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Full text of "Élémens de physiologie"

tHarvard îlmvcrsîtij 

£tbrart) of 

Chc CDedîcal School 

and 

Ghc School of l>ublic JCcalth 




CHESTER NORTH FRAZIER 

Edward Wigglesvvordi Professer of 
Dermatology 

Harvard School of Medicine 




'nj-.^^\^ 



HARVARD 
MEDICAL LIBRARV 




IN THE 



Francis A.Countway 
Library of Medicine 



BOSTON 







1 i 




JJ 



A 



LIBRARY 

OF 

CHEÇTER N. FRAZIER 



ELEMENS 

DE 

PHYSIOLOGIE 

DE M. ALB. DE HALLER, 

Préfident de la Société Royale des Sciences 
de Gottlngue , Membre de T Académie 
Royale des Sciences de Paris, Londres, 
. Berlin, &e , 6cc. 

Traluciion nouvelle du Latin en François , 

/par M, BoRDENAVE. 

PREMIERE PARTIE. 
Prix 5 livres relié. 




A P A R I S. 

ChezGuiLLYM, Libraire, Quai des AugufHns, 
pr?s du Pont S. Michel , au Lis d'Or. 



M. DCG LXIX. 

Avec Approbation & Privilège du Rok 



M-. 



H 



On trouve cke^ U même Libraire : 



ALLERi Difputationcs Chirurgicse , i/z-4**. 5 vdî. 
/ 50 livres. 

Ejurdem Difputarioncs Medicx. ^o liv. 

Opéra Anaromica , //z-4"'. 5» liv. 

Haller. Formation du cœur dans le poulet. f;z-i2, 
1 vol. 4 liv. 10 fols. 

■ Sur le mouvement du Sang , in- 1 2. 1 1. 1 5 f. . 

— Sur les parties fenfîbles & irritables des 

Animaux, in-ix. 2, liv. 

Inftitutions de Médecine de Boerhaave , in-l^. 

8 vol. 10 liv. 

•^ Aphorifmes fur la connoiiTance & la cure *" 

des maladies, 7/2-11. z liv. 10 f. 

Traité de la matière Médicale , in- 1 2. z 1. 1 o f. 

— Confultationes Mcdicée , in- ix, 2 lïy, 

Conful ration traduite en François^ in- ii. 2 L 

Traité de la petite vérole , in- 12, 2 liv, 

.' Traité des maladies vénériennes, in-iz, 

2 livres 10 fols. 

* ^jrliéorie Chymique delà Terre, avec le 

Traité du vertige j i/z- 12, 2 liv» 



Elémens de Chymie, 6 vol. 15 liv. 

L'Art de drefTer les formules de Médecine , par Gau- 
bius^ Z/Z-I2. 3 liv. 

Traité des parties qui fervent de palfage à Turinc, 
par M. Rutty , in-ii-, 2 liv. 

Traité des fièvres malignes & peftilentielles , &c, 
2 vol. in-ix. 5 liv. 

Recherches critiques fur l'état préfent de la Chirur- 
gie, traduites de l'Anglois de Samuel Sharp, 

2 liv. lof, 
- — Sur les progrès de la Chirurgie en Prascc , 
2 vol. j liv. 

Traité des maladies aiguës des Enfans , in-i 2 , 2 L y f. 

Méthode de guérir les Hernies, par M. le Blanc, 
i;z-8°. 1768. 5 liv. 

Trait? pratique fur la Goutte, par Gcfle, in-ïP,i L4f, 



1 
Jurîrpru(îcncc de la Médecine & de la Chirurgie", 
par.M. Verdier , in-ii, 4 vol. 1 1 lir. 

lafcience du Maître d'Hôtel Confîreur, in-iz. 3 1, 

■" Du Cuifinier, rn-ii. 17^8. 3 liv. 

Traité de la diftillation , par Dejeaii , in-ii. 2, 1. 10 f. 
Traité des odeurs , par Je même , in-ii, 1 1. lo f. 
Confiturier ^oyal , ou inftrudtions pour les con- 
fitures, i/z-ii. il. lofl 
Exportions Anatomiques de toutes les parties du 
Corps humain, par M. ^Tinflov/, in-it. 4 vol, 
1768. izliv, 

" — • par M. Lieutaud, /«-8*. 1768. 7 liv. 

•J. B. Morgagni Advcrfaria Anatomica^, in-^°. ïi 1. 
Traité des AccoucliemenSj par Puzos, ^«'4**. 10 1. 

"— -^ — -^ par M. Mauriceau , z«-4°. 7 liv. lof. 

Pharmacopée Royale & Galénique , par M. Charras, 
//z-8*'. 1 vol. iiiiv. 

Pharmacopea Bateana, in-ii. - 1 liv. 

Mélange d'Hiftoire NaturelU , par M. Akon du Lac , 
/«-4^ ^vol. 18 liv. 

Caroli Linn^i fpccies plantarum , in-%^ z vol. 1 8 1, 
Hiftoire des Plantes , par Bauhin , in- 1 1. % vol. 5 I. 
Bibliothcca Borauica, ira- 4**. 5 liv. 

Diélionnaire d'Agriculture ,i«-4®. 1 vol. 10 liv. 

du bon Ménage , i«-4®. 7 I. 10 f. 

L'Agronome ou Didionnaire du Cultivateur , /«-8®> 

1 vol. 9 liv. 

Traité des Brebis^ fraduit du Suédois, i/z-i 1. 1 1. 1 o f. 

Manière de perfcdionner les bonnes clpéces des 

Bétesàlainc, in-jz. i liv. léf. 

Confidérations fur les Bétes à laine de Flandres, in 1 2* 

-^ I liv. 16 f^ 

Cours de. Chymie , par Nicolas le Febvre, 5 vol. 

in~ii. Il liv. io f. 

Barchufcn Elementa Chemia:, 1-7-4°. 7 1. 10 f. 

Bi/ïertation fur la nature du feu , par M. de Bcau- 

feaubrc , in-ii* 2- liv* 

(Euvres de Jean £eUot , contcnam la Chiromânce|, 

itt-iz^ 3.Uv. iof. 






AVERTISSEiMENT. 



L 



'explication du méchanifmt 
des parties daCorps Humain tient à tant 
de connoijfances , quil nejl pas éton- 
nant qiiil ait été d'autant mieux ap^ 
projondi , quon sefl attaché à la re- 
cherche des faits qui pouvoient le dé^ 
voiler. Les Mathétiiatiques , la Phyji^ 
que , la Méchanique , la Chymie , 
ÏAnatomie , &c. ont porté dans cette 
partie de la Médecine des lumières qui 
ne peuvent quen conjîater les principes. 
Quelle différence entre le Traité des 
ufages des parties de Galien & la 
Phyfiologie de Boerhaave ! Cefi à 
ce dernier , cefl à ce Réformateur de 
là Médecine qiiefl dû un des plus grands 
Ouvrages qui ait jamais paru fur r ac- 
tion des parties du corps humain. Les fca- 
vans Commentaires de M, de Halle R^ 
[on Difiple , & ceux de F Auteur lui- 
même fur cet Ouvrage , ont à la vérité 
donné affe:^ d'étendue aux matières dont 
efi rempli'^ néanmoins M. de H aller 



iv AVERTISSEMENT. 

vient , à la fuite de ces Commentaires , 
de donner un Traité plus concis , qui ne 
peut fervir quà le rectifier & à en faci^ 
Hier t élude n 

La précifion avec laquelle cet Ou- 
vrage e(l écrit Le rendra toujours re- 
commandahU aux vrais connoijfeurs. 

Outre plu [leurs points qui navoient 
pas été traités dans les Infiiiuts de 
BoERHAAVE , tcls quc la Fibre , le 
Tiffii cellulaire y &c. , M, de H aller y 
a) oint des Descriptions Anatomiques 
qui fervent de baje aux explications 
Physiologiques & j jettent le plus grand 
jour» Sans entrer dans le détail des 
opinions des différens Auteurs , il y 
expofe l'ujage des parties d'une manière 
jimple & lumineufe , d'autant plus re^ 
, commandable qiielle efl dépouillée de 
toute dijcuffio^ inutile. On y reconnoît 
par-tctït l'efprit d'obfervation , un ju* 
gemcnt sur , des réflexions qui méritent 
d'être approfondies , & un précis de 
connoiffances immenfes qui jettent le 
plus grand jour fur Les matières * qui y 
fonttraiées. 

Cet Ouvrage napas befoin d'éloges ^ 



AVERTISSEMENT, v 

il a été avec raifort accueilli de tous les 
Scavans, Les moins infiruits y puijent 
des connoijfances folides ; il journit 
une madère dUnflruUion utile , 6' ceux 
qui fçavent apprécier un travail de cette 
nature , conviennent quil doit être 
t objet £ une profonde méditation. 

L utilité dont il peut être ^faifoit de- 
firer cjtiilfût à la portée d'un plus grand 
nombre de Lecteurs, Pour entrer dans 
ces vues y on tavoit traduit en François ; 
mais beaucoup de fautes , plufeurs ar» 
îïcles omis ou tronqués , peut • être miême 
la Traducllon. faite fur une Edition an- 
térieure^ préfentoient un Ouvrage beau- 
coup moins fatisfaifant. Pénétré de ces 
défauts , jai cru devoir entreprendre 
une Traduction nouvelle fur la dernière 
Edition ; fy ai mis le plus d' exactitude 
quil nia été poffible , 5f je m'eflimerai 
heureux fi ce travail nefl pas indigne 
de Ihlluflre Auteur qui en a journi la 
matière , 6* s'il peut être utile aux Etu- 
dians auxquels je le confacre , & dont 
j'ai eu particulièrement en vue d'étendre 
ainfil'Inflruclion. , 

a iij 






DISCOURS 

DE V A UT E U R 
A SES AUDITEURS. 



'Eté s -vous pas furpris , Mes- 
sieurs , auflî elairvoyans que vous 
rêrcs 5 de ce qu'après avoir finit ufage 
pendant vingt ans de la Phyfiologie 
du Grand BoERHA AVE pour faire rries 
Leçons , je change aujourd'hui de def- 
icinjôc que je commence à me fervirde 
mon propre Ouvrage. Ceft votre uti- 
licé^ Messieurs^ qui m a engagé, mal- 
gré les travaux fatîgans dont je fuis 
chargé , à dérober quelques momens 
pour celui-ci. Mon Maître (car je 
n'oublierai jamaisque le Grand Boer- 
HAAVE le fut) avoit écrit fes Inftirurs 
en 1715 environ. Par conféquent il 
n'avoit rien tiré des écrits des Mo- 
dernes , & il n*avoit pas fait ufage 
des immortelles defcriptlons de M. 
WiNSLOV. Mais rAnatomie a été fi 



DISCOURS^ &c. vij 

enrichie depuis ce rems qu'elle a une 
toute aurre forme. Ce n'eft pas qu'on 
aie trouvé un grand nombre de nou- 
velles parties , c'a été Touvrage des 
premiers fiécles. Mais on a donné la 
dernière main à la plupart des def- 
criptions ; l'Hiftoire des os , des muf- 
cles, des ligamens, des vifcéres , a 
été coniîdérablement augmentée ; 
rexpofîtion des vaifTeaux ôc des nerfs 
cft prefque accomplie. J'ai outre cela 
recueilli du grand nombre de difîe- 
rens Auteurs que j'ai été obligé de 
lire 5 un bon nombre d'expériences 
oue d'heureux hafards ont fait naître , 
ou que l'induftrie des Scrutateurs fcru- 
puleux ôc attentifs a dérobées à la na- 
ture. Cet Amphithéâtre , dans lequel 
vonstravaillez avec moi , Messieurs, 
pardon 5 fi j'ofe le dire, mais vous en 
avez été témoins; cet Amphithéâtre, 
dis je , nous a fourni les occafions 

, d'obferver plufieurs fituations , plu- 
iîeurs mefures réduites à de moindres 

^ proportions, plufieurs figures des pe- 
tites parties ,difFérens éclairciflemens 

/fur les maladies dans les ouvertures 



vlij DISCOURS 
que nous avons faites des cadavres , 
éc ça & là quelques découvertes. J*ai 
donc trouvé à propos de rédiger 6c de 
réunir dans un petit Traité, pour nous 
foulager , tout ce que j'ai tiré de 
BoÊRHAAVE ; ce que de grands hom- 
mes , les MORGAGNI, les WiNSLOW, 

les Albinus, les Douglas 6c d'au- 
tres nés pour le bien publieront trouvé 
de nouveau : & enfin tout ce que j'ai 
recueilli des difïérens corps d'Ou- 
vrages de différens Auteurs , de ceque 
nos diiTeclîons nous ont fait découvrit* 
dans la Phyfiologie. J'ai compté par 
ce moyen éviter quelques corrections, 
quelques additions ôc les changemens 
néceflaires à Tordre que Boerhaa VE 
setoit prefcrit, èc qu*ain(î j'abrégerois 
votre te ms ôc lé mien. Ce Traité a 
audî cela de commode, que certaines 
chofes y font expofées plus exacte- 
ment que lorfque je le fais de vive 
voix. La crainte que j'ai toujours eue 
'de m'éloigner de ce que mon Maître 
& d'autres que je refpe£te, ont dit, 
jn'a fait rapporter dans mon premier 
Ouvrage des chofes autrement que le^ 



DE V AUTEUR, &c. ix 

obfei varions réitérées pluiîcurs fois 
depuis lur le corps humain , me les 
ont apprifcs. On aura peut-être à m'ob- 
r jecler que cet Ouvrage efl: puremenc 
anaton'iiqiie* maisia Phyfiologie n'eft- 
elle pasi'Anatcmie animée ? 

J'efpérois être un peu plus coure. 
Je me fuis trompé. J'ai appris qu^on ne 
pouvoit fans s'étendre , dire beaucoup 
fur tant de chofes. Quoique j*aie paffé 
fous {ilence l'Hilloire de la Médecine 
6c diilércntcs cqnrroverfes, que j'aie 
renfermé *mcsdcfcriptions dans des 
limites les plus étroites , cela m'a ce- 
pendant conduit forcloin ; j*ai étdplus 
long que ne permettent les bornes 
du Sémeftre qui nous (ont prefcrites. 
C'eft maleré moi , c'cft contre tous 
mes efforts que cela eft arrivé. J ef- 
père que vous ferez alTez équitables 
pour m'en excufer. Fortifiez- vous 
donc , vous dont une grande partie 
font de prudens Médecins ; fortifiez- 
vous pour le bonheur du Public ôC 
pour le vôtre ; bonheur que vous ne 
pouvez efpérer que par la confcience 
intime de vçs bonnes actions. 



ERRATA. 

Première Partie, 

AGE 3 5 , ligne 3, au-dc(îoas , l'ije^ aa-fleflus. 
Pag- 5 5", lig. l^ , démontre, /i/^ démontrent. 
Pag. 104 , lig. 6 , cou , lif, col. 
Pag. 105 , lig 8 , mcfocolon, liC méfocolon. 
Pag. 119, lig. 6 , trônes , ///. troncs. 
Pûg. 1 3i , lig. 3 i , excrelîence morbiqne. , lif. 

cxcroiilance morbiiiquc. 
Pag. 147 , lig. li , glutcnnc , lif, gluten. 
Pag. î6S , lig. I , poulmon , lif. poumon. 
Pag. ioy , lig. 30 , giclé,///] grêle, 
Pag. 20? ., lig z8, occipicaltantérieur , /i/T occipital 

antérieur. 
Pag. m , lig. zo , la, lif le 
Pag. ii6, lig. 13 , oint, lif. joint. 
Pag. ±^6 , iig. 11 jtroufTeux , /i/! troufïeaux. 

Seconde Partie, 

Page 56 , ligne 11 , des life^ de 

Ptzo-. 131, li^. 13 , foulées, ///] faoulées. 

/'rf^. 145 ^ lig. 3 3 j crrtueux , ///. tortueux. 



ELEMENS 



É L É M EN S 

PHYSIOL O GIF. 



CHAPITRE PREMIER, 

De la Fibre, 

T 
I.JL-/ES parties les plus fimples du corps 

humain font fluides ou folides. Les fluides, 
étant de nature différente , nous en parlerons 
lorfque l'occalion s'en préfentera. Les folides, 
qui font les plus fîmples , & le véritable fon- 
dement du corps 5 précéderont l'iiiftoire des 
autres parties. 

IL Les parties folides , tant des animaux 
que des végétaux, ont cela de commun dans 
leur flrudure , que les plus petits élémens de 
ces parties , découverts à l'aide du microfcope ^ 
font ou fibre ou maflTe inorganifée. 
/. Pan. A* 



2 ÈléMENS 

III. La Fibre , en général, rep réfente une 
ligne^qui a peu de largeur, ou plutôt un petit 
cylindre. Ses particules les plus fixes font 
terreftres, comme on le découvre lorfqu'on l'a 
brûlée , ou qu'on l'a expofée à une longue 
pourriture. 

IV. Les particules terreftres de la fibre n'ont 
pas en elles-mêmes le lien ni la force de cohé- 
lion qui les unit , ôc elles ne font incorporées 
qu'au moyen du gluten, c'eft-à-dire,d'un fuc 
gluant qui fe place entre elles, c'eft ce que nous 
avons fait voir (n*^. III.) & ce que confirme 
l'expérience facile par laquelle lecheveubrûlé, 
mais dont les particules font encore cohéren- 
tes, recouvre quelque confiftance, fi on le trem- 
pe dans l'eau ou dans l'huile. C'eft ce que dé- 
montrent encore l'yvoire & les os, dont le 
léfidu devient friable , après l'extraction des 
fucs gélatineux , &c l'action dutems fur les es, 
qui les convertit en une vraie terre poreufe 
ôc avide d'eau. 

V. L'analyfe chymique des os & des che- 
veux , la gelée tirée des os , de l'yvoire Se 
des cornes , la nature des alimens , font voir 
que ce gluten eft compofé d'eau & d'huile , 
mêlées & unies enfemble pendant la vie. Il 
n'eft dans les corps animés que ce gluten qui 
puifie unir plus intimement leurs élémens les 
uns avec les autres. 

VI. La Fibre la plus petite , ou la Fibre 
Jimple^teViQ que la raifon^ plutôt que les fens, 
nous la fait appercevoir , eft compofée des 
mol écules terreftres, cohérentes en longueur, 
^ liées les iines avec les autres par \q gluten. 



DE Physiologie. j 

'VIL Les Fibres compofées qui le préfentenc 
naturellement dans le corps des animaux , y 
paroififent fous deux formes différentes. 

VIIL Les fibres de la première efpéce font 
linéaires^ c'eft- à-dire, ont la longeur dans un, 
très-grand rapport avec la largeur. Les fibrilles 
élémentaires dont ces fibres font compofées ^ 
font en ligne droite , & ordinairement paral- 
lèles avec les fibrilles voifines. Nous avons 
des 'exemples de ces fibres dans les os , & on 
les découvre très-facilement dans ceux du fœ- 
tus , dans les tendons , dans les ligamens & 
dans les mufcles. Nous avertiffons donc , une 
fois pour toutes , que l'on ne peut découvrir 
les fibres les plus petites 5 mais feulement celles 
qui font compofées de plus petites, & que les 
fibres compofées lont néanmoins femblables 
aux fibres fîmples. Les expériences que Mwis 
& Leuwenhoeck ont faites à l'aide du microf- 
cope , prouvent que les plus petites fibres muf- 
culaires font femblables aux grandes, & li- 
néaires de même que ces grandes. 

IX. Il y a une autre efpéce de fibres com^ 
pofées. Ces fibres font fouvent plus larges que' 
longues. C'efl à cette efpéce de fibres qu'on a 
donné le nom de Tissu cellulaire \ mais le 
nom de tiffu lui eft peu convenable. 

X. Le Tissu cellulaire eft compofé en partie 
de fibrilles , & en partie d'un nombre-infini 
de peti-tes lames , qui par leur diredion diffé- 
rente entrecoupent de petits efpaces , forment 
de petites aires , uniffent toutes les parties du 
corps humain , & font la fondion d'ua lieu 
large & ferme , fans priver les parties de leur 

Aij 



_4 E L i >vl E N s 

mobiliré. Au refte il y a une grande diverfîté 
dans ce tiflu , à raifon du folide aux aires, eu 
égard à fa largeur , à la fermeté de ies lames 
& à la nature du liquide plus ou moins 
aqueux 5 plus ou moins huileux , placé entre 
ces ftîèmes lames. 

XL Lorfque les petites lames de ce tiiTu 
s'uniffènt fortement , de font comprimées par 
l'aétion des mufcles & du liquide qui les étend , 
ou par toute autre caufe , ce tilîu ain(i ten^ 
forcé formée alors dans le corps humain des 
plans larges. Si ces plans font plus ou moins 
çn ligne droite , on les nomme membranes ; 
s'ils forment des cpnes ou des cylindres qui 
foient remplis de fluides qui y circulent , on 
leur donne le nom de vaisseaux : enfin s'ils 
environnent par des plans parallèles un el- 
pace quelconque , on les appelle gaines ou 
MEMBRANES prçpres, L'infpedion feule faiç 
vcfir que ces membranes font produites par le 
tifTu cellulaire , fur^-tout dans l'aorte & la 
dure-mere , après les avoir fait macérer ; la 
membrane propre des mufcles fi évidemment 
cellulaire Se femblable aux autres membranes y 
le péricarde qui dégénère dans les membranes 
cellulaires des grands vaiflTeaux du cœur , les 
membranes épaifles ôc dures qui fe formenç 
dans les tumeurs enkyftées ( dont le fiége eft 
uniquement dans le tiflu cellulaire), la dé-^ 
compofltion facile du Dartos , & de la mem- 
brane nerveufe des intefl:ins après les avoir 
foufllés , en fourniflent autant de preuves. 

XII. Les vâifleaux , qui colorent les mem- 
branes , ne font qu'un acceffoirç du tiffu cel- 



©£ Physiologie. 5 

lulaire , ne conftituent point la nature de la 
membrane , &c ne font que furajoiités à la 
membrane formée par le tiiïu cellulaire j en 
effet il refte dans les petites aires du réfeau 
que forment les vaiflfeaux des inteftins même 
gonflés d'injeclion , une membrane blanche , 
cellulaire, dont letendue furpaffe de beau- 
coup celle des vaiffeaux, lors même qu'ex- 
traordinairement dilatés, ils occupent une 
plus grande partie de l'efpace du réfeau. Je ne 
connois aucune membrane qui foitcompofée 
de fibres qui fe croifent, à moins qu'on ne 
regarde les fibres ligamenteufes & tendineu- 
ses comme des membranes, quoique ces fi- 
bres ne foient qu'étendues fur une vraie mem- 
brane* 

XIII. Ce tififu cellulaire s'obferve dans le 
corps humain, par-tout où il y a des vailTeaux 
ou des mufcles \ je dis par-tout, & je ne con- 
nois en effet aucun endroit qu'on en puifïe 
excepter. 

XIV. Ce ne font pas là les feuls élémens 
(n°. IL) des parties folides du corps humain ; 
il en eft encore un qui n'a la figure ni de 
fibre , ni de lame cellulaire : c'eft un g/uten 
épanché & épaiflî, non en fibres, mais dans 
les efpacôs que les fibres laiffent entr'elles. 
On le voit clairement dans les os dont les 
fibres très-diftindes dans le fœtus , font fépa- 
rées par les vaifleaux qui parcourent les efpar 
ces qu'elles laiffent entr'elles ; le crâne même 
alors a par-tout la figure d'un peigne : cette 
ftrudure eft tellement changée dans l'adulte, 
que le fuc qui s'épanche entre les interftices 

Aiij 



6 Élembns 

de ces fibres , s'y incorpore , & forme avec 

elles des lames. 

XV. La Nature paroît même avoir d'abord 
formé les premières fibres (n*^. III.) de cette 
colle ou de ce gluten. Les fibres cellulaires 
formées dans la poitrine par la concrétion 
de la vapeur de la plèvre, ou par du pus 
épaifîî 5 qui font adhérer la furface des pou- 
mons à la plèvre , & qui relfemblent parfai- 
tement au véritable tiflu cellulaire, font voir 
que c'eft ainfi que ce tilTu a été produit. La 
comparaifbn du fœtus à l'adulte nous fait voir 
la même chofe ; en effet dans le fœtus une 
humeur purement gélatineufe , fituée entre la 
peau & les mufcles qui onr alors plus de con- 
nftence , occupe la place des cellules fou- 
cutanées qui font les plus grandes de toutes 
les cellules dans l'adulte. Le placenta du fang, 
la membrane fanguine de Ruisch, la mem- 
brane muqueufe d'ALBiNus , le polype , la 
foie 5 la colle , &c. font affez voir que c*eft 
ainfi que la nature conftruit ces fibres. Les 
maladies dans lefquelles les os les plus durs , 
leur fuc gluant étant devenu liquide , rede- 
viennent cartilage , chair ôc gelée , prouvent 
que les fibres oifeufes ne font formées que 
par le gluten qui devient compad. On réduit 
de même en gelée ks os de poifibn & ceux 
de tou5 les autres animaux, dans la machine 
de Papin. 

XVI. Il paroît donc qu'un peu de terre mêlée 
avec une eau albumineufe , s'eft d'abord , au 
moyen de quelque prefiion dont nous omet- 
tons ici la caufe , formée en filamens : que 



diPhysiologie^ 7 

ces fikmens fe font attachés les uns aux autres 
par une attraâion mutuelle , en laKTant en- 
core entr'eux des efpaces pour former le tifTu 
cellulaire ; qu'ils ont acquis quelque confii- 
tance , & cela en conféquence de ce que leurs 
molécules terreftres fe font approchées les 
unes des autres à la fuite de Tévaporation de 
la partie la plus fluide du gluten \ que par- 
tout où les lames de ce tilTu ont été expofées 
à une plus grande preflîon, ce tilTu s'eft changé 
en fibres , en membranes , & enfin en os au 
moyeu du ^//^re/2 inorganifé (n°. XIV.) \ qu'en 
général les parties les plus molles , comme 
les plus dures ne différent en rien dans le 
corps humain , finon en ce que celles qui font 
dures 5 font compofées d'une plus grande quan- 
tité d^élémens terreftres , que ces élémens 
font plus rapprochés les uns des autres, & 
qu'il s'y trouve moins de gluten aqueux ; & 
qu'au contraire dans les molles , il y a moins 
de particules terreftres ^ & plus de gluten, 

CHAPITRE IL 

Du Tijju cellulaire & de la Graîffe, 

XVI I. J_j I Tissu cellulaire eft compofé de 
fibres & de lames, toutes folides {n°.X.) , 
fans cavités, & qui ne font point vafculeufes, 
quoique ce tiffu foit coloré par les vaif- 
feaux qui s'y diftribuent. Voici quelles font 
les variétés principales. Dans un endroit il eft 

Aiv 



t Élemïns 

lâche 5 compofé de lames longues Se diftantes 
les unes des autres y dans un autre il eft min- 
ce, & compofé de fibres courtes y il eft très- 
court entre la fclérotique & la choroïde, entre 
Ja membrane arachnoïde du cerveau & la 
pie-mere y délicat , mais cependant plus fen- 
éble, entre chacune des membranes des intef- 
lins , de l'eftomac , de la vefîîe y des uretères^ 
dans le poumon il forme véiicules. Celui qui 
fous le nom de gaine fuit la diftribution des 
vaifTeaux dans les vifceres , & fur-tout dans 
le foie & dans les poumons , eft encore com- 
pofé de filets plus longs. Son ufage principal 
eft de réunir les membranes ^ les fibres voi- 
fines, en leur laiflTant toutefois la liberté de 
fe mouvoir fuivant leur diftribution. Ce tiffii 
cellulaire dont nous avons jufqu ici parlé , ne 
contient prefque jamais de graifte , & il eft 
arrofé par une vapeur aqueufe , gluante ôc 
grallfeufe, qui s'exhale des artères , & qui eft 
reprife par les veines j c eft ce que font voir 
les injections d'eau , de coHe de poiftbn , 
d'huile , dans toutes les parties du corps : 
cette vapeur une fois détruite, les fibrilles fe 
réunifient , les membranes voifines fe con- 
iblident & perdent leur mouvement. 

XVIII. Le tiffu cellulaire qui fépare les 
libres mufculaires , & les diftingue jufques 
dans leurs derniers élémenis ; celui qui accom- 
pagne librement les vaifteaux êc les unit ; 
celui qui fe trouve dans les cavités des os , & 
qui eft compofé pareillement de lames ofteu- 
ies & membraneufes , eft plus lâche , & paroît 
plutôt eompofé de petites lames que de £- 



dePhysiologib. «; 

bres j enfin le tiiTu cellalaire placé fur la fu- 
perficie du corps, entre les muJfcles ôc la peau, 
eft le plus lâche. 

XIX. Lqs petites aires vuides de ce tifïu 
cellulaire (n^. XVIIl. ) , font prefque d'abord 
toutes remplies dans le foetus d'une humeur 
gluante ; à mefure que le corps croit , elles fe 
remplilTent d'une graifTe grumeleufe , qui 
enfin fe réunit en maflTe ; c'eft- à-dire, d'un 
liquide infîpide , inflammable , qui expofé à 
J'air froid , prend quelque confiftance , &c le 
coagule plus aux environs des reins , ôc dans 
les animaux qui vivent de végétaux, & moins 
dans d'autres parties , Ôc dans les animaux 
qui vivent de chairs, dans iefquels ce liquide , 
pendant leur vie , approche plus de la nature 
du fluide. Ce liquide contient un fel acide 5 
&c un fel lixiviel volatil joints â l'huile. 

XX. Les vaifleaux fanguins rampent de fe 
divifent par-tout dans ce tiflii cellulaire , ôc 
les extrémités des artérielles y dépofent de 
la graiiTe qui eft repompée par les veines. Ce 
chemin des artères aux cellules adipeufes 
eft fi proche & fi facile , qu'il eft néceflaire 
qu'il y ait là de plus grandes. ouvertures par 
où le mercure , l'air , l'eau , le gluten Ôc 
l'huile , qui dans l'animal vivant pafl^ent len- 
tement , puifTent être introduits. Cette graiffe 
ne fe fépare point à travers quelque long con- 
duit particulier , mais elle découle de toute 
part dans toute la longueur de l'artère j de 
forte qu'il ne fe trouve aucune partie du tiffu . 
cellulaire qui l'environne, qui ne foit humec- 
lée , lorfqu'oji remplit une artère d'eau. La. 

A V 



lO É L i ME N S 

graifTe fe fépare afTez vite , çc^nme on peut 
robferver dans rembonpoinr qu'on reprend 
en peu de tems après les maladies aigucs. 

XXI. Mais nous fçavons qu'elle eft repom- 
pée par^ les veines pendant les grands exer- 
cices , il propres à diminuer la graifTe , fur- 
tout dans les animaux trop gras , & pendant 
les fièvres qui confument la graifTe. La gué- 
rifon de l'hydropifie , dans laquelle l'eau ré- 
pandue dans le tifTu cellulaire Tort par le canal 
des inteflins , comme fi elle en avoit été re- 
pompée 5 & enfin l'écoulement qui Te Tait à 
travers la veine après qu on Ta injedée d'huile 
ou d'eau, indiquent aîTez comment la graifTe 
pafTe dans les veines. Les nerfs Te diflribuent- 
ils dans les cellules adipeufes ? Il efl certain 
qu'ils y pafTent & qu'ils s'y diflribuent par-tout 
en des filamens Ci petits , qu'il n'efl pas poili- 
ble de les y Tuivre dans la difTedtion ; c'efl 
pourquoi la graifTe efl inTenfible , & d'une 
nature non- irritable. 

XXII. Les intervalles des lames dû tifTu 
cellulaire Tont ouverts de tous corés , & les 
cellules communiquent tontes les unes avec 
les autres dans toutes les parties du corps. 
Cefl ce que nous font voir les Bouchers, 
qui 5 en infinuant de Tair par une ouverture 
faite à la peau , la bourfouflent dans toute 
l'étendue du corps, c'eft ce qu'on voit arriver 
dans l'emphyfeme , dans lequel l'air introduit 
par les crevafTes de la peau , Se après y avoir 
cté arrêté, occafionne un gonflement général 
dans toute la circonférence du corps ; & enfin , 
c'eft ce qu'on obferve dans les maladies dans 



DE Physiologie. ii 

lefquelles tout ce tiiru cellulaire eft rempli 
d'eau. Le hafard qui nous a fait voir que l'aie 
s'eft introduit dans l'humeur vitiée même de 
l'œil , à la fuite d'un emphyfeme , la mala- 
die daes laquelle l'humeur gluante de Thy-» 
dropifie s'eft répandue dans les corps caver- 
neux de la verge , démontrent qu'aucune par- 
tie de ce tiÊTu n'en eft exceptée. 

XXIII. On reconnoîtra l'importance de ce 
tiftu , il l'on fait attention que c'eft de lui que 
dépend la fermeté & la folidiié naturelle de 
toutes les artères , des nerfs , des fibres muf-* 
culaires , & par conféquent celle des chairs 8c 
dQS vifceres qui en font çompofés ; bien plus , 
la configuration des parties , les plis , les cel- 
lules , les courbures dépendent du tiftu cel- 
lulaire , plus lâche dans certaines parties, 6c 

^plus ferré dans d'autres. Il compofe tous les 
vifceres , les mufcles , les glandes j les liga- 
mens Ôc les capfules , de concert avec les vaif- 
feaux , les nerfs , les fibres mufculaires & ten- 
dineufes , dans la compofition defquels il 
entre néanmoins en grande partie. En effet, il 
eft conftant que c'eft au tilTu cellulaire feul , 
_c eft- à-dire, à fa différente longueur , à fon 
plus ou moins de tenfion , à fa plus ou moins 
grande quantité , & à fa proportion , qu'on 
doit rapporter la diverfité des glandes &c des 
vifceres Enfin la plus grande partie du corps 
en eft formée, puifque le corps n'eft pas entié- 
lement compofé de ces filets cellulaires. 

XXIV. La graifTe a différens ufages. Elle 
facilite le mouvement des mufcles, elle en 
diminue le frottement , elle les empêche de 

A iv 



12 ^ ^ É t i M E K S 

devenir roides , elle lemplit l'efpace qui fe 
trouve entre les mufcles ôc les parties voifînes 
des vifceres , de forte qu'elle cède lorfquils 
font en mouvement , Ôc qu elle foutient les 
parties qui font dans l'inaârion j elle accom- 
pagne les vailTeaux & les garantit ^ elle étend 
également la peau , elle lui fert de couffinec 
ôc l'embellit ; peut-être même fe mêle-t-elle 
avec les autres liqueurs , pour tempérer leur 
acrimonie. EUe eft la principale matière de la. 
bile. Elle fuinte des os à travers leurs cou- 
ches cartilagineufes , ôc fe mcle avec la fy- 
novie y elle s'exhale du méfentere , du méfo- 
colon^de l'épiploon , autour des reins. Elle- 
enduit pendant la vie la fuperiîcie des vifceres- 
d'une v^apeur molle ; & enfin <, en fuintant 
entre les parties , elle les empêche de fe coller 
enfemble. 

XXV. Pendant le fommerl , dans le tems- 
ue l'efprit & le corps font en repos, la graifTe 
e dépofe dans les cellules, & lorfqu'elle y eft 
en trop grande quantité , elle devient nuifî- 
ble, parce qu'elle comprime les veines, qu'elle 
lefifte au cœur, qu'elle rend fujet à" l'afthme ,. 
à l'apoplexie Se à l'hydropifie. Cette graifTe eft 
repompée dans les veines^, èc portée rapide- 
rnent par les artères. Un grand mouvement^ 
Jes veilles, l'inquiétude, la falivation , la 
iiévre, la font pafTer par les pores excréteurs y 
Se fi elle rentre dans le fang , elle augmente 
les maladies aiguës , elle teint les urines , de 
forme unp grande partie de leur fédiment ; 
cpuifée en peu de rems , elle fe renouvelle 
bientôt avec les bonnes humeurs. Dans les 



l 



DE P Hf y S ï O L 6 ô I E. ï^ 

cerps languifTans , les cellules , au lieu de 
graiflTe ^ ne font remplies que d'humeurs géla- 
tineufes ; c'eft-là ce qui produit Tanafarque , 
rhydropiiie ôc l'hydrocèle extérieur* 



CHAPITRE III. 

jDês Artères & des Veines^ 

XXVI. J_j E s Artères confîdérées toutes en- 
femble , ont des rapports en plufîeurs chofes. 
Ce font des vaiiTeaux d^une figure de cônes- 
allonges, qui vont en décroifTant à mefure 
qu'ils fe ramifient^ il n^n eft pas de même 
lorfque les artères parcourent quelque efpaee 
fans jetter ^qs rameaux , leurs parois ne s'ap- 
prochent pas il fenfiblement , elles devien- 
nent même peu â-peu cylindriques , ou leur 
diamètre ne diminue qu'imperceptiblement 
dans les rameaux capillaires , & dans tous 
ceux dont l'orifice n'admet qu'un globule à 
la fois. Lorfqu'une artère eft remplie , elle eft 
circulaire dans route fon étendue. Elles onc 
routes la bafe commune de leur cône dans l'un 
& l'autre ventricule du cœur. Le fommet diî 
cône eft , ou dans le principe des veines , ou 
dan^ celui de la partie cylindrique de Fartera , 
ou dans un vaifTeau exhalant. Ces vaifteaux 
paroiflenc fe dilater dans certains endroits , 
&ils deviennent certainement plus gros , lorf- 
qu'ils font remplis & diftendus par une injee- 
âen de cire , peut-être cela vieni-il du Païen- 



T4 Élémens 

tiftement que fouffre rinjedion qui alors di- 
late cette partie de l artère davantage que tout 
le refte de fa longueur ^ nous en avons des 
exemples dans lartere vertébrale au-delTous 
du crânes dans l'artère fplénique, dans la 
courbure des carotides , fuivant les expérien- 
ces de Cowper , &, fi je ne me trompe j dans 
les artères fpermatiques. 

XXVIÏ. La MEMBRANE cxtcmc des artères , 
n'eft pas une membrane qui leur foit propre , 
& qu'elles confervent par-tout. La feule mem- 
brane externe de ces vaifTeaux vient de la 
plèvre qui les couvre dans la poitrine , du 
péritoine dans le bas - ventre. Quelque tifTu 
cellulaire plus épais, environne extérieure- 
ment les artères du col , du bras, de la cuiffè. 
Le péricarde qui embrafîié l'aorte de tous côtés, 
& qui fe répand fur le coeur avec ces vaif- 
feaux, difparoît peu après en fe confondant 
avec le tiifa cellulaire. La dure-mere fournit 
une gaine à la carotide à fon pafTage dans le 
crâne par fon conduit. Sa première & la vraie 
membrane extérieure de toutes les artères eft 
donc par- tout cellulaire , & adipeufe dans 
quelques endroits ,• comme dans le thorax. 

XXVIII. Ce tiiïu cellulaire eft plus lâche 
dans fa furface externe. Il eft coloré d'une 
infinité d'artérioles & de petites veines , & 
traverfé de nerfs aftez fenfibles. Il eft dans 
quelques endroits fi abondant , que les cou- 
ches extérieures ne paroiflfent pas appartenir 
a l'artère , & qu'il eft comme une autre mem- 
brane qui fe joint à celle t-»-? lartere \ c'eft là 
ce qu'on remarque dans les ancres da col. 



DE Physiologie. if 

dans les artères inguinales , dans les fous- 
çlavieres , dans les méfentériques , dans les 
cœliaques , dans les hépatiques. Ce font là les 
guaînes des artères que de grands hommesfonc 
Qbfervées. 

XXIX. Plus ce' tîlTu cellulaire eft intérieur 
6t proche de la cavité de l'artère , plus il eft 
denfe , folide & ferré. La macération fait voir 
que ce qu'on appelle la membrane tendineufe 
de l'artère , ne diffère en rien de la cellulaire, 
puifque les couches intérieures de cette mem* 
t>râne deviennent cellulaires. 

XXX. La partie de l'artère la plus intérieure 
& la plus proche de fa cavité , eft compofée 
en général de fibres prefque circulaires ^ car 
on doit obferver qu'il n'y a aucune fibre qui 
foit entièrement circulaire 5 mais queplufieurs 
réunies par leur extrémité repliée fur le côté , 
paroitfent former un anneau. Ces fibres, dans 
les plus gros troncs , font compofées de plu- 
jfieurs couches fenfibles par leur couleur rou- 
geâtre & leur folidité ; plus les vaiffeaux de- 
viennent petits, & plus elles font difficiles à 
découvrir. Sous cette membrane on en ^re- 
marque une autre cellulaire plus difficile à 
démontrer, dans laquelle s'épanchent les con- 
crétions plâtreufes , lorfque Tartere s'oiîifie. 

XXXI. La membrane intérieure de l'artère 
eft unie & polie par le courant du fang \ elle 
rêvet par-tout les fibres charnues qui d'elles- 
mêmes ne font pas aflez continues , & empê- 
che que le fang ne s'infinue dans les efpaces 
qu'elles laiftent entr'elles. Elfe eft polie par- 
tout ôc fans valvules ^ quoiquon Voie quel- 



ié ^ É L é M E N s 

4ues plis dans certains endroits], vers l'origine 
des rameaux , où les loix méchaniques les 
exigent néceflfairement ; c'eft-là ce qu on ob- 
ferve dans les rameaux qui fortent de l'arcade 
de l'aorte. Cette membrane eft plus molle , 
lâche 5 ridée dans les artères des vifceres , 3c 
elle eft prefque friable dans le conduit artériel. 

XXXII. Les artères ont aufïi leurs artères , 
êc on les remarque fur-tout dans la fuperiicie 
externe de leur membrane cellulaire j elles y 
viennent de part ôc d'autre de petits troncs 
artériels voiiîns qui y font en grand nombre, 
fe ramifient êc y forment des réfeaux. Elles 
font toutes fort petites , & on les découvre 
en plus grand nombre dans le fœtus , même 
fans le fecours de l'injection. Les nerfs def- 
cendent dans toute la longueur de la fuper- 
ficie de l'arrere ôc fe perdent dans la mem- 
brane cellulaire , comme on le remarque dans 
, la carotide interne & externe , & dans l'ar- 
cade de l'aorte. L'artère ne tient-elle point de 
là une force contraciile & Jpafiique ^ différente 
de fa fimple élafticité ? Les fièvres & les dé- 
faillances, la paralyfie avec atrophie, les affec- 
tions de l'ame, ne prouvent-elles pas quel- 
que chofe de femblable ? mais l'artère eft in- 
fenfible , & n'a point d'irritabilité remar- 
quable. 

XXXÏII. Les artères coupées par un plant 
perpendiculaire à l'axe de leur diredion , 
préfentent un orifice rond, puifqu'elles font 
claftiques. C'eft la pourquoi les hémorragies 
des petites artères, même des dents , devien- 
»em mortelles. Il eft vrai que l'aorte dans la 



Di Physiologii. 17 

poitrine 5c dans le bas-ventre , la carotide au 
col 5 & d'autres artères dans le cadavre , pa- 
roifTent applanies lorfquelles ne font pas 
dilatées , cependant l'injeélion les rétablit 
dans leur état naturel de rondeur. Bien plus , 
l'artère abandonnée à elle-même comprime 
fortement par fon refîbrt le doigt qu'on y 
introduit dans l'animal vivant. Elle cède à 
l'effort du cœur j mais bientôt le cœur fe 
relâchant y elle fe contracte , & elle reprend 
fon premier diamètre ; c'eft-U le pouls j donc 
l'explication complette foppofe l'hiftoire du 
cœur. Qu'il fuffife donc pour le préfent de 
dire que toutes les artères battent , quoique 
le mouvement dévoie ôc àe dhijlole, fifen- 
fible dans les grandes artères , ne le foit point 
dans les petites ; les pulfations font néan- 
moins très-fortes dans les plus petites , lorf- 
que le mouvement du fang eft un peu aug- 
menté , coititne dans rinflâmmation* 

XXXIV. Les artères ont allez de force , 
mais fi le tifTu épais êc dur de la membrane 
cellulaire externe refufe de fe prêter à la force 
qui les dilate, elles fe rompent facilement, 
Ôc prefque plus facilement que les membra- 
nes de la veine. C'eft - là une des caufes de 
l'anévryfme. Les membranes des troncs des 
artères font prefque par -tout plus foibles , 
proportion gardée, 8c celles des rameaux plus 
Fortes ; de forte que l'effort du fluide produit 
un plus grand effet fur les troncs , Se un 
moindre dans les extrémités. C'eft^encore là 
pourquoi les anévryfmes font plus ordinaires 
aux environs du cœur. La force des artères de 



ï8 É L E M E N s 

des veines eft plus grande vers les pieds. 

XXXV. La nature a mis par-tout les artères 
a couvert , parce que leur blefTure ne pouvoit 
être fans danger dans les plus petites , &c 
fans la perte de la vie dans les plus grandes. 
Plufîeurs petits troncs courts fe rendent à la 
peau. Les plus grands troncs couverts par la 
peau ôc les mufcles , rampent le long des os. 

XXXVL II part de chaque tronc artériel 
des rameaux qui fe divifent & fe fubdivifent 
en d'autres plus petits , dont on ne peut pref- 
que découvrir la fin. Les orifices de deux ra- 
meaux produits par un tronc , pris enfemble , 
font toujours plus grands que celui du tronc 
dans la raifon de i ai, à-peu-près , ou un 
peu moins. Tous les troncs s clargiffent au- 
delTous de leur divifion. Les angles fous lef- 
quels les rameaux fortent de leur tronc , font 
prefque toujours aigus , demi-droits, ou ap- 
prochant , angle fous lequel il eft démontre 
dans les mécaniques que les corps font poufTés 
plus loin. Nous avons cependant des exem- 
ples de rameaux qui fortent de leur tronc fous 
des .angles droits ou environ , tels que les 
artères lombaires &'les intercoftales. D'autres 
ïameaux font rétrogrades , telles font les ar- 
tères coronaires du cœur , les artères fpinales 
produites par les vertébrales , & des rameaux 
des artères brachiale & tibiale. Cependant la 
plupart des rameaux qui paroiffent rétrogra- 
des 5 forment dans leur origine un angle aigu 
avec le tronc qui les produit ; tels font l'ar- 
fere pharyngée afcendante , la palatine def- 
çendante , les ombilicales éc les mammaires» 



DE Physiologie. 19 

Au refte , il eft plus fréquent de voir les 
grands rameaux fortir de leur tronc fous un 
angle plus petit , & les plus petits fous de 
plus grands angles. On voit rarement deux 
grandes artères concourir enfemble pour ne 
former qu'un feul tronc j on en a néanmoins 
un exemple dans l'artère bafilaire formée par 
le concours de deux vertébrales. Les artères 
forment encore des contours en diftérens en- 
droits 5 en forte qu elles femblent ramper au- 
tour d'une ligne droite ; cette difpofition eft 
particulièrement remarquable dans les parties 
dont le volume peut augmenter beaucoup, 
comme les gros inteftins , la matrice, la face, 
la rate. La divifîon en rameaux , plus larges 
que le tronc , diminue la vélocité du fang. 
Ainfî les grands angles des rameaux , avec leur 
tronc 5 la flexion répétée , font qu'une artère 
peut beaucoup s'allonger par une médiocre 
diftenfiop. 

XXXVII. Les artères communiquent très- 
fréquemment enfemble , par des rameaux 
intermédiaires. Une artère jette un rameau 
qui communique avec un femblable rameau 
que poufl^e l'artère voifine , ôc ces deux ra- 
meaux unis enfemble ne forment qu'un feul 
tronc ; c'eft la ce qui s'obferve dans les grands 
troncs des artères méfentériques , dans les 
moyens des artères émulgentes & utérines , 
ôcc, & par tout dans les plus petites , de fort$ 
qu'il n'y a aucune partie du corps dans laquelle 
les troncs artériels voifins , du même nom , 
ou qui en ont un différent, ne communiquent 
par des rameaux intermédiaires. On a dans 



2© E L i M E N S 

l'œil lexemple d'un anneau formé par des 
artères divergentes fur les parties latérales , dC 
qui reviennent fur elles-mêmes. Les artères 
fe terminent par des artérioUes qui font cy- 
lindriques ou fort approchantes de cette fi- 
gure. Ces artériolles pouffent , proportion 
gardée , un plus grand nombre de rameaux 
dans la même longueur, & ces petits rameaux 
forment ordinairement un réfeau , parce que 
chaque rameau s'anaftomofe par des rameaux 
plus petits avec ceux qui l'approchent. C'eft-là 
ce qu'on voit dans toutes les membranes. Aa 
moyen de cette ftruéture, quoiqu'il y ait quel- 
que point d'oblèrudion ^ le fang peut arriver 
Î^ar toutes les artères voifines aux rameaux de 
'artère obftruée ^ la gangrené ôc les engorge- 
mens arrivent plus difficilement ; les obftruc- 
tionsfedilîîpent avec moins de peine, le fluide 
étant repouifé vers le tronc le plus étendu. 

XXXVIII. Hnfîn, la plus petite artériolle fe 
termine ôc fe continue dans la plus petite 
veine ; la dernière artériolle , pour cet effet , 
ou fe réfléchit fur elle - même , pour former 
l'extrémité d'une veine au-defiTus de l'angle de 
réflexion , ou , fî 'elle fort à angle droit de 
l'artère qui l'a produite , elle fe termine dans 
le rameau veineux qu'elle rencontre fous le 
même angle. C'eft ce qu'on a obfervé à tra- 
vers le microfcope. Ces vai fléaux font de 
diamètre à recevoir tantôt un, tantôt plufleurs 
globules. 

XXXIX. On ne trouve point de pareils 
réfeaux dans les vifceres , mais on obferve 
dans les vaiffeaux de ces vifceres une ftruc* 



DE Physiologie. ii 

tare togxô-dijfferente : ce font des rameaux 
Jefbenâans tous enfemble parallèlement à 
leur tronc , & qui paroi ifent former des pin- 
ceaux, des ^rSrifleaux, d^s zigzags , des 
houpes ôc différentes figures , fuivant les dif- 
férentes fondions de chacun de ces vifceres. 

XL. Les artères fe terminent encore par 
des vaiiïeaux d'un plus petit genre , qui quel- 
quefois font continus aux artères , Ôc qui font 
eux-mêmes de véritables troncs , par rapport 
aux rameaux qu'ils produifent. Suivez l'artère 
ophtalmique , les artères qu'elle poulie à la 
choroïde , le cercle de l'uvée , les artères dé- 
colorées de l'iris , Ôc même les rameaux rou- 
ges de cette artère qui forment un réfeau dans 
la conjonctive , ôc vous y trouverez des 
exemples de cette terminaifon des artères, 
où les inflammations font voir que le réfeau 
de la conjondive, quoique tranfparent, eft 
néanmoins une continuité des artères. Ce qui 
le prouve encore , ce font la rougeur & le 
gonflement des parties relâchées par la vapeur 
êc la ventoufe, &c l'expérience queLiEBERKHUN 
a faite fur les grenouilles avec le microfcope, 
au moyen duquel il a vu les globules déco- 
lorés de l'artère rouge , pafler dans un vaif-* 
f^au latéral. Les conduits urinaires font auffî 
continus aux î»rteres rouges. Cette difpofîtion 
des artères faitaffezfentir comment la liqueur 
rouge eft facilement poufTée dans les plus pe- 
tits yailTeaux. 

X LI. Dans d'autres endroits, certains vaif- 
feaux plus petits paroiffent fortir latéralement 
des troncs de la plus petite artère rouge, com- 



11 ^ L â. M E N s 

me des rameaux plus petits que le tronc. C'eft 
là le cas dans lequel les vaiifeaux excréteurs 
fe remplirent difficilement. Peut -on foup- 
çonner cette ftruéture dans la plupart des 
glandes &c des vifceres qui fervent aux fécré- 
tions, 3c par lefquels la liqueur pafTe avec 
plus de difficulté des artères dans les conduits 
excréteurs. 

XLII. Les artères fe terminent encore 
d'une autre façon , par un canal exhalant. C'eft 
ain(î qu'elles finilTent très-fréquemmei^t dans 
prefque toutes les parties du corps , dans la 
peau 5 dans les membranes qui ferment quel- 
que <:avité , dans les ventricules du cerveau , 
dans les deux chambres de l'œil , dans les 
cellules adipeufes Ôc les véficules pulmonaires. 
La cavité de l'eftomac , celle des inteftins , Se 
de la trachée artère, font remplies de ces artères 
exhalantes : l'humeur que ces artères exha- 
lent eft fine, aqueufe , gélatineufe ^ 6c par 
fon féjour , fa congeftion , fon abondance , 
elle fe change en une lymphe aqueufe , qui 
peut fe coaguler dans les maladies ou après 
la mort. La fueur aqueufe qu'on imite fi fa- 
cilement , en remplilTant les artères , en eft 
une preuve. Le fang même , au lieu de cette 
vapeur fine , s'extravafe naturellement dans 
certaines parties , comme dans le cœur , dans 
les cellules de la verge , de l'uréthre , du cli- 
toris , des papilles des mammelles des fem- 
mes. Toute fécrérion qui fe fait dans les glan- 
des ou dans les cryptes n'a-t-elle pas quelque 
affinité avec ce qui fe paiTe dans les vaiffeaux 
exhalants ? 



-\ 



DE Physiologie. i^ 

XLIII. Tous les vaiffeaux dans le corps hu- 
main j produits par les rouges, mais qui cha- 
rient une humeur plus fine que le fang , pro- 
duifent-ils d'autres canaux qui donnent naif- 
fance à de plus petits encore ? Ce nouveau 
fyftême de vaiiFeaux, tel que de grands hom- 
mes l'ont propofé , paroît n'être pas fans 
exemples. Il eft très-probable qu'une vapeur 
aqueufe eft^fèp^rée des petits vaifTeaux que 
pouifent les artères décolorées de l'iris ; il eft 
prefque certain que les vaifTeaux rouges de la 
fubftance corticale féparent , par le moyen 
d'un autre genre de vaiifeaux, le liquide qui 
coule dans la fubftance médullaire. L'éréfi- 
pele , ou l'inflammation produite par les glo- 
bules jaunes , engagés dans les plus petits 
vaifTeaux jaunes, préfentent la même idée. 

XLIV. Ya-t-ilen conféquence àcs vaifTeaux 
artériels jaunes du fécond genre , qui produi- 
fént les vaifTeaux lymphatiques du troifiéme 
genre , defquels naifTent par degrés les vaif- 
Teaux d'un plus petit genre ? Le pafTagefacile 
du fang j du mercure, de la cire dans les 
vaifTeaux exhalans , tranfpirans , adipeux , 
urinaires dans les cellules du poumon ; la 
facilité afTez grande avec laquelle le fang pafTe 
dans les vaifTeaux labiés , lymphatiques, la- 
crymaux, où il ne paroît pas qu'il dut pafTer, 
s'il avoit à traverfer quelqu'autre fyftême de 
vaifTeaux intermédiaires, d'un moindre dia- 
mètre que ces globules , font contraires â 
cette opinion : d'ailleurs lerallentifTement du 
liquide, dans les vaifTeaux du troifiéme genre 
qui deviendroic continuellement plus grand 



i4 Élémens 

dans les plus petits , empêche d'adopter ce 

feiitiment, 

XLV. Les veines refTemblent aux artères en 
pluiieurs points. Elles ont comme elles leur 
bafe au cœur , leur fommet à l'extrémité de- 
,^ chaque rameau dans toute la circonférence 
du corps. Le foie feul fournit un exemple 
d'uae difpoiition différente. Elles accompa- 
gnent aulii les artères , leur font parallèles & 
adolfées dans plufieurs parties , mais elles 
différent en bien des chofes. 

XLVL Les Veines font minces , unies par- 
tout , difficiles à féparer en plufieurs mem- 
branes , & on y remarque peu d'endroits oii 
on puilTe faire voir des fibres mufculaires. 
Quoiqu'elles foient minces , elles onc cepen- 
dant aifez de folidité, & elîes ne crèvent pas 
facilement lorfqu'elles font gonflées d'air. Plu- 
fîeurs exemples nous confirment qu'elles font 
plus fermes que les artères , fi on veut en 
croire les expériences qu'on a faites à cefujer. 
Elles fe rompent cependant plus fréquemment 
pendant là vie, comme il eft prouvé par des 
maladies des jambes 5 des bras Se du vifage* 
Elles ne fe foutie-nnent pas , lorfqu'elles font 
coupées , mais elles s'afFaiiTent, ôc l'ouverture 
qu'elles préfentent eft comme une fente , fi ce 
n'efl: lorfqu'elles font foutenues par quelque 
tiffu cellulaire plus ferme qui les environne, 
comme on le voit dans le foie, dans la matrice. 
Elles font médiocrement irritables ; & fi on les 
ftimule avec quelque préparation chymique , 
©lies fe refferrent plus (jue les artères Elles ne 

battent 



DE Physiologie. iç 

barrent poinc, fi ce ii'eft ioifqu'il s'y fait obf- 
trucbion , ou dans les moribons , lorfque le 
iang eft poLiiré de l'oreillette droite du coeur 
dans les veines caves. 

XL VII. Les veines font plus amples que les 
artères j leurs diamètres font doubles , triples 
Se prefquè quadruples vers le iîége des vaif- 
feaiix des reins Se dans les vailTeaux des reins. 
Elles différent par- tout dans leur divifion^. 
elles ont des troncs plus nombreux : on ea 
trouve fouvent deux dans les extrémités , 
pour une artère. Les grands rameaux des 
veines font plus entrelacés Se s'anaftomo- 
fent plus fréquemment Se plus visiblement , 
Se cetre anaftomofe a lieu , non - feulement 
entre les petits , mais même entre les grands 
vaiiTeaux , entre les veines voifines, entre les 
droites Se les gauches , les fupérieures Se les 
inférieures. Elles parcourent particulièrement 
la fuperficie du corps , Se les cutanées fe por- 
tent au loin fur le col , la tête Se les extrémi- 
tés , ce que font très - rarement les artères 
dont elles s'éloignent par cette difpofition. 
Les veines fuivent alors la fuperficie fans êtra- 
accompagnées de l'artère qui s'enfonce avec 
quelque petit rameau de veines. Les veines Se 
les artères marchent ordinairement réunies 
dans les plus petits rameaux, dans les réfeaux 
membraneux Se dans la ftrudure interne des 
vifceres. Elles font ordinairement moins tor- 
îueufes. 

XLVIII. Les veines tirent, comme nous Ta- 
vons dit , leur origine des artères. Continues 
avec elles , elles partent des plus petites par des 
IPart, B 



I 

2(> E L E M E N S 

rameaux qui s'y infèrent, & qui leur donnent 
nailfance en fe réfléchifTanr.Ceîles qui viennent 
des veines des plus petits genres , ou leur font 
continues, ou font leurs racines , ou des canaux 
acceiïbires, comme on le voit dans lesvaif- 
feaux lymphatiques & le canal thorachique. 
D'autres prennent leur origine des veines ab- 
forbantes de toute la fuperficie du corps ou 
des cavités de l'œil , des mteftins , de la poi- 
trine 5 du péritoine , du péricarde , àt% ven- 
tricules du cerveau. C'eft pourquoi il eft facile 
d'imiter dans tout le corps humain le fuinte- 
ment des veines , au moyen d'une injedtion 
d'eau poulTée par leur tronc; de là vient la 
continuelle rofée d'eau , de gelée & d'huile 
de la veine porte dans la cavité des inteftins \ 
mais cette vérité fera plus amplement expli- 
quée en fon lieu. 

XLIX. Les veines qui fortent de quelque 
membrane cellulaire font peu différentes , & 
elles rapportent dans la malfe du fang les 
eaux des hydropiques , la vapeur qui arrofe 
Tes parties , & la graifTe lorfqu'elle eft di (Toute ; 
elles reprennent le fang des cellules de la 
verge , du clitoris , des papilles mammaires, 
lorfque l'adion de ces parties eft calmée. Il 
eft probable que ces veines s'entrouvent dans 
toutes les glandes dans lefquelles une humeur 
fine , qui doit y être répompée, abandonne 
le refte de la mafte le plus épais , comme on 
î'obferve dans la bile, la femence &le mucus. 

L. Les expériences démontrent ^ue les vei- 
nes des moindres genres , de même que les 
artères, font femblables aux rouges. Tels font. 



DE P H Y S I OX O G I E. 17 

par exemple , quelques troncs des veines de 
i'iris & de la conjonctive de l'œil , qui (ont 
tranfparens en fancé. Les plus grandes de tou- 
tes 5 les plus proches des rouges , & qui font 
plus vilibles que les petites artères , font appel- 
lées vaijjeaux lymphaùcju es. Nous ^n parlerons 
lorfqu'il fera queftion des veines lactées. 

LI. On obferve dans la plus grande partie 
du corps humain des veines remplies d'une 
liqueur rougeâtre , tirant fur le jaune , Se qui 
s'épaidit au feu , ou piefque rranfparentes , 
compofées d'une membrane tendre, irritables 
par les liqueurs acres , parfemées de valvules 
dans toute leur longueur, qui les font paroître 
pleines de nœuds lorfqu'eiles font gonflées j 
elles s'anaftomofenc infenfiblement les unes 
avec les autres , & elles aboutiffent toutes , ou 
du moins en grande partie , au canal thora- 
chique. Elles rencontrent dans leur route un 
genre particulier de glandes conglobées, elles 
y entrent, elles y font la fonction d artères par 
rapport à la convergence de leurs extrémités 
coniques , & elles s'y divifent en petits ra- 
meaux : elles en fortent pour fe raffembler 
dans d'autres petits troncs. On les a obfervées 
fur la fuperficie des vifceres du thorax & de 
l'abdomen , particulièrement dans les ani- 
maux ; dans la partie inférieure de la face , 
dans les mufcles de la langue Se aux environs 
^ du col , à la partie des extrémités fupérieures 
la plus proche du tronc , jufqu'au plis du coude , 
dans toute la longueur du médiaftin antérieur 
& poftérieur , & par-tout où on a trouvé dos 
glandes -conglobées , dans le col & dans le 

Bij 



iS É L É M E N s 

thorax , dans toute la région lombaire conti- 
gue à l'aorte , dans le méiocolon , le badin , 
les vaifTeaux du teflicule , & à fa fuperhcie , 
dans les extrémités inférieures, en nn mot , 
par-tout où il fe trouve des glandes conglobées. 
Y en a-t-il dans d'autres parties? Trouve- t-on 
de /emblables vai(Teaux par-tout, & dans le 
cerveau, les yeux, les mains, les pieds, le dos, 
la. face antérieure du péritoine ? On n'a pas 
encore fait alTez d'expériences dans l'homme, 
ou du moins elles ne font pas en afifez grand 
nombre pour le certifier. On les rencontre par- 
tout fur la fuperficie des vifceres , Se aux envi- 
rons des vaifTeaux rouges de la grande efpèce. 

LII. Les valvules font deux à deux comme 
de petites voiles demi- circulaires , qui cèdent 
au liquide qui vient au grand tronc, & lailTent 
le paflTage libre en s'appliquant aux parois. Ces 
mêmes valvules, la liqueur refluant d'un canal 
plus large dans des canaux plus étroits ,. fe 
gonflent, s'étendent & bouchent le paflage. 

LUI. Ces valvules font en très-grand nom- 
bre dans les veines fanguines. Elles ,entrecou- 
pent un efpace vclairc avec les parois de la 
veine , dont la parois extérieure eft la veine 
elle-même , & l'interne efl; formée par la val- 
vule dont la convexité s'élève dans le tuyau de 
la veine. La bafe de l'efpace parabolique , ou 
l'entrée de la cavité valvulaire des veines, re- 
garde toujours le cœur. On en trouve dans 
toutes les veines foucutanées , dans celles des 
extrémités , dans les veines du col , de la face , 
de la langue , dans celles de la verge , à l'en- 
trée des grands rameaux, deux, trois, quatre. 



DE Physiologie. i^ 

jufqu'a cinq, Ôc une dans les rameaux les plus 
pecits. Il n'y en a aucune dans Jes veines des 
grands vifceres , dans celles du cerveau , du 
poulnion 5 du cœur, du foie, c^^ans tout le 
îyftême de la veine porte , des rfeins , de la 
matrice , a lexceptioii d'une ou deux qui fe 
trouvent dans la veine fpermatiqué j enfin il 
ne s'en trouve aucune dans les petites veines 
dont le diamètre n'a pas une ligi^e. On en 
trouve rarement dans Tazigos. Y en |i-t il dans 
l'embouchure des veines , du Foie , (jles reins ? 
J'y ai feulement remarqué quelques rides. 

LIV. Les valvules des plus petites veines 
font folitaires , oblongues , & forrqent partie 
d'une parabole plus étroite ^ elles font d'au- 
tant plus longues , que le rameaii eft plus 
petit, & elles paroilTent plus propres â s'op- 
pofer au reBux du fang. 

LV. L'afage commun de ces valvules eflde 
déterminer vers le cœur toute la preiîion , de 
quelque part que les veines la reçoivent , tan- 
dis qu'elles empêchent le fang , auffi-tôt qu'il 
a enfilé le tronc , de rétrograder dans leurs 
rameaux. En effet, les efpaces velaires étant 
ouverts en haut vers le cœur , le fang y entre 
ôc les étend ; ainfi la partie libre de ces val- 
vules qui s'élève vers l'ouverture de la veine 
s'approche de l'axe jufqu'a ce qu'elle rencontre 
fon oppofite ôc qu'elle ferme le tube. L'air 
qu'on y iniinue , la ligaturé Se l'injeâiion le 
prouvent. Et en effet , on ne fera jamais faci- 
lement entrer un liquide dans les veines à l'op- 
pofire de leurs valvules ; elles n'en bouchent 
pas d la vérité entièrement la capacité , mais 

' . Biij 



30 Élemens 

elles la ferment en grande partie. 
. LVI. Il paroît qu'un autre ufage des valvu- 
les eft de foutenir le poids du fang , d'empê- 
cher que la colonne fupérieure ne pefe fur 
l'inférieure , ôc que le fang qui monte par les 
troncs ne réfifte d celui qui s'élève par les ra- 
meaux ^ car s'il arrive que , par le mouvement 
ralenti du fang , fon poids ait un plus grand 
rapport au mouvement imprimé , Se que 
quelque partie de la colonne du fang com- 
mence à fe mouvoir en bas ; emportée par fon 
poids 5 la valvule la plus proche foutient cette 
colonne , Se en garantit celle qui doit la fuc- 
céder ; elle donne le tems à quelque mufcle 
voifin de venir par fes fecouifes à fon fecours. 
Se de faire avancer la colonne du fang. C'eft- 
là la raifon de la fituation des valvules dans 
les veines àes extrémités Se du col ; elles font 
dans ces endroits en plus grand nombre Se 
plus fortes qu'ailleurs. Ceft aulli là ce qui 
caufe ks varices , parce que le fang alors en- 
gagé dans les valvules les pouffe en bas , Se le$ 
oblige de defcendre Se de fe dilater. 



DE Physiologie. 31 



CHAPITRE IV. 

Du mouvement du Sang dans les Artères & 
dans les Feincs 5 ou de la Circulatiou, 

LVII. L ES altères & les veines, que nous ve- 
nons de décrire , font remplies de fang ou de 
lymphe. Le fang ( de la nature duquel nous 
parlerons , lorfqu il s'agira des fécrétions ) eft 
rouge, & remplit les vaiflTeaux qu'on nomme 
vulgairement artères & veines, que nous ap- 
pelions ro/z^dj- ou du premier genre ^ Se qui ont 
leur origine au cœur. Le fang remplit ces vaif- 
féaux pendant la vie, de forte que tantôt il ne 
les étend que lâchement & imparfaitement, 
tantôt il les remplit très-fort & les gonfle. Les 
veines font très - remplies de fang après la 
mort , néanmoins les plus petites veines fe 
trouvent quelquefois remplies d'air , fur- tout 
long-tems après la mort. Les artères au con- 
traire ne contiennent ordinairement dans le 
cadavre qu'une petite quantité de fang. 

LVIIL Le fang circule rapidement dans tous 
les vaifleaux pendant la vie : ce qui le prouve, 
ce font les blefTures defquelles il s'écoule 
promptement jufqu'à la mort , autant de fang 
qu'il en faut pour la vie ^ & cela arrive pref- 
que fur le champ , lorfque de grandes artères 
font ouvertes *, quelquefois même l'ouverture 
des petites produit de fembiables accidens, 

Biv 



$1 Élimins 

qui font rarement la fuite de celle des veines, 
à moins qu'elles ne foient très-grandes. On a 
cependant des exemples d'hémorragies mor- 
telles à la fuite de l'ouverture de la veine an- 
gulaire de l'œil , de la ranine. Enfin les expé- 
liences qu'on a faites fur les animaux vivans , 
nous ont affez alTurés du grand mouvement du 
fang, fur-tout dans les artères. Lefangdansles 
grandes artères parcourt avec une très-grande 
viteiïe , dans la première minute , entre 74 
& 149 pieds. Il fe meut au moins 2.0 fois plus 
lentement dans les plus petites. Le fang a dans 
les grandes veines un mouvement plus lent 
que dans les artères , à proportion que le dia- 
mètre des artères eft plus petit que celui des 
veines , ôc il l'eft prefque du double ou du 
triple. C'eft pourquoi une veine étant com- 
prniiée &c enfuite relâchée , le fang eft poulfé 
d'une valvule vers l'autre. 

LIX. Ce mouvement alfez uniforme dans 
les veines, eft alternativement plus grand dans 
les artères , de forte que tantôt le pouls s'é- 
lève , tantôt il s'abaifte. Cela eft feniible dans 
les animaux vivans. 

LX. Voici par quelles expériences on a dé- 
couvert la direction du mouvement du fang 
dans les vaiiïeaux fanguins. 1°. Il eft certani 
que les veines &c les artères communiquent 
cntr'elles, puifque tout le fang eft fouvent 
forti par l'ouverture d'une petite arrere , juf- 
qu'A caufer la mort Se la pâleur des chairs ; & 
ce fang n'eft pas feulement celui de la partie 
bledée , mais de tout le corps. On a vu ces 
uiftes accidens à la fuite de l'ouverture de 



DE Physiologie. 55 

l'arrere interne des narines, des gencives , du 
doigr, des denrs , d'un pore cutané , du point 
lacrymal , de la plaie des ventoufes , de la 
morfure des fangfues. Il doit donc y avoir des 
voies par lefquelles le fang pafife continuelle- 
ment du ryllême des veines dans celui des 
artères. 

LXI. 1°. La ligature des artères fait voir que 
le fang coule du cœur fufques dans leurs ex- 
trémités. En effet , quelque artère que l'on 
puiflTe lier , elle fe gpnfle entre la ligature Se 
le cœur , elle s'affailîe entre fon autre extré- 
mité êc cette même ligature. Les artères trop 
éloignées du cœur ne battent point , ni ne 
laiifent point écouler le fang lorfqu'elles font 
ouvertes. La maladie 5 les tumeurs qui com- 
priment les vaiifeaux , l'anévrifme qui inter- 
rompt le mouvement du cœur , produifent le 
même effet que la ligature , ôc enfin tout ce 
qui peut' s'oppofer au cours du fang dans 
quelque artère que ce puiffe être. On en a fait 
des expériences fur la plupart des ;irteres. 

LXII. On n'a pas d'abord bien connu le 
mouvement du fang dans les veines , & toute 
l'antiquité a été perfuadée que le fang couloir 
du cœur dans les veines, ou certainemîit du 
foie dans toutes les parties. Il en eft peu qui 
aient fenti cette erreur ^ il eft bien vrai que 
plufieuis ont connu le pafîage du fang dans 
l'aitere pulmonaire , dans la veine du même 
nom , Servet , Colombus , Valverda , 
Jean Langius , Lembergius , Pigafetta , 
Arantius ,H. Conringius, Mercatus , 

PLAT£RyS , SpIGELIUS , C. HOFFMANN , ÔC 

Bv 



54 É I i M E N s 

même Galien , Tont reconnu. Il en eft peu 
qui ayent eu connoiflance de cette circulation 
dans la veine cave : Cisalpin eft peut-être 
le feul 5 & Vesale dans un cas particulier 
extrêmement rare , & peut-être encore Hel- 

FRICUS DiETERICUS. 

LXIII. Les expériences d'HARVEY ne laif- 
fent plus aucun doute fur le mouvement du 
fang qui revient de routes les parties par les 
veines , & de là au cœur. Les valvules qui s'ob- 
fervent dans les veines, conduifent à cette vé- 
rité. Le foufïle , l'injeétion de cire , introduits 
par l'extrémité de la veine la plus petite & la 
plus éloignée, pafTent très-promptement dans 
le cœur. Ces valvules s'oppofent au mouvement 
' de cette injection des gros troncs [ûqs veines 
vers leurs extrémités. Se ne cèdent prefque 
pas à moins qu'elles ne foient déchirées. Ce 
qui a lieu dans le mouvement de l'air , de la 
cire , du vif-argent qu'on y infînue , doit auflî 
être vrai par rapport au fang , la couleur du 
fluide qui y circule ne devant pas en changer 
la direétion. 

LXIV. Les valvules même du ventricule 
droit|du cœur fom difpofées de telle forte , 
que le fang , l'air ;, la cire , introduits par la 
veine cave , entrent dans ce ventricule. Se 
qu'elles ne laiffent rien fortir du cœur. 
. LXV. Les ligatures faites fur différentes 
parties dans l'homme vivant , pouvoient ren- 
dre ce fait évident. Si les veines du jarret, du 
bras , de la jambe éprouvent une ligature par 
art , ou par accident, le membre fe gonfle au- 
deffbus de la ligature , les veines font diften- 



DE Physiologie. ^5 

dues, s'enflenc , & étant ouvertes , foutnilTent 
le fang avec abondance. Cet effet ne s'obferve 
pas au-defTous de la ligature , & on n'apper- 
çoit aucune veine. Des vifcères fchirreux & 
des glandes gonflées], qui compriment la vei- 
ne , produifent le même effet.Les concrétions 
polipeufes occafionnent ordinairement des tu- 
meurs dans les grandesveines. 

LXVI. Les expériences faites fur les ani- 
maux vivans font plus exactes. On s'eft affuré 
par leur moyen , qu^après la ligature de quel- 
que branche, foit de la veine pulmonaire, 
foit de la veine cave , la partie de ces veines la 
plus éloignée du cœur fe gonfle toujours, que 
le fang retenu au-deflbus de lobftacle élargit 
la veine, & que cette même veine fe défenfle 
ôc pâlit au-defliis vers le cœur. C'eft de là 
qu'autrefois les anciens lioient les membres , 
pendant les hémorragies , pour y retenir une 
aflez grande quantité de fang pour conferver la 
vie , en empêchant que le fang de toutes les 
parties ne revînt au cœur & vers l'artère 
blefl^e. Enfin , Ci on lie les yeines Se les ar- 
tères , les veines s'affailfent , & elles fe rem- 
pliflent aulîi-îôt qu'on a lâché la ligatur^. 

XLVII. Il a été conftaté par la transfufl n 
que le fang néceflaire à la vie d'un animal _, 
introduit par la veine d'un autre animal dont 
on a tiré tout le fang, remplit fl bien le cœur, 
les artères ôc les veines de ce dernier , qu'il 
reprend vigueur , s'enfle Se fe trouve même 
attaqué de pléthore. C'eft donc ainfl que des 
différentes liqueurs injeélées dans les veines , 
les unes deviennent calmantes ôc alfoupiflan- 

Bvj 



3^ Elémens 

resdans le cerveau, émétiques dans l'eftomac , 
purgatives dans les inteftins , & coagulantes 
dans toutes les parties du corps , après avoir 
été portées au cœur , & de là dans les artères. 
LXVIII. L'injedion faite par un feul tronc 
artériel , remplit toutes les artères & les vei- 
nes ; ne s'enfuit-il donc pas de là que le fang 
palTe des artères les plus petites , de même 
avec aiïez d'aifance , dans toutes les parties 
du corps ; & fi on fefert d'une liqueur aqueufe 
êc coulante pour cette injedion , elle paflTe 
rrès-facilement dans la tête, le méfentere , le 
cœ,ur Se les poumons. 

LXIX. Enfin , on s'eft afifurc par les expé- 
rience faites à l'aide du microfcope fur les 
queues 5 les pattes 5 les méfenteres des lézards, 
des grenouilles , ôcc , que le fang pouffé par 
les artères vers leurs extrémités , eft porté , 
ou dans les veines continues à ces artères ré- 
fléchies fur elles-mêmes, ou dans des rameaux 
qui communiquent du tronc artériel dans la 
veine parallèle , &c qu'il revient par les veines 
dans la partie la plus proche du cœur. Cette 
circulation a lieu , tant dans les petites veines 
qui ne peuvent lailïèr paifer qu'un feul globule 
de fang, que dans celles qui font un peu plus 
grandes, & par lefquelles il en paife alors 
deux. On ne peut découvrir dans aucune par- 
tie aucune matière fpongieufe ni aucun pa- 
renchyme entre les veines & les artères j c'eft 
ce que confirment le microfcope , èc fur- tout 
i'injedion qui formeroit en s' épanchant des 
maiïe» informes , s'il y avoir des efpaces cel- 
lulaires entre l'ârtere èc la veine. 



DE Physiologie. 57 

LXX. La circulation eft donc une des véricésr 
de médecine, adoptée de tout le monde: 
coût le fang du corps kumain eft poulfé du 
ventricule gauche du cœur par l'aorte dans les 
extrémités des rameaux artériels convergens y 
de ces rameaux il paiTe dans les plus petites 
veines , enfuite dans les plus grandes, puis de 
là dans la veine cave, & de là au cœur^ de il 
va &c revient toujours de la même façon. 

LXXI. Il y a cependant des cas jhtr^ÏQf- 
quels , comme dans les affeétions de l'ame , 
dans la trop grande révulfion après les grandes 
faignées , dans les convuliions , le fang a ré- 
trogradé dos petites artères dans les grandes ;, 
il y en a d'autres où il a paru que le fang trou- 
vant quelque obftacle vers les valvules, retro- 
gradoit des petits troncs veineux dans les der- 
niers rameaux de ces troncs. Mais tous ces dé- 
rangemens dans la circulation font de peu de 
durée , Se le fang reprend bien-tôt fon cours 
ordinaire. 

LXXII. La ligature Se les valvules font voir 
ce qui fe pafTe dans les vaiiïeaux lymphati- 
ques valvulaires Se veineux ; car tout vaif- 
feaux lymphatique valvulaire fe gonfle 
entre (qs petites racines Se le canal thora- 
chique , Se s'affailTe entre le canal thorachi-^ 
que Se la ligature. Toutes les valvules fem- 
blables à celles des veines , laiflent un pafiTage 
libre à l'air Se au mercure introduits dans des 
vaifleaux qui fe rendent au canal thorachique ; 
elles réiiftent très-fouvent à ces mêmes injec- 
tions pouiTées avec force du canal thorachique 
dans ces vaifleaux. 



jS É L i M E N s 

LXXIII. La vapeur dont le tKTu cellulaire 
eft huine6té , les exhalaifons du bas-venire ôc 
des autres capacités , font portées de ces peti- 
tes veines dans les fanguines , de manière 
qu elles paflTent au cœur. C'eft là pourquoi 
une partie devient œdémateufe , c'eft-à-dire, 
qu'elle fe remplit de cette vapeur arrêtée au- 
deiTous de la ligature ou de la comprelïion de 
la veine. Les expériences ne font pas pratiqua- 
bles dans tous les autres vaifleaux plus petits, 
mais l'analogie & le raifonnement font voir 
que tout s'y paflTe de même, & on rapportera 
des expériences qui prouvent que des fluides 
ont été repompés par les inteftins , par les vé- 
ficules pulmonaires & par la peau. 

LXXIV. Toutes les liqueurs dans le corps 
humain font donc pouuées du cœur dans 
l'aorte j toutes reviennent par les plus petites 
veines au cœur , fi on en excepte celles qui 
exhalent au dehors , ôc celles qui font excré- 
mentielles. Refte donc à rechercher le chemin 
par lequel le fang pafTe du ventricule droit 
du cœur dans le gaviche , mais cela fuppofe 
l'hiftoire des vaifTeaux du cœur & des poul- 
mons. ' 






DE Physiologie. }& 



CHAPITRE V. 

Du Cœur, 

LXXV. I ,A carcafTe de la poitrine formée 
dos & de cartilages, repri fente en général un 
cône tronqué , comme nous le dirons ailleurs. 
Sous ce cône font latéralement deux facs mem- 
braneux , qui fe terminent fupérieurement , 
& en s'arrondififant vers la première côte ; ils 
s'approchent en ces endroits l'un de l'autre , & 
n'y font féparés que par un peu de tifTu cel- 
lulaire. Ces facs font dans une obliquité telle 
que le fac droit a plus de largeur , & qa il 
eft adhérent antérieurement à la partie moyen- 
ne du fternum \ il s'incline un peui gauche en: 
defcendant; le gauche ne defcend pas du fter- 
num 5 mais des cartilages des côtes. Les lames 
internes &: oppofées de ces facs forment ce que 
les Anatomiftes nomment le médiastin. Ces 
facs n'ont aucune communication l'un avec 
l'autre , & celui du côté droit peut être ou- 
vert , & le poumon droit détruit , fans que 
le gauche foit blelTé. La membrane qui forme 
ces facs eft fimple , d'un tiffu ferré , & envi- 
ronnée à l'extérieur d'un tiffu cellulaire , on la 
nomme Pleure. Elle a plus de con/iftence 
que le péritoine, fur- tout vers le dos ; elle eft 
plus molle antérieurement. La cavité du mé- 
diaftin , ou l'intervalle qui fe trouve entre ces 
deux facs , plus large fupérieurement , pref- 



40 Ê L É M E N s 

que nul inférieurement , eft rempli du thy- 
mus , de glandes conglobées, de grallFe 3c de 
val (Féaux. 

LXXVI. Dans la partie inférieure où ces 
facs s'éloignent en divergeant l'un de l'autre , 
ils laiiïent dans toutes leurs dimenfions une 
cavité qui les fépare : le péricarde remplit 
cette cavité. Ces facs de la pleure placés aux par- 
ties latérales du péricarde , & defcendans de- 
vant ôc derrière , viennent finir au diaphragme 
où ils ont une bafe tronquée obliquement , de 
manière que la partie antérieure eft plus cour- 
te, la poftérieure defcend plus loin, ôc forme 
au-deflus une cavité. Dans ces facs font placés 
les poumons. Ces facs en arrière font encore 
voifins l'un de l'autre, ôc n'y font féparés que 
par un tilTu cellulaire qui fe termine fur le 
péricarde , ôc qui contient la grande artère & 
Tœfophage \ c'eft-là le méd i Asji'ti pqfierieur, 

LXXVII. Le PÉRicARDEouletroifîemefac, 
mollement environné d'abord d'un tifTu cel- 
lulaire , puis de la pleure qui s'y applique en 
tous fens comme une membrane extérieure , 
ne fçauroit toucher le fternum , que par une 
furface peu étendue , les poumons gonflés 
couvrant antérieurement le cœur même , 8c 
s'infinuant inférieurement entre le péricarde 
ôc le fternum. Le médiaftin d'ailleurs , qui 
s'incline peu à-peu vers la gauche , n'occupe 
qu'un très-petit efpace fous la partie inférieure 
du thymus , aux parties latérales duquel fui- 
vent les poumons mêmes. On peut au refte 
déranger cette fituation dans la diCTedlion , à 
moins qu'on ne faiTe bien attention à la façon 



DE Physiologie. 41 

«l'Ont on ouvre la poitrine. Le Péricarde a une 
bafe large & arrondie , qui s'unit ,à la partie 
rendineufe du diaphragme , par un tifTu cel- 
lulaire, plus lâche dans les jeunes fujets, & 
très-ferré dans les adultes , il eft plus large 
dans la droite &, plus mince vers la gauche. 
Le péricarde eft un peu plus grand que le cœur , 
aiin que ce vifcere puiife s'y mouvoir libre- 
ment ^ il n'eft pas certain qu'il ait jamais 
manqué. 

LXXVni. Le péricarde fe rétrécit peu-à-peu 
vers le haut ; au delTus du cœur , il fe ter- 
mine en une efpéce d'appendice cor^ique Ôc 
obîufe 5 qui eft adhérente aux membranes des 
gros vâiiTeaux , prefque vers la partie fupé- 
rieure du fternum , &z s'élève vers la partie 
latérale gauche de l'aorte. En effet, le péri- 
carde eft fi fortement attaché aux huit gros 
vailTeaux qui partent du cœur , que par une 
efpéce de prolongement cylindrique , il les 
embrafte chacun de tous côtés ^ en formant 
des efpéces de cloifons entre ceux qui font 
contigus. Au refte cette gaine qui environne 
ainft ces vaifteaux change aftez vite de nature, 
de bientôt elle retourne au cœur avec les gros 
vaiifeaux , auxquels elle tient lieu de tunique 
externe , ou elle devient cellulaire dans le 
poumon , dont elle accompagne en forme de 
gaine les gros vaifTeaux artériels ôc veineux. 

LXXIX. Les artères du péricarde viennent 
des artères thymiques , des compagnes fupé- 
rieures ôc inférieures du nerf diaphragmàti- 
que , des grandes artères diaphragmatiques , 
des rameaux des mammaires quife diftribiienc 



42- É L É M E N s 

au médiaftin , des bronchiques , des œfopha- 
gieines , des médiaftines poftérieures & des 
coronaires qui s'anafl^omoient avec les bron- 
chiales &c autres. Il en eil de même des troncs 
des veines , lî ce n'eft que leurs anaftomofes 
font plus marquées de droite à gauche. Les 
nerfs cardiaques , fupeificiels , pouifent ceux 
qui h diftribuent au péricarde. 

LXXX. La membrane forte , qui forme 
principalement le péricarde , eft blanche de 
ferrée j elle a plus de confiftance que l'aorte ; 
elle eft compofée au moins de deux lames dif- 
ficiles à féparer à caufe de la denfité du tiflu 
cellulaire ; on les démontre fur les gros ani- 
maux. Se enrr'elles defcendent les vaiifeaitx ôc 
les nerfs du cœur ^ on peut même en la fouf- 
flant la féparer en plulieurs lames. Le tiflu 
cellulaire qui environne la furface externe, 
fait qu'elle paroît inégale. La face interne eft 
très-polie, & elle eft arrofée de toute part 
d^une vapeur aqueufe. Cette vapeur qu'on a 
vue tant de fois dans l'animal vivant, conftitue 
l'eau du péricarde. Cette eau rougeâtre, légè- 
rement vifqueufe , ôc de laquelle on ne peut 
avec raifon nier l'e^^iftence , ne fe trouve à la 
vérité dans le péricarde qu'en petite quantité; 
il s'y en trouve néanmoins. Se quelquefois elle 
augmente beaucoup dans les maladies. Cette 
eau a le caraélere de la lymphe : comme elle, 
elle s'épailîît en forme de gelée, lorfqu'on l'ex- 
pofe au feu Se dans certaines maladies elle prend 
la forme des petites fibres du tilfu cellulaire. 
Cett^ humeur eft fournie , fans le fecours d'au- 
cune glande , ni d'aucun pore vifible , par les ar- 



DE Physiologie. 45 

teres exhalantes du cœur, des oreillettes Se du 
péricarde. L'eau ôc la colle qui pafTent dans le 
péricarde, lorfqu'on les in jede dans les grandes 
artères , en fervent de preuve. 

LXXXI. L'ufage du péricaide efi: de retenir 
la vapeur qui l'humecte , de foutenir le cceur , 
de lui donner ainfi une fermeté qui puiiTe lui 
fervir comme de point fixe dans fon mouve- 
ment, de l'empêcher en m.ême tems , foit de 
tirailler par fon mouvement les gros vaif- 
feaux , foit de flotter ça de là dans les diffé- 
rentes fituations du corps. C'eft pourquoi 
tous les animaux qui ont un véritable cœur , 
ont auffi cette enveloppe. La vapeur aqueuie 
anofe le cœur , & il en avoit befoin , il eft en 
effet très- chaud 6c il fe meut très-rapidement. 
Cette rofée empêche le frottement & les adhé- 
rences de ce vifcere avec le péricarde ^ quand 
elle eft évaporée , le péricarde fe colle , ou à 
quelque partie du cœur , ou même dans toute 
l'étendue de ce vifcere. 

LXXXn. Deux veines , abftraction faite 
des pulmonaires , rapportent le fang de toutes 
les parties du corps au cœur : les Anatomiftes 
les appellent du feul nom de veine cave ^ 
quoiqu'elles ne forment jamais un feul tronc. 
L'inférieure eft la plus grande, & aufti-tôt 
qu'elle a paflfé le diaphragme, fa parois droite 
s'élève & forme en fe courbant une efpéce de 
petite boffe , qui lui fait toucher dans cet en- 
droit la veine cave fupérieure , de fe rendre 
poftérieuremient à une cloifon moyenne entre 
le fînus droit du cœur & le gauche. La parois 
gau<:he de cette veine dégénère dans l'oreillette 



44 É L É M E N s 

droite du cœur , donc les fibres font continues 
à celles de la veine cave. Les parois de la veine 
cave fupérieure fe terminent de même. 

LXXXIII. Il fe forme ainfi une cavité dont 
la parois droite , libre , convexe Se formée 
par le concours des deux veines caves , eft 
remplie de fibres charnues , diverfement en- 
trelacées entre deux membranes fimples : mais 
cette même cavité eft antérieurement 5 de fur 
la gauche , verticalement oblongue , prefque 
ovale, fe dilate en devant ôc fe termine enfin 
en haut par une efpéce de cul de fac pointu, 
dégagé du cœur , de couché fur la grande ar- 
tère. Cette cavité a par-tout un grand nombre 
de fibres charnues, renfermées de même entre 
deux membranes très -délicates ; ces fibres 
font -dégagées les unes des autres , prefque 
parallèles , viennent de la parois droite de 
gauch^ de cette cavité , fe contournent en 
Forme d'arcs parallèles, vers la partie anté- 
rieure demi-cylindrique de cette cavité. De 
très-petites fibres obliques uniffent ces arcs 
mufculaires. La partie antérieure de cette ca- 
vité remplie de -paquets de fibres, s'appelle 
proprement oreillette ; &c la droite, pofté- 
rieure , polie , fe nomme sinus. 

LXXXIV. Dans l'endroit où la veine cave 
inférieure s'ouvre dans le cœur , une mem- 
brane en forme de lune, naturellement entière 
& percée quelquefois comme un réfeau , à rai- 
fon de fa délicatefle , naît d'une colonne gon- 
flée , placée au coté gauche du trou ovale ; 
elle fe contourne vers l'extrémité inférieure 
de l'oreillette , elle y devient de plus en plus 



D E P I?Y S r O L O G I E. 4f 

niince îoriqii'elie revient à droite en fe cour- 
bant , elle environne prefque la moitié de 
l'ouverture de l'oreillette , ëc fépare l'oreil- 
lette de la veine cave comme une efpéce de 
cloifon ; on la nomme valvule D'EtJSTACHi. 
Nous parlerons ailleurs du trou ovale. 

LXXXV. Le fang eft rapporté par ces deux 

veines caves dans cette cavité, compofée du 

fmus ôc de l'oreillette , & il s'y arrête jufqu'à 

ce que le cœur foit relâché ; il en eft chalTé 

par la contraction des fibres mufculaires de 

l'oreillette qui applanilTent alors )la partie 

antérieure demi-cylindrique de cette cavité , 

tandis que fe contraétant antérieurement , ou 

vers le commencement du cœur, & poftérieu- 

rement ou vers le finus , elles retirent en arrière 

l'arc mitoyen : le fang de l'une & de l'autre 

veine cave ainfi mêlé , eft poufte dans l'orifice 

libre du cœur , par la fente que forment les 

valvules , de manière que les plans des valvules 

<iu ventricule droit du cœur s'appliquent en 

tous fens vers les parois du cœur. Le fang qui 

revient continuellement du bas-ventre , & la 

valvule d'Eustachi , empêchent que le fang 

ne retourne dans la veine cave inférieure , 

pendant la contraction de l'oreillette ; d'un 

autre côté le poids du fang qui y aborde alors 

par la veine cave fupérieure , empêche que 

celui de l'oreillette ne regorge vers la partie 

fupérieure. 

LXXXVI. Le CŒUR a en quelque forte la 
figure d'un demi cône. La feétion du cône , 
laquelle pafte par l'axe ou la face applatie de 
ce demi cône , prefque triangulaire , & ua 



^6 H L É M E N s 

peu arrondi à ion extiemiré , s'appuye fur le 
diaphragme qui la iOiitienc , 6c fuivant la 
forme duquel elle s applanir. Quant à la fur- 
face convexe du cœur , elle eit inclinée au- 
delfoLis des grands vallfeaux dans le péricarde, 
de façon que la courbure demi circulaire , la 
plus épaiife , ed tournée vers la partie fupé- 
neure ôc gauche ^ les Modernes l'appellent/^ 
BORD obtus , ou le gros boid. Le cœur fe ter- 
mine inférieurement ôc antérieurement en. 
une efpéce de tranchant , ou de bord ^^^gu. 
Telle eft la iituation du cœur dans l'homme* 
Le cœur efl: en effet dans les brutes prefque pa- 
rallèle au g^and axe de la poitrine , & ne tou- 
che le diaphragme que par fa pointe. 

LXXXVIL Le cœur eft tout- à- fait creux , 
&c fon ventricule antérieur contigu à l'oreil- 
lette droite &c au finus droit , eft large , demi 
circulaire , moins long que l'autre , & fe ter- 
mine à la 4)1 us courte des deux parties de la 
pointe du cœur. L'orifice de ce ventricule dans 
l'oreillette ell elliptique & bordé d'une partie 
s- blanche , qui ne tient point tant de la nature 
du tendon que de celle d'un corps calleux & 
glutineux , fur lequel on remarque une cou- 
che de libres charnues , ôc extérieurement de 
la graiiTe. 

LXXXVIII. Un ANNEAU membraneux fe 
prolonge de ce bord dans l'intérieur du cœur. 
Cet anneau paraît formé par la duplicature de 
k membrane interne de l'oreillette; il eft flot- 
tant en dedans du ventricule , & il a jufqu'à 
préfent femblé continu. La portion de cet an- 



DE Physiologie. 47 

neau , flotranre dans le ventricule , eft fendue 
en trois parties inégales & napczoïdes, qu'on 
peut appelier valvules , ôc en compter trois , 
quoiqu'elles ne foient que les parties conti- 
nues d'un même anneau élargi feulement dans-^ 
cet endroit. Les Anciens les ont appellées tri- 
glochïnes, 

LXXXIX. La face de ces valvules qui re- 
garde les parois du cœur eft fortifiée par àès 
fibres tendineufes qui s'uniifent enfemble , 
vont s'implanter par de petits cordons rrès- 
fermes , partie dans les parois du cœur , & 
partie dans les colonnes charnues , papillaires 
ou cylindriques , qui s'élèvent de la parois 
gauche du ventricule droit , & fe portent à 
droite. La plus grande de ces colonnes corref- 
pond à la plus grande valvule \ c'eil: aulîî la 
fupérieure , & elle regarde l'orifice voifin de 
l'artère pulmonaire. La plus petite eft infé- 
rieure, & elle eft fituée à droite. 

XC. On ne peut douter de l'utilité de cet 
anneau valvulaire. En effet , lorfque l'oreil- 
lette droite eft en contraction , & que les fi- 
bres de la cloifon mitoyenne des deux/ oreil- 
lettes fe contractent aufii , le fang renfermé 
dans l'oreillette droite du cœur, poulTé de la 
circonférence à l'axe , fépare , comme feroic 
un coin , les portions flottantes de l'anneau , 
nommées valvules , & les applique aux parois 
du cœur ; c'eft ainfi que le ventricule droit fe 
remplit , & qu'en même tems la valvule fu- 
périeure { LXXXIX ) bouche l'artère pulmo- 
naire & empêche le fang de pafter dans cette 
artère par la foible contraction de l'oreillette \ 



:4^ ÈXÉMENS 

mais reçu d'abord dans le cœur , il en eft en- 
fuite chafié dans i'artere par une plus forte 
contradion. 

XCI. La chair fenfible du cœur irritée par 
l'abondance , la chaleur & la pefanteur de ce 
fang 5 eft foUicitée par ce moyen à fe con- 
trader j ce qui le prouve , c'eft que fi on in- 
finue de l'eau ou de l'air dans le cœur même 
en repos , dans un animal mourant & lorfqu'il 
eft'mort , on y rétablit le mouvement. 

XCII. Le cœur eft mù par des fibres mufcu- 
laires , qui en général tirent leur origine des 
rameaux formés par un tifiu -cellulaire ferré 
{ LXXXVII ). Ces anneaux font de la même 
nature que ceux qui environnent les grands 
vaiifeaux du cœur. Les fibres defcendent de là 
obliquement , à gauche , vers la pointe , par 
plufieurs couches qui fe croifent un peu d'ef" 
pace en efpace , Se dont les intérieures font les 
plus tranfverfes. Il y en a peu dans la face 
plane du cœur ( LXXXVI) , ôc elles font Ci 
petites , que la cavité eft prefque à découvert 
au-deiïbus de la graifte. Des fibres très-fortes 
environnent le ventricule gauche , & fe 
confondent avec les fibres droites dans la cloi- 
fon commune des deux ventricules , en fe 
croifant légèrement les unes les autres. Quel- 
ques unes de ces fibres defcendent dans les 
cavités du cœur , pour y former les colonnes 
charnues ( LXXXIX ). Les unes tournoyant 
comme les ondes d'un gouffre vers la pointe , 
terminent les ventricules par deux pointes, au 
moyen d'un peloton ferme de fibres. Les fibres 
font recouvertes en dedans ôc en dehors d'une 

membrane 



D E P H Y s I O L O G I E. 4^ 

membrane mince ôc très- unie, mais on re- 
marque qu'il y a beaucoup de g rai (Te à la 
furface externe, fur- tout autour des vaiireaux 
-coronaires. Je n'ai rien pu voir de plus, bien 
difl:ind:ement dans le cœur de l'homme, &c 
cela parce que les fibres du cœur ont cette 
propriété particulière, qu'elles font unies les 
unes aux autres par pluiieurs appendices bran- 
chues , & qu'ainii on ne fçauroit jamais les 
féparer fans les déchirer. 

XCIII. De grands hommes, dontjerefpede 
les travaux de la candeur, ont donné la d^î- 
cription du développement de ces fibres. Les 
externes communes à l'un ôc à l'autre ven- 
criçdB, defcendent vers la pointe , & che- 
min faifant , les unes s'implantent dans la 
cloifon commune , & d'autres percent le ven- 
tricule gauche vers la pointe, & en fe re- 
brouiïant, elles reviennent vers la- bafe , oa 
xraverfant la furface interne ào ce ventricu- 
le. Il y a d'autres fibres moyennes entre les 
internes dont nous venons de parler, ôc les 
externes que nous avons aulîî décrites. Elles 
font diverîement inclinées 5 & devenant plus 
tranfverfales vers la bafe, forment la cloifon» 
D'autres Auteurs ont décrit diverfement ces 
fibres ôc en ont donné des repréfentations dif- 
-férentes. Comme ces obfervations ne différent 
-pas beaucoup des miennes , je n'ai garde de 
les nier ; tout ce que je puis dire U-deffus , 
ceik que je n'ai jamais vu clairement les fibres 
dont il eO: queftion ici , ôc que j'ai connu de 
grands Anatomiftes qui n'ont été guéres plivs 
Jaeureux que moi. 

IPan. C 



50 Élémens 

XCIV. Ces fibres ont, comme toutes les 
autres fibres mufculaires, un grand nombre de 
nerfs dont l'origmeett différente. Les premiers 
&c les fupérieurs viennent du côté gauche du 
premier ganglion cervical du nerf intercoftal, 
du tronc même de l'intercoftal & de fon moyen 
ganglion. Du coté droit , ils viennent prefque 
tous du moyen ganglion de l'intercoftal ôc du 
rameau de la huitième paire qui fe diftribue 
au pharynx. Ces nerfs fe portent à la fuperficie, 
& ils fe diftribuent en partie fur l'aorte & le 
péricarde, ôc après avoir formé différens pe- 
tits plexus entre la trachée artère &les grandes 
artères qui fortent du cœur , ils font eiypartié 
un ou plufieurs plexus formés tous à™ fois 
par les filets du côté droit & du côté gauche , 
ôc néanmoins diftingués quelquefois les uns 
des autres. C'eft de ce plexus ou de ces plexus 
que viennent d'autres rameaux , qui fe portent 
entre l'aorte & l'artère pulmonaire ; ces ra- 
meaux fe rendent à l'artère coronaire droite 
du cœur. D'autres paflant au de- là de l'artère 
pulmonaire , fe portent entre cette artère ôc 
l'oreillette du même cote vers l'artère coro- 
naire gauche; d'autres paiïent derrière l'artère 
pulmonaire , vers cette même artère coronai- 
re ; d'autres filets enfin defcendent derrière 
l'artère pulmonaire vers le finus gauche Se la 
face plane du cœur. Des nerfs plus confidéra- 
bles fe joignent au plexus dont j'ai parlé ; ils 
tirent leur origine de la cinquième paire cet-- 
vicale , des inférieures , quelquefois du nerf 
diaphragmatique Ôc du ganglion cervical infé- 
rieur du nerf iiitercoftal, qui reçoit beaucoup 



DE Physiologie. 5î 

âe filets des dernières paires cervicales. Ces 
grands rameaux crès-mols fe mêlent tranver- 
falemenc avec ie premier plexus. Enfin la hui- 
tième paire & le nerf récurrent fourniflent des 
BÏQts qui s'uniffent aux plexus cardiaques. La 
fîtuarion ni le nombre de ces filets ne font pas 
conftans: ils s'unifient de différentes façons avec 
les intercofiiaux, & fe confondent avec la huitiè- 
me paire. Des Anaromiftes de réputation difent 
avoir vu des rameaux s'élever du grand plexus 
folaire par le trou de la veine cave pour aller 
fe diftribuer au cœur. J'avoue que je n'ai ja- 
mais vu ces rameaux , & je dois remarquer en 
même tems qu'il eft facile de découvrir des 
nerfs diaphragmatiques , qui prennent naif- 
fance dans cet endroit, qui ont même des 
ganglions particuliers , dont ces Ânatomiftes 
n'ont cependant pas fait mention. 

XCV. On ne fçauuoit douter que tous ces 
nerfs ne contribuent beaucoup au mouvement 
du cœur. En effet, c'eft une vérité qui réfuke 
foie de la nature commune dùs mufcles , foit 
de l'augmentation du mouvement , que l'irri- 
ration des nerfs de la huitième paire , ou du 
cerveau , ou de la moelle épiniere , produit 
dans le cœur ; foit enfin des langueurs qui 
fuivent la ligature des nerfs , &. qui le plus 
fouvent font funeites , ou fur le champ, ou 
du moins après quelques jours , 3c cela , quoi- 
qu'on ne puilTe lier qu'une petite partie de 
ces nerfs , puifqu'il n'ed pas poffible de lier 
les filets produits par l'intercoftal , ôc moins 
encore ceux que fournit le ganglion thorachi- 
que fupérieur. 

Ci; 



5*2, É L É M E N s 

XCVI. Les palpitations confiantes qu'on re- 
marque pendant quelque tems dans le cœiar 
des animaux femblables à l'homme , comme 
dans le chien , Ôc qui le font beaucoup plus 
dans le genre d'animaux qui n'ont qu^un feul 
ventricule , leur cœur même étant léparé des 
autres parties , ce qui empêche par conféquent 
toute influence des nerfs, lailTent tout lieu de 
croire qu'il y a encore une autre caufe de ce 
mouvement. Quoiqu'il en foit , toutes ces 
expériences s'accordent en ceci , que le cœur 
irrité par une fomentation , par une vapeur 
froide , par le venin , Se fur-tout lorfqu on y 
infmue de l'air , de l'eau, de la cire , du fang , 
^ contrade fur le champ , & que toutes les 
fibres font mifes dans un mouvement rapide 
ëc violent , quelquefois commun à tout le 
cœur , quelquefois propre à quelques-unes de 
fes parties feulement. 

XCVil. Le cœur eft donc follicité par le 
mouvement du fang veineux. Cette contrac- 
tion convuKive s'exécute avec beaucoup de 
viteife , èc un froncement manifefte des fi- 
bres ^ tout le cœur fe racourcit , s'épaiflit, fe 
durcit , de la pointe s'approche vers la bafe , 
comme je l'ai vu plusieurs fois dans l'ouver- 
ture quefaifaite des animaux vivans : on s'eft 
trompé en foutenant qu'il s'allongeoit pendant 
la contraction. Il ne paroît pas qu'il devienne" 
pâle dans les animaux qui ont le fang chaud. 
Cette adlon fait gonfler intérieurement les 
chairs du cœur , & comme elles compriment 
ie doigt, lorfqu'oH l'introduit dans les ventri- 
caies , elles doivent de même comprimer le 



DE Physiologie. 55 

fang. Ces phénomènes , ôc la ftruélure de la 
liirrace interne remplie d'inégalités ou d'é- 
minences qui correfpondent de toutes parts 
à des iilions , ainfi que les appendices char- 
nues épailTes , réticuiaires interrompues par 
des cavités , prouvent que l'évacuation du 
cœur eft afTez compîette. Au refte , la pointe 
un peu contractée en forme de crochet, frappe 
la partie la plus proche du péricarde Se de la 
poitrine. La réplétion du finus veineux gauche 
qui fe fait dans le même tems , contribue en- 
core à ce mouvement du cœur, qui s'élève allez 
fortement en haut ôc en devant , dans une 
forte expiration , ainii que l'expérience le dé- 
montre. 

XCVIII. Le fang preiTé par la contra6lion du 
<œur ( IIIC ) cherche une ilfue de tous côtés ^ 
mais lorfque la contradion qui part de la cir- 
conférence du cœur pouffe le fang vers l'a?<e 
des ventricules , cette partie du fang qui fe 
trouvoit auparavant entre Tanneau veineux 
( LXXXVIII ) ôc les parois du cœur , préiTe 
devant foi l'anneau &c les pouffe en dedans ; 
ôc comme il en arrive autant dans toute la 
circonférence de l'anneau ^ il s'enfuit de là 
que cet anneau s'étendant , repoulTe dans l'p- 
reillette droite quelques parties du fang qui 
étoient defcendues par le cône que formoient 
ces valvules lorfqu'elles étoient ouvertes, qu'il 
bouche enfuite l'orifice veineux d'autant plus 
fortement que la contradtion du cœur eft plus 
forte. Il n'y a pas de doute que le fang ne ren- 
verfât dans l'oreillette les valvules qu'on nom- 
me tricufpides , fi les mufcles papillaires 

C iij 



54 É L É M E N s 

( LXXXIX ) n'en retenoient les bords , êc §l 
par leur contradlion qui fe fait dans le même 
tems que celles des ventricules , ils ne les 
affermi iroient dans la figure fuivant laquelle 
ces petits filets implantés dans les valvules 
font tendus , fans le trouver néanmoins dans 
un état violent. Le cœur entre en repos après 
l'expullion du fang , n'étant plus irrité. L'inf- 
}^e£tion Se le raifonnement font voir que les 
iibres du cœur ne peuvent fe dilater , puif- 
qu'elles tendent toutes à la contraétion , & 
qu'elles font retenues par des fibres tranf- 
verfes. 

XCIX. Mais le fang s'ouvre par le même 
effort une autre route , pendant que la grande 
valvule droite ( XIC ) approche de l'axe du 
cœur, Ôc que repouiïee des parois , elle aban- 
donne l'orifice de l'artère pulmonaire qu'elle 
fermoit.'^ 4e fang l'ouvre, & pouffe contre les 
parois de cette artère les valvules placées vers 
i'orifice de cette même artère , & le jette ainfi 
dans l'artère pulmonaire. 

C. A la partie fupérieure & pdftérieure du 
ventricule qu'on nomme droit, fe trouve un 
chemin qui conduit à l'artère qui eft étroite- 
ment unie avec le cœur par un anneau cellu* 
laire & calleux ; elle monte à gauche & en 
arrière , ôc fe jette derrière la croffe de l'aorte. 
Cette artère n'a que peu de fermeté j elle eft 
beaucoup plus foible que l'aorte. De la furface 
intérieure de cette artère , ôc ài\ côté où elle 
eft jointe avec le cœur, s'élèvent les valvu- 
le s y^;72i-///;2i?/r^j-. Chacune d'elles fe forme de 
la duplicature de la membrane de i'artere* 



DE Physiologie. 55 

Cette membrane s'élève &c fe détache des pa- 
rois de l'artère &: forme un arc obtus alTez 
plat \ la valvule qu elle forme eft en général 
parabolique ; fon bord eft libre & flottant ; 
on remarque ordinairement au milieu de ce 
bord un petit corps calleux , prefque conique, 
formé par des plans inclinés \ il la divife par 
le milieu , de façon que le bord , qui fans 
cela auroit eu la figure d'un croifTant , eft 
partagé en deux plus petits. On remarque en- 
tre les deux membranes de la valvule quel- 
ques fibres mufculaires ou tendineufes , en 
partie tranfverfes , dont quelques-unes atta- 
chent & arrêtent la valvule vers les parois de 
l'artère la plus proche du cœur , & laifïent 
quelquefois entr'elles de petits intervalles en 
forme de réfeau. D'autres montent de la bafe 
en tirant leur origine du corps calleux j elles 
abailTent la valvule & ouvrent le finus. 

CI. Chacune de ces valvules renferme avec 
les parois de Tartere un peu dilatée dans cet 
endroit un efpace qui n'a point de jour en 
bas 5 ouvert en haut , de figure parabolique , 
comme nous l'avons dit en parlant des val- 
vules veineufes ( LUI ). Le fang étant donc 
pouiïe par la contraction du cœur vers l'axe à\i 
ventricule , il fort dans la direction de cet 
axe , fe jette en forme de coin entre ces val- 
vules 5 pouffe leur bord pendant en forme de 
voile contre les parois de Tartere pulmonaire, 
& coule avec une très-grande aifànce. Ceftce 
que démontre la ftrudure de l'organe , les in- 
jedtions & la ligature. 

CIL Le fang reçu dans l'artère pulmonaire 

Civ 



^6 É L .i M E N s 

va de-là circuler dans le poiunon. Cette artère^ 
fe d'ivïfe d'abord en deux branches. Celle du 
côté gauche plus groflfe ôc plus longue , après- 
avoir paifé par derrière l'aorte , fe jette dans 
le poumon droit. La diviiion de chacune de 
ces branches fe fubdivife en an nombre mfrni 
de petits rameaux , dont une partie exhale 
îine liqueur aqueufe dans les cellules du pou- 
mon 5 ôc l'autre s'abouche avec les veines. La 
ilrudure de l'organe , la ligature qui , en arrê- 
tant le fang entre le poumon &c le cœur, dilate 
î'artere ^ les polypes qui en bouchant l'orifice 
de l'arr.ere pulmonaire produifent dans le ven- 
tricule droit un goniiement Ci grand qu'ils en 
cccaiionnent quelquefois la rupture, quoique 
îe gauche refte vuide ; les injeâiions d'eau > 
de ^elée , de lait , qui paÏÏent facilement de 
l'artère pulmonaire dans la veine, Se de là 
dans le ventricule gauche , font voir que le 
fang fuit cette direction. On découvre d'ail- 
leurs 5 à l'aide du microfcope , l'anaftomofe 
des artères avec les veines dans les grenouilles. 
CIIL Le fang une fois entré dans l'artère 
pulmonaire , ne peut donc retomber dans le 
cœur. Les valvules (n®. C) font aifez- grandes 
pour fermer exactement , lorfqu'elles font 
étendues , l'orifice du cœur ; elles font fi fer- 
mes , qu'un effort beaucoup plus grand que 
celui de l'artère pulmonaire ne fçauroit les 
forcer. Il arrive cependant quelquefois que le 
^rand effort de l'artère contraélée les fait de- 
venir calleufes, ou déchire l'une de leurs mem- 
branes , Ôc que la matière oifeufe fe répand 
dans la duplicature des valvules. En effets 



DE P H Y S I O L O G I E.^ 5/ 

îe fang repoufifé vers le cœur par la contradkioii 
de i'artere trouve ouverts les orifices des in- 
tervalles de ces valvules (Cl) ; il y entre, 
il étend les valvules , & les oblige de s'ap- 
procher vers l'axe. Or les valvules ferraent Ci 
bien l'orifice par leur expenfion , qu'il ne refte 
pas la moindre fente ; car les petits corps 
durs ( C ) fi tués à la partie moyenne de leur 
bord , bouchent le tout exaâ:emenr. 

CIV. Les VEINES pulmonaires , dont nous 
parlerons plus amplement ailleurs , fe réunif- 
fent toutes en deux rameaux qui forment enfin 
quatre troncs , rarement deux. L'ufage a 
voulu qu^on ait confidéré ces quatre troncs 
comme une feule veine à laquelle on a donné 
le nom de pulmonaire. Ces troncs s'infinuent 
dans la cavité du péricarde qui leur ft»urnic 
une gaine 5 & ils s'infèrent dans les angles 
du smv s gauche quarré on pojlérieur ^ qu'on 
appelle aufli pulmonaire. Les veines fupé- 
rieures defcendent , Se les veines inférieures 
montent. On s'eft affuré par la ligature que 
ces veines portent le fang dont elles font char- 
gées dans la direétion qui mené au finus.^ En 
elîet , lorfqu ®n arrête le fang par ce moyfen , 
la veine fe gonfle entre le poumon ôc la liga- 
ture. 

CV. Ce finus tilTu fermement de différent? 
tïpuOTeaux de fibres qui fe portent par-tout 
entre les deux membranes, a fur la droite & 
antérieurement une parois commune avec le 
finus droit ( LXXXII ) , &; il fe termine anté- 
rieurement & à gauche en une appendice co- 
nique ^ crénelée ^& avec des avances en fcutne 

C V 



5^ Élément 

de crère , qui après deux ou trois contours fer- 
pentins viennent fe coucher fur le ventricule 
gauche &c y prendre le nom d'oRtiLLETXE 
gauche. Ce iinus & fon oreillette font un peu 
plus petits que le finus ôc l'oreillette droite. 

CVL Le fang attend dan5 ce finus le relâ- 
chement du cœur , pendant lequel l'effort du 
fang preffe les valvules veineufes , & enfuite 
le finus fupérieur à la réiiftance fe relâ- 
che. Le finus ôc l'oreillette fe contradent 
donc en même tems , & ils pouffent alors 1^ 
fang dans le ventricule gauche du cœur de 
la même manière que l'oreillette droite l'a ^ 
pouffé auparavant dans le ventricule droit ■ 
JCC. 5 puifqu'il fe trouve en cet endroit un 
anneau femblable à Tautre , valvulaire , ova- 
le, membraneux , qui a de femblables pro- 
diicflions, nommées Valvules mitrales j & 
on nen compte que deux. Elle font au refte 
plus longues & plus fortes que celles du ven-^ 
ïricule droit. Leurs colonnes font pareille- 
ment charnues ; chacune en a une , & fou- 
vent une feule fert aux deux : elle eft alors 
plus forte. Ces valvules qui fouffrent un frot- 
tement plus fréquent que les droites par la 
grande action du cœur, ont ça & là, par 
cette raifon , un grsnd nombre de tumeurs 
earriîagineufes dans l'origine de leurs cordons 
tendineux. 

CVII. Voilà donc îe fang que les veines 
caves avoient porté dans Toreilletre droite 
LXXXV ; que cette oreillette nveit verfé dans 
le ventricule du même nom XC. ; que le ven- 
tricuk droLc â.voic ehaiTé dans, raicere pukna- 



DE Physiologie. 59 

naire (IC) ; qni avoit palfé dans cette artère , 
dans les veines pulmonaires , &c avoir été 
porté dans le linus gauche (CIV) j qui enfin 
avoit été chaiTé de-là dans le ventricule gau- 
che (CVI) ^ voilà, dis-je, ce fang parvenu au 
ventricule gauche. Ceft-là la petite circula- 
tion que plusieurs des Anciens ont connue 
(LXII.) 

CVIir. Le Ventricule gauche jjjoftérieur 
ou fupérieur , occupe cette partie du cœur 
demi - conique , que j'ai dit être obtufe 
(LXXXVI). Il efi: plus étroit que le droit, un 
peu plus long & plus arrondi , & en général 
d'une plus petite capacité. Il ne contient ef- 
fedivement que deux onces environ du mê- 
me liquide dont le ventricule droit contient 
trois onces. Ils font intérieurement l'un & 
l'autre d'une ftrudture réticulaire fupérieure- 
ments moins épais du côté de l'embouchure 
de l'arrere \ mais la force du gauche eft plus 
grande, parce qu'il eft environné de fibres 
charnues beaucoup plus fortes. 

CIX. Le ventricule gauche follicité par 
l'impulfioH du fang , à raifon de l'irritabilité 
qui lui eft propre , ( n°. LXXXVII ) fe con- 
tra6te comme le droit, &: chalfe le fang avec 
un violent mouvement vers l'axe & vers la 
bafe , pendant que la pointe du cœur s'ap- 
proche de la bafe. Les valvules ayant la mê- 
me difpofition dans ce ventricule que dans 
le droit , le fang étend encore ici l'anneau, 
veineux \ mais il éloigne de l'orifice de l'aorte 
la production droite de CQtto. valvule qui le 
fermoit auparavaat. Il s'ouvre donc cet od- 



^à- E L E M E K S 

iice^ îlafraifTe contre les parois de i'aorre h-i 
valvules fémilunaires (iruées dans cet orifi- 
ce, & il s'élance avec beaucoup de violence 
dans i'artere. 

ex. Les valvules de l'aorte différent à peine 
de celles de i'artere pulmonaire , fi ce n'eit 
que comme l'orièce de l'aorte efl plus grande 
les valvules font aulîî plus grandes Ôc plus 
fortes 5 8c. qu'il e(l rare qu'elles n'ayent pas 
à la partie moyenne de leur bord le petit 
corps calleux dont nous avons parlé. Les fi- 
bres 5 tant tranfverfes qu'afcendantes des val- 
vules 5 font auili beaucoup plus remarqua- 
bles. 

CXL II eft bon d'obferver que les mouve- 
mens de l'oreillette droite & gauchedu ventri- 
cule droit &: gauche', ne fe font pas dans l'ordre 
tel que je l'ai décrit pour plus de clarté. Voici 
comme cela fe palTe. Les oreillettes fe contrac- 
tent pendant que les ventricules fe relâchent , Se 
La contraction des oreillettes précède toujours 
celles des ventricules , comme on l'éprouve 
manifeflement dans les moribonds Se dans les 
animaux qui ont le fang froid y mais l'une • 
ôz l'autre oreillette fe remplit dans le pre- 
mier inftant ; elles fe vaident enfembie dans 
le fécond inftant. L'un & l'autre ventricule 
fe contrade dans un inftant contemporain au 
premier inftant, &c après s'être vuidé, chacun 
îe relâche dans un inftant contemporain au 
fécond inftant. Ceux qui ont enfeigné que 
cela fe pâftoit autrement , n'avoient pas re- 
tiré un aiTez grand fruit des expériences qu'ils 
avoient faites fur les aniaiaux vivans* Il eô 



DE Physiologie. 6"v 

certain que les oreillettes palpitent plufîeurs 
fois avant la mort , fans qiie le coeur fe con- 
trade une feule fois. v^ 

CXÎI, On pourroit demander pourquoi le: 
cœur fe contra6te continuellement tant de 
fois dans k vie , dans l'année , dans le jour ?- 
Pourquoi il fait tant de pulfations dans l'heu- 
re ; pulfations qui font environ an nombre 
de 5000, par heure dans l'homme en fanté^ 
Pourquoi fon mouvement n'eft jamais inter- 
rompu, &c qu'au contraire fa contra(f^ion s'ac- 
corde toujours avec fa replétion, pour être 
fuivie d'une nouvelle replétion , ôc ainii à 
l'infini dans un ordre confiant ? Pourquoi^ 
enfin il n'eft pas laflTé" & douloureux d'une 
adion fi confidérable , qu'aucun mufcle ne 
pourroit la fupporter même peu d'heures ? 
DifFérens Phyficiens feront à cela différentes 
réponfes tirées de la comprelïion cjue les nerfs 
fouffrent entre l'aorte ôc l'artère pulmonaire 5 
& du mouvement alternatif des artères co- 
ronaires ôc du cœur , &c. 

CXIII. La nature me parok agir ici par 
des voyes très-fimples. La force mufculaire 
de la veine voifine d'une oreillette remplit 
cette oreillette lorfqu'elle eft lâché , & le 
cœur entre pareillement en conrraélion , lorf- 
qu il y eft follicité par le fang qui entre par 
l'oreillette. Le cœur fe contrad:e donc lorf- 
qu'il a reçu le fang par la même force irri- 
tante Ôc l'aiguillon qui follicité les autres fi- 
bres à la contrad:ion; il s'évacue : libre alors 
de l'aiguillon qui l'irrite , il fe repofe & fe 
lelache 3 mais il eft bientôt après rempli ^atî 



6i Élément 

moyen de la contradtion qu'une fembîable 
irritation du fang vient produire dans l'oreil- 
lette , & cela parce que l'aétion confiante des 
artères & du cœur poufTe continuellement le 
fang vers l'oreillette. L'obfervation prouve 
que cela fe pafle ainfi , puifqu'elle fait dif- 
tinguer facilement dans l'animal plus foible> 
la fuccelîion de la replétion & de la contrac- 
tion dans les veines , dans les oreillettes , 
dans le cœur & dans les artères. Tout ceci elt 
encore plus évident dans les animaux qui 
n'ont qu'un ventricule , dans la tortiie , la 
grenouille , les ferpens , les poiirons , dans 
le poulet renfermé dans l'œuf, dans lequel 
un canal courbé tient lieu de cœur. Ceci au 
relie eft encore confirmé par le repos que 
produit dans le cœur la ligature des veines ^ 
par le mouvement que la folution de cette 
ligature, l'air ou une liqueur qu'on y intro- 
duit , y peuvent faire naître \ par la contrac- 
tion perpétuelle dans laquelle fe met le cœur 
de la grenouille , & qui fe manifefte par une 
bulle dair qu'elle poulTe 6c repoulTe alter- 
nativement pendant plufieurs heures : de-là 
vient que les oreillettes , fur-tout la droite ^ 
font les dernières à perdre leur mouvement,, 
car cette oreillette eft irritée par le fang que 
le froid même du corps y envoyé des parties. 
contraâ:ées , dans le tems qne le poulmon 
privé de la refpirarian s'oppofe au mouve- 
ment du fang du ventricule droit; que le gau-^ 
che ne recevant rien du tout , n'a plus aucune 
caufe qui le follicite à fe contracter ^ & qu'il 
refte par conféquent en repos* C'eft l'oreillette 



DE Physiologie. 6^ 

alors 5 qui en repouiïanr dans l'une & l'autre 
veine-cave le fang que le cœur privé de vie 
ne reçoit plus j exécute le mouvement que 
l'on attribue à la veine cave. 

CXIV. Je ne vois pas qu'on doive rien re*- 
chercher au-delà \ car (î on attribue le repos 
du cœur à la compreflion des nerfs, on ne 
pourra plus expliquer pourquoi les oreillettes , 
dont les nerf ne font pas comprimés, ne ref- 
tent pas aufli en repos , nous en avons des 
exemples dans les poilfons & dans le poulet» 
dont les nerfs ne fouffrent aucune compref- 
(ion. Si on explique cqs phénomènes par le 
mouvement des artères coronaires , on fera 
contredit par l'expérience , puifque leurs ori- 
fices ne font pas bouches par les valvules de 
l'aorte, que le fang jaillit plus haut de ces 
artères coupées dans le tems de la fyftole du 
cœur. Il pa-roît que les fibres du cœur ont une 
fi grande facilité à fe contrader , qu'on re- 
marque même dans ce vifcere , prefqiie pri- 
vé de vie , àes^ rides qui s'élèvent en divers 
endroits des points, comme rayonnans, & des 
efpeces de mouvemens qui fe propagent aux 
environs; que k cœur arraché , froid , piqué , 
enflé, excité, fe contra6te, & que les fibres 
du cœur coupé fe froncent orbiculairement , 
fans qu'aucun nerf, aucune artère puiiïe alors 
concourir à aider ce mouvement du cœur. 
Cette force irritable du cœur eft plus confi'- 
dérable & plus longue que dans tonte autre 
partie du corps, &: elle peut être rétablie après, 
un tems où tout autre mufcle n en feroit plus 
fufceptible* 



CXV. On a beaucoup difpaté fur la vîtefTe 
êc l'impétuoiité avec laquelle le cœurpouiTe le 
fang. Voici cemme les Modernes s'y font pris- 
pour déterminer cette vîteife ; ils fuppofent 
d'abord qu'il ne fort que deux onces de fang 
avec une vîtefTe telle qu'une partie de la pul- 
fation , qu'on appelle fyftole , fe pafTe dans|le 
tiers du tems qu'il faut à la pulfation totale ,. 
c'eft- à-dire 5 dans rh^ d'une minute. Ils efti- 
îîient d'ailleurs l'air de l'orifice de l'aorte à 
o^\ 41 87. Divifant ainfi Tefpace rempli par les 
deux onces de fang (3.318. pouces) par Taire 
de l'embouchure de l'aorte ; puis multiplianE 
par la longueur de l'aorte que remplifTent deux 
onces de fang =» ^ l,— de pouce , par 225 , 
ou par le nombre des pulfations j ils ont trouvé 
1 49 î^ieds 2 pouces pour l'efpace que le fang 
parcourroit dans une minute , en fuppofant 
qu'il continuât à fe mouvoir avec la même 
vîteffe avec laquelle il a été chafTé du cœur : 
ils ont d'un autre côté évalué le poids du fang 
qui preffe le cœur , par la hauteur du jet à la- 
quelle arrive le fang jaillilTant par l'aorte d'un 
animal vivant -, cette hauteur a été trouvée de 
7 pieds 5 dixièmes , & de 1 5 pouces par le 
rapport de l'aire du ventricule à l'aire de la' 
feétion. Ce qui donne 1350 onces cubiques 
de fang , c^eft-à-dire 5 1 livres & 5 onces , 
qui font effort contre le ventricule du cœur 
en contradlion. Le cœur pouffe donc 25 li- 
vres avec une vîtefTe capable de leur faire 
parcourir 149 pieds en une minute, &c cela 
4B00 fois en une heure. 

CXVI. Quoiqu'il y ait encore dans t&wc- 



DE Physiologie^ 6f 

ceci plufieurs chofes à prouver , dont on ne 
viendra peut-être jamais à bout ; quoique la 
mefure de l'aire du ventricule foit incertaine, 
& que le jet du fang ne foit peut-être pas éva- 
lué à une aiïez grande iiauteur, vu que dans- 
l'animal vivant le fang jaillit avec violence , 
même des plus petites artérioles; quoiqu'en- 
fin on ne puifTe pas déterminer au jufte quelle 
partie de la durée totale du pouls eft employée 
à la fyftole du cœur , mouvement dont la va- 
riation doit influer beaucoup fur tout le cal- 
cul j au moins paroit-il , nonobftant cela ,. 
que ;e cœur eft une macÊine très-puiffante. 
C'eft aufli ce que l'expérience confirme ; en- 
effet, on ne peut que très-difficilement rem- 
plir d'inje6î;ion tous les vaiffeaux rouges ; iiî 
eft impoiïible de remplir tous les plus petits ;: 
cependant Ton fçait en même tems qne non- 
jfeulement b cœur dilate lentement tous îès^ 
vailTeaux, grands ôc petits , au moyen dtr 
fàng quil y poulie y mais encore qu'il y fait 
circuler le fang avec une grande vîtefle. J'ai- 
vu un jet parabolique fourni par une artério- 
le des plus petites, duquel la hauteur al loi t 
à quatre pieds , & l'étendue à fept , & on w 
vu le fang de l'aorte jaillir à douze pieds. 

CXVII. D'ailleurs 5 pour évaluer la force dèi 
cœur dans les animaux vivans, on doit faire 
attention au degré de toutes les réfiftances que 
le cœur doit furmonter. Il faut faire entrer 
eu ligne de compte le poids énorme de tout 
le fang , lequel va à 50 livres, peut-être pl'eis 
loin ; car l'exemple de ceux qui tombent en 
iîncope ôc de cô^x qu'on a fauve, après les 



66 É L i M E K S 

avoir retirés de Teaii 5 prouve que le cœur 
feul peut 5 lorfqu'il s'eft arrêté , redonner fa- 
cilement le mouvement à toute cette mafTe 
lorfqu'elle l'a perdu. On doit faire fur- tout 
attention à la très-grande diminution de vî- 
tefTe que l'augmentation dts orifices des ra- 
meaux peut produire ] diminution qu'il pa- 
roît qu'on peut évaluer , dans les inteftins , 
de la vingt-quatrième à la trentième puifTance 
de ~y cependant les liqueurs font portées avec 
beaucoup de vitelfe dans les petits vailFeaux. 
La tranfpiration infenfible que j'ai vue s'éle- 
ver en forme de fumée & avec très-grande 
vîtefle dans les fouterrains , 6c le mouve- 
ment du fang des poiflbns en eft une preuve : 
or, comme dans toute machine la plus grande 
partie de la force mouvante eft employée à 
lurmonter les frottemens , on voit en confé- 
quence que dans le corps humain , où cir- 
cule un fluide beaucoup plus vifqueux que 
Teau , Se cela dans des canaux fi petits que 
les globules n*y peuvent paifer qu'un à un, & 
même qu'en changeant de figure le frottement 
ne peut manquer de produire un très-grand 
ralentiiïement ; vSc qu'ainfi une force capable 
défaire marcher une iî grande maffe malgré 
toutes ces réfiftances & une fi grande dimi- 
nution de force , doit de fon côté être très- 
confidérable. 

ex VIII. Le fang pouflTé dans l'aorte ren- 
contre les deux orifices des artères coronai- 
res qui font voifines des valvules de l'aor- 
te , mais fitués plus haut ; c'eft-là qu'il s'é- 
lance d'abord, de c'eft ainfi que le cœur fe 



DE Physiologie.' 6^7 
fournit le fang à lui-même. Ces artères font 
ordinairement au nombre de deux , de for- 
tent du cœur a angle obtus rétrograde. La 
droite defcend entre l'aorte ôc l'artère pul- 
monaire, La gauche qui eft fupérieure , fort 
entre l'oreillette gauche Se l'aorte. Toutes les 
artères extérieures font accompagnées de beau» 
coup de graiffe. 

CXIX. Ces artères communiquent par-tout. 
entr'elles par de petits rameaux vers la cloi- 
fon du cœur & vers fa pointe , & ne for- 
ment jamais autour du cœur un anneau : el- 
les fe terminent de deux façons diiférentes. 

CXX. 1*^. Elles fe terminent dans les vei- 
nes dont les rameaux accompagnent ceux àes 
artères , mais dont les troncs ne font jamais 
unis à ceux des artères. La grande veine co- 
ronaire accompagne donc l'artère coronaire 
gauche. Cette veine s'ouvre dans l'oreillette ,_ 
vers la partie la plus gauche de la valvule 
d'EusTAcHi , par un grand orifice couvert de 
valvules. Elle cotoye la racine de l'oreillette 
gauche , de elle marche avec les rameaux fu- 
perficiels de l'artère dont j'ai parlé. 

CXXL L'autre veine qu'on peut aulîî re- 
garder comme une partie de la première, 
puifqu'elles ont l'une & l'autre une même in- 
fertion , defcend le long de la cloifon du 
cœur dans fa face plane ; on la peut nom- 
mer médiane. La troifiéme cotoye tranfverfa- 
lement la racine de l'oreillette droite , d'où 
elle s'ouvre dans le grand orifice de la veine 
coronaire (CXX) , ou au moins aux envi- 
rons de cet orifice , & enfin dans la veine 



é% É L É >î s N s 

antérieure. Elle diftiibiie fes rameaux a 
la partie fituée dans la face plane du ven- 
tricule droit 5 d^où elle reçoit fou vent lesf 
innominées dont nous parlerons bientôt.' 

CXXII. Le cœur a a fa partie antérieure 
quelques autres veines \ mais il y en a une 
plus- grande qui parcourt la partie voiiine du 
ventricule droit & de roreillette droite , & 
qui, après avoir rampé obliquement entre les 
membranes, s'infe:e dans la partie la plus an- 
térieure, & quelquefois dans le tronc fupérieur 
de la veine cave. Cette veine antérieure poufïè 
un rameau qui fe cache vers la racine du iî- 
nus droit , s'infinue dans la fubftance même 
de l'oreillette, s'infère de nouveau dans la 
grande veine coronaire, & achevé déformer 
le cercle veineux du cœur , & à-peu- près 
femblable au ceicle artériel que d'autres Au^ 
teurs décrivent , mais que fe ne connois 
point. Il faut remarquer au refte que ce cer- 
cle art&riels & ces petits cercles veineurx ne 
font pas encore clairement démontrés. 

CXXIII. Il y a encore plufieurs veines dont 
le nombre & le lieu font incertains , 5c qui 
jfe diftribuent aux4)arties de la bafe du cœur 
les plus profondes fur lefquelles les Anato- 
miftes fe font moins exercés, qui fe cacheiir 
entre les origines des grands vaiflTeaux , & 
s'euvrent par plufîeurs orifices dans le finus 
droit, l'oreillette &: le fin us gauche; mais 
cette dernière efpece d-'infertion eft la plus 
rare ; c'eft ainfî que j'ai vu une veine par- 
ticulière s'élever du iinus caché dans la chair 
de l'oreillette droite , fe porter vers l'aoïre 



DE Physiologie. 6^ 

&c i'artere plîlmonaire , ôc s'ouvrir de l'un 
Ôc de l'autre côté dans la grande veine coro- 
naire ; une autre fîtuée encre l'orifice de la 
veine coronaire <5c l'aorte s'inférer au iinus 
droit; une troifiéme paiTer dans les veftiges 
du trou ovale , & la cloifon des deux fmus, 
aboutir aulli au finus droit ; d'autres qui ap- 
partenoienc aux valvules veineufes j ôc enfin 
un nombre infini d'autres qu'il feroic trop 
long de décrire. 

CXXIV. D'autres veines plus petites, dont 
les troncs fort courts ne peuvent être faci- 
lement difTéquésj s'ouvrent obliquement dans 
le nombre infini de petites cavités du ven- 
tricule droit ôc du gauche. Les injedions 
d'eau 5 d'air & de mercure faites dans les ar- 
tères qui accompagnent les artères coronaires 
après avoir lié ces veines , ou dans ces vei- 
nes , même après avoir bouché leur grand 
orifice , en fournifiTent les preuves ; puiiqu'en 
effet les bulles d'àir , les gouttes d'eau teinte 
ëc le mercure jailiifTent alors de tous les points 
de la circonférence des ventricules fans aucun 
effort qui puifTe faire foupçonner que ces vei- 
nes ayent été rompues. 

CXXV. Quelques-uns prétendent que les 
artères coronaires ne reçoivent pas leur fang 
du cœur , mais' de l'aorte pendant ia con- 
traction ^ à caufe de l'angle rétrograde que 
forment ces artères, des valvules qui, félon 
eux , en bouchent les orifices , & de la cou- 
leur pâle du cœur lorfqu'il eft en contraction j 
mais l'expérience s'oppofe aux deux derniè- 
res raifons ) quant à la première , il peut fe 



«7» É L É M E -N s 

faire qa'elle re-tarde ou qu'elle diminue le 
mouvement du fang ; mais elle n'en em- 
pêche point l'entrée ; car les injedlions d'air 
ôc de mercure dans les vaiifeaux fpermati- 
ques 3 biliaires , Ôc dans tous les autres ieiii- 
blablês , font voir que les angles les plus ré- 
trogrades n^arrêtent point le cours naturel des 
liquides. Il y a plus, le fang qui s'échappe 
de l'artère coronaire forme un plus grand jet 
dans la contraction du cœur que pendant fa 
dilatation (CXiV). 

CXXVI. Il y a moins liea de douter du 
reflux du lang. Tout le fang dss artères co- 
ronaires eft rapporté dans les ventricules & 
les oreillettes droite & gauche, mais en moin- 
dre quantité dans la gauche , tant par des ori- 
fices plus grands (CXX, CXXI , CXXII), 
que par des orifices plus petits (CXXIII) ; 
enfin par les orifices les plus petits ( CXXIV ) 
par lefquels rinjedion paffe très facilement 
îorfque les grandes veines font liées. Il pa- 
roît que cette circulation fe fait en très-peu de 
tems, à caufe de la grande vitelTe que le 
cœur communique au fang; mais s'accom- 
plit-elle pendant une pulfation ? Ce ne fe- 
roit point mon fen'timent , car les vaifTeauic 
du cœur ne pâlitTent pas, ou ne s'évacuent 
point tout à -fait ; les artères du cœur ont un 
chemin libre dans la graiiTe qui les environ- 
ne. Mais de quel ufage peuvent être toutes 
ces petites veines (CXXV) ? Elles rappor- 
tent le fang des artères profondes qui ne font 
accompagnées d'aucune grande veine. 

CXX VII. Les humeurs plus fines que le 



DE Physiologie. 71 

fang , poulfées par le cœur , reviennent par 
les veines valvuiaires lymphatiques qui ac- 
<:ornpagnent les vaiiTeaux coronaires ôc mon- 
tent vers la fous-claviçre ôc vers le canal tho- 
rachique. Il eft bien rare de les voir. 



CHAPITRE VI. 

Des fonci'ions communes des artères^ 

CXXVIII. ijE fang poufifé du ventricule 
gauche du cœur dans l'aorte qui part du cœur 
en fç courbant d'abord à droite , puis à gau- 
che j & en formant un arc très-aigu, ce fang , 
dis-je, vient d'abord frapper de fa mafTe la 
parois droite de cette artère ; de-là il icft ré - 
fléchi fur la gauche , d'où il fe rend en tour- 
noyant , 6ç en continuant fon chemin à tra- 
vers les artères , en fe brifant contre leurs pa- 
rois & fe réfléchiflant autant que leur pléni- 
tude peut le permettre. 

CXXIX. Les artères font toujours pleines 
de fang pendant la vie , puifque le fang qui 
jaillit par une artère , n'eft point interrompu 
par dQS mouvemens alternatifs pendant que 
le cœur eft en repos \ mais qu'il en fort d'un 
fil continu , que le mierofcope nous fait voir 
dans les animaux vivans des artères pleines 
pendant la fyftole & la diaftole , & que les 
fibres circulaires de l'artère ne font pas mê- 
me capables d une allez grande contradion 



71 E L â M E N S 

pour vuider tout le tube de l'artère. C'^O: 
.pourquoi lorfqu'il arrive une nouvelle onde 
de fa ng dans les artères déjà pleines, quoi- 
que la quantité en foit petite par rapport 
a tout le fyltême artériei , puirqu'elle ne va 
pas à plus de deux onces , elle atteint néan- 
moins l'onde qui la précède, qui plus éloi- 
gnée du cœur , s'avance plus lentement : elle 
la poulTe donc , elle diftend en même tems 
les artères , pouiTe en dehors les parties con- 
vexes de leur courbure , & rend les fpirales 
qu'elles forment plus ferpentantes , comme 
i'injedion le fait voir. On a donné le nom de 
pouls à cette dilatation de l'artère , & à ce 
changement d'un petit diamettre en un plus 
grand, La diaftole n'eft autre chofe que l'ex- 
pandon de l'artère au-delà de fon diamettre 
naturel : cette dilatation eft de l'efTence de la 
vie ; elle a uniquement fa fource dans le 
cœur , & elle n'eft point naturelle à l'artère 
abandonnée à elle-même. C'eft pourquoi le 
pouls ceiTe, lorfque le mouvement du cœur 
cft intercepté , (oit que l'impuhion du cœur 
foit vaincue par l'obftacle de quelque ané- 
vryfme , ou de la ligature ; c'eft de-là que 
le pouls cefTe fubitement dans un animal vi- 
vant dont on a percé le cœur. 

CXXX. La contradion de Tartere fuit fa 
dilatation ; c'eft-à-dire , que d'abord que le 
cœur a poufTé le fang , & furmonté la force 
qui le diftendoit , il ie repofe. Alors l'ar- 
rere , en conféquence de l'élafticité naturelle 
ilefes fibres circulaires, irritée par l'impref- 
iion de ce même ùmg , fe eontrade (XXX), 

Se 



DE Physiologie. f^ 

Se poulfe autant de fang quelle en avoitreçii 
au-deià de la moitié de fon diamètre. Toute 
cette quantité palFe dans les vaifiTeaux plus 
petits , ou dans les veines. Les valvules femi- 
funaires (CVI) s oppofent à l'effort qu'il fait 
pour revenir en arrière. Auflî-tôt que l'artère 
a chaflTé cette onde , comme elle n'eft plus ir- 
ritée , fon effort fe relâche , ôc dans l'inftant 
une nouvelle onde de fang que le cœur y en- 
voyé , la diflend de nouveau , d'où s'enfuit 
une nouvelle dyaflole. 

CXXXI. La nature élaftique des artères , 
fait voir qu elles fe contractent effective mène 
ôc que cette contraction fert à faire avancer 
lu fang. Le relâchement fenfible que le cœur 
produit dans leur dilatation, l'évacuation que 
l'artère fe procure elle-même par fa propre 
force dans les rameaux latéraux intercep- 
tés entre deux ligatures , le retour du fang 
par les veines continues à une artère liée, 
quoique le cœur n'agi(re point fur elle ; le 
jet du fang par Tartere, qui, comme de 
grands hommes l'ont obferve , efl même plus 
grand lorfque le cœur efl en repos, la rapidité 
du feng chaffé avec force de l'aorte au-defTous 
d'une ligature faite à cette artère , l'évacua- 
tion des artères qui fe fait même pendant le 
repos du cœur, l'obfervation qu'on a faite 
que les veines font plus remplies après la 
jnort que ne le font les artères j 3c que mê- 
ine après la mort le fatig , à la fortie d'une 
] grande artère , jaillit à une hauteur aufîi con- 
iidérable que celle de deux pieds, la coatrac- 
tion convulfive qu'on remarque dans les ani» 
/ Pan. D 



y4 hLEMENS 

maux aufqaels on a ouvert cette artère , le 
reiïerrement des orifices des artères qui ont 
été coupées dans les bleiTures , toutes ces cho- 
fes prouvent que les artères fe contradent , 
3c que cette contradion lert à faire avancer 
le fang. 

CXXXII. La vîtelFe du fang qui le fait 
monter à un pied ôc peut-être à plus de deux 
dans une féconde. Se la plénitude continuelle 
de l'artère , fait qu'on ne peut appercevoir 
de fucceilion dans l'élévation des différentes 
artères , & que les artères du corps humain 
paroiiTent toutes s'élever dans un même tems 
qui eft celui de l'élévation du cœur vers la pa- 
rois de la poitrine. Il eft cependant sûr que 
tout cela fe fait avec quelque fuccelîîon , êc 
les contradtions dé l'aorte paroiflTent fe fuc- 
céder dans le même ordre & a mefure qu'elle 
eft remplie par le fang que le cœur y pouffe , 
de forte que la partie de l'artère la plus pro- 
che du cœur fe contrade la première , & que 
la force de la contradion fe propage ainfî 
peu-à-peu jufqu'à la fin. Nous en avons un 
exemple dans les inteftins , & on le voit dans 
les infedes dont le cœur long Se noiieux fe 
contrade avec une fuccefïion fenfible depuis 
le commencement jufqu'à la fin. Mais l'ame 
confond des inftans fi petits. 

CXXXIII. Dans quel endroit la pulfation 
n'eft-elle plus fenfible ? Je penfe que c'eft 
dans les extrémités les plus petites & cylin- 
driques des veines. Il eft certain que la fom- 
me de tous les orifices des petites artères a 
uu rapport d'autant plus grand à lorifice de 



DE Physiologie. 7Ç 

l'aorte , que leur divifion a été pouflee plus 
loin , èk qii'ainii le rapport du tronc aux ra- 
meaux étant toujours de moindre inégalité, 
quoiqu'il puilTe varier , la raifon de la fom- 
me des orifices de petites artères à l'orifice 
du commencement de l'aorte eft la plus grande 
qu'il efl: poilible dans la dernière divifion de 
ces artères. Les membranes des artères fonc 
d'ailleurs dans un rapport d'autant plus grand 
avec leurs orifices , qu'elles font plus peti- 
tes 3 jurqu'à ce qu'elles ayent un rapport fuf- 
fifant pour ne laiffer paiier qu'un feul glo-' 
bule. C'ePc ce que confirme TAnatomie. En 
effet , fi on infinue de l'air dans les artères, il 
a toujours , tout compté , d'autant plus de 
difficulté à les rompre, qu'elles font plus pe- 
tites. Enfin , on s'en eft encore afiuré par le 
calcul , au moyen duquel on a déterminé la- 
grandeur d'un globule par rapport aux deux 
-membranes demi- cylindriques de la plus pe- 
tite artère. Joignez à cela le frottement du 
liquide dans les plus petits vaifTeajjx cour- 
bés de qui fe rencontrent fous des angles quel- 
conques ; frottement qui doit entrer en ligne 
de compte , puifqu'il diminue confidérable^ 
ment de la vîteiTe même de l'eau courante 
dans des canaux fimples , & qui ne s'éten- 
dent qu'en longueur , & cela d'autant plus 
que les diamètres de ces canaux font plus 
petits. Ajoutons encore que plus l'artère eft 
perire 5 & plus le nombre des globules .qui 
^touchent fes parois & fe frottent contr'elles, 
çit grand. La figure conique de i'artere fait 

Dïj 



7<> É L É M E N s 

encore que le fang ne peut pafTer fans ré- 
iîftance dans les rameaux les plus étroits , & 
qu'il fait effort pour les diftendre ; enfin les 
courbures Se les plis des vaifleaux retardent 
aufïî le mouvement du fang , puifqu'il y a 
toujours une partie de la force mouvante em- 
ployée à pouffer la partie convexe des plis 
ôc à changer la figure du vaiffeau. Il faut au 
refte avoir égard à la vifcofité du fang , le 
repos feul étant capable de le réunir en gru- 
meaux, ôc le mouvement circulaire pouvant 
lui feul balancer cette attra6lion mutuelle des 
parties , & empêcher que le fang ne con- 
traéte des adhérences avec les parois des vaif- 
féaux qui le contienn^t , comme cela arri- 
ve dans l'anévryfme &c dans les bleflfures ; 
ou enfin que les globules ne fe réuniffent en- 
femble comme ils le font ordinairement après 
la mort. On voit par-là que le fang fouffre un 
très-grand ralontiifement daiis les plus petits 
vailTeaux, quoiqu'il foit difficile d'en déter- 
Hîiner au jufte la quantité. Le fang pendant 
la vie coule à la,yérité, comme un torrent dans 
les troncs des vaiifeaux, mais fes globules fe 
traînent ifolés ôc diftans les uns des autres 
dans les petits rameaux. Le fang commence 
à fe coaguler dans les phis petits vaifleaux. 
L'expérience a appris aux Chirurgiens que 
le fang coule d'une petite artère voifine du 
cœur ou de l'aorte avec plus de danger, que 
d'une artère plus confidérable , mais plus éloi- 
. gnée. Le fang de la grenouille parcourt en 
une minute les deux tiers d'un pouce , 6c il 
en parcourt jufqu'à quatre dans les vaiffeaux 



D X P H Y s I O L O G I E, ^ 7? 

de Fangiiille. Voyez à^ce fujet ce quia été 
dit n^ LVIII. 

CXXXIV. Le pouls fe fait fentir , parce 
que l'onde antérieure du fang va plus lente- 
mint dans les artères que celle qui la fuit j 
elle lui fait donc obftacle (CXXIX), mais 
Je mouvement du cœur fe raîentiiTant peu à 
peu, & la contradtion des artères augmen- 
tant a mefure , l'excès de la vîteflTe de l'onde 
poftérieure du fang pouffé par le cœur fur 
celle de la première que la contradtion des 
petits vaiifeaux fait avancer, fera de plus en 
plus petit 5 jufqu'à ce qu'ennnil n'y ait plus de 
différence; Ôcc'eft alors que le pouls ne fe fcnt 
plus, parce que la première & la dernière 
onde vont d'une même vîteffe Ôc d'un mê- 
me cours- Ce point d'équilibre ne peut avoir 
lieu dans les grandes artères ; car l'onde que 
le cœur envoyé de nouveau, y eft dans un 
plus grand mouvement que la précédente » 
comme le prouve la pulfation inflammatoi- 
re , fur-tout des petites artères de l'œil. C'efl: 
dans les petites artères que le pouls commencée 
à fe perdre; l'égalité du mouvement du fang 
obfervée au microfcope dans les artères des 
grenouilles le confirme. On ne fent point de 
pulfation dans les veines que l'œil peut dé- 
couvrir. Le microfcope ni d'autres expérien- 
ces ne nous ont point appris que le mouve- 
ment du fang qu'elles renferment fût accé- 
léré lorfque le cœur fe contrafte. 

CXXXV. Il faut donc que toute l'énergre 
que le cœur a communiquée au fang fe perde 
au commencement des veines , puifquil en 

Dû) 



/S E t É M E N s ' 

refte encore un peu , même dans les plus pe- 
tites artères j Se qu'on n'en remarque point 
dans les plus petites veines que l'on puilfe 
voir. L'expérience prouve que la pecireiTe des 
derniers vaifTeaux détruit la pulfationj en ef- 
fet, d'un côte , l'eau quoiqu'introduire par 
jet dans un canal fouple , fort d'un fil con- 
tinu a travers une éponge que l'on a adaptée 
à l'extrémité de ce canal ^ ôc d'un autre côté , 
il on injede par pulfation alternative de l'eau 
dans les artères méfentériques , cette eau for- 
nra aufli d'un fil continu par les veines. 

CXXXVI. Le pouls eft la mefure de la for- 
ce que le cœur employé , puifqu'il en eft le 
plein Se prochain effet. C'eft ce qui fait qu'il 
ed; moins fréquent , toutes chofes d'ailleurs 
égales 5 dans ceux qui jouiiTent d'une fanté 
parfaite , Se dans lefquels il n'y a aucun ai- 
guillon , aucune réfiftance qui tienne lieu de 
cet aiguillon. Se dont le cœur pouffe le fang 
librement Se avec aifance. La plénitude des 
artères, jointe à la grande quantité de la force 
du cœur , font un pouls étendu. La vacuité 
de l'artère , & une moindre quantité de fang 
fournie par le cœur, forment un pouls petit. 
Le pouls dur dénote quelqu'obftacle , quel- 
qu'aiguillon , une augmentation de la force 
du cœur avec épaifîiffement du fang , ou bien 
obdrudion ou rigidité de l'artère. Le pouls 
prompt défigne un aiguillon, un obflacle, la 
fenfibilité Se l'irritabilité du co^ur. On ne fent 
jamais mieux le pouls que lorfque l'artère efl 
nue Se appuyée fur les os ; mais les obflruc- 
tions le font quelquefois fentir dans des par- 



DE PHYSIOLOeiI.' 75? 

des qui fans cela feroient les moins propres i 
cet effet. 

CXXXVIL Le pouls , dans tout animal i 
eft d'autant moins fréquent que l'animal eft 
plus grand, d'autant que le cœur eft à pro- 
portion moindre que dans un petit animal , 
qu'il pouffe alors le fang à une plus grande 
diflance 5 ôc que l'augmentation des frotte- 
mens paroît devoir être plus grande que celle 
de la force du cœur 5 de-là vient que les pe- 
tits animaux font voraces , que les grands le 
font moins j tels font la baleine & réléphanr» 
Le pouls de l'homme adulte bat ordinaire- 
ment dans une minute 65 fois le matin ôc 
80 fois le foir ; il efl moins fréquent pendant 
la nuit 5 Se il revient peu-à-peu à fon pre- 
mier état vers le matin. En effet, le mouve- 
mient mufculaire de l'aârion des fens , tant 
internes , qu'externes , les alimens tant foli- 
des que fluides , pouffent le fang veineux vers 
le cœur , rendent par-là l'aiguillon plus fré- 
quent ôc les contrariions plus nombreufes ; 
c'efl-là la caufe du paroxifme du foir dans 
toutes^ les fièvres. Le fommeil ralentit le fang 
& généralement tous les mouvemens de l'a- 
nimal. 

CXXXVIIL Les enfans ont le pouls fré- 
quent, & le pouls efi d'autant plus lent qu'on 
eft plus vieux. Le pouls, dans un embryon, 
bat environ 134 fois, êc dans les nouveaux 
nés , il bat environ 1 20 fois par minute. Il 
n'en bat que 60 dans les vieillards. Le pouls 
fébrile commence depuis 9(3 pulfations. La 
célérité médiocre du pouls dans les fièvres, 

Div 



to É I E M E N s 

t)u par le mouvement muiculaire , dans ifn 
adulte , s'étend jufqu'à iio ou 120 pulfa- 
lions j la plus grande célérité va jufqu'à 130 
4DU 140 5 de à ce nombre l'homme meurt. 
Xes piilfations font moins fréquentes en hi- 
ver 5 la différence peut être de dix ; elles le 
font plus en été , ôc fous la Zone Torride , 
.elles vont jufqu'à 1 20 ; les affedtions de l'ame 
y produifent encore divers changemens. 

CXXXIX. Le fang fe meut lentement dans 
4es petites veines , & tient ce mouvement en 
partie du cœur ôc en partie de la force con- 
.tra6tile' des artères. Le mouvement que re- 
couvre le fang dans les noyés, ôc qui n'a lieu 
que parce que le cœur eft folliciré à fe mou- 
voir 5 eft une preuve que le cœur y contri- 
, bue. La vie fubiîftante malgré l'o^ification du 
cœur 5 ou la'deftruélion prefqu'eutiere de cet» 
organe , Se le mouvement du fang confervé 
43ans la queue des poiiTons après la fe<flion de 
4:eUQ partie , font voir que la force contrac- 
tile de lartere concourt à ce mouvement. Il 
y a tout lieu de préfumer que les petites du- 
rées de ces contrarions ne font pas toujours 
îes mêmes , quoique Tœil ne puiflfe apper- 
cevoir de fi petites différences , & que l'ac- 
tion dès mufcîes voiiîns Ôc des artères qui 
leur font adoffées (CXXXI), confondent tout 
cela dans les grandes veines. Le poids & l'é- 
îafticité de îair, qui fe dégage, peuvent en- 
core contribuer au mouvement du fang , à 
/ rinftant de la mort. 

CXL. Dans les grandes veines le fang fe 
^euî plus Vite. En effet , toutes les fois que 



DE Physiologie. Si 

les forces qui le poufTent font fuffifantes , 
& que les tuyaux qui le portent fe rétrécifr- 
fent 5 il eft néceflaire que fon mouvement 
s'accélère , puifque le tronc veineux eft plus 
petit que ne le font les troncs des rameaux 
d où il provient , de même que le tronc ar- 
tériel eft plus petit que la fomme des troncs 
des rameaux dans lefquels ils fe divifenr^ 
C'eft pourquoi fi le fang veineux ne perdoic 
pendant ce tems aucune partie de fon mou- 
vement, le rapport de la vîtefle du fang dans 
la veine de la trentième divifîon , feroit pré- 
cifément la trentième puilïànce de la raifon 
de la fomme des orifices des veines les plus 
petites à l'orifice de la veine cave. Le frotte- 
ment diminue en même tems de même que 
le contaét du fang contre les parois. 

CXLI. Or comme le fang circule très-len- 
tement dans les dernières artères & les vei- 

, lies qui en naifTent ; que le poids du fang ^ 
par-tout & avec un art admirable , empê* 
che qu'il ne reflue , & qu'on ne fçauroît comp^ 
ter fur la force contractile de la membrane 
très-déliée des veines ; la nature y a fuppléé 

-en empêchant , de différentes manières , que 
le fang veineux ne croupit par trop de len- 
teur éc ne fe coagulât. Elle a donc fourni les 
veines de vapeur Ôc de lymphe coulante , Ôc 
à ce qu'il femble^ en plus grande abondance 
qu'il ne s'en échappe des artères à caufe de 1» 
grande tranfpiration du poumon. 

ÇXLII. Elle a placé outre cela les veineâ 
fur les mufcles qui , en fe gonflant , com* 

priment le^ veines placées encr*eux ; & toiirà 

Dv 



8l ÉliMENS 

la compreffioii qui s'exerce fur le fang veî^ 
lieux étant déterminée vers le cœur à caufe des- 
valvules (LV), elle s^'employe uniquement i 
accélérer le retour du fang au cœur : de - là 
vient que le mouvement mufculaire augmente 
confîdérablement le pouls (CXXXVII), la 
chaleur , la rougeur , ôc rend la refpiration 
fréquente. 

CXLIII. Au refte les mufcles qui prelTent 
de tous côtés les parties qui font renfermées 
dans quelque cavité commune , accélèrent 
confidérablement le mouvement du fang vei- 
neux y tel eij: l'effet que la preffion du dia- 
phragme , jointe a celle des mufcles du bas- 
ventre, produit dans l'abdomen. Enfin les ar- 
tères qui font par-tout voifines ûqs veines , 
Ôc qui leur font parallèles, accélèrent alors 
par leur pulfation le mouvement du fang vei- 
neux , puifqu'il eft démontré que toute im- 
pulfion communiquée aux veines tend uni- 
quement à déterminer leur fang vers le cœur. 

CXLIV. Il arrive de tout cela que le fang , 
dans l'homme fain , qui fait alTez d'exercice, 
fe meut avec une vneii^Q convenable pour que 
la veine cave rende au cœur, à chaque pul- 
fation, autant deTangque l'aorte en a reçu; 
mais le repos & la foibîeffe des fibres élafti- 
ques du cœur & des mufcles rend très-fou- 
vent le mouvemvent du fang des veines plus 
difficile. C'eft-lâ ce qui caufe les varices auf- 
quelles les femmes enceintes font fujettes , 
les hémorroïdes aufquelles le défaut de val- 
vule dans la veine porte ne contribue pas peu ; 
€ dl auffi là ce qui occafionne les menftrues* 



DE Physiologie. 83 

La vapeur fubtile qui s'eft exhalée <3es plus 
petits vaifTeaux ne pouvant retourner au 
cœur , parce que les veines y rapportent trop 
lentement le fang ; cette vapeur féjourne ôc 
caufe dQS œdèmes dans les perfonnes lan- 
guiflantes. 

CXLV. Le mouvement âi: cœiir &c des ar- 
tères produit fur le fang différents effets , 
qui fuivent tous des précédens, ôc qu'on peut 
évaluer en comparant le fang de l'animal 
mort avec celui de l'animal vivant , de l'a- 
nimal fain ôc de l'animal malade , de l'ani- 
mal en repos avec celui de l'animal dans ua 
mouvement violent. En effet, le fang pen- 
dant la vie efl chaud , d'un rouge tirant fut 
l'écarlate j il paroît homogène , quoiqu'il loit 
compofé de principes mixtes ; il eft tout com- 
pofé de globules ; il coule aifément par les 
plus petits vaifTeaux , ôc il s'en exhale une 
humeur volatile que nous décrirons plus an 
long dans la fuite. Il perd beaucoup de fa 
rougeur dans l'animal mort avant que le ca- 
davre foit encore atteint de pourriture ; il fe 
fépare en parties plus pefantes ôc plus légè- 
res j il ne s'en exhale rien ; il fe fige ou en 
entier, ou en grande partie, lorfqu'il eft hors 
des veines. Il y a plus , le fang fe refroidit 
confîdérablement dans l'animal foible, ôc dans 
lequel le pouls ôc la refpiration fe font à peine 
fentir ; c'eft-là pourquoi , fi l'on compare le 
fang d'un homme tranquille, foit du corps, 
foit de l'efprit , avec celui d'un homme qui 
fait beaucoup d'exercice ; on trouvera le fang 
de^ celui-ci plus chaud, plus rouge, plus corn- 

Dvj 



S4 È L É M E N s 

pad, spécifiquement plus pefant & plus abon- 
dant en principes volatils ; phénomènes qui 
paPoifTent tous évidemment être les effets da 
mouvement du cœur & des artères , puifqu'ils 
font plus remarquables lorfquece mouvement 
augmente , qu'ils fe calment lorfqu il fe ra- 
lentit , & qu'ils ceCent avec lui. 

CXLVI. Pour remoritér à la fource de cqs 
phénomènes , il faut ooferver quel eft l'effet 
au cœur lorfqu'il poulfe le fang , & quel eOc 
celui des artères lorfqu'elles le repoufTent al- 
ternativement dans le cœur \ & on trouvera 
que le cœur pouffe le fang avec une vîteffe 
très-confîdérable & fupérieure même à la ra- 
pidité de tous fleuves (CXV), qu'il le pouffe 
dans des canaux courbés en tous fens, de forte 
que les globules qui fortent du côté droit de 
lorifîce de l'aorte frappant la parois gauche 
de cette artère , font alors repouffés vers la 
droite, & qu'il s'enfuit de-là que toutes les 
parties du fang font agitées d'un mouvement 
confus & en tourbillon. Le fang j^ffé dans 
^Qs canaux courbes , doit néceffairement ren- 
contrer leurs parois , les dilater de les rendre 
plus convexes. Enfin dans les petits canaux qui 
Xie peuvent lailTer paffer qu'un ou une petite 
quantité de globules dans lefquels plufieurs 
globules , & même tous les globules viennent 
à toucher les parois de l'artère, ces globules 
rafent de ii (près les parois de l'artère , qu'il 
faut néceffairement qu'elles changent défigure 
pour qu'ils puiffent y trouver pa(îâge. 

CXLVII. L'élafticité des artères leur fait 
repouffer le fang ds leurs parois vers leur axe. 



DE Physiologie. ^§ 

réagir fur le fang qui les prefTe , & enfin don- 
ner paiïage à chaque petite mafTe de fang par 
les orifices circulaires des plus petits vaifTeaux, 
CXLVIII. Il y a donc alors un frottement 
prodigieux dans les artères , foit de la parc 
des globules du fang contre les artères , foit 
dQS artères en contra6lion contre le fang qui 
leur fait obftacle, foit des molécules du fang 
poufTées les unes contre les autres confufément 
Ôc en tourbillon. On peut juger de l'effet de 
ce frottement par la nature vifqueufe ^ in- 
flammable du fang, par la petiteffe des pafla- 
ges que le fang traverfe , par la grande énergie 
du cœur , par la grande réfiftance des artères, 
par le poids des parties que le fang artériel 
îbuleve. Ce frottement donne au fang jde la 
fluidité, ôc s'oppofe continuellement au con- 
tad des globules entr eux & à leur attradion 
mutuelle. De-là vient que le fang fe coagule 
dans les vaifTeaux avant la mort , & qu'il 
recouvre fa fluidité lorfqu'on rend au cœur 
fon mouvement, comme on le fçait par les 
expériences qu'on a faites fur les animaux 
vivans. Ce mouvement produit-il la chaleur 
dans toutes les liqueurs , même dans l'air , 
& fur-tout dans les liqueurs inflammables des 
animaux , plus denfes que l'eau lorfqu'eiles 
font comprimées Se broiées dans des tuyaux 
claftiques?- La chaleur du fan^, dans les poif- 
fons , dont le cœur eft grand , fa froideur 
dans ceux qui l'ont petit ; la chaleur des oi* 
féaux, donc le cœur eft grand, leur poub 
plus fréque'^t, la chaleur augmentée par toute 
eipéce ie ra< uvemeac, même feulement pat 



Î6 £ L é M E N s 

le frottement extérieur^ prouvent- elles cette 
aârion ? Il paroît que la chaleur animale fe 
développe fur-tout dans les poumons , par 
les raifons que nous rapporterons lorfqu il en 
fera queftion. De plus , le mouvement de ro- 
tation de le frottement mutuel des molécules 
du fang les difpofent à prendre la figure fphé- 
rique , en atténuant les éminences des par- 
ties rameufes informes , ôc en les rendant 
par - là d'une figure plus approchante d'une 
fphere. Les fragmens qui réfultent de l'ar- 
rondifiement de ces molécules font auifi ar- 
rondis par ces frottemens , par le mouvement 
de rotation & par les orifices ronds des pe- 
tits canaux par lefquels ils paiTent. 

CXLIX. Les difrérens caraderes des par- 
ticules qui par leur union forment le fang , 
font que laârion du cœur produit différents 
effets fur ces particules ; effeélivement , cel- 
les qui font plus denfes , &r fur lefquelles le 
cœur fait par cette raifon plus d'imprefiion, 
outre cela d'une figure convenable , Se n'of- . 
frant que peu de furface , ne trouvent que 
peu de réfiftance dans les fluides avec lefquels 
elles font mues. Celles qui font poufTées vers 
l'axe du canal , circulent aufîi plus prompte- 
ment , foit qu'elles foient portées en cet en- 
droit par leur poids , foit qu'elles ayent été 
chaffées par le cœur dans certe;dired:ion. Cel- 
les dont le mouvement de projection eft plus 
fort , font portées vers les parties convexes 
de la courbure des vaiffeaux , Se celles qui 
par leur poids Se leur lenteur obéiffent moins 
au mouvement de projedion, rampent vers 



DE Physiologie, §7 

là concavité. Ceft ainfî que le fang fe difpofe 
aux fecrétions. 

CL. La fyftole des artères rend d'abord le 
fang plus compa6t , ôc cela parce qu'étant 
déjà par lui-même d'une nature vifqueufe ÔC 
comprefïîble , les artères le prelïent par 
la contradion où elles fe mettent à fon oc- 
caiion , chaffent les parties les plus liquides 
dans les orifices latéraux , rendent les points 
de contad: de {qs globules plus nombreux , 
rapprochent les unes des autres les parties 
groîïieres , Ôc rendent les moUécules planes 
plus denfes.. Ceft fur-tout de cette denfité 
que la couleur rouge paroît dépendre, car 
l'exemple des poifTons fait voir qu'il nepro- 
vient point des poumon!* *, ôc d'ailleurs on 
ne doit l'attribuer qu'à la denfité , non-feu- 
lement fuivant la théorie de Newton, mais 
encore en conféquence de l'expérience qui 
apprend qu'en augmentant le mouvement 
mufculaire , ou même qu'en accélérant le jet 
du fang qui tombe d'une veine dans un pe- 
tit vafe placé beaucoup plus bas, on aug- 
mente tout à la fois la rougeur ôc la den- 
fné, 

CLL De plus , ces petits orifices qui ne 
lailfent paiïer qu'un globule , paroi (Tent être 
les moules dans lefquelles les molécules du 
fang déjà préparées à la figure fphérique par 
la deftru6tion de leurs angles, prennent en 
effet cette figure , ôc fe changent en petites 
fpheres parfaites. Ceft de-là enfin que vient 
la denfité ; la figure fphérique étant celle d§ 
toutes les figures qui a le plus de capacité. 



88 Ê L,i M E N s 

CLII. Les réfeaax artériels préfervent c^e 
robftrudion , puifque dans quelques endroits 
de l'artère qu'on fuppofe que l'obftruétion 
comrnenc^e , ou que le fang fe coagule , ils 
fournifTent un courant contraire à celui qui 
poufTe déjà la particule arrêtée, & par con- 
séquent capable de la repohfTer dans un ca- 
nal plus large , de la brifer par Foppolîtion 
de fon mouvement à celui du courant dired 
qui agit d'un autre côté. La dilation des vaif- 
feaux artériels voifins de ceux qui ont été 
obftrués ou détruits , peut fuppléer à leurs 
défauts 3 & en faire les fondions. On en a 
des exemples en Chirurgie , lorfqu'on a lié ou 
coupé l'artère principale d'une partie. 

CLIIL La lenteilr du fang produit {qs ef- 
fets dans les plus petits vaifleaux , de même 
que fa vîtelTe produit les fiens ; des molé- 
cules très- différentes les unes des autres rou- 
lent confufément dans les grandes -artères 5c 
dans les petits vaiffeaux où le mouvement 
progrelîif diminue ; les plus lâches fe fépa- 
rent des rouges èc des plus pefantes , & elles 
font pouffées vers. la circonférence Se dans 
Iqs rameaux, tandis que les plus fermes ten- 
dent toujours vers l'axe du vaiffèau. La force 
d attradion des molécules fanguines devient 
plus grande , & les graffes qui font plus len- 
tes & plus grandes fe retirent dans les orifi- 
ces latéraux qui fe trouvent ouverts : d'autres 
liquides plus fins prennent leur cours par des 
rameaux latéraux d'un plus petit orifice, jufqu'à 
ce qu'il ne refte plus que le fang rouge qui paiîe 
dans la petite veine naiffante j mais nous au^ 



DE Physiologie. S9 

roîis occafîon (Ch. VllI) de parler de tou- 
tes ces différentes préparations du fang pour 
les fecrétions. 



CHAPITRE VII. 

Du cara&crc du fang & des autres humeurs 
du corps humain, 

CLIV. yj N donne en général le nom de 
Sang à la liqueur renfermée dans les arreres 
qui battent, dedans les veines correfpondan- 
tes à cts artères. Il paroît , à la première inf- 
pe6tion , homogène , rouge & fiifceprible de 
coagulation dans toutes fes parties ; mais dif- 
férentes expériences nous ont appris qu'il a 
différents caraâreres. 

GLV: Les expériences hydroftatiques nous 
font voir qu'il y a d'abord dans le fang quel- 
que chofe de volatil, qui rient de la vapeur, 
qui s'exhale continuellement du fang dans 
Pair 5 & dont l'odear tient le milieu entre la 
mauvaife odeur de l'urine & celle de la flieur. 
Reçu dans des vaiffeaux propres à cet effet, 
il paroît aqueux , & comme chargé d'une 
teinture d'un caractère alkali. 

CLVI. Cette vapeur une fois évaporée du 
fang d'une perfonne faine, le fang fe coa- 
gule en une maffe tremblante & facile à romi 
pre; il s'épaifïit davantage, tnême fi on l'ex- 
pofe à une chaleur moindre que celle de l'eau 
bouillante , comme de 1 5 o degrés. On l'a vii 



^O -É^EMENS 

auffi fe réunir en forme de gelée dans les vei- 
nes pendant- la vie , Se dans ceux qui font 
morts de fièvres violentes. La partie rouge du 
fang eft la principale de ce coaguium. Cette 
couleur rouge lui eft propre , & elle la com- 
munique aux autres parties du fang. Le fang 
qui fe coagule en une maife informe, lorf- 
qu il eft en repos , expofé à un petit froid , 
à une chaleur de 150 degrés, mêlé avec de 
l'efprit de vin de avec les rxides minéraux , 
eft cependant mol, a moins qu'il ne foit en- 
durci par la trituration à laquelle il eft ex- 
pofé pendant la vie, ou par quelque fecouife 
femblable. Ileft pefant & prefque plus d'un 
onzième , qu'un pareil volume d'eau. Il eft 
tout inBammable , lorfqu'il eft dépouillé de 
fon phlegme. La partie rouge fait moitié & 
plus de la maife du fang. Dans les perfon- 
nes d'une fanté robufte , le ferum diminue 
jufqu'à ne faire plus qu'un tiers de la, mafte ; 
dans la fièvre il fe réduit à la quatrième oa 
à la cinquième partie. 

CLVIL Ce qui fe préfente enfuite , c'eft 
la partie blanchâtre & jaunâtre du fang. Elle 
paroît aulîi homogène , fans l'être en effet. 
Elle eft en général plus pefante d'un trente- 
huitième, qu'un égal volume d^eau, & plus 
légère d'un douzième que la maife gîobuleu- 
f e 5 elle fe coagule, fi on l'expofe à une cha- 
leur de 150 degrés , fi on la mêle avec les 
acides & l'efprit de vin , & qu'on l'agite ; 
fes caillots font plus durs que ceux de la 
partie rouge du fang (CLVI), & elle fe coa- 
gule en un fuc glutineux qu'on ne peut ré- 



DE Physiologie. 91 

foudre , en membrane , & enfin en un corps 
auili folide que de la corne ^ c'eft cette hu- 
meur qiii produit la coëne qui fe remarque 
fur le fang de ceux qui font attaqués de pleu- 
réiîe , les polypes & les membranes artifi- 
cielles. On découvre dans cq ferum outre la 
partie albumineufe qui peut fe coaguler , une 
eau lîmple qui en conftitue la plus grande 
partie , & quelque chofe de muqueux, qui 
file , & qui cependant ne fe .coagule point 
comme la partie albumineufe en l'expofant 
au feu, & en la mêlant avec les acides. 

CLVIIL II n'eft que la pourriture & la force 
de l'air échauffé à 9^^ degrés , qui puiife oc- 
cafionner une diffolution fcetide dans toute 
la maiïe du fang, & fur- tout dans loferum; 
la partie féreufe en eft la plus fufceptible , 
la partie rouge l'efi: m.oins^ jufqu'à ce qu'en- 
fin la partie rouge &c la lymphe fe changent 
en une exhalaifon fœtide Ôc volatile , qui 
dépofe peu de fédiment au fond du vafe 
dans lequel elles fe font corrompues. Le fang 
une fois difiTous par la pourriture , ne peut 
plus fe coaguler par aucun moyen j 8c lorf- 
qu'il a été coagulé par Fefprit de vin , il ne 
peut phis fe di (foudre. C'eft par cette rai- 
fon que le fang fe diflout dans les maladies 
malignes. 

CLÏX. Outre toutes ces parties qu'on dé- 
couvre par les moyens les plus fimples dans 
le fang , on y diftingue encore par fa faveur 
légèrement falée , & quelquefois à travers le 
microfcope , une certaine quantité de fel ma- 
rin. La nutrition &c l'analyfê chymique font 



f)l E I i M E N s 

voir qu'il eft aulîî chargé de terre mêlée avec 
les parties les plus fluides , ôc fur-tout avec 
l'huile. Des expériences modernes ont fait 
voir qu'il y avoir dans le fang calciné une 
aflfez grande quantité de fer. Enfin , il y a 
dans le fang un air non élaftique & en allez 
grande quantité ; on s'en affure par la pour- 
riture du fang éc du ferum y &c en pompant 
l'air qui environne le fang ; les globules ne 
font pas pour cela des bulles aériennes , puif- 
qu'ils font fpécifiquement plus péfans qus le 
fcrum. 

CLX. La Cliymie nous a fourni difFérens 
moyens pour découvrir la nature du fang. Si 
on expofe le fang tiré récemment & qui n'eft 
point pourri, à un léger degré de feu, il diftille 
une grande quantité d'eau, qui fait même plus, 
de cinq fixiémes de la -mafle Cette eau 
eft prefque iniipide , & cependant empreinte 
d'une huile un peu fœtide , & qui le devient 
d'autant plus que iâ diftillation eft plus près 
de fa fin ; il on expofe le refte à un feu plus 
fort , il fournit à^s liqueurs alkalines de dif- 
férentes efpéces , -dont la première eft fœti- 
de , acre , rouiTe , qu'on appelle ordinaire- 
ment l'efprit du fang , & qui eft formée d'un 
fel volatil xlifTous dans de Teau. Elle fait en- 
viron la cinquantième partrie de tout le fang. 

Il s'élève avant & pendant que l'huile mon- 
te , un fel volatil , kc , qui s'attache par fioc- 
cons branchus au col du balon. Il eft en pe- 
tite quantité & ne fait pas même la quatre- 
vingtième partie du fang. 

Vient enfuite l'huile du fang. Elle eft en 



DE Physiologie. 91 

petite quantité ôc n'en forme que la cin- 
quantième partie environ. Elle s'élève plus 
Iciitement ôc devient de plus en plus pefan- 
te. Elle eft d'abord jaune > puis noire , en- 
fuite aulîî tenace que de la poix , acre ôc 
inflammable. 

Il refte au fond le charbon du fang , qui 
eft poreux , inflammable , qui détonne lors- 
qu'on l'enflamme, Ôc laiflTe une cendre. Oa 
tire de cette cendre , après l'avoir lavée, fil- 
trée & fait évaporer, un fel compofé de fel 
marin &c d'alkali fixe. Se il refte fur le fil- 
tre un peu de terre infipide. Ce fel fixe fait 
à peine la cinquantième partie du fang , dont 
preque la quatrième partie eft alkaline. Oa 
tire de ce fel , au m.oyen du feu le plus vio- 
lent , quelque chofe d'acide , qu'on peut rap- 
porter en partie à celui du fel marin , tel 
que l'acide que nous avons trouvé dans l'ef- 
prit du fang; il a aulTî quelque rapport avec 
les alimens tirés des végétaux , dont le ca- 
radere n'eft pas encore totalement détruit. 
C'eft ce qui fait qu'on le trouve dans les ani* 
maux qui vivent de végétaux , de même que 
dans l'homme. La terre qui eft peut-être la 
cent cinquantième partie environ du fang , 
eft chargée de quelques particules que l'ai- 
mant attire. Lejerum diftillé donne les mê- 
mes principes que tout le fang ; il fournit 
cependant moins d'huile & beaucoup plus 
d'eau. 

CLXI. Cette analyfe fait voir qu'il y a dans 
le fang des liquides plus péfans 5c plus te- 
naces les uns que les autres, qu'il y en a d'à- 



5>4 É L É M E N s ' 

queux ôc d'autres inflammables , Sc que la 
plus grande partie du (àng tend plus à la 
pourriture 5c à la nature alkaline ^ car tant 
que le fang n'eft pas altéré , qu'il eft préfervc 
de la pourriture & d'une trop grande cha- 
leur 5 il ne s'alkalife ni ne s'aigrit point ; 
il eft au contraire doux ôc un peu falé, quoi- 
qu'il foit cependant aflez acre & très-difpofé 
à la pourriture dans certaines maladies , par 
exemple , dans le fcorbut, maladie dans la- 
quelle il ronge ks vaifFeaux, dans l'hydro- 
pifie où l'eau devient prefque alkaline. On 
trouve dans les infedes une chaux alkaline 
qui fait efFervefcence avec les acides. Les 
acides violens & l'erprit de vin coagulent le 
fang ; les acides doux, les fels alkalins , mê- 
me les fixes ôc fur-tout les volatils , les aci- 
des végétaux 5 k nitre Sc les autres fels moiens 
le dilTolvent ^ il ne fait efFervefcence avec au- 
cuns fels. Le mouvement v^iolent des muf- 
cles, une trop grande chaleur extérieure, une 
fièvre ardente , font tomber fubitement le 
fang en pourriture pendant la vie. 

CLXIL Si on expofe au microfcope du 
fang nouvellement tiré Sc renfermé dans un 
tube de verre , ou bien du fang qui fe meut 
dans les veines d'un animal vivant^ on y dif- 
tingue des globules rouges, mous, de figure 
variable Se qui conftituent ce qu'on appelle 
le cruor ou la partie rouge du fang dont nous 
avons parlé ( n°. CLV ). Ces molécules ne 
font-elles pas plutôt lenticulaires , ccyr^mQ 
Leeuwenhoeck l'a obfervé dans les poiifons, 
êc comme on l'a trouvé depuis peu da^s 



DE Physiologie. oS 

riiomme ? Ce point ell aiFez dimcile à dé- 
terminer y cependant la facilité avec laquelle 
la grailTe fe ramaire en globules paroit fa- 
vorifer l'opinion reçue. 

CLXIII. Ces globules nagent dans un flui- 
de moins denfe , dans lequel on diftingue à 
travers le microfcope des globules jaunes plus 
petits que les rouges , qui ont été auparavant 
de cette couleur, ôc qui par la feule cha- 
leur & la fermentation fe font changés en 
d'autres femblables ôc plus petits ; en forte 
que tout le fang fe réîbut en une matière 
jaune, même dans l'homme vivant. Des hom- 
mes célèbres dans la Phyiîque expérimentale 
ont évalué le diamètre d'un globule rouge 
de fang à un trois mille deux cens quaran- 
tième de pouce. 

ChXlV. On obferve quelquefois, à l'aide 
des plus excellens microfcopes , dans l'eau 
pâle qui refte , de dans laquelle les premiers 
globules nageoient, des globules de la tranf- 
parence de l'eau , èc quelques petites pointes 
de fels. 

CLXV. C'eft de ces expériences comparées 
les unes avec les autres que font tirées tou- 
tes les connoilTauces qu'on a fur le fang. On 
fçait donc que le fang eft compofé de glo- 
bules qui réunis par les caufes (CLVI) fe 
figent en une malTe confufe , parce qu'alors 
leur force d'attradtion devient plus grande, 
La partie rouge du fang deflechée & qui s'en- 
flamme, fait voir que ces globules font d'une 
nature inflammable ; c'eft ce que prouve auflî 
le pyrophorc qu'on tire du fang humain j êc_ 



96 É L E M E N s 

il eft très-vrai-femblable que la plus grande 
partie de l'huile poiireufe qu'on tire du fang, 
au moyen d'un feu violent, vient encore de- 
là. Il n'y a point de filamens dans le fang , 
ôc ils ne fe forment que dans l'eau chaude. 

CLXVI. Le ferum jaunâtre qui paroît auflî 
compofé de globules nageans dans l'eau , eft 
tel que nous l'avons décrit ( CLVII ) ; il fe 
•trouve dans une efpece de liquamen aqueux 
^ plus fin , dont on ne peut diftinguer 
les particules j c'eft une eau , dans laquelle 
d'autres principes y font en plus petite quan- 
tité , & dont le feu forme des féls alKalis. 
Les diftillations de la falive, du mucus, de 
l'humeur de l'infenfible tranfpiration , en 
-fournilTent des preuves. 

CLXVII. On ne peut déterminer au jufte 
la quantité du fang contenu dans le corps ; 
il eft conftant que le poids des humeurs lur- 
pa(re de beaucoup celui des parties folides, 
mais plufieurs de ces humeurs ne circulent 
point , telles font le fuc glutineux 6c la 
graiflTe. A en juger par les grandes hémor- 
ragies qui n'ont cependant pas fait perdre la 
■yie , par les expériences faites fur les animaux 
defquels on a tire tout le fang , par le vo- 
lume des artères .& des veines , on peut éva- 
luer les humeurs qui circulent au moins à 
50 livres, dont la moindre partie conftitue 
le vrai fang. Les artères en contiennent en- 
viron la cinquième partie, les veines les qua- 
tre autres. 

CLXVIII. La proportion de ces élémens 
ji*^ft pas toujours teÛe que nous l'avons dit 

jufqu'à 



DE Physiologie. 97' 

jufqu'a préfenr. L'exercice , Tâge viril , la 
fièvre augmentent le fang renfermé dans les 
vaiffeaux fanguins , fa rougeur, fa force, fa. 
denfité , la cohéfion de fes parties , la dureté 
du ferum coagulé , fon poids ôc fcs principes 
alkalis. Au contraire fi on eft jeune, oifif, 
qu'on ne boive que de l'eau, qu'on ne vive 
que de végétaux , toutes ces caufes dimi- 
nuent la partie rouge , rendent les parties 
aqueufes plus abondantes, de augmentent a 
proportion le ferum Se le mucus. La vieillefie 
augmente la partie rouge du fang , ôc dimi- 
nue la partie gélatineufe. 

CLXIX. C'eft de ces principes joints à ua 
examen exad de la ftruçture organique des 
folides 5 que dépendent les difirérens tempé- 
ramens. En elFec , l'abondance des globules 
rouges fait la pléthore j celle dQs parties 
aqueufes dans le fang, conftitue le tempé- 
rament phlegmatique ; le cholérique ôc Ïqs 
autres de cette efpéce paroi (Tent dépendre du 
caraéfcere plus acre ôc plus alkalefcent du fang. 
Les hommes carnaciers en font un exemple , 
& les Antropophages font certainement plus 
féroces que- ceux qui vivent de végétaux. La 
mélancolie ( car la matière de cette maladie 
eflrdans le fang) paroît avoir fon fiége dans 
rabondance du principe terreux dont noiis 
avons parlé n° CLXIX. Une plus grande ïf- 
rirabilité des folides, & la dureté jointe à la 
mobilité tendent au tempérament cholérique^ 
jane moindre irritabilité avec une dureté mé- 
idioçre des folides a du rapport avec le tem- 
pérament fanguin j une moiodjre irritabilité 
LPart. E 



9^ É L É M E N s 

avec moins de dureté Gonftitue le tempéra- 
ment phlegmatiqiie. Une grande irritabilité 
paroît jointe à la débilité des folides dans le 
tempérament mélancholique. Il faut cepen- 
dant ne pas s'abandonner trop aux fyftêmes 
pour rendre raifon de tous les différens tempé- 
ramens que la nature ne nous offre pas feule- 
ment au nombre de 4 ou de 8 , mais dont les 
nuances font infinies. 

CLXX. La partie rouge du fang paroît fur^ 
tout fervir à produire la chaleur , puifqu'elle 
lui eO" toujours proportionnée ; la grolTeur de 
{qs globules la retient dans les vaiflTeaux du 
premier genre ôc empêche leur affairement j 
ôc comme ils reçoivent du cœur un mouve- 
ment commun , le cœur leur communiquera 
un mouvement d'autant plus fort qu'ils font 
plus denfes que les liqueurs des genres in- 
férieurs qu'il meut en même-tems ; c'eft-là 
pourquoi la partie rouge du fang étant trop 
diminuée par de fréquentes faignéeSjle fang fé- 
journe dans les plus petits vaifTeaux; on devient 
gras & hydropique : & par la même raifon le 
renouvellement du fang paroît dépendre de 
la quantité convenable de cette même .partie 
rouge. En effet , les hémorragies font dégé- 
nérer le fang , qui de fa nature efl rouge ôç 
denfe , en une liqueur pâle Se féreufe. 

CLXXI. Le ferum ^ principalement celui 
qui fe coagule , eft fur-tout defliné à la nu- 
trition des parties , comme on le verra dans 
le Chapitre IX\ Les liqueurs plus fines font 
deftinées à différens ufages , à la diffolution 
des alimens a à arrofer la furface externe U 



DE Physiologie. 99 

interne des cavités du corps humam , à en- 
tretenir la fouplelTe dans, les folides , aux 
iTîouvemens des nerfs , à la vue , &c. 

CLXXII. On ne peut donc être en fanté , 
Cl le fang eft dépouillé de fes parties les plus 
fortes , puifque ces parties n'étant plus en mê- 
me proportion , les autres humeurs féjour- 
nent dans les petits vailfeaux , les parties de- 
viennent pales 5 froides 5c foibles. Les fonc- 
tions de la vie Ôc la fanté ne peuvent non plus 
fubfîfter fans les autres liquides des genres 
inférieurs, puifqtie la partie rouge du fang 
dépouillée de fa partie aqueufe, fe coagule, 
qu'elle forme des obftrudions dans les petits 
vaiiTeaux , & qu'elle produit une ttop grande 
chaleur. 

CLXXni. Y a-t-il quelque différence entre 
le fang artériel & le fang veineux ? Il le pa- 
roît au moment que le fang vient de fouffrir 
l'adion du poumon ; mais à peine les ex- 
périences ont-elles pu en faire découvrir dans 
la denfité ôc dans toutes fes autres qualités 
diftindives. La couleur vive du fang artériel, 
ôc la couleur foncée du fang veineux par le 
rapprochement de fes parties paroiflTent y faire 
une différence , mais il faut répeter les ex- 
périences. 

CLXXIV. Toutes les humeurs du corps 
humain , qu'on diftingue en différentes çlaf-« 
fes, tirent uniquement leur origine du fang 
pouffé par l'aorte. Expliquons donc par la 
ftrudure des glandes , l'artifice de la nat«te 
, dans les productions de tes humeurs, 

Eij 



100 h L E Î,I E N s 



CHAPITRE VIII. 

Des Sécrétions, 

GLXXV. 1 L paroît qu'on peut ranger fous 
quatre claiFes les humeurs que le lang dé- 
pofe dans d'autres vailTeaux, pour opérer cette 
a6lion que I'oq nomrciQ fé credo n. Nous ran- 
geons fous la première les humeurs vifqueu- 
fes , lymphatiques , que le feu ôc l'efprit de 
vin peuvent coaguler , & qui néanmoins dans 
l'homme vivant s'exhalent fort fouvent en • 
forme de vapeur , & enhn fe réunifTent après 
la mort en une gelée qui peut s'épaifîîr : tel- 
les font la liqueur ou la vapeur des ventri- 
cules du cerveau, du péricarde , de la pleure, 
du péritoine, de la tunique vaginale, de l'am- 
nios , des articulations , des reins fuccentu- 
îiaux, & peut-être de la matrice, la liqueur 
gaftrique , inteftinale , & enfin ce qu'on ap 
pelle ordinairement lymphe. ^ 

CLXXVI. La féconde clafTe eft celle des 
liqueurs qui en partie s'exhalent de même 
que les précédentes \ mais qui font plus fim- 
pies qu'elles (CLXXV) , plus aqueufes, &: 
que le feu ni l'efprit de vin ne peuvent plus 
coaguler ; celles qui en partie ne s'exhalent 
point 5 ôc qui dépofées dans leurs conduits 
excréteurs font féparées chacunes e-n leur lieu 
particulier par l'orifice commun de. quelcjue 
glande. L'humeur de Tinfenfible tranfpira^ 



u 



DE Physiologie. îot 

lion 5 une partie des larmes , & l'humeur 
aqueufe de l'œil font du premier genre ^ l'au- 
tre partie des larmes, la falive, le fue pan-^ 
creatique , l'urine , fe rapportent au fécond* 
La fueur paroît être un compofé de l'humeur 
de l'infenlible tranfpirarion ôc de l'huile fou- 
cutanée. 

CLXXVII. Les humeurs de la troifiémê 
claflTe différent de celles des deux premières , 
en ce qu'elles font lentes & vifqueufés ; elles 
font d'une nature aqueufe, elles ne s'épaiiif- 
fent point en gelée; elles fe réunifTenc plu- 
tôt 5 lorfque l'eau dont elles font chargées s'eil 
évaporée , ôc elles ne forment que des pelli- 
cules feches ; telles font les huitieurs mu- 
queufes du corps humain qui font difperfées 
dans les canaux par où palTe l'air , les ali- 
mèns , l'urine, ôc dans les cavités des par- 
ties génitales , la liqueur dts proftratôs ôc k 
femence. 

CLXXVIÎL Nous rangeons fous la der- 
nière clalTe les humeurs inflammables , qiii 
récemment féparées j font aqueufes Ôc fines, 
mais qui après avoir féjourné dans quelque 
partie Se s'être dépouillées de leurs ^arries 
aqueufes par l'évaporation , fe changent éii 
en une matière ondrueufe , tenace , oléagi- 
neufe,, ardente, &foûventamere; telles fonc 
la bile , la cire des oreilles , le fuif Ôc la 
crafle de la peau, la moelle des os , Ôc la 
graifle qui fe trouve dans toutes les parties 
du corps ; le lait même , en tant qu'il con-~ 
tient «ne matière burireufe , a plus de rap- 
port à ce genre d'humeur qu'à toute autre." 

Eiii 



102 É L E M E N S 

CLXXIX. Quiconque aura fait attentioîî 
qu'il fe trouve dans le fang une férofité qui 
ie coagule ( CLVI ) , une eau qui s'exhale 
(CLX) 5 un mucus vifqueux (CLVII) , enfin 
de l'huile (CLX) , n'aura pas de peine à con- 
cevoir qu'il eft pofîible que toutes côs diffé- 
rentes liqueurs (CLXV , jufqu'à CLXXIX) , 
fuffent êc foient féparées du fang , puifqu'el- 
les ont le principe dans la inaiTe même du 
fang; mais comment a-t-il pu fe faire que 
riiuile fe féparât du fang par un tel vifce- 
re ? L'eau par tel st-utre /* Le mucus par ce- 
lui- pi, &c ? C'eft ce qui refte à rechercher 
ôc cela fuppofe la defcription des organes 
des fécrétions. 

CLXXX. Les liqueurs qui peuvent fc coa- 
guler, fe féparent prefque par-tout des artè- 
res , fans le fecours d'aucune machine, dans 
des canaux excréteurs continus aux artères; 
c'eft ce que nt$us prouvent les injections de 
colle , d'eau Se d'huile fine qui tranfudent 
& fe répandent fî promptement des artères 
fanguin^ dans toutes les cavités dans lef- 
quelles cette vapeur coagulable fe trouve na- 
turellement, & ne rencontrent en leur che- 
min aucun nœud intermédiaire , ni aucune 
petite cavité qui puiffe les arrêter : enfin le 
îarig fe répand dans la plupart de ces cavi- 
tés, fans qu'il s'enfuive aucune incommo- 
dité , Toit qu'il s'extravafe , foit par fon fér 
jour , foit par l'augmentation de fon mou- 
vement;; d'où l'on peut inférer que le che- 
min qu'il y a entre les vaiffeaux rouges & 
ces conduits excréteurs , n eft ni long, ni dif- 



DE Physiologie. loj 

ficile. Se auflî que la lymphe jaune diffère 
peu du fang. 

CLXXXI. On peut mettre au nombre de 
ces humeurs, cette lymphe veineufe qui eft 
portée au canal thorachique par les vaiifeaux 
valvulaires (LI). Il paroît aufïi qu'elle fore 
bientôt des anères , fi on en croit toutes les 
expériences des grands Hommes, par lefquel- 
les il eft conftaté que la partie rouge du fang, 
le mercure ôc les autres liquides ont paflTé des 
artères rouges dans les veines valvulaires lym- 
phatiques 5 la rougeur de la lymphe , mêlée 
de jaune , le confirme , puifqu'elle fait voir 
qu'il y a dans la lymphe des globules rouges 
&fereux (CLXI, CLXin. 

CLXXXII. Il ne faut pas néanmoins diflî- 
muler que ce genre de vaifTeaux a un genre 
de glandes particulier dans lefquelles les vaif- 
feaux lymphatiques dépofent leur liqueur , 
èc d'où ils la reprennent ; mais les vailfeaux 
lymphatiques ne tirent pas leur origine de 
ces glandes , ôc il paroît évidemment qu'ils 
forcent du poumon , du foie , des inteftins , 
ôc qjj'ils parcourent quelque efpace avant que 
d'arriver à ces glandes. 

CLXXXIII. Ces glandes prêtent à la lym- 
^ phe ôc au chyle quelque chofe qui n'eft pas 
afTez connu. Voici quelle eft leur ftrudture; 
elles font ordinairement oblongues , conglo- 
bées, olivaires, fouvent réunies par peloton , 
d'autrefois ifolées ôc folitaires ; elles font li- 
bres ôc Bottantes dans le rifTu cellulaire qui 
les affermit, ôc on en trouve dans la plupart 
des parties, tant internes qu'externes du corps 

Eiv 



.1P4 ^ É L É " M E N S- 

humain : elles commencent d'une part a la fa- 
ce , à la partie fiipérieure de la glande pa- 
rotide 5 vers l'angle de la mâchoire inférieu- 
re, ôc de l'autre à la foifQ jugulaire, doti 
elles defcendent le long dQs parties latérales 
du cou , avec la veine jugulaire ; elles fe (é- 
parent enfuite en deux bandes, & fe portent 
a la file les unes des autres en dehors avec la 
fouclaviere , fous l'aifFelle ^ ceft-là qu'elles 
font en plus grande quantité. Il s'en trouve 
enfin quelques-unes fur le plis du coude ; on 
n'en remarque point d'autres dans le cefte dé 
l'extrémité fiipérieure , ni fur le dos. 

CLXXXIV. Il en dtfcQnd une grande quan- 
tité dans la poitrine le long de la trachée ar- 
tère & du péricarde ; les antérieures fe pla- 
cent lur la veine cave 6c fur l'enveloppe du 
cœur, jufqu'au diaphragme. Les poflérieures 
environnent la trachée artère de tous côtés , 
fe rangent indifféremment autour de fes bran^ 
ches 5 & fe portent jufqu'aux extrémités du 
poumon y d'atirres placés dans le médiaftia 
poftérieur s'attachent fur le péricarde , ôc s'é- 
tendent avec le canal thorachique juf^u'au 
diaphragme. 

CLXXXV. Enfin d'autres accompagnent 
les grands vailTeaux , &c elles s'étendent dans 
l^e bas-ventre , où elles prennent le nom 
de lombaires : parvenues dans le plis de l'aî- 
ne , elles s'y réuniiTent en aiTez grand nom- 
bre, côtoyent le mufcle couturier &c les grands 
vaiiTeaux, & fe perdent dans le jarret; d'au- 
tres de là même bande fe portent dans le baf- 
ûn y de fe placent dans le tiffu cellulaire le 



dePhysiolo g I É. ÎÔ5 

long des grands vailfeaux hypogalbiqties , ôc 
derrière l'inteftin rediim , on trouve de 
pareilles glandes fur la grande &c petite cour- 
bure de i'eftomac, à l'origine de chaque épi- 
ploon 5 à l'entrée delà veine porte, dans tout 
le chemin dos vaifTeaux de la rate & pro- 
che ce vifcere ; enfin dans toute l'étendue du 
mefentere Se du mefocolon. 

CLXXXVI. Elles font toutes d'une même 
ftrudture. Elles font d'abord couvertes d'unfe 
membrane externe , ferme , liflTe & colorée 
dé petits vaifleaux rouges ; on trouve immé- 
diatement au-delTus de cette membrane un 
tifTu cellulaire, mol, lâche & court, donc 
un nombre infini de petits vaifTeaux fanguins 
ôc lymphatiques parcourent en tous fens les 
inte^ftices. Leurs follicules , leurs fibres muf- 
culaires ôc leurs deux membanes me font in- 
connus. 

CLXXXVII. Il eft aflfez confiant que ces 
glandes (ont de quelque utilité aux vailfeaux 
lymphatiques ôc à la lymphe; puifqu'aucun 
vairfeau lymphatique ou laiteux ne parvient 
au tronc auquel il s'infère , fans avoir diftri- 
bué fes rameaux a quelque glande , ôc s'être 
formé de nouveaux par le concours de ces ra* 
meaux a la fortie de cette même glande. Le fuc 
chyleux dont ces glandes font rempliesdans les 
jeunes gens ôc dans les jeunes animaux, ôc ie 
fuc noir dont elles font farcies dans la poi- 
trine des vieillards , font voir que ces glan- 
des , féparent quelque chofe du fang qui ft 
mêlé avec la lymphe ôc avec le chyle dépo- 
iés dans Is ciffk ceiiukire. Leur grandeur Ôc 



£ Y 



Ï06 É L E M E N S 

leur bon état dans les jeunes gens , kur cor- 
ruption 5c leur deftrudtion dans les adultes 
3c dans les vieillards , perfuadent que cette 
fécrétion fe fait parfaitement dans la jeu- 
neiTe de l'animal, &c qu'elle ce (Te d'avoir lietî 
dans la vieillefle. Ces glandes font le iiége le 
plus ordinaire des fchirres y il n'eft donc pas 
probable qu^ la lymphe y reçoive un mou- 
vement accéléré. Le thymus eft du genre des 
conglobées comme il le ^aroîr par Con fuc y 
mais avec cette différence qu'il eft divifé en 
lobes : au refte on trouve encore dans d'au- 
tres parties- ces fortes de glandes conglobées 
par caquets, & fur- tout fous l'aifrelle & dans 
l'aine. 

CLXXXVîîLL'humear albumineufe des arri- 
eulations , qui par k mélange de la vraie graif- 
fe 5 de l'huile mcduUaire Se d'une liqueur 
qui s'exhale, conftitue un Uniment très-mol ^ 
très-propre à lubrifier & a empêcher le fro- 
tement,^ e(l une autre efpece de liqueur coa^ 
gulable , qui peut s'épailSr fi on la mêle avec 
les efprits acides &:.avec l'efprit de vin. Cer- 
taines glandes conglomérées particulières font 
devinées à la fécrétion de cette humeur ; el^ 
les font placées dans ks cavités inégales des 
îirticularions âes os, de manière a pouvoir 
erre un peu comprimées fans être froifiees. 
; CLXXXIX, La rtruaure de ces*glandes ed 
particulière : les plus grandes font prefque col- 
lées fur l'os par une large bafe ; elles s'amin- 
cilTent en une efpece de poÎBte de la forme 
d'une crête ; elles dcpofent cette humeur par 
leurs conduits ouverts Se placés dans le bord 



t)E PhYS40LOGI£. 107 

mince qui les termine ; elles font mêlées do 
beaucoup de grailfe , & il efl: manifefte qu'el- 
les font compofées de plus petits grains j 
d'autres plus petites , éparfes ça & là dans les 
gaines des tendons & dans l'écartement des 
fibres ligamenteufes , paroiifent prefque de 
la nature des glandes (impies; elles font plei- 
nes d une féroiité muqueufe ôc jaunâtre. 

C X C. Les liqueurs , non coagulables , 
( CLXXVI ) , de la première clafle , fe fépa- 
rent de même que celles qui peuvent s'épaif- 
iîr (CLXXV), c'eft- à-dire 5 par les artères 
exhalantes qui naifTent immédiatement des 
artères fanguines , fans le fecours d'aucun fol- 
licule intermédiaire; les inje6tions faites avec 
l'eau & avec quelque matière glutineufe plus 
fine tranfudenr fi bien des artères dans les 
vaidèaux de l'infenfible tranfpiration , dans 
les vaiifeaux lacrymaux du premier genre &c 
dans ceux de Thumeur aqueufe , qu'il ne.peuc 
y avoir aucun doute fur ce fait. Les artères 
de ces parties paroiiTent être d'une nature ir- 
ritable , puifqu'étant ftimulées par une ma- 
tière acre ^ elles filtrent plus de liqueur, 
dans un tems donné , que pendant l'état na- 
îarel. 

CXCL Quant au dernier genre, fçavoir 
celui des falivaires , la fécrétion fe fait au 
moyen des glandes conglomérées , que les 
^ Anciens ont fur-tout diftinguées des autres , 
parce qu'elles ont la forme d'une grappe dç 
raifin , & ce font eelles-là qu'ils ont pard^ 
culierement regardées comme des glandes ; 
elles font effedivement compofées de grains- 



lOS ^ É L E M E N s 

OU de petits lobes arrondis , réunis par un 
tifTii cellulaire lâche , en une plus grande malTe 
qui eft fouvent couverte extérieurement d'un 
tilTu cellulaire épais , comme d'une enveloppe 
commune. On en a des exemples dans les 
glandes parotides & dans les maxillaires. Des 
vaifTeaux artériels , afTez conlidérables en cec 
endroit , & des vailTeaux veineux marchent 
dans les intervalles de leurs grains. D'ailleurs 
la plupart des glandes conglomérées féparenc 
êc tirent du fang leur humeur au moyen du 
conduit excréteur dont chaque grain glandu- 
leux eft pourvu ^ de qui en fe réuniflfant avec 
de femblables en un plus grand tronc, for- 
ment enfin tous , commes les veines , un feul 
canal qui porte la liqueur que la glande a 
féparée, au lieu de fa deftination , à la ca- 
vité de la bouche , à celle des inceftins , à 
la fuperficie de l'œil j & il y a des glande* 
qui n'ont pas de canal excréteur , ou dans 
lefquelles au moins on n'a pu encore en dé- 
couvrir; telles font les glandes tyroïdes , les 
jeins fuccenturiaux , les glandes pituitaires , 
^ le thymus. 

CXCII. Ces grains font environnés d'un? 
tiflu cellulaire plus ferme qui leur fert de 
limite, ôc ils fe divifent en de plus petits 
grains qu'on apperçoit à l'œil nud , ôc en- 
core mieux à l'œil armé du microfcope ; mais 
pourra-t-on demander quel eft le terme de 
^j-te diviiion ? Chaque grain iimple eft - il 
creux dans foU milieu ? Reçoit-il des arrerèsî 
l'humeur qui tranfude dans fon follicule ôc 
h chaiTe-t il par fon conduit excréteur ? Les 



DE Physiologie. 105? 

boutons , les hydatides , les reins remplis de 
grains fchirreux &c ronds , donnent-ils lieu 
d'imaginer cette ftrucliire f' Les grands vifce- 
res deftinés aux grandes fécrétions , font-ils 
des glandes conglomérées? Les concrétions ar- 
rondies qu'on ti' Olive à la fuite des maladies , 
dans le foie, dans la rate, dans les reins, 
dans les tefticules, dans la fubftance corti- 
cale du cerveau , font-elles des raifons pour 
adopter ce fentiment } Les petits animaux 
daas lefquels ces vifceres paroilTent com- 
pofés de petits grains l'appuient-ils de leur 
côté ? Y a-t-il dans le tilîu cellulaire , qui 
environne les extrémités vafculaires de tou- 
tes les parties du corps , des petites cavités 
ôc des aréoles dans lefquelles fe répand la 
liqueur féparée. 

GXCin. Il paroît que tout cela n'a pas 
lieu dans leur ftrudure ; en effet les grains 
qui entrent dans la compo(ition des vifceres 
àes animaux, ne font pas d^s lobes élémen- 
raires, mais compofés & grands à propor- 
tion des animaux auxquels ils appaniennenr, 
Prefque toutes les concrétions morbiiîques 
ont eu leur tilïn cellulaire du placenta &c 
dans hs membres mêmes qu'on n'eut jamais 
foupçonnés d'une ftruâ:ure glanduleufe ; ces 
concrétions fe forment par la réunion de l'hui- 
le , de la vapeur .& de la terre qui fe font 
répandues dans quelque cavité cellulaire , qui 
y féjournent , compriment les follicules voi- 
fins ôc fe forment ainfî des parois particu- 
liers. Mais la nature aqueufe & coulante dn- 
liquide que les glar^içs fépateni { QLXKYl) 3. 



IIO E L É M E N s 

nous doit perfuader qu'il n'y aucun ralen- 
tKTement dans cette fécrétion , aucun lieu où 
l'humeur ait pu féjourner \ puifque les li- 
quides qui font en repos dans le corps hu- 
main qui eft chaud & rempli de vailTeaUx 
réforbans , s'épaiflîfTent to;^'; jufqu'à appro- 
cher de la nature du mucus ou de l'huile \ 
de plus 5 on éprouve beaucoup de difficulté 
à faire paflfer les injections des artères dans 
ces conduits excréteurs , parce que , fi elles font 
tropgrofïieres, elles font arrêtées & fi elles font 
fines 5 elles s'exhalent dans le tiffu cellulaire. 
De grands hommes ont cependant eu l'art de 
faire palTer une injeârion afiez grofliere & fem- 
blable à celle de la cire , des artères des glandes 
falivaires & de celles du foie dans leurs con- 
duits excréteurs , fans qu'elle ait rempli des 
petits nœuds mitoyens , comme l'exigeroit la 
théorie (CLXXXII). 

CXCIV. Les grains paroifTent donc com- 
pofés d'artères Se de veines divifées & fub- 
divifées, liées enfemble par une grande abon- 
dance de tiffu cellulaire qui fert à fourenir 
le réfeau que ces vaififeaux forment, jufqu'à 
ce qu'enfin ce tiiTu' cellulaire devenant infen- 
fîblement plus dur , prenne à peu près une 
Êgure ronde. L'analogie des lobes du pou- 
mon & des lobes du thymus , la firudure des 
infeétes , & fur-tout des tefticules dont les 
lobes font manifeftement compofés de vaif- 
feaux excréteurs réunis en pelotons au moyen 
ci*une membrane très-molle , donne lieu de 
le croire ainfi. Les liqueurs des glandes ne 
paroilTenc pas s'épancher dans le tiffu cellu- 



BE Physiologie. lît 

laire, Se orv ne trouve fouvenc point, ou ait 
moins difficilement leur trajet vers le con- 
iduit excréteur. 

CXCV. Il s'engendre encore dans d'autres 
endroits , de fans le fecours des grains des 
glandes conglomérées, une liqueur fine qui 
ne s'épaiflît point, qui cependant ne s'exhale 
pas , & qui eft d'une nature aqueufe ; c'eft 
ainfi que l'urine eft dépofée par les artères 
fanguines dans les tuyaux membraneux aux 
quels elles font manifeftement continues , 
puifqu elles lailTent un paflTage libre à l'air , 
à l'eau & au mercure. Le fuc nerveux paroîtj 
quoique cela ne foit pas auiîî clair , fe fépa^ 
rer de la même manière dans le cerveau. 

CXCVI. Le troilieme genre de liquides efl 
lemuqueux ( CLXXVII) j il eft féparé du fang 
prefque par-tout, dans des finus ou des glan-* 
des creufes» Les vraies glandes ou les folli- 
cules font en général d'une ftrudare telle, 
qu'ils ont une grande cavité environnée de 
tous côtés par une membrane , de façon ce- 
pendant que la chair m.ême de la partie à la- 
quelle la glande eft adhérente , tient ordinai- 
rement lieu d'un autre hémifphere fermé du 
follicule. Cette cavité , le plus foavent ron- 
de , eft cependant quelquefois longue , &c 
rampe obliquement entre les parties voifi- 
nes y l'urètre des hommes &c les follicules da 
vagin en fourniffent des exemples. Ces fol- 
Kcules font irritables , ôc ftimulés par une 
matière acre, ils accélèrent la fécretion. 

CXCVIL Des petites artères, ou de la chair 
Car laquelle les follicules font implantés j ou 



tït E L é M E N s 

de la membrane qui couvre la partie convexe 
de ces follicules, fe terminent en prolon^^ 
geanr leurs extrémités dans la cavité du fol- 
licule, s'y ouvrent & y exhalônt leur liqueur, 
^ui , reçue dans cette cavité, s'y arrête à 
càufe de la petitelTe du conduit excréteur , 
êc s'y épaiffit , parce qu'une partie de FeaU 
dont elle eft chargée eft reprife par les vei- 
nes qui percent ces follicules , de même que 
les artères exhalantes. C 'eft- là ce que nous 
apprennent la ftrudure des follicules fîmples 
de la langue dans lefquels on peut apperce- 
voir l'ocifice excréteur & les pores de dé- 
charge, à l'œil nud 5* l'infpedion des tuyaux 
dos ventricules des oifeaux dans lefquels le 
tuyau capillaire féciéteur s'avance vifiblement 
dans cette cavité ^ l'injeétion au moyen de 
laquelle nous faifons paiïer dans les glandes 
fimples de la cire dépouillée de la couleur 
dont elle étoit teinte. 

CXCVIII. Soit que le finus muqueuxfoit 
long, ou que ce foit une glande ronde, il 
a toujours un orifice excréteur & le plus fou- 
vent aflfez ample ; -de manière cependant que 
dans les glandes rondes le rapport de cet ori- 
fice à la cavité de la glande n'eft pas fort 
grand : ce petit orifice s'ouvre quelquefois im- 
médiatement dans la grande cavité dans laquel- 
le le mucus doit fe répandre y ceci a lieu fur 
le dos de la langue , dans les inteftins Se de 
l'eftamac : Ruisch les aappellées cryptes. Les 
finus font fouvent d'une ftrudare femblablé 
& s'ouvrent fans aucun autte COUdait , comîïiô 
dans l'urètre à^ Thommet 



bePhysiologii. Iï| 

CXCIX. Il eft un autre genre de ces glan- 
des où plufieurs follicules (impies renfermés 
dans une feule enveloppe commune , ou- 
vrent , pour ainfi dire , de grandes bouches 
dans un fînus commun , fa^ avoir de vrai 
conduit excréteur ; c'eft ce que Ton obferve 
dans les amygdales. On les nomme con- 
glutinées, 

ce. D'autres glandes iim.ples ont un con- 
duit excréteur pour verfer leur mucus 5 c'eft- 
à-dire, un petit vailFeau membraneux cylin-, 
drique , étroit , qui s'ouvre par fon orifice 
antérieur dans la cavité commune à laquelle 
il eft deftiné \ c'eft fur-tout dans les glandes 
fou-cutanées, dans celles de la trachée ar- 
tère , dans celles du palais èc dans les glan- 
des fébacées, qu'on trouve de ces conduits ex- 
créteurs afifez longs. Il eft d'ai très glandes où 
l'on découvre plus clairement les pores Se le 
conduit, que les follicules; telles font celles 
des narines 5 du larynx &: de l'inteftin rec- 
tum. 

CCI. Dans d'autres endroits plufieurs de 
ces conduits concourent à la fortie de leurs 
follicules , comme dts rameaux veineux , 
dans un grand conduit excréteur commun à 
plusieurs follicules. On peut rapporter à ce 
genre les glandes inteftinales compofées , 
quelques fînus de l'urètre, le trou-borgne de 
la langue \ & dans les animaux , les tuyaux 
du ventricule du caftor , à^s oifeaux , les ap- 
pendices aveugles du ventricule des poiffons y 
Sec, On peut donner à ce genre de ojandô 
le nom de Glandes compo/ees de fim^ks;^ 



114 É L É M E N s 

mais quand elles font fimplement voifînes 
l'une de l'autre , nous les nommons ordinai- 
rement Glandes attroupées ou ajjemblées ; tel- 
les font celles des inteftins , de i'cftomac Ôc 
du gofîer. ^. 

CCII. Les liqueurs inflammables (CLXXVII) 
font féparées du fang dans des organes de dif- 
férente ftrudlure ; la graifTe & la moelle font 
dépofées par de petits orifices des artères , 6c 
fans le fecours d'aucune glande, dans le tiflTti 
cellulaire- Cette graiife fou-cutanée fort ça & 
là par des petits conduits ou pores, fans paf- 
fer par aucun follicule glanduleux \ mais la 
cire des oreilles & le fuif cutané eft féparé 
par àQs glandes de différens genres. Plufieurs 
glandes febacées laifrent voir fur la peau leur 
orifice nud, fans avoir de- conduit un peu 
long qui y réponde ; telles font celles des 
oreilles , des nymphes , des parties de la gé- 
nération de la femme, de la foffe fituée en- 
tre ces nymphes & les grandes lèvres , du 
prépuce, de la verge, du clitoris, de l'aréo- 
le, des mamelles. Ces glandes différent à pei- 
ne des cryptes (CXCVII) , ii ce n'eft par la 
matière qu'elles féparent. 

CCIII. D'autres glandes febacées ont un 
conduit excréteur de quelque longueur ; tel- 
les foRt prefque toutes les glandes cutanées 
& celles qui étant placées dans le rifiTu cel- 
lulaire , ont nécefiTaireinent un conduit qui 
perce la peati , c'eft ce dont on a un exem- 
ple très-commun , fur- tout au vifage ; en 
effet l'efpece de petit ver qu'on en exprime 

aflfez fou vent , détermine d'un côté la lonr 



DE Physiologie. 115 

gueur du conduit , ôc fait voit d'ailleurs par 
fa grandeur qu'il y a un follicule au-deiïous 
du pore délié qui perce la peau. 
^ CCIV. Enfin d'autres glandes febacées font 
du genre de celles dont j'ai parlé, (CCI) 5 dans 
lefquelles plufieurs cryptes rairemblent tous 
leurs petits conduits dans un plus grand conduit 
excréteur; c'eftainfi qu'on obferve dans difFé- 
rens endroits de la face de grands pores com- 
muns à plufieurs cryptes. Ceci a lieu dans les 
glandes febacées des paupières , dans l'organe 
qui fert à la fécrétion du mufc dans la civette. 

CCV. Le Lait qui eft un mélange d'eau 
ôc d'huile , & qui conftirue un genre parti- 
ticulier , fe fépare dans une glande conglo- 
mérée ( CLXXXXI ) , & un peu de graifTe 
reforbée contribue peut-être à le former. On 
n'efl: pas d'accord fur la manière dont fe fait 
la fécrétion de la bile , mais plufieurs raifons 
perfuadent que l'organe qui fert à cette fé- 
crétion eft vafculeux , Se que la bile fe dé- 
pofe de la veine porte dans les racines des 
pores biliaires , fans paffer par aucun folli- 
cule mitoyen , ôc principalement rinjecftioîî 
que RuiscH fit pafler de la veine porte dans 
les racines des pores biliaires fans rencontrer 
de nœuds intermédiaires qui la retardât. Mais 
le lait Se la bile font des humeurs beaucoup 
plus fines Se plus aqueufes que la graiife Se 
que le fuif des follicules. 

CCVL Refte donc à rechercher comment 
il a pu fe faire , que de la même mafifç du fang 
ks mêmes liquides fe féparafTent conftam- 
ment aux mêmes endroits , que le kit , par 



lî^ É L é M E N s 

exemple , ne fe féparât jamais dans lesjreins, 
la bile dans le thymus ^5 le tniicus dan^ les 
glandes febacées. Il n eft que <!elui qui aura 
une connoi (Tance parfaite de la ftrudure d^$ 
organes fécreteurs qui puifTe fe flater de ré- 
foudre ce problême. Je vais néanmoins pro- 
pofer tout ce qu'on connoit jufqu'à préfenc 
de certain fur ce fujet. 

ce VIL II eft conftant d'abord que le fang 
même qui doit fervir à la fécrttion de quel- 
que licjuide , acquiert peu à peu en différens 
endroits la propriété de rafTembler en plus 
grand nombre les particules du caradere que 
la nature a voulu qui régnât dans le liquide 
qui doit fe féparer du fang. C'eft un fang 
veineux, mû lentement, plein de graiffe, rem- 
pli d'une exhalaifon demi putride des intef- 
tins , qui eft porté au foie. Le fang eft porté 
lentement aux tefticules par des Canaux flé- 
chis , petits , longs , qui prennent naiffance 
fous un angle très-aigu , qui rampent fous la 
peau Se font expofés au froid. Il eft proba- 
ble que les parties les plus animées du fang 
font portées dans les carotides , & que les 
plus aqueufes defcendent dans l'abdomen 
pour fournir aux reins, au pancréas , à l'etlo- 
mac & aux inteftins , le fuf qu'ils doivent 
féparer. 

CCVIII. Le ralentiiïement du fang dans 
les plus petits vaifteaux , prépare aufïî à la 
fécrétion ; en effet il arrive par ce moyen que 
la partie rouge & la plus denfe du fang, oc- 
cupe feule l'axe du canal , de que les autres 
liquides plus pareflfeux , plus légers , mais 



DE Physiologie. 117 

dont la vîtelFe ell moins grande , font pouf- 
fes dans les rameaux latéraux , 3c rencontrenc 
les orifices des canaux fécréteurs qui fortenc 
des parties latérales du canal. 

CCIX. Ces orifices , qui peut-être font de 
différens diamettres , font au moins toujours 
trop petits pour y laifTer paffer le fang dans 
Fétat naturel ; d'où il fuit que le mouvement 
du cœur étant augmenté , le fang s'introduit 
dès-lors dans plulieurs de ces embouchures , 
de manière qu'on a tout lieu de conclure que 
les rameaux fécréteurs font des productions 
immédiates des artères fanguines qui ne font 
pas d'un diamettre beaucoup plus petit que 
celui des globules rouges ; de-là vient auflî 
que la cire ôc le fuif le plus épais ne peu- 
vent pâffer par ces mêmes orifices , au lieu 
qu'elles reçoivent le plus fouvent les liquides 
plus fins qu'on y injedte par les artères. Le 
reflort principal & le plus fimple d'où dé* 
pend l'opération de la fécrétion, confifte donc 
en ce que l'orifice du conduit excréteur , n'ad- 
met que les feules molécules , dont le plus 
grand diamettre efl plus petit que lui. Il n'en 
faut pas davantage pour expliquer comment 
^l'artère j'aune n'eft chargée que d'une liqueur 
dépouillée de la partie rouge dafang ; com- 
ment les conduits urinaires ne permettent le 
paffage ni au fang , ni à la partie coagulabe 
du ferum. Ce n'eft même pas la feule raifon , 
. puifque les grands animaux produifent des 
liqueurs femblables à celles des petits animaux* 

CCX. Cette loi peut varier de différentes 
façoijs les liqueurs féparées j en effet les ofu 



Il 8 Élémens 

ècQs les plus petits ne reçoivent que des li- 
quides de la dernière finelfe , tels font les 
petits vailTeaux du cerveau ; de plus grands 
donnent paflage aux parties aqueufes & gé- 
latineufes ; les plus grands enfin reçoivent la 
graifTe : d'ailleurs fi plufieurs organes fécre-- 
teurs proviennent par ordre de Tartere fécre- 
toire , & qu'ils aient des orifices ds plus en 
plus petits 5 les derniers qui fortiront de l'ar- 
terre , ne recevront que les liquides les plus 
fins. Si au contraire les premiers tuyaux 
qui partent de l'artère fécretoire font déliés , 
ceux qui fuivent recevront feulement des li- 
quides à proportion plus épais. 

CCXI. Il paroîr que la plupart des fécre- 
tions fe font par àes vaifieaux continus aux 
artères , fans aucune cavité intermédiaire 
(XLIV). C'eft par ces organes que fe fépa- 
rent les liquides groffiers , coagulables Se 
aqueux 5 tels que la graiflfe, l'urine, le fuc 
gaftrique & le fuc inteftinal. Les fécre tions 
des liqueurs les plus fines fe font par des 
canaux qui ne proviennent pas immédiate- 
lîient des artères fanguines , mais d'autres 
plus petites , d^ forte que non-feulement le 
fàng , mais encore le fcrum , la graiffe , ni 
aucuns des liquides épais ne peuvent entrer 
dans leur orifice. Il eft néceflfaire que les 
fluides les plus purs & les plus fins foient 
ainfi féparés. On en a des exemples dans 
Fœil & dans la fubftance corticale du cer- 
veau. 

CCXII. L*angle que forme le canal excré- 
teur avec le tronc qu'il produit, entre peut* 



DE P H Y S I O L O G I F. II9 

être pour quelque chofe dans l'opération des 
fécretions. En effet, il eft facile de démon- 
trer que les liquides vifqueux & mus lente- 
ment 5 font les feuls qui puiffent être chaf- 
fés dans les rameaux qui forment avec leurs 
trônes un angle droit & rétrograde, par l'adion 
des particules plus fortes qui occupent tou- 
jours l'axe du canal ; au lieu que les liqueurs 
qui devront conferver leur vîteflTe , fortiront 
par des vaiffeaux qui feront avec leurs troncs 
ÛQS angles demi-droits. Des hommes inca- 
^.pables d'en impofer ont obfervé que la vî- 
teflfe du fang étoit plus grande dans les ra- 
meaux qui formoient un angle aigu avec 
leur trenc , Se plus petite dans ceux qui for- 
moient un angle droit. La ftrudture du corps 
fait voir d'ailleurs que l'effet de ces angles 
doit entrer pour quelque chofe dans les fé- 
cretions , puifque les angles que les rameaux 
forment avec leurs troncs font différens , ainfî 
que les réfeaux, en différentes parties ; au(îî 
les plus petits vailTeaux repréfentent-ils en dif- 
férens endroits de petits arbres , dont les pe- 
tits troncs envoient des rameaux de toute 
part , mais fous différens angles ; par exem- 
ple , fous de petits angles dans les gros in- 
teftins , & fous de plus grands dans les grê- 
les. .Les artérioles rouges ont dans la rate la 
figure d'un afperfoir. Se fortent en quantité 
de leurs petits troncs ; elles repréfentent un 
pinceau dans lesinteftins , un ferpentin dans 
les reins, une étoile dans le foie , une touffe 
. dans le têfticule , un cercle dans l'uvée : ne 



ïio El b mens 

penfons-nous donc pas avec raifon que l'Au- 
teur de la nature n'a poinl produit envain ces 
diverû tés de ftruôture ? 

CCXIII. Les flexions d^s plus petits ca- 
naux ralentiiFent infiniment le mouvement, 
car la plus grande partie de l'impreifiGn que 
le cœur a communiquée aux liquides, eft 
évidemment employée à changer la figure de 
ces canaux. L'infleâion réitérée de l'artère 
fécretoire réunit donc les parties vifqueufes 
Se le ralentiflement leur donne le tems de 
s'attirer. La droiture de ces canaux fait que 
les fluides y font portés avec plus de vîteue, 
ôc qu'en conféquence la fécretion eft plus 
abondante & plus facile ; de- là vient aufli 
que la fécretion eft plus chargée de parties 
groflîeres , comme dans l'urine. 

CCXIV. Rien n'empêche que les denfitcs 
des plus petites artères ne puiflent être diffé- 
rentes ; & une obfervation certaine nous 
donne lieu de croire que ceci a lieu dans 
les plus grands rameaux. Plus les vaifTeaux 
capillaires feront denfes , plus ils feront pro- 
pres à ne laiffer-palfer que les particules les 
plus fortes , & à ne faire que fe froncer i 
j'approche des plus légères. 

CCXV. Enfin la vîtelTe augmente infini- 
ment , fi le conduit excréteur fe détache du 
gros tronc artériel au-defiTus de fon extrémité; 
elle diminue au contraire lorfque l'artère fc-- 
cretoire a été , pendant un chen^n un peu 
iong , cylindrique & capillaire , de forte que 
le fang 7 ait perdu par }e froteaient une 

grande 



DE Physiologie. m 

grande partie de fon mouvement. Enfin de 
quelque caufe que puiffe dépendre cette dif- 
férence , il fera toujours vrai de dire que la 
plus grande vîteiTe eft propre à cha(Ter les 
liquides plus pefans , & à faire les fécrétions 
des plus grofliers & des plus impurs ; que le 
ralentiflTement facilite l'attràdlion , augmenté 
la vifcofité j 6c rend peut-être le fluide fé- 
paré plus pur, cfautant que les corpufcules 
lemblables, voifîns les uns des. autres , s*at- 
tirent mieux dans le repos , & font enfuite 
obligés de demeurer dans le grand canal, tan-* 
dis que les plus fins fortent par les plus pe- 
tits rameaux. Il n'y a donc que le mouve- 
ment trop grand du œur qui puifTe troublée 
les fécrétions. 

CCXVI. On doit commencer à compren- 
dre, par tout ceci que, puifqu'il fe trouve 
tout à la fois dans le fang des parties lentes 
& muqueufes , d'autres coagulables , mais 
fluides , d^autres rouges de épaiffes , d'autres 
aqueufes ôc fines , d'autres enfin grades Se 
vifqueufes ( CLXXV & fuiv. ) ; toutes celles 
de ces parties qui feront les plus denfes Ôc les 
f)lus grofles , comme la partie rouge , fe 
tiendront dans le tronc , Se fuivront l'a- 
xe du tronc , pour pafler de - là par un 
canal continu de l'artère dans la veine 
(XXXVII). 

GCXVÏI. Celles qui font parefTeufes , len- 
tes ôc grafles, comme la graine , devront for- 
cir par des orifices plus amples , dont les 
conduits courts, fe détacheront latéralement 
IParc. F 



m É LE MENS 

du canal faiiguiti , puifque la ientear de ces 
parties oléagineufes les feroit s'arrêter dans 
ces conduits , s'ils étoient plus longs. Les 
phénomènes de la fécrpnon de la graiife s'ac- 
cprdent^veçi:ea:edefcription (XX) ; les mo- 
lécules coagulabies, néann)pjns fluides pen- 
dant la vie^ & fpéciiiqueinent plus pefantes 
que celles qui font purement aqueufes , par- 
font dçs arperes fa/ignines 8ans d'autres qui 
fans l'èpre , font continues ar,x fanguines 6c 
plus petites qu elles , foit qu'elles fe prolon- 
gent en forme de tronc ppur produire d'au- 
tres ramieaux 3 comme les artères des genres 
inférieurs (XL), foit qu'elles e^jhalent leur 
liijmçur en fe terminant courp (ÇLXX). 

CCXVIIL II paroît que les liquides fins 
§C aqueux forrent par des yaifiTeaux quelcon- 
ques continus aux artçres rouges du plus pe- 
tits qm Ç?s artères (XLIV), pourvu qu'ils 
fpient aff^z petits pour ne pas admettre les 
panies grolîieres , foit que ces tuyaux par- 
tent des parties latérales des grgs vailTeaux, 
foit que Içs liquides les plus grolîiers ayant 
été chaires dan? ks plus grands canaux , un 
canal plus petit fe foit prolongé au lieu du 
tronc 5 comme on le voit dans l'œil. La ftruc- 
ture la plus fimple fiifric pour rendre raifon 
de la fecrétion de ces fluides , puifcju'il ne 
faut fuppofer pour cela que la continuation 
directe de l'artère fecretoire dans le conduit 
excréteur , comme on le voit dans le rein. 
En effet, on obfervedans ce vifcere une ftruc^ 
pLire d arterçs directes , qui eft fimple &: fanç 



DE P H Y S I O t O ï E. II5 

Isreaiicoup <le flexions ; ik conféquemment la 
vîteiTe du fiuide qui eft mû , fe conferve aiTez 
en fon entier. 

CCXIX. Les liqueurs aqueufes, qui par 

llApla me tue font plus légères , qui en même. 

^Ims font vifqueufes , & par cette raifon len- 
tes Ôc difficiles à mouvoir , fortent facile- 
ment par des tuyaux courts , qui font continus 
aux artères iangiiines , & font plus étroits 
que ceux qui donnent paifage à fa grailTe. Il 
paroît qu'elles doivent fe féparer de la mafle 
du fang dans quelques parties du corps , en 
quantité d'aucant plus grande, que la vîtelTç 
qu'elles reçoivent du cœur eft plus petite ,, 
l'nifléxion de l'artère plus fréquente > ôc l'ar- 
tère capilliir-e plus longue. 

CCXX. Y a-T-il dànsdifiérentes parties des 
fermens propres , des pores , d&s pefanteurs 
fpécifiques , des filtres qui déterminent l'ef- 
péce d'humeur qui s'y forme ? Que ceux qui 

' voudroient les admettre , faflent un peu at- 
t-ention à la grande différence qui fe trouve 
dans l'humeur féparée par une même partie 
du corpus , fnivant la variété de 1 ag?, du genre 
de vie, &c. La bile eft douce dans le fœtus, 
Ôc la femence y cil fine ôc fans ver ; on n'y 
trouve point de lait , ou il eft purement 
aqueux j Lurine y ell aqueufe , muqueufe, 
infipide ; le mucas delà matrice y eft fort 
blanc ; les vaifteaux de la peau y font rem- 
plis d'un fuc rouge ; la graiiïe y eft géîati- 
neufe. Lqs mêmes organes féparent dans l'a- 
dulte 5 une bile acre , une femence épaiTe , 

F ij 



124 - H L E M E N s 

un lait butireux , une urine jaune , alcalef- 
cente & fine > un fang menftruel, une humeur 
aqueufe très-limpide. Dans l'homme même 
quelle différence n'y a-t-il pas entre l'urine 
aqueufe, l'urine dont la coétion eft parfaiyi| 
ôc l'urine plus pefante , chargée de fel ^ 
d'huile , qu'on rend dans les fièvres? Les af ^ 
feâ:ions de l'ame qui ne produifent d'autres 
eiFets dans le corps que d'étrangler les nerfs, 
produifent des changemens furprenans ^Jans 
les fecrétions. Elles chafTent le fang 6c la bile 

Î*5ar les v^ailTeaux de la peau. Ajoutez à cela 
e dérangement fréquent que de légères eau- 
fes produifent dans les fecrétions , d'où il ar- 
rive en conféquence qu'une plus grande vî- 
telfe fait féparer différens fluides par un mê- 
me organe, car le fang pafle prefque par tous 
les canaux des autres humeurs , par ceux de 
la fueur, des larrnes , du mucus des nari- 
nes , du mucus d« la matrice , du lait , de 
la femence , de l'urine , de la graiffe. On a 
vil du vrai lait fe féparer par les glandes des 
aines. Lorfque la fecrétion de l'urine ne peut 
fe faire dans les organes ordinaires par rap- 
port à quelques vices de la velïie , des ure- 
tères , des reins , elle s'exhale alors dans la 
peau , dans les ventricules du cerveau & dans 
tout le tiiïu cellulaire. L'humeur de l'infen- 
fiblê tranfpiration , quoique fine, pafie par 
le froid vers les canaux urinaires , & les re- 
mèdes & le faififlfemcnt la déterminent par 
les petits conduits excréteurs des inçeftins. 
L'HwîiîS^y^P^^ vifi^ueufe qui s'exhale dansle 



DE Physiologie. ii^ 

riffa cellulaire, eil alternarivement fcparée &c 
ûbforbce avec la graiiT^ ( XIX , &c. ) clans un 
même organe, quoique ce foit une Inimeur 
Jien différente. La falivarion fupplée à l'in- 
fenfible tranfpirarion, tant interne qu'exter- 
ne. La bile repompée pafTe dans les vaifTeauX 
tranfpaténs de l'œil. Il paroît qu'il n'y a rien 
dans la ftructure telle qu'elle puifTe être, de 
tel vifcere ou glande que ce foit, qui pxiifle 
donner à chaque humeur féparée fon carac^ 
tere particulier , ou la déterminer de telle 
forte qu'une plus ou moins grande viteflTe , 
le changement des afFeélions des nerfs , ne 
puiffent produire d'autre liquides dans les or- 
ganes les. plus fains. 

CCXXL Pveftedoncà rechercher comment 
les fecrétions pures fe font dans l'homme en 
fanté. Tous les liquides récemment féparés, 
fans en excepter aucun, pas même i huile, 
font beaucoup chargés d'eau ; & on ne voie 
pas qu'ils fe féparent de liqueur épaiffe qui 
n'en contienne de plus fines. Comment peut- 
il donc arriver que la femence , la bile , 
l'huile , le mucus , deviennent vifqueux ÔC 
acquièrent d'autres qualités par l'évaporation 
de la trop grande abondance de leurs par- 
ties aqueufes ? 

CCXXIL La nature a préparc dans cette 
vue des glandes , des follicules grands &z pe- 
ti^ pour fervir à certaines liqueurs à y dé- 
pofer leur eau , & devenir après cela plus vif- 
queufes & plus pures ; c eft ainfi qu'une eau 
légèrement muqueufe de d'abord peu diffé- 

F iij 



Il6 É L É M E N s 

rente de l'humeur de l'infenfible tranfpira- 
tion ou de la matière des larmes, fe dépofç 
dans les follicules des narines de la trachée 
artère, des inreftins j elle ne s'en fépare pas 
fur le champ , parce que l'orifice excréteur 
eft plus petit que le follicule (XICC). IJi 
conduit excréteur qui eft quelquefois long 
& grêle, ralentit le liquide de manière qu'à 
peine peut-il fortir , s'il n'y eft contraint par 
une prelîion extérieure, & peut-être même 
fi le follicule irrité par l'abondance & l'acri- 
monie de la liqueur qu'il contient, ne chafle 
cette matière incommode par un mouvement 
périftalrique. L'évacuation qu'on fait le ma- 
tin par le nez , l'expulfion du mucus des 
poumons , l'éternuement que le féjour de 
ces liqueurs pendant la nuit produit au ré- 
veil , en font autant de preuves. D'un autre 
côté les veines fe prolongent dans la cavité 
des follicules, s'y ouvrent & repompent la 
partie aqueufe du mucus, de manière que 
,plus le mucus refte de tems dans ces folli- 
cules , plus il sépailîît ; <5c fi la force ftimu- 
lante eft afTez grande pour l'expulfer fur le 
champ, il s'en exprime une liqueur aqueufe 
& fine après la fécretion ^ nous en avons dts 
exemples dans l'urètre, dans les narines, dans 
.la cire mêm.e des oreilles ; nous en avons aulîî 
dans la bile qui fort du foie chargée d'eai>, 
peu amere, & qui neft pas fort jaune.|La 
velîicule du fiel la retient donc , la chaleur 
naturelle la fomente , la liqueur la plus fine 
en eft pompée par les veines reforbentes, §c 



D ^ P ri r s ï O L Ô G I E. 11/ 

ce qui refte dans la veliicule eft plus amét, 
péus oléagineux ôc pins épais. Le même mé- 
chanifme a lieu dans la femence ; elle eft 
confervée dans ies vefficules féminales , elle 
$ y épaiilîc ; elle elfc fluide quand on fe livre 
fou vent au plailir ; elle eft au contraire vii- 
queufe dans les perfonnes chaftes. il y a des 
endroits où la nature a doublé , ôc triplé ces 
fortes de réfervoirs dans un même organe; 
c'eft ce qu'elle a fait toutes les fois qu elle 
a eu en vue la fécretion d'une humeur très- 
vifqueufe. Le refticuîe a un refeau deftiné 
pour le paffage de la femence ; Fépididime 
le termine par nn grand canal y & par une 
grande veiîicitle ; les vaifTeaux du tefticule font 
étroits, ainfi que le conduit défèrent ôc le 
conduit proftatique^ 

CCXXIIL II n'y a donc nulle part de glan- 
des qn*autant qu'elles peuvent fervir à fépa- 
rer un liquide vifqueux ; ôc s'il fe fépare par 
les artères une liqueur vifqueufe, fans qu'elle 
paffe dans un follicule , eïh féjourne tou- 
jours 5 lorfqu'elle eft féparée , dans un fol- 
licule plus grand. La femence , la bile , la 
fynovie, ïà grailTe en font des exemples. 

CCXXIV. La figtieur peut changer de ca- 
ïâdiete dans un réfervoir par l'afFufion & le 
meflarige de quelqu'autre liqueur nouvelle. La 
femence s'épaifîrt lorfque h liqueur des prof- 
rates vient à s'y mêler ; le mélange du fuc pan- 
créatique, du fucgaftriquetSrinteftinalattenrue 
le chyle, Se celui de la bile Talkalife ; la fyno- 
vie eft rendue plus coulante par les deux efpeceîj 

F iv 



tl8 É L É M E K s 

ae grailfe qui; sy mêlent ( CLXXXVMI ). 

CCXXV. Les follicules ôc les rélervoirs 
©nt encore le gfand avantage de conferver 
chaque liqueur pour le tems auquel feul elle 
peut être d'ufage à la vie ; la bile eft con- 
fervée pour le tems de la digeftion , la fe- 
naence pour Tufage modéré des plailirs dont 
fon évacuation eft accompagnée ; le mucus 
des narines s'accumule pendant la nuit, pour 
tempérer pendant le jour la violence de Fair 
qu'on refpire par le nez. 

CCXXVL Amli de même que la nature 
a fair'des machines capables de ralentir les 
liqueurs oHns leurs grands & leurs petits fol- 
licules 5 de même en a-t-elle fait d'autre^ 
propres à les chafTer dans les tems conve- 
nables. Elle a donné des triufcles particuliers 
à certaines glandes ^ fur- tout aux refticules 
des animaux , à la veflie & à la vellicule du 
fiel , aux inteftins, au ventricule. Dans d'au- 
tres parties elle a placé les glandes près des 
mufcles pour faire avancer la liqueur, tels 
font le digaftrique, le maifeter, les mufcles 
du bas ventre , le diaphragme. D'autres fois 
elle les a munies de parties nerveufes irri- 
tables qu'un aiguillon difficile à exprimer , 
venant à irriter, fait mettre en a6tion , Ôc 
ouvrir un chemin libre au lait, à la femence 
.& aux larmes ; ou ftimulées par une matière 
aère , comme il a été dit , elles dépofent plus 
promptement la liqueur qu'elles contiennent 5, 
la bile , la liqueur du ventricule , des intef- 
tins, & le fuif font de cette efpece. 



Djs Physiologie. ii^ 

CCXXVII. Nous ferons une hidoire plus 
détaillée de chacun des liquides qui fe re- 
paient du fang y loi'lque nous parlerons des 
organes des fecrétions j mais avant que d'en- 
trer dans le détail de chaque fecrétion en 
particulier , il eft à propos que nous coni- 
inencions par traiter de la plus importante 
de toutes , ôc qui fe fait dans toutes les par- 
ties du corps humain j fcavoir , de celle du 
fuc nourricier, & de la manière dont ce 
fuc s^adapte dans les petits vuides que les 
particules qui s'échappent du corps, aban- 
donnent. 



iiiii[fiiiiiiiiiiii 



CHAPITRE IX. 

De la Nutrition, 

CCXXVII. JLj e corps humain eft ccmipofé 
de parties fluides & folides ( I ). Les fluides 
font en plus grande quantité \ & cela paroi- 
tra-t-il étonnant, QrYon fait attention que les 
unes & les autres proviennent d'alimens fluf- 
des^ C\ l'on confidere la quantité du fan"^ 
( CLXVII. ) le rapport des orifices des vaii- 
feaux aux fluides qu ils contiennent , la ré- 
plétion de ces mêmes vaitFeaux pat les in- 
jetions , la diminution du poids du corps 
lorfqu il a été dépouillé de fes patties^uides 
par les maladies ;, par la pourriture de pat ia. 
difuUation, • • • - • • ' 

Fv 



I 

I 30 £ L i M E N s 

CCXXIX. Il eft facile de démontrer la 
diffipâtion continuelle des fluides. Eu efFeî, 
les humeurs aqueu Tes s'exhalent très-proiïipte- 
meiit du corps 5 la rranfpiration infeniible Se 
la tranfpiration des poumons eft environ de 
trois ou quatre livres par jour. Les liqueurs 
coagulabes & épai^fes font continuellement 
dilToutes par une chaleur de ^^6 degrés ( cha- 
leur de riiommé en fanté ) , par lefrorremenc 
réciproque des globules contre les parois 
des vaifleaux, ôc par celui des globules entr'eox 

. (CXLVIII) \ ces globules enfin devenus vola- 
tilsjs'échappent eux-mêmes : d'ailleurs l'urine 
îi'eft pas fimplement aqueufe & chargée des 

jréçrémens des alimens , elle eft encore com- 
pofée d'autres humeurs , puifqu'elle s'alka - 
life , & qu'elle contient de l'huile de un ef- 
prit analogue à l'huile & à l'efprit du fang. 

II s'écoule Auflî tous les jours par le bas ven- 
tre quelques onces de bile & une portion 
du fuc inteftinal. La maigreur qui fuit le 
meuvement mufculaire , les violens purga- 
tifs , & la fièvre en font des preuves. 

CCXXXL La 'vie même la plus naturelle 
détruit çéceffairement les parties folides du 
corps. C*eft ce qui fe déduit facilement des 
caufes mêmes de la vie^ puifque le fang pouf- 
fé par le cœur avec une grande impétuofité 
contre les parois convexes que forment \qs 
vaiiïèaux par leur courbure , les étend , il 
les redreffe , & peu après ces vaifTeaux élaf- 
fiques entrent en contradion , & ils fe ré- 
taDlilTent dans leur état naturel de courbure: 
or fomtue ceci a lieu idoooo fois par jour. 



ï)E Physiologie. 131 

^' truelles parties du corps pourroienr y réfifter ? 
Les bois même ôc les métaux ne feroienc-ils 
pas ufés par un pareil frottement ? Il eft donc 
vraifemblable que ce frottement ruine les 
parties folides de notre corp^ , ces parties 
n'étant compofé^s que de terre friable , peu 
cohérente , ôc de gluten ^ n°. IV , que le feu 
& la pourriture , comme on le fçait , peu- 
vent diffoudre. Ceci a lieu dans toute la ca- 
vité des vaiffeaux , & il eft certain que le 
frottement eft prodigieux, fur-tout dans les 
plus petits. Lorfque les fibres s'étendent en 
longueur, \q gluten intermédiaire alors pa- 
reillement étendu , perd de fa force attrac- 
tive j & pour peu que la force d'impuUion 
furpaffe celle de l'attradtion , il faut nécef- 
fairement que le gluten foit chafte des inter- 
valles des elémens terreux , & qu'il fe for- 
me de petites foftettes. La rupture des mem- 
branes'de l'aorte dans les vieillards le confirme. 
CCXXXL La liberté ou le peu de con- 
nexion du dernier élément qui termine 
ie plus petit canal , & qui eft finiplement 
uni au refte du canal par une feule de fes 
extrémités, fait voir que la diflolution qui 
fe fait dans les extrémités de ces vaif- 
feaux coupés, tant cutanés qu'internes, né 
s'opère que par la force & la fluidité du fang. 
C'eft-là la fource des petites pellicules qui 
paroifTent après la deftruétion de Tépider- 
me, de TaccroifTement fubit des poils, des 
ongles & àes dents qui fe fait en afTez peu 
de tems. 

CCXXXIL 11 eft eonftant que le tifTu cei- 

Fv 



IJ2, ÉlÉmENS 

lulaire des vailfeaux eft non feulement ufé 
dans leur cavité, mais encore dans toutes Tes 
parties , Ci on fait attention aux frottemens 
que ce tiiTu qui a peu de cohéfion , & que 
la feule macération peut dilfoudre (XI) , ef- 
fuye du violent mouvement du fang contre 
les mufcles voifins, contre les tendons & con- 
tre les os qui font au-delfous. La graiife qui 
environne ces parties diminue à la vérité le 
frottement , mais elle ne les en garantit pas 
entièrement. 

CCXXXIII. Le tiffu cellulaire qui forme 
la partie folide des membranes & des vif- 
ceres doit néceiïairement fe diffoudre & re- 
devenir fluide, lorfque fes fragmens auront 
été brifés par la force élaftique des artères 
qui conftituent toutes les parties du corps. 
Le mouvement violent & prefque contiuel 
des mufcle^ , les grandes & fréquentes cour- 
bures des fibres , concourent a cette deftruc- 
tioru La nature même de la chofe le démon- 
tre , puifque rien ne détruit plus efficace- 
ment les corps durs que leur courbure réi- 
térée ; notre tifTu cellulaire doit donc par 
cette raifon être indifpenfablement ufé, puif- 
qu il cft compofé de fibres molles, tout ré- 
cemment formées de gluten de de plufîeurs 
cavités vuides , diftinguées les unes des au- 
tres par un fluide intermédiaire (X). 

CCXXXIV. La folidité des os même ne 
les met pas à couvert d'une lente deftrudion. 
L*excrefcence morbique des dents dans les 
fcorbutiques fait voir que les os font fujets 
a de fréquens changemens. Se qu'il fe forme 



DE PhYSIOXOGIE. i^^ 

aans les plus durs de nouveaux filamens. La 
courbure des dents autour du plomb dont on 
comble leurs cavités , Ôc les obfervations 
qu'on a faites tant dans les hommes que dans 
les animaux , fur l'accroillement merveilleux 
des dents qui n'en ont pas d'oppofées , le 
confirment encore : de plus les os devenus 
chair prouvent que le fuc ofTeux eft changé, 
que lancien eft remplacé par un nouveau ; 
les exoftofes , les tophus vénériens produits 
parla corruption du fuc oflfeux , «Se dont les 
perfonnes diifolues font attaquées , à caufe 
du vice de leurs humeurs : la cure de cette 
maladie par les remèdes internes ^ la couleur 
fouge des os des animaux nourris de garan- 
ce , & le recouvrement de la couleur natiy- 
relle des os lorfque ces mêmes animaux chan- 
gent de nourriture , font voir que le fuc of- 
feux fe renouvelle. Enfiti; les expériences fai- 
tes par de grands Hommes , confirment que 
les os des vieillards décroiffenr. 

CCXXXV. Tout corps vivant eft ainfi 
dans un état perpétuel de dilïipation ; les 
fluides s'exhalent & font pouffes au- dehors ; 
les folides brifës êc réduits en très - petites 
parties , paftent dans les cavités des grands 
vaiifeaux par les orifices des vaifteaux inha- 
lans 5 font rendus par ce moyen au fang , 
forment le fédiment de l'urine , deviennent 
la raatiere de la pierre & àes os contre na- 
ture. Ces pertes font beaucoup plus grandes 
dans la jeunefle : toutes les parties font alors 
mol-es, les parties aqueufes & glutineufes do- 
minent, de les terreftres font en petite quan- 



1J4 É L É M E N s 

tiré. Cette dilîlpatian dimintte avec l'âge , 
néanmoins il s'en fait toujours. 

CCXXXVI. La nature devoit donc né- 
ceiïairement pourvoir à ces pertes. La façon 
dont les fluides fe réparent doit paroître dé- 
montrée à quiconque confultera ce que nous 
avons dit fur les forces qui concourent à la 
digeftion des alimens , où nous faifons voir 
qu'il entre dans le fang un chyle femblable 
au lait , qui renferme une huile fine ,. graif- 
feufe ôc des fucs gélatineux des. végétaux ,, 
&^ fur- tout des animaux. Les parties adipeii- 
£qs j globoleufes , mais lâches & plus légè- 
res que l'eau ,. au moyen de la denfité que 
leur procure la forte contraction des vailTeaux 
artériels 5c leur force d'attradion dans les 
plus petits 5 ou un peu d'eau diftingue ces 
globules y enfin , la configuration que^ leur 
donne la grandeur des derniers orifices des 
pliis petits vaiffeaux , forment des globules 
d'un diamètre déterminé. 

CCXXXVIL La nature inflammable des 
globules rouges CLXV , fait voir qu'ils font 
compofés de graiîFe ; éc l'efficacité du lait, 
pour réparer la mafl^e du fang dans le fœtus ôc 
dans les enfans , prouve aulH d'un côté qu'ils 
réfultent des globules du chyle , devenus 
plus denfes. Leev/enhoecIc a vu que les glo- 
bules du chyle étoient plus grands Se pliis lâ- 
ches que les fanguins ; d'ailleurs, l'expérience 
fait voir le chyle diftingue par fa forme Se fa 
couleur, nageant dans le fang quelques heures 
après que l'animal a mangé ; il difparoît peu 
après, de le fang paroit alors fi uniforme, que le 



D E P B Y s I O L Ô G I E. J f$ 

chyle doit nécelTairement avoir pris pendant 
ce temps la nature de» différentes liqueurs. 

CCXXXVIIL II n'eft pa* abfolumenc 
difHcile de comprendre comment la lymphe 
coagulabe s'engendre , car elle eft préparée 
depuis long-temps & perfectionnée dans les 
chairs des animaux & dans les beeufs, de 
forte que les forces naturelles de notre corps 
ne font dans cette occafîon que dégager la 
lymphe des parties folides, & la mêler avec 
le lang y d'où il fuit que nous tirons des ani- 
maux des alimens plus fucculens ôcplus pro- 
pres à réparer continuellement nos forces , & 
qu'il fe trouve une plus petite quantité dé 
cette matière vifqueufe & gelatineufe dans les 
végétaux^ c'eft pourquoi ils font moins noitr- 
tifians. Néanmoins les animaux qui ne vi- 
vent que d'herbes , dans lefquelles il fe fait 
une abondante & très-bonne réparation de 
lymphe gelatineufe , font voir qu'il y a dans 
les végétaux quelque chofe de gélatineux que 
les feules forces animales peuvent changer en 
lymphe coagulabe y la nature vifqueufe de la 
farine des végétaux mclée avec de l'eau , &,le 
caradbére de plufieurs fucs tirés àcs plantes. , 
en font autant de preuves. 

CCXXXIX. Ce qui fe paffe dansle poulet, 
ionne lieu de préfuTner que les autres hu- 
meurs font produites par la lymphe; puifqu'il 
eft entièrement formé du blanc d'œuf qui 
s'unit à toutes fes parties folides & fluides. Le 
changement de la lymphe en une eau évapora- 
ble éc alcalefcente , lorfqu'on l'expofe à urre 
chaleur de ^6 ou loo degrés , comme on le 



^^6 É L i M E N s 

remarque dans tous les animaux qui transpi- 
rent , confirme ce fenrimenr. 

CCXL. Il n'eft même pas ^extrêmement 
^iffitiie de découvrir comment la perte des 
patries foiides eft réparée. La lymphe eft vif- 
queufe ôc s'attache facilement, comme on le 
voit dans les polypes. Des battemens réitérés , 
faifant évaporer les parties aqueufes, forment 
très-promtement du gluten fereux les fibres 
& les membranes CLVII : la lymphe s'incor- 
pore donc par l'impulfion même du fang, 
remplit les petites foflfettes des vaifTeaux for^ 
méQs par la deftru6fcion du gluten , placé entre 
leurs élemens terreftres , elle contradte des 
adhérences dans les cavités qui la reçoivent » 
elle fe moule , elle fe figure èc s'aglutine en 
partie par fa propre force de cohéfion , & en 
partie par le mouvement d'impullion à^s hu- 
meurs artérielles dont l'effet fe fait fentir du 
çentreà la circonférence. L'air que les fluides 
contiennent paroît y avoir beaucoup de part , 
étant adhérent aux foiides , & y étant abon- 
dant pour l'union de la terre & de Teaù ; d'ail- 
leurs 5 il ne peut fe faire de dilTolution fans la 
féparation de l'air & fôn rétabliffement en 
bulles élaftiques. 

CCXLL II paroît que les pertes que font 
les extrémités libres des vaifleaux & des fi- 
bres , ne fe réparent que parce qu'elles font 
véritablement pouiïees en avant, c'eft-à-dire , 
que la partie la plus voifin^ de l'extrémité dé- 
truite de la fibre j prend en fe prolongeant la 
place de cette extrémité. C'eft ainfi que s'ac- 
complit ce qui a été dit CCXXIX , & il fe 



DE Physiologie. 157 

forme alors entre ces fibres allongées des in- 
tervalles que remplit un nouveau gluten lym- 
phatique. 

CCXLlî. La rofée lymphatique , qui s*ex-~ 
haie dans le tifTu cellulaire XX ^ répare les 
pertes de ce tifTu , s'épanche dans les vuides 
que laiiTent lés parties détruites de la fibrille 
cellulaire ; comme elle eft coagiilabe, le bat- 
tement àQ^Qs propres artères & des voifines, 
la preflion des mufcles, réunifTent (qs parties, 
là partie aqueufe s'en fépare , ôc cette rofée fe 
change enfin en tiflii cellulaire. Le change- 
ment des fucs des végétaux en pulpe , enfuite 
en vrai tilfu cellulaire \ les filamens qui à la- 
fuite Aqs maladies font produits dans la poi- 
trine par les vapeurs & par le pus , confirment 
cette théorie. 

CCXLin. On ne pourra dire au jufte com- 
ment les fibres mufculaires & tendineufes fe 
noutriiïent , que lorfque leur ftrudture fera 
mieux développée. Il paroît néanmoins en 
comparant les mufcles du fœtus, pulpeux , 
mois & prefque charnus dans toute leur éren? 
due , avec les mufcles tendineux & prefque 
fans chair d un adulte \ & par la grande 
abondancedes vailTeaux qui arrofent les fibres 
mufculaires , & par les expériences des grands 
hommes , que la fibre mufculaire fe nourrit 
de la rofée l'ymphatique , répandue dans le 
tiflTu cellulaire qui les unit , & qu'elle s'y 
adapte par la preflion àcs mufcles & des 
artères. 

CCXLIV. Comme la ftruaure des os eft 
plus connue, aufli eft-il plus facile d'entendre 



l^î Et i MENS 

comment ils fe nourriflènt ; ils font compo- 
{és d'abord, de filets membraneux , qui s'en- 
durciiïent peu à peu , &: d'un gluten qui s'oiïi- 
fie entre les interftices de ces filets. La réplé- 
tion qui fe fait dans les adultes des filions qui 
ëtoient entre les lames des os ,. & que des 
vaifïeaux parcouroient dans le fœtus j les tu- 
térofités fort faillantes des os, les croûtes piei- 
reufes inorganifées qui fe forment autour de 
CQS os ; les fréquentes ankilofes , produites 
par la confufion & la coagulation du fuc qui 
s écoule entre à^xxx os, démontrent Texillence 
du fuc offeux ; & an a des exemples où tous 
les tuyaax à&% os fefont remplis de ce fuc plus 
abondamment qu*à l'ordinaire. La gelée qui 
s'écoule des os, de l'yvaire , des cornes , ex- 
pofés au feu , & qui eft fi vifqueufe qu elle 
lie & coagule avec elles quinze fois autant 
d'eau \ la friabilité des os, lorfqu'ils font dé- 
pouillés de cette gelée \ cette gelée que la 
pourriture diffout & qui s'évapore toute com- 
me la lymphe , font voir par à^s expériences 
inconteftables que ce fuc eft un vrai gluten 
de la nature de la lymphe eoagulable. Eiîfîa 
les coquilles è&% œufs , des limaçons & de 
îous les animaux à coquille , les gouttes faiï- 
guines colantes & vifqueufes qui iiiintent des 
os, & qui contraïftenr aufli-tot de la dureté , 
prouvent que ce fuc, qui a été vifqueux & 
•fluide, peur devenir fec& Iriable.Le rétablif- 
fement de la dureté oflfèufe , lorfqii'on unit 
des os calcinés avec une matière gelatineufe, 
fournit encore une nouvelle preuve. 
- CCXLV. On voit de quelle façoa le corps 



D E P.H Y S I O L O G I B. 1 J^ 

cft confervé tel qu'il eft dans l'homme en fanté, 
& comment fe réparent les pertes qui font des 
fuites néceiTaires de la vie même. Mais il y a 
différens degrés de nutrition félon les divers 
âges. Dans l'enfance , les pertes font plus que 
compenféespar les réparations - le contraire a 
lieu dans les vieillards. Le premier état s'ap- 
pelle aceroiffement , ôc le fécond déGroifje'- 
ment. 

CCXLVI. Le fœtus a commencé par n'^ctrc 
prefque qu'une goutte de liqueur lympide ^ 
comme on le verra ailleurs '» un mois après 
toutes les parties qui dans la fuite deviennent 
oflTeufes , ne font encore que des membranes. 
Le fœtus pafTed'un état fi petit (que la vue la 
plus fine n'y peut rien appercevoir) â un état 
il grand d'accroiifement au moyery au fuc lai- 
teux 5 qu'il acquiert dans l'efpace de 9 mois 
lapefanteur de 12 livres , poids certainement 
dont le rapport eft infini avec celui de fon 
premier état. Au bout de ce terme ^ expoféà 
l'air il croît plus lentement, &il devient dans 
l'efpace de 10 ans environ 12. fois pluspefar?t 
qu'il n'étoit , & trois ou quatre fois plus 
grand. Examinons la caufe de cet accroiffe- 
ment , de fa vîteffe dans les premiers temps , 
& pourquoi il n'eft pas dans la fuite aufïi 
prompt. 

CCXLVn. L'extenfibilité du fœtus eft fa- 
cile à concevoir , fi on fait attention à la na- 
ture vifqueufe & muqueufe de tout fon petit 
corps , au peu de terre qu'il contient , à i'a- 
bondance de l'eau dont il eft chargé, enfin au 
fiombre infini defes vailfeaux 5, qui fe voienr. 



Î40 E t £ M E N s 

& que les injedlions nous font découvrir dans 
les os, dans les membranes ,dâns l'œil ^ui en 
renferme un nombre infini , dans les cartila- 
ges , dans les membranes des vaiireaux , darrs 
la peau , dans les tendons , enfin par tout. Au 
lieu de ces vailïeaux , on ne trouve dans les 
adultes qu'un tilTu cellulaire denfe ou un fuc 
épanché. Plus il y a de vailFeaux , plus Tac- 
croiffement eft facile ; car le cœur , dans les 
premiers temps de là vie , plus voifin des par- 
ties, y porte les liquides avec une impétuofité 
beaucoup plus grande & plus concentrée. Les 
liquides épanchés dans le tilTu cellulaire y fé^ 
journent , pour ainfi dite , de ils ont moins 
de force pour les étendre. 

CCXLVIII. Il doit cependant y avoir une 
autre caufe , fa voir , la pi us grande force de le 
plus grand mouvement du cœur à raifon des 
humeurs & des premiers vailfeaux. Le point 
-faillanc déjà vivifié dans le temps que tous 
les autres vifceres & tous les autres folides au 
fœtus ne font pas encore fenfibles^ la fré- 
quence du pouls dans les jeunes animaux y la 
proportion du cœiîr d'autant plus grande que 
l'animal eft plus jeune , & telle dans l'hom- 
me qu'elle eft du fœtus à l'adulte une fois & 
demie plus confidérable , prouvent cette vé- 
rité. En effet , comment l'animal croîtroit il , 
fi le rapport de la force du cœur du tendre 
fœtus à fes autres parties étoit le même que 
celui du cœur de l'adulte à toutes les tiennes ? 
Et, fi je ne me trompe, la faculté dlrrirer 
qu'à le fang veineux , beaucoup plus grande 
4ans le fœtus que dans l'adulte , fait beaucoup 



DE Physiologie. 141 

dans tout ceci. Tous les organes qui s'endur- 
cillent dans l'adulte, font extrêmement ten- 
dres & fenfibles dans le f^œtus, par exemple, 
l'œil , l'oreille , la peau & même le cerveau. 
Ceci ne peut-il pas encore s'expliquer , parce 
que le fœtus a , proportion gardée , la tête 
plus grolfe , Se qu'en confequence le rapport 
des nerfs des jeunes animaux au relie de leurs 
parties eft plus grand ? 

CCXLIX. Il doit donc arriver que le cœur 
faifant effort contre des vailTeaux muqueux , 
il les étende aifément de même que le tiflTu 
cellulaire qui les environne, & les fibres muf- 
culaires qui font diverfement arrofées par ces 
vaiiïeaux. Or , toutes ces parties cèdent faci- 
lement, parce qu'elles renferment peu de 
terre , & qu'au contraire elles ont beaucoup 
de gluten qui les unit & qui fe prête aifément. 
Delà les hémorragies des enfans Se des jeunes 
gens dont le cœur eft plus fort Se dont les 
vaifleaux n'ont pas encore alTez de rigidité. 
Voici comme fe forment les os : le fuc gelatir 
neuxVengage d'abord entre deux vai (féaux 
parallèles, fe change en fibres membraneufes. 
Se s'oiîîfie parleur battement réitéré. Les os , 
dont les fibres font déjà formées, s'accroiflent, 
lorfque les vaiffeaux , collés à leurs fibres , 
venant à être étendus par le cœur , entraînent 
avec eux ces fibres olfeufes & leS| allongent j 
ces fibres repouflfent ainfi les cartilages qui 
limitent par tout les os , Se qui ont quelque^ 
chofe de cellulaire , quoique élaftiques ; elles 
s'étendent en long entre les deux épiphyfes , 
& Tes rendent ainfi peu à peti moias épaiffes. 



14* E L É M E N s 

mais plas folidcs. Tel eft le méchanifme par 
iev^uei les parties du corps s'allongent , & par 
lequel il le forme des mcervalles entre ces 
Hbres olTeufes , cellulaires & terreftres qui fe 
font allongées. Ces intervalles font remplis 
CCLXIV, XX, par les liquides qui font plus 
vifqueux & plus glutineux dans les jeunes 
ajiimaux que dans les adultes ; ces fluides 
contradent donc plus facilement des ad- 
hérences , & fe moulent dans les petits 
vuides. 

CCL. La foupleffe des os, la facilité avec 
laquelle ils fe confolident , la plus grande 
abondance du gluten ôc du jcrum glutineux 
dans les membres àQ% jeunes animaux , & le 
rapport à^s cartilages aux grands os , font 
voir que les os dans les jeunes fujets font 
d'une nature plus vifqueufe que dans les vieil- 
lards. 

CCLI. Mais plus Taiimal approche de la- 
dolefcence , plus l'accroiirement fe fait lente*- 
ment. La roideur des parties qui étoient fou- 
pies &: flexibles dans ie fœrus , rolîihcation 
des parties des os 5 qui auparavant n'étoient 
que cartilages, en font des preuves. En effet, 

f)lu (leurs vaiireaux difparoinent , preifés par 
e battement des gros troncs dont ils font voi- 
fins 5 ou dont ils parco.irent les membranes, 
& ils font remplacés par des parties folides 
qui ont beaucoup plus dexronfiftence. Le fuc 
cmeux s'écoule dans les filions qui féparent les 
fibres oflTeufes ; & toutes les membranes , & 
les tuniques des vailfeaux font remplies d'un 
tiilu cellulaire plus deofe. Mais lorfqu'une 



DE Physiologie. 145 

grande quantité d'eau s'eft évaporée de tou- 
tes les parties, les filets cellulaires fe rappro- 
chent , ils s'attirent avec plus de force , ils 
s'imilïent plus étroitement , & réliftent da- 
vantage à l'extenfion. Le gluten adhérent par 
tout aux os & aux parties folides , fe fécne , 
la comprelïion d^s artères & des mufcles 
ayant diiîipé, les parties aqueufes. Les terref- 
tres font en conféquence dans un plus grand 
rapport avec les autres. 

CCLIL Tout cela fe paffe ainlî jufqu'à ce 
que la force du cœur ne foit plus fumfante 
p^j)ur étendre les folides au de là , ce qui ar- 
rive lorfque les épiphyfes cartilagineufes dans 
les os longs fonr infenlîblement fi diminuées, 
qu'elles né le peuvent être davantage \ mais 
devenues alors extrêmement minces èc très- 
dures, elles fe réfiftentl elles-mêmes & au 
cœur en même temps. Les mêmes caufes 
ayant lieu dans toutes les parties du corps , fi 
on en excepte un petit nombre , tout le tilTu 
cellulaire , toutes les membranes des artères , 
les fibres mufculaires & les nerfs acquièrent 
peu à peu une dureté telle CCLI , que 
la force du cçeur n'eft plus capable de les 
é^endr^. 

ÇCLIIL Cependant le tiim cellulaire lâche 
& entrecoupé de plufieurs cavités, fe prête 
dans différens endroits à lagraiflTe & quelque^ 
fois au fangqui s'y infinue, fe gonflé dans dif- 
férentes parties , &: fait groflîr fans faire 
croître. Il paroît que cela doit être ainfi , en 
ce que l'accroiffement n'ayant plus lieu, il fe 
iiépar^ du fang une moindre quantité d'hu- 



144 Èl^mens 

meurs : de U il rçfte plus de matière pour les 
décrétions ', la réfiftànce que les humeurs trou- 
vent en pâlfant dans les plus petits vaifleaux 
étant augmentée par l'endurci (ïe ment de ces 
vaiireaux , les liqueurs lentes fe portent plus 
aifément de la plus petite artère dans des ré- 
fervoirs. Les lecrétions lentes doivent par 
conféquent; être plus abondantes , le rapport 
de la torce comparative du cœur , comme on 
l'appelle , étant alors moindre. La roideur des 
parties augmente leur réfillance j mais la force 
du cœurne paroit point être augmentée par 
cette rigidité. Car le cœur eft un mufcle 
qui tire principalement fa force de fa fou- 
pleiLe 5 du fuc nerveux qui , eu égard à fa 
partie folide , s'y diftribue en très grande 
quantité , & enfin de la partie rouge du fang , 
comme nous le dirons ailleurs : or , bien loin 
que la vleillelTe augmente toutes ces chofes , 
elle les diminue certain e^men t. 

CCLIV. Ainfi le corps humain n'a point 
d'état fixe , comme on le pourroit penfer, ^ 
il n'eft jamais en repos. Les cavités de quel- 
ques vaiiTeaux font continuellement détruites, 
& ces vai (féaux font changés en fibres foli- 
des , fuivant que la preilîon des poids , des 
mufcles & du cœur , fe fait fentir avec plus 
de force dans différentes parties ; c'eft de là 
que les parties, dont les ouvriers fe fervent 
plus fréquemment , deviennent roides. Le 
tiffu cellulaire devient auffi continuellement 
plus épais & plus dur , le gluten plus fec & 
plus terreux ; c'eft-là ce qui rend fecs les os 
des vieillards \ c'eft de U que les cartilages fe 

changent 



» 

DE Physiologie. 145 

changent en os , lorfque le gluten , dont ils 
tiennent toute leur fouplefTe, eft détruit. Tou- 
tes les parties deviennent dures , le tifTu cellu- 
laire même du cerveau , du cœur & des artè- 
res ; la pefanteur fpecifique des différentes 
parties du corps devient plus grande, & même 
celle du criilallin. 

CCLV. Enlin la force attraftive &: gluti- 
neufe Aq% liqueurs du corps humain eft alté- 
rée par les alimens falés , par les boiffons fpi- 
rirueufes, & par les excès de tout genre dans 
la diète; le fang dégénère en une mafTe fria- 
ble 5 acre & qui n'eft point gelatineufe ; c'eft 
ce que font voir la lenteur des cicatrices des 
plaies «Sr des fradures , la mauvaife odeur de 
l'haleine , la plus grande quantité de fels du 
fang , & de l'urine, la diminution des parties 
aqueufes, & l'opacité des humeurs quiétoient 
tranfparentes. 

CCLVI. Ceft pourquoi les ligamens inter- 
vertébraux venant à fe fecher , à fe durcir & à 
s'oHîfîer , ils rapprochent en devant les ver- 
tèbres les unes des autres , & diminuent la 
reditude & la grandeur du corps \ les tendons 
deviennent d'un blanc éclatant , très-durs & 
cartilagineux , lorfque le gluten qui étoit dans 
l'interftice de leurs fibres eft prefque détruit , 
les fibres mufculaires , après avoir expulfé le 
fang ^t^ vaifteaux intermédiaires, dégénèrent 
en une fubftance tendineufe , feche & blan- 
che : les vaiffeaux ôc fur-tout les artères , l'eau 
qui les humede étant diiïîpée , déviennent 
plus dures & prefque offeufes. Le tiftii cel- 
lulaire lacbe fe contracte & forme desmem- 
/, Fart^ G 



14(> E L i M E N s 

branes plus dures ; les vaiireaux excréteurs 
font ainii comprimés de parc & d'autre , & 
les petits orifices exhalans , étant détruits , 
caufent la fechereiTe des parties Ôc diminuent 
la dépuration nécelfaire du fang. Delà fuivenc 
une plus grande roideur dans les parties , ôc 
une conflit ution du fang plus feche & fi ter- 
ïeufe 5 qu'au lieu de la vapeur qu'il dépo- 
foit auparavant dans toutes les parties cellu- 
laires du corps 5 il n'y décharge plus qu'une 
vraie terre , c'eft ce que prouvent les endur- 
çiflemens des parties , les croûtes olTeufes ré- 
pandues dans les artères , dans les membra- 
nes 5 fur la fuperficie de la plus part des os, ôC 
fur -tout dQS vertèbres , & quelquefois dans 
les' parties les plus molles , comme on l'a ob- 
fervé dans toutes les parties du corps. 

CCLVII. C'eft là la voie naturelle qui con- 
duit à la mort ; & la mort doit fuivre , lorf- 
que le cœur devient calleux , que fa force 
n'augmente plus à proportion des refiftances 
qu'il rencontre j ôc que par conféquent il {\ic- 
combe fous le poids ; lorfque le poumon , qui 
çft alors moins fufceptible de dilatation , ré- 
jfifte au ventricule droit du cœur, de même que 
tout le fyftéme des artères capillaires , qui 
d'ailleurs font beaucoup de refiftances au cœur 
CLX. Le mouvement du fang fe ralentit ainfi 
peu à peu , il s'arrête , ôc ne trouvant plus de 
paiïage libre par le poumon , il s'accumule 
fur- tout , dans le ventricule droit , jufqu'à 
ce qu'enfin le cœur palpitant pendant quel- 
que cems 5 le fang s'arrête , fe coagule ^ de que 
le mQUvemeac du cœur çefTe. 



DE Physiologie. 14-7^ 

CCLVIIl. La nature a prefque marqué le ter- 
me auquel tous les~animaux doivent arriver , 
on n'en fçait pas bien les raifons. L'homme 
qui vit long-tems , vit naturellement deux 
fois plus que le bœuf & que le cheval , puif- 
qu'il s'eft trouvé affez fréquemment des hom- 
mes qui ont vécu 100. ans , Se d'autres qui 
font parvenus jufqu'à 150. Les oifeaux vivent 
çlus long-tems , comme des expériences en 
font foi ; les poiifons vivent plus que les oi- 
feaux 5 ôc comme au lieu d'os , ils n'ont que 
des cartilages , ils croiifent continuellement. 

CCLIX. La mort étoit d'une néceffité indif- 
penfable fuivant les loix des corps qui nous 
font connues , quoique la différente propor- 
tion de la force du cœur aux parties folides , 
la codion des alimens , le cara(5tere du fang , 
la chaleur de l'air extérieur , puiflent plus oiï 
moins éloigner le terme. On ne pouvoit, de^ 
même éviter que les vailTeaux les plus petits 
ne fulTent comprimes par les plus gros , que 
le glutenne s'épaissît infenfiblement , les par- 
ties aqueufes venant à s'en feparer , 6c qu'ea 
conféquence les filets du tilTu cellulaire ne 
s'approchalTent de plus en plus , cependant 
une vie tranquille , que les paffions ni les 
exercices violens ne troublent point , les ali- 
mens & les boiffons tirés des végétaux , la 
tempérance & la fraîcheur extérieure , peu- 
vent retarder la roideur des folides , corriger 
l'intempérie feche & acre du fang. 

CCLX. Eft-il croyable qu'il fe forme oit 
quil fe régénère de nouvelles parties dans le 
corps humain ? Le polype qui renaît quand on 

Cij 



Ï48 - É L É M E N s 

la coupé 5 prefque rous les genres de vers Se 
de chenilles qui fe réunifTent lorfqu on les a 
divifés j les ferres des écreviiïes c|ui fe renou- 
vellent 5 tous les difFérens changemcns qui ar- 
rivent à l'eftomac , les queues qui renaifTent 
dans les lefards , ôc les os qui fe prolongent 
pour occuper la place de ceux qu'on a perdus , 
prouvent-ils une pareille régénération ? La 
réparation naturelle des cheveux qui certai- 
nement font organiques , des ongles & des 
plumes 5 les nouvelles chairs qui s'engendrent 
dans les plaies , la régénération de la peau , 
le rétabliflfement du fcrotum , le cal des os , 
tous ces phénomènes conduifent-ils à cette 
conféquence ? La queilion eft difficile à déci- 
der. Les infedes , dont la ftrudture eft fim- 
ple & glutineufe , ont tous ce privilège que 
leurs humeurs lentes ne s'écoulent point, 
mais qu'elles reftent adhérentes aux autres 
parties du corps. Les membranes qui fe chan- 
gent en hydatides dans l'homme^ les chairs 
qui s'engendrent dans les plaies, le cal qui 
réunit non-feulement les os fracturés mais 
qui encore répaœ des os entiers , fe forment 
d'une liqueur glutineufe rendue compaéte par 
la pulfation des artères voifines , par celle des 
vaifleaux coupés , 3c par le prolongement du 
périofte dans la plaie. Enfin dans le nez Se 
les lèvres coufues , dans les dents replacées 
& qui recouvrent leur fermeté , les vailTeaux 
coupés & les nerfs doivent néceiTairemenc 
ie réunir avec d^autres vaiflTeaux & d'autres 
nerfs coupés qui leur font oppofés. Mais on 
n'a jamais obfervë que de grandes parties or-. 



DE Physiologie. 149 

ganiques fe foient régénérées ; la force même 
du cœur dans l'homme , & la tendance que 
les humeurs qui croupilTent ont à la putré- 
faction , la ftruclure compofée du corps qui 
fort différente de la nature des infectes , s'op- 
pofent à de pareilles régénérations. 

CCLXr, Nous avons jufqu à préfent exa- 
miné les fonctions communes de tous les 
vaiflfeaux du corps humain , palfons aux fonc- 
tions particulières de chaque artère; Nous com- 
mencerons par l'artère pulmonaire , parce 
-qu'elle fort du ventricule droit du cœur Ôc 
que Taorte ne reçoit rien que par fon moyen 
CVII. Mais on ne peut entendre les fondions 
de cette artère , fans faire précéder l'hiftoire 
du poumon ôc des organes de la refpira- 
îion. 



CHAPITRE X. 

De la Refpîration* 

C C L X 1 1. JLe s Poumons remplifTent 
les facs de la plèvre LXXV. LXXVI : 
c'eft le nom de deux vifceres fitués l'un a 
droite & l'autre à gauche , qui font de mcme 
figure que ces facs , c'eft-à-dire , qu'ils ont 
infédeurement une bafe large , & qu'ils fe 
terminent fupérieurement en cône émouffé 
vers la première côte. Leur face antérieure eft 
plane , la latérale convexe , la moyenne ou in- 
terne concave , pour environner le coeur. Le" 

G iij 



15© É L E M E N s 

jpoLimon droit eft le plus grand , ^ il eft 
fouvent divifé en trois lobes ; le poumon gau- 
che l'eft plus rarement. Dégagés des autres 
parties, ils font fufpendus aux gros vaifTeaux , 
û ce iveft que la membrane externe de la 
plèvre , en s'éloignant du poumon , forme 
«ne efpéce de ligament à l'endroit où elle ta- 
pifTe la face fupérieure du diaphragme. On 
trouve entre les poumons & la plèvre une 
humeur aqueufe , coagulabe ( comme dans le 
péricarde LXXX. ) qui tranfpire par la fuper- 
£cie du poumon j la quantité de cette hu- 
meur augmente dans l'hydropifie de poitri- 
ne ; elle fe coagule & forme des fibres qui 
attachent le poumon. 

CCLXIII. La Membrane externe du pôu- 
lîion eft fîmple, mince , continue à la plèvre; 
elle eft adhérente de toutes parts aux grands ^ 
vaifîeaux du cœur , d'où elle s'étend fur le 
poumon j on peut cependant foufler dans les 
poumons &c les gonfler fans la déchirer , ÔC 
même elle réfifle encore , lorfqu'après 
avoir infinué beaucoup d'air dans les pou- 
mons , elle s'en fépare. Elle couvre en forme 
de pont les intervalles des lobules du pou- 
mon. 

CCLXIV. Le poumon eft compofc de lobes 
féparés par des intervalles intermédiaires , 
xemplis d'un tifTu cellulaire plus lâche. Les 
poumons fe divifent d'abord en deux grands 
lobes 5 un moyen & un petit. Ces lobes font 
cependant adhérens , fe divifent enfuire dcSe 
fubdivifent en un nombre infini de petits 
lobes , jufqu'à ce qu'enfin chaque lobule fc 



termine en autant de petites cellules mem- 
braneufes , de différente figure, remplies d'aïc 
dans l'adulte , & qui communiquent toutes 
entr elles. Les véficules du poumon ne re- 
çoivent pas fimplement l'air de la trachée ar- 
tère par un feul tuyau qui le termine dans 
leur cavité ovale ; mais elles reçoivent encore 
l'air qui s'exhale des petits rameaux de l'ar- 
tère qui s'y diftribuent ; de forte que cet air 
répandue dans les efpaces irréguliers qu'el- 
les laiiTent entr'elles , paiïe 6c repaiïe libre- 
111 en t de chaque particule du poumon dans 
toutes les autres. On en a une preuve par 
l'air qui s'infînue dans tous les lobes , quoi- 
qu'on ne l'ait introduit que par un rameau 
de la trachée artère correfpondante au plus 
petit lobe. Le tiffu cellulaire des intervalles 
n'eft pas feparé des véficules pulmonaires y 
& il n'eft point environné d'une membrane 
particulière à ces lobes. 

CCLXV. La Trache'e artère conduit Taie 
dans ces véiicules , elle tire fon origine du 
larynx dont nous parlerons ailleurs ^ &: elle 
reçoit l'air uniquement par fon moyen. Le 
tronc de la trachée artère efi: fimple , ïîtué 
fur l'œfophage qu'il ne recouvre pas entiè- 
rement du côté gauche ; il eft foutenu par 
la partie antérieure & applatie des vertè- 
bres du col ; il eft en partie charnu 6c 
^n partie cartilagineux ; c'eft-à-dire , qu'en- 
tre le tiffu cellulaire qui environne 8c at- 
tache la trachée artère, on remarque un 
canal fait alternativement de cerceaux car- 
tilagineux de charnus ^ les cerceâuï 

G IV 



152. Elïmens 

cartilagineux font minces , élaftiques , pré- 
sentent une furface plus large ôc font plus 
épais antérieurement ; ils s'uniffent par leurs 
extrémités poftérieures plus minces , ôc for- 
jnent un cercle au moyen des fibres mufculai- 
res rranfverfes &c fort adhérentes a l'extré- 
mité libre de ces cerceaux ; les inférieurs font 
plus petits. 

; CCLXVL Les cerceaux charnus qui fuc- 
cedent alternativement aux cerceaux cartila- 
gineux , font compofés de fibres mufculaires 
louges. Quelques unes de ces hbres font tranf- 
verfes & uniffent enfemble les extrémités 
libres d^s cerceaux ; d'autres defcendent d'un 
cerceau fupérieur à l'inférieur correfpondant. 
D'autres fibres mufculaires defcendent de la 
partie inférieure du cartilage cricoïde en k 
prolongeant le loag de la partie poilérieure , 
jusqu'à la divifion des bronches , & fe per- 
dent dans le poumon. Les fibres tranfverfes 
rétréciiTent la trachée artère ; (es longitudina- 
les la rendent plus courte. On trouve quelque 
chofe de mufcuîaire , mais plus indéterminé, 
entre les anneaux imparfaits des bronches dans 
le poumon. 

CCLXVÎL On remarque dans la mem- 
brane cellulaire qui environne la mufcuîaire , 
Ôc furtout poftérieurement entre les cartila- 
ges CCLXV. , un nombre infini dé glandes 
iimples qui verfent dans la trachée artère , pa* 
un petit conduit fembiable à un pore , un 
mucus tranfparent , aqueux , qui ne fe coa- 
gule point 3 très- doux & d'une très-grande 
' luiîité pour en défendre la membrane très- 



DE Physiologie. 153 

fenfible des impreffions d'un air impur , rem- 
pli de corpufcules nuiiibies par leur rextuie ^ 
ëc qui , fuivant ce que nous apprend la chy- 
mie 5 font acres. Enlîn tes parois nitéiieures 
de la trachée artère lont rapitrées d'une mem- 
brane polie, pulpeufe , très-facile à irriter ôc 
continue à la membrane de la bouche. 

CCLXVIÏL Desvailfeaux qui fe diftiibuent 
à la trachée artère , les uns font fitués dans 
le col ôc viennent des artères & des veines 
thiroidiennes inférieures ; les autres dans la 
poitrine , font produits par d'autres petits 
rameaux des troncs de la fouclaviere , par les 
mammaires & les bronchiaies proprement 
dites. Quant aux nerfs , la trachée artère en 
reçoit une grande quantité du nerf récurrent , 
ôc de rintercoftal. 

CCLXIX. La trachée artère fe divife à la 
partie fupérieure de la poitrine en deux bran- 
ches , femblables au tronc , compofées de 
même de cerceaux cartilagineux imparfaits 5c 
de glandes femblables. L'une ôc l'autre fe dis- 
tribue chacune à fon poumon ; La brahche 
droite eft plus courte de plus grofTe. Lorf- 
qu'elles font dans le poumon , les cerceaux 
cartilagineux fe changent en fragmens de plus^ 
en plus difformes , gnomon iques , angulai- 
res, à trois côtes égales , entrelacées d'une plus 
grande portion de la membrane, jufqu'à ce 
qu'enfin les cartilages diminuant peu à peu , 
les dernieris rameaux des bronches devien- 
nent membraneux. Les glandes font les mê- 
mes que celles dont nous avons parlé ci-defTus. 
D'auçres glandes conglobées , couchées fur le 

G V 



î54 É L É M E N s 

tronc , fur les branches de la trachée artère Se 
fur les poumons , font du genre des lympha- 
tiques CLXXXIII ôc fuiv 5 Ôc n'influent en 
rien fur la nature de la trachée artère. 

CCLXX. Les extrémités dQS rameaux de la 
trachée artère, qui échappent à la vue , exhalent 
l'air dans les efpaces cellulaires du poumon 
des adultes , & elles reprennent de ces ef- 
paces une vapeur artérielle pendant l'cxpi- 
ration. 

CCXXI. On donne le nom de Veines Se 
d'ARTERES bronchiales aux vaiiTeaux des bron- 
ches : les artères fontprefque toujours au nom- 
bre de deux \ l'une vient de l'artère inter- 
coftale près de l'aorte , Se fe diflribue dans le 
poumon droit Se même dans ie gauche ; l'au- 
tre fort du tronc de l'aorte , Se fe diftribue au 
poumon gauche. Quelquefois elles font au 
nombre de trois , Se alors il en vient une fé- 
conde de l'aorte \ d'autres fois enfin il ne s'en 
trouve qu'une qui fe diitribue aux deux pou- 
mons. Les veines bronchiales font plus ordi- 
nairement au nombre de deux ; la droite vient 
de l'azigos ^ Se Xz gauche d'un rameau immé- 
diat de la fouclaviere. Ces vaifTeaux fe por- 
tent dans les poumons avec les bronches , 
defcendent dans leurs membranes. Les artères 
bronchiales communiquent avec les pulmo- 
naires , Se les veines bronchiales avec les vei- 
nes pulmonaires. Q-uelquefoîs la veine pulmo- 
ïiaire fournit des petits rameaux au poumon , â 
la trachée artère 5c à la fuperficie du pou- 
mon. 
CCLXXIL Le poumon ade plus grands vaif- 



DE Physiologie. 155 

féaux, fçavoir , l'artère pulmonaire dont nous 
avons parlé C Ôc Cil , & la veine pulmo- 
naire CIV. Ces troncs ôc ceux de la trachée 
artère qui les accompagnent , s'étendent dans 
le poumon , ôc font environnés d'une quan- 
tité confidérable de tiifu cellulaire qui fe 
fe trouvant enhn en plus grande quantité , 
forme le poumon. Les vaiiTeaux aériens les 
plus déliés s'y terminent- ;^ les plus petites 
artérioies ôc les plus petites veines rampent 
dans les petits efpaces du tiflfu cellulaire des 
véfîcules 5 ôc s'y entrelacent en forme de ré- 
feau. C'eft auili-là que l'artère exhale une 
grande quantité de vapeur CCLXI , dans les 
cellules aériennes dû poumon , ôc que la veine 
pompe de ces cellules une vapeur aqueufe : 
c'eft-là pourquoi l'eau teinte , le petit lait , 
la cire la plus fine , injedtés par ra.rtere pul- 
monaire 5 paiTent dans la trachée artère en 
formant une écume , ôc réciproquement, de 
la trachée artère dans l'artère pulmonaire. Par 
la même raifon la liqueur injeétée palTe ôc re- 
paOTe aifement de la veine pulmonaire dans la 
crachée artère , de celle-ci dans les veines, Ôc 
enfin des artères rouges dans les veines fiujr 
monaires. 

CCLXXIIÎ. Les vailTeaux lymphatique? 
forment , comme dans les autres endroits , un 
réfeau fur la fuperficie du poumon. Les ra- 
meaux qui fe diftribuent au mediaftin pofte- 
rieur , aux glandes couchées fur l'œfophage ôC 
^u canal thorachique , fortept de ce, réfeau. 
Les petits nerfs de la partie antérieure ôc pos- 
térieure 5 font produits par la huitième paire 

G vj 



1 ^6 É L É M E N s 

dans fa defcente le long des bronches j il en 
vient auiïi du nerf récurrent & des plexus car- 
diaques qui fuivent la route des grands vaif- 
feaux. 

CCLXXIV. La plus grande portion du fang 
qui paiïe dans le poumon eft égale à celle qui 
dans le même tems parcourt tout le corps , 
peut-être même eft-elle plus grande: ne luit-il 
pas de-là que ce vifcere eft d'une extrême uti- 
lité. Cette utilité dépend manifeftement de 
l'air , ainfi que le prouvent le confentement 
unanime de toute la nature dans laquelle on 
ne trouve prefque aucun animal qui ne ref- 
pire, & la ftrucVurèdu fœtus dans lequel le 
poumon eft dans l'inaiflion , parce que le 
tœtus n'eft pas dans l'air ôc que le poumon 
ne reçoit feulement qu'une petite partie du 
lang que l'artère pulmonaire lui envoie du 
cœur. Il faut donc parler de la refpiration 
ou de lattradion de l'air dans les poumons , 
-Se de fon expuliion, 

CCLXXV. L'Air , comme nous l'apprend 
la phyiîque , eft un fluide invifible , élaftique 
& fonore ; mais Tair que nous refpirons or- 
dinairement eft impur , rempli d'une gran- 
de quantité de vapeurs aqueufes & d'autres , 
^cs femences àes animaux , des végétaux , & 
de différentes autres matières étrangères ; il 
eft pefant , ôc fa pefanteur fpécifique eft 850 
fois moindre que celle de l'eau. Cet air ré- 
pandu fur toute la terre , prefTé par les co- 
lonnes fupérieures , prefTé par les latérales , 
entre avec une grande force où il trouve 
moins de réfiftance j c eft ce que démontrent 



© E P H Y s I O L G G I E. | 57 

les expériences faites dans le vuide Se les 
phénomènes des pompes. 

CCLXXVI. La dentité de la peau du corps 
humain à travers laquelle l'air ne peut pas 
même pafTer lorfqu'elle eft feche , la graifïe 
qui eft aiî-defTous, lorifice étroit des vaiiFeaux 
abforbans , la réhftance qui eft par-tout la 
même , exclut du corps humain l'air environ- 
nant. Il nous faut donc examiner , pourquoi 
l'air palïe dans le poumon , qui d'ailleurs eft 
plein d'un air ^ans l'adulte , lequel fait alors 
équilibre avec tout le poids de l'athmofphere : 
il eft conftanc que le poumon contient tou- 
jours de l'air , car de quelque façon qu'on s'y 
prenne pour l'en exprimer , le poumon eft 
toujours plus léger que l'eau , le poumon 
même du fœtus qui avant que d'avoir reçu 
l'air s*enfonçûir dans l'eau , devient plus lé- 
ger pour peu qu'on y en ait infinué. 

CCLXXVII. Mais l'équilibre venant à être 
rompu 5 l'air fe porte conftamment par tout 
où il trouve moins de réfîftance CCLXXV : 
il faut donc pour attirer l'air dans le pou- 
mon faire en forte que le poumon réiifte 
moins à l'air qu'auparavant , c'eft-à-dire , que 
l'air que le poumon renferme dans fa ftruc- 
ture cellulaire fe raréfie ; or c'eft reffet que 
produit la dilatation de la cavité de la poi- 
trine que le poumon remplit y l'air qui fe trouve 
toujours dans les poumons s'étend donc 
dans ce plus grand efpace , de manière que 
lorfqu'il eft ain(î répandu , il s'afFoiblit & 
réiifte moins à l'air extérieur : par conféquent il 
defcend une quantité fuffifante de l'air exté- 



158 É L i M £ N s 

rieur jufqu'à ce que celui qui remplifToîc 
avant les poumons ait acquis une denfité 
égale à celle de l'extérieur. 

CCLXXVIII. Examinons préfentement les 
forces capables dedilater la poitrine. Nous ap- 
pelions Poitrine ou Thorax une efpece de 
cage compofée d'os & de cartilages , dont les 
intervalles font remplis par des mufcles j elle 
a la- figure d'un cône obtus , plus étroit â fa 
partie fupérieure & prefque ellyptique ; ce- 
pendant applati en devant & divifé à fa par- 
tie poftérieure par une éminence. Les pou- 
mons occupent les parties latérales de cette 
cage 5 le péricarde & les vifceres du bas ven- 
tre la moyenne Se l'inférieure. 

CCLXXIX. Douze côtes fur les parties la- 
térales , le fternum à la partie moyenne & 
poftérieure , font les pièces fondamentales de 
la poitrine. Les vertèbres font très-folidemenc 
affermies , tant par leurs apophyfes obliques 
entrelacées les unes dans les autres , que pat 
leur conne6î:ion avec les côtes , c'eft pour- 
quoi elles fervent-de bafe folide aux côtes. Les 
-côtes en général font courbées en forme d'arc 
irré^ulier ; leur courbure latérale &c pofté- 
rieure eft grande , Se elles fe terminent anté- 
rieurement en ligne droite , les parties olfeu- 
fes des côtes font prefque parallèles entre el- 
les ; la plus grande partie eft oflTeufe , la po- 
ftérieure" eft épaiffe 5c ronde , l'anté- 
rieure plate & mince j le refte de la côte 
fe termine antérieurement par un cartilage, 
qui , en général eft large 5 appplati Se implan- 
lé dans une petite cavité raboteufe de i'ex- 



D E P H Y s i O L O G I E. 2 5 ^ 

trémité antérieure de la paucie oifeufe de la 
côte. 

CCXXC. La partie poftérieure ofTeufe & 
épailTe des côtes fe termine en une petite tête 
reçue dans une cavité tracée fur les parties la- 
térales ôc moyennes du bord de la première 
de des deux dernières vertèbres du dos , ou 
formée par les bords voifins de deux des ver- 
tèbres intermédiaires. De forts ligamens unif- 
fent les côtes aux vertèbres ; le principal vient 
de chaque côte & s'épanouit en forme de 
rayon fur la vertèbre qui lui correfpond. D'au- 
tres uniiïent l'apophyfe tranfverîe de cha- 
que vertèbre au tubercule de chaque côte , 
d'autres lient les côtes voifines & en même 
tems les apophyfes tranfverfes entre elles : de 
plus chacune des lo côtes fupérieures a en- 
tre fon angle de courbure ôc fon articula- 
lion avec les vertèbres , un tubercule arti- 
culé par fa facette polie avec ces apophyfes 
par des ligamens fort & courts , de manière 
•que les côtes peuvent un peu s'élever & s'a- 
baififer , fans rien perdre de leur ftabilité. 

CCXIXC. Des cartilages antérieurs , les 
fept fupérieur^ s'avancent jufqu'au flernum 5 
entrent dans les folfettes tracées fur les par- 
ties latérales de cet os , & revêtues d'un car- 
tilage dans lefquelles elles font affermies par 
des ligamens courts. Des cinq autres carti- 
lages, le fupérieur fe joint au moyen d'un 
.tiuu cellulaire très-fort au 7e des fupérieurs. 
Enfuite chacun des cinq cartilages inférieurs 
s'unit le premier au feptiéme , ôc chacun en- 
fuite au fupérieur au moyen d'un tiflii cel- 



^6o ^£ t i M E N s 

lulaire ferme ; aîniî unis ils forment an re- 
bord continu 5 qui cft appuyé fur le llernuQi. 
Les deux inférieurs fonc flottants ôc ne font 
unis que par le moyen des mufcles. Ces 
cartilages inférieurs font unis entre eux ôc 
avec le fternum par des ligamens fermes. - 

CCXVIIIC. La première côte paroît très- 
peu inclinée de derrière ôc en devant ; la 
féconde rencontre le fternum prefque à an^ 
gle droit ; les autres montent vers les ver- 
tèbres Ôc le fternum , mais particulièrement 
vers ce dernier. La partie ofTeufe des côtes eft 
dans une direction telle que la face antérieure 
de la fupérieure eft très déclive en devant , ôc 
prefque tranfverfe dans les fuivanres ; elle eft 
prefque perpendiculaire dans les moyennes où 
cette partie s'élève inférieurement ôc un peu 
en devant. Les côtes font encore plus ou moins 
ftables ^ les ftipérieures courtes , tranfverfes Ôc 
plutôt implantées dans le fternum qu articu- 
lées avec lui 5 font capables d'une i^rande 
réfiilance. Plus les côtes deviennent inférieu- 
res , plus elles font mobiles , ôc enfin la der- 
nière ^ qui n'eft unie que par des chairs , eft 
la plu5 mobile de toutes. 

CCXVIIC. Le Sternum en général eft ua 
os mince ôc fpongieux , coinpofé d'une feule 
pie e dans les adultes , ôc de plufieurs dans 
Je fœtus. La partie fupérieure la plus large 
& octogone, eft affermie par les clavicules qui 
s'articulent très-étroitement avec le fternum 
parleur tète triangulaire, ôc de part Ôc d'autre 
parla première côte. Les carités angulaires des 
parties latérales du fternum reçoiveat les côtes 



DE Physiologie. i^i 

fuivantes. La pairieinférieurefe termine par un 
appendice moitié ofTeufe, moitié cartilagineu- 
fe, dont la figure varie , de qu'on nomme car- 
tilage xiphoide ou enjijorme. 

CCXVIC. Il eft donc nécefTaire que le tho- 
rax foit élevé pour que le lieu qu'occupent 

- les poumons foit aggrandi , & que par ce mo- 
yen l'air extérieur defcende dans les pou- 
mons. Ain/i toutes les ferions du thorax 
font des angles droits , 6c leur capacité aug- 
mente \ différens mufcles concourent plus ou 
moins conftamment à ce mouvemeni'. Tous 

^ les MUSCLES intercojlaux élèvent toujours les 
côtes. C'eft le nom de 22 mufcles , dont onze 
font externes ou plus voiiins de la peau , & 
onze font 'internes , &: ne font féparés de Fa 
plèvre que par la graifTe & le tsfTu cellu- 
laire. Les externes commencent à l'articula- 
tion poftérieure des cotes CCXXG. & fe 

: terminent en devant vers leur partie ofTeufe , 
à quelque diftance de leur cartilage ; de forte 
que le refte de l'efpace entre ces^ cartilages 
jufquau flernum , n'eft rempli que par une 
aponévrofe qui tient lieu de ces mufcles. Leur 
direction eft telle qu'ils defcendent en de- 
vant , du bord inférieur de la cote fupérieure 
au bord Supérieur de là côte fuivante. Tous 
les Auteurs conviennent qu'ils élèvent les cô- 

,>f^«^ , parce qu'ils defcendent de la côte fu- 
pc ore la plus fiable vers la fuivante plus 
mobile , de manière que leur partie inférieu- 
re eft plus éloignée de l'articulation àes côtes 
avec les vertèbres ou de leur point d'appui. 
CCXVC. Les MUSCLES intercojlaux internes 



l5i. È L i M EN s 

prennent leur origine à quelque diftance des 
vertèbres prefque à la partie externe du tu- 
bercule CCXXC ; il s'étendent de là jufqu aa 
fternum auquel les premiers de ce genre s'in- 
fèrent ; ils ont une direâ^ion oppofée à celle 
des externes , fi on en excepte la partie an- 
térieure du premier , enforte qu'ils defcen- 
dent en fe portant en arrière , du bord infé- 
rieur de la côte fupérieure au bord fupérieur 
de la côte fuivante. Ceft-là -ce qui fait 
douter de- leur adion : la partie inférieure 
du mufcle s'infère dans l'endroit de la côte 
la plus voiline de fon articulation avec les 
vertèbres , ce qui la fait paroître moins mo- 
bile ; néanmoins ces mufcles élèvent les cô- 
tes , puifque l'excès de fermet-c de la côte 
fupérieure fur la fmvante , tant par rapporta 
fon articulation qu'à fon poids 5c à fon liga- 
ment 5 l'emporte de beaucoup fiir la moîîi- 
lité que peuvent lui procurer ces mufcles pat 
leur plus grande diflance du point d'appui. 
Les dilfetSions des animaux vivans par lef- 
quelles on s'eft aiTurc que les intercoilaux in- 
ternes fe contractent pendant l'élévation àes 
côtes , ôc qu'ils fe.rrelachent , quand elles s'ab- 
baifTent , démontrent ce que nous avançons. 
On le fait voir de même par les fils qu'on 
attache aux côtes d'un fquélette humain ar- 
ticulées de façon quelles puiflTent fe mouvoir , 
& ces fils tirés dans la diredion des, muf- 
cles intercoftaux internes approchent toujours 
& partout la côte inférieure de la fupérieu- 
re j enfin la fermeté des côtes fupérieures qui 
fervent-de point fixe aux côtes inférieures, les 



DE P H Y S I O L O G i I. ï^3 

deux premières vraies côtes étant lo ou izfois 
plus ftables que les autres , la différence de 
la diftance du point d'appui n'étant à peine 
que de la vingtième partie de tout le levier , 
le gonflement des mufcles intercoftaux inter- 
nes , lorfqu'on élevé le thorax d'un cadavre , 
confirment encore l'ufage que nous attribuons 
à ces mufcles. 

CCXIVC. Le thorax eft donc élevé par l'ac- 
tion de ces mufcles. Les côtes en tournant dans 
leur articulation s'abbaifTent par leur extrémi- 
té antérieure , elles forment de plus grands 
angles avec lefternum & les vertebrer, la par- 
tie moyenne de leur arc s'élève , & leur bord 
inférieur fe drefïe en devant. Le fternum eft 
aufîi alors porté en devant, Les côtes par ce 
moyen s'éloignent des vertèbres , les droites 
s'écartent des gauches ^ le diamètre de cha- 
que côté de droit à gauche , du fternum aux 
vertèbres , augmente environ de deux lignes : 
ôc cela ayant lieu dans toutes les fedtiqns ima- 
ginables du thorax , la cavité de la poitrine 
eft aOTez amplement dilatée. Ce mouvement 
eft fur-tout fenilble dans les femmes & dans 
les homrnes effouflés.Mais cette dilatation n'eft 
pas fuffifante pour l'homme en fanté^&ellen'eft 
même prefquepas feniible dans les hommes , 
quoique cependant les mufcles intercoftaus 
^ en retenant les côtes & en les élevant , fa- 
cilitent alors beaucoup l'infpiration fans qu'on 
s'en apperçoive , en ce qu'ils fervent de point 
fixe au diaphragme , pour que ce mufcle Ifs 
exerce toute fa force , non pour abbailfer Le 
côtes , mais pour s'abbaifTer lui, même» 



1(54 É L É M E N s 

diaphragme efi: donc le mufcle qui concourt 
le plus par fon adion à la dilatation du tho- 
rax dans rinfpiration. 

CCXIIiC On donne le nom de diaphrag- 
me â un mufcle qui forme un plan curvi- 
ligne , qui en générai fépare tellement les 
facs pulmonaires d'avec le bas ventre , que 
la partie prefque moyenne , la plus haute 
fortifie le péricarde , & les parties latérales 
qui prennent leur origine des parties olTeu- 
fes de la poitrine Se des lombes font par- 
tout plus baffes , fur-tout les poftérieures. Les 
parties charniies de ce mufcle prennent leur 
origine à la face interne ou poftérieure du 
cartilage xyphoïde , de la ye , de la 8e , de 
la 9e 5 10e, ne & delà pointe de la ne 
côte; là elles lai (lent im petit efpace dans 
lequel la plèvre eft contigue au péritoine ; 
enfuite les appendices mufculaires ou les piliers 
du diaphragme beaucoup plus forts , forment 
de part ôc d'autre par leur union 1 , 3 , ou 
4 mufcles ronds ; elles ont une origine char- 
nue à l'apophyiS tranfverfe de la première 
vertèbre des lombes , & à la partie latérale 
du corps de la féconde , ^ elles deviennent 
tendineufes dans leur attache à la partie 
moyenne du corps de la féconde , de la 
troifiéme êc de la quatrième dQS mêmes ver- 
. tebres. 

eCXIîC. Toutes ces fibres CCXIIIC , de- 
venues tendineufes , forment le centre du 
dyaphragme ; ce centre a la figure dun gno- 
mon obtus , & il foutient le péricarde par 
fon angle plus grand ôc mitoyen ; fes ailes 



D E P H Y s I O L O G I E. I(>5 

latérales , dont la gauche eft plus étroite , 
defcendent en arrière. Ce centre eft plus dé- 
gagé que les autres parties j mais le cœur 
tait quelque réfiftance dans fa partie moyen- 
ne tendineufe 5 Se dans la mufculaire qui lui 
eft voifine. Les parties latérales Se les parties 
charnues qui en font proche font les plus 
mobiles. 

CCXIC. Il y a dans le distphragme deux 
trous 5 dont le droit eft quarré Se bordé dans 
fa partie droite tendineufe de quatre forts 
troufteaux tendineux. Le trou gauche eft ovale 
Se fitué entre les piliers droit Se gauche du 
diaphragme, qui fortent de la partie moyenne 
du corps des vertèbres des lombes, fe croifent 
jufqu à trois fois au-defTous de ce trou, Se de- 
viennent tendineufes fupérieurement ; c'eft 
pourquoi il eft probable que le trou 'gauche fe 
contrade dansl'adion du diaphragme , Se que 
le droit pendant ce tems eft immobile ; en 
èftet dans le mouvement des mufcles , les ten- 
dons font les parties qui éprouvent le moins 
de changement. 

CCXG. La ftrudure de la partie , les ou- 
vertures des animaux vivans , font voir que 
les chairs du diaphragme , quimontept de tou- 
tes parts des parties fermes vers les moyennes 
mobiles , les abbailfent , Se qu'en conféquen- 
ce elles portent en bas les facs latéraux de 
la poitrine LXXV. dans lefquéls les pou- 
mons font placés de part Se d'autre ; que par 
ce moyen ce mufçle augmente conndérabler- 
ment le diamètre perpendiculaire de la poi- 



l6(f E t É M E N s 

trine , qu'il comprime tous les vifceres du 
bas ventre , ôc qu'il les preiTe contre les muf- 
des du bas ventre qui leur font réfiftance & 
contre les parois ofl'eufes du baffin. Le dia- 
phragme eft dans l'homme en fanté & en 
repos prefque le feul mufcle qui agilTe dans la 
relpiration. Le poumon obéit à l'air , au dia- 
phragme & aux côtes , & on peut voir qu'il 
eft appliqué contre ces dernières , en l'obfer- 
vant par une ouverture faite à la poitrine 
fans entamer la plèvre. 

CCIXC. Dans les plus grandes infpirations 
qu'exige l'abondance du fang qui fe porte 
dans le poumon , ou dans quelqu'autre em- 
barras qui s'y rencontre , différentes forces 
concourent à la dilatation de la poitrine ; tels 
font les mufcles attachés au thorax , à la cla- 
vicule 5 à l'omoplate , comme les fcalenes , 
les maftoïdiens , les trapèzes , les pe6fcoraux , 
les cervicaux defcendans , les dentelés fu- 
périeurs & les releveurs de Stenon ôc au- 
tres 5 pour lesquels il faut confulter l'A- 
natomie. 

CCVinC. Voila donc des forces capables * 
d'augmenter la capacité de la poitrine dans 
toutes fcs dimenfions CCXC , éc CCXVIC ; 
refte que l'air CCVI , naturellement péfanc 
ôc prefle par les colonnes fupérieures de l'ath- 
mofphere , entre dans la poitrine avec une 
force d'autant plus grande qu'il y a moins 
d'air d'ans le poumon , ôc beaucoup plus 
grande encore s'il n'y en a point du tout. Les 
bronches s'augmentent donc de toutes parts 



DEJPHYSIOtOGIÏ. 16 f 

en longueur & en largeur dans l'infpiration ; 
la poitrine étant alors dilatée dans touteâ fes 
dimeniions & le poumon gonflé reftant tou- 
jours immédiatement appliqué à la plèvre. Les 
vaiffeaux que le tilTu cellulaire unit avec les 
bronches deviennent aufïi plus longs , ils font 
étendus , leurs petits angles deviennent plus 
grands , & la circulation fe fait en confé- 
quence plus facilement. De plus lorfque les vé- 
licules du poumon font remplies d'air, l'efpace 
dans lequel les vaiiTeaux capillaires du poumon 
fe diftribuent , devient plus grand, la compref- 
fion des parties voifines eft diminuée , le fang 
pafTe donc plus librement dans les grands àc 
les plus petits vailTeaux du poumon , &: 
il s'y meut avec plus de vîteife. C'eft là ce 
qui rend le pouls plus fréquent dans l'infpi- 
ration. Nous pouvons pafler fous fîlence la 
preffion de l'air fur le fang , puifqu'elle eil 
fi légère , qu'elle ne pouffe jamais l'air dans 
le fang , ceque le fiphon peut cependant opé- 
rer aifément. 

CCVIIC. Y a-t-il de l'air entre le pou- 
mon & la poitrine ? Cet air fe raréfie- t-il 
dans l'infpiration ? Et lorfqu il eft rétabli dans 
fon premier état , caufe-t-il l'expiration en 
comprimant le poumon ? L'exemple des oi- 
feaux dans lefquels tout fe paffe ainfi , con- 
firme-t-il cette opinion ? tout confpire con- 
tre elle 5 puifque dans les quadrupèdes vivans 
& dans les cadavres , on trouve le poumon 
immédiatement contigu a la plèvre , fans 
qu'il en foit féparé par aucun efpace \ mais 
lorfque la-plevre eft percée, le ^ntad d« l'aie 



l6^ É L É M E N s 

fait tetlirer auffirôç le poulmon en dedans de 
la poitrine. Si dans les grandes playes de la 
poitrine l'air entre dans une de fes cavités , 
la refpiration eft diminuée , Se elle eft fup- 
primée , s'il entre dans les deux. Le thorax 
ouvert fous l'eau ne pouflTe ni chaffe aucune bul- 
le d'air. Une vapeur ou une eau très-fine rem- 
plit le petit efpace qu'il peut y avoir entre 
le poumon 3c la poitrine. L'adhérence des 
poulmons gcno un peu la refpiration , ôc 
elle feroit fupprimée. Il l'air entre, les pou- 
mons de la poitrine étoit néceflfaire pour la 
refpiration. Enfin l'air extérieur introduit dans 
toutes les membranes du corps les corrompt , 
à moins qu'elles n'en foient défendues par 
une grande quantité de mucus. Or on n'ob- 
ferve pas dans la plèvre de femblable mucus. 
CGViC. La poitrine dilatée autant qu'elle 
le peut être , où certainement autant qu'il 
eft nécelfaire à l'homme en fan té , par les 
caufes dont nous avons parlé CCXC , Se 
CCXIVC 5 l'air s'infinuant dans un lieu tou- 
jours plus chaud , s'échauffe par le moyen 
du fang. Dans l'Europe feptentrionale le dé- 
gré moyen de la chaleur de l'athmofphere eft 
de 48° ; le degré moyen de la chaleur de 
l'air fortant du poumon eft de 94° j la diffé- 
férence eft donc de 4<j"^. Différence qui 
caufe à l'air un degré de chaleur que l'on 
fent en pouftiint l'air expiré fur la peaa. 
C'eft pourquoi lorfque l'air à étendu les cel- 
lules autant qu'elles le peuvent être , com- 
me elles ne trouvent alors aucun efpace dans 
la poitrine j l'air raréfié environ de 71 partie 

de 



DE Ph Y s I O L O 01 1. I(^^ 

defon volume, ralentit par fon élafticité le 
mouvement du fang , comprime les plus pe- 
tits vaideaux , ôc cette réfillance augmente de 
plus en plus à caufe du fang que le cœur ne 
ceiïe^ d'y pouffer j & lorfqu on retient long- 
rems' fon haleine, de même que dans les efforts, 
le fang veineux , fur-tout celui de la tête, 
s'arrête au-deifus du finus droit du cœur qui 
eft fermé , parce qu'il ne peut s'évacuer dans 
les poumons ^ la face fe gonfle & devient 
rouge , & quelquefois les veines du cerveau, 
du col , des mteilins , des reins , du poumon ôc 
de l'oreillette droite , crèvent. C'eftlà la caufe 
de la mort des pendus , des noyés ôc de ceux 
qui font étouffés. L'homme donc pour préve- 
nir les incommodités que cauferoient les em- 
barras du fang dans le poumon , relâche les 
forces qui produifent l'mfpiration ôc met en 
jeu celles de l'expiration , pour débarraffer la 
poitrine d'un air trop raréfié. 

CCVC. Les forces qui concourent à l'expi- 
ration 5 font fur-tout les mufcles du bas ven- 
tre , les obliques , les droits & les tranfverfcs. 
Les obliques ôc les droits font arrêtés par une 
de leurs extrémités fur les côtes inférieures , 
ôc par l'autre aux os pubis ôc à l'os des ides 
irn mobile , fi on le compare avec la poitrine. 
Amfi les mufcles droits , en fe contra6tant , 
diminuent la convexité du bas ventre , for- 
mée par les vifceres qui y font renfermés ôc 
pouffes en bas par le diaphragme ; ils élèvent 
les vifceres du bas ventre en arrière ôc en haut 
vers le diaphragme , qui eft le feul qui puiffe 
céder ^ ils obligent ce mufcle à fe retirer dans 

ParcI H 



i7© É L É M E N s 

la poitrine , Se ils applatifTenc encore plus le 
bas ventre. Les mufcles obliques , par les 
rnêmes caufes , relTerrent aulîî les parties laté- 
rales du bas ventre , & pouffent en haut le 
foieSc l'eftomac. Tous enfin abaiffent les côtes 
que les mufcles intercoftaux avoient élevées. 
Les mufcles tranfverfes n'abaiffent point les 
côtes , ils- pouffent cependant un peu en de- 
dans les cartilages des fauffes côtes , rétrécif- 
fent la capacité du bas ventre, ôc preffent les 
vifceres contre le diaphragme. Ainfi la poi- 
trine 5 par la raifon contraire CCXIVC , de- 
vient plus étroite en tous fens; il s'exprime 
du poumon une quantité d'air luffifante pour 
empêcher les embarras CCVIC ; en .mcme- 
teras laftruâ:are mufculaire des bronches fait 
efïort contre l'air qui les étend, elle en facilite 
la fortie. Les côtes mêmes, qui à caufe de leur 
- articulation , ne font en repos que dans la 
fituation qu'elles ont dans l'expiration , fe dé- 
bandent , les forces qui les retencKent ceffant 
d'agir, & elles fe remettent par leur propre 
■reffort dans l'état d'expiration. De-là l'expi- 
ration eft plus facile &c plus prompte que 
rinfpiration, dans la raifon de 3 à i^c'eft 
aufli pourquoi en mourant, la refpiration cefTe 
par l'expiration. Le mufele triangulaire du 
llernum éloigne & tire en arrière & en bas les 
cartilages des vraies côtes Se en même tems le 
fternum. 

CCIVC. Dans les fortes refpirations , quand 
les infpirations font trop grandes , quelques 
autres caufes viennent au fecours des grandes 
expirations , tels font les mufcles facrolora- 



DE Physiologie. 171 

baires, le long dorfalôc le quarré. Cette force 
d'expiration eft fi grande qu elle peut poulTer 
de petites balles de plomb de la pefanteur d'un 
gros &même plus , à ^(33 pieds ; & cette for- 
ce eft égale au tiers de la preiïîon de Tathmof- 
phere. Mais dans l'homme en fanté , les muf- 
des du bas ventre fuffifent â cette a6tion j aufïî 
.le poumon ne fe vuide-t-il pas c^me dans 
une expiration forcée. 

CCIIIC. Les effets de l'expiration font dô 
comprimer les vaifTeaux fanguins du pou- 
mon , de rendre les angles des bronches plus 
aigus, de charger les vaiffeaux réticulaires 
du poids des vaiffeaux voifins , de renvoyer 
ainfi parles veines une partie du fang em- 
barraffé dans les artérioles capillaires , vers 
le ventricule gauche du cœur. Se de s'oppo- 
fer à celui que le ventricule droit envoie au 
poumon ; car les vaiffeaux dg poumon ne font 
jamais bien remplis que lorfqueles poumons 
font enflés , & ils fe rempliffent très-bien , iî 
on imite la refpiration naturelle. Le fang 
coule-t-il par cette raifon plus vite dans le 
poumon que dans le refte du corps ? Cet effet 
a-t-il lieu par le moins d'efpace que ce fang 
par^court entre le ventricule droit ôc le gau- 
che ? 

CCIIC. La nécefîité de refpirer fe renou- 
velle donc 5 lorfque les vaiffeaux affaiffés du 
poumon s'oppofent au fang , que le ventri- 
cule gauche du coeur y pouffe de tems eti 
tems. C'eft une des caufes de la mort àes ani- 
maux qui périffent dans le vuide. Leurs pou- 
mons , dépouillés de l'air qu'ils renfermoientj 

Hij 



IJl E L É M E N s 

deviennent denfes , folides , plus pefans que 
l'eau 5 & dès-lors ne lailTent plus de palTage 
libre au fang. C'efl encore là la caufe de la 
mort de ceux qui périlTent dans les mines 
êc par le tonnerre. C'eft pourquoi , par une 
méchanique admirable , pour peu d'incom- 
modité que nous fafTe fentir l'embarras du 
fang dans ^n paflfage , les forces expirantes 
fe relâchent , les infpirantes fe mettent en 
adlion , le fang trouve un paflage plus libre 
dans le poumon Se s'y meut avec plus de vî 
telfe. On fupporte plus longtems un air den- 
fe , 6c beaucoup moins un air rare ; car le 
premier palTe ailément & fpontanément dans 
le poumon &c le diftend ; le dernier au con- 
traire ne peut y entrer , n'ayant pas aflez d'ac- 
tion pour vaincre la rcdftence des bronches 
& de l'air intérieur : cependant nous fup* 
portons fans danger une raréfaâ:ion de l'air 
qui loi ôte à peu près la moitié de fon 
poids. 

CCIC Y-a-t-il d'autres caufes fecondaires 
de la refpiration ? Doit-on y faire entrer pour 
quelque chofe lacompreffion de la veine azi- 
gos j du nerf diaphragmatique , la moindre 
quantité de fang qui fe porte au cerveau ? 
Cela ne s'accorde pas avec l'anatomie com- 
parée qui nous fait découvrir que, malgré 
qu'il ne fe trouve point de pareils nerfs dans 
les animaux , Se que la veine ne foit pas 
comprimée , les mouvemens alternatifs de la 
refpiration ont toujours lieu. Attribuera-t-on 
ce mouvement à l'action mutuelle des muf- 
clés antagoniftes les uns fur les autres ? Dira-t- 



X 



DE Physiologie. 17,3 

on que les mufcles expirateurs relâchent les 
infpirateurs & réciproquement ? Mais par 
cette même raifon tous les mufcles du 
corps humain agiroient toujours alternati- 
vement. 

CGC. Il eft confiant par ce qui a précédé , 
que la refpiration eft d'une néceffité abfo- 
lue dans l'adulte en fanté \ en eflet foit que 
le mouvement du poumon s'arrête dans l'info 
piration ou dans l'expiration , la mort s'en- 
fuit CCIIC 5 & CVIIC \ ainS dès lors que 
tout api mal qui a un poumon fembiable au 
nôtre , a une fois refpiré , il ne peut fe pafTec 
d'air que pendant un tems très-court, au- 
trement , ou il périt , ou certainement il 
tombe dans un état qui ne diffère de la 
mort, que parce qu'il peut revenir à la vie. 

ceci. Mais l'utilité de la refpiration dif- 
fère de cette néceffité , & la nature fe fut 
fouftraite à cette adion , où en ne faifant point 
les poumons , où en les faifant tels qu'ils 
fe trouvent dans le fœtus. Il faut donc qu'elle 
foit d'une grande utilité , puifque tous lés 
animaux ont , ou un poumon , ou à^s bron- 
ches , ou une trachée artère diftribuée par 
tout le corps. 

CCCIII. Pour développer cette utilité , 
comparons le fang de l'adulte avec celui du 
fœtus 5 & avec celui des poifTons.Il paroît que 
le fang dans le fœtus n'eft pas d'un rouge 
éclatant ni d'une denfité folide ; que le fang 
de poifFon n'eft pas chaud , & que de-là la 
denfité du fang eft plus petite , & les caillots 

H iij 



174 Ëlemens 

plus tendres. La nature même des chofes per- 
fiiade que le fang acquiert dans le poumorî 
l'une & l'autre propriété. 

CCCIIL Pourquoi le poumon eft-ille prin- 
cipal foyer de la chaleur ? Tous les animaux 
qui ont un poumon ôc deux ventricules au 
cœur 5 ont le fang chaud à un dQgé moitié 
plus grand que la chaleur moyenne de l'aih- 
mofphere CCVÎC. Dans la mer feptentrio- 
nal 3 les poilTons les plus vifs &c les plus ac- 
tifs , deviennent froids , parefTeux 5c engour- 
dis , s'ils ne refpirent point ; s'ils refpirent , 
ils ont la chaleur de l'hommer Le cœur Ôc. 
le refte du corps font donc incapables de 
produire la chaleur fans le poumon. Cela ne 
vient - il pas de l'exteniion Ôc de fa contrac- 
tion 5 du relâchement ôc de la compref- 
fîon alternative des vaiiTeaux pulmonaires 
CCVIIIC , ôc CCVC , ce qui fait que les 
parties folides font frottées les unes contre 
les autres , ôc relferrées , elles brifent le fang 
dans l'expiration , ôc le fang à fon tour poulfé 
phis rapidement dans l'infpiration , les dégra- 
de. Ceci a lieu, quoique le feul frottement ne 
foit pas capable d'échauffer l'eau , puifque 
cela n'eft pas alTez confirmé ; ôc d'ailleurs le 
vent ôc le frotement rendent toujours l'eau 
ôc le lait tiède ; le fang donc qui de fa na- 
ture eft inflammable , doit acquérir une beau- 
coup plus grande chaleur. L'e&rvefcence n'en 
caufe aucune , car la chaleur s'augmente par 
lefèul mouvement des mufcles , & par le plus 
grand exercice des organes de la refpiration , 



DÉ Physiologie. 17Ç 

qui en s'affoibliffant diminue la chaleur j ôc 
1 éteint 5 lorfqu'il celTe» 

CGCIV. Le fang devient plus denfe à caufe 
de la quantité de vapeurs aqueufes qui s'ex- 
hale des vaifTeaux du poumon ; ce qui rend 
le refte de la malTe fpécifiquement plus pe- 
faut j mais ce qui paroît y contribuer le plus , 
ceù, le frottement par lequel le fang retardé 
alternativement dans les extrémités des petits 
vaifTeaux & pouffé alternativement plus fort , 
acquiert une figure fphérique Se devient con- 
féquemment plus denfé, ayant plus de glo- 
bules péfans , & moins de liqueur légère, 
La moindre capacité de la veine pulmonai-- 
re par rapport à Tartere qui l'accompagne , 
dans laquelle les globules font plus rappro- 
chés 5 & la force d'attradion devient plus 
grande, n'y contribue pas peu. Tout le monde 
fçait 5 fuivant les expériences du grand 
Newton , que la denfité augmente la rou- 
geur. De- là le mouvement mufculaire , qui 
néceffairement augmente toujours le mouve- 
vement du poumon , augmente en même 
tems la chaleur , la rougeur & la denfité du 
fang. Beaucoup de caufes peuvent établir des 
légères différences dans ces effets ^ & le grand 
froid condenfe une petite portion du iang , 
ainfî que le prouve le fang tenu , aqueux 
de léger des poilfons. 

CCCV. L'air paffe-t-il dans le fang par 
le poumon , & y fait-il les ofcillations né- 
ceffaires ? La réfiftance du corps au poids de 
l'air extérieur le démontre-t-elle ? L'air qu'on 
trouve dans les vaifleaux fanguins , dans le 

Hiy 



17^ É L É M E N s 

tiflu cellulaire & dans les autres cavités cîa 
corgs ; le bruit qui fe fait entendre dans l'ex- 
tenïion dQS articulations j l*air qui dans plu- 
iîeurs animaux pafïe de leur trachée dans le 
cœur , comme dans la fauterelle ^ la néceflité 
d'une ofcillation vitale dans le fang , la rou- 
geur augmentée du fang pulmonaire, en four- 
iiiiTent-ils quelques preuves ? 

CGC VI. Lapetitelfe des vaifTeaux inhalans , 
le mucus qui enduit continuellement les parois 
des véficules, la nature élaftique de l'air qui 
le rend peu propre à patTer par des vailTeaux 
capillaires , l'oppofition que l'eau fait a l'air 
qu'elle empêche de pafTer à travers un pa- 
pier, un linge ôc une peau mouillée , ne font- 
ils pas voir que l'air ne pafle pas dans le 
fang par cette voie : l'air foumé dans la 
trachée artère ne pafTe pas dans le cœur , 
& il y paiïe feulement quand il y eft pouffé 
avec force : l'air qui dans les vailfeaux hu- 
mains Se dans les humeurs fe trouve dans un 
état ûxQ , devient élaftique par la gelée , par 
la pourriture , lorfqu'on expofe le fang fous 
le récipient de la machine pneumatique &c 
qu'on pompe l'air extérieur. Cet air qui fe 
trouve dans toutes nos liqueurs , avec les 
quelles il fe mêle lentement Se difficilement, 
eil fourni par les alimens Se les vapeurs. On 
n'a jamais vu aucune bulle d'air dans le fang 
de l'animal vivant. L'animal dans Jes vaif- 
feaux fanguins du quel on infinue de l'air , 
périt très promptement. Il n'eft pas affez prou- 
vé que la rougeur foit augmentée dans le 
fang des veines pulmonaires. 



DE Physiologie. 177* 

CCCVII. Le fang eft-il rafraîchi dans le 
pOLimou ? La mort de l'animai qui dans l'hy- 
ver eu. expofé à une chaleur aulli grande que 
celle qu'il fupportoit dans les jours les plus 
chauds de l'été , les vcms chauds de l'O- 
rient, nous apprennent-ils quelque chofe fur 
ce fujet ? eft-ce pour cette raifon que les vei- 
nes du poumon , font moins confidérables 
que les artères ? il paroît donc vrai jufqu'à 
préfent que le fang eft rafraichi dans les 
poumons, puifqu'il échauffe l'air par fon con- 
tad, CCVIC ; ôc qu'il lui communique une 
partie de fa chaleur. Mais il eft démontré que 
telles n'ont pas été les vues de la nature , 
perfonne n'ayant jamais dit que le fang vei- 
neux fat plus chaud que le fang artériel ; 
quelques-uns au contraire prétendent avoir 
obfervé qu'il eft plus froid , de perfonne n'a vu 
aufti que le ventricule gauche fut plus froid 
que le droit. Mais le fang veineux vient dans 
le poumon. S'il y eft rafraichi , il faut donc 
que l'artère le reçoive encore plus froid. 
Mais le fang recouvre bientôt le degré de 
chaleur qu'il a perdu Se même plus , ôc on 
peut vivre dans un air beaucoup plus chaud 
que n'eft le fang. Il paroît que la grandeur 
de l'artère pulmonaire èc du ventricule droit 
fert à un retard fouvcnt néceflaire au fang^, 
ôc que l'étroitefte de la veine contribue à ac- 
célérer fon mouvement. 

CCCVin. L'utilité du poumon eft-elle d'at- 
tirer le nitre aérien dans le fang ? Eft-ce de- 
là que le fang tient ce rouge éclatant qui pa« 

H V 



178 É L E M E N s 

roïc à la furface du caillot , tandis que les 
parties les plus proches du fond du vafe dans 
lequel on Ta tué, font noires ? Il eft cer- 
tain qu'il y a dans l'air quelqu'acide volatil 
qui avec la terre-mere fait le nirre. Car les 
terres nitreafe dépouillées de leur nitre Ôc 
expo fées à l'air , s'imprègnent de nouveau ni- 
tre. D'autres expériences nous font voir que 
ce mê;iie acide réuni avec un autre , forme 
un fel vitriolique , de l'alun , & un fel ma- 
rin ; en effet le aiput mortuum du fel marin ^ 
qui refte lorfqu'on en a tiré l'acide par la diftil- 
laiion , expofé à Tair , fournit encore un nou- 
vel efprit 5 lorfqu'on le diftille de nouveau» 
On trouve dans la neige un fel cubique. Les 
marcafites produifent le vitriol , le colcothar 
recouvre l'efprit dont on l'avoit dépouillé > 
ôc l'alkali fe change en tartre vitriolé. L'utili- 
té de la refpiration confîfte-t-elle donc en ce- 
la ? La quantité de ces fels qui fe trouvent dans 
l'air efl trop petite , êc on refpire très-faci- 
lement dans les montagnes les plus hautes 
€>îi ils font encpre.en bien plus petite quan- 
tité y on ne trouve d^ailleurs dans le fang au- 
cune marque d'acide nitreux ; la fuperficie 
des caillots du fang expofés à l'air n'eft donc 
d'un rouge éclatant , que parce que les glo- 
bules fphériques y font plus au large ; la 
partie oppofée n'eft noire , que parce que 
les globules y font comprimés les uns par 
les autres , & qu^ils y forment une couche 
plus denfe. 

CCCIX. Pourquoi les tortues , les grenouit- 



DE Physiologie. 179 

les 5 les lézards, les limaçons, les chenilles ôc 
'une grande partie des inledes vivent-ils long- 
tems fans air ? Le poumon dans ces animaux 
fert moins à la préparation du fang qu'il reçoit 
en petite quantité , qu'à nager j c'eft aufïi 
là pourquoi les veines de leurs poumons fe 
vuident dans la veine cave , & que leurs ar- 
tères pulmonaires viennent de l'aorte. Les in- 
fedtes infpirent ôc expirent par leurs ftigma- 
res. Pourquoi tout animal, le plus grand com- 
me le plus petit , un petit oifeau même , 
perit-il dans un air qui n'eft pas renouvel- 
lé ? C'eft parce que l'air qu'il rend ôc qu'il 
tire continuellement par les poumons fe rem- 
plit de vapeurs aqueufes , non élaftiques, al- 
kalines & nuifibles ; non que cet air de- 
vienne plus léger , puifque le mercure def- 
cend peu dans un air non renouvelle , qui 
fait périr l'animal. Par cette raifon l'animal 
vit plus long-tems , fi cet air eft plus com- 
primé que l'air naturel ; car les corps dans leA 
quels les élemens élaftiques font en plus gran- 
de proportion , fe corrompent plus lentement. 
L'air renfermé , rempli de vapeurs , devient 
un poifon par fon feul féjour. Pourquoi les 
animaux s'enflent-ils dans le vuide ? Parce 
que l'air du fang privé de fon élafticité , s'en 
dégage & la recouvre. 

CCCX. Il y a une efpéce d'harmonie entre 
le pouls & la refpiration. Dans l'état naturel 
on compte ordinairement trois ou quatre pul- 
fations. S'il arrive plus de fang au cœur , 
le nombre des pnlfations & des refpi rations 
augtiieme. C'eft- là d'où vient la difficulté de 

Hvj 



iSo È L É M E N s 

refpirer quont ceux qui font en mouvement, 
parce qu'alors le lang veineux eft accéléré 
CXLII. S'il y a une plus grande re(iftance 
dans les poumons, & que le fang ait de la pei- 
ne à pailer du ventricule droit dans le gau- 
che , le nombre ôc l'étendue des refpirations 
feront plus grands pour débarrafler la voie. 
C'eft là la caufe des foupirs &c du bâille- 
ment. Cependant le nombre des refpira- 
tions n'augmente pas toujours avec le pouls , 
les fièvres , dans les quelles le poumon eft 
libre , en fourniiïent un exemple. Pourquoi 
un animal mourant fe ranime-t-il , lorfqu'on 
l'échauffé avec Thaleine ? La trop grande re- 
fiftance que trouve le fang qui doit paffer par 
les poumons , eft la caufe prochaine de la 
mort CCLVII ; car alors l'aorte n'en reçoit 
point : mais l'air infinué dans le poumon 
ouvre une voie au fang CCXIVC. 

CCCXI. L'abondance & l'acrimonie du 
mucus qui enduit la membrane fenfible des 
bronches , le rendent incommode : il a paru 
être la caufe delà fuffocation dans l'hydropifie 
de poitrine. La toux nous met donc à cou- 
vert de fon abondance , de fa eohéfion , de 
fon acrimonie , c'eft-à-dire , que le fyftê- 
ihe de la refpiration irrité , le mucus Se les 
matières platreufe font brifées & ^xpulfées 
par de grandes infpirations qui fe fuccedent 
promptemenr Se par la compreflion réi terée 
des mufcles du bas ventre. 

CCCXII. Le ris diffère de la toux par fa 

v^aufe qui eft prefque dans l'efprit , ou qui 

an moins dépend du chatouillement de quel- 



DE PHYSIOIOGIE. I S I 

que nerf cutané , & en ce qu'après une 
grande infpiration , il excite des expirations 
fréquentes & imparfaites par l'ouverture ré- 
rréciede la glotte, & qu'il n'évacue pas entiè- 
rement l'air des poumons. De là le ris de- 
vient quelquefois falutaire , en ce qu'au lieu 
d'une infpiration pleine , il fe fait plufieurs 
infpirations & expirations , Se les lecoufTes 
font plus grandes. C'eft aufli là ce qui peut 
arrêter le fang, parce que la refpiration n'é- 
tant pas pleine, le fang paiïe dans l'artcre 
pulmonaire & n'en fort point. Les expirations 
font ordmairement; petites lorfqu'on pleure ^ 
comme quand on rît y mais les pleurs fe ter- 
minent ordinaireme^it par une grande expira- 
tion , qui eft promptement fuivie d'une inf- 
piration : les pleurs ont prefque les mêmes 
avantages & les mêmes inconvéniens que le 
ris 5 & loîfiqpi'elles font modérées , elles fou- 
la gent les anxiétés que caufe la triftelfe. 
On éternue une feule fois , mais très-fort, 
pendant une infpiration & une forte expira- 
lion. 

CCCXTII. La refpiration a plufieurs utili- 
tés accelToires. Elle exhale quelque chofè , 
même nuifible du fang , puifque cette vapeur, 
retenue dans l'air , fuffoque. Elle eft encore 
une force conftante qui comprime le bas 
ventre & ks vifcéres ; elle évacue l'eftomac 9 
les inteftins, la véfîcule du fiel , le réfervoir 
du chyle, la veffie urinaire , l'inreftin reétum 5 
la matrice ; elle brife les alimens & pouffe 
le fang dans le foie, dans la rate & parle me- 



iBl Ë L E M 1 N s 

fentcre. L'infpiration attire les particules 
odorantes de l'air , elle les conduit au fenfo- 
rium y elle charie ôc mêle l'air avec nos ali- 
mens , ce qui ne concourt pas peu à les rom- 
pre & à les dilToudre. L'enfant qui vient de 
naître ne peut tetter qu'en infpirant & en 
préparant par ce moyen un efpace plus grand 
dans la bouche dans laquelle l'air qui y eft 
renfermé , fe raréfie ; de forte que l'effort de 
l'air extérieur pouflTe le lait dans la bouche ou 
il trouve moins de réfiftance. Enfin la voix fe 
forme au moyen de l'air \ c'eft danc ici le 
lieu d'en parler. 

CHAPITRE XL 

De la Voix & de la Parole, 

CCCXIV. IjE larynx eft le principal organe 
de la voix j lorfqu'il eft bleffé , lair fort de la 
trachée artère fans former de fon. On a 
nommé Larynx une machine creufe, faite 
de cartilages, qui reçoit l'air du gofier & le 
conduit dans la trachée artère à laquelle elle 
eft unie par des ligamens & par des fibres 
mufculaires. Les plus grands de fes cartilages , 
fçavoir r annulaire & \q f cuti- forme , s'oftifienc 
dans les fufets avancés en âge. Deux cartilages, 
le thyroïde & le cricoïde , forment la partie 
antérieure la plus ample du larynx , prefque 
fuuée au deiTous de la peau, la partie latérale 



DE Physiologie. 183 

|r du larynx a aufli une telle relation à ces carti- 
lages , que la portion du cartilage cricoïde eft 
d'autant plus grande que les parties latérales 
font plus hautes. La partie poltérieure eft for- 
mée par ce même cartilage annulaire &c par les 
aryténoïdes auxquels il eft uni par des muf- 
cles. L'épiglotte , légèrement attachée avec le 
cartilage thyroïde, ou s'élève , ou s'incline 
fur le larynx. Le larynx reçoit fes vailTeaux 
des artères thyroïdiennes fupérieures. Une 
grande quantité de nerfs lui vient infé- 
rieurement des nerfs récurrens, fupérieure- 
ment delà huitième paire, &: quelques-uns 
même de Tintercoftal ; ces nerfs communi- 
quent dilfértimment entre eux. Le nerf récur- 
rent eft devenu célèbre par fon origine dans 
le thorax , par fa réflexion au tour de l'aorte 
& de la fouclaviere droite , par l'origine qu'il 
donne à quelques nerfs du cœur , par Texpé- 
rience dans laquelle il eft conftaté que la liga- 
ture de ce nerf eft fuivie de l'extindion de la 
voix. 

CCCXV. Ces cartilages font unis enfem- 
ble par différens ligamens & par diiFérens 
mufcles ; de forte que le larynx joint a la 
fermeté de quelques-unes de fes parties & au 
changement facile des autres , la mobilité du 
tout. Le câvûl^gQ fiuti-forme ou thyroïde eft 
fîtué antérieurement & compofé prefque de 
deux plans quarrés , inclinés l'un fur l'autre à 
angle obtu.On trouve quelquefois , mais ra- 
rement de part 5c d'autre de ces deux plans, 
^.- -lin trou par lequel palTent les vaifteaux du 
larynx. Les apophyfes fupérieures de ce car- 



184 Élémens 

tilage qui fe terminent par un bout plus gros 
Ôc incliné de derrière en haut , font unies 
avec les cornes de l'os hyoïde par de forts li- 
^amens qui leur font propres, dans lefquels 
il y a quelquefois un petit os. Les inférieures 
plus courtes , prefque adaptées aux petites 
Facettes creufes ôc planes du cartilage cri- 
coïde , y font articulées alTez fortement à 
caufe du tiflu cellulaire court & fort qui les 
unit : la partie antérieure eft attachée par des 
ligamens fermes , percés de plufîeurs trous , 
qui fe terminent fur la partie moyenne anté- 
rieure & fupérieare du cartilage annulaire , 
& par d'autres fupérieurs qui vont de la 
corne defcendante du cartilage fcutiforme , à 
la partie fupérieure du cartilage annulaire» 

CCCXVI. Le cartilage cricoïde eft ferme & 
épais par fa partie antérieure \ il s'élève en 
s'augmentant en arrière en forme d'anneau 
inégalement tronqué, & il eft féparé en deux 
foiTettes par une ligne lai liante , moyenne. 
La partie poftérieure eft la plus ferme & pref- 
que la bafe àts autres. C'eft de cette partie 
que defcendent les fibres mufculaires longi- 
tudinales , & les ligamens qui fe portent fur 
la trachée artère CCLXV. Le pharynx uni 
avec ces deux cartilages par plufieurs couches 
mufculaires, reçoit le larynx dans le fac qu'il 
forme. 

CCCXVIL Les deux cartilages arytenoïdes 
font d\ine figure très-compofée^ & on peut 
les divifer chacun en deux parties , dont l'in- 
férieure plus grande eft articulée de façon à fe 
mouyoir par fa bafe , légèrement creufe avec 



DE Physiologie. 185 

la petite tête du cartilage cricoïde. Ils s'élè- 
vent en pyramide quarrée dont le côté pofté- 
rieur eft concave , l'antérieur convexe Ôc dif- 
tingué par trois cannelures ^ ils deviennent 
grêles en haut , jufqu'à ce qu^enfin ils fe ter- 
minent fupérieurement par des petites têtes 
cartilagineufes ovales & un peu épaifTes. La 
partie inférieure de ces cartilages eft telle- 
ment unie par des fibres mufculaires , en par- 
tie tranfverfes & en partie obliques , qu'on 
voit la direction de ces fibres fans pouvoir fé- 
parer les mufcles. On appelle ces mufcles ary- 
aryténoïdïens. Ces deux cartilages font fupé- 
rieurement féparés l'un de l'autre par une 
petite fente perpendiculaire que quelques 
Anatomiftes ont appelle improprement la 
glotte. 

CCCXVIII. Les cartilages aryténoïdes font 
unis avec le cartilage thyroïde par des liga- 
mens tranfverfes , aiTez forts , élaftiques & 
néanmoins couverts par la membrane mu- 
queufedu larynx; ils s'infèrent dans l'angle 
plan du cartilage thyroïde , CCCXV. Ces li- 
ga mens peuvent être éloignés l'un de l'autre , 
lorfque les cartilages aryténoïdes s'éloignent, 
& être unis lorfque ces mêmes cartilages fe 
rapprochent ; c'eft-là ce qu'on appelle véri- 
tablement la Glotte , qui eft continue à 
cette fente CCCXXVII, mais pofée à angle 
droit par rapport à elle. 

CCCXIX. Il fort d'un fort ligament de ce 
même angle du cartilage thyroïde , un carti- 
lage en quelque façon ovale , convexe anté- 
lieurement, & qui par fon reffort s'élève de 



4l8(j ÉlEMENS 

telle forte qu'il fe trouve à la partie pofté- 
rieure de la langue ; il peut être abaiiTé par 
le dos de la langue , devenir tranfverfe , 
fermer & couvrir toute l'entrée du larynx qui 
conduit en bas entre cette epiglotte &: les car- 
tilages aryténoïdes. L'épiglotte eft unie à la 
langue par plusieurs fibres membraneufes & 
pâles, & â l'os hyoïde par une grande expan- 
fîon membraneufe. Elle ne reçoit aucunes 
fibres mufculaires des mufcles thyro-aryté- 
noïdiens nides ary-aryrénoïdiens , ou fi elle 
en reçoit , elles font Ci foibles , rapport à fon 
élafticité, qu'elles ne peuvent la mouvoir fen- 
fiblement. 

CCCXX. Il y a fur les côtés fupérieurs 
des iigamens delà glotte CCCX VIII. deux au- 
tres ligamens plus mois qui font , ou moins 
tendineux , ou moins élaftiques , & qui fe 
terminent parallèlement de chaque cartilage 
arytenoïde au cartilage fcutiforme. On re- 
marque de part ôc d'autre de ces deux liga- 
inens CCCXX. & CCCXVIII. un Ventri- 
cule ou une cavité particulière , qui a là 
figure d'un efpace' parabolique comprimé , 
creufé en bas entre la double membrane du 
larynx , & qui a toujours fon orifice ellipti- 
que ouvert dans le larynx. 

CCCXXI. Enfin toute la cavité interne du 
larynx eft tapifiee par cette même membrane 
molle , muqueufe , facile à irriter , décrite 
en parlant de la trachée artère CCLXIII , 
mais elle eft arrofée dans cet endroit par 
plufieurs glandes. Les fupérieures font pe- 
tites & compofées, d'autres plus fimples CCI. 



DE Physiologie. 1^7 

placées fur la partie antérieure du dos de le- 
piglotte , fe prolongent par fes ciiiïérens 
trous ou ies finus , vers fa face concave dans 
laquelle on remarque une fuite de peti' s grains 
glanduleux , alTez durs. De plus il y a de part 
& d'autre fur le dos antérieur cannelé des 
cartilages arytenoïdes CCCXVII , une glande 
conglomérée, flafque , de figure prefque gho- 
monique , compofée de petits grains ronds , 
qui fans doute font chargés de mucus , Se 
dont une partie fe détache & defcend de 
part & d'autre jufqu'au cartilage annulaire. 
Il y a dans les ventricules une infinité de Ci" 
nus muqueux ; enfin toute la fur;:ace interne 
du larynx eft remplie de pores muqueux af-- 
fez grands. Toutes ces glandes féparent un mu- 
cus fin , aqueux , mais vifqueux. 

CCCXXII. La Glande thyroïde fait-elle 
dans cet endroit quelque fonétion ? Elle eft 
du genre des conglomérées ? Elle eft molle , 
ôc les enveloppes de fes petits lobes font 
beaucoup plus fines que dans le genre des fali- 
vaires ; elle eft ample & placée antéTieure- 
ment fur le cartilage thyroïde , fur une par- 
tie du cartilage cricoïde Se fur la trachée ar- 
tère ; elle couvre par fes cornes les parties 
latérales du cartilage thyroïde ; elle eft plus 
étroite dans fon milieu ; elle a une appen- 
dice qui s'élève quelquefois jufque vers l'os 
hyoïde ; elle eft remplie d'une humeur fe- 
reufe , iaunâtre Se légèrement vifqueufe. En- 
voie-t-elle ce fuc dans la trachée artère , ou 
dans l'œfophage ? Ses conduits ne font pas en- 
core allez connus. Retient - ellç tout-à-faiç 



l8$ É L É M JE N s 

fon fuc pour le dépofer dans les veines , 
de même que le thymu$ qui lui refTemble 
par faftrudure ? Eft-elle du genre desconglo- 
bées ? La grandeur remarquable des artères 
que lui foarnifTenc la carotide & la fouck- 
viere , font voir que les fondions de cette 
glande ne font pas de peu de conféquence \ 
{qs veines fe vuident dans les jugulaires ôc 
dans les fouclavieres. Elle a un mufcle parti- 
culier 5 nommé aiigos' , qui ne fe trouve pas 
toujours. Il vient du bord de Tos hyoïde , 
quelquefois du bord inférieur prefque gau- 
che du cartilage thyroïde , Ôc épanouît àQS 
fibres tendineafes fur cette glande , fur la- 
quelle les mufcles fterno-hyoïdiens ôc fterno- 
thyroïdiens font d'ailleurs couchés. 

CCCXXIII. Le larynx & los hyoïde qui 
lui eft uni, peut être élevé conndérablement , 
& même jufqu'à un demi-pouce au-deflTuS 
de fa moyenne hauteur. Les mufcles diga- 
ftriques5les genio -hyoïdiens, les genio-glofles, 
Î2S ftilo-gloifes , les ftilo-hyoïdiens , les fti- 
lo-pharyngiens , l^s thyro-palatins & les hyo- 
tyroïdiens , concourent tous , ou en partie , a 
cette adion, Lorfque le larynx eft élevé , la 
glotte fe rétrécit ôc les ligamens CCCXVIII , 
s'approchent de plus près. La glotte peut 
par ce moyen être fi exactement fermée par 
laétion des mufcles aryte-noïdiens obliques 
& tranfverfes , qu'elle refîfte avec une for- 
ce incroyable à l'effort de tout lathmof- 
phere. 

CCCXXIV. Le larynx peut être de même 
abbailTé à prefque un demi pouce au deffous 



DE Physiologie. i§«^ 

de fa firuation moyenne , par les mjifcies 
flerno-hyoïdiens , les fterno thyroïdiens ôc les 
coraco-nyoïdiens; ôc lorfque ces mufcles font 
en a6tion, par les crico-rhyroïdiens antérieurs 
& pofterieurs , pendant ce mouvement les 
cartilages arytenoïdes s'éloignent l'un de l'au- 
tre , &c la glotte devient plus ample. Les muf- 
des arytenoïdiens inférés latéralement à ces 
cartilages ,les crico-arytenoidiens pofterieurs 
ôc les latéraux , clargiflfent encore cette ou- 
verture. Les thyro-arytenoïdiens peuvent com- 
primer les ventricules du larynx fur lefquels 
ils font placés CCCXX. 

CCCXXV. Il n'a jufqu'ici été queftion que 
de Tanatomie de la partie ; faifons voir pré- 
fentement quel eft l'efFet de l'air chalTç pen- 
dant l'expiration hors du poumon iCCVC 5 à 
travers la trachée artère dans le larynx , ôc 
de-là par la glotte dans la bouche diffé- 
remment figurée. La voix , la parole ôc le 
chant , en font les effets. La Voix fe forme 
uniquement , lorfque l'air eft poulfé fi vio- 
lemment par la glotte retréeie , qu'il fe brife 
fur ces ligamens , ébranle ainfî le larynx 
qui en conféquence de fon élafticité réagit 
par fecouffes fur l'air , ôc en augmente la 
force. Le fon que nous appelions voix , parti- 
culier à chaque genre d'animaux , ôc qui dé- 
pend totalement Ôc uniquement du larynx ôc 
de la glotte , eft formé par les fecoufïes àe% 
ligamens CCCXVIII , & en même tems des 
cartilages du larynx. Sans ces fecouffes , il ne 
fe forme qu'un gafouillement. 



I5)0 É L i M E N s 

CCCXXVI. La force de la voix dépend de 
la quantité d'air poulfé à la fois de du récrécifTe- 
ment de la glotte. Il faut donc pour cet effet 
que le poumon foit ample, qu'il puilTe bien fe 
dilatetjquele larynx & la trachée artère ayent 
beaucoup de capacité , & que l'expiration foit 
forte. Mais nous voyons que le ton grave ÔC 
le ton aigu dépendent de différentes caufes. 
La glotte fe rétrécit & s'étend dans le ton 
aigu ; elle fe relâche & fe dilate dans le ton 
grave j c'eft ainfique l'air venant en même 
tems fe brifer à différentes reprifes contre les 
ligamens de la glotte rétrécie , il s'excite plu- 
sieurs tremblemens dans le même tems. Le 
contraire arrive dans la glotte dilatée. C*eft 
pourquoi dans la voix aiguë le larynx efl élevé 
avec un effort d'autant plus grand, qu'elle eft 
plus aiguë ^ la tête même alors eft portée en 
arriére pour laiflTer aux mufcles qui élèvent le 
larynx la liberté d'exercer toutes leurs forces ; 
l'expérience le confirme. En effet, fi dans les 
tons aigus on pofe le doigt fur le larynx , on 
s'apperçoit qu'il s'élève à la hauteur de pref- 
qu un demi-pouce , pour une odave : l'anato- 
mie comparée d'ailleurs nous a fait voir 
que la glotte eft étroite &c cartilagineufe dans 
les oifeaux qui chantent , large dans les ani- 
maux dont la voix eft enrouée , dans ceux 
qui mugiffent & dans ceux qui font muets. Le 
fiftlement paroît encore le confirmer, car alors 
le fon aigu vient évidemment du rétrccif- 
fement de la bouche. Les inftrumens de mu- 
iîque 5 dans lefquels la petiteife du trou par 



DE PhYSIGLOGIS. 19! 

où fort Tair ôc la vîtefTe de celui qu on y in- 
troduit forment les fons aigus , prouvent la 
même chofe. 

CCCXXVII. Le contraire produit la voix 
grave , tels font la defcente du larynx par les 
moyens rapportés CCCXXV , la glotte large 
ôc le larynx très-ample. On s'alfure de la def- 
cente du larynx en portant le doigt delfus 
quand on chante ; alors on apperçoit mani- 
feftement que le larynx defcend à un demi 
pouce environ pour chaque o6lave. Les hom- 
mes ont la voix plus grave , ôc la voix la 
plus grave fe termine par un foufle muet. 

CCCXXVIII. On appelle Chant la voix 
modulée par les difFérens pafTageà du ton 
grave a l'aigu , Se exprimée du larynx trem- 
blant &:fufpendu entre des forces contraires; 
c'eft le caradtere principal par lequel on dif- 
tingue le chant de la parole. Il eft donc plus 
laborieux à caufe de l'adion continuelle des 
mufcles qui mettent le larynx en équilibre ; 
de-là il échauffe, parce que les tons aigus ne 
^peuvent fe former que par le rétréciifement 
de la glotte , par une expiration lente , 6c 
qu'il faut beaucoup d'air pour le fourenir , 
CCCXXVI ; de-là vient que l'infpiration doit 
être grande. Il defféche çonféquemment la 
trachée artère, par le mouvement plus accé- 
léré de l'air , de il faut beaucoup de mucus ; 
c'eft pourquoi il y a tant de réfervoirs de 
cette humeur dans le larynx; ôc jeferois même 
porté à croire que les ventricules CCCXX 
peuvent être mis au nombre de ces réfer* 
voirs. 



ïc^l É X i M E N s 

CCCXXIX. La Parole fe forme fans que 
le larynx paroiffe faire quelque mouvement 
par des tons aigus & graves peu différens ; 
mais la voix étant différemment changée par 
les organes de la bouche. La parole harmo- 
nieufe a différentes variétés dans les tons , ôc 
les organes de la bouche la modifient diffé- 
remment. 

CCCXXX. La parole confifte dans la pro- 
nonciation des lettres différentes fuivant les 
différentes nations *, la plupart des lettres font 
néanmoins les mêmes par toute la terre. On 
appelle voyelles les lettres qui fe forment par 
la voix uniquement exprimée par la bouche , 
fans donner de coups de langue contre aucune 
partie. Les confonnes fe forment par quelques 
coups de langue contre certaines parties de la 
bouche , des lèvres ou des dents. Le plan de 
noiïQ ouvrage ne nous permet pas de nous 
étendre plus au long fur cette fonction admi- 
rable. L'Art a fi bien découvert toutes les cau- 
fes corporelles des lettres , ( exemple rare 
dans la Phyfique !) qu'il a appris aux fourds 
mêmes a imiter l.a parole , par la feule inf- 
pedion & en touchant les organes pendant 
que les lettres font prononcées. 

CCCXXXI. Toute la diverfitédes tons dé- 
pend-elle uniquement de la longueur des li- 
gamens de la glotte (longueur qui peut va- 
rier fuivant que le cartilage fcutiforme eft 
plus ou moins tiré en devant , que les carti- 
lages aryténoïdes le font en arriére) , de ma- 
nière que les tons qui fe forment, lorfque ces 
iigamens font très-tendus ôc font de fré- 
quentes 



B E Physiologie. 195 

quentes vibrations , foient les plus aigus ? C'eft 
ce que quelques Anatomiftes modernes ont pré- 
tendu appuyer par des expériences qui leur ont 
fait voir, que le fon de chaque animal eft pro- 
duit par la tenfion des cordes ou ligamens de 
là glotte, l'air étant poulTé par la trachée-ar- 
tère ; que ce fon eft plus aigu par la plus grande 
tendon des ligamens, &: plus grave par leur 
relâchement -, que ce relâchement abfolu caufe 
la fuppreilion de la voix ; que le reilerrement 
de la moitié du ligament , lautre étant libre , 
donne un fon plus haut d'une odbave, &: qu'il 
le donne plus haut félon qu'on augmente de 
reiferrement d\m tiers ou d'un cinquième. lî 
ne me conviendroit pas de décider une quef- 
rion que mes expériences ne m'ont pas encore 
éclaircie. Les doutes que peuvent faire naître 
la glotte immobile , offeufe de cartiiagineufe 
des oifeaux , ôc qui conféquemment ne peut 
s'étendre j les fons du filïlement ôc qui très-cer- 
tainement fe forment alors par le feul retré- 
ciiTement des lèvres ^ l'exemple des femmes 
qui ont la voix plus aiguc que l'homme, quoi- 
qu'elles ayent la glotte Ôc le larynx plus courts ; 
les expériences qui conftatent que les fons les 
plus aigus fe forment par les ligamens de la 
glotte rapprochés les uns des autres autant 
qu'ils le peuvent être ; l'incertitude des expé- 
riences nouvelles; le défaut des machines pro- 
pres a tirer le cartilage fcutiforme en devant ; 
le foupçon évident que l'Auteur de l'expé- 
rience a cru que le cartilage fcutiforme étoit 
porté en devant , tandis qu'il étoit certaine- 
jjient élevé ; tout<îs ces chofes , dis-je , font 
/ Parc. l 



15)4 E I É ^ E N s 

naître de trcs-grands doutes. Cependant le té- 
moignage de quelques grands hommes , qui 
afl'urent ces expériences , ne permet pas ûq 
rejetter cette découverte , jufqua ce que nous 
ayons des chofes particulières a oppoier. 



CHAPITRE XII. 

JDu Cerveau, 

CCCXXXII.JN Ous parlerons des organes 
des autres fonctions du corps humain , dans 
Tordre qu'ils reçoivent le fang. Nous avons 
fait l'hiftoire des artères coronaires en parlant 
du cœur. Les carotides forteni; de laorte im- 
médiatement après. 

CCCXXXIIL Uaorte qui fort antérieure- 
ment du cœur, CXXVIII. pour retourner vers 
les vertèbres de la poitrine, forme en fe pliant 
de derrière à gauche , un grand arc , dont l'an- 
gle e il: arrondi à la vérité , mais petit. Il part 
trois ramaux de la convexité de cet arc ; le 
premier monte à droite & fe divife peu après 
en deux grandes artères, dont Vinférieure fuit 
la direwlion du tronc5& fe nomme fo us-clavier e\ 
l'autre monte le long de la traçhée-artere , fe 
rend à la tête> &on l'appelle la carotide droite-^ 
la carotide gauche prend naiflfance de ce même 
arc de l'aorte & s'incline un peu fur la gauche \ 
Izfius-claviere gauche eft la troifiéme branche 
qui fort de cette croife; elle s'incline plus fur 
la gauche que la carotide gauche , ^ elle eft 



DE Physiologie. ' icjj 

- plus petite que la fous-claviere droite. La 

partie de l'aorte iitiiée au-defioua de lorigine 

de ces rameaux eft plus grofle & faillit un peu 

à gauche. Il y a rarement des variétés. 

CCCXXXIV. L'artère carotide unie avec la 
veine jugulaire ôc la huitième paire de nerfs , 
par beaucoup de tilTu cellulaire épais , mon- 
te quelquefois jufqu'à la partie fupérieure 
du cartilage thyroïde fans jetter aucun rameau ^ 
lorfqu^elle y eft arrivée , elle s y partage en 
deux branches. L'antérieure qu'on nomme ca- 
rotide externe , fuit plus la direction du tronc 
ôc eft ordinairement la plus confidérable ; elfe 
fournit d'abord l'artère thyroïdienne fupérieure ^ 
ôc la linguale qui va en ferpentant fe diftri- 
buer à la lange. La.pharyngée afcendente pan 
de la face poftérieure de la carotide , proche 
fa divifion ; cette artère fe difitibue au pha- 
rynx ôc aux mufcles du voile du palais j elle 
jette un rameau aftez considérable à la dure- 
mère par le trou de la veine jugulaire ôc de la 
huitième paire , lequel fe divife vers la portion 
du rocher voiiine du grand trou occipital ôc 
vers l'apophyfe cunéiforme de FosTphénoïde. 

CCCXXXV. L'arterc occipitale parc du bord 
extérieur de la carotide externe ; elle fournit un 
rameau à la dure-mere,par un trou particulier 
fîtué dans l'angle du rocher qui s'éloigne de 
l'apophyfe maftoïde , lequel fe diftribue à la 
partie de cette membrane qui tcipi(re les foffes 
du cervelet; une auire vient au-deifus de l'at- 
las fous le crâne, ôc fe diftribue à la dure-mere; 
un troihéme monte quelquefois vers la dure- 
mere par la foffe jugulaire. V auriculaire voi- 



ï()6 Élemens 

fine de Tartere occipitale fe diftribue a la par- 
tie poftéiieure de l'oreille , à la membrane du 
tympan de aux tempes. 

CCCXXXVI. Le refte de Tartere carotide 
externe monte à travers la glande parotide , 
^z après avoir fourni des rameaux à cette glan- 
de, à la face ôc aux paupières, elle forme fur- 
tout la grande temporale. Le tronc de la caroti- 
de 5 après s'être incliné , fe cache derrière la 
mâchoire inférieure , & prend le nom de ma- 
xillaire interne. 

CCCXXXVIL La maxillaire interne envoie 
dans cet endroit un rameau à la dure-mere , 
qui après avoir palfé par un trou particulier 
à^s grandes ailes pterigoïdiennes , vient dans 
la folTe moyenne du cerveau , &: fe diftribue 
par pluHeurs rameaux dans toute la partie de^ 
la dure-mere qui tapiffe les os des tempes êc les 
pariétaux, jufqu'au finus longitudinal; elle eft 
quelquefois double, & elle envoyé fouventun 
rameau remarquable à la glande lacrymale. 
Cette même artère maxillaire monte & va 
gagner , en fe divilànt en trois rameaux , la 
partie fupérieure des narines où elle fe termi- 
ne , aDrès avoir fourni des rameaux aux dents 
des deux mâchoires , la fous-orbitaire à quel- 
ques parties de la face & des paupières, la pa- 
latine au palais offeux, èc à^s petits rameaux à 
la dure-mere, tant par les petits pores à^s gran-' 
des ailes , qu'avec la féconde ^ la troiiiéme 
branche de la cinquième paire , & enfin à la 
dure-mere qui garnit la fenre orbitaire infé- 
rieure. 
ÇCCXXXVin. L'autre tronc poftérieur, &: 



DE PhYSIO L O g I E. 197 

qu'on nomme carotide interne , CCCXXXIV. 
monte fans fournir de rameaux. Cette artère 
après avoir formé un contour ferpentin remar- 
quable, entre par fon conduit dans l'apophyfe 
pierreufe où elle eft environnée par une gaine 
de la dure-mere 5 pareille à celle qui fort par 
tous les trous du crâne. Elle s'élève , s'incline 
enfuite en devant & pénètre dans le crâne en 
ferpentant le long de la felle du fphénoïde , 
dans le fang du finus caverneux , après avoir 
fourni quelques rameaux à la cinquième paire 
des nerfs , à la dure-mere, à l'entonnoir , & un 
plus grand à l'œil , dont une partie revient 
par un trou particulier vers cette portion de 
la dure-mere placée fur la partie moyenne de 
l'orbite. 

CCCXXXIX.Le tronc de la carotide interne 
paiïe après cela fîir la partie antérieure de la felle 
5c fe courbant en arrière, il entre dans la mem- 
brane arachnoïdejaprès avoir jette des rameaux 
au pont de varole , aux cuiifes du cerveau , au 
plexus choroïde & aux nerfs optiques qu'il ac-- 
compagne ; il fe partage en deux rameaux , un 
antérieur & l'autre poftérieur. Le premierjaprès 
s'être uni par un ramau court au pareil du 
côté oppofé , fe courbe le long du corps 
calleux de derrière en haut , & fe diftribue à 
la partie movenne du cerveau. Il donne quel- 
quefois des rameaux a la faulx , & dès fa naif- 
fance il en fournit au troifiéme ventricule , a 
la voure & aux couches des nerfs optiques. Le 
dernier après s'être anaftomofé par un petit 
rameau avec l'artère vertébrale , fi cette artère 
ne vient pas immédiatement de "la carotide, 

iiij 



19^ Ë L E M E N s 

monte dans la fcifTiire de Sylviûs, fe diftrî- 
bue aux parties latérales du cerveau de fournie 
au plexus choroïde. Tous les rameaux de la 
carotide renfermés dans le crâne font d'une 
fubftance mince , folide , plus facile à rompre 
que toutes les autres artères. 

CCCXL. L'artère vertébrale fort prefque 
de lafous-claviere de chaque côté ; on a vu 
la gauche fortir du tronc de i'aorte à^ns un lieu 
caché j elle pa(re,fans fournir derameaux^dans 
le trou de l'apophyfe tranfverfe de la fixiéme 
vertèbre du col , s engage en ferpentant dans 
les trous de toutes les autres apophyfes tranf- 
verfes àt^ vertèbres du col , & jette d'efpace 
en efpace de petits rameaux qui fortent & fe 
diflribuent aux mufcles du col. Elle commu- 
nique avec la thiroïdienne inférieure & four- 
nit d'autres rameaux plus grands Scpodérieurs 
qui accompagnent chaque nerf vers la partie 
de la pie- mère qui recouvre la moelle épiniere, 
èc d'autres antérieures , qui ne font pas en fî 
grand nombre & qui font plus confidérables, 
par lefquels ellecornmunique dans cette moelle 
avec le tronc qui \qs a produits. Parvenue vers 
la féconde vertèbre du col , elle fe coude un 
peu, puis un peu plus, pour aller gagner l'apo- 
phyfe tranfverfe de la première vertèbre ; elle 
fournit dans cet endroit deux rameaux remar- 
quables aux mufcles du col , & àQS petits dans 
fon paiïage par le trou occipal à la dure-mere 
ik. aux foiïes du cervelet : elle entre par ce 
trou dans le crâne , elle fe porte le long de la 
moelle allongée, &: elle s'approche infenfible- 
ment de l'autre pour s'anaftomofer & former 



D I P H Y s I O L O G ï JE. ï 99 

V Artère hajilaire qui s'étend fous le pont de 
Varole 5 & qui ell foutenue par la pie-mere. 
Les artères vertébrales jettent avant leur union^ 
ou après , des branches à la fuperficie du cer- 
velet & dans fafubftance intime^ ces branches 
s'étendent profondément jufque dans le qua- 
trième ventricule^ c'efi: d'elles que naifTent les 
ancres fpinales , qui quelquefois viennent 
de l'union des deux troncs , &: quelquefois 
viennent d'un coté de tronc , & de l'autre côté 
d'un rameau. Outre les rameaux que la bafî- 
la ire jette à la moelle allongée & aux cuiffes 
du cerveau , elle produit encore les artères in- 
férieures du cervelet. Il naît entre ces rameaux 
une artère qui accompagne le nerf auditif. En- 
fin l'artère bafilaire fe divife à la partie anté- 
rieure du pont de Varole en deux rameaux \ 
l'un d'eux fe diftribue à la fuperficie du cerve- 
let, au quatrième ventricule , aux péduncules 
du cervelet, aux nates y aux tejîes , & a la 
glande pinéale ; l'autre parcourt plus profon- 
dément le cerveau & fe diftribue au plexus 
choroïde , à celui de la glande pinéale , à cette 
glande, aux couches des nerfs optiques, aux 
corps cannelés, à la voûte, & à tout le ventri- 
cule antérieur. 

CCCXLI. Il paroît par cette defcription des 
artères du cerveau que la force du fang qui 
monte au cerveau à chaque pulfation , eft 
grande \ en effet il en monte la fixiéme par- 
tie,& même plus, de tout le fang du corps hu- 
main ; ce fang y eft d'ailleurs porté par àQ% 
troncs très-voifîns du cœur & qui fortent bruf- 
^uement de la convexité de l'arcade de raorte. 

liv 



lOO É L E M E N s 

Il eft donc probable que les parties les plas 
vives &c qui confervent mieux le mouvemenc 
<^ui leur a été communiqué , fe portent au 
cerveau. L'effet du mercure qui ne fe mani- 
fefte prefque qu'à la rête , n'en eft-il pas une 
preuve ? L'effet prompt des liqueurs fpiritueu- 
fes , l'étonnement momentané que produit 
l'odeur vive du camphre , la chaleur & 
la fueur qui fe manifeftent plus au vifage 
que dans toute autre partie, l'éruption des 
humeurs contagieufes & extrêmement vola- 
tiles au vifage, ne le confirment- ils pas? La 
route fûre que tiennent les artères du cerveau 
met ces grands vaiffeaux fi néceflTaires à cou- 
vert de toute injure j les anaftomofes fréquen- 
tes de ces troncs entre eux & de leurs rameaux 
diminuent le danger des obftru6bions ; c'eftpar 
cette raifon que les artères carotides étant liées, 
l'animal ne périt point , Se même il ne paroît 
pas beaucoup foufirir. Les grands coudes que 
forment les artères carotides Se les vertébrales, 
font propres à modérer l'impétuofité du fang 
qui va au cerveau , une grande partie de la vî- 
îefîe que le fang tient du cœur étant employée 
à changer la figure des coudes formés par ces 
vaiflTeaux. Quelques auteurs ont remarqué que 
ces artères étoient un peu plus grandes dans 
ces coudes. 

CCCXLILC'efl avec raifon que nous com- 
tnençons l'hiftoire du cerveau par {es membra- 
nes. Une'fphere oiTeufe , compofée de plu- 
iiears pièces , qui peut s'étendre en dehors , 
mais qui s'oppofe efScacementàtoutepreiiion, 
environne cette partie tendre Se néceiTaire à 



DE Physiologie. ici 

la vie. Cette fphere eil tapiifée de routes pans 
en dedans par une membrane rrès-ferme , 
compofée de deux lames afTez diftindes, unies 
étroitement à toute la furface olTeufe par une 
infinité de petits vaifFeaux, comme par autant 
de pédicules, qui ne peut s'en féparer dans 
' l'homme fain , ôc qui efi: un peu plus légère- 
ment adhérente aux os minces & plus forte- 
ment unie aux commilTures des os du crâne , 
qu'on appelle futures, à raifon de leur figura, 
Elle eft fi adhérente dans les jeunes fujets 
qu'on arrache en même temps les fibres aux- 
quelles elle eft unie. Ce n'eft cependant pas 
fans force qu'on vient à bout de féparer la 
dure-mere dans les adultes, dans lefquels la 
plupart àes vaiiTaux étant détruits, elle eft par 
conféquent moins difticile à féparer. C'eft de 
ce déchirement que proviennent les petites 
gouttes de fang qui s'obfervent fur fa furface > 
après fa féparation du crâne. Tout ce qu'on a 
dit fur le mouvement de la dure-mere, n'eft 
donc qu'une pure chimère j quant au mou- 
vement qu'elle a paru avoir dans les plaies 
de tête, ce mouvement n'étoit produit que 
par la pulfation dos artères dans un lieu n©n 
réfiftant, pendant que le refte du crâne immo- 
bile s'oppofoir â l'effort du fang poufte par 1^ 
cœur. Elle eft infenfible , non-irritable & fang 
nerfs. 

CCCXLIII. La Lame externe eft adhérent^ 
aux os, & leur fert de périofte; elie fort avec 
4es nerfs & les vaiftaux par tous les trous d^ 
la bafe du crâne , &: s'unit avec le périoft^ d,g 
la tête j des vertèbres^ enfin de toïit le corps ^ 

1 Y 



XOl É L E M £ N S 

c eft de-la qu'elle a écé appellée Merh par les 
Barbares. La Lame interne continue avec la 
première dans placeurs endroits , s'en éloigne 
cependant dans d'autres , par exemple , vers 
les grandes ailes de l'os fphénoïde, fur les par- 
ties latérales de la feile d cheval, oii il fe ré- 
pand beaucoup de fang entre ces deux lames 
& fur la felle : cette même lame s'éloigne de 
la lame eàterne qui eft adhérente à l'os &: fait 
un repli pour former la fau/x qui prend naif- 
fance de l'os ethmoïde , au-devant de l'apo- 
phyfe criJla-gaUi , & fe porte entre les deux os 
au front, le long de la future fagitrale jufque 
vers la partie moyenne de l'occipital j elle de- 
vient de plus en plus large en arrière ; elle eft 
placée entre les deux hémifpheres du cerveau, 
un peu au-deifus du corps calleux , plus éloi- 
gnée de ce corps en devant , & plus rappro- 
chée en arrière. Il eft certain que les fibi'és 
tranfparentes qui s'élèvent de l'endroit où 
elle eft unie avec la tente, & fedifperfent en 
forme de rameaux & de palmes vers le finus 
longitudinal , ne font pas des fibres motrices , 
puifque très-fouvent il ne fe trouve entre elles 
aucune membrane, mais fimplement àts trous 
naturels. La faulx s'unit à la partie moyenne 
de là tente Se fe continue avec elle. Cette 
même lame produit de mcme , en changeant 
feulement de fituation ia petite faulx qui fépare 
le cervelet en deux lobes , & elle produit la 
forte tente qui , forrant de la croix de l'occipi- 
lal, fépare tranfverfalement le cerveau du cer- 
velet , & fe termine enfin fur le rocher & les 
^pophyfes dinoïdes antérieures > laiilaxic une 



B E P H y S I O t O Ô î £. i&^ 

ouverture ovale pour le palfage libre de la 
moclie épiniere» Ces prolongemens de la dure- 
mere four qu'aucunes parties du cerveau ne 
peuvent dans aucune iituation être poulTées les 
unes furies autres, ni fe preiFer mutuellenienc 
dans les fecoulîesde ce vifcere. C'eft pourquoi 
dans les quadrupèdes faits pour la courfe,dans 
lefquels ces fecouifes croient plus à craindre , 
la cloifon du cerveau ôc du cervelet eft of- 
feufe. 

CCCXLIV. On remarque fur la face exter- 
ne de la pie-mere , près le finus de la faulx , 
des glandes dont quelques-unes font placées 
dans le réfeau de la dure-mere ^ ces glandes 
font tournées en partie vers la cavité de ces 
fînus, de forte que quelques-unes la touchent, 
& en partie vers les infertions des grandes 
veines, dans la pie-mere, où elles font réunies 
par paquets continus avec les premières : quel- 
quefois elles font molles , ovales, blanches; 
quelquefois rouges , dures , &: femblables à 
des petites verrues. La vapeur qui s'exhale de 
la fuperficie de la pie-mere ne vient pas de ces 
glandes^ car par-tout, dans les ventricules mê- 
me , dans lefquels il ne s'en trouve point , il 
s'exhale une vapeur abondante des plus petites 
artérioles , comme on le confirme par l'injec- 
tion d^eau Se de colle qui fuintè de toute la fu- 
perficie de la pie-mere. 

CCCLXV. L'autre enveloppe du cerveau 
qui fuit immédiatement celle-ci , 5c qui fe 
moule fur lui, s'appelle Membrane ^r^c/j- 
noïde à caufe de fa ténuité. Elle environne le 
cerveau de toutes parts \ elle eft d'une tranfpa- 

I vj 



r 

104 ^ £ L i M E N S 

rence aqueule , très- mince & ferme auù 
que ion peu d'épaifFeur peut le permettre. Elle 
palle pat-delTus toutes les inégalités du cervean 
& environne ii bien les gros vaiffeaux , qu'ils 
le trouvent entre elle ôc la pie-mere. Ce n'eft 
pas une lame de la pie - mère ; car elle en 
diffère par fa fituation , comme an le peut 
voir fur la moelle épiniere, quoiqu'elle paroif- 
fe de nature cellulaire entre les hémifphere& 
du cerveau. 

CCCLXVI. La pie-mere eft la troifiéme 
membrane Se la plus molle du cerveau ; elle en 
revct immédiatement toute la furface j elle 
eft tendre, très-vafculaire. Se compofcedepeii 
de cellules qui renferment plufieurs vaif- 
feaux : elle fournit au cerveau des vaifleaux 
qu'elle a reçus comme autant de radicules. 
Elle defcend dans toutes les anfradluofités , fe 
gliiTe dans les filTures du cerveau , du cervelet 
Se de la moelle épiniere. Reçue dans les cavités 
intérieures du cerveau , fa ftrudture n'eft pas 
la même , elle devient molle & prefque mé- 
dullaire, & cela s'obferve fur-tout fi on dif- 
ieque le cadavre long-temps après la mort ;fes 
vaifTeaùx la font néanmoins encore diftinguer.. 
CCCXLVÎI. Il n'en eft pas des veines du 
cerveau, comme de celles des autres parties 
du corps , car elles n'ont point de valvules ni 
d artères qui les accompagnent. Se leurs troncs 
ne font pas de la même ftriidure que celles 
des autres. Les veines qui viennent des cavités 
les plus intimes du cerveau , celles qui font 
fur les corps cannelés , les veines on plexus 
choroïde 3 de la cloifon tranfparencej des ven- 



ï>E Physiologie. lOj 

trkules antérieurs , fe rénnilTent en troncs, 
ôc enfin en une grande veine qui eft quelque- 
fois double; ôc qui, accompagnée de plufieurs 
artérioles du plexus choroïde , deicend erl- 
arriere vers la cloifon du cerveau ôc du cer- 
velet, CCCXLIV. elle reçoit là les veines qui 
montent de la partie poftérieure ôc inférieure 
du cerveau , ôc quelques-unes du cervelet ; 
elle fe vuide dans le fmus , c'eft- à-dire, dans 
une veine renfermée dans la duplicature de la 
dure- mère ; fouvent elle defcend vers le finus 
longitudinal inférieur qui eft plus fréquem- 
ment à gauche , ôc qui d'autres fois fe partage 
en deux branches. 

CCCXLVIII. les veines Supérieures & fu- 
perficiellesdu cerveau fontgrandes& couchées 
fur fes circonvolutions qui font en grand nom- 
bre. Quelques veines de la dure-mere s'infè- 
rent dans ces veines répandues dans toute la 
fuperfieie du cerveau ; les autres fe vuident 
dans le fînus longitudinal fupérieur par des 
orifices particuliers ; la plupart fe réuniffent 
en devant , car il y en a peu qui fe portent tout 
droit ou en arrière ; elles fe vuident toutes, fur- 
tout les antérieures en fe terminant oblique- 
ment dans le S mus longitudinal fupérieur ^ qur 
eft formé par un plan droit Ôc gauche de la 
lame interne de la dure-mere qui fe réunit in- 
férieurement le long de la partie fupérieure 
de la faulx ; il eft en conféquence triangulaire , 
fupérieurement convexe ; il eft grêlé dans fon 
commencement vers le trou borgne qui eft fi- 
tué devant l'apophyfe crijla-galli y il monte y 
ôc fuit la direàion de la faulx ^ ôc dans l'éa- 



106 Ê L i M E N s 

droit où elle s'unit avec la tente, ce finus s'in- 
cline ordinairement à droite, & prend le norrt 
de Sinus tranfverfe droit \ il fe porte tranfver- 
falement dans la gouttière particulière, tracée 
dans les os occipital & temporal ; enfuite il fe 
courbe & fe termine dans le trou de la jugu- 
laire ; élargi dans cet endroit, il reçoit les 
Jinus pierreux inférieurs & occipitaux, & il 
fe vuide dans la jugulaire. Le Sinus tranfverfe 
gauche femblable au premier, & qui fe termi- 
ne pareillement dans la jugulaire j s'infère plu- 
tôt au fin us droit , qu'il ne fe continue avec le 
tronc. Le qnasriéme finus, CCCXLVn. s'in- 
fère d'ordinaire de même que l'occipal \ ce- 
pendant cela varie quelquefois , & le finus 
longitudinal fe termine dans le finus tranfver- 
fe gauche : alors le quatrième finus & le finus 
occipital fe terminent dans le finus tranfverfe 
droit : d'autres fois le finus longitudinal fe 
partage en deux troncs tranfverfes, & quel- 
quefois le finus moyen réunit les tranfverfes. 
CÇCXLIX. \]vL Sinus grêle , plus rond & 
irrégulièrement parallèle à la partie la plus 
épaifîe du bord inférieur de la faulx, la cotoye ; 
il relfemblelà une veine & reçoit de la faulx 
même d'autres petites veines qui communi- 
quent dans le finus longitudinal fupérieur ; 
il en reçoit encore de k portion voifine des 
hémifpheres du cerveau & du corps calleux , 
dans l'endroit où la faulx eft adhérente a la par- 
tie antérieure de la tente , ce finus fe termine 
pareillement dans le quatrième finus. 

CCCL. Les Freines inférieures du cerveau 
qui regardent la bafe du crâne ^ s'inferenc de 



DE Physiologie. 2o7 

différentes façons. Les ancérieiires viennent de 
lafiflure de Sylvius celles fe réunilfent&s'in- 
ferenr dans le finus caverneux ou dans cet in- 
tervalle triangulaire de la lame interne ôc ex- 
terne de la dure- mère , placée fur les parties 
latérales de la felle à cheval: d'autres viennent 
du pont de Varole, ôc fe terminent dans le 
finus pierreux fupérieur; les autres poftérieurs 
viennent des lobes poftérieurs du cerveau, & 
nombreufes vers la tente , elles fe terminent 
dans le (in us tranfverfe. 

CCCLI. Les Pleines Jupér/eures du cervelet 
fe réuniffent en de gros troncs , Ôc fe vuident 
en partie dans le finus droit Bc en partie dans 
les tranfverfes. Les inférieures du cervelet & 
de la moelle allongée fe terminent dans le fi- 
nus pierreux fupérieur. 

CCCLIL II y a plufieurs autres finus, outre 
ceux dont nous avons parlé. Le plus antérieur 
de tous Se qui fouvent ala figure d*un anneau, 
eft cependant petit antérieurement , plus large 
poftérieurement , environne la glande pitui- 
taire , communique avec le finus caverneux 
vers les apophyfes clinoïdes, & avec les finus 
pierreux inférieurs entre ces apophyfes de la 
carotide , & enfin avec les finus pierreux fu- 
périeurs, vers la fixiéme paire de nerfs, der- 
rière la cinquième paire. Il reçoit quelquefois 
la veine ophthalmique : quelquefois il eft ù'anf- 
yerfc & réunit les finus caverneux ; on le prend 
pour le finus circulaire , où il eft confondu 
avec lui. 

CCCLIIL Le Sinus pierreux fupérieur eft 
fimé en arrière dans la foife du rocher , & 



'10 B È 1 i M E N s 

prend fon origine dans l'extrémité antérieure 
de fa pointe j il communique dans cet endroit 
avec ie fînus caverneux ; il reçoit les veines de 
la dure-mere qui s'y infèrent, & quelquefois 
les veines antérieures du cerveau , CCCL. il 
fe termine à l'angle du finus tranfverfe, dans 
l'endroit où il fe coude. Une autre veine qui 
rampe fur le rocher, va auffi fe terminer dans 
cet angle. Le Sinus pierreux inférieur plus 
court & plus ample , cotoye le bord inférieur 
du rocher , & communique avec celui du coté 
oppofé , derrière les apophyfes clinoïdes , &: 
après s'être uni deux fois avec le finus caver- 
neux & le finus pierreux fupérieur , au-def- 
foLis de la cinquième paire de nerfs , il fe ter- 
mine enfin dans la fofie jugulaire. Il reçoic 
auflî quelques veines des vertèbres. Les Sinus 
occipitaux vont aufii s'y vuider \ le plus gros 
cotoye le bord du trou occipital & vient ga- 
gner la faulx du cervelet, CCCXLIIL il s'infe- 
le ordinairement en s'uniflTant quelquefois plus 
près, quelquefois plus loin,i celui du côté oppo- 
fé, dans le quatrième finus & avec lui dans le 
fînus rranfverfe gauche, &: quelquefois dans le 
finus même; ou enfin il fe divife en deux & fe 
vuide dans les deux finus tranfverfes : ce finus 
reçoit les veines inférieures êc poftérieures de 
la dure-mere & quelques-unes des vertèbres. 
CCCLÎV. L'0^a/>zW^^/2r/r/ê//reft irrégulier, 
compofédeplufieurs rameaux, en partie tranf- 
verfe , en partie defcendant vers le grand tro« 
occipital ;_il unit différemment les finus pier- 
reux inférieurs,dontles rejetions accompagnent 
la neuvième paire de nerfs, ou bien il palTe par 



©E Physiologie. 20^ 

un trou particulier , & communique avec la 
veine vertébrale externe; les autres rameaux fe 
portent en bas , & s'ouvrent dans lescercles vei- 
neux de la moelle épiniere. Lq S inus caverneux 
delà dure-mere 5 CCCXLVIÎ. rempli de beau- 
coup de cellules , reçoit, outre le iinuSjCCCLL 
& CCCLIÏ. les grandes veines dont nous 
fivons déjà parlé , ôc plufieurs branches qui 
accompagnent les trois branches de la cinquiè- 
me paire de fierfs, la grande artère de la dure- 
mere , CCCXXXVlï. la carotide interne, 
CCCXXXIX. & par un trou particulier des 
ailes, qui ne s'obferve pas toujours, les bran- 
ches qui communiquent avec les veines qui 
font (ituées hors du crâne , qui fe rendent aux 
jugulaires , & furtout avec le grand plexus 
ptérygoïdien des veines nafales. La grande 
veine deladure-mere qui accompagne l'artère, 
ôc dont les rameaux font quelquefois doubles ^ 
fe terminent à quelques-unes des branches 
dont nous venons de parler. Les veines du pé- 
ricrâne s'infèrent de même dans le fin us lon- 
gitudinal par les trous pariétaux j les veines 
occipitales par le trou maftoïdien, dans le fi- 
nus tranfverfe j les vertébrales externes par 
le trou antérieur de l'os occipital , dans la 
folTe jugulaire : d'autres produites par les oc- 
cipitales antérieures , accompagnent la neu- 
vième paire de nerfs. Lefang trouve ainii 
une infinité d'iifues pour fortir des iinus , 
dans lefquels il ne s'embarrafTe que trop fou- 
vent , & ces voies font différentes fuivant que 
chaque partie eft plus lâche ou plus déclive, 
C'eft pourquoi une veine , même grande , où 



IIÔ Ë L i M E N s 

Tune ôc l'autre jugulaires étant liées, il 116 fiiif- 
vient peint de (yinptômes râcheux. 

CCCLV. L'abondance du fang qui fe porte 
au cerveau , fon plus grand mouvement dans 
les artères carotides, CCCXLL le défaut de 
compreffion fur une partie environnée d'os , 
le mouvement plus lent du fang dans les vif- 
ceres de l'abdomen & dans les extrémités in- 
férieures , les fondions continuelles des fens 
6c du cerveau, qui attirent vers ces parties une 
plus grande quantité de fang, d'autres caufes 
font enfin que la tête fe remplit de fang d'une 
manière furprenante , au moindre mouve- 
ment accéléré de la circulation. C'eft du mou- 
vement plus grand du fing que viennent les 
rougeurs du vifage , le gonflement des yeux , 
leur état érincellant , les douleurs de tête , les 
battemens, les hémorragies de nez qui font fi 
fréquentes. C'eft pourquoi on conçoit que fî 
les veines du cerveau eurent été plus minces 
ôc rondes, elles eutTent été plus fujettes à fe 
rompre; cela arrive même alfez fréquemment, 
6c on eût été plus fiîj et à l'apoplexie. La nature 
a donc donné aux veines dans lefquelies le 
fang du cerveau fe dépofe , une autre figure , 
afin quelles fe dilataffent plus facilement, 
parce qu'elles réfiftent inégalement; elles font 
auffi d'une ftrudure plus folide , très-diffici- 
les à fe rompre , & fur- tout les grands fînus , 
qui doivent tenir lieu de tronc ; caries petits 
font ou ronds ou demi-cylindriques , ou irré- 
guliers. Elle a placé en dedans des petites tra- 
verfes faites d'une forte membrane , qui vont 
du fond de la parois droite du finus fe termi- 



DE Physiologie. m 
ner dans la parois gauche , fortifient pendant 
la plus grande diftenfion , l'angle aigu du flnus 
qui fe diftend beaucoup , & le préfervent de 
la rupture. Ces veinescommuniquentplufieurs 
fois les unes avec les autres, avec les vaifTeaux 
de ia moelle épiniere ôc des parties externes 
de la tête , & fe débarrafTent par ce moyen de 
la trop grande quantité de fang , CCCLIV. 

CCCLVI.Le fang artériel ferépand-t'il dans 
les ii'nus du cerveau ? Ce fang les anime-t'il de 
manière a y produire des pulfations ? Il eft cer- 
tain qu'ils ne battent point , car la dure-mere 
eft par-tout adhérente au crâne , SL même plus 
fortement dans l'endroit des finus ; ils reçoi- 
vent cependant les liqueurs injeétéespar les ar» 
teres. L'exhalation s'y fait-elle par les petits 
vaifTeaux ? Y a-t'il auparavant une circulation 
par les veines ? Le premier paroît beaucoup 
plus probable. 

CCCLVII. Enfin tout la fang du cerveau 
fe rend dans les veines jugulaires; ces veines 
fe dilatent très-facilement, &c elles font à cou- 
vert du mouvement rétrograde du fang de 
l'oreillette droite du cœur par les valvules 
qu'on obferve dans leurs cavités ; elles font 
fortifiées par beaucoup de tiffu cellulaire qui 
les environne. Il revient peu de fang de la 
tête par les veines vertébrales. Les jugulaires 
répondent directement à chaque grand rameau 
de veine cave fupérieure, de forte qu'elles rap- 
portent le fang au cœur par le chemin le plus 
court. 

CCCLVIII. Eft-il bien certain qu'on ait vu 
des vaifTeaux lymphatiques dans le cerveau ? 



2IÎ É t i M E N S 

On les à décrits dans le grand plexus choroïde, 
entre les fibres du nerf olfaâif , dans la pie- 
mere , mais je n'en ai jamais vu , êc peut-être 
n'y en a-t'il aucun, puiiqu il ne fe trouve dans 
le cerveau aucune glande conglobée, genre de 
glandes qui accompagne ordinairement ces 
vaiffeaux. Tout ce qu'on a dit de la glande pi- 
tuitaire de l'entonnoir , des conduits qui vont 
de-là dans les veines de la tête , pour repom- 
per l'eau des ventricules, n'eft confirmé par au- 
cune expérience anatomique ^de forte qu'il efl: 
probable que la vapeur féparée des ventricules 
eft toute reprife dans les veines inhalantes ^ &c 
que s'il s'en trouve une trop grande quantité, 
elle defcend du fond de ces ventricules fur la 
bafe du crâne ôc dans la cavité lâche de la 
moelle épiniere ; les hémiplégies qui fur- 
viennent après les apoplexies , les tumeurs 
aqueufes du bas de la moelle épiniere dans 
les hydrocéphales , en font des preuves. La 
glande pituitaire reçoit toujours un cône qui 
m'a paru cortical, & à d'autres médullaire, 
peut-être folide ; m'ais elle eft très-molle Se 
femblable à la fubftance du cerveau ; fon ufa- 
geeft très-incertain, & dans quelques animaux, 
elle n'eft pas en même raifon avec le cerveau. 
CCCLIX. Il nous refte a parler du cerveau. 
On renferme fous ce nom plufieurs parties. 
Nous appelions plus ftriétement Cerveau, la 
partie fupérieure de ce vifcere contenu dans le 
crâne, qui eft feule antérieurement, ôc qui a pof- 
térieurementau-defibus d'elle une autre partie 
firuée dans les folfes poftérieures , inférieu- 
res de l'os occipital, au-deiTous de la tente , 



dePhysiologie. 215 

&c qu'on appelle Ceryelet, La partie moyen- 
ne 5 inférieure , blanche , placée fous le cer- 
veau , &c la partie antérieure du cervelet , e(l 
appellée en ^^niQ pont de Varole, & en par- 
tie Moelle allongée, 

CCCLX. Le cerveau a prefque la figure d'un 
demi-œuf 5 qu'on auroit divifé profondement 
en deux parties par fon plus long diamètre , 
non pas totalement, mais à moitié. On remar- 
que dans fa furfacefupérieure& inférieure une 
grande quantité d'élévations ondées qui divi- 
fent aflez profondément le cerveau en lobes 
ondes par leurs angles alternes arrondis. La 
fubftance corticale eft très-molle dans la fu- 
perficie de ces lobes , & tire du jaunâtre & 
rougeâtre au cendré \ c'eft la plus tendre de 
toutes les parties du. corps humain j elle eft 
garnie en dedans d'une moelle prefque blan- 
che , rougeâtre dans le fœtus \ elle eft criblée 
d'une infinité de petits vailfeaux artériels, rec- 
tilignes & fimples ;elle eft plus folide j fa mo- 
lelîe eft telle qu elle eft plus capable de pren- 
dre quelque figure , & elle eft en plus grande 
quantité que la fubftance corticale. Le plus 
grand rameau poftérieur de l'artère carotide , 
CCCXXXIX. diftingue la moitié droite , de 
même que la gauche du cerveau , en lobe an-^ 
térieur plus petit & en lobe poftérieur plus^' 
grand. 

CCCLXL On a long-temps difputé fur la 
ftrudture de la fubftance corticale ; mais pré- 
fentement il eft aflez confiant par les injec- 
tions anatomiques , qu'une grande partie de 
cette fubftance eft compoféc de petits vaif- 



f 

114 E L E M E N s 

féaux qui lui viennent de toutes parts Aq^ ra- 
ineauxde la pie-mere , comme des pédicules, 
fe plongent dans la fubftance corticale , y por- 
tent un fluide plus fubtil que le fang \ ôc queU 
quefois dans les maladies qui viennent d'étran- 
glement, & dans les animaux, fur tout dans 
les oifeaux , ils laiiïenc aufli palTer la partie 
rouge du fang. L'autre partie de la fubftance 
corticale , qui ne peut être remplie d'injedion , 
eft ou veineufe ou compolée de vaifleaux 
plus tendres j car cette fubftance paroît afïeis 
uni^^orme &ne laiflTe point lieu de foupçonner 
qu'une partie foit tubuleufe & l'autre folide. 
On en a de commun accord banni les glandes , 
Ôc il n y a aucune partie fur laquelle un pareil 
foupçon puifl^e tomber plus à faux. 

CCCLXII. Pour développer la nature de la 
fubilance médullaire, il faut la comparer avec 
celle des cerveaux des quadrupèdes 6c dos 
poilfons. La partie du cerveau qui fe trouve 
au-defTous des élévations ondées fupérieures 
eft blanche , s'étend peu à peu , devient plus 
abondante , &c enfin forme tout le Centre 
ova/c du cerveau , Ci on en excepte les feules 
élévations qui fe trouvent autour. Lqs deux 
hémifpheres du cerveau, qui font limplement 
divifés dans leur partie moyenne , font unis 
par une moelle mitoyenne. On appelle Corps 
calleux cette partie de la moelle qui eft au-def- 
fous ôc un peu éloignée de la faulx.On obfer- 
ve fur fa furface deux petits Filets blancs ôc 
parallèles , réunis vers la commiffure anté- 
rieure , où ils fe terminent , ôc divifés pofté- 
rieuremenr. L'extrémité antérieure du corps 



DE Physiologie. iij 

calleux fe confond avec la partie des ciiifTesdu 
cerveau , qui fort des lobes antérieurs , ôc la 
poftérieure plus large avec les pieds du che- 
val marin. Toute la fuperfieie de ce corps eft 
cannelée par des fibres tranfv^erfes qui vont en 
diminuant fe terminer dans la partie la plus 
voiiîne de la moelle du cerveau. 

CCCLXÏII. Ce qui fuit eft plus difEcileà 
décrire. Le cerveau n'efl pas une mafTe foUde; 
€n effet du fond de la partie médullaire pla- 
cée fur l'os fphénoïde , où la plus grande cuilfe 
du cerveau fort de ce vifcere , il fe forme une 
foffe qui n'eft recouverte que de la pie-mere ; 
elle s'étend peu à peu en arrière ; enfuira en fe 
contournant , elle fe continue en devant ôc en 
haut. Alors elle fe partage prefque vers l'ex- 
trémité poftérieure du corpscaiieux^&: la partie 
poftérieure la plus courte gagne le lobe pofté- 
rieur du cerveau, en fe terminant en dedans, 
La partie antérieure fe prolonge au loin fur 
les parties latérales du corps calleux j paral- 
lèlement à l'horifon , elle fe contourne exté- 
rieurement en forme de corné & fe termine 
dans le lobe antérieur du cerveau, cette ca- 
vité, une&: fépatée de chaque côté, eft appel- 
lée Ventricule antérieur ou à trois cornes ; 
il eft naturellement rempli d'une vapeur qui 
fe condenfe très-fouvent en eau. 

CCCLXIV. Cette cavité eft remplie , afin 
que les parties fupérieures & inférieures du 
cerveau ayent un rapport convenable : fon 
plancher inférieur eft de différentes figures. 
La corne antérieure eft formée inférieure- 
ment par une éminence un peu convexe , Ion* 



Xi6 Élémens 

gue , de couleur cendrée à l'extérieur ôc cou- 
verte d'une membrane extrêmement vafcu- 
laire ; on appelle ces éminences corps canne- 
lés , parce qu'on obfeive en dedans des lignes 
blanches , alternativement mêlées avec beau- 
coup de fubftance corticale , poftérieurement 
plus longues , plus grêles , entre lefquelles on 
remarque des petites taches & points médul- 
laires. Intérieurement & poftérieurement , 
deux autres pareils monticules , cendrés en 
grande partie extérieurement , vers le troifiéme 
ventricule àc même plus loin, moins viiible- 
ment cannelés, s'adoiTent de telle façon qu'ils 
font fréquemment unis fupérieurement , par 
leur partie corticale confondue \ ils fe portent 
en dedans , defcendent par la corne du ventri- 
cule antérieur vers la bafe du crâîie , & pro- 
duifent les Nerfs optiques , d'où ils font ap- 
pelles les Couches des nerfs optiques. On 
remarque entre les corps cannelés & ces cou- 
ches une cannelure blanche , médullaire , 
qu'on appelle Centre demi- circulaire gémeau ^ 
née de la commifTirre antérieure , fouvent des 
piliers de la voûte , & fur tout de la moelle 
qui eft au-devant des couches. Cette commif- 
iure large &: forte établit la jondion de la par- 
t;ie antérieure du cerveau , au-devant de ces 
couches. Le centre gémeau plus large pofté- 
rieurement , tire fon origine par beaucoup de 
filets , de la jonction du pied de /cheval avec 
la moelle du cerveau. Les corps cannelés for- 
aient- fur tout les cuiftes du cerveau 

CCCLXV. Le corps calleux , fltué dans la 
partie moyenne , cft au-deffus de l'axe com- 
mun 



BE Physiologie. nj 

mun de. ces deux ventricules. Il eil: couché 
poftérieurement fur la voûte avec laquelle il 
eft continu. Il defcend antérieurement de ce 
corps deux femblables lames médullaires , dé 
la longueur des corps cannelés ; on les appelle 
fepcum lucidum , ou doifon tranfparente. Ces 
lames unies intérieurement renferment une 
cavité anonyme. Cette cloifon eft inférieu- 
rement continue à la Voute , c eft-à-dire , a 
une bande médullaire à quatre cornes , dont 
les deux antérieures viennent de la bafe du 
crâne de la commiffure dont nous avons par- 
lé , & derrière elle fous les couches des nerfs 
optiques , fouvent du centre gémeau , &: de 
la ligne fléchie àQS couches optiques. La voûte 
eft placée fur les corps cannelés & le's couches 
des nerfs optiques , & fe termine en partie 
en une bandelette large, mince , & en parti® 
dans d'autres éminences continues à la voûte 
& aux corps calleux demi-cylindriques & bor- 
dées par cette bandelette. Ces éminences àQi^- 
cendent dans les cornes inférieures èc antérieu- 
res des ventricules 8c fe terminent par un arc 
extérieur convexe, dans lequel font tracés en- 
viron dix filions formés par les circonvolutions 
du cerveau, & comme par un pied fillonné, d'où 
on les a nommés pedes hypocampi , pieds de 
cheval marin : ces éminences font extérieure- 
ment compofées de fubftance médullaire ôc 
intérieurement de fubftance corticale. Au com- 
mencement de la divifion du pied de cheval , 
la bandelette fe divife en deux cannelures 
blanches , l'une longue & l'autre courte , in- 
férées au cerveu & â ce pied j ou dont une 
/ Part, K 



itS È t E M E N s 

fe termine à fon bord interne. Une fembla- 
ble cminence fe rend dans la corne poftérieure 
du ventricule , courbée en dedans vers fa fin , 
femblable à un'crgot , dont la colonne con- 
tinue occupe le fond de la corne defcendante 
du ventricule. La partie médullaire fituée en- 
tre les piliers écartés de la voûte derrière le 
plexus moyen des ventricules , & qui eft rem- 
plie de cannelures tranfverfes & figurées, 
que j attribue aux artères , s'appelle la Lyri. 
CCCLXVI. Dans la partie antérieure ôc 
inférieure des ventricules , commence de part 
^ d'autre , le plexus choroïde renfermé fîm- 
plement dans la pie-mere ; il eft nud dans le 
refte de la cavité du crâne , & compofé de 
plufieurs arrérioles^ CCCXXXIX.CCCXL.& 
de petites veines fournies par le grand tronc 
CCCXLVIII. Les vaiflfeaux nombreux qui le 
€ompofenî 3 réunis enfemble par la pie-mere, 
repréfentent une expanfîon à plufieurs plis. 
On y obferve fouvent, & non toujours, plu- 
fleurs glandes tranfparentes , rondes , fembla- 
bles à des hydatides. Ces plexus étant parve- 
nus à l'extrémité antérieure des couches des 
nerfs optiques , s'uniffent & fe continuent 
avec le grand plexus vafculaire , qui dekend 
par la fente du troifiéme ventricule , jufqu'à la 
glande pinéale, ôc s'étend jufqu'a la pie-mere 
des lobes poftérieurs du cerveau. C'eft de-là 
que viennent fans doute la chaleur interne 
du cerveau, Texhalation & l'inhalation des li- 
queurs. Les plexus choroïdes font très-lar- 
ges , dans le lieu où les ventricules anté- 
rieurs commencent à defcendre , ils devien* 



ftE Physiologie. iij^ 

lient plus écraics en defïoHs , ôc recouverts pac 
la feule pie-rnere ; ils font faillie à la parti© 
baffe & antérieure du ventricule. 

CCCLXVII. Il y a entre les couches des 
nerfs optiques qui fe touchent prefqueparun© 
fuperficie plane , une fente naturelle qui eft 
limitée par l'union des cuilfes du cerveau fwr 
la bafe du crâne ; on la nomme troifiéme 
Vbnt^icvle, Elle conduit en devant par un. 
«ntonnoir panché dans une cplon ne médullai- 
re , creufe dans les animaux , qui né l'eft pas 
lî évidemment dans l'homme , & qui fe ter- 
mine à la glande pitukaire , CCCLVIII. Les 
couches des nerfs optiques font ^nies podé- 
rieurementj dans le fohd. du.v^entricule, par 
une bande médullaire, ou commiflure pofté- 
rieure , furmontée de chaque côté d'une can- 
nelure blanche , courbée en arc , qui com- 
mence au-deffus Se avant la fin de la voûte , 
& fe continue avec le centre-gémeau j les pi- 
liers poftérieurs de la voûte , fur la commif- 
fure poftérieure , Se unit les couches des nerfs 
optiques , en fe terminant quelquefois à U 
glande pinéale. Les couches des nerfs optiques 
forment antérieurement Se fupérieurement 
une éminence que repréfente la voûte triangu- 
laire qui les recouvre. 

CCCLXVIIL II y a fur les couches des nerfs 
optiques une éminence poftérieure, médul- 
laire, tranfverfc, figurée, qui unit la moelle 
des lobes poftérieurs du cerveau droit Se gau- 
che. Elle eft poftérieurement relevée en bofte 
par quatre tubercules ovales faillans en dehors 
que ion appelle nates Se tejles \ ils font 

Kij 



IIO E L E M E N s 

compofés extérieurement d*une fubftance mé- 
dullaire, 6c intérieurement d'une fubftance un 
peu corticale. On remarque fut ces éminences 
une glande dont la fubftance eft corticale, qui 
d'ovalaire devient conique, entrelacée de plu- 
iieurs vaifiTeaux dans lefquels le plexus choroï- 
de fe termine : c'eft la fameufe glande pïnéale. 
Entre cette éminence pofée au-defifus des qua- 
tre tubercules & les cuifTes de la moelle allon- 
gée, il y a un canal qui communique du troi- 
ijéme au quatrième ventricule j on le compare 
a un Aqueduc, 

CCCLXIX. Toute la moelle du cerveau fe 
réunit inférieurement fur la bafe du crâne, en 
deux groiïes colonnes applaties & iillonnées 
en longueur dans toute leur furface , qui ren- 
ferment un peu de fubftance corticale : ce font 
les cuiftes du cerveau. Ces cùilTes réunies par 
derrière , & couvertes par les cuifles du cerve- 
let qui font au-deffous d'elles, s'infèrent par 
à^s couches compofées de fibres fenfibles dans 
les corps pyramidaux de la moelle allongée , 
& d'autres plus profondes qui proviennent des 
premières , ôc léparent les fibres tranfverfes 
antérieures du cervelet, forment avec la moelle 
du cervelet le commencement de la moelle ai- 
longée. 

CCCLXX. Comm© le Cervelet eft plus 
petit, il eft moins compofé. Il a deux lobes qui 
ne font point divifés profondément dans aucun 
endroit , & qui (ont unis fapérieurement Se 
inférieurement par un anneau moyen qui eft 
<!e la même ftru6fcure, & qu'on appelle émi- 
nencc vcrmkulaire. Cette partie du cerveaira 



DE Physiologie. m 

beaucoup de fubftance corticale , & peu de 
médullaire. La fubftance corticale environiie 
même l'extérieur ^ mais elle eft empreinte de 
bourlets parallèles ^ qui forment des arcs cir- 
culaires. C'eit ainfi que fe terminent ces lobu- 
les qui ne font pas profonds , qui , chacun en 
particulier, fourni(renc leur moelle, de ma^ 
niereque pluiieurs ftries médullaires s'unilTant 
peu à peu dans un tronc , il fe forme une ef- 
péce d'arbrifîeau. Cette moelle, réunie dans 
Iqs grandes Cuisses du cervelet ^ fe termine en 
trois endroits difFérens ; une partie monte 
vers les nates , s'y unit avec la moelle du cer- 
veau ; mais la bande tranfverfe médullaire 
droite s'unit avec la gauche, derrière les /z<3?^j: 
quelques fibres diftindes s'elevent de cette 
bande en dehors , & fe joignent aux fibres 
tranfverfes du pont de Varole. La deuxième 
defcend vers la mobile épinierej êc fe termine 
dans âes érhinences qui lui font propres , vers 
lefqueiles on en remarque d'autres corticales, 
qui font anonymes de même qu'elles. La troi- 
iiéme, qui eft la plus grande , diversifiée eti 
dedans par âes lignes dentelées corticales , fe 
couche, en allant tranfverfalement en bas, fous 
les cuiffes du cerveau. Se les embraffe. Elle fe 
confond deux fois alternativement avec leurs 
fibres médullaires, CCCLXIX, tranfverfes, ëc 
en grande partie avec elles-mêmes. 

CCCLXXL Les cuifTes du cerveau defcen- 
dant fur les cuiiLes du cervelet , ôc la moelle 
du cervelet fe portant tranfverfalement autour 
de celles du cerveau , il en réfuUe le jwfît de 
Varole qui eft prefque ovale , applati dans 

Kiij 



122 ^ E L é M E N S 

foiî milieu 5 & empreint de toutes parts de 
plusieurs fibtes tranfverfes ; enfuite la moëlU 
allongée continue au pont de Varole > eu; fé- 
parée dansfon milieu par un fillon particulier, 
variée en dedans & cannelée par le mélange 
d'un peu de fubftance corticale \ elle a la for- 
me d'un cône, & elle s'incline vers le grand 
-trou occipital; elle a devant le pont deux pai- 
xes de tubercules , une fituéaux parties latéra- 
les externes , de figure olivaire , nommée 
corps olivaius; l'autre interne , pyramidale, 
c'eft-à-dire , qui diminue en arrière en forme 
de cône, &: qu'on appelle corps pyramidaux; 
elles font groffierement féparées par un fillon 
dans lequel la pic-mere s'mfinue.On obferve, 
entre cette moelle & l'éminence vermiculaire 
du cervelet , une cavité qui paroîc d'abord 
étroite , & qui eft plus large au-de(ïus des tu- 
be rcules,CCCLXX. elle a la figure a un rhora- 
be , & on l'appelle le quatrième Ventriculx \ 
il eft fermé poftérieurement par la grandi 
valvule , ou par 'une voie médullaire , qui 
unit les éminences du cervelet aux/z^r^j, &ré- 
minence vermiculaire avec la faillie tranfverfe 
qui eft au-deffous des teJles^OCCLXXXlp vert- 
cricule a un léger iîlîon ^ravé fur la moelle 
allongée , & qui répond au canal couvert par 
les nates & les teftes ^ appelle Aqueduc di 
Sylvius. Le plexus choroïde eft le même dans 
ce ventricule que dans les antérieurs , excepte 
qu'il eft plus petit , & il y a antérieurement un 
fillon que l'on appelle calamus fcriptorius , 
plume a écrire. Les filions antérieurs hc poftc ^ 
rieurs fe continuent le long de la moelle cpi* 



dïPhysiologii. 125 

BÎere. On remarque dans ces filions des fibres 
^ui viennent traniverfalemenC5de droite à gau- 
che, fe rendre dans la moelle allongée ôc dans 
la moelle épiniere. Deux ou trois ftries tranf^ 
verfes du quatrième ventricule , qui forment 
un nerf mol, viennent des éminences voifines 
de ce fiilon ; d'autres ftries femblables mon- 
tent aux cuifles du cervelet. 

CCCLXXII. La moelle du cerveaH & du 
cervelet fort du crâne par différens trous, pour 
fe diflribuer aux parties auxquelles elle ç^àeC- 
tinée. On appelle Nerfs les plus petits pa- 
quets ; & le plus confidérable de tous fe nom- 
ine Moelle épiniere _, qui eft une continHation 
de la moelle allongée , CCCLXXI. Les nerfs 
font des troufifeaux médullaires, très -mois 
dans leur origine , compofés de petits paquets 
de filets diftincts, droits ôc parallèles. Ces cor- 
dons , après aroir fait quelque chemin , font 
couverts de la pie-mere rougeâtre ôc aiTez fer- 
me , qui les unit en un rrouflTeau plus folide ; 
êc après leur divifion ils font toujours voifins, 
& fe portent vers leur orifice particulier dans 
la dure-mere : ils parcourent les intervalles ôc 
les canaux qu'elle forme jufqu'â ce qu'ils trou- 
vent un trou dans le crâne. Se qu'ils fortent par 
cette efpèce d'entonnoir. Chaque nerf, à fa 
fortie du crâne , eft ordinairement environne 
de la dure-mere ; il devient fort & folide , 
comme on le remarque dans le nerf optique , 
dans la cinquième paire, ôc les autres. On ne 
voit pas clairement dans d'autres parties que 
la dure-mere environne de même les nerfs : 
telles font la portion molle du nerf auditif ^ lie 

Kiv 



224 É L i M E N S 

nerf olfadif 5 le nerf intercoftaL Le nerf, en- 
fuire nud Se peu foiitenu entre les mufcles , a 
tous fos cordons remplis de leur moelle,^ en- 
vironnés par lapic-mere.De cette façon5ies plus 
petits cordons s'unirent pour en former d'au- 
tres plus grands , réunis par une grande quan- 
tité de tilius cellulaires 5 dansiefquels un grand 
nombre d'artérioles & de petites veines fe dif- 
tribuent , ôc dans lefquels la graiflTe même fe 
répand quelquefois. La dure-mere , ou certai- 
nement quelque tilTu cellulaire ferré , fournit 
à tous les cordons une enveloppe générale qui 
les contient Se les unit tous , pour ne former 
qu'un feul nerf. 

CCCLXXIIL Tous les nerfs de la tète ont 
cela de commun , qu'ils viennent de la moelle 
allongée du cerveau Se du cervelet. Les nerfs 
olfa(ftifs prennent nailTance par des filets laté- 
raux de l'intervalle des lobes intérieurs du cer- 
veau 3 Se par des hlets droits de la moelle des 
lobes antérieurs. Les nerfs optiques viennent 
en grande partie des couches de ces nerfs, 
CCCLXIV , Se de ia moelle du cerveau , ii- 
tuée dans la bafe du crâne, proche les éminen- 
ces mammillaires. La troifiéme paire vient des 
cuiiTcs de la moelle du cerveau derrière les 
corps rnammillaires. La quatrième paire fimple 
Gu double naît des parties latérales des émi- 
nences du cervelet aux tejies, La cinquième 
paire fore très-manifeftement des péduncules 
du cervelet. La iîxiéme paire vient de la partie 
balTe du pont de V a r o l e , d'un fdlon , 
CCCLXX. profond entre la moelle allongée 
^ le pont. La feptiéme paire eft compofée de 



DE Physiologie. ii^ 

deux portions , dont la molle vient de la 
moelle allongée , & même du quatrième ven- 
tricule , par deux filets tranfverfes ; la portion 
dure vient de la partie des cuilles du cervelet, 
la plus proche du pont. La huitième paire fore 
de l'intervalle des corps olivaires Ôc pyrami- 
daux , Ôc , fuivant robfervation de quelques 
célèbres Anatomiftes,du quatrième vemricule. 
La neuvième paire part des corps olivaires, La 
dixième paire peut être regardée comme la 
première cervicale , à caufe de fa double ra- 
cine 5 de l'arc qu'elle forme avec la paire qui 
eft audeiTus , éc celle qui eft au-delTous, ôc 
du lieu de fa forcie. Il ne part donc propre- 
ment du cervelet aucun autre nerf que la cin- 
quième paire & .la quatrième ; les nerfs anté- 
rieurs , c'elVà-dire , les olfaècifs , les optiques 
ôc la troifième paire tirent uniquement leur 
origine du cerveau ; ôc les autres nailfent des 
lieux où la moelle du cerveau ôc celle du cer- 
velet fe rèanillent. 

; CCCLXXIV. La Moelle épiniere efl un 
cordon médullaire, qui defcend de la mobile 
allongée , ôc fe prolonge jufqu a la féconde 
vertèbre des lombes , où elle fe termine en 
forme de cône arrondi. Elle eft applatie anté- 
rieurement & poftèrieurement vers fon paffa- 
ge dans le col , convexe fur les parties latérales ; 
elle eft prefque quarrée le long du dos. La pie- 
mere l'enveloppe de même que le cerveau , 
s'infmue profondément dans l'une. &; l'autre 
fi0ure,CCCLXX, & partage prefque la moelle 
en deux parties. Elle contierst intérieurement 
un peu de fubftance corticale : hs artères an- 

Kv 



lia É L É M E N S 

térieures les plus confidérables font des bran- 
ches récioguades qui viennent des vercébrales à 
leur arrivée dans le crâne , qui defcendwnt le 
long de la pie-mere, alternativement rortueu- 
fes par des plis continuels , qui s'anaftamofent 
le long de prefque tous les nerfs avec des ra- 
meaux des vertébrales , des intercoftales , des 
lombaires ôc des facrées , jufqu'a ce qu'enfin 
l'artère antérieure , enveloppée dans un* gaine 
de la dure- mère , forte vers le coccyx , ôc s'y 
perde. Les rameaux inférieurs des artères da 
cervelet en fourniffent poftérieurement des 
femblables , mais plus petites , plus tortueu- 
fes , & qui ont de fréquentes anaftomofes. Les 
veines fpinales defcendent du cerveau même 
avec les artères , Se elles fe terminent par des 
rameaux qui accompagnent également les 
nerfs , en a^utant de (Inus circulaires placés 
dans iadure-mere, qu'il y a de vertèbres, ÔC 
qiii communiquent tous enfemble , de façon 
que chacun a de part ôc d'autre un canal droit, 
commun avec le fupérieur & l'inférieur , Ôc fe 
oint en dehors par un autre rameau avec les 
veines vertébrales , intercoftales , lombaires 
& facrées. Le fînus fupérietir communique 
avec les iinus antérieurs occipitaux, CCCLIV^ 
CCCLXXV. La moelle épiniere a une au- 
tre enveloppe lâche, qui ne lui eft pas collée , 
dans laquelle on ne remarque aucun vaiffeau, 
tranfparente comme l'eau, aflfez ferme , nom- 
mée ArvACHNOyde , qui eft plus longue que \z 
pie-mere , ôc fe prolonge jufqu'à la fin de l'os 
facrum ; elle renferme les nerfs qui s'y trou- 
vent fevils , couchés les i^ns fur les autres en 



DE Physiologie. 127 

forme de troufiTeau. On n'a pas encore rien dit 
de lafaçon dont ellefe prolonge aveclesnerfs. 
CCCLXXVI.EnfinJa dure mère de la moelle 
épiniere continue avec ceiie du cerveau , envi- 
ronne l'arachnoïde, ëc defcend également juf- 
qu a i'extrêmité de i^os facriim. La gaine 
qu'elle forme efl plus ample dans fon com- 
mencement, vers la fin du col &: vers les lom- 
bes j & plus petite le long du dos , &c s'atta- 
chant par pluûeurs filamens à l'os facrum , elle 
fe termine en un petit cône. Cette membrane 
enveloppe encore les nerfs à leur fortie , ôc 
paroît former avec eux un ganglion dur , 
ovale, rougeâtre. Un ligament dentelé, fitué 
en dedans entre les intervalles de tous hs 
nerfs , eft adhérent à cette portion de la dure 
mère ; il tire fon origine du crâne , proche le 
trou de la neuvième paire de nerfs , Ôc unit 
jufqu à la fin , par fes productions triangulai- 
res, l'arachnoïde avec la dure-mere dans cha- 
que intervalle des nerfs , entre les troulTeaux 
antérieurs & poftérieurs jufqu'au bas. La dure- 
mere efl: enduite extérieurement d'une ma- 
tière grafTe , & la membrane qui tapifTe itité- 
rieurement les vertèbres , &c les vertèbres mê- 
mes font tellement adaptées pour former le 
canal , que la moelle épiniere ne peut être 
comprimée dans aucune flexion de l'épine. 

CCCLXXVIL Les fibres de la moelle épi- 
niere font très-difl:inâ:es dans les hydropiques 
& dans les animaux. Elles partent de toute la 
partie plane antérieure & poftérieure de la 
moelle épiniere, & en général les cordons an- 
térieurs, revêtus par lapie-mere, convergenj; 

K vj 



%1$ . È L É M E N s 

ordinairement en forme de rayons , pour for- 
mer un plus gros cordon , auquel s'unit un 
autre cordon formé de même par les filets 
,poil:érieurs, ôc fe réunir en un nerf qui fort par 
l'orifice de la membrane de ladure-mere entre 
deux vertèbres. Les nerfs vertébraux font au 
nombre de trente paires. Ceux qui fortent par 
les vertèbres du col font courts ôc aflTez forts , 
&: fur-tout ceux qui fortent des trous infé- 
rieurs j les nerfs dorfaux font petits ; les nerfs 
lombaires font plus gros , de même que les 
premières paires facrées , dont les dernières 
îônt les plus petites. Les nerfs lombaires &c fa- 
crés font les plus longs , puifqu'ils prennent 
leur origine vers le dos ; enveloppés par la pie- 
mere, accompagnés par les artères , renfermés 
par l'arachnoïde , ils forment un troufTeau 
qu'on appelle vulgairement la. queue de che- 
val, ^ 

CCCLXXVIIL Ces nerfs fe diftribuen^ 
dans tomes les parties du corps d'une façon 
très- compliquée , dans le détail de laquelle 
nous n'entrerons pas' ici. Nous ne pouvons ce- 
pendant paiïer fous filence que tous les nerfs 
vertébraux , fi. on en excepte un ou deux du 
col, fedivifent, à leur fortie des vertèbres, 
en tronc poftérieur de en antérieur j que le 
poftérieur fe diftrîbue uniquement aux muf- 
cles , & que l'antérieur produit un rameau qui 
s'unit avec fes afTociés Se avec un petit ram.eau 
produit par la fixiéme paire du cerveau , pour 
former un des principaux nerfs du corps , qui 
eft uni prefque avec tous les autres nerfs , ôc 
qui fe diftribue au coeur ôc à tous les vifceres 



DE Physiologie. 22,9 

dtt bas-ventre. Ce nerf a autant de ganglions , 
qu'il. reçoit de rameaux de la moelle, fi on ex- 
cepte les endroits où plufieurs de ces rameaux 
fe réunifTent en -an feul ganglion. Il corhmu- 
nique diverfement avec les nerfs cruraux, bra- 
chiaux, diaphragmatiques , avec la paire vague 
&Ia neuvième paire. Le fécond nerf principal, 
c'eft la huitième paire ou la paire vague ; elle 
vient du cerveau , Se s'unit au bas du col, dans 
la poitrine & dans le bas-ventre , avec Tinter- 
coftal ; elle fort du crâne , compofée de trois 
cordons , dont le plus grand fe diftribue au la- 
rynx , au golier , au plexus même du cœur, 
XCIV, Se jette des rameaux au poumon , à 
l'œfophage , à l'eftomac , au foie. Le troifiéme 
eft lenerf diaphragmatique, formé par la plu- 
part des nerfs cervicaux inférieurs , par lés bra- 
chiaux , Se quelquefois par un rameau de-la 
neuvième paire ; il defcend le long du péricar- 
de , & fe diftribue à la face fupérieure du dia- 
phragme ; le grand plexus du nerf intercoftal 
en fournit à la face inférieure. Le nerf accef- 
foire vient des branches poftérieures des lix ou 
fept paires cervicales, &de la moelle allongée 
par plufieurs racines , Se s'approche de la hui- 
tième paire. Il rétrograde dans le crâne , Se pa- 
roît établir quelque fympathie entre la huitième 
paire Se la moelle épiniere. Enfin les nerfs des 
extrémités forment dès leur origine des plexus ; 
ils font plus durs à caufe de leur longueur , Se 
beaucoup plus grands que dans les vifceres. 
Ceux de l'extrémité fupérieure font produits 
par les quatre paires cervicales inférieures Se 
la première dorfale 5 les nerfs de rextrèmitc 



130 É L É M 1 M s 

inférieure font prodiiks par les nerfs lombai- 
res & les faci'cs. 

CCCLXXIX. Les nerfs fe ramifient de mê- 
me que les vaiiïeaux , fe divifenc à angle aigu , 
fôuvent fenfiblemenr rétrograde, deviennent 
peu à peu plus mois Se plus petits j &c leur ter- 
minaifon, que l'on voit rarement, paroît fimc 
en pulpe , après avoir quitté les gaines qui les 
environnoient , comme on le remarque dans 
le nerf optique. Ladiredionde leurs filets con- 
tinus depuis le cerveau eft telle qu'ils ne fe 
fendent jamais , lorfqu'ils fe divifent ; mais , 
étant unis par un tilTu cellulaire , ils s'éloi- 
gnent feulement l'un de l'autre. Les vices parti- 
culiers de certaines parties , occafionnés par 
ceux du Cerveau , en font des preuves : telles 
font l'aphonie , la furdité^ la privation de la 
parole , les parai yfies de chaque mufcle. Réu- 
nis par le tilfu cellulaire avec les parties voisi- 
nes 5 prefquè fans élafticité , ils ne fe retirent 
point j lorfqu'on les a coupés ; mais leurs en- 
veloppes contractées en font fortir la moelle. 
Un grand nombre fe diftribue dans les muf- 
clés, beaucoup dans la peau ; il y en a peu 
dans les vifceres , & encore moins dans les 
poumons. Ils s*anafiomofent fréquemment eii- 
tr'eux, ainfiqueles vaiiTeauXj&Ton trouve des 
ganglions fur-tout dans le concours des rameaux 
qui fortent de différens troncs ; ces ganglions 
font des tumeurs nerveufes , dures , le plus 
fouvent vafculâires , renfermées dans une 
membrane ferme , dans lefquelles la direction 
des filets nerveux eil internpmpue- Leur ftruç- 
ttire de leur utilité nous o^t été jufqu'ici iucon- 



9E PhYSIOLO&IB. 15 1 

unes. Les nerfs des fens ne font pas Us feuis 
dans lefqueisces tumeurs ne s'obfeivent point; 
car il ne s'en trouve point dans la huitième 
paire ^ dans le nerf diaphragmatique, dans les 
nerfs des extrémités , & elles font particulières 
aux nerfs de l'ipine , & à l'intercoflal qui efl 
véritablement un nerf de l'épiac, & à la cin- 
quième paire. 

CCCLXXX. Voici à peu près ce que Tana- 
tomie nous apprend fur le cerveau & fur les 
nerfs. Il nous reilie à développer leurs utilités 
phyfiologiques. Tout nerf irrité , par quelque 
caufe que ce foit, occafionne une douleur très- 
aigtië; & il cette caufe agit fortement , les maf- 
cles, dans lefquels les nerfs fediftribuent, font 
agités fur le champ d'un mouvement convul:- 
fif 5 dont la violence furpalTe celle des mouve- 
mens naturels , de que la volonté même ne 
fçauroit arrêter. Ces mouvemens convuKifs 
s'obfervent même après la mort ^ mais, peu dé 
tems après, dans les autres mufcles Se dans le 
cœur les mufcles tombent en paralyfie, & de- 
viennent pour l'ordinaire maigres peu à peu, 
lorfqu on a coupé les nerfs qui s'y rendenn Si 
un nerf préfidoit à quelque fens , ce fens fe 
perd, ce nerf étant comprimé ou coupé ; mais 
auffi-tôt que le nerf eft délié ôc remis en liber- 
té, les mufcles recouvrent leurs forces, à moms 
qu'on n'ait offenfé le nerf dans la ligature.Tous 
ces effets ont lieu, de manière que les parties 
les plus éloignées du cerveau foufFrent de la lé- 
fion du nerf, fans que les plus proches en 
foient altérées , à moins que l'irritation n'ait 
ctc énorme. Gn a fait ces expériences fur le 



1^1 E L É M E N s 

nerf récurrent , far la huitième paire, fur le 
nerf diaphragmatique , fur les nerfs des extré- 
mités 5 fur la troifiéme branche de la cinquiè- 
me paire qui fe diftiibue à la mâchoire infé- 
rieure , ôc fur d'^autres nerfs. 

CCCLXXXL Lorfque la moelle du cer- 
veau eft tiraillée ou irritée , de cruelles con- 
vulfions fur viennent par tout le corps fans ex- 
ception,quelle que puilTe être la partie irritée; 
Se il n'y a aucune prérogative pour le cerveau , 
le cervelet, ou le corps calleux. Il arrive la 
même chofe, lorfquon irrite la moelle épinie- 
re. Lorfque le cerveau eft comprimé, dans 
quelqu'endroit qu'il le foit, la partie du corps, 
qui reçoit des nerfs de celle du cerveau, qui 
eft comprimée, fe trouve privée de mouve • 
ment 6c de fenriment : c'eft ce que font voir 
Iqs obfervations faites , à l'occafion d'un vice 
particulier , dans des parties déterminées du 
cerveau , dans lefquelles l'origine des nerfs 
étant comprimée, comme celle des nerfs opti- 
ques, la vue s'eft éteinte , à la fuite d'une ma- 
ladie des oreilles qui a donné lieu a la furdité; 
ou enfin dans lefquelles le mouvement de l'un 
des bras, de la cuiflTe , ou de l'un des côtés du 
pharynx , a celTé. On voir plus évidemment, 
dans les bleffuresde la moelle épiniere, que la 
partie bleflee, d'où les nerfs tirent leur origi- 
ne, entre en convulfion, fi la moelle eft irri- 
tée , & qu'elle devient paralytique, fi- elle eft 
comprimée. Si quelque grande partie du cer- 
veau eft preftee par le fang , par l'eau , par une 
fchire , par un os qui s'y trouve renfermé , ou 
par quelqu'aucre caufe méchanique, les opéra- 



DE Physiologie. 255 

rions de lame font viciées ; on tombe dans le 
délire, le vertige , la manie , la ftupidité, ou 
un aiïbupiiïement mortel.Toutes ces maladies 
difparoifTentj lorfque la comprefîion n'a plus 
lieu. Enfin, la moelle épiniere étant bleffée au 
col , la mort s'enfuit imniédiatement , parce 
que c'eft dans cet endroit que Icsjierfs du cœur 
tirent leur origine , LXXXI. 

CCCLXXXII. Celapofé, il ne paroît pas 
qu'on puifiTe douter que ce ne foi t dans le cer- 
veau, dans le cervelet & dans la moelle épinie- 
re, qui lui font unis, que réfide la caufe de 
tous les mouvemens du corps, 6c que de - là 
elle s'étend dans tous les mufcles ôc dans tou- 
tes les parties du corps humain par le moyen 
àes nerfs ; en effet la caufe du mouvement ne 
fubfîfte pas dans chaque partie , puifqu'après 
la deftrudion du cerveau elle fubfiftéroit en- 
core ; elle ne s'augmenteroit pas' par l'irrita- 
tion du cerveau , Se ne languiroit pas dans la 
comprefîion de ce vifcere. 

CCCLXXXIII. On voit clairement que 
toutes les fen Tarions font caufées par l'impref- 
fion de lobjet fenfible fur un nerf quelconque 
du corps humain , & que cette imprelîion , par- 
venant par le même nerf au cerveau, eft ré- 
préfentée enfin à l'ame, lorfqu'elle touche le 
cerveau. Il eft conféquemment faux que l'ame 
ne fente immédiatement que par' les organes 
des fenfations, & par le moyen des ram.eaux 
des nerfs. Les douleurs , qui fubfiftent après 
l'amputation d'un membre , l'interruption to- 
tale de la douleur par la compreifion du nerf j> 



1^4 E L E M E N^ 5 

les vices des fens par les maladies du cerveau, 
s*oppofent a ce fentimenté 

CCCLXXXIV. L'ame habite - r - elle une 
place principale dans le cerveau , qui foit l'o- 
rigine de tous les mouvemens & la fin de tou- 
tes les fenfations ? Eft- elle dans le corps cal* 
leux? Cela peut -il fe démontrer par les hlef- 
fures faites dans cette partie , pour faire mou- 
rir les animaux le plus vigoureux , auflî bien 
que par les triftes effets des maladies de ce 
corps? Ge corps a-t-il aflfez de connexion avec 
les nerfs ? Y a-t-il des obfervations qui confta- 
tent que ce foit de ce corps que la cinquième , 
la feptiéme , ou quelqu autre paire de nerfs , 
lire fon origine? Les bleffure^ de la moelle 
épiniere produifent- elles àcs effets aufïî mor- 
tels ou de plus grands ? On ne peut néanmoins 
dire qu'elle eft le fiége de l'ame , puifque , 
lorfqu elle efl comprimée ou détruite , elle 
n'empêche pas l'homme de vivre, fans que fon 
efprit foit altéré dans fes fondrions. Lts oi- 
feaux dans lefquels il n'y a point de corps cal- 
leux , les blefiTures de ce corps pas plus funef" 
tes que celles d'une autre partie du cerveau^ 
iimblent prouver le contraire. 

CCCLXXXV. L'ame a t- elle fon fiége par- 
tout, dans le principe de chaque nerf, de forte 
que les principes de tous les nerfs réunis faf- 
fent un véritable Sensorium commun ? luts 
fenfations de l'ame s'y repréfentent- elles ? & 
eft-ce la que les mouvemens volontaires ou 
néceffaires ont leur origine? Cela paroît très- 
probable. En effet ^ il ne paroît p#6 que i'ofir 



DE Ph Y S I Ô L €> ê I i. 25^ J 

^Ine du mouvement puilîe être au - defTous de 
rorigine des nerfs , car il y aiiroit quelque par- 
tie du nerf qui feroit inutile , étant immobile 
ou infeniible, quoiqu'elle fut fembîable au 
refte du nerf ; on ne peut non plus met- 
tre Forigine du mouvement dans Tartere, 
CCCLXXXII5 puifque l'artère n'a aucun (qï!- 
timent ni mouvement volontaire. Refte donc 
que le fiége de l'ame foit dans le principe des 
nerfs. 

CCCLXXXVI. Il s'agit préfentement de 
rendre raifon pourquoi les nerfs font les or- 
ganes des fens & des mouvemens ; mais com- 
xne la caufe en eft cachée daiis les plus petits 
clcmens de la fibre médullaire , elle paroit être 
au-delTus de la fphere des fens & de la raifon; 
tâchons néanmoins de la développer par le« 
expériences , autant qu'il eft poffible. On dé- 
montre d'abord que les nerfs fortent de la 
moelle du cerveau , puifque cela eft très-ma- 
oiifefte par l'exemple de tous les nerfs du cer- 
veau 5 fur-tout des olfaéfcifs , des optiques , de 
la quatrième Se feptiéme paire, qui font pure- 
ment compofés d'une fubftance médullaire , 
dans un long trajet , avant que d'être revêtus 
de la pie-mere* 

CCCLXXXVII. Il faut donc chercher <:e 
que c'eft que la moelle. Une infinité d'exem- 
ples démontrent qu'elle eft fibreufe 5 ou faite 
de filets parallèles q«i fe foutiennent félon 
Jeur longueur , fur-tout le corps calleux , les 
corps cannelés, les couches des nerfs optiques, 
la moelle cpiniere , & enfin le cerveau des 
poiirons. On prouve encore très- évidemmei^ 



15^ Élémens 

par l'exemple de la feptiéme , quatrième , 
cinquième paire de nerfs , que les fibres du 
cerveau fe continuent fibres nerveufes , Se s'é- 
tendent en ne formant qu'un feul corps con- 
tinu. 

CCCLXXXVIII. C'eft fur la nature de cette 
fibre , qui compofe avec des femblabies la 
moelle &c les nerfs , que roule toute la difpute. 
Plufîeurs des modernes ont penfé que cette 
fibre étoit folide , &c qu'elle n'eft arrofée que 
tpar une vapeur qui s'exhale dans le tiffu celiu- 
iulaire qui environne chaque fibre nerveufe. 

CCCLXXXIX. De fortes raifons ne per- 
mettent pas d'embraflTer ce fentiment. La fubf- 
tance corticale du cerveau eft par-tout vafcu- 
laire ; continue à la fubftance médullaire, elle 
lui elt fî adhérente qu'il n'eft pas polîible de 
Ten féparer; & cette union eft fi évidentp, 
que perfonne n'en peut douter. De plus , ilfe 
diftribue une grande quantité de fang dans la 
fubftance corticale du cerveau,CCGXL ; enfin 
la fubftance corticale ôc médullaire croît en 
même proportion 'dans toutes leurs dimen- 
fions. Tout ceci bien exammé, je conclus que 
les vaifteaux de la fubftance corticale , dont 
elle eft toute compôfée , font continus aux 
filets de la fubftance médullaire^ defquels elle 
eft auflî entièrement compôfée , Se qu'ils ne 
font pas fi folides , puifqu'en fuppofant cette 
ftrudture , une grande quantité de la liqueur 
portée à la fubftance- corticale par les carotides 
ôc les vertébrales , deviendroit iîlutile , étant 
repouflee par un.e moelle folide. Enfin , l'ac- 
croiftement analogue de la fubftance corticale 



DE Physiologie. t^y 

& de la méduliaire fuppofe manifeftemenc 
une caufe commune ; en effet , c'eft cette plus 
grande force du cœur , CCLIX , qui rend les 
vaifTeaux fanguins plus longs. Refte donc qiae 
la fubftance médullaire foit auflî compofée de 
vaiiïeaux qui foient étendus par la même im- 
pulfion du cœur. 

CCCXC. Les phénomènes des nerfs blelTés 
s'oppofent auffi à la folidité des fibres nerveu- 
{qs y car fi un nerf irrité eft ébranlé , ôc que 
cela fe falïe de même que dans une corde élas- 
tique qui tremble fî on la touche, il faut que 
le nerf foit compofé de fibres dures , attachées 
à des corps folides par les extrémités, & ten- 
dues , puifqu il ne peut fe faire que des cordes 
molles 5 Se qui ne font pas tendues , ou qui 
n'ont pas de fermeté, tremblent. Mais les nerfs 
font tous médullaires dans leur principe, très- 
mois ôc très-éioignés de toute tenfion : lorf-* 
qu'ils paflent par des canaux qui les mettent à 
l'abri de toute preffion, ils reftent mois & fans 
membranes, comme on l'obferve à l'intercoftal 
êc à la féconde branche de la cinquième paire ; 
quelques-uns mêmes font toujours mois dans 
route leur longueur : tels font le nerf olfadif 
de la portion molle du nerf auditif, qui de- 
yroit être fufceptible de vibration , parce que 
le fon fe tranfmet par ce moyen. De plus , quel- 
que durs que foient les nerfs, ils s'amolliffent 
dans les vifceres , dans les mufcles , dans les 
organes des fens , avant qu'ils s'acquittent de 
leurs fondions. C'eft pourquoi les fibres ner- 
veufes , qui ne font tendues ni dans leur ori- 
gine 5 ni dans leur fin , ne peuvent être capa- 



23 s Élemens 

blés de vibrations élaftiques ; & il n'eft point 
de cas particuliers dans lefquels on les en 
puifTe croire fafceptibles , parce que dans une 
grande partie de leur route , ils font étroire- 
lîient liés par le tilTu cellulaire avec les parties 
dures : tels font , par exemple , les nerfs da 
cœur , qui font affermis fur les grandes artères 
èc fur le péricarde. Enfin , l'expérience faite 
fiir un nerf 5 qui, quoique coupé, ne devient 
pas plus court , & dont les deux parties fépa- 
rées ne fe retirent pas chacune vers leurs ex- 
trémités , mais qui au contraire font un peu 
plus longues , à caufe que le nerf eft lâche , & 
qu il laiffe échapper la moelle en forme de 
tubercule , 4)rouve bien que les nerfs font fans 
ëlafticité \ la moelle très - molle du cerveau , 
tous les phénomènes de la douleur & de la 
convulfion dépendant des nerfs , ne peuvent 
cocore laifTerfoup^onner leur tenfion. 

CCCXCI. Ajoutez préfentement que la 
forç€ d'un nerf irrité ne fe propage jamais en 
haut , & que les mufcles, qui fon^t au - delTus 
de l'endroit irrité , ne tombent jamais en con- 
vulfion , quoique le trône de la corde nerveufe 
y foit plus ferme. Cela eft entièrement con- 
traire à la nature élaftique \ car une corde pin- 
cée fait également les vibrations depuis le lieu 
où elle a été touchée , jufqu'à (es extrémités. 
Ainfi il devient probable qu'il y a un liquide 
qui defcend du cerveau dans les nerfs, & coule 
jufqu'aux extrémités , & dont le mouvement , 
accéléré par l'irritation , agit uniquement fé- 
lon la diredion de fon écoulement, & qu il ne 
peut tranfmettre vers le h^ut les convulfions , 



DE Physiologie. 25^ 

puifqu'une autre portion du mcnie fluide , qui 
vient du cerveau, s'y oppofe. 

CCCXCII. Je penfe qu'il eft prefque cer- 
tain que les fibrilles nerveufes font creufes , 
& qu'elles n'exercent pas leurs fondions aa 
moyen de leur élafticité , mais par le mouve- 
ment du liquide qu elles renferment. La peti- 
tefle des tuyaux , qui ne peuvent même être 
apperçus à travers le microfcope , ne fait rien 
contre cette expérience. Le défaut de forma- 
lion d'une tumeur dans un nerf qu'on a lié , 
n'eft pas afîiz confirmé ; & de femblables 
preuves , qui démontrent la foiblefle de nos 
lens 5 ne détruifent pas la véritable exiftence 
des efp ri ts animaux. 

CCCXCIII. Mais on ne fçait point quelle 
cft la nature de ce liquide. Les uns en effet , 
fur-tout les modernes , prétendent qu'il eft 
très-dur , élaftique , éthéré , enfin électrique. 
D'autres penfent que ce fuc eft aqueux , in- 
compreffible , cependant albumineux. Je ne 
diffimulerai point que j'ai plufieurs raifons qui 
m'engagent à n'admettre aucune de ces opi- 
nions. La matière éledtrique eft â la vérité très- 
puifTante & très -propre à exciter le mouve- 
ment; mais elle n'eft pas retenue par les nerfs ; 
lorsqu'on la communique, elle pénètre même 
tout l'animal , & diftribue fa puiftance aufîî 
bien aux chairs qu'a la graiffe & aux nerfs. Il 
n'eft que les nerfs dans l'animal vivant , ou les 
parties dans lefquelles ils fe diftribuent , qui 
trémoaHent , lorfqu'elles font irritées. Il faut 
donc que le liquide, qui coule dan.s les nerfs. 



t,^0 É L E M E N s 

foit tel , qu'il puilTe êcre contenu dans les 
tuyaux qui forment ces nerfs. 

CCCXCIV. La nature aqueufe & albumi- 
neufe eft commune à piufieiirs cle nos hu- 
meurs , èc on pourroit facilement la regarder 
comme faifant partie du fuc qui coule dans les 
nerfs , à l'exemple de l'eau quî s'exhale dans 
les ventricules du cerveau , qui eft produite 
par les mêmes vaiiTeaux , de la liqueur gélati- 
neufe qui s'écoule des cerveaux difféqués d^s 
poifTons , Se des grands nerfs des animaux , de 
la tumeur qui fe forme dans les nerfs après 
leur ligature. Mais cette qualité fuffit- elle pour 
expliquer les forces étonnantes des nerfs en 
convuhlon j comme le font voir les difTedtions 
des animaux vivans ; même des plus petits , 
ôc les forces qu'ont les maniaques Se les hyfte- 
riques ? L'exemple hydroftatique , tiré des 
tuyaux capillaires , peut - il confirmer ceci ? 
Cet exemple peut fervir à expliquer la force 
de l'adion du fluide nerveux ; mais la vîtelTe , 
avec laquelle il agit , réfute les indudions 
qu'on pourroit en tirer. 

CCCXCV. C'eft pourquoi en général il pâ- 
roît certain qu'il fe prépare quelque liquide 
dans des vailTeaux de la fubftance corticale, 
dans les tuyaux creu^: de la fubftance médul- 
laire ; que ce fuc s'écoule dans les conduits 
nerveux. Se que poufte jufqu'aux extrémités 
des nerfs y il eft laxaufe de l'irritation donc le 
nerf eft plus fufceptible que toutes les autres 
parties du corps humain , Se il le rend l'organe 
unique ou principal du featimenc & du mou- 
vement. 



t> I Physiologie; 141 

Vement. Mais la nature de ce liquide n'eft pas 
encore connue ; néanmoins la nature du fang 
porté au cerveau , CCCXLII. les phénomènes? 
qui montrent que la ténuité donne plus d'éner- 
gie aux corps , fuivant les obfervations de 
Newton, prouvent que ce fuc eft très-mobile. 
On doit bien le diftinguer de la liqueur vif- 
queufe ôc viiible des vaifTeaux qui s'exhalte 
dans les intervalles des cordons nerveux. 

CCCXCVI. Que devient le fuc nerveux^' 
qui doit s'engendrer en grande abondance 
de là quantité du fang porté avec vîtefTe 
Vers le cerveau , fi on compare cette fécré- 
tion avec la fécrétion abondante du fang qui 
coule plus lentement dans un endroit plus 
éloigné du cœur par la petite artère émul- 
gente 5 ou la méfenrerique ? Il eft aflez pro* 
table iqu'il s'exhale par les nerfs cutanés. Plu- 
sieurs ont prétendu qu'il s'exhaloit dans les 
cavités différentes du corps , dans l'eftomac 
ôc dans les inteftins. Il ne peutguères fe faire 
qu'il revienne dans les veines fanguines , a 
rhoins que Ton ne fuppofe de très -petites 
y-eines qui fe rendent lentement dans les gran- 
des ; il neréptignepas non plus qu'il foit ré- 
ppmpé de ces cavités. Revient-il dans le cer- 
veau, de forte qu'il y ait dans le même cordon 
de nerfs des filets qui rapportent les efprits 
au cerveau? Eft -ce là d'où dépendent ley 
fenfations ? 

CCCXCVII. A quoi bon tant d*éminence$ 

.'différentes dans le cerveau ? Pour: quelle fin. 

les ventricules, les nates , les teftes, la diftinc^ 

tion du cerveau d'avec le cervelet, de tant de 

cordes tranfverfes qui comrauniquent d'une 

Pan,/ i 



14i E L E M E N s 

partie du cerveau, du cervelet > de la moelle 
cpiniere , à celle qui eft oppofée ? 

CCCXCVIII. La diftindion nécefTaiie des 
parties pour de grands ufages paroît avoir 
Fait la néceffité des ventricules. Pour que les 
corps cannelés & les couches des nerfs opti- 
ques retindent la moelle féparée, il a fallu né- 
celTairement qu'il fe trouvât entre ces cminen- 
ces une vapeur qui empêchât leur réunion ; 
c'eft par la même raifon qu'il s'en fépare dans 
les cavités du cerveau & du cervelet. Peut- 
être audi que la néceflité d'entretenir une cha- 
leur dans l'épaifTeur de la moelle a rendu né- 
ceiïâire la cavité par laquelle les artères ferrées 
les unes entre les autres puifTent entrer en 
grand nombre. 

CCCXCIX. Nous ignorons rutilité de la 
plupart des tubercules , & il n eft que les ma- 
ladies & les expériences anatomiques faites 
fur des animaux femblables à l'homme qui 
puiiTent nous en inftruire , mais il n'y a pas 
grande efpérance j les parties font petites , 
profondes, ôc ne peuvent prefque jamais être 
blelTées iàns danger. Sont- ce la autant d'en- 
droits diftindts pour les idées ? Les couches 
des nerfs optiques en fournifTent-elles un 
exem.ple ? Mais la plupart de ces éminences 
ne produifent aucuns nerfs. 

CD. Les cannelures & les conduits inter- 
nes paroiffent établir quelque communicatioix 
des mouvpmens avec les fenfations. Quelques- 
uns joignait le cerveau avec le cervelet ; d'au- 
tres la moVlle épiniere avec les nerfs du cer- 
veau, coiniia^ raçceflbire *, la plupart uniflctit 



DE Physiologie. 245 

les parties qui fe crouvent à droite , & celles 
qui font à gauciie , à l'exemple de la commif- 
iure antérieure , CCCLXIIL de la poftérieure 
double, CCCLXV. du corps calleux,CCCLXI , 
des filets étendus entre les éminences du cer- 
velet aux teftés,CCCLX VIII, des bandes mé- 
dullaires du troifîéme ventricule à la moelle 
allongée & épiniere , CCCLXIX j en effet , 
cela paroîc expliquer pourquoi , comme le 
prouvent une infinité d'exemples , la partie 
droite du cerveau étant blelTée , les nerfs du 
côté gauche fe font plutôt afFaifsés, & au con- 
traire ; la nature d'ailleurs paroît avoir , par 
ce moyen , fait enforte que quelque partie du 
cerveau qui fût blefsée , le nerf qui en fore 
ne cefsât p^s toujours d'exercer les fondions , 
puifque fi le nerf eft compofé de fibres qui 
viennent de l'un Se l'autre hémifplieres du 
cerveau , ce nerf peut encore , malgré la 
deftrudlion des fibres de fon côté , s'acquitter 
d'une partie de fes fondions au moyen des 
filets qui lui viennent de l'autre côté. Aulîi 
avons-nous une infinité d'exemples de blef- 
fures du cerveau , & même de deftruâioa 
d'une grande partie du cerveau , fans que cela 
ait caufé aucun dommage confiant dans aucut> 
nerf, & fans qu'aucune des fondions de l'ame 
en ait paru altérée. La nécefllté a encore pro- 
duit beaucoup de ftries plus déliées, des appa- 
rences de nerfs , des tubercules , ainfi que la 
pulfation des vaiffeaux voifins &c la configura- 
tion des parties adjacentes. 
CDI. Les départemens des fondions vitales &: 
animales font-ils diftingués l'un de l'autre ? L« 



144 É L i M E N s 

cervelet produit-il les nerfs du cœur Se les au- 
tres nerfs vitaux ? le cerveau, les nerfs desfens 
Se ceux qui fe diftribuent aux organes du mou- 
vement volontaire ? L'anatomie ne s'accorde 
pas avec cet élégant fyftême. La cinquième 
paire de nerh vient évidemment du cervelet j 
or ce neuf fe diftribue à la langue , aux muf- 
clcs pterygoïdiens , aux buccinateurs , aux 
temporaux , aux frontaux, à l'oreille, à l'œil, au 
nez , ôc toutes ces parties font tout à la fois ôc 
fRues volontairement Se deftinées aux fenfa^ 
rions. De plus le même nerf, comme la hui- 
tième paire , donne des rameaux au cœur Sc 
au poumon qui font deftinés à ces fondions 
vitales , au larynx qui fert à des fondions ani- 
males Se volontaires. Se à l'eftomac pour le 
fentiment ; enfin il n'eft pas vrai que les vices 
du cervelet caufent une mort fî certaine Se (î 
fubite. Car il eft conftaté par certaines ex- 
périences , Se même par les nôtres , que le 
cervelet a fupporté des blefsures Se des 
fchirres fans qu'il en ait coûté la vie ; Se il ne 
ditfére du cerveau jque parce qu il eft plus mol 
Se plus tendre. Pourquoi le cerveau paroît-il 
infen(ible,ôc pourquoi fa prelîion n'étend-elle 
pas fes effets jufqu'à l'ame ? Cela vient fans 
doute de ce que tout fentiment parvient à 
l'ame par la moelle du cerveau, Se que cette 
dernière étant comprimée Se embarrafsée , il 
ne peut y avoir aucune perception de ce fen- 
timent. 

CDU. S'il n y a dans ççttehypoïhàfç auçq^ 



DE Physiologie. i^4f 

folidité 5 quelle eft donc la caufe du mouve- 
ment perpétuel du cœur ôc des inteftins, au 
mouvement defquels la volonté ne paroît pas 
concourir , ôc qu'elle ne peut même fufpen- 
lire ? Pourquoi dans l'apoplexie le cœur fe 
meut-il toujours , après la deftrudion du fyf- 
îême duquel tous les mouvemens volontaires 
ôc toutes les feafations dépendent ? La caufe 
€n eft Cl fimple , que c'eft peut-être pour cela 
qu'on ne l'a pas foupçonnée. Les organes qui 
font toujours prêts au mouvement , très-fui- 
ceptibles d'irritabilité, & enfin qui font tou- 
jours irritées 5 font continuellement en adion. 
Le cœur eft continuellement agacé par k fang 
veineux qu'il poufte lui-même, CXILCXIIL 
CXIV. il eft propre à un mouvement rrès- 
conftant , même après la mort , par la folidité 
de Cqs fibres charnues ôc leur figure réticu- 
îaîre , qui lui donnent une force confidérable j 
il eft en conféquence très- mobile Se fur- tout 
irritable par les expériences^ LXXXVIL Leé 
inteftins eux-mêmes font très-fenfibles , ôc 
comme nous dirons ailleurs , ils font nerveux 
Se propres à fe contrader a caufe de leurs fi- 
bres circulaires , comme on le voit dans toutes 
les parties dans lefquelles on obferve cette 
ferie de fibres ; ils font prefque toujours irri- 
tés par le chyle & par l'air qui fe raréfie dans 
leur cavité, par la bile que le foie y envoyé , 
& par les excrémens. Nous avons parlé ail- 
leurs de la refpiration ; je ne vois pas qu'on 
puifte expliquer fon mouvement alternatif, 
fi ce n'eft par une inquiétude qui fuit l'infpi- 
ration ôc l'expiration, ce qui fait fentir la 

L iij 



146" É L É ?vf 1 14 s 

méceflîté du pafTage fucceiFif de Tune à l'autre, 
CCLXXVI. & CGC. 

CDIII. Nous avons dit que les nerfs étoient 
les organes des fens ôc du mouvement. J'ai 
jugé à propos d'expliquer d'abord le mouve- 
ment qui eft le plus funple , uniforme & le plus 
confiant, puifqu'il a exifté dans le fœtus avant 
la plupart des fens. 



iMign—aBaipMiM^— — na^g^—— BMi^—— jMi|P 



CHAPITRE XIII. 

Du Mouvement mufculaire. 

' Vj N appelle Fibres mufculaircs dan$ 
k corps humain des rroufTeux de filets rou- 
ges 5 par le moyen defquels tout le mou- 
vement fe fait. Lorfque piufîeurs fibres , fur- 
tout celles qui font plus fenfiblement rouges 
font réunies, on les nomme alors Muscle. La 
/implicite de leur ftrudlure a fait qu'on n'a pu 
démêler comment des chairs molles & déliées 
pouvoient produire les plus grands & les plus 
forts mouvemens dans l'homme , & fur-touc 
dans les infe6tes à coquille. 

CDV. On remarque ^ans toute forte de 
jrjufcles des fibres longues, grêles , molles , 
qui ont quelqu'élafticité , en général prefque 
toujours parallèles , environnées de beaucoup 
de tilTu cellulaire & réunies par paquets. Ces 
paquets liés & enveloppés par un tifTu plus 
lâche ôc ordinairement gras , forment de plus 



DE Physioloôîe. 14f 

gros troufTeaux qui font de même féparés 
par le tiflTu cellulaire ôc par des cloifons mem- 
braneufes, jufquà ce qu'enfin plufieurs pa- 
quets ou parallèles ou inclinés, environnés pat 
im tilTu cellulaire, mince &c continu avec les 
cloifons ôc féparés des chairs & voifines par un. 
tiffu cellulaire un peu plus épais , iie forment 
plus qu'un feul mufcle. On reconnoît dans 
chaque fibre vifible une fuite de filets qui 
s'uniifant avec leurs femblables par leurs ex- 
trémités contournées , forment une fibre plus 
confidérable. 

CDVI. La plupart des 'mufcles , fur-tout 
ceux qui font attachés ai;x os , Ôc tous ceux 
qui font prefTés par d'autres forts mufcles au- 
delfous defquels ils font placés , font compo- 
fés de plus d'un genre de fibres ; en effet les 
fibres charnues, CDVI. en fe réunilTant , for- 
ment ordinairement dans le milieu du mufcle 
répailfeur , qu'on appelle ventre ; elles dégé- 
nèrent infenublement dans \qs extrémités du 
mufcle , elles y deviennent grêles & dures ; 
elles y perdent leur couleur rouge & elles y 
paroilTent d un blanc éblouiffant \ placées plus 
près les unes des autres, elles font réunies par 
un tifTu cellulaire, rare accourt, & colorées par 
une petite quantité de petits vaifTeaux ; elles 
font indolentes , difficilement irritables, & font 
appellées tendon , ^ elles font réunies en un 
paquet rond & étroit \ mais on les nomme 
aponévrofes , fi elles forment par leur réunion 
une furface plane & ample. La comparaifoii 
du fœtus dans lequel on trouve peu de tendons 
avec l'enfant plus avancé en âge dans lequel 

L iv 



Î4S" ' É L E M E N s 

on en remarque beaucoup plus , Se enfin avee 
l'adulte ôc les vieillards dans lefquels on en 
obferve un très-grand nombre , fak voir que 
les fibres charnues deviennent véritablement 
tendineufes. Les mufcles qui ne font point at- 
tachés aux os , n'ont pas ordinairement de 
tendons , tels font le cœur , les fphinders &c 
membranes mufculaires des vifceres &c àes 
vaifTeaux. Ils fe terminent par des tendons 
longs dans leur extrémité la plus mobile Se 
furtout lorfqu'ils fe portent autour des ar*- 
ticulations Se des épiphyfes. On voit claire- 
ment dans les fœtus que les mufcles ne font 
attachés qu'au périofte ; mais dans l'adulte 
le périofte étant intimement uni aux os» 
les mufcles confondus avec le périofte s'atta- 
chent dans les petites fofïes de l'os même. 

CDVII. Les artères Se les veines fe divifent 
dans le tifiu cellulaire qui environne les muf- 
cles ; ordinairement compagnes Se voifines , 
elles forment des réfeaux dont les filets fe 
eroifent à angle droit ; c'eft là la fource de la 
vapeur Se de la grâiffe répandue dans le tiiTu 
cellulaire mince Se épais ^ c'eft par elles qu'elle 
en eft repompée. Des vailTeaux lymphatiques 
parcourent les mufcles de la langue , du col 
Se de la face ; mais on a de la peine à les dé- 
couvrir dans les extrémités. Des nerfs même 
en plus grande quantité qu'ailleurs , Se des 
vai (féaux fe diftribuent aulTi dans le tilTu cel- 
lulaire des mufcles; mai? ces nerfs ayantquitté 
leur enveloppe la plus dure , ils deviennent 
plus mois Se ils difparoiffent avant qu'on les 
puifTe fuivre jufque dans leurs extrêïnités.Ils 



t> E Physiologie. 249 

te rendent par pluïîeiirs endroits en un même 
mufcle j Ôc n'ont point d'entrée particulière : 
on a de la peine à les faire voir dans les ten- 
dons, ôc on n'obferve aucunes fibres nerveufes 
qui environnent ôc relferrent les fibres char- 
nues. Ceux qui les ont décrites n'ont vu que 
les filets du tiiïu cellulaire. 

CDVIII. La ftrudure de la plus petite fibre, 
qui fert d'élément aux mufcles d'ans l'homme 
& dans les animaux , examinée à Taide du 
microfcope , a toujours paru d'une ftrudure 
fembîable à celle des grandes fibres, èc on 
n'a- rien découvert , que des filets très-déliés, 
réunis par le tifiu cellulaire. Ces fibres ne peu- 
vent donc être-fuppofées faites d'une fuite de 
véficules ni de lofanges. Ces fibres font-elles 
creufes ? Sont-elles continues aux artères ? Les 
charnues ne différent-eiles des tendineufes que 
parce qu'étant preflfées , & ayant expulfé lé 
fluide qu'elles contiennent , elles deviennent 
folides ? La petitelîe des fibres moindre que 
hs globules rouges , la blancheur que prend 
le mufcle lorfque le fang en a été ôté en le la- 
vant, ôc les raifons phyfiologiques rapportées, 
CDVIIL démontrent que cela n'eft pas pro- 
bable. ' 

CDIX. Le mufcle fe contra6te naturelle- 
ment en rapprochant fes extrémités versfon 
ventre. Arrêtons-nous à confiderer ce qui' ar- 
rive dans la contraction du niufcle , pour dé- 
duire de fa ftruélure la puiffance qui le mec 
en mouvement. Tout mufcle devient dbne 
dans fa contraction , ôc plus court ôC plus 
gros 5 la contraction varie; dans les uns elleeft 



l]o Ê L É M E N s 

plus petite , dans d'autres plus grande , dan^ 
quelques autres elle tient le milieu, par exem- 
ple dans les fphindersjl'irisje diaphragme, les 
intercoftaux dans lef quels la longueur ne paroît 
pas diminuée d'un tiers, mefure qui vient d'une 
fauCfe hypothèfe.Le mufcle en même tems de- 
vient & plus large & plusdur,&: fe gonfle dans . 
toute la circonférence, comme on le voit dans 
le cœur ôc dans le mafl^eter. Ce mouvement 
s'exécute encore dans l'animal vivant avec une 
rapidité convulfîve , &c les fibres de. concert 
avec les troulTeaux charnus fe contrariant, 
de polies qu'elles étoient fe reflerreht en rides 
ondées , marquées fur les faifceaux charnus 
& fur les fibres élémentaires , de forte que 
tout le mouvement mufculaire paroît confîfter 
dans le raccourcififement des fibres fur f elles- 
mêmes , raccourci (Te ment qui , lorfqu elles fe 
contra<5tent alternativement plus ou* moins , 
ajoute quelque partie de la longueur qu'elles 
ont reçue fupérieurement à la largeur qu elles 
acquièrent dans l'intervalle de deux contrac- 
tions. Ajoutons encore que ces troufleaux char- 
nus font tirés de façon qu'ils forment d'autres 
angles entr'eux & avec les os mis en mouve- 
ment , & que les angles droits font changés 
en inégaux. Mais parmi un grand nombre 
d'expériences, je ne me fuis point apperçu qqe 
les mufcles pâlifTent. Tout le mufcle peut le 
mouvoir , ou feulement quelqu'une de fes par- 
ties; & il fe gonfle, fi par une forc'e extérieure 
on met le membre dans la (ituation dans la- 
quelle le mufcle agir. 
CDX. Or pour découvrir la caufe du mou- 



DE PHYSlt>LOGXl. 251 

Vement mufcukire , obfervons cette fibre mê- 
me dans les cadavres ; nous l'y trouvons fi capa- 
ble de contradion^qu'étai^t fiéchie & abandon- 
née d elle-même, elle fe raccourcit ^ c'eft pour- 
quoi lesmufcles coupés,dans le cadavre m.ême, 
/écartent dans le lieu de la feétion , &que rac- 
courcis, ils laifiententr'eux de l'intervalle. La fi- 
bre mufculaire irritée par le froid, par un inf- 
trument piquant ou par un poifon , fereflerre, 
palpite,agit alternativement,6<: fe relâche. Cet- 
te irritabilité ne fe remarque point dans le tilTu 
cellulaire, ni dans les membranes qui en font 
formées ; elle eft très-foible dans les ligamens 
& dans les tendons ; mais elle eft très-confi- 
dérable dans le cœur,& fur- tout dans les intef- 
tins,enforte qu'ils confervent après la mort leur 
irritabilité plus long-tems que les autres par- 
ties du corps 5 qu'ils l'exercent avec plus de 
force , ,& qu'on peut la leur rendre avec plus 
de facilité. Il faut encore fçavoir qu'ayant ôté 
du corps quelque partie irritable, qu'en ayant 
féparé les nerfs ôc ôté tout commerce avec le 
cerveau , l'irritabilité n'eft pas encore confi- 
dérablement diminuée , fur-tout dans le cœur 
& les inteftins. L'exemple des Polypes Se des 
autres infedes qui n'ont point de cerveau ni 
de nerfs , & cependant font facilement irrités , 
prouvent la grande puifiance de l'irritabilité 
dans la fibre animale ; enfin l'affinité des plan- 
tes , dont beaucoup ouvrent ou refierrent leurs 
fleurs & leurs feuilles,felon le degré de froid ou 
de chaud, & dont quelques unes même qui agif- 
fent très-promptement , fèmblent ne le point 
céder aux animaux , prouve çncore la même 



2.52, Élément 

chofe. Cette force ed abfolument différen-^ 
te de toute autre propriété des corps connue 
jufqu'à préfenti& robfervation en eft nouvelle , 
Elle ne dépend ni du poids, ni de l'attradiion» 
ni de l'étaflicité , puifque elle eft propre à la 
fibre molle , & qu elle difparoît dans la fibre 
qui fe durcir. 

CDXI. Il eft cependant certain par les expé- 
riences 5 CCCLXXX. ôc fuiv. que la caufe de 
mouvement dans le mufcle vient des nerfs ; car 
le nerf feul a la faculté de fentir^ feul il rapporte 
les perceptions à lame , qui n'a aucun empire 
fur une partie, ni qui n'en reçoit aucune percep- 
tion , quand le nerf qui s'y diftribue a été lié,, 
coupé , ou manque entièrement. Car les nerfs 
Se la moelle épiniere étant irrités, même dans 
l'animal mort j le mufcle ou les mufcles qui 
tirent leurs nerfs de ces parties , entrent dans- 
,'de violentes convulfîons. Le nerf de quel- 
que mufcle étant lié ou coupé , ou ayant 
comprimé le lieu de la moelle épiniere ou du 
cerveau d'où vient le nerf , le mufcle aftaiiTé 
languit & ne peut être par aucune force réta- 
bli dans un mouvement femblable au mou- 
anent vital ; la ligature du nerf étant lâchée ,, 
le mufcle recouvre la force qui le met en 
înouvement. Un nerf étant irrité , auftî-tôt 
après fa feéèion , le mufcle auquel il fe dif- 
tribue ^ fe contradle. On en a fait plufieurs 
expériences, fur- tout fur le nerf diaphragmati- 
que 3c le récurrent. 

CDXII. Les artères concourent-eîîes au moti- 
vement mufculaire ^ La paralyiie des excrêmi"' 



DE PHYSIOIOSrE. I55 

tes inférieures après la ligature de l'aorte , en 
eft-elie une preuve ? Elles n'y concourent en 
rien , fi-non qu'elles confervent la bonne dif- 
pofition du mufcle Ôc l'habitude mutuelle des 
parties , qu'elles féparent la vapeur & la graifTe 
ôc qu'elles fervent à la nourriture. La réfolu- 
tion du mufcle n'efl: pas une fuite de la fec- 
tion de l'artère ni de la ligature, fi- non long- 
tems après que la gangrène les détruit , & la 
paralyfie des extrémités inférieures quiparoît 
être une fuite de la ligature de l'aorte, n'en 
eft qu'une de la mauvaife difpotuion de la 
moelle épinitre. Une artère irritée ne produit 
aucun changement dans le mufcle. De plus 
on ne peut pas expliquer le mouvement de 
quelques mufcles particuliers par une cauie 
qui venant du cœur , agit avec une force 
égale fur tout le corps ; enfin c'eft fur les ner^s 
&c non fur les artères ni les autres parties loli- 
des du corps , que la volonté étend ion em- 

^^ GDXIII. Mais la façon dont les nerfs met- 
tent les mufcles en mouvement eft h oblcure, 
qu'il n'y a prefque pas lieu d'efperer de la ja- 
mais découvrir. Les véficules nerveufes capa- 
bles de fe gonfler , le fuc nerveux y étant 
apporté avec plus de vîtelTe , ne s accordent 
pas avec l'anaromie, qui nous fait voir que les 
fibres font par- tout cylindriques & nulle part 
véficulaires , avec la prompte exécution da 
mouvement des mufcles , avec la dimmution 
pkitôt que l'augmentation du volume des mui^ 
clés pendant leur adion. Les chamettes le. 
rhombes que forment lés fibres enfleesne sac-., 



2 54 EtéMEî^s ^ ^ 

cordent pas avec l'infpecftion anatomiqUé , ni 
avec la vîtelTe de radion. Enfin on ne peur pas 
faire voir une fi grande qua-ntité de fibres pro- 
duites par auffi peu de nerfs, ôc qu ilsfediftri- 
buencdans une autre direction & prefque tranf- 
vérfeàces fibres. La fitppofition que \qs nerfs 
environnent la fibre artérielle ôc la contradent 
par fon élafticité,n'eil pas conforme à la ftruc- 
ture de ces parties , dans lefquelles on prend 
pour nerfs les filets cellulaires qui font les 
feulsquonypuiiïe découvrir. Les phénomènes 
obfervés fur les animaux , qui étant fans cer- 
veau & fans moelle épiniere ^ n'en font pas 
moins propres au mouvement, prouvent que la 
ftruârure des mufrles peut accomplir le mouve-^ 
ment fans les nerfs. Les bulles remplies d'air, <Sc 
la façon dont on s'en fert pour expliquer ces^ 
phénomènes , ne font pas conformes à la na- 
ture du fang dans lequel on fuppofe un air 
claftique j qui n'y eft pas CCCVII . 

CPXIV. Il eft d'ailleurs conftant par ce qui 
a été dit ci-deffiis, que l'aârion des nerfs ne 
frîépend pas de la contradion méchanîque , 
dont ils font très-peu fufceptibles , mais de la 
grande vîtelTe avec laquelle le fuc nerveux y 
coule. Le mufcle qui fe contrade le plus vite 
çû donc celai qui dans un tems donné reçoit 
plus de fuc nerveux , foit que cela vienne de 
la volonté , foit de quelque caufe qui ait fon 
fiége dans le cerveau , foit par la puifïance 
d'un aiguillon fur le nerf même : foit encore 
que ce fluide nerveux augmente uniquement 
la nature irritable , ou la force atcradive na- 



DE PhYSIOIOGIï, 2^ 

tureile de élémens de la fibre murctilaire , foit 
qu'il raccourcilTe le mufcle par une autre 
caufe inconnue. Voilà tour ç.e que j'en ftais. Le 
mufcle fe relâche , quand cette vîtelîe accef- 
foire dans le mouvement du fuc nerveux cefle, 
Ôc que les nerfs n'y en conduifent que ce qu'il 
faut pour faire équilibre. 

CDXV. L'effet du mouvement mufculaire 
eft de rendre les mufdes plus courts , de tirer 
par cette raifori leurs tendons qui fonc prefque 
en repos, vers le milieu du mufcle, comme au 
centre du mouvement, ôc d'approcher les uns 
des autres , les os ou les parties auxquelles les 
tendons font attachés de la même manière 
que l'on voit un mufcle coupé retirer fes ex- 
trémités vers fon milieu. Si une des parties 
mues eft plus ftable que l'autre , la plus mo- 
bile s'approche de la plus ftable , en raifon 
inverfe de la réfiitance. Si l'une eft immobile, 
la mobile s'approche uniquement vers celle 
qui eft immobile , & c'eft dans ce cas là feul 
où los mots d'origine &c d'inferdon , qui d'ail- 
leurs font (i fouvent équivoques, peuvent être 
tolérés. 

CDXVL La force de cette ad^ion eft immertfe 
dans tous les hommes & fur-tout dans les 
phrénéciques & dans certains hommes vigoH-, 
reux. Peu de mufcles élèvent fouvent un poids 
égal & même plus grand que le poids de tout 
le corps humain , cependant la plus grande 
partie de l'effort ou de la puiffance du mufcle 
fe perd iàns produire aucun effet ièmblable , 
puifque les mufcles ont leurs attaches plus 
près du point d'appui , que n'en eft le poids 



2*5^ ^ É t i M E N ^ 

qu'ils doivent fourenir , & que conféquem- 
ment l'efFec de leur adion eft d'autant plus pe- 
tit, que la partie du levier à laquelle ils s'atta- 
chent pour mouvoir le poids eft plus petite. 
De plus, une plus grande partie des mufcles 
forment avec les os auxquels ils s'infèrent , 
fur-tout dans les extrémités , des angles fort 
aigus & petits ; par conféquent l'effet de l'ac- 
tion des mufcles fera d'autant plus petit que 
le iînus de l'angle intercepté entre le mufcle 
ôc l'os eft dans un plus petit*^ rapport avec le 
finus total. D'ailleurs la moitié de tout l'effort 
du mufcle en adion fe perd , parce qu'on peut 
regarder le mufcle comme une corde qui tire 
un poids oppofé vers fon point d'appui \ or 
il y a plufleurs mufcles dans l'angle des deux 
os de l'un defquels ils naiffent 5c meuvent 
l'autre ; ils fe fléchiftent donc lorfque cet os 
eft en mouvement , & des cordes fléchies re- 
querent un nouvel effort pour s'étendre. Plu- 
fleurs mufcles paffent par-defflis quelques ar- 
ticulations & les fléchiffent toutes un peu ^ de 
forte cependant que-la moindre partie de l'ef- 
fet de tout l'effort eft réfervé pour fléchir l'ar- 
ticulation à laquelle ils font deftinés.Les fibres 
charnues des mufcles font très-fouvent des 
angles avec leur tendon total , ce qui détruit 
une grande partie de leur énergie , Ôc àeAà. 
il n'en refte qu'une qui eft à la force totale dans 
le rapport du finus de l'angle d'infertion an 
ftnus total. Enfin les mufcles meuvent les poids 
qui leur font oppofés avec une grande vîteffej 
ôc non- feulement ils emploient aifez de force 
pour les balancer, mais ils ajoutent une grande 
vélocité qui les furpaiïe, 



fi s P H Y s I O L O G I E. 257 

CDXVII. Toutes ces perces compénfées , 
il paroîcque la force que les mufcles emploient 
en adion eft très-grande , Bc qu'elle ne peut 
fe déterminer par aucun rapport méchanique, 
fon effet étant prefque ^ de tout l'efFort du 
mufcle ; quelques mufcles d'ailleurs dont le 
poids n'eft pas considérable 5 pouvant élever 
des poids de mille livres , & les élever avec 
une très-grande vîteflTe. On n'en doit pas moins 
admirer la fageflfe du Créateur ; car l'élégance 
du corps 5 le mouvement mufculaire , la 
vîtefTe néceifaire , la direction des mufcles qui 
préfentent des difpofitions contraires aux dif- 
pofitions méchaniques , exigeoient toutes ces 
pertes. Néanmoins on en conclud toujours que 
l'adiondes efprits ani maux 5CCCIV. eft très- 
puiiïante 5 puifqu'elle peut dans un organe fi 
petit produire afTez de force pour foutenir 
un poids égal à quelques milliers de livres pen- 
dant long-temSjmème pendant des jours entiers* 
Il ne paroît pas qu'on puifTe l'expliquer 
autrement que par la vîteffe incroyable avec 
laquelle le fluide fe porte dans ces parties, 
lorfque nous le^voulons. Mais on ne peut pas 
dire d'où vient cette vîteflfe , Se il fufïit qu'il y 
ait une loi déterminée , fuivant laquelle le fuc 
nerveux foit de nouveau pouffé avec une vî- 
teffe donnée , fuivant une volonté donnée. 

CPXVIII. Les mufcles antagonifles facili- 
tent le relâchement des mufcles dans leur ac- 
tion. Dans toutes les parties du corps humain 
chaque mufcle eft balancé , ou par un poids 
oppofé 5 ou par fon relfort , ou par un autre 
mufcle 5 ou par un fluide qui fait effort entre 



15^ . É L i M E >f ^ 

les garois du mufcle qui le prefTent. Cettt 
cauie, quelle qu'elle puilfe être , agit conri- 
nuellement, mêmelorfque le mufcle eft en ac- 
tion y & aulli-iôc que cette vîteife acceiroire ^ 
qu elle tient du cerveau, eft rallentie , elle ré- 
tablit par fon eftort les membres ou les autres 
parties quelconques dans le premier état, érar 
dans lequel il y a équilibre entre le mufcle dc^ 
la eaufe oppofée. Toutes les fais que l'anta-/ 
gonifme vient des mufcles , aucuns ne peuvent: 
fe contra6ter fans étendre leurs antagoniftes, 
d'où il fuit que les nerfs étant étendus , de un 
fentiment d'incommodité en étant la fuite , 
ils font plus d'etfort pour reproduire l'équili- 
bre ; c'ed aufil pourquoi les mufcles fîéchif- 
feurs étant coupés , les extenfeurs agifTent 
inême dans le cadavre , de réciproquement. 

CDXIX. Mais il y a d'autres moyens qtrt 
rendent le mouvement murculaire sûr jCef tain 
.& facile. Les grands mufcles , longs , par lef- 
quels fé font les grandes Réxions , font renfer- 
més dans les gaines tendineufes Se fermes , 
que d'autres mufcles tendent ôc rirent, de ma- 




feroit des forces. Les tendons longs , courbés 
ou étendus fur les articulations fléchies dans 
leur mouvement , font reçus dans des efpéces 
de gouttières particulières, qui ont leurs canaux 
propres &r lubrifiés ; ces gouttières fortifient les 
tendons fans les priver de leurs mouvemens & 
les empêchent de s'écarter & de fe durcir fous 
la peau , avec douleur aperce de mouvement. 



DE PiîYSIOLOGIE. 2^^ 

Le§ miifcles perforés font les mêmes fonctions 
dans d'autres parties. Ailleurs les tendons font 
I)lacés au tour des éminences des os, pour s'in- 
iérer par un plus grand angle dans l'os qu'ils 
meuvent ; ou ils s'infèrent à un autre os , d'où 
un autre tendon va s'inférer fous un plus gran<l 
angle dans l'os à mouvoir. Dans quelques en- 
droits la nature a placé les mufclcs dans un 
lieu commode & dans une dired:ion contraire, 
autour de la partie à mouvoir , comme au- 
tour d'une poulie. Enfin elle a envirorné par- 
tout les mufcles d'une graiffe lubrinante & 
voi/ine des fibrilles , des fibres , des faifceaux 
charnus , &c des mufcles , laquelle pouifée 
par compreilion entre les mufcles enflés 6c 
leurs fibres , les oint de conferve leur fcHi- 
plefie. 

CDXX. Outre cek l'cnergie d'un mufcle 
eil déterminée par la fociété ou i'oppofitioa 
des autres, ou qui fortifient une des parties 
de la quelle le mufcle prend naiflance, ou qui 
la flécfiiifent enfemble, ou qui changent la di- 
rection qu'auroit eue la partie , fi elle eût été 
mue par ce feul mufcle en la faifanr palfer de 
la ligne droite par la diagonale. On ne peut 
donc déterminer l'aétion particulière d'aiicun 
mufcle , en le confidérant feul ; mais il faut 
envifager tous enfemble ceux qui s'attachent 
a l'une Se l'autre partie à laquelle le mufcle 
eft inhérent. 

CDXXI. C'eft par l'adion de ces mufcles , 
par leur union ou leur oppofition différente , 
que s'exécutent la progrefiîon , l'attitude , la 
flexion & rextenfion des membres, ladéglu- 



l^O É t E M E N s 

tition &c toutes les autres fondions de la vie.' 
Outre cela les mufcles ont encore des ufages 
généraux , ils accélèrent le iang veineux par 
leur preflîon fur les veines qui en font pro- 
ches 5 Se qui leur font même particulières , 
entre les trouflTeaux des fibres charnues j pref- 
fion dont l'effet «ft de pouffer uniquement le 
fang au cœur , au moyen des valvules. Ils font 
xentret la graiflfe dans le fang ; ils fouettent 
Ôc brifent le fang artériel ^ ils l'envoyent avec 

Î)lus de vîrefîe au poumon ; ils font avancer 
e fang qui revient du foie, du méfentere , 
de la matrice , &c. la bile & les autres fluides 
contenus ; ils empêchent les liqueurs de 
croupir ; ils augmentent la force de l'eftomac 
en y joignant la leur ; aind ils aident Ci bien à 
la digeftion que la vie oifive & fédentaire eft 
contraire aux loix de la nature 3c nous rend 
fujets aux maladies qui dépendent du crou- 
piflement des humeurs & de la crudité des 
aîimens. Les Mufcles s'endurciiïent à force 
d'agir , ils deviennent par-tout tendineux , ÔC 
ils occafionnent l'olIiHcation des parties carti- 
lagineufes & membraneufes fur lefquelles ils 
font placés ; ils augmentent les éminences Sc 
les afpérités des os j ils creufent les plans fur 
lefquels ils font appuyés : ils dilatent les cel- 
lules du diploé j éc ils courbent les os de leur 



côté. 



CDXXII. On diftingue ordinairement les 
mufcles 5 en ceux dont l'acStion eft fufpendue 
& dépend de la feule volonté , & en mufcles 
dont le mouvement eft involontaire , de forte 
que la volonté ne peut en augmenter ni ea 



DE Physiologie. j6t 
•diminuer l'adion ; tels font le cœur ôc les in- 
teftins : d'autres enfin participent de l'un Bc 
l'autre mouvement , fi Sien que tantôt ils font 
mus d'un mouvement fpontané , tantôt d'un 
mouvement arbitraire. On admet différentes 
caufes de cette variété , mais je crois avoir 
donné U folution de cette queftion^ CDU. 



• ■ ' ' ' ■*■» 



T A B L E 

DES CHAPITRES 

Conteous dans la première partie de 
ceC Ouvrage. 

Chapitre PREMIER. Dcia rihe. 

page 7. 

CHAPITRE IL Du Tifu cellulaire & de 
la Graijje, i 3 

CHAPITRE III. Des Artères ^ des VeU 
nés, 31. 

CHAPITRE IV. Du mouvement du fan g 
dans les Artères -& dans les Veines 3 ou de 
la Circulation, 31, 

CHAPITRE V. Du Cœur, 3^^. 

CHAPITRE VL Des Fonctions communes 
des Artères, -ji, 

CHAPITRE VIÎ. Du caractère du Sang ù 
des autres humeurs du corps humain, 8p, 

CHAPITRE VIII. Dis Sécrétions, 100 



TABLE DES CHAPÎRTRES. 

CHAPITRE IX. Delà Nutrition. 129. 

CHAPITRE X. DeURefpiration. 145. 

CHAPITRE XI. De U Foix & de laPa. 
rôle, 182, 

CHAPITRE XII. Du Cerveau. 15,4. 

CHAPITRE XIII. Du Mouvement Mufcu^ 
la'hrc, 14^ 



EL ÉMENS 

DE 

PHYSIOLOGIE 

DE M. ALB. DE HALLÈR, 

Prë/îdent de la Société Royale des Sciencef» 
de Gottingue , Membre de l'Académie 
Royale des Sciences de Pans, Londres^ 
Berlin, &c , &c. 

Traduction nouvelU du Latin en Françoh , 

par M, BoRDENAvE. 

SECONDE PARTIE. 

Prix 5 hvres relié. 




A PARIS. 

Chez GuiLLYN, Libraire, Quai Aqs AuguftÎQ^ 
près du Pont S. Michel , au Lis d'Or. 



M. DCC LXIX. 
'Jvcc Apjfrokathn & PriyiUg^duRn» 



■•v- 



f H q 






E L E M E N s 

DE 

PHYSIOLOGIE. 

m . I .11 n 

CHAPITRE XIV. 
Des Sens. Du Toucher. 

CDXXIII. \J j^g autre fondion des nerfs Se 
<îu cerveau eft de fervir au Sentiment , c'eft- 
à-dire , de foufFrir des changemens par les 
impreffions des corps qui nous environnent , 
&c dans les parties de notre corps fur lefquel- 
hs ilsproduifent leur effet , Se d'autres chan- 
gemens analogues , lorfque Taine fe repré- 
leiKe quelques-uns des objets dont elle a 
déjà été frappée. Nous parlerons donc d'a- 
bdrd de chacun des fens', enfuite nous confi- 
dérerons ce qui eft commun à tous, & les chan- 
gemens qu'opèrent les fens fur l'ame. 

CDXXIV. Le mot Toucher a deux figni- 
Fan,IL A 



^ É X i u E N s 

fications. On appelle en général toucher, tout 
changement produit lur les nerfs par la cha- 
leur , le froid, rhumidité , la fécherelFe, le 
poids , la polilïure , l'âprécé des corps ejLté- 
rieurs dans quelque partie du corps que c« 
changement le falfe j c'eft dans ce lens qu'on 
attribue le toucher a toutes les partie? du 
corps , plus cependant aux unes , moins aux 
autres j & c'eft par cette raifon qu on rap- 
porte au toucher la douleur , le plaifir , la 
faim, la foif , Tinquiétude , la démangeaifon 
& les autres fenfations. 

CDXXV, Mais le mot Toucher pris dans 
un fens peu différent & plus propre, fe dit 
d'un changement produit fur la peau par leç 
corps extérieurs j & qui fe fepréfente à l'ame, 
fur-tout s'il arrive à le^ttrémité des doigts de 
la main 5 car les qualités des corps qui pro- 
duifent la fenfation du toucher s'y diftinguent 
bien plus exactement qu'ailleurs. 

CDXXV I. Le fentiment ne nous permet 
cas de diftinguer dans la peau aucune partie 
qui ne foit fenfible; néanmoins, comme on 
attribue particulièrement la fenfatiou du tou- 
cher aux papilles nerveufes , il eft à propos de 
parler de la ftrudure de la peau. Ce qu on 
appelle donc Peau , eft un tiifu dotiCe , çom- 
pofq d*une grande quantité de cellules extré- 
niement rapprochées, dont les fibres font en- 
trelacées & embarraftees les unes dans les 
autres ; elle eft çonféquemment ^xtenjible ^ 
contractile & poreufi. Ses artères lui viennent 
des fous-cutanées ; elles ne font m groffes qî 
Igngues \ Qlks font plus «oinke^fe ^ çer- 



D E P H Y s ? Q £ O G I E. J 

çains endroits où la peau eft ronge , ç^pVAtxïOt, 
aux joues , & moins dans d'auçres. Les veineç 
naiilênt en très-grand nombre du réfeau fous-» 
cutané. Il y a auGi dans la peau une grand© 
quantité de nerf§ , mais ils échappent fi t6| 
4 U vue , qu'il eft très-difficile de les fuivrç» 
lufque dans leur extrémité. On remarque en-n 
tre la peau ôc lei mufcles un tiflu cellulaire» 
dans lequel fe confond la peau peu à peii 
relâchée, rempli de graiflfe dans plufieurs en- 
droits, dont les petites ouvertures forment 
des folTetces à la peau ^ il ne s'en trouve çe^ 
pendant point dans d'autres , comme danç 
celui du pénil , de la partie rouge des lèvres » 
&c. Il y a peu de parties dans le corps humain 
dans lefquelles les fibres itiufçulaires fbient 
immédiatement placées fous la peau , fans 
en être féparées par la grailTe ; car le darthos 
n eil autre cliofe qa un tiflu cellulaire ôc n'a 
point de fibres miifculaires. Il y a des parties 
où les âbres tendineufes desmufçles s*inferenç 
dans la peau , comme on robferve dans la, 
paume de la main , la plante du pied, &c. 

CDXXVII. Dans toute letendue de 1^ 
peau , lorfque Tépiderme eft enlevé , à peine 
trouve-t-on des inégalités dans la plûparc 
dès parties de la peau du corps humain , ou 
d'un grand animal. Ci on en excepte de petits 
Grains fort menus , dont la hauteur n'ell 
prefque pas fenfible ,^ qui font obtus. 
Mais on remarque à lextré^BÎte des doigts de 
plus grandes Papilles , difficiles cependant à 
appercevoir à l'œil nud , arrondies Se placées 
dans les foffettes dQ lepiderme. On a de û 

Aij 



4 Élémens 

peine à découvrir les nerfs qui sy diftribuent. 
Ces papilles font faites des vaifïeaux & d\m > 
ou'plulieurs nerfs liés enfembk par un tilfa' 
cellulaire. Elles paroifTenc longues & en for- 
me de poil dans les lèvres après la macéra- 
tion ; elles font très-vilibles fur la langue : 
c*eft de la Itructure de ces dernières que par 
analogie on a conclu à celle des papilles cu- 
tanées. 

CDXXVIIL La peau eft: environnée d'une 
enveloppe qui réfifte aux injures de l'air , de 
qui lui eft adhérente par une infinité de petits 
vaifTeaux & de poils qui la traverfent. La fur- 
fkce externe de cette enveloppe eft comme de 
la corne , féche , incorruptible , infeiifîble , 
dépourvue de vaiffeaux & de nerfs , remplie 
de rugofités d'une diredtion déterminée ôc 
ccailleufe : on l'appelle Epiderme ; elle eft 
percée d'une infinité de pores dont les plus 
grands laiflent palfer la fueur, & les plus 
petits l'infenfible tranfpiration. Le feu & la 
compreflion épailîîlTentrépiderme, & les nou- 
velles lames qui fe colent à la première , & 
qui s'élèvent entr'elle &c la peau , fe nom- 
ment callofités ; mais l'épiderme eft naturel- 
lement conppofé de deux lames très-diftm6tes? 
dans les Nègres. 

CDXXIX. La furface interne de l'épider^ 
me eft plus pulpesje, demi-fluide ôc comme 
Gompofée de mucus j celle des Européens fe 
fépare difficilement , celles des Nègres d'A- 
frique plus aifément j & chez ces derniers 
elle eft vraiment membraneufe , folide & fé-" 
parable ^ ainfi que dans le palais des am*. 



CE Physiologie. f 

màttX ï elle eft placée fur la peau, elle reçoit 
les papilles dans fes cavités molles: c'eftU e^ 
qu'on appelle le Gorps retkulaire de Mal- 
piGHY 5 au refte il eft certain que l'épiderme 
n'eft pas percé en forme de crible.- 

CDXXX. Il paroît très probable que c6 
réfeau eft compofé de quelque humeur con- 
crète qui s'exhale de la peau. On ne connoît 
pas encore biep la ftruclure de l'épiderme. Ent 
effet , comme il n'a point de vailTeaux , qu'il 
fe régénère Ôc qu'il n'eft pas feniible , il ne 
paroît avoir aucun rapport avec les parties or- 
ganiques du corps. Nleft-il pas la partie exté- 
rieure du mucus de Malpighy CDXXVII ^ 
coagulé par l'air & le frottement, qui eft percé 
par les conduits exhalans 3c inhalans dont les 
orifices font unis par un gluten qui les envi - 
ronne ? La petite membrane muqueufe qui 
fe trouve fur le tympan , donne- 1- elle lieu de 
le croire ? Sa diffolution dans l'eau , obfervce 
par de grands hommes, niée par d'autres dans 
les Nègres , paroît-elle le confirmer ? 

CDXXXI, Les Glandes febacées , tant 
fîmples que compofées , ( N. CIL CIIL CIV. ) 
doivent entrer dans l'hiftoire de la peau. Elles 
font en grand nombre dans le tifTii cellulaire 
au-deffous de la peau ; elles la percent pac 
leur conduit excréteur , répandant fur l'épi- 
derme un enduit mol , demi-fîuide, plus dur 
fur la face , plus oléagineux aux aines & aux 
ailTelies , qui fait reîiiire la peau lorfqu'elle 
en eft couverte , & la préferve des injures de 
l'air & du frottement. On les trouve dans les 
endroits où le corps eft néceffairement plus 

Aiij 



t Ei é M E N s 

^ èxj^fë à rail', côitîme au vifage, où il s*en 
trouve un grand nombre du genre compofé j 
6c dans ceux où ildevoit y avoir plus de frot- 
tement , comme aux mamelles, à raiirelle , à 
Paine , au gland de la verge , aux nymphes , 
à Panus & au jarret. Quelquefois elles don- 
«ent naitTatice a des poils. Trouve- 1- on auflî 
fàr-tout dans la peau ces fortes de follicules ? 
Qjjoique l'anatomie ne tious, les découvre 
|)omt , il paroît probable qu'il y en a par- tout 'y 
la cralTe qui s'engendre fur tout le corps en 
fert de preuve, & ils paroiffent être de l'ef- 
péce àQsfebacées, Il fe répand fur la peau par 
îes pores CCII encore une autre efpéce d'en- 
duit huileux qui vient de la graiife même, 
fans être filtré dans aucune glande , fur-tout 
©ù la peau poutfe les cheveux. 

CDXXXH. Les Poils & leà Ongles ap- 
partiennent au(îi à la peau î les Poils font 
répandus prefque par toutes les parties du 
torps, a l'exception de la paume des mainS 
& de la plante dés pieds , mais ils font dans 
plulîeurs endroits mois & courts , plus longs 
fur la peau du crâne , des joues , du menton , 
de la poitrine des hommes, des parties antc* 
rieures des extrémités , fous les ai (Tel les , aux 
aines Se au pubis. Ils fortent du tiflii cellu- 
laire, en tirant leur origine d'un petit bulbe 
inembraneux, vâfculaire, fenlible , qui ren- 
ferme une moelle cellulaire & un fuc diverfe- 
ment coloré , ou d'une glande febacée. L'en- 
veloppe du bulbe , remplie de moelle conti- 
iiue, de figure cylindrique, environnée d'une 
tellulofîté graffê, fort par un trou de la peau , 



dePmysiologis. ^ 

î^'infinue dans une femblable gaine qui lui 

vient de Tépiderme ; c'eft de là que le poil 

^ient fa fermeté incoiruptible. On ne peut 

faire voir aucune autre enveloppe ^ de on nô 

voir que la continuation d'une matière fpon*^ 

gieufe cellulaire dans toute la longueur dtt 

j>oil. lien fartauflî naturellement d'autres dii 

tifTa cellulaire foucurané, 6c la graiffeen pro«* 

dutt dans d'autres endroits pendant les mala» 

dies. Les poils croiflfent fans cetTe , & après 

avoir été coupés ils renaifTentde la moelle que 

la peau pouiTe en dehors , & de l'épiderm^ 

prolonge. <Des poils , dépourvus de leut 

moelle dans la vieiliefTe , fe delfechefit , ft 

fendent &c tombent. C'eft elle qui leur donné 

la couleur qu'ils ont; il paroît qu elle s exhale 

par la pointe , & peut-être de toute la fuper- 

ficié du poil : l'abord continuel qui fe fait 

dans la moelle des poils , & qui doit trouvei^ 

une fin , \q plica polonica , les ftries lumineu- 

fes , quifortent des poils d'un^animal éledriféj 

en font une preuve. La graifle fous-cuta* 

née fuit la voie du poil 6c s'exhale par foii 

moyen. 

€DXXXIIÎ. Les Ongles font de la même 
ftrudure & de la même nar.ure que l'épider* 
me \ ils tombent avec lui , ils font pareille- 
ment infenfibles, & renaiffent facilement. Ils 
font placés à l'extrémité des doigts des mainS 
& des pieds, fur le dos de chaque doigt; ils 
font oppofés & aflujettis à l'extrémité dil 
doigt où fe trouvent les papilles qui font l'or- 
gane immédiate du toucher , qu'ils foutien- 
nent & appliquent à l'objet, lis forrent pât 

A iv 



t ^ Ê L i M E N s 

une raeîne qnarrée d'une fente Iiinaîre dé la 
partie externe de la peau , entre fa couche in- 
terne 5 confondue avec le période & l'externe, 
un peu au delà de la dernière articulation. 
L'épiderme en cet endroit rétrograde en par- 
tie contre la racine à laquelle il s'unit inti- 
mement 5 & en partie fe couche extérieure- 
irient fur l'ongle , fe prolonge en devant avec 
l'ongle &c lui fert d'enveloppe. L'ongle eft 
mol d'abord après fa naiflance , & dans l'en- 
droit où il eft recouvert de la peau ; avec l'âge 
& dès qu'il eft expofé à l'air , il devient fer- 
me, dénature de corne, fo lide, élaftique, 
formé de fibres longues, unies par un gluten, 
diftinguées par des filions , fufceptibles de fe 
fendre , & diverfemenr rangés. C'eft ainfi 
qu'il fort à l'extrémité des doigts Se dans tout 
ce trajet, la peau fillonnee confondue avec 
le périofte, fondent leur furface interne can- 
nelée dont les filets d'abord courts ,. enfuite 
plus longs CDXXIX , font encore plus longs 
près le fommet de l'ongle. Ces filets font for- 
tement attachés à 4a racine de l'ongle.. La peau 
eft libre par delà la partie adhérente de l'oa- 
gle, & diftinde de lui elle s'étend au-deflTousi 
Les tendons ne fe continuent pas jufqu'à 
l'ongîe. - 

CDXXXIV. Le ti(ïu cellulaire fbus-eutané 
eft maigre dans quelques endroits à caufe du 
mouvement nécelfaire de la peau. Il défend 
la chaleur intérieure contre les injures de l'air 
dans les endroits où il eft rempli degraiÏÏe , 
îl entretient la mobilité de la peau fur le& 
mufcles , il remplit les interftices qui fe troa- 



lî E P H Y s I O L O G I E, 9 

vent entr'eux j enfin il augmente la forme 6c 
la blancheur. La peau , le mucus de Mal- 
pîGHY ôc répiderme ,. non-feulement termi- 
tient Se recouvrent tout lecorps , mais même; 
encore dans les endroits où ils paroifTent per-- 
€és^ ils dégénèrent peu-à-peu en s'iniînuant: 
en dedans. En effet, l'épiderme fe voit encore 
très-fenfibkment daBS l'anus, le vagin ,, l'u- 
retre , la cornée , Le conduit auditif, la bou- 
che & La langue y on le remarque même dans 
les intedins & dans l'eftomac ;, il y eft cepen- 
dant changé à caufe qu'il y eft continuelle^- 
ment amolli , ôc il y forme Ta membrane ve- 
loutée. La peau eft continue de même ayee: 
celle du palais , de la langue , db pharynx^ 
des narines internes, du vagin , & paroîtdân&^ 
tous ces endroits comme une membrane blan- 
che , pulpeufe , un peu épaifTe , qu'ion appelle-^ 
ordinairement Membrane, nerveufc. 

CDXXXV.- Tout ce qu'on a dit jufq^'âpré- 
fent fuffit pour entendre comment fe faic^ 1^* 
toucher. Les papilles font plus grandes à l'ex- 
trémité des doigts-, en dedans de la main;,, êc 
rangées régulièrement dans les plis fpiraux ^. 
elles s'élèvent peut-êttt un peu par l*atten-^ 
tion de l'erprit , comme le prouvent î'horri- 
pilation, &-latenfion dii bout des maniet- 
les des femmes ;, ces papilles ,, appliquées ai 
l'objet à toucher & par un léger frotremenCy, 
reçoivent l'i-mprelîion des objets fur leur pat/- 
rie nerveufe , qui la tranfmet aux troncsi desî 
nerfs «Se au cerveau , c'éft-là cequ'on? appelle 
toucher, C'eft ainfî qu'on- diftingue- p^rinci'pai.* 
îemeiv la rudeiïe. d'un^ objet,.^ que? quei'qjies 



iù É L É M EN S 

perfonnes ont quelquefois fentie Ci finement, 
qu elles ont parues diftinguer les couleurs au 
loucher. Nous Tentons la chaleur d'un objet 
extérieur, lorfqu'il eft pKis chaud que nos 
doigts ; nous nous appercevons de fon poids, 
ïorfqu'à raifon de fa maiïe il comprime plus 
qu'à l'ordinaire ; on juge de l'humidité d'un 
corps par la préfencede Teau ; de la mollefîe, 
jar la facilité qu'a un corps à fe prêter ; de 
îa dureté , par la réfiftance qu'il fait au doigt ; 
de fa figure , par la farface âpie qui le limite ; 
de fa diftance, par un calcul confus, fondé 
fur l'expérience, qui a pour mefure la lon- 
gueur du bras : ce fens corrige les erreurs des 
autres. 

CDXXXVI. Le mucus de Malpighi mo- 
dère l'adion des corps fur l'organe du tou- 
cher , conferve les papilles dans leur intégrité 
& les entretient molles. L'cpiderme préferve 
la peau des injures de l'air , tempère les im- 
preifions des corps , de forte qu'ils peuvent 
exciter la fenfation , fans eau fer de douleur ^ 
c'eft de là que lorfqu'il eft trop épais il prive 
^a toucher , & an contraire lorfqu'il eft trop 
jfnol , le toucher devient douloureux. Les poils 
préfervent la peau des frottemens , engen- 
drent & çonf^rvent la chaleur , couvrent let 
parties qui doivent être cachées , rendent 
îufceptibles dHrritation les membranes des 
parties qui doivent être mifes à couvert des 
infedles qui s'y infinuent; peut-être même 
fépârent-ils du fang quelque matière pea 
«tile ; & foornifTent une voie à une exhala- 
làoa httileufe» Les ongles fervtni au toirck^ri 



dePhysiologie. ii 

en ce qu*ils réfiftent à l'objet touché , qu'ils 
empêchent les papilles de céder en fe repliant 
en arrière \ qu'ils donnent plus de force pout 
faifir les corps , &c facilitent le maniment des 
petits. Ils fervent de défenfe à la plupart des 
animaux *, ils en ferviroient aufllaux hommes, 
s'ils ne les coupoient pas. 

CDXXXVII. Ce ne font pas la les feuls 
iifages de la peau. Une des grandes utilités de 
ce tégument , c'eft d'exhaler du corps une 
grande partie des humeurs de d'en pompet* 
d'autres de l'air. Toute la furface de la peatl 
exhale donc au moyen d'un nombre infini 
d'artérioles qui y forment » ou des papilles , 
ou qui fe diftribuent dans la peau , une Va- 
peur qui paflTe par tous les pores correfpoiî- 
dans de l'épiderme ; ii la fituation de ces 
vaiiïeaux change , cette matière fe répand en- 
tre l'épiderme & la peau. L'injedion d'eau ÔC 
de colle de poiffon par les artères , fait voir 
fenfiblement ces petites artérioles ; car il palTe 
à travers la peau une infinité de goutelettes , 
qui s'écoulent fous l'épiderme à travers la- 
quelle les humeurs ne peuvent plus paiTer 
après la mort, ôc y forment des vencules. 

CDXXXVIII. On fait voir de plufcufs 
manières dans l'homme vivant cette tranfpi- 
ration. Un miroir très-clair , placé fmla. peau 
chaude & nue , fe ternit par la vapeur qui s'en 
exhale. Dans les lieux fouterreins , où Pair efl 
plus épais , il s'élève très-fenfiblement de 
toute la fuperfîcie du corps un nuage épais êç 
viiîble. 

CDXXXIX. Toute* les fois quefe nfïoure* 

A v) 



11 El É MENS 

ment du fang eft augmenté ôc que la peau eff' 
lâche &c chaude, au lieu d'une Transpira- 
tion infcnJîbU , il fort par les petits pores de 
la peau des goutelettes extrêmement petites, 
mais cependant visibles , qui en fe joignant 
avec de femblables forment de grollesgout- 
tes ;i^'eft des lieux chauds fur-tout que fuin- 
te cette fueuc de la tête ,, de la poitrine,., 
des difFérens plis du corps. L'expéiienca 
CDXXXVII & la lîmplicitéde la nature , l'é- 
paiiTeur manifefte de la tranfpiration- pulmo^ 
naire & cutanée CDXXXVIII, font voir que. 
la fueur eft féparée par les mêmes vaifFeaux. 
que la matiéte de l'infenfible tranfpiration,, 
(6cque ces deux humeurs ne diiférent unique- 
ment que par l'abondance &. la viteflTe avec, 
laquelle elles- font féparées. D'ailleurs^ fou: 
mélange avec la liqueur des glandes febacées.. 
CDXXIX & avec l'huile foucuranée délayée, 
par le liquide artériel quL fe fépare en plus> 
grande quantité , la fait paroître grafïe ôc 
jaune & conftirue l'odeur 5c fur- tout Ja cou- 
leur de^la fueur. C'eft pourquoi- elle fenr plus: 
fort fous les aiiïelles-& dans, les aines oiixes. 
glandes font plus nombreufes. 

CDXL. Les expériences. & l'analogie de là. 
tranfpiration du.poumon qui feiait de même, 
^ue l'infenfible tranfpiration &; qui eft. plus, 
ordinairement fenfîble. dans l'air froid , peu- 
vent nous conduire à connoître la nature de; 
cette; humeur. Gn s'eft aflTuré par des expé- 
riences ,. en recevant l'haleine dans, de grands; 
vafes dans lefquels l'humeur qui la formej 
5:e^ réunie: en. gputies, qu'elle eft en grande.- 



DfE PHYSIOtOGfE. ï| 

partie aqueufe. La délicatefTe de la croute qui 
fe forme fur le miroir, fa uature volatile, fai 
dëgénération fréquente en diarrhée ou eii^ 
évacuation urinaicey lorfqiae la traiafpiratioiî» 
a été fupprimée y h tranfpirarion de la cha- 
leur que procurent les boiflons chaudes , tan- 
dis que les froides pouffent par les urines ^. 
nous aurorifent à regarder cette humeur com- 
me aqueufe. Cette eaa vient des^ différentes* 
boilTons ,. qui foiunilfent une grande partie- 
de latranfpiration, & des^ fluides inhalés. Sou- 
vent même la matière de la tranfpiration re- 
tient difiinâiement l'odeur des alimens. 

CDXLI. La nature de notre fang ,. la dif- 
tindtion fuBtile que les chiens font de leuC 
maître,, les fuites fâcheufes de la tranfpira*» 
tion flipprimée ,, fi évidentes dans les mala- 
dies aigucs y. toutes les fois que déterminée en^ 
dedans, elle rend les urines pâles , & enfin; 
l'infedtipn que la matière de la refpiration: 
çaufe dans l'air, font voir qu'il entre aufïï 
dans fa. compofition quelque chofe de vola- 
tile d'une nature alkahne». Cette difpofitioa 
alkalinç dépend des particules du fang atté- 
nuées par un £rortement continuel , par: la. 
chaleur , &qui par ce moyen contraèïenr de 
râcreté. Leschien.s fuivenr ces odeurs. Si on a. 
vu rathmofphere qui environne les homm.es^ 
& les animaux, éleâ:rîqiie& quelquefois lui- ' 
fanre , c'eft à cela qu'on doit l'ar^ribner. 

CDXLIL La quantité de l'infenfible tranf-' 
piration- eft prodigicufe, foit qu'on faife at- 
tention a l'étendue de l'organe de cette fe^ 
Gréjcion.,, foit à la vapeur qiii s'exhale unique?-; 



Î4 È L É M E K s 

ment des poumons, foit aux expériences dé 
Sanctorius , par lefquelles il s'eft aifuré que 
de huit livres d'alimens , il s'en perd cinq par 
i'infenfible tranfpiracion ; par d'auctes expé- 
riences , foixante once* ont paru fe perdre par 
la tranfpiration ] ces liqueurs par conféquenc 
ne concourent point à l'augmentation du poids 
du corps Ôc ne fe perdent par aucune autre 
excrétion fendble ; & il faut cependant ôret 
de ce p»ids lafalive , la fueur ôc le mucus des 
narines. Bien plus, il eft conftant que la tranf* 
piration eft encore beaucoup plus grande, 
puifque non-feulement il fe perd par cette 
voie une fi grande quantité de matière four- 
nie par les alimens , mais encore tout ce qui 
a été repompé dans le fang. Les différentes 
conftitutions de l'air & du corps entrent pour 
beaucoup dans tout ceci. La. tranfpiration efl: 
plus abondante dans les pays chauds, dans les 
mois chauds de Tété , dans les jeunes gens , 
dans ceux qui font beaucoup d'exercice , Se 
les urines font moins abondantes ; au con- 
traire , on perd plus par les urines que par la 
tranfpiration , dans les pays froids , dans les 
mois~ tempérés & froids , dans la vieillefTe , 
dans l'oifiveté. Cependant dans les régions 
tempérées , calcul fait pour toute l'année , on 
perd un peu plus par la tranfpiration que par 
les urines. L^^diftancedu temps après le repas 
change auffi quelque chofe , & cette règle pa- 
^roît ctre telle que la tranfpiration eft très- 
abondante lorfque les alimens font digérés , 
en grande partie , qu'ils ont paflTés dans le 
iang de font difpoféc â s'e«haler. Èile eft nar 



DE Physiologie. 15 

Carellemenc moins abondante dans le fom- 
ftieil 5 même dans les pays chauds ; mais la 
chaleur , caufée par les couvertures, l'aug- 
menre. 

CDXLIII. Là tranfpiration abondante 8c 
égale , & en même temps un corps robufte j 
font en général un figne d'une bonne fanté j 
car la tranfpiration trop abondante , accom- 
pagnée defoiblelfe , paroît plus nuifible que 
fî elle ctoit totalement fupprimée, (i on peut 
compter fur la vérité de ce qui a été écrit a 
cet égard. La raifon de ce figne eft , que cela 
fuppofe une grande liberté dans les vaitfeaux 
difperfés par-tout le corps , une codion plus 
parfaitedes alimens , dont une g^rande partie 
s'eft perdue par la tranfpiration. La diminu- 
tion de cette fecrétion eft un fignedureflferre- 
fnent de la peau , de la langueur du cœur ôc 
de la co6tion imparfaite des alimens. La tra»f- 
piration trop abondante diflip'e peut-être les 
efprirs mêmes. Un mouvement modéré des 
mufcles augmente d'un feiziéme la tranfpira- 
tio» de l'homme en repos , & la porte julqu'à 
une livre en une heure , éc enfin en une de- 
mi-heure. La liberté dans les vaifTeaux , leuc 
élafticité , les boiiTons aqueufes , légçremeni 
ipiritueufes & chaudes, les alimens de facile 
digeftion , l'air pefant de qui n'eft point trop 
froid , la joie enfin rendent la tranfpiratitih 
plus abondante. Les contraires la diminuent 
& la fupprimenr. Cependant la fanté ne dé- 
pend pas abfolument de cette fecrétion , que 
de légères caufes peuvent auffi facilement ÔC 
fans danger dimimier de augEnencet ^ ^ àm$ 



^6 Ê B Ê M E N s" . 

beaucoup de peuples quienduifent continuel- 
lement leur peau-d'huile, ainfi que dansbeau-^ 
coup d'animaux , elle eft pea coniîdérable. 

CDXLLV. La fu^ur eft plus évidemment 
falée , comme on s'en alTure en la goûtant , &C 
par les ctiftaux qui fe forment dans ks habits 
de verriers qui fuent beaucoup , 8c par la dif- 
tillati®n , au moyen de laquelle on a décou- 
vert que fon fel eft alkali. C'eft pourquoi les^ 
matières qui ca^ufent les maladies les plus» 
dangereu^fes fe féparent fdavent par cette 
voie. Mais k fueur eft toujours quelque chofe 
de non naturel, qui nedoit jamais avoir lieu^ 
dans l'homme en fanti , a moins qu'il ne fe 
foit mis par quelqne exercice trop violent ^ 
dans le cas d'une courte maladie. Elle eft fou- 
vent n-uifible dans les maladies aiguës y parce 
qu'elle prive k fang de fa partie aqueufe , les 
autres liqueurs s'épaiffiiïent , les fels devien- 
nent acres. Un trop grand mouvement, ou la. 
chaleur du pays la. rendent très-puante , ÔC 
enfin fanguinolente., Quelquefois- elle jette 
des étincelles électriques-. 

CDXLV. L'ufage de k rranfpiration eft 
d^évacuer la trop grande quantité des parties 
aqifôufesdu fang, les débris des fels alkalis 
qu'une longue circulation rend plus acres , ôC 
peut être une huile rrès-fubrile ôc très- vola- 
tile , produite par le rncitie fang. Cette tranf- 
piration adoucit &c amollit l'épi derme , Se enr 
cretient la fouplefte nécelï'aire des papilles. 
' CDXLVI. La peaa qui eft garnie de vaif^ 
fcaux exhalant , en a auïïl un grand nombre- 
^li.regompent de l'air une humeur fubtile,^ 



iîePhysiologie. 17 

ou en tout temps , ou certainement dans un 
froid modéré , dans les temps humides, dans 
la nuit, dans roifiveté , la trifleffe ^ &: par les 
difpofitions contraires à celles dont nous avons 
parlé CDXLII , qui rendent la tranfpiration 
plus abondante. Les inje6tions faites avec de 
l'eau ou quelqu'autre liqueur fines , tran (Tu- 
dent également par les veines Se par les ar- 
tères; les effets manifeftes des remèdes répan- 
dus dans l'air ou appliqués à la peau , des va- 
peurs 5 du mercure , de la térébenthine , du 
lafran ; l'eau dans les bains , les emplâtres 
chargées de mercure , de tabac ^.de colo- 
quinte , d'opium, de cantharides , d'arfenic y 
l'efficacité funeile de^ venins réforbés a tra- 
vers la peau , &du virus vénérien y la confer- 
vation de la vie des animaux , fans boire ^ 
dans les Ifles chaudes, mais humides; la fueur 
&rurine abondante de ces mêmes animaux, 
fans beaucoup boire ; enfin les cas plus rares 
des maladies de ceux qui rendent beaucoup 
plus par les urines qu'ils ne boivent , font 
voir l'exiftence de ces pores abforbans. Il e(l 
fort difficile de déterminer la mefure de cette 
réforption , cependant il eft conftant par de 
fûtes expériences , qu'elle eft très-abondante 
dans les plantes , fur- tour pendant la nuit. 

CDXLVII. L'aétion des nerfs peut rétrécir 
& relâcher \qs vaiffeaux inhalans & exhalans.. 
Les paffions de Tame font voir ces effets : une 
Joie prompte & fubite lâche les vaiffeaux 
exhalans , â eaufe de l'impétuofitc avec la- 
quelle le fang 4'^y porte, & parce que les nerfs 
fe relâchent ,; de là viennent la rougeur de la 



l'S É L É M É N s 

peau , U moiteur , la bouffifufé. Là léfttêur 
Ôc la triftefTe refîerrent les vaifffeaùx exhalans^ 
la fécherefTe delà peau dans ce cais , la rèflem- 
blance qu* elle a avec la peau de poulet a la 
fuite dune frayeur, & la crainte qui lâche h 
ventre , en font des preuves. Ces càufes pa- 
roiflTent ouvrir les vaiflTeaux inhalaris ; ç^eft 
ce qui fait que la crainte nous fend pîus fuf- 
ceptibles de la petite vérole 5c de la pefte. 



CHAPITRE X V. 

I^u Gout, 

CDXLVIII. LoRGANE du goût diflSre peu 
de celui du toucher 5 & uniquement en ce qu'il 
eft conftaté par de fùres expériences qu'il a 
fon fiége dans la langue. Les corps ffièmes qui 
ont plus de faveur appliqués dans quelque au- 
tre partie de la bouche que ce puiffe être , 
n'excitent pas dans l'ame la moindre fen- 
fation du gout , a moins qu'ils n'aient quel- 
que acrimonie pénétrante; &la fenfation qui 
s'excite quelquefois dans l'eftomac , dan's 
i'œfophage , dans îe gofier a la fuite du vo 
miffement, paroit devoir être rapportée à là 
langue , à laquelle les Vapeurs qui là produi- 
fent fetranfmettent. 

CDXLIX. La partie fupérieure dé la langue 
Se (qs bords latéraux font les'feuls propres à 
là fenfation du goût. On appelle t an ôOE cène 



D E Pu Y s î Ô I O G I E. I*> 

partie inufciilaire cachée dans la bouche , ob- 
tufe, très large dans l'homme, divifée pat 
tin léger iillon moyen, dont la partie infé- 
rieure Se poftérieure eft adhérente de diffé- 
rentes façons aux muftles & aux os voiiins, 
&: dont la partie antérieure & fupérieure eft 
hiobile. Cette partie de la langue, deftinée au 
g^out , eft recouverte d'une peau continue à 
celle de la face ôc de la bouche , mais pul- 
pèufe, molle , & dans une humidité & une 
chaleur perpétuelle. Un nombre infini de pa- 
pilles- nerveafes s'ékvent fur cette peau , ÔC 
lont d'une grolîeur plus remarquable dans cet 
endroit que par-tout ailleurs. Ces papilles 
font de plufieurs genres : celles du premier 
font rangées fur une même ligne vers la. par- 
tie poftérieure de la langue, fur les pairies 
latérales du trou borgne , ôc font au nombre 
de fept ou neuf; elles font environnées d'une 
fofte prefque circulaire; elles font prefqtrô 
coniques ôc elles, onr la figurfe d'un cône ren»- 
verfé ; elles ont un fin us profond dans le mi=- 
lieudu cône; au refte elles font dures & peu 
propres à la fenfation du goût. On en trouve 
quelques-unes feitiblables éparfes ça & H fut 
le dos de la langue , devant lespremiéres. 

CDL. Celles du fécond genre ont la figuré 
de champignon ; elles font ovalaires , cylin- 
driques 5 ôc on les trouve éparfes ça & là fut 
la furface fupérieure de la langue; elles font 
plus petrtesque les premières , pkis tendres ôc 
toujours plus pointues en devant , jufqu'à ce 
qu'elles deviennent plus ferrées fur les bords 
de la brigue ,où elles font rangées en lignes di^ 



iO É L i M E N s 

vergentes. Les papillesdurroifîétDe genre font 
coniques & beaucoup plus nombreufes ; elles 
fpnt placées entre les. premières ôc s'étendent 
au loin fur la langue ; celles qui font fîtuées 
antérieurement fonr plus inclinées de plus 
flottantes v,ers la pointe de la langue ; elles 
font en grand nombre , fur- tout Vers les 
bords ; il y en a cependant auffi quelques-unes 
poftérieurement vers le trou borgne. La fen- 
fation eft très-vive fur ces papilles & elles 
doivent être regardées comme le véritable or- 
gane du goût. Les petits conduits artériels ôc 
veineux , exhalans & infpirans , dont ces 
glandes font entrecoupées, n'ont rien de com- 
mun avec le goût, fi ce n'eft qu'ils féparent du 
fang & qu'ils verfent fur le dos de la langue 
une liqueur propre à difloudre les (eh , Se à 
amoîlir les papilles. A lapartiefupérieure ÔC 
poftérieure de la langue font beaucoup de 
ghndQs fimpîes qui fcparent du mucus , ou- 
vertes par un ou plufieurs trous , rondes, en- 
vironnées parua voile membraneux demi- 
fphérique , & la chair de la langue. Quelques- 
unes d'elles s'ouvrent dans un follicule caché, 
aveug/e j & d'une figure peu déterminée , qui 
fe remarque au milieu des grandes papilles, 
CCCCXXXXVIIL 

CDLL Outre le grand nombre de vaifTèaux, 
des nerfs fe diftribùent à ces papilles ; 
on peur les fuivre jufque dans les grandes-pa- 
pilles, & leur nombre eft plus grand dans la 
langue que par-tout ailleurs : car outre le 
nerf de la huitième paire qui jette une de fes 
trois branchies principales à la bafe d« la kn- 



DEpHYSIOLOeiE. Il 

gue , & qui fe porte profondement le long de 
Vos hyoïde, où elle eft recouverte par le muf- 
cle ceratogloITe , un rameau confidérable de 
la neuvième paire fexiiftribue aux mufcles de 
la langue , & à la langue. Cette paire de nerfs, 
après avoir communiqué avec la première 
paire cervicale & le grand ganglion cervical du 
nerf intercoftal , & après avoir jeté un ra- 
meau qui fouvent s'unit avec la huitième 
paire , ôc conftamment avec la féconde & la 
troifiéme paire^cervicale, fe diftribue aux muf- 
cles qui defcendent du fternum ôc communi- 
que ordinairement avec le nerf diaphragma- 
tique ^ après quoi le refte de fon tronc fe 
diftribue à la langue où il communique dans 
le mufcle ceratoglolTe par plufieurs rameaux 
avec la cinquième paire , & fe termine fur- 
tout dans le gènioglofTe. Enfin la troifiéme 
branche de la cinquième paire , après avoir 
fourni en haut la corde du tympan ou s'y être 
unie , ôc après avoir jeté quelques rameaux , 
qui forment un ganglion au mufcle pterigoï- 
dien interne, aux glandes maxillaire &fublin- 
guale , fon tronc principal paffe au-delà du 
mufcle ceratogloiïe où il s'unit avec la neu- 
vième paire ; elle va de là gagner la langue , 
y accornpagne l'artère qui eft fîtuée profon- 
dément , Ôc vient avec elle vers fa pointe, là 
elle eft cutanée. Si ce nerf a donc quelque pré- 
rogative , c'eft de concourir fur-rpur à U 
fenfation du goût , comme le prouvent les 
maladies. Du refte , les papilles font un peu 
dures, &c une çellulolité ferme 8>c pulpeufe^» 
unit les nerfs , les artères 6c les veines pour 



11 Élément 

en former des petits tubercules, doixt plu- 

iîeurs conftituent une grofle papille. 

CDLII. On ne remarque dans Thomme 
qu'une feule enveloppe muqueufe & à demi 
tranfparente 5 fur les papilL's auxquelles ell^ 
eft très-adhérence , & qui tient lieu d'épider- 
me. Un rcfeau percé de pluGeurs trous, re- 
çoit ces papilles dans les animaux ; elles en- 
filent ces gaines , qui font comme îes cornes 
de l'épiderme. 

CDtïII. On remarque fous ces papilles 
une chair mufculaire , compofée de diffé- 
rens plans de fibres donc la diredion n'eft pas 
facile à déterminer dans la langue humaine. 
Le miiCcle gémogloffc forme une grande por-- 
tion de fa partie inférieure^ il vient de la 
fimphyfe du menton 8c fe difperfe en forme 
de rayons dans la langue. Le mnCcleflylogioffe 
en forme la partie fupérieure Se latérale^ fes 
fibres fe portent jufqu'â la pointe de la langue. 
La portion moyenne de la langue , entre ces 
deux mufcles , eft; formée par un mufcle pro?* 
pre de la langue , cjui vient de la partie anté- 
rieure du pharynx Se du mufcle ft:ylogloiïè^* 
mais il eft plus profond , fe porte en devant 
èc fe termine dans le géniogloire , ou il fait 
entre ce mufcle Se le ftyloglolTe une alTez 
grande partie de la langue. La partie ppfté- 
rieure eft formée par le mufcle cerûtogiaffe ^ 
dont les fibres fe portent vers le haut Se en 
arrière, entre le ftyloglofte Se iç mufcle iin^ 
gual ; 3c le mufcle chandrogloffe , qui efl; 
toiit-à-fait différent & qui viçnt des petites 
eornes de l'os hyaide & de la j^rtie ypifine 



DePhYÇIOLOGIE. Z| 

de la bafe de cet os , fe porte en dehors Ôc 
couvert par les couches latérales du géhio- 
gloife, il fe perd dans la langue en s'unifTant 
avec le ftylogloffe. Ces mufcles rendent la 
langue mobile de toutes parts , ôc dans toutes 
fes parties ^ fa partie charnue peut prendre 
par ce moyen différentes figures , former une 
cavité lorfque les ftyloglofes agiffent j s'ap- 
platir par l'adliori des cèratoglolfes , devenir 
plus étroite ëc prefque cylindrique au moyen 
dQs fibres tranfverfes de la langue auxquelles 
s*uni(rent difTérens autres ordres de fibres , 
difficiles â développer dans l'homme ôc mé- 
langées d'une graade quantité dç grailfe vif- 
^ueufe. 

CDLIV. Un grand nombre d*artére^fe dif- 
tribuent à la langue, la plus gro(fe eft pro- 
fonde & va en ferpentant par la partie infé- 
rieure gagner la pointe delà langue ; elle vient 
de la carotide externe. La plus petite eft fu- 
perficielle , placée fur la glande fublinguale ^ 
s*anaftomQfe avec la première , ôc elle en tire 
fon^rigine, ou de la labiale^ la langue re- 
çoit encore différentes petites branches pofté- 
rieures de la labiale , des rameaux propres de 
la labiale ou des amygdales. Les veines for- 
ment différens plexus difficiles à décrire. 
I,*une de ces veities eft profonde , accompa- 
gne la neuvième paire de nerfs j ôc lautre fu- 
pierficielle accompagne l'artère mentonnière 
ôc faum'it la ranln^ en s*uni(rànr avec la pre- 
mière y elles vont toutes fe rendre à la grandç 
veine qui eft la féconde branche de la jugu- 
laire interne , a|>rè^ h cérébrale. Elles com- 



14 Elemens 

muniquent de ditfcreiites façons avec les 
plexus voiiins des amygdales, des tyroïdienes, 
des pharyngienes , des cucanées, ôc fe rcunif- 
fent en forme de réfeau fur le dos de la lan- 
gue 5 de droit à gauche , devant 1 epiglotte. 

CDLV. Les grandes papilles de la langue, 
plus molles , continuellement humectées , 
font plus fenlibles au toucher que les cuta- 
nées , qui font féches & petites. C'eft ce qui 
rend la langue exrrcmemenc fenlible ; de 
plus, les papilles cutanées ne reçoivent d'au- 
tres imprelîîons des fels que celles de la dou- 
leur ôc de l'humidité. Mais les papilles de la 
langue , élevées pour goûter ^ & un peu émi- 
iienies , leurs pointes étant ébranlées dans 
une grande étendue, font tellement aff"ed:ées 
par les fels , dilfouts dans l'eau ou la falive , 
qu'on en diftingue de différentes clalfes fous 
le nom de fiveurs ; tels font l'acide, le doux, 
l'acerbe , l'amer , le falé , l'urineux , le fpiri- 
rueux, l'aromatique , lâcre de différens gen- 
res , le fade , le pourri & les autres en partie 
purement falines*, Se en partie altérées 5c 
compofées par le mélange d'une huile fubtile, 
végétale &c animale. Plus chaque fel e.ft acre, 
6c plus il ell douloureux au goût. Ces diffé- 
rentes faveurs dépendent- elles de la diffé- 
rente figure des fels ? La figure cubique du fel 
marin n'eft- elle pas une preuve, de même que 
lafi:^ure prifmariquedu nître , ôc les autres du 
vitriol & du fucre ? Cela ne paroît pas vrai- 
ferabUbls > car les criftaux infîpides ont leurs 
figures, &: ces figures font trop femblablesdans 
ùs fels qui excitent diflérentes faveurs , & 

donc 



DE Physiologie. iç 

dont les etîers font oppofés ^ ces figutes ne 
font pas même conftantes dans le mcme fel , 
comme dans le nître , dont on rend par ait les 
criftaux cubiques. La faveur paroît donc dé- 
pendre de la ilrudure interne ôc infenfiblc 
des élcmens dss corps. 

CDLVI. La nature de l'enveloppe des pa- 
pilles , de la falive , & des autres liqueurs du 
corps humain j des alimens qui font dans 
l'eltomac , fait beaucoup pour la perception 
des faveurs , &c l'âge , le tempérament, 
l'état de fanté ou de maladie , le plus ou 
moins d'habitude , influent beaucoup fur la 
manière dont on peut être afîedté : mais eu 
général nous regardons comme infipide tout 
ce qui a moins de fel que notre falive. 

CDLVIl. Les efprits , fur- tout les végé- 
taux , font repris par les papilles mêmes ou 
par les petits conduits abforbans de la langue, 
comme il paroît par la réparation prompte 
d^s forces , en buvant des fpiritueux , mêm» 
avant qu'ils foient arrivés dans l'eftomac. 

CDLVIII. La nature a établi une différence 
entre les faveurs , afin que les animaux con- 
nu (fent les alimens qui leur feroient plus fa-* 
lutaires ; car en général aucun aliment perni- 
cieux n'eft d'un goût gracieux, & celui qui 
eft propre a la nourriture de l'homme, n'efl: 
pas d'un goût défagréable \ il ne s'agit pas ici 
de la gloutonnerie qui peut rendre nuifible 
l'aliment le plusfalutaire, ni des foilîles que 
la nature n'a point offert à Thomme , mais 
que l'art a cherché. La nature a donc ainfi en- 
gagé l'homme d'un côté par la douleur , que 
II Part. B 



iS È L É M E N s 

1 011 appelle f;xim , ou par le plailir du goCit à 
prendre nécelfa ire ment des alimens. Les an'i- 
maux qui ne peuvent rien apprendre par 
l'exemple ni par l'éducation, diltinguent plus 
exadlement les faveurs , & cette diflindtion 
leiK eft fuftifante pour les faire abftenir des 
alimens nuifibles. C'eft en conféquence que 
les animaux qui dévoient vivre de végétaux 
dont la variété eft infinie , & qui font d'ail- 
leurs mélangés d'efpéces nuifibles, ont eu des 
papilles plus longues , ôc la langue bien plus 
élégamment conftruite que l'homme , qui 
n en avoit pas befoin. 



CHAPITRE XVI. 

Pe VOdorat, 

CDLIX. Lj'opoRAT fert aulli à diftinguer les 
alimens nuifibles , à nous prévenir fur leurs 
mauvaifes qualités , avant que de nous expo- 
fer à les goûter , ce qui n'eft fouvent pas fans 
danger , à éviter la pourriture , qui nous eft 
fur-tout rrès-nuifible dans les alimens, & en- 
fin à nous f:iire découvrir ceux qui font agréa- 
bles (Se utiles. Quoique l'habitude rende l'uti- 
lité de l'odorat plus remarquable dans les bctes 
que dans l'homme j cependant les hommes 
abandonnés à eux-mcmes , fans être trop ex- 
périmentés fur la grande variété des odeurs , 
ont paru çertainçmçnt avoic la délicatefle dq 



DB PïlYSIOLdGIE. 27 

l'organe j néceiraiix* pour diitiiiguer de loin 
les qualités des alimens j enfin il n efl: (guère 
de moyen plus fur pour juger des vertus médi- 
cinales des plantes , que le témoignage natu- 
rel du goùc & de l'odorat. C'eft pour cela 
fans doute que l'organe de l odorat a été place 
dans tous les animaux aux environs de la 
bouche. Ceft aufli là pourquoi les animaux 
qui font obligés de chercher au loin leur 
proie , & qui doivent diftinguer parmi pla- 
Jîeuis herbes femblables, celles qui font nui- 
fibles , ont l'odorat très-fin , Ôc les organes qui 
y fervent très- étendues. 

CDLX. La fenfation de l'odorat s'opère au 
moyen d'une membrane pulpeufe , molle , 
vafculaire , papillaire , poreufe , qui tapifTe 
toute la cavité interne des narines, plusépaif- 
fe vers la cloifon & dans la cavité principale 
du nez, plus mince dans les finus. Il s'y dif- 
tribue un aiîez grand nombre de nerfs très- 
mois. Ceux qui fe rendent dans la partie 
moyenne , viennent de la première paire 
CCCLXXIÎI , Se defcendent fur la cloifoa 
par les trous de la lame cribleufe ; on a ce- 
pendant de ia peine à les fuivre jufque dans 
leurs extrémités fur la cloifon. Les autres 
nerfs latéraux viennent de la féconde bran- 
che de la cinquième paire & de fes rameaux , 
qui traverfe le canal ptérygoidien & defcend 
par les canaux du palais *, ceux du finus maxil- 
laire viennent du rameau fous orbitaire. Se 
de celui qui fe diftnbue aux dents. La partie 
antérieure de la cloiion reçoit un rameau de 
l'oplithalmique de Willis. 

Bij 



XS É L i Aï E N s 

CDLXL Les narines reçoivent un grand 
nombre d'artères des différens rameaux , de 
la maxillaire interne, des trois nafales, de la 
fupérieure &C des deux latérales , du rameau 
©phthalmique de la carotide interne , des ra- 
meaux de l'arcére palatine , de la fous orbi- 
taire , qui fe diftnbuent dans les linus ôc de 
l'artère fupéneure des dents. Les veines , en 
s'affociant, forment un grand plexus dans l© 
mufcle pterygoidien externe , communiquent 
avec les fin us de la dure-mere , ôc enfin fe 
léuniiTent dans le rameau externe de la jugu- 
laire interne. Les narines tirent leur nour- 
riture de leur chaleur des artères , & ces 
artères y fourniffent le mucus qui s'y fé- 
pare. 

CDLXIL La forme ronde de la tête , fur- 
tout dans l'homme , diminue la furface de 
l'organe de l'odorat ; c'eft donc pour l'étendre 
que les narines internes font compofées de 
diftérens corners , de de différentes cavernes 
rangées d'une façon admirable. Nous appel- 
ions d'abord Narinis , cette cavité multi- 
forme 5 qui commence aux orifices antérieurs 
du nez, de s'étend tranfverfalement 8c en ar- 
riére fous l'os cribleux , au-deffus du palais , 
de fe termine au gofîer. Cette cavité eft fou- 
vent inégalement féparée en deux par une 
cloifon , dont la partie fupérieure oiTeufe efl 
formée par la lam.e cribleufe defcendante , 
l'inférieure par le vomer , de l'antérieure ef| 
terminée par le cartilage triangulaire dont la 
furface eft trçs-étendue ^ extrêmement fça- 



DE PttVSIOLOGtÊ. 19 

CDLXIII. De plus , les enfoncemens fpi- 
faux des coquilles du nez augmentent la lur^ 
face latérale des narines. Los cornets fupé- 
rieurs font de petits contours fpiraux-pofté- 
rieurs & fupérieurs de l'os cribleux. A la par- 
tie moyenne font des parties de ce même os, 
allongées en forme de coquilles convexes en. 
dedans , concaves en dehors , pointues par les 
deux bouts j dont la furface eft toute gravée 
de petites foffeites &c d'enfoncemens fpon- 
gieux internes , fufpendues tranfverfalement , 
loutenues par des éminences particulières de 
l'os du palais ôc de l'os maxillaire. Les cor^ 
nets inférieurs font femblables aux moyens j 
ils ont pareillement la figure d'un coquilkice 5 
ils font plus longs &: ordinairement diilingues 
des premiers , auxquels ils font quelquefois 
unis par une petite lame oiTeufe , qui eft plus 
fréquemment membraneufe. Cette lame pro- 
longée vers le haut , quadrangulaire , ferî à 
former le ifinus maxillaire. 

CDLXIV. La cavité des narines eft encore 
aggrandie par ks fmus qui font autant d'en- 
ioncemens des narines , & comme leurs ap- 
pendices. Les fupérieurs font les iinus fron- 
taux qui varient , font irréguliers & placés 
fous l'éminence fourciliere, entre la lame an- 
térieure Ôc poftérieure du coronal ; on ne les 
obferve pas dans le foetus. Il paroit qu'ils font 
produits par ladion des mufcles fourciliers , 
& des autres qui tirent en dehors la lame an- 
térieure 5 qui augmente les cellules du diploë, 
comme on le voit dans l'apophyfe maftoïde. 
Ils s'ouvrent à la partie fupérieure des na- 

B iij 



'5© É l. É M E N s 

rineSjdans quelques cellules antérieures de 
Tos ethmoïde. 

CDLXV. On trouve fous les finus précé- 
dens les finus etliiTJoidaux qui font au nom- 
bre de quatre , &: même plus de chaque côté , 
inués a la partie externe de l'os cnbleux , & 
qui refTemblent à des ruches j ils font termi- 
nés fupérieurement par la partie cellulaire 
moyenne du front ^ ils s'ouvrent antérieure- 
ment d^epuis l'os unguis , par plufieurs petits 
tnyaux''(icués fur une me me ligne tranfverfe 
dans la cavité fupérieure des narines. Les cel- 
lules qu'on remarcjue à h partie inférieure 
& interne de l'orbite , vers l'os pîanum & 
l'os maxillaire , font continus aux fmus erli- 
moïdaux , & s'étendent jiifques à la partie 
extérieure. On remarque en troifiéme lieu une 
grande cavité contiguë & qui appartient en 
partie à l'os cribleux & à l'os du palais, tra- 
cée dans l'os fphenoïde. Les cartilages qui dans 
Je fœtus y éroient en grand nombre étam 
deffechés , cette cavité le forn^e peu-à~peu 
dans le corps de Tos , fous, la Ço^.c pituitaire ; 
elle eÛ: ample ,, unique ou divifée en deux par 
une cloifon , & s'ouvre antérieurement par 
un trou particulier dans le conduit fupérieur 



des narines. 



CDLXVL Le dernier fînus , le pîas bas , 
mais le plus grand , eft un peu remarquable 
dans le foetus , Se il devient très-grnnd dans 
l'adulte 5 les parois offeux qui le compofent 
devenant minces , & il eft creufé dans l'os 
maxillaire. L'os unguis , l'os ethmoïde*, l'os du 
palais 3 la lame particulière des cornets infé* 



© E Physiologie. 5 i 

fleurs du nez , ôc la membrane pituitaire le 
ferment du côté des narines, dans iefquelles 
il n'eft ouvert que par un trou rond fitué en- 
tre le cornet moyen Ôc l'inférieur. 

CDLXVII. Il éroit à propos que les nerfs 
des narines qui font prefque nuds , fuifent d 
couvert des injures de l'air qui entre ôc fore 
continuellement par les narines , pour les 
ufages de la refpiration. La nature a donc 
muni les narines , au lieu d'un épiderme 
épais , d'un mucus vifqueux , inlipide , fade, 
fluide lorfqu'il eft récent, & que l'air peut 
épaifïir en croûtes denfes Ôc féches ; il eil 
plus épais dans cette partie du corps que par- 
tout ailleurs. Ce mucus préferve les nerfs de 
lafécherefTe «Se de la douleur. Les artères nom- 
breufes des narines le produifent ôc le dcpo- 
fent en partie dans des conduits cylindriques 
qui y font en grand nombre, ôcen partie dans 
des véficuîes arrondies qui font vifibles , il fe 
répand fur toute la furface de la membrane 
olfaétive , ôc l'humeéle de tous côtés. Un 
long.finus, commun à pluiieurs petits points 
muci-feres , s'étend antérieurement le long 
de la cloifon. On vuide la trop grande quan- 
tité du mucus qui s'eft amaiïé pendant la nuir, 
en comprimant pendant un peu de temps les 
narines , ôc en pouiïant enfuite très-fort fou 
h.ileine ; ou bien ce mucus irrite par fa fé- 
clierefl^e ôc fon apreté les nerfs trèsfeniibles , 
ôc l'éternuement qu'il caufe le chaiTe en de- 
hors. Les différentes (iruations concourent à 
vuider ces finus qui abondent en mucus , fi 
bieiî que quelque (inus peut toujours fe dé- 

Biv 



'à\ É L i M E N s 

barraflfer , foit que la tête foit élevée , fok 
9 u elle foit portée en devant ou fur les cotés; 
cependant les finus maxillaires Se fphé- 
noïdaux s'évacuent le plus difficilement de 
tous. Les larmes defcendenr zuiVi par les na- 
rines par un conduit particulier , elles les 
humeàent & délayent le mucus. 

CDLXVIII. Le nez a été placé à la partie 
antérieure des narines ; il eft revêtu en de- 
dans de la même membrane ; il eft compofé 
de deux os , prefque de fix cartilages , dont 
deux font continus à la cloifon CDLXïI. Le 
nez a des mufcles particuliers pour {qs diffé'^ 
lens mouvemens ; il eft élevé & dilaté par un 
mufcle qui lui eft commun avec la lèvre fu- 
périeure, Ôc rétréci par un conftrideur pro- 
pre , par un abaifTeur êc par celui qui tire la 
cloifon moyenne. Ainfî cet organe faillit en 
dehors , & il fe préfente aux odeurs & peut 
ctre dilaté à proportion de la plus grande 
quantité d'air qu'on doit infpirer , & il eft 
réciproquement fermé fuivantla quantité de 
celui qu'on doit expirer. 

CDLXIX. C'eft pourquoi l'air , rempli des 
parties très-fines , inviiibles , huileufes , fa- 
lées ôc volatiles qui s'échappent des corps , 
attiré dans les narines pendant rinfpiration 
CCLXXXIV 5 dépofe ces particules fur les 
nerfs étendus, nuds & toujours mois. Ces 
particules y excitent une efpéce de toucher , 
qu'on appelle Odorat , au moyen duquel 
on diftingue les difFérens genres d'huiles 3c 
defels ; ôc quoique la perception confufe per- 
mette difficilement de ranger ces odeurs par 



DE Physiologie. /| 

clafTe , 6c de fe les rappeller â Li mémùlrQy 
elle a cependant jufqu'à préfent été iiiffifante 
pour nos ufages. Ce fens nous avertit de la 
pourriture nuifible, de la trop grande acri- 
monie, de ce qui a des qualités utiles ôc dou- 
ées. Le fel mêlé avec l'huile étant l'objet de Iz 
faveur , de l'huile mêlée avec le fel faifanc 
auiîi les odeurs , on voit l'affinité qui règne 
entré ces deux fenfations , affinité qu'exigeoit 
Tutihté mutuelle de l'une ôc de l'autre. Mais 
l'odorat difcerne plutôt les parties volatiles , 
êç le goLit les parties fixées , peut-être parce 
qu*un épiderme extrêmement muqueux re- 
couvre la langue, empêche l'effet des fels plus 
fins qui affectent plus facilement les nerfs 
qui font moins couverts 6c plus mois dans 
les narines* 

CDLXX. La force des odeurs eft grande , 
mais elle eft de peu de durée , parce que les 
particules , extrêmement fines , s'appliquent 
fur des nerfs nuds 6c fort près du cerveau ; 
c'eft en conféquence que la force venimeuia 
Ôc recréative des odeurs peut faire revenir fi 
efficacement ceux qui fe trouvent mal, ou qui 
ont été fubmergés. Ceft de là que les parti- 
cules acres occafionnent un éternuement très- 
violent , que l'odeur des médicamens purga- 
tifs lâche le ventre , que vient la force d'anti- 
pathie. Les éternuemens trop fréquens de- 
viennent en conféquence nuîfibles , 6c on eû 
expofé â perdre la vue , à caufe du grand corn* 
merce des nerfs. La cloifon du nez 6c les car- 
nets doivent être regardés entre toutes les 
parties des narines , comme ks principsks 

Bv 



J4 liLEMENS 

de Forgane de l'odorat: puifqu'ils font «en fi 
grand nombre dans les animaux qui ont l'o- 
dorat fin & que ces cornets font difpofés 
dans les quadrupèdes en très-belles fpirales , 
dans les poifTons en lames parallèles y rangées 
élégamment en forme de peigne. 



CHAPITRE XVI L 

De rOiiïe. 

CDLXXL L'odorat didingue les corpuf- 
cales qui voltigent dans l'an- , & l'ouïe ie.^ 
trémouiTemens de Tair élaitique. C'eft pour- 
quoi l'organe de l'ouie eil tout autrement 
conftruit que les organes des autres fens , & 
il eft compofé en grande partie de cartilages 
élaftiques ou d'os très-durs y afin qu'il rende 
plus parfaitement les trémouiTemens qui lui 
font communiqués. 

CDLXXII. Le pavillon de i,'Oreille eft 
l'organe externe de ce fens. C'eft un cartilage 
uni par m\ tiflTu cellukire ferré, & par des 
ligamens propres à l'os des tempes, de manière 
qu'il peut fe mouvoir antérieurement & pof 
térieurement. La figure de ce cartilage eft 
compofée. L'éminence externe , nommée 
HiLix , commence à la partie fupérieure 
d'une languette libre & fe termine en faifant 
«n contour à un cartilage pareillement libre, 
If^mh^liX eik uiie éminence partagée en deux,. 



DE Physiologie. 35 

fituée au-deiroLis de l'helix , il fe termin^^ 
fous un monticule renfermé dans l'helix &c fur 
la languette courte, qu'on appelle anti-tragus. 
Le refte de l'oreille eft concave antérieure- 
ment, convexe poftérieurement 5 infenfible- 
nient plus profond ôc traverfé par une ligne 
moyenne , il s'unit au conduit auditif , (!k 
prend le nom de conque» Ce conduit ett pref- 
que recouvert par un appendice rond . mo- 
bile , nommé tragûs. Toute cette partie de 
l'oreille eft recouverte uniquement d'une peau 
mince Ôc d'un tilfu cellulaire maigre j elle a 
un grand nombre de glandes febacées qui fé- 
parent une humeur onâueufe j elle e(ï mue 
par plufieurs mufcles, que l'habitude & la 
façon dont on fe coëfte , rendent fouvent inu- 
tiles 5 il eft cependant raifonnable de penfer 
que la nature les a deftinés à des fonctions par- 
ticulières. LQfupérieur eft mince & vient du 
mufcle frontal & de l'aponevrofe du crâne; 
il s'étend fur l'aponevrofe du mufcle tempo- 
ral & fe termine à l'oreille , vers la cavité in- 
nominée. Les pqfiérieurs font au nombre de 
deux ou de trois j, plus ou moins; ils font plus 
forts, prefque tranfverfes , viennent de cette 
aponevrofe & de l'apophyfe maftoïde , & fe 
terminent à la partie convexe de la conque , 
qu'ils ouvrent fans doute. Le mufcle antérieur 
eft le plus petit ; il sétend aufti fur l'apone- 
vrofe du mufcle temporal , & s'infère prefque 
tranfverfiilement d l'origine de l'helix. Les 
petites portions de chairs courtes , qu'on a 
de la peine à voir, oui font cependant rou- 
geâtres , peuvent apporter queicpe change- 

B vj 



^6' Élémens 

ment à l'oreille. Le tranjverje de rorcille , qui 
unit au loin l'hélix &: l'anthelix, ouvre lo- 
reille \ Vantltragien qui vient de la racine dé 
l'anthelix & fe termine à l'antitiagus , relâ- 
che l'entrée de la conque ; le tragien qui eft 
couché fur le tragus , en dilate l'ouverture. 
Le mufcle de la grande tente , fitué au milieu 
ans deux cartilages du conduit , les approche 
l'un de l'autre 6c rend le conduit plus élalH' 
que. Les deux autres , le grand Ôc long mulcle 
de riielix ôc le petit ne font pas de grand 
iifage; ils font peut-être de quelque utilité 
toutes les fois que pour entendie plus exade- 
ment un petit bruit , nous tendons lorgane 
de l'ouïe & nous rendons , en rapprochant 
les cartilages , le conduit auditif plus réfif- 
^ant. 

CDLXXIIL Laconqueeft unie avec le con- 
duit auditif rond, applati, incliné en dedans, 
plus étroit en s^avançant , fléchi en devant 
vers fa partie moyenne , & en grande partie 
onTeux. Il eft en partie, antérieurement ôc 
extérieurement , cbmpofé de trois anneaux 
imparfaits, qui viennent de la conque & du 
tragus y unis enfemble par une efpéce de 
chair , par une membrane 8c un cartilage 
mitoyen , 3c qui s'implantent enfin dans l'os 
inème. Le conduit eft achevé fupérieurement 
^ poftérieurement uniquement par une mem- 
brane. C'eft-U ce qui s'obferye dans l'adulte; 
car dans le fœtus &c dans les notiveau-nés ce 
conduit eft uniquement cartilagineux, ôc la 
partie oflTeufe fe développe peu a peu. 

CDLXXIV. L'épiderme fe continue dans 



DEPifIVSIOLOGIE. 37 

le conduit auciicif , de même que la peau , 
qui devient mince peu â peu , ôc ell exade- 
ment éjfenduefuu l'os j c'ed ce qui le rend très- 
feniîbleaux dcmangeaifons, au plaifir 6c à U 
douleur; elle eft couverte de poils , faciles i 
irriter ik propres à nous avertir des ordures 
qui s'amalFent dans ce conduit , ôc des infec- 
tes qui s'y infinuent. Il y a dans le tiffu cellu- 
laire épais , comme réticulaire, 6c membra- 
neux en grande partie , CCCCLXXI , un 
grand nombre de follicules jaunes , ronds , 
' qui verfent par un conduit court dans la ca- 
vité du conduit, un liquide d'abord gras, qui 
enfuite s'épailîiflant peu à peu > devient plus 
amer , inflammable, oint la peau fenfible Se 
la membrane du tympan , la préferve des in- 
jures de l'air , en chaflTe 6c arrête les infedes. 
Il caufe lafurdité dans ceux qui font mal-pro- 
pres 6c négligens. 

CDLXXV. Les ondes fonores de l'air tom* 
bent dans l'oreille qui les doit néceffairemenc 
recevoir fuivant les loix de la Phyfique. L'air 
élallique reçoit les tremblemens fonores ôc les 
tranfmet ou feul ou le premier, s'il eft vrai 
que l'eau puilTe tranfmertre ces tremblemens 
fans le fecours de l'air. Ceft pourquoi la 
force des fons s'étend dans l'air comprimé Se 
s'éteint dans le vuide. L'air reçoit ces trem- 
blemens , ou d'un corps mu contre lui , ou 
d'un corps contre lequel il eft pouffé , ou de 
deux corps qui fe choquent mutuellement. 
Toutes les parties , même les plus petites , du 
corps qui produit le fon, doivent frémir & 
fubir un njouvement d'ofcillatioii i cei ébraur 



^S É L 1 M É N s 

lement pouffe l'onde la plusvoifine de l'air; 
la partie antérieure de l'air , ainfî comprimée, 
rebondit aulîi-tôt qu elle a vaincu cette im- 
pullion par fon élafticité ^ elle poulTe en ar- 
rière l'air vers le corps fonoreoù lair eft alors 
plus lâche & plus raréfié, & le comprime. 
Ceore même onde comprime la^ portion an- 
térieure voifine. de l'air , de même qu'elle 
âvoit été comprimée par le corps tremblant ; 
cette portion rebondira fon tour, repoufTe en 
arrière l'air vers le corps ébranlé ôc en devan'-j 
excite ainfi une nouvelle onde. Les ofcilla- 
tions doivent fe fuccéder ainii promptement 
pour être étendues , & ne doivent pas être 
moins que de trente dans une féconde. Plus 
elles font fréquentes dans un tem.ps donné, 
plus on dit que chaque fon eft aigu, & il nous 
affeéteplus vivement , jufqu'd ce que ce fon 
ibit le plus aigu de ceux qui peuvent être en- 
tendus , & ce fon produit 7520 ofcillations 
dans une féconde. 

CDLXXVI. Les corps lespîus durs 5 les plus 
fragiles & qui font frappés plus violemment , 
rendent en général des fons plus aigus ; les 
difpofitions contraires font des fons graves. Il 
n*y a pas de milieu entre les fons aigus Se les 
graves , ou s'il y en a , il eft arbitraire. On dit 
que des cordes, ou des corps, font à l'unifiTon, 
lorfque dans un temps donné ils produifent 
le même nombre d'ofcilliations. Celle qui 
fait deux fois plus d'ofcillations qu'une autre 
dans un même temps , produit un fon qui 
diffère d'une odave. On a donné d'autres 
lîoms au* difiKrens rapports de ces fons. Lqs 



t)E Physiologic. ^5^ 

cordes les plus courtes produifent les fons le» 
plus aigus , ÔC le contraire a lieu en raifon 
inverfe des longueurs. Celles qui font plus 
tendues produifent audi des fons plus aigus 
dans un rapport fousdoublé des reniions ou 
des poids qui les tendent. On fait très- facile- 
ment ces expériences avec le monocliorde , oa 
avec une fuite de cordes qui font tendues par 
des poids. 

^ CDLXXVIÎ. Quelque puifTe être le fon 
aigu ou grave , fort ou foible , il eft porté 
dans l'air avec une vîtefTe telle, qu'il parcourt 
dans une féconde avec une force confiante & 
qui ne fe relâche pas dans les grandes diilan- 
ces 5 environ 1058 pieds de Paris. Le vent con- 
traire, comme beaucoup plus lent, retarde un 
peu le fon & luiôte prefque la douzième par- 
tie de fa vîteflTe. De même la denfité ôc la fé- 
chereffe de Tair augmente les fons ; le relâche- 
ment de l'air Ôc fon humidité les diminue ; la 
chaleur d^'été augmente fa vîtelfe. Dans la 
Guinée , le fon parcourt dans une féconde 
1098 pieds. 

CDLXXVIII. Tous les fons rencontrent 
dans tous les corps voifins ^ dans Teau même 
& dans le mercure , des particules qu'elles 
mettent en branle , non- feulement celles qui 
font à l'uniflTon avec elles, qui rendent plus 
clairement le fon ^ mais encore toutes les 
antres qui font auOi ébranlées dans différens 
rapports. De là tous les fons que nous enten- 
dons 5 font compofés du fon primitif, pro- 
duit par le corps ébranlé , & des fons fecon- 
daires produits par des corps environnans 



4<-' É L i M E îî s 

ébranlés par les fecoutres élaftiques du fon 
piimicif. La force du fon augmente , li les 
féconds fons fuccédenc ii prompcement aux 
premiers que l'oieille ne ies puiiîe diftmguer. 
Lecho efl produit 5 lorique les Ions fe fuccé- 
denc il lentement que l'oreille peut les fepa- 
rer j il fliut pour cela qu'il s'en forme prefquQ 
iîx dans une tierce , ou qu'il y aie entre le 
corps lonore <5c l'oreille une diftance de iio 
pieds. 

CDLXXIX. Le fon fe réfléchit des corps 
durs par des angles égaux aux angles d'inciden* 
ce. Le même fon, pouffé dans l'air libre , s'af- 
foiblic , parce qu'il s'étend dans une fphére 
très-vafte ; il conferve fa force , fi on le 
pouife dans un cylindre & fi on le réunit dans 
le foyer d'une ellipfe , il acquéreradela force^ 
comme on l'obferve dans le porte- voix , par- 
ce qu'il fort du foyer d'une parabole par des 
rayons parallèles , & non écartés. 

CDLXXX. C'eft pourquoi les ondes fono- 
res, pouirées dans l*air , frappent notre oreil- 
le, firuée dans un endroit haut Se qui eft na- 
turellement en-devant Se en-dehors j l'oreille 
par fon élafticité les repercute , Se ils font 
réunis par des réflexions alternatives dans la 
conque &le conduit auditif, où ils font d'au- 
tant plus forts que la furface de l'oreille eft 
plus grande que l'orifice du conduit. Confer- 
vés dans ce conduit cylindrique , ils avancent 
en dedans, fortifiés par les nouveaux fons que 
produifent les cartilages élaftiques , & les os 
durs qui en ont été frappés & qui les confon- 
dent avec le fon primicif, 



feE Physiologti. 41 

CDLXXXI. Le conduit auditif eft terminé 
intérieurement par la membrane du tympan, 
qui eft arrondie , pofée obliquement dans 
l'adulte, &qui au moyen d'une appendice fu-^ 
périeure, s'avance en dedans en forme de bou- 
clier, de forte que la partie au-deffus de la 
moyenne , creufée depuis le conduit , s'a- 
Vance , en faifant boffe , vers la cavité du 
tympan. Cette membrane eftcompofée de plu- 
sieurs lames ; la première eft blanche , mu- 
queufe , & à proprement parler , n'eft point 
une membrane ; elle tient lieu d'épiderme j 
la féconde eft une vraie peau continue à la 
membrane du conduit vafculaire^ la troifîé* 
meeftféche, bruyante, claire Ôc tranfpa- 
rente, fans vailTeaux fanguins. Le périofte 
vafculaire du tympan forme la membrane in- 
térieure. Entre ces membranes eft un tiiTu 
cellulaire tendre. On n'a encore pu découvrir 
par aucun moyen aucun trou naturel dans 
cette membrane , & le paftage de la fumée 
par cette voie eft une fable. Elle eft toujours fi 
bien tendue dans le fillon de l'anneau qui la 
rerient , qu'on ne trouve rien dans le corps 
humain de plus tendu, ni de plus fufceptible 
de tremblement. Les ondes fonores tombent 
fur cette membrane, & fur-tout dans la cavité 
conique qui la tire en dedans; après leur der- 
nière réflexion dans le conduit auditif, ils l'o* 
bligent, a caufe de fon élafticité , de pro- 
duire des ofcillations. 

CDLXXXII. Cette membrane eft tendue 
devant la cavité du rocher , nommée le tym- 
pan,, qui eft d'une figure ronde ou à peu près. 



41 ÉiiMiNS 

cependant inégale. Cette cavité eft divifée 
dans fon milieu par une éminence, Ôc elle eft 
poftérieurement aggrandie dans l'adulte par 
les cellules maftoïdiennes , qui ne fe tiouvent 
point dans le fœtus. Le tympan eft celluiaire 
antérieurement &c fupérieurement , il eft ta- 
piflé par une membrane vafculaire , dont les 
petits vaiflfeaux viennent de la carotide inter- 
ne , des tympaniques externes , de la ftilo- 
maftoïdienne & d'un rameau de la méningée 
qui s'infinue par la fente de l'aquéduc ^ il eft 
ordinairement rempli d'un mucus , que la 
trompe verfe au dt^liors , & comme divifé en 
cellules par différentes membr^aes. 

CDLXXXIII. Cette cavité renferme qua- 
tre olTelets, trois plus grands & un petit. Le 
marteau a fa tète fupérieure ronde , placée 
dans le plancher du tympan \ de-là fon long 
manche defcend le long de la membrane du 
tympan , entre la lame féche & celle qui eft 
propre au tympan jufqu'à la partie moyenne , 
en s'y attachant exadement , fur-tout par fon 
extrémité large & un peu courbée en dehors \ 
il eft outre cela foutenu par un ligament pro- 
pre avec la cuiflTe la plus longue de l'enclume \ 
une autre membrane fortifie le marteau près 
de fon apophyfe la plus longue. Une avance 
plus courte & conique , qui fe remarque fur 
le manche , poulfe la membrane du tympan 
en dehors. On remarque au même endroit 
une éminence très-longue, applatie , un peu 
large , qui s'élève en devant dans le fillon de 
la trompe. Le marteau s'articule avec l'en- 
clume par deux lignes faillantes , oblique- 



DE Physiologie. 45 

ment de fa tète ôc un fillon qui les fépate. 
CDLXXXIV. On décrit ordinairement 
trois mufcles du marteau. Le premier eft in- 
terne , tend la membrane du tympan , eft le 
plus grand de tous , placé dans le tillon pro- 
pre de la trompe, le long de laquelle il s'é- 
tend parallèlement , ôc fon tendon le réflé- 
chifTant en dehors autour d'une poulie , il 
s'infère à la partie fupérieure du manche. Le 
fécond vient aulîi du fillon adjacent de la 
trompe, mais il eft extérieur , plus court & 
fe porte prefque de même en arriére ; il s'at- . 
tache cependant le long de l'apophyfe la plus 
longue du marteau fans fe réfléchir ^ on le 
révoque en doute, & il ne diffère pas alfez de 
la membrane pulpeufe rouge. Le troifiéme , 
fuivant quelques Anatomiftes, prend fon ori- 
gine du conduit auditif, fe porte dans le tym- 
pan par le fillon de l'anneau interrompu du 
conduit, fe termine à l'apophyfe la plus courte 
du marteau, &fertà relâcher la membrane 
du tympan ; je n'ai jamais aifez fûrement 
obfervé ce mufcle , & je connois de très- 
grands Anatomiftes qui n'ont pas été plas 
heureux que moi. Au refte , celui qui tend 
à l'aicle du marteau , la membrane du tym- 
pan , difpofe l'organe à la perception des 
fons foibles ; l'autre, s'il fe rencontre, mo- 
dère les fons trop violens , Se en retirant le 
marteau de l'enclume, il empêche la propaga- 
tion de l'ébranlement fonore. La membrane 
du tympan étant percée , les olTelers dérangés 
de leur place , l'ouïe devient crabord dur, 
puis il s^enfuit une furdirc parfaire ^ & il ne 



44 Elemehs 

refte que cette portion de l'ouïe , qui fe fait 

par le moyen des os du crâne» 

CDLXXXV. Le marteau communique les 
cbranlemens qu'il a reçus de la membrane du 
tympan à l'enclume , qui eft un petit os plus 
court , plus épais , avec lequel il eft articulé 
poftérieurement par une furface large & deux 
filions au milieu defquels s'élève une émi- 
nence. La cuifTe la plus courte , taillée dans 
fon petit corps , fufpendue par un ligament, 
eft affermie dans un fillon propre de los. La 
longue cuifte defcend parallèlement au mar- 
teau 5 & fe recourbant un peu en dedans par 
fon extrémité 5 reçoit le quatrième oflfelet qui 
eft convexe d'un côté & un peu applati de l'au- 
tre , & placé fur l'étrier, auquel il communi- 
que les fecouiïes qu'il a reçues. 

CDLXXXVL L'étrier , dont la figure auto- 
rifela dénomination, eft couché tranfverfale- 
xnQnt y de manière qu'il reçoit l'enclume fur 
fa petite tète cave ; îes branches font un peu 
courbées , mais la poftérieure l'eft pkis , fa 
bafe eft ovale, un p^u moins inférieuremenr , 
& cette bafe s'adapte exactement fur un trou 
conforme à fa figure , & qu'on a coutume de 
nomniQT IsL fenêtre ovaie. Sqs branches, creu- 
fées en dedans , font réunies par une mem- 
brane tendue , arrêtée furfi bafe un peu cave. 
L'étrier a un mufcle particulier , renfermé 
dans une éminence oiTeufe , dont le petit ten- 
don s'infère à la tête de l'étrier , fous l'enclu- 
me ; il paroit tirer l'étrier de façon , que cet 
os poftérieurement entre pkis profondémenc 
dans la fenêtre ovale Ôc qu'il en fore anté;ieu~ 



DE Physiologie. 45 

rement , d'où il arrive que la pulpe nerveule 
du veftibule eft comprimée par la bafe de 1 e- 
rrier &c par l'air du tympan. La bafe de Fétrier 
eft environnée d'une membrane qui fépare ie 
veftibule du tympan. 

CDLXXXVII. DitFérens canaux fortent de 
la cavité du tympan. Le plus grand, q^ui de la 
partie antérieure monte en devant , fort en- 
tre l'os fphénoïde &: l'os des tempes , répond 
dans un cône elliptique divergent, compofé 
en partie par deux cartilages , & en partie 
membraneux , qui fe termine par une ouver- 
ture elliptique très-large , derrière les nari- 
nes , dans la cavité du gofîer , ôc qui eft tourné 
de dedans en devant; ce canal eft tapifté d'une- 
membrane poreufe , pleine de véiicules , con- 
tinue ôc femblable à la membrane des nari- 
nes. C'eft-là la Trompe que les mufcles, qui 
font pofés deiïus 5 peuvent comprimer, lorf- 
quils font gonflés, & que peut être le circon- 
flexe du voile du palais peut relâcher Se ou- 
vrir. L'air , dans l'mfpiration , entre par ce ca- 
nal dans ie tympan , s'y renouvelle , de le 
mucus fe répand tout autour des offelets pour 
les défendre, il paroît probable que l'air fort 
par la trompe , lorfque des fons violens pouf- 
fent la membrane du tympan en dedans. Cette 
trompe dirige auffi à l'organe de l'ouïe , les 
fons reçus par la bouche. Lorfquon infpire, 
l'air preiTe vers le dehors la membrane du 
tympan ; de là vient le bourdonnement , lorf- 
qu'on baille , & c'eft ce qui rend les fons 
moins diftinds , parce que l'air , pouffé en 
plus grande abondance par la trompe daxis le 



4^ E L E M E N s 

tympan, réfîfte aux ébranlemens de l'air ex- 
tcrieur. 

CDLXXXVIII. Deux autres ouvertures 
conduifent du tympan au Labyrinthe , 
ou à l'oreille incerne. La Fenêtre ovale 
CDLXXXVI , qui n'eft couverte d'aucune 
membrane , conduit dans le Vestibule qui 
eft une cavité ronde , creufée dans la portion 
la plus dure du rocher, & adjacente à la partie 
interne du tympan. On y remarque les cinq 
orifices des trois Canaux demi- cïrcul air cs\ ces 
canaux , dans le fœtus , font faits d'une fubf- 
tance écailleufe , diftindte , dure , environnée 
d'un titfu fpongieux \ ils font tracés dans l'a- 
dulte dans la partie la plus dure du rocher \ 
ils font un peu plus grands qu'un demi-cercle, 
& ils ont une embouchure plus grande que 
leur calibre. Le plus grand des canaux eft pof- 
térieur , inférieur & perpendiculaire \ le 
moyen , fupérieur, eft auili pofé perpendicu- 
lairement \ l'externe , & le plus petit , eft 
horizontal. L'orifice^ interne du canal fupé- 
rieur eft commun avec l'orifice fupérieur du 
canal poftérieur. 

CDLXXXIX. Le Limaçon, qui eft incli- 
né dans la partie antérieure du rocher , fait 
encore voir quelque chofede plus admirable 
dans fa ftrudurc. Un de fes orifices s'ouvre 
dans le veftibule , 6^ lautre dans la Fenêtre 
ronde , cachée par une éminence 5c placée 
dans le fond du tympan. Le limaçon eft fait 
d'un noyau offeux , conique , dont la pointe 
eft inclinée en dedans ; il eft divifé dans fon 
milieu par un fillon , & criblé à fa bafe 5c 



DE Physiologie. 47 

dans toute fa longueur d'une grande quantité 
de trous , qui Te terminent par des tuyaux , 
qu'on appelle échelons. Il y a dans le fœtus un 
canal dilîinét autour de ce noyau , formé par 
la coquille même , de qui s'unit dans Pa- 
dulte avec l'os voiiin y il eft environné par deux 
tottrs ôc demi d'une fpirale, qui fe porte en 
forme de cône , des deux orifices dont nous 
venons de parler, en diminuant vers la pointe 
du noyau. Ce canal a deux loges , & il eft di- 
vifé par une cloifon qu'on appelle h AMt fpi- 
rale. Cette lame eft en très-grande partie of- 
feufe , part du noyau & fe prolonge à angle 
droit dans la cavité du canal ; elle eft canne- 
lée & renfermée de part & d'autre par le 
périofte interne qui lui fert de gaine. L'autre 
partie , qui eft extérieure & membraneufe , 
divife le canal. Ainfi font diftingués les deux 
demi-canaux , qu'on appelle Echelljes. Le 
demi-canal intérieur & poftérieur , com- 
mence à la fenêtre ronde , où il eft bouché 
par une membrane , l'autre, qui eft antérieur, 
commence au veftibule : ces échelles commu- 
niquent entr'elles , par un petit trou dans la 
pointe du limaçon , où la cloifon fe termine 
en une troifiéme cavité en forme d'émoi;» 
noir \ elles communiquent encore par plu- 
fieurs trous avec le noyau de la rampe, qui eft 
rempli de nerfs. 

CDLXXXX. Les vaiffeaux de l'oreille ex- 
terne viennent de la temporale & de l'auri- 
culaire \ ceux qui fe diftribuent à la mem- 
brane du tympan , font produits ou par la fty- 
lomaftoïdienne ou la temporale, ou par l'un© 



4^ Él^mens 

èc Tautre ; ceux du conduit auditif viennent 
de ces me mes vailTeaux j ceux du tympan 
font tels que nous l'avons dit n". CDLXXXIL 
Le veftibule , les canaux demi-circulaires ôc 
le limaçon en reçoivent de la vertébrale &c de 
la ftylomaftûidienne. 

CDLXXXI. Il nous refte à dicrire les nerfs 
qui fe diihibuentà l'organe de l'ouïe. Le prin- 
cipal efl; celui qu'on appelle la feptiéme paiac 
CCCLXIII. Il le gUlfe dans le iînus du trou 
auditif interne de l'os pierreux , 3c fe divife 
en deux dans fon cul de fac. La plus petite 
portion du nerf palfe par le trou fupérieur de 
ce fmus, dans un canal tranfverfe qui fe ré- 
fléchit derrière le tympan ; il jette dans fon 
trajet un rameau qui palfe par un canal parti- 
culier dans le tympan ; & qui montant enfuite 
entre le marteau &c l'enclume , par la fcilTure 
fîtuée derrière l'articulation de la mâchoire 
inférieure , fort du tympan & s'unit avec le 
nerf lingual CDLI, quoiqu'on ne connoilfe 
pas la caufe de cette union myftérieufe. Elle 
fert néanmoins à^expliquer clairement la fym- 
pathie des dents avec les fons aigus , avec les 
bridures de l'oreille, ôcc. Le reite du nerf fe 
termine vers les parties latérales de l'apophyfe 
ftyloide , fe diftribue à l'oreille externe , à la 
parotide , en grande partie à la fice, & à la 
partie fupérieuredu col ; il efl: en partie muf- 
culaire , &c en partie cutané; il s'anafl;omofe 
de différentes façons avec la féconde &c la troi- 
iiéme branche de la cinquième paire, avec la 
huitième & la troifième cervicale. Il n'envoie 
aucuns rameaux à l'organe de l'ouïe , ou s'il 

en 



DE Physiologie. 4c> 

en envoie , ils font fort petits. L'oreille externe 
reçoit antérieurement d'autres nerfs de latroi- 
liéme branche de la cinquième paire , & pof- 
térieurement de la féconde ôc de la troificme 
paire cervicale. 

CDVIIIC. La Portion molle eft plus 
grolfe Se plus difficile à fuivre , fort du qua- 
trième ventricule CCCLXXÏII ; formée de 
rameaux très-petits , elle pafTe par les trous 
très-fins du fond du finus auditif, & fe dif- 
tribue en partie au veftibule & en partie au li- 
maçon j ces rameaux forment dans le vefti- 
bule une' membrane pulpeufe , très-tendre , 
qui s'étend de part & d'autre dans les canaux 
demi-circulaires ; ceux qui fe diftribuent au 
limaçon , s'y terminent d'une manière qu'oa 
ne peut développer. 

CDVIIC. Il n'eft pas douteux que le nerf 
qui fe rend dans le veftibule & dans les ca- 
naux demi-circulaires , ne foit frappé par les 
èbranlemens de l'air extérieur qui s'étendent 
jufqu'à rétrier & qui touchent par la fenêtre 
ovale la pulpe du nerf qui y eft nud. La por- 
tion qui fe diftribue au limaçon, peut à peine 
ctre apperçue. Il eft probable qu'il s'en iepare 
des rameaux q-ui paiTent par les petits trous 
du noyau CDXIC , ôc qui fe diftribuent au 
pcriofte du limaçon & à la partie membra- 
neufe de la lame fpirale. Des filets nerveux 
tranfverfes , fortent-ils du noyau du limaçon 
fur la lame fpirale , fucceftivement pics 
courts ? Cette partie eft-elle l'organe immé- 
diat de l'ouïe ? L'anatomie n'eft pas encore 
parvenue à le faire voir , 6c cela ne s'accorde 
II Pan, C 



'50 È L E M E N s 

pas âvec ce qui s'obferve dans certains anî- 
rtaux 5 dans les oifeaux Ôc les poiMons , qui 
entendent parfaitement , quoiqu'ils n'ayent 
pas de limaçon. Quelque chofe qu'il en puilFe 
être, il eft cependant probable que la lame 
fpirale, remplie de nerfs, eft ébranlée par 
l'ofcilliation de la membrane du tympan qui 
agite l'air de cette cavité , de forte qu'il frappe 
la membrane de la fenctre ronde & celle-ci 
l'air interne du limaçon. 

CDVIC. Cette conjedure eft d autant plus 
•heurèufe , que la lame fpirale eft véritable- 
ment triangulaire , qu'elle a à ion fommet un 
angle aigu & qu'on peut imaginer dans cette 
lame un nombre infini de cordes, de plus en 
plus courtes, qui s'accordent & foient dans 
une telle harmonie avec les difFérens fons 
aigus & graves , CDXIV, qu'elles tremblent 
en formant un nombre infini de fons , c'eft- 
à-dire , les plus longues Cnnées à la bafedu 
limaçon , avec les fons graves , les plus cour- 
tes , fituées à la pointe , avec les fons aigus. 
La perception dn fon fe fait-elle dans la par- 
tie moyenne des canaux demi-circulaires ? 
Mais nous lifons qu'ils manquent dans l'élé- 
phant. 

CDVG. Il par oît que les fecouiTes ëkftiques 
de l'air arrivent aux nerfs auditifs par l'oreille 
externe, le conduit auditif, la me«ibrane du 
tympan , ôc que delà elles prennent diffé- 
rentes routes ôc fe communiquent plus exac- 
tement au moyen des os contigus , dans le 
veftlbule ; plus confufément , Se avec perte 
de leur force dans la raucoiîté de la caiffe y 



DE Physiologie. fi 

^u moyen de l'air du tympan , dans la fenêtre 
ronde &c dans le limaçon. On ne fçait rien de 
plus ^ mais il eft conftaté par des expériences 
iûres, que le tremblement fonore ôc élafti- 
que , fe communique au nerf auditif par la 
trompe , par les dents Ôc par tous les os du 
crâne. La diftinction des fons dépend fans 
doute de la vîtefle des ébranlemens du nerf 
acouftique, fuivant qu'ils fe fuccéd^nt plus ou 
moins promptement dans un petit efpace de 
temps. Iln'eîl pas nécelTaire que l'ame puiiïe 
les nombrer ; il fuffit qu'il s'excite dans 1* 
penfée difFérens changemens fuivant que le 
nombre de ces ébranlemens eft différent. La 
grâce des fons dépend-t-elle du nombre des 
confbnnances ? L'ame compte-t-elle en elle- 
même les degrés des confonnances, ôc fe 
plaît-elle dans leur facilité ôc leur fréquence? 
D'habiles Muficiens nient que cela foit ainil , 
ôc ils affûtent que les fons difïbnnans Ôc dif- 
tans les uns des autres , dans une proportion 
difficile à déterminer , font quelquefois très- 
gracieux. Pourquoi les fons trop aigus font- 
ils infupportables ? Il paroît qu'ils tendent les 
petits nerfs de la lame fpirale fî fort qu'ils 

fieuvent les rompre , comme cela arrive dans 
e verre , que le fon trop aigu caffe , & dans 
les Ifles Canaries, où les fons trop aigus ren- 
dent fourds; 



s?*. 



Gij 



Si ilLEMENS 

CHAPITRE XVIII. 

De la Vue, 

CDIVC. JLes fecoufTes de l'air fe font fentir 
fur l'organe de l'ouïe , les vibrations de la lu- 
mière agifïent fur celui de la vue. L'organe de 
l'ouïe eft oflTeux , afin qu'il retentiïfe \ celui 
de la vue eft en grande partie compofé d'hu- 
meurs 5 pour produire des réfra6tions. La 
ftrudure , compofée d'organes fi tendres , 
exigeoit qu'ils fulfent en lûreté. Il y a plu^- 
fîeurs efpéçes d'humeurs , ôc chacune a une 
enveloppe particulière. 

CDIIIC. Les Sourcils. défendent les yeux 
extérieurement. On nomme ainfi cette grof- 
feur, fituée dans la partie inférieure du front , 
couverte de poils ferrés , couchés en forme 
de tuiles creufes, que le mufcle fourcilier, 
l'orbiculaire des paupières & le frontal peu- 
vent conduire en dehors , & procurer ainïi 
de l'ombre à l'œil, expofé à une trop grande 
lumière. Lorfque les fourcils fe font acquîtes 
de oette fonction , ils font élevés par le fron- 
tal qui s'y infère \ ce mufcle eft mince , char- 
nu , contigu à la peau , & affermi à la calotte 
aponevrotique du crâne , que le mufcle occi- 
pital 5 quadrangulaire , long , tire vers la par- 
tie poftérieure. La contraâion è^^s fourcils 
défigne l'inquiétude , leur élévation au con^ 



CE Physiologie. 5.5 

traire annonce la tranquillité Se la férénité ae 
l'ame^ils empêchent les fueurs découler dans 
les yeux , & retiennent les infedes. 

CDIIG» Les paupières veillent de plus 
près fur rœil. Ce font des plis cutanés , for- 
més par la peau de la face , qui devenue plus 
tendre , va gagner leur bord ^ repliée fur elle- 
même 5 elle parcourt intérieurement l'efpace 
que la lame externe a parcouru^jpxtérieure- 
ment , de laquelle elle eft féparée par un peu 
de tiffu cellulaire j d'un côté elle eft membra- 
neufe & vafculaire, Ôc de l'autre rouge, min- 
ce 5 paflfe par-deiïus le globe de l'œil , de fe 
couche antérieurement fur la fclérotique ; 011 
lui donne le nom de Conjonctive , & enfia 
celui de Cornée. L'épiderme l'accompagne 
par-tout, dans l'endroit même où elle s'unit 
intimement à la cornée. La paupière fupé- 
rieure eft plus grande, plus mobile , l'infé- 
rieure eft petite , & elle fuit plutôt les mou- 
. vemens , qu'elle ne fe meut par elle-même. 
Les nerfs que la première & la féconde bran^ 
che de la cinquième paire , ôc la portion dure 
de la feptiéme fournirent aux paupières , les 
rendent" extrêmement fendbles. Elles reçoi- 
vent un grand nombre d'artères , des ophthal- 
miques , des temporales , des rameaux de la 
maxillaire interne , des fous orbitaires, & de 
celles de la face. 

CDIC. Chaque paupière , pour fe fermer 
plus exactement, a furie bord par lequel elles 
fe touchent , un arc cartilagineux , grêle , en 
forme de lune , qui devient plus mince en 
dehors , ce cartilage tend la paupière 8-c l'em- 

Ciij 



54 Élémens 

pêche de former des rides , lorfqa'elle eft 
élevée ou abaiifée ; on l'appelle Tarse. La 
paupière fupérieure eft élevée par un mufcle 
qui lui eft particulier , Ôc qui prend fon ori- 
gine de la dure mère à Tendroit , ou , en 
quittant le nerf optique , elle dégénère dans 
le périofte interne j il s'élargit peu-à-peu , & 
s'épanouit fur le tarfe. Le mufcle frontal lui 
aide beaucoup par fes attaches différentes à 
l'orbiculaire , qu'il étend en haut. La paupière 
fupérieure eft abaiifée par le mufcle orbicu- 
laire-^ il eft large & étendu autour de l'orbite; 
il eft fi tué fous les paupières , & fe porte a 
l'un & l'autre angle de l'œil : il a pour point 
fixe un ligament qui vient de l'os frontal , dans 
l'endroit de fon union avec l'os maxillaire , 
& les fibres s^inferenr en partie à l'os du front 
& à l'os maxillaire. Ce mufcle élevé la pau- 

fiére inférieure , & il enveloppe tellement 
œil, qu'il le garantit èi^^ impreffions de la 
lumière pendant le fommeil & de toutes les 
ordures qui pourroients'y gliffer. La paupière 
inférieure eft outr'e cela abaiifée par un dou- 
ble troufteàu de libres qui s'infèrent a la lèvre 
fupérieure. Enfin le bord épais de chaque pau- 
pière eft garni de Cils pour les empêcher de 
fe coller \ c'eft-à-dire , qu'ils font garnis de 
poils qui fortent en dehors fous différens or- 
dres, qui augmentent l'ombre ou Tobfcuriré 
lorfqu'ils fe croifent & qui nous fervent à dif- 
tinguer plus exadtement quelque objet , parce 
<iue par leur moyen les rayons étrangets font 
exclus. 
D Les glandes febacées dô Meibomius 



\ 



DE PhYSIOLOGIS. $$ 

empêchent que les paupières ne fe ftottenç 
avec douleur ; elles font comme de petits in> 
teftins au nombre de trente , ôc même plus , 
placées en général dans la longueur de i'uri^ 
ôc l'autre paupière ^ elks font quelquefois 
branchues, compofées de finus aveugles-par-;- 
ticuliers , qui fe rendent dans un plus gra^id 
conduit ferpentin , qui a fon orifice dans 1$ 
bord même de la paupière *• elles feparent un 
fuif mol qui enduit les paupières , & qui eft 
entraîné par les larmes , avec Icfquelles il fe 
mcle. 

DI. La matiere.iles larmes empêche le frot.^ 
tement continuel dQs paupiéces qui monteiit 
ôc «lefcendent fur l'oEil ; elle conferve la fou^ 
pleiïe de la cornée ; elle entraîne les infedles 
de les autres petits corps acres qui s'infinuent 
dans l'œil, c'eft une liqueur falée, tranfpa- 
rente , qui s'évapore & fe répand continuel- 
lement fur la face antérieure de l'œil; elle nq 
coule point furies joues, à moins qu'elle ne 
foit ramaiTée par des caufes particulières. Ellei 
eft produite en partie par les artères exha- 
lantes de la conjon(5i:ive , comme on le voit 
par rinje<flion faite avec l'eau , qui imite la 
nature ; Se on la croit en partie fournie par 
une glande placée dans un enfoncement de, 
l'os frontal, conglomérée, duriufcule , mé- 
langée de graiffê , colorée par un nombre in- 
fini de vaiflTeaux , produits par les opthalmi- 
ques &c la maxillaire interne , & traverfée de 
plufieurynerfs qui viennent d'un rameau par-^ 
ticulier delà première branche de la cinquiè- 
me paire. Trois, quatre ou fix conduits dif- 

C i y 



5^ É L E M E N s 

tindscîans le bœuf, & même plus , viennent 
de cette glande ôc s'ouvrent dans la face in- 
terne de la conjondive palpébrale. On n a pas 
encore afTez fûrement démontré ces conduits 
dans rhomme, ôc je ne les ai même jamais vus. 
La contraâ:ion plus fréquente du mufcle or- 
biculaire augmente la fécrétion des larmes , à 
la fuite de l'irritation , du chagrin; il étend les 
larmes fur^oute la furface de l'œil, & arrofe 
celle de la conjondtive. 

DU. Lorfque l'humeur lacrymale a fait ks 
fondions , Ôc qu'une partie s'eft évaporée , 
le relie , qui venant à s'accumuler , auroit été 
nuifible , eft pouiïe par le mufcle orbiculaire 
vers fon origine la plus proche du nez, & à 
la partie interne de la commiflure des deux 
paupières , jufqu à laquelle les tarfes ne fe 
prolongent point 8c oi\ cette partie des pau- 
pières ne fe rencontre pas (i exademçnt. La 
Caroncule , couverte de follicules febacées. 
Se garnis des poils , oblongue. Se placée dans 
cet endroit entre les paupières , les empêche 
de fe réunir ; elleiubrifie^avec le fuif qu'elle 
fépare , la partie des paupières dans laquelle 
il n'y a point des conduits de Meibomius. 
Uneefpècede troidème petite paupière def- 
cend perpendiculairement devant elle & unit 
les vraies paupières. On obferve ani commen- 
cement de cet efpace , qui fe trouve entre les 
paupières , dans lequel les larmes feréuniiTent 
lur Tun & l'autre bord, une papille percée 
d'un trou, environnée d'une chair calleufe , 
toujours ouvert, à moins qu'il ne fe ferme 
dans quelque mouvement convuKif. Ces trous. 



DE Physiologie. 57 

qu'on appelle points lacrymaux , tirent le 
larmes de l'endroit où elles féjournent , tan 
par attraàion que par l'impullion continuelle 
de ce même mufcle. Ces pomts étant bouchés, 
les larmes inondent les joues & les exco- 
rient. 

DIII. Un petit conduit particulier , beau- 
coup plus large , mince , renfermé dans la 
peau, au-defTus de la caroncule , ôc une autre 
plus tranfverfe au-defTous d'elle, viennent en 
dedans de ces points , s'approchent l'un de 
l'autre & fe plongent par deux orifices un peu 
au-defTous du fommet ànfac lacrymaLQ*t^ 
ainfi qu'on nomme la cavité formée dans ia 
goutiére de l'os unguis & de l'os maxillaire , 
d'abord revêtue d'une membrane ligamen- 
teufe &c par-delfus d'une pulpeufe, rouge ^ 
continue à celle à^ narines, ouverte à une 
humidité qui s'y répand , & de figure un peu 
ovalaire. Le conduit lacrymal continu à ce lac , 
defcend en fe portant en arriére daiis les na^ 
rines , eft recouvert vers le bas par le cornée 
inférieur du nez , il fe termine par un trou 
obliquement oblong ati-deiïbus de ce cornet* 
Les larmes fuperflues coulent par ce canal , bc 
arrofent en partie les narines CDLXXVIL 
Quelques-uns lui attribuent un mufcle , donc 
l'e'xiftence n eft pas alTez dcmonaée. 

DIV. L'Œil ftridement pris , conforme en 
globe, déprimé en devant, cependant avec 
des différences , plus long que large , eft placé 
dzns l'orûite qui eft une cavité olïeofe , pref- 
que conique, compofée de feptos interrom- 
pus poftcrieureraent ôc extcxie-uremi^nc par de 

C V 



5^^ É L É M E N s 

grandes fentes, & qui s'élargit en devant; 
ç'eft-là ce qui le met à couvert de tous côtés. 
Cette cavité étant plus grande que l'œil n'eft 
gros, le globe de l'œil eil environné d'une 
grande quantité de graiire , très- molle ôc mo- 
bile, qui remplit la cavité. 

DV.Le principal nerf de l'œil eft celui dont 
les tuniques compofent celles de l'œil. Nous 
avons parlé de fon origine CCCLXXIII. Il 
fe prolonge au-delà descuilTes du cerveau , 
s'approche vers fon aiTocié du côté oppofé , de 
s'unit étroitement avec lui par une grolTe 
portion de fubftance médullaire, fans cepen- 
dant fe mêler , puifque le droit va toujours- a 
l'œil droit, & le gauche à l'œil gauche, com- 
me il eft conftaté par de fûres expériences. Il 
entre donc dans l'orbite , en fe courbant un 
peu ; il eft rond , mais applati , & ne s'infère 
pas à la partie moyenne du globe , mais à la 
|>artie un peu plus proche du nez. 

DVI. Lorfqu'il a atteint l'œil , il quitte la 
îanie interne de la' dure mère, dans laquelle 
il s'étoit infinué en pa (Tant par le trou optique 
de l'os fphenoïde ; elle environne alors le 
globe de l'œil , comme première enveloppe , 
devient plus épailTe & forme ce qu'on apijelle 
la fdérotique. La lame externe de la dure 
mère forrr>e , en fe féparant de l'interne, le 
périofte âiQ l'orbite. La pie mère , qui fe fé- 
pare aafti de ce nerf , eft vafculaire , tapilTe la 
partie interne de la fclerotique ; elle eft toute 
rouïTe & mince. La fubftance médullaire , 
€k>ntla partie interne de ce nerf eft compofée , 
eft continue au ceiveau , mais féparée par deâ 



DE Physiologie. 59 

cloifons cellulaires, elle fe réunit en une pa- 
pille conique , blanche , applatie ; & péné-^ 
trante par les trous du cercle blanc de la cho- 
roïde, elle forme par fon épanouilTement la 
redne , membrane la plusnnterne de l'oeil. 

DYlh Lajciérodque en général blanche, 
peu vafculaire , tenace , d'un ri0Li ferré , fem- 
blable à la peau , a alTez la figure d'un globe ; 
cependant elle eft déprimée antérieurement : 
elle eft plus épaiiïe poftérieurement ; elle eu: 
percée à la partie antérieure d'un trou orbi-r 
culaire , au tour duquel eft attachée oblique^' 
ment une partie plus convexe , tranfparente , 
compoféedeplufieurs lames , pénétrées d'une 
eau tranfparente, dont les vailfeaux font fort 
difficiles à faire voir ; elle eft fenlîble , pref- 
que circulaire , mais cependant plus circu- 
laire du côté du nez , ôc prefque ovale vers les 
tempes; on la nomme la cornée; c'eft par 
cette membrane que la lumière pafTe au fond 
de l'œil; elle prend très-facilement l'eau de 
k rend de même. La conjondtive s'éloigne 
des paupières à la partie antérieure la plus 
plane de la fclerorique & devant la cornée , 
& elle eft unie avec la fclçrotique CDIIC > 
par un tiffu cellulaire propre , qui peut s'en^ 
fler , rempli de vaifteaux en partie rouges & 
en partie continus avec les rouges, mais rranf- 
parens. , 

DVllh L^ choroïi^e commence par un cer- 
cle blanc , percé de plufieurs trous , qui ter^ 
mine la fubftance du nerf optique à l'endroit 
où la reâne & fon artère centra k l'abandon- 
nent ^ devenant de là de plus en plus cpncen- 

C vj 



êO ÉlÉMENS 

trique, elle s'épanouit entre la fclérotique 
avec laquelle elle eft peut-être unie par quel- 
que tilTu cellulaire , & par beaucoup de vaif- 
leaux qui vont d'elle à la choroïde. Elle eft 
rouffe extérieurement , d'un brun foncé en 
dedans & prefque noir , de forte qu'on peut 
par la macération féparer l'une & l'autre 
furface, & appeller l'interne membrane de 
RuYscH^elle blanchit avec l'âge. Parvenue 
vers l'origiiie de la cornée tranfparenfe , elle 
s'unit exactement avec la fclérotique par 
beaucoup de tilTu cellulaire \ elle forme là le 
cercle prefque blanc que nous nommons le 
Cercle cilier, & elle prend une autre direc- 
tion^ Cette membrane en effet , qui par fon 
épanouiiTement formoit d'abord une fphere, 
s'étend au tour de la cornée en formant un 
cercle , un peu convexe en devant , imparfait, 
dont la partie moyenne eft ouverte par un 
cercle concentrique, qu'on appelle Pupille ; 
ce cercle eft plus étroit du coté du nez , & plus 
large du coté des tempes. La partie antérieure 
de cet anneau eft appel lée Iris \ la poftérieure 
qui fe fépare de l'antérieure par la macéra- 
tion , & qui eft couverte de noir , s'appelle 
pour cette raifon UvÉE. On obferve tant an- 
térieurement que poftérieurement un grand 
nombre de cannelures branchues , en forme 
de rayons , de différentes couleurs dans dif- ' 
férens hommes. Je n'ai pu découvrir, pas mê- 
me à l'aide du microfcope, dans l'œil du bœuf 
même , les fibres orbiculaires & concentri- 
ques de la pupille ; mais j'ai vu uniquement 
dans l'uvéô un cercle interne , diftingué par 



D E P H Y s I O L O G I E. 6î 

des. rayons alTez obfcurs. La pupille eft fer- 
mée dans le fœtus humain & dans le poulet , 
Ôc l'iris forme enfe replongeant un œrcle par- 
fait. La partie étendue de la pupille eft pareil- 
lement vafculaire ; elle fe retire peu à peu 
après la nailfance , difparoît ôc laine un paf- 
fage libre aux rayons de la lumière. 

DIX. Derrière l'uvée du même cercle , où 
la choroïde s'unit intimement avec la fcléro- 
tique, un peu plus extérieurement que la cor- 
née, partent intérieurement de la choroïde, 
en forme d'anneau , des cannelures épaiflTes , 
élégamment pliées , qui naififent de la cho- 
roïde , blanches , couchées fur des vaiiTeaux 
qui leur font parallèles , qui fe terminent en 
barbe de plume pendante , unies par une por- 
tion lâche & mincê de la rétine , couvertes 
par-tout d'une couleur noire ; elles lont cou- 
chées fur l'humeur vitrée , ôc enfin font adhé- 
rentes à la capfule du criftallin \ on les nomme 
LiGAMENS ciliers. On ne fçait point d'oij 
vient leur couleur noire , & on n'a point 
trouvé des glandes propres à la féparet, quoi- 
que quelques Anatomift es lésaient admifes. 

DX. La rétine eft une vraie continuation de 
la moelle du nerf optique ; c'eft pourquoi 
elle eft très- tendre, muqueufe , & peut fe fé- 
parer au moindre foufle ; elle s'épanouit en 
dedans de la choroïde en une fphere concen- 
trique femblabie, & embrafte de près le corps 
vitré. La rétine , parvenue vers les procès ci- 
liers, fuit leur direction , & fert de bafe à 
leurs artérioles & à leurs ftries V^He s'avance 
vers le^riftallin , s'implante dans fa xapfule 



€t E L E M E N s 

ôc la couvre , fi on en croit les expériences de 
quelques perfonnes. Je diftingue dans la re- 
nne plutôt des plis rayonnes que des fibres., 
Les vailTeaux rouges nombreux , qui lui font 
propres , Ôc qui font répandus fur fa fubftance 
nerveufe blanche, font regardés comme une 
membrane propre par les Anatomiftes mo- 
dernes. 

DXI. Les humeurs foutiennent ces tuni- 
ques , dont la figure a quelque rapport avec 
une racine bulbeufe ; elles confervent la fir 
gure fphérique de l'œil , & elles paroiflent 
conftituer un corps en partie folide, en partie 
mol, ôc en partie liquide. L'Humeur vitrée y 
qui eft la principale, remplit donc par-tout 
le dedans de la rétine. Elle a une membrane 
propre, mince, tranfparente, d'une llrudure 
cellulaire ; une liqueur très- tranfparente ÔÇ 
qui ne dégénère pas facilement même dans le§ 
vieillards, qui occupe les intervalles cellulaires 
de cette membrane,elle s'évapore parfaitement 
lorfqu'on l'expofe-au feu, elle eft de même 
genre que l'humeur aqueiife , & elle eft un 
peu plus denfe que l'eau. Les vai(îeaux que 
l'on voit dans le mouton , appartiennent à la 
rétine. 

DXIL Mais le corps vitré en devant 3c der- 
rière Tuvce , à un enfoncement orbiculaire, 
alTez profond , qui renferme dans fa cavité la 
Lentille criftaliine , que l'on a mife mal q. 
propos au nombre des humeurs. Cette lentille 
a une figure compofée de deux portions de 
fpheres convexes d'une convexité elliptlqpe , 
dont l'antérieure eft plus plate 6c la poftérieure 



PI Physiologie. <?3 

plus convexe j elle eft compofée de lames qui 
fe fuccedenr , & qui font elles-mêmes com- 
poféesâe fibres d'une figure élégance par leur 
entortillement. Il y a entre les feuillets du 
Cristallin une liqueur aufli tranfparente , 
mais qui dans la vieillefTe devient naturelle- 
ment jaune. Les lames internes fe touchent de 
plus près que les externes , & forment comme 
une efpéce de noyau plus dure. Elle reçoit de 
la rétine, des vailfeaux qui ont percé l'hu- 
meur vitrée , obfervés par des hommes célè- 
bres , & des vailfeaux qui accompagnent le 
ligament cilier DVII. Elle eft renfermée dans 
une membrane ferme , élaftique , épaifle , 
tranfparente 5 plus ferme antérieurement que 
poftérieurement, que l'uvée arrofe, & qui eft 
loutenue par les ligamens crliers qui s'y in- 
fèrent DIX. Un Cercle cellulaire environne 
le criftallin. Il eft formé par la r.étine qui 
s'avance au ligament cilier , & qui poftérieu- 
rement s'éloigne un peu de la membrane vi- 
trée , & antérieurement fe continue avec la 
capfule du criftallin ; il fe forme ainfi uo 
efpace qui repréfente un anneau , lorfqu'or#y 
infinue de l'air. 

DXIII. Enfin l'Humeur aqueufe , très- 
fluide , très-tranfparente , & qui fe régénère 
très-facilement , lorfqu'eîle eft détruite , fe 
trouve répandue dans le petit efpace triangu- 
laire curviligne , fitué entre l'uvée & le crif- 
tallin , & dans le grand fegment de fpkere 
creufe , qui eft entre l'iris & la cornée, il fem- 
ble qu'elle fort- des artères de l'iris , de l'uvée 
^ des procès ciliers j qu'elle eft reprife pai: 



64 Ê t É M E N s 

des veines femblables , & qu'une partie ab- 
forbée par la cornée , s'exhale à travers cette 
membrane. L'uvée Ôc la capfule du criftallin 
ibnt arrofées delà même liqueur. 

DXIV. L'Œil, ainfi conftruit , a des muf- 
cles qui lui font attachés antérieurement , &c 
qui le meuvent. Dans le cercle de la fcléroti- 
que le plus proche de la cornée s'infèrent qua- 
tre mufdes droits qui partent de la dure mère, 
dans l'endroit où elle enveloppe le nerf opti- 
que , & où en s'éloignant de ce nerf, elle va 
s'unir avec le périofte de l'orbite \ ces niuf-^ 
clés , en formant prefque un cercle , appio- 
chent leur ventre en devant au tour du bulbe 
de l'œil , & fe terminent par leurs aponevro- 
fes en fe réuniffant dans un autre cercle. L^e 
r éleveur efl: le plus petit de tous \ r adducteur ed 
le plus long. L'ufage particulier de chacun de 
CQS mufc^es eft évident, puifqu'ils font placés 
autour du bulbe convexe de l'œil, comme au 
tour d'une poulie; ils doivent donc nécelTai- 
rement élever & abailTer l'œil , l'attirer vers 
le nez (& vers les tempes ; & même deux agif- 
fant enfemble doivent le mouvoir en diago- 
nale de haut en dedans , de haut en dehors , 
& aind de fuite. Enfin lorfque les quatre muf- 
des droits fe contradent enfemble, il paroît 
qu'on ne doit pas douter qu'ils ne recirent 
toiirl'œilen dedans vers fon origine , 5c qu'ils 
ne poulTent ainfi le criftallin vers la rétine. 

DXV. Les Muscles obliques de l'œil font 
<l'une ftruâ:ure plus compofée. 'Lq fupérieur ^ 
qui prend fon origine avec les droits, eft plus 
lo^S > pl^is grêle , & fe porte antérieure- 



DE Physiologie. é^ 

ment vers un enfoncement tracé dans l'os 
frontal, avec lequel un ligament dou^ble forme 
un anneau entier qui foutient de part & d'au- 
tre un cartilage creux dans le m.ilieu , & pref^ 
que quadrangulaire. Le tendon de l'oblique 
palTe dans ce canal , & fe réfléchi (Tant de de- 
hors en bas, renfermé dans une gaine propre, 
il s'infère dans le globe de l'œil derrière les 
mufcles droits; il le tire en devant, comme 
hors de l'orbite , & le porte en haut , pour 
que la vue puifle avoir plus d'étendue , & il 
tourne la pupille en bas & en dedans. Lcpetic 
oblique vient du finus du conduit lacrymal , 
tracé dans l'os maxillaire , près de l'os unguis 
&: en dehors \ il monte au tour du globe de 
l'œil , & s'infère a la fclérotique par un ten- 
don derrière le mufcle droit externe. lîpa- 
roît qu'il tire en dehors & en bas la partie de 
l'œil à laquelle il eft attaché , & qu'il tire en 
haut èc en dedans la partie oppofée de la pu- 
pille. 

DXVI. Les mufcles de l'œil font propres à 
des mouvemens plus recherchés qui fuppo- 
fent la connoiiTance des nerfs. Nous avons 
déjà parlé du nerf optique DV & DVI. La 
quatrième paire fe diftribue uniquement au 
mufcle grand oblique , & la fixiéme au muf- 
cle droit externe. Les nerfs principaux de l'œil 
viennent de la troifiéme & cinquième paire. 
Le premier rameau de la cinquième paire, 
nommé ophthalmique , fournir, dès fon entrée 
dans l'orbite , un rameau à la glande lacryr 
maie &à la paupière, &: s'unit avec la deuxiè- 
me branche de la cinquième paire 6c avec le 



66 É L i M E w s 

rameau temporal de la troinéme branche de 
cette même paire. Le tronc qui fe porte dans 
l'orbite , fe divife en deux rameaux , dont le 
fupérieur pluiS grand , fe partage en deux , 6c 
fe perd dans le front & les paupières. L'infé- 
rieur fe porte en dedans , au-deifus du nerf 
optique , envoie un petit & long filet aux par- 
ties externes de ce nerf qui , avec un autre filet 
de la troifiéme paire , forme le ganglion 
ophthalmique. Ce même rameau , après avoir 
fourni le nerf nafal récurrent CDLX y fe perd 
dans les parties de l'angle interne de rœil. 

DXVIL Ce qu'il y a de plus remarquables 
dans la troifiéme paire , c'eft qu'après avoir 
jette un rameau aux mufcles droits de l'œil 
& à la paupière , fon tronc s'avance fous le 
nerf optique ôc pouffe trois rameaux enfem- 
ble au mufcle droit inférieur, au mufcle petit 
oblique 5 ôc au mufcle droit interne^ il part 
enfuite, quelquefois avant, du tronc, ôc quel- 
quefois du rameau de l'oblique inférieur , un 
autre rameau court, plus gros que le rameau 
de la cinquième DVII , & qiielquefois feul , 
qui forme fous le mufcle abdudeur ôc dans 
le nerf optique , le Ganglion ophthalmique^ 
ovale , qui fe trouve conftamment. Il part de 
ce ganglion & quelquefois auiîi du tronc de 
la troifiéme & cinquième paire , quatre oa 
cinq rameaux ciliers , qui fe portent en fer- 
pentant au tour du nerf optique , vont au 
globe de l'œil , percent la fclcrotique pref- 
que dans fa partie moyenne , & parcourent la 
choroïcfè en droite ligne , de compagnie avec 
l'es artérioles les plus longues ou avec les vei- 



DE Physiologie. 6j 

nés, fe diftribuenc manifeftement à l'iris, 6c 
comme il paroît jaux procès ciliers. C'eft de 
ces nerfs que dépend d'abord lafenfibiliré ma- 
nifefte de l'iris, qui fe refTerre lorfque les 
degrés de la lumière viennent à augmenter , 
Ôc fe dilate lorfqu'ils diminuent : c'eft aufli 
ce qui fait qu'elle s'élargit pour voir les objets 
éloignés , &c qu*ellc fe rétrécit pour diftinguet 
les objets les plus proches. Le relâchement 
des forces qui réfîftent à l'humeur aqueufe , 
paroiffent être la caufe de la dilatation , com- 
me on le voit dans la foiblelTe , dans la fyn- 
cope , & après la mort. La caafe du refTerre- 
ment éft moins connue, & dépend peut-être 
uniquement de la plus grande affluence des 
humeurs dans les vaiffeaux décolorés de l'iris, 
qui étendent ces vaififeaux ôc rendent en mê- 
me tems l'iris plus long, & ferment une gran- 
de partie de la pupille. Elle fe meut & fe'ref- 
ferr^ plus évidemment dans les enfans ; l'œil 
s'endurcilfant peu à peu dans les vieillards , 
elle devient prefque immobile. D'autres pe- 
tits nerfs , fortis du même ganglion, fe dif- 
iribuent dans 1% fclérotique. 

DXVIII. Un autr« mouvement plus caché 
& qui peut moins fe fairp voir , c'eft celui des 
procès ciliers, qui, DIX, couchés fur les filions 
de la membrane vitrée , paroifTent par leur 
adion porter ce corps en arrière , ôc faire 
ainfî avancer lecriftallin en devant, en le por- 
tant à une plus grande diftance de la rétine. 
L'Anatomie ne montre pas le fphinder de la 
pupille , ou conftrideur de la cornée , que de 
grands hommes ont fuppofé , ni les fibres 



6$ É L i M E K s 

motrices du criftallin que d'autres ont foup- 
çonnées , & la dureté confiante du criftallin , 
& de la cornée dans beaucoup d'animaux ne 
permet pas d'admettre cette ftrudure. 

DXIX. Les vaiflTeaux de cette partie , dont 
la ftrudure eft très-belle , font aufli relatifs à 
rhiftoire de l'œil. Or , tous ceux qui fe diftri- 
huent aux parties propres de l'œil , viennent 
de V artère ophthalmiquey quieft un rameau de 
la carotide interne CCCXIIC. Cette artère fe 
gliftant fous le nerf optique , fournit des ra- 
meaux principaux ; le cilier fupérieur , l'infé- 
rieur 5 un ou plufieurs ; le lacrymat qui pro- 
duit le nafal récurrent-poftérieur , & la partie 
externe de l'arc du tarfe ; la mufculaire infé- 
rieure , la narfale antérieure récurrente ; les 
mufculaires fupérieures , la palpébrale, qui 
forme l'arc du tarfe avec le premier rameau : 
enfin elle fe diftribue dans la face , au front, 
au nez & aux parties voifines. Les rameaux 
de l'ophthalmique , qui fe rendent à Tinté- 
rieur de l'œil , font les ciliers poftérieurs , les 
moyens qui fortent des rameaux des troncs 
produits par d'autres , fe portent au nombre 
de quatre rameaux & plus , en ferpentant en 
partie vers l'entrée du nerf optique, & en par- 
tie plus loin, & auprès de la partie moyenne 
de la fclérotique ; ils s'infinuent dans la cho* 
roïde , en fe fubdivifant en vingt artérioles §c 
plus; ces artérioles forment fur la fuperficie 
externe de la choroïde de petits arbres arron- 
dis, qui fe ramifient d'une façon admirable. 
Les vailTeaux fe portent fur la furface interne 
en ligne plus direde, ôcfourniffent auiîî quel- 



E^E Physiologie'. 6^ 

ques rameaux vers la cohéfion de l'iris DVIII, 
de la cornée 6c de la choroïde* Chaque ra- 
meau fe fendant là en deux parties , dont 
l'une fe porte â droite Se l'autre à gauche , 
forment par leur rencontre , avec leurs fem- 
blables oppofées , le cercle artérielde l'uvée. 

DXX. Les autres artérioles ciliaires-anté^ 
rieurcs contribuent beaucoup à la conftruc- 
tion de ce cercle. Elles font fournies par les 
rameaux mufculaires de l'oplithalmiquesÔc au 
nombre de douze rameaux ôc plus , elles per- 
cent la fclérotique proche l'origine de la cor- 
née tranfparente , & compofent enfemble le 
cercle de la pupille. Il part de ce cercle ôc 
des artérioles ciliaires antérieures , dont nous 
venons de parler , & du milieu du cercle , des 
vailTeaux droits > branchus , qui fe diftri- 
buent à l'iris , à l'uvée & aux procès ciliers ; 
les uns font naturellement remplis d'une li- 
queur bleuâtre , quelquefois brune ; les au- 
tres font couverts d'une couleur extrême- 
ment noire. Les rameaux de ces artères , na- 
turellement blancs , fe fubdivifent en d'autres 
petits rameaux quife diftribuent au criftallin , 
comme je l'ai obfervé. 

DXXI. Cette même artère ophthalmique , 
fon tronc , ou quelque rameau lacrymal où 
cilier , fournit un ou plufieurs rameaux au 
nerf optique. C'eftlà le feul rameau qui s'in- 
fînue dans la moelle de ce nerf , ôc qui for- 
tant par k pointe de la pupille DVI , le rend 
au centre de la rétine, & fe diftribue par plu- 
fieurs rameaux dans cette membrane. Quel- 
quefois un rameau plus petit fe pprte vers le 



yO É L É M E N s 

centre de la rétine , Se fe ramifie de même fur 
cette membrane. Il eft certain , par les obier- 
vations furies animaux, que les rameaux vaf- 
culaires de la tunique vitrée , & l'artère pof- 
térieure du criftallin , font produits pa ceux- 
ci. La plus intérieure de ces artères eft le cé- 
lèbre pore optique des Anciens. 

DXXII. Les veines de l'œil forment de 
petits arbriiïeauxfemblablesdans la choroïde, 
ôc un cercle pareil vers Tuvée. Elles fortent 
de la veine ophthalmique, qui d'un côté vient 
de la veine de la face qui s'infinue dans lor- 
bite ,& s*infere de-la dans le finus caverneux. 
Les troncs des veines internes de l'œil , qui 
percent la fclérotique^ font plus gros & en 
plus petit nombre , & forment des petits ar- 
bres plus grands ôc plus antérieurs que les ar- 
tériels. Une autre veine, placée de même 
que lartere au centre du nerf optique , fe 
porte à la rétine. Les vaiffeaux aqueux ne dif- 
férent pas des fanguins. On dit qu'on a vu 
des vaiffeaux lymphatiques dans la ratine ; 
mais les expériences n'ont pas été aflez ré- 
pétées. 

DXXIIL Voila ce qui regarde la partie ana- 
tomique de l'œil. Quant à fon adion , elle 
ne peut être expliquée que fuivant les loix dé- 
terminées par les expériences de Phyfique qui 
ont jette un très-granâ jour fur cette adtion , 
fi l'on en excepte fort peu de chofes douteufes. 
La lumière eft une matière qui eft la même 
que celle du feu , ou qui en approche de fort 
près , très-fubtile , très-Huide , qui pénétre 
tous les corps, très-roide, ôc qui ne varie 



DE Physiologie. 71 

point dans quelque longueur qu'elîe puiiFe 
s'étendre, emportée dans un mouvement très- 
grand , de façon qu'elle parcourt l'univers 
dans prefque feize minutes & demie. Cette 
matière dans notre fyftême planétaire , ou dé- 
pend du foleil 5 dont l'adian paroît ranger ea 
ligne droite la ma,tiere de la lumière , répan- 
due d'ailleurs confufément , ou de quelqu'au- 
tre point lumineux. Cette matière part de ce 
centre , &fe difperfe en forme de rayons dans 
toutes les parties de la fphere fur la fuperficie 
de tous \e$ corps ; delà elle fe réfléchit pour 
tomber dans l'œil à angles égaux aux angles 
d'incidence , ôc rend colorés & vifîbles les 
corps d'où ces rayons viennent. 

DXXIV. Il eftpréfentement alTez confirmé 
par l'expérience que la lumière eft corapofée 
de rayons qui n'ont prefque point de largeur 
phyfique , qui cependant peuvent conftam- 
ment fe divifer en fept rayons plus petits, 
conftans & immuables. Les propriétés con- 
nues de ces rayons font qu'ils forment par 
leur union la couleur blanche ; mais lorfque 
les plus petites furfaces des corps les refradtent 
& les féparent , ils fe divifent en rayons rou- 
ges qui font les plus conftans , les plus inflexi- 
bles , les moins réfrangibles ; puis en rayons 
oranges , en jaunes , en verds , en bleux , en 
indigos , en violets , parmi lefquels ceux qui 
différent le plus des rayons rouges, font les 
plus foibles & les plus réfrangibles. L'ombre 
efl: produite par le défaut de rayons réfléchis. 
C'eft des différentes combinaifons dé ces 
rayons que naiflent les couleurs ; mais les 



Jl É L E M E N s 

couleurs propres des corps viennent de ce que, 
les plus petites furfaces des corps folides, qui 
terminent leurs pores , & qui réfractent les 
rayons de la lumière , à proportion du diffé- 
rent degré de leur épailTeur, réfléchilTent plus 
abondamment, fur-tout un certain genre de 
rayons, & abforbent les autres rayons par les 
réfraélions internes & répétées qu'elles leurs 
font fouffrir : en forte que les particules les 
plus épaiiTes & les plus fortes rendent la cou- _ 
leur blanche ; celles qui en approchent le plus 
rendent la couleur rouge , & enfin les petites 
fuperficies rendent la couleur violette. Les 
corps opaques font ceux qui retiennent tous 
les rayons , qui n'en renvoient aucuns àcaufe, 
des grands trous vers les parois defquels la 
lumière eft attirée , & qui font remplis 
d'une matière qui a une force de réfraétion 
différente de la force de réfradion des parties 
de ce corps. Nous admettons cette doârine , 
jufqu'à ce qu'on ait établi une nouvelle 
théorie , par laquelle on attribue la diverfité 
à^s couleurs à la vîteffe , ou à la lenteur des 
vibrations. Ce point d'ailleurs n'eft pas de 
notre objet. 

DXXV. Quand ces rayons , tombans obli- 
quement , paffent par des liqueurs de diffé- 
rente denfité , ils s'approchent ou s'éloignent 
Î)lus ou moins de la perpendiculaire , & c'eft 
à ce qu'on appelle réfraction. En. général , 
plus le milieu par lequel ces rayons paffent eft 
denfe , & plus les rayons s'approchent de la 
perpendiculaire j fi l'on en excepte les feules 
liqueurs inflammables qui , par une verra 

particulière 



DE Physiologie. 7j; 

particulière , attirent les rayons vers la per- 
pendiculaire 5 dans un rapport plus grand que 
n'efl: celui de leur denlité. Les rapports de 
l'angle d'incidence aux angles de réfraction 
font aiïez conftans, de forte que le finusde 
l'angle de réfraélion du rayon , qui palTe dô 
l'air dans l'eau , eft au fin us de l'angle d'inci- 
dence, comme 4 à 3 , & le finus d'incidence 
des rayons qui palTent de l'air dans le verre , 
efl: au finus de réfraéfcion comme de 17 à 115 
de l'eau dans le verre comme 51 à 44. 

DXXVI. Les rayons qui palfent par l'aîr , 
font peu divergens , tels que paroiifent être 
les rayons du foleil à caufe de la diftance im- 
menfe , Se en général lorfqu'ils arrivent à la 
diftance de cent pieds environ. Lorfqu'ils tom- 
bent fur des corps convexes , fpliériques, plus 
denfes que l'air , ils font réfractés , de forte 
qu'ils fe réunilTent dans un point qu'on ap- 
ptWe foyer. Ce point fe trouve toujours dans 
l'axe ou dans le rayon perpendiculaire à la 
furface fur laquelle ces rayons font tombés ; 
de-là il eft immuable. Le foyer des rayons qui 
tombent de l'air , fur une bulle fphérique 
\ . d'eau, eft diftantd'un demi diamètre de cette 
fphere , & de la quatrième partie du diamè- 
tre 5 dans un globe de verre ; mais dans la 
lentille de verre^convexe, faite d'une portion 
de fphere , qui ne foit pas moindre que àb 
trente degrés , qui foit également convexe , 
ce foyer eft diftant d'un demi-diamétre ; il 
faut cependant obferver que les rayons ne fe 
réuni flfent pas dans un point , mais dans un 
petit cercle. 

//. Pan, D 



y4 Elemens 

DXXVII. Les rayons de la lumière, ou di-- 
redfcs 5 ou réfléchis , tombenr donc fur la cor- 
née , de forte que parrans du point lumineux 
ôc (Jifperfés fur la furface de cette membrane , 
ils forment un cône très aigu , dont la bafe eft 
fur la cornée , Se le fommet au point lumi- 
neux ; tous les rayons de ce cône peuvent paf- 
fer pour parallèles fans aucune erreur fenfible. 
Tous les rayons qui tombent fur la cornée, 
fous un angle plus grand que quarante de- 
grés , font réfléchis par cette membrane , dç 
ne pénétrent point fa furface. Les autres qui 
pafleut à travers 5 mais encore fous de fort 
grands angles , tombent entre l'uvée & les 
parties latérales du criftallin , & fe perdenç 
dans La couleur noire qui enduit l'uvée DVIII, 
de les procès ciliers DIX. Les feuls qui tom- 
bent donc fur la fuperficie du criftallin , font 
ceux qui ont rencontré la cornée fous de petits 
angles , peu différens de la perpendiculaire j 
Se prefque fous des angles de vingr-huit de- 
grés. Il arrive ainfi que tous ces rayons ^ que' 
d'ailleurs la force de réfrangibilicé des hu- 
meurs n'eiit pu concentrer fur la rétine , font 
exclus 5 puifqu'ils auroient peint alors fur la 
rétine une image trop large, & par confé- 
quentconfufe. 

DXXVIII. Les rayons arrivant donc de 
l'air qui efl: un fluide extrêmement fin , tra- 
verfent la cornée qui eft: un fegment de fphere 
épais , beaucoup plus denfe que l'eau , Se 
quatre fois plus réfringent, font très forte- 
ment réfractés vers la perpendiculaire , tom- 
bent dans l'humeur aqueufe qui elfc en trè?- 



bePhysîologïe, 75 

petite quantité , prefque iemblable à l'eau , 
«^ beaucoup plus légère , convergent un peu 
moins ôc Uns former de foyer à caufe de la 
î^rop grande proximité, deviennent prefque pa- 
rallèles fur la furface du criftallin très-tranf^ 
parent , & font plutôt convergens, puifque la 
force de réfradion de la cornée a d'ailleurs 
beaucoup diminué leur divergence. Outre 
cela , la cornée étant convexe , éc même plus 
que la fclérotique ^ elle reçoit ôc ramafTe 
plus de rayons que fi elle étoit plus plate ^ 
parce qu'elle auroit par cette raifoii moins de 
furface. 

DXXIX. On conçoit facilement que k 
force de réfradion du criftallin , par rapport 
a fa dureté Se à fon poids , eft plus grande 
que celle de l'eau, & même on fait voir par 
certaines expériences qu'elle eft fi grande, 
que de même que le diamant , le finus de fou 
angle de réfraâion eft moitié du linus de l'an- 
gle d'incidence , & par d'autres dans Isfquel- 
les , fi l'on compare le criftallin avec le verre , 
l'angle de réfradtion eft un peu plus petit 
qu'une fois &: demie de Tangle d'incidence* 
Les rayons convergent donc beaucoup, en 
partant par la furface antérieure , & fur- tout 
par la poftérieure qui eft très-convexe , pouc 
aller tomber dans l'humeur vitrée. 

DXXX. Cette humeur plus denfe que Tèau, 
puifqu'elle va au fond, mais moins denfe 
que le criftallin , continue à rapprocher les 
rayons de la perpendiculaire , cependant 
moins que le criftallin , jufqu'à ce que dans 
un ceil bien conftitué , ces^ rayons arrivan* 

D ij 



7(j E L È M E N s 

d'un point de viiion diftinde Se concentrés 
dans la pins petite partie poiîible de la rétine , 
ils y peignent l'image de l'objet d'où ils font 
partis , renverfée, parce que ces rayons fe 
lonméceiTairementcroifés. Le Phyficien peut 
obferver cette image dans un œil artificiel ou 
dans un œil naturel auquel on a ôté la partie 
poftérieure de la fclérotLque. Elle tombe vers 
les parties extérieures de l'entrée du nerf op- 
tique , vers l'extrémité de l'axe de la vifîon, 
extrémité qui n'eil pas un point mathémati- 
que 5 mais qui a quelque largeur , puifque 
nous voyons en même tems plufieurs objets , 
dont il faut que les images foient peintes en 
divers points. La viiîon eft très-diftinfte dans 
cet endroit , parce que les rayons y arrivent 
prefque perpendiculaires. Souvent elle n'oc- 
cupe pas le même lieu dans les deux yeux. 
Lorfque le criftallin eft détruit , la feule hu- 
meur vitrée réunit les rayons , mais plus foi- 
blement. 

DXXXL Les fondions nécefTaires de la 
vie humaine exigent que non-feulement les 
rayons qui arrivent d'une diftance donnée , 
peignent diftinélement l'image de l'objet d'où 
ils viennent dans la rétine , mais encore que 
ceux de différens lieux , fort oppofés & plus 
ou moins diftans, produifent le même effet. 
C'eft là pourquoi le criftallin eft mobile par 
les moyens dont nous avons parlé ci-defTus , 
n^DXlV & DXVIII, & en effet , fans ce 
mouvement en devant & en arriére , nous 
euftxons vu les objets éloignés ou voifîns très- 
obftï4tçïïiQnt.NQUs apprenons ce méchanifi^ie 



D E Fh y SIOLOGifi. ^"Jj 

par expérience , & il eft inconnu de ceux a 
qui on a ôté depuis peu la cataracte. On peut 
même s'appercevoir àts avantages & de la 
néceiïité de cette aâ;ion dans un œil artificiel. 
Ainfi la plus grande diftance du criftallin a la 
rétine , corrige les rayons trop divergens , tels 
jque font ceux qui viennent des objets voifins; 
ce qui fait que le foyer plus éloigné , formé 
par les rayons divergens , tombe fur la rétine 
même , autrement les rayons fe fulTent réu-^ 
nis derrière elle. La force de réfradion de 
l'œil étant fuppofée t^Ue , qu'elle puifTe faire 
tomber parfaitement le foyer des rayons fut 
la rétine , à la diftance de trois^ pieds , elle 
ne peut réunir dans le même point les rayons 
qui viennent de la diftance de trois pouces , 
& les rayons plus divergens , n'étant pas 
réunis avec une plus grande force , fe réuni- 
ront plus tard, 

DXXXII. Les rayons qui arrivent de 
lieux très-diftans & qui peuvent palTer pour 
parallèles , fe réuniroient dans l'humeur vi- 
trée avant que d'arriver à la rétine , &: fe fé- 
pareroient vers le point de concours , comme 
du point lummeux , fuivant la nature àts 
rayons. Mais les forces DXVÎII, éloignant le 
criftallin de la cornée , l'approchent de la ré- 
tine , de forte que les rayons qui doivenc 
s'aftembler à une certaine dift-ance du criftal- 
lin , parcourent un efpace néceftaire , pour 
tomber fur la rétine. Car enfin, l'œil qui raf- 
femble fur la rétine les rayons qui viennent 
de la diftance de fept pouces, raftemblera 
bienpluspromptementà même en deçà de la 

Diij 



7^ É L I M E N S 

rétine , ceux qui fonr diftans de trois pîeds. li 
etoit donc nécedaire > puifquê nous voyons 
diftindtement , à différentes diftances, que ks 
yeux fuiïent mobiles. Le point de vifion dif- 
tinde eft celui dans lequel l'objet étant place 
fur la rétine , eft peint dans le plus petit ef- 
pace podible. Les forces qui réuniifent les 
rayons font fouvent Ci différentes , dans les 
deux yeux du même homme , que l'un eft 
prefque presbite , & l'autre myops. 

DXXXIIL Mais ce fecours ne fuffit pas 
dans tous les hommes ^ car on trouve de nosc 
jours un plus grand nombre de perfonnes fé- 
denraires 3c qui s'occupent plus fur des petits 
objets, dont la cornée eft plus convexe 6c 
plus denfe , le criftallin pareillement plus 
convexe & plus folide , l'œil plus long à caufe 
du poids dts humeurs , & dont les autres hu- 
meurs de l'œil font peut-être aufïiplus denfes;, 
enfin dont les yeux fe trouvent affeétés de 
î'un, de pîufieursou de tous ces vices à la fois» 
Ces perfonnes onL l'iris fenhble à une petite 
lumière & parce qu'elles clignent les yeux, 
on les appelle Myops. Dans ces yeux le point 
de vifion diftindte eft extrêmement proche > 
&fe trouve entre un &fept pouces de diftance 
de l'œil : ces perfonnes voient obfcurément les 
objets au delà de cette diftance, & n'en dif- 
tinguent pas les parties. La raifon en eft évi- 
dente ; en effet , fuivant ce qui a été dit ci- 
deffus , il arrive qu'une force de réfraction 
des humeurs , plus grande qu'il ne faut, obli- 
ge les rayons éloignés , & en conféquence 
prefque parallèles , de s'affembler en deçà d% 



î> E P fî Y s I O L Ô G ï Èrf 79 

la rétine 5 d'où étant de nouveau féparés de 
leur foyer j ils fe portent en difFérens points 
fur là rétine. C'eft aufîî la la raifon pour la- 
quelle la viiion eft confufe , même dans un 
œil bienconllitué, lorfque les objets font trop 
voiiins de la cornée j les rayons qui arrivent 
de ces objets ^ s'éparpillant fur toute la rétine,, 
ne fe réunilfent dans aucun endroit* - 

DXXXIV. Lorfque cette maladie eft com- 
mençante 5 on peut remédier à ce défaut de hi 
vue , en regardant les objets dans des lieu^ 
éloignés , en ne s'occupant pas iur de petits 
objets & s'abftenant de î'ufage des verr-ss con- 
caves 5 Se en regardant par de petits trous ^ 
ce qui aiFoiblit coniidérabiement k vue. Mais 
une fois que ce vice eft conftatc , on doit fs 
fervir de verre concave qui diminue d'aiitanc 
plus la force de réfradion des humeurs de la 
cornée &du criftallin , qu'il eft concave, ôc 
qu'il éloigne aiîez de la cornée le foyet des 
objets éloignés , pour le faire tomber fur la 
rétine. Le diamètre de k fphere , dont ce 
verre eft une partie , doit être égal au produit: 
de la diftance de la vifton diftindfce de l œil 
nud j multiplié par la diftance de k vifioii 
diftinéte de l'œil armé, divifé par la diffé- 
rence de l'une 5c l'autre diftance. L'âge don- 
ne quelque efpérance au myops, car tous le^ 
en fans le font y mais avec lâge , l'œil eft ap- 
pîani par k force des parties folides , il de- 
vient plus court , & la force réfrangente de 
la. cornée Ôcdii criftallin eft moindre., 

DXXXV. Un autre défaut , contraire au 
premier , c'eft de ne voix les objets que dans 

Dw 



^o Élémens. 

<3es diflances très-éloignées , Se ce défaut eft 
fréquent Se incurable, fur-tout dans les vieil- 
lards. Dans ce cas la cornée Se le criftallin 
ibnt moins convexes , Se la force de réfraction 
des humeurs de l'œil eft plus petite. Ceft ce 
qui fait que les objets plus voifins , dont les 
layons font très-divergens dans la cornée, pa- 
xoifTent confus. En effet , les forces conver- 
gentes de l'œil n'étant pas fuflifantes pour faire 
tomber le faifceau des rayons fur la rétine , 
les rayons arrivent à la rétine fans s'être 
léunisfur elle. Se ont leur foyer par delà, 
d'où s'en fuit confuiion dans la vifion. On dif- 
tingue bien les objets éloignés , dont les 
rayons arrivent prefque parallèles à l'œil. Le 
point de la vifiondiftindle des Presbites , eft 
entre quinze Se trente pouces. 

DXXXVI. On peut remédier à ce défaut 
de la vue , en fe fervant de tuyaux noircis , 
dont l'ufage attendrit la rétine , Se qui font 
arriver les rayons parallèles à l'œil. On peut 
encore fe fervir d'une lentille de verre con- 
vexe , qui , en faifant converger les rayons , 
les réunit plus promptement en un foyer Se 
fur Ta rétine même. Le diamètre de lafphere , 
dont cette lentille doit être une partie , doit 
être le même que de la première DXXXIV. 
L'âge ne laiife aucune efpérance , il augmente 
au contraire le mal. 

DXXXVIL L'œil qui tient le milieu entre 
le myops Se \e presb'ue eft le meilleur , c'eft-à- 
dire 5 celui qui voit diftinétement les objets^ 
alTez proches ôcafTez éloignés , & qui en con- 
féquence peut être égal à l'œil myops Se à 



DE Physiologie, Si 

i'œil presbite. L'oeil qui peut lire exademenc 
à un pied dé diftance , pafTe pour bon. Mais il 
y^ a quelques conditions auxquelles on doit 
taire attention, c'eft que les humeurs doivenc 
être très-limpides , l'œil très-mobile, la pu- 
pille feniible , la rétine ni trop dure ni trop 
tendre. 

DXXXVIII. Ce n'eft pas l'œil feul qui tranf- 
met à l'ame l'image de l'objet reprélenté fur 
la rétine. L'expérience y entre pour beaucoup, 
ôc nous fait diftmguer bien des chofes , que 
l'œil ne voit pas véritablement , & l'ame en 
interprète d'autres autrement que l'œil ne les 
repréfente. Car en premier lieu on juge de la 
grandeur de l'objet par celle de l'angle opti- 
que , intercepté entre l'objet radieux, confî- 
déré comme le point du fommer , ôc la cor- 
née comme la bafe du triangle j c'eft ce qui 
fait que les objets voilins paroiilent grands ; 
ceux qui font éloignés paroiiTent petits. C'eft 
ainfî qu'on doit expliquer les effets des mi- 
crofcopes par le moyen defquels les objets 
nous paroiffent d'autant plus grands, que la 
diftance du foyer eft plus petite que celle de 
la vifion diftiii6le. Ce n eft pas que les objets 
foient effedlivement plus grands, mais ils fonc 
plus diftinds &c plus Vamineux *, en confe- 
quence l'ame les croit plus proches. 

DXXXIX. La force de la lumière dépend 
du même angle , dans la même lumière exté- 
rieure , & de la multitude de rayons réunis 
dans un petit efpace fur la rétine ; d'où il fuit 
que les objets voifins font plus diftincts ,- les 
éloignés plus obfcars ^ Ôc fi les corps éloignés 

Dv 



%i Élemens 

font lumineux par eux-mêmes, Tame fe les 

repréfente fous un rapport ou plus grand ou 

plus proche , ou même fous tous les deux en- 

femble. 

DXL. On juge du lieu de l'objet vifible par 
le concours des deux lignes menées du centre 
de l'œil qui voit en une conjonction mutuelle,, 
ou dans le lieu intermédiaire entre le point 
dans lequel l'objet paroît à l'œil droit , ôc le 
point dans lequel il paroît à Tœil gauche. Si 
ces lignes ne le coupent en aucun endroit , 
nous voyons l'objet double ^ (i elles fe cou- 
pent, nous voyons l'objet dans le point de leur 
îedtion. Nous ne voyons pas la diftance, mais 
nous en jugeons tant par la diminution d'une 
grandeur qui nous eft déjà connue, que par 
fangle intercepté entre les deux axes optiques, 
par la moindre force de la lumière , l'image 
pâle de l'objet , &c par le grand nombre de 
corps interpofés , dont la diftance nous eft 
connue ; mais tous ces rapports font trom- 
peurs , parce qu'ils ne font pas fondés fur la 
lageffe infaillible du Créateur , mais fur un 
jugement de l'homme qui eft la fuite de l'ex- 
périence. On mefure moins bien les diftances 
par un feul œil. 

DXLI. On ne voit pas les reliefs y mais on 
en juge encore par l'expérience , & d'après ce 
que nous avons appris que le corps qui eft 
convexe de relie manière, a fon ombre & fa 
lumière difpofée de telle façon. C'eft pour- 
quoi le microfcope trouble fréquemment le 
jugement par fe changement & la tranfpoE- 
ùon dQs^ ombres,. 



DE P H Y â I O L O G r È.- 8 j 

DXLII. L'ame jage que la (kuationi des 
parties d'un objet eft telle que celle qu'elles 
ont dans cet objet, quoiqu'il foit renverfé fur 
la rétine. L'ame opère continuellement cette 
corredion de la yiiion, fans expérience , dans 
J'homme né aveugle ô£ dans les animaux. 

DXLIII. Ce qui en impofe encore à l'amer 
c'eft que les fenfations externes , portées aa 
iiége de l'ame par les yeux , lui font repré- 
fentées , prefque pendant une féconde , de lar 
même façon que li l'objet étoit préfent y c'eit 
de là qu'elle voit ces cercles enflammés, pro- 
duits par le mouvement d'un rayon lumineux^ 
c'eft aufli pourquoi l'impreffion de l'image du 
foleil 5 & quelquefois celle des autces corps y 
reftent. 

DXLIV. Eft-il tout à-fait faux que f objet 
fe peigne fur la rétine ? Se peint-il fur la cho- 
roïde ? Cette nouvelle opinion eft- elle con- 
firmée par l'expérience qui fait voir que le^ 
rayons, qui tombent dans l'endroit oii k nerf 
optique entre dans l'œil , n'y produifent ao- 
cun effet ? Expérience dont on rend raifon y 
en difant qu'il n y a dans cet endroit , aucune 
portion de la choroïde, que la rétine y e^ nue, 
& que parconféquent elie ne voit point. Mais» 
une obfervation très-connue , par laquelle il 
cft conftant que la rérme eft une moelle ner- 
veufe très-fenfible , que la choroïde a» con- 
traire a peu de nerfs & qu elle eft compofée 
de vailTeaux certainement infenfiblesè ta In^ 
miere , s'oppofe à cette opinion. Là grande 
variété de la choroïde dans les animaux:, la 
préfenceconftantedekrécine;, h, membïâiw 



§4 É L É M E N S 

très -noire, pofée entre la renne & la choroïde 
de certains poiffons , la combattent. Eniin l'A- 
natomie démontre que dans la place aveu- 
gle de l'oeil , la choroïde s'y trouve , mai^ 
qu elle eft blanche. Au refte , cette expé- 
rience fait voir, pourquoi le nerf optique ne 
s'infère pas dans l'axe de l'œil , mais dans fon 
côté ; ain(î (i on en excepte un feul cas , lorf- 
que les lignes menées par le centre des nerfs 
optiques ne peuvent concourir , l'autre œil 
voitéc vient au fecours de celui dont la place 
aveugle eft tournée vers l'objet. 

DXLV. Ne voyons -nous diftindtement que 
l'objet qui eft diredement placé dans cette 
partie de la rétine fur laquelle la vidon eft 
plus diftinde, ôcTame fe perfuade-t-ellevoir 
beaucoup de cliofes , en partie par la durée 
dQs idées , en partie par la vîreile des mou- 
vemens de l'œil ? Cela eft certain de la vi- 
iion la plus diftinde ; ce feroit trop de l'af- 
firmer de la moins dift-inde. Pourquoi voyons- 
nous un feul objet des deux yeux ? C'eft que 
la fenfation eft unique & fe fait fans aucune 
différence, quand les impreftions de deux ob- 
jets font femblables. Beaucoup d'animaux 
voient les objets fimples , même fans le con- 
cours des nerfs optiques. C'eft pourquoi les 
images de deux objets n'excitent qu'une feule 
fenfation dans l'ame , quand elles tombent 
fur le même point de la rétine ; mais deux 
fenfations fui vent d'un feul objet , quand 
l'image tombe fur divers endroits de chaque 
œil. Pourquoi nevoir-oripas pendant la nuit ? 
Pourquoi ne voit-on pas quelquefois pendant 



DE Physiologie. ^ ^S 
ie jour ? Cet aveuglement pendant la nuit eft 
commun aux nations qui habitent les pays 
chauds , où le foleil paroît dans fon plus grand 
éclat, & aux vieillards , celui du jour a lieu 
dans ceux qui ont les yeux enflammés , dans 
les jeunes gens d'un tempérament vif , Se 
dans ceux dont les yeux font extrêmemeiiE 
fenfibles. La trop grande fenfibilité de la ré- 
tine -eft la caufe de l'aveuglement pendant le 
jour , 3c fa callofité caufe l'aveuglement pen- 
dant la nuit. Pourquoi les animaux voient-ils 
pendant la nuit } Cela vient de ce que leur 
pupille eft grande &c dilatable , leur rétine 
tendre, leur choroïde refplendiiTante de pro- 
pre à réfléchir fortement la lumière. Pour- 
quoi ne voyons-nous pas , lorfque nous paf- 
fons d'un lieu clair dans un lieu obfcur ? C'eft 
parce que le nerf optique ne peut être emu 
par des puiiTances plus petites , après qu'il a 
lupporté les effets des plus grandes. Pourquoi 
fentons-nous de la douleur dans les yeux en 
paflant fubirement d'un lieu obfcur dans un 
lieu bien éclairé ? C'eft parce que la pupille ^ 
qui alors efl: très ouverte j lailîe palTer fubi- 
tement trop de rayons ^ & que la rétine qui 
éroitpeu afFe6léepar une lumière très-foible 3, 
fent alors très-vivement de plus grandes im- 
preflions. Voyons-nous d'un œil feul ou des 
deux en même tems ? Nous voyons d'un ôc 
fur-tout du droit ; mais les deux nous font 
voir plufiêurs objets plus diftindement , êc 
plufleurs points de ces objets , & nous foni 
mieux juger de leur diftance» 



Î6 Ê L É M Ê ïï s 

■■ 1— 1— I ■! ■ I II [— —g— ««ni— —■»■—»— l——»^»—Br 

CHAPITRE XIX. 

Des Sens internes, 

DXLVL INaus avons parlé de tous les fens 
en particulier. Ils ont préfentenient cela de 
commun , que la fuftance médullaire du nerf 
tendre & pulpeux , ébranlée par les objets 
extérieurs , caufe au moyen des eTprits ani- 
maux quelque changement dans la partie du 
cerveau, où les libres dunerf ébranle naiflent 
des artères du cerveau CCCXLV. On ne fçait 
rien au-delà , fi non qu'il s'excite dans l'ame 
une nouvelle penfée , que tantôt on appelle 
perception y quand on la rapporte à l'ame , ôc 
tantôt idée , lorfqu'on la rapporte à l'objet qui 
la fait naître. La penfée fe forme toutes les 
fois que ce changement, produit dans chaque 
organe fenfitif, eft rapporté à fa première ori- 
gine •, car cette peniée n'eft pas l'image ex- 
preffe de l'objet du quel le nerf feniitif a été 
affeété. En effet , l'idée de la couleur rouge 
n'a rien de commun avec le rayon peu réfran- 
gibie , féparé des fept portions du rayon totalj, 
& il peut beaucoup moins fe faire ,. fui vanc 
les loix de roptique, que Fimage de l'objet 
peint par les rayons, fur un nerf blanc & très- 
mol , foit portée par m\ long chemin dans des 
ténèbres parfaites , à travers un corps très- 
opaque , à l'origine des couches des nerfs op- 
tiques. Il n'y a rien dans la douleur cyie la 



D E P K Y s ï O L O 6 I E. $f 

brûlure produit ou excire , qui préfenre à 
l'ame le violent mouvement (d'une matière 
légère & fubtile , par lequel les particules d i 
nerf font féparées de leur contaét mutuel. Il 
n'y a rien dans l'idée du fon aigu, d'une corde 
déterminée qui apprenne à Tame que cette 
corde a fait deux mille vibrations dans une 
féconde. Mais le Créateur a réfolu dans £qs 
décrets éternels y qu'à certains changemens 
produits d'abord dans le*s neifs^ enfiute dans 
le fcnjorium commun , fe formaîlent dans 
l'ame certaines penfées nouvelles, & dans une 
chaîne confiante \, de forte qpe dans la fuppo- 
foion que tout ce que nous voyons dans le 
monde fut arbitraire , il ne. paroit néanmoins 
pas faux par l'accord perpétuel des penfées 
îemblables qui répondent à de femblables 
affedions des nerfs feniibles 5 produites dans 
tous les hbmmes, dans le même tems , ÔC 
dans un même homme, en divers rems. 

DXLVII. Ileft conftant par les expériences- 
que cette première origine de la fibre ner- 
veufe 5 à laquelle fe rapporte le fentiment , eft 
toujours diftinâe de toutes les autres , & que 
lechangemenr produit par l'objet externe fur 
ce nerf DXLVI , refte long-tems dans l'ori- 
gine de ce nerf, & que les mêmes change- 
mens font tellement difpofés à pen près dansv 
la partie du cerveau dont nous avons parlé ^■ 
que s'arrangeant fuivant l'ordre destems dans 
lefquek ils ont été produits , les changemens- 
contemporains, ou ceux qui fe font fuccédés^ 
de fort près , ou enfin ceux qui ont été pro- 
duits par les nicmes motifs & par les mêmea> 



f 

S8 E L É M E N s 

objets , foient les plus voifins. Il eft certain 
qus les nouvelles elpéces de changemens font 
portées de nouveau à cette partie du cerveau, 
dans laquelle d'autres femblables font en dé- 
pôt ; car autrement_les fignes arbitraires des 
mots &: des lettres, ne nous renouvelleroient 
pas dans la mémoire les anciennes idées \ ou 
les idées ennuyeufes qui fe repréfentent fans 
le fecours d'aucun corps , ne produiroient pas 
les mêmes effets que ceux qu'ont produit ces 
corps. Il n'y auroitpasnon plus une connexion 
il confiante , ni ii manifefte des images ana- 
logues , qui concourent efficacement pendant 
les fonges aux impreiïions corporelles , agif- 
fantes alors' très fortement. La mémoire & 
l'imagination dépendent de ce dépôt \ au refte 
plufieurs ont nommé idées ^ les imprefîions 
de ces changemens confervés dans le finfo- 
rium. Nous , pour ne les pas confondre , nous 
les appelions ^^é-Vej à^s chofes qui ne font pas 
infcrites dans l'efprit , mais dans le corps 
même, & dans la moelle même du cerveau, 
d'une façon qu'on ne peut exprimer ^ en ca- 
raderes dont le nombre eft infini, & qui font 
fi petits qu'on ne ne peut les imaginer. Celles 
qui ont ère produites par l'organe de la vue 
font plus vives & plus diftindes que les au- 
tres \ puis celles qui font entrées par l'ouïe ; 
les autres font confufes, & on peut moins fe 
\q% rappeller, 

pXLVIII. L'imagination a lieu toutes les 
fois qif 1 l'occafion de quelque efpécto^x eft en 
dépôt dans quelque partie du cerveau, il s'ex- 
cite dans l'ame les mêmes penfée^ , que celles 



dePhysiologie. §5) 

qui feroient produites , fi le nerf fenfitif lui- 
même fouffroit le changement qui a fait naî- 
tre cette efpéce. Cette définition eft confirmée 
par l'exemple de la fantaifie la plus forte de 
certains hommes, par les délires, ôc enfin 
par l'exemple des fonges dans cous les hom- 
mes , pendant lefquels il fe produit dans l'a- 
me , à l'occafion des efpéces confervées dans 
le cerveau , des penfées qui font un peu plus 
foibles que celles qui ont été produites en 
premier lieu par les changemens que les ob- 
jets extérieurs ont occafionnés fur le nerf de 
la feniarion. Bien plus , l'attention , le repos , 
l'abfence des autres objets , font qu'on obtient 
de l'am.e un confentement plus fort à l'occa- 
fion de ces efpéces imprelTes dans le cerveau, 
que par les perceptions que les objets externes 
produifent dans l'ame j car la volonté eft beau- 
coup plus fortement déterminée dans les fon- 
ges que dans les veilles, & certains mufcles def» 
tinés aux mouvemens volontaires font dans les 
fongQS des efforts dont ils ne feroient pas capa- 
bles pendant la veille , quoique Iqs nerfs 
fuiTent très-vivement frappés par le même 
objet. De là on comprend comment il peut fe 
faire que Te/péce interne la plus forte en im- 
pofe i l'ame dans le délire , fi bien qu'elle la 
regarde comme une perception d'un objet ~ 
externe. Tout ceci fe prouve par l'exemple 
des étincelles de feu qui paroifient lorfqu'on 
fe frotte l'œil ; de la rougeur que l'on voit 
quoiqu'on ait les yeux fermés ; du vertige 
produit par un mouvement dans la rétine , 
Ôc que nous attribuons aux objets extérieurs; 
de la vifion double , Sce, 



$0 É L é M B ?ï s 

PXIVIX. On appelle mémoire cette fa- 
CLirté de l'ame , par laquelle quelque penfée 
ou quelqu'efpece de l'objet extérieur çonfer- 
vée dans cette partie du cerveau qui fert à 
la fenfation , CCCLXXXV. excite quelque 
perception dans l'ame. Cette perception 
eft d'ordinaire plus foible , que Timagma- 
tion 5 Se paroît prefque feulement dépen- 
dre de certains fignes arbitraites que l'ame 
a unis avec cette idée , dans la première per- 
ception ^ car la mémoire repréfente à peine à 
l'ame les images &c les portraits des chofes , 
mais à peu près les mots , quelques attri- 
buts &c le gros des idées. C'eft pourquoi elle 
émeut la volonté avec moins de vivacité. L'ob- 
fervation de ce qui fe paffe dans la mémoi- 
re 5 fait voir que ces changements produits 
par les fens externes, relient long-tems dans 
le cerveau , ôc que quelquefois , s^il ont été 
trop violents , ils fe repréfentent pendant 
long-tems & prefque toujours à l'efprit j mais 
ils s'afFoibliiïènt cependant Se s'effacent , s'ils 
ne font pas renouvelles par le même objet 
repréfente de nouveau à l'ame , ou par l'ame 
qui exige ce changemenr^ans la mémoire ^ 
jufqu'à ce qu'enfin ce changement prefque 
entièrement effacé périffe , & que cette pen- 
fée , qui par une loi de la nature répond a - 
ce changement , ne puiffe plus fe repréfen- 
ter à l'ame. Les nouvelles Se différentes ai- 
peces qui arrivent dans le Senforium produi- 
fent peu a peu cette de(lru6tion \ Ce n'eu 
donc pas feulement le tems ou la feule cir- 
culation du fang , comme on le voit dans les , 
Cataleptiques , qui continuent quelquefois 



0EpffYSïOLOGIE. 95 

après un tems alTez long le fil des idées y 
que la maladie avoir interrompu. Quelques- ; 
unes des maladies , dans lei quelles le cer- 
veau eft comprimé d une façon quelconque 
par le fang ou par une autre caufe , détiui- 
fent fubitement toutes cqs efpeces. Cette cau- 
fe agilTant fur une partie du jenforlum com- 
mun , efface quelquefois de la mémoire une 
partie des efpeces de quelques mots ou de 
tous les caractères qui nous fervent à expri- 
mer les noms de nos amis , ôc de ceux qui 
nous font attachés ; efpeces qui peuvent or- 
dinairement fe renouveller, la caufe qui com- 
prime ne produifant plus fon effet. Enfin la 
Fermeté & la durée de l'idée dépendent de fa 
nouveauté , de fon adlion vive ôc de fa gran- 
de force pour augmenter ou diminuer notre 
bonheur , de notre attention & de la ré- 
pétition 5 qui produifent des efpeces fi vives 5 
que l'ame enfin eft aufïi frapée par la per- 
ception de ces efpeces que de celles des ob- 
jets externes , comme on le voit dans les 
Maniaques. 

DL. Or fi nous fuivons Thiftoire de la vie 
humaine , il paroît qu'à peine il y a eu une 
ombre de mémoire dans le commencement 
de la vie , mais qu'il y a alors de fimples 
perceptions qui s'évanouifTent bientôt & qui 
excitent cependant dans l'efprit des penfées 
vives \ les cris des petits enfans en font une 
preuve. La mémoire fe forme peu à peu , 
& les idées des perfonnes les plus chères & 
les plus familières reftent gravées dans l'ef- 
prit à^s enfans^ L'imagination augmente auÛi 



çz Elemens 

en même tems de devient fouvent très-vive 
dans les jeunes gens , comme le prouve la 
peur qui ne produit {qs plus triftes & (es 
plus violens effets que dans ces âges. Par 
Gonféquent à mefure que le nombre des idées 
devient plus grande la facilité de conferver les 
premières diminue , la force de l'iiiiagina- 
tion s'appéfantit , jufqu'à ce qu'enfin elle 
s'evanouille prefque entièrement , que les 
idées reçues s'effacent bientôt du cerveau ôc 
que l'imagination qui eft une efpece de mé- 
moire 5 s'affoibliife en même tems. 

DLL Mais ces perceptions produifant dans 
l'ame même diiférens changemens qui font 
abfolument indépendans du corps , nous par- 
lerons en abrégé de quelques-unes , autant qu'il 
luifit pour la médecine. Nous appelions ac- 
tendon , lorfque la même idée fe préfente 
feule à l'ame pendant un certain temps. La 
comparai Ton que l'ame fait de deux idées , 
s'appelle raifonnement , & jugement lorfque 
l'ame comparant ces idées , les trouve ou 
femblables ou différentes. Un examen des 
idées qui n'ePt point précipité & dans lequel 
Tame les confidere fuivant toutes les parties , 
l'attention opiniâtre de l'ame fur un objet 
en négligeant toutes les autres idées , eft une 
des grandes caufes du génie d'invention & 
& de la prudence ; c'efl-là pourquoi les' en- 
droits fombres font propres pour les calculs 
difficiles ; c'eft de-là que vient l'attention 
déterminée à^s aveugles pour les fons ^ & à^s 
fourds pour les couleurs. Les erreurs onc^leur 
iburce dans la négligence avec laquelle on 



DE P H T S I G L O G I E. 5>5 

a contemplé toute l'idée, de l'eftime qu'on 
en a fait par la notion partielle qu'on en a 
prife 5 de l'union des idées avec les autres dif- 
llindles par le pur hazard , & qui fe rappor- 
tent par des cauies externes. 

DLII. L'intégrité du jugement dépend de 
la bonne conftitution du cerveaur, s'il vient 
à être comprimé , irrité , épuifé de fang , 
que fa {lruâ:ure vienne à être changée , Tu- 
fage de route la raifon eft confondu ; les ef-- 
peces internes qui ont plus de force , fe pré- 
fenteiit à l'ame" ; au lieu des objets exter- 
nes 5c vrais , la chaîne des idées eft inter- 
rompue 5 de forte que l'ame ne les compare 
plus 5 & ainfi elle n'apperçoit plus leur rap- 
port ni leur diftance , mais elle pafle par 
faults d'une idée à une autre différente ;. 
où enfin cette efpece étant détruite , les 
fondions des fens étant fufpendues , le cer- 
veau étant comme vuide de ces efpeces , 
l'homme eft réduit à l'idiotifme &: à la con- 
dition d'une plante : mais les forces des 
corps extérieurs changent beaucoup de cho- 
fes dans l'habitude de l'ame par rapport 
aux efpeces des fens : l'^ir , le régime de 
vie , les alimens , l'habitude , fortifient la 
folidité du jugement , la force de l'imagina- 
tion 5 la fidélité de la mémoire ^ où les dimi^ 
nuent. 

DLIII. Enfin fuivant que ces idées nous pa- 
roiiïent indifférentes ou concourent en quel- 
que chofe à notre bonheur , elles produi- 
fent différentes déterminations dans la vo- 
lonté. Des idées qui augmentent ou diminueut 



^4 É L É M E N s 

iiotre bonheur , les unes font produites pat 
le corps , ôc font purement méchaniques. La 
douleur & la malaife font de ces idées 
produites par les corps , Se paroilTent 
avoir pour fondement toute fenfation trop 
vive dans les nerfs , de même que le plaifir 
dans lequel les nerfs font irrités au delà de 
leur ton ordinaire , mais avec modération. 
La démangeaifon approche fort du plaidr , 
& dans l'une & l'autre il fe porte plus de 
iang & d'efprits dans cette partie dans laquelle 
ie plaifir & la démangeaifon fe font fentir ; 
mais la démangeaifon devenue plus vive , fe 
change en douleur ou en une fenfation trop 
vive des nerfs. L'inquiétude vient de ce que 
le fang pafTe difficilement dans les poumons. 
Les autres idées qui afFeéient l'ame , ou font to- 
talement indépendantes des propriétés de la 
matière j ou le font certainement moins que 
les premières qui font (impies , connues ôc 
méchaniques. La préfence du bien caufe de 
la joie 5 Le défir du bien donne de l'amour ; 
L'attente du bien 'met dans l'efpérance ; La 
préfence du mal produit la trifteflTe ou la 
terreur , ou le défefpoir ; La fuite du mal 
donne de la haine y L'attente du mal cau- 
fe de la crainte. 

DLIV, En conféquence de ces affections de 
i'ame , non-feulement la volonté pure paroît 
déterminer le corps ^ pour des fins qu'elle a 
prévues , à certaines adions , par les quelles 
il cherche le bien , ou fuit le mal ; mais on 
obferve dans le corps , fans deffein premé-^ 
diié & fans qu'il puilTc sjy oppofer , diffé^^ 



»E Physiologie. pj 

rens changemens dans le pouls , dans la ref- 
piration , dans lappétit , dans la force ôc 
dans les autres fondtions , dans le cœur , dans 
Ïqs nerfs , dans l'eftomac & dans les autres 
parties j qui fuivent immédiatement & in- 
diquent les pallions de l'ame. C'eft ainfi que 
la colère excite un mouvement violent des 
fifprits , augmente celui du cœur , rend le 
pouls fréquent , donne de la force aux muf- 
fies, pouffe le fang dans les plus petits vaif- 
féaux ôç dans des vailTeaux étrangers, accélère 
le paûTage de la bile , le pouflTe même hors de 
fes vaifFeaux , Ôc détruit les maladies lentes 
ôc les obftru6tions. C'eR ainfi que la trifteiTe 
affoiblit la force des nerfs & du cœur , re- 
tarde le pouls 5 détruit l'appétit , rend pâle , 
occafîonne la cachexie , la diarrhée , l'idte- 
re , les fchirres , ôc les maladies qui font 
la fuite du eroupiflTement des liqueurs , c'eft 
ainli que la crainte diminue les forces du 
cœur , ôc produit en conféquence les poly- 
pes ôc la pâleur , affoiblit le mouvement muf- 
culaire , relâche les fphindfcers , augmente 
les infpirations , diminue les exhalations. L^ 
terreur violente augmente la force jufqu'à ex- 
citer des convuldons , elle excite le pouls , 
elle détruit les obftrudions ôc les paralyfies , 
elle fupprime le paiïage du fang , elle fait 
mourir fubitement. L'amour , l'efpérance , 
la joie, augmeritent la tranfpiration ^ elles 
accélèrent le pouls , elles tiennent les voies 
du fang libres ; elles augmentent l'appétit; 
elles rebdent les maladies curables, Une trop 



^6 Élémens 

grande joie imprévue a fouvenr été canfe de 
la mort, parce qu'alors le mouvemens du fang 
eil plus grand , Ôc qu'il produit une vrai apo- 
plexie. La pudeur retient particulièrement le 
fang dans le vifage , comme ii les veines 
croient liées ; elle fupprime les mois , ôc 
on l'a vue caufer quelquefois la mort. 

DLV. Comment ces changemens font- ils 
produits à Toccafion de certaines affedtioris 
de l'âme ? les fphindters nerveux ne gouver- 
nent-ils point les vailTeaux & ne les réferrent- 
ils pas 5 tantôt par fault , & alors ils fouet- 
tent le fang, Se tantôt ne les relâchent-ils pas &: 
n'afïoiblifïent-ils pâs leur ton ? Il eft.certam que 
cela fe paife ainfi dans les plus petits, par la très- 
grande reffemblancedes effets que la terreur ou 
l'air froid produit fur les nerfs de la peau. 
Mais nous voyons manifefiement dans les par- 
ties génitales les veines referrées fous certai- 
nes conditions , c'eft là ce qui fait que le fang 
s'y accumule. Il paroît probable que les plexus 
nerveux qui embraflent plufieurs grands vaif- 
'feaux 5 produifent les mêmes effets ; car ils en- 
vironnent Se contiennent ça Se là l'artère mé- 
ningée , l'artère temporale , la vertébrale , la 
carotide , la fouclaviere , la cœliaque , les 
rénales Se les autres. On peut regarder com- 
me une vérité , que la différente fenfibiîité. 
des nerfs , rend les artères plus ou moins ir- 
ritables , Se qu'en conféquence elles fe con- 
tractent plus ou moins fort par la même 
quantité de fang; Le mouvement du fang peut 
ainfi ^tre augmenté ou diminué j de même 

l'appétit 



DE Physiologie. 97 

l'appétit & le mouvement pcriftaltique du 
ventricule &c des inteftins eft fendbîement 
détruit parles afeélions de Tame. 

DLVL II y a tout lieu de préfumer que le 
Créateur a alîigné aux paflîotts de Tame leur 
caradtere , pour empêcher que l'homme qui 
devoir vivre en fociété , n'en imposât aux au- 
tres. Les mufcles particuliers, fur-tout de la 
face êc des yeux ^ expriment ii fidèlement cha- 
que paflion de l'ame , qu'un peintre vient à 
bout de les caraétérifer & de les repréfenter. 
Il y auroit beaucoup de belles chofes à dire 
fur chacun de ces caractères; mais le champ 
efl: trop vafte pour y entrer ici. La Phyjiono- 
mie vient fouvent de ces mufcles qui répètent 
une même adion , en forte que le vifage eft 
toujours dans un état , qui conferve quelque 
chofe de l'adrion dominante des mufcles. 

DLVn. Quelle eft la iource des fympa- 
thies des parties , fi célèbres dans la pratique 
de la médecine ? Il paroît qu'il y en a qui dé- 
pendent des anaftomofes des vaifieaux fan- 
gnins , au moyen defquelles le fang repoufie 
vivement d'une partie , en furcharge une au- 
tre qui tire fes vaiCfeaux du même tronc. 
Ceft par-là qu^ l'on peut expliquer les fai- 
gnées rèvulfives , rendre raifon destnaux de 
tête occailonnés par le froid aux pieds , &c. 
Quelquefois ce confentement vient de la ftruc- 
ture femblable de deux parties , ce qui fait 
que les mêmes caufes dans le corps prodnifent 
les mêmes effets fur Tune & fur l'autre ; c'eftà 
cela que je rapporte le commerce qu'il parok 
y avoir entre la matrice ôc les mammel' 

Fan. IL E 



e)% .É L É M E N S 

Une autre caufe du confcntement desparties, 
ccft la continuation des membranes j c'elt 
pourquoi la pierre produit ô.qs démangeaifons, 
dans le gland y les diarrhées guériiTent de la 
l\udité. Les nerfs mêmes & leurs anaftomofes 
préfentent encore une autre caufe de ce con- 
îentement ^ l'engourdifiTement , l'agacement 
des dents à Toccafion de certains fons , vient 
de cette caufe , par une fenfation fatiguante 
produite dans le nerf maxillaire à caufe de (es^ 
différentes communications avec la portion 
date. C'eft ainfi qu'il y a fympathie entre un 
œil & l'autre, qui ne s'obierve pas de même 
entre les deux oreilles ; mais cette fympa- 
thie vient de l'union des deux nerfs opti- 
ques : c'eft aind que la néphrétique produit 
le vomilTement. Enfin on place encore la 
caufe de ce confentement , dans le fenforium 
commun , au commencement mêrne des 
nerfs ; elle eft prouvée par les convulfions qui 
s'étendent au loin par l'irritation d'un feul 
nerf ^ par l'épilepfie univerfelle produite par 
un vice local , &c. La matière tranfmife par 
les tilTus cellulaires d'une partie malade , à 
une autre, par la force des mufcles , des ar- 
tères & du poids , produit encore dans les ma- 
ladies quelque efpéce de confentement. 

DLVIIL II nous refte à expliquer cette 
grande fympathie qu'il y a entre le corps & 
T'ame j car une infinité des chofes font voir 
que la nature du corps & de l'ame font tota- 
lement différentes, fur-tout les idées 3c les 
aifedions de l'ame , auxquelles il n'y a rien 
da relatif dans l'organe fenfitif. En effet. 



DE Physiologie. ^^ 

quelle eft la couleur de l'orgueil , la grandeur 
de l'envie, de la curiofité , dont il n'y a riea 
de femblable dans les animaux ? & ce bien , 
que l'on defire ne peut être rapporté à aucune 
volupté corporelle. Le corps peut-il acquérir 
^es forces doubles telles , qu'elles réunifTent 
en une mafTe les particules infinies dont il eft 
compofé , & (i bien qu'elles ne confervent de 
ne fe repréfentent pas feulement leurs affec- 
tions particulières, mais qu'elks s'accordent 
encore toutes dans une penfée totale & com- 
mune , qui diffère des attributs de chacune 
d'elles , les reçoive cependant tous & les com- 
pare entre eux Avons-nous quelqu'exemple 
de corps qui fans aucune caufe externe paffc 
du repos au mouvement , dont la direâion 
du mouvement foit changée, réfléchie, fans 
le concours de quelqu'autre caufe , comme- 
on l'obferve très-facilement dans l'ame ? 

DLIX. Cependant cette ame , fi différente 
du corps , eft liée avec lui fous des conditions 
extrêmement affujettiffantes , puifqu'elle eft 
obligée de penfer aux efpéces que le corps lui 
repréfente , qu'il paroît qu'elle ne peut tenir 
fa mémoire & fon jugement que des efpéces 
corporelles du cerveau , & qu'enfin fa vo- 
lonté eft la caufe ou l'occafion des plus grands 
& plus violens mouvemens du corps, 

DLX. Il êft bien plus fage de convenir 
qu'on ignore en quoi confîfte cette union , ôc 
de fe régler fur les loix déterminées du Créa- 
teur , qu'il eft permis d'étudier , fans vouléir 
les imaginer. Voici ce qui peut déterminer à 
penfer de cette façon ; c'eft i'obfervatioa 

Ei| 



100 Elemens 

DXXXXVI , 5c l'expérience quon a en opti- 
que que les affeâ:ions du corps font unies par 
un lien arbitraire avec les penfées de l'ame , & 
qu'on auroit vu d'autres figures , fi le Créateur 
eut changé la force de réfradion & les cou- 
leurs des parties de l'œil. De même qu'il y a 
une loi qui établit une connexion éternelle & 
mutuelle entre les rayons moins refrangiles , 
^ la penfée de la couleur rouge ; il 7 en a de 
même une qui établit un lien entre l'impref- 
fion de ces rayons furla rétine Ôc cette penféej 
^ nous ne devons pas plus avoir de honte 
d'ignorer le méchanifme de cette loi , que de- 
ce que nous n'avons aucune connoilTance de la 
nature de la première. 

DLXI. Maisramegouverne-t-ellele corps ? 
Tous les mouvemens & les adtions dans le 
corps dépendent-ils également de l'ame, com- 
me la fource Se le principe du mouvement ? 
Eft-ce de Ùl volonté , en tant qu'elle veille au 
bien commun de l'homme , que dépend le 
mouvement du cœur , de la refpiration , des 
artères ? La (Iruéture des polypes qui croifiTent 
dans les plaies , les afFedions de l'efprit , 
les taches de naiiTance , ne font-elles pas voir 
cette puiiTance de Tame ? Tous ces mouve- 
mens qui dépendent de la volonté , quoique 
nous ignorions les organes & que nous ne faf- 
fions pas attention que notre volonté agit , 
lorfque nous refpirons , que nous clignons les 
yeux 5 qu'occupés de mille foins nous nous 
promenons , tout cela ne donne-t-il pas lieu 
de croire que les perceptions obfcurés dans la 
cefpiration , le mouvement des paupières &: 



DE Physiologie. ioi 

ra£tion des mufcles n'exigent pas toujours le 
confentement de Tame ? Eft-il donc certain 
que tous les mouvemens tirent leur origine 
de lame , parce qu'il n'y a pas d'autre caufe 
évidente continuellement unie avec le corps i 
laquelle on puifFe les rapporter, 

DLXIl. Beaucoup des chofes nous empê- 
chent d'adhérer à ce fentiment. D'abord il pa- 
roît que cette conftru6tion & cette régie du 
corps furpaflfent de beaucoup la capacité de 
rame. Notre ame voit diftindementun point, 
DXLV , elle penfe diftindement à une idée ; 
mais 11 elle veut voir deux objets enfemble, 
fi elle veut contempler en même tems deux 
idées 5 fi elle veut lire en même tems deux 
lettres , elle les confond à l'inftant , elle fe 
trompe de ne diflingue parfaitement ni l'une 
ni l'autre idée ; connoiiïant fes limites , tou- 
tes les fois qu'elle veut s'appliquer férieufe- 
ment Se avec attention à quelque ouvrage , 
elle fe refufe, pour ainûdire, à toutes les im- 
preflîons des fens ; elle ne voit , ni n'entend, 
ni ne fent, Ôc n'exerce aucun mouvement 
mufculaire. Il faudroit donc que l'ame fût 
occupée d'une infinité de chofes , 3c qu'elle 
fe les repréfentât trèsdiftindement , pour 
régir avec une conduite réglée , fuivant ta 
plus exade Géométrie , une fi grande quan- 
tité de mufcles , une infinité de vaiffeaux , 
un nombre confidérable de fibres ; elle réfou- 
droît & conftruiroit alors dans le gouverne- 
ment de (es mufcles des problêmes qu'aucun 
géomètre ne pourroit facilement réfoudre. Il 
faut cependant croire qae l'ame n'ell pas inf- 

Eiij 



ïfel É L É M E N s 

truite de ces travaux Ci grands , 6c qu'elle 
peut contempler les idées abftraites & les 
plus difficiles fur tous ces ouvrages , de forte 
que le foin de fon corps ne trouble point fes 
méditations & que fes méditations n'excluent 
point les mouvemens néceffaires du corps. 

DLXIII. De plus , quoique nous ne foyons 
pas participans de notre volonté, nous pou- 
vons vouloir refpirer , vouloir cligner les 
yeux ôc le vouloir efficacement , nous en 
avons cependant le pouvoir $c nous pouvons 
fufpendre la refpiration , fixer les paupières , 
exciter tour à tour ces actions, & nous ne per- 
dons jamais pour cela la confcience ni l'ufage 
de notre pouvoir. Nous n'avons pas le même 
empire fur le cœur ni fur les inteftins ; nous 
ne pouvon? pas modérer les violens & péni- 
bles mouvemens , ni exciter les languilTans. 
Parmi tant de mortels, pourquoi perfonnene 
préflde-t-il à la refpiration ? Pourquoi -per- 
sonne depuis tant de iiécles n'a-t-il pas régi 
le cœur ? Si la feule habitude eft caufe que ces 
puillances nous font inconnues ; pourquoi 
l'a me n'eft-elle pas avertie du pouvoir de fon 
action pour mouvoir le cœur , pour exercer le 
mouvement périftaltique ? Lorfque l'adion 
de ce vifcere a été fufpendue , pendant des 
heures , des jours entiers dans les noyés , dans 
les hyftériques , dans les défaillances, l'ame 
s'eil-elle repofée ? 

DLXIV. Mais il eft manifeftement faux 
que tous les mouvemens dépendent de l'ame, 
ôc que fans elle le corps neferoit qu'une mafTe 
immobile Ôc fans vertu. Car la force concrac- 



DE Physiologie» 105 

tile qu'excite un aiguillon quelconque Se à 
laquelle dans l'homme le mouvement du 
cœur , des inteftins & peut-être tous les mou- 
vemens font relatifs, CDU. n'exige pas même 
la préfence de Tame ; cette force s'obferve 
encore dans le cadavre , elle s'y reiTufcite par 
des caufes méchaniques , par la chaleur , le 
fouffle , 5c elle n'abandonne point la fibre 
tant que le froid ne l'a pas roidie , quoique la 
deftruétion du cerveau & du cœur ayent déjà 
chaflc l'ame, quia la volonté & laperceptionj 
ôc qlioiqu'un mufcle , ôté du corps même , 
ait été féparé de toute place imaginable de 
l'ame, 

DLXV. Nous avons dit ailleurs , qu'on ne 
devoir attribuer rien ou peu de chofes aux 
taches naturelles. Une très-ancienne pratique 
& la feule sûre , nous apprend que les mou- 
ve'mens vitaux ne font modérés avec aucune 
prudence dans les maladies , mais qu'ils font 
prefque dirigés par la feule force de l'aiguil- 
lon ^ & que la faignée , l'ufage du pavot , du 
nître, du quinquina , calment les mouve- 
mens trop violens des maladies aiguës & des 
intermittentes. Il n'y a aucune prérogative 
entre l'homme fage & celui qui eft extrême- 
ment fou 5 pour gouverner le corps. Il eft fi 
incroyable & fi contraire a la fagefTe de pen- 
fer , qu'un enfant qui n'eft pas même afiez 
înftruit pour mouvoir fes mufcles , quand il 
eft né , èc qui apprend par des expériences à 
marcher , à avaler, enfin avoir, conftruifa 
foji corps , dont la ftru6lure eft admirable , 

E iv 



que cela amplement faffit pour fe refufer k 
cetce hypothèfe. 



CHAPITRE XX. 

Du SommsiL 

DLXVI. Un appelle veille rapiitude qui fe 
trouve dans les organes fains pour exercer li- 
brement les fenfations &: les mouvemens vo- 
lontaires \ Ôc on nomme <So^/72^z7 , l'inapti- 
tude â ces mêmes exercices, & le repos, quoi- 
que les organes foient lains. 

DLXVII. L'ame pendant le fommeil, ou 
ne penfe abfolument à rien qui puifTe être 
retenu dans la mémoire , & qui foir connu, 
où elle eiï uniquement occupée des efpcces 
reçues dans \q Jenjorium commun, DXLVI , 
dont les vives repréfentationsproduifent alors 
en elle des perceptions parfaitement iembla- 
blés à celles que produifent les impreffions des 
objets extérieurs fur les organes des fens. Ces 
repréfenrations font nommées yo/2^^j, &: elles 
font que tandis que tout le refte du fiége 
principal des fens êc des mouvemens volon- 
taires efi: en repos , il refte cependant quel- 
que partie ouverte, qui eft arrofée d'efprirs 
éc qui veille. Quelquefois ces affe6tions de 
i'ame font accompagnées de quelques mouve- 
mens volontaires , de forte que les organes 



BE P H A' S I OL O G lE. IO5 

de la parole , & pluileurs membres , ou tous , 
ibnt conduits au gré de ces perceptions. C'eft 
par- là qu'on explique les fomnambules, 

DLXVIII. Mais pendant le fommeil le 
cœur continue à fe mouvoir , la diftribiition 
-des humeurs fe fait également dans le corps 
humain, de même que la circulation, le mou- 
vement périftaltique de l'eftomac, des intei^ 
tins, des fpinders \ la refpiration enfin s'exé- 
cute de même. Cet arrangement de certaines 
parties en repos Se des autres en mouve- 
ment, a rendu difficile la connoifTance de la 
caufe méchanique du fommeil. 

DLXIX. Ainlî , pour la développer , nous 
confidérerons toutes les caufes ôc tous les 
phénomènes du fommeil & de la veille , Se, 
nous les parc®uterons dans tous les genres 
d'animaux ; car cette condition produite par 
les mêmes caufes , confiante dans toutes, fera 
la vraie caufe du fommeil. 

DLXX. Le fommeil eft une fuite naturelle 
delà veille Se du travail. En effet, pendant la 
veille le mouvement prefque continuel des 
mufcles foumis à la volonté, le fervîce des' 
fens, les affections de Tame , fourniiTent con- 
tinuellement de nouveaux aiguillons aux 
nerfs , aux veines & au cœur. Le fang par ce 
grand mouvement Se ces frotremens eft ir-. 
rite Se change fa nature douce en pourriture 
alcalefcente ; la partie la plus fluide du fang 
Se les efprits mêmes les plus fins fe difïîpent 
plutôt qu'ils ne fe réparent ; c'eft pourquoi 
non-feulement le corps s'affoiblit Se fe fatigue 
peu-à-peu , mais encore la trop longue veille 

E Y 



IO<> E L E M E N s 

caufe une certaine ardeur fébrile , l'acrimo- 
nie des humeurs ëc enfin l'accablement. Aux 
approches de la nuit , on fent peu à peu un 
engourdiifement dans les mufcies longs ôc 
dans leurs tendons , une inaptitude aux pen- 
{ées fcrieufes &c un amour pour le repos de 
Tefprit ôc du corps. Alors les forces qui fou- 
tenoient le corps , s'abattent , les yeux fe fer- 
ment involontairement , la mâchoire infé~ 
rieure refte pendante, on eft néceirairement 
forcé à bailler , la tète s'incline en devant > 
l'ââiion des objets extérieurs nous affcdle 
moins , & enfin les idées & les penfées fe 
troublent , & le délire fucccde y ie palfage 
de cet état au fommeil eft peu connu , cepen- 
dant cet état le précède toujours. Le défaut 
des efprits que le mouvement mufculaire & 
l'exercice des autres fens a confommés d'une 
fiçon quelconque , ôc dont il eft très proba- 
ble qu'il s'exhale une très-grande partie , pa- 
roit être la caufe du fommeil naturel, com- 
mun à tous les animaux. 

DLXXI. Le défaut de toute irritation dans 
la tète & dans le corps , la traBquillité par- 
faite de Tefprit & des fens extérieurs , la nuit 
enfin concourent beaucoup au fommeil. 

DLXXIi. De plus, tout ce qui afIbibHt les 
forces , les grandes pertes de fang , la faignée, 
les remèdes rafraichilTans, le pavot , le froid- 
même de l'air extérieur , tout ce qui détourne 
le fang de la tête , comme les bains des jam- 
bes , la grande quantité des alimens renfer- 
més dans l'eftomac , occafionnent & augmen- 
tent le fommeil. B'aiitres fubftanees pac leur 



DE Physiologie. 107 

force afFciblifiTenc & diminuent tout le mou- 
vement des efprits , non-feulement dans le 
cerveau , mais encore dans l'eftomac , dans 
les inteftins , dans le cœur , comme l'opium 
& peut-être les autres narcotiques. 

DLXXIII. Mais tout ce qui eft chaud , tout 
ce qui oblige le fang de fe porter plus vite au 
cerveau , le vin, les Ipiritueux de tout genre , 
fur-tout leurs vapeurs, les particules des ali- 
mens qui paflTent avec peine , les différentes 
fièvres aiguës ôc malignes , produifent auiîi le 
fommeil, ou l'empêchent de revenir, comme 
l'embonpomt. Toutes ces caufes paroiifent 
s'accorder en ce que le fang ramaÔe dans la 
tête , comprime le cerveau & intercepte lé 
chemin des efprits dans les nerfs. 

DLXXIV. Il y a aufli des caufes mcchani- 
ques qui produifent le fommeil, telle que la 
comprellion de la dure mère & du cerveau , 
telle qu'elle puiffe être , produite par l'épan- 
chement du fang , par quelque pièce d'os , 
Se par la grande quantité d'eau dans les ven- 
tricules du cerveau 

DLXXV. Le fommeil eft donc produit ou 
par un fimple défaut dans la quantité &c la 
mobilité des efprits ou par la conrpreflion des 
nerfs , ôc toujours par l'aftaiuement des 
tuyaux nerveux par lefquels les efprits ani- 
maux coulent de leur fource , du fenforium 
commun dans toutes les parties du corps. 

DLXXVL Les caufes des veilles confirment 
cette théorie. Car tout ce qui produit une 
abondance dWprits 3 & fur- tour les boiffons 

E vj 



I08 É L É M I N s 

aromatiques , chaudes, qui envoient à la tête 
«les particules ftimulantes , fubtiles , & qui 
excitent un peu le mouvement du fang dans 
le cetveau , détrempent le fang &c font qu'il 
fe fépaie plus d'efprits dans un tems donné ; 
toutes ces caufes éloignent du fommeil. 

DLXXVII. Les foins pénibles , les médita- 
tions attentives & paffionnées , les douleurs 
du corps de de l'efprit & toutes les chofes qui 
ne laiflenr pas les efprits en rep05 dans le fen- 
forium commun, & s'oppofent à l'afTaifre- 
ment des nerfs , entretiennent la veille. Les 
premières caufes produifent donc l'abondance 
des efprits , celles-ci en augmentent k mou- 
vement. Ce que nous avons dit , DLXXV , 
rentre donc dans ceci, c'eft-à-dire, qu'on peut 
placer la caufe du fommeil dans l'aftaifiTement 
des nerfs qui viennent du fenforium com- 
mun. 

DLXXVIIL Le fommeil a-t-il donc fon 
iîége dans les ventricules du cerveau ? L'em- 
pire plus étendu 'du fommeil dans les ani- 
maux qui n^ont point de ventricules au cer- 
veau 5 s'oppofe à cette opinion. Les fonctions 
vitâfes fe continuent-elles toujours pendant 
le fommeil , parce qu'alors le cerveau eft le 
feul affecté, lans que le cervelet le foit pen- 
dant ce tems ? Quelle eft la caufe de cette di- 
v^rfité qui fait que les fondions animales, 
/ent en repos pendant le fommeil, tandis que, 
les vitales ne font pas interrompues ? Il n'y a 
pas d'autres caufes que celles dont nous avons; 
4éja p atlé , fçayoir , que les mouvemens vi- 



DE Physiologie. 109 

taux font préfervés- du repos par des aiguil- 
lons perpétuels , 6z par des caufes qui les for- ' 
cent lans celTe , DCIL 

DLXXIX. L'effet du fommeil eft de modé- 
rer tous les mouvemens dans le corps humain. 
Car alors il n'y a plus que le cœur qui poufïe 
les humeurs; tous les mouvemens des muf- 
chsy des nerfs fenfitifs , produits par les paf- 
lions de l'ame & par la volonté , qui exci- 
toient avec le cœur , pendant la veille, le 
cours du fang & des efprits, nont plus lieu 
alors DLXIV , CDXXI ; le cœur paife peu à 
peu de fes pulfatfons plus fréquentes & prefr 
que fiévreufes au mouvement lent du matin ; 
la refpiration devient plus petite ôc moins 
frëquéhte^ ; le mouvement périftaltique de 
l'eftomac êc des inteftins & en même tems la 
faim 5 la coâ:ion des alimens , la marche des 
èxcrémens, font ralentis; les humeurs fines 
font poudées plus lentement; les humeurs pa-: 
relTeufes s'accumulent ; la graifife répandue 
fe réunit ; l'humeur vifqueufe de la nutrition 
fe cole aux fibres &c aux cavités qui lui font 
propres ; il fe perd moins d'efprits , le frotte-; 
ment du fang diminue ; la tranfpiration efl 
moins abondante. Ainfi pendant que d'un coté 
la fécrétion du liquide nerveux continue à fe 
faire & qu'il ne s'en perd point , ce fluide 
s'amafTe peu à peu dans le cerveau, il djftend 
les nerfs affaiffés , il les remplit , ôc au moin- 
dre aiguillon , les fens internes Se externes fe 
rétabliffent dans leurs fonébions & la veille fe 
rétablit. Un fommeil trop long difpofe à tous 
les effets d'une circulation lente, à l'embou- 



ÎIl É L i M 1 N s 

point 5 à l'a (ToupifiTe ment , à la cachexie 5c a 
la grande perte de mémoire. 

DLXXX. Pourquoi baille-t-on, lorfqu'on 
a envie de dormir ? C'eft pour débarratlèr le 
poumon par lequel le fang paiïe plus lente- 
ment. A quoi bon s étendre ? C'eft pour vain- 
cre par Timpulfion des efprits la contraôlion 
naturelle des mufcles , qui tous ont un peu 
fléchi toutes les articulations , & pour rétablir 
en conféquence la force des mufcles exten- 
feurs. Qu'eft-ce qui a donné lieu à l'opinion 
fur le mouvement du cœur, plus fort pendant 
le fommeil ôc la tranfpiration plus abon- 
dante ? Elle eft produite par la chaleur qu'oc- 
cafionnent les couvertures , par le moyen 
defquelles la tranfpiration étant retenue , elle 
amolit& relâche la peau. On a froid lorfqu'on 
fe couche tout habillé , & les animaux qui 
dorment pendant long-tems , ont un très- 
grand froid, comme les rats des montagnes, 
les hériffons. Pourquoi tous les animaux fom- 
meillent-ils après tivoir mangé ? Cela n'efl: 
pas caufé par la compreiîion de l'aorte ou la 
plus grande quantité de fang qui eft pouftee 
au cerveau , car les animaux qui n'ont pref- 
que pas de cerveau , s'endorment aufti après 
avoir mangé ; mais cela vient de la force de 
l'aiguillon que le chyle & l'air exercent dajns 
l'eftomac Ôc les inteftins. En effet, la force 
des efprits & du fang fe détermine dans cet 
endroit , comme il arrive dans toutes les 
efpéces d'irritations , ain(î le cerveau en a 
beaucoup moins. Mais encore les particules 
des alimens les moins mcables , paftent difr 



»E PHYSIOLOGIE. m 

cilement dans le cerveau , compriment la 
moelle ôc rendent le fommeil moins doux. 
Y-a-t il des longes perpétuels & qui n'aient 
lieu que dans le fommeil ? Soni-ils lî naturels 
a lame Ôc Ibccédent-ils aux fenfations , fi 
bien que l'ame ne foie jamais fans penfer ? 
Il ne le paroît pas. Nous rapportons plutôt les 
fonges à une elpéce de maladie , & à quelque 
caufe ftimulante qui dérange \q jènforium de 
fon repos parfait. C'eft pourquoi le fommeil, 
dans lequel il n'y a pomt de fo iges , ou di\^ 
moms defquels on ne fe fouvient pas , ré- 
pare beaucoup. C'eft aulîi pourquoi les fonges 
n'ont ordinairement pas lieu dans le. premier 
fommeil , parce qu'alors les efprits font fore 
épuifés , mais ils reviennent le matin , quand 
les efpnts font en partie réparés. C'eft de-là 
que les embarras , les idées fortes reçues dans 
la mémoire, lesalimens durs &leur quantité, 
la fituation moins favorable , caufent des 
fonges; car ils ont coutume de naître de quel- 
que fenfation , à laquelle, félon les loix de 
l'aiTociation des idées , fe joint un nombre 
entier d'efpéces relatives. 



CHAPITRE XXI. 

Di la Faim , de la Solf^ des Alimens & d& 
la Boijjon, 

DLXXXÎ. La douleur DLIIÎ , 5c les pîaifîrs 
font les gardes que le Créateur a donriés à 



lii É L É M E N s 

l'homme ; la douleur pour le détourner de ce 
qui pourroit lui nuire, & le plaifir pour l'en- 
gager aux actions utiles. L'homme a fur-to'ut 
très-grand befoin de prendre des alimens ; 
car comme il tranfpire beaucoup tous les 
jours, comme il perd beaucoup de particules 
qui le compofent , il falloir que ces pertes 
rufTent réparées. Mais ce qui a rendu princi- 
palement les alimens nécelfaires , c'eft que le 
ï'ang naturellement enclin à la nature du fel 
lixiviel , tend toujours de plus en plus à ui>e 
acrimonie pourriuante à caufe des mouve- 
mens naturels & néceflaires du cœur & des 
artères, & à caufe de la chaleur, qui déter- 
mine beaucoup les humeurs animales à la 
pourriture. D'ailleurs le fang qui de fa nature 
eft coagulable , qui perd toujours beaucoup 
de fa partie aqueufe par l'évaporation infen- 
fible, a befoin d'un élément aqueux qui fé- 
pâre f?s globules & les empêche de fe coa- 



guler. 



DLXXXIL Ces-chofes font démontrées par 
leur5 eau fes Se par les phénomènes que l'on 
obferve dans les hommes d>c dans les animaux • 
qui meurent de faim ; car ils ont cela de 
commun que leur haleine eft acre & puante , 
que leurs dents font ébranlées , parce qu'elles 
font corrodées par l'humeur faline , qu'ils 
foufFrent des douleurs énormes dans l'eftomac , 
des fièvres aigucs , Se qu'ils éprouvent une", 
vraie rage. Ces maux fe déclarent d'autant 
plus promptcment , que les exercices dii corps 
ont été plus violens & plus vigoureux ^ & ils 
paroifTent plus lentement dans les phlegmati- . 



D E P K"Y SIOLOGIE. II5 

ques & dans les gews oilifs qui ne trânfpirent 
pas beaucoup , ëc dont le iang n'eil pas en 
grand mouvement. 

DLXXXIII. Un nouveau chyle , compofé 
le plus fouvent des fucs de végétaux acefcens, 
conftamment plus fin que le fangjdans le cou- 
rant duquel il eft porté continuellement , 
tempère Ton acrimonie putrefcible 5 délaie les 
humeurs qui font prêtes à fe coaguler, don^ 
ne à toute la mafTe ce caraâére falin & mo- 
déré qui eft naturel à l'homme ; enfin lorf- 
qu'il vient des chairs des animaux , il fournit 
une nouvelle lymphe gélatineufe , propre à 
réparer les pertes ^ en s'appliquant au moyen 
de Cqs^ câufes- CCXLII , dans les lacunes des 
parties folides détruites. La boifîon> détrempe 
lur-tout le fang qui eft d'une nature à fe coa- 
guler, elle empêche aufti la pourriture en dif- 
Î)erfant les particules qui laproduifent. C'eft 
a raifon pour laquelle on vit lo.ng-tems fans 
manger , pourvu qu'on boive, 

DLXXXIV. Un fentiment de doukur , qiii 
s'appelley^i/;z , nous engage à prendre des 
alimens , ainfi que le plaifir que l'on trouve 
dans le goût. CDLVIII. La faim fans doute 
vient de ce que les plis fenfibles de l'eftomac 
font frottés réciproquement les uns contre les 
autres par le mouvement périftaltique de l'ef- 
tomac, par celui du diaphragme Se des muf- 
cles de l'abdomen 5de forte que les nerfs nuds, 
frottés par d'autres nerfs également nuds , 
fentent une.douleur infupportable. L'Jiômme 
eft ainfi averti du danger auquel la diette 
l'expefe , & il eft obligé de fe procurer des 



114 ÉliMlNS 

alimens par le travail. La liqueur gattrîque 
devenue plus acre contribue encore à cette 
fenfation. 

DLXXXV. Le fiége de la yô// eft dans la 
langue , dans le goner , dans 1 efophage èc 
dans i'eftomac j dès que ces parties très-fen(î- 
bles & toujours naturellement humedées par 
leurs humeurs muqueufes & falivaires , de- 
viennent féches par le défaut d'une nouvelle 
fécrétion des humeurs femblables ou par les 
fels muriatiques, alcalefcens , qui féjournent 
dans ces endroits, on éprouve un fentiment 
beaucoup plus infupportable , & le danger 
auquel la foif nous expofe eft d'autant pltis 
grand, que la douleur ne peut fe ralentir que 
lorfque l'abondance de la partie ^queufe du 
fang eft réparée , que les vaiiTeaux fecrétoires 
des parties , dont nous avons parlé ci-defTus , 
font remis en iiberté , & qu'elles en font ar- 
rofées. On fçait de-là, pourquoi la foif fe fait 
fentir dans les travaux qui diffipent la partie 
aqueufe du fang par la tranfpiration ; pour- 
quoi elle fe fait fentir dans les fièvres, lorf- 
que les vaideaux qui exhalent vers la langue 
& le goder font obftrués. L'eau iimple ap- 
paife donc moins bien la foif que les fluides 
aigrelets , qui non-feulement comme fluides, 
arrofent & foulagent ces parties , mais encore 
provoquent les humeurs retenues, ôc modè- 
rent la pourriture. 

DLXXXVL Les hommes engagés par ces 
caufes à prendre des alimens folides & fluides, 
ont cherché de tout tems ces fecours de la vie 
dans les végétaux & dans les animaux , en- 



dePhysiologii, 115 

forte que l'eau & les fels font prefque les 
feuls du règne minéral .qui leur foient alors 
de quelque ufage. Il eft probable que le pre* 
mier choix des alimens eft dû aux expérien- 
ces 5 ôc qu'on ufoit d'un végétal fuivant que 
l'odeur & la faveur y engageoient , &c que 
les forces que leurs fucs procuroient , en con- 
finnoient l'utilité. Peu à peu les animaux 
. étant devenus incommodes aux hommes -, ôc 
les végétaux ne les nourrilfant pas alTez pour 
fufïîr à leurs travaux , ils firent enfin ufage 
,des chairs des animaux. Préfentement la quan- 
tité des corps , tant de ceux qui fervent de 
bafe à nos alimens , que de ceux qui fervent à 
les aiïaifonner , eft infinie. 

DLXXXVII. Quoiqu'il y ait des exemples 
d'hommes & de peuples qui n'ont tiré leurs 
alimens que d'une feule clalfe, c'eft-â- dire, des 
feuls végétaux ou des feuls animaux , Ôc quel- 
quefois de très-peu d'efpéces d'une de ces 
elafiTes ; & enfin , quoiqu'il y en ait eu qui 
n aient vécu que de lait ou Amplement dépé- 
rit lait 5 cependant la nature de la ftructure 
humaine de la néceflité reconnue par des ex- 
périences 5 femble exiger que nous vivions 
fur-tout de deux genres d'alimens, fi bien 
proportionnés entre eux , qu'aucun n'excède. 
Le dégoût qui fuit le trop long ufage de Tun 
ou de l'autre genre de ces alimens , nous inf- 
truit du milieu que nous devons tenir» 

DLXXXVIII. La ftrudure de l'eftomac 
humain eft femblable àcelle des animaux car- 
naciers ; les dents que nous avons dans l'une 
& l'autre mâchoire , l'inteftitv cœcum court 



Xl^ È L É M E N s 

èc petit 5 Se la force qui nous eft néceflaire , 
exigeoient pour alimens les chairs des ani- 
maux. Il nV a que les chairs qui renferment 
une lymphe géîatineufe déjà préparée , qui 
répandue des vaifleaux rompus , fe change fa- 
cilement en une grande quantité de fang. 
Lorfqu'on s'abftient des chairs , on fent ordi- 
nairement une grande foiblelle du corps 5c de 
Teftomac , & on a coutume d'être attaqué 
d'une diarrhée perpétuelle. Les herbivores ont 
les inteftins grands , longs & épais. 

DLXXXIX. La plupart des végétaux qu'on 
mange , font d'une nature acefcente ; il y en 
a peu qui s'alcalifent ou foient remplis d'a- 
romates : aucuns ne renferment cette partie 
géiatineufe propre à faire beaucoup de fang. 
Les farineux , qui font en petit nombre , font 
les feuls qui nourrilTent , & après avoir cir- 
culé plufieurs fois > ils fe changent enfin en 
humeurs naturelles. Ils font cependant nécef- 
faires pour empêcher que l'homme , ne fè 
nourriliant que de^chair , ne foit rempli d'une 
trop grande quantité de fang & tendant trop 
à la pourriture , comme il eft confiant que 
cela a lieu parmi les amropophages^ ôc c'eft- 
lâ ce qui produit lefcorbut j donne de la fé- 
rocité , produit la puanteur , la lèpre & toute 
forte de genre de corruption ; ces maux ne 
peuvent être guéris qu en changeant de régi- 
me de vie , & en n ufant que de végétaux ai-, 
grelets. Voilà pourquoi îhomme a peu de 
dents canines , & l'appétit de l'homme en' 
fanté , & fur-tout de celui qui eft malade, eft. 
d'autant plus incliné pour ks végétaux aigre^^ 



DH Physiologie. 117 

kts j que le tempéramenc, la faifon Se le cli- 
mat (oat plus chauds. Auili dans les pays les 
plus chauds , on ne vie prefque que de végé- 
taux j & on y ufe raremenc de chairs , ou q& 
TiQÙ. pas fans danger ; dans les pays froids , 
on en ufe plus ûiremenc ôc avec moins de 
danger. C'eft pourquoi on ufe par-tout de 
pain , ou au moms d'un aliment farineux 
analogue au pain. 

DXC. L'eau fournit une boiflon très-bon-^ 
ne, (i elle n'eft chargée d'aucun fel, ik qu'elle 
ne foit point garée par l'air , qui k fait fer- 
menter. On préfère toujours avec raifon celle 
qui coule des montagnes , fur le fable , qui 
eft très-froide, très-limpide, très-légère ôc 
inlîpide. Touees les fois qu'on n'a pas d'eau 
pure , ce qui arrive fouvent dans les pays 
plats , ou qu'on a befoin de quelque force 
pour exciter l'eftomac à fe contra6ter , ou 
des aromatiques , on trouve alors ce fecours 
dans le vin , non-feulement dans celui que 
l'on tire fur-tout des raisins , mais encore 
dans celui de pomme Se de poire , qui eft lim- 
pide après la fermentation , rempli d'efprits 
diffous dans l'eau Se dans un fel acide. Par- 
tout où les raifins ne meuriffent point , on 
prépire par la fermentation , avec des grains 
grillés & cuits dans l'eau, une liqueur a peu 
près femblable , qui renferme aulîi des ef- 
prirs , mais plus venteufe , moins forte , ôc 
plus froide. 

DXCI. Les hommes ont imaginé difFérens 
aiïaifonnemens ; le fel , le vinaigre, lesdiffé- 
Tens acides , pour corriget la difpofiaoïi des 



iiS Élemens 

chairs à la pourriture ; le poivre , les aroma-» 
tiques acres , les efpéces d'ail pour fortifier 
l'eftomac , que Tufage continuel des végétaux 
afFoiblit, le fucre , le fel, les aromates pour 
le plaifir ou.par ragoût. Toutes ces cliofes ne 
nourriflTent pas , parce qu'elles ne renferment 
ni lymphe gélatineufe, ni farine propre à la 
nourriture. 

DXCII. On a imaginé différentes façons 
de préparer les alimens fuivant les diffé- 
'lentes nations ; les différens climats, les diffé- 
rentes faifons , pour corriger leurs crudités, 
attendrir leurs fibres folides , chaflfer le trop 
d'air qu'ils renferment, tempérer leur âcreté 
difgracieufe, enfin pour le plaifir du goût. 
Mais cependant les chairs fut-tout , & la plu- 
part des végétaux ontbefoin de quelque tritu- 
ration 5 dans l'homme principalement , qui 
a l'eflomac peu charnu , & où d'ailleurs les 
alimens ne doivent pas fe pourrir^ malgré 
le long féjour qu'ils y font. 



C H A P I T R E X X I L 

J?e la Majlication & de la Salive, 

DVIIC. JLes alimens durs, tenaces, compo- 
fés défibres longues , parallèles, couvertes 
d'os ou de cartilages & friables , ont la plu- 
part befoin d'être mâchés , pour les divifer eu 
des particules plus petites éc moins cohéren- 
tes , & les foumettre plus facilement aux 



t)E Physiologie. 119 

forces diiïblvantes de l'eftomac. Ils font d'au- 
tant plus fa voureux, plus prêts de la nature 
des fluides Se de plus facile digeftion , qu'ils 
ont été plus exadtecnent broyés dans la bou- 
che. 

DVIC. C'eftpour cet effet que la bouche de 
l'homme eft garnie de dents très-dures , donc 
la racine ofiTeufe ôc ereufe , reçoit par un trou 
Il tué au fommet de fon cône des petits vaîf- 
feaux & un petit nerf qui fe diftribuent à leur 
période interne. Elles font arrêtées par leurs 
racines dans une alvéofe appropriée à leur 
figure 5 & ûxée vers la partie fupérieure de 
la couronne de leur racine par une gencive 
adhérente. Les parties des dents hors l'alvéole 
ne font pas oiîêufes, mais d'une ftruéture par- 
ticulière , beaucoup plus dure , plus denfe , 
ôc prefque vitrée, compofée de fibres droites 
& verticales à la racine & concourantes dans 
le milieu. Cette partie n'a point de période, 
de vaiiïeaux , ni de nerfs ; continuellement 
détruite , elle paroît fe réparer perpétuelle- 
ment au moyen de quelque fuc qui monte du 
follicule de la racine. Les dents font donc 
très-propres à vaincre la dureté des corps ôc à 
broyer les alimens. 

DVC. La matière & la fermeté des alimens 
étant différentes , la nature a fait des dents 
de différentes façons. Dans l'homme , les 
quatre premières de chaque mâchoire font 
plus foibles que les autres , & n'ont qu'une 
racine^ leur couronne efl" concave en dedans , 
convexe en dehors , & émincie en forme de 
€©in, elle fe termine par un tranchaïu. Leur 



110 É L É M E N s 

ufage eft de couper en parricules plus petite*. 
les alimens les plus mois , unicjuement tena- 
ces , & de mettre en pièce les fibres des chairs 
ôc des végétaux , les membranes , les petits 
os, enfin les parties friables des fruits. 

DIVC. La féconde efpéce des dents font les 
canines , dont il n'y en a que deux dans cha- 
que mâchoire , & leur racine efl: plus lowguç , 
pkis ferme , cependant unique , 5c leur cou- 
ronne fe termine en forme de cône. Elles dé- 
chirent les alimens tenaces , & elles retien- 
nent entre elles ceux qui ontbefoin d'être plus 
mâchés. 

DIÎIC. Le troifiéme ordre font les molaires , 
qui ont en général plufieurs racines ^ dont la 
couronne eft quadrangulaire & la fuperficie 
plate , mais divifée par à^s afpérités aufii 
dures que à^s pierres. Les deux antérieures 
font les plus foibles , elles ont une ou deux 
racines \ la fuperficie de leur couronne efl 
divifée en deux , les trois poftérieures font 
plus grandes, elles ont trois , quatre ou cinq 
racines , mais elles en ont prefqu'une de 
moins à la mâchoire inférieure ; leur fuper- 
ficie éfi: plate , quarrée, divifée enautanr de 
petits mon-ticules qu'il y a des racines. Les ali- 
mens ofTeux placés entre ces dents , font rom- 
pus ; les durs font moulus , pendant qu'ils 
font broyés par les dents inférieures portées 
alternarivemenr , obliquement & latérale- 
ment fur les fupérieures immobiles. On doit 
fur- tout à ces dents , la préparation que les 
alimens reçoivent par le moyen des dents. 

DliC.Pour que les dents puilTenc fe mou- 
voir 



D E Ph Y s I OL OG I E, III 

voir avec force & avec fermeté, les fupérieu- 
tes font enfoncées dans les alvéoles de la mâ- 
choire fupérieure immobile , &c les inférieu- 
res dans celles d'un feul os mobile articulé 
avec los des tempes , de forte qu'il peut être 
éloigné de h mâchoire fupérieure , ôc en 
être approché avec une très-grande force , 
enfuite être porté latéralement à droite & à 
gauche , ôc enfin ctçe avancé en devant au- 
delà de la fupérieure^, de être retiré en arriére. 
Ces mouvemens dépendent de l'articula- 
tion des condy les , qui s'élèvent fur les parties 
latérales de la mâchoire 5c font larges tranf- 
verfalement , plus hauts dans le milieu Se 
placés entre les tubercules obliques de l'os 
des tempes, creufés vers la racine de l'apo- 
phyfezygomatique , unis, plus profonds dans 
le milieu , augmentés d'une petite fo^QttQ 
femblable , plus plane , fltuée vers la partie 
antérieure du conduit auditif, duquel elle efl: 
féparée par une fente propre. Un cartilage 
mitoyen pofé entre le condyle de la mâchoire 
inférieure & le tubercule de |'os des tempes , 
cave de part & d'autre , dont les côtés font 
relevés , répondant d'un côté au tubercule de 
l'os des tempes , & de l'autre à des dépref- 
fions voifines , donne une plus grande liberté 
à cette articulation , &c rend les croûtes car- 
tilagineufes dont elle eft revêtue plus du- 
rables. 

DîC. Les mufcles qui meuvent la mâ- 
choire dans l'homme , font alTez foibles 6c 
très-forts dans les brutes. Ces mufcles font le 
temporal y dont les fibres tendineufes , en for- 
// Parc. F 



tu É L É M E N s 

me d'étoile , fe réunilTent ciQs parties latérales 
de la tête & de fon aponévrcfe , Se fe termi- 
nent à l'apophyfe coronoide de la mâchoire 
inférieure ; le maffeter^ qui defcend double 
ou triple du zigoma & du bord de l'os de la 
pomette , ôc fe termine en arriére à la bran- 
che de l'os maxillaire. Ces mufcles fervent 
à élever la mâchoire ; ils concourent à la mê- 
me action ; le temporal cependant tire un peu 
plus la mâchoire en arriére , & le mafTeter en 
devant. Le pterygoïdien interne defcend de la 
folTe pterygoïdienne & de l'os du palais , de 
la racine du petit crochet de l'aile interne vers 
l'angle de la mâchoire inférieure ; il l'élevé 
& la porte fur les côtés ^ lorfqu'elle a été baif- 
féepar les autres. Lepterygoidien externe parc 
de deux endroits \ d'un coté tranfverfalemenc 
de l'aîle interne & de l'os du palais , & de la 
tubérofité poftérieure de la mâchoire fupé- 
rieure ; de l'autre, en defcendant de la partie 
temporale cave de la grande aile de l'os fphé- 
noïde. De-là il fe termine en arriére & en 
dehors au condyle de la mâchoire qu'il porte 
antérieurement , devant la fupérieure 6c fur 
les côtés. 

DC. La mâchoire eft abbaiCéejla bouche eft 
ouverte par le digaftrique, qui part de la 
rainure maftoïdienne , en devenant tendi- 
neux dans fa partie moyenne ; il eft attaché à 
l'as hyoïde par beaucoup de tilTu cellulairesfort 
&de nature tendineufe ; il eftauffi uni avec le 
myîo-hyoïdien enpaifantpar les fibres écartées 
du ftylo-hyoïdien ; il reçoit àzs nouvelles fi- 
bres , & va s'inférer à la fympliyfe des deuïi?^ 



D E P H Y s I D L O G J E. Il| 

moitiés de la mâchoire. La bouche peut en - 
core erre ouverte par tous les autres mufcles 
qui s'attachent à la niachoire , à i'os hyoïde 
& au larynx ; tels font le génio-hyoïdien , le 
mylo-hyoidien 5 le génio-giofTe , le fterno- 
îhyroïdien , le fterno-hyoidien , le coraca- 
hyoïdien , & le très-large du col : mais ce 
dernier tire plutôt la peau de la face 6c an 
col en bas. Le génio-hyoïdien & les digâfiri- 
ques peuvent retirer la machoirie en arriére ôc 
i'élever. 

DCI. La mâchoire éft élevée avec une 
grande force , Se les dents inférieures appro- 
chées dçs fupérieures , divifent les .alimens 
par le moyen des mufcles temporaux , madê- 
ter 5 pterygoïdien interne ^ adbion très-for re, 
fuivant certaines expériences , ôc qui fufiit 
pour élever un poid de quelques centaines ce 
livres. Le pterigoïdien interne , l'externe 3c 
les autres , dont nous avons parlé ci-defTus , 
lorfqu'ils agilfent feuls ôc alternativement , 
font des petits monvemens latéraux & un 
mouvement circulaire fur un condyle immo- 
bile. C'eft ainfi que les alimens font coupés , 
rompus 5 broyés ^Sc Ci la maftication ell exade, 
ils font réduits en pulpe. 

DCII.EnefFet, pendant que les alimens 
font broyés , ils s'imbibent continuellement 
d'une grande quantité de liquide aqueux;, 
tranfparent , qui s'évapore , infipide , légè- 
rement falé , qui contient peu de terre , qui 
n'eft ni acide ni alkaii, quoiqu'on puifTe en 
tirer une très-petite quantité de fel lixiviel , 
& donc les (ources nombreufcs font placées 

Fij 



124 Elemens 

aux environs. Un nombre inliai de glandes 
buccales , labiales , ovales , verfent la falive 
qu'elles feparent en très-grande quantité par 
un petit conduit de par une ouverture. Cette 
liqueur qui efl naturellement abondante , left 
plus dans ceux qui jeûnent , elle eft plus acre ; 
on l'avale naturellement ; elle eft d'un très- 
grand fecours au fuc propre de l'eftomac , ôc 
on ne la crache point fans s'incommoder , à 
moins qu'on ne foit phlegmatique. Celle que 
les vaifleaux exhalans des joues êc du dos de 
la langue verfent dans la bouche y eft fembla- 
ble Scplus fine. Il eft préfentementaffez conf- 
taré que le conduit incifif eft aveugle , & qu'il 
ne laifTe paflTer autre chofe qu'une branche 
de l'artçre palatine qui fe diilribue aux na^ 
rines. 

DCIÎI. Les Glandes falivaires fur-tout 
fournifTent une liqueur qui a le même nom. 
Lorprincipale ed la parotide , qui s'étend dans 
tout l'intervalle du conduie auditif & de la 
mâchoire , & recouvre la partie nue de la 
mâchoire & une partie du malTeter^ elle eft 
conglomérée , eompofée de grains glandu-' 
leiix, ronds , unis par un tiiTu cellulaire , qui 
e.n l'environnant plus étroitement , forme fur 
toiiiQ la glande une efpéce d'enveloppe géné- 
rale prefque tendineufe. Son conduit blanc , 
vafculeux , gros , qui du fond de la glande 
vient gagner le zygoma , d'où il s'incline 
rranfverfalement , reçoit un petit conduit 
d\ine glande placée à la parti? fupérieure du 
malFeter , continue cc quelquefois féparée de 
la parotide a rarement double , §c en ft réfîé- 



dePhysiologië. Ï25 

chifTant vers le bord épais du mufcle mafTeter, 
il fe termine , en paiïant par récartèmenc des 
fibres du buccinareur y entre pluiieurs glandes 
buccales , &c s'ouvre dans l'intérieur de la 
joue par un conduit non faillant & fans papil- 
le. Le volume de cette glande & le grand nom- 
bre d'artères qui s'y diftribuent , font qu'elle 
eft une des principales fources de la falive. 

DCIV. Une autre glande , voifîne de la pa- 
rotide, beaucoup plus petite , compofée des 
grains glanduleux plus mois &plus gros, unis 
par une femblable membrane , ôc placée a 
l'angle de la mâchoire inférieure , eft en par* 
tie cutanée & fe termine fur elle-même , de 
en partie par une appendice fur le mufcle 
mylo-hyoïdien. Cette appendice s'érend dans 
la petite folTe iituée le long de la maGhoiie , 
efi: compofée de grains glanduleux, placée au- 
deiïbus de la membrane de la bouche, Ôc s*ap- 
•pollQ/ublinguale, Il fort de cette grande glande 
maxillaire ôc de fon appendice un conduit , 
qui eft couvert dans fa longueur par la partie 
rnoyenne de la fublinguale , en reçoit un , 
deux & trois rameaux qui s'y infèrent , Se 
ainfî augmenté , il s'ouvre par un petit cylin- 
dre apparent , placé fous le frein de la langue. 
D'autres conduits plus courts de la glande 
fublinguaie & qui font au nombre de trois , 
quatre , ou de plus jufqu'à vingt , percent & 
s'ouvrent fur le bord de la langue par des 
petits conduits courts ou des points, c^ y 
verfent la falive. Il arrive quelquefois que le 
grand rameau antérieur de cette glande , qui 
a coutume de fe joindre au conduit de la 

F iij 



11^ È L E m: E N 3 

giânde maxillaire , fe porte feul parallèle- 
ment à ce conduit , & s'ouvre dans un endroit 
féparé, DifFérens Anatomiftes ont décrit d'au- 
tres conduits falivaires ^ mais la nature jui- 
qu'ici ne nous lésa point découverts. 

DCV. La divine Providence a fi bien dif- 
pofé tous les inilrumens de la maftication , 
que cette a6tion ne peut s'exécuter fans que 
les glandes falivaires parfaitement compri- 
mées 5 ne verfent une plus grande quantité de 
liqueur. En effet , la glande maxillaire eft 
unefource de la falive qui , lorfque la bouche 
e'it ouverte , eft preifée par le digaftrique & 
le mylo-liyoïdien. Le maiîerer en fe gonRant> 
ôc le mufcîe cutané du col qui eft au- de (Tous , 
prefTe la parotide. Cette compreffion mufcu- 
ïaire eft produite par le feul appétit , Se elk 
yerfe de la falive dans la bouche. • 

DCVL Les alimens étant donc broyés en- 
tre les dents , & mêlés avec la falive ôc Tair, 
ils font réduits en une pâte-molle, fùccu- 
ienre , fufceptible de prendre différentes 
formes , pleine d*air éLiftique , qui ren- 
fermé dans un lieu chaud tend toujours 
par fon élafticitc à diifoudre les parties des 
alimens entre lefquelles il fe trouve. Par ce 
«leyen les parties huileufes font mêlées avec 
les aqueufes , la faveur ôc l'odeur des ali- 
mens particuliers eft confondue enfemble , ôc 
la falive difTolvant les fels , les alimens de- 
viennent en même tems favoureux. Tout ce 
que ces fubftances ont de volatil eft fans cefTe 
pompé par les vaifteaux abforbans de la lan- 
gue ôc des joues j c'eft-U ce qui rétablit les 



DE PHYSIOtOGIl. llj 

forces 5 en fe diftribuant au fang ÔC aux nerfs. 

DCVII. La langue , les joues & les lèvres 
font les mouvemens ^léceuaires pour tourner 
çà & là les alimens dans la bouche , Se les 
préfenter fous les dents. La langue fur-tout, 
lorfqu'elle eft étendue^ reçoit fur le petit Ci- 
nus de fon dos dilaté les alimens , Se au 
moyen despuiffances qui la meuvent, CDLIIL 
elle porte ce fardeau au lieu de fa deftina- 
tion. Tantôt con«;a6tée Se plus étroite , elle 
parcourt avec fa pointe tous les recoins de la. 
bouche 3 Se ramaffe en un tas tous les alimens. 
Tantôt en s'approchaht vers les dents , elle 
pompe les fluides ou les alimens folides de la 
cavité des joues , & les porte dans la cavité 
poftérieu*e de la bouche placée derrière les 
dents. 

DCVIIL L'os hyoïde attaché i la langue 
par des mufcles Se des membranes , la dirige. 
La bafe de cet os eft ooncave en dedans ; fes 
cornes fe portent en dehors Se fe terminent 
par un bout plus épais; il a auffi des petites 
cornes ovales. Cet os tiré en bas par les forces 
qui l'y déterminent , tire aufli la langue Sc 
la mâchoire , û elle eft lâche. Ces forces font 
le flcrno-hyoïdicn qui fort de la clavicule , 
entrecoupé de lignes tendineufes & devient 
grêle en \i^\\i\\t fterno- thyroïdien c^Witnt 
du même endroit & de la première côte , il 
eft plus large , & en abbaiffant le cartilage 
auquel il fe termine, il fait nécefTairement 
defcendre l'os hyoïde qui lui eft joint \ il fe 
mêle auffi avec Thyo-thiroïdien , le thyro- 

Fîv 



Il8 ÉtSMlNS 

pharyngien , Ôc fe confond çà ôc la avec le 
flerno-hyoïdien. Le coraco-hyoïdien vient de 
la cote fiipérienre de l'omoplate près de fon 
échancriirCj ilfe porte obliquement &enpaf- 
faiit fur la jugulaire , il devient tendineux , 
puis fon autre ventre fe porte directement à 
l'os hyoïde qu'il abbaiiTe en ligne droite ,& fe 
confond ça & là avec le fterno-hyoïdien. 
Vhyo' thyroïdien eft terminé par les premiers 
mufcles. 

DCIX. D'autres forces élèvent l'os hyoïde 
avec la langue. Ce font \Qfiylo-gloQ'c foutenu 
par un ligament propre , quelquefois charnu , 
qui vient de la mâchoire , le ftylo-hyoïdicn 
foible 5 qui eft fouvent fendu pour le paiTage 
du digaftrique , & fe réunit enfuite^en deux 
portions ; il eft adhérent à l'expanfion tendi- 
neufe du digaftrique , s'infère par une de it% 
portions à la bafe de l'os hyoïde , & par l'autre 
à fa corne , & s'y confond avec une expanfîon 
têndineufe du mylo-hyoïdien. Le fécond 
flylo-hyoïiicn ( loriqu'il s'y trouve ) eft fem • 
blable au premier , mais plus poftérieur \ il 
fort de la pointe de l'apophyfe ftyloïde , s'in- 
fère aux petites cornes , & tient lieu du liga- 
ment qui fufpend l'os hyoïde. Tous ces muf- 
cles tirent la langue en arriére & l'élevent fur 
les côtés. Le mylo-hyoïdkn ^ qui vient de 
toute la longueur delà mâchoire , fe réunit en 
un avec fon femblable , élevé la langue , lui 
donne de la fermeté dans fes difFérens mou- 
vemens 5 ou fert aufîî à baifiTer la mâchoire. 
Le génio-hyoïdien , affocié du génioglofle , 
fait fortir la langue hors la bouche. 



DE Physiologie. 119 

DCX. Mais en outre, les mufcles des joues 
meuvent différemment les alimens dans la 
bouche ôc les compriment. Les uns les pouf- 
fent de la cavité des joues dans celle de la 
bouche, derrière les dents, comme le bue- 
cinateur , lorfque la bouche eft fermée ; les 
autres ouvrent la bouche pour recevoir les 
alimens , comme le releveur propre ou bi- 
ceps de la lèvre fupérieure , le relevettr com- 
mun d'un côté , le nafal de la lèvre fupé- 
rieure , Tun Se l'autre zygomatique , le rieur , 
le triangulaire du menton, l'abbaifiTeur propre 
de l'angle de la bouche qui fort de îa petite 
foiïe tracée près de la dent canine de l'un 6c 
l'autre côté , 3c s'infère à l'orbiculaire. D'au- 
tres ferment la bouche , lorfque les alimens 
font dedans , pour s'oppofer à leur fortie, tels 
font l'orbiculaire de Tune ôc l'autre lèvre , 
l'abbailTeur propre de la lèvre fupérieure , le 
releveur propre de la lèvre inférieure , le re- 
leveur en partie commun. On doit prendre 
les defcriptions de ces mufcles dans des livres 
d'anatomie. 

DCXI. Ainfî les alimens mêlés avec la fa- 
live , ramollis , ramalTès de tous côtés der- 
rière les dents , font portés fur la langue 
étendue par les cerato-glofiTes , de rendue un 
peu concave par les ftylo-gloifes j ils paflent 
ile-là dans le gofier. 



rXO il L E M E N s 



CHAPITRE X X 1 1 L 

De la Déglutition. 

DCXII. luA^ langue élevée par les mafcles 
ftylo-gloffes , appliquée dans, toute l'étendue 
du palais , poufTe les alimens vers le gojier qui 
feul eft alors ouvert y puis tirée en arriére par 
la partie poftérieure de fon corps , la plus 
épailTe , par les mêmes mufcles , les ftylo- 
hyoïdiens & les digaftriques , elle pouffe l'é- 
pigîotte , qui eft élevée vers fon dos , qui 
lui eft unie par piufteurs membranes , & peut- 
être par quelques fibres mufculaires. Tous les 
mufeles releveurs du larynx agiffent alors 
enfemble \ le digaftrique , le génio-liyoïdien 
le génio-glofle , le ftylo-hyoïdien , le ftylo- 
gloire^leftylo-pharyngien, & d'autres portent 
le larynx en haut & en devant, de forte que 
répiglotte rencontre la langue & s'incline plus 
facilement. Il eft donc néceftaire que les mâ- 
choires forent approchées pendant la déglu- 
tition 5 ou au moins que l'inférieure foit éle- 
vée & affermie dans cette fîtuation afin que le 
digaftrique trouvant là un point fixe , ainfî 
qose les autres mufcles dont nous venons 
de parler y. puifîent élever l'os hyoïde. L'épi- 
glotte ainfî renverfée ferme ampîement 5c 
exafement l'entrée du larynx & les alimens 
parlent fur elle , eo-mme iur un pont , pour 
aller dans le fond du gofîer* 



BE Physiologie. 131 

DCXIII. Nous appelions pharynx , cette 
grande cavité , difforme , qui eft entre les 
vertèbres du col , devant le grand trou de l'os 
occipital , & la partie moyenne de l'os cuneï* 
forme , l'entrée des narines podérieures , le 
voile mobile du palais , la langue , le deflus 
du larynx de l'œfophage. Il eft fait d'un fac 
membraneux , pulpeux , environné extérieu- 
rement de toutes parts des fibres mufculaires. 
Sa membrane intérieure continue à l'épider- 
111e j peut fe renouveller de même ^ mais elle 
eft plus remplie de fucs. Le pharynx eft envi- 
ronné extérieurement de beaucoup de tiflli 
cellulaire , fur-tout poftérieurement ôc fur 
fes parties latérales \ en conféquence il eft 
lâche j facile à dilater & propre à recevoir 
toutes fortes de corps qui , pouflfés par la lan- 
gue 3 paftent au-delà du larynx. 

DCXIV. Il eft dilaté dans cette adion , 
DCXII , par des forces qui Télé vent , par le 
Jiylo-pharyngien , qui quelquefois eft double 
& qui vient de l'apophyfe-ftyloïde , defcend 
fur la membrane du larynx au-deftous de l'os 
hyoïde, ôc fur le bord du cartilage thyroïde , 
6c s'épanouit avec le fuivant fur la face inté- 
rieure du pharynx , par le thyro-palatin , qui 
eft couché fur le voile mol du palais en façon 
d'arc , & forme de part & d'antre deux co- 
lonnes qui defcendent vers les parties latérales 
du pharynx , en conftitue une grande partie , 
& s'arrache aufti par un plan large de fibres 
au cmil'^ge thyroïde. Je croirois plutôt de 
grânas hommes qui ont afturé que le fal- 
pingo-pharyngkn eft un vrai mufcle , que 

Fvj 



J32. ÉtiMÊNS 

ïiies propres expériences ; je tléfefpére prerqo^ 
du céphalo-pharyngien , à moins qu'on ne 
prenne pour ce mufcle le tiffti cellulaire , fer- 
me, blanc 5 qui fufpend la partie fupérieure 
du pharynx. La boiubn tourne autour du la- 
rynx à chaque côté de l'épiglotte , & tombe 
ainfî dans rœfophage. 

DCXV. Le voile mobile du palais inter- 
pofé 5 empêche en bouchanr les narines que 
les alimens n'y pafTent ^ lorfqu'ils font portes 
dans le pharynx alors dilaté , DCXIV. Ce 
voile fe continue antérieurement du palais 
offeux jufqu aux parties latérales des ailes 
ptérigoïdiennes ; il eft compofé de la mem- 
brane de la bouche , de celle àes narines & 
de mufcles intermédiaires ; il eft prefque 
quarré , fufpendu dans le fond du gofîer en- 
tre les narines poftérieures & la bouche , de 
forte que les narines poftérieure^ font natu- 
rellement ouvertes , & le voile tourné vers la 
cavité de la bouche ; fa partie moyenne & 
inférieure fe termine en cône , elle eft pen* 
dante devant l'épiglotte , elle eft garnie de 
quantité de glandes , & on l'appelle la luette. 
Le releveur de ce voile vient des inégalités 
de los cunéï- forme, derrière le trou épineux,. 
& aufïi du cartilage de la trompe ; il à^îc^wèi 
en dedans en faifant un arc avec celui du 
côté oppofé dans le voile mobile ; il le peut 
approcher à.^^ cavités des narines éc àts trom- 
pes pour empêcher que les alimens n'y paf-^ 
fent ; mais il ne paroît pas agir forrètiienr 
dans la déglutition. La contradtion àts muf- 
cles du pharynx empêche alors les alimens de 



© E P H Y s I O L O G ï E. 1|| 

regorger dans les narines , de même que ix 
déprelîîon du mufcle thyro-palatin qui abbailTe 
manifeftement le voile ôc l'applique à la lan- 
gue de au pharynx ; ce mufcle mol , étendu 
fur le voile , vient un peu antérieurement de 
ce même os cunéï-forme , & de l'intervalle de 
fes ailes , de l'aîle interne & de la trompe 5 
devenu plus large ,& palTant par le crochet 
de l'aîle interne , il change de diredion , monte 
par un tendon rayonné & fe diftribue dans la 
îurface de la membrane du voile du palais ^ 
joint à fon femblable , il foutienr les autres 
mufcles ôc s'attache au bord cave de- l'os du 
palais. Il peut ouvrir la trompe , & aufïi baif- 
1er le voile mobile. Le pharynx ainfî refTerré 
comme par un fphindter , poulTe en bas les 
alimens & rien ne peut rétrograder dans les 
'narines ^ c'eft pourquoi le voile du palais 
étant vicie, les alimens rétrogradent par les 
narines , & la furdité arrive. 

DGXVL Pendant que TefFort fe fait pour 
pouffer les alimens , DCXV. le voile du pa- 
lais baiffe &tiré en bas vers la langue par l'ac- 
tion des palato-pharyngiens,&du circonflexe 
du voile du palais , les preffe en s'appliquant 
fur eux. Ces mêmes mufcles de le glofïb-pala- 
tin 5 quoique petit , appliquent le voile con- 
tre la racine gonflée de la langue , & empê- 
chent le retour des alimens dans la bouche. 
Lorfqu'il n'y a plus à craindre- que les alimens 
tombent dans la trachée-artére , l'épigîotte fe 
relevé & eft portée en devant par fon propre 
reffbrt de par la langue. Le mufcle azigos né 



154 E L É M E N s 

des tendons du circonflexe , élevé la luette 
abbaifTée. 

DCXVIÏ. Peu après fuit un effort pour 
pouflTer les alimens en bas *, il eft opéré par 
les mufcles conftrideurs du pharynx qui ti- 
rent la partie poftérieure vers l'antérieure ; 
qui font en partie tranfverfes & qui montent 
en partie fur la face poftérieure du pharynx. 
Le principal eft le ptérygo-pharyngien , qui 
fort de tout le crochet ôc du bord de l'aîle in- 
terne j de là il forme un arc en fe contour- 
nant de derrière en haut, & il embrafte au 
large la partie fupérieure du pharynx. Le my- 
lo-pharyngien eft en partie continue aux fi- 
bres du buccinateur , moyennes entre fes 
deux adhérences ofleufes , éc vient en partie 
d'un lieu particulier au-deffiis âes dernières 
dents molaires de la mâchoire inférieure. Ces 
mufcles prefque tranfverfes 5 embraflent le 
pharynx , de tirent la partie poftérieure vers 
Fantérieure. Enfuite les génio-pharyngiens , 
dont les fibres tirent leur origine confufe ic 
obfcure de la langue , montent vers le pha- 
rynx en formant deux plans. Les chondro' 
pharyngiens qui font triangulaires , viennent 
des petites cornes de Tos hyoïde ; les cératcy 
pharyngiens y montent en forme de rayons de 
la partie moyenne des grandes cornes \ les 
fyndefmo -pharyngiens viennent delà corne du 
cartilage thyroïde 5 & font difterens des fui- 
vans \\Qsthyr0-pharyngien5 font doublés &: 
farrifics par des fibres du fterno-thyraïdieîi 
& du crico-thyroïdiea j les crico-pharyngkBs 



DE P fï y S I O L O G r E. I ^ f 

ent des fibres afcenciantes, tranfverfes & def- 
cendantes. Ces mufcles agiilènt fiiccelîive- 
ment, les fiipérieurs les premiers, puis ceux 
qui fpivent, êc ils font avancer les alimens 
dan^ œrophage. En même temps les mufcles 
qui abbailîenr le larynx, lecoraco-hyoïdien^ 
le (lerno-hyoïdien j le fterno-thyroïdien reti- 
rent le larynx en arriére , prefTent le pharynx 
de poufTenc en bas les alimens ; les ary-aryré- 
noïdiens ferment la fente perpendiculaire pos- 
térieure du larynx , 'pendant que les alimens 
pafTent le long de cette fente. 

DCXVIII. Comme on avale quelquefois 
des alimens fecs Se rudes, que le pharynx doit 
fe dilater facilement & fans douleur, le mu^ 
eus qui s'amalTe de tous côtés dans le gofier 
ett ici d'une très-grande utilité. En général il 
y a entre la membrane interne du pharynx, 
êc la nerveufe , une grande quantité de folli- 
cules fimples 5 ovales , qui verfent par des 
orifices courts un mucus doux , aqueux , mais 
vifqueux , qui forme des filets , Se qui ren- 
ferme une plus grande quantité d'huile , de 
fel volatil & de terre que la falive ; elles font 
"en plus grand nombre dans la partie au pha- 
rynx fufpendue a i os occipital;, elles y font 
placées en ligne droite en forme de rayon ^ de 
dans ce rrouiîéau , qu'on fLppeWefa^pfhgo-pha^ 
ryngien. Il y a aufii un grand nombre de ces 
foilîcuîès plats & circulaires dans la partie 
poftérieure de la langue , ^ufqu'au trou bor- 
gne, dans lequel s'ouvre fouvent un finus af- 
fez long , commun à plufieurs follicules mu- 
qiieux. D'autres pores vetfent une humeur 



viiqueufe femblable , qui vient de la chaif 
puipeufe du palais ôc du grand nombre de 
glandes qui y font placées. Le voile mobile du 
palais eft tout glanduleux , femblable au pha- 
rynx , mais les follicules y font réunis de plus 
près & en plus grand nombre. 

DCXIX. Les amygdales fituées vers Ten- 
droit du pharynx attaché au petit bec oiTeuX 
ptérigoïde , entre le glolTo-palatin àc le pha- 
ryngo-palatin , font ovales & percées en de- 
dans de plus de dix grands finus ouverts entre 
les colonnes du voile; étant comprimées par 
lesmufclesvoifins , elles verfent par leurs ou- 
vertures un mucus très-lent. Les arriéres-na- 
rines 5 le pavillon des trompes , la face de 
répiglotte tournée vers le larynx & le dos àQS 
cartilages aryténoïdes font auflî remplis de ces 
iînus muqueux. Enfin l'œfophage a de tous 
côtés un grand nombre de ces follicules fim- 
ples , qui fournifTent un mucus un peu plus 
fluide. Lqs glandes œfophagiennes font du 
genre à^s conglobées , & elles ne féparent pas 
la même humeur que celles dont il eft ici 
queftion. Les vaiifeaux qui fe diftribuent aux 
amygdales , viennent des artères linguales & 
labiales ; le pharynx en reçoit aulîï de ces ar- 
tères & delà pharyngée; l'œfophage eft arrofé 
par les pharyngées , les thyroïdiennes fupé- 
rieures & inférieures , les bronchiales & 
l'aorte. Plufieurs àQs veines du palais &: èts 
amygdales fe jettent, après avoir formé diffé- 
rens plexus , dans un rameau fuperficiel de la 
Yeine jugulaire interne. 

DQXyi* L'œfophage eft un tuyau double , 



B E PhY 8 1 O LO G ï É. 1^7 

Sont fintérieur eft fcparé de l'extérieur par un 
grand nombre de tilTus ceHulaires qui peuvent 
s'enfler. L'intérieur eft nerveux, fort, continu 
à la membrane de la bouche & des narines, & 
fe diftingue de la membrane veloutée , min- 
ce , qui ne forme point de petits floccons , 
pulpeux 5 par un tiflli cellulaire court qui lui 
eft propre , dans lequel les glandes font placées 
& les vaiftèaux forment un réfeau. Le tuyau 
extérieur eft mufculeux & fort, compofé de 
fibres qui viennent de la partie poftérieure ôc 
inférieure du cartilage cricoïde , de fibres an- 
nuUaires qui dégénèrent en fibres longitudi- 
nales externes, & qui élèvent Tœfophage fur 
les alimens Ôc le dilatent , afin qu'il puiiTe 
les recevoir. Les autres fibres intérieures , 
circulaires , fortes, viennent pareillement du 
cartilage cricoïde y elles fe contractent fuc- 
ceiîîvement , & poulTent les alimens le long 
de l'œfophage, quidefcend d'abord tout droit 
vers la gauche de la trachée-artére , pafTe 
daiïs la poitrine derrière le cœur , dans l'in- 
tervalle de l'une Se de l'autre pleure, LXXV ; 
enfuite il fe coude infenfiblement un peu à 
droite, puis à gauche , gagne l'orifice parti- 
culier du diaphragme XXIX , dans l'intervalle 
de l'expiration & de Tinfpiration. Tout l'œfii- 
phage eft environné extérieurement de tifTus 
cellulaires. 

DCXXI. Cet orifice fupérieur du ventri- 
cule eft refterré par l'adtion de l'un êc l'autre 
mufcle inférieur du diaphragme agiftant dans 
l'infpiration ; c*eft ainfi que les alimens font 
arrêtés dans l'eftomac , de forte que toute k 



15^^ ÉlÉmens 

prefliôn du diaphragme les déteiTiiiine natil- 
rellement vers le pylore ; ainfi reftomac elt 
exadement fermé , fi bien que dans ceux 
qui jouiirenc d'une fanté parfaite , les vap 3urs 
mêmes s'y trouvent retenues , &c elles ne sQn 
élèvent que par un vice particulier. 



CHAPITRE XXIV. 

Z)e l'aciion de reflomacfur les allmens, 

DCXXII. IN ous appelions eftomac un vaif- 
feau membraneux . defdné à recevoir les ali- 
iiiens , placé dans le bas ventre derrière le 
diaphragme <Sc les fauiTes côtes gaucher ^ 
d'une figure plus longue tranfverfalement, un 
peu ovale ou de la forme d'un tonneau, d'au- 
tant plus long que l'homme eft plus avancé en 
âge , tout rond & court dans le fœtus. Mais 
en faifant plus d'attention à fa figure , i^Qs fec- 
tions font par-tout circulaires ; il a cepen- 
dant dans l'enfoncement gauche une cavité 
aveugle , en forme de cône obtus , enforte 
que de là il s'élargit vers l'cefophage, & {^qs 
diamètres croiffent & font plus grands vers 
l'œfophage ; ils vont de-làen décroiflant peu 
à peu, jufqu'àce que l'eftomac fe réfléchiffanc 
fur lui-même , fe termine dans le pylore. Sa 
fituation en général eft tranfverfe , de forte 
cependant que Tœfophage y entre à gauche , 
& poftérieurement ; il fe termine à droite 
antérieurement dans le pylore. Le milieu da 



SE PfitSIOLOGIE* 15^ 

corps de l'homme , ou l'appendice enfi -for- 
me répond prefque à la partie moyenne de 
reitomac. Comme il eft rond Se courbe, il a 
un grand arc , convexe , tourné en bas quand 
il eft vuide , & lorfqu'il eft plein il le préfente 
en devant vers le péritoine , alors le périt arc 
placé entre les deux orifices , regarde parfai- 
tement en arriére ôc embralTe le petit lobe dn 
foie. L'œfophage s'infère dans Teftomac , plus 
parallèlement à l'horizon, lorfque ce vifcere 
eft plein , Se , plus perpendiculairement quand 
il ei\ vuide ; l'extrémité droite de l'eftomac 
fe fléchit en deflTus vers le pylore , lorfqu'ileft 
vuide , Se tend en arriére quand il eft plein ; 
ainfi il defcend , lorfqu'on eft couché fur le 
dos. 

DCXXllI. Les vifcéres voifins de l'eftomac 
font , la rate appliquée au commencement 
de fon fond gauche , Se attachée par une 
grande partie de l'épiploon ; le lobe de Spige- 
Lius avancé vers la petite courbure de l'efto- 
mac. Se le lobe gauche du foie qui s'étend au 
loin entre l'eftomac Se le diaphragme , Se qui 
comprime la partie antérieure de l'eftomac; 
d'où il arrive qu'au deifous du foie , il n'y a 
qu'une très- petite partie de l'eftomac qui tou- 
che immédiatement au diaphragme ; il eft 
fufpendu dans cet endroit aux fauftes cote^, 
où il en eft entièrement caché ; le pancréas 
eft place par derrière inférieurement ; Jorf- 
que ce vifcére eft vuide , il touche le long du 
colon ; enfin le petit épiploon vient de fa pe- 
tite courbure , Se la membrane quilui eft con- 
tinue, mais plus forte , unit l'œfophage avec 



ï^b É L i M Ë N s 

le diaphragme ; de le grand épiplooti , qui 
n'eft pas entièrement attaché à tout l'eftomac, 
mais qui l'abandonne plus à droite en deçà du 
pylore & fe termine plus à gauche en un liga- 
ment , qui unit la rate avec l'eftomac. Ces 
iigamens font des produdions du péritoine , 
qui fe retire du diaphragme ^ pour gagnet 
l'eftomac & former fa membrane externe. 

^DCXXIV. La ftrudure de l'eftomac eft en 
général la même que celle de l'œfophage » 
dont il eft en quelque façon une dilatation , & 
il eft le même dans certains animaux. La 
Membrane externe vient du péritoine ; elle 
eft ferme 5 environne les autres & donne de 
la force aux fibres mufculaires qui font au 
deftous \ elle s'étend pour former l'un & l'au- 
tre épiploon. La Membrane cellulaire fe re- 
marque enfuit-e ; elle eft abondante vers l'ori- 
gine du petit épiploon , & renferme dans cet 
endroit beaucoup de glandes conglobées lym- 
phatiques ; puis vers le grand épiploon , elle 
eft moins ferrée &c petite dans les plans inter- 
médiaires , de forte que la membrane externe 
eft adhérente dans cet endroit ayec la mufcu- 
laire. C'eft dans ce tiftii que les grands vaif- 
feaiix font placés. 

DCXXV. Au-defTus fe trouve la Membra- 
NE mufculaire , formée de plufieurs plans , & 
fort difficile à décrire ou à préparer. Les fi- 
bres longitudinales de l'œfophage étant par- 
venues à l'eftomac , fe jettent félon la direc- 
tion de tous les côtés de l'œfophage. Quel- 
ques-unes d'entreelles , fortes, fe portent vers 
le pylore, le long de fa petite courbure , qui , 



DE P H Y S 10 L O G I E. 14Î 

déclinant en parrie peu à peu , fuivant la lon- 
gueur , defcendent fur Tun & l'autre plan ; 
elles fe rendent en partie du pylore fur lé 
duodénum même & s'y perdent peu à peu. 
D'autres femblables, plus petites , defcen- 
dent à gauche vers le grand cul-de-fac de l'ef- 
tomac. D'autres fibres l'environnent en for- 
mant de petits cercles concentriques , qui 
s'augmentant peu à peu , s'unifTent avec les 
autres fibres circulaires du refte de l'eftomac ; 
cette féconde couche forme le principal plan 
des fibres. Enfin le fphinéler interne de Tœfo- 
phage eft fait de fibres qui fortent de fa gau- 
che j & qui fe portent à droite de chaque 
côté de l'eftomac qu elles embralïent prefque 
par-tout , & infenfiblement dégénèrent dans 
la longueur de ce vifcére , fe terminent fous 
les plans circulaires de la féconde couche , Ôc 
vont prefque jufqu'au pylore. Les Ligamens 
du pylore font deux rétréciffemens entre les 
deux courbures , qui rendent le pylore plus 
étroit j ils font faits par les fibres longitudi- 
nales qui viennent de l'eftomac au pylore , ôc 
qui font plus étroitement unies à la membrane 
externe. 

DCXXVL On trouve fous les fibres muf-^ 
eulaires une Membrane cellulaire plus confi- 
dérable , qui s'enfle facilement , plus molle 
& composée de cellules plus grandes, qu'elle 
neft ordinairement dans les inteftins. Les 
troncs des vaiifeaux qui s'y rendent , après 
avoir percé la membrane mufculaire , îbnc 
plus gros & fe diftribuent en un réfeau angu- 
leux, Au-defTous fe trouve la Membrane ner-- 



T42, " É L E M E N S 

veufe , blanche , ferme , épaiife , qui conRi- 
tue la vraie naiure de i'eftomac , comme tes 
autres membranes nerveufes. Se préfente en- 
fuite un troifiéme Tissu cellulaire tl^qz appa- 
rent 5 dont le réfeau eft fait de "plus petits ra- 
meaux que les vaiffeaux du premier réfeau. 
Enfin fuit la membrane veloutée , continue à 
l'épiderme , qui fe répare , muqueufe , mol- 
le , compofée de petits poils qui s'élèvent fore 
peu ; mais elle eft garnie de très-grandes ri- 
des , étoilées fpus l'œfophage , prcfque paral- 
lèles à la longueur de I'eftomac dans fon mi- 
lieu. On voit vers le pylore une ride plus con- 
sidérable 5 qui paiïe vulgairement pour une 
valvule , faite de fibres tranfverfes & d'uii 
repli de la membrane nerveufe plus épaiffe 
& redoublée dans cet endroit , de fotte qu'il 
fe forme une efpéce d'anneau quife prolonge 
dans le duodénum 5 gonflé , gUirantiSc charnu, 
que le duodénum environne plus au large. 
Les grandes rides de la membrane veloutée fe 
divifent enfin en'de phis petites , en forme de 
réfeau 5 qui font comme quadrangulaires èc 
minces, qui difparoifiTent facilement & moins 
fenfibles que dans les conduits biliaires. Il y a 
dans toute cette membrane veloutée , fur- 
tout vers le pylore , quelques pores qui ne 
font pas toujours vifibles , que je puis aifurer 
avoir vus, qui conduifent à des follicules fim- 
ples placés dans une autre membrane cel-- 
îulaire. 

DCXXVIL Beaucoup de vaiflfeaux fe ren- 
dent à I'eftomac, & ils fortent de plufieurs 
troncs afin qu'aucune preiïion ne puiil^ inter- 



D E PhY s I Ô L O GI E. I45 

cepter le cours des liqueurs qu'ils y portent, 
ce qui feroit arrivé facilement , ii elles n'y 
aveienr été portées que par un feul tronc. La 
callaque eft le tronc commun de toutes ces 
artères ; & la première , la plus grande , la 
ccronaïrc fupérieure part du pivot de la cœlia- 
queou au-deflTus de fa divifion \ un de fes ra- 
meaux côtoie rœfophage auquel il envoie des 
rameaux, de même qu'au diaphragme & aii 
foie \ l'autre fuit la petite courbure , en fe di- 
yifant en plufieuis branches , s'anaftomofe 
avec la petite coronaire, droite , qui vient de 
la branche droite de la cœliaque au lieu-mê- 
me de la veine porte , & qui remonte vers la 
petite courbure. Cette même branche droite 
de la cœliaque , après être fortiè en arriére, 
defcend vers le duodénum ; elle envoie un 
très-grand rameau à la grande courbure de 
l'eftomac qui , foutenu dans l'épiploon , jette 
des rameaux à l'un &: l'autre plan de l'efto- 
mac, & diftribué fur fa plus grande partie, 
s'anaftomofe avec Iz gaJiro-épiploLque gauche. 
Pendant que le tronc gauche de la cœliaque 
fe porte le long du trajet du pancréas , de du 
iînuf de là rate , il jette fuccelîivement beau- 
coup de rameaux à l'eftomac ; les premiers 
n'ont prefque pas. de noms ; un des fuivans 
fous le nom Aq gafiro-épiploïque gauche , jette 
uaxameau remarquable à l'épiploon, & d'au- 
tres plus petits , éc il revient à droite autour 
de l'eftomac, & s'anaftomofe avecia gaftro- 
cpiploique droite. Les autres ramifications 
plus petites font produites par les rameaux de 
la fplénique , fe diftribuenc au refte de U 



î44 É L i M t N « 

grande courbure jufqu'au diaphragme , on 
les appelle Vaisseaux courts. Les autres artè- 
res font plus petites^ {^spyloriques fupéricurcs 
viennent des hépatiques , les inférieures des 
gaftro-épiploïques , les ufophagiennes infé^ 
rieures des diaphragmatiques. 

DCXXVIIL Ces vaiOeaux fe diftribuent 
de forte que les rameaux courts fe jettent dans 
la membrane externe 6c la membrane char- 
nue \ leurs troncs font rangés dans la première 
membrane cellulaire , & un peu diminuées \ 
ils percent la membrane mufculaire Ôc for- 
ment un plus grand & un vrai rèfeau entre 
cette membrane & la nerveufe , dans lequel 
toutes les artères des difFérens troncs font unis 
par un grand nombre d'anaftomofes. Ce ré- 
îeau jette enfuite beaucoup de petits rameaux 
courts dans la troifiéme membrane cellulaire 
& dans la membrane veloutée. 

DCXXIX. Les rameaux des veines mar- 
chent de compagnie avec les artères, La 
grande coronaire vient prévue toujours au 
tronc gauche de la veine porte avec les vaif- 
feaux courts d^Xdi gajlro-épiploïque gauche \ la 
droite de ce nom fe jette dans la colique 
moyenne & fe termine avec le rameau méfen- 
terique de la veine-porte. La coronaire droite 
enfin vient du tronc de la veine-porte. Toutes 
ces veines n'ont point de valvules , & les co- 
ronaires fupèrieures, comme les artères^s'anaf- 
tomofent avec les œfophagiennes du thorax ; 
de même les veines s'abouchent avec les ra- 
meaux de la veine azigos. 

DCXXL. L eftomac a plufieurs nerfs con- 

iidérâble^ 



DE Physiologie. 145 

fîcîcrables que lui fournit la huitième paire , 
qui fe diftnbue fur rœfophage en formant 
^eux plexus , dont l'antérieur plus petit fe 
porte de l'œfophage fur la grande courbure 
&c la face antérieure de ce vifcére , le pofté- 
rieur plus grand fe rend dans la petite cour- 
bure èc avec les artères au foie , au pancréas 
&c au diaphragme^ on peut les fuivre jufques 
dans la féconde membrane cellulaire. Les au- 
tres &: les papilles fur-tout font plus difficiles 
à découvrir. Les nerfs de leftomac étant en 
très-grand nombre , ce vifcére eft extrême- 
ment fenfîblejau point que les chofes acres que 
la langue ne peut difcerner , détruifent cepen- 
dant l'eftomac , & que lesinteftins font beau- 
coup moins fenfibles, comme on l'éprouve 
' dans certaines maladies; la peau même nue, eft 
moins fenfible que l'eftomac. Si on lie les 
nerfs de la huitième paire, on détruit la force 
<le l'eftomac , & on empêche la digeftion 
des alimens. 

DCXXÏL. J'ai vu de très-grands vaiiTeaux 
lymphatiques dans la petite courbure de l'ef- 
tomac; ils fortent des glandes de ce vifcére 
pour fe rendre par un tronc plus gros an 
canal thorachique. Il y en a d'autres fans 
doute dans la grande courbure qui viennent 
de pareilles glandes. Je n'ai point vu d'autres 
vaiffeaux ladès , & j'aurois de la peine à ad- 
mettre ceux qu'on nous a récemment décrits , 
& que Ton dit aller de l'eftomac au foie à 
travers l'épiploon, &: être remplis d'un vrai 
chyle. 
DCXVIIIL. Nous trouvons d'abord une 
//. Pan. G 



14^ É L É M E N s 

grande quantité de mucus^dans leftomac hu- 
main ; ce mucus enduit la membrane velou- 
tée 5 remplie de pores, DCXXVI ; ileft fou- 
veni teint par la bile qui y rétrograde. Lorf- 
que le corps eft courbé, il regorge enfuite fou- 
vent de reîlomac à jeun une humeur Umpide, 
femblable par toutes fes qualités à la falive , 
qu'il eft dimcile de trouver pure dans l'efto- 
mac. Quand on peut l'avoir pure de toute 
efpéce d'alimens , elle eft exempte d'acrimo- 
nie , d'acidité & d'alcalefcence. Lorfqu'on 
l'abandonne à elle-même , elle tend plutôt à 
prendre un caractère de fel lixiviel, tant dans 
l'homme que dans les animaux , pourvu 
qu'elle foit féparée de la mafte acide des ali- 
mens. Les artères de i'ePcomac la diftillent à 
travers la membrane veloutée'-^ comme le 
prouvent les injections anatomiques par lef^ 
quelles on pouffe très-facilement dans l'efto- 
mac,par une infinité de pores, l'eau, la colle Ôc 
l'huile. 

DCXVIIL. On doit aufti faire attention 
que l'eftomac renfermé dans l'abdomen très- 
rempli, eft comprimé comme dans un pref- 
foir, entre le diaphragme dont l'aîle gauche 
cave pour recevoir le foie , eft en conféquence 
antérieure Se fupérieure a l'eftomac 3c entre 
les mufcles réfiftans de l'abdomen , le droit , 
les obliques & fur-tout les tranfverfes. Plus 
l'eftomac eft plein , plus il éprouve de l'ac- 
tion de ces mufcles, parce qu'alors il touche 
le péritoine à angle droit. 

DCXVIL. C'eft dans cet eftomac que font 
reçus les alimens de diiférens genres a très- 



DE Physiologie. 147 

Souvent prelque crus ôc peu mâchés , des 
chairs alcalefcentes, delà graiife fujetceà de- 
venir rance, des végétaux aigrelets, du pain 
Ôc du lait y ils y font échauffés par une cha- 
leur propre à couver les œufs , par le cœur , 
le foie , la rate, qui en font proches j dans un 
lieu fermé par en haut, DCXVIII. &:par en 
bas , à caufe de l'élévation du pylore , du paf- 
fage étroit de la valvule placée en cet endroir, 
de la force âss fibres qui refferrent le pylore , 
de manière même que dans les animaux vi- 
goureux , le lait refte entièrement dans l'efto- 
mac quelques heures après l'avoir mangé , & 
ne paife pas dans les inteftins. Or les alimens 
font macérés dans un lieu humide où il fe 
trouve beaucoup d'air, tant celui que l'on attire 
en avalant les alimens , que celui- qui fe 
trouve mclé avec eux. Cet air s'étendant donc 
par la force de lachaleur ^de la pourriture ou 
de la fermentation , rompt par-tout les cel- 
lulesdanslefquellesil eft renfermé , il atténue 
les bulles vifqueufes , il affoiblit les fibres 
faines &prépare un iieuà l'humeur qui doit y 
entrer. Mais cet air même, qui eft aulîi le 
principal gluten des parties folides des ani- 
maux , fe dégage de leurs parties intimes , 
laiffe leurs élèmens fans lien ; on en a un 
exemple par ce qui fe patTe dans la machine 
de Papin , dans Teftomac des animaux ôc de 
l'homme même. Cet air débarraîTé diftend 
l'eftomac plus que ne le peut faire le volume 
des alimens , 3c il forme ce qu'on appelle des 
yents. Les alimens alors commencent à fe ré- 
foudre en un fuc qui caufe des naufées , qui 

G ij 



14S ♦ Élémens 
foiivent tend a s'aigrir , d'autrefois à la poup» 
riture , mais bien peu dans l'homme , à caufe 
de la force du pain ôc du fel , ou il tend à de- 
venir rance , comme il le paroît par les vents 
de par les rots , qui fentent plus ou moins 
mauvais , Ôc même qui font inflammables. 
C eft-là la feule caufe de la digeftion dans les 
poiflmis y les reptiles &c prefque dans tous les 
oifeaux carnaciers. C'eft-là pourquoi les mé- 
taux mêmes par leur long léjour dans l'efto- 
mac de l'homme s'amoUiflent & font rongés. 
La faim s'appaife , parce que les alimens font 
placés entre les rides nerveufes de l'eftomac , 
empêchent leur contadfc mutuel, & que le fuc 
gaftrique eft moins a6tif ; peut-être même çô 
fuc dégoûtant qui fe développe alors & qui 
eft difgracieux aux nerfs , y concourt^uiîî. 

DCXVL. Une chaleur qui porte les alimens 
à la pourriture , la force du lue gaftrique qui 
les pénétre, la falive dont on avale une demi- 
once en une heure , toutes humeurs qui ten- 
dent plutôt à s'alkalifer , empêchent les ali- 
mens de s'aigrir parfaitement ; & ces liqueurs 
entremêlées macèrent les alimens , les amol- 
liffent , déchirent même les membranes , ré- 
folventles liens de leur tiftii cellulaire, liqué- 
fient les pulpes , comme cela arrive à la longue 
dans l'eau chaude &par le repos. Il n'y a donc 
dans ces lieux aucune efpéce de ferment , fi 
contraire au caractère de ces liquides 3c aux 
fins de la nature. 

DCXIVL. En effet , les fibres charnues de 
l'eftomac irritées par les vents , le poids &ç 
l'acrimonie des alimens , commencent alors 



I>E Ph Y s I O L O G I E. 149 

1 fe contracter plus fortement que lorfque 
l'eftomac étoit vuide, ôc d'autant plus qu'il 
eft plus plein ; parce que la tumeur que for- 
ment alors les alimens fert à ces fibres de 
point d'appui. Le plan des fibres de la petite 
courbure amené le pylore vers î'œfopliage, 
& comme il ne sinlére qu'à fa face gauche, 
il le force de s'approcher du côté droit. La 
principale couche des fibres circulaires rétrécit 
la cavité de Teftomac , mêle les alimens avec 
les liquides , DCXVIIIL. fait fur eux à peu 
près l'effet que font les deux mains prences, 
l'une contre l'autre, les poulfe peu à peu vers 
le pylore ; & celui-ci ne les laiffe pas palfer 
tout de fuite , tant par la caufe énoncée , 
DCVIL. que parce que le mouvement com- 
mence par un lien plus irrité , & qui poulTe 
également les alimens en haut , tandis que 
d'un autre côté il les prelTe en bas. Il n'y a 
rien dans ce mouvement qui reifembie à la 
trituration telle qu elle fe fait dans les oifeaux 
qui vivent de graines , Ôc qui n'ont point de 
dents 5 & que quelques Auteurs ont auflî 
tranfportée dans l'homme. Cependant l'efto- 
mac a de la force , c'eft ce que prouvent (os 
fibres qui deviennent d'un tiers plus courtes ; 
on a vu affez fréquemment l'eftomac avoir le 
diamètre diminué de plus d'un tiers , &: 
même d'un pouce en largeur. Néanmoins il 
n'écrafe pas les graines , ni les vers qui font 
encore plus mois. 

DCXIIIL. La force périftalcique la plus 
violente de l'eftomac vient du diaphragme & 
des mufcles du bas-ventre ; car ils peuvent 

G iij 



150 Élémens 

plus exa(5î:emenr évacuer l'eftomac Se rappro- 
cher de plus près le pian antérieur du polté- 
rieur. Cette force détermine continuellement, 
fur-tout les liquides de les aliiiiens lorfqu'ils 
font amollis &c qu'ils^e font point trop gref- 
fiers pour la valvule du pylore, à palier vers 
le duodénum par le pylore qui eft incliné , 
quand l'eftomac eft trop plein. Je n'ai jamais 
vu les alimens fortir avant que leur ftrudture 
fîbreufe , ou telle autre qu'on leur voudra 
fuppofer, n'ait été changée en un fuc mu- 
queiix 5 prefque cendré , jaunâtre , un peu 
fœtide & pulpeux. Ce qui eft le premier 
préparé & fluide, palfe d'abord; l'eau fuit 
donc la première , le lait enfuite, puis les 
légumes , & en dernier lieu le?^chairs. Les 
fibres plus dures, plus tenaces &plus longues; 
les peaux pairenr fans être changées, & les 
corps durs , qui font trop gros pour paflfer par 
le pylore , reftent très4ong-tems dans Tef- 
tomac. 

DCXÎIL. Les veines qui font flottantes Se 
ouvertes dans l'eftomac Se femblabies aux ar- 
tères exhalantes, abforbeRTt une aftez grande 
quantité des boilTons , qui fe rendent ainfi 
par un chemin plus court dans le fang , com- 
me on le déduit clairement des injeélions. 
PafTe-t-il aufîî quelque chofe dans les vaif- 
feaux lymphatiques, DCXXXI ? 

DCXIL. L'eftomac irrité ou par la trop 
grande quantité d'alimens Se par leur acrimo- 
nie , ou par les nauféès que caufe la bile qui 
y remonte , ou par une autre caufe , poufte 
par fon mouvement antipériftaltique les ali- 



©E Physiologie. ï5I 

mens en haut ; il les rend dans le vomijje- 
ment par lorifice de i'œfophage qui eft alors 
relâché. Lesmufcles du bas vencie concourent 
à cette adtion en comprimant le ventre , en 
approchant les côtes , & pendant que le dia* 
phragme en s'abbaiiTant s'oppofe à leur ac- 
tion, ils évacuent l'eftomac qui eft alors forcé 
comme dans un preiToir de chafTer par un 
relTort violent tout ce qu'il contient. 

DCXL. Les alimens paffant par la voie 
naturelle dans le duodejium y rencontrent la 
bile , qui remonte affez fouvent dans l'efto- 
mac 5 & le fuc pancréatique ; mais le carac- 
tère principale de q^^ liqueurs propres à la 
digeftion ne peut fe développer qu'à la fuite 
de l'hiftoire des vifcéres qui foumiirent leur 
fang à la.Yeine-porte. 



glBHBHi«JU I lJ gl Wl«»! gtaPiail3gEga 



CHAPITRE XXV. 

^e. r Eplploon, 

DîXL. Un appelle Péritoine une mem- 
brane ferme , fimple, qui contient tous les 
vifcéres du bas-ventre. Elle eft intérieure- 
meut très polie, exhalante & mouillée; elle 
eft recouverte extérieurement de routes parts 
d'un tiftii cellulaire très-lâche , très-gras vers 
les reins , très-court vers le tendon inférieur 
des m.ufcles tranfverfes. Le péritoine com- 
mence au diaphragme , qu'il recouvre entié- 

G *v 



l^t É L i M E N s 

rement ôc entre les fibres charnues deS der- 
nières cotes 8c les externes àes lombes ^ il 
complette avec la pleure le diaphragme à tra^ 
vers lesdifFérens trous duquel ces membranes 
font continues. Il defcend poftérieurement 
devant les reins & antérieurement derrière les 
mufcles du bas-ventre; il fe plonge dans le 
baffin depuis les os pubis , où il eft placé fur la 
veiîie , defcend derrière elle , & fe portant 
enfuite en arrière par deux plis courbes en 
forme de croiffant , avant l'entrée des ure- 
tères , il s'unit devant l'inteftin redum avec fa 
portion qui tapilTe les lombes & il eft dans 
cet endroit devant cet inteftin. 

DCVIIIL. Mais il fe développe difFèrem- 
înent pour couvrir les vifcères. Les produc- 
tions qu'on appelle ligamens , font courtes ^ 
elles font formées par une double produdion 
continue du péritoine , qui fe fépare de fa^ 
face interne , qui contient entre deux un tilfu 
cellulaire Ôc fe porte vers le vifcére particu- 
lier qu'elle doit envelopper. La les lames fe 
fèparent pour environner le vifcére ; le tiifu 
cellulaire renfermé entre les lames fe conti- 
rîue avec cette tunique membraneufe , ôc fé- 
pare ça Se là de cette membrane , la vraie chair 
du vifcére. Trois de ces courtes produdions 
fe rendent au foie , une ou deux à la rate , ôc 
les reins ont auiîi les leurs , de même que les 
parties latérales de la matrice ôc du vagin. La 
fl:ru6ture tendre des vifcères eftainfi à couvert 
des fecoulFes dans le mouvement du corps, ôc 
toute leur maffe eft attachée très-folidement 
contre les parois femmes du péritoine , de 



IXE P^ÎYSIOLOGIS. 155 

cralnre qu'ils ne foient emportés par leur pro- 
pre poids ôc qu'ils ne fe nuifeni: à eux-mê- 
mes. 

DCVIIL. La plus remarquable des produc- 
tions du péritoine eft celle qu'on appelle le 
MÉSENTÈRE ÔC le MÉsocoLON dout nous ne 
devons pas ici féparer la defcription , quoi- 
qu'il foie afTez difficile de donner une idée 
de ces parties Nous décrirons d'abord le mé- 
focolon comme le plus (impie. Le péritoine 
s'étend un peu dans le baiîin devant l'inteftin 
rectum 5 & dans l'endroit où cetinteftin fe 
courbe en arc fémi-lunaire , le péritoine s^'é- 
ioigne des vaiiTeaux moyens iliaques ôc ^vt 
pfoas 'y il eft double, DCVIÎIL. 6c prend une 
figure telk qu'il puiiïe s'adapter à l'inteftin 
colon. Mais fupérieurement oC cependant du 
côté gauche, le colon , prefque fans aucune 
produdHon moyenne^ qui foit libre, eft uni 
au péritoine couché fur le mufcle pfoas , 
jufqu'à la rate , 011 ce même péritoine qui 
a fourni mie tunique au colon, tendu fous 
la rate , reçoit Se fortifie cq vifcére dans fon 
enfoncement fupérieur. 

DCVIL. De là le péritoine s'élève du rein 
gauche jxde l'intervalle de l'un & l'autre , des 
grands vaifïèaux &c du rein droit , antérieure- 
ment fous le pancréas, Se fournit tranfverfa- 
lement le méfocolon qui eft continu , large 
Se aOez long , Se divife , comme une cloifon » 
la partie fupérieure du bas-ventre dans la- 
quelle l'eftomac , ta rate , le pancréas Se le 
foie font placés, d'avec fa partie inférieure. Sa 
lame inférieure , iimple, fe continue du mé- 

Gv 



154 Elémens ^ 

focoloîi droit au gauche , & ferc de me m- 
biaiie excerne à une affez grande partie du 
duodénum dans l'endroit où il defcend. La 
fupérieurejplusembarrairéejSclolgnedefapaî- 
tie inférieure , vis-à-vis du pylore , fournit 
une lame externe au duodénum &: s'unit au- 
delà de cet inceftin & du colon avec la lame in- 
férieure , de forte qu'une grande partie du 
duodénum fe trouve renfermée dans la ca- 
vité du méfocolon. Le méfocolon fe retourne 
enfuite vers le foie &: defcend vers le rein de 
ce côté \ il eft beaucoup plus court , contient 
La partie droite du colon , jufqu-à Tnueftin 
cœcum 5 qui eft placé fur le mulcle iliaque, 
& dont la petite appendice a même un mé- 
fentere , long & en forme de faulx. Le mé- 
focolon fe termine là , prefque vers la divi- 
lion de l'aorte. 

DCVL. Suit le Mésentère, qui eft une 
production très-ample du péritoine , formant 
des plis, continue au méfocolon tranfverfe , 
qui s'élève vers le côté droit du duodénum , 
à fa fortie , 6c dë-là vers l'un 6c l'autre méfo* 
colon jufqu'au balîin. Le méfentere defcen- 
dant fous la partie la plus droite du méfoco- 
lon tranfverfe , depuis la portion du péritoine 
couché fur l'aorte, au-deifous du pancréas , 
renferme dans les plis nom.breux de fon con- 
tour la très-loi 'gue fuite des inteftins grêles. 

DCIVL. Toutes les parties du méfentere &c 
du méfocolon , renferment de la graiife en 
quantité prefque d'autant plus grande qu'el- 
les font plus longues \ cette grailfe fe réunit 
dans ÏQS intervalles néceifaires des deux lames. 



DE PhYSICLOSïE. J^i 

OU fe trouvent auiîi les valifeaux flortâns au- 
tour d'elle .; elle eft féparée par les artères 6c 
reprife par les veines , comme nous le dirons 
ailleurs. ' 

DCniL. La ilrudure de I'Épiploon appro- 
che âiTez de celle dm méfentere. Or , il a plu- 
ifieurs membranes auxquelles on donnece mê- 
me nt>m , femblables quant à la ftrudlare dc 
auxufagesj elles font toutes faites d'une mem- 
brane rendre ^ facile à déchirer , fur laquelle 
rampent des vaiiTeaux en forme de réfeau, 
le long du trajet defquels la g rai (Te éfi: difpo- 
fée en forme de ilries. Cette membrane eft 
toujours double , 6c les vailTeaux fe diilri- 
buent entre fes lames étroitement unies parmi 
tllfu cellulaire très-tendre , & la graifle s'y 
accumule. Dans l'endroit ou la partie fupé- 
rieure du rein droit ôc le lobe aigu du foie 
fîtué fous les grands vailTeaux de llnteftin 
duodénum fe réuniffent en angle, là la mem- 
brane externe ducolon qui vient du péritoine, 
& la membrane conjointe du duodénum , qui- 
vient aufîi de fort-près du péritoine placé lue 
le rein , s'indnue en arriére 'Se au loin dans la 
fente tranfverfe du foi^ s fe continue avec fa 
membrane externe , renferme la véficule du 
fiel , raffermit les vaiiTeaux hépatiques ; elle 
eft la toute jaune de gliifante. Il y a derrière 
cette produdion membraneufe , entre la par- 
tie ia plus droite du foie , les vaiiTeaux hépà= 
tiques & la portion voifine du duodénum , un 
orifice naturel par lequel Tair eit reçu ample- 
ment dans cette cavité de i'épiploon , dont 
nous parlerons. 

G V} 



J5^ Él^mens 

DCIIL. De-là la membrane externe du 
foie & de i'eftomac font tellement unis par 
leur prolongement continu à cette membrane, 
DCXLVil. depuis le pylore & la petite cour- 
bure de I'eftomac , que la membrane tendre 
du foie fe continue de la fofle du conduit vei- 
neux, au-delà du moyen lobe fur I'eftomac, 
en s'étendant fur le petit lobe Se le pancréa?» 
C'eftlà le petk Épiploon hépatico-gajirique ^ 
qui rempli d'air repréfente un cône , & de- 
venant peu à peu plus dur , Se en maigrilTant, 
fe termine en un vrai ligament qui unit l'œfo- 
phige & lefoie, DCXXIII. 

DCIL. Le grand Epiploon g aflro- colique eft 
beaucoup plus ample ; il commence dans 
l'endroit où l'artère gaftro-épiploïque droite 
va d'abord le diftripuer à I'eftomac , conti- 
nué jufqu'à cet endroit par la lame fupérieure 
du méfocolon tranfverfe , DCXLIII. de là il 
s'étend depuis toute la grande courbure de 
I'eftomac jufqu'àla rate j c'eft-a-dire , depuis 
la courbure le plus à droite de I'eftomac vers 
la rate , jufqu'à ce qu'enfin il fe termine en 
un ligament qui unit la partie fupérieure & 
^ poftérieure de la rate avec I'eftomac \ c'eft là 
la lame antérieure, 

DCL. Elle fe prolonge en bas & refte flot- 
tante devant les inteftins , tantôt jufqu'à l'om- 
bilie , tantôt jufqu'au baffin , derrière les muf- 
cîes du bas-ventre, jufqu'à ce qu'en fe re- 
pliant fur elle-même , elle monte de fon bord 
iEférieur , en lai (Tant entre elle &: la lame an- 
térieure u>ne cavité moyenne , pour fe conti- 
nuer fort au long en la membrane externe du 



DE P H Y S 10 L O Ci I E. I 57 

colon tranfverfe , &c enfin dans le finns de la 
rate qui reçoit les grands vaifTeaux. Elle fe 
continue encore derrière i'eilomac ôc devant 
le pancréas avec la cavité du petit épiploon. 

DCLI. L'Epiploon colique en eftune fuite ; 
il fort plus à droite que le commencement de 
l'épiploon gaftro-coiique du méfocolon j il efl; 
continu avec fa cavité , mais produit par 
le feul colon , 6<: fa membrane externe 
qui fe fépare double de l'intedin , il s'avance 
& devenu tantôt plus long, tantôt plus court, il 
fe termine en cône au deifus de l'inteûin cae- 
cum. 

DCLII. Enfin il vient de tout le colon un 
-nombre infini de petits Epipioons ou Ap- 
pendices épiploïquesàoni la ftruclure ed très- 
femblable , qui peuvent être pareillement 
foufïlées , d>c qui reffemblent à des vefiies 
aveugles , mais qui font courts , oblongs, très- 
gras &: continus à la membrane externe du 
colon. 

DCLIII. L'épiploon a plufieurs ufages. Son 
lîfage commun avec le méfentere eft de for- 
mer des efpaces lâches dans lefquels lagraiffe 
s'amaiFe & fe conferve pendant le fommeil 
^ le repos, afin qu'elle puilTe pendant le mou- 
vement être diiîoute & rendue dans la malTe 
du fap.g par les veines abforbantes , & confti- 
tuerainh ia portion principale de la bile. C'ed 
pourquoi on trouve l'épiploon tantôt avec plus 
d'un pouce d'épaiifeur , tantôt mince 5c plus 
tranfparent que du papier. L'épiploon qu'on 
a trouvé dans différens fujets d'un plus grand 
ou plus petit volume , plus ou moins gras. 



I5S E L E M E N s 

fuivant qu*iis avoient mené une vie plus ou 
moins oiiîve , plus ou moins laborieule , & 
qu'ils avôient été plus ou moins affectés de 
maladies j les phénomènes qui s'obferyenc 
dans les animaux ; l'analogie du refte de la 
graiiFe répandue par- tout le corps , XXI ; 
l'exemple des grenouilles , dans iefquelles on 
peut voir cette graifFe repaflfer dans le iang j 
la nature de la bile manifeftement intiamma- 
hle ; tout cela fait voir que cette graitre eil 
repnfe par les veines. G'elt à cela que je rap- 
porte les vices de la digeftion , les crudités , 
les fraîcheurs d'eftomac que l'on a obfervés , 
après la dellrucfcion de i'épiploon. 

DCLIV. Tout ie iang qui revient des épi- 
ploons Ôc du méfocolon fe réunit dans la vei- 
ne-porte , Se par conféquent dans le foie mê- 
me. L'épiploon gaftro-colique reçoit du fang 
de l'une & l'autre artère gaftro-épiploïque y 
de plufieurs rameaux defcendans& en forme 
deréfeau , dont les' plus latéraux font les plus 
longs ; les artères inférieures font des petits ra- 
meaux des artères coliques. L'épiploon coli- 
que reçoit des rameaux des artères coliques, 
de même que les autres plus petits , DCLIt. 
"Les artères du petit épiploon viennent des 
hépatiques Sc de la coronaire droite Ôc gau- 
che. 

DCLV. L'épiploon a de très-perits nerfs, 
& il eft infeniible &" gras. Ges nerfs viennent 
de la huitième paire , tant dans la grande que 
dans la petite courbure de l'eftomac. 

DCLVI. Les artères du méfentere font en 
général les mêmes que celles qui fe diftri- 



DE Physiologie. 159 

buentaux inteilins, & dont les plus petits ra- 
meaux fe terminent dans les glandes Ôc la 
grailTe du méfentere. Les artères intercoftales, 
fpermatiques , lombaires ôc capfulaires , 
fournilfent de part &c d'autre diffërens petits 
rameaux au mélocolon. Les artères Iplénique 
ôc prancréaticc-duodenale en fourniiFent au 
mélocolon tranlverfe. Le méfocoion gauche 
en reçoit despetits rameaux de l'aorte , qui fe 
jettent dans les glandes lombaires. 

DCLVIl. Les vemes de l'épiploon accom- 
pagnent en général les artères, &fe rèunifTent 
dans des troncs femblables. Celles de la par- 
tie gauche de l'épiploon gaftro- colique , &c de 
l'hèpatico-gaftrique , fe vuident dans la fplè- 
nique qui porte fon fang dans le tronc de la 
veine-porte. Les veines de la plus grande par- 
tie droite de l'épiploon gaftro-colique , du 
colique & des appendices èpiploiqueSjfe vui- 
dent dans le tronc méfenterique. Toutes les 
veines méfenteriquesfe rèunilTent en une qui 
eft le vrai tronc de la veine-porte ^ elles for- 
ment d'abord deux gros rameaux ^ Lun s'ap- 
pelle méfenterique ^ reçoit la veine gaftro-épi- 
ploique, les coliques moyennes , l'iléo colique 
& toutes les veines àes inteftins grêles juf- 
qu'au duodénum ; l'autre qui fe porte tr an f- 
verfalement , fe réunit au premier, au-deffus 
de l'origine du duodénum , rapporte le fang 
Aqs veines coliques gauches ^ de l'intellin rec-" 
tum , (i on en excepte les inférieures , qui 
viennent en partie des rameaux de la vefïïe &' 
en partie des hypogaftriques qui fortent du 
badin. Cette veine qu'on appelle hémorrhoïdaU 



l(jô É L É M E N s 

interne , s'infère quelquefois dans la fpléni-' 
que plutôt que dans la mélenterique, L'épi- 
ploon a-t-ii des vailTeaux lymphatiques ? Il y 
a certainement dans le petit épiploon de dans 
le gaftro-colique des glandes conglobées , & 
les anciens Obfervateurs ont vii dans l'épi- 
ploon des vaiiTeaux tranfparens, de même 
que celui qui parmi les modernes a pris ces 
vaifTeaux pour des veines ladées de l'efto- 
niac. 

DCLVIII. Une autre utilité de l'épiploon , 
eft de fe placer entre les inteftins & le péri- 
toine , de les empêcher de fe col'er , de laifTer 
aux inteftins une entière liberté pour fe mou- 
voir , de diminuer le frortement qu'ils ef- 
fuyenr tant fur eux-mêmes que fur le péri- 
toine , d'enduire d'une huile très-douce les 
fibres mufculaires. C'eft aulîi pourquoi il fe 
trouve dans les infedtes beaucoup de grai(ïe 
entre les inteftins. Il y a plufteurs appendices 
dans les gros inteftins, parce que leurs fibres 
charnues font plus conlîdérables , & qu'ils 
ne peuvent pas être tous couverts par l'épi- 
ploon. 

DCLIX. Il dirige auffi les vaifTe^ux , il les 
foutient 6c les affermit j il unit les vifcéres 
vol fins , exhale une vapeur molle , qui en fe 
mêlant avec l'eau qui s'exhale des autres vif- 
céres du bas-ventre > les enduit Scies lubri- 
fie tous. 

.DCLX. Le méfentere fert d'appui aux in- 
teftins & les rend fiables , fans les priver de 
leur mobilité \ il foutient les vaifteaux , les 
nerfs ôc les veines la<^ées j il les met en su- 



DE Physiologie. i^i 

reté; il loge les glandes , comme on le dira 
ailleurs ; il fournit la membrane externe aux 
inteflins ôc produit la plupart des épi- 
ploons. 

DCLXL Mais outre cela , le fang qui re- 
vientpar les veinesjnéfenteriques & méfoco- 
liques , apporte au foie une autre partie prin- 
cipale de la bile ^ fçavoir , une alTez grande 
quantité d'eau , légèrement alkaline , re- 
pompée de tous les inteftins grcles , comme 
on le fera voir dans fon lieu. De plus , elle 
rapporte auiîi des gros inteftins une eau, mais 
plus putride , fœtide , & d'un caracSbere ap- 
prochant de l'aîkali volatil , reprife des excré- 
fnens qui fentent déjà fort , qu'elle tranfmet 
au foie, comme le prouvent des expériences 
-parrîculieres , & l'endurcifTemenn des ma- 
tières retenues trop long-tems dans les intef- 
tins. Cette eau eft naturellement fluide , ôc 
plus fluide encore par le commencement de 
la purréfadion ; elle tempère en conféquence 
la lenteur de Thuile de l'épiploon & du mé- 
fenrece , & Tempèche de fe coaguler ; mais 
elle fournit fur-tout à la bile cette humeur 
rance 3c alkaline , dont elle abonde , ôc de 
laquelle dépend uniquement la finefle fur- 
prenante de la bile, fa vertu favonnsufe de fa 
force colorante. 






i6i Elemens 



CHAPITRE XXVI. 

De la Rate. 

DGLXII. AjA rata eft un des vifcéres qui en- 
voie fon fang au foie. Ce vifcére eft pulpeux, 
fanguin, livide , un peu épais , de circonfér 
rence ovale , ordinairement divifé dans fa 
longueur , convexe dans fa partie tournée vers 
les côtes 5 concave à la partie oppofée ^ il a 
deux petites faces , une antérieure 6c une pof- 
tcrieure , dont la première regarde l'eftomac, 
& l'autre le diaphragme \ il eft divifé par l'en- 
trée Aqs vailfeaux. Il eft uni à l'eftomac par le 
petit épiploon,& par ui> ligament fupérieur, 
fouteaupar le colon voifin &par un ligament, 
DCXLIII. il s'étend derrière la capfule à la- 
quelle il eft adhérent par une grande quantité 
de tilTu cellulaire , &: il eft attaché au rein 
par le péritoine. Il reçoit auiïidu diaphragme 
le péritoine fous le nom de Ligament, dans la 
partie poftérieure de fon finus cave derriéreles 
vaifteaux. Sa (iruarion n'eft pasconftante & fuiç 
celle de l'eftomac. Lorfque l'eftomac eft vuide, 
la rate eft fituée plus perpendiculairement , 
& on y diftingue une extrémité fupérieure & 
une inférieure. Lorfque l'eftomac rempli s'é- 
lève en devant par la partie moyenne de fa 
grande courbure , DCLXÎI. la rate change 
en même tems de fituation &: oïle a deux ex- 
trémités, une antérieure & une poftérieure , 



DE Physiologie. i6^ 

deforte qu'elle eft prefque tranfverfe. Ainfi fa 
mafTe , qui d'elle-même eft très-molle , eft 
plus lâche & plus grande , lorfque l'eftomac 
eft vuide ; quand il eft plein , il l'applatit con- 
tre les côtes 5 & la fait fe vuider. C'eft pour- 
quoi on la trouve grande dans ceux qui font 
morts de langueur, petite dans ceux qui fonç 
vigoureux & ont péri de mort fubite. Elle 
defcend auftî avec le diaphragme dans l'infpi- 
ration , remonte dans l'expiration j elle change 
outre cela fréquemment de fituation avec le 
colon. On trouve fouvent une autre rate plus 
petite près de celle que nous venons de décrire, 
DCLXIII. La rate a de grands vaifleaux , â 
proportion de fon poids. Le tronc artériel vient 
de la cœliaque , dont le rameau gauche fe 
porte en ferpentant au-deftus & derrière le, 
pancréas , 6c après avoir fourni des rameaux 
au pancréas, au méfocolon, à l'eftomac & à 
Icpiploon , ilfe courbe pour fe conformer au 
fîUon de la rare, & foucenu par l'extrémité 
droite de l'épiploon gaftro-colique , il perce , 
pour ainfi dire , la rate par plulleurs rameaux. 
Une veine qui l'accompagne , extraordinaire- 
ment molle &au de- là de ce que le font toutes 
les autres veines , forme le principal rameau 
gauche de la veine-porte , & outre les ra- 
meaux qui accompagnent les artères , cette 
veine reçoit la grande coronaire qui defcend 
derrière le pancréas & quelquefois rhémor- 
rhoidale interne. On a parle ^.illeurs des vaif- 
feaux courts de la rate \ enfiil'Ies lombaires, 
les phréniques , les intercoftnles , les capfu- 
laires jettent des petits rameaux aux ligaœens 



1^4 É L É M E N s 

Ôc aux membranes de la rate. Les veines fplc» 
niques ôc les vaifTeaux courts communiquent 
donc par ce moyen avec les capfulaires , les 
rénales & les phréniques. 

DCLXIV. On a plus fouvent parlé des 
y AJSsiAvx lymphatiques de la rate , que je ne 
crois qu'on les a vus. On les indique dans la 
duplicature de la membrane de la rate , mais 
on ne trouve pas une pareille'duplicature , &c 
-on dit qu'ils vont de- là au rcfervoir du chyle, 
ils font très-apparens dans les veaux. 

DCLXV\ Les Nerfs delà rate font petits , 
c'eft pourquoi elle eft peu feniible & s'en- 
flamme ttès-rarement. Ils tirent leur origine 
d'un plexus particulier compofé de rameaux 
poftérieurs du nerf de la huitième paire , 
DCXXX. êc des propres rameaux du grand 
plexus ganglioforme que le tronc fplanchni- 
que du nerf intercoilal produit ; ces rameaux 
couvrent de leurs filets l'artère fplénique. 

DCLXVL La (ubftance de la rate paroît être 
beaucoup plus fimple , qu'on ne l'a crû vul- 
gairement. En effet , dans l'homme & dans 
le veau elle eft uniquement compofée d'ar- 
tères & de veines ; & fur-tout par les artères 
qui fe divifent Se ie fubdivifent en une infi- 
nité de rameaux , terminés en un grand nom- 
bre de ramifications enfin très-molles , diffi- 
ciles a remplir , ferrées , defquelles il y a un 
paifage facile dans les veines qui les accom- 
pagnent. Différens Auteurs ont pris pour des 
glandes les petits pinceaux de ces vaiffeaux 
avec leurs rameaux parallèles , en quelque 
forte arrondis. Dans les injedions bien faites , 



DE Physiologie. i6^ 

la matière ne fe répand dans aucuns interval- 
les. Chaque tronc artériel ôc les rameaux qui 
en fortent , font environnés d'un tiiFu cellu- 
laire tendre, comme dans tous les vifcéres. 
Une membrane unique, (impie, qui n'eft pas 
fort dure, continue au péritoine , enveloppe 
extérieurement toute la malTe. 

DCLXVII. L obfervation nous apprend 
qu'il entre dans la rate beaucoup plus de fang 
que dans tous les autres vifcéres , puifqu'il 
ne fe trouve ni mufcle , ni grailï^ , ni conduit 
excréteur , ni vailTeau aérien entre fes vaif- 
feaux rouges. Ce fang n^eft prefque jamais 
coagulé, il eft noirâtre , & on peut prefque 
le comparer avec le fang du fœtus par fa dilîb- 
lution , fa couleur , Se la plus grande portion 
^efon eau ; il abonde en fel volatil. 

DCLXVIII. On a de tout tems recherché , 
douté & difputé fur l'ufage de la rate , parce 
qu'elle n'a pas de conduit excréteur. Voici ce 
qui nous paroît le plus répondre à fa ilrudu- 
re. Il fe porte beaucoup de fang à la rate , 
DCLXIII. fon mouvement eft lent à caufe 
que l'artère s'y porte en ferpentant; mais dans 
le tems que l'eftomac eft vuide , il s'y porte 
plus abondamment & il v eft retenu, parce 
qu'alors il eft moins prefte j il eft en quelque 
forte en ftagnation à caufe du très-grand rap- 
port que les rameaux paroilFent avoir dans 
ceg endroit avec leurs troncs , & d'ailleurs à 
caufe de 1^ circulation difficile du fang de la 
rate par les veines hépatiques : c'eft de là que 
les fchirres font très-fréquens dans la rate; 
c'^ftde là que vient la force immenfe du fang 



l(3(j É L i M E N s 

qui gonfle toute la rate &c qui n'efl: pas fî 
grande dans aucun autre viiccre. C'eft en 
conféquenee que le fang ftagnanc dans un 
lieu chaud , fomenté par les matières putrides 
que renferme le colon qui en eft proche , ed: 
diiFout 5 atténué & commence en quelque fa- 
çon à fe pourrir , comme le prouve fa couleur 
êc fa conliitence. Il eft d'autant plus fluide que 
la rate n'a pas de vailfeau fécréteur, & par 
conféquent toute la partie aqueufe qui a paf- 
fé dans l'artère , repalfe dans la veine. 

DCLXIX. D'ailleurs , quand l'eftomac eft 
rempli d'alimens & d'air , la rate eft réduite 
dans un petit efpace contre les côtes qui lui 
réfiftent & le diaphragme qui la touche', de 
forte que le fang qui revenoit lentement par 
la veine fplénique & en petite quantité, eft 
exprimé en plus grande abondance de la rate, 
revient promptement au foie , fe mêle au- 
fang pareifeux , plein de gTailTe , qui revient 
de l'épiploon & du méfencere, DCLXIV. il 
le délaie Ôc l'empêche de fe coaguler & de 
refter en ftagnation , &c il rend la fécrétion 
de la bile plus abondante dans le tems même 
qu'elle ell plus néceflfaire pour ladigeftion. Il 
paroît ^ donc qu'il porte quelques parties 
aqueuies à la bile j mais peut-être légèrement 
alkalines de qui deviennent plus acres par le 
féjour. 

DGLXX. La ftrudure de la rate eft-elle 
cellulaire ? Le lang répandu dans ces cellules 
s'y arrête-t-il ? ou y eft-il délaie par quelque 
fuc féparé dans des glandes particulières ? 
Lanatoniie ne fait rien voir de femblable , de 



D E P H Y s I O L O G I ï. 16 J 

la liqueur , ou la cire , pouirée avec affez de 
force ne fort pas des artères. Les maladies, ou 
l'anatomie comparée, font-elles voir quelque 
chofe de fembkble aux glandes ? Voyez ce 
que nous avons dit N° CXVIIC. Se prépare- 
t-il dans la rate un acide pour l'eftomac ? 
Cette opinion n'eft plus de mode , elle eft 
Contraire à l'harmonie des liqueurs du corps 
humam. La rare eft-elle inutile & cela eft-il 
démontré par les maux médiocres que fouf- 
frent les anmiaux auxquels on l'a ôtée ? Un 
animal robufte efl moins fufceptible d'une pe- 
tite perte ; cependant on a des exemples 
qu'en confequence le foie eft devenu gonflé 
éc vicié, que la bile a été njoins abondapte, 
plus jaune , & que des ventrincom modes ont 
fuccédé ; effets que Ion doit rapporter au 
changement du caractère de la bile , à l'obf- 
trudion du foie , aux forces affoiblies de la 
digeftion. 



CHAPITRE XXVI I. 

Du Foie y de la VéJicuU du Fiel & de la 

Bile, ' 

DCLXXI. Le foie eft le plus vafte de tous les 
vifcéres \ il occupe une grande partie du bas- 
ventre au de (Tus du méfocolon ; il en occupe 
cependant une plus grande dans le fœtus. Le 
diaphragme eft au-defTus, a droite & derrière; 
e'eft de lui qu'il reçoit le péritoine fojis le 



i<j8 É l é m e n s 

nom de ligamens dans trois endroits fur-tout; 

car le péritoine defcend plié en deux , fur la 

Î>artie convexe du foie , depuis le partage de 
a veine cave jufque dans le (îllon tranfverfe 
du foie y il s'élargit en devant & prend le nom 
de ligament fufpenfoir, parce qu'il fépare le 
grand lobe droit du petit lobe gauche ; de s'é- 
cartant , il forme la membrane du foie , 
DCXXIII. blanche , (impie , mince , fem- 
blable à la première membrane de l'eftomac , 
au-délfous de laquelle fe trouve la membrane 
cellulaire , qui l'unit avec la chair du foie. La 
veine ombilicale s'unit à fon bord inférieur : 
cette veine prefque effacée dans l'adulte n'a 
plus la forme qujg d'un corps fibreux , envi- 
ronné de beaucoup de graifïe. Une membrane 
vient du diaphragme au foie , dans Textrê- 
mité du lobe gauche , fur la partie convexe ôc 
fouvent fur le bord j elle eflLdans les jeunes 
gens ordinairement plus à gauche que l'œfo- 
phage ; elle eftplus à droite dans les adultes ; 
elle eft^^aulîi toujours unie à l'eftomac & à la 
rate , lorfque le foie eft trop gros ; On l'ap- 
pelle Ligament latéral gauche. Le droit réunit 
beaucoup plus poftérieurement le diaphrag- 
me au grand lobe droit. En outre fans cepen- 
dant que l'étendue foit fenfîble , la membrane 
du lobe droit du foie eft fouvent collée au 
diaphragme par le moyen d'un tilfu cellulaire, 
fur-tout dans les vieillards ; car on le fépare 
facilement dans le fœtus, &: ily a même entre 
îe ligament fufpenfoir & le ligament gauche 
une pareille produdion continue du péritoine, 
femblable à un lisament. De plus , le péri- 
toine 



DE Pk YS I O L ec lE. i^cj 

toine, en fe portant du rein vers le foie, forme 
un pli qui a la figure d'un ligament. Le petit 
epiploon , & les productions lâches Se coiïti- 
nuesdu méfocolon, DCXLVII. uniflTent le 
foie avec l'eftomac, le duodénum & le colon - 
^ le méfocolon l'unit avec le pancréas. Le 
foie eft amfi folidement affermi dans le corps, 
de manière cependant qu'il lui refte encore 
beaucoup de mobilité Bc qu'il peut être agité 
difteremment ôc abbaiiïe par le diaphragme. 
DCLXXIL Le lobe droit du foie répond 
outre cela antérieurement par fa face interne 
concave au colon, poftérieurement au rein 
droit. Le fin us moyen a dans fon voifinage la 
partie du duodénum qui touche la véficule ÔC 
la partie qui porte les grands vaiiïeaux du 
toie. Le lobe gauche s'étend très-loin fur l'ef- 
tomac , & fouvent il s'étend , fur-tout dans 
les jeunes gens , au-delà de l'œfophage , j'af- 
que dans Phypocondre gauche. Le petit lobe 
s'adapte à la petite courbure de l'ertomac. Le 
pancréas eft aufli fous le foie , de h capfule 
atrabilaire droite eft unie par une grande 
quantité de tiflu cellulaire a la partie le 
plus a droite. 

DCLXXIIL II eft difficile de déterminer la 
figure du foie. Ce vifcére commence dans la 
partie droite de l'hypocondre par une émi- 
tience très grofife Ôcfolide, convexe du côté du 
diaphragme , concave du côté du colon de du 
rein ; il eft partagé par une ligne faiîlante, quî 
divile ces pentes faces caves , Se qui fe con- 
tinue a rappendice la plus longue du périt 

• n , r ^^ ^^^^ dimipue peu à peu Se de^ 
Jrart, II» L| 



l'jO É L E M E N s 

Vient plus mince 3 & fe terminant prefque 
trianoulairement en pointe , il s'étend dans 
i'hypocondre ga^uche, au de là de l'œlophage 
dans les jeunes gens , & jufqu à la rate ^ il eft 
ordinairement plus court dans les adultes , 6c 
fe termine àTceiophage. Lapavtiefupérieure, 
poftérieure du foie, eil par-tout convexe^ elle 
ioutient le diaphragme , & elle eft placée en 
grande partie fous le cœur en s'applatilTant 
un peu fur la gauche ^ la face inférieure qui a 
différentes figures , s'appuie fur le duodé- 
num , le colon 5 l'eftonvac , le pancréas , là 
capfule rénale droite , c'eft-à-dire , qu'il y a 
plufieurs filions qui divifent le foie en diffé- 
rentes régions , qui n'étoient pas inconnues 
aux Anciens. 

DCLXXIV. Le principal , tranfverfe , s^é- 
tend de droit à gauche &: occupe environ les 
deux tiers du foie \ il commence à la partie 
mince du lobe droit , & va en s'élar^ifTanc 
fur la gauche. Uy a devant ce fillon tranf- 
verfe , dans le lobé droit j une cavité pour la 
véficule du fiel , enfuire un lobe convexe ano- 
nyme , la fofîe de la veine ombilicale tranf- 
verfe en arrière , fouvent couverte d'un pont 
jette du lobe gauche du foie fur cette émi- 
nence anonyme. Derrière le grand fillon du 
coté droit , une éminence grêle , tranfverfe , 
qui s'élargit fur la droite , légèrement creufe, 
conduit les grands vailTeaux du foie ; les An- 
ciens l'ont appellée Porte ; elle joint le pe- 
tit lobe 5 dont je parlerai avec le lobe droit. 
Vient.enfuite le lobe poftérieur j que l'on ap- 
pelle mal à propos lopeticlôh de Spigelius ^ 



© E Physiologie. 171 

qui eft papillaire , obtus , conique , placé 
dans la petite courbure de l'eftomac. La grofTe 
racine réunie de ce lobe ôc de la première 
cminence creufée , commence de la partie 
convexe du foie ôc du diaphragme , & a un 
iîllon oblique creufé dans le côté droit , in- 
cliné fur la droite , dans lequel eft placé le 
tronc de la veine cave , qui va du cœur vers 
les vertèbres des lombes , fouvent couvert, 
comme par un pont , par une grande quantité 
de chair du foie , de façon qu'elle forme un 
tuyau. Une autre folTe , prefque droite en ar- 
rière y termine le bord gauche du petit lobe, 
elle s'étend auffi fur la gauche, a fon com- 
mencement au liliontranfverfe, & fe termine 
vers le paflage de la veine-cave par le dia- 
phragme. Cette foiïe contenoit dans le fœtus, 
le finus veineux , dont on trouve encore 
quelque veftige dans l'adulte. Tout ce qui eft 
par delà 5 forme le lobe gauche , fîmple, éga- 
lement cave en bas , pour s'appuyer fur l'efto- 
mac, & s'émincit eu un bord tranchant. 

DCLXXV. Un Ci grand vifcére a aulÏÏ une 
grande quantité des vaiflTeaux de différens 
genres. La grande artère , la plus grande par- 
tie de la cœliaque , Se la plus à droite , qui 
fort en devant & à droite , palTe tranfverfale- 
raent devant la veine-porte, ôc après avoir 
fourni la petite artère coronaire &c jette la 
pancrèatico-duodenale qui eft considérable , 
le porte au foie à peu près par deux rameaux, 
dont le gauche fe diftribue a la folTe onibili- 
cale , au conduit veineux , au lobe poftèrieur , 
au lobe gauche , au lobe anonyme , au liga- 

H ij 



l-J'L É L É M E N S 

ment fufpenfeur , 6c s'unit à i'artére phréni- 
que & d i'épigaftrique. Le rameau droit ell; 
plus profond, couvert par les vaKTeaux de la 
bile j.il fe rend au lobe droit , à l'anonyme, 
6c produit par unfeul petit tronc Tartére cyf- 
tique 5 qui fe divife peu après en deuXjpalTe^ 
en delfus & en defous de la véficule , cou- 
verte par la membrane externe fous laquelle 
elle rampe \ elle jette des rameaux à cette 
véficule 6c aux conduits biliaires ^ plufieurs 
autres au foie. Le rameau gauche ou même 
le tronc fournit une artère fuperficielle aux 
VâilTeaux de la bile , au lobe anonyme , auic 
glandes àQ% portes» Outre la cœliaque , la 
grande méfenterique produit très-fouvent un 
grand rameau à droite , qui monte derrière 
le pancréas \ il pafTe pour le rameau droit de 
l'hépatique qui vient de la cœliaque. Mais la 
grande coronaire , qui eft la première bran- 
che de la cœliaque, jette toujours un rameau , 
fouvent très-con-fidérable , au lobe gauche 6c 
à la fotfe du conduit veineux. Celles que 
pouiïent au foie les phréniques , les mam- 
maires , les rénales , les capfulaires , font plus 
petites. 

DCLXXVI. Il y a de deux genres de veines 
dans le foie, 6c c'ellle feul exemple que nous 
en ayons jufqu^à préfenr. La veme-porre re- 
çoit tout le fang du ventricule, DCXXIX. à^^ 
inteftins , du méfentere , DCLXIV. de la rate 
DCLXUL del'épiploon, DCLXIV. ^ enfin 
du pancréas , p.ir deux troncs , Içavoir, la 
fpiénique tranfverfe 6c la méfenterique af- 
rendante ^ qui fe réimiffent enfuit^ ça un,. 



t> E Physiologie. 173 

Ce tfonc eft grand , compofé de membranes 
fortes Ôcplus folides que dans la veine cave ; 
il monte derrière la première courbure du 
duodénum, reçoit les veines le plus à droite 
du duodénum , ôc la petite coronaire ; il 
monte à droite dans le finus du petit lobe du 
foie, DCLXXIV. puis fe divife de nouveau en 
deux grands rameaux. Le Rameau droitcomt, 
eft plus ample , fe divife en deux , & après 
avoir reçu la veine cyftique , il fe diftribue 
dans fon lobe. Le gauche parcourt le refte de 
la longueur du fillon tranfverfe du, foie & 
fournit des ramifications au petit lobe , au 
lobe anonyme & au gauche, & fe recourbant^ 
il entre dans la foffe ombilicale, & lorfqu'il 
eft parvenu dans la partie moyenne , il fe 
ramifie dans le foie. Il arrive quelquefois que 
le rameau du petit lobe poftérieur vient du 
tronc de la veine-porte. 

DCLXXVIL La V^m^E-porte eft environ- 
née par-tout de beaucoup de tifTu cellulaire 
qu'elle entraîne avec elle , du méfentere & de 
la rate \ il eft denfe, court , fortifie fes mem- 
branes , qui font plus dures que celles de 
Taorte même. Beaucoup de petits vaifTeaux &c 
les nerfs hépatiques fe diftribuent dans ce 
tiftu , & tout cela enfemble prend le nom de 
capfule, qui n'eft autre chofe que le tiftu cel- 
lulaire &: dans la compofition duquel il 
neft jamais entré aucune fibre charnue. La 
veine-porte l'entraîne avec elle par-tout le 
foie ; elle en eft fufpendue , de forte que les 
rameaux , ainfi arrêtés & coupés par un plan 
perpendiculaire à leur diredion ^ confervent 

Hiij 



"^174 É L i M E "N s 

un orifice rond. Chaque rameair-de la veine- 
porte fe divile en plufieurs autres rameaux , 
quife fubdivifent jufqu'â ne former plus que 
des vaiiTeaux très fins, comme le f€>nt ordi- 
nairement les artères. Chaque rameau de la 
veine-porte eft toujours accompagné des ra- 
meaux de Tartére hépatique , qui rampe fur 
fa furface ôc fur celle des pores biliaires , à 
peu près comme ks artères bronchiales ram- 
pent fur les bronches , &c les rameaux du con- 
duit biliaire font unis entre eux par un tiifu 
cellulaire auili fin que de la toile d\traignèe. 
Quelques rameaux fortent du foie , fe portent 
vers les iigamens , Se s anaftomofent avec les 
veines qui les environnent. La fomme des 
rameaux de la veine-porte eft toujours plus 
grande que le tronc , &c la fomme des orifices 
des rameaux eft confidèrabkmeht plus grande 
que celui du tronc 3, XXXVI. Il s'enfuit de-U 
qu il y a beaucoup de frottement ^ CXLVII. 
Se CXXXIÎI. que les chofes s'y pafTent com- 
*ne dans les artères. 

DCLXXVIÎI. La veine -porte apportam , 
également que l'artère hépatique, du fang au 
foie, il doit y avoir une autre veine qui le 
rapporte. L'extrémité des rameaux de la 
veine-porte Se celle de l'artère hépatique 
s'abouchent donc avec d'autres veines qui 
font des Rameaux (/e la veine-care , qui for-^ 
tent de routes parts du foie Se fe rèuniflTenc 
vers fa convexité , à la partie poftèrieure de 
ce vifcère,en de petits troncs , enfuiredansde 
gros troncs : enfin ils ne viennent plus qu'à 
former environ dix. grands vaiffeaux. Les, 



D E P H Y s I O L O G I E. I7Ç 

pîus petits d'entr'eux & les plus nombreux 
viennent du petit lobe poftérieur du foie , ôc 
fe Ytiidentdans la veine-cave, pendant qu elle 
mont^ vers le diaphragme à gauche par le 
fillon fouvent couvert par un pont jette dif- 
fus ^ qui eft auprès du petit lobe jGtué à droite. 
Les autres beaucoup plus grands , au nombre 
de deux ou trois , fe jettent dans cette même 
veine-cave , mais plus près du diaphragme j, 
êc fouvent après avoir reçu les veines qui en 
reviennent» Les rameaux de la veine -cave 
font en général en plus petit nombre & plus 
petits dans l'adulte , que ceux de la veine- 
porte y le fang en confcquence eft porté avec 
plus de rapidité par ces rameaux à raifon du 
frottement diminué, CXL. &c du concours du 
fang dans un plus petit orifice , dans lequel 
il eft toujours accéléré , toutes Iqs fois que la 
force qui le pouiTe eft fuffifinte, CXL. Je n'ai 
jamais vu aucune valvule remarquable à l'ori- 
fice de ces veines. Le tronc de la veine-cave 
-monte par un trou du diaphragme, dont les 
quatre angles obtus ne font bordés que par 
des fibres tendineufes, CCXCL d'où il chance 
plus difficilement de figure , CCCCXV. Ôc 
cette veine s'ouvre auffi-tôt après dans l'oreil- 
lette droite. La phrénique ôc l'émulgente 
fourniftent les petites veines qui parcourent 
la fuperfieie du foie , où certainement les 
veines hépatiques , qui viennent des portes , 
communiquent avec elle. 

DCLXXIX. On fait voir que le fang vient 
de toutes ces parties , DLXXVI. à la veine- 
porte , en liant les veines entre ces parties ôc 

H iv 



l-jô ^ É L E M E N s 

le foie ; en effet, elles fe gonflent & la veine- 
porte s'aifailTe & fe vuide. Les injections ana- 
tomiques nous apprennent que le fang paffe 
<îu foie dans la veine-cave , en ce qu'elles 
font voir qu'il y a des anaftomofes & un che- 
min entre la veine-porte ôc la veine-cave \ la 
nature commune àes veines qui fe rendent à 
la veine-cave en eft encore une preuve. Ce- 
pendant les obftacles qui naififent de la diftri- 
bution artérielle de la veine-porte , par ce 
qu'elle eft fi éloignée du cœur , la nature hui- 
leufe du fang qui y circule , font que le fang 
fe meut plus lentement dans le foie que par- 
tout ailleurs , s'y amafle , 6c y produif plus 
facilement àQs fchirres. Le mouvement muf- 
culaire & la refpiration en diminuent le dan- 
ger ; le repos , l'oifiveté, les alimens acides ic 
vifqueux l'augmentent. Nous avons jufqu'à 
préfent parlé de ce qui fe paflTe dans ladulte, 
dans lequel la veine ombilicale & le conduit 
veineux n'ont plus lieu , quoiqu'il foient 
adhérens au rameau gauche de la veine- 
porte. 

DCXXC. Le foie a plutôt^ un grand nom- 
bre de nerfs que de gros , c'eft pourquoi il eft 
peu fenfîble , quand il eft bleffé ou enflammé. 
Ces nerfs viennent de deux endroits. La plu- 
part font produits par le grand plexus gangli- 
forme du rameau fplanchnique du nerf in- 
tercoftal , auquel fe joint un rameau qui vient 
du plexus poftérieur de la huitième paire j ils 
accompagnent l'artère hépatique , & fe ré- 
pandant librement autour de fon tronc , ils fe 
diftribuent avec elle & la vfine-porte dans le 



dePhysiôlogie. ^ 177 

foie. Un autre paquet vient ordinairement fe 
joindre avec le conduit veineux , il vient du 
plexus poftérieur de la huitième paire , ôc 
quelquefois du grand plexus* 

DCXIXC* Le foie a beaucoup de vaifTeaux 
lymphatiques , ôc on peut toujours les voir 
facilement aux environs de la veine-porte. 
Ils fortent de toute la face concave du foie de 
de la fuperficie de la véfîcule du fiel ; ils for- 
ment un plexus qui environne la veine-porte, 
ôc fe rendent aux glandes conglobées (ituées 
en dedans &: devant cette veine : de- la ils fe 
léuniiïènt en un gros tronc qui eft la féconde 
racine du canal thorachique. On en a décric 
d'autres dont les branches viennent de la 
partie convexe du foie , Ôc dont on ne connoit 
point la fin ; car il n'eft pas probable qu'ils fe 
vuident dans la veine-cave , & on ne les a 
pas conduits alTez fouvent jufqu'âu réfervoit 
du chyle , pour qu'on puiffe anurer qu'ils s'y 
rendent. 

DCXVIIIC. La ûniâcme interne du foie efl 
plus difficile à développer. Les derniers ra- 
meaux de la veine-porte , de la veine-cave 5? 
de l'artère Se des conduits biliaires dont iî 
fera parlé y font unis par un tiffu cellulaire , 
DCLXXVIL en forme de petits grains , qui 
font prefque exagones, dans lefquelsily aune 
communication réciproque des rameaux de la 
veine-porre &c de l'artère hépatique avec les 
racines de la veine-cave , & de la veine-porre 
avec les extrémités des pores hépâtîqocs",. 
Cette dernière communication eft prouvée 
par les injedions ^uztomîqaes y, ■piniqne hs- 



l7^ ' É L E M E N S 

liqueurs injedées par la veine-porte j revien- 
, nent a la fin dans le canal cholidoque. ^ 

DCXVIIC. Plufieurs illuftres Anatomiftes 
ont enfeigné que ces grains étoient creux , 
que les artères & les veines rampoient fur leur 
lurface extérieure , & que la bile iéparée par 
les rameaux de la veine-porte fe dépoloit 
dans leur cavité. Ils ont tiré leurs preuves de 
Tanatomiedes animaux , dans lefoie defquels 
CQS grains ronds font plus vifibles que dans 
celui de l'homme; des maladies, qui font 
voiries cellules & les tubercules ronds rem- 
plis de lymphe , d'une matière plâtreufe èc de 
difFéreiites concrétions. On peut ajouter à 
cela la lenteur delà bile , qui a aflez d'affinité 
avec le mucus, l'analogie des follicules de la 
vèfieule du fiel. 

DCX Vie. Mais l'Anatomie exadte n'admet 
point iesfollicules dans lefquels les plus petits 
vaiflTeaux fécrétoires s'ouvrent ; en effet , cqs 
follicules arrêterôient en chemin la cire qu'on 
inie6^e dans les vaifTeaux du foie & forme- 
roient des petits nœuds moyens entre ces pe~ 
tits vailFeaux & les pores biliaires. C'eft ce- 
pendant ce qu'on n'a jamais vu , puifque la 
cire continue fon cours , fans féjourner ni fe 
répandre dans aucune cavité ^ qui devroit 
l'arrêter à fon paffage de la veine-porte dans 
les conduits biliaires. Bailleurs la trop grande 
longueur des vai (féaux biliaires ne paroît pas 
s'accorder avec la ftrudure glanduleufe ; car 
tous les follicules fe déchargent à une petite 
-«îiftance de la liqueur qu'ils féparent ; ils ne 
Jonc pas propres à laifler parcourir un lon^ 



DE PhYSIO LOGIE. 1*^9 

e/pace aux liqueurs , parce qu'ils leur font 
perdre une grande partie de la vîtefTe qu elles 
ayoienr reçue des artères. Les concrétions 6c 
les hydatides fe forment dans le tiffii cellu- 
laire , & enfin la bile eft aiFez fluide , d abord 
après fa féparation. 

DCXVC. La veine-porte qui eft particti*!- 
liére au foie ôc qui ne feroit d'aucun ufage , 
il elle ne fervoit à aucune fécrétion , engage à 
croire que la bile ne fe fépare pas par Tartére 
hépatique ; la continuation des rameaux de 
cette veine avec les conduits biliaires eft beau- 
coup plus évidente que dans les artères ; l'ex- 
périence fait voir que la fécrétion de la bile 
continue à fe faire malgré la ligature de l'ar- 
tère hépatique; la grandeur des conduits bi- 
liaires comparée aux artères qui leur corref- 
pondqnt , de enfin la nature particulière dii 
fang de la veine-porte, lequel eft très-propre 
à la fécrétion de la bile , confirment ce fenti- 
ment. En eftet , ce fang renferme de l'huile 
qui domine plus dans la bile que dans toute 
autre liqueur humaine, une eau favonneufe 
repompèe de l'eftomac , une vapeur alealef- 
cente & prefque fœtide du bas- ventre, la- 
quelle s'exhale ( comme on le fait voir par 
l'anatomie) de toute la fuperficie des intef- 
tins , de l'épiploon , de l'eftomac , du foie , 
de la rate Se du méfentere. Enfin le fuc demi- 
pourri , acre , alealefcent , repompé des ex- 
crèmens , pendant qu'ils s'épailhiTent dans lés 
gros inteftins, Se rendu par les veines hémor- 
rhcïdales internes , d'où la bile tire fon amer- 
tume & oetce difpoficion qu'elle a à s'alkalifec 

H vj 



loO É L i M E N S 

&c à fe pourrir. Le fang de l'artère hcpacique 
n'a rien qui foit particulièrement propre ou^ 
analogue à la fécrétion de la bile. 

DCXIVC» La veine-porte pouflfe donc dit 
fang très- propre à la fècrètion de la bile dans 
chaque petit grain du foie, DCXVC. & le 
chemin étant libre Ôc fans aucuns follicules 
intermédiaires, entre chaque rameau de la 
veine-porte Se la petite racine d'un conduit 
biliaire , la bile fera pouiTce par la force du 
fang qui circule , & qui fuit par derrière & 
par Tadion auxiliaire du diaphragme qui 
prelTe le foie dans le bas-ventre très-remplt 
contre les autres vifcères, DCLXXL dans les 
plus grands rameaux & enfin dans les deux 
troncs du conduit biliaire hépatique, quis'u- 
riilTent avec la veine-porte dans la foffe tranf- 
verfe du foie , vers le lobe anonyme. 

DCXIIIC Ce conduit eft compofè d'une 
membrane nerveufe , forte , femblable à celle 
des inteftins j d'une membrane cellulaire ex-- 
terne 6c interne, & d'une membrane veloutée 
lâche , rèticulaire , inégale par la quantité de 
pores Se de finus, & continue avec la veloutée 
des inteftins. Il n'a rien de mufculaire dans fa 
llrudure. L'expérience y démontre peu d'irri- 
habilité. 

DCXIÎC. Le conduit hépatique ainfi formé 
fe rend vers la veine-porte, en lailfant l'artère 
fur h. droite vers lé pancréas ; ildefcend à 
gauche couvert par une portion de cette 
glande , de perce poftèrieurement î-inreftin- 
duodénum dans la partie inférieure de fa fé- 
conde courbure, à fix pouces du pylore ,.où il 



BB PhYSÏOLOGÏÏ. itî 

s*m/înue à travers des fibres charnues, rencon- 
tre le finus oblong , oblique , formé par le 
canal pancréatique Se s'y infère par un petir 
orifice. Ce finus defcend loin êc obliquement 
à travers la féconde membrane cellulaire àm 
duodénum, il perce la nerveufe ôc fe continue 
obliquement entr'elle ôc la veloutée : enfin il 
s'ouvre dans une ride du duodénum faillante 
ôc a longue queue. Un finus d'un pouce envi- 
ron de longueur, qui reçoit le canal choiido^ 
que 5 fitué dans l'efpace qu'il y a entre l'en- 
droit où il arrive vers l'inteftin duodénum &c 
fon embouchure, efl renfermé entre les mem- 
branes de cet inteftin , de forte que lorfqu'il 
efl: rempli , diftendu par les vents ou extrê- 
mement rétréci par un violent mouvement 
périftaltique , ce conduit eft néceffairement 
comprimé 3c applati y il ne s'évacua que îorf- 
que ce même inteftin eft vuide ou médiocre^ 
ment relâché. L'obliquité de ce conduit , fa 
ride facile à pouffer & à fermer , enfin la def- 
cente affez prompte d'une nouvelle bile pac 
un conduit perpendiculaire , empêchent la 
bile de rétrograder de l'inteftin dans ce con- 
duit ; l'air même qu'on infinue dans cetin*^ 
teftin ne remonte point par ce conduit. 

DCXIC^ Ce conduit en reçoit un autre 
iemblable qui lui eft, joint à l'endroit des 
portes , plus petit , parallèle dans un afTez^ 
grand efpace , & qui 8*^7 infère à angle très- 
aigu; on l'appelle C.A^Ai^.cyJiique à caufe de 
fon origine ; il eft rarement gfoflî par un^ 
autre conduit qui vient du foie pour sV infé- 
xerJl vicnr de k Vésicule dujicl ^ qui efl \m 



01 £ L i M E N s 

reiervoir particulier qui fe trouve dans la plu- 
part des animaux ëc qui ne s'obferve point 
4ans d'autres, fur-tout dans ceux qui font Fort 
vifs. Ce réfervoir eft placé dans la folTe du. 
lobe droit du foie , DCXXIV. à la droite du 
petit lobe anonyme , de forte que plus on efl: 
jeune 6c plus il fe trouve entièrement entre 
le bord du foie , au lieu qu'il eft extrême- 
ment faillant dans l'adulte. Il eft fitué tranfr 
verfalement de la. partie antérieure à la pof- 
térieure , fon col monte un peu. 

DCXC. La figure de la véficule du fiel 
n'eft pas conftante j elle a cependant la figure 
d'une poire ,.fe termine en devant par un hé- 
mifphere obtus Ôc aveugle, & va en s'allon- 
géant & en fe diminuant en arriére ; le col ou 
le fommet de ce cône tronqué , réfléchi fur 
lui-même , arrêté dans un ou deux endroits 
par un tifTu cellulaire propre, fe termine en 
îe réflécliiflant de nouveau en haut dans le 
conduit cyftique î qui de-lâ va à gauche fe 
Tendre au conduit hépatique. Ce conduit eft 
lui-même arrêté par plufieurs brides du tiftii 
cellulaire j il a en dedans plufieurs rides , 
qui , lorfqu'on l'ouvre après l'avoir foulîlé Se 
defteché , ont toutes , prifes enfemble , la 
figure d'une valvule fpirale , mais qui font 
pendant la vie molles , alternes êc retardent la 
bile, fans qu'aucune s'oppofe entièrement à 
£on paftage , comme on s'en aifure en le gon- 
flant d'air, qu'on en fait fortir en le compri- 
mant. 

DCXCI. La Membrane externe de la véfi- 
culedu fiel la revêt feulement à fa partie in- 



©E Physiologie. 1S5 

férieure, ôc c'eft l'enveloppe même du foie qui 
Rejette au-delddelavéfkule du {iel,Ô<: la forti- 
ne dans fon finus. La féconde eft un tilTu cel- 
lulaire lâche. La troiliéme paroît compofée de 
fibres quelquefois fort vifibles j qui fe portent 
Je long de la véficule , qui cependant ont dif- 
férentes diredions , de forte que quelques- 
unes fe coupent obliquement, ôc d'autres fois 
on n'en trouve aucune. Lz nerveufe & la fé- 
conde cellulaire ôc la veloutée font les mêmes 
que dans les inteftins, finon que la veloutée 
paroît former un réfeau & des cellules fem- 
blables à celles des conduits biliaires. On 
trouve des pores dans la véficule , fur-tout 
vers le col & même dans le milieu, dans lef- 
quels on peut introduire une foie , & qui fé- 
-parent du mucus. Les artères exhalent , com- 
me par-tout ailleurs , leur eau dans la cavité 
interne de la vciicule. 

DCXCn. La bile hépatique paflTe dans la 
véfîcule du fiel , toutes les fois qu'elle trouve 
quelqu'embarras dans le finus duodenal , par 
des vents ou par quelqu autre caufe qui com- 
prime le conduit cholidoque. Elle eft donc 
très-remplie toutes les fois que le canal choli- 
doque eft comprimé par un fchirre & une 
tumeur , & quelquefois elle eft (\ grande 
qu'on auroit de la peine à le croire. Le canal 
cyftique étant lié , il fe gonfle entre la liga- 
lurG- & la partie qui s'abouche avec le canal 
hépatique , & on a vu dans les animaux vi- 
vans la bile hépatique pafter dans la véficule 
qu*on avoir ouvert© exprès pour cette expé- 
rience. L'angle rétrograde de ce conduit n'em* 



1S4 ^ Élémens 

pêche rien ; car la moindre compreflîon dé- 
termine la bile du foie dans la véiieule, & l'air 
s'infinue facilement par cette voie , fur-tout 
lorfque l'inteftin eft gonflé auparavant par 
Tair. La bile de la véiieule ne paroît pas être 
une bile différente qu'elle fépare ; en effet , 
toutes les fois que quelque pierre ferme le 
chemin du conduit cyftique , ou qu'on a lié ce 
conduit , on n'y trouve rien autre chofe qu'un 
mucus peu épais, infipide , féparé par les fol- 
licules 5 DCXCL ou une eau légère qui s'y 
exhale. Il n'y a pas le moindre veftige de vé- 
ficule dans plufieurs animaux , & cependant 
il coule dans les inteftins une grande abon- 
dance de bile acre , médicamenteufe. Il ne 
paroît pas probable que le rameau de la veine- 
porte fépare de la bile dans lavé'ficule, puifque 
cette véficule eft un vaiffeau qui la rapporte i 
l'artère ne fait pas cette fonction ; car il n'eft 
prefque pas probable que la bile cyftique la plus 
acre foit produite'par un fang plus doux, & que 
celle du foie qui eft plus douce foit produite 
par un fang plus convenable pour cet effet , 
DCXVC;par conféquent toute la bile que le 
foie fournit à la véficule , y monte donc uni- 
quement par le conduit cyftique , & on ne 
trouve dans Thomme aucun aurre conduir 
entre le foie & la véiieule , comme on le 
prouve par la ligature dont nous avons parlé 
ci-defifus , par l'embarras que produit la pierre, 
par l'obfervation fcrupuleuie Se recherchée 
de la ftru6ture de la partie , qui démontre 
qu'il ne s'écoule rien du foie ni de la véikale, 
de qu'on ne coupe pas d'autres yaiiïeaux que 



©E Physiologie. 185 

les artères Se les veines , quand on fépare la 
véfîcule du foie. 

DCXCIII. Lorfqu'une partie delà bile hé- 
patique , reçue dans la véiicule du fiel y fé- 
journe , elle y eft uniquement agitée par le 
mouvement d'une refpiration douce , & il 
s en. exhale une partie très -fine que nous 
voyons fe répandre au loin à travers les mem- 
branes voifines. Le refte , comme une huile 
alkaline , devient acre dans un lieu chaud , fe 
rancit , s'épaiflit , concrade de l'amertume , 
ôc fa couleur devient plus foncée. On n'ob- 
ferve pas d'autre différence entre la bile cyfti- 
que àc l'hépatique , finon que cette dernière 
eft moins amére , moins roulTe , moins vif- 
queufe dans fes conduits. Le pore biliaire, 
plus étendu dans les animaux auxquels il tient 
lieu de véficule , prouve que cette diveriité 
ne vient que de fon feul féjour ; car la bile 
qui y refte plus lorig-tems que dans le foie eft 
plus amére ; l'éléphant en fournit un exem- 
ple. Mais la principale utilité de la véficule 
du fiel j eft de recevoir la bile dans le rems 
que l'eftomac eft vui de & quelle n'eft d'au- 
cun ufage; &de la verfer plus abondamment 
& avec une plus grande vîtefte , quand nous 
en avons befoin pour pénétrer les alimens , 
dans le tems qu'ils paftent en plus grande 
quantité dans le duodénum. Cela fe fait 
avec une vîtefte d'autant plus grande , que le 
conduit cyftique eft plus étroit que la véficule 
du fiel. 

DCXCIV. La véficule ne touche point l'ef- 
tomac, mais l'endroit d'où le duodénum cona- 



tt^ Ê L É M Ë N s 

mence a defcendre. Mais lorfque reftomac 
diftendu occupe^ dans le bas-ventre , qui eft 
déjà très-plein , un plus grand efpace , il 
prefTe le foie & le duodénum , compriipe la 
védcule du fiel & en exprime le lue qu'elle 
contient , ainfi la bile coule de laVéficule par 
un chemm libre dans le canal cholidoque Se 
dans le duodénum. Cela fe fait plus facile- 
ment dans riiomme couché , parce qu'alors le 
fond eft en haut- De là il fuit que pendant la 
diette la vcficule fe gonfle. La continuiré du 
conduit cyftique avec le canal cholidoque fait 
voir qu'elle coule dans l'inteftin & non pas 
vers le foie , l'angle de rencontre de ces deux 
conduits s'oppofant à ce retour, de même que 
la réilftance de la nouvelle bile qui arrive du 
foie. A peine y a-t-il une force qui puiife 
l'exprimer, fî on en excepte le diaphragiiié dc 
i'eftomac ; car celle de fa membrane propre 
mufculaire Se contrad:iblé efl foible. La bile 
hépatique parcourt continuellement ce che- 
min , le conduit cyftique étant même lié, fi ce 
n'eft quand il fe trouve quelqu'obftacle , qui 
n'eft jamais de durée , vers l'extrémité du ca- 
nal cholidoque , comme l'air , la force périf- 
taltique. Il n'eft pas croyable que toute la bile 
qui vient du foie , fe détourne pour entrer 
dans la véficule , plutôt que d'aller dans le 
duodénum. Il n'y a pas un obftacle perpétuel 
qui empêche qu elle ne s'écoule par cet en- 
droit , qui réfifte particulièrement à la bile 
hépatique & qui laifie palTer la cyftique. Le 
paftagedans le canal cholidoque eft plus ,^rand 
êc plus droit ; le conduit cyftique eft beau- 



DE PHYSIOLOGtI. 1S7 

coup plus petit que l'hépatique ^ il n'eft par 
conléquent pas fait pour recevoir tonte la bile 
de ce conduit. Le canal cholidoque eft beau- 
coup plus grand que le cyftique; il n'eft donc 
pas fait pour ne recevoir feulement que la 
bile de ce conduit. Il y a plufieurs animaux 
dans lefquels le- conduit hépatique s'ouvre 
dans l'inteftin , fans avoir aucun commerce 
avec le cyftique : dans les animaux vivans , 
le canal cyftique étant même libre, il parole 
que la bile delcend continuellement dans le 
duodénum. La grandeur de l'organe fécré- 
Éoire Se du conduit excréteur, qui eft beau- 
coup plus grand que les falivaires , les mala- 
dies dans lefquelles il eft forti par l'ouverture 
d^un ulcère du côté quatre onces de bile cyf- 
tique 5 perfuadent qu'il s'y en fépare une 
aiïez grande quantité. 

DCXCV. La bile hépatique eft à la vérité 
bien amére , mais la cyftique l'eft encore 
plus; elle eft mifcible avec l'eau , l'huile Ôc 
î'efprit de vin ; elle fe coagule avec les acides 
minéraux ; elle fe diftbut par les fubftances 
alkalines ; elle eft très-propre à dilToudre 
rhuiie 5 les réfines & les gommes ; elle eft 
d'un caradlére favonneux & lixiviel, mais qui 
dégénère volontiers en odeur de mufc par la 
pourriture. Son analyfe chymique , ou les ex- 
périences que l'on fait en la mêlant avec dif- 
férens corps , font voir qu'elle contient beau- 
coup d'eau & une aftez grande quantité d'huile 
inflammable , qui en fait la douzième partie 
environ ; on découvre fort bien cette huile 
dans les pierres cyftiques. Il entre aulîi unô 



lS8 Ê L É M E N s 

affez grande quantité de fel alkali volatil dans 
fa compofition. C'eft donc un favon, mais du 
genre de ceux qui font compofés de fels lixi- 
viels volatils. Intimement mêlée avec les ali- 
mens réduits en pulpe & exprimés de l'efto- 
mac 5 par la force périftaltique de l'intedin 
duodénum & la preffion des mufcles de l'ab- 
domen 5 elle détruit en grande partie leur aci- 
dité naturelle ; elle difTout le lait caillé Ôc dif- 
pofe davantage les alimens à la pourriture ; 
elle diifout les huileux , afin qu'en fe mêlant 
facilement avec l'eau , ils conftituent une par- 
tie du chyle , ôc pafïent par les veines ladées; 
elle déterge Se atténue le mucus, & enfin elle 
excite par fon acrimonie le mouvementpérif- 
taltique des inteftins. Tous ces ufages font 
confirmés par l'obfervation des accidens con- 
traires qui fuivent le défaut de la bile. La bile 
cyftique étant fupprimée , l'hépatique n'efî: 
pas fuffifante pour débarraffer le bas- ventre ; 
& fon utilité eft fi grande , qu'il efl notoire 
que le cours de la bile vers les inteftins étant 
fupprimé, la véficule étant détruite, les ani- 
maux les plus robuftes ont péri en fort peu 
de tems. 

DCXCVI. La bile altérée & privée de fon 
amertume par la pourriture , defcend peu à 
peu avec les alimens & fort en même tems 
que les excrémens. La veine-porte en re- 
pompe peur-être quelque partie fine, aqueufe 
& moins amére. Elle regorge moins dans 
Teftomac à caufe de l'élévation du duodénum 
qui eft-plus bas , de la valvule du pylore , du 
nouvel abord du chyle , que l'eftomac ajoute- 



D I Ph Y s I O L O G I E. 189 

au premier. Elle eft douce ôc agréable dans le 
fœtus ; car alors aucuns excrémens fœtides ne 
fournifTent une vapeur acre alkaline, ôcThuile 
n'en eft point repompée. Etant vifqueufe dans 
un animal tranquille , gras , de même dans 
l'homme par les mêmes caufes ou par le cha- 
grin, elle forme très-facilement des caillots 
durs , plâtreux ou rélineux , & beaucoup plus 
fréquemment que l'urine , comme nous l'a 
appris l'expérience. Lorfque fes paflTages font 
bouchés & qu'il furvient quelque mouve- 
ment convuhif contraire , elle retourne dans 
le foie & dans le fang ; elle teint toutes les 
autres liqueurs humaines, le mucus même de 
Malpighi ; ainfî elle produit l'iétére. A-t-on 
jamais trouvé le canal cholidoque inféré dans 
le pylore ? C'étoit U où on le pîaçoit dans des 
fîécles où l'anatomie n'étoit pas trop éclairée, 
& il n'y a parmi les Modernes aucune obfer- 
vation qui confirme cette tradition , quoi- 
qu'on life dans quelques Auteurs qu'il s'infér^ 
près le pylore. 



CHAPITRE XXVIII. 

J?u Pancréas > 

DCXCVIII. JLa bile efi: un favon , mais vif- 
queux , qui n'eft pas alTez coulant Se qui par 
confcquent ne fe mêle pas fi aifément avec 
les alimens , fur-tout la cyftique. La nature a 
donc ajouté à la bile le fuc pancréatique ^ 



1 9« É LÉ MENS 

aqueux, infipide , fin , qui n'eft ni acide , ni 
lixiviel 5 féparé dans le même lieu pour dé- 
layer la bile , la rendre plus mobile en s'y 
mêlant par le mouvement périftaltique des 
inteftins & la mêler avec la pulpe des ali- 
mens , aider lui-même à difToudre la malTe 
chyleufe & faire les mêmes fonctions que la 
falive, dont nous avons parlé, DCVI. avec 
laquelle ce fuc , la glande qui le fépare , fon 
conduit ôc les maladies même ont un grand 
rapport. Il eft afTez naturel de p enfer qu'il 
tempère l'acrimonie de la bile cyftique , ôc 
cela eft confirmé par l'anatomie comparée ; 
car les animaux qui n'ont pas de véficule du 
fiel 5 ont le canal pancréatique fort éloigné 
du cholidoque. 

DCXCIX. Le Pancréas eft la plus grande 
des glandes falivaires ; elle eft obiongue, pla- 
cée fur le méfocolon tranfverfe , derrière la 
partie du péritoine qui fe prolonge au-delà 
du pancréas à travers ce méfocolon, derrière 
l'eftomac Ôc la rate , fous le foie , devant la 
capfule atrabilaire gauche ôc l'aorte. Elle a 
la figure d'un triangle un peu applati ^ fon 
bord fupérieur eft poli ; il eft couvert du pé- 
ritoine ; le plan poftérieur de^'eftomacvuide, 
s'appuie fur fon bord poftérfeur ôc inférieur j 
il commence vers la rate ôc fe porte prefque 
tranfverfalement de gauche à droite , en de- 
vant , au-delà des vertèbres ; il s'élargit au 
côté droit des vertèbres , il s'infinue entre fa 
lame fupérieure du méfocolon tranfverfe ÔC 
l'inférieure , DCXLIV. & il s'unit par fort 
cxtrcmitc arrondie au duodénum , de façon 



DE pHYSrOLOGII. I^I 

qu'il lui ferc de méfentere. Sa ftru6lure eft U 
même que celle des glandes falivaires ; il eiï 
compofé de grains ronds Ôc aflez durs , unis 
par beaucoup de tiflu cellulaire. Il reçoit 
plutôt un grand nombre de vaiflèaux que de 
gros^; la plupart viennent des vaifTeaux fplé- 
niqnes ; ceux qui font le plus â droite vien- 
nent de la première duodenale ôc de celle qui 
eft commune au duodénum ôc au pancréas ; 
cette artère s anaftomoXe avec la première §C 
avec la méfenterique qui jette auffi quelques 
rameaux afTez coniidérables à cette glande ; 
la capfulaire & la phrénique ne lui envoient 
que de petits rameaux. Les nerfs ne font pas 
confidérables ; auffi le pancréas n'eft-il pref- 
que pasfenfible ; ils viennent du plexus pof* 
térieur de l'eftomac , de l'hépatique , &c. 

DCC. Il y a le long & prefque au milieu de 
cette glande un conduit blanc , rendre , formé 
par le concours d'une infinité de petites ra- 
cines ; c'eft pourquoi en s'augmentant peu à 
peu, s'élevant devant la veine-porte Ôc l'ar- 
tère méfenterique , ôc après avoir reçu un 
gros rameau de la portion la plus large du 
pancréas j il arrive à l'endroit du duodénum , 
où fe rend le canal cholidoque ; il defconâ 
en changeant de route, s'avance ôc s'ouvre , 
DCXIIC. dans le finus fitué entre les mem- 
branes de l'inteftin ôc poli en dedans , après 
avoir reçu le canal cholidoque. On trouve af- 
fez ordinairement l'orifice de ce canal fèparé 
de celui du canal cholidoque j ou bien il s'ou- 
-i^re par deux orifices difïérens dont l'inrèrieut 
èft ciiftinguè ôc plus petit que iautre : ii sou* 



JC)% É L É ME N S; 

vre cependant toujours dans le voifinage du 
canal cholidoque. 

DCCL Ou ne peut pas déterminer la quan- 
tité de la liqueur que fépare le pancréas j ce- 
pendant il s'en filtre alTez abondamment , eu 
égard à celle que féparent les glandes fali- 
vaires , parce que le pancréas eft trois fois 
plus grand & qu'il eft fi tué dans un lieu ua 
peu plus chaud. Le fuc pancréatique eft pouf- 
fé par la force du liquide qui circule , par les 
vifcéres qui le prefient , le bas-ventre étant 
plein, par le foie , l'eftomac , la rate , l'artère 
méfenterique , l'aorte , la fplénique. Uexif- 
tence conftante de ce vifcére dans prefque 
tous les animaux fait voir qu'il y eft d'une 
grande utilité j ôc le peu d'expériences que 
l'on a fait fur des animaux robuftes, au moyen 
defquelles on s'eft alTuré qu'on pouvoit ôter 
une partie du pancréas ( car on ne peut ôter le 
rout qu'avec le duodénum) fans qu'il s'en- 
fuivê rien de fâeheux , ne prouve rien contre 
ce que nous avançons. En effet , on vit encore, 
lorfqu'on a une partie du poumon détruite j 
cette partie n eft cependant pas inutile. On nç 
parle plus depuis iong-tems de l'effervefcencç 
de ce fuc avec la bile. 



CHAPITRE XXIX, 

Des Intejîîns grêles, 

PCCIl. Les Anatomiftes appellent inteftins 
grêles un tuyau continu , prèfque cylindri- 
que 



DE Physiologie. i^j 

que 5 mais dont la fedion eft de figure ovale 
éc le fommec obtus eft dans la partie libre de 
l'inteftin. Ce tuyau commence où finit i'ello- 
mac qu'il embraife, DCXXVI. Il fe prolonge 
fout lom ôc finit en s'étendant dans l'intedm 
le plus gros. Les Anatomiftes ont coutume de 
compter trois inteftins grêles ; mais la nature 
n'en a fait qu'un. Le duodénum a cependant 
des bornes en quelque forte confiantes dans la 
fin de la partie de l'abdomen qui eil fur le 
méfocolon tranfverfe , DCXLÎV \ mais cet 
inte{l"in grêle , fituc auiÏÏ au-deflous du méfo- 
colon , n'a aucun caraâ:ére marqué qui puifle 
le faire diftinguer de ceux qu'on appelle vul- . 
gMTeinenz jéjunum de ï iléon ; fi ce n'eft que 
le jéjunum ell garni d'un plus grand nombre 
de valvules Se de vaifiTeaux , & que les poils 
de fa membrane veloutée font plus longs (ce 
qui le rend un peu plus rouge ) , que l'ileon 
renferme plutôt des glandes, ôc que fes ramifi- 
cations vafculaires font moins fréquentes ; 
cette diftindlion s'eft cependant infinuée peu à 
peu 5 fans qu'on en ait afligné de raifon .cer- 
taine. 

DCCin. Le duodénum tire fon nom en 
quelque forte de fa longueur. Il eft lâche 5c 
plus ample , fur-tout dans fes premières cour- 
bures, parce qu'en partie il n'a aucune mem- 
brane externe , & que d'ailleurs cette mem- 
brane ne l'environne point par-tout. Il eft 
rouge & pulpeux , & il a quelquefois des fi- 
bres charnues plus groftes. Il commence au- 
tour de l'orifice annulaire du pylore ; il va de- 
la en onde , mais il eft en général tranfverfe à 
// Fart. 



194 É L É M E N s i '; 

droite Se en arriére , quand l'eft^inac eft 
vuide 5 vers la véficule du fiel dont iïîtouche 
le col 5 DCXCII. Il defcend enfuite pjbliqiie- 
ment à droite, jufques vers la lame inférieure 
du méfocolon & l'entrée du canal cholidoque, 
ôc il eft reçu en chemin ^ntre la lame fupé- 
rieure ôc inférieure du méfocolon. Delà en- 
core tranfverfe, mais montant en même tems 
derrière le pancréas & les grands vailleaux 
niéfenteriques , il revient à gauche avec la 
veine rénale gauche ; il fort de la duplicature 
du méfocolon en fe coudant vers la droite des 
vaiiTeaux dont nous venons de parler , par un 
trou particulier dans lequel le méfocolon 
tranfverfe gauche ôc le méfentere lui font 
unis , il defcend dans la partie inférieure du 
bas-ventre ^ il s'y infère ôc prend le nom de 
y^y^^^î^.Tz, Sa grandeur 3 fon élévation au-def- 
fus de l'infertion du canal cholidoque , le fé- 
cond pli qu'il fait autour de la racine du mé- 
fentere, occâfiorfnent quelque rallentiflemenr, 
afin que la bile , ôc fur-tout le fuc pancréati- 
que, fe mêlent particulièrement avec la maflTe 
des alimens dans cet inteftin. 

DCCIV. Le refte des inteftins grêles n'a 
aucune place îixe ; mais il remplit la partie 
inférieure du bas-ventre ôc le bafîln , par des 
contours indéterminés , nombreux Ôc qu'on 
ne peuç décrire ; il eft entouré par le colon 
qui l'environne , ôc il fe place entre la veiîie 
éc la matrice. 

DCCV. La ftrudure des inteftins grêles eft 
a peu près la même que celle de l'eftomac ou 
de l'œfophage, Le péritoine ou le méfentere 



DE Physiologie. t^ç 

leur fournit une membrane externe , (î on en 
excepte une partie du duodénum ; cette mem- 
brane en s'approchant double de la pointe 
obtufe de l'inteftin , féparée dans cet endroit 
par un tifTu cellulaire , ordinairement gras, 
ôc dont le refte embraïTe ii étroitement les in- 
teftins 5 que leurs fibres mufculaires font ad- 
hérentes à la membrane externe , qui ne dif- 
fère point de celle de l'eftomac. C eit donc par 
cette membrane & par leméfentere, DCLIV. 
que font foutenus les inteftins & qu'ils font 
affermis avec une grande mobilité , de ma- 
nière qu'ils peuvent exécuter tous les mouve- 
mens qui leur font nécelTaires. 

DCCVI. Leurs fibres mufculaires ne font 
pas les mêmes dans toute leiu: étendue , & ils 
n'ont pas tous la même figure. En effet , la 
principale couche des fibres à^s inteftins eft 
circulaire , & environne de toutes parts leur 
tube ;ces fibres aflez femblables & parallèles 
forment des cercles compofés d'arcs impar- 
faits ; elles font du refte pâles & très-fufcep- 
tibles de contradion. Les fibres longitudinales 
des inteftins grêles font en plus petit nombre, 
difperfées dans toute leur circonférence , pla- 
cées fur-tout au fommet obtus de l'inteftin & 
entrelacées entre les premières. 

DCCVIL II fe trouve entre la membrane 
mufculaire & la fuivante un tiffu cellulaire 
plus étendu , femblable à celui qui s*obferve 
au-deffous de la membrane mufculaire de 
l'eftomac , répandu fur la membrane ner- 
veufe; on le trouve rarement rempli de graifTe 
dans l'homme. La membrane nerveufe , fem» 



I9^ E L É M E N S 

blable à celle de l'eftomac , forme propre- 
ment les parois de tout le canal inteftiiial ; 
elle eft compofée de petites fibres ferrées , 
que le fouffle peut féparer , éloigner , & ré- 
foudre en tifTu cellulaire. Celle-ci eft fui vie 
d'une troiliéme membrane cellulaire ; c'eft 
encore un tiiTu femblable à celui qui fe trouve 
encre la membrane mufculaireôc la nerveufe. 
Enfin la plus intérieure de toutes , c'eft la 
membrane veloutée \ elle n'eft pas la même 
que celle de l'eftomac. En effet , elle eft d'a- 
bord plicée de toutes parts pour former des 
rides prefque demi-circulaires , & même qui 
réunilfent obliquement ces demi cercles, & 
ferment difFérens contours ; la tunique ner- 
veufe pénétre légèrement ces rides \ la troi- 
fiém© cellulaire eft au-deftous , & ainfi inter- 
pofée , elle remplit la duplicature de la mem- 
brane veloutée. Ces plis commencent à un 
pouce environ du pylore & fe trouvent en 
très-grande quantité dans la partie moyenne 
6c intérieure des inteftins , le nombre en de- 
vient peu à peu moins confidérable , & il fe 
trouve fur la convexité de la féconde cellu- 
laire un petit tronc d'artère & de veine. Les 
premières fontconfufes dans le duodénum & 
iuivent même la longueur de Tinteftin ; la 
préparation anatomique peut leur faire for- 
mer des cerceaux & des valvules. Elles font 
effedivement molles , faciles à retourner & 
fe prêtent en conféquence au paftage , foit 
dired, foit rétrograde des alimens ; elles font 
cependant en fi grande quantité qu'elles les 
rallentiftent dans leur trajet, elles donnenç 



dePhysiologie. 197 

par cette raifon pins d'étendue à la mem- 
brane veloutée. 

DCC VIIL Ce n'eft pas fans raifon que nous 
donnons le nom dev^/o//r^'^àcette membrane, 
puifqu'elie pouife dans toute la fui face in^ 
cerne des inteflins , tant fur les valvules que 
dans leurs intervalles , un nombre infini de 
flocons libres &c flottans , femblables à ceux 
d'une houppe de foie , en quelque façon co- 
niques, mais obtus, formés parla membrane 
interne des inteftins , par le tifTu cellulaire 
renfermé dans la duplicature , par les petits 
vaiffeaux ôc les perYrs nerfs^ renfermés dar.s 
ce tilfu , par confcquent aflez femblables aux 
papilles de la langue , fi on excepte leur 
molleiïe. 

DCCIX.Dans la furface interne de la mie m- 
brane veloutée s'ouvre un nombre infini de 
pores grands & petits. Ces pores répondent à 
ces glandes fimples , qui fe découvrent facile- 
ment , muqueufes , placées dans la féconde 
membrane cellulaire , femblables à celles qui 
s'obfervenr dans la bouche & le pharynx \ 
kurs follicules font très-vafculeux ôc leurs 
orifices eft ouvert dans l'inteftin. Il y en a 
quelques-unes dans le duodénum , affez voi- 
fines , &C qui cependant ne fe réunilTent pas , 
& il n'eft pas roujours poflible de les faire 
voir. Il y en a une affez grande quantité dans 
l'inteftin iléon ; quelques-unes font ifolées , 
on en trouve peu qui foient unies enfemble , 
Se beaucoup avec leurs femblables font ra- 
ma (Fées de manière qu'elles repréfentent une 
tache elliptique. 

liij 



T^S É L i M 1 N S 

DCCX. On trouve dans toute la furface des 
inteftins de petits pores qui environnent la 
bafe des poils de la membrane veloutée; on 
les voit fur-tout dans les gros inteftins & on 
les y a obfervés depuis long-tems , & ce n'eft 
cjue depuis peu qu'on les a découverts dans les 
inteftins grêles. Ils paroiftent aiifli féparer une 
liqueur muqueufe. 

DCCXI. Les vaifiTeaux des inteftins grêles 
font très-nombreux. Le tronc commun le plus 
gros de cette portion d'inteftin qui eft au-def- 
fous du méfocolon, eft l'artère méfenterique, 
la plus confidérable de celles que poufte l'aorte 
dans le bas-ventre; elle en fort au-deftus des 
artères rénales, defcend derrière le pancréas , 
àla droite du commencement du jéjunum , & 
outre les artères coliques , prolongeant fur- 
tout fon tronc vers la partie inférieure du mé- 
fentere ôc Textrêmité droite del'inteftin iléon, 
elle jette à gauche un grand nombre de ra- 
meaux, dont les premiers & les derniers font 
les plus courts , & les moyens font très-longs. 
Ceux-ci 5 divifès en de plus petits rameaux, 
s'anaftomofent avec les rameaux voifins , for- 
ment des arcs convexes , d'où fe détachent 
d'autres artérioles qui s'anaftomofent encore 
les unes avec les autres , forment de fembla- 
bles arcs , Se cette même difpofition fe répète 
prefque cinq fois , jufqu'à ce qu'enfin les der- 
niers arcs pouffent en très-grande quantité des 
rameaux droits , qui embralfent de part ÔC 
d'autre les inteftins. 

DCCXII. Cette divifiondes rameaux dans 
les inteftins eft aftez conftante ^ pour qu ua 



DE Physioiogiî. 1^9 

rameau antérieur arrive du méfentere à tra- 
vers la première membrane cellulaire ; l'autre 
poftérieur, après avoir jette de petits rameaux 
à la membrane externe & à la charnue , fe 
diftribue dans la féconde membrane cellu- 
laire. Là le petit tronc antérieur fe portant 
vers le fommet obtus de la courbure du canal 
inteftinal , va tout droit en fe ramifiant ga- 
gner un femblable rameau poftérieur , Ôc il 
fournit a proportion de ce qu'il eft gros . des 
rameaux déplus en plus petits, en forme d'ar- 
briiïeaux , qui s'anaftomofent avec une infi- 
nité d'autres petits rameaux d'artères oppofées* 
Ce réfeau jette par la membrane nerveufe à 
la troifiéme membrane cellulaire de dans la 
cavité de la membrane veloutée des Râl^ts 
rameaux qui enfin s'ouvrent &c exhalent 4eur 
liqueur dans l'inteftin, dont l'injedion d'eau, 
de colle & enfin de mercure , imite facile- 
ment le cours. L'induftrie des modernes a dé- 
couvert de plus que les artères fe terminent 
dans la petite cavité du follicule , Se qu'elles 
y dépofent leur liqueur ^ qui s'écoule par l'o- 
rifice commun de ce follicule. Au refte la 
ftrudture réticulaire des artères Se leur nom- 
breufes anaftomofesfont que les inteftins font 
à couvert , autant qu'il eft pofiible , de toute 
obftruétion, & qu€ les molécules arrêtées peu- 
vent rentrer facilement dans le tronc des ar- 
tères par le moyen de ces anaftomofes. 

DCCXIII. Le dernier tronc de l'artère mé- 
fenterique s'anaftomofe avec l'ileo-colique. 
Le duodénum a différentes artères. La pre- 
liiicre fupérieure , droite , fournie par l'hé- 

liv 



XOp É L 1 M £ N s 

parique fe diftribue à la partie convexe de k 
courbure de cet inreftin , au pancréas , Ôc 
fournit a cet inteftin ^ elle communique avec 
la gauche, inférieure, appeliée pancréatico- 
duodenale, qui forme un arc femblable dans 
ie pancréas &: la partie concave de la courbure 
du duodénum , & s'anaftomofe enfin avec les 
artères duodenales les plus inférieures y qui 
font produites par la méfenterique dans foii 
pafTage devant cet inteftiru Je pane volontiers 
fous fdence la defcription des artérioles que 
les ancres fpermatiques & capfulaires jettent 
au duodénum, 

DCCXiy. Les veines , fort femblables aux 
artères, fe rendent toutes au tronc méfenteri- 
^^A de la veine-porre , ii Ton en excepte la 
duôifènale droite qui fe rend au tronc même 
de la veine-porte , de les petites qui accompa- 
gnent h^ artérioles , DCXIII. éc fe rendent 
auin dans les veines fpermatiques Ôc lom- 
baires. Je n'en aï pas encore vu d'autres venir 
de la veine- cave. Elles ont toutes cela de conv 
mun qu'elles n'ont pas de valvules ôc qu'elles 
communiquent librement avec les artères. 
Elles repompent de la membrane veloutée des 
inteflins, dont la plus grande partie eft vei- 
neufe , une humeur fine , comme il le paroît 
parles injections d'eau faite dans ces veines , 
laquelle pafTe facilement dans les inteftins ; 
par l'analogie des vieillards , dans lefquels 
les glandes méfenteriquss ôc les ouvertures des 
vaiffeaux laâ:és s'effacent très-fouvent 'y par 
l'exemple des oifeaux qui n'ont point de vei- 
aes laxiiéês j par la vîteiïè avec laquelle les li« 



DE P H Y S I 6 t G G I E. 20I 

queurs aqueufes font portées dans le fang 5c 
vers les urines, comparée avec la petiteiTe 
du canal thorachique. 

, DCCXV. Lqs nerfs font en très-grand nom- 
bre 5 petits , 6c rendent cependant les inteftins 
tfès-fenfibles \ ils font produits par les plexus 
moyens du nerf fphanchnique , qui envionne 
k tronc de l'artère méfenterique & fe répan- 
dent autour d'elle, fortement attaches par un 
tiiïli cellulaire dur. Les nerfs du duodénum, 
viennent aufîi du plexus poftérieur de la hui- 
tième j>aire & du plexus hépatique. 

DCCXVI. Les artères exhalantes répandent 
dans la cavité des inteftins une liqueur hne , 
aqueufe ,/emblable au fuc gaftrique , & qui 
n'eft pas acre ; ta grande quantité de cette li- 
queur peut s'évaluer par la grandeur de l'ori- 
iice excréteur & de l'artère qui la fépare ^ 
grandeur qui furpaffe celle de routes les au- 
tres parties ; par le relâchement qui fe trouve 
dans une partie continuellement hume<5tée 6c 
chaude , ôc par les diarrhées ou par les dé- 
je6tions aqueufes qui fuivent les purgations. 
Le mucus produit par ces fources , DCCIX. 
&c DCCX. enduit la furface interne de la 
membrane veloutée & met les nerfs fenfibles 
à couvert des impreilions des chofes acres 5c 
fpiritueufes, C'eft pourquoi il s'en trouve une 
plus grande quantité au commencement des 
gros inteftins , parce que la maiTe corrompue 
àQs alimens commence a être plus acre & plus 
tenace dans ces parties. 

DCCXVIl Le mouvement des mufelesqai 
/bi' ment les parois de l'abdomen , tncle ceus? 



10-2. É L E M E K S 

iiqueuf avec la malTe des alimens réduits ett 
pulpe , avec la bile & avec le f uc pancréati- 
que , Ôc fur-tout le mouvement perijtaltiquc 
plus fenfible & plus fort dans les inteftins 
grêles , que dans toute autre partie \ car la 
partie de l'inteftin foUicitée par les vents , 
par les matières acres & âpres , fe contracte 
très-fort, même après la mort , dans l'endroit 
où on applique ces matières j elle fe débar- 
raffe d'un corps qui la diftend & l'incom- 
mode , & le pouffe dans la portion voifine Sc 
relâchée de l'inteftin, qui , contrariée à fou 
tour par la même force irritante , le repoulTe 
de part & d'autre. Ce mouvement a lieu tan- 
tôt dans une partie de l'inteftin , tantôt dans 
uneautre , fans aucun ordre déterminé & par- 
tout où l'air & les alimens produifent quel- 
qu'effet. L'aptitude au mouvement eft ii forte 
dans les inreftins , qu'ils balancent l'irritabi* 
litéducœur, la* furpaiîent , ou au moins en 
font difficilement furpa (Tés. Cela fe fait par 
un mouvement vermiculaire merveilleux , 
& par la révolution Aqs inteftins , qu'ont dé- 
montré la diffedtion àQS animaux vivans, & 
de triftes accidens dans l'homme , à la fuite 
des plaies du bas- ventre & des hernies. Le 
poids des alimens pouvant bien n'entrer pour 
rien dans cette action par rapport aux diiFé- 
reiis plis & replis des inteftins , lorfqu'ils 
font irrités , ils s'évacuent en haut comme en 
bas. On conçoit par là ce que c'eft que le mou- 
vement antipénftaltîque qui expofe plus long* 
tems la mafTe àQ% alimens à Taélion douce - 
des inteftins 9 du fac qui ladiilbuc^ 6c aux 



»E Physiologie. lôf 

orifices des veines abforbantes. Tout ce qui 
eft renfermé dans le canal inteftinal eft enfin 
pouflTc vers les gros inteftins , parce que la 
force ftimulante a fon principe dans l'orifice 
gauche de l'eftomac ; les alimens nouveaux 
qui y arrivent continuellement , excitent en 
l'irritant une nouvelle contraction dans la par- 
tie fupérieure des inteftins , pendant que le 
colon qui ne fe contradte point vers la partie 
inférieure de l'iléon , diminue l'adion ftimu- 
lante ; en conféquence le colon relâché reçoit 
ce qui vient fupérieurement Se s'évacue plus 
facilement dans le cœcum qui eft grand 3c en 
repos, plutôt qu'il ne repoufTe en haut les ali- 
mens qu'il a reçus , mouvement auquel s'op- 
pofe la preilîon de l'inteftin qui y poufte de 
nouveaux alimens. Il y a des Obfervateurs 
qui prétendent que ce mouvement détermine 
plus fortement les alimens en bas qu'en 
haut. 

DCCXVIII. Les fibres circulaires excitent 
par leur contradtion ce mouvement périftal- 
tique qui reffert l'inteftin , vuident Ci exaébe- 
ment ce canal, qu'elles pouftent en avant les 
plus petits corps , les épingles & les petites 
pouiîîéres. Les fibres longitudinales, que nous 
voyons d'ailleurs dilater la portion fuivanre 
de l'inteftin & la rendre capable de recevoir 
les alimens qui y font pouftes, lorfque ces fi- 
bres fe contraétent à l'occafion de l'aétion des 
alimens qui les follicitent, forment les révo- 
lutions de l'inteftin retiré en haut ou en bas , 
& courbent la partie droite de l'inteftin , tan- 
dis qu'elles ledrciTenc celle qui eft courba ^ 

1 V j 



104 É L i M E H s 

comme on le voit fenfiblement dans les brutes^ 
Cette même contradion prefTe la membrane^ 
veloutée dans la cavité de rinteilin ^ rend les. 
plis plus longs Ôc exprime le mucus pour pé-- 
nétrer la quantité des alimens proportionnée à 
l'irritation ôc à la force qui la produit. Elles 
rendent les introfufceptions fréquentes ,&: fou- - 
vent fans caufer aucun dommage , lorfqu elles 
retirent la portion de Tinteftin voifitie qui efè 
contractée , & qui par ce moyen renferment 
la première dans celle qui eft plus lâche. 

DCCXIX. La pulpe des alimens difïbute 
par le fuc pancréatique , par le (\àc inteftinal, 
mêlée avec la bile , arroféepar le mucus , eft 
donc exaétement pétrie & beaucoup mieux 
que dans l'eftomac , à mefure que les parois 
des inreftins grêles fe rapprochent plus les 
unes à^s autres , que la fuite de- l'a&ion da 
mouvement périftultique eft plus longue, & 
qui! s'y mêle une plus .grande quantité de li- 
queur. Cette pulpe vifqueufe , mêlée avec 
l'air, devient ainli écumeufe fans efFervef- 
cence ; & l'air continue à produire fur les 
alimens àins, les inteftins les mêmes effets. 
qu'il a produits dans l'eftonTac , de forte ce- 
pendant que leur acidité eft entièrement dé- 
ïruite dans les inteftins. La partie huileufe & 
graffe des alimens , dilToute par la bile , 
DCXCV. mêlée avec les fucs aqueux, prend 
ordinairement la couleur blanche , comme • 
une émulfion, vive dans le duodénum, mani- 
fefte au-deffbus de l'infertion an canal choli- 
doque , & qui enfuite fe c-ommunique a la 
Oiembrâne veloiuée le long des inteftins grê^ 



DE P n Y S I O L O S i E. iGf 

îcs. Les flics gélatineux des chairs , difTous 
par une grande quantité d'eau qui s'y efl mê- 
lée 5 ôc qui font natureiiement un peu vif- 
queux, s'attachent à la membrane veloutée ^ 
& font préparés à être repompés. Les veines 
abforbent très-rapidement l'eau & tout ee qui 
eft aqueux; cependant la mafiTc pulpeufe des 
alimens ne s'épai/îit jamais beaucoup dans les 
inteftins grêles y aiitant que je l'ai pu voir ^ 
parce que l'eau qui eft abforbée , eil réparée 
par la liqueur produite par les artères ôc par 
le mucus , & elle ne fent ^as extrêmement 
mauvais , tant à caûfe de la grande quantités 
du liquide qui la tient en diiTolution , qu'à 
caufe du peu de tems qu'elle y refte , & qui 
ne lui permet pas de fe pourrir. La mafTe qui 
eu blanche au commencement du jéjunum,^ 
eft toute muqueufe à la fin de l'iléon. Le refte 
qui eft plus terreux ôc groffier , âpre , acre ÔC 
qui a pafTé fur l'orifice des vaiiTeaiix abfor- 
bans fans pouvoir y entrer , defcend par foa , 
propre poids ou poufié par une force lembla- 
bîe a celle d'un fphinâ:er dans les gros intef- 
tins ; il eil: infenfiblement pouffe , de forte 
qu'il parcourt prefquè tout le chemin àam 
l'efpace de vingt-quatre heures. Prefque tout 
le chyle en eft exprimé dans Tefpace de trois 
ou quatre heures, ou un peu plus. 

DCCXX. La longueur des inteftins grêles 
eft eonfidérable ; elle eft cinq fois ôc plus aulîi 
grande que le corps. La furface de la mem- 
brane veloutée augmentée par les rides qu'elle 
forme , la force incroyable des vailTeaux ex- 
Jialans & abforbans, le long féjour des ali- 



XOiS É L É M E N s 

mens en parcourant les gros inteftîns , !a 
grande quantité du liquide mteftinal répandu 
fur la maiïe des alimens , font qu'il fe trouve 
abondamment dans les inteftms grêles tout ce 
qui eft nécefTaire pour la diflblution des ali- 
mens avec nos fucs , pour leur réforption par 
les veines méfenteriques & les veines ladtées, 
pour nétoyer les matières vifqueufes des in- 
teftiîis , pour empêcher qu'il ne fe forme des 
caillots & des adhérences , pour ôter la vertu 
venimeufe de plufieurs fucs , qui tuent fubi- 
tement lorfqu'ils fe mêlent tout à coup avec 
le fang & qui peuvent être avalés impuné- 
ment. C'eft pourquoi les animaux qui vivent 
d alimens de difficile digeftion ont les intef- 
tins longs , que ceux qui vivent de chair les 
ont courts , & que ceux qui ne prennent que 
des fucs pour toute nourriture , les ont très- 
courts. Le peu de longueur des inreftins dans 
les hommes les a rendus fujets à la fiim ôc à 
avoir des excrémens puans & fluides. / 



CHAPITRE XXX. 

Des Vaîjjeaux du Chyle, 

DCCXXI. Le chyle eft un fuc blanc l 
DCCXIX. exprimé des alimens qui eft porté 
dans le fang. Il paroît être d'une nature 
aqueufe & oléagineufe, comme on le voit 
par fa faveur douce , fa difpolition acefcente, 
h, coukur blanche* Par ces qualités il aipi 



©E Physiologie. 107 

tapport merveilleux avec les émulfions. Il pa- 
roîc compofé de la farine des végétaux , de la 
lymphe èc de 1 huile des animaux y il retient 
en partie le cara6tére dts alimens volatils Ôc 
huileux j il fe tourne en lait fans changer 
beaucoup. C'elt alors qu'on voit plus mani- 
feftement fa fcrofîté gélatineufe , tranfpa^ 
rente, coagulable en uneefpéce de gelée dans 
une grande chaleur , ou lorfque la partie 
aqueufe qui la tient en diITolution, s'eft éva* 
porée. 

DCCXXII. On connoît depuis long-tems 
que le chyle pafTe de la membrane veloutée , 
à laquelle il s'attache , dans les veines ladtées , 
comme on le confirme par l'expérience, dans 
laquelle on fait paiTer dans ces vaifTeaux une 
liqueur colorée qui fuit la route du chyle, par 
la refifemblance du fluide blanc qae Ton voit 
dans les veines ladbées & hors de ces veines , 
de même que par le rapport que les vaiflfeaux 
laélés ont avec les veines. Des expériences 
plus récentes nous ont appris quelque chofe 
oe mieux. Le chyle eft abforbé par un orifice 
ouvert à Textrêmitc du canal de chaque petit 
poil 5 de la même façon que par des tuyaux 
capillaires. Il pa(Te dans ce poil creux & relâ- 
ché 5 lorfque l'inteftin eft lâche ; mais lorf^ 
que ce petit vaifTeau eft comprimé par le 
mouvement conrradlil & fucceffif des fibres 
des inteftins , il eft pouffé dans le conduit qui 
commence à paroître dans la féconde mem- 
brane cellulaire. Il y a deux couchesr différen- 
tes de ces petits troncs ^ un antérieur Se un poP 
tcrieur , comme on Ta dit dQS vaiiTeaux roa-; 



103 È L i M E N s 

ges 5 DCCXI. Chaque vaifTeau laâ:é pafTc 
eone , en fe réuniiranr pour former un plus 
gros canal , dans la première membrane cel- 
lulaire , ôc fuit en général les artères \ il ac- 
compagne même les arcades qu'elles forment, 
& s'unit avec (qs femblables en réfeaux à an- 
gles fort obliques. Les vailTeaux laClésfont 
valvulaires , à leur fortie des inteftins, de mê- 
me que les lymphatiques , garnis de valvules 
placés deux à deux &c parallèlement en for- 
me de croilFant , LU. qui laiiTent palTer le 
chyle des inteftins dans ces vaifTeaux de l'em- 
pêchent de rétrograder. Pendant tout ce che- 
min, le mouvement périftaltique des inteftins 
prefTe le chyle , & la force périftaltique des 
vaiiïeaux, dépendante entièrement de l'irri- 
tabilité , qui poufte le chyle même après la' 
mort , &c la grande preflion des mufcles du 
bas-ventre, le font avancer félon la détermi- 
nation des valvules. Il y en a beaucoup qui 
naiftèntdu commencement des inteftins grê- 
les au-delfous du méfocolon ; quelques-uns 
partent du duodénum & quelques-uns des 
gros inteftins. 

DCCXXIIL On trouve une infinité de 
glandes , du genre des conglobées , CXVIC. 
vers la divifioa des vaifteaux, entre les lames,, 
du mèfentere. Elles font cependant plus mol- 
les , fpongieufes, faites d'un tiftu cellulaire 
rempli d'un fuc , revêtues d'une membrane 
externe , moins dure que par-tout ailleurs ÔC 
colorées d'une infinité de petits rameaux arté- 
liels. Cbaque vaiftean laâ;é fe porte à Tune 
de ces glandes , de après s'ê^e divifé en plu- 



t)E PHYSlOLaCIE. lOtf 

Ûèuïs branches , verfe le chyle dans les cel- 
lules de cette glande. Le chyle exprime de là 
par la contradtion des vaiileaux & fiir-touî 
par Faction des miifcles du bas-ventre, eft 
chafTé dans le vaifl'eau laiteux qui en fort, 
dont les petits rameaux vont former un trône 
plus gros 5 & il palTe jufqu'à deux , trois ou 
quatre fois dans différentes glandes , quoi- 
qu'il ne faffe quelquefois qu'en côtoyer 
quelques- unes fans y entrer. On s'aiTure par la 
ligature que c'eft là la route que le ehyle tient 
& qu'il continue à fe mouvoir des inteflins 
vers les glandes du méfentere , puifque les 
veines ladées fe gonflent entre la ligature 3c 
les inteftins : les fchirres des glandes du mé- 
fentere , à la fuite defquels ces vaiifeaux com- 
primés font fenfibles , & la difpofition des 
valvules qui empêchent le retour du chyle 
dans les inteftins , confirment la même chofe. 

DCCXXIV. On n'eft pas abfolument sûx 
de ce qui arrive ait chyle répandu dans les cel- 
lules de ces glandes. Il paroît cependant qu'il 
fe fépare dans ces glandes une liqueur, fine 
qui en fe mêlant au chyle , le délaie. En effet, 
on a obfervé que le chyle étoit plus aqueux à 
la fortie de toutes ces glandes Se que les li- 
queurs fines injectées dans les artères , palfent 
de ces artères dans les cellules des glandes de 
fe mêlent avec le chyle. 

DCCXXV. Il ne fort des dernières glandes- 
qui font placées plus près les unes des autres 
dans le centre du méfentere , quepeitde vaif- 
feaux laétés des plus grands , au nombre de 
quatre , cinq ou plus j ils mon'-fînt avec l'ar- 



210 ÉlÉMENS 

tére méfenteriqHe & fe mêlent au plexus 
lymphatique qui vient des parties inférieures 
du corps 5 ôc rampe au-delà de la veine ré- 
nale , enfuite avec celui qui va fe rendre , en 
paflant derrière l'aorte, aux glandes lombaires 
ôc avec l'hépatique. Ce conduit ainfi formé , 
cependant fufceptible de variations , fe gonfle 
le plus ordinairement , fous la forme d'une 
petite bouteille d'une groffeur remarquable 
à côté de l'aorte , entre cette artère Ôc le pi- 
lier droit du diaphragme ; elle eft longue de 
deux pouces ôc au-delà ; elle fe prolonge 
très fréquemment dans la poitrine au-delfus 
du diaphragme ; elle eft conique de part ôc 
d'autre , Ôc on l'appelle le refervoir du chyU* 
La lymphe gèlatineufe des extrémités ôc du 
bas-ventr£ fe mêle avec le chyle "dans ce re- 
fervoir ôc affoiblit fa blancheur. Il y a cepen- 
dant des fujets dans lefquels deux ou trois 
conduits 3 même petits ôc étroits , tiennent 
lieu de refervoir. il fe trouve cependant aflfez 
ordinairement ; ôc comprimé par le dia- 
phragme , battu par l'aorte, il poufTe le chyle 
d'autant plus vite que fon orifice eft plus large 
que le conduit dans lequel il fe décharge. 

DCCXXVI. Le Canal thorachique , ainfi 
appelle à caufe de fon palTage dans le thorax ^ 
eft fouvent unique ; s'il eft quelquefois dou- 
ble , il s^init ôc n'en forme plus qu'un , après 
avoir parcouru un petit efpaee ; il monte der- 
rière la pleure, entre la veine azigos& l'aorte, 
en fe tortillant ; il reçoit les vaifTeaux lym- 
phatiques de Teftomac, de Tœfophage ôc des 
poumons , qui viennent à tcAvers les glandes 



BE Physiologie. 211 

conglobées , placées auprès en grand nombre. 
Il eft en général cylindrique ; il forme fré^ 
quemment des ifles , & après s'être partagé 
il revient fur lui-même, fur-tout à la partie 
fupérieure. Il a fort peu de valvules , Ôc dif- 
ficiles à voir ; il fe poree ordinairement à 
gauche vers la cinquième vertèbre derrière 
Tœfophage; de-là il monte vers la partie gau- 
che de la poitrine, derrière la veine fous-cla- 
viére jufqu'à ce qu'il foit parvenu à peu près 
ver^ la fixième vertèbre du col. 

DCCXXVIL Alors recourbé ^ divifé fou- 
vent en deux branjches , dont chacune fe di' 
lateuH peu , il defcend , & les orifices de ces 
branches étant réunies ou même diltinétes , il 
entre dans la fous-claviére à l'endroit où fe 
rend la jugulaire interne ; entré obliquem.enc 
il tend des parties poftérieures , fupérieures, 
droites , en bas , vers la gauche , en devant ôC 
par un feul rameau ou par deux , il pénétre 
dans la fous-claviére , plus extérieurement 
que cette union. Cet orifice a une vraie val- 
vule, flottante, demi-circulaire, pofée au 
devant , & même pendant quelle eft écartée , 
elle empêche que le fang ne s'y porte. Il eft 
rare que cela foit autrement ; on le trouve 
très-rarement divifé en deux parties , dont 
chacune fe rende à- l'une des fous-claviéres de 
chaque côté , & il eft encore plus rare de 
trouver quelques-unes de ces branches s'ou- 
vrit dans la veine azigos. Il reçoit près de fon 
infertion un gros vaiifeau lymphatique Sc 
tranfverfe qui vient des extrémités fupérieures. 



ill i L E M E N s 

ôc un autre qui defcend de la tète , unique , 
ou au nombre de plufieurs. 

DCCXX VIII. Le chyle mêlé avec le fang 
ne change pas auiîi-tôt de nature, comme on 
le fçait par l'exemple du lait qu'il produit. 
Cependant cinq heures après avoir mangé de 
même au-delà jufqu'à la douzième heure , 
tems où la femme peut donner tout fon lait , 
alors après avoir circulé environ quatre- vingt 
mille fois dans toute l'habitude du corps , 
échauffé parla chaleur naturelle , mêlé avec 
les autres liqueurs , il eft changé de telle 
forte 5 que l'on voit en partie la graiffe fe dé- 
pofer dans le tiffu cellulaire , qu'il paroit en 
partie figuré en globules rouges , que la par- 
tie gélatineufe forme la férolité du fang , la 
partie aqueufe fe difiîpe en partie par les 
urines & l'infenfible tranfpiration , & délaie 
en partie le fang. Il n'eft pas rare de voir dans 
les veines laâ;ées d'un animal moribond une 
liqueur tranfparenre fuccéder à la liqueur 
laiteufe qui s'y remarque ordinairement , ou 
de voir une liqueur blanche dans un endroic^ 
des inteflins & une limpide dans un autre ; 
toutes ces chofes s'accordent avec la ftrudure, 
de ces parties. Il n'y a donc pas deux genres, 
de vaitTeaux des inteftins , dont l'un foit'def- 
tiné à charier particuliérem^ç'nt la lymplie , ÔC 
l'autre le chyle feulement. 

DCCXXIX. Après le tems de la digeftion 
complette, les vaifTeaux ladés repompent des 
inteftins une humeur aqueufe j ils font rranf- 
parens , de le canal thorachique rapporte fur- 



DE Physiologie. iij 

tout alors dans le fang la lymphe du bas-ven- 
tre & de prévue toutes les autres parties du 
corps , LI. 



CHAPITRE XXXI. 

D&s gras Intejl'ins, 

DGCXXX. V-»! qui refte après l'expreffioa 
du çhyle , eft formé en partie d'une portion 
de bile , mais qui a beaueoup dégénéré & eft 
devenue muqueufe , de quelque partie de 
mucus &: d'une grande partie dé la terre donc 
les alimens étoient chargés , de toutes les par- 
ties acres qui ont été rejettées par les orifices 
des vaiiTeaux abforbans , DCCXIX. de toutes 
ks fibres membraneufes folides , que la force 
périftaltique des inteftins &: la macération 
n ont pu détruire. 

DCCXXXI. Toute cette mafïe pafle de 
rinteftin iléon dans le cœcum , où elle fé- 
jourrîe ,; car l'extrémité des inteftins grêles fe 
termine au coté droit de l'inteftin colon , qui 
eft placé fur les os des iiles & fur le mufcle 
iliaque du coté droit \ elle s'y applique fî 
obliquement , qu» général elle monte un 
peu plus vers le cote inférieur & moins vers 
le fupérieur, qui eft prefque tranfverfe. La 
dernière partie de la membrane nerveufe &; 
veloutée de l'inteftin iléon , fe prolonge de 
telle forte entre Técartement des fibres char- 
aues & nerveufes du colon , qu'elle refte fuf^ 



214 Ë L É M E N s 

pendue en dedans de la cavité de ce gros in* 
teftin^ elle y eft mobile , molle & forme deux 
plis faillans , qui font compofés de la mem- 
brane nerveufe de de la veloutée du gros in- 
teftin , & de la membrane nerveufe & ve- 
loutée de l'inteftin grêle , unieé par beaucoup 
de tifTu cellulaire. Le pli fupérieur eft tranf- 
verfe & plus court ^ l'inférieur eft plus grand , 
plus long 5 & monte. Ils fe réuniuent par un 
fbmmet lice & femblable, fur-tout à la droite 
où ils fe touchent. Entre ces deux plis fe 
trouve l'embouchure de l'iléon femblable à 
une fente tranfverfe. Le fouftle change fîngu- 
liérement cette ftrudure , & fait appercevoir 
deux valvules fermes & membraneufes. Lorf- 
que tout le tiftu cellulaire eft détruit , l'iléon 
fort du colon , ôc les valvules difparoiffent, 
lorfqu'on en a tiré une grande partie , de fa- 
çon qu'il y en refte encore à fon infertion j 
il a la figure d'un fphyndter mufculeux. 

DCCXXXIL Au-delfous de l'entrée de 
i'ileon y le gros inteftin defcend à quelques 
pouces 5 & s'attache dans la région des ifles 
par un cul-de-fac appelle cœcum. De fa partie 
baffe a droite part une appendice , grêle dans 
l'adulte 5 plus large dans le fœtus , longue ôc 
conique , qui a la figure d'un petit inteftin ; 
elle eft différemment reçtourbée en-de(fus , 
quelquefois en bas , remplie de glandes mu- 
queules , qui verfent leur gluten fur les excré- 
mens. Le colon même fe termine dans le fœtus 
par une fin conique à l'appendice. Le poids 
des excrémens qui font couchés deftus & qui 
rétrécit l'efpace vers la droite de l'appendice , 



DÉ Physiologie. 215 

la force du tilTu cellulaire qui unit la partie 
du cœcum avec l'iléon , la force contractile 
des ligamens , font que l'appendice , éloignée 
de la partie moyenne, fort de l'extrémité gau- 
che du colon 5 Ôc ainlî eft formée la boffe 
droite 9 épailTe & pendante du colon , propre 
aux adultes. Quand le réfidu des alimens eft 
parvenu par fileon dans l'inteftin colon, cette 
inaffe tombe par fon propre poids dans le cœ- 
cum 5 elle y féjourne, ôc y pourrit tant parce 
qu'elle y eft difpofée qu'à caufe de la chaleur 
de cet endroit, & c'eft là fur-tout que les ex- 
crémens commencent à fentir mauvais. 

DCCXXXIIÎ. On appelle colon cet inteftin 
qui eft entièrement continu avec le cœcum , 
& qui eft le même. Ce gros inteftin eft très- 
ample & beaucoup plus fort que les inteftins 
grêles; il commence vers les ifles, DCCXXXI. 
Il monte le long du rein Se pafte dans l'angle 
de rhypocondre droit fous le foie , & il s'at- 
tache à l'un ôc à l'autre de ces vifcéres au 
moyen du péritoine. Enfuite il fe porte fou- 
vent tranfverfalement fous le foie & l'eftomac 
vers la rate , fous laquelle il eft étendu , 
DCLXII. & fe retourne fouvent fur lui-mê- 
me dans un enfoncement profond au-deftous 
des côtes gauches. Alors il defcend une fé- 
conde fois , & après avoir fait une grande 
courbure vers l'iUe droite , DCXLIII. la par- 
tie inférieure de cet arc fe termine dans le 
baflin & forme Tinteftin rectum, 

DCCXXXIV. La ftrudure des gros mtef- 
tîns eft en général U même que celle des in- 
teftins grêles \ eilQ a cependant bien des dif- 



ÎI{^ É L i M E K s 

férences. D'abord toutes leurs fibres longirii- 
dinales fe réuniiTent en crois paquets qui fe 
diftribuent dans toute la longueur de ces in- 
teftins j l'un de ces paquets eft nud , Scc'eftle 
plus grand ^ l'autre eft recouvert dans (on ori- 
gine par l'cpiploon, & le troifiéme eft renfer- 
mé dans Is méfocolon. L'-épiploon &c le me • 
focolon font plus courts que i'inteftin & ils le 
raccourciftent tellement que la membrane 
nerveufe &c la veloutée forment des éminen- 
ces intérieurement. Ces fibres font unies très- 
exadement avec la tunique externe de l^in- 
teftin ; mais dans les endroits intermédiaires, 
& fur-tout vers le méfocolon , la première 
membrane cellulaire s'y trouve avec de la 
graifte. Ces fibres , d'abord écartées , s'atta- 
chent à l'appendice vermi-forme. Vers la fin 
du colon, elles ne forment fouvent que deux 
ligamens , les deux plus petits paquets étant 
réunis en un. 

DCCXXXV. La tunique nerveufe, la troi- 
iiéme cellulaire d>c la membrane veloutée dçs 
gros inteftins forment des rides beaucoup plus 
grandes dans des endroits intermédiaires en- 
tre les ligameîis , fouvent élevées en trois 
rangs , lefquelles appuyées par les ligamens , 
peuvent foutenir un peu la maffe alimentaire 
ôc s'oppofer à fon retour. Elles font aCTez ar- 
tiftement rangées trois à trois au commence- 
ment du colon ; elles varient de plus en plus à 
mefure qu elles s'en éloignent ; elles font pe- 
tites , doubles & folitâires ; les grandes fe 
confondent avec les petites Ôc enfin elles dif- 
fsaroifTeQt. Les ligamens qui refleirent le 

colon' 



de,Physiolôgie. 217 

colon étant détraits , elles s'évanouifiTent 
prefqu'enriérement. Enfin la membrane ve- 
loutée Qik plus rendre , & fans tiifu velouté , 
cependant ridée & poreufe : (es grands pores 
communiquent avec des grands follicules 
ronds & foiitaires ; les petits font innombra- 
bles & conduifent à des petits follicules. Cha- 
que genre de ces glandes verfe une grande 
quantité de mucus. 

, DCCXXXVI. Les vailTeaux des gros in- 
teftins viennent des deux méfenteriques. L'ar- 
tère colique moyenne vient du grand tronc 
niéfentenque 5 iorfqu'il defcend derrière le 
méfocolon tranfverfe. Elle a un , quelquefois 
deux ou trois rejettons qui fe diftribuent aa^ 
méfocolon trainfverfe , & elle s'anaftomofe à 
droite avec l'ileo-colique , a gauche avec la 
méfenterique inférieure , en formant un arc 
très-grand , ôc c'ed: la plus grande de toutes 
les anaftomofes des artères du corps. Enfuite, 
au-deifus du méfocolon, fort de cette, même 
grande méfenterique un grand rameau qui fe 
porte droit vers le pli que Tileon fait avec le 
colon & s'unit en haut vers la portion droite 
du colon avec la colique moyenne ^ dt à gau- 
che avec la méfenterique * elle fournit duL 
milieu du méfenrere un rameau qui fe didri- 
bue dans le méfocolon de l'appendice vermi- 
culaire , 8c fe termine dans l'un &c l'autre 
plis antérieur & poflérieur de l'iléon avec le 
colon. Enfin la méfenterique inférieure vient 
par un tronc particulier entre les artères ré- 
nales & la divifion de l'aorte , &c fe porte à 
gauche vers le colon. Elle communique en 
PanJI. K 



Il 8 Élémens 

haut par un grand arc avec la colique moyenne; 
elle jette en bas trois ou quatre branches au 
repli du colon (itué fur les iiles, &c defcend 
juiqu'au re6lum. Cet inteftin reçoit dans cet 
endroit difFérens rameaux de,rhémorrhoidâle 
moyenne , produite par le dernier tronc des 
hypogaltriques , qui communiquent avec les 
premiers. Les derniers viennent du mémo 
tronc , mais hors du ballin. Je palFe fous fi- 
lence la defcrrption des petites coliques four- 
nies par lesfpermatiquesj par lesintercoftales, 
par celles de 1 epiploon , par des artères cap- 
fulaires & par les lombaires. Les veines font 
femblables aux attéres & fe vuident dans la 
gaftro-colique, dans l'hcmorrhoïdale interne, 
dans la moyenne & dans l'externe. 

DCCXXXVIL La diftribution des vaif- 
féaux dans les gros inteftins eft fort différente 
de celle des inteftins grêles. Les arcs font moins 
fréquens §Cne font pas ii multipliés; les troncs 
fiiivent au loin le trajet de l'inteftin y les glan- 
des qui font placées deifus font moins nom- 
breufes ; les rameaux imitent moins dans 
leur diftribution celle d'un arbre, ils font plus 
tortueux , ^ ils forment plus rarement un 
rcfeaudans le tiiTa cellulaire. Les artères ex- 
halent cependant une liqueur dans la cavité 
de l'intcftin , & les veines abforbent de mê- 
me des excrémens une liqueur ténue oc 
fétide. 

DCCXXXVIIL Les vaiiTeaux lymphati- 
ques naiÛent auflî de toute la longueur du 
colon , Se même du reclum & s'anaftomofenc 
avec les lombaires. On a quelquefois vu ^es 



f>f, Physiologîe. ii9 

Vaiireaux lymphatiques venus du colon, rem- 
plis de chyle au heu de lymphe , ce qui 
prouve qu'il y a encore dans ces parties quel- 
que fubftance utile , qui peut être portée au 
fang avec avantage. De là dépend la force des 
iavemens nourrillàns & des fébrifuges. 

DCCXXXIX. Les nerfs viennent du ple- 
xus 5 formé par les rameaux defcendans de 
l'un & Tautre plexus rénal ; d'autres du tronc 
intercoftal dans le thorax & vers les lombes , 
Se d'autres du grand plexus méfenterique. Ils 
accompagnent l'artère méfenterique infé- 
rieure & fe diftribuent au colon. Les infé- 
rieurs viennent de ce même plexus, du coïu 
que gauche ôc dans le baiîin ils vont d l'intef- 
tin redhum ; d'autres viennent des intercof- 
taux inférieurs , ôc d'autres des facrés au mc- 
me inteftin. Ils font en plus petit nombre , ISc 
Tinteftin e(l moins fenhble, afin qu'il s'habi- 
tue aux excrémens acres ôc dures. 

DCCXL. Les ei^crémens retenus dans l'in- 
tePtin cœcum , DCCXXXI. rendus fecs par 
la liqueur fine qui en eft repompée, & moulés 
dans le colon rond , lorfqu'il fe contȉd:e , 
montent du fond du cœcum , élevés par les 
ligamens longs, qui fe réunilfent fur l'appen- 
dice vermiculaire. On voit mieux là , que 
dins lesinteftins grêles même , comment les 
fibres circulaires poulTentles excrémens, lorf- 
qa'elles fe contractent. Les fibres longitudi- 
nales emmenées vers cette partie contractée 
de Tinteftin , comme vers un point fixe , tin- 
rent en haut la partie inférieure de l'interiia 
de le dilatent ^ alors la nouvelle partie de l;iu- 

K i] 



220 É L É M E N S 

tettin 5 où la malle excrémenteufe arrive , 
étant irritée fe contrade; les fibres longitudi- 
nales fe çontraélent aulH vers elle ; & tandis 
que cela fe fait à plufieurs reprifes , les excré- 
inens achèvent tout le chemin par les gros 
inreftins. On voit à l'œil le mouvement péril- 
talrique des gros inteftins dans les annnaux 
vivaiis &c dans les, hommes, iorfqu'ils font 
bleifés au bas-ventre ; on voit le mouvement 
anci-périftaltique par le même moyen , aulÏÏ- 
bien que par les clyftéres que l'on rend par la 
bouche. La contraccion du bas-ventre , au 
moyen de (es mufcles , peut y faire quelque 
chofe. 

DCCIXL. Pendant que les gros excrémens 
montent à droite le long des rides, DCCXXXI. 
ou des valvules qui fe trouvent à l'entrée de 
l'inteilin ileon , ils déroarnent fur la gauche 
]a"ride inférieure , ils rabattent ce qui retient 
CQS deux valvules &c ils pouflent en bas la, 
fupérieure j le chemin efl ainii fermé fi exac- 
tement, qu'il ne rentre rien dans l'inteftin 
ileon , ce qui n'arrive pas de même lorfque 
les excrémens font plus fluides. Les excré- 
mens pouilés vers la partie fupérisure venant 
à retomber, abailTenc la valvule fupérieure Se 
par eux-mêmes ferment plus exademenr le 
paiTage dans l'iléon. Les excrémens , de plus 
en plus fecs , moulés , font mus lentement par 
les mêmes caufes, DCCXL. dans tout le co- 
lon j qui fait deux contours , qui eft long de 
cinq a fept pieds , & dans lequel ils reftent 
aiTez long-temspour ne pas déranger les fonc- 
ions vitales 6ç,a autant moins de vingt-qua-' 



DE Physiologie. m 

tre heures , que les alimens reftent plus leng- 
terns dans les inreitins grêles. 

DCCVIIIL. Les excrémens enfin arrivent 
dans rinteftin rectum , qui d'abord eft inciKié 
en bas , puis un peu en devant, devient large 
& appiati 5 placé au-defTous de la veilie , ou 
du vagin avec lesquels il eft attaché , cepen- 
dant plus au vagin qu'à l'a veiïie. Les excré- 
mens féjournent long-tems §^ fouvent en 
grande quantité dans cet endroit lâche, en- 
vironné de vifcéres mois , de mufcles 6c de 
beaucoup de grailTe. 

DCCVIIL. La ilrudure de cet inteftin eft 
fort difîérente de celle de tous les autres. Il 
n'a uniquement en devant pour membrane 
externe que le péritoine, &c il eft arrêté en ar- 
riére vers l'os facrum par un tiim cellulaire 
fort étendu ÔC rempli de pluileurs glandes 
conglobces & de graine. Ses phics uiuica- 
leufes \0Tii beaucoup plus fortes que par- tout 
ailleurs , les lonc^itudinales fur-tout , qui , 
faites de lexpanfion de trois ligamens .^ fe 
diftribuent d'abord d la face antérieure, en- 
fuite vi tout l'inteftin , qu'elles dilatant, lorf- 
que les excrémens fe préfentent , & qu'elles 
refferrent, lorfqu'ils font fortis. Il a auiîi des 
fibres tranfverfes , fortes, & leur dernier an- 
neau ovale &: gonllé forme ce qu'on appelle 
le fphincîer interne , qui ferme e'xaélemenc 
l'orifice de l'anus. 

DCCVIL. La membrane veloutée , trcs- 
poreufe & inégale par fes rides tendres, dif- 
pofées en polygones , réticulaires , a aulli 
quelques finus particuliers , car la partie de 

K iij 



2.11 ^ ÉlÉMENS 

l'inteftln In plus proche de la peau & de Ta- 
ri hce inférieur forme un cercle blanc , ferme 
& valvuLiire. Les rides longitudinales fe ter- 
minent fur cet anneau , cependant en s'y cour- 
banc ôc s'approchant les unes des autres, en 
fof me de cercle. Des Ilnus creux dans leur 
partie fupérieure font renfermés entre ces 
plis y ils font plus profonds â la partie infé- 
rieure. C'eil dans leur cavité que s'ouvrent 
les canaux de grolFes glandes muqueufes : les 
glandes fébacées qui environnent l'anus , em- 
pêchent que les. excrémens ne le blelfent par 
leur dureté & leur acreté. 

DCCVL. L'anus a encore des mufcles pro- 
pres. Le Spiui^cTEïk externe eft large , charnu , 
compofé de deux plans de fibies demi-ellipti- 
ques, quifecroifent vers le coccyx & les par- 
ties génitales , & fe jettent en cet endroit par 
d^s faifceaii:: ^haiiïus, dans une fubftance II- 
gamenteufe ôc cellulaire qui defcend dii^coc- 
cyx. Ils fs perdent de même par des.trouf- 
feaux femblables dans la peau de périné ôc 
par trois autres paquets plus forts , un moyeiï 
6c deux latéraux , fur l'accélérateur ôc le 
bulbe de l'uretère , dont les latéraux fervent 
autant de releveurs que de fphindber. Les fi- 
bres du fphindter venant donc à fe redrelTec 
entre la partie antérieure Ôc poftérieure qui 
leur fert de point d'appui , elles ferment l'a- 
nus qui eft placé entre elles. Le fphinéler in- 
terne eft uni à Texterne par quelques fibres , 
afin qu'il agi^Te avec lui. Cette adtion eft vo- 
lontaire ôc n'eft pas continuelle. En effet la 
petiteiFe de l'orifice de l'anus j comparée avec 



D E Ph Y s I O L O G I £. llj 

la grandeur de l'inteftin , les rides qui fe ré- 
pondent les unes aux autres , DCCVilL. la 
force des fibres tranfverfes du fphinder in- 
terne 6c la veflie qui eft delTus, paroilTenr ref- 
ferrer naturellement l'anus. 

DCCIVL. Les re/eveurs ont un autre ufage. 
Ce font des mufcles très- larges & compofés 
de différens plans de fibres , qui defcendent 
par un plan large encre les os ifcliion oppofés, 
& placés audeÏÏbus de l'inteftin redlum & de 
la velîie , foutiennent l'un ôc l'autre pour em- 
pêcher le reélum de defcendre & de refter 
ouvert. Ces mufcles , outre cela , réunis avec 
le fpinder par des fibres qui s'y perdent, 
peuvent écarter fes fibres , ouvrir l'anus ; 
mais ils peuvent l'élever en même tems 
&,le foutenir pour l'empêcher de tomber 
pendant que les excrémens font rendus. 
Ces mufcles tirent leur origine , comme on 
le fçait , de l'épine de l'ifchion , de la fyncon- 
droie des o^ pubis , de la partie de cet os qui 
envH'onne le trou ovale ,& enfin de la partie 
de rifchion qui eft antérieurement au-defTus 
de fa tubéronté. Ils fe réuniftent au-delTous 
du coccyx, & s'y attachent par plufieurs fi- 
bres. 

DCCIIIL. Toutes les fois donc que les ex- 
crémens feront en grande quantité dans le 
reâum , qu'ils l'incommoderont en l'irritant 
par leur poids Se par leur âcreté , qu'ils feront 
pareillement incommodes aux vifcéres voi^ 
fins , un mouvement volontaire les forcera de 
fortir par l'étroit paffage de l'inteftin en- 
tr'ouvert , DCCVL. de même que l'adion da 



224 É L É M E N S 

diaphragme , qui concourt à TefFort , en ce 
que porré vers le bas par une grande force, il 
détermine en bas les vifcéres du bas-ventre 
xempli, auxquels les mufcles du basvencre 
aulîi contradés oppofent une réfiftance, & il 
pouiïe ce qui eft contenu dans la veiTie ôc le 
redtum dans l'ouverture inférieure formée en- 
tre les os du baffin , où il y a moins de ré- 
iiftance. Lorfque les excrémens ont forcé le 
pafTage étroit de l'anus , l'adion du diaphrag- 
me cqïTq & ils font poudrés au dehors par le 
feul mouvement périftaltique de l'inteftin. 
l.es excrémens pouiïes dehors , l'inteftin fe 
rerire au moyen de fes fibres longitudinales , 
ôc l'anus reiTerré par l'un & Tautre fphindter , 
ferme fon orifice aulii cxadement qu'il l'étoit 
avant cette adion. 



CHAPITRE XXXII. 

Des Reins ^ de la Vejp,e^ d&VUrïnc^ 

DCCIIL. J_jE chyle réforbé dans le fang con- 
tient beaucoup d'eau, dont la proportion feroic 
trop grande dans le fang, & qui feroit trop 
promptement dépofée dans le tiiTu cellulaire, 
il elle n'étoit évacuée. Une partie s'exhale 
donc par la peau , CCCXL. & une autre , 
auflî grande & quelquefois plus, iè filtre par 
les reins & fort du corps par cette voie. 

DCCIL. Nous appelions reins deux vif- 
céres placés derrière le péritoine 5 fur les paj- 



DEPHYSIOLOCli!. 2.1 j 

lies latérales de l'épine du dos , couchés fous 
le diaphragme ôc fur le pfoas Ôc le quarré des 
lombes , de forte cependant que le rein droit 
QÎi ordinairement un peu plus bas Ôc un peu 
plus poftérieur. Le rein droit a a fa partie an- 
rérieure le foie fupéri^ui-ement , DCLXXII. 
puis le colon ôc les inteilins ; le gauche a la 
rate, l'eftomac, le pancréas & le colon. Ils 
font attachés par d^s replis du péritoine au 
colon j au duodénum , au foie, à la rat&. Leur 
figure eft convexe extérieurement, chacune 
de leur face eft applatie , demi-elliptique , 
concave intérieurement , inégalement divi- 
fée en extrémité fupérieure , plus épaiffe ôc 
longue 5 Se en inférieure plane & grcie. Leur 
membrane externe , ferme Se folidej ed extrê- 
mement adhérente. Il y a toujours entre cette 
membrane & le péritoine de la région lom- 
baire, une très-grande quantité de graille qut 
environne par-tout le rein , comme une ef- 
péce d'écorce. i 

DCCL. Les vaineaux des reins font très- 
gros, tant les artères qui prifes enfemble font 
plus groOTes que la méfenterique fupérieure ^ 
que les veines. Les artères fortent de ràorte 
au-defTous de cette méfenterique ; "elles ne 
font paS: toujours les mêmes \ la gauche ed 
cependant plus courte, la droite plus longue , 
l'une 6c l'autre font afTez fréquemment dou- 
bles , triples , quadruples. De ces artères 
naiiTent les artères capfulaires inférieures y les 
adipeufes qui fe ditlribuent à Técorce graife 
du rein , DCCIL. Se affez fréquemment les 
fpermauques. Cette. graine iecoit plus oral- 



iv Y 



llS É L É M E N s 

n.iirement de petits rameaux des fpermati- 
ques & des lombaires , que le rein même. 

DCCLI. Les veines font grofTes, fur- tout 
la gauche j elles varient moins que les artères, 
La droite ne fournit fouvent aucun rameau^ 
elle eli courte ôc cachée ^ la gauche reçoiç: 
toujours la veine fpermatique , la capfulaire 
ôc la dernière ramihcation de la veine a\igos 
de ce côté. Elle eft très-grolfe 6c tranfverfe- 
dans une grande étendue , elle fuit l'inteftin 
duodénum devant l'aorte. L'une & l'autre 
artères, & l'une & l'autre veines viennent des 
grands vailfeaux , en formant un angle aiga 
en bas , &: avant qu'elles fe diftribuent au 
rein , elles fe divifent en plufieurs rameaux.. 
Le palTage très-libre du fang des artères réna- 
les dins les veines, eft démontré par la facilité 
avec laquelle l'eau , la cire , l'air palfent par 
cette voie. On trouve des vqixiqs lymphatiques 
a(ïèz groifts dans la région des veines rénales y 
elles donnent nailfance au réfervoir du chyle , 
DCCXXV. Se palfent pour recevoir les ra- 
meaux qui fe diftribuent fous la membrane- 
externe du rein. 

DCCLIL Les nerfs qui fe diftribuent aux 
reins font petits '& nombreux. Ils viennent 
du grand plexus , parfemè de part & d^autre 
de ganglions, que forment les filets du grand 
ganglion femi-lunaire5.& s'unifîentavec àès 
rameaux de la branche thorachique du nerf 
intercoftaL Ils entrent dans les reins^ avec l'ar- 
tére, &c ils fburniiTent auilî les nerfs niéfen- 
reriques moyens, DCCXIL. & les fpermati^ 
^ues Ces nerfs étant puetits , les reins ^ir 



DE P H Y S I O t O (S ï î. 227 

peu de fentiment. Comme ils environnent 
l'artère en formant autour d'elle un plexus ^ 
on comprend facilement comment à l'occar 
fion de certaines paffions , il fe fépare en peu 
-de tems beaucoup d'urine , & comment celle 
qui éroit naturellement épaifle & en petite 
quantité , fort en grande abondance & fort 
aqueufe. 

DCCLIII. On remarque à la partie fupé- 
rieure du rein une capfule rénale glanduleufe, 
du genre des conglomérées , triangulaire , 
adhérente au foie, â la rate , au pancréas , au 
diaphragme & au rein par autant de filets, 
eave en dedans , comme une efpéce de ven- 
tricule qu'on en peut féparer , remplie d'un 
liquide d'un jaune rouge , fluide , prefque 
fanguin ; elle eft grande dans le fœtus & plus 
grande que le rein \ elle ne croît pas de mê- 
me dans l'adulte. Ces capfules ont plufieurs 
artères , qui font de trois fortes ; les fupé- 
.rieures viennent ^qs diaphragmatiques , les 
moyennes de l'aorte , les inférieures des ré- 
nales. Elles ont une grande veine de chaque 
côté \ la droite fe vuide dans la veine-cave , 
la gauche dans l'émulgente. Cette veine en 
formant plufieurs rameaux , fe porte nue fuj; 
la furface polie du petit ventricule , dans le 
fîllon qui divife la capfule. On ne fçait pas 
leur ufage, quoique leur proximité des reins, 
fi confiante dans plufieurs animaux , perfuade 
qu'elles font de quelque ufage pour les reins, 
iur tout dans le fœtus. Elles n'ont aucun con- 
duit excréteur & on ne voit point de oores aa 

Kv) 



228 É L É M É N S 

moyen defqaels leur fuc puKfe pafTer dans les 
veines. ♦ 

DCCLIV. La ftradture interne des reins efi: 
afTez fimple &c affez connue. Les vaifTeaux fe 
diftribuent entre leurs parties fupérieure Se in- 
férieure 5 Se fe plongent dans leur chair ; ils 
font enveloppés d'une gaine cellulaire , & fe 
divifent en plufieurs rameaux, qui fe termi- 
nent dans ceux du bafîinet. De laces vailTeaux 
fe portent aux papilles, Se après avoir fait 
des arcs entre elles , elles fe diftribuent à l'olri- 
gine des papilles , d'où part une infinité de 
petits rameaux , dont les uns vont entré les 
intervalles des papilles , Se aux papilles , les 
autres fe portent vers la circonférence externe 
du rein Se quelquefois même à la graiflfe en 
perçant la membrane du rein , & s'y changent 
en rameaux: menus- , ferpentans, qui en fe 
réfléchifTant vers cet endroit diftinét du rein, 
où le petit tronc de Tartére prend naiiTance , 
s'étendent infenliblement en petits vaiiïeaux 
droits , mais vifibles , dans lefquels ils dépo- 
fenf l'urine. La cire , l'eau Se l'air imitent af- 
fez facilement la fécrétion qui fe fait par ces 
artères , Se pa(re des artères rénales dans 
l'uretère. Dans ces papilles , Se vers leur ori- 
gine 5 font des petits corps arrondis, que des 
Aiiatomiftes modernes regardent comme des 
glandes , qui produifenr les conduits propres , 
urinaires , plus étroits que les artères. Plu- 
lîeurs artères fe portent parallèlement entre 
ces petits conduits. 

DCCLY. Ces vaiffeaux urinaires coriver- 



DE P H Y S I OL O G I E. lii> 

gent infenfiblement en forme de rayons , 6c 
fe lamaiTeni: en un trouffeau qui , gagnant ïa 
cavité du rein , fe termine en papille ronde , 
dont la convexité eft remplie de pores, c'eft- 
à dire, des orihces des vaillèaux dans lefquels 
l'urine féparée defcend. Le nombre de ces pa- 
pilles eft indéterminé ; elles font cependant 
quelquefois au nombre de treize & plus , & 
on les a vues fimpîes , triples , & enfin qua- 
druples. Elles font 11 diftindes dans le fœtus, 
que le rein paroît fait d'autant de petits reins, 
unis par un tiffu cellulaire lâche, dont chacun 
a fon écorce compofée par de petits vailTeaux 
ferpentatis &: a un amas de vailfeaux urinaires 
redilignes. Les papilles font réunies par un 
tilTu cellulaire plus ferme dans l'adulte & ne 
forment qu'un feu l rein; cependant le rein 
recouvre à peu près la ftrudture qu'il avoir 
dans le fœtus , n on rend le tiffu cellulaire 
plus lâche j en injectant de l'eau dans fes 
vaifleaux. Le rein eft , toutes chofes d'ailleurs 
égales , plus grand dans le fœtus. 

DCCLVL On remarque autour de la fail- 
lie que fait chaque papille une membrane 
lâche , diftinde & fpatieufe qui lui fert d'en- 
veloppe, de forte que la papille eft placée 
dans le tuyaux creux de cet entonnoir cylin- 
drique. Deux & quelquefois trois de ces 
tuyaux concourent avec leurs fernblables , 8c 
il le produit de cette façon trois troncs creux , 
qui par leur réunion , mais au-delà du rein, 
forment un feul canal, conique, qu'on ap- 
pelle le baftinet. 

DCCLYII. Le fang de lartére rénale eff 



IjO É L â M K K s 

regardé comme moins mobile que celui dtt 
cerveau, & il eft peut-être rempli d'une plus 
grande quantité d'eau ; porté par les petites 
artérioles rempantes du rein , il dépofe une 
grande partie de fon eau dans les vaiflfeaux 
redilignes des papilles , de même que Thuile 
qui eft intimement unie à cette eau , lés fels, 
& ce qu'il y a de liquide plus atténué. Le 
diamètre des coaduits urinaires dans leur 
origine & leur ferme réfiilance paroiffent ex- 
clure l'huile grofliére^le chyle &lalymphe coa- 
gulable. C'eft ce qui fait que lorfque le mou- 
vement du fang eft accéléré, la partie rouge 
paiïe facilement par ces tuyaux , & que lorf- 
quà la fuite de quelque maladie ils devien- 
nent lâches , ils laiffent palTer la graifife , le 
lait même , les fels des alimens & les boif- 
fons. Le feu & la pourriture font devenir l'u- 
rine alkaline & enfin volatile. Elle eft intime- 
ment unie avec une huile en partie empireu- 
matique, jaune, volatile y Se en partie très-te- 
nace , qui s'en fépare lorfqu'on vient a pouf- 
fer le feu au dernier degré , & forme le phof- 
phore ; 6c enfin d'une quantité de terre plus 
confidérable que Hans auame autre liqueur 
humaine. L'urine récente contient au$ An 
fel marin , de après une longue pourriture , 
on le découvre «ncore dans le phofphore y 
quoiqu'une grande partie foit convertie en 
alkali volatil. Il y a au(îî un acide , analogue à 
l'acide vitriolique , & d^ns l'homme , & dans 
les animaux. Paj la chaleur Turiiie fournit 
aufîîun f^lfufible. Pendant la fièvre la portion 
d'huile & de fel & racrimoiûê augmemenr. 



DE PhYSIO L ^ G I E, Z^t 

PCCLVIII. L'uretère continue au baffinety 
fait avaiîcej: l'urine qu'elle a reçue par la force 
ties vifcéres qui font fuués deifus , par celle 
des mufcles du bas- ventre & des lombes, &c 
par le mouvement du fang qui k prefle par 
derrière , ôc enfin par fon poids. L'uretère eft 
recouverte par le péritoine j elle eft enfuite 
formée d'un tifTu cellulaire, d'une membrane 
mufculaire foible & difficile à appercevoir , 
d'une féconde membrane cellulaire , d'une 
membrane nerveufe blanche de ferme, d'uA 
troifiéme tilTu cellulaire, & d'une membrane 
interne qui eft très-polie , peut-être poreufe 
&glanduleufe intérieurement, & en géné- 
ral médiocrement irritable dans toute fon 
étendue. Le diamètre des uretères eft différent 
dans différentes parties. Elles defcendent le 
4ong du pfoas au-delà des grands vaiffeaux 
iliaques , viennent dans le baffin derrière la 
veiîîe , au point de réunion de la partie deC^ 
cendante de la veflîe avec là tranfverfe , Se 
obliquement entre (es fibres charnues & la 
tunique nerveufe , en fe contmuant intérieur 
rement entre cette membrane ôc la veloutée y 
elledefcend au loin en dedans & s'ouvre dans 
la veffie par un orifice coupé abliquemenc» 
Elles n'ont aucune valvule dans leur trajet 
ni à leur embouchure. Il defcend de l'endroit 
oià elles s'inférenî vers le verumontanum un 
repli épais formé par la membrane nerveufe, 

DCCLIX. L'urine ne paraît pas tenir d'au- 
tre route j car quoiqu'il foit certain qu'il fe 
fafle une exhalation à travers reftomac y de 



1^1" Élémens 

me me qu'à travers les autres membranes , & 
que les expériences iemblent prouver que la 
vedie foit iufceptible d'mhalation , &c quoi- 
que l'eau 6c les liqueurs aigrelettes palFenc 
très promptement , il n^y a cependant pas 
pour ceLi d'autre voie que les uretères , qui 
portent l'eau desalimens à laveilîe. En efïec, 
la velîieell: féparée de toutes parts de la cavité 
de l'abdomen par le péritoine^ 6c il n'eft pas 
certain que les vapeiirs qui fortent de la vef- 
fie ou qui doivent la pénétrer , trouvent dan^ 
le péritoine des pores ouverts ^ d'ailleurs lés 
membranes déjà mouillées & faulées cThu- 
meurs n'en attirent pas beaucoup ; & l'obrer-- 
vation fcrupaleufe de la manière dont les 
eaux médicamenteufes feféparent par les uri- 
nes , fait voir que cela ne fe paife pas aaiffi 
vite qu'on l'auroit cru d'abord. Le froid que 
caufe cette eau par fapréfence, produit le mi- 
me effet que le froid extérieur fur la peau \ 
6c la vellie en eft excitée au point qu'elle là- 
clie l'urine , non pas celle qui vient de cç 
qu'on a bu en dernier lieu, mais Turine an- 
cienne & qui â été féparée auparavant. La 
grandeur des vailTeaux des reins fait voir qu'il 
ïe préfenre aux reins prefque la huitième par- 
tie de tour le fang, & que par conféquent il 
fe porte plus de mille onces de fang vers les 
reins dans l'efpace d'une heure ; enforte qu'il 
ne doit donc pas paroitre étonnant qu^il 
puilTe fe féparer du fang pendant ce rems 
environ foixante 5c dix onces d'eau. Il eO: 
d'ailleurs conftanc que l'homme &c les ani- 



DE Physiologie. 255 

maux 5 dont ies uretères font liées Ôc obf- 
truées , périiTent , ôc qu'il ne fe trouve pas 
alors d'urine dans la velïie. 

DCCLX. La veflie eft placée dans le petit 
baffin , qui eft comme une appendice de l'ab- 
domen ; elle eft environnée d'os prefque par- 
tout , bornée cependant inférieurement & 
fur les côtés uniquement par des mufcles. 
Elle eft placée dans cette cavité , de façon 
qu'elle eft unie par Beaucoup de tiftu cellu- 
laire avec les os pubis , d'où elle reçoit le pé- 
ritoine , qui la recouvre un peu à fa partie 
antérieure & defcend tout le long de fa par- 
tie poftérieure , prefque jufqu au commence- 
ment de l'uretère, d'où elle va gagner le rec- 
tum , ou la matrice dans les femmes. On re- 
marque derrière la vefîie , l'inteuin redluîri 3 
les vèficules feminaircs , les proftates ôc les 
releveurs de l'anus. Elle eft très- longue &c co- 
nique dans le fœtus ^ elle fe préfente au deiTus 
des os pubis ^ à peine la voit-t-on au-defTus 
de ces os dans les adultes , même lorfqu'on 
l'a fouftlée , parce qu'alors le ballin eft , pro- 
portion gardée, plus grand ôc plus profond. 

BCCLXI. Ce réfervoir eft en général d'une 
figure ovale , cependant il eft plus plat anté- 
rieurement , plus convexe poftérieurement , 
fon extrémité inférieure eft obtufe , fore ap- 
platie &c large dans l'etldroit où elle s'appuie 
fut l'inteftin rectum. C'eft la figure de la 
veftie dans l'adulte ; elle eft prefque cylindri- 
que dans le fcètus & dans les femmes qui ont 
eu beaucoup d'enfans , elle s'élargit fi fort fur 
les côtés , qu'elle repréfente une efpéce de 



134 É L É M E N s 

tétracdre rond donc la fedtion efl: triangulaire. 
Ce changement paroît produit par le poids de 
l'urine qui comprime les parties inrérieures 
de la veifie , 1 étend en largeur , & la rend 
ainfi plus courte &c plus large. 

DCCLXII. Sa ilrudure e(l la même que 
celle de tous les grands réfervoirs. La pre- 
mière membrane ell cellulaire , lâche Se gralTe 
en devant, un peu moins dans fa partie podé- 
rieure , par laquelle elle s'unit aufli avec le 
redcum. On remarque au-deflTous de ce tilru la 
membrane mufculaire y qui eft très-difficila à 
décrire, faite de fibres capables de fe contrac- 
ter , pâles & rangées par différens paquets en 
forme de réfeau , non continus , mais inter- 
rompus par difFérens efpaces , dans lefquels 
on voi.t [a membrane nerveufe nue. Les nbres 
de la principale couche font longitudinales, 
viennent de la partie antérieure de la proftate 
& font quelquefois fi bien unies à la fyncon- 
drole des os pubis , qu'elles paroilfent en tirer 
leur origine. Elles montent en s'élargilTant 
vers Textrêmité fupérieure conique de la vef- 
iie ; elles palfent de là vers la partie pofté- 
rieure , où elles s'élargiffent confidérable- 
menr , & fe terminent enfuite dans la prof- 
tate ; elles s'écartent cependant diverfement 
fur les parties latérales de la veiîie , & les 
plans antérieur & poftérieur s'y confondent. 
Ces fibres doivent néceflTairementabbailïerla 
veiîie & par conféquent pouffer l'urine vers le 
fond. 

DCCLXIIL La direcflîon des autres fibres 
eft diiEcile à déterminer \ elles rempliiTent les 



DEPHYSlOLOGIEr 235 

intervalles des premières j elles viennent 
poftérieurement des proftates ; elles montent 
en fe courbant , Ôc forment une couche tranf- 
verfale profonde > tant antérieurement que 
pofl.érieuremenr. 

DCCLXIV. On remarque au-deflbus de h 
membrane mufculaire un beau tilTu cellu- 
laire , qu'on peut Souffler , qui eft plus tendre 
& plus mol que dans les inteftins. Au-deirous 
eft la membrane nerveuje , continue à la 
peau , femblable à celle de l'eftomac ; la 
membrane veloutée eft moins apparente , plus 
difficile à féparer de la nerveufe , trcs-mu- 
queufe , plitrée en différentes rides d'une di- 
reclion indéterminée. On apperçoit dans cette 
membrane , non pas toujours facilement, les 
pores àQ% cryptes qui verfent un gluten vif- 

BCCLXV. Les vaifTeaux &: les nerfs qui fe 
diftribuent à la veflîe, viennent des mêmes 
endroits que ceux ^^s parties génitales^ nous 
en parlerons en en faifantladelcription. Le ré* 
feau principal eft fîtué dans le premier ti(Tu 
cellulaire \, on en reniarque un autre dans le 
fécond. Les artères exhalent & s'ouvrent dans 
la membrane veloutée ; on en a une preuve 
par les injc6tions anatomiques ; les veines 
abforbantes s'ouvrent de même , & ce font 
elles qui caufent l'épaiiliftement de Turine 
confcrvèe dans la veftie > de même que fa 
plus grande couleur. La velîie eft d'un fenti- 
ment aftez délicat , de forte qu'elle fent tou- 
tes les liqueurs qu'on y injede, & qu'elle ne 
fouffre que l'urine faine. On fait voir facile- 



1^6 É L È M E N s 

ment des vai(reaLixlyniphariques dans le pre- 
mier ti(îu cellulaire , mais ils piennenc peut- 
être leur origine d'ailleurs , ôc de l'inteiliii 
qui en eft voifin. 

DCCLXVI. L'urine tombe infenfiblemenr, 
par un fil continu , dans la velïie j on en a eu 
des exemples dans dQS maladies 6c dans des 
cas extraordinaires dans lefquels l'extrcmité 
de Turetere étoit vifible , elle y féjourne &c 
devient plus acre ôc plus rouî^c , une portion 
de Ion eau étant repompce , juiqu a ce qii irri- 
tant par fa malfe éc par ion acrimonie la tex- 
ture fenfible de la vefîîe, elle eft chalfée pre- 
mièrement par le mouvement du diaphragme 
& des mufcles de l'abdomen , qui , Jorfque 
l'homme eft debout , comprime & poulie les 
inteftins contre la veftie \ l'urine fe fait jour 
par un panTa-e étroi: ^ embarr?.^é ; Zc cnfuite 
au moyen du mouvement périftaltique des 
ifîbres mufculaires contradées de la veflie , 
DCCLXIII. Delà rifchnrie parla tropgrande 
dilatation de la velîie , le reilort de fes fibres 
mufculaires étant détruit. 

DCCLXVII. Un canal continu à la vefîie & 
qu'on appelle urethre , dont la membrane in- 
terne eftmanifeftement continue à l'épideniie 
& environnée de beaucoup de tiflfu cellulaire, 
formé par une membrane nerveufe folide , 
fort par un orifice étroit delà partie antérieure 
du fond de l'extrémité arrondie de la veille. 
Le diamètre & la diredtion de ce canal va- 
rient; il fe porte antérieurement en fortant 
entre les branches écartées des os pubis , en- 
iiiiteil remonte contre leurfymphife \ il e(^ 



DE Physiologie. 237 

femblable à la trompe d'un éléphant , & il 
s'incline enfuite en bas. il eft court j droit, ÔC 
tranfve.rfe dans les femmes. 

DCCLXVIII. La Glande prqftate renfer- 
me d'abord de tous côtés l'urethre , qu'elle 
lailTe enfuite nue pendant un petit efpace 'y 
après quoi on obferve inférieurement d'abord 
le bulbe de l'uiethre , qui enfuite l'environne 
fupérieurement de toutes parts. Les corps ca- 
verneux de la verge, litués au-delFus & laté- 
ralement , forment en sunillant un (1 lion in- 
férieur, dans lequel l'urerhre s'infinue j ils 
augmentent fa force , & entretiennent ainfî 
ce canal conftamment ouvert. L'uretiire eft 
rrès-large en fortant de la veille, elle devient 
conique en approchant vers la proftate j elle 
eft cylindrique dans fa partie libre , plus large 
au commencement du bulbe, enfuite cylin- 
drique le long de la verge , & elle s'élargit un 
peu vers la fin. 

DCCLXIX. Ce canal eft dirigé dans fon 
adtionpar des mufcles qui lui font propres ^ 
ou voifins. D'abord dans les femmes on re- 
marque manifeftement vers l'origine de Tu* 
rethre des fibres placées tout autour, qui en 
général font tranfverfes , de façon qu'elles 
s'entrecoupent différemment \ elles ont un 
point d'appyi dans le vagin , èc elles font ma- 
nifeftement la fondion d'un fphinder , c'eft- 
à-dire , qu'elles abbailTent le canal à l'orifice 
duquel elles font placées & qu'elles le ferment, 
malgré la réfiftance qu'elles trouvent dans la 
contraârion du vagin Ôcxlans le fphinder de 
l'anus. On remarque dans l'homme de fem- 



2^3 Élémens * 

bîables fibres tranfverfes , mais qui fe con- 
fondent dans un arc tourné en haut , elles fe 
portent vers la velïîe dans i'endcoit où elle efl: 
unie avec la proftate , recouvrent fes fibres 
longitudinales , <3c la proftate j elles font pro- 
pres à la veflîe. 

DCCLXX. Le rekveur de l'anus paroît auflî 
élever Turethre vers les os pubis & par conié- 
quent la fermer j S<. l'accélérateur , en fe con- 
traârant , paroît fermer exadtement la vefiie 
daris l homme vivant , en agiffant avec le 
fphinder , & arrête 1 urine même pendant 
qu'elle coule ; de forte qu'il n'eft pas douteux 
qu'une tenfion modérée de ce mufcle peu: 
contribuer à retenir l'urine. 

DCCLXXI. Ces eau fcs & le poids de l'u,- 
rine qui preiTe en bas plutôt vers le fond, der- 
rière l'oriface dei'urethie , & contre l'inteftin 
redtum , que vers l'orifice & l'origine de l'u- 
rethre , font que l'urine eft retenue dans la 
veiïie, même dans le cadavre ^ & qu'elle ne 
5'en écoule que par un effort capable de com- 
primer la veifie. Cette force , DCCLXXVI. 
pouife 1 urine avec une vîrefle d'autant plus 
grande , qu'elle fort d'un grand réfervoir par 
un petit canal , & qu'elle foulage le corps , 
lorfqu'elle en eft fortie. Les dernières gouttes 
qui reftent vers le fond du bulbe & qui y font 
arrêtées par leur propre poids , en font chaf- 
fées par les mufcles accélérateurs , qui for- 
ment une gaine mufculaire, forte , qui envi- 
ronne le bulbe , dont les fibres penni formes 
fe réuniftent vers la partie baOTe & moyenne 
du bulbe 3 fe terminent antérieurement par 



dePhysiologib. 2^9 

deux tendons fur les corps caverneux de la 
verge , & s'attachent au l'phinder de l'anus 
par trois tiouiïeaux , dont deux font latéraux , 
6c un moyen. Ce mufcle , ayant alors afFermi 
&c fermé le fphindler ^ élevé en haut le bulbe 
& exprime avec force par des fecoulTes alter- 
natives fur l'urethre les plus petites gouttes 
d'urine. 

DCCLXXII. Uurine étant acre & la mem- 
brane de l'urethre très-fenfible , êc l'air pou- 
vant y entrer , la nature a mis ce canal â cou- 
vert de ces injures par une grande quantité de 
mucus qui s'y amaife. Outre les fources de la 
velïîe, Ce mucus eft encore produit par deux 
glandes conglomérées , fituées de part & d'au- 
tre dans l'angle du bulbe de l'urethre & des 
corps caverneux , dont le conduit fe porte 
obliquem.ent & fort au loin dans l'urethre , 
dans laquelle il s'ouvre au devant du bulbe. 
L'urethre eft d'ailleurs pleine de iinus mu- 
queux , cylindriques , dont pluiieurs defcevb- 
dent vers le gland ; quelques-uns ont une di- 
redion contraire , dans les parties latérales 
defquels de petites cryptes paroiiTent dépofer 
mi mucus fluide 6c doux. Les plus grands de 
ces iinus font diipofés le long de la partie 
fupérieure de l'urethre , avant l'origine du 
bulbe , jufqu'au gland. Il y en a de plus petits 
qui font entremêlés avec les grands, 6c font 
fitués fur les parties latérales. On en remarque 
aulîi plufieurs dans les femmes, 6c elles font 
plus grandes , quoique l'urethre foit plus 
courte, fur-tout dans fa fortie. 

DCCLXXIIL La propreté néceffaiie poijr 



140 É L É M E N s 

la vie humaine detiiandoic que rurlne féjour- 
nât j ôc i'urine ne devoir pas feulement ftpa- 
rer du fang l'eau fuperflue des alimens qui eft 
une urine fournie par les liqueurs que l'on a 
bues, B.11Q , aqueufe & qui retient quelque- 
fois un peu de l'odeur & de la couleur des 
alimens , mais qui devoir évacuer l'huile 
rance ôc enfin la terre des parties folides dé- 
truites. Cette urine du fang ell: jaune, fétide, 
acre, lorfqu'elle efl: rendue long- tems après 
avoir bu ôc fur-tout après le fommeil. Cette 
urine trop long tems retenue caufe la mort, 
le cerveau même en étant corrodé. Mais l'une 
ôc l'autre utilités qui fe trouvent réunies en ce 
point, n'ont pu nous mettre à couvert des 
maladies , parce que l'urine fe repofant , dé- 
pofe continuellement fa terre, qui s'unilfant 
avec d'autres nouvelles couches , forme la 
pierre. Il paroît cependant par l'exemple de 
plufieurs peuples qui ne font pas fujets à la 
pierre , que le mucus très- léger de la vefïîe 
nous en met afTez à couvert , à moins que les 
eaux ne foient fablonneufes Se pleines de ma- 
tière plâtreufe , -qu'on ne boive trop de vin , 
qu'on ne vive d'alimens trop vifqueux , ôc 
qu'on ne foit trop oifif. Les urines retenues 
trop long-tems contre les loix établies par la 
nature , 3c enfin les maladies des reins , peu- 
vent être les fources de la quantité de la 
terre qui forme la pierre , & de la réunion de 
(qs parties terreftres. 



CHAPITRE 



DE Physiologie. 241 



..i:-i— ^«M i M Ml T^. II UJ W— — ■^i.^ M ll Mlll . j 



CHAPITRE XXXIII. 

Dts Parties génitales de V homme, 

DCCLXXIV. JL E s vaifTeaux fperaiatiques 
font fort voilms dans leur origine de ceux des 
reins , dans prefque tous les animaux. Il fal- 
loit que cela fut ainfi, à caufe de la double uti- 
lité de l'organe propre à expulfer l'urine & la 
femence , & du rapport des parties génitales 
à l'intervalle de la partie fupérieure des cuif- 
fes 5 relativement à la propreté, à la pudeur , 
à la facilité de l'accouchement , de lejeélioa 
des urines , & à la force dans les efforts. 

DCCLXXV. La femence du mâle fe forme 
dans le tefticule ; elle eft dépofée dans les 
véficules féminaires \ elle eft dépofée air 
dehors par la verge ; elle eft tranfmife dans 
la matrice & féconde l'œuf ; nous fuivrons 
cet ordre dans rexpofition de Tufage des par- 

'•■.• r\ ' \ 1151 n • 




JépaidTeur du péritoine dans le fœtus; enfuite 
ils s'avancent peu à peu dans l'aîne , fous le 
péritoine -, enfin ils defcendent au-defïbus de 
l'aîne , dans l'âge parfait, leur fîtuation étant 
changée j peut-être par la feule force du 
poids , & du fang qui s'y diftribue. Ils reftent 
cependant quelquefois dans . l'aîne , même 
dans les adultes. Ils ont la figure d'un œuf , 
//. Fart, L 



241 Élémens 

dont rextutmité fupérieure efl aiguë Se l'in- 
férieure elt obcufe. 

DCCLXXVI. Les tefticules font recouverts 
de plufieurs enveloppes , 5c premièrement 
par le fcrotum , qui eft fait d'une membrane 
cellulaire , épaifife, vafculaire, fortifiée d'une 
membrane folide , extrêmement adhérente à 
la peau , qui par le froid & dans l'ade véné - 
rien paroît avoir quelque relTort , fans cepen- 
dant qu'on y puiflTe découvrir aucune fibre 
mufculaire ^ elle fe ride ordinairement lorf- 
qu'elle efl: en adtion de elle élevé les tefticules. 
Cette membrane cellulaire , qu'on appelle 
vulgairement Dartos , environne en parti- 
culier chaque tefticule , d'où fe forme une 
efpéce de cloifon par la réunion de ces deux 
facs , quand on les defTéché ; cette cloifon eft 
fo uvent imparfaite fupérieurement. 

DCCLXXVII. On remarque au dedans du 
dartos un tilTu cellulaire lâche , qui peut fe 
gonfler comme dans les autres parties , mais 
dans lequel il n'y a point de grailTe , fi l'on 
en excepte la çartie inférieure du fcrotum. 
Cette membrane étant ôtée, on découvre un 
mufcle 5 que l'on a appelle crémajîer à caufe 
de fon ufage , formé par quelques fibres du 
petit oblique du bas-ventre & par le tendon 
de l'oblique externe , que l'on appelle liga- 
ment , & quel-quefois par d'autres fibres qui 
viennent de l'os pubis ; il s'épanouit pofté- 
rieurement en une gaine : enfin il embra(Te 
de tous côtés le tefticule qu'il comprime ^ 
' ve 5c exprime. 



'1 



DE Physiologie. 241 

DCCLXXVIIÎ. Ou remarque au defTous 
un autre ciilu cellulaire continu au tiiTu fpon- 
gieux qui environne le péritoine, on lappelle 
membrane vaginale. Elle efl compofée de cel- 
lules beaucoup plus grandes que par toHC 
ailleurs , 6c qui peuvent s'enfler fucceflive- 
ment. Elle eft tellement féparée de l'autre par- 
tie, au commencement du tefticule,au-defrus 
de l'épididime , qui eft fur le tefticule proche 
l'anneau des mufcles du bas- ventre, que l'air 
qu'on y fouffle a de la peine à s'infînuer jus- 
qu'à cet endroit. Il y a entre cette membrane 
& la fuivante un efpace , dans lequel il s'ex- 
hale une vapeur & quelquefois de l'eau. La 
membrane interne eftappellée albuginée'^cWQ 
eft forte , blanche , fortifiée par la membrane^ 
qui renferme immédiatement la chair du 
tefticule. 

DCCLXXIX. Une artère , qu'on appelle 
fpermaûque , defcend de chaque côté vers le 
tefticule ; elle vient de l'aorte âu-deffous de 
l'artère rénale , quelquefois au-deiTas , ou de 
l'artère rénale même , ou à^s capfulaires. 
Cette artère , qui eft d'ailleurs la plus petite 
dans tout le corps , à proportion de fa lon- 
gueur, defcend en dehors devant le pfoas, 
donne des rameaux à la graiffe qui environne 
les reins , à l'uretère , aux glandes lom- 
baires , au méfocolon, au péritoine, & fur- 
tout à la graifTe qui fe trouve à la partie in- 
férieure du rein *, & fans cependaEtt être deve- 
nue plus petite , elle fe porte par un trajet 
ortueux derrière le péritoine , jufques vers 
l'anneau des mufcles du bas- ventre. Cet an- 

Li| 



244 É L E M E N s 

neau eO: uniquement formé par les fibres ten- 
dineuses 5 delcendantes du grand oblique , in- 
terrompues par un long écarrement caché en 
defTous ; pluiieurs des plus petites & inté- 
rieures le portent en s'élargiifant vers la par- 
tie moyenne de l'os pubis, & croifées en par- 
tie av.ec les fibres du mufcie de l'autre côté , 
elles forment It piller interne. Les autres fibres 
extérieures , plus fortes , diftinguées des pre- 
mières par i'écartement, s'implantent par un 
gros paquet dans la partie latérale externe de 
l'os pubis ; on les appelle les piliers exter- 
nes , dont différentes fibres s'étendent fur le 
fafcia-lata & dans l'aîne. La partie fupérieure 
de cette ouverture eft fermée eji partie par 
des fibres qui viennent du pilier externe , 
qui font coarbes & montent vers le pilier 
interne , qui eil plus foibie. Au-delTous de 
ces fibres éc par le refte de la petite ouverture 
qui eft fouvent divifée par un paquet de fi- 
bres tendineufes , defcend i'artére fpermati- 
que avec la veine & le canal déférent , la- 
quelle réunie par beaucoup de fibres cellu- 
laires forme un cordon cylindrique , qui fe 
proloni^e dans l'aîne , & de- là dans le fcro- 
tum , fournit plufieurs rameaux au mufcie 
crémafter , à la membrane cellulaire , à la 
cloifon , & êiQ^cQnà vers le tefticule en for- 
mant deux plexus , dont le principal fe rend 
à la partie moyenne & inférieure du tefticule, 
entre Tépididime & l'origine du canal défé- 
rent 5 & jette des rameaux tranfverfes à la 
membrane albuginée \ l'autre accompagne le 
canal déférent ^ fe termine de même à la 



DE Physîoloôie. I4f 

partie fLipérieure àa tefticule. Les artères épi- 
gâftriques jettent d'autres rameaux plus petits 
aux enveloppes du tefticule de d'autres des 
véficules féminaires fuivent le canal déférent» 
Elles communiquent l'une ôc l'autre avec les 
YâilTeâux fpermatiques. 

DCCXXC. Plufieurs de ces petites arté-- 
rioles fe jettent tour autour de l'épididime ; 
mais les plus grandes tranfverfes paient à tra-»- 
vers Taibuginée, vont, après l'avoir percée çà 
ôc là, dans Tintérieurdu tefticule , de fe dif- 
tribu ent par- tout dans fa fubftance , en par* 
courant beaucoup de petites cloifons mem- 
braneufes. Il n'y a pas ici plus déconnexion, ni 
d'anaftomofe plus grande entre l'artère fper- 
matique Se la veine que par-tout ailleurs ^ de 
on ne trouve point de fang dans les rameaux: 
placés entre î'albuginée Ôc le tefticule ; mais 
îe long trajet , le petit diamètre , les flexions 
tortueufes , le grand rapport des rameaux au 
tronc ,1a fraîcheur de la partie , font voir que 
le fang eft porté au tefticule , très-lentement 
& en petite quantité. 

DCCXIXC. La veine fpermatique droite 
rapporte le fang dans la veine-cave , de la 
gauche fe vuide dans l'émulgente ou dans 
l'une de Fautre ; la veine eft confidérablement 
plus grande que l'artère , dans fon tronc de 
dans fes rameaux ; elle l'accompagne , mais 
elle eft compofée de plufieurs troncs tortueux, 
entrelacés & formant un plexus très-long dans 
le bas-ventre même, qui embraftë l'artère ôc 
s'y continue jiifqu'au tefticule en. devenant 
peu a peu double comme l'artère. Oiy trouve 

L iij 



24^ É L E M E N s 

très-peu de valvules dans cette veine. Les en- 
veloppes externes des refticules reçoivent des 
artères des épigaftriques Ôc le Icrotum des 
crurales ôc du rameau interne , qu'on appelle 
honteufe externe ' elles fournident des vei- 
nes qui accompagnent les artères ôc qui fe 
vuident dans la faphene & dans la crurale. 

DCCXVIIIC. Le tefticule a plufieurs nerfs, 
qui font particulièrement d'un fentiment 
très-vif 5 de forte que les blelTures des refti- 
cules font fubitement fuivies de défaillances 
ôc de convullions. Les uns profonds viennent 
du plexus rénal Se fuivent les vaiiTeaux fper- 
matiques. Les autres plus fuperficiels fe dif- 
tribuenc aux enveloppes du tefticule &c vien- 
nent de la troiiiéme paire lombaire ôc des 
fuivantes. J'ai fouvent vu des vaifteaux lyni- 
phatiques dans le cordon fpermatique ; on 
croit qu'ils prennent leurs origines du tefti- 
cule Se ils fe mêlent avec ceux qui accomj)a- 
gnent les vaiiTeaux de l'aîne. 

DCCXVIIC. Le fang mu lentement Se 
en petite quantité , porté dans l'intérieur du 
tefticule par fes artères, DCXXC fe partage 
dans les plus petits vaifteaux auxquels nous 
imaginons par analogie que les vailfeaux qui 
portent la femence font continus , & dont les 
pelotons forment le tefticule. Ils font petits, 
rortueux , affez folides j leurs orifices font 
dans un très-petit rapport avec leurs mem- 
branes , Se ils forment plus de vingt pelo- 
tons, diftingués par des cloifons cellulaires 
qui viennent de l'albuginée au tefticule Se 
conduifent les artères Se les veines. Il y a dans 



DE Physiologie. 147 

cnaqiie cloifon un conduit qui reçoit la fe- 
mence des vaifTeaux fpermatiques. Ces con- 
duits , qui font au nombre de vingt &c plus , 
compofent un réfeau qui eft adhérent à la 
membrane albuginée , ôc ils s'uniflTent par 
différentes anaftomofes. De ce réfeau s'élè- 
vent vers la partie fupérieure .de l'épididime 
dix , douze , vingt vaiiTeaux ^ qui en fe con- 
tournant en différens plis , forment autant de 
cônes vafculaires : joints par un tiffu cellu- 
laire intermédiaire Bc pofés les uns fur les au- 
tres, ils forment la tête de l'épididime & il,s 
concourent peu après dans unfeul conduit. ^ 
DCCXVIC. Ce conduit unique , embar- 
raffé par une infinité de plis ôc de détours fer- 
pentins j dont on ne trouve aucun autre 
exemple , attaché par beaucoup de tilTu cel- 
lulaire, lâche & réuni par une membrane que 
lui fournit ralbuginée , forme l-épididime , 
qui eft un acceflToire du tefticule, qui cotoïe 
fon bord externe poftérieur , & eO: adhérent 
au tefticule par la partie la plus épaiflfe de fa 
tête & par beaucoup de tiifu cellulaire \ il lui 
eft en partie adhérent par fa partie inférieure , 
moyenne 5 plus mince; il efl: en partie libre 
& forme avec le tefticule un cul-de-fac. Le 
conduit dont l'épididime eft compofé , s'élar- 
gît peu à peu en defcendant; il eft très-large 
dans le bas du tefticule , de-la il monte fur 
lui-même dans la face poftérieure du tefticule, 
il étend infendblement (qs fpirales qui font 
déjà beaucoup plus épaifTes & prend alors le 
nom de canal déférent. Tel eft le chemin que 
la femence parcourt , lorfqu'elle eft pouiTée 

L iv 



^4^ É L E M E N 9 

parle mouvement du liquide qui la fuit de- 
puis le tefticule ôc peut-être par le crémafter, 
mais très-lentement , comme on a lieu de le 
préfumer par les replis merveilleux de l'épi- 
didime qui empêchent prefque toute efpéce 
d'injeftion d'y paiTer , ôc par le long tems 
qu'il faut pour réparer la femence', lorfque 
les véiîcules féminairesfontépuifées. 

DCCXVC. Le. canal déférent cylindrique 
eft formé d'une fubftance trèsépailfe , fpon- 
gieufe, contenue entre deux membranes , per- 
cé par un très- petit conduit , il monte vers le 
cordon des vailTeaux fpermatiques, paflfe par 
Panneau, DCCLXXIX. defcend dans le baf- 
iin , s'applique à la veflle , paffe entre les 
uretères , où il trouve un réfervoir au-defTous, 
compofé des deux parties , droite êc gauche , 
qu'on appelle véj7cules f^minaires. Ce canal eft 
couché intérieurement fur elles , jufqu'à la 
glande proftare , & dilaté dans fon trajet, 
courbé par un conduit ferpentin , il paroît cel- 
lulaire. Il s'unit à angle très-aigu , près de la 
proftare , avec un conduit conique qui vient 
de la véiîcale féminaire ^ & il fe décharge 
enfemble dans un conduit conique , qui fe 
plongeant à travers la proftate , écarté de fon 
femblabie en dehors, rétréci, s'ouvre dans 
i'uréthre par les deux orifices latéraux &. 
rrès-ctroits d'une petite éminence cave , gon- 
flée 5 à longue queue , appellée veru-monta- 
num. La liqueur que l'on injeéte dans le canal 
déférent d'un cadavre , pafte dans I'uréthre ÔC 
dans les véiîcules féminaires , mais ordinaire- 
ment plus promptement dans les véiîcules. 



DE Physiologie. 149 

Pendant la vie , la femence ne s'écoule jamais 
que dans l'ade vénérien , &c en conféquence 
ie conduit déférent porte toute la femence 
dans les véiicules , fans que l'angle rétrograde 
qu'il forme avec elle , la retarde. 

DCCXÎVC. On appelle véficule féminaîre 
un petit inteftin membraneux , ferme , iitué 
au-deffous de la veilîe , à laquelle il eO: uni 
par beaucoup de tifTu cellulaire , duquel for- 
cent dix inteftins aveugles , de même plus, 
dont quelques-uns font divifés en différentes 
loges 5 mais qui fe termine par un cul-de-fac 
conique. Ce petit inteftin eft tellement ref- 
ferré par beaucoup de tilTu cellulaire ferme , 
par les vaiiTeaux qui y font fîtués , de par le 
péritoine qui le recouvre, qu'il eft rama^flé en 
un peloton court ôc tortueux. Au refte, la 
flruàure de la membrane externe paroît avoic 
quelque chofe de mufculaire ; la membrane 
interne eft ridée de femblable à la miembrane 
veloutée des vaiiTeaux biliaires ; on dit qu'elle 
a des pores ôc àQS glandes , mais je ne les 
connois pas ; cependant elle a certainement 
différens enfoncemens. 

DCCXIIîC. La liqueur qui y eft dépofée , 
fort jaunâtre, fine Se aqueufe du teilicule; 
*î'le conferve ce même caradiére dans les vé- 
fîcules , cependant elle y eft plus vifqueufe Se 
plus jaune. Elle a une odeur particulière de 
forte dans chaque animal ; fon poids eft le 
plus confidérable de toutes les liqueurs hu- 
maines. Aucun animal , dont il y a deux fexes^ 
ne peut être fécondé , fans que la femence ne 
foit introduite dans la matrice. On çn z 

Lv 



250 É L É M E N s 

ignoré la raifon , jufqu'â ce que les mlcrof- 
copes nous eulTent appris que cette liqueur 
-dans riiomme de dans tout autre animal étoic 
remplie d'animaux vivans , femblables à des 
anguilles à groiTe tête , qui fe trouvent conf- 
tamment dans la femence des animaux fains 
depais l'âge de puberté &c jamais avant ce 
rems j on n'en trouve point dans la femence 
de ceux qui font impuiifans. On conçoit que 
ce font de petits animaux , par le mouvement 
différent , par la façon dont ils évitent de fe 
rencontrer , par le mouvement rétrograde , êc 
le changement de vîtelTe. On dit qu'ils dimi- 
nuent en vieilliffant , êc qu'ils perdent leurs 
queues. 

DCCXIIC. On a beaucoup douté de la 
vraie utilité de cqs petits animaux , dont on 
ne trouve point de femblabies dans aucune 
liqueur humaine ; mais préfentement on en 
a trouvés dans la liqueur du corps jaune , ÔC 
quelquefois dans les décodtions de les infu- 
fions des parties des animaux; plafieurs onten- 
feigné qu'ils fervent à l'irritation & à l'éguillon 
vénérien j d'autres allèguent d'autres raifons» 
Cependant la plus grande partie des Anatomif- 
tes s'accordent fur cette hypothéfe, que le ver 
féminal eft Torigine de l'homme , à peu ptès 
de même que le ver l'eft de la mouche. La 
grande reflTemblance de l'animalcule avec les 
premiers linéamens du fœtus fécondé , linéa- 
mens qui ne paroiiTent point à moins que la 
femelle n'ait été fécondée par le mâle , en 
font une preuve. Ce qui confirme encorecerte 
opinion ^ c'efi: que dans les animaux produits 



dePhysïolôgïe. 25Ï 

par l'accouplement de deux efpéces, le fœtus 
a plus de rapport avec le père qu'avec la mère; 
de façon même quelquefois que les maladies 
& les vices du corps fe confervent long-tems 
dans les familles en palfant ainlide génération 
en génération , de père en fils. Ajoutons , que 
les infectes fe développent alTez communé- 
ment de cette façon telle, que celle dans la- 
quelle le ver fe change en fœtus èc de-là en 
homme ; que les vers font les principes domi- 
nans dans tout le règne animal , Se que par 
conféquent ils doivent avoir quelque fonc- 
tion très-noble. 

DCCXIC. On dit beaucoup de chofes con- 
tre ce fentiment , dont les principales font 
tirées des preuves j qui feront expofées ail- 
leurs , fur la génération des parties du corps 
humain qui ne fe fait pas fubitement , mais 
peu à peu ; Se l'exemphe des animaux qui 
tiennent de deux genres 5 dans lefquels ily a 
beaucoup de chofes , èc du père ^ &: de la 
mère , de forte néanmoins que le corps en- 
tier ne paroît pas avoir été tracé dans quelque 
partie qui fe fépare de l'un des deux produi- 
fans. On a établi des doutes par rapport à la 
grande quantité de vers qui étoiept inutiles 
& defquels un feul fur un million eft fécondé, 
&; par rappart à la petitelTe du ver en com- 
parai Ton du fœtus Se de {q$ membranes. 

DCCXC. Tout bien examiné , la chofs 
paroît être entièrement obfcure . & il y a 
peut-être plus de vérité dans l'hyporhéfede la 
formation fuccefîive , comme on le voit par le 
changement certain qui fe fait dans des par- 

L vj 



1^1 Élémens 

ries de grande importance qui font fort diffé- 
rentes dans ie fœtus , & dans l'enfant naif- 
fant j du cœur fur-tout, qui d'un canal qu'il 
ctoit , prend la forme de deux ventricules ôc 
de deux oreillettes ^ de forte qu'un nouveau 
poumon 5 une nouvelle artère pulmonaire ôc 
une.nouvelle veine, fe trouvent entre la jonc- 
tion de l'aorte primordiale & la veine-cave. 
Les polypes que l'on trouve dans l'eau douce, 
les vers , les écrevifTes, les cornes de cerf qui 
tombent ôc fe réparent ôc les autres animaux 
font voir que différentes parties de l'animal , 
les plus nobles Ôc même allez composées, peu- 
vent être réparées fans le fecours d'aucun élé- 
ment préparé pour cette fin. On tire encore 
une forte preuve de la formation très certaine 
par un vrai fluide , comme on l'obferve dans 
les animaux dans lefquels l'humeur gélati- 
neufe s'épailîifTant peu à peu fe change en 
dents , en mufcles, ou des ferres de l'écreviffe. 
L'analogie des plantes s'accorde en ce point j 
il eft en effet confiant que leur bois ôc les au- 
tres différentes .parties fe forment peu à peu 
au moyen d'un fluide qui s'épaiflit en forme 
de tiffu cellulaire. Cette vertu pour réparer îa 
plante fer*trouve non-feulement dans la fe- 
.mence, mais même dans toutes les parties de 
Tarbr®, de forte que chaque particule peur 
léparer la racine Ôc la fleur. 

DCCIXC. De quelle utilité peuvent donc 
être ces vers féminaires ? Sont-ils les élémens 
de rhomme ? Mais de f^çon qu'à la fuite de 
beaucoup de changemens , par raccroifl^ement 
de certaines parties , le développement de 



DE Physiologie. 2^3 

quelques-unes , la perte de quelques autres, 
ils acquièrent enfin la figure humaine , en fe 
développant peu à peu. Cette invention n'eft- 
elle qu'une chimère ? Mais ces vers que l'on 
a apperçus , font naturels à la femence de 
l'homme >, comme le font dans le vinaigre 
ceux qui s'y trouvent , comme les autres ani- 
malcules que l'on trouve dans les infufions des 
herbes , dans un lieu chaud , expofé à la 
pourriture des excrémens voifins, dans l'intef- 
tin rectum , & de l'urine voifine ? ^. 

DCCVIIIC. Cette femence eft gardée dans 
les véficules féminraires , tant que l'homme 
éveillé ne fe livre pas au plaifir de l'amour, 
ôc que lesfonges ne lui procurent aucune illu- 
iîon. Pendant tout ce tems la quantité qui s'y 
en trouve, excite l'animal à l'acte vénérien ^ 
mais une grande quantité de la femence la 
plus volatile , la plus odorante , qui a plus de 
force , eft repompée dans le fang ôc elle y 
produit en y entrant des changemens bien 
furprenans, la barbe , les poils , les cornes ;. 
elle change la voix ôc les mœurs ; car l'âge ne 
produit pas dans les animaux ces changemens^ 
la femence feule les produit , ôc on ne les re- 
marque jamais dans les eunuques, La force êc 
l'accroifTement des animaux châtrés diminue; 
la férocité & l'odeur féminale répandue dans 
toute la chair des animaux entiers devient 
plus forte. La femence paroit être retenue par 
le pafTage étroit du canal féminal , par la du- 
reté des proftates ôc par d'autres caufes qui ne 
font pas aiTez connues. Mais il eft certain 
qu'il fort auiïî de petits vaiiTeaux de l'épidi- 



is4 . Elémens 

dimejqui s'étendent au loin dans le cordon 
des vâideaux fpermatiques & font probable- 
ment de petites veines abforbantes. 

DCCVIIC. La quantité de la femence qui 
fort en une fois des véiicules dans l'homme eft 
petite 5 fur-tout s'il ne s'eft abllenu pendant 
long-tems de l'ade vénérien. Une nouvelle 
humeur produire par la proftate , s'y jomc 
donc pour que la femence puilFe être pouifée 
plus loin avec une plus grande force. La prof- 
tate en forme de cœur , plus mince en de- 
vant, environne l'urethre à fo;i origme & la 
contient ; mais elle eft plus proche de !a fur- 
face fupérieure. C'eft la plus den(e & la plus 
folide de toutes les glandes ; elle eft d'une 
ftrudlure particulière \ elle ne paroît pas évi- 
demment conglomérée; elle prépare une hu- 
meur blanche, épaiffe, douce, abondante , qui 
■fe répand dans une petite dépre-iion creufée 
aux parties latérales des orifices des véficules 
féminaires , par les mêmes caufes que la fe- 
mence avec laquelle elle fort & dans laquelle 
elle domine par fa blancheur & fa vifconté. 

DCCVIC. Mais il falloit que cet urethre 
fat ferme Se droite , afin que la femence fût 
éjaculée avec quelque force dans la matrice 
qui en eft éloignée ; c'eft donc là pourquoi - 
elle eft environnée des trois corps caverneux. 
Le premier , qui lui eft propre , commence 
dans l'endroit où ce conduit fort de la prof- 
rate , par un principe épais , qui a la figure 
d'un cœur: il eft d'abord placé au-deflTous de 
l'urethre & enfuite au-deOTus , mais il eft plus 
mince dans cet endroit j il fe continue par 



DE Physiologie. 25^ 

toute rétendue de la verge , jufqu a ce qu'il 
fe termine mférieurement dans ie gland ôc 
que revenant fupérieureinent de rextrêmité 
de l'urethre , il retourne contre le pénil en fe 
dilatant , s'appuie fur les corps caverneux de 
la verge en s'élargilTanr , Se fe termine par un 
bord large , mince Ôc arrondi. La ftrudure de 
ce corps eft cellulaire , mais lâche , de forte 
qu'elle paroîr plutôt compoféede lames entre- 
lacées en réfeau , placées entre deux mem- 
branes fortes , que de fibres. 

DCCVC. Le fang artériel fe répand dans 
ce corps caverneux &c vient des artères pro- 
fondes produites par l'hémorrhoïdale externe, 
DCCXCIX ; c'eft ce que fait voir l'injeétioiî 
d'une matière quelconque qui paffe facile- 
ment de ces artères dans les cellules qui en- 
vironnent l'urethre. Cependant le fang arté- 
riel ne la fait pas gonfler naturellement, par- 
ce qu'il y a des veines qui font pareillement 
ouvertes ôc qui en repompent le fang à me- 
f ure qu'il s'y répand. Lorfque ces veines vien- 
nent â être comprimées par l'aétion des forces 
dont nous avons parlé , DCCCCIL le fang eft 
retenu dans ces efpaces cellulaires , pendant 
que les artères plus fortes continuent d'en ap- 
porter de nouveau. Le fang par fon féjour di- 
late le bulbe de l'urethre , fon corps caver- 
neux Ôc le gland même ^ cela arrive prefque 
toujours -lorfque les autres corps caverneux 
delà verge , avec lefquels celui-ci ne commu- 
nique point du tout , font roides. 

DCCIVC. Les Corps caverneux de Xx 
verge tirent leur origine des branches des os 



25^ Élémens 

ifchium, avec lefquels ils font réunis par une 
matière blanche, cellulaire j mais denfe &: 
ferme. De- là inclinés en dedans lun vers l au-' 
tre, ils renferment l'urethre devant le bulbe ; 
êc là changeant de diredliion , ils deviennent 
parallèles, ôc réunis au-delfus de l'urethre qui 
eil placée au delTous dans leur milieu j ils fe 
portent en devant ôc fe terminent par un 
bout émouflTé dans le gland. Ces corps font 
compofés d'une enveloppe très-forte 6c en 
dedans d'une chaire fpongieufe , comme dans 
l'urethre, DCCVC. qui peut pareillement fe 
gonl^er par le fang qui y efl: porté. Il y a entre 
euxunecloifon mitoyenne faite de fibres ten- 
dineufes, fermes, parallèles , plus étroites en 
bas , qui ne font point continues , de force 
qu'il s'y rencontre plufieurs efpaces moyens , 
d'autant plus grands qu'ils font plus antérieurs 
ôc qui lailfent une communication libre entre 
le corps caverneux droit & le gauche. D'au- 
tres fibres de cette efpéce fe portent de la 
cloifon vers l'un ôc l'autre corps caverneux , 
s'infèrent dans leur enveloppe très-ferme , ôc 
empêchent la trop grande diftenfion , ôc l'ané- 
vrifme de la verge. 

DCCîIIC. Ces corps font environnés par 
beaucoup de tilîu cellulaire très-tendre. La 
partie de ce tiifu la plus prochaine des corps 
caverneux , eft teitdue , ferme 8c femblable 
à une membrane ; la portion la plus extérieure 
eft un tiflTu cellulaire plus tendre, continu 
avec celui dufcrotum, environné immédiate- . 
ment par la peau fans aucune graàlTe. Legland^ 
DCCXCIV. eft naturellement recouvert par 



dePhysioiôgie. 257 

la peau ^ de façon que continue à celle de la 
verge , réfléchie fur elle-même , comme dans 
les paupières , recouverte de part 6c d^autre 
de fon épiderme ôc garnie d'un tiiTu cellulaire 
moyen , elle forme ce que Ton appelle pré- 
puce-^ elle peut être retirée, & eile revient 
enfuite en devant fur le gland , où elle fe 
change en un corps rendre , mol , fpongieux, 
couvert de fon épiderme &c de tiffu cellulaire, 
couché fous le corps caverneux réfléchi de 
l'urethre Se enfin continu avec la membrane 
même de l'urethre. Ce même prépuce efl: lié 
par un double ligament triangulaire , au 
moyen duquel la peau eft unie avec l'enve- 
loppe cellulaire de la verge. On remarque 
dans le petit enfoncement qui eft ati-deffous 
de la couronne du gland ôc autour de la cou- 
ronne même, de petits follicules fimpîes , fe- 
bacés , qui féparent une matière oncliieufe , 
fétide par rapport au lieu où elle fe trouve, 
de même que dans les autres parties du corps 
qui font expofées au frottement. La verge eft 
foutenue par un tiflu cellulaire ferme , qui a 
la forme d'un ligament triangulaire , qui def- 
cend de la fyncondrofe des os pubis & fe con- 
tinue avec ce tifTu cellulaire épais ôc dur qui 
environne les corps caverneux, 

DCCîIC. Le fang étant- porté dans les ar- 
tères pendant le coït , & étant retenu dans les 
veines , les corps caverneux fe gonflent, fe 
tendent, fe roidilLent &c foutiennent l'urethre 
flafque , ou qui feroit trop fôible,{i elle fe 
roidifToit toiue feule ,de forreque la femence 
puiiïe par ce moyen parvenir dans la matrice. 



25S Élémens 

On en a une preuve par les dififeârions des 
animaux morts pendant le coït , de par l'érec- 
tion artificielle produite par une injection 
d'une matière liquide dans les vaifTeaux de la 
verge ; mais on ne fçait pas encore la caule 
de cette ére6tion. On ne peut pafTer ici fous ii- 
lence la defcription des vaifTeaux de la verge , 
afin qu'il paroilFe combien ileft difficile d'ex- 
pliquer , comment les veines peuvent être 
comprimées. 

DCCIG. L'aorte étant parvenue a la qua- 
trième vertèbre des lombes , & la veine- cave 
à la cinquième , elles fe divifent en deux par- 
ties j l'artère efi: antérieure & la veine-cave 
efl peflèrieure. Les branches iliaques commu- 
nes , étant parvenues à la partie fupérieure au 
bailîn , jettent en bas Se en dedans l'artère 
hypogaftrique , qui eft plus groiïe que l'artère 
iliaque externe dans le fœtus , ëc à laquelle 
elle eft à, peu près égale dans l'adulte. Elle 
defcend dans le baflin & fe divife en quatre , 
cinq ou fix rameaux principaux. La ptemière 
branche eft ï iliaque antérieure qui jette des 
rameaux à la dure- mère , a la queue de che- 
val , en haut vers les lombes 6c en bas dans 
l'os facrum. La féconde eft \d.Jacrée latérale y 
qui fe porte au même os & à la queue de^' 
cheval (ce n'eft quelquefois qu'une branche 
de la première ). La troiiîème eft Y iliaque poj- 
térieure , qui fe diftribue prefque toute dans 
îesmufcles feffiers. La quatrième eft ïifchiadi- 
que defcendante qui fe jette à diffèrens mufcles, 
aux nerfs & aux releveurs de l'anus. La cin- 
quième ou le tronc ïoiï^t Xhémorrhdidde in- 



DE Physiologie. 25^ 

férleure ou la hontcufc commune qui fournit 
dans le baffin des rameaux remarquables à la 
vefïîe 5 à l'inteftin redum&s'anaftomofe avec 
les méfenteriques \ en forçant du baffin , elle 
rampe le long du mufcle obturateur , jette les 
hémorrhoïdaics externes au fphindler &: à la 
peau de l'anus , fe divife en deux rameaux 
àQWiï interne fe termine au bulbe de l'urethre 
& à la proftate; V externe partagée de nouveau 
fe jette profondément dans le corps caverneux 
de la verge, parcourt fa longueur ,- & de- là 
par un autre rameau fouvent joint avec les ar- 
tères des véficules , elle fe porte le long du dos 
de la verge , ôc fe termine par des rameaux 
qu'elle fournit aux corps caverneux^: à là peau. 
La fîxiéme eft X obturatrice qui fe diftribue à 
l'articulation du fémur & à quelques mufcles. 
L'artère ombilicales'^ le dernier rameau (on 
en parlera dans l'hiftoire du fœtus ) ; elle four- 
nit dans l'adulte quelques rameaux à la velîie, 
de fa gaine épairfe & calleufe ; quelquefois 
quelques-uns de ces rameaux partent d'un 
tronc commun. La peau de la verge & du 
fcrotum reçoit des artères de l'épigaftrique , 
de la crurale & de l'un de fes rameaux inter- 
nes- Les artères externes communiquent ça ôc 
là avec les internes. 

• DCCC. Les veines font en général fembla- 
bles aux artères, & viennent fouyentde l'ilia^ 
que pir deux troncs , qui fe terminent en rè- 
feau. Enfuite la veine hèmorrhoïdale reve- 
nant autour des os pubis, forme dans la prof- 
rare avec les veines des vèficules féminaires 
qui naiiibnt dans le bailin , un grand plexus ^ 



^^O ^ , É L É M E N s 

duquel naît hveine delà verge ^ fouvent feulô, 
&: garnie de valvules quidéterminenf le cours 
du fang vers la veine-cave. Les veines exter- 
nes de la verge & du fcrotum fe terminent 
dans la faphene , dans la crurale ^ & commu- 
niquent dans plufîeurs endroits avec les in- 
ternes 5 fur- tout à la bafedu prépuce. 

DCCCI. De grands hommes ont dit que 
les vai[feaux lymphatiques de la verge fe por- 
toient fous la peau de la verge. Elle a plu- 
fieurs grands nerfs qui accompagnent les ar- 
tères \ ils viennent du grand tronc ifchiadi- 
que. La vdîie j l'inteftin rectum , & la ma- 
trice reçoivent le plexus méfenterique infé- 
rieur, produit parle moyen , DCCLXV. .& 
qui defcend dans le bafîin. 

DCCCIL Pour que la verge s'enfle, il faut 
que la grandeveine , DCCCL foit compri- 
mée, ou qu'une force empêche les petites 
veuies , qui font ouvertes par-tout dans les 
corps caverneux , de repomper le fang qui y 
eil porté par \qs artères. Le releveur de l'anus 
quipoufTeen haut la prodate & lâveffie , peut 
en partie faire cette fonction • mais il eft pro- 
bable, comme on le voit dans la papille des 
maiî^melles des femmes , par la peau qui e(l 
fous le col du coq d'inde , par la rougeur du 
vifage â loccafion de certaines paillons de 
i ame , par l'exemple des animaux qui s'ac- 
quittent de l'acte vénérien Tans aucun mufcîe 
eredeur, qu'il peut arriver, fans qu'il foir 
necelfaire d'aucun mufcle , que les veines 
reprennent le fang phis lentement , & que 
cela fe peut faire en conféquence de l'adtion. 



DE Ph Y s lo L O GIE. i^i 

dune quantité des cordes nerveufes qui fe 
diftribuent dans l'intérieur de ces corps , qui 
reflerrées par la force du plaifir , compriment 
les veines-, de forte que devenues plus étroites, 
elles reportent moins de fang au tronc que 
q^and elles étoient libres, ôc que lès artères 
eiles-même apportent alors le fang avec plus 
deforce & de vélocité. La caufe de cette con- 
vulfion.exiftedonc dans les fpinéters nerveux, 
& elle dépend de la différente irritation des 
îierfs de la verge & de l'urethre ^ foit qu'elle 
ipit produite par quelque fridion externe , 
ioit par les peilfées ou les fonges amoureux , 
foit par l'abondance d'une bonne femence , 
foie par la quantité de l'urine, foit parle 
fang qui après le repas fe porte en plus 
grande quantité cjans le bas- ventre , foit enfin 
par les différens effets des remèdes diuréti- 
ques , purgatifs^ venimeux , par les coups de 
fouets & l'épilepfie , ôcc. 

DCCCIII. Enfin une éredion forte 8c lon- 
gue eft ordinairement accompagnée de l'ex- 
pulfion de la femence, lorfque les èfpaces cel- 
lulaires de l'uretkre, & le gland qui lui eft 
continu , font fi exactement gonflés par le 
fang, que remplis de ce fluide chaud & fura- 
bondant , les papilles nerveufes redrefTées 
font en conféquence très-forcement affedées 
par la caufe du plaifir. Les releveurs de l'anus 
qui prefient les véficules contre la veffie qui 
leur réfifte , les évacuent, étant mis en mou- 
vem.ent par le feul ébranlement qu'ils reçoi- 
vent de l'imagination échauffée ou par le 
chatQuillemeiit des nerfs du gland , fur-tout 



S.6l É L É M E N s 

vers la partie inférieure, voifine du frein. 
C'eft ce qui fait que la femence ne s'écoule 
jamais avec l'urine pendant qu'on eft en 
fanté ; car il faut que la veffie foit feumee 
pour que la femence foit éjaculée , & 
d'ailleurs elle ne feroit point de réfiftance aux 
véficules , fi elle étoit lâche. Les mufcles tranf- 
verfes qui font au nombre d'un , de deux , de 
trois , qui fortent de l'os ifchium dans le mê- 
me endroit que l'éredeur , qui fe réuni- 
fent par un faifceau principal entre l'anus & 
le bulbe de l'urethre , qui s'infèrent quel- 
quefois dans l'accélérateur même , paroif- 
fent propres à dilater l'urethre de à recevoir 
la femence exprimée des véficules. 

DCCCIV.. Peu après l'urethre fenfible 
étant irritée par la femence , les forces qui la 
contradent fe mettent en adion. L'accélera- 
reur , DCCLXXI. y concourt le plus , en don- 
nant des fecouffes violentes au bulbe & a la 
partie voifine de l'urethre , il chaffe avec d'au- 
tant plus de vîteiTe les liquides qu'il renferme 
que le diamètre du bulbe furpafTe le diamètre 
de Turethre devenue plus étroite. Il faut pour 
qu'il puilTe agir avec fermeté, que le fphinc- 
ter de l'anus k de la veffie foit aufii contrade. 
Ce mufcle paroît être auffi un des principaux 
éredeurs , en comprimant les veinées du corps 
caverneux de l'urethre. Dans le même tems 
les érecieurs de la verge ^ comme on les appelle 
ordinairement, qui viennent de la tubérofite 
de l'os ifchion , qui font forts & s'inferent 
dans les corps caverneux , foutiennentla verge 
dans une diredion moyenue entre la perpen- 



DE Physiologie. i6^ 
diciilalre & la tranfverfe. C'eR ain(i que la 
feinence eft pouifée dans le vagin , ou enfin 
dans la matrice dans un coït fécond. Cette 
aéhon eft très-violente ôc fort proche de la 
convulfion ; c'eft pourquoi elle afFoiblit 
d'une façon furprenante ôc devient très-nui- 
fible au fyftême nerveux. 



CHAPITRE XX XIV. 

JDe la Matrice, 

DCCCV. JLa matrice eft placée dans la partie 
fupérieure du bafîîn , de forte que la velîîe eft 
à fa partie antérieure, & l'inteftin reélum à fa 
partie poftérieure ; elle eft dégagée de ces 
deux parties. Le péritoine defcend dans les 
femmes des os pubis dans lebafîin, &c paftanc 
par derrière la veiîie, il fe prolonge jufqu'au 
bas de la matrice. Delà il remonte le long de 
la matrice, & fe portant au de-là, il defcend 
une féconde fois le long de fa partie pofté- 
rieure & s'étend fur le vagin jufqu'à l'endroit 
où il eft fitué tranfverfalement , d'où en for- 
mant des plis femi-lunaires , il embrafte l'in- 
teftin rectum; fa ftrudure eft tout- à-fait la 
même que dans l'homme. Mais ce même pé^ 
ritoine qui vient des vaifTeaux iliaques dans 
le bafîin êcs'étendplus au large fur la matrice, 
fur fes parties latérales & fur le vaî^in, reve- 
nant fur lui-même, il divife le baffin comme: 
par mie efpéce de cloifon en deux régions ^ 



164 É L É M E N s 

Tune antérieure & l'autre poftérieure, Ôc on 
Vap^oWe /igamentlarge. Il eîl aulîi exaétemenc 
uni a la matrice fans qu'il y ait de graifTe in- 
terpofée , Ôc lui fert de membrane externe. 

DCCCVI. La figure de la matrice eft telle, 
qu elle eil convexe antérieurement , & pofté- 
rieurement un peu applatie ; {qs plans dans 
leurs contours forment des bords aigus ; le 
bord fupérieur eft un peu convexe ; les laté- 
raux font d'abord convergens & deviennent 
enfuite parallèles. Elle eft d'une ftrudure par- 
ticulière 5 faite d'un rilTu cellulaire épais , 
ferré, un peu dur, cependant fucculent ; on y 
remarque , fur-tout dans les nouvelles accou- 
chées , quelques fibres femblables aux fibres 
mufculaires 5 différemment difpofées en pe- 
tits cercles, fur-tout dans le fond de h. ma- 
trice , ôc entre les trompes. Je n'ai jamais 
trouvé les fînus muqueux , brandi us , diffé- 
remment divifés dans le corps de la matrice . 
quoique je les aie particulièrement cherchés ; 
mais j'ai auiîî obfervé quelques veines envi- 
ronnées d'un tilFu cellulaire dont les diamè- 
tres s'appuient les uns furies autres. On a de 
la peine à diftinguer la membrane interne de 
la matrice; elle eft cependant continué a l'épi- 
derme Se difpofée par flocons dans la partie 
fupérieure de fa cavité, calleuie inférieure- 
•ment Se valvulaire. La cavité de la mar^ka eft 
petite j elle eft d'abord prefque triangulaire , 
enfuite elle s'applatit en cylindre. Cette par- 
tie , qu'on appelle col de la matrice , eft toute 
inégale , remplie de rides , calleufes =, qui 
deviennent tranchantes & dont le tranchant 

eft 



DE Physiologie. i^^ 

eibndme vers le vagin , qui s'étendent fur les 
cotes depuis la ligne antérieure jufqu'à la pof- 
tcneure , & font unies par des rides plus pe- 
rces dans! intervalle defquelies on remarque 
des iiniis muqueux où il y açà & H des bulles 
^oimcs, remplies d'un liquide très-tranfpa- 
rent ; on les trouve dans la" partie fupérieure 
fu colde la matrice, & elles varient quant à 
la groiïeur ôc au nombre. La matrice eft affez 
fréquemment divifée par une éminence fi- 
tuee dans fon milieu. L orifice interne delà 
matrice termine le col par une fente tranf- 
ver e retenue par des lèvres gonflées : il fait 
laillie dans le vagin , du refte il eft rempli de 
mucus ôc de finus muqueux fitués fur les lè- 
vres gond ees. 

rr;S?^^^'^i' ^r ^^''\^ triangulaire de lama- 
tr ce xournit de fes angles latéraux des canaux 
qui iont embrafles par beaucoup de tilfu cel- 
iiilaire qui s'élargiiTeni infenfibiement, fe 
recrecifTent un peu vers la fin , font d'abord 
tranlveries, tendent vers l'ovaire ôc d^fcen- 
dent enfuite ; mais cela varie : on ks nomme 
les trompes. Leur membrane externe vient du 
péritoine ; car elles font placées dans la du- 
phcature du ligament large ^ l'interne eft ri- 
dée , prefque réticulaire ôc muqueufe : elle 
torniedansle refte de fa longueur des efpéces 
de franges difperfées çà & là & pliées eu 
long , qui environnent au loin lonfire de la 
trompe , ôc s'uniffent à l'ovaire. Il y a quel- 
que chofe de fpongieux , de cellulaire , mais 
de p^ax rendre encre ces deux membranes II 
^^ Pan, 2V1 



l66 É L É M E N s 

s'y trouve auffi une grande quantité de vaif- 
feaux ik peut-être y a-t il quelques tibres 
rnuiculaiies , mais elles font moins lenii- 
bies. 

DGCCVIÎÎ. Les ovaires renfermés derrière 
les trompes dans la duphcatuie du même H- 
gamcnr Ira'ge , font ficués traniverfalement ôc 
unis au moyen d une expandon particulière, 
du ligament iaige avec ces trompes j ils font 
aifez k)ngs pour qu'ils foient flottans^ ils font 
obiongs , applacis de part & d'autre ; leur 
bord libre elt convexe ôc lemi-elliptique ; 
le bord qui ell attaché au ligament, elt droit. 
Leur ftruéture a aùezj de rapport avec celle dé 
la matrice ; elle eil ferrée , blanche , cellu- 
laire ik fans grailfe- On remarque aulîi dans 
l'ovaire, mên:ie des vierges, des bulles rondes, 
faites d'une membrane pulpeufe aflTez ferme , 
qui font remplies d'une lymphe coagulable , 
dont le nombre eit indéterminé; on en trouve 
jufqu'à douze dans un ovaire. Le bord du li- 
gament large qui s'éloigne de la matrice pour 
fourenir les ovaires eft plus épais ; on y re- 
marque quelque chofe de plus folide ; il eft 
femblable à un ligament particulier. 

DCCCIX. Enfin la matrice envoie tn bas 
des mêmes angles latéraux de fi partie trian- 
gulaire une efpéce de paquet de fibres cellu- 
laires , longitudinales éc vafculaires , qui 
dans Ain trajet eft plus étroit de fort da ballî^ 
par l^anneau des mufcles du bas-ventre -, 
DÇCLXXIX. fe porte dans l'aîne où il fe rà- 
inifie en de petits vaiffeaux, qui s'anafto^io-^^ 



DE Physiologie* i^t; 

fent avec les épigaftriques. Y a c-il auffi de 
longues fibres qui viennent delà matrice ? Je 
ne lésai pas aflez bien viies pour l'aflurer. 

DCGCX. Les vaijj eaux artériels de la ma- 
trice viennent à^s hypogaftriques , dont le 
plus grand rameau, lemblabie à celai qui fe 
porte à la partie inférieure de la veilie dans les 
hommes, vient ou du tronc ombilical ou fort 
près de ce tronc, ils font communs à la ma- 
trice, â la veiïîe ^ à l'inteftin redrum \ ils 
s'approchent de la partie inférieure de la ma- 
trice , (3c en fe portant en haut ils s'anaftomo- 
fent avec les artères fpermatiques. Ces der- 
niers vaifleaux ont leur origine , de même 
que dans les hommes ; ils defcendent dans le 
baiîîn âu-deli du pfoas par un plexus pampi- 
ni-forme , & ils fe divifent en deux plexus. 
L'antérieur fe jette dans l'ovaire parplufieurs 
hameaux contournés , quife diftribuent dans 
toure fa fubftance. Le poftérieur en jette à la 
trompe, fe porte vers la matrice 6c il s'y diftri« 
bue eh haut <î5c en bas par plufieurs rameaux tor- 
tueux & en jette quelques-uns à la veiïîè. 
L-hémorrhoïdale moyenne vient de la hon- 
teufe commune & fe porte anrérieuremenc 
au long du vagin auquel elle fe diilribue , de 
même qua la veilie & à l'inteftin redum. 
Outre cela l'extrémité du vaoin & le clitoris 
reçoivent des artères de l'hémorrhoïdale ex- 
te'-ne \ Se le clitoris a. des artères profondes Se 
fuperâcielles fembiables à celles qui fe diftri- 
buenr a la ver;^e dans les hommes. 

DCCCXI. Les veines de la matrice font 
>femblai>les aux artères. Le plexus formé par la 

Mij 



X6^ É L È M E N s 

jondion de riiémorrhoïdale externe avec les 
rameaux qui reviennent de la veilie , fe jette 
dans le clitoris comme dans la verge des hom- 
mes. Elles n'ont pas de valvules j il y en a 
cependant quelques-unes dans les veines ^per- 
matiques. On a vu des vaiifeaux lymphati- 
ques dans la matrice des animaux , mais non 
pas encore dans celle de la femme, ou du 
moins je ne les ai pas vus. Les nerfs qui fe 
iliftribuent par de grands rameaux à la velîie , 
à la matrice , a l'inteftin redum , viennent du 
plexus méfo-colique inférieur. Quelques-uns 
fe diftribuent auili à travers le ligament large 
à l'ovaire ; d'autres viennent du nerf qui ac- 
compagne les vailfeaux du clitoris. Ainfi tous 
ces organes font très- feniibles, à raifon du 
grand nombre de nerfs qui s'y diftribuent. 

DCCCXIl. Tout ce que nous avons décrit 
eft commun au fexe de tout âge ; mais vers la 
treizième année, ou un peu plus tard , tems où 
la femence commence àfe former dans riiom- 
me , il fe fait auPn un changement dans le 
fexe'; car alors tout le fang reprend vigueur; 
dans une jeun^ iille-, la gorge commence à 
paroître , la région du pubis fe garnit de poils, 
& dans ce même tems les menftrues corti- 
mencent à couler. Ce flux m-enftruel eft pré- 
cédé d'efforts douloureux dans les lombes, de 
pefanteurs, de douleurs de tête, de puftules 
à la peau : car les vaiiïeaux de la n^atrice qui 
font par pelotons , & qui avoienr^ jufqu'alors 
dépofé dans fa caviré une çfyéce ce lait , très- 
blanc dans le fœtus , féreux dans les vierges , 
CQtiimencenc à fe gonller de fang & enfin à 

. ■ , I 



r>£ Physiologie. I09 

Texhaler par dans la matrice. Cela a lieu pen- 
dant quelques jours ^ les premières incommo- 
dités cefTent pendant ce rems & les petits ori- 
fices des vaiileaux de la matrice contractés ne 
fournirent plus qu'une férofité. Les périodes 
font indéterminées dans les jeunes filles^ mjais 
les vaiflTeaux étant infenfibiement contradtés 
vers la fin de la quatrième femaine , les mê- 
ines efforts fe répètent , & ces efforts fonc 
fuivis du même flux menftruel. Ces retours 
périodiques ont lieu prefquejufqu à cinquante 
ans ^ cependant le régime de vie , le climat , 
le tempérament peuvent établir beaucoup de 
variations. ' ' . 

DCCCXIÏI. L'autopfîe a fait voir dans les 
femmes mortes pendant leurs régies que ce 
fang couloir dss vaiifeaux de la matrice *, on a 
même vu des femmes vivantes , dont la ma- 
trice renverfée fourniiToit du fang par fon 
orifice interne , Se ced auili ce que nous fait 
voir la matrice qui eft d'une nature vafculaire, 
molle , fpongieufe en comparaifon du vagin , 
qui n'eft point garni d'autant de vaifleaux 
fanguins , ni compofé de petits pelotons , 
mais mince & calleux. L'obfervation a auiîi 
démontré que le fmg menftruel efl: d'une 
bonne qu^âlité dans les femmes faines ê^ pro- 
pres. 

DCCCXIV. Comme il n'eft pas affez cer- 
tain qu'aucun des autres animaux foientfujet? 
à ces fortes de flux menftruels , quoiqu'il s'é- 
coule des parties génitales de quelques-uns 
du fang vers le tems de leur accouplement 
annuel , les nvales d'ailleurs n'y étant jamais 

M iij 



^7^ É L É M E N s 

iujets , on a de tour tems recherché la caufe 
de cette hémorragie particulière à l'efpéce 
liumaiiie 6c au fexe féminin. Pe tous les 
t€ms ou a expUqué ce phénomène par l'at- 
tradlion de la lune qui ell capable d'élevec les 
eaux de la mer : d'autres ont voulu que ce fût 
un liquide acre , flimulant , féparé dans les 
parties génitales de la femme , qui y produisît' 
cet effet. La lune ne peut pas être regardé© 
comme caufe de cet eftèt , parce qu'il n'y ai 
pas de jours où pludeurs femmes n'aient Iv^urs 
3;égles 5 & qu'il n'en eft pas moins qui les 
aient , lorfque la lune eft dans fon apogée , 
que lorfqu'elle ell dans fon périgée. C'eii erv 
vain que l'on recherche des fermens autour de 
la matrice où routes les liqueurs font douces 
ôz muqueufes. Se l'acle vénérien, pendant le- 
quel toutes ces liqueurs fe. féparent , ne dimi- 
nue ni n'augmente les mois , lorfqu'on s'ea 
abftient : eniin il paroîtqîj3 le ùn^, menftruei 
vient de la pléthore , parce qu'étant retenu , 
on l'a vu fe faire jour , jneme avec rupture 
des veines, par tout autre organe du corps , 
où il n'y a point'de fermens pour l'exciter. 

DCCCXV. Le corps des femmes eft en gé- 
néral natiireliemenr d'une (IruCture plus mol- 
le , leurs parties folidesont moins de relTort, 
leurs miifcies font plus petits & plus gras, 
les os font plus foibîes , &c les éminences 
rnoins fenfîbles. Les femmes ontanfîî le bafîin 
plus ^rand dans toutes les dimenfîons , les os 
des ides plus éloignés ies uns des autres, l'os 
facram plus retiré en arriére des os pubis , les 
OS ifchium plus éloignés l'un de l'autre de fur- 



m PlîYSÎOtOGIÊ. 17X 

tout l'angle de rencontre des os pubis beau- 
coup plus grand. Ces différences l'ont confir- 
mées par les obfervations des grands hom- 
mes j de par la difpofition nécelTaire qui exigé 
un plus grand efpacè pour plalieurs vifcéres 
dans le baiîîn. Les artères de la matrice font 
amples &c plus grofTes que les artères corref- 
pondantes dans les hommes ^ ôc la grandeur 
de leur orifice efk proportionnée à répaifTeu? 
de leur membrane ; les veines font à propor- 
tion moins groiïVs que dans les hommes, ëc 
enfin plus fermeg dans ces endroits que par- 
tout ailleurs , d^où il arrive que le fang porté 
à la matrice par un tronc artériel revient plus 
difficilement d'une artère plus foible dans une 
veine plus étroite & plus dure , Se fe ports 
plus promptement dans les vaiiTeaux laté- 
raux, 

DCCCXVÎ. Le fœtus féminin ou les filles 
nouvellement nées ont les extrémités infé* 
rieures petites ^ une grande partie du fang de 
l'artère iliaque paffe dans l'ombilic , & une 
petite partie fe porte dans le baiïin; c'eft pour- 
quoi le baflin eft petit, peu profond, lavefhe,la 
matrice Se les ovaires fe trouvent au-deffusdii 
baffin. L'artère ombilicale étant liée , tout la 
fang de l'artère iliaque defcend dans les ex- 
trémités Se dans le bailin ; elles croifTent de 
même que lebafîin,qui devient plus profond 
& plus large, dans lequel fe renferment infen- 
fiblement la matrice Se la veiîie, qui celTent 
en confèquence d'être prelTèes par les intef- 
tins 6c le péritoine, lorfque les mufrles ds 

Miv 



^7i É L E M EN S 

l'abdomen refferrent la partie inférieure du 
bas- ventre. 

DCCCXVIÎ. Uaccroiiïement étant parfait, 
les artères de la matrice ôc du baffin , qui 
croient petites dans le foetus , font en général 
îrès- grandes , Ôc tout fe trouve changé , de 
forte que l'artère hémorrhoïdale fert alors de 
tronc à l'artère hypogaftrique , DCCXCIX. 
au lieu que l'artère ombilicale en fervoit au- 
paravant. Il fe porte donc alors plus de iang à 
la matrice, au vagin ôc au clitoris , qu'aupara- 
vant. 

DCCCXVIII. Dans le tems que l'accroif- 
fement eft. prefque devenu infenfible , que 
l'appétit étant vif , le fang eft préparé en 
abondance dans des vifcéres bien conftitués, 
les hommes de les femmes font fujets à une 
pléthore , qui s'évacue fort fouvent dans, 
l'homme par les narines ,4 la fitite de la dila- 
tation des vaifTeaux exhalans de la membrane 
Î>ituitaire5 CCCCLXI. de forte qu'ils diftil- 
ent le fang même , Se qui dans les autres ani- 
jmauxfait poufTer les cornes, la barbe , ôc dé- 
termine la fécrétijon de la femence. Cetre mê- 
me pléthore trouve une route plus facile dans 
les femmes , parce que le fang y eft porté par 
fon propre poids &que les vaiiTeaux de la ma- 
trice alors plus grands , placés à leur aife dans 
la ftrudèure cellulaire , fucculente & molle de 
la matrice , en conféquence de quoi ils s'é- 
tendent facilement , exhalent par des Bocons 
très-mois, $c s'ouvrent dans la cavité de la 
matrice , où lé fang paife prefque plus facile- 



D£ Physiologie. 275 

ment que dans les veines qui les accompa^ 
gnent ; les artères de la tête dans les femmes 
étant d'aiileuis plus dures ëc à proportion 
plus petites. Le fang fe ramafïe donc d'abord 
dans les vaiffeaux utérins , qui alors fe gon- 
flent , comme on le fçait par expérience , en- 
fuite dans les lombaires ôc dans l'aorte même. 
En fuite 5 le cœur envoyant conrinueliemenc 
unenouvelie quantité de iang aux vaifï'eaux 
déjà dillendus , l'eiFort de ce Puiide produit 
eniin fon eSet fur les petits vaiifeaux féreux 
de la matrice , de forte qu'ils laiffent couler 
d'abord une grande quantité de mucus chaud, 
enfuite une férolité rougeâtie Ôc enfin le fang 
même. Cette même détermination du fang 
vers les parties génitales fait paroître des poils 
quiétoienî alors prefque cachés , augmente le 
clitoris 5 dilate les plexus caverneux du vagin 
& fait naître les defirs. Tout ce qui en géné- 
ral augmente la quantité du fang & le dé- 
termine particulièrement a la matrice , com- 
me font la joie , la fenfualité , les bains des 
pieds 5 la nourriture trop fucculente , &c. 
rendent le Bux menftruel plus abondant , ôc 
accélèrent fon retour. 

DCCCXîX. Six ou huit onces de fing étant 
écoulées , les artères débarralTées de la trop 
grande quantité qui les diftendoit , recou- 
vrent leur redbrt , comme le font routes les 
artères. Se leur diamètre étant diminué, elles 
ne laiflTent plus paflTer qu'une liqueur très-fine, 
femblable à celle qui s'écouloic auparavant. 
Mais cette grande abondance de fang qui s'ed 
écoulée par la matrice , venant à être repro- 

M V 



274 E L É M E N s 

dune par les mêmes caufes , elle en iorr de 
nouveau par les mêmes voies , plutôt que par 
o uc ailleurs. Une faut pas rechercher la caufe 
pour laquelle ce flux menftruel reparoit conf- 
tamment â peu près tous les mois^ car cela dé" 
pend du rapport qu'il y a entre l'abondance 
Ôc la viteife du fang accumulé &c la réfiftance 
de la matrice qui doit infenfiblement céder. 
Ce flux périodique revient donc plus prcvmp- 
tement ôc n'attend pas refpace d'un mois, 
iorfqu'une plus grande abondance de fang eil 
déterminée vers la maciice , comme dans les 
pléthoriques , les lafcives. Ce flux celle , lorf- 
que la matrice, de même que toutes les au- 
tres parties folides du corps, a acquis une du- 
reté telle que la force du cœur qui pouffe le 
fang artériel , ne peut la furmonrer. La dif- 
feélion & l'injedtion nous font découvrir cette 
dureté dans la matrice, dans fes artères & 
dians les ovaires. Les femiellesdes animaux en 
général n'ont pas des mois , parce que leurs 
matrices font membraneufes & féches , êc 
que leurs vaifleaux font plus forts , ce qui 
fait qu'aucune hémorragie des marines oii 
d'autres parties , ne peur avoir lieu naîurelk- 
nient dans ces fortes d'animaux. 

DCCCXX. Pourquoi les mammelles corn-- 
mencenr-elies a paroitredans le même tems ^ 
Leur ftruclure a beaucoup de chofes corn- 
ihu nés avec celle delà matrice, comme il%- 
paroir par la fécrét^on du lair dans hs rnaîn-" 
melles , à la fuite de l'accouchement , qui di- 
minue ou augmente fuivant que les vuidaxi- 
^és augmentent ou diminuent r par la rrf- ' 



DE Physiologie. 27c 

iembJance da liquide féreux qui fe trouve 
dans la matiice avec l'hameur laite ufe , iine 
& bianchê qui fe trouve dans les iBammeiles 
des femmes qui n'ont pas encore eu d'enfans , 
& qui eft très-évidente dans les femelles des 
animaux , par^ 1 eredcion de la papille à 1 oc- 
casion du frottement , analogue d rére6cion 
du clitoris. Les mêmes caufes qui dilatent les 
vaifTeaux de la matrice , déterminent donc 
une plus grande quantité de fang vers les 
mammelles , ôc fon effet eft d'augmenter la 
elande conglomérée des mammelles. 



G H A P I T R E X X X V. 

De la Conception, 



DCCCXXÎ. 1_jA matrice demeure coîiftam- 
ment dans c^i état, à moins qu'il n'y aie eu 
commerce avec un homme. La nature a en- 
gagé la femme à cette adlion par le plaifir , de 
même qu'à prendre des aliméns , & a confirait 
pour cette fin en elle des organes particuliers. 
En effet elle a ajouté à la matrice le va^ln , 
qui eft un canal membraneux , capable d^ 
frotterîfent , fort fufceptible d'expan (ion , & 
qui après avoir embrafTé l'orifice de la matrice, 
DCCCVL de-là fe porte en bas & en devarîC 
au-de(fous de la velîie , placé fur l'inceftin 
re6tum , auquel il eft uni , &: s'ouvre par un 
orifice alTez large au-delTous de l'urethre. Un 

Mvj 



zy6 ^ Ê L É M E- N s 

grand repli valvulaire , formé par la peau Se 
répiderme ôc qu'on appelle hymen ^ met dans 
le fœtus Ôc les vierges cette ouverture à cou- 
vert des injures de l'air ^ de l'urine \ peut- 
être ell-il aufli de quelque utilité morale , 
puifqu'il n'a été donné qu'à la feule efpéce 
humaine , autant que j'ai pu m^en convain- 
cre. Il feroit circulaire , s'il fe continuoit au- 
deifous de l'urethre, &: il s'y continue quel- 
quefois \ mais, il eft plus large vers l'anus^ 
Cette membrane ed infeniiblement ufée par 
le coït, & enfin à force d'être déchirée, elle 
difparoît. 

DCCCXXÎI. La ftruduredu vagin eft fem- 
blable à celle de la peau ; fon épidémie eil 
un peu dur , calleux \ fa peau eft épaiife » 
blanche & nerveufe ; on y remarque fur- tout 
à fon extrémité des fibres charnues. Sa face 
interne eft en grande partie inégale , &; rem- 
plie de tubercules calleux , duriufcuîes , ce- 
pendant fenfibles, & de lames inclinées qui fe 
terminent en tranchant , qui regardent en 
bas & font difpofées de manière qu'elles fe 
réuniffent en deux principales colonnes qui 
font comme couchées fur ces tubercules ^ 
dont la fupérieure fe porte au-deflous de 
l'urethre, &c'eftlaplus grande; V inférieure 
eft couchée fur l'anus. Une fuite valv^aire de 
petites papilles courbée en arc fe continue de 
l'une a l'autre de ces deux colonnes & fe ren- 
contre mutuellement. Cette difpohrionparok 
avoir été faite pour donner duplaifir & facili- 
ter l'expanfion du vagin. Le vagin a un ma- 



DE Physiologie. 277 

eus particulier produit par les iinus qui s'y 
rencontrent ça &: iâ, fur-tout dans la partie 
poftérieure la plus lilTe. 

DCCCXXIII. Deux appendices cutanées ^ 
Q.ppe\léQs nymphes ^ font placées au-devant de 
la fortie du vagin ; elles font produites par la 
continuation de la peau du clitoris & de celle 
defon gland; leur (Irudlureefl: cellulaire dans 
la partie moyenne *, elles fe gonHent facile- 
inent y elles font découpées &c garnies de part 
& d'autre de plufieurs glandes febacées , fem- 
blables à celles qui fe trouvent dans les rides 
du prépuce du clitoris. Leur utilité principale 
eft de diriger l'urine , qui fort de l'urethre en- 
tre chaque nymphe , ce qui ne fe fait pas fans 
une efpéce d'ére6tion des nymphes. Ces 
membranes defcendent de l'arc cutané , qui 
environne le clitoris , partie très-fenfible ôc 
très-fufceptible de chatouillement , que deux 
corps caverneux qui la compofent , prenant 
leur origine des mêmes os, unis enfuite, mais 
n'ayant aucune urethre , font relTembler en 
quelque forte à la verge. Les vaiiTeaux , les 
nerfs, les mufcJes éredeurs font femblables 
à ceux de rhom.rrke Se agilTent de même dans 
Tad^e vénérien , mais le clitoris fe gonfle Ôc 
s'étend moins dans celles qui ont de la pu- 
deur ; cependant il fe gonfle ôc s'érige tou- 
jours par le froîtementr 

DCCCXXIV. Il y a vers les bords du vagin, 
dans l'endroit où ils fe continuent avec les 
lèvres cutanées qui recouvrent en général rou- 
tes les parties de la génération , un grand ple- 
xus veineux fait par les rameaux des veines 



ly% È L H M E N s 

hémorihoïdales externes. Les plexus (droit Se 
gauche ionc unis enfemble à la parcie fupé- 
rieuredu vagin , au-delTus du clitoris, par un 
plexus moyen. Le fang s'accumule dans cqs 
plexus , lorfque ces parties font irritées , il ré- 
trécit le vagin Ôc augmente le plaifir de l'un 
ôc l'autre fexe. Le mufde conjiricicur de tori-' 
fice du vagin y contribue en quelque chofe ^ 
il prend Ton origine de part & d'autie dii 
fphincter de l'anus •, il couvre le plexus vai- 
culaire \ il fe porte en s'élargilFant en devant 
le long de l'origine des lèvres & s'infère dans 
les cuilfes du clitoris. Il paroîtqu il peut com- 
primer les plexus latéraux du vagin & les 
plexus des veines qui dans le périné viennent 
des hémorrhoïdales externes, & rallentir pa^E 
ce moyen le retour du fang. 

DCCCXXV. La femelle , foit par devoit , 
foit par l'amour du plailir, s'unit eniin avec 
le mâle. De même que dans Thomme , 
DCCCîïLainfi le frottement des parties très- 
tendres & très-fenfibles excite une contradion 
eonvullive dans ^toutes \qs parties qui envi- 
ronnent le vagin. Pnr ce moyen , le retour du 
fang veineux étant fupprimé , le clitoris, les 
nymphes & le plexus qui environne prefque 
tout le vagin , fe gonPient fi la femme eft laf- 
cive ; le plaifir s'augmente jufqu'au der- 
nier degré ; & enfin l'adion des mufcles , 
DCCCXXIV. exprime , mais non pas tou- 
jours, ni dans toutes les femmes, une liqueur 
muqueufe, gluante, qui vient de difFérentes 
fources. Cette liqueur a fes fources d'abord à 
la fortie de l'urethre , où de grands finus mu- 



be' Physiologie. 279 

queux environnent rexcrêmité gonflée de ce 
canal urinaire, puis deux ou trois grands finus 
muqueux fe jettent dans la fubftance même 
du vagin lur les parties latérales de l'urethre, 
dans le fond des iinus que forment de petites 
membranes valvulaires caves à là partie fu- 
périeure. Enfin on remarque fur les parties 
latérales du vagin, entre les parties inférieures 
des nymphes Ôc de l'hymen , de part ôc d'au- 
tre, un orifice d'un conduit très-long , qui ^ 
defcendant vers l'anus , reçoit du mucus de 
très-petits follicules. 

DCCCXXVI. Mais cette même adion , qui 
doit exciter un très-grand plaifir par le con- 
cours dufang dans tout le fyftême des parties 
génitales de la femme , DCCCXXV. produit 
un changement bien plus nobk dans fes par- 
ties internes. En effet , lorfque la^femence 
chaude de l'homme pénétre dans la cavité 
fenfible de la matrice, gonSée 5^ pleine d'ar- 
deur , à caufe du fang qui s'y porte, les trom- 
pes très- remplies de vailTeàux diftendus ôc 
qui rempent entre leurs deux membranes , ôc 
arrofées alors d'une très grande quantité de 
fang , fê gonfienten même tems. Dans cet état 
les trompes deviennent rouges, elles fe roi- 
dilTent , le morceau déchiré s'élève & s'adapta 
â l'ovaire. On s'eft alTuréde ces faits par la dif- 
iie6tion tant des femmes que des animaux, de 
par la difpofition extraordinaire que l'on a 
ren contréedans ces parties m.alades, 

DCCCXXVII. Dans les filles qui ont ac- 
quis l'âge de puberté , lovaire eft extrême-^ 
ment rempli d'an fluide lymphatique, <:oagii- 



1§0 H L É M E N s 

lable 5 qui diftend les véfîcules. Quelquefois 
avant la conception , fe produit peu à peu au-, 
tour d'une véficule de l ovaire, DCCCVIIl. un 
caillot jaune , que j'ai fouvent remarqué , qui, 
fort augmenté &c accru autour de la véii- 
cule , paroît fe changer en un corps jaune , 
hémifphérique , qi^i a la forme d'un grain , 
cave en dedans &: contenant dans fa cavité , 
autant qu'on peut l'appercevoir , un petit , 
oeuf, ou une petite membrane creufe qui doit, 
être la place de l'homme futur. Ces corps 
font apparens dans la femme d'abord après la 
conception, i^ors donc que le coïteft fécond , 
la trompe comprimant l'ovaire, en exprime 
par la petite fente qui fe fait à la membrane 
externe l'œuf mur \ ^elle l'abforbe , pour de là 
le faire avancer dans la matrice par fon mou- 
vement périflaltiquequi commence dans l'en- 
droit du premier contaét & chaiTe ainfi peu à 
peu l'œuf dans cette cavité \ cette aétion eft 
fort fenfible dans \qs animaux. Les corps jau- 
nes qui fe trouvent conftamment dans les 
ovaires des femmes fécondes , la tumeur 
confiante qui s'y ôbferve, le rapport à^s fen- 
tes de l'ovaire ïi fouvent obfervées & qui font 
couftamment égales au nombre des enfans 
que la femme a eus , font voir que la chofe fe 
paQe ain(i; cependant l'extrême étroitelTe de 
la trompe , & la petiteffe même de l'œuf 
trouvé dans la matrice , permettent à peine 
de croire qu'une véficule entière puifTe par-: 
courir cette voie. Il ne faut cependant pas dif- 
iimuler , qu'on n'a jamais vu sûrement i'œuf 
renfermé dans un calice jaune. 



DE Physiologie. 183 
DCCCXXVIII. Toutes ces chofes fe paf- 

',: fent au grand plaifir de la mère future , non 
' pas cependant fans quelque fentimenc d'un 
niouvement interne le long de la trompe , & 
d'une efpéce d'évanouiffement. La concep- 
tion a lieu, lorfque l'œuf a été changé par la 
femence , de forte qu'il commence à fe form.er 
un nouvel homme dans cet œuf, foit que ce 
- foit un ver qui s'y întroduife alors & qu'il y 
foit un nouvel hôte plein de vie , ou qu^une 
vapeur volatile qui s'exhale delà femence du 
mâle excire un nouveau mouvement dans les 
parties liquides de l'œuf; car plufieurs chofes 
s'oppofent à l'hypothèfe qui admet toutes les 
parties formées dans l'œuf, & jamais on n'a 
vu un fœtus dans un œuf de vierge. Les fœtus 
reffemblent plutôt au père qu'à la mère , 
quand ils font engendrés de parens différens, 
éc quelque perfeàion que l'on puiiïe fuppo- 
fer dans les œufs des femmes , quelque ref- 
''emblance qu'ils puiflent avoir avec les œufs 
féconds , cependant ils font des germes inu- 
tiles 6f éternellement fiériles fans la femence 
du mâle. 

DCCCXXIX. La matrice , où il eO: dé- 
montré par des expériences certaines que la 
femence du mâle eft portée , eft-elle le lieu 
de la conception ? La force de la femence du 
mâle féconde-t-elle l'œuf dans l'ovaire même, 
comme femblent le prouver les fœtus trouvés 
dans les ovaires & dans les trompes, le chan- 
gement manifefte qui arrive au corps jaune 
après qu'il eft fécondé , l'analogie des oifeaux 
dans la matrice defquelsil tombe un œuf après 



X^l É L B M £ îi s 

le coït, quoique plufieurs fpient fécondés en 
même tems dans l'ovaire ? La petite qiianticé 
êc la lenteur de la femence du mâle , que de 
grands hommes ont jugée moins propre poiiç 
parcourir un chemin auiïi long Sç par un paf- 
lage aufli étroit que celui dQs trompes , n'e(\ 
pas une objedlion fuliifante ; en effet , on 3, 
trouvé par l'ouverture ^les femmes mortes 
après le coït ôc des femelles des animaux , les 
trompes remplies de femence. 

DCCCXXX. La matrice fe ferme certaiue- 
mentdansles f-emelles d^is animaux &c proba- 
blement dans les te m mes après la conception, 
de crainte que le petit œuf ne péiilLe avec 
l'efpérance d'une nouvelle génération. L'œuf 
étant arrivé dans la matrice , Se quelques 
jours s'érant écoulés , on a quelque chofe d@ 
plus certain fur les chnngemens qui lui arri- 
vent. La membrane de l'œuf qui a été (impie 
jufju'aloTs , fournit de toute fa furface des 
flocons branchus ^ mois , qui s'implantenç 
de contractent des adhérences avec des flo- 
cons exhilans ôc abforbans -de la matrice , 
DCCGVII, Cette adhérence a Heu dans toutes 
les p^irties de la matrice , fur-tout dans cette 
partie épaiire qui Ce trouve entre les trompes, 
& qu'on appelle vulgairement le fond de la 
matrice. CVft ainfi que l'humeur fine ôc fé- 
reufe s'écoule des petits tuyaux artériels de la 
matrice , dans les petits vaiiTeaux veineux 
de l'œuf Se nourrit le fœtus. Avant cette ad- 
hérence , le fœtus fe nourrit d'un fuc qui lui 
eft particulier ou de quelqu autre humeur re- 
pompée 



DE Physiologie. 2S5 

DCCCXXXI. Il y a alors dans cet œuf 
beaucoup d'eau limpide ôc coagulable au feu 
ou à leiprit de vin. Le fœtus eit d'abord in- 
vifible, enfuite quand il commence à paroî- 
tre 5 il a la tête fort groiTe , le corps petit , les 
extrémités ne paroident point encore , l'om- 
bilic efl grand &c applati , Se il fe trouve at- 
taché vers l'extrémité arrondie de l'œuf. L'œuf 
Ôc le fœtus paiTant continuellement de cet 
état à un plus grand , croiifent enfemble , 
mais dans une proportion inégale ; car pen- 
dant que la féroiité artérielle paiTe par des. 
routes fenhblement plus ouvertes clans les- 
vaiifeaux de l'œuf, le fœtus auquel il paroîc 
qu'il ie porte la plus grande partie de la nour- 
riture par lagrande veineombilicale, s'accroic- 
beaucoup 5 l'œuf s'augmente en mêmetems, 
mais, beaucoup moins, <Si le rapport de l'œuf 
& de l'eau qu'il contient, devient continuel- 
lement plus petit. Les flocons lont iniend- 
blement recouverts par une membrane coati' 
nue qu'on appelle cAcrio/z , Se iis font renter- 
mes entre cette membrane Se Xarrirâos • une 
grande partie de ces flocons difparoît infé- 
rieuremènt ou fe termine dans le chorion : il 
n'y a que la feule partie élevée vers le fom^ 
met arrondi de l'œuf qui prend de l'accroifTe- 
ment Se forme peu à peu un corps rond Sc 
circonfcrit , noinvné placenta, 

DCCCXXXÎL Tel eft l'état où l'œuf fe 
trouve au fécond mois *, il ne change point 
depuis ce rems , fi ce n'efi: dans fon volume, 
La partie de l'œuf qui rencontre fupcrieure- 
ment la matrice. Se qui eftprefque h tiers de 



284 É L E M E N s 

toute la furface de Tœuf, eft formée d'un 
difque arrondi , applati, fucculent , inégal,- 
exaélement vafculaire & changé en des tubei-. 
, cilles égaux & femblables entr'eux , exacte-. 
ment uni avec la matrice &: fouvent d'une 
façon indlifolubie par un tilTu cellulaire 
mmce , quin'eft pas gras & qui raiïenibleces 
vaifTeaux , tant par le moyen des anéres ex- 
halantes de la matrice qui communiquent 
avec les veines du placenta, que par celui des 
artères du placenta qui s'ouvrent dans les 
grandes veines de la maci ice. Il y a donc une 
communication dans la furface commune à 
la matrice & au placenta ^ au moyen de la- 
quelle la matrice envoie d'abord au fœtus 
une liqueur {éi-ei\fQ & enfuite le fang même , 
comme il le paroit. les grandes pertes de 
fîing qui fuivent le détachement du placenta 
dans les avortemens , les iiémorragies de la 
niere qui épuifentrout le fang du fœtus, les 
hémorragies par l'ouverture du cordon ombi- 
lical pendant le tems que le placenta eft en- 
core attaché à la matrice Se qui occafionnent 
la mort delà mère , L^mblent faire croire que 
cela fe palfe ainli. Le pafifage de l'eau , du 
mercure, du fuif , dé la cire , des artères de 
la matrice dans les vailTeaux du placenta , 
obfervé par de grands hommes, mais qui ne 
nous a pas encore été afifez démontré , la fup- 
predîon des mois dans les femmes groiTes , 
paroifTent en fournir de nouvelles preuves. 

DCCCXXXIÎî. L'autre partie du corps de 
l'œuf Se la furface du placenta font recou- 
yertês par une enveloppe externe , veloutée , 



DE Phisyolosie. iS ^ 

remplie de petics flocons , rétkulaire , po- 
reufe , facile à déchirer, vafculaire & qui ref- 
femble â un périt placenta j on l'appelle cho" 
ri(9/2, Elle eilauffi collée, cependant plus mol- 
lement j à la furface de la matrice , qui eft 
recouverte de petits flocons ôc qui lui ref- 
iemble beaucoup , par dQs vaifl^eaux plus 
petits que ceux du placenta. Cette enveloppe 
eft foutenue par une membrane interne , 
< blanche & plus folide , qu'on peut regarder 
<omme une lame interne du chorion , ou 
compter comme une féconde enveloppe du 
fœtus. -, 

DCCCXXXIV. Vamnios eft la membrane 
interne du fœtus ; cette membrane eft aqueii- 
fe 5 tranfparente , elle a rarement des vaif- 
feaux viiibles ; j'y en ai cependant vu dans 
l'homme ; elle eft très-lifte , par-tout la mê- 
me 5 placée de même que la première fur le 
placenta, & arrofée de toute part par les eaux; 
elle eft unie par un tiftu cellulaire avec la 
lame interne du chorion. 

DCCCXXXV. L'aliment du fœtus vient 
fans doute depuis le premier tems de la con- 
ception jufqu'au dernier par la veine ombili- 
cale. Cette veine formée par la réunion des 
racines des vaiflTenux exhalans de la matrice, 
rDCCCXII. & par l'artère ombilicale qui lui 
eft manifeftement continue , forme un gros 
tronc qui fait différens contours , aflfez long 
pour permettre des mouvemens libres, en- 
>^vironné d'un > tiflii cellulaire plein de mucus , 
divifé par trois cloifons & pair la membrane 
qui eft comiîîue à l'amnios , noueux de dif^ 



IÎ6 É L E M E N s 

tance ^en diftanee ; il gagne l'ombilic en paf- 
-iant par au éGarcement arrondi de la peau Se 
<les murdes du bas-ventre j ^ arrivant dans 
un iinus particulier du foie , DCLXXIV. il 
ienvoie une petite partie de fon fang à la 
veine cave , par le conduit veineux qui eft 
petit (3<: litué dans la folFe poilérieure dii foie, 
6c il en conduit au cœur la plus gtand^^ partie 
par les grands rameaux hépatiques qu'il pro- 
duit alors 6c qui exiftent encore dans Tadulte, 
IX^LXXVL ôc par ceux-ci dans les rameaux 
continua de la veine-cave, DCLXXYiïi. La 
circulation fefliit-elle autrement dans le foie 
du fœtus que dans celui de 1 adulte ? Le iinus 
de la veine-porte, ou le rameau gauche eit-il 
une partie de la veine ombilicale, ôc fes ra- 
meaux portent- ils le fang du placenta à la 
veine-cave pendant que le feul rameau droiri, 
DCLXVI. porte le fang qui revient du méfen- 
tere &c de la rate au foie ? La diredion di- 
verfe du fang ombilical , ôc la direction pref- 
que contraire du fang du mcfentere qui^n'eft 
■féparé de celui de la veine ombilicale pa^r. au- 
cune cloifon , peut-eUe permettre un. pareil 
mouvement ? ^ 

DCCGXXXVLGe n'eft pas là le feul ufa^e 
du placenta^ car le fœtus lui renvoie uuq 
grande partie de fon fang par deux gr.indes 
artères ombilicales , qui font continues à 
iaorre , ^ qui, après avoir fourni de pentes 
artères aux cuiffes & quelques autres petites 
dans le badin , fe réfléchi (fent Ôc montent le 
long des parties krérales de la veffie, recou- 
vertes pa;r le ti'flli ceilukire énféiiw'mQ ôc fe 



DE Physiologie» 287 

terminent avec quelques fibres divergenreà 
de la vefîîe ôc de l'otiraque , hors du péri- 
toine , dans le cordon ombilical , où elles 
font alternativement droites Se contournées 
en drfFérentes fpirales plus aiguës que celles 
de la veine. Répandues autour de cette veine , 
elles fe portent au placenta , qu'elles forment 
en entier parTentrelacemenr-de leurs rameaux 
iavec d'autres correfpondans de la veine. Le 
fang paroît rentrer des vailTeaux artériels du 
placenta dans les veines de la matrice , d'où 
il palfe dans le poumon de la mère pour y 
recevoir des préparations qui le rendent plus 
propre à la nourriture du fœtus , en effet , 
pour quelle autre raifon défi grands vaiffeaux 
remporteroient-ils du fœtus plus de la troi- 
fîéme partie du fang ? 

DCCCXXXVIL Le fœtus fe nourrit- il 
auiîîpar la bouche ? Repompe-t-il delà cavité 
de l'amnios la liqueur lymphatique coagula- 
ble dans laquelle il nage ? Cette opinion fe 
trouve t-elle confirmée, parce que le fœtus à 
la bouche ouverte, comme nous l'avons cer- 
tainement vu par l'analogie du poulet, qui 
ne tire fa nourriture que de l'œuf dans lequel 
il eft renfermé ; parce qu'il s'eft trouvé des 
fœtus fans cordon , que le méconium remplît 
les gros inteftins &c une partie des petits , que 
la liqueur qui fe trouve dans l'eftomac dh 
fetus eft femblable à celle qui remplit Tam- 
*iiios , que la liqueur de l'amnios diminue a 
'"proportion que le fœtus croît , qu'il s''eft 
'trotivé des ftries continues & comme^lâcéés 
dans l'amnios , h 'bôticlie , ^le 'soffer èc 4'eï- 



i33 É t E M E N s 

tomac du fœtus ? Mais quelle efl la fource dô 
cette lymphe de ramnios ? S'exhale-t-elle des 
petits vailFeaux inviiibles de i'amnios ? Y a- 
t-il quelques pores qui la tranfmettent du 
chorion même rempli de fucs ? Le chorion 
dans ce cas là le recevroit-il de la matrice ? 
Tout ceci eft fort obfcar , (Se il ed plus pro- 
bable que puifque cette humeur eft nourri- 
cière , au moins dans les premiers tems du 
fœtus 5 car dans les derniers on dit qu'elle de- 
vient acre , que c'eft de la matrice qu'elle 
vient. 

DCCCXXXVIÎI. Les excrémens du fœtus 
s'accumulent en petite quantité pendant tout 
ce tems , le fuc nourricier qui a été filtré par 
les plus petits vaiifeaux de la matrice , étant 
très atténué. J'ai fouvent trouvé la veiîie pref- 
que vuide danss les fœtus ; cependant il fe ra- 
malfe une certaine quantité d'urine dans la 
velîîe urinaire qui eft grande & longue. Il 
s'accumule dans une grande partie du canal 
inteftinal une fubîlance pulpeufe , verdâtre , 
qui eO: peut-être l'excrément des liquides qui 
• y font exhalés ^ ,car j'ai trouvé une fubdance 
fort femblable dans d'autres cavités , rem- 
plies d'un liquide exhalé , & dans la mem' 
brane vaginale du tefticule. 

DCCCXXXIX. N'y a-t-il donc aucune 
membrane allantoïde ? puifqu'il efl" cepen- 
dant certain que Touraque fort du haut de la 
veffie ^ ce conduit eft d'abord large , recou- 
vert par les fibres longitudinales de la veiîie 
comme par une gaine , Se lorfqu'elles s'en fé- 
paçent, il devient grêle & cependant creux, 

ôc 



DE Physiologie. i2f} 

êc fe prolonge aflez loin dans le cordon om- 
bilical; & un Anatomiilie très-fçavant nous 
aiïiire qu'il l'a fuivi jufqu'à l'extrêmiré de ce 
cordon ? La grande analogie avec les animaux 
dans lefquels on obferve i'ouraque de la mem- 
brane allanroïde , ne donne-r-elle pas lieu de 
foupçonner la même ftruclure dans riiomme, 
quoiqu'on ne l'aie pas encore découverte ? On 
n'a pas encore vu afTez fûremenc ou alTez fou- 
vent dans rhomme , ce réfervoir particulier, 
continu à la cavité de I'ouraque , pour l'ad- 
mettre , & il s'y fépare une trop petite quan- 
tité d'orine. On auroit peut-être lieu de con- 
jedurer que l'urine eft portée de I'ouraque 
dans les cellules fpongieufcs du cordon où 
elle fe répand. , ôc que fi le cordon eft plus 
long dans l'homme que dans tous les autres 
animaux , c'eft qu'il eft le feul dans lequel iî 
n'y ait point de membrane allantoïde. Mais 
i'ouraque eft certainement court , il fe pro- 
longe jufques dans le cordon ôc ne paroît pas 
aller jufqu'au placenta. 

DCCCXL. Le fœtus croît pendant ce teni% 
3c des tubercules fortent infenfiblement du 
tronc pour former les extrémités, & toutes les 
autres parties du fœtus fe développent d'une 
façon admirable que nous ne pouvons dé- 
tailler ici 5c fur laquelle les Anatomiftes ne 
fe font pas affez étendus. La tête fe forme 
d'abord , puis la poitrine , enfuite le bas- 
ventre Se enfin les extrémités. Mais il y a plu- 
fieurs chofes dans la poitrine du fœtus , qui 
différent de celles de l'adulte. 

PCCCXLI. La première diverfité fe ren- 
PanJI. N 



ipo Élémens 

contre dans le thymus, qui eft une glande, 
molle , lâche , compofée de pluiieurs lobes 
qui fe réunifTent en deux grands ôc font unis 
par beaucoup de tilFu cellulaire allongé. Elle 
ed placée dans le médiaftin & à la partie in- 
férieure du col ; elle eft toute remplie dans 
fa fubiiance d'une liqueur féreufe , blanche; 
mais dans l'adulte elle difparoît peu à peu , 
parce qu'elle eil afFaiirée par les poumons 
augmentés & par l'aorte qui eft alors plus 
grande. Quel eft l'itfage de cette glande & du 
liquide qui s'y trouve ? On n'en fçait rien du 
toutj mais toutes les autres glandes, & fur- 
tout les conglobées , fontpkis grandes dans I9 
fœtus. 

DCCCXLII. La cavité de la poitrine eft 
courte 5 & comprimée par le poids énorme 
du foie ; les poumons font petits à proportion 
du cœur, folides , de force qu'ils coulent au 
fond de l'eau , lorfque l'air n'y eft pas encore 
entré. Les poumons ne pouvant donc laifter 
pafter une aufli grande quantité de fang que 
dans les adultes , lorfque la refpiration n'a 
pas lieu , CGXCVIIL CCXCIX. il fe trouve 
d'autres voies dans le fœtus , par lefquelles 
une grande partie du fang de la veine ombili-? 
cale Se de la veine-cave inférieure pafte dans 
l'aorte fans traverfer le poum.on. D'abord la 
cloifon qui unit l'oreillette droite avec la 
gauche , eft percée par un trou large , ovale , 
par lequel le fang qui vient du bas -ventre 
étant un peu repouffé par le bord valvulaire 
de l'oreillette droite, LXXXVL pafTe a grands 
lipcsdani l§ fin us gauche. Gependanf: la men^- i 



fit PïiY S i © L O G ÎÉ« lc)t 

brane de i\in & l'autre iinus s'élève peu à peu 
en arriére ^ vers le finus pulmonaire , au- 
deiTus du trou ovale ; elle eft attachée de parc 
Ôc d'autre par une fibrille fupérieure & en- 
fuite par beaucoup d'autres inférieures éten^- 
dues en forme de main ; elle bouche d'abord 
une petite , enfuite une plus grande partie de 
ce trou , de forte que le pafiTage du trou ovale 
n'eft libre que tranfverfalement; celui qui eft 
libre entre le bord rond du trou ovale & la 
valvule à mefure qu'elle croît , eft prefque 
égal 5 dans un fœtus à terme , a la quinzième 
partie de l'orifice de la veine-cave. 

DCCCXLIII, Tout confpire à faire voie 
que c'eft là la route que le fang tient , 8c 
qu'au contraire il ne paiTe point du lînus gau- 
che au finus droit ; car la colonne du fang eft 
très-grande dans le finus droit , de forte qu il 
ne peur en revenir de tout le corps aucune au-> 
tre plàs grande ; l'oreillette gauche au con- 
traire renferme d'autant moins de fang que 
la droite, que la partie qui paffe par le con-* 
duit artériel eft plus grande , d'où elle eft en 
conféquence d'autant plus petite que la 
droite : la valvule du fœtus à terme eft fi 
grande & fi fort à gauche de l'ifthme ou l'arc 
mufcukire , DCCCXLII. que la valvule 
pouffée du côté gauche vers la droite ferme 
ce trou comme un voile , qu'elle cède 
lorsqu'elle eft pouffée de droite a gauche c^ 
qu'elle laifTe paffer l'air ou le fang , Se que 
lorfqu'elle eft pouftee de gauche à droirej 
elle retient l'air ôc l'empêche de palfer à 
droite. 

N ij 



2c)Z É L 1 M E N S 

DCCCXLIV. Une pente quantité ie ce 
fang qui a paffé dans le ventricule droit , fe 
ÎQZtQ auffi dans le poumon ; car l'artère pul- 
monaire du fœtus plus grod'e que l'aorte , ie 
continue tout droit dans le conduit artériel ^ 
dont le diamètre eft plus grand que les orifi- 
côs réunis Àqs deux branches de i'artére pul- 
îiionaire, & plus grand que l'oririce du trcfu 
ovale 5 qui entre dans l'aorte j à l'endroit où 
cQZtt artère touche d'abord les vertèbres fous 
la fouclaviére, & il jette par confèquent dans 
l'aorte inférieure plus de la moitié du fang de 
l'artère pulmonaire , qui fans cette diipofî- 
îion auroit pu paffer par le ventricule gauche 
iz par les rameaux afcendans de l'aorte \ c'eft 
pourquoi l'aorte eft fi petite dans le fœtus a 
îa fortie du cœur. C'eft ainii que le fang eO: 
détourné à^s poumons , qu'une grande partie 
paiie tout droit par les artères ombilicales, & 
que les forces des deux ventricules' font 
lèunies pour chafTer le fang de l'aorte. 

DCCCXLV, La matrice croît continuelle- 
tnent avec le fœtus , & alors fes artères qui 
ferpentent font étendues & allongées en ligne 
droite par le mouvement du fang. Son èpaif- 
ieur refte ainfi la m^ême , parce que la plus 
grande quantité de fang qui fe trouve dans 
les artères & dans les veines compenfe l'afFoi- 
blififement de fa texture foUde. Le fond de la 
jnatrice fur-tout s'étend , de forte qu^alors les 
trompes paroiffent défcendre de fa partie 
moyenne ; ainfi la matrice s'étend au-deffbs 
du baiîin vers le colon , St même jufqu'à l'ef- 
iomac 5 de manière qu'elle comprime les vif- 



DE Pliysiologiê, 1^3 

céres da bas-ventre, laveiîie & l'inteftin rec- 
tum. L'orifice de la matrice 13'eft jamais fermé 
dans ce tems , mais il eft enduit d'un mucUs 
qui vient des linus, êc peut être par un mucus 
femblable qui vient des véficules lituéesdans 
le col de la matrice , & il eft par ce moyen 
préfervé des imprelîions de l'air. Enfin le col 
de la matrice fe prête à l'extenfion de fon 
corps, il devient court , l'orifice eft plat & 
large , fans longueur , & il s'ouvre toujours 
de plus en plus a mefure que le tems de l'ac- 
couchement approche. Le fœtus s'accroiffanc 
en même tems , fa fituation qui dans ion 
jeune ageétoit aftez indéterminée ôc qui en- 
viron vers le milieu de la groifefi^e , lorfqu'il 
fembloit fe mouvoir comme une boule, étoic 
telle que la tête écoit cachée entre les genoux, 
devient bien différente ; ce ^œtus plonge fa 
tête de plus en plus pefante dans le baffin , ÔC 
la dirige vers le col de la matrice. 

DCCCXLVL C'eft de-là que viennent 
d'abord les dîftérens efforts vagues de la ma- 
trice irritée pour fe délivrer , & enfin les 
neuf mois étant écoulés, quand le poids du 
fœtus, lemal-aife, les incommodités delà 
mère , les coups qu'il donne avec fes pieds, 
le tiraillement du placenta , deviennent ex- 
trêmes , alors la tête du fœrus embarraffée 
dans le paiTage produit un fentiment fembla7 
ble à celui que caufent les excrémens , lorf- 
qu'ils s'accumulent dans l'inreftin reétum ; 
cette efpéce de douleur oblige la mère a faire 
des efforts pour accoucher. 

DCCCXLVII. La mère étant donc tour- 

N iij 



Z()4 É t E M E N $ 

mentée pat des ténefmes qu'elle ne peut lup- 
porter plus long-tems, elle emploie toute la 
force de la plus violente infpiration pour 
pouiïer les vifcéres du bas- ventre en bas &c 
comprimer la matrice , DCCXXVII. pen- 
dant que la matrice relTerrée par fa force 
contradile prefife le fœtus , cette adion feule 
fuffit quelquefois pour faire fortir le fœtus , 
fans aucun effort de la part de la mère. L'^P" 
nios rempli d'eau , pouffé en cqne par la tête 
du fœtus, dilate l'orifice interne de la m.a- 
rrice , il eft atténué , diftendu ôc fe rompt , 
les eaux s'écoulent , elles arrcfentles palï-ages, 
elles relâchent tout. Alors la tête nue du fœ- 
tus , la face tournée vers l'os facium à caufe 
defon poids , s'infinue en forme de coin dans 
l'orifice de la matrice ,. l'étend , jufqu'à ce 
que la mère par un grand effort faife même 
quelquefois écarter les os pubis de que la tête 
de l'enfant pouflée dehors avec une douleur 
infupportable & un frémiffement de tout le 
corps 5 paffe dans le vagin qui peut fe dilater , 
qui n'eîl pas beaucoup comprimé par aucun 
os , en forte plus facilement , Se qu enfin l'en- 
fantvoie le jour, 

DCCCXLVÎII. Le placenta , attaché au 
fond de la matrice, DCCCXII. fe^ détache 
ordinairement fans peine lorfque le fœtus efl 
à'terme , par un effort léger de la mère Se par 
le moyen de la fage- femme qui le tire. Les 
flocons du placenta font ainfi féparés de ceux 
de la matrice 5 il s'enfuit un grand écoule- 
ment de fang & la mère efl alors délivrée de 
l'arriére-faix. On lie en même tems le cordon 



DE Physiologie. 295 

dmbilical , parce qu'on ne poiirroit le laifTer 
libre fans danger pour le foetus , & on le 
coupe. AïnCi la veine ombilicale ne reçoit plus 
de fang Ôc celui des artères ombilicales trouve 
un obilacle infurmontable. 

DCCCXLiX. Alors la matrice , étendue 
jiifqu'à ce tems d'une façon extraordinaire, fe 
contracte par la force de fes fibres élaftiques , 
DCCCVI. avec tant de vitelle Ôc tant de vio- 
lence qu'elle relferre fou vent la mairi de la 
lage- femme & le placenta qui n'eft pas bien 
détaché. Ainfi les vaiiTeaux qui par eux-mê- 
ines tendent à devenir plus petits , font com- 
primés ; la grande quantité de fang qui s'étoit 
amaffée dans la matrice , en eft chaflee ^ il 
fort foiisle nom de lo-chies , d'abord pur , en- 
fuite à mefure que \qs vaiiïeaux fe retréciirenc 
il devient jaune & enfin blanc, la bleflure delà 
matrice fe guérit & celle ci fe réduit prompte- 
ment i un volume qui n'eil: pas beaucoup plus 
grand que celui qu elle avoit avant la con- 
ception. 

DCCCL. Lesmammelles deux ou trois jours 
après l'accouchement , qui eft le tems où les 
vuidanges commencent à diminuer , fe gon- 
flent coniidérablement, & au lieu d'un peu de 
férofité qu'elles conrenoient pendant la grof» 
feiïe, elles fe rempUlfent alors d'une liqueur 
féreufe , fine & peu après du chyle même. 
Le iait eft fort femblable slu chyle j il eft 
blanc , légèrement épais , doux &c doué d'un 
fel elfentiel très-doux ^ il tend à s'aigrir ; il a 
une vapeur odorante, volatile , de il eft corn- 
pofc de beaucoup de graille , d'eau ôc d'une 

Niv 



1Ç)6 É L i M E N s 

matière caféeufe & terreufe , qui rend plutor 
à s'alkalifer. Ce chyle fe tournant en feruni 
long-tems après avoir mangé , devient falé , 
légèrement alkali de déplaît au fœtus. Le laie 
retient fouvent les caraàéres de certains ali- 
mens Ôc àes médicamens , comme le chyle. 
Il paroit que la caufe de la plus grande fécré- 
non qui ie fait dans les mammeiles doit être 
attribuée à la révuliion &c qu'elle fuccede à 
la fupprelîion de cette grande fécrétion qui 
fe faifoit dans la matrice , ôc qui nourrifToit 
le fœtus , de même que la diarrhée fuit la 
fuppreffion de la tranfpiration ^ car on a vu du 
lait for tir par d'autres endroits ôc par les 
plaies mêmes. Les anallomofes des artères 
mammaires avec les épigadriques , quoique 
vraies 3 font cependant ii petites que cela ne 
peut produire ici aucun effet particulier. 

DCCCLL Les mammeiles font compofées 
d'une grande quantité de graifTe , très-molle , 
très-blanche ,- répandue dans leur fubftance ,, 
ôc d'une glande conglomérée , convexe , for- 
mée de grains d'un rouge livide, arrondis , 
duriufcules , couverts extérieurement ôc unis 
enfemble par un tiifu cellulaire ferme. Elles 
reçoivent beaucoup de vaiiFeaux des mam- 
maires internes 5 des thorachiques externes, 
'ôc ils communiquent tous enfemble proche la 
papille. îl s'y jette un grarni nombre de nerfs 
airez gros ,. de même que dans la peau qui les 
environne ; cqs nerfs viennent des dorfaux. 
•• DCCCLîL Une infinité de petits conduits 
très-tendres , très-blancs, extrêmement mois 
ôc faciles à dilater ^ tirent leur origine par an 



Bi Physiologie. 297 

très-grand nombre de petites racines , de cette 
glande fi tuée à la partie moyenne , fe réunif- 
fenc déroutes parts vers le milieu de la pa- 
pille, tant dans le cercle qui l'environne, que 
dans l'aréole du cercle , de fe rendent dans la 
racine de la papille. C'eft ainfi que nous ap- 
pelions un corps caverneux dans lequel le 
fang peut fe répandre & produire une érec- 
tion 5 comme dans la verge. Vingt conduits 
excréteurs laiteux & plus, s'ouvrent dans cette 
papille, fans avoir jamais entre eux aucune 
communication ; ils deviennent plus petits 
dans la papille qu'ils n'étoient auparavant ; 
lorfqu'elle eil lâche, ils font comprimés , ri- 
dés , afïaiirés & connivents ; mais lorfqu'elle 
^ vient par un chatouillement quelconque à fe 
redrelîer , ils font droits , ouverts au moyen 
des orifices cachés entre les rides cutanées. 
L'aréole environne la papille ; elle eft rem- 
plie de glandes fébacées qui mettent cette 
peau tendre â couvert du frottement & d'une 
mocceur perpétuelle. 

DCCCLIII. C'efl dans cette partie qu'eft 
le premier aliment de l'enfant , & il fçait y 
avoir recours avant que d'avoir fai.t l'expé- 
rience d'aucune autre fonétion. Ayant em- 
braifée la papille dans fa bouche j il l'oblige 
par une douce irritation à fe redrelTer ; il la 
preGTe avec fes petites lèvres , pour que l'air 
extérieur ne puilTe point s'y introduire ; il 
infpire en même tems , & il forme dans fa 
bouche un efpace rempli d'un air plus léger. 
Ainfi le poids de l'air extérieur & la force Je 
comprelîion des lèvres de l'enfant exprimenc 

Nv 



29^ É L É M E N s 

le lait de la papille , qui fans cela tend a s'e^ 
couler par fon abondance , 3c l'enfant tetteôc 
fe nourrir. Le lait féreux d'abord , ou le pre- 
mier lait 5 lâche le ventre de l'enfant , purge 
le méconuim, DCCCXXXVIII. & lui eft par 
là d'une très-grande utilité. Le lait s'eft écoulé 
quelquefois dès itiammelles des vierges, des 
vieilles femmes & même des hommes fans le 
fecours du fœtus , par le feul chatouillement 
qui élevé ces conduits laiteux & augmente 
l'afïluence du fang dans ces parties. 

DCCCLVÎ. Mais il arrive de grands chan- 
gemens dans le fœtus après fa naiifance. La 
reipirarion eft la première , qu'il tend à com- 
mencer même dans le vagin, étant provoqué» 
à ce qu'il femble , par la douleur 5c par l'an- 
xiété , aux cris par lefquels il annonce fa 
ïïaiflance. Il attire donc l'air dans les pou^ 
mons ,qui jufqu'alors font petits & remplis 
d'une vapeur féreufe ; il les dilate , il les 
change de rouge- bruns , petits , folides , ôt 
fubmergés dans l'eau même fàlée , de les rend 
plus légers , fpongieux , plus grands , remplis 
d'air , blanchârres 8c nageans fur l'eau. Le 
fang pafTe donc plus facilement dans ces pou- 
mons qui font grands Se lâches , CCXCIV, 
Une grande partie du fang de l'arrcre pulmo- 
naire, qui éroit porté par le conduit artériel 
dans l'aorte , paffe donc alors dans le poumori 
par les rameaux de cette artère ; & le fang 
cefle de couler par ce conduit , d'autant plus 
qu'il rencontre un nouvel obftacle, en allant 
fe porter dans le bas-ventre. Les artères om- 
bilicales qui font très-grandes étant liées , h 



©E Physiologie, 299 

fang de l'aorre ne peut fe frayer un nouveau 
chemin , qu'en employant toute fa force pour 
dilater les artcres du balîin Ôc des extrémités 
inférieures. Enfin comme le poumon reçoit 
plus de fang , l'aorte en reçoit auili une plus 
grande quantité à fa fortie du coeur , ôc le 
conduit artériel qui fe trouve entre cette artère, 
qui devient plus grofTe ôc l'artère pulmonaire, 
eit prefTé de telle forte que non-feulement il 
fe trouve vuide , mais même plus court dans 
l'adulte 5 il ell: du refte en dedans d'une cou- 
leur rouge particulière , mol ôc très-propre à 
fe réunir avec le fang qui y féjourne. Cette 
route du fang s'oblitère donc promptemenr , 
ôc prefque dans l'efpace d'un an. 

DCCCLV. Le trou ovale fe ferme aufli peu 
à peu par les mêmes caufes j car auiîi-tôt que 
la route du fang efl devenue plus ailée par le 
poumon 5 elle l'eft auffi parle ventricule droit 
du cœur , ôc le fang de l'une ôc l'autre veine- 
cave s'y porte d'autant plus abondamment,, 
qu'il trouve un chemin plus facile dans l'ar^ 
lére pulmonaire qui eft lâche, Ôc qu'en con- 
féquence il n'a pas befoin de l'ouverture 
pratiquée dans la cloifon des deux finus.^ De 
plus il fe porte moins de fang dans la veine- 
cave inférieure par la veine ombilicale , 
puifqu'elie fe trouve entièrement privée de 
ce fluide , a caufe de k ligature de l'ombilic ; 
DCCCXXXXVI. l'effort qu'il fait contre le 
trou ovale eft donc moindre ôc le fang de la 
veine-cave fupérieure peut à peine s'y porter 
à caufe de l'ifthme qui fe rencontre dans cet 
endroit. Enfin le fînus gauche reçoit une plus 



|00 É L É. M s Î4 ^ 

grande quantité de fang par les poumons J 
il fe dilate, les petites cornes de la valvule 
ovale font étendues avec tout le iinus auquel 
elles font attachées , ôc elles élèvent la val- 
vule , de façon que dans le fœtus à terme 
avancée fut cet iilhme , elle ferme entière- 
ment le trou , la valvule s'applique à Tifthme 
même , ôc le fang du iinus gauche foutienc 
en même tems ce.tte valvule contre l'impé- 
tuofîté dufing du (inus droit. Le trou ovale fe 
ferme ain(i peu à peu , avec le concours de 
quelque frottement du bord fupérieur de la 
valvule contre Tifthme fupérieur , & le bord 
fupérieur de la valvule s'unit & fe colle à la 
face poftérieure de l'ifthme ; mais cela fe fait 
lentement , deforte qu'il relie fort fouvent un 
petit canal entre l'ifthme &z la partie fupé- 
rieure de la valvule même dans un âge fort 
avancé ^ cependant lorfqu'il ne fe rencontre 
point de petit canal , on voit encore des verti- 
ges de la cavité gauche & du tuyau ouvert 
dans la partie fupérieure droite ôc fermé à 
gauche. 

DCCCLVI. Les parois de la veine ombili- 
cale fe rapprochent bientôt , le fang n'y paf- 
fant plus. Le fang de la veine-porte , qui ne 
trouve plus l'obftacle formé par le fang de la 
veine ombilicale, fe jette dans le iinus gau- 
che ôc dans la partie courbe de la veine ombi- 
licale, DCCLXXVI. & il coule dans les ra- 
meaux par lefqueîs la veine ombilicale avoit 
coutume de porter le fang dans la veine-cave. 
Le conduit veineux s'affailLe & s'einice par la 
compreiîion que le diaphragme, en defcendaiàC 



©E Physiologie. ^ 503 
oans rinfpirationjoccafîonne fur le foie & par 
laquelle le lobe gauche eft appliqué contre le 
petit lobe ; peu^être aulîi à caufe de l'angle 
obtus que ce conduit forme avec lelinus gau- 
che de la veine-porte j il eft certainement fer- 
mé en premier lieu vers cecce veine. 

DCCCLVII. Les artères ombilicales fe fer- 
ment , de la même façon que les artères qui 
font liées par-tout ailleurs, au moyen d'un 
caillot poiipeux de fang qui en occupe l'ex- 
trémité fermée & par le fang qui éprouve là 
réfiftance des membranes & fe détourne dans- 
les artères voillnes qui réfiftent moins. Les 
mufcles de l'abdomen qui com.priment ces 
artères dans la refpiration contre l'abdomen 
très-rempli, y concourent en quelque chofe , 
de même que l'angle très-aigu que l'artère 
ombilicale en fortant de l'iliaque , fait alors 
avec elle , en fe recourbant le long de la vef- 
iîe 5 & la re6litude , par laquelle les extré- 
mités inférieures qui ètoient pliées vers le 
corps dans le fœtus , font alors étendues. Ces 
artères fe ferment donc promptement , & il 
ne refte qu'un petit tuyau , qui fournit du 
fang à deux ou trois artères de la vellie. L'ou- 
raque s'oblitère très-facilement, parce qu'il 
monte tout droit de la velïie , qu'il eft très- 
petit , qu'il n'a point de fortie & que l'urine , 
qui trouve alors l'urethre ouverte inférieure- 
ment , ne fait aucun effort pour fortir par ce 
tuyau. 

DCCCLVIIL Le foie diminue infenfible- 
ment par les mêmes caufes , il fe retire fous 
les côtes 3 les gros inteftins , qui étoient petits 



30i É L É M E N s 

dans le fœtus , augmentent confidérabie- 
nient; l'efto mac s'étend en longueur; rintef- 
tin cœcum fe développe par le poids des ex.- 
crémens , qui tendent en bas vers la droite de 
l'appendice vermi-forme; les pieds s'augmen- 
tent conddérablement par le fang repoulfé par 
les artères ombilicales qui font liées ; & tous 
les autres cliangemens par le moyen defquels 
le fœtus palfe mfeniîblement à l'état parfait 
d'adulte , ont de même lieu. 

DCCCLIX. Quelle eft la caufe de la ftruc- 
ture du fœtus ? Eft-ce fon ame ? Elle eft trop 
ignorante fur fa na.ure , Ôc elle ne prévoit 
point les fins & les fonctions auxquelles les 
membres du fœtus font préparés. Ses pre- 
miers linéamens formés dans l'œuf êc la fe- 
mence , ne font-ils que fe développer , étant 
étendus par la plus grande abondance du li- 
quide qui s'y porte ? On ne trouve pas cette 
délinéation ainfi formée dans la mère , 
DCCCXXVIII. ni dans la femence du père ? 
DCCCXC. Y a-t il donc quelque force at- 
tractive , qui réuniiîe les particules d'un li- 
quide vifqueux 'd'abord pour en former des 
filets , & former enfuite de ceux-ci des fibres, 
des membranes , des vaiiïeaux, des mufcles , 
des os Se enfin des membres ? Cela paroît 
plus probable. Mais quelle eft la fageue qui 
dirige une ftrudure aufîi fage , auîii conf- 
tante , aufii variée pour {es propres fins ? C/eft 
fansdoute par les loix divines que toutcelafe 
fait , de même que nous voyons par ces mê- 
mes, loix , les aiguilles de la glace, les cryf- 
taux des feis, les petites parcelles ôc les lames 



DE Physiologie. |oj 

des métaux , les globes terreux des pierres , 
les cryftaux , les fables, les pouffiéresde mouf- 
fes , les fils de lins , la gelée des fungus , les 
fucs des plantes , les véficules cellulaires , les 
fibres, enfin le gluten des animaux les plus 
fimples , les filamens , les fibres les plus no- 
bles 5 les riiïiis cellulaires fe réunir en im 
corps d'une mêirie efpéce , qui peut feule-, 
ment être produit fuivant ces loix , par cette 
matière, &: fous ces mêmes condi rions. Cette 
opinion ne fe trouve-t-elle pas confirmée par 
le développement infenfible qui fe fait des 
membres du fœtus comme dans le polype ? 
Ce n'étoit d'abord que de petits tubercules^ 
enfuite ce font des éminences devenues plus 
longues ; ce ne font pas de petits fils qui 
croiffent uniquement en fe dilatant. Le cœur 
qui fe forme fucceilivement dans le poulet 
par le tuyau , DCCXCIX. la rentrée de ce 
cœur nud fous les côtes , enfin la confidéra- 
tion attentive de la fuite des accroiiïemens 
qui fe font dans le polype , dans l'homme , 
dans le poulet Se dans les plantes ne le confir- 
ment-ils pas ? L'accouchement a-t-il des jours 
fixes ? Les exemples réunis nous apprennent 
que l'accouchement du fœtus ayant vie , s'é- 
tend à peine au onzième mois, & qu'il peut â 
peine s'avancer au commencement du fixiéme 
mois. Les taches naturelles prouvent-elles la 
pui (Tance formatrice de l'ame ? Il n'y a point 
de voie par laquelle l'ame de la mère pniffe 
exercer fa puifi^ance dans le fœtus; on ne voit 
point la matière qu'elle y envoie; le mouve- 
ment par lequel elle l'y détermine^ le feari- 



504 Élémeks 

ment intérieur &c la fagefTe pour la difpofer , 
êc enfin les expériences font ou vaines , ou ne 
font que relatives aux maladies légères de la 
peau des foetus, dont les mères recherchant 
avec foin l'origine, la trouvent dans les peurs 
qu'elles ont eues. D'où viennent les monf- 
rres ? Sont-ils produits par les mélanges des 
fœtus à moitié faits ? ou font-ils conftruits 
de la même façon qu'ils naident , ôc n'ont- 
ils eu jamais d'autre ftructure ? Ce qui rend 
ce fentiment plus vraifemblable , ce font les 
différentes réiuiions du cœur qui ne pou- 
voient le faire fans danger , la longue fuite 
des intedinsqui ne forme conftamment qu'un 
même canal dans un fœtus divifé en deux 
parties, les parties nouvelles & extraordi- 
naires créées pour les ufages particuliers cies 
fœtus monftrueux , les parties fuperflues^Sc 
folitaires dans un fœtus qui d'ailleurs eft fain. 
La fuper-fœtation eft-elle polnble , quoique 
l'orifice foit fermé , que les trompes foienc 
courtes & pendantes , peu propres à embraf- 
fer les ovaires , & que la matrice remplie de 
fonœufparoilTe^tre un obftacle fuffifant ? U 
efl: très-sur qu'elle peut avoir lieu au com - 
mencement de la grofieiïe , puifqu'il eft ar- 
rivé plufieurs fois que la matrice à m.oirié 
remplie, la femme a conçu un fécond fœtus , 
le premier étant devenu fec , plâtreux ou com- 
me un fquelette , êc qu'elle l'a mis au monde; 
& qu'il s'en eft trouvées qui ont accouché de 
deux fœtus parfaitement faits ëc fains, à quel- 
ques femaines ou à quelques mois l'un après 
l'autre. Quel q9l le terme de la fécondité 



D E Ph Y s I O L O G I E. 50^ 

Kuiîiaine ? Les couches de quatre enfans font 
rares , cependanc on trouve dans des Auteurs 
fidèles une ou deux obfervations de ("emmes 
qui en ont eu jufqu'â cinq. Quelle eft la 
caufe du goût dépravé des femmes grolTes ? 
La femence repompée dans le fang paroit d'a- 
bord produire quelques naufées ; les mois 
retenus Se la compreiîion que la matrice fait 
fur l'eftomac en occaiionnent d'autres. L'oifi- 
veté & l'imagination, mères de beaucoup de 
maux 5 ont multiplié ces mêmes incommo- 
dités. Y a-t-il dans le corps jaune un fuc 
plein de molécules organiques , qui s'unif- 
fent avec de femblables molécules contenues 
dans la femence du mâle , pour former un 
nouvel animal ? Les corps jaunes ne fe trou- 
vent pas dans une vierge avant la conception, 
mais ils paroiifent auiii-tôt après , & il n'y a 
rien dans leur fuc, que ne contiennent audi 
les autres parties du corps humain. 



Fin de la féconde Partie^ 



MBtta^aMa 



T A B L 

DES CHAPITRES 

Contenus dans cette féconde Partie. 

Chapitre XIV. Des Sens ; du Toucher, 

page X 
CHAR XV. Du Goût, iS 

CHAP.XVI. De r Odorat. 16 

CHAP. XVII. De l'Ouïe. 34 

CHAP. XVIII. De la Vue. çr 

CHAP. XIX. Des Sens internes. %^ 

CHAP. XX. Du Sommeil. 104 

CHAP. XXI. De la Faim ^ de la Soif ^ des 

Alimens & de la Boijfon. 1 1 1 

CHAP. XXII. Du Manger & de la Salive, j 1 8 
CHAP. XXIÎI. De la Déglutition. i 3 o 

CHAP. XXIV. De l'avion de VEJlomacfur 

les Alimens. 138 

CHAP. XXV. De VEpiploon. i ^o 

CHAP. XXVI. De la Rate. i6z 

CHAP. XXVII. Du Foie ^ de la VéJicuU 

du Fiel & de In Bile. 1 6-j 

CHAP. XXVIÏL Du Pancréas. 189 

CHAP. XXIX. Des Intefiins grêles. 15,2 
CHAP. XXX. Des Valffeaux du Chyle. 106 
CHAP. XXXI. Des gros Imeflins. 2 1 3 

CHAP. XXXII. Des Reins, de la FeJJle , de 



r urine r 214 

CHAP. XXXIII. Des Parties génitales de 

l'homme, 241 

CHAP. XXXIV. De la Matrice. 2^3 

CHAP. XXXV. Delà Conception. zjj^ 

Fin d.e la Table des Chapitres. 



A P P R O B A T I O N, 

'M 

'ai lu par ordre de Monfeigneur le Vice-Chancclier la 
J Tradadlion des Élémens de FhyJiologU de M. de Halter, 
A Paris, le 17 Juillet 1768. 

lOUlS.^mfeur Royal. 



J 



PP.IFIIÈGE DU ROI, 

I ' Ouïs, par la grâce de Dieu , Roi de France & de 
Navarre: A nos Ames bc féaux Confeillers les Cens tenans nos 
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre 
Hôtel , Grand Confeil , Prévôt de Paris, Baillifs, Sénéchaux, 
leurs Lieutenans Civils &: autres nos Jufliciers qu'il appartien- 
dra : S a l u t , notre amé Pieilre Guillyn Libraire, Nous 
a fait expofer qu'il defîreroit faire imprimer & donner au Pu- 
blic, la Phyfiologie, traduite de Hallery s'il Nous plaifoit lui ac-^ 
corder nos Lettres de Privilège pour ce nécefîaires. Aces Causes, 
voulant favorablement traiter l'Expofant , Nous lui avons 
permis 6c permettons par ces Préfentes de faire imprimer 
ledit Ouvrage autant de fois que bon lui ferablera , Ôc de Iç 
vendre, faire vendre ôi débiter par tout notre Royaume pen*- 
dant le tems de fîx années confécutivcs , à compter du jour 
de la date des Préfentes. Faifons défenfes à tous Imprimeurs , 
Libraires , Se autres Perfonnes de quelque qualité 6c condition 
qu'elles foient , d'en introduire d'impreflîon étrangère dans 
aucun lieu de notre obéilTance , comme auffî d'imprimer , 
ou faire imprimer, vendre, faire veiidre , débiter ni contre- 
faire ledit Ouvrage , ni d'en faire aucun extrait fous quelque 
prétexte que ce puiiTe être , fans la permiffion exprefle & par 
écrit duJit Expofant ou de ceux qui auront droit de lui , à peine 
de confifcation des Exemplaires contrefaits , de trois mille 
livres d'amende contre chacun des Contrevenans , dont un 
tiers à Nous, un tiers à l'Hôcel-Dieu de Paris, &: l'autre tiers 
audit Expofant ou à celui qui aura droit de lui , & de tous 
dépens, dommages ôc intérêts j A la charge que ces Préfentes 
feront enregiftrées tout au long fur le Regiftre de la Corn- 
munauté des Imprimeurs ôc Libraires de Paris dans trois mois 
de la date dMcelles , que l'impreiïîon dudit Ouvrage fera 
faite dans notre Royaume , & non ailleurs , en beau papier & 
beaux caraûères , conformément aux Réglcmens de la Li- 
brairie ,5c notamment à celui du 10 Âviil 17:^ j > à peine de 



déchéance cîu préfent Privilège j qu'avant de l'expcfer en vente, 
le manufciit qui aura fervi de copie à l'impreifion dudic 
Ouvrage , fera remis dans le même écac où l'Approbatioa y 
aurî écé donnée , es mains de notre très-cher & féal Chevalier, 
Cliancelier de Fiance , le fîeur de Lamoignon , èc qu'il 
en fera enfuite remis deux exemplaires dans notre Biblio- 
thèque publique, un dans celle de notre Château du Louvre , 
un dans celle dudit (leur de Lamoignon , 6c un dans 
celle de notre très-cher ôc féal Chevalier , Vice-Chancelier &C 
Garde des Sceaux de France , le Sieur de Maupeou: 
-le tout à peine de nullité des préf:;ntes : du contenu def- 
quelles vous mandons &: enjoignons de faire jouir ledit Expo- 
fant ôc fes ayans cauies , pleinement 5c pailîblement , fans 
fouîï'rir qu'il leur foie fait aucun trouble ou empêchement. 
Voulons que la copie des Préfentes , qui fera imprimée tout 
au long au commeucement î)u à la fin dudit Ouvrage , foit 
tenue pour duemenc lignifiée i Se qu'aux copies collationnées 
par l'un de nos amés ^: féaux Confeillers Secrétairr;s, foi foit 
ajoutée comme à l'original. Commandons au premier notre 
Huilîîer ou Sergent fur ce requis , de faire pour l'exécution 
d'icelles , tous A6tes requis Ôc néceflaircs , fans demander autre 
perraiiTîon , 6c nonobltant clameur de Haro , Charte Nor- 
mande , ôc Lettres à ce contraires : Car tel efl notre plaiiîr. 
Donné à Paris le vingt-cinquième jour du mois de Juillet 
Tan de grâce mil fept cent foixantc-huit , 6c de nptte regac 
le cinquanie-troilîéme. Par le Roi en fon Confeil. 

Signé LE BEGUE. 



Reglfîréfur U RigiJk&XVIl deja Chambre Royale & SynUU 
cale des Libraires & Imprimeurs de F aris , n° 1775 , fol. 488 , 
conformément au Règlement de iji^. A Paris ce 30 Juillet 

5 R I A S S N , Syndic. 



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