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Full text of "L'oeuvre civilisatrice au Congo belge"

It'OEOVl^E GlVlIiISBTl^ICE 



AU GOHGO BEItGE 



Respectueusement dédié au 



ROI ALBERT 



avec /'agrément de 



3 A M /i] ESTÉ 






Imprimerie Léon Dequesne 
Éditeur, Qrand Rue, 25, Mons. 




e GEO WISSENS 



7/^4^ 



L'Œuvre civilisatrice 
m Congo belge 



/ 




1912 




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.Ci 



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L'ouvrage que nous présentons au public a obtenu le 
premier prix au concours institué par M. le Ministre 
des Sciences et des Arts, conformément à un désir 
exprimé par un généreux anonyme (avis officiel publié 
au Moniteur du 25 Avril 1909), 

L'objet du concours était défini comme suit : 

« Rappeler et décrire Vœuvre civilisatrice au 
« Congo belge grâce au génie du Roi et à la 
a vaillance de ses collaborateurs, parmi lesquels nos 
« compatriotes et notamment nos soldats^ occupent 
« une place si éminente. Cet ouvrage de vulgarisa- 
« tion ne devra pas compter plus de 400 pages (du 
« type des éditions de la Belgique aiHistique et 
a littéraire). Sans s'attacher à la solution des points 
« sur lesquels la polémique s'est exercée, Vauteur 
« mettra particulièrement en relief l'esprit d'initîa- 
« tiVc, Vénergiej l'endurance^ l'héroïsme dont ont 
« fait preuve tant de nos compatriotes en Afrique, 
« affirmant ainsi les maîtresses qualités de notre 
« race et sa remarquable puissance d'expansion. » 



Août 1912. 

G. M. 



i 



ESQUISSE 
GEOGRAPHIQUE 



î$t rît rit .-it 7h?ît .-îT r;T 4tnt5«trîtnt^îiçnT n?7it r;T îir nr?^ntnrîir?|rî^ 



ESQUISSE GÉOGRAPHIQUE 



Avant d'aborder l'examen historique de l'œuvre 
accomplie au Congo par nos compatriotes, nous esquis- 
serons à grands traits les caractéristiques de notre 
colonie au point de vue géographique. 

SUPERFICIE * 

La superficie du Congo belge est évaluée à 2.350.000 
kilomètres carrés, ce qui représente environ 80 fois 
celle de la Mère Patrie. 

POPULATION • 

Les estimations varient dans des proportions consi- 
dérables, mais en écartant celles qui semblent exagé- 



' Superficies comparées : 

Protectorat de l'Afrique orientale britannique 530.950 kil.* 

» » » allemande 946.500 kil.' 

Afrique équatoriale française 1.754.400 kil.* 

Angola portugais 1.290.000 kil.» 

* Population noire comparée : 

Protectorat de l'Afrique orientale britannique 4.000.000 

» » » allemande 7.000.000 

» du Kamerun 2.500.000 

Afrique équatoriale française 3.700.000 

Angola portugais 789.946 



- 3 



rées dans un sens ou dans l'autre, on arrive au 
chiffre de 10 millions d'habitants, parmi lesquels 
1.283.812 natifs ont été recensés. 

BORNES 

Le territoire du Congo ne touche à la mer (Océan 
Atlantique) que par une petite bande de 40 kilomètres 
de côtes. 

Il est borné au nord par l'enclave de Cabinda, 
l'Afrique équatoriale française et le Soudan anglo- 
égyptien ; à l'est par le protectorat de l'Uganda, le pro- 
tectorat de l'Afrique orientale allemande et la Rhodésie ; 
au sud par la Rhodésie et l'Angola portugais. 

LIMITES * 

Abstraction faite des détails sans importance, ces 
limites ont été fixées comme suit : 



' Telles qu'elles existent actuellement, ces limites résultent 
d'une série d'arrangements qu'il nous a paru intéressant de 
rappeler dans leurs grandes lignes : 

Convention du 5 février 1885 avec la France : la frontière, à 
partir du Staniey-Pool, était formée par le Congo et le 17» de 
longitude est de Greenwich. 

Déclaration de neutralité du 1" août 1885 : mêmes limites que 
plus haut, puis le l?" E G jusqu'à sa jonction avec le 4* parallèle 
de latitude nord — le 4' parallèle jusqu'à la rencontre du 30» de 
longitude E G. 

Protocole du 22 novembre 1885 avec la France : délimitation 
de la région de Manianga. 

Protocole du 29 avril 1887 avec la France : la frontière suit le 
Congo, rUbangi et le 4° de latitude nord. 

4 — 



Au nord, une ligne conventionnelle partant de la côte 
de l'Atlantique et aboutissant au Shiloango — ce fleuve 
jusqu'à sa source la plus septentrionale — la crête de 
partage des eaux du Congo et du Niadi-Kwilu — une 
ligne aboutissant au Congo près de Manianga — le 
cours du Congo jusqu'au confluent de l'Ubangi — le 
thalweg de l'Ubangi jusqu'au Bomu — le Bomu jusqu'à 
sa source — la crête de partage des eaux du Nil et du 
Congo ; 



Convention dn25 mai 1891 avec le Portugal : délimitation de 
la réf^ion de Lunda. 

Déclaration da 24 mars 1894 (Portugal) ; détermine la fron- 
tière entre l'Etat indépendant du Congo et, d'une part l'enclave 
de Cabinda, d'autre part l'Angola (parallèle de Noki). 

Convention du 12 mai 1894 avec la Grande-Bretagne : régle- 
mentation de la question des frontières est et sud et des terri- 
toires à bail. 

Arrangement du 14 août 1894 avec la France : la frontière 
suit l'Ubangi, le Bomu et la crête de partage Congo-Nil. 

Régime de neutralité du 18 décembre 1894 : dans ce document 
la frontière nord est tracée comme elle existe actuellement. 

Déclaration du 5 février 1895 {France) : délimitation du 
Stanley-Pool. 

Déclaration du 23 décembre 1908 (France) : délimitation du 
côté de Manyanga et du Stanley-Pool d'île de Bamu est attri- 
buée à la France). 

Convention du 14 mai 1910 avec la Grande-Bretagne : délimi- 
tation entre le Congo belge et l'Uganda. 

Convention du 11 août 1910 avec rAf/ema^ne : délimitation 
entre le Congo belge et le protectorat de l'Afrique orientale 
allemande. 



- 5 



A l'est : cette crête de partage, puis une ligne qui va 
rejoindre la plage de Mahagi sur le lac Albert — ce lac — 
la Semliki — la Lamia — une ligne partant de la source de 
cette rivière pour aboutir au pic Marguerite de la chaîne 
du Ruwenzori ; cette ligne coupe ensuite le lac Edouard, 
suit risasa, traverse le massif des monts Virunga et 
atteint le nord du lac Kivu ; ce lac sert ensuite de 
frontière, puis la Ruzizi et le lac Tanganika — la ligne 
médiane de ce lac — une ligne allant directement du 
cap Akulunga (vers le sud du Tanganika) à la sortie 
du Luapula du lac Moero — la ligne médiane du lac 



Protocole du 4 mai 1911 avec la Grande-Bretagne : aborne- 
ment de la frontière entre le Congo belge et l'Uganda entre les 
monts Sabinio et Ngabua. 

Protocole du 25 juin 1911 avec l'Allemagne : abornement de 
la frontière entre le Congo belge et l'est africain allemand 
depuis la rive septentrionale du Kivu jusqu'au parallèle pas- 
sant par le sommet septentrional du Héhu. 

Accord du 2 juin 1910 : Echange de lettres entre la légation 
de Belgique à Lisbonne et le ministre des affaires étrangères 
de Portugal ; accord relatif à la frontière belgo-portugaise dans 
la région du lac Dilolo. 

LA QUESTION DE L'ENCLAVE 

Par la Convention du 12 mai 1894 la Grande-Bretagne don- 
nait à bail au Roi Léopold II, souverain de l'Etat indépendant 
du Congo, pour être occupé et administré par lui pendant toute 
la durée de son règne, un territoire délimité comme suit : 

Une jligne partant d'un point situé à la rive occidentale du 
lac Albert, immédiatement au sud de Mahagi et aboutissant au 
point le plus rapproché de la crête de partage des eaux du 



6 — 



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modifiée de manière à laisser l'île de Kihva à 
Grande-Bretagne — le cours du Luapula jusqu'au 
lac Bangwelo — le méridien du point de sortie du 
Luapula de ce dernier lac jusqu'à la crête de partage des 
eaux du Zambèze et du Congo ; 

Au sud, la crête de partage Gongo-Zambèze jusque 
près de la Luakanu — cet affluent du Kasai — le Kasai 



Congo et du Nil — cette crête jusqu'au méridien 25° EG — ce 
méridien jusqu'à son intersection avec le parallèle lO"^ de 
latitude nord — ce parallèle jusqu'au Nil au nord de Fashoda 
— le thalweg" du Nil vers le sud jusqu'au lac Albert — la rive 
occidentale du lac jusqu'au sud de Mahagi. 

A l'expiration du règne de S. M. Léopold II, ce bail restait en 
vigueur en ce qui concerne la partie des territoires ainsi limités, 
située à l'ouest du méridien 30° E G, ainsi que pour une bande 
de 25 kilomètres de largeur, comprenant le port de Mahagi et 
s'étendant du lac Albert à la crête de partage Congo-Nil. 

Ce bail prolongé devait continuer ses effets aussi longtemps 
que les territoires du Congo restaient placés, soit comme Etat 
indépendant, soit comme colonie belge, sous la souveraineté 
des successeurs du Roi Léopold. 

Une autre clause donnait à bail à la Grande-Bretagne, pour 
être administrée lorsqu'elle l'occuperait et pour une période 
d'une durée égale à celle du bail concernant les territoires 
situés à l'ouest du méridien 30° EG, une bande de terre de 
25 kilomètres de largeur, se prolongeant du port le plus septen- 
trional sur le lac Tanganika, lequel port est compris dans la 
bande, jusqu'au point le plus méridional du lac Albert-Edouard. 

Devant les protestations de l'Allemagne, les deux parties 
contractantes renoncèrent à cette dernière clause. 

Par V arrangement du 14 août 1894 avec la France, l'Etat 
indépendant s'engageait à renoncer à toute occupation et à 



— 7 



jusqu'au parallèle 7° 17' — une ligne irrégulière formée 
de sections de parallèles se raccordant entre elles par 
des affluents du Kasai — la Tungila — le Kwango 
jusqu'à sa rencontre avec le parallèle de Noki — ce 
parallèle jusqu'à Noki — le Congo jusqu'à son embou- 
chure en laissant au Portugal les îles de Bulicoco et 
Sacran Ambaca et au Congo belge celles de Bulabemba, 
de Mateba et des Princes ; 

A l'ouest, l'Océan Atlantique jusqu'au nord de Lunga 
(37 kilom. de côte). 



n'exercer à l'avenir aucune action politique d'aucune sorte à 
l'ouest et au nord d'une ligne suivant vers le nord le méridien 
30" E G à partir de son intersection avec la crête Congo-Nil 
jusqu'au parallèle 5° 30' de latitude nord, puis ce parallèle jus- 
qu'au Nil. 

En somme, en vertu de ce dernier arrangement, l'exercice de 
l'action politique de l'Etat indépendant dans le Bahr-el-Gazal, 
devait être limité au territoire de l'enclave de Lado. 

Nous aurons l'occasion de voir plus loin comment ce terri- 
toire fut occupé après les brillantes opérations des comman- 
dants Ghaltin et Hanolet. 

Deux événements importants vinrent modifier la situation de 
l'Etat indépendant au Bahr-el-Gazal : la bataille d*Omdurman 
amenant la reprise de Kartum par l'armée anglo-égyptienne 
(3 septembre 1898) et l'accomodement anglo-français du 21 mars 
1899 à la suite de l'affaire de Fashoda. 

En vertu de cet arrangement, la France renonçait à tout rôle 
dans le bassin du Haut-Nil, ce qui rendait caduc l'arrangement 
du 14 août 1894 et remettait en pleine vigueur les clauses de la 
convention du 12 mai 1894 avec la Grande-Bretagne. Mais cette 
dernière puissance ne l'entendait pas ainsi, sous prétexte que 
la réoccupation du Soudan rendait à nouveau valables les 
droits de l'Egypte sur la région du Haut-Nil. 

8 — 



Comme l'Etat du Congo n'admettait pas cette thèse, parce qu'A 
son avis il n'existait plus de trace de souveraineté anglo- 
égyptienne dans les territoires en question depuis la procla- 
mation en 1881, par Gordon-Pacha, de l'indépendance du 
Soudan égyptien, il en résulta une situation délicate, qui ne 
prit fin que par Vaccord anglo-congolais du 9 mai 1906. 

Par cet accord, la Grande-Bretagne ne concédait plus à bail 
que le territoire appelé enclave de Lado et compris entre les 
limites suivantes : une ligne allant de la rive du lac Albert 
immédiatement au sud de Mahagi à la crête de partage Congo- 
Nil — cette crête jusqu'à son intersection vers le nord avec le 
méridien 30° E G — ce méridien jusqu'à sa rencontre avec le 
parallèle 5" 30' de latitude nord — ce parallèle jusqu'au Nil — le 
Nil vers le sud jusqu'au lac Albert — puis la rive occidentale de 
ce lac jusqu'au sud de Mahagi. 

Dans un délai de 6 mois après la fln de l'occupation par le 
Roi Léopold II, l'enclave devait être remise au gouvernement 
Soudanais. 

La mort du Roi Léopold le 17 décembre 1909 entraîna donc 
comme conséquence l'évacuation de l'enclave au plus tard le 
17 juin 1910. 

Toutefois la bande de 25 kilomètres allant de Mahagi à la 
crête Congo-Nil continuera à être administrée par le Congo 
belge aux conditions stipulées dans la convention du 12 mai 
1894. 

Enfin, toute contestation au sujet des frontières sera, en cas 
de non-entente à l'amiable, soumise à l'arbitrage du tribunal de 
La Haye. 



— 9 



iîii*i4f^ilt^1ftm^^^^^^^Htm^iîtHf^^^^«^m*îf^^îît^îît^*^ïît 



LA FORMATION DU BASSIN DU CONGO 

Il semble que dès le début de l'ère primaire, des terres 
importantes aient existé dans le sud du bassin ; plus 
tard, un soulèvement hercynien fit sortir des flots une 
grande partie de l'Afrique. 

Déjà vers la fin de l'époque primaire, les divers mou- 
vements auxquels avait été soumise la région que nous 
étudions, avaient provoqué la formation d'une vaste 
dépression entourée d'un fort relief montagneux. 

Pendant la période de calme relatif qui suivit cette 
ère de dislocations, l'érosion amena la diminution des 
reliefs sur le pourtour et les pluies provoquèrent la 
formation de vastes nappes lacustres dans le bassin 
primitif, au fond duquel vinrent s'accumuler les pro- 
duits de l'érosion (grès rouges). 

Plus tard, la mer intérieure se vida et une nouvelle 
période d'érosion eût amené la disparition totale du 
relief si des dislocations n'avaient produit un aff'ais- 
sement de la plus grande partie du bassin accom- 
pagné de la formation d'une série de crevasses orientées 
sensiblement nord-sud, au fond desquelles s'alignent 
notamment les lacs qui bordent l'est de notre colonie. 

Un nouvel affaissement de la partie centrale eiltraîna 
comme conséquence la formation d'un nouveau lac 
dans lequel s'accumulèrent les sédiments (grès blancs). 

Pendant l'ère secondaire et même pendant l'ère ter-^ 
tiaire, le bassin du Congo présenta l'aspect d'une vaste 
mer. 



10 - 



Par suite d'un phénomène, au sujet de la nature 
duquel les géologues ne sont pas d'accord, les eaux de 
ce lac se déversèrent dans l'océan en élargissant avec 
énergie le canal de communication, de sorte que la mer 
intérieure ne tarda pas à voir son niveau s'abaisser 
rapidement. Une nouvelle période d'érosion eut pour 
résultat d'atténuer le relief et de transformer le bassin 
du Congo en une immense plaine où les eaux du fleuve 
et de ses affluents coulaient d'une manière paisible vers 
l'océan et s'y jetaient par un long delta dont la pointe 
se dessinait à peu près à l'endroit où fut édifiée la 
capitale actuelle. 

Enfin, un dernier affaissement, moins important que 
les précédents et accompagné d'un relèvement des bords 
du bassin, rendit aux affluents supérieurs leur régime 
torrentiel. 

Les eaux du lac en s'élevant, ne tardèrent pas à se 
frayer un nouveau passage dans la région des monts de 
Cristal, amenant ainsi l'évacuation, cette fois définitive, 
du bassin du Congo et laissant comme traces de ce 
dernier phénomène, d'immenses dépôts superficiels de 
sédiments que l'on retrouve encore à l'heure actuelle, 
sur le flanc des vallées. 

LE SYSTÈME OROGRAPHIQUE 

Le territoire de notre colonie se présente sous l'aspect 
de trois terrasses de superficie inégale et séparées 
l'une de l'autre par d'importants massifs rocheux. 

A proximité de la mer, une bande de terrain peu 



— 11 



importante forme la région côtière ou mapitime, faible 
d'élévation et constituée par des plaines alluviales. 

Elle est séparée de la région centrale par la chaîne 
des monts de Cristal qui barre le Bas-Congo d'un relief 
ne dépassant guère en moyenne 700 à 800 mètres et qui, 
apparaissant dès Borna, s'étend jusque vers Tshumbiri 
sur une largeur de 550 kilomètres. 

Le massif du Palabala immédiatement à l'est de Matadi 
et le plateau du Bangu où pointe le mont Uia (1050 m.), 
en sont les deux expressions orographiques principales. 

La région centrale qui succède aux monts de Cristal 
lorsqu'on s'avance vers l'intérieur du pays, est une 
immense plaine, à peine ondulée, légèrement inclinée 
vers l'ouest et se raccordant à la région supérieure par 
une zone plus accidentée. 

Cette région supérieure limite le Congo central vers 
le nord, l'est et le sud. 

Au nord le terrain s'élève en glacis jusque vers la 
ligne de partage des eaux du Congo et du Nil dont 
l'aspect varie de la plaine sans relief sérieux à la crête 
bien marquée. 

A l'est, les mouvements du terrain sont beaucoup 
plus accentués : la fracture au fond de laquelle dorment 
les lacs Tanganika, Kivu, Edouard et Albert, est bordée 
par deux chaînes dont l'occidentale se dessine entière- 
ment dans notre territoire. 

Celle-ci porte au sud-ouest du Tanganika le nom de 
monts du Marungu (1.100 m.), puis s'affaisse jusqu'à une 
altitude de moins de 1.000 mètres, pour livrer passage à 
la Lukuga par le seuil de Mitwanzi, au-delà duquel la 



12 - 



i^.mmîî^miiiïîi'^.i^Mw^Wiîiï^'M*}^.'\xiii'îim^^^^^^ 



chaîne se relève pour longer la Ruzizi, le lac Kivu, à 
des altitudes dépassant vers ce dernier lac 2.500 mètres. 
Elle borde ensuite à l'ouest le lac Edouard où elle atteint 
plus de 3.000 mètres, puis la Semliki et le lac Albert et 




Le g'e n d. e 

I [dft  SOOm'etrti 



l£ SYSTEME OROUÂPHiqUE 



vient en s'abaissant graduellement, se souder au plateau 
Congo-Nil. 

En travers de la fracture, une éruption volcanique 
est venue provoquer le soulèvement de la chaîne des 
Virunga, divisant ainsi la crevasse en deux parties 
appartenant l'une au bassin du Nil, l'autre à celui du 
Congo. 

- 13 



Cette chaîne comprend huit volcans, dont deux 
donnent encore de temps à autre des traces d'activité, et 
dont le plus élevé, le Karisimbi, est à 4.500 mètres au- 
dessus du niveau de la mer. 

Vers le sud-est, la région centrale est limitée par les 
massifs du Katanga dont le modelé actuel est dû à 
l'existence de trois fractures au fond desquelles coulent 
le haut Lualaba, le Luapula et la Lufira. Les monts 
Hakansson limitent la première sur la rive gauche du 
Lualaba, tandis que les monts Mitumba qui se dirigent 
sous différents noms vers le milieu du lac Tanganika, 
marquent avec les monts Nikale^ la séparation entre 
les dépressions du Lualaba et de la Lufira. 

Cette dernière est séparée de la vallée du Luapula par 
les monts Kandelungu. 

Enfin au sud, la région centrale vient se terminer 
vers le plateau de Lunda, qui s'étend lui-même vers le 
sud jusqu'à la crête Congo-Zambèze. 

Cette dernière présente l'aspect d'une plaine sablon- 
neuse d'une altitude de 1400 à 1500 mètres sauf dans la 
partie orientale où les reliefs sont plus accentués ; elle 
donne naissance à un grand nombre de cours d'eau 
qui, s'encaissant de plus en plus, finissent par tomber 
dans la région centrale par un ressaut brusque et d'une 
hauteur de 180 à 200 mètres, 

LE SYSTÈME HYDROGRAPHIQUE 

Indépendamment du bassin du Congo dont les 
affluents sillonnent la majeure partie de notre colonie, 
le territoire de celle-ci est encore drainé partiellement 



14 — 



; 



par les eaux du Nil (par la Rutshiiru, le lac Edouard, 
la Semliki, le lac Albert) et par celles du Shiloango, 
dont l'affluent le plus important, la Lukula, arrose la 
région du Mayumbe. 

Le Congo prend naissance, sous le nom de Kuleshi, 
dans une petite prairie éponge située sur la ligne de 
partage Congo-Zambèze à l'altitude de 1550 mètres. 
Il reçoit à droite le Lubudi et ne tarde pas à s'infléchir 
vers l'est à cause de la présence des monts Hakansson 
pour recevoir les eaux du Lualaba dont il garde le nom 
jusque Stanleyville. Il forme ensuite les chutes de 
Kalengwe et devient navigable à partir du rapide de 
Konde, au-delà duquel il serpente dans une région 
basse, souvent inondée et parsemée de lacs, à laquelle 
on a donné le nom de Komolondo. 

A hauteur du lac Kisale, le Lualaba-Congo se grossit 
des eaux de la Lufira qui n'est guère navigable que 
jusque Kayumba. 

Coulant entre des rives bien marquées, il reçoit bientôt 
à droite un affluent important comme débit d'eau : le 
Luapala qui, prenant naissance dans la Rhodésie sous 
le nom de Tshambezi, se jette dans le lac Bangwelo, 
prend ensuite le nom de Luapula jusqu'au lac Moero en 
aval duquel il devient la Luvua navigable de Kiambi 
à Ankoro, au confluent. 

La Liikuga rejoint le fleuve au nord de Buli ; elle sert 
de déversoir intermittent au Tanganika, vaste lac de 
640 kilomètres de longueur et dont la largeur varie de 
30 à 80 kilomètres ; celui-ci est alimenté par les eaux 
du lac Kivu par l'intermédiaire de la Ruzizi. 



— 15 



La vallée du Lualaba se resserre ensuite vers les 
Portes d'enfer, extrémité nord du premier bief navigable 
du fleuve, qui s'engage dès ce moment dans une région 
de rapides. 

Après avoir reçu la Liiama, le Lualaba oblique vers 
l'ouest jusque vers Nyangwe, où il reprend la direction 
sud-nord en même temps qu'il pénètre dans la grande 
forêt équatoriale. 

A partir de Kindu s'ouvre le second bief navigable 
que limitent au nord les 7 chutes des Stanley-Falls, 
au-delà de Ponthierville. 

A Stanleyville, changement de nom, de direction et 
d'allure : le Congo se dirige sensiblement vers l'ouest 
et ne tarde pas à s'élargir considérablement. 

A Isangi le fleuve se grossit du premier affluent de 
gauche important, le Lomami, dont le cours presque 
parallèle à celui du Congo, s'en rapproche parfois 
jusqu'à n'en être plus distant que de 50 kilomètres. 
Bien qu'accessible aux vapeurs jusque Bena-Kamba, cet 
affluent, en égard à son cours sinueux et agité, ne pos- 
sède qu'une importance toute locale. 

UAruwimi, qui se jette dans le fleuve à Basoko, prend 
naissance au nord-ouest du lac Albert sous le nom 
dlturi, forme plusieurs chutes, notamment celles de 
Yanga et de Panga, et devient navigable à partir de 
Yambuya. 

Ultimhiri-Riibi qui lui succède à droite, fournit une 
excellente voie de pénétration vers l'Uele : il est, en eff'et, 
utilisable jusque Buta sous réserve d'un transborde- 
ment près d'Ibembo. 



16 - 



Le Congo s'épanouit alors en deux belles expansions, 
puis, après avoir reçu à droite la Mongala, rivière navi- 
gable sur une grande partie de son cours, il dessine un 
troisième pool qui se termine à Nouvelle-Anvers. Ces 
trois expansions sont avec les lacs Tumba et Léopold II, 
les derniers vestiges de l'ancienne mer intérieure. 

A partir du confluent de la Lulonga^ formée elle- 
même du Lopori et de la Maringa, le fleuve prend fran- 
chement la direction nord-sud et se grossit encore en 
amont de Coquilhatville de Ylkelemha, rivière au cours 
tortueux et du Ruki, formé de la réunion de la Busira 
Tshuapa et de la Momboyo ; toutes ces rivières sont 
navigables jusque fort près de leurs sources. 

Dans cette dernière partie de son cours, le Congo 
présente des largeurs très variables oscillant entre 2 et 
15 kilomètres. 

En amont d'Irebu, il reçoit les eaux du lac Tumba, 
par le canal d'Irebu^ puis à hauteur de cette localité et 
à droite, celles de VUbangi formé de la réunion de 
VUele qui vient des Montagnes Bleues à l'altitude de 
1.350 mètres et du Bomu qui dessine au nord une partie 
de la frontière entre notre colonie et l'Afrique équato- 
riale française. L'Ubangi est navigable jusque Yakoma 
sous certaines conditions. 

A partir de Coquilhatville, le fleuve a repris la direc- 
tion du sud-ouest qu'il conservera jusque vers Bolobo. 

Plusieurs affluents importants originaires du terri- 
toire français viennent encore le gonfler à droite : ce 
sont notamment : la Sanga, la Likaala et YAlima. 

A Bolobo, nouvelle direction nord-sud, puis, pénétrant 



17 



à partir de Tshumbiri dans les premiers contreforts des 
monts de Cristal, le Congo reçoit bientôt à gauche son 
affluent le plus important : le Kasai. Celui-ci prend 
naissance dans les possessions portugaises de l'Angola 
et sert de frontière au Congo belge sur une partie de son 
cours. A partir des chutes Wissmann, il devient acces- 
sible aux steamers et reçoit à droite la Lulua navi- 
gable jusque' Luebo, le Sankiirii navigable jusque 
Pania Mutombo, puis à gauche le Loange et le Kwango 
gonflé lui-même des eaux de la Wamha et du Kwilu- 
Djiima et navigable jusqu'aux chutes François-Joseph ; 
le Kasai s'épanouit alors au Wissmann Pool pour rece- 
voir immédiatement à droite la Lukenie que l'on peut 
remonter jusque Lodja et qui porte entre le confluent et 
l'endroit où elle reçoit les eaux du lac Léopold II le 
nom de Fini, puis il s'engage dans les gorges du Kwa 
dont la largeur ne dépasse pas 400 mètres. 

Au Stanley-Pool le fleuve forme un véritable lac fluvial 
au sortir duquel il se précipite dans une gorge étroite 
et sinueuse où il forme les 32 chutes de Livingstone. 

Entre Manianga et Isangila, il présente un bief navi- 
gable qui a perdu toute importance depuis la construc- 
tion du chemin de fer de Matadi à Léopoldville. 

Enfln à partir de Matadi, le Congo, large de 800 
mètres, devient accessible aux steamers de mer, puis 
il arrose Boma, la capitale, sort des monts de Cristal 
à la Roche Fétiche et s'élargit jusqu'à 11 kilomètres à 
hauteur de Banana. Il se jette alors à la mer en une 
masse d'une puissance telle qu'à 20 kilomètres de 
l'embouchure, on rencontre encore ses eaux troubles. 



18 - 



ESQUISSE ETHNOGRAPHIQUE. 

Suivant une opinion généralement admise, le bassin 
du Congo aurait été occupé, vers l'époque quaternaire, 
par une race naine, les Négrilles, dont les descendants 




se retrouvent encore réunis en petits groupes installés 
pour la plupart dans la forêt. 

Six siècles environ avant l'ère chrétienne, des peuples 
du type BantUy sur l'origine desquels les auteurs ne se 



- 19 



sont pas encore mis d'accord, envahirent toute l'Afrique 
équatoriale et australe, de l'Uele au Cap et de l'Océan 
indien à l'Atlantique, repoussant les aborigènes sans 
grandes difficultés. 

Des migrations internes se produisirent à une époque 
relativement récente chez les Bantu (xvr siècle) ; c'est 
ainsi que les Baluba, les Wavira et les Walese ont 
conservé le souvenir d'une migration de direction géné- 
rale sud-ouest nord-est et que les Bangala et les Mobali 
venant du nord-ouest vers le sud-est, prétendent avoir 
refoulé devant eux les Balolo. Dans l'Uele sont venus 
s'implanter les Azande et dans la région de l'est, les 
Bahima, peuple de pasteurs, ont envahi l'Unyoro et le 
Ruanda. Enfin toute la région orientale de la colonie 
a subi à une époque plus récente l'influence de l'élément 
sémitique arabe. 

D'autres migrations moins importantes se produi- 
sirent, causées par des famines, des inondations, etc. ; 
de plus, dans la partie voisine de la côte, le contact des 
Européens a apporté des modifications dans les mœurs 
des peuplades côtières. 

Cet ensemble d'influences a eu pour résultat de rendre 
l'étude de l'ethnographie des peuplades congolaises 
extrêmement complexe. 

On peut cependant y distinguer 4 races bien différen- 
ciées : les Bantu, les Nubiens, les Nigritiens et les 
Négrilles. 

Les Bantu comprennent différents groupes ethniques : 
les Bakongo, voisins de la côte, dont les mœurs ont été 
influencées par la présence des Européens depuis de 



20 - 



longues années — les Bateke, riverains du fleuve au 
nord et au sud du Kasai, indigènes très commerçants 
au type aristocratique — les Bangala, établis au nord 
de la boucle du Congo et formant un des groupes les 
plus importants de la colonie — les Ababiia, belle race 
bien proportionnée fixée entre l'Uele, le Bomokandi et 
le Rubi — les Balolo ou Mongo occupant la grande 
boucle au sud du fleuve et parmi lesquels on rencontre 
nombre d'excellents forgerons — les Kiindii dans la 
partie méridionale du district de l'Equateur et dans 
celle du district du lac Léopold II située à l'est du lac 
et sur la rive droite de la Lukenie. Sur les rives de 
rUbangi s'échelonnent des populations très différen- 
ciées : les Bondjo, puis les Bwaka absolument primitifs, 
les Gobii excellents chasseurs portant aux lèvres des 
aiguilles en cristal, les Banziri, remarquables pêcheurs 
nomades, les Wate (gens d'eau) parmi lesquels les Sango 
forment une race intelligente et solide, et les Wagigi 
ou Bongo, indigènes de l'intérieur. Lorsqu'on s'éloigne 
de la rive, on pénètre chez les Banza, race considérable 
et fort belle, s'occupant surtout de chasse, les Bundiirii 
derrière les Bwaka et les Mongwandi au sud du pays des 
Bongo. Dans le territoire qui s'étend du Bas-Lomami à 
la région des lacs vivent des peuplades qui se rappro- 
chent par l'idiome parlé : tels sont les Wagenia, riverains 
du fleuve entre Stanleyville et Nyangwe, remarquables 
par leur organisation du travail due à l'influence arabe 

— les Lokele, Topoke, etc., dans l'entre Lomami et Congo 

— les Bakumu sur les rives de la Lindi — les Mobali au 
sud et les Loali au nord de l'Aruwimi — les Warega 



— 21 



établis à l'est du Lualaba en aval de Nyangwe — puis, 
vers la limite sud de la forêt, les Wazimba et les Watembo 
et sur la rive nord-ouest du Tanganika, les Wavira et 
les Wabembe. A part les Bakongo et les Bateke toutes 
les peuplades dont il a été question jusqu'ici habitent la 
forêt. 

Les Bantu fixés dans la savane sont généralement 
remarquables : tels sont les Lunda qui formaient il y a 
peu de temps encore l'empire de Mwata-Yamvo et qui 
s'étendent du Kasai au Lualaba : ils sont commerçants 
par excellence ; certaines de leurs tribus sont allées 
s'établir ailleurs : les Bayaka, par exemple, occupent 
actuellement la rive est du Kwango. Le pays des Bakuba 
est limité par le Kasai, le Sankuru et la Lulua. Leur 
organisation politique est en quelque sorte féodale: le roi 
ou Lukengo, souverain absolu, est élu par les vassaux. 
Le Bakuba est industrieux et commerçant dans l'àme ; 
il a le talent d'imprimer à tout ce qui sort de ses mains : 
vannerie, poterie, étoffes, objets sculptés, objets en fer, 
etc., un réel cachet artistique. Les Baietela installés à 
l'est des Bakuba jusqu'au fleuve, se distinguent tant par 
le physique que par le développement des facultés 
intellectuelles. Les Baliiba forment un peuple immense 
qui occupe une grande étendue de pays entre les 
Bakuba et Batetela au nord et les Lunda au sud. Outre 
les Baluba proprement dits qui forment dans l'Urua un 
véritable empire divisé en districts placés sous les ordres f 
de gouverneurs ou «Kilololo », et qui s'occupent surtout 
d'agriculture, le groupe baluba comprend encore d'au- 
tres populations intéressantes : les Bashilange, dans 



oo 



l'entre Sankuru et Lulua, indigènes relativement civi- 
lisés, mais malheureusement affligés de la passion du 
chanvre — et les Baso/ï^e dont certains chefs tels que 
Pania Mutombo ont eu l'occasion de rendre aux blancs 
des services signalés ; ils sont très industrieux et les 
haches Zapo-zap provenant d'une de leurs tribus, les 
Beniki, sont bien connues ; certaines de leurs agglomé- 
rations se développent en longueur sur 10 à 15 kilo- 
mètres. Les Kioko, anciens razzieurs d'esclaves origi- 
naires de l'Angola, descendent lentement les affluents 
du Kasai pour pénétrer dans l'Etat. Les Maniema forment 
une race solide occupant l'entre Congo et Tanganika au 
sud de la forêt et fortement imprégnée de l'influence 
arabe. 

Il reste à signaler dans le territoire de la Ruzizi-Kivu, 
les Wariindi soumis à l'autorité du roi du Ruanda, 
Muzinga, qui appartient à une race conquérante venue 
de l'Abyssinie. 

Quant aux Waniamwezi, originaires de l'est du Tan- 
ganika, ils sont représentés au Congo belge par les 
Bayeke établis dans la région de Bunkeia où ils ont 
accompagné le fameux Msiri dont nous aurons l'occa- 
sion de parler plus loin. 

Les Nubiens se distinguent des Bantu par la forme 
moins allongée du crâne, l'épatement moins prononcé 
du nez et la rougeur de la peau. 

Les Azande ont envahi le territoire de l'Etat par le 
nord et ne se sont arrêtés que vers 1897, grâce à la 
présence des Européens. A part quelques fractions, ils 
n'ont guère franchi l'Uele. Avant leur invasion, les 



- 23 



Azande avaient été soumis par les Avungura, et, actuel- 
lement encore on distingue chez eux deux classes : 
l'aristocratie représentée par l'Avungura conquérant et 
la plèbe formée par les Azande proprement dits. Une 
autre catégorie d'Azande, les Abandia, occupent le 
pays limité par l'Uele, le Bomu et l'Uere à l'est du 23* 
degré de longitude E G. L'organisation politique et mili- 
taire des Azande est supérieure à celle des Bantu. Leur 
plaisir favori est la chasse. 

Les Nigpitiens se différencient des Nubiens par la 
couleur plus foncée de la peau, la hauteur de la taille, 
la longueur des membres inférieurs, la proéminence 
des mâchoires et la grosseur des lèvres. 

Une minime partie de notre colonie seulement est 
occupée par les réprésentants de cette race. 

C'est d'abord la région du nord-ouest du lac Albert 
où vivent les Aluri appartenant au groupement des 
jeunes nilotiques. Ceux-ci habitent des huttes rondes 
au toit pointu ; chaque tribu a son chef arabisé. 

Ensuite vers la crête de partage Congo-Nil et au sud de 
celle-ci séjournent les Manda du groupement des vieux 
nilotiques. Ce sont des agriculteurs et des éleveurs. 

Le rameau négrille a ses représentants disséminés 
en plusieurs points du territoire ; comme nous l'avons 
vu, on les considère généralement comme les descen- 
dants des premiers occupants du sol. 

La taille du négrille varie de 1 m. 36 à 1 m. 57 ; la 
peau est noire, jaunâtre ou rougeàtre, la tète volumi- 
neuse, le ventre ballonné. La chasse est sa principale 
occupation. 



24 - 



Le type des forêts est généralement resté pur, mais 
les nains de plaines, tels que les Batoa qui vivent avec 
les Bakuba, sont fortement métissés. 

Les négrilles portent un grand nombre de noms : 
Aka, Tike-tike sur le haut Uele ; Ewe, Wamhivamili, 
Watwa sur le haut Aruwimi ; Mambiili dans les envi- 
rons de la Semliki. Les noms de certains d'entre eux 
ont visiblement la même origine : tels sont les Watwa 
et les Batoa déjà cités, les Batiia de la haute Tshuapa, 
du Kasai et du Lomani, les Batwa de la Semliki et les 
Batua des environs du lac Léopold IL 

Vers le nord-est de la colonie, le mélange des races 
occupantes a provoqué la formation de populations 
métissées : les Bantu-négrilles : Walese, Bambuba et 
Wanande ; les Bantu-négrilles-nilotiques : Balega et 
Momvu ; les Bantu-Nuba : Mangbetii et Abarambo ; les 
Nuba-nilotiques : Makrakra et Abaka. 

Enfin certaines tribus, telles que les Mabodo, sont 
indéterminées. 

LE CLIMAT. 

Au Congo c'est le régime des pluies qui détermine les 
saisons: aussi celles-ci ont-elles été divisées en saisons 
des pluies et saisons sèches ou des moindres pluies. 

Dans la zone voisine de l'équateur et jusque vers 2"" de 
latitude nord et sud, il n'y a guère de mois où la pluie 
cesse complètement de tomber ; au-delà des parallèles 2°, 
les saisons se marquent davantage à mesure que l'on 
s'éloigne de l'équateur, et dans la zone tropicale on dis- 
tingue une grande saison sèche et une grande saison des 



- 25 



pluies ; une petite saison sèche venant couper cette der- 
nière en deux parties, il en résulte qu'en somme, on peut 
conclure à l'existence de deux saisons sèches et de deux 
saisons des pluies de longueurs différentes. 

Si l'on examine l'époque à laquelle se présentent les 




saisons, on constate que la saison des pluies règne dans' 
la région septentrionale au moment où la partie méri- 
dionale de la colonie se trouve en pleine saison sèche. 
Cet état de choses joint à la disposition particulière des 



26 - 



affluents du Congo, a pour effet de régulariser le débit 
du fleuve. 

D'une façon générale, le passage du soleil au zénith 
d'un point y amène la saison des pluies avec environ un 
mois de retard, tandis que la saison sèche correspond 
aux solstices. 

Dans la région située au sud de l'équateur, la grande 
saison sèche dure de mai à fin septembre et la saison 
des pluies d'octobre à mai ; seulement cette dernière 
est coupée en décembre et janvier par une petite saison 
sèche. 

En ce qui concerne la température, dans la région 
€Ôtière et moyenne, le thermomètre sort rarement des 
limites de 13° à 36° ; dans la zone supérieure la tempé- 
rature diminue à mesure que l'on s'élève : c'est ainsi 
qu'au Katanga, il n'est pas rare de voir le thermomètre 
descendre à 5°. 

A première vue la température ne semble donc pas 
excessive, mais surtout dans les régions basses et 
moyennes, l'humidité de l'air rend la chaleur beaucoup 
plus désagréable que si l'air était sec. 

Le maximum absolu : 40° a été constaté à Lofoi le 
13 septembre 1895 et le minimum absolu : 0°5, à Tenke, 
le 29 juillet 1892. 

LES PRODUCTIONS NATURELLES 

La végétation se présente au Congo sous quatre 
aspects différents : la forêt, la savane, la brousse et les 
marais. L'examen de la carte de la page 13 montre que la 
grande forêt équatoriale occupe toute la partie centrale 



- 27 



du bassin du Congo. Elle est caractérisée surtout 
par le mélange des essences. La forêt se prolonge le 
long de certains affluents du fleuve et forme souvent 
au-dessus de ces rivières de véritables galeries. 

Elle est entourée de savanes, végétation où dominent 
les herbes de faible élévation et dont çà et là des 
arbres ou des groupes d'arbres rompent la monotonie. 
Dans certaines régions du Katanga, la savane prend un 
aspect particulier qui lui a valu le nom de « savane 
boisée ». 

Quant à la brousse, elle est constituée par des herbes 
dures atteignant une hauteur allant parfois jusqu'à trois 
fois la taille d'un homme ; les arbustes y sont rares et 
d'aspect généralement chétif et rabougri. On la ren- 
contre principalement vers la ligne de faîte Congo- 
Zambèze, au sud du bas Sankuru et du bas Kasai et 
entre Borna et Kwamouth. 

Les marais apparaissent principalement dans la région 
centrale ; mais il s'en trouve ailleurs et même à cer- 
taines crêtes de partage. 

Ces différents éléments se retrouvent dans presque 
tout le territoire de l'Etat, seulement dans telle région 
l'un de ces éléments domine et donne alors à l'endroit 
considéré son caractère propre. 

Nous n'examinerons pas ici les productions végétales, 
animales et minérales du Congo, dont nous aurons 
l'occasion de parler en détail dans des chapitres subsé- 
quents. 



28 — 



LE RAPPEL 
DE L'ŒUVRE CIVILISATRICE 



ItC M( 'iii Yt^ Itf ItC "iTf Itr "if f 'itl' M( Itl" Vf f Iti" tf> \fi tf > '>ti' W Iti \ti tU'iii'ifDiii'iil tf > If ■' If >^ .ti Vti'' itf "itr Vff 'iti" ttr Ytf 'i t f Vt?' W 
Tit TTt 7+t TTt Ttt TU TTt Tit 7tt Ttt Ttt Tît 7tt Ttt ?tt TF ^ 

LE RAPPEL 
DE L'ŒUVRE CIVILISATRICE 



LES PRECURSEURS 

Il semble que l'impulsion qui porta tant de Belges à 
s'expatrier pour apporter leur pierre à l'édifice colossal 
élevé par un Roi patriote, résulte de qualités latentes 
qui ne se réveillent que dans des circonstances extraordi- 
naires, pour vaincre cette répugnance à l'émigration que 
l'on a souvent reprochée, avec exagération, à notre race. 

Il suffît de jeter un coup d'œil sur l'histoire de notre 
pays, pour retrouver des exemples nombreux de pé- 
riodes d'exode qui démentent notre vieil adage national 
« Oost, West, t'huis best ;;. 

De tout temps il s'est trouvé des savants, des mission- 
naires, des hommes de guerre, qui répandirent dans 
toute l'Europe et même dans les pays d'outremer, le 
renom du peuple belge. 

A partir du xi^ siècle, on voit surtout les Flamands 
établir de florissantes agglomérations en Angleterre et 
dans le nord, l'est et le sud de l'Europe ; partout ils ont 
laissé de leur passage des traces telles que les histo- 
riens sont forcés de reconnaître que les pays où ils 
firent leur apparition, leur doivent le principe de leur 
grandeur actuelle. 

- 31 



Au point de vue militaire, les Brabançons et les 
Flamands étaient recherchés pour leur vaillance : s'agis- 
sait-il de se créer une garde du corps, un noyau de 
troupes aguerries, c'est à eux qu'on s'adressait. 

Au XIV® siècle, Edouard III appela à Sudbury un 
groupe de Flamands qui apprirent aux Anglais l'art de 
travailler la laine au métier. Malheureusement, dans les 
siècles qui suivirent, des exodes en masse finirent par 
porter un coup fatal à la prédominance économique de 
la Belgique. 

Plus tard, on vit de nombreux Flamands s'établir en 
Ecosse, à l'appel du roi Jacques P' (1430) et l'on retrouve 
des souvenirs de la présence des « Bolgs » jusqu'en 
Irlande. 

Certaines provinces de l'Allemagne furent colonisées 
par les Belges : c'étaient des colons dans la compréhen- 
sion la plus moderne du mot, qui appliquaient la 
méthode de colonisation dite « par proches » ; il est à 
remarquer que ce groupe comprenait non-seulement des 
Flamands, mais encore des Wallons et des représentants 
de toutes les parties du pays. 

Presque toujours appelés par des princes qui se ren- 
daient compte de ce que la présence de ces hommes 
probes, courageux, laborieux et entreprenants allait 
apporter de prospérité dans leur pays, les Belges s'éten- 
dirent vers le nord jusqu'au Danemark, vers l'est 
jusqu'en Hongrie, en Transylvanie, en Autriche et en 
Bohême ; à l'époque de Philippe le Bel on trouve des 
marchands flamands établis en grand nombre en 
France. 



32 — 



On conçoit qu'étant donnés leur esprit aventureux et 
leurs merveilleuses aptitudes colonisatrices, les Belges 
ne se soient pas fait faute de faire parler d'eux au temps 
des Croisades. 

En somme, du xi^ au xiv® siècle, nos compatriotes 
montrèrent à suffisance qu'ils possédaient au plus haut 
degré les qualités qui distinguent les peuples colonisa- 
teurs ; malheureusement, pendant les siècles qui suivi- 
rent, la violence et l'oppression provoquées par la 
jalousie, amenèrent comme conséquence une régression 
marquée dans leur prospérité. 

La colonisation des îles Açores, tentée par les Belges, 
peut être considérée comme la pierre de touche de leurs 
facultés colonisatrices : cet essai de colonisation de 
peuplement lointain est, en effet, le premier de ce genre, 
osé par un peuple moderne. 

Le continent américain fut, lui aussi, pendant un 
certain temps, le point de mire d'un grand nombre 
d'émigrants belges. 

La création de la compagnie d'Ostende, marqua le 
début d'une nouvelle ère de prospérité ; elle fut, hélas ! 
de courte durée : de trop nombreuses nations étaient 
intéressées à sa chute pour qu'elle put résister long- 
temps. 

LES PREMIERS BELGES AU CONGO. 

L'année même de la découverte du fleuve Zaïre, un 
géographe flamand. Martin Behaim, en dépassait l'em- 
bouchure vers le sud et atteignait une rivière à laquelle 
on donna le nom de rio dos Flamingos qu'elle porte 
encore aujourd'hui. 



- 33 



Il y a quelque 300 ans, un Belge, Pierre van den 
Brouck, s'établit sur les rives du Congo et s'y livra pen- 
dant quelques années au commerce de l'ivoire. 

En 1651, quarante-cinq capucins, conduits par le 
Père Erasmus, de Furnes, se rendirent au Congo, suivis 
à deux années d'intervalle par les Pères Siller, d'Anvers, 
et Georges, de Gheel ; ce dernier, tué par les indigènes, 
mourut martyr de son zèle de propagande. 

En 1873, une mission indépendante des Récollets 
franciscains dirigée par le Père Wauters, d'Anvers, 
accompagné des Pères Corluy, de Bruxelles, et Cocherat 
(d'origine française), se dirigea vers l'embouchure du 
grand fleuve, mais elle n'y séjourna que deux ans. Un 
frère du même ordre fut victime des aventures les 
plus extraordinaires : arrêté par des pirates en Palestine, 
il fut vendu en plein Sahara, puis, racheté par des 
négociants belges, il se mit en route pour la Guinée ; 
mais bientôt abandonné par ses compagnons, il ren- 
contra des commerçants indigènes qui le conduisirent 
jusque dans l'Angola, d'où il s'embarqua enfin pour la 
Flandre. 

LA CONXEPTION 

Si à l'heure actuelle la Belgique est dotée d'un 
accroissement de territoire qui lui vaut une place 
enviable parmi les puissances coloniales, personne ne 
songera à contester qu'elle le doit à la télévision du 
Souverain éclairé qui, pendant près d'un demi-siècle, a 
guidé ses destinées. 



34 - 



Seul le recul de l'histoire assure aux hommes et à 
leurs œuvres une juste appréciation de la part qui leur 
revient dans la poussée de progrès qui lentement, mais 
sûrement, conduit l'humanité vers un meilleur devenir. 

Le Roi Léopold II ne pouvait échapper à la règle 
commune ; mais peu de pionniers de la civilisation ont 
eu l'occasion d'éprouver à un degré semblable, l'amer- 
tume de l'indifférence et plus tard de la critique 
acerbe de leurs contemporains. 

Déjà au mois de décembre 1855, le duc de Brabant 
prononçait au Sénat belge un discours dont le passage 
suivant est à noter : « Je percerai les ténèbres de la 
barbarie. J'assurerai le bienfait d'un gouvernement 
civilisateur à l'Afrique centrale. Et ce travail de géant, 
je le tenterai seul, s'il le faut ». 

La question de l'expansion économique avait surtout 
le don de Le passionner. 

La plupart de Ses discours au Sénat portent la trace 
de cette préoccupation et II n'était pas homme à s'en 
tenir aux paroles : l'amélioration des ports d'Ostende et 
d'Anvers, la navigation sur l'Escaut, l'extension des 
relations diplomatiques et commerciales de la Belgique 
dans les pays d'Extrême-Orient, doivent être attribuées 
pour une large part à Son influence. 

Son discours du 17 février 1861 prend l'allure d'une 
véritable profession de foi dont le leitmotiv est cette 
idée d'expansion qui domina Son règne et lui imprima 
cette unité parfaite qui le caractérise. 

Désireux de se rendre compte de visu des débouchés 
que pourraient fournir aux produits belges les pays 



— 35 



d'outremer, le duc de Brabant, après avoir visité la 
plupart des pays d'Europe, entreprit une série de 
voyages au cours desquels II parcourut l'Algérie, le 
Maroc, la Tunisie, l'Egypte, la Nubie, les Indes anglaises 
et la Chine. A Son retour, Il avait remis à Frère-Orban 
une pierre provenant d'un monument d'Athènes et sur 
laquelle II avait fait graver ces mots qui se passent 
de commentaires : « Il faut à la Belgique des colo- 
nies. » 

Les rêves du duc de Brabant furent poursuivie par le 
Roi Léopold avec une constance et une ténacité qui ne 
faiblirent pas un instant, bien que la réalisation en 
fut contrariée tant par l'époque à laquelle elle fut tentée 
et qui lui était, en somme, défavorable, que par la répu- 
gnance instinctive du peuple belge à s'élancer vers 
l'aventure lointaine ; il est juste d'ajouter que le futur 
Souverain de l'Etat Indépendant était merveilleusement 
taillé pour la lutte : à une volonté de fer, Il joignait les 
qualités de doigté du diplomate ; au génie des affaires, 
un flair extraordinaire à choisir les hommes qui pou- 
vaient le mieux servir Ses idées. 

Léopold II peut être considéré comme le dernier sou- 
verain conquérant : Il a voulu a une plus grande Bel- 
gique » en assurant à ses sujets, je serais tenté de 
dire malgré eux, cette superbe colonie du Congo. 

Il fut de son époque et sut comprendre que celle-ci 
n'excluait nullement l'héroïsme que bien des hommes 
considèrent comme l'apanage des temps disparus. 

Tout en s'occupant d'une façon régulière de Ses 
devoirs constitutionnels, des grands travaux d'utilité 



36 - 



publique et des arts, le Roi suivait pas à pas et anxieu- 
sement les progrès des explorateurs qui faisaient tomber 
un à un les voiles qui cachaient le cœur de l'Afrique, 
à une époque où l'Europe savante commençait à peine 
à tourner ses regards vers le continent noir. 

LA DÉCOUVERTE DU FLEUVE CONGO 

La découverte de l'embouchure du Congo est généra- 
lement attribuée à Diego Cam, amiral portugais qui, 
dans le courant de l'année 1484, plaçait les territoires 
environnants sous l'autorité du roi don Juan IL 

Dans la suite, de nombreuses explorations orientèrent 
leur activité de ce côté, mais elles n'aboutirent qu'à des 
conceptions fausses sur les origines du fleuve Zaïre. 

C'est, en somme, de la fin du xviii* siècle, que date 
le début de l'ère des explorations scientifiques. 

En 1798, José de Lacerda e Almeida, parti de 
Mozambique, se rendait dans la région des grands 
lacs, mais se faisait massacrer lors de son retour : 
toutes ses notes et observations disparurent. 

Des chefs de caravanes entreprirent, en 1806, une 
expédition heureuse à travers le sud du bassin du 
Congo, de l'Atlantique à la mer des Indes. 

En 1816, le capitaine anglais James Tuckey, après 
avoir remonté le fleuve atteignit, par la voie de terre, 
Isangila sans pouvoir pousser plus loin ; son expédi- 
tion perdit en quatre mois 18 de ses membres et ce 
désastre influença à ce point les esprits, que pendant 
près d'un demi-siècle, aucune mission scientifique n'osa 
se hasarder au Congo. 

— 37 



Ce n'est qu'en 18-1:3 qu'il est question d'une nouvelle 
exploration : un Portugais, Graça, découvre le royaume 
du Mwata-Yamvo dans le courant de cette année ; 
en 1854, Livingstone effectue sa grande traversée de 
l'Afrique et découvre le lac Dilolo. 

Trois années plus tard, Burton et Speke, partis de la 
côte orientale, découvrirent le lac Tanganika (1857). 

De 1869 à 1872, Livingstone, venant du Zambèze, 
opère la reconnaissance du lac Moero, du Luapula et du 
lac Bangwelo, pour de là rejoindre le Tanganika et 
atteindre Nvangwe en traversant le Manienia. 

En 1874, Cameron lève la partie méridionale du 
Tanganika, découvre la Lukuga et arrive également à 
Nyangwe ; traversant ensuite l'Urua et le Katanga, il 
rejoint l'Océan Atlantique. 

Stanley, qui avait déjà attiré l'attention sur son nom 
par son voyage à la recherche de Livingstone (rencontré 
en 1872 à Ujiji), reprend bientôt le chemin de l'Afrique, 
subventionné par deux journaux, le Daily Telegraph 
et le New- York Herald. 

Parti de Bagamoyo, Stanley opère en 1876 la circum- 
navigation du lac Victoria, puis découvre le lac Albert- 
Edouard et visite le Tanganika pour piquer ensuite vers 
Nyangwe. Il s'y embarque et commence sa mémorable 
descente du fleuve jusqu'Isangila, résolvant, par le fait 
même, le plus grand problème géographique du siècle 
dernier. 

LES PRODROMES DE L'ŒUVRE 

Désireux de coordonner les efforts isolés qui jusqu'a- 
lors avaient manqué d'unité de direction, le Roi con- 

38 - 



ïti \t( \t( iti " Iti ^ Mi >ti' tf > Mi Ui lit lii tii Ut m ti( *fi *i( <tr ij, Ur U; Ui' U.' Ui 'iH W \t( Hi \ti ^f! W )f! M! W 'it; tf r V ff Uf tf f 
m *U /+' -'4' /'|t ?lt ^ t> •+* y ♦• 74' îr 74? Ti* 7V 74 . Ttt Ttt Ttr *ît TT Jy, ;V, «V- tt TT W ,'11 -l- M' !*•■ 'v- H^ '\ • jV- )V- 7\'- )i\ H* '•l'> )i\ 

voqua le 12 septembre 1876, au Palais de Bruxelles, une 
Conférence géographique réunissant toutes les som- 
mités de la science géographique et coloniale. 

Dans Son discours inaugural II esquisse en ces termes 
le programme de la Conférence : 

« Ouvrir à la civilisation la seule partie de notre 
globe où elle n'ait pas encore pénétré, percer les ténè- 
bres qui enveloppent des populations entières, c'est, si 
j'ose le dire, une croisade digne de ce siècle de progrès. 
Je me suis donc laissé aller à croire qu'il pouvait entrer 
dans vos convenances de venir discuter et préciser en 
commun, avec l'autorité qui vous appartient, les voies 
à suivre, les moyens à employer pour planter définiti- 
vement l'étendard de la civilisation sur le sol de l'Afrique 
centrale. » 

Les délibérations de cette conférence amenèrent la 
fondation de l'Association internationale africaine (AI A) 
qui s'imposa la mission de créer à travers l'Afrique une 
série de stations scientifiques et hospitalières d'où les 
voyageurs pourraient rayonner pour explorer les régions 
inconnues. 

Divers comités nationaux furent créés : c'est ainsi 
notamment, que les expéditions du Comité français, 
donnèrent naissance au Congo français et au Gabon et 
que l'est africain allemand a dû son origine aux opéra- 
tions du Comité allemand. 

Quant au Comité belge, il organise de 1877 à 1885, 
plusieurs expéditions qui se signalèrent par la création 
du poste de Tabora et des stations de Karema et de Pala, 
sur le Tanganika : nous aurons l'occasion d'en parler 
en détail plus loin. 

- 39 



Vf f " tt! Itr Yti vu itt ^ti tt f t fi "tfi tf ■ YK Itf W tti" >ti > tt Vtt' )♦< Vfi Itliti »■' Vfi "iti ^tî Vti "iW if ■' tf i Vf î )ti Hf it< Witf ^ Vff W W 

Le superbe voyage accompli par Stanley avait eu pour 
résultat de faire connaître une admirable voie de péné- 
tration dont il fallait se hâter de tirer parti ; aussi, 
lorsqu'au [mois de janvier 1878 l'explorateur débarqua 
à Marseille, y fut-il reçu par deux délégués du Roi des 
Belges chargés de solliciter son concours pour la réali- 
sation d'un projet grandiose que venait de concevoir le 
Souverain : je ne pense pas m'aventurer en déclarant que 
si cette démarche n'avait pas été faite de façon si oppor- 
tune, le Congo ne serait pas belge à l'heure actuelle. 

Dès lors, impatient de transformer l'œuvre d'explo- 
ration de Stanley en une œuvre permanente de civili- 
sation, le Roi Léopold fonde le 25 novembre 1878 le 
Comité d'études du Haut-Congo, sous la présidence 
du général Straucli. 

La côte occidentale va désormais servir de point de 
départ aux explorations, mais le programme de l'AIA 
subsiste, avec cette différence cependant, c'est qu'à sa 
mission civilisatrice s'ajoute une mission d'étude du 
pays au point de vue commercial ; cette nouvelle orien- 
tation était pleinement justifiée si l'on considère que le 
commerce est, en somme, le meilleur moyen d'entrer en 
relations avec le noir. 

La direction de la 1" expédition est confiée à Stanley. 
Parti de Banana, le 14 août, avec une flottille de vapeurs 
et de barques, il remonte le fleuve jusque Vivi, trans- 
porte parterre ses steamers démontés à travers l'ingrate 
région des Cataractes et après avoir atteint Léopoldville, 
lance son premier vapeur sur le Haut-Congo. 

Les explorations subséquentes valurent à l'Associa- 
tion plus de 50 traités de soumission de chefs indigènes. 

40 - 



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Dès lors, le Comité d'études se transforma en Asso- 
ciation internationale du Congo (AlC) qui poursuivit 
ouvertement un but politique : faire reconnaître par les 
puissances sa souveraineté sur le bassin du fleuve. 

L'idée première du Roi, comme l'atteste la présence du 
mot « internationale » dans les noms des deux associa- 
tions, africaine et du Congo, avait été d'obtenir une 
participation internationale à Son œuvre. Un rouage 
central où l'on vit figurer entre autres célébrités : 
Nachtigal, Bartle Frère et de Quatrefages, fut même 
institué, mais cette organisation ne tarda pas à s'émietter 
et il apparut à toute évidence que chaque pays préférait 
travailler en Afrique isolément et pour lui-même. 

Au cours des années 1884 et 1885, l'AIC vit reconnaître 
son pavillon comme celui d'un Etat ami ; mais si cette 
reconnaissance n'entraîna pas d'objection de la part des 
Etats-Unis, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Italie, 
de l'Autriche, des Pays-Bas, de l'Espagne, de la Russie 
et des Etats Scandinaves, elle nécessita avec le Portugal 
et surtout avec la France de longues et laborieuses 
négociations. 

Déjà en 1884, l'Association avait accordé à la France 
un droit de préférence pour le cas où elle réaliserait ses 
territoires, mais pour arriver à un compromis, elle dut, 
en outre, se résigner à la cession du Niadi-Kwilu, moyen- 
nant quoi elle restait maîtresse de la rive droite du 
Congo. Le traité signé avec le Portugal fut l'œuvre de 
la médiation française soutenue par les diplomaties 
allemande et anglaise : le Portugal acquérait la rive 
gauche du Congo et l'enclave de Cabinda. 



- 4î 



Dès lors l'Etat indépendant du Congo était fondé 
et le Roi Léopold assumait, avec l'assentiment des 
Chambres, la souveraineté du nouvel Etat. 

Le 23 février 1885 se réunit la Conférence de Berlin 
qui dressa l'Acte de Berlin. 

Il n'est pas superflu de faire remarquer que l'Associa- 
tion internationale du Congo envoya son acte d'adhésion 
à l'acte général de la conférence au même titre que les 
autres Etats souverains représentés à cette haute assem- 
blée. 

L'acte de Berlin traça les limites des territoires du 
bassin conventionnel du Congo, c'est-à-dire de la région 
dans laquelle les clauses en sont applicables et où le 
commerce de toutes les nations devait jouir d'une liberté 
complète sans qu'il puisse être accordé de privilège ou 
monopole d'aucune sorte en matière commerciale ni 
établi de droit différentiel — proclama le principe de 
la liberté de conscience et d'établissement — prescrivit 
de mesures relatives à la protection des indigènes et à 
la suppression de la traite — accorda le privilège poli- 
tique de la neutralité — imposa le recours obligatoire 
à la médiation tout en permettant le recours facultatif à 
l'arbitrage en cas de dissentiment sérieux — et déclara 
libre de toute entrave la navigation sur le Congo, ses 
affluents, les lacs et les canaux qui en dépendent et sur 
lesquels seuls des droits compensateurs sans péage 
pouvaient être établis. 

A la suite de la mémorable croisade du cardinal 
Lavigerie, le Roi fit un suprême appel aux nations pour 

42 — 



•\*{-Af \*t ■■♦■- ^■fi' 1-f ■■' \*-i -.*! ■!♦■- \*f ■■».- \*f \*l -t.- Vf/ '.*< 'Af -A! \tf •:*.' - .*( \*; ]+' \f; 'f - if/ ■■»- '.♦,- -.I,- ;-f ; jt,- •.♦; A: ■>; ■>• it.- •4r ■■♦,• Yf.- \U 

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prendre de concert des mesures destinées à porter le 
coup de grâce à la traite. Une Conférence se réunit 
à Bruxelles en 1889. 

L'Acte de Bruxelles, qui résulta de ses travaux indique 
les moyens propres à combattre la traite, réglemente 
entre le 20^ parallèle nord et le 22^ parallèle sud, le 
trafic des armes et des spiritueux et permet l'établisse- 
ment de droits d'entrée. 

Nous aurons l'occasion de voir dans les pages qui 
suivent que tous les engagements pris aux conférences 
de Berlin et de Bruxelles, par l'Etat du Congo, ont été 
scrupuleusement tenus malgré des entraves sans nombre 
et au milieu des difficultés les plus inextricables. 

LES ENCOURAGEMENTS 
DE LA PREMIÈRE HEURE 

S'il est incontestable que le Roi Léopold a « inventé » 
le Congo, s'il est non moins vrai qu'il trouva parmi ses 
compatriotes et surtout parmi ses officiers l'instrument 
sans lequel Son idée quelque belle qu'elle fut, n'eut pas 
été réalisée dans son entièreté, il serait profondément 
injuste de ne pas rendre hommage à ceux qui, en Bel- 
gique, firent montre d'un réel courage civique en sou- 
tenant une œuvre généralement considérée comme une 
utopie, même par les hommes politiques et les écono- 
mistes de l'époque. 

Cet état d'esprit, Sir Edward Malet, représentant du 
Gouvernement de la Reine d'Angleterre, l'a caractérisé 
à la conférence de Berlin, en termes particulièrement 
heureux : 

- 43 



« Pendant de longues années » dit-il, « le Roi, dominé 
par une idée purement philanthropique, n'a rien épar- 
gné, ni efforts personnels, ni sacrifices pécuniaires, de 
ce qui pouvait contribuer à la réalisation de son but. 

Cependant le monde, en général, regardait ces efforts 
d'un œil presque indifférent. Par-ci, par-là, Sa Majesté 
soulevait la sympathie, mais c'était, en quelque sorte, plutôt 
la sympathie de la condoléance que celle de l'encourage- 
ment. On croyait que l'entreprise était au-dessus de Ses 
forces, qu'elle était trop grande pour réussir ». 

Parmi les hommes qui, en Belgique, mirent leurs facul- 
tés au service de l'Œuvre à ses débuts, il convient de 
citer hors pair le Baron Lambermont et Emile Banning. 

Lambermont fut, dès la première heure, l'un des par- 
tisans les plus convaincus des projets coloniaux du Roi 
dont il avait entrevu immédiatement toute la grandeur. 

Son nom figure à chaque page de l'histoire du Congo ; 
aucune question ne le laisse indifférent : il se dévoue à 
l'organisation intérieure, au recrutement du personnel 
dirigeant, aux questions délicates de délimitations de 
frontières, aux questions financières. 

Mais ce fut principalement à la conférence antiescla- 
vagiste, qu'il eut l'occasion de donner toute sa mesure : 
tout le programme de la conférence fut élaboré par lui ; 
il en dirigea les travaux avec une habileté rare et sut 
éviter des écueils tels que plus d'un n'eut pas réussi à 
empêcher la Conférence de sombrer. 

Le délégué de la Turquie, Caratheodory Effendi, a 
parfaitement défini le rôle de notre éminent compatriote 
à la Conférence de Bruxelles : « Présider durant de longs 

44 — 



I 



mois à la direction d'un travail considérable, éviter les 
écueils, trouver les solutions, désarmer les résistances, 
en apportant à cette tâche une élévation de sentiments, 
une bonté et une modération dont nous avons tous été 
témoins, n'est-ce pas le rôle que le baron Lambermont 
a soutenu sans une défaillance pendant toute la durée 
de notre session ? » 

La Conférence terminée, il tallut encore entreprendre 
une longue campagne diplomatique et de presse avant 
que son œuvre ne fut définitive. 

Emile Banning fut présenté au Roi en 1867 et chargé 
par Lui d'écrire différentes notices, notamment sur les 
compagnies des Indes. 

Déjà en 1876, il prophétisait dans VEcho du Parlement 
les conséquences des explorations africaines : « Ce 
grand mystère de l'Afrique intérieure se révèle de jour 
en jour. Aucun insuccès partiel, aucun désastre parti- 
culier n'arrêtera désormais l'élan ; une génération ne 
s'éteindra pas que le voile ne soit levé et la lumière 
faite. » 

Le procès-verbal des séances de la conférence géogra- 
phique fut rédigé par Banning qui s'occupa également 
d'élaborer les statuts de l'Ai A. 

On lui doit aussi une œuvre remarquable de vulgari- 
sation qui contribua dans une large mesure à popula- 
riser l'œuvre du Roi et intitulée : (( V Afrique et la 
conférence géographique de Bruxelles ». 

A l'époque des entreprises par la côte orientale, 
Banning marquait déjà ses préférences pour une action 
nationale par la côte occidentale et il indiquait la Kame- 
run comme région favorable. 

- 45 



Lorsque vers 1882, le Portugal, soutenu par l'Angle- 
terre, émit des prétentions au sujet de son droit de 
propriété sur les deux rives du Congo, Banning com- 
prit le danger de ces revendications et les combattit 
énergiquement : il publia notamment, en 1883, un mé- 
moire qui contribua à modifier l'opinion des Anglais 
au sujet de cette question. 

Il fut délégué à la conférence de Berlin avec le baron 
Lambermont et prit comme celui-ci une large part à 
l'examen des questions importantes. 

Ce fut encore Banning qui préconisa l'union person- 
nelle lorsqu'il s'agit de préciser la condition future du 
souverain de l'Etat indépendant. 

« Il appartient à la Belgique », écrit-il, « de couronner 
l'édifice élevé par la Conférence de Berlin ; c'est une 
mission honorable autant qu'inoffensive. L'assumer 
avec une fierté virile est une nécessité nationale au 
même titre qu'une convenance européenne. Le pays 
ne saurait décliner le rôle auquel le convient son 
Souverain et l'assentiment des Puissances, sans man- 
quer à lui-même, ni s'exposer à déchoir dans l'opinion 
du monde... 

Une union réelle entre la Belgique et le Congo n'est 
plus possible ; l'heure où le drapeau national aurait 
pu être arboré au cœur de l'Afrique est passée. 

Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Les opinions dif- 
fèrent et nous n'entendons pas les discuter ici. Ce qui 
est certain, c'est qu'un Etat indépendant se fonde, qu'il 
est reconnu comme tel, qu'il a son propre drapeau, ses 
institutions distinctes. 



46 - 



C'est une colonie internationale qui s'organise, mais 
pour des raisons qu'il serait superflu de déduire, tout 
le monde y concède le premier rôle aux Belges. 

Il suffit que les Chambres législatives autorisent le 
Roi à exercer le pouvoir souverain dans le nouvel Etat 
né sous Ses auspices. 

Le concert d'acclamations qui s'élève aujourd'hui 
de tous les points du pays leur facilite cette résolu- 
tion. Elle se résume dans l'établissement d'une union 
personnelle, dynastique, entre deux contrées séparées 
par l'Océan ». 

Lorsque la France voulut s'annexer tout le bassin 
de rUbangi, des négociations furent ouvertes en février 
1886 et Banning, une fois de plus, y joua un rôle 
important. 

En 1888, il fait paraître un volume intitulé : « Le par^ 
tage politique de V Afrique » dans lequel il démontre la 
nécessité de la création d'un Etat au centre du Continent 
noir, après le partage de la côte. Il y rend hommage à 
Léopold II, qui a compris, avec un rare coup d'œil 
politique, que l'Etat qu'il comptait fonder, allait avoir à 
remplir un rôle analogue à celui de la Belgique en 
Europe, rôle qui consiste à soustraire aux compétitions 
une position importante et un territoire envié. 

A la Conférence de Bruxelles, Banning travailla aux 
côtés du baron Lambermont et les quelques mots qui 
suivent feront toucher du doigt les difficultés qu'il eut 
à y surmonter : « Nous eûmes à nous mouvoir », dit 
Banning, « dans un monde de suspicions, d'antago- 
nismes, d'animosités de toute nature ; des intérêts mul- 



— 47 



tiples se sont mis en travers de nos efforts... Si l'œuvre 
a finalement abouti, ce n'a été qu'au prix d'efforts inces- 
sants pour tourner les obstacles et renouveler les négo- 
ciations, au prix d'une patience à toute épreuve, 
renouant et rassemblant vingt fois les fils rompus. 
Bien des journées commencées à neuf heures du matin 
ont fini à minuit et au-delà ». 

Il est hors de doute que parmi les hommes qui ont 
soutenu le Roi au début, Banning prend une des places 
les plus en vue ; il a servi l'entreprise royale par des 
livres attachants, des études admiratives et parce qu'on 
peut appeler la propagande de l'enthousiasme. 

LES PREMIÈRES EXPLORATIONS 

Au moment où Stanley effectuait la première descente 
du fleuve, un autre explorateur célèbre, le docteur 
Juncker se rendait dans la région du Haut-Nil et parcou- 
rait jusqu'en 1878 les territoires arrosés par le Nil bleu 
et ses affluents. En 1880, au cours d'un nouveau voyage, 
il découvrait les sources de l'Uele et la Nepoko et rayon- 
nait dans la région de l'Uele jusqu'en 1883 après être 
entré en relations avec les Azande, les Mangbetu et les 
Abarambo. 

C'est en 1877 que l'Association internationale africaine 
envoyait en Afrique la première expédition. 

Expédition Crespel-Cambier. Le commandement de 
la première expédition fut confié au capitaine Crespel 
(2^ de ligne) ; il était accompagné du lieutenant Cambier 
(8^ de ligne), de M"^ Maes, docteur en sciences naturelles 



48 - 



et du capitaine autrichien Marno, (ce dernier suivant 
l'expédition en amateur). Le 12 décembre 1877 l'expédi- 
tion arrivait à Zanzibar et ne tardait pas à perdre coup 
sur coup deux de ses membres : le docteur Maes, mort 
le 14 janvier 1878 et son chef, le capitaine Crespel, 
emporté par la fièvre le 25 du même mois. De nouveaux 
adjoints sont envoyés bientôt au lieutenant Gambier 
qui succède à Crespel : le lieutenant Wauthier (des 
carabiniers) et le docteur Dutrieux, ancien médecin 
militaire. L'organisation de la caravane ne fut terminée 
que le 26 juin ; en raison de la maladie de Cambier et 
de Dutrieux, Wauthier fut chargé de conduire l'avant- 
garde, mais dès le 12 juillet il fut rejoint par ses deux 
compagnons. 

Il est fort difficile de se faire une idée exacte des diffi- 
cultés sans nombre que doit vaincre le chef d'une 
pareille expédition : la maladie, le climat, la désertion 
des porteurs, la mauvaise volonté des indigènes, sont 
autant de facteurs qui impressionnent défavorablement 
le moral de tout homme dont le caractère n'est pas 
sérieusement trempé. 

Malgré les difficultés rencontrées, Cambier marche 
de l'avant et atteint Mpwapwa le 8 août ; le 18 septembre 
il pénètre dans le Royaume de Mirambo. Le 19 décembre 
nouvelle perte : le lieutenant Wauthier meurt de dysen- 
terie. Jusqu'au 7 mai 1879, Cambier séjourne à Tabora, 
puis il se remet en route seul, le docteur Dutrieux ayant 
renoncé à le suivre, et parvient enfin au village de 
Karema où le 17 septembre il fondait la station du 
même nom. 



49 



Vf/' V»? Vf f -t f it f 'tr it i t fs Mi lit llf itf iti 'if ; W itf tli' itf itf If ■ Uf i t ; It; yti' 'tlf It; U; "it; ^ti It i I t; Uf n r lli' ît; 'it; it; Iti iti Vtr 

Expédition Popelin. — La 2*^ expédition, placée sous 
les ordres du capitaine Popelin, était composée du doc- 
teur Van den Heuvel et du lieutenant Dutalis. 

A peine débarqué (mai 1879) ce dernier, malade, est 
obligé de reprendre le chemin de l'Europe. M. Carter, 
consul anglais à Bagdad, entreprend un essai d'accli- 
matement de l'éléphant asiatique dans le but d'assurer 
le transport des charges, mais les résultats sont nette- 
ment défavorables. Le 9 décembre Popelin rejoint 
Cambier à Karema après avoir confié à Van den Heuvel 
le soin de fonder un poste à Tabora. 

Expédition Burdo-Roger et Cadenhead. — • Les deux 
premiers avaient ordre de rejoindre Cambier, tandis 
que Cadenhead était adjoint à Carter pour le seconder 
dans ses essais. 

Le 7 avril les membres de l'expédition, abandonnés 
par leurs porteurs, arrivent à Tabora où Van den Heuvel 
fournit le nécessaire pour leur permettre de continuer 
vers Karema. 

En présence de l'échec de leur mission. Carter et 
Cadenhead repartent pour Zanzibar le 13 juin 1880 
accompagnés de 150 hommes. Une malheureuse coïnci- 
dence faisait arriver la caravane au village de Pimbwe 
précisément au moment où le sultan dont il dépendait 
se voyait attaquer par les Rouga-rouga de Mirambo. 

Le village emporté, ces derniers se tournèrent contre 
la caravane et dès le début de l'action la mort de 
Cadenhead provoqua la panique parmi ses Zanzibarites. 
Carter livré à lui-même cherche à fuir, mais une balle 
lui brise les reins : dix-sept fois il recharge son Win- 



^*ît?lt^«t«t^^^?ît^t^nr3lti|t^t»t)ît ?:')|t»' ^?|t«t«t^^^?ît 



chester et à chaque coup un Rouga-rouga mord la pou- 
sière ; son arme déchargée, il continue sa résistance 
désespérée le revolver au poing jusqu'au moment où une 
balle mieux ajustée l'étend raide. 

Dans le courant de l'année 1882, Popelin et Roger se 
rendirent par eau à Ujiji et de là à Albertville avec l'in- 
tention de se rendre à Nyangwe : malheureusement 
Popelin mourut en route le 24 mai 1882 et Roger retourna 
à Zanzibar. 

Expédition Ramaeckers. — Le capitaine Ramaeckers 
(du génie) était accompagné des lieutenants Becker 
(ô^d'artillerie) et de Leu (2'^d'artillerie) et de M. Demeuse, 
mais ce dernier ne tarda pas à abandonner l'expédition. 

Le 31 août 1880 le capitaine prenait connaissance du 
contenu d'un courrier envoyé par Cambier à Bruxelles 
et qui annonçait la mort de Carter et de Cadenhead 
en même temps qu'il exposait sa situation critique 
à Karema ; Ramaeckers décide de brûler les étapes et 
dès le 5 octobre il est rejoint par Popelin et Roger 
venus à sa rencontre. A Tabora, le lieutenant de Leu 
succombe aux atteintes du typhus. 

Enfin, le 14 décembre, le chef d'expédition avait 
l'occasion d'apprécier l'œuvre accomplie par Cambier à 
Karema. Tous ses efforts se portèrent dès lors sur l'amé- 
lioration de cette station ; malheureusement, le 25 février 
1882, Ramaeckers rendait le dernier soupir : la fièvre 
et la dysenterie avaient eu raison de sa robuste consti- 
tution. 

Expédition Stopms. — Le lieutenant Storms ayant 
comme adjoint le lieutenant Constant, reçut mission de 



- 51 



relever Ramaeckers à Karema et de fonder une nouvelle 
station à la rive ouest du Tanganika. 

Apprenant à Zanzibar la mort de Ramaeckers, Storms, 
parti le 9 juin 1882 de la côte, parvint à Karema le 
27 septembre après avoir repoussé plusieurs attaques de 
Rouga-rouga. Le lieutenant Constant, malade, était 
rentré en Europe. 

A Karema Storms trouva Becker qui avait continué 
l'œuvre de Ramaeckers; ils entreprirent de concert une 
opération militaire contre le sultan de Karema qui fut 
obligé de faire sa soumission. 

Le 17 novembre, Becker reprenait le chemin de la 
Belgique. Storms dirige dès lors ses efiforts vers l'accom- 
plissement de la seconde partie de sa mission et procède 
le 25 juin à la fondation du poste de Pala où il séjourne 
pendant deux ans. 

Expédition Becker. — Cette expédition quittait 
Bruxelles le 19 octobre 1884. Outre le chef, lieutenant 
au 5^ d'artillerie, elle était composée du lieutenant 
Durutte des carabiniers, des sous-lieutenants Dubois, du 
2* guides et Dhanis du 8^ de ligne et de M. Molleur, 
ancien sous-officier français des tirailleurs sénégalais. 

Le but de l'expédition : relier les stations du Tan- 
ganika à celles du Congo ; mais la famine, la difficulté 
de recruter des porteurs et l'hostilité du sultan de 
Zanzibar ne permirent pas au chef de réaliser son 
programme ; la maladie l'obligea d'ailleurs bientôt 
à remettre le commandement au lieutenant Durutte. 
Un ordre venu de Bruxelles rappela la mission qui 
rentra en faisant le tour de l'Afrique par le Cap. 



52 



Troisième expédition de Stanley, 1879-81. — Nous 
avons vu que Stanley, arrivé à Léopoldville, avait lancé 
son premier vapeur sur le haut fleuve. Il avait été rejoint 
à Isangila par trois officiers belges, les lieutenants 
Braconnier (cavalerie) Valcke (génie) et Harou (infan- 
terie) et par un ingénieur, Monsieur Nève. Il avait 
ensuite fondé trois stations à la tête desquelles il avait 
placé les trois officiers : Valcke à Isangila, Harou à 
Manianga et Braconnier à Léopoldville. Le 26 avril 
Stanley mouillait à Msuata où il laissait le sous-lieute- 
nant Janssen, puis il explorait le Kasai, remontait son 
affluent, la Fini et découvrait le lac Léopold II. Quelque 
forte que fut sa constitution, il dut cependant se résigner 
à rentrer en Europe pour se rétablir. 

Expédition Hanssens, 1882-83. — Le capitaine 
Hanssens accompagné du lieutenant Nilis (infanterie) 
et des sous-lieutenants Grang (infanterie) et Joseph 
Van de Velde (artillerie) avait quitté la Belgique en 
janvier 1882 : il allait renforcer le personnel de Stanley. 

L'expédition joue de malheur au début : Van de Velde 
est enlevé par une fièvre bilieuse et Hanssens lui-même 
se voit contraint d'aller se refaire la santé à la Côte. 

En remontant, ce dernier rencontre à Vivi, Stanley qui, 
malade lui-même, lui remet la direction de son per- 
sonnel. 

Arrivé à Léo en septembre 1882, le chef d'expédition 
fonde successivement Bolobo qu'il place sous le com- 
mandement du lieutenant Orban, et Kwamouth. 

Sa politique habile procure bientôt à l'Etat de nom- 
breux traités avec les chefs de la rive gauche. 



— 53 



Apprenant le retour de Stanley, Hanssens vient à 
Manianga lui rendre compte de sa mission, puis explore 
le Niadi supérieur. 

Expédition Grantt Elliot, 1883. — Vers la même 
époque une expédition fut confiée au capitaine anglais 
Grantt Elliot auquel on avait adjoint entre autres : le 
lieutenant Liévin Van de Velde, M. Destrain, ancien 
officier belge, Légat, sous-officier du génie et M. Lehrman. 

La mission d'Elliot était bien définie : occuper le 
bassin du Kwilu-Niadi et y rattacher par une chaîne de 
stations les postes de Vivi et de Manianga. Dans la 
pensée du Roi, un chemin permetlant d'atteindre plus 
facilement le Stanley Pool pouvait être découvert de 
ce côté, et au pis-aller l'acquisition de ces territoires 
permettrait plus tard, en cas de contestations, des 
échanges avantageux. 

Remarquons en passant que Peschuel-Lœsche, doc- 
teur allemand, avait déjà été chargé de mener à bien la 
même mission, mais s'était immobilisé sans motif à Vivi. 

Elliot quittant Isangila le 23 janvier 1883, part par 
la voie de terre, rejoint le Kwilu-Niadi, fonde la station 
de Stéphanieville où il laisse Destrain, puis plus loin 
celle de Franktown dont il confie la garde au sergent 
Légat et rencontre enfin à Kitabi Liévin Van de Velde 
à qui Stanley avait donné l'ordre de remonter le Kwilu. 

Le chef d'expédition s'occupe alors d'unir entre elles 
les différentes stations fondées : Mikie fut chargé de la 
communication entre Grantville et Boma et Destrain 
eut à relier Stéphanieville à Isangila pendant que Légat 
explorait deux affluents du Kwilu. 



54 - 



Grantt Elliot se chargea ensuite de l'administration 
de rimmense région qu'il avait explorée dans tous les 
sens, en moins de 6 mois, avec le concours de 8 officiers 
dont la moitié étaient des Belges auxquels revient la 
part la plus importante de la besogne accomplie. 

Quatrième expédition de Stanley, 1883-84. — A peine 
revenu en Afrique, Stanley charge le lieutenant Valcke 
d'établir une station à Sabuka et se rend à Léo. Le 
9 mai 1883 il s'embarque vers le haut Congo, accom- 
pagné du lieutenant Van Gèle, qui avait fondé la station 
de Lutete en amont de Manianga, du lieutenant 
Coquilhat et de M. Roger, Il laisse les deux premiers à 
Equateurville pour y élever une station, puis après avoir 
poussé jusqu'à la Lulonga il reprend le chemin du 
retour, s'engage dans le canal d'Irebu et reconnaît le lac 
Tumba. Dès le 24 août il quitte à nouveau Léopoldville, 
installe le lieutenant Pagels à Kwamouth et l'Anglais 
Glave à Lukolela. Le 29 septembre, il est en mesure de 
se rendre compte de l'activité déployée par les lieute- 
nants Van Gèle et Coquilhat à Equateurville, où il 
trouve une station parfaitement aménagée. Cette fois il 
s'avance plus loin qu'à son voyage précédent et parvient 
à nouer des relations amicales avec les Bangala puis 
avec les Basoko sur lesquels ses steamers lancés à toute 
vapeur produisent un effet moral considérable. 

En remontant l'Aruwimi, il rencontre une forte bande 
d'Arabes qui lui réservent un accueil empressé que son 
infériorité numérique par trop marquée l'oblige à 
accepter la mort dans l'âme. 

Stanley fonde encore la station des Falls où il laisse 



— 55 



l'Anglais Bennie et en repassant à Bolobo il confie la 
direction de cette station au lieutenant Liebrechts (de 
l'artillerie) qui ne tarde pas à lui donner un cachet tout 
personnel. 

Puis, remettant une seconde fois le commandement 
au capitaine Hanssens, il rentre en Europe. 

Expédition Hanssens, 1884. — Le 24 mars 1884, 
Hanssens reprend le chemin du Haut-Congo accompagné 
de six Européens. Arrivé à l'Equateur il charge Coquilhat 
d'édifier une station chez les Bangala. Puis, accompagné 
de Van Gèle, Courtois, Guérin et Amelet, il explore sur 
r« En avant », une partie de l'Ubangi. Il se rend ensuite 
dans la Mongala, l'Itimbiri, fonde le poste d'Aruwimi 
et remplace aux Falls Bennie par le lieutenant suédois 
Wester qui céda en 1886 le commandement à Deane que 
nous y retrouverons plus loin. 

Rentré malade à Léo il est remplacé par Van Gèle ; 
cependant avant de quitter la terre d'Afrique un invin- 
cible désir le poussa à revoir les Falls ; cette décision 
lui fut fatale : le 24 décembre 1884 une fièvre bilieuse 
emportait ce vaillant pionnier de la première heure. 



Pendant que Stanley et ses adjoints menaient à bonne 
fin leur laborieuse mission, d'autres explorateurs pous- 
saient des reconnaissances dans des régions inconnues. 

C'est ainsi que dans le courant de l'année 1880 
Thomson avait exploré la Lukuga et von Mechow le 
moyen Kwango. 



56 



"Hitti îtf iti \t( ,U "itf WW ïtf ytf W )i< îtf "iti 'tti ')f< \i( VK 'Ai itt 't f îtf 'it f 'i f i" \U 'itf Uf ttt tfî tft Yh* Ui Vfr Wit r Vf r U r >t< W 
AR-î+l '•H, Tt^ Tt ,*U M* U' Ul iU-l\ -XX ■*' '♦' • tt -U -U U' -Iv '♦' ^ 7« Ui -Il ^ UJ. ^4' W J4l W îiî !\' /l - Ml Ul ttt ?n M* ÎU 

En 1881-82 von Wlssmann et Pogge poussent jusque 
Nyangwe après avoir parcouru le bassin du haut Kasai. 

De 1882 à 1884, Junker effectue un nouveau voyage au 
cours duquel il étudie le bassin de TUele et celui de 
l'Aruwimi. 

Giraud avait de 1883 à 1884 reconnu le lac Bangwelo, 
une partie du Luapula, les lacs Moero et Tanganika. 

A la même époque, deux officiers allemands, Bôhm 
et Reichard, parcouraient le Katanga. 

En 1884, le Roi, désireux de faire procéder à une 
exploration méthodique du bassin supérieur du Kasai, 
fit appel au concours du lieutenant von Wissmann qui 
venait de se signaler par sa traversée de l'Afrique. A 
peine débarqué à Malange, dans l'Angola, celui-ci s'en- 
fonce dans l'intérieur et fonde la station de Luluabourg. 
Puis il descend le cours de la Lulua et du Kasai, 
découvre l'embouchure du Sankuru et celle du Kwango. 
Une des plus belles récompenses qui puisse échoir à un 
explorateur l'attendait un peu plus loin, lorsqu'en pas- 
sant devant les eaux noires de la Fini, il avait la 
satisfaction de constater qu'il avait relié son itinéraire à 
celui de Stanley et découvert une belle voie de pénétra- 
tion vers la partie sud-ouest de notre colonie. 

Pendant les années 1884 et 1885, le missionnaire 
anglais Georges Grenfell explore à bord du « Peace » 
des rivières dont on ne connaissait à cette époque que 
l'embouchure ou peu s'en fallait : l'Ikelemba, la Mongala, 
le Rubi, le Lomami et l'Ubangi jusqu'à la passe de 
Zongo. Accompagné du lieutenant allemand Von Fran- 
çois, il remonte le Ruki, la Tshuapa et la Lulonga et 



- 5T 



en 18cS6 il s'engage dans le Kwango avec le docteur 
Mense. 

Dans rentretenips Kund et Tappenbeck, partis de 
Léopoldville, exploraient l'entre Kwango et Kasai, puis, 
franchissant ce dernier, poussaient jusqu'à la Lukenie. 

Une intéressante traversée de l'Afrique est tentée à la 
même époque par deux officiers portugais : Capello et 
Ivens qui parcourent tout le Katanga pour se rabattre 
ensuite sur le Moero et le Zambèze. 

En 1886 le docteur WolfF étudie les cours du Sankuru 
et du Lubefu ; le lieutenant suédois Gleerup, se joignant 
à une caravane d'ivoire de Tippo-Tip, remonte le 
Lualaba et traverse le Maniema ; le docteur Oscar Lenz 
parcourt le continent de Banana à Quilimane ; le capi- 
taine Bouvier relève le cours du Congo jusqu'au con- 
fluent de rUbangi ; Hakansson et von Schwerin 
reconnaissent l'Inkisi. 

Parmi les Belges, le capitaine Van Gèle accompagné 
du lieutenant Liénart, remonte une partie de l'Ubangi 
et le lieutenant Baert étudie la Mongala ; le capitaine 
de MacaP et le lieutenant Paul Le Marinel sont chargés 
de continuer l'œuvre de von Wissmann ; celui-ci 
accompagné de de Macar, explore la partie sud-est de 
l'Etat, puis, le laissant procéder à l'installation de la 
station de Luluabourg, il se met en route avec Le Marinel 
pour Nyangwe. 

Dans le courant de la même année, Van Kerckhoven, 
qui avait remplacé Coquilhat chez les Bangala, eut à 
repousser une sérieuse attaque des indigènes et parvint 
à envoyer à Boma les premiers soldats de la Force 
publique originaires du territoire de l'Etat. 

-58 — 



Si, au début, la reconnaissance du pays fut, en majeure 
partie, l'œuvre d'une pléiade d'explorateurs étrangers, 
à partir de 1887, au contraire, ce furent plutôt les 
officiers et agents belges qui dirigèrent les explorations 
congolaises. 

En 1887, après avoir étudié le Lopori et le Rubi, 
Van Gèle parvient à franchir la passe de Zongo, mais 
il doit bientôt se résigner à redescendre l'Ubangi en 
présence de l'hostilité farouche des Yakoma ; Stanley 
envoyé au secours d'Emin pacha, remonte le Congo et 
l'Aruwimi, dépassant cette fois Yambuya.pour atteindre 
le lac Albert après avoir suivi la vallée de cette rivière. 

Monsieur Dupont, envoj^é en mission scientifique, 
étudie la région des chutes et pousse jusque Kwamouth. 

La Compagnie du Congo pour le commerce et l'indus- 
trie envoie en Afrique une première expédition : le 
capitaine Cambier se livre à un examen approfondi 
de la région des Cataractes et le capitaine Thys, après 
avoir parcouru le Bas-Congo, visite le fleuve jusque 
Bangala, le Kasai et la Lulua jusque Luebo ; enfin le 
commandant Jungers lève la carte du Bas-Congo. 

L'année 1888 ne le cède en rien à la précédente au 
point de vue de l'importance des explorations : 

Van Gèle accompagné des lieutenants Georges 
Le Marinel et Hanolet, résoud définitivement la question 
de la réunion des rivières Ubangi et Uele ; Alexandre 
Delconnmune, chargé par la Compagnie du Congo pour 
le commerce et l'industrie de mener à bien la deuxième 
expédition, explore le fleuve jusqu'aux Fails, le Kasai, 
la Fini, le lac Léopold II, le Sankuru et le Lubefu; puis. 



59 



accompagné du lieutenant Haneuse, il remonte le 
Lomami jusque Bena Kamba et termine en 1889 sa 
tournée par la reconnaissance de l'Aruwimi, de la 
Busira Tshuapa, de l'Irebu, du lac Tumba et en fin de 
compte du Kwango et de son affluent la Djuma. 

Dans le courant de cette dernière année, Stanley 
rejoint Emin Pacha puis rentre à Zanzibar non sans 
avoir reconnu la Semliki, le Ruenzori et le lac Albert- 
Edouard ; Hodister remonte la Mongala et ses affluents; 
Bodson s'engage dans la Tshopo, affluent de droite du 
Congo ; le capitaine Roget explore le bassin de l'Uele ; 
Dhanis navigue sur le Kwango et la Wamba ; enfin 
Sharpe el Thomson entreprennent la reconnaissance 
de la région qui entoure les lacs Bangwelo et Moero. 
L'exploration des bassins du Kwango et de l'Inkisi 
commencée la même année par le capitaine Van de Velde 
(artillerie) accompagné des lieutenanlh Liénart et 
Lehrmann, est continuée jusqu'en mars 1890. 

L'année 1890 voit se produire le remarquable voyage 
d'études entrepris par Delporte, capitaine du génie, 
et continué par le lieutenant Gillis ; à la même époque 
Baert explore la Maringa et le Lopori. 

En somme, jusqu'à présent, les efforts se sont portés, 
presqu'exclusivement sur la région centrale ; à partir de 
1891, les explorateurs, presque tous belges, auront une 
tendance marquée à se porter vers la périphérie. Comme 
d'autre part l'étude des différentes régions est conduite 
avec plus d'esprit de suite, nous la présenterons, à partir 
d'ici, non plus dans l'ordre chronologique absolu, mais 
par région. 



60 - 



mm *f \fi \fi rtf it^ 'iti^ Ml 'itt "lU ",ti 'tU w "lU "M itr )ii it> ^^t \u ',^( w w ît r \u w itf w \i( w i tf vtf w 'itî' i ti w iK w itf 

EXPLORATION DU KATANGA ET DU MANIEMA. 

Dans les environs de l'année 1890 une grande partie du 
fleuve et de ses affluents avait été reconnue, mais un 
coin important du territoire : le Katanga, n'avait fait 
l'objet d'aucune exploration méthodique, bien que des 
voyageurs isolés en eussent signalé les richesses ; parmi 
ceux-ci, il convient de retenir les noms de Cameron, 
Arnold, Capello et Ivens. 

Sur les quatre expéditions qui dirigèrent leurs investi- 
gations de ce côté, il y en eut trois qui revêtirent un 
caractère nettement commercial. La quatrième dirigée 
par Le Marinel avait surtout un but politique : obtenir 
la soumission de Msiri qui devait donner à l'Etat un 
vaste territoire faisant depuis longtemps l'objet de con- 
voitises étrangères ; établir ensuite une série de postes 
dans le sud du Katanga pour empêcher des explorateurs 
anglais d'y planter le drapeau de leur nation. 

Toute la région du sud-est de l'Etat était en effet pla- 
cée à cette époque sous la dépendance absolue du roi 
Msiri qui avait établi sa résidence à Bunkeia, localité 
que nous verrons choisir par la plupart des expéditions 
comme premier objectif à atteindre. 

Expédition Paul Le Marinel. — Le 23 décembre 1890, 
Le Marinel accompagné du lieutenant Descamps et de 
M" Légat et Verdickt, prend l'initiative de quitter 
Lusambo avec 180 soldats pour se rendre chez le sultan 
Msiri. 

L'expédition traverse Ile Sankuru, suit la rive droite 
du Lubi sur environ 165 kilomètres, traverse une 



- 61 



^-ît^^^^nt*|rHt^rr^r^Ht-r*rrh-hnî^^v;-«h^îr^nt 



seconde fois le Sankuru pour se diriger vers le Lomami ; 
prenant ensuite la direction du iud, elle traverse le 
district de Samba d'où elle pique vers l'est, franchissant 
le Lubudi et le Lualaba pour aboutir à Bunkeia le 
18 avril 1891. 

La diplomatie de Le Marinel ne put avoir raison de 
l'entêtement de Msiri, mais bien que ce dernier refusât 
de reconnaître le drapeau de l'Etat, il consentit cepen- 
dant à remettre au chef d'expédition une lettre par 
laquelle il acceptait de faire sa soumission, en formulant 
toutefois de nombreuses réserves. 

D'autres tentatives du même genre avaient déjà 
échoué, notamment celle de l'Anglais Sharpe. 

Le Marinel séjourna pendant sept semaines dans la 
région de Bunkeia qu'il parcourut dans tous les sens 
puis, avant de reprendre le chemin du retour, il fonda le 
poste de Lofoi dont il confia le commandement à Légat ; 
le 11 août, il était rentré à Lusambo. 

Expédition Delcommune. — A la même époque l'ex- 
pédition Delcommune, comprenant le lieutenant suédois 
Hakansson, le docteur Briart, l'ingénieur Diderrich et 
le sergent Cassart, venait de quitter l'Europe. Nous la 
retrouvons à Bena-Kamba en janvier 1891 : elle avait 
suivi le fleuve et le Lomami. 

A partir de là, prenant la direction du sud, elle 
marche sur Gandu et Lupungu (8 juin). Elle traverse 
ensuite le Lomami d'où elle pique droit sur le lac Kisale 
où une première épreuve l'attendait : le lieutenant 
Hakansson qui commandait l'avant-garde, y est massa- 
cré avec 1-4 soldats de l'escorte. Le lac contourné. 



62 - 



!V .'{', .'i; .'{'v ^ -il J4l - Vv *»t -i! Us m Ut ^'U .'it - 1 < !y- -i' ,'11 ,;- iil /M 't'. î»! H'. H. *fï x»! Jt . H'- U- H'- !*■ îf? TTt îr W !*■ ;V- ?♦? 

l'expédition pénétra dans les monts Kibala, sensible- 
ment parallèles à la Lufira, pour atteindre Bunkeia le 
6 octobre. 

Quelques jours de repos remettent le personnel de ses 
fatigues. 

La marche de Bunkeia vers Tenke fournit à l'expédi- 
tion l'occasion de montrer de quelle dose d'énergie 
étaient doués tous ses membres. « Nous mîmes sept 
jours pour parcourir cette distance », écrit Delcommune, 
<( et pendant ces sept jours nous ne vîmes aucun village, 
aucune culture, aucun gibier ! Notre nourriture se 
composa exclusivement de champignons et de quelques 
fruits des bois. L'expédition souffrit dans cette terrible 
marche tout ce qu'une caravane peut souffrir... Oa 
mangea le dernier àne... Ce fut une goutte d'eau 
dans la mer ! Porteurs et soldats tombèrent les uns 
après les autres pour ne plus se relever. Ce fut une 
véritable marche funèbre, et le sentier de malheur fut 

jalonné par les cadavres de nos fidèles serviteurs 

La famine, contre ce terrible fléau il n'y a pas d'énergie 
qui tienne ; il faut courber l'échiné et laisser mourir son 
monde. C'est terrible, plus terrible que jamais j'aurais 
pu me l'imaginer, moi qui, cependant, ai le cœur cui- 
rassé contre les émotions. 

Quelle différence de voir tomber ces hommes au com- 
bat, lorsque la fusillade excite l'ardeur de chacun... ; 
un regret sur ceux qui ne sont plus, sur les braves 
tombés au champ d'honneur... et l'on passe. Mais les 
voir s'affaisser sur les bords du sentier, les yeux ha- 
gards, rentrant leur ventre déprimé et disant : « Maître, 
j'ai faim et je vais mourir ! » 

- 63- 



Et lorsque cette scène se répète cinq, dix, quinze fois 
par jour, il faut avoir un triple airain sur le cœur pour 
ne pas être torturé de pitié à la vue de ces pauvres 
diables qui vous ont suivi fidèlement, qui ont partagé 
vos souffrances et vos dangers, qui tombent et que l'on 
ne peut cependant pas secourir. 

Pour sauver les uns, être obligé d'abandonner les 
autres à leur triste sort. Etre forcé de les laisser là, en 
proie aux plus épouvantables tortures jusqu'à ce que la 
mort, bienfaisante cette fois, ait accompli son œuvre... 
N'y a-t-il pas de quoi maudire le sort? » Ce récit éloquent 
se passe de commentaires. 

A Musima, sur le Lualaba, la situation ne fut guère 
plus favorable ; de plus, il fallut construire 27 canots 
et un grand boat. Après sept semaines de navigation 
sur le fleuve au milieu de difficultés énormes causées 
par la présence de cataractes et de rapides, l'expédition 
se vit arrêter par les chutes de Nzilo. La famine, sou- 
mettant à une nouvelle épreuve l'endurance des com- 
pagnons de Delcommune, obligea ce dernier à rentrer 
à Bunkeia. 

Longeant ensuite les Kundelungu, le chef d'expédition 
se porta vers le Tanganika, passa la Luvua près du lac 
Moero et atteignit Mrumbi après avoir traversé le 
Marungu. Il y apprit de la bouche du Capitaine Joubert 
la situation critique de Jacques et nous verrons plus 
loin comment il vola à son secours pour retourner 
ensuite à Pala. 

Le 6 octobre 1892, Delcommune entreprenait l'explo- 
ration de la Lukuga, puis remontait le Lualaba jusqu'au 



m — 



^.mm^Wi^mnimw:iîtiî^.i^m^^^mM^^mm'i^:^^mmmmMmMî^.*iiiiimm^^^ 



LAC/ \kIVU 




Les explorations du Katang^a. 



- 65 



"su tf f "itf 'itf 'itt^ 'itf 'itf ^tf itf "itr )f! w w itf 'tt \f( tt^ w tft tft îtf ur iti- ut ut )f( w "itf Uf itr m» w w itr ^tntf w itt w w 

confluent de la Luvua, mais ses hommes refusant de le 
suivre plus loin, il se voyait forcé de rejoindre l'embou- 
chure de la Lukuga, d'où il se dirigeait par terre vers 
l'ouest, remontant la rive gauche de la Lukasi jusque 
Gongo Lutete. 

Le 7 janvier 1893, Delcommune était de retour à 
Lusambo. 

Expédition Stairs. — Le capitaine anglais Stairs, qui 
avait accompagné Stanley dans sa deuxième traversée 
de l'Afrique, fut placé à la tête d'une expédition qui 
devait atteindre le Katanga par l'est. Il était accompagné 
du lieutenant Bodson, du marquis de Bonchamps 
(français) et du docteur Moleney. 

Le 4 juillet, l'expédition quittait Zanzibar et se dirigeait 
vers Karema. Ce point atteint, elle traversait le Tan- 
ganika et, partant de Pala le 30 octobre 1891, elle 
franchissait la Luvua pour atteindre Bunkeia le 14 
décembre. 

Stairs trouva le pays dans une situation lamentable : 
les révoltes succédaient aux révoltes provoquées par les 
exactions du cruel Msiri qui ne cachait pas ses senti- 
ments hostiles à l'égard des blancs. Si l'accueil qu'il 
réserva à Stairs fut empreint de cordialité, il ne faut en 
chercher la raison que dans l'espoir qu'il nourrissait de 
se servir de son aide pour chasser les blancs de l'Etat. 

On ne tarda pas à en avoir la preuve : lorsque Msiri 
connut les véritables intentions de Stairs, un revirement 
subit se produisit dans ses agissements et il fallut bien- 
tôt lui dépêcher Bodson et le marquis avec mission de 
s'emparer de sa personne coûte que coûte. 



66 - 



Cette détermination de Stairs devait malheureusement 
amener la mort d'un des membres de son expédition et 
priver l'armée belge d'un officier de valeur . 

Le marquis de Bonchamps relate en ces termes la 
mort de l'héroïque lieutenant : 

« Bodson, entré dans le village, avait été conduit avec 
son escorte sur la place centrale. Là se trouvait Msiri 
assis devant son habitation et entouré d'environ trois 
cents de ses fidèles, presque tous armés de fusils. Le 
lieutenant, mis en présence du chef, l'avait prié de le 
suivre, lui disant qu'il le conduirait à notre camp, devant 
notre chef, et ajoutant qu'il ne lui serait fait aucun mal. 

A ce moment Msiri se serait levé, faisant avec son 
sabre un geste menaçant. Bodson, se voyant menacé, 
tira sur Msiri quatre coups de revolver. Msiri tomba, 
achevé par deux balles du nyampara. Au même instant, 
mon pauvre ami est frappé lui-même d'une balle tirée 
par un des chefs entourant Msiri. Il tombe à son tour, et 

la bagarre éclate Bodson, » continue le capitaine 

Stairs dans son rapport, « placé dans un hamac, fut 
ramené au camp par le docteur Moleney et le marquis 
de Bonchamps. 

Il souffrait énormément. En me voyant, il me dit : — 
Je vais mourir, mais vous direz à mes compatriotes que 
je ne suis pas mort en vain. Remerciez Dieu I... Car j'ai 
délivré ce beau pays d'Afrique de l'un de ses plus détes- 
tables tyrans. 

A 8 heures du soir, il mourut en héros. » 

La mort de Msiri fut accueillie avec joie par les chefs 
des environs qui vinrent faire leur soumission à Stairs ; 



- 67 



Yff vti ""M 'itf >fî 'i t i'' Yf; 'itf 'iti' Hi tti W'iti Vfi Iti Ytf Wrtt W Yti Itî tti' Itf Itf Itf Ttî ttî 'îf i ffi iti iti' Itt tt; Iti Itî U; itr v»- v»^ v»? 
?lt .'U .'Iv Uv 'U 'It î|* î« îît Uv i^r -'U UviW 'U Jll Uv lU Ut JU Ul U\ W. .'H îll U' >+t -iv îtvTIv?!' Uv .'U ^41 Ul Ul iiK il'-. *U W 

elle mit fin à l'état de troubles qui régnait en permanence 
dans la région et provoqua la mise en liberté d'un grand 
nombre d'esclaves dont les mutilations rappelaient les 
cruelles fantaisies du potentat disparu. 

Stairs fit construire un fort près de Bunkeia et s'em- 
pressa de reprendre le chemin du retour dès qu'il fut 
rejoint par l'expédition Bia : tous ses compagnons de 
voyage étaient, en effet, tombés malades à la suite de la 
famine qui régnait dans cette triste région. 

Piquant vers le nord-est, il franchit la Luvua à peu de 
distance du Moero puis de là se dirigea vers le sud du 
Tanganika et vers le lac Nyasa. 

Après avoir traversé ce dernier, il suivit la vallée du 
Zambèze, mais arrivé en vue de l'océan indien, il 
succomba le 8 juin à une attaque d'hématurie. 

La mort de Stairs fut une grande perte pour l'Etat du 
Congo : c'était un homme d'une énergie sans pareille, ne 
connaissant ni les défaillances morales ni l'épuisement 
physique ; un chef réalisant l'idéal de la main de fer 
dans un gant de velours et enfin, ce qui à cette époque 
faisait de lui un collaborateur précieux, ayant acquis 
aux cotés de Stanley cette expérience des choses 
d'Afrique sans laquelle les plus grandes qualités ne 
peuvent s'affirmer entièrement qu'après un long appren- 
tissage. 

L'expédition Stairs fut féconde en résultats dont le 
plus important, la mort de Msiri, est dû à un officier 
belge qui paya de sa vie l'acte par lequel il amena l'éman- 
cipation de cette belle contrée du Katanga pour laquelle 
s'ouvre un avenir qui dépassera très probablement les 
prévisions les plus optimistes. 

68 — 



TTttft !i( m !Vy !n fil )*'- )H !*'■. ,'W !i( /'Il )V- 'I'. !*'■. !Vs !*\ )i^ )V. /'Il ni ^'11 )ii Wl -'Il Hi TT %{ /'il Jit TîT ?F ?r ^ TIt Jît >;♦??•. JTî 



A ce titre le nom de Bodson mérite d'être inscrit en 
bonne place dans la liste de ceux qui servirent en 
Afrique l'œuvre civilisatrice. 

Expédition Bia-Francqui. — L'expédition Bia avait 
quitté la Belgique le 18 mai 1891. Au mois de novembre, 
elle est réunie au complet à Lusambo : les lieutenants 
Francqui et Derscheid, le géologue Cornet, le docteur 
Amerlinck et l'adjudant Spelier en constituent le per- 
sonnel blanc. 

Bia quitte Lusambo le 9 novembre, en suivant la rive 
droite du Sankuru et du Luembe jusque vers 7° 15' de 
latitude sud, puis traverse la crête de partage des eaux 
des bassins du Kasai et du Lomami. Après avoir franchi 
cette dernière rivière, l'expédition se dirige vers le sud- 
est, passe près du lac Kabele, traverse le Lualaba et 
arrive à Bunkeia le 30 janvier 1892 en pleine famine. 
De plus la situation politique laissait à désirer et il était 
urgent de l'éclaircir. C'est cette dernière tâche que se 
réserva Bia pendant que ses adjoints reconnaissaient les 
environs de Bunkeia et que le géologue Cornet étudiait 
au point de vue minier la région située au sud de cette 
localité. 

On se fera une idée de ce qu'endura l'expédition pen- 
dant deux mois quand on saura que plus de 250 hommes 
moururent de faim ou de dysenterie; les blancs payèrent 
d'ailleurs aussi leur tribut à la maladie: lors de son 
exploration vers le Moero, Bia fut obligé de laisser à 
Bunkeia le géologue Cornet atteint d'hématurie, le doc- 
teur Amerlinck fortement anémié et le lieutenant 
Derscheid accablé par la dysenterie. La santé de Bia 



- 69 



n'était guère brillante non plus, et c'est en hamac qu'il 
exécuta la plus grande partie du trajet qui le conduisit 
au Moero. 

L'expédition remonta ensuite le Luapula puis suivit la 
chaîne des Kundelungu vers le sud jusqu'à son 
extrémité ; marchant alors vers l'est elle traversa à 
deux reprises le Luapula pour atteindre le village de 
Kitambo-Mwenge au sud-est du lac Bangwelo (où est 
mort Livingstone). Elle prit ensuite le chemin du retour 
et arriva le 4 août à Tenke après avoir suivi pendant 
plusieurs jours la crête de partage des eaux du Congo 
et du Zambèze. 

Les blancs restés malades à Bunkeia avaient rejoint 
l'expédition à cet endroit ; il n'en fut pas de même du 
malheureux Bia qui, après avoir enduré des souffrances 
qui firent de son exploration vers le Moero et le Bangwelo 
un véritable calvaire, succomba le 30 août, terrassé par 
la fièvre bilieuse hématurique. 

En continuant son expédition alors qu'il lui était si 
simple de céder aux sollicitations de Francqui et de 
prendre du repos, Bia donna un bel exemple d'énergie : 
que l'on se représente bien que ce voyage a duré 4 mois, 
qu'ensuivant les Kundelungu, on eut à traverser jour- 
nellement d'immenses marécages où les hommes avaient 
souvent de l'eau jusqu'aux aisselles et qu'au retour 
l'expédition marcha longtemps dans une région dépeu- 
plée par une épidémie de variole. 

On ne peut qu'admirer cet homme, esclave du devoir, 
qui eut considéré comme une déchéance d'abandonner 
prématurément son poste de chef d'expédition. 



70 - 



Le lieutenant Francqui conduisit d'abord sa colonne 
vers les sources du Lualaba pour en descendre le cours 
jusqu'au confluent du Lubudi ; ayant remonté cette 
dernière rivière jusque vers 9°40' de latitude sud, il se 
dirigea vers la crête de partage du Lubushi et du 
Luembe, puis après avoir traversé celui-ci, il rejoignit 
Lusambo par la rive droite du Sankuru. 

L'OCCUPATION DES RÉGIONS DU NORD-EST 

La mort héroïque de Gordon Pacha, tué en 1885, à 
Kartum, par les soldats du Mahdi, avait eu pour résultat 
d'exalter considérablement leur moral et d'augmenter 
leur audace. 

Les bandes arabes ne tardèrent pas à multiplier leurs 
sanglantes incursions dans les territoires du nord du 
Congo. 

Il y avait là un danger sérieux pour l'Etat indépen- 
dant : aussi dès 1888, le Roi décida-t-il la création d'un 
camp retranché à Basoko ; la fondation en fut confiée 
au capitaine d'Etat-major Roget : elle devait avoir pour 
résultat de couper court aux pointes hardies des Arabes, 
de s'attirer par le fait même le dévouement reconnais- 
sant des populations environnantes et enfin de servir 
de point de départ à des expéditions vers l'Uele. 

A partir de ce moment, nous allons assister à une 
série d'efforts ayant pour objet l'occupation effective 
du Haut-Uele, du Bahr-el-Gazal et de la région du Nil. 

En 1889, le capitaine Van Gèle, accompagné du 
capitaine Georges Lemarinel, des lieutenants Hanolet 
et De Rechter, du sous-lieutenant Busine et de l'interprète 
Attard, se rendait pour la troisième fois dans l'Ubangi ; 

— 71 



il y fondait les postes de Zongo, de Mokoange et de 
Banzyville et explorait TUele jusqu'à la chute de 
Monunga. Au point de vue politique, Van Gèle obtenait 
un résultat important par son entrée en relations avec 
le puissant sultan Bangasso. Plus tard, désirant assurer 
la jonction des postes de Yakoma, sur l'Ubangi, et de 
Djabir, sur l'Uele, il remontait le Bomu jusque Bangasso, 
puis se dirigeait par la voie de terre vers Djabir où 
séjournaient les lieutenants Milz et Dejaiffe, envoyés du 
capitaine Roget. 

Le capitaine Le Mahnel, succédant à Van Gèle, explora 
avec une grande activité le Koto et le bassin du Bomu, 
puis se rendit chez le sultan Rafai, accompagné du 
lieutenant de la Kéthulle ; le pays des Sakara fut par- 
couru par lui dans tous les sens et le Bali, affluent du 
Bomu, fut reconnu jusqu'au village de Bokuma. 

Le capitaine Roget avait reçu mission de créer sur 
l'Aruwimi une barrière destinée à arrêter les incursions 
arabes, mais en présence de la force des bandes qui 
occupaient cette région, le Gouverneur général lui pres- 
crivit de suivre une ligne de conduite plus prudente. 
Le sous-officier Duvivier, chargé de fonder un poste 
avancé, l'établit à Ibembo ; le capitaine se mit bientôt 
en route lui-même : après avoir dépassé cette localité, 
il suivit la vallée de la Tinda ; à Likatu, sur la Likati, 
il fut reçu par le chef Engwetra, qui mit tout en œuvre 
pour l'empêcher d'aller plus loin et alla même jusqu'à 
lui refuser des porteurs. Mais il connaissait mal le 
caractère du capitaine Roget, qui fit porter les charges 
par ses soldats et parvint vers la mi-février 1890, à 
Djabir, où il fonda une station. 

72 — 



it<"'.tf'iti"!tn't>'if> iti'it f'i tntr iti"itf itnti"i'f<: ifnfi'":ti'' itr'iti' ttc \ti iti it; M( itr \ft m: in m itr 'n: m tf ■' ^t; \^; Uf '.ti' tt î tti 

Au mois de mai de la même année, il poussa une 
exploration au nord de l'Uele, traversa le Gango et le 
Dapa, mais dut rebrousser chemin à cause des contin- 
gents mercenaires qui l'accompagnaient, et dont le 
terme de service allait expirer. A peine rentré à Djabir, 
et quoique venant de subir une violente attaque d'héma- 
turie, Roget voulut pousser vers l'ouest dans le but 
d'opérer sa jonction avec Van Gèle, mais il ne réussit 
pas à mettre son projet à exécution ; d'ailleurs, des 
bruits alarmants venant d'Ibembo et de Basoko, le 
forcèrent à reprendre le chemin du retour ; malheureu- 
sement, dès sa rentrée à ce dernier poste, de nouvelles 
attaques d'hématurie exigeaient impérieusement son 
retour à la côte. 

Expédition Van Kerckhoven. — Le capitaine Van 
Kerckhoven, qui pendant deux termes de service avait 
eu l'occasion de mettre en évidence ses brillantes qua- 
lités, fut mis à la tête d'une expédition ayant comme 
objectif l'occupation effective de la région du nord-est de 
l'Etat et l'exploration de ses limites extrêmes de ce côté. 

Elle comportait au départ quatorze officiers et sous- 
officiers, deux médecins, deux commis, deux armuriers, 
trois interprètes et cinq cents soldats noirs, mais elle 
subit dans la suite d'importantes mutations de per- 
sonnel. 

L'avant-garde, placée sous le commandement du capi- 
taine Ponthiep, était composée des lieutenants Blocteur, 
Jacquet, Van Montfort et Van Cauberghe. Elle prit les 
devants et après avoir dû, en l'absence de bateaux, 
suivre la rive gauche du fleuve, elle arriva le 20 mars 



— 73 



Vfi' Yt; iti' Yti' 'i t î "W i iti' 'îti' 1* : I tr 'iti 'it' 'j-f ; i t: ' it, 'if ; " ïti Y t; Ytr tt, 1t; tt; 'iti 1 t; it; 'iti \fi W tfr tf; '^t; Vf; ^t ; '>♦■ v»: ^-f - ^•fr v»? v»r v»/ 

1891, à la station de Buinba que commandait alors le 
lieutenant Verbrugge. De là, d'où elle s'enfonça dans l'in- 
connu, accompagnée de ce dernier jusque Yamikele, 
mais elle eut à soutenir plusieurs attaques de la part 
des indigènes et se vit bientôt obligée de rebrousser 
chemin après avoir perdu le sergent Bucquoy et cin- 
quante-et-un soldats. 

A peine rentré à Bumba, Ponthier se dirigea vers 
Djabir par Ibembo, puis, remontant l'Uele, il fonda le 
poste de Bima et atteignit le Bomokandi, mais au con- 
fluent de cette rivière avec l'Uele, une forte bande arabe 
lui barrant le chemin, il ne put pousser de l'avant que 
lorsque Daenen eut renforcé la troupe dont il disposait. 

Le combat du Bomokandi livré le 27 octobre 1891, 
fournit à ces deux officiers l'occasion de mettre les 
Arabes en déroute. 

Pendant ce temps le chef d'expédition s'était rendu 
aux Stanley-Falls pour y exposer à Rachid quel était le 
but de son entreprise. Il avait ensuite remonté l'Itimbiri 
jusqu'Ibembo où l'avait précédé le capitaine Daenen. 
De celte localité Van Kerckhoven avait envoyé le lieute- 
nant Milz chez le sultan Semio établi sur le Bomu. 

Le lieutenant de la KéthuUe fut détaché chez le sultan 
Rafai : il y remplit avec un succès marqué sa délicate 
mission et fut remplacé par Hecq ; quant au lieutenant 
Foulon, c'est chez Sasa, sultan de l'Uele, qu'il reçut ordre 
de se rendre ; il y resta jusqu'en 1895 et Colmant fut 
désigné pour lui succéder. 

Vers la fin de décembre, l'expédition renforcée de 
nouveaux agents, était concentrée au Bomokandi. 



74 — 



iti" itr it; Vf 1- "itf étr itr "iti' tf f iti l^tr'^ti" M! )i( itf "iti' itr W tf r W 'îtf Uf Ui- it r itr ur iti' itr Vf f tf. it; Ytr if iti" ^tr il iti ^*- ^♦' '*♦■'• 

Elle comprenait à ce moment comme officiers : 
Ponthier, Milz, Daenen, Gustin, de la Kéthulle, Foulon, 
Henrard ; comme sous-ofïîciers : Raynaud, Buzon, 
Lousberg, auxquels s'étaient joints le docteur Montangie 
et l'intendant Van de Vliet ; plusieurs membres de 
l'expédition étaient morts : Jacquet, Van Montfort et 
Blocteur. 

Van Kerckhoven se décide alors à marcher de l'avant 
et fonde successivement les postes d'Amadis et de Mai 
Munza. 

Milz, accompagné de Semio, est chargé de créer une 
station sur le Kibali et le 27 février 1892 il se porte avec 
Van de Vliet vers l'ancienne zériba Hanash qui prendra 
dès lors le nom de Surango. 

Continuant sa progression vers l'est, Van Kerckhoven 
fonde encore les postes de Niangara, de Dungu, de 
Bitima et de Lemhin. 

Malheureusement un accident dû à la maladresse 
d'un boy, vint priver l'expédition de son chef dont la 
succession fut reprise par Milz. Celui-ci atteignit bientôt 
Wadelaï et s'installa quelques jours plus tard dans un 
vieux camp occupé par des Egyptiens, anciens compa- 
gnons d'Emin Pacha dont la situation précaire valut à 
l'Etat des offres de service que le lieutenant belge accepta ; 
mais ces troupes ne tardèrent pas à devenir embarras- 
santes et ne rendirent d'ailleurs jamais aucun service. 

Piquant vers le nord-ouest, Milz assit l'autorité de 
l'Etat jusque Ganda, puis, après avoir installé les Egyp- 
tiens à Korobe, il poussa jusque Wando sur le Ye. 



- 75 



Son successeur, le capitaine Delanghe, laissa sur le 
Nil le capitaine Delbruyère avec Laplume, Niclot et 
l'interprète Suleyman, en le laissant seul juge de 
l'opportunité d'une retraite éventuelle. 




L'occupation des réglions du nord-est. 

A l'approche des Derviches, Delbruyère réunit les 
blancs en conseil de guerre et la retraite sur Mundu fut 
décidée; toutefois Suleyman consentit à rester sur le 
Nil avec les débris des anciennes troupes de Fahd el 
Moulah, mais il passa aux Derviches dès qu'ils eurent 
atteint Lado. En arrivant à proximité de Mundu, 
Delbruyère rencontra une colonne commandée par 
Delanghe ; l'action énergique de ces deux officiers, aidés 



76 - 



tfi itf Yt> W tii w tt( \u 'iti' M! w ttt "iti ttî' iti' "iti" 'îti' Ui" tf f 'if i' 'iti'' 't*r itr tti itr '.tr ;{- '•■tf ur tf ■• "i tf vtt Uf 'if ■' itr iti "ifi Ytf ttf Ytf 

du capitaine Bonvallet, débloqua la place qui était assié- 
gée par les Derviches depuis plusieurs jours. 

Malgré ce succès, Delanghe, estimant avec raison que 
ce poste était trop en l'air, se retira sur Dungu, dont le 
choix comme poste avancé était fort judicieux. 

L'inspecteur d'Etat Baert arrêta alors un plan général 
qui consistait à s'organiser avant de reprendre la direc- 
tion du Nil ; le capitaine Delanghe entra dans ses vues et 
dirigea lui-même pendant quelques mois la construction 
des fortifications de Dungu. 

A la mort de Baert, Francqui prit le commandement 
des territoires du Haut-Uele et envoya Delanglie comme 
résident général chez Semio. Après avoir organisé ses 
postes de l'est, Francqui en confia la direction au 
commandant Christlaens, puis se rendit chez Semio où il 
reçut un courrier de Christiaens, lui annonçant que 
d'importantes troupes derviches, venues du Kartum, 
s'installaient à l'Egaru, à l'est de Dungu et menaçaient 
cette place ; de plus, ils étaient parvenus|à rallier à leur 
cause les sultans de l'est. 

Francqui obtint de Semio un millier de soldats 
azande, qu'il emmena à marches forcées sur Dungu où il 
arriva le 15 décembre. La colonne, comprenant comme 
blancs, Christiaens, Swinfund, Wtervulghe, Laplume, 
Fremet, Niclot, et deux sous-lieutenants de la Force 
publique et comme noirs huit cents soldats et les auxi- 
liaires de Semio, quitta Dungu le 18 et rencontrait dès le 
23 décembre à l'Egaru, les Derviches que renforçaient 
plus de deux mille hommes du sultan Renzi. Battus 
avec des pertes sérieuses, les Derviches se retirèrent sur 



77 



Lado, mais les troupes de l'Etat avaient eu deux officiers 
blessés, deux cents hommes hors de combat et plusieurs 
chefs azande avaient été grièvement atteints. 

Francqui rentra à Dungu et désigna le commandant 
Bovy pour remplacer Ghristiaens dans le commande- 
ment de la zone de l'est. Il prit ensuite une série de 
mesures pour préparer une nouvelle marche vers le Nil, 
notamment l'organisation de la zone Uere-Bomu et le 
recrutement d'un millier de Mobenge, de sorte que vers 
le mois d'août il disposait de quinze cents hommes bien 
exercés à Dungu, de deux cents à Niangara et de trois 
à quatre cents dans l'Uere-Bomu. 

Une série de pointes hardies dans les régions du 
nord, avaient étendu de plus en plus dans cette 
direction l'influence de l'Etat : Donckier de Donceel 
avait atteint Lifi, sur un affluent du Bahr et Homr — 
l'expédition Nilis avec Gérard et Gonze, partie de Rafai 
en février 1894, avait suivi la vallée du Shinko, perdant 
à Sango le lieutenant Gonze ; elle s'était dirigée ensuite 
vers Katuaka sur l'Adda où fut construit un fort placé 
sous le commandement de Gérard — enfin dans le cou- 
rant de la même année, le capitaine Hanolet, accompagné 
de Van Galster et de Stroobant, avait pénétré dans le 
bassin du Shari après avoir suivi le Bali et le haut- 
Koto, puis la route des caravanes arabes de Kuka, avait 
poussé jusqu'à El Kuti et fondé le camp de Bêle : il avait 
reçu mission de se mettre en rapport avec le chef des 
Senoussis et avec le sultan du Wadaï. 

Trois années avaient suffi aux vaillants officiers belges 



78 — 



If c Mf iti' w rff "iti" "tti" "iff If c iti" If i" 'iti" M( tf i"it r i ti" 'itf itr itc i-ti" "iti- 'iti" iti- "itf 'it f if r -i f f i f ■" if i" '■fi' it.- if f vtf itr" u i- Uf "iti' u f "iti- itf 

TK ?Tt TîtTît 7+t TTv TTt 7*t 7+t 7+* 7tt 7+t 7+t 7tt Tît TÎt 7^ 

pour agrandir d'une immense province les territoires 
déjà si considérables de l'Etat. 

Hélas, tant de dévouement, tant d'abnégation eurent 
comme seul résultat d'augmenter le patrimoine de gloire 
récolté par les Belges en Afrique : la mort dans l'àme, 
les artisans de cette œuvre apprirent bientôt qu'un 
traité conclu avec la France (4 août 1894) imposait le 
Bomu comme frontière nord du Congo. 

Par le traité du 12 mai 1894, la Grande-Bretagne avait 
cédé à bail à l'Etat indépendant le Bahr-el-Gazal. 

11 s'agissait dès lors, pour assurer l'occupation effec- 
tive de la zone concédée, de poursuivre les opérations 
commencées par Van Kerckhoven en détruisant défini- 
tivement la puissance derviche. 

Cette mission fut dévolue à deux colonnes confiées, 
l'une au baron Dhanis, l'autre au commandant Clialtin. 

Colonne Chaltin. — Deux ordres de préoccupations 
sollicitèrent tout d'abord l'attention du commandant 
Chaltin qui, à ce moment, était placé à la tête du district 
de rUele où il avait succédé à Francqui : se créer une 
bonne base d'opérations en mettant au point le service 
des transports et les services administratifs de son terri- 
toire et s'assurer la possession de l'outil indispensable, 
en formant une troupe bien exercée et bien disciplinée. 

Mais avant toute chose, il fallait en finir une bonne 
fois avec les alliés des Derviches, les sultans Bili, Bima 
et Doruma. 

Opérations contre Bili. — Le sultan Bili s'était rendu 
coupable de l'assassinat du capitaine Bonvallet, du ser- 



-79 



gent Devos et de leur escorte ; une première expédition 
avait été dirigée contre lui en avril 1894, mais il n'y avait 
pas à se faire illusion au sujet de l'effet qu'elle avait pro- 
<iuit sur l'esprit du sultan. 

Clialtin quitta Niangara le V mars 1896 à la tête d'une 
troupe forte de cinq cents hommes et commandée par 
cinq officiers: Dubreucq, Kinet, Debacker, Dupont et 
Lejeune. 

A peine en route, il fut privé des services de ce dernier 
qui, malade, s'éteignit à Niangara. 

Dès le 6 mars, la colonne entrait en contact avec les 
hommes de Bili et après trois engagements d'avant- 
garde, Chaltin finissait par avoir raison du sultan dans 
un combat décisif livré le 17 mars. 

Opérations contre Biina. — Bili étant ainsi hors de 
cause, le commandant se retourna contre Bima, frère 
de Doruma, dont il foulait le territoire à partir du 
27 mars. 

Le 31 eut lieu la première rencontre sérieuse : la 
colonne Chaltin fut attaquée par trois mille guerriers 
de Bima dont la folle intrépidité vint se buter au carré 
des troupes de l'Etat. Le chef d'expédition fut lui-même 
blessé au cours de ce combat. 

Opérations contre Doruma. — Restait à régler Doruma. 

Le 5 avril Chaltin se porte contre Vuta, fils aîné du 
sultan, dont l'attaque enveloppante l'oblige à former sa 
troupe en carré. Pendant une demi-heure les charges 
des hommes de Doruma se succèdent sans interruption, 
mais avec des pertes telles que ceux-ci se voient bientôt 
acculés à la retraite. 



^ - 



Vf/ »■♦/ s-f ■•' - .fi \f{ \f( -.ff '. f < ' f i' ^f i" If.- ifC ItC 'itf W I tf yf C Iti' 'iti' 'iti" Iff Iff Vf^ 'itî' Ui' 1 t; 'iti - ''♦■'' "■♦^ ''♦'' '♦■•' ''-♦■•' ''♦■'' '>-*•■" >»-•' '>*' >*^ v»< •>♦-•' vw 

Expédition vers le Nil. — Chaltin rentra à Ibembo pour 
y soigner sa blessure, mais dès le 14 décembre il quittait 
Dungu avec sept cents soldats, pour entreprendre la 
conquête définitive de l'enclave de Lado. Le Gouverneur 
général baron Wahis lui avait donné l'ordre de se ren- 
contrer avec Dhanis à Ye de façon à pouvoir agir 
de concert ; il l'avait cependant autorisé à pousser 
jusque Lado si les renseignements sur les forces enne- 
mies lui prouvaient que les siennes étaient suffisantes 
pour opérer isolément; comme nous le verrons plus 
loin, la jonction ne put se produire. 

Les sept cents hommes sont répartis en pelotons de 
cent hommes. 

Les blancs de l'expédition sont : Saroléa, Kops, Jehot, 
Laplume, De Backer, Goebel, Dupont, Cajot et le doc- 
teur Rossignon. 

Au confluent de l'Uele et de l'Obi, Chaltin fonde un 
poste auquel il donne le nom de Van Kerckhovenville. 

Il se dirige ensuite sur Faradje, traverse la Dungu 
après l'avoir longée et atteint le poste de Larumba non 
sans avoir subi quelques attaques vite repoussées. 

Le 14 février 1897 la colonne arrivait en vue du Nil à 
Bedden où se produisit la première rencontre sérieuse 
avec les Derviches, 

Le 16, le sous-lieutenant Laplume commandait le 
peloton d'avant-garde, lorsqu'à la tombée de la nuit, il 
se heurta à un parti de Derviches avantageusement 
posté et dont la fusillade inattendue mit son peloton en 
déroute. 

Cependant Laplume ne se laisse pas influencer par la 



— 81 



lâcheté de ses hommes et reste bravement en place, 
donnant ainsi aux Derviches l'illusion qu'il commande 
toujours son peloton. Il devient le seul point de mire du 
canon derviche et son sang-froid est tel qu'il cherche à 
se rendre compte, montre en main, du temps que mettent 
ses adversaires à recharger la pièce. 

Chaltin vint heureusement mettre fin à cette situation 
critique en se portant en avant. 

Le lendemain eut lieu le véritable combat. Les Der- 
viches avaient choisi une position très forte marquée 
par une série de hauteurs et appuyée à gauche au Nil. 

Les troupes de l'Etat se déploient en partie en tirail- 
leurs et subissent pendant une demi-heure le feu des 
Derviches sans répondre autrement que par le canon ; 
elles sont ensuite portées en avant jusqu'à 200 mètres de 
l'ennemi. 

Les Derviches tentent alors un mouvement tournant 
sur la gauche de Chaltin, mais la fraction chargée de 
cette opération est bientôt coupée de la masse principale 
et mise hors de cause. 

Au même moment, la droite des troupes de l'Etat 
s'élance à la charge et repousse la ligne derviche dont 
la retraite, commencée en bon ordre, ne tarde pas à 
dégénérer en fuite désordonnée. C'est au cours de cette 
charge que le lieutenant Saroléa tombe, frappé d'une 
balle en plein cœur. 

Après avoir accordé à ses troupes un repos de 
2 heures, Chaltin reprend la marche en avant et ce n'est 
qu'après avoir parcouru 26 kilomètres, qu'il arrive en 
vue du mont Redjaf qu'occupent les Derviches. Ces 



82 - 



\tf \ti <u lit 'itt 'iff itr 'it> tf > tf> ".u lit '.t> 'itf itt <tf W:tt 't^^' it» u r ;tf ît( "■tf it» u f 'it." it; itf 'iti' >tf 'iti" tti' \fi M i tf r '■tf 'i t .- î-f r it i" 

derniers reçoivent les soldats de l'Etat à coups de canon, 
et à mesure que ceux-ci approchent, la fusillade éclate, 
nourrie : il n'y a pas à se le dissimuler, les Derviches 
sont décidés à vaincre ou à mourir. 

Bientôt tous les pelotons ont rallié Chaltin qui les 
porte en avant. Cette fois, c'est vers la droite que 
l'ennemi va tenter son mouvement tournant qui ne 
réussit guère mieux que celui de Bedden. Les Mahdistes 
se retirent dans leur enceinte fortifiée dont ils 
s'échappent à la faveur de la nuit. 

La prise de Redjaf eut pour conséquence de refouler 
vers le nord les bandes derviches, et à ce titre elle 
constitue un succès de tout premier ordre qui honore le 
nom belge. 

Chaltin a fait preuve, pendant toute cette expédition, 
de qualités militaires peu communes : à coté de la bra- 
voure et du calme imperturbable au milieu du danger, 
qualités qu'il partageait avec ses adjoints, il a prouvé 
qu'il possédait au plus haut degré le sens de l'à-propos 
qui lui faisait prendre une détermination judicieuse au 
moment précis où elle pouvait lui valoir un maximum 
de rendement. 

Je ne puis me dispenser de citer le nom du docteur 
Rossignon, qui au cours des différents combats, parcou- 
rait la ligne de bataille sous une grêle de balles pour 
prodiguer ses soins aux blessés et qui fut même, à un 
moment donné, chargé du service des pièces. Et à ce 
propos, il est un fait digne de remarque dans l'histoire 
du Congo : les médecins qui accompagnaient les expédi- 
tions surent rarement résister à la tentation de prendre 



83 



place dans les rangs au moment du combat, et il faut 
reconnaître qu'ils s'en sont toujours tirés à leur hon- 
neur, ce qui n'empêchait pas l'homme de science de 
reprendre le dessus aussitôt le combat terminé. 

Colonne Dhanis. — Alors que tous les efforts précé- 
dents étaient partis de Niangara, Dhanis, en dépit des 
conseils qui lui furent donnés notamment par le gouver- 
neur général baron Wahis, s'obstina à choisir comme 
point de départ Stanleyville. 

Une seconde faute fut le manque d'organisation : Les 
dépôts de vivres manquaient alors qu'on allait avoir 
à traverser une région forestière où les routes fai- 
saient souvent défaut et dont les populations, générale- 
ment hostiles, refusaient de fournir de bonne volonté 
les vivres nécessaires ; la troupe elle-même comprenait 
en grand nombre des Batetela dont on connaissait par 
expérience la propension à la révolte et d'une façon géné- 
rale, les soldats manquaient de discipline. Enfin l'expé- 
dition traînait à sa suite dix mille Arabes qui devaient 
créer des postes de culture. 

Cette négligence dans l'organisation devait hélas I être 
chèrement payée. 

La colonne s'était donc formée aux Stanley-Falls 
au moyen de troupes recrutées aux Falls et dans le 
Maniema. Son avant-garde commandée par le capitaine 
Leroy, avait quitté cette station au mois de septembre 
1896 : elle était forte de trois mille hommes et divisée en 
trois fractions à la tête desquelles étaient placés les 
capitaines Mathieu, Julien et Doorme. 



84 



vff \*i \f; - A ! itf Vf/ itc i t f V f c iff If f \f{ ' itf Ytf W 'itt itr "éti iti' U> iti' 'îtr 'iti Vti^ «ti "if ■' 'itr Ui- yti- 'itf 'if f Vi 'if r Ytr ttî vtr Ytr vtr w Yh* 

Quant au gros de l'expédition, il se mettait en marche 
à la fin d'octobre. Après avoir passé par Avakubi, Kavali 
et Tamara, l'avant-garde atteignait les environs de Dirfi, 
le 12 février 1897, dans un état de démoralisation facile 
à comprendre si l'on songe aux fatigues, aux privations 
et aux souffrances de toute nature dont avaient été 
marquées les pénibles étapes de cette entrée en cam- 
pagne. 

Le 14 février la révolte éclatait : les Batetela et les 
Bakusu mettaient à mort le chef de l'avant-garde, le 
capitaine Leroy et plusieurs de ses adjoints : Inver, 
Mellen etAndriane. 

La pointe d'avant-garde que commandaient le docteur 
Védy, le lieutenant Verhellen et les sergents Bricourt et 
Spellier échappa à la contagion et parvint à rallier 
Avakubi au mois de mai : elle était, il est vrai, com- 
posée de Likwangula. Nous aurons l'occasion de voir 
au chapitre des révoltes, combien longue fut la répres- 
sion et les sacrifices qu'elle coûta. 

En somme, des deux colonnes dirigées vers l'enclave 
de Lado, seule celle de Chaltin, avait atteint son but. 

Quelque sérieux cependant qu'aient été les succès 
remportés, ils n'avaient pas mis définitivement hors 
de cause les Derviches qui continuaient à occuper 
Bôr. 

Au mois de septembre 1897, ces derniers poussèrent 
vers Redjaf une reconnaissance qui dût rétrograder. 

Le 21 mai 1898, ils tendirent un guet-apens qui 
coûta la vie au commandant Walhousen, au lieutenant 



85 



Coppejans et au sergent Bienaimé, mais les reconnais- 
sances démontrèrent que c'était là le fait d'une bande 
peu importante. 

Chaltin ne quitta Redjaf qu'après y avoir accumulé 
des vivres et des munitions et après l'avoir sérieusement 
fortifiée. 

C'est au commandant Hanolet qu'échut l'honneur de 
le remplacer. 

Ayant appris que les Anglais approchaient de Kartum, 
les Derviches de Bôr résolurent de se procurer des car- 
touches en attaquant la place de Redjaf. Ils choisirent 
la nuit du 3 au 4 juin 1898, pour tenter, vers une heure 
du matin, un coup de surprise. Bien que les circon- 
stances leur fussent favorables, les Mahdistes furent, en 
fin de compte, repoussés, mais cette attaque avait coûté 
à la garnison de Redjaf deux tués : MM. Desneux et 
Bartholi et quatre blessés : Hanolet, Syllie, Van Pottels- 
berghe et Lauterbach. Parmi les blancs qui se sont 
particulièrement distingués pendant ce combat, il con- 
vient de citer le docteur Rossignon, le capitaine Lequeux, 
l'adjudant Delarge, les sous-ofificiers Collet, Van Pottels- 
berghe et Dieupart et le sous-intendant Seghers. 

Pour éviter toute nouvelle surprise, le commandant 
Hanolet décida d'établir à Lado un poste avancé, dont 
il confia la direction au commandant Henry, qui venait 
de lui être envoyé par Dhanis : dès le 15 juillet le poste 
était occupé par six cents hommes, cinq officiers, un 
sous-officier et un sous-intendant. 

Dans le but d'en finir avec les Mahdistes d'Arabi, le 
commandant Hanolet alla les chasser de leur refuge de 



86 - 



Bôr, puis laissa sa succession au commandant Henry 
qui renforça les fortifications de Redjaf et construisit 
un camp fortifié à Kero, non loin de la frontière nord 
de l'enclave. 

Vers la fin du mois d'octobre 1899, Chaltin arriva à 
Redjaf à la tête de douze cents soldats, avec mission 
d'occuper complètement la zone concédée. 

Pendant ce temps, le commandant Henry poussait 
différentes reconnaissances sur le Nil jusqu'au 10° de 
latitude Nord. Dans le courant de l'année 1899, il entreprit 
un troisième voyage aujcours duquel il atteignit Kartum. 

Occupation du Bahr-el-Gazal. — Nous avons vu que 
l'arrangement du 21 mars 1899 avait rendu caduc 
l'accord avec la France du 14 août 1894. 

Le Roi Léopold décida alors d'envoyer des missions 
de reconnaissances dans les territoires de Bahr-el-Gazal. 

Au mois d'octobre 1902, le commandant Lemaire 
quittait Yambuya à la tête d'une mission scientifique, 
ayant pour adjoints les lieutenants Paulis et Colin. Il 
longe d'abord l'Uele, puis la Dungu ; passant ensuite 
par Faradje, il franchit la ligne de faîte Congo-Nil en 
mars 1903, puis établit un poste fortifié à Ye. De là, il 
se dirige vers l'Ouest pour atteindre le bassin du Yalo- 
Rhol et organise l'exploration de la zone située entre la 
frontière nord de l'Etat et le 5^ degré de latitude nord. 

Il suffira de dire que le commandant Lemaire a relevé 
au cours de cette mission 148 points et 122 altitudes 
pour donner une idée de l'activité déployée. 

La pénétration dans le territoire du chef azande M'Bio, 



87 



amena des opérations de guerre contre ce dernier. Les 
lieutenants Paulis et Colin en furent chargés, mais alors 
que le premier parvenait à remplir sa mission pacifi- 
quement, Collin ne tardait pas à être attaqué à Maiawa, 
sur un affluent du Sueh, par 3000 Azande ; après un 
combat très violent, ces derniers furent repoussés 
avec de fortes pertes. 

Apprenant la position critique de son adjoint, Lemaire 
vola à son secours, mais il n'eut plus à intervenir et 
parvint, grâce à son tact et à son doigté, à nouer des 
relations d'amitié avec les Azande. 

Il remit ensuite le commandement au lieutenant Paulis 
qui continua le travail dans la zone de la Meridi. 

LA CAMPAGNE ARABE. 

Il y a quelque douze siècles que commença l'invasion 
de l'Afrique par les Arabes. 

Pour qui connait les doctrines du Coran, rien d'éton- 
nant à ce que cette irruption ait pris rapidement 
des proportions énormes parmi des peuplades primi- 
tives : ces doctrines, en eff'et, flattent les passions 
humaines dans ce qu'elles ont de plus cruel et de plus 
sensuel. 

Qu'ils soient asiatiques ou africains, les Arabes ont 
toujours eu comme trait d'union l'emploi de la main- 
d'œuvre servile obtenue au moyen de la traite. Dès lors 
il était évident que tôt ou tard un conflit était inévitable 
avec l'Etat indépendant du Congo, qui non seulement 
était moralement intéressé à la disparition de la traite, 
mais encore avait pris l'engagement formel de s'y appli- 

88 - 



^ îlt ijj Jîttît^'uM.'lî. -ît ^ 'h il' iît .'il îît ,';; fl'y ;;t ii'iV- fV- fU ;♦! W- ;Ii il'- îii .'i' M; ni **^ ,'»■ ^';' ,','• iv }{t ???,'iî .'ît 

quer. Et ce conflit ne pouvait comporter des demi- 
mesures : ce devait être une lutte décisive, une lutte 
à mort que la vaillance de nos officiers rendit victo- 
rieuse pour les armes belges. 

Que les idées de prosélytisme aient eu une influence 
prépondérante sur la conduite des premiers envahis- 
seurs arabes, la chose ne semble guère douteuse, mais 
à la longue, de nombreux métissages aidant, deux ordres 
de préoccupations sollicitèrent surtout l'attention de 
leurs successeurs : la traite des esclaves et le com- 
merce de l'ivoire. Il est juste d'ajouter qu'au moment où 
se pose la question arabe au Congo, on n'y rencontre 
plus que quelques centaines d'Arabes véritables sur les 
innombrables chasseurs d'esclaves qui s'y livrent à leur 
honteux trafic et qui se composent partie de métis 
d'Arabes et de nègres, partie de nègres proprement dits 
(ces derniers en grande majorité), enrôlés de gré ou de 
force et liés à la fortune de leur maître. 

Partis de Zanzibar, les Arabes envahissent l'Uniam- 
wezi vers 1830 et dans les environs de 1840 on les 
trouve établis à la rive orientale du lac Tanganika vers 
Udjidji qui allait devenir bientôt le marché d'esclaves le 
plus conséquent de toute la contrée. 

Ils ne tardent pas à étendre le théâtre de leurs opéra- 
tions et vers 1868 ils ont déjà atteint Nyangwe où 
ils sont signalés par Livingstone en 1870 et par Stanley 
en 1876. 

Ils font des incursions vers le nord : (Kasongo, Riba- 
Riba et Kirundu), vers le nord-est et vers le sud (dans le 
pays du sultan Msiri),mais leur principal centre d'action 



- 89 



est le Maniema. Ils y sèment habilement la division 
entre les chefs indigènes et tout en saignant cette 
malheureuse contrée, ils y recrutent cependant leurs 
meilleurs auxiliaires parmi les jeunes gens. 

Entre 1868 et 1880, les Arabes prennent pied dans la 
région que limitent le Lualaba, le Lomami et le San- 
kuru, occupant eux-mêmes certaines parties, établissant 
dans d'autres des chefs importants de la région tout 
dévoués à leur œuvre, tels que Pania Mutombo, 
Lupungu et même un ancien esclave de Tippo-Tip, 
Congo Lutete. 

Vers 1880, dans une nouvelle poussée vers le nord, 
nous les voyons s'établir successivement aux Stanley- 
Falls, dans le Lomami et l'Aruwimi; toutefois dans cette 
dernière région ils furent repoussés à plusieurs reprises 
avec des pertes sérieuses et ce n'est que vers 1887 qu'on 
les y trouve fixés sous les ordres du rapace Sélim. 

L'immense pays qu'ils occupent ne suffit pas encore à 

leur débordante activité : bientôt les bandes de Selim 

jettent leur dévolu sur les villages riverains de la Lulu, 

du Rubi et de l'Uele et poussent jusqu'au pays des 

Moganga, indigènes installés derrière les Bangala. 

Vers le nord-est ils s'étendent jusqu'à la Makongo, le 
Bomokandi et la Nepoko où Stanley les rencontre vers 
1887. Enfin à l'ouest ils font sentir leur action sur la 
Tive gauche du Congo et sur les bords du Lopori et de la 
Lukenie à une époque postérieure à l'année 1883. 

« En résumé » dit Chaltin, « dans l'espace de cin- 
quante années, les Arabes envahissent, dévastent et 
soumettent un territoire d'une superficie de près de deux 



m - 



millions de kilomètres carrés, soit soixante-cinq fois 
celle de la Belgique. » 

Avant de décrire les péripéties de la lutte engagée 
entre les troupes de l'Etat indépendant et les hordes 
arabes, il n'est pas sans intérêt d'esquisser en quelques 
mots les procédés généralement employés par les chas- 
seurs d'esclaves. 

Lorsqu'ils ont jeté leur dévolu sur un village, les 
Arabes l'entourent de nuit et, au point du jour, se lan- 
cent à l'attaque en utilisant tous les moyens dont ils 
disposent pour jeter l'épouvante parmi les habitants. 

Les jeunes femmes et les adolescents sont capturés, 
tandis que les vieillards et les jeunes enfants sont impi- 
toyablement massacrés et leurs cadavres livrés aux 
meutes d'anthropophages qui accompagnent toujours les 
bandes esclavagistes. 

Il leur arrive d'épargner certains villages, mais la 
situation des habitants n'en vaut guère mieux : plus rien 
ne leur appartient, tout l'ivoire doit être livré ; ils sont, 
de plus, soumis à un travail très dur dont les Arabes 
seuls tirent tout le profit et aucune corvée ne leur est 
épargnée. 

Les horreurs qu'entraîne cette chasse à l'homme 
dépassent tout ce qu'on peut imaginer et il faudrait la 
plume d'un Poë pour en tracer un tableau fidèle. 

Cependant, il ne manque pas de récits indignés de 
voyageurs, qui permettent de s'en faire une idée. 

« Le spectacle que j'ai eu sous les yeux, incidents 
communs de ce trafic (la traite), est d'une telle horreur, 
que je m'efforce sans cesse de le chasser de ma mémoire. 



91 



et sans y arriver. Les souvenirs les plus pénibles 
s'effacent avec le temps ; mais les scènes atroces que j'ai 
vues se représentent, et, la nuit, me font bondir horrifié 
par la vivacité du tableau )) Waller. Dernier journal de 
Livingstone. 

« Que ne pouvons-nous faire le récit exact des hor- 
reurs de la traite de l'homme et donner un total approxi- 
matif des existences qu'elle détruit chaque année I Car, 
nous le sentons, si la moitié de ces horreurs pouvaient 
être connues, l'indignation et la pitié qu'elles éveille- 
raient seraient telles, que ce trafic infernal disparaîtrait 
bientôt, quelque sacrifice qu'il dut en coûter pour 
l'anéantir.... Pour quelques centaines d'individus que 
procure une de ces chasses, des milliers d'hommes sont 
tués ou meurent de leurs blessures, tandis que les autres, 
mis en fuite, expirent de faim et de misère ou périssent 
dans les guerres civiles et de voisinage, tués, qu'on ne 
l'oublie pas, par les demandes des acheteurs d'esclaves. 

Les nombreux squelettes que nous avons trouvés dans 
les bois ou parmi les rochers près des étangs, le long 
des chemins qui conduisent aux villages déserts, 
attestent l'effroyable quantité d'existences sacrifiées par 
ce trafic maudit » Livingstone. Exploration du Zamhèze. 

« Pendant onze mois la bande avait mis à sac toute la 
région qui s'étend entre le Congo et le Lubiranzi sur la 
rive gauche, et elle s'était engagée à faire la même 
monstrueuse besogne entre le Biyerri et Ouané-Kirundu. 
En étudiant ma carte, je trouve que la région ainsi 
dévastée, sur la rive droite et sur la rive gauche, occupe 
une superficie de 55.000 kilomètres carrés, soit 3.200 



92 - 



kilomètres carrés de plus que l'Irlande, et qu'elle a une 
population d'environ un million d'âmes. » Stanley. 
Cinq années au Congo. 

« Toutefois il faut en attribuer l'origine (de l'escla- 
vage) à l'influence pernicieuse de la race arabe, la véri- 
table peste de l'Afrique, contre laquelle, tous en Europe, 
nous devrions nous réunir dans une croisade perma- 
nente. » H. Capello et R. Ivens. From Benguela to the 
territory of Yacca. 

« Je fis une visite au camp de Sayol. A l'entrée, un 
échafaudage formé de poutres était orné de cinquante 
mains droites abattues à coups de hache. Un peu 
plus tard des coups de fusil nous indiquèrent que 
le chef de bande s'exerçait au tir sur ses malheureux 
prisonniers. Quelques-uns de mes hommes me dirent 
que les victimes de cet acte cruel avaient été immédia- 
tement dépecées pour servir à une fête de cannibales. » 
VON WissMANN. Proceedîngs. 

« Mais sur aucun point de l'Afrique ces horreurs 
n'approchent de ce qui se passe sur les terres du Haut- 
Congo. Là, les esclavagistes ont tout détruit dans des 
régions entières où il ne se trouve bientôt plus ni 
villages, ni habitants. » Cardinal Lavigerie. L'esclavage 
africain. 

Les quelques malheureux qui parviennent à la côte 
ont encore à subir le transport par mer : « La marée 
montante met le bateau à flot ; alors tous ces esclaves 
sont secoués les uns contre les autres ; ils sont trop 
serrés non seulement pour pouvoir se coucher, mais 
même s'asseoir et changer de place ; dans cette position 



— 93 



difficile, le mal de mer ne tarde pas à les abattre et il 
faut renoncer à décrire le spectacle de ce fumier vivant. 
Les horreurs de ce voyage restent gravées dans la 
mémoire des nègres pendant toute leur vie ; leur esprit 
est hanté d'épouvantables cauchemars et ils croient 
toujours entendre le bruit que produit la chute d'un 
cadavre jeté à l'eau, car la mort fait là aussi sa razzia» 
A l'arrière du boutre se trouve un plancher de 6 à 
7 mètres carrés où se tiennent le capitaine et les mate- 
lots. C'est là que se prépare la maigre pitance des 
esclaves pour les empêcher de mourir de faim quand 
le voj^age se prolonge : elle consiste en boulettes de 
sorgho, de maïs et de haricots indigènes qu'un matelot 
jette aux rares esclaves qui ont encore la force de 
manger. Lorsque les boutres sont poursuivis par un 
croiseur, les esclaves sont ligottés, une pierre attachée 
aux pieds, jetés à la mer où ils tombent vivants dans 
la gueule des requins habitués à suivre la trace de ces 
sinistres convois. » L'Afrique explorée et civilisée. 

Nous pourrions multiplier les citations des Cameron, 
des Nachtigale, des Soleillet et de tant d'autres, mais 
nous croyons avoir montré suffisamment à quel horrible 
régime a mis fin la campagne arabe. 

Il nous reste, avant d'entamer cette dernière, à dire 
deux mots des chefs arabes. 

Le plus puissant d'entre eux, Tippo-Tip, avait en sa 
possession toute la rive gauche du Congo, de Kirundu à 
Isangi, sans compter sa résidence de Kasongo. Il avait 
comme alliés : Sefu, Rachid, Saïd et Selim, tous parents 
plus ou moins proches ; parmi ses vassaux, chefs noirs- 

— 94 



Mi éii it; M tii )tt i-fi ttf M; "M "tii 'iiî Itt Vt» ^tf )i( Vf f I f f ".t r I tr )*( 'itf W Itf "iti M( ttf "itf tf î" 'ili" 'i*' W "itf Iti" Yti" ^tT I f f "itf "■ti' rfî" 

du Haut-Lomami et souvent esclaves libérés, le plus 
important était Gongo Lutete que Tippo-Tip avait mis 
à la tête de quelques troupes qu'il avait lancées vers le 
Lomami et le Sankuru, D'autres chefs moins impor- 
tants, tels que Lupungu, Pania Mutombo, etc., étaient 
également à sa solde. 

Kibonge était le sultan de Kirundu établi sur la rive 
droite du Congo en amont des Falls : ses possessions 
atteignaient au nord le haut Aruwimi, au sud Riba-Riba. 

Il avait désigné comme successeur Saïd, jeune homme 
très entreprenant, qui s'était réfugié chez lui à la suite 
de guerres malheureuses. Leurs forces réunies étaient 
estimées à 20.000 fusils. 

Quant à Munie Moharra, le chef de la région du 
Maniema, il avait choisi comme résidence Nyangwe. Il 
était particulièrement bien doué pour faire la guerre et 
son fils Munie Pembe lui était d'un réel secours sous ce 
rapport. Un de ses vassaux, Nserera, commandait le 
poste de Riba-Riba. 

Les premiers contacts. — Les premières escarmou- 
ches entre Arabes et troupes de l'Etat remontent à 
l'année 1886. 

En 1883, avons-nous vu, Stanley avait fondé aux Falls, 
un poste placé sous le commandement de l'Ecossais 
Bennie; celui-ci avait ensuite été remplacé et au moment 
de l'attaque de la station par les Arabes, deux Européens 
y séjournent : un officier Anglais, Deane et un lieute- 
nant de cavalerie belge, Dubois. 

Sous un prétexte futile, les Arabes assaillent le poste 



— 9S 



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Uv *4v .'■*? .'U 'U :*' -tt .'45 ÎU .+! H\ Uv Ul "iv U" !|' -1* '♦' 'Iv . ». TT ,'HAIl7tt7TT ;i! ÎV-?*? U- îl- Î4' .rî" îV-ÎTTr 'V W'y'î-^'{( 

le 24 août 1886. Malgré leur forte infériorité numérique 
et le manque de munitions, les occupants opposent une 
résistance héroïque ; malheureusement le courage des 
noirs de la défense n'est pas à hauteur de celui de leurs 
chefs et ces derniers, lâchement abandonnés, sont 
obligés de quitter la station après l'avoir incendiée. 

C'est pendant cette retraite que le malheureux Dubois 
se noj^a malgré les efforts tentés par son camarade pour 
le sauver. Je ne puis passer sous silence l'appréciation 
émise par Deane sur notre courageux compatriote : 
« Au plus fort de la lutte, il m'envoyait de petits billets 
écrits sur le genou pour demander des munitions nou- 
velles ou quelque autre chose. Ces notes étaient comme 
calligraphiées et ne trahissaient pas la moindre émotion. 
Vous pouvez être fiers de compter de tels hommes dans 
votre armée ; aucune autre n'en a de meilleurs. » 

Le 15 juin 1888, Van Kerckhoven et Van Gèle réta- 
blissent le poste des Stanley-Falls dans la région dont 
Tippo-Tip avait été nommé vali en février 1887. 

Lorsqu'on parcourt les journaux de l'époque, on est 
frappé de la façon sévère dont cet acte fut jugé par des 
personnes qui ne tenaient pas suffisamment compte de 
l'ambiance et de la situation du moment. 

Supposons un instant que l'Etat se soit décidé à ce 
moment pour l'offensive contre les Arabes : en tenant 
compte des forces en présence et des moyens de trans- 
port dont on disposait, on courait à un échec certain ; 
résultat : la perte de toute cette région et probablement 
l'occupation par une autre Puissance. 

Au contraire, en agissant comme il l'a fait, l'Etat 



96 — 



\*< >»f Vf.- -.*r '} tf î ti- \\: tti" ttf "itr itr ut Ui-vtr '■ti' ;!■' uf; ti- itr Ui tt; ^tf 'itf itf itr ^ itf itr w w u ■' vtt Ui Uf w ^ i Uf ttr tt? ifi 

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faisait flotter, grâce aux troupes de Tippo-Tip, le dra- 
peau bleu étoile d'or, sur toute la région du nord, et 
réalisait ainsi une occupation effective qui seule pouvait 
avoir de la valeur au regard des Puissances. 

Cette nomination, tant décriée fut un acte de haute 
politique ; l'effet n'en était d'ailleurs que provisoire, 
car dès ce moment, la lutte à mort, la guerre sans 
merci contre les Arabes était déclarée en principe. 

On en trouve la preuve dans la fondation décidée en 
1888 des camps retranchés de Basoko et de Lusambo , 
destinés à agir contre les Arabes du nord et de l'est. 

A partir de 1890, les escarmouches se multiplient : le 
sous-lieutenant Duvivier défait un parti d'Arabes aux 
environs d'Ibembo, tandis que son chef, le capitaine 
Roget, amène l'évacuation du pays des Moganga et de 
l'Itimbiri ; Van Gèle et Milz se portent à la rencontre 
d'une bande nombreuse d'Arabes et arrêtent net leur 
marche vers l'Itimbiri par leur succès de Majorapa (sur 
leRubi). 

En 1891, le capitaine Fiévez attaque des Arabes établis 
sur la Lulu et les rejette au-delà de l'Aruwimi ; Ponthier 
et Daenen, de l'expédition Van Kerckhoven, mettent en 
déroute les occupants du camp de la Mokongo, amenant 
par cette victoire la libération de plus de deux cent 
cinquante esclaves. 

Le 9 août de la même année, les troupes de Rumaliza 
parviennent à bloquer les troupes antiesclavagistes dans 
Albertville sur le Tanganika. 

Pendant les années 1891 et 1892, le capitaine Chaltin 
soutient plusieurs combats qui empêchent les Arabes de 
franchir l'Aruwimi. 

7 — 97 



h 



Dans le sud, îrannée 1890 voit se produire le premier 
choc entres les Arabes de Gongo Lutele et les troupes de 
l'Etat conduites par le lieutenant Descamps; la brillante 
victoire remportée^par ce dernier rejette Gongo à Gandu. 




La Campagne arabe. 
Situation des Arabes en 1892. 



98 - 



La campagne arabe proprement dite ne commence 
toutefois qu'en 1892. 

Le massacre de la mission Hodister vint démontrer 
qu'il ne pouvait plus être question d'une entente avec 
les Arabes et que le moment était venu de jouer la partie 
définitive dont l'enjeu était la possession incontestée du 
territoire de l'Etat. 

Deux agents de cette mission commerciale avaient été 
installés à Riba-Riba : le sous-lieutenant Michiels et 
M^ Noblesse. Trois autres adjoints, MM. Jouret, Doré et 
Page, avaient remonté le Lualaba, mais en arrivant à 
Nyangweils n'eurent que le temps de fuir et en passant 
devant le poste de Kasuku ils apprirent l'assassinat de 
Michiels et de Noblesse ; ils essuj^èrent même le feu des 
Arabes. 

Vers la même époque (mai 1892^, le malheureux Pierret 
était tué à Lomo et le chef de mission lui-même, accom- 
pagné de MM. Magerie, Desmedt et Goedseels perdait la 
vie. dans une embuscade à Ikamba, entre Bena-Kamba et 
Riba-Riba. 

Le 24 octobre 1892, Emin Pacha, assassiné sur l'ordre 
de Kibonge et de Munie Moharra, prédisait en mourant, 
qu'avant deux ans plus un Arabe n'existerait dans la 
région. 

La carte de la page 98, indique quelle était la situation 
des Arabes en 1892, au début de la campagne. 

Opérations du groupement de Lusambo. — Dhanis, 
qui venait de succéder au lieutenant Le Marinel dans le 
commandement de la station de Lusambo, apprenant 



— 99 



1*1 \i. '.^i 'M '.tt ' fi Yt>' 'iti' ur 'iti' 'iti" "if r iti 'iti "iti' iti "iti" 'iti' itf iti' \ti iff \t( 'iti u( iti' it? >ti' Ui' Ui iti tft iti itî >ti tti >ti ut >ti' at 
Ttt ?tt 7i\ ut -i\ '*x hx - u ut. -^-iu 'u w -Il 41 -V- H\ m !\i )i\ hk ui iw .ti *u 'u ut ut ui ui w jw ju ju Uv m* mi ut ui w 

que Gongo Lutete marchait vers le Sankuru, se porte à 
sa rencontre et lui inflige coup sur coup deux sanglantes 
défaites les 5 et 9 mai 1892 : le 5 mai il le surprend à 
Kisinia-Sauri et le 9 mai, aidé de Michaux qu'il charge 
d'un mouvement tournant, il met ses bandes en fuite. 

Le résultat de ces victoires ne se fit pas attendre : 
Gongo vint faire acte de soumission, apportant ainsi à 
Dhanis l'aide d'un grand nombre d'auxiliaires et de chefs 
indigènes importants qui le suivirent dans sa défection. 

L'acte posé par Gongo Lutete devait naturellement 
faire naître des idées de vengeance dans le cerveau de 
ceux qu'il avait trahis, et l'un d'eux, Sefu, fils de Tippo- 
Tip vint occuper la rive droite du Lomami et fit connaître 
par l'intermédiaire de De Bruyne au lieutenant Scheer- 
linck, établi sur l'autre rive, ses prétentions exorbitantes: 
la tête de Gongo, l'abandon du poste de Gandu et le 
droit de tracer la limite de la zone d'action du commis- 
saire de district du Lualaba. 

C'est ici que se place l'épisode de la mort héroïque du 
sergent De Bruyne et je ne résiste pas au plaisir de céder 
la plume à Madame Séverine : 

« Ce fut alors que, successivement, il reçut deux 
messages (il s'agit du lieutenant Scheerlinck) : l'un de 
son collègue Lippens ; l'autre du sergent De Bruyne. 

Leur sort n'avait pas été le même, quoique faits 
ensemble prisonniers. 

Lippens, effroyablement éprouvé par le climat, était 
demeuré, sous bonne garde, dans sa barza, à Kasongo. 
Récrivait : « Depuis quatorze mois, je suis mortellement 
malade. Après avoir eu la dysenterie à Léopoldville et 

100 - 



>t; tii ;t« itt \t i M ! vff wit( w vffV K vt f M< itî' )*i )ii 'if ( \ i{ w itf "iit ttf )ii itf itr )tf w 'iti' vtr ïtr Uf vti' vtf Ui" vtr 'i f f y»" v».^ ^*< 

une rechute en route, j'ai été, dès mon arrivée à Kasongo, 
atteint de la variole, suivie d'une terrible maladie de 
poitrine consécutive. Ensuite , nouvelle dysenterie 
extrêmement violente ; après cela, une hépatite suivie 
d'un abcès du foie. L'abcès a percé en dedans, mais j'ai 
le foie hypertrophié ; j'ai de plus, une maladie de cœur, 
de l'estomac, des intestins, et une grave affection des 
reins. » 

La lettre était datée du 6 octobre, avant même la 
captivité. 

On était au 14 novembre. Scheerlinck pensa : Lippens 
est mort. 

Et le docteur Hinde, son compagnon tout haut le 
formula. 

La seconde missive était de De Bruyne. Lui, on l'avait 
emmené. Il se trouvait à trois heures de là, avec deux 
cents Arabes, chargé d'aller signifier le lendemain à ses 
ex-compagnons d'armes, d'une rive à l'autre du Lomami, 
les volontés, les ordres de Sefu. 

Profitant de ce que le chef lisait mal le français, Henri- 
Auguste laissait parler librement sa colère et sa douleur. 
« Sefu, écrivait-il, se refuse à parlementer en personne : 
moi, dit-il, je ne me dérange pas, je reste étendu sur ma 
natte. D'ailleurs, moi, je suis le grand chef et ces blancs 
me prennent pour leur esclave. 

S'ils veulent me voir, ils n'ont qu'à venir ici )).... 
Jamais, lieutenant Scheerlinck, je n'ai vu un individu 
aussi stupide, aussi lâche, aussi menteur, que cet ignoble 
assassin 1 Je suis traité ici en vil esclave » 

Scheerlinck songea : demain nous le sauverons. 

— 101 



Le lendemain — c'était le 15 novembre 1892 — sur 
l'autre berge du fleuve, le lieutenant et le médecin virent 
apparaître une sorte de spectre. 

AtTaibli, décharné, vieilli par cinq mois de souffrances 
physiques et morales, De Bruyne était quasi méconnais- 
sable. Un groupe d'Arabes, à une quinzaine de mètres 
en arrière, le surveillait. Ses vêtements étaient en lam- 
beaux. Comme il avait beaucoup marché et qu'il n'avait 
point de chaussures, il lava dans le Lomami ses pieds 
couverts de sang et de poussière. 

Scheerlinck avait, à l'avance, apposté dix de ses meil- 
leurs tireurs dans les buissons de la rive, et rallié le 
restant autour de lui. 

Tout d'abord, il cria au captif : 

— Quelqu'un par là comprend-il le français ? 

— Non. 

— Savez-vous nager ? 

— Oui. 

Alors la conversation s'engagea : 

— Mon pauvre ami, fit l'officier, Lippens n'est plus en 
vie. 

Vous pouvez vous évader, sans manquer à l'honneur 
ni au dévouement que vous professez envers votre chef. 
Vous ne le trouverez plus. 

— Et s'il était encore en vie? 

— Ce serait miraculeux, c'est impossible I ajouta le 
docteur Hinde. 

— Les Arabes, fît De Bruj^ne, m'ont assuré qu'il n'est 
pas mort. 

— Mensonge ! reprit le lieutenant. C'est pour vous 



102 



engagera retourner. Allons I décidez-vous I L'occasion 
est unique. 

Pourquoi retourner chez vos bourreaux ? Songez aux 
supplices qu'ils ont fait endurer à Hodister, à Michiels... 

Et Scheerlinck commanda tout bas à ses hommes : 

— Visez bien I 

Et Scheerlinck dit au sergent : 

— J'ai du monde dans l'herbe. Faites le saut I 

Un calme effroyant régnait. La voix portait aisément 
au-dessus de l'eau silencieuse. Point de doute qu'un 
violent combat ne se livrât dans les pensées et dans le 
cœur du jeune captif. On voyait luire des larmes en ses 
yeux caves. C'était la liberté offerte, la fin des tortures, 
le retour à la patrie. 

Dans les joncs, les tireurs retenaient leur haleine, le 
doigt sur la détente du fusil. La rivière était étroite, la 
retraite assurée, le pas facile à franchir. 

Scheerlinck et le docteur Hinde insistaient, très pres- 
sants , la gorge étreinte. L'obstination du sergent 
De Bruyne les désolait. 

— « Je vous en supplie, dit-il enfin d'une voix grave, 
ne me tentez plus. Je ne puis abandonner Lippens. S'il 
est vraiment mort, je chercherai à fuir. » 

Il fit un geste d'adieu, à bout d'héroïsme, et retourna 
se livrer à ses bourreaux. Scheerlinck et les autres le 
regardaient disparaître, navrés — ; ses haillons faisaient 
une tâche parmi les hautes herbes.... 

Reste à narrer l'épilogue. 

De Bruyne, sous bonne escorte, fut reconduit à 
Kasongo. Il y retrouva Lippens vivant, mais sur sa fin. 
On était alors aux premiers jours de décembre. 

- 103 



Un matin l'on frappe à la porte : 

— Qui va là ? 

— Moi, Kaboïdi. J'ai des esclaves à libérer. 

Le lieutenant, flairant un piège, refusa d'ouvrir. 

— Mais si I ami. Nouvelles importantes de la part de 
Sefu. 

Viens, si tu préfères. 

Lippens tire les gâches, fait jouer les pênes, sort. Il 
tombe sans proférer un cri, percé de coups de poignard I 

Par l'huis entrebaillé, les meurtriers se glissent, 
arrivent à la muette, sur leurs pieds nus, jusqu'au 
sergent occupé à écrire — et l'égorgent 1 

Aux deux corps pantelants on coupa les pieds, les 
mains, expédiés en arrhes à Munie-Moharra, le grand 
chef de Nyangwe. 

Puis Sefu fit enfouir, non loin de la case, les deux 
corps mutilés. 

C'est là que sur l'indication d'un boy qui avait assisté 
au drame, il furent retrouvés, serrés l'un contre l'autre, 
lors de la prise de Kasongo par les troupes de l'Etat sous 
le commandement de Dhanis. 

Les volets, les portes de la barza furent arrachés pour 
leur confectionner un cercueil ; ils eurent pour suaire le 
drapeau bleu étoile d'or qui cacha leurs moignons 
sanglants. 

Et toute la Wallonie, et toutes les Flandres se pas- 
sionnent, aujourd'hui, pour que se dresse, sur la place 
de Blankenberghe, quelque hommage commémoratif 
perpétuant à jamais la mémoire de Henri-Auguste 



104 — 



De Bruyne, qui préféra trépas et supplices plutôt qu'a- 
bandonner son chef C*). 

Vingt-quatre ans, du sang plein les veines, la soif de 

vivre et renoncer à l'existence parce qu'un pauvre 

homme, inévitablement et prochainement condamné 
par la nature même, mais qui vous fut bon, aurait peine 
et douleur à se voir seul, à se sentir abandonné, cela, 
non, n'est pas d'une âme vulgaire 1 

Vous êtes venu trop tard, petit sergent, jeune Belge à 
figure naïve, cœur de héros : — Plutarque est mort. » 

Je me garderai bien d'ajouter à ce récit angoissant un 
commentaire quelconque. 

Apprenant que Sefu, à la tête de plus de dix mille 
hommes, prenait ses dispositions pour attaquer les 
forces de l'Etat, Dhanis donne l'ordre à Michaux de se 
porter sur Gandu pour y protéger Gongo Lutete, tandis 
que lui-même se dirige vers Goie Moyassa. 

Prévenu le 21 au soir de ce que Sefu passait le Lomami 
en aval, à Ghige, Michaux s'était immédiatement mis en 
route précédé de Gongo et de ses auxiliaires. 

Le 22 au matin il donne l'ordre d'attaquer en trois 
colonnes ; dès l'aube, en effet, Gongo était venu lui 
déclarer que ses fusils à piston étaient mouillés et le 
lieutenant, dont on ne saurait assez louer l'esprit d'à 
propos et de décision, s'était dit fort judicieusement que 
les fusils de Sefu devaient se trouver dans le même état. 
Les deux palissades sont enfoncées et l'ennemi fuit en 
désordre vers le Lomami qui allait se charger d'achever 



(*) Le monument existe actuellement à Blankenberghe. 

— 105 



les Arabes que le feu avait épargnés. Ce combat du 
Lomami coûta à ces derniers des pertes énormes et pro- 
duisit un effet moral considérable. 

Continuant sa marche victorieuse vers l'est, Dhanis 
opère sa jonction avec Michaux dès le 22 et passe immé- 
diatement à l'attaque, au cours de laquelle Sefu fut 
grièvement blessé avec nombre de ses compagnons 
d'armes. 

Dhanis se décide alors à faire franchir à ses troupes le 
Lomami et se porte vers Lusuna où il rejoint les forces 
de Michaux ; apprenant que Munie Pembe, fils de 
Moharra n'est pas loin, il se porte vers le camp de 
Dungu : les Arabes en sont rejetés en désordre et fran- 
chissent le Lualaba pour se réfugier à Nj^angwe (31 dé- 
cembre). 

Les défaites successives de Sefu et de Pembe avaient 
démontré aux Arabes la nécessité d'agir de concert, 
aussi les dispositions suivantes furent-elles arrêtées : le 
<îamp de Goio Kapopa serait attaqué du côté de l'est par 
Sefu, pendant que Moharra entamerait l'action sur les 
derrières de la position ; quant à Pembe, il se réservait 
le flanc gauche de Dhanis. 

Cette concentration des Arabes ne put se réaliser grâce 
à l'exploit du sergent Cassant (*) qui tint en échec les 



• ) En 1890 le sergcent Cassart commandait l'escorte de l'expé- 
dition Delcommune. Il se distingua particulièrement dans 
l'attaque du boma de Rumaliza peu de temps après la jonction 
Delcommune avec les troupes de l'expédition antiesclavagiste 
de Jacques. 

En 1894 il chasse les Kioko, marchands d'esclaves, du terri- 
toire de l'Etat. 

106 - 



forces de Munie Moharra et retarda ainsi leur arrivée sur 
le champ de bataille. 

Dhanis ayant appris le retour de l'expédition Del- 
coinmune, avait prié ce dernier de lui fournir l'appoint 
des forces dont il pourrait disposer ; le sergent Cassart, 
quoiqu'ayant fourni à l'expédition des services qui 
eussent semblé suffisants à bien d'autres pour justifier 
un repos bien mérité, n'hésite pas à demander le com- 
mandement de la troupe de secours. 

Il quitte Gandu le 3 janvier 1893 avec vingt-six soldats 
€t deux cent cinquante porteurs, emportant quarante 
chassepots et vingt-cinq mille cartouches. 

Le 8, vers 4 heures, dans l'impossibilité de continuer 
la marche à cause de la fatigue extrême des porteurs, 
Cassart est obligé de camper dans un village abandonné 
non loin de Kasongo-Luakila ; mais comme la position 
se présentait dans des conditions très défavorables en 
cas d'attaque, il décide de se mettre en route le 9 dès 
l'aube. 

D'autre part Moharra et Pembe, ayant appris l'appro- 
che de la petite colonne, prennent la résolution très 
judicieuse de l'anéantir pour diminuer d'autant les forces 
auxquelles ils auront à faire face dans le combat décisif. 



Au mois de septembre de la même année, il intervient à temps 
pour empêcher son chef en reconnaissance, le commandant 
Peltzer, de tomber aux mains de l'ennemi. 

Les 25, 26 et 27 octobre il livre combat au chef Kalamba et aux 
Kioko : trente de ses soldats sont blessés et lui-même a le féniur 
gauche brisé. 

Enfin en juillet 1895 lors de la révolte de Luluabourg il a le 
flanc droit traversé par une balle. 

- 107 



?ît^*n^^*Jt:ltHtm^^^^eîtnf;l^iÎTîîtHxîîfH'«tHr«-:Jît«-«t^^ 



A peine les sentinelles sont-elles rentrées, que Munie 
Moharra dessine son attaque par l'ouest ; la petite 
troupe de Cassart, iininédiatement rassemblée, réussit 
à maintenir les Arabes en respect. Environ une demi- 
heure plus tard les forces de Munie Pembe entrent en 
ligne et attaquent par l'est. Cassart laisse vis-à-vis de 
Moharra un caporal et dix hommes et se porte vers 
Pembe ; malheureusement, il ne peut que l'empêcher, 
par un tir violent, de prendre la position d'assaut. 

En présence d'une situation aussi désastreuse en égard 
à la supériorité numérique écrasante des Arabes, plus 
d'un chef se fut tenu le raisonnement suivant : « nous 
sommes perdus, vendons notre vie le plus chèrement 
possible. » Cassart, lui, conserve un sang-froid imper- 
turbable et son esprit reste assez lucide pour imaginer 
une ruse qui va donner le change à son adversaire au 
sujet de son effectif : après avoir harangué sa troupe, il 
parvient à faire reculer Moharra d'une centaine de 
mètres, puis, ayant donné l'ordre au caporal auquel il 
laisse dix hommes, de conserver le terrain conquis en 
continuant le tir à genou, il se porte en personne avec 
l'effectif restant et la plupart des porteurs armés de fusils 
tirés des caisses éventrées, vers le flanc droit de Munie 
Pembe en poussant des hurlements destinés à faire 
croire à la présence d'une troupe beaucoup plus nom- 
breuse. 

Ce mouvement amène chez les hommes de Pembe une 
débandade immédiate qui permet à Cassart de rejoindre 
son caporal. 

A ce moment, les troupes de Moharra aperçoivent les 

108 - 



Wii^iîii^^mi^mii^^riirWiîr^^^rii:^W^-».W.m^^^^r^^^^ 



fuvards de Pembe, et cette constatation leur cause une 
telle stupeur que le feu cesse comme par enchantement. 

Le « courageux petit homme » comme l'appelle le 
docteur Hinde ne va pas laisser passer une aussi belle 
occasion et sus à l'ennemi. 

Cette attaque provoque la retraite de Moharra, mais 
Cassart se laisse entraîner trop loin et, le manque de 
cartouches se faisant sentir, il est obligé de rétrograder 
après avoir failli être fait prisonnier par la garde du 
corps de son ennemi qui le serrait de si près qu'il 
entendit distinctement le chef arabe dire à ses hommes: 
« Prenez-le I ne le tuez pas I prenez-le vivant ». 

Malgré ce succès inespéré, il était temps de reprendre 
la marche vers Goio Kapopa, car petit-à-petit, les troupes 
arabes se reformaient. 

Au cours de ce combat, les hommes de Cassart 
brûlèrent cinq mille cartouches et mirent plusieurs 
fusils Mauser hors d'usage. 

Cassart se met donc en route suivi à distance par 
l'ennemi qu'il est encore obligé de tenir en respect à la 
traversée du Muadi, dont la défense lui est facilitée par 
ce fait, qu'un arbre jeté en travers de la rivière en con- 
stituait le seul passage. 

Dhanis considère, ajuste titre, cette défense de Cassart 
comme le plus beau fait d'armes de la Campagne arabe. 

A la tête d'une troupe infime, le sergent a tenu tête 
pendant plus de cinq heures à six ou sept mille Arabes, 
ce qui prouve qu'un petit noyau d'hommes bien instruits 
et bien commandés peut résister aux bandes les plus 
considérables. 

- 109 



En entendant la fusillade, Dhanis avait envoyé au 
secours de Cassart un détachement décent hommes et 
deux officiers, les lieutenants Michaux et de Wouteps, 
qui, n'ayant rien vu, avaient rebroussé chemin et étaient 
rentrés au camp; mais à peine arrivés ils virent accourir 
un noir qui leur annonça que le blanc était attaqué. 
Immédiatement Michaux repart accompagné de de Wou- 
ters et de Scheerlinck et tombe sur le camp arabe après 
trois heures de marche: de Wouters et Scheerlinck sont 
chargés de l'attaque de front pendant que Michaux opère 
sur le flanc de l'ennemi : le résultat ne se fait pas atten- 
dre et bientôt les Arabes fuient en désordre. Ils avaient 
pris les troupes de l'Etat pour les renforts que devait 
leur envoyer Sefu et n'avaient ouvert le feu qu'à une 
cinquantaine de mètres. Munie Moharra qui avait été 
blessé le matin même lors du combat livré à Cassart, fut 
mortellement atteint dès le début de l'action. L'échec 
qui lui fut infligé et sa mort eurent un retentissement 
énorme parmi les Arabes : ses troupes, en effet, jouis- 
saient d'une réputation de bravoure bien établie et lui- 
même n'avait jamais connu la défaite. 

Restait à déloger Sefu, mais il convenait d'agir sans 
retard pour tirer profit de l'effet moral produit par la 
mort de Moharra. Dhanis fit construire par les hommes 
de Gongo un pont sur le Lufubu sous la protection des 
troupes de Michaux. Apprenant que Sefu ne se trouvait 
pas à plus de deux heures de marclie, l'officier belge se 
décide à se porter vers lui. Voyant venir à lui une troupe 
peu nombreuse Sefu passe immédiatement à l'attaque 
mais une circonstance heureuse favorisa l'impulsion 

110 — 



téméraire de Michaux: une rivière étroite mais profonde 
le séparait des Arabes et ne présentait qu'un seul point 
de passage fort étroit formé par un tronc d'arbre ; de 
sorte que la supériorité numérique de Sefu ne lui fut 
d'aucun secours. Au cours du combat ce dernier perdit 
deux chefs importants. 

Lorsque le lendemain, Dhanis vint attaquer le camp 
avec toutes ses forces, il le trouva abandonné : Sefu, 
impressionné par ses pertes et par la mort de Moharra 
avait levé le camp la veille pour retourner à Kasongo. 

Le chef d'expédition reprit sa marche vers leLualaba, 
le 20 janvier et le 21 il arrivait en vue de Nyangwe. 

Les Arabes retranchés sur l'autre rive échangent jour- 
nellement des coups de feu avec les pelotons qui, à tour 
de rôle, gardent la rive. 

Cependant le 25 février, les Arabes se décident à passer 
le Lualaba sans cependant rien oser entreprendre contre 
Dhanis, qui, le lendemain, prenait l'initiative de 
l'attaque : comme deux routes conduisaient aux bomas 
arabes, un détachement avec de Wouters, Hinde et 
Cerckel emmenant le canon, fut envoyé par la plus 
longue, Dhanis se réservant de partir plus tard avec 
Michaux par la route la plus courte ; le camp devait être 
gardé par une centaine de soldats sous les ordres de 
Scheerlinck et de Cassart. Cependant, changeant d'avis, 
Dhanis envoya bientôt Michaux pour renforcer la pre- 
mière colonne. Après un moment de confusion causé 
par la rencontre des colonnes Dhanis et Michaux qui 
poursuivaient deux partis d'Arabes se retirant par des 
chemins qui se rejoignaient à angle droit, les bomas 
tombèrent rapidement au pouvoir des troupes de l'Etat. 

- lit 



Ce combat coûta la vie à plus de neuf cents Arabes. 

L'inspecteur d'Etat Fivé, arrivé à Lusambo sur ces 
entrefaites, et apprenant les succès de Dhanis, envoie à 
ce dernier l'ordre de s'emparer de Nyangwe. De plus, 
afin d'obtenir une action simultanée contre les Arabes 
par l'ouest et par le nord, il donne comme instructions 
au capitaine Chaltin à Basoko, de remonter le Lomami 
et de s'emparer deBena-Kamba et de Riba-Riba. 

L'attaque de Nyangwe était déjà décidée dans l'esprit 
de Dhanis lorsqu'il fut touché par l'ordre de Fivé : après 
s'être procuré chez les Wagenia, riverains du fleuve, 
une bonne centaine de canots, il fit embarquer ses 
soldats le 4 mars au matin ; la résistance des Arabes ne 
fut guère longue et ils ne tardèrent pas à fuir. 

Le lendemain un camp arabe ayant été signalé à 
quelques lieues de la ville un détachement d'une soixan- 
taine de soldats fut envoyé pour le surprendre pendant 
la nuit et réussit fort bien dans sa mission. 

Le 9 mars il y eut encore une alerte à Nyangwe, mais 
après deux heures de fusillade l'ordre fut définitivement 
rétabli. 

Fivé avait eu soin de réunir et d'organiser un contin- 
gent de cent cinquante bons soldats destiné à Dhanis et 
qu'il plaça sous les ordres du commandant Gillain et 
du lieutenant Doorme. 

Le 5 avril, ce renfort arrivait à Nyangwe et d'autre part 
on annonçait à Dhanis l'arrivée prochaine de troupes 
amenées par Chaltin, Lothaire et Ponthier. 



112 - 



Opérations du groupement de Basoko. — Le 8 mars 
1893, le capitaine Chaltin s'embarquait pour le haut 
Lomami, accompagné du docteur Dupont, du sous- 
intendant Coppée et du sergent Nahan, à la tête d'une 
troupe forte de deux cent quatre-vingts hommes, dont 
cent quatre-vingts soldats réguliers armés de fusils à tir 
rapide et une centaine d'indigènes porteurs de fusils à 
piston ou de lances. 

Le 28 mars le détachement atteignait Bena Kamba, 
non sans avoir soutenu maint combat contre les rive- 
rains du Lomami. 

Ce n'est que le 6 avril que Chaltin arrive au Tchari, 
vaste camp arabe établi sur la rive gauche de cette 
rivière et dont il déloge les habitants sans difficulté 

sérieuse. 

Redescendant ensuite le Lomami, il arrive le 15 à 
Bena Kamba, ayant vu son détachement se grossir en 
cours de route de 125 hommes, placés sous les ordres 
du lieutenant De Bock, qu'accompagnait M'^ Mohun, 
agent consulaire des Etats-Unis. 

Le 21, les deux détachements réunis se dirigent vers 
Riba-Riba et rencontrent, le 29, un parti d'Arabes qu'ils 
délogent des bords de la Kasuku. Malheureusement, 
le manque d'embarcations fait perdre du temps au pas- 
sage de la rivière et lorsque les troupes de l'Etat arri- 
vent en vue de Riba-Riba, les Arabes ont disparu. 

Chaltin n'hésite pas longtemps sur le parti à prendre 
et, avec le bon sens qui caractérise le Belge, il juge que 
ses adversaires n'ont pu prendre que le chemin des 
Falls ; il dispose de deux grands steamers, il y a moyen 
de devancer l'ennemi : à toute vapeur vers le nord I 

S - lia 



Dès le 12 mai, Chaltin a l'occasion de se féliciter de 
sa prompte décision en recevant une lettre des Stanley- 
Falls demandant du secours ; le 17, une missive du 
résident, le lieutenant Tobback, lui annonce que sa 
station a été attaquée le 15. Il est temps d'agir, et 
le 18, Chaltin culbute les Arabes des Falls et leur fait 
2.000 prisonniers. 

Pendant trois jours la station avait subi assaut sur 
assaut, mais l'énergique petite garnison, loin de se 
laisser abattre, avait à plusieurs reprises attaqué les 
positions arabes sous la conduite du courageux ser- 
gent Van Lint ; il n'est pas douteux cependant, qu'en 
raison de leur écrasante supériorité numérique, les 
Arabes ne fussent venus à bout de la résistance des 
troupes de la défense sans l'intervention opportune de 
Chaltin. 

En retournant à Basoko celui-ci rencontra l'inspecteur 
d'Etat Fivé qui avait quitté Lusambo avec le sous-lieute- 
nant Henry et le sergenl Jacob et accepté à Bumba les 
services du commandant Daenen de l'expédition Van 
Kerckhoven. En approchant des Falls, Fivé avait été 
accueilli en libérateur par les malheureuses populations 
riveraines qui l'acclamaient au passage en criant i 
« Boula matamatam » ; « le casseur d'Arabes ». Le pre- 
mier contact de l'inspecteur avec les Arabes s'était pro- 
duit le 21 mai au camp d'Isangi dont il s'était emparé ; 
il avait ensuite délogé l'ennemi successivement de Jafora^ 
de Jauwami et de la Romée. 

Le combat de la Romée au cours duquel s'opéra la 
jonction de Chaltin et de Fivé, donna l'occasion à 

114 — 



Daenen, Henry et Jacob de se distinguer d'une façon 
toute particulière. 

La poursuite amena les troupes de l'Etat jusqu'à 
Kayumbo dont elles s'emparèrent le 23 ; elle fut com- 
plétée par les opérations du capitaine Marck, du sous- 
lieutenant Henry et du sergent Rue, rétablissant défini- 
tivement l'autorité de l'Etat dans la contrée qui s'étend 
entre Basoko et les Falls. 

Opérations du groupement de Lusambo. — Le 
22 avril Dhanis s'était emparé de Kasongo, malgré la 
situation avantageuse des Arabes dont les moyens de 
défense et la situation tactique semblaient rendre un 
succès très problématique. 

Jonction des deux groupements. — Restait à assurer 
la soumission du pays compris entre les Falls et Kasongo 
où l'influence de Kibonge était prépondérante. Une expé- 
dition fut organisée et placée sous le commandement 
du capitaine Ponthier. 

En passant à Nouvelle-Anvers, celui-ci demanda du 
renfort au commandant Lothaire, qui mit à sa dispo- 
sition deux cents soldats. 

Une première rencontre eut lieu à Kewe avec les 
forces de Rachid qui avaient été chassées des Falls ; 
quelques jours plus tard, une nouvelle victoire, celle de 
Bamanga, ouvrait à Ponthier le chemin de Kirundu, 
résidence de Kibonge, dont il s'assurait la possession 
sans difficulté, le 8 juillet 1893. 

Le lendemain commençait la poursuite pendant 

— 115 



laquelle un parti d'Arabes était dispersé, et le 10 juillet, 
au combat de Kima-Kima, Ponthier rencontrait les 
forces réunies de Racliid, de Kibonge et d'Ugarawa et 
les repoussait avec de lourdes pertes. Ce ne fut toute- 
fois que le 6 août 1893, après avoir été rejoint une 
seconde fois, que Kibonge fut mis définitivement hors de 
cause. 

En huit jours l'expédition a couvert 54 lieues à travers 
un terrain détestable composé en majeure partie de bois 
et de marais ; pour qui connaît les difficultés d'une 
marche, même normale, au Congo, il y a là un bel 
exemple d'endurance. 

Les victoires de Ponthier débarrassèrent le nord et 
l'est de l'Etat des bandes dévastatrices des Arabes. 

Ayant reçu de Dhanis une demande de renfort, le 
capitaine se rendit immédiatement à Kasongo pour 
arrêter avec lui un plan de campagne destiné à porter 
le dernier coup à la puissance arabe en attaquant 
Rumaliza, sultan d'Udjiji. 

L'annonce de l'approche de ce dernier précipita les 
événements et Dhanis marcha immédiatement contre 
lui : déjà le 15 il venait se buter à deux solides bomas 
dont il ne parvenait pas à s'emparer. Le 19, les troupes 
de Rumaliza tentent une sortie en masse ; elle est 
repoussée, mais à quel prix : Ponthier à la mort, le 
lieutenant Lange blessé au genou et de nombreuses 
pertes parmi les soldats de l'Etat. 

Le brave Ponthier expira six jours plus tard ; après 
avoir fait preuve de qualités remarquables dans le com- 
mandement de l'expédition contre Kibonge, il était venu 

116 - 



i 



?^t?|{?t(U( 7^?tt^lt'Ht^'?lt'?|t?^? t(}|()U ;1; * n <^7lf?lt'Ht??t 



se placer volontairement sous les ordres de Dhanis, 
combattant en première ligne et s'attelant même, à un 
moment donné, à une pièce avec le lieutenant Ham- 
bursin. L'homme doué d'assez de grandeur d'àme pour 
se plier à des besognes de second ordre après avoir 
commandé en chef, était digne de voir passer son nom à 
la postérité : aussi un poste du district de Stanleyville 
porle-t-il l'appellation de Ponthierville. 

Dhanis attendait toujours l'arrivée de renforts avant 
de se décider à frapper le coup décisif. 

Cependant, comme le 16 novembre les Arabes cher- 
chaient à se dérober, il donna l'ordre de reprendre le 

contact et la colonne 
chargée de la poursuite 
les rencontra à Ogella. 
Ici encore, la victoire 
fut chèrement achetée : 
l'intrépide lieutenant 
de Heusch, ayant dé- 
couvert à la face posté- 
rieure du bomad'Ogella 
une brèche qui permet- 
tait de tenter un coup 
de main de ce coté, s'était jeté résolument en avant, 
mais il tomba presqu'immédiatement, mortellement 
atteint ; de plus quatre hommes avaient été tués et 
dix autres plus ou moins grièvement blessés. 

Ayant enfin reçu les renforts demandés, Dhanis 
résolut d'en finir avec Rumaliza qui occupait une posi- 
tion très solide, achevai sur la Lulindi. 




Heusch 






— 117 



Le borna occupé par le chef arabe fut attaqué par le 
commandant Lothaire, accompagné des lieutenants 
de Wouters el Hambursin. Par un hasard providentiel, 
le premier obus lancé y mit le feu et l'attaque fut décidée 
sur le champ : elle réussit au-delà de toute espérance 
et Rumaliza prit la fuite. 

Restaient les bomas d'avant-garde ; ce fut le comman- 
dant Gillain, aidé de Rom, Van Lint el Augustin qui alla 
s'établir à proximité de ces bomas ; le chef Bwana 
M'Zé, se rendant compte de sa situation désespérée, 
demanda à négocier. La mission périlleuse d'entrer en 
rapports avec lui fut confiée à Rom qui l'avait sollicitée. 

Le commandanl Lothaire se chargea de la poursuite 
de Rumaliza à la tête d'une troupe forte de huit blancs 
et de trois cents hommes. Il s'empara facilement de 
Kabambare. 

Se dirigeant ensuite vers le Tanganika, il opéra, à 
Miketo, sa jonction avec les troupes antiesclavagistes. 

Ceci nous amène à retourner quelque peu en arrière 
pour faire le récit des opérations du groupement du 
Tanganika. 

Opérations du groupement du Tanganika. — L'élo- 
quence persuasive du Cardinal Lavigerie, avait amené 
la création de la Société antiesclavagiste de Belgique qui se 
chargea d'organiser des expéditions qui eurent toutes 
pour premier objectif le Tanganika. 

La première composée de MM. Hincq, de Kerkhoven 
et Ectors, partie d'Europe en 1890, se vit forcée de 
rebrousser chemin à la suite du massacre de la mission 
Hodister. 

118 - 



?îtJÎt^jft^^?^^^^^3ftHt^^tlt^}|f^^^^^^?|r)$t}|f^»t^f:t^^^^^3ît^^^ 



La deuxième commandée par Jacques ayant sous ses 
ordres MM. Renier, Docquier et VrithotF, arrivait en 
juin 1891 à Zanzibar et marchait vers le Tanganika où 
elle rencontrait le capitaine Joubert. Celui-ci, ancien 
zouave pontifical, commandait la station de Pala où il 
avait tenu tête aux Arabes malgré le nombre restreint 
de soldats dont il disposait ; cependant sa situation 
était devenue très précaire et l'aide de Jacques le tira 
d'un mauvais pas. 

Ce dernier s'occupa d'abord de la fondation de la 
station d'Albertville. 

Le 5 avril 1892, il entrait en contact à Muny avec les 
Arabes de Rumaliza, mais le sort des armes ne lui fut 
pas favorable malgré l'impétuosité de son attaque : le 
malheureux Vrithoff fut tué après avoir fait preuve d'un 
courage surhumain. Toutefois la retraite s'exécuta en 
bon ordre. 

Jacques se vit alors contraint de demander des ren- 
forts : heureusement qu'en Belgique, comme si on avait 
eu l'intuition de ce qui se passait, on avait envoyé dès le 
2 avril la troisième expédition sous la conduite du 
lieutenant Long accompagné de MM. Duvivier et Demol. 

Prévoyant qu'il se passerait du temps avant qu'une 
suite pût être donnée à sa demande, Jacques prit le 
parti le 16 août de s'adresser à Joubert qui accourut à 
son secours avec... Delcommune, Diderrich et Cassart 
que la Providence semblait avoir dirigés, au moment 
voulu, à l'endroit où leur présence pouvait être du plus 
grand secours. 

Dès lors Jacques décide l'attaque du boma arabe ; 

- 119 



malheureusement ses hommes, pour la plupart, voyaient 
le feu pour la première fois, et après avoir combattu 
assez longtemps, ils furent pris de panique en voyant un 
des nyamparas blessé. 

Le cœur serré, Jacques dut bien se résigner à com- 
mander la retraite, d'autant plus que le manque de 
cartouches se faisait sentir. 

Désormais, le canon apparaissait comme le seul 
moyen de déloger les Arabes ; aussi la même demande 
revient-elle comme un Delenda Carthago dans toutes 
les missives de Jacques : « envoyez-moi du canon ». 

Sur ces entrefaites la mission Long, dont la marche 
avait été retardée par les Arabes soulevés contre les Alle- 
mands , approchait du Tanganika et le lieutenant 
Duvivier, envoyé en avant, apportait des ravitaillements 
à Jacques. Celui-ci, confiant le poste d'Albertville à 
Duvivier, se porte à la rencontre de Long. 

A peine a-t-il quitté le poste que Duvivier apprend que 
la famine a jeté la démoralisation parmi les occupants 
du boma. 

Il faut sans hésiter tirer tout le parti possible de cette 
situation favorable et Duvivier n'y manque pas; bien lui 
en prend, car dès les premiers coups de feu la panique se 
met dans les rangs ennemis et quelques heures plus tard 
il ne restait plus du boma qu'un monceau de cendres. 

Les appels de Jacques avaient provoqué en Belgique 
une émotion considérable qui se traduisit par l'envoi 
d'une quatrième expédition sous les ordres du capitaine 
Descamps et de MM. Miot et Ghargois. 

Le 22 septembre 1893, le capitaine rencontrait Jacques 

120 - 



vtî W 'â; Vtf W itf ttf itf iti tti tft îtt 'iti' Vf; Vfi 'iVi tti iU tf ■' itî Ytr ^tr Ui' 'i'^ r \f( Vtr Vtr Vf' vt ; îfi- Vf!- 'î tr Itr Yti" Vti Y tr it r V tr î-tr if ■- 

à Abercorn et lui amenait deux canons et de nom- 
breuses munitions. 

Dès ce moment les forces dont disposait Jacques sont 
suffisantes pour agir contre Rumaliza qui venait d'en- 
vahir le Maniema après avoir, à l'annonce de l'approche 
de troupes allemandes d'Udjiji, déchiré le pavillon ger- 
manique. 

Mais avant tout il désirait mettre hors de cause un 
lieutenant du sultan qui avait construit un solide boma 
à Mtowa sur la route du Maniema. Jacques escomptait 
très judicieusement que la prise de ce boma devait forte- 
ment compromettre la ligne de retraite de Rumaliza. 
Malgré l'emploi du canon, il fallut une journée de 
combat pour s'en rendre maître. 

Jacques décida alors de passer le commandement au 
capitaine Descamps et de confier à celui-ci l'exécution 
de la dernière partie du plan qu'il s'était tracé : la jonc- 
tion avec Dhanis. 

Descamps quitte Albertville le 8 février 1894 se diri- 
geant vers Kabambare et le 10, il rencontre à Miketo 
l'avant-garde de Dhanis sous le commandement de 
de Wouters. 

Le 19, les troupes réunies de Lothaire et de Descamps 
étaient à Songhera ; de là elles se dirigeaient vers Mazance 
d'où les Arabes prenaient la fuite à leur approche. 

Rentré à Kabambare, Lothaire y fonda un vaste camp 
retranché destiné à parer à tout retour offensif des 
Arabes de l'est. 

Ainsi se terminait la campagne arabe qui, après 
dix-neuf mois de lutte, avait débarrassé définitivement le 



121 



territoire de l'Etat des bandes dévastatrices des Arabes 
et amené la disparition de la traite des noirs, cette plaie 
hideuse qui déshonorait l'Afrique. 

L'Etat du Congo réalisait de la sorte, grâce au dévoue- 
ment de ses officiers, l'engagement moral que les pléni- 
potentiaires belges avaient pris à la Conférence de 
Bruxelles, lorsqu'ils proposaient aux Puissances de 
s'obliger à poursuivre la répression de la traite. 

Il serait difficile de décrire tous les actes glorieux de 
nos compatriotes au cours de cette campagne ; nous 
avons rappelé les plus connus, mais il faudrait des 
volumes pour les relater tous. 

Qu'il nous suffise de dire que tous et à tous les degrés 
de la hiérarchie militaire, ont été au-dessus de leur 
tâche, affirmant ainsi à la face de l'Europe que 
l'héroïsme, l'esprit d'initiative et l'endurance, sont 
encore à l'heure actuelle, les qualités dominantes de 
notre race. 

Je tiens de source sûre, de témoins qui résidaient à 
l'étranger à l'époque de cette remarquable campagne, 
qu'il est difficile de se rendre compte de l'augmentation 
de prestige qu'elle valut aux officiers belges, notamment 
chez nos voisins du sud. 

Enfin il est juste d'ajouter que si les officiers y dépen- 
sèrent sans compter leur sang pour une noble cause, 
le Roi et la Belgique seuls firent face aux lourdes 
charges qu'elle entraîna. 



122 — 



LES RÉVOLTES 
Les Révoltés du Sud. 

Nous abordons ici l'examen de la partie la plus 
pénible de l'histoire militaire du Congo. 

Ce n'est plus, en effet, la période des brillantes 
victoires contre un ennemi que l'on attaque avec 
la conscience de remplir un devoir glorieux ; ce sont 
des rencontres avec des soldats de l'Etat qui seront 
d'autant plus difficiles à vaincre qu'ils auront été mieux 
formés par leurs officiers. 

Révolte de Luluabourg. — Le 4 juillet 1895 éclatait au 
poste de Luluabourg la révolte des soldats batetela. 

Les mutins tuaient le capitaine Peltzer, blessaient le 
lieutenant Cassant, en suite, après s'être emparés des 
armes, des munitions et des marchandises d'échange, 
marchaient sur la mission de Kalala Kapemba qu'ils 
s'empressaient de piller, puis sur le poste de Kaiec II 
dont les soldats de la même race venaient se joindre 
à eux. 

Un premier détachement est envoyé de Lusambo sous 
le commandement du lieutenant Bollen, accompagné de 
Shaw et de Froment, aj^ant sous leurs ordres une cin- 
quantaine de soldats. Deux à trois cents indigènes de 
Lupungu et de Pania Mutombo les renforcent. 

Bollen se porte directement à Kaiec I, par où les 
révoltés devaient passer et leur tend une embuscade : il 
a couché ses soldats dans les herbes en travers du sen- 

— 123 



tier que suivront tantôt les Batetela; les indigènes armés 
de fusils à piston sont groupés à droite et à gauche du 
dispositif. 

Cent cinquante révoltés, mal éclairés, arrivent sans 
s'en douter sur les hommes de BoUen dont le feu à bout 
portant produit des ravages sérieux et amène le désarroi 
dans les rangs ennemis. 

Bollen croit la partie gagnée lorsqu'un clairon des 
révoltés sonne le ralliement : ceux-ci se ressaisissent et 
se reportent en avant en faisant lâcher pied aux troupes 
de Bollen ; abandonné de ses hommes, le malheureux 
officier est fait prisonnier et mis à mort après avoir été 
martyrisé. Shaw et Froment, plus heureux, ne furent 
pas atteints. 

Ces révoltés sont des hommes de Gongo Lutete dont 
l'éducation militaire a été dirigée par Cassart et Peltzer : 
leur conduite dans cette action ne montre-t-elle pas 
d'une manière pertinente, combien cette éducation avait 
été soignée ? 

De Kaiec I les révoltés se dirigent vers Gandu avec 
l'intention d'y passer le Lomami. Apprenant la chose, 
le lieutenant Augustin, qui commandait le poste de 
Gandu, fait demander du secours à Kasongo ; Lothaire 
lui envoya deux cents hommes sous les ordres du 
lieutenant Franken et du sergent Langerock. 

Ils vinrent ensemble se placer sur le passage des 
mutins, formant ainsi une troupe comprenant cinq 
blancs, deux cent quatre-vingts soldats et trois à quatre 
cents auxiliaires. Le combat eut lieu le 18 août à environ 
trois heures de marche du Gandu. 

124 — 




LES RÉVOLTES 
Itinéraire suivi par les révoltés. 

» » troupes de l'Etat. 



m. !i\ U\ -H Ul H\ !Vk !i\ - iv U\i« 'l\ H\ !*\ '*\ l*\ !*\ m '*' f*\ . U^'iV H\ .41 H\ HKfil )\\ !i\ H\ !*\ !ry H\ H\ )i\ H\ /Il ilv H\ m 

Les troupes de l'État opposèrent une belle résistance, 
mais l'action d'un détachement envoyé par les révoltés 
pour tourner Augustin par sa droite, provoqua la 
déroute: Augustin, Franken et Langerock furent tués. 

Ce nouveau succès livre aux révoltés le poste de 
Gandu et leur vaut l'appui de toutes les populations du 
Lomami. 

C'est à ce moment que le commandant Gillain prend 
la direction des opérations et quitte Lusambo pour 
se diriger vers Gandu. Malheureusement, terrassé par 
la maladie, il se trouve dans l'obligation de remettre la 
direction des opérations à Michaux. Celui-ci décidait 
l'attaque pour le 8 septembre. 

Fractionnant ses troupes en deux colonnes, il prit 
lui-même le commandement de la première, aidé de 
MM. Konnigs, Dufour, Lapierre, Droeven et Palate et 
plaça la seconde sous les ordres de MM. Swenson et de 
Bêche. Il n'y eut malheureusement pas simultanéité 
dans l'action et la colonne Michaux s'étant portée sur la 
rive droite du Lomami, eut à faire face à elle seule à 
une attaque des révoltés ; aussi dut-elle bientôt se 
résigner à la retraite. 

Au cours de cette affaire, le sergent Palate avait été 
tué d'une balle au front ; Lapierre, Dufour et trente-huit 
hommes avaient été blessés. 

L'intervention de la colonne Swenson-de Bêche vint 
heureusement intervertir les rôles et mettre les révoltés 
en déroute. 

En apprenant la révolte, le commandant Lothaire se 
hâta d'envoyer des renforts et se mit lui-même en route 

126 — 



avec cent soixante-cinq hommes ; son personnel 
blanc était formé du lieutenant Sandrart et de deux 
sous-offîciers. 

Arrivé à Gandu, il passait immédiatement à l'atta- 
que ; la déroute des révoltés eut été plus complète 
si une blessure malencontreuse n'avait pas empêché 
le commandant d'organiser la poursuite immédiate ; 
celle-ci ne fut entreprise que le lendemain et confiée 
au lieutenant Sandrart qui fut fait prisonnier et 
tué. Ses troupes se replièrent, serrées de près par 
les révoltés reprenant l'offensive.^ Après une contre 
attaque générale, Lothaire ordonna la retraite sur 
Lusuna où il s'occupa activement des préparatifs d'une 
nouvelle expédition : après avoir appelé à lui des ren- 
forts en blancs et en soldats noirs de Nyangwe, de 
Kasongo et de Kabambare, il reprenait bientôt le che- 
min de Gandu, à la tête de huit blancs et de sept 
cents hommes ; les renforts qu'amena Michaux portèrent 
bientôt son effectif total à quinze blancs et mille hommes. 

Le chef d'expédition avait eu soin d'assurer la cohé- 
sion et la discipline dans sa troupe par de nombreux 
exercices journaliers exécutés pendant la marche. 

Le 18 septembre, laissant deux cents hommes à la 
garde du camp, il attaquait les révoltés avec un 
succès complet. 

Doorme marchait en tête avec les troupes de Kasongo ; 
il eut à soutenir le plus fort de l'attaque ; aussi le succès 
de la journée lui revient-il en grande partie. 

Les débris des bandes de révoltés s'éloignèrent dans 
la direction du sud. 



- 127 



m m ut 'U U'v .'U "H. .'I* Ul '*\ us. JH UV îW UV UV -'-H -U JI? ■*- JU -'♦> .'Iv Ul .♦> H\ HX U- '♦' '♦' H' ?♦' "4- !■». U" 5W ÎH W Jll H\ 

Ils se réunirent bientôt aux sens de Dibué et de Kolo- 
moni et ne tardèrent pas à faire parler d'eux ; une cara- 
vane de la zone arabe commandée par quatre blancs, 
fut détruite par eux ; dès lors, une nouvelle expédition 
s'imposait. 

Doorme commandait l'avant-garde ayant derrière lui 
Michaux avec cent cinquante hommes et Lotliaire avec 
le gros ; sur la droite, Swenson disposait de cent trente 
hommes et de Bêche gardait la gauche avec soixante- 
dix soldats. L'effort principal des révoltés se porta sur 
Swenson, auquel Lothaire dut envoyer coup sur coup 
le sergent Spilliart, avec septante hommes et Michaux, 
dont les cent cinquante soldats purent arriver à temps 
pour rétablir le combat, grâce à l'énergique résistance 
de Swenson et de Spilliart. 

Vers la mi-octobre 1896, les révoltés, unis aux indi- 
gènes de Kabongo, de Dibue et de Kolomoni, menaçaient 
à nouveau Gandu ; cela faisait un total de cinq cents 
albini et de quatre à cinq mille auxiliaires. 

Le commandant Michaux fut chargé de conduire les 
opérations : dès le 5 novembre, il avait concentré à 
Kolomoni sept blancs : Swenson, Gervais, Burke, 
Windeg, Bastien, Spilliart et Bollen, commandant à 
cinq cent cinquante soldats. 

Dans la nuit du 11 au 12, les révoltés attaquèrent le 
campement avec véhémence, mais durent se retirer 
devant l'énergique défense des troupes de Michaux ; leur 
retraite ne tarda pas à se changer en débandade. 

Expédition Malfeyt. — Toutes ces expéditions n'avaient 
cependant pas anéanti les révoltés de Luluabourg et 

128 ^ 



ceux-ci continuèrent leurs razzias, aidés d'ailleurs par 
les négriers arabes dont ils devinrent des pourvoyeurs 
sérieux et aussi hélas ! par des traitants portugais. 

Ils mirent en coupe réglée toute la région du Katanga 
et poussèrent même jusque Pweto, excités par le traitant 
autrichien Rabinek. 

Au moment où fut décidée l'expédition d'extermina- 
tion que dirigea le major Malfeyt, ils occupaient les 
environs du lac Kisale. Après avoir organisé sa colonne 
avec le plus grand soin, le major répartit sa troupe de la 
manière suivante : 

1) Sept cents hommes sous ses ordres directs à Buli. 

2) Cent cinquante hommes avec le commandant 
Sannaes au confluent du Lualaba et de la Luvua. 

3) Deux cents hommes confiés au capitaine Van den 
Broeck à Lukafu. 

4) Cent hommes sous les ordres du lieutenant Saroléa 
sur les plateaux de l'Utembo. 

5) Cinquante hommes à Kilwa avec le commis Liot. 
Et enfin 6) cinquante hommes confiés au lieutenant 

Bouvier à Pweto. 

On le voit, toutes les précautions étaient bien prises 
pour cerner les révoltés et les réduire à merci. 

Malfeyt se dirigea vers le sud accompagné du com- 
mandant Sannaes et occupa Kikondja le 21 juillet 1901 
sans difficulté sérieuse. Le 4 août eut lieu la première 
rencontre avec les révoltés à Muvumbi ; ceux-ci s'en- 
fuirent vers Kilemba, mais désirant en finir, l'inspecteur 
les atteignit le 27 août à Mwakikanga, non loin de 
Kilemba. 

9 — 129 



Outre Sannaes, Malfej^t avait sous ses ordres les 
lieutenants Vitalis et Saroléa , les sous-lieutenants 
Blanchard et Lanser et comme sous-ofïîciers, MM. Hom- 
melen, Brisoni, Bourgaux et Craybex. 

Les révoltés manœuvrèrent adroitement et se battirent 
avec acharnement, mais après deux heures de lutte, ils 
durent abandonner le terrain. 

Le lieutenant Hendrickx, ayant comme adjoint le sous- 
ofïîcier De Clerck et disposant de cent cinquante 
hommes, fut chargé de la poursuite. Il atteignit les 
révoltés à Tshantobo où il leur porta le coup fatal qui 
les décida à se réfugier en territoire portugais. 

Une autre bande fut encore rencontrée par Malfeyt le 
27 octobre 1901 : elle subit le sort des autres. 

Enfin au mois de janvier 1902 l'inspecteur d'Etat avait 

affaire non plus à des révoltés mais à une bande de 

métis portugais qu'il mit également en déroute. 

Le major Malfeyt sait allier à une grande fermeté, une 
inaltérable bonté. Ces qualités faisaient de lui à ce 
moment « the right man in the right place », car la 
politique d'apaisement qu'il appliqua dans la suite, lui 
valut des soumissions sans nombre et fît renaître rapide- 
ment dans la région le calme dont ces malheureuses 
populations avaient perdu le souvenir. 

Expédition De Clerck. — Pendant plusieurs années les 
débris des bandes de révoltés qui avaient échappé au 
major Malfeyt ne firent plus parler d'eux mais, en 1907, 
on apprit qu'ils s'étaient alliés, notamment au chef 
Kapepula qui, après différents combats avec les troupes 
de l'Etat, était allé se réfugier au sud de Pomino. Dès 

130 - 



^^i^tm^miîimmwi^.imxw^i^mm^.^i^iit^xmi^}ir^ 



lors une nouvelle répression devenait nécessaire, et elle 
fut confiée à M. De Clerck. 

Celui-ci appela à lui des fractions d'un certain nombre 
de garnisons de façon à disposer de quatre cents soldats 
divisés en huit pelotons de cinquante hommes comman- 
dés par sept blancs et un gradé noir. 

Les révoltés disposaient de six cents fusils perfec- 
tionnés et de deux mille quatre cents fusils à piston. 

La concentration s'opéra de manière à maintenir les 
révoltés dans le triangle formé par les trois positions de 
Kimpuki, Kapepula et Yamba-Yamba. 

Le 22 juillet 1907, De Clerck s'empare de Yamba- 
Yamba, puis laissant à cet 
endroit le sous-lieutenant 
Grauwet et l'agent mili- 
taire Grieco avec cent vingt 
hommes pour s'y installer 
solidement, il se porte 
vers Kapepula avec soi- 
xante-quinze soldats afin 
d'y agir de concert avec le 
l*^'' sous-officier François. 
Au cours de cette marche. De Clerck est cerné par les 
révoltés auxquels manque heureusement le courage de 
l'assaut ; prompt à saisir ce moment d'hésitation, le chef 
de colonne, avec un esprit de décision qu'on ne saurait 
assez louer, fait sonner la charge, et provoque du coup 
la panique dans les rangs de ses assaillants. 

De Clerck s'empare de Kapepula le 28 juillet, puis 
laissant Caroyer à Kimpuki, et accompagné de Viciani, 




— 131 



de Kùhn et de deux pelotons et demi il se met à la 
recherche des gens de Kimpuki sans parvenir à les ren- 
contrer. II prend alors les dispositions suivantes : les 
trois positions conquises seront occupées par des gar- 
nisons de cinquante à soixante-quinze hommes qui se 
fortifieront en édifiant des palissades et une colonne 
volante de deux cents hommes poursuivra les révoltés 
sans leur laisser de répit. 

Dès ce moment les combats vont se multiplier dans 
des proportions telles qu'il devient impossible de les 
citer tous. 

La colonne mobile s'empare successivement du cam- 
pement de Kapepula et de celui de Kimpuki ; le chef 
Kimpuki et son frère, sont parmi les tués; le 29 août, le 
chef Yamba-Yamba trouve la mort en défendant son 
campement. 

Le 8 septembre, la colonne mobile de Viciani se porte 
vers les débris de trois groupes qui se sont réunis et les 
atteint le 11 : ce fut une rude journée et les troupes de 
l'Etat combattirent avec une grande bravoure ; à un 
moment donné Grauwet, attaqué par des forces vingt 
fois supérieures est obligé de former le carré. 

Apprenant que les révoltés se sont à nouveau réunis, 
De Clerck décide de réduire les garnisons de façon à 
former une colonne de deux cent cinquante-huit com- 
battants. 

L'audace des révoltés va croissant ; de nouveaux com- 
bats leur sont livrés les 10, 11 et 12 novembre. 

Le 18 novembre la prise d'un campement s'effectue 
avec une facilité relative, mais les troupes de poursuite 

132 — 



sont à un certain moment serrées de si près qu'elles 
doivent recourir au carré. 

De Clerck tente alors d'afîamer les mutins par la 
destruction des plantations, pendant que des reconnais- 
sances sont envoyées chez les Kioko, qu'on soupçonne 
de donner asile aux révoltés et de leur fournir des armes 
perfectionnées. 

Pendant les mois de janvier et de février, la prise de 
plusieurs campements produit chez les mutins des pertes 
considérables et dès le 13 une détente semble se produire. 

Le 21, après la prise du campement de Kapepula, ce 
chef vient faire sa soumission et se retire sur la rive 
droite du Lubilash. 

Cependant il n'est pas suivi par tous les révoltés et le 
2 mars De Clerck apprend que les insoumis veulent se 
diriger vers le sud avec l'intention soit de passer en terri- 
toire portugais, soit de se joindre au chef Kalamba de la 
région de Mai-Munene. 

- Immédiatement il organise une colonne volante et 
le 5 la poursuite commence ; les troupes font preuve d'un 
courage et d'une endurance remarquables. 

Le 11 mars deux émissaires des révoltés se présentent: 
c'est la soumission complète ; le 12 mai, enfin, la 
campagne était complètement terminée et les mutins 
remettaient toutes leurs armes. 

On ne saurait assez louer l'esprit de décision et l'acti- 
vité inlassable du chef d'expédition. Il ne se passe pour 
ainsi dire pas de jour sans combat, et malgré le nombre 
élevé des rencontres, les troupes de l'Etat ne subissent 
pas un insuccès. 

Tout commentaire serait superflu. 

- 133 



Les Révoltés du Nord-Est 

La Révolte de Dirfi. — Comme nous l'avons vu précé- 
demment, le 14 février 1897 l'expédition Dhanis avortait 
par la révolte de son avant-garde. 

Les mutins reprirent la direction du sud et rencon- 
trèrent des bataillons en marche dont bon nombre 
de soldats firent cause commune avec eux; parmi les 
victimes de ces révoltes successives, citons les sergents 
Tagon et Closset. 

Dhanis résolut d'arrêter les révoltés à Ekwanga, au 
passage de l'Aruwimi, mais en présence de leur supério- 
rité numérique, il dut renoncer à son premier projet. 
L'honneur de couvrir la retraite dans ces circonstances 
difficiles, échut à deux officiers belges : le commandant 
Julien et le sous-lieutenant Delecourt. Grâce au sacrifice 
de leur vie, ils permirent au chef d'expédition de ramener 
sa colonne à Irumu, en subissant toutefois de nou- 
velles pertes parmi lesquelles le sous-lieutenant Dhanis, 
frère du baron, le capitaine Cromberg et l'armurier 
Crahez. 

A ce moment deux mille fusils Albini et de nom- 
breuses munitions étaient entre les mains des révoltés ; 
la désertion des deux cents Tanganika amenés par 
Hambursin vint encore aggraver la situation. 

Les débris de la colonne Dhanis se replièrent sur 
Avakubi pendant que les révoltés poursuivaient leur 
marche vers le sud, pillant les stations sur leur passage 
et massacrant les garnisons qui leur résistaient. 

Il s'agissait d'organiser la poursuite. 



134 - 



Le commandant Henry à la tête de trois cents soldats se 
porte vers Mawambi et de là sur Kisenge qu'il atteint le 
21 juin 1897 pour y apprendre la marche des mutins vers 
le sud ; déjà à Mokupi, il avait été rejoint par le lieute- 
nant Sannaes qui, accompagné de quarante hommes 
avait eu l'occasion de repousser un parti de révoltés 
ayant pris la direction de la Semliki et attaqué le fort 
anglais de Katwe. 

Accompagné des lieutenants Derclaye, Friart et 
Sannaes ainsi que des sergents Kimpe et Sauvage, Henry 
reprend la marche en avant et surprend les révoltés 
le 15 juillet 1897 au combat de la haute Lindi ; ceux-ci 
étaient divisés en deux camps commandés par Kalula et 
Kandolo. Le second se débanda en moins d'un quart 
d'heure, mais les hommes de Kalula attaquèrent Henry 
avec une telle impétuosité, que les blancs durent 
payer de leur personne pour maintenir leur troupe. 
Après trois heures d'un combat au cours duquel Sannaes 
tombait frappé à bout portant, Henry restait maître du 
terrain, mais eu égard à la fatigue extrême de ses 
hommes, il dut se résigner à reprendre le chemin du 
Haut-Ituri après une poursuite d'une demi-heure. 

Le baron Dhanis, qui entretemps avait reçu des 
renforts, reprit alors personnellement la direction des 
opérations, après avoir organisé sa base en fortifiant 
Stanleyville et Nyangwe, et en posant des camps à 
Kirundu et à Kasuku. 

Une bande de révoltés s'étant portée vers Kibanga au 
nord du Tanganika et y ayant mis le feu à l'ancien 

— 135 



établissement de la mission, le lieutenant Dubois se mit 
en route pour rejoindre Doorme qu'il croyait en marche 
vers le Tanganika. Malheureusement le 13 novembre 1897, 
à trois étapes du nord d'Uvira.il fut surpris par le groupe 
des révoltés originaires du Tanganika. 

Le chef de bande, Tslianguvu, avait réparti très adroi- 
tement ses hommes de manière à simuler une attaque 
par des troupes très supérieures en nombre ; du côté de 
Dubois, les soldats ne disposaient que de dix cartouches 
par homme, car l'ofïîcier, ne se doutant pas du danger 
qui le menaçait, n'avait pas donné l'ordre d'ouvrir les 
caisses contenant la réserve de dix mille cartouches. 
Vo^'ant que l'issue du combat n'était pas douteuse, 
Dubois engagea ses hommes à le quitter et continua la 
lutte seul, en désespéré. 

Mais tout a une limite et le malheureux officier se vit 
bientôt contraint de se cacher dans la brousse où il erra 
pendant deux jours. 

Cependant le 15 novembre, Dubois, décidé à en finir, 
se rend chez les mutins, où il est accueilli par une grêle 
de balles. Alors se passe un fait extraordinaire : en 
voyant à terre, mortellement blessé, le courageux officier 
belge, les révoltés présentent les armes ! Tant d'héroïsme 
a produit sur ces âmes frustes une telle impression que 
ces noirs, ces sauvages, rendent au blanc un hommage 
que seuls les êtres civilisés ont coutume d'exprimer. 

Les soldats de Dubois qui échappèrent au massacre 
furent amenés à Towa par le capitaine Tielemans. 

Entretemps Dhanis s'était décidé à envoyer le détache- 

136 — 



ment Doorme à la recherche des révoltés en lui assignant 
comme étapes Micici, Shabunda et Kaware-Ware. 11 lui 
donne comme adjoints les lieutenants Tombeur, Mel- 
laerts, Adlerstrahle, Paternostr.e, De Ceuninck, le doc- 
teur Meyers et les sous-offîciers Vermeulen et Eliard. 

Doorme ne tarde pas à apprendre que l'ennemi com- 
mettait la faute de se diviser en deux groupes : celui du 
Tanganika comprenant trois cents hommes et celui de 
Boko formé en deux bandes; l'une de celles-ci, la bande 
de Saliboko (six cents hommes), avait échappé à Henry 
et se tenait à Boko même ; l'autre, celle de Kandolo, forte 
de mille hommes environ était arrêtée à deux journées 
de là. 

Ne recevant pas les renforts qu'il avait demandés à 
Dhanis, Doorme n'hésite pas à pousser de l'avant et 
le 23 décembre 1897, il inflige un échec complet aux 
révoltés de Boko ; les débris de Saliboko allèrent ren- 
forcer les forces de Kandolo. Malheureusement ce succès 
était chèrement payé par la mort de Mellaerts. 

Dans une nouvelle rencontre qui eut lieu le 10 janvier 
1898 à Piani Kikunda, Doorme après avoir infligé des 
pertes sérieuses aux révoltés dut, après quatre heures de 
combat donner le signal de la retraite : toutes les muni- 
tions disponibles avaient été brûlées. Il se retira sur 
Kasoko. 

Quant au groupe du Tanganika, c'est le commandant 
Long qui fut chargé d'opérer contre lui. Parti de Kasongo, 
il quittait Kabambare le 14 décembre à la tête de cinq 
cents soldats et de sept adjoints blancs parmi lesquels 
les lieutenants Van de Moere et Stevens. 

— 137 



Le 2 janvier 1898. Long installé chez le chef Simorane 
était attaqué vers deux heures et demie du matin mais 
parvenait à repousser les mutins avec des pertes 
sérieuses ; le commandant Langhans avait été tué au 
cours de cette surprise. 

Le commandant Long fit alors preuve d'un rare 
courage : sachant qu'il avait toujours été aimé de ses 
anciens soldats, actuellement révoltés, et croyant pou- 
voir obtenir leur soumission, il se porta à une journée de 
marche de leur campement avec quelques hommes 
seulement et leur dépêcha des émissaires pour entrer en 
pourparlers. Pendant deux jours, presque seul, il attendit 
la réponse qui ne fut pas favorable. Ce ne fut pas là un 
acte posé dans l'ardeur d'un combat, mais une détermi- 
nation froidement prise et mise bravement à exécution, 
malgré le sérieux danger couru, car rien n'eut été plus 
facile aux révoltés que de venir massacrer cet audacieux. 

Cependant le succès de Long n'avait pas été assez 
décisif pour empêcher les révoltés de continuer leurs 
attaques de villages et leur commerce d'esclaves. 

Le commandant De Bergh reçut mission de les exter- 
miner : il disposait d'un effectif total de deux cents 
hommes commandés par Deffense, Andrews, Chargois, 
Harinck et Mohonval. Parti de Towa par voie d'eau il 
réoccupa le poste L'Uvira le 27 décembre 1897. 

Le combat de Kaboge (avril 1898) fut d'abord favo- 
rable aux révoltés. Le lieutenant Chargois (soixante- 
quinze hommes, adjoint Harinck) et le sous-lieutenant 
Deffense (soixante-quinze hommes, adjoint Andrews) 

138 - 



subirent en effet, seuls, au début de l'action, l'effort des 
mutins trois fois supérieurs en nombre, et déjà les 
troupes de l'Etat rétrogradaient, lorsque la réserve, 
arrivant à la rescousse, permit de reprendre l'offensive 
et de changer en défaite le demi-succès des révoltés. 

Cependant ceux-ci continuaient à menacer le poste 
d'Uvira. Décidé à en finir, le commandant De Bergh 
prit avec lui cent trente hommes et partit dans la nuit 
du 17 mai; au moment où le lendemain il se préparait 
à reprendre la marche, sa colonne fut attaquée inopi- 
nément : De Bergh mort et Tielemans blessé, tel fut le 
bilan de cette triste journée. 

Nous avons laissé le groupe de Boko à Piani-Kikunda, 
d'où il se dirigea vers Kaware-Ware et au sud. 

Dhanis envoj'a contre lui la colonne Svenson, com- 
posée de sept cents soldats de choix. Pendant que le 
chef de colonne restait à Shabunda pour observer 
la route, un détachement de trois cent vingt soldats, 
sous les ordres du lieutenant Glopie, accompagné de 
Marcussen et de Paternostre, se dirigeait vers l'est à la 
recherche des révoltés. Glorie campait depuis quatre 
jours à Gwese, lorsque le 17 juin, à huit heures et demie 
du matin, il vit déboucher l'ennemi de la montagne 
située au nord du village ; bien que les révoltés fussent 
au nombre de six cents, l'officier belge parvint à les 
refouler vers Uvira. 

Au commencement du mois d'octobre, trois colonnes 
étaient en marche vers Kabambare, pour y opérer leur 

— 139 



jonction : la colonne Svensonftrois cent trente hommes) 
dont le chef, malade, a dû remettre le commandement 
au lieutenant Stevens, la colonne Adierstràhie (trois 
cent quatre-vingts soldats) et la colonne Alban Lennaire 
(deux cent soixante hommes). 

Le 27 octobre Stevens avait atteint Sungula où il avait 
été rejoint par le capitaine Hardy. 

Le 4 novembre 1898, à l'aube, il subissait une attaque 
enveloppante qui lui coûtait le capitaine Hardy et le 
sergent Ardevel ; la résistance ne pouvant se prolonger 
à cause de la grande disproportion de forces, il se voyait 
forcé de donner le signal de la retraite et rencontrait 
successivement, trop tard hélas 1 les renforts d'Alban 
Lemaire, la colonne Adierstràhie et les troupes de Long. 

Les révoltés victorieux se lancent vers Kabambare et 
dès le 13 novembre, ils sont en contact avec les avant- 
postes que dirige le lieutenant Sterckx. Le lendemain 
matin branle-bas de combat ; malheureusement Sterckx 
trop confiant, ayant permis aux hommes du chef 
N'Guma de pénétrer dans la place la veille, le désordre 
fut immédiatement porté à son comble. Résultat : 
Sterckx, Rahbeck et deux cents soldats tués, le lieute- 
nant Adierstràhie, les sergents Van Herck, Schryn- 
mackers et plusieurs noirs blessés. 

Tout ce qui put s'échapper se replia en désordre sur 
Kasongo : ce que fut cette retraite, aucune plume ne 
saurait le décrire ! 

A Kasongo, Dhanis se hâte d'organiser une colonne 
de huit cent cinquante hommes qu'il confie au docteur 



140 



Meyeps qu'accompagnaient le commandant Sund, les 
lieutenants Delhaize, Peterson, Lindholm, Tandrup, 
Myrrhe et le sergent Bernard. 

Une seconde colonne forte de cinq cents hommes 
était placée sous les ordres directs du chef d'expé- 
dition, secondé par le commandant Rue et le sergent 
Eyckermans. 

La colonne d'avant-garde (Sund) réoccupa Kabam- 
bare sans coup férir. 

Apprenant que les révoltés s'étaient repliés sur 
Sungula, Meyers, avec une promptitude de décision 
remarquable, décida de se porter vers eux sans même 
attendre les renforts de Dhanis. Le 31 décembre, à six 
heures du matin, Meyers les surprenait à Bwana-Debwa 
et, après cinq heures d'une résistance désespérée, les 
mutins s'enfuirent en désordre vers le village de Lubilo. 
Succès chèrement acheté : du côté des troupes de l'Etat, 
quarante tués et quatre-vingts blessés. 

Cependant les bandes de révoltés continuaient leurs 
déprédations dans la région située au nord-ouest du 
Tanganika et, le 20 juillet 1899, ils entouraient au 
nombre de deux mille cinq cents, le camp de Sungula, 
croyant surprendre le commandant Hennebert. Mais 
celui-ci, qui n'avait négligé aucune mesure de sécurité, 
les accueillit avec un calme qui impressionna sa troupe 
et assura le succès. Chassés par une sortie d'Hennebert, 
les mutins se dirigèrent vers Baraka. 

La colonne du commandant Hecq, concentrée à 
Sungula, fut chargée de les en déloger ; elle compre- 

— 141 



liait huit cents hommes et quatorze Européens dont 
Hennebert, le capitaine Verhellen et le lieutenant 
Conterio. 

Le 8 octobre la colonne était attaquée sans succès 
non loin de Baraka. Apprenant qu'il n'avait eu affaire 
qu'à une fraction des révoltés, Hecq se porta successi- 
vement vers les trois autres groupes et les défit. 

Enfin le 10 du même mois, décidé à en finir, le 
commandant de colonne se portait vers Kaboge occupé 
par le fameux Tshanguvu, chef suprême des mutins. 

Le 12 octobre ces derniers attaquaient le camp, mais 
après quatre heures de combat, ils battaient en retraite 
sur toute la ligne ; la poursuite dura trois jours. Hecq 
réoccupa Uvira où ses hommes trouvèrent à se ravi- 
tailler largement. 

Au mois de mai 1900, des révoltés ayant à nouveau été 

signalés à Pimba, au nord-est de Sungula, les troupes 

de l'Etat se portèrent à leur rencontre sur trois colonnes, 

mais ils n'attendirent pas le choc et s'enfuirent vers le 
sud. 

Enfin le 31 juillet de la même année de nouvelles 
bandes de mutins s'approchèrent jusqu'à une demi- 
journée de marche du camp de Luburizi ; le capitaine 
Poortmans accompagné d'un blanc et de cent hommes 
les mit en déroute et une poursuite active les obligea 
à passer la frontière allemande où ils furent désarmés, 

La Révolte de Shinkakasa. 

On conçoit aisément qu'à la suite de ces révoltes, 
142 — 



l'Etat n'ait plus conservé qu'une médiocre confiance dans 
ses soldats de race batetela ; aussi fut-il décidé qu'on les 
isolerait dans les stations de Léopoldville et de Tumba 
ainsi qu'au fort de Sliinkakasa. 

Ce qui va suivre prouve que cette mesure était jus- 
tifiée. 

Le 17 avril 1900, à l'appel de l'après-midi, les Batetela 
du fort se mutinaient, désarmaient les sentinelles, 
tuaient un blanc, en blessaient un autre. 

Le lieutenant Bernard parvint à maintenir pendant un 
certain temps dans le haut du fort les 102 révoltés, 
mais bientôt ceux-ci mirent à sac une factorerie voisine. 

A deux heures et demie la compagnie de Boma mar- 
chait vers Shinka et une heure plus tard, on échangeait 
les premiers coups de feu. 

A quatre heures et demie commençait le bombarde- 
ment de Boma qui devait durer deux jours sans produire 
un effet sérieux. 

Un détachement venu du camp de Luki, vint bientôt 
renforcer la compagnie d'attaque. 

Pendant la nuit du 18 au 19, les révoltés parvinrent à 
s'enfuir. 

Immédiatement une colonne de poursuite fut orga- 
nisée et placée sous le commandement du lieutenant 
Syllie. 

La révolte est définitivement étouffée. 

L'histoire ne dira jamais ce qu'il s'est dépensé de 
courage obscur, d'abnégation et d'énergie dans ces 
combats, où l'on ne pouvait avoir confiance qu'en soi- 

- 143 



itf Yff iti" W ur Iti' Iti' "if l' yff 1ti' Iti" Itr If l' Vtf Itf 1ti' Iti tti Iti" Iti Itf Vff tf 1 Ui' Ui tf ; ^ti if ( lli It. Ui ^; it; ^; ^.- Vti Ut '>♦■• ^- ^♦^ 
+4t u* *+!, -it Ml -l' Mv ?r ;4i. -41 M'v -V- ,'ii Jii .Uv ^uv ly- ,'ii /i> JV> ili Mi ^uv Jii -'V- ^ii 'it 'iv jVv ^v- M'. 7;t ?r TT, îj* 7ît tr ^4', nt ^t 

même ; où l'on n'était jamais sur qu'au plus fort de la 
bataille, on n'allait pas voir ses propres soldats faire 
cause commune avec les mutins; où l'on avait la perspec- 
tive de subir les pires supplices, si le malheur voulait 
qu'on tombât vivant entre les mains de ces derniers. 
Si, comme nous l'avons dit plus haut, l'histoire des 
révoltes correspond à la période la plus pénible qu'ait 
traversée l'Etat, il est consolant de constater que même 
dans des circonstances aussi critiques, le Gouverne- 
ment était en mesure de faire respecter son autorité. 

LES OPÉRATIONS ISOLÉES 

Nous avons examiné jusqu'à présent les opérations de 
grande envergure ; il nous reste à dire un mot des opéra- 
tions isolées, qui, si elles ont eu moins de retentissement, 
n'en ont pas pour cela exigé de la part de ceux qui y ont 
pris part une moindre somme de courage et d'énergie. 

Il ne faut pas perdre de vue, en effet, qu'il faut bien 
plus de force de caractère à un blanc livré à lui-même, 
qui sait qu'il n'a comme témoin de ses défaillances éven- 
tuelles que sa propre conscience, pour faire son devoir 
en toute circonstance, qu'à celui qui combat sous les 
yeux de ses chefs et dans le coude à coude de ses cama- 
rades. 

Cependant, comme le récit détaillé de ces opérations 
nous eut entraîné trop loin et que d'autre part nous 
eussions pu passer sous silence des actes méritants posés 
par tel ou tel agent, ou donner des développements exa- 

144 - 



gérés aux faits d'armes de tel autre, nous nous bornerons 
à des indications générales sur les opérations en question. 

En 1898 le commandant Van Bredael et plus tard le 
lieutenant Desaegher, conduisent une expédition contre 
les Bankusu, tribu turbulente qui se refusait obstinément 
à reconnaître l'autorité de l'Etat. 

Dans le courant de la même année, le puissant chef 
avungura Bokoyo s'étant mis en révolte ouverte, le 
commandant Gérard fut chargé d'assurer sa soumission ; 
il avait comme adjoints le commandant Wtterwulghe, 
les lieutenants de Rennette de Villers-Perwin, Yannart 
et de Brabant et le sous-lieutenant Andersen. Bokoyo 
s'était construit une zériba formidable dont on ne parvint 
à s'emparer qu'au prix d'énormes difficultés. Le com- 
mandant de la colonne lui-même fut blessé au cours 
du combat. 

En 1898 également, une tribu insoumise de la Mongala, 
les Budja, aj^ant massacré des agents d'une société de 
commerce, une expédition placée sous les ordres du 
commandant Lothaire, fut dirigée contre eux ; le com- 
mandant Van Doorm et les lieutenants Vandebossche, 
De Meulemeester, Moureau et Fabry lui étaient adjoints. 
Après dix jours de marche, Lothaire fut attaqué lui- 
même, mais toutes les précautions étaient bien prises 
et les Budja dispersés vinrent faire leur soumission. 

En 1899 le commandant Verdussen est obligé à deux 
reprises d'entrer en campagne contre les Budja-Eloa. 

L'année suivante, quarante hommes de Weynants 
tombaient dans une embuscade et se faisaient massacrer 
jusqu'au dernier. L'officier lui-même, ne disposant que 

10 145 - 



de trente hommes, était bloqué dans son poste lorsque 
le lieutenant Gilson accourut à son secours avec deux 
cents hommes après avoir été assailli à son tour. 
Weynants fut laissé au poste avec cent hommes, mais 
on apprit bientôt que le 4 mars il avait été massacré avec 
tous ses soldats au nord de Yalombo. 

Un trait à citer : lors de cette révolte, un sergent noir 
tint tête avec vingt soldats à plus de cinq cents Budja 
et ce pendant plus de trois jours : n'y a-t-il pas là une 
preuve indéniable des brillants résultats qu'obtiennent 
au Congo la patience et le dévouement de nos officiers ? 

Des mesures énergiques s'imposaient. 

Le 9 juillet 1900, Verdussen quitte Dobo avec cinq 
cents soldats et quatre blancs pour opérer contre les 
Budja-Risasi, puis, poussant plus au nord, il se rend 
chez les Budja-Eloa. A Yalombo trois mille Budja 
attaquent la colonne de l'officier belge, mais leur déroute 
est complète. 

En octobre 1900, nouvelle révolte des Eloa ; c'est 
encore Verdussen qui se charge de la répression et de 
sérieuses difficultés entravent sa marche : ici il vient se 
buter à une formidable palissade ; plus loin c'est une 
embuscade qui est tendue à ses troupes. 

En juin 1901 une nouvelle expédition fut entreprise 
par le commandant Mardulier. 

Après trois années de tranquillité, un nouveau sou- 
lèvement eut lieu en 1905. Le commissaire général 
Gérard parvint à faire rentrer les indigènes dans la voie 
du devoir, sans tirer un coup de fusil. 

Au commencement de l'année 1900 la tribu des 

146 — 



ntt Mi Mi 'it. iti iti 'itr iti" iti'' \f( "tti \ii 'iti' Xi! tti" iti^ Ui iti' 'il; "iti .t.' 'Ai ii: \ii il.' 'it. Ui' iti it.' tfr \ti «•> r tf .' if r l'^i' Yf f i ff Vff iti' vtt 
7JlMt 7?t *ît M* 'Il 'Vv -IV ,Uv -♦». -♦V '"* '*- -4v 'Il /■»•. W Mx ^'i'- -4- *4 V -il 'il 'Il ^'|t /♦' /'■l' ;il m-~ ^+' -ÎI' rUi yl' W H^ -'IV JV- ,?•♦» >W -'U 

Azande, sous la conduite du chef Engwetra, menaçait 
sérieusement les voies de communication ; aussi le 
commissaire de district de TUele, le capitaine Verstrae- 
ten, entreprit-il contre eux une opération de guerre. 
Il disposait comme personnel blanc des sous-lieute- 
nants Tilkens, Hutereau, Lespagnard et Landeghem et 
du médecin Casalini ; sa troupe était forte de deux cent 
quatre-vingts hommes. Après avoir fait face à de nom- 
breuses attaques vigoureusement menées, mais non 
moins vigoureusement repoussées grâce à la cohésion 
des troupes et aux heureuses dispositions prises par le 
chef de colonne, Verstraeten arrivait le 5 mars en vue du 
village d'Engwetra que l'ennemi en fuite avait incendié. 

En 1901 les Ababua ayant pillé le poste de Libokwa 
et toute la région menaçant de se soulever, le commis- 
saire de district de l'Uele, le commandant Lahaye, 
réunit à Bomokandi (Bambili) une expédition de six 
cents hommes, comportant comme Européens : le capi- 
taine Laplume, les lieutenants Versluys, Landeghem, 
Breyssen, Thibaut et Perin, le sous-lieutenant Dewalque 
et le docteur Védy. Lahaye se porta contre Bima, mais 
il fut attaqué lui-même et son arrière-garde fut complè- 
tement cernée ; elle était commandée par Dewalque, 
qui, blessé d'un coup de lance au côté gauche, ne 
tardait pas à expirer. Les Ababua furent néanmoins 
complètement écrasés. 

Une nouvelle rébellion de la même tribu nécessita en 
1902 une nouvelle expédition que dirigea le capitaine 
Lespagnard aidé de MM. CoUin, Stevens, Marillus, 
Devos et Kyper. 

- 147 



Les trois cents soldats concentrés à Bomokandi, 
furent divisés en six colonnes qui devaient se réunir à 
Zobia, pour de là pointer vers Libokwa. Au village de 
Bagui, une violente attaque se produisit, mais elle fut 
repoussée et la colonne atteignit Libokwa d'où elle se 
porta à la rencontre du chef Zeperet. Le 5 juillet, une 
nouvelle et violente attaque des Ababua eut le sort des 
précédentes. 

Pour assurer l'occupation effective du pays des 
Abandia, une démonstration, placée sous la direction 
du commandant Holm, accompagné de quatre cent 
cinquante soldats, y fut opérée en 1905. Bien que l'officier 
eût pris soin d'avertir Djabir de ce que cette expédition 
n'était pas un acte hostile dirigé contre lui, il fut 
accueilli à coups de fusil dès l'entrée dans le territoire du 
sultan et blessé, de même que le sergent-major Leclercq. 
Les troupes de Holm marchèrent alors à l'assaut de la 
zériba qui fut prise ; malheureusement le chef succomba 
à sa blessure. 

La saison des pluies (juillet à septembre) interrompit 
momentanément la répression ; elle fut reprise à la 
saison sèche par une expédition de six cents hommes, 
commandée par le commandant Quiévreux et le capi- 
taine Uittenhove. 

A la suite de la défaite qui fut infligée à Djabir le 
sultanat fut divisé en trois chefferies, sous la direction 
d'anciens vassaux du sultan, tout dévoués à l'Etat. 

D'autres tribus turbulentes durent encore être mises 
à la raison : telles sont celles des Medje du Nepoko, des 
Momvu du Bomokandi et des montagnards de la 
Semliki. 

148 — 



Le 17 décembre 1906, les troupes de l'Etat enlevaient 
d'assaut le borna du chef Mwene Tonto, du secteur de la 
Lulua : celui-ci était depuis plusieurs années en état de 
rébellion ouverte, et pillait tout ce qui passait à sa 
portée. 

Vers la même époque un autre chef important : 
Kalamba, du sud-ouest de Luebo, qui pratiquait la 
traite sur une large échelle, fut également anéanti. 

Le 8 septembre 1905, des Topoke massacraient deux 
agents de la Compagnie du Lomami et plusieurs noirs 
de la factorerie ; le corps de police du Lomami, inter- 
venant aussitôt, arrêta les coupables, qui furent déférés 
à la justice. 

En avril 1906, deux factoreries établies dans la 
Wamba furent également pillées ; un agent blanc fut 
tué ; cette fois ce fut au tour du corps de police du 
Kwango d'intervenir et d'arrêter le principal coupable, 
le Kiamfu Pelende. 

D'autres opérations furent encore rendues nécessaires 
par l'incendie de la factorerie d'Isambi, l'attaque de la 
mission suédoise de Kingoie dans le nord de l'ancien 
district des Cataractes et les troubles de la région de la 
Maringa Lopori où le commissaire général Gérard trouva 
une fois de plus l'occasion de faire montre de ses qua- 
lités de calme, de doigté et d'énergie. 

Dans le courant de l'année 1908, 26 opérations de 
police ont été ordonnées ; celles-ci sont, en somme, des 
promenades militaires effectuées avec une force suffi- 
sante pour donner aux indigènes l'impression que toute 
rébellion contre l'autorité de l'Etat pourrait devenir 

— 149 



dangereuse pour eux, mais au cours de laquelle il n'est 
pas fait usage des armes. 

Un certain nombre d'opérations militaires ont été 
menées à la même époque : ce sont d'abord celles contre 
le chef Bazia de la Gurba-Dungu, qui se livrait à des 
pratiques barbares et prêchait dans sa région la révolte 
ouverte contre les autorités et contre les Barumbi dans 
l'ancienne zone des Stanlej^-Falls ; ensuite l'opération 
contre les Mituku dans l'ancienne zone de Ponthierville 
et enfin celle dirigée contre le chef Maboko qui terro- 
risait la région à l'ouest du lac Edouard par ses actes 
de banditisme. 

LES MISSIONS SCIENTIFIQUES. 

Bien que ce chapitre soit consacré plus spécialement 
aux missions purement scientifiques nous y rattache- 
rons un certain nombre d'explorations qui n'ont pu être 
citées jusqu'à présent parce qu'elles relèvent du domaine 
de la Science plutôt que de celui de la Conquête. 

C'est ainsi que des voyages fructueux en résultats 
sont entrepris en 1891 par Emin Pacha et Stuhlmann 
dans la région des lacs ; en 1892 par Lugard aux envi- 
rons du lac Albert-Edouard ; de 1891 à 1893 par 
Baumann vers les sources du Nil ; en 1892-93 par 
Lehrmann et les membres de la Commission de délimi- 
tation de la frontière portugaise : par Grenfell et Gorin 
qui portent leur attention vers le sud-ouest ; par von 
Gôtzen qui de 1893 à 1894 explore le lac Kivu et les 
monts Virunga (Fumbiro). 

150 - 



En 1895 le lieutenant Lange reconnaît la Ruzizi ; en 
1896 Brasseur effectue une intéressante exploration de 
rUrua et achève l'étude de la région des lagunes ; il 
remonte ensuite la vallée de la Luvua jusqu'au lac 
Moero ; en 1897 Versepuy au cours de sa traversée de 
l'Afrique, descend l'Aruwimi. 

L'année 1898 est marquée par l'exploration du com- 
missaire général Jacques dans la Lukenie. Celui-ci 
recherche également le tracé le plus avantageux pour la 
construction du troisième tronçon du chemin de fer 
des Grands Lacs, destiné à relier un point du Lualaba 
accessible à la navigation à vapeur, à la région minière 
du Katanga ; au cours de ce voyage Jacques reconnaît 
la Lufira, les branches supérieures de la Dikuluwe et 
descend ensuite la vallée de la Kaluila. 

En 1904-05 le commandant étudie un nouveau tracé 
de voie ferrée mettant en communication avec le bassin 
du Kasai la région des mines. 

En 1899 le lieutenant Glorie reconnaît le cours moyen 
de l'Elila et le cours supérieur de l'Ulindi ; l'ingénieur 
Adam étudie la vallée de l'Aruwimi et lève une partie 
du tracé du chemin de fer projeté entre Stanleyville 
et le lac Albert ; le commandant Cabra, lors de son 
séjour au Mayumbe, détermine astronomiquement la 
position de 31 points. 

En 1900, Moore opère dans la région des lacs où 
Grogan s'était rendu l'année précédente, mais il s'occupe 
surtout du Tanganika ; Poullett Weatherley explore les 
lacs Bangwelo et Moero, pendant que Chesnaye, Lyons 
et Kennely effectuent des reconnaissances dans la partie 
méridionale de l'Etat. 

— 151 



En 1901 les commandants Sillye et SifFer étudient la 
région qui borde à l'ouest les lacs Tanganika et Kivu, 
et le commandant Cabra commence la détermination 
sur le terrain du parallèle de Noki. 

La mission Frobenius étudie en 1904 le Kasai au point 
de vue ethnographique, pendant que Cunnington com- 
plète les travaux de Moore aux lacs Tanganika et Nyasa. 

En 1906 le duc des Abruzzes met au point les données 
relativement vagues que l'on possédait sur le Ruenzori. 

Enfin, comme mission intéressante, il y a lieu de citer 
encore la traversée de l'Afrique de Dar-es-Salaam à 
Banana par le Kivu et l'Ituri, effectuée par le duc 
A.-F. de Mecklembourg. 

Les missions Lemaire. — 1) La mission du Katanga, 
En 1899 le commandant Lemaire retournait en Afrique 
à la tête d'une mission scientifique remarquablement 
outillée : aussi les résultats en furent-ils considérables 
à tous égards. 

Parti de Stanleyville, Lemaire suivait d'abord le fleuve 
jusque Kasongo d'où il piquait vers Toa sur le Tanga- 
nika ; longeant ensuite le lac jusque Pala il se dirigeait 
vers le lac Moero, recoupait successivement la Lufira, le 
Lualaba et le Lubudi et poussait jusqu'au Kasai. Une 
étude des abords du lac Dilolo et l'examen de la ligne de 
faîte Congo-Zambèze qu'il longe et franchit un grand 
nombre de fois terminent le voyage du consciencieux 
explorateur. 

Les résultats de la mission ont été consignés dans 
seize mémoires dont la compréhension est facilitée par 

152 — 



?I6 Ht '^it tK '^H '^ît Ht i|t Ttt 'ît Tît t K ?ît ?^ H^ ?ît 3 K Ht tît ^t 7î'; r^ 

une carte en deux feuilles à l'échelle du millionnième. 

Pour donner une idée du travail accompli par cette 
mission, il suffira de dire que du 24 mars au 3 juillet 
1900, ses membres déterminèrent la latitude et la longi- 
tude de deux cent nonante-neuf points et l'altitude de 
cent quatre-vingt-un d'entre eux. 

2) La mission Congo-Nil (1903-1905) a déjà été citée au 
chapitre de l'occupation du Bahr-el-Gazal. 

La mission géographique du lac Dilolo dirigée par 
M. Willmoes d'Obry, opère de 1904 à 1906 ; elle se porte 
de Lusambo vers le Haut-Kasai et relève de nombreux 
itinéraires dans la région du lac précité en fixant 
l'hydrographie de cette partie du pays (cent dix-huit 
points astronomiques déterminés). 

La mission de délimitation des territoires du Comité 
spécial du Katanga (1907-1908) comprenant MM. Willmoes 
d'Obry etWilse s'occupe de l'abornement de la frontière 
ouest du Katanga et du parallèle de 5° de latitude sud ; 
des itinéraires le long des frontières repérées ainsi 
qu'entre Lusambo et le Lomami, complètent ce travail. 

La mission géographique du Kasai (1908-1909) dirigée 
par M. Willmoes d'Obry étudie plus spécialement le 
Kasai et ses alïluents; elle relève notamment les embou- 
chures des principaux d'entre eux. 

Les missions de délimitation des frontières orientales 
(1900-1911). 1) Triangulation de la Ruzizi-Kiim. Les 
travaux ayant comme objet le relevé de la carte du terri- 
toire contesté, sont entrepris en 1900 par une commis- 
sion mixte germano-belge. Membres allemands : Prof. 

— 15a 



"[f( \fi 'Ai w 'itf \u M! u< )U )ft itr ttf "iff itf iti- it> If > it> "itt itr tu \u "iU itf iti' iti' iti" "iti' iti' itr iti' iti' w "itt w Uf Ui- Uf itf w 

7ît ?tt îtt 7K ?n ?tt 7ft ÎÎT ?tt 7|t Ttt • « ^ Tît TTt Ttt Tf? TTt î^ 

Lainp, commandant Hermann, lieutenant Fonck. Mem- 
bres belges : commandant Bastien, lieutenant Mercier et 
M. Tilman, (ce dernier bientôt remplacé par le lieutenant 
Von Stockhausen). Après la rentrée en Belgique du 
commandant Bastien, les opérations sont continuées par 
les lieutenants Mercier et Von Stockhausen auxquels est 
adjoint M.Thévoz, cartographe; au départ de ce dernier, 
Mercier est aidé du capitaine Maury et de M. Laurent. 
En août 1906 les travaux sont suspendus et les membres 
de la mission reçoivent l'ordre de rejoindre celle qui 
jalonne le 30»^ méridien. 

2) Mission dahornement du 30^ méridien. Composée du. 
commandant Bastien et des lieutenants Mercier et 
Von Stockhausen, elle opère en 1904. 

3) Commission mixte anglo-belge pour V étude du 
30^ méridien. Membres belges : Mercier, capitaine 
Maury, lieutenant Weber. Membres anglais : lieutenant 
colonel Bright, capitaine Jack et lieutenant Prittie. 
Lorsqu'elle atteignit en novembre 1907 la crête Congo- 
Nil, la mission belge était fortement réduite comme 
effectif, mais elle fut renforcée lors de l'arrivée du com- 
mandant Bastien qu'accompagnaient les lieutenants Von 
Stockausen et Gendarme et l'ingénieur Wuidart. 

La commission opéra la triangulation entre les paral- 
lèles 1° sud et nord et dressa une carte au 250.000 de la 
zone triangulée. 

4^) Mission de mesure de l'arc de méridien du P S à 7° N. 
Cette mission qui entreprit le travail en question en 1908, 
comprenait comme membres anglais deux géodèses : 
le capitaine Jack et M. Mac Caw et comme membre 
belge, M. Dehalu, astronome. 

154 — 



Les documents recueillis par la mission anglo-congo- 
Jaise du 30^ méridien servirent de base à ce travail. 

5) Mission Kivii-Ufiimhiro. En 1909, l'Angleterre avait 
fait valoir des prétentions sur la région des volcans 
Virunga, ce qui nécessita la réunion à Bruxelles de 
délégués de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Belgi- 
que. Une partie de la région en cause, celle comprise 
entre le parallèle 1" de latitude sud et les volcans 
Virunga, étant encore inexplorée, l'envoi d'une commis- 
sion anglo-germano-belge fut décidé. Celle-ci partit en 
novembre 1911. Membres anglais: capitaines Jack et 
Prittie ; membres allemands : major Schlobach et 
commandant Fonck ; membres belges : commandant 
Bastien et capitaine Maury ; trois cartographes étaient 
attachés à chaque section ; les belges étaient: le capitaine 
Weber, le lieutenant Gendarme et l'ingénieur Wuidart. 
Les documents géographiques fournis par la mission 
sont : triangulation Ngabua Kivu, carte au 200.000 
d'une partie de la vallée de la Rutshuru et carte au 
100.000^ d'une partie de la frontière germano-belge. 

La mission de délimitation Katanga-Rhodésie a 
€ommencé en 1911 ses travaux qui s'étendront sur toutes 
les frontières rhodésiennes sauf le long du Luapula entre 
les lacs Bangwelo et Moero. Membres belges : major 
Begrand, capitaine Weber, lieutenants Donner, Lepoi- 
vre. Van Bleyenberghe et Gendarme, ingénieur Wuidart; 
directeur de la section anglaise : major Gillam. 

Les sociétés privées ont fourni un appoint sérieux de 
travaux cartographiques : 

- 155 



La Société des Grands Lacs a envoyé des missions 
d'études dans le district de Stanleyville (ingénieurs 
Preumont et Passau) et dans l'enclave de Lado (capi- 
taine anglais Newcomb et ingénieur belge Slosse). 

La Société forestière et minière a fourni une fort 
bonne carte du Maniema à réchelle du 250.000^ (topo- 
grapbes : Olivier, Bail, Slialer, Smith, A. F. H. Reid et 
C. A. Reid.) Les missions de R. Reid le long de l'Aru- 
wimi, d'Avakubi à Basoko et celle de C. et R. Reid dans 
rUele, donnant la carte du bassin de l'Itirabiri et de la 
région s'étendant entre l'Uele et l'Aruwimi, sont égale- 
ment à citer. 

La société du chemin de fer du Bas-Congo au 
Katanga a pu présenter grâce aux travaux de l'ingé- 
nieur Ckiandi, des documents cartographiques impor- 
tants de la région située entre Lusambo et le Haut- 
Katanga. 

Enfin la société " Tanganika Concessions „ envoya 
au Katanga différentes missions d'études, notamment 
celle conduite par MM. Grey et Hoiland. 



Il suffit d'avoir étudié quelque peu l'histoire de la 
fondation du Congo pour être persuadé que c'est l'élé- 
ment militaire qui en a écrit les plus belles pages ; les 
officiers et sous-officiers ont mis à son service une 
chaleur de dévouement et un esprit de sacrifice bien 
faits pour réconforter à une époque où les pessimistes 
prétendent ne constater que les pires affaissements de 
la conscience ou du caractère. 

156 - 



LA DESCRIPTION 

DE 

L'ŒUVRE CIVILISATRICE 



»«*«3t««SeK«,*«3t*JKS6î;««»»«*«t*««*«*«J>t »**»»»*« 



L'ŒUVRE CIVILISATRICE 



Avant d'entamer l'œuvre civilisatrice proprement dite 
en organisant le pays de manière à y faire pénétrer nos 
idées de civilisation et à tirer les malheureux noirs de 
la barbarie où ils s'enlisaient depuis des siècles, il 
s'agissait de reconnaître et d'occuper le territoire. 

Nous avons vu comment la reconnaissance et l'occu- 
pation furent menées à bien grâce à l'énergie, au 
dévouement et à l'abnégation dont firent montre tant de 
nos compatriotes en Afrique. 

Nous avons suivi pas à pas les exploits de nos officiers 
contre les bandes d'esclavagistes et assisté à l'anéantis- 
sement de la puissance arabe ; personne ne songera à 
contester que ce fut là un service inappréciable rendu à 
la cause de la civilisation et qui suffit, à lui seul, 
à entourer d'une auréole impérissable le front du 
second Roi des Belges. 

Nous avons enfin assisté anxieusement aux luttes 
pénibles qui mirent aux prises l'Etat avec les bandes de 
soldats révoltés, mais qui nous permirent de faire cette 
consolante constatation, que l'organisation de la force 
publique permettait de faire face aux situations les plus 
troublantes, les plus inextricables. 

Ces deux grands périls écartés, le gouvernement put 
se vouer tout entier à la poursuite de son œuvre civili- 
satrice. 



- 15^ 



Comme il a fallu tout créer au Congo, où il n'y a pas 
bien longtemps la majeure partie du territoire était 
Tierge de toute influence européenne, il suffira d'exposer 
la situation actuelle pour montrer le chemin parcouru. 

L'ORGANISATION RATIONNELLE 
DES DIFFÉRENTS SERVICES 

En tète des devoirs d'un Etat se place naturellement 
l'organisation irréprochable de ses services qui remplit, 
au regard du gouvernement, le rôle de l'outil sans lequel 
l'ouvrier, quelqu'habile qu'il soit, est impuissant. 

A ce point de vue, le résultat obtenu en moins de 
vingt-cinq années, au Congo, supporte avantageusement 
la comparaison avec ce qui s'est fait dans les autres 
colonies du centre de l'Afrique ; il est d'autant plus 
remarquable que l'œuvre fut réalisée malgré des diffi- 
cultés que ne connurent pas celles-ci. 

Le Congo belge est une colonie ayant une personna- 
lité distincte de celle de la métropole. 

Son Souverain, Sa Majesté Albert \^^, exerce à la fois 
le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif sous la respon- 
sabilité du Ministre des Colonies. 

L'Administration centrale du Ministère des Colonies 
comprend : le Cabinet du Ministre, le secrétariat et 
cinq directions générales. 

Le gouvernement local à Boma, est assuré par le 

160 — 



If r I t r tfi \t! If f Itf 'itr Vtf I t i' tti' \i i 'i ti' Vfi" U l' llr \U It; itr It i' If; \f: itr "îif Ur "iti' It.' Ui Vti' Iti iti' M: "it: U. U; «t; tti 'it ; Iff ^ Ui 

Gouverneur général aidé de neuf directeurs placés à la 
tête de Directions qui dirigent les grands services de 
l'Etat. Un vice-gouverneur du Katanga est investi des 
pouvoirs législatifs du gouverneur général. 

2.386 fonctionnaires et agents, dont 248 ressortissant 
au vice-gouvernement général du Katanga, résident 
actuellement dans la colonie. 

Celle-ci comprend vingt-deux districts : 



1. 


Le district du Bas-Congo. 


2. 


» Moyen-Congo. 


3. 


» lac Léopold II. 


4. 


» de l'Equateur. 


5. 


» de la Lulonga. 


6. 


» des Bangala. 


7. 


» de rUbangi. 


8. 


» du Bas-Uele. 


9. 


» du Haut-Uele. 


10. 


» de l'Aruwimi. 


11. 


» de Stanleyville. 


12. 


» de rituri. 


13. 


» de la Lowa. 


14. 


» du Kivu. 


15. 


» du Maniema. 


16. 


» du Tanganika-Moero 


17. 


» du Haut-Luapula. 


18. 


» de la Lulua. 


19. 


» du Lomami. 


20. 


» du Sankuru. 


21. 


» du Kasaï. 


22. 


» du Kwango. 



11 



161 



W >U W >R ÀR ^l W. WUl 5iU4l Ul ^11 W UV Wl h\ W. U\h\ m m )*{ J*\ 7*\f*\)*\HK m h\. W. '+1 WUIUIUII W fU. Ul 1K. 



A la tête de chaque district est placé un commissaire 
de district. L'ancienne subdivision des districts en zones 
et secteurs a été supprimée ; actuellement, le district 
est divisé en territoires dirigés par des administrateurs 



IBAHR ELGHAZa( 
Haut '*Uek'\. 




Les districts. 

territoriaux placés sous l'autorité immédiate des chefs 
de district. 

Enfin le dernier échelon administratif est la chefferie 
placée sous l'autorité du chef indigène. 



162 - 



'itf tf^ w w Vf i" itf it r v fT itf tf r wn ^ iti" i-f ' i t r it f u r m: vf r w , t u 'itr ^ vtr \i( \fi ^ u r rtf w i t; ttr 'itr V f vtr H r y r ^tf >tf •>»? 




\POPUiATiOff BELGE 



La population non-indigène au Gong^o. 



- 16a 



La consécration, sous le contrôle des fonctionnaires 
blancs, du pouvoir du chef indigène, est une des mesures 
les plus politiques que le jeune Etat ait été appelé à 
prendre. Bailleurs, pour un grand nombre d'entre eux, 
elle existait déjà en fait depuis 1891 et avait du reste 
toujours attiré l'attention du Gouvernement. 

A l'heure actuelle plus de deux mille chefferies et sous- 
chelYeries sont organisées et reconnues. 

La population blanche s'élevait en 1910 à trois mille 
trois cent nonante-neuf dont mille neuf cent vingt-huit 
Belges. 

Nous n'entrerons pas dans les détails de l'organisation 
que renseignent d'ailleurs des ouvrages spéciaux. 

Nous nous bornerons à examiner ceux des organismes 
qui répondent davantage à la mission civilisatrice que 
s'est assignée l'Etat indépendant dès sa fondation. 

LA RÉGÉNÉRATION iMORALE DE L'INDIGÈNE 
L'enseignement. 

Il ne suffit pas, pour assurer le relèvement moral des 
populations indigènes, de leur donner le goût du tra- 
vail ; il faut encore leur fournir les moyens, une fois ce 
premier résultat acquis, de continuer à gravir les diffé- 
rents échelons qui les mèneront, en fm de cause, au 
maximum de progrès dont elles sont susceptibles. 

Population blanche comparée : 

1910. Protectorat du Kameruni 1284 

1911. Protectorat de l'Afrique orientale britannique. . 2000 
1910. Protectorat de l'Afrique orientale allemande . . 3756 

161 — 



L'enseignement est un des facteurs puissants qui faci- 
litent cette tâche ; aussi l'Etat du Congo s'y est-il parti- 
culièrement intéressé. 

Une commission de l'enseignement a été instituée à 
Borna. 

Des commissions fonctionnant dans les différents 
districts, examinent la situation des enfants abandonnés, 
délaissés ou orphelins, et dès qu'il est établi que ces 
malheureux n'ont à compter sur l'aide d'aucun parent, 
l'Etat les prend sous sa tutelle jusqu'à l'âge de 21 ans. 

Ils sont alors envoyés dans les colonies scolaires de 
Boma et de Nouvelle- Anvers, dirigées, la première par les 
Frères des écoles chrétiennes, la seconde par les Pères 
de Scheut. A Boma les garçons sont initiés soit aux 
connaissances primaires, soit à la pratique des petits 
métiers ; une éducation militaire est donnée, en outre, 
aux pupilles normalement constitués. La section des 
filles est installée à Moanda. Quant à la colonie de 
Nouvelle-Anvers, elle présente un caractère exchisive- 
ment militaire. 

A l'issue de leur stage dans les colonies scolaires, les 
pupilles sont versés dans les services administratifs ou 
dans la force publique. 

Ceux compris dans cette dernière catégorie qui se sont 
particulièrement distingués, sont envoyés à l'école des 
sergents comptables de Boma. 

L'attention du Gouvernement s'est portée surtout sur 
l'organisation des écoles professionnelles : des écoles 
de ce genre sont notamment annexées aux ateliers de 
l'Etat à Boma, Léopoldville et Stanleyville. Les sujets 

— 165 



des colonies scolaires ou des écoles primaires qui ont 
fait preuve d'aptitudes spéciales pour les professions 
manuelles, y sont, pendant deux années, initiés au métier 
de leur choix. Une quatrième école professionnelle, 
érigée au Jardin botanique d'Eala, s'occupe de la for- 
mation de chefs de culture. 

De plus une école pour infirmiers s'est ouverte à 
Borna, où fonctionnent également une école de candidats 
commis choisis parmi les élèves originaires des colonies 
scolaires ou des écoles primaires, qui ont témoigné 
d'aptitudes spéciales pour les professions de commis, de 
clerc, etc., et une école gardienne. 

Des écoles primaires dont le programme embrasse 
l'enseignement primaire et l'enseignement professionnel 
sont installées à Léopoldville, Stanleyville, Lusambo, 
Buta, Kabinda et près d'Elisabethville ; cette dernière 
localité sera dotée sous peu d'une école pour enfants 
européens. 

Une école de filles est aménagée à Léopoldville. 

Les missionnaires s'occupent également d'enseigne- 
ment sur une grande échelle : notamment à Lusaka où 
les Pères blancs forment des instituteurs indigènes et 
des commis de couleur, et à Tumba, où les Pères 
rédemptoristes ont créé un établissement réservé d'une 
façon exclusive aux enfants mulâtres pour lesquels le 
Gouvernement se propose de créer une colonie ; de plus 
quelques établissements scolaires sont desservis par des 
membres de congrégations enseignantes de la métro- 
pole : la population totale des écoles des missions catho- 
liques comporte de dix-huit à vingt mille enfants. 

166 - 



w Ml ttf M( w w iti" i tc 'itf it f Y ff itfiti' ' it i" itc it f itc if f i tr iti' itc itf vff u f Vf c it i' r n' i t r iti- itf it r ui' U r" w vffi t ^ itr vfr it f n r 



Les Missions. 

La part qui revient aux missions dans l'œuvre civili- 
satrice est considérable : la régénération de la race noire 
est, en effet, l'objet des préoccupations des missionnaires 
et leur participation à l'œuvre d'enseignement est un 
appoint sérieux aux efforts teniés par le Gouvernement 
dans cet ordre d'idées. 

L'activité des missionnaires ne se manifeste pas par 
des actions d'éclat, mais par un travail régulier, continu 
et obscur qui en augmente le mérite. Aussi n'est-il pas 
toujours facile de se rendre un compte exact du résultat 
obtenu ; les statistiques permettent de s'en faire une 
idée, incomplète, il est vrai; les chiffres que nous 
donnons plus loin, sont néanmoins suggestifs. 

Les missionnaires qui se consacrent à l'œuvre d'évan- 
gélisation au Congo appartiennent soit à la religion 
catholique, soit à des sectes protestantes. 

Missions catholiques. Le territoire est divisé, au point 
de vue religieux, en trois vicariats et six préfectures sans 
compter les missions. 

Le vicariat apostolique du Congo belge occupe une 
grande partie du bassin central. 

Il est confié à la congrégation de Scheut (soixante-dix 
religieux — treize postes principaux — vingt-cinq postes 
secondaires — huit mille neuf cent septante-deux chré- 
tiens — vingt-quatre mille neuf cent trente-sept caté- 
chumènes). 

- 167 



Des sœurs franciscaines missionnaires de Marie 
(vingt-cinq), s'occupent, les unes d'éducation, les autres 
des soins à donner aux malades. 

Le vicariat Apostolique du Haut-Congo belge est établi 
entre le Lualaba et le lac Tanganika. Des Pères blancs 
(quarante-sept) aidés par des sœurs (cinq), y ont fondé 
dix missions comportant trente-quatre chapelles-écoles, 
de nombreuses écoles, des orphelinats et des hôpitaux. 

Le nombre des chrétiens s'élève à cinq mille cinq 
cent dix et les catéchumènes sont vingt-neuf mille 
dix-neuf. 

Le vicariat apostolique des Stanley-Falls est limité au 
sud par le vicariat du Haut-Congo, à l'ouest par celui du 
Congo belge et au nord par le deuxième degré de lati- 
tude nord. Il est occupé par trente et un religieux de la 
congrégation des prêtres du Sacré-cœur et par onze 
sœurs franciscaines missionnaires de Marie et comprend 
huit stations, cinquante-trois fermes-chapelles, six 
mille neuf cent quatre-vingt quatre chrétiens et huit 
mille huit cent trente neuf catéchumènes. 

La préfecture apostolique du Kwango étend son action 
sur tout le bassin du Kwango. Elle est administrée par 
les Jésuites et comporte sept stations et près de quatre 
cents fermes-chapelles dirigées par trente-six religieux et 
quinze sœurs de N.-D. de Namur. Le nombre des chré- 
tiens dépasse les trois mille. Le centre de la mission : 
Kisantu, est remarquable : on y peut admirer entre 
autres une église gothique et une imprimerie qui édite 
chaque mois une revue populaire. 

La préfecture apostolique de l'Uele, qui s'étend sur les 

168 - 



bassins de l'Uele et du Rubi, accuse le nombre de 
deux mille cent trente et un chrétiens sans compter de 
nombreux catéchumènes. Ces résultats ont été obtenus 
par les chanoines Prémontrés de l'abbaye de Tongerloo 
(vingt) qui occupent trois postes principaux, septante et 
un postes secondaires et fermes-chapelles ; ils sont aidés 
par onze sœurs du Saint-Cœur de Marie (Berlaer). 

La préfecture apostolique du Haiit-Kasai est établie 
dans le bassin du Kasai. Placée sous la juridiction des 
Pères de Scheut, elle a fondé treize missions et seize 
postes secondaires dirigés par cinquante-deux religieux 
et onze sœurs de Charité de Gand, ces dernières se con- 
sacrant surtout aux soins à donner dans deux lazarets, 
aux noirs atteint de la maladie du sommeil. Le nombre 
des chrétiens atteint trois mille quatre cent septante-deux 
et celui des catéchumènes est de cinq mille deux 
cent trente-six. 

La préfecture apostolique du Katanga est administrée 
par les Bénédictins de l'abbaye de Saint-André et com- 
prend deux missions et huit religieux. 

La préfecture apostolique du Katanga septentrional 
englobe trois missions et compte treize religieux de 
l'ordre des Pères du Saint-Esprit. 

La préfecture apostolique de Matadi (Pères Rédempto- 
ristes) a son siège dans le Bas-Congo ; elle comprend 
sept stations (y compris l'hôpital de Kinkanda que 
gèrent six sœurs de Charité de Gand) et septante-six 
postes secoa-laires et chapelles-écoles. Administrée par 
trente-neuf religieux, elle compte deux mille cinq cents 
chrétiens et six mille catéchumènes. 

La mission des Pères Trappistes établie non loin de 

- 169 



Coquilhatville comporte cinq postes fixes principaux, 
vingt-trois postes de passage, vingt-trois fermes-cha- 
pelles, cinq écoles, quatre églises, dix-neuf chapelles, 
des hôpitaux pour dormeurs, des ateliers, etc. Au total 
vingt-trois religieux et onze sœurs ont obtenu à ce jour 
les résultats suivants : treize mille chrétiens et plus de 
quinze mille catéchumènes. 

Deux missions établies récemment au Congo, celle des 
Pères de Mill-Hill, arrivés dans le district de l'Equateur 
en 1906 et celle des Pères de Scheut ayant depuis 1907 
leur siège à Sendwe, comprennent, la première deux 
stations et neuf religieux, la seconde un poste et six 
religieux. 

Enfin différentes missions sont venues s'installer 
depuis quelques mois : ce sont celles des Capucins, des 
Bénédictins, des Frères des écoles chrétiennes et des 
Maristes. 

En résumé, trois cent trente-trois missionnaires et 
<!ent trente-une religieuses, administrent soixante-quinze 
stations et un grand nombre de postes secondaires, 
fermes-chapelles, hôpitaux, etc., et le nombre de 
néophytes obtenu est de cent soixante mille (cinquante 
mille baptisés, cent dix mille catéchumènes). 

De pareils résultats n'ont pas été acquis sans sacri- 
fices : cent nonante-deux religieux des deux sexes, belges 
pour la plupart, ont paj'é de leur vie, leur dévouement à 
l'œuvre du relèvement moral des indigènes. 

En ce qui concerne les missions protestantes, elles 
comptent quarante-trois stations principales dirigées par 
cent quatre-vingt-quatre missionnaires des deux sexes. 

170 - 



W tft /H Hl )+• JW 41 Jll. -'U /'Il W ,'IV ^'IV/'Il )i\ 'l'v r'Il Jl; îlt Jlt :U W ?!'< W 'il ^ 'It W. JU W îlt 'It Tlt ^'1', W 'M ,'it H\ )i\ W 



L'influence du passage dans la Force publique. 

A mesure que s'étendait l'occupation, que se créaient 
des stations nouvelles, la nécessité d'une solide armée 
nationale se faisait sentir de plus en plus. Il fallait 
couper court aux luttes de village à village, garantir 
la liberté des voies de communication ; plus tard nous 
avons vu abattre la puissance arabe et éteindre les der- 
niers ferments de révolte grâce à la vaillance et à 
l'énergie des troupes noires et de leurs chefs. 

Mais si la force publique répond à une nécessité, elle 
est aussi pour les noirs qui passent dans ses rangs, une 
école d'ordre et de moralité. 

Le passage sous les drapeaux, la commission d'en- 
quête elle-même l'a constaté, inculque aux indigènes la 
notion du devoir et le respect de l'autorité ; le contact de 
l'élément blanc éveille en eux des idées de discipline et 
de morale, de sorte qu'ils rentrent dans leur village avec 
un prestige qui pousse leurs camarades, l'esprit d'imita- 
tion aidant, à s'améliorer moralement en quelque sorte 
à leur insu. 

A l'expiration de leur terme de service, les soldats 
sont autorisés à s'établir à proximité des stations : ils 
ont jusqu'à présent usé largement de cette faveur et les 
agglomérations d'anciens soldats constituent des villa- 
ges modèles, tant sous le rapport du confort et du 
respect des règles de l'hygiène, que par le maintien et la 
conduite de leurs habitants. Soucieux de la régénération 
morale du soldat, le Gouvernement encourage les maria- 
ges des miliciens et des volontaires. 

— 171 



^^Mm ^^^»t^^^^iît^^^»^^^^^^^»t^?|t^^^lît^^3|r^^«r ^^:^»t 



Au début de l'occupation, celui-ci dut faire appel 
aux services de mercenaires de la côte ; mais il eut 
tôt fait de s'apercevoir des nombreux inconvénients 
que présentait ce mode de recrutement et chercha dès 
lors à obtenir chez lui des engagements volontaires, 
dont les premiers furent signés en 1886. 

20 



Mlllt 



dll 



',W 



Les effectifs de la force publique 

^Bien que de cent trente en 1886 le nombre de volon- 
taires se soit élevé à sept cent deux en 1891, il ne tarda 
pas à être insuffisant et un décret du 30 juillet 1891 
consacra le principe des levées annuelles. 



Force publique comparée : 

noirs blancs 

1910. Protectorat de l'Afrique orientale allemande. 4228 328 

1910. » du Kamerun 1300 154 

force de police 570 24 

1911. Afrique ''^quatoriale française 3855 322 



172 ^ 



w /'Il / w m /'Il w jii 3?t •« ^'it ^t r« 7it w ;it ^t /it ;iv uv ^'it w /il >u iv. ^t Jii 'iv w sv, /k /'-k /U /W w. w /H /it /ii w }K 

Les soldats, miliciens ou volontaires, touchent une 
solde de o fr. 21 par jour, qui peut être augmentée par 
des suppléments pour grade ; de plus, afin de leur 
fournir un petit pécule à la fin de leur terme, une alloca- 
tion mensuelle de réserve de 1 fr. 25 par mois passé sous 
les drapeaux, leur est remise au moment où ils quittent. 

La nourriture, le logement et l'habillement leur sont 
fournis par l'Etat. 

Le terme de service des miliciens est de sept ans, à 
l'issue desquels ils passent administrativement et pour 
cinq ans au corps de réserve. 

Les militaires qui se rengagent à la fin de leur 
terme, touchent une prime de cinquante francs et une 
solde de fr. 0,35 ; des avantages sont également accor- 
dés à leurs femmes qui reçoivent deux francs par mois 
et une ration journalière sans devoir fournir aucun tra- 
vail aux cultures vivrières, tandis que la femme d'un 
soldat qui n'a pas parfait sept années de service, doit 
travailler aux cultures d'alimentation pour toucher un 
franc par mois et la ration. 

Ces avantages réservés aux rengagés ont pour but 
d'assurer à l'Etat la possession d'un noyau de vétérans 
parmi lesquels il choisit de préférence ses gradés noirs. 

Les miliciens et volontaires de plus de quatre ans sont 
instruits dans les quatre camps d'instruction d'Irebu, de 
Lisala, de Lokandu et de Lukula-Bavu ; quant aux 
volontaires de moins de quatre ans ils sont formés 
par les soins de la compagnie dans laquelle ils sont 
incorporés. 

Les miliciens, leur instruction terminée, sont répartis 

— 173 



entre les compagnies de la colonie, dont le nombre 
s'élève à vingt-quatre sans compter la compagnie d'artil- 
lerie et du génie et les dix-neuf cents hommes qui forment 
les troupes du Katanga. 

La partie active du corps de réserve est établie au 
camp de la Lukula-Bavu. 

L'instruction des cadres noirs a requis également 
l'attention du Gouvernement ; deux écoles ont été créées : 

1) une école des sergents-comptables destinée à for- 
mer les gradés noirs nécessaires à la bonne adminis- 
tration des compagnies (Boma). 

2) une école d'armuriers noirs (Léopoldville). 

Dans les camps sont organisés une école pour les 
enfants de militaires noirs et un cours pour les gradés 
et soldats qui désirent apprendre à lire et à écrire. 

Indépendamment des compagnies actives et des 
camps d'instruction, la force publique comprend encore 
un Etat-major. 

Ajoutons que pour maintenir la discipline parmi les 
troupes et pour éviter qu'une révolte éventuelle ne 
puisse s'étendre à tous les hommes d'une unité, chacune 
de celles-ci est composée d'hommes appartenant au moins 
à quatre origines différentes ; de plus, la proportion des 
volontaires originaires du district ne peut dépasser ni 
le quart de l'effectif total de la compagnie ni le tiers de 
l'ensemble de ses volontaires. 

L^nfluence de l'impôt. 

Le noir est naturellement paresseux et toute nation 
colonisatrice soucieuse de ses devoirs, doit s'employer 

174 — . 



par tous les moyens à le faire sortir de sa torpeur ; 
parmi ceux-ci un des plus puissants est l'établissement 
d'un impôt qui, obligeant l'indigène à une besogne subie 
d'abord avec répugnance, finit par lui infuser petit à 
petit l'habitude puis le goût du travail, l'un des grands 
facteurs du relèvement moral des races indigènes. 

Jusqu'en ces derniers temps, l'impôt dû par tout indi- 
gène valide et adulte, variait de six à vingt-quatre francs 
par an. 

Il pouvait être acquitté en produits, en travail ou en 
numéraire. 

En cas de refus bien établi de payer les prestations, 
les indigènes pouvaient être soumis à la contrainte, 
mais cette mesure n'est pour ainsi dire plus appliquée. 

Comme nous le verrons au chapitre de l'introduction 
de la monnaie, l'impôt acquitté en argent est devenu la 
règle, mais il est aisé de concevoir que dans des modifi- 
cations de cette nature, il ait fallu agir avec circonspec- 
tion et progressivement. 

L'impôt en vivres est supprimé depuis le V juillet 
1910. 

De larges exemptions sont accordées, notamment aux 
travailleurs des missions, aux pères d'une nombreuse 
famille et aux femmes sauf dans le cas de polygamie. 
On exempte couramment de l'impôt d'une façon tempo- 
raire les populations qui coopèrent volontairement à des 
transports extraordinaires; celles chez lesquelles la rareté 
des commerçants ne permet pas de se procurer du 
numéraire; celles que la pénurie des vivres place dans 
une situation difficile, etc. 

— 175- 



Enfin le taux de l'impôt a été diminué : il varie de 
neuf à douze francs au Katanga, et de cinq à douze francs 
dans les autres régions. 

La répression des coutumes barbares. 

L'Etat du Congo s'est toujours montré soucieux de 
respecter, dans la mesure du possible, les mœurs et les 
coutumes des indigènes, mais il eût manqué gravement 
à sa mission civilisatrice, s'il avait négligé de s'attaquer 
énergiquement aux coutumes barbares et aux j^épreuves 
judiciaires qui étaient d'application courante avant 
l'arrivée des Européens. 

Nous avons suffisamment mis en évidence les efforts 
tentés par le Gouvernement pour extirper de son terri- 
toire la traite, c'est-à-dire le commerce brutal d'êtres 
humains. 

L'abolition de l'esclavage est moins facile à obtenir : 
non-seulement cette coutume est profondément enra- 
cinée au Congo, mais encore la situation des esclaves 
n'est pas aussi malheureuse qu'on se la figure générale- 
ment ; l'esclave, en effet, considère souvent son maître 
comme un père ; il prend part aux repas de la famille et 
le travail qu'on exige de lui n'est pas excessif. 

L'extirpation de cette coutume est donc une affaire de 
temps et dans laquelle il faut se garder de brusquer les 
choses. 

H âtons-nous d'ajouter que le Gouvernement réprime 
énergiquement tous les actes d'esclavage même déguisé, 
qui pourraient être commis par son personnel ou par les 
blancs établis dans la colonie. 



176 - 



^ îtt Jtt 7tt 7ït 7lt Ttt ?ït74t îït 7tt Ttt TTT Tît TT T^t ?r JT TT 7^ 

Le cannibalisme est né de la faim, du goût immodéré 
des noirs pour la viande, de la fréquence des famines, 
etc. ; de plus il a été entretenu par certaines idées de 
transmutation des qualités d'un guerrier tué au combat 
dans le corps de celui qui le mange. 

C'est une plaie difficile à extirper, car le noir n'ignore 
pas l'aversion du blanc pour cette pratique et il se cache 
soigneusement quand il se livre à ce triste penchant. 

Le Code pénal commine des peines sévères contre ceux 
qui s'adonnent encore à cette odieuse coutume ; un autre 
moyen efficace de la combattre est l'élevage du bétail : 
nous en reparlons plus loin. 

Les épreuves judiciaires ne sont autre chose qu'une 
des formes du jugement de Dieu encore en honneur 
dans nos pays il y a quelques siècles ; dans l'épreuve de 
la casque, l'inculpé est obligé de boire une certaine dose 
de poison : la mort survient-elle, il est déclaré coupable; 
la femme accusée d'infidélité se verse dans l'œil un suc 
corrosif : l'inflammation de l'œil indique la culpabilité. 

Tous ces poisons sont préparés par le féticheur ou 
sorcier, personnage tout puissant qui se livre à des do- 
sages savants qu'influence l'état de la bourse de l'accusé. 

Un décret punit de mort ou de servitude pénale qui- 
conque fait soumettre un indigène à l'épreuve du 
poison. 

Une autre coutume, qui n'a souvent pas d'autre but 
que de fournir les éléments d'odieux banquets, c'est celle 
des sacrifices humains ; il est cependant des cas où le 
respect des morts seul en est la cause : lors du décès 
d'un chef, par exemple, on immole un certain nombre 

12 - 177 



d'esclaves et de femmes, afin que le mort entre dans 
l'autre monde avec un entourage digne du rang qu'il a 
occupé ici-bas. Dans d'autres cas, les sacrifices sont 
inspirés par le féticheur qui désigne l'un ou l'autre 
malheureux comme étant la cause d'une calamité : une 
sécheresse trop grande, des pluies trop abondantes, 
la mort d'un indigène de marque. 

Les mutilations étaient également pratiquées autrefois 
sur une vaste échelle : l'amputation du poignet en cas de 
vol, 

Inuuîe de dire que tous les iiun^v.n..^ qui se rendent 
coupables de ces délits sont impitoyablement déférés 
aux tribunaux. 

La guerre à TalcooL 

L'alcool est, après la traite, le plus grand fléau de la 
race noire. 

Dans son rapport au Roi-Souverain du 25 janvier 1897,^ 
le baron Van Eetvelde, secrétaire d'Etat, résumait en 
quelques mots la ligne de conduite suivie par le Gouver- 
nement dans cette grave question de l'alcool. « L'Etat 
indépendant du Congo. » disait-il, « a subordonné les 
considérations fiscales à la nécessité supérieure de pro- 
téger les populations contre l'introduction des spiri- 
tueux. » 

A une époque où le jeune Etat, à peine fondé, se 
débattait dans d'inextricables embarras financiers, à un 
moment où toute mesure destinée à fournir de faciles 
ressources devait-être la bienvenue, ses dirigeants eurent 
le courage de renoncer aux bénéfices assurés et certains 

178 - 



■>♦<• >♦ c \*/ Vf / Vf < If - -.f f- - A ! \ +( Vf {• -,f f If .- )f{ ) f; Vf f 1-f f u." )ff •i*;"i f f Ytf 'if r Vf î">f rite "i t^ w \i! tf r tti' vtr tf f Yt r M! itî vtf it r 'i-t r t tr w 

que leur eut valu la libre consommation de l'alcool au 
Congo. 

Dès 1887 (17 décembre), une taxe annuelle élevée 
frappait tout établissement de commerce qui exercerait 
le trafic des boissons alcooliques dans les régions situées 
en amont de l'Inkisi. 

En 1890 on allait plus loin : toute importation ou débit 
de boissons alcooli- 
ques était prohibé 
dans le territoire si- 
tué en amont de cette 
rivière, c'est-à-dire 
dans presque tout 
l'Etat. 

Le 9 avril 1892, 
après la Conférence 
de Bruxelles, le droit 
d'entrée pour les 
boissons alcooliques ^^^^^^ jp^^ 
introduites en de- 
hors de la zone de 
prohibition, était fixé iss 



r 



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n 



à quinze francs par Les importations d'alcool de traite 
hectolitre à 50° cen- 
tésimaux, c'est-à-dire au maximum autorisé par les con- 
ventions internationales. 

Quelqu'étendue que fut la zone en question, l'Etat 
la jugea encore insuffisante, puisque la limite en était 
reculée le 4 mars 1896 jusqu'au Kwilu et le 15 avril 1898 
jusqu'à la Pozo. 



- 179 



Quant aux droits d'entrée, fixés comme nous venons 
de le voir, à quinze francs, ils furent portés à soixante- 
dix francs à la suite de la convention du 8 juin 1899 
et à cent francs par le décret du 12 novembre 1907. 

Enfin, un décret du 15 octobre 1898 interdit d'une 
façon absolue l'importation des boissons alcooliques à 
base d'absinthe dans tout le territoire de l'Etat, même 
pour l'usage des blancs. 

Il suffît d'examiner les importations d'alcool au 
Congo, pour constater que toutes ces mesures ont porté 
leurs fruits. 

Cependant les membres de la Commission permanente 
pour la protection des indigènes les trouvent encore 
insuffisantes et ont exprimé le vœu de voir prohiber 
strictement l'alcool dans toute la colonie. 

La guerre au chanvre. 

L'habitude de fumer le chanvre a été introduite par les 
Arabes et s'est répandue rapidement. 

L'ivresse que procure la fumée acre et brûlante du 
chanvre est plus dangereuse encore que celle que donne 
l'absorption exagérée d'alcool. 

Le chanvre exerce ses ravages sur l'organisme, même 
en dehors des accès d'ivresse : la santé physique et 
intellectuelle du fumeur s'altère rapidement au point 
qu'il ne tarde pas à dépérir et à s'abrutir complètement. 

L'établissement de plantations étendues de tabac, con- 
sidéré comme un des meilleurs moyens d'enrayer le mal, 
a donné, en effet, d'excellents résultats. 

180 - 



m. -'-R Ul -'II. .'l'v -fl Ul '.t'- !h îTv /'I'v 'Il .'Il ?ît .';'. ,'il ,'l'. !V- !V. !i{ U!, ^ TttritTît rît nt ,'♦'. ;r. -4'. ^ ?;* TJt nt t; t7;r tît r;t rt* ttî 

Indépendamment des mesures disciplinaires sévères 
qui sont prises contre les soldats et les travailleurs qui 
seraient surpris à fumer le chanvre, le décret du 
1" mars 1893 interdit la culture, la vente, le transport 
et la détention du chanvre à fumer. 



L'AxMELIORATION DE LA SITUATION MATERIELLE 

DES INDIGÈNES. 

L'organisation médicale — La lutte contre 
la maladie du sommeil et la variole. 



L'amélioration des conditions de la vie matérielle des 
indigènes rentre dans les préoccupations qu'un Gouver- 
nement ne peut laisser à l'arrière plan ; fùt-il même peu 
soucieux de ses devoirs, son propre intérêt lui comman- 
derait d'en agir ainsi : le noir qui vit dans des conditions 
matérielles défectueuses, devient, en effet, bientôt la 
proie des maladies qui le déciment, d'où diminution de 
la main d'œuvre sans laquelle rien ne peut être entrepris 
dans une colonie. 

A plus forte raison le Gouvernement du Congo, qui 
s'est toujours montré inquiet de justifier la confiance 
que les Puissances avaient placée en lui, devait-il atta- 
cher une importance capitale à une bonne organisation 
de son service médical. 



— 181 



10» 



Alors qu'on ne comptait que deux médecins attitrés en 
1885 et huit en 1891, les services médicaux du Gouverne- 
ment sont assurés en ce moment par quatre-vingt-quatre 
médecins, dont vingt-quatre au Katanga. 

Dans les chefs-lieux de district et de zone des Com- 
missions d'hygiène veillent à l'observation des principes 
de riivis'iène et proposent à l'autorité les mesures pro- 
phylactiques qu'il y a lieu de prendre ; les chefs de poste 

surveillent tout particulièrement 
à ce sujet les villages indigènes. 
Des hôpitaux pour blancs sont 
installés à Boma, Léopoldville, 
et Banana et les agents rentrés 
malades en Europe sont soignés 
aux frais de l'Etat soit à l'hôpital 
Sainte-Camille à Anvers, soit à 
la villa coloniale de Watermael ; 
quant aux hôpitaux pour noirs, 
on en constate l'existence à Boma, 
Léopoldville et Nouvelle-Anvers ; 
des améliorations y sont appor- 
tées constamment. Grâce aux som- 
mes élevées que le Roi Albert a 
mises à la disposition du Gouver- 
nement, des hôpitaux en maté- 
riaux durables seront édifiés dans vingt-huit stations ; 



1% 



i»ia 



La mortalité 

au Congo (blancs) 



Mortalité comparée (blancs) : 

1907-08. Protectorat de l'Afrique orientale britannique . 0,9/0 
1907. » » » » » . 2,190/0 



182 — 



?v !À 4i )+( iU. w. )V- A^ h\. ia. h'- w, au m. w .'îs, 4'. 3ît m w w. îît jU /lU )+i ,.'+1 )+t Â[. iit. iii i4( iu iîi }|i Jk jIi jJt 'Il i»^ }h 

d'autre part les lazarets de trypanosés, qui existent 
actuellement, seront également remplacés par des 
bâtiments plus solides : des tôles et de l'outillage ont 
été expédiés à vingt-sept établissements. De plus un 
lazaret pour maladies épidémiques telles que la peste, la 
fièvre jaune, le choléra, etc., est en voie d'édification à 
Banana. 

Pour combattre efficacement la malaria une sériejde 
mesures ont été prises, notamment des travaux de 
débroussement, de comblement des marais et de pétro- 
lage des eaux stagnantes. 

Telles sont les mesures d'ordre général ; mais le Gou- 
vernement ne tarda pas à se rendre compte de la néces- 
sité d'entreprendre une lutte énergique contre deux 
fléaux redoutables : la variole et la maladie du sommeil. 
L'installation d'un institut vaccinogène central à 
Boma et d'une série d'offices vaccinogènes dans tout le 
territoire, ont amené des résultats remarquables et déjà 
en 1906 on ne voyait plus se reproduire une seule de ces 
terribles épidémies de variole qui frappaient jadis des 
régions entières. 

La maladie du sommeil est moins facile à abattre. 
Par décret du 3 juin 1906, le Roi Léopold allouait un 
prix de deux cent mille francs à quiconque découvrirait 
le remède de cette désolante maladie; plus tard il portait 
de cinq cent mille à huit cent mille francs l'allocation à 
prendre sur le fonds spécial pour les mesures d'hygiène 
et la lutte contre la maladie du sommeil. 

Le Roi Albert a fourni au Gouvernement des crédits 
importants grâce auxquels celui-ci a pu prendre ses dis- 
positions pour terrasser le terrible fléau. 

- 183 



Les mesures du début furent d'abord : l'installation 
à Léopoldville d'un laboratoire de recherches et l'envoi 
aux frais de l'Etat d'une mission scientifique composée 



r 




$ — 



La maladie du sommeil 

de médecins de l'école de médecine tropicale de 
Liverpool et chargée de se livrer sur place à une enquête 
approfondie. 

A la suite de ces travaux, le Gouvernement a pris une 
série de mesures parmi lesquelles la création de postes 
d'observation médicale avec lazarets, d'une ligne de 



184 — 



^^••îtîf-îf1^-*f^H(^«H{^^^^^t«rîtt|t:-«-îfrîfr«rlt^'^:rîf7|{rîtr|^^î^^^ 



surveillance avec lazarets et de nombreux lazarets 
locaux ; il existe en ce moment vingt-sept lazarets 
dirigés par un ou deux médecins. Malheureusement le 
système des lazarets n'a pas fourni les résultats qu'on 
avait escomptés, mais la nonchalance et la méfiance du 
noir sont les seules causes de cet état de choses. 

De plus, on a organisé des brigades sanitaires, au 
nombre de trente et une ; celles-ci parcourent le pays, 
soignant les malades sur place et surveillant l'exécution 
des travaux jugés nécessaires. Un appel a été adressé 
aux missions pour qu'elles envoient le plus grand 
nombre possible de leurs membres se mettre au 
courant du traitement de la maladie du sommeil au 
laboratoire de Léopolville et faire un stage à l'école de 
médecine tropicale de Bruxelles. Cet appel, on s'en doute, 
a été entendu : en 1910, vingt-cinq missionnaires catho- 
liques ont suivi les cours de Bruxelles et quarante-sept 
religieux de la même confession ont fait un stage à 
Léopolville. 

Un facteur important de prophylaxie est le déplace- 
ment des agglomérations indigènes voisines des lieux 
infestés ; celui-ci est réalisé d'une manière systématique, 
notamment au Katanga et dans les environs du 
lac Kivu. 

A la suite de toutes ces mesures la situation est restée 
stationnaire dans certaines régions ; elle s'est améliorée 
dans le dictrict du lac Léopold II, près du lac Tumba, à 
Kabinda, à Kiambi et sur les rives du lac Tanganika ; 
si quelques rares régions telles que l'Uele, le Haut- 
Aruwimi et le Haut-Katanga restent indemnes, par 

— 185 



>*^ >»^ i t: li: iti' îti" Ui" 'il: it; it; if ; it; 'iti' 'itr tf l' Iti Iti' Ut "iti' Uf î ti iti Ui ■!; tti itt tti Itf .!■' Ut 'if ■' "iti' itr ''♦• '^>' ^♦■' ^♦' '^♦' ^♦■' v*** 
W Wt ,'U ;|!, Ul iv-^ Ml . |t 'Vv M* TTî J4v îVn ^'Iv >I'. .'Iv /U ?4'> 'Iv Î4 V 'Iv 'v\ TT ,'»t ,T-. Wl HV ;i'v ;<< îlt U' 7v- W* Ttt ^'11/4 V ÎIV !V- H\)f\ 

contre les rapports signalent une aggravation du mal le 
long des rives des lacs Léopold II, Albert et Edouard, 
dans le district de l'Aru^imi, entre l'embouchure de 
ritinibiri et celle de l'Aruwimi. 

Aussi ne faut-il pas se dissimuler qu'on ne viendra à 
bout du fléau qu'au prix de longues années de lutte 
opiniâtre. 

Enfin, dans le but d'assurer la protection des régions 
qui jusqu'à présent ont échappé au fléau, le Gouverne- 
ment a barré par des stations d'observation les routes 
aboutissant aux régions non infestées ; on y examine 
ous ceux qui pénètrent dans ces régions. Ces stations, 
au nombre de dix-sept coopèrent également à l'exécu- 
tion des mesures prophylactiques et au traitement des 
indigènes. 

Une mission de recherches scientifiques envoyée 
en 1910 au Katanga a déjà eu l'occasion de spécifier des 
mesures prophylactiques à prendre. 

Une ordonnance du 29 avril 1909 englobait dans les 
régions suspectes tout le territoire de l'Etat sauf la partie 
du nord-est ; seule la partie hachurée sur la carte de 
la page 184 est restée indemne et un simple coup d'œil 
jeté sur ce croquis permet de se rendre compte à quelle 
besogne colossale se sont attelés sans défaillance l'Etat 
indépendant et le Gouvernement du Congo belge. 

Celui-ci s'est ému du nombre relativement élevé des 
cas de lèpre qui lui étaient signalés et a fait procéder à 
une enquête à la suite de laquelle des léproseries seront 
installées dans les régions atteintes. 

186 - 



Vers la suppression du portage par le dévelop- 
pement des moyens de communication. 

Les moyens de communication sont à la base de 
l'action civilisatrice : plus ils sont développés, et plus 
sont étendus les territoires sur lesquels s'exerce l'action 
efficace et bienfaisante des blancs sur leurs frères noirs. 

Le Congo se présentait, à ce point de vue, dans des 
conditions tout à fait spéciales: un admirable réseau 
s'off'rait à l'activité des Belges, mais avant de pouvoir 
l'utiliser, il fallait se décider à entreprendre l'œuvre 
colossale du chemin de fer des Cataractes sans lequel, 
suivant l'expression typique de Stanley, le Congo ne 
valait pas un penny. 

On ne se rend généralement pas compte des difficultés 
énormes qu'il fallut vaincre avant l'inauguration de la 
ligne Matadi-Léo ; tout semble conspirer au début contre 
la réussite de l'œuvre : l'absence de documents, de 
cartes, etc., le terrain avec des pentes abruptes, la rareté 
de la main d'œuvre volontaire, l'éclaircissement des 
rangs des travailleurs parles maladies contagieuses, les 
désertions, les ennuis financiers résultant des erreurs 
de devis, etc., etc. 

Aussi ne saurait-on assez rendre hommage à l'énergie 
et à la ténacité dont firent preuve les promoteurs de cette 
entreprise parmi lesquels on ne peut se dispenser de 
citer le colonel Thys. 

La construction du chemin de fer des Cataractes ren- 
dait du coup utilisables seize cents kilomètres du fleuve; 
cependant d'autres biefs importants restaient fermés à 



- 187 



la navigation et bientôt la apparutjqu'un nouvel effort 
devenait nécessaire : ainsi fut ^décidée la création du 
chemin de fer du Congo supérieur aux grands lacs 
africains. 

Un premier tronçon contournant la partie du Congo 
que les Stanley-Falls rendent inutilisable, unit Stanley- 
ville à Ponthierville (cent vingt-sept kilomètres). 

Le second tronçon destiné à éviter le bief Kindu- 
Kongolo a été inauguré le 31 décembre 1910 (trois cent 
cinquante-cinq kilomètres). 

gEnfin, la Compagnie du chemin de fer du Congo supé- 
rieur aux grands lacs africains construit encore un che- 
min de^fer qui partira de Kabalo à septante-sept kilo- 
mètres en amont de Kongolo pour se diriger vers le lac 
Tanganika par la vallée de la Lukuga (trois cents kilo- 
mètres environ). 

Plusieurs voies ferrées en construction ou en projet 
convergeront vers la région minière du Katanga. Ce sont; 

a) le chemin de fer du Cap au Caire qui, partant 
de l'extrémité sud de l'Afrique, se dirige vers le nord en 
passant par Broken-Hill après avoir été rejoint par un 
embranchement venant de Beira. La locomotive est 
arrivée à la frontière du Congo le 11 décembre 1909 et le 



Chemins de fer comparés : 

1911 Protectorat de l'Afrique orientale britannique . 939 k. 656 

1909. » du Kamerun 520 

1909. Angola 836 k. 688 

1911. Protectorat de l'Afrique orientale Allemande . 341 k. 108 



188 — 



rail a été prolongé jusqu'au de là d'Elisabetliville ; le 
tronçon en territoire congolais, se développe sur deux 
cent cinquante-cinq kilomètres et a été mis en exploi- 
tation le V novembre 1910 ; 



H 200 




U93 1900 1911 

La progression du rail au Con§^o belge 

b) le^chemin de fer de Bukama à Kambove ; 

c) le'chemin de fer partant de Lobito bay et se diri- 
geant directement vers la région en question. 

Un chemin de fer reliant le Haut Kasaï à Bukama est 
également projeté. 



— 189 



Enfin un chemin de fer vicinal relie le Mayumbe, 
centre agricole de premier ordre, au Congo maritime ; 
il va de Borna à la Lukula (quatre-vingt kilomètres) et les 
travaux de prolongement vers le Shiloango se pour- 
suivent activement. 

Les voies navigables ont été améliorées et des travaux 
hydrographiques de toute nature ont été entrepris pour 
atteindre ce résultat. 

Des ports bien outillés ont été créés : Banana à la côte 
— Borna, capitale de la colonie — Matadi, grand poste 
de transit des produits du Haut-Congo — Léopoldville 
et Kinshasa sur le haut-Congo. 

Des services réguliers de navigation ont été organisés 
entre Léopoldville et Stanleyville, de même qu'entre 
Léopoldville et Lusambo. 

Le Gouvernement dispose dans le Haut-Congo de 
quarante steamers jaugeant trois mille huit cent soixante- 
cinq tonnes : quatre de cinq cents tonnes — quatre de 
cent cinquante tonnes — deux remorqueurs avec barge 
de trois cent cinquante tonnes et un de soixante-dix 



Mouvement des ports comparé : 

Navires. Tonnage. 

1909-10. Protectorat de l'Afrique orientale bri- 
tannique : rMotnbasa et Kilindi) . . 1.914.153 T 

1909. Protectorat du Kamerun 329 1.034.654 T 

1908. Afrique équatoriale française. ... 115 244.829 T 

1908. Protectorat de l'Afrique orientale alle- 
mande 964 1.752.039 T 

1908. Angola 1741 1.005.004 T 



190 — 



ut -il Ut '4'. .'Il -' tl .'il -'tt .'il '♦; -T. -Tv U! JW 4-1 î|J W i4t Wl rit «'il >il W <IU AU ^l -IM Ml W ÂK >^l >K ^'U W W W. ^ J^ iK m 



MOUVEMENT DU PORT DE BAXAXA (Entrkes) 



NAVIRES AU LONG COURS 


BATIMENTS DE CABOTAGE 


NOMBRE 


TONNAGE 


NOMBRE 


TONNAGE 


1895 84 

1896 87 

1897 103 

1898 122 

1899 108 

1900 132 

1901 119 

1902 113 

1903 127 

1904 106 

1905 112 

1906 107 
19(17 112 

1908 113 

1909 116 

1910 119 


130,061 

140,376 
171,961 
204,796 
205,610 
261,621 
228,474 
229,385 
229,483 
217,975 
252,805 
252,388 
292,326 
291,943 
305,432 
321,253 


258 
224 
263 
267 
244 
229 
197 
228 
182 
217 
191 
179 
139 
139 
133 
142 


6,314 

7,733 
11,670 
13,915 
13,353 
12,983 
14,396 
14,881 
17,088 
17,454 
14,065 
16,983 
15,753 
6,849 
8,387 
11.175 



191 



tonnes et vingt-neuf bateaux d'un tonnage moindre ; la 
flottille du Bas-Congo comprend dix steamers jaugeant 
globalement cinq cents tonnes. 

Le Gouvernement s'est préoccupé de rechercher les 
moyens de remplacer le bois comme combustible pour 
l'alimentation des chaudières de steamer. Cette mesure 
entraînerait la suppression de nombreux postes de bois 
et permettrait d'utiliser pour d'autres travaux le per- 
sonnel qui en assure le service actuellement. 

Un bateau à moteur Diesel est en construction et un 
bateau à moteur Bolinder navigue sur le bas Congo. De 
plus on se propose de chauffer au pétrole certains 
bateaux du Bas Congo et d'appliquer le même système 
à quelques unités du Haut-Congo dans les directions où 
le bois est rare. 

Enfin, pour compléter le réseau des voies de commu- 
nication, d'importantes routes ont été créées, parmi 
lesquelles: la route Congo-Nil reliant Buta sur l'Itimbiri, 
à Redjaf sur le Nil ; on y a emploj^é des bœufs et des 
automobiles, mais ces dernières n'ayant pas donné des 
résultats encourageants, le tronçon Buta-Uele où elles 
étaient mises à l'essai, sera desservi par un chemin 
de fer Decauville — la route carrossable partant de 
Pania-Mutombo, sur le Sankuru, à Buli sur le fleuve et 
où l'on utilise des chariots à bœufs ; de Buli on peut 
atteindre dans de bonnes conditions de transport, soit le 
lac Moero,soit le Katanga — la route Avakubi-Mawambi- 
Irumu-Mahagi avec embranchement de Mawambi vers 
Béni. 

192 — 



La roule Kasongo-Kabambare-Baraka (17 jours). 
» » » » Albertville (23 jours). 

Enfin, la roule vers le lac Dilolo parlant de Lusambo 
€t passant par Kanda-Kanda et Kalola. 




Les voies de communication 



De nouvelles mesures sont prises dès qu'en apparaît 
la possibilité, en vue de diminuer encore la corvée du 
portage à dos d'hommes : c'est ainsi que le Ministre des 



13 



- 193 



Colonies a décidé la suppression de l'ancienne ligne de 
portage de Stanleyville à Avakubi : le trafic se fait par 
vapeurs de l'embouchure à Yambuya et de là en pirogue 
jusqu'au poste d'Avakubi. 

Un autre moyen employé par le Gouvernement pour 
diminuer la corvée des transports, c'est l'envoi par la 
côte orientale des ravitaillements destinés aux postes 
voisins de la frontière. 

Des voies télégraphiques suivent les voies ferrées : la 
plus importante est celle qui prolonge d'une part vers 
Boma et d'autre part vers Coquilhatville, la ligne qui 
suit le chemin de fer des Cataractes ; cette dernière devait 
être prolongée vers Stanleyville mais les résultats obte- 
nus par la télégraphie sans fil sont tels, qu'on a renoncé 
aux travaux de prolongement ; une autre ligne relie 
Kasongo sur le fleuve, à Uvira sur le Tanganika ; 
Sakania est reliée télégraphiquement à Elisabethville ; 
un cable sous-fluvial de Kinshasa à Brazzaville, unit le 
réseau télégraphique congolais au réseau français et par 
lui au réseau mondial ; enfin des lignes téléphoniques 
suivent les tronçons du chemin de fer des grands lacs. 

On le voit, le perfectionnement des voies de commu- 
nication marque journellement des progrès nouveaux 
dans la diminution du portage, corvée inhérente à tout 
début dans une colonie non outillée. Si l'on se reporte à 
l'époque de la construction du chemin de fer de Matadi 
à Léopoldville on est effrayé de constater combien le 
portage décimait les malheureuses populations aux- 



194 






quelles il fallait s'adresser pour obtenir les porteurs 
indispensables ; aussi faut-il être doué d'une bonne dose 
d'imagination pour se figurer ce qu'était l'organisation 
du recrutement des porteurs à cette époque dans la 
région des Cataractes et je ne puis me dispenser, à ce 
sujet, de citer le nom du commandant Vereycken qui sut 
mener à bonne fin cette tâche lourde et ingrate. 

Le développement des voies de communication a 
réduit le portage à un strict minimum qui, dans l'avenir, 
ira toujours en diminuant, et à ce point de vue son 
action est éminemment civilisatrice. 

L'introduction de la monnaie. 

L'introduction de la monnaie est considérée comme 
un des moyens les plus efficaces d'améliorer la situation 
matérielle des indigènes : le travailleur, en effet, peut 
grâce à la monnaie, disposer librement de son salaire et 
en tirer des satisfactions qui l'engagent à persévérer 
dans l'effort tenté. 

D'ailleurs, sans monnaie, il n'y a pas de vie écono- 
mique possible. 

L'impôt indigène, avons-nous vu, est estimé et acquit- 
table en argent, mais là où la monnaie fait défaut il peut 
être fourni en produits. 

Le Gouvernement s'est décidé à apporter des modifi- 
cations profondes à l'ancien régime : l'impôt se perçoit 
presque partout en argent et les vivres sont achetés 
aux indigènes. 

— 195 



Bien que la rémunération accordée à ces derniers fut 
toujours payée autrefois en marchandises de leur choix, 
ceux-ci revendaient parfois avec perte les objets qui leur 
étaient remis en échange de leur travail : c'était le cas, 
par exemple, pour celui qui avait conservé pendant trop 
longtemps des marchandises qui naturellement dimi- 
nuaient de valeur dans les échanges entre indigènes, 
à mesure que la région en devenait saturée. Le paye- 
ment en numéraire a fait disparaître cet inconvénient. 

Enfin, le relèvement progressif des salaires aura pour 
effet d'augmenter encore le rôle de la monnaie. 

Un décret du 15 mars 1909 a fixé le type des monnaies 
de billon de la colonie et arrêté les conditions de la 
frappe de pièces de un et de deux centimes en cuivre, 
de cinq, dix et vingt centimes en nickel. 

Un arrêté royal du 23 mai 1911, a décidé une nouvelle 
frappe de monnaie de nickel pour une valeur nominale 
de un million de francs. 

Enfin, le décret du 18 juillet 1911 a doté la Colonie 
d'une institution de crédit, organisée d'une façon ana- 
logue à la Banque nationale de Belgique : la Banque du 
Congo belge est autorisée, sous certaines conditions, à 
émettre dans la Colonie, des billets au porteur payables 
à vue. 

Au cours de l'année 1911, l'administration a importé 
pour 11.557.300 francs de numéraire ; cette importation, 
s'élevait, pour la banque du Congo, à 3.231.200 fraiics, 
soit un total de 14.788.500 francs. 



196 



Les pièces d'argent frappées par l'Elat indépendant 
du Congo ont cessé d'avoir cours légal dans la colonie. 



L'importation des armes à feu 

L'article 8 de l'acte général de la Conférence de Bru- 
xelles indique très nettement dans quel esprit a été 




Les armes à feu 



réglée la question de l'importation des armes à feu au 
Congo : 

« L'expérience de toutes les nations qui ont des rap- 



— 197 



ports avec l'Afrique ayant démontré le rôle pernicieux 
et prépondérant des armes à feu dans les opérations de 
traite et dans les guerres intestines entre tribus indi- 
gènes, et cette même expérience ayant prouvé manifes- 
tement que la conservation des populations africaines, 
dont les Puissances ont la volonté expresse de sauvegar- 
der l'existence, est une impossibilité radicale si des 
mesures restrictives du commerce des armes à feu et de 
leurs munitions ne sont établies, les Puissances déci- 
dent que l'importation des armes à feu ainsi que 

de la poudre, des balles et des cartouches, est 

interdite entre le 20^ parallèle nord et le 22*^ parallèle 
sud » 

En vertu de cet acte, l'importation des armes était 
donc interdite en principe ; elle fut cependant auto- 
risée dans certains cas et moyennant certaines con- 
ditions : le dépôt des armes dans un entrepôt public 
placé sous le contrôle de l'Etat ou exceptionnellement 
dans un entrepôt privé, et leur retrait par des personnes 
offrant des garanties suffisantes lorsqu'il s'agissait 
d'armes devant servir exclusivement à leur défense per- 
sonnelle ; le retrait limité aux fusils à silex non rayés et 
aux poudres communes dite de traite pour les armes 
destinées à la vente. 

Les décrets du 10 mars 1892 et du 28 avril 1904 auto- 
risaient le transport, le trafic et la détention des fusils à 
silex non rayés et des poudres communes dites de traite 
dans les anciens districts du Bas et du Moyen-Congo, du 
Kwango, du Kasai et du Kalanga. 

Un certain nombre de Puissances représentées à la 
Conférence de Bruxelles de 1908 conclurent, le 22 juillet 

198 — 



de la même année, et en dehors de la conférence, une 
convention en exécution de laquelle un décret du 6 jan- 
vier 1909 publié au bulletin officiel, interdisait l'expor- 
tation de toute espèce d'armes à feu, de munitions et de 
poudres destinées à des indigènes ainsi que la vente et la 
délivrance de toute espèce d'armes à feu, etc. à des noirs. 
Il résultait de ces différents décrets que le Congo belge 
pouvait être divisé en 1909 au point de vue du régime 
des armes, en 4 zones : 

a) la zone pointillée où l'importation, la vente et la 
délivrance d'armes à feu, de munitions et de poudre 
destinées à des indigènes étaient interdites (décret du 
6 janvier 1909) mais où le transport et la détention des 
fusils à silex non rayés et de la poudre de traite étaient 
autorisés (décrets du 10 mars 1892 et du 28 avril 1904) ; 

b) la zone striée verticalement, où l'importation, la 
vente et la délivrance d'armes à feu, de munitions et de 
poudre destinées à des indigènes étaient interdites 
(décret du 6 janvier 1909) ; 

c) la zone striée horizontalement, où le transport, le 
trafic et la détention des fusils à silex et des poudres de 
traite étaient autorisés (décrets du 10 mars 1892 et du 
28 avril 1904) ; 

d) le restant du territoire où l'importation, le trafic, le 
transport et la détention d'armes à feu, de poudre, de 
balles et de cartouches étaient interdits (décret du 
10 mars 1892). 

Le décret du 6 janvier 1912 a modifié certains articles 
de celui du 10 mars 1892 et abrogé celui du 28 avril 1904 : 
désormais c'est le Gouverneur général qui détermine 

- 199 



les circonscriptions territoriales où sont autorisés le 
transport, le trafic et la détention des fusils à silex non 
rayés et des poudres communes dites de traite. 

Ces opérations ne sont licites qu'à la condition que l'on 
soit muni d'un permis de port d'armes valable pour un 
an et délivré après paiement d'une taxe variant de un à 
six francs, suivant la nature des armes. 

Cependant les personnes qui se livrent au commerce 
des armes et des munitions, ne payent qu'une taxe 
unique de cinquante francs. 

La protection des indigènes. 

L'acte général de la Conférence de Berlin prévoyait 
dans son article 6 des dispositions à prendre pour la pro- 
tection des indigènes. 

. Fidèle à cet engagement, l'Etat indépendant institua, 
le 18 septembre 1896, une commission pour la protection 
des indigènes, dont les membres, choisis parmi les repré- 
sentants des associations philanthropiques et religieuses, 
étaient nommés pour un terme de deux années. 

Actuellement une Commission permanente est chargée 
de veiller sur tout le territoire de la colonie, à la protec- 
tion des indigènes et à l'amélioration de leurs conditions 
morales et matérielles d'existence. Cette Commission 
dont le président est le procureur-général près le tribunal 
d'appel de la Capitale, comprend neuf membres et se 
réunit au moins une fois chaque année. Elle adresse 
tous les ans au Roi un rapport collectif sur les mesures 
qu'il convient de prendre en faveur des indigènes. Les 
membres de la Commission ont le droit et le devoir de 

200 — 



)k 'U W riv Mt W Tît /Il W rit /H Jl V /Il 'Il *4l /?t /Il 'Il Jll Wl W /4 1 7« ^lUIl -Ul /-Il ^t l /Il >W rit 'il >H ^'11 WUU >U ,!H Wl )l\ 

signaler à l'attention des officiers du ministère public, 
même d'une façon individuelle, tout abus ou illégalité 
dont les indigènes pourraient être victimes. 

Le Gouvernement ayant admis le principe de la mino- 
rité des aborigènes s'est trouvé dans l'obligation de 
prendre encore d'autres mesures parmi lesquelles nous 
examinerons l'organisation de la justice et la réglemen- 
tation des contrats de louage. 

La Justice. 

L'organisation de la justice soutient avec avantage la 
comparaison avec celle des autres colonies du bassin 
conventionnel du Congo. 

Le Gouvernement s'est préoccupé d'assurer à ses sujets 
noirs une bonne et prompte justice, intègre, impartiale, 
éclairée, indépendante et assurée par un personnel 
suffisamment nombreux. 

Il ne faut pas perdre de vue que dans une colonie, 
en raison de la présence de deux races dont l'une, colo- 
nisatrice, a parfois des tendances à opprimer la race 
autoclitone, la justice a pour objet de protéger non- 
seulement entre eux les hommes d'une même race, mais 
aussi les deux races l'une contre l'autre. 

Voyons comment l'organisation de la justice au Congo 
répond à ces desiderata : 

Tout d'abord, lorsque les parties en cause sont des 
indigènes, ceux-ci peuvent indifféremment soumettre 
leurs litiges soit aux juridictions européennes, soit à leurs 
chefs locaux, qui deviennent dès lors de véritables juges. 

- 201 



En matière répressive, les chefs locaux auxquels la 
coutume indigène reconnait ce droit, peuvent réprimer 
conformément aux coutumes locales et pour autant que 
celles-ci ne soient pas contraires à nos principes de 
civilisation, les fautes peu graves commises par les noirs 
soumis à leur autorité. 

En cas d'infractions graves, les chefs locaux n'inter- 
viennent pas, en principe, si ce n'est pour aider le 
parquet dans la recherche de ces infractions ou pour 
l'arrestation des coupables. 

Les tribunaux de P"" instance, au nombre de sept, ont 
compétence en matière civile, commerciale et pénale. 
Pour éviter aux justiciables de trop longs déplacements, 
il y a obligation, pour ces tribunaux, de tenir dans les 
localités déterminées par le Gouverneur général, le 
nombre de sessions périodiques fixé par lui. 

Douze tribunaux territoriaux n'ont de compétence 
qu'en matière pénale ; il y a lieu de faire remarquer que 
les officiers du ministère public, docteurs en droit, ont 
qualité pour juger sur place, au cours de leurs tournées 
et dans leur ressort respectif s'entend, les contestations 
et les infractions de peu d'importance ; leur compétence 
s'étend également aux infractions commises par les 
indigènes en violation de certains articles du code 
pénal : ceux qui prévoient les fautes les plus usuelles de 
la vie indigène. 

Un tribunal d'appel siège à Boma. Il connaît des appels 
interjetés par les personnes de race européenne, quelle 
que soit la peine prononcée et par les indigènes condam- 
nés à plus de sept jours de servitude pénale et de deux 
cents francs d'amende. 

202 - 



W -'« !*l -it !i\ Ut nXfK !*X îitTît W/l^ 'Il '4-t M -It 7K Ut fit 'It 'Il JU ^'H ni 7lt -'U U* 'W W îlt îr Jlt Tit Ttt Wîttîtt/'U 'U 

Enfin le dernier échelon de l'organisation judiciaire 
est formé par le conseil supérieur qui siège à Bruxelles 
soit en cassation, soit en appel. 

Cette organisation est complétée au point de vue 
militaire par des conseils de guerre de P^ instance qui 
peuvent juger même les civils dans une région placée 
sous le régime militaire spécial et par le conseil de guerre 
d'appel qui siège à Boma. 

Le personnel de la justice comprend le Directeur de la 
Justice, deux Procureurs généraux placés sous la haute 
autorité du Ministre des Colonies, mais ayant le droit 
actuellement, en vertu de la loi du 18 octobre 1908, de 
décider de l'action publique et d'exercer tous les pou- 
voirs d'organisation et d'administration de la justice 
autrefois réservés au Gouverneur général. En dehors de 
ces hauts magistrats, le Ministère public comprend des 
procureurs d'Etat, des substituts et des oflîciers de 
police judiciaire. 

Le régime pénitentiaire appliqué aux indigènes est 
tout-à-fait digne des peuples civilisés. 

Une maison centrale est établie au siège de chaque 
tribunal de l'^'^ instance : on y envoie les condamnés qui 
ont à subir une peine d'incarcération de deux ans au 
moins et des maisons d'arrêt existent dans chaque chef- 
lieu de district ou de zone et au siège de chaque tribu- 
nal répressif. 

Tous ces bâtiments sont construits de manière à 
assurer l'hygiène des détenus en leur fournissant un 

— 203 



cube d'air suffisant ; l'hygiène morale n'est pas non plus 
perdue de vue : les individus y sont classés en catégories 
distinctes et séparées de manière à éviter non seulement 
la promiscuité des sexes, mais encore le mélange d'élé- 
ments tout-à-fait mauvais, avec des éléments en voie 
d'amendement, pour lesquels il a été créé une classe 
d'amendement. Les détenus sont généralement astreints 
à un travail et reçoivent la même nourriture que les 
travailleurs. 

Le nombre des magistrats de carrière est actuelle- 
ment de septante-sept dont cinquante-trois Belges. 

Les contrats de louage 

La réglementation des contrats de louage requit de 
bonne heure l'attention du Gouvernement et la chose 
s'explique aisément : il importait, en effet, après avoir 
fait d'aussi lourds sacrifices pour extirper la traite et 
dans une certaine mesure l'esclavage domestique, 
d'éviter que les contrats de louage ne pussent consacrer 
un esclavage déguisé. 

D'où l'obligation imposée aussi bien aux agents de la 
Colonie qu'aux particuliers, de fournir à tont travailleur 
noir un contrat écrit et visé, quand le temps de service 
dépasse trois mois, le visa devant donner la preuve 
que le noir qui l'a signé a bien pris connaissance des 
clauses du contrat et qu'il les accepte de son plein gré : 
le fonctionnaire qui appose son visa a pour devoir 
de s'assurer, en interrogeant l'intéressé, s'il en est bien 
ainsi. 

204 — 



Le non-visa a pour conséquence d'enlever aux maîtres 
le moyen de prouver qu'il y a contrat, tandis que le 
noir peut s'en prévaloir s'il peut en établir l'existence 
par les voies de preuves du droit commun. 

Un décret du 25 janvier 1912 complète les mesures de 
précaution prises en faveur du travailleur en réglemen- 
tant très sévèrement le recrutement. 

Enfin un décret du 9 février de la même année, a 
institué pour la répression des fautes commises par les 
noirs en violation de leur contrat, une procédure spé- 
ciale qui permet d'atteindre rapidement les coupables. 

L'AMÉLIORATION 
DE LA SITUATION ÉCONOMIQUE 

Il est parfaitement légitime d'affirmer que toute 
mesure prise en vue d'améliorer la situation écono- 
mique de la Colonie devait servir en même temps les 
intérêts de la civilisation en augmentant les ressources 
du jeune Etat. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que 
l'Etat indépendant n'avait pas à compter sur l'aide de 
la métropole pour traverser l'ère si difficile des débuts 
où tout devait être créé. 

Supposez une situation économique moins bien 
établie, moins florissante, et du coup, beaucoup de 
belles idées restaient à l'état de rêve stérile, faute de 
ressources pour les réaliser. 

Les produits du sous-sol 

Le Congo est appelé à prendre, dans un avenir assez 
proche, une place enviable parmi les centres miniers 
importants du monde. 

— 205 



^^:-^^^mmîlt^r|t^eîtm^^^Ht)îtm*îtHtïît»Hlt^t^9ltîî??l9lt^t^ 




La région minière du Katanga 



206 — 



Outre le fer que l'on trouve dans toutes les parties de 
l'Etat, le sous-sol de notre Colonie renferme des quan- 
tités énormes de minerai de cuivre, accumulées surtout 
au Katanga. Les gisements à!étain occupent dans cette 
dernière région une zone s'étendant sur plus de cent 
quarante kilomètres de longueur. Vor est exploité dans 
le Katanga et à Kilo. Enfin, il nous reste encore à citer, 
au point de vue minier, des produits qui sont repré- 
sentés dans des proportions beaucoup plus infimes tels 
que Vargent, le palladium, le nickel, le manganèse, le 
plomb, la houille, les terres rares et le diamant. 

Dans le but de hâter la mise en valeur du sous-sol, le 
Gouvernement a surtout encouragé la formation de 
sociétés puissantes, disposant de capitaux suffisants 
pour conduire à bien les recherches et l'exploitation ; de 
plus, afin de se créer des ressources, il s'est réservé dans 
les bénéfices une part qui ne descend jamais au tiers de 
ceux-ci et en atteint souvent la moitié. 

Enfin, soucieux de ne laisser échapper aucune occasion 
d'améliorer et de compléter son outillage économique, 
il s'est décidé à accorder des droits miniers impor- 
tants à des sociétés concessionnaires de chemins de fer. 
Cette sage mesure a eu pour résultat d'encourager la 
souscription des capitaux nécessaires à ce genre d'en- 
treprises et de favoriser l'établissement dans son terri- 
toire d'un vaste réseau de voies ferrées. 

Certaines mines sont exploitées en régie : c'est le cas 
pour celle de Kilo dont la production d'or a été de 
656 kgs en 1909 et de 876 kgs en 1910. La présence de ce 

— 207 



métal précieux a été signalée également dans le lit de 
l'Arinvimi et dans celui de la Moto (Uele) : ces deux 
centres miniers sont en voie d'installation. 

Plusieurs sociétés et particuliers s'occupent d'exploi- 
tations minières : la Société de l'Union minière du 
Haut-Katanga notamment, travaille d'arrache-pied à la 
mise en activité de la mine de cuivre d'Elisabethville 
(ancienne Etoile du Congo). 

Enfin d'autres compagnies procèdent à des travaux de 
prospection préparatoire à une exploitation en règle. Ce 
sont notamment la Compagnie des chemins de fer du 
Congo supérieur aux grands lacs africains qui opère 
dans le Maniema ; la Société internationale forestière et 
minière du Congo qui travaille surtout dans le nord-est 
de sa concession, tandis que la Compagnie du chemin 
de fer du Bas-Congo au Katanga a orienté ses recherches 
principalement vers le Haut-Kasai. 

Il a été exporté en 1910 : 

153 kgs 049 de minerai de cuivre valant frs 90.177,85 

756 kgs 037 d'or brut » » 2.514.922,23 

Les produits d'origine animale 

A part l'ivoire, les produits d'origine animale ont été 
jusqu'à présent peu exploités. L'ivoire, à lui seul, 
cependant, a formé pendant un certain temps, le prin- 
cipal produit d'exportation de la Colonie, et grâce à 
lui, le marché d'Anvers, de création récente, n'a pas 
tardé à surpasser celui de Liverpool et même celui de 
Londres. 

208 - 



it£ lii iti ili ittuiat; itiiti iU Ui U; SJfc iti itiiJi iti iU Ui Ui tti iti Ui Ui iti iî* iU iU iiiitt 4*; i*^ 
Tît r« îït îït 7?tî« 7*^ /♦tîtt ?F Tît îît tR 7ît îlt 7+^ 

Total des ventes en 1911 : Anvers, 342.413 kgs 

Londres, 276.000 » 
Liverpool, 13.750 » 

L'ivoire se classifie diversement suivant le point de 
vue auquel on se place : si l'on ne considère que l'ori- 

3»^ 



100 lTdnne& 



tjâ? 1900 

Les exportations d'ivoire. 



1910 



gine, on distingue l'ivoire ordinaire, l'ivoire vert et 
l'ivoire mort ; commercialement parlant, on répartit 



Ivoire : exportations comparées : 
1908. Protectorat de l'Afrique orientale allemande 895.382 f rs 

1908. » duKanierun 1.125.460 frs 

1909-10. » de l'Afrique orientale an^^laise 718.025 frs 



14 



- 209 



l'ivoire en six variétés principales parmi lesquelles les 
dents à billes ont, toute proportion gardée, la plus 
grande valeur ; enfin une troisième classification diffé- 
rencie l'ivoire doux, provenant de l'éléphant des rochers 
et des montagnes, de l'ivoire dur enlevé à l'éléphant des 
plaines et des marécages. 

Pour éviter une destruction rapide de l'éléphant, le 
Gouvernement s'est trouvé dans l'obligation de prendre 
des mesures de protection sérieuses. 

La chasse à l'éléphant n'est permise qu'après l'obten- 
tion d'un permis de chasse de cinq cents francs délivré à 
tout individu chassant au moyen d'armes perfection- 
nées, et le payement d'une taxe de cinquante ou de dix 
francs par arme suivant la nature de celle-ci. 

L'autorisation de chasse est accordée aux indigènes 
moyennant remise de la moitié de l'ivoire obtenu. 

De plus, des poursuites sont exercées contre tous ceux 
qui sont trouvés détenteurs de pointes de moins de 
deux kilogrammes, c'est-à-dire provenant d'animaux 
non adultes. 

Toutes ces mesures n'ayant pas encore donné des 
résultats suffisants, le 30 juin 1909, le Gouverneur 
général a rendu une ordonnance défendant de tuer plus 
de deux éléphants pendant la période de la chasse ; en ce 
qui concerne l'enclave de Lado, les abus qu'on y a 
constatés, ont provoqué l'interdiction absolue de la 
chasse à l'éléphant dans cette région. 

Actuellement l'ivoire est soumis à l'enregistrement de 
l'administration, d'une façon obligatoire, dans toute 
l'étendue du territoire de la Colonie. 

210 — 



! 



Il a été exporté du Congo belge en 1910 : 236.822 kgs 
d'ivoire valant : frs. 6.056.475,75. 

Le commerce d'un autre produit d'origine animale, 
les peaux de bêtes, a pris une certaine extension; c'est 
ainsi que l'année 1910 a vu exporter de notre colonie 
10.772 kgs de peaux brutes valant 17.686,2-4 frs. C'est là 
un début évidemment, mais rien ne dit que ce commerce 
n'est pas appelé à un certain développement. 

Les produits végétaux. 

Le caoutchouc. — Il suffit de jeter un coup d'œil sur 
les exportations pour voir que le caoutchouc se classe en 
tête des végétaux actuellement productifs de notre 
colonie. 

Le diagramme de la page 212 montre à suffisance dans 
quelles proportions remarquables ont augmenté les 
exportations de cette gomme. 

Cependant, une exploitation inconsidérée eiit pu ame- 
ner l'épuisement des richesses caoutchoutières de la 
colonie; aussi le Gouvernement, sagement avisé, s'est-il 
empressé de prendre des mesures destinées à empêcher 
cette éventualité de se produire : défense a d'abord été 
faite, d'une manière absolue, de couper les arbres et les 



Caoutchouc : exportations comparées : 

1908. Protectorat de l'Afrique orientale allemande 1.391.329 frs 

1908. » duKamerun 5.974.675 frs 

1909-10. » de l'Afrique orientale anglaise. 563.600 frs 

- 211 



^î:4HtHr)îr«t^)îtHf^iîtHt^^iît«r^i|t)ît^^t«t«t)ît^i|t)îtHt«i)^^ 



lianes ; — ensuite l'Etat procéda à des replantations, 
qui, d'abord dispersées sur tout le territoire, furent 
ensuite concentrées dans des postes agricoles choisis 
dans différents districts indépendamment de trois 



tooo, 



1B0D I Tonnes 



Ti 



W} 1900 i9|0 

Les exportations de caoutchouc 

grands centres de culture d'essence à caoutchouc 
établis au Mayumbe, dans l'Ubangi et au Kasai ; 
enfin les particuliers qui récoltaient de la précieuse 
gomme étaient , jusqu'en ces derniers temps, obligés 
de replanter un nombre d'arbres ou de lianes pro- 
portionné à la quantité du produit récolté. Cependant, 
en présence des résultats peu satisfaisants obtenus par 



212 - 



l'application de cette dernière mesure et des réclamations 
présentées par les intéressés, le Gouvernement abrogeant 
l'obligation de la replantation, l'a remplacée par une taxe 
de fr. 0,40 par kg. de caoutchouc d'arbres ou de lianes 
récolté et de fr. 0,20 par kg. de caoutchouc des herbes. 

Des plantations d'Etat seront créées au moyen de cette 
taxe et de certaines ressources du budget extraordi- 
naires ; on compte obtenir de la sorte en une dizaine 
d'années, un patrimoine dont les revenus alimenteront 
largement le budget. 

La production mondiale du caoutchouc dépasse 
actuellement nouante mille tonnes. 

Il en a été exporté du Congo belge en 1910 : 
3.416.784 kgs d'une valeur de frs 51.015.649,44. 

La gutta-percha. Diverses tentatives d'introduction 
au Congo des arbres à gutta-percha et à balata, ont 
été faites à partir de 1893 : elles ont démontré, en fin de 
compte, que leur acclimatement était possible. 

Depuis la fondation du jardin colonial de Laeken, de 
nombreux envois de jeunes plantes ont été effectués à 
destination de Boma, de Kalamu et d'Eala. 

Le copal. L'arbre à copal est très répandu au Congo 
où il donne une résine très appréciée dans l'industrie. 
Le copal se présente sous deux aspects : le copal vert 
fraîchement récolté et le copal fossile, de beaucoup supé- 
rieur au premier. 

— 213 



Il a été exporté en 1910 du Congo belge : 975,511 kgs 
de copal d'une valeur de frs 1.314.347,82. 

Les bois. — Une grande partie du territoire est cou- 
verte de forêts : l'immense forêt équatoriale en occupe 
toute la partie centrale et non loin de la côte se développe 
la forêt du Mayumbe ; de plus, beaucoup de rivières 
sont bordées de lambeaux de forêt désignés sous le nom 
de forêts galeries. 

Les différentes essences forestières fournissent des 
bois de construction, des bois d'ébénisterie et des bois de 
teinture. 

Divers essais d'exploitation forestière tentés dans le 
Bas-Congo et notamment au Mayumbe, n'ont pas donné 
des résultats rémunérateurs. 

Une exploitation dotée d'une scierie a été établie à 
Lukolela ; elle alimente surtout les chantiers de marine 
de Léo. 

Une assez grande quantité de bois du Congo a été 
utilisée aux Stanley-Falls pour la confection des billes 
de chemin de fer. 

L'AGRICULTURE. 

L'agriculture, surtout lorsqu'il s'agit de colonies, est 
généralement à la base de la richesse du pays. 



Gopal : exportations comparées : 

1908. Protectorat de l'Afrique orientale allemande. 173.165 frs 

214 — 



Elle présente l'avantage de ne pas tenter les aventu- 
riers en raison des capitaux, du temps et des connais- 
sances spéciales qu'elle exige. 

Nous avons la ferme conviction que c'est sur l'agricul- 
ture que repose principalement l'avenir économique de 
la Colonie qui lui devra, dans un temps plus ou moins 
éloigné, une grosse part de ses ressources ; hâtons-nous 
d'ajouter, cependant, que dans l'état actuel des tarifs de 
transports, dont certains ont néanmoins été améliorés, 
bon nombre d'exploitations agricoles ne sont guère 
possibles dans le Haut-Congo ; certaines régions telles 
que le Mayumbe se trouvent, à ce point de vue, dans 
une situation privilégiée. 

Le Gouvernement encourage par tous les moyens, la 
création par les particuliers de plantations de rapport 
ou d'autres cultures : il fournit notamment à ceux-ci, 
moyennant une rémunération raisonnable, des terres 
vacantes propres à la culture. Mais là ne se borne pas son 
action : depuis plusieurs années déjà il a mis à la dispo- 
sition des indigènes, à titre gratuit, les graines que 
ceux-ci désirent obtenir, espérant ainsi les encourager à 
pratiquer la culture sur une plus grande échelle. 

En 1900 fut fondé le jardin botanique d'Eala auquel 
sont annexés un jardin d'essai et une ferme modèle et où 
tous les agents de l'agriculture doivent aller faire un 
stage. On y instruit également des indigènes qui, en 
rentrant dans leurs villages, peuvent faire comprendre à 
leurs congénères les avantages qui ne manqueront pas 
d'être retirés d'une culture rationnelle. 

Des stations d'essai existent également à Zambi près de 
Borna, à Katombe et à Congo da Lemba. 

- 215 



L'arrêté ro3^al du 18 janvier 1911 a divisé le Congo en 
circonscriptions agricoles ; à la tête de chacune d'elles^ 
est placé un agronome. 

Le jardin colonial de Laeken a pour mission d'impor- 
ter au Congo des plantes et des graines originaires de 
pays tropicaux et d'étudier des plantes qui seront 
envoyées dans la colonie ; les candidats aux emplois du 
service de l'agriculture, y reçoivent des leçons pratiques 
d'agronomie coloniale. 

Laeken possède également une ferme modèle et un 
établissement de culture maraichère et fruitière ; ce 
genre de culture s'effectue également à Tervueren. 

Des missions de botanique et d'agriculture ont été 
envoyées au Congo. La plus remarquable est celle qui 
fut confiée à M. Laurent, professeur à l'institut agricole 
de Gembloux : un premier voyage de recherches fut 
effectué dans le Bas-Congo et au Mayumbe ; en 1895 le 
distingué professeur retournait étudier les principaux 
districts de l'intérieur ; malheureusement un troisième 
voyage entrepris en 1903 lui fut fatal. 

Nous ne saurions saluer assez bas la mémoire de cet 
homme qui mourut victime de son dévouement à la 
science. 

Une autre mission conduite en 1895 par M. Dewèvre, 
a réuni également une importante collection d'éléments 
botaniques. 

Enfin le directeur-général de l'agriculture , M. Leplae, 
s'est vu charger d'une mission importante : celle de 
réorganiser les services agricoles de la colonie. Il s'est 



216 



notamment occupé au Katanga, de la recherche de 
terrains propices à la colonisation agricole. 

Les Cultures. 

Parmi les produits cultivés dans notre colonie, les uns 
sont destinés à l'exportation : ce sont les cultures de 
rapport ou cultures industrielles ; les autres rentrent dans 
la catégorie des cultures vivrières ou alimentaires. 

Cultures de rapport 

Essences à caoutchouc. — Nous avons exposé plus 
haut les mesures prises par le Gouvernement pour le 
développement des cultures d'essences caoutchoutifères. 

Indépendamment des cultures qu'il entreprend lui- 
même, il encourage les indigènes à ménager à leur profit 
des plantations du même genre, ce qui entraine comme 
conséquence une amélioration de leurs conditions de vie 
tout en contribuant au développement de la Colonie. 

Cacao. — De nombreux essais de plantations de cacao 
ont été entrepris et se poursuivent encore à l'heure 
présente dans certaines régions ; c'est ainsi que la plan- 
tation d'arbres à cacao de Ganda-Sundi (Mayumbe) se 
développe actuellement sur cent cinquante-cinq hec- 
tares. 



Cacao : exportations comparées : ^ 
1908. Protectorat du Kamerun 3.317,766 frs. 

— 217 



4\ 'U .'K îltîft ■?♦? -ît Ut 'ît 'Il /'Il Ut -'Î!. 4'v -"Il îîi /'î( îît .'I* -'Il )Ii -Iv .'it îIvTit jU .'ît .'iiTît ^t }u )l'y îli ,'Ii ?»t r'it ;;{ /•;', ilOU. 

Il y a lieu de faire remarquer que le cacao exige un 
ensemble de conditions climatériques et autres que l'on 
trouve rarement réunies. 

Sous ce rapport le Mayumbe se trouve dans une 
situation privilégiée : aussi, dès la fin de 1907, l'étendue 
plantée dans cette région atteignait-elle 3704 hectares. 

D'autres parties du territoire permettent encore la 
culture du cacao, notamment les districts de l'Equateur, 
de l'Aruwimi et de Stanleyville, mais elle se trouvent 
dans des conditions moins favorables au point de vue 
des communications et des frais de transport. 

Il a été exporté en 1910 du Congo belge : 901,894 kgs 
de cacao d'une valeur de frs 1.071.372,94. 

Café. — Vers l'année 1897, la culture du café avait 
pris au Congo une extension remarquable : un million 
et demi de plants étaient répartis dans les districts de 
l'Equateur, des Bangala et de Stanleyville. Mais en 
présence de la surproduction du Brésil et de la rareté 
de la main-d'œuvre, il fallut bientôt renoncer à l'espoir 
de voir le café constituer un des principaux articles 
d'exportation. 

Actuellement le café est cultivé principalement dans 
les districts de l'Equateur et de l'Aruwimi. Les récoltes 



Café : exportations comparées : 

1908. Protectorat de l'Afrique orientale allemande. 1.177.777 frs. 

.218 — 



obtenues sont traitées à Kinshasa, puis vendues aux 
particuliers après prélèvement des quantités nécessaires 
au personnel de la Colonie. 

A Stanleyville une station comprenant cent hectares à 
été aménagée pour la culture de différentes espèces de 
café : on y étudiera les meilleures méthodes de culture. 

Il a été exporté du Congo belge en 1910 : 
7.938 kgs de café d'une valeur de frs 12^03,90. 

Plantes textiles 

Coton. — Bien qu'il existe au Congo plusieurs espèces 
de cotonniers indigènes, le Gouvernement a fait entre- 
prendre à partir de 1893 une série d'expériences qui ont 
démontré que la région équatoriale ne convenait nulle- 
ment pour la culture de cette plante en raison de l'humi- 
dité persistante et de l'abondance des pluies. Cependant 
les essais se poursuivent encore dans le Bas-Congo, 
notamment à Zambi où un champ d'expériences de 
dix hectares a été établi ; ils seront également tentés 
dans l'Uele et dans les régions avoisinant les chemins de 
fer des grands lacs. 

L'administration encourage la culture par les indi- 
gènes dans les districts du Bas-Congo (Mayumbe), du 
Moyen-Congo et du Kasai en leur fournissant des graines 
et en leur garantissant l'achat du produit à un prix 



Coton : exportations comparées : 
1908. Protectorat de l'Afrique orientale allemande. 311.797 frs. 

— 219 



rémunérateur ; des agents de la colonie inspectent les 
plantations et donnent aux indigènes les conseils que 
leur expérience leur suggère. 

Il a été exporté du Congo belge en 1910 : 
126 kgs de coton brut valant frs 189. 

Parmi les autres plantes textiles qui se sont bien accli- 
matées au Congo, il y a lieu de citer la jute produisant 
la fibre de jute ; l'agave qui fournit le chanvre de 
Maurice ; le bananier textile dont on tire le chanvre de 
Manille, la ramie, le sisal et la sansevière. 

Plantes oléag^ineuses 

Le palmier élais dont l'habitat est limité sensiblement 
par le cinquième parallèle nord et le dixième parallèle 
sud, croît spontanément dans toute la région forestière 
tropicale et fournit des noix et une huile employée dans 
la fabrication du savon et des bougies et pour le grais- 
sage des machines. 

Dans certaines régions, les natifs se livrent à une 
exploitation régulière de ce produit, et le Gouvernement 
cherche à amener les indigènes à en entreprendre la 
culture. Ajoutons qu'on doit à l'initiative privée, l'éta- 
blissement de vastes plantations d'élaïs, notamment 
dans le Bas-Congo et qu'une firme importante, celle de 
« Lever brothers limited » s'est chargée de monter en 
différents points du Congo des huileries dont l'établisse- 
ment aura pour effet de substituer une technique 
scientifique à la fabrication indigène. 

220 — 



Il a été exporté du Congo belge en 1910 : 
2.159.967 kgs d'huile de palme valant frs. 1.797.593,53 
et 6.140.741 kgs de noix palmistes valant frs. 2.657.164,16 

L'arachide dont l'aire de dispersion atteint au nord le 
40* degré de latitude et au sud le 35^, est une plante légu- 
mineuse qui produit une huile comestible excellente. 

C'est encore dans le Bas-Congo que les indigènes 
cultivent l'arachide sur la plus grande échelle. Cependant 
des cultures importantes existent aussi dans les districts 
du Moyen-Congo, du Kwango, du lac Léopold II et dans 
une moindre proportion dans les districts du Kasaï et de 
Stanleyville. 

Plantes tinctoriales. 

Les principales plantes tinctoriales qui croissent au 
Congo sont : l'indigotier, le rocouyer et l'orseille. Les 
deux premières ont fait l'objet de cultures expérimen- 
tales, mais il ne semble pas que les résultats en soient 
satisfaisants. 

Autres plantes 

Un grand nombre d'autres plantes sont cultivées 
au Congo. 

Ce sont notamment : 

le kolatier ; 

le tabac dont on poursuit les cultures d'essai ; 

la citronnelle fournissant l'essence de verveine et 
cultivée à Eala et dans le Bas-Congo ; 

le vétiver, donnant l'essence du même nom, et 
cultivé également à Eala ; 

— 221 



le cannelier de Ceyian dont on obtient l'essence de 
cannelle. 

Parmi les plantes à parfum qui donnent de bons 
résultats à l'Equateur et dans le Bas-Congo, il convient 
de citer : le patchouli, la ketmie musquée fournissant la 
graine d'ambrette et le basilic. 

Bien que la forêt africaine renferme de nombreuses 
espèces du genre vanilla, aucune d'elles n'a été capable 
de produire jusqu'à présent de la vanille commerciale. 

On cultive encore à Eala : des théiers, des plantes à 
épices et à aromates : giroflier, cardamome, gingembre 
et poivrier, des plantes médicinales produisant l'ipéca, 
le camphre, la strophantine, l'huile de croton, la 
quinine, la cocaïne, etc. 

Des expériences se poursuivent au même jardin bota- 
nique en vue de produire des essences de citronniers, 
d'orangers et de bergamottiers. 

Quant aux essais d'introduction de la vigne ils n'ont 
guère réussi jusqu'à présent. 

Cultures vivrières. 

Autour de chaque poste existent des cultures destinées 
à assurer l'alimentation du personnel ; elles sont entre- 
tenues par les Irnvailleurs et les soldats. 

Indépendamment de celles-ci trois grands centres de 
cultures vivrières ont été créés : l'un dans le Bas-Congo> 

222 - 



un deuxième dans le Congo-Moyen et un troisième dans 
le Haut-Congo. 

L'indigène, lui aussi, cultive ce qui lui est nécessaire 
pour sa subsistance. Labase de lanourriture est constitué 
par le manioc, le maïs, le riz, la patate douce, la banane, 
l'arachide, le sorgho, le millet et l'igname ; cependant 
dans la zone située à l'ouest d'une ligne prolongeant vers 
le nord et vers le sud la direction générale du Lomami, 
c'est le manioc qui domine, tandis que la région située à 
l'est de la même ligne est caractérisée par la prédomi- 
nance des céréales. 

Dans certaines parties de la Colonie, l'indigène, con- 
seillé par les agents du service agricole, commence 
à étendre les cultures au delà de ses besoins pour en 
vendre à son profit les produits récoltés. Des semences 
ont d'ailleurs été distribuées dans plusieurs régions 
dans le but d'encourager les natifs à s'occuper de cul- 
tures vivrières et fruitières. 

Une enquête sérieuse sur les cultures indigènes a été 
instituée et de nombreux champs d'expérience pour 
l'amélioration de ces cultures ont été établis. 

Le manioc est une plante originaire d'Amérique et 
introduite par la côte il y a quelque deux siècles. On en 
rencontre au Congo deux variétés dont l'une contient 
des principes toxiques. 

Cette plante, cultivée dans la majeure partie du terri- 
toire, fournit aux indigènes une nourriture substantielle 
et économique, qu'ils consomment généralement sous la 
forme de pain de manioc ou shikwangue. 

— 22a. 



"iti tfi tti itî 'iti Y'i Vti Vf! "iti 'it, "Ht îti Vfi Vti tti V fi 'ïti 'iti «t. Iti Vfi V^. ' ^- 'it i V t i t tt > f; tti I ti ) ti >ti tti Vt i •!*■ '>»= >*■ v- >♦• >*-r n*' 
î-U fit ^ tt 'i\ 'ii Tv ?*î ^ Ttv^ %t us, 'iv i! ?♦ V Un Ux U'v Un '•H. S»v îît "«. îtl Ut flt ÎR Wl 'H, '4', îiv 'ii -iv îU '11. JU Ul !lv Si 

Elle présente rinconvénient d'épuiser rapidement le 
sol et d'obliger à de fréquents déboisements. 

Le manioc fournit un produit d'exportation: le tapioca. 

Le maïs est également très répandu ; les épis fournis- 
sent une bonne nourriture aux noirs et les tiges servent 
à l'alimentation du bétail. 

Il donne deux récoltes par an dans le Bas-Congo et 
jusqu'à trois et quatre récoltes dans le Haut. 

Exportation en 1910 : 7.750 kgs valant frs 947.34. 

Le riz se présente au Congo sous deux variétés : le riz 
des marais et le riz des montagnes. 

Des rizières sont établies à Basoko, Ibembo, Nouvelle- 
Anvers, etc. 

Dans le district de Stanleyville, chez les populations 
arabisées, de grandes cultures de riz servent surtout à 
ravitailler les travailleurs de la compagnie du chemin de 
fer du Congo supérieur aux grands lacs africains. 

Le riz indigène des Falls est cultivé aussi dans le 
Bas-Congo à Kitobola ; la production de ce poste est 
absorbée en majeure partie par le personnel de la station 
de Léopoldville. Kitobola est pourvue d'un outillage 
mécanique perfectionné, qui lui permet de produire 
annuellement plus de 100.000 kilogrammes de riz. 

Des semences et les instruments nécessaires ont été 
distribués aux populations de l'Aruwimi. 

Exportation en 1910 : 87.222 kgs valant frs 43.611.00. 

A citer encore parmi les cultures vivrières, la patate 
224 — 



douce et l'igname très cultivées au Congo et donnant des 
tubercules féculents ; les bananiers de plusieurs variétés 
dont les fruits sont consommés en grandes quantités et 
très appréciés des noirs et même des blancs ; les sorgho 
dont on extrait une farine et une boisson semblable à la 
bière, mais qui ne sont cultivés sur une grande échelle 
que dans l'Uele, le Katanga et à Test du Loniami ; le 
millet et l'éleusine, le froment et les cultures potagères 
que possède chaque poste. 

Parmi les fruits : le papayer, le manguier, l'avocatier, 
le goyavier» l'ananas, etc. 

Le Gouvernement a fait établir des champs d'expé- 
rience en vue de perfectionner les cultures indigènes à 
Kitobola (cannes à sucre), à Congo da Lemba (ananas 
€t bananiers) et à Zambi (maïs, froment et lin). 

L'élevage. 

Si la création de voies ferrées a fait faire un grand pas 
à la question de la suppression du portage, il n'en reste 
pas moins vrai que de sérieux services ont été rendus 
dans cet ordre d'idées par l'emploi de chariots à bœufs 
qui sont utilisés notamment au Katanga et dans TUele. 

Comme nous l'avons vu dans un chapitre précédent, 
l'introduction du bétail parmi les peuplades indigènes 
a rendu un autre service encore à la cause de la civili- 
sation en contribuant, sinon à faire disparaître, tout au 
moins à réduire dans une proportion sérieuse les actes 
de cannibalisme. 

15 - 225 



Il y a de nombreuses variétés de races bovines au 
Congo, mais elles proviennent toutes du mélange du 
bœuf et du zébu. 

On rencontre notamment du bétail dans le Bas-Congo 
où il a été importé du Benguela et du Mossamédès ; 
au Kasai où il est originaire de l'Angola ; dans le nord- 
est de l'Etat où l'on se rapproche de plus en plus du zébu 
au fur à mesure que l'on remonte vers le nord, et enfin 
dans rUbangi. 

Parmi les peuplades qui possèdent du gros bétail, 
citons les tribus voisines du lac Albert, les Maniema et 
en proportions beaucoup moindres, certaines tribus du 
Kasai, du Katanga et du Kwango. 

La plupart des postes possèdent actuellement au 
moins quelques tètes de bétail qui fournissent ainsi du 
lait et de la viande de boucherie, dont la consommation 
produit une influence si bienfaisante sur la santé des 
Européens ; les bœufs rendent également des services 
pour la traction et les travaux des champs. 

Des animaux reproducteurs sont cédés aux missions ; 
on leur procure, dans la limite des disponibilités et à 
titre gratuit, un taureau d'élevage et deux bœufs dressés 
pour la charrue et à titre de prêt cinq vaches. 

Des essais de croisements de taureaux de race belge 
de la variété pie-rouge des Flandres avec le bétail indi- 
gène du Bas-Congo ont donné de bons résultats. 

D'autres tentatives intéressantes sont également à 
citer : importation de génisses belges pleines — expé- 
riences de laiterie à Zambi — introduction de bêtes à 
cornes du Dahomey, de buffles d'Italie et de zébus de la 
race Nellore des Indes. 

226 — 



Le nombre des postes d'élevage au V^ janvier 1912 
était de vingt et un. 

Quinze vétérinaires dirigent actuellement les services 
de l'élevage. 

Quant au nombre de têtes de bétail du Gouvernement, 
qui, en 1901, ne dépassait pas les 924 unités, il atteint 
actuellement le chiffre de 5192 têtes. 

Les centres d'élevage intéressants sont : d'abord, celui 
de Mateba, exploité par une compagnie, et de loin le 
plus important ; puis ceux de Zambi, Kitobola, Dolo, 
Yakoma, Dungu, Uvira, Luvungi, Rutshuru, Kasongo, 
Luluabourg, Lusambo et d'Eala. 

Des fermes modèles existent à Zambi, Kitobola, Gada, 
Eala, Nyangwe ; on s'efforce d'y créer par sélection des 
bêtes laitières et des bêtes de boucherie. 

Enfin, à la ferme de Zambi, un matériel de stérilisa- 
tion permet de fournir le lait destiné aux hôpitaux et 
aux agglomérations du Bas-Congo. 

L'espèce chevaline a été introduite partie par le bas- 
fleuve et partie par le nord ; l'expérience n'a pas 
donné de résultats appréciables, mais il convient de 
reconnaître que les fonds consacrés à ces essais furent 
insuffisants. Actuellement, les haras les plus impor- 
tants sont établis à Bambili, Yakoma et Boma, et de 
nouveaux haras s'organisent dans les districts de Stan- 
leyville, du Kasai et du Haut-Uele. 

Des lots de reproducteurs du Sénégal et de la Galicie 
ont été envoyés à Zambi, pour permettre l'essai d'élevage 
du petit cheval de sang. 

- 227 



Quant à Tâne, plus résistant et plus utile que le 
cheval, on en rencontre deux bonnes races: 1 ane de 
Mascate vers l'est et l'àne des Canaries dans le centre 
et dans la région côtière. 

En 1911, la station agricole de Zambi a reçu plus de 
trois cents ânes reproducteurs, originaires pour la 
plupart du Poitou et de l'Italie ; quelques-uns appar- 
tiennent à la race maure du Sénégal. 

Le mulet, en raison de son prix élevé et de l'impossi- 
bilité de la reproduction, est moins répandu. Le Gou- 
vernement procède dans le Bas-Congo à des essais de 
production de mulets. 

Le mouton sert également de bête laitière et d'animal 
de boucherie. Celui que possèdent les indigènes de 
différentes régions du Congo, appartient généralement à 
une variété de la race soudanaise. 

La chèvre est élevée par les indigènes de toute la 
Colonie, à de rares exceptions près. 

Des chèvres laitières de la race blanche de Flandres 
ont été envoyées dans le Bas-Congo où l'expérience 
démontrera s'il y a lieu de procéder à cette importation 
sur une grande échelle. 

Le porc, moins abondant, est souvent atteint de 
ladrerie. 

Des essais d'élevage du porc belge à Zambi donnent 
des résultats favorables. 



228 - 



}^-^M-ii-îi-:ix';tix^-^-UM-^iit'iiM'i^î^îi^^^^^^ 



En ce qui concerne les animaux de basse-cour, la poule 
seule est élevée sur une très grande échelle par les indi- 
gènes: on voit rarement un chef indigène s'approcher du 
blanc sans tenir à la main par la patte et la tête en bas 
trois ou quatre malheureuses poules, en échange des- 
quelles il espère.... obtenir un cadeau représentant dix 
fois la valeur des volatiles. 

Un élevage de volailles fonctionne à Zambi. 

Le canard et le pigeon se sont fort bien acclimatés. 

Des essais d'élevage intéressants ont été tentés : à Api 
(Uele) un établissement s'occupe de la domestication des 
éléphants et les résultats obtenus permettent d'entrevoir 
la possibilité de diminuer le portage dans certaines 
régions, lorsqu'on aura formé un troupeau important 
d'animaux bien dressés ; dès à présent une quarantaine 
d'éléphants sont domestiqués et utilisables pour les tra- 
vaux agricoles ; au Katanga se continuent des essais de 
dressage des zèbres ; citons encore un parc à autruches 
dans rUele et des chameaux des Canaries à Léopold- 
ville : ces derniers au nombre de 8, sont employés aux 
transports à l'intérieur de la station et l'élevage en sera 
tenté sous peu dans le Bas-Congo. 

Enfin, des essais d'élevage des abeilles indigènes et 
des vers à soie se poursuivent également. 

Dans le but d'améliorer l'alimentation du bétail, 
différentes plantes fourragères ont été introduites au 
Congo ; parmi celles-ci il convient de citer le fenu grec, 

— 229 



l'ajonc nain, la luzerne, le sainfoin, les trèfles, la serra- 
delle, les lupins, les choux fourragers, le topinambour, 
les vesces, le sarrasin, les lentilles, les betteraves, le 
sorgho, le millet, etc. 

De plus des éleveurs ont été chargés d'expérimenter 
les fourrages indigènes. 

L'INDUSTRIK. 

Nous avons eu déjà l'occasion d'attirer l'attention sur 
l'importance des industries extractives au Congo ; à 
coté de celles-ci il en est d'autres qui sont plutôt prati- 
quées par les indigènes: ce sont les industries manuelles 
dont la plus remarquable est l'industrie métallurgique. 
Le fer est employé à la confection de lances, de flèches, 
de rasoirs, de houes, etc. ; le cuivre est plutôt utilisé 
comme ornement, notamment pour les armes, instru- 
ments de toilette, etc. De nombreuses tribus comptent 
des forgerons remarquables : telles sont celles des 
Zapo-Zap, des Bakuba, des Mongo, etc. 

L'industrie céramique est également pratiquée sur une 
grande échelle; les poteries se font généralement à la 
main et exceptionnellement au tour. 

La vannerie a pris une grande extension à cause de la 
demande énorme de paniers à caoutchouc servant au 
transport de ce produit ; les autres objets de vannerie 
soutiennent fort bien la comparaison avec les meilleures 
vanneries européennes. 

Mentionnons encore l'industrie du tissage qui fournit 
des étoffes confectionnées au métier, à l'aide de flbresde 
palmier, de coton et de chanvre. 

230 — 



Il entre dans les intentions du Ministre des Colonies 
de mettre à profit les remarquables dispositions de cer- 
taines peuplades, telles que celles du Kasai, pour le 
tissage et la ferronnerie. 

D'autre part la présence de nombreux Européens 
modifie petit-à-petit la situation économique et il n'est 
pas hasardé de prévoir l'éclosion parmi les indigènes, 
et dans un avenir relativement rapproché, d'industries 
nouvelles répondant à des besoins inconnus avant 
l'arrivée des blancs. 

LE MOUVEiMENT COMMERCIAL. 

Si, dans les premiers stades de son évolution, le noir 
ne travaille que contraint, le contact des blancs ne tarde 
pas à provoquer chez lui des besoins qui le poussent 
à travailler volontairement pour obtenir tel ou tel objet 
qui excite sa convoitise. 

Dès lors le commerce est établi dans la Colonie, et les 
statistiques établissent avec quelle rapidité il s'est déve- 
loppé. 



Commerce comparé : 

1907-08 Protectorat de TAfrique orientale bri- 
tannique 34.132.575,00 frs 

1907. Protectorat de l'Afrique orientale alle- 
mande 59.826.485,00 frs 

1906. » du Kamerun 41.779.717,50 frs 

1908. Afrique équatoriale française .... 28.195.000,50 frs 



- 231 



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L'examen des entrées nous montre en majeure partie 
des matériaux nécessaires à l'outillage d'une colonie à 
ses débuts et dans la fièvre de l'organisation; à la sortie, 
on voit dominer les richesses d'un pays tropical en 
pleine voie de développement : en un mot, le Congo 
importe en majeure partie des produits manufacturés, 
tandis qu'à l'exportation les matières premières domi- 
nent ; c'est là, pour une colonie, un indice de santé 
économique. 

Une étude plus attentive des éléments du commerce, 
nous révèle une évolution dont nous ne pouvons que 
nous féliciter : à l'exportation les produits agricoles ont 
remplacé peu à peu l'ivoire, tandis qu'à l'importation 
la régression de l'alcool et des armes à feu a été com- 
pensée par l'augmentation des tissus et des verroteries. 

Enfin si l'axiome « le commerce suit le pavillon » 
avait besoin d'une démonstration, on la trouverait 
dans l'examen de la part de la Belgique, qui a suivi 
parallèlement le mouvement ascensionnel du commerce 
en général. 

Les importations (commerce spécial) (1). 

De frs. 9.175.103,34 en 1893, les importations se sont 
élevées en 1910 à frs. 36.846.508,18 dans lesquels la part 
de la Belgique atteint frs. 27.260.377,76 soit 74 °/o. 



(1) Nous n'envisageons ici que le commerce spécial, c'est-à-dire celui qui 
ne tient compte que des marchandises produites par l'Etat ou introduites 
dans la Colonie pour la consommation et à l'exclusion des produits en 
transit. 



232 - 



Pour se rendre compte de la valeur des importa- 
tions belges par rapport à celles des pays étrangers, il 
suffit de constater à quoi se réduisent les importations 
anglaises qui suivent immédiatement en importance 

^0, 




1^10 



1 . P^/ir o£ LA Belgique 

Les importations. 



celles de nos compatriotes : elles ne dépassent pas, en 
effet, la somme de frs. 3.797.821,91. 



Importations comparées : 
1909-1910. Protectorat de l'Afrique orientale 

britannique frs 19.381.150,00 

1909. Protectorat de l'Afrique orientale 

allemande » 43.427.133,75 

1909. Protectorat du Kamerun .... » 22.153.247,50 
1909. Afrique équatoriale française . . » 10.915.000,00 

— 233 



Vf/ -.»^ \*! V».' \*; -■♦■• >>,- ■;!{ ^f/ ^.f; ;*■• ",♦; ]*( ".tf U; ;tf Y»; lt( >t; Vtf -Ai It» >t> Uf «t* it> ^t» «y «tt W W W ^tf iti ^tf '>ti ^ti Uî ^it f W 

Un coup d'oeil jeté sur les objets importés montre que 
ceux-ci répondent à trois ordres de besoins : l'outillage 
de la colonie, les échanges avec les indigènes et l'entre- 
tien du personnel blanc. 

Parmi les objets d'outillage, citons le matériel de navi- 
gation, de chemins de fer, de construction, de campe- 
ment ; les métaux ouvrés ; les machines agricoles et le 
matériel d'exploitation des mines appelé, lui surtout, à 
se développer dans des proportions sérieuses. 

Les marchandises d'échange consistent principalement 
en tissus de coton, de laine et de toile teinte ; couver- 
tures de coton, de laine, de jute, de bourre de soie, etc. ; 
perles de différentes teintes et de dimensions diverses ; 
fil de laiton, sel, bimbeloterie, ferblanterie, etc., etc. 

Enfm les denrées alimentaires destinées aux agents et 
aux colons entrent pour une part sérieuse dans les objets 
importés. 

Les exportations (commerce spécial). 

Parties de frs L980. 441,45 en 1887, les exportations ont 
monté en 1910 à frs 66.602.295,23 dont la Belgique a 
bénéficié dans une large mesure, puisque la valeur des 
marchandises exportées à destination de ce pays se 
chiffre par frs 58.678.863,10 soit 88.1 °/o. 



Exportations comparées : 

1909-1910. Protectorat de l'Afrique orientale 

britannique frs 14.751.425,00 

1909. Protectorat de l'Afrique orientale 

allemande » 16.399.351,25 

1909. Protectorat du Kamerun .... » 19.626.470,00 

1909. Afrique équatoriale française . . » 17.280.000,00 

:234 — 



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Parmi les principaux produits exportés, citons : 

le caoutchouc frs 51.010.649,44 

l'ivoire » 6.050.470,75 

les noix palmistes . . . frs. 2.607.164,16 

l'or brut 2.514.922,13 

l'huile de palme 1.797.593,53 

le copal 1.314.347,82 

le cacao 1.071.372,94 

et le minerai de cuivre . . . 90.177,85 

,70 




Pa/it 0£ la Belg/Çuç 

Les exportations 



- 235 



LA CRÉATION DE RESSOURCES. 

Pour mener à bien l'œuvre civilisatrice rêvée par 
le Roi Léopold II, il ne suffisait pas d'élaborer un pro- 
gramme idéal : il fallait se créer des ressources pour 
vivre d'abord et ensuite pour réaliser progressivement 
les généreux projets du Fondateur. 

Si un appel à une métropole riche et industrieuse est 
possible et justifié actuellement, il ne l'était nullement 
sous le régime de feu l'Etat indépendant, de sorte que la 
jeune colonie, à part l'avance de vingt-cinq millions 
consentie par la Belgique et les sacrifices personnels du 
Roi Souverain, s'est trouvée entièrement livrée à elle- 
même. 

Dans ces conditions la création de ressources deve- 
nait à la fois une nécessité et un devoir, d'autant plus 
que toute crise financière un peu longue pouvait ruiner 
l'œuvre. 

Impositions directes et personnelles. 

Ces impositions frappent tant les indigènes que les 
non-indigènes. 

Nous ne nous occuperons ici que des seconds, la 
question des impôts indigènes ayant été examinée dans 
un autre chapitre. 

Les impositions auxquelles sont soumis les non- 
indigènes sont établies sur trois bases : 

1) la superficie des bâtiments ; 

2) les employés, les ouvriers et les domestiques ; 

3) les bateaux et embarcations. 

236- 



Pour la l'"^ base elles varient de fr. 0,25 à 0,75 le 
mètre carré ; pour la 2^, de 1 à 3 frs par homme et pour 
la 3^, de 2 à 20 frs par tonneau de mer de jauge. 

Impôt sur le caoutchouc 

L'impôt sur le caoutchouc autre que le caoutchouc 
de plantation, est fixé à fr. 0,75, par kg. de caout- 
chouc d'arbres ou de lianes et à fr. 0,50 pour le 
cao.utchouc dit « des herbes » récolté dans le territoire 
de l'Etat. 

Un droit de licence de 5000 frs (décret du 1^'" février 
1898) qui était exigé de quiconque fondait un établisse- 
ment pour la récolte du caoutchouc dans les forêts 
domaniales ouvertes à l'exploitation publique, a été 
supprimé. 

Taxe d'enregistrement, frais de mesurage, 
droit sur les créances hypothécaires 

La première est fixée à 25 frs ; les deuxièmes varient 
de 60 à 250 frs pour les propriétés de 10 à 50 hectares ; 
à partir de 50 et jusque 100 hectares, ils sont comptés à 
raison de 40 frs par 10 hectares ; au-delà de 100 hectares 
ils sont payés 150 frs par 50 hectares, sans compter les 
frais d'entretien des géomètres et de leurs aides. En ce 
qui concerne les créances hypothécaires, les droits sont 
établis comme suit : en dessous de 100.000 frs, un droit 
fixe de 25 frs et un droit proportionnel de 1/1000^ et 
au-delà de 100,000 frs, un droit fixe de 125 frs et propor- 
tionnel de l/10.000^ 

- 237 



^HtHt'Hiîînr::~HtHtrrrr^4tHt^tiît?îr'!Tî|:î*-:îît^^^^?lr 



Taxes et redevances minières. 

Le certificat de concession d'une mine est délivré 
contre paiement d'une taxe fixe de 2500 frs et d'une taxe 
proportionnelle de dix ou de cinq francs par hectare 
suivant qu'il s'agit de mines de métaux précieux, 
diamants, pierres précieuses, ou d'autres mines. 

L'exploitation de la mine donne lieu à une redevance 
de 5 °/o sur les bénéfices nets. 

Taxes sur les coupes de bois dans les forêts 

domaniales. 

Les propriétaires ou capitaines de steamer naviguant 
dans le Haut-Congo, acquittent annuellement une taxe 
de 120 francs par tonneau de mer de jauge pour une 
vitesse de sept nœuds et une taxe supplémentaire de 
cinq francs par fraction de nœuds et par tonneau. 

Dans certains cas cette taxe est réduite à 60 francs. 

Mais, même réduite, cette taxe pèse encore lourde- 
ment sur la navigation ; aussi sera-t-elle supprimée sous 
peu ; le Gouvernement se bornera à réglementer l'exploi- 
tation des forêts. 

Permis de port d'armes. 

La taxe en est fixée à 20 francs pour cinq ans et quel 
que soit le nombre d'armes. 

238 — 



Permis et autorisation de chasse à l'éléphant. 

La délivrance d'un permis de chasse à l'éléplianl est 
soumise à un droit de 500 francs et à une taxe de 
50 francs par arme perfectionnée (1) et de 10 francs par 
fusil à silex. 

L'autorisation accordée aux indigènes comporte le 
payement indirect d'une taxe par l'obligation de remettre 
à l'Etat la moitié de l'ivoire récolté. 

Péage sur les routes. 

Bien que le décret du 21 mai 1892 autorise la percep- 
tion de ce genre de péage, le Gouvernement n'a pas cru 
devoir jusqu'ici user de cette faculté. 

Taxe sur les permis et licences de recrutement et 
sur le visa des contrats de louage des travail- 
leurs 

Les taxes et licences sont fixées comme suit : 

Permis de recrutement : cent ou cinquante francs 
suivant qu'il est délivré avant ou après le P'" juillet. 
Licence de travailleur : trois francs. 
Licence de capita (permettant l'emploi d'un personnel 



(1) Le Gouvernement considère comme armes perfectionnées tous les fusils 
autres que ceux à silex non rayés. 



- 239- 



maximum de vingt hommes et des mutations dans ce 
personnel) : soixante francs. 

Visa du contrat de louage pour tous les travailleurs 
d'un seul maître engagés aux mêmes conditions : 10 frs. 

Patente des trafiquants. 

Cette patente, annuelle, a été portée à cinq cents francs 
€t imposée à tous les trafiquants qui n'ont pas d'établis- 
sement dans le pays. 

La création de cette patente porte déjà ses fruits : le 
commerçant nomade disparaît peu à peu pour faire place 
au commerce sédentaire. 

Impôt sur les sociétés congolaises et sur les 
sociétés étrangères. 

Cet impôt a été établi comme suit : 

2 °/o sur le montant des bénéfices des sociétés à 
responsabilité limitée fondées au Congo. 

1 °/o sur le montant des bénéfices réalisés au Congo 
par les sociétés étrangères y possédant un siège, comp- 
toir, etc. 

Le taux de 2 °/o sera vraisemblablement généralisé. 

Droits de sortie. 

Ces droits sont fixés comme suit : 

Ivoire et caoutchouc, 10 °/o de la valeur ; 

Arachides, café, copal, huile de palme, noix palmistes, 



240 



sésame, 5 °/o (décret du 15 décembre 1885 et arrange- 
ment de Lisbonne du 8 avril 1892 prorogé jusqu'au 
2 juillet 1907 et se renouvelant tacitement d'année en 
année). 

Droits d'entrée. 

Le tarif en a été arrêté par les décrets du 9 avril 1892 
et du 28 juin 1902 de la manière suivante : 

Navires et bateaux — machines à vapeur — appareils 
mécaniques servant à l'industrie ou à l'agriculture et 
outils d'un usage industriel ou agricole — locomotives — 
voitures et matériel de chemin de fer des lignes en 
exploitation, 3 % de la valeur. 

Autres machines généralement quelconques, 10 °/o. 

Alcool : 100 frs l'hectolitre. 

Quatre genres d'objets sont exempts de droits d'entrée : 

1) le matériel de chemin de fer pendant la construc- 

tion ; 

2) les instruments de science, objets du culte, effets et 

bagages personnels des voyageurs ; 

3) les animaux vivants ; 

4) les graines destinées à l'agriculture. 

Taxe de replantation. 

Les sociétés et particuliers qui récoltent du caoutchouc 
doivent acquitter actuellement une taxe de quarante 
centimes par kilogr. de caoutchouc d'arbres ou de 
lianes et de vingt centimes par kilogr. de caoutchouc 
des herbes récolté et le montant de cette taxe est versé 
dans un fonds spécial de replantation. 

16 — 211 



^^^îieiei(^^^mî«^^^^^^îitH()«^^mm^'^m^^m)î(^)«ift)îf^^iitî»j« 



LE REGIME FONCIER. 

Le régime foncier est basé sur le principe de l'attri- 
bution à l'Etat des terres vacantes, principe que consa- 
crent d'ailleurs toutes les législations du bassin conven- 
tionnel. 

Ce système sert efficacement la cause de la civili- 
sation ; en effet, le fait de réserver pour toujours aux 
indigènes les terres inoccupées par eux, opposerait à 
l'œuvre du progrès, par la stagnation qu'elle provoque- 
rait, un obstacle insurmontable. 

Par suite de l'application de ce principe les terres se 
subdivisent en 3 catégories : 

a) Les terres indigènes, c'est-à-dire celles que les 
indigènes habitent, cultivent ou exploitent d'une manière 
quelconque conformément aux coutumes et usages 
locaux. En règle générale, on leur attribue une super- 
ficie triple de l'étendue de celles habitées et cultivées 
effectivement, mais cette superficie augmentera graduel- 
lement d'importance : le Gouvernement a fait connaître, 
en effet, qu'il entrait dans ses intentions d'étendre le plus 
possible les cultures indigènes parce qu'il considère, à 
juste titre, que le développement normal des populations 
et du travail indigènes est un des éléments les plus 
importants de la richesse d'une colonie. 

b) Les terres appartenant à des non-indigènes, qui 
sont enregistrées et bornées. 

c) Les terres domaniales comprenant toutes les terres 
vacantes. 

242 — 



m /It ;ll *+v Ut î+t W /'Il >l-l ^'4-1. ;t\. !*\ Hi >K /+'. /'Il /Il /'« ^'It 'II. .'Il ^; 'I» /Il 'ii !n 'It ,*ll W ;|{ /'It Jlt W' W U\. W W W ^4t W. 

Mais si le Gouvernement reste jaloux de son droit de 
propriété, le Ministre des colonies a décidé d'abandonner 
par étapes son droit d'usage ou l'exploitation des pro- 
duits naturels, en substituant au système de la régie, 
celui de l'initiative privée : une première et importante 
partie du territoire a été abandonnée le V'' juillet 1910 ; à 
la même date de l'année 1911 s'est effectué l'abandon 
d'une seconde partie et enfin le 1" juillet 1912 s'est 
ouverte la troisième et dernière partie. 

A mesure qu'une région est abandonnée, les indigènes 
qui l'habitent peuvent récolter les produits du domaine: 
caoutchouc, copal, etc., et les vendre aux particuliers. 

La vente ou la location des terres domaniales peut 
avoir lieu soit par adjudication publique, soit de la main 
à la main ; de plus, afin d'éviter toute perte de temps en 
ce qui concerne les parcelles de peu d'importance, le 
Gouverneur-général a reçu délégation pour la vente ou 
la location de parcelles de 10 hectares au plus. 

Du 20 juin 1910 au 16 juin 1911, environ 180 hectares 
de terrains domaniaux ont été cédés parle Gouvernement 
en dehors du district du Katanga; pour ce dernier le 
chiffre approximatif est de 23 hectares. 

LA DETTE PUBLIQUE. 

Au moment de la reprise de la colonie par la Belgique, 
les engagements financiers de l'Etat indépendant résul- 
taient : 

i° Des arrangements avec les anciens membres f rs 

du Comité d'études du Haut-Congo, à concur- 
rence d'une somme de (2 1/2 o/o) . . . 422.200 

- 243 



[un emprunt de 11.087.000,00 (capital nominal) 
avait été créé en 1887, mais la plupart des 
titres ont été annulés]. 

... , ( 14 février 1888 ) 

2° des émissions autorisées i „ .oor, f 

< 6 » 1889 > 
par décrets du . . . ^ 3 ^^^ ^^^ ^ 

à concurrence de 150 millions de francs de 
titres de l'emprunt à lots créé par décret du 
7 février 1888. Il a été émis pour 91.687.500 frs 
de ces titres, mais par suite du jeu de l'amor- 
tissement, la valeur des titres en circulation 
est réduite à frs 90.616.000 

30 des avances faites par l'Etat belge : 

loi belge du 4 août 1890 25.000.000 

» » » 29 juin 1895 6.850.000 

4" de l'émission d'obligations 4 % au capital 

nominal de (décret du 17 octobre 1896) . . 1.500.000 

5 ' de l'émission d'obligations 4 0/0 au capital 

nominal de (décret du 14 juin 1898) . . . 12.500.000 

6° de l'émission d'obligations 4 "/o au capital 

nominal de (décret du 15 octobre 1901) . . 50.000.000 

7" de la convention annexée au décret du 24 dé- 
cembre 1901 et qui garantit aux actions du 
chemin de fer du Congo supérieur aux grands 
lacs africains un intérêt minimum de 4 °/o, 
plus l'amortissement en 99 ans. 

80 de l'émission d'obligations 3 <»/o au capital 

nominal de (décret du 1" février 1904) . . 30.000.000 

9<» de l'émission d'obligations 4 7o au capital 

nominal de (décret du 3 juin 1906) . . . 150,000,000 
10° de l'émission de bons du trésor 4 % au capital 

nominal de 2.040.000 

partie des trois millions de bons dont la créa- 
tion a été autorisée par l'article 3 du décret 

244 - 



du 31 janvier 1907, à valoir sur le montant de 
l'emprunt de huit millions de francs à 4 »/o 
faisant l'objet du susdit décret. 
11» des obligations de la caisse d'épargne qui 
s'élevaient à la date du 31 décembre 1907, à 

environ 3.000.000 

12» des fonds de tiers . 1.200.000 

13" d'un emprunt provisoire contracté en vue de 
couvrir les dépenses extraordinaires du 
budget de 1907 3.914.450 

Les emprunts énumérés aux 4°, 5°, 6° et 8°, ont été 
entièrement émis. 

Les frais annuels des emprunts et les garanties d'inté- 
rêt ont généralement été couverts par les revenus du 
portefeuille. 

L'emprunt de 150 millions de 1906 a reçu comme 
affectation primitive, des entreprises de chemins de fer 
et autres voies de communication à établir dans la 
colonie. L'émission de trois séries d'obligations de 10 mil- 
lions de francs a été autorisée successivement par le 
décret du 9 novembre 1906 et par les arrêtés royaux du 
1«^ septembre 1909 et du 19 mai 1911. 

Différents décrets ou arrêtés ministériels ont créé dans 
la suite des bons du trésor. 

Au 15 janvier 1912 il y avait en circulation pour 
26 millions de francs de ces bons. 

Au budget de 1911 figurait un crédit de frs 3.300.000,00, 
représentant la 3^ annuité du fonds spécial de 50 millions 
créé par l'article 4 de l'acte additionnel au traité de 



245 



cession de l'Etat indépendant à la Belgique ; cette annuité 
a reçu comme affectation : pensions civiques et secours 
aux veuves et parents besogneux — indemnités de voyage 
aux femmes d'agents, aux religieuses missionnaires — 
allocation de subsides aux missions belges et au service 
d'hygiène du Congo — indemnités de séjour sur les bords 
de la Méditerranée d'agents malades — fonds pour favo- 
riser le mariage des femmes indigènes — expériences de 
télégraphie sans fil. 

En ce qui concerne le budget pour 1910, il comprend 
des dépenses extraordinaires se rapportant les unes aux 
charges annuelles telles que les annuités à payer en 
1910, la 2*^ annuité du fonds spécial de 50 millions et les 
avances au comité spécial du Katanga (5.704.125,21), 
et les autres aux engagements pris (missions de pros- 
pection, etc.,) et aux acquisitions de matériel, etc. 
Ces dernières s'élèvent globalement à la somme de 
frs 26.942.650,00. 

LE BUDGET POUR L'EXERCICE 1912. 

A. Budget des voies et moyens. 

Taxes d'enregistrement et recettes cadastrales . 207.500.00 
Vente et location de terres domaniales et d'im- 
meubles 335.000, » 

Impôts sur le caoutchouc et taxe de plantation . 2.650.000, » 

Permis de récolte des produits végétaux . . . 120,000, » 

Vente d'ivoire 2.220.625, » 

Permis de chasse à l'éléphant et permis de port 

d'armes 50.000, » 

Coupes de bois dans les forêts domaniales. . . 55.000, » 

A Reporter. 5.638.125,00 
246 — 



I 



Report. 5.638.125,00 

Douanes 7.069.000, » 

Impositions directes et personnelles 7.216.000, » 

Recettes postales, télégraphiques et télépho- 
niques 386.600, » 

Taxes maritimes 60.000, » 

Recettes judiciaires 33.000, » 

Droits de chancellerie 7.350. » 

Transports et produit d'arrangements avec des 

sociétés et divers 2.827.000, » 

Recrutement et engagement de travailleurs . . 70.000, » 
Vente de produits du domaine : impôts en 

nature, produits récoltés 2.886.595, » 

Exploitation des mines 3.420.000, » 

Vente de produits de l'agriculture 100.000, » 

Produit du portefeuille 157.700, » 

Droits de patente de sociétés 250.000, » 

Recettes diverses 205.000, » 

Recettes accidentelles 1.322.900, » 

Produit de l'emploi des fonds disponibles du 

Trésor colonial 8.000, » 

Intérêts des fonds avancés 500.000, » 

Produit de la vente de marchandises en maga- 
sin au Congo • . . 3.000.000, » 

Produit de la réalisation du stock d'ivoire qui se 
trouvera à Anvers, à la date du 1" jan- 
vier 1912 4.090.625, » 

A Reporter. 39.247.895.00 



Recettes comparées : 

1907-08. Protectorat de l'Afrique orientale 

britannique frs 12.740 525,00 

1908-09. Angola portugais frs 13.893.000,00 



— 24: 



Report. 39.247.895.00 
Produit de la réalisation du stock de caoutchouc 
qui se trouvera en magasin au Congo, en 
cours de transport et en magasin à Anvers, 

le 1" janvier 1912 4.979.744,» 

Valeur du stock d'or en magasin ou en cours de 
transport dans la Colonie ou en mer, à la 
date du 1" janvier 1912 1.140.000,» 

Total des recettes. 45.367.639.00 



B. Budget des dépenses ordinaires. 

Service territorial et administratif d'Afrique . 9.384 400,00 

Force publique et police noire 8.762.700, » 

Marine et hydrographie 3.727.800, » 

Hygiène 1.140.900, » 

Travaux publics 1.135.985, » 

Télégraphes et téléphones, chemins de fer, 
routes automobiles et autres moyens de 

transport 1.055.500, » 

Etablissements hospitaliers du Gouvernement 

pourvus de l'assistance religieuse .... 221.000, » 

Douane. Impôts. Cadastre 3.827.250, » 

Mines 1.613.062,» 

Impôt indigène. Rémunération 1.886.415, » 

Fabrication de monnaies, envois de numéraire . 470.500, » 

Agriculture 1.165.750, » 

Postes et télégraphes 1.341.010, » 

A Reporter. 35.732.272,00 



Dépenses comparées : 

1907-08. Protectorat de l'Afrique orientale 

britannique frs 17.291.295,00 

1908-09. Angola portugais frs 19.217.000,00 

248 — 



frs 

Report. 35.732.272,00 

Etat civil et successions 14.700, » 

Justice 2.200.320, » 

Prisons 273.000, » 

Cultes 675.000, » 

Instruction publique 475.520, » 

Bienfaisance 10.000, » 

Industrie, commerce, immigration 507.700, » 

Musée de Tervueren 198.000, » 

Ecole coloniale 254.750, » 

Ecole de médecine tropicale 36.150, » 

Dépenses relatives à divers services 1.963.413, » 

Service de la Caisse d'épargne, des intérêts des 

emprunts et des capitaux garantis .... 7.807.885, » 

Dépenses imprévues 45.000, » 

Remboursements 45.000, » 

Assurances 100.000, » 

Total des dépenses ordinaires. 50.338.710,00 



c. Budget des recettes et des dépenses pour ordre. 

Fonds de tiers 28.890.940,00 

Fonds de remploi 125.000, » 

Total. 29.015 940,00 



- 24^ 



vff Mi m: it.' "itf \t{ Ui "itt ^tf >tf w w tf^ itf itf \t( 'i\( )H \u Ui itf itf itf itr it ( \t, Vff Ut Ut ut »u \u Ui iti iff ur vtr vf r mi w 

Tîtîtt îît ^ ?*t Ttt Tït Ttt Ttt îtv Ht îït Ttt îît 7|\ îtt 7T\ 



D. Crédits destinés aux dépenses extraordinaires de Vexer- 
cice 1912, comprenant les crédits reportés à V exercice 
1912 y et les crédits alloués par la loi du 27 décembre 
1911. 



CRÉDITS REPORTÉS 


CRÉDITS ALLOUÉS 

par la loi 
du 27 décembre 1911 
au budget extraordi- 
naire de 1912 


TOTAL 


DE 
L*EXERCICE 

1909 


DE 

L*EXERC1CE 

1910 


DE 

l'exercice 
1911 


726.878,11 


15.199.094,61 


7.874.470,64 


18.618.660,21 


42.419.103,57 



Cette somme de 42.419.103 fr. 57 c, réprésente le 
total des crédits pouvant être affectés à la liquidation 
des dépenses extraordinaires à dater du 1" janvier 1912. 



E. Budget métropolitain du ministère des Colonies : 

1.262.700 francs 

Les recettes sont fournies en majeure partie par les 
impositions directes et personnelles (7 millions) — les 
douanes (7 millions) — l'ivoire (plus de 6 millions) — 
le caoutchouc (près de 5 millions) — l'exploitation des 
mines (3 millions) — la vente des produits du domaine 
(près de 3 millions) — les transports et arrangements 



250 - 



iii ut Ui '4i Ui 4i iti ;ti Ui Ui ai Ui U* Ui itt ;ti vii Ui it£ Ut ui ;u Ui ;ti Ui i*i ;ti ;j* i** ;** ;*» i4£ ;îi ;îi iii Ui Ui i*i ;ti iii 

avec des sociétés (près de 3 millions) — l'impôt sur le 
caoutchouc et la taxe de plantation (2 1/2 millions) — les 
recettes accidentelles (2 millions) et l'or (2 millions). 

Un simple coup d'œil sur les dépenses ordinaires 
permet de se rendre compte des sommes importantes 
que le Gouvernement consacre à l'accomplissement de 
sa mission civilisatrice. 

En effet, à l'ordinaire, sur un total de 50 millions de 
francs : 

frs 

Le service sanitaire figure pour 1.140.900 

Les travaux publics » 1.135.985 

L'amélioration des moyens de transport . . » 1.055.500 

Les établissements hospitaliers .... » 221.000 

La rémunération de l'impôt indigène. . . » 893.835 

L'agriculture » 1.165.750 

La justice » 2.200.320 

Les cultes » 675.000 

L'instruction publique » 475.520 

La bienfaisance » 10.000 

Les bibliothèques de la Colonie .... » 25.000 

Le Musée de Tervueren » 198.000 

L'école coloniale » 254.750 

L'école de médecine tropicale . . . . » 36.150 

La commission pour la protection des indigènes » 12.000 

Les subventions à des Sociétés philanthropiques, etc. 6.000 

La subvention à la villa coloniale ...» 41.000 

Les missions d'études » 115.000 

Soit un chiffre global de 10 millions, c'est-à-dire 1/5 
du total des dépenses. 



— 251 



^Ht^^^HtH^mm^^^Hf^Ht^Ht^ig^Ht^Ht^HtHt^'^^HtHrHtîîeîtHBlt^^^^ 



Au budget des dépenses extraordinaires, pour l'exer- 
cice 1912, nous relevons : 

frs 

Musée du Congo belge 250.000 

Missions scientifiques et travaux cartographiques 372.500 

Missions ethnographiques 100.000 

Missions d'études relatives à l'industrie de la pêche 171.000 

Création de centres agricoles et d'élevage . . 1.890.300 

Etablissement de stations de télégraphie sans fil . 1.700.000 

Subsides à des industries nouvelles. . . . 50.000 

Missions et expériences d'aviation ou autres. . 100.000 



Total. 4.633.800 



Sur un total de 18 millions 1/2 de dépenses extraor- 
dinaires. 

Tous ces chiffres parlent par eux-mêmes et se passent 
de commentaires. 

LES ŒUVRES SCIENTIFIQUES 

La préparation aux fonctions coloniales. 

La formation d'un cadre sérieux de fonctionnaires et 
d'agents est une condition sine qua non de réussite d'une 
entreprise coloniale ; mais c'est là une œuvre de longue 
haleine dans laquelle il faut procéder méthodiquement 
et avec prudence. 

L'Etat indépendant, après avoir pratiqué d'abord la 
méthode de la formation de ses agents sur place, en 
Afrique même, s'est décidé depuis quelques années à 
faciliter cette formation par une préparation en Europe. 

252 — 



L'école coloniale a été instituée pour donner aux nou- 
veaux agents qui se destinent à la carrière coloniale, un 
ensemble de connaissances qui leur permet de remplira 
l'entière satisfaction du Gouvernement, tous les devoirs 
inhérents à leur nouvelle situation et les met en garde 
contre les écoles très compréhensibles d'un début. 

Les cours comprennent : l'organisation — l'adminis- 
tration militaire — la comptabilité — la géographie — 
le droit — l'hygiène — les règlements militaires — des 
cours de langues, notamment de Ki-Swahili — des con- 
férences sur la géologie pour certains agents — des 
leçons spéciales pour différentes catégories d'élèves 
adéquates à leurs fonctions futures et enfin une section 
juridique. 

La moyenne du nombre des élèves est de 120 par 
session et le nombre de sessions a été fixé à 4 par an. 

L'école de médecine tropicale, de fondation plus 
récente, prépare les médecins au service colonial. Les 
cours ont un caractère pratique. Les médecins-élèves y 
disposent d'un outillage scientifique excellent et suivent 
des cours théoriques de pathologie et d'hygiène coloniale, 
des cours pratiques de technique de laboratoire, des 
cours pratiques et théoriques de zoologie et d'entomo- 
logie médicales, des conférences sur les épizooties afri- 
caines et un cours de clinique des affections tropicales 
donné à la villa coloniale de Watermael. 

Une section élémentaire donne aux futurs chefs 
d'observation médicale et aux missionnaires, une prépa- 
ration scientifique que complète un stage pratique 
accompli au laboratoire de Léopoldville. 



253 



D'octobre 1906 à décembre 1910 les treize sessions 
avaient été suivies par septante-huit médecins et six 
vétérinaires. 

Des bibliothèques ont été fondées dans tous les chefs- 
lieux de district et dans un certain nombre d'autres 
localités importantes : plus de 6.000 volumes — ouvrages 
scientifiques, de culture générale ou de littérature — 
ont été expédiés au Congo ; de plus 12 journaux quoti- 
diens belges et étrangers et 20 revues périodiques sont 
adressés régulièrement aux bibliothèques en question. 

Le Musée colonial de Tervueren. 

Le Musée colonial de Tervueren est divisé en diffé- 
rentes sections : la section de botanique — la section de 
zoologie — la section de géologie, de minéralogie et de 
paléontologie — la section d'anthropologie et d'eUinogra- 
phie et la section de commerce et d'exportation, aux- 
quelles on a ajouté récemment une section des sciences 
politiques et morales ; de plus la section économique a 
été complètement remaniée et développée dans des 
proportions considérables. 

Le Musée publie dans ses Annales des travaux scien- 
tifiques d'histoire naturelle, d'ethnographie, etc. ; il 
sera bientôt doté d'une bibliothèque. 

Des missions spéciales travaillent au Congo à re- 
cueillir des données ethnographiques, des objets de 
collections, des échantillons botaniques, des spécimens 

254 — 



lU W. )*\. )V. AJ-l '*\ '*' H\ H\. )*\ /Il }i\ Ws /W w W, ^-K W m W JH W /« /W ^H / U mi W. W / W ^'H W }i\ hI }i\ !v. U\ ;H Ml Ul 

de la biologie lacustre et fluviale, etc., de manière à 
enrichir le patrimoine scientifique du Musée. 

Les services que celui-ci a rendus et rendra encore 
dans l'avenir, sont énormes et les contributions qu'il 
apporte aux connaissances humaines ont été appréciées 
en termes élogieux par les premiers ethnographes 
d'Allemagne, de France et d'Angleterre. 



- 255 



t 



CONCLUSION 



*«*««««»««*««««««-î<»«3tStHt3;)!!«8-3t3-:jH5t-««»{«S()};«J{f« 



CONCLUSION 



Dans une esquisse du genre de celle que nous venons 
de présenter au lecteur, une question se pose à chaque 
page : « Où faut-il s'arrêter dans l'énumération des 
noms de ceux qui dans l'œuvre congolaise, ont apporté 
leur pierre à l'édifice ? » 

Et à ce sujet nous ne pouvons que faire nôtres les 
paroles pleines d'à-propos prononcées le 6 juin 1909, 
à Anvers, par M. Corty, président de la Chambre de 
commerce : 

« Tout d'abord,...., je réprime la tentation d'évoquer 
ici des noms qui sont d'ailleurs dans tous les cœurs et 
sur toutes les lèvres. J'en devrais citer trop et j'en 
oublirais peut-être encore plus I 

En effet, pour exalter le noble et gigantesque effort 
accompli depuis trente ans par les enfants de ce pays^ 
les plus distingués comme les plus humbles, en vue 
d'écrire l'une des pages les plus glorieuses, quoi que 
Ton dise, de l'histoire de la civilisation humaine, pas 
n'est besoin de faire ici la mesure des services de 
chacun. Le plus valeureux et les plus méritants seraient 
les premiers à ne pas le vouloir. 

Car, mieux que tous, ils savent que dans les efforts 
comme ceux où se sont illustrés leurs noms, les direc- 
tions les plus sûres, les plus fermes, les plus sages, les 
plus éclairées, ne mèneraient à rien d'efficace, de solide 
et de durable, sans la contribution des humbles, sans le 



- 25» 



concours de ces réserves d'énergies pratiques et de 
vigueurs morales dont notre pays s'est révélé si riche- 
ment dépositaire. 

Aussi, Messieurs, je ne crains pas de le proclamer 
dans cette imposante assemblée d'hommes mêlés pour 
la plupart à la vie des affaires, si notre situation de 
grande place commerciale et maritime nous justifie 
certes de célébrer plus particulièrement les avantages 
économiques que nous attendons pour Anvers et pour 
la Belgique de notre expansion coloniale, nous sommes 
avant tout fiers d'avoir vu se révéler parmi nous une 
élite d'hommes d'action, de prévoyance et d'initiative 
dont l'œuvre demeurera glorieuse devant l'histoire, non 
seulement par les résultats admirables qui la cou- 
ronnent, mais par les prodiges de ténacité tranquille et 
d'abnégation parfois héroïque qui ont illustré ses déve- 
loppements. 

Eh bien, Messieurs, en cette journée triomphale, que 
tous ceux qui ont été à la peine soient à l'honneur. 

Je bois aux pionniers de la première heure, à ceux qui 
de prime abord ont compris la pensée du Roi, qui ont 
partagé sa confiance et qui se sont appliqués à l'inspirer 
au pays sans se laisser rebuter par les indifférences et 
les préjugés des premiers jours. 

Je bois à ceux qui sur le sol africain même ont posé 
les premiers jalons de la pénétration belge et ouvert les 
voies où se sont résolument engagés à leur suite nos 
ingénieurs, nos agronomes, nos commerçants, nos 
officiers, nos soldats, nos missionnaires. 

Je bois à cette légion de nos compatriotes qui sont allés 

260 - 



témoigner à travers les difficultés et les périls du con- 
tinent noir que les Belges n'ont rien à envier à personne 
de ce qui fait les nations honorées : ni l'esprit d'entre- 
prise, ni la science industrielle, ni la valeur militaire, 
ni les soucis du relèvement moral des populations infé- 
rieures ou en décadence. 

Je bois à la presse et aux publicistes de tout rang qui 
se sont fait honneur de consacrer leur talent à défendre 
l'œuvre coloniale belge contre les préventions des indif- 
férents ou la malveillance systématique des curieux et 
des calomniateurs. 

Je bois aux fonctionnaires de tous grades de l'ancien 
Etat indépendant du Congo, dont le pays n'oubliera pas 
les services éminents et incomparables. 

Je bois aux divers cabinets belges qui se sont succédé 
depuis trente ans et qui tous n'ont cessé de seconder 
l'œuvre royale dans la mesure indiquée par les circon- 
stances, en dehors de toute considération d'esprit de 
parti et sans autre préoccupation que l'intérêt national. 

Je bois en particulier au Gouvernement actuel qui a eu 
l'honneur d'attacher son nom à l'acte d'annexion du 
Congo et de voir choisir parmi ses membres le premier 
Ministre des Colonies. » 

Nous avons décrit les glorieux faits d'armes des offi- 
ciers et sous-officiers belges en Afrique ; nous avons 
rendu hommage au dévouement et à l'abnégation des 
missionnaires et des médecins, aux qualités d'organisa- 
teurs des fonctionnaires, à l'impartialité des juges. 

Mais tous ces efforts n'eussent pas produit les résultats 

— 2G1 



obtenus à ce jour s'ils n'avaient reçu une impulsion 
unique canalisée dans un but déterminé ; supposez à la 
tète de ce personnel dévoué un Gouverneur-général 
incapable et vous aboutissiez à un résultat médiocre. 

Parmi ceux qui furent investis de la liante fonction à 
laquelle nous venons de faire allusion, il en est un dont 
le nom est inséparable de l'histoire de l'Etat du Congo : le 
lecteur a déjà nommé le Lieutenant-général baron Wahis, 
qui consacra à l'œuvre africaine une large part de son 
existence. Dès le 19 novembre 1890, il est nommé vice- 
gouverneur-général et le 4 mai 1905, nous le voyons 
encore se rembarquer pour le Congo ; pendant l'inter- 
valle qui sépare ces deux dates, il a, alternant générale- 
ment avec M. Fuchs, présidé à l'occupation du territoire, 
à l'organisation de ses forces militaires, au développe- 
ment de ses institutions judiciaires, à l'exécution de 
travaux publics et à l'introduction de nombreuses 
réformes. 

Parmi ceux qui, avant ou après le baron Wahis, assu- 
mèrent encore la lourde tâche de la direction du gouver- 
nement local, citons MM. Camille Janssen, Wangermée, 
Costermans et Lantonnois. 

Si, comme nous l'avons vu, les Belges ont fourni dans 
l'œuvre civilisatrice la grosse part des travaux et des 
sacrifices, il serait profondément injuste de ne pas rendre 
hommage à la collaboration des éléments étrangers, en 
majeure partie militaires. 

Suédois, Norwégiens, Danois et Italiens ont rivalisé 
là-bas de zèle et de dévouement, portant ainsi au loin le 



262 



^^?J(?ît?ltîît^?îtHt?tH?îtHt?lt?ît?ît?ît?it?itrltik?lt3îî 



renom de leur pays et prouvant, ce qui à vrai dire n'avait 
plus à être démontré, que l'esprit d'abnégation est la 
qualité dominante des officiers et sous-officiers de tous 
les pays. 

L'étude des services rendus par les agents de nom- 
breuses sociétés établies au Congo nécessiterait à elle 
seule de multiples pages ; que l'on ne mesure donc pas 
leur part dans l'œuvre au nombre de lignes que nous 
leur consacrons. 

Lorsqu'il est question de collaboration à une œuvre 
de civilisation il n'est pas possible de passer sous silence 
l'influence très réelle exercée par la femme blanche. 

(( Je dis que la présence de la femme dans la Colonie », 
disait M. Renkin, Ministre des colonies, dans un de ses 
discours à la Chambre, « est une condition essentielle 
des progrès de la civilisation et je ne saurais exprimer 
assez haut ma reconnaissance et mon admiration pour 
les nombreuses concitoyennes que j'ai vues au Congo 
dans les postes les plus éloignés et qui, par leur présence 
dans des milieux encore barbares, rendent les plus 
grands services à la cause de la civilisation. » 

Dans un autre ordre d'idées quel plus bel éloge peut- 
on adresser aux sœurs blanches qui se dévouent en 
Afrique, que celui que leur décerne M. Thesiger, consul 
britannique : « Les malades, dans toutes les phases de 
la maladie du sommeil (parmi eux se trouvent même 
déjeunes enfants), sont soignés par les sœurs attachées 
à la mission, qui se sont données à celte œuvre avec 

- 263 



AU AR ^^ *U '♦ V '♦' H( .'-M. ^U ^'11 - K '"« Jll .41 .'l!. 'Il 'Il •'« JU in îll !Vk ?k /Il ^l Jll 'H 'Iv ^" W •'♦'> ,11 !i\ )ii )it 'U lit ÎT *« J4t 

un dévouement admirable dont seules peuvent n'être 
pas frappées les personnes qui ignorent tout des ter- 
ribles et repoussants détails de cette maladie. » 

Tout le monde s'est empressé d'applaudir à la déci- 
sion que prit M. le Ministre des Colonies de se rendre 
au Congo pour apprécier de visu et en connaissance de 
cause, quelles étaient les ressources, quels étaient les 
besoins de l'immense -territoire dont la direction venait 
de lui être confiée : ce fut là un acte de ministre tout-à- 
fait moderne, plus gros de conséquences qu'on ne se le 
figure généralement; et quant à sa courageuse compagne, 
le bel exemple qu'elle a donné a déjà porté ses fruits. 

Que dire enfin du voyage de S. A. R. le Prince Albert, 
aujourd'hui Roi des Belges ? 

Il est difficile d'exprimer, à propos des actes d'un 
Prince, tout le bien qu'on en pense ; le reproche de cour- 
tisanerie est là qui vous guette. 

Et cependant, rien n'obligeait, en somme, Son Altesse 
Royale à entreprendre ce voyage : le Congo était repris 
par la Belgique ; il avait donc à sa tête un Ministre 
responsable ; il suffisait que celui-ci, soucieux d'être 
à hauteur de sa tâclie, étudiât de près la jeune Colonie. 

Les risques courus furent très réels : malgré toutes les 
précautions prises, une mouche malencontreuse pouvait 
fort bien communiquer la maladie du sommeil ; la 
fièvre et l'hématurie guettaient le Prince, autant que 
les autres blancs, et quant aux ennuis du voyage, les 

264 — 



^r^Ht^i|tnrntm7lt^HtHf^nî?lt?ltHtHtJr-îr^^îltîîr^f*^Hfi^ 



caravanes indisciplinées de porteurs se chargèrent 
de corser le programme de numéros imprévus. 

Partie de Southampton le 3 avril 1909, S. A. R., accom- 
pagnée du vice-gouverneur général Malfeyt, et de 
Son officier d'ordonnance, le lieutenant-colonel baron 




jtinériirt »n\v, p*r5ARIePrince^bert dcBelglque 



I • ,. • 

8 BroKervhill 



de Moor, arrivait au Cap le 20, à Broken Hill le 26, 
puis, après un voyage de huit jours à travers la brousse, 
atteignait enfin la frontière méridionale de la colonie. 
Le croquis ci-dessus indique les étapes au Congo même. 



- 265 



Embarqué à Borna le 27 juillet, le Prince Albert arri- 
vait à Anvers le 16 août et les acclamations qui 
saluèrent Son retour, Lui prouvèrent à suffisance com- 
bien la population Lui savait gré de Son beau geste et 
appréciait la joie de revoir sain et sauf, Celui en qui 
elle a placé ses meilleurs espoirs. 

Au cours de cette étude, nous avons évoqué surtout 
Le Passé : il fut glorieux pour la Belgique ; et quant à 
L'Avenir, les viriles paroles prononcées par le Roi Albert 
lors de son avènement ne laissent place pour aucune 
inquiétude à son sujet : « Et quand la Belgique prend 
l'engagement d'appliquer au Congo un programme digne 
d'elle, nul n'a le droit de douter de sa parole. » 



L'histoire de la colonisation nous montre que les 
grandes entreprises dans les pays lointains coïncident 
avec la période la plus brillante de la vie des peuples : 
celle où ces derniers atteignent leur maximum de puis- 
sance politique, productrice, intellectuelle et industrielle. 

La Belgique n'échappe pas à la règle commune et le 
Congo aura été pour cette ** Amérique d'occident »» non- 
seulement une pépinière de héros, mais encore et sur- 
tout une fontaine de Jouvence de l'énergie et de l'activité 
nationales. 

La colonisation est à la fois une manifestation du 
progrès et une expression de la solidarité humaine ; elle 
réclame, en effet, des 'facultés exceptionnelles et fait 
appel à l'élite d'une nation en même temps qu'elle 

266 — 



rapproche les races inférieures de celles qui se sont tracé 
comme rôle de les tirer de la barbarie pour les élever 
moralement et pour améliorer leurs conditions d'exis- 
tence. 

Si l'on tient compte de l'étendue du territoire, de l'état 
de dispersion des populations, de l'insécurité conti- 
nuelle, résultat des guerres continuelles et des razzias 
arabes, du caractère même du noir, de son immobilisme 
et de son indolence, on conviendra que c'est un exemple 
qui restera longtemps unique dans l'histoire, que cette 
réunion d'éléments imbus de séparatisme, en une 
nation gouvernée par les institutions libres des peuples 
civilisés, qui fut réalisée par le Gouvernement du Congo 
belge. 

En plaçant à la base de sa législation, de sa jurispru- 
dence et de sa politique, le principe de la minorité des 
aborigènes, l'Etat du Congo a prouvé qu'il était apte à 
gouverner en s'appuyant non-seulement sur les lois 
supérieures de l'humanité, mais encore sur les données 
de la science. 

Dès avant 1889 les indigènes avaient, grâce à la solli- 
citude du Gouvernement, franchi la barrière qui, d'après 
Tacite, sépare la barbarie de la civilisation par la substi- 
tution du travail régulier et soutenu Siidore parare au 
travail obtenu Sanguine. 

« Vous pouvez ouvrir les annales de l'humanité. Nulle 
part vous ne trouverez l'exemple d'un peuple comme le 
nôtre, qui, après des siècles de domination étrangère, 
refait sa destinée, reconquiert son indépendance, prend, 
malgré l'exiguïté de son territoire, une des premières 

— 267 



places dans le commerce du monde et fournit à la 
fondation d'une colonie, tous les explorateurs, tous les 
soldats, tous les missionnaires, tous les administrateurs 
qu'elle exigea ». 

(Discours de M. Renkin, ministre des Colonies, à la 
Chambre, 25 avril 1908.) 

« Une œuvre de Titan accomplie par des pygmées » 
(de Brazza). Rien ne saurait mieux que ces paroles 
caractériser la colossale importance du travail accompli 
par les Belges au Congo. 

Noire dernière pensée se reporte tout naturellement 
vers ceux qui, héros modestes, dorment de leur dernier 
sommeil sous la terre africaine. Leur sacrifice n'a pas été 
inutile et leur abnégation a contribué à doter la Patrie 
d'un accroissement de territoire qui place la Belgique 
au cinquième rang des puissances coloniales. 



268 — 



LISTE DES OFFICIERS BELGES TUÉS AU CONGO 



NOMS 










ET 


Grades 


Arme 


Date du décès 


Lieu du décès 


INITIALES DES PRENOMS 










BODSON, O.-P.-G.-J. 


Gapitaine 


Inf 


20 décembre 1891 


Bunkeia 


LIÉGEOIS, V. 


Sous-Lieut. 


id. 


15 août 1892 


Timasa 


LIPPENS, J. F. 


Lieutenant 


train 


1" décembre 1892 


Kasongo 


PONTHIER, P.-J. 


Lieutenant 


Inf 


25 octobre 1893 


Kasongo 


deHEUSCH,0.-F.-F.-A. 


Sous-Lieut. 


id. 


17 novembre 1893 


Ogela-Lulindi 


BON VALET, G.-F.-.G-.G 


Gapitaine 


id. 


3 mars 1894 


Malinganda 


FISGH, G.-A. 


Sous-Lieut. 


id. 


10 janvier 1895 


Yenga 


JANSSENS, G.-A. 


Lieutenant 


id. 


19 mars 1895 


N'Doruma 


PELZER, M.-A.-F.-C. 


Capitaine 
adj"d'E.-m. 


id. 


5 juillet 1895 


Luluabourg 


BOLLEN, J.-L. 


Lieutenant 


id. 


5 août 1895 


Kayeye(Kabinda) 


FRANGKEN, E.-H. 


Lieutenant 


id. 


18 août 1895 


Gandu 


AUGUSTIN, G. 


Lieutenant 


id. 


18 août 1895 


Gandu 


DELAVA, L,-J. 


Sous-Lieut. 
réserve 


id. 


17 octobre 1895 


Piani Lomba 


DE BOCK, A.-J. 


Lieutenant 


id. 


8 décembre 1895 


Rivière Lulu 


LEROI, G.-G.-A. 


Gap.Comm. 
adjt d'E.-m. 


id. 


15 février 1897 


Mangwa 


SAROLÉA, H.-E.-F. 


Sous-Lieut. 


Arf 


17 février 1897 


Bedden-Redjaf 


JULIEN, L.-J. 


Lieutenant 


Inf 


18 mars 1897 


Ekwanga 


BRASSEUR, C. 


Lieutenant 


id. 


10 novembre 1897 


Ghiwala 


LANGHANS, A -F.-E. 


Gap.Gomm. 


id. 


3 janvier 1898 


Simorane (Tanganika) 


DEBERGH-H.-A.-L. 


Gapitaine 


id. 


18 mai 1898 


Uvira 


GOPPEJANS, G.-T. 


Sous-Lieut. 


id. 


21 mai 1898 


Redjaf 


WALHOUSEN, F.-O. 


Lieutenant 


id. 


21 mai 1898 


Redjaf 


DESNEUX, O.-H. 


Lieutenant 


id. 


4 juin 1898 


Redjaf 


STERGKX, A.-H. 


Sous-Lieut. 


id. 


14 novembre 1898 


Kabambare 


TONDEUR, A.-G. 


Sous-Lieut. 


id. 


18 juin 1902 


prèsNya Lukamba 


LAHAYE, J.-J. 


Lieutenant 


id. 


3 juillet 1902 


près Nyangara 



?*tîït7*tî 



TABLE DES MATIÈRES 



ESQUISSE GÉOGRAPHIQUE .... 

SUPERFICIE 

POPULATION 

BORNES 

LIMITES 

LA FORMATION DU BASSIN DU CONGO . 
LE SYSTÈME OROGRAPHIQUE 
LE SYSTÈME HYDROGRAPHIQUE . 
ESQUISSE ETHNOGRAPHIQUE 

LE CLIMAT 

LES PRODUCTIONS NATURELLES . 

LE RAPPEL DE L'ŒUVRE CIVILISATRICE. 

LES PRÉCURSEURS .... 
LES PREMIERS BELGES AU CONCO 

LA CONCEPTION 

LA DjùCOUVERTE du FLEUVE CONGO 

LES PRODROMES DE L'ŒUVRE . 

LES ENCOURAGEMENTS DELA PREMIÈRE HEURE 



Pages 
2 

3 

3 
4 
4 

10 
11 
14 
19 
25 
27 

31 
33 
34 
37 
38 
43 



— 271 



^^^^^mm^*Ht)îtH^^tit^^m«t^mm^H(^m?«m)««(^«^mHt^^«t)«^)îtHt8( 



Burdo-Rogeret Gadenhead 



LES PREiMIÈRES EXPLORATIONS. 
Expédition Crespel-Carabier 
» Popelin 

» 

» Ramaeckers 

» Storins .... 

» Becker .... 

Troisième expédition de Stanley 1879-81 
Expédition Hanssens 1882-83 

» GranttElliot 1883 . 

Quatrième expédition de Stanley 1883-84 
Expédition Hanssens 1881 
Autres explorations .... 
EXPLORATION DU KATANGA ET DU MANIEMA 
Expédition Paul Le Marinel . 
» Delcommune 

» Stairs 

» Bia-Francqui 

L'OCCUPATION DES RÉGIONS DU NORD-EST 
Expédition Van Kerckhoven 
Colonne Chaltin 
Colonne Dhanis 
Occupation du Bahr-el-Gazal 
LA CAMPAGNE ARABE . 
Les premiers contacts 
Opérations du groupement de Lusambo 
» » Basoko . 

» » Lusambo 

Jonction des deux groupements . 
Opérations du groupement du Tanganika 

LES RÉVOLTES 

Les révoltés da Sud 

Révolte de Luluabourg .... 
Expédition Malfeyt 



48 
4& 
50 
50 
51 
M 
52 
53 
53 
54 
55 
56 
56 

51 

61 

62 

66 

69 

71 

73 

79 

84 

87 

88 

95 

99 

113 

115 

115 

118 

123 

123 

123 

128 



272 — 



^,^îî^m«(j«.^mm^î«)î(^^?î(:*«tît}f(«^:^)^}«^}î(m)«^)îî^^m^.^.^,^)^)$^^^ 



Expédition De Clerck 130 

Les révoltés du nord-est 134 

La révolte du Shinkakasa ... 142 

LES OPÉRATIONS ISOLÉES 144 

LES MISSIONS SCIENTIFIQUES 150 

Les missions Lemaire 152 

La mission géographique du lac Dilolo . . . . 153 
» de délimitation des territoires du 

Comité spécial du Katanga . . 153 

» géographique du Kasai 153 

Les missions de délimitation des frontières 

orientales 153 

La mission de délimitation Katanga-Rhodésie . 155 

Les missions de sociétés 156 

LA DESCRIPTION DE L'ŒUVRE CIVILISATRICE 

L'ORGANISATION RATIONNELLE DES DIFFÉRENTS 

SERVICES 160 

LA RÉGÉNÉRATION MORALE DE L'INDIGÈNE ... 164 

L'enseignement 164 

]jes Missions 167 

Uinfluence du passage dans la Force publique . . 171 

L'influence de l'impôt , 174 

La répression des coutum,es barbares 176 

La guerre à V alcool 178 

La guerre au chanvre 180 

L'AMÉLIORATION DE LA SITUATION MATÉRIELLE 

DES INDIGÈNES 181 

L'organisation médicale. La lutte contre la maladie 

du sommeil et la variole 181 

Vers la suppression du portage par le développe^ 

ment des moyens de communication 187 

Mouvement du port de Banana 191 

L'introduction de la monnaie 195 



— 273 



¥^^HeifHtmHf^Hf^:^^tHtHtHtHeit)it^îîtHtHt^'7îtHt^)îf)K)ît»t^?it^t^ 



L'importation des armes à feu 197 

La protection des indigènes 200 

La justice 201 

Les contrats de louage 204 

L'AMÉLIORATION DE LA SITUATION ÉGONOM QUE 

Les produits du sous-sol 205 

Les produits d''origine animale . . 208 

Les produits végétaux 21l 

L'AGRICULTURE 214 

Les cultures 217 

Cultures de rapport 217 

Plantes textiles 219 

» oléagineuses 220 

» tinctoriales .... 221 

Autres plantes 221 

Cultures vivrières 222 

L'élevage 225 

L'INDUSTRIE .... 230 

LE MOUVEMENT COMMERCIAL 231 

Les importations 232 

Les exportations 234 

LA CRÉATION DE RESSOURCES 236 

Impositions directes et personnelles 236 

Impôt sur le caoutchouc 237 

Taxe d'enregistrement, frais de mesurage, droit 

sur les créances hypothécaires 237 

Taxes et redevances minières 23& 

Taxes sur les coupes de bois dans les forêts doma- 
niales 238 

Permis de port d'armes 238 

Permis et autorisation de chasse à l'éléphant, . . 239 

Péage sur les routes 239 

Taxe sur les permis et licences de recrutement et 

sur le visa des contrats de louage des travailleurs 239 



274 — 



Patente des trafiquants 240' 

Impôt sur les sociétés congolaises et sur les socié- 
tés étrangères 240 

Droits de sortie 240 

Droits d'entrée 241 

Taxe de replantation 241 

Le régime foncier . 242 

La dette publique 245 

Le budget pour Vexercice 1912 246 

LES ŒUVRES SCIENTIFIQUES 252 

La préparation aux fonctions coloniales . 252 

Le musée colonial de Tervueren 254 

CONCLUSION 257 

LISTE DES OFFICIERS BELGES TUÉS AU CONGO . 269 



Cartes, Ci'oquis et Oiagranimee. 



LE SYSTEME OROGRAPHIQUE 

ESQUISSE ETHNOGRAPHIQUE 

LES PLUIES 

LES EXPLORATIONS DU KATANGA . . . . 
L'OCCUPATION DES RÉGIONS DU NORD-EST . 
LA CAMPAGNE ARABE - SITUATION DES ARABES 

EN 1892 .... 
L'ATTAQUE DU BOMA D'OGELLA 
LES RÉVOLTES .... 
L'EXPÉDITION DE CLERCK . 
LES DISTRICTS .... 
LA POPULATION NON INDIGÈNE AU CONGO 
LES EFFECTIFS DE LA FORCE PUBLIQUE 



13 
19 
26 
65 
76 

98 
117 
125 
131 
162. 
163 
172 



- 275 



^•««•««î««:-K«^«'«:-«^^ît'-î^^^^^^^^^*î^«^m5Jt^j»)«^^^m^^i« 



LES IMPORTATIONS D'ALCOOL DE TRAITE 
LA MORTALITÉ AU CONGO (BLANCS) . 
LA MALADIE DU SOMMEIL .... 
LA PROGRESSION DU RAIL AU CONGO BELGE 
LES VOIES DE COMMUNICATION . 

LES ARMES A FEU 

LA RÉGION MINIÈRE DU KATANGA . 
LES EXPORTATIONS D'IVOIRE 

» » DE CAOUTCHOUC 

LES IMPORTATIONS ..... 

LES EXPORTATIONS 

LE VOYAGE DE S. A. R. LE PRINCE ALBERT 



179 
182 
184 
189 
193 
197 
206 
209 
212 
233 
235 
265 



276 - 



lOV 1 4 1973 




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652 L'oeuvre civilisatrice au 

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