perdu dans les plantations 
de palmiers aux environs de la grande vîUe commer- 
ciale. Ses propriétés rurales lui fournirent assez de 
revenus pour lui permettre de mener une vie indépen- 
dante et de se livrer en toute tranquillité à ses études 
linguistiques et littéraires. Il mourut eu 1122. Son 
recueil de Séances, venant après celui de Hamadhâni, 
avait ce dernier pour modèle, mais il le dépassa par la 
richesse de l'imagination et par l'emploi d'un vocabulaire 
encore plus développé et étudié. Il met en scène, 
comme son prédécesseur, un personnage feint, vagabond 
nourri de littérature, Abou-Zéïd de Saroudj, qui se ren- 
contre avec lui dans les situations les plus extraordinaires. 
Ce nom n'est pas tout à fait inventé; le fils de Hariri 
a raconté dans quelles circonstances il avait été adopté; 
un étranger d'une misérable apparence, entrant dans la 

L,, ;....,G00g[c 



LtTTKRATDRE ARABE 



mosquée et s'exprimant avec élégance, avait répondu aux 
demandes qui lui avaient été adressées : « Je suis Abou- 
Zéïd de Saroudj. » Cette ville de Mésopotamie venait 
d'être prise de force par les chrétiens de la 1'° croisade et 
mise au pillage ; Abou-Zéïd avait eu sa fille enlevée comme 
captive ; dépouillé de tout, il vivait de la charité publique . 
Mais la richesse du style est encore plus merveilleuse 
que la trame légère qui réunit les uns aux autres les 
cinquante contes du recueil. 

Notre grand orientaliste Silvestre de Sacy, le maître 
des études orientales au commencement du xix' siècle, 
en a publié le texte arabe avec une préface et un com- 
mentaire écrits par lui-même tout en arabe, ce qui n'est 
pas le moindre tour de force accompli par ce vaste 
esprit- 

Hariri, à côté de cet ouvrage célèbre, a encore laissé 
d'autres compositions, telles que les deux lettres dans 
lesquelles chaque mot commence par un s ou un ch, jeu 
puéril, d'une difficulté considérable, où le moyen âge 
occidental s'est aussi complu; un ouvrage grammatical 
sur les fautes de langage usuelles chez les gens instruits, 
qu'il a intitulé la Perle du plongeur dans les idées fausses 
des gens du monde (Dorret el-Ghawwâs fi auhàm el-Kha- 
wâss); les Récréations grammaticales, Molkal el-Jrâb, 
poème didactique qui a été traduit en français par 
M. L. Pinte. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE VI 



En même temps se développait l'étude de la langue et 
de la grammaire arabe, sortie de l'exégèse du Koran, et 
destinée à répondre aux besoins des peuples et des indi- 
vidus, de plus en plus nombreux, pour qui la connais- 
sance de la langue des vainqueurs était d'absolue néces- 
sité. C'est à l'enseignement de la logique d'Aristote, cul- 
tivée dans l'école syro-persane de Gondécbàpour, ainsi 
que l'a montré Ernest Renan, qu'il faut faire remonter 
les recherches des Arabes sur le mécanisme de leur 
langue. L'interprétation du Koran et le besoin d'expliquer 
les difficultés du texte créèrent des recherches qui -furent 
plus tard continuées pour leur seul intérêt, amenèrent 
à constituer la lexicographie de la langue et à en resti- 
tuer les vieux monuments ; de sorte que de ces travaux 
mêmes naquit la critique des textes, dans les limites que 
pouvait permettre l'érudition toujours incomplète des 
Orientaux, parce que ceux-ci ne peuvent guère sortir du 
cercle tracé par leur langue maternelle. 

Deux écoles de grammairiens naissent à la fois dans 
le bassin du Tigre et de l'Euphrate. A Bassora, fondée 



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LITTBRATDRB ARABE 



en 636 par un des généraux du khalife 'Omar, centre 
d'une population mélangée d'Arabes et de Persans, par- 
lant deux langues entièrement différentes par l' opposition 
marquée de ces deux idiomes, jointe à celle moins frap- 
pante mais réelle de la langue littéraire, dérivée du dia- 
lecte qoréïchite du Koran, et des autres dialectes vivant 
dans la péninsule arabique, une école s'était créée dont 
les origines sont obscures : on fait remonter à Âbou'l- 
Aswad l'honneur de l'avoir fondée; mais pour trouver 
quelque chose de plus sftr, il faut descendre jusqu'à 'Isa 
BEN 'Omar et-Thaqafi, mort en 766, maitre des célèbres 
grammairiens Khalil et Sibawaïh; il avait une réputation 
comme lecteur du Koran. A côté de lui son ami Abou 
'Amr ben el-A'Ià, né à la Mecque en 689, mort en 770, à 
Koufa, au retour d'un voyage à Damas, collectionnait 
les anciennes poésies arabes; on dit que dans un accfes 
de pîétîsme il mit au feu sa collection pour se vouer à 
l'étude exclusive du Koran, dont il est d'ailleurs reconnu 
pour l'un des sept lecteurs qui font autorité. Il eut pour 
élève Yoùnous ben Habib, affranchi d'une tribu arabe, 
d'origine peut-être persane, plutôt araméenne, né à 
Djabboul, petite ville sur le Tigre entre Wasit et Bagdad, 
qui s'occupa à recueillir des particularités rares de la 
langue, des mots dialectaux et des proverbes, et se livra 
à des recherches sur la syntaxe . Le grand maître de cette 
école fut un Arabe de l'Oman, Khalil ben Ahmed, à qui 
on attribue l'invention des règles de la prosodie (on pré- 
tend qu'il les découvrit en entendant le marteau d'un 
forgeron retomber sur l'enclume], et qui fut l'auteur du 
premier ouvrage lexicographique connu, le Kitàb el- 
'Ain {livre de la lettre 'Aïn), dans lequel les lettres ne 
sont pas rangées dans l'ordre de l'alphabet arabe ni dans 
celui qu'on peut appeler historique, parce que des Phé- 



:=,Googk' 



LBB ABBABSIDBS 



nicieas ses inventeurs il est passé en grec et en latin, 
mais dans un ordre suggéré par les lois de la phonétique 
et de la linguistique; l'atphabet ainsi compris commen- 
çait par la lettre 'aï/i, si caractéristique des langues sémi- 
tiques et surtout de l'arabe (on sait que c'est l'articulation 
gutturale du chameau que l'on charge de son bât) et se 
terminait par la lettre t/. C'est un ordre rationnel et expé- 
rimental de ce genre que Lepsius a de nos jours adopté 
dans son Standard-Alphabet, qui fait la joie des lin- 
guistes et oblige les savants à apprendre un alphabet 
de plus. II est intéressant de connaître l'ordre adopté 
par un savant arabe du viti" siècle : d'abord les guttu- 
rales (aln, hhy h, kh, gk, q), les palatales (k, dj), les 
chuintantes et sifflantes (cA, c, dd, s, =), les linguales 
(tt, d, t, z/i, dh, th, r, l, n), les labiales if, b, m), les 
semï-voyelles [tv, hamza, y). Cet ouvrage, commencé 
pendant un séjour de l'auteur dans le Khorasan et achevé 
après sa mort par Léïth bea Mozhaffar, figurait dans la 
bibliothèque des Tahirides et fut apporté à Bagdad en 862, 
où il fut l'objet d'études constantes et de remaniements. 
C'est surtout par le fameux ouvrage de son élève Siba- 
WAiH, le Kitâb ou Livre par excellence, que nous pouvons 
nous rendre compte de l'influence que Khalil a eue sur 
l'école de Bassora. Sîbawaih est la manière dont les 
Arabes prononçaient le nom de ce Persan, Sibouyè, dont 
on expliquait la signification par « odeur de pomme » et 
qui n'est peut-être que l'ancien nom historique de 
Sébokht. Venu à Bassora à trente-deux ans, il y termina 
ses études, puis se rendit à Bagdad dont le séjour lui 
devint intolérable à la suite d'altercations qu'il eut avec 
El-Kisâï, précepteur du fils d'Haroun er-Rachid, au sujet 
d'un accusatif pour un nominatif; furieux de ce qu'on 
eût fait témoigner contre lui, à prix d'argent, des Arabes 



ItO LITTBRATDnB ABADB 

du désert à la bonne foi desquels il croyait pouvoir se 
fier, de retour dans sa patrie, il y mourut encore jeune, 
dans la quarantaine, près de Chiraz (793 ou 796). Son 
Kil4b fut célèbre daos tout l'Orient et est resté la grande 
autorité à laquelle on aime à remonter; jamais on n'a 
voulu lui reconnaître d'égal. Le texte en a été publié par 
M. H. Derenbourg, et traduit en allemand par G. Jahn. 

A côté de Sibawaih, Khalil avait eu encore pour élèves 
MoARRiDi ben 'Amr es-Sadoûsî, né dans le désert, qui 
accompagna dans le Kborasan le khalife Mamoun, vécut 
quelque temps à Merv et à Nisapour, puis revint mourir 
à Bassora en 810, et Nadhr ben Cboméïl, né à Merv et qui 
y vécut après être allé étudier la grammaire et le droit 
à Basaora ; pourvu d'uD emploi de juge dans sa ville 
natale, il y mourut en 818, laissant des ouvrages d'exé- 
gèse sur le Koran et la tradition, ainsi qu'une encyclo- 
pédie de la langue des Bédouins (Kitâb aç-çifàt), devenue 
très célèbre. 

A la même école se rattache un élève de Sibawaih, 
Mohammed ben Ahmed el-Mosta'mîr , que son maître 
avait surnommé Qotrob, c'est-à-dire le Loup-garou, qotroh 
n'étant autre que la déformation du grec lykanthropos; il 
lui avait appliqué ce surnom parce que, désireux de s'ins- 
truire, il arrivait toujours aux leçons avant tous les autres 
élèves; affranchi né à Bassora, il fut précepteur des 
enfants d'Abou-Dolaf, l'un des généraux de Mamoun et de 
Mo'taçim, et a laissé une collection d'ouvrages lexico- 
graphiques, au nombre de vingt-huit, dont quatre se sont 
conservés jusqu'à nos jours et ont été copieusement com- 
mentés, surtout le Livre des racines trilitères dont la 
signification change avec la vocalisation {Kttâb el-Motkal~ 
lath), qu'il fut le premier à écrire et dont le genre fut 
souvent imité depuis. Il mourut en 821. 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



LES ABSÂSSIDBS lU 

C'est parmi les élèves de Qotrob qu'il faut ranger 
Mohammed ben Habib, à qui nous devoos le recueil des 
poésies deFérazdaq; il s'occupa également de l'aocienne 
histoire des tribus arabes, et composa sur ce sujet un 
livre que nous n'avons plus. Il mourut à Sâmarrà en 859. 
Habib était le nom de sa mère. 

Abou-'ObaîdaMA'MARBBNBL-MoTHANNJLétaitnéàBassora 
en 728 de parents juifs établis en Perse; contemporain 
de Kbalil, mais non son élève, il suivit les cours d'Abou- 
*Amr ben el-A'lâ. Rattaché au parti religieux et politique 
des Kbarédjites, dont le centre d'action était Bassora, ses 
tendances furent également cko'oubites, c'est-à-dire qu'il 
combattit pour la supériorité des races vaincues sur les 
Arabes vainqueurs, ainsi que nous l'avons expliqué plus 
haut. Il fut appelé à Bagdad en 803 par Haroun er-Ra- 
chid. Il s'était fait tant d'ennemis par son livre el-Matâlib 
(Livre des défauts des Arabes) que lorsqu'il mourut à 
BasBora en 825, empoisonné par une banane, personne 
ne suivit son cercueil, phénomène inouï chez les musul- 
mans. Il portait des habits malpropres et grasseyait. Il a 
écrit deux cents traités grammaticaux et philologiques, 
composés d'extraits de poèmes et de proverbes de la 
péninsule arabique. Le poète Abou-Nowâs avait pris 
des leçons d'Abou-'Obaïda ; il l'estimait très haut et mépri- 
sait El-Açma'ï, dont il disait que c'était un rossignol en 
cage, c'est-à-dire qu'il prononçait de beaux discours sans 
en comprendre un mot; quant à son maître, il disait de 
lui : K C'est un paquet de science ficelé dans une peau. » 
Quand il récitait des vers, il ne marquait pas la mesure 
et, en répétant des passages du Koran ou de la tradition, 
il faisait exprès des erreurs ; et quand on lui en demandait 
la raison : « C'est, disait-il, parce que la grammaire est de 
mauvais augure. » Son Livre des journées des Arabes a 



14S LITTiMTDBE ABABE 

servi de base au Livre des chansons d'Abou'I-Faradj el- 
Içfahâoî et au Kâmîl d'ibn el-Athir. 

Abou-Zéïd Sa'ïd ben 'Amu el-Ançâri était aussi un élève 
d'Abou-'Ainr ben el-A'Ia; d'origine médinoise mais né à 
Bassora, il fut appelé à Bagdad lors de l'avènement au 
trdne du khalife Mehdi et y mourut en 830 a l'âge de près 
de cent ans. Il était qadari, c'est-à-dire qu'il admettait le 
libre arbitre de l'homme, opinion théologique considérée 
comme hérétique; cependant, en matière de tradition du 
Prophète, il est regardé comme une autorité sûre. 

Mais le plus célèbre des élèves d'Abou-'Amr fut 
El-Açma'ï 'Abdel-Mélik ben Qoraïb, de vraie extraction 
arabe, né à Bassora eu 739. Son érudition étonnante lui 
valut la plus grande considération à la cour de Haroun 
er-Rachid, en même temps que comme professeur et 
comme écrivain il exerçait une grande influence dans 
les cercles littéraires. Il se distingue de ses devanciers 
par son piétisme exagéré, dont l'expression déborde 
même sur ses travaux philologiques. Il mourut vers 831. 
Il écrivit des ouvrages sur une foule de sujets, entre autres 
le Kitâh el-Khéïl (Livre des chevaux), dans lequel il énumé- 
rait, avec citations appropriées de vers arabes, les noms 
donnés par les Bédouins à toutes les parties du corps du 
noble anima). Ce fut même l'occasion d'une anecdote 
racontée par El-Açma'ï lui-même. Celui-ci vint un jour, 
accompagné d'Abou-'Obaïda, trouver le ministre Fad) ben 
Rabi', qui lui demanda en combien de volumes était le 
fameux traité des chevaux : « Un seulement ! » répondit le 
grammairien. A la même question, Abou-'Obai'da, qui était 
aussi l'auteur d'un traité sur le même sujet, répondit 
que le sien était de cinquante volumes. « Allez à côté de 
ce cheval, » dit FadI en montrant une bète qu'il venait 
de faire sortir de son écurie, « et placez votre main suc- 



, ;....,Goog[c 



LBS ABBASSIPBB 



cessivement sur toutes les parties de son corps en don- 
nant leur nom. — Je ne suis pas vétérinaire, répondit 
Abou-'Obaïda; tout ce que j'ai écrit sur ce sujet m'a été 
fourni par les Bédouins. » El-Açma'ï, au contraire, se 
prêta à l'expérience demandée par le ministre, et tenant 
le cheval par la crinière, nomma les différentes parties 
du corps en récitant en même temps les vers des poésies 
bédouines qui les mentionnaient. C'est lui qui naturelle- 
ment obtint le don du cheval en récompense de sa science. 
Plus tard, quand il voulait piquer Abou-'Obaïda, il ne 
manquait pas d'aller lui rendre visite monté sur le cheval 
qui avait été la cause de sa confusion. Le respect d'Ël- 
Açma'î pour le livre sacré et les traditions du Prophète 
était tel, qu'il refusait d'en interpréter les difficultés et 
les obscurités au moyen de son érudition; il répondait 
toujours : h Les Arabes du désert disent que telle et 
telle expression signihent telle chose, mais je ne sais pas 
ce qu'elle peut signifier dans le Koran. » Cette timidité 
dans l'exégèse provenait de ses sentiments religieux, et 
l'empêcha d'utiliser à l'étude du texte sacré les belles 
qualités qui l'avaient rendu célèbre en matière 
profane. 

El-Akhfach {sarnommé El- Ausal, « le Moyen «, pour le 
distinguer d'un autre grammairien plus ancien] Sa'Vd ben 
Mas'ada était né à Balkh et probablement d'origine per- 
sane; il était affranchi d'une tribu arabe. Plus âgé que 
Slbavraih, il avait néanmoins été son disciple préféré, et 
il avait coutume de dire ; o Mon maître n'a pas inséré 
dans son Kitàb un seul passage sans l'avoir soumis à 
mon examen. » C'est en effet ii lui que l'on doit la con- 
servation de la précieuse grammaire, dont il combattait 
cependant certaines tendances. Son surnom d'Akhfach 
signifie M qui a de petits yeux et nyctalope » ; en outre, il 



144 LITTÉHATUIIE AHABB 

avait la bouche ouverte et ne pouvait couvrir les dents 
avec les lèvres. Il mourut vers 835. 

El-Açma'ï forma des élèves. Le premier est Abou-'Obaïd 
Ël-Qasim bek Sallah, né à Hérat d'un esclave grec, en 
773. Il étudia non seulement à Bassora avec El-Açœa'ï, 
Abou-'Obaïda et Abou-Zéïd, mais encore à Koufa avec 
Ibn el-A'ràbi et El-Kisàï. Nommé précepteur des enfants 
de la famille de Hartama, gouverneur du Khorasan sous 
Haroun er-Rachid, puis de ceux de Thâbit ben Naçr, 
gouverneur de Tarsous en Cilicie, ce dernier fonction- 
naire l'établit dans un poste de cadi qu'il conserva pen- 
dant dix-huit ans. Puis il se rendit auprès d"Abdallah ben 
Tàhir, gouverneur du Khorasan, qui l'accueillit généreu- 
sement. C'était un littérateur d'une prudence merveil- 
leuse, qui pour éviter que les vers satiriques qu'il plaçait 
dans ses ouvrages ne lui attirassent des désagréments, y 
remplaçait les noms de personnes par des substantifs 
fabriqués par lui à la mesure du vers. Dans ses dernières 
années on le retrouve à Bagdad; îl mourut à la Mecque 
ou à Médine au cours d'un pèlerinage (837). On disait de 
lui qu'il partageait la nuit en trois portions : une pour la 
prière, une pour le sommeil, et la troisième pour la com- 
position de ses ouvrages. Parmi ceux-ci le Gharib el- 
Moçannaf, auquel il travailla quarante ans, est conservé 
à la bibliothèque khédiviale du Caire, le Gharib cl- 
Hadith à Leyde et le Livre des proverbes à Paris. 

Le second est Aboo-Hatih Sahl ben Mohammed, ori- 
ginaire du Sidjistan, mort vers 864. Il habita quelque 
temps Bagdad ; vers la fin de sa vie il renonça a s'occuper 
d'érudition et se livra au commerce de la librairie. Il est 
connu comme l'auteur du Kitàb el-Mo'ammarin conservé à 
la bibliothèque de l'Université de Cambridge et consacré 
aux hommes qui ont vécu longtemps; son Livre des pal- 



:=,Googlc; 



LES ABBASBIDBS 



miers (Kitàb en-nakhl) a été étudié par Cusa et Lagumina. 
Il fut le maître d'iba Doréïd et d'El-Mobarrad. C'était un 
homme pieux qui chaque jour consacrait une pièce d'or 
aux aumônes, et chaque semaine lisait le Koran en entier. 
Il était, disait-on, meilleur poète que grammairien. Une 
anecdote qu'on raconte de lui prouve qu'il connaissait 
l'emploi d'encres sympathiques pour dissimuler l'écri- 
ture. 11 disait à ses élèves : « Si vous voulez confier un 
secret au papier, écrivez avec du lait frais; les mots appa- 
raîtront quand vous j jetterez des cendres chaudes de 
papier brûlé ; ou bien écrivez avec une solution de sul- 
fate de fer : l'écriture deviendra visible en y versant une 
infusion de noix de galle. Vous pouvez encore écrire avec 
cette infusion de noix de galle et y verser le sulfate de 
fer. » 

Le troisième, Abou 'Omar Salih bbn Ishaq el-Djarmi, 
était un jurisconsulte et un grammairien né à Baesora; il 
se rendit à Bagdad, où il eut de grandes discussions avec 
El-Farrà; il mourut en 840. Le quatrième, Abou'l-Fadl 
el-'Abbâs ben Faradj er-Riyàchi, périt à Bassora pendant 
l'insurrection de l'Alide de Bassora, le prétendu 'Ali ben 
Mohammed, chef des Zendjs, en 871. Lors de la prise de 
la ville par ces nègres féroces, il fut compris dans le 
massacre général des habitants. Un cinquième est Es- 
Soukkari Abou-Sa'ïd el-Hasau ben el-Hoséïa, né en 827, 
mort en 888, qui a réuni et édité critiqucment les 
anciennes poésies arabes, le diwan des Hodhéïlites et 
celui d'ImrououlqaÏB. Un sixième est Abou-'Othman Bekr 
ben Mohammed el-Màzini, mort en 863 ; il refusa un jour 
de donner des leçons de grammaire à un non-musulman, 
en prenant pour texte le Livre de Sibawaih, à cause des 
citations du Koran que celui-ci renferme, et qu'il ne vou- 
lait pas expliquer à l'élève par crainte de profanation , 

LTTTiHATaXI IDABE. lO 

C,q,;,z....,G00g[C 



lU LliràRATURB ARABB 

malgré la somme considérable que celuï-ci lui offrait et 
son extrême pauvreté. Appelé à Bagdad, il expliqua au 
khalife Wathîq uue difficulté grammaticale qui se trouve 
dans un vers du poète El-Ardji, poète erotique de la 
Mecque, petit-Bis du khalife 'Othman. 

L'une des coloones de l'école de Bassora fut El- 
MoBARBAD Mohammed ben Yézid el-Azdi, l'auteur du 
Kdmil ou traité complet de grammaire. Né à Bassora 
vers 826, élève d'El-Màzini et d'Abou-Hatim, il com- 
battit plusieurs des théories de Sibawaih. Vers la fin de 
sa vie il s'établit à Bagdad, où il mourut en 998. Il a 
raconté lui-même d'où lui venait le surnom d'El-Mo- 
barrad (le Rafraîchi). Un jour où le chef de la police vou- 
lait l'avoir avec lui et jouir de sa conversation, El- 
Mobarrad, pour échapper à sa société qui l'ennuyait, 
s'était rendu chez un de ses amis; quand on vint l'y 
chercher, il se cacha dans le panier d'osier qui sert 
d'enveloppe aux dames-j cannes, de sorte qu'on ne le 
trouva pas; et quand l'enquêteur fut parti, son hôte 
l'appela en lui criant : El-Mobarrad (le Rafraichi]! sur- 
nom qui lui resta. 

C'est toute une dynastie de philologues et de profes- 
seurs de grammaire que forme la famille d'EI-Yazidi, 
depuis Abou-Mohammed Yahya, affranchi de la tribu 
d'Adi, mort en 817 ii Merv, et ses cinq fds : Mohammed, 
qui était aussi poète, Ibrahim qui accompagna Mamoun 
en Asie Mineure et mourut en 839; Isma'ïl, 'Obaïd-Allah 
ctlshaq, jusqu'à l'un de ses descendants, Abou-' Abdallah 
Mohammed ben el-'Abbàs, précepteur des enfants du 
khalife Moqtadir et qui mourut eu 922. Il écrivit une 
histoire de cette famille. Yazidi était un jour présent à 
une séance de musique chez Mamoun : « Dis-moi, inter- 
rogea le khalife, y a-t-il quelque chose de mieux dans la 



LES ABBASSIDE5 



vie que la séance à laquelle nous assistons? — Oui, répon- 
dit Yazidi, il y a les actions de grâces dues au Très Haut 
pour l'insigne faveur qu'il vous a faite en vous permettant 
de la réunir. » Réponse pieuse qui plut au khalife. 

El-Mobarrad compta au nombre de ses élèves Ez-Zadj- 
djàdj Abou-Ishaq Ibrahim ben Sahl, ancien ouvrier ver- 
rier devenu philologue, mort à plus de quatre-vingts ans 
vers 922, qui fut précepteur du ministre d'El-Mo'tadid et 
entra plus tard au service du khalife lui-même, et qui 
donna son surnom à son élève 'Abder-Rahman ben Ishaq 
ez-Zadjdjàdj , qui naquit à Néhavtrend, fut professeur à 
Damas et à Tibériade, où il mourut en 949; il a donné 
dans le Kitdb el-Djoumal (le Livre des phrases) un ou- 
vrage instructif sur la grammaire arabe, mais allongé et 
alourdi par un trop grand nombre d'exemples; on dit 
qu'il le composa à la Mecque, et qu'après avoir terminé 
chaque chapitre, il avait tourné sept fois autour de la 
Ka'ba, comme c'est le rite pendant le pèlerinage, en 
priant Dieu de lui pardonner ses fautes et de rendre son 
livre utile aux lecteurs. Comme élève du même Ez-Zadjâdj 
nous ne pouvons passer sous silence El-Hasan ben Bichr 
el-Amidi, né à Diarbékir (ancienne Amidn], mort en 987, 
qui a écrit un livre de critique sur la poésie, consacré 
à un parallèle entre les deux poètes Abou-Temmâm et 
Bobtori. 

Ibn DoRÂiD (Abou-Bekr Mohammed ben el-Hasan] était 
k la fois poète et érudit. Né à Bassora en 837, originaire 
de l'Oman, il put échapper aux massacres qui suivirent 
la prise de sa ville natale par les rebelles nègres connus 
sous le nom de Zendjs ; eu 871, il retourna dans son pays 
d'origine et y séjourna douze ans ; puis il passa en Perse 
et s'acquit, par ses panégyriques et notamment par son 
ode el-MaqçoAra^ traduite en latin par Houtsma, Scheîdius 



LITTERATDBB ARABE 



et Naunestad Boysen, la faveur du gouverneur de Susîane 
et du Fars, 'Abdallah beu Mohammed ben Mikàl, qu'on 
appelait communément ech-Châh, <( le Roi ». C'est en 
l'honueur de ce personnage et de son fils qu'il écrivit 
un grand dictionnaire sous le titre de Djamhara. Après 
la destitution de ses protecteurs, il vint à Bagdad (920) 
où le khalife El-Moqtadir lui fit une pension qui lui per- 
mit de continuer ses études; c'est dans cette dernière 
ville qu'il mourut en 934. Il a écrit sous le titre de Kitâb 
el-Ichliqâq (Livre de l'étymologie) un dictionnaire généa- 
logique des tribus arabes qui a été publié par Wûsten- 
feld. Il avait gagné de grosses sommes au service des 
gouverneurs du Fars; mais comme il était généreux et 
même prodigue, il n'avait jamais d'argent entre les 
mains; c'est en Perse également qu'il avait contracté le 
goût de la boisson: il s'enivrait volontiers. Un mendiant 
lui ayant demandé l'aumône, il lui donna un barillet de 
vin, n'ayant rien d'autre; et comme on désapprouvait le 
don d'une chose défendue par le Koran, il répondit : 
« C'est tout ce que j'ai. » Il fut atteint de paralysie dans 
sa vieillesse, et survécut encore de deux ans à la dernière 
attaque. 

Ibn eb-sbrradj (Mohammed ben es-Sari], l'élève préféré 
d'EI-Mobarrad, avait un défaut de prononciation grave 
chez un grammairien : il grasseyait Vr, que les Arabes 
prononcent en faisant vibrer le bout de la langue; il 
mourut en février 929. Un autre élève du maître était 
un Persan de la ville de Fasâ dans le Fars, Ibn Durusta- 
waïh ('Abdallah ben Dja'far), né en 871, mort à Bagdad 
en mai 958. 

Le Persan Behzâd, qui professait les croyances de 
l'Avesta et habitait la ville de Sirâf, sur le golfe Persique, 
avait en un fils qui devint grammairien sous le nom 



:,q,t,=c.=ïGooglc; 



d'EUHasan ben 'Abdallah e&-Sirâfi, qui voyagea beaucoup, 
quitta sa ville natale à vingt ans, étudia le droit dans 
rOmau, la métaphysique à Asker-Mokram en Susiane, et 
termina ses études à Bagdad avec Ibu Doréïd, qui lui 
enseigna la philologie. Pendant quarante ans il fut coad- 
juteur du grand cadi hanéfite dans la mosquée de Roçafa 
en même temps qu'il donnait des leçons de grammaire ; 
il mourut en février 979. Il vivait retiré et menait une 
vie pleine de gravité. Il avait puisé à l'école d'Abou- 
Mohammed ben 'Omar des opinions mo'tazélites qu'il 
dissimulait; il vivait du travail de ses mains, copiant des 
manuscrits pour gagner son pain. 

Es-Serrâdj et Ibn Doréïd avaient eu pour élève Abou'l- 
Hasan 'Ali ben 'Isa er-Roummânl, l'Ikchiditc, le Libraire, 
d'une famille originaire de Sâmarrâ, né à Bagdad eu 908, 
mort dans la même ville en 994, qui s'occupa surtout de 
résoudre les difficultés grammaticales, à en juger par 
l'ouvrage qu'il a laissé et que possède la Bibliothèque 
nationale, seul survivant des dix-huit livres qu'il avait 
écrits. 

Nous retrouvons encore un Persan dans Abou-'Ali 
el-Hasan ben Ahmed el-Fârist, né à Fasà en 901; il vint 
étudier à Bagdad à l'âge de dix-huit ans, se rendit à la 
cour de Séïf-Eddaula à Alep, en 952, et du Bouïde 'Adod- 
Eddaula à Chiraz, auquel il dédia son Kitâb el-Idàh, Livre 
de l'explication grammaticale, et son Takmîla (Complé- 
ment). De retour à Bagdad, il y mourut en 987. 

Un peu après l'école de Bassora était née l'école 
grammaticale de Koufa, dont on peut dire que bien moins 
que la première elle tenait à renfermer la langue arabe 
dans des paradigmes étroits; elle tenait compte, par con- 
séquent, plus de l'usage de la langue vivante que des 
constructions artificielles des grammairiens. On attribue 



J 



lED LITTBRATCRB ARABE 

sa fondation a un contemporain de Khalil, Abou-DjaTar 
Mohammed ben Abi-Sâra er-Rouàsi. Son élève, El-Kisàï 
('AH ben Hamza), était d'origine persane. Il alla étudier 
aussi à Bassora auprès de Khali! et entreprit sur son con- 
seil un long voyage parmi les tribus arabes du désert, 
considérées comme les conservateurs du put langage. Il 
fut l'auteur d'une manière particulière de lire le Koran et 
est compté parmi les sept lecteurs canoniques. Haroun 
er-Rachid lui confia l'éducation de ses deux fils Amin et 
Mamoun. Il fut l'adversaire de Sibawaih. Il mourut à 
Ranboâya près de Réî (RhagèR, non loin de la Téhéran 
actuelle} vers 805, 

De son œuvre, en dehors des fréquentes citations que 
l'on trouve dans les auteurs, il ne nous a été conservé 
qu'un traité sur les fautes de langage du vulgaire (Risàla 
fi lahn el-'àmma), conservé à la bibliothèque de Berlin, et 
qui est probablement le plus ancien ouvrage composé 
sur ce sujet. 

Eiv-Farbâ {Abou-Zakariyà ben Ziyâd) fut son principal 
élève; il était comme lui d'origine persane; sa famille 
était de la race des rudes montagnards du Déïlem. Le 
khalife Mamoun le choisit comme précepteur de ses fils; 
il enseigna la grammaire à Bagdad. C'est en se rendant à 
la Mecque qu'il mourut en route, à l'âge de soixante- trois 
ans, en 822. 

El-Mofaddal ed-Dabdi s'occupait de réunir des vers 
des anciens poètes et des proverbes arabes; ces deux 
ouvrages nous sont restés : le premier est le Mofaddaliyyât, 
qu'il rassembla pour son élève, le prince El-Mchdi; le 
second, le Kildb el-Amtkâl. EUMofaddal avait, à un 
moment donné, joué un rôle politique qui avait failli lui 
coûter cher ; il avait pris part au soulèvement de l'Alide 
Ibrahim que ses partisans nommaient VAme pure, contre 



: .,z-.tC.oo<-^i: 



LES ABBASSIDBS 



le khalife Mançour. Il fut mis en prison, plus tard gracié 
et obtint la charge de précepteur du fils du khalife. Il 
mourut en 786, en laissant pour élève Abou-'Amr Ishaq 
bea Mirar ech-Chéïbâni, qui s'occupa également de 
recueillir d'anciennes poésies; il mourut en 821; il étudia 
spécialement les anecdotes, les expressions rares et la 
poésie improvisée des nomades. Son fils nous a raconté 
qu'il avait rassemblé et classé les poèmes de plus de 
quatre-vingts tribus; quand il avait fini de recueillir ce 
qu'il trouvait dans un campement, il en publiait le résultat 
et en déposait une copie dans la mosquée de Koufa; il 
écrivît ainsi de sa propre main plus de quatre-vingts 
volumes. Un autre des élèves de Mofaddal fut Ibn el- 
A'bAbi (Mohammed ben Ziyàd); Mofaddal avait épousé sa 
mère, qui avait d'abord été mariée à un esclave du Sind 
qui fut le père d'ibn el-A'râbî. 11 mourut h Sùmarrâ en 
avril 846. Il tenait le premier rang pour sa connaissance 
des expressions rares, et il critiqua les ouvrages des 
autres philologues en signalant les fautes qu'ils avaient 
commises. Il avait une mémoire prodigieuse; un de ses 
élèves, Abou'l-'Abbùs Tha'lab, suivit ses leçons pendant 
plus de dix ans et ne le vit jamais avec un livre a la 
main; cependant il dictait à ses élèves des textes philo- 
logiques, de quoi former des charges de chameau. 

Ibn es-Sikkît (Abou-Yoàsouf Ya'qoùb ben Ishaq) était 
le fils d'un Susien, probablement d'origine araméenne; 
lui aussi alla fréquenter les Bédouins pour y compléter 
sa connaissance de la langue arabe. La célébrité que lui 
valurent ses ouvrages décida le khalife Ël-Motawakkil à 
lui confier l'éducation de son fils El-Mo'tazz. La préfé- 
rence qu'il accordait aux prétentions des Alides au trône, 
et qu'il ne dissimulait pas même au khalife, lui valut 
d'être châtié et piétiné par la garde du corps du khalife. 



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1B9 LtTTBBATUBE ARABE 

composée de Turcs, traitement doDt il mourut deux jours 
après, en 857. On dit que comme grammairien il man- 
quait de pénétration . Son meilleur ouvrage est Vlçlâh 
el-Manliq (Correction du langage); il a écrit également 
des commentaires des diwans d'EI-Khaosà et de Tarafa. 
Il eut pour élève Abou-Tàlib el-Mofaddal ben Salama, 
qui fut le compagnon de Fath ben Khâqân et d'isma'll 
ben Bulbul, tous deux ministres de Motawakkil, écrivît 
un recueil de proverbes sous le titre de Ghâyet-el-Adab 
(le Sommet de la morale) et mourut en 920. 

Mais le véritable succeaseur de l'enseignement d'Ibn 
el-A'râbi fut Aboul>'Abbâs Ahmed ben Yahya Tha'lab, né 
en 815, mort à la suite d'un accident à Bagdad en 904- 
H jouissait d'une confiance complète au sujet de sa com- 
pétence en matière de traditions; jeune encore, sa répu- 
tation de bon diseur de poésies arabes s'était déjà 
répandue. Ibn el-A'râbi, son maître, ne craignait pas, 
dans les questions douteuses, de faire appel à la science 
de son élève. Il a écrit le Kitàb el-Fasih, sur la forme et 
la signification des mots douteux, les Qawà'îd'ech-Clii'r, 
règles de la poésie; il a recueilli et publié les diwans de 
Zohéïr et d'F.l-A'cha. 

Il eut pour élèves : 1° Idn el-Anbâhi (Abou-Bckr- 
Mohammed ben el-Qàsim), fils d'un savant traditionniste 
et grammairien qui enseigna sa science à son fils, né 
en 885, mort en 939. C'était un homme pieux qui s'était 
tracé comme règle de conduite de suivre la Sonna ou 
tradition du Prophète. Il écrivit le Kildb gkarih-el-Hadith 
(Livre des expressions rares et étranges qui se ren- 
contrent dans la tradition), cité par Ibn el-Athir dans 
la préface de son Nihdya, le Kitâb-el~Adhdâd (Livre 
des mots ayant des significations opposées), publié par 
M. Houtsma, le Kitâb el-îdhâk (le Livre de l'expli- 



^,:....,Goog[c 



LB5 ABBASSIDES 153 

catdoD) sur les pauses et le commencement des versets 
dans la lecture du Koran ; il eut lui-même pour élève 
Ibn el-'Ozaïr (ou Ibn el-'Ozaïri) Abou-Bekr Mohammed 
ben 'Omar, originaire du Sidjistan, mort en 941, qui 
écrivît, sous le titre de Nozhet el-qoloûb (Plaisir des 
cœurs), un dictionnaire des expressions rares du Koran. 

2° Ed-Motarbiz (Abou-'Omar Mohammed ben 'Abdel- 
nrâbidez-Zàhid),qui par sa fidélité à son maitre mérita le 
surnom de Ghoulâm Tha'Iab (Serviteur dévoué de Tha'lab), 
né en 874, mort en 956; son élève Ibn Khàlawaïh 
(mort en 980) a rédigé et édité son Kitâh el-'Acharât 
(le Livre des Dizaines), explications de mots qui dix par 
dix ont le même commencement. Sa mémoire étonnante 
et son érudition impeccable lui attirèrent la haine de ses 
compétiteurs, qui tentèrent en vain de surprendre sa véra- 
cité et son exactitude. 

Les deux écoles rivales de Bassora et de Koufa dispa- 
rurent au iv° siècle de l'hégire pour s'unir dans une seule 
école qu'on a pu appeler l'école de Bagdad, et qui es- 
sayait naturellement de fusionner les tendances contra- 
dictoires des deux villes de province dont l'éclat pâlis- 
sait de plus en plus devant le succès et la grandeur de la 
ville fondée par El-Mançoùr. En sa qualité de capitale, 
Bagdad attirait à elle les sommités de l'empire. 

Ibn Qotaïba (Abou-Mohammed 'Abdallah ben Moslim) 
était né à Bagdad ou h Koufa en 828, d'un père originaire 
de Merv, par conséquent de souche iranienne. 11 fut 
quelque temps cadi à Dînawer dans l'Irak -Adjé mi, fut 
ensuite professeur à Bagdad, où il mourut vers 889. Il se 
montra non seulement grammairien, mais aussi historien ; 
il prit part aux luttes théologiques qui occupaient les 
esprits de son temps et défendit la tradition musulmane 
contre les sceptiques qu'avait formés la traduction en 



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IH LITTÉRATIIRB ARABE 

syriaque, puis en arabe, des livres de la philosophie 
grecque. Il a écrit le 'Oyoùn el-Akhbâr {Sources des tra- 
ditions), publié par M. Brockelmann, sorte de chresto- 
mathie d'œuvres de poètes anté-islamiques, et d'exemples 
choisis dans la tradition et l'histoire ; le Kitàb el-Ma'ârif 
(Livre des connaissances), manuel d'histoire publié par 
Wûstenfeld ; l'Adab cl-Kùtib ou guide du secrétaire ; le 
Tabaqât ech-Cho'arâ , sur les différentes classes des 
poètes. 

Abou-Hanîfa bd-Dinawarî (Ahmed beo Dâoud) était 
d'origine persane, comme l'indique le nom de son grand- 
père Wanand. C'était un homme vraiment encyclopé- 
dique, qui, après avoir étudié les belles-lettres avec Ibn 
es-Sikkit, apprit les mathématiques, la géographie, 
l'astronomie et l'histoire; il mourut en 895. Son Kitàb 
en-Nabût (Livre des plantes) n'était pas à proprement 
parler un livre d'histoire naturelle, mais plutôt de litté- 
rature ; il était consacré aux plantes citées par les anciens 
poètes dans leurs vers. Cet ouvrage est connu par les 
extraits qu'en a conservés le Khizdnet el-Adab. En 
revanche, son ouvrage historique, Kitâb el-Akhbâr 
et-Tiwdl (le Livre des longues histoires), conservé à la 
bibliothèque de Saint-Pétersbourg, a été publié par 
M. W. Guirgass. Il est surtout conçu au point de vue 
persan; Alexandre et l'histoire légendaire des anciens 
Perses, la conquête de l'Irak par les Arabes, les longues 
luttes du khalife Ali contre ses compétiteurs y tiennent 
une place considérable. 

En-NAchi bl-Akbab (c'est-à-dire senior) Abou'U'Abbàs 
Ibn Chirchir était né à Anbàr, ville du bas Euphrate, dont 
le nom décèle l'origine persane (il signifie « magasin » 
en cette langue; ce n'est point, comme on l'a cru, le 
gréco-latin È[xitiptoy, emporium)\ il vécut à Bagdad et 



^,:....,C00g[c 



LES ABBA8SIDBS tSG 

mourut en Egypte en 906. C'était un poète qui cultiva le 
genre des scènes de chasse et la poésie didactique relative 
à ce sport; il a consacré de belles pièces à la description 
des faucons. 11 s'occupa, en niAme temps que de gram- 
maire, de prosodie et de théologie scolastique. On vante 
son habileté de logicien, et sa dialectique subtile, qui lui 
permettait de renverser toutes les preuves alléguées par 
les grammairiens en faveur de leurs doctrines. Il s'attaqua 
aux principes de versification établis par Khalil et en 
inventa d'entièrement nouveaux. 

La même école peut encore revendiquer le Chéïkh-el- 
Islam Ibrahim ben Ishàq bl-HarbÎ, originaire de Merv, 
qui écrivit sur des sujets de théologie et de jurisprudence ; 
né en 814, il mourut en 898; il fut élève d'Ahmed ben 
Hambal, fondateur du rite orthodoxe des Hambalites; 
E!-Wachchà (Abou't-Tayyeb Mohammed ben Ahmed), 
élève d'El-Mobarrad et de Tha'lab, mort à Bagdad en 936, 
simple maître d'école, mais écrivain élégant, qui nous a 
laissé, dans son Kitâb-el-Mowachchà , publié par 
M. Brûnnow, un tableau animé et plein d'intérêt sur la 
civilisation de son temps, ainsi qu'un recueil de modèles 
de lettres qui se trouve a Berlin; Abou'1-Fadl el-Harawi, 
Persan né â Héràt, élève des mêmes, mort en 940, qui a 
écrit un Kitdb Mafdkhir el-maqâla {Livre des discours 
glorieux), conservé en manuscrit h Constantinople; El- 
Akhfach le Petit, éditeur du Kùmil d'El-Mobarrad et com- 
mentateur du Livre de Sibawaih, se rendit en Egypte en 
900, en revint en 918 et mourut à Bagdad en 920. 

Ibn el-Marzobàh (Abou Bekr Mohammed ben Khalaf), 
mort en 921, écrivit un livre pour démontrer la supé- 
riorité du chien sur la plupart des hommes (manus- 
crit de Berlin), mais on n'en sait rien de plus; Ibn 
Khàlawaïh (Abou-' Abdallah el-Hoséïn), élève d'Ibn Doréïd 



ISS LlTTÉtlATVRB ARABB 

et d'EUAnbâri, se livra à l'étude de la tradition du Pro- 
phète et fut même quelque temps professeur de celte 
science dans la grande masquée de Médine; plus tard il 
se rendit à Alep, entra au service des Hamdanîdes et 
y fréquenta le poète Moténebbi; il y mourut en 980; il 
est l'auteur d'un livre intitulé Laîsa sur les exceptions 
de la langue arabe, dont le texte a été publié d'après le 
manuscrit unique du British Muséum par M. H. Deren- 
bourg. Ibn Djiniii {Abou'1-Fath 'Othmàn] de Mossoul 
était le fils d'un esclave grec; il devînt professeur dans 
sa ville natale après avoir étudié à Bagdad sous la direc- 
tion du grammairien Abou 'Ali el-Fàrisi, de l'école de 
Bassora ; il retourna plus tard dans la capitale, y succéda 
même à son maitre et y mourut en 1002 ; ses nombreuses 
publications, dont il ne reste qu'un petit nombre, se 
distinguent par la façon dont il a appliqué la philoso- 
phie à l'étude de la grammaire; M. G. Hobey a publié 
et traduit en latin son traité des principes de la flexion. 
Abou-Hilfil el-'Askari(el-Hasan ben 'Abdallah), est l'auteur 
d'un recueil de proverbes, de différents ouvrages sur les 
règles de la composition en prose et en vers, sur divers 
sujets de littérature, et d'un commentaire du diwan 
d'Abou-Mihdjan ; Ibn Asad el-Bezzàz, le Marchand de 
toile (Abou -'Abdallah Mohammed), auteur d'un livre 
destiné à expliquer les vers difficiles, mort à Bagdad en 
1019, était célèbre par sa calligraphie, d'où son surnom 
de Kùtib (le Secrétaire}; il fut le maitre du célèbre calli- 
graphe Ibn el-Bawwàb; Ez-Zodjadji (Aboul-Qùsim Yoù- 
souf ben 'Abdallah), mort eu 1024, est l'auteur d'un livre 
donnant, par ordre alphabétique, les noms des diflérents 
membres du corps. 

Dans cette même période, en Perse, 'Abder-Rahman 
ben 'Isa el-Hamadhâni, secrétaire et calligraphe, mort en 



LB9 ABBASSIDBS 



932, composait le Kilâb el-alfdzh el-Kitdbiyya sur ta 
Synonymique, édité par le R. P. Chéîkho à Beyrouth; 
Abou-Ibrahim Ishaq ben Ibrahim, originaire de la ville 
de Fàràb (ou Otrar] dans le Turkestan, vécut quelque 
temps à Zébid où il écrivit son Diwan el-Adab pour le roi 
du Khârizm (Khiva), Atsiz, puis il retourna comme pro- 
fesseur dans sa ville natale, où il mourut en 961; il fut le 
maître et le professeur de son neveu, le fameux lexico- 
graphe El-Djavhari (Abou-Naçr Isma'ïl ben Hammâd). 
Après avoir étudié à Fûràb sous la direction de son 
oncle, il se rendit à Bagdad, où il put profiter des leçons 
d'EI-Fârisi et d'Ës-SirAfi, entreprit, pour compléter sa 
connaissance de la langue arabe, des voyages dans l'Irak- 
Arabi et le désert de Syrie, retourna ensuite dans l'est et 
se fixa d'abord à Damghân puis à Nisapour dans le 
Khorasan, où il mourut à la suite de la chute du toit de 
sa maison, ou de la grande mosquée, car les versions 
diffërent, vers 1002. Son grand dictionnaire, eç-Çahâh 
&'l-Logha, est rangé alphabétiquement d'après l'ordre 
de la dernière lettre radicale, disposition étrange qui a 
été suivie par ses successeurs, et dont l'emploi, utile aux 
poètes, l'était peut-être encore plus à leurs critiques; 
car on sait que plusieurs lettres arabes ne différent entre 
elles que par les points que l'on emploie pour les dis- 
tinguer; lorsque le copiste en oublie un, ce qui est fré- 
quent, le mot est inintelligible; l'ordre adopté par El- 
Djauhari permet de rectifier des erreurs de ce genre plus 
aisément peut-être que par notre procédé de ranger les 
racines de l'arabe suivant l'ordre de la première radicale. 
11 en rédigea lui-même environ la moitié; ce travail fut 
terminé par un de ses élèves, Abou-Ishaq Ibrahim ben 
Salih el-Warrâq (le Papetier ou le Libraire), qui laissa s'y 
glisser quelques erreurs. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LITTERATURB ARABE 



D'autres lexicographes travaillaient en même temps le 
même sujet. El-Azhari (Aboii-Mauçour Mohammed bea 
Ahmed), né à Hérat en 895, tomba entre les mains des 
Carmathes au retour du pèlerinage de la Mecque, 
lorsque la caravaue Tut pillée entre Médine et Koufa 
le 26 avril 924, resta prisonnier et esclave d'une tribu 
bédouine qui, selon les saisons, voyageait dans l'inté- 
rieur de la péninsule; ce qui donna, bien malgré lui, à 
notre Persan d'Hérat l'occasion d'apprendre l'arabe à la 
source même. Une fois délivré de captivité, il rentra 
dans sa ville natale, y professa longtemps et y mourut 
en 981. Son dictiounaire, le Taftdhib el-Logha, est rangé 
dans l'ordre des organes d'émission des lettres, comme 
Khalil l'avait fait pour son Kitàb-el-'Aïn. 

Le Çâhib Ibn 'Abbâd (Abou'l-Qâsim isma'ïl) el-Tâlaqâni, 
né à Tàlaqân près de Kazvia en 938, était le fils du 
ministre des princes Bouïdes Rokneddaula et 'Adod- 
Eddaula ; c'est lui qui reçut le premier le titre de çdhib, 
ou compagnon. Il suivit à Réî les leçons d'Ibn Fâris et 
termina ses études à Bagdad; à son retour, le prince 
Bouïde Moayyid-Eddaula, dont il était compagnon d'en- 
fance, le choisit comme ministre, poste qu'il conserva 
sous son successeur Fakhr-Eddaula. Protecteur de l'art 
et de la science, il écrivit lui-même des vers et des let- 
tres qui ont été réunies sous le titre de Kâfi'i-Kofât. Le 
troisième volume de son Mouhtt, dictionnaire par ordre 
alphabétique, qui en avait sept, conservé à la biblio- 
thèque kbédivîale du Caire, contient un grand nombre 
de mots, faiblement appuyés de peu d'exemples. Il 
mourut en 995. Il était populaire à Réï, et ses obsèques, 
présidées par le prince en personne, furent l'occasioa 
d'une grande démonstration de tristesse. 

Ibn Fâris br-Râzi (Abou'I-Hoséïn Ahmed) fut profes- 



, .,...,Coog[c 



tB9 ÂBDÂSSIDBS 



seur à Hamadan, où il eut pour élève Badi'-Ezzéman 
Hamadhâni, l'auteur des Séances; il fut ensuite appelé k 
Réï par Fakhr-Eddaula, pour être le précepteur de sou fils 
Abou-Tâlîb. Il nous donne le premier exemple d'un 
Iranien d'origine qui prend parti en faveur des Arabes 
dans les querelles des Cho'oûbiyya. Il a aussi écrit des 
vers élégants, entre autres ceux où il satirisa les habi- 
tants d'Hamadan, dont l'ignorance était proverbiale : 
a Pourquoi n'offrirai-je pas une prière sincère pour cette 
ville où j'ai eu l'avantage d'oublier tout ce que j'ai 
appris? » 11 mourut à Réï en 1005, Son Modjmal fîl-logha 
est un dictionnaire rangé dans l'ordre de la première 
lettre radicale; son Fiqh al-logha (Jurisprudence de la 
langue), est une introduction à la lexicographie arabe, 
remplie de considérations philosophiques. 

Ahmed ben Mohammed el-Harawî était originaire 
d'Hérat; élève d'El-Azhari, mort en 1010, il est l'auteur 
du Kitàb el-Gharibéïn (le Livre des deux merveilles), 
traité des expressions difficiles qui se rencontrent dans le 
Koran et la tradition. Cet ouvrage, qui fut considéré 
comme très pratique, se vit copié à de nombreux exem- 
plaires, dont plusieurs existent en Europe. L'auteur 
d'un ouvrage aussi sérieux aimait les conversations 
libres, ne se privait pas de boire du vin en particulier, 
et s'entourait de gens d'esprit qu'il accompagnait dans 
leurs parties de plaisir. Son contemporain Nizhàm-Eddin 
Hasan ben Mohammed de Nîsapour écrivit un livre du 
même genre sur le Koran en même temps qu'il compo- 
sait un commentaire de l'Almageste de Ptolémée; cet 
astronome doublé d'un grammairien mourut en 1015. 

L'Egypte n'était pas restée étrangère â ce mouvement, 
comme en témoignent les travaux d'Ibn Wallàd {Ahmed 
ben Mohammed), élève d'Ez-Zedjdjàdj , mort au Caire en 



, ;....,Goog[c 



943 et qui écrivit un dîctioiiDaire des mots se terminant 
par la voyelle a brève ou longue (Kitâb el-maqçoùr w'èl- 
mamdoùil]; d'En-Nahhâs (Abou-DjaTar), élève du même, 
professeur au Caire, qui fut précipité dans le Nil en 
mai 950, un jour qu'il récitait des vers assis sur l'escalier 
du Miqyâs ou nilomctre de l'ile de Rauda, par un homme 
du commun qui crut qu'il prononçait une conjuration 
pour empêcher le débordement annuel du fleuve et par 
là assurer la disette et la cherté des provisions. C'était 
un homme d'habitudes sordides; quand on lui donnait 
une mousseline pour entourer le turban, il la coupait 
en trois, par avarice. 

L'Espagne avait profité des leçons d'Asot-'Au (Isma'ïl 
ben el-Qàsim] el-QAli, originaire de la ville de Qâliqalâ 
en Arménie, né en 901, qui avait étudié à Bagdad 
en 915; il quitta cette ville en 939, entreprit un voyage 
dans les régions lointaines du Magreb et finit par 
échouer à Cordoue, où il s'installa comme professeur de 
grammaire et mourut en 967. L'ouvrage qu'il dictait ii 
ses élèves espagnols est connu sous le nom de Kitâb el- 
Amâli (Livre des dictées); c'est une anthologie conte- 
nant des traditions relatives au Prophète, une immense 
quantité de notes relatives aux proverbes, à la langue et 
à la poésie des anciens Arabes, des anecdotes sur les 
poètes de la cour des khalifes, des pièces de prose et de 
vers conservés par la tradition orale. Un autre de ses 
ouvrages, le Kitâb el-Bâri, était consacré aux traditions 
du Prophète. Il eut pour principal élève Abou-Bekr 
Mohammed ben el-Hasan ez-Zobéidi, dont il compléta les 
études commencées déjà sous des maîtres espagnols, 
d'une famille originaire d'Emësc en Syrie, mais né à 
Séville en 918, Apres avoir achevé ses études à Cordoue, 
il fut chargé, par le khalife Mostangir el-Hakam de 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LES ABBASSIDES 



réducation de son fils Hichdm, qui ayant succédé à son 
père fit de son ancien maître le cadi de SévîUe et le chef 
du guet de cette ville, où il mourut en 989. Cette nomina- 
tion lui valut une fortune dont ses descendants jouirent 
longtemps. Il composa une grande quantité de pièces 
poétiques, le Wâdth (Traité clair) sur la grammaire, qui 
se trouve à la bibliothèque de l'Escurial; l'Istidrâk, 
publié par M. Guidi, et une liste classihée des grammai- 
riens et philologues qui avaient fleuri avant lui tant en 
Espagne qu'en Orient, et dont Soyoûti s'est servi dans 
son Mizkar. 

L'Université Ni-^^hâmiyya de Bagdad. 

La fondation de l'Université Nîzhàmîyya à Bagdad 
offrait un centre naturel à l'étude des lettres classiques. 
C'est là que furent élaborés de nombreux travaux sur 
la poétique et la rhétorique, la lexicographie, le plus 
souvent par des professeurs d'origine persane. 

Yahya ben 'Ali, surnommé El-Khatib et connu sous le 
nom d'Et-Tibrizi, était né en 1030 à Tébrîz en Perse; il 
étudia les traditions à Sour, l'ancienne Tyr; le poète 
Abou'l-'Alâ el-Ma'arri lui avait enseigné la philologie; il 
vécut quelque temps en Egypte comme professeur, puis 
vînt à Bagdad, où il fut professeur à la Nizhàmiyya jus- 
qu'en 1109, date de sa mort. 

On dit que quand il voulut se rendre auprès d'Abou'l- 
'Alà el-Ma'arri, pour lui demander des directions dans 
l'étude du Kitûb ct-Tahdib d'Abou-Mançoùr el-Azhari, il 
n'avait pas d'argent pour louer une monture; il mit cet 
ouvrage dans un sac qu'il porta sur le dos, et entreprit 
à pied le long voyage de Perse en Syrie. La sueur de 

UIliRÀTOBI iniBi. 11 

L,, .....,Coog[c 



16S LITTésATURE ARABE 

son dos passa à travers les parois du sac et marqua de 
taches d'humidité le précieux maouscrit, que I'od con- 
serva longtemps dans une des hiblîothèques de Bagdad 
et que l'on montrait aux visiteurs, tl écrivit un traité de 
prosodie et de métrique, un abrégé de la grammaire du 
Koran, et des commentaires sur les Mo'allaqât, le 
Hamaaa, le diwan d'Abou-Temmàm et celui de son 
maître Abou'l-'ÂIà el-Ma'arri. 

Il eut pour élève Abou-Mançoùr Mauhoùb Ibn el-Dja- 
wALiQi, né eo 1073, mort à Bagdad en 1145, connu par 
un livre sur les mots étrangers introduits en arabe, qui 
a été publié par M. Sachau, et par le Takmila, complé- 
ment de la Perle du plongeur de Hariri, édité par M. H. 
Derenbourg sous le titre de Livre des locutions vicieuses. 
Un ouvrage sur les noms des chevaux arabes et de leurs 
cavaliers se trouve en manuscrit à l'Escurial et à Munich. 
Sa calligraphie était renommée, et l'on se disputait les 
pièces écrites de sa main. Il occupait les fonctions 
d'imam auprès du khalife El-Moktafi et dirigeait les cinq 
prières journalières auxquelles le souverain assistait. Un 
élève lui ayant demandé un jour, pendant une de ses 
leçons, l'explication de deux vers contenant des termes 
techniques d'astronomie, il s'aperçut qu'il ne connaissait 
rien à cette science et jura de ne pas reprendre son 
cours avant d'avoir appris les règles des mouvements 
de la lune et du soleil. 

Abou'l-Ma'àli Mohammed bcn el-Hasan Ibn Hahdoon, 
surnommé Kâfil-Koufât ou « l'Homme parfait par excel- 
lence », était né à Bagdad, en 1101, d'une famille consi- 
dérable qui avait fourni à l'administration des hommes 
d'Etat; il avait commencé par servir dans l'armée; sous 
le khalife El-Mostandjid 11 fut d'abord inspecteur du palais 
puis secrétaire d'État. C'est pendant qu'il occupait ces 



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dernières fonctions qu'ayant eu l'imprudence de blâmer 
ouTertement, dans un document officiel, les maux qu'il 
voyait autour de lui, il fut destitué et jeté en prison, où 
il De tarda pas à mourir (1167). Il a laissé, sous le titre 
d'et-Tedhkira, une anthologie historique et philologique 
en douze volumes, dont Alfred von Kremer a tiré ses 
recherches sur l'histoire et tes mœurs des Arahes avant 
l'islamisme. 

Sa'ïd ben el-Mobàrek Idn ed-Dahhan, né en 1101 à 
Bagdad, s'y acquit la réputation d'un grammairien hors 
ligne. Plus tard il quitta cette ville pour se rendre à 
Mossoul auprès du vizir Djémal-Eddin el-Isbahânî. Pen- 
dant son absence sa bibliothèque fut envahie par les eaux 
du Tigre, qui avait débordé; on lui porta à Mossoul les 
livres qu'on avait pu sauver; comme ils étaient endom- 
magés par l'eau du fleuve, il voulut les réparer en les 
couvrant de fumée de ladanum, résine du ciste de Crète, 
ce qui lui fit perdre la vue; bientôt après il mourut dans 
cette même ville de Mossoul en 1173. De ses ouvrages, 
nous n'avons plus que le Foçoûl sur la métrique et une 
qaçida conservés à Gotha. 

De l'université Nizhâmiyya sortait encore Kémal-Eddin 
'Abder-Rahman Ibn el-Anbahi, qui y avait étudié la phi- 
lologie et qui y enseigna la même science à son tour. 
Dans les dernières années de sa vie il renonça au monde, 
s'enferma dans sa chambre et se consacra à l'étude et 
aux exercices de piété. Né en 1119, il mourut en 1181. 
Ses Mystères de la langue arabe (Asrâr el-'Arabiyya), qui ' 
sont une grammaire, ont été publiés par M. Seybold it 
Leyde. Son livre de la Décision équitable entre les gram- 
mairiens de Bassora et de Koufa, rédigé à la demande de 
ses élèves de la Nizhâmiyya, a fourni à M. Koschut la 
matière d'une étude grammaticale. Le Nozkat el-alibbd 



16i LITTBRATUnE ÂRÀBE 

(le Plaisir des gens de cœur au sujet des catégories de 
littérateurs) est une histoire de la littérature arabe 
depuis ses origines jusqu'à son époque ; il a été lithogra- 
phie au Caire. D'autres ouvrages sur la grammaire se 
trouvent à Leyde et à Paris. 

Mouhibb-Eddin Abou'l-Baqâ 'Abdallah bl-'Okbaiii, né 
en 1130, mort en 1219, eut vers la fin de sa vie la réputa- 
tion d'un grand philologue ; il avait également étudié la 
jurisprudence du rite hanéfitc; son habileté en arithmé- 
tique lui avait facilité l'étude du partage des héritages. 
Sa famille était d"Okbara, village sur le Tigre en amont 
de Bagdad, d'où il est sorti un certain nombre de per- 
sonnages remarquables. Il était privé totalement de la 
vue. Il a écrit des commentaires sur les poésies de Moté- 
nabbi et sur les séances de Ilariri, sur les expressions 
syntactiques non usuelles chez les ancicas poètes [Kitdb 
el-Moudjiz), sur les causes de la flexion et de l'absence 
de flexion dans les mots {el-Loubdb). 

En Perse la langue arabe continuait d'à tre étudiée avec 
amour; c'était la langue scientifique par excellence; une 
foule d'idées semblaient ne pouvoir être exprimées, d'une 
façon claire et précise, qu'en arabe. C'était l'époque où 
le persan renaissait à l'existence, et commençait à fournir 
cette pléiade brillante de poètes qui lui assure une 
gloire éternelle; mais cette langue vulgaire, fille de l'an- 
cien pehlevi, que les littérateurs forgeaient à nouveau 
sur leur enclume, il lui manquait bien des mots qu'elle 
avait perdus et qu'il fallait emprunter à l'arabe. Celui-ci 
jouait par conséquent le rôle du latin au moyen âge : on 
ne le parlait plus que dans les discussions de l'Université, 
mais on l'écrivait toujours. 

Abou-Mançour 'Abdel-Mélik bth-Tha'alibi, né à Nisa- 
pour en 961, mort en 1038, fut un compilateur énergique 



:=.,Goog[c 



chez lequel se montre déjà le procédé, devenu de plus 
en plus commun, qui consiste à ne pas citer la source 
des emprunts, ce que la littérature arabe avait soigneu- 
sement marqué, au contraire, daas sa belle époque. Son 
grand ouvrage, Yatimat ed-dakr fi mahdsin ahl el-acr 
(la Perle unique du siècle, sur les belles qualités des 
contemporains) est une anthologie des poètes de son 
époque, rangés d'après l'ordre de leur pays d'origine; 
tes extraits des poèmes cités sont précédés d'une bio- 
graphie malheureusement fort courte. Le Latâlf el-Maâ- 
rif (Facéties de la science) a été édité par de Jong à 
Leyde; c'est un recueil d'anecdotes et de renseignements 
curieux. Le Fiqkal-logha (Jurisprudence du langage) est 
un dictionnaire des synonymes. Le Latâïf eç-çahdba 
ival-tdbiln (Facéties des compagnons du Prophète et de 
leurs successeurs) est un recueil de bons mots échappés 
aux autorités du droit musulman; P. Cool en a publié 
des extraits dans la grammaire de Hoorda; un autre 
recueil d'ana (ahdsin Kalim en-nabi, etc.) a été étudié par 
Valeton. On lui doit encore d'autres ouvrages gramma- 
ticaux qu'il serait trop long d'énumérer. Enfin c'est peut- 
être lui qui est l'auteur du Kitdb el-Ghorar, dont une 
partie, relative à l'ancienne histoire des Perses, a été 
publiée et traduite par M. Zotenberg. 

Abou'I-Hasan Tahir Idn BisACBiD, bien qu'ayant passé 
sa vie en Egypte, était d'origine persane, des côtes méri- 
dionales de la Caspienne. Il fut attaché au bureau de 
rédaction de la correspondance officielle du Caire , pour 
corriger au point de vue de la grammaire les pièces qui 
lui étaient soumises, et il recevait un traitement mensuel 
pour cela; plus tard il renonça à ses fonctions, pour s'en 
remettre à la Providence du soin de pourvoir à son 
entretien, après avoir vu un chat venir quêter la aourri- 

L,, ;....,G00g[c 



ISe LITTÉRATUIIE ABABS 

ture pour un de ses semblables devenu aveugle. Il mourut 
en janvier 1077, étant tombé une nuit du toit de la vieille 
mosquée du Caire dans l'intérieur du monument; il lais- 
sait un manuel de grammaire en dix chapitres intitulé 
el-Moqaddima (la Préface), commenté par lui-même et 
par d'autres auteurs. 

Abou-Bekr 'Abd-el-Qahir el-Djordjani, mort en 1078, 
a écrit un traité grammatical des cent particules régis- 
santes dont les copies ont été multipliées à l'infini et se 
trouvent dans toutes les bibliothJiques ; Erpénius à Leyde 
en 1617, Baillie et Lockett à Calcutta s'en sont occupés. 
D'autres ouvrages sur la syntaxe ont eu l'honneur d'être 
commentés fréquemment. 

Un autre compilateur persan, Abou'l-Qâsim el-Hoséïo 
er-Raghib el-]çbaham, originaire d'Ispahan, mort 
en 1108, a réuni sous le titre de Mohâdarât eî-odabâ 
(Conversation des gens lettrés) une anthologie littéraire 
très copieuse : il a composé un dictionnaire des mots du 
Koran rangés dans l'ordre alphabétique (A/o^iK^ffr alfdzk 
el-Qor'dn) avec des citations empruntées à la tradition et 
aux poètes; il a écrit un traité de morale que Ghazàlî 
portait continuellement sur lui [KUdb ed-dharia), et un 
commentaire du Koran. 

A cette époque, les anciens proverbes arabes furent 
recueillis par Abou'1-Fadl Ahmed el-Méidani, mort à 
Nisapour, sa ville natale, en 1124; son grand travail a 
été la base de celui de Freytag, Arabum proverbia. Un 
dictionnaire (es-sâmi fPt asdmi) et une syntaxe (al-hddi 
lick-Ckddt) ont été quelque peu laissés dans l'ombre par 
le succès des Proverbes. 

Abou'l-Qâsim Mahmoud ez-Zamakhchari, surnommé 
Djdr-Allah (le Voisin de Dieu], à cause du long séjour qu'il 
fit à la Mecque, était né à Zamakhchar dans le Kharezm 



, ;....,Goog[c 



(Khanat de Khiva actuel) en 1074. Sa jeunesse fut cod- 
sacrée a des voyages d'études ; le pèlerinage sacré le 
mena à la Mecque; îl mourut dans sa contrée natale, dans 
la ville de Djordjaniyya (Ourghendj , l'ancienne capitale du 
pays], en 1143. 11 avait une jambe de bois, ayant eu un 
pied gelé pendant une tempête d'hiver; cet accident avait 
nécessité l'amputation; il portait sur lui une attestation 
de témoins oculaires pour prouver que cette amputation 
provenait d'un accident naturel, et non d'une condamna- 
tion criminelle. 

Il était franchement mo'tazélite, et quand il écrivit son 
commentaire du Koran, il le commença par ces mots : 
M Louange à Dieu qui a créé le Koran ; » plus tard l'ortho- 
doxie remplaça le mot créer par le verbe révéler . Bien que 
dans ses ouvrages lexico graphique s îl se servît d'inter- 
prétations en langue persane, plus accessible à ses com- 
patriotes, il était tellement persuadé de la supériorité de 
la langue arabe qu'il était opposé à ces tendances des 
Cho'oâbiyya dont nous avons précédemment parlé. Son 
grand commentaire du Koran s'appelle le Kachchdf 
(Celui qui découvre les vérités de la révélation) ; il a été 
imprimé à Calcutta et au Caîre, et fréquemment com- 
menté. Le Kitâb el-Mofaççal (le Détaillé) est un manuel 
complet de grammaire arabe; il a été édité par Brock à 
Christiania. Le Moqaddimat el-adab (Préface de la litté- 
rature) est UD dictionnaire arabe-persan qui a été publié 
par Wetzsteio; le Kitdb el-Amkina (Livre des localités, 
des montagnes et des eaux), lexique géographique, a paru 
grâce aux soins de Salverda de Grave. Le Nawdbigh el~ 
Kaîim (les Paroles jaillissantes), recueil de proverbes, avait 
déjà, au xvm' siècle, attiré l'attention de H. A. Schultens, 
qui l'a traduit en latin; M. Barbier de Meynard a de 
nouveau étudié ce texte; VAtwdq edhdhakab (les Colliers 



:,q,t,=cdbïGoogle 



168 LITTBR&TURB ARABE 

d'or), allocutions morales, a été traduit en allemand par 
Joseph de Hammer, Fleischcr et Weil, en français par 
M. Barbier de Meynard. 

L'année même de la mort de Zamakhchari naissait 
dans la même contrée Abou'1-Fath Nàçir el-Motarrizi 
(f 1213), que l'on s'accoutuma â appeler son successeur. 
Il joignit à des études littéraires l'enseignement de la 
jurisprudence hanéfite et de la dogmatique des Mo'tazé- 
lites. Il a laissé un manuel de syntaxe, le Micbâk {la 
Lampe), un dictionnaire des termes rares usités dans le 
style des jurisconsultes, el-Moghrib fi lertib el-Mo'rib, 
un lexique de synonymes, el-Iqnd', et un commentaire 
des Séance* de Hariri. En 1204, il se rendit à Bagdad, au 
cours d'un pèlerinage à laMecque, et y eut de fréquentes 
controverses au sujet de ta doctrine des Mo'tazélites ; il y 
donna également des leçons de philologie. 

Au Kharezm également était né Sirâdj-Eddin Yoùsouf 
bs-Sakkâki en 1160; il y mourut en 1229. Il est l'auteur 
du Mifiâh el-Oloûm (la Clef des sciences) sur la grammaire 
et la rhétorique, souvent commenté. 

Le Kurdistan, de son côté, produisait trois Ibn el- 
Athir : le théologien Medjd-eddin, l'historien 'Izz-Eddin, 
et le littérateur Diyà-Eddin Fakhr-Eddin Naçrallah. Ce 
dernier naquit dans la petite ville de Djéziret-Ibn-'Omar, 
sur les bords du Tigre, au pied des montagnes du Kur- 
distan, en 1163; il étudia à MOssoul; en 1191 il entra au 
service de Saladin; l'année suivante nous le trouvons 
ministre du fils du grand guerrier, El-Mélik el-Afdal. 
Lorsque celui-ci évacua Damas, Diyâ-Eddin, menacé de 
mort, dut s'enfuir en Egypte, où il se cacha quand EI- 
Mélik el-'Adil en fit la conquête, puis il alla retrouver 
son maître à Samosate; en 1210 il entra au service d'EI- 
Mélik ez-Zàhir à Alep, en 1221 à celui du prince de 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



Mossoul, Nàçir-EddÎD, en qualité de secrétaire; il mourut 
en 1239 à Bagdad. On a peine à comprendre qu'au 
milieu d'une vie aussi agitée et de ses déplacements con- 
tinuels, il ait pu, en dehors de sa correspondance magis- 
trale réunie sous le titre d'El-Wachy el-Marqoum, impri- 
mée à Beyrouth et étudiée par M. MargoHouth, se livrer à 
des études d'esthétique et de critique littéraires qui nous 
ontvalu le livre d'El-Matkal es-Sâir, étudié par M. Gold- 
ziher, la Poétique (el-Borhân) et le Langage des (leurs 
(el-Azhàr), conservés en manuscrit à Berlin et à 
Paris. 

En Syrie nous trouvons Abou'UBaqâ Yatch Ibn Yaïch, 
Bumommé Ibn bç-Çaïgh (Fils de l'orfèvre), né en 1158 à 
Alep, qui voulut se rendre à Bagdad pour y entendre les 
leçons d'Ibn el-Anbârt et qui apprit sa mort ù peine 
arrivé à Mossoul; il resta quelque temps dans cette 
dernière ville, puis retourna à Alep y remplir les fonc- 
tions de professeur de belles -lettres jusqu'à sa mort 
(1245); il a commenté le Mofaccal de Zamakhcharï. 
L'auteur du Dictionnaire biographique, Ibn Khaltikan, 
profita de ses leçons en 1229 ; il nous a transmis l'expres- 
sion de sa vive admiration pour son maître, qui avait un 
rare talent pour aplanir les difficultés et les rendre 
intelligibles ; il parlait d'une voix douce et usait d'une 
patience exemplaire avec les commençants qui assistaient 
à ses leçons. Sous sou caractère sérieux et sa gravité se 
cachait un fond plaisant. Un jour qu'après avoir assisté 
à une de ses explications d'un vers arabe ofi le poète 
comparait, suivant l'image bien connue, son amante à une 
gazelle, un légiste, qui l'avait écouté avec attention et 
paraissait avoir compris, l'interrompit tout à coup par 
ces roots ; « Maître, dites-moi quel point de comparaison 
il y a entre une belle femme et une gazelle. — La queue 



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LITTERATURE ARABE 



et les cornes », répliqua le professeur impatienté, ce qui 
mit tout le moDile en belle humeur. 

Djémâl-Eddin Mohammed Ibn Mâlek el-Djayyàni était 
originaire de Jaen en Espagne, mais né à Damas en 
1203; après avoir achevé ses études à Âlep, il revint pro- 
fesser la littérature à Damas, où il mourut en 1273, après 
s'être acquis la réputation du plus grand philologue de 
son temps. Il a écrit un grand ouvrage aujourd'hui perdu, 
e/-/'a(4'(£l<2(rEnseignement utile), qui traitait de la syntaxe 
et dont nous avons un extrait dans le Taahil el-fawdïd; 
VAIfiyya, poème didactique sur la grammaire en mille 
vers environ, souvent commenté et imprimé, dont se 
sont occupés Silvcstre de Sacy, Dieterîci, L. Pinto et 
Goguyer; le Lâmiyyat el-Afâl, autre poème didactique 
sur la conjugaison des verbes arabes, autographié par 
Wallio il Helsingfors, publié par Kellgren, Volck et 
Goguyer . D'autres ouvrages grammaticaux , d'une 
moindre renommée, sur la syntaxe, la métrique et la 
synonymique, se trouvent en manuscrit dans diverses 
bibliothèques. 

Dans l'Arabie du Sud, NacuwXk ben Sa'ïd el-Himyari, 
poète et savant, s'occupa des traditions de son pays 
natal et composa une ode himyarite qui a été éditée par 
Alfred von Kremer et traduite en anglais par Prideaux, 
dans laquelle il ne faudrait pas chercher de véritables 
renseignements historiques. Un dictionnaire, Chema et- 
'oloûm (Soleil des sciences) et un traité en prose rimée sur 
lavéritable religion opposée aux croyances des différentes 
sectes et aux rêveries des philosophes, intitulé Kitdb el- 
hoârel-'ïn (Livre des houris aux grands yeux), complètent 
son bagage littéraire. 

Djémâl-Eddin Othmàn Ibn el-Hâdjib, fils d'un cham- 
bellan kurde de l'émir 'Izz~Eddin-Mousak es-Salâhi, né à 



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LES ABBASSIDBS , 171 

Esné (Haute-Egypte) en 1175, étudia d'abord au Caire le 
droit malékite et la lecture du Koran, puis s'adonna aux 
belles-lettres, partit pour Damas et y donna des leçons 
comme professeur, dans la grande mosquée des Oméy- 
yades. Plus tard il revint au Caire; il mourut à Alexandrie, 
ou il venait de s'établir, en 1249. Il a écrit des ouvrages 
souvent commentés et qu'on trouve presque dans chaque 
bibliothèque : la Kdfiya, court manuel de grammaire, la 
Chdfiya, dans le même genre, le Maqçad-el-djalil, 
métrique, des Amdli, ou leçons dictées sur le Koran, 
Moténebbi et d'autres poètes, le Montakâ-es-soudl wél- 
amal []e Terme de la demande et de l'espoir), manuel de 
droit malékite. 

Dans l'Afrique du Nord, Abou-'Ali el-Hasan Ibn Rachiq 
naquit en 980, ou en l'an 1000, suivant d'autres; il était 
Gis d'un esclave grec, d'autres disent d'un orfèvre. En 
1015 il se rendit h Kairouan et y adressa à El-Mo'izz ben 
Bâdis des louanges qui lui concilièrent la faveur de ce 
prince. Lore de la destruction de Kairouan par les tribus 
arabes d'Egypte envoyées par le khalife fatimide (1051), 
il s'enfuit en Sicile et s'établit à Mazzara, oii il mourut 
en 1064 ou 1070. Son Kttdb el-Omda (le Soutien), sur les 
beautés et les règles de la poésie, précédé d'une intro- 
duction très détaillée sur l'art poétique en général, a 
obtenu les louanges d'ibn Khaldoun, l'auteur des Prolé- 
gomènes, qui fait de lui le critique par excellence de la 
poésie arabe des temps modernes; son Onmoûdkadj {Spé- 
cimen) traite des poètes de la ville de Kairouan. 

En Espagne, Abou'l-Khattâb 'Omar Ibn Dihyael-Kelbî, 
né à Valence vers 1149, était surnommé Dkou 'n-nasabéïrt 
(Aux deux généalogies) parce qu'il descendait par son 
père de Dihya el-Kelbi, ce personnage curieux du temps 
de Mahomet dont le prophète disait qu'il ressemblait à 



172 LITTÂnATUBB ARABE 

l'ange Gabriel, et qu'il envoya comme ambassadeur à 
HéracliuB, et par sa mère, de Hoséïo, fils d'Ali, li parcou- 
rut toute l'Espagne pour étudier; nommé deux fois cadî 
à Dénia, il fut destitué de cette charge à cause de sa con- 
duite scandaleuse. Il reprit alors le bâton du voyageur, 
se rendit à Maroc et à Bougie nii il enseigna la science 
des traditions (1198), séjourna quelque temps en Egypte 
avant de partir pour le pèlerinage de la Mecque, puis 
y revint en faisant un long détour de plusieurs années 
par la Syrie, la Chaldée, la Perse. A son retour, El-Mélik 
el-'Aziz le choisit pour précepteur de son fils El-Mélik 
el-Kûmil, qui, une fois parvenu au pouvoir, construisit 
pour son ancien maître la Medressé Kâmiliyya, où il pro- 
fessa la science des traditions. Tombé plus tard en dis- 
grâce, il fut destitué, et mourut le 30 octobre 1235. 

Vers la m Ame époque nous trouvons Diyâ-Eddin 
Mohammed el-Khazradji, mort en 1228, auteur d'un 
poème didactique sur la métrique, intitulé er-Râmiza 
ech-Châfiya, édité par Guadagnoli à Rome en 1642, et 
souventcommenté. 



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CHAPITRE VII 



L'histoire. 

Nous avons vu plus haut comment l'histoire a com- 
meDcé avec les Maghdzi, ouvrages consacrés au récit des 
guerres de Mahomet. Le développement de plus en plus 
considérable de l'étude de la tradition (hadith), l'une des 
bases fondamentales du droit, obligeait à recueillir le 
plus de renseignements possible sur la vie du législa- 
teur. A côté de cela l'étude des anciennes poésies arabes 
menait à s'occuper des anciens faits historiques et des 
Journées ou batailles auxquelles il était fait allusion dans 
les vers des poètes, tandis que des annalistes recueil- 
laient les événements qui s'étaient passés depuis l'isla- 
misme en y joignant, de seconde main, des renseigne- 
ments légendaires sur ce qu'ils croyaient être l'histoire 
ancienne de la Perse et du peuple hébreu. Les traduc- 
tions des Livres de» Rois sassanides en arabe, qui 
de bonne heure avaient été faites par des Persans parlant 
et écrivant l'arabe, donnèrent sûrement une impulsion 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



174 LITTÉRATURE ARABE 

aux études historiques ; tl est clair que les khalifes abbas- 
sidcs, dont ta capitale était fort proche des ruines de 
Séleucie et de Ctésiphon (sans compter les vieilles villes 
babyloniennes dont le souvenir était totalement perdu), 
ne voulurent pas rester au-dessous des rois que les Arabes 
avaient vaincus, eu laissant au monde le récit des faits 
accomplis sous leur règne. 

Ibn Ishaq. 

A la fin de la dynastie des Oroéyyades nous trouvons 
déjà un auteur de maghâzi, Mousa ben 'Oqba ben Abi'l- 
'Ayyânh, dont les travaux lu! valurent le titre singulière- 
ment honorable d'imdm el-maghdzi, « chef ou directeur 
des études historiques relatives aux guerres du Pro- 
phète a ; son ouvrage fut recueilli en 1387 par Ibn Qàdi 
Chohba; quant à l'auteur, affranchi de la famille de 
Zobéïr àMédine, il mourut en 758. Mais la grande autorité 
de cette époque que l'on voit constamment citée dans les 
ouvrages subséquents, c'est Abou-'Abdallah Mohammed 
Ibk Isbaq, dont l'ouvrage original est aujourd'hui perdu, 
mais dont nous avons conservé une grande partie dans 
la compilation d'Ibn Hicham ('Abdelmélik el-Htmyari 
el-Baçrî), mort en 834, au Vieux-Caire, Sîrat er-Rasoâl 
(Biographie du Prophète) , publiée par Wùstenfeld 
et traduite en allemand par G. Weil. Les inimitiés 
qu'lbn Ishaq s'était attirées à Médine l'obligèrent à 
quitter cette ville pour Alexandrie, d'où il partît pour 
Koufa et Réï; à Hira, il rencontra le khalife ËUMançour, 
qui l'invita à s'établir à Bagdad, nouvellement fondée par 
lui, et à y réunir en un volume les traditions qu'il avait 
recueillies sur l'histoire de Mahomet . Il y mourut 
en 768. 



3,q,t,=c.=ïG00glC 



El-Wàqidi. 

Un autre historien du plus grand renom est El-Wàqidi, 
mais ce renom il le doit surtout aux faussaires qui, 
très probablement au temps des croisades et pour ravi- 
ver l'esprit guerrier des musulmans en leur rappelant 
l'époque brillante des conquêtes, mirent sous son nom 
vénéré des romans historiques sur les guerres de Syrie, 
de Mésopotamie, d'Egypte et d'Afrique. Cependant son 
grand ouvrage historique (Kitàb el-Magbâzi) nous est 
parvenu et a été édité à Calcutta par Alfred von Kremer. 
Né à Médine en 747, Abou- 'Abdallah Mohammed ben 
.'Omar el-Wâqidi y exerça d'abord le métier de marchand 
de blés ; s'étant ruiné par sa prodigalité, il dut quitter la 
ville. A Bagdad, il trouva le ministre Yabya ben Khùlïd 
le Barmékide, qui lui fournit les moyens d'arranger 
ses affaires et le nomma cadi dans la partie occiden- 
tale de la capitale; plus tard le khalife Mamoun 
l'établit en la même qualité à Roçâfa, où il mourut 
le 28 avril 823. 

Une anecdote rapportée par Mas'oudi dans les Prairies 
tfor, traduites par M. Barbier de Meynard, éclaire bien 
les relations amicales existant entre lui et ses voisins; on 
la tenait de Waqidî lui-même : « J'avais deux amis, dont 
l'un était de la famille de Hacbem, et nous ne formions, 
pour ainsi dire, qu'une seule âme. Aux approches de la 
fête de la rupture -du jedne, je me trouvais dans une 
gêne extrême, ma femme me dit : « S'il ne s'agissait 
« que de nous, nous pourrions supporter la misère et 
« les privations, mais nos pauvres enfants! Ils me font 
« pitié et me déchirent le cœur! Ils verront les enfants 

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LITTERATDnB ARABE 



« du voisinage parés et habillés de neuf pour leur fête, 
K tandis qu'ils conserveront, eux, leurs misérables gue- 
« nillei. Ne pourrais-tu, par un expédient quelconque, 
« trouver de quoi les habiller? » J'écrivis à mon ami le 
Hachémite, et le priai de me venir en aide pour l'éven- 
tualité qui se présentait. Il m'adressa aussitôt une bourse 
cachetée, en m 'in formant qu'elle contenait mille dirhems. 
J'avais à peine eu le temps de me reconnaître, lorsque 
je reçus de mon autre ami une lettre renfermant les 
mêmes doléances que celles que je venais d'adresser à 
mon compagnon hachémite. Je lui envoyai la bourse telle 
qu'elle m'était parvenue, et je me rendis à la mosquée 
où je passai la nuit, n'osant plus me présenter devant 
ma femme. Celle-ci, cependant, lorsque je rentrai, 
approuva ma conduite et ne me fit pas le moindre 
reproche. Nous en étions là, quand l'ami hachémite 
entra portant avec lui la bourse toujours dans le même 
état et me dit : « Avoue-moi franchement l'usage que tu 
as fait de ce que je t'ai envoyé. » Je lui racontai la chose 
telle qu'elle s'était passée, et il reprit en ces termes : 
« Au moment où ton message m'est parvenu, je ne 
« possédais au monde que la somme que je t'ai fait 
« remettre; j'écrivis donc à notre ami commun pour le 
u prier de me venir en aide et il m'envoya ma propre 
« bourse encore scellée de mon sceau. » Nous fîmes 
alors trois parts et nous les partageâmes entre nous 
trois, après avoir, au préalable, mis de côté une somme 
de cent dirhems pour ma femme. » 

Son secrétaire Ibn Sa* d {Abou- Abdallah Mohammed), 
mort en 845, rassembla ses ouvrages, dont il possédait 
un des quatre exemplaires existant à la mort de l'auteur; 
lui-même composa un recueil de biographies (tabaqdt) 
du Prophète, de ses compagnons et de leurs si 



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LES ÀBBÀSSIDI 



la vie de Mahomet a été parfois donnée comme un 
volume à part. 

Pendant que ces auteurs s'occupaient d'écrire l'histoire 
générale, El-Âzraqi rédigeait une histoire de la Mecque 
d'après les traditions fabuleuses de la période antéisla- 
miquc et d'après les notes recueillies par son grand-père 
Abou'l-Wélid el-Azraq, descendant de la dynastie des 
Ghassanides, mort en 834. El-Azraqî mourut peu après 
858; après lui, El-Fàkihi {Abou-'Abdallah} écrivit aussi 
une histoire de la Mecque en 885; ces deux chroniques 
ont été publiées par Wûstenfeld. Nous n'avons plus 
l'histoire de Médine d'Ibn Zabàla, de Bassora et de Koufa 
d'Omar ben Chabba, de Wàsit d'Aslam ben Sahl, de 
Mossoul d'Abou-Zakariyâ el-Azdi, qui était cadi de cette 
ville, de Raqqa d'El-Qochaïrî, de Harràn par Abou- 
'Aroûba el-Harrani, qui avait voyagé en Egypte et en 
Syrie et professa la science des traditions à Bagdad ; 
nous ne possédons plus celle de différentes villes de 
Perse, telles que l'histoire de Merv par Ahmed ben 
Sayyàr, d'Ispahan par Ibn Mandèh, de Boukhara par 
Mohammed el-Bokhàri, d'Astérabad et de 'Samarcande 
par 'Abder-Rabman el-Idrîsi ; nous avons cependant, à la 
Bibliothèque nationale, le Rit/ âd en-No foûa (Parterre des 
âmes), histoire des savants légistes et des hommes pieux 
de la Tunisie, par Abou-Bekr cl-Mâliki. Le British 
Muséum possède le 6° volume de la grande histoire de 
Bagdad par Abou'I-Fadl Ahmed ben Abi-Tàbir Taïfoùr, 
qui était d'origine iranienne et appartenait à une 
famille jadis princière du Khorasan. II était né en 819 à 
Bagdad et y mourut en 893. 

Ibn bl-Kblbi (Abou'UMoundhir Hichùm) était le fils 
d'un guerrier qui, après avoir pris part à la bataille de Déïr- 
el-Djémùdjim dans les rangs des troupes que le rebelle 



LITTS RATURE ARABE 



Ibn el-Ach'ath avait ramenées d'Arachosîe, s'était occupé 
d'exégèse koraniquc et avait rassemblé avec beaucoup 
de soin des notes sur les généalogies et l'histoire des 
anciens Arabes. 11 était mort en 763. Son fils reprit ces 
études et écrivit un grand ouvrage sur les généalogies 
dont des fragments manuscrits existent à Paris et à 
l'Escurial, et un curieux et précieux traité sur les idoles 
des anciens Arabes, dont Yâqoût nous a conservé de 
nombreux extraits dans son Dictionnaire géographique. 
Ce dernier ouvrage, dont le sujet n'était pas pour plaire 
aux musulmans, qui détestaient les souvenirs de l'anti- 
quité païenne de ta péninsule comme ceux d'un âge 
d'ignorance, lui valut la critique ardente de contradic- 
teurs qui l'accusèrent de falsifications; YàqoAt, qui lui 
emprunta beaucoup de renseignements, te défendit contre 
ces reproches, et la critique moderne lui a donné raison. 
Ibn cl-Kclbî, qui était né a Koufa, vécut quelque temps 
à Bagdad et mourut en 819. 11 a écrit aussi un ouvrage 
sur les généalogies des chevaux arabes pendant le paga- 
nisme et l'islam. Il avait une mémoire très inégale; et il 
a raconté lui-même que, sur les reproches de son oncle, 
il avait appris le Koran par cœur en trois jours, tandis 
que, d'un autre côté, se regardant au miroir, il prit un 
jour sa barbe dans sa main avec l'intention de couper 
tout ce qui dépassait par en dessous, puis il oublia immé- 
diatement cette résolution et la coupa par en dessus, 
trop courte par conséquent. 

Un historien de très grande valeur, dont l'ouvrage est 
malheureusement perdu, après avoir été utilisé par Bélà- 
dhorî et Tabari, c'est El-Médàïni (Abou'l-Hasan 'Ali], né en 
753, mort à une date incertaine (de 830 à 845). Le FikriaC 
donne cent onze titres d'ouvrages écrits par lui sur l'his- 
toire du Prophète, de ta tribu de Qoréïch, des khalifes ; 



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LES ABBASSIDES 179 

on cite de lui le Kitâb el-Maghâzi et le Tarikk el-Kholafâ. 
Il a composé plusieurs ouvrages sur les femmes célèbres 
et des recueils d'anecdotes. Son nom indique qu'il était 
originaire de Ctésiphon (Médàïu). 

A côté de cet ancêtre des historiens arabes il convient 
de placer Ez-Zobéïr Ibn Bekkâr (Abou-' Abdallah), de la 
famille d"Abdallah ben Zobéïr, qui vivait à Médine. Déjà 
dans sa jeunesse il jouissait d'une réputation à cause de 
ses connaissances en matière de tradition, d'histoire et 
de généalogie. II se rendit à Bagdad à la suite d'une 
brouille avec les descendants d'Ali, mais comme il ne 
trouva pas, à ta cour des Abbassides, les encouragements 
qu'il espérait, soupçonné au contraire de servir les inté- 
rêts du parti des Alides, il retourna dans son pays, fut 
nommé cadi de la Mecque, ce qui lui fournît à plusieurs 
reprises l'occasion de retourner à Bagdad. A l'âge de 
quatre-vingt-quatre ans, il était à la Mecque lorsqu'il 
tomba du toit de sa maison et se brisa la clavicule et une 
côte, ce dont il mourut deux jours après, le 20 octobre 
870. Il est l'auteur d'une généalogie de la tribu de 
Qoréîch, dont le manuscrit se trouve à la Bodléienne, et 
d'un recueil de récits historiques auquel il donua le titre 
de MowafTaqiyyàt, parce qu'ils étaient destinés à l'amuse- 
ment et à l'instruction d'EI-Mowafiaq, fils du khalife 
Motawakkil; les trois dernières parties de l'ouvrage, sur 
dix-neuf, sont conservées ii Gœttingue. 

El-Bélâdhorî. 

Ei-BéiADHOBt (Abmed ben-Yabyà) était Persan de nais- 
sance; il fréquenta la cour des khalifes Motawakkil et 
Mosta'ïn ; El-Mo'tazz le chargea de l'instruction de son fils 



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LtTTBBATIIRE ARABE 



'Abdallah, ce poète qui fut khalife un seul jour. Il mourut 
en 892, après avoir été atteint d'aliénation mentale à la 
suite de l'absorption d'une trop grande dose d'anacarde 
ou noix de marais {bélâdhor), ce fruit singulier de l'Iode 
dont l'on prétend qu'il développe la mémoire, d'oii son 
surnom; on fut obligé de l'enfermer dans un hôpital, où 
il termina ses jours. Son Kitâb Fotoûh et-Boldân (Histoire 
de la conquête musulmane), publié par M. de Gœje, est 
un document absolument remarquable pour l'histoire 
des expéditions conquérantes des musulmans dans les 
premières années de l'Hégire ; le soin qu'il met à indiquer 
les sources verbales où il a puisé en fait un document 
précieux; ce n'est malheureusement que l'abrégé d'un 
plus grand ouvrage, resté inachevé. Il avait écrit, sous 
le titre à'Ansâb el-Achrâf {Généalogie des nobles), un 
autre ouvrage historique dont deux volumes ont été con- 
servés; le premier fait partie de la collection Schefer 
entrée récemment à la Bibliothèque nationale, le second 
a été autographié par Ahlwardt à Greifswald. Enfin il a 
traduit, du persan en arabe, des ouvrages dont on ne 
connaît que la traduction en vers arabes de V'Akd Ardé- 
chlr (l'Epoque d'Artaxercès), consacré probablement aux 
légendes qui entourent la fondation de l'empire des 
Sassanides par Ardéchir Babégân, mais qui est totale- 
ment perdue; nous ne la connaissons que par l'indication 
qu'en donne le Fihrist. 

Tabarî. 

C'était encore un Persan d'origine que le graud histo- 
rien de cette époque, Tabarî (Mohammed ben Djérir), dont 
ou vient d'achever à Leydc ta publication colossale de son 



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LES ABBASSIOBS IBt 

chef-d'œuvre. Il était né ea 838 â Amol dans le Tabaris- 
tan (Mazandéran), au sud de la Caspienne. Il voyagea 
en Egypte, en Syrie et dans l'Irak, puis il s'établit à 
Bagdad comme professeur de traditions et de jurispru- 
dence; dans cette dernière science il suivit d'abord tes 
enseignements du rite chaféïte, dont il avait profité pen- 
dant son séjour en Egypte, puis il voulut créer une école 
à lui, mais sans succès; au contraire, cela lui valut l'ini- 
mité des farouches Hambatitcs de Bagdad. A ses 
recherches sur ces deux terrains on doit le Tahdhib el- 
Athâr, qui se trouve à Constantinople (bibliothèque de 
Kieuprulu Méhemet-pacha), et le grand Tafsîr ou com- 
mentaire du Koran, qui a été plus tard traduit en persan 
et en turc. Mais son histoire universelle [Akhbâr er-rou- 
soul wH-molotik, Histoire des prophètes et des rois), la 
première complète en langue arabe, dans Inquelle il a 
rassemblé une foule d'indications qui sans lui se seraient 
perdues, est pour nous des plus intéressantes, parce que 
c'est le document le plus ancien que nous ayons de l'his- 
toire arabe; on sait les peines qu'on a eues pour en cons- 
tituer le texte complet, dispersé volume par volume dans 
une foule de bibliothèques d'Europe et d'Orient. Il mourut 
à Bagdad le 16 février 923. Il avait une capacité de 
travail remarquable et écrivît chaque jour, pendant 
quarante ans, quarante feuillets. 



Eç'Çouli. 



Eç-ÇovLi (Abou-Bekr Mohammed ben Yahya) descendait 
d'un prince turc du Djourdjàn, Soul-Tékin, qui avait été 
converti du mazdéisme à l'islamisme. A la cour des kha- 



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18! LtTTERATltnB ARABE 

lifes Moktafi et Moqtndîr il était apprécié à cause de sa 
manière de jouer aux échecs qui était passée en proverbe ; 
on disait : jouer aux échecs comme Eç-Çoùli. Mais ses 
sentiments a IVgard des descendants d'Ali le mirent 
dans une position si critique, qu'il dut s'enfuir de Bagdad 
et se cacher il Bassora, où il mourut en 946. Il s'était 
occupé des poètes arabes et avait écrit leur histoire ainsi 
que des traités spéciaux sur plusieurs d'entre eux tels 
que Abou-Temmam, Abou-Nowâs, EUBohtori; il avait 
écrit un livre d'histoire sur les Abbassides et sur ceux 
d'entre eux qui avaient cultivé la poésie; cet ouvrage se 
trouve au Caire. 

Mas'oudi\ 

Avec le spirituel et attachant conteur Mas'oudi (Abou'I- 
Hasan 'Ali) nous voyons commencer une nouvelle branche 
de la littérature arabe, celle des anecdotes historiques. 
Originaire d'une famille arabe qui se rattachait à Mas'oud, 
un des compagnons du Prophète, il naquit à Bagdad, 
entreprit des voyages qui le menèrent en Perse oîi il 
visita Istakhr (Persépolis) en 915, et jusque dans l'Inde 
où il traversa Moultan et MansoAra, puis la péninsule du 
Dekhan jusqu'à Ceylan ; il s'y embarqua, parcourut la mer 
de Chine et la mer Rouge, passa par Madagascar et 
revint en Arabie par l'Oman. La mer Caspienne, puis la 
Syrie et la Palestine attirent son esprit avide de connais- 
sances; il était en 926 à Tibériade, en 943 à Antioche et 
en Cilicie, deux ans plus tard à Damas. 

Pendant les dernières années de sa vie il habita tantôt 
l'Egypte et tantôt la Syrie ; en 947 et en 955 il se trouvait 
à Fostiît (le Vieux-Caire), où il mourut probablement en 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LBS ÂBB ASSISES 1S3 

95G OU 957. Esprit curieux et chercheur, Mas'oudi n'a 
négligé aucune des sources d'inforroatioD qui lui étaient 
accessibles; il a étendu ses recherches, en dehors de 
l'érudition purement musulmane, sur l'histoire des Perses, 
des Indiens et des Romains, sur les traditions des païens, 
des juifs et des chrétiens; pour la période des khalifes, 
les innombrables anecdotes des Prairies d'Or (MoroAdj 
edh-Dhahab) sont la source la plus féconde en même 
temps que la plus amusante de renseignements sur la 
civilisation orientale de son époque. Son grand ouvrage 
historique, dont les Prairies ne sont qu'un extrait, 
V Akhbdr-ez-zamân, était en trente volumes; le premier 
seul a été conservé à Vienne. Le Kitdb el-Ausat (Livre 
moyen), en était un abrégé. Le Tanhîh tvèl-ickrdf 
(l'Avertissement et la revision), est comme le résumé 
philosophique de l'œuvre entière de Mas'oudi; le texte en 
a été publié par M. de Gœje et traduit en français par 
M, le baron Carra de Vaux, 



Ham\a el-Içfahâni. 



Hahza ben Hasan bl-IçfahiIni était Persan ; aussi, dans 
«on ouvrage historique, a-t-11 traité l'histoire légendaire 
de son pays d'après les communications verbales qui lui 
furent faîtes par les prêtres du feu, et d'après des sources 
iraniennes. Appartenant à la secte des Cho'oùbiyya, dont 
il fut un ardent défenseur, il chercha, dans ses ouvrages, 
à rétablir la véritable orthographe des noms iraniens 
déformés dans la bouche des Arabes. Il vivait vraisembla- 
blement à Bagdad au commencement du x* siècle de notre 
ère. Ses Annales ont été pubHées à Saint-Pétersbourg, 



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avec une traduction latine, par Gottwaldt. La bibliothèque 
de Munich possède un livre des Proverbes écrit par lui ; 
celle du Caire un parallèle entre l'arabe et le persan. 



Le Livre des chansons. 



Abo^'l-Fahadj bl-Içfahàni ('Ali ben-el-Hoséïn) était, 
comme te précédent, né à Ispahan, mais tout à fait par 
hasard, car il se rattachait à la lignée des Oméyyades et 
était de pure race arabe. Né en 897, il fit ses études a 
Bagdad et mena la vie de beaucoup de lettrés de cette 
époque, allant d'Alep, où régnait Séïf-Eddaula, jusqu'en 
Perse retrouver les ministres des princes Bouïdes, soit 
Isma'ïl Ibn Abbàd, soit Ël-Mohallabi. A un âge avancé, il 
perdit peu à peu ses facultés mentales et mourut le 
21 novembre 967. L'origine commune qu'il avait avec les 
Oméyyades lui fit entretenir des rapports fréquents avec 
ceux de leurs descendants qui s'étaient établis en 
Espagne, et dont il reçut des présents en récompense des 
livres qu'il leur dédia. Son Kitâb el-Aghdni (Livre des 
chansons) a été publié à Boulaq, et complété par un 
vingt et unième volume édité à Leyde par M. Brilnnow. 
Ces chansons, c'est tout simplement l'histoire des poésies 
arabes qui ont été mises en musique; et comme cela est 
arrivé à une quantité énorme de vers des poètes anté- 
islamiques, ainsi que des quatre premiers siècles de 
l'hégire, cela a fourni à l'auteur l'occasion de réunir une 
foule de détails biographiques sur leurs auteurs; sous le 
préteste de chansons, ce livre admirable renferme des 
anecdotes, des renseignements sur la vie du désert et des 
villes, sur l'intîmité des souverains et des khalifes, qu'on 



LES ABBASSIDES 185 

ne trouve nulle part ailleurs. C'est une riche mine pour 
l'étude de la société arabe à son époque brillante. La 
bibliothèque de Berlin possède un autre ouvrage du 
même auteur, le Kitâb eî-diydrdt {Livre des monas- 
tères), donuant l'histoire de nombreux couvents, buts 
de pèlerinage, sis aux environs du Tigre et de l'Euphrate, 
ou en Egypte; c'est en réalité une anthologie des vers 
où CCS couvents ont été célébrés. II ne faut pas oublier 
que les musulmans qui visitaient les cloîtres chrétiens 
n'allaient pas y chercher des motifs de dévotion, mais 
tout simplement l'occasion d'y boire du vin, liqueur pro- 
hibée dans les villes mahométanes. Les poètes célé- 
braient par reconnaissance le lîeu béni qui leur avait 
procuré des moments de douce ébriété. 

A la cour de Séïf-Eddaula on rencontrait encore tes deux 
frères qu'on avait surnommés les deux Khâlidis, Abou- 
'Othmâo Sa'rd et Abou-Bekr Mohammed, tous deux bons 
poètes; le souverain d'Alep les récompensa généreuse- 
ment de leurs louanges; ils écrivirent une histoire de 
Mossoul, la biographie d'Abou-Tenimam et d'ibn er- 
Roâmi, et une anthologie de poètes modernes sous le 
titre de Hamdsa.; ce dernier ouvrage existe au Caire. 



Le Fihrist. 



Un ouvrage unique en son genre, à cette époque, 
dans la littérature arabe, c'est le traité de bibliographie 
connu sous le nom de Fihrist (Index). On sait malheu- 
reusement peu de chose sur son auteur, Abou'l-Faradj 
Mohammed ben Ishaq ben Abi-Ya'qoùb en-Nadîm, sur- 
nommé le Libraire (el-Warrâq) de Bagdad. C'est une liste 



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/ 



de livres dont la plupart sont aujourd'hui perdus, soit 
qu'ils n'aient pas survécu aux grandes catastrophes qui 
frappèrent les bibliothèques de Bagdad (destruction par 
les Mongols au xiii° siècle et par Tamerlan au xv*), 
désastres qui peuvent être comparés, pour le moyen âge 
arabe, aux diverses destructions de la bibliothèque 
d'Alexandrie pour le monde antique, soit parce que, 
résumés dans des ouvrages plus récents qui jouirent de 
la vogue, on cessa de les copier et qu'ils disparurent par 
suite de la vétusté. Cet ouvrage a été écrit en 988; l'au- 
teur est probablement mort huit ans après, en 996, On 
a tout à fait renoncé à admettre l'opinion émise par 
Sprenger, que ce serait le catalogue d'une bibliothèque, 
parce que les considérations historiques qu'il renferme 
font visiblement partie du plan primitif de l'ouvrage. 



Histoire des provinces. 

L'histoire de la conquête de l'Egypte, de l'Afrique 
septentrionale et de l'Espagne fut écrite par Ibn 'Abd-bl- 
Hakam (Abou'l-Qàsim 'Abder-Rahman), mort au Vieux- 
Caire en 871, qui était fils du eadî des MaléUtes eQ 
Egypte. Ce livre, qui est à la Bibliothèque nationale, a 
été utilisé en partie par Mac-Guckin de Slane dans un 
appendice h sa traduction de VHisloire des Berbères 
d'Ibn Khaldoun; des fragments ont été édités par 
J. Karle et John Harrîs Jones. 

Sa'ïd BEN el-Batriq était le nom arabe du médecin 
chrétien Eutychius, né au Vieux-Caire en 876, qui se 
distingua par ses études historiques, fut nommé en 933 
patriarche mclkite d'Alexandrie et mourut en 939. Alors 



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LES ABBASGIDE5 187 

qu'oD se demandait laquelle était la plus ancienne, de 
la langue hébraïque ou de la syriaque, il a soutenu que 
la langue grecque était la première de toutes, à cause 
de son abondance et de son étendue. Son histoire uni- 
verselle, appelée Nazhni el-Djaiihar (les Perles rangées 
en ordre), a été traduite en latin par E. Pocock. 

Tandis qu'Ahmed ben Yousoùf Ibn ed-DAya (mort 
en 945) écrivait l'histoire anecdotique du fondateur de 
la dynastie des Toulounides, Ahmed ben Touloun, et de 
son fils Khomârawaîh, Ibn-Yoùsouf (Abou 'Omar Moham- 
med] composait pour le prince Kàfour, sous le titre de 
Fadâït-Miçr (les Qualités excellentes de l'Egypte), un 
résumé de l'histoire et de la géographie de ce pays 
jusqu'à son époque, qui a été traduit en danois par 
M. J- Oestrup, une histoire des cadis égyptiens, et une 
autre des gouverneurs de cette même contrée, qui exis- 
tent en manuscrit au British Muséum; Abou'I-Hasan 
Mohammed d'Alexandrie composait un journal du gou- 
vernement de Mo'izz Lidinillah que l'on peut voir à la 
bibliothèque de l'Escurial ; Ibn Zoulàq el-Léïthî (el-Hasan 
ben Ibrahim), né en 919, mort le 30 novembre 998, 
rédigeait divers ouvrages sur l'histoire et la géographie 
de l'Egypte, qui se trouvent dans les bibliothèques de 
Paris et de Gotha. 

L'histoire d'Espagne commençait à s'écrire avec 'Abd- 
el-Mélik ben Habib es-Solami el-Mirdâsi, né en 796 à 
Iliçn-Wât, près de Grenade, mort à Cordoue le 
17 février 853, qui, au cours d'un pèlerinage au Hedjaz, 
apprit à Médine les doctrines juridiques de Màlik ben 
Anas et les répandit dans son pays. Seulement nous 
n'avons rien de ses nombreux travaux, si ce n'est le 
commencement d'un ouvrage sur le partage des héri- 
tages, qui est à Berlin ; quant à l'histoire qui est à la 



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Bodléienoe, c'est, comme l'a reconnu Dozy, un ouvrage 
qui lui a été attribué sans raison. Après lui vient Ahmed 
ben Mohammed er-Râzi de Cordoue, d'une famille ori- 
ginaire de Réïen Perse, mort en 937, dont la description 
et l'histoire de l'Espagne ont fourni la base de l'ouvrage 
espagnol connu sous le nom de Cronica del moro Rasis. 
La figure la plus intéressante de cette époque et de ce 
pays est celle du philologue et historien Ibn cI-Qoùtiyya 
(Abou Bekr Mohammed ben 'Omar ben 'Abd-el-Aziz), 
c'est-à-dire le fils de la Gothe. Son aïeul 'Isa avait 
épousé une princesse d'Espagne, Sara, fille du roi goth 
Oppas, lorsqu'elle était venue rendre visite à Damas au 
khalife Hicham ben 'Abdel-Mélik, pour se plaindre à lui 
de son oncle Ardabast. Isa fut envoyé avec son épouse 
en Espagne et ses descendants continuèrent d'habiter 
Séville. Abou-Bekr, né à Cordoue, fut présenté au khalife 
El-Hakam II par El-Qàli, comme le plus grand savant 
du pays. II mourut en 977 a Cordoue, en laissant un 
Tarihh el-Andalos, histoire d'Espagne depuis la con- 
quête musulmane jusqu'en 893, dont le manuscrit est à 
Paris. Cherbonneau et M. 0. Houdas en ont publié et 
traduit des extraits; Cardonne s'en est servi pour son 
histoire de l'Afrique et de l'Espagne. 11 est aussi l'au- 
teur d'un livre de la conjugaison des verbes publié par 
J. Guidi. 

La Perse se distingue par la production de biogra- 
phies en prose rimée, d'un ton de panégyrique, desti- 
nées à célébrer les princes des dynasties qui s'élevaient 
successivement sur le sol iranien à mesure que le pou- 
voir des khalifes abbassides devenait plus faible. Abou- 
Naçr Mohammed bl-'Otbi, né en Perse, appartenait à 
une famille d'origine arabe ; il occupa des postes impor- 
tants dans l'administration de l'empire fondé par le chef 



LES ABBA8SIDB9 189 

turc Subuk-Tékin et son fils Mahmoud le Ghaznévide; 
finalement il était directeur de la poste aux chevaux à 
Gandj-Roustaq. Il mourut en 1036. Son chef-d'œuvre, le 
Kitâb el-Yéminl, ainsi appelé du surnom honorifique du 
sultan Mahmoud, Yémin-ed-Daula (Bras droit de l'Em- 
pire) est l'histoire du règne glorieux de ce prince jus- 
qu'en l'année 1018; l'auteur profita de l'envoi de ce 
livre pour indiquer qu'il était en butte aux intrigues 
d'Abou'l-Hasan et-Baghawi, qui avait réussi à lui enlever 
sa place. Cet ouvrage, célèbre par l'éclat de son style, 
a été commenté par plusieurs auteurs et traduit en 
persan et en anglais. 

Les biographes de Saladin. 

'IuAdeddin, surnommé El-Kâtîb el-Içfahàni (le Secré- 
taire d'Ispahnn), consacra sa plume k écrire l'histoire 
de Saladin, son maître; on l'appelait Alouh, mot persan 
qui signifie aigle. Né en 1125 à Ispahan, il vint étudier 
à l'Université Nizhâmiyya de Bagdad; son protecteur, le 
ministre 'Aun-Eddin Ibn Hobéïra, lu! procura la place 
lucrative d'inspecteur des services administratifs à Bas- 
sora, puis à Wàsit; mais à sa mort, en 1165, destitué 
et traîné eu prison, il mena une vie misérable qui ne 
cessa qu'au bout de deux ans, quand il se fut résolu à 
se rendre à Damas, où il fit la connaissance de Nedjm- 
Eddin EyyoAb et de son fils Saladin. Le sultan 
Noureddin, fds de l'atabek Zengui, lui fit donner un 
emploi de copiste et le chargea d'une ambassade auprès 
du khalife Mostandjid. Cette mission lu! valut, à son 
retour de Bagdad, d'être chargé des foDctîons de pro- 
fesseur dans l'école nouvellement construite et que l'on 



190 LITTEKATURE ARABE 

appela de son nom El-'Imâdiyya, et eosuite d'obtenir, 
l'année suivante, les fonctions de président du conseil. 
La mort de Noureddtn ruina sa situation. Le fiU de ce 
prince, qui lui succéda en 1173, n'était qu'un enfant : 
les ennemis d"lniiîdeddin le circonvinrent et obligèrent 
'Imi'id à quitter sa place et la cour. II voulut se rendre 
à Bagdad, mais, tombé malade à Mossoul, il y apprit 
que Saladin s'était emparé de l'Egypte et marchait vers 
la Syrie. Il parvint à le rejoindre à Alep : le grand 
souverain musulman le prit à sa suite et l'emmena dans 
ses campagnes. A la mort de son protecteur, voyant 
son influence ruinée, il se retira dans la vie privée 
et s'occupa de travaux littéraires jusqu'à sa mort 
(20 juin 1201). C'est ainsi qu'il écrivit, sous le titre de 
Fath el-Qoussi, l'histoire de la conquSle de la Syrie et 
de la Palestine par Saladin, publiée par C. de Landberg; 
sous celui d'el-Barq ech-châmi, l'histoire de son temps 
en sept volumes, y compris son autobiographie; le cin- 
quième volume se trouve à la Bodléienne ; le Nouerai et- 
fatra contient l'histoire de la dynastie des Seldjoukides 
et de leurs ministres; c'est en réalité une traduction 
abrégée, en style pompeux et extravagant, de l'ouvrage 
persan de Chéref-Eddin Anocherwàn ; le Kharîdat el-Qaar 
est une anthologie des poètes du vi' siècle de l'hégire, 
avec des remarques écrites dans un style prétentieux et 
malheureusement presque absolument dénuées de ren- 
seignements historiques; c'est une continuation du 
Yalimal-eddakr de Tha'àtibi. 

Un ami d"lmàd-Eddin, qui est connu par ses pièces de 
correspondance, soit avec lui, soit avec d'autres per- 
sonnes, fut Abder-Rahim ben Ali d'Ascalon, surnommé 
El-Qadi Et^FÀDiL (le Juge excellent). Il était le fils du 
cadi de cette petite ville de Palestine; né en 1135, il 



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; ABBAESIDES 



trouva des emplois en Egypte; il fut successivement 
attaché au bureau de rédaction du Caire, secrétaire du 
juge d'Alexandrie, secrétaire d'État sous le khalife fati- 
mide Ez-Zàfîr et ses successeurs, et resta dans les mêmes 
fonctions sous Saladîn , qui le nomma gouverneur 
d'Egypte pendant sa campagne de Syrie. Pendant un 
séjour il Damas il fit la connaissance d'Imad-Eddin, et 
ces deux personnages restèrent amis. Il mourut Ie26jan- 
vier 1200. Le fils et le petit-fils de Saladin, 'Aziz et 
Mançour, lui conservèrent leur faveur. 

Continuons la série des biographes de Saladin. Yoù- 
souf ben Ràfi Béhâ-Eddîn d'Alep naquit a Mossoul le 
6 mars 1145. Attiré à Bagdad par la renommée de l'Uni- 
versité Nizhâmiyya, il se rendit dans cette ville et fut 
chargé des fonctions de répétiteur; plus tard il retourna 
professer à Mossoul, fit le pèlerinage de la Mecque, au 
retour duquel il se rendit à Damas oii Saladin le dis- 
tingua et le nomma en 1188 juge de l'armée et cadi de 
Jérusalem. Après la mort de son protecteur, il se retira 
à Alep, dont il fut cadi sous les successeurs de Saladin, 
et y fonda, de sa propre fortune, deux medressés. Il 
perdit son influence lorsque Aziz renonça à la royauté 
en 1231 et vécut encore trois ans comme simple parti- 
culier. La Vie de Saladin, dont il est l'auteur, porte le 
titre d'En-Nawddir es-SoUdniyya ; elle a été éditée par 
Albert Schultens. Béhû-Eddin a aussi composé une his- 
toire d'Alep qui existe en manuscrit au musée asiatique 
de Saint-Pétersbourg, et des ouvrages de jurisprudence 
qui se trouvent à Paris, à la Bodléïennc et au Caire. 

Chihâb-Eddin 'Abder-Rahman ben Isma'ïl, surnommé 
Aboc-Chàma, parce qu'il était marqué d'une envie noi- 
râtre sur le sourcil gauche, né à Damas le 10 jan- 
vier 1203, étudia dans sa ville natale et ii Alexandrie, 



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in LITTÂRATDRB ARABE 

revînt à Damas et y exerça les fonctions de professeur 
dans diverses medressés. Sa maison fut envahie par uo 
mouvement populaire dirigé contre lui, parce qu'on le 
soupçonnait d'un crime; il reçut tant de coups qu'on le 
laissa pour mort. Quelque temps après ses adversaires 
renouvelèrent leurs attaques, et il périt assassiné le 
13 juin 1268. L'histoire des deux sultans Nour-Eddin et 
Saladin, sous le titre de Kildb er-RaudaCéXn, est son 
œuvre : elle a été publiée et traduite en partie par Gœr- 
gens et Rohricht, ainsi que dans le recueil des Historiens 
des Croisades publié par l'Institut de France. Il a en 
outre laissé des poésies et des commentaires sur les 
panégyriques du Prophète de son maître Sakhàwi et de 
Bouçiri. 

Abou'l-Mahàsin Mohammed Ibh 'Onaïh naquit dans 
cette même ville de Damas le 20 octobre 1154. Poète 
précoce, il s'attira l'anîmosité de Saladîn par ses mor- 
dantes attaques contre tous les grands, et fut banni. II 
parcourut la Perse, la Boukharie et l'Inde, le Yémen où 
il demeura quelque temps, le Hedjaz et l'Egypte, et 
rentra à Damas après la mort de Saladin. Il reçut de 
son successeur le titre de vizir et fut chargé de missions 
diplomatiques; il mourut le 7 janvier 1233. C'était un 
homme gai et plein de bonne humeur, il improvisait 
aisément, et répondait aux énigmes versifiées, tout en les 
résolvant, par d'autres encore plus ingénieuses. N'ayant 
pas pris la précaution de rassembler, de son vivant, ses 
poésies en volume, elles se sont éparpillées et perdues; 
la bibliothèque de Berlin possède une élégie de lui sur 
la mort d'El-Mélik el-Mo'azhzham. Le bibliographe turc 
Hadji-Khalfa a vu et noté sa biographie d'El-Mélik el- 
'Aziz, hls de Saladin. 

Pendant qu'en Egypte Mouhyiddin Abou'I-Fadl cs- 



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LEB ABBA9SIDBS 193 

Sa'di, mort en 1293, écrivait les biographies des sultans 
Béïbars et Achraf, un auteur persan qui rédigeait en 
arabe composait celle du sultan du Kharezm Djélal-Eddin 
Mangobirtî, l'adversaire malheureux de Tchinguiz-Khan 
Mohammed ben Ahmed bn-Nasawi était né à Khorendiz 
près de Nasa; il fut employé comme secrétaire au service 
de ce sultan, lorsqu'il revint de son expédition dans 
l'Inde en 1221, et il lui resta attaché jusqu'à sa mort 
(1231). Dix ans plus tard il écrivit l'histoire de son pro- 
tecteur, publiée et traduite en français par M. 0. Houdas. 
Comme historien, il est calme et impartial ; comme litté- 
rateur, il est lourd; on sent que la plupart du temps 
ses phrases arabes étaient pensées en persan. 



L'autobiographie d'ibn Monqidh. 

Abou'l-MozhafTar Osâma Ibn Monqihb fait mieux que 
d'écrire l'histoire des autres: il rédige la sienne propre 
et introduit le nouveau genre de l'autobiographie. Né le 
25 juin 1095 à Chaïzar, petite forteresse de la vallée de 
l'Oronte en Syrie, qui était le chef-lieu d'une principauté 
héréditaire dans sa famille, banni en 1138 par son oncle 
'Izz-Eddin, qui redoutait sa valeur et son ambition, il alla 
habiter Damas, puis desservi auprès de son protecteur 
Chihâb-Eddin Mahmoud, il se rendit en Egypte où il ne 
s'occupa plus que de chasser. En 1150 et en 1153 nous 
le voyons combattre les croisés it Ascaloa; l'année sui- 
vante il revient à Damas, fait le pèlerinage de la Mecque, 
accompagne Nour-Kddin en 1 162 dans sa campagne contre 
les Francs, se réfugie ensuite à Hisn-Kéifa en Mésopo- 
tamie, oîi il se livre à des travaux littéraires; rappelé à 



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LiTTEBATORB ARABB 



Damas par Saladin, il ne fut bieo en cour que peu de 
temps et n'accompagna pas en Egypte le vainqueur des 
Croisés ; il mourut dans la capitale de la Syrie le 6 no- 
vembre 1188, laissant comme écrits son autobiographie 
éditée et traduite en français par M. H. Derenbourg, 
le Kitdb el-badC sur les beautés et les défauts de la rhéto- 
rique poétique, et le Livre du Bâton, monographie des 
bâtons célèbres ; M. Derenbourg a publié des extraits de 
ce dernier ouvrage et les quelques fragments de poésie 
qu'il a pu recueillir de divers càtés. Esprit original et 
observateur, Osâma doit à son amour de la chasse d'avoir 
étudié les mœurs des animaux sauvages; la bravoure de 
son caractère se reflète dans le style simple et énergique 
dont il retrace ses aventures ; ses compositions poétiques 
sont d'un lettré. 

Djémal-Eddin 'AH ben Zàfir, né en 1171, succéda à 
son père comme professeur à la medrcssé Kàmiliyya au 
Caire, fut ensuite ministre du prince Mélik el-Achraf ; on 
lui doit une histoire des dynasties écoulées {ed-dowal el- 
monqatta)y jusqu'en 1225, et un recueil de bons mots 
et de réponses spirituelles intitulé Baddl' el-bidâya. 
Abou'I-Fath el-Boundâri d'Ispahan abrégea, en 1226, 
sous le titre de Zobdat en-nouçra, l'histoire des Seld- 
joukides d"Imad-cddin, et traduisit en arabe le Livre de» 
Rois du poète persan Firdausi. 

En Occident, l'histoire des Almobades attirait l'atten- 
tion d"ABDBL-WAHiD bcn Ali el-Marrâkochî, né le 10 juil- 
let 1185 à Maroc, qui, après avoir terminé ses études à 
Fez, se fixa en Espagne où il resta jusqu'en 1216; puis il 
se rendit en Egypte, pays qu'il ne quitta plus jusqu'à sa 
mort, sauf pour un court pèlerinage à la Mecque. Son 
Kitâb el-Modjib, écrit en 1224, a été publié par R. Dozy 
et traduit par M. Ë. Fagnan. 

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LES ABBASSIDES 19S 

Djérnat-Eddin Mohammed beo Sâlîm ben Wâsil, né en 
1207, vécut à Hama en Syrie, où il enseignait le droit 
chaféïte, la philosophie, les mathématiques et l'astrono- 
mie. En 1261 le sultan d'Egypte Béïbars le fit venir au 
Caire et lui conda une mission auprès du roi de Sicile 
Manfred, fils de Frédéric II, pour lequel il écrivit un 
traité abrégé de logique. A son retour il fut nommé cadi 
de sa ville natale et professeur à la medfessé. Il a tracé, 
sous le titre de Mofarridj el-Koroûb, l'histoire de la 
dynastie des Eyyoubites continuée jusqu'en 1296 par 
'AU ben 'Abder-Rahman, secrétaire de Mélik el-MozhalTar, 
prince de Hama et prédécesseur du géographe couronné 
Abou'1-Féda. 

Abou'l-Hasan 'Ali ben Yoùsouf Ibm el-Qifti était ainsi 
surnommé d'après la petite viile de Qift, ancienne Cop- 
tes, dans la Haute-Egypte, où il était né en 1172. 11 
habita toute sa vie la Palestine et la Syrie; après quel- 
ques années passées à Jérusalem, il s'installa en 1202 à 
Alep; Mélik ez-Zâhir le chargea de l'administration de 
cette ville en 1214 contre son désir ; et dès la mort de 
ce prince, il se hâta de se décharger de ce fardeau. 
Cependant il devait s'être rendu indispensable dans cet 
emploi, car nous le voyons l'accepter encore à deux 
reprises, et il était dans ces fonctions lorsqu'il mourut 
le 31 décembre 1248. Grand amateur de livres, il avait 
renoncé à tous les plaisirs de la vie pour s'adonner à sa 
passion favorite. Son principal ouvrage, Ikkbdr el-'Olama 
(l'Information donnée aux savants au sujet de l'histoire 
des sages), est connu par un extrait qu'en a fait en 1249 
Mohammed ben 'Ali ez-Zauzani sous le titre de Tarîkh 
el-hokamâ (Histoire des sages); ces deux ouvrages ont été 
étudiés par A. Miller et J. Lippert. Il a laissé aussi une 
histoire des grammairiens, dont un extrait par Ed-Dha- 



:,q,t,=c.=ïGooglc; 



ige LiTTiRATURB ARABE 

habi est conservé à Leyde, et uo ouvrage posthume con- 
sacré aux poètes quî portent le nom de Mohammed, et 
qui se trouve à Paris. 

Ibn Âbi-Osaibia. 

MowafTaq-Eddin Abou'l-Abbâs Ibn Abi-Osaibi'a, histo- 
rien de la médecine, était le tils d'un oculiste établi à 
Damas où il naquit en 1203. Pour compléter ses études 
de médecine commencées en Syrie, il Et le voyage du 
Caire et y rencontra le botaniste et médecin Ibn Béïtâr, 
qui l'encouragea. Il fut en correspondance avec Abdella- 
tif, auteur de la Relation de l'Egypte. Saladin le chargea 
de diriger l'hôpital qu'il venait de fonder au Caire en 
1236; néanmoins l'année suivante il se rendit à l'appel de 
l'émir 'Izzeddin Aïdémir et se transporta à Sarkhad dans 
le Hauran, prés de Damas, oii il mourut en janvier 1270. 
Son histoire des médecins porte le titre de 'Oyoân el-anbâ 
et a été publiée par A. Mûller à Kœaigsberg en 1884. 



Ibn Khaîlikan. 

Chemseddin Abou'l-'Abbàs Ahmed Ibk Kballikan, 
dont la famille était originaire d'Arbèles et se rattachait 
aux Barmékides, naquit le 23 septembre 1211; il était 
le fils d'un professeur de la medressé Mozhaffariyya 
d'Arbèles, qui lui donna ses premières leçons; puis il 
partit pour la Syrie; il était en 1229 à Alep, en 1234 à 
Damas, quatre ans après à Alexandrie et au Caire. Il 
remplaça quelque temps le grand Cadi Yoûsouf ben el- 



, .....,Coog[c 



LBS ABBASSIDES 107 

Hasaa de Sindjar et fut désigné en 1261 pour occuper le 
poste important de grand cadi de la Syrie, dont le siège 
était à Damas. Cette position lui réservait d'autant plus 
d'inÛuence qu'appartenant au rite chaféïte, il avait sous 
sa juridiction les adhérents des trois autres rites ortho- 
doxes. En 1266, le sultan Béiliars nomma des cadis indé- 
pendants pour les rites hanéfite, hambalite et malé- 
kite, ce qui diminua considérablement la situation d'Ibn 
Khallikan, qui d'ailleurs perdit sa place cinq ans plus 
tard. Il ne rendit alors au Caire pour y remplir les fonc- 
tions de professeur à la medressé Fakhriyya et profita de 
ce temps pour achever, en sept ans, son grand dictiou- 
naire biographique. En 1280 il fut rétabli dans sa charge 
de cadi ; mais deux ans après il lui arriva la mésaventure 
de passer quelques semaines en prison, parce qu'on le 
soupçonnait de favoriser la révolte du gouverneur de la 
ville ; cependant il parvint à se justifier, car on le laissa 
dans sa place jusqu'en mai 1281 où il fut destitué. Pour 
\'îvre, il donna des leçons à la medressé Aminiyya et 
mourut le 30 octobre 1282, Son Wafayât el-A'ydn (les 
Décès des grands personnages) est un dictionnaire des 
hommes célèbres de l'islamisme, à l'exclusion des com- 
pagnons du Prophète, des quatre premiers khalifes et 
en général des personnages du premier siècle de l'hégire ; 
commencé au Caire en 1256, il fut terminé dans la même 
ville en 1274 après avoir été interrompu par la mission 
de l'auteur à Damas. Le manuscrit autographe est con- 
servé au British Muséum. Le texte a été publié par 
F- Wûstenfeld; Mac-Guckîn de Slaue en avait commencé 
la publication, mais elle fut interrompue à peu près à la 
moitié j en revanche, cet orientaHste en a donné la tra- 
duction intégrale en anglais. Ibn Châkir el-Kotobi a 
écrit, dans son Fawâl et-Wafatfât (Omissions du livre 



198 LITTÂRATUBB AHABB 

des décès) les biographies de personnages illustres 
omises dans le grand dictionnaire d'Ibn Khal- 
likan. 

Le prédicateur de Bagdad. 

Abou-Bekr Ahmed bl-Kb&tib bl-Baghuadi (le Prédica- 
teur de Bagdad) était né aux environs de cette ville, 
à Darzidj.ln, gros village en aval, sur le Tigre, en 1002. 
Il était de ces savants qui parcouraient le monde à la 
recherche des traditions du Prophète; ses longs voyages 
furent récompensés par la renommée qu'il acquit, d'ua 
des maîtres de cette science. De retour à Bagdad, il fut 
nommé prédicateur et y mourut en 1071, laissant une 
histoire des savants de Bagdad en quatorze volumes, un 
traité de l'art de rechercher l'authenticité des traditions, 
intitulé el-Kifâya (le Livre suffisant), un autre [Taqyld 
el-'ilm) pour prouver que la tradition peut être mise par 
écrit, un troisième sur la manière d'écrire correcte- 
ment les noms propres {eUMu'tanif). 

Dans le lointain Khorasan, à Merv, Abou-Sa'd 'Abdel- 
Kérim bs-Sah'1hi, suraommé Tâdj-eUlslam (la Mitre de 
l'islamisme), qui était né le 11 février 1113, avait quitté 
sa patrie à la recherche des traditions, mais il y rentra 
plus tard, et y mourut en janvier 1167. Il composa un 
supplément à l'histoire de Bagdad d'El-Khatib, en quinze 
volumes, et le Kitâb el-anaâb (Livre des noms patro- 
nymiques), en huit volumes, qui se trouve à la biblio- 
thèque de Mohammed Kieuprulu ii Constantinople, et 
dont l'importance, suivant une remarque de M. Sachau, 
est considérable pour les noms propres et l'histoire de 
l'Asie centrale , à cause des renseignements biographi- 



LB8 ABBASSIDES 109 

quea qu'il contient. Ce grand ouvrage a été abrégé par 
'Izzeddin Ibn el-Athir dans son Lobdb en trois volumes, 
lequel a encore été abrégé parle polygraphe Soyoùtidans 
son Lobb-el-Lobâb édité par Veth, 

Damas, la grande ville de Syrie, trouva aussi son 
historien dans Ibn 'Asâkir; elle possédait déjà une topo- 
graphie historique dans Vl'lam fi faddil eck-ckdm 
d'Abou'l-Hasan 'Ali er-Raba'î, composé en 1043. Abou'l- 
Qâsim 'AU Ibn 'Asâkir y était né en septembre 1105. En 
1126, il se rendît à Bagdad et de là en Perse pour 
y étudier les traditions du Prophète; à son retour il 
remplit les fonctions de professeur à l'école Nouriyya, 
et mourut dans sa ville natale le 26 janvier 1176; Saladin 
lui-même assista à ses funérailles. Son Tarlkh, ou His- 
taîre de la ville de Damas, est établi sur le plan de 
l'histoire de Bagdad, c'est-à-dire que c'est un recueil de 
biographies de savants célèbres nés à Damas ou qui 
y séjournèrent quelque temps; ouvrage considérable en 
quatre-vingts volumes, abrégé plus tard par différents 
auteurs. 

Kémal-Eddin. 

Kbhal-Eddin Abou'l-Qàstm 'Omar Ibn el-'Adim écrivit 
l'histoire d'Alep, où il était né en 1191 ou 1193, d'une 
famille de cadis. Après avoir voyagé, pour ses études, 
dans la Syrie, le Hedjaz et la Mésopotamie, il rentra 
dans sa ville natale et y remplit les fonctions de secré- 
taire d'administration, de cadi et même de ministre de 
plusieurs princes qui l'employèrent aussi à des missions 
diplomatiques. Il accompagna Mélik en-Naçir en Egypte 
lorsque ce prince fut obligé d'abandonner Alep aux 



SOO LITTÉRATORE ARADB 

dévastations des Mongols, qui venaient de s'en emparer 
(26 janvier 1260). Cependant Houlagou, pettt-ËIs de 
Tchiaguiz-Khan, le choisit comme grand cadi de Syrie; 
il revînt donc à Alep revoir sa patrie en ruines et la pleura 
dans une élégie dont on a conservé un fragment ; mais peu 
de temps après il mourut au Caire (21 avril 1262). Sa 
grande histoire s'appelle Boughyat et-Tdlib; c'est une 
histoire des savants de cette ville, en dix volumes; elle 
a été abrégée par l'auteur lui-mime sous le titre de 
Zobdat el-halab (la Crème du lait), et rangée par ordre 
chronologique; Freytag en a publié des extraits, et 
M- Blochet l'a traduite en français. Il était habile callî- 
graphe, et la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg 
possède des modèles d'écriture tracés de sa main. 



Omâra du Yémen. 



Abou Mohammed 'OhIra ben 'Ail, né au Yémen 
en 1121, étudia à Zébid, accompagna le pèlerinage de la 
Mecque en 1154 et fut envoyé en mission par l'émir de 
la ville sainte, en Egypte, alors gouvernée par le khalife 
fatimide El-Fàïz. Le succès de cette mission lu! en fît con- 
fier une seconde deux ans après. Il ne retourna plus au 
Yémen. Établi en Egypte depuis 1157, il salua par un 
panégyrique la conquête de Saladin. Plus tard il prit 
part à un complot destiné à rétablir sur le trône le fils 
du dernier des khalifes fatimides, avec l'aide du roi franc 
de Jérusalem; le plan fut trahi et 'Omara mis à mort 
le 6 avril 1175. M. H. Derenbourg a publié les Noukat 
et-Açriyya (Finesses contemporaines), aubiographie et 
récits sur les vizirs d'Egypte, comprenant également un 



LBS ABBAS&IDES SOI 

choix de poésies; M. H. Cassels Kay a édité et traduit 
son histoire du Yémea. L'ode qu'il adressaità Saladin se 
trouve dans le Khitat de Maqrizî et dans la traduction 
de la géographie de l'Egypte de Qalqachandî par WQs- 
teafeld ; trois vers consacrés par lui à célébrer les 
Pyramides ont été traduits en allemand par J . de Hammer 
dans les Mines de l'Orient. 

En Egypte également florissait l'émir El-Mokhtâi bi- 
MosABBiHi ('Izz-el-Molk Mohammed), d'une famille origi- 
naire de Harràn, né au Vieux Caire en 976. Entré dans 
la carrière de l'administration, nous le trouvons en 1007 
secrétaire du khalife fatîmide Hâkem ; il fut chargé d'ad- 
ministrer certains districts de la Haute-Egypte, puis 
nommé chef de bureau des finances chargé du payement 
de la solde. Il mourut en avril 1029. Des nombreux livres 
qu'il a composés, il ne nous reste qu'un seul volume, 
conservé à l'Escurial, de sa grande histoire de l'Egypte. 

La conquête de ce pays par Saladîn convertit à l'isla- 
misme Abou'l-MakârimAs'adlBN Mammîti, alors employé 
dans l'administration, ainsi que sa famille. Son change- 
ment de religion lui valut le poste de ministre de la 
guerre. L'inimitié du vizir Çafi-Eddin 'Abdallah ben 
Choukr le contraignit à s'enfuir à Alep, où il se réfugia 
auprès du prince qui gouvernait cette ville, Mélik Zâhtr; 
il y mourut à soixante-deux ans, le 30 novembre 1209. 
Il a décrit les règles de l'administration égyptienne au 
temps de Saladin dans ses Qawdnîn ed-datvâ\vln, et 
a satirisé la mauvaise administration du vizir Kara-Kouch 
dans eon Ktâb el^Fâckoûch, étudié par M. J. Casanova; 
c'est peut-être de là que Kara-Kouch est devenu, en 
Orient, le Calino de la magistrature (hokm-karakouchl 
est un jugement qui ne tient pas debout, dont les attendus 
spéciaux mènent à une décision illogique] et que sa 



SOS LITTÉRATURE ARABB 

légende, en se développant, en a fait le type du Polichi- 
nelle oriental [Kara-gueuz). C'était un poète de mérite : 
nous n'avons plus son panégyrique du vainqueur des 
Croisés ni son poème de Kalila et Dimna. 

A Ouargla, en Algérie, était né Aboo-ZararitI Yahya 
ben Abi-Bekr; il étudia dans le Oued-Righ auprès du 
Chcïkh ibadite Soléïman ben Iblaf el-Mazati, mort en 
1078, et écrivit une bistoire des imams ibadites du 
Mzab, qui a été publiée par Masqueray. 

Abou'l-Hasan 'Ali Ibn Sa'id el-Macbrébi, né en 1208 
ou 1214 au château de Yahsoub (Alcala Real] près de 
Grenade, étudia à Séville et accompagna son père à la 
Mecque en 1240; celui-ci étant mort à Alexandrie en 
1243, Ibn Sa'ïd séjourna au Caire, puis se rendit à 
Bagdad , où il vît trente-six bibliothèques dont il 
copia des extraits, à AIcp et à Damas. A son retour il 
visita la Mecque, revint en Occident et entra au service 
de l'émir Abou-'Abdallah el-Mostançir, maître de Tunis 
(1254). Voyageur invétéré, il repartit pour l'Orient en 
1267; désireux de connaître Houlagou, dont les con- 
quêtes avaient répandu la renommée partout, il se rendit 
en Arménie à la cour de ce prince, y séjourna quelque 
temps et revint mourir, soit à Tunis en 1286, d'après 
Soyouti et Maqqari, soit à Damas en 1274, d'après 
Ibn Taghribirdî. Des fragments de son Moughrib ont été 
publiés par VoUers. 11 a complété la géographie de 
Ptolémée dans son Bast el-ard, dont Aboul-Féda s'est 
servi habituellement; la Bibliothèque nationale possède 
l'exemplaire de travail du prince de Hama. Son 'Onwan 
el-Morqiçât wèl-Motribât a été imprimé au Caire ; il con- 
tient des modèles de littérature des temps anciens et 
nouveaux rangés d'après une esthétique particulière à 
l'auteur. Enfin son Qidh el-Moalld, qui traite des poètes 



LES ABBASSIIIB3 203 

espagnols au début du vu* siècle de l'hégire, se trouve en 
extrait à Paris. 

Vers la fin de ce même siècle Ibn el-ldhàri de Maroc 
écrivit, sous le titre de el-Bayân el-Mogkrib une histoire 
de l'Afrique et de l'Espagne publiée à Leyde par R. Dozy. 

En Espagne, Aboul'-Wélid 'Abdallah Ibn el-Faradï 
a écrit une histoire des savants musulmans de ce pays 
que M. F. Codera a éditée. II était né à Cordoue en 
962 ; au retour du pèlerinage de la Mecque, il passa par 
l'Egypte et Kairouan, où il compléta ses études, et fut, 
en rentrant dans sa patrie, nommé cadi de Valence (1009). 
Lorsque les Berbères prirent et pillèrent Cordoue en 
1012, il s'y trouvait et perdit la vie dans ce désastre. 

Abou-Naçr el-Fath Ibn Khàqàn était originaire de 
Sakhrat-el-Walad, village près d'Alcala Reale, non loin 
de Grenade; il mena dans sa jeunesse la vie d'un vaga- 
bond et d'un franc buveur; quand il eut réussi à se faire 
remarquer par le prince de Grenade, Tûchifin ben Ali, 
il obtint une place de secrétaire. S'étant rendu au Maroc, 
il y fut étranglé, en 1134 ou 1140, dans un caravansérail 
de la capitale, peut-être par l'ordre d"Alt ben Yoùsouf 
ben Tâchifin, dont il avait acquis l'inimitié par des vers 
adressés à son frère Ibrahim, auquel il avait d'ailleurs 
dédié ses Colliers d'or natif et Beautés des grands (Qalâïd 
el-'lqyan wè mahàsin el-A'yàn), ouvrage en prose rimée, 
apprécié à cause de l'éclat de son style, et qui contient 
des anecdotes sur des princes, des ministres, des juges 
et des poètes avec un choix de leurs poésies. Le texte en 
a été publié à Paris par Solaïman el-Harâïri et traduit en 
français par E. Bourgade. Le Malrnah el-anfos, du même 
auteur, édité à Constantînople, parait n'être qu'une 
rédaction primitive et moins développée de cet ouvrage. 

Abou'Merwân 'Abd-el-Mélik Ibn Badroun, de Sîlves, 



, .,..,Goog[c 



304 LITTBIUTUIIB ÂHÂBE 

au sud du Portugal, d'une vieille famille himyarite quî 
y avait émigré, vécut à Séville et écrivit dans la 
seconde moitié du xii* siècle ud commentaire histori- 
que sur le poème d'Ibn 'Abdoun, qui a été publié par 
R. Dozy. 

L'histoire des savants espagnols d'Ibn el-Faradi fut 
continuée par Abou'I-Qàsim Khalaf Ibo Bachkouâl (Abeu 
Pascualis) de Cordoue, sous le titre de Kitâb es-sila (le 
Cadeau), édité par M. Codera. Né le 30 septembre 1101, 
l'auteur avait été quelque temps juge suppléant à Séville ; 
il mourut dans sa ville natale te 5 janvier 1183. Une autre 
biographie d'hommes et de femmes célèbres d'Espagne 
est le Boughyat el-Molalammis (le Désir du chercheur) 
d'Abou-Dja'far Ahmed ben Yahya bd-Dabbî de Cordoue, 
publié par Codera et Ribera; cet ouvrage contient égale- 
ment une histoire de la conquête de l'Espagne et des 
khalifes oméyyades jusqu'en 1196. Le Sila d'Ibn Bach- 
kouâl fut continué par Abou-' Abdallah Ibn bl-'Abbâr, né à 
Valence, secrétaire du gouverneur de la ville, Mohammed 
beu Abi-Hafs. Quand le fils de celui-ci, Abou-Zéïd, se 
convertit au christianisme et se rendit auprès du roi 
d'Aragon, Ibn el-'Abbâr fut envoyé en mission en Afrique 
pour demander du secours contre les chrétiens, qui 
assiégeaient Valence et la prirent en 1235, malgré la 
flotte ramenée par l'ambassadeur. Celui-ci se décida à 
quitter l'Europe; il se rendit à Tunis et y obtint une 
place de secrétaire dans le Divan ; il fut même vizir d'El- 
Mostançir. Soupçonné d'avoir trempé dans un complot, il 
fut assassiné dans sa maison par l'ordre du prince [2 jan- 
vier 1260). En outre de sa continuation, il a écrit le 
Houîla es-siyarâ, biographies de princes et de person- 
nages d'Espagne et de l'Afrique du Nord, qui étaient 
poètes. L'Escurial a conservé le traité qu'il composa sur 



LES ABBASSIDBS !05 

les secrétaires disgraciés qui rentrent en grâce, et qui lui 
valut de nouveau la faveur du prince de Tunis. 

Revenons en Orient. Abou-'Alî Ahmed ben Mohammed 
Ibn Miskawaïh, trésorier et homme de confiance du 
prince bouïde 'Adod-ed-Daula, mort en 1030, a écrit une 
histoire universelle sous le titre de Tadjdrib el-Omam, 
dont le sixième livre a été publié à Leyde par M. de Gœje; 
un livre de sagesse pratique sous celui à'Adâb el-Arab 
ivèl Fours (Mœurs des Arabes et des Perses], qui traite 
aussi des Indiens et des Grecs; un traité de morale [Tah- 
dhib eî-Akhldq), qui a été imprimé au Caire. 

Un magistrat égyptien, Ab ou-' Abdallah Mohammed ben 
Salàma el-Qodâï qui avait étudié à Bagdad la science 
des traditions et le droit chaféïte et été nommé cadi, fut 
chargé d'une ambassade auprès de l'empereur romain de 
Constautinople. Lorsqu'Abou'l-Qâsim 'Ali el-Djardjarâï, 
auquel le khalife El-Hâkem avait fait couper les deux avant- 
bras, fut chargé du poste de vizir par le khalife fatimide 
Ez-Zàhir en 1027, El-Qodâï eut la délicate fonction, toute 
de confiance, d'apposer sur les décrets de ce ministre ta 
formule qui les validait. Il mourut en 1062 au Vieux- 
Caire. Sous le titre de Kildb el-inbâ, il a compilé une 
histoire universelle depuis la création du monde jusqu'au 
Ta* siècle; sous celui de 'Oyoun el~Mé' drif {Scarcea des 
connaissances), une histoire des patriarches , des pro- 
phètes et des khalifes oméyyades , abbassides et fati- 
mides ; et sous le nom de Chihâb (la Flamme), un traité 
des traditions du Prophète pouvant servir de base à la 
morale. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



Ibn eî-Athir. 

Abou'l-Hasan 'AU 'Izz-Eddin Ibn bl-Atbib, né à Djézî- 
ret-ibn-'Omar, sur le Tigre, au pied des montagnes du 
Kurdistan, le 13 mai 1160, accompagna à Mossoul,à l'âge 
de vingt ans, son père, qui venait d'être destitué de ses 
fonctions de gouverneur. Il y compléta ses études et 
pro6ta de ses voyages subséquents pour étendre ses con- 
naissances dans le champ des traditions du Prophète et de 
l'histoire, soit à Bagdad, oii il alla plusieurs fois en 
qualité de pèlerin de la Mecque ou d'envoyé du prince 
de Mossoul, soit en Syrie et à Jérusalem. De retour à 
Mossoul, il y vécut en simple particulier, et employa 
ses loisirs à l'étude et au travail. Sa maison devint un 
centre de réunion pour les savants et les étrangers. 
Ibn Khallikan le rencontra en 1229 à Alep (il vante son 
extrême modestie), d'oîi il se rendit l'année suivante à 
Damas, rentra à Alep, puis à Mossoul, où il mourut en 
mai 1234. Son histoire universelle, eUKâtnil fi'l-tarikk 
(Chronologie complète), s'étend jusqu'en 1231; la partie 
qui va de la création à l'année de l'hégire 310 est un 
abrégé de Tabari, auquel il a ajouté quelques rensei- 
gnements provenant de sources différentes, ainsi que 
l'a récemment démontré M. Brockelmann dans une dis- 
sertation spéciale; le texte a été publié par Tornberg. 
VOusd el-ghâba (Lions de la forêt) est un traité histo- 
rique sur sept mille cinq cents compagnons du Pro- 
phète; il a été imprimé au Caire; cet ouvrage est impor- 
tant pour l'histoire du hadith. Enfin il a, dans son 
Lobâb, abrégé le grand ouvrage de Sam'àni sur les Boms 
patronymiques. 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



LES ABBAS5IDBS 



Abou-Ishaq Ibrahim Ibn ABiVDAM.né àHamaen 1187, 
occupait en cette ville les foDctioDS de cadi du rite cha- 
féïte. Il fut chargé d'une ambassade auprès du khalife 
Mosta'çem en vue d'obtenir pour Mélîk-Mançour, prince 
de Hama, l'investiture du district de Meyyâfàriqiu, 
devenu vacant par suite de la mort de Mélik el-Mozhaffar 
Ghazi (1244). L'envoyé tomba malade en route, dut reve- 
nir de Ma'arra dans sa ville natale pour y mourir bientôt 
après. C'est au même Mélik el-Mozhaffar qu'il avait dédié 
son Tarîkh el-Mozkaffari , histoire générale des peuples 
musulmans en six volumes, qui est une des sources oii a 
puisé Abou'1-Féda. La partie qui a trait à la Sicile a été 
étudiée depuis longtemps en Europe; dès 1650, Inoegeo 
la traduisait en italien; plus tard Carusius (1723) la tra- 
duisait CD latin et Gregorio (1790) la faisait figurer dans 
sa collection de documents arabes relatifs à l'histoire de 
la grande île d'Italie. 

Fils d'un esclave turc du ministre Ibn Hobéïra, affranchi 
et élevé par lui, Chems-Eddin Abou'l-Mozhaflar Yoûsouf 
SiBT Ibn el'Djauzi, né à Bagdad en 1 186, tira son surnom 
de ce que son père avait épousé une fille du célèbre pré- 
dicateur et polygraphe Ibn el-Djauzi ; celui-ci éleva son 
petit-fils YoÙBOuf, car son père était mort peu de temps 
après sa naissance. Après avoir étudié à Bagdad et avoir 
voyagé, il s'établit à Damas comme prédicateur et pro- 
fesseur de droit hanéfite ; il mourut dans cette même ville 
le 10 janvier 1257. Son Mirât ez-zéman est une histoire 
universelle jusqu'en l'année 1256; le tadhkiral Khawâçç 
el-omma est une histoire du khalife Ali, de sa famille et 
des douze imams ; il y en a un manuscrit à Leyde. Sous 
le titre à'el-Djelis eç-çâUk (le Compagnon honnête), il a 
écrit un traité de politique et d'éducation des princes en 
l'honneur de Mousa ben Abi-Bekr l'Eyyoubite, lequel 



:=,Googlc; 



308 LITTÉHATURB ARABE 

est à la bibliothèque de Gotha j celle de Paris possède une 
collection d'anecdotes intitulée Kanz-el-Moloûk{le Trésor 
des rois). 

Eî-Makin. 



Mais s'il est un historien arabe dont le nom soit fami- 
lier de longue date au lecteur, c'est Georges el-Makih 
Ibn el-'Amid, né au Caire en 1205, fils d'un moine 
défroqué, employé chrétien du ministère de la guerre, 
qui entra dans l'administration et obtint, étant encore 
jeune, une place du même genre. Lors de la disgrâce 
d"Ala-Ëddin Tibars, gouverneur de la Syrie, tous les 
employés de son bureau militaire furent conduits et 
emprisonnés en Egypte ; parmi eux étaient El-Makin et 
son père ; celui-ci mourut en 1238, le fils fut bientôt mis 
en liberté et rétabli dans ses fonctions. Plus tard on le 
soupçonna de nouveau et il resta quelque temps en 
prison. Ces mésaventures le dégoûtèrent des emplois 
publics; il se retira à Damas, où il mourut en 1273. Son 
histoire universelle porte le titre à'el-Madjmou el-Mo- 
bârek (le Recueil béni] ; la seconde partie, qui s'étend de 
Mahomet à l'an 1260, a été publiée et traduite en latîn 
par Erpénius, en anglais par Purchas, en français par 
Vattier. 

Un autre chrétien, diacre monophysite de l'église de la 
Vierge qu'on appelait Mo'allaqa (la Suspendue), au Vieux- 
Caire, Abou-Choukr Botros (Petrus) Ibn er-Râhib, qui 
vivait encore en 1282, a écrit une histoire universelle 
jusqu'en 1259, qui a été traduite en latin par les savants 
maronites Abraham Ecchclcnsis en 1651 et J.-S. Asse- 
mani en 1729. 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LES ÀBDASSIDBS 



Bar-Hebrœus. 



Yohannâ Abod'l-Farad) , connu également sous son 
nom syrien latinisé de Bar-Hbbbxus (le Fils de l'Hébreu), 
était le fils d'un médecin juif de Malatia, Ahrôn, qui 
s'était fait baptiser. Né en 1226, il accompagna son père 
qui fuyait devant l'invasion mongole, à Antiocbe (1243), 
où il devint moine et mena une vie d'anachorète, dans 
une caverne ; un peu plus tard il poussa jusqu'à Tripoli 
de Syrie, pour y étudier la dialectique et la médecine. 
Le 12 septembre 1246 il fut nommé évéque de Goubos 
près de Malatia et prit en cette qualité le nom de Gré- 
goire. L'évècbé d'Alep fut en 1252 la récompense dont 
le nouveau patriarche jacobite Dionysius paya le zèle 
déployé pour le faire élire; en 1264 il fut nommé 
maphrian (archevêque des Jacobites orientaux) ; son 
siège était Mossoul; cependant il habita ordinairement 
les villes persanes de Tébriz et de Méragha, oii se 
tenaient habituellement les empereurs mongols de Perse ; 
c'est dans cette dernière ville qu'il mourut le 30 juil- 
let 1289. Son activité dans la littérature syriaque a été 
considérable; noua ne pouvons parler ici que des ouvrages 
qu'il a composés en langue arabe. Le Moukhtaçar ed- 
dotval (Abrégé des dynasties) est en effet un résumé de 
l'histoire auquel l'auteur a ajouté des renseignements sur 
la littérature médicale et mathématique des Arabes ; c'est 
la traduction amplifiée de sa chronique syriaque, qu'il fît 
peu de temps avant sa mort, à la demande d'un musulman; 
aile a été éditée par E. Pocock à Oxford et parle R. P. Sal- 
hani à Beyrouth, et traduite en allemand par Bauer. 

L'histoire légendaire des prophètes hébreux, telle 
urrtBATtnii ahabe. 14 



„,;....,C00g[c 



310 LITTERATORB ARABE 

qu'elle est parvenue aux Arabes par la tradition orale des 
Juifs de la péninsule arabique, a été traitée par Abou- 
Ishaq Abmed eth-Tha'Iabî de Nîsapour, jurisconsulte 
chaféïte mort en 1036, dont on a imprimé au Caire VArdts 
el-médjâlis (les Mariées des séances) ; un ouvrage plus 
sérieux est son El-Kechf wèl-baydn (Recherche et expo- 
sition) consacré au commentaire du Koran ; un opuscule 
bizarre sur les victimes du Koran, intitulé Kitdb mobârak 
(Livre béni), est consacré à l'histoire de ceux qui mouru- 
rent d'avoir écouté la lecture du Livre sacré. 

Un recueil de récits, d'anecdotes et de poésies sur 
l'amour et les amoureux est le Masdri el- ochchâq d'Aboa 
Bekr Mohammed ben Dja'far Ibn es-Sarradj de Bagdad, 
né vers 1027, mort en 1106; son succès explique qu'il 
ait été abrégé dans l'Astvdq el-aekwdq (Marché aux amours) 
d'Ibrahim ben 'Omar el-Biqâï (mort en 1480), et que ce 
dernier livre ait été à son tour l'objet d'un choix dont 
nous avons le résultat dans le Tezyin el-aawdq (l'Orne- 
ment des marchés) de Daoud el-Antaki (mort en 1599). 

Hodjdjat-Eddin Mohammed Ibn Zkafar, né en Sicile, 
élevé à la Mecque, vécut dans son pays d'origine et 
mourut à Hama en 1169, en laissant le Solwân eUMoîd' 
(Consolation du prince), traité de politique; Vlnbd nocL- 
jabâ el-abnâ, traits de caractère et anecdotes d'enfants 
célèbres dont le manuscrit est à la Bibliothèque natio- 
nale; le Khéïr elrbochar, recueil de prophéties sur les 
prophètes. 

Le célèbre calligraphe Yâqoût el-Mostaçimî (Djémal* 
Eddin Abou'd-Dorr), mort à Bagdad en 1298, a compilé 
une anthologie d'anecdotes et de poésies sous le titre 
d'Akhbâr wa ach'âr (Nouvelles et Poèmes), et une collec- 
tion de sentences et d'apophtegmes, Asrâr el-hokamd 
(les Secrets des sages). 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



Les Fables de Kaîiîa et Dimna. 

L'on s'était mis à traduire du pehivi en arabe des 
ouvrages de littérature qui msuquaient à ce dernier 
domaine ; inutile de dire que c'étaient des Persans, 
habiles à manier les deux langues, qui se livraient a ce 
travail. 'Abdallah Idn bl-Moqaffa' était un Persan qui, 
avant sa conversion à l'islamisme, portait le nom de 
Roùzbih. 11 vivait à Bassora, oh il était devenu l'intime 
ami du grammairien Khatil. En 757 il fut mis à mort sur 
l'ordre du khalife El-Mançour, dont il s'était attiré la 
colère par la manière dontîl avait rédigé l'acte d'amnistie 
concernant son oncle 'Abdallah ben 'Ali ; le gouverneur de 
Bassora saisit avec empressement l'occasion de se venger 
des sarcasmes qu'il avait éprouvés de la part des Persans ; 
il lui fit couper les membres, qu'on jeta dans un four. 
Il a traduit du pehivi en arabe les fables de Kalila et 
Dimna, qui ne sont autre chose qu'une adaptation des contes 
indiens du Pantchatantra, originairement rapportés de 
l'Inde, sous Chosroès I" Nouchirwan, par le médecin 
Barzouyèhj il a écrit le Dorra el-Yatima sar l'obéissance 
due aux rois, qui a été imprimé au Caire, et le Siyar 
Moloâk el-'Adjem, biographies des rois de Perse, traduc- 
tion du livre pehivi Khodùï-namè, ouvrage composé sous 
le règne du dernier des Sassanides, Yezdegird III ,- c'est 
une des sources dans lesquelles le poète persan Firdausï 
puisa plus tard les éléments de son Livre des Rois ; la 
traduction arabe est perdue, mais de nombreux fragments 
s'en rencontrent dans V Oyoûn-eUakhiâr d'Ibn Qotéïba. 
Le père d'Ibn el-Moqaffa' s'appelait Dâdawaih : il avait 
été chargé, sous le gouvernement du fameux et cruel Hadj- 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LITTERATCRE i 



djadj, de la perception des impôts dans les provinces 
d'Irak et de Fars; il se rendit coupable d'extoreioas ; 
Hadjdjadj le 6t mettre à la torture, et il conserva toujours 
de ce supplice une main grippée et recroquevillée, ce qui 
6t qu'on lui donna le surnom de Moqaffa'. 'Abdallah était 
attaché au service d'Isa ben 'Ali, oncle paternel des kha- 
lifes Abou'l-Abbas Saffâh et Mançour; ce fut entre ses 
mains qu'il abjura le mazdéisme. On l'accuse d'avoir 
travaillé, avec quelques autres ennemis de l'islamisme, a 
imiter le style du Koran; il aurait été ainsi un prédéces- 
seur du rénovateur contemporain de l'islamisme en Perse, 
'Ali-Mohammed le Bab, qui lui aussi a écrit dans le 
style koraoîque. Khalil disait de lui qu'il avait plus de 
science que de jugement; il est vrai qu'Ibn el-Moqafia' 
disait du grammairien arabe qu'il avait plus de jugement 



que 



de science. 



On lui demanda un jour de qui il avait appris les règles 
de la civilité. « J'ai été moi-même mon maître, répondit- 
il; toutes les fois que j'ai vu un autre faire quelque 
bonne action, je l'ai imitée, et quand j'ai vu quelqu'un 
faire une chose malhonnête, je l'ai évitée, u 



Les anthologies. 

Amr ben Bahr, surnommé El-Djabizh (Qui a l'œil écar- 
quillé et à fleur de tète), est un esprit extraordinairement 
varié, qui s'est occupé d'une foule de sujets et a rédigé 
de nombreux ouvrages, moins dans le but d'enseigner 
que dans celui d'amuser. Il vivait à Bassora ; sur le terrain 
théologique, il appartenait à l'école mo'tazélite, mais 
cependant il créa une secte qui fut appelée Djahizhiyya, 



:,q,t,=c.=ïGoOg[c 



LB9 ABBA99IDB9 



de son propre nom. Ami d'Ibn ez-Zayyât, le ministre du 
khalife El-Wâthiq, il faillit partager son sort lorsqu'il fut 
mis à mort par Motawakkil ; cepeudant le khalife, auquel il 
avait été recommandé, le 6t appeler à Bagdad pour diriger 
l'éducation de son fils ; mais quand il vit sa laideur, il le 
renvoya immédiatement avec un présent de dix mille 
dirhems. Il devait, en effet, son surnom à ce qu'il avait 
la cornée saillante. 

Il mourut en 869. Vers la fin de sa vie, il fut atteint de 
paralysie, de telle sorte que l'un des côtés de son corps 
était enflammé et l'autre froid et insensible, même si on 
le prenait avec des tenailles. Pendant sa maladie, il 
avait coutume de dire : « Des maladies de nature con- 
traire ont conspiré contre mon corps ; si je mange quel- 
que chose de froid, cela saisit mes pieds, et si c'est 
quelque chose de chaud cela me porte à la tète. » Il avait 
quatre-vingt-seize ans, « et c'est encore là le poids qui 
me pèse le plus lourd, » disait-il. 

Parmi ses ouvrages, il convient de citer le Kitdb el- 
Baydn w' et-labayyon (non tabyin, comme on l'a imprimé), 
sur la rhétorique, mais sans aucun caractère didactique; 
l'enseignement y est donné par exemple au moyen d'anec- 
dotes des plus variées; le texte en a été publié au Caire; 
le Lipre des animaux (Kitâb el-haïwân), qui n'est pas 
tout à fait un traité d'histoire naturelle, mais plutôt une 
anthologie de passages où il est question des animaux et 
de ce qui a été dît à leur propos; un livre sur la conduite 
des rois rempli de détails intéressants sur les règles de 
l'étiquette; un livre des avares, scènes de mœurs prises 
dans la vie intime des habitants de Bassora, qui vient 
d'être édité à Leyde par M. G. van VIoteu; un autre sur 
les mérites des Turcs, dont une copie faisait partie de la 
collection Schefer, et est entrée à la Bibliothèque natio- 



314 LITTÈHATURE ARIDB 

nale; ud parallèle entre le printemps et l'automne, 
imprimé à Constantinople sous aon nom, bien que l'at- 
tribution en soit peu sûre; enfin une collection de cent 
apophtegmes attribués, sans aucune raison d'ailleurs, à 
Ali, le gendre du Prophète, et qui eut beaucoup de 
succès. Ëo outre, on n'a pas manqué de le croire l'auteur 
du KUâb el-Mahdsin (Livre des Beautés et des Antithèses] 
dont le texte arabe a paru à Leyde, grâce aux soins de 
M. van Vloten, et qui dérive directement de son 
école. 

Sous le titre de El-Faradj ha à ech-Chidda (le Délasse- 
ment après la peine), Ibn Abi'd-Dovnta (Abou-Bekr beo 
'Abdallah) a écrit une compilation d'anecdotes et d'histo- 
riettes morales sur le modèle et avec le même titre qu'au 
ouvrage d'El-Médâïni, aujourd'hui perdu. Né en 823, îl 
fut, quoique client des Oméyyades, précepteur du kha- 
life El-Moktafi quand celui-ci était encore enfant; il 
mourut en 894. Son Makdritn el-Akhlâq (les Nobles qua- 
lités) est un traité moral de l'idéal humain selon les tra- 
ditions du Prophète; le Dhamm el-maldki (Blâme des 
instruments de musique) est un traité du même geure 
dirigé contre les dissipations en général, qui commen- 
çaient par la musique pour finir par l'ivrognerie et la 
débauche ; il en a composé beaucoup d'autres qui n'exis- 
tent qu'en manuscrit ou qui ne sont connus que par 
des citations. 

Ibn 'Abd-Rabbibi (Abou-'Omar Ahmed ben Mohammed), 
né à Cordoue en 860, descendait d'un affranchi des 
Oméyyades qui régnaient en Espagne ; poète à la fois 
classique et populaire, il mourut en 940 après avoir 
souffert quelques années de la paralysie; il est l'auteur 
d'une autre anthologie bien connue, El-'Iqd el-Férid (le 
Collier unique), divisé en vingt-cinq chapitres, qui for- 



LES ABBÂSSIDES 



ment les perles du collier; le chapitre XIII forme la perle 
du milieu, la plus grosse. 

Et-Tamockb! (Abou 'Ali Mobsin], (ils du cadi et poète 
*Ali ben el-HoséÏD, né à Bassora en 939, écrivit, sur le 
modèle des ouvrages de Médàïni et d'Ibn Abi 'd-Douoyà, 
un Faradj ba d-ech-Chidda (Recueil de contes destinés à 
dissiper l'ennui). L'auteur exerça les fouctions de cadi 
dans différentes villes des environs de l'Euphrate et de 
la Sasiane; il mourut en 994. Il a écrit en outre un Kitâb 
el-Moatadjdd, recueil d'anecdotes et de traits de carac- 
tère du temps des Abbassides, et le Nachwdn el-mokd- 
dara (Excitation à la conversation], qui est un recueil 
du même genre (à la Bibliothèque nationale). Quand il 
composa son Faradj (957), il était directeur du bureau 
du pesage à l'hôtel des mounaies d'el-Ahwàz , en 
Susiane. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE VIII 



LES ABBASSIDES {SuiU). 
LA TRADITION DU PROPHÈTE ET LA JURISPRUDENCE 



Le Koran ne pouvait à lui tout eeul renfermer toute la 
loi d'un grand empire ; il fallut de bonne heure éclairer 
ses préceptes à la lumière des explications que Mahomet 
lui-même avait données, et qui se transmettaient plus ou 
moins fidèlement par la mémoire des hommes, à Médîne 
et ailleurs. Quand on voulut rédiger ces apophtegmes 
du Prophète, le plus grand mal était déjà fait; la mémoire 
infidèle en avait tronqué la plupart; d'autres avaient été 
fabriqués de toutes pièces pour justifier les tendances 
de tel ou tel groupe de dissidents. C'est alors que se 
créa la science du haditk, c'est-à-dire la critique appli- 
quée aux sources d'où dérivait la tradition, sources d'un 
caractère unique, puisque toutes se rapportaient forcé- 
ment à l'étude de la succession de témoins qui s'étaient 
transmis oralement telle parole du Prophète entendue 
et apprise par cœur par ses compagnons, témoins auri- 
culaires. En réalité cette science du hadith, telle que 
l'ont comprise les Arabes, emploie le même procédé 
que le juge musulman qui doit, avant de l'admettre à 
témoigner, s'éclairer sur le caractère moral, sur le genre 



LBE ABBASSIDKS 



de vie, sur la réputation de droiture du témoin qu'il 
veut entendre. Cette critique a réussi à établir une 
chaine ininterrompue pour un certain nombre de ces 
apophtegmes j elle ne peut garantir que l'authenticité de 
la transmission, non celle de la tradition primitive; nous 
n'avons pour caution de celle-ci que la véracité et la 
bonne mémoire de celui qui l'a recueillie le premier de 
la bouche de Mahomet. 

Les premiers travaux consacrés au hadith sont donc 
des travaux de jurisprudence. Après les ouvrages de 
Màlik ben Anas et d'Ahmed Ibn Hambal, il faut citer 
les Mousnad, dans lesquels les traditions sont rangées 
d'après l'ordre des derniers témoins, sans égard ii leur 
contenu; puis les livres appelés Mouçannaf, dans les- 
quels les traditions sont rangées d'après leur contenu, 
et qui sont partagés en chapitres selon les différentes 
questions rituelles, juridiques ou morales qu'ils traitent. 
Le motif qui a fait adopter cette disposition était de 
permettre des recherches relativement aisées aux juristes 
qui s'en tenaient de préférence à la lettre du hadith, 
contrairement à leurs adversaires qui admettaient l'inter- 
prétation par les lumières individuelles du juge {açhâb 
er-rai). Le premier ouvrage de ce genre, et qui est resté 
un chef-d'œuvre et un modèle, est le Çahik (le Livre sin- 
cère) de BoKBÂRi. Abou 'Abdallah Mohammed ben Isma'ïl 
était né à Bokhara le 21 juillet 810 d'une famille ira- 
nienne; son grand-père s'appelait Berdizbeh ou Yez- 
dizbeh. A seize ans, il entreprît le pèlerinage de la 
Mecque, et profita de cette occasion pour entendre les 
leçons des professeurs de traditions à la Mecque et à 
Médioe : il poussa jusqu'en Egypte et parcourut, dans la 
même intention, toute l'Asie islamique; il passa cinq ans 
entiers à Bassora. Après une absence de seize ans, il 

., _ .... ^,oogk 



lis LITTÉnATUnE ARABE 

retouroa à Bokhara et y composa son Çahih. I) mourut 
le 31 août 870. Le gouveroeur du Khorasau l'avait banni 
à Kharteag, village des environs de Samarcande. C'est 
pendant qu'il était à Mêdine qu'il écrivit son grand 
ouvrage historique sur les traditionoistes dignes de foi 
(cet ouvrage existe en manuscrit à la bibliothèque de 
Sainte-Sophie). Quand il rentra à Bokhara, il rapporta 
une provision de six cent mille traditions, sur lesquelles 
il en choisit sept mille deux cent soixante-quinze, qui 
figurent seules dans le Çahih et qui depuis lui sont 
unanimement considérées comme authentiques. Il écrivit 
aussi un commentaire du Koran. 

Un autre Çahih fut écrit, a la même époque, par un 
contemporain de Bokhâri. Moslim (Abou'l-Hoséïn ben 
el-Hadjdjâdj), né à Nisapour dans le Khorasan en 817, 
visita Bagdad plusieurs fois et mourut dans sa ville 
natale le 6 mai 875; comme dans le Çahih de Bokhâri, 
les matières de celui de Moslîm, qui sont les mêmes 
avec d'autres autorités, sont divisées d'après l'ordre 
adopté en matière de jurisprudence, mais sans tètes de 
chapitres. Il est aussi remarquable par une introduction 
où l'auteur traite en général et complètement de la 
science des traditions. 

Lui aussi visita le Hedjaz, l'Irak, la Syrie et l'Egypte 
à la recherche des traditions ; il en avait, dit-on, recueilli 
plus de trois cent mille, qui servirent de base à son 
recueil. L'amitîé qui existait entre Moslim et Bokhâri 
survécut même aux persécutions qui obligèrent ce der- 
nier à quitter sa ville natale; il le défendit contre les 
théologiens qui afSrmaient comme un dogme que non 
seulement le Koran, comme parole de Dieu, était incréé, 
mais encore qu'il en était de même de la prononciation 
des mots qui le composent. 

L;,q,;,=..=ïGooglc; 



I ABBA9SIDES 



Les deux Çakiha, celui de Bokhârî et celai de MoBlim, 
sont devenus deux livres canoDÎques de l'islamisme; ils 
peuvent être considérés comme un résumé de la science 
des traditions au m* siècle de l'hégire. A côté d'eux 
quatre autres ouvrages complètent le chiffre de six 
livres canoniques auxquels les musulmans se sont 
arrêtés; ils ont été également composés à la même 
époque. Ce sont les Sonan (Coutumes) d'AsoD Dîodd 
(Soléïman ben el-Ach'ath), originaire du Sidjistan, né 
en 817, qui, après avoir comme ses confrères parcouru 
longuement diverses contrées de l'Orient, finit par s'éta- 
blir à Bassora, oit il mourut en février 889- Son recueil ne 
contient que les traditions qui ont un intérêt pour ta 
jurisprudence ou les règles rituelles. Cet ouvrage eut le 
plus grand succès à l'origine, balança celui des deux 
Çahihs, maïs il finit par être entièrement négligé, tandis 
que l'autorité de BokhSri et de Moslim n'a fait que 
croître jusqu'à nos jours. Il avait recueilli cinq cent mille 
traditions, dont il choisit pour son ouvrage quatre mille 
huit cents. Il usa fort peu de critique, car il avoua 
lui-même qu'il avait inséré dans son livre, non seule- 
ment celles qui sont authentiques, mais encore celles 
qui paraissent l'être et celles qui le sont presque : mais 
il ajoutait que de ce nombre, quatre seulement étaient 
nécessaires à l'homme pour sa conduite religieuse ; voici 
ce sommaire de la loi islamique : u Les actes seront 
jugés d'après l'intention; la preuve de la sincérité d'un 
musulman, c'est qu'il ne s'occupe pas de ce qui ne le 
regarde pas; le vrai croyant ne l'est qu'à la condition 
de désirer pour son frère ce qu'il désire pour lui-même; 
ce qui est licite est clair et l'illicite également, mais il 
y a entre les deux des choses douteuses dont il vaut 
mieux s'abstenir. » 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



3S0 LITTBnATDRB ARABE 

Abou-'Isa Mohammed et-Tirmidhi a écrit, sous le titre 
de Djâmi (recueil complet], une sorte d'encyclopédie 
des traditions qui servent à éclaircîr la loi, en indiquant 
celles qui ont joué le rôle d'arguments pour telle ou telle 
question juridique, et en marquant la différence des 
écoles de jurisprudence, ce qui fait de son recueil, qui 
a d'ailleurs été imprimé ii Boulaq, un ouvrage capital 
pour séparer l'une de l'autre ces écoles dès leur origine. 
C'était un élève de Bokhàrî, né à BoAch près de Tir~ 
midh, petite ville sur les bords de l'Oxus, en pleine Asie 
centrale, et il mourut dans la même localité en 892, 
après avoir, comme ses confrères, parcouru le monde 
oriental à la recherche des traditions. En dehors de son 
livre sur les hadith, î! nous a été conservé le Kitâb ech~ 
chamâîl, sur la physionomie et les qualités extérieures 
de la personne de Mahomet, ouvrage sur lequel ont été 
écrits plus de dix commentaires, et dont le texte a été 
imprimé à Calcutta, au Caire et à Fez, et un recueil de 
quarante traditions choisies destinées à résumer les prin- 
cipes de la loi musulmane; c'est le premier exemple 
connu de ce genre d'ouvrages, qui devait par la suite 
pulluler en nombre infini. 

Un autre Sonan est celui d'Abou 'Abder-Rahman 
Ahmed BN-NAsÂii, remarquable par les recherches sub- 
tiles qu'il a poussées dans les plus petits détails du 
rituel; et l'on sait que les cas de conscience posés et 
résolus par les casuistes musulmans , au sujet des 
degrés de l'impureté corporelle, des qualités de l'eau des 
ablutions, etc., sont excessivement subtils et recherchés. 
Il rapporte des textes sur tout, m£me pour des manifes- 
tations purement populaires du sentiment religieux; dans 
la partie juridique, îl donne des formules pour tous les 
cas possibles du droit. C'est donc un ample formulaire 



LES ABBASStDBS 331 

de casuistique rituelle et légale ; il y a peu de chose à en 
tirer pour l'histoire de la dogmatique. L'auteur était né 
à Nasa dans le Khorasan en 830; il se rendit au Vieux- 
Caire, oii il vécut jusqu'en 914 ; puis il partit pour Damas, 
où il souleva l'opiniou populaire par la composition de son 
livre sur les traditions favorables à la famille d'Ali; le 
peuple, qui tenait encore pour le souvenir des Oméyyades, 
le chassa de la mosquée et le foula aux pieds. Transporté 
à Ramla en Palestine, il y mourut des suites de ce trai- 
tement; cependant un auteur affirme que ce fut à la 
Mecque qu'il fut porté et enterré. Il a encore laissé ud 
livre des traditionnistes faibles, c'est-à-dire dans l'auto- 
rité desquels on ne peut avoir qu'une médiocre confiance 
et qui se trouve en manuscrit au British Muséum et à la 
Bodléïenne. Il avait un tempérament ardent et, pour le 
combattre, sans doute, jeûnait un jour sur deux. 

Le quatrième de ces ouvrages est le Sonan d'IsN Mâdia 
(Abou-'Abdallah Mohammed hen Yézid), de Kazvin, en 
Perse, né en 824, mort en 887, après avoir parcouru 
l'Orient depuis le Khorasan jusqu'en Egypte. Cet ouvrage 
n'eut que peu de succès à cause des nombreuses tradi- 
tions de faible autorité qu'il contient; c'est seulement 
plus tard qu'on le comprit dans le nombre des livres 
canoniques. Il a été lithographie à Dehii. Ibn Mâdja a 
écrit aussi une histoire de sa ville natale qui est perdue 

A côté de ces six Corpus du droit musulman et des 
traditions, le^ouâ/ia(fd'ED-DARiHi('Abdallah hen 'Abder- 
Rahman) de Samarcande, mort en 869, ne comprend 
guère qu'un tiers des matières qu'ils embrassaient, et est 
rédigé dans des intentions pratiques ; il a été lithographie 
à Cawnpore. Ibn Hibbàn (Mohammed hen Ahmed], né 
à Bost dans le Sidjistan, entre Hérat et Ghazna, peut- 
être d'origine iranienne, fit de longs voyages, depuis 



„,;....,C00g[c 



«s LITTéRATDHB ARABE 

l'Asie centrale jusqu'à Alexandrie, au retour desquels il 
fut nommé cadt à Samarcande, Nasa et Nisapour; il 
rentra ensuite dans sa ville natale comme professeur de 
tradition et y mourut à quatre-vingts ans, en 965. Il 
y avait construit une maison où il avait installé sa nom- 
breuse bibliothèque. II s'était occupé d'astronomie, de 
médecine et d'autres sciences. Son livre porte le titre de 
Taqâsim wkl-anwâ' . 

Abou-Bekr el-Adjorri (Mohammed ben el-Hoséïn), né 
à Adjorr (les Briques), village près de Bagdad, d'où son 
surnom, est l'auteur d'une collection de quarante tradi- 
tions qui le rendit célèbre, et qu'on trouve en manuscrit 
à la bibliothèque de Berlin, ainsi que d'autres ouvrages 
que possède la même bibliothèque, tels qu'un traité sur 
la question si le vrai croyant doit rechercher les sciences 
et sur les qualités que doivent posséder les porteurs du 
Koran. 

Abou'l-Hasan 'Ali ben 'Omar bd-DAraqotni, qui doit 
son surnom à un grand quartier de Bagdad appelé Dàr- 
el-Qotn (Maison du coton), était en effet né dans cette 
ville en avril 919; il eut une grande célébrité comme 
jurisconsulte du rite chaféîte. De bonne heure il avait 
appris les traditions à l'école d'Abou-Bekr, fils de Mo- 
djâhid, et il fut son véritable successeur. C'est vers la fin 
de sa vie qu'il commença à enseigner la lecture du Koran. 
Il savait par cœur plusieurs diwans de poètes du désert, 
et entre autres celui du Séïd Himyarite, ce qui fit croire 
à plusieurs qu'il suivait ses doctrines chiites. Il était d'une 
conscience scrupuleuse : appelé à témoigner devant le 
cadi Ibn Ma'roûf, il s'en repentit plus tard, parce que 
son témoignage, relatif à des traditions du Prophète, 
avait été admis par le juge sans conteste, sur sa seule 
autorité, tandis qu'en matière ordinaire il faut deux 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



témoins. Ayant appris que Dja'far ben Hinzâba, vizir du 
prince Ikhchidite Kâfour en Egypte, avait l'intention de 
composer un Corpus de traditions du genre des Mouanad, 
il se décida à entreprendre le voyage pour l'aider dans 
ce travail. Il resta en Egypte, oii il fut généreusement 
récompensé, jusqu'à l'achèvement de cet ouvrage. De 
retour dans sa ville natale, il y mourut en décembre 995. 
Son Kilab es-Sonan {Livre des coutumes] existe â la 
bibliothèque de Sain te -Sophie. Dans un autre ouvrage 
(el-istidrâkât wèt-tétabbo*) il établit la faiblesse de deux 
cents traditions admises par les deux Çahih de Bokhâri 
et de Moslim : c'est donc un ouvrage de critique appli- 
quée aux traditions. 

El-Khattâbi (Hamd ben Mohammed), dont le peuple 
prononçait le nom Ahmed au lieu de Hamd, était né à 
Bost dans le Sidjistan en 931, ville dans laquelle il mourut 
en mars 998. Ses ouvrages sont des commentaires des 
grandes collections canoniques; vers la lin de sa vie il 
eut des tendances mystiques et alla se réfugier dans un 
ribât ou couvent de soufis sur les rives du fleuve Hil- 
mend. Il avait étudié dans l'Irak; il était aussi poète; 
c'est lui qui a dit : « Ce ne sont point tes peines de 
l'absence, mais le manque d'un ami sympathique qui 
est la plus grande affliction qu'on puisse souffrir. Je suis 
étranger à Bost et à son peuple, et c'est là pourtant que 
je suis né et que ma famille habite. > 

El-Batti' (Mohammed ben 'Abdallah), né à Nisa- 
pour en 933, fut nommé cadî dans sa ville natale en 966, 
mais il entreprit un grand voyage dans le Khorasan et 
dans le Hedjaz pendant les années suivantes. Bien que 
plus tard nommé cadi de Djourdjan, il refusa cette place 
et (ut fréquemment employé par les Samaoides comme 
ambassadeur auprès des Bouîdes, maîtres du khalifat 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



par la conquête de Bagdad. Il mourut le 3 août 1014. 
En 971, il fit un second voyage à travers l'Orient pour 
aller disputer avec les savants des différentes villes qu'il 
traversait. Il penchait alors vers la doctrine des chiites. 
Il écrivit son Kitâb el-Mostadrak comme critique des 
deux Çahihs, pour montrer que plusieurs traditions 
négligées par ces deux Corpus étaient parfaitement 
authentiques et avaient été passées sous silence à tort. 
Ibn Fourek d'ispahan (Abou-Bekr Mohammed ben el- 
Hasan) étudia à Bagdad, se rendit ensuite à Réï, dont le 
séjour lui fut rendu difficile par certains innovateurs en 
matière de religion, et à Nisapour, où il eut un grand 
succès comme professeur et écrivain. Appelé pins tard 
à Ghazna dans l'Afghanistan, il y soutint de nombreuses 
controverses; au retour de cette ville, il fut empoisonné 
en chemin en 1015. On lui donnait le titre A'Oustâd, le 
Maître par excellence. On bâtit exprès pour lui un 
collège et une maison. Son eorps fut transporté à Nisa- 
pour; la chapelle funéraire qu'on y construisit devint un 
but de pèlerinage; quand on souffrait du manque de 
pluie, on allait prier sur sa tombe : cette prière était 
toujours exaucée. Un de ses mots était le suivant : « La 
charge d'une famille est le résultat d'une passion légi- 
time; quel doit donc être le résultat d'une passion illé- 
gitime? » Son livre des définitions des fondements du 
droit hanéfite est au British Muséum; la bibliothèque 
de Leyde a son traité sur certaines traditions; d'autres 
se trouvent dans -celle de Raghib-pacha, à Constanti- 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LES ABBA6SIDKS 



La critique des autorités du hadith. 

A côté de la science des traditions, qui codifie et qui 
critique, on voit naître au x' siècle la science dite 'ilm 
er-ridjdl, proprement la science des hommes, qui s'oc- 
cupe tout spécialement de la critique des témoins et des 
autorités sur lequels repose tout l'édifice de la tradition. 
Parmi les auteurs les plus importants qui ont écrit sur 
cette matière, on peut citer Ibn Abi-Hâtim ('Abder-Rah- 
man), né à Réï en 894, mort à Tous dans le Khorasan 
en 939, auteur du Kitâb el-djarh wèt-la'dîl (la Critique et 
la Correction), en 6 volumes conservés en manuscrit au 
Caire et à Constantinople ; Et-Tabarûni (Abou'l-Q.îsim 
Soléïmàn)jnéen870àTibériade, qui consacra trente-trois 
ans à des voyages, s'établit à lapaban et y mourut en 971 ; 
son ouvrage le plus connu est le Mo'djam (Dictionnaire 
alphabétique des traditionnistes), dont il donna trois édi- 
tions, une complète, une moyenne et une abrégée : c'est 
celle-ci dont des volumes isolés se trouvent à Paris, au 
British Muséum, à TEscurial. El-Kélàbàdhi (Abou-Naçr- 
Ahmed), né en 918 dans un quartier de Bokhara, qui lui 
donna son surnom, mort en 398 (1008), a laissé un 
travail sur les noms des /idfizh cités dans le Çabih de 
Bokhâri. De même 'Abdel-Ghanî ben Sa'ïd l'Égyptien, 
né au Caire en 944, qui était, avec les deux philologues 
Abou-Osâma Djonàda et Abou-'Ali el-Hasan d'Antioche, 
habitué de la bibliothèque fondée par le khalife El- 
Hàkem; leur amitié fut malheureusement interrompue 
par l'exécution des deux philologues sur l'ordre du kha- 
life; Abdel-Ghanî, craignant pour lui-même, se tint 
caché jusqu'au moment oii il se sentit en sûreté. Il 

UTTtuTtr» AIUBI. \b 

., _ .... ^iOOg[c 



LITTB RATURE ÀR&BB 



mourut dans la nuit du 25 au 26 juin 1018, laissant au 
livre sur les noms des tradittonnistes qui se ressemblent 
et qui di&erent; il est à la bibliothèque de Kieuprulu 
Méhemet-pacha à Constantinople. 



Développement ultérieur du hadith. 



La science des traditions, qui a atteint son summum 
dans la composition des six grands recueils, s'approche 
de la période où il faut abréger, commenter, expliquer les 
codes laissés par les auteurs célèbres. On en arrive vile 
a résumer, pour le grand public, dans un choix de qua- 
rante traditions, les règles fondamentales de l'islamisme; 
et ces quarante traditions donnent naissance à leur tour 
à d'infinis commentaires. On comprendra que nous ne 
prenions, dans cet ensemble considérable, que les œuvres 
qui ont obtenu quelque succès et produit quelque impres- 
sion durable. 

En Egypte, Abou'l-Qàsim el-Hoséïn ben 'Alî el-Wézir 
bL'Maghrébi était né en 9S1 d'une famille considérable 
d'origine persane; son trisaïeul s'appelait Behràm. Le 
khalife fatimide El-Hâkem ayant fait massacrer les prin- 
cipaux membres de sa famille le 19 juillet 1010, il s'en- 
fuit à Ramlé et souleva contre le pouvoir suzerain le 
prince qui gouvernait cette ville ; malgré l'appui du cbérif 
de la Mecque, qui fut battu, l'entreprise ne réussit pas, 
le prince de Ramlé fit sa paix avec le farouche Hâkem, 
et Abou'I-Qâsim partit pour les régions orientales, où il 
remplît de hautes fonctions olHcietles auprès de divers 
princes de ces régions. Quand il mourut à Meyyâfàriqîn 
(1027 ou 1037), il était ministre du prince IbnMerwân. 



, .....,Coog[c 



LES ADBA&8IDBS 3ST 

De ses ouvrages littéraires il n'est rien resté : le British 
Muséum possède le Kildb el~inds, dtctioDDaire par ordre 
alphabétique des noms de tribus arabes, avec des cita- 
tions de poètes et des notices biographiques et histo- 
riques. 

Abou-Bekr Ahmed ben el-Hoséïa el-BaÎhaqi, né près 
de Nisapour dans le Khorasao, dans le village de Khos- 
rauguerd, qui dépendait de Baïhaq, en 994, voyagea 
longtemps à la recherche des traditions du Prophète, et 
fut professeur de droit chaféïte ii Nisapour, où il mourut 
en 1066. C'est lui qui le premier recueillit les sentences 
ou opinions légales d'Ech-Chaféï, en dix volumes; une 
grande collection de traditions porte le titre de Kitâb 
eê-sonan tvél-âthdr, dont un manuscrit autographe est 
conservé au Caire, ainsi qu'un abrégé du même. 

L'éroir Abou-Naçr *Ali Ibn Màkoola était aussi d'ori- 
gine persane : c'est non loin de Bagdad, à Okbarà, qu'il 
naquit le 9 août 1030. Son père Hibat-AUah devint 
ministre du khalife El-Qaïm; il l'accompagna à Bagdad, 
où son oncle était cadi, puis entreprit de longs voyages ; 
c'est pendant l'un d'eux qu'il fut assassiné et dépouillé 
par ses esclaves turcs, sur le territoire de la Perse; la 
date exacte est inconnue (vers 1094). Il s'était consacré 
à l'étude des noms propres; nous avons encore Vlkmât 
(Achèvement), destiné ik compléter le Afo'/am/'d'EI-Kbatlb 
el-Baghdâdi, sur le même sujet; ouvrage extrêmement 
pratique et utile, au dire d'Ibn Khallikan, pour fixer 
l'orthographe des noms propres, surtout dans l'étude 
des traditions. 

Abou'1-Fadl Mohammed ben Tâhir Ibh el-QaïsarJIni 
naquit à Jérusalem d'une famille originaire de Césarée 
de Palestine le 18 décembre 1058, mais il acheva ses 
études à Bagdad et ne revint dans sa ville natale qu'après 



, ...oogic 



SÎS 1.ITTBR4TDRB ARIBB 

des voyages longtemps prolongéB. Il resta quelque temps 
à Hamadau, oJi il professa la science des traditions. Il 
mourut à Bagdad en ill3 au retour du pèlerinage de la 
Mecque. Son Kitdb et-anadb el-moUafiqa a été publié 
par de Jong, sous le titre de Homonyma inter nomina 
relativa. Berlin possède son traité manuscrit des tradi- 
tions falsifiées; V Atrdf el-ghardïb est au Caire. 

Abou-Mohammed el-Hoséïn bl-Fârrâ el-Baghaw!, né 
à Baghchoùr, entre Hérat et Merv, mourut dans cette 
dernière ville en 1116 ou 1122, après avoir compilé un 
recueil de traditions (Maçdbih ea-Sonna), d'après les sept 
ouvrages fondamentaux, souvent commenté et abrégé, 
comme par exemple dans le Michkât et-Maçâbih de 
Mohammed ben 'Abdallah el-Khatib et-Tibrîzî, très ré- 
pandu en Orient et réimprimé dans l'Inde et en Russie. 
Une autre collection de traditions (Chark es-Sonna), un 
abrégé de la jurisprudence et un commentaire du Koran 
ont été conservés jusqu'à nos jours. 

'Add-bl-Ghâpir ben Isma'ïl el-FIrisI, né à Nisapour 
en 1059, parcourut le khanat de Khiva et se rendît dans 
llnde à travers l'Afghanistan. 11 avait été un enfant pro- 
dige : à cinq ans il savait lire le Koran et réciter en per- 
san les articles de foi. A son retour, il fut nommé prédi- 
cateur dans sa ville natale, où il mourut en 1134. On lui 
doit un de ces Kitdb el-Arbaïn où le résumé de ta doc- 
trine islamique est donné en quarante traditions choi- 
sies; un ouvrage plue utile est le Medjma el-G!iaréZb 
(Réunion de curiosités), dictionnaire pour les grandes 
collections de hadtth; et le Mofhim, commentaire sur le 
Çahîh de Moslim. 

Un autre voyageur savant, né lui aussi en Perse, est 
Abou-Tâhîr bs-Silafî, qui, d'Ispaban où il était né en 
1082, se rendit à Bagdad et à Alexandrie. Dans ceHe 



dernière ville, Ibn es-Sallùr, ministre du khalife fatimide 
Zâfir, lui fit construire une medreasé en 1151, où il pro- 
fessa jusqu'à sa mort en 1180. En outre d'un recueil de 
quarante traditions appelé ordinairement eUBolddniyya, 
parce que chaque tradition avait été recueillie dans une 
ville différente, il s compilé un dictionnaire des chéïkhs 
de Bagdad qui existe en manuscrit à l'Escurial. 

Le frère de l'historien Ibn el-Athîr, Medjdcddin Abou's- 
Séàdât el-Mobârek, né à Djéziret-îba-'Omar en 1149, 
entra au service du prince de Mossoul, l'émir Qai'maz, 
en qualité de rédacteur, et vit sa position s'améliorer 
encore sous ses successeurs. A un âge avancé, il fut 
atteint de paralysie aux mains et aux pieds et mourut 
en juin 1210. La maladie qui l'avait obligé à quitter le 
service public tuî donna le loisir de dicter et de publier 
les ouvrages qu'il a laissés : la satisfaction qu'il éprou- 
vait de ce travail et le bonheur qu'il ressentait de n'avoir 
plus à courtiser les grands le firent renoncer à un trai- 
tement qui devait le guérir et qu'un rebouteur maghré- 
bin lui avait prescrit. Il a écrit le Djâmi' el-Oçoûl (Ency- 
clopédie des principes), qui donne les traditions des pro- 
phètes rangées par ordre alphabétique des chapitres, ainsi 
que des biographies de Mahomet et de ses contempo- 
rain; le Niliâya, dictionnaire des traditions curieuses et 
rares; le Moraçça {Orné de brillants), lexique des sur- 
noms par Abou et Ibn; le Mokkteîr, biographies de mu- 
sulmans célèbres. 

Mouhibb-Eddin Mohammed Ibn em-Nadjdjâii, juriscon- 
sulte cbaféïte, né à Bagdad en 1183, élève d'ibn el-Djauzî, 
consacra vingt-sept années de sa vie à de longs voyages. 
L'érudition qu'il acquit de cette façon le décida à s'éta- 
blir dans sa ville natale comme professeur et homme de 
lettres; il y mourut en 1245. A Médine, il avait composé 



le Nozha sur l'histoire de cette ville; plu» tard, il écrivit 
le Kémiîl, recueil des biographies des témoins transmet- 
teurs de traditions, qui a servi de base à d'autres traités 
du même genre. 11 avait rédigé un complément (cf^r/) de 
l'histoire de Bagdad par Et-Khatîb, dont on a un abrégé 
par Ibn Aïbek ed-Dîmyâti, qui se trouve au Caire. 

Abou-No'aÏm Ahmed bl-Isfahâm, né à Ispahan en 948, 
jurisconsulte chaféïte, mort en 1038, a laissé le Hilyel- 
el-anbiyâ (Ornement des prophètes), qui est une histoire 
des personnages saints et pieux et une relation de leurs 
miracles, et le Tibb en-nabi (la Médecine du prophète), 
recueil de kaditk ayant trait à la médecine; une histoire 
des savants d'Ispahan, qui est à Leyde, et d'autres 
ouvrages sur les traditions. 

Taqi-eddin Abou-'Amr 'Othmàn Ibn es-Salàh, né à Cha- 
rakhân, dans la province de Chéhrizor, entre Erbil et 
Hamadan, en 1181, était d'origine kurde. Il commença 
à étudier à Mossoul et parcourut les principales villes 
du Khorasan. il fut professeur à Jérusalem, puis se 
rendit à Damas, où il se fixa définitivement; il y professa 
le droit chaféïte dans diverses medressés, notamment dans 
celle qui venait d'être fondée par la sœur de Saladin, et 
il y mourut le 20 septembre 1245. Son Aqça 'l-amal 
weck-Chauq {l'Espoir et le désir le plus vif), qui traite 
de la science des traditions, a été fréquemment com- 
menté et a fourni la base de nombreux extraits. Il a con- 
sacré un ouvrage à rechercher les traditions relatives à 
la supériorité d'Alexandrie et d'Ascalon sur les autres 
villes; son recueil de fetvas et son traité des règles du 
pèlerinage se trouvent au Caire. 

En territoire syro-arabe, près des limites de l'Egypte, 
était né, en 1149, Clicrcf-Eddin Abou'l-Hasan Ibn al- 
Mofarridj bl-Maqdisî, qui fut lieutenant de juge à Alexan- 



LES ABBABSIDES S3t 

drie, puis professeur au Caire, où il mourut en décembre 
1214. Son livre des quarante traditions se distingue par 
l'indication exacte de l'époque où vivait chaque témoin et 
par un isnâd complet. 

Abou-Mohammed 'A.bd-el-'Azh!m el-Moundhirî, né en 
Egypte en 1185, qui parcourut pour étudier les contrées 
de la Mecque, de Damas, d'Edesse et d'Alexandrie, fut 
pendant vingt ans professeur de hadilh du rite chaféïte 
à la medressé Kâmîliyya au Caire, et y mourut en 1258. 
Son Kitdb et~targhib wet-tei-hib est un recueil de tradi- 
tions rangées de telle façon que d'un côté sont celles 
qui conduisent au bien, tandis que de l'autre sont celles 
qui font éviter le mal. Son recueil de biographies de 
traditionnistes marquants est au British Muséum. 

En Espagne, Abou 'Omar Yoûsouf Ibm 'Abd-bl-Barr, 
né à Cordoue en 978, étudia dans cette ville et acquit la 
réputation d'être le plus grand connaisseur de hadith 
dans le Maghreb. 11 voyagea quelque temps dans l'ouest 
de l'Espagne, puis s'établit à Dénia, tout en se rendant 
parfois à Valence et à Jativa. Sous le gouvernement du 
prince Mozhafiar ben el-Aftas, roi de Badajoz, il fiit nommé 
cadi de Lisbonne et de Santarem; il mourut à Jativa le 
3 février 1071. Le Kitdb el-IstCdb traite de la biographie 
des compagnons du Prophète, rangés par ordre alphabé- 
tique; le Dourar (les Perles) est une histoire abrégée des 
guerres du temps de Mahomet; Vlntiqâ est consacré aux 
trois grands fondateurs de rites : Màlik, Abou-Hanifa et 
Chaféï; \e BahdJet-el-Médjdlis tst un recueil de proverbes, 
apophtegmes, récits et vers, dédié au prince MozhalTar. 

Abou-' Abdallah Mohammed Ibn ABi'L-KiiiçÀLeUGhûfiqi, 
Dé en 1072 à Burgalet, village du district de Segura, 
près de Jaen, érudit et poète, vécut à Cordoue et ii Gre- 
nade ; il fut chargé des fonctions de ministre pour l'inté- 



Sn LITTË RATURE ARABE 

rieur et la guerre, et périt lors de la prise de Cordoue 
par les Almoravïdes, le 27 mai 1146. Sou Zhill es-aahdb 
[l'Ombre des nuages) est consacré aux femmes et aux 
parents de Mahomet; le Minkâdj el-manâqib est une 
poésie en l'honneur du Prophète et de ses compagnons; 
des pièces de correspondance et des séances littéraires 
de sa composition sont conservées à l'Escurial. 

Le cadt Abou'1-Fadl 'Vïkn ben Moùsa, né en dé- 
cembre 1083, étudia à Cordoue et fut nommé cadi à 
Ccuta, sa ville natale. En 1137, il passa en la même 
qualité à Grenade, puis retourna à Maroc, où il mourat 
en 1149. II a écrit un ouvrage célèbre en Orient, ech- 
Chifd fi tarifhoqouq el-Moçtafa, vie de Mahomet, imprimé 
au Caire et fréquemment commenté ; el-llmâ, théorie de 
la tradition, de ses sources et de ses principes, édité par 
un de ses i\hs^i;\^ Machâriq el-anwâr, sur les traditions 
authentiques et l'explication des expressions obscures 
qui s'y rencontrent; el-l'lâm, droit pénal; le Tertib el- 
modhdkara, sur les noms propres du rite de Mâlik. 

Abou 'l-*Abbâs Ahmed ben Ma'add el-IqlIcbi, né à 
Dénia, y poursuivit ses études ainsi qu'à Valence. II pro- 
fita de son pèlerinage en Arabie (1147) pour passer quel- 
ques années à la Mecque, qu'il ne quitta qu'en 1152; 
sur la route du retour, il mourut à Koùs, dans la Haute- 
Egypte, en 1155. Le Kaukab-ed-dourrî (l'Étoile brillante) 
est un recueil de hadith, extrait des grandes collections 
canoniques. Le Nedjm (l'Etoile) sur les proverbes arabes 
et étrangers a été imprimé au Caire. 

Abou-lshaq Ibrahim Ibn-Qorqool, né à Almeria en 
un, mort â Fez en 1173, a traité des traditions dans 
son AlaldU'-el-antvdr (le Lever des lumières).- 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LES ABBASSIDES 



La jurisprudence. 

La science des traditions établissait une des bases du 
droit par la critique des apophtegmes du Propbète qui 
venaient éclairer les points laissés obscurs par le Koran ; 
la jurisprudence, de son côté, travaillait à constituer une 
littérature des plus considérables, motivée par les diffi- 
cultés innombrables qui se soulevaient à l'application des 
règles simples posées par le livre sacré. D'ailleurs ces 
deux branches d'études marchaient de front, car c'est le 
besoin de rechercher des règles claires et précises basées 
sur un acte ou des paroles authentiques du législateur 
qui avait porté des savants à rechercher, k rassembler, 
à recueillir, à collîger des traditions souvent contradic- 
toires et à les éclaircir, les interpréter par la critique 
des témoins qui les avaient transmises. S(tr de ses auto- 
rités, il semblait que le juge fût plus certain de ta léga- 
lité du jugement qu'il rendait, que sa conscience fût plus 
tranquille. Pendant longtemps cependant le droit avait 
admis pour le juge la faculté de se décider d'après ses 
propres lumières, avant que la doctrine se séparât en 
deux, celle des AçHâb ei-raï qui admettaient les interpré- 
tations individuelles, et les partisans de la lettre qui s'en 
tenaient au texte traditionnel du kadith. Il est probable 
que les rapports des Arabes avec les chrétiens de Syrie, 
que nous avons vus jouer un rôle considérable à la cour 
des Oméyyades de Damas, les ont mis en relations avec 
les théories du droit romain de l'époque de Justinien, 
qui avait survécu chez eux ii la conquête musulmane. 

Les plus anciens monuments du droit musulman étant 
perdus, nous devons commencer l'étude de cette branche 



SM LITTËRATCRE ÀRÀBB 

de la littérature avec les chefs des quatre grands rites 
orthodoxes, les HanéGtes, les Malékites, les Chaféïtes et 
les Hambalites. 

Les Hanéfites. 

Leur fondateur, Abou-Hamfà No'màn ben Thàbit, était 
le petit-Bis d'un esclave persan; il naquit à Koufa, en 
699, et y exerça le métier de marchand de drap; comme 
aff'ranchî, il se montra sympathique au mouvement qui 
portait les Abbassides sur le trône, avec l'appui des 
forces latentes que recelait la Perse, mais ses véritables 
sentiments étaient pour les droits prétendus légitimes 
des Alides, et le tour que jouèrent les Abbassides en leur 
subtilisant leurs droits au trône, ne pouvait plaire â ce 
Persan de race. Aussi prit-il parti pour le soulèvement 
des Alides à Médine, en 762, et fut-il jeté en prison; il 
y mourut en 767. Plus tard, quand on ne comprit pas 
que le gouvernement des Abbassides n'eût pas cherché à 
attirer à son parti un aussi grand chef d'école, que l'on 
appelle encore aujourd'hui le Grand Imam, il se forma 
une légende : on raconta que le khalife Mançour voulut 
le contraindre à accepter un poste de cadi, et que les 
mauvais traitements que lui valut sa résistance ame- 
nèrent sa mort. Il avait eu pour maitre Hammâd ben 
Abi-Soléîmân, mort vers 737, qui lui avait enseigné te 
procédé du qiyâa, c'est-à-dire l'emploi de l'analogie en 
matière de jurisprudence, qui est resté la règle de son 
école. On attribue à Abou-Hanifa le KUab el-Fiqk cl- 
Akbar (le Grand Livre de dogmatique; ce n'est que 
plus tard que fiqh a pris le sens de jurisprudence), 
imprimé à Lucknow en 1844, avec une traduction hîn- 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LBS ABBA5S1DBS 



doustanie; ud Mousnad, recueilli par ses élèves; un 
Waçiyya ou Testament adressé à ses amis sur les 
dogmes de l'islamisme ; un Makhdridj fi'l-hiyèl, consacré 
à l'étude des chicanes. La plupart des écrits d'Abou- 
Hanifa ont été probablement rédigés par son petit-fils 
Isma'ïl ben Hammàd, cadi de Bassora et de Raqqa, mort 
en 827. 

Abou-Hanifa laissa comme élève Abou-YoDsouf {Ya'qoub 
ben Ibrahim), surnommé le second imam, né à Koufa en 
731, d'une ancienne famille arabe. Nommé cadi à Bagdad 
par le kbalife Mehdî, il conserva ce même poste jusqu'à 
sa mort en 795. Bien qu'ayant mis en pratique les doc- 
trines de son maitrc, il commença à se raidir contre 
l'emploi de la ratiocination personnelle et à attribuer 
une plus grande part, dans la décision des cas douteux, 
aux traditions du Prophète qu'à l'analogie, dont Abou- 
Hanifa avait fait le plus grand usage. Son Kitâb el-Kha- 
râdj (Livre de l'impôt foncier) a été imprimé à Boulaq. 

Abou-Yoûsouf forma à son tour un élève, Mobàhhed 
ben cl-Hasan ECH-CHÉïBÀNt, né à Wâsit en 749. Après être 
allé puiser à la source de l'enseignement de Màlik ben 
Anas à Médine les traditions sur lesquelles repose l'étude 
du droit, il fut nommé à son retour cadi de Raqqa; des- 
titué en 802, il vécut ensuite à Bagdad et accompagna 
Haroun er-Rachid en 804 à Réï, où il mourut. 

Plus tard el-Khaççàp (Abou-Bekr), qui perdit sa biblio- 
thèque dans le pillage de sa maison par les milices tur- 
ques à la suite de l'assassinat du khalife El-Mohtadi; 
l'Égyptien Et-Tabàwi (Abou-Dja'far), né à Tabà en 843, 
mort en 933 ; le Boukhare El-Marvtrazî, ministre du prince 
samanide Hamld, qui tomba dans les mains des Turco- 
mans à Merv et fut écartelé par eux en 945; El-Qodoûri 
de Bagdad (Abou'l-Hoséïn), né en 972, mort en 1036, 



S36 LITTÉRATVIIB ARABE 

auteur d'un manuel abrégé coddu sous son nom et sou- 
vent cité jusqu'à nos jours, furent les lumières de la secte 
hanélite. 

Les Malékites. 

Les Malékites tirent leur nom de leur fondateur, 
Abou-'Abdallah MAlik ben Anas, né à Médine eo 715, 
élève du tradîtionnïste Ez-Zohri ; partisan décidé des 
Alides, il facilita la révolte de Mobammed ben 'Abdallah 
contre les Abbassides en 762 par un fetva, se rallia plus 
tard au gouvernement de Bagdad, et eut l'occasion de 
voir le khalife Ilaroun, lors du pèlerinage de 795, assis- 
ter à ses leçons. Son Kilâb eUMowaUa est basé sur 
Vidjmâ' de Médine, c'est-à-dire sur l'accord unanime des 
habitants de cette ville touchant les traditions et les 
coutumes reçues; bien des cas douteux sont résolus par 
lui, eu l'absence de toute base traditionnelle, par les 
décisions des juges qui l'ont précédé et la constatation 
de l'usage de Médine. Mâlik se préoccupa peu de livrer à 
ses élèves un texte revu et coordonné : c'est ainsi que 
l'on peut expliquer les différences considérables qui exis- 
tent entre les diverses recensions de son livre, par exem- 
ple celle de l'Espagnol Yahya el-Maçmoùdi, et celle de 
Mohammed ech-Chéïbàni, que nous avons vu plus haut 
aller entendre à Médiue les leçons de Mâlik. 

Abder-Rahmân ben el-Qàsim, son élève, né en 719, 
répandit et vulgarisa l'enseignement de Màlik dans le 
Maghreb, où l'ou sait qu'il est resté dominant jusqu'à nos 
jours; l'Algérie est en entier malékite. 11 mourut au Caire 
en 806; il a laissé, sous le titre de Kitâb el-Modawwana, 
un manuel du droit malckite primitivement rédigé par 

i 



) ABBASSIDEB 



Asad ben el-Forât et consistant en réponses faites par 
Ibn el-Qâsim à ses questions, puis revu, corrigé et 
amendé sous la dictée de l'auteur par le cadî de Kai- 
rouan, Sahnoùn Abou-Sa'îd et-Tanoukhi. 

Parmi les plus importants docteurs malékites de ces 
époques, il faut citer Ibn Abi-Zéïd de Kairouan, qui était 
né en Espagne, à Nafza, en 928, vécut en Tunisie et 
mourut au Maroc, à Fez, vers 990. 



Les Chaféîtes. 

L'imam Ecb-Chafbï {Mohammed ben Idris), fondateur 
du rite chaféïte, né en 767 à Gaza, d'autres disent à 
Ascalon ou même au Yémen, vécut jusqu'à l'âge adulte 
dans la tribu bédouine des Béni-Hodhéïl et y acquit la 
conoaissance de la langue classique pure. C'est auprès de 
lui que le grammairien El-Açma*ï alla recueillir à la 
Mecque tes poésies des Hodhéïlites et de Chanfarâ. En 
786 nous le voyons se rendre à Médine et y écouter l'en- 
seignement juridique de Mâlik. Ayant accompagné son 
oncle Abou-Moç'ab, nommé cadî au Yémen, il y fut com- 
promis dans les menées du parti des Alides, arrêté par le 
gouverneur et conduit devant le kbalife Haroun, à Raqqa ; 
l'intervention du ministre FadI ben Rabi' !e sauva : il 
profita de sa présence forcée pour écouter les leçons de 
Mohammed ech-Chéïbâni; puis il se rendit en Egypte en 
804, fut bien accueilli par le gouverneur de la province, 
retourna plus tard à Bagdad et paraît y avoir enseigné 
avec succès sa doctrine, qui différait par de nombreux 
côtés de celle de ses devanciers; puis il repartit pour 
l'Egypte en 813, et y mourut, après un pèlerinage à la 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LITTBRÂTCIIB ÀRÀBE 



Mecque, à Fostat ou Vieux-Caire, le 20 janvier 820 ; son 
tombeau est aujourd'hui un lieu de pèlerinage fréquenté. 
Ou doit à Chaféi' d'avoir repris à Abou-Hanifa la méthode 
de l'analogie et de l'avoir réduite à des règles pratiques. 
Des cent neuf ouvrages qu'il avait composés, il ne reste 
que quelques manuscrits, encore inédits, disséminés dans 
les bibliothèques de Constantinople et du Caire, quelques 
poésies éparses dans celles de Berlin et de Leyde. 

L'école chaféïte d'Egypte compte EI-Mouzanî (Abou- 
Ibrahim), mort en 877, auteur d'un abrégé de la doctrine 
du maitre, El-Mondhiri de Nisapour, qui vécut à la Mec- 
que, où il mourut en 930; Ez-Zobéîrî (Abou-' Abdallah), qui 
porta l'enseignement du droit chaféïte à Bassora et à 
Bagdad ; Ibn el-Qâçç ou le fils du conteur (Aboul-'Abbâs), 
qui professa à Amol dans le Tabaristan et mourut à 
Tarse en Cilîcie (946), où il était allé en voyage, ou bien, 
selon d'autres, où il exerçait les fonctions de cadi ; El-Qattàn 
(Abou'l-Hasan), professeur de droit à Bagdad, mort en 970. 
El-Mahàmili étudia à Bagdad auprès des élèves d'Ech- 
Chaféï, y professa également et y mourut en 1024; de 
même EULàlakàï (le fabricant de sandales) Abou'l-Qàsim 
Hibet-AUah, qui y étudia et y enseigna, et plus tard se 
rendit à Dinawar dans l'Irak- Adjémi , et y mourut 
en i027. 

Les Hambalites. 

Ibn Hambal (Ahmed ben Mohammed) naquit à Bagdad 
en 780; ses parents étaient originaires de Merv, qu'ils 
avaient quitté peu de temps avant sa naissance. Comme 
tous les traditionnistcs de cette époque, il entreprit des 
voyages qui le conduisirent en Syrie, en Mésopotamie et 



, .....,Coog[c 



LES ADBASSIDES 



dans la péninsule arabique, où il séjourna quelque temps. 
De retour à Bagdad, il y reçut les leçoas d'Ech-Chaféï 
jusqu'au départ de celui-ci pour l'Egypte. Il fuuda la 
quatrième secte orthodoxe, qui diffère des autres surtout 
en ceci que son fondateur rejeta totalement les lumières 
personnelles du jurisconsulte pour ne voir la base du 
droit que dans les traditions du Prophète exclusivement; 
c'était une réaction, qui eut peu de succès dans le temps 
et dans l'espace; car elle ne lit guère de prosélytes en 
dehors de la province où elle était née, et elle est aujour- 
d'hui presque entièrement disparue. Il y en a encore à 
Damas, où ils se distinguent du reste de la population 
musulmane en ce qu'ils ne mangent pas les produits des 
jardins potagers arrosés par l'épandage des eaux d'égouts. 
Les Uambaiites se firent remarquer par leur fanatisme 
et suscitèrent bien des troubles à Bagdad, quand le 
pouvoir des khalifes s'y affaiblît. Lorsque le khalife 
El-Mo'taçim adopta comme dogme la doctrine mo'tazélite 
de la création du Koran, Ibn Hambal fut une des victimes 
de la persécution qui s'en suivit : il fut emprisonné et 
resta enfermé jusqu'à la mort de Mo'taçim en 842; mais 
Wâthiq ne lui permit pas de sortir de sa maison où il 
resta interné ; Ël-Motawakkil, en revenant à l'orthodoxie 
pour des motifs purement poHtiques, rendit Ibn Hambal 
à la liberté. Il mourut le 31 août 855, laissant un Mousnad 
ou recueil de traditions rédigé par son fils 'Abdallah et 
différents autres ouvrages restés tous manuscrits. 

La plupart des livres écrits par les élèves d'Ibn Ham- 
bal sont perdus ; c'est à peine si l'on peut citer un abrégé 
de la jurisprudence dû àEl-Kbiraqi, mort en 945 à Damas, 
venant de Bagdad, qu'il avait quitté à la suite de mouve- 
ments populaires; ses ouvrages furent détruits dans un 
incendie après son départ; et Abou-' Abdallah el-IIasan 



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ben Homéïdcl-Baghdadi, dont le Takdkib el-adjwiba con- 
tieDt des réponses sur des questions juridiques et se 
trouve à Berlin. 

Les Zhâhirites. 



D'autres sectes moins importantes étaient également 
nées des études de jurisprudence auxquelles s'attachaient 
tant d'esprits éclairés. L'école des Zhâhirites, dont on 
doit la connaissance aux belles études de M. I. Goldziher, 
avait été créée par Abou-Soléïman Daoûd ben 'Ali, ori- 
ginaire d'ispahan, né à Koufa en 815 ; il étudia auprès 
des plus célèbres tradîtionnistes de Bagdad et connut à 
Nisapour Ishaq ben Râhwaïh ; il professa à son tour avec 
éclat à Bagdad, où il mourut en 883. L'école qu'il fonda 
répudia absolument toute analogie, toute citation sur 
l'autorité d'un imam, pour s'en tenir au sens extérieur 
{d'où le nom de Zhdhir que porte la doctrine) du Koran 
et de la tradition. Cette doctrine se répandit en Perse, 
dans l'Inde et dans l'Oman, surtout chez les mystiques; 
cependant elle ne dura guère en Orient; c'est dans le 
Maghreb et en Espagne qu'elle fleurît plus tard et pro- 
duisit de nombreux ouvrages. 

A côté de ces grands chefs d'école, il faut encore citer 
les noms de Yahya ben Adam ben Soléïman, mort en 818, 
qui s'occupa de questions de droit sans se rattacher par- 
ticulièrement à une école déterminée, et qui écrivit un 
livre de l'impôt foncier dont le texte a été publié à Leyde 
par Juynboll, et le fameux historien Tabari, qui joignit 
l'étude de la jurisprudence à celle de l'exégèse du Koran, 
et dont un élève, Abou'l-Faradj el-Mo'àfà ben Zakariya 
de Nahréwâa (915-1000), écrivit eu cent séances, sous 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LES ABBASEIDES 



le titre de Kitâb el-Djalls (le Livre du commensal), ud 
résumé des explications relatives à tel ou tel dit du Pro- 
phète et de ses compagnons. 



Les Chutes. 



En dehors du cercle des quatre grandes sectes ortho- 
doxes et des autres écoles du même genre, les Chiites 
créaient à leur usage une jurisprudence qu'il nous reste 
à étudier, bien qu'il n'en existe plus, pour les époques 
anciennes, que fort peu de chose. Au Yémen, la secte 
des Zéïdites, qui s'était rendue maîtresse de cette pro- 
vince au II' siècle de l'hégire et s'y est maintenue 
jusque de nos jours, compta comme docteurs : El-Qùsim 
ben Ibrahim el-Hasani (mort en 860); son petit-fils, 
El-Hàdi Ila'1-Haqq (Celui qui guide vers la vérité] Abou'l- 
Hoséïn Yahyà (859-910); un autre de ses descendants, 
El-Mehdî-Lidinillah (Celui qui est dirigé vers la religion 
de Dieu) el-Hoséïn ben el-Qàsîm, mort en 1013; l'imam 
El-Moayyed-Billah Ahmed ben e!-Hoséïn (944-1020) ; leurs 
ouvrages, naguère inconnus en Europe, ont été rap- 
portés du Yémen par M. Glaser et se trouvent actuelle- 
ment à Berlin. 

En Perse, où les idées chiites se confondaient toujours 
avec le sentiment des revendications nationales, on peut 
citer : Abou-Djà'far el-Qoummi (mort en 903), auteur d'un 
recueil de traditions chiites; El-Kolini (Mohammed ben 
Ya'qoûb), mort en 939, qui écrivit un traité théologîque 
sous le titre de el~Kâfi fi'i/m eddin (le SuHBsant en 
matière de science de la religion); Abou-Dja'far Ibn 
BûhoAyè de Qoum, qui vint du Khorasan à Bagdad en 966 



LtTTEB&TOnK AHABE 



et y mourut en 991 : plusieurs de ses très nombreux 
ouvrages (près de trois cents) se trouvent en Europe; 
En-No'man Iba Hayyân, qui quitta la secte malékîte pour 
devenir Imamite, se rendit en Egypte avec le conqué- 
rant fatimide El-Mo'izz, y fut nommé cadi et y mourut 
en 974; le chef de la secte iniamienne, Abou 'Abdallah 
cl-Mofid (949-1022), de Bagdad. 



Développement ultérieur 

de la jurisprudence. 

Parmi la foule d'auteurs qui ont développé les prin- 
cipes posés dans les siècles précédents, on ne peut citer 
que les principaux : 

Ali ben Abi-Bekr el-Marghinâhi, mort en 1197, a écrit 
un manuel pour l'étudiant qui commence l'étude du droit 
hanéfite, sous le titre de Bidiîyei-el-Mobtédi, commenté 
par lui-même sous le titre de Hidâya (la Direction); la 
traduction persane de ce dernier ouvrage a été rendue 
en langue anglaise par Ch. Hamilton en 1791. Commenté 
par des écrivains arabes, persans et turcs, le Hidâya a 
eu le plus grand succès que l'on puisse souhaiter à un 
manuel de droit musulman. 

Siràdj-Eddin Abou-Tâbir Mohammed es-Sadj^wendî, 
qui florissait vers la fin du vi* siècle de l'hégire, a écrit 
un Kitâb el-Farâîd ou Traité du partage des héritages, 
surnommé Siràdjiyyé, d'après le surnom del'auteur, quîa 
été traduit en anglais par Prasauma Kumar Sen a Seram- 
pore, en 1885, et par A. Rumsey à Londres, en 1890. 

Le rite chaféïte s'enorgueillit d'avoir possédé Abou'l- 
Hasan 'Ali ben Mohammed bl-Mâwbrdi, né à Bassora 



„,:....,C00g[c 



LES ABBJkSaiDES 2Ï3 

en 974, qui étudia dans sa ville natale et à Bagdad, fut 
quelque temps grand cadi à Ostowâ près de Nisapour, 
et s'établit ensuite définitive ment à Bagdad, où il fut 
Dommé juge suprême. Ses ouvrages n'ont pas été publiés 
de son vivant; ils doivent d'avoir vu le jour à quelqu'un 
de ses élèves. 11 mourut en mai 1058, âgé de quatre- 
vingt-six ans. Son ouvrage principal est le Kitâb el- 
ahkâm es-soltdniyyé, publié par Enger h Bonn, en 1853; 
c'est un traité de politique, qui montre l'idéal, bien peu 
réalisé, d'un gouvernement musulman dans l'idée des 
juristes d'alors, modèle d'une société qui n'a jamais 
existé, comme la République de Platon et la Cyropédie 
de Xénophon. La définition abstraite du khalifat, les 
qualités nécessaires à l'exercice de l'autorité suprême, 
l'étude des divers modes d'élection, les limites du pou- 
voir exécutif du vizir et des gouverneurs de province sont 
les sujets les plus intéressants dont traite le chef-d'œuvre 
de ce penseur musulman. Une traduction française en a 
été préparée par le comte Léon Ostrorog; un volume a 
déjà paru. En dehors de ce traité célèbre, il a écrit un 
livre de conseils pour les roîs, un autre sur les règles à 
suivre par les ministres, un traité de politique et de 
gouvernement qui s'appelle Tashil en-nazkar ivatadjîl 
ez-Zkafar (le Moyen de faciliter la réflexion et d'arriver 
à une victoire prompte), un autre sur les marques de la 
prophétie {a'iâm en-nobotvwa), un Recueil de proverbes 
et apophtegmes, un Traité de morale [ddâb ed-dounya 
tvèddin), imprime à Constantinople et au Caire, et qui 
est encore étudie dans les écoles de la première de ces 
deux villes. 

Abou-Ishaq Ibrahim ben 'Ali ech-Chiràzi naquit à 
Firoûz-Abâd, près de Chiraz, en 1003; il alla à Bassora, 
pois à Bagdad. Il fut chargé de diriger l'Université Nizhà- 



-, ;....,Goog[c 



LITTBRÀTURB ARABE 



miyya, quand elle fut fondée par l'illustre Nîzhàm-el-Molk, 
le grand ministre des Seldjoukîdes, en 1066; il refusa 
d'abord, puis finit par accepter sur l'iusistance de ses 
élèves, qui menaçaient de le quitter s'il ne transportait 
pas son cours a la nouvelle école. En qualité d'envoyé 
du khalife El-Moqtadi, îl entreprit le voyage de Nisapour, 
qui fut pour lui une marche triomphale à cause de sa 
renommée de professeur et d'écrivain. Peu de temps 
après son retour, il mourut le 6 novembre 1083. Le 
Mokadkdhab (Livre corrigé) est un traité de droit cha- 
féïle, de même que le Kittîb el-Tanbih {Livre de l'aver- 
tissement), publié par H. Keijzer à Leyde, en 1853. 
D'autres ouvrages sur la jurisprudence, la dialectique, 
le catéchisme musulman et l'histoire des savants cha- 
féïtes sont moins connus. 

Lorsqu'Abou-Ishaq refusa, en 1067, pour la première 
fois, la place de professeur à la Nizhamiyya, ce fut Abou- 
Naçr 'Abd-es-Séyyid Ibn es-Sabbàgh qui le remplaça, peu 
de temps il est vrai, puisque vingt jours après Abou- 
Ishaq revenait sur son refus. Ibn es-Sabbàgh était né en 
1009, à Bagdad; il eut encore une fois l'occasion de 
remplir l'intérim de la chaire qui lui avait échappé; 
mais étant devenu aveugle, îl dut renoncer à tout ensei- 
gnement. Étant allé trouver le ministre Nizhàm-el-MoIk 
à Ispaban, il obtint la promesse qu'on bâtirait une école 
exprès pour lui; mais il mourut trois jours après sou 
retour, en 1084. Le Châmil fi'lforoiV (Traité complet de 
la jurisprudence), le seul livre de lui qui nous soit resté, 
se trouve au Caire; c'est, au dire des critiques indigènes, 
non seulement l'un des meilleurs traités de droit cha- 
féïtc, mais encore l'un de ceux qui renferment les tra- 
ditions les plus authentiques et dont les raisonnements 
sont le plus concluants. 

L;,q,;,=..=ïG00g[c j 



LES ABBASSIDBS 346 

Abou 'l-Ma'àli 'Abdel-Mêlik bl-Djowéïnî 1mâh-el> 
HabahéÏn naquit le 12 février 1028, à Bochtanikan, vil- 
lage près de Nîsapour. A la mort de son père, Abou- 
Mohammed 'Abdallah ben Yoùsouf, qui était professeur 
dans cette dernière ville, il le remplaça, n'ayant pas 
encore vingt ans; plus tard cependant, pour compléter 
ses études et accomplir le pèlerinage sacré, il se rendit 
à Bagdad et de là dans les deux villes saintes, la Mecque 
et Médine, où il professa pendant quatre ans : de là son 
surnom. A son retour à Nisapour, Nizhàm-el-MoIk créa 
pour lui une école, où il donna des cours jusqu'à sa mort, 
qui le surprit le 20 août 1085, alors qu'il était allé visiter 
son village natal dans l'espérance de s'y guérir d'une 
maladie. En même temps que ses fonctions de profes- 
seur, il avait rempli celles de prédicateur; il tenait à 
Nisapour, le vendredi, des assemblées où il prononçait 
des sermons et présidait des discussions sur certains 
points de doctrine; il joignait à ces occupations celle de 
directeur des waqfs ou biens-fonds consacrés à l'entre- 
tien d'œuvres pieuses. Pendant près de trente ans, il 
resta en possession incontestée de ces différentes places. 
Quand il mourut, ce fut un deuil général; on brisa la 
chaire de la grande mosquée où il prêchait, et ses élèves, 
au nombre de quatre cent un, détruisirent leurs plumes 
et leurs encriers et ne reprirent leurs études qu'au bout 
d'un an. Son chef-d'œuvre est le Nihdyet el-Mallab 
(Résultats satisfaisants de la recherche), traité des doc- 
trines chafêî'tes, dont on disait que l'islamisme n'avait 
jamais rien produit qui lui fût égal; il a été conservé en 
manuscrit au Caire. h'el-Waraqâl (les Feuilles), sur les 
principes du droit, a été souvent commenté. Le Moghitk 
el-Kkalq est destiné à montrer la supériorité do la doc- 
trine chaféïte sur les autres. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



2t0 LITTBnATDIIB kKkBB 

Une victime des Assassins, qui épouvantaient alors le 
monde musulman par leur propagande par le fait, ce fut 
le docteur chaféïte Abou'I-Mahàsin "Afad el-Wâhid er- 
Roâyùni, né dans le Tabaristan en février 1025. Le grand 
ministre desScldjoukides l'honorait d'une faveur spéciale 
à raison de son mérite éminent. Après avoir résidé 
quelque temps à Bokhara, le docteur se rendit à Ghazoa 
et à Nisapour, puis revint dans sa contrée natale et y 
fonda, dans la capitale Amol, udc école; plus tard, il 
professa a Réï et à Ispahan. Son Bahr-el-Madhhab (Mer 
de la doctrine) est le plus volumineux traité de jurispru- 
dence chaféïte que l'on ait jamais possédé; il est au 
Caire. L'auteur avait coutume de dire : « Si tous les 
ouvrages de l'imam Chaféî brûlaient, je pourrais les 
dicter de mémoire, » C'est en 1108 qu'à la fin d'une de 
ses leçons, il fut assassiné à Amol, par les sectaires fana- 
tiques qui tenaient le château d'Alamoût, dans les mon- 
tagnes voisines. 

Abou'I-IIasau 'Ali EL-Kivi el-HabuAsi était aussi né 
dans le Tabaristan, en 1058. 11 étudia à Nisapour sous 
la direction de l'Imâm El-Haraméïn qui le prit comme 
répétiteur, professa lui-même à Baïhaq, puis à Bagdad, 
où il entra à l'école Nizhàmiyya, à laquelle il resta attaché 
jusqu'à la fin de sa vie. Le sultan Setdjoukide Barq- 
yaroùq, fils de Mélek-Chûh, qui avait une grande estime 
pour lui, le chargea de remplir les fonctions de cadi en 
chef; il mourut en 1110. C'était un homme d'une belle 
prestance, d'une voix claire ; il s'exprimait dans un lan- 
gage élégant. Son surnom de Kiyd est un mot persan 
qui veut dire « personnage de haut rang et de grande 
influence ». Son Oçoûl eddin (Principes de la religion) et 
son Ahkdm el-Qor'dn (Jugements du Koran) sont au 
Caire . 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LES ÂBBASSIDES 



Abou-Bbkr Mohammect bch-Cbâchi, surnommé Fakhr- 
el-lElâtn et généralement connu sous l'appellation de 
Mostazhiri, naquit à Méyyâfôrîqîn en 1037, d'une famille 
origioaire de Châch, ville du Turkestan, au nord du 
Yaxartes ou Sir-Deryâ. Après avoir étudié dans sa ville 
natale, il se rendit à Bagdad et à Nisapour, et revint dans 
la capitale du khalifat abbasside, où il fut nommé, en 
1110, professeur h la Nizhàmiyya, poste qu'il conserva 
jusqu'à sa mort en 1114. Le Hilyet el-'Olamâ (Ornement 
des savants) est un traité de droit chaféîte qu'il a dédié 
au khalife Mostazhir. 

Abou-Chodjâ' Ibn bd-Daheân était né à Bagdad, où il 
acquit de vastes connaissances, non seulement en matière 
juridique, mats encore sur les terrains variés de la litté- 
rature et même des mathématiques, ce qui lui était utile 
pour le calcul du partage des héritages. Il s'attacha 
d'abord, à Mossoul, au ministre Djémâl-Eddin el-Içfahàni 
et passa ensuite du côté de Saladin, qui te chargea d'un 
poste administratif à Méyyâfùriqin. N'ayant pas pu mar- 
cher d'accord avec son supérieur, le gouverneur de la 
ville, il se rendit à Damas et en Egypte à la recherche 
d'un poste plus en rapport avec ses convenances. Il fit 
le pèlerinage en 1193; au retour, son chameau s'étant 
laissé tomber, il fut tué par le choc de la selle de bois 
(février 1194), près de Hilla, sur le site de l'antique 
Babylone. On disait de lui que sa plume était plus élo- 
quente que sa langue. L'usage des tables astronomiques, 
qui lui était familier, le porta à rédiger des tableaux 
juridiques réunis dans un volume qui s'appelle Taqwlm 
en-Nazkar (le Calendrier du regard); les tables sont 
divisées en dix colonnes qui indiquent les différents 
points de vue où se placent les rites orthodoxes pour les 
considérer, et les solutions qu'ils en donnent. 



348 LITTERATURE ARABE 

Uq autre Abod-Chodjà* Ahmed bl-Içfabàni écrivit, vers 
la fin du vi" siècle de l'hégire, un abrégé du droit cha- 
féïte sous le titre de Taqrib ; il a été édité par Keijzer à 
Leyde en 1859 ; le Fath el-Qarib de Mohammed ben el- 
Qâsim el-Ghazz!, publié et traduit par M. Van den Bcrg, 
sous le titre de « Révélation de l'omniprésent », en est 
un commentaire. 

La ville d'Amîd, que l'on appelle aujourd'hui Diar- 
békir, vit naître, en 1156, Séïf-Eddin 'Ali el-Amidî, qui 
appartint d'abord au rite hambalite, puis passa aux Cha- 
féïtes à Bagdad. Il étudia la philosophie en Syrie et fut 
"professeur au Caire. Accusé d'hérésie, d'athéisme et 
d'immoralité, à cause de ses connaissances philosophi- 
ques, il dut s'enfuir à Hama, où il composa ses ouvrages; 
néanmoins il fut rappelé à Damas comme profeseur, puis 
destitué au bout de quelque temps; il mourut en 1233, 
après avoir écrit VAbhâr el-Afkâr (les Pensées vierges), 
traité de philosophie dogmatique, et Vlhkdm el-Hokkdm, 
sur les bases des décisions juridiques. 

ABon-ZAKARiri Yahya ben Charaf bn-Nawawî, né en 
1233 à Nawâ près de Damas, dans le Hauran, étudia la 
théologie dans la capitale de la Syrie, où il s'installa 
comme simple particulier à son retour du pèlerinage en 
1253. 11 remplaça Abou-Châma lors de la mort de celui- 
ci, et fut sou successeur à l'école des haditk Achrafiyya. 
Il mourut dans sa ville natale, où il était allé se reposer 
de ses travaux considérables, le 22 décembre 1278. Son 
Minkddj el-tdliùin a été publié et traduit, sur l'ordre du 
gouvernement néerlandais, par M. Van den Berg à Bata- 
via, en 1884, sous le titre de Guide des zélés croyants, 
manuel de jurisprudence musulmane selon le rite de 
Chàféï; cet ouvrage a été fréquemment commenté, 
honneur qui a été également réservé à son recueil de 



LES ABBASSIDES 249 

quarante traditions. Ses études juridiques l'ainenéreut à 
rédiger, pour fixer l'orthographe du Dom des auteurs 
cités daus les textes, le Tahdhîb el-asmâ (Correction des 
noms propres), édité par F. Wûstenfeld à Gœttingue, 
en 1842-47, sous le titre de Biographical Dictionary of 
illuslrious men. Son Taqrlb wa Taïsîr (l'Etude facilitée), 
introduction à l'étude des traditions, imprimé au Caire 
en 1890 avec le commentaire que lui a consacré Soyoûti 
sous le titre de Tadrib, a été traduit en français par 
M. Marçais. Vingt autres de ses ouvrages se trouvent 
dans diverses bibliothèques d'Europe et d'Orient. 

A côté de ces noms, les hambalîtes ne peuvent guère 
citer que celui de Mowaffaq-ëddin 'Abdallah Ibn Qodâma 
bl-MaqdisÎ, né à Djemmâ'îl, en Palestine, en 1146, qui 
étudia à Bagdad et mourut en 1223 en laissant un traité 
de droit hambalite appelé el-Moqni' (Celui qui satisfait), 
et d'autres ouvrages dont on a les manuscrits de douze 
au moins. Son neveu Abou'I-Faradj 'Abdcr-Rahman, né à 
Damas en 1200, fut son élève, devint prédicateur et pro- 
fesseur à l'école des traditions, et fut choisi comme cadi 
du rite hambalite lors de la création, en 1265, de juges 
spéciaux pour chacun des quatre rites orthodoxes. Il 
fonda une école qui porte son nom et mourut en 1263. 
Dîyà-Eddin Mohammed ben 'Abd-el-Wîihid ed-Ûimachqi, 
né en 1173 à Déïr eUMobârek, fit ses études en Egypte, 
à Bagdad et à Hamadan. En 1203, il revint à Damas, 
entreprit ensuite un long voyage d'études qui le mena 
jusqu'à Merv, et accomplit enfin le pèlerinage ; il mourut 
en 1245, laissant un traité de la médecine du Pro- 
phète qui est à Paris, et un Fadâïl el-A'mdl (Mérites 
des œuvres), qui traite surtout des mérites que l'on 
acquiert par l'exercice des litanies spéciales aux 
derviches. 11 avait construit une école, à laquelle il 



LITTHRATURB i 



laissa sa bibliothèque, qui fut pillée et dispersée plus 
tard. 

La doctrine des Zliàhirites avait trouvé en Espagne son 
grand protagoniste dans la personne d'Abou-Moham- 
med'Ali Ibn Hazh, d'une famille originaire de Perse, 
fila d'un haut fonctionnaire de Cordoue, où il naquit le 
7 novembre 994, dans le faubourg oriental appelé alors 
Mounyat-el-Moghlra. 11 suivit la même carrière adminis- 
trative que son père et s'éleva jusqu'au rang de vizir, bien 
qu'il manifestiU la plus profonde indifférence pour les 
avantages mondains. Se détachant peu à peu de l'école 
chaféïte de la tradition, il reçut les leçons de DaoAd le 
Zhâhirite dout il étendit le premier les principes au 
dogmatisme, c'est-à-dire l'adoption pure et simple du 
sens exotérique du texte, sans l'explication au moyen de 
l'analogie ou de l'autorité d'un juris perilua. Il a écrit 
beaucoup de livres, qui ont formé peu d'élèves. II se fit 
beaucoup d'ennemis par l'acrimonie de ses attaques ; 
ceux-ci s'en vengèrent en l'accusant d'hérésie et en le 
faisant destituer et chasser de diverses provinces d'Es- 
pagne. Il passa le reste de sa vie dans sa propriété près 
de Niebla, où il mourut le 16 août 1064. La bibliothèque 
de Gotha possède son Ibtdl el-qiyâs wer'-raï (Destruction 
de l'analogie et de l'examen spéculatif), qui est une polé- 
mique, au point de vue zhâhirite, contre les principes du 
droit orthodoxe. Il a écrit aussi un Kilâb el-milel ivèn- 
nihal (Histoire des sectes philosophiques et religieuses) 
qui a été étudié par Steinschneider et Goldziher. Au 
milieu de quelques autres traités de jurisprudence, on 
rencontre un ouvrage purement littéraire que garde la 
bibliothèque de Leyde, Tauq-el-kamâma (le Collier de 
la colombe), anthologie de poésies amoureuses. 

Abou-' Abdallah Mohammed Ibn ToChart (forme ber- 



3,q,t,=c.=ïG00glC 



i ABB ABSIDES 



bère du nom d'Omar) naquit le 21 février 1092 dans les 
montagnes de l'Atlas qui dominent la province de SoAa 
au Maroc. Très jeune encore, il s'était attiré un grand 
renom de piété. Il voyagea : le désir d'accomplir le pèle- 
rinage de la Mecque le conduisit d'abord à Cordoue, puis 
au Hedjaz et enfin à Bagdad, où i) suivit les cours de la 
Nizhâmiyya. Élève des professeurs du dogmatisme acha- 
rite, il rapporta cette doctrine à Tripoli de Barbarie, et 
mêla à l'interprétation allégorique le dogme chiite de 
l'impeccabilité de l'imam de la famille d'AH. Les tumultes 
que causa son enseignement le firent éloigner de Tripoli 
et de Bougie; il se retira dans la tribu berbère des Maç- 
mouda, d'où il était originaire, et qui prit son parti; pour- 
suivi par le gouvernement, il se déclara Mahdi en 1121 
et commença la lutte contre les Almoravides. Il mourut 
au cours d'une entreprise contre la ville de Maroc, 
quatre mois après que ses troupes eurent été défaites 
devant cette place, en 1130. Ses successeurs répandirent 
son enseignement dans l'Afrique du Nord et l'Espagne; 
son élève 'Abd el-Moumin fonda la dynastie des Almo- 
hades. La bibliothèque de Paris possède ses œuvres 
complètes, réunion de petits traités de théologie et de 
jurisprudence; un autre ouvrage de lui, le Kanz-el- 
'Oloâm (Trésor des sciences), philosophie religieuse, est 
au Caire. 

Les Almohades nous amènent aux Chiites. Les Zéldites 
de l'Arabie méridionale produisent des ouvrages pour 
expliquer et défendre leurs doctrines ; Abou-Tâlib Yahya 
el-Bothâni, surnommé l'imam qui parle par la vérité 
(Nàtiq bil-haqq), mort en 1033, écrivit, en outre d'un 
traité de jurisprudence [et-Tahrir), une histoire des imams 
zéldites jusqu'en 971 {el-Jfiîdct]\ un recueil de traditions 
a été compilé sous le titre de Dorer el-ahddith, par 

L,, .,..,Coog[c 



353 LITTI! RATURE ARABE 

Taqi-Eddin Abdallah Ibn Abi-Nedjm, mott vers 1165; 
'Abdallah ben Zéïd el-'Ansî écrivit les Fatâwâ en-na- 
bawiyya contre les Motarrîtites, le' Mandkidj el-béyân 
dans le même sens ; il vivait vers 1233 ; l'imani el-Mançoùr 
Billah 'Abdallah ben Hamza, né en 1166, mort en 1217 à 
Katikébùn, a laissé un recueil de poésies, un traité des 
devoirs des parents et des enfants les uns envers les 
autres [el-béydn wéth-thabdl), une défense du parti des 
Zéïdites [risdlet el-Kâfiya) et d'autres traités du même 
genre. La plupart de ces ouvrages sont à Berlin; quel- 
ques-uns se trouvent au British Muséum. 

Parmi les imamites, le chérif el-MortadJI, dont le nom 
était Abou'l-Qàsim 'Ali ben Tnhir, descendant d'Ali ben 
Abi-Talib, né en 966, occupa à Bagdad les fonctions 
d'inspecteur de la famille des Alides et y mourut en 
1044. Il a réuni, sous le titre de Ed-dorèr ivèl-gkot'er 
{Perles et Étoiles), les quatre-vingt-deux discours qu'il 
eut l'occasion de prononcer devant des assemblées prési- 
dées par lui-même, qui embrassent une grande variété 
de sujets littéraires et contiennent des observations 
grammaticales sur des passages du Koran ou du hadith 
expliqués au moyen d'anciennes poésies. Le Chihâb /TcA- 
Chéîb ivéch-chabdb, sur la canitie et la jeunesse, a été 
imprimé à Constantinople. Il est (à moins que ce ne soit 
son frère Ràdi) l'auteur du Nahdj-el-bèldgha, recueil 
d'apophtegmes attribués par lui à Ali; le commentateur 
turc Mostaqim-Zàdè a même prétendu qu'il était le véri- 
table auteur du diwan attribué à Ali, ce qui n'aurait rien 
d'impossible. 

Abou-Dja'far Mohammed, né à Tous dans le Khorasan 
en 995, passa la plus grande partie de sa vie à Bagdad et 
mourut à Nédjef (Méchehed-Ali) en 1067. 11 a écrit le Fihrist 
Kotob ech-Chi'a (Liste de livres chiites), quî a été publié 



, .,..,Goog[c 



LES ABBÀSSIOBS 



à Calcutta par A. Sprenger et Maulawy 'Abdul-Haqq. 
Outre divers ouvrages de jurisprudence, notamment le 
Takdhib el-Ahkâm {Correction des jugements], où il tente 
d'accorder des kadith différents, i) a composé un livre de 
prières (el-hall wH-'iqd) et un traité du culte musulman 
sous le titre de Miçbâh el-Molédjehhid. 

Radi-Eddin Abou *Ali et-Tabarsî, mort en 1153, a écrit 
un grand commentaire du Koran sous le nom de Medjma 
el-bèyân, et un autre encore plus grand sous celui de 
Djâmi' el-djawâmi' : il a défendu les doctrines imamites 
dans son Kitâb el-ihlidjddj {Livre de l'argumentation). 

Nedjm-eddin Dja'far el-Hilli, surnommé el-Mohaqiqq 
{l'Examinateur), né eu 1205 à Hilla, écrivit le grand code 
chiite connu sous le nom de Charât el-Islâm (Lois de 
l'Islamisme), qui a été imprimé à Calcutta et dont Mirza 
Kasem-Beg avait commencé la publication avec une tra- 
duction russe : il a été traduit en entier en français par 
M. A. Querry. On dit que l'astronome Naçir-Eddin Toûsi, 
qui accompagnait l'empereur mongol Houlagou, se fit un 
honneur d'assister à ses leçons. II mourut en 1277, 
d'une chute qu'il fît de la terrasse de sa i 



L'étude du Koran 



Sous l'influence des recherches nécessitées par l'étude 
du droit, le Koran, base de toute la jurisprudence et de 
la société musulmane, fut l'objet d'ua examen de plus 
en plus approfondi. Il était important d'en bien lire le 
texte, de fa^on à éviter toute fausse lecture qui aurait 
pu en vicier le sens ; il l'était encore plus d'en bien saisir 
le sens. Ce furent là deux branches de la sciencp d'Orient 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LITTERATURE ARARE 



qui se créèrent, celle de la lecture et celle de l'exégèse. 

En établissant un seul texte qui devait faire (oî et sup- 
primer toute cause de discussion sur la véritable lecture 
du livre sacré, le khalife 'Othman avait cru donner une 
base inéltranlable à la nouvelle religion. C'était une illu- 
sion. Malgré la disparition des textes qui n'étaîeat pas 
conformes à la Vulgate reçue, des écoles se formèrent 
dans les grandes villes de l'empire, à la Mecque et à 
Médinc, jalouses de leur réputation de villes saintes, à 
Bassora et à Koufa, où régnait la science de la gram- 
maire. C'est là que par tradition orale se transmettait 
l'art de lire le Koran, et chaque manière enseignée pou- 
vait citer l'autorité d'un grand nom auquel remontait 
l'enseignement. Cependant les différences que multipliait 
la tradition orale obligèrent de la remplacer bien vite 
par la tradition écrite. Déjà au milieu du ti° siècle de 
l'hégire Ya'qoùb el-Hadhrami compila un ouvrage sur les 
différentes manières de lire. Cependant de tous les livres 
dont on nous cite les titres, nous n'avons plus rien, ni 
la compilation du célèbre historien Tabari, ni le résumé 
des sept écoles de lecteurs donné par Abou-Bekr Ibn 
Modjàhid; il faut descendre jusqu'au iv' siècle pour 
trouver conservés à Berlin, à Alger et à Leyde, de courts 
ouvrages d'Ibn Khâqan (f 927) et d'Ibu Mihran (f 991). 

De beaucoup plus intéressante à notre point de vue 
est l'interprétation du texte même du Koran. De très 
bonne heure les compagnons du Prophète furent inter- 
rogés à l'envi sur la signification des passages difficiles 
et obscurs, et ils sont nombreux, les uns par l'emploi 
d'un style volontairement concis et prêtant à plusieurs 
explications, les autres par l'usage de mots du dialecte 
qoréïchite que les autres Arabes entendaient mal ou point 
du tout. 'Abdallah Ibn 'Abbâs, oncle de Mohammed, 



:,q,t,=c.=ïGoOg[c 



LES ABBASSIDES 256 

auquel on fait remonter l'origine de tant de hadith dont 
il fut le premier témoin auriculaire, eut souvent à rendre 
de véritables décisions exégétîqucs sur les difficultés 
qu'on lui soumettait; aussi son autorité est-elle souvent 
citée par les commentateurs des époques postérieures. A 
partir de ce moroeat il commence à se développer une 
littérature considérable dont les productions encombrent 
encore aujourd'hui les bibliothèques de l'Orient. Nous 
avons déjà eu l'occasion de citer, parmi les productions 
du tu' siècle, les ouvrages d'Ibn Qotéïba, d'Ez-Zedjdjàdj, 
de Tabaji et de Nisàpouri. A cette époque les mystiques 
viennent ajouter leurs explications fantasmagoriques et 
leurs rêveries aux recherches de leurs prédécesseurs; 
des individus comme Sahl bon 'Abdallah et-Tostéri, 
élève du saint musulman Dhou'n-Noùn l'Égyptien, qui 
mourut en odeur de sainteté vers 886 à Bassora et qui 
fît des miracles, introduisirent dans le commentaire du 
texte sacré une foule d'interprétations ésotérîques pour 
en fausser le sens dans la direction de leurs idées à la 
fois morale et mystique, en tirant de mots simples, dé- 
tournés de leur signification naturelle, toute une explica- 
tion destinée à servir leurs projets. A côté de ces mystiques 
d'origine aryenne, nous trouvons cependant des juriscon- 
sultes pour se livrer à une saine exégèse, en se bornant 
à prendre dans le texte ce qui s'y trouve ; nous pouvons 
citer parmi eux El-Djassàs er-Râzi, savant hanéfite de 
l'école de Bagdad, qui vécut longtemps comme profes- 
seur à Nisapour, et dont on trouve les ouvrages à Cons- 
tantinople et au Caire; 'Abdallah ben 'Atiyya de Damas, 
qui appliqua a l'explication du Koran sa profonde 
connaissance de la langue arabe des poésies anté- 
islamiques; Ibn-Zamanéïn, savant espagnol du rite malé- 
kitc, mort en 1008, qui a laissé un commentaire que le 

L,, .....,Coog[c 



LITTBRATVHE ARABE 



British Muséum conserve en abrégé ; El-Hasan ea-Nisâ- 
pouri, ancien adepte de la secte dogmatique des Karrâ- 
mîyya, devenu plus tard chaféïte, et qui joignit à sa 
réputation de savant exégète celle d'un historien et d'un 
philologue (f 1015); Ibn Salàma de Bagdad, où il pro- 
fessa dans la mosquée d'eUMançour et écrivit le premier 
ouvrage que nous ayons sur les passages singuliers du 
Koran qui se suppriment les uns les autres et qu'on 
appelle ndsikk et mansoukh (celui qui abroge et celui qui 
est abrogé) ; on sait que, bien que le Koran soit réputé la 
parole divine elle-même que Mahomet n'a fait que trans- 
mettre, certains préceptes ont été abrogés et annulés par 
des prescriptions subséquentes; c'est ainsi qu'un mo- 
narque se dédit sans vergogne, sous prétexte qu'il était 
mieux informé la seconde fois; rien en cela ne choque les 
musulmans, habitués, par l'obéissance passive qui est le 
fond de leur religion, à voir en Dieu un autocrate plus 
puissant que ceux qu'ils ont pu connaître sur cette terre. 
Les chiites eux-mêmes, dès le tv' siècle, possédèrent des 
interprètes du Koran, tels qu'Abou'l-Hasan 'Ali el- 
Qoummi, auteur d'un commentaire abrégé où l'on voit 
la famille d'Ali représentée comme la source de toute 
science, et où l'on prend sur le fait, pour ainsi dire, 
l'apparence de fabrication de toutes pièces, qui est la 
caractéristique des ouvrages chiites. 

L'art de lire le Koran a été traité par Abou-Mohana- 
med Makî ben Hammouch bl-QaÏsi; né à Kairouan en 
966, il alla étudier à l'âge de treize ans la philosophie et 
l'arithmétique en Egypte, revint dans son pays, en 
repartit en 987 pour la Mecque, et continua ses études 
en Egypte lors de son retour. Voyageur incorrigible, il 
repartit une troisième fois pour la vallée du Nil, en vue 
d'y étudier les différentes manières de lire le Koran, au 



^,:....,Goog[c 



LBB ABBASSIDES 



nombre de sept, et y resta un an. En 997 il retourna à 
la Mecque où il séjourna quatre ans, puis il se rendit en 
Espagne, professa dans différentes mosquées de Cordoue, 
lut nommé prédicateur et imam à la grande mosquée et 
conserva ce poste jusqu'à sa mort en 1045, bien qu'il ne 
fàt pas à mime de le remplir parfaitement, car il était 
plutôt professeur de Tart de psalmodier qu'auteur de 
sermons. La Bodléïenne possède son Ri'âya li-tadjwid 
el-qirda (l'Observation de la bonne lecture); la biblio- 
thèque de Berlin, celles de Gotha et du Caire ont con- 
servé son Tabçira, son Kechf, son l'râb mouchkilât 
el-Qor'âa (Explication grammaticale de certains mots 
difhciles du Koran) et son Cherh Kallâ wa halâ (Com- 
mentaire sur ces deux expressions arabes). 

Abou 'Amr 'Olhraàn ben Sa'ïd ed-Dànï, né en 981 à 
Dénia en Espagne, fit le pèlerinage en 1006, et demeura 
quatre mois à Kairouan et un an au Caire. A son retour 
il s'établit dans sa ville natale où il mourut en 1053. II a 
laissé, sous )e titre de TaUlr, un traité des sept lectures 
différentes; un autre du même genre appelé Djamî el- 
béyân, un livre sur la composition du Koran et l'établis- 
sement de son orthographe (el'Moqni), et quelques 
autres traités du même genre : ce qui ne fait guère que 
neuf sur les cent vingt qu'il avait composés. 

Abou-Tàhir Isma'îl Ibn Khalap es-Saraqostî naquit à 
Saragosse et y mourut le 4 janvier 1063; il était fort 
versé dans la littérature; il ne cessa d'étudier et de com- 
muniquer ses informations au public jusqu'au jour où il 
mourut. Son Kitdb el-'Oiuvân existe en manuscrit à 
Berlin. 

Abou'l-Mozhaffar Yahya Ibn Hobéïra était fils d'un soldat 
de la colonie militaire établie sur le Dodjéïl, dans l'Irak; 
îl était de pure race arabe ; il étudia à Bagdad le droit 
LtrrfiiiTDBa tu*». '"1 



og[c 



LITTKRÀTDRB ARABE 



hambalite et lee sciences coraniques, puis il eutra dans 
l'administratioD et s'éleva jusqu'au rang de vizir, en 
récompense d'une lettre bien tournée par laquelle il avait 
fait désavouer l'eunuque abyssin Mas'oud el-Bilali, préfet 
de police des Seldjoukîdes à Bagdad. Il mourut en 1165. 
Son Ifsâh est consacré aux mots du livre sacré sur la lec- 
ture desquels les plus célèbres lecteurs difi%rent d'avis ; 
il existe à Paris; son lehrdftrtâte de la diËFérence entre 
les quatre rîtes orthodoxes. 

El-Qàsim ben Firroh ech-Cbâtibî, né à Jativa en 
Espagne en 1144, vint au Caire en 1176, y fut lecteur 
du Koran et y mourut en 1194. Le nom de son père est 
l'ancien espagnol fierro (pour hierro), fer. Son chef- 
d'œuvre, qui porte le titre de Hirz eî-Amdni wa Wadjh 
et-Téhdni (les Souhaits acccompUs et les félicitations 
ouvertes), mais qui est plus connu sous l'appellation de 
Châtibiyya, est un poème didactique de cent soixante- 
treize vers, versification du Taïslr, destinée à être apprise 
par cœur, et qui contient, dans un langage barbare et 
difficilement intelligible, toutes les règles de la lecture 
du Koran. Ibn-Khallikan pensait qu'aucun ouvrage du 
même genre n'avait été produit auparavant. Admirons la 
dinicuUé vaincue, et passons. Le ^o7/tf''d'Ed-Dàni a été 
aussi versifié par lui; il a laissé également un commen- 
taire du Koran. 

Il eut comme élève 'Àlam-eddin Aboul'Hasan 'Ali is- 
Sakhâwi ; né en 1163 à Sakhâ en Egypte, il exerça à Damas 
la profession de lecteur du Koran et y mourut en 1245. 
Il a écrit de nombreux ouvrages sur les sciences reli- 
gieuses, entre autres le Hidâyet el-Mortdb (Directian 
dans les cas suspects), poème en quatre cent vingt-sept 
vers sur les expressions homonymes qui se rencontrent 
dans le Koran, des commentaires sur les ouvrages de sou 



LES ÀBBÂ9SIDSS 3t9 

maître ech-Châtibi, sept poésies religieuses, et une cor- 
respondance poétique avec son contemporain Kémâl- 
Eddîn ech-Chéricbi, commentateur des Séances de Hariri. 
Son enseignement oral eut tant de succès, qu'on voyait 
la foule s'empresser autour de lui dans la grande mosquée 
des Oméyyades, pour apprendre à lire le Koran sous sa 
direction ; chacun n'approchait qu'à son tour, après avoir 
attendu fort longtemps. Parfois deux ou trois personnes 
lisaient à la fois, en sa présence, des passages diffé- 
rents du livre sacré, et il leur faisait successivement 
ses observations. 

En même temps que la lecture du texte, l'interpréta- 
tion de sa signification occupait les loisirs des grammai- 
riens. Abou'l Hasâk 'Ali ben Ibrahim el-Haopi était ori- 
ginaire d'un village des environs de Bilbéïs en Egypte; 
il mourut en 1038 après avoir écrit le Borhdn {la Preuve), 
commentaire du Koran en vingt-huit volumes. Abou'l- 
Hasan 'Ali Ihn MattoAyè zl-Wâhidi, de Nisapour, descen- 
dait d'une famille araméenne et chrétienne, comme l'in- 
dique le nom de son aïeul (Mattai, Mathieu); élève 
de Tha'labi, il mourut, après une longue maladie, en 
1075. L'Asbâb en~Nozoûl (les Motifs de la révélation) 
est un récit historique des occasions ponr lesquelles 
furent révélées tes sourate» et les versets du livre sacré ; 
il a écrit aussi deux commentaires, le Wadjlz et le IVasît, 
et s'est occupé d'expliquer les vers de Moténebbi d'une 
manière supérieure à celle de ses devanciers. 

Abou-Bekr Mohammed Idk el-'Abab1 naquît à Séville 
en 1076, accompagna en 1092 son père qui faisait un 
voyage en Orient, et parcourut Damas, Bagdad et le 
Hedjaz. Après avoir accompli les cérémonies du pèleri- 
nage, il revint à Bagdad écouter les leçons de Ghazâli, 
et retourna à Séville par Alexandrie et te Caire. Rentré 



360 LITTÉHATTRE ARABE 

dans sa ville natale en 1100, il y exerça quelque temps 
les fonctions de cadi, puis il y professa jusqu'à sa mort 
en 1151. Nous n'avons plus son commentaire des tradi- 
tions de Tirmidhi, intitulé Aridet-el-Akwadi, mais on 
trouve encore au Caire son commentaire du Koran 
{Qdnoûn el-ta'ivlt), ses études juridiques sur le texte 
sacré, et son traité du mariage {fardïd en-nihâh). 'Abder- 
Rahman ben 'Abdallah bs-SohéÏli el-Khat'ami, né près 
de Malaga, dans le village de Sohéïl, en 1114, étudia à 
Grenade, habita quelque temps Séville et revînt finale- 
ment à Malaga. Le sultan du Maroc Ya'qoAb ben Mao- 
çoùr le fit venir auprès de lui, et il mourut dans l'Afrique 
du Nord, trois ans plus tard, le 23 novembre 1185. Son 
Ta'rifivel-ildm explique les passages du Koran où il se 
rencontre des noms propres; le Raud el-Onof esl ua 
commentaire de la biographiedu Prophèted'Ibn Hichâm, 
étudié par P. Bronnie. 

Tout le long travail des commentateurs que nous avons 
vus jusqu'ici, grammairiens pour la plupart, est résumé 
dans le célèbre ouvrage de Béidâwf, Amvâr et'tanstl 
wa asrdr et-Ca'ivil (les Lumières de la révélation et les 
mystères de l'interprétation), édité par Fleischer. 'Abdal- 
lah ben 'Omar EL-BÉiDlviri, originaire de Béida, petite 
ville du Farsistan, était le fils du grand cadi de cette 
province sous l'atâbek Abou-Bekr ben Sa'd, Mécène de 
la poésie persane ; il fut lui-même cadi à Chiraz, capitale 
de la province, et vécut ensuite à Tébriz, où il mourut 
vers 1286. Son commentaire a pour base le Kackchdfde 
Zamakhchari, auquel il a ajouté beaucoup de matières 
empruntées à d'autres sources. C'est celui que préfèrent 
les Sunnites; mais il est insuffisant, parce que les 
matières y sont traitées trop brièvement. Il a d'ailleurs 
été critiqué, même en Orient. Le Minhâdj eUWoçoûl 



LES ABBASSIDES 



est un traité de droit chaféîte, comme le Gkâya el-Qoçwa ; 
le Miçbâk el-anvdh est un manuel de théologie ; le Tawâli 
el-anivâr traite de la métaphysique. Enfin il a écrit l'his- 
toire de la Perse depuis Adam jusqu'en 1275, dans le 
Nizkâm et-Tawdrikh, rédigé en persan. 

ABoa't.-WALiD Soléïman ben Khalaf Et^BÀDJi, né à 
Badajoz en 1012, partit pour l'Orient en 1029 et y 
séjourna treize ans, dont trois à la Mecque et trois à 
Bagdad. A son retour, il occupa une place de cadi malé- 
kile, et mourut en 1081 à Almerla. On a de lui un Sonan 
eç-Çâlikln (Mœurs des gens pieux), collection de tradi- 
tions relatives à la morale, le Foçoûl el-Akkdm sur la 
jurisprudence, et une réponse, conservée à l'Escurial, à 
une apologie du christianisme contenue dans une lettre 
adressée par un moine français au prince de Saragosse 
Moqtadir. 

La théologie dogmatique. 

Le Koran avait des adversaire^ irréductibles, auxquels 
du reste il laissait une place inférieure dans la nouvelle 
société, sans les contraindre à quitter leur religion : 
c'étaient les juifs et les chrétiens. Les derniers surtout 
ne se faisaient pas faute d'argumenter contre une religion 
qui prétendait les dominer; c'est en Syrie, pays récem- 
ment arraché à la domination des empereurs romains 
d'Orient, que la lutte était vive et la dialectique pressante. 
Le besoin de répondre à ces adversaires redoutables créa, 
chez les Musulmans, la théologie dogmatique. Puis les 
sectes naissantes dans le sein même de l'islam contrai- 
gnirent les docteurs orthodoxes à lutter contre les nova- 
teurs, à coups d'arguments puisés dans les textes. Les 

-'-'"gi^' 



3S2 LITTÂHATDRB MABB 

Mourdjïtes trouvaient extrême le dogme de la prédesti- 
nation absolue et y apportaient des méDagements; ils 
eurent la gloire de compter le grand jurisconsulte 
Abou-Hanifa parmi leurè adeptes. Mais les attatjues que 
l'orthodoxie eut à subir lui vinrent des rationalistes, que 
l'on appelle en arabe Mo'tazila, c'est-à-dire ceux qui se 
séparent. C'est à Bassora que Wâsîl ben 'Atâ fonda la 
secte des Mo'tazélitcs. Cette école dirigea surtout ses 
recherches sur les questions relatives à l'existcDGe de 
Dieu et à ses attributs. On dit que les anciens mo'tazé- 
litcs auraient puisé à la source de la dialectique grecque ; 
c'est possible, mais on ne saurait le prouver en l'absence 
de leurs écrits, qui sont perdus. Au m* siècle, on se 
disputa sur la fameuse question de savoir si le Koran 
était créé ou existait de toute éternité; les orthodoxes 
penchaient pour la seconde explication, les Mo'tazélitcs 
affirmaient avec autorité la première. La lutte fut longue 
et ensanglanta l'empire musulman ; te khalife Ël-Mamoun 
déclara officiellement en 827 que le Koran était créé et 
ordonna des poursuites contre ceux qui n'admettraient 
pas ce dogme. L'éclatant succès de la doctrine mo'tazélite 
ne fut pas de longue durée. El-Motawakkil, qui tenait 
à s'attacher les orthodoxes pour des motifs politiques, 
renversa ce fragile édifice et mit le bras séculier à la 
disposition des ennemis des Mo'tazélitcs en 851. En 
même temps Mohammed ben Ishaq de Nisapour écrivait 
contre eux son livre de l'unité de Dieu et de la preuve des 
attributs du Seigneur; mais la disparition définitive du 
mouvement mo'tazélite, ainsi que l'établissement d'une 
orthodoxie rigide et définitivement fondue dans un moule 
d'oil elle ne devait plus sortir, sont dus à un grand 
docteur musulman, Abou'l-Hasao 'Ali ben Isma'îl bl- 
Ach'ari. Il appartenait à une ancienne famille noble de 



LES ÂBBASSIDEB 36S 

l'Arabie, et naqnit en 873 à Bassora. Bien qu'élevé dans 
une famille orthodoxe, il devint mo'tazélite eu écoutant 
les leçons du grand docteur de cette secte, El-Ûjobbàï, 
et il conserva cette croyance jusqu'à la quarantième 
année de sa vie. A ce moment il trouva son chemin de 
Damas et revint à l'orthodoxie. Ses études mo'tazélitcs 
le rendirent redoutable, car il pouvait combattre les 
rationalistes avec leurs propres armes. Son abjuration 
fut publique et elle eut le plus grand retentissement, car 
c'est dans la chaire de la grande mosquée de Bassora 
qu'il déclara renoncer aux croyances mo'tazélites et 
retourner à la foi de ses pères (en 912). Plus tard il se 
rendit à Bagdad et y écrivit quatre-vingt-dix- 
neuf ouvrages, dont beaucoup ne sont que de petits 
traités. 

En m£me temps qu'El-Ach'arî, Abou-Mançoûr Moham- 
med beo Mahmoud el-Màtouridi, ainsi surnommé d'après 
un faubourg de Samarcande où il était né, entreprenait une 
réforme de la dogmatique orthodoxe qui eut un vif succès 
dans rinde, la Transoxiane et la Turquie ; d'ailleurs de 
très petites divergences le séparaient d'El-Ach'ari, Il 
mourut dans sa ville natale en 944. Cette même ville ne 
tarda pas d'ailleurs à donner naissance à un polygraphe 
de la plus grande activité, Abou'l-Léïth es-Samarqandi, 
docteur hanéfite qui embrassa les domaines variés de la 
théologie, de la jurisprudence, de l'exégèse et de la 
morale. Il mourut vers 993. 

Abou-Hâmid Mohammed EL-GRAzJ^Lt, ainsi surnommé, 
selon Sam'àni, d'après le village de Ghazàla, près de 
Tous dans le Khorasan, où il naquit en 1059, et non el- 
Ghazzâli, comme on le prononce communément, alla 
étudier la théologie a Nlsapour, où il reçut les leçons de 
l'imâm El-Haraméïn. Après la mort de son maître, il s'at- 



SEÏ LITTBnATDne IBABE 

tacha au célèbre ministre Nizhâtn-el-Molk, qui réuais- 
sait autour de lui les savants les plus illustres; il resta 
victorieux dans les discussions publiques qui s'ouvrirent 
et les caravanes ne tardèrent pas à porter sa réputation 
au loin. En 1051, il fut chargé de professer a la Nizhâ- 
oiiyya de Bagdad où trois cents auditeurs se pressaient 
autour de lui; mais, au bout de quatre ans, il résigna ces 
fonctions et les fit confier à son frère Ahmed, afin de 
pouvoir vaquer plus librement à ses recherches philoso- 
phiques. 11 se retira du monde et se livra à des pratiques 
ascétiques, pendant onze ans, ainsi qu'il l'a raconté lui- 
même. Il voyagea; Damas, Jérusalem, la Mecque, Alexan- 
drie le reçurent tour à tour. C'est alors qu'il chercha à 
concilier la science et la foi et s'enfonça dans le mysti- 
cisme panthéiste des soAfis. 

A Alexandrie, il entendit parler du soulèvement des 
Almoravîdes, dont le fondateur pensait avoir créé un 
mouvement de réforme dans l'islamisme, et il conçut le 
projet d'entrer au service de Yoùsouf ben Tâchifin; mais 
celui-ci mourut en 1106, avant que Ghazâli eât entrepris 
son voyage, et le philosophe, renonçant à ses intentions, 
retourna dans sa ville natale de Tous, où il vécut tran- 
quille, sauf pendant le temps qu'il consacra, à la demande 
de Mohammed, fils de Mélek-Chàh, à professer à Nisa- 
pour. Il mourut dans le quartier de Tabaràn, le 19 dé- 
cembre 1111 ; il y avait fondé uo monastère de soùfis et 
une medressé pour les études théologiques. Soyouti a pu 
dire de lui : « S'il avait dû y avoir un prophète après 
Mahomet, c'aurait été sûrement el-Ghazàli ». L'admira- 
tion du monde musulman lui fit décerner le titre de 
Hodjdjat el-lalâm (l'Argument décisif de l'islamisme). Il 
appartenait au rite chaféïte, qui était le plus répandu en 
Perse à cette époque; on est loin du triomphe du cfaîî- 



, .,..,Goog[c 



tïsme, qui ne deviendra religion d'État qu'avec les 
Çafawides, au xvi* siècle. 

Les ouvrages sortis de ta plume de Ghazàli sont exces- 
sivement nombreux ; M . Brocketmann en énumère 
soixante-neuf qui ont été conservés. Nous ne pouvons 
en donner ici qu'une indication rapide. Le Djawâhir 
el'Qor'dn (les Joyaux du Koran) est une théologie sys- 
tématique; l'Aqlda est un exposé des articles de la foi . 
musulmane qui a été édité par Pocock dans son Spéci- 
men. La Perle précieuse (Ed-dorra el-fàkhira) traite du 
jugement dernier et de la fin du monde, ce que les Uiéo- 
logiens nomment eschatologie; elle a été éditée et tra- 
duite par M. L. Gautier. La morale et la théologie mys- 
tique sont codifiées dans VIhyâ 'oloâm eddin (Revivification 
des sciences de la religion). Le Mlzân el-'amal (Balance 
des œuvres) a été traduit en hébreu par Abraham ben 
Hasdaï de Barcelone et publié par Goldenthal. Le Kimiyâ 
ea-sédda (l'Alchimie du bonheur) est une morale popu- 
laire fondée sur le mysticisme; écrit primitivement en 
persan, cet ouvrage a été traduit en anglais par H. A. 
Homes, sous le titre de The alchemy of happiness. 
Ayyoukâ'l-walad (0 enfant!) est un célèbre traité de 
morale que Hammer>Purgstall a publié et traduit en alle- 
mand. En matière juridique, ses traités de droit chaféïte 
ont eu une grande célébrité dans le monde musulman; 
le Baslt, le Waaît et le Wadjiz sont des abrégés les 
uns des autres. En philosophie, le Téhâfot~el-Féldsifa 
(Chute des philosophes) est une attaque contre les adhé- 
rents de la philosophie grecque; il a été étudié par 
M- de Boer; le Maqdçid el-falâstfa (But des philosophes) 
forme une sorte d'introduction au précédent ouvrage : le 
texte a été publié à Leyde par M. G. Béer; on en a une 
traduction latine de Gondisalvi, Imprimée à Venise en 



LITTERATORB ARABE 



1506. Le Mounqid min ed-dalâl (Préservatif de l'erreur), 
composé après avoir repris ses cours à Nisapour poar la 
deuxième fois, expose le développement de sa pensée 
philosophique ; il a été publié et traduit par Schmdlders 
dans son Essai sur les écoles philosophiques chez les 
Arabes; uue seconde traduction, bien améliorée, a été 
publiée dans le Journal Asiatique de 1877, par notre 
savant maître, M. Barbier de Meynard. 

A càté du grand docteur chaféïte, il ne faut pas oublier 
son frère Abou'UFotoâh Medjd-Eddin Ahmed, qui lui 
succéda à la chaire de la Nizhâmiyya. Comme lui, il peo- 
cha vers le mysticisme, et répandit ses idées par la pré- 
dication plus que par l'écriture, car il était d'une belle 
prestance et possédait le don des miracles. Sa passion 
était de prononcer des sermons en public, ce qui lui fît 
quelque peu négliger ses études juridiques. Il mourut à 
Kazvin, en 1126. Il a abrégé VIhyâ de son frère, et a 
écrit des traités sur le soufisme, tels que le Minkâdj el- 
Âlbâb (la Voie des cœurs), un traité sur les avantages de 
la pauvreté et la prise du froc chez les mystiques; un 
livre [Bawdriq el-ilma) pour prendre la défense de la 
musique prohibée comme futile et frivole par les musul- 
mans stricts, considérée, au contraire, par les mystiques, 
comme un moyen de parvenir à l'extase. Le Kitâb ed- 
dâhira est un résumé du système de son frère. 

Nedjm-Eddin Abou-Hafg 'Omar bk-Nasafî, né en 1068 
à Nasaf, ville de la Transoxiane, mort en 1142, était l'un 
des plus grands docteurs du rite hanéfîte, a son époque. 
Son ouvrage le plus célèbre est Y'Aqdïd (Articles de foi), 
cathéchisme musulman, publié par W. Cureton et traduit 
en français dans le Tableau de Cempire othoman de 
Mouradjea d'Ohsson, et en allemand par Ziegler. Il a 
écrit aussi un long poème didactique de deux mille sept 



cents vers sur les différences qui partagent les chefs des 
rites orthodoxes, et au moins deux commentaires du 
Koran. 

Abou'1-Fath Mohammed bch-Ch&hrastâni naquit en 
1086 à Chahristan, bourgade du Khorasan, étudia à 
Djordjâoi^a {Ourghendj} et à Nisapour, où il s'occupa 
spécialement du système théologique d'El-Ach'arl. Il pro- 
fita d'un pèlerinage à la Mecque, eu 1116, pour passer, 
à son retour, trois ans à Bagdad ; revenu dans son pays 
d'origine, il y mourut en 1153. Son Kitâb el-milèl wên- 
nihal est un exposé complet et détaillé des diverses opi- 
nions philosophiques et des sectes religieuses musul- 
manes et autres; il a été publié par Cureton et traduit 
en allemand par Haarbrûcker. Il avait écrit une histoire 
des philosophes que possédait Bland; une traduction 
persane, apportée en Europe par Fraser, y a été achetée 
par un prince d'Oude, et emportée par lui dans l'Iode. 
Le Nihdyet el-iqddm (Limite du progrès) est un traité 
complet de théologie scolastîque. Le Muçâra'al el-fèld- 
eifa est une discussion de sept questions métaphysiques. 

Siràdj-Eddin 'Ali bl-Oôchî, né à Ouch dans le Ferghana, 
écrivit vers 1173, sur les principes de la foi musulmaue, 
un poème didactique rimé en / et connu eous le nom 
d'AmdU (Dictées), qui a été publié par P. de Bohien 
et souvent commenté. De son Ghorar el-akkbâr il a été 
fait un extrait de cent courtes traditions, conservé en 
manuscrit au Caire et à Berlin. 

A l'occasion d'une lettre écrite par l'empereur romain 
de Constantinople au sultan d'Egypte Mélik-Kàmil, 
Abou'1-Baqà Çâlehel-DJa'fari composa, en 1221, une réfu- 
tation du christianisme et du judaïsme sous le titre A'El- 
béydn el-wadih el-machhoûd, utilisée par F. Triebs dans 
sa dissertation publiée à Bonn en 1897. 

L,, ;....,G00g[c 



ses LITTÉHATORE AHABB 

'Abdel- 'Azîz ben 'Abdes-Sélâm es-SouhÎ, Buroommé 
Sultan el-'Olamd, aè en 1181 à Damas, y remplit les 
fonctioDS de prédicateur jusqu'à ce qu'il fAt appelé en 
Egypte par Mélik-Çâleh, vers 1240; il resta dans ce pays 
jusqu'à sa mort, en 1262, après avoir composé, sur la 
jurisprudence chaféîte, un grand nombre d'ouvrages 
dont vingt-quatre ont été conservés, tels que le grand et 
le petit Qawâïd eck-Charî'a (Règles de la loi), le Mothat 
el-l'tiqdd, qui est une critique du système d'El-Ach'arî, 
et une polémique contre certains novateurs, tels que les 
hackwiyya. 

Les mystiques. 

Le même mouvement qui entraînait les esprits vers 
l'orthodoxie religieuse en emmena un grand nombre au 
delà des bornes de la raison et développa, sous de» 
influences venues de Perse, le mysticisme dans le monde 
musulman . Ceux qu'on a appelés les saints de l'islam sont 
des mystiques, ou pour leur conserver le nom qu'ils 
portent en Orient, des Soufîs, c'est-à-dire des gens vêtus 
de laine, nous dirions de bure. C'étaient des ascètes, 
d'abord à la façon des moines chrétiens, des gens renon- 
çant au monde, à ses biens périssables, pour se vouer à 
la contemplation dans des contrées désertes; plus tard 
ce furent des confréries, des ordres religieux ayant cer- 
tains lieux de réunion pour leurs prières en commun, 
prières qui devinrent vite des exercices spirituels d'un 
ordre très matériel, tels que la danse des derviches tour- 
neurs, les travaux de jongleurs des Aïssaouas, les cris 
ou rugissements des Rifà'iyyajmais à l'époque lointaine 
dont nous parlons, nous n'en sommes pas encore là. La 



, ;....,Goog[c 



LB8 &BBA8SIDBS 



question se pose de savoir si le mysticisme musulman a 
son origine dans l'Inde ou chez les moines grecs et 
syriens; dans les deux cas, il est l'entier contrepied de 
l'esprit sémitique; c'est une influence aryenne des plus 
caractérisées qui l'a amené. 

Les plus anciens mystiques dont les ouvrages nous 
sont restés sont Abou-' Abdallah el-Harith ben Asad el- 
Mouhâsibi, qui était de Bassora; il prêcha la renoncia- 
tion au monde et donna l'exemple en refusant l'héri- 
tage paternel, sous le prétexte d'un scrupule légal dérivé 
de ce que son père était partisan de la doctrine du libre 
arbitre de l'homme, contraire au thème orthodoxe de la 
prédestination, et qu'en droit musulman des personnes 
de religion différente ne peuvent hériter l'une de l'autre ; 
il vécut et mourut en 857 dans l'indigence. Chez son 
contemporain Dhou'n-Noûn l'Égyptien, né à Ikhmim, 
les idées religieuses paraissent étroitement liées à des 
conceptions fantastiques sur le rôle de l'alchimie; avec 
El-Djounéïd (f 910), d'une famille de Néhâwend (son 
père était verrier), le soufisme devient décidément pan- 
théiste ; ce maître réunit autour de lui un certain nombre 
d'élèves; l'un d'eux devint célèbre, ce fut El-Hoséïn ben 
Mançour el-Hallàdj, d'origine persane, qui fit des mira- 
cles et attira autour de lui un certain nombre de prosé- 
lytes, tellement que le pouvoir en prit ombrage; sous le 
prétexte qu'il avait déclaré que Dieu s'était incarné en 
lui, il fut conduit devant le juge de Bagdad, condamné 
à mort et exécuté (921). 

Nous avons vu, avec Ghazâlî, le théologien pencher 
vers le mysticisme. Nous allons étudier maintenant le 
mouvement donné à la littérature par cette nouvelle 
branche, d'inspiration iranienne. Abou'l-Qâsim 'Abdel- 
Kérim bl-Qoghaïri, né en 986 d'une famille établie dans 



270 LITTBHATUnB ARABE 

le Khorasaa depuis la conquSte, perdit son père de 
bonne heure et hérita d'un bien-fonds situé près d'Os- 
towà; il alla étudier à Nisapour en vue d'acquérir les 
connaissances nécessaires pour le défendre contre les 
exactions du fisc. Abou 'AH el-Hasan ed-Daqqàq, le 
grand maître du soufisme, dont il suivit les leçons, le 
poussa dans la voie de la science et du mysticisme, et le 
conduisit à s'y vouer entièrement; il lui donna même, 
plus tard, sa fille en mariage. En 1056, il se rendit à 
Bagdad et y professa la science des traditions dans le sens 
chaféïte ; il mourut à Nisapour, en 1072. Il joignait à une 
profonde connaissance du soufisme, une grande habileté 
de calligraphe et une érudition remarquable ea matière 
de belles-lettres . La Risdla qui porte son nom a été 
écrite pour donner un nouvel éclat aux doctrines mysti- 
ques, qui, de son temps, avaient un peu perdu de leur 
succès; le Tertlb es-Soloûk fi. tarîq Allah (Disposition à la 
marche dans la voie de Dieu) est un guide du soufi débu- 
tant; le Tahbîr est un traité des cent noms de Dieu et 
de leur emploi dans la prière. 

Abou Isma'ïl 'Abdallah el-Hérbwi, né à Kohan-diz en 
1005, mort à Hérat en 1088, a laissé un Mandzil ea- 
Sâîrin, qui traite des diverses étapes que le soufi doit 
parcourir avant d'obtenir la connaissance de la vérité; 
un Dhamm el-Kaiâm , qui est une attaque contre la 
théologie dogmatique et scolastique, et un Tabaqât es~ 
Soufiyya (Histoire des mystiques), qui est la base sur 
laquelle le poète persan Djâmi a édifié son Nafakdt el- 
0ns. 

Tâdj-el-Islâm el-Hoséïn Ibn KhahIs el-Mauçilî, né à 
Djohéïna, village près de Mossoul, descendit le Tigre 
pour aller étudier le droit chaféïte à Bagdad, auprès de 
Ghazâli, et devint cadi d'une bourgade de l'Euphrate 



, .,..,Goog[c 



LBS ÂBBASSIDBS 271 

entre Raqqa et Bagdad. Il se retira plus tard à Mossoul et 
y mourut en mai 1157. Ses Manâqib el-abrdr (Biographie 
desge&B pieux)soiitune imitation de la^ijfï^a deQochaîri 
avec une histoire des soufis. 

Le ChéÏkh 'Ad! ben Mousâfir el-Hakkâri naquit dans 
le village de Béït-Qâr près de Baalbek; il Gt, étant encore 
jeune, de longs voyages pour rendre visite aux princi- 
paux souHs de son temps. Plus tard il se retira, dans les 
montagnes à l'ouest de Mossoul, au milieu des ruines 
d'un couvent chrétien, où il établit sa zâouïa;i\ y mourut 
en 1163, après avoir fondé l'ordre religieux des 'Adawiyya. 
Les Yézidis, qui probablement à cette époque habitaient 
les montagnes de Siadjar, le prirent pour leur protec- 
teur, tout en lui rendant un culte qui n'a presque rien 
de musulman; il est resté, jusqu'aujourd'hui, leur grand 
saint et son tombeau est un lieu de pèlerinage. La biblio- 
thèque de Berlin possède son catéchisme, J'tiqâd akles- 
sonna (Croyances des sunnites), ses conseils aux khalifes 
et à ses élèves ( ]Vaçdy£), ainsi que deux odes conçues 
dans le sens mystique. 

Mouhyi'ddîn 'ÀBo-BL-QjlDin sL-GiLilN!, un des grands 
saints de l'Islam, rattachait son origine à Ali; né en 1078, 
dans le Guilan, au sud de la mer Caspienne, il se rendit 
jeune encore à Bagdad, où il se mit à étudier le droit 
hambalite en 1095. En 1127, il commença à tenir des 
séances d'édification; il acquît vite une réputation de 
sainteté, et fît des miracles. Il disait : « Je voudrais avoir 
eotre les mains tous les bïens de ce monde, pour donner 
à manger à ceux qui ont faim ». Il mourut en 1166 : 
l'ordre religieux des Qâdiriyya, qu'il avait fondé, main- 
tient encore aujourd'hui sa renommée et sa doctrine 
dans tout l'Orient. Notre grand adversaire d'Algérie, 
l'émir Abd-el-Kader(Mouhyi'ddin'Abd-el-Qâdiret-Hasanl), 



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LITTBRATDRE ARABE 



que l'auteur de ces ligaes a eu l'honneur de connaître 
persoancllenient à Damas où il s'était retiré, se flattait 
de descendre de l'illustre saint de Bagdad. Il a écrit le 
Ghounya Utâlibl lariq el-haqq (l'Ouvrage suffisant pour 
ceux qui recherchent la voie de la vérité], traité complet 
du soufisme; le Fotoùh el-ghaîb (Ouverture des mystères), 
règles de conduite pour ses adeptes; le Djald el-hkdtir, 
recueil de sermons prononcés, soit dans la medresaé, 
Boit dans le couvent des soufis de Bagdad en 1150 et 
1151, qui est conservé à la bibliothèque de l'India Office; 
un autre recueil du même genre, El-fath er-rabbdni 
(Révélations du Seigneur), qui a été imprimé au Caire; 
de nombreuses formules de prières et des poésies mys- 
tiques. 

Diyâ-Eddio 'Abdel-Qâhir ben 'Abdallah es-Sohrawerdî, 
descendant du khalife Abou-Bekr, né en 1097 à Sohrawerd, 
petite ville près de Zendjan, dans l' Azerbaïdjan, alla 
étudier le droit haoéfite à la Nizhàmiyya, se tourna vers 
le mysticisme, vécut dans la solitude et se construisit une 
zâouïa à l'occident de Bagdad. De 1131 à 1152, il pro- 
fessa à la Nizhâmîyya; en 1160, il tînt des séances de 
derviches à Mossoul ; il ee dirigea ensuite vers Jérusalem, 
mais ne put atteindre cette ville occupée alors par les 
Croisés, et resta à Damas, où Nour-Eddin Mahmoud ben 
Zengi l'accueillit avec beaucoup d'honneurs. Il revint 
ensuite à Bagdad et y mourut en 1168. Son traité du 
mysticisme porte le titre à'Addb el-mouriâln (Morale des 
adeptes); la bibliothèque de Vienne possède aussi un 
commentaire de lui sur les cent noms de Dieu. 

11 convient de ne pas le confondre avec un autre 
ascète célèbre, Chihàb-Eddin Yahya ben Habach ben 
Amirek bs-Sobbawerdi, qui étudia le droit à Méragha, 
adopta le soufisme et se mit à vagabonder à Ispahaa, 



LES ABBAS9IDBS 273 

Bagdad et Alep. Sa doctrine éclectique était ud mélange 
d'idées néoplatoniciennes et de traditions iraniennes, 
modifiées par l'islamisme et la conception cbîïte d'un 
imam impeccable caché; il la nommait Hikmet el-ichrdq 
(Philosophie de l'illumination, illuminisme), et ses dis- 
ciples ont pris de là le nom d'ickrdqia {illuminés). Au 
début de son séjour à Alep, il parait avoir trouvé des 
dispositions favorables chez le prince qui gouvernait 
cette cité, Mélik-Zàhir, fils de Saladin; mais soupçonné 
d'hérésie par les orthodoxes, malgré le soin qu'il pre- 
nait de déguiser son enseignement au moyen d'une ter- 
minologie obscure, ceux-ci réussirent à détourner de lui 
l'esprit de Mélik-Zâhir, qui le fit mettre à mort en 1191 ; 
il n'avait que trente-huit ans. Son tombeau y est un but 
de pèlerinage; te peuple l'appelle Cheikh maqtoâl (le 
Chéikb assassiné). En outre du Hikmet dont nous venons 
de parier, il a écrit le Talwîhal sur la logique, la phy- 
sique et la métaphysique, le Hayakil en-Nour sur le mys- 
ticisme, VAlivah el~Imadiyyé sur l'infini, l'absolu, les 
attributs de Dieu, dédié au prince ortokide 'Imâd-Eddin 
Qara-Arslan,et d'autres ouvrages moins considérables. 

Dans le Maghreb vivait à la même époque Abou-Madyan 
Cho'aïb ben el-Hasan, connu en Algérie sous le surnom 
de Bou-Medin; il mourut en 1193, laissant une réputa- 
tion aussi grande que celle d"Abd-el-Q5dir. el-Gilânî à 
Bagdad. On a de lui divers recueils de sentences, dont 
on, l'abrégé du Tohfat el-Arib, a été publié et traduit eu 
latin par Fr. de Dombay; il a composé aussi des vers 
mystiques. 

Un Espagnol, établi à Damas où il exerçait le métier 
de médecin, Abou'1-Fadl 'Abd-el-Mou'in ben 'Omar bl- 
Djilyani, né en 1136, mort en 1205, a écrit un manuel 
de mysticisme sous le titre A'Adab es-Soloiik, une apo- 

uttIhatdiii AKU». I o 

., _ ,., JiOOg[c 



LITTERATURE ARÀBB 



logie de Saladin en prose riiuée et en vers, pour célébrer 
la prise de Jérusalem, le Manddih el-mamddih; les 
louauges du même prince le conduisirent à composer des 
poésies auxquelles i) donna la forme extérieure d'arbres, 
de colonnes, de cercles, d'échiquiers; ces compositions 
bizarres se trouvent à Paris et à Upsal, sous le titre de 
Diivan el-ledbidj. 

Rokneddin Abou-Hâmid bl-Ahidi de Samarcande , 
savant jurisconsulte, mort à Bokhara en 1218, traita, 
soua le titre de Miratel'Madni{\e Miroir des différentes 
pensées], la question de l'indépendance du microcosme, 
le corps humain, par rapport au macrocosme, d'après une 
traduction persane d'un ouvrage indien. De Guignes, Gîl- 
demeister et Pertsch se sont occupés de ce livre. On a 
aussi de lui deux manuels de dialectique et de controverse 
(et-tariqa el-Amidiyya et el-Irchâd) et un traité des talis- 
mans [Haud el-kaydt). 

Nbdjh-Eddin Abou'l-Djémihl el-Khlwaqt, surnommé 
KoBRÂ, mort en 1221, a écrit des ouvrages mystiques : le 
Fawdtih el-Djémâl, le Khâïf el-hâïm, sur les dix moyens 
par lesquels on peut obtenir la pureté du corps et de 
l'âme et par là s'approcher de la divinité, et deux opus- 
cules sur des sujets analogues. 

Chihab-Eddin Abou-Hal'ç 'Omar es-Sobba'werdi, qu'il 
faut distinguer du chéïkh assassiné à Alep qui portait 
les mêmes surnoms, naquît en 1145 à Sohrawerd, étudia 
le droit chaféîtc et se sentit entraîner vers le mysticisme. 
Plus tard nous le trouvons établi comme professeur et 
prédicateur à Bagdad, od il mourut en 1234. Il était le 
neveu de Diyà-Eddin (voir plus haut) ; il fut son élève et 
celui d"Abd-el-Qâdir el-Gilâni. VAwârif el-médrif (les 
Dons divins de la connaissance), où il traite du mystî- 
risme des soufis, a été imprimé à Boulaq; le Kechf el 



LES ABBASSIDBS 275 

faàatk el- Younaniyyé est dirigé contre l'étude de la phi- 
losophie grecque et en faveur de la religion musulmane. 
D'autres traités sont consacrés à vanter la pauvreté et 
le renoncement au monde, à décrire les différentes sta- 
tions que l'âme doit parcourir avant de parvenir à la con- 
naissance de Dieu, à parler de la prise d'habit, consé- 
cration du derviche à la vie contemplative. 

MouHri'DDiN Abou- 'Abdallah Ibn el-'Arabi, né à Murcie 
en 1165, se rendit à Sévilie en 1172 et s'y voua à l'étude 
des hadith et de la jurisprudence. En 1201 il entreprit 
des voyages qui le conduisirent au Hedjaz, à Bagdad, à 
Mossoul et en Asie Mineure ; sans pouvoir rentrer dans 
son pays natal, il mourut à Damas en 1240. Lui qui sui- 
vait, sur le terrain du droit, la stricte doctrine des Zhàhi- 
rites, il se livra à une fantaisie désordonnée sur celui de 
l'entratnement mystique. Ce qu'il a composé d'ouvrages 
est inimaginable, et sa facilité d'invention ainsi que le 
grand nombre de ceux qui nous ont été conservés luî 
ont valu la réputation du plus grand mystique de l'Orient 
musulman. Son chef-d'œuvre, le Fotoûhât el'Mekkiyyé 
(Révélations de la Mecque) est un traité de mystique en 
douze volumes ; le Fosoûs et-Hikam (Mosaïque de pré- 
ceptes), sur l'existence et l'importance des vingt-sept 
prophètes principaux, a été composé en 1230, à Damas, à 
la suite d'une apparition du Prophète; le Mackâhid el- 
asrdr el-Qodsiya (Apparition des mystères sacrés) et 
YAnwdr (les Lumières) ont été écrits à Konia en 1209 ; 
l'/nclta ed-dawâîr est consacré à expliquer la place de 
l'homme dans la création et la cosmogonie ; VOqlat el- 
mostaufiz décrit les créatures du monde d'en haut et de 
celui d'icî-bas, esprits, trône de Dieu, les étoiles, la terre ; 
le Tohfates-8afara{C.aLA.%m fait aux voyageurs) précise les 
étapes du voyageur mystique dans la connaissance de 



, .,..,Goog[c 



276 LITTiRATURB ÂRABB 

Dieu ; le Hilyet eMMâ/ (Ornement des ascètes), guide du 
booheur, a été composé à Taïf près de la Mecque ea 1202. 
Le Kimiyâ es-Sé'dda (Alchimie du booheur) traite des 
propriétés et des vertus de la formule de la croyance en 
l'unité de Dieu; VIfdda (Information) parle des trois con- 
naissances fondamentales : Dieu, le monde rationuel et 
le monde sensible. Un certain nombre de ses traités 
reposent sur les sciences occultes, comme ses études sur 
le Djefr ou livre cabalistique attribué à Ali ; son Fâtda 
(Utilité) route sur la divination par le moyen des lettres 
de l'alphabet. Le Terdjuman el-achwâq (Interprète des 
amours) est un recueil de poésies soufies publié à la 
Mecque en 1201; il composa lui-même un commentaire 
sur son propre ouvrage, pour se défendre contre l'aucu- 
satïon d'avoir chanté l'amour charnel, et non l'amour 
divin; bien d'autres poésies du même genre ont été 
réunies sous des titres différents. De ses deux cent quatre- 
vingt-neuf écrits, cent cinquante ont été catalogués par 
M. Brockelmann comme existants dans les bibliothèqaes 
d'Europe et d'Orient. 

Le fondateur de l'ordre religieux des Chàdhiliyya, 
Abou'l-Hasan 'Ali bch-CbAdbili, né dans une petite ville 
à l'ouest de Tunis, mourut en 1258, après avoir écrit 
el-Moqaddima el-Ghazziyya (la Préface de Gaza], sur les 
devoirs du culte divin; le célèbre Hizb-el-bahr (Litanie 
de la mer), prière dont il croyait avoir reçu- la formule 
de Mahomet laî-mëme, et que le voyageur Ibn Batoùta 
a trouvée assez intéressante pour figurer in extenso dans 
le récit de ses aventures, et d'autres litanies du même 
genre ont été conservées. 

Un élève d'Ibn 'Arabi, Çadr-Eddin Abou'l-Ma'âli bl- 
QoNAWi, de Konia, l'ancienne Iconium, en Asie Mineure, 
mort en 1273, a écrit un commentaire sur ta Fdliha ou 



LBS IBBASSIDBS 



premier chapitre du Koran, sous le titre ATâjâz el-béyan 
(Explication miraculeuse], sur les quarante hadith et sur 
les cent noms de Dieuj la Hâdiya (la Directrice) est un 
opuscule sur les principes de la théodicée musulmane; 
le Noçoûç est un traité de mysticisme soufi; le Mifiak 
el-Gfiaîb (Clef du monde mystérieux) est une introduc- 
tion scientifique à la connaissance de la personnalité 
divine et de ses mystères. 

'Izz-Eddin 'Abdessélàm Ibn Gbûnim el-Maqdist (ou el- 
Moqaddésî), c'est-à-dîre originaire de Jérusalem, mort 
en 1279, a fait chanter les louanges du Créateur par les 
oiseaux et les fleurs dans son Kechf el-Aarâr (les Mys- 
tères dévoilés), publié et traduit par Garcia de Tassy 
sous le titre de Les oiseaux et les fleurs ; le Hall er-romoùz 
(Solution des problèmes) est un traité de mysticisme; 
le Taflis Iblia (le Diable ruiné), imitation du Telbis d'ibn 
Djauzî, est destiné à combattre ceux qui croient que 
Dieu n'a aucune part dans le mal, tandis qu'au contraire 
il le tolère exprès. 

'Izz-Eddin 'Abd el-'Aziz Eo-DiniNi, né à Dirin en Egypte 
en 1215, mort en 1295, est l'auteur d'une poésie célèbre 
sur le jugement dernier, Qilâdet ed-dorr el-manchoûr 
(le Collier de perles déployé}, que l'on joint ordinaire- 
ment à la Kharldat el-'Adjaïb ou cosmographie d'Ibn el- 
Wardl ; il a écrit encore d'autres ouvrages, le Tahdrat 
el-Qoloûb (Pureté des cœurs), collection d'anecdotes édi- 
fiantes, de conseils et de prières, le Tatslr, poème didac- 
tique de plus de trois mille deux cents vers sur l'exé- 
gèse du Koran, une réfutation du christianisme [Irchdd 
el'kai/ârd (]e Guide des égarés), qui est conservée à Paris. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE IX 

LES ABBASSIDES {tuiU). ~ LES SCIENCES. 

Les traductions du grec. 

A la suite des conquêtes d'Alexandre, l'esprit hellé- 
nique avait envahi l'Asie, et l'école d'Alexandrie avait 
maintenu longtemps un centre d'érudition-, de recher- 
ches scientifiques au milieu de populations dont la cul- 
ture de l'esprit était le dernier souci. Malgré les désas- 
tres qui avaient frappé les bibliothèques, dépositaires 
de la pensée antique, il restait en circulation asset 
d'écrits pour qu'on put sentir que cette pensée n'était 
point morte. La Syrie et la Mésopotamie étaient sous 
l'inQuence de la civilisation hellénique. Dans les innom- 
brables cloitres des moines syriens, on traduisît pendant 
des siècles, du grec en syriaque, les ouvrages de la phi- 
losophie et de la science grecques, et c'est dans ces tra- 
ductions syriaques que les traducteurs arabes allèrent 
puiser à leur tour. L'académie fondée à Gondèchâpour 
en Susiane par Chosroès I", en 350, avait aussi répandu 



LES ABB ABSIDES 



en Orient la connaissance de la science grecque et main- 
tenu le goût des études philosophiques et médicales. En 
pleine Mésopotamie, la ville de Harràn, l'ancienne Carrae, 
oà avait été défait Crassus, était restée païenne, et les 
dieux de Grèce et de Rome, dans un syncrétisme qui 
rappelait les derniers temps de l'Empire romain, s'y 
alliaient aux antiques divinités des Sémites. C'était 
encore un centre de civilisation hellénique, en plein 
moyen âge; ses habitants s'y livraient particulièrement 
à des études mathématiques et astronomiques. 

C'est le khalife El-Mamoun qui, en fondant a Bagdad 
une université (béît el-hikma), en y adjoignant une biblio- 
thèque et un observatoire, détermina dans le monde 
musulman un mouvement scientifique considérable dont 
les échos furent répercutés au loin et allèrent plus tard 
réveiller, par le canal de l'Espagne musulmane, l'esprit 
de l'Europe endormie. C'est ce mouvement qui fit passer 
dû syriaque en arabe une foule de traductions du grec 
et enrichit ainsi d'une nouvelle branche une littérature 
déjà variée et fort riche. 

Ainsi El-Hadjdjâdj el-Hàsib traduisit l'Astronomie de 
Ptolémée sous le titre qui lui a été conservé, celui 
d'Almageste, ainsi que les Éléments d'Euclide; Yohannâ 
ben Batrik {-l- 815), la Politique d'Aristote ; Abd-el-Mésih 
Nàïma de Homs, la Théologie d'Aristote d'après Por- 
phyre, à la demande du khalife El-Mo'taçim; Qostâ 
ben Louqa de Baalbek, connu par des travaux originaux 
sur la médecine, l'astronomie et les mathématiques, fit 
passer en arabe une foule d'ouvrages grecs; Abou-Zéïd 
HoDéïn ben Ishaq, fils d'un pharmacien chrétien de Hira, 
alla étudier la médecine auprès de Yahya ben Mâsawéïh, 
qui florissait sous Haroun er-Rachid, traversa l'Asie 
Mineure, où il eut l'occasion d'apprendre le grec, 



ISO LITTERATDIIB ARABE 

retourna à Bagdad, où le khalife El-Motawakkil le choisit 
pour son médecin particulier, et y écrivit des ouvrages 
sur la médecine et fa philosophie en mAme temps qu'il 
traduisait en arabe l'Ancien Testament sur la version des 
Septante, le Timée et la République de Platon, les 
Aphorismes d'Hippocrate, les ouvrages de Galîen et de 
Dioscoride, et d'autres encore. Sa fin fut malheureuse- 
Ayant pris part à la querelle des images qui divisait 
l'Église chrétienne, il fut excommunié par l'évfique 
Théodose et, de chagrin, s'empoisonna (novembre 873). 
Son fils et principal élève, Ishaq ben Honéïn, intime ami 
du vîzîr Qâsim ben 'Obaïdallah, fut plus philosophe que 
médecin ; il traduisit les Catégories d'Aristote ; il mourut 
paralysé en 910. 

Après eux on signale encore flobéïch ben el-Hasan, 
neveu d'ishaq, qu'il aida dans ses travaux, et qui traduisit 
Dioscoride et Galien; Abou-Bichr Mattà ben Yoùnous, 
mort à Bagdad en 940, qui s'occupa de la Poétique 
d'Aristote ; Abou-Zakariyâ Yahya ben 'Adî, surnommé le 
Logicien, chrétien jacobite, dont il n'est resté que le 
nom, ainsi que le médecin Ibn Zeraa, de la même con- 
fession chrétienne, qui traduisit des ouvrages de méde- 
cine et de philosophie. 



La philosophie. 



La lecture des traductions d'Aristote fit naître l'étude 
de la philosophie, qui, dans le monde musulman, resta 
enfermée dans le cercle relativement étroit des penseurs 
et des savants; elle n'eut pas de prise sur le commun 
du peuple; mais, dans le monde des travailleurs de la 



.:„ Google 



LES ABBASSIDB8 SSl 

pensée, elle fut adoptée avec enthousiasme. Déjà sous le 
khalife El-Mo'taçim, vers 840, Chihûb-Eddin Ibn Abl'r- 
Rabt composa, a la demande du souverain, un traité de 
politique précédé de considérations sur la psychologie qui 
peut être considéré comme le plus ancien ouvrage de ce 
genre en langue arabe; il. est conservé à Paris et a été 
imprimé au Caire {Soulouk el-Mâlik fi tedbir el-MamdUk). 
Après lui vient Ya'qoub ben Ishaq el-Kïndi, fils du gou- 
verneur de Koufa, qui était d'ancienne famille arabe; né 
dans cette ville, il alla étudier à Bassora, puis à Bagdad, 
oii il s'établit définitivement. Il fut compris dans les 
poursuites qui suivirent la réaction orthodoxe du temps 
de Motawakkîl, vit confisquer sa bibliothèque, dont il 
ne put obtenir la restitution que peu avant la mort du 
khalife et la sienne. 11 écrivit environ deux cents ouvrages 
sur les sujets les plus variés. 

Ahmed ben et-Tayyîb es-Sarakhsî, né à Sarakhs dans 
le Khorasan, est plus connu sous son surnom de Tilhidh- 
KL-KiNDi, l'élève d'EI-Kindi; on n'a plus ses ouvrages; il 
faisait partie de la suite du khalife El-Mo'tadid, dont il 
avait été le professeur, et en punition de ce qu'il avait 
laissé échapper un secret qui lui avait été confié, il fut 
jeté en prison et mis » mort en 899. 

D'une famille turque de la Transoxiane sortait Abou- 
Naçr Mohammed bl-FàrAbi, né à Farab, la moderne Otrar, 
qui étudia à Bagdad la médecine et la philosophie. 
Attiré à Alep par l'éclat de la cour de Séïf-Eddaula, le 
protecteur des lettres et des sciences, il y vécut retiré du 
monde, donnant des leçons dans les charmants jardins 
qui entourent la ville, et mourut à Damas en 950, alors 
qu'il accompagnait son maitre pendant un voyage. II 
écrivit sur la logique, la morale, la politique, les mathé- 
matiques, l'alchimie, la musique. Ibn Khallikan l'appelle 



SSÏ LITTBRATDBB AUDE 

le plus grand philosophe que l'islamisme ait jamais 
possédé; c'est à lui qu'Avicenae doit sa science, et il 
fallut ea effet un graod maître pour un aussi illustre 
élève. A son arrivée à Bagdad, il ignorait l'arabe; ce fnt 
là sa première étude. Quand il fut maître de cette langue, 
il put profiter des leçons d'Abou-Bichr Mattâ ben 
Yoùnous, qui enseignait la logique; El-Fârâbi remplit 
soixante-dix volumes avec les notes qu'il prit à son cours 
oii il expliquait le traité d'Aristote sur ce sujet. U lut 
deux cents fois le Traité de l'âme du célèbre philosophe 
grec. « Si j'avais vécu de son temps, aimait-il à dire, 
j'aurais été le chef de ses élèves, a 

Ses considérations utopiques sur une cité modèle, 
adaptation de U République de Platon aux idées musul- 
manes, sont des plus curieuses; elles sont d'un philo- 
sophe, non d'un homme politique ni d'un jurisconsulte. 
Les hommes doivent avoir un gouvernement monarchique 
et une croyance religieuse. L'Etat le plus parfait serait 
celui qui comprendrait toute la terre habitée : dans une 
pareille monarchie universelle, il faudrait que les gou- 
vernés fussent des saints, et les gouverneurs des sages. 
Toutefois l'auteur admet que si l'on ne rencontre pas 
chez un seul homme les qualités qu'il exige du monarque, 
on peut lui en adjoindre un second, un troisième et 
ainsi de suite : ce beau système aboutirait à la répu- 
blique aristocratique. 

En 966, un Arabe de Jérusalem, Motahhar ben Tùhir 
el-Maqdisi, se trouvait à Bost dans le Sidjistan et y 
rédigea, à la demande du ministre d'un prince samanide, 
un résumé des connaissances de son époque sous le 
titre de Kilâb el'bèd' wèt-tarikh (Livre de la création et 
de l'histoire) dans lequel il fait part au public, en dehors 
du fonds commun de l'érudition musulmane, du fruit de 



, .....,Coog[c 



LES ABBAS31DES 



ses recherches personnelles, de ses entretiens avec les 
prêtres des Mazdéens et avec les rabbins juifs. Cet 
ouvrage fut attribué plus tard, l'on ne sait pourquoi, au 
philosophe Abou-Zéîd Ahmed ben Sabl el-Balkhi et 
catalogué sous son nom. Une copie du manuscrit unique 
existant dans une des bibliothèques de Constantinople a 
été rapportée d'Orient par celui qui écrit ces lignes et 
est actuellement en cours de publication, avec sa tra- 
duction, par les soins de l'École des Langues orientales 
vivantes de Paris. 

La prise de Bagdad par les Bouïdes en 945, la mise 
sous tutelle du khalife abbasside, réduit à n'être plus 
qu'un automate revêtu d'un unique pouvoir spirituel, 
donna quelque vie à la libre spéculation philosophique, 
entravée par le succès de la réaction religieuse sous 
Motawakkil et ses successeurs. Ces princes, originaires 
d'un simple pécheur du Tabaristan, devenu condottiere 
à la suite d'un chef de cette province, étaient chiites et 
s'intéressaient fort peu aux progrès de l'orthodoxie. 
C'est sous l'influence de cette liberté relative que l'on 
voit se former ii Bassora, vers le milieu du iv" siècle de 
l'hégire, une société de philosophes qui s'appelaient 
Ikhwân eç-Çafà (les Frères de la pureté), et qui rédi- 
gèrent, en cinquante et uu traités, toute la somme de la 
philosophie arabe. Cet ouvrage célèbre a été traduit et 
étudié en allemand par M. F. Dieterici. 

Avicenne (Abou 'Ali el-Hoséïn Idn Sivk) était le fils du 
gouverneur d'une petite ville près de Bokhara; né en 
août 980, il étudia a la fois la philosophie et la médecine 
dans le chef-lieu de la province. A peine âgé de dix- 
sept ans, une cure merveilleuse qu'il fit au prince 
samanide Noùh, fils de Mauçour, lui ouvrit l'accès du 
palais. A vingt-deux ans, ayant perdu son père, il se 



!U LITTÉBATORB ÂBABB - 

reodit auprès du roi du Khârizm (Khiva) 'Ali ben Mançour, 
voyagea daos le Khorasan et dans le Djordjàn, où il resta 
quelque temps comme professeur et composa sod chef- 
d'œuvre médical, le Qdnoun fV-tibb (CaooD de la méde- 
cine). Plus tard il se rendit à Réï et à Kazvin, arriva à 
Hamadan, où il devînt ministre du prince Bouîde Chems- 
Eddaula, puis dut résigner ses fonctions sous l'influence 
du parti militaire; sous le fils et successeur de ce prince, 
Tâdj-Ëddaula, il fut accusé de haute trahison et enfermé 
dans une forteresse dont il put s'échapper au bout de 
quelque temps pour se réfugier à Ispaban, auprès d'Ala- 
Eddaula Abou-Dja'far Ibn Dochmanziyâr. Epuisé par ud 
travail excessif et par la débauche, il mourut dans le 
cours d'une maladie contractée pendant une campagne 
contre Hamadan en 1037. 

Ses ouvrages embrassent tout le domaine des sciences 
cultivées dans l'Orient à cette époque. En matière théo- 
logique, il a écrit des risâla ou opuscules sur différentes 
sourates du Koran, sur le jugement dernier, sur les 
miracles, les songes, la magie et tes talismans; mais la 
philosophie fut son domaine principal. Le Ckifa est un 
traité de logique, de physique, de mathématiques, et 
d'astronomie; accusé de s'y être montré l'adversaire de 
la doctrine du Koran, il écrivit à son élève préféré 
'Obaïd-Allah de Djozdjân une lettre pour s'en disculper; 
Ylchdrdt wet-tanblhât, manuel de logique, a été publié 
et traduit, sous le titre de Livre des théorèmes et des 
afertiasements, par M. J. Forget à Leyde. L"Oyoûn e/- 
kikma {Sources de la sagesse) est consacré à la logique, 
à la physique et à la théologie. Son Hayy ben Yaqzkan, 
traité mystique, a été traduit par Mehreu. M- le baron 
Carra de Vaux a publié, traduit et commenté son ode 
sur l'âme. Sa Khotbat el-Gharrâ (Sermon brillant) a été 



éditée par Golius. L'opuscule des Oiseaux [Risâlet et-laîr) 
est une parabole mystique sur les oiseaux prisonniers. 
Une réfutation de l'astrologie montre comment le grand 
médecîo s'était dégagé du plus tenace des préjugés de 
son temps, qui est encore loin d'avoir disparu de l'Orient 
de nos jours. Son poème didactique sur la logique, en 
deux cent quatre-vingt-dix vers, a été publié par 
Schmœlders. 

Dans le domaine des sciences physiques et naturelles, 
en dehors d'une dizaine d'opuscules sur l'astronomie et 
la physique, nous trouvons le code de la médecine, le 
fameux Qdnoun, si souvent commenté, et des poésies 
didactiques, telles que la Mamho&ma ou poésie sur la 
médecine, en mille trois cent seize vers, et une autre sur 
l'anatomie. 

Abou't'Wéfa MoBACHcnn ben FAtik, émir égyptien, a 
écrit en 1053 un recueil d'apophtegmes de tous les sages 
de l'antiquité et du moyen âge sous le titre de Mokhtdr 
eî~Hikam (Pensées choisies); la partie de cet ouvrage 
relative à ta légende d'Alexandre a été publiée et traduite 
par M. Meissner. 

Abou-Bekr et-Tortoùchi Ibn Abi-FUndaqa était né à 
Tortose en i059; il étudia te droit malékite à Saragosse, 
et les bel) es -lettres à Séville, accomplit le pèlerinage en 
1083 et parcourut l'Orient; il alla jusqu'à Bagdad; à 
son retour, il s'arrêta en Egypte et s'établit à Alexandrie, 
oii il mourut en 1126, comme professeur de traditions. 
Son Sirâdj el~Moloâk (Flambeau des rois) est un guide 
de la conduite des princes, terminé au Vieux Caire en 
1122 et dédié au vizir El-Mamoun. Sa vie fut celle d'un 
ascète dévot, pratiquant les mortifications et menant 
l'existence d'un pauvre, content de peu. 

Le philosophe Avenpacc (Abou-Bekr Ibn es-Sàïgh 

— «gi^' 



S86 LITTÉRATURE ARABE 

Ibn Bâdjdja] naquit à Saragoese; il vécut à Séville et à 
Grenade; plus tard tl se rendit à Fez, a la cour des 
Almoravidesj et y fut emprisonné à l'occasion du médecin 
Abou'I-AIa Ibn Zohr, en 1138. En outre de la philo- 
sophie, il s'était occupé aussi de musique. On a de lui 
vingt-quatre petits écrits sur la philosophie, la médecine 
et les sciences naturelles, une lettre d'adieu et un poème 
cynégétique, Tardiyya; ses ennemis le considéraient 
comme un libre penseur. 

Ibn Tofaïl, né à Cadix, élève d'Avenpace pour la 
philosophie et la médecine, entra comme secrétaire au 
service du gouverneur de Grenade, devînt ensuite 
médecin particulier et ministre de l'almohade Yoûsouf; 
il mourut à sa cour, à Maroc, en 1185. Son Asrâr el- 
hikmat el-Mochriqiyya (Secrets de la sagesse illuminative) 
a été imprimé à Boulaq. Son roman philosophique de 
Hayy ben Yaqzhan, qui représente l'éveil de l'intelligence 
dans un enfant né seul dans une lie déserte, a été édité 
par E. Pocock à Oxford, sous le titre de Philosophas 
aulodidactus. Il s'efforça de concilier la loi révélée avec 
la philosophie. 

Averrhoès (Abou 'l-Wélld Ibn Rocbd], d'une famille 
de juristes, naquit à Cordoue en 1126 et y fit ses 
études. En 1153, s'étant rendu à Maroc, il y fut présenté 
par Ibn Tofaïl au roi almohade YoAsouf. En 1169 il fut 
nommé cadi à Séville; deux ans plus tard il retourna 
dans sa ville natale, d'où un ordre de Yoùsouf l'appela 
à Maroc; ce souverain voulait le nommer son médecin 
particulier, mais le savant ne tarda pas à retourner 
comme cadi à Cordoue. Vers la fin de sa vie il fut banni 
et interné à Ëlisâna, non loin de Cordoue, par le suc- 
cesseur de Yoùsouf, Ya'qoùb el-Mançour, qui le soupçon- 
nait d'hérésie à cause de ses études philosophiques ; 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



LES ABBA3SIDBS SS1 

Déanmoias il fut encore appelé uoe fois à Maroc, où il 
mourut le 10 décembre 1198, Noua avons de lui le Facl 
el-Maqdl (Discours décisif), où il s'eiForce de concilier la 
foi et la science; une réfutation du Téhdfot de Ghazàli, 
qu'il intitula Tèkâfot et-Ukâfot (la Chute de la Chute), 
dont le texte arabe a été imprimé au Caire; une théra- 
peutique sous le titre de KouUiyyât, et son commentaire 
sur la Poétique et la Rhétorique d'Aristote, publié et 
traduit en italien par F. Lasînio. Un fragment du corn- 
mentaire d'Alexandre d'Aphrodisias sur la métaphysique 
du grand philosophe de Stagyrc a été traduit par Freu- 
denthal. 

Borhân-Ëddin Bz-ZBRDODDJi écrivît vers 1203 le Ta'lim 
el-muté'allim (Instruction de celui qui veut apprendre), 
manuel dont les exemplaires sont excessivement répan- 
dus, et qui a été édité par Reland,. puis par Caspari, 
BOUS le litre d'Enckiridion aludiosi. 

Pour les besoins de l'enseignement, les manuels se 
multiplient. Ahou-'Abdallah bl-Khawindjî, né en 1194 
d'une famille persane, devenu cadi au Caire et mort 
en 1248, écrivit à la Mecque en 1227 un résumé de ce 
genre, appelé el-Djomal ou el-Moâdjiz, ainsi qu'un traité 
plus développé sous le nom de Kechf et~asrar (les Secrets 
dévoilés); Athir-Ëddin Mofaddal el-Abhari, mort en 
1264, a composé un Hiddyat~el-hikma (Guide de la 
sagesse) qui traite en arabe de la logique, de la physique 
et de la métaphysique, et le Kitdb el'îsagkoûdji, d'après 
t'cl(raYci>Y'i ou introduction aux catégories d'Aristote, par 
Porphyre, Ncdjm-Ëddin 'Ali bl-Katibi de Kazvin, mort 
en 1276, a écrit, à la demande de Chems-Eddîn Moham- 
med Djowéïni et en son honneur, un traité de logique 
appelé Er-Risdla eck-chamtiyya, publié par Sprenger 
en appendice au Dictionary of the lechnical terms, le 

L,, .....,Coog[c 



Hikmet eU'Atn (Philosophie de l'essence), sur la physique 
et la métaphysique, ainsi que le DJdmi-ed-dagdtq sur les 
mêmes sujets; Siràdj-Ëddin Abou'th-Thanâ EL-Oiiii*.wi, 
mort en 1283, a consacré à la logique son MatdlC el 
anivdr. 

La controverse et la dialectique, à cette époque, 
revendiquent les noms de Borhân-Eddin bn-Na8ApI (1209- 
1288) avec son Foçoâl et sa Moqaddima, ainsi que 
d'autres livres du même genre, et de Chems-Eddin es- 
SaharqandÎ avec sa Ritâla, le Qostâs et le ' Aïn-en-Nctzar 
sur la logique, les Cahdîf sur la dogmatique, et VAchkâl 
et'la'sis sur la géométrie d'Euclide. 

'Abd-el-Haqq Ibn Sab'im, né à Murcie, connu comme 
fondateur de la secte mystique des Sab'iniyya, se trou- 
vait à Ceuta lorsque le sultan almohade 'Abd-el-Wâhid 
le chargea de répondre à quelques questions philoso- 
phiques que l'empereur d'Allemagne Frédéric de Hohen- 
staufen avait adressées aux savants arabes; sa corres- 
pondance à cette occasion a été publiée et étudiée par 
A. F. Mehren dans le Journal Asiatique. Ibn Sab'io se 
suicida à la Mecque en s'ouvrant les veines du poignet 
(1269). Il a laissé une introduction à la métaphysique 
appelée Bodd el-'ârif, un ouvrage dénommé Asrdr el 
Hikmat el-mochriqiyya (Mystères de l'illuminisme), et des 
prières dont tous les mots commencent par ta lettre q. 

Chems-Eddin bcb-Cbahkazouri el-Ichràqî écrivit au 
vil' siècle de l'hégire, en outre des Romoâz ival-amlkâl 
el-lahoûliyya (Mystères et paraboles divins) et du Ckad- 
jarat eUildkîyya (l'Arbre divin), une histoire des philo- 
sophes depuis Adam jusqu'à Galien sous le titre de 
Raudat el-afrdk (le Jardin des joies). 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LB9 ABBâSSQ>B8 



Les mathématiques. 

Comme on vient de le voir, l'étude des mathématiques 
marchait de pair avec celle de la philosophie. Il est hors 
de doute que la géométrie provenait exclusivemeDt de 
sources grecques, et particulièrement des Eléments d'Eu- 
clide; mais on peut se demander si l'arithmétique doit 
beaucoup à ta science de l'Inde. C'est l'adoption du sys- 
tème des chiffres indiens qui aurait, suivant M. Brockel- 
mann, permis aux Arabes de faire de grands progrés 
dans cette science; mais leur adoption est assez récente, 
et les Arabes se sont, comme les Grecs, servis de la 
valeur numérique des lettres de leur alphabet avant 
d'adopter la numération décimale provenant de l'Inde, 
qui depuis a fait le tour du monde sous le nom de 
chiffres arabes, mais qui avait peut-être été empruntée 
par les Indiens au système de Vabacus (la case vide 
remplaçant le zéro), inventé probablement à Alexandrie 
dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. L'auteur 
arabe du x* siècle qui a écrit le Kitâb el-bèd tvèl-Tarikh 
(le Livre de la création et de l'histoire], Motahhar 
ben Tâhir, cite comme une curiosité, en chiffres indiens 
ou dévanagari, un nombre assez considérable attribué 
par les peuples de l'Inde à la durée du monde actuel; 
il est clair que de son temps les chiffres arabes n'exis- 
taient pas encore sous la forme que les Arabes leur ont 
donnée, et que l'emploi des chiffres indiens, quoique 
connu des savants, n'était pas courant; sans cela l'au- 
teur n'aurait trouvé rien d'extraordinaire, ni ses lecteurs 
noD plus, à l'apparence du chiffre qu'il cite. 

Le plus ancien mathématicien arabe est Ab ou- 'Abdallah 

UTTéuTIffll ÏHABB. 19 



, ^.ooglc 



£90 LITTÉHATURB ARABE 

bl-Khàhizmi, qui vivait sous le khalîfat de Mamoun, 
vers 820. A la demande de ce prince, il composa un 
extrait de l'ouvrage îndîen appelé Siddhaota et eotreprît 
une révision des tables de Ptolémée. Ses ouvrages sur 
l'algèbre et l'arithmétique, traduits de bonne heure en 
latin, firent leur tour d'Europe : on sait que c'est de son 
surnom ethnique d'El-Khârizmi (il était originaire du 
Khàrizm, ancien khanat de Khîva) que vient le mot 
algorithme. A la cour de Mamoun vivaient encore les 
trois fils do Mousa ben Chàkir, Mohammed, Ahmed et 
Ël-Hasan, qui écrivirent un grand nombre de traités 
techniques; mais le mathématicien le plus en vue de 
cette époque était un sabien de Harran, Thâbit ben 
Qorra. D'abord changeur de son métier, il alla étudier 
les sciences à Bagdad, se disputa sur le terrain théoto- 
gique avec ses coreHgîonnaires à son retour dans sa ville 
natale, et se vit rejeter par eux du sein de leur commu- 
nauté. S'étant retiré à Kafartoutâ, il y fit la connaissance 
de ce Mohammed, fils de Mousa ben Chàkir, que nous 
venons de citer, lequel l'emmena à Bagdad et le présenta 
au khalife El-Mo'tadid. Là il se livra exclusivement à la 
composition d'ouvrages de médecine et de mathéma- 
tiques et s'occupa surtout de la théorie des nombres; 
c'est là qu'il mourut le 18 février 901. 

Wœpcke a donné une notice sur une théorie ajoutée 
par Thâbit ben Qorra à l'arithmétique spéculative des 
Grecs; le cinquième livre des sections coniques d'Apol- 
lonius de Pergé a été édité et traduit en allemand par 
M- L. Nix; d'autres ouvrages sont conservés en manus- 
crit dans les bibliothèques publiques. Son fils Sinân 
était le médecin particulier des khalifes Moqtadir et 
Qâhir; il céda à leurs menaces et finit par embrasser 
l'islamisme j mais cette satisfaction ne les désarma pas : 



jg[c 



LBS ABBASBIDBS 291 

il eut peur et s'enfuit au Kborasan. II en revint plus tard 
et mourut à Bagdad en 942. Nous n'avons plus ses 
ouvrages mathématiques et historiques; on n'a conservé 
que les travaux sur la mesure des paraboles et la géo- 
métrie en général écrits par son lils Ibrahim, mort en 
946. Abou-Bekr el-Karkhî, ainsi surnommé du nom d'un 
faubourg de Bagdad, est connu pour avoir dédié à Fakhr- 
el-MoIk, ministre du prince bouïde Behâ-Eddaula, un 
abrégé d'arithmétique dont Wœpcke a publié un extrait 
et qui a été traduit en allemand par M. Hochheim. 

Ibn rl-Haïtham avait un emploi gouvernemental dans 
sa ville natale de Bassora, avec le titre de vizir, et s'était 
fait une réputation par ses connaissances mathématiques, 
lorsque le khalife El-Hàkim, apprenant qu'il s'était vanté 
de pouvoir régulariser les inondations périodiques du 
Nil, l'appela auprès de lui. Il remonta le (ieuve jusqu'à 
Assoaan et s'y convainquit de l'impossibilité de réaliser 
son projet. Le khalife, en dédommagement de son 
dérangement, lui confia au Caire une place dans l'admi- 
nistration, qu'il ne sut pas remplir; il s'attira par là la 
colfere du souverain. Il se tint caché jusqu'à sa mort en 
1020, rentra dans la possession de ses biens confisqués 
et ne s'occupa plus que de travaux littéraires. Il mourut 
en 1038. Sédiliot a donné la notice du traité des connues 
géométriques d'Ibn el-Haïtham. Son traité d'optique 
[Tahrir el-monâzhara) a été publié et traduit, sous te 
titre A'Optieœ thésaurus Alhazeni, par Fr. Roesner à 
Bâie, en 1572. 

Abou'1-Fath 'Omar bi^KhattAh, poète persan, célèbre 
à ce titre par ses quatrains mystiques, était aussi mathé- 
maticien, et en cette qualité se servait de la langue arabe 
pour ses ouvrages scientifiques. Son traité d'algèbre a été 
publié et traduit eu français par Wœpcke. La biblio- 



LITTEHÂTCRB lAÂBB 



thëque de Leyde a uq commentaire de lui sur Euclide, 
celle de Gotha un traité d'analyse chimique minérale 
pour déterminer les quantités d'or et d'argent dans un 
composé de ces deux métaux. II était astronome et sur- 
tout astrolo^e du sultan seldjoukide Mélek-Chàh. C'est 
lui qui procéda à ta réforme du calendrier connue sous 
le nom d'ère Djélaléenne, d'après le surnom de Djélal- 
Eddin que portait Mélek-Châh. Il mourut en 1121. 

Mahmoud el-Djagumîm el-Khàrizmi, mort en 1221, a 
écrit un abrégé d'astronomie {Molakkkhaç fi'l-kéla), qui 
a été traduit en allemand par Rudioff et Hochheim dans 
le journal de la Société orientale allemande. 

Abou'I-Hasan 'Ali el-Marrâkocbi (ou Abou'AU el-Hasan 
d'après le manuscrit de Leyde) écrivit en 1230 son 
DjdmC el~mabâdi wèl-ghdydt (Réunion des commence- 
ments et des fins), qui a été traduit en français, sous le 
titre de Traité des instruments astronomiques des Arabes, 
par J.-S. Sédillot et publié par son fils. 

Yahya Ibk ABi-CHOtKB, qui portait le titre honori- 
fique de Moukyi 'l-milla tveddin (Revivificateur du peuple 
et de fa religion), était originaire d'Espagne; contempo- 
rain de l'historien syriaque Barhebrœus, il vécut d'abord 
en Syrie, puis à la cour de l'empereur mongol Houlagou. 
Outre de nombreux ouvrages sur l'astrologie et l'astro- 
nomie, il s'est occupé des sections coniques d'Apollonius 
de Pergé et des sphériques de Ménélaâs et de Théodo- 
sius, ainsi que du comput du temps chez les Chinois et 
les Ouïgours. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LES ABBAB8IDES 



L'astronomie et l'astrologie. 

L'une ne va pas sans l'autre : pendant des siècles, 
l'astronome n'a pu se procurer les moyens de vivre et 
d'étudier qu'en vendant des formules astrologiques. Qui 
pouvait s'intéresser a la marche des astres ? Tandis que 
tirer un horoscope, connaître l'avenir qui se dévoile fai- 
blement et ae déroule lentement, voilà qui avait de l'im- 
portance pour les particuliers et les États. De bonne 
heure nous voyons écrire, vers le commencement du 
III* siècle de l'hégire, un traité populaire d'astrologie 
divisé en douze chapitres d'après le nombre des signes 
du Zodiaque, par Abou-Yoûsouf Ya'qoûb el-Qarcht, et qui 
se trouve à la bibliothèque de Berlin. Un peu plus tard 
Ahmed ben Mohammed el-Farghâni, dont nous ne savons 
rien de plus, si ce n'est qu'en 861 il construisit un nou- 
veau nilomètre en Egypte, écrivit un traité d'astronomie 
qui le rendit célèbre en Europe sous le nom d'Alfraganus, 
et que Golius publia et traduisit en latin en 1669 à Ams- 
terdam. 

En 885 mourait à Wâsit le grand astronome Aboo- 
Ma'char Dja'far ben Mohammed, originaire de Balkh 
dans l'Asie centrale, que le moyen âge appelait Albu- 
maser. Si l'Europe admire en lui l'astronome, l'Orient 
s'émerveille de sa science divinatoire et de ses opéra- 
tions astrologiques, au moyen desquelles il retrouvait 
des trésors et les objets perdus. De ses compositions 
on a conservé le Madkkal ou introduction à l'astrologie, 
et d'autres ouvrages d'astronomie gardés en manuscrit 
par diverses bibliothèques d'Europe. 

Mohammed ben Djabïr al-Battànî, célèbre en Europe 



, ..oogic 



LITTERATURE ÀRÀBE 



BOUS le nom d'Albatégnius, était un gabien de Harraa; 
à Raqqa sur l'Euphrate, oii il vivait, il fit des observatïoDs 
astronomiques de 882 à 900 et y dressa ses tables que 
possède l'Escurial et que M. NalHoo publie et traduit en 
latÎD a Milan. En se rendant à Bagdad pour y soutenir 
un procès, il mourut en 929 dans une petite bourgade 
sur la route. Ses tables, traduites par Platou Tiburce, 
sous le titre de De scientiâ stellarum, imprimées à 
Nuremberg en 1537, provoquaient encore, à la fin du 
XVIII* siècle, l'estime de Lalande. 

A côté de ces grands noms, on peut citer encore ceux 
des Persans Kouchyar ben Labbân, auteur d'ouvrages 
astronomiques et astrologiques, vers 961 ; Abou-Naçr 
el-Qoummi, vers 968; Abou't-Hoséïn 'Abder-Rahman ea- 
Soufi de Réï, astronome au service du prince bouïde 
Adod-Eddaula, mort en 986, auteur d'une description 
des étoiles fixes qui a été traduite en français par Schell- 
jerup à Saint-Pétersbourg en 1874 et d'un mémoire sur 
l'astrolabe que Bernard Dorn a utilisé dans une de ses 
études; Abou-Sahl Waïdjan ben Rustem et-Kouhi, vers 
990; Abou'l-Wefâ Mohammed el-Bouzdjâni, originaire 
d'une bourgade près de Nisapour dans le Khorasan, mort 
en 997, qui imita l'Almageste de Ptolémée et laissa la 
réputation d'un grand géomètre, pour avoir déduit cer- 
tains corollaires inconnus avant lui; c'est une question 
de savoir s'il a réellement, comme le croyait Sédillot, 
découvert la troisième inégalité lunaire avant Tycho- 
Brahé. Après ces Persans viennent 'Ali ben Abi-Sa'ld 
es-Sadafi, astronome du khalife fatimide d'Egypte Ël- 
Hakem, auquel il a dédié sa grande Table hakémite dont 
Caussin de Perceval s'est occupé dans les Notices et 
Extraits; il mourut en 1008; Abou'UHasan 'Ali ben 
Abi'r-Ridjâl en Afrique, dont l'astrologie fut traduite en 



LES IBBÂSBIDES 



latin et imprimée à Bâie en 1551 sous le nom d'Albo- 
hazen; Abou'l-Qâsim el-Ghàfiqt, médecin et mathéma- 
ticien espagnol, dont le traité de l'astrolabe est conservé 
au British Muséum. 



La géographie. 

La géographie des Arabes est d'origine grecque; El- 
Kindi se fit traduire l'ouvrage géographique de Ptolémée, 
traduction améliorée plus tard par Thâbit ben Qorra; 
nous n'avons plus ce travail : le plus ancien abrégé de 
géographie que nous possédions est le SouraC el-ard 
(Figure de la terre) de Mohammed ben Mousa el-Khàrizmi 
(1036), étudié par W. Spitta et C. Nallino. Mais il était 
donné à la langue arabe, pour répondre aux nécessités 
politiques et économiques du vaste empire que le kha- 
lifat avait à administrer, de produire de bonne heure des 
ouvrages de géographie descriptive dont l'intérêt, pour 
la connaissance de l'Orient au moyen âge, est capital : 
aussi les plus éminents des orientalistes se sont-ils 
astreints à les étudier et à les publier. 

Ce sont les maîtres de la poste aux chevaux, c'est- 
à-dire les fonctionnaires qui, dans la capitale et dans les 
cheTs-lieux de province, assuraient la transmission de 
la correspondance olficielte en même temps qu'ils avaient 
la mission non avouée de tenir au courant, par des rap- 
ports de police, l'autorité centrale de ce qui se passait 
dans toutes les régions de l'immense empire, qui écri- 
virent, pour les besoins de leur service, la description 
des terres où régnait le Koran. Ibn Khordâdbeh ('Obéï- 
dallah ben 'Abdallah) était Persan d'origine; son grand- 



. ^.ooglc 



3SS LITTÉRATUnE AIIABB 

père, qui appartenait à la religion mazdéenne, s'était 
converti à l'islamisme, son père avait été quelque temps 
gouverneur de la province du Tabaristan sur la mer Cas- 
pienue. Lut-m^mc vécut à Bagdad, y fit la connaissaQce 
du célèbre musicien Ishaq de Mossoul, qui lui enseigna 
la musique et les belles-lettres; il fut enfin envoyé dans 
l'Irak persique comme directeur des postes; il était à 
Sàmarra sur le Tigre lorsqu'entre 844 et 848 îl écrivît 
son Litre des routes et des provinces qui donne l'indica- 
tion exacte des relais de poste et le montant des impôts 
de chaque province. M. Barbier de Meynard a le premier 
publié et traduit cet ouvrage dans le Journal Asiatique; 
plus tard M. de Goeje, à Leyde, en a donné un texte 
corrigé d'après des manuscrits moins défectueux. 

Ibn Wàdih el-Ya'qoûbi, proprement Ahmed ben Abi- 
Ya'qoûb, appartenait à la famille des khalifes abbassides. 
Son bisaïeul Wâdih, affranchi du khalife Mançour, puis 
gouverneur d'Arménie, de l'Azcrbaïdjan et de l'Egypte, 
était chîîte : son dévouement pour l'Alide Idris, dont il 
facilita la fuite vers le Maroc, lui valut la peine de mort. 
Quant à notre géographe, il vivait auprès des princes 
tahérides du Khorasan; il entreprît un voyage dans 
l'Inde, en Egypte et dans le Magrcb, où il écrivit, sous 
le titre de Licre des pays, sa description du Magrcb, 
remplie de détails topographiques et de descriptions des 
principales villes. Il composa également une histoire des 
Abbassides qui est en réalité une Histoire universelle 
abrégée en deux volumes, s'arrètant à l'année 872, et 
dont l'intérêt est double, parce que c'est le plus ancien 
ouvrage historique écrit par un chiite et avec des ten- 
dances chiites, et parce que l'auteur s'est servi de bonnes 
et anciennes sources dont la science a pu tirer profit. 

Abou-Bekr Ibn el-Faqîh était de Hamadan en Perse; 



jg[c 



ii écrivit, peu après la mort du khalife Mo'tadid (902), son 
livre géographique, dont on n'a plus que l'extrait fait en 
1022, par 'Ali ben Dja'far de Chaïzar, et qui est remar- 
quable en outre parce que la ville de Bagdad, la capitale, 
n'est pas mentionnée, ce qui pourrait faire croire qu'il a 
été rédigé sur des données recueillies au temps des 
Oméyyades, avant la fondation de cette ville illustre. 
Ibn Rosteh {Abou-'Âli), qui se trouvait à Ispahan ver» 
903, y compila une encyclopédie appelée el-A'ldk-en- 
Nafïaa; la partie géographique, qui eu forme le septième 
volume, a été conservée au British Muséum et publiée, 
ainsi que les précédents, par M. de Goeje dans sa BibUo- 
theca geographorum arabicorum. Récemment M. Guy 
Le Strange a fait connaître ua Ibn Serapion, dont le 
nom étrange rappelle l'Egypte, qui rédigea, après la 
prise de Bagdad par les Bouïdes, en 945, une descrip- 
tion de cette capitale et de la Mésopotamie; mais nous 
ne savons rien de ce topographe, dont la place est histo- 
riquement ici. Un ambassadeur du khalife El-Moqtadir, 
Ibn Fadian, envoyé en 921 auprès du roi des Bulgares, 
alors cantonnés sur les bords du Volga, en rapporta un 
récit de sa mission qui a été utilisé par Yaqout pour son 
grand dictionnaire géographique; la partie relative aux 
anciens Russes a été publiée et traduite en allemand par 
Frœhn . 

Qodama (Abou'l-Faradj), surnommé le Secrétaire de 
Bagdad, mort en 922, a laissé un livre de l'impôt fon- 
cier qui, avant de passer à l'examen des questions con- 
cernant l'établissement et le rendement de l'impôt, donne 
un exposé de l'organisation du service des postes et un 
résumé de la géographie de l'empire arabe et des con- 
trées avoisioantes. Mais Qodama n'était géographe que 
d'occasion; il était littérateur de profession; il a écrit un 

L,, ;....,G00g[c 



LITTERATUIE AB&BE 



ouvrage intitulé Critique de la poésie, qui traite de l'art 
poétique chez les Arabes, et un de ses élèves a rédigé 
d'après ses leçons un ouvrage sur la rhétorique que 
possède l'Escurial. 

La dynastie des Samanides commençait alors à faire 
parler d'elle dans le Khorasan, où elle s'était rendue de 
fait indépendante. Elle protégeait les lettres et les 
sciences, et la géographie lui doit d'avoir vu paraître un 
ouvrage écrit entre 892 et 907 par El-Djalhâni, qui fut 
ministre de plusieurs de ces princes, et qui est aujour- 
d'hui perdu, à moins qu'Edrisi ne l'ait utilisé pour sa des- 
cription de l'Asie, comme on l'a insinué. Le même 
El-Djaïhàni, profitant de la présence à la cour de Bou- 
khara du prince indien Kalatli, fils de Chakhbar, chargea 
le poète arabe Abou-Dolaf Misaar ben Mohalhal, né à 
Yambo dans la mer Rouge, d'accompagner le prince 
indien dans son retour à travers le Tibet; le poète voya- 
geur revint de l'Inde par Kachmir, l'Afghanistan et le 
Sidjistan et rédigea à son retour un livre intitulé Mer- 
veilles des pays, qui a été utilisé par Yaqoutet Qazwîni 
et étudié par SchlSzer. 

Le philosophe Abou-Zéîd Ahmed ben Sahl el-Balkbî 
a composé en 921 un livre intitulé Sowar el-aqâlim (les 
Figures des climats), qui renferme surtout des cartes 
géographiques et dont un exemplaire se trouve à Berlin. 
L'auteur avait appartenu dans sa jeunesse à la secte des 
Imamites; pour la mieux connaître, il s'était rendu dans 
l'Irak, avait profité des leçons d'El-Kindi et s'était livré 
à des études philosophiques. Le prince de Baikh, qui 
portait le même nom que lui, Ahmed ben Sahl, le cou- 
vrit de bienfaits et lui permit d'acheter un fonds de terre. 
Il mourut en 934. C'est à lui qu'on a attribué, probable- 
ment à tort, mais déjà depuis fort longtemps, le Livre 



...,Goog[c 



LB8 ABBA9SIDES 299 

de la Création et de l'histoire dont le véritable auteur 
parait Être Motahhar ben Tabir el-Maqdisi, qui se trou- 
vait dans la ville de Bost en Sidjistan. 

La géograpbîe de la péninsule arabique a été le terrain 
d'élection d'El-Hamdâni, originaire d'uue famille du 
Yémen, passionné pour les antiquités de l'Arabie heu- 
reuse, pour les souvenirs de son histoire, pour les vieilles 
forteresses ruinées qui rappellent l'ancienne grandeur 
du royaume de Saba; sa description de la péninsule a 
été éditée par D. H. Mûller et étudiée par Sprenger ; son 
livre intitulé Iklil (la Couronne), qui se trouve à Berlin, 
a fourni à D. H. Mûller la matière d'une étude sur les 
châteaux forts du sud de l'Arabie. 

Abou-'Abdallah el-Maqdisi, que l'on continue à appeler 
El-Moqaddési par suite d'une habitude prise de longue 
date (cette dernière forme de son surnom est admissible, 
mais peu usitée), était né à Jérusalem ; il passa une grande 
partie de sa vie à parcourir l'empire musulman, sauf 
peut-être les extrémités orientale et occidentale, l'Inde 
et l'Espagne. Son livre, intitulé Ahaan et-taqdsim fi ma- 
rifèt el-aqalim (la Meilleure des divisions pour la con- 
naissance des climats) est un ouvrage très complet dans 
lequel il donne, en outre de ses observations per- 
sonnelles, le résumé des connaissances antérieures; il 
l'écrivit en 985. Cette description des États musulmans 
a depuis été souvent utilisée par les géographes qui l'ont 
suivi. 

Abou-Raïhân Mohammed bl-Bihouni tirait son surnom 
de ce qu'il était né dans un des faubourgs de Khwà- 
rizm (Khiva), en septembre 973. Sa famille était d'ori- 
gine persane. Il fit de profondes études en histoire, 
en mathématiques et en médecine; il fut en correspon- 
dance avec Avicenne. Il se rendit plus tard dans l'Inde, 



, .....,Coog[c 



100 LITTÉRATDRB ARABE 

dont il étudia les sciences, et dont il nous a laissé une 
description fort exacte sous le titre de Tartkh el-Hind 
(Histoire de l'Iode), publiée et traduite en anglais par 
M. E. Sachau. Après son retour il s'établit à la cour du 
sultan Mas'oùd, fils du célèbre Mahmoud ben Subuk- 
tékin le Ghaznévide, auquel il dédia son Qânoân el- 
Mas'oûdi, traité complet d'astronomie. Il mourut à Ghazna 
le 13 décembre 1048. Il était chiite, comme la plupart 
de ses compatriotes, et mal disposé pour les Arabes. Sa 
chronologie des peuples orientaux [el-AUtâr el-bâqiya, 
les Monuments existants des siècles écoulés), remplie de 
renseignements des plus intéressants sur les peuples de 
l'Asie centrale, a été publiée et traduite en anglais par 
M. Sachau. 

Abou-'Obéïd bl-Bekhi, né à Cordoue en 1040, mort 
dans la même ville en 1094, a composé, sous le nom de 
Mo'djam ma ista'djam, un dictionnaire géographique des 
noms de localités cités dans les anciens poètes arabes 
avec une introduction qui parle de la position géogra- 
phique des tribus, qui a été publié par Wûstenfeld, et 
une géographie générale, sous le titre commun à la plu- 
part des traités arabes de cette science, el-Mésalik wèl- 
mémalik (les Routes et les provinces), dont le haron Mac- 
Guckin de Slane a extrait et traduit en français la 
Description de V Afrique septentrionale. 

Mohammed ben Abi-Bekr bz-Zobhi, qui vivait à Gre- 
nade en 1137, a laissé une géographie dont on a extrait 
la description du Sous el-aqca qui a paru dans le Bul- 
letin de correspondance africaine. 

Abou-'Abdallah ech-ChérifEL-EDRisi, né àCeuU en 1099 
d'une famille alide, étudia à Cordoue, fit de longs 
voyages et vint à la cour du roi normand de Sicile, 
Roger II , pour lequel il écrivit en 1154 son grand 

L,, .,.:„G00g[c 



ouvrage géographique, Nozkat eUMochtâq, qui a été 
traduit en français, d'une façon d'ailleurs insufEsante, 
par Amédée Jaubert. 

Abou-' Abdallah Mohammed bl-Mazini, né il Grenade 
en 1080, parcourut une grande partie du monde mu- 
sulman, l'Egypte oîi il arriva en 1114, Bagdad où il se 
rendit en 1161, puis le Khorasan, d'oii il revint en Syrie 
pour s'établir à Damas. Il mourut dans cette dernière 
ville en 1169. 11 rédigea sa géographie, intitulée Tohfat 
el-albdb iva nokkbat el-A'djâb (Présent fait aux cœurs et 
choix de merveilles) d'après ses propres voyages et les 
récits de témoins dignes de foi. Il réunit, pour la biblio- 
thèque d'Abou'l-MozhaflFar Yahya ben Hobéïra, le récit 
de ses voyages, où l'on trouve beaucoup de légendes 
fabuleuses, sous le titre de Nokkbat el^adhân. Du même 
genre doit être le 'Adjdïb el-Makhlouqat (Merveilles des 
Créatures), conservé à la Bodléienne; ce titre devait 
beaucoup servir après lui. 

Abou'I-Hoséïn Mohammed Ib> Djobair écrivit, vers la 
fin du vi' siècle de l'hégire, un récit de son pèlerinage 
à la Mecque, en partant d'Espagne. Le texte en a été 
publié par Wright; des extraits en ont été traduits en 
français par Amari et Crotla. Il était originaire de 
Valence, où il naquit en 1145, puis s'était établi à Gre- 
nade; il en partit en 1182 pour accomplir son voyage. 
Au retour il visita Malaga, Ceuta et Fez, où il donna des 
leçons. Il mourut en 1217, après avoir amassé une for- 
tune considérable à laquelle il renonça par esprit de 
dévotion, 

Yàqodt ben 'Abdallah er-Roumi était né de parents 
grecs sur le territoire de l'empire romain d'Orient, vers 
1179 ; enlevé dans une razzia, Il fut conduit à Bagdad et 
vendu comme esclave à un négociant de Hama établi dans 



303 LITTéHATURB ABABE 

la capitale du khalifat. Son mattre lui 6t dooner nue 
éducation soignée et l'envoya, jeune encore, faire des 
voyages de négoce. Au retour de son troisième voyage 
dans le golfe Persique en 1194, il se brouilla avec son 
mattre, qui était aussi son bienfaiteur; chassé de la 
maison, il se fit copiste pour vivre et étudia auprès du 
grammairien El-Okbarî. Quelques années plus tard il se 
raccommoda avec son patron et reprit encore une fois 
la route du golfe Persique; mais à son retour, l'année 
suivante, il trouva mort le négociant de Hama, s'établit 
comme libraire et commença à publier des écrits. En 
1213 il recommença à voyager; tl se rendît à Tébriz, 
puis partit de Moaaoul pour la Syrie et l'Egypte, et se 
rendit en 1215 dans le Khorasan. Pour se consoler du 
chagrin que lui causa le départ d'usé esclave turque, 
dont il avait dû se défaire par suite du vide de sa bourse, 
il lut les livres que contenaient les bibliothèques de 
Merv, et conçut le plan de son grand dictionnaire géo- 
graphique. Après y être resté environ deux ans, il se 
rendit à Khiva et à Balkh ; c'est pendant qu'il se trouvait 
dans cette dernière ville qu'il apprit la prise de Bokhara 
et de Samarcande par les Mongols; effrayé par ce 
désastre, il retourna dans le Khorasan et rentra en 1220 
à MoBSOul, où il reprit son métier de copiste. Le vizir 
Djémâl-Eddin ech-Chéîbâni, auquel il avait eu recours, 
lui facilita les moyens de venir le trouver à Alep en 1222. 
De retour à MobbouI, il s'occupa de terminer son diction- 
naire, achevé le 13 mars 1224. En 1227 il fit encore une 
fois le voyage d'Alexandrie, en revint à Alep l'année 
suivante et se remit à corriger le manuscrit de son grand 
ouvrage. C'est là qu'il mourut le 20 août 1229. 

Le Mo'djam el-boldân a été publié par WCtstenfeld, 
ainsi que le Mocklarik, dictionnaire des homonymes 



LES ABBASSIDBS 303 

géographiques; l'abrégé du premier, Mardçid-el-ittilâ' , 
publié à Leyde par Juyoboll, a été pendant longtemps le 
seul ouvrage de ce genre qu'aieat pu cousulter les 
orientalistes. Il a composé aussi un dictiounaire des 
gens de lettres, Mo'djam el'odabâ, dont M. Margoliouth 
prépare une édition. Le Moqtadhab min djamharat 
en-naaab, qui existe en manuscrit au Caire, est une 
sélection de la généalogie des tribus arabes. 

Le médecin Mowaffaq-Eddin 'Abd-el-Latip beu YoA- 
souf, né à Bagdad en 1160 et mort dans la même ville le 
10 novembre 1231, a écrit une description de l'Egypte 
dont se sont occupés J. White, Wahl et Silvestre de 
Sacy. Il a laissé en outre un recueil d'apophtegmes du 
Prophète et de ses compagnons, le Tadjrid, et une des- 
cription de la personne de Mahomet, abrégée d'après le 
Maqâîat et-Tadj. 

Zakariyâ bl-Qazwini, né à Kazvin dans l'Azerbaidjan 
vefs 1203, descendait d'Anas, fils de Malek. Il quitta sa 
ville natale, nous ne savons pour quelle raison, et s'éta- 
blît en 1232 à Damas, où il fit la connaissance d'ibn el- 
'Arabi. On le retrouve ensuite cadi des villes de Wâsit et 
de Hilla sous El-Mosta'çim, dernier khalife abbasside de 
Bagdad; il mourut en 1283. Il est l'auteur de V'Adjaîb 
el-Makhlouqât (Merveilles des créatures), cosmographie, 
publiée par Wûstenfeld, ainsi que VAtkdr el-Bildd 
(Monuments des contrées), qui est une géographie his- 
torique. 

Abou-Mohammed el-'Abdari, qui était de Valence, 
écrivit en 1289 un Rihla (Voyage), qui contient la des- 
cription des villes d'Afrique et des détails sur les mœurs 
de leurs habitants ainsi que sur les savants qui y 
demeuraient. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



LITTEKATCKE ARABE 



La médecine. 



Les Syriens avaient porté la coDiiaissaiice de la méde- 
cine jusqu'en Orient; l'académie de Gondéchâpour, en 
Perse, en avait gardé la tradition jusqu'au temps des 
khalifes abbassides. C'est là que le khalife Mançour alla 
chercher Georges Bokhtyëchou' pour faire de lui son 
médecin particulier. Cependant la médecine arabe reçut 
aussi une certaine influence de l'Inde; nous savons qu'à 
la cour de Haroun er-Rachid se trouvait le médecin 
indien Manka. A. MûUer a établi que Rhazès s'était 
servi, dans son Hdm, du Sucruta indien. 

Les khalifes Mo'taçim et Motawakkil eurent pour 
médecin Abou'l-Hasan 'Ali ben Sahl ben Rabban, fils 
d'un médecin juif du Tabaristan ; le premier de ces sou- 
verains n'eut pas de cesse qu'il ne l'eût converti à l'isla- 
misme; son changement de religion lui assura sa place. 
Son titre de gloire est d'avoir été le professeur de 
Rhazës; ses deux ouvrages, el-Konnâch (Système de 
la médecine) et Hifzh ec-Çihka (Conservation de la 
santé) se trouvent à Berlin, au British Muséum et à la 
Bodléienne. 

De Gondéchûpour venait également Abou-Zakariyâ 
Yahya ben Mâsawéïh, fils d'un apothicaire de cette ville. 
A Bagdad, où il faisait ses études, il rencontra Gabriel, 
fils de Bokhty£chou', médecin particulier de Haroun 
cr-Rachid, qui lui confia la direction d'un hôpital ; plus 
tard il lui succéda auprès du khalife Mançour et de ses 
successeurs jusqu'à Wâthiq. 11 traduisit du grec de 
nombreux ouvrages et en composa lui-même d'origi- 
naux, tels que le Natvddir el-tibb (les Curiosités de la 
médecine), dédié à Hooéîn ben Ishaq. 

L;,q,;,=..=ïG00gk' 



LES ABBASaiDBS 



Ishaq ben 'Imrân, appelé à Kaîrouac par le prince 
aglabite Ziyàdet-Allah III, qui souffrait de la mélancolie, 
était de Bagdad. Après s'être brouillé avec ce prince, 
il périt dans les supplices sur la dénonciation d'un 
ennemi, qui était juif; il a laissé un traité de la mélan- 
colie qui est à Munich. 

Le grand médecin de cette époque est RKAzàs, autre- 
ment dit Abou-Bekr Mohammed ben Zakariyâ er-Ràzi, 
c'est-à-dire né à Réï, l'ancienne Rhagès. Jusqu'à trente 
ans il ne s'occupa que de musique; puis il vint à Bagdad 
et y étudia la médecine sous la direction d"Ali ben Sahl 
ben Rabban, le médecin du khalife Mo'taçim. Quand il y 
fut passé maitre, on le chargea de diriger l'hôpital de 
Réï; plus tard il revint à Bagdad en la même qualité. 
Puis il voyagea : déjà la renommée de sa science s'était 
répandue en Orient; le prince samanide MançoAr ben 
Ishaq l'accueillit à sa cour, et le médecin lui dédia l'ou- 
vrage qu'il nomma Mançoùri. Ce souverain du Khorasan 
était brutal ; quand Rûzi lui présenta son ouvrage sur 
l'alchimie, il exigea que le savant prouvât par l'expé- 
rience la réalité des faits qu'il avançait; et comme 
celui-ci n'en pouvait rien faire, pris de colère, il lui 
déchargea un coup de fouet sur la tête, ce qui le rendit 
aveugle. On ne sait pas la date ni le lieu de la mort du 
grand médecin; car les uns disent 923, les autres 932; 
on hésite entre Bagdad et Réï. Son grand ouvrage, le 
Hàwt, n'avait pu être rédigé en entier par lui : il le fut, 
d'après ses notes manuscrites, après sa mort, sur l'ordre 
du ministre du prince bouïde Rokn-Eddaula. Le Man- 
çoûri, traité de la médecine en dix livres, le livre de la 
variole, et tant d'autres, ont été de bonne heure traduits 
en hébreu et en latin, ou publiés dans le texte; la 
bibliothèque de l'Escurial en contient un grand nombre. 

Ln-riflATORI AIABI. "0 



SM LITTÉRATURE ARABE 

L'Egypte, de son côté, avait donné naissance à Ishaq 
beo SoléïmaD, que son surnom d'Israïli indique d'ori- 
gine juive; sous le prince aglabite Ziyndet-Allah 111, il se 
rendit à Kairouan, où il connut Ishaq ben 'Imran ; plus 
tard, après la cbute des Aglabites, il passa au service 
du khalife fatimide El-Mehdi et mourut vers 932 après 
avoir écrit un livre des fièvres, un traité des aliments 
et des médicaments, des recherches sur les éléments. 

'Isa ben 'Ali, médecin chrétien, écrivit à Bagdad un 
mémoire sur les maladies des yeux et la manière de les 
traiter, qui fut connu de bonne heure en Europe par 
l'usage qu'en fit la chirurgie, imprimé ii Venise en 1499. 
Un autre auteur que l'Europe connut aussi à la Renais- 
sance, c'est Ali ben 'Abbas, médecin du prince bouïde 
Adod-Eddaula ; il était fils d'un Mazdéen {d'où son sur- 
nom de Madjousî] et né à el-Ahwaz, en pleine Susiane. 
Son ouvrage principal s'appelle Kdmil ec-çinâ'a et~tib- 
bitfé (le Traité complet de l'art médical] et a été tra- 
duit en latin par Etienne d'Antioche et publié à Leyde 
en 1523. 

Abou-Sahl 'Isa ben Yahya était un chrétien du Djord- 
jàn, qui exerçait la médecine dans le Khorasan ; mort 
jeune, à quarante ans, vers l'an 1000, il fut le professeur 
de médecine d'Avicenne; il a écrit une encyclopédie 
médicale divisée en cent monographies, une thérapeu- 
tique générale, une démonstration de la sagesse de 
Dieu dans la création des divers membres et organes du 
corps de l'homme, et plusieurs autres traités de moindre 
importance. 

Revenons vers l'Occident. Nous y trouvons un Maghré- 
bin, à la fois jurisconsulte et médecin, Abou-' Abdallah 
Mohammed ben 'Ali ben Toumirt, mort en 1001, qui aurait 
composé ciuq cents ouvrages, dont on rencontre quel- 



, ;....,Goog[c 



LES &BBÀSSIDBS 



ques fragments dans les bibliothèques ; El-Djazzâr (Abou- 
Dja'far), qui, contrairement à la pratique de ses contem- 
porains, préférait soigner des particuliers dans la ville 
de Kairouan que des princes, et qui, par zèle religieux, 
prenait part chaque année aux cxpéditioDs de pirates 
organisées en Tunisie sous prétexte de guerre sainte 
contre les infidèles, ce qui ne l'empêcha pas de mourir 
très âgé, à plus de quatre-vingts ans, en 1004. Un traité 
abrégé de médecine, sous le titre de Zâd el-Mosdfir (le 
Viatique du voyageur et la nourriture du sédentaire), un 
livre sur la conâance que l'on doit avoir dans les simples, 
un autre sur l'éducation des enfants, ont été conservés; 
son traité de la médecine des pauvres et des indigents 
fait de lui un prédécesseur de Raspaîl. A Cordoue, sous 
le khalife 'Abder-Rahman III, nous trouvons Abou'l-Qàsîm 
Khalaf ben 'Abbàs ez-Zahrâwi, plus connu sous la défor- 
mation européenne de son surnom, Albucasis, grand chi- 
rurgien, qui employait fréquemment la cautérisation, et 
dont les œuvres ont été traduites en latin et publiées au 
début de l'imprimerie. 

Abou'l-Faradj 'Abdallah Ibn et-Tayybb, médecin chré- 
tien , professeur à l'hôpital fondé à Bagdad par le 
Bouïde Adod-Eddaula, et en même temps secrétaire du 
catholicos Elias t", mourut en 1043. Il a paraphrasé les 
ouvrages de Galien et composé des livres sur la théo- 
logie chrétienne. 

Son élève Abou'l-Hasan el-Mokhtâr Ibn Botlâk, égale- 
ment chrétien et médecin, accomplit le voyage d'Egypte 
en 1047 pour faire la connaissance de son adversaire 
littéraire Ibn Ridwàn; se sentant près d'être battu, il 
gagna le territoire de l'empire grec, se rendit à Coas- 
tanttnople et à Antiochc, se réfugia dans un cloître et y 
mourut postérieurement à l'année 1063. Son Taqwim 



308 LITTÂRATUBE ABÀBK 

eç-çihha (Tables de la Baaté] est une réunion de quarante 
tables de mortalité, qui ont été publiées et traduites à 
Strasbourg en 1532. Le Da'wat el-alibba est une conver- 
sation entre l'auteur et un médecin septuagénaire à 
Méyyâfâriqin, sur la médecine. UAmrâd el' Arida est an 
traité de thérapeutique à l'usage des personnes éloi- 
gnées de la ville. Il a écrit deux opuscules, l'un pour 
indiquer les vices rédhibitoires que l'on peut trouver à 
la vente d'un esclave, l'autre pour démontrer que le 
poulet a le sang plus chaud que tout autre volatile. 

Abou-Sa'ïd 'Obaîdallah Ibn Bokbtyèchou' appartenait 
à la célèbre famille de médecins chrétiens des Bokhtyè- 
choA' ; il était ami d'Ibn Botlàn, vécut à Méjyàfàriqfn et 
mourut vers 1058. Il a écrit sur l'amour en tant que 
maladie, et sur les spécifiques. 

Abou' UHasan 'AU Ibn RidwAn était un Égyptien né à 
Gizèh, au pied des grandes pyramides; le khalife El- 
Hâkim le prit comme médecin particulier, ce qui fut le 
point de départ de sa fortune. Malheureusement les 
richesses qu'il avait amassées furent gaspillées plus 
tard par un fils adoptif qui trahit sa confiance. H mourut 
en 1061 ou 1068. Sous le titre de Kifayet et-Tablb (Ce 
qui suffit au médecin) il a donné un traité de nosologie 
et de diagnostic, où l'inspection des urines joue un rôle 
dominant. VOçoûl fit-tibb (Principes de la médecine) 
n'a été conservé qu'en traduction hébraïque. Son com- 
mentaire sur VAra pâma de Galien a. été traduit en 
latin et imprimé à Venise en 1496; de même son corn' 
mentaire sur le Quadriparlitum de Ptolémée (Venise, 
1484). 

Abou-'Ali Yahya Ibn Djazla, chrétien d'origine, se 
convertit à l'islamisme en 1074 et devînt secrétaire du 
cadi hanéfite de Bagdad; il écrivit une lettre, aujourd'hui 



LES ABBABSIDBS 309 

perdue, pour réfuter les doctrines chrétiennes. 11 s'oc- 
cupa de médecine et exerça cet art à l'égard de ses voi- 
sins et de ses amis, sans exiger de rétribution non plus 
que le payement des drogues qu'il fournissait; il mourut 
en 1100. Il a réuni, sous le titre de Taqtvîm el-Abdân, 
des tableaux de maladies d'après le modèle des tables 
astronomiques, traduits en latin à Strasboui^ en 1532, 
et sous celui de Minhaij el-beyân, un index alphabé- 
tique des remèdes simples et composés. 

Abod'ç-Çalt Ouayta ben 'Abd-eU'Aziz naquit en 1068 
à Dénia en Espagne. En 1096 il se rendit à Alexandrie et 
de là au Caire. Pour avoir tenté de renflouer un navire 
échoué, et n'y avoir pas réussi, il fut jeté en prison et y 
resta jusqu'en 1111. Il quitta l'Egypte à la suite de cette 
mésaventure et se retira à Mehdia en Tunisie, où il 
trouva une réception honorable et où il mourut en 1134. 
Il a laissé un recueil des drogues simples [el-Adwiya et- 
mofrada), un traité de l'astrolabe, des problèmes astrono- 
miques avec figures, un traité de logique appelé Taqwîm 
ed-dkilm (Tableaux de l'esprit). Il avait composé des poé- 
sies que nous n'avons plus, à l'exception d'une ode 
conservée à Berlin. 

Abou'l-Faradj 'Abd-er-Rabmàn ben Naçrallah de Chi- 
rac, qui exerçait la médecine à Alep vers 1169, a 
écrit, en outre d'un traité sur les mystères de la science 
du mariage [el-Idâh fi aardr 'ilm en-nikâh) et du Raudat 
el-Qoloâb {le Parterre des cœurs) sur l'amour, un livre de 
l'interprétation des songes [Kholdcat el~Kéldm), qui a été 
traduit en français par P. Vattier, sous le titre d'Oneiro- 
crite musulman. 

Maïmonide {Abou 'ImrânMoAsâ Ibh Maihoon), le grand 
philosophe juif de Cordoue, était médecin. Né en 1139 
à Cordoue, il étudia la théologie juive et la médecine. Il 



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LITTERATURE ARABE 



se fit passer quelque temps pour musulman lorsque le 
second sultan almohade, * Abd-el-Mou'miu , ordonna aux 
juifs et aux chrétiens qui habitaient ses États de choisir 
entre l'islam et l'exil; puis, quand il eut mis en ordre 
ses aSaires, il se rendit en Egypte, reprit sa véritable 
religion et fonda même une école talmudique au Vieux 
Caire. Saladin le choisit pour son médecin, poste qu'il 
conserva sous son successeur Mélik-'Azîz. Il mourut en 
1204. Son Guide des égarés, écrit en arabe, mais en 
caractères hébraïques, rentre dans la littérature arabe; 
c'est un traité philosophique à l'occasion de certains 
termes de la théodicée de la Bible; il a été publié et tra- 
duit en français par S. Munk. Parmi ses ouvrages médi- 
caux, on peut considérer surtout comme curieux un traité 
dédié au cadi El-Fâdîl, sur le venin des reptiles et le 
moyen de s'en guérir. 



L'alchimie. 

L'Alchimie avait trouvé des adeptes dans la famille des 
Oméyyades, puisque nous avons vu un prince de cette 
dynastie, Khâlîd ben Yézid, élève du moine Marîanus, 
écrire trois traités sur ce sujet. Djâbir ben Hayyàn, le 
grand alchimiste, dont l'enseignement domine le moyen 
âge, aurait été son élève ; on dit encore que l'imam 
Dja'far Çâdiq, le maitre des sciences occultes, aurait été 
le professeur de Djâbir. De quel pays était-il originaire? 
on ne le sait. Les uns disent Toâs, dans le Khorasan, 
les autres Antaradus, sur la côte de Syrie; M. Brockel- 
mann pencherait à voir en lui un sabien de Harrân. 
Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il vivait à Koufa vers 



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LES ABDASSIDBS 811 

776. Od connait de lui vingt-sept ouvrages, dont plu- 
sieurs ont été traduits en latin et en allemand et publiés 
à Nuremberg, à Francfort et à Strasbourg, entre les 
dates de 1473 et de 1710. 

A ia 6n du m' siècle de l'hégire, comme l'a établi 
Rosen, i'alchimiste Mohammed ben Oméïl composait 
une ode sur certains êtres ailés vus sur les murs d'un 
temple à Bousir, dans lequel la légende populaire croyait 
retrouver la prison où Joseph a été enfermé, et écrivait 
sur cette même ode un commentaire avec des considéra- 
tions empruntées a l'alchimie. 

A côté de ces rêveries où la chimie en germe n'avait 
pas encore de base scientifique, nous voyons, à la même 
époque, paraître un ouvrage consacré a l'agriculture 
nabatéenne et rempli d'observations scientifiques con- 
servées par la tradition des laboureurs des plaines de la 
Mésopotamie. On sait que, par Nabatéens, les Arabes 
entendent la population autochtone de la Chaldée et de 
la Babylonie, population sémitique dont l'araméen était 
devenu la langue après avoir supplanté les vieux dia- 
lectes. Abou-Bekr Ibn el-Wahchiyé était Araméen d'ori- 
gine, né en Irak. Il écrivit, en 904, un Livre de l'agri- 
culture nabatéenne dans lequel Chwohlsson avait cru 
retrouver des restes de la vieille littérature babylonienne, 
tandis que l'auteur arabe, poussé par son désir de mon- 
trer que la civilisation araméo-syrienoe était plus belle, 
plus développée que celle des Arabes conquérants, 
n'avait pas hésité, pour appuyer sa thèse, à fabriquer de 
toutes pièces des écrits qui n'avaient jamais existé. 
L'orientaliste russe n'avait pas réfléchi qu'Ibn el-Wah- 
chiyé, non plus que les Arabes d'Egypte pour les hiéro- 
glyphes, n'avait aucune connaissance de la littérature 
babylonienne, dont le système d'écriture n'a été déchiffré 



, .,..,Coog[c 



SI3 LITTERATDRE À&ÀBB 

que de nos jours. Une autre tendance qui 9e fait voir 
dans le même ouvrage, c'est le désir de combattre les 
dogmes musulmans au moyen des textes allégués, bien 
que l'auteur se montre toujours pieux sectateur de 
l'Islam. Une autre falsification du même auteur est le 
Ckaiiq el-Moslakâm (le Désir du cœur troublé qui veut 
coDDattre les secrets des écritures), consacré aux diverses 
écritures des différents peuples, matière que l'auteur, 
comme tous les Orientaux, ne pouvait connaître que bien 
imparfaitement. Enfin, on lui doit un certain nombre de 
traités d'alchimie, et le Sidret el-Montaka (le Buisson 
de la limite), conversation sur des sujets religieux et 
philosophiques. 

Un Espagnol de Madrid, Abou'UKùsim Maslama e)- 
Madjriti (-j- 1007), était célèbre sous El-Hakam II par ses 
connaissances mathématiques et astronomiques, peut-être 
encore plus par sa pratique des sciences occultes. Il 
écrivit sur l'alchimie et sur la fabrication des talismans 
et des amulettes. 

C'est à la même époque qu'il faut ranger l'auteur du 
plus ancien livre arabe connu sur la minéralogie, le Livre 
des minéraux et des pierres précieuses, par 'Otârid ben 
Mohammed, surnommé El-Hâ$ib (le Calculateur) ou El- 
Kàtib (le Secrétaire). Vers l'an 900, le chef des écuries 
du khalife Mo'tadid composait un traité sur les chevaux 
et l'équitation qui est également le plus ancien ouvrage 
arabe sur la matière; il est au British Muséum. Cethip- 
pologue s'appelait Abou-YoûsoufYa'qoùb ben Akhi-Hizàm. 
L'interprétation des songes, enfin, une des plus anciennes 
fausses sciences de l'Orient, est représentée par le Kîtàb 
ei-Qâdiri, dédié au khalife eUQâdir par Abou-Sa'id Naçr 
ben Ya'qoûb ed-Dinawari en 1006. 

Vers le même temps on voit poindre également les 



LES ABBASSIDBS 



encyclopédies abrégées, dontie nombre devait plus tard 
devenir considérable. La plus ancienne est le Mafâtlh et- 
'0/oum (Clefs des sciences), édité par M. G. van VIoten, 
d'après le manuscrit de Leyde, et qui fut écrit par Abou- 
'Abdallah Mohammed el-Khàrizmi pour le ministre du 
prince samanide Noûh II, Abou'l-Hasan 'Obéïdallah el- 
■Otbi. Le Kitâù el-Moqâbasdt d'AH et-ïauhidî (•{• 1009), 
divisé en cent trois sections sur différentes sciences, 
rentre dans la même catégorie. 

'Abdallah Ibn Béïtàh, né à Malaga, voyagea comme 
botaniste en Egypte, en Asie Mineure et en Grèce. A 
Damas, il entra au service du prince Mélik-Kâmil comme 
botaniste en chef; quand son protecteur fut mort, il 
retourna au Caire, mais il ne tarda pas à rentrer à 
Damas, malgré l'honorable réception que lui avait ré> 
servée Mélik-Çalih;il mourut dans la capitale de la Syrie, 
en 1248. H a laissé deux ouvrages sur les simples, le 
Mûghnl et le Djdmi mofradât, traduit en allemand par 
J. von Sontheimer et en français par L. Leclerc. 

Abou-Zakariyà Yahya Ibn bl-'Awwàu, de Séville, écrivit 
dans la première moitié du vi* siècle de l'hégire le Kitdb 
el-Faldha (Livre de l'agriculture), d'après des sources 
grecques et le résultat de ses propres recherches, publié 
et traduit en espagnol par Banquera, en français par 
J.-J. Clément-MuUet. 

Chihàb-Eddin Abou'l-'Abbâs bt-TîpàchÎ, mort en 1253, 
a écrit un livre sur les minéraux et les pierres précieuses, 
YAzhdr el-afkâr (Fleurs des pensées), étudié par Ravins 
à Utrecht en 1784 et par Clément-Mullel en 1868. 

Les sciences occultes contribuaient aussi à enrichir le 
domaine littéraire, par exemple le diwan appelé Chod- 
hoûr ed-dakab (les Rognures d'or), recueil de poésies sur 
la pierre phiiosophale, de Borhàn-Eddîn Ibn ABFA.'-Ri- 



litterâtuiib ahabb 



SABOU, de Jaen en Espagne, mort a Fez en 1197. Zéïn- 
Eddin 'Abder-Rahim bl-Djaubakî, né au village de Djaubar 
près de Damas, se trouvait en 1216 à Harrân en Méso- 
potamie, en 1219 à Konia en Asie Mineure, et écrivit 
pour rOrtoliide Mas'oûd, prince d'Amid (Diarbékir) et 
d'Hiçn-Kéïfa, le Mokhtdr fi Kechf-elasrâr (Livre choisi 
pour la révélation des mystères], où l'on donne l'expli- 
cation des tours de passe-passe et de prestidigitation. 
Mouhyi'ddin 'Abou'U'Abbàs el-Boûmi, mort en 1225, a 
composé de nombreux opuscules sur la magie, tels que 
le Fadâïl eî^basmala, sur l'usage de la formule BismiUah 
et son emploi dans les opérations magiques, le Qaha el- 
iqtidd, sur les propriétés mystérieuses du nom de Dieu 
et la manière de s'en servir dans les talismans, le 
Maivdqit el-ghdydt sur les mystères de la vie contem— 
plattve des soufis, le Sirr el-hikam sur la cabale et la 
divination. 



Les encyclopédies. 

Les compositions originales disparaissent de plus en 
plus pour être remplacées par les compilations, les abrégés 
des grands ouvrages que l'on avait peine à se procurer, 
dont il fallait ensuite commenter le texte trop concis 
pour le tirer de son obscurité. Aussi y a-t-il tendance, 
chez les auteurs, à sortir d'une spécialité pour englober 
un champ de connaissances de plus en plus vaste. Nous 
avons déjà vu de ces hommes universels; nous allons en 
trouver quelques autres. 

C'estainsiqueDjémal-Ëddin Abou-'AbdallahBL-QAZwiNÎ 
écrit en 1135 le Mofîd el-'oloûm, encyclopédie populaire, 



j^^lc 



LES ABBAS8IDBB SIS 

religieuse, morale, géographique et historique, que 
Abou-'Amir Mohammed el-Balaw! , mort en 1164 à 
Séville, rédige VOnmoddhadj el-'Oloûm consacré ïi vingt- 
quatre sciences diETérentes, et qu'Abou-Bekr Mohammed 
bl-IcrbIlI, né à Séville en 1108, qui devint â soixante- 
dix ans imam de la grande mosquée de Cordoue, où il 
mourut en 1179, rassembla les titres de plus de quatorze 
cents ouvrages dans son Fihriat, édité par Codera et Tar- 
rago à Saragosse. 

Un polygraphe d'une facilité de composition extraor- 
dinaire, ce fut Djémal-Eddin Abou'l-Faradj 'Abder- 
Rahman Ibn bl-Djauz!, d'une ancienne famille arabe qui 
rattachait son origine au khalife Abou-Bekr. Il naquit à 
Bagdad en 1116; son père était un homme riche qui lui 
fit donner une éducation coûteuse et soignée. Grand ama- 
teur de livres, quand il n'eut plus d'argent, il vendit les 
deux maisons que lui avait laissées son père pour augmen- 
ter encore sa bibliothèque. Il avait été d'une intelligence 
précoce : à sept ans il suivait l'explication du Mousnad 
d'Ibn Hambal et il conserva toute sa vie un goât parti- 
culier pour l'étude des traditions du Prophète. Rigide 
harabalite, il combattit vigoureusement les adeptes des 
autres opinions orthodoxes. Comme écrivain abondant, 
il n'y a que Soyoùti qui puisse lui être comparé. Ses tra- 
vaux embrassent tout le domaine de la littérature, sauf la 
grammaire, la théologie scolastique et les sciences exac- 
tes. Il fut prédicateur à la Mecque et à Bagdad, non à la 
mosquée, mais dans des réunions particulières. Les Sun- 
nites et les Chiites, qui se disputaient fréquemment, le choi- 
sirent un jour pour décider entre eux; il se tira d'affaire 
par une phrase ambiguë qui satisfaisait les deux partis. 
II se vantait d'avoir converti plus de cent mille hommes 
à une vie pieuse et d'avoir amené plus de dix mille jeunes 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



310 LITTERATtlilB ARABB 

gens à réfléchir sur eux-mêmes. I] mourut en 1200. Pour 
exprimer sa prodigieuse activité, on disait que si l'on 
additionnait le nombre de cahiers ou fascicules de vingt 
pages écrits par lui pendant sa vie et en divisant ce total 
par la durée de celle-ci, on trouverait au quotient neuf 
cahiers par jour; résultat incroyable qu'lbn Khallîkan 
rejette comme inadmissible pour la raison. 

Sur le terrain de la science du langage, nous voyons 
qu'il a écrit un Taqwtm el-logha, vocabulaire de fautes 
de langage du peuple; sur celui de l'histoire, le Monta- 
zkam, histoire universelle, le Dhakab el-Masboûk (l'Or 
fondu), histoire des souverains musulmans, YAkkbâr el- 
adhkiyd (Annales des gens intelligents), le Kitdb el-Ho~ 
maqâ (Livre des sots), le Kitâb el-qoçcâç (Livre des con- 
teurs populaires), le Wafd sur la biographie du Prophète, 
les Mandqib ou panégyriques d'Omar, de Hasan el-Baçrt 
et d'Ahmed Ibn Hambal. En matière de traditions on peut 
citer le Djdmi'el-Maadnid, rédigé par Mouhibbi et-Tabari, 
le Mantiq el-Mafhoum qui renferme les traditions sur 
les bëtes et les objets inanimés qui ont été doués de lan- 
gage par miracle; \&Maudou'dt, ou Traditions supposées, 
se trouve au Caire. 

La jurisprudence lui doit deux ouvrages : le Tahqiq sur 
les traditions controversées, et le Bdz el-achhab el-Mon- 
qadd, qui est une défense de la doctrine hambalite contre 
les anthropomorphistes. L'exégèse coranique lui a fourni 
la matière de i'Adjdîb 'oloâm el-Qordn, introduction 
générale à l'étude du texte sacré, le Mokklaçar et le 
Modjtabâ, qui en sont des abrégés, le Zdd el-Maalr (Pro- 
visions de marche), manuel du prédicateur, et VArib, qui 
est un commentaire des passages diil&ciles du livre. 

La morale pratique et l'édification l'ont conduit à 
compiler de nombreux ouvrages parmi lesquels on pourra 



, ;....,C00g[c 



LES ÂBBASSIDBS S17 

indiquer le Talbîs IbUs (les Ruses du diable), el-Hadâïq 
[les Jardins), histoires édifiantes sur le Prophète et ses 
compagnons, ie Maurid el'Adkb, recueil de soixante-dix 
sermons qu'il prononça à la Mecque, un livre de Séances, 
accompagné d'un commentaire lexicograp bique, composé 
en trente-quatre jours à Bagdad; la médecine lui doit le 
Loqat el-mandfi', histoire, nosologie et thérapeutique, 
et le Tibb er-Rouhdni (Médecine de l'âme). Le Mouthir el- 
'Azm, le Tabçiret el-akhyâr, qui traite du Nil, rentrent 
dans le cadre de ta géographie. Le Kitdb el-Moudhich 
s'adapte diHicilement à une classification quelconque, car 
il traite à la fois des sciences du Koran, de la langue, 
de ta tradition, de l'histoire et de la morale. 

FAKBK-EnniN bb-RJIzi était le fils d'un prédicateur de 
Réï, l'ancienne Raghès, près de la Téhéran actuelle, où 
il naquit le 7 février 1149. Il étudia dans sa ville natale 
ainsi qu'à Méràgha, fit un voyage sur les rives de 
l'Amoû-Deryâ et dans la Transoxiane, en fut chassé, se 
rendit à Ghazna et dans le Khorasan, où il fut reçu avec 
beaucoup d'honneurs ; il finit par s'établir à Hérat, oii 
mourut en 1209. Le succès de ses ouvrages fut considé- 
rable et fit oublier beaucoup de ceux de ses devanciers 
est le premier qui y introduisît un arrangement systéma- 
tique que personne n'avait employé avant lui. Ses pré- 
dications, qu'il prononçait Indifféremment en arabe et en 
persan, faisaient une grande impression : lui-même manî' 
festait tant d'émotion qu'il en versait des larmes. I 
ramena à la foi orthodoxe un grand nombre d'adeptes de 
la secte anthropomorphiste des Karrâmiyya. 

Appartenant au rite chaféïte, il a écrit un panégyrique 
de l'imam Chaféï ; on lui a attribué longtemps une his- 
toire dont Jourdain et Henzius ont donné des fragments (le 
Fakhri d'Ibn TIqtaqa) ; il a écrit un traité de jurisprudence 



og[c 



318 LITTÉRATDRE ARABE 

intitulé MahçoiU, un grand commeolaire du Koran sous 
le Dom de Mafdtih eUghaïb (CleTs du monde mystérieux), 
qui a été imprimé au Caire et à Coastantinople, l'Asrdr 
et-lanzil (Mystère de la révélation) sur la théologie sco- 
lastique, le MatâUb el-'âliyyé (Questions supérieures) sur 
la nature de Dieu, le Mabdhith ech-ckarqiyyé (Questions 
orientales] sur la physique et la métaphysique, sujet 
traité également par le Mohaçcal, dont Schmœlders et 
Schreiner se sont occupés. Le Sirr el-Maktoum (Secret 
caché) est un traité complet d'astrologie, ainsi que 
Ylkhtiydrâl el-' Aldiyyé , écrit primitivement en persan 
pour 'Ala-EddÎD, roi du Khàrizm, traduit ensuite en arabe 
par un inconnu. 

Abou-DjaTar NaçIr-Eddin bt-Toosi, célèbre astronome, 
naquit en 1210 a Tous dans le Khorasan, jouit de la plus 
haute estime de l'empereur mongol Houlagou, qui appré- 
ciait ses talents astrologiques et fit élever pour lui un 
observatoire àMaràgha; il l'accompagna dans ses cam- 
pagnes, et fit mettre à part du pillage les livres prove- 
nant des bibliothèques de Bagdad, de la Syrie et de la 
Mésopotamie, dont il se fit une bibliothèque considérable, 
plus de quatre cent mille volumes, et qu'il sauva ainsi 
de la destruction. Ses ouvrages sont une compilation 
d'autres qui existaient avant lui; cependant il a eu le 
mérite d'avoir traité la trigonométrie comme une science 
à part. 11 mourut en 1273 à Bagdad. 

Dans le domaine de la jurisprudence, il a écrit le Dja' 
tvâhir el-fardtd\ dans celui de la théologie scolastique, 
le Tadjrid el-'Aqdïd, souvent commenté, et le Qawdld 
el-'Aqdïd (Règle des,articles de foi) sur la nature de Dieu, 
le caractère de la prophétie et de l'imamat, ainsi que la 
résurrection. En philosophie, il a rédigé en persan une 
métaphysique, sous le titre de Fofoûl, qui a été traduite 



LBS ABBA9SIDBS 



en arabe par Djordjani, ainsi qu'un manuel des soufis 
sous le titre Ae Auçdf el-achrâf; en mathématiques, il a 
donné une édition arabe des éléments d'Euclîde qui a 
été imprimée à Rome en 1594; son traité du quadrilatère 
a été traduit en français par Alexandre -pacha Carathéo- 
dory d'après un manuscrit de Constaatinople. En astro- 
nomie, il a donné une édition de l'Almageste de Ptolémée, 
des éléments d'astronomie sous le titre de Tadhkira et un 
autre sous celui de Zobdat el-Idrdk; il a dressé en persan 
les fameuses tables astronomiques connues sous le nom 
de Zidj Ilkhdni (Tables impériales), traduites plus tard 
en arabe; il s'est occupé de divers ouvrages d'Autolycus, 
d'Hypsiclès, de Théodose et d'Aristote dont il avait eu 
connaissance par les traductions arabes de Thâbit ben 
Qorra et Qostâ ben Louqâ. h'Albdb el-bâkiyyé est un 
traité d'hygiène, et le Wâfi un traité complet de géo- 
mancie. Cinquante-six ouvrages sont mentionnés par 
M. Brockelmann. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE X 



LA LITTÉRATURE DEPUIS LA PRISE DE BAGDAD 
JUSQU'A LA FIN DU XVIII* SIÈCLE. 



La poésie. 

Çafi-Eddin 'Abd-el-'Aziz ben Saràya el-Hilli, oé le 
27 août 1278, poète de cour des Ortokides qui régnaicDl 
à Mardin, rendit visite en Egypte à Mélik-Nûçir (1326), 
mais ne tarda pas à rentrer à Mardin ; il mourut à Bagdad 
vers 1351. Il a passé, auprès de ses contemporains, pour 
l'un des meilleurs poètes. Son diwan a été imprimé à 
Damas et à Beyrouth; ses poésies consistent surtout 
en jeux de mots. Il a composé, sous le titre de Qaçida 
des Ortokides, vingt-neuf poésies de vingt-neuf distiques 
chacune, commençant par la même lettre de l'alphabet 
et se terminant suivant le même ordre ; elles sont consa- 
crées au panégyrique de Mélik-Mançour, l'Ortokide, qui 
régnait de 1294 à 1312. L'ode qu'il adressa au prince 
égyptien qu'il avait été visiter a été traduite en latin et 
en allemand par Bernstein. Il a écrit aussi des poésies 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



DECLIN DBS LETTRES 



populaires ainsi que le livre intitulé el-Atil el-hdli, dont 
le manuscrit unique est à Munich. 

Idn Nobata Djémal-Eddîn, né en 1287 à Méyyâfàriqin, 
fut élevé en Egypte et se rendit en 1316 à Damas; il eut 
l'occasion de fréquenter la cour d'Aboul-Féda, prince de 
Hama, historien et géographe; il fut ensuite attaché à 
l'administration en qualité de secrétaire. II était âgé de 
plus de soixante-dix ans lorsque le sultan Hasan le fit 
venir au Caire pour remplir auprès de lui les fonctions 
de secrétaire ; malheureusement son protecteur mourut 
l'année suivante; la pension qui lui fut attribuée ne fut 
payée qu'irrégulièrement. 11 vécut jusqu'à soîxante-dix- 
neuf ans et mourut Èk l'hôpital, en 1366, laissant un diwan, 
une anthologie [Sadj'el-Molaivtvatj), un traité de la con- 
duite des rois [Solodk dowal el-moloûk) et quelques autres 
ouvrages . 

Ibn Hidjdja (Abou'l-Mahàsin Taqi-Eddin) était né en 
1366 à Hama; il exerça d'abord le métier manuel de 
fabricant de boutons, d'où son surnom d'el-Azrâri; plus 
tard il se voua à l'étude, visita Mossoul, Damas, le Caire ; 
en 1390, il vit l'incendie allumé à Damas pendant que la 
ville était assiégée par le sultan Barkok et composa sur 
ce désastre une lettre adressée à Ibn Makànis. Il revit 
encore une fois le Caire et y occupa une place de rédac- 
teur dans l'administration. En 1419 on le voit accom- 
pagner le prince Ibrahim dans une campagne en Asie 
Mineure. Il retourna dans sa ville natale en 1427; il y 
mourut en 1434. Sun œuvre la plus célèbre est une imi- 
tation du poème du Manteau en l'honneur du Prophète, 
où toutes les fleurs de la rhétorique orientale sont prodi- 
guées, et qui est connue sous le nom de Badi 'it/t/a. Il a 
réuni ses poésies, composées les unes au Caire, les autres 
à Hama, sous le titre de Thamarât ech-Chahiyya. Les 



LITTERATURB t 



lettres et les diplômes qu'il a composés peadant «ju'il 
était au service des Mamelouks égyptiens ont été réunis 
sous le titre de Qakwal el-inckâ (Liqueur eaivraote du 
style épistolaire)- Une anthologie de prose et de vers, 
appelée Tkamârât el-Aurâq (Fruits des feuilles] a été 
imprimée à Boulaq sur les marges du Mohddarat de 
Râghib Içfahàni. Moins importants sont les ouvrages du 
même genre compilés d'après Ibn Khallikan, Ibn Hichâm, 
Damiri. 

Naçir-Eddin Nocaîr el-Hammàmi vivait au Caire; il 
était d'un caractère fin et rusé; il vivait du métier de 
locataire et tenancier de bains publics (hammam), d'où 
son surnom ; devenu vieux, il fut obligé d'y renoncer et 
de se livrer à la meudicité en composant des poésies et 
des mowachchah qu'il offrait. Il mourut en 1312. 

Siràdj-Eddin 'Omar beo Mas'oâd, suroommé el-Madj- 
djân (l'Obscène), était recherché dans la société : il est 
l'auteur de mowachchah, et mourut à Damas en 1301. 

Un grammairien critique, qui retrouvait des fautes 
chez ies meilleurs poètes et lexicographes, ce fut le 
cheikh Taqt-Eddin 'Abdallah cs-Saroùdji, né à Saroudj 
en 1230, mort au Caire en 1294. Il composa de nom- 
breuses poésies que les chanteurs faisaient connaître. 
11 sortait peu de chez lui et n'apparaissait guère qae 
le vendredi; il n'aimait pas qu'on annonçât sod nom, et 
il disait : « Il y a chez les amis trois degrés d'amitié : 
au début, je m'entends appeler le cheikh Taqi-Eddîo; 
plus tard, je n'entends plus que et-Taqi tout court: je 
sens que je commence à les ennuyer ; quand on en vientà 
m'appelcr es-Saroûdji, je sais que c'en est Snî avec eux. » 

Chcms-Eddin ed-Dahuân (Mohammed ben 'AIî) était 
fabricant d'huile, d'oii sou surnom; son industrie ne 
nuisit pas à son talent; il fut poète, musicien possédant 



DÉCLIN DBS LETTRES 333 

une virtuosité sur l'instrument à cordes appelé qdnoân 
(c'est une harpe couchée sur une table d'harmonie, un 
peu plus grande que la zither des Autrichiens et plus 
petite que le cyinbalum des Hongrois), et compositeur 
d'airs musicaux; il mourut en 1321. 

Chéref ben As'ad el-Miçri était un homme de la basse 
classe, doué d'uu goût naturel, qui composait des poésies 
obscènes et comiques, fréquentait la société qui s'amuse 
et les chanteuses publiques. Il mourut en 1337. 

'Othmàn Abou'1-Fath el-Balati était né à Balat, petite 
ville près de Mossoul : il était grand et gros, avec une 
longue barbe; il portait en plein été un énorme turban 
et des vêtements les uns sur les autres. Il avait étudié 
quelque temps à Damas; il se rendit en Egypte quand 
Saladin s'empara du pays ; il y fut nommé lecteur et pro- 
fesseur de grammaire attaché à la grande mosquée. 11 
était adonné à la boisson et aux plaisirs. Un jour qu'un 
musicien était venu lui chanter un air, il se mit à pleurer, 
le musicien fit de même. Abou'1-Fath, surpris, lui 
demanda pourquoi ces larmes. « C'est parce que mon 
père pleurait en entendant cet air, et que vous me l'avez 
rappelé, dit l'artiste. — Vous êtes donc le fils de mou 
frère? » dit Abou'1-Fath; et depuis lors il n'appela plus 
le virtuose que « mon neveu », et il fit de lui son unique 
héritier. Il est l'auteur d'un mowachchah à la louange du 
cadi El-Fâdil. 

Ibn Fadl-Allah BL-'OHAai (Chihâb-Eddiu Abou'l-'Abbàs) 
descendait du khalife Omar et appartenait à une 
famille de magistrats chaféïtes. 11 a été prdné pour la 
facilité avec laquelle il improvisait du bout de la plume ; 
il était un littérateur complet, selon l'expression de 
Çafadi, c'est-à-dire qu'en prose ou en vers il alitait éga- 
lement la théorie à la pratique, la science à l'action. 11 



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SM LITTJ&BATlJtlE ARABE 

avait des connaissances étendues sur le terrain de la 
biographie, en histoire et en géographie. Né à Damas le 
9 juin 1301, il étudia le droit et la prosodie dans sa ville 
natale, puis voyagea dans les pays de la domination 
égyptienne, accompagna son père lorsque MéKk-Nàçir le 
chargea des fonctions de secrétaire d'État, fut nommé 
cadî au Caire, puis secrétaire d'État à la mort de son 
père; ensuite il rentra à Damas où il mourut de la peste 
en'1348, à l'âge de cinquante ans lunaires. Son Mnsdiik 
el-abçâr est un ouvrage géographique, historique et 
biographique en plus de vingt volumes, qui a été étudié 
par de Guignes en 1758 et Quatremère en 1838, dans les 
Notices et Extraits ; Pocock s'en est servi pour l'histoire 
des Arabes. Son Tarif bi-mostalah eck-ckérif est un 
recueil de modèles de lettres adressées par les sultans 
mamelouks aux puissances étrangères. Les Ckatawiyydt 
(les Hivernales) sont des lettres envoyées de Damas à 
plusieurs savants, pendant l'hiver de 1343-1344, oîi la 
ville était couverte de neige, dont le manuscrit est it 
Leyde. Il consacra un grand ouvrage en quatre volumes 
à célébrer les vertus de sa propre famille, Fawâdhil es- 
aamar. Il composa de nombreuses odes et radjaz dans 
les mètres classiques, ainsi que des poésies populaires 
en strophes, motvac/ichak et dou-bèït. 

Ibm eth-Tharada ('Ali ben Ibrahim), prédicateur de 
Wàsit, était né en juin 1298; il fit ses études à Bagdad 
et se rendit plusieurs fois à Damas, où il prêcha dans la 
grande mosquée des Oméyyades; puis il tomba malade 
de mélancolie, et mourut dans l'hàpitai des fous d'Ibn 
Sowatd à Damas, en 1349. Sa folie douce consis- 
tait à porter sous le bras un sac auquel il attachait 
tous les fils et ficelles qu'il rencontrait, et dont il ne se 
séparait jamais. Cet état ne l'empêcha pas de composer 



DÉCLIN DES LETTRES 335 

d'excellente poésie. Il s'imaginait avoir laissé à Bagdad 
une bibliothèque de deux mille volumes dont des négo- 
ciants se seraient emparés et qu'ils auraient vendue, 
livre par livre, dans les bazars de Damas. Quand il 
mourut, on ouvrit son sac; on n'y trouva que des cahiers 
épars contenant des vers et des sermons. 11 a aussi com- 
posé des poèmes en strophes, mowackckah et mâwdUyd. 

Ibn el-Mor*hhal (Çadr-Eddin Mohammed), que l'on 
connaît en Syrie plutôt sous le surnom d'ibn el-Wékîl, 
était Égyptien d'origine; né à Damiette en août 1267, il 
mourut au Caire en 1316. C'est à Damas qu'il étudia la 
jurisprudence, base de toutes les autres études à cette 
époque, comme ailleurs la théologie; il savait un grand 
nombre d'ouvrages par cœur, comme le Mofaççal, qu'il 
avait appris en cent-un jours, les Séances de Harîri 
apprises en cinquante jours, et le diwan de Moténebbî, 
prétend-on, en une seule semaine. Habile dans la contro- 
verse, lui seul pouvait soutenir, d'entre les Chaféïtes, la 
discussion avec le cheikh Taqi-Eddin Ibn Téïmiyya. Il 
fut pendant sept ans chargé des fonctions de cheikh de 
l'école des traditions Achrafiyya. C'était un homme dis- 
cret et plein de retenue, ami des grands, aimant la 
société. Il a composé des vers dans tous les genres, y 
compris les genres populaires des mowachchah, doubéïC, 
mokhammas, zadjat et biUiq. 11 a réuni ses principales 
compositions poétiques dans une anthologie appelée 
El-ackbdk wèn-Nazhâïr. 

Yoùsouf Ibn Zaïlaq fut tué par les Mongols lors de la 
prise de Mossoul en 1262. Le Fawât el-wafaydt d'El 
Kotobi a conservé quelques-unes de ses poésies, dont 
plusieurs sont des mowachchah destinés à être chantés; 
elles sont du genre erotique. Chems-Eddin Moham- 
med, le prédicateur de "Wàsît, mort en 1344, à près de 



ISe LtTTBRATOKE ARABE 

soixante-dix ans, est également auteur de poésies popu- 

El-Kéiwàni descendait de Kéïwân, ancien esclave de 
Ridwàn-pacha, gouverneur de Gaza, devenu soldat des 
troupes syriennes, dans lesquelles il obtint un grade 
élevé; ces bandes se firent remarquer par leurs violences 
et leurs injustices : il fut tué à Baalbek en 1623. Quant à 
lui, El-Kéiwàni, il s'attacha à Osman Khaliça, kiaya du 
grand-vizir, a son arrivée à Damas, et l'accompagna dans 
la campagne a laquelle îl prit part et où il fut tué; a sa 
mort il revint à Constantin ople, puis en Syrie. C'est là 
qu'il prit le caractère triste et mélancolique qu'ont ses 
poésies. 11 adressa des panégyriques à Abdallah-pacha 
Tchètèdji lorsque celui-ci, nommé gouverneur de Damas, 
y réprima les désordres qui ensanglantaient la ville. Sa 
prose rimée était également remarquable. 

'Abd-el-Gbani de Naplouse, afhlié aux ordres religieux 
des Naqchbendîs et des Qâdiris, d'une famille origi- 
naire de Naplouse, né à Damas en 1641, perdit son père 
de bonne heure, étudia la jurisprudence, commença à 
rédiger à l'âge de vingt ans. Il resta sept ans enfermé 
dans la maison qu'il occupait près de la mosquée des 
Oméyyades; de mauvaises langues prétendirent qu'il 
avait renoncé à pratiquer les cinq prières journalières, et 
qu'il satîrisait les gens dans ses vers. Le peuple se sou- 
leva et le maltraita; c'est ce qui lui fit adresser des 
satires contre lui; mais plus tard on le considéra comme 
un saint, et l'on s'empressa de venir le visiter. En 1664, 
il se rendit à Constantinople, y séjourna peu de temps; 
en 1688, il visita la Béqaa et le Liban; en 1689, Jéru- 
salem et Hébron; en 1693, il se rendit en Egypte, puis 
au Hedjaz. En 1700, il passa une quarantaine de jours à 
Tripoli de Syrie. En avril 1707, il quitta la maison 



:,q,t,=c.=ïGoOglc 



DECLIN DES LETTRES 3S7 

occupée jusque-là par ses maîtres dans le centre de la 
ville pour aller s'établir à Sàlihiyya, sur les pentes du 
mont Qâsyoûn, qui est comme un faubourg de la capitale 
de la Syrie. Ses principaux ouvrages en prose sont un 
commentaire du Tafsir de Béidawi, inachevé, le commen- 
taire du diwan d'Omar Ibn el-Fared, et d'innombrables 
vers; on dit qu'il fit des miracles, mais qu'il u'aimait pas 
qu'on en parlât. Il intercédait volontiers, auprès des auto- 
rités, en faveur des malheureux qui s'adressaient à lui. 
Ses poésies se répandirent dans tout le monde arabe; il 
mourut d'une courte maladie, à plus de quatre-vingt-dix 
ans, le 24 chabân 1143 (4 mars 1731). Les bazars de la 
ville furent fermés le jour de son enterrement, et la 
foule se porta à Salibiyya pour y assister. 

L'émir Mandjak ben Mohammed el-Yoûsoufi descen- 
dait du chef de ce nom, qui avait gouverné Damas vers 
1370. A la mort de son père, îl dépensa largement sa 
fortune, la dissipa totalement par ses prodigalités, puis 
il se retira de ia vie mondaine. Il quitta les pays arabes 
pour les pays turcs, et présenta même une pièce de vers 
au sultan Ibrahim, sans rien obtenir de lui. Pour rappeler 
les temps de sa misère et ses souffrances à Constant!- 
Dople, il a écrit les Roûmiyydt; d'autres pièces de vers 
ftont consacrées au vin et à l'ascétisme. Un an avant sa 
mort, il reprit sa vie de dissipation. C'est en 1669 qu'il 
quitta définitivement ce bas monde; il avait soixante- 
treize ans. 

Le cheikh Moçtapa-Efendi bl-Bâbi tirait son surnom 
d'un village des environs d'Alep, appelé el-Bâb. Après 
avoir commencé des études juridiques à Alep, il se 
rendit à Damas en 1641 pour les y achever; ensuite il 
entra dans la magistrature ottomane à la suite d'un 
voyage qu'il fit à Constanlinople, et pendant lequel il 



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SIS LITTÉRATURE ARABE 

écrivit sur cette ville un poème oJi il rappelle sa patrie 
absente; il adressa également des louanges au chéikb- 
el-Islam Yah^a-Ëfendi et au grand vizir Ahmed-pacha 
Kieuprulu. Il occupa successivement les postes de cadî à 
Tripoli de Syrie, à Magnésie en Asie Mineure, à Bagdad 
et enfin à Médine (1680); il fit le pèlerinage cette année 
même et mourut à la Mecque au mois de janvier de 
1681. Son diwan, imprimé à Beyrouth en 1872, contient 
l'éloge funèhre d'une dent molaire qui lui fut extraite; 
cette pièce est fort amusante. 

AïcHA bl-Bâ'ouniyya était la fille d'Ahmed ben Nâçir- 
Eddin el-Bà'oùni; elle est l'auteur du l'alh el-Mobln, ode 
rimée en m à la louange du Prophète; cette pièce de vers 
est accompagnée d'un commentaire par elle-même, ter- 
miné en 1516. On cite encore d'elle des vers spirituels 
où, sur une question juridique controversée, elle a trouvé 
le moyen d'exprimer, en cinq vers, les opinions des doc- 
teurs des quatre rites orthodoxes, A cette même famille 
d'EI-Bâ'oâni appartenait Bahâ-Eddin Mohammed ben 
Yoûsouf, né en 1446 dans le faubourg de Sàlihiyya, qui 
s'étage, près de Damas, sur les premières pentes du 
mont Qâsyoûn, et qui mourut le 16 février 1505. C'était 
un amateur d'histoire qui aimait à réduire les annales 
aux proportions de petits poèmes mnémotechniques; 
c'est ainsi qu'il a écrit un radjaz, le Tohfat ezh-Zharifa, 
sur l'histoire générale jusqu'à l'intronisation du sultaa 
mamelouk Qàït-Baï, et un autre sur le gouvernement des 
deux souverains égyptiens Bârs-Bâï et Qâït-Bàï; il n'a 
pas manqué de consacrer en outre à ce dernier, suivant 
l'antique usage, un panégyrique probablement rétrîbné; 
enfin un poème, Behdjet el-Kkould, traite de l'éducation 
des enfants. 

Ibn Ma'toàq mourut h soixante-deux ans le 21 dé- 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



DÉCLIN DBS LETTRES 329 

cembre 1676. Son diwan, recueilli et publié par son fils, 
est rempli par des panégyriques de gouverneurs persans 
sous le règne du Çafawide Châh-Çafi, et a été lithogra- 
phie en 1861, probablement au Caire. 

Ahmed el-Kurdi ben Elyâs, surnommé el-Arradjâni 
es-Saghir et « Qamous ambulant », d'origine kurde, 
fut lexicographe et poète; son père, originaire de 
Chehrizour, était venu s'établir à Damas et avait été 
chargé des fonctions de prédicateur du caravansérail de 
la bourgade de Nebk, dans laquelle il s'était marié. Né 
au commencement du xii' siècle de l'hégire (1689 et 
suiv.}, il se rendit à Damas pour y étudier à la medressé 
de Soméïsât et devint cuisinier de cette école; son 
caractère léger, ses disputes continuelles lui rendirent 
la vie difGcile et il partit pour Constantinople dans la 
crainte de poursuites légales à l'occasion d'une faute 
qu'il avait commise. Ses inconséquences l'obligèrent de 
quitter la capitale de l'Empire oii cependant il avait 
trouvé un protecteur, et de se rendre à Tripoli de Syrie, 
où il se maria et obtint différents postes, puis il passa en 
Egypte, où le gouverneur Mohammed-pacha Rùghîb le 
prit sous sa protection. 11 l'accompagna à Alep quand 
celui-ci en fut nommé gouverneur et il y mourut en 
avril 1756. 



L'histoire. 

Mohammed ben-' Ali Ibn Tabâtabâ, surnommé Ibn et- 
TiQTAQÀ, né vers 1262, se trouvait en 1302 l'hôte du 
gouverneur de Mossoul, Fakhr Eddin 'Isa ben Ibrahim, 
lorsqu'il lui dédia son histoire de l'empire musulman 
depuis son commencement jusqu'à la fin du khalifat de 



:=,Googlc; 



UO LITTÉRÀTOHE ARABB 

Bagdad, intitulée el-Fahhri, qui a été publiée par Ahlwardt , 
puis par M. H. Dercnbourg. 

Il s'est astreint à écrire d'un style simple et à la 
portée de tout le monde, car il a remarqué que beaucoup 
d'écrivains, en employant un style recherché et des 
expressions rares, ont restreint l'utilité de leurs ouvrages. 
Or il tient à être compris, car sou livre est un traité de 
politique à l'usage des souverains qui veulent gouverner 
par eux-mêmes et ne pas rester de simples jouets de 
parade entre les mains de leurs ministres. Ses préceptes 
de gouvernement sont appuyés d'exemples tirés de 
l'histoire des dynasties orientales. 

Ahmed bl-Gabrinî, de la tribu berbère de Gabrâ, né 
en 1246 à Bougie, y remplit les fonctions de cadi et y 
mourut en 1314. Sous le titre de 'Onwân ed-dirdya, il a 
écrit une galerie des littérateurs de Bougie au vu* siècle 
de l'hégire, que Cherbonneau a fait connaître. 

Abou'I-Hasan 'Ali Ibn Adi-Zar', né à Grenade et établi 
au Maroc, a raconté l'histoire des rois du Maghreb et de 
[a ville de Fez dans son Raud el-Qartâs (le Jardin du 
papier, nom d'un lieu de promenade en dehors des 
portes de Fez), qui a été édité par Tornberg à Upsal, tra- 
duit en allemand par F. de Dombay à Agram en 1794, 
en portugais par Fr. Jozé de Santo Antonio Moura à Lis- 
bonne en 1828, en français par Beaumicr en 1860. 

Le cadi Ibn TÉÏHtYYA(Taqi-Eddin Abou'I-'Abbâs) naquit 
à Harrân en janvier 1263; il était le descendant d'un 
célèbre prédicateur connu sous le même surnom. Son 
père s'enfuit avec toute sa famille devant les Mongols; 
n'ayant pu se procurer de bêtes de somme, il chargea 
ses livres sur une voiture qu'il fut obligé d'abandonner 
pour se sauver, tellement la poursuite des ennemis était 
vive. Réfugié à Damas, le jeune Ibn Téïmîyya y étudia le 



:=.,Goog[c 



DECLIN DES LETTRES 



droit hambalîte et à la mort de son père le remplaça 
comme professeur ; il n'avait que vingt et un ans. Il jouit de 
la considération du sultan Mélik-Nâçir, monté sur le trône 
en 1294 ; mais il s'était fait beaucoup d'ennemis par sa 
libre polémique, et la réponse qu'il donna à la question 
posée à Hama au sujet des attributs de Dieu souleva 
contre lui l'opinion, ce qui le fit destituer. Les persécu- 
tions ne s'arrêtèrent plus, bien que parfois on lui rendit 
sa place, par exemple, quand il fallut prêcher pour exci- 
ter le peuple à la guerre contre les Mongols. En 1305 il 
se rendit au Caire avec le cadi chaféïte ; après une séance 
du conseil des juges et des grands, il fut interné dans 
le puits de la citadelle avec ses deux frères, et y resta 
enfermé pendant un an et demi. Ramené à Damas en 
cbevaux de poste, il y resta en prison un temps égal, qu'il 
passa à édifier les prisonniers en matière de religion. On le 
fit revenir au Caire, et le sultan Béïbars le fit emprisonner 
dans la forteresse d'Alexandrie, oii il ne resta que huit 
mois, le rétablissement sur le trône de Mélik-Nâçir lui 
ayant rendu la liberté. Au Heu de se venger de ses enne- 
mis, il leur pardonna; il fut nommé professeur à l'école 
fondée par ce sultan et resta son conseiller. 11 profita du 
départ de l'armée pour la Syrie, l'accompagna, vint à Jéru- 
salem et rentra à Damas après une absence de plus de 
sept ans. 11 y reprit son enseignement et ses fonctions de 
juge; mais la haine de ses ennemis, qui s'était réveillée, 
lui fit interdire tout emploi public en 1318; ayant refusé 
de se soumettre au décret, il fut emprisonné près de six 
mois. Après sa mise en liberté il reprit son genre de vie, 
jusqu'au moment où la publication de son ouvrage sur la 
visite des tombeaux des Prophètes et des saints le fit 
enfermer dans la citadelle; on lui réserva une cellule 
isolée où il put se livrer à ses travaux littéraires ; il com- 

L,, .,..,Coog[c 



333 LITTERÀTUIIB AHÂBB 

posa plusieurs volumes sur les questions qui lui avaient 
valu ses mésaventures, mais quand ses travaux vinrent à 
la connaissance du public, on lui enleva ses livres, son 
papier et son encre, ce qui fut le coup te plus sensible 
qui ['eût jamais frappé. Il tomba malade bientôt après et 
mourut au bout de vingt jours, en septembre 1328. Ses 
funérailles furent suivies par un concours de peuple 
extraordinaire. De ses nombreux ouvrages, la science 
européenne a surtout utilisé le fetva qu'il avait rendu 
contre les Noçaïris ou Ansariés des montagnes de la 
Syrie, et qui a été étudié par E. Salisbury et Stanislas 
Guyard. Maraccî s'est servi d'un de ses ouvrages contre 
les chrétiens (Takhdjil akl-el-Indjil) dans sa préface de la 
réfutation du Koran. Les bibliothèques d'Europe renfer- 
ment quarante-cinq ouvrages sortis de la plume de cet 
esprit original. 

C'est dans l'enseignement hambalite d'Ibn Téïmîyya et 
de ses élèves qu"Abd el-Wahhâb alla puiser le fanatisme 
sunnite et la haine des innovations par lesquels se dis- 
tingue la réforme de l'islamisme qui porte le nom de 
Wahhabitisme, ainsi que l'ont démontré MM. Snouck 
Ilurgronje et Goldziher . Ce cadi était antropomor- 
phiste et tenait à l'interprétation littérale des passages 
du Koran où il est question de la personnalité divine. 
Dans le domaine juridique, il admettait les déduc- 
tions logiques tirées par lui-même du corpus des tradi- 
tions du Prophète, et pratiquait le qiyâa ou emploi de 
l'analogie. Le voyageur Ibn Batouta raconte qu'il jouis- 
sait à Damas d'une grande considération, qu'il discourait 
sur les diverses sciences, mais qu'il y avait dans son cer- 
veau quelque chose de dérangé. Lorsqu'on le fit compa- 
raître au Caire devant Mélik-Nâçir, la seule réponse 
qu'il fit à la demande du grand cadi qui l'interrogeait 



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DÉCLIN DES LETTRES 3311 

sur les imputations portées contre lui fut celle-ci : « 11 n'y 
a d'autre dîeu que Dieu. » Il eut pour élève préféré Ibn 
Qayyim el-Djauzîyya (Chems-Eddin Mohammed), qui l'a 
probablement aidé dans la révision du style de ses com- 
positions, et qui est lui-même l'auteur d'ouvrages dont 
une trentaine existent dans les bibliothèques ; né en 1292 
à Damas, fils de l'administrateur de la medressé el-Djau- 
ziyya, il participa aux tribulations de son maitre et fut 
comme lui emprisonné au Caire; ces persécutions ne 
cessèrent pas avec la mort d'Ibn Téïmiyya, elles se con- 
tinuèrent encore quelque temps. Chems-Eddîn mourut le 
17 septembre 1350. 

On ne sait presque rien de la vie de HâGzh-Eddin 
Abou'l-Bérékàt en-Nasalî, mort en 1310, dont les ouvrages 
ont eu l'honneur insigne de provoquer des foules de 
commentateurs, a commencer par son Manâr el-aruvdr 
(le Phare des lumières), sur le droit, dont le bibliographe 
Hadji-Kbalfa mentionne près de cinquante commentaires ; 
le Wâfi et son commentaire le Kdfi ont été achevés à 
Bokhara en 1275; plus tard l'auteur l'a abrégé dans son 
Kanz ed-daqdlq. Son 'Omcf a, catéchisme musulman, a été 
publié à Londres par W. Cureton sous le titre de Pillar 
oflhe creed of the Sunnites; il a été commenté par son 
auteur lui-même sous le titre A'el-Vtimâd fVl-itiqâd. 

Rachid-Eddin (Fadl-Allah ben Abi'l-Khéïr], l'historien 
persan des Mongols, né à Hamadan en 1247, exécuté à 
Tébriz en 1318 sur l'accusation d'avoir empoisonné le 
sultan Euldjattou, était un médecin d'origine Israélite. 11 
fut médecin d'Abaqa, puis ministre de Ghâzan et de son 
frère Kuldjai'tou. Il a écrit en arabe quatre ouvrages qui 
sont conservés à la bibliothèque Nationale, Mafâtih et. 
tafâalr, Lataïf el-kaqdïq, Taudihât, Soltaniyya. 

Aboo'l-Fédà Isma'ïl ben 'Ali appartenait à la famille 



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UTTEHATVRB ARABE 



des Ëyyoubites, que la fortune de Saladin avait portée 
sur différents trônes. Ses ancAtres avaient régné à Hama; 
son père El-Mélik el-Afdal, frère du prince El-Mélik el- 
Mançoùr, avait dû s'enfuir avec sa famille devant les 
Mongols et était descendu à Damas, dans la maison d'Ibn 
eZ'Zandjabilî; c'est )à qu'Aboul-FédA naquît, en 1273. 
11 reçiit une éducation de guerrier et de lettré; à peine 
âgé de douze ans il accompagna son père au siège de la 
forteresse de Markab, enlevée aux Hospitaliers en 1285; 
il se trouva à la prise de Tripoli et au siège de Saint-Jean- 
d'Acre, où il commandait un peloton de dix hommes. Les 
services qu'il rendit au sultan d'Egypte Mélik-Nâçir lui 
firent confier en 1310 la principauté de Hama, après 
qu'elle avait été confisquée parce que son cousin était 
mort sans enfanta. Le titre honorifique de Mélik-Çâlih, 
puis celui de Mélik-Moayyad récompensèrent le soin qu'il 
prit chaque année de se rendre au Caire pour y renouveler 
les liens de vassalité qui l'attachaient au sultan. En 
1313 il aida les troupes égyptiennes à rétablir à la Mecque 
le chérif Abou'l-Ghéïth. Il mourut à soixante ans, de la 
fièvre intermittente, en octobre 1331. Son Histoire univer- 
selle, qui a fait sa réputation, n'est qu'un abrégé d'Ibn 
el-Athir, abrégé lui-même de Tabari, continué jusqu'en 
1329; mais elle a eu le mérite d'attirer l'attention des 
orientalistes à une époque où l'on ne possédait pas encore 
ces deux derniers documents. 

Publié en partie à Copenhague avec une traduction 
latine par Reiske, sous le titre d'Annales muslemici, le 
texte a fourni matière k d'autres recherches; c'est ainsi 
que Fleischer a publié et traduit en latin la partie réser- 
vée à l'histoire anté-islamique, dont Albert Schultens et 
Silvestre de Sacy avaient déjà donné des extraits ; la vie 
de Mahomet, traduite en latin par Gagnier, a été publiée 



DBCLtN DBS LETTRBS 335 

et traduite ea français par Nofil àca Vergers, en anglais 
par W. Murray. Sa géographie générale, avec tableaux, a 
été publiée par Reinaud et Mac-Guckin de Slane, traduite 
en français par Reinaud et Stanislas Guyard. Le premier 
de ces deux orientalistes a écrit, en guise de préface à 
sa traduction, une introduction générale à la géographie 
des Orientaux qui est un de ses meilleurs ouvrages. 

Abou'l-'Abbas Ahmed en-No\vâïri était né en Egypte, 
dans la bourgade de Nowaïra ; il fut célèbre comme his- 
torien et jurisconsulte ; sa calligraphie était estimée a ce 
point que chacune des huit copies qu'il fit du Çahih de 
Bokhari lui fut payée mille dirhems. Il mourut à 
cinquante ans, en juin 1332. Son encyclopédie, Nihâyet 
el-érèb (l'Extrême besoin], est une revue générale des con- 
naissances humaines en cinq grandes divisions, le ciel 
et la terre, l'homme, les animaux, les plantes, l'histoire. 
C'est de là qu'Albert Schultens a extrait son histoire des 
Yoqtanides dans le Yémen; l'histoire de la Sicile a été 
traduite en français par Caussin le père; ta conquête 
de l'Afrique du Nord par les Arabes a été étudiée par 
Otier; l'histoire de cette même contrée a été traduite par 
de Slane; Silvestre de Sacy en a extrait ce qui est 
relatif aux Druzes, Hammer-Purgstall les ordonnances 
égyptiennes sur les costumes des chrétiens et des juifs, 
et Defrémery des anecdotes relatives à Ea vie du sultan 
Béïbars. 

Abou'1-Fath Mohammed Ibn Séytid bn-nàs, dont les 
parents étaient originaires de Sévîlle, naquit au Caire en 
1263, et se rendit à Damas en 1291 pour y compléter le 
cycle de ses études; on dit qu'il reçut les leçons de près 
de mille professeurs. A son retour il professa dans sa 
ville natale. Amateur de livres, il s'était formé une belle 
bibliothèque où l'on pouvait montrer, en dehors des 

-^'"gi^' 



136 LITTÉRATOHB AHABB 

manuscrits tracés par lui-même, des autographes d'on- 
vrages célèbres. Il mourut en avril 1334. Il a compilé une 
biographie de Mahomet, 'Oyoûn el-âthdr (Sources des 
moDuments), et a réuni, sous le titre de Bochrd el-labib 
(Message de l'homme de cœur], les poésies qu'il a lui- 
même composées à l'éloge du Prophète : c'est là que Kose- 
garten a été prendre l'ode qu'il a donnée dans son Car- 
minum orientalium triga. 

Chbhs-Eddin Abou 'Abdallah es- S ou fi ed-Dhucbqi 
était imam du petit village de Rabwé près de Damas, 
dont Ibn Batouta a dît que « c'est un des plus jolis points 
de vue du monde et un de ses plus beaux lieux de plai- 
sance; on y trouve des palais élevés, de nobles édifices 
et des jardins admirables » ; c'était un lieu de pèlerinage, 
à cause d'une petite grotte en face de laquelle se trouvait 
le prétendu oratoire de Khidr, assimilé au prophète 
Elie. Une grande partie de ses champs cultivés, de ses 
vergers et de ses maisons y étaient constitués en legs 
pieux dont les revenus servaient à l'entretien de l'imam, 
du muezzin et des pèlerins. C'est là que Chems-Eddin 
écrivit sa cosmographie, Nohhhat ed-dakr, publiée par 
Mehren à Saint-Pétersbourg et traduite par lui-même à 
Copenhague, ouvrage qui tout récemment encore (189Q 
a servi de base à une thèse de M. H. Dehéraîn. Cepen- 
dant Chems-Eddin, qui était un mystique, se retira plus 
tard à Safed en Palestine, et y mourut en 1327 à l'âge de 
soixante -treize ans. Il cultiva aussi la poésie, et l'on cite 
de lui des vers que lui avaient inspirés les beaux sites 
des environs de Damas. Au dire de Reinaud, aa cosmo- 
graphie laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la 
critique, mais elle a été très utile pour la connaissance de 
la géographie du moyen âge, parce qu'elle contient l'indi- 
cation de faits que l'on ne rencontre pas ailleurs. 



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DECLIN DBS LETTRES 337 

Abou-Hatvan Mohammed bco YoAsouf, de la tribu ber- 
bère de Nafza, surnommé el-Djayyàni parce que ses 
BDCëtres vivaient dans la ville espagnole de Jaen, né à 
Grenade en novembre 1256, compléta ses études en se 
rendant successivement à Malaga, à Velez et à Alméria, 
puis quitta l'Espagne en 1280, à la suite d'une dispute 
avec son maître Ibn ez-Zobéïr, parcourut l'Afrique du 
Nord et l'Egypte, accomplit le pèlerinage et revint en 
Egypte par la Syrie, C'était un polyglotte; il savait le 
persan, le turc et l'éthiopien et a écrit des ouvrages sur 
ces différentes langues. Il succéda en 1298 à son maître 
Ibn en-Nahhâs comme professeur de grammaire, puis de 
traditions, et s'acquit l'amitié de l'émir Séîf-Eddin 
Arghoun, qui devint gouverneur d'Egypte en 1312. Très 
frugal, il vivait de quelques oboles; il n'achetait pas de 
livres, dont il ne sentait nul besoin; ceux qu'il voulait 
lire, il les empruntait aux bibliothèques publiques. Ancien 
Zhâhirite, il se tourna complètement vers la doctrine 
chaféite et ne l'abandonna plus. Il mourut en juillet 
1345, cinq ans après sa fille Nodhàr, femme de lettres 
elle-même, à laquelle il a consacré un opuscule qui est 
une sorte d'autobiographie. Son Idrdk, qui représente 
la langue turque telle qu'elle était parlée au Caire par les 
colons de l'Asie centrale au xiv* siècle, a été publié à 
Constantinople. Il a composé aussi des poésies populaires 
dites mowachchakdt. 

Chems-Eddin Abou-' Abdallah Mohammed ed-Dhahabi, 
d'origine turcomane, né à Damas en 1274, commença à 
étudier à dix-huit ans et entreprit des voyages qui lui 
firent faire la connaissance de plus de douze cents savants. 
Il fut professeur de traditions à Damas, mais ne put entrer 
en la même qualité à l'Achrafiyya parce que le fondateur 
avait posé des conditions, relativement aux croyances du 

UTTtnATDIII tBA». "2 



3SB LITTÉRATCBB AHÂBB 

professeur, qui étaient pour lui in admis sib les. Il mounit 
le 5 février 1348, Parmi les nombreux ouvrages qu'il a 
laissés, on coonaît surtout le Mocktabih, publié par P. de 
Joug B Leyde, et une Médecine du Prophète, traduite en 
français par Perron. Son Tabaqât el-Hoffdzh (Classes de 
eeux qui savent les traditions par cœur), abrégé et cod- 
tinué par SoyoAti, a été publié par Wûstenfeld sous le 
titre de Liber classium. Sa grande histoire de l'islamUiDe 
(Tarikh cl-îslam) est dispersée en volumes isolés daas 
toutes les bibliothèques de l'Europe. 

ZéïR-Eddin Abou-Hafç 'Omar Ibn el-Wardi naquit en 
1290 a Ma'arrat en-No'man dans la haute Syrie, étudia le 
droit à Hama et fut nommé suppléant du cadi Ibn eo- 
Naqib à Alep. Il abandonna cette place à la suite d'un 
songe, se livra entièrement à la composition littéraire, et 
mourut dans cette même ville d'Alcp, de la peste, en 
mars 1349. Son histoire est un abrégé de celle d'Aboul- 
Fédâ avec une continuation jusqu'à l'année de sa mort. 
Le recueil de ses poésies a été imprimé à Constantînopte. 
D'autres ouvrages sont consacrés à la grammaire, à U 
jurisprudence, au mysticisme et même à la littérature 
pure, par exemple cette Séance sur la peste conservée par 
Soyouti dans l'ouvrage qu'il a composé sur cette afireuse 
épidémie. On lui a attribué, probablement ii tort, le Kka- 
ridat el-Adjâïb qui traite de la géographie et de l'histoire 
naturelle, avec toutes sortes de récits fantastiques et 
merveilleux; ce n'est d'ailleurs qu'une transcription 
pure et simple, presque mot pour mot, du Djâmî el 
fonoûn (Encyclopédie), composé par Nedjm-Eddin Ahmed 
cl-Harranî, savant hambalite qui se trouvait en Egypte en 
1332. Cet ouvrage curieux a été imprimé au Caire; î) a 
été étudié par de Guignes, Fraehn, Hylander, Tornberg, 
Freund, Wûstenfeld et Mehren. 



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SÂCLIN DBS LETTRES 339 

'Adod-Eddin el-Idjî de Chiraz, jurisconsulte chaféïte, 
cadi et soufi, mort en 1355, a écrit une histoire des 
patriarches, de Mahomet et de quetques-uns de ses 
compagnons. Il a donné, sous le titre de Métvâqif (les 
Stations), un traité de métaphysique et de théologie 
musulmane, dont Sœrensen a publié la cinquième et la 
sixième partie, aiosî que l'appeudice consacré aux sectes 
musulmanes, avec )e commentaire de Djordjâni. 

Ibn Cbâkir EL-KoTosi (le Lîhraire), originaire d'AIep, 
mort en 1363, étudia dans sa ville natale et à Damas, 
se livra au commerce des livres pour gagner sa vie et 
s'y enrichît. Il a rédigé, sous le titre de 'Oyoân et-tawâ- 
rikk, une chronique des khalifes et des savants avec des 
détails particuliers sur Damas, et une continuation ou 
supplément du grand dictionnaire biographique d'Ibn 
Khallikan, FawâC el-Wafayâl, qui a été imprimé à 
Boulaq. 

Khilil BEN AïBBK eç-Çapadi, né à Safed en Palestine, 
en 1297, fut secrétaire du gouvernement à Damas, au 
Caire et à Alep, puis directeur du trésor à Damas; il 
mourut en 1363. Son principal ouvrage est le Wdfi bil- 
Wafaydt, dictionnaire complet de biographie, dont les 
vingt-six volumes existent dispersés dans les biblio- 
thèques d'Europe. Un autre ouvrage est spécialement 
réservé aux hommes et aux femmes célèbres du viii' siècle 
de l'hégire, c'est-à-dire ii ses contemporains {A'yân el-'açr). 
Une anthologie curieuse est celle qu'il a consacrée aux 
poésies qui parlent des larmes, Ladhdkat es-Sam . Le 
Lau'at ech-ckdki wa dam'at el-bâkî est une histoire 
immorale entremêlée de vers. Le Djinân el-djinâs, sur 
les Qeurs de rhétorique, a été imprimé à Constantinoplc. 
D'autres anthologies et compilations sont sorties de sa 
plume féconde. 

D,q,t,=c.=ïG00gk' 



HO LtrriBATtJRB ARABB 

SiDt Khaul eUDjondi, jurisconsulte raalékite, étudia 
au Caire, y fut professeur et mufti et y mourut en 
novembre 1365. Il est l'auteur du Mokhtacar, précis de 
jurisprudence malékite usité par les tribunaux indigènes 
de l'Algérie, souvent réimprimé à Paris par les soins de 
la Société asiatique, traduit en français par le D' Perron 
dans V Exploration scientifique de V Algérie , et dont 
M- E. Faguan a dressé les tables de concordance. Ce 
manuel pratique et concis a été fréquemment commenté. 
Il a écrit en outre la biographie du chéïLb 'Abdallah el- 
Manoùfi, qui fut son professeur, et quelques autres 
ouvrages restés, comme ce dernier, manuscrits. 

Isma'ïl ben 'Omar Ibn KéthIii, né en 1302, tradition- 
□iste et historien, succéda comme professeur à Edh- 
Dhahabi à Damas et enseigna quelque temps à l'Achra- 
(iyya, puis ces dernières fonctions lui furent retirées : il 
mourut en 1372. Le Bidâya wè'n-Nîkdya [le Commen- 
cement et la Ftu) est une grande histoire universelle qui 
part de la création du monde pour se terminer en 1337; 
le plus complet des exemplaires conservés se trouve à 
Vienne. La partie relative au gouvernement des Éthio- 
piens dans le Yémen a été publiée par J.-F.-L. George 
à Berlin. Il s'est occupé également de l'imâm Cbaféî et 
des traditionnistes de son école. 

Chihâb-Eddin Abou't-Abbàs Ahmed Ibn Aei-HAnjALA, 
philologue et poète, hambalite de Tlemcen, où il naquit 
eu 1325, voyagea, se rendit à la Mecque pour y accom- 
plir les rites du pèlerinage, en revint par Damas et ta 
Syrie et s'établit au Caire, oh il fut nommé chéîkh d'un 
couvent de derviches; il y mourut de la peste en 1375. 
Son grand -père avait reçu le nom d'Abou-ffadJala^ 
a l'Homme à la perdrix », parce qu'une perdrix avait un 
jour pondu un œuf dans son manteau. Il est l'auteur du 



DÉCLIN DBS LETTRES 341 

Sokkardân (le Sucrier), ouvrage historique et géogra- 
phique sur l'Egypte, qui contient une biographie du 
sultan Mélik-Nâçir, auquel il est dédié ; c'est une antho- 
logie qui roule sur l'importance du nombre sept pour ce 
qui concerne l'Egypte; l'idée de tout rattacher à ce 
nombre fatidique de sept lui enlève toute valeur histo- 
rique; il a été imprimé à Boulaq. Son Dwdn eç'Çabâba 
est consacré à l'histoire des amoureux célèbres; il a été 
publié au Caire sur les marges du Tezyîn el-aawâq de 
Dâoud el-Antâkî. 

LisIn-Eddin Abou-'Abdallah Mohammed Ibn el-KhatÎb 
appartenait à une famille syrienne émigrée en Espagne; 
il naquit à Grenade en novembre 1313; les biens de son 
père, qui avaient été coufisqués, lui furent rendus et il 
devint l'ami du septième prince de la dynastie des Beni'l- 
Ahmar de Grenade, Abou'l-Hadjdjàdj Yoûsouf, qui le 
chargea de diriger l'administration du royaume. Ce poste 
lui fut conservé par le successeur de ce prince, Moham- 
med V, et il l'accompagna en Afrique lorsqu'il dut fuir 
devant son frère Isma'ïl, en 1359. Mohammed V revint 
d'Afrique trois ans plus tard, reprit Grenade et rétablît 
Ibn el-Khatib dans ses fonctions. Cependant, sur une 
accusation de trahison formulée par ses ennemis, il fut 
jeté en prison et exécuté bientôt après (1374). Son his- 
toire des khalifes eo Orient, en Espagne et en Afrique 
a fourni à Casïri, dans sa Bibliothèque hispano-arabe, un 
long extrait sur les sultans aghlabites et les khalifes 
fatimides qui ont régné en Afrique et en Sicile, réim- 
primé dans la collection de l'histoire de Sicile de Rosario 
Gregorio. Il s'est occupé de l'histoire de Grenade et a 
donné les annales de ses souverains jusqu'en 1363; il a 
écrit la biographie des hommes célèbres de cette capi- 
tale, y compris la sienne ; Casïri en a extrait la matière 



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349 LITTERATDBB ARABE 

de deax cent quatre-vingts notices. Un récit de ses voyages 
donne la description des villes espagnoles, des savants 
qu'on y rencontre et des bibliothèques qu'on y fré- 
quente. 

Bedr-Eddin Abou-Mohammed el-Hasan Ibn Habib, 
savant chaféïte, naquit à Damas en 13i0; il profita si 
bien de l'enseignement qui lui fut donné qu'à l'âge de 
treize ans, après avoir assisté à la prière dans la grande 
mosquée, il composa une poésie sur cet événement. H 
accompagna à Alep son père, qui avait été nommé profes- 
seur de hadith et remplissait en même temps les fonc- 
tions de directeur de la police municipale. Le pèlerinage 
lui fournit l'occasion de passer par le Caire, Alexandrie, 
Jérusalem et Hébron; il fit l'année suivante (1338) un 
second pèlerinage à la Mecque. Il fut alors revêtu d'un 
emploi public à Alep et accompagna l'émir Chéref-Eddin 
dans sa tournée pour faire rentrer les impôts, ce qui lui 
permît de connaître les principales villes de Syrie. A 
partir de 1344, il se livra à des travaux de rédaction; il 
entreprit en 1354 un voyage d'agrément à Tripoli, y fit 
la connaissance du gouverneur Séïf-Eddîn Mandjak ; bien 
accueilli, il resta deux ans dans cette ville; quand ce 
personnage fut nommé gouverneur de Damas, il alla le 
rejoindre, y resta trois ans et fut reçu avec distinction 
par les savants du chef-lieu de la Syrie. Il passa à Alep 
les dernières années de sa vie et y mourut en août 
1377- On lui doit l'histoire des sultans mamelouks de 
l'Egypte, sous le titre de Doi-rel-el-Aslâk (la Perle des 
filières), qui s'étend de l'année 1250 à 1375, avec l'indi- 
cation des événements dans les contrées voisines et des 
notices nécrologiques fort précieuses sur les hauts per- 
sonnages et les savants de cette époque ; mais comme le 
texte est écrit tout entier en prose rimée, on peut lui 



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DÉCLIN DBS LETTRES 3U 

reprocher d'avoir sacrifié à la rime l'exactitude histo- 
rique. Son fils Zéïn-Eddîn Tàhîr a continué ses Annales 
jusqu'en 1398. Cet ouvrage a servi à Maqrizi, qui y a 
puisé des renseignemeuts pour son histoire des sultaus 
mamelouks. Il a écrit aussi l'histoire du sultan Qalâoun 
et de ses fils. Son Nasim es-saba (Souflle du zéphyre), 
représentation de tableaux de la nature et de scènes de 
la vie humaine, est écrit en prose rimée mêlée de vers. 

Mohammed ben 'Abd-er-Rahim Ibn bl-Fokàt apparte- 
nait à une famille considérable du Caire. 11 étudia sur- 
tout les traditions et la jurisprudence ; cependant, c'est 
comme historien qu'il nous intéresse, parce qu'il est une 
des sources de l'Histoire des croisades. Né en 1334, it 
mourut le 2 avril 1405. Son Histoire des dynasties et 
des rois est une chronologie musulmane jusqu'en 1396, 
mais dont une partie seulement a été mise au net par 
l'auteur. Il y en a neuf volumes à la bibliothèque de 
Vienne; on les considère comme le manuscrit auto- 
graphe; ils vont de 1107 à 1396, avec de nombreuses 
lacunes. Ces volumes ayant été apportés à Paris à ia 
suite de la campagne de 1809, et y étant restés jusqu'en 
1814, Jourdain, orientaliste laborieux, en fit un extrait 
considérable, utilisé par Michaud dans VHistoire des 
croisades, et par Reinaud dans le quatrième volume de 
la Bibliothèque des croisades. 

Vers la même époque un savant cadi de Constantine, 
Abou'l-'Abbâs Ahmed Ibn el-Khatîb el-Qsamtini, a com- 
pilé une série de notices biographiques très courtes 
consacrées à cinq cents personnages célèbres depuis 
Mahomet jusqu'en 1404, rangées par ordre chronolo- 
gique, et a écrit en l'honneur du prince mérinide Abou- 
Fàris 'Abd-el-Aziz, sa Fârisiyya, histoire de la dynastie 
des Hafçides, dont Cherbonneau a donné des extraits 



jogic 



tu. LITT^RATDRB ARÀBB 

dans le Journal asiatique, d'après le manuscrit qu'il avait 
découvert à ConstuDtÏDe même. 

L'Arabie avait alors produit un auteur mystique, 'AHf- 
Eddln 'Abdallah el-Yàfi'î, né dans le Yémen en 1298, qui 
étudia à Aden, puis se Gxa tantôt à la Mecque, tantôt à 
Médine, à partir de 1318. 11 ne quitta ces deux villes 
que pour un voyage à Jérusalem, à Damas et au Caire, 
en 1324, et une courte excursion au Yémen en 1337; il 
mourut à la Mecque ea 1367. Son ouvrage sur l'inter- 
prétation mystique du Coran, Mokhtaçar ed-dorr en- 
nazkim, extrait d'un ouvrage d'Ibn el-Khachchàb, auteur 
mort vers 1252, a été imprimé au Caire, ainsi que soo 
Raud er-rayâhln (Parterres des basilics), contenant cinq 
cents histoires édifiantes de saints et de personnes 
pieuses; un autre livre ne contient pas moins de deux 
cents historiettes du même genre relatives au saint per- 
sonnage 'Abd eUQùdir el-Gilâni et à d'autres illustres 
soufis. 

A côté de lui, il convient de mentionner Abou-Madyan 
Cho'aïb el-IIoraîrich, né en Egypte, mort à la Mecque 
en 1398, dont le Raud el-fdîq (le Parterre excellent), 
recueil d'anecdotes morales et pieuses et de traditions 
sur le jugement dernier, a été également réimprimé 
plusieurs fois au Caire. Le Nozhat el-Madjdlis (Distrac- 
tions des réunions), d"Abder-Rahman eç-Çafibùri, écrit à 
la Mecque en 1479, est de même un succès de publica- 
tion des presses égyptiennes. 

Au Yémen vécut l'auteur d'un ouvrage bizarre, Chéref- 
Eddin Isma il Ibn cl-Moqri, né en 1354 à Abyât-Hoséïn, 
dans le district de Sordéd, qui fut professeur à Ta'izz 
et à Zébid; dans cette dernière ville, il fut quelque 
temps en fonctions déjuge; îl y mourut en 1433. Quant à 
son œuvre principale, VOnivdn eck-Chérefel-ivdfi, c'est 



DÉCLIN DSB LBTTHES 3ÏG 

UD texte divisé eu trois larges colonnes séparées les unes 
des autres par quatre minces; les colonnes du milieu 
contiennent un traité de droit, en même temps que les 
coIoDDes minces intermédiaires, lues à part, renferment 
des traités d'histoire et de grammaire; enfin, les deux 
colonnes minces des extrémités, composées de lettres 
isolées formant le commencement ou la fin des colonnes 
voisines, présentent, quand on les lit de haut en. bas, un 
sens complet. Cette étrange disposition, qui en fait un 
chef-d'œuvre de difficulté vaincue , a été imitée par 
Soyoùti dans son Nafkat el-Mîskiyya. 



Ibn Khaldoûn. 



Nous arrivons au grand historien et philosophe Abou- 
Zéïd 'Abder-Rahman Ibn KhaldoOn. 11 descendait de la 
tribu de Kinda dans le Hadramaut; son ancêtre Khalid, 
venu avec une armée en Espagne au m' siècle de l'hégire, 
avait donné son nom à la famille des Benou- Khaldoûn, 
en ajoutant à son nom une terminaison fréquente dans 
l'onomastique du Yémen. Cette famille avait habité Car- 
mona, puis Séville, et enfin s'était établie à Tunis, où 
Ibn Khaldoûn naquit le 27 mai 1332. Après avoir terminé 
ses études, il entra au service du sultan hafçide Abou- 
Ishàq Ibrahim en qualité de calligraphe. Il faisait partie 
de la suite de ce prince, lorsqu'il perdît une bataille qui 
le força de se réfugier à Ceuta en 1352 ; et quand son 
protecteur eut rétabli ses affaires et eut installé sa capi- 
tale à Fez, il fit venir auprès de lui le jeune calligraphe 
qui devint son secrétaire. Cette faveur excita l'envie; 
son intimité avec l'émir de Bougie interné à Fez fournit 



jog[c 



LITTBRATDBB ARABB 



le prétexte de l'accuser de trahison ; îl fut jeté en prison, 
où il resta jusqu'à la mort du sultan Abou-'laân en 1358. 
Le régent du royaume, El-Hasau ben 'Omar, qui dirigeait 
les afiaires au nom du jeune Abou-Sàlim, âgé de cinq 
ans, le mit en liberté et lui rendit son emploi. Sa situa- 
tion ne fit que croître depuis lors; quand le sultan 
Abou-'Abdallah Ibn el-Ahmar reconquit sur son frère 
Isma'ïl le royaume de Grenade, il fut cbargé par lui de 
conclure la paix avec Don Pedro, tyran de Castîlle. Il 
avait décidé de rester en Espagne et y avait fait venir sa 
famille; mais se sentant entouré de jaloux, il profita de 
ce qu'Abou-'Abdallab Mohammed, son compagnon de 
prison à Fez, était rentré en possession de Bougie pour 
se rendre dans cette ville en 1364, où il devint grand 
chambellan du prince et régent du royaume. 

Cette bonne fortune dura peu. L'année suivante son 
protecteur perdît la vie dans une expédition contre Abou'l 
'Abbâs, prince de Constantine, et Ibn Khaldoûn, au lieu 
de résister et de défendre la ville de Bougie, comme le 
désiraient les habitants, la remit au vainqueur. Se voyant 
traité avec défiance par le nouveau souverain, U s'éloigna 
secrètement. Malgré l'affirmation d'ibn Khaldoùn, qu'il 
préférait l'étude à des fonctions publiques, il est certain 
qu'il avait un penchant dominant à se mêler des affaires 
politiques, auxquelles le prédisposaient ses connais- 
sances et sa finesse de jugement. C'est ainsi qu'il s'at- 
tacha à 'Abd el-'Aziz, qui avait chassé Abou-Hammou de 
Tlemcen, et après sa mort à "Abder-Rahman et à Abou'l 
' Abbas, qui s'étaient partagé le gouvernement. Soupçonné 
de pencher vers le premier de ces duumvirs, il fut empri- 
sonné par le second en 1374, mais obtint au bout de 
quelques jours sa liberté et la permission de se rendre 
en Espagne : bien reçu d'abord par Ibn el-Ahmar à Gre- 



„,:....,Goog[c 



DBCLIN DES LETTRBS 347 

na4le, bientôt après tombé en disgrâce, il revint à Tlemcen 
juste à temps pour y voir Abou-Hammou restauré sur le 
trône. 

Abou-Hammou lui demanda le service qu'il lui avait 
déjà rendu, d'accepter une mission auprès des Bédouins 
pour les mettre de son parti; Ibn Khaldoùn se mit en 
route, mais il séjourna quatre ans dans le château d'un 
principicule nommé Qal'at Ibn Salama; il y travailla à 
ses Prolégomènes et à son grand ouvrage historique. 
Comme il manquait des livres nécessaires pour parfaire 
son œuvre, il se rendit à Tunis en 1378, fut reçu avec 
beaucoup d'honneur par le sultan Abou'l-'Abbâs et y 
écrivit l'histoire des Berbères. Son ancien condisciple 
Ibn 'Arafa, devenu mufti, l'ayant représenté comme un 
homme dangereux, le sultan voulut le prendre avec lui 
dans une expédition qu'il préparait; mais Ibn Khaldoùn 
pria qu'on le laissât accomplir )e pèlerinage de la Mecque, 
pour laquelle il partit, par la voie de mer, en 1382. Quand 
il passa au Caire, où sa renommée s'était déjà répandue, 
les étudiants vinrent en foule assiéger sa maison en le 
priant de rester en Egypte et de leur donner des leçons; 
il y consentit parce qu'aucune caravane ne partait pour 
la Mecque cette année-là. Le sultan Barkok le nomma 
malgré lui grand cadi malékite. Son impartialité, la sévé- 
rité avec laquelle il poursuivit les abus lui firent beau- 
coup d'ennemis. Entre temps, sa famille avait enfin 
obtenu du sultan de Tunis la permission de venir le 
rejoindre, mais elle périt tout entière dans un naufrage. 
A la suite de ce malheur, le sultan, pris de pitié, le 
déchargea de ses fonctions de cadi ; il chercha des con- 
solations dans l'enseignement et la composition litté- 
raire. Trois ans après il accomplit le pèlerinage inter- 
rompu. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



BU LITTÉSATURE ARABE 

A son retour il écrivit l'histoire de sa vie; mais le 
sultan Barkok le fit enlever d'une propriété qu'il lui 
avait accordée dans le Fayyoum et le força d'accepter de 
nouveau les fonctions de cadî, qu'il conserva jusqu'en 
1400, sous le successeur de Barkok, Mélik Nàçîr Faradj, 
où il fut accusé et emprisonné à cause de sa grande sévé- 
rité; néanmoins il obtint une place de professeur. 11 
accompagna le sultan dans sa campagne de Syrie contre 
Tamerlan; mais l'infidélité des oflîciers égyptiens ayant 
obligé son maître à une prompte retraite, l'hislorien 
quitta secrètement Damas et se rendît auprès du conqué- 
rant tartare, quî le reçut avec honneur et lui permit de 
retourner au Caire reprendre son poste de cadî, qu'il 
perdit encore et regagna plusieurs fois; il était en fonc- 
tions lorsqu'il mourut le 20 mars 1406. 

Ibn Khaldoùn est l'un des pins grands historiens de la 
littérature arabe, parce qu'il a formulé, dans ses célèbres 
Prolégomènes, toute une philosophie de l'histoire musul- 
mane, telle que pouvait la concevoir un magistrat et 
homme d'État à la fin du xiv* siècle. Il y pose également 
de bons principes de la manière d'écrire l'histoire; il est 
dommage, comme l'a fait remarquer Wûstenfed, qu'il ne 
les ait pas suivis, car ses annales sont une compilation, 
parfois trop concise pour être bien comprise, et où les 
sources ne sont pas toujours exactement indiquées. Son 
style n'est pas classique ; néanmoins on le donne comme 
modèle, a cause de la façon claire dont il a traité la phi- 
losophie de l'histoire. Son ouvrage s'appelle le Lifre des 
exemples [Kildb el-'Ibar); il se divise en trois parties : les 
Prolégomènes, traduits en français par Mac-Guckin de 
Slane dans les Notices et Extraits, après qu'Etienne Qua- 
tremère en avait publié le texte dans le même recueil; 
le corps de l'histoire des Arabes et des peuples voisins: 



, ;....,C00g[c 



DÉCLIN DBS LBTTBBG 349 

l'histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de 
l'Afrique septentrionale, publiée et traduite en français 
par de Slane à Alger. L'histoire des Aghlabites et des 
Arabes de Sicile, qui en fait partie, avait déjà été publiée 
et traduite par Noël des Vergers. 

Dans ses Prolégomènes, il commence par poser les 
règles de la critique historique, qui permettent de bien 
fixer les faits; il entre dans son sujet par la grande dis- 
tinction des peuples en tribus nomades et tribus séden- 
taires ; il décrit la formation des villes, l'influence qu'elles 
exercent, la naissance de tout pouvoir par l'esprit de 
corps des familles, ta fondation des empires et les causes 
de leur décadence; la nature des différentes espèces de 
royauté, du khalifat et de l'imamat, c'est-à-dire du pou- 
voir temporel et du pouvoir spirituel du khalife. Tout 
cela est exposé dans un style inégal, par un homme 
emporté par ses idées, qui se répète pour mieux insister 
et qui interrompt sans cesse une argumentation pour 
fournir la preuve historique de ses théories. On y trouve 
partout un esprit singulièrement sagace et ferme, uni à 
une grande puissance de généralisation, et je ne connais 
aucun livre qui soît plus digne d'être étudié par qui- 
conque veut comprendre l'histoire des empires musul- 
mans. L'ignorance complète où était l'auteur de l'histoire 
des républiques libres de la Grèce et de celle de la for- 
mation de l'empire romain diminue beaucoup la valeur 
de ses réflexions au point de vue général ; mais elles gar- 
dent tout leur prix en ce qui concerne f'hîstoire des peu- 
ples de l'Islam. 

La petite ville de Beyrouth, qui doit son nom à des 
puits qui l'alimentaient, car elle est bâtie sur un cap 
rocheux, assez loin des rivières, et n'a reçu d'eau potable 
qu'il y a une trentaine d'années, a eu l'honneur de voir 



:,q,t,=c.=ïGoOg[c 



350 LITTERATCHE ARABE 

son histoire écrite par ud membre de la famille des 
Bohtor, qui gouvernait avec le titre d'émir la contrée 
montagneuse appelée el-Oharb, dans le Liban; il g'appe- 
iait Çàlih ben Yahya; on sait qu'il est mort postérieure- 
ment a l'an 1436. Son livre, qui traite de l'histoire de sa 
famille et de la ville sous la domination des Égyptiens 
et des Francs, et qui existe en manuscrit à la biblio- 
thèque Nationale, a été publié par L. Chéîkho dans le 
Machriq, journal de Beyrouth. 

Un cadi de la petite cité d'Aïntâb, au nord d'Alep, 
donna naissance à l'historien El-'Aïnt (Bedr-Eddin Mah- 
moud), par abréviation d"Aîn-Tàbi, en juillet 1360. II 
commença par étudier le droit sous la direction de son 
père, avec tant de succès qu'il put le suppléer comme 
juge avant même d'avoir terminé ses études. Il se rendit 
it Alep, d'où sa famille était originaire, pour les y achever, 
et à la mort de sou père visita plusieurs villes de la Syrie, 
fit le pèlerinage, en revint en 1386 à Damas et à Jéru- 
salem, où il lit la connaissance du soufi 'Ala-Eddin Ahmed 
es-5irâfi, qui l'emmena au Caire et lui procura une place 
dans le couvent Barqoqiyya, nouvellement fondé. L'in- 
fluence d'un de ses protecteurs, l'émir Hakam, lui fit 
obtenir en 1399 la place de commissaire de la police 
municipale au Caire, qui venait d'être enlevée à Maqriiî. 
L'instabilité des postes administratifs lui fit perdre et 
retrouver plusieurs fois de suite cette situation. Tombé 
en disgrâce et soumis à la torture sous le sultan Mélik 
Moayyad Chéïkh (1412), puis revenu en faveur et nommé 
professeur à l'école fondée par ce souverain, envoyé même 
comme ambassadeur à Constantinople auprès de l'empe- 
reur romain d'Orient, il retrouva la plus entière estime 
auprès de ses successeurs Mélik Zhâhir Tatar et Mélik 
Achraf Barsbaï; ce dernier surtout aimait à l'avoir dans 



.:„Coo^^[c 



DECLIN DBS LETTRES 



son voisinage, parce qu'il pouvait s'entretenir avec lui en 
turc sur des questions religieuses. L'avènement de Mélik 
'Aziz Yoûsouf le rendit à sa chaire de professeur (1438), 
puis il profita d'un retour de faveur pour réunir en sa 
personne les fonctions de grand cadi hanéfite, de maître 
de la police et de curateur des fondations pieuses, qui 
n'avaient jamais encore été réunies sur une même tète. 
Des intrigues lui firent perdre cette dernière place et il 
renonça a la vie publique ; il mourut le 29 décembre 1451 . 
Son 'Iqd el-djoumdn (Collier de perles) est une histoire 
universelle depuis la création jusqu'en 1446 ; le Djauhara 
est une biographie en vers du sultan Mélik Moayyad. De 
nombreux commentaires sur des ouvrages de théologie 
et de jurisprudence lui ont valu une célébrité qui n'a 
que peu d'intérêt pour nous. 

Abou't-Tayyib Ahmed el-Hidjazi étudia les traditions 
sous la direction d'ibn Hadjar el-'Asqalani; il était né 
en 1388; mais l'abus qu'il fît de la noix de marais ou 
anacarde compromit sa santé et l'obligea à renoncer aux 
études juridiques, pour ne plus se consacrer qu'à la litté- 
rature. Il mourut en 1470. En outre de ses propres 
poésies, que l'on retrouve dans un manuscrit de l'Escu- 
rial, il a réuni une anthologie poétique, oii l'on rencontre 
aussi des poèmes populaires comme les mowachchak et 
les zadjal, sous le titre de Raud el-Adâb (Parterres de 
la littérature]^ cet ouvrage a été imprimé à Bombay. La 
bibliothèque Nationale et le British Muséum possèdent de 
lui le Néïl er-rdïd, opuscule qui donne la liste de la hau- 
teur de la crue annuelle du Nil depuis l'époque de l'hé- 
gire. 

Abou'l-Khéïr Ibn bl-DjazarI naquit à Damas en 1350 ; 
un pèlerinage à la Mecque le conduisit au retour vers le 
Caire; revenu dans sa ville natale, il devint en 1391 cadi 

L,, ;....,C00g[c 



ttS LITTEHATURB ABABB 

de Damas, vît ses propriétés d'Ég^rpte confisquées en 
1395 et se rendit alors en Asie Mineure, à Brousse, 
auprès du sultan ottoman Bajazet I". Après la bataille 
d'Ancyre il fut envoyé par Tamerlan prisonnier à Samar- 
cande ; à la mort du conquérant tartare, il rentra en 
Perse et s'établit à Chiraz, où il fut nommé cadi, et où il 
mourut en 1429, après avoir employé les dernières 
années de sa vie à un voyage qui le mena de Bassora 
jusqu'à la Mecque et à Médine. Ses ouvrages sont consa- 
crés à l'art de la lecture du Koran, notamment un poème 
didactique qui a été lithographie au Caire et souvent 
commenté. Son Dkât ech-chifâ est un poème qui com- 
prend une courte revue de l'histoire du Prophète el des 
quatre khalifes orthodoxes, puis un résumé très succinct 
de l'histoire musulmane jusqu'au règne de Bajazet I**, 
composé à Chiraz en 1396, à la demande du sultan 
Mohammed, qui y régnait alors. 

Un soufi, Djémal-Eddin 'Abd-er-RazzÂq de Kâchan, 
mort en 1330, a laissé un dictionnaire des termes tech- 
niques (içtitdhdt) employés par les mystiques, publié par 
Sprenger à Calcutta (1845); le Lal4ïf el-tldm, dont le 
sujet est analogue et a été utilisé par Tholuck dans son 
étude sur le dogme spéculatif de la Trinité dans l'Orient 
moderne, et un Traité de la prédestination et du libre 
arbitre, traduit par Stanislas Guyard. 

Un descendant du fameux ascète 'Abdel-Qâdir el-Gilàni, 
Qotb-Eddin 'Abd el-Kérim, né en 1365, et qui vivait 
encore en 1423, a écrit, sur ia destinée humaine, l'Insdn 
el-Kdmil (l'Homme parfait}, qui a été imprimé au Caire, 
et dix-neuf autres ouvrages sur divers points du mysticisme. 

Il n'est pas jusqu'au poète persan Djâmi (1414-1492) 
qui n'ait écrit treize ouvrages en arabe sur des questions 
de théologie. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



DÉCLIN DBB LETTRES 353 

Çârim-Eddio Ibrahim Ibn Doqhaq, zélé disciple d'Abou- 
Hanifa, né vers 1350, en Egypte, fut conduit en 1401 
devant le cadi Djélal-Eddin el-Bolqini pour avoir écrit 
que Abou-Hanifa était supérieur à Chaféï; bien qu'il s'en 
excusât en disant qu'il avait pris cette appréciation dans 
d'autres ouvrages, il fut condamné à être fouetté et jeté 
en prison. Il mourut en 1406. Son Nozhet el-ânâm [Plaisir 
des humains) est une histoire de l'islamisme en douze 
volumes, rangée chronologiquement et traitant principa- 
lement de l'Egypte; une partie du manuscrit autographe 
est à Gotha. II écrivit, à la demande de Barkok, son 
Djauhar elk-thamin, histoire de l'Egypte jusqu'en 1402, 
continuée plus tard par un anonyme jusqu'en 1500. 
D'autres œuvres ont chanté les merveilles du Caire et 
d'Alexandrie, célébré le panégyrique du sultan Barkok, 
rappelé la vie du grand imam Abou-Hanifa et de ses 
élèves célèbres. La description de l'Egypte [ed-Dorra el- 
Modia) a été publiée au Caire par C. Vollers (1893) 
d'après le manuscrit autographe de la bibliothèque khé- 
diviale. 

Un cadi des Hanéfites à Alep, qui fut reçu par Tamerlan 
lors de la conquête de cette ville, et qui nous a laissé un 
récit decette réception, utilisé par Ibn 'Arabchah dans sa 
vie de Ttmour, Abou'l-Wélid Ibm Chihna, a rédigé un 
abrégé d'Abou'l-Féda continué par lui jusqu'en 1403, et 
l'a appelé ftaudat el-Manâzhir (le Parterre des specta- 
cles). Gottwaldt en a donné une notice dans le Journal 
asiatique, et le texte a été imprimé à Boulaq sur les 
marges d'Ibn cI-Athir. II était né en 1348 et mourut en 
1412; il a laissé une foule de petits poèmes didactiques 
sur la théologie, la logique, le droit. Son fils, Modbibb- 
Eddin Abou'l-Fadl Ibn Chibna, était aussi entré dans 
la magistrature; il vécut au Caire, où il remplit, avec 



au LITTiBlTDHB ARABE 

quelques intervalles de loisir, le poste de grand cadi 
hanéfite de 1461 à 1471, puis celui de chéïkh-ul-Islam ; il 
mourut en 1485 ; il mit en ordre l'ouvrage de son père 
déformé par les copistes, et écrivit un commentaire sur 
le texte ; il a laissé une histoire d'Alep dont Alfred von 
Kremer a donné des extraits. 

Abou'l-'Abbâs Chihâb-Eddin el-Qalqaghbhdi tire son 
surnom d'une bourgade située près du Caire dons le dis- 
trict de Qalyoub, où sa famille était établie; il mourut 
en 1418. Il a écrit sur la généalogie et l'histoire plue ou 
moins légendaire des tribus arabes anté-ïslamiques ; il a 
composé UD manuel de l'art d'écrire avec élégance, qui, 
destiné aux candidats aux emplois administratifs d'Egypte, 
renferme des détails intéressants sur la géographie, l'his- 
toire, la civilisation de ce pays et des provinces syriennes, 
qui ont été utilisés par Wûstenfeld; H. Sauvaire en a 
aussi donné des extraits. 

Abou't-Tayyib Taqi-Eddin bl-Fasi, né à Fez le 31 août 
1373, vint à Médine en 1377 avec sa mère et retourna à 
la Mecque avec elle en 1386. Il voyagea ensuite, par- 
courut le Caire, Damas, Jérusalem, Alexandrie et le 
Yémen. De retour à la Mecque en 1405, il y devint cadi 
et professeur de droit malékite, fonctions qu'il perdit en 
1414 pour les reprendre un mois après. Devenu aveugle 
en 1425, il dut renoncer à son poste judiciaire et se 
rendit au Caire pour y consulter le mufti malékite sur la 
possibilité de juger malgré cette infirmité. La décision 
juridique qu'il obtint ayant été favorable, il retourna 
prendre ses fonctions à la Mecque, fut destitué en 1427 
et mourut deux ans plus tard. Il a écrit une description 
historique et topographique de la Mecque sous le titre de 
el-Iqd etk-thamln (le Collier précieux), qu'il a abrégé lui- 
même dans deux autres ouvrages, et dont il a donné une 



DBCLIN DES LETTRES 



secoQcie édition dans son Chifd el-Ghardm, d'où WûsteD- 
feld a tiré les extraits qu'il a donnés dans ses Chroniques 
de la Mecque. 

La chronique d'Ibn Kéthir a été continuée par Abou'l- 
'Abbas Ahmed ET-TABAitiNi, né à Tibériade, mort en 
1432 ; son travail embrasse la période de 1220 à 1337 ; 
il en existe une traduction française manuscrite, due à 
Cl. Bérault, successeur de d'Herbelot au Collège de 
France, et conservée à la Bibliothèque nationale. 

Tâqi-Eddin Abou't-'Abbâs Ahmed bl-Maqrizi tenait le 
surnom sous lequel il est connu, d'un faubourg de Baal- 
bek en Syrie, où son grand-père, traditionniste hanéfite, 
avait habité avant d'émigrer à Damas; puis son père 
'Ala-EddÎD, fils du précédent, s'était établi au Caire, où 
naquit Maqrizi en 1365. L'enseignement de la doctrine 
chaféïte St une profonde impression sur lui, et il devînt 
l'adversaire des hanéfites. Après son retour du pèlerinage 
de la Mecque eu 1385, il fut comme son père cadi sup- 
pléant et employé d'administration, remplît en 1399 les 
fonctions de maître de la police et fut ensuite successive- 
ment prédicateur de mosquée et professeur de science 
des traditions. En 1408 il se transporta à Damas, où il 
fut chargé d'administrer les vakoufs de la Qalànisiyya et 
de l'hôpital Nouriyya et de professer dans les médressés; 
mais il refusa d'être cadi. De retour au Caire, il s'adonna 
à la composition littéraire, et devînt l'historien de 
l'Egypte musulmane. En 1431 il entreprit avec sa famille 
le pèlerinage sacré, et fut attaqué par les Bédouins, ainsi 

fue toute la caravane, pendant la route; il revint en 
gypte en 1435 et mourut en 1442, à la suite d'une 
longue maladie. Le Matvâ'izh wel-i'tibdr (Exhortations et 
considérations), plus connu sous le nom de Khitat (le 
Cadastre), est une histoire et une géographie de l'Egypte 



LITTBRATDBE AlABE 



qui traite surtout de la topographie du Caire, et où il 
s'est approprié les ouvrages de ses devanciers, sans les 
citer; Langlës, Silvestre de Sacy, Hamaker en ont publié 
des extraits ; Wetzer a fait paraître le texte de l'histoire 
des Coptes, que WûsteDfeld a traduite en allemand. Le 
texte intégral a été publié à Boulaq, et M. U. Bouriaut 
en donne une traduction française dans les Mémoires de 
l'École du Caire. 

La bibliothèque de Gotha possède le manuscrit auto- 
graphe de son histoire des khalifes fatimides : Kosegarten 
en a extrait le récit de l'entrée d'El-Mo'izz au Caire, qui 
figure dans sa Ckrettomathie arabe. Il a écrit l'histoire 
des sultans mamelouks sous le titre de SoUtâk li-marifet 
dofval el-molouk (la Marche vers la connaissance des 
dynasties royales) dont Etienne Quatremère a traduit la 
matière de deux volumes. Il avait commencé un diction- 
naire alphabétique des biographies de tous les princes et 
hommes célèbres de l'Egypte; l'ouvrage entier devait 
avoir quatre-vingts volumes; seize seulement ont été mis 
au net; trois d'entre eux se trouvent à Leyde.un à Paris; 
ce sont des autographes. Un recueil d'opuscules, qui se 
trouve également à Leyde et à Paris, a fourni à Silvestre 
de Sacy le Traité des monnaiet musulmanes, dont le texte 
avait déjà été publié par Tychsen d'après un manuscrit 
de l'Escurial; le même Tychsen a donné le texte du 
traité des poids et des mesures légales; Paul Noskowyj 
a fait paraître à Bonn l'histoire de la province du Had- 
ramaut, rédigée à la Mecque sur les informations four- 
nies par les pèlerins originaires de. cette contrée ; Wûs- 
tenfeld a fait connaître sou explication des familles 
arabes immigrées en Egypte; l'histoire des souverains 
musulmans de l'Abyssinie avait été imprimée dès 1790 à 
Leyde par Rink ; celle de la chute de la dynastie des 



DâCLIN 0ES LETTRES 367 

Oméyyades et de l'avènemeiit des Abbassîdes au khalifat 
a été traduite par S. de Sacy dans \e Magasin encyclo- 
pédique, et publiée par G. Vos à Leyde (1888). 

Abou-Bekr Tiqi-Eodin Ib» Qadi-Cbobba, docteur cha- 
féïte de Damas, né en 1377, qui fut grand cadî dans sa 
ville natale, professeur dans les diverses médressés, ins- 
pecteur de l'hdpital Noùriyya, et mourut en 1448, s'est 
occupé de compléter la chronique de Dhahabî en don- 
nant une liste alphabétique d'hommes célèbres, rangés 
par période de dix ans ; il a écrit les biographies des cha- 
féîtes jusqu'en 1433, ouvrage qui a été utilisé par Wûs- 
tenfeld pour ses recherches sur les académies des Arabes. 

Chihâb-Eddin Abou'1-Fadl Ibh-Hadjar el-Asqalîhi 
appartenait également au rite chaféïte. Né à Ascalon en 
1372, il perdit son père de bonne heure et fut élevé par 
un parent; il n'avait pas encore onze ans qu'il fit le pèle- 
rinage de la Mecque; il y resta les années suivantes, 
a'occupant de commerce, tout en se livrant à l'étude des 
belles-lettres et en composant de fort bonne poésie ; puis 
il voyagea pour étudier la science des traditions, se 
rendit au Caire, visita la Palestine, le Yémen à deux 
reprises, rentra en 1403 au Caire, où il professa le haditk 
et le droit avec le plus grand succès; il forma la jeune 
génération des étudiants en droit, qui purent tous se 
dire ses élèves, et il s'acquit ainsi une grande réputa- 
tion. Plus tard il devint grand cadi à plusieurs reprises, 
refit le pèlerinage sacré en 1421, entreprit en 1432 un 
voyage à Alep et y donna des leçons publiques. Il mourut 
au Caire en février 1449. Son Inbâ el-Ghomr (Enseigne- 
ment des ignorants) contient l'histoire politique et litté- 
raire de son temps (1371-1446), en Egypte et en Syrie, 
avec son autobiographie et des détails sur les tradition- 
nistes de son époque, sujet qui lui était cher, car il a 



og[c 



358 LITTÉKATURE ARABE 

consacré aux traditionoïstes et aux jurioonsultes un 
grand nombre de travaux dont l'énamération n'embrasse 
pas moins de trente-neuf numéros dans la liste de M. Broc- 
kelmann. Le Dorar el-Kdmina (iss Perles cachées) con- 
tient la biographie des personnages célèbres du viii* siècle 
de l'hégire. Son diwan a été assez apprécié des modernes 
pour avoir les honneurs de l'impreesioa. 

Abou'l-'Abbâs Ahmed Ibn 'AbabchIb, né à Damas le 
6 novembre 1389, fut emmené en 1400 captif à Samar- 
cande, avec sa mère et ses frères, lors de la prise de la 
ville par Tamerlan. Dans ces contrées éloignées, il trouva 
le moyen de compléter son instruction et d'y joindre oae 
connaissance complète du persan et du turc. En 1408, il 
se rendit dans le Khatâ (Turkestan chinois d'aujour- 
d'hui], dans le Khârizm (Khiva) et le Decht-Qyptchaq (la 
grande steppe de Tartarie], passa plusieurs années dans 
la ville de Hàdji-Terkhân (aujourd'hui Astrakhan), pour 
y compléter ses études de droit; il s'y trouvait encore 
en 1411. Après avoir parcouru la Crimée, dont il fré- 
quenta les savants, il se rendit à Andrinople, où le sultan 
ottoman Mohammed I", Ûh de Bajazet I"*, venait de se 
rendre seul maitre du pouvoir, malgré les compétitions 
de ses frères. Le sultan le reçut avec beaucoup d'hon- 
neurs, se l'attacha et refusa de le laisser partir pour 
Damas, ob l'appelait l'émir Tchaqmaq; il le chargea de 
traduire en turc des ouvrages arabes et persans, le 
nomma secrétaire particulier et lui confia le soin de cor- 
respondre en arabe, persan et turc avec les cours étran- 
gères. A la mort de Mohammed I" (1421), Ibn 'Arabchâb, 
désireux de revoir sa patrie, se rendit à Damas, où il fiit 
surnommé 'Adjamî (l'Étranger). Il s'y livra entièrement 
à la vie contemplative et à la rédaction de ses ouvrages; 
cette douce quiétude fut interrompue par son départ 



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DECLIN DES LETTRE S 



pour la Uecque en 1428; à son retour, il s'établit au 
Caire, pour y continuer sa vîe de philosophe, et s'acquit 
la considération et l'amitié des savants. L'émir Tchaqmaq 
était devenu sultan en 1438, avec le titre de Mélik 
Zhàhir; mécontent de ce qu'Ibn 'Arabchah n'avait pas 
répondu à sa précédente invitation, il prêta aisément 
l'oreille à des dénonciations calomnieuses et le fit jeter 
en prison : l'infortuné littérateur y tomba malade et 
mourut, bien qu'il fût presque immédiatement relâché, 
au bout de douze jours, le 25 août 1450. 

L'Adjdib el-maqdour (Merveilles de la prédestination) 
est l'histoire de la vie et des conquêtes de Tamerlan, 
dans un style prétentieux, difficile, rempli d'expressions 
recherchées, et en prose rimée; le texte a été publié par 
Golius chez Elzévir, en 1636, par Manger, avec une tra- 
duction latine (1767-72), à Calcutta et au Caire; Pierre 
Vattier en a donné une traduction française sous le titre 
de « l'Histoire du grand Tamerlan, traduite de l'arabe 
d'Ahmed, fils de Gueraspe » (1658j. Le Fâkikai el-Kkolafd 
(le Bonbon des khalifes) est un livre de politique déguisée 
sous la forme de fables en prose rimée imitée du Mar- 
xobân-ndmè persan ; il a été édité par Freytag (1832) et 
imprimé à Mossoul et au Caire. 

Deux de ses fils eurent une moindre célébrité comme 
auteurs. Tâdj-Eddin 'Abd-el-Wahhâb, né en 1411 à Astra- 
khan, qui avait accompagné son père à Damas et se 
rendit plus tard an Caire, où il mourut en 1495, a écrit 
des poésies didactiques sur l'exégèse et la généalogie; 
El-Hasan écrivit vers 1494, sous le titre de Iddh ez~ 
Zhoim, l'histoire en prose rimée du tyran Ibrahim de 
Naplouse, qui commandait à Damas vers 1446 et s'était 
attiré, par ses exactions, l'animosité des habitants de 
cette ville (manuscrit de Berlin). 

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3«0 LITT&RATORE AAABB 

âboo'l-MahIsin Djémâl-Eddin Ibh Tacri-Biudi était le 
file d'un esclave turc au service d'un négociant nommé 
Bachboghà, que le sultan Mélik ez-Zhâhir Barkok acheta 
au début de son règne (1382), fit élever et auquel il confia 
plus tard le gouvernement d'AIep; sous son successeur 
Mélik-Nâçir Faradj, il fut atâbek (chef des troupes) et 
gouverneur de Damas, à trois reprises différentes; il 
était encore revËtu de cette qualité lorsqu'il mourut en 
1412. Abou'l-Mahâsin naquît au Caire en 1411 ; il porta 
le titre de grand émir, soit à cause de sa naissance, soit 
parce que des fonctioDS comportant ce titre lui furent 
conférées. Il était à la Mecque au début de l'année 1459, 
lorsque Chihâb-Eddin Ahmed et-Tatâri y fut nommé 
cadi; il mourut en 1469. Son Nodjoâm ez-Zâkira (les 
Étoiles brillantes) est une histoire d'Egypte depuis la 
conquête arabe sous 'Amr ben el-'Aç, jusqu'en 1453, 
indiquant année par année les décès de personnages 
marquants; l'édition de Juynboll va jusqu'à l'année 975. 
L'abrégé qu'il en a fait lui-même s'étend jusqu'à l'année 
1460. Le Maurid el-latâfet (l'Abreuvoir de la douceur) 
contient, après une courte histoire du Prophète, l'énu- 
mératioQ de quelques-uns de ses compagnons , des 
maîtres de l'Egypte et de leurs ministres jusqu'à son 
époque; J.-E. Carlyle en a donné une édition (1792). Le 
Manhal es-Sâfî est un dictionnaire biographique qui 
forme la continuation du Wdfi de Çafadi, de même que 
le Hawâdith ed-dohoûr continue le Soloâk de Maqrizi 
jusqu'en 1456. Le Bahr ez-Zdkhir était un grand ouvrage 
historique dont il n'existe qu'un volume à Paris, conte- 
nant les années 652-690. 

Abou'1-Fadl Qâsim Ibn Qotl ouboghî est l'auteur d'un 
dictionnaire historique des écrivains et jurisconsultes 
du rite hanéfite, appelé Tadj et-térddjim (Couronne des 



^,:....,Goog[c 



DBCLIN DBS LETTRES 



biographies), important pour la Gonnaissance des noms 
historiques; G. FlOgel en a donné une édition. On sait 
peu de chose de l'auteur. Né en septembre 1399 au 
Caire, il y étudia la langue arabe, la logique et le droit 
hauéfite, visita Damas et d'autres villes pour y compléter 
ses études, et écrivit de nombreux ouvrages ; il mourut 
au Caire en 1474. 

Soyoûti. 

Un homme destiné, par ses travaux encyclopédiques, 
à incarner la science musulmane au xv' siècle, c'était 
l'Égyptien Sotoûti (Djélàl-Eddin Abou'1-Fadl 'Abd-er- 
Rahman). Il était originaire d'une famille persane établie 
depuis plus de trois siècles à Syout ou Osyout dans la 
Haute-Egypte, mais il naquit au Caire le 3 octobre 1445. 
Ses ancêtres avaient occupé des fonctions publiques : 
l'un avait été juge, l'autre chef de la police municipale; 
un troisième était devenu un riche marchand; son père 
avait été cadi au Caire, et s'était ensuite retiré du monde 
pour se consacrer à la lecture du livre sacré. Quand il 
mourut, en mars 1451, le jeune 'Abder-Rahman n'avait 
que cinq ans et demi; il fut élevé par un ascète qui lui 
fit apprendre par coeur le Koran avant d'avoir huit ans. 
Après avoir visité le Fayyoum et Damiette, il partit en 
pèlerinage pour la Mecque en décembre 1464; à son 
retour, il professa la science des traditions, et son maître 
'Alam-Eddin el-BoIqini lui obtint la chaire de premier 
professeur de jurisprudence à la medressé Chéïkhoûniyya, 
place jadis tenue par son père. 

Son arrogance et même son manque de loyauté lui 
attirèrent la haine des savants, attisée par les contro- 



363 LITTÉIATOBB ARABE 

verses âpres auxquelles il se livrait. Soq avidité luï fit 
retrancher une partie des pensions attribuées aux soufis 
de son école, on les réserver à d'autres; ils se soule- 
vèrent contre lui en février 1501 ; à la suite d'une enquête 
judiciaire, il fut destitué par le sultan Toumân-Bâî. Il se 
retira alors dans son habitation de l'Ile de Rauds. On 
voulut lui rendre sa place de professeur à la mort d'Ibn 
Ballàn, qui lui avait succédé, mais il n'accepta pas et 
mourut dans sa retraite le 17 octobre 1505. Il a donné 
lui-même les titres de trois cents de ses écrits; la liste 
de M. Brockelmann en énnmëre trois cent quinze ; FlQget 
a dressé une autre liste qui en comprend cinq cent 
soixante et un. Cependant beaucoup de ces composi- 
tions, qui pour la plupart ne sont pas originales, se 
réduisent souvent à un seul cahier; à Leyde il y a un 
seul volume qui contient quatorze de ces traités. On l'a 
accusé d'avoir pris des ouvrages de ses devanciers, de les 
avoir un peu remaniés et transformés, et de les avoir 
donnés comme siens. Cepeodant ils ont eu un succès 
considérable, comme tout travail de compilation qui met 
à la portée des jeunes générations les ouvrages conser- 
vés dans les bibliothèques de pays lointains, et que 
l'imprimerie n'est pas encore là pour multiplier et popu- 
lariser; ce n'est qu'à la fin du xviii* siècle que la typo- 
graphie, appliquée aux caractères arabes, fera son appa- 
rition à Constantinople. Jusque-là l'Orient ne connaîtra 
d'imprimés que les incunables orientaux de Rome et de 
Leyde. Quoi qu'il en soit, Soyoùti a pour nous le mérite 
d'avoir conservé, dans son travail d'abréviateur et de 
compilateur, d'anciens écrits qui sans cela seraient 
perdus pour nous. 

Son Histoire des khalifes a été admirée parce que c'est 
un résumé, commode peut-être pour l'usage des classes 



DÉCLIN DBB LETTRES IBS 

en Orient, mais qui ne peut aucunement nous satisfaire. 
Elle s'étend depuis Abou-Bekr jusqu'à l'année 1497, où 
El-Mostamsik devint khalife abbasside au Caire; elle a 
été publiée par Nassau Lees à Calcutta et traduite en 
anglais par M. Jarrett; elle est suivie d'un poème didac- 
tique, destiné à être appris par cœnr, et où les noms des 
khalifes sont rangés par ordre. Son Histoire de l'Egypte 
et du Caire, Hoan el-Mokddara, est une compilation de 
vingt-huit ouvrages historiques. 11 est l'auteur de l'abrégé 
et de la continuation du Tabaqât el-Hoffâzh de Dhahabi, 
qui a été publié par Wûstenfeld. Son livre des inter- 
prêtes du Koran a été édité par Meursinge. Son abrégé 
du Lobâb d'Izz-Eddin Ibn cl-Athîr, extrait du grand 
ouvrage de Sam'âni, a paru à Leyde par les soins de 
Veth. Le Kitâb el-Awâïl (Livre des connaissances pri- 
mordiales) est un abrégé d'Ël-'Askari, étudié par Gosche. 
Son hqdn, sur l'exégèse du Koran, a été édité à Calcutta, 
réimprimé au Caire. Un commentaire du Koran célèbre 
en Orient est le Tafsir des deux Djélâls, dont la première 
moitié, jusqu'au chapitre xvii inclus, a été écrite par 
son maître Djélàl-Eddia Mohammed el-Mahalli, né en 
1389, mort en 1459, professeur de jurisprudence au 
Caire et commentateur obstiné, et la seconde moitié par 
notre Djélâl-Eddin Soyoùti, son élève, qui acheva l'ou- 
vrage en quarante jours. Kosegarten et Grangeret de 
Lagrange ont donné des extraits de l'anthologie intitulée 
El-Mardj en-nadir (le Pré fleuri). Le Chamdrtkh sur la 
science historique a été publié par M. C.-Fr. Seybold 
(1896), ainsi que son traité sur les Konya ou surnoms. 
Ghars-Eddin Khalil ben Châhin ez-Zhâhiri, né en 
1410, était en 1435 gouverneur d'Alexandrie lorsqu'il 
reçut un vêtement d'honneur; l'année suivante il fut 
chargé de conduire à la Mecque la caravane sacrée partie 



Mi LITTEBATOBI AHABB 

du Caire, et on lui donna à cette occasion le titre it 
vizir; OD le retrouve en 1437 gouverneur de la forteresse 
de Karak, les deux années suivantes à Safed et à Damas. 
Il mourut en 1468, en laissant, dans son Zobdat kechf 
el-mémâîik, un tableau politique et administratif des 
États possédés par les Mamelouks du xiii' an xv* siècle, 
c'est-à-dire l'Egypte, la Syrie et le Hedjaz, dont le texte 
a été publié par M. P. Ravaisse. Il a composé aussi an 
traité d'onîrocritique sous le titre d'el-Ichdrdt (les Indi- 
cations], étudié par N. Bland et imprimé au Caire sur 
les marges du Tatlrel-andmd'A.hd-ei-Ghanl en-Nâbolost. 

Un savant de Syout en Egypte qu'il ne faut pas con- 
fondre avec le célèbre polygraphe Soyoâti, c'est Chems- 
Eddin Abou-' Abdallah, également surnommé Soyoûti, qni 
se rendît à la Mecque en 1444, avec toute sa famille, 
poussé par le désir de visiter les lieux saints de l'isla- 
misme, car il était très pieux. Il y resta neuf ans, vivant 
de la charité publique. Puis il revint au Caire en 1453, 
entra au service d'un haut fonctionnaire qui le prit avec 
lui en Syrie, ce qui permit au zélé pèlerin de visiter 
Jérusalem en 1469 et d'y écrire son llhâf el~akhiççd, 
histoire et description du temple de Jérusalem, déjà 
étudiée par P. Lemming à Copenhague en 1817, traduite 
en anglais par J. Reynolds en 1836, et dont des extraits 
ont été récemment traduits à nouveau par M. Guy Le 
Strange. 

C'est en Egypte également que vivait le vétérinaire du 
sultan Mélik Nâçir, fils de Qalàoun, Abou-Bekr ben el- 
Mondhir, mort en 1340, qui écrivit pour son souverain 
le Ndçiri, nom donné habituellement au Kdmil ec-Çinâ- 
aléïn (la Perfection des deux arts), traité complet d'hip- 
pologie et d'hippiatrie, traduit par Perron. Un médecin 
du Caire, né à Sîndjâr, qui mourut de la peste en 1348, 



nécLIN DB9 LETTRES 3S5 

IbD el-ÂlcfâDi, écrivit une eocyclopédie de soixante 
sciences différentes, Irckâd el-qâçid {la Direction de celui 
qui recherche les plus hautes questions), publiée par 
Sprenger dans la Bibliotheca Indica, et y joignît des 
traités d'ophtalmologie {Kachf er-raïn), de médecine 
domestique {Gkonyat el-labîb), d'application de la sai- 
gnée {Nihdyet el-qaçd), et des ouvrages sur les pierres 
précieuses [Nokkab edh-Dhakkâïr) et sur l'achat des 
esclaves {en-Nazhar wet-tahqîq) qui sont restés manus- 
crits. À la même époque Kémal-Eddin Mohammed ben 
MoAsa bd-DahîhI, né en 1344, mort au Caire en 1405, 
écrivait son Hayât el-kaïwân (la Vie des animaux), dic- 
tionnaire de zoologie qui traite également les questions 
d'étymologie et de grammaire se rapportant au nom des 
animaux, avec citation des traditions, des fragments de 
poésie et des proverbes qui s'y rattachent; des trois 
recensions qu'il en a faîtes, la plus grande, terminée 
en 1371, a été imprimée six fois au Caire. 

'Izz-Eddin Aïdehir ben 'Ali ben Aïdémîr el-Djildaki, 
mort au Caire en 1342, était un alchimiste qui a écrit de 
nombreux ouvrages sur sa science préférée, mère de la 
chimie moderne, qu'il appelle la science de la balance 
('i7m el-mlzdn) et de la clef Çtlm el-miftâh); plusieurs de 
ses compositions sont, naturellement, spécialement ré- 
servées à la recherche de la pierre phîlosophale {talab 
el-iksîr), l'élixîr de longue vie par excellence. Hadji- 
Khalfa énumëre vingt-quatre ouvrages composés par lui 
sur les arcanes de la science mystérieuse. 

Les Béni-Ziyao de Tlemcen trouvèrent leur historien 
dans la personne d'Abou-'Abdallah Mohammed ben 'Abd- 
el-Djélil, imam de Tenës, qui llorissaît à Tlemcen sous le 
sultan El-Motavirakkil à qui il a dédié son livre, Nazhm 
ed-dorr w'èl-iqyân {Collier de perles et d'or natif), dont 



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S66 LITTÉRATURE ARÂBB 

la première partie a été traduite par l'abbé Barges. Il 
mourut eu 1494. 

Abou'l-Hasan 'Ali Nouh-Eddin bs-Sahhoodi, l'historien 
de la ville de Médiue, naquit sur les bords du Nil supé- 
rieur, à Samhoùd, gros village de la Hante-Égypte. Il 
alla étudier au Caire, puis partit pour le pèlerinage et 
n'en revint plus, car il s'établit à demeure à Médine eu 
1465 et y professa dans une des principales écoles. Il 
prit sur lui de déblayer la grande mosquée, détruite par 
l'incendie en 1256, de ses décombres et de ses cendres, 
et n'eut pas de cesse qu'il n'entretint une correspon- 
dance active avec les princes de Bagdad et du Caire pour 
obtenir leurs subsides, jusqu'à ce qu'il eût persuadé au 
sultan d'Egypte Qaïtbaï, eu 1474, de lui fournir les 
moyens de reconstruire le monument détruit. Ce sultan 
vint lui-même visiter Médine en 1479; Samhoudi eut on 
entretien avec lui, dont le principal résultat fut d'inter- 
dire aux habitants de faire le commerce de prétendues 
reliques du Prophète. Pendant qu'il était à la Mecque en 
1481, la mosquée de Médine prit feu de nouveau et 
entraîna dans sa ruine la maison de l'historien et sa 
bibliothèque de trois cents volumes. Il profita des tra- 
vaux de reconstruction pour aller, après une absence de 
seize ans, revoir sa vieille mère à Samhoùd; celle-ci 
mourut au bout de dix jours après le retour de son fils, 
qui reprit le chemin de Médine, en emportant une masse 
de livres que le sultan lui avait donnés pour reconstituer 
sa bibliothèque. Nommé chéïkh-ul-ialam dans la ville du 
Prophète, il y mourut en 1505. II avait perdu, dans l'in- 
cendie de sa maison, le manuscrit inachevé d'une grande 
histoire de Médine qu'il projetait et qui aurait contenu 
tout ce qui avait été écrit sur ce sujet jusqu'alors; mais 
il en avait (ait, à la demande d'un grand persounage, un 



:=,Googlc; 



DECLIN DBS LETTRBS 367 

extrait bien rangé en ordre {Wéfâ'l-Wéf^, qu'il avait 
emporté avec lui à la Mecque pour le mettre au net. 
C'est là que Wiistenfeld a pris les documents sur l'his- 
toire de Médine qu'il a publiés à Gœttingue. Une édition 
encore plus abrégée, intitulée Kkolâçat el-Wéfd, a été 
imprimée à Boulaq. 

Un Persan, Ikhtiyâr-Eddin ben Gbiyàth-Eddin el- 
Hoséïni, qui avait fait ses études b Hérat et y était devenu 
cadi, puis se retira dans son village natal pour s'y livrer à 
l'agriculture après la prise de la ville par Mohammed- 
Khan Chéïbàni, et qui mourut à Turbet en 1522, a écrit 
YAsâs el-iqtibda (Base du plagiat) à la demande du sultan 
timouride Hoaéîn Baïqara, en 1492. Cet ouvrage, qui a 
été imprimé à Constantinople, est une collection de ver- 
sets du Koran, de traditions, de proverbes, de morceaux 
choisis de prose et de vers ; c'est un manuel du parfait 
rédacteur. 

Un de ses compatriotes, Abou'l-Qàsim ei-Léïthï es- 
Samarqandi, composa vers 1483 un traité des métaphores 
intitulé Fardtd el-fawdtd et plus connu sous le nom de 
Riadlat es-Samarqandiyya, qui a été l'objet de nombreux 
commentaires jusque dans les temps les plus voisins de 
nous. 

SoyoAti, que nous avons vu accuser de plagiat, pis que 
cela, de démarquage, éleva la même accusation contre 
Chihâb-Eddin el-Qastai.lani, savant chaféïte né au Caire 
en 1448, qui y fut prédicateur et y mourut en 1517; il le 
fit citer devant le cbéïkh-ul-islam en prétendant qu'il 
avait copié nombre de ses ouvrages sans le nommer. 
Qastallânî voulut plus tard chercher un raccommode- 
ment et se rendit à la demeure de Soyouti dans l'ile 
de Rauda, mais il ne fut pas reçu. C'est à propos du 
Métvdhib el~Ladoniyya (les Dons mystérieux), ouvrage 

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MS LITTEHATURB ARABE 

consacré à la biographie do Prophète, que la dispute eut 
lieu. Le Méwâhib a eu un grand succès, il a été com- 
menté et traduit en turc, puis fréquemment imprimé. 
Un commentaire sur le Çahih de Bokhâri, Irckâd~e»- 
Sdri (Direction du voyageur nocturne), en dix volumes, 
a été imprimé à Boulaq et à Lucknow. D'autres livres 
ont été écrits par lui sur les mérites d"Abd-el-Qàdîr el- 
Gllàn!, du chéîkh Abou'l-Qàstm Chàtibi et du chéïkh 
Abou'l-'Abbâs Ahmed el-Harrâr, prieur du cloître d'ez- 
Zàbidî près du Caire; mais, sauf le second, ils ne nous 
sont point parvenus. 

Abou'l-Youmn 'Abd-er-Rahman Movdjir-Eddik el- 
'Oléïmi, grand cadi des hambalites à Jérusalem, mort 
en 1521, a écrit la chronique de Jérusalem et d'Hébron, 
Anis el-Djélil (le Compagnon de l'homme glorieux), 
dont Hammer a donné des extraits dans les Mina de 
l'Orient et que Henry Sauvaire a traduite par fragments ; 
cette chronique a été composée ou plutôt compilée 
avec une rapidité merveilleuse, ayant été terminée en 
moins de quatre mois, dont un tout entier inoccupé, 
l'auteur ayant été empêché d'écrire par suite des événe- 
ments. 

Un élève de Soyoùti, Abou'l-Barakât Mohammed Ibh 
Itàs, hambalite d'origine circassienne, né le 9 juin 1448, 
mort vers 1524, s'est occupé de l'histoire générale du 
monde, de celle de l'Egypte jusqu'en 1522, rangée d'après 
les années et les mois et intitulée Béddl' ez-Zokoâr; on 
lui doit aussi un livre de cosmographie qui traite spécia- 
lement de l'Egypte, Nackàq el-A::hdr (l'Odeur des 
fleurs), achevé en 1516 et qui a été analysé par Langlès 
dans les Notices et Extraits. 

Abou-' Abdallah 'Abder-Rahman du Yémen, surnommé 
Ibh sn-D^BA' (c'est-à-dire, parait-il, le Fils du blanc), né 



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DECLIN DES LETTRES 



à Zébtd le 7 octobre 1461, fut élevé par son graad-përe 
maternel Isoia'ïl pendant que son père faisait un voyage 
sur les côtes de l'Inde, pendant lequel il mourut, lais- 
sant son fils dans le besoin. Celui-ci avait du goût pour 
les mathématiques et la jurisprudence ; il voyagea pour 
apprendre, revint à Zébid, fit le pèlerinage en 1491, 
reçut à la Mecque les leçons de Sakbâwi et, de retour 
dans sa ville natale, conçut le projet d'en écrire l'his- 
toire. Le Boghyat el-Mostéfid, qui s'étend jusqu'à l'année 
1495, attira sur lui l'attention du sultan Mélik-Mozhaffar 
Amir ben Tàhir, qui l'engagea à écrire l'histoire de la 
dynastie des Beni-Tâhlr, El-'iqd el-hdhir (le Collier 
brillant), l'en récompensa généreusement et te nomma 
professeur des traditions à la grande mosquée de Zébid, 
place qu'il occupa dignement jusqu'à sa mort en 1537. 
C'est du Boghyat que Th. Johannsen a extrait les frag- 
ments qu'il a donnés dans son Historia Jemanas. Avant 
lai, Abou-'Abdallah Mohammed el-Djanadi, mort en 1332, 
avait écrit l'histoire politique et littéraire du Yémen dans 
son Soloâk, d'où M. H. C. Kay a tiré des renseigne- 
ments sur les Carmathes de cette contrée. 

L'Empire ottoman continuait alors ses grandes con- 
quêtes d'Asie, qui faisaient suite à son établissement en 
Europe. La bataille de Merdj-Dâbek près d'Alep et la 
mort du sultan mamelouk QançoAh-el-Ghoûrî lui avaient 
livré la Syrie; l'Egypte fut conquise par Sélim I" en 
1517. Ibk Zuhbvl, que l'on appelait er-Rammâl (le Géo- 
mancien) parce qu'il gagnait sa vie en traçant des figures 
d'horoscope sur le sable, eut l'occasion de suivre les 
mouvements des troupes, probablement comme employé 
de l'administration militaire ; il fut même enfermé, avec 
le corps auquel il était attaché, dans le fort d'Aboukir. Il 
a rédigé l'histoire de la conquête de l'Egypte par les 

trrrtuTO» ^u.1. 24 



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370 LITTERÂTDKB ARÂBB 

Ottomans, une géographie générale et un traité sur la 
géomaocie. 

Les Turcs se mettent à écrire en arabe comme les Per- 
sans l'avaient fait jadis. Le professeur Moçtafa, né à 
Tachkieupru l'année de la prise de Constantinople par 
Mahomet II (1453), que Bajazet II avait choisi comme 
précepteur de son fîls Sélîm, avait eu, la veille de son 
départ de Brousse pour Angora, un songe dans lequel il 
vit un beau vieillard lui annoncer la naissance d'un 
garçon qu'il nommerait Ahmed. Cela arriva effective- 
ment; Ahmed naquit un mois plus tard, le 2 décem- 
bre 1495, et fut surnommé Tachkieupni-Zàdè (le Fils de 
Tachkieupru) d'après le nom d'origine de son père. Après 
avoir embrassé dans ses études le cycle complet des con- 
naissances du moyen âge oriental, îl entra dans la car- 
rière du professorat et enseigna successivement à Dimé- 
toka, à Constantinopte, à Uskinp en Macédoine, à Andri- 
Qopte comme cadi en 1551. Atteint d'une inflammation 
des yeux en 1554, il perdit la vue presque complètement 
et fut obligé de dicter ses ouvrages; il mourut en 1560. 
Le Nawâdir el-akhbâr (Curiosités de l'histoire) est un 
dictionnaire, par ordre alphabétique, des hommes illus- 
tres de l'islamisme, d'après la Vie des compagnons du 
Prophète d'Abou-Mohammed, le dictionnaire biogra- 
phique d'Ibn Khallikan et l'histoire des philosophes de 
Chahrastânl. Le Chaqdlq en-No'mâniyya (les Anémones) 
est un ouvrage consacré à la biographie de cinq cent 
vingt-deux hommes illustres, ulémas et eoftfis, de l'Em- 
pire ottoman, divisé en dix classes d'après les dix règnes 
qui s'étendent d'Osman, fils d'Ertoghrul, jusqu'à Suléî- 
man ; à ta fin se trouve sa propre autobiographie, dictée 
en 1558. Le Miftâk ea-Seâdet wa Miçhâh es-aiyddet (Clef 
du bonheur et lanterne de la maîtrise) est une encyclo- 



DÉCLIN DES LETTRES 371 

pédïe sur les objets des sciences, dictée à ses élèves et 
terminée en 1560; elle a été utilisée par Hadji-Khalfa 
pour son dictionnaire bibliographique, et traduite en 
allemand par Hammer; traduite en turc et complétée par 
sou fils Kémal-Ëddin Mohammed, elle a été imprimée à 
Constantiuople. 

El-Hoséïn ben Mohammed bd-Dit1rbekbi, né à Diar- 
bék.ir, s'était établi à la Mecque, où il fut cadi et mourut 
en 1558- Le Khamis fi. Ahwâî en-nafs ennafia (Livre par- 
tagé en cinq parties relativement à l'Ame précieuse) est 
une biographie du Prophète compilée d'après plus de 
cent ouvrages dijETéreats, continuée par une revue géné- 
rale des khalifes jusqu'au sultan Suléïman I" (1520) ; ter- 
miné en 1533, cet ouvrage, dans certaines copies, est 
continué jusqu'à Mourad III (1574). Il a été imprimé au 
Caire ; l'histoire de l'assassinat du khalife 'Omar en a été 
extraite et publiée avec une traduction allemande par 
O. von Plateu ; un court extrait figure dans la grammaire 
arabe de Petermanu. 

Dans l'Inde, le chéïkh Zéïn-Ëddin el-Ma'bar! écrivait 
en arabe l'histoire du développement de l'islamisme dans 
le Malabar, de l'établissement des Portugais et de leurs 
persécutions à l'égard des Musulmans de 1498 à 1577. 
Le Tohfat el-ModJdkidin a été traduit en anglais par 
Rowlandson; un fragment a été inséré dans la traduc- 
tion de l'histoire de l'Inde de Périchta par J. Briggs. 

Mohammed Qotb-Eddin en-Nahrawâli était originaire 
d'une famille établie jadis dans l'Inde, à Nahrawàla, capi- 
tale du Guzzerate, où avait vécu son arrière-graud-père 
Qâdi-Khan Mahmoud de Dehli. Son père avait émigré 
à la Mecque, où il occupait une place de professeur; 
c'est là que naquit Mohammed en 1511. A la fin de ses 
études accomplies dans sa ville natale, le jeune homme 



S7S LITTÉRATnitB ARABE 

se rendit en Egypte (1536), où il suivit les cours des pro- 
fesseurs, élèves de Soyouti, puis de là à Constaotinople. 
Présenté au sultan Suléimas par le vizir Ayaa-pacha, il 
reçut en présent un vêtement d'honneur, fut nommé pro- 
fesseur a l'Achrafiyya, école de la Mecque, dont il mît en 
ordre la bibliothèque. Il a laissé le récit d'un second 
voyage qu'il fit de Médine à Constaotinople en traversant 
l'Asie Mineure (1558). Le vizir Ali-pacha lui raconta ses 
campagnes : Qotb-Eddin fit la remarque que l'histoire 
disparait avec la mort de ses témoins oculaires quand une 
rédaction n'en a pas été faite, et il cita comme modèle 
l'histoire de Nour>Eddin et de Satadin par Abou-Châma; 
Ali-pacha chargea alors le secrétaire Ali-Tchélébi de 
mettre par écrit les campagnes des Ottomans, mission 
dont il ne parait pas s'être acquitté. Qotb-Eddio, de 
retour à la Mecque, fut nommé professeur du rite hamba- 
lite lorsque l'université Suléîmaniyya y fut établie 
(1567); il mourut mufti de la ville sainte en 1582. 
LTldm bi-a'ldm Bèlad el-Harâm (Instruction sur les par- 
ticularités notables de la Demeure sacrée) est une his- 
toire de la ville de la Mecque et de la Ka'ba, qui a été 
publiée par Wûstenfeld. Le Barq el-YémdrU (Éclair du 
Yémen) contient l'histoire de l'Arabie heureuse depuis 
l'année 1495, de la première conquête ottomane sous le 
vizir Su lé ïm an -pacha, du retour des Zéîdites et de la 
seconde conquête par le grand vizir Sinân-paoha, auquel 
l'ouvrage est dédié. 

Moçtafa-Efendi EL-DiENNiBi était originaire de la petite 
ville de Djennâba, sur te golfe Persique; il fut cadi 
d'Alep ; destitué, il mourut en 1591. Il a écrit en arabe, 
puis traduit en turc l'histoire de quatre-vingt-deux 
dynasties musulmanes en autant de chapitres, jusqu'en 
1589. De là J.-B. Podestà a tiré l'histoire de Tamerlan, 



DECLIN DES LETTRES 373 

qu'il a traduite en latin et publiée à Vienne en 1680. Le 
même auteur a aussi laissé un traité de la construction de 
la mosquée de Sainte-Sophie et des murailles de Constan- 
tinople. 

Amir er-Ro'Ami, secrétaire des princes Chems-Eddin 
et 'Izz-Eddin, qui possédaient la forteresse de Kaukéban 
près de Sanaa au temps de la conquête turque, fut en 
rapports personnels et de correspondance avec les com- 
mandants des troupes ottomanes, notamment avec Hasan- 
pacha, nommé en 1580. Il a consigné ses souvenirs dans 
deux ouvrages, dont l'un, qui est à la bibliothèque de 
Leyde, a été publié par Rutgers, sous le titre de Hiatoria 
Jemanae nub Hasano Pascha, et dont l'autre est réservé 
à l'histoire de l'émir 'Izz-Eddin. 

Abou'l-'Abbâs Ahmed BL-QARABiiifi naquit en 1532, à 
Damas, d'un père qui, étant inspecteur de la mosquée des 
Oméyyades, vendît à son profit les tapis de prière, fit 
démolir une école matékîte et fut pour cela étranglé eu 
1559. Son fils Ahmed, entré dans l'administration, fut 
secrétaire, puis président du bureau qui administrait les 
deux hôpitaux de femmes de Damas relevant de l'Egypte j 
ce fut un personnage considérable, qui fréquentait sur- 
tout le monde judiciaire. Il mourut en 1610. Il a écrit an 
résumé de l'histoire de Djennâbi, en y ajoutant quelques 
suppléments et quelques inexactitudes, sous le titre de 
Akhbdr ed-dowal tva Athdr el-Otval (Histoire des dynas- 
ties et monuments des anciens); le texte en a été imprimé 
à Boulaq sur les marges d'Ibn el-Athir. 

Abou'I-Mawâhib 'Abd-el-Wahhàb bgh-Cba'rAni était 
un mystique du Vieux-Caire qui s'était fait connaître de 
bonne heure par ses écrits, que ses ennemis préten- 
dirent être opposés aux dogmes orthodoxes ; on essaya 
de le convaincre d'impiété en falsifiant un de ses ouvrages. 



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374 LtTTÀRATOBB ARABE 

Il n'eut pas de cesse qu'il n'eût réussi à convaincre les 
principaux docteurs de son innocence. II mourut en 1565, 
après avoir laissé son nom à une secte dont il fut le fon- 
dateur. Il croyait avoir reçu de Dieu les dons les plus 
merveilleux, entre autres celui de faire des miracles. Sa 
Balance de la loi musulmane, dans laquelle il essaye de 
dégager l'esprit de la législation islamique et de réduire 
à l'unité les divergences des quatre rites orthodoxes, a 
été traduite par le D' Perron. Cha'râni explique et 
apprécie les raisons du désaccord des jurisconsultes, et 
il les trouve dans l'incertitude que présente l'interpréta- 
tion de certains hadUh; ce qui montre bien qu'aux yeux 
des docteurs musulmans, le grand édifice de la loi est 
une oeuvre purement humaine, malgré l'autorité reli- 
gieuse de sa base. Son Lawâqik el-Anwdr (les Lumières 
fécondantes), qui contient les biographies des mystiques 
les plus célèbres depuis les origines du soufisme, a été 
imprimé au Caire, ainsi que son Latdlf et-minan. 



El-Maqqarî de Tlemcen, 

A l'autre extrémité du monde musulman, en plein 
Maghreb, Tlemcen voyait naître, vers 1591, Chihâb-Eddin 
Abou'l-'Abbàs il-MaqqahI, ainsi appelé du village de 
Maqqara dont sa famille était originaire. Il fit son éduca- 
tion dans cette ville, dont son oncle Sa'îd fut mufti pen- 
dant soixante ans. Plus tard il alla compléter ses études 
à Fez et à Maroc, où il resta jusqu'en 1618; îl se résolut 
alors à accomplir te pèlerinage pour fuir les troubles poli- 
tiques qui venaient d'éclater. L'année suivante il passa, 
à son retour, par le Caire, où il se maria; cependant les 



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DÉCLIN DES LETTRES 87B 

honneurs qu'on lui fit ne l'empêchèrent pas de trouver que 
la vie y était trop inhospitalière pour s'y plaire; repris de 
la passion des voyages, il se rendit à Jérusalem en 1620, 
puis cinq fois encore à la Mecque, et resta quelque temps 
à Médine, où il professa un cours de haditk. En 1627 il 
revint au Caire, mais pour en repartir; il visita encore 
une fois Jérusalem, puis gagna Damas, où ses compa- 
triotes du Maghreb lui avaient préparé une habitation 
qui ne fut pas de sou goût. Ahmed ben Châhin, direc- 
teur de l'école Djaqmaqîyya, lui envoya les clefs de cet 
établissement avec une invitation en vers à laquelle Maq- 
qari répondit dans le même style. Emerveillé de la belle 
installation de cette école, il ne voulut pas d'autre 
demeure. Pendant son séjour il donna des leçons à la 
grande mosquée. Le succès qu'eurent ses cours lui lais- 
sèrent un excellent souvenir dont il a parlé dans ses poé- 
sies; aussi y revînt-il encore une fois en 1631. De retour 
au Caire, qu'il se préparait à quitter définitivement, il fat 
pris de fièvre et enlevé en janvier 1632. Le Nafli et-Tib 
(Souffle des parfums), son principal ouvrage, est divisé 
en deux parties principales, consacrées, la première à 
l'histoire politique de l'Espagne musulmane et à celle des 
savants qui y sont nés, la seconde à la vie du vizir Lisân- 
Eddin Ibn el-Khatib; cet ouvrage considérable, imprimé 
en quatre volumes à Boulaq, a été écrit en un an, pen- 
dant son séjour au Caire, à son retour de son premier 
voyage à Damas ; cette compilation fut faite à la demande 
d'Ahmed Ibn Châhin sur des matériaux qu'il avait amas- 
sés depuis longtemps; la rapidité de la rédaction en 
est décelée par un certain désordre. La première partie 
du Nafhel'Tlb a été publiée, soua le titre A'Analectea sur 
rhùtoire et la littérature des Arabes d'Espagne, par 
R. Dozy, G. Dugat, L. Krehl et W. Wright; l'histoire 



376 LITTERATURE ARABE 

politique, rangée dans un ordre différent, en a été extraite 
par Pascual de Gayangos et traduite en anglais par lui, 
sous le titre de The kislory ofthe Mohammedan dynastie» 
in S pain. 

Hadji-Khalfa. 

Moçtafâ Hadji-Khalfa, surnommé Kâtib Tchélébi, était 
un Turc de Constantinople, où son père était employé au 
Séraskïérat. Il entra également dans l'administration 
militaire, accompagna en 1625 l'armée dans la campagne 
de Bagdad; il était l'année suivante au siège d'Erzeroum. 
De retour à Constantinople en 1628, il trouva son père 
mort, en laissant le vœu que son fils n'abandonnât jamais 
ses études; cependant le jeune Moçtafâ ne put pas rem- 
plir immédiatement les dernières volontés de son père : 
il dut accompagner l'armée à Bagdad et à Haroadan en 
1629, à Alep en 1633; seulement il profita de l'hiver de 
cette dernière campagne pour accomplir le pèlerinage 
de la Mecque, d'où son titre honorifique de Hadji, « Pèle- 
rin Il ; après la campagne d'Erivan, il renonça à l'admi- 
nistration et se consacra tout entier aux sciences. La 
recommandation de son ami de jeunesse, le mufti 'Al>d 
er-Rahim-Efendi, lui fit obtenir une place de Khalifu ou 
lieutenant (prononcé par les Turcs Khalfa) de la guerre, 
position qui lui laissait le loisir de se livrer à ses occupa- 
tions. Il assista en cette qualité au grand conseil tenu le 
18 février 1653 en présence du sultan Mohammed IV 
pour remédier au désordre des finances. Il mourut, 
n'ayant pas encore soixante ans, en septembre 1658. En 
outre de ses ouvrages turcs dont nous n'avons pas à 
parler ici, tels que le Djihân-Numâ et l'histoire des 



DiCLIN DBS LBTTRB9 377 

guerres maritimes, il a laissé un grand traité encyclo- 
pédique et bibliographique qui est la base de toutes les 
recherches sur les littératures arabe, persane et turque, 
le Kèckf ez-Zkonoûn (les Doutes éclaircis), dont Gustave 
Fluegel a donné le texte et la traduction latine sous le 
titre de Lexicon bibliographicum. Le Fedklèkè est un 
résumé de l'histoire générale de Djennâbi, où les dynas- 
ties citées sont portées de quatre-vingt-deux à cent cin- 
quante. 

Le cheikh Mohammed ben 'Abd-el-Mo'ti el-IshjIq1 
naquit à Manoùf en Egypte et y fit ses études; plus tard 
il passa au Caire où il se fit connaître comme poète; il 
mourut dans sa ville natale peu après l'année 1650. 11 
avait dédié au sultan ottoman Moçtafa 1" son Akkbâr el- 
Owal, histoire anecdotique de l'Egypte depuis la con- 
quête arabe. 

Ahmed el-Kbafàoji descendait d'une vieille famille 
arabe établie dans un village près du Caire. Après avoir 
étudié la philosophie sous la direction de son oncle 
Abou-Bekr ech-Chanawâni, surnommé le Slbawaih de 
son siècle, il fit le pèlerinage de la Mecque avec son père 
et poussa ses voyages jusqu'à Constantinople, où il étu- 
dia les mathématiques. Nommé cadi en Roumélie, à 
Uskiup et à Salonique, où il fit sa fortune, il fut envoyé 
en Egypte comme cazaskier. De retour à Constantinople, 
il fut l'objet de médisances et d'imputations qui le firent 
bannir et renvoyer au Caire comme cadi, place qui devait 
suffire à son entretien ; il s'occupa alors de travaux litté- 
raires, eut pour élève Fadlallah, le père du fameux bio- 
graphe Moufaîbbî, et mourut le 4 juin 1659. Son Kha- 
bâyâ ez-Zawdyd (les Secrets cachés dans les angles) est 
une histoire des littérateurs de son temps divisée en cinq 
sections : Syrie, Hedjaz, Egypte, Maghreb et Roum, 



, .....,Coog[c 



s 78 LITTÉRATURB ABABB 

c'est-à-dire Turquie, plus un appendice coosacré à ses 
propres sermons en vers et en prose. Son élève Fadlal- 
lafa en avait pris une copie à Damas et cet ouvrage fonda 
la renommée de Kbafâdjî. Le RéXhdna est une seconde 
édition du m£me ouvrage, où les poètes sont surtout mis 
en vue, et accompagnée de plusieurs séances, dont une 
dirigée contre Yahya ben Zakariyâ, chéïkh-ul-islam à 
Constantinople. Ces deux ouvrages ont servi à Mouhibbi, 
dont nous parlerons plus loin. Son Tirez el-IHédjdlà 
(Bordure ornée des séances) est une collection de cin- 
quante et un petits morceaux sur des questions gramma- 
ticales, d'exégèse et de rhétorique. 

Fadlallah beo Mouhibb-AUah , né à Damas le 
2 décembre 1621, apprit le persan et le turc et se fit 
remarquer par son intelligence précoce. A seize ans, 
ayant perdu son père, il entra comme secrétaire au ser- 
vice du mufti 'Abd-er-Rahman el-'Imâdi;en 1638, il &t le 
voyage d'Alep, où se trouvait le cbéïkb-ul-islam Yahya, 
venu de Constantinople, et obtint de lui l'investiture de 
la prébende de la mosquée Derwicbîyya qu'avait possédée 
son père. Il se rendît ensuite à Constantinople et au 
Caire, suppléa dans cette dernière ville le cadi Mohammed 
el-BorsawE, fit la connaissance de Khafàdji et suivit ses 
leçons; la maladie leforçadereveniràDamaSgCtluidonna 
l'occasion de lire des livres de médecine et d'étudier cette 
science; mais il ne se rétablit pas. Nommé cadi de Diar- 
békir, il s'y trouva mieux, put faire le voyage de Cons- 
tantinople et y resta quatre ans. Nommé cadi à Beyrouth 
en 1666, il y demeura environ un an, durée habituelle des 
charges de cadi dans l'Empire ottoman, et revint mourir 
à Damas le 17 octobre 1671 . Le supplément aux biogra- 
phies de Hasan el-Bourini, qu'il a rédigé, a été la base 
du grand ouvrage de son fils Mouhibbi. 



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DÉCLIN D8S LETTRES 

Ibrahim beD'Abd-er-RahmaaBL-KBiYÎRiid'uneai 
famille établie eo Egypte, était né le 16 juin 1628 à 
Médine, où son père, venu du Caire pour le pèlerinage, 
était resté pour y remplir les fonctions de prédicateur 
et de professeur de kadiih, Ibrahim marcha sur ses 
traces. Devenu prédicateur à la mosquée du Prophète, 
il se vit enlever cette position par un étranger et se 
résolut à faire le voyage de Constantinopte, où il obtint 
ce qu'il désirait du chéïkh ul-islam et du grand-vizir. A 
son retour, il traversa la Syrte et la Palestine pour se 
rendre au Caire, où il séjourna quelques jours avant de 
se joindre à la caravane de Médine (1670). Il ne resta pas 
longtemps en possession de ses charges, le chéïkh de la 
mosquée ayant exigé que les prédicateurs cbaféïtes pro- 
nonçassent le Bismillak d'après le rite hanéfite, c'est-à- 
dire à voix basse; El-Khîyâri n'ayant pas voulu se sou- 
mettre à cet ordre, il périt soudainement empoieonaé le 
4 novembre 1671. Il a écrit le récit de son voyage, dont 
le manuscrit est à Gotha, et qui a été étudié par 
Fr. Tuch. 

En ce même temps Ibn Asi-DraiR er-Ro'aïni de 
Kairouan écrivait en 1689 l'histoire de l'Afrique du Nord 
et de Tunis, tandis qu'en Egypte Mohammed DitJIb bl- 
Itlidi terminait la même année son roman des Barmé- 
kides, presque entièrement rempli de fables, qui a été 
plusieurs fois imprimé au Caire et à Boulaq. Mohammed 
BL-MooHiBBi, fils de Fadlallah, naquit en 1651 à Damas; 
pendant l'absence de son père, il entretint, à l'âge de 
douze ans, nue correspondance avec lui en vers et en 
prose rimée. Il se rendit lui-même plus tard à Constanti- 
nople pour y compléter ses études. Il y eut pour protec- 
teur Ibn Béïram, qui avait été quelque temps cadi à 
Damas, et qui le prît avec lui quand il fut nommé cazas- 



LITTEDATOIIB ARABE 



kier à Andriaople; il le suivit lors de son remplacement 
eu 1676; après sa mort il retourna à Damas, s'y livra à 
des travaux littéraires, fit le pèlerinage de la Mecque et 
y fut quelque temps cadi suppléant, puis il alla occuper 
k Damas la place de professeur dans l'école Aminiyya ; il 
y mourut le il novembre 1699. Son ouvrage principal, 
imprimé au Caire en quatre volumes, contient mille deux 
cent quatre-vingt-neuf biographies d'hommes célèbres 
morts pendant le xi* siècle de l'hégire. 



La philologie. 

Au commencement du viii* siècle de l'hégire, Ahmed 
ben'Ali ben Mas'oud écrivit un traité grammatical à 
l'usage des écoles, sous le titre de Mardh el-artvdh, 
souvent imprimé ou lithographie en Orient. 

An Caire mourut en 1311 Djémal-Eddin Mohammed 
Ibn Mokarram, compilateur d'une facilité de production 
étonnante, puisqu'il aurait laissé après lui cinq cents 
volumes, et au zèle duquel nous devons un ouvrage 
extrêmement précieux pour la connaissance de la langue 
arabe, te Liada el-'Arab, énorme dictionnaire qui ren- 
ferme à la fois le contenu du Çahdh de Djauhari, du 
Djamhara d'Ibn Doréïd, et du Mohkam du philologue 
espagnol de Murcie Ibn Sfda. Ibn Mokarram était né 
dans l'Afrique du Nord en 1232. A c6té de cet ouvrage 
capital, les abrégés de l'histoire de Damas d'Ibn 'As&kir 
et de celle de Bagdad de Sam'âni sont de peu de valeur. 

Un surnom universellement connu dans tout le monde 
musulman, c'est celui d'IsN Adjobrodh, que portait Abou- 
'Abdallah Mohammed ben Dâoud es-Sanhadji, dont on 



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DÉCLIN DES LETTRES 3B1 

ne sa!t rien, ai ce n'est qu'il est Diort en 1324 et qu'il a 
composé, pour l'instruction de son fils Abou-Mohammed, 
une grammaire très élémentaire célèbre sous te nom 
d'Adjorroumitfya, qu'on dit avoir été écrite à la Mecque. 
Ce petit ouvrage a eu un succès si général, qu'il est 
devenu la base des études grammaticales en Orient; la 
cause principale de la faveur dont il a joui est surtout sa 
brièveté; mais sa concision est telle, qu'il a besoin d'un 
commentaire. II a été imprimé nombre de fois, depuis 
l'édition de Rome en 1592 et la traduction latine qu'en 
a donnée Thomas Erpénius à Leyde en 1617, jusqu'aux 
traductions de Bresnier (1846-1866), Perowne (1852) et 
Trumpp (1876). 

'Abdallah ben Yoàsouf Ibk HichjIm, né en 1308, fut 
élève du grammairien d'Espagne Abou-Hayyâo; en sa 
qualité de docteur chaféîte, il devint professeur d'exégèse 
coranique au Caire; cinq ans avant sa mort, il passa au 
rite hambalite pour obtenir une place dans une médressé 
de cet ordre ; il mourut en 1360, après avoir écrit, sous 
le nom de Qatr en-Nadâ (la Pluie de rosée) une gram- 
maire qui a été traduite en français par M. Goguyer. Son 
Mogknî el-labib, traité général de syntaxe, écrit à la 
Mecque de 1348 à 1353, a été imprimé à Téhéran et au 
Caire; son l'rdb, sur les règles de la flexion, publié et 
traduit en français par Silvestre de Sacy dans son Antko~ 
logie grammaticale arabe, a été imprimé au Caire avec 
un commentaire, ainsi que la grammaire dite Chodkoâr 
ed-dhakab (Rognures d'or), les Enigmes (Alghàz) sur les 
diiGcultés grammaticales. Dix-neuf ouvrages de sa com- 
position, tous relatifs à la grammaire, sont conservés dans 
les bibliothèques d'Europe. 

Abou't-Tâhir Medjd-Eddin iL-Fiaonz-ABÂDi était d'une 
famille originaire de FiroAz-Abâd dans le Farsistan; ÎI 



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Sn LITTBRATttlIB ARABE 

naquit en 1329 à Kârizin, bourgade près de Chiraz; il 
alla étudier la philologie et les traditions à 'Wâsit, à 
Bagdad et à Damas; en 1349 il accompagna à Jérusalem 
son maître Taql<Eddin 'Ali es-Sobkî, y resta dix ans occupé 
de travaux littéraires, puis il partit pour le Caire, visita 
l'Asie Mineure et l'Inde. Il fut invité par le sultan Ahmed 
ben Owéïs à se rendre à Bagdad ; en 1393, il rencontra 
Tamerlan à Chiraz; il fut bien reçu par le conquérant et 
richement récompensé; puis il partit encore une fois 
pour l'Inde; comme il s'en retournait à la Mecque, le 
sultan du Yémen, Isma il ben 'Abbâs, lui donna sa fille en 
mariage et le nomma grand cadi du Yémen avec rési- 
dence à Zébid, en 1393; c'est là qu'il mourut à la fin de 
l'année 1414, après avoir souhaité de finir ses jours à la 
Mecque, ce que le sultan Isma'ïl ne permit pas. 

Il avait fait construire des maisons à ta Mecque et à 
Médine où des professeurs institués par lui enseignaient 
durant ses absences. Firoàz-Abâdi est universellement 
connu de tous les arabisants, même des commençants, 
par son grand ouvrage de lexicographie, le Qâmoûa el- 
mohîtk (l'Océan qui entoure la terre], qui est la base des 
dictionnaires européens de la langue classique, soit direc- 
tement, soit complété au moyen de ses commentateurs, 
entre autres Séyyid Mortadâ ez-Zébidi, dont le Tadj' 
el-'aroûa (Tiare de la mariée] a été imprimé en dix 
volumes à Boulaq. II écrivait aussi le persan, comme le 
prouve son Sifr es-sé'dda, histoire de la vie du Prophète, 
qui est à Gotba, et qui a été traduit en arabe en 1401, 
par Abon'l-Djoùd eUMakhzoùmi. 

Le chrétien Djabrîl ben Farhât appartenait à la famille 
de Matar; né à Alep le 20 novembre 1660, il étudia le 
syriaque, puis l'arabe auprès du chéïkh Soléîmân en- 
Nahwî;il apprit aussi l'italien. Il renonça au monde avant 



:,q,t,=c.=ïGoOglc 



DÉCLIN DBB LETTRES 3Sï 

d'avoir vingt ans; il entra dans les ordres à vingt-trois ans, 
et quitta sa ville natale, en compagnie de plusieurs 
jeunes gens, pour se retirer dans les monastères du 
Liban; leur communauté fat autorisée par le patriarche 
maronite Istifan ed-Dowai'hi d'Ehden en 1694; ce primat, 
qui avait le titre de patriarche d'Antioche, et est connu 
par une Histoire des Maronites, leur céda, pour y hahiter, 
le couvent de Sainte-Maure à Ehden, dans la région des 
cèdres. En 1711 notre cénobite se rendit à Rome, fut 
bien accueilli par le Pape, revint au Liban, puis se rendit 
en 1721 à Alep pour y corriger la traduction en arabe 
des œuvres de saint Jean Cbrysostome, à la demande de 
l'évèque melchite. En 1725 il fut nommé évëque d'Alep 
el reçut le nom de Germanos. 11 mourut le 9 juillet 1732 ; 
le curé Niqolàos eç-Çaïgh, le poète, supérieur des moines 
basiliens de Saint-Jean de Chouéïr, mort en 1756, dont 
les poésies ont été imprimées à Beyrouth (1859), et qui 
était l'ami de sa jeunesse, a composé une élégie sur sa 
mort. Son diwan, qui comprend des poésies sacrées et 
édifiantes, a été abrégé par lui-même sous le titre de 
Tedkkira, en 1720; imprimé pour la première fois à 
Beyrouth en 1866, il y a été réimprimé dans une seconde 
édition annotée par Sa'ïd el-Khoùrl (1894). Sa grammaire 
arabe, Baktk el-matâlib, a eu trois éditions, la première 
à Malte (1836) et la dernière à Beyrouth (1891) ; son dic- 
tionnaire {Ahkâm bdb el-irâb), abrégé du QâmoAs, a été 
publié et augmenté par Rochaïd Dahdâh (Marseille, 1849). 

Maroc. 

Sous le règne de Mouley Abou'I-'Abbâs Ahmed el- 
Mançoûr (1578-1603) vécut Abou'I-'Abbâs Ahmed ben 
Mohammed, surnommé Ibn el-Qâdi, qui a composé un 



ut LITTERATURE ARABE 

certain nombre d'ouvragée biographiques et historiques ; 
son Djadhwet el-Iqtibâ», consacré aux bomnies marquants 
qui sont nés ou ont vécu à Fez, a été lithographie dans 
cette même ville en 1892 ; la biographie de son souverain 
et protecteur, et-Monléqâ et-Maqçoûr, est citée par l'au- 
teur du Nozhet el-Hddi, et son Dorret el-hidjdl, qui est un 
dictionnaire biographique, est conservé en manuscrit à la 
bibliothèque universitaire d'Alger. 

Vers la fin du xvi* siècle périt aux côtés du roi Don 
Sébastien et de Mouley-Mobammed, à la bataille de Wadi'l- 
Makhâzin (Alcazar el-Kébir), dans laquelle les Marocains 
vainquirent les Portugais (4 août 1578), un homme qui 
a réuni, dans un dictionnaire appelé Dauhat en-Nâchir, 
lithographie à Fez en 1891, les biographies des hommes 
marquants du Maghreb au x* siècle de l'hégire. Il était 
né à Hibth dans le district d'Alcazar eç-Çaghir, et s'appe- 
lait Mohammed ben-'Ali ben Miçbâh, quoiqu'il soit plus 
connu eous le surnom d'Ibn 'Asker. Son ouvrage fut con- 
tinué par Abou-'Abdallah Mohammed ben et-Tayyib, 
qui réunit les matériaux d'un dictionnaire biographique 
du Maroc pendant les xi* et xii* siècles de l'hégire, le 
Nechr el-Matkdni, lithographie également à Fez en 1892. 

En 1661, Abou-Sâlem 'Abdallah ben Mohammed el- 
'Ayyâchi accomplissait, dans le sud de l'Algérie et des 
États barbaresques, un voyage (Sikla) qui a été traduit 
en français par Adrien Berbrugger (1846). 

Au commencement du xviii* siècle, Mohammed eç- 
Çaghir ben el-Hadj et-Wafrâni (de la tribu chelha des 
Oufràn], qui habitait la ville de Maroc et y occupait une 
situation officielle à la cour du sultan Mouley Isma'il 
(1672-1727), fut en disgrâce à la fin de sa vie et mourut 
probablement avant la prise d'Oran par les Espagnols 
(1732). Il a écrit, sous le titre de Nozhet el-Hddi, l'histoire 



„,:....,Goog[c 



DÉCLIN DBS LBTTKBS 



de la dynastie saadienne (1511-1670), qui a été utilisée 
par José de Santo Antonio Moura (1824), Graberg de 
Hemsô (1834), Mac-Guckin de Slane, Mohammed ben 
Rahhal et le général Dastugue, et a été intégralement 
publiée et traduite en français par M- 0. Houdae (1889). 



Soudan. 

Au commencement du xit* siècle, la partie nord du 
pays des nègres, les environs de Tomboucton, s'ouvrit à 
la cirîlisation sous l'influence de la science arabe pro- 
pagée par les tribus berbères du Sahara, et des docteurs 
à la peau d'ébène commentèrent les matières savantes 
qu'ils étaient allé étudier au Caire. Les habitants du pays 
de Melli étaient déjà musulmans depuis le temps des 
Almoravides : le voyageur Ibn Batouta nous a laissé de 
bien curieux détails sur ce pays, qu'il visita au cours de 
sa tournée en Afrique. Ahmed ben Ahmed ben 'Abder- 
Rahman, né en 1357, était allé étudier en Egypte; il y 
professa même et y composa un abrégé du commentaire 
que son maître, Ibn Marzoùq le jeune, avait consacré au 
Djoumel : on sait qu'il vivait encore après l'année 1427. 
'Abd-el-'Aziz le Takrourien, d'une érudition remar- 
quable, avait pu citer aux savants du Caire, sans com- 
mettre la moindre erreur, les sources où Sidî-Khalil avait 
puisé la matière des questions traitées dans son Précis. 
Un autre jurisconsulte « qui savait par cœur des relations 
de voyages », MakhloAf ben 'Ali el-Bilbali, n'avait com- 
mencé à s'instruire que dans un âge très avancé ; ses pre- 
miers succès dans cette voie lui valurent de tels encou- 
ragements qu'il se rendit à Fez pour y suivre les le^ODS 



.:„Goog[c 



3S6 LITTÉRàTORB IRABB 

d"Alî ben Ghâzi; son talent lui valut dès lors une grande 
réputation, qui le suivît quand il revint au Soudan pour 
y donner des leçons à son tour. Pris de nostalgie à 
l'égard du pays où il avait puisé sa science, il retourna 
au Maroc, mais il y fut empoisonné et revint mourir à 
Tombouctou vers 1534. 

El-Hadj Ahmed ben 'Omar ben Mohammed Aqlt, qui 
appartenait à la tribu berbère des Sanhadja, né à Tom- 
bouctou, a laissé dans son pays la réputation d'un saint; 
l'on racontait même que, pendant l'accomplissement du 
pèlerinage qu'il fit en 1485, il vit, étant à Médine, les 
portes du tombeau de Mahomet s'ouvrir toutes seules 
devant lui, alors qu'il n'avait pu obtenir l'accès du monu- 
ment. C'est pendant son voyage à la Mecque qu'il fit la 
connaissance de Soyouti ; à son retour, qui coïncidait 
avec la révolte du tyran nègre Sonni-'Ali, il se fixa à 
Kano, puis dans d'autres villes du Soudan, où il donna 
des leçons; le sultan du pays lui proposa les fonctions 
d'imam, mais il ne voulut point les accepter; il refusa 
tout emploi public pour se consacrer à l'enseignement. 
Il avait copié de sa main un assez grand nombre de 
livres ; à sa mort, en 1536, on trouva chez lui sept cents 
volumes. 

Son frère, le chéïkh Mahmoud ben 'Omar, né à Tom- 
bouctou en 1463, fut le marabout le plus vénéré du 
Soudan ; doué d'une nature tranquille et d'une mémoire 
surprenante, il jouissait d'une grande considération. Le 
roi du pays allait lui rendre visite et lui demander sa 
bénédiction; mais les cadeaux que le pieux personnage 
recevait de toutes parts le laissaient indifférent. En 1498, 
nommé cadi, il réforma la justice en refrénant la cor- 
ruption qui régnait en maîtresse dans les prétoires; aea 
fonctions ne l'empêchèrent pas de continuer à professer, 



DBCLI^ DBS LBTTRBS 387 

à expliquer le Précis de Sidî-Khalil qu'il avait introduit 
au Soudan, ainsi que la Modaivfvana de Sabnoàn. En 
1510 il accomplit le pèlerinage sacré, et mourut en 1548, 
à quatre-vingt-sept ans lunaires. 

Mohammed ben 'Abd-el-Kérlm el-Mogbili était de 
Tlemcen; d'une nature hardie et entreprenante, d'un 
fanatisme intransigeant, il provoqua des maasacres d'israé- 
lites qui ensanglantèrent le Touat, où il était prédicateur. 
Il célébra cet événement par la composition d'un poème à 
la louange du Prophète ; puis il quitta le Touat pour s'en* 
foncer dans le Soudan, où il enseigna les sciences du 
Koran et la jurisprudence à Takeda, Kachena et Kano. 
Ayant appris que son fils venait d'être assassiné, proba- 
blement à titre de représailles, par les juifs du Touat, 
il repartit pour le Sahara, mais il mourut presque an 
moment de son arrivée. Il avait écrit une vingtaine d'ou- 
vrages sur le droit, la théologie, ainsi qu'une correspon- 
daoce en vers et en prose avec DjéUl-Eddin Soyouti sur 
le raisonnement. 

El-'Aqibben 'Abdallah el-Ansammani était né à Takeda, 
village berbère des frontières du Soudan; il fut l'él&ve 
d'EI-Martli et suivit aussi les leçons de Soyouti au Caire; 
on admirait surtout sa facilité ii s'exprimer; il mourut 
après l'année 1543, laissant quelques traités de jurispru- 
dence. 

Ahmed ben Ahmed ben 'Omar, fils du marabout 
Ahmed ben 'Omar, dont nous venons de parler, était né 
en 1522 : il étudia la théologie, la logique et la diction; 
son érudition lui valut une place distinguée parmi les 
savants de son temps. Ses vertus et sa popularité lui 
permettaient d'adresser des remontrances sévères aux 
gêna de toute classe, et même aux princes du pays. Un 
jour qu'il se rendait à Kaghon, il ht atteint d'une grave 



..jogic 



3M LITTéRATORE ARABE 

maladie. Le sultan Acbkar Daoud allait tous les soirs 
passer plusieurs heures auprès de lui et ne mit fin à ses 
assiduités que lorsque la santé du malade fut complète- 
ment rétablie. Il avait formé une bibliothèque considé- 
rable qu'il n'hésitait jamais à mettre à la disposition des 
étudiants. En 1549, il accomplit le voyage de la Mecque, 
passa par le Caire, oii il fut en relations avec les savants 
de l'époque, mais surtout avec le soufi Mohammed el- 
Bekri, qui lui fit écrire sous sa dictée les litanies et les 
oraisons en usage dans les confréries religieuses de mys- 
tiques. Il avait commencé à écrire des ouvrages sur divers 
points de la jurisprudence et de la théologie, mais la plu- 
part de ses compositions demeurèrent inachevées. 11 
mourut en 1583. 

La figure la plus originale de cette époque est celle de 
Mohammed ben Mahmoud ben Abou-Bekr, surnommé 
Baghyo'o, jurisconsulte de Tombouctou, d'une famille 
de Ouankoro, qui passa sa vie à enseigner. Il aimait les 
amis de ta science et leur témoignait toute espèce d'égards : 
il leur prêtait volontiers ses manuscrits les plus précieux 
et ne les leur réclamait jamais, quelque rares qu'Us 
fussent. Jamais il ne refusait un livre à un étudiant, quand 
même celui-ci lui aurait été tout à fait inconnu. Ce qu'il 
y a de plus étonnant, c'est que cet homme qui distri- 
buait si aisément les livres de sa bibliothèque était pas- 
sionné pour eux et faisait beaucoup de frais pour en 
acheter ou en obtenir des copies. Il était d'une patience 
à toute épreuve pour enseigner, même aux intelligences 
les plus rétives, les matières les plus difficiles. Il y 
passait des journées entières : d'une modestie remar- 
quable, il s'était acquis l'affection de ceux qui le connais- 
saient. Né en 1524, il mourut en 1593, pen de temps 
après la prise de Tombouctou par l'armée marocaine 



DECLIN DBS LETTRES 3S9 

commandée par le pacha Djouder (1591). Ses œuvres 
consistent surtout en gloses marginales sur des ouvrages 
de droit. 

Aboa'l-'Abbâs Ahmed-Baba de Tombouctou descendait 
d'Ahmed ben 'Omar; né dans le village d'Arawân en 
1556, il refusa de reconnaitre l'occupation de la capitale 
do Soudan par les Marocains et fut conduit à Maroc, où il 
resta emprisonné pendant quatre ans. Sa mise en liberté, 
ordonnée par le nouveau sultan Mouley Zîdan, lui permit 
de reprendre le chemin de son pays et son enseignement 
de la jurisprudence- Il avait cinquante ans quand il écrivit 
le Tekmilèt ed-dibddj (Achèvement du Brocart, ouvrage 
d'Ibn Ferboùn), dictionnaire biographique des savante 
malékites, que Cherbonneau a fait connaître et dont il a 
donné des extraits. Ses autres ouvrages sont consacrés à 
la jurisprudence et à la grammaire. « 11 était d'une justice 
rigoureuse, a dit l'historien du Soudan traduit par 
M. O. Houdas, même envers les plus humbles des 
hommes ; il ne dissimulait jamais ce qui était juste, fât-ce 
aux émirs et aux sultans. Le nom de Mahomet se trouvait 
écrit sur son avant-bras droit en traits blancs formés 
naturellement sur la peau, u II mourut le 22 avril 1627. 

'Abder-Rahman ben 'Abdallah es-Sa'di,né à Tombouc- 
tou le 28 mai 1596, fut notaire à Dienné, puis imam de 
la mosquée de Sankoré à partir de 1627. Révoqué dix 
ans plus tard, il revint dans sa ville natale et y remplit 
les mêmes fonctions ; ensuite il reçut le titre de secré- 
taire du gouvernement, et remplit diverses missions 
auprès de chefs soudanais. Il avait soixante-une années 
lunaires quand il acheva son Tarîkh es-Souddn (Histoire 
du Soudan), qui a été traduit par M. 0. Houdas. II mourut 
vers 1655 . 

Le 7'«<{AAirei«n-JVMy<fn,traduit également par M. Hondas, 



..jogic 



IM LrrriUTVRB arabe 

eat un dîctioaaaïre biographique des pachas de Tom- 
bouetou depuis 1590 jusqu'en 1750; il a été écrit par le 
petit-fils de Mohammed ben el-Amin ben Mohammed 
Coud, en 1751. L'auteur, dont on ignore le nom propre, 
était né dans la capitale du Soudan en 1700. Le soin 
avec lequel il donne des dates précises à partir de 1716 
semble indiquer que dès l'âge de seize ans il avait com- 
mencé à tenir une sorte de journal. Les biographies sont 
d'une longueur inégale : les unes ne mentionnent que 
quelques dates, les autres sont au contraire très dévelop- 
pées, pleines de détails et d'informations; c'est surtout 
pour celles qui sont relatives à des personnages contem- 
porains que le récit est vif et animé. 



Anthologies et livres populaires. 

Djémâl-Eddin sL-WATwilT (Mohammed ben Ibrahim), 
surnommé el-Kotobî, « le Libraire », et el-Warrâq, « le 
Papetier », ué en 1235, mort en 1318, a écrit le Ghorar 
el'khaçâîç el-wâdika, anthologie en seize chapitres sur 
huit vertus et huit vices, qui a été imprimée au Caire, 
et le Mabdhidj et-fikar, encyclopédie des sciences natu- 
relles et de la géographie. La capitale de l'Egypte a vu 
sortir également de ses presses le Hosn et-tatvaaaul (le 
Bon moyen), traité de rédaction épistolaire, d'Ibo Fahd 
d'Alep (Chihâb-Eddto Mahmoâd), secrétaire de la chan- 
cellerie des Mamelouks sous Béïbara, né eu 1246, mort 
en 1325, et qui a écrit, sur l'amour pudique, le Mandsil 
el-akbâb, dont quelques manuscrits existent en Europe- 
En supposant trente invités, appartenant à différents 
métiers, réunis autour d'une table, et échangeant des 
plaisanteries entre eux, Mohammed el-Bilbéïsi a écrit un 



DÉCLtK DBS LBTTRES 391 

ouvrage de prose mêlé de vers où la langue participe 
déjà aux déformations courantes du dialecte égyptien 
actuel; ce petit livre, appelé el-Molah wat-Toraf {'P\&i- 
sanleries et curiosités), a été composé en 1345. Vers la 
même époque, 'Ala-Eddin 'Ali el-Bahâï, d'origine berbère, 
mais né à Damas, mort en 1412, compilait le Matait el- 
bodour (Lever de la pleine lune], tandis que Chihâb-Ed- 
din Mohammed ben Ahmed BL-ABCBiai, né vers 1388, 
dans un village du Fayyoum, mort vers 1446, réunissait 
les matériaux de son Moa taira f fi koU fann Mostazhraf, 
recueil de contes, de poésies, de maximes, souvent réim- 
primé an Caire et qui vient d'être traduit en français par 
M. G. Rat. 

Chems-Eddin Mohammed en-Nawâdji, né au Caire vers 
1383, professeur de traditions dans les écoles chaféîtes, 
poète lui-même, mort en 1455, a laissé, sous le titre de 
Halbat el-koméît, un choix de poésies bachiques, qui 
a été imprimé; on trouve, dans les différentes bibliothè- 
ques d'Europe, d'autres ouvrages qui sont restés manus- 
crits, tels que le Kitdb ec-Çaboûh (le Livre de la boisson 
matinale), anecdotes et poésies du temps des khalifes 
abbassides, le Ta'hll el-Gharîb, choix de poésies arabes 
de l'époque musulmane rangées suivant l'ordre alphabé- 
tique des rimes, le Marâbi' el-ghizldn (Pâturages des 
gazelles), sur les poésies erotiques, de même que te 
Khat-el-'idhâr, d'autres encore, et enfin une étude sur 
les plagiats commis par son ami Ibn Hidjdja de Hama. 

Daoùd ben 'Omar el-Antâkl était médecin; il habitait 
le Caire, bien qu'originaire d'Antioche; son père demeu- 
rait dans le village où est le tombeau du fameux Habib 
le Charpentier; quant à lui, il fut guéri d'un rhumatisme 
congénital par les soins d'un médecin grec, qui lui apprit 
sa langue. Quand on l'interrogeait sur un sujet scienti- 

--«gi^' 



392 LITTEnATDRB AAABB 

6que, il dictait immédiatement de quoi remplir dix à 
vingt pages de texte. En dehors de ses ouvrages consa- 
crés à la médecine, il a écrit le Tezyîn el-asivâq, antho- 
logie de prose et de vers sur l'amour. Il mourut aveugle 
à la Mecque en 1599. 

'Abd-el-Qâdir eUBaghdâdi, qui mourut en 1682, a 
laissé, sous le titre de Khizânet el-adab (Trésor de la 
littérature), un commentaire sur les citations que l'on 
rencontre dans l'explication qu'a donnée Râdi-Ëddîn el- 
Astérâbâdi (f 1287) de la Kdfiya, grammaire d'Ibn Hâdjib, 
et qui contient une foule de renseignements précieux, 
puisés à des sources que nous n'avons plus, sur les débuts 
de la littérature. 

Le Mecquois El-'Abbâs ben' Aliben Noûr-Eddia a rédigé, 
à Mokha, en 1735, au retour d'un long voyage qui dur» 
douze ans, son Nozhat el-Djélia wa Monyat el-adtb el^nîa 
(Délice du compagnon et plaisir du lettré ami de la 
société), voyage littéraire et biographique qui, partant de 
la Mecque, promène le lecteur à travers l'Egypte, la 
Palestine, la Perse, l'Inde et l'Arabie méridionale. C'est 
une compilation d'une érudition remarquable, qui en fait 
une véritable anthologie. Elle est dédiée au jurisconsulte 
Ahmed ben Yahya Khazendar, qui lui avait conseillé de 
voyager pour échapper aux ennuis que lui causaient ses 
parents et ses amis dans sa ville natale. 



Les Mille et une Nuits. 

S'il est un ouvrage célèbre entre tous, amusement des 
enfants et de l'âge mûr, c'est bien le livre anonyme uni- 
versellement connu sous le nom de Kitâb Elf léïla W 

( 
1 



DÉCLIN DBS 

Uïla (les Mille et une Nuits). Od coonatt ta trame assez 
lâche qui rassemble en un seul récit une foule de contes 
de nature diverse : un roi supposé de l'Asie centrale 
prend la résolution, pour se prémunir contre les ruses 
et l'infidélité des femmes, de faire mourir chaque jour 
l'épouse qu'il s'est choisie, lorsque les deux filles de son 
ministre se dévouent pour sauver le pays; l'aînée, intel- 
ligente et nourrie de la littérature des fées et des génies, 
amuse le roi, chaque matin, par un conte dont elle 
réserve prudemment à la nuit prochaine la suite au pro- 
chain numéro, et tient ainsi en suspens sa curiosité jus- 
qu'au jour où il renonce définitivement à ses funestes 
projets. Les noms des personnages du prologue sont 
persans : c'est assez dire la source où il a été puisé ; c'est 
en effet la Perse qui possédait le Hézâr Afsânè (les Mille 
contes), traduit du pehlvi en arabe dès le m* siècle de 
l'hégire, ainsi que l'a rapporté l'historien Mas'oûdi : 
« Ce livre est connu dans le public, dit-il, sous le nom 
de Mille et une Nuits; c'est l'histoire d'un roi, de son 
vizir, de sa fille et de son esclave, Chirazad et Dînazad. » 
Ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans ce 
passage de l'aimable chroniqueur, c'est la très ancienne 
forme, purement persane, des noms des deux person- 
nages féminins devenus plus tard Chéhérazade et Diaar- 
zade ; car Chirazad (forme arabisée de Tchihr-âzàd) veut 
dire, en persan, a noble par la race », et Din-âzâd, « noble 
par la loi »; défigurés ensuite, ils sont devenus inintelli- 
gibles. Cette trame, la Perse l'avait peut-âtre tirée de 
l'Inde, avec laquelle elle se trouvait en contact depuis 
les grandes conquêtes des Sassanides, renouvelant les 
vastes exploits de l'empire des Achéménides, fondé par 
Cyrus et Darius et détruit par Alexandre. 

Dans ce cadre évidemment artificiel, se glissent des 

--«gi^' 



)N LirréRATTIRB ARÀBB 

récits de nature diverse, introduits à diCTéreates époques 
que la critique a réussi à déterminer. Il y a d'abord un 
ancien fonds, de source probablement indienne, remar- 
quable par le déploiement de la fantasmagorie, tel que 
le conte le Pécheur et le Génie. Puis viennent s'y 
joindre, a Bagdad, les histoires d'amour et les aventures 
du bazar qui se terminent par l'apparition du khalife 
Haroun er-Rachid, accompagné de son vizir Dja'far le 
BarmélLÎde et de son eunuque Mesroùr, faisant la nuit la 
police des rues de sa capitale. Dans ce cycle de récits 
populaires se sont glissés des extraits de la littérature, 
comme l'histoire du khalife Oméyyade 'Omar ben 'Abd- 
el-' Aziz et des poètes. Un troisième groupe, plus récent, 
est formé par les aventures du Caire qui se groupent 
autour des personnages nommés Ahmed ed-Danaf et 
Dalila : ce sont des contes surnaturels et fantastiques, 
dont quelques-uns semblent une survivance de l'ancienne 
Egypte. D'autres sont sûrement d'origine juive, comme 
le conte de Boloùqya, inséré dans celui de Hâsib Karlm- 
Eddin, et auquel M. Horovîtz a récemment consacré aue 
étude; la présence de ces récits a même fait penser à 
M. Chauvin que l'un des rédacteurs de la récension égyp- 
tienne pouvait être un Juif converti. En outre on a intro- 
duit, pour ainsi dire de force, dans ce cadre d'histo- 
riettes populaires, pour parfaire ce nombre de mille et 
une nuits auquel on était tenu par le préambule, des 
romans de chevalerie tels que celui d"Omar en-No'mân, 
et même un roman d'aventures maritimes, l'histoire de 
Sindebad le Marin, dont l'origine remonte ii l'époque oii 
âorissait le commerce du golfe Persique et de l'océan 
Indien, et qui aurait été composé à Bassora au x* siècle. 
Quant à la rédaction de l'ouvrage telle que nous la pos- 
sédons, elle ne peut être que moderne, puisqu'on y a 



.:„ Google 



DÉCLIN DBS LETTRES SSB 

admis les contes de Qamar-ez-Zéinân et de la femme du 
joaillier, de Ma' rouf et de sa femme FStima, qui sont 
tous les deux du xvi* siècle, et enfin l'histoire d'Abou- 
Qlr le Teinturier et d'Abou-Str le Barbier, la plus moderne 
de toutes. 

Le mérite d'avoir fait connaître les MUU et une Nuits 
à l'Europe est le principal titre de gloire de t'orienta- 
liste français Antoine Galland, qui avait accompagné à 
Constantinople l'ambassade du marquis de Nointel et 
avait depuis fait encore deux autres voyages en Orient. 
C'est de 1704 à 1708 que parut aa traduction, qui fut un 
événement. Pétis de la Croix en 1710 et Caussin de 
Perceval en 1806, Edouard Gaultier (1824), Destaîns 
{1825), Trébutien de Caen (1828), continuèrent son tra- 
vail de traduction. Plus près de nous John Payne (1882- 
84) et Richard Burton (1885-88), après Lane (1841), ont 
donné deux traductions anglaises complètes, le premier 
en treize volumes, le second en seize. Le D' Mardrus 
publie actuellement à Paris une traduction française 
intégrale, qui ne cèle aucune des longueurs du texte ori- 
ginal. Les éditions publiées en Orient, Boulaq et Cal- 
cutta, n'ont fourni la matière que des neuf premiers 
volumes de Payne et des dix premiers de Burton; les 
textes ont été complétés au moyen d'autres manuscrits, 
tels que celui de Tunis édité par Habicht à Breslau de 
1835 à 1839, publication continuée après sa mort par 
Fleischer de 1842 à 1843, et celui qu'avait apporté en 
Europe Wortley Montagne, et qui fut utilisé par Burton. 
En 1886, M. H. Zotenberg, conservateur des manuscrits 
à la Bibliothèque nationale, découvrit le texte arabe des 
contes d'Aladin et la Lampe merveilleuse et de Zéïn el- 
Asnâm, qu'on ne retrouve pas dans les éditions orien- 
tales des Mille et une Nuits : on s'était même demandé 



39S LITTERATORB ARABB 

81 GalUnd ne les avait pas inventés de toutes pièces; la 
découverte de M. Zotenberg et les recherches de cri- 
tique historique auxquelles il s'est livré pour établir que 
le texte découvert n'était pas une traduction arahe faite 
sur le français de Galland, ont démontré que celui-ci 
avait eu sous les yeux un texte en dialecte de Syrie où il 
a puisé ses deux charmantes nouvelles. Le sixième volume 
supplémentaire de la traduction de Burton contient les 
histoires publiées par Dom Denis Chavis, prêtre syrien, 
et Jacques Cazottc (1788-89), et traduites en allemand en 
1790 et 1810, en anglais en 1792. 

Le style des Mille et une Nuits est absolument popu- 
laire et dialectal; il renferme une foule d'expressions 
qui n'appartiennent point à l'arabe classique, et varient 
suivant les provinces. Le texte d'Aladin est tout entier en 
dialecte de Syrie. On voit la source d'où proviennent les 
contes d'origine arabe : c'est le medddh, le conteur 
populaire qui va de café en café les soirs de fête, qui 
est l'auteur anonyme de la plus grande partie des nou- 
velles qui forment ce recueil. 



Le roman d'Antar. 



C'est à El-Açma'ï, le grammairien de la Gn du ti* siècle 
de l'hégire (739-831], que l'on fait remonter le grand 
roman de chevalerie dont Tarrick Hamilton avait donné 
une traduction partielle anglaise en 1820 et dont le texte 
arabe fut rapporté de Constantinople à Paris par Cardin 
de Cardonne. Caussin de Perceval, le fils, en disserta 
dans \e Journal asiatique et en donna des extraits dans le 
recueil des Ckrestomathies orientales (1841). Ces deux 



orientalistes, puis Cberbonoeau, Dugat et Devic en ont 
traduit des fragments; il a été publié intégralement au 
Caire en 1893. Il est bien clair que ces récits populaires 
ne remontent pas sî haut, et que dans tous les cas il s'est 
passé de sî nombreux siècles depuis lors que le nom 
d'EI-Açma'ï n'est plus qu'une étiquette mise par le rdwi 
populaire en tète de ces contes pour leur donner un sem- 
blant d'authenticité ; ce roman dans sa forme actuelle 
remonte tout au plus à l'époque des Croisades. Les Orien- 
taux estiment peu un style aussi dénué de prétentions lit- 
téraires; nous y chercherons au contraire avec plaisir 
l'expression de l'âme du peuple, oon bridée par les for- 
mules toutes faites acquises à l'école et qui se retrouvent 
dans le texte actuel du Roman d'Antar, dans les passages 
en prose rimée et dans les citations poétiques, beaucoup 
plus nombreuses qu'on ne le croirait. 

Dans le Roman d'Antar, a dit Caussin de Perceval, 
« on trouve une peinture fidèle de la vie de ces Arabes 
du désert, dont les mœurs semblent n'avoir reçu du laps 
des temps presque aucune altération. Leur hospitalité, 
leurs vengeances, leurs amours, leur libéralité, leur 
ardeur pour le pillage, leur goût naturel pour la poésie, 
toat y est décrit avec vérité. Des récits en quelque sorte 
homériques des anciennes guerres des Arabes, des prin- 
cipaux faits de leur histoire avant Mahomet, et des 
actions de leurs antiques héros; un style élégant et 
varié, s' élevant quelquefois jusqu'au sublime; des carac- 
tères tracés avec force et soutenus avec art, rendent cet 
ouvrage éminemment remarquable; c'est, pour ainsi dire, 
l'Iliade des Arabes. » En faisant la part de l'enthou- 
siasme créé par la découverte qu'il avait faite en Syrie, 
et à prendre le Roman d'Antar comme une oeuvre popu- 
laire dans laquelle il ne faut rien chercher d'historique, 



LtTTBBATDRE ARABE 



la description enflammée qu'en a faite Canssin de PercC' 
val est asaez exacte; la lecture eu est agréable, et oo 
peut trouver quelque intérêt à suivre ces aventures de 
cape et d'épée ; à tout prendre, c'est ainsi qu'Alexandre 
Dumas père écrivait l'hietoire de France. Parfois le con- 
teur rencontre des trouvailles de toute beauté, comme le 
fameux épisode de la mort d'Antar, tant admiré par 
Lamartine : le héros du désert, frappé à mort par nne 
fiëche empoisonnée que lui a lancée traîtreusement un 
implacable adversaire, remonte à cbeval pour assurer la 
retraite de sa tribu, et meurt appuyé sur sa lance ; l'en- 
nemi, terrifié au souvenir de ses prouesses, n'ose avancer, 
jusqu'au moment où un esprit avisé imagine une ruse qui 
fait sortir le cheval de son immobilité de statue ; celui-ci 
s'élance, et le cadavre d'Antar, n'étant plus soutenu, 
s'écroule à terre. 

Roman des Beni-Hilâî. 

Dans son charmant ouvrage devenu classique, l'auteur 
des Modem Egyptiana, le grand arabisant Edward Wil- 
liam Lane, a tracé un tableau très vivant du conteur 
public, qui s'asseoit sur un banc devant un café, et autour 
duquel les citadins du voisinage venaient s'assembler en 
fumant le long tchîbouk, alors d'un usage général en 
Orient. Il a donné en même temps l'analyse de plusieurs 
de ces romans récités ; le Roman d'ArUar est un de ceux- 
là. Depuis, d'autres encore ont été publiés, parmi les- 
quels le Roman des Beni-Hildl. C'est le même sujet que 
le roman d'Abou-Zéîd, populaire en Egypte. L'émir Rizq, 
malgré ses dix femmes, n'avait eu que deux filles et on 
garçon né sans bras, lorsque la princesse El-Khadrâ. 



DECLIN DBS LETTRES 



fille du chérir de la Mecque, devint sa onzième épouse et 
lui donna un rejeton nègre, parce qu'ayant rencontré en 
voyage un oiseau tout noir qui se défendait victorieuse- 
ment contre une troupe d'autres oiseaux, elle avait sou- 
haité que son fils ressemblât à ce brave oiseau, dùt-îl 
être aussi noir que lui. Son vœu fut exaucé; mais son 
père, obligé de ne pas le reconnaître par suite de l'insis- 
tance de ses compagnons, répudia Khadrâ, qu'il renvoya 
à son père, le chérif de la Mecque. Pendant le voyage 
du retour, elle fut rencontrée par l'émir FadI, chef de 
la tribu de Zahlan, qui la prît sous sa protection et 
adopta son fils, le jeune Barakat, plus tard surnommé 
Abou-Zéïd. Celui-ci devint un héros qui fit la gloire de 
sa tribu d'adoption. De l'autre côté son père, qui aimait 
toujours Khadrâ, s'était retiré à part, dans une tente, 
accompagné d'un seul esclave. Plus tard la tribu dont il 
avait été le chef, défaite par Baraktkt et réduite à un état 
misérable, fit appel à ses talents et le supplia de reprendre 
la direction des affaires. La lutte mit en présence le père 
et le fils, sans se connaître. L'émir Rizq fut renversé de 
cheval et aurait été tué par son fils si sa mère n'était 
intervenue au combat pour révéler les véritables liens qui 
unissaient Rizq et Barakât Abou-Zéïd. Le père et le fils 
se reconnurent, et l'émir Abou-Zéïd pardonna à sa tribu 
les injures qu'il en avait reçues. Dans la grande épopée 
persane, le Ckah-ndmè, Firdausia mis également en pré- 
sence Rustem et son fils Sobràb; le père tue son fils en 
combat singulier, et ne le reconnaît que quand il est 
mort. Cet épisode saisissant est plus dramatique que 
l'épisode correspondant du roman arabe; l'auteur ano- 
nyme d'Abou-Zéïd a reculé devant la conception du 
parricide, même involontaire, qui l'aurait obligé 
d'ailleurs à terminer brusquement son récit, tandis 



«00 LITTBKÂTOHB ARÂBB 

qu'il coDtiaue longtemps à parler dea prouesses de son 
héros. 

M. Martin HartmaiiD a montré que les histoires des 
Beoi-Hilàl et leur invasion de l'Afrique septentrion* le 
i^tagkrtbdl) ne forment qu'un seul cycle de légendes, qui 
se rattachent aux chants modulés eDCore aujourd'hui par 
les Bédouins du désert de Libye. Ce cycle comprend 
trente-huit romans, dont celui d'Abou-Zéïd n'est que le 
dernier de la série. C'est d'abord l'histoire de Djâbir et 
Djobéïr, ancêtres des Benî-Hilâl, remontant à l'époque 
du Prophète ; puis quatre cents ans plus tard, celle d'EI- 
Khadrâ, mère d'Abou-Zéïd, telle qu'elle est racontée 
plus haut; les aventures de Chammâ et de Zahr-el-Bân, 
où l'on voit l'émir Sirhân, retournant dans son pays par 
mer, fait prisonnier par des corsaires chrétiens et deve- 
nant dans leur pays porcher ea chef; son épouse 
Chammâ va le rejoindre dans les terres des Francs. Son 
fils, le sultan Hasan, se rend au Yémen pour faire la guerre 
aux adorateurs du feu — souvenir des temps historiques 
où les Perses sassanides tenaient garnison dans l'Arabie 
méridionale — et y est aidé par l'éternel Abou-Zéîd; 
ensuite il vainc le roi de l'Inde, Djarâd, conquiert son 
pays et ramène eo Arabie les Beni-Hilâl. La suite du 
roman raconte comment le sultan Hasan et Abou-Zérd se 
transportent au Nedjd, parce qu'il n'y avait pins rien à 
manger dans leur patrie. Cette même raison oblige les 
Beni-Hilàl à quitter le Nedjd pour l'Occident : c'est ce 
qu'on appelle proprement le laghrlbé (émigration vers 
l'ouest). Ils se rendent à Tunis, où règne Ez-Zénâti Kha- 
lifa, nom dans lequel on retrouve aisément celui de la 
tribu berbère des Zénâta. Des combats fantastiques avec 
les Persans, avec Tamerlan, des expéditions sur les 
bords du Nil, entremêlés de noms qui semblent rappeler 



:=,Googlc; 



DÉCLIN DBS LETTRES 401 

de lointains souvenirs des Croisades (Bardewil, Baudoin), 
la prise de Tanger et de Maroc complètent le cycle 
d'aventures qui se rattachent plus ou moins à l'invasion 
de l'Afrique du Nord par les Beni-Hilàl au xi* siècle de 
notre ère. 



Roman de Séïf Dhoul-Ya^an. 

Séîf est le fils d'un roi du Yémen; sa mère, une esclave, 
le fait abandonner dans le désert, il est miraculeusement 
nourri par une gazelle qui avait perdu ses petits, trouvé 
par un chasseur et emmené chez les Abyssins. Devenu 
grand, il combat le géant Moukhtatif et le tue; en récom- 
pense le roi veut lui donner la main de sa fille Châma, 
mais le ministre s'y oppose et exige que le jeune homme 
lui apporte la tête de Sa'doun ez-Zendjl, la terreur de 
l'Abyssinie, qu'il lui trouve le livre de l'histoire du Nil, 
protégé par des talismans dans un pays inaccessible ; il 
est plus tard reconnu par sa mère, qui veut l'assassiner 
pour régner seule. Après toutes sortes d'aventures mer- 
veilleuses traversées par des génies et des magiciennes, 
Séïf, rentré dans sa patrie, abdique en faveur de son fils 
pour vivre en patriarche ; mais des malheurs immérités 
ne tardent pas à abréger sa vie. 

Une traduction française, par Ali-bey, en a paru à 
Constantinople (J.-J. Wick, 1847, in-8% 368 p.) sous le 
titre de Sultan Saif-ZuUazan, traduit de l'arabe et orné 
de cinq lithographies. 

Le Séîf et-Tidjdn (Glaive des couronnes) est le récit, 
divisé en séances, des aventures d'un prince fabuleux, 
qui va de pays en pays, conquérant le monde, se débat- 
tant à grands coups d'épée contre des magiciens et des 

LITTf KATUIII lUU». 2S 



..jogic 



LITTéRÂTORE ARABE 



fées, en m£me temps que contre des multitudes armées, 
qui se convertissent à l'islamisme entre les mains des 
prophètes Abraham et Ismael. Il a été traduit en français 
par le D* Perron. 



Fables de Loqman. 



Le vieux fonds des fables que nous c 
le nom d'Ésope, ces conseils de morale pratique mis 
dans la bouche des animaux, est passé en arabe et a été 
attribué au sage Loqman . Qu'est-ce que ce sage ? Le Koran 
a dit dans le chapitre intitulé Loqman : « Nous avons 
donné la sagesse à Loqman en lui disant : Sois recon- 
naissant envers Dieu. » — « Loqman dit un jour à son 
fils par voie d'admonition : mon enfant! n'associe point 
à Dieu d'autres divinités, car l'idolâtrie est une méchan- 
ceté énorme. » 

Le livre sacré des musulmans faisait allusion à un per- 
sonnage légendaire dont le nom se rencontre à deux 
reprises dans les anciennes traditions arabes. La pre- 
mière fois, c'est à l'occasion de la destruction du premier 
peuple d"Ad, dans le sud de la péninsule; il avait été 
envoyé en ambassade à la Mecque, pour demander 
secours contre la sécheresse, alors que le prophète Houd, 
repoussé par ce peuple, fut vengé par l'envoi d'un nuage 
noir qui ruina le pays. Sa piété fut récompensée par le don 
d'une longue vie, équivalente à celle de sept générations de 
vautours. La seconde fols, c'est à propos du jeu du Mèïsir, 
qui consistait à tirer au sort, avec des Sèches, les parts 
d'un chameau égorgé à frais communs; sa passion pour 
ce jeu était devenue proverbiale; on parle aussi de sa 



r,:....,Goog[c 



DÉCLIN DBS LETTRES 40S 

finesse et de son habileté. Rien de plus dans les tradi- 
tions anté-islamiques ; cependant nous venons de voir 
qu'au temps de Mahomet, il passait déjà pour incarner la 
sagesse. Le Prophète ne peut avoir pris cette idée que 
dans une croyance populaire régnant autour de lui; sinon, 
les moqueurs qui l'entouraient auraient eu beau jeu s'il 
s'était avisé, lui le premier, d'attribuer la sagesse à un 
être réputé surtout pour sa perspicacité. On le nommait, 
il est vrai, comme auteur de proverbes, mais beaucoup 
d'autres, hommes et femmes, partageaient cet honneur 
avec lui. 

Comme les autres ouvrages passés du grec en arabe, 
les fables n'ont point été traduites directement, mais 
par l'intermédiaire d'une traduction syriaque due à la 
plume d'un chrétien, BarçoAma, mort en 1316, et que 
nous avons avec la date de 1299; on connatt un recueil 
du même genre qui porte le titre syriaque de Matlé de 
Soafôs (Fables d'Ésope). C'est de là que provient la ver- 
sion arabe, mise sous le nom du vieux Loqman, dont la 
sagesse était prouvée par le texte même du Koran. 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



CHAPITRE XI 



LB XIX* SIÈCLE 



Parmi les pays de langue arabe, l'Egypte, la Syrie, 
Tunis, l'Algérie, le Maroc ont à divers degrés une cer- 
taine activité littéraire qui se traduit par la publication 
de nombreux journaux, mais qui se dévoile aussi par 
divers travaux paraissant sons forme de livres. Ce mou- 
vement ne se borne pas aux contrées où l'arabe est 
parlé , mais comprend également certaines grandes 
villes, telles que Conatantinople, ou l'arabe est langue 
savante, et Paris, où il est profondément ignoré, sauf 
d'un petit nombre d'érudits, mais où se rencontrent par- 
fois, dans le mouvement incessant amené par ta facilité 
des communications, des écrivains d'Orient qui y ont 
fait paraître leurs ouvrages. 

Michel ben Niqolâ ben Ibrihlm Si.BBiGH, né à Saint- 
Jean -d'Acre, vers 1784, passa sa jeunesse à Damas, fut au 
service de la France pendant l'expédition d'Egypte et 
accompagna nos troupes quand elles quittèrent ce pays. 
Lorsque les Turcs rentrèrent au Caire, sa maison fut 
pillée, ses biens confisqués et sa fortune anéantie. A 
Paris, il fut nommé copiste ou plutôt réparateur des 
manuscrits à la Bibliothèque impériale; il avait fait la 



LE XUf 8IBCLK UM 

connaissance de SUvestre de Sacy, qui a traduit en fran- 
çais son traité de la poste aux pigeons, intitulé Mosdbaqat 
el-barq iv'el'gkamdm, en lui donnant le titre poétique de 
La colombe messagère, plus rapide que l'éclair, plus 
prompte que la nue; plus tard Arnold pour l'alieniaDd, 
et Cataneo pour l'italien, ont augmenté la popularité de 
ce petit traité en le faisant passer dans ces deux langues. 
Uo cantique, qu'il adressa à Napoléon 1" à l'occasion de 
la naissance du roi de Rome, (ut également traduit par 
S. de Sacy (1811); plus tard, les circonstances politiques 
ayant changé, Sabbâgh adressa à Louis XVIII un can- 
tique de félicitation {Néckld tékdni) que Grangeret de 
Lagrange fit passer en français (1814). Il avait rédigé, 
sur les formes modernes de la poésie arabe, mawdliya, 
sadjal, des notes qui étaient en la possession de Gran- 
geret de Lagrange et qui ont été utilisées par G. W. Frey- 
tag pour sa métrique arabe. Il mourut en juin 1816, 
laissant manuscrites une Histoire des tribus arabes et 
une Histoire de la Syrie et de l'Egypte, ainsi qu'une 
grammaire de l'arabe vulgaire de Syrie et d'Egypte (er- 
Risdla et-tdmma), qui a été publiée par Thorbecke à 
Strasbourg (1886); le manuscrit, qui faisait partie de la 
bibliothèque d'Etienne Quatremëre, est entré dans celle 
de Munich en même temps que tous les papiers laissés 
par l'illustre orientaliste français. 

Son ami Eltoûs Boqtor (Bocthor), né à Syout dans la 
Haute-Egypte, le 12 avril 1784, de parents coptes, fut à 
quinze ans attaché comme interprète à l'état-major de 
l'armée française; revenu en France avec les débris de 
l'expédition, il fut employé en 1812 à des traductions 
d'ouvrages arabes déposés aux archives du ministère de 
la Guerre, puis attaché comme interprète au dépôt général 
de l'armée, vit sa place supprimée en 1814, puis en 1817, 



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4M LITTERATURE ARABE 

fut autorisé à faire un cours d'arabe vulgaire à l'École 
des Langues orientales vivantes (1816), puis nommé pro- 
fesseur dans ie même établissement (1821) et mourut, à 
peine âgé de trente-sept ans, le 26 septembre 1821. Il a 
laissé un dictionnaire arabe-français qui a été publié en 
1828-29, par les soins de Caussin de Perceval fils, qui 
lui avait succédé dans sa chaire. 

Nakoula (NLqôlà) et-Turk, fils de Yoûsouf et-Turk, 
appartenait à la religion grecque-catholique (melchite). 
Né en 1763 à Déïr-el-Qamar, résidence de l'émîr Bécbir, 
chef des Druzes, et aujourd'hui chef-lieu du gouverne- 
ment du Liban, d'une famille originaire de Constanti- 
nople, il entra au service du prince druze avec le titre de 
mo'allem ou professeur, et fut un poète estimé dans cette 
petite cour. Son maître l'avait envoyé en Egypte pour 
le renseigner sur les projets des Français; il y resta 
pendant la durée de la domination française. Devenu 
aveugle à la fin de ses jours, sa fille Warda écrivait sous 
sa dictée les vers qu'il composait. Il mourut à DéVr el- 
Qamar en 1828. Son Précis de Voccupation francaiae a 
été traduit par Alexandre Cardin à la suite du Journal 
d'Abdurrahman Gabarti (1838); le texte en a été publié 
et traduit par Desgranges aine (1839). L'ode oil il a 
exprimé ses sentiments sur la conquête de l'Egypte a été 
traduite en français par J.-J, Marcel. 

Le CnéïKB RifX'a et-Tahtâvr!, fils du chafé'ïte Râfi', 
descendant du fameux santon deTahtâ, Ahmed el-Badawl, 
qui prit part à la bataille de Mançoùra, débuta dans sa 
carrière par être élève de la mosquée el-Azhar au Caire, 
fut aumônier dans l'armée égyptienne avec le titre de 
prédicateur, puis envoyé à Paria avec les élèves de l'école 
égyptienne qui venait d'y être créée sous la direction 
d"Abdi-Efendi Muhurdàr. Rentré pins tard au Caire, 

L,, .....,Coog[c 



LE XIX* SiècLB 401 

il y fut, à la 6n de sa vie, chef du bureau des traduc- 
tions. Il a traduit du français de nombreux ouvrages, 
entre autres, en vers arabes, la Lyre brisée d'Agoub, sous 
le titre de Nazhm et-'oqoûd (1827) ; ses ouvrages origi- 
naux sont la relation de son voyage et de son séjour en 
France, qu'il a appelée Takhlîç el-Ibrîz (Purification de 
l'or), et des odes patriotiques égyptiennes {manzhoâma 
miçriyya). Il avait projeté d'écrire une histoire d'Egypte 
depuis les temps les plus reculés , d'après les 
auteurs arabes et autres; son Antvâr tauflq el-djéUl 
n'a vu paraître que le premier volume, qui s'arrête à 
Mahomet. 

Un Libanais, le chéïkh Nâçif ben 'Abdallah el-Yazidji, 
né en 1800 à Kefr-Chimâ, mort le 5 février 1871, qui lut 
attaché comme professeur à la mission américaine de 
Beyrouth, a imité les célèbres Séances de Hariri dans 
son Medjma el-bahréîn (Confluent des deux mers), 
imprimé à Beyrouth eu 1856; ce livre avait été précédé 
par une anthologie, Medjmou el-adab; un traité de 
logique, Qouth eç-Çinâ'a (le PàU de l'art), une grammaire 
arabe, Façl el-Kkitâb, un commentaire sur Moténebbi, 
el-Arfel-Tayyib, un traité de prosodie arabe, 'Iqd el- 
djomân, un commentaire de la Djâmta sur la métrique, 
el-Lâmia (1869), le Nâr el-qifa, un commentaire sur les 
vers cités dans le Mokhtacar, 'Oqoâd ed-dorar, un com- 
mentaire de la Khizdna, el-Womdna, sont ses princi- 
paux ouvrages. C'est lui qui éqrîvît à Silvestre de Sacy, 
au sujet de son édition des Séafices de Hariri, une lettre 
critique qui a été traduite en latin par A. F. Mehren. Un 
choix de ses poésies, extraites i^e son diwau inédit, a été 
imprimé à Beyrouth en 1853, 4ous le titre de Nobdha; 
deux ans après paraissait dans In même ville un choix de 
chronogrammes {tawdrikfC^ tirés du même fonds; enfin 



us litt&ritdhb àrâbe 

un recueil d'autres poésies, intitulé Tkdlttk el-qamaréïn 
(le Troisième croissant], a paru à Beyrouth en 1883. 

Eiyâs Paradj Bas)!, maronite de Kesrawân dans le 
Liban, a réuni à Alep ses poésies diverses dans un 
volume, Madjmaâ'at azkdr (Recueil de Denrs, anthologie), 
qui a été imprimé à Jérusalem (1879). 

Un type d'écrivain abondant et divers, mâtiné de jour- 
naliste, ce fut Ahmed Fiais ben Yoùsef ben Mançoûr 
bcb-Chidyâq, maronite converti à l'islamisme (f vers 
1890), dont le nom de famille signifie enfant de chceur, 
quoique étymologiquement il soit proche parent du fran- 
çais archidiacre. Sa verve s'est attaquée d'abord à des 
questions lexicographiques, et ses recherches dans ce 
genre, marque d'un esprit ingénieux dépourvu de toute 
critique, il les a continuées pendant toute sa vie. Le 
Laflf fi hoU ma'na tarif est un dictionnaire des syno- 
nymes arabes, précédé d'un abrégé de grammaire, qui 
a paru à Malte en 1839. Ensuite vinrent le Sirr el-layâl 
(Mystère des nuits), sur le qalb et Vibdâl, c'est-à-dire la 
métathèse et les changements de consonnes dans les 
racines arabes; le Djâaoâa 'ald 'l-Qdmoûs (l'Espion du 
Qdmoùs), critique du dictionnaire de Firoûz-Abâdi ; el- 
Wdsita fi ma'rifet Aktvdl Mdlta, l'intermédiaire pour 
connaître la situation de Malte, et ta découverte du secret 
des sciences de l'Europe (Tunis, 1866; Constantinopie, 
1881). Un poème en l'honneur du bey de Tunis a été 
traduit en français par M. G. Dugat. Mais son esprit 
caustique s'est donné libre carrière avec l'ouvrage appelé 
es-Sdq 'ala'ssdq (Jambe sur jambe), ou la vie et les aven- 
tures de Fariac, relation de ses voyages avec des obser- 
vations critiques sur les Arabes et les autres peuples, 
publié à Paris en 1855. Le Ckarh tabdt' el-kaïwân (Com- 
mentaire de fa nature des animaux), sur les mœurs des 



LE XIX* SièCLE tOB 

quadrupèdes et des oiseaux (Malte, 1841), est plus ou 
moins emprunté à Bufibn. Son fils, Sélim Fâris, a réuni, 
dans le Kanz er-raghâ'ïb, les variétés littéraires et scien- 
tifiques que lui et son père avaient fait paraître dans 
le journal arabe fondé à Constantioople, par celui-ci, le 
Djétvdib, plus tard transféré au Caire. 

Un autre Libanais, Botros BiSTilNt, maronite passé au 
protestantisme (né en 1819, mort le 1" mai 1883), qui 
fut drogman du consulat des Etats-Unis à Beyrouth, a 
donné, dans le Moktt el-mohit (Ce qui entoure l'Océan), 
un supplément au Qâmoâs dont R. Dozy a fait un grand 
usage pour son Supplément aux dictionnaires arabes ; on 
y rencontre une foule d'expressions et de significations 
propres aux divers dialectes de la Syrie. Le Micbdk et- 
Tâlib (Lampe de l'étudiant) s'occupe de la grammaire 
arabe ; le Keckf el-hidjdb (le Voile soulevé), de l'arithmé- 
tique; un autre grand ouvrage est son encyclopédie 
arabe, Ddtrèt-eUmé' drif, encore inachevée. Il a aussi 
publié une vie d'As'ad ech-Chidyàq; dans un discours 
tenu à Beyrouth en 1859, il a traité de l'état actuel de la 
littérature arabe, 

Le chéïkh maronite Rochaïd Dahdâu, fils de Gbâiib, 
plus tard revêtu du titre de comte, s'est fait connaître 
par des publications de textes, tels que le Fiqh el-logha 
d'Abou-Mançoùret-Tha 'alibi (Paris, 1861), lediwan d'ibn 
el-Fâred avec les commentaires de Hasan el-BoArîni et 
d"Abd-eI-Ghani en-Nâbolosi (Marseille, 1853; Paris, 1855; 
Boulaq, 1872), un choix de poésies remarquables pouvant 
servir de proverbes, recueillies par lui sous le titre de 
Tarab el-matdmi' (Délices des oreilles, Paris, 1861), des 
Mélanges {Qamtarat tawdmîr, Paris, 1880). 

Citerons-nous encore, pour nous former une idée de 
l'activité littéraire de Beyrouth au cours du xix* siècle, 



410 LITT^RATURB ARABE 

les noms de Khalil-Efendi el-Khoorî, dont le recueil de 
poèmes (Zakr er-roba) a paru à Beyrouth en 1857, poésies 
de circonstance pour diverses occasions politiques; 
Sélim BisTSRis, qui a donné le journal de son voyage eo 
Europe, ea-Nozhat ech~Ckafiït/ya (Beyrouth, 1859); l'Ar- 
ménien Iskender-Agha Arkarios, dont le Raudat el-adah 
(Parterre littéraire, Beyrouth, 1858) renferme des notices 
biographiques sur les poètes arabes avant l'islamisme et 
contemporains de Mahomet, rangées par ordre alphabé- 
tique, et qui auparavant avait fait paraître à Marseille 
(1852) le Nihâyat-el-arab, série de notices sur les poètes 
et les personnages importants avant l'Islam; DJirdJis- 
Efendî Tannous 'Aoun, qui a publié à Constantinople 
(1884) le Darr el~Maknoûn (Perle cachée), dictionnaire 
technologique; Sa'ïd bl-KbodrI ech-Chartoùni, auteur de 
VAgrab el-maivârid, dictionnaire arabe avec supplément 
(Beyrouth, 1894), et du Chikâb etk-Tkdqib, manuel de 
style épistolaîre (1884) ; Yousef llyâs Dbbs, qui enseigna ta 
grammaire arabe sans maître par son Moghni'l-moté^allim 
(1869); le curé Ahsknios el-Fakhâïri, qui a étudié la rhé- 
torique dans son Raudel-djinân (1868)? 

Le curé syrien Joseph David imprime à Mossoul, chez 
les Dominicains, des éléments de grammaire française 
exposés en arabe (1865), le Tenzih el-Albâb (Délassement 
de l'esprit), recueil de sujets moraux en prose et en 
vers; devenu M*' Clément-Joseph David, il public dans 
la même ville le Tamriné, grammaire arabe (1886), 
qu'avaient précédé les exercices grammaticaux [Tamrin, 
1877). Le Tenvidh el-toUdb (1867) était destiné 
à faire pénétrer les éléments de l'arithmétique 
dans l'esprit des jeunes néo-Assyriens des bords du 
Tigre. Il mourut en 1891. 

Le P. Louis Chéïkho, de l'Université Saint-Joseph à 



LB XIX' SIÈCLB 411 

Beyrouth, a contribué, par ses publications, a répandre 
la connaissance de l'arabe classique. Le Mokhtacar ec- 
earf est, comme l'indique le titre, une grammaire 
abrégée (Beyrouth, 1886) ; le Tarqiyat el-Qdri, un choix 
de lectures; le MadjânCl-Adab est une immense antho- 
logie de la littérature, en six volumes, avec un commen- 
taire ou notes en quatre autres volumes, et une étude 
préparatoire sous le tître de Mirqdt, l'échelle du Madjânt; 
Y'ilm el-Adab, avec la collaboration de G. Eddé, est un 
cours de belles-lettres et de composition littéraire et ora- 
toire ; le Cho'arâ en-Naçrdniyya est une anthologie d'an- 
ciens poètes arabes, pour la plupart anté-islamiques, dont 
l'éditeur se propose de démontrer qu'ils étaient chré- 
tiens. Quant aux Noçaïris ou Aneariée, les mystères de 
leur religion ont été dévoilés par Soléïman-Efendi 
d'Adana [el-Bdkoura es-Soîétmdniyya), dont le petit 
volume a été presque intégralement traduit en anglais 
par E. Salisbury. 

L'histoire a été aussi cultivée dans le Liban, surtout 
l'histoire particulière de cette province montagneuse; 
M*' Istifan ed-Dowéïhi d'Ehden, dans la région des 
cèdres, au-dessus de Tripoli, avait, comme nous l'avons 
vu, écrit au xvii* siècle une histoire des Maronites 
publiée par Rachid el-Khouri ech-Chartouni (Beyrouth, 
1890), it qui l'on devait déjà un manuel de style épisto- 
laire, Nahdj el-mordsala (1877); un autre Maronite, le 
chéïkh Tannoub ben Yoàsef ech-Chtdyàq, a recueilli les 
annales des familles chrétiennes de la montagne dans 
ses Akkbdr el-A'ydn (1859)- Khalil Sbrkis a composé une 
histoire de Jérusalem (1874). A Mossoul, le prêtre syrien 
Louis Rahmànï écrit un abrégé d'histoire ancienne 
(1876) et un autre du moyen âge (1877); il abrège 
également l'histoire sainte (1883)- M" Cyrille Behnâm 



Ï13 LITTERATORB ÂRABB 

Bennt, archevAque de Mossoul, y écrit sur la vérité de 
l'Église catholique le Dorra en-néfïsa (1867). 

Parmi les poètes, meution doit être faite de Botros 
Kérâma, poète chrétien, mort vers 1850, auteur de 
mowachchahdt; de Rîzq-AUah Hâboon, lihre penseur, 
mort vers 1880, qui vécut longtemps ea Angleterre, où 
il publia quelque temps on journal arabe, et dont les 
Nafatkdt, qui sont en grande partie des traductions des 
fables de Kryloff, dédiées à l'émir Abd^el-Qader, ont été 
imprimées à Londres (1867); de Yoùsef el-Asir, né à 
Saïdavers 1815, mort à Bej^outh en 1890, qui étudia à 
la mosquée el-Azhar, et qui, bon connaisseur de la 
langue arabe, fut négligé toute sa vie par les savants qui 
recherchaient honneurs et fortune : il est l'auteur de 
mofvachchahdt et d'une controverse grammaticale inti- 
tulée Redd ech-Chahm lU-sahm, imprimée à Constanti- 
naplc en 1874; de Yoùsef Deba, archevêque maronite 
de Beyrouth depuis 1870, qui vivait encore en 1897 et 
a composé des poésies populaires, ainsi que Nicohis 
Naqqâch, né en 1817 à SaVda, mort en 1855 à Tarsons, 
auteur du drame Arzat Lobnân (le Cèdre du Liban), et 
Amin el-Djindi, poète de Homs, qui étudia à Damas et 
mourut dans sa ville natale en 1840, laissant un recueil 
de poésies qui a été imprimé à Beyrouth en 1883 dans 
un volume qui ea contient d'appartenant à d'autres 
auteurs. A Damas, nous notons Sélim-Efendi 'Anhoori, 
dont les Béddî' Mdrout, pièces de vers formant la troi- 
sième partie de ses poésies complètes, ont paru à Bey- 
routh (1886) ; sous le titre de Kenz en-ndzhim (le Trésor 
du poète et le flambeau de l'égaré), il a donné un recueil 
d'expressions classiques rangées par ordre des matières. 
A Alep, n'oublions pas Frahsis Mekrach el-Halébi, dont 
le recueil de vers porte le titre de El-Mir^dt el-hosnd. Un 



LB XIX* SIECLE 



autre poète d'Alep, Philippe Basile Bennâ, vivait à Cons- 
tantînople; trois odes que les circonstances lui inspi- 
rèrent, i'uue pour remercier le prince de Joinville d'avoir 
contribué a combattre l'incendie de Péra en 1839, une 
autre en l'honneur de Frédéric-Guillaume IV, roi de 
Prusse, et la troisième qui est un hommage à 'Abdul- 
Médjid, ont été traduites en allemand par Otto RÔhrîg. 

Soléïman ben Ibrahim Sola, d'Alep, a chanté, dans 
ses vers lyriques, la générosité de l'émir 'Abd-el-Qader, 
dont la décision énergique sauva de nombreux chrétiens 
pendant les massacres de Syrie en 1860; son diwan a été 
imprimé au Caire en 1895. 

La littérature chrétienne est représentée par les 
Mawâ'izh OU recueil de sermons de M** Youaef Ilyâs 
Debs, archevêque de Beyrouth (1874), et la controverse 
par l'ed-Dorr el-manzhoûm, réfutation des questions et 
réponses signées de M^* Maxime MazbloAm, imprimée 
dans UQ couvent du Liban (1863). L'étude du droit 
revendique le Chark rdïd el-férdîd, sur le partage des 
héritages (1873), par Yoûsefel-Asir. 

Damas, imitant Beyrouth, a une période heureuse de 
productions littéraires. Mahmoud Éfendi Hamza publie 
une série de travaux sur des questions juridiques: le 
Qawdtd el-auqdf, règles qui régissent les biens de main- 
morte (1871), el-Férdïd el-békiyt/a, sur la jurisprudence 
(1881), et-Tariqal el-ivâdeha, sur l'établissement de la 
preuve préférable (1883), Tahblr el-maqdla, étude sur le 
délai et la caution (1884). 'Ala-Eddin-Efendi 'Abidin 
compose un traité de jurisprudence avec le titre de el- 
Hadiyya el-'aldîyya (1882). En matière philosophique, 
Ahmed el-Barbfr imagine un dialogue entre l'air et l'eau, 
intitulé Maqdma ou séance (1883); Mohammed-Efendi 
el-Qalbaqdji écrit, sur la connaissance de la nature 



tu l,ITTÂaÀTDBE &RÂBB 

intime de rhomme au moyen du miroir des yeux, le 
Kechfel-AkUâq (1883) ; 'Omar-Efendi el-'Attâr, qui avait 
publié en 1870 un Risâla sur l'objet de la logique, y joint, 
en 1884, le Férdld féfvdid, sur ta signification de l'unité, 
le Risdla béhiyya sur l'origine du monde, le Tahqiqât 
béhiyya sur la signification de l'existence. 

Mohammed ben Ahmed-Efendi el-Iskandérâoi y étudie 
les sciences naturelles dans rj4sr<£/'€i'-ra&£<&ii^ya (1883); 
Dûoud-Efendi Abou-Cba'r écrit un traité d'hygiène qu'il 
appelle Tohfat el-ikhwân. L'oraison funèbre de l'émir 
'Abd-el-Qader y a été prononcée par Mohammed ben 
Mohammed el-Mobàrek el-Djézâïri {Lau'at ed-Damâlr, 
1883). Mohammed-Efendi 'Abidin compose un ouvrage 
bio-bibliographique dénommé Oqoàd-el-lédlî (18S5). 

Le grec orthodoxe Spiridion Çarroùf, originaire de 
Damas, outre de nombreux livres de liturgie publiés 
d'après le texte grec, compile une histoire sainte depuis 
la création jusqu'à la fin du premier siècle après Jésus- 
Christ (Jérusalem, 1855), écrit un abrégé du catéchisme 
(1860). Le prêtre maronite Ya'qoùb Djordjis 'Aw^vnd 
compose un abrégé de théologie dogmatique {Kkoîâçat 
el-bérâhin el-lâhoûliyya, 1873). Sim'àn Ishâq el-Qodsi 
écrit le Riâset Botros sur le pontificat de Pierre et de ses 
successeurs (1870). 

A câté de la Syrie, l'Egypte, sous l'impulsion des 
réformes implantées par les successeurs de Méhémet- 
Ali, se livre à une activité de composition des plus 
remarquables. Les sciences européennes enseignées dans 
les écoles provoquent un mouvement de traduction con- 
sidérable, mais que nous ne suivrons pas, pour nous en 
tenir aux publications originales. Le mouvement, loin 
d'être purement scientifique, est peut-être encore plus 
littéraire ; c'est le moment oii les presses de l'imprimerie 



, .,..,Goog[c 



LE XIX' SIECLE 



olBcielle de Boulaq et des entrepriseB particulières du 
Caire mettent à la portée de tous les classiques de l'éru- 
dîtioD musulmane. A côté des grands noms d'autrefois, 
OD voit des poètes donner au public le fruit de leur ins- 
piration : 'Ali-Efendi Dervicb (1867), avec son Ick'âr; 
Ibrahiro-bey Marzoûq, auteur de Ved-dorr el-béhî el- 
■maruoûq (1880), mort à Khartoum dans le Soudan en 
1866, Mahmoud ben Mohammed el-Qoâsi (1892), chéîkh 
des Sa'diyya à Dongola, qui a écrit les louanges du Pro- 
phète en langue vulgaire, Mohammed ben Isma'il ben 
'Omar Chihàb-Eddin el-Hidjâzi, originaire de la Mecque, 
mort en 1857, qui fut correcteur à l'imprimerie du gou- 
vernement de 1836 à 1849, auteur d'un divtran paru en 
1861 et du Sèfinet-el-Molk (1865), Amîn ben Ibrahim 
Chémil, dont \'el-Moblakar réunit cinq séances et vingt- 
six odes, consacrées à la description de l'homme et com- 
posées à Lîverpool en 1868, Ali Abou'n-Naçr (mort en 
1880), forment la pléiade des poètes néo-égyptïens. L'art 
des chansons populaires, méprisé des littérateurs d'au- 
trefois, excite la verve de Mohammed 'Othmân Djélâl, 
mort le 16 janvier 1898, qui a aussi traduit en vers arabes 
les Fables de La Fontaine, de Hasan Hosni, dont le 
diwan porte le titre de Thamarât el-Hayât (Fruits de la 
vie), et d'ibn el-Fahhâm. 

L'histoire d'Egypte a été écrite par 'Abder-Rahman el- 
Djabarti el-'Aqîli, dont VAdjdïb el-dthâr a été imprimé 
à Boulaq en 1880, et traduit de l'arabe en français par 
une société de quatre savants égyptiens. Son journal 
pendant l'occupation française, Mazkhar et-laqdis (copie 
autographe à Cambridge), a été traduit en français (1835) 
par Alexandre Cardin, drogman-chancelier du consulat 
général de France à Alexandrie. Ce savant était né au 
Caire en 1756, d'une famile originaire de Zéîla', sur la 



„,;....,C00g[c 



Me LITTElUTnBB ÀRÂBB 

côte des SomalÎB; fils du chéTkh Hasao, homme iostruit 
et vénéré, il alla étudier à la mosquée el-Azhar; il eaTait 
le Koran par cœur à onze ans, et n'avait pas encore vin^ 
ans quand 11 perdit son père. II était d'un beau physique 
et d'un caractère grave et noble. Le général Bonaparte 
le rappela de ses propriétés d'Abyâr, où il s'était retiré; 
il fut nommé membre du Divan et sut se faire coDsidérer 
des chefs de l'armée. Après l'évacuation il ne s'occupa 
plus que de science. Un de ses fils ayant été assassiné 
en 1823 sur la route de Choubrâ près du Caire, 'Abd-er- 
Rahman le pleura tellement qu'il en perdit la vue et ne 
lui survécut que peu de temps, car il mourut en 1825. 

L'bistoire d'El-Djabarti a été réduite en vers mnémo- 
techniques par Abou's-So'oùd Efendi (1877), sous le litre 
de Minhat ahl-el-'açr; le même auteur avait entrepris une 
histoire universelle, ed-Ders et-tâmm, dont les prolégo- 
mènes et la première partie ont paru au Caire en 1872; 
il avait d'ailleurs, en guise de préparation à ses travaux 
historiques, traduit du français l'histoire des rots de 
France {Nashm el-lédlî) et celle de l'Egypte sous Méhémet- 
Ali. La fondation de la maison princîëre khédivîale et 
les événements qui ont marqué le règne de Méhémet- 
'Ali ont incité Mohammed-bey Farid à rédiger le Behdjet 
et-Taufiqiyya, dédié à Tevfik-pacha (1891); l'histoire 
élémentaire des pays d'Orient a été exprimée en arabe 
par Séyyid-Efendi Azmi {el-méaâUk el-ibUdâtyya, 1894)- 

DJordji Zéïdân, chrétien de Syrie, s'est fait connaître 
par des romans historiques [Riwâyât, Fêtât Ghassan^ et 
a écrit l'histoire de l'Egypte pendant la domination du 
Mehdi au Soudan. Abdallah Fîkri-pacha, qui fut ministre 
de l'Instruction publique et dont les œuvres posthumes, 
en prose et en vers, ont été publiées par son fils en 
1898, était né à la Mecque en 1834, où son père com- 



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LE XIX* BIBCLE 417 

mandait les troupes d'occupation égyptiennes. Accusé 
de trahison en 1882, il démontra son innocence et se 
retira dans la vie privée; il fut délégué au congres des 
orientalistes de Stockholm en 1889 et monrut l'année 
suivante. Il a laissé un recueil de sentences et de pro- 
verbes rangés par ordre alphabétique [Nazhm el-léâU); 
ses œuvres diverses ont été réunies et publiées par son 
fils. 

L'orientaliste français Jean-Joseph Marcel, qui avait 
accompagné le général Bonaparte en Egypte et y avait 
rendu de grands services à l'armée expéditionnaire et 
qui, de retour à Paris, y avait rempli les fonctions de 
directeur de l'Imprimerie impériale, n'a pas hésité à 
attribuer au chéïkh Mohammed el-Mohdl el-Hafnâwl la 
paternité d'un recueil de contes dont le titre, tout au 
moins celui du premier volume, est Tohfat el-mostaïqïdh 
el-dnis fl nozhat el-mostanîm en-nd'is [Présent fait au 
célibataire éveillé pour le plaisir du dormeur somnolent) 
et qu'il a traduit en français sous celui de Contes du 
ckeykh El-Mohdy. Ce chéïkh était né au Caire de parents 
coptes en 1737; il se nommait d'abord Hibatallah; son 
père, ËpiphanioB Fadiallah, était intendant du kdchef 
(gouverneur de province) Soléïman, sur les instances 
duquel il devint musulman, étudia à la mosquée el- 
Azhar, fut secrétaire du Divan et conserva ces fonctions 
pendant l'occupation française. Il aimait à venir goAter 
les liqueurs fortes que lui offrait le jeune membre de 
l'Institut d'Egypte, et lui communiqua le manuscrit en 
question sans vouloir avouer qu'il en fût l'auteur. Plus 
tard il accompagna Tossoun-pacha, fils de Méhemet-Ali, 
dans sa campagne contre les Wahhâbites, mais il revint 
promptement au Caire après la défaite des défilés de Çafrâ. 
En 1812, il fut nommé chéïkh-ul-islam, et mourut le 

UTTiHATOIia AUBI. 27 



tlS LirréBATURB ABABB 

28 novembre 1815 à soixante-dix-Deuf ans. Ces contes 
sont une imitation des Mille et une Nuits. 'Abd-er- 
Rahman, héros de l'histoire, se trouve riche à ta mort 
de son père ; comme il n'a pas le goût des plaisirs, il se 
livre à l'étude et au bout de trois ans il veut jouir de sa 
science et en faire jouir les autres. II rassemble tour à 
tour ses esclaves, ses amis, ses parents, et leur narre 
des historiettes. Mais il a le don fatal d'endormir ses 
auditeurs et de s'attirer, chaque fois, des mésaventures; 
il arrive même, à la suite d'un concours fâcheux de cir- 
constances, qu'on le croit fou et qu'on l'enferme dans le 
Moristan, hôpital des fous au Caire. Cédant encore à sa 
manie, il continue à groui;cr autour de lui un cercle 
d'auditeurs bénévoles et à les charmer par ses récits ; ce 
sont ceux qui remplissent les deux derniers volumes, 
dont la composition aurait été achevée en juillet 1783. 
On s'est demandé si J.-J. Marcel n'avait pas beaucoup 
ajouté de son propre fonds au canevas fourni par le 
chéïkh el-Mohdl ; mais, comme la même accusation avait 
été portée contre Galland, qui en est sorti indemne, il 
n'y a pas lieu de s'arrêter davantage à cette imputation. 
La topographie historique du Caire, dont s'occupe 
avec zèle l'École française que le gouvernement de la 
République entretient dans la capitale de l'Egypte, est 
redevable à Ali-pacha-Mobârek, ministre de l'instruction 
publique, mort en 1893, des Khitat Taufiqiyya, renou- 
vellement de l'ouvrage classique de Maqrlzi. II a éga- 
lement rendu le système métrique accessible aux classes 
populaires [el-Mizdn, 1892). 'Ali-pacha Mobârek fut une 
figure intéressante de savant contemporain. Né en 1623 
à Birinbâl, il commença par suivre la carrière militaire; 
il avait étudié à Paris, et prit part à la guerre de Crimée 
avec le contingent égyptien qui suivait l'armée ottomane. 



LB TUX' SIBCLB 419 

C'est lui qui, en 1870, fonda la bibliothèque vice-royale 
du Caire et rendit ainsi accessible au public un fonds très 
intéressant de vieux manuscrits. Les voyages en Europe 
ont été racontés par Hasan-Efeodi TauBq, qui avait fait 
une tournée en Allemagne et en Suisse [Réaâîl el-bochrâ, 
1891), par Ahmed ZakC, secrétaire du khédive, délégué au 
congrès des orientaHstes à Genève {es-Safar il£l-Moa' 
tamar, 1894), par Mohammed Amîn Fikrî-bey [Irchâd-el 
alibbd, 1892). La géographie réclame les noms de Mah- 
moud Réchâd [ed-doroûa el~djogkrdfiyya , 1889) , de 
Moçtafa 'Alawi-bey [eth-lhamardt el-wâfiya, 1873), de 
Séyyid-Efendi Tauflq {en-nafahdt el- Abbâsiyya, 1894). 
Le chéïkh Mohammed bea'Omar et-Toùnisi, né en 1789, 
avait fait ses études à la mosquée el-Azhar; ayant entre- 
pris un voyage au Wadaï et au Darfour, il en écrivit la 
relation qui a été traduite en français par le D' Perron. Il 
mourut en 1857 au Caire, où il était attaché à l'école de 
médecine. 

En dehors des ouvrages traduits du français en grand 
nombre, et qui échappent à notre étude, le champ des 
sciences exactes a été cultivé par 'AU 'Izzet-Efendi 
(1869), Chéfîq-bcy Mançoûr (1887), Mohammed-Efeudi 
Hàmid (1894), Mahmoùd-Efendi Moudjîr (1870) pour 
l'arithmétique; par Moçtafà-Efeodi Chauql (1871) pour 
le système métrique; par Isma'îl-Efendi Mari (1887) et 
le même Mohammed-Efendi Hâmïd pour l'algèbre ; par 
Ibràhtm ed-Dasoûql 'Abd-el-Ghaffâr, mort en 1883, qui 
dirige en 1853 la publication d'un traité de trigonomé- 
trie; par Hasan-Efendi Hosnï pour la cosmographie (e/- 
oeoul el wdfiya, 1890). Le ministre Mahmoûd-pacha el- 
Falakt (■{- 1885), auquel on doit notablement l'impulsion 
donnée à ces études, a vu traduire en arabe, par Ahmed 
Zakl (Boulaq, 1888), son mémoire sur le calendrier arabe 



LITTBKATURB ARABB 



avant l'islamisme. Le maréchal de l'Empire ottoman, Ghâzl 
Mohammed Mokhtâr-pacha, commissaire extraordinaire 
en Egypte, s'est reposé des luttes contre les Russes eo 
Arménie par la publication de ses Tauflqât-el-ilkâniiyya, 
concordance des calendriers musulman, grégorien et 
copte, jusqu'en l'an 1500 de l'hégire, avec des éphémé- 
rides historiques jusqu'en 1309 de la même ère, ainsi 
que par celle du Riyâd el-Makhtdr (Parterres de l'élu), 
traité de la fixation du temps. 

Sur le terrain de la grammaire, Mohammed Ayyâd el- 
Tantâwi, que le sort avait conduit à Saint-Pétersbourg, 
qui y professait l'arabe et qui y mourut eu 1871, a laissé 
un traité de la langue vulgaire qui a été publié à Leipzig 
en 1848. 

La physique, la chimie, les sciences naturelles, ont 
occupé les forces du D' Mohammed-Efendi Kâmil el-Ka- 
fràwî {el-djawâhir et-badi'a, 1888; QaldJd el-hisdn, 1892) 
et de Mohammed ben Soléïmân et-Tounisi [TaklU, 1843); 
Mahmoud Ants a écrit sur la culture du coton (1892) ; puis 
viennent les médecins avec leur cortège de droguistes, le 
D^ Hasan-pacha Mahmoud, qui a traité de la pathologie 
interne dans le Kholâçat et- Tibbiyya (1892) ; le D' Moham- 
med 'Alawî-bey, qui s'est occupé d'ophtalmologie dans 
ioa Nokhbat el-' Abbdsiyija (1893); le D'' Ahmed Hamdl- 
bey, qui a enseigné les maladies simulées dans son Tohfat 
el- Abbâsiyya (1895), tandis que le Dorer el-bédriyya de 
Mohammed Badr-bey el-BaqIi (1893) commentait les 
remèdes nouveaux, pour compléter V Iqd-el-djomdn, 
pharmacopée de Moçtafa Hasan Kassàb, imprimée en 
1834, et faire suite au Nafahdt er-riyddiyya, traité des 
compositions pharmaceutiques, suivi d'un dictionnaire 
français-arabe des termes de médecine et de pharmacie, 
par •Ali-Efendi Riyâd (1872). 



LE XIX' SIUCLB 



Le Qodwèt el-far bi-açlihi, traité de l'amour de la 
patrie, par 'Ali Fehmi (1873), peut se ranger sous la 
rubrique de la philosophie; dans celle de la biographie 
du Prophète et de la religion musulmane nous met- 
trons El-'Oqoûd ed-dorriyya de Hamza Fathallah (1891), 
inspecteur de l'instruction publique, sur l'unité de Dieu, 
ainsi que son Bâkoûrat el-Kétdm, sur les droits et les 
devoirs des femmes dans l'islamisme, composé pour le 
congrès des Orientalistes à Stockholm (1889), la Dona 
el- Abbâsiyya, sur les articles de foi et les pratiques 
pieuses de la religion musulmane , de Séyyid-Efendi 
Mohammed (1894), et le Tarikh el-Kholéfd er-râvhidin, 
généalogie du Prophète et son descendant le sultan 
'Abd-ul-Médjid, par Ahmed Hidjûzi Isma'ïl (1862). Au 
droit musulman se rattachent les ouvrages revêtus du 
nom de Mohammed Qadri-pacha, mort le 21 novembre 
1888 [Morchid el-kaïrdn, Traité des obligations et des 
contrats d'après le rite hanéfite, 1891), et de Mohammed 
Réèfet (ed-Dorra el-yalima, Leçons de droit pénal égyp- 
tien, 1894). 

La littérature chrétienne, cultivée par les Coptes, 
revendique à juste titre Y' Iqd-el-anfas, histoire sainte, 
par Wahbi-Efendi Tâdoros (1881); un moine du cou- 
vent de Saint-Barmoùs a écrit l'histoire ecclésiastique 
d'Egypte (el-Kkarida en-Nafiaa), dont le tome premier 
a paru en 1883. 

Dans l'Occident musulman, Tunis et Alger peuvent 
meUrc en ligne quelques publications arabes. Dans la 
première, le chéïkh Abou'th-thanà Mahmoud Qâbàdo 
compose, à la louange du Prophète et de sa famille, un 
poème, le Kkaridat 'iqd el-léâli (1871), ainsi que des 
poésies réunies par son élève le chéïkh Abou-' Abdallah 
Mohammed es-Seoousi (1876-78). En 1868, le général 

L,, .,..,Coog[c 



Khaïr-Eddin et-Tounisi, ministre du bey de Tuais et plus 
tard grand-vizir de l'Empire ottoman, publie VAqtvam 
el~mésâUk, description historique, politique et adminis- 
trative des États de l'Europe, et Dotions géographiques 
sur les diverses parties de la terre. Mohammed es- 
SenoUBÎ, déjà nommé, fait paraître en 1892 les IsUUd'dt 
el-bdriaiyya, spectacles de Paris durant l'année 1889, et 
écrit, sous le titre de Matia ed-dardri (Lever des pla- 
nètes), des recherches sur la conformité de la jurispru- 
dence musulmane avec la loi immobilière (1888). 

Dana la seconde, Abraham Daninos publie en 1848 
un drame arabe, Nozhat el-Mochtâq iva gkoccat el-'Och- 
ckâq; la même année, le chéîkh Mohammed ben Ahmed 
et-Tidjâni écrit le Tokfat el-'aroûg, trois chapitres sur les 
femmes et le mariage ; Mohammed Qabih rédige un 
poème comique, le Risdlet el-abrâr, qui est le récit des 
aventures de deux étudiants arabes au village nègre 
d'Oran, publié et traduit par G. Delphiu (1887); Si 
Ahmed ould Qâdi, bach-agha de Frenda, donne ses 
impressions de voyage à Paris dans le livre intitulé 
er-Rihlat cl-qddiyya, louanges de la France et avertisse- 
ment aux nomades du désert (1878). Séyyid Soléîman 
ben Çiyâm avait, en 1852, raconté son voyage en France 
dans son Rihla. Enfin il est impossible de parler littéra- 
ture arabe en Algérie sans mentionner le nom de notre 
grand et redoutable adversaire, l'Emir Mouhyiddin 'Abd- 
el-Qader el-Hasant dont le Dkikrd H-'Aqil (Rappel à 
l'intelligent) a été traduit en français par G. Dogat, 
et dont les règlements militaires, Wichdk el-Kéldlb, ont 
été publiés et traduits par F. Patorni (1890). VIktirdth, 
sur le respect des droits de la femme dans l'islamisnie, 
par Mohammed ben Moçtafa ben el-Khodjah Kamâl 
l'Algériea, a été traduit par Arnaud (1895). 



:=,Googk' 



LE XIX' 8IECLB 433 

Ud érudit qui a composé quelques ouvrages historiques 
et entre autres une description de l'île de Djerba publiée 
et traduite à Tunis (1884) par M. Exiga dit Kayzer, ce 
fut le chéïkh Mohammed Abou-Ras en-Nàçirî de Mas- 
cara, né en 1751, mort en 1823. Il perdit ses parents de 
boDoe heure et eut une enfance fort malheureuse; cepen- 
dant il apprit l'alphabet sans maître, et devint assez 
instruit pour donner des leçons de lecture et d'écriture 
aux étudiants en droit. Il professa à Mascara et réunit 
autour de lui de nombreux élèves, dictant toujours de 
mémoire. En 1790, il partit pour le pèlerinage, visita 
Tunis et le Caire, remplit au retour les fonctions de cadi et 
de prédicateur jusqu'en 1796, se trouva à Alger en 1800, 
puis à Fez et repartit pour la Mecque en 1811, où il ren- 
contra des savants wahhabites; il reconnut que leurs 
principes étaient ceux des Hambalites, mais qu'ils 
avaient des règles pratiques différentes de celles qui sont 
adoptées par les quatre rites orthodoxes. Les Voyages 
extraordinaires ('Adjàïb el-Asfâr), traduits par M. Arnaud, 
sont un commentaire sur le poème écrit par lui-même au 
sujet de la prise d'Oran par le bey Mohammed ben 
'Othmàn (1792). 

Au Maroc, Abou'I-Qâsem ben Ahmed ez-Zîyâni a donné 
l'histoire de ce pays de 1631 à 1812, dans son Terdju- 
mân el-Mo'rib, publié et traduit par M. 0. Houdas. Cet 
ouvrage fut écrit à Tlemcen, ou il avait été contraint de 
se réfugier, après avoir été défait dans un combat contre 
les Bédouins, étant gouveroeur d'Oudjda. Plus tard l'his- 
toire de ce pays a été continuée par Ahmed en-Nâçîri es- 
Salâwl, né en 1834, mort en 1897, qui avait été employé 
des douanes dans différents ports de la côte, et s'est 
servi, pour la rédiger, de documents ofGcîels {El-lstiqçd). 
Mohammed ben et-Tayyib el-Qâdiri écrit et imprime à 



:,q,t,=cdbïGoogle 



ut LITTÉRATURB ARABE 

Fez le Nachr el-Mathdrà, dictionnaire biographique des 
XI* et XII* siècles de l'hégire. 

La Mecque a vu imprimer en 1885 une histoire poli- 
tique de l'islamisme, el-fotoâhatel-Ulâmiyya, par Ahmed 
ben Zaïni Dahiân, qui occupait dans la ville sainte les 
fonctions de Cheikh el~'Oîamâ, et y mourut en 1886. 

A l'Orient des terres musulmanes, en plein Hindous- 
tan, un souverain, Mohammed Çiddiq Hasan-Khan Béhà- 
dour (el-Qànodji el-Bokhàri), nabab de Bhopal par suite 
de son mariage avec la Bégum, héritière de ce trâne 
vassal de l'Angleterre, né en 1833 et mort en 1889, a fait 
imprimer à Coastantînople : el-Bolgha, lexicographie 
arabe, suivie d'une bibliographie des dictionnaires arabes, 
turcs, persans et hindous (1879) ; el-'Alam el-Kha/fâq, sur 
la formation et la dérivation des mots arabes; le Loqtat 
el-'Adjldn, mélanges historiques, suivis du Khabiat el- 
Akwân, histoire des religions; et-Iqlid li-adillet el-idjU- 
hdd wèt-taqlid, traité de Jurisprudence; et-Tariqa el- 
Motkld, conseils pour trouver soi-même les principes du 
droit; le Nozl el-Abrâr, morale religieuse (1884); et à 
Boulaq : le Nachwal eS'Safcrdn (Réveil de l'ivrogne, 
1879), le Ghosn el-bân sur la rhétorique (1879), Hoçoûl et- 
ma'moâl (Obtention de ce qu'on désire) sur les principes 
du droit; le Fath el-béydn, commentaire du Koran en 
dix volumes (1884), le Hosn el-Ostva (le Beau soutien), en 
ce qui concerne les paroles authentiques de Dieu et de 
son Prophète sur les femmes (1884) ; er-Raudat en-nadiyyéy 
commentaire sur l'ouvrage de droit intitulé ed-Dorer el~ 
béhiyyé de Mohammed el-Yémeni ech-Chauqâni (Boulaq, 
1879); Falh el-'alldm, commentaire sur le Bolough el- 
mérdm d'Ibn Hadjar (Boulaq, 1885). A Bombay, Moham* 
med Kérâma el-Ali ed-DehIéwî, mort en 1832, a fait im- 
primer une vie de Mahomet. 



3,q,t,=c.=ïG00glC 



LB SIX* SIÈCLE 42B 

Tout au Dord, à Kazan, le savant Mirzâ Mohammed 
'Ali bea Mohammed Kâzhem-beg publie en 1833 un essai 
sur la littérature arabe [et-Tohfat el-haqlra); Chîhàb- 
Eddiu beu Béhâ-Eddin el-Ghazzâni el-Merdjâoi écrit 
l'histoire des Khans de la Transoxiane (1864). 

Enfin, à Paria, Abou-Rébi' Soléïmùn el-Harâïri, qui 
fut répétiteur d'arabe à l'École spéciale des Langues 
orientales vivantes, publie les douze séances du Chéïkh 
Ahmed ben el-Mo'azhzham er-Râzi (1865), écrit un traité 
de météorologie, de physique et de galvanoplastie {Risàln 
fi hawâdilk el-djaww, 1862), rend un Feiwa ou consulta- 
tion juridique sur la question de savoir si les musulmans 
peuvent manger la viande des animaux tués par les chré- 
tiens, et cela dans le but de faciliter les voyages en 
Europe de ses coreligionnaires. 11 écrit un traité sur le 
café (1860), et présente à ses compatriotes l'Exposition 
universelle de 1867 i^ard el-badt el-'dmm)- Le chéïkh 
libanais Yoûsef Botros Karam y a publié une réponse à 
des attaques dirigées contre lui et contre d'autres chré- 
tiens dn Liban, et une autre réponse à de nouvelles 
objections (1863). Constantinople, capitale de l'Empire 
ottoman, pour qui l'arabe est une langue classique dont 
l'influence sur le turc est de plus en plus grande à cause 
des termes scientifiques qui lui sont empruntés, en con- 
currence avec ceux de la langue française (qui les forme 
d'après le grec], publie des ouvrages arabes. Ils sont 
naturellement moins nombreux et de moindre impor- 
tance que ceux qui voient le jour dans les pays oii l'arabe 
est la langue du peuple. Mohammed ben Mohammed 
Hasan Zhàfer, originaire de Tripoli de Barbarie, y a fait 
imçnm^rV Anwdr el-Qoudaiyya, « Lumières sacrées», sur 
les préceptes et les règles de l'ordre religieux des Châ- 
dhiliyya (1885) ; le chéïkh Mohammed Abou' 1-Hoda Efendi 



, ;....,Goog[c 



4M LITTÉRATDBB ARABE 

eç-Çiyâdi, AlépÎD d'origine et afBIié à l'ordre religieux 
des Rifâ'iyya, est no poète mystique ; il a dooné en 18S1 
El-féïd el-Mokammédi (la Grâce de Mohammed et le 
secours du Prophète), recueil de ses compositions litté- 
raires, et a consacré à la vie et au panégyrique de son 
maitre le chéïkh Ahmed er-Rifà'î le Qilddet el-djauhar 
(Collier de joyaux, 1885). Des parties les plu» éloignées 
de l'Orient musulman on y fait imprimer des textes 
arabes. C'est là que le nabab de Bhopal, Mohammed 
Çiddiq Hasan Khan, a fait connaître au public la plupart 
de ses ouvrages; c'est là également que le Chéïkh 'Abd 
ech-Chakoùr Rahmân 'Ali-Khan, du Beadelke&d dans 
l'HindoustaD, a donné au grand jour de la publicité son 
Ebniyat-el-itldm (Edifice de l'islamisme), basé sur les 
traditions du Prophète (1882). Le Séïd 'Abd el-GhaâHr ben 
"Abd el-Wâhid el-Akhras, né à Mossoul postérieurement à 
l'année 1805, mort à Bassora en 1874, a laissé un diwau, 
sous le titre de et-Tîrdx el-anfaa (la Broderie précieuse), 
qui a été imprimé en 1888. 11 était muet; Daoud-pacha, 
dernier gouverneur indépendant de Bagdad, l'avait envoyé 
dans l'Inde pour y subir une opération ; mais quand le 
médecin lui dit qu'il y allait de sa vie, il répondît : « Je 
ne vendrai pas mon tout pour une partie de moi-même, » 
et il revint à Bagdad. Daoud-pacha a d'ailleurs trouvé un 
historien dans Amin ben Hasan el-Holwàni, professeur 
au mausolée du Prophète à Médine, dont le MatdW es- 
sooûd, lithographie à Bombay en 1887, nous fait assister 
aux dernières luttes victorieuses de ta Porte contre les 
Mamelouks, maîtres de l'ancienne capitale des khalifes 
abbasides. L'imam des chaféîtes de Médine, EI-Hadj 
Ahmed-Ëfendi, a fait paraître en 1889 El-Khotab eU 
wa'zhiyya (les Prônes sermonnaires et les parcelles d'or 
de la Chaire), recueil de sermons pour les vendredis et 



i^jïGocoIr 



s XIX* SIBCLB 



les fêtes musulmanes, et le Hiddyet el-mortâb (Guide 
dans les passages suspects), traité d'exégèse coranique à 
l'occasion des passages douteux du livre sacré. De Tri- 
poli de Syrie, le chéïkh Hosém-Efendi Djlsrî-Zâdè y 
publie le Risâla Hamldiyya sur la vérité de la religion 
musulmane , controverse dirigée coutre les adeptes 
des nouvelles philosophies (1890). Du Yémen, l'uléma 
Mohammed Hilàl-ETendi, qui remplit les fonctions de 
président de la cour d'appel de cette province, y 
envoie sa Maqdma adahîyya (Séance littéraire) dans 
laquelle il réunit la correspondance judiciaire échangée 
entre lui et les présidents des tribunaux de première 
instance de son ressort, ainsi que celle qu'il a entre- 
tenue avec les procureurs généraux (1889), accompa- 
gnée d'une traduction turque, et \" Iqd-el-djomdn (Col- 
lier de perles), panégyrique de la famille d'Osman, pré- 
dictions des anciens sages de l'islamisme à leur endroit. 
Un Marocain, le chéïkh 'Abdel-Qâdir ben 'Abdel-Kérim 
el-Wardi& y compose et publie une élégie sur la mort du 
chérif Mouley Ahmed, oncle de l'empereur du Maroc 
Mouley Hasan, qui, réfugié à Constantinople, y est mort 
en 1889. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



CHAPITRE XII 



LA PRESSE PÉRIODIQUE 



Une partie très vivante de la littérature contemporaiae 
est formée par les journaux et revues en langue arabe, 
qui paraissent non seulement dans les pays de cette 
langue, mais même dans des régions où l'arabe n'est 
étudié et su que comme langue savante, et même daas 
des contrées où il est totalement inconnu en dehors 
des maîtres et des élèves de quelques rares écoles spé- 
ciales de tangues orientales, mais où existent des émi- 
grés de langue arabe et des imprimeries pouvant com- 
poser le caractère neskhi. En Egypte, où déjà l'occupa- 
tion française, si courte, maïs si profitable à l'Europe et 
à l'Orient, pour celle-là par le relevé scientifique des 
monuments des anciennes dynasties que ChampoUion 
allait bientôt lire grâce à sa découverte de l'alphabet des 
hiéroglyphes, pour celui-ci par la rénovation dont elle 
fut le point de départ, avait créé deux journaux en tangue 
française, le Courrier ^Egypte et la Décade égyptienne, 
Méhemet-Ali fondait, le 20 novembre 1828, un organe 
officiel de son gouvernement, le Waqât el-miçriyya 
(Evénement égyptien), qui paraissait au Caire, en arabe 
et en turc, deux ou trois fois la semaine; après soixaate- 



„,:....,C00g[c 



LA PRESSE PERIODIQUE 4S9 

treize ans d'une existence mouvementée, cette feuille, 
qui fut le premier journal imprimé en Orient, depuis les 
tentatives du général Bonaparte et dont Reînaud a pu 
dire, en 1831, « que c'était une fondation qui jusqu'ici 
n'a pas eu d'autre exemple dans les contrées musul- 
manes n, continue toujours de paraître, en arabe, trois 
fois par semaine. Trente ans plus tard, le littérateur 
syrien Khalil el-Khoûri fondait à Beyrouth le Hadtqat 
el-Akhbâr (Jardin des nouvelles), bi-hebdomadaire, dont 
le premier numéro parut le 1" janvier 1858. 

Vers 1860, la Régence de Tunis créait également un 
organe officiel sous le titre de er-Râïd et-Tounist. A la 
même époque Soléïman el-Harâïri publiait à Paris un 
journal appelé el-Bardjis, qui avait commencé à donner 
en feuilleton le Roman d'Antar. En juillet de cette même 
année, Ahmed Fâris ech-Chidyâq se mettait à faire 
paraître à Constantinople le DjéwâXb, feuille hebdoma- 
daire, qui, après une longue et brillante carrière, a été 
transféré au Caire, il y a une dizaine d'années; l'impri- 
merie de cette gazette a utilisé les loisirs que lui laissait 
le travail du journal pour publier un certain nombre de 
classiques arabes tirés des bibliothèques de Constanti- 
nople. 

A Damas, cbef-Iîeu de la province de Syrie, pour 
laquelle l'administration ottomane a repria l'antique nom 
de Souriyd, paraît depuis 1865 un journal officiel de 
cette province rédigé en turc et en arabe; de mAme, 
l'année suivante, le gouvernement général de la province 
d'Alep, dans la partie méridionale de laquelle l'arabe est 
parlé, faisait paraître un organe officiel sous le nom d'e^- 
Forât (l'Euphrate). 

En 1869, les RR. PP. Jésuites, qui venaient de joindre 
à leur collège de Ghazir, dans le Liban, un établisse- 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



tSa LITTÂBATURB ARÂBB 

meut à Beyrouth m6me, qui devait devenir peu d'années 
après l'Université catholique de Saiot-Joseph, commen- 
cèrent la publication d'une revue hebdomadaire appelée 
el-Backtr; en 1898, ils j ajoutèrent une revue scienti- 
fique bi-roeosuelle, el-Mackriq (l'Orient). En face de cette 
publication, Bolros el-Bistàni fondait au milieu de 1870, 
te DJanna (le Jardin), qui disparut en 1886; le DjonaXaa 
{Petit jardin), qui ne vécut que trois ans, et la revue bi- 
mensuelle el-Djinân, tandis que les musulmans de Bey- 
routh, désireux de posséder un organe à eux, créaient 
en 1874 le journal hebdomadaire Thamarât el-fonoûn 
(Fruits des sciences). Vers cette même année se fondait 
le Taqaddoum (le Progrès), qui eut pour collaborateurs 
les jeunes écrivains les plus actifs de la Syrie, comme 
Iskender el-'Azâr et Adib Ishaq, mort très jeune, empor- 
tant dans la tombe les espoirs que ses essais littéraires 
avaient fait naître. Le Thamarât el-fonoûn représentait 
l'esprit réactionnaire ou stationnaire, ce qui est tout un, 
de la population musulmane; le Taqaddoum ne manquait 
pas à son titre en ouvrant ses colonnes à toutes les idées 
nouvelles. Khalil Serkîs, gendre de Botros Bistàni, fonda, 
le 18 octobre 1877, le Liiân el-hâl (Langue de la situa- 
tion), d'abord bî-hebdomadaire, puis quotidien à partir 
de 1894. Bien que ce journal, obligé de rédiger sa partie 
politique sous une forme qui fât agréable au gouverne- 
ment ottoman, se tînt également sur la réserve à l'égard 
des innombrables confessions religieuses qui se parta- 
gent le sol de la Syrie, les maronites indépendants sen- 
tirent le besoin de posséder une feuille à eux et fon- 
dèrent en 1880 le Miçbdh; les protestants publièrent 
le Kaukab ec-çobk el-monir (l'Étoile éclatante du matin), 
aujourd'hui disparu, et le Nochra el-oabo'iyya (Publica- 
tion hebdomadaire), qui paraît encore. La communauté 



:=,Googlc; 



LA PBBB8B pAhIODIQOB tSl 

grecque orthodoxe eut un moment un organe dans le 
Hctdiyya (Cadeau), qui ne paraît plus. Le gouvernement, 
pour contre-balancer l'influence réactionnaire du Tha- 
mardt et-fonoân, publia, à partir du 22 mars 1886, une 
feuille bi-hebdomadaire qui portait le titre de la ville 
même où elle paraissait, Beyrouth, qui devint journal 
officiel de la nouvelle province établie en 1888, avec cette 
ville pour chef-lieu. 

Le développement de la richesse industrielle et com- 
merciale qui coïncida avec le règne d'Iamaïl -pocha donna 
un nouvel essor au développement de ta presse. C'est 
alors que parurent ; 

El-'Adâla (la Justice), rédigé par Mohammed et- 
Khajyàmi, fondé en 1897, quotidien, qui se fit remar- 
quer par son intransigeance fanatique et par ses attaques 
contre tout élément étranger; il était imprimé en trois 
colonnes sur un seul côté de la feuille. Le même rédac- 
teur fait paraître, avec Mohammed Chërbètli, une revue 
hebdomadaire intitulée en-Nahdj el-tjawîm (la Voie droite), 
depuis 1896. El-hlâm {l'Islamisme) est l'organe du vieux 
parti musulman, dont le centre est la mosquée el-Azhar; 
c'est un journal consacré aux sciences, à la littérature 
et à l'histoire, qui ne paraissait qu'une fois par mois, le 
premier jour de chaque mois lunaire; il fut fondé en 
1893, par Ahmed 'Ali ech-Chùdhili ; il est maintenant 
hebdomadaire. 

Le journal que publiait Sélim Fâris s'appelait el- 
Qdhira; il a cessé de paraître. 

Es-Sallana (le Sultanat), hebdomadaire, fondé en 1857, 
représente les intérêts ottomans, et est rédigé par 
Iskender Efendi Chalhoàb. El-Mahroâsa (la Capitale) 
paraît depuis 1877 et est édité par 'Aztz-bey Zind, auquel 
a succédé Roufàïl-Efendi Zind; ses principaux rédac- 



, ^-ooglc 



LITTERATHRB ABABB 



leurs soDt Yoâ sou f-E fend! Asaf et Khalîl-Efenili Naqqâch. 

El-Hildl(\e Croissant), mensuel, journal de science et 
de littérature, rédigé par Djordjî-Efendi Zaïdân, fondé 
en 1892, est destiné à la vulgarisation des idées euro- 
péennes. 

Un certain nombre de feuilles et de revues sont plus 
spécialement réservées aux dames. On peut nommer : 

El-Falât {la Jeune fille), mensuel, paraît depuis 1892, 
et est rédigé par M" Hind bint Naufal ; le Mirât el-hasnâ 
(Miroir de ta beauté), édité par Meryem Mizbir, depuis 
1896; el-Firdaua (Paradis), par Louise Habbâlin; Anîa 
el-djalls (le Compagnon fidèle), par Alexandra Avîerino 
et Lebtba Hâchîm. 

Les Coptes possèdent également une presse en langue 
arabe, entièrement occupée des querelles intestines qui 
divisent la nation copte et des luttes entre le clergé et 
le peuple. Le Watan (la Patrie), fondé en 1878 par 
Mikhaïl 'Abd-es-Séyyid, bi -hebdomadaire, tient le parti 
du patriarche, tandis que le Tauflq (te Succès), hebdoma- 
daire, scientifique et progressiste, représente l'opposition. 

Un journaliste libanais qui ne se sentait pas les cou- 
dées suffisamment libres en Syrie, Sélim Taqiâ, fonda 
en 1876, à Alexandrie, avec l'aide de son frère Béchara, 
VAhrâm (les Pyramides), le premier journal arabe quoti- 
dien, qui défendit et défend encore les intérêts français 
en Egypte ; un autre Syrien fondait bientôt après au Caire 
une revue hebdomadaire, el-Mahroûsa. Une revue bi- 
mensuelle, le Moqtataf, fondée à Beyrouth en 1877 par 
des élèves du collège américain, se transporta au Caire, 
où ses rédacteurs, Fâris Nimr, Ya'qoûb Çarroûf et Chàbin 
Makârios, établirent en 1889 te journal el-Moqattam (du 
nom de la montagne qui domine la ville), dévoué au 
développement de l'influence anglaise. Les musutm&ns 



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LA PRBSSE PERIODIQUE Ï33 

n*curent d'organe qu'à partir du moment où le chéïkh 
Ahmed Mùdhi (f 1893) fit paraître un journal politique, 
el-Mo'ayyad (1890), très répandu dans le monde musul- 
man, depuis le Maroc jusqu'aux Indes néerlandaises, et 
dirigé, depuis la mort de son fondateur, par 'Ali ben Yoù- 
souf, qui se fait appeler le Chéïkh 'Alî Yoùsouf. 

A ces feuilles et ii beaucoup d'autres, telles que le 
Miçr, organe favorable à l'occupation anglaise, le Baçir, 
le Sélâm et VAkhbâr, à tendances turco-égyptiennes, sont 
venus s'ajouter récemment deux publications hebdoma- 
daires, le Moitrçad et le Mouanad, et un journal quoti- 
dien, le Liwd (le Drapeau), dirigé par Moçtafa Kâmil. 

Dans les provinces de l'Empire ottoman, îl parait un 
certain nombre de journaux officiels en langue turque 
auxquels on joint, dans les pays de langue arabe, une 
partie en cette dernière langue, tels que el-Baçra pour 
la province de Bassora, ez-Zaurd pour celle de Bagdad, 
Çanâ pour le Yémen, Tarâbolaus el-gharb pour Tripoli 
de Barbarie, à côté duquel on peut citer le Taraqqi (le 
Progrès). En revenant vers l'occident des terres musul- 
manes, nous mentionnerons à Tunis, en dehors de la 
Gazette officielle déjà nommée, eî-Hddira, qui parait depuis 
1890, ez-Zahra et el-Bacira, plus deux journaux arabes 
imprimés en caractères hébraïques, le Bostân et le 
Mokhayyir, écrits dans un style qui tient le milieu entre 
l'arabe littéraire et la langue du peuple. En Algérie le 
Mobachckir et le Tilimsdn (Tlemcen) représentent la 
presse arabe. Au Maroc il a paru une feuille politique 
nommée el-Magkrib. 

A Constantînople, en dehors du Djéwdlh, plus tard 
transféré au Caire, il a paru des journaux arabes qui n'ont 
eu pour la plupart qu'une existence éphémère, tels que 
Vrtidâl, le Hawddith, le Saldm, le HaqdXq, le Monabbih, 

LITTilUTUnE AHIBI. 28 

L,q,;...,C00g[c 



434 LITTBRÂTDRS ÂHABB 

organes politiques, VInsdn et le Kaukab, feuilles scienti- 
fiques. Le journal du droit, el-Hoqoûq, continue de paraî- 
tre en arabe et en turc. Dans l'ile de Chypre, gou- 
vernée aujourd'hui par l'Angleterre, il parait un journal 
politique arabe, le Dlk ech-Charq (le Coq de l'Orient); 
l'Inde a aussi son Nokhbat el-Akhbâr (Choix de nouvelles), 
qui parait être le seul journal arabe publié sur l'immense 
surface de l'Hindoustan. 

Ed Iulie : le Mottaqill (l'Indépendant); en France : 
VAnbâ, YAboul-Haul, Vluikâd, le Baçlr, le Çada, le 
Hoqoûq, le Ckohra, VOrwa el-Wothqd, le Radjâ, toutes 
feuilles aujourd'hui disparues ainsi que le Bardjîs cité 
plus haut; à Londres : rittihâd-eî-Arabi, le Khilâfa, et 
le Mirât el-Ahfvdl, édité par Rizq-Allah HasoAn, repré- 
sentent les feuilles qui sont mortes sur le sol étranger. 
Vertes encore et bien vivantes sont l'Abou Naddâra (le 
Père aux lunettes), feuille satirique illustrée, rédigée par 
le chéîkh Sanoùa, ainsi que le Tawaddod et le Moncif 
de Paris, le Kachkoûl de Tiflis, qui a aussi une partie 
tartare et persane, le Diyd el-Kkafiqaîn de Londres, avec 
une partie anglaise, le Kaukab Amérikd, et el-Ayydm, à 
New-York; le Marcad a Marseille, le Hddi à Philadel- 
phie, le Barâzîl, le Raqib et VAama'î au Brésil. 



L'avenir de la littérature arabe. 



Les pages qui précèdent donnent le tableau de la florai- 
son, delà maturité et du déclin d'une littérature qui a duré 
treize siècles, depuis le plus lointain moyen Âge jusqu'à 
nos jours; puis nous avons trouvé, sous l'influence de la 
propagation des idées modernes, uu renouveau du vieux 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



LA PRESSE PERIODIQUE 435 

troDC, dont plusieurs branches ont porté des fieurs, sans 
compter ce rejeton adventice qui est venu s'y grefièr, la 
presse périodique. Quel est l'avenir réservé à cette 
seconde culture? Sera-ce une imitation des siècles clas- 
siques, ou bien la langue, obligée de se modifier pour 
interpréter des pensées nouvelles, s'enrichira-t-elle à 
nouveau d'expressions jeunes qui revivifieront le vieux 
fonds? Il semblerait, au premier abord, que des centres 
d'activité littéraire tels que le Caire et Beyrouth soient 
destinés a produire des hommes de lettres qui, poursui- 
vant le mouvement commencé par leurs prédécesseurs du 
XIX* siècle, serviront pour ainsi dire de trait d'union 
entre l'Europe (dans laquelle il faut comprendre les colo- 
nies essaimées dans le monde entier et qui continuent 
l'œuvre commencée dans le continent des fils de Japhet) 
et l'Orient plongé dans la demi-obscurité d'un crépus- 
cule mourant. Us seraient aidés dans cette entreprise par 
le puissant soutien de la presse périodique, laquelle a 
pour clients une grande partie de ce monde musulman 
que l'on estime à deux cents millions d'âmes, et qui peut 
faire dans ce sens un bien énorme. 

Mais quel râle joue la langue dans tout cela? Se traos- 
forme-t-elle, se développe-t-elle, devient-elle plus claire, 
plus accessible a la masse des demi-lettrés sortis de 
l'école primaire? La réponse, pour qui a étudié la ques- 
tion, ne peut être que négative. On ne voit nulle part 
un mouvement analogue à celui qui a, depuis trente ans, 
transformé la langue turque osmantie en la dégageant 
de sa vieille rhétorique. L'arabe est encore empâté dans 
les modèles classiques et emploie par suite une foule 
d'expressions qui ne peuvent être comprises que des let- 
trés, ce qui ferme au plus grand nombre l'accès de la 
compréhension de ce qui l'intéresserait le plus. Un article 



, ;....,Goog[c 



us LITTÉRATURE ARABE 

politique qui se respecte ne saurait être écrit qu'en prose 
rimée : sa vaine et futile rhétorique, ses allitérations 
imitées des Séances de Hariri, sont l'amusement du lec- 
teur instruit, et c'est tout- Cependant, à côté de ces 
boniments de parade de foire, il se publie des articles 
sérieux, sur des sujets spéciaux, qui ne cherchent pas à 
briller par ce vain luxe de mots inutiles et vont au fond 
de la pensée sans se laisser distraire par les bagatelles 
de la porte. A vrai dire, il se dresse toujours un obstacle 
entre le rédacteur et le lecteur, c'est l'incertitude de la 
lecture d'une langue dans laquelle on ne marque les 
voyelles que rarement; c'est un défaut auquel il sera 
bien difficile de remédier; néanmoins la lecture serait 
moins pénible, moins hasardeuse, si l'éditeur ou l'impri- 
meur consentait à marquer les harakdt dans les mots qui 
peuvent prêter à double entente, dans le passif des ver- 
bes, dans les substantifs dont le sens change avec l'épel* 
lation; ce serait un énorme service rendu au public 
d'Orient dont la jeunesse ne s'est pas usée sur les dalles 
des uaiversités — car je ne parle pas, bien entendu, du 
très petit nombre d'Européens qui, à titre d'étude ou de 
passe-temps, jettent les yeux sur un journal arabe, eux 
qui ont mieux que cela, et de plus pratique, chacun dans 
sa propre langue. 

Si, au lieu d'écrire en arabe littéral, on écrivait dans 
les dialectes particuliers de chacun des pays possédant 
une presse indigène, et où l'arabe est parlé? Cela n'est 
pas à souhaiter, car un journal établi sur une base de ce 
genre n'aurait de lecteurs que dans la contrée où il 
paraîtrait. Voyez-vous un journal en arabe d'Algérie lu 
par un habitant de Damas, de Bagdad ou de Mascate? 
Le pauvre homme! Il y perdrait son Qâmoùs. Au con- 
traire, l'emploi de l'arabe littéral assure è la feuille une 



, .,..,Goog[c 



LA PHESBB PÉRIODIQUE 437 

clientèle de lecteurs qui dépasse de beaucoup les limites 
des territoires ou l'arabe est parlé, et qui comprend les 
pays où l'arabe est laogue savante, comme chez nous le 
latin au moyen âge : c'est la totalité des régions habitées 
par des musulmans, depuis le Caucase jusqu'en Chine, 
depuis les steppes de la Tartarie jusqu'à la boucle du Niger. 
Déjà, d'ailleurs, de nombreux néologismes se sont 
introduits dans cette langue et permettent de rendre les 
expressions nouvelles créées en Europe pour les besoins 
des temps nouveaux. L'arabe, avec sa savante grammaire, 
est assez malléable pour se prêter à exprimer les pensées 
modernes, de même qu'il fournit à tout l'Orient musul- 
man les termes techniques nouveaux de la chimie, de la 
médecine, de la plupart des sciences. La voie dans 
laquelle on aimerait voir entrer le littérateur de l'avenir, 
c'est la recherche de la clarté et de la simplicité de 
l'expression : le jour oii elle y sera arrivée, on peut encore 
prédire une belle carrière à In littérature arabe, qui vivra 
autant que l'islamisme, pendant de longs siècles encore. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



:=,Googk' 



BIBLIOGRAPHIE 



Études ttensemble. 



Hadii~Khalfa, Lexieon bibliographicum et eneyclopKdieun, 
édité en arabe avec uoe traductioD latine, par G. Fluegel, 7 vol. 
iu-40. LeipEig et Londres, 1835-1858. 

En allemand : 

Hahher-Purgstall, Litteraiargeschichte derAraher, 7 vol. Vienne. 
1850-1856. 

Alfred tok Kreheb, KuUurgeschickCe des Orients unter den 
Chalifen. daos le tome II (Vienne, 1877), chapitres vtii (Poésie) et 
IX (WiaseDBcfaaft uod Lilteratur). 

Cakl BROCKBLHAnn, Geschickle der arabischert Litttratur, vol. 
I. Weimar, 1898 (en deux livraisons); toI. H, Berlin, 1899-1902 
(également en deux livraisons). 

Du même, Gesckichie der arabischen Lilteratur, formant U 
seconde partie du vol. VI de la collection Die Litteraturert des 
Ostens in Einzeldarstellungen, Leipzig, 1901, rédigé en vue du 
grand public. 

'Période anté-islamique. 

En allemand : 
AQLniRDT, Veber Poésie and Poetik der Araber. Gothi, 1856. 
Semerkungen liber die jEchtheit der allen arabischen Gediehle- 
Greirawdd, 1872. 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



ÏÏO LITTinATQRK ARABE 

I. GoLDiiaiR, Abhandhaitgen tur arabischen Philologie. Lejde, 
1876. 

G. Jacob, Sludien in arabiseken Dichtern, Hefi H : NoUn aim 
Verêtàndnist der Muallaqât, 189i. — Ueft III : Altarabiêciiet 
Beduinealeben, 1897. 

MuiTiN HARTHAnn . Metrum und Rythmas ; der Vrtpruag der 
arabÎMehen Metra. GiesseD, 1896. 

Tb. Noei-dikc, Beilràge :ur KenlnUt der Poésie der altea 
Araber. Hanovre, 1864. 

Enfemçaig t 

SiLTBiTBE DE Sact, Chreslomalkie arabe, 2* éd. PaiÏB, 1826, 3 
Tol. — R. Basset, /^ poésie arabe aati-islamiqae (leçon d'ou- 
verture). Paris, 1880. 

St. Gl'tabd, Théorie nouvelle de la métrique arabe, dans XeJouf 
nal Asiatique de 1876, et tire ï part. 

En arabe : 

ABOu'L-FABApi-sL-IçFAHAai, Kitâb el-Aghâni (Livre des ch«ii- 
BOns), 20 vol. Boulaq,'l868. 

BnuKKow, The twenty-firit volume of the Kitâb el-aghâni 
being a collection of biographies not eontained in the édition of 
Boulaq (Leyde, 1888). 

KosECABTEH avait commence à Greifavrald la pufalicatioo du texte 
accomp«^é d'une traduction latine et de notes; il o'eD a jamais 
paru que le premier volume en 1840, 

Le R. P. Salhahi, S. J., a publié & Beyrouth, en 1888, un choix 
de narrations tirées du même ouvrage. 

Le Koran. 

En frutçaig : 

Traductions de Du Rtkii, Paris, 1649, 1672; U Haye, 16S3, 
1685; Anvers, 1719; Amsterdam, 1756, 1770, 1775 ; Geoève, 1751; 
de Savabt. Paris, 1783, an VII-1798, 1822, Amsterdam, 1786; de 
El, Paria, 1840, 1852. 



Traductiona de Louis Mabacci, Padoue, 1698; d'AaiiAHAH Hiit- 
, Hamhourg, 169i; de Chk. Reinicke, Leipiig, 1721. 



:=,Googlc; 



BIBLtOGBAPBlB Ul 

BîTi anglais : 

Tradnetions de Gkorob Salb, Londres, 173i, 1764, 1821, 1824, 
1857; de Rodwell, 1861, 1876, rangée d'aprèa l'ordre hiilorique 
des cbipitres; de E. H. Palmeb, Oiford, 1880; eu extraits par E. 
W. Laue. 

En allemand i 

TradnctîODB de Salohon Schwbiocbrh, Nuremberg, 1616, 1623; 

de MECEftLiH, 1772; de Peiedmch EsEitauiPT Botsek, Halle, 1773, 

1775; de W*bl. Halte, 1828; d'ULuiAMn, Crefeld, 1840, 1877; de 

F. RiJcKEBT, eu extraits publiés par A. MiitLoi, Francfort, 1888. 

En Italien : 

Traduction anonyme d'Annai Abritabene, Venise, 1547. 

Il existe des traductions en hollandais par SmccEH, Ham- 
bourg. 16'il; Glasehakbh, Amsterdam, 1698; Tollbeis, Batavia, 
1859; Keizer, Haarlem, 1860; eu russe par Sabloueot, Razan, 
1877; en suédois par Ceubehstolpe, Stockbolm, 1843, et Tobnbebc, 
Lund,1874. 

Histoire du Koran : Th. Noldeke, Ceaehîehte des Korans. 
Gœttinguc, 1863. 

La Beavue, le Korau analysé d'après la traduction de M. Kasi- 
mirski et les observations de plusieurs savants orientalistes, est une 
sorte de table des matières renfermées dans le texte, Paris, 1S78. 

Fie de Mahomet : A. Spbengbb, Das Leben und die Lehre de» 
Xohammei, Berlin, 1861, 1869 ; W. Muib. The Ufe of Mahomet and 
kistory of Islam, Londres, 1858-1861; L. Kbesl, Das Leben des 
Mohammed, Leipzig, 1884. 

Époque des Oméyyades et des Abbassides. 

Ibr Khallikah, IVafajâl-el'Ayân, en arabe, antograpbîé par F. 
Wûstenfeld, GŒtliugne. 1835-1840, imprimé ii Boulaq en 1882, 
traduit en anglais par Mac Guckin de Slane, Biographieal Die- 
tionary, Paris-Londres, 1843-1871. 

Son supplément, le Fawât-el-Wafajât i'ïan Cqakis el-Kotobi, 
imprimé à Boulaq en 1866, n'existe qu'eu arabe et n'a pas été 
traduit. 

Le Kitâb-el'Aghdai (voir ci-dessus) embrasse également une 
partie de celte période (les trois premiers siècles de l'bégire). 



:=,Googlc; 



(41 LirrilÀTUIB ÀBABB _ 

F. WuESTBNrELD, Dît Getckicklschreiber der Araber und ikre 
Werke, Gœttiogne, 1881. — Getckickte der ArabUehen Aertte und 
Nalurforteher, Gcetlioguc, 18^0. — Die Academien der Araber und 
ikre Lehrer, d'après le livre des Classes des ChafélteB d'Isn Q&di 
Chobbi, GceUiDgue,1837. 

Période moderne. 

En allemand, et en w"g;'fl*t i 

Maetih HuiniAiiN, Dit Zeitungen und ZeiUekriften in arabi- 

tehen Sprache, arlicle para dans le Spécimen d'âne eivyelopédie 

matulmane publié par M. Th. Houtsma, Leydc, 1899, p. 11 et sni- 

vantes. — The Arabie prett of Egypt, Londres. 

En aralw : 

MoBUtMBD EL-MuHiBBt, Kholâçel-el-âtkâr, diclioDDaire biogra- 
phique des personoageB marquants du ii' sEéclc de rbégïre, 
4 vol. Le Caire, 1868. 

Abou'l-Fadl Mobahhed Kbalil Etbndi el-Moru>i. Silk-eddorar 
biographies des hommes marquants du m* siècle de l'hégire, 
h tomes en 2 vol. BouUq, 1874. 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



Aboqo, laltan mongol 

el-Abarii 

Abbfi» (fiU d'I, 63. Voy. A6ba$- 

'AbbilB ben el-Ahnaf 73, 

cl-'AbbAs bcD 'Ali bea Nour- 

eddia 

Abbaiild». 49, 56, 62 et aai- 
vaDtei, 65, 

el-Abchlki 

el-'Abdari 

'Abdoùn (eau vent chrétien d'). 
'Abdallah, fil* d'Ibn-Uambal. 
'Abdallah, fils d "Abd-el-'Oiia. 
'Abdallah bea 'Abd-eB-Sélam. 

'Abdallah hen 'Ali 

'Abdallah ben 'Atiyya 

'Abdallah el-Kfaafddji ___ 

'AhdaUah el-HanoûG 340 

'Abdallah b>n el-HookhAriq. . 

'Abdallah. fiU de Ua'an 

'Abdallah benQaïi er-Rouqay- 

'AbdaUBhbén'so'd.; :!!!!!!! 

'Abdallah ben Sa'd h«a Abi- 

Sarh 

'Abdallah ben Tâhir 89, 144 

'Abdallah ben Zéld el-'Anst. 
'Abdallah ben ZobéTr. . . 46, 60, 64 
'Abdallah Fikri-pacfa 
'Abdallah Ibn-el-Uo' ta» Sa, 86, 180 
■Abdallab-pacha Tchflèdi 
•Abd-el.'Aili(Aboa-Fâri.). 343, 346 
'Abd-el-Aili ben ' 



Sa'd 



134 



'Abdel- 'Aiti ea-Solaml 2l 

"Abd-el-'Aitz le Takroarien.. . 31 
'Abd ■ ech - Chakoûr Rohman 

•Ali-Khan 4 

'Abd-el-DIabhflr Ibn-UHmdtB.. 1! 

'Abd-el-GbaffAr al-Akhra 4! 

'Abd-el-Ghâ&T el-Fftriii 2 

'Abd-el-6han{en-Ndbala*i. 326,4< 

■Abd-el-GhBDi ben Sa'td 2 

■Abd-«1-Latir 196, » 

'Abd-el-Hedild Ibn-'Abdotn. . 1 
'Abd-el-Hélik (le khalife}, 46 et 

' Abd-rl-Milik ben Qoraib el- 

Acmal 1 

'AbatI'H«>ih NAIma 2 

'Abd-el-Hobiin ben HamoOd 

ol-Tanonkhi 1 

'Abd-el-UoDDiin, inltan almo- 

faade 251,3 

'Abd-el-Qader (l'émir), 271, 

412 et laiTBDtei, 4 
■Abd-el-Q«dir ben 'Abd-el-KË- 

rim el-WardtB 4 

'Abd-el-QAdir al-BaghdAdi. .. 3 

'Abd-el-Qddir el-GIMni 

271, 273, 274, 344, 359,3 

'Abd-er-Robim el-Banr'l 1 

'Abd-er-Etahlm Efeiidi 3 

'Abd-er-Rabman III, khalife 

de CordouB 3 

'Abd-er-RahmaD, prince ds 

Tlem«n 3 

'Abd-er-Rahman hen el-Ach- 



, .,..,Goog[c 



INDBX ALP&ÂBiTlQUB 



, Abd-er-Rahinu cl-Djabirti. . US 

'Abd-er-Rkhman cl-Idriai 177 

'Abd-«r-RBbmaD et-'tmadi .... 378 
'Abd-sr-Rahman ban 'Isd el- 

Hamadiai 1S6 

■Abd-cT^Rahman ben lima'Il 

b«n cl-Maqdiii 123 

'Abd-cr-RahmaD bsn el-Qd- 

(im 236,237 

'Abd-ei-Rahman o-Sa'di 3SU 

'Abd-er-KaiiAq 

'Abd-e*-Silam de Baaiora 100 

■Abd-ei-S«1am btn RaglibAi 

nom du poète Dik cI-Djinc 
'Abd-el.W&hid, ■ullan alm. 



Abon - 'Abdallah Habammed 



ÎOÎ 



bade. 



3SS 



'Abd-el-Vlhid Bl'Harrtkoch;. 104 

'Abd-«1-Wabblb 332 

'Abdt-Erimdi Hubordar. 

Aben-PaKiialli 204 

el-Abbari (Alhtr-tddin Hofad. 

dal) 

Abicht 

'Abld bcael-Abra* 3t,22 

'Abld bcn Cbarije sa 

et-Abmardi 109 

Abkarios (likender-agiba) 410 

'Abla, cbonMe par 'Antara. . . 13 

•l-Ablah Abon-'Abdallah 101 

Ablaq(chill«aa d') 10, ~ 

Abnilwt, lornom de Wahb 

ban Uonabbih 

Abau'l-'Abbâi, prioce da Ha- 

ghreb 346, 347 

Aboa'l-'Abbda Ahmed al-Harrdi ~ ~ 
Abou'l-'Abb&s Saffdh (le kba- 

li(e) 87, SIS 

Abou'^l-'AbbAa Tha'lab .... tâl. 152 

Aban'I-'AbbAi eUTotilï 127 

Abau-'Abdallab el-Ablab 101 

Abau'-Abdallah el-Haaan beo 

Hom^ïd el-Bao'hdadi 239 

Abou- 'Abdallah Ibn-al-Ahmar, 

■nltan de Grenade 346 

AboD- 'Abdallah Hoh ammad, 

prince de Bougie 346 

Abon-'Abdallah Mohammed 

bcn'Abd-el-DIélil 365 

Abon - 'Abdalloh Mohammed 

ben 'Ali ben Toumirl 306 

AboU''AbdallBb Mohammed 

ech-Cfaoqrttlitî 126 

Abon- 'Abdallah Mohammed el- 

KhAriimi 313 

Abon- * Abdallah Mohammed 
ee-Senouai 421, 422 



émir da Tunit.. 
Abou'1-Ala IbD-Zoh 
Abou'l-'AU el-Ha'am. 84,97. 

99. 100, 161, 163 

Aboa-'Ali el-Bol'ami 13i 

Abou-'Ali el-Fari«i 156 

Abou- 'Ali el-Haaan 3SS 

Ahon-'Amr ben 'Abdoùa.. 127.138 
Abou-'Antrbenol-A'lil 138, 141, lU 
Abon-'Amr 'Othman ben Saïd 

ed-Ddni 257 

Aboa-'Aro6ba el-Harrtnî 177 

Abau-Atfl Aflah ben Yaiâr. ... W 
Abou'l-'Atahija, 74 et aai*... 88 

Abou'l-Aswad. 138 

Abon'I-Aiouad Douait 44 

Abou'I-BaqS Cdleb e1-Dja'rari. S67 
Abon-Bekr <lé khalife), 3&, 39, 

40, 43. 315, 383 
Ahon-Bekr ben el-Mondhir. .. 364 
Abon-Bekr ben Sa'd, ataheb 

dn Fera 112, 260 

Abon-Bekr ech-Cbanawanl. . . 377 

Abau-Bekr el-Djardjdni 166 

Aboa-Bekr Ibn-Modj&bid. 22^,254 
Abou-Bekr Iba el-Qo^liTTu. . . 188 

Abon-Bekr el-Ksrkht 291 

Abou-Bekr el-Khariimi 132 

Abou-Bakr el-HMiU 177 

Abou-Bekr Habammed Ihn - 

Guiman 1 39 

Abon-Bichr HattA ben Yaâ- 

Qoua 280,282 

Abon'ç-Colt Omaj'ya ben 'Abd- 
el- 'Aiiz 309 

Abou-Chdma 191, 248, 372 

Abou'ch-Chiç Mohammed ben 

•Abdallah 88 

Abou-Chodja' el-lsrahaoi 248 

Abou-Dêood 219 

Abou-Dhouaïb 44 

Abou-DjaTor ed-Dabbi 304 

Abou-Dju'far Haa'oud el-Ba- 

yadi 106 

Abou-Dia'far Mohammed 253 

■■- -i-Dja'far el-Qoummi 341 

ri-Ojoùdel-HflkbiDami... 383 

Abon-Dolnr 76, 77, 140 

Abou-Dolaf Hiinar ben Hohal- 

hai 398 

Abon-Dolama 6i 

Abou'i-FadI el-'Abhda Ibn el- 
Ahnar 70 



, .,..,Goog[c 



INDEX ÂLPHABBTIQDB 



Abou'1-Fadl eU'AbbAi bcn Pa- 

i-orij er-Rirùcbi 145 

Abou'l-Ffldl el-Harawi 1S5 

Abon'l-Fadl et-Toùièri t26 

Aboal-Faradj'Abd-er-IUhman Ï49 
Abou'I-Faradi 'Abd-ar-Siibmoa 

ben Naçiallah 300 

Abou'I-Faradi el-Bobbagba , . . 95 
Abou'I-Faradi Bar-Hebrans . . 309 
Abou'l-Farad] Ibn Abl-Ya'qoùb 

en-Nadlm 

Abaul-Farad] Ibn el-Djauii.. 
Ailou'l - Faradi el - IçtabAni 
If 18,47, 73, 8'i,142, 184 

Abou'l-Faradj cl-Uo'Ard bcn 

Zakarijd 240 

Abou'I-Faradj Uabammed el- 



Abaa-l-Q 

leiandrie 187 

Abou't-Haïun Sedeqa el Hai- 
jadi 100 

Abou-Hailm Sahl ben Moham- 
med 144, 148 

AboD-Hafjdn 337,381 



Wa'- 



1D1 



Abou'l-Paradj Ydiir, 

Abou'1-Fath 'Ali el-Bosti 106 

Abou'l-Falh Ibn el-Ha>ina 

Abou'l-Falb Ukandéri 134 

Abou'l-Fatb Mobammedlbn 



Ta'dvidbl.. 



101 



Abon'UFtda 195, 202, 207, 321, 

333 et luivantes, 838. 353 

Aboo-FirUa el-Harodilni 92, 

Abon'I-Fitjanlbn-HajYoai 110, 121 
Abou'I-Fotoûb Naçrallah Ibn- 

Qalâqia 114 

Abôa'l -Ghanftliu Hobammed 

el-BorU (Iba el-Ho'allim). . . 102 
Abau'l-Gbéîth , cbirif da ta 

Mecque 334 

Abao'l - Hadjdjadj YoDaDaf , 

prince de Grenade 341 

Aboa-HarcajairrBn.deMgrwAn. 60 
Abou'l-Rakam Mdlik Ibn-el- 

Horabbal 130 

Abon-Hunifa... 331,334,335, 

338, 263, 353 
Abou-lIammou,pr!ncedeTl«m- 

cen 346, 317 

Abon'l-Heann (le cadi) 03 

Abon'l-Hataa el-Ach'ari 262 

Abon'l-UaitBn 'Ali ben Abi'r- 



Abou'l-Hainn 'Ali el-Bâkbani, 
Abon'l-Hasan 'AU el-QoDmmi. 
Abon'l-Baaan *Ali er-Robal. .. 
3aghawi, 



Abou' 
Abou'l- 

Abou'l- 



Djehwi 
Efendi .... 
Hoiéln 'Abd-I 






Aboa'I-Hoaéin et-Abwâii 

Aboo'l-Hoaéîn 'Ali ech-Chou- 

Abou'l-Hoa^lD «l-Moniani 

Abou'l-Haaéln Qdsim ben'Obél- 

dallah 

Abou'l-Uoaéïn YabyA (el-Hâdi 

ila'lbaqq) 

Abou-Ibrahim lahaq ben Ibra- 

Abou-'Iniln*. .......'.,,...... 

Abou-labaqAbmedet-Tba'Iabi. 
Abou-Iahaq ech-ChirAii. . 243, 
Abou-labaq Ibrabîm , aoltan 

hafiide 

Aboa-labaq Ibrahim ben Hi- 

lâl eç-CAi 

Aboa-lahaq Ibrahim el-Honari, 
Abon-lihaq Ibrahim Ibn-Sabl. 
Abon-Itboq Ibrahim ban Salib 

el-Warrflq 

Abou-Iibaq Ibrahim benYahra 

Bl-OhnK. 

Abou-Iahaq Ibrabim ben Yod- 

aonf ben TUchiGn 

Aboa'l-Kbaïbari 

Aboa-Lahab, oncle de Habo- 

Aban'l-Léïlb'e" 
Abon'l-Ha'dlî 

Aboa-Ha'char. 

Abou-Madjan 

Abou-UadfanCbo'albel-Horal- 



'l-HahâiinIbnTag:Hblrdi 
-HansoDr 'Ali ben el-Ha- 

Sorr-Dorr 

-Mançoûr cl-Atherl 

-HansoAr el-Mâlooridi. . . 

■Mibdjan 

■Mikbnar LoÛt ban Yi 



iJlâ 



43, 1 



•Moç'ab, 



ncle de Chafii. 237 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



INDEX ALPHABETIQUE 



Aboa-Uohammod 'Abdallah 

ben Yoaaaur 2ii 

Abou-HobamiDod ben 'Omar.. 14» 
Abon-llohamincil al-QAiim cl- 

Barirl 1S5 

Aboa-HoaliiD 56,63,65 

Aboo'l'Moibaffar Hobammed 

el-Abiwardi 109 

Abou'l-Hoihuffsr ïah;a ben 

Hobalra , 



3M 



Aboa-No'aïm el-IçrabâDi 230 

Abou-NowAi, se, 70 et miTBDtei 

es, 68, no, 141, 18! 
Aboa-'Obald el-Qâiini ban Sal- 



Abon-'Obalda Ha'niar ban el- 

Uothanni 141 et laîtante*. 

Abau-'Omar Salih ban lihai] 



I Ahmed e 



Abou'l-Qdaem b 

Ziréni l^i 

AhoD'K)Aaim ban el-Hadjar, 

cher mamlman en Sicile, . . . lift 

AboD'l-QAiim ChAtibi 308 

Abon'I-QSMm Ibn-TabAtabA. . . 96 

Abou'l-QAiim el-Ghifiql 2US 

Aboa'l-Qtaim Khalaf ei-ZabrA- 

wl 307 

Aboa'l-Qftsim «1-LiîlhJ 367 

Abon'l-Qâalm Hobammed ben 

Hâni' 96 

Aboa-Qir et Abon-SIr. 395 

Abou'i^Raqa'maq 97 

Abon-Ras en-NAgiri 423 

Aboa-Sa'îd 108 

Abon-Sa'td Na^r ed-DIciwari. 313 

AbDO - Sdlim 346 

Abon-SofTân SO 

Aboa-Sol«iman DaoAd bei 



'Ali.. 



AbDu'l'Sa'ofld Efendi 

Abou-TAlib, oncle de Haboœet. 
AboD-TAtib, Bli de FaUir-ed- 

daula 

AboaVTa;;ib Ahmed el-Bid- 

j««i 

AboD-TemmAm. . 16, 83, S4, SB, 

U7, 162, 183, 185 

Abou-Wahb 17,18 

Aboo'l-Wnlid el-Bâdji 261 

Ahou'l-WérA el-BoQzdiani 394 

Abonl-VéU ben Salama. 



416 



351 



Abonl-Wélid H7, 1ï8 

Abou'l-Wilid el-Airaq 177 

Abou-Ya'lB Hahammùi Ibn^eU 

Habbdrijrja 107 

Aboa-YoûaoDf 135 

Aboa-YoAiauf Ta 'qoAb el-Kar- 

cbi Î93 

Aboo-Zakariya el-Aidl 177 

AboD-ZakarirA Yabja beo Abi- 

Bekr 20Î 

Abau-ZakarijaYahjabeD 'Adl. !S0 

Abou-Zérd 144 

A boa-Zéid ( Roman d) 398 

Aboa-Zéïd, fila de Mohammed 

ben Abi-Hafç Î04 

Abou - Ziïd 'Abdcr- Rahman 

Ibn-Yakhlaflan 130 

Abaa-Z«Id Ahmed ben Sahl el- 

Balkbi 383, 298 

Abou-Zitd AniAri 39 

Abou-Zéïd Sald ben 'Amr.... Hl 
Aboo-Zéld de Sarondj.... 135, 13S 
Abraham, 4. — (Relig:)on d'), 

24, 32. — (Rouleaui d') 33 

Abraham ben Haidal 365 

Abraham Daninoa 4SS 

Abraham Eccheleaiii 308 

■Ab> (tribu d'), 'Abaidea. IS, 13, 1» 

el-A'cha 9, 34,36, 39, 163 

A'chA Hamdan 53 

el-Acb'ari 363, 263.367, MS 

el-Ach'atb (Ibn). Vojei 'Abder- 

Rabman ben el-Acb'otii. 

Achdjo' 8S 

Acbéminidea 393 

Achkar Daoud (Sultan) 3SS 

Achraf (Sultan] 193 

AcbraayjB (École), 248, 32S, 337 

— A la Mecque 373 

el-Açmal, 16, 68, 76, 141 et ani- 

Tantee, 337, 396, 397 

■Ad (tribn d") 36 

Adam 66,67,388 

'AdavrirTa (ordre relirieai 

dee) 371 

'AdI (le Cbiikb) 271 

'AdI ben Zéld, poite chrétien. 

29, 30, 50. 71 

Adib lahaq 430 

'Adiyd , grand-pire de Samanal. 37 
el-A djam, anrnom de Ziyad 

ben Solélmen 54 

el-'AdjdjAdj 53 

el-Adjorri. 323 

Aftiorroumijiya ,.,,...., 381 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



INDEX ILPBABÉTIQDE 



447 



'Adcxl-eddaiiU, prince bouide. 
92, Ub, t49, IM, 305, 294, 306, 3 

'Adod-eddia el-ldjt 3 

Adrien 

■Adnân (tiibu d') 20, 

el-Atdal Smir el-Djofofich (le 

miniitre) 1 

el-Afdali 1 

'Afir-eddin Solélman el-Tilim- 

■kni-tdàiaèilÀé'u/.'.'.'.'.'.'.'.'. 3 

Aaah beo Yoilr 

AfUe (famille d') 1 

Agar 

et-Agblab bea 'Omar ben 

'Obaîda 

Agaab , 4 

'Aicha, Apooic deUabomet... 

'Aïcba el-Ba'oftniyfs 3 

Atdamir el-Djildaki 3 

Aidamir el-Hohjawî 1 

'Atn (prononciatloD de la 

iBllre) 

el-'AIni 3 

AïMaouBs 2 

AhlSf k Sira 

AhlwHrdl 16,94,180,3 

Abmed, frère d'El-Gbaiâli. 264, 2 

AhDMid 'Ali ech-Cbddhili 4 

Ahmed-Baba 3 

Abmed el-Badawl 4 

Ahmed el-Barbtr 4 

Ahmed ben Ahmed ben 'Abder- 

Rabmen 3 

Abmedben Abmed ben 'Omar. 3 

Ahmed ben 'AH ben Het'oud. 3 

Ahmed ben ChObin 3 

Ahmed hen Hambal 15S, S 

Ahmed ben el-Mo'oihiham er- 

Rflii 4 

Ahmed ben Mohammed el- 

Harawi 1 

Abmed ben Uahemmed er-RAii 

de Cardoue 1 

Ahmed ben OwèU, loltan de 

Bagdad 3 

Ahmed ben SabI, prince de 

Balkb 2 

Ahmed ben SajjAr 1 

Ahmed ben Toutonn 1 

Ahmed ben Yahja Kboiendar. 3 

Ahmed ben Zaîni DahlAn 4 

Ahmed-pacba Kieuprnlu, grand 

viiir 3 

Ahmed ed-Danaf 3 

Abmed Hamdl-bef 4 



Ahmed HiditUi lama 'Il 431 

Abmed el-Kordi 32» 

Ahmed Hddhi 433 

Abmed en-Na^ibi, maiiden. . . M 

Abmed en-Ndtiri ei-SalAni.,, 423 

Ahmed en<Nomf iri 127 

Abmed er-RifA'l (cbéikh) 426 

Ahmed ZakI 419 

Aboura-Uaida 62 

AhrOn, père de Bar-Uebraena . 209 

el-AbwB( 46 

el-'Akawwak 76, 77 

Akhbâr el-Loçoilç 16 

el-Akhracb le Mojeù 143 

el-Akhfach le Petit 165 

el-Akbrat ('Abdel-Ghaffâr).... 426 

el-Akblal 47, 4», 61, 53 

'Alam-eddin el-Bolqlni 361 

'Alam-eddtn e*-Sekhllnî 368 

Aladia et la lampt mtrreil' 

itute 395 

■Ala-eddanla Ahon.DJB'rar Ibn- 

DocbmaDiiydr 284 

'Ala-eddin, roi du Khariim... 318 

'Ala-eddin Abmed ee-SirdS. . . 350 

'AU-eddin el-Bahâî 38! 

'Ala-eddin Efendî 'Abidin 413 

'Ala-eddin Tibare 208 

Albatégnina 294 

Albohaien 29& 

AIbncaaii 307 

Albamaeer 293 

Alexandre 154, 393 

Alexandre d'AphndJtia* 287 

Alexandre Damai pire 398 

Aleiandre-pacba (.aralbéodo- 

Tj 31» 

^//fyya d'Ibn-MAlek 170 

Alfraçunai 293 

Alfred von Kremer. Vo^ei Kre- 

*AH (le Khaiite), 39, 44, 49, 79, 
86, 88, 96, 119, 154, 207, 314, 

276. — (Diwan d') 352 

'Ali, peUt-fila d'Omar Ibn el- 

Pdred 118 

'Ali AbDa'n-NacT 41 G 

'Ali el-BAkhatïî 107 

'Ali hen 'AbbAs 306 

'Ali ben 'Abder-Rabman 195 

'AU ben DjabalB el-'Akaw- 
wak 76, 77 

'Ali ben Dja'far de Cbaliar.. 2»7 

'Ali ben el-Djabm 80 

'Ali ben Ghâii 3SS 

'Ali ben el-Hoiéïn 215 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



[ ALPHABÉTIQUE 



■ABi ban Uhaq ei-Z«bi 05 

'Alî ben MaoEoAr, ni du Kha- 

'Ali ben Uohammed, chef ivm 

Zcndji 

'Ali b«Q Uahammcd Ibn-Bat- 

'Ali k^n HaVarràbbéDUân- 

çour «Mbrabimi 

'Alî bcn 'Omar b«n QtijI bea 

Djildak el-YuroAqi 132 

'Ali ben SabI W Rab- 

ban 304,305 

'Ali ben Soléïman 

'Ali ben Yoùiour bcn Tacbi- 

fin 127,203 

'Ali ben Zâfir (Djtmal-cddin). 194 

'Ali ef-Bo»Vi!!!!!,!.!! 

Alidca U, M>, 69, 80, 88, 89 

'Ali-Efeodi Darricb 

'Ali-Efendl Rijdd 

'Ali-Fehmi 

'Ali el-HamadéDiea-Sakhâwi. 122 

'Ali Iiiet-Ereudi 419 

'AU al-Hoyorqi 137 

'Ali-Hobammad le Bab ""' 

AU-pacba, TÎrir . 

Ali-pacba HobArak iiS 

Alt et-Taabidi 313 

Ali-Tcbélébi 372 

■Ali-Yoùionf (Cbélïb) 483 

Atniafe$le à»PU>lémét 1E9 

Almohada 104, 9&1 

AlmorsTidea. . . . 128, 232, 351, 264 

Alaab ('ImAd-eddio) __ 

'Alqamaben 'Absda el-Pabl.. 15 
'Alqama, fila d'AlIatha 35.26 

'Amld-eddin Ai'ad ben Manr 

cl-Abarit 

el-Amidi {Sélf-eddin 'Ali) S48 

el-AmidI (al-Haaan ben Bichrl. 147 
el-AmidI (Rokn-eddin Aboii- 

Hilmîd) 274 

Amin, file d'Haroao 150 

AmtD ben Haaan el-HolwAni.. 426 

AmlQ Chtmil 415 

AmIn el-Djindi 412 

AmlDi7ya{Ecole)ADaTiiaa. 197, 380 

'Amir, oncis de Lfbîd JO 

'Amir, fila de Zharib, arbitre 

inDrAme SO 

'Amir er-Ro'ADii 373 

'Amr ben el- 'Abd. Voy. Tarafa , 



'Amr ben tl-'Aç MO 

'Amr ben Bahr el-Djdbiib.... 211 
'Amr ben UAreth, prince de 

Gha»«fln 11 

'Amr, fila de Hind, roi de 

m™ 13 

'Amr ben Kollbaa m 9 

Anai, fili de Haick 301 

el-Anbâri Ii6 

Ancien Teilament !i 

'Anéïéi [tribu des) 74 

'Anhoûri (Stlim Êfendi) 412 

Anaùdlo&r, ministre des Ikh- 

chidile» Sfl 

Aniûn 72, 111 

Aniarîés. VoT. Noiairii. 

el-'Anei !5! 

Aaiar (Bomiirt d"), 12, 396 et 

9 ai vante*, 4!9 

•Antara 9,12, 17, 19, Î9 

Anttehriet , auroom de Ko- 

thajjir 50 

Apalloniai de fngt 290. 192 

cl-Aqib ben'Abdallab el-Anaam^ 

moni 387 

Arbed, frèie deLAbid.. 41 

Ardabait, frère da roi ratk 

Oppa 188 

Ardècbir BabégAn 180 

el-Ardjî 1*6 

Ariatote 137, S80. 381, S8T, 319 

AniaDd(H.) 122,423 

Arnold 4» 

el-Arradj4ni 111 

Araecidet 6 

Ari«nio> (le cart) 410 

ABad(triba d') SI 

A««d ben et-Fortt «7 

A.'ad ben Neçrel-Abarii.... 111 

A«'adech-Chidyaq 409 

A«ir, fil. de Djaber « 

el- 'Aakari 166, 363 

Aalam ben SabI 177 

Aiaaasini 546 

Aatemuni (J.-S.) ÎOS 

et-'At1i. anmom d'Ibn-WakI'. 97 

Itaîi, roi dn Khariim 157 

Aun-addin Ibo-Hobélra 1S9 

An* (tribn d'1 26 

AaaWHadjar 14,23 

AutoljcDS 319 

ÀTcapecc 385, 386 

ATerrboèa S86 

Aïeita 63, 67, 148 

ATicenne. 283 et aniTantea, 299, 306 
Avierino (Alexandre) 431 



=.,Goog[c 



INDEX ALPB&BÉTIQCB 



U9 



Ajai-pecha 372 

of-'ATJflchi 384 

Aid (triba d') S3 

e|.Adi«ri 158,159 

el-'Aiii, khalife ratimide 97 

'Aiti, Gli de SaledÏD 101 

'Aztiben Zind 431 

el-Airaql 177 

'Aua la Bédouins VI 



Bab {'Ali-Hoharomed le] 213 

el-BabbaKhd (Aboa'l-Faradj). 95 
BachchAr ben Bonrd... 67, 68,88 

el-Bddji 26t 

Bagdad (École de) 153 

Baghjo'o (Hobammed) 388 

Babâ-eddin Muhammed bea 

YoûiDur el-Ba'a{lDi 32S 

Bahrdm-chdb ben Farroakh- 

Châh 134 

el-Belhaqi 337 

Baillieet LocketI 166 

BeJaietI'',iQ]taiiottoman. 353,368 

el-BUkbarii 107 

el-BalMi 323 

el-Balawi 315 

Bdattt So'id, poime de Ka'b 

ben Zobtïr 43 

Banqnera 313 

Barbier da Uernard (M.).. 73, 167 
168, 175. 3Se, 395 

BarçoQma 403 

Bargia (l'abbé) 366 

Bar-Hebrans 309, 393 

Barkok (SiUtan) 331, 347 

348,353, 360 

Barqoqijja (CouTent) 350 

Barq-YaroAq, inltan nldjoD- 

kide 348 

Barmékidet 63, 70, 196 

BAra-bal (Snllan) 338 

Bariaavèb (le médaciD) 311 

B«aiBt(M,R.) 116 

Baiiora (Ecole de), 137 el ani- 
vante*. 

BAtikin 104 

el-BatUnJ 393 

. BatToAr 106 

Banor 309 

el-BaTQdi 10« 

el-Bajjri* 233 

Beamnier 330 



Béchir (Emir) 406 

Bédi' ei-ZéiDBD el-HanadbA- 

ni 133,134 

Badr (bataille de] 30 

Bedr-cddin Louloa, atabek de 

HosBoal 104, 105, 113 

Beer(ll.-G.) 365 

BéhA-eddaaia, pTince boulde. 291 

BéhH-eddjn d'Alep 191 

BéhA-eddia el-HoDhallabi. 116,118 
Behndm Benni (H" Crrille]... 411 

Behidd 148 

Béïban (loltan) 193, 195 

197, 331, 336 

el-Béldâwi 260 

el-Bekri 300 

Bl.Béladhori... 178,179 

Beni--Ab«,44. Voj. 'Ab> (triba 

Beni-'Amir (tribo dee) 25, 46 

Beoi-Aïad 10,11 

BeDi-ChaibOn 53 

Beni-DjaTar. 40 

Bmi-Hilal {Roman de»), 398 et 

Beni-HodhéTI S37 

B«ni-Har{na 30 

Benî-Hirddi Ifaimlle du) 111 

Beni-Nabchal 43 

Beni-Maobahbt (ramiUe d»). . 71 

Beui-Qorra 98 

Beni-SalamaD 18 

Beni-Zijan de Tlemcen 366 

BennA (Philippe-BBiile) 413 

Béranll (Cl.) 35S 

Berbcugger (AdrieD) : . . 384 

BerK(Van den) 248 

Bernslein 320 

Besthorn 128 

Bl-Boiiâï 156 

Bible (La) 3, 30, 33 

Bichr ban Abl-KhOiim 22 

el-Bilbéïii 390 

el-BiqAI 310 

el-Bironol 29» 

BîitAai (Botros) 409,430 

Biitérii (SéUn) 410 

Bland 367, 364 

Blachet (H.) 300 

Boctbor (EItoIU) 405 

Boer (de). 365 

Bohlen (P. de) 367 

at-Bobtori ... 79, 83, 84, 89, 147, 182 
BokhAri, 217 et iniTante*. 335, 368 

BokbtySchao ' 80, 304 

Boloûqja 394 



^,:....,Goog[c 



(50 

BoDaparte (etnéTal) 3,416 

417, 429 

el-Boiti 106 

Botaina 47 

el-Bothdni <Nitiq-bU-baqq). . . . 251 

Botrai Bi*ttni 400,430 

Bolros KArAma 41S 

BoDit (combat de] 28 

•l-Boùçiri 118,192 

Boadiéir, frère de Ka'b ben 

Zobttr 42 

Bonldei ftS, 135, 184, 333 

BoD-Hadin. Voy. Alioa-Hadjan. 

Boondo (le chanteur) 83 

el-Boundari (Aban'l-Fath). . . . 194 

el-BoùDi 314 

Bourda, mBDtaau de Hahomet, 

43. — (Qofida de la) 116 

Bourrade (B.| 203 

Bonn, prince de Dama» 120 

el-Bour^l ('Abder-Rahim) 113 

BoDliant ;H. U.) 356 

el-BoOrini 40B 

el-Bouidjuii 394 

Breanier S81 

Bri«f (J.) 371 

Broch 167 

Bn>cbe1maiin(H. C.).... 154. S06, 
265, 276, 389, 310, 319, 358, 362 

BrSnnle (P.) 360 

BraiiDow(lI.l 16, 155, 1S4 

Bnffon 3 

BortoQ (EUcbard). 395,396 



•c-Ç«bl 135 

Çadr-eddin el-Bairi 124 

Çadr-^ddin el-Qonawi 2TS 

Çafadi 123, 323, 339, 360 

Carawii 18, 2», 32, 205 

ës-CaffoAri 344 

Cafi-eddin 'Abdallah bon 

■ Cboakr 201 

Cafi-eddin el-Hillt 330 

tahàk d'el-Djaubari 157 

Çahih de Bokhâri, 217 et ani- 
THDifl*, 323, 225 ; de HoaUm, 

218 et ■alTante* 223 

Cùlih benTahja 360 

Cardin (Alexandre) 406,415 

Cardin de Cardonne 396 

CaiJonne 188 

Cari' el-gbawUni (el-Qatdai), 
•53. — (Moilim) 73 



INDEX ALPBABBTIQDB 



Çarroûf (Spiridion) 414 

ÇarroAr (Va'qaûb) 43s 

Carlyle (J.-E.) 116,360 

Carmathes 113, 1&8, 369 

Carra de Vaux (B") 183,284 

Carusina 207 

Ca.an<.Ta (M. J.) Ml 

Caiiri 34I 

Caipari S87 

Cataneo 4os 

Canisin de Perceial (le père}, 9H, 

335, 395. — (le fili), 396 et 

■aiTaatei 406 

CaiDtte (Jacqoea) 396 

ech-Cbibb ei-Zh«rir 134 

ech-ChAcbi 347 

ech-Chddbili. 276 

ChAdbiliya (ordre religieux 

dea) 276,425 

ech-Cbdféî, 111, 327, 231, 337 el 
■niTBDtei, 348, 317, 340, 353 

Chaféïtea 237 

ecb-ChAh 14g 

Cbâh-CaE , aoaTeraiu Cafa- 

wide". *. . , . 329 

Cbâhin Halcdrioi %J3 

ecb-Cbabraetâui 267, 370 

Kh-CbabraioAri «l-IcbrAqi . . . 3SS 
Chà'lr, le poêle et le aaTant, 7,8 

Cbampolliou 43S 

Cbanfara 18,19, 98, S37 

eeb-Cha'nlDi 373 

ecb-Cbdtibl 25», 359 

Cbaavin (M.} S94 

CbsTis (Dom Deoia) 396 

ech-Chainra 119 

Chedddd, pire d'Antara 13 

Chéfiq-béj Hançoilr 419 

Chéhéraïade 393 

ecb-Cbélbâni (Isbaq ben Hi- 

rar) 1M 

ecb-Cbélbdni (Mohammed), 23G 

Cbélkb 'Adl.,.', ï7t 

Cb«Ikb HaqtoU 273 

Cbéïkb BifA'a 406 

Cbéïkbo (R. P.) 157,360,410 

Chéîkhoûmyya (Medreiaé). . . , 361 

Chems-eddanla, prince bonïde S84 

Chemi-eddin, émir du Yémen. 37] 
Chemn-eddin Abau- 'Abdallah 

Soyoûli 364 

Cbemi-eddin ed-Dïmecbqi. . . 33^6 

Cbems-eddin el-KhefTlIF 124 

Chema-eddin Hofaammed, pr^ j 

dicateur de Wâait 3!^ 



:,q,t,=c.=.,GoOg[c 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



Cheniï-cddiD Mohammed Djo- 

wiïDi 2: 

Chicil el-Hoûuiwi 1: 

Chems-eddiD el-Wa'iih el- 

Koûfi Il 

Chcrbonnean 188, 330. 3' 

389, 3' 
Chéref bea Ai'ad el-Uiçri.... 3: 

Cbtrer-eddin, émir d'Alep 3 

Cbércf-cddJD Anocherwân.... î 
Chércf-eddin HohHmmed el- 

Boûsiri 1 

ecfa-Gbirichi 3. 

Cbtrir cr-Hida SG, : 

Chihab-cddin Ahmed et-Ta- 

Wri 3' 

Chihdb-eddiD el-CbaiiÛDi e1- 

Merdiâni V 

ChibOb-eddin «I-HidjAii k 

ChibOb-eddlD Iba ef-Kba}'ydt. 1 

Chihdb-cddin Mahmoud 1 

ChihAb-eddin e»-Sohrûwerdi 

(Abou-Hafs'Omar), 274. — 

JYahTa ben Habacb) S 

Chibflb-eddin Bt-Tellfl'fori.,.. 1: 
Cbibab-eddin yaùiouT ben la- 

ma'il cch-Chawnâ 1 

Cbiltai 39, &6, 80, 2<il. 2! 

Cbo'aûl.iTTa SS, 90, 141, 1: 

167. 1; 
Cboaroi* 1' (AnouchirvanJ. 23, I 



ChnobUson 3 

Ciddiq Haian-KbBD (Uobam- 

■ med) 434,4 

CirfiD 'bataille de) 

CUment-Uullet (J.-J.) 3 

Codera (F.) 303,204, 3 

gohofoa rouleaux d' Abraham, 
ool (P.) 1 

Coqdeïgéniel.Voy.Dikel'Djinii. 

ec-Coûli 181, i 

Craa.u» 2 

CroUa.''!.'.'''.'.'.'.'.'.'.'.'.'.'.'..... 3 

Gureton IW.) 2«(, 261, 3 

Cuaa et Lagumina 1 

CjTQ» 3 



I Dddawaib, père d'Ibn-el-Ho- 

qaffa* 2H 

l ed-Dabblln 322 

! DuhU (Knerre de) 13,14,19 

I DuhiAii (Ahmed ben ZaîDi) 434 

Dalila 394 

■ ed-Damiri 322,366 

' ed-DAni 357,358 

' DADudleZbdbirile 250 

Ddoud el-AnUki.... 310, 341, 391 

I Ddiiad bea 'Ali 340 

Ddoud-Efondi Aboa-Cba'r 414 

> Daoud-pacha, gouverneur de 

Bagdad 436 

I ed-Dnqqllq 270 

l el-Dflraqotni 222 

el-Ddrimi 231 

Dariua 393 

: Daalu eue (général ) 385 

; David 6 

DaTÎd (H" JoBeph) 410 

I Deb((U<-You>eni}'«a) 410,412,413 

Defrémery 335 

> De Guignei 374,324,338 

: Dehéroin (H.) 336 

I Déïlémite 58 

i Déliai el-Kolab, lUTDom d'el- 

i Hoiiri 99 

Delphin (M. G.) 422 

Derenbonrg (M. U.) 140, ISC 

162, 194, 200, 330 
I Denrichiyj'a (masquée), à Da- 
ma* 378 

I Deagrangea aine 406 

. Deitaina 395 

Davk 397 

i edb-Dhahabi, 196, 337,340,3&7,363 

1 d'Herbelot 35G 

I Dhou'I-Açba'el-'Advdni 20 

> Dhou'l-Kholoaa, idole 11 

l Dbou'n-Naaabé'i-D 171 

■ Dhoun-NoOn, l'EgjrptiflD. 356, 269 
Dhon'r-nommB 51 

! Di'bilel-Khoiâl 78,79.88 

I Dieterici (F.) 170, 283 

t Dihya bea Khaliia 34 

Dihya «l-Kelbi 171 

1 DIk el-Djinu 90 

I Dinaraade 393 

I ed-Dinawar{ 1£>4 

DioDvgius, patriarche jacobite. SOU 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



4SS 

DiMcorida 3S0 

ed-Drrini 277 

Di'tv^ju Jti là poèUi 16 

DijrA-eddin 'r»», frtre d'ibn- 

KhkIUkaii 103 

DirA-xldin Hobammed ed-DI- 

b-chqi M9 

Divflb el-IUidi 379 

cd-DiydrbekH 37t 

cI-Djabarli 415 

Djâbir ban Etjjia 311 

Dwbrll <l'*rchange Gabriel).. 34 

Djabrll beo FBrhdt 383, 3S3 

DiaTar la BarmjUda 77, 9M 

DjaTar, fili du kbalite Ilaii< 

«oAr 65 

Dia'far b«D Chein* el-Kbilara 

el-AfdBli IM 

Dia'far bea Hiniâba (le TJiir). !23 

DjaTar CAdiq {l'imam) 310 

er-DJBghinlDi 29S 

el-DJahiih 212 

DiAbiihlyjB (ncU d«*} 313 

el-DjaïhAni 2B8 

Djantharat aeh'dr el'^Arab.,^^ 16 

Djflmi, poite panan 270, 352 

ef-Djanadi... 369 

Djaqmaqijja (Ecole), à Da- 
mai 37fi 

cMHardjaTdl (le Tittr) 305 

el.ffiarmi IM 

el-D]aTTAr (Abon'l-'AUblTa). . 74 

Swwal ben Au el-BoUra. . . 43 

Diaaits er-RAxi 2U 

el-Djanbari 314 

Djanhar, géDéral falimide .... "" 

el-Djanbari 157 

el-DjauAr 

DjfUl-eddaDla Na^r, prince 

d'Alep 

DjélAlreddin 'Ali Iba-ec^affdr. 120 

UJIAI-eddin el-BoIqlni 353 

DjilAl-wldiD el-Haha)U 363 

DjélOl-eddin Uangobirti, enl- 

l<ui du Kbariiin 1»3 

DjtlAli (lei deu) 363 

Di^pal-eddia «cb-CbUbAni (le 

Djimal-àdilâ ' èi-I{VâiiÂiiV. ' 163, 247 
Djémal-eddiD Mobammed ben 

SAlim ben Vdail 

tKémal-eddiaYahTH oc-ÇaKati 
Djimal-nldin YebTa Ibn-Mat- 

roAb 117,118 

Ditinil bea 'AbdaUab. 
lyénAn 



INDEX ALFBABÉTIQDB 



el-DjennAbi 372, 373, 377 

Diérir 48 et aoÎTantca, «8 

Uirir, fil* d"Abd-el-Va>ih on 
•Abd-el-'0«a. Voy. MoU- 

el.pîïb"*.^ Vu^ 

Djinne '• "ïîS 

Diirdjli-Efandi Tannooi 410 

el-Djobbdî ï« 

Djoraïdj (Georgee), grand-p*Po 

d'Ibn-«r-Hoùm[ » 

Diordièni 319. W8 

DJord|i-Erendl Zaïdân.. . . 416, 413 

Djonder, pacha marocain 389 

aï^Djonnéîd ^ 

eI-Djow*Ini *** 

DombBj(Fr. de) 373, Î30 

Domestique (le), général de* 

troupe* romaine* d'Aeie 9* 

Do^-biU. ....:... J« 

Dounuol el-vaçr 197 

Donnyà, e.cla« de Dlk-el- ^ 

Don Pedro, Ijrsn de CeatîUe. 346 

DoD Sébaitien.roi de PortugaL M4 

d'Ohseon (Hanradjea) 266 

DonifB.) *•* 

*% \k < joA 4ni. an4 VK H(; fcm 



Doiy (K.) 'l88, 194, 303, 336. S76,4(» 

Du^t(â.).. ■■■" ■" "" '" 



37S, 397. 408, 422 



EbioDÎte* 3s 

Bddé (0.) *ll 

Bdrl»! 298,300 

Eléphant (I'). euraorn du ebao- 

teur Yahja 67 

Elia* t"(le catbolicoi) 307 

EHo (le proph*te) 338 

ElyAiParadj BfliU 408 

EItoù* BoctboT 405 

Eroin 0» khalife) 71 

Bmin-eddaula Abou'l - Ghaufl- 

ImHo*lim 113 

el-Bmtr, aarnom d'Ibn-Har- 

TOÛ 121 

Knger S43 

Epiphanio* Padiallah 417 

Erpénini (Thomu). . 166. 208, 281 

E*op« 401, 403 

EMénIen* 32 

Etienne d'Antiocbe 306 

BucUde 388, 289, 393. 319 

Boldjaltoft, eultan mongol,.., 333 



:=.,Goog[c 



ntDBX ÂLPBABéTIQOB 



BatTehio* 

ETugile 3S,53 

ExigB dit KaTzer 

EjjonbiM» 116,196 



el-F«dil a* cB<l>) 310. 323 

Fadl (la poéteiM) 81 

Fadl beu Rabr, le nÙDii- 

tr« 142,237 

Padl beoSahl 73 

Fadlallah baa HooUbbal 



lab.. 



377, ! 

khalilB rallmidt ' ; 

Fakhr-eddaula 158, : 

Fakhr-eddaala Mohammed ben 

Dj*bir 1 

Falcbr-addlD 'lia bcD Ibrabim. 

Fakhr-addin er-R&il : 

Fakhr-el-Holk ■ 

Fakhr-et-Turb 1 



Farbat (Djabrll ibo). Vaj. Dji 

brll et Germanoi. 

Paria «cb-ChidTftq ft08, 42» 

PdriaMiiDT 432 

el-PariiE 149,167 

el-FarrA ikb, 160 

el-FarT« el-Bagbawi 228 

Fath ben Kbdqdn, le minlitm. 162 
el-Fath Ibn'Khâqâit , l'Eapa- 

gnol 203 

Fdliha, 1" cbapilre da Karan. 36 

Fatimidea 95,96, 126 

P<raidaq 48, 49, SI, 141 

F«ricbta 371 

Fikrlil 59, 185, 178, 180 

Fikri-pacba 416 

PU (l'EUpbant), aaraom du 

cbanteur Yabja 67 

Pirdaaai.poitaperian. 194,211,399 

Ftroûl-Abâdi 381, 408 

Pleiacber 18H, 334, 396 

Flneeel (G.) 361,362,377 

Podbala ban Kilda 24 

ForKel(J.) 284 

four^Sa, aatre Dam da Koran. 34 
Frabn 297, 383 



Franata Herrâcb 4IS 

Fraler 267 

Frédéric de Habenatanten. . .. 288 

Freanal 19 

Freadeolhal 287 

Freond 338 

FrejUg .... 16, 166, 200, 3B9, 40ft 



el-Oabartt, 415. V07. el-Qja- 

Gabriel (l'arcbange) 34 

el-Gabrini 330 

Gajrnier 334 

GoSen 280, 288, 307, 308 

Galland (Antoine). . . 395, 396, 418 

Garcin de Tanj 277 

Uaal^ar (Edouard) 396 

Gantier (U. L.) 265 

GajaiiEoi (P. da) 376 

George (J.-F-L.) 

Germaoaa ben Parbét 

bril) 

GbobrA Ma jun 

Gbailan ben Oqba, aamommé 

Dhoa'r-Romma 61 

al.Ghar!d. maaicien 47 

Gbaaaân (princes de), Ohaaaa- 

Didea 6, 10, 12,15, 38,177 

GbataféD (tribn de) 14 

Gbaiali, 269, 263 et aaiTantea, 

269, 270, 287 

Ghaian, laltan mongol 333 

GhaièU 104 

CAoïau, ranîa 3, 80 



. . 382, ; 



1-Gba» 



110 



Gbijfttb (el-Akbtal) 47 

GfaouIdmTba'lab, anmom d'aï- 

Hotarrit 163 

Ghoule, djinn remalle 17 

GildemeiiUr 374 

Olaier 6, 241 

Goeje(H.da). 180,183,206,296,397 

GorgeD* et Robricbt 192 

Goguyer (M.) 1 70, SSl 

Goldenlhal 266 

Gold>lher(k. I,).... 240,260,332 

Goliai 99,385,293,359 

Gondichltpoar (Ecole de) 137 

Gondiialn 266 

Goache 368 

Goltnaldt 184, 363 

Graberg de HeniO U5 



, .,...,Coog[c 



INDEX ALPHABETIQUE 



Grangcret de LagraDge- 363, 406 

Gregorio 207 

GnadaETioli 1 73 

Guidi(M.) 161,188 

Gailleome II, roi normand de 

Sicile 114 

Gairga» (M. W.) 154 

Ganiboar^ (O. de) 129 

Gu^ard (Staniila»].. 332, 336, 352 



HaarbrOcker S< 

Habbalin (Looite) 4 

Habib le charpcalier 3 

Habib ben An* Abou-Tem- 

mâm 

Habichl 3' 

Hacbim (feiDillede) 57, 1< 

Hadal. tribu iuiTc 

el-Hadi (lekbalire) 



51, 62. 54, 64, 211 



Ladii-Kbaira, 122,333, 365. 371, 
378 et .ulvantee. 

el-Hâdjiri 103, li 

Uafça, Elle do khalire 'Omar. 

39. < 

Saggada iui-rt J 

tfajloin, arbitre laprime : 

Hakam (Emir) 3: 

el-Hakam II 188, 205, 3 

el-Hdkem, khalife ratimide... 20 
226, 391, 294, » 

HaléTT (J.) 

HaUma, fille de Fodhaia ! 

el-HalUdj 2( 

Uaroadan (bataille d) ! 

HambdhAni, 132 et auivanles. 1: 

Hamaker 3: 

Hamâta d'Aban-TemmAm, 16, 
18, 19, 84, 89, 162; — d'el- 

Bablorl 

Hambalitea.... 155, 238, 239, 4: 

el-Hoindflni 2' 

"" mdilnidea 91, 92, 1 



Hhh 



mide. . 

Hilton (Ch.) 242 



HammAd ben Abi-Salfima. . . ; 334 

HammAd er-Rdwiya 9, S8, 59 

Hammdm (Féranfaq) 49 

HQmmer (J. de). ... 109, 168, !01. 
265, 335, 368 

Hamia el-lçrahûnî 183 

Hamia Fathallah 4ÎI 

Hanéfitea 3U 

Hanlfa 24, SS 

Uanzhala, de ta trilia da Taï. 22 

el-Uarbt 155 

Hardobi 118 

Harim 14.16 

Hariri, 134 et anivantea, 163, 164, 
168, 259, 326, 407, 4*5 

el-Hdrith ben Djabala tS 

el-HAritb ben Hilliia 9 

e1-Hâritb ben Zh Ali m ag 

Haroun er-Rachid 49, 63, 69 et 

■aÎTBntes, 76 et ■oiTanles, 

139, 141. 14S. 144, 150, 335 et 

■DÎTantei, 379, 304. 394 

Hartama.gouTeruear du Kbora- 

»Bn m 

Hartmann (M. Martin) 400 

Uaaan fSullau) 8St 

HaaanBBçrl go 

Qaian el-Bourtni 378 

el-Haian.Glad'EbD-'Arsbchah. 359 
Haaan ben Mohammed el-'At- 

tftr 110 

el.Haaan ben 'Omar 3(6 

Hasao-Ereiidi Taufiq 419 

Hesan-Rfendi Hoini 415, 419 

el-Hasan en-NiiApouri 366 

Hasan-pachi 3TS 

HosaD'pacba Hahmoad 430 

Hasanibn Wahh 90 

Hasoûn (Ri.q-aUah) 413,434 

Haaaân bea MoCarridj, cherde 

la tribn de Taï 98 

HasBilD ben Tbdbit M, 43 

Hdaib Kartm-eddin 3M 

HAtim.delatribade Taï. 30, 33, 23 

el-Hanfi 359 

el-Haiiri (Aboa'I-Ha'SlI Sa'd). 99 

Heniius 517 

Héraclina 17S 

el-Uëréwi 370 

Hibat-allah, miniitre do kha- 
life el-Q«ï m 337 

Hibat-allah lbn-Saa«-el-UoIk.. IIS 
Hichdm (le khalife), 52, 53, 55 

et auivanteï 60, 188 

Bichdm. fils du khalife e1- Ha- 
kam 161 



, .,..,Goog[c 



IIWBX ALFHABBTIQDB 



U!dd,ch»tit du cham«Uer i 

Bidjd, «atire G, 8 

Hind bint Nanfal 432 

HippocraU 3S0 

UiitorUnt deê Crouade» 193 

Hobéich b«D el-Hasu 380 

HobeïlM. G.) 156 

Hochbeim (M.) 3^1,392 

Uodhaifa, général arabe 39 

Hodbéïl (trOia de), HodhéHitei, 

17, Vt. — (Poimes dei).. 17, U5 
Hodjr, père d'Imraa-oul-Qale. 10 
HolwàQ (le> deux palmien de) . 66 

Homéïd flUToa.i 76 

Uomei JH.A.) 266 

Hondodj. Voye* ImToa-ODl- 

Qal.. 

Honéïn bea libaq 379, 304 

Hora!ra 35 

HoroniU (M.) 394 

el-Horti (ibn.el-Ho'Bllim 103 

floUia. fils d'Ali. 46, 90, lOS, 172 
Uoiéïn Baïqara, EoltoD timoD-- 

ride 367 

el-Hoséïn ben el-Qâeira (el- 

Habdl-UdiniUah1 S<|1 

Hoiéln-Efendt DjUrJ-Zâdi. .. . 427 
el-UoséÏD b«n HaocoAr el-Hal- 

Udi 369 

HoepiUlier* 334 

ol-Hotaî'a 32, 43 

Hoâchi (langage), inintalli- 

Hooda* (M. 0.). ... 1B8,' "m, 

385, 389.423 
Bonlegoa, inltan mongol. 105, 200, 
202, 253, 292, 318 
Hoartban ben el-Harith. Voyei 
Dhoa'l-AsbB' el-'AdwAni. 

el-Uouari 1 25 

HouUma (M.) 147,152 

Hjlandei- 338 

Bipiiclèi 319 



I 

'Ibûda de Hira 6, 36, 29 

Ibâdiles (aecte des) 88 

tbn -Abbdd, le minUtre 133 

133, 158, 184 

Ibn el-'Abbflr 304 

Ibn 'Abba» 107, 354 

Ibn 'Abd-ïl-Barr 231 

ibn 'Abd-et-Hakam 186 



D 'AbdoAn ISS. 204 

n 'Abdoùi 127, 128 

D 'Abd-Rabbibi 125 314 

n Abi-Chakir 106 

n Abi-Choukr î93 

n Abi'd-Dain 2o7 

n Abi-Dinâr 379 

n Abi-d-Donaja 214, 2H 

Q Abi'I-Hadid. I06 

n Abi-Hadjala 340 

n Abi-Hatim 225 

n Abi'l-Khiçâl 331 

n Abi-Nedjm 363 

n Abt-Oaaibi'e. : |M 

n Abi'r-RabI 281 

n Abi-Randaqa 386 

n Abi'r-RidjAr. ¥0701 Abon'l- 

n Abi-Zar* SSO 

u Abi.Zéïd 237 

n el-Acb'ath 64 178 



n el-Akfflni 

nel-'AtlarHasanben 
d(el.HBkia). 



AJi.. 



m el-Anbâri 162, 163, 1 

m 'Arabchah 353, 3 

•a el-A'rebi 144, 151, 1 

m el-'Arabi 399,376,3 

in 'Arafa 3 

iD Arfa'-RâBahoa 3 

m 'Aïâkir IM, 3 

m 'Aiker S 

m el-Alhir (DiTA^eddin) 1 

iD el.Athir('Iu.eddm).. 143, 15 

168, 199, 306, 334, 363, 363, 3 

m el-Atbir (lledjd'«ddin] . 16g, 2 

m el-'AwnAm 3 

iQ Bibacbad t 

inBdboAyè 2 

m Bddjdia (ATeDpacel 3 

inBacbkoxAl 2 



inBalUn » 

m BaiWLm 

in BatoAta 276,332,336,3: 

m el-BawwAb, le calligraphe. 1. 

m Bilram 3 

loBéilAr 196, 3 

m BokhtjtcbouCObaîdalIah). 3i 
in BotlflD 307, a 



IbnChAir el-Kotobi 197, 339 



:,q,t,=c.=ïGooglc; 



4GC 



INBBX ALPHABETIQUE 



IboCharar «l-(t«IrawADJ «1- 
Djadhflmi 

Ibn Chihdb, (utdoid d'ra-Zobrl. 

IbnChihna 

IbnChirehir 

Ibned-Dahhân 163, 

Ibo Dareil 

Ibned-DèTB 

Ibned-Dé'iliù' 

IbnDibya el-Kelbi 

Ibn Djahwar 127. 

Ibn el-Oiaoïi 103, 207. 

277, 

Ibn el-Djavrdliqi 

Ibnel-Djaiari 

Ibn Djaila 

Ibn DjinDi 

Ibn Djobair 

Ibn Doqmaq 

Ibn Dor«ïd... 14&. 147. HS, 16S, 

Ibn Darnitawalh 

IbnFadlan 

IbnFahd 

Ibn el-Pahbàm 

Ibn el-Faqtb 

Ibn il-Paradi 203, 

Ibn el-Fared ('OroaT). . . . t16, 

Ibn Fadlallab el-'Omari 

IboFArii 

Ibn FerboAn 

Ibn Firrsh. \oja el-Qaiiin 
ban Pirroh. 

Ibn cl-ForAt 

Ibn Foûrek 

Ibn Gniman 

Ibn el-Habbdrljja 

et laiyante*. 

Ibn Habib 

ibn Hadjar el-'Aaqaltni. 361, 

Ibn el-Hadjdi&di 

Ibnal-Hâdiib 170. 

Ibn «l-Haltliam 

Ibn el-Haldwi 

Ibn Uanibta 238, 239, 

Ibn Hamdia 

Ibn Hamdonn 

Ibn HAni<, 97. Vojrei Mobani- 

med ben Hftni'. 
Ibn Barma Ibrahim ben 'Âli. 

Ibn el-Haiina 

Ibn cl-HayA (SawArben Anfa). 

Ibn eayjoû 110, 

Ibn Haim 

IbnHibbin 

Ibn HicbAm.... 174, 260, 332, 



Ibn Hîdjdjn S«, S91 

Ibn Hobélra S07, 257 

Ibn HodbJil el-'AUaf 70 

Ibn el-IdbAri 303 

Ibn labaq (Hobanmiad) 174 

Ibn lirâil tîO 

Ibn Ijfti 368 

Ibn el-KhacbchAb 344 

Ibn Khafddja 12S 

Ibn KbAlcaD 354 

Ibn Kbalaf «a-SaraqotU 3S7 

Ibn KhAlawaib 1&3, lu 

Ibn Kbaldonn 171. 186,345 

«t suivante!. 

IbnKhalla. 129 

Ibn Kballikan, 69, M, 93. 103. 

108, 117, 119, 120, 131, 169, 

196 et (DiTantei, 206. 227. 

2SS, 281, 316, 323, 339, 370. 

[bnKhamU 270 

Ibn el-Khatlb 341 

Ibn el-Khattb el-Qiamtini 343 

Ibn el-KbaTTél 110 

Ibn KhordAdbeb 29& 

Ibn KhanmdTtAch l'Himiarila, 113 

Ibn el-Kelbl 177, 178 

Ibn Ktthir 340, 355 

IbnKoebâdjim 101 

Ibn KorkoO! 233 

Ibn Mdâja Kl 

Ibn Haïmoan 309 

Ibn Ilakânia 331 

Ibn Hâkoula 237 

Ibn HOlek el-DjaTjftni 170 

Ibn Mammâti 201 

Ibn Handèb 1 J7 

Ibn Ha -rouf (le cadi) 223 

Ibn el-HanobAn 16S 

Ibn llanoùq 385 

Ibn HdiawJlh. Vojei ïabya 

ben Hdinwéïh. 

Ibn HatoAq 328 

Ibn Hatroûb 117,118 

Ibn UBttoOyè el-Vdhidi 359 

Ibn Merwân, prince de Mend- 

fdrigin SÎ6 

IbnMfhran 254 

Ibn Uiakawéïh SOS 

Ibn el-Ho'allim 102, 10S 

Ibn Hekairam 380 

Ibn Ilonlret-Tarabolnii.. 130, 1S1 
Ibn Uenqidh lO«ama). . . . 193. t9fc 

Ibn Gl-Hoqaffa' 211. 2« 

Ibn el-Mttqrl 34t 

Ibn el-Uorabbal 325 

Ibn el-Ho'taii 86. 86 



=,Googk' 



INDEX ALPHABETIQUE 



467 



Ibn en-Habth IIG 

Ibn en-Nadjdjar !Î9 

Ibn eD-Nshhi» 337 

Ibn en-NaqU) 33B 

IbnNobâta 331 

Ibn Nobdta, le prédicatear. ... 131 

Ibn ■Onaîn 192 

Iboel-'Oïalr 153 

Ibn bI-Q£«c iSS 

Ibn el-QA^ 383 

Ibn Qddi Cbobba 17«>, 367 

Ibn «l-OalsarOni ISl, 327 

IbnQaWqi. 114 

Ibn Qenbar 73, 73 

Ibn Qarrira el-DjaDiijya 333 

Ibn el^Oifti 196 

Ibn Qotéïba. . 9. 134, 163, 211, 25& 

ibn Qotloabogha 360 

Ibn el-Qoûlijja " °" 

Ibn Rarhiq 10, 12&, 

Iboar-Bâhib 

Ibn Ridwftn 307 

Ibn Elochd (Avcrrhoii) 

Ibn Roiteh 397 

Ibn er-Hoani 83, 18S 

Ibn CR-SA'Alî 118 

Ibn es-Sabbagb 2U 

Ibn Sab'ln 238 

IbnSa'd " 

IbnSabI 129 

Ibn Sald e1-HBgbrtbi 302 

IbD ci'Salah """ 

IboSalAma 

Ibne»-SalIAr 

Ibn SanA-el-Holk IIS 

Ibn Serapion 2»7 

Ibn ei-Serritdj 148, 210 

Ibn SéTTid en-Nfls 335 

Ibn Sida 380 

Ibn es-SikUt 151, 154 

Ibn Slnâ (AriMUne) 

et sniTontei. 
Ibn Sowaîd (b«pital d*) fa 

Ibn et-Ta'ft-irid'bï.."."! !!'.*.! 

et «aiTantu. 

Ibn Tabdiaba 96, 

Ibn TaKhribirdi 202, 

Ibn et-Tayyeb 

Ibn TtîmiTja (le cadi).. . . 32G, 330 

et inirantM. 

Ibn eth-Therada 324 

Ibn et-Tiqtoqa 329 

Ibn Tolaîl 286 

Ibn Toamart 2B0 

Ibn Wddib el-Ta'qoAbi 39f; 



Ibn el-WahcbiTË 311 

Ibn WaW 97 

Ibn WalIAd 169 

Ibn el-Wardi 277, 338 

Ibnel-Wékil 3Ï5 

Ibn Yaïch J69 

Ibn YakblafUn 130 

IbnYoùioof 187 

Ibn Zabala 177 

Ibn Zaîlaq 325 

IbnZanuinéïn 255 

Ibn ei-Zandjabili 334 

Ibn ciZaqqAq el-Bolqtni 123 

Ibn ei-Zajjat, le ministre 313 

IbnZeraa, le midecin 280 

IbnZirdonn 127 

Ibn Zbator 210 

Ibn ei-ZobiÏT 337 

Ibn Zoalaq 187 

Ibn Zumbul 369 

Ibrahim, anltan Ottoman 327 

Ibrabim, prince 321 

Ibrahim, frère d'iaroa'tl ben 

ïaïflr 55 

Ibrahim, lurnommé l'Ame 

pare 150 

Ibrabim ben 'Ali IbnHanna.. 89 

Ibrahim.bey Marioùq 415 

Ibrabim ed-Daaoûqi 419 

Ibrahim el-Haacili 77, 7B 

Ibrahim de Napionie, tyran de 

Dama* 359 

Ibrahim ben Yoùsonf ben 

Tachifin 208 

el-Icbblli 315 

el-Idji 'Adod<eddin} 339 

Idrt., iVlide 296 

Idrrs II, prince de Halaga. ... 13S 

Ihuà 'oloiim eddia 366 

Ikbchiditei 93, 96 

IkbUjâr-eddin ben GhivAth- 

cddin el-Hnaétni 367 

Ikhwdnec^afd 283 

el-lkllcbt..: 233 

■ImAd-eddJD (le Kdtib . . 101, 107, 
115, 189, 190, 194 
'ImAd - eddin Qara - Arsian , 

prince ortokide 273 

'ImAd-eddIn Zennil 130 

'Imddijra (Ecole) 190 

Imdm él-Harnmiin 246 

246. 3S3 

ImroD-ool-Qaï*.. 9, 10, 14, 15, 25, 

28, 86, 145 

laoegeo 307 

'Irâqiyat. 109 



, .....,Coog[c 



tss 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



'laabcn 'Omar et-Thaqart. ... 1 

'lia ben Sindjar el-Hidjiri... I 

'lia beo Yah]» (Abou-S^l). . . : 

lihaq ban Hooéln : 

Ithaq bcD 'Imrdn 306, i 

llhaq el-Haaçili 77, S 

ishaq ben RAbwalh '. 

Ishaq ben Soljiman i 

•l-Iibâqi < 

Iikeniliir al-'AiAr ( 

Ukeuder-EfeDdi Chalfaoab 1 

lamael 

Iiina'il, prince de Grenada.. ï 

lama'ïl, la Séïd HiniTarita,.. 
Iima'il ben 'AbbAa, snltaD du 

Yéman • 

lama'ïl ben Bolbul 1 

lama'ïl ben Hammdd i 

lama'ïl ban Qdiîm Aboa'l-'AU- 

lima'ïl ben YaaUr 

lema'il-Efandi Mari 4 

Isma'ïl Ibn-Alblr 1 

lamail- pacha t 

l»ro«l 

UtilAD ed-Dowaîhi (Hfrr). 383, ' 

iyild (tribn d") 

'Ijûd (lecadi) ; 

'lii-eddaula, prince bouïde... 1 
'Iii-eddin, oncle d'OiSma )bn- 

Uonqidb 1 

'lu-eddin, émir du Yéman ! 

'Iii-eddin 'Abd-a)-Uomid Ibn 

Abi'l-Hadîd 1 

'lu^eddin Aïbek, prince da Sar- 

lihad 1 

'Iii-eddin ATdémir I 

'liE^ddin ad-Dirini '. 

'Iii-eddin «i-Maqdi>i '. 

'lu-eddin HonsA ea-Saldhi.. I 



Jahn (G) 140 

JarreU (M.) 363 

Johannaen (Tb.) 36'J 

Jona> (YaAnoaB), cbantenr per- 

Joneg (John Harriij 186 

long{àe) 165, 228,238 

Joseph 311 

Jourdain 317, 343 



Joaniet dea Arabei 31 

Jnif» 33,37, 38.— 

(Poitai arabra) 27 

Jualinian 10, 233 

Ja;iiboU 340,303, 360 

K 

Ka'b ben Djonll 47, 48 

Ka'b ben Zahélr. . 14, 42. 43, 116 

Ka'ba 2.9,147 

Kachchdf. 167, 360 

KèfoDr, nom nène 101 

KAfonr rikbchidUe... 92, 187,223 
Kalalli, fili de Chakhbar , 

prince indien 298 

KaiUa tt Dimna 109, 202, 211 

ânil d'el-Habarrad 146, 1S5 

■âmii d'Ibn-el-Atbîr 206 

.an,iliyya (medreMé), an 

Caira 172, 104, 231 

Kara-koach. le liiir SOI 

Karam (Yuùaef Botroa) 425 

el-Karhbi 291 

Korle (J.) 186 

KarrAmÎT^a (lecte dea).. 256, 317 
Kdtib («ecrétaire), anmoin dn 

chanteur Yoùnoi» 47 

Kaiib (le^ 'Imdd-cddln. Voyei 

■ImAd-eddin. 
el-Kdtibi (NedjiD-cddin'Ali)... 287 

Kav (H. Caieda) 201. 369 

Keijier (H.) 244, 348 

Kéïsania. KélaUnitel, lectv 

ehiîte 47,8» 

el-Kéïw«ni 336 

el-KélAbAdhi 325 

Kelb (triba de) 34 

Keligren J/O 

Kémal-eddio ech-Chérlchi. . . . 259 
Kémal-eddin Ihn en^Nablh... 115 

Kémel-eddin Mohammed 37t 

Kémal-eddin 'Omar Ibn-el-'A- 

dim, historien d'Alep 199 

Kerbéla (bataille de) 90 

el-KhncjAr 235 

Kbadidja. épouae de Mahomet 33 

el-KhaMdii 377, 378 

Khaïr-eddin el-Toaniii 422 

Khalnwatb 93 

Khalef el-Ahmar 18, 19 

Khaled, général d'AboD-Bekr. 

43. 5S, 61 
KhAlid ben Yéiid, prince oméj- 

jade 61, 89, 310 



:,q,t,=c.=ïGoOgk' 



INDEX ALPB&BBTIQDB 



KhfllidU (!«■ deiu} 1S5 

KbatU S, 138, 141. 150, 155, 

1S8. 211, 212 
Khalilbea Altrak e{-Cafadi.. . 330 
Khalil ban Cbahin ef-Zbâbiri. 363 

Khalil-Efendi NaqqSch 431 

Khalil cl-Khofiri 410, 429 

KhalUSerkU 430 

el-KhaDaB.. 14, IG, 26, S7, 53, 152 

Kharédiite» 141 

Kharltia A"ImAd-^din. . 101, 107 
al-Kbir;iini(Aboa-Bekr). 132, 133 
el-Khdrumi (Abou' Abdallah). 290 
el-Khariimi (Hohamiued ben 

ol-KbBwmdiï!.'.'.'.'!^' .'.'.".'.'" 287 
el-KhaUbcl-DaKbdddi 198,227,230 

el-KliBllb et-Tilirtii 228 

cI-EhatUbi 223 

Kbairadi (tribu de) 26 

el-Kbairadii(Diya-eddin Moha- 
med) 172 

Khidr 336 

el-Khiraqt 23» 

Khirniq, lanrdaTarara 13 

JChilat 201, 365 

el-Kbirdri 379 

KbomArawalh 187 

Klnda (race de) 10 

el-Ktodi 285, 298 

el-KUlï 139,144, IBO 

KiM de Sibawaih 139, 140 

Kilâ6 el-Aghâni. . . 16, 47, 78, 184 

Kitâb tl-Badr 85 

el-KirO el-Harr&ai 246 

Kobfâ (Nedjm-eddin) 274 

Kochâdjira 95 

el-KolIni 241 

el-Koméit 57 

Koran^ 30, 32 at Buîvantei, 49, 

53,56,59, 68,92,94,120,130, 

135, 137,138,143. 253— Inter- 

pritetion du), 354 et sniT. 

*roro»d'Aboa'l-*A]a«I.Ma'arri. 100 

Katchnt (H.) 163 

Koienirtea 17,336,356,383 

el-Kotobi 123, 325. 339 

Kouchyar ben Labbftn 294 

Konra (Ecole de) 149 

el-Koahi 294 

Koakbeuri 103 

KoQlhujyir 47,50 

Krchl (L.) 37i 

Kreiner (Alfred toû), 70, 163, 

170, 175, 35' 
Krjloff 412 



La FontaiDe (Fables de) 415 

Lahmidea de Uira 28 

El-LUakflï 238 

Lolonde 294 

Lântiuyat eVAdjam 98, 99 

Umiyyatcl-'Arah 19, 98 

LBDdberg (C. de) 190 

LBne(E.-W.) 395,398 

Lane-Poole (Stanlej) 37 

Langlèa 356, 368 

Laqit bea Ya'mDar 83 

Latinio (F.) 387 

Lablbe Hâchim 432 

Ubid 9,40,41 

UclercfL.) 313 

Léïla, amanle de HedjDonn. . , 46 

Léllo, mère d'El-Akhtal 47 

Léïla el-Akbvoliya 53 

Léith benHoihaffar 139 

LemmiDg (P.) 364 

Lcpeim 139 

LoStrange (Guy) 397, 364 

Lipperl(J.) 195 

LiiOn-eddin Ibn el-KhaUb 341,375 

Uiàa cl-'Arah 380 

IiWe det chantons. 16,47,78,184 
Livrei dei Roit «aasanides. . .. 173 
Lobna, chaDlée par Qala ben 

Dhorih 46 

Loqman (Fablei de) 402 

LonlaD,RénéraldesIkhebidile*. 93 

Loamah tt-Moatah 99 

LoQt ben Yahya 59 

Ltaoûm ma lamyaUam 100 



Ub'bd. eu de Zalda 69 

El-Ha'bari (Zéin-eddin) 371 

Ha^moAda, tribu berbîre 351 

Ma'dAn ben Ketbir el-BAliiI.. 134 

Maghâzi 173 

El-Mabamili 938 

MdbAn, père d'Ibrabim el-Haa- 

çlli 77 

Uabboubé, chanteuse 81, 82 

Mahmoud, (nllan seldjoakide. 

98, 129 
Hahmoud Anit 430 



, .,..,Goog[c 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



Mabnioad l>«ii Haer, prince 

dAI«p 

Hahmond beo 'Omar (chéTkb). 

Habmoud Efendl Bamia 

Mahmoud Brendi Hoodjir 

Hahmond le GhauitTidg. IM, 
Hahmoad-pBcba el-Palakl... 

Hahmond el-QoAii 

HahmDDd Richad 

Hahomel, 11, 12, U, 24, 26, 

30, 36, 38, 40, 42, 4S, 105, 

111. 129, 216, 220, 229, 231, 

332. 364, 301. 

Haïmonlde 

UakbloDr bao 'Ali el-Bilbali.. 

Maki el-QaI«i 

el-Makin 

Hdlih, (rire da Hotammim... 
Hdiik benAnaa, 187,317, 231, 

332, 23& et luivaDtei. 

UaUkitei 

Ha'mar ben el-MothMiinâ 

el-Uamanii (le Mialirel, 76, 

78, SO, 89, 130, 140, 146, 1U), 
17S, 262, 279, 

el-Hamann (le -riiir) 

HeDtODT (le kbalife), 56, 63, 

65, IM, 153, 174, 211, 212, 

234, 296, 

el-Hançonr, kbalife fatimide, 

Hançour, petit-fila de Saladin. 

HenfoDr ben lahaq, prince aa- 

el-MançoDr-billab 

Handaite 

Handjak (l'émir) 

Uenfred, roi de Sicile 

Hanta on Maria, raine dei Sar~ 

Maqdma, léaace 

el-Haqqari, 203, 374 et aui- 

Haqriri,' 201, 343, 350, 355 et 

anivantei, 360, 41B. 

Haracci 332 

Marcel (J.-J.) 406, 417, 418 

Hardrai (D') 396 

e1-Harrhin«ni 242 

MBrrorianth (M.) 169, 303 

Hariuaus (le moine) 61, 310 

H A rida, eicIaTe d'HarooD er- 

Bacbid 

el-Martli 

Ma 'roof et Fdlîma 

el-Marrâkochi 392 



Marthiya, ilégie fiutbre 26 

al-Hanrail (le miniatre) 336 

Hailama.fîla d'Hicbam 57 

Maslama el-Hadjriti 311 

UaB'ond, loltan ghainirida.. 300 

Mai'oud, anltan ieidjoakide. 98 

Uaa'ond, prince 'oyaonide 113 

Hai'oud, prince ortokide S14 

Hai'oad, compa^oD da Pro- 
phète 182 

Haa'oud el-Bajadi 106 

Mai 'and el-Bihli 258 

Hai'oDdi 17S, 182, 183, 393 

Haaqaeraj 303 

HaCira (prairie* de), pi4i da 

Sdmarra 36 

el-H«toaridi 363 

Halt« benToAnonl 380, 283 

HaulawT 'Abd-al-beqq 253 

Maria. Vojei Mania. 

UBwàli 104 

e1-H«werdi 2i3 

Mawiya, acnu d"Abid 32 

Haidiens 73 

el-HdiIni 145, 146, 301 

e!-HaibAIim, aorte de Cour de 



Haihloam (M^Marima) 413 

el-Hédâînî 178, 214, 216 

Hedjd-eddin Ibn Abi-CUbir. . 106 
Medld-eddin al-Wt'iih el-Wi- 



, le fou da> Benî- 



77, 7«, Ui, 150 
el-Hobdi, kbalife fatimide.. 



!,407 

el-HéIddat 166 

Htimoan, pire d'ibrabim el- 

Haaçili 77 

HéÎQUHin beu Qtï* el-A*cha,. 34 

HeiMner(H.) 366 

Hélek-Cbeb 103,393 

Hélik el-Achraf, prince de 

Moisoal 123 

Hélik el-Achref 19t 

Hilik Achraf Barab» 350 

Hélik el-Achraf Ho&aa, prince 

deNiaibe 115 

el-Uélik el-'Adil 168 



„,:....,C00g[c 



INDBX ALPHABÉTIQUE 



el-HélikBl-Afdal.SlideSaladiD 

16B, 3 
«l-Hillk el-'Aili, fil* ds Sala- 

dio 172, 1B2, 3 

Htlik Aiii YoAsonr 3 

(il-M«lik es-Cdlih Nedim-ed- 

dlD : 117, 268, 3 

el-Uilik el-Kdmil. 117, 172, S67, 3 
H«lik Haa'dud Saldb-eddin, 

Jirince éjj'oiibils do Yémen, 1 
lik-HaiiçaDr,pmcedeHamB i 
HéIik-HBiisDDr,pnncsortokide 

120, 320, 3 
Mtlik HoaTfad ChJikIi, tultan 

d'Emte 350, 3 

Mélik Ho'oituhsin, Tainqnear 

de Hantoura 118, 1 

Hilik cI-Hoihafl'ar, priace de 

Hama 1 

Hflik Hoihaffar Amir ben 

THhir 3 

HUikel-HaihaffarGha», prin- 
ce de MéjjrArariqiD S 

M*lik-Naçir,,,. 117, 199, 320, 3; 
HJlik-NAsir, laltan d'Egypte, 

331, 332. 334, 341, 3 
ICélik-Nâ;ir Abon'l-Hoihaffar 

Yoûiouf, prince d' Aie p 1 

Mélik-NAci' Ddoud, leinienr 

deKarak 1 

Hélik-Hdcir l'RyTonblte.p rince 

dAtep 1 

Mélik-Nflïir Faradj 348, 3 

el-Hélik-en-Nâçir YaOïODr.... 1 
el-H«lik ei-Zdhir. 1S8, 195,201, S 
HéliL Zhdhir. Voyei Barkok et 

TchaqiDaq. 
Htlik-ZbfibirTatar.tiiltand'B- 

ii^aas !."!!!!!!!!!!!!!!!!! s 

HerwftD 40, bO, 

Herwân ben Abi-Hafçe 

Herjem Miiblr « 

Meiroor (l'eQuaqna) £ 

Henrainn i 

Hicbaaa. i 

Michel Sabbârh t 

MihTOr ben MarioÙyè 

HlkhàTl 'Abd-ea-Séjrrid 4 

MilU tt une NuiU, 77, 392 et 

tniTantes, 418. 

lliner{A.) 1 

HiqrA*, nilomitn 1 

HirdAs, fila d'Aboa- 'Amir 

Hlrdâi (tunill* de). Vojei Be- 

ni-HirdAi. 



el-HîrdAii 

t HiriA Edihem (KasemVbeg', 

263, 
I el-Hiaoiai 

Hodd ben Djabal 

el-Uo'df& ben Zakariva ! 

I Mo^allaqdt.. 0. 16, 26, 40, 58. ' 
I Ua'arridj ben'Amr ea-Sadoû- 

1 Mo'àwiya, trtre d'Ël-Kbânift! ! 
' Uo'Aniya rie khalife}. 40,46 67,1 

el-Hoayyed-billah Ahmed ben 
, eJ-Hoiéîn 2( 

Hoayyid-eddaale 

Hobachcbir ben FAtik 

el-Uobarrad, 73, 14b et sai- 

Mog'ab, frère d'Abdallah ben 
i Zobéîr 

Mochidd, ioapectear 

I Mt>;tafa I". inltan ottoman. . . 3 

H oc ta fa (le profeisear) de 

' Tachkieupru 3 

, Moçtafa 'Afaurt-beT 4 

Ho^tafa Efendi el-BAbi 3 

b Hoçura-Efendi Chaaqi 4 

Hottafa-Haaan Kaiaâb t 

i Uodar (païens de).22.— (Rocs 

di) 

• Uodiir-eddin d'Aacalon. Voyei 

el-Qadî el-Fddil. 
I el-Mafaddal ed-Dabbi, IS, S9, 
) 160, 1 
! el-Hofaddal ben Salami (Abon- 
! Tûlib) 1 

Mofaddaliyât 

UciiaLhil, créateur de la qa- 

ç!da 

) el-Uohallabi, le miniatre. 93, 
! B4, 96, 1 

) Hoballeb ben Abî-Sofra 

) Hoballek 

t Mnbammed(leprophète),2,32, 

i 33. — Voyex Mahomet. 

t MobammedI", sultan ottoman 'i 

) Hobammed V/, id i 

t Mohammed V, prince de Gre- 

1 nade î 

l Mohammed (Sultan) de Chi- 

Hobammed, fila de la Hané- 

S etc 

) Hobammed, frère d' lama 'il 
J ben YaiAr 

Mohammed, 61 ( dn khalife 
Hangour 



, .....,Coog[c 



463 



INDEX ÀLPHâBÉTIQVB 



. fils de Mélek- 

Chah 

Hohammed, prince 'ojoAnidc. 
Hobammcd Abon-R» «n-Nt- 

çiri 

Mohammed 'Alawt-bcf 

Mahammcd Amtn Fikn-ba;.. . 
Hohammed Ajjdd cl-Tant«wl 
Uobammed Badr-bey el-Baqlï 

Mohammed el-Bokhâri 

Hobammed el-Bekri 

Mohammed ben 'Abdallah. .. . 
Hobammed ben 'Abdel-Kérim 

■I-Moghili 

Hobammed ban Abi-Hafça. ... 
Mohammeil bcn el-'AbbAs el- 

Vaiidi 146, 

Hohammed beo Ahmed el- 

MosU'mir (Qotrob) 

Hobammed ben 'Ali ei-Zaoïa- 

Hohammed ben el-'Amid 

Mohammed ben Habib 

Hohammed benHUni' 

Mohammed ben Wbaq de Ni- 

Mobammed ban Moalim ei- 
Zohri 

Mohammed ben Hogtafa ban 

el-Kbodjoh KamAl 

Hobammed ben 'Omar et-Toâ- 

Mohammed ben Oméïl 

Hohammed ben 'Othmda,... 
Mohammed ben el-Qâsim al- 

Ghaui 

Hohammed beo Bahhal 

Hohammed ben Sawwar Ibn- 

itran 

Mohammed ben Solélman et- 
Tilimiinl 

Hobammed ben Soléîman et- 
Toùniii 

Mohammed ben et-Taviib el- 
Qâdiri 

Uobammed-ber Farld 

Mohammed ol-Bilb«Tai 

Mobammsdct-BarB&wi,cadidu 

Mohammed ech-ChéSbsDi, 335 

et suivantes. 

Hobammed Cberbëtli 

Hohammed Ciddiq Hasan- 

khan .* 424, 

Mohammed Coud 

Mohunmad-tfrendi 'Abldln... 



Mohammed'Efendi HAmid.,.. 419 
\ Hobammed-Etendi KAmil cl< 
I KafrAwi 420 

Hobammed HiMI-Erendi...... 4S7 

I Hohammed el-IskandérAni 414 

I Mohammed Ktrdmael- 'Ali ed- 

I Dehlewi 4!4 

I Hobammed-khan Chéïbàiii... S67 

I Mohammed el-Kbafjtni 431 

I Mohammed el-Uobârek el-pjé- 

1 lâiri 414 

> Mohammed 'OtbmAn Djâldl.. 415 
Mohemmed-pacba Rllghib 33t 

' Hohammed Qabih «21 

I Hohammed Qadrî-pacha 431 

Mohammed Rèèret 4St 

< Hohammed er- Rida S6 

Mohammed ee-Senonsî . . 421, 422 
I Mohammed et-Tidjâni 42S 

Hohammed el-Ylméni ech- 

• Chauqlni.. 4!4 

> Mohammed Zhdter 435 

I el-Hohaqqiq 2^3 

1 el-Mohdi (cUlkb) 417,418 

Hais ■oDnl(rUjab) 22 

! Holae 27 

el-Mol», khalife fa timide. 
I gfi. 97, 187, 243, 356 

el-Mo'iu ben BAdia 125,171 

! el-Mobtadi 235 

Moihammaiâi IM 

I Mokhâriq, chanteur. 76 

. HakbtAr-pacha UO 

I el-Hokhtftr el-Moiabbihl 20] 

eUMoktadi 244 

1 el-Moktafi 162,132,214 

> Honçada 126 

el-Uondhiri S3S 

I Uongols, 113, 130, 186, 200, 

302, 326, 330, 331, 334 

I Montagne rWortiei') 395 

el-Hoqaddéei S9« 

I el-Hoqtadir, 35, 146, 148, 182. 

290, 297 
I Moqladir, prince de Saragotae 261 
i el-Horladâ (le chériO 252 

> HortadA ei-Zèbtdi (S«id) 332 

el-Mortadi, gomom d'Ibn-cl- 

I Ho'Ioii 85 

el-MoBabbihi SOI 

HoBéTiime, feui prophite 39 

: Moilim ben el-Wélid. 53,72,79,38 
Hoilim (Abou'l-Ohandim) 113 

• Moslim, le juriaconiulle. . 318, 319 
I el-Hoita'cim , khalife abbaiaide 

L 207, 303 



3,q,t,=c.=ïG00g[C 



INDEX ALPHABETIQUE 



el-UasUtD, id 81, 

el-lfo*taiDsik, khalife abba*- 
Bide da Caire 

ei-Uoatanfii^billah, Bouverain 
hafaida de Tunis 126, 

Hoslonçir el-Haksm (le kha- 
life). . 

i-Uo»u 

d'Eipegne. . 

HoetaqiiD-Zddè ! 

Hoataihir (le khalife) S 

HoaUitkiri î 

Ho'tafim, le khalife. 78, 7». 

89, tïO, 239. 281. 31», C 
Mo'tadid. 83,85.128,147,281, 

200, 297, ! 
Hotafahar ben Tûhir el-Maq- 

disi 282. 289, i 

Motalammia, oncle de Ta- 

Uo'tamid, le khalife 

el-Mo'tamid, khalife d'Eipa- 
^e, 126 et eaivantce. 

Hotammiin ben Nonaïra 

el-Uoterrii 1 

el-Hotarriii 1 

el'Holawakkil (le khalife). 80 et 
laiTBDlea, 151, 152, 179, 213, 
339, 262, 280, 281, 283, 304. 

el-Motawakkil, saltan deTIem- 



HoHaiililea, SI, fl7, l 



. 100, 



el-Uota»; 8&. 151,1 

Hottnebbf, 84,92,93,95,158, 

164, 171, 259,326,4 

el-Hotid i 

Mondjir-eddÎB f 

el-Uouhdaibi S 

Honhibb-eddin Ibn-ChUma. .. l 

el-Hoahibbi 378, i 

Mouhibbi et-TabaH 'c 

Hoahriddia Abon'l-Fadl ea- 

Sa'di 1 

Ifon'lD-eddin Ahmed ben 'Ab- 

der-Raiiflq et-Tantarini. .. 
Uoalej Aboul-'AbbAs el-Uan- 



Hoalcy Ahmed, i 



Uoalcy A 

ley bat 

Uooley lama 'Il 

Honle; Hahammed 

HoaleyZidan 

el-Monndhir 111 et IV, 

de Hira 



:\e de Hou- 



UoQDdbir, Gla de Ud-eaaémA, 

23, 28, 29 
el-Honodhiri 231 



lonioi 3 

Hourad 111 

Mourdiitea 

Uanea (l'imam) 

Housa, nom du khalife el-Hi 

di 

Houea ben Abi-Bekt l'Eyyou 

hite.. 



207 



ben Cbflkir [les 

fila de) 290 

MouBo hen Daoud 65, 66 

Mouaa ben 'Oqba beu Abil- 

'Ayyach 174 

iVouiaad, 217, 221, 223, 235, 

239, 31S 

Hou(i< bea Aydg 64 

Houilnn (tribu de) 14, 42 



104, i: 



kil.. 



179 



Uowaffaq-eddiTi el-Haqdisi 

el-Mowaita i«i 

Hozhaffai^ddin KoUbouri... 103 
HaihafTer-eddin Sa'dben Zen- 
gai, atabek du Para 113 

Moibaffar ben el-Aftaa, ra! de 

Badaioi 231 

HeihaffariTTe (medreaai) 196 

MûIlcrfA.) 196,304 

Moller ÎD.-H.) 399 



llurra? (* 



310 
336 



NahatJeDt 311 

Nâbighe dea BeDi-ChalbAn. .. 53 
MAbiKhaDhobjAni, 9.11,12, 

14, 21,36, 28 

Nabirha el-Dja'di 63 

en-Ndcbi cl-Akbar 154 

HachwAn ben Sa'ïd el-Him- 



3,q,t,=c.=ïGooglc; 



INDEX ALPHABBTIQUB 



Naclr-eddin ToAsi 353, 318 

Naçr (DiëUI-vddBDla), prince 

dAlep lïl 

Naçr ben Sajy&r B6 

Naçr-cddiB llokram ben «1- 

■Alâ 111 

Nndhlr, tribu jniTe S7 

Nadhr bcn Choméil 140 

Nadrbcn Hlrith 30 

en-NahhA* (Abon-Dja'tar).... 160 

en-Nahrawdli 371 

Nakonla el-Tnrk 406 

Nallino 3H, SBS 

en-Nïmi 95 

Naqchbendia 336 

Naqqdch (Nicolai) «11 

CD-Naiafi (N«djm-eddin) 266 

eD-Naaa£ (Borbin-eddin) 388 

sn-NaaaG (Aboa'l-BértkAt).. . . ft33 

en-Naadï 2Î0 

en-Naïawi 183 

Nftaib-eddm el-Arradj«DÎ 111 

Naiiea Leei 363 

NalâUj el-Fitna 109 

Tiaaneitad Bajien 148 

CD-NavAdji 391 

en-NawawI 348 

Ntdidiyât 109 

NedJmaddinAbOD'l-Ha'ili Ibn- 

ImùII 130 

NedimeddlD Ahmed d-HarrAnl 338 
Nedjm-eddln Dja'far el-Hilli. 

el-kfohaaqiq 353 

Nedjm-oddin en-Naiafi 266 

Nedjm-eddin Sjyatb, pèn de 

Seladin 189 

Nedjm-eddiD Kobrd 274 

Nedjran («T«qde de) 35 

Nébewend (bataille de) 52 

Netsm (ligende delà robe de) 11 

Newdr, consine de Firaidaq. 60 

NiqoUo* ec-Ctlcb (le curé). . . 383 

NisAponri . . .' 255 

Nii^.-L,) 290 

Nliblm-eddin Haaan ben Mo- 
hammed de NîiapoDr 159 

Niiblm-el-Holk, 9i, 107, 108, 

111, 344, 245, 264 
NiihAmijra (Uniieriité), 111, 

113, 161 et luiTantea, 189. 

191, 343, 344, 246, 347, 251, 

264, 366 
Niihimi77H (coUige) d'ftpa- 

NMaïr'éi-HammVmî"".!!','.!]; 

Modbir, 611a d'AlKio-HaT7An. . 337 



Hotl de* Vargen 33S, 349 

Neinlel (marquU de) 395 

Noldeke (H.) 70 

Nomiïri 54,127 

Mo'maa, fil* d'el-Honodhir, 

roi de Bira 39, 30 

No'man Abou-Kaboni, roi de 

Hira II 

en-No 'man Ibn-Hajjân S43 

Normand* 1!B 

No*airi8 134 

NoakowTJ (Paal) 3S6 

NoachUkin, pJiie d'Ibn-et-Ta- 

'Awidhi 103 

Nonh, &ls de Ifançonr, prince 

■amanide 383 

Noah il, prince *am an ide 313 

Nonr-eddio (l'atab«k), 189. 

190, 193. 193 

Nonr-eddin 373 

Noar-eddin Mohammed el-1i- 

■irdi tl9 

Noiiriiy» (Eeola), 199. — (H*- 

pilal) 355, 357 

en-NowaIri 336 



'Obald, la bai^r dea cha- 
meaux ! 

'Obald-allab, père d'Ibn-et-Ta- 

'twidhi 11 

■Obald-allali da Djoidja» 2t 

■Obéidallah benHoibaffar... V. 
ObaTT ben Ka'b, diiciple de 

Mahomet t 

OchkoowAn (roTlereise d').... 11 

Oeatriip (J.) 1( 

'Okâih (foire d'I i 

'Okba ben Dia'tar el-KboiA^. t 

el.'Okbari 164, 3< 

'Omalr bcn Cbofalm el-QolA- 

Omama, fille de Dhon'l-Afba' 

el-'AdwAni 5 

•Omar (le khalife), 14, 39, 43 

et amiante*, 138, 323, 371. 

'Omar II 46.61,60,31 

■Omar ben Abi-Rabï'a 46, < 

'Omar ben Aftaa, goaTemaor 

dETora l; 

'Omar ben el-'Ald , gon*er- 

nenrdii Tabariatan 

'Omar ben Chabba 1' 



3,q,t,=c.=ïGoogk' 



INDEX ALPHADETIQUE 



'Omar ben el-Hosélni 104 

'Omar-Er«ndi el-'Altâi- 

'Omar Ibn-el-Fared 116, 3Î7 

'Omar el-Khayjâm 

'Omar en-No 'man 

el-'Omnri (Ibu Fadialiàb}! ! '.'.'. 323 
Omayja ben Abi'ç-Çall, U, 28, 33 
OniÉj'yadG9.45.4' elauivanlea, 

5G, se, 60, C4, 6&, 98. 109, 

no, 184,233 

Oppas, roi golb 188 

'Oaoïl (tribu de») 68 

et-Ormawi 28B 

'Orwa, fils do Zobéîr 65 

'Orwa ben el-Ward 19, 20 

Osilma Ibn-Hooqidh 183, 194 

Oséid, fil> de Shon'l-Aib*' el- 

•Adwâni SI 

Oiman, fils d'Ertogliral 370 

Oiman Khali{a 326 

Ot iTorog (comte Uon) 243 

'OUlrld ben Hobammed 313 

'Otba, eaclave d'el-Hebdl. . . . *4 

«l-'Otbt 132, 188, 313 

'OthmâD (le khalirc). 33. 40, 

U, 45, 39, 146, 254 
'Othmân bcD Sa^d ed-Ddoi.. îbl 

Ottar 33S 

el-Oùcbi 267 

el-Oatrani, 384. Votbi el-Wa- 

fréni. 
'Oyoùnidei (famille dei) 113 



Palmer (E.-H.) 116 

Patorni (F.) 422 

FajDe (John) 386 

Perowne 381 

PerroD (V), 33S, 340, 364, 374, 

403, 419 

PerUch 274 

Petermano 371 

Pttii de U Croix 396 

Phtnicienl 138 

Pinto (LJ 1S6, 170 

Plalen (O. Ton) 371 

Platon 343, 2S0, 282 

Platon Tibnroe 29* 

Pocack, 98. 187. 209, 266, 286. 324 

Fodestè (J.-B.) 372 

Porphyre . 379, 287 

i'rairiMiTordeliIat'oDdt. 176 183 



Presauma Knmar S«n 

Prideaui 

Ptoldmée, ±ri, -^'JO, 294, 295, 

308, 
Purchas 



QabAdo (Uahmoad) i 

Qaçida, 45, 64, 75, 113, 129. — 
(Règles de la), 9. — Son 

Qaçfdat A-Botti ./ 1 

el-Qàdi el-A'azi, 114. \&jn 

Ibn-QaUqis. 
el-QAdi el-Pâdil HodjiT-eddia, 

miniitre de Saladin... 115,1 
Qâdi-khan Mabmoud de Dehli S 
el-Qftdies-Sa'id, sornomd'lbn- 

Sanà el-Moli 1 

el-Q&dir, le khalife i 

"âdiris, QÂdiriyya (ordre ro- 

ligieuide») 271, 3 

âdisij-ja (bataille de) 

.âbir. le khalife S 

Qahtan 

Qabtanide (U) qui anoonce le 

Jugement dernier 

Qaïmai, prince de Uossoul.. 2 
Qaïi, chef de la triba d"Abs, 

12. — (Descendance de) 

aîa ben ObaHh, frère de lait 

de HosËln 

Qaîs ben Halawwab (Med- 

Qols, fils'd'EI-kiultlm! '.'.'.'.'.'.'. 

Qala, père d'el-A'cba 

Qiït-baî, soltan mamelouk, 328, 3 

Qaiaoan (anltan) 3 

QalAnisijya 3 

el'Qalbaqdji (Habammed-E- 

fendi) 4 

el-Qâli 160, 1 

el-Qalqachendi 201, 3 

Qamar ex-Zinan 3 

ÔimoiU 3 

Qançoùh el-Gbo<kri 3 

el.QarBmdnl 3 

Qarizfaa, tribu juive 

el-Oartâdjini 1 

"iiim ben Firrob ecb-CbA- 

i 2 

«|.Qâeim ben Ibrahim el-Ha- 



, ,;...,Goog[c 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



n b«D Sall&in lU 



el-QaiwlDi (Zakoriyi), . . 298, 303 
cl-QiEwlnilDiémal-eddioAlioD- 

■Abdaliabi 314 

el-Qoehaïri 177, 269, 271 

cl-Uoddï 205 

Qodatna 297 

*l-Qodoùri 235 

el-Q£.na%Yi 276 

Qoréicb (tribu de), Qoriicbi- 

lï* 2^, 40, 45, 80, 109 

QoalJ henLouqa 279, 319 

Quljiiba bcn HoiUm (la gé- 

nfi'Hi) 63 

elQoUmi 53 

Qolb-eddiD 'Abd-cl-Kérim 352 

Qotbabeo Aui et-Hidirs 21 

Qotrob liO, 141 



Querrj(A.) 2S3 



«r-Rabi, fil* d'AboD'l-hakalli, 

RSchid ben Iihaq 

Racbid-eddin } 

Ruchid el-Kbouri t 

Ridi cddin e1-AsUr«J>«di 3 

Radl-cddin ct-Tabarsi S 

naJfazimHre) 8, 

cr-Râehib el-lsbahâni. . . 166, 3 
er-Rabmân. txn dea nomi da 

Dieu 

RahmlVni (Louis) i 

Rahautia (secte des) 

Ramadan (ja&ae du) 

Rasit iCronUa dtl rnoro) 1 

Baapail 3 

Ral(M.6.) 3 

RavaitH (M. P.) 3 

RuTiui 3 

er-Rdzi (Mohamnied ben Zaka- 

riyâ) : a 

«r-RAii (Fakhr-eddin) 3 

Rëbi'a. pire de Lébld 

Ridjeb (mail de) 

er-ReffA (ee-Sari) 



Reinaad 33S, 336, 343, 4: 

Reiake 1!8, 3: 

Relaad SI 

Renan (Email) l: 

Remoldi (J.) 31 

Rb'aièg 304, 3> 

Ribera î( 

RidwAn-pacha 3! 

Hifâ'a (oliiikb) U 

RifâiT-ra (ordre reliffieni dei), 

103, 368. V. 

Rink 3i 

er-Riyacbi..- H 

Rocbaïd DahdAb 383. 41 

BreiDer (Fr.) » 

Rohrig(Otto) *■ 

Roko-eddaulo, prince bonïde, 

ISS, 31 

Roman J'Aaiar 

Roorde 1' 

Rosuria Gregorio 3 

Roaen 3 

ei-Roua>i i: 

Rou'ba, eti d'al-'Adidjadj.... 1 

RoufAIl.Erendi Zind 4: 

er-Roummâni 1 

er-Roûrâni 3- 

Rowlandion 3 

ROcl(ert(F.) 

Rudloff S 

Rnnuey (A.) ï 

Raatem, pin d'Ibn-et-Sd'dti. 1 
Rat|^r 3 



Saba 4. 6 

f-Say et-'Atamyyât lOS 

Sabiens Sî 

Sab Hnîjya 288 

SdbanT, père de Hammfid ei^ 

Râwija 58 

Sacbaa (M.) 162. 198,300 

SaCT (Silveitre de), 19, 2S, 99, 

136. 170, 303, 334. 335, 356. 

357, 381, 405. 407 

Sa'd ben el-Hacbra^j 22, 23 

Sa'd ben Zennif, atabak do 

Far» : 113 

Sa'd ed-daala 'Ali ben HooD- 

qîdh !S4 

«f^adafi 294 

Sadaqa el-Ual;adi 109 

Sa'di, poita panan 113 



:=,Googk' 



INDEX ALPHABETIQUE 



e>-Sa'di ('Abdsr-Rabman) 389 

ei-Sddih wal-bâghim 109 

Sadj', prose rimes. 8 

es-SediAwendi 242 

Sabl ben 'Abdallah Bt-Tostéri. 255 

Saht beo Mobommcd 144 

Sahnoùn, cadi de Kaironaa, 

237, 387 

Sald beo el-'Aç 50 

SaTd ben 'Amr. 142 

Sa'ïd ben el-Balriq 186 

Sa'id ben Hamid 81 

Sa'ïd ben Has'ada el-Akbrach 143 
Sa'ïd. fila de Hilek-chah.... S» 

Sa'ïd el-Kbonri 3^3, 410 

Saint-Esprit 33 

Soint-Jesn Baptiste Ichiétien* 

de) 32, 135 

SainI Jean Damaicène 60 

Saint Louis 117, 118 

Saint Nil (r ermite) 7 

Sakhâwi 193, 268, 369 

Sakbr. Irère d'el-Khan*û 37 

es-Sakkilki 168 

Saladin, 114 et mJTante», 124, 
168, 189 et saluantes, 230, 
247, 274, 310. 323. 334, 372. 

Salhani (R. P.) 209 

Salih ban lahuq 145 

Salisburv (E.) 333, 411 

Salma. éponaa d'Orwa 20 

Salomon 6 

Salverda de Grave 167 

Sam'dni 198. 206, 3G3. 380 

Samanides 223. 298 

es-Samarqaodi 263, 288 

Samauol 27, 28, 69 

5amar, récit dei Teillies 30 

es-Samboâdi S66 

es-SArai, ■urnomd"Aii ben el- 

Djabnk 80 

Samaeli prince de Téïma, 10, 
27, 28, Vojei SamaDal. 

Sanbadja, tribu berbère 386 

Sanoû'a (cbéïkh) 434 

Sara, fille do roi goth Oppai 188 
es-Sarakbsi ""' 






257 



es-Sari er-Refft 

e s-Saroùdji 322 

Sastanidea 2,6,29,62 

Satan 67 

SauTaira (H.) 354,368 

SawAr ben Aafa Ibn-el-Hayâ. 53 

Schefer (collection) 180, 213 

Scheidina 147 



Scbelljenip ; 

Schiaparelli 1 

Scbl6zer i 

SchmOldera 266, 2li5, : 

Scbreiner ; 

ScbultCDS (Albert). .. 191, W*. 'c 

Schnitens (H. -A.) ] 

Stancei de Hariri ■ 

Sîbokbl ! 

Sédillot 2lil. ÏU3, S 

Séîd Himj'arile (le) 87, : 

Séif ben Dbt-Vei«it, roi da Yé- 

Seif Dhoul-yacan (roman de), i 
Séïf-eddaala, 91, 92, 94, 131. 

132, 134, 149, 184. 185, 281, 

Séir-eddin Argboun î 

S*Tf-*ddin MandJBk 3 

Séïr-eddin Mochidd 1 

Self tl-TidJan (Tomaa de) i 

Seldiouiddes, 99, 107, 190, 244, 

246, ; 

Sélim I" a 

Sélim Fdris 4u9, 4 

Sélim Taql,-, 4 

Sept- Dormants (le>) 

Septante (Teraion des) 1 

Serkis (Kbalil) 411,4 

Sejboid (M.) 163, 3 

Séyyid-Erendi Aimi 4 

Séjjid-Efendi Mohammed.... 4 

SÉïyid-Efendi Tanfiq 4 

Séjjid Soléiman beo CiTflm. 4 

Si Ahmed Ouid Qadi..'. 4 

Slbawaih, 138 et suÎTantea. 

143, 145, 146, 150, 1 

Slhonvè 1 

Sibt Ibn^el-Djanii 2 

Siddhanta 2 

Sidi Kbalil 340, 385, 3 

es-Silafi 2 

Sim'dn labdqel-Qodsi 4 

Sinftn, fila de l'habit ben Qorre 2 

SinAn-pacha 3 

Sindebad U marin 3 

Siqies-Zaad 1 

Sir ben Abi-Bekr 1 

Sicâdi-eddin 'Omar ben Ma- 

l'ond 3 

SirAdj-eddin el-Oùchî 2 

Sirddj-eddin el-Warrdq 1 

es-Sirâfi Ii9, 1 

Slana (Moc-Gnckin de). 131, 
186, 197, 300,335 348, 349, 3 

Snonek-Borgronje (U.) 3 

Scerenien 3 



, ;....,C00g[c 



INDEX ALPHABETIQUE 



ei-Soli^ili d-Khst'ami 

ce-SuhrùH-crdi (Cbihflb-eddi 

ALou-Uaf^- 'Omar) 274 

cs-Sohrfl«-eidi (Divi-eddin) , 

es-S.ihri'iwtrdi (Cbib.'iL-eddin 



Tflbil ben N«çr Ui 

Tdchifîn ben 'Ali, prince de 

Grenade ÏOS 

Tuchkicnpru-iadè 370 



TAdj- 



ÎS* 



Sula (SoUïman) 413 

■•«-Solami 

SulMman bcti Ibluf ct-Moiati, 

rb«kh ibodilr 

Soir^iman-Errndi d'Adunn 

Soléiman el-ll»r»irj, 203, 42â, 429 
Soléïmaa en-Xabwl (rbéikb).. '-' 

S„Iqi:\, Fœur de Zohéïr 

ri-Somodi, «Dtre nom des Uo- 



■Ali.. 



!r (J ■ 



SIX 



SuraïdJ ben Hohi 

Sorr-baar lOfi 

Sorr-docr li>g, 107 

Soufiî aef 

pi-Soolik(iri. Vovei Sokkari.. 
... ^.,_ .__..__ ^--.CoùU 181 



,ir).. 



<, 34, 36 



S.:ural', Ju Kl 

Soyoïili, 101, l'JU, i'ri, 2'i 

264, 315, 338, 3'i.-i. 3iil et 

TBOIei, 3C;, 368, 372, 3SG, 3S7 

Soiomèna 

Spiridion Carfoûl . . . 

SpitlaiW.) 

Sprenk'er, 33. IHO, ' 

2Py, 352, 3B5 

SlanlcT Lane-Poolc ," 

Steinscbneidcr 2i 

Snbuk-Tékin.p^TedcAlahuioud 






le Gbaz 
Sulé';mi<n I' 

S aléi m an-pacha, yan 

SoUiinoniyya (Unlversil*) à 



106, 189 



et-Tabardnl 2ÏS, 365 

Taban, 1T3. 180, 206, 240, 254. 

255, 334 
et-Tabarsi 263 



-eddaalo, prÏDce bouïdc. 

■eddin 'Abd-el-U'ahhùb... 3iil 

-eddin Mohammed \\î 

■eddin de Sarkhad lit 

-el-Molk Ibn-Darest 1D8 

Tadaft» le droguitte, père d'A- 

boa-Temmâm Bï 

et-TabAwl (Aboa-DjaTarl.. . . !iJ 
Tûhir, gaarerneur du Khora- 

Tâhir. pïre de Uobammed ei^ 

Rida M 

Tabir ben Mohammed 131 

Tahiridea 139 

Taï (tribu de) 83, M 

Talfour 177 

Tagblib (tribu de) ',;, 53 

TMmU. ' 117 

Tamim, GU d'el-Uo'iii 97 

Tamerian, 18G. 348, 352. 353, 

35S, 359. 372. 382, 401 
Tannons bon Yoùsef ech-Chi- 

Ay&q 411 

Tanoùkh (tribu de) 29. il'J 

el-TanoOkhi SU 

et-Tantnrdni 99 

Taqi-eddin 'Ali es-Sobbi 3n2 

Taqi^ddin el-FAsi 354 

Tadlâ (Sêlim) 432 

Tarafa y, 13. ISÎ 

TardjV, ode A écho» W 

Tarraço SU 

Tarrick UamilloD 396 

dTbn-MonIr. ., 121 

Tauba ben el-Qomay;ir S3 

Tchaqmaq, émir de Damni. 

35», 319 
Tchin^û-Khan.... 105, 193,200 
Tdabbata-Charran, IT et sui- 

Tibriri.,' 89 

el-Tclla'fari 12S 

Témim (race de), 15. — (Tri- 
bu de), 23, 43, 49, 51 

TeTfik-pacha 416 

Tha'âlilii, 93, 04, 107, 132, 164, 

190, 409 
Thabit ben Djabir el-Fehml, 

imomméTÎahbataCbarran 17 
Thabit ben Qarra. . . . 290, 295. 319 
Tbeddée. Vo^iz Tadoùa. 



, ;....,Goog[c 



INDEX ALPIUBÈTIQUB 



Tho'lab 151. 152. 1 

Tha'Iabi 2 

Themoùd (triba de), Tliamou- 

ditai J[> 

Tbaqif (Iribo de) 1'. 

Théodoge (lévêque) ! 

Théodoac 3 

Tbéodoïios " 

Tholock ■■ 3 

Thorbecka 16, J 

et-Tibciii ' 

et-Tiracbi 3 

et-Tibâml 

et-TiUmiâni ' 

Tilmtdh-el-Kindi î 

TirimmAb , 

eUTirmidhi 220. S 

Titus 

Tiienàbàd (Vigne» de] 

Tothrd, chiffre officiel 

Togtraï 9B, 

ToghUkin, aUbek 1 

el-Tolili ' 

Tomâdhir (el-Khanift) 

Tùra rt>entaleoqae) 

Tornberg Î06. 330, S 

Toseoun.pacha - ■ J 

et-Torloùcbi tbQ-Abi-Rsndaqa 1 

Touloanidea 35, ] 

ToamAD-blti ; 

ct-Toûiérî ' 

Trieb» (M.F.) ; 



Tncb (Fr.) 

Turkban-Kbaloan, épouse 

Hélek-cbab 

Tycho-Brabé 



Vuleton 165 

Vatlier (PI . . S08, 309, 3*9 

Vetb...... 199,363 

Victime des Belles, anmom 
d'al-Qotami at de Uoslim... 72 

Vloten (G. Tan) 213, 214, S13 

Volck l'O 

Vûllers 203. 3" 

Vos (G.) 3" 



W 

el-WacbchA 155 

Waçir, esclave de Dik et-I>jinn 91 

Wafayil el-'Ayàa 197 

Wabb ben Uonabblb 69 

Wabbl-Etendi (Tâdoroi) 421 

Wahhfibites 417, 423 

el-WatràDi 384 

el-Wabidi aS9 

WabI 303 

Waïdiao ben Ruitem el-Kouhi 294 

e|.W4'i»b el-Koùfi 105 

el-WAHih el-Witri 105 

Vâliba, maître d'Abou-Nowda. 70 
Waltâda, fille do khalife e1- 

Hottakfi 127 

Wallin "0 

Wanand, grand-père d'ed-Di- 

é[-\fiti\à\'.'.'.'.\V.'.\'.'.'.'. .'.'.. . 1:6 

Warda, fille de Nakanla et- 

Tork 406 

Wâsil ben 'Atâ el, 67, 262 

el-Wdthiq, le khalife, 14G, 213, 

239, 304 
el-WatwAt (Djémal-eddinV . . . 390 

el-Wawa' 101 

Wcdjdiyât 110 

Weiîer.. 128 

■Weil(G.) 108,174 

WéUd II ben Ytiid, kbalife 
oméyvade, 30, 47, 53, 66, 66, 

64, 71 
Wélid ben 'ObJId el-Bobtori, S3 

Wcllbauaen 17 

Wetiitein 167 

el-Wézir el-Maghrébi 2^6 

■Wbite (J.) 303 

WŒpcke 290. 291 

WrigbtfW.) 301,375 

WUstenfeld, 148. 15i, 174, 177, 
197, 201, 249, 300. 3ui, 303, 
338, 348, 354, 355, 357, 3G3, 

367. 372 



Xénopbon 243 



:=.,Goog[c 



IRDBX ALPHÂBBTIQOB 



Ya'qoûb ben Akhi-Hiiâm 

Ya'qoûb bcD Daood 

Ya'qoAb ben lihaq al-KindL. 
'Ya'qoûb ban HbdcoAt, laltao 

do Maroc 

Ta'qoùb Carroùf 

Ya'qoab t)jirdjU 'Awwâd.... 

Va'qoûb el-Hadrami 

Ya'qoùb et-Hançour, prince 

almobade 

el.ya'qoûbi 

ïdqoùt, le KéDgTapbe, 113, 
178, S97, £98, 

YilqoAt cl-HDtto'çimf 

Yahfa, cbanlenr de la Mecque. 
Yabja ben Adam ben SoUiman 

Yahys ben Afta» 

Yabya ben Kbdlid le Barmé- 

kide 

tahja beD UJsawéib.... 279, 
Yeh;a ben ZakariyA, cbflkb- 

ul-Iïlom 

Yabya cî-Cai'ïari 

Ysbra-Efeâdi, cbéikh-nl-ltlam 

YabTa el-Maçmoûdi 

YarboQ' (Iribu de) 

Yatbrib, ancien nom de Hé- 

dine 26 

rattmct ed-dahr 03. 

el-Yaiidi (famille d') 

Yéménite! 

Yémin ed-daula (Mahmoud la 

GbanéTide) 

Yeidegird III 

Yéiid, fi!a de Ho'âwJVB.... VS 

Yéiid II 

Yéiid benMBi7ad(le géniral), 

Yohanna ben ' Balrik '.'.'.'.'.'.'.'.'. 
YoùnnaB (Jona9),cbanlearper- 

Yaânoaa ben Habib 

Yoûief et-Aiir 

ToAionf, prince almobade.. .. 
Yoùaoul el-A'lam de Stu-Hana 
Yoûiouf ben HaroOu er-Ra- 

YaùMnf ben el-Hasan d'oSind- 



Yoùaonf ben TAchiGa, 1S6, 1S8, SU 
ïoftaoDf-Brendl Aiaf 431 

Z 

ZAb (bataille do grand) 63 

' Zabbân ben SayyAr 31- 

; Zadjal 1W 

ei-Z«djdiadi 147, IS». S5S 

ei-ZâËr, khalife faUmide 191 

ei-Zabi'Ali ben Iibaq 95 

< ei-Zâhir, khalife ratimide.... 30S 
. Zamakbcbari.ieSetaoivaiiUa, 260 

Zéid ben Thâbit 35,39, 40 

Zéïditei (secle des), 241, 251, 
I 3S3, 372 

Zéîn el-'Abidin &0 

I Zèia tl-Andnt 395 

Zéia-eddin Kaldkit 123 

Zéln-eddiD Tâbir, fila d'ibn- 

Uabib 343 

Zéïneb, sœur d'el-Hadidjéj... 54 
ZcDd ben el-Djann (AlMD-Oa- 

lama) 65 

. Zandj. IW, 147 

: ei-Zernuùdji 2B7 

. Zhâfer (Mohammed) 42â 

: ZbaGr ei-Haddad 1X2 

ai-Zhâhiri 363 

; Zhahiriles SïO, 2ï0, 273 

ZiBKler 266 

. Zlrides 125 

. ZiyAd, frère de Mo'dwira.... S9 
ZiyAd, goDTeroeurde l'Irak.. Ml 

I ZJTâd ben Soléîman 54 

Ziyddât 102 

ZiTAdel-Allah III, prince bi-Ib- 

bile 305, 306 

Zinaied-daht 99 

Zindlq 65, 67 

ei-Zobéidi (AboD-Bekrl 160 

Zobéir (ramille d«) 174 

ei-Zobéîr Ibn-BekkAr 179 

ei-2obëïri 338 

Zobélrides 55 

eB.Zodjàdji , 156 

Zohéïr ben Abi-Solmâ, 9, 14, 

15, 26, 152 

Zohéïr fBéhâ.eddin) 116, 118 

Zobéïr beo Djanâb 8 

ei-Zohri 60, 236, 300 

Zotenberg(M. H.)---- 1^' 395,396 



- tmp. P. QHODARD. — lOÏ-lWl 



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3,q,t,=c.=ïGooglc; 



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4. 



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MAY 38 W37 



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