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Full text of "L'Ordre des Trinitaires pour le Rachat des Captifs"

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L'ORDRE 



DBS TRINITAIBB8 



POUR LE RACHAT DES CAPTIFS 



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L'ORDRE 

DES 

TRINITAIRES 

POUR 

LE RACHAT DES CAPTIFS 

Paul DESLANSRES 

Attaché à la Bibliothèque de l'Arsenul. 



TOME PREMIER 




EDOUARD PRIVAT 

MHUAlUK-flDlTKl'Et 

14, Hue des A ris, 14. 



PARIS 

PLON, NOURRIT ET O* 

8, Rue GaranCLcre, 8. 



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AVANT-PROPOS 



Au mois de février 1898, les religieux Trinitaires 
Déchaussés, dernière branche subsistante d'un ordre 
qui eul sa grandeur, ont célébré à Rome le septième 
centenaire de leur fondation. Rien ne manqua à la 
beauté de ces fêtes : imposantes cérémonies, assis- 
tants nombreux, sermons éloquents; les Pères de ta 
Merci, précédemment rivaux des Trinitaires, vinrent 
célébrer la messe aux nombreux autels de la basi- 
lique de Saint-Chrysogone. Le chapitre de Saint- 
Pierre choisit cette excellente occasion pour mettre 
fin à une très ancienne querelle. Tout était à la joie, 
à l'espérance; pour trois jours, on eut cru que l'or- 
dre de la Trinité, nouveau phénix, renaissait de ses 
cendres. 

Au mois de juin suivant, la vallée de Barcelon- 
nette, en France, fut le théâtre d'une fête populaire, 
qui dut une grande partie de son succès au pané- 
gyrique provençal prononcé par un Prémontré, le 
P. Xavier de Fourrières, en l'honneur du fondateur 



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AVANT-PROPOS. 



de l'ordre des Trinitaires, un enfant de cette vallée 
de Barcel on nette, une des gloires de la Provence 
entière, saint Jean de Malba. 

Deux ans après, ce couvent trinilaire, le seul de 
France, restitué à l'ordre quarante ans auparavant, 
grâce au zèle du P. Calixte, n'était plus; une expul- 
sion imprévue avait mis fin à l'existence si inoffen- 
sive des Trinitaires dans la patrie de leur fondateur. 
Ils trouvèrent une patrie adoplive et plus hospitalière 
à Vienne, en Autriche, où l'ordre avait eu un cou- 
vent deux siècles auparavant. — Des religieuses, 
agrégées à l'ordre des Trinitaires, vinrent remplacer 
ceux-ci à Faucon au mois de septembre 1900. 

Plusieurs siècles de dévouement désintéressé et 
d'héroïsme tranquille méritaient mieux qu'une 
fin si rapide. J'espère, dans cette étude détaillée, 
contribuer à faire connaître, selon l'expression de 
Léon XIII, dans son bref du i4 juillet 1894, « une 
congrégation qui avait si bien mérité de l'Eglise et 
de la société ». 

Est-ce à dire qu'il n'y ait point une seule ombre à 
ce tableau? Nos religieux ne se laissèrent-ils jamais 
emporter par la rancune plus qu'il n'aurait convenu ? 
A première vue, plus d'un détail nous étonnera dans 
l'histoire de tout ordre religieux; à la réflexion seule- 
ment, nous devenons moins sévères et nous sentons 
que nous cherchions chez nos héros une perfection 
impossible. Les religieux ne sont pas de purs esprits, 
comme les Nuées d'Aristophane qui pouvaient vivre 



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AVANT-PROPOS. III 

de la fumée des sacrifices. Certaines passions humai- 
nes étant incompatibles avec l'état monastique, d'au- 
tres, comme l'esprit processif, ont tendance à se 
donner libre carrière. Pour les religieux qui sont 
propriétaires ruraux, il y a nécessité absolue de se 
faire payer leurs fermages : d'où des procès. Plus 
leurs revenus leur sont nécessaires, moins les reli- 
gieux aiment à voir s'établir à côté d'eux des rivaux 
et des concurrents : d'où des factums. Il faut bien le 
dire, ces procès, ces pamphlets, ces enquêtes, où sont 
parfois révélés des faits étranges, sont la partie la 
plus curieuse des archives des ordres religieux en 
général ; alors ils sont vraiment peints par eux- 
mêmes : à part ces témoignages, leur vie intérieure 
nous échappe presque toujours. Le souci, légitime 
d'ailleurs, d'accroître leurs ressources, conduisit 
souvent les religieux à rechercher minutieusement 
leurs titres anciens, à les réunir méthodiquement en 
liasses et à en tirer des conclusions; en cela, ils ont 
fait vraiment œuvre d'archivistes soigneux. Mais 
presque partout, à Saint-Martial de Limoges, dont 
notre confrère, M. Charles de Lasteyrie, nous a si 
impartialement retracé l'histoire, comme à Saint- 
Mathurin de Paris, on n'eut en vue que les docu- 
ments utiles. Rarement le souci du document histo- 
rique apparut. Nous sommes donc moins portés à 
regretter ces polémiques révélatrices de bien des faits 
qui, sans elles, nous seraient restés inconnus. 
En considérant avec précision ces rivalités avec 



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AVANT-PROPOS. 



l'évêque diocésain ou avec un autre ordre, nous 
voyons bien vite que ces faits regrettables ne sont 
l'œuvre exclusive ni des Trinitaires, ni des Pères de 
la Merci, pour ne citer que ceux-ci, mais que chaque 
ordre en porte sa responsabilité. Ces dissensions ne 
sont d'ailleurs nullement spéciales à une époque ou 
à une nation; elles sont de tous les temps et de tous 
les pays. Les Trinitaires ne furent pas tous des 
saints, mais quelques-uns le furent; cela suffit am- 
plement à la gloire de leur ordre. 

Au terme d'une série d'études de plusieurs an- 
nées, ce m'est un agréable devoir de témoigner 
au P. Xavier de l'Immaculée-Conception, un fils 
de l'Alsace, supérieur du nouveau couvent trinitaire 
de Vienne, en Autriche, ma vive reconnaissance 
pour le grand secours qu'il m'a fourni. Non content 
de me donner oralement de précieux renseigne- 
ments, il a poussé la complaisance jusqu'à m'en- 
voyer, tant de Rome que de Vienne, des livres impri- 
més et des manuscrits précieux que seuls des Trini- 
taires peuvent posséder. Le Général de l'ordre de la 
Trinité, le P. Grégoire de Jésus et Marie, résidant à 
Saint-Chrysogone, à Rome, a maintes fois aussi 
daigné encourager ce travail. 

Les archivistes départementaux de France, les 
archivistes de l'Etat en Belgique, en Luxembourg, 
en Lorraine, les bibliothécaires de Rome et de 
Vienne, el les Trinitaires de San Carlino, à Rome, 



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AVANT-PROPOS. 



ont mis tous leurs trésors à ma disposition avec 
autant de complaisance que de courtoisie, me don- 
nant toutes les facilités de travail possible. Ne pou- 
vant les nommer tous, je les prie de recevoir en bloc 
l'expression de ma gratitude. 

J'ai donné à ce travail le litre de L'Ordre français 
des Trinïtaires , parce que je ne l'étudié qu'en 
France; les provinces étrangères d'Espagne et d'Ita- 
lie n'intervenant qu'en tant qu'elles ont eu des rela- 
tions avec celles de France, ou qu'elles fournissent 
des faits dont nous ne trouvons pas les analogues 
chez les Trinilaires français. 



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BIBLIOGRAPHIE 

DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE L'ORDRE'. 



La Bibliographie de l'ordre des Trinitaires a été présentée 
d'une façon très méthodique dans le Serapeam, t. XXXI 
(1870), pp. 85, 92 el suivantes. L'ordre analogue de ta Merci 
a eu ses sources établies de la même manière. Cette biblio- 
graphie est aussi complète que pouvait la faire son auteur, 
M. Gmelin, qui, selon son propre aveu, n'a pas poussé ses 
recherches en France et en Italie; il s'est contenté de l'Alle- 
magne. Au moins a-t-il eu la précaution d'indiquer dans 
quelle bibliothèque allemande se trouvent les ouvrages cités, 
précieux renseignements pour qui ne connaît que les biblio- 
thèques de France. — Les pays germaniques n'ayant eu 
que tardivement des couvents trinitaires, les sources indi- 
quées par le bibliographe sont, pour la plupart, des livres 
imprimés dans ces pays aux dix-septième et dix-huitième siè- 
cles, par conséquent de peu d'importance pour l'étude des 
Trinitaires de France, but exclusif de cet ouvrage. 

1. La Bibliographie spéciale de la Rédemption de» captijs sera donnée 
en lêle de cette partie de l'ouvrage. 



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VIII BIBLIOGRAPHIE. 

Gmelin n'a d'ailleurs point ignoré les ouvrages écrits en 
français, qu'il a souvent empruntés au P. Lelong, et, même 
en ce qui concerne les historiens trinitaires de notre pays, sa 
bibliographie est assez étudiée pour qu'il me paraisse enlière- 
menl inutile de donner une liste des ouvrages, au nombre de 
plusieurs centaines, que j'ai du consulter. Je me bornerai, 
dans ce chapitre, à signaler en détail les plus intéressants 
d'entre eux. 

Malgré toutes les précautions prises par le bibliographe, il 
n'a point échappé à la tendance d'enfler un peu sa liste. Il n'a 
cité certains noms d'historiens trinitaires que d'après d'autres 
auteurs de cet ordre, sans avoir jamais vu leurs ouvrages. 
Cela est toujours imprudent en bibliographie, spécialement 
quand il s'agit des Trinitaires, qui ont parfois donné des 
références fantaisistes à propos de faits qu'ils ne pouvaient 
établir avec certitude. Voici, par exemple, un prétendu écri- 
vain écossais, George Innés. Après avoir reproduit l'opinion 
que l'on prête à cet auteur sur la taille gigantesque de 
saint Jean de Matha, un bon juge en ces matières, le pape 
Benoît XIV, ajoute : « Si tant est que ce George Innés ail 
jamais existé, car mon ami, le procureur général de l'ordre de 
la Merci, m'a dit qu'il n'existe nulle part de cet auteur ni ma- 
nuscrit ni imprimé, quoiqu'on le cite parfois en spécifiant le 
chapitre. » Ce cas est malheureusement loin d'être isolé dans 
l'historiographie trinitaire. Un bon historien de cet ordre, le 
P. Calvo, auteur du Resumen de /os privilégias, avoue qu'il 
emprunte certains détails concernant le treizième siècle au 
faussaire Lupian Zapala, tout en s'excusant de les rapporter; 
de la contradiction peut, en effet, jaillir la vérité. 

L'histoire de l'ordre est donc difficile à écrire, d'abord 
parce que ses religieux l'ont rarement traitée, et que, quand 



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BIBLIOGRAPHIE. IX 

ils l'ont fait, ils ont reproduit des fables traditionnelles, aux- 
quelles ils n'auraient pu renoncer sans avouer leur totale 
ignorance. Il n'existe aucune grande Histoire des Trinitaires, 
ni en français ni en une autre langue , analogue à celle 
qu'ont publiée en 1691 leurs rivaux, les Pères de la Merci, 
fondés aussi pour le rachat des captifs. Celte similitude de 
bul a causé des confusions. Beaucoup d'historiens savent à 
peine qu'il a existé et qu'il existe encore un ordre de la Tri- 
nité, ou bien ils le confondent avec l'ordre fondé par saint 
Pierre Nolasque. Ce dernier a eu l'honneur d'un panégyrique 
prononcé à Paris par Bossuet, qui paraît ignorer l'antériorité 
de saint Jean de Matha. Il faut donc, pour écrire l'histoire 
des Trinitaires, recourir d'abord à leurs archives. 

1, — Archives des Trinitaires. 

Des le quinzième siècle, Gaguin, leur plus ancien chroni- 
queur, avoue qu'il n'a rien trouvé sur certains grands-minis- 
tres, ses prédécesseurs. Deux siècles après, Bonavcnture 
Baron, Franciscain et annaliste des Trinitaires, écrit : Sancta 
vetustas maluit praestare magna et conscire sibi quant scri- 
bere. Un ministre de Lyon écrivait de même au P. Ignace 
de Saint-Antoine : « Je prie le bon Dieu qu'il bénisse votre 
travail touchant les chroniques de l'ordre; c'est une chose 
épouvantable que de voir la négligence de nos anciens. » 

Sur leur fondation même, les Trinitaires ont commis 
d'étranges erreurs. M. Labande a relevé sur le manuscrit 
200,2 de la Bibliothèque d'Avignon une mention attribuant la 
fondation de l'ordre militaire à Honorius IV, pape de 1285 
à 1 287, au lieu de la date réelle de 1 198. La grave confusion 
s'explique un peu par ce fait qu'Honorius III, successeur 



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X HIRLrOGRÀPHÏE. 

d'Innocent III, donna de si grands privilèges a l'ordre qu'il 
en fui regardé" comme un second fondateur. Le récit en vers 
d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale attribue aussi à 
un pape du nom d'Honorius la fondation des Trinilaires. 

Un Rédempteur distingué, le P. Héron, écrivait en 1660, 
dans le Miroir de la Charité, que son ordre avait été fondé 
en France sous le règne de saint Louis. En réalité, l'ordre 
existait depuis dix-sept ans lors de la naissance de ce roi, 
mais il en fut l'insigne bienfaiteur. 

Les Trinilaires n'avaient même pas la possibilité de bien 
écrire l'histoire de leur ordre, tant ils manquaient de soin 
pour la garde de leurs archives. Faute d'une pièce, plus d'un 
procès fut perdu par eux à Faucon, à Vitry. Même pour la 
confirmation de leurs indulgences, cependant si importante, 
ils se trouvèrent parfois dans l'embarras. Le général de l'or- 
dre, Pierre Mercier, recommandait en ce cas un expédient un 
peu simpliste (vers 1670) : a Je vous ai déjà mandé que, si 
l'on vous parle de nos indulgences, il faut toujours dire que 
la confirmation en a été obtenue de Sa Sainteté et que l'on 
en attend les bu/les. " 

Les archives n'avaient de place fixe dans aucun couvent. A 
Cerfroid, chef d'ordre, elles étaient dans un tiroir, et l'on en 
remplit cinq sacs de papier, qui furent vendus en 1790. — A 
Mcaux, Nicole Navarre, ministre de la Maison-Dieu, les gar- 
dait dans sa chambre et avec si peu d'ordre que ses religieux 
ne pouvaient retrouver les noms de leurs fermiers. — Le livre 
des actes de Pontoise se trouvait, en 1737, dans la chambre 
d'un religieux absent qui en avait emporté la clef. — Une 
supplique à l'intendant de Provence dul être récrite avant 
d'être envoyée, à cause de pièces retrouvées à l'împroviste. — 
De ce désordre naît l'intérêt de ces archives, encore peu clas- 



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BIBLIOGRAPHIE. 



sées dans les différents dépôts qui les conservent aujourd'hui. 

Elles sont, d'ailleurs, Fort incomplètes. Il faut reconnaître 
qu'un très grand nombre de couvents, parmi lesquels Cas- 
tres, Toulouse, Montpellier, ont subi des dévastations par 
suite des guerres de religion. Tous les ordres religieux ont 
certes souffert de ces calamités et ont pu s'en relever; mais 
pour un ordre pauvre et peu doué pour l'histoire, en France 
du moins, de semblables catastrophes étaient particulièrement 
funestes. 

Ordre pratique entre tous les autres, les Trînitaires n'envi- 
sagèrent leurs archives qu'au point de vue utilitaire. Quel 
plaisir n'ont-ils pas à prendre leurs créanciers en défaut : 
« Cette rente ne se paie plus, le chapitre de Notre-Dame l'a 
laissé prescrire t » Cette mention est au dos d'une pièce con- 
servée dans les Archives des Mathurins de Paris (c'est ainsi 
qu'on appelait les Trînitaires dans cette ville). Les titres de 
propriété sont, bien entendu, intacts; mais les pièces d'un 
intérêt historique ne figurent malheureusement que par leur 
analyse ou par un extrait. 

La tentative d'un Tri ni ta ire du Midi, dont il sera souvent 
question, le P. Ignace de Saint-Antoine, pour rassembler des 
documents sur l'histoire de l'ordre, secoua un peu la torpeur 
des hommes du Nord. Le couvent de Paris centralisa les 
Archives, ou du moins, les Cartulaires et les copies de pièces 
de quelques petites maisons du nord ou de l'ouest de la 
France (Bar-sur-Seine, Cheiles, Dinan, Dinard, Pontarmé, 
Taillebourg) ; ces documents forment deux cartons des Archi- 
ves Nationales. On se demande d'ailleurs pourquoi les Mathu- 
rins avaient fait prendre ces copies; ce n'était ni pour les 
communiquer ni pour s'en servir. Ayant à fournir une notice 
sur le couvent de Dinan, fondé en i36o, Us disent simple- 



ciDvGoOgk 



XII BIBLIOGRAPHIE. 

ment qu'il date du quatorzième siècle, sans regarder te titre 
de fondation qu'ils ont sous la main ! 

Plusieurs supérieurs ou ministres de couvent qui feuilletè- 
rent leurs archives ne surent point en voir l'intérêt. Le minis- 
tre de Silvelle (Seine-et-Marne) mit dans une liasse particu- 
lière, comme pièces inutiles, les écritures d'un procès en resti- 
tution du couvent, qui avait été donné en bail à un laïque 
pendant quelques années. Le ministre de Troyes ayant confié 
ses bulles a déchiffrer à un notaire, celui-ci renonça à les 
transcrire « parce qu'elles n'avaient rien d'intéressant pour la 
maison et qu'elles portaient ou sur des indulgences périmées 
ou sur des droits qui nb pouvaient plus exister ». 

Ce n'est qu'au dix-septième siècle, et dans le Midi, que l'on 
eut des idées plus larges. Les Trinitaires Déchaussés, fondés 
vers 1620 en France, décidèrent que tous les privilèges obte- 
nus en cour de Rome par le procureur général de la congré- 
gation seraient déposés en copie dans chacun de leurs cou- 
vents et à leurs frais. Ils avaient un exemple chez leurs 
voisins et rivaux, les Trinitaires de Marseille, qui avaient été 
réformés en 1610. Leurs archives, conservées à la Préfecture 
des Bouches-du-Rhône , forment un ensemble de cent vingt 
liasses et registres. Il y en a autant pour les Trinitaires 
d'Arles, dont l'histoire a été successivement écrite par les 
PP. Guillaume Commandeur et François Porchier. L'histoire 
de tous les couvents trinitaires du Midi peut s'y lire en 
abrégé, grâce aux copies faites au début du dix-huitième siè- 
cle par un provincial, le P. Paul Giraud, auteur d'un Journal 
de la peste de Marseille ; ce Père mit des analyses au dos de 
la plupart des pièces. 

En quoi les Trinitaires de Marseille excellent le plus, c'est 
à former des dossiers accablants, notamment contre les Reli- 



ûdv Google 



BIBLIOGRAPHIE. 



gieux Déchaussés d'Aix qui ont quitté l'habit de l'ordre et ont 
refusé de se soumettre à leur visite. On en vient .à regretter 
que les Trinitaircs n'aient pas eu encore plus d'occasions de 
mettre en lumière ce que contenaient les Archives. La polé- 
mique était si bien un stimulant qu'il a fallu, pour leur faire 
montrer les actes des chapitres généraux, que leurs privilèges 
fussent battus en brèche par les provinces étrangères. Sans 
cela, ces chapitres auraient été perdus pour nous. 

Au premier rang des Cartulaires se trouve celui de Tou- 
louse, composé, en 1692, par Grégoire Revnès, syndic et 
organiste du couvent : c'est une histoire abrégée, où sont 
intercalés les dispositifs des actes fondamentaux, et ou sont 
discutés d'intéressants points de droit canonique. Elle a été 
fort utilisée par les rédacteurs de la nouvelle Histoire de Lan- 
guedoc. 

Au nord de la France, on peut citer le grand Cartulaire 
in-folio, en trois volumes (Archives Nationales, LL i545 à 
i547)> du P. de Massac, général des Trinitaires de 1716 à 
1748, excellent résumé de l'histoire des Mathurins de Paris, 
qui gouvernaient en réalité tout l'ordre. Il n'a fait que conti- 
nuer le Cartulaire rédigé à la lin du quinzième siècle par le 
célèbre Gaguin. Massac avait eu la précaution de laisser des 
feuillets blancs pour que son œuvre fût continuée : elle ne le 
fut pas. 

Plusieurs livres d'actes capitulaires existent pour les cou- 
vents de Paris (depuis 1708 seulement), de Pontoise, de Mar- 
seille, de Montpellier, depuis le début du dix-septième siècle. 
L'Inventaire de Châlons-sur-Marne contient des analyses de 
pièces d'un intérêt plus que local. Les Trinitaires de ce cou- 
vent ont été très laborieux. 

Aux Cartulaires doivent se joindre les Obitaaires. Le plus 



a Dy Google 



XIV BIBLIOGRAPHIE. 

connu est celui des Mathurins de Paris, écrit par Gaguin à la 
fin du quinzième siècle. Il en existe encore pour les couvents 
d'Avignon, de Châlons, de Fontainebleau (conservé à Paris), 
de Châteaubriant (conservé à Nantes). Ce dernier offre la 
double particularité de provenir originairement d'un couvent 
situé près de Chelles et d'avoir été surtout rédigé au seizième 
siècle, au temps des guerres de religion. 

Les registres de visite sont les documents les plus inté- 
ressants pour connaître la situation réelle des couvents : le 
visiteur, n'écrivant que pour lui, n'a rien à cacher. Il n'en 
existe qu'a partir du seizième siècle; encore n'y a-t-il d'abord 
que des copies éparses. Ils n'ont été tenus régulièrement que 
dans le Midi, et seulement depuis le dix-septième siècle. Nous 
avons cependant, pour le Nord, l'enquête du cardinal de La 
Rochefoucauld, chargé en i635 de réformer l'ordre de la Tri- 
nité; Il interrogea ou fit interroger les ministres et leurs reli- 
gieux. 

La Commission des Réguliers de 1767 provoqua une en- 
quête analogue, qui aboutit à la suppression ou du moins à 
la condamnation de plusieurs couvents trinitaires. 

Mais il ne faut point nous borner à notre pays pour étu- 
dier les Trinitaires. Les Archives de l'histoire de France 
de MM. Langlois et Slein ne faisaient prévoir qu'une partie 
des richesses que renferment les Archives du royaume, à 
Bruxelles, maintenant plus accessibles depuis la publication 
de nombreux répertoires de séries. Le plus important est celui 
de la Caisse de Religion, qui hérita des biens des corpora- 
tions supprimées. II ne faut point faire fi de ces documents 
de la fin du dix-huitième siècle, qui parfois même se conti- 
nuent pendant toute la période de la Révolution française. 
Souvent il est question de pièces anciennes, dont la copie est 



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BIBLIOGRAPHIE, XV 

rapportée, à l'occasion de services religieux dûs par le cou- 
vent supprimé, en vertu de sa charte de fondation. Les dos- 
siers formés a ce sujet tant à Bruxelles qu'à Luxembourg sont 
des plus instructifs. 

Le fonds belge des Cartulaires a subi un important démem- 
brement, au milieu de l'année 1900, par une décentralisation 
an profit des provinces dont faisait partie le couvent. Ainsi, 
le Gartulaire de Lois est passé de Bruxelles à Mons. 

IL — Ouvrages imprimés composes par les Trinitaires. 

La plus usuelle des sources de l'histoire trinitaire est la 
Chronique des Ministres Généraux, publiée dans Gallia 
Chrîstiana, au tome VIII (col. 1 734-1 756). Elle est l'œuvre 
de trois auteurs successifs, Gaguin, Bourgeois et Massac. 

Robert Gaguin, vingt-deuxième ministre général de l'ordre, 
écrivit en 1492 son De mirabili hu/'us sacri ordinis institu- 
tione, à la demande d'André de Sedano, minisire de Burgos 
et provincial de Castille. Il y joignit une liste des ministres 
généraux jusqu'à 1 4?3- On ne sait où en était conservé le 
manuscrit. Jacques Bourgeois, provincial de Picardie, écrivit 
une continuation dans le même esprit, s'étendant de ityZ à 
1570. L'œuvre de Claude de Massac est d'un genre tout 
différent. 

Les deux premières parties, éditées pour la première fois 
à Douai en i586, et ensuite dans le Gallia Ckristiana des 
Frères Sainte-Marthe, se distinguent par une naïveté un peu 
cherchée, qui va se rencontrer chez presque tous les histo- 
riens trinitaires. Ainsi Gaguin raconte, sans le moindre 
étonnement, que le quinzième supérieur de Tordre, Thierry 
Valerand, mourut mystérieusement en Italie, et que trois 



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XVI BIBLIOGRAPHIE. 

ministres furent soupçonnés de s'être partagé son argent! 

Comme son titre l'indique, celte Chronique est un Cata- 
logue des ministres généraux, d'abord appelés grands-minis- 
tres. Pour la plupart d'entre eux, nous n'en savons pas plus 
que Gagum n'en a dît, et c'est peu. Il paraît d'ailleurs avoir 
rédigé ses notices avec une grande rapidité. Ainsi, dans la 
grande bulle du 18 juin 1209, au lieu de Porte Gallice (Porte 
de France, à Marseille), il lit : Portugalliae et interprèle 
« domus Portugalliae, id est Lusilaniae » . De même la maison 
de Castro Novo n'est pas Newcastle en Grande-Bretagne, 
mais Châteauneuf, près Martigues; Pons Reginae n'est pas 
Puente la Reyna, en Navarre (cette ville n'était pas encore 
fondée à celle époque), mais Le Bourget, près Paris. 

Ce ne sont là que de petites taches, qui ne peuvent nous 
faire oublier la reconnaissance due au plus ancien historien 
des Trinitaires, qui fut aussi leur personnage le plus remar- 
quable. Gaguin a raconté avec détails la grande crise que 
traversa son ordre entre i£i5 et i4ai. Il a parlé de son 
cursus honorum jusqu'à i^-ji en des termes qui ont parfois 
passé inaperçus, même pour des historiens sérieux. 

Jacques Bourgeois, continuateur de Gaguin, était né en r5a5. 
A l'âge de vingt ans, il écrivit un grand poème sur la fonda- 
tion de l'ordre. Étudiant en théologie à Paris en i55o, il 
était présent aux travaux faits dans l'église des Mathurins, 
au cours desquels fut exhumé le corps de Gaguin, mort en 
iooi. Il demanda au général, Thibaut Musnier, la permis- 
sion de prendre la léte de ce grand homme, et il l'emporta 
avec lui pour la bibliothèque du couvent de Douai. Promu 
par Charles-Quint ministre du petit couvent de Covorde. sur 
la Lys, il brûla bien vite du désir d'en sortir, car ce séjour à 
la campagne étail pour lui plein de dangers. En i568, pré- 



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BIBLIOGRAPHIE. 



sent à l'élection du grand-ministre, il s'opposa au vote par 
scrutin secret prescrit par le concile de Trente. Bernard Do- 
minici ayant été néanmoins élu, il se fit charger de la rédac- 
tion d'uue Formule de rèformatton qui fut adoptée par les 
chapitres généraux de 1573 et de 1576. Il y préconisa le vote 
au scrutin secret, et il demanda en même temps la suppres- 
sion du convent de Cororde, spirituel moyen de se faire don- 
ner de l'avancement. Il le reçut enfin, en devenant ministre 
de Douai et provincial de Picardie. Sa versatilité s'explique 
par la situation de sa province, divisée entre la France et 
l'Espagne. 11 traita à la fois en vers latins et en français, à 
cinquante ans de distance, la vie de saint Jean de Matha. Un 
passage de sa chronique nous fera juger de sa prétendue 
candeur. A l'entendre, Nicolas Musnier aurait déplacé les Tri- 
nitaires de la Maison-Dieu de Meaux à cause de leurs fré- 
quentations trop suivies avec les religieuses. Les rédacteurs de 
GalUa Ckristiana ont justement relevé que nos religieux 
furent expulsés par arrêt du Parlement de Paris, plutôt pour 
dilapidation et négligence que pour mœurs légères. 

Enfin, Claude de Massac résuma la partie la plus ingrate 
(1570-1716) de l'histoire des Trinitaires, caractérisée par des. 
conflits avec les religieux du midi de la France et de l'étran- 
ger, parfois soutenus par le pape. Venant à la fin de toutes 
ces querelles et ayant, non sans peine, ramené la paix dans 
son ordre, Massac nous donne de ces faits une version de 
juste milieu. Il ne prend qu'avec restrictions le parti des Tri- 
nitaires du Nord, qu'on appelait « les quatre Provinces » et 
dont l'intransigeance était très grande. Mais il a donné libre 
cours à ses rancunes en feignant d'ignorer le nom du fon- 
dateur de la Congrégation Déchaussée, Jean-Baptiste de la 
Conception, et en ne citant pas le cardinal de La Rochefou- 



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XVIII BIBLIOGRAPHIE. 

cauld , qui humilia en i638 le couvent des Malhurins de 
Paris. 

11 est regrettable qu'aucun Trinitaire ne se soit rencontré 
pour continuer cette chronique dans le dix-huitième siècle, qui 
se trouve ainsi dépourvu de sources narratives autant que le 
dix-septième en déborde. Nous n'avons alors que les mentions 
du Nécrologe des Mathurins. 

Les autres ouvrages des Trinitaires de France ne sont, à 
quelques exceptions près, que des Recueils d'indulgences à 
l'usage des confrères de la Rédemption ; ces livrets utiles sont 
tes seuls que la pauvreté de l'ordre lui permit de faire impri- 
mer. Pour n'en citer que deux, les meilleurs sont L'institution 
et la fondation de VOrdre par Barthélémy de Puille, publié 
à Douai en i635, et La sainte Confrérie sous le Titre du 
Rédempteur de Claude Ralle, dont la quatrième édition fut 
donnée à Paris en i665. 

Quant au plus notable historien des Trinitaires, le P. Pierre 
Dan, îl ne nous intéresse ici que par la dernière partie de 
l'Histoire de Barbarie, consacrée à son ordre, et par son 
Trésor des merveilles de Fontainebleau, publié en 1660, et 
011 sont mentionnés très souvent les religieux de la Trinité, 
chapelains de ce château. 

Il faut passer les Pyrénées et les Alpes pour trouver d'au- 
tres ouvrages généraux. 

C'est à Lisbonne que parut, en 1624, YEpitome geuera- 
lium redemptionum captivorum du P. Bernardin de Saint- 
Antoine. L'ouvrage tient même plus que ne promet son titre, 
car le premier livre traite de l'institution de l'ordre des Trini- 
taires et de sa règle, le second de la rédemption des captifs; 
le troisième est un véritable bullaire, comprenant : i° tout 



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BIBLIOGRAPHIE. 



l'ordre; a° l'Espagne; 3" le Portugal jusqu'à 1620. Dans ce 
classement, il a interverti quelques bulles, ce qui n'ôte cepen- 
dant rien au très réel mérite de son ouvrage. 

Désormais, nous entrons dans la légende. En 16H7 parut à 
Ségovie la première partie de la Chronique générale de 
l'Ordre de la Sainte-Trinité, en espagnol. L'auteur de cet 
immense in-folio est le P. Pedro Lopez de Altuna. Il est le 
porte-parole des Trinitaircs espagnols, hostiles à ceux de 
France qui régissaient son ordre ; aussi a-t-il déparé son tra- 
vail par des affirmations tendancieuses. Il a parlé longuement 
d'un prétendu ordre militaire de la Trinité. 

Il en est de même du Chronicon Ordinis S. Trinitatis de 
Figueras Carpi, religieux de Valence, publié à Vérone en 
i645. D'après YArbor chronologica, bibliographie des auteurs 
trinitaires sous forme de dictionnaire, publiée à Rome en 
1894, Figueras aurait exploré les archives trinitaires d'Es- 
pagne, de France, d'Allemagne (?), d'Italie (?), de Grande- 
Bretagne (?), et il aurait écrit, du 4 novembre i633 à septem- 
bre i634, quatre volumes manuscrits, dont il tira la quintes- 
sence. Il est plus probable qu'il ne consulta que son imagi- 
nation et ses rancunes. 

Ce livre prétend être un abrégé de l'histoire des Trinitaires 
jusqu'à l'époque de l'auteur; il est ainsi divisé : Bibliographie 
très étendue, — Histoire de l'ordre par généraux , à chacun 
desquels est suspendue une grappe d'illustrations trinitaires, 
— Traité du rachat des captifs, — Pièces justificatives : quel- 
ques-unes étaient insérées dans le texte, dont elles ne se dis- 
tinguaient pas suffisamment, — Eclaircissement sur l'ordre 
de la Merci. L'ouvrage a 625 pages. 

L'étendue seule de la période embrassée par Figueras eût 
pu rendre sa chronique précieuse s'il avait eu de la critique 



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XX BIBLIOGRAPHIE. 

et de l'impartialité. C'est un Trinilaire Chaussé espagnol, 
comme Lopez de Altuna, mécontent de voir son ordre gou- 
verné par les provinces de France. Venu à Paris, il y a été 
bien reçu; il n'en garde pas moins sa liberté d'appréciation; 
il dédie son livre au ministre général Louis Petit, dont il juge 
sévèrement la conduite (p. 278). Il a sur le cœur la condam- 
nation contre ses ouvrages votée « d'avance » par le chapitre 
général de i635. Quoique les Trinitaires Déchaussés soient 
fondés depuis 1599, il paraît, lui aussi, ignorer complètement 
leur existence. 

Figueras s'est bien des fois contenté de copier la Chronique 
des Ministres Généraux, de Gaguin, en y introduisant quel- 
ques corrections tendancieuses, notamment l'histoire de 
l'Ecossais Pierre de Aberdeen, qui aurait gouverné l'ordre 
de 1347 à 1357. Il a déjà cette exagération que les Trinitaires 
de nos jours avouent être la caractéristique de leurs devan- 
ciers. Qu'est-ce que. ces cent quarante couvents trinitaires de 
Palestine pour lesquels il ne peut citer qu'une bulle, adressée 
aux Trinitaires hospitaliers, et que le Bullaire de 1692 n'a 
même pas osé recueillir? Qu'est-ce que cette bulle de Gré- 
goire XI ordonnant de tenir le chapitre une fois en deçà, une 
fois au delà des Alpes, qui arrive si à propos pour condamner 
les prétentions des Trinitaires de France? Ces faux sont un 
acte de polémique indigne d'un historien sérieux. 

Il faut cependant savoir gré à Figueras de n'avoir rien dit 
de la naissance royale de saint Félix de Valois, le second fon- 
dateur légendaire des Trinitaires, ni de Constance et de San- 
che d'Aragon, qui seraient entrés au treizième siècle dans 
l'ordre de la Trinité. 

Entre 1666 et 1679 se sont déroulées les étapes de la canoni- 
sation de saint Jean de Malha et de saint Félix de Valois. 



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BIBLIOGRAPHIE. 



L'ardeur des Trinitaires ne connaît plus d'obstacle. A la fin 
du dix-septième siècle se produit le seul mouvement historique 
sérieux de l'ordre de la Sainte-Trinité ; il se résume dans le 
nom d'un Trînitaire provençal, Ignace de Saint-Antoine, dont 
un Franciscain, Bonaventure Baron, a injustement confisqué 
la gloire. 

Le P. Calixte a écrit, dans la préface de sa Vie de saint 
Félix de Valois : « Le P. Bonaventure Baron n'est que l'édi- 
teur des Annales mises sous son nom ; le véritable auteur est 
le P. Ignace de Saint-Antoine. » Il y a, en effet, entre l'im- 
primé de Baron et les manuscrits du P. Ignace, conservés à 
Marseille, des similitudes complètes 1 . 

Bonaventure Baron, né à Cloyne en i6i5, était Irlandais 
et neveu du célèbre chroniqueur Luc Wadding, qui parle de 
lui à la page 84 de ses Scriptores ordînts Minorum. Il était 
lecteur au collège franciscain de Saint-Isidore à Rome. Son 
portrait figure en tête des Annales du premier siècle de l'ordre, 
de la Trinité, publiées en latin à Borne (i684); il y a mis 
partout sa griffe, il ne manque pas de dire : Noster sera- 
phicus ordo S. Franctsci, il cite lui-même son propre nom, 
par un véritable jeu de mots (à la p. 186); les censeurs de 
l'ouvrage proclament que l'auteur des Annales est a Reue- 
rendas admodam Pater Bonaventura Baro, ex illuttri fami- 
lia infide Catholîea Constantin. 

Le P- Ignace de Saint-Antoine était né en 1 635 à Se yne (Bas- 
ses-Alpes). Ministre des Trinitaires Déchaussés de Saint-Denis 
de Rome et procureur de cette Congrégation, il fit des recher- 



i. Cf. Carlulairc d'Avingaoia, Baron, p. i5î; manuscrit de Marseille 
n"> 1317, p- 376. — Trinitaires de Val/irdolid, Baron, p. an ; manuscrit 
n° 1217, p. 43-44- — Trînitaire* d'Oxford, Baron, p. 287; manuscrit 
n» iai5, f» 6 vo. 



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XXII BIBLIOGRAPHIE. 

ches très approfondies, notamment chez les Franciscains de 
Saint-Isidore à Rome; certains livres, dont il copia des extraits, 
se trouvaient dans leur bibliothèque ; il y rencontra Bonavcu- 
ture Baron. Le vieux Franciscain, dont l'ordre avait plus de 
ressources que celui des Trinitaires, tira parti des matériaux 
réunis surtout par le jeune Trinitaire, et y mil son nom seul, 
ce qui brouilla les deux collaborateurs. Baron ne nomme 
nulle part le P. Ignace; ce dernier, parlant de l'ouvrage signé 
par Baron, l'appelle : le tome I" des Annales de l'ordre. 

Ces Annales sont dédiées à Louis XIV, peut-être converti à 
l'opinion de la naissance royale de saint Félix de Valois. Pour 
chaque année, l'auteur note les fondations de couvents, bulles 
de pape, synchronismes, trop développés; certaines années ne 
contiennent rien sur les Trinitaires, mais seulement des 
« incidences ». Les notices sur l'histoire de chaque couvent, 
à propos de sa fondation, prolongent les Annales bien au 
delà du premier siècle de l'ordre et en détruisent l'économie. 

Baron répète deux fois le même document, coupe arbitrai- 
rement une pièce en deux, ignore la géographie de la France, 
au point de croire que Compendium est le nom latin de Ver- 
berîe (p. 225), se contredit fréquemment pour les dates de 
fondation et fait mourir un de ses personnages en ia65 et en 
1272. Il faudrait cependant choisir. Son style est hérissé de 
mots grecs. Malgré ces graves défauts, nul n'est plus Trini- 
taire que ce Franciscain; déjà un de ses confrères, Macedo, 
avait écrit la Vie de saint Jean de Matha. Baron parait avoir 
épousé toutes les rancunes de son collaborateur contre les 
Trinitaires du Nord, mais aussi avoir gâché, par une publica- 
tion prématurée et sans critique, la belle besogne qu'avait pré- 
parée le P. Ignace de Saint-Antoine. 

Celui-ci travailla jusqu'à la fin de sa longue vie. Ses nom- 



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BIBLIOGRAPHIE- XXIII 

breux correspondants le considèrent comme l'unique auteur 
des Annales; certains regrettent que le prix trop élevé de 
celle publication ne leur permette pas d'en faire la dépense 
(lettre du i5 juin 1703). Au contraire, les ministres de Bas- 
togne et de Vîanden demandent ce volume par l'intermédiaire 
de leur confrère de Châlons. 

Le reste ne fut pas publié, malgré tous les encouragements 
platoniques que reçut le P. Ignace. A la fin du mois de novem- 
bre 1700, il fit voir au procureur des Déchaussés d'Espagne, 
lu P. Michel de Saint-Joseph, la « continuation des Annales » ; 
celui-cil promit d'en écrire à Home, à son Père Général, pour 
contribuer à leur impression 1 . Sans doute cette démarche 
n'eut pas de succès, car, deux ans après, le fidèle P. André 
Marin, ministre de Châlons, souhaite que le P. Ignace fasse 
imprimer les autres tomes, « mais comme la dépense en est 
fort grande, dit-il, vous ne sauriez y subvenir si vous n'êtes 
assisté de l'ordre, ce qu'on devrait faire, puisque c'est un 
ouvrage qui fera honneur à tout VOrdre. » (3 octo- 
bre 1707). 

Cette Continuatio Annalium, que le P. Lelong dit exister 
en quatre volumes au couvent d'Aix, ne saurait être les ma- 
nuscrits 1212, i2i3, 1216, 1217; l'ouvrage ne dut jamais être 
rédigé. Nous savons seulement que le P. Ignace devait suivre 
la méthode annalistique, et qu'il pensait, par exemple, mettre 
l'histoire du couvent de Montmorency à 1601, date de sa 
fondation. — Nous n'avons donc que les précieuses notes du 
P. Ignace de Saint-Antoine, conservées, comme il a été- dit, à 
la Bibliothèque de Marseille, qui est ainsi le vrai centre de 
l'hisloriographie trinitaire. — Il n'en a lire que le Necrolo- 

1. Bibliothèque de Marseille, manuscrit 1217, p. 569. 



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BIBLIOGRAPHIE. 



ffium Ulustrium Religiosorum ordinîs SS. Trtnt'tatis, publié 
à Aix en 1707, où les religieux sont rangés d'après le jour de 
leur mort. Ces biographies sont brèves, mais précises et im- 
partiales, et permettent de contrôler les renseignements don- 
nés par Massac sur le dix-septième siècle. 

L'œuvre inédite du P. Ignace se compose d'Extraits de 
divers historiens et de sa propre Correspondance. Il a 
d'abord copié ou fait copier dans plus de cent vingt auteurs 
ce qu'ils ont dit des Trinitaires. Beaucoup de ces auteurs sont 
usuels, comme Du Boulay et le P. Dan; d'autres sont insi- 
gnifiants. Somme toute, il est utile de voir réunies en quel- 
ques pages des mentions éparses dans un grand nombre de 
volumes aux exemplaires rares ou aux tables insuffisantes. 
Beaucoup d'extraits sont en espagnol (manuscrit iai3), et 
d'autres en italien (manuscrit iai4). Peu de couvents de 
France, d'Espagne et d'Italie ont échappé à la vigilance du 
P. Ignace; sur les villes mêmes où existaient ces couvents, il 
a consulté les monographies les plus connues; il a même 
relevé des détails curieux, souvent à côté du sujet, comme, à 
propos de Messine, la prétendue lettre de la Vierge aux habi- 
tants de cette ville. 

Dans sa louable impartialité, le P. Ignace a fait des em- 
prunts aux écrivains de l'ordre rival de la Merci, ce qui devient 
une critique voilée de la négligence historique des Trinitaires. 
Donc, quand il y eut des conflits entre ces deux ordres, le 
savant érudit a exposé les arguments des deux parties. 

Le plus beau titre de gloire du P. Ignace, c'est l'enquête 
personnelle sur tous les couvents de son ordre. D'Aïx et de 
Marseille, i! se fit renseigner par les ministres de France et de 
l'étranger, auxquels il demanda notamment leurs titres de fon- 
dation. Quel que fût leur embarras, tous envoyèrent quelque 



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BIBLIOGRAPHIE. XXV 

chose, sauf les Mathurins de Paris, peu commumcatifs comme 
à leur ordinaire; d'ailleurs le P. Léonard de Sainte-Cathe- 
rine de Sienne, Augustin Déchaussé, écrivait alors au jour le 
jour l'histoire de ce couvent. Les réponses des correspon- 
dants du P. Ignace de Saint-Antoine, échelonnées entre 1672 
et 171 1, remplissent le manuscrit 1216 de la Bibliothèque de 
Marseille, qui a 800 pages. 

Le marquis de Galard-Terraube, envoyant l'acte de fonda- 
tion du couvent trinîtaire par un de ses ancêtres, y joint 
l'érection de sa terre en marquisat. — Le P. Gabriel Lefèvre 1 , 
procureur général des esclaves dans la congrégation réformée, 
envoie, en six pages, la liste des hommes illustres de l'ordre, 
en s'accordant une page et demie pour lui-même. Enfin, par- 
dessus tous, le P. André Marin envoya infatigablement tout 
ce qui concernait les couvents de Champagne. Quelques cor- 
respondants demandent en échange des reliques, des livres, 
voire même des graines de pastèque, le moyen de bien dormir 
ou d'avoir de beaux œillets. C'était flatter par son côté sen- 
sible l'auteur du « Remède contre toute sorte de peste 3 ». 

Ces lettres permettent de rectifier le P. Ignace lui-même; 
ainsi il donne quelque part la liste traditionnelle de dix cardi- 
naux Trinitaires; un de ses correspondants lui ayant écrit 
qu'il n'y en a qu'un, il l'admet. — II arrive à révoquer en 
doute les œuvres attribuées à saint Jean de Matha, parce 
qu'elles ne sont mentionnées par aucun auteur plus ancien que 
l'Espagnol Altuna, fort sujet à caution, comme il a été dit. 

Ne faudrait-il pas chercher dans cette évolution de l'esprit 



1. Il avait été choisi par le chapitre des réformés de Cerfroid pour 
recueillir tout ce qu'il trouverait sur l'histoire de l'ordre (Manuscrit 1216, 
p. 208). On ne sait s'il s'acquitta de ce travail. 

2. Bilil. de Marseille, manuscrit z65 (au déhut). 



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XXVI BIBLIOGRAPHIE. 

du P. Ignace la cause décisive de l'interruption de la publi- 
cation des Annales après le premier siècle de l'ordre? L'érudit 
Trinitaîre, d'abord persuadé de ia véracité de ses opinions, les 
laissa exprimer par son collaborateur, puis, voyant qu'il s'était 
trompé, il aima mieux se taire que brûler publiquement ce 
qu'il avait adoré. 

II. nous apparaît comme un érudit consciencieux, impartial, 
curieux de science (il nous décrit, le 12 mai 1706, une éclipse 
de soleil) et par-dessus tout épistolier infatigable, véritable 
providence de tous ceux que l'histoire des Trinïtaires pour- 
rait tenter. 

Pendant que le P. Ignace travaillait en Provence, un autre 
Déchaussé, Joseph a Je.su Maria, publiait à Madrid, en 1692, 
un Bullaire de plus de 600 pages. Les textes sont soigneu- 
sement collationnés et accompagnés de précieux éclaircis- 
sements d'histoire ou de droit canonique. Par malheur, à 
partir de la fondation des Déchaussés, le Bullaire devient spé- 
cial à celte congrégation. 

Passons sur l'extravagante Noticia de las très Jtorentlssi- 
mas provinctas... Inglaterra, Escocia y Hibernia, publiée 
en 1714» à Madrid, par Domingo Lopez. Figueras est encore 
dépassé 1 Malgré ces impardonnables fantaisies, l'auteur est 
digne de foi pour la seule période où il a vécu. 

Le dix-huitième siècle finît par une œuvre trinitaire tout a 
fait digne d'intérêt : Resamen de los prwileffios de la orden... 
par le P. Silvestre Calvo, publiée à Pampelune en 1791. Si 
l'auteur nous expose toutes les idées traditionnelles de l'ordre, 
il laisse voir qu'il ne les partage pas aveuglément. Surtout, il 
nous a donné l'analyse de la plupart des bulles adressées 
à l'ordre eu général au cours des dix-septième et dix-hui- 
tième siècles. 



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BIBLIOGRAPHIE. XXVII 

Il n'a été écril aucune histoire générale de l'ordre par d'au- 
tres que les Trinitaires. Les chapitres du P. Hélyot (t. III, 
pp. 3io-34o) sont bons, quoique l'auteur semble adopter la 
prétention de nos religieux à se considérer comme soumis à 
la règle de saint Augustin. L'abbé Migne, dans son Diction- 
naire (t. III, col. 706-736), a ajouté au travail du P. Hélyot 
quelques réflexions très vives sur la suppression de l'ordre. 

De tous les historiens locaux, qui seront cités, s'il y a 
lieu, à l'occasion de chaque couvent, il ne faut retenir ici que 
Ibm Toussaint» Duplessis. L'historien de l'Eglise de Meaax 
a été trompé parfois, « mais l'amour de la vérité l'emporta 
toujours dans son cœur sur toute autre considération' u. 
L'Hôtel-Dieu de Meaux et Cerfroid, chef-d'ordre des Trini- 
taires, fournirent au savant Bénédictin de nombreuses occa- 
sions de parler de nos religieux ; ses pièces justificatives ont 
maintenant, pour nous, la valeur d'originaux. 

1. Lettre un chanoine Thomé, Bibl. Nat., LK* 336. 



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PREMIERE PARTIE 



Discipline intérieure. 



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CHAPITRE PREMIER. 



Les sources de la vie de saint Jean de Matha. 



Le peu que l'on sait avec certitude de la vie du fondateur 
de l'ordre des Trinitaires tiendrait en quelques lignes. II est 
donc possible de rappeler ce que Y Histoire de Languedoc 
dit de son contemporain et émule saint Pierre Nolasque, 
fondateur de l'ordre de la Merci : « On n'a aucune vie ori- 
ginale de ce saint, et tout ce qu'on en rapporte n'est fondé 
que sur le témoignage de divers historiens de cet ordre, les- 
quels ont écrit dans des temps fort postérieurs. » De même, 
notre saint Jean de Matha est mort en iai3, et le premier 
historien qui ait raconté sa vie avec quelques détails, Gaguin, 
a vécu prés de trois siècles plus tard. C'est en 1/(97 que fut 
imprimée, dans le Compendium de Gestis Francorum, la 
première mention détaillée de la fondation de l'ordre des 
Trinitaires par Jean de Matha et par Félix, anachorètes du 
pays de Valois. Ce qu'a écrit Gaguin devint le type sur lequel 
brodèrent tous les historiens postérieurs. De quelques pages 
à l'origine, la biographie s'enfla peu à peu, jusqu'à devenir un 
fort volume, et il serait opportun de la ramener à une conte- 
nance plus modeste. 

Jacques Bourgeois, pour ne parler encore que des textes 
imprimés, publia à Douai un abrégé français de la Vie de 



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2 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

saint Jean de Malha, qui est remarquable par son étrange 
naïveté et surtout par la dissemblance de cette histoire offi- 
cielle avec le conte original qu'il écrivit pour lui-même et dont 
il sera question plus tard. C'est Gaguin et Bourgeois qu'ont 
suivis les Trinitaires du nord de la France, jusque dans l'édi- 
tion de leurs Statuts publiés en 1719, et ceux qui ont écrit 
à Paris, car chaque région de l'ordre, pour ainsi dire, eut 
son histoire spéciale de saint Jean de Matha. Ainsi, le P. Cai- 
gnet, prêtre de Fourvière, auteur de la Sainte confrérie sous 
te titre dit Rédempteur, donne la prééminence au fondateur 
provençal de l'ordre, comme il est d'ailleurs de toute justice 
de la lui accorder. « Ce n'est pas étonnant, dit l'annaliste de 
Meaux, Janvier, puisque Caignet est un auteur méridional I » 
Ce dernier attribue le plus d'importance à Félix de Valois, 
qui aurait eu le premier l'idée de la fondation de l'ordre 
rédempteur. Malingre, dans ses Antiquités de Paris, a émis 
aussi cette opinion. Quelque idée que l'on ait du rôle de saint 
Félix de Valois, il n'en reste pas moins que le fait le plus 
probable de son histoire est son séjour à Cerfroid, berceau 
et centre de l'ordre. Ce seul souvenir fui cause de la très 
grande influence qu'il exerça même après sa mort sur les 
destinées trinitaires. 

Au contraire, les auteurs de la version espagnole, dont il 
y a lieu de s'occuper maintenant, ont donné la prééminence à 
saint Jean de Matha, non sans des détails fantaisistes qui, à 
juste raison, choquèrent les Trinitaires du Nord. Quoi qu'on 
puisse penser de la négligence et de l'abstention de ceux-ci, 
il faut au moins leur reconnaître le mérite de la franchise ; 
ils ont avoué leur ignorance sur la vie de leur illustre fonda- 
teur. II est utile d'appuyer sur la condamnation que les Fran- 
çais ont prononcée de tout temps contre la version espagnole 



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LES SOURCES DE LA VIE DE SAINT JEAN DE MATHA. i 

de l'histoire de saint Jean de Matha, a la place de laquelle 
pourtant ils n'avaient rien à mettre. Après avoir détruit cette 
version, qui est partout en vigueur aujourd'hui, j'essaierai, 
avec le peu de documents inédits et les seuls textes certains 
qui existent, de restituer une vie vraiment française du grand 
Saint rédempteur. 

La version espagnole tient en quatre noms : Gil Gonzalez 
de Àvila, Espagnol, l'auteur responsable de tout le mal, tra- 
duit en français par le P. Aioès, Trinitaire du midi de la 
France, en i634; — François Macedo, Franciscain (1660); — 
Bonaventure Baron, Franciscain (i6S4), imité par Andrada 
{1691), Jésuite, et par Ignace Dilloud (1695), Trinilaïre Ré- 
formé , c'est-à-dire d'une congrégation hostile aux Trini- 
taires du nord de la France; — enfin le P. Calixle, qui a tout 
résumé en 1875, non sans ajouter de son chef quelques 
erreurs '. C'était un Trinitaire Déchaussé, par suite ennemi de 
l'historiographie trinitaire française. On remarquera que les 
deux derniers noms seuls de celle liste sont français d'ori- 
gine. Je n'ai point compris dans cette énumération, à dessein, 
la Vie de saint Jean de Matha, par l'abbé Prat, publiée en 
i846, où il y a beaucoup plus de critique que dans les autres, 
et une fort utile collection de pièces justificatives; la mé- 
thode de t'abbé Prat est la seule à suivre. 

D'ailleurs, pour simplifier, je n'ai parlé ici que de la Vie 
de saint Jean de Matha ; mais les auteurs cités tout à l'heure 
ont écrit aussi la Vie de saint Félix, compagnon de saint Jean, 
sur lequel on est encore bien moins renseigné. Par suite, 
les remarques relatives à la vie de saint Jean de Matha s'ap- 

1. Dans son excellente traduction italienne du livre du P. Calixte, le 
P. Xavier de l'Im maculée-Conception a corrigé bien des bévues de l'au- 
teur original {Rome, i8g/(). 



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4 l'ordre FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

pliquenl, avec bien plus de rigueur encore, à celle de saint 
Félix. 

Donc, en i63&, il arriva d'Espagne des nouvelles extraor- 
dinaires, des cosas de Espafia pourrait-on dire, si le sujet 
n'était pas très sérieux. Les Français étaient vraiment des 
niais de n'avoir rien su dire sur le fondateur des Trinitaires; 
ils allaient bien voir que du Midi venait la lumière. Saint Jean 
de Matha n'était connu que par ses voyages de rédemption 
et sa mort à Rome. Voici ses autres titres à la gloire : il avait 
été ami d'Innocent III à la Faculté de théologie de Paris, 
légat du pape, apôtre de Dalmatie où un concile se célébra en 
119g. Si cela l'empêche d'aller au Maroc en 1199, eh bienl il 
ira l'année suivante. Qu'importe? On ne sait rien de ce qu'il 
fit dans les dix dernières années de sa vie; la tradition la 
plus croyable le fait rester à Rome, dans son hôpital du mont 
Célius. Pourquoi ne serait-il pas venu en Espagne (n'ou- 
blions pas que c'est un Espagnol qui écrit)? nous avons 
alors cette foule de donations espagnoles, dont sont émaillés 
Lopez de Altuna, Figue-ras Carpi et Bonaventure Baron, C'est 
ainsi que fut remplie, tant bien que mal et plutôt mal que 
bien, la vie du fondateur. Les auteurs espagnols n'eurent 
garde de s'arrêter en si beau chemin et donnèrent toute une 
suite à l'histoire trinitaire espagnole, plus pour déplaire aux 
Pères de la Merci, qui n'avaient été fondés qu'en 1228, et 
pour vexer les Trinitaires de France que pour honorer vrai- 
ment saint Jean de Matha. 

Mais ne parlons que de la Vie traduite en français par le 
P. François Aloès en i634- J'ai dît que cette date était capi- 
tale dans l'historiographie trinitaire; en effet, dans le Nord, les 
Trinitaires Réformés, hostiles aux quatre provinces ancien- 
nes, entrèrent cette année même à Cerfroid. Depuis lors, on 



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SAINT JEAN DE MATIIA, LE CERF ET |LA TRINITÉ. 
(BlbUotliiq» nationale, BuUmpei : PortnlU Ûtê Suinta, séria Bd 13, fol. 13.) 



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LES SOURCES DE LA VIE DE SAINT JEAN DE MATHA. .') 

fit, dans les archives du couvent chef d'ordre, des décou- 
vertes merveilleuses sur la naissance royale de saint Félix de 
Valois, ce fait capital auquel Gaguin et Bourgeois auraient 
cru, et cependant, tant ils étaient modestes pour leur ordre, 
sans en parler, mais que Gil Gonzalez d'Avila, ordinairement 
historiographe diligent et digne de foi, avait inventé contre 
toute vraisemblance. Comme cette confirmation française du 
texte espagnol arrivait à propos! 

Que firent donc les Trinitaires de France? Ils n'essayèrent 
pas d'établir la vraie histoire de saint Jean de Matha; ils 
n'en croyaient pas pouvoir prouver plus que n'en avaient dit 
Gaguîn et Bourgeois. Ils se bornèrent à repousser vivement 
les faussetés espagnoles. Ils y étaient bien forcés, car, lors 
des conflits qui se produisirent entre eux et les Pères de la 
Merci, ces derniers ne manquèrent pas de les chicaner sur 
certains totaux de captifs rachetés, quoique ces listes fussent 
peu de chose en comparaison de celles qu'on imagine aujour- 
d'hui. Aussi Louis Petit, général des Trinitaires, se crut-il 
obligé de déclarer que ces renseignements venaient de l'Espa- 
gnol Gil Gonzalez d'Avila et que sa nation était bien portée 
à exagérer. 

Le P. Aloès et Figueras reçurent un démenti plus officiel. 
Le promoteur de l'ordre, vrai ministère public, au nom du 
chapitre général de i635, requit Hin blâme sévère contre la 
Vie traduite par le P. Aloès, la déclarant pleine de faussetés 
el de mensonges. Se rangeant à cet avis, le chapitre générai 
(où siégeaient cependant des Trinitaires Réformés) décida de 
supprimer ce livre et fit défense à tous les religieux de la pro- 
vince de Gaslille, notamment à Jean Figueras Carpi, de faire 
imprimer de livre sans la permission du général. Cette défense 
resta malheureusement lettre morte et, en face du silence des 



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6 l'ordre français des tributaires. 

Trinîlaires français, ceux de l'Espagne accumulèrent leurs 

erreurs. 

Au dix-huitième siècle d'ailleurs, Dom Toussaint du Pies- 
sis, quoique ayant consulté les archives sophistiquées de Cer- 
froid, ne croit pas à la naissance royale de saint Félix de Va- 
lois, ni à la mission de saint Jean de Matha en Dalmatie. Ces 
opinions furent toujours repoussées par la partie saine des 
Trinitaires de France; il est facile de s'en assurer en ouvrant 
l'édition des statuts, donnée en 1719, où il n'est fait mention 
de Félix que comme d'un anachorète et de Jean que comme 
administrateur de l'hôpital romain de Saint-Thomas au mont 
Célius. C'est donc là le dernier état de la tradition française. 

Il y a cependant, sur les fondateurs de l'ordre trinitaire, 
quelques textes inédits restés inconnus aux Bollandîstes. Très 
sagement, les rédacteurs des Acta Sanctorum ont remis à 
l'époque où leur collection sera parvenue au 20 novembre, 
date de la fête de saint Félix de Valois, ia solution des diffi- 
cultés qui se rattachent aux deux saints. Ces textes sont au 
nombre de trois : 

i° Un court récit en prose; 

2* Un récit d'environ cent vingt vers, tous deux anonymes 
et conservés dans le manuscrit latin 9753 de la Bibliothèque 
Nationale ; 

3° Un poème latin développé, d'environ cinq cents vers, 
inséré dans le manuscrit 7725 de la Bibliothèque de Bruxel- 
les, et dont l'auteur est Jacques Bourgeois (i545). 

Les deux premiers récits sont de la première moitié du 
quinzième siècle et de ia main de copistes. Le récit en vers 
porte un nom, mais le contexte nous donne à penser que 
nous sommes en présence d'un pensum qui a pour auteur un 



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i DE LA VIE DE SAINT JEAN DE HATHA. 7 

religieux du couvent des Trinitaires de Châlons. Voici ¥e&- 
plicit : 

Ainsi dit fut prins à Chalon 

Par frère Pierres Muguet 

Frire de ceste maison 

L'an XL1III mil CCCC 

Par luy fut escrîpt et mis seans 

Dieu lu v pardoïnt son mal fait (aie) 

Qui de chacun congrioist te fait. 

Comme c'est suivi d'un Pater, peccaui, etc., je crois qu'il 
n'y faut attacher que l'importance qu'on donne à un devoir 
d'écolier. 11 est bon de remarquer cependant que ce petit 
poème latin est d'accord avec la tradition recueillie par Ga- 
guin, une cinquantaine d'années plus tard, puisque ce chroni- 
queur parait bien avoir écrit son récit en 1493. 

Le petit texte en prose qui n'est pas signé a, au contraire, 
une très grande importance, parce qu'il a directement inspiré 
le poème développé de Jacques Bourgeois, avec lequel il se 
rencontre sur un point important, la résistance du pape aux 
premières instances des saints anachorètes. Le récit en prose 
contient de curieux détails sur les études de saint Jean de 
Matha, et il parait devoir être notre source préférée pour 
l'histoire de celle vie. Malheureusement très bref, mais infini- 
ment raisonnable, ce qui est un mérite bien rare pour une 
Vie de Saint, il n'a point les gentillesses qu'y ajouta Jac- 
ques Bourgeois, cet enfant terrible, naïf à vingt ans, naïf à 
soixante-quinze. 

On dira que suivre le récit inédit c'est contredire Gaguin 
et que Jacques Bourgeois a lui-même, dans son imprimé 
de 1597, désavoué les fantaisies de sa jeunesse. Il serait facile 



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S T. ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

de relever toutes les erreurs de Gaguin , principalement pour 
l'histoire du treizième siècle. Ii ne serait pas difficile, pour 
Jacques Bourgeois, de signaler des contradictions entre le 
langage de l'homme privé et celui du réformateur de son 
ordre. Il a écrit pour lui tout un poème tellement bien caché 
que je ne l'ai encore vu signalé nulle part : il ne pouvait 
tout dire dans un livre destiné au public. Croyons-en donc 
plutôt le manuscrit. 



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La vie de saint Jean de Matha. 



Nous ne connaissons avec précision ni la date de naissance 
du saint ni le nom de ses parents. La date généralement 
adoptée est it6o, le il\ juin, à cause de ta fête de saint Jean- 
Baptiste; on trouve aussi la date de ri 54. Jacques Bourgeois 
dit que Jean était vieux quand il arriva à Rome en i ig8. 

Le pape l'appelle frater Joannes tout court. Les transac- 
tions où il paraît avec certitude, son épitaplie à Rome portent 
aussi frater Joannes. Des actes espagnols, cités par Baron, 
portent Joannes de Matha ou de Mataplana, nom d'une 
famille très connue en Catalogne. La première appellation a 
donné en français Jean de Matha, qui est usuel. Les biogra- 
phes français les plus anciens l'appellent Jean de la Malte. Ce 
mot de « matte » fournit une élymologie, car il veut dire en 
provençal « aspre montaigne et buisson, vrai présage de la 
solitude qu'il devait suivre i» (Bourgeois). Le nom de Matha est 
véritablement provençal, car il est porté par un chanoine 
d'Embrun, Guillaume de Matha, qui parait dans un acte de 
1327, signalé par l'Inventaire des archives des Hautes-Alpes 
de M. l'abbé Guillaume. 

Jean de Matha était certainement Provençal, le récit en 
prose l'appelle Joannes Provincialis. Bourgeois peut dire qu'à 



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10 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIMTAJRES. 

Paris Jean de Matha est un « étranger», car la Provence 
appartenait alors à la maison d'Aragon. Si Albéric des Trois- 
Fontaines appelle notre saint magister Joannes de Francia, 
c'est à cause des études de théologie qu'il vint faire à Paris. 

Il naquit, dit-on, à Faucon. Sur ce nom, tout le monde est 
d'accord; seul Jacques Bourgeois le Tait naître par erreur à 
Arles, sans doute parce qu'il y fonda un de ses premiers 
couvents. En réalité, Faucon a pour lui plutôt l'absence d'une 
tradition contraire que des preuves formelles. Mais où est 
Faucon ? 

Citons pour mémoire l'opinion du P. Sainz de Baranda 
qui, à la page 453 de sa Clave de YEspana sagrada, a résumé 
inexactement les idées de Florez sur ce point, en faisant naître 
Jean de Matha à Faucon en Cerdagne; il ne présente d'ail- 
leurs ce fait que comme une hypothèse. 

En réalité, Faucon est en Provence. Mais est-ce le village 
situé près de La Motte du Caire (Hautes-Alpes) ou le petit 
bourg de la vallée de l'Ubaye (Basses-Alpes), non loin de la 
petite ville de Barcelon nette, fondée en i23i ? Tout en hési- 
tant entre les deux, Bouche, dans son Histoire de Provence 
(t. II, p. 189), se déclare finalement pour le second, dont la 
cause lui parait gagnée, surtout depuis l'établissement des 
Trinitaires Déchaussés à Faucon de Barcelonnetle « pour que 
la règle de saint Jean de Matha fut observée au lieu même où 
son auteur avait pris naissance ». Ce sont les expressions 
mêmes du duc de Savoie dans ses lettres patentes du 3 oc- 
tobre 1661, favorables à la requête des religieux. La vallée 
de l'Ubaye avait été envahie, en i388, par le duc de Savoie 
Amédée VIII; après bien des vicissitudes, elle ne devait être 
rendue à lu France qu'en 1713, nous donnant ainsi nos 
limites naturelles de ce ci>té. Cela ne nous empêche pas de 



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'. DE SAINT JEAN DE MATH A. 



revendiquer saint Jean de Matha comme un saint français, 
puisqu'il plaça dans notre pays le chef-lieu de son ordre. 

D'après la tradition, qu'il n'y a pas plus de raison de re- 
jeter que d'adopter, les parents de Jean étaient Euphême (ou 
Eugène), baron de Matha, et Marthe (ou Marte) de Fenouil! et, 
celle-ci d'une famille marseillaise. Le jeune homme vint sans 
doute bien souvent dans cette ville maritime; il put y appren- 
dre les maux que les pirates sarrasins faisaient éprouver aux 
chrétiens, il put y voir les esclaves musulmans que les chré- 
tiens capturaient par réciprocité. Il entendit parler notam- 
ment du grand sac de Toulon en 1162, qui devait être suivi 
de celui de 1198. Dès son adolescence sans doute, Jean voua 
sa vie à cette lâche extraordinaire du rachat ou, mieux 
encore, de l'échange entre les captifs des deux rives méditer- 
ranéennes, œuvre qui devait profiter à une ville aussi com- 
merçante que Marseille. 

Mais, pour accomplir une si grande tâche, il fallait deux 
choses : appartenir à l'Église et acquérir la science qui com- 
munique la foi. Paris devait donner l'un et l'autre au noble 
jeune homme. L'Université de Paris commençait à devenir le 
centre intellectuel de l'Europe, et la France était le pays des 
croisades. Jean de Matha vint donc étudier la théologie à 
Paris. Sur les études qu'il aurait faites à Aix, de même que 
sur son séjour à la Sainte-Baume, on ne sait rien de po- 
sitif. 

On devine l'ardeur que le jeune homme apporta à ses étu- 
des, au point, dit le récit en prose, de provoquer la risée de 
ses camarades moins studieux, détail très vraisemblable. Le 
nom de son maître est inconnu, de même que celui de ses 
compagnons d'étude, au nombre desquels aurait été le futur 
Innocent III. Reçu docteur en théologie, il professa quelque 



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I 2 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

temps (sans doute il lut le Livre des sentences de Pierre Lom- 
bard). Voilà pourquoi Albéric des Trois-Fontaines, parlant 
de Joannes de Francia, l'appelle magister. 

Lorsque Jean fut ordonné prêtre, une colonne de feu aurait 
paru sur sa Lète. Sa première messe aurait été marquée par 
un prodige non moins étonnant, appelé la première révéla- 
tion de l'ordre : la vision d'un ange vêtu de blanc, portant sur 
la poitrine une croix rouge et bleue, les mains croisées sur 
deux captifs, l'un noir, l'autre blanc, comme pour les échan- 
ger, « touchant symbole de la charité chrétienne, qui répartit 
ses faveurs entre tous ceux qui souffrent, sans distinction de 
race ni de religion '. » 

Jean raconta sa vision, ou plutôt son pieux projet, à Mau- 
rice de Sully et à l'abbé de Sainl-Victor, Robert, dont la 
haute estime pour lui est attestée par la bulle de fondation 
de l'ordre : ceux-ci l'engagèrent à partir pour Rome et à s'en 
remettre à la décision du pape. 

Par humilité et sans doute aussi par désir de mûrir davan- 
tage un si grand dessein, il alla dans une solitude illustrée 
cinq siècles auparavant par saint Fiacre, prince d'Ecosse; 
puis il apprit que non loin de là, toujours dans le diocèse de 
Meaux, vivait un pieux ermite, auquel la tradition donne le 
nom de Félix. H faut bien que Jean soit venu exprès dans ce 
pays, car la région de La Ferté-Milon n'était pas le chemin 
direct pour aller de Paris à Rome. Ce Félix était vieux et 
même aveugle, au dire de Jacques Bourgeois. Les deux ana- 
chorètes vécurent tous deux dans la plus austère pénitence et 
réunirent quelques compagnons dans le lieu de leur ermitage 
appelé Cer/redum, en français Cerfroy s ; ce nom fut retraduit 

i. Bonst-Mavkv, Rtvne des Deux-Mondes du i5 août i8cj6. 

a. Commune de Monligny-l'Allier, cantou de Neuilly-Saint-Front (Aisne). 



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(Blbllothtqua nmtlonnle. BiUmpei : PortnlU fles Suint 



(igUizeciDv G00gle 



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LA VIE DE SAINT JEAN DE HATHA. l3 

en latin Cerous Frigidat, sous l'influence d'une pieuse lé- 
gende, ce qui a donné l'orthographe française moderne Cer- 
froid . 

On a écrit bien des subtilités sur ce nom de Cerfroid sans 
parvenir à lui trouver une étymologie sortable. La Martinière, 
dans son Dictionnaire géographique, dit qu'un cerf y serait 
mort de froid ! Le P. Calixte y voit un hypallage (Cervus 
frigidus = Ceruus refrigeratas), car, si le, cerf venait se bai- 
gner, c'est qu'il n'avait pas froid ! Dans le poème de Jacques 
Bourgeois, le cerf fait jaillir une source sous ses pieds ; dans 
le livre de Macedo (1660), le cerf apporte sa nourriture à 
saint Félix (c'est sans doute une confusion avec le corbeau 
qui nourrissait saint Meinrad : ceruus a été mis pour corvus). 

Un jour, les deux solitaires auraient vu leur cerf blanc 
familier portant, sur sa tête, la même croix rouge et bleue que 
Jean de Matha aurait vue sur la poitrine de l'Ange. Cette 
apparition (qui est la seconde révélation de l'ordre) aurait 
déterminé nos saints à presser leur voyage à Rome. Telle est 
la tradition. 

Plus près de la vérité doit être le récit du manuscrit de la 
Bibliothèque nationale, supprimant ces trois années de" soli- 
tude, étonnantes après tout de la part de cet homme d'action 
que paraît être le fondateur des Trinitaires. Jean de Matha, 
allant à Rome, passa par un endroit appelé Cerfroid, où 
habitaient quatre ermites, qui lui demandèrent où il allait. 
Apprenant son dessein, ils se déclarèrent prêts à entrer dans 
le nouvel ordre dès qu'il serait confirmé. Leur chef devait 
être ce Félix, ermite du pays de Valois (anachoreta Vale- 
siensis), auquel ce nom a fait prêter une illustre origine. 

S'il m'était permis d'aller plus loin, je dirais que ce pre- 
mier passage à Cerfroid est tout à fait douteux et que ce fut 



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l4 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIftES. 

seulement après la donation de ce lieu illustré par une lé- 
gende que l'on songea à en faire le séjour primitif de l'un 
des fondateurs de l'ordre, 

Jean de Matha (accompagné par Félix de Valois, selon la 
tradition) arriva à Rome au début de 1 198. En fils respec- 
tueux, il était passé à Faucon, où ses parents vivaient encore. 
J'omets à dessein toute discussion inutile sur la date précise 
de cette arrivée a Rome. Il me suffit d'indiquer brièvement 
pourquoi ce ne peut être le 28 janvier 1198 que l'ordre fut 
institué ; quoique cette tradition se rencontre dès le quinzième 
siècle, elle n'en est pas moins erronée. A cette date, Inno- 
cent III, qui venait d'être élu pape, n'était pas encore prêtre 
et ne pouvait, par conséquent, célébrer la messe 1 . L'argu- 
ment principal des ïrinitaires, pour justifier cette date, a été 
qu'on célébrait toujours cette fêle dans l'ordre au 38 janvier, 
ce qui est un cercle vicieux. Avouons tout simplement que 
nous ignorons cette date précise : l'ordre des Trinitaires ne 
perdra rien à être de quelques mois plus jeune. 

Jean de Matha et Félix (que le cerf suivait toujours, rap- 
porte le poème de Jacques Bourgeois) furent introduits auprès 
du pape Innocent III, dont on connaît le zèle pour la croi- 
sade. Le récit en prose nous apprend que le pape aurait reçu 
très froidement nos saints et les aurait même traités de vision- 
naires {pi'o stultis eos repataoit). Jacques Bourgeois enchérit 
encore et dit que les lettres de Paris apportées par Jean 
furent traitées de radotages. Nos ermites partirent donc tout 
consternés; mais, averti par l'ange, le pape les fit chercher 
pour les rappeler : ils étaient déjà à Florence. Ils consen- 
tirent a revenir. Enfin un nouveau prodige, ce qu'on appelle 

1 . On o voulu loul concilier en expliquant divina celebrare par assister 
à In messe. Les Trinitaires ont repoussé celle interprétation avec vigueur. 



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LA VIE DE SAINT JEAN DE KATHA. l5 

la révélation de Latran, c'est-à-dire l'apparition de l'ange à 
la croix bicolore pendant ta messe d'Innocent III, aurait 
amené le pape à donner aux ermites le costume blanc de 
l'ange. Si l'on se rappelle que l'élection d'Innocent III est du 
8 janvier 1198, on comprendra sans peine qu'il Fallut plus de 
vingt jours pour l'accomplissement de tous ces événements. 
Mais le pape, peu partisan de la multiplication des ordres 
religieux, renvoya Jean, après qu'il lui eut donné l'habit', à 
l'évéque de Paris et à l'abbé de Saint-Victor, ses amis de lon- 
gue date, pour recevoir d'eux la règle du nouvel institut. Ce 
n'est jamais le pape qui compose la règle d'un ordre reli- 
gieux : il ne fait que la confirmer. Innocent III, comme dit 
Albérîc, ne fut que le coopéraleur de saint Jean de Matha. 
D'accord avec le fondateur, Eudes de Sully et Absalon, abbé 
de Saint-Victor, rédigèrent la règle , peut-être déjà ébauchée 
avant le premier voyage de Jean à Rome. Celui-ci revint la 
même année, cette fois tout seul, la soumettre au pape, qui 
l'inséra dans sa grande bulle du 17 décembre 1198. 

C'est véritablement ia date à laquelle l'ordre des Trinitaires 
a commencé d'exister. Elle se lit, d'ailleurs, sur l'épitaphe de 
saint Jean de Matha, à Home, restée incompréhensible pour 
tous les Trinitaires jusqu'à la fin du dix-septième siècle. Elle 
porte que l'ordre de la Trinité fui institué par le Frère Jean, 
divinement inspiré « le i5 des calendes de janvier 1197 ». Les 
Trinitaires n'en voulaient rien croire, puisqu'ils prétendaient 
avoir été institués le 38 janvier, jour de l'octave de sainte 
Agnès, qui aurait divisé ses biens en trois parties 3 . Le Bul- 
laire de 1692 rectifie déjà la lecture de l'inscription. Le 

1. Le 3 février 1198, selon la tradition triaitaîre. 

1. C'était là un présage allégorique de l'article fondamental de la règle 



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10 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRB9. 

P. Anlonin de l'Assomption , qui m'a gracieusement fait 
envoyer son Arbor Ghronologica, publié à Rome en 1894, 
raconte (p. 168) qu'un Jésuite a rétabli la vraie date de la 
fondation : AY[/»] Cal. Jan. anno M OLXXXX VI '/[/•>], 
16 des calendes de janvier 1 198, c'est-à-dire 17 décembre r 198 1 , 
date précise de la bulle. Si l'on observe qu'Innocent III fit 
lui-même graver l'épitaphe, celte date ne paraîtra point dou- 
teuse; elle permet même l'existence de la révélation deLatran, 
à la date du 28 janvier ou à toute autre. 

Moins de trois mois après la bulle, partirent les premiers 
rédempteurs, avec une lettre du pape pour le souverain de 
Maroc, le « miramolin », datée du 8 mars 1199. « Des hom- 
mes divinement inspirés, dit le -pape, viennent racheter les 
chrétiens captifs détenus dans votre empire, soit à prix d'ar- 
gent, soit par échange avec ceux de votre pays que les chré- 
tiens détiennent. » Qui ne voit que ces paroles ont servi de 
thème à l'attitude de l'ange révélateur? Le pape ne nomme 
pas ces premiers rédempteurs. Malgré la tradition trinitaire, 
dont on verra tout à l'heure le peu de fondement, j'ai peine 
à croire que Jean de Matha ait laissé même à ses plus chers 
disciples la gloire du premier voyage de rédemption ou que le 
pape lui ah imposé un tel sacrifice. 

L'ordre naissant avait déjà reçu, en France, quelques dona- 
tions et fait des recrues importantes à Paris. Innocent III lui 
donna à Rome, sur le Mont Célius, le couvent de Saint- 
Thomas de Formis, ainsi appelé à cause d'un ancien aque- 
duc, où se voit encore la mosaïque exécutée par les frères 
Cosmati au treizième siècle et représentant Noire-Seigneur 

1. Même conclusion dans le manuscrit 83i3 de la Bibliothèque de 
Bruxelles : Dubio topra la révélations dell'Ordt'ne delta S. Trinitâ 
(p. 8g). 



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LA VIE DE SAINT JEAN DE MATHA. 17 

en Trinitaire, entre deux captifs, l'un noir, l'autre blanc. Cette 
mosaïque a été reproduite dans le grand recueil de M. de 
Rossi . 

Cette fondation fut considérée comme les prémices du nou- 
veau pontificat. « Et haec propter mortem Caetestini papae 
et istius Innocenta consecrationem' », s'écrie un chroniqueur" 
de Saint-Martin de Tours. 

A part les bulles qui lui sont adressées et les transactions 
d'Arles et de Marseille (nov.-déc. iao3) auxquelles Jean de 
Matha est présent, nous ne savons rien de plus sur lui après 
la fondation de son ordre. Bien des actes espagnols, cités par 
Baron comme passés en sa présence, sont tout au moins in- 
terpolés et ne peuvent faire foi. Depuis longtemps, les Trini- 
taires se sont aperçus qu'ils ne savaient rien sur la vie de 
saint Jean de Matha. Ils ont plus ou moins bien rempli l'in- 
tervalle de quinze ans qui s'était écoulé entre les deux dates 
certaines de la fondation de l'ordre et de la mort du fonda- 
teur. S'il y avait quelque action qu'on put lui attribuer, c'était 
la rédemption de captifs au Maroc en iiqq. Cependant, par 
un sentiment d'orgueil mal entendu, les Trinitaires ont refusé 
cette gloire à saint Jean de Matha, se contentant de l'envoyer 
à Tunis en 1200. Pourquoi? C'est qu'au même moment ils le 
députent en Dalmatie. 

Il s'est tenu, en 1 199, un concile À Dioclia, à la demande du 
roi Vulcan {melior moribus quant nomine, observe Macedo), 
sous la présidence de deux envoyés du pape ainsi désignés : 
Joannes capellanus et Simon subdtaconus. Ce Joannes capel- 
lanus n'étant pas très connu, rien n'empêcha un auteur tri- 
nitaire de prétendre que c'était saint Jean de Matha. Comme 

1. Monumentu Germaniae Scriplore», t. XXV], p. (4- 



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IO L ORDRE FRANÇAIS DES '«UNITAIRES. 

on le voit, le procédé est simple. Il est à croire, d'ailleurs, 
que ce légat du pape était Jean de Casemario, futur cardinal. 
On n'a jamais vu que saint Jean de Matha ait été chapelain 
du pape. Et ce Simon, sous-diacre, qui était-il? C'était un 
religieux de notre ordre, disent les Trinitaîres, car on ne 
'concevrait pas que le pape ail donné à saint Jean un compa- 
gnon qui ne fut pas Trinitaire. Y a-t-il au moins, dans ce 
concile, une justification de la présence du saint rédempteur? 
Simplement un petit article qui défend de réduire les Latins 
en servitude. 

Laissant de coté les légendaires détails sur les rédemptions 
opérées par saint Jean de Matha à Tunis et à Valence (leur 
nombre et leur date sont ignorés), arrivons à sa mort, qui eut 
lieu le 17 décembre iai3. Il fut enterré à Rome dans son 
hôpital de Saint-Thomas de Formis, où il avait résidé les 
dernières années de sa vie, le 21 décembre i2i3, comme le 
constate la célèbre épitaphe qui, soit dit sans ironie, est la 
pièce la plus authentique sur le fondateur des Trinitaires. 
Comme nous le verrons dans la suite, saint Jean de Matha 
fut bien plus célèbre après sa mort que pendant sa vie. S'il 
ne chercha qu'à s'effacer lui-même et à accomplir simplement 
une belle œuvre, on peut dire que ces deux buts furent supé- 
rieurement remplis. L'obscurité oit îl se confina ne doit pas 
nous rendre injustes pour sa mémoire. 

S'il fut surtout célèbre après sa mort, il ne le devint ce- 
pendant pas tout de suite. Honteux de voir que le culte de 
leur fondateur s'était totalement perdu, les Trinitaires du 
dix-septième siècle, par un pieux remords, imaginèrent une 
bulle de canonisation du 4 octobre 1263, qui ne se serait 
d'ailleurs pas retrouvée dans les Archives. Quelque négligents 
qu'aient été les Trinitaires, une pareille perle serait inconce- 



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LA VIE DE SAINT JEAN DE MATHA. I Ç| 

vable de leur part. Cette bulle n'a jamais existé. On peut 
même penser que lorsque, pour ta première fois, au milieu 
du dix-septième siècle, il s'agit de la canonisation de saint 
Jean de Matha, la cour de Rome ne se montra pas rigou- 
reuse au point de vue des- preuves du culte immémorial. Ne 
le soyons donc pas plus qu'elle et n'accordons pas moins d'es- 
time è saint Jean de Matha parce qu'il n'a été canonisé que 
quatre siècles et demi après sa mort. 



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CHAPITRE III. 



La Règle Trinitaire et ses modifications. 



Quand je dis la règle, il vaudrait peut-être mieux dire les 
règles, car l'oeuvre de saint Jean de Matha ne subsista pas 
longtemps dans son intégralité. Dès 1217, Honorius III y 
introduisit des modifications. En 1263, elle fut h mitigée » 
par Urbain IV et observée par l'ordre tout entier dans ce 
nouvel état. 

Avec le temps, les Trinitaires de France étaient quelque 
peu dégénérés de l'observance stricte de la règle. En 1578, 
une congrégation, fondée à Ponloise, revint à la minutieuse 
pratique de la règle de 1 a63 et se déclara Réformée. Il con- 
vient de remarquer dès à présent qu'il n'y a pas de différence 
essentielle entre les Trinitaires de France, dits Grands Trini- 
taires, et les Réformés. 

En 1599, des religieux espagnols d'Andalousie, sous la di- 
rection de Jean-Baptiste de la Conception, adoptèrent franche- 
ment la règle primitive, en y ajoutant même l'austère habitude 
de marcher pieds nus, ce qui les fit appeler Déchaussés. Ils se 
répandirent dans le midi de la France, l'Italie, l'Autriche et 
ta Pologne, au cours du dix-septième siècle. 

L'ordre Trinitaire se trouva donc divisé en trois congréga- 
tions, souvent ennemies, jusqu'au chapitre national de Paris, 



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I Bibliothèque Mrarlne, mi. lies, toi. I.) 



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LA RÈGLE TRINITÀIRE ET SES MODIFICATIONS. 21 

en 1768, qui fondit les religieux de France en une seule, 
qu'on appela Chanoines Réguliers de la Trinité ; les Réformés 
et les Déchaussés de France n'existèrent plus isolément. Les 
Chaussés d'Espagne et les Déchaussés des pays hors de France 
continuèrent d'avoir un régime spécial. 
Il y a donc cinq états de la règle : 

i° Règle primitive de 1198, donnée par saint Jean de 
Malha ; 

2 Règle mitigée de 1263; 

3* Règle observée par les Réformés de la Provence et de la 
France du nord; 

4" Règle des Trinitaires Déchaussés, qui est la première, 
corrigée; 

5° Règle des chanoines réguliers de France (1771). 

La première et la seconde édition, seules intéressantes pour 
l'instant, sont imprimées notamment dans Bernardin de Saint- 
Antoine. Elles sont malaisées à comparer, la première étant 
communément divisée en trente-cinq articles et la seconde en 
dix chapitres. Une bonne analyse de la règle primitive a été 
donnée an tome XIII des Auteurs sacrés de Dom Ccillier. Je 
me borne ici à la reprendre (en supprimant les articles sans 
intérêt). 

1. L'ordre nouveau sera consacré à la Sainte-Trinité. 

2. Le supérieur de chaque couvent s'appellera ministre. 

3. Tous ses revenus seront divisés en trois parties égales ; 
les deux tiers seront pour le couvent et pour l'exercice de 
l'hospitalité, le dernier tiers pour le rachat des captifs. Celte 
division s'opérera ainsi à moins que le bienfaiteur n'en dis- 
pose autrement. Les églises seront simples (plani operis) et 
dédiées à la Trinité. 



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22 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

4- Il y aura trots clercs et trois laïques par couvent, plus le 
ministre 
6. Leurs vêtements seront en laine et blancs. 

8. Il y aura un signe (une croix) sur leur chape. 

9. Ils prendront peu de vin. 

11. Us jeûneront, du i3 septembre à Pâques, les lundis, 
mercredis, vendredis, samedis. 

12. Ils ne pourront faire gras que le dimanche, de Pâques 
à l'Avent, de Noël à la Septuagésime, ainsi que les jours de 
Noël, de l'Epiphanie, de l'Ascension, de l'Assomption, de la 
Chandeleur et de la Toussaint. 

i3. Ils ne pourront jamais manger de poisson qu'en 
voyage. Lorsqu'ils partiront pour la rédemption, ils ne pour- 
ront loger qu'à leurs couvents, s'il en existe dans la ville où 
ils descendent, et tout au plus boire de l'eau dans les maisons 
honnêtes. 

i5. Il y aura dans chaque couvent une infirmerie. 

16. Les hôtes seront bien reçus, et cependant invités à se 
contenter de l'ordinaire du couvent. 

18. Les religieux observeront le silence. 

20. Tous les dimanches, le ministre tiendra le chapitre 
avec ses religieux. 

ai. Le chapitre général aura lieu, tous les ans', à l'octave 
de la Pentecôte. 

a3. Le ministre de chaque couvent sera élu parmi les prê- 
tres et par le suffrage de tous les frères. 

a5. Une fois élu, il ne pourra être déposé que par le grand- 
ministre et trois ou quatre ministres. Le grand-ministre ne 
pourra être déposé que par quatre ou cinq ministres des 

1 . La règle ne spécifie pas où le chapitre général devra se tenir. 



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LA RÈGLE TRINITAIRE ET SES MODIFICATIONS. a3 

plus religieux, choisis à cet effet par le chapitre général. 

26. Le postulant, avant d'entrer dans l'ordre, devra faire 
un an de noviciat à ses frais, sauf pour la nourriture. 

27. Il ne pourra être reçu avant l'âge de vingt ans. 

3i. Le malade sera confessé le jour de son entrée à l'hô- 
pital. 

33. Tous les soirs, au moins dans les hôpitaux, on priera 
devant les pauvres pour l'Église romaine et pour toute la 
chrétienté. 

34- Les heures régulières seront dites selon les rites de 
l'abbaye de Saint-Victor de Paris. 

35. Les usages de Saint-Victor seront aussi suivis pour la - 
barbe : les frères lais seuls la laisseront pousser. 

J'ai tenu à analyser en détail cette règle, pour en faire voir 
le défaut de composition, ainsi que les nombreuses lacunes, 
dont quelques-unes ne seront même jamais comblées. 

Cette règle, dit Petit-Rade) , est le seul titre de saint Jean 
de Math» à figurer dans l'Histoire littéraire. On ne sait, en 
effet, quelle fut la part de l'évêque de Paris dans la rédac- 
tion ; celle de t'abbé de Saint-Victor peut se réduire aux deux 
derniers articles. Le pape Innocent III ne fit probablement 
aucune correction a ce texte. 

Pourquoi l'ordre est-il placé sous le vocable de la Sainte- 
Trinité ? On n'a jamais donné de ce nom une explication satis- 
faisante. En latin , les religieux s'appellent fratres ordinis 
Sanctae Trinilatîs, à quoi s'ajoute et captiuorum, ou mieux 
et redemptionis captiuorum, en raison de leur but spécial. Les 
historiens français les appellent souvent Pères de la Rédemp- 
tion, ce qui peut s'appliquer aussi à leurs rivaux les Pères de 
la Merci. 

On trouve aussi les expressions de : fratres de Asinis, 



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24 l'ordre FRANÇAIS DES tributaires'. 

ordo Asinorum', à cause de leur moulure primitive, — en 
français « frères aux ânes m. Le satirique Rulebeuf a dît à 
leur sujet : 

D'asne ont fait roncin (cheval). 

Le pape voulut peut-être rappeler qu'en Orient cette mon- 
ture est habituelle, ou bien se conformer à l'esprit d'humi- 
lité dont est empreinte la règle primitive. 

Le couvent de Paris étant dédié à saint Mathurin, ses reli- 
gieux reçurent le nom de Mathurins, qui se communiqua à 
tous les Trinitaires du Nord, surtout à ceux qui ne furent 
jamais réformés. Le peuple les appela Mateliru*. 

Le supérieur d'un couvent trinitaire s'appelle ministre. 
Cette acception ne se trouve pas dans Du Gange. Nos reli- 
gieux racontent que les rédacteurs de la règle, ne sachant 
comment désigner le supérieur, auraient quitté ie travail en 
laissant le mot en blanc 3 ; à leur retour, le lendemain, ils 
lurent sur le papier : minister vocabitur. Ce n'est point là une 
explication. Ce terme fait songer à la suscription de certains 
évêques (faits ecclesiae minister indignas), de certains curés 
(comme celui de Fontenay-lès-Louvres en 1326) et d'abbés 
(minister abbatie de SavigneÀo, 1236). Le ministre est, étymo- 
logiquement, celui qui sert les autres; cet a humble nom » 
indique le dévouement que le supérieur doit montrer à 
l'égard de ses subordonnés. Le mot ministratus, en français 
« ministre rie », désigne parfois un couvent trinitaire. 

A l'exemple de notre ordre, les Frères Mineurs ont donné 



1. D'AcHEnv, Spicilegium, I, 492. 

2. C'est l'expression dont se sert Villon. 

3. Mime légende dans Jacques de Voragine au sujet de Bèdc le Véné- 



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LA RÈGLE TRINITAIRE ET SES MODIFICATIONS. a 5 

le titre de ministre au général et au provincial, mais le supé- 
rieur d'un couvent s'appelle gardien. 

Les religieux devaient porter une chape, avec un signe dis- 
tinctif : c'était une croix. L'archevêque d'Arles parle en iao3 
des Trinitaires qui portent cracem s'en habitum domas. Sur sa 
signification, aucun doute, la croix étant le symbole par excel- 
lence de la rédemption. Mais sa couleur et sa forme primi- 
tives sont toutes deux controversées, la première règle n'en 
ayant rien dit. 

La seconde règle seulement spécifie que la croix a le mon- 
tant rouge et la traverse bleue. A-t-elle élé toujours ainsi ? 
Jacques de Vitry, qui parle avec compétence des Trinitaires, 
dit que la croix est noire et rouge. L'auteur du récit en vers 
de la Bibliothèque Nationale la dépeint fauve et rouge. Il est 
peu croyable cependant que la croix ait jamais été autrement 
que ronge et bleue. 

Nous sommes habitués à voir la croix pattée au frontispice 
des ouvrages trinitaires, maïs les plus anciens Statuts ne par- 
lent point de- sa forme. Ceux de i4ag ordonnent que l'extré- 
mité de chaque bras aura trois pouces de largeur, le centre 
n'en ayant que deux. Ailleurs, les proportions respectives 
sont du double au simple. 

Cette croix pattée est elle-même à huit pointes (1), comme 
sur un livret d'indulgences publié à Rome en 1 588, — ou 
arrondie comme une croix de Malte (II); c'est sa forme la 
plus gracieuse et la. plus ordinaire. — Le sculpteur de la sta- 
tue de saint Jean de Matha, au Panthéon, a fait une croix 
hybride (III), - appelée .croix de Saint-Benoit à Saint-Benotl- 
sur-Loire, qui se rapproche de la croix droite adoptée par les 
Déchaussés espagnols (IV). C'était, de la part de ces derniers 
religieux et des Réformés du midi de la France qui les ont 



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26 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAtRES. 

suivis, une simple et puérile manifestation d'indépendance. 
Comme les prolestants du seizième siècle, ils la déguisaient 
sous un prétendu retour à la simplicité antique. Le plus 
curieux, c'est que, sur ia mosaïque de Saint-Thomas-de-For- 
mis, comme le rapporte Ftgueras ', la croix pattée fut grattée 
el remplacée par une croix droite. Dans un chapitre embar- 
rassé qui contraste avec sa franchise ordinaire, Jean-Baptiste 
de la Conception a essayé de justifier cette prétendue restitu- 
tion archéologique. Selon la congrégation a laquelle appar- 

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tient l'historien, il applique aux fondaleurs de l'ordre la croix 
de son idée. Ce qui est certain, c'est que le général des Tri- 
nitaires, Louis Petit, au début du dix-septième siècle, fit son 
possible pour faire quitter aux Réformés l'usage de la croix 
droite. 

L'habit des Trinitaires était blanc. Avec la croix d'étoffe 
rouge et bleue, cela fit les trois couleurs symboliques de la 
Trinité : le blanc, couleur parfaite, figurant le Père; le bleu, 
le Fils, à cause des souffrances de la Passion, et le rouge, le 
Saint-Esprit. Ces explications sont mises par Gaguin dans la 
bouche du pape Innocent III, qui n'en peut mais. — Or, en 
i56o, les Espagnols reçurent de Pie IV la permission d'avoir 
des chapes brunes ou, pour mieux dire, de couleur buriel ou 

i. Chronicon, p. 6o5. 



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LA RÈGLE TRINITAIRE ET SES MODIFICATIONS. 27 

fauve, ce qui détruirait ce symbolisme prétendu. Il leur fut 
cependant défendu, le 8 février 1666, d'user de la chape noire 
et du capuchon noir qui les rendaient trop semblables aux 
Frères Prêcheurs 1 . Les Trinitaires de France protestèrent 
vivement contre cette atteinte donnée à la couleur du costume 
de l'ordre, car il est peu de choses auxquelles les Religieux 
tiennent plus qu'à ces subtilités, dont les profanes ne saisis- 
sent pas l'importance. 

MODIFICATIONS DE LA RÈGLE EN I2I7. 

Dès le o février 1217, le pape Honorius III fit cinq modifi- 
cations à la règle primitive. Le grand Bullaire 3 de 1692 est 
seul à les avoir relevées. 

i" Au lieu du consentement postérieur à la donation du 
bienfaiteur pour la non-séparation du tiers des captifs, il est 
dit que, de lui-même et tout de suite, le donateur pourra tout 
donner pour les usages de la maison, par lui ou par un pro- 
cureur, en interdisant de séparer le tiers. 

2* Il ne devait y avoir primitivement que trois clercs, trois 
laïques et le ministre, donc sept frères en tout par couvent. 
Désormais les religieux, tant clercs que laïques, pourront être 
aussi nombreux que le service de chaque maison le compor- 
tera. 

3° L'humble monture des ânes empêchait des gens de haute _ 
naissance d'entrer dans l'ordre des Trinitaires. La défense de 



1. La ressemblance des Trinitaires de France avec les Frères Prêcheurs 
était assez grande pour que ceux-ci, après l'assassinat de Henri III, n'aient 
eu qu'a endosser le scapulaire des Trinitaires pour éviter In fureur des roya- 
listes {Extrait rapporté par le P. Içnace de Saint-Antoine). 

1. Bullaire, p. 10. 



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a8 l'ordre français des trinitaires. 

monter à cheval, hors le cas de nécessité urgente, est main- 
tenue, mais ils peuvent acheter et louer des mules. 

4° Le jeûne est adouci entre Pâques et la Toussaint. Les 
malades et les voyageurs peuvent faire gras. Originairement, 
ils ne pouvaient en cours de route acheter que du vin et du 
poisson ; maintenant, si quelque chose leur est donné, ils peu- 
vent tout accepter. 

5° Le ministre, au lieu d'être un clerc apte à recevoir les 
ordres, doit déjà avoir fait profession. 

Quant aux suppressions de l'article du Dépôt cl de l'Exhor- 
tation aux domestiques 1 , cela peut n'être qu'une inadvertance 
du scribe de 1217, qui sera d'ailleurs répétée en 1263. 

L'atténuation ne s'arrête point dés lors. Le i5 septem- 
bre 1220, dans une bulle spéciale, Honorius 111 permit aux 
Trinitaires de monter à mulet en cas de nécessité; Alexan- 
dre IV, le 6 mars 1256, autorisa les ministres, en tournée de 
visite ou en voyage de rédemption, à monter à cheval s'ils ne 
trouvaient pas de mulet. 

Ainsi plusieurs modifications importantes se trouvaient réa- 
lisées dés avant la publication de la seconde régie, qui ne fait 
guère que consacrer des dérogations apportées à la première. 

Le 11 décembre 1262, Urbain IV chargea Renaud, évêque 
de Paris, Robert, abbé de Saint-Victor, et Thibaut, abbé 
de Sainte Geneviève (ce personnage apparaît pour la pre- 
mière fois lors de la rédaction de la seconde règle), de reviser 
avec attention la règle primitive. Les rédacteurs consacrèrent 
les modifications acquises et ajoutèrent quelques articles, né- 
cessaires à la clarté ou mieux en rapport avec le grand déve- 

1. Ces articles sont si insignifiants que je n'en ai rien dit dans l'analyse 
de la règle. 



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LA SAINTE-TRINITÉ, pur Kibera. 

(Jîi.bsc Un Frvle, i Uwlrld.) 



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LA RÈGLE TRINITAIRE Et SES MODIFICATIONS. 29 

Ioppement pris par l'ordre des Trinitaires par suite de la pro- 
tection de saint Louis (mai ia63). Le pape Clément IV 
confirma cette règle le 7 décembre 1267. 

Les chevaux sont permis en tous temps à tous les Trini- 
taires, pourvu qu'ils ne soient pas trop grands (dum non ■ 
nimis notabites existant). Plus généreux encore, les Statuts 
de 1429 devaient en accorder deux à chaque religieux. Par 
esprit de mortification, les Déchaussés espagnols reviendront 
aux ânes en 1600. 

Quand le donateur d'un hôpital 1 l'exigera, comme l'avaient 
fait Thibaut de Champagne à Troyes et le comte Henri à 
Vianden (Luxembourg) , il n'y aura pas de prélèvement du 
tiers des captifs. 

Les Trinitaires attachés à la cour d'un évêque, d'un roi ou 
d'un seigneur seront dispensés, lorsqu'ils arriveront dans 
une ville où leur ordre a un couvent, de passer la nuit chez 
leurs confrères, et pourront même n'être pas tenus à dire 
leurs heures régulières. 

La viande, même achetée (ils n'en pouvaient primitivement 
manger que si on la leur donnait)," esl permise en voyage, 
mais l'abstinence au réfectoire est maintenue. 

D'aulres articles spécifient la couleur de la croix, les pou- 
voirs du vicaire général, des correcteurs el définiteurs, du 
visiteur provincial. Néanmoins, il n'est point dit qui élit le 
grand-ministre. 

Quand les religieux recevront une église dont le nom était 
consacré (comme celui de saint Malhurin, à Paris), ils ne 
changeront point ce vocable; les seules églises qu'ils bâtiront 
eux-mêmes seront dédiées à la Trinité. 

1. 11 n'était d'abord question de non- sépara lion que pour le don d'une rente. 



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3u l'ordre français des tributaires. 

Si une maison tombe eu ruines, on pourra momentanément 
consacrer tous ses biens à sa réédification. 

Enfin, le chapitre général, qui se tenait primitivement le 
dimanche après la Pentecôte (dimanche de la Trinité), se tien- 
dra désormais le quatrième dimanche après Pâques (dit de 
Cantate), à la même date que celui de saint Victor. Cepen- 
dant, la récitation de l'office a la manière viclorine est adoucie 
parce que les religieux ne peuvent faire autant de pauses dans 
le chant à cause de leur petit nombre. Telles sont les princi- 
pales innovations de la règle modifiée 1 . 

i. La barbe des Frères devra être semblable à celle des couvera Tem- 



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CHAPITRE IV. 



Statuts et constitutions des Trinitaires'. 



Pour détaillée que fût la règle de ia63, elle était loin 
d'avoir prévu toutes les difficultés qui pouvaient se présenter 
dans le gouvernement d'un ordre religieux. Elle était même 
à ce point insuffisante que les Trinitaires y ont, sans doute 
de bonne foi, cru lire des articles qui ne s'y trouvent point 
en réalité; ainsi, pour donner plus d'autorité à certaines de 
leurs constitutions, notamment a celles qui étaient relatives au 
chapitre provincial, ils prétendirent les avoir extraites de la 
règle mitigée, où il n'est cependant pas question du chapitre 
provincial. Il suffit de supposer qu'ils négligèrent de se repor- 
ter à ce texte. 

Souvent, les grands-ministres promulguèrent, dans un cha- 
pitre général ou dans un chapitre provincial, des règlements 
obligatoires, soit pour tous les religieux de l'ordre, soit pour 
ceux d'une seule province. Ces Statuts sont aussi nombreux 
et peu connus que la règle est brève et répandue; plus de la 
moitié sont en effet inédits. En voici rénumération : 

■° Statuts sans date, placés dans le manuscrit 9 7-53 de la 

i. Ce chapitre est un simple relevé chronologique des Statuts les plus 
importants qui ont régi l'ordre des Trinitaires. Il n'y faut donc point cher- 
cher une analyse détaillée, qui viendra selon l'ordre des matières. 



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32 l'ordre français des trinitaires. 

Bibliothèque nationale à la suite de la règle mitigée 1 . Il y est 
question de i'us<tge des chevaux, des Trinitaires aumôniers de 
rois et de princes, des pèlerinages en Terre-Sainte, ce qui 
ne peut se rapporter qu'au treizième siècle. Ils portent une 
marque de raideur qui convient encore aux temps héroïques, 
à « l'ancienne rigueur » de l'ordre, sans être cependant les 
premiers de tous ; ils font en effet allusion à « d'antiques 
coutumes », celles de saint Jean de Matha sans doute, sur 
lesquelles il a été fait bien des conjectures, mais dont il ne 
nous est rien parvenu. Comme aucune rubrique ne sépare ces 
Statuts de la règle modifiée en t a63 par l'évéque de Paris, les 
abbés de Saint-Victor et de Sainte-Geneviève, on ne se trom- 
perait sans doute pas en les considérant comme des additions 
à la règle dues aux correcteurs de celle-ci. 

3° Statuts de i3iq, dressés en chapitre général, à Cep- 
froid*, sous la présidence du grand-ministre Bertaud, omis 
par Gaguin dans sa liste, et qui prend place par cette rédac- 
tion parmi les supérieurs réformateurs de l'ordre des Trini- 
nitaires. Beaucoup de pénalités sont édictées contré les mi- 
nistres absents du chapitre général sans excuse valable, mais 
déjà la sévérité décroît pour les autres délits. 

3° Statuts de 1429, publiés en chapitre général à Cerfroid 
par le grand-ministre Jean de Troyes. Leurs prescriptions sont 
utiles pour l'époque, dit Gaguin, qui ne paraît pas en faire 
grand cas; ils ont eu cependant les honneurs de l'impres- 
sion en i586. Les articles les plus notables sont relatifs aux 
apostats, aux conspirateurs et aux appels en cour de Rome. 

Dans le courant du quinzième siècle, Jean de Burgos, 



. Pièce q° 38. 

. Même manuscrit, folio 



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STATUTS ET CONSTITUTIONS DES TH INI TA.» ES. 33 

ministre de Séville, en fit faire une copie, avec beaucoup d'ad- 
ditions, pour les provinces d'Espagne. 

4" Statuts de Robert Gaguin (a5 août i477-3o août i497) 
relatifs à l'Espagne ; mais comme le conjecture avec vrai- 
semblance M. de Vaissière dans son ouvrage sur Gaguin, 
certaines de ces prescriptions devaient concerner l'ordre tout 
entier : elles furent en effet pratiquement appliquées, dans 
la suite, à plus d'une province de l'ordre. 

5° Statuts de 1576, dont le titre est un peu long : « For- 
mata Heformationts ad prescrîptum régule... extrada ex 
variis sacrorum conciliorum decretis et sanctorum Patrum. » 
L'auteur, Jacques Bourgeois, a fait sous ce titre un commen- 
taire précis de la règle mitigée ; on s'en était déjà écarté sur 
plus d'un point, comme l'annalité du chapitre général; le ré- 
formateur voudrait voir la règle intégralement observée selon 
les prescriptions du Concile de Trente. On y remarque l'intro- 
duction de l'usage du scrutin secret et une grande place 
donnée à l'instruction des religieux. Une Université venait 
en effet d'être fondée à Douai. C'est dans cette même ville 
que la « Formule », acceptée par le chapitre général de 1676, 
fut imprimée en i586, chez Simon Bogard, venu de Louvain 
pour être libraire de l'Université. Les Statuts de Jean de 
Troyes précèdent ceux de Jacques Bourgeois, auquel il faut 
rapporter l'honneur de la rédaction, et non à Bernard de 
Metz, ou Bernard Dominici, général de l'ordre, qui présida 
simplement le chapitre. 

On peut considérer ces Statuts comme ayant fait loi pen- 
dant deux siècles pour le nord de la France, c'est-à-dire pour 
les quatre provinces : Ile-de-France, Champagne, Picardie, 
Normandie. 

Les religieux de Provence qui se piquèrent de se réformer 



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34 l'ordre FRANÇAIS des trikitaires. 

au dix-septième siècle y introduisirent quelques aggravations, 

également acceptées par les Réformés de l' Ile-de-France '. 

Les religieux de Languedoc, qui formaient la sixième 
province française, et avaient été agités par des velléités de 
réforme, reçurent en 1660 une certaine autonomie du général 
de l'ordre, Pierre Mercier. 

6 e En i65i , le chapitre général décida de réunir les 
anciens Statuts. On peut s'étonner de ne rencontrer aucune 
trace de constitutions imprimées en 1661 et en 1684, au dire 
de Claude de Massac. Ce devaient être des Statuts épars au 
milieu des comptes rendus des chapitres généraux. Le cha- 
pitre de 1696 renouvela les prescriptions de celui de (65i. 
Enfin, un arrêt du Conseil d'Etat, le Roi y étant, le a4 sep- 
tembre 1711, provoqua la revision des Statuts des Trinitai- 
res; comme ils ne furent point trouvés en règle, un nouvel 
arrêt, le 3 mai 1713, ordonna la refonte des Statuts concer- 
nant les provinces, anciennes, avec le concours de deux délé- 
gués de chaque province. Cette fois, il fallut bien s'exécuter. 
Claude de Massac, vicaire général, puis général de l'ordre, 
consulta tous les supérieurs (18 juillet 1 7 1 2 ) et fit examiner 
les nouveaux statuts dans les chapitres provinciaux de 1717 
et de 1718 qu'il présida lui-même. De là provient l'édition 
donnée en 1719 1 , à Douai, comme celle de t586. C'est la 
sixième modification de ces Statuts. La partie la plus cu- 
rieuse de ce recueil est l'analyse de nombreuses décisions de 
divers chapitres généraux, dont nous ne possédons point les 
actes originaux. 

7° Les Trinitaires de France ayant été, à l'époque de la 

1. Bïbl. tint., H 17769, feuille intercalaire. 

a. Coté Ld ** ig à la Bibliothèque nationale. La réception solennelle des 
Statuts eut lieu le ao juin 1719. 



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STATUTS ET CONSTITUTIONS DES TRINITAIRES. 35 

Commission des Réguliers, déclarés chanoines réguliers, re- 
çurent en ryyi de nouvelles Constitutions applicables à la 
France entière, mais à la France seule. 

En effet, les Trinitaires espagnols, quoique vivant sous le 
même général que les français, n'observaient pas les mêmes 
constitutions. Pour être complets, même dans cette énumé- 
ration forcément brève, il faut citer, pour mémoire, le Re- 
formatorîum provinciae Aragoniae (i563), dû à un ministre 
de cette province, Michel Borrel ; les Constitutions revisées en 
1601 à Saint-Mathurin par François Petit ', et surtout les 
Constitutions dites d'Alexandre VII, faites en i65y, à Rome, 
dans un chapitre général auquel les Trinitaires de France ne 
se trouvèrent pas 2 . Après une longue résistance de la part 
des quatre provinces, une faible partie de ces Constitutions 
fut imposée à la France, principalement en ce qui concerne 
le chapitre général, mais les Français parvinrent le plus sou- 
vent à en éluder l'exécution. 

Encore n'a-t-il été question jusqu'ici que des Trinitaires 
Chaussés. Il y eut aussi des Trinitaires Déchaussés qui, à 
partir du dix-septième siècle, revinrent à l'austérité de la 
règle primitive. La Congrégation Déchaussée, tant de France 
que d'Espagne, d'Italie et d'Autriche, vécut sous des consti- 
tutions spéciales, dont la dernière édition a été donnée a 
Rome en i85i. La Congrégation de France, supprimée en 
1771, avait eu des Constitutions, restées manuscrites et con- 
servées aux Archives nationales (LL i55a). 

1. Bibliothèque Mazarine, manuscrit 1768. 

1. Elles ont été rééditées à Madrid en 1731. Ce volume se trouve à la 
bibliothèque du couvent de Cerfroid (Aisne). 



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CHAPITRE V. 
Le grand-ministre et ses subordonnés directs. 



L'ordre des Trinitaires a pour chef un grand-ministre, 
contrôlé par un chapitre général, qui se réunît tous les ans. 
Le supérieur de l'ordre, remplacé au besoin par un vicaire 
général, s'appelle officiellement major minister, parfois ma- 
jor et greneralîs minister, et, par abréviation, generaUs mi- 
nister. On dit aujourd'hui « ministre général ». 

Cependant, on le voit parfois appelé maître. On peut sup- 
poser une distraction de Joinville qui appelle le même person- 
nage tour à tour menistreet maistre. Parfois aussi, on a mis 
à dessein maître pour rappeler le grade universitaire qu'a- 
vait notamment le « maitre des Mathurins », célèbre au début 
du quinzième siècle. — On a dû encore faire des confusions 
avec l'ordre rival de la Merci, dont le supérieur s'appelle 
a maitre général ». 

Le grand-ministre est élu à vie dans la réunion du chapitre 
générai. Par un singulier oubli, la règle et les constitutions 
ne disent rien des électeurs du grand-ministre, ni du cérémo- 
nial de cette élection. Nous verrons plus loin qui avait le 
droit d'assister à la réunion du chapitre général. Quant au 
cérémonial de l'élection, un registre, dont des extraits sont 
transcrits dans le manuscrit français 15697 ^ e ' a Bibliothèque 
nationale, fournit quelques renseignements. 



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LE GRAND-MINISTRE ET 3E6 SUBORDONNÉS DIRECTS. 3j 

Le chapitre général d'élection s'étant réuni, le custos ou 
gardien, c'est-à-dire l'administrateur intérimaire, demande à 
l'assemblée quel est le mode d'élection qui lui est le plus 
agréable ; elle répond d'ordinaire que c'est la voie du Saint- 
Esprit, l'inspiration. Alors un ministre, sans doute le plus 
ancien, ayant baisé le crucifix, se lève et nomme celui à qui 
il donne sa voix. Les autres, par acclamation, donnent leur 
adhésion à ce choix, prennent l'élu sur leurs épaules et le 
portent en procession à l'église. Un fait parait bien prouver 
que primitivement ces élections étaient convenues à l'avance : 
Guy Musnier, en i5o8, se nomma lui-même ' 1 

Lorsque le concile de Trente eut établi le scrutin secret, 
qui en 1570 avait soulevé des protestations, le grand-ministre 
fui élu à la majorité absolue, parfois très considérable. Les 
électeurs ayant voulu, en 1686, faire une grande manifesta- 
tion de solidarité, l'élu eut cinquante-deux voix sur cinquante- 
six votants. On ne saurait dire s'il y avait des déclarations de 
candidature. L'élu était souvent presque désigné d'avance par 
son prédécesseur, qui lui conférait la charge de vicaire gé- 
néral. 

Il n'y eut aucun général de Provence avant le dix-septième 
siècle. Plusieurs étaient de Flandre, comme Alard, Thierry 
Valerand, Gaguin. Deux portent le nom de leur maison de 
profession : Jean de Troyes et Bernard de Metz 1 . 

Quant au couvent dont ils étaient ministres avant d'être 
élus, il faut citer Meaux pour Jean de La Marche et Nicolas 
Musnier, Clermont pour Renaud de La Marche, Verberie 



1. Pièce n«> 228. 

2. Les personnages les plus émiûents de ('ordre, après les génért 
comme Jacques Bourgeois, étaient de Flandre, ou, comme les Basire et 
Michelin, de la province de Champagne. Très peu étaient de Normandie 



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38 l'ordre français des trinitaires. 

pour Thomas Loquet, Étampes pour Claude de Massac, 
Hondschoote pour Thierry Valerand, Chàlons pour Jean Thi- 
baud, Fontainebleau pour Eustache Teissïer et Grégoire de 
La Forge, Mortagne pour Jean de Troyes. Pierre Chandote 
seul fut prieur de Cerfroid avant d'être élu grand-ministre. A 
partir de Gaguin, à peu d'exceptions près, presque tous les 
futurs généraux étaient d'abord ministres des Mathurins avant 
d'être élus à la charge suprême de l'ordre. 

Le futur général n'est désigné au choix des électeurs par 
aucune recommandation du Saint-Siège, quoique l'ordre lui 
sotl directement rattaché depuis i3oo. Plutôt que d'accepter 
un élu du pape, l'ordre en appelle au Parlement en i4i5 et 
en i546. 

Aucune condition d'âge n'est imposée primitivement pour 
l'éligibilité. Les premiers successeurs de saint Jean de Matha 
étant morts à des intervalles très rapprochés, on peut pré- 
sumer qu'ils étaient fort âgés à l'époque de leur élection. 
Pour le quinzième siècle, nous connaissons les âges de quel- 
ques grands-ministres nouveaux élus : Raoul Duvivier, en 
i46o, était âgé de trente-sept ans; Gaguin, le fils adopttf de 
l'ordre, ne fut élu qu'après avoir administré les couvents de 
Grandpré, de Verberie, de Tours et de Paris' ; il avait alors 
quarante ans. C'est cet âge minimum 1 qu'imposa le pape 
Alexandre VII dans des Constitutions faites à Rome en 1657 
et que les Trinitaires n'acceptèrent pas, sauf pour ce point 
qui était d'une pratique courante. 

L'élu doit être déjà ministre d'un couvent. Il n'y a aucun 
exemple d'un simple frère nommé grand-ministre. Les mînis- 

1. Arbor chranologica, p. 179. 

1. Les Déchausses l'ont fixé k quarante-quatre ans. (Régala primilioa, 
Rome, i85i, p. 108.) 



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LE GRAND-MINISTRE ET SES SUBORDONNÉS DIRECTS. 39 

très des quatre provinces (Ile-de-France, Champagne, Picar- 
die, Normandie) étant parvenus à s'attribuer le droit de 
séance au chapitre et par suite l'éligibilité, le grand-ministre 
fut toujours un Français. De nombreuses garanties en- 
touraient donc son élection, et la réunion annuelle du 
chapitre général permettait de contrôler sans cesse sa 
gestion. 

Élu à vie, le grand-ministre ne pouvait être déposé que par 
trois ou quatre ministres {règle de 1 198) ou par trois ou qua- 
tre frères des plus religieux (règle de 1263) : ce cas ne s'est 
jamais présenté. Il lui était interdit de se démettre, dans la 
crainte que sa résignation n'eût été obtenue par quelque 
moyen frauduleux. 

Aucune résidence n'était prescrite au grand-ministre. De ce 
que Jean de Matha et son successeur moururent à Rome, il 
ne faut pas conclure qu'ils y aient continuellement demeuré. 
Les voyages de rédemption et la visite de l'ordre étant 
effectués au treizième siècle par les grands-ministres eux- 
mêmes, H leur arrivait très souvent de mourir hors de 
France. 

De la fin du treizième au milieu du quinzième siècle, le 
grand-ministre résida à Cerfroid, chef-d'ordre consacré par 
l'ermitage de Félix de Valois. Ii vint ensuite demeurer à Paris, 
dont il garda la ministrerie, qu'il occupait presque toujours 
avant d'être élu, comme il a été dit. C'étaient les seuls revenus 
qu'il eût à sa disposition. 

Bernard Dominici, plaidant, en 1570, contre François 
Petit, ministre des Mathurins, a ainsi énuméré les devoirs 
d'un général d'ordre : 
i° Visitation; 
2 Réformation; 



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£o l'ordre français des TRIBUTAIRES. 

3° Confirmation des bénéfices électifs* et collation des 
bénéfices collati/s ; 

4° Maintien des privilèges de tordre. 

Il n'a pas cité le rachat des captifs parce que dans un ordre 
si vaste les fonctions du général sont trop absorbantes, rien 
qu'en France, pour lui permettre de se transporter dans 
l'Afrique du Nord, en vue du long et périlleux voyage de ré- 
demption. Mais c'est le général qui, en chapilre, ordonne la 
rédemption et donne un passeport aux rédempteurs. 

i° Quant à la visite, le droit du général de pénétrer dans 
n'importe quel couvent de l'ordre reste entier et n'exclut pas 
la visite ordinaire du provincial. Cette réception devînt, avec 
le temps, fort solennelle. Un exemple en est la visite du 
P. Grégoire de La Forge à Marseille, à son retour de Rome, 
en i6g5, dont la relation, écrite par le P. Michel Trossier", 
visiteur de la province, fut conservée dans les archives « pour 
servir d'instruction en pareilles occasions m. 

Athanase Coudoulet, lecteur en théologie, monte dans la 
chaire du chapitre, à côté de l'Évangile, et adresse au général 
une harangue en latin. Le ministre quitte le pluvial et l'étole, 
se met à genoux devant le P. de La Forge et lui baise la main. 
Le P. Gandolphe, assistant du ministre, chante un cantique 
en son honneur ; on fait une décharge de trois douzaines de 
bottes. Le général prend au couvent un repos bien gagné ; les 
consuls de Marseille lui rendent visite en chaperon et lui font 
le cadeau habituel de dix écus. Il reçoit encore le grand-vicaire 



e voïl pas que le grand-mi nislre se donne la peine de confirmer 
is particuliers. La confirmai ion apparaîtra pour le provincial. 
2. Visite à Marseille de deux Ministres généraux de l'ordre de la 
Sainte-Trinité, i85<). Bibl. nai., LK', 4 7 n. Cf. Méry ct Glundon, Actes 
de la commune de Marseille, lome V, p. 4t3. 



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LE GRAND-MINISTRE ET SES SUBORDONNÉS DIRECTS. /( I 

de la cathédrale, les supérieurs de tous les couvents de la ville 
et les prieurs des Confréries de pénitents. Le lendemain, il 
rend ces visites et en fait aux Trinitaîres Déchaussés. Deux 
jours après, il repart pour Arles, où il devait recevoir un 
semblable accueil. C'était là plutôt un voyage politique 
qu'une tournée de visite. L'importance du couvent visité était 
l'explication de cette magnifique, réception : ailleurs, c'était 
plus simple. 

Ordinairement, le grand-ministre prévient le ministre par- 
ticulier ' du jour de son arrivée. Les religieux, revêtus du sur- 
plis et de l'aube, ont préparé les lapis ; au son des cloches, le 
grand-ministre descend de cheval; le ministre lui baise la 
main, l'encense trois fois et lui fait un discours de félicita- 
tions en tatîn. 

Lorsque Nicolas Musnier arrive en i535 à Taillcbourg, 
avec son secrétaire, l'accueil qu'il reçoit de son frère Thibaul, 
ministre, et de ses deux moines est moins cérémonieux que 
cordial*. Le premier jour, il visite les ornetnenls de l'église 
et la sacristie, le second jour, les chambres des religieux; 
dans l'une sont conservés les titres de propriété (il n'y en avait 
guère à Taillebourg). Le grand-ministre inspecte soigneuse- 
ment les comptes; il se préoccupe avec soin de faire payer les 
dettes du minisire ou des religieux. Il rédige les actes de sa 
visite d'après tout ce qu'il a remarqué de bon ou de mauvais, 
sous forme d'articles, qui seront observés comme une ordon- 
nance, il laisse une copie du procès-verbal et fait une exhorta- 
tion aux religieux 3 . Telle est la coutume, mais il est clair 



i. Les frais des vigiles étaient payés par la province visitée, au prorata 
■les ressources île chaque couvent. 

z. M. Torlst a publié cette pièce dans la /iront de Saintonge en nov. inoi. 
3. Le procès-verbal relatif à Taillebourg, en i53i, est encore en latin. Au 



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Ifl I: ORDRE FRANÇAIS DES TRIMTAIB.ES. 

qu'elle subit des modifications. Le gTand-mînistre se bornait 
à visiter le nord de la France, déléguant son vicaire géné- 
ral dans les couvents où il ne pouvait se rendre. Quand l'or- 
dre compta plusieurs branches, il dut prendre avec lui ou dé- 
léguer, en cas qu'il fût absent, un religieux de la province 
qu'il allait visiter 1 . 

Il semble qu'il y avait des formalités particulières pour 
la visite des provinces d'Espagne. Thibaut Musnier doit 
demander un passeport à l'ambassadeur de Charles-Quint 3 
(10 avril t 548) ; les généraux du dix-septième siècle, pour 
visiter ce même pays, prirent la précaution de se faire délé- 
guer par le pape en qualité de visiteurs apostoliques, ce qui 
ne leur évita pas tous les ennuis. 

Le grand-ministre est. en correspondance particulière avec 
les provinciaux et aussi avec les princes étrangers pour faire 
proléger les couvents de l'ordre. 

Il doit, en principe, ratifier tous les actes de vente ou 
d'échange faits par un ministre, même les actes les plus sim- 
ples. Au quinzième siècle cependant, ce soin était dévolu au 
provincial. Seul, il permet aux religieux victimes d'un sinistre 
de prêcher pour réparer leur église. II est présent lui-même 
aux conventions les plus importantes ; ainsi Alard vient à 
Marseille, en 1370, lors du renouvellement de la transaction 
avec l'évêque et le chapitre. L'assentiment du grand-ministre 
est toujours mentionné, quand bien même il n'est pas pré- 



dix-septième siècle les visites sont rédigées en français; celles du couvent 
de Faucon, qui appartenait aux Déchaussés d'Italie, sont en italien. 

t. Le chapitre provincial réformé d'Arles donna i5 pistoles à Grégoire 
de La Forge pour les cinq maisons déjà visitées. (Registre i3 des Triiii- 
laires de Marseille, p. 7g.) 

3. Il y a une copie du passeport dans les Archives des Trinitaires de Cha- 
tons, 4fc liasse. 



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LE GRAND-MINISTRE ET SES SUBORDONNES DIRECTS. !\'S 

sent à la signature de l'acte; c'est ce que l'on remarque 
dans une convention entre les Trinitaires et le curé du Fay ' 
(Oise). 

Le grand-ministre lève sur chacun des ministres une con- 
tribution annuelle : « Item oportet, dit Giraud, ministre de 
Marseille en i36o, tradere et soluere XXX solidos ad pro- 
visionem majoris ministri. » Pour les premiers siècles, le 
budget de l'ordre nous est fort peu connu. A part ce droit 
annuel, qui était de 3 livres au dix-septième siècle, le gé- 
néral n'avait point de traitement fixe; il ne possédait que 
les revenus de Cerfroid et, plus tard, ceux des Mathurins de 
Paris. Parfois, on donne au général les revenus d'un petit 
couvent alors désert pour accroître ses ressources, qui ne 
furent jamais bien considérables. C'est tellement vrai que, 
toutes les fois qu'il y a un procès à soutenir ou un grand 
voyage à faire dans l'intérêt de l'ordre, même pour une 
dépense régulière comme l'entretien du procureur général en 
cour de Rome *, à plus forte raison pour payer les dettes 
d'un prédécesseur, le général doit imposer une cotisation sur 
tous les couvents, tout au moins sur ceux de France qu'il régit 
plus directement. 

2 Le devoir de réformation indiqué par Bernard Domi- 
nici fut transformé quelque peu par l'ambition des généraux 
en une correction sur les ministres, souvent punis arbitraire- 
ment. Il serait cependant injuste de ne pas rappeler que les 
statuts mentionnés au chapitre iv ont été tous, sinon rédi- 
gés, au moins promulgués par le général, et que deux d'entre 



i. Dana nne pièce de 1226, on voit que si le grand-ministre est absent 
les religieux promettent de Taire approuver par lui la transaction le plua 
M possible. 

I. Pièce no 277. 



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l\k [/ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

eux, Jean de Troyes et Gaguin, prirent à leur exécution une 
part personnelle. 

Mais il ne se présentait que raremenl des cas de réforma- 
tion proprement dits, et l'on a peut-être un peu abusé de ce 
mot au dix-septième siècle pour prétendre arracher au géné- 
ral Louis Petit, sinon sa démission, au moins son effacement 
devant le cardinal de La Rochefoucauld, qu'un bref avait 
chargé de la réforme de l'ordre. Il fut bien établi, en droit, 
que le général seul avait le droit de réformer son ordre; 
celui-ci le prouva, en publiant, seul, des statuts pour les 
Mathurins de Paris. Pierre Mercier, l'un de ses successeurs, 
edicta, mot a proprio, des statuts pour la province de Lan- 
guedoc. 

Quand le général n'est pas présent aux délibérations des 
chapitres provinciaux, il peut au moins en fixer les sujets. 

Le droit de correction sur les ministres était indispensable 
au général, puisqu'ils étaient élus à vie. Seul, il peut les ab- 
soudre, s'ils ont aliéné ou engagé les biens de la communauté; 
il peut même les déposer sans prendre conseil de personne. 
Jean Garuelle, ministre de Troyes, est privé de son bénéfice 
par Pierre de Bourry, qui lui substitue son neveu Robert 1 . 
Louis Petit suspend le ministre de La Marche jusqu'à ce qu'il 
ail comparu devant lui pour répondre aux accusations du 
promoteur (162a); il fallait que l'affaire fût particulièrement 
grave. Ordinairement, le général délègue deux ministres pour 
instruire un procès criminel contre un de leurs confrères; le 
cas de Bernard Dominici, contraint d'ordonner une enquête 
contre Jean Morel qu'il avait précédemment soutenu dans 



1 . Cariulaire des Trinitaires de Troyes, p. 692 (Archives départemen- 
tales de l'Aube). 



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LE GRAND-MINISTRE ET SES SUBORDONNÉS DIRECTS. 45 

une revendication contre François Petit, est assez singulier ' . 

Le contrôle du général sur les ministres à vie était donc 
nécessaire, mais le népotisme et les dissentiments causés par 
la politique pouvaient conduire un général à abuser de ce 
pouvoir. Ainsi Pierre Chandote, prieur de Cerfroid, élu géné- 
ral en i4i6, casse l'élection du ministre des Mathurins, dé- 
clarant qu'elle a été faite sans son consentement, et la consi- 
dère comme à lui dévolue 1 . Cet acte est exorbitant, aussi bien 
que celui de Louis Petit excluant de toute charge, d'avance, 
au moyen de l'excommunication, les religieux qui lui déplai- 
saient et qui auraient pu être élus ministres. Ce qui est licite 
au général, c'est la nomination d'un administrateur provi- 
soire quand le ministre est notoirement au-dessous de sa lâche 3 . 

3° Au sujet de l'élection du ministre, la règle dit positive- 
ment qu'il doit être élu par tous les frères. II n'y a pas jus- 
qu'au seizième siècle d'exemple de ministre choisi par le 
grand-ministre, ce qui n'empêche pas le P. Pichault, général 
trinitaire de la fin du dix-huitième siècle, de déclarer la col- 
lation par le général immémoriale. Bernard Dominici récla- 
mait avec raison la confirmation des bénéfices électifs, ce qui 
était absolument de droit. 

Au seizième siècle, la nomination du ministre par le général 
apparaît en cas de fondation d'un couvent. En i535, Nicolas 
Musnier, dotant une nouvelle maison trinitaire à Meaux, se 
réserve le droit d'en choisir lui-même le ministre*. Il faut 
interpréter de même l'acte du chapitre général de i56o, où 



t. Ce pouvoir de prescrire une enquête est exercé, en cas d 
içé néralat, par le vicaire général. 
a. Archives nationales, registre LL, i545, p. i. 
3. Voir la Monographie du couvent de Lena. 
4- Archives nationales, S 41G7. — lien était de même pour D 



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46 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINJTAIRES. 

Thibaud Musnier rattache à sa propre autorité le couvent 
nouveau de Naples '. Ce droit de nomination est exceptionnel 
en stricte justice. 

En 1 55o , c'est le provincial de Languedoc qui nomme 
ministre de Montpellier Arnaud Raynal, présenté, c'est-à-dire 
gradué en théologie, par suite de la résignation de Jean 
Maur en chapitre provincial. 

Lors du procès entre Jean Morel, se prétendant élu minis- 
tre des Mathurins par les religieux, et François Petit, se 
disant pourvu de cette charge par le roi , il n'est nullement 
question du droit d'élection prétendu par le général. 

Cependant, en i5q3, Bernard Dominici, choisissant comme 
vicaire général en Normandie Jean Rihouey, lui donne le pou- 
voir de collation sur les maisons de cette province. Evidem- 
ment, le général de l'ordre pensait avoir ce pouvoir, puisqu'il 
le délègue à son subordonné * : il avait donc changé d'avis 
depuis 1570. On voit Guillaume Basire, seul profès de Châlons, 
élu en 1611 ministre de ce couvent par François Petit 3 . 

Beaucoup de couvents du nord de la France ayant été 
abandonnés, le titre était conservé pour faire nombre en face 
des provinces étrangères; mais le grand-ministre donnait a 
des religieux qui lui plaisaient le titre et le revenu, sans obli- 
gation de résidence 4 , parce qu'il n'y avait pas toujours de quoi 
nourrir le bénéficiaire. 

Dans les couvents qui avaient conservé leur droit d'élec- 

1. Bibl. de Marseille, manuscrit I2i5, p.4&. — Saus doute, la mention : 
domus de Icognc « exempta » dans la liste des couvents anglais a la même 
signification. 

a. Archives de Meta, H 3774. 

3. Bibliothèque de Châlons, manuscrit 58, p. 114. 

4- Lefebvre défend en 1753 son droit de collation contre Borin, curé de 
Communay, qui s'est tait pourvoir d'un prieuré triniuire par une bulle du 
vice-légat. (Bibl. nal-, F". a«3a6.) 



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LE GRAND-MINISTRE ET SES SUBORDONNÉS DIRECTS. 4/ 

lion, le général nommait un commissaire pour y assister. 
Cette pratique était mal vue par le Conseil de Brabant, hos- 
tile a un général d'ordre français, qui pouvait ainsi acquérir 
quelque influence au Pays-Bas. 

Tout au moins les élections subsistaient-elles pendant la 
vacance du généralat. En i685, François Leprestre, ministre 
d'Hondschoote, démissionne entre les mains de Guillaume 
Basîre, vicaire général; deux scrutateurs sont établis; les reli- 
gieux votent au scrutin secret, et Jean-Baptiste Bultrel est élu 
par six voix sur huit ' . 

On peut alléguer que, dans la Picardie, voisine des Pays- 
Bas espagnols, et dont quelques couvents étaient en terri- 
toire étranger ou même ennemi, le général français n'avait 
pu asseoir aussi solidement son autorité. Une tentative de 
Grégoire de La Forge pour désigner d'office un de ses pro- 
tégés, vers 1698, rencontra beaucoup de résistance. 

De même, l'institution des Trinitaires Réformés, qui élu- 
rent triennalement leur ministre, fut, dans beaucoup de cou- 
vents, une barrière à l'ambition dominatrice du général. 

Tous les résultats de cette ingérence du chef suprême de 
l'ordre ne furent cependant pas mauvais. Dans la discipline 
primitive, le ministre était perpétuel; il ne quittait son cou- 
vent que pour se rendre au chapitre général; il ne connais- 
sait rien des autres provinces de l'ordre. Au dix-septième 
siècle, on changea tout cela; très fréquemment, François 
Petit, Louis Petit et leurs successeurs envoyèrent des reli- 
gieux du Nord dans le Midi et réciproquement, pour faire 
sentir la solidarité qui unissait tous les couvents de France. 
Ainsi, le P. Toéry fut successivement ministre de Fontaine- 



1. Archives des Trinitaires de ChAlons, pièce 



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48 l'ordre français des tributaires. 

bleau et de Toulouse. Il De faut pas croire que ces déplace- 
ments fussent une disgrâce. Guillaume Basire était infiniment 
apprécié dans son couvent, quand il fut envoyé pour trois 
ans à Morlagne 1 , où il n'alla que pour remplir un devoir 
d'obéissance. 

C'est ainsi que la confirmation des ministres devint de plus 
en plus une vraie collation pour le général, qui fut le vrai 
maître de son ordre en fait et en droit. 

Le dernier devoir du général, te maintien des privilèges de 
l'ordre, fut exercé au moyen du procureur général en cour de 
Rome, dont il sera question plus lard. 

Il partage avec l'évéque le pouvoir d'instituer les prieurs- 
curés. 

Il doit enfin, en cas d'absence ou de maladie, se constituer 
un vicaire général. 

VICAIRE GÉNÉRAL. 

Celui-ci a le même pouvoir que le grand-ministre malade 
ou absent. En cas de mort du général, il porte le nom de 
cuslos ou gardien. 

Pendant la croisade d'Egypte, où le grand-ministre Nicolas 
figure avec saint Louis, Simon, ministre des Mathurins de 
Paris, porte le titre de vice-ministre de l'ordre 2 . La termino- 
logie n'était pas alors bien fixée. On peut constater, dans l'acte 
où Simon accepte la donation de l'hôpital de Saint-Quentin en 
1 257, que ce religieux éminent avait gardé le titre même après 
!e retour du grand-ministre. Peut-être à cette date le siège 
était-il devenu vacant? 

1. Bibliothèque «le ChAlons, manuscrit 58. (A la fin : notice sur les 
a, Sceaux des Archives nationales, n» fl8i3. 



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LE GRAND-MINISTRE ET SES SUBORDONNES DIRECTS. flu 

La constitution d'an vicaire général était, pour le grand- 
ministre, un moyen commode de désigner son successeur au 
choix des électeurs. Raoul du Vivier et Gaguin commencèrent 
par être les coadju leurs de leurs prédécesseurs. Sans doute, 
Claude -Raile n'eut pas ce titre, mais il fut, pendant quarante 
ans, secrétaire de son général, Louis Petit, ce qui fait que 
Pierre Mercier dit, dans le discours d'usage qui précède toute 
élection : Aon eligendus qaippe qui jam sit electus 1 . San 
doute, Pierre Mercier nomma vicaire général Guillaume Ba- 
aîre, ministre de Châlons, et, cependant, ne lui assura pas sa 
succession". C'est que, les circonstances étant graves, Guil- 
laume Basire déclara qu'il fallait remettre la direction de l'or- 
dre à une main plus jeune. 

Pierre Mercier s'étant rendu en Espagne, Nazare Anroux, 
vicaire général, nomma un religieux à la ministrerie de Mor- 
tagne. Un opposant à cette collation fut débouté par un arrêt 
du Conseil, qui ordonna à tout religieux de reconnaître 
comme son supérieur celui que le général aurait délégué pour 
gouverner l'ordre en son absence 3 . 

Les provinces étrangères et celles qui dépendaient moins 
étroitement du général avaient aussi à leur tête des vicaires 
généraux, dont l'action était plus étendue que celle du pro- 
vincial. Thibaut Musnier nomme, par exemple, Jean Hurtado 
de Mendoza, vicaire général en <.'-.: stîJIe, Andalousie et Na- 
varre 4 . Ce litre pouvait n'être que temporaire 5 . Il n'en est 



i. Oratio... Pétri Mercier , i5 décembre i652. (Bihl. de l'Arsenal, 

jurisprudence, no 1492, în-:a.) 

2. Archives de Metz, H 3773, no 6. 

3. Ibid. H 3773, no 5. 

h. Le 9 mai i548. (Archives des Trinitaires de Chatons, liasse 46.) 
5. En 1765, la cour d'Espagne voulut avoir un vicaire général indépen- 
dant du général pour les provinces d'Espagne. Le roi de France s'y opposa. 



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5o L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

pas de même de la charge confirmée par Pierre Mercier, 
en j655, à Jean Naurias, ministre d'Avignon, qui était celle 
de vicaire général des provinces de Provence et de Langue- 
doc 1 : il était un vérilable vicaire général pour le Midi. 
Fallait-il donc un renouvelle ment à chaque changement de 
général ? 

On voit que ce terme de vicaire général a eu chez les Tri- 
nitaircs des acceptions un peu variées. 



Le vicaire général pouvait demeurer en fonctions plusieurs 
années, tandis que le custos était intérimaire. Anciennement, 
. le chapitre général se réunissait tous les ans. Si le général 
venait à mourir peu de temps après une réunion ordinaire 
du chapitre général, il eut été incommode que l'ordre fut 
privé de chef pendant près d'un an; alors on procédait à 
l'élection d'un custos ou gardien. C'est par l'histoire seule 
que l'existence du custos est connue, tes Statuts n'ayant pas 
plus parlé du custos que du vicaire général. 

Dom Toussaint du Plessis croit savoir 1 que primitivement 
le prieur de Cerfroid était custos de plein droit j et il ajoute 
que, de son temps, on élit le custos comme le général. Nous 
le verrons plus loin, il a fait une double erreur. Si le prieur 
de Cerfroid fut custos primitivement, ce ne fut pas longtemps, 
car, dès 1^74, Jean de La Marche, ministre de Meaux, est 
revêtu de cette dignité. 

Le grand-ministre étant mort, le visiteur provincial de 



■ . Pièce nu 200. 

■2. Histoire de l'église de Meaux, I 



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LE GRAND-MINISTRE ET SES SUBORDONNES DIRECTS. DI 

l'Ile-de-France en convoque les ministres pour l'élection du 
custos. Etienne du Mesnîi aurait été élu castos, en i4i4, par 
les quatre « correcteurs » du chapitre général. On était dans 
une époque si troublée qu'on dérogea à la régie. Il ne pa- 
raît pas y avoir de lieu fixé pour celte élection. Le P. Mis- 
sier fut élu castos a Meaux (26 octobre i5oi); mais il est à 
croire que l'élection se faisait de préférence à Paris, au moins 
dans les derniers siècles de l'ordre, comme le porte, en i685, 
la convocation adressée par le P. De Launay. 

Le castos a ' pendant quelques mois tous les pouvoirs du 
grand-ministre. Ainsi, le P. Missier confirme l'élection de 
Guy Musnier comme ministre des Mathurins de Paris, mal- 
gré la protestation de Guillaume Maliault". 

Quand l'ordre, réuni en chapitre général, ne peut tomber 
d'accord sur la désignation du grand-ministre, la durée des 
fonctions du castos peut être prolongée d'une année. Cet 
honneur fut fait pour la première fois à Guillaume Manouny, 
prieur de Cerfroid (1068-1570). Je ne puis, en effet, croire 
avec Gaguin que le célèbre Etienne du Mesnil-Fouchard fui 
continué dans ses fonctions de castos, en 1/41Î), car, la seconde 
année de la vacance du généralat, Roger Toleval figure, dans 
un acte que Gaguin n'a pas connu, avec ce titre, qu'il porte 
encore lors de l'élection du général. 

Le custos préside le chapitre général où va être élu le 
grand-ministre ; il est parfois élu lui-même à celle dignité, 
comme Jean de La Marche en 1374, Gaguin en il\ji, Bernard 
Dominici en 1570 et presque tous ses sucesseurs. 

Le chapitre général de 170$ décida que, à la mort du 



. Archives de Metz, H 3 7î 3, 5. 
. Archives nationales, LL i545, f° 1 



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5a l'ordre français des trimtaires. 

général, le provincial de France serait custos de plein droit. 
Le premier exemple fut celui du P. Darde, qui était Agé de 
quatre-vingts ans; pour le surveiller, on jugea à propos de 
lui adjoindre quatre conseillers, pris parmi les ministres de 
la province de France. 



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CHAPITRE VI. 
Le chapitre général. 



Le plus haut tribunal de l'ordre, auquel on en appelle des 
sentences du grand-ministre, n'a qu'une influence tempo- 
raire, en raison de la courte durée de sa session qui. primi- 
tivement annuelle, devient triennale, cetle périodicité «'affai- 
blissant de plus en plus A mesure que le pouvoir du grand- 
ministre se développe. 

Une question fort agitée au dix-septième siècle fut celle-ci : 
où se tenait à l'origine le chapitre général des Trinitaires? 
Albérîc des T rois-Fontaines répond nettement : à Cerfroid. 

Au contraire, Jacques de Vitry dit que le chef d'ordre 
trinitaire est au couvent de Marseille, ce que le P. Xavier, 
traducteur de la Vie de saint Jean de Mai ha en italien, inter- 
prète en ce sens que, du vivant du fondateur, le chapitre 
général se tenait à Marseille. Avec celle restriction, l'inter- 
prétation de Jacques de Vitry serait admissible à la rigueur. 

Il faut cependant donner raison à Albéric. Le premier 
chapitre général dont nous ayons un acte est tenu à Cerfroid 
en i23o; Roger, grand-ministre, y accepte la donation du 
couvent de Saint-Mathurin de Paris. A Cerfroid se tient aussi 
le chapitre de i23a; Nicolas, qui vient d'y être élu, accorde 
à Marguerite de Rourgogne, fondatrice du couvent, une 



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54 l'ordre français des tributaires. 

« association spirituelle ' ». Des actes de laiS et ia5a prou- 
vent que la tenue du chapitre à Cerfroid était absolument 
régulière, puisque 60 sous de Provins, pour sa pitance, et un 
muid de blé, pour son pain, lui sont conférés par de généreux 
bienfaiteurs 3 . — Une bulle du 26 janvier 1256 prescrivit de 
tenir annuellement et perpétuellement le chapitre générât à 
Cerfroid. Les termes en furent altérés dans la suite, mais le 
fait est certain, la bulle authentique ayant été publiée par 
Baron 3 , qui essaie seulement (et bien à tor() de prouver 
qu'avant cette bulle le chapitre se tenait ailleurs. 

La guerre anglaise amena une dérogation en 1421 ; il y en 
eut une aussi en i655, pour l'élection du général. C'est encore 
à Paris que le chapitre national se tint en 1768, à propos de 
l'adoption de nouvelles constitutions. Ce sont les seules 
exceptions connues. 

L'aimalité de la session, exigée par Thibaud V de Cham- 
pagne comme condition de la délivrance d'une rente de 
100 livres, fut interrompue dès le quatorzième siècle. En 
effet, eu i36q, un procès des Trinitaîres de Cerfroid avec 
l'évéque de Meaux autorise des doutes sur la tenue régulière 
du chapitre général. En 1429, Jean de Troyes exprime le 
souhait que, malgré le malheur des temps, un chapitre se 
tienne l'an suivant à Cerfroid , et il prie les ministres d'y 
apporter leurs comptes 4 . Au seizième siècle, en fait et bien- 
tôt en droit, le chapitre général ne se tient plus que tous les 
trois ans. Les troubles de ta guerre étrangère et de la guerre 



1 . Voir la Monographie de Cerfroid. 

2. Dans Toussaint du Plessts, pièces 36a et 399, copie Arcb. nal., L g4? 
ei K i85, n° 190. 

3. Pièce no 22g. 

4- Statuts de Jean lie Troyes, édition df i586, p. 76. 



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LE CHAPITRE GÉNÉRAL. 55 

civile joints à ceux de l'ordre, empêchèrent la réunion du 
chapitre entre i635 et i()5u; enfin, le chapitre général en 
arriva à ne plus se réunir au dix-huitième siècle que pour 
l'élection du général. 

La date primitive de cette réunion est celle des octaves de 
la Pentecôte (dimanche de la Trinité). A partir de ia63. 
ce fui le quatrième dimanche après Pâques (dimanche de 
Cantate), la même date que celle du chapitre général de Saint- 
Victor'. Cette date s'observe encore actuellement chez les 
Trinitaires Déchaussés de Rome; on n'y dérogea qu'excep- 
tionnellement, notamment en i655 et en 1686, pour prévenir 
les intrigues des provinces étrangères, qui, n'assistant pas au 
chapitre français, voulaient qu'il se tint ailleurs. 

Le droit d'assistance au chapitre général a donné lieu à 
une controverse de près d'un siècle. La Règle n'en dit rien. 
Elle ne spécifie pas de différence entre les chapitres généraux, 
qu'il y ait ou non a élire un général. Quand elle parle de 
l'élection du ministre par le conseil commun des frères, elle 
ne peut évidemment avoir en vue que le ministre particulier. 
II eût été absurde de faire élire le grand-ministre par le suf- 
frage universel. Il est probable que théoriquement tous les 
ministres avaient droit de séance au chapitre général. A la 
suite de démêlés assez obscurs entre les grands-ministres et 
les provinces étrangères dans le cours du treizième siècle, 
l'usage s'introduisit de n'y convoquer que les ministres des 
quatre provinces du nord de la France (Ile-de-France, Cham- 
pagne, Picardie, Normandie), seules mentionnées dans les 
plus anciens Statuts des Trinitaires. — Les provinces étran- 

1. E. Vwtavlt, danst Positions des Thèses de l'Ecole des Charles, 1867- 
1868, p. 65. 



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56 L'ORDRE FRANÇAIS DES TR1NITAIRES. 

gères tinrent leurs chapitres, chaque année, dans des cou- 
vents désignés par les correcteurs ou définiteurs, qui diri- 
geaient les délibérations. — Cette spécialisation avait une 
raison de fait : Cerfroid élait trop éloigné du Midi, de 
l'Espagne surtout, pour qu'on pût y faire venir annuelle- 
ment les ministres non français. Ce qui était un fait parut 
aux Trinilaires du Nord un droit, quoiqu'il ne fût écrit nulle 
part; les « quatre provinces » prirent l'habitude de se réunir 
seules en chapitre général et prétendirent représenter tout 
le reste de l'ordre. 

Contre la réclamation des étrangers au dix-septième siè- 
cle, les Trinilaires du Nord formèrent un grand dossier qu'ils 
eurent la naïveté de croire concluant. 

La thèse de l'exclusion systématique des étrangers pour le 
chapitre général est insoutenable. Suspects aussi sont les 
nombreux chapitres généraux tenus hors de France ou dans 
notre Midi, trop facilemment admis par Bonavcnture Baron, 
qui se fait l'écho des prétentions des Trinilaires espagnols. 
Suspecte la version de la bulle de 1 256, copiée dans un ma- 
nuscrit de la Bibliothèque nationale, une des plus singulières 
falsifications de cette époque du dix-septième siècle, si fertile 
en faux de tout genre. 

Dans le dossier, même interpolé, des Trinilaires du Nord, 
nous avons de quoi les prendre en flagrant délit d'erreur. 
C'est dans les extraits des chapitres généraux, auxquels la 
cour de Rome ne voulut jamais ajouler foi, et dans lesquels 
on peut avoir confiance, quoiqu'on n'ait jamais vu les actes 
originaux, par suite de celle déplorable fatalité qui s'attache 
aux litres primordiaux des Trinilaires. L'assistance d'étran- 
gers aux chapitres français se prouve en droit et en fait. 

Les Statuts de 1429, comme il a été di(, complétés par 



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SERAI,. 57 

Jean de Burgos, provincial de Castille, portent expressément 
que, tous les cinq ans, l'Espagne enverra des députés au cha- 
pitre général. C'était d'autant plus facile qu'il y avait conti- 
nuellement a -Paris des religieux de provinces étrangères, 
attirés par leurs éludes ou par les affaires de leurs provinces : 
le Chartularium du 1*. Denifle mentionne parfois des Tri- 
nitaires espagnols dans notre Université. Admettons comme 
vraies les protestations des Trinitaires contre le droit des 
provinces du Midi et de l'Espagne à se faire représenter 
dans les chapitres de l'élection du général, on constate la 
présence non accidentelle de religieux de Languedoc et d'Es- 
pagne aux chapitres généraux de 147Ï et de i5o8 ', ainsi que 
le droit de 'vote qui leur fut accordé pour cette fois. 

Mais voici qui est plus grave et qui me parait anéantir 
totalement la thèse française, c'est la lettre si intéressante 
écrite par Thibaud Musnîer aux ministres de Valladolid et 
de Séville, au mois de mai i548, et conservée dans les Archi- 
ves de Chàlons-sur-Marns 1 . Le nouveau général dit qu'il avait 
formellement convoqué les ministres d'Espagne à se rendre 
au chapitre et qu'il regrette leur absence. 

Sans empiéter sur les faits de l'histoire générale de l'ordre, 
il faut signaler la solution de cette question de droit. Jus- 
qu'à la fin du seizième siècle, les étrangers ne furent pas 
très ardents à réclamer le droit de siéger au chapitre d'élec- 
tion. 11 fallut la fondation des Déchaussés d'Espagne, qui eu- 
rent bientôt un général à eux seuls, pour leur faire regretter 
celte abstention. On comprend alors les instances des Chaus- 
sés d'Espagne, des Réformés du midi comme du nord de la 



1. Pièce 23o. 



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58 l'ordre français des TRIBUTAIRES. 

France, qui fièrent partie ensemble afin d'être admis au cha- 
pitre de Cerfroid. Le pouvoir royal y fit admettre les Réfor- 
més de l'Ile-de-France. Ceux de Provence n'y furent appelés 
qu'en 1693, les Espagnols en demeurant toujours exclus. La 
France entière fut donc unie contre les prétentions des Espa- 
gnols, soutenus par le pape avec réserve; plusieurs chapi- 
tres se tinrent à Rome sans la participation de la France. 
En 1703, l'Espagne et l'Italie purent se faire représenter au 
chapitre général , toujours tenu à Cerfroid , mais les Trini- 
taires de France rendirent cette victoire inutile en ne se réu- 
nissant plus que pour l'élection du général. Ils gardèrent 
jusqu'au bout la majorité; les Espagnols se découragèrent 
et ne tirèrent aucun parti de leur succès. Telle fut l'évolu- 
tion des assistants au chapitre général. 

Le chapitre général est présidé par le grand-ministre et, 
si la charge est vacante, par le custos. En cas de maladie, le 
grand-ministre constitue des procureurs pour la durée du 
chapitre : ceux-ci, au nombre de quatre en i33o, sont indé- 
pendants des fonctionnaires du chapitre. 

Un promoteur, élu par les « capitulants », remplit le rôle 
de ministère public, sollicite les châtiments contre les minis- 
tres négligents, accorde ou refuse le droit de session. 

Le secrétaire du chapitre parait être élu à vie. Dans les 
dernières années du seizième siècle, nous voyons un reli- 
gieux, nommé Cosse, toujours pourvu de ce titre. Au début 
du siècle suivant, Claude Ralle est à la fois secrétaire du 
généra], Louis Petit, et secrétaire du chapitre général. 

Les correcteurs ou définiteurs sont ainsi nommés parce 
qu'ils doivent corriger le grand-ministre et définir les points 
obscurs de la règle. Ils peuvent « constituer, destituer, modi- 
fier, ajouter, retrancher, imposer à tous leur autorité et régie- 



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LE CHAPITRE GÉNÉRAL. 5û 

menter à perpétuité 1 m. — « En eux, di( Du Cange (Diction- 
naire, II, 777), réside toute la puissance du chapitre... pour 
les décisions en matière de discipline, m 

Les définiteurs (cette appellation prévalut bientôt) semblent 
n'être que trois en raoj 1 ; mais peut-être une des quatre pro- 
vinces était-elle insuffisamment représentée i ce chapitre. 
Ensuite ils sont toujours quatre. Contrairement à ce que l'on 
pourrait penser, il n'y en avait pas toujours un par province. 
Il y a en i3i 9 deux définiteurs de l'Ile-de-France, les minis- 
tres de Fontainebleau et de Paris, et en i38o deux de la pro- 
vince de Champagne, ceux de Châlons et de Troyes. Voici 
deux listes régulières de ministres, comme toutes le furent 
par la suite : 

i33o, les ministres d'Elampes (France). 

— de Douai (Picardie). 

— de Lamarche (Champagne). 

— de Morlagne (Normandie). 
1 38o, les ministres de Mitry (France). 

— d'Arras (Picardie). 

— de Châlons (Champagne). 

— de Rieux (Normandie). 

L'admission des Trinitaires Réformés, en 1696, fit qu'il y 
eut six définiteurs; l'accession des provinces étrangères au 
début du dix-huitième siècle éleva leur nombre à neuf,- dont 
cinq pour la France, un pour l'Italie, un pour le Portugal et 
deux pour l'Espagne. 

La réunion officielle est fixée au dimanche, mais le cha- 



1. La P. B*lme, Cartulairede saint Dominique, l. 1, p. ifl3. 
s. Don Toussaint du Plessis, oavr. cité, l. H, p. 439- 



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6û L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRE8. 

pitre commence au moins deux jours avant. C'est pour le ven- 
dredi que les statuts anonymes convoquent les provinces du 
royaume de France et de ('Empire (sans doute la Flandre on 
Germanie inférieure) pour traiter des affaires de l'ordre avec 
le grand-ministre ou le vicaire général, de concert avec les 
déiiniteurs de l'année précédente. Si quelque simple frère, 
porteur d'une procuration ', vient au chapitre, il ne peut être 
reçu à Cerfroid que le samedi. — Le chapitre durant plusieurs 
jours 3 , des legs spéciaux avaient été faits pour parer à ces 
dépenses qui eussent été trop onéreuses pour le couvent de 
Cerfroid, situé dans un pays sans ressources. Comme par- 
tout, on délibérait par provinces {itum est ad prooincias, dit 
Bourgeois en 1&73). 

Le chapitre général nomme et révoque les écoliers, choisît 
également, par province, les ministres députés au rachat des 
captifs, accorde aux bienfaiteurs de l'ordre « l'association 
spirituelle » ou les prières. En 12ÎH, Simon, vicaire du 
grand-ministre Nicolas, ayant appris la mort de Guillaume, 
fils de la comtesse de Flandre, fait célébrer des messes en 
chapitre général et ordonne à chaque prêtre de l'ordre d'en 
dire deux à cette intention 3 . En ia56, le chapitre confère à 
saint Louis l'association spirituelle*. 

Il règle le spirituel (fêles de l'ordre) comme le temporel. 
Si un couvent n'a plus assez de fonds pour nourrir ses reli- 



i . Hors ce cas, un simple frère ne pcul élre reçu ru chapitre, nuque! 
les ministres seuls oui te droit ainsi qui: le devoir strict d'assister. Les 
Déchaussés frappent d'uue amende de 100 livres les ministres absents sans 
motif légitime. 

2. (I est interdit de le faire durer plus de quinze jours. {Constitutions 
éditées à Madrid en 173 1, p. ïi5.) 

3. Inventaire i/e lit Chamlire des comptes de Lille, i8ô5, p. folf. 
i. Layettes du Trésor des Charte», III, ^58. 



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LE CjlIAPITRE GÉNÉRAL. 
(BIN. ïuriH, nu. t1S5, fol. 1U.) 



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LE CHAPITRE GENERAL. 01 

gieux, il en prescrit la réunion à un aulre couvent plus floris- 
sant, c'est la redactio; des revenus du couvent supprimé, on 
fait deux parts, l'une sert à acquitter les fondations, l'autre 
est consacrée à des créations de bourses pour des écoliers de 
l'ordre. — Le chapitre fait les confirmations générales des 
biens des couvents, car chaque ministre y apporte ses inven- 
taires. Si Thomas Loquet, en i353, souscrit seul ta confir- 
mation des biens du couvent de Mitry ', ailleurs on voit les 
correcteurs ou définiteurs procéder seuls à cette opération. 

Le chapitre s'occupe de l'historiographie de l'ordre et 
nomme au besoin un chronographe 2 . 

Le chapitre général accorde aussi des secours de toute 
nature aux minisires dont le couvent a été éprouvé par 
quelque catastrophe; ainsi, le 20 mai ^76, 5oo livres sont 
allouées à Elie Mannourry pour rebâtir l'église de Gerfroid. 
Le ministre de Châlons, dont l'église a été incendiée, reçut 
la permission d'aliéner des biens jusqu'à concurrence de 
5oo livres. 

L'histoire financière du chapitre général est assez bien 
connue depuis le dix-septième siècle. On voit qu'en i635 
chaque ministre (sauf les officiers du chapitre) dut donner 
4o sous pour les serviteurs. 

Le voyage des députés de chaque province était à la charge 
des couvents : c'était une raison pour ne pas trop multiplier 
ces réunions. D'autres dépenses étaient imposées aux minis- 
tres à l'occasion du chapitre. En 170$' et en 17491 le pape 
ayant accordé une indulgence plénière pour le jour de l'ou- 
verture du chapitre, chaque ministre fut taxé à 12 sous pour 

1. Bibl. nat., Collection de Champagne i53, n« 43- 
a. II y en a un exemple même en 1781 
3. Bibl. ont., Ld «, no 7, p. 3a. 



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6a l'ordre français des tributaires. 

le port de la bulle et À r8 pour les exemplaires à faire affi- 
cher ' dans les villes où l'ordre avait des couvents. 

Les chapitres particulièrement intéressants furent ceux de 
i635 et de i65r, lors de» grandes dissensions intestines de 
l'ordre, et celui de 1696, où parurent, pour la première fois, 
les provinces de Provence et de Languedoc. 

Tous les actes importants du chapitre général étaient passés 
en latin; les discours 1 étaient prononcés dans cette langue. 
Seulement, lorsqu'on voulut faire des politesses aux étran- 
gers, on les laissa parler leur langue; il y eut, en 1704. des 
discours italiens et espagnols 3 . Gaguin remarque qu'Etienne 
du Mesnil parla français en i4i5, contre l'habitude. En 1781 
encore, les discours et le compte rendu du chapitre furent 
écrits en latin. 

Dans divers actes solennels, comme ceux qui sont relatifs 
au couvent du Bourgel (i33o, 1370, i38o), la date com- 
prend aussi l'année du pontificat et, au bas de chaque acte, 
figure le visa du notaire apostolique. 

Dans le courant du quinzième siècle, les petits actes de 
confirmation générale cessèrent d'être rédigés eu latin. Le 
premier acte que j'aie rencontré en français (26 avril i483) 
est relatif au temporel de La Villeneuve, près Chelles*. Le 
latin persista plus longtemps dans les registres de visite : 



1. Bibl. de Lyon, manuscrit 281, fonds Coste, a" i5. 

2. L'honneur de prononcer le discours préliminaire à l'élection devait 
être fort recherché, parce qu'il fournissait parfois h l'orateur l'oc 
poser sa candidature. Gaguin pnrla si bien des devoirs du grand-n 
qu'on jugea que personne n'élait plus digne que lui d'être élevé à celi 
dignité. (1*. de Vajssièhk, De Robert i Gagitiai vita el operibnx... p. 6.) 

3. Registre i3 des Trinitaires de Marseille, p. 88. 



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LE CHAPITRE GÉNÉRAL. 63 

en i53i, à Taillebourg, il était encore employé, comme nous 
l'avons vu. 

Il n'y avait pas seulement des personnages de l'ordre des 
Trinilaires dans le chapitre général. Dès i4i5, un huissier 
force Etienne du Mesnil à quitter la présidence; en i546, 
un envoyé de la cour interdit toule élection. Au dix-sep- 
lième siècle, des conseillers au Parlement de Paris furent 
délégués par le roi comme assistants. On y trouva même, 
en i635, des huissiers pour surveiller de près les Trinilaires 
non Réformés. Le roi tenait à ce qu'on ne traitât point de 
sujets contraires aux statuts, témoin une lettre du cardinal 
de Fleury ■ aux Réformés en 1737. Cet usage persista, car, 
dans le dernier chapitre général (1781), il y avait quatre 
envoyés royaux 3 : l'intendant Berlier, Mignot et Martigny, 
de l'Académie des sciences, et Le Monier, commissaire des 
guerres. 

On donnait aussi le nom de chapitre général aux réunions 
d'ensemble de la congrégation réformée, établie à la fin du 
seizième siècle. Lorsque la paix eut été raffermie entre cette 
congrégation et le général, celui-ci vint parfois présider lui- 
même ou tout au moins nomma un président, comme pour 
les chapitres provinciaux ordinaires. La présence d'un délégué 
du général n'excluait pas celle de l'évéque que le roi leur 
donnait comme président dans des circonstances importantes. 

1. Pièce 285. 

1. Recueil sur la Rédemption lies Captifs. Bibl. de lu ville de Paris, 
no 2 83ï4, in-4°. 



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CHAPITRE VII. 
Le provincial et le chapitre provincial. 



Dès 1226, on voit un vicaire provincial assister à 1» dona- 
tion de l'hôpital de Beaûcaire à son ordre par l'archevêque 
d'Arles. En 1273, Vincent de Fontainet es! nommé, par le 
grand-minislre Jean, provincial dans les diocèses d'Albi, de 
Vienne et de Toulouse'. A l'autorisation de venle de l'hôpital 
de Saint-Martin de Marseille, le 16 mars 1277, il est qualifié 
de ministre provincial des Tri ni ta ires de Toulouse. Probable- 
ment, la Provence el le Languedoc n'eurent parfois qu'un 
seul et même provincial, mais ce n'est pas absolument sur. 
En France, le provincial est à la nomination du général. Il 
est, pour sa province, ce que le général est pour l'ordre 
entier. II doit sans doute être confirmé par chaque nouveau 
général. Il a autorité sur une douzaine de couvents; telle est 
la moyenne en France (dans la province de Caslille il y avait 
vingt-deux couvents). 

II est le correspondant du général. C'est le provincial d'An- 
gleterre que Gaçuin 3 charge, en son nom, de recouvrer la 
chapelle de la Sainte-Trinité d'Oxford, qui avait été aliénée. 



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LE PROVINCIAL ET LE CHAPITRE PROVINCIAL. 65 

Le provincial, institué en France par le grand-ministre, est 
souvent le ministre du couvent le plus important de la pro- 
vince 1 ; ainsi le ministre de Troyes est fréquemment provin- 
cial de Champagne. De même Simon de Camargo, en 1/481 , 
et Diego de Gayangos, en i5i8, sont à la fois provinciaux 
de Castille et ministres de Burgos 1 . Mais l'Espagne a des 
usages particuliers qui vont être détaillés. 

Le provincial doit être nommé à l'unanimité par les minis- 
tres de la province, faute de quoi le grand-ministre le choisit. 
II est élu pour un temps, en Espagne, à dater de 1 477 , et 
fait ainsi la première brèche à la perpétuité des fonctions. 
Gaguin se plaignant, à cause de l'éloignement, de n'avoir que 
tardivement connaissance de la mort des provinciaux, or- 
donne la triennalité de ces fonctions. A la mort du ministre 
provincial actuel de Castille et de Léon, le ministre conven- 
tuel le plus proche ou, à son défaut, le plus ancien, recevra 
la garde de la province, qu'il conservera jusqu'à ce que l'élu 
des ministres ait été confirmé par le général. Le provincial, à 
sa troisième année, fixera le lieu de la future élection, pré- 
sidée par le plus proche ministre conventuel qui aura le titre 
de cuslos, ensuite de président de la province (1477J. 
Vingt ans plus tard, Gaguin permit que le provincial, réélu 3 
immédiatement, se passât de la confirmation du grand- 
ministre, et que, non réélu, il confirmât son sucesseur « per 
osculam pacis ». Le provincial meurt-il avant les trois ans, 
c'est au plus ancien ministre que l'on jurera obéissance 4 . 

1. Le sceau da provincial est celui du couvent dont il est ministre. 

2. Alexandre VII interdit aux provinciaux d'Espagne de cumuler cet 
office avec celui de ministre conventuel (Statuts, édition de 1 73 1 , p. 261). 

3. D'après une bulle du 10 octobre i544, le provincial ne put être réélu 
qu'au bout de six ans (Bullaïre de 1691, pp. 269-273). 

4. P. de Vaissière, oiwr. cité, pp. 23 et 4q. 



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66 l'ordre français des trinitaires. 

La confirmation du général était encore exigée au milieu 
du dix-septième siècle '. 

La même règle existait pour la province de Portugal. Le 
provincial récemment élu, décide le nonce en i585, sera 
confirmé par son prédécesseur ou par le visiteur provincial, 
(ici appelé commissaire général) ou par le président de la 
province, et il devra, dans les deux mois, demander sa con- 
firmation au ministre général 1 . 

Le provincial devait être originaire de sa province; ainsi 
en est-il décidé, le 4 mai 1 53 1 , pour le provincial d'Aragon; 
toutefois, d'accord avec le ministre général, le chapitre pro- 
vincial peut accepter un étranger 3 . 

Le provincial était spécialement chargé de faire des enquê- 
tes. Paschal, ministre d'Orival, vicaire général dans les Pays- 
Bas, avec placet royal, est chargé d'aller constater les dégâts 
causés dans le couvent de Lens 4 (i5 novembre i64o). Eu 
1718, Mathieu Duxio, provincial des Réformés, vient constater 
la ruine de la clôture du couvent de Pontoise 3 . 

Il ne parait pas y avoir de différences essentielles entre le 
rôle du provincial et celui du visiteur ; au dix-septième siècle, 
les Réformés parlent du visiteur provincial. Peut-être cepen- 
dant le visiteur élail-il parfois un subordonné occasionnel du 
provincial? Ainsi Simon de Roxas, confesseur de la reine 
d'Espagne Elisabeth, ne pouvait quitter la cour pour faire ses 
visites, qu'il devait accomplir personnellement, comme pro- 



1, Vatican, ras. Ottolioni 1123, fu 97. 
1. Bullairc, pp. 3[Ç-3ai. 

S. Ibid., p. a5o. Chaque province espagnole en effet était ïndépeudaute 
l'une de l'autre au point de vue de la visite. 
4. Archives de l'Etal, à Mons. Liasse : Lens, 
ô. Registre capîlulairc (Bibl. de Ponloise), f» l4. 



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LE PROVINCIAL ET LE CHAPITRE PROVINCIAL. 67 

vîncial; avec l'agrément de Louis Petit, il garda le titre et 
délégua deux visiteurs à sa place '. 

La visite habituelle de couvents déterminés paraît avoir été 
confiée souvent à des ministres, toujours les mêmes. En 
Angleterre, à Walknoll, près Newcastle, le ministre de Saint- 
Robert de Knaresborough faisait sa visite annuellement le 
jour de la Trinité'. 

Quelque puissant que fut le provincial, il pouvait être sou- 
mis à des visiteurs apostoliques. En i656. Jérôme Vêlez de 
Matute, ministre de Valladolid, est choisi, comme visiteur 
apostolique de Castille, par la Congrégation des Evéques et 
Réguliers. Pendant le cours de sa visite, il reçut beaucoup 
de plaintes contre le provincial, le P. Francisco de Arcos. 
Avant interrogé un grand nombre de témoins, Jérôme Vêlez 
dressa une liste de trente-quatre griefs, qu'il communiqua au 
provincial; huit jours après, ce dernier fournit de longues et 
fi ères réponses. Voici les principaux reproches qui lui étaient 
adressés : 

II n'était pas légitimement élu provincial, n'ayant pas été 
confirmé par le général de l'ordre et ayant bénéficié de la 
pression du nonce sur les électeurs. 

II avait mal rempli son office, puisqu'il ne s'était mis en 
route que six mois après son élection et avait laissé de côté 
cinq couvents, et une autre fois, douze (il devait, en effet, 
faire deux tournées pendant son trienne). 

Dans la visite de Madrid, il était resté cinq mois pour y 
faire élire ministre une de ses créatures, le P. Manzano 3 . 

t. Gili.io Coreara, Hiiratto délia uiia..., pp. 63-64- 
3. Dugdale Afonafticnm anglicannm, (. VIII, col. i55i. 
3. Le P. Manzano est cité à la page i5g lie l'Arbnr Chronologica comme 
définiteur de Castille el éditeur de sentences Urées dos ouvrages de Simon 

de Roms. 



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68 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Il avait donné des postes de ministre, de prédicateu 
général à sa fantaisie; il demeurait souvent hors du couvent, 
ou, quand il s'y trouvait, il s'était dispensé des offices et du 
réfectoire. Il avait même fait mourir un religieux par ses 
mauvais procédés ; il avait soumis au Conseil du roi d'Espa- 
gne des mémoires contre ses religieux et engagé sa province 
dans des procès ruineux. 

Ayant entendu sur tous les points la défense de l'accusé, 
Jérôme Vêlez rend sa sentence (4 avril i656). 

Le provincial est déposé et privé, pour sept ans, de voix 
active et passive au chapitre provincial, auquel il ne pourra 
assister que s'il y est appelé par les défini teurs '. Cette con- 
damnation était si exagérée que le P. Francisco de Arcos 
obtint sa réhabilitation; il figura en effet comme provincial 
lors de la convocation d'un chapitre à Rome, où il fut d'ail- 
leurs empêché par une épidémie de se rendre; une pénitence 
fut sans doute trouvée suffisante. 

Il y eut encore en Espagne, en 1662, un visiteur aposto- 
lique, dont Pierre Mercier, général, dut subir les conditions 
pour exercer son droit de visite. 

En cas d'absence, le provincial était remplacé par un 
commissaire général. Pierre Mercier donne ce dernier titre à 
Antoine Dachier, ministre de Lens, tant que François de 
Bélhencourl, provincial cl ministre de Douai, sera procureur 
général en cour de Rome" (10 janvier 1672). 

Le chapitre provincial est fort ma) connu avant le dix- 
septième siècle. Il est à présumer cependant qu'il subit les 
mêmes vicissitudes que le chapilre général. D'après la feuille 



1. Bibl. du Vatican, ms. Oiioboui 1 n3, P>* 86-1 
3. Arch. de l'Etat belge à Mans. Liasse ; Leos, 



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LE PROVINCIAL ET LE CHAPITRE PROVINCIAL. 69 

de dépenses du ministre de Marseille, en i36o, il se tenait 
annuellement en Provence. Plus tard, il ne se tint plus que 
tous les trois ans. 

Dans le Midi, qui eut son régime à part au dix-septième 
siècle, on y procédait parfois à l'élection des ministres con- 
ventuels. Nous avons la série complète des chapitres provin- 
ciaux qui se tinrent dans la Congrégation des Réformés de 
Provence'. On peut voir par ces registres qu'il y avait, hors 
le temps du chapitre, une réunion plus restreinte, appelée 
assemblée des cinq Pères, composée sans doute du provincial 
et des défi ni leurs, car le chapitre provincial avait ses défini- 
leurs, comme le chapitre général. 

On rencontre souvent à celte époque le dèjinitoire, qui se 
composait du président du chapitre, du provincial élu, des 
anciens provinciaux ou Pires de province et des quatre défi- 
niteurs. Ce définitoire élit en 1700 1 les ministres particuliers 
de Portugal. 

Dans le Nord, nous avons quelques notions sur le chapitre 
provincial de Champagne. Claude de Massac le présida lui- 
même, à Troyes, en 1718. Le général nomme un président 
en cas d'empêchement. La date est toujours (sauf rares excep- 
tions) le quatrième dimanche après Pâques. Il est successi- 
vement reculé de 1759 à 1762, pour cause de maladie du 
général, le P. Lefebvre, qui tenait à le présider person- 
nellement 3 . L'assiduité y était d'autant plus requise que les 
ministres de chaque province étaient moins nombreux. 



1. Areh. des Grands Trinitaires de Marseille, registre i3. 

a. Analectajarit pontifcii, XIV, 186. 

3. Arch. de Metz, H 'AyjZ, 5; H 377/1, 4- Quant au lieu où il se tenait, il 
devait être fixé par le général de façon qu'on put s'y rendre de toute la pro- 
vince avec le moins de frais possible (Statuts de ijiq, p. 54). 



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70 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Dans les Pays-Bas, au dix-huitième siècle, le conseil de 
Brabant essaya de fonder une sort* de chapitre provincial 
pour les seuls couvents restés sous la domination de l'Au- 
triche. L'essai ne dura point assez pour donner des résultats 
appréciables. 



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CHAPITRE VIII. 



Les ministres particuliers 



Nous avons dit que le supérieur trinitaire s'appelait minis- 
tre, et que le couvent prenait parfois le nom de ministrerie. 
On voit aussi le terme de ministérîat : par exemple, la cha- 
pelle de Saint-Jean de Grandpré est ainsi désignée dans un 
pouillé du dix-huitième siècle 1 . 

Le titre de prieur est donné à quelques supérieurs, notam- 
ment à celui de Cerfroid. Dom Toussaints du Plessis, qui 
avait d'abord cru que ce titre était réservé au chef d'ordre, 
l'explique fort bien ensuite par la raison que, le grand- 
ministre étant ipso facto ministre de Cerfroid, celui qui vient 
après lui s'appelle prieur; des bulles sont en effet adressées, 
au début du treizième siècle, majori ministro et aliis fratri- 
bus Ceroi Frigidi. Le grand-ministre et le prieur de Cer- 
froid sont deux personnages différents. Jean de Châtillon 
parle, en i344, du ministre de Cerfroid : c'est du grand- 
ministre Thomas Loquet, ami particulier de sa famille, qu'il 
s'agît. Le prieur devint le premier à Cerfroid quand le général 
n'y résida plus. 

Parfois, les petits couvents n'avaient à leur tète qu'un 

i. Varin. Archives administrative* de Reims, I, 1098 a. 



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72 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINIT AIRES. 

prieur, à Dinard, par exemple. A Dinan, au contraire, et à 
Tours', le supérieur s'appelle prieur-ministre. Les prieurs- 
curés étaient appelés ministres non conventuels. 

Le ministre, primitivement élu par tous les frères, ne l'est 
plus ensuite que par les seuls religieux. Bien vaine est la 
controverse sur les textes des deux règles : « ille qui eligit 
sacerdos sit », ou : « ille qui eligitur. » Après qu'il a été 
dit : electio fiai pev commune consitium fratrum clericorum, 
il est inutile de répéter que les laïques ne sont plus électeurs. 
La correction eligit a cependant été faite dans un manuscrit 
de la Bibliothèque Mazarine, annoté par Gaguin. Les Dé- 
chaussés crurent nécessaire de provoquer la bulle du 10 octo- 
bre i663 pour exclure formellement les Iniques du droit 
électoral. 

Le ministre pouvait être élu sans condition d'âge. Ce n'est 
qu'au seizième siècle, en vertu des décisions du concile de 
Trente, que l'âge de trente ans fut imposé, sauf pour les 
gradués. 

L'élection ne se faisait pas par les frères, quand le couvent 
était dépendant. Le prieur de Dinard, à la nomination du 
ministre des Mathurins de Paris, lui payait un droit de 
provision. 

Le ministre de Cordes devait être nommé, dans les six mois, 
par le ministre de Toulouse. 

Or, le 27 août i4o8, Durand d'Estève est nommé ministre 
de l'hôpital de Cordes, et, le 12 novembre, il y est reçu 
comme simple frère. Voici pourquoi. Le minisire de Toulouse 
avait laissé passer un semestre sans faire connaître son choix 
au provincial, Ignace Caudati, ministre d'Avignon. Celui-ci 

1. Arcb. d'Indro-el-Loire. Inventaire, H 739. 



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LES MINISTRES PARTICULIERS. "]3 

jugea que le droit de nomination lui était dévolu et choisit, 
le 5 octobre, Hugues de Mandagot. A cette date, il n'avait 
pas encore reçu de lettres du ministre de Toulouse. Hugues 
arriva à Cordes et trouva son rival installé depuis deux mois. 
Devant le sénéchal de Toulouse, l'élu du ministre céda la 
place à l'élu du provincial ; deux jours après, Hugues, mi- 
nistre, nomma Durand d'Estève son procureur pour faire les 
quêtes 1 . 

Primitivement, le ministre était électif, mais nous avons 
vu qu'à la fin du seizième siècle le général a accaparé peu à 
peu le droit de nommer les ministres. Il y eut cependant des 
couvents privilégiés : 

i° Celui des Mathurins de Paris, qui eut une existence à 
part et garda le pouvoir d'élire son ministre. On convoquait 
à celte élection tous les profès, quand bien même ils étaient 
ministres en d'autres couvents. 

2° Les couvents dépendants d'un seigneur, comme ceux de 
Rieux et de Terraube : le seigneur de Rieux votait avec les 
frères pour l'élection du ministre, et celui de Terraube le 
nommait, lui tout seul. Le P. Miraloup, provincial de Lan- 
guedoc, ayant voulu se soustraire à cette sujétion, le marquis 
de Galard-Terraube lui écrivit, en 1670, une lettre très ferme 
pour maintenir son droit 1 . 

3° Les couvents triniiaires de Provence et de Languedoc, 
fort indépendants du général, les premiers surtout, lorsque 
le Midi eut embrassé ia Réforme au début du dix-septième 
siècle. Celte évolution coïncida avec l'établissement de la 
triennalité, dont il sera question plus loin. 



1 . Pièce 8g. 
i. Pièce 31 S. 



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74 l'ordre français des trinitaires. 

4° Les couvents situés aux Pays-Bas espagnols, dont le 
régime était particulier. On voit, en r 55 1 , Charles-Quint 
pourvoir Jacques Bourgeois de la maison de Convorde, en 
vertu d'un induit général du pape 1 . D'autres couvents, comme 
celui d'Orival, avaient gardé leur droit d'élection, auquel le 
P. Grégoire de La Forge n'aurait pu faire obstacle sans le 
concours que lui prêta la politique. 

Primitivement, le minisire était élu à vie, comme le fait 
bien voir l'article de la règle concernant sa déposition. Les 
Statuts de 1 4^9 défendent à un ministre de résigner, s'il laisse 
des dettes ; ne peut-il les acquitter, il sera mis en prison 
jusqu'à complète restitution. Le ministre résignant ne pourra 
être élu, de plusieurs années, ministre dans un autre couvent. 

— Nous trouvons, nonobstant ces défenses, plusieurs cas de 
résignation. En i548, Gaspard Ferrandin, ministre de Mar- 
seille, démissionne en faveur de Raphaël Boyer, avec l'agré- 
ment de la majeure partie de la communauté 1 . Mais, en 
i55o, le ministre de Montpellier ayant déposé sa charge en 
chapitre provincial, le provincial lui donne un successeur 3 . 

— En 1705, Alhanase des Lions, ministre de Pontoise, se 
retire, à cause des ennuis qu'il éprouve de la part de ses 
religieux : l'assemblée des cinq Pères lui substitue Michel de 
Pellevé 4 . 

Le triennalat s'introduisit, au début du dix-septième siècle, 
dans tous les couvents où était observée la Réforme (en 
Espagne, cette coutume existait depuis un demi-siècle envi- 
ron). C'est ainsi que, Cerfroid étant occupé en i634 pa r 'es 

1. Pièce 1». 

a. Pièce 120. 

3. Arch. municipales de Montpellier, série GG Trinitaires. 

4- RtgUtre capitutaire rit Pontoise, f* i5-ifi. 



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LES MINISTRES PARTICULIERS. 75 

Réformés, le prieur y devint triennal. Les écrivains de cette 
congrégation cherchèrent en vain à prouver que la triennalité 
était, au fond, une très ancienne coutume : c'était le même 
raisonnement que pour ta forme de la croix. 

Ces élections du Midi devaient être confirmées par le cha- 
pitre provincial. Sous prétexte qu'en 1680 la convocation des 
vocaux de Montpellier (on appelait vocaux les religieux qui 
avaient trois ans de profession 1 ) avait été trop tardive pour 
que l 'ex-provincial pût venir donner son suffrage, le commis- 
saire général du chapitre, Nicolas Campaigne, annula l'élec- 
tion. Jean Cazeneuve, qui avait eu six voix contre une, 
adressa au général une requête dont nous ignorons l'effet*. 

Quand un courent avait négligé d'envoyer son ministre 
au chapitre, on le faisait rétrograder au rang d'hospice, 
c'est-à-dire qu'on lui enlevait pour trois ans le droit élec- 
toral, et le chapitre provincial nommait le ministre. 

Lorsque les Réformés acquéraient une maison ancienne, 
c'est-à-dire non réformée, ils permettaient au ministre per- 
pétuel de garder ce titre sa vie durant et de prendre le pas 
sur le ministre triennal. Or cette triennalité, à laquelle se 
plia le seigneur colla teur de Terraube, creusa un véritable 
fossé entre les disciplines des Trinitaïres du Nord et du Midi. 

On peut choisir comme ministre n'importe quel religieux de 
l'ordre. Guillaume Watten, profès de Douai, fut prieur de 
Convorde, puis ministre de Lens. 

Le ministre ne peut être déposé que par le chapitre provin- 
cial (depuis 1429)1 et à la majorité des voix, pour les motifs 
suivants : ivresse fréquente et publique (ce grief apparaît au 



. Ailleurs on exigeait cinq ans. 

. Arch. départementales de l'Hérault, Trinitaîres (non coté). 



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76 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TR1NITAIRES. 

dix-septième siècle), dilapidation, négligence. Il esl envoyé en 
pénitence, en attendant la décision prise sur son sort; après 
sa déposition, il peut revenir dans les huit, jours à sa maison 
de profession '. 

Il est étroitement soumis au grand-mmisire et A son vicaire 
général, dont il doit exécuter sur-le-champ tous les ordres. 
Même non conventuel, il doit rendre des comptes tous les 
ans au chapitre général ; il doit payer le tiers des captifs à des 
collecteurs spéciaux (Statuts de 1429). Une fois par an, il 
doit visiter les chambres des religieux, sans préjudice de l'in- 
spection quotidienne et extérieure. Il ne peut vendre les orne- 
ments sacrés, même pour le rachat des captifs. Jean de Bliecqz, 
ministre de Lens, fut blâmé pour avoir mis un calice en dépôt 
afin de subvenir aux frais d'un procès. S'il aliène simplement 
ou viagèrement une possession fondamentale de la maison, 
cette aliénation sera annulée par le provincial. Le ministre ne 
peut recevoir de novices que quand il a avec lui deux frères 
profès; il ne peut conserver, dans son couvent, aucun reli- 
gieux de sa famille (cette règle parait avoir été souvent éludée). 
Il ne peut quitter son poste, même pour un pèlerinage à Rome 
ou en Terre-Sainte 3 sans une autorisation formelle. 

Des pénalités étranges frappaient originairement le ministre 
négligent : s'il retenait les moines déplacés, il recevait chaque 
jour des coups (de discipline, sans doute); s'il ne confisquait 
pas les armes prohibées, il devait manger trois jours à terre 
el était privé de vin 3 ! 

1. Statuts, édition de i588, pp. 42, 58 cl 60. 

a. C'est ainsi que le diacre Guillaume Wallen recul de Jacques Bourgeois, 
provincial, une obédience pour aller, le 11 août 1&99, à Rome, au jubilé, 
avec Pierre de Fresnes, pour recevoir les ordres (Archives de l'Eut, à 
Hons). 

3. Statuts anonymes, ard 38 el 19. 



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LES MINISTRES PARTICULIERS. 77 

Il conserve, par contre, son autorité sur tous les moines 
profès de son couvent. Il a d'abord exclusivement les droits 
de quête, il garda toujours les charges de visiteur et de ré- 
dempteur. Il peut et doit assister au chapitre général, sous 
peine de paver les amendes fixées par les Statuts (en i3iû, 
reddition du sceau de la maison; en 1^29, amende de 60 sous 
au provincial). Jugeant ces pénalités insuffisantes, Jacques 
Bourgeois demanda, en i5j3, que l'absent sans excuse fût 
excommunié jusqu'au chapitre suivant. 

Parfois, le ministre porte deux litres : celui de Douai est 
aussi prieur de Convorde; le ministre de Beauvoir-sur-Mer est 
prieur de Saint-Thomas de la Garnache. Ces prieurés étaient de 
simples annexes du couvent. 

D'après les carlulaires , nous voyons que les ministres 
pouvaient sortir de leurs couvents s'ils étaient élus supérieurs 
dans un autre. De beaux cursus honorum sont ceux de 
Gaguin, ministre de Grandpré, de Verberie, de Tours, puis de 
Paris, enfin grand-ministre ; d'Auguste Rairribault, ministre de 
Lens, puis de Douai, ensuite commissaire général de Picardie, 
ce qui équivaut à provincial'. La permutation devait être 
autorisée par le général. Pierre Mercier ne fit citer devant le 
Grand-Conseil, en 1671, Michel de Laval et Pierre d'Autel, 
qui avaient permuté les couvents de La Veuve et de Sylvelle, 
que parce qu'il n'avait pas été consulté. En effet, les supé- 
rieurs de Châlons-sur-Marne et de Notre-Dame de Limon ne 
furent pas inquiétés pour s'être garanti, après permutation, 
le paiement réciproque de leurs dettes; ils s'étaient mis d'ac- 
cord, sans doute, avec le chef de l'ordre 1 . Cet acte de 1702 



. Cartultttre de Lens (Archives de Mous), pastim. 
. Pièce a5i. 



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78 l'ordre français des trinitaires. 

prouve que, dans un couvent pauvre, le ministre devait beau- 
coup payer de sa personne. 

Dans un petit couvent, le ministre porte lui-même le titre 
de procureur (au Midi, le procureur prend le nom d'économe 
ou de syndic). Dès qu'il a cinq frères profès, il doit se choisir 
un prieur'. 

Les Statuts ne fournissent rien d'original sur les officiers 
du monastère, ce qui se comprend, vu le peu de population 
des couvents trinitaires. 

Le ministre doit tenir le chapitre particulier le dimanche; 
il n'est point de petit bail où ne soit mentionné l'assentiment 
des religieux capitulants ou de la plus saine partie du cou- 
vent. Certains actes importants, comme celui des religieux de 
Pontoise cherchant, en 1610, à s'unir avec les Déchaussés, 
exigent la présence d'un notaire. Il y a un secrétaire du cha- 
pitre dans les grands couvents. 

Hors du chapitre, le ministre traite des affaires du cou- 
vent avec les religiosiores fratres, appelés au dix-septième 
siècle assistants, discrets (parfois conseillers, comme chez les 
Trinitaires Déchaussés de Faucon 1 ). Dès 1661, à Marseille, 
deux discrets signent les comptes avec le ministre et le vicaire. 
Un minisire, ayant contracté une dette sans l'inscrire sur le 
livre, fut désavoué. Les constitutions de 1771 prescrirent 
d'élire annuellement les discrets au scrutin secret. Ils étaient 
rééligibles. 

1. Bibl. MflKarine, nw miser il 1767, f* 5. 

2. Archives déporte mentales des Busses-Alpes, registre H i5. 



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CHAPITRE IX. 
Les habitants du couvent. 



Nombre. — Nous avons vu que le nombre des religieux, 
fixé primitivement à sept, fut ensuite arbitraire. De grands 
bienfaiteurs voulaient, en effet, dépasser les bornes trop 
étroites que la règle primitive fixait à leurs libéralités. 

D'autres restèrent cependant en deçà. Jean de Doulieu, fon- 
dateur du couvent d'Estaircs (ou Convorde), ne renia que 
quatre religieux, et sa femme un. Peut-être prévoyait-il que, 
trois siècles plus tard , l'un de ses descendants s'estimerait 
heureux de voir résider un religieux avec te ministre ! 

Saint Louis observa une semblable prudence, dans sa fon- 
dation de Fontainebleau (1259), en limitant le nombre des 
frères à sept (sans parler de deux qu'il garda avec lui), et se 
réserva de mettre plus de religieux dans ce couvent si le re- 
venu croissait. 

Plus confiant, Thibaut V de Champagne donna à Cerfroid 
des revenus pour vingt religieux de chœur. Ce couvent chef- 
d'ordre se maintint à ce haut niveau jusque dans le dix-hui- 
tième siècle ' . 

Ce chiffre de vingt fut souvent dépassé par les Matburîns 
de Paris qui pouvaient être trente-quatre au milieu du qua- 

, . Archives de l'Aisne, Inventaire B 3772, H r/|33. 



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80 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINÏTAIRES. 

turzième siècle, sans préjudice de leurs liâtes accidentels. 

Une autre fondation qui réussit est celle de Rieux, en Bre- 
tagne, où Jean de Rieux établit cinq frères, et sa femme deux, 
sans compter deux membres perpétuels de la famille de Ca- 
doudal, se réservant le droit de saisir une partie du revenu 
si le nombre des moines était inférieur à sept ; fâcheuse hypo- 
thèse qui ne se réalisa pas 1 . 

Nos religieux, devenus modestes au dix-huitième siècle, re- 
connaissaient que la latitude de se multiplier n'élait pas une 
obligation. Dès le principe, d'ailleurs, les hôpitaux eurent 
moins de religieux que les couvents et ils atteignirent rarement 
le chiffre fatidique de sept. 

Des épidémies ou des guerres causèrent l'abandon complet 
de certaines maisons. De bonne heure, le couvent du Fay 
(Oise) ne consista plus qu'en une ferme, et ce fut un titre à la 
collation du grand -ministre. Dans une grande ville comme 
Marseille, le ministre trouva en i36o son couvent en ruines, 
absolument vide, et ne put qu'avec peine y nourrir un clerc 
avec lui. Les religieux d'Arles étaient si à l'aise dans leur cou- 
vent que, moyennant 10 florins d'or, ils en pouvaient louer 
une partie, de la Saint-Miche) i35o, à Pâques i36o, aux reli- 
gieuses Clarisses, dont le couvent avait été démoli par les ha- 
bitants, par crainte des déprédations d'Arnaud de Servolles 1 . 
En vue de remédier à cette dépopulation, les Statuts de 1^29 
ordonnent que tout ministre ait avec lui au moins un clerc 
tonsuré; s'il n'en a pas, il devra s'en procurer un dans l'es- 
pace d'un mois. Cela ne s'applique pas aux prieurs -curés, 
dont ta solitude n'impliquerait pas la pauvreté de l'ordre. 

1. Voir la Monographie de ce couvent. 

2. Revue : Le Matée d'Arles, I, 167. Le bail fui cassé par Pierre de 
Bourry, général. 



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LES HABITANTS DU COUVENT. »I 

Au dix-septième siècle, les Trinitaires Réformés ne veulent 
pas admettre dans leurs couvents plus de douze religieux, 
sans compter le ministre 1 . Il est vrai que, d'après un bref 
d'Urbain VIII (la Congrégation des Évêques et Réguliers le 
fit strictement observer 1 ), un nouveau couvent ne pouvait être 
fondé que si la nourriture de douze moines y était assurée. 
Cette jeune congrégation resta fidèle à ce programme et compta 
dix religieux au moins par couvent. 

Dans le Nord, au contraire, la situation élait irrémédiable. 
Le P. Ignace, capucin, nous a transmis un proverbe popu- 
laire d'Arras : « Chez les Trinitaires, c'est le mystère de la 
Trinité, un en trois personnes et les trois ne font qu'un, 
savoir le père ministre, frère Guillaume et « sa mequenne i>, 
c'est-à-dire sa servante 3 . » 

Nationalité. — Rarement on spécifie de quel pays seront 
les moines qui habiteront un nouveau couvent. En général, 
le personnel se recrute dans la région même. Il est stipulé, en 
1637, dans l'acte de fondation du couvent de La Cadière, que 
les enfants du Heu y seront reçus de préférence. 

Parfois, des couvents d'Italie furent fondés pour des na- 
tions spéciales. Eu i56o, Gonzalvc de Carvajal obtient du 
grand-ministre Thibaut Musnier la permission de ne recevoir, 
dans le couvent qu'il fonda à Naples, aucun habitant de ce 
royaume ni' de la Sicile, mais seulement les religieux d'Ara- 
gon (le couvent en conserva le nom de Trinità de Spagnuoli), 
comme s'ils y étaient envoyés par le chapitre général. Avec 

1. Edition des Statuts de i58G, p. 3 (feuille intercalaire de l'exemplaire 
de la Bibliothèque nationale, H 17769). 

a. Analecta jarii ponlijicii, t. XIV, p. 187. 

3. Mémoire* du diocèse d'Arras (manuscrit), t. VII, p. 433. 



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8a l'ordre français des trinitairks. 

le temps, ce couvent recul aussi des religieux italiens 1 , et, le 
i3 juin i663, le cardinal Ginetti, prolecteur de l'ordre, édicta 
les règlements suivants : 
J. Le couvent de Naples sera soumis au provincial d'Italie; 

II. Tous les religieux qu'enverra le général y seront reçus; 

III. Les Espagnols seront réputés de la province d'Italie; 

IV. Le ministre sera tantôt italien, tantôt espagnol; 

V. Le provincial nommera un vicaire, qui sera espagnol 
lorsque le ministre sera italien, et vice versa; 

VI. lin gradué espagnol, arrivant au couvent de Naples, 
devra remplir les conditions exigées pour ce grade en Italie 3 . 

A part cette unique exception, on ne pouvait recevoir dans 
les couvents que des religieux de la même province, puisque 
leurs constitutions différaient entre elles. Au dix-septième 
siècle, il fut défendu aux Trinitaires Déchaussés de passer 
chez les Chaussés 3 ; l'ordre des Chartreux seul était considéré 
comme plus rude. Tant en France qu'en Espagne, le général 
ne pouvait recevoir les évadés de la province de Portugal 4 . 

Ces restrictions ne s'appliquent pas aux dispenses de « na- 
turalité » fréquemment accordées aux novices, comme à 
Benoit Magnaudi s , natif du comté de Nice, venant pour habiter 
en France 6 (_ j633_). 

Stabilité. — On appelle ainsi le séjour perpétuel du reli- 

i. Bibliothèque île Marseille, manuscrit 121 5, f« #>. 
a. Voir celte analyse dans la Table de Gucrra. 

3. Pour raison de santé, il fut permis à Forluuato a Rosa, Trinitairc Dé- 
chaussé de Turin, de passer cheî les Réformés (Registre de» profession» de 
Muni/tel lier, bref du 22 décembre 171^). 

4. Bullsirc, p. 3o6 (i« aoùl ifyZ}. 

5. Bulletin des BmiefAlpt*, t. II, p. a4o. 

6. Aux Pays-Bas autrichiens, par contre, un Français ne pouvait être que 
difficilement n 



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LES HABITANTS DU COUVENT. 83 

gîeux dans le même couvent. Saint Jean de Matha ne posa 
pas la question des maisons de profession. Dans la règle mo- 
difiée, tout religieux peut être déplacé par les définiteurs et le 
provincial, les frais étant à la charge de la maison d'où il 
part, pour trois raisons seulement 1 : soulagement des maisons, 
fondations nouvelles, scandale devant des séculiers. Ces reli- 
gieux de la dernière catégorie sont appelés diffiniti (parce 
qu'ils sont renvoyés par les diffinitores) ; leur ancien mi- 
nistre leur doit une pension annuelle de 3o sous 1 , fixée à 60 
en 1429; si le paiement régulier cesse, les exilés peuvent 
revenir. 

La stabilité devait, d'ailleurs, être comprise dans un sens 
large, puisque, comme nous l'avons vu, bien des religieux 
étaient élus ministres hors de leur maison de profession, tant 
au Nord qu'au Midi. 

Un couvent pouvait honorer l'un de ses enfants venus du 
dehors par l'affiliation*; c'est l'honneur qui fut conféré, le 
i4 avril 1780, à François Roux, ministre de Marseille, « dont 
le zèle à annoncer la parole de Dieu lui attirait les plus grands 
et les mieux mérités applaudissements ». 

Les Réformés se plaignirent beaucoup de la façon abusive 
dont le général, Louis Petit, entendait ta stabilité des mem- 
bres de la congrégation. De même qu'il voulait appliquer à 
ses adversaires les peines portées contre les conspirateurs, de 
même il enlevait arbitrairement à leurs couvents les religieux 
qu'il pensait devoir être élus aux charges en vue; parfois, il 
allait jusqu'à les excommunier. 

1. Sans compter les cas de maladie infeclieu.se, où le religieux recevait 
bien entendu la permission de quitter son couveni (pièce ÏO7, nlaiivc A 
Paulin Bonnet, profes de Limoux). 

a. Statuts anonymes, art. 'Ai. 

3. Trimloires de Marseille, registre 9, p. io/(. 



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84 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIMTAIHES. 

C'était là un abus, car cette peine ne devait être portée que 
contre les apostats, dont le nombre était si grand qu'en i5ao 
Nicolas Musnier manda au ministre de Marseille de les con- 
traindre à rentrer dans leurs couvents. Le- fugitif n'était pas 
passible de l'excommunication s'il avait gardé l'habit de 
l'ordre 1 . Jean de May, profès de Cerfroid, qui avait quitté 
l'ordre par légèreté, encourut ainsi des censures dont le car- 
dinal des Quatre-Couronnés, Antoine, le fit relever, à condi- 
tion qu'il rentrerait dans son couvent 1 . 

Propriété. — Les Trinitaires rejettent seulement la pro- 
priété dissimulée : ils ne sont pas mendiants, « Celui chez 
qui sera trouvé après sa mort quelque objet dissimulé, lit-on 
dans les Statuts anonymes, sera tramé aux champs par les 
pieds et enseveli avec les chiens hors du cimetière. » 

Un novice de Toulouse « légua » de quoi parachever le 
dortoir. Un religieux pouvait, étant au couvent, soutenir des 
procès à l'occasion de ses anciens biens. Il y en eut un exem- 
ple chez les Malhurms de Paris, en i3a3. Bien plus, celui qui, 
étant moine, reçoit une donation individuelle, peut la con- 
server après le prélèvement du tiers des captifs, à condition 
de donner une clef de sa caisse et de rendre un compte annuel 
au ministre. Le prieur des Mathurins, Robert Bailleul, avec 
l'autorisation de son ministre, consacra 3o florins d'or à la 
réparation du dortoir 3 . 

Le 29 avril 1752, le chapitre provincial de Meaux* décida 
que les moines qui feraient, sans permission, un emprunt ou 



1. Statuts, édition de 1719, p. 5o. 

2. Pièce 116. 

3. Recueit général de* Obitaaires, l. I, p. 692. 

4. Registre des visites des Trinitaires de Poaloise. 



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LES HABITANTS DU COUVENT. 85 

un achat dépassant 10 livres seraient privés de voix active et 
passive pour cinq ans et manderaient à genoux au réfectoire, 
le mercredi et le vendredi. 

Le supérieur devait donner à ses religieux l'argent de poche 
nécessaire, une pislole par an à Marseille, outre la chaussure 
et le savon. L'économe étant ordinairement sans ressources, 
il fut décidé, le 16 mai 1661, que le sacristain mettrait chaque 
semaine, pour subvenir à cet argent de poche, 3 livres de l'ar- 
gent des messes dans le coffre aux trois clefs, gardées par le 
minisire, le vicaire et le premier discret '. 

Prohibitions. — Le religieux Trinitaire ne peut avoir ni 
faucons ni chiens, ni cheval de luxe ni palefroi, s'il n'est 
chapelain ou aumônier d'un prince ou d'un prélat, ni couteau, 
ni poignard, ni bourse. 

Sont privés, trois ans durant, de voix active et passive ceux 
qui portent « horologia portativa, gallice des montres » et... 
des chemises 1 . Les prescriptions relatives au costume furent 
très fréquentes au dix-huitième siècle; une enquête de celte 
époque reprochait aux Mathurins d'être poudrés et frisés 
comme de petits-maîtres. 

Les jeux étaient prohibés de même. Les dés, les échecs, 
« et autres jeux déshonnêtes » sont interdits sous peine de 
quarante jours d'abstinence. Le joueur obstiné devra jeûner 
trois jours par semaine au pain et à l'eau, sans voix au cha- 
pitre pendant un an, réduit au rang de novice sans aucune 
dispense ( 1 3 r 9) . Les conspirateurs mêmes sont traités avec plus 
d'indulgence. 

Les statuts de i4^9 ne punissent que ceux qui jouent de 

1. Trinitairea de Marseille, registre 6, f» 44' 
3. Ibid., registre i3, f° 3g.' 



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86 l'ordre français des trinitaires. 

l'argent avec les séculiers '. Les jeux de paume et de dés sout 
autorisés deux fois par semaine au plus, jamais le dimanche ; 
les séances de deux ou trois heures ne sont pas interdites d'une 
façon générale. 

En 1 700, Grégoire de La Forge prohibe les cartes à jouer 
(ludus pictorum foliorum '). On ne sait rien au sujet de l'usage 
du tabac; en 1782, il y eut au couvent de Faucon une saisie 
de prétendue contrebande chez un religieux, le P. Caire, qui 
prouva sa bonne foi. 



Seuls, les enfants légitimes peuvent aspirer à devenir Tri- 
nîlaires. La profession solennelle d'un enfant naturel pourra 
cependant et devra être autorisée par le grand-ministre et le 
chapitre général 3 . Les postulants doivent avoir certaines apti- 
tudes physiques, sans doute en vue des fatigues du voyage de 
rédemption : le ministre doit respecter ces prescriptions, à 
peine de déposition et ensuite de suspension. 

Les profès d'un autre ordre, qui en étaient parfois le rebut, 
ne pouvaient être reçus 1 ; le ministre qui aurait négligé de 
s'informer des antécédents d'un postulant était passible de 
l'excommunication. Cette règle était quelque peu tombée en 
désuétude, lorsqu'au dix-septième siècle les ennemis de Ray- 
mond de Pallas déclarèrent qu'il n'aurait pas dû être élu 

1. Edition de 1Ô86, pp. i!\, 35. 

a. Bibliothèque de Marseille, manuscrit i2i3, p. 4t> 

i. L'irrégularité n'existe pas pour l'ordination, mais elle subsiste pour 
l'obtention d'une charge. Les Analecta juris pontijicii rapportent que le 
pape donna, le 19 décembre 1B45, une dispense à un capucin pour lui per- 
mettre d'être élu gardien. 

4. Cf. Collection Doat, LXX1I1, f> 433. Antoine Morell, général de la 
Merci, rend aux Prêcheurs de Toulouse deux de leurs religieux qui s'étaient 
fait admettre par surprise dans l'ordre de la Merci (4 septembre i4&4)- 



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LES HABITANTS DIT COUVENT. 87 

vicaire général de la Réforme, ayant été Capucin. Il exhiba 
une dispense pontificale parfaitement en règle. 

Saint Jean de Matha, en fixant l'âge de la profession â 
vingt ans, voulait assurer le recrutement solide d'un ordre 
fort actif. Gaguin abaissa pourtant cette limite à quinze ans 
pour l'Espagne, dans ses Statuts de 1^97 '- Comme les Dé- 
chaussés étaient revenus à la règle primitive, le pape Paul V 
déclara, le i4 août i6i5, que les professions faites avant la 
vingtième année étaient valides 1 . 

Depuis l'adoption de la règle modifiée, le novice ne fut plus 
in habita suo, mais in habita fratrum. Il ne fut, d'ailleurs, 
jamais nécessaire au futur Trinitaire d'apporter une garde- 
robe aussi extraordinaire que celle dont devait être muni 
l'aspirant au couvent de Gellone 3 . 

L'année entière doit être accomplie au même couvent. Si 
Gaspard Lalance, envoyé de Melz à Paris, est renvoyé à 
Metz, c'est que l'air de Paris ne convient pas à sa santé *. 
Cerfroid était peut-être le noviciat principal pour la France 
du Nord, comme le prétend le P. Calixle 5 . D'ailleurs, l'Hôtel- 
Dieu de Meaux, d'après l'enquête de i5i8, avait des novices 
qui étaient fort turbulents; il en était de même du couvent 
des Mat burins. Mais Cerfroid restait le noviciat le plus solen- 
nel, car c'est au chef d'ordre que François Bouchet, vicaire 
général, adressa, pour leur profession, les deux ermites qui 
fondèrent les Trinitaires Réformés. 
Jacques Bourgeois demanda, en 1 5 7 ,'î , que le novice fut 



1. P. de Vaissière, ouvrage cité, p. 5o. 

2. Bulfaire do 1692, p. 393. 

3. BiW. oat., manuscrit lalîn 13770, p. 175. 

4. Archives de Lorraine, a MeLz, liasse H 3779. 

5. Vie de xaint Félix de Valait, pp. 897-398. 



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88 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAJRES. 

envoyé dans un séminaire, si le 1 couvent ne lui offrait pas une 
retraite assez studieuse. Le même réformateur jugeait bon 
que, si les parents ne pouvaient fournir la pension du novice, 
le couvent la payât 1 . Cette pension annuelle, qui était de 
i5o livres au couvent de Gisors (au dix-septième siècle), était 
réglée par des contrats passés entre les parents et les reli- 
gieux 1 . 

Les conditions de ces réceptions ne furent point sans don- 
ner lieu a quelques scandales, à Toulouse notamment : plu- 
sieurs religieux, entrés malgré eux, demandèrent à rétracter 
leurs vœux, ou bien attendirent la fin de leur vie pour 
annuler une donation qu'ils n'ont pas cessé de regretter. 
En i655, le frère Pomarède, menacé de voir sa profession 
contrariée, avait dû fonder cinq obits au prix de ia livres 
10 sols chacun, les hypothéquant d'ailleurs « sur des biens 
qui n'étaient que des prétentions litigieuses soutenues par ses 
sœurs ». II déclare devant notaire, en 1691, qu'il se soucie 
peu de ces obits et annule sa donation. 

Le chirurgien Guilhem Racher, battu et volé, eut tout juste 
assez de force pour venir confier au notaire Sicard les mau- 
vais procédés dont les Trinitaires avaient usé à son égard 3 . 

Voici quelques chiffres de pensions données aux religieux : 
à Pontoise : 1,000 francs à Séraphin Cousin, tant pour ses 
habits que pour sa nourriture (1703); 3,ooo à Couet, plus la 
pension du temps des exercices, du noviciat, l'habit de novice 
et de profession (1713); a,5oo à Charles Taillepied (1714). 

Chez les Mathurins de Paris, d'Argenvilliers apporte 2,000 li- 
vres, — Porlier, 4i°o°> — Baudin, 5,ooo, — Bardouchel, 

I. Formata reformai ionix, déjà citée. 

3. Archives de l'Eure, Inventaire, H 119a (iC85). 

3. Ces pièces soat tirées des Archives des notaires de Toulouse. 



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LES HABITANTS DU COUVENT. OQ 

r,5oo, — Jean du Val, 4> 000 î p' us r 5° (ivres de pension 
viagère et •}& de surplus quand il sera prêtre. 

Un contrat détaillé, passé entre les Trimtaires de Lens et 
le père du novice Albert de Thiennes, stipule que le père 
devra faire les frais du festin de profession. 

Si les parents étaient récalcitrants, les religieux se pour- 
voyaient en justice. Un novice de Pantoise s'étant évadé, le 
procès pendant au bailliage en seconde instance fut « pacifié m 
moyennant i5o livres en trois paiements'. 

Une autre particularité se remarque dans ce registre capitu- 
laire de Pontoise : chez les Réformés le novice change parfois 
de prénom. Charles Taillepied devient le frère Augustin*. 

Les Déchaussés furent encore plus rigoureux ; non seule- 
ment le profès perdait son nom « du siècle », mais jl ajoutait 
à son prénom (parfois changé) une appellation liturgique : 
Antoine Laugîer devint le P. Ignace de Saint-Antoine. Cette 
addition, chez les Trinitaires portugais, ne parait pas impli- 
quer l'entrée dans une congrégation Déchaussée. 

FRÈRES LAIS. 

Nous sommes fort peu renseignés sur ce dernier groupe 
d'habitants du couvent, appelés aussi convers et « donnés ». 
Avec le titre de religieux novice, Richard Barbotte, mathurin 
de Paris de la première moitié du dix-septième siècle, resta 
convers, toute sa vie, aux termes d'un contrat conclu entre 
ses parents et le général. 

1. Registre capitulaire de Pontoise, f° s 3, 20, 24 v°, 44. Au fo 39 se 
trouve ud contrat de tontine, dont les ministre et religieux créanciers 
devaient percevoir les arrérages et accroissements pendant onze années 
(8 février i 7 i4). 

2. tbid, (*> 35. 



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90 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITATRES. 

L'histoire des hôpitaux nous montrera l'utilité des donnés. 
Étymologiquement , des personnes des deux sexes se donnent 
aux religieux, avec tous leurs biens, pour vivre dans un 
couvent pendant le reste de leur vie. M. Dupuis, dans son 
excellente monographie de Pontarmé', parle de Marguerite la 
Liëde, qui s'était « adonnée » à l' H ù tel-Dieu de ce village, et 
pour laquelle Gaguîn fait évoquer un procès au Châtelet. Un 
manuscrit d'Arles cite la « profession » de Sibilia de Nigro, 
qui reçoit, sur sa demande, l'habit de l'ordre en jurant de 
ne jamais le quitter 1 . Ces données sont désignées par cette 
expression de soror ordinis qui a fait croire à l'existence 
fort ancienne de religieuses de l'ordre. Les donnée, qui chez 
les Trinitaires Déchaussés récoltaient les aumônes, portaient 
l'habit sans capuchon et émettaient les trois vœux, durent, 
après leur abolition, être reçus au nombre des laïques ou 
convers 3 (39 octobre i634). 

Un jardinier des Trinitaires de Pon toise demanda l'habit 
des frères convers. Ceux-ci sont astreints à une probation 
de trois ans et admis à faire leur couipe au chapitre; leur 
costume est plus court de deux doigts que celui des reli- 
gieux. 

Les laïques prêtaient le serment de ne jamais passer à l'état 
clérical. Alexandre VII confirma cette prohibition le i3 jan- 
vier i663. Leur habit était de couleur rousse; on décida, 
en 1719, de leur rendre l'habit blanc. Le 10 mars 1786, la 
Congrégation des Êvêques et Réguliers décréta 4 que les laïques 
passant à l'état de religieux de chœur ne pourront avoir voix 

1. Oavr- eiti, pp. 3a et 77. 

3. Pièce 8a. 

3. Trente el unième bulle d'Urbain VIII contenue dans le Bullaire. 

4- Calto, Retamtn de lus privilégiât, p. 585. 



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LES HABITANTS DU COUVENT. gl 

active ou passive qu'à la condition d'être spécialement habilités 
à cet effet. 

On peut rendre bon témoignage des traitements des Trini- 
taires envers leurs domestiques. Millîn a rappelé, après bien 
d'autres, l'épitaphe du « léal Mathurin qui céans porta pain et 
vin ». Les Trinitaires de Toulouse décidèrent, en 1767, de 
a recevoir » Jacques Besian, qui était à leur service depuis 
près de dix-huit ans, et de lui assurer par an 48 livres de ves- 
tiaire ' . 

HÔTES ACCIDENTELS. 

A côté des habitants permanents du couvent, il y avait des 
hôtes temporaires de toutes conditions. 

Les guerres de religion du Midi amenèrent chez les Trini- 
taires de Mirepoix, en 1576, un pauvre ermite de la Roque* 
d'Olmes 1 ; par une curieuse coïncidence, à cette même époque, 
dans le nord de la France, un fait analogue était la cause 
de l'établissement des Trinitaires Réformés. Les Trinitaires 
de Toulouse logèrent l'évêque de Pamiers, Bertrand de Parron, 
qui leur fit, en 1679, un legs consistant dans ta remise d'une 
dette 3 . 

Le couvent de Caillouet, près Chaumonl-en-Vexin, eut en 
Charles de Mouchy, seigneur de Caveron, un hôte distingué, 
qui donna 85o livres par an pour être soigné, avec son domes- 
tique (6 février 1669). Il était confrère de l'ordre et fonda une 
procession du scapulaîre de la confrérie afin de développer la 
dévotion du peuple. 

Plus encombrant était François Sevin, « infirme de corps 

1. Trinitaires de Toulouse, registre no 84, p. 33. 
a. Pièce i3o. 

3. Pièce i48. 



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g2 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

et d'esprit, » fils de Thierry Sevin, seigneur de Miramion, 
que les mêmes religieux de Caillouet s'engagèrent à loger, 
chauffer, faire panser, médicamenter, traiter doucement et 
humainement, moyennant 4,5oo livres (27 octobre i685)'. 

Grégoire de La Forge, général, fit transporter chez lui, 
aux Mathurins, un de ses parents, qui y mourut*. 

Une enquête de 17^7 nous montre que le ministre de Bas- 
togne (Luxembourg) avait des pensionnaires pour la table. 

Les Trinitaires de Metz sont choisis par le président de la 
Salle pour loger jusqu'à la tin de ses études un jeune homme 
auquel il s'intéresse 3 . 

On n'oserait compter comme hôtes les clients du cabaret 
qu'un sacristain du couvent des Mathurins installait dans une 
salle; mais, dans tous les autres cas, les religieux firent bien 
d'accueillir des hôtes susceptibles d'accroitre leurs modestes 



1. Archives départementales de l'Oise, Trinitaires lie Caillouet, liasse 
Caillouet. 

a. Menliou dans le Née ro loge des Mathurins, au début. 
3. Pièce 343. 



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CHAPITRE X. 



Conditions de fondation des couvents. 



Tout établissement nouveau étant une concurrence pour les 
couvents antérieurs, l'évêque, protecteur des religieux, inter- 
vient pour fixer des conditions aux nouveaux arrivants : l'in- 
demnité aux premiers occupants est juste en soi, l'excès seul 
des exigences est blâmable. 

Pas de couvent sans église ou tout au moins sans chapelle ; 
la nouvelle paroisse pourra offrir quelques avantages à un 
certain nombre de paroissiens de l'ancienne église, qui court 
le risque d'être désertée. L'évéque laisse construire l'église 
des religieux; plusieurs donations, telles que celles d'Arles et 
de Marseille en i2o3, de Limoux en 1234', montrent que la 
construction est non seulement prévue, mais même commen- 
cée. Seulement, il sera défendu aux Trinilaires d'attirer, par 
trop d'avantages, lès paroissiens primitifs : il sera de plus 
imposé des bornes aux libéralités des fidèles. 

Ces conditions de fondation, quelque nombreuses et variées 
qu'elles paraissent être, se retrouvent toujours en gros, en 
quelque pays que ce soit et de quelque époque qu'il s'agisse. 
Elles sont analogues à Douai en ia56, à Alfaro en Ara- 

i. Pièce» a el »o. 



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g4 l'ordre français des trinitaires. 

gon 1 (1660), el en i^43 à Marseille*. Elles sont tellement de 
l'essence de tout nouvel établissement religieux que les Tri- 
nîtaires qui les subissent, lors de leur fondation, les imposent 
eux-mêmes aux religieux plus récemment fondés. 

Ces conditions peuvent être classées sous un certain nombre 
de rubriques, qui embrasseront ainsi la plupart des cas. 

Juridiction. — L'évêque garde son droit de visite; il 
impose au ministre la venue, aux synodes épîscopaux. A 
Digne même, l'évêque Antoine Guiramand, dans sa convention 
avec Antoine Creissas, religieux de Montpellier (i/tgS), se 
réserve le droit de choisir le ministre en cas de vacance et 
perçoit deux écus d'or comme droit de provision 3 . 

Cimetière. — Les Trtnîtaires ne pourront primitivement 
en avoir un que pour les Frères, ainsi que pour les malades 
qui mourront dans leur hôpital (Douai, Marseille, Toulouse, 
Arles). Quant à leurs hâtes et à leurs locataires, il seront 
réputés paroissiens de l'église cathédrale ou paroissiale. 

A Estaires, les Trinitaîres ne pourront enterrer leurs hôtes 
qu'en laissant au patron de la cure ta moitié des oblations. 
A Châlons, les personnes étrangères ne pourront être enseve- 
lies au couvent des Trinïtaires, même si elles y ont choisi 
leur sépulture. Ces conditions ne furent pas immuables, 
comme nous le verrons. 

Oblations. — L'évêque et son chapitre en retiennent la 
moitié (Arles, Marseille, Chalons), quelquefois deux tiers 
(Arras) ou même la totalité (Limoux), sauf celles de la fête du 
patron de l'église, qui appartiennent entièrement aux Frères. 

1. Mulliiire, pp. 548-553. 

a. Iconographie des sceau.r îles Bonches-du-RMne, p. 321. 

3. Gassendi, Xotitia ecctesie Diniensis, p. 116. 



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CONDITIONS DE FONDATION DES COUVENTS. 0,5 

Le chapilre de Toulouse ne retient rien des oblatïons mor- 
tuaires des religieux ni des morts de l'hôpital. A Douai, le 
chapitre de Saint-Pierre ne demande qu'un tiers des obla- 
tïons quotidiennes. 

Messe. — Les Trinitaires de Chatons ne la diront qu'après 
que la messe paroissiale aura été célébrée, et encore devront- 
ils la dire portes closes et à voix basse. Par contre, le chapitre 
de Saint-Etienne de Toulouse leur impose deux messes par 
an, une du Saint-Esprit le vendredi de Quasimodo, une des 
Morts le mercredi des Cendres. 

Legs. — A Arras et à Douai, le chapitre relient un quart 
. des legs faits aux religieux. A Estaires, l'abbé de Cho- 
ques, patron de la cure, n'élève de prétentions que sur les 
biens meubles. 

Redevances. — Les Trinitaires d'Arles devront donner au 
chapitre un marc d'argent par an (réduit plus tard à un 
demi ' et équivalent au dix-huitième siècle à 2 livres 8 sous) * ; 
ceux de Toulouse, 2 florins d'or (réduits, le 28 janvier i536, 
A 3 livres 5 sous). A Arras et à Digne, nos religieux de- 
vront payer la dîme de tous leurs biens ; à Estaires, un droit 
annuel de i3 sous seulement. 

Cloches. — Il n'en est question qu'à Arras ; les Trinitaires 
n'y pourront avoir que deux cloches, avec un homme pour 
les sonner. 

Agrandissements. — Le couvent d'Arras ne pourra se dé- 
velopper sans la permission du chapitre; celui de Douai 
devra avoir l 'autorisation de l'éclievinage. A Toulouse, le cou- 



Bibl. na%., nouv, aeq. lat. 1367, p. iji. 

fctibl- d'Arles, manuscrit de l'abbé Bonncnianl, n 



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go L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

vent qui n'aura que trois portes ne pourra s'étendre de plus 
d'un arpent dans la paroisse Saint-Etienne. 

Le serment d'observer la transaction est parfois imposé aux 
religieux. Saint-Jean de Matha le prêta lui-même à Arles, au 
mois d'octobre i ao3, pour lui et ses successeurs. A Toulouse, 
chaque ministre devait le prêter, ainsi que, à Arras, chaque 
religieux, lors de sa profession. 

Telles sont les conditions primitives. Les services rendus 
par les Trînitaîres et la protection de saint Louis amenèrent 
une notable détente. 

L'évêque de Marseille, Raymond de Nimes, trouva un biais 
ingénieux pour sauvegarder les principes. Comme d'autres 
transactions avaient été conclues depuis celle de i2o3, et 
qu'on ne savait à laquelle il fallait se conformer, il approuve 
la transaction de iao3 et par là nous la conserve, car l'origi- 
nal en est perdu, et décide que toutes les oblations appar- 
tiendront, moyennant un droit annuel de 5o sous, au minis- 
tre et aux Frères 1 , 

Ces conditions de fondation n'étaient donc pas une mar- 
que d'animosité particulière. Les mêmes Dominicains qui, en 
1667, s'opposaient à l'établissement des Trînitaîres Déchaussés 
à Faucon, leur font un prêt de 1200 livres en 1761 *. Les évé- 
ques, sévères pour nos religieux au moment de leur entrée, 
leur prodiguèrent ensuite les mandements en faveur de l'œu- 
vre du rachat des captifs. 



1. Sources : Arles, copie de Mortreuil, manuscrit cité. — Arra», le 
P. Ignace, Mémoires rfu diocète d'Arras, t. VII, p. !\$$. — Douai, ibid., 
t. V, p. 36a. — Eslairet, premier carton des Trinitaires au* Archives du 
Nord. — Limoax, Coltection Doal, t. XCVII. — Marseille, nombreuses 
copies à Paris et à Marseille. — Toulouse, registre 86 aux Archives dépar- 



tementales, p. : 
a. Pièce 3o6. 



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CONDITIONS DE FONDATION DES COUVENTS. 97 

La paix était mieux assurée lorsqu'un laïque ménageait un 
accord honorable pour les deux parties. Raoul Àrondel indem- 
nise le curé de Brou (Seine-et-Marne) de aorte que celui-ci 
permettra que les corps de ses paroissiens soient apportés 
dans l'église trinitaire de « l'Honneur-Dieu » ; mais les reli- 
gieux sont tenus, en leur âme et conscience, d'appeler le curé 
pour lui remettre les oblations auxquelles il a droit. La ba- 
lance fut ainsi tenue égale entre les deux églises, ce que mon- 
tre un seigneur de Pomponne se faisant enterrer à l'église de 
l'Honneur-Dieu, mais donnant au curé de Brou une somme 
égale à celle qu'il lègue au ministre des Trinitaires '. 

Les seigneurs confèrent surtout aux Trinitaires, de l'as- 
sentiment de l'ordinaire, des cures dont la collation leur 
appartient : tel Henri de Bar fondant les Trinitaires à La- 
marche en 1338. Deux clauses se rencontrent uniformément 
dans ces donations : limitation des nouvelles acquisitions et 
précautions contre le départ éventuel des bénéficiaires. 

L'autorisation du seigneur est indispensable pour toute nou- 
velle acquisition, gratuite ou onéreuse. En Hainaut, au dix- 
septième siècle comme au treizième, les donations ont tou- 
jours pour témoins les hommes de fiefs ou féodaux, ce qui 
donne plus de solennité 1 . C'est par une faveur spéciale qu'en 
1 294 Guy de Dampierre, comte de Flandre, permet aux Tri- 
nitaires d'Hondschoote de garder les possessions acquises 
« sans le congiet de sa chère mère et sans son assent 3 ». 

Les limitations sont imposées, soit dans le temps, soit dans 
l'espace. Henri, comte de Vianden en Luxembourg, permet 
aux Trinitaires de faire librement, pendant cinq ans, toutes les 

1. Pièce 84. 

a. Cartulaire de Lens, passim. 

3. Archives communales d'Hondschoote, reg. GG 70. 



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98 l'ordre français des tributaires. 

acquisitions possibles'. — Thibaut V de Champagne autorise 
les Trinitaires de Troyes à acquérir en franchise dans ses fiefs 
et arrière-fiefs jusqu'à soixante livrées de terre, à condition 
de ne point acquérir dans chaque fief plus de la moitié de 
celui-ci*. Sagement, les religieux ne dépassèrent jamais cette 
limite et ne furent sujets à aucun droit d'amortissement. 

Dans ces terres acquises par les religieux, les seigneurs, à 
l'exemple du roi, gardaient leur droit de justice 3 . Soixante 
ans après la fondation de Cerfroid, Guillaume de Montigny, 
chevalier, possédait encore ce droit dans l'enclos du monas- 
tère 4 . 

Souvent, le seigneur exige un droit de suzeraineté : à Ter- 
raube, c'est la nomination du ministre; à Mirepoix, c'est une 
voix ; à Rieux, deux voix dans cette élection et une paire de 
gants blancs 5 . A Taillebourg, le seigneur perçoit une « pelote » 
et la course de la pelote, qu'il commue en quatre boisseaux 
d'avoine, puis trois seulement, le 26 juin 1682. 

Comme condition originale, il faut signaler, à Rome, la 
part que retient le seigneur sur les trouvailles archéologiques 
qui pourraient être faites dans le terrain sur lequel il a gardé 
un cens. Pour ce qui se peut diviser, (es religieux auront un 
tiers et le seigneur les deux autres, mais quand il s'agira de 
marbres et de statues, les religieux seront contraints de ven- 
dre leur tiers au seigneur 6 . 

1. Mibaixh, Opéra Diplomatie», t. IV, p. 55$. 

2. Archives nationales, S 4 a ^7i û " '3. 

3. Pendant la durée de la foire concédée aux Trinitaires (le Taillebourg, 
les officiers du seigneur avaient haute, moyenne et liasse justice (Gaston 
Tort *t, Répertoire des litres dit comté de Taillebourg, p. .136). 

4 Don Toussxisrs du Plessis, pièces de ti5S. 

!>. Archives nationales, S 4 2 <H)* : petit cahier relatif i 

ft. Archives do Seine-et-Oisc, Malhurins de l'onloise, ï">" 



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CONDITIONS DE FONDATION DES COUVENTS. • 99 

En échange de ces donations, les seigneurs imposent des 
messes. Henri de Bar demande une messe' tous les jours; 
Philippe de Nanteuil une messe anniversaire, à la fois dans le 
chapitre général et dans toutes les maisons de l'ordre'. Le 
seigneur de Rieux indique avec précision qu'il veut être 
enterré sous les marches de l'autel, « de façon que, quand le 
prêtre officiera, il soit placé au-dessus du milieu de mon 
ventre 1 ». Le seigneur de Coupvray, Louis de Guéméné, 
stipule que les religieux viendront dire ta messe au châ- 
teau -. 

Mais, plus encore que les chapitres, les seigneurs subor- 
donnent leurs donations au séjour des religieux au point pré- 
cis où ils ont été établis (notamment donation de l'hôpital de 
Montmorencv par le duc Henri au mois d'aoïU 1601). Jean le 
Blas, écolâtre de Saint-Amé de Douai, a formulé la plus se-, 
vère des exigences ( 1 256) ; il ne se contente pas de dire que les 
biens des Trinitaires, si ceux-ci quittent Douai, reviendront 
à l'hôpital de Saint-Samson de cette ville, mais spécifie dans 
son testament du i4 décembre ia83 que les Trinitaires n'au- 
ront rien de ce qu'il leur lègue, s'ils ne vont demeurer à la 
porte d'Esquerchin*. 

Ces conditions ainsi fixées, les relations étaient bonnes 
entre les seigneurs et les religieux : plus ils avaient pris de 
part à leur fondation, plus ils s'intéressaient aux Trinitaires; 
beaucoup d'entre eux même, comme des Montmorency 5 , des 

1. Archives nationales, L Û47. 

ï. fbid., S4s«9*- 

3. Dow Toussajhts, pièce 633. 

$. Société d'agriculture, lu •Un-lettres... de Douai, s* série, tome XIV, 
p. 3s©. 

5. Inventaire de Cerfroid en i634, aux Archives de l'Aisne, H i43i, 
b» 1 19. Pour tes autres, voir ies Monographies des couvents. 



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rOQ L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Rîeux, des Gatard-Terraube, se faisaient ensevelir dans l'église 
de nos religieux. 

Il n'a été question jusqu'à présent que du droit primitif, 
pourrait-on dire. Or, dans le courant du dix-septième siècle, 
se manifestèrent des préoccupations nouvelles en matière de 
fondations, causées par les exigences des communautés d'habi- 
tants. Ce n'est pas qu'elles eussent jamais perdu toute 
influence. Ainsi la commune d'Arles limitait très sévèrement 
en iaag les acquisitions ecclésiastiques, sauf celles de l'arche- 
vêché et du chapitre, et s'y réservait toute justice; elle prohi- 
bait même les legs et donations entre vifs de toute terre en 
vigne située à Arles ou dans son « tellement » à une maison 
ecclésiastique '. Nous avons vu qu'à Douai les Trinitaires 
ne pouvaient faire aucune acquisition sans la permission de 
l'échevinage. Cette sujétion, parfois gênante quand il s'agis- 
sait d'affaires demandant une prompte solution, comportait 
cependant quelques avantages : si les Trinitaires venaient à 
être expropriés pour une cause d'utilité publique, comme la 
construction de fortifications, ils pouvaient prétendre à de 
fortes indemnités. 

Les magistrats municipaux, tant du Nord que du Midi, en 
arrivèrent à donner ou à refuser l'autorisation de fonder un 
nouveau couvent. Vraiment soucieux des intérêts de leur ville, 
les consuls hésitent à admettre de nouveaux religieux qui 
pourraient être à charge à la population. Le pape Urbain VHI 
lui-même n'avait-il pas interdit la fondation des couvents qui 
n'auraient pas, dès le début, les revenus suffisants pour nour- 
rir douze religieux? L'archevêque de Rouen n'admet les Tri- 
nitaires qu'à condition qu'ils ne quêtent point. Il était pro- 

i. Bibliol/iêf/ae d'Arlct, manuBcril 1 5g, p. 3a3. 



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CONDITIONS DE FONDATION DES COUVENTS. IOI 

cédé, au dix-septième siècle, à une véritable enquête d'utilité 
publique, à une sorte de référendum auprès des couvents 
existants. Le non-accomplissement de ces formalités pouvait 
causer de sérieux inconvénients; le recteur de Sainte-Marie 
du Pin, à Barcelone, n'hésita point, en une semblable occa- 
sion, & démolir le maître-autel des Trinitaires; ceux-ci, s'étant 
plaints au pape, furent dispensés de cette formalité pour 
l'avenir'. Mais le pape n'avait rien à prescrire aux commu- 
nautés d'habitants. 

Les Trinitaires, établis depuis i64ô à Sainl-Quinis, furent 
d'abord repoussés à Brignoles, en 1661, par l'assemblée mu- 
nicipale, à la majorité de trente-deux voix contre dix-huit. Ils 
furent néanmoins admis l'année suivante, après avoir promis 
de ne point faire de quêtes. 

Dans la Provence, diverses obligations leur furent imposées 
quant à la prédication et aux offices. Ainsi les Trinitaires 
de La Cadière devaient attendre les consuls pour dire la 
messe conventuelle, le jour de la Trinité; or ceux-ci, étant 
arrivés alors que l'office était presque fini, portèrent plainte 
au Parlement d'Aix, qui les débouta (>5 novembre 1769) 3 . 
Les religieux devaient demeurer en nombre suffisant pour soi- 
gner les malheureux atteints de la peste. 



. Analyse dans la table de Guerra, IV, i65. 

■. L'abm Giraud, Monographie de La Cadiire, p. 55. 



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CHAPITRE XI. 



L'histoire générale des couvents trinitaires. 



L'histoire des couvents trinitaires est surtout celle de leur 
mine graduelle. Nous pouvons croire sur parole les religieux 
dans les lamentables exposés de leur pauvreté faits, à diverses 
époques, dans d'innombrables requêtes pour des dispenses 
d'impôts. Thibaut de Champagne trouve les religieux de Cer- 
froid exiles et tenues 1 . Thibaut de Nanteuil dit, en i25a, 
qu'au couvent des Mathurins de Paris réside une grande mul- 
titude d'étudiants in magna penaria temporaltum'. 

Nombreux sont les couvents dévastés par des incendies ou 
des guerres; nos religieux eurent plus que leur part dans la 
« désolation » des églises de France. Un ordre pauvre est plus 
durement frappé qu'un autre, parce qu'il a moins de moyens 
de se relever. Le couvent trinitaire de Saint-Gilles, dévasté en 
t56a, disparut à tel point que l'on ignore aussi bien l'époque 
de sa fondation que les circonstances de sa disparition. L'in- 
cendie de Toulouse, en i5n, causa un grand trouble aux 
Trinitaires : « Ils furent obligés de mendier pour vivre, rap- 
porte Grégoire Revues, parce que la plus grande partie de 
leurs débiteurs refusaient de payer leurs rentes, sachant la 



. Voir la monographie détaillée. 

. Donation d'une rente sur la ville de Crépy. 



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l'histoire générale des couvents tributaires. io3 
perte que les religieux avaient faite de leurs [titres 1 . » Le 
a8 mai i534, le sénéchal de Toulouse permit que les Trini- 
taires fissent signer par un notaire tous les actes qu'ils pour- 
raient retrouver au sujet de ces créances. 

Les guerres de religion, tant du Nord que du Midi, ruinè- 
rent un grand nombre de couvents. Pendant dix ans , à 
cause des incursions des hérétiques, Jacques Bourgeois ne put 
prendre possession de son couvent de Convorde et c'est une 
des raisons qu'il allègue pour en demander la suppression. 
Les dévastations commises par les huguenots dans les couvents 
trinîtaires de Montpellier et de Castres sont attestées par les 
suppliques de ces religieux. Pendant cinquante ans, le minis- 
tre de Montpellier ne put entrer dans celte ville et séjourna à 
la campagne 3 . Les habitants de Castres furent condamnés, 
par arrêt du Parlement de Toulouse, à rebâtir le couvent tri- 
nitaire qu'ils avaient détruit cinquante ans auparavant'. 

Sans avoir subi tant de cataslrophes, les couvents de Cham- 
pagne n'étaient pas en meilleur état, témoin la saisie du 
■revenu temporel de celui de Châlons-sur- Marne, faite à la 
requête du procureur du roi, faute d'un nombre suffisant de 
religieux pour célébrer le service divin, réparer et entretenir 
les bâtiments de celte maison, ruinée et démolie au passage 
de l'armée de l'empereur Charles-Quint 4 . Mainlevée en fut 
accordée le i4 octobre i5$6. Mais la situation s'améliora si 
peu que le P. Fadois, ministre en 1690, ne pouvait faire sub- 
sister ce couvent que par les libéralités particulières de sa 
mère. 



1. Pièce z4«- 

2. Archives de l'Hérault, liasse non cotée. 

3. Archives du Parlement de Toulouse (table), B 25g. 

4. Trinilaires de ChSIons, inventaire de 1742-1744, p. 1 



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Io4 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES, 

Certains couvents avaient été entièrement abandonnés : 
La Perrine, près de Saint-Là, était gouvernée (depuis r4<)6) 
par des prieurs commendataires ; l'ordre de la Trinité réclama 
que la possession lui en fût rendue, et le dernier prieur, Pierre 
Cotel, fut condamné à rendre les titres et le prieuré au tri- 
nitaire Jean Maillet 1 (i588). 

Si nous passons en Flandre, nous trouvons des dispenses 
d'impôt accordées, le i3 septembre i6o5, pour 18 ou 20 flo- 
rins dus par les religieux d'Orivat. Les religieux de Lens 
furent éprouvés au temps des guerres dont les Pays-Bas fu- 
rent le théâtre sous Louis XIV. Antoine Dachier nous a 
laissé un journal des perles de son couvent. Pendant six ans 
(1679-1677), il fut impossible de labourer. Les archives 
avaient été déposées à l'abbaye de Cambron, qui fut pillée 
tant par les Espagnols, alliés des Hollandais, que par les 
Français 1 . 

A cette époque, les couvents de la généralité de Paris, énu- 
mérés dans les Mémoires dressés pour l'instruction du duc de 
Bourgogne*, sont moins pauvres qu'on aurait pu le croire. 
Mais ils étaient à la merci d'un accident. Un orage, le 
20 août 1703, causa 5,ooo livres de dégâts dans l'église Saint- 
Jacques de La Veuve, où il y eut deux pieds d'eau; il était 
difficile de la réparer, car les ouvriers étaient fort rares et le 
prix des matériaux était doublé*. 

La modicité des récoltes de 1760 met en fâcheuse posture les 
Trinitaires de Toulouse, qui, pour les nécessités urgentes, 
doivent emprunter 1,000 livres 5 (i4 mars 1761). 

1. De Gkhvh.i.k, Etude» sur lu département de la Manche, passiin. 

î. Cartulaire de Lcns. Pièce 236. 

3. Publiés par M. de Boislisle, pp. 37, 38, 5o, 5», 70, 73, 85, 181, 3it. 

4- Liasse 53* des Trinitaires de Châlons. 

5. Trinitaires de Toulouse, registre 84, p. a5. 



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L'HISTOIRE GENERALE DES COUVENTS TRINITAIRES. I05 

Le couvent de Pontoise est, en 1768, assiégé par une foule 
de créanciers, ne pouvant plus tenir contre leurs poursuites et 
se trouvant hors d'état de satisfaire aux dettes de la maison, 
attendu que les revenus sont tous saisis depuis trois ans à la 
requête de bouchers , boulangers , épiciers , marchands de 
vin, de bois, cordonniers, serruriers, maçons et autres, qui 
sont affamés d'argent. Le 27 février 1768, l'assemblée des cinq 
Pères accorde un emprunt de 12,000 livres. Indépendamment 
des dettes (u,o48 I.), le déficit annuel était de 854 livres 1 . 

A la veille de la Révolution bien des couvents ne pou- 
vaient plus subsister, et la Commission des Réguliers fit bien 
de porter une main hardie dans cet édifice vermoulu ; mais 
déjà il était trop tard. 

Ce n'est pas tout d'avoir constaté la pauvreté des Trini- 
taîres, il faut en voir les raisons. Ils peuvent alléguer que 
leur ordre ne fut jamais très nombreux, mais leur négligence 
est la grande coupable et ils furent privés de certains privilèges 
par leur faute. L'exemption de la dîme ayant été contestée en 
1709 par les Bénédictins de Vitry-le-François, les Trinitaires 
ne trouvèrent aucun titre à leur opposer 1 et perdirent leur 
procès. 

Ils avaient pourtant de nombreux émoluments, tels les étaux 
de boucherie des Mathurins de Paris; comme ces étaux 
n'étaient plus assez productifs, les religieux s'en dessaisirent, 
vers 1710, déclarant imperturbablement qu'ils ne se souve- 
naient pas d'en avoir jamais joui. 

A Arras, ils avaient reçu, en ia5a, une table de change 
{tabula nummularia). L'échevinage bâtit la Maison-Rouge sur 

1. Gartulaire de Pontoise, fl» 54 et 68 vo. — Le rédacteur attribue ce 
malheur à la mauvaise administration de son prédécesseur, 
a. Archives de Mêla, H 3774, n° 1- 



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io6 l'ordre français des trinitaires. 

la Pelite-Place, en 1437, el Philippe le Bon accorda aux reli- 
gieux un espace de 10 pieds carrés pour les indemniser de 
cette table 1 . 

A Lîmoux, ils exerçaient de véritables droits seigneuriaux. 
Le syndic des religieux était autorisé « à levar sur chacun des 
habitants extra maros qui cuiront du pain pour la vente aux 
fours publics , 1 2 onces tin quart de pâte, poids de marc de 
Montpellier, par setier de blé, à la charge par eux d'entretenir 
les mandataires nécessaires pour le service des fours 1 ». 

A Lérinnes, le ministre avait une cour de justice, ainsi 
qu'à Tourinnes, qui en dépendait 3 . 

Les revenus ordinaires des Trinitaires, en ville, consistaient 
dans des maisons qu'ils louaient; à la campagne, ils avaient 
des fermes très importantes. Ceux de Toulouse avaient à 
Vénerque une métairie qu'ils firent déclarer franche, malgré 
les consuls. Ceux-ci, y ayant envoyé loger des gens de guerre, 
furent condamnés par la Cour des aides de Montpellier à 
rembourser 20 livres aux Trinitaires *. Cette « metterie noble 
de labourage de deux paires de bœufs » servait à loger les 
religieux convalescents. De même, le château des Damoi- 
seaux, à Bièvre, était pour les Mathurins un lieu de prome- 
nade, où leur général, Grégoire de La Forge, les conduisait 
souvent, sans qu'ils se crussent tenus envers lui à la moindre 
reconnaissance 5 . 

Par contre, les Trinitaires de Lens avaient une maison de 
refuge à Mons; seulement, le ministre Guillaume Watten 



1. D'Hékj<:oi.ht, Les raes d'Arras, l. II, p. ïiji. 

a. Inventaire da Parlement de Toulouse, B 397. 

3. Bibliothèque de Bruxelles, fonds Goethals, n 

4. Trinitaires de Toulouse, registre 80, pp. 67 et 76. 

5. Bibl. Sainte-Geneviève, manuscrit 5io (au début). 



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l'histoire générale des couvents tributaires. 107 
l'avait mal choisie, « n'y ayant ni fenêtre, ni grenier, ni 
écurie ' », et on dut ta revendre, à perte probablement. 
La perception de leurs rentes fut leur grande et légitime 
préoccupation. Leurs archives ne contiennent que des sen- 
tences contre les mauvais payeurs, les expulsions des emphy- 
téotes et bien peu de pièces historiques. D'ailleurs, les Ma- 
thurins de Paris, pour se faire payer d'une rente de 60 livres 
par les habitants de Crépy-en- Valois, firent preuve de la plus 
grande persévérance; pendant plus d'un siècle et demi, ce 
couvent mérita tout spécialement la réputation d'un couvent 
pratique*. 

Les quêtes amenèrent d'âpres conflits entre les Trinitairea 
et les Pères de la Merci. Ces questions d'argent étaient, d'ail- 
leurs, les pierres d'achoppement des relations entre ordres 
religieux. 

Ils évitaient adroitement bien des dépenses extraordinaires. 
Par exemple, en i636, on avait fait choix du couvent mili- 
taire d'Arras pour loger les soldats espagnols blessés au 
siège de cette ville. Ils firent tant qu'ils amenèrent l'archiduc 
Léopold d'Autriche à prendre plutôt le palais épiscopal 3 . 

Quant à payer moins, les Trinitaires ne s'en faisaient pas 
faute. Ils prétendaient n'être soumis à aucun impôt local. 
Sommés par le magistrat d'Hondschoote de payer les impôts 
pour les terres qu'ils occupaient, ils passent la frontière et 
en appellent au bailliage d'Ypres, qui relient la cause et con- 
damne le magistrat, d'où requête au Conseil privé (ai janvier 



1. Pièce a36. 

1. Les Mathurius de Paris, ayant reçu de Jean de Ruel la terre de 
Bièvre, où Charles V se retint la justice, trouvèrent moyen de se l'attri- 
buer et de se la faire même confirmer par Charles VI 1 

3. Pièce 179. 



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108 l'ordre français des trinitaires. 

1702). Cette sentence d'Ypres est jugée « attentatoire à l'au- 
torité du Grand Conseil », et les Trinitaires « fatiguent en 
vain ta communauté par de continuels procès »; leur con- 
duite est « d'autant plus préjudiciable au public qu'il doit 
supporter tout le fardeau des tailles, pendant que les reli- 
gieux s'en exemptent par des voyes si peu convenables à leur 
caractère, alors que les religieux des Flandres les payent 
sans résistance ' ». Ces sévères considérants n'empêchèrent 
pas de nouvelles contestations sur la réparation des chemins 
voisins de leurs propriétés. 

Malgré leurs précautions, ils ne présentèrent pas en temps 
leurs baux, à Marseille, et furent, par faveur spéciale et se- 
crète, condamnés à une amende de 100 livres, la moitié de 
l'amende ordinaire 1 . 

Quelque grande que fût leur pauvreté, les couvents trini- 
taires surent cependant s'entr'aider. En i6o4, François Petit, 
avec permission du chapitre général, donne à Guillaume 
Watien, prieur d'Estaïres, 5o livres à prendre sur la minis- 
trerie de Lens 3 . Au dix-huitième siècle, les Mathurins de 
Paris avaient beaucoup de rentes sur les couvents de Cler- 
mont et de Mortagne, aimant mieux emprunter à leurs 
confrères qu'à des étrangers 4 . 

Dans les circonstances critiques, les différents couvents 
savaient se cotiser. On vit tous les Réformés faire, à plusieurs 
reprises, des dépenses importantes et longtemps vaines pour 
obtenir la réunion à leur province du couvent d'Avignon 5 . 



1. Archives communales d' Ho ad se honte, registre AA 1, p. 3/(0. 

1. Pièce 263. 

3. Carlulairede Lens, année rfk>4. 

4- Archives nationales, LL i545, paitim. 

5. Une autre liasse de Marseille bous montre un effort analogue pour 



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L'HISTOIRE GÉNÉRALE DES COUVENTS TRINITAIRES. IOÛ 

L'Hotei-Dieu de Lisieux ayant été incendié le 23" décembre 
1770, les religieux de Paris, Fontainebleau, Mortagne don- 
nèrent 5^o livres pour aider à sa reconstruction. Loyer, 
ministre de Meaux, transmit la somme aux sinistrés 1 . La 
solidarité seule pouvait les préserver de la ruine complète. 

Les petits couvents de la campagne ne purent se sauver 
que par la dépendance d'un plus puissant couvent, là où ils 
purent éviter d'être réunis. . 

Cette dépendance était souvent la conséquence de l'aide 
prêtée par l'ancien couvent au nouveau, qui n'était plus que 
sa succursale. La maison de La Veuve, fondée en ia34, 
dépendait du couvent de Châlons ; telle était aussi la condi- 
tion du couvent de Péronne relativement à celui, plus ancien, 
de Templeux. 

La tutelle s'exerçait même sur des couvents lointains. 
Ainsi, le couvent de Saint-Farori de Meaux céda aux Trini- 
taires le prieuré de Saint-Vincent de Rouvray 1 , près Forges- 
les-Eaux. Le ministre de Meaux le donne à ferme à quel- 
que religieux pour dix ou vingt ans, moyennant certaines 
redevances. 

Le couvent qui eut plus de dépendances est celui des 
Malhurins de Paris. C'est à Robert Boulanger, ministre, 
qu'est cédé en i3a4 le prieuré de Dinardj c'est au couvent 
des. Mathurins que se transporte le grand-ministre pour 
signer le contrat de cession. Cette dépendance se mani- 
festait par le paiement annuel de 35 sous au ministre de 
Paris, le jour du chapitre général 3 , 

le couvent de Lyon qui, n'ayant pu prospérer, fut cédé à la province de 
France â condition qu'elle en payerait les dettes. 

1. Archives nationales, S £278, " ù 4- 

i. Son Cartulaire est conservé aux Archives nationales, LL i553-i554> 

3. Archives nationales, registre S 4*84, P- laï - 



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110 I, ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Le prieuré de Dinard était un « membre immédiatement 
dépendant du couvent de Paris ». Parfois, le ministre pré- 
sente à l'évêque de Saint-Malo le prieur-curé, parfois, au 
contraire, l'official s'adresse au ministre, en lui recommandant 
un sujet « tout à fait digne d'obtenir ce bénéfice ». Apparem- 
ment, la collation était alternative. 

Lorsqu'il n'y avait cependant plus de rémission possible et 
qu'il était vain d'espérer que le couvent arriverait jamais à 
acquitter ses fondations, l'une des deux solutions suivantes' 
s'imposait : la réunion (reductio) ou le bail. 

Jacques Bourgeois nous a fait connaître à la fois le principe 
et l'application de la reductio. Dans l'édition qu'il a donnée 
des Statuts de i^aç) {pp- 80, 81), il dit que les biens pouvant 
rester au couvent supprimé sont partagés en deux fractions, 
consacrées, la première à l'entretien du prêtre qui acquitte les 
fondations, la seconde à des bourses d'écoliers nommés par 
les quatre provinces. La maison du Bourget, d'abord baillée 
à un cardinal, ayant été réunie au couvent de Paris (i33o), 
quatre écoliers furent mis en pension chez les Mathurins 1 . 
C'était une chose excellente que de faire progresser les éludes 
par suite de la diminution du nombre des maisons de l'ordre. 

Seulement Jacques Bourgeois, qui demanda et obtint la 
suppression du couvent de Convorde ou Estaires dont il était 
minisire, n'avait pas prévu que le seigneur fondateur 3 pour- 
rait réclamer l'exécution des conditions auquelles étaient atta- 
chés ses bienfaits. Le procès qui suivit |amena plus de frais 
que n'en eût coûté la conservation du couvent. 

1 . Je ne reviens pus ici sur les couvrnls dépendants d'un seigneur, comme 1 
ceux de Mirepoix, Ricux et Tcrraube. 

1. Archives nationales, dans S 4^53 * . 

3. Thomas Pilleur, seigneur de Ma gny-lc- Hongre, fil aussi des ennui» 
■u ministre de Silvclle. (Arch. nal., cahier dans S 4267.) 



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l'histoire générale DES COUVENTS TRINITAIRES. 1 1 1 
Au dix-septième siècle, beaucoup de petits couvents n'eu- 
rent plus de ministre résident. Celui de Pontarmé ' demeure 
parfois à Verberie, parfois à Paris. En i653, un fermier est 
chargé de faire dire les messes aux frais du ministre, de veiller 
aux menues réparations, de prendre soin des ornements reli- 
gieux; U était tenu de recevoir à ses frais le ministre, si 
d'aventure il venait, et d'héberger les religieux de l'ordre. 

Claude Ralle, pendant trente-huit ans secrétaire de Louis 
Petit et procureur général des captifs, porte le litre de mi- 
nistre du Fav. Les bénéfices à la collation du grand-ministre 
lui servaient à récompenser ses amis, sinon à les enrichir. 
Aussi, en i65a, quelques religieux Malhurins, mécontents de 
leur supérieur, se plaignirent-ils au parlement de la non- 
résidence comme contraire aux statuts de l'ordre. L'arrêt 
du 5 mars donna raison à Louis Petit contre ces religieux 
« tUscoles ». En 1696, un chapitre général décida de rappeler 
à sa maison de profession tout ministre sans religieux. 

Une bonne excuse pour la non-résidence était l'insécurité 
du pays. Notre-Dame de Limon, près Vienne (Isère), étant 
dans un lieu bas et marécageux, les ministres résidèrent à 
Saïnt-Syinphorien d'Ozon. Plusieurs prieurs ayant été assas- 
sinés à Franchard, dans la forêt de Fontainebleau, les reli- 
gieux quittèrent en 171a ce lieu funeste. 

Ce couvent royal de Fontainebleau fournit un bon exemple 
des vicissitudes de nos religieux. En 1029, François 1 er reprit 
« de ses bien amés le ministre et religieux de Fontainebleau » 
tout leur couvent pour en faire la cour du Cheval-Blanc. Le 
nouvel espace qui leur fut alloué était bien, modeste en com- 
paraison ; « mais, pour être un peu étroit, dit le P. Dan, qui 

!_ E. Depuis, Pontarmé, pp. 55 et 56. 



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113 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

en fut supérieur, ce couvent n'était pas sans charmes, embelli 
qu'il était par les agréments d'une bibliothèque naissante. » 
Nous voici ramenés aux parvae congregationes d'Albéric 
des Trois-Fontaines, qui vit le berceau de l'ordre; le plus 
illustre historien trinitaire reconnut, au dix-septième siècle, 
que ses religieux ne pouvaient subsister qu'en se souvenant 
de leur simplicité primitive. 



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CHAPITRE XII. 
Les hôpitaux trinitaires. 



La règle prescrivait de consacrer un tiers des revenus à 
l'entretien des religieux, un tiers au rachat des captifs, un 
tiers à l'hospitalité. Il y eut, dès le début, beaucoup de mai- 
sons qui non seulement eurent des hôpitaux, mais même ne 
furent que des hôpitaux. Les fréquentes mentions de la mai- 
ton et hôpital de Metz ne suffiraient certes pas à nous prou- 
ver qu'il y avait là un hôpital, mais à Eslaîres et à Douai, où 
l'on n'en a point signalé, nous en avons la certitude, grâce à 
des actes de fondation très précis. Le 1 f\ décembre ia83, Jehan 
Le Blas lègue à Y hôpital trinitaire de Douai ' ses coussins et 
oreillers, ses couvertures, sa vaisselle d'argent, ses écuelles, 
ses plateaux. Ainsi, quand on rencontre le nom de Maison- 
Dieu appliqué à des couvents trinitaires comme à Pontarmé, 
au Bourgel 2 , on peut être sur qu'il y a eu là un hôpital. Les 
historiens de Paris s'étaient assez étonnés de l'inscription 
placée sur le couvent des Mathurins, en vue de solliciter les 
aumônes pour cet « hôpital ». Félibien et Lobineau avaient 



i. Abbé Dakcoisse, Etablissements religieux de Doua i : Tri oit a ire 
pièce n° i0. 

a. Le Grand, Registre (tes visites de Vivéqut (en i35i), p. \a!\. Je sais 
cette occasion de rappeler les excellents articles que M. Le Grand a cons 
créa aux Maisons-Dieu du Moyen-Age. 



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Il4 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAlRES. 

mentionné (t. II, p. 744) un legs d'Isabeau de Bavière en 
faveur de l'hôpital de Saint-Malhurtn, sans en tirer de consé- 
quences. Gaguin a écrit au dos d'un acte : « C'est la maison 
où est de présent l'hôpital »; il était bien placé pour le savoir. 
Les actes originaux concernant cet hôpital des Mathurins ont 
malheureusement disparu, mais deux analyses, recueillies par 
Claude de Massac dans le Cartulaîre qu'il fit rédiger, nous 
donnent quelques renseignements sur cette pieuse fondation, 
qui n'a disparu qu'au début du dix-septième siècle. 

Les hôpitaux de l'ordre recevaient d'autres hôtes que des 
malades. On en peut juger par la mention de ces vauriens 
qui volaient les draps de l'hôpital de Taillebourg'. 

Les Trinitaircs, jamais, n'administraient seuls un hôpital. 
La plupart du temps, ils se servaient de donnés, et partout où 
il y a des donnés, il y a un hôpital. A Paris, c'étaient un mari 
et sa femme qui le desservaient en 1492 et en i533, avec 
le titre d'hospitaliers. 

Le fait pourrait aider à résoudre la question des Sœurs de 
l'ordre, souvent prises pour des religieuses, qui, comme à 
Meaux 1 , partagent avec les Frères 3 l'administration de l'hôpi- 
tal. Lorsque les Triiùtaires partent de Meaux, en i520, les 
Sœurs restent, ce qui semble bien prouver qu'elles ne sont 
pas du même ordre que les religieux. Bien que les historiens 
trinitaires aient rapporté nu treizième siècle la fondation des 
religieuses de l'ordre, il ne faut pas la faire remonter au 
delà du dix-septième, où nous en voyons apparaître tant en 
France qu'en Espagne. Alors viennent les Mathurines de 

1 . Acle de visite cité. 

a. Chronique des êuiquet de Afenti.r, par M*' Allou, p, l3i, 
3. Un acle unique de Pontarmé mentionne les Frèrea el Sœurg de la 
Maison-Dieu. (Dupuis, p. n5.) 



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LES HÔPITAUX TRINITAIRES. ri5 

Reuilly, qui étaient des Sœurs enseignantes : quant aux reli- 
gieuses de Valence, cette communauté hospitalière avait pris 
l'habit de l'ordre el son vocable à ta fin du dix-septième siè- 
cle, sans lui être aucunement rattachée. 

Une « bonne fille » de l'hôpital Saint-Nicolas de Metz 
promet, le a4 juin i643, d'amender" ses mœurs, suivant les 
règles el statuts des Sœurs et associées de l'ordre. La note 
mise au bas de cet acte : « Ce vœu, qui n'est que particulier, 
oblige pourtant », prouve bien qu'il ne s'agit pas de reli- 
gieuses ' . 

On voit de vraies religieuses à Avignon, mais ce sont des 
Sœurs de Saint-Joseph, qui n'y sont venues qu'à la fin du 
dix-septième siècle*. 

Dans le Midi, les Trinitaîres paraissent partager le soin de 
leurs hôpitaux avec des recteurs laïques. A Cordes (Tarn), 
deux prudhommes, nommés pour un an, sont chargés de les 
contrôler, de par l'acte de fondation du mois de novem- 
bre 1287. Pierre de Béziers, damoiseau, parait être donné 
comme seul associé aux religieux, le 14 décembre 1295 3 . 

Bernard Rascas, fondateur de l'hôpital d'Avignon, institue 
deux recteurs laïques à côté des Trinitaîres qu'il fonde en 
i353. La réunion si curieuse des Pères de la Merci et des 
Trinitaîres en i48i par Julien de La Rovère, vice-légat, doit 
être simplement interprétée comme une mesure destinée à 
assurer une meilleure surveillance. 

L'histoire de la plupart de ces hôpitaux est fort triste, 



1. Trinitaîres de ChAlons, /jfif liasse. 

2. Pour tout ce qui concerne Avignon, je dois remercier M. Joseph De 
Love, archiviste des Basses-Pyrénées, <|ui a mis gracieusement i't ma dis- 
position ses noies si étendues sur les établissements hospitaliers d'Avignon. 

3. Pièces 46 et 5o. 



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1X6 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITA1RES. 

d'abord à cause de ta pauvreté d'un ordre qui pouvait diffi- 
cilement faire prospérer des établissements si dispendieux, 
ensuite à cause de sa faiblesse, qui l'expose à de nombreuses 
avanies. L'Hàtel-Dieu de Saint-Quentin, donné en 1257, 
n'existe plus un demi-siècle après ; Châlons, où les Trini- 
taires auraient eu un hôpital dès iaa, r ), n'en a plus dès avant 
i364 '• Même secourus par un puissant seigneur comme Geof- 
froy le Meingre, frère de Boucicaut, les Trinitaires hospita- 
liers d'Arles doivent attacher à leur service Marot du Puy, 
clerc, et le constituer procureur pour la moitié des revenus 
donnés par ce seigneur 1 . Le ministre Guillaume de Flaygnac 
avait d'ailleurs été pourvu de celte charge par Boucicaut 
lui-même (i3 janvier i4io) 3 . Il était donc vrai que la dépen- 
dance étroite pouvait seule assurer la vie de ces établisse- 
ments. 

■ Encore les Trinitaires pouvaient-ils s'estimer heureux quand 
leur hôpital mourait, pour ainsi dire, de mort naturelle; car 
ils étaient parfois dépossédés, a la suite de longs procès dé- 
sastreux, comme à Compiègne 4 , ou d'une enquête désagréable 
comme à Meaux. 

L'Hôlel-Dieu de Meaux, aujourd'hui un des plus riches de 
France, possède, dans ses belles Archives, le registre (coté 
E 1) de l'enquête faite par les commissaires du roi en i5io 
sur l'administration des Trinitaires. M. Coyecque en a publié 
quelques pages piquantes dans ses Documents sur CHdtel- 
Dieu de Paris (tome I er , pp. 3a7-33i). 

Les griefs allégués contre les Trinitaires de Meaux étaient 



1. Archives nationales, X, 1 à *', f» 372. 

2. Bibliothèque d'Arles, nis. i5g, pp. 634-638. 

3. Ibid., insi. 160, pp. 5-g. 

4- Voir la notice spéciale sur cet hrtpilal. 



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LES HÔPITAUX TRINITAIRES. 117 

de deux sortes : mauvaises mœurs el dilapidations. Le chro- 
niqueur Jacques Bourgeois avoue que la compagnie des reli- 
gieuses était fort dangereuse pour les moines, mais H présente 
l'abandon de l'hôpital comme un acte volontaire du général 
de l'ordre'! L'accusation d'immoralité était exagérée, tout se 
réduisant à l'intrigue d'un religieux avec une Sœur. D'ailleurs, 
après le départ des Trinitaires , la conduite des religieuses 
donna lieu à plus d'un blâme. 

Mais la dilapidation était trop évidente. Le ministre Nicole 
Navarre, d'une révoltante parcimonie, avait diminué toutes 
les rations de moitié. Aussi les pauvres devaient-ils avoir 
recours à des moyens héroïques pour trouver à manger. 
Quand les commissaires se présentèrent dans l'hôpital, « lieu 
remugle et dangereux », treize malades seulement sur cin_ 
quante-quatre étaient présents, les autres « s'étant allés men- 
dier par les rues et les églises, de façon que, quand ils ren- 
traient, on les devait coucher pour leurs grandes faiblesses et 
débilités ». 

Pour les vêtements, le ministre n'était pas plus généreux : 
« Les malades s'habillent tant des aumônes de pauvres gens 
que des dépouilles de ceux qui trépassent audit hôtel. » 

Si les Sœurs protestaient contre ces abus, les religieux 
leur adressaient de grossières injures. Sœur Jeanne Couvreusc 
étant venue demander du bois, le ministre lui répondît que 
les religieuses « détruisaient la maison et qu'il y avait trop de 
pauvres ». Comme elle insistait, « luy-mesme la mit es prisons 
du dit Hoslel Dieu du côté des religieux, où iceuls peuvent 



. * II est vray, dît Claude Rochard, dans ses Antiquités de .Veatue 
rites (t. I, p. 3ii), que c'est une chose très dangereuse et périlleuse 
a des hommes d'être sans cesse parmi des filles el à des filles parmi des 



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tl8 L ORDRE FRANÇAIS DES 1 

aller et parler par la fenêtre aux prisonniers et prisonnières 
qui y sont ». 

Venait-on chercher les religieux pour le plus essentiel de 
leurs devoirs, recommandé expressément par leur règle, celui 
de la confession, pour lequel les ordres mendiants avaient 
livré des batailles aux évêques, ils ne se dérangeaient pas : 
une pauvre femme mourut sans confession et les religieuses, 
pour éviter le renouvellement de ce malheur, devaient avoir 
recours à des prêtres séculiers malades à l'hôpital ! 

Le i3 mai 1619, Nicole Navarre, reconnu responsable de 
cette mauvaise administration ,' fut destitué. En vertu de la 
transaction du 9 février i5ao, acceptée par Nicolas Musnîer, 
général de Tordre, les Trinitaires sortirent de l'hôpital, mais 
gardèrent la cure de Saint-Remy', qui y avait été réunie en 
1-106. Les religieuses furent déliées de leur obéissance envers 
le ministre et instruites par des religieuses de l'Hôtel-Dîeu de 
Paris, qui firent la navette entre les deux maisons 9 . Les bour- 
geois solvables et honorables, établis dès i5i8 pour rendre 
les comptes aux gens du roi , à l'évêque et au bailli , furent 
autorisés à annuler les baux faits par les Trinitaires 3 , qui 
constituaient souvent de vraies aliénations. 

li y avait, à cette époque, l'annonce d'une révolution dans 
l'administration des hôpitaux. Les dilapidations des religieux 
auraient beaucoup contribué aux progrès du protestantisme. 
L'évêque intervient, comme protecteur des hôpitaux, mais, 
convaincu lui-même d'avoir exercé une surveillance trop peu 
rigoureuse, il est bientôt débordé, et les comptables des hôpi- 
taux sont désormais des laïques, « deux en chaque lieu, élus 

[. Don Toussaint», pièce 5gi. 

2. Coyeco.ce, t. II, p. 379. 

3. Archives hospitalières, B 146, i/,IS; Ë i5a. 



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LES HÔPITAUX TRIMTAIRES. IKJ 

el commis, de trois en trois ans, par personnes ecclésiastiques 
et laïques a' et versant un cautionnement de 720 livres tour- 
nois au plus (avril i56i). 

Pendant la seconde moitié du seizième siècle, les Triuitaircs 
s'efforcent de sauver ce qui leur reste de leurs hôpitaux. 
Entre autres déclarations qu'ils obtiennent des derniers Va- 
lois, il faut citer celle du 10 mai 1569' où il est spécifié qu'ils 
ne sont point compris dans l'édit relatif aux hôpitaux et mala- 
dreries. 

Le i4 janvier i584, le Parlement de Paris rend, en faveur 
du ministre de Clermont (Oise), un arrêt « défendant aux 
maire et gouverneur d'envoyer ni faire recevoir aucunes 
personnes en l'hôpital de Clermont, ni d'entreprendre sur les 
droits et administration d'icelui 3 ». 

Le début du dix-septième siècle marque une période de 
renouveau dans l'histoire des hôpitaux, comme dans celle de 
l'ordre entier. Les noms seuls des bienfaiteurs de la congré- 
gation réformée, les Montmorency, les Condé, les Guéméné, 
suffisent à prouver l'estime qu'il surent inspirer. A l'hôpital 
de Montmorency, fondé le a3 août 1601, les pauvres ne 
devaient pas coucher plus d'une nuit; ils en durent être 
écartés, dans la suite, à cause de voies de fait auxquelles ils 
s'étaient livrés; il ne resta que les malades, d'autant que 
l'Hopilal-Général dut recevoir les mendiants des localités 
situées à quatre lieues au plus de Paris 4 . 

En i636, le prince de Condé fit une transaction avec 
Charles de la Sainte-Trinité, religieux déchaussé, en vue de 

1. Durand db Maillanb, Liberté» de l'EglUe gallican?, t. II, p. fia5. 

a. Collection tU jaritprudeace, col. g5o. 

3. Trinilaîres de Châlons, Inventaire, p. i53. 

A. Trioïlaires de Montmorency, 2' carton (archives de Seine-ei-Oise). 



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ISO L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

ta fondation d'un hôpital à Châteaubriant 1 . Les Réformés ne 
devaient pas s'arrêter à ces succès, puisqu'ils obtinrent de 
fonder à Rouen un hôpital pour les captifs en 1669. 

A ce moment précis, l'ordre entier subissait un grave dés- 
agrément. En 1663 avait été décidée la création des hôpitaux 
généraux. Aussi, en 1671, les Trinilaires furent-ils déchar- 
gés de leur hôpital d'Arles; il n'y eut plus dans celte ville 
que celui du Saint-Esprit. Le 6 décembre 1673, nouvelle 
avanie. Louis XIV ordonna de remettre à l'ordre de Saint- 
Lazare les Hôtels-Dieu où l'hospitalité n'était pas « obser- 
vée » selon les titres de leur fondation. Nos religieux se 
trouvèrent en contravention. L'avocat Ragoulleau allégua, 
pour la défense des Trinitaires, que leurs maisons n'étaient 
pas dans le cas d'être réunies, car, à plusieurs reprises, le 
roi l'avait déclaré expressément; s'ils avaient cessé de garder 
l'hospitalité prescrite par la règle primitive, c'est que leurs 
maisons n'étaient pas toutes des hôpitaux 3 . Leurs protesta- 
tions paraissent d'abord avoir été vaines. En 169.3 cependant, 
Louis XIV ordonna la désunion de ces hôpitaux d'avec l'ordre 
de Saint-Lazare (i5 avril). Les Trinitaires de Caillouet rede- 
mandèrent, en conséquence, la maladrerie de Chaumont en 
Vexin, ses dépendances et ses titres 3 . Ils purent donc rester 
jusqu'au bout religieux hospitaliers. Toutefois, ils ont eu 
leur part de la remarque désobligeante de Carlier 4 , l'historien 
du Valois , disant qu'a une grande partie des biens donnés 
par la piété des fidèles fut détournée et assignée au soulage- 



1. Trinitaires de Chiites iibriaril, archives de la Loire-Inférieure, H 4?4- 

2. Moyen* généraux pour la définie de /'Ordre... contre les sieur» che- 
oaiiersde Sainl-Latare, p, 3i. (Bibl. nat., Ld«, no a5.) 

3. Archives de l'Oise, Trinilaires de Caillouet. 

4. Histoire dn Valait, l. III, p. 192. 



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LES HÔPITAUX TR1N1TAIREB. 121 

menl des religieux mêmes qui devaient soigner les indi- 
gents ». 

Leurs bonnes œuvres subsistaient encore dans te Midi; en 
1768, à Cordes, les habitants ne voulurent jamais consentir 
à la suppression de l'hôpital trinilaire 1 . Jusqu'à la dernière 
heure de leur existence, ils gardèrent à Marseille un établis- 
sement appelé l'hôpital Saint-Eutrope, dont on ne sait pas 
la date de fondation. Les efforts du P. Giraud, le conscien- 
cieux classeur des immenses archives des Trînitaires de Mar- 
seille, pour l'attribuer à Saint-Jean-de-Matha 9 demeurèrent 
vains. 

Au dix-septième siècle, cet hôpital de Saint-Eutrope a une 
existence tout à fait à part. Il était administré par quatre 
prieurs ou recteurs, deux étant élus chaque année pour deux 
ans; chaque prieur sortant nommait son remplaçant au mois 
d'avril, avant la Pète de saint Eutrope. 'Le ministre ratifiait 
cette élection et entendait les comptes. Tous les ans, on fai- 
sait l'inventaire. L'hospitalier et l'hospitalière pouvaient être 
renvoyés par décision du ministre et des prieurs. Ceux-ci 
devaient faire la quête une fois par semaine, mais l'hospita- 
lière en fui chargée en 1677 et en 171:1; on lui en donnait la 
moitié pour son entrelien. 

Cet hôpital suffisait à contenir les hydropiques « de tout 
âge, sexe, condition, paroisse » de la ville. Nul ne pouvait 
y entrer sans le certificat d'un médecin, apothicaire ou chi- 
rurgien, et sans l'ordre d'un des recteurs 1 . L'hôpital était 



i. RotsiaitOL, Monographies communale! du Tarn, t. III, p. 88. 

3. Bibliothèque de Marseille, ms. i^ii, p. i3a. Le P. Giraud oublie que 
l'hdpi tel irinitaïre de Saiot-Martio fut vendu en 1 276. (Blancard, Sceaux des 
Boachet-da-Rhône, p. a33.) 
3. Trioitaires de Marseille, registre 22, f°>C, 17 vo, 93 y>. 



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L ORDRE FRANÇAIS DES TRIMTAIRES. 

rvé aux pauvres, niais il y avait des riches qui s'y faisaient 
sporter par dévotion et y faisaient leur neuvaine, pendant 
idle ils bénéficiaient des aumônes. Aussi était-il ordonné 
hospitalière, lorsqu'il venait un malade distingué, d'en 
'enir le ministre, qui lui rendait visite et l'engageait à faire 

aumône pour la maison. 

es Trinitaîres n'avaient d'ailleurs pas besoin de posséder 
hôpital pour remplir leurs devoirs charitables. L'acte de 
ialîon de La Cadière (Var) en 1637 stipule, nous l'avons 

qu'ils seront tenus de demeurer en ce pays en temps de 
e. Tout nous porte à croire qu'ils firent honneur à leur 
île. A Saint-Remy, en i64o, le ministre de ce couvent 
récent et trois religieux moururent de ce fléau. Mais 
( surtout dans la fameuse peste de 1730-1721, qui ne se 
1a pas seulement à Marseille, qu'ils firent courageusement 

devoir. La liste ' des religieux morts de la contagion com- 
id trente noms, dont dix de clercs ou convers. On peut 
r entre autres, à Marseille, Michel Trossier, ancien provin- 
, Ignace Roux, vicaire général et ministre; à Arles, Félix 
ny et Chartes Reinaud, morts en servant la paroisse 
it-Laurent; à Tarascon , Dominique Pépin et Ignace 
tide, morts aux infirmeries; à Saint-Remy, le P. Maurice 
;uier, qui avait servi six mois les pestiférés avec un 
il zèle. La gloire de Belzunce est légitime, mais il ne faut 

moins admirer ces obscurs religieux dont le nom est à 
te connu et qui, en ces jours terribles, rachetèrent quel- 
s défaillances 3 . Les Trinilaires déchaussés ne furent pas 
rieurs à leurs confrères : « Un pauvre Frère s'est sacrifié 

Trinilaires de Marseille, registre i3, f° il\\. 

Méhï elGuiwpOH, Histoire des actes de In municipalité de Marseille, 

I, p. cLvn [(24 septembre '720).] 



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LES HÔPITAUX TRINITAIRES. I â3 

au service à l'hôpital aux convalescents, et d'autres confessè- 
rent les malades' ». 

Nous verrons dans la dernière partie de ce travail que les 
Trinitaires d'Aller, eux aussi, montrèrent un dévouement 
perpétuel aux chrétiens atteints de la peste. 

i. A Lens (Hiinaul) les Trinilaires n'étaient pas moins charitables. En 
1670, Antoine Belgrade mourut après avoir été donner In bénédiction du 
scspulaire aux moribonds de la peste. 



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CHAPITRE XIII. 



Les curea trinitaires. 



Nos religieux se vantèrent, en 1766, de faire ce que les 
autres ne faisaient pas, comme la rédemption des captifs, el 
aussi de remplir, comme bien d'autres, des fonctions pasto- 
rales. En effet, ils desservaient un grand nombre de cha- 
pelles et de cures. Cette raison de fait nous permet de trouver 
oiseuse la question qui fut discutée, au dix-huitième siècle, 
avec un étrange acharnement : les Trinitaires ont-ils ie droit 
de tenir des cures? Il leur aurait suffi de dénombrer celles 
qu'ils desservaient ; au lieu de cela ils produisirent un acte 
suppose de Guillaume d'Auvergne; cela ne réussit cependant 
pas à compromettre leur cause. Claude Gallardon, chanoine 
régulier, dans un factum conservé à la Bibliothèque Sainte- 
Geneviève 1 , exhale une rage impuissante contre ces religieux 
qui, non contents de se faire déclarer chanoines réguliers, 
venaient encore menacer les cures desservies par leurs nou- 
veaux confrères. Dès le principe, les Trinitaires avaient joui 
sans conteste d'une certaine quantité de cures, plus nombreu- 
ses dans le Nord que dans le Midi. 

La plus ancienne qui leur ait été donnée est celle de Vier- 

1. Manuscrit no 1967. 



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LES CURES TRINITAIRES. Ia5 

set, dont Wautier de Beauforl, le a5 mars 1208, cède aux 
religieux de Saint-Nicolas de Sarte, près Huy (sur la Meuse), 
le patronage, c'est-à-dire le droit-d'y présenter. Cela équivalait 
à la possession, car l'ordre devait toujours être en mesure 
de la faire desservir par un Trinitaire '. 

Noua avons vu qu'Henri , comte de Bar, donna en 1 239 la 
cure de Lamarche aux Trinitaires, qu'il présenta à l'évèque 
de Toul. Un religieux qui la desservit eut une curieuse contes- 
tation avec une dame Parise de Vosges, à laquelle il réclama 
une demi-aumône à cause du décès de sa fille morte sans 
avoir été mariée. C'était, paraît-il, une coutume de Lamarche, 
el le doyen de Viltel donna raison au Trinitaire-curé. 

Parfois le patronage était partagé. Les Trinitaires de Lérin- 
nes ont la collation alternative de l'église de Tourinnes-les- 
Ourdons avec les religieuses du Secours-Notre-Dame. Nous 
rencontrons des exemples analogues en Normandie. 

A la Perrine, ils partagent avec le chevalier Renaud Bour- 
guignon et sa mère le patronage de la cure du Désert; mais 
ils ont Yaltalagium, droit aux oblations de l'autel, qui est la 
meilleure partie du revenu. 

Les Trinitaires de Rouvray exerçaient, sur l'église de Saint- 
Aignan, un patronage, conféré par un chevalier et confirmé 
par Eudes Rigaud 1 ; le 1" juillet i334, aux assises de Rouen, 
le procureur du ministre et celui du chevalier Pierre Desma- 
rais renoncèrent à ce droit en faveur- du seigneur de Rou- 
vray 3 . 
Eudes Rigaud, dont il vient d'être question, avait remis en 

1 . Archives particulières de M. le duc de Beaufort-Spoutin (communi- 
cation de M. P. Caroû). 

2. Historien» de la France, XXIII, 5o8 k el n. 2, 

3. Ibid., XXIII, Mi c. d. 



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120 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIKES. 

12 5 y la cure de Rouvray, près Forges-Ies-Eaux, à Mathieu, 
Trinitaire, présenté par le grand-ministre ; il l'autorisa à en 
consacrer tous les revenus aux besoins de l'ordre, ne rete- 
nant pour lui et l'archidiacre que io livres tournois par an. 
La cure valait 6o livres ' et avait cent paroissiens. 

Souvent les Trinitaires furent chapelains seigneuriaux et 
même royaux. Le ministre de La Veuve, près Châlons, des- 
servait le château de Juvigny 3 . Des Trinitaires chapelains 
royaux sont ceux de Fontainebleau, que saint Louis établit 
dans son château et auxquels fut donnée la cure d'Avon, en 
i54g ; leur souvenir s'est conservé à tel point que, même après 
toutes les vicissitudes du couvent, la chapelle du château porte 
encore le nom de la Sainte-Trinité. 

On peut ranger dan» ce groupe le prieur de Saint-Julien 
de Cadoudal, près Rieux, et le minisire du couvent de Beau- 
voir-sur-Mer, aussi prieur de Saint-Thomas de la Garnache, 
Bon annexe. Plus les couvents étaient déserts, plus le religieux, 
qui parfois l'habitait seul, en arrivait à remplir simplement les 
fonctions curiales. Tel était ce Louis Gallot dont Jean d'Es- 
tourmet vantait, à la fin du seizième siècle, les excellentes 
prédications et qui était si regretté par les habitants d'E-s- 
laires 3 . 

Par une rare fortune, la desserte d'une chapelle seigneu- 
riale, à Vianden en Luxembourg, allait conduire les Trini- 
taires à annexer huit cures à leur ordre ; la donation primitive 
fut faite en ia^8 par le comte Henri. 

Lorsque les religieux eurent reçu la desserte de la chapelle 
castrale de Vianden, les habitants trouvèrent qu'elle était bien 

i. Hiltorien* de France, XXIII, a$o h. 

2. E. de Barthélémy, Ijiocrse ancien de Ckalon», II, 58. 

3. Archives des Trinitaires de Douai, a« carton (non colë). 



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LES CURES TRINITAIRES. 137 

haut et bien loin pour servir comme paroisse. L'église du 
couvent devint donc paroisse à partir de 1 266. Mais les Tem- 
pliers de Rolh, dont Vianden dépendait primitivement, avaient 
vu de très mauvais ceil l'installation des Trinitaires et la colla- 
tion de la cure que leur avait faite le comte. Ils ne craignirent 
pas de lancer l'excommunication contre celui-ci et de solliciter 
des lettres d'éviction contre le ministre ; mais le partage des 
dîmes et une indemnité, payée par les Trinitaires, assoupirent 
l'affaire. Nos religieux ne cessèrent pas d'acquérir des cures 
autour de Vianden, tant d'ecclésiastiques, comme l'abbé 
d'Echternach, que de laïques : telles sont, après Mettendorf et 
Daleyden, qui datent de la donation primitive, Couston 1 , 
Nosbaum, Fouhren, le Mont-Saint-Marc, et j'en oublie certai- 
nement. On se demande comment ils avaient assez de reli- 
gieux pour les desservir toutes. La prospérité du couvent de 
Vianden était indéniable, puisqu'ils renonçaient au bénéfice de 
l'avant-dernier article de la règle leur permettant de ne point 
user du chant grégorien à cause de leur petit nombre. 

C'est pour Vianden que nous avons été le mieux renseignés 
sur les formalités de l'union des cures au couvent trinitaire. 
Les différents seigneurs patrons envoient par écrit leur con- 
sentement à l'ordinaire, en cette affaire, l'évéque de Liège, qui 
prononce alors l'union solennelle au couvent. Parfois même, 
une confirmation est demandée au pape. 

Les Trinitaires ont aussi possédé des prébendes. Thibaut IV 
de Champagne leur promit, le 22 avril 1260, la première qui 
serait vacante au chapitre de Saint-Etienne de Troyes 3 . Le 
ministre d'Etampes était chanoine de la collégiale. 1-e P. Hélyot 

1 . Pièce g4- 

2. D'Aabois de Jubaikvillk, Catalogue des actes. . . des comtes de Cliam- 



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138 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

cite encore, comme appartenant à nos religieux, des prébendes 
à Pïimiers, à Belleville près Maçon, à Mortagne, et deux à 
Orthez. D'une transaction passée à Clermont (Oise) entre le 
grand-ministre Renaud de la Marche et le chapitre de Cler- 
mont, on peut conclure que le ministre de l'hôpital était, en 
certaines circonstances, assimilé à un chanoine par le seul mit 
de porter une châsse le jour d'une procession solennelle '. 

La plupart des cures occupées par les Trinitaires leur vin- 
rent par des hôpitaux auxquels elles étaient déjà annexées 
avant leur venue. Ainsi, quand ils reçurent l'Hôtel-Dieu de 
Meaux, en ia44, cet établissement possédait depuis 1206 la 
cure de Saint-Remy*. La Maison-Dieu de Lisieux possédait 
déjà avant 1225 les cures de Marolles, Courbesarte et Villers- 
sur-Mer (celle-ci supprimée à la fin du dix-huitième siècle) 3 , et 
les chapelles de Saint-Christophe et de Surville. Dans le Midi 
même, la communauté et les consuls de Cordes leur conférè- 
rent la cure de Notre-Dame, le 3t mai 1287, mais non la pro- 
priété de l'église, comme le veut M. Rossignol. Une transac- 
tion de 1594 porte que les Trinitaires feront venir l'archiprêtre 
pour faire la levée du corps et toucher la quarte funéraire. 

Les Trinitaires furent naturellement appelés à exercer les 
fonctions paroissiales dans des bourgs insuffisamment des- 
servis par le clergé séculier : à La Cadière, deux religieux 
devaient être capables de prêcher et de confesser, seulement 
ils ne pouvaient s'immiscer dans la desserte des chapelles 
rurales : celte prescription avait pour but de les retenir plus 

1. Voir la monographie du couvent. 

a. L'administrateur de l'hôpital Jean-Rose, construit sur cette paroisse. 
payait chaque année 4 livres tournois à la Maison-Dieu ( 1 366). {Gallia 
Christiana, VIII, 1637). 

3. Vasseuh, Les Afathtirin» de Liiieinr, et Bibl. de Marteilfe, manuscrit 
r a 1 0, pp. 466-468 (Archives nationales, G* 670). 



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LES CURES TRINITAIRES. I 29 

étroite ment à la ville. Dans la même région, à Nolre-Dame-de- 
Santé près La Verdière, au Muv, ils desservirent des chapelles 
où avaient lieu des pèlerinages renommés. 

Jamais le nombre des Trinitaires curés ne fut plus grand 
qu'au dix-huitième siècle. Le chapitre de Saint- An tonin donna, 
le 10 mars 174^, à Pierre Roux, ministre de Cordes, la cure 
de Servanac, avec ses annexes Saint-Jean de Cazals et Sainte- 
Eulalie, plus 3o livres de pension pour chacune 1 . Quelques 
années après, nos religieux de Toulouse furent sur le point 
de faire ériger la paroisse de Saint-Michel en annexe de leur 
communauté, le 19 juin 177s 1 . 

II faut encore compter parmi les cures une foule de chapel- 
les, reçues parfois à titre assez onéreux pour qu'une modifica- 
tion à ces conditions ait été demandée. Telles sont la chapelle 
de Notre-Dame-du-Bois à Labrugière, conférée en 1619 aux 
Trinitaires de Toulouse par Louis de Flochechouart , et celle 
de Saint-Biaise à Chars, unie au couvent de Pontoise par 
l'archevêque de Rouen. Les Réformés de cette ville avaient 
reçu la chapelle de Saint-Jean-Baptiste à Nesles, à condition 
de célébrer quatre messes par semaine; or la distance à par- 
courir élaît de deux lieues ; il fallait parfois débourser 5o écus 
par an pour l'entretien des cloches et du chœur de cette 
éjçlise, sans parler de 45 à 60 livres de' décimes et autres 
contributions. Innocent XIII ayant accordé a l'ordre une 
réduction de fondations, le 10 septembre 1723, le visiteur pro- 
vincial des Réformés estima qu'il n'y avait de fonds assurés 
que pour une messe le jour de saint Jean l'Evangéliste , 

,_ Trinitaires de Toulouse, liasse 61. Le Parlement condamna le cha- 
pitre de Saint-Anton in à payer cette pension, le 3 avril l'/iifi, plus 3o livres 
en tout pour un clerc. 

a. Trinitaires de Toulouse, registre 85, pp. 37-42. 



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i3o l'ordre français des trimtaihes. 

patron de la chapelle, et pour une messe des morts aux inten- 
tions de M. de Nesles 1 . 

L'on peut signaler, à titre de curiosité, la collation, par 
l'évèque <l'Ag(te, d'une chapelle établie dans la maison de 
Sainte-Marguerite de Loupian et de l'ermitage du Mont-Sainl- 
Clair de Cette, à un Trinitaire de Montpellier 1 . 

Bien peu de statuts concernent les curés, et il est peu 
d'affaires intéressantes auxquelles ils soient mêlés. Il est dé- 
cidé, en i G 1 3, que les curés uon annexés sont révocables 
ad nutum; les annexés demeurent en leur état de curés tant 
qu'ils ne donnent pas lieu à des plaintes. Ils étaient nommés 
par le provincial 3 et restaient soumis à leur ministre. Quand 
la cure était très voisine du couvent, ils ne la quittaient pas 
à vrai dire; ainsi le ministre de Lens, Alexis Masson, ayant 
fait de grandes prodigalités, un Trinitaire de Lens, qui était 
curé d'Erbaux, fut nommé vicaire du couvent 4 . Parfois, au 
contraire, ils s'ingéraient abusivement dans les affaires de 
leur maison de profession ; le curé d'Assenois ne venait à 
Bastogne que pour y causer du désordre 5 . 

En 1703, le Conseil d'Etat décrétait que les religieux pour- 
vus de cures ne pourraient être révoqués que par le chapitre 
général 6 . 

Joseph II, supprimant en 1783 l'ordre des Trinitaires dans 
les Pays-Bas, décida que les religieux curés resteraient eu 
possession de leurs cures, mais seulement viagèrement et 
seraient ensuite remplacés par des séculiers ordinaires. Nous 

1. Registre capitulnire de Pontoisc, fol. 47 v °< 

ï. Pièce 18O. 

3. Archives île Mous ; en iOoô, Jean Thiéry noinnic le curé de Vierset. 

4- Archives du Royaume à Bruxelles, Conseil prive, carton i^î2. 

5. Ibid. 

ti. Recueil des arrét$ de jurisprudence (de Brilluu) au mot Cure. 



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LES CURES TBlNITAlRES. l3l 

verrons que ce fut là un débouché pour les Trinitaires après 
leur suppression en France. 

Sur leurs obligations relativement au chapitre des églises 
cathédrales, rien ne se rencontre de spécial, sinon que le 
curé de Sainl-Remv devait, chaque année, à un jour fixe, 
sonner les cloches de la cathédrale Saint-Etienne de Meaux'. 

i . Manuscrit de Claude Rochard, à la bibliothèque de Meaux. 



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CHAPITRE XIV. 



Les églises trinitaires. 



Il est peu de points sur lesquels nous .soyons moins ren- 
seignés que sur les églises trinitaires. Le seul article de la 
règle qui les concerne prescrit qu'elles soient simples, ce qui 
fut facilement observé par un ordre aussi pauvre. A part des 
remarques contemporaines dans les chroniques de Gaguin et 
de Bourgeois, il n'y a que de très rares actes faisant mention 
de leur état primitif antérieurement au dix-septième siècle. 
L'église de Cerfroid et celle des Mathurins de Paris, modèles 
que l'on eût pu désirer étudier, sont aujourd'hui détruites; 
ce que nous croyons savoir nous induit à penser qu'il n'y eut 
jamais de style trinitaire. 

Ces églises étaient bâties à peu de frais, à en juger par les 
immenses dégâts que des catastrophes y causèrent, d'où de 
fréquentes réparations. Presque toutes les églises dont nous 
avons les comptes de construction datent du dix-septième 
siècle. Vers i (i88 fut édifiée la nouvelle église des Trinitaires 
de Châlons; la précédente avait un maître-autel de i638. 
L'église d'Ëtampes fut reconstruite en 1756-1758. Celle de 
Metz était ornée d'un nouveau maitre-aulel en 1789. Le 
simple examen de ces dates (on pourrait les multiplier), 
montre bien que, si ces églises subsistaient encore, nous ne 



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( Blullothèqiw nationale. E-Umpe». ttd H, fui. 7T.) 



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LES ÉGLISES TRINITÀIRES. I 33 

partagerions pas la satisfaction de Claude de Massac, voyant 
en 1720 l'église neuve du couvent de Metz. 

En Provence, les Trinitaires, s'étant réformés, modifièrent 
tout ce qu'avaient fait leurs prédécesseurs. A Arles, en 1612, 
ils abattirent toute l'église, sauf le clocher. 

Même pour cette époque, les détails consignés dans les 
registres de visite ne sont guère relatifs qu'à des inventaires 
du mobilier. 

Les églises que l'on peut dater (en dehors de celle des 
Mathurins de Paris) sont très rares. Celles de Metz et de 
Vîanden sont dans ce cas. Pour la première, un acte conservé 
aux Archives de Lorraine nous donne, non seulement l^acte 
de consécration de l'église par Désiré Noël, le 12 avril i477> 
mais la date d'une consécration antérieure, du -ïi février i3io- 
i3ao, mentionnée dans les certificats de Reliques que conte- 
naient les autels. On pourrait donc faire remonter l'achève- 
ment de la première église trinitaire de Metz à i320. 

Un document inédit , conservé au palais du gouvernement 
de Luxembourg, permet de dater l'église de Vianden. Le 
27 août 1498, Gaguin permit aux religieux de ce couvent de 
quêter dans les diocèses de Trêves, Cologne et Liège, afin de 
rebâtir leur église, récemment incendiée avec la majeure partie 
de la ville 1 . La reconstruction ne marcha pas aussi vite que 
l'auraient espéré les habitants, car ceux-ci conclurent, en sep- 
tembre t5oi, un accord avee les religieux pour contribuer à 
frais communs à la réparation de la toiture. La bourgeoisie 
se chargea de la nef latérale qui regardait la rue, le couvent 
se chargea du vaisseau principal 1 . Le chœur fut consacré 
seulement en i635. 



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i36 l'ordre français des trinitaires. 

l'ordre. Mais, bien souvent, on donna aux religieux des 
églises qui avaient d'autres patrons, comme celle de Saint- 
André de Clermont, par exemple, et qu'il parut inutile de 
débaptiser. Par suite, la seconde règle décida que, seules, les 
églises bâties par les frères seraient dédiées à la Trinité. 
Aucune église nouvelle ne fut consacrée par eux à leur fon- 
dateur Jean de Matha , sinon celle de Faucon, sa patrie, et 
celle de l'hôpital d'Espagne à Alger. Il est vrai qu'il ne fut 
canonisé qu'au dix-septième siècle 1 . 

L'article de la règle rappelé plus haut suffirait à montrer 
l'injustice du grief que Louis Petit fait aux Trinitaires Réfor- 
més de ce que leurs couvents s'appellent Saint-Michel de 
Pontoise, Notre-Dame de Liesse, Saint-Jean-Baptisle de 
Montmorency, aucun n'étant dédié à « l'adorable Trinité ». 
Le général eût mieux fait de se rappeler que les Trinitaires 
non réformés possédaient, entre autres couvents, Saint-Jac- 
ques de Troyes, Saint-EIoi de Mortagne, Notre-Dame de 
Limon, Sainte-Catherine de Beauvoir et qu'il résidait lui- 
même au couvent de Saint-Math urin de Paris. 

Le nom de Sainte-Trinité que portaient un certain nombre 
d'églises de l'ordre a fait attribuer à tort à nos religieux des 
hôpitaux comme celui de la Trinité, à Paris, et des églises 
comme la Trinité de Verneuil (Eure) qu'ils n'ont jamais pos- 
sédées. L'annaliste Baron a mentionné ce couvent de Ver- 
neuil (i2o5) et je ne sais si cette erreur n'est pas intention- 
nelle. 

Dans des villes où les Trinitaires ont eu des couvents, 
comme Troyes, il est donc des églises et des hôpitaux dédiés 

i . En 1 7G3, l'armateur Meifrun donna a un bateau le nom de Saint-Jean- 
de-.Valha. Celait un digue, hommage a tout l'ordre rédempteur. (Devoulx, 
Revue africaine, l. XVI, p. 38i .) 



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LES ÉGLISES TRINITAIRES. l3-j 

à la Trinité qui ne leur ont jamais appartenu. Parfois, ces- 
sant d'appartenir aux religieux, l'église perdait son vocable, 
comme à Cliaions. Le 20 mai i685, Louis XIV avait ordonné 
à l'intendant Miromesni! d'exproprier les Trinilaires pour 
agrandir l'Hôpital-Général. Le a3 juillet, le ministre Guil- 
laume Basire cède son église moyennant 40,000 livres; par 
l'effet de cette vente, les acquéreurs « intituleront ladite église 
désormais de Saint-Maur, sans pouvoir loucher par eux aux 
sépultures des généraux, ministres et religieux de l'ordre qui 
y sont inhumés' e. 

Reliques. — Les reliques sont nécessaires dans tout autel. 
Les premières que l'on chercherait dans les églises trinilaires 
sont celles du fondateur et des saints de l'ordre. Le couvent 
de Faucon, fondé en 1661 dans la patrie de saint Jean de 
Matha, est le seul de France qui en eût. Le corps du saint 
fut transporté à Madrid, comme on sait. Quant aux reliques 
de saint Félix de Valois, le P. Calixle a eu la franchise 
d'avouer qu'il n'en avait point retrouvé à Cerfroid. 

Divers personnages de l'ordre furent honorés comme mar- 
tyrs, notamment les PP. de Monroy, Aquila et Palacios, qui 
moururent en captivité à Alger; le bienheureux Simon de 
Roxas en fil rechercher avec soin des reliques pour leur faire 
rendre, à Madrid, ie culte qui leur était du 2 . 

Les reliques conservées dans les couvents trinitaires n'ont 
aucun rapport avec l'ordre. Les autels consacrés à Metz sont 
ornés de reliques de saint Laurent et de sainte Barbe. Le 
couvent de Socuellamos reçut, en i64i, une partie des reli- 
ques de saint Valentin, comme il ressort d'un acte passé à 

1. Inventaire des Trinilaires de Cbâloos, p. 64. 

1. Giuuo Cobdara, Ritraito delta cita... di Simone de Ro-rus. 



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l38 1,'oRDRB FRANÇAIS DES TRINITAtRES. 

Madrid devanl Lambert Tito, notaire apostolique 1 . I! y eut 
une grave affaire de reliques volées à Sanlarem; le P. Aloè.s, 
dès qu'il eut appris leur provenance frauduleuse, s'empressa 
de les faire renvoyer en Portugal. Le couvent de La Cadière 
se vit conférer par Charles Malachane 1 , procureur général 
en cour de Rome, une relique de la vraie croix, qui ne pou- 
vait être prêtée au dehors. 

Quel que fiH le couvent qui en bénéficiait, la destinée com- 
mune de ces reliques a été d'éprouver beaucoup de vicissitu- 
des. Le cartulaire de Lens nous raconte ce qui advint de celles 
de saint Antoine et de saint Hubert : par un malheureux 
hasard, des visa obligatoires furent omis, et la « reconnais- 
sance i) en exigea un temps très long. Ailleurs, leur authen- 
ticité provoqua de vives contradictions , mars c'est là le sort 
commun du plus grand nombre des reliques. 

Souvenirs. — Quand même l'architecture des églises eut 
été sans intérêt, il était au moins une circonstance qui leur 
donnait une valeur propre, c'est le souvenir de leur fonda- 
teur. La mémoire des seigneurs bienfaiteurs ne se perdit 
jamais. Jean d'Estourmel, baron de Doulieu, rappelle que 
onze de ses ancêtres ont leur tombeau dans l'église de Con- 
vorde. 

La chapelle castrale de Vianden, d'après la splendide publi- 
cation de M. Arendt, conserve encore les monuments des 
comtes de Spanheim, bienfaiteurs des Trinitaires. 

D'utiles publications, faites il y a un demi-siècle, alors que 
le souvenir de ces oeuvres d'art n'était point encore effacé, 
et que quelques-unes subsistaient encore, donnent des détails 

i. Bïbl. de Marseille, manuscrit izi5, f« yi. 

a. L'abbé Gjhacd, Monographie de La CwrfiVrc.p. Si. 



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LES EGLISES TK INI TA IRES. 100 

intéressants sur ces tombeaux. Ainsi, à Châleaubnant, on 
voyait, en i863, « dans l'enclos du baluslre du mattre-autel, 
un monument enfermé dans le mur, soutenant la figure d'un 
homme au côté duquel est un bouclier chargé des armes 
de Châleaubrianl, et en dessous du monument, il y avait 
une cave ou charnier où repose le corps qui est représenté 
par ladite figure' ». La mort légendaire de Sibylle, femme 
de Geoffroy de Châteaubriant , était aussi figurée sur les 
vitraux de cette église. 

Chapelles particulières. — Nos religieux n'auraient jamais 
pu faire les dépenses nécessaires pour construire une église 
s'ils n'avaient été aidés par des particuliers qui mettaient cer- 
taines conditions à leurs libéralités. 

A Marseille, en 1.^78, le ministre Pierre Maire avait cédé à 
Thomas Broulhard la première chapelle à main gauche en 
entrant, « continue à celle de M. de Minuet, pour y faire 
construire un tombeau où seraient ensevelis avec lui sa femme 
et ses enfants, à l'exclusion de toute personne étrangère à sa 
famille. Il fera faire à ses frais un autel où sera représenté 
saint Thomas, apôtre, et fera blanchir la chapelle 1 ». 

Plus lard, Désirée « Brouarde » accuse le ministre d'avoir 
violé ta sépulture de son frère en faisant démolir la chapelle. 
Le ministre répond que, dans son état primitif, elle n'était 
en réalité, qu'une grotte, où l'on pouvait à peine dire la 
messe, et qu'il l'a mise de pair avec les autres chapelles de 
l'église ; il autorise d'ailleurs la demoiselle Brouarde à faire 
à ses frais les réparations qu'elle jugera utiles. 

1. Cité dans GounÉ, Histoire de Chàteaabriant, p. î8a. 
a. Grands Trinilaires de Marseille, refrislre i, f". 29, 



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■ 40 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

Ornements. — Quand les religieux étaient réduits à leurs 
seules ressources, ils faisaient le moins de dépenses possible. 
Le rédacteur du Cartulaire de Lens, Antoine Dachier, blâme 
son prédécesseur d'avoir « accommodé » cette église de nions- 
trances, de ciboires, d'un aigle au milieu du chœur, avec une 
profusion exagérée. 

Chez ces mêmes religieux, le sépulcre fut imité de celui 
d'Anchin. 

Sans faire ici la monographie de l'église des Mathurins de 
Paris, je veux relever un détail concernant une autre copie 
d'oeuvre d'art. Un ministre de Lens, Guillaume Watten, 
donne i5o florins pour les marbres de l'église qui était le 
vrat centre de l'ordre ; de plus, une pierre représentant les 
douze Apôtres, semblable à celle de Lens, et il ia fait trans- 
porter jusqu'à destination, en reconnaissance des secours que 
le chapitre général lui avait accordés autrefois pour ses étu- 
des. Paris ne dédaignait donc pas d'emprunter non seule- 
ment à la province, mais même à l'étranger', Lens étant en 
Hainaut. 

Pour le maltre-autel de marbre de l'église des Grands-Tri- 
nitaires de Marseille, te Bureau de la Rédemption donne 
1,600 livres sur les 3,5oo que demandait le sculpteur Monté- 
dony, à condition de mettre en évidence sur cet autel l'écus- 
son et les armes du Bureau 3 (i5 novembre 1747). 

La confrérie de Saint-Roch avait pris à sa charge les 
12,000 livres de la reconstruction de l'église des Trini- 
taires d'Arles, où étaient conservées les reliques de son 
patron. 

1 . Tous ces faits ont été. extraits de diverses pages du Cartulaire de 
a. Trinitaires de Marseille, registre 8, p. 45. 



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PORTAIL DU COUVENT OE SAINT-THOMAS DE FURMIS A ROME, 
AVEC LA. MOSAÏQUE. 



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LES ÉGLISES TRINITAIRES. l4l 

On ne saurait énumérer toules les confréries qui se tenaient 
dans les églises trinitaires et qui fournissaient une partie appré- 
ciable de leurs revenus : c'étaient à Marseille tes courtiers 
royaux ou censaux' (1716-1720), les curatiers et tanneurs 
transférés des Grands-Auguslins aux Trinitaires 1 , en i665; — 
à Montpellier celles de Notre-Dame de Bethléem, ainsi que 
des porteurs de chaises et portefaix. Mais la plupart de ces 
confréries n'avaient qu'une existence accidentelle dans ces 
églises, n'étant point en rapport avec les dévotions spéciale- 
ment trinitaires. 

Fêtes. — Les fêles de l'ordre fourniront l'explication des 
principales œuvres d'art provenant des églises trinitaires. 
Le calendrier des religieux renferme peu de solennités spé- 
ciales. C'est fort tard que furent instituées les commémora- 
lions de saint Jean de Matha et de saint Félix de Valois. 
Depuis leur canonisation, la fêle de saint Jean de Matha 
se célèbre le 8 février; celle de sainl Félix de Valois, le 
ao novembre. 

La principale fête de l'ordre est celle de sainte Agnès 
seconde, c'est-à-dire de son octave, le 28 janvier, jour de 
l'apparition traditionnelle de la sainte après son martyre, 
auquel les Trinitaires rapportaient l'anniversaire de leur fon- 
dation. Il a été question de cette prétention au chapitre II. 
Toujours est-il que celte fêle éclipsa entièrement celle du 
vocable de l'ordre, c'est-à-dire de la sainte Trinité. Bien que 
le dimanche après la Pentecôte fût appelé, en 1198, dimanche 
de la Trinité, celte solennité, croit-on, fut instituée seulement 



1. Chambre de commerce, Inventaire, IIH 108. 

1. Trinitaires de Marseille, noie au dos de la pièce 1$, 



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l4'J L'ORDRE FRANÇAIS DES TR1.NITAIRES. 

par le pape Jean XXII 1 . On se souvient que, dès ia63, le 
chapitre général avait été avancé au quatrième dimanche 
après Pâques., Le nom de la sainte Trinité fut conservé à la 
plupart des confréries vouées à la rédemption des captifs. La 
figure symbolique de la sainte Trinité était le sujet le plus 
ordinaire des sceaux trinkaircs 5 . 

Saint Augustin fut particulièrement honoré chez les Tri- 
nilaires. Depuis le quatorzième siècle, des religieux tenant 
des hôpitaux prétendirent se rattacher à cette règle, en dépit 
de la regala propria 3 de saint Jean de Matha. Une minia- 
ture du manuscrit 1765 de la Bibliothèque Mazarine repré- 
sente saint Augustin expliquant sa règle à deux Trinilaires. 

Saint Rocli partagea cette haute faveur, à cause de la 
conservation de ses reliques dans le couvent d'Arles. L'église 
de Marseille lui était dédiée et l'on faisait des processions en 
son honneur, tant dans le Nord que dans te Midi, contre la 
peste 4 . 

Mais la dévotion la plus ordinaire dans les deux derniers 
siècles de l'histoire des Trinitaires se rapporta a Notre-Dame 
du Bon-Remède. La sainte Vierge fut spécialement honorée 
par l'ordre, qui, au dix-septième siècle, reçut un grand 
nombre de chapelles qui lui étaient consacrées : Notre-Dame 
de Liesse à Gisors, Notre-Dame de Santé à La Verdière. Des 
légendes relatives à la protection de la Vierge sur saint Jean de 
Matha, qui lui aurait été consacré dès son enfance et qu'elle 
aurait miraculeusement aidé fors de deux rédemptions opérées 

1. La fêle était parfois célébrée le dimanche avant l' Avant. (Guiouk, 
Livre des SltttiitK dit collège de la Trinité de Lyon, pp. viu-ix.) 

2. A Saint-Éloi de Mortagne, le sceau trinilaire était cependant inspiré 
d'un trait de lu légende du saint. 

3. Cette prétention sera examinée dans la deuxième partie. 

4. Voir l'appendice I : Le» reliques de Saint-Roch. 



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LES ÉGLISES TRIBUTAIRES. la,'i 

» Tunis et à Valence, furent, inventées pour faire remonter 
cette dévotion très haut. Nous avons un fait précis en 1071, 
ïnice à une bulle' de Pie V. Il y avait depuis un certain 
temps uue confrérie de Notre-Dame du Bon-Remède chez les 
Trinitaires de Valence; or, sur les instances du marquis de 
Moncada, Don Juan d'Autriche, à la bataille de Lépante, se 
recommanda à Notre-Dame du Remède, lui et toute sa flotte. 
Cela lut cause d'un conflit entre les Trinitaires et les Domi- 
nicains. Ceux-ci arguèrent qu« Pie V, leur confrère, avait 
célébré dans le couvent de la Minerve l'office du Rosaire le 
jour de la bataille, et que, par conséquent, la victoire était 
due au Rosaire et non à Noire-Dame du Remède. On se dis- 
putait encore à ce sujet dans les Pays-Bas en i663. En dépit 
des plaintes des Mercédaires, disant que Notre-Dame du Bon- 
Remède était une concurrence déloyale À Notre-Dame de la 
Merci, le pape tolère les confréries trinitaires érigées sous ce 
vocable. Depuis 1077, il y avait un autel dédié à Notre-Dame 
du Bon-Remède à Marseille ; une statue qui provient sans 
doute de nos religieux est conservée à Sain t-Trophime d'Arles; 
«1 1670 une table d'autel fut faite à Lens en son honneur'. 
Si les Trinitaires, en général, étalent ainsi dévots à la 
sainte Vierge, ceux de Toulouse l'étaient avec trop d'origi- 
nalité; ils se virent défendre, le 8 mars 171a, une nouvelle 
manière de réciter le rosaire : ils supprimaient le Pater jVoi- 
ttr, et dans le Gloria Patri, ils introduisaient les invoca- 
tions : uni Deo infinité maano, infinité beato, rerum omnium 
finiultimo 3 . 



1. Huile dans les liasses de Marseille. L'indulgence fut confirmée le 3 sep- 
tembre [370. 
1. Cartulairc de Leos, p. 2i5. 
i. Bcioit XIV, De canonisations lanctorum, livre IV, t. [V, p. 70O. 



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1 44 l'oRDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Quelques dévotions locales, comme celle de saint Mathurin, 
ne franchirent pas les limites du couvent de Paris. L'hôpital 
trinitaire de Marseille était dédié à saint Eutrope, mais ce 
saint était si peu connu qu'on ne savait même pas quel jour 
il fallait célébrer sa fête, ce qui causait dans le peuple un 
certain désarroi 1 . 

Tableaux. — Si aucune église de l'ordre ne fut dédiée à 
à saint Jean de Matha ou à saint Félix de Valois, les por- 
traits de ces fondateurs tout au moins devaient s'y rencon- 
trer. Ils sont mentionnés dans une commande de tableaux 
faite, au dix-huitième siècle, pour le couvent de Mirepoix. 
Aucun ne doit remonter bien haut, aucun n'a de valeur do- 
cumentaire. Il suffit de se reporter aux Caractéristiques des 
Saints et à l'Iconographie de la collection Migne pour avoir 
la liste des gravures qui prétendent représenter ces fonda- 
teurs. Saint Jean de Matha, était jeune, croit-on, et docteur 
en théologie, d'où le bonnet qu'il porte; saint Félix de Valois, 
selon une légende apocryphe, était de la famille royale de 
France et avait été maintes fois consolé dans sa solitude par 
un cerf, d'où la couronne et le cerf qui sont ses attributs 1 . 
A Fontainebleau, sur le tabernacle de la chapelle de la Tri- 
nité, Girardon a représenté une descente de croix et, sur les 
côtés, saint Félix de Valois et saint Jean de Matha, à qui le 
Seigneur ordonne d'établir l'ordre de la Rédemption des 
Captifs 3 . A Faucon, un tableau représente les parents de 
saint Jean de Matha 4 . De nos jours, a Paris, il a sa statue 

i. Triniuires de Marseille, registre sa, p/issiin. 

a. P. Cahiïk et Martin, Caractéristiques des Saints, 1. 1, p. 187, etc. 

3. Abbc Gl-ilbeut, Description historique de Fontainebleau, t. I, p. 69. 

4. Le P. Calixte, Vie de saint Jean de Matha, p. 3i. 



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LES ÉGLISES TRIBUTAIRES. l/(5 

au Panthéon, œuvre de Hiolle, et il figure aussi dans une 
niche sur la façade de la Trinité. 

Sur la porte du couvent de Saint-Thomas de Formis, 
donné à saint Jean de Matha par Innocent III, une mosaïque 
représente Notre-Seigneur entre deux captifs , l'un noir, 
l'autre blanc, et portant sur la poitrine la croix de l'ordre. 
Cette figuration appelle plusieurs remarques : au lieu de 
Notre-Seigneur, les tableaux s'inspirent des auteurs trini- 
laires ont souvent mis un ange, mais, les Pères de la 
Merci' se prétendant fondés par [a sainte Vierge et consé- 
quemmenl aussi supérieurs à l'ordre des Trinitaires que la 
Vierge est supérieure à un antre, nos religieux ont pré- 
tendu alors avoir été fondés par Dieu lui-même 1 . On a 
peine à rapporter de pareilles subtilités. La croix sur 
l'habit de Notre-Seigneur est plaie, mais Figueras a remar- 
qué que les Déchaussés l'ont modifiée et que tout le mor- 
ceau a été retouché pour autoriser la simplification de la 
croix 3 . 

Un tableau conservé à Saint-Trophime d'Arles repré- 
sente l'apparition de l'ange à saint Jean de Matha. Il en est 
de même à Saint-Jean de Troyes, dans la première chapelle 
à gauche, autant qu'on peut le distinguer. En général, la 
sainte Trinité y est figurée sous sa forme symbolique, le 
Père ayant sur ses genoux la croix à laquelle le Fils est 
attaché, et la colombe posée sur son épaule. Un tableau de 
l'institution de l'ordre était conservé dans l'église des Corde- 
liers de Romans 4 . 



i . Le P. Auvry n 

a. Ordo non a Sanciîs fabrïcalns sed a solo sumino Deo. 

3. Voir aussi Calvo, Retumen de los privilégia*, h la fin. 

4- Procession des caplifs ramenés en 1720, p. XL vin. 



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t/(6 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

Dans le couvent des Ursulines de Dô!e (Jura), un tableau 
offre cette originalité de représenter, en haut, l'apparition de 
l'ange, et en bas, la rédemption des captifs. Ces tableaux fu- 
rent très nombreux à partir du dix-septième siècle, quand il 
se constitua une très grande quantité de confréries auxiliaires 
des Trinitaires. On en voit plusieurs a Saint-Quentin de 
Tournay, en Belgique (œuvre de Gaspard de Crayer), et dans 
de petites églises de l'Eure comme Saint-Clair d'Arcey' et 
la Lande-Patry où il n'y eut que des confréries et non 
des couvents. L'un de ces tableaux, à Rouen (œuvre du 
peintre Léger), a été étudié par M. de Beaurepaire dans le 
Bulletin de. la commission des antiquités de la Seine-Infé- 
rieure 2 . Il représente un sujet précis : un rachat des captifs 
devant Mouley Ismaël, sultan de Maroc, dans la ville de 
Méquinez. Le peintre n'eut qu'à s'inspirer des récits du 
P. Busnol, trinilaire de Rouen. Le tableau était de très 
grandes dimensions (4'"65 sur a m (>6) et fut donné à l'église de 
Saint-Léger du Bourg-Denis, à coté de Rouen, en attendant 
que le musée de cette ville eût des salles assez hautes pour 
le recevoir. 

Ces tableaux, analogues, comme conception, aux gravures 
de Y Histoire de Barbarie du P. Dan, sont d'un plan uni- 
forme : au milieu, la mer où arrivent les barques portant les 
rédempteurs; ceux-ci ont leurs costumes religieux et tiennent 
à la main les sacs bien fermés contenant leur argent; des 
esclaves se jettent à leurs pieds. Dans une salle voisine, on 
les revoit comptant la rançon d'un captif devant les Turcs; 
les pièces sont étalées sur la table. A l'opposé sont indi- 



. Commune de Uernny (Eure), Ce tablenu (finit de i64t>, dit M. Veuclin. 
i. Tome VIII, pp. 3. r .i à 303. 



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LES EGLISES TB1NITAIRES. 1^7 

((nés les différents supplices auxquels les esclaves sont 
exposés; il n'y avait là qu'à illustrer le texte si précis du 
P. Dan. Ces tableaux étaient un puissant moyen de pro- 
pagande et peignaient au vif l'utilité de l'œuvre rédemp- 
trice. 

A côté du grand tableau de Rouen, celui de Viaiiden mé- 
rite une mention à part : la description détaillée s'en trouve 
dans V Histoire de Vianden et de ses comtes, par Neyen. Ce 
tableau étant d'apparence vétusté, l'historien l'a téméraire- 
ment rapporté « aux premiers temps » de l'ordre (on se rap- 
pelle que ce couvent datait du milieu du treizième siècle). Le 
rapporter même à la seconde construction de l'église, en i5oo, 
eût été fort aventuré, car un des sujets représentés est le 
martyre de Pierre de la Conception, qui eut lieu en 1667! Le 
tableau est maintenant à la maison curiale' de Vianden. 

Des églises trinitaires, furent parées de chaînes rappor- 
tées par les rédempteurs, notamment celle de Troyes, qu 
les dut au P. Michelin 1 , ministre de ce couvent, et celle des 
Malhuritis de Paris. 

Un curieux objet se rencontre à Saint-Eloi de Dunkerque 3 
et à Poperinghe en Flandre : c'est un captif enchaîné, en bois 
sculpté, qui surmonte le tronc anciennement destiné à con- 
tenir les aumônes du rachat des captifs. 

Quand j'aurai dit que l'église de Gandelu conserve un 
fiénilier et des stalles provenant de Cerfroid, et que la 
chaire de la cathédrale de Meaux est revêtue de panneaux 



1. L.4 Fontaine, Vianden et ses environs. 

3. Pièce 3oo. 

3. Dbhode, Notice sur l'église Sainl-Eloi de Dunkerque, mentionne 
dans la chapelle de la Sainte-Trinité un tableau représentant deux enclavée 
délivres par un Frère de le Croix (?), sans doute ud rédempteur. 



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l48 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAlilES. 

sculptés' représentant les saints fondateurs et provenant 
du couvent de cette ville, rémunération des souvenirs 
ecclésiastiques laissés par l'ordre sera aussi complète que 
le permet la faible quantité des documents qui nous sont 
parvenus. 



i. Ils ont été étudies par M. l'abbé Jouy, qui m'a gracieusement commu- 
niqué sa brochure. 



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CHAPITRE XV. 



i souvenirs locaux laissés par les Trinitaires. 



Si leurs églises ne subsistent qu'exceptionnellement, du 
moins il est un très grand nombre de couvents, tant de 
France que de l'étranger, dont on peut facilement retrouver 
quelques vestiges; là même où on ne le peut pas, des lieux- 
dits fixent aisément leur situation précise. 

Le chef d'ordre, Cerfroid, près Gandelti, sur un affluent de 
l'Oorcq, nous est connu par plusieurs gravures des dix-sep- 
tième et dix-huitième siècles 1 . Son emplacement est extrê- 
mement bien délimité aujourd'hui. A part le pigeonnier, la 
prison des religieux et les caves, tout n'est que ruines. La 
salle du chapitre, dont les murs seuls sont debout, est assez 
imposante ; l'on comprend que la tradition locale rapporte 
qu'au siècle dernier on y pouvait voir réunies trois cents per- 
sonnes. Quant à l'église, elle a été entièrement abattue. Le 
P. Calixte voulut ériger une basilique au légendaire ermite 
saint Félix de Valois, et bien qu'ayant déployé toutes les 
ressources de l'histoire et de la littérature pour se procurer 
les ressources nécessaires, il put à peine élever le portail. 



i. Sincera exkibitio domax Ceroifrigidi, O. S. T., dans l'albur 
Révélât ia. 



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i5o l'ordre français des tributaires. 

Dans l'enclos du couvent, subsiste encore la fontaine de la 
Trinité, que le cerf aurait fait jaillir sous ses pieds; tout 
près, le Champ des Ermites rappelle la première demeure 
des anachorètes. 

Le couvent de Paris a laissé moins de traces encore, à cause 
des grands percements faits au quartier de la Sorbonne. 
Il était exactement entre la rue Saint-Jacques, la rue des 
Mathurïns (qui s'appelait au treizième siècle rue des Thermes, 
et s'appelle maintenant rue du Sommerard, en dépit des pro- 
testations du P. Calixte) et la rue du Foin, aujourd'hui 
absorbée par le boulevard Saint-Germain. Un passage sou- 
terain, au-dessous de l'actuelle rue de Cluny, le réunissait au 
Palais des Thermes. De nombreux dessins, tant au déparle- 
ment des Estampes de la Bibliothèque nationale qu'à la Biblio- 
thèque de la ville de Paris, nous montrent ce qui en restait 
vers i865, lors de l'élargissement de la rue Saint-Jacques. 

Le couvent de Faucon (Basses-Alpes) existe encore, avec la 
vieille église paroissiale, contenant le sarcophage qui a long- 
temps passé pour le tombeau de saint Jean de Matha ou celui 
de ses parents, parce que les initiales D. M. (Dis Mnnibut) 
furent interprétées de Matha !! 

Même hors de France, sans parler de Rome où les couvents 
trinitaires se sont toujours conservés (ils ne rentrent pas 
dans le cadre de ce chapitre), bien des églises rappellent 
notre ordre. A Cîênes, l'église Saint-Benoît, que leur con- 
struisit, en 15^2, un prince Doriu, existe encore à l'extrémité 
occidentale de la ville. Il en est de même d'une église de la 
Trinité à Coïmbre, en Portugal, datant du dix-septième siècle. 
A Tunis, le couvent trini taire de Sainte-Croix, dont il reste 
le cloître, bâti avec des pierres et des colonnes de l'antique 
Caithage, appartient aujourd'hui aux Frères de la Doctrine 



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LES SOUVENIRS LOCAUX LAISSÉS PAR LES TRINITAIRES. l5l 

chrétienne; il est situé rue de la Casba'. A Alger, les 
premiers rédacteurs de la Revue africaine, Devoulx et Ber- 
brugger, ont facilement retrouvé l'emplacement des chapelles 
situées dans les bagnes; l'hôpital Irhiitaire d'Espagne est 
maintenant l'Ecole de médecine. 

Exceptionnellement, l'église et le couvent de Sarzeau (Mor- 
bihan) existent encore; on y remarque une jolie lucarne du 
seizième siècle 8 . 

Beaucoup de couvents se voyaient il y a une cinquan- 
taine d'années : mais les villes ayant eu besoin d'élargir 
leurs rues, on n'a point eu d'ordinaire l'idée de respecter un 
monument qui n'était en général ni très solide ni très inté- 
ressant. Leur cloître d'Arras, près de la rue d'Amiens, a élé 
démoli par les Dames de la Doctrine chrétienne. A Arles, 
tout au moins, M. [Gauthier Descottes consacra un souvenir 
au cloître trinitaire dans la revue locale : le Musée 3 . 

Quand les bâtiments étaient solides, on les sauva en les 
consacrant à un but d'utilité pratique. 

A Clermonl (Oise), l'ancien couvent des Trinitaires est 
devenu la sous-préfecture; à Troyes, au faubourg Saint- 
Jacques, une confiserie. A Baslogne (Luxembourg), à 
Bourmont, a la Capelette près Marseille et à Mortagne, il est 
aujourd'hui collège ou école. A Meatix, une maison du fau- 
bourg Saint-Remy conserve quelques restes du couvent fondé 
en i535 cl la promenade au bord de la Marne s'appelle encore 
promenade des Trinitaires. Il y a peu d'années encore, à 



i. Bulletin Irinitaire d'octobre 1900. 

î. Je dois ce renseignement k l'obligeance de M. Enlart, bibliothécaire ù 
l'Ecole des beaux-arts. 

3. M. Emile Fassin, conseiller a lit Cour d'appel d'Aix, m'a gracieusement 
envoyé cette notice. 



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i5a l'ordre français des trinitaires. 

Pontarmé, la Maison-Dieu rappelait le nom traditionnel du 
couvent des Trinitaires. A la Perrîne, à Beauvoir-su r-Mer, 
c'est une ferme, ainsi qu'A Préavin dans le bois de Nieppe. 

Le reste archéologique le plus curieux des Trinitaires se 
trouve à Marseille. Depuis la fin du dix-septième siècle, ces 
religieux y possédaient deux couvents (sans parler de celui 
qu'ils abandonnèrent eu ifja.'i, et sur l'emplacement duquel 
est la gare maritime d'Arenc), l'un dans la vieille ville, 
l'autre dans le quartier de Saint-Ferréol, rue de la Palud. 
Le couvent ancien, situé rue des Jardins, conserve, à côté 
d'une tour massive, peut-être antérieure à la venue des reli- 
gieux, la chapelle soulerraine de Notre-Dame du Remède 1 . 
Le Midi provençal est particulièrement riche en souvenirs 
de l'ordre rédempteur, les déparlements des Bouches-du- 
Rhône et du Var comptant une quinzaine de ces couvents, 
des chapelles de pèlerinage dont les Trinitaires furent chargés 
et dont la vogue ne fut point arrêtée par le départ de ces reli- 
gieux; telles sont Saint-Pons de Figanières, Notre-Dame de 
Grâce, au Muy {dont Achard parle dans son Dictionnaire de 
la Provence), Notre-Dame de Santé, près La Verdière. 

A Digne, sur la montagne du Plan-du-Bourg, on voit 
encore la ferme qui fut leur demeure depuis i4g5 jusqu'à la 
date où Jean Blanc, ministre industrieux, acquit une maison 
dans un faubourg appelé Pied-de-la-ville a . 

En Espagne, plusieurs églises, notamment à Madrid, rap- 
pellent les couvents des religieuses de l'ordre, fondées au 
début du dix-septième siècle. A Burgos, à Valence, les rues 
qui longent l'Arlauzon et la Turia marquent clairement la 
situation topographique des Trinitarias. 

i. Elle m'a été indiquée par M. l'abbé Ollivier, vicaire général, 
a. Pierre Gasshhdi, Notifia ecclesie ilinietisis, j). 1 17. 



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LES SOUVENIRS LOCAUX LAISSÉS PAR LES TRINITAIRES. 1 53 

Quand les couvents ont disparu, les noms de rue dans les 
villes et les lieux-dits dans les campagnes rappellent les Tri- 
nitaires et môme les biens qu'ils possédaient. Arras et Douai 
ont leurs rues des Trinitaires, Toulouse une rue et une place 
de la Trinité. A Metz, la nie des Trinitaires, continuant la rue 
de la Sainte-Croix, prouve indubitablement la situation du 
second couvent de ces religieux, et un vieux portail avec 
un écusson rappelle peut-être « la Cour Dorée » qui leur fut 
donnée. A Paris, la rue des Matliurins fait souvenir de la ferme 
qu'avaient ces religieux , depuis le treizième siècle ; la rue 
Vignon s'appelait précédemment rue de la Ferme-des-Malhu- 
rîns. 

Des villages ou des hameaux rappellent les Trinitaires par 
leur nom même. Tels sont La Villeneuve-aux-Anes, près 
de Chelles, et La Villetle-aux-Aulnes, près Milry, Le Fay-aux- 
Anes ', près d'Amblainville (Oisej ; les noms originaires 
étaient La Villeneuve et La Vil letle-aux- Anes, à cause du 
surnom populaire que leur monture primitive avait fait donner 
aux Trinitaires. Près de Pontoise, le hameau de l'Hermitage 
conserve une propriété appelée « Les Mathurins » : c'est le 
couvent de Saint-Michel, berceau de la congrégation réfor- 
mée. 

A Hondschoote, un faubourg situé au sud-ouest de cette 
ville s'appelle encore la Trinité. 

Les lieux-dits sont innombrables, dans les chartes; Pon- 
larmé conserve le bois du Ministre; Cordes ("archives du 
Tarn, GG 69) avait aussi et bosc del Ministre ; à Feuchy, près 
d'Arras, il y a la maison de la Trinité {bail du 4 juin i4r8'); 
au nord-est de Troyes, la carte de Cassini marque un lieu 

1. Renseignement communiqué pur M. Longnon. 



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1 54 L'ORDRE FRANÇAIS DES TR1NITAIRES. 

dît : les Matharins. Leur ancien couvent de Troyes est 
signalé à Preize' par un moulin de la Trinité. Il y avait 
aussi une porte de la Trinité à Châlons; à côté de Gisors, 
M. Leprévost, auteur du Dictionnaire des communes de F Eure, 
cite un lieu dit : les Mathurins. Aux environs de Paris ces 
mentions abondent ; c'est l'ostel, granche et bergerie appelée 
l'ostel de la Trinité, au Bourget (3o novembre r^o, A. N., 
S 4253») ; le clos des Mathurins au terroir de Clamait 
(ait novembre i^oo, S 4a5i-»2); à Bagneux, le chemin des 
Mathurins (12 juillet 170.1); une a maison manable » appelée 
la ferme des Mathurins (S &a8i, f* 32) ; le moulin et la tour 
des Mathurins à Gentilly; le clos des Mathurins, près de 
leur château de Bièvre, etc. 

Ces renseignements, somme toute, ne sont pas à dédaigner. 
Si , presque en aucun endroit , ils ne nous permettent de 
restituer le plan complet d'une église ou d'un couvent, ils 
affirment néanmoins la situation exacte des maisons qu'occu- 
paient en France les religieux Trinitaires et des possessions 
rurales dont ils percevaient les revenus. Nous pouvons donc 
juger, sinon de l'importance, du moins du grand nombre de 
ces couvents. 

1. T. Boutiot, Hiiloire de Troyes, 1. 1. p. ao3. 



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DEUXIÈME PARTIE 



Histoire générale de l'Ordre. 



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CHAPITRE PREMIER. 



Les Trlnitaires et le pape. 



L'ordre de la Sainte-Trinité, institué à Rome par le pape 
Innocent III, se distingue de la plupart des ordres religieux 
fondes en France ou en Espagne, comme par exemple l'or- 
dre de la Merci, auquel le pape Grégoire IX ne s'intéressa 
que cinq à sept ans après sa fondation. Le souvenir de l'ori- 
gine romaine des Trinilaires ne se perdit pas tout de suite, 
et l'ordre naissant eut des rapports fréquents avec le chef de la 
chrétienté. 

C'est à Rome que mourut saint Jean de Matha, en décem- 
bre iai3, après avoir soigné les malades pendant les der- 
nières années de sa vie. Ses deux successeurs moururent 
aussi à Rome, où leurs tombeaux furent retrouvés 1 en i655, 
lorsque les Espagnols enlevèrent le corps de saint Jean de 
Matha pour le porter au couvent de Madrid. 

Après 1222, od ne voit plus de général des Trinitaires rési- 
der à Rome, mais un personnage se présente pour gérer les 
intérêts qu'ils peuvent avoir à la cour pontificale., c'est le car- 
dinal prolecteur. Le premier connu est Richard, cardinal 



i. Benoît XIV, dans son livre De canonisatione sanctoram, parle de cette 
d&ouverte. 



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l58 L'ORDRE FRANÇAIS) DES TRIN1TAIRES. 

diacre de Saint-Ange, auquel Urbain IV confia la réforme 
de l'hôpital de Saint-Thomas de Formis (novembre 1261). 

Un siècle plus lard, les réclamation» d'un cardinal pro- 
tecteur, dont nous ne savons pas le nom, eurent assez de 
poids pour relarder de quelques années la réunion de ce 
même hôpital aux possessions du chapitre de Saint-Pierre, ce 
qui eut lieu après le a4 février i3o5, date de la mort de 
Poncellus Ursinus, commendataire de Saint-Thomas de For- 
mis. La cour de Rome était irritée parce que les Trinitaires 
de France suivaient le parti du pape d'Avignon. On ne 
retrouve de cardinal prolecteur qu'en 1571, avec le cardi- 
nal de Rambouillet et Jacques de Sabello. Il est fait mention 
d'eux dans un discours remarquable prononcé en 107,"» par 
François Bouchet', procureur général, tendant à obtenir la 
restitution à Tordre du couvent de Saint-Thomas de Formis. 
C'est au cardinal Prospcr de la Sainte-Croix, autre protec- 
teur, qu'est dédié par Félix a Turre un des plus anciens 
livrets d'indulgences de l'ordre. 

Le cardinal Bandini, en correspondance assidue avec toutes 
les branches de l'ordre, s'efforce de maintenir la paix entre 
elles. En annonçant aux Réformés de Pontoise que l'évèque 
de Paris est commis pour juger leurs différends avec le géné- 
ral qui leur cause des désagréments, il souhaite que cepen- 
dant ils s'entendent à l'amiable' sans recourir au moyen 
extrême d'un procès. Bandini intervient personnellement 
pour empêcher les Réformés de Marseille de molester les 
Déchausses d'Aix. Voyant les Trinitaires de Rome habiter 
en un endroit malsain, a A'. Stefano in Trulto, il les trans- 



1. Publié dans Fiijaera», \iy. 575 à j8o. 
a. Pièce 167. 



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LES TRINITAIRES ET LE PAPE. î5o 

porta via Fetice 1 (aujourd'hui Sistîna) dans un quartier 
plus salubre, à l'église de Sainte-Françoise-Romaine. C'est à 
ce grand bienfaiteur qu'est dédié l'excellent ouvrage de Ber- 
nardin de Saint-An loi ne. Ce n'est que justice. Il était doyen 
du sacré collège quand il mourut, le i" août 162g 3 ; il fut 
enseveli à Saint-Sylvestre in Capite*. 

Le cardinal de Maximis eut à donner son avis sur l'identité 
du corps de saint Jean de Matlia. Au cardinal Ginetti échut 
la délicate mission de convoquer les Trinitaires de France à 
des chapitres généraux tenus à Rome, où ils ne se rendirent 
jamais. Un de ses successeurs, Thomasio, ayant été canonisé 
le I er janvier 1761, les Trinitaires reçurent la permission de 
dire son office 4 . Le cardinal protecteur est pour Rome ce 
que sont dans les provinces de l'ordre les juges conserva- 
teurs, que le pape permet aux religieux d'instituer eux- 
mêmes 5 . 

Un procureur général résidant eu cour de Rome apparaît 
en i536 6 , à l'occasion d'un profès trinitaire apostat, mais 
repentant, qui demandait à être relevé de l'excommunication. 
Tantôt le grand ministre avait envoyé à Rome une délégation 
spéciale pour faire confirmer les privilèges de l'ordre; tantôt, 
comme Thierry Valerand, il s'y était rendu lui-même. A la 
fin du seizième siècle, se rencontrent successivement deux 
vicaires généraux résidant momentanément à Rome, Fran- 
çois Bouchet et Félix a Turre. 



1. 1620. Le contrai est curieux, parce qu'il y est fuit 
lu alité de découvertes archéologiques. 

1. Bibl. de Marseille, mu. ujS, f° 62 v°. 

3. Celle église possède une dent de saint Jean de Malha. 

4. Ana/ecla jririi pontifiait, t. XXVII, col. 22. 

5. Bulle de Benoit XIII (27 septembre 17*4). 

6. Archives de l' Aisne, H i43i. 



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i6o l'ordre français des tributaires. 

Au dix-septième siècle, chaque branche et chaque nation 
de l'ordre a son procureur général en cour de Home. Les 
Réformés, n'en ayant pas institué de spécial, envoient une 
délégation particulière, lorsqu'il y a une affaire importante à 
traiter. Au milieu du dix-septième siècle, le procureur général 
des Chaussés d'Espagne était Jérôme Vêlez. En 1687, celui 
des Chaussés de France était Joseph Monier, qui fit tous ses 
efforts pour éviter la rupture entre les Trinitaires de France et 
la cour de Rome, et celui des Déchaussés Ignace de Saint- 
Antoine. Pendant le schisme, l'Espagnol Ruiz porte le titre de 
protonotaire de l'ordre. 

Les provinces de France et d'Espagne s'étant réconciliées, il 
fut décidé, dans le chapitre général de 1703, qu'il n'y aurait 
qu'un seul procureur général en cour de Rome, renouvelé 
tous les six ans, désigné tantôt par les provinces de France, 
tantôt par les provinces d'Espagne ou d'Italie. II devait être 
entretenu aux frais de sa nation. Le premier fut un Italien, 
Vincent Copola. En 1739, le chapitre de Marseille désigna 
pour ce poste Joseph Bernard, rédempteur renommé. Par 
raison d'économie, le P. Lefebvre délégua en 1753 pour vice- 
procureur le ministre de Sainte-Françoise-Romaine, dont 
l'entretien fut à la charge de la France'. Lors du changement 
des Constitutions, le procureur générai était Charles Mala- 
chaue, de Marseille, docteur en théologie de la Faculté d'Avi- 
gnon. Il dut insister, avant le 26 avril 1766, pour que la 
France lui envoyât 2,000 livres permettant de tenir con- 
venablement son rang à Rome 1 . Tels sont les person- 



1. Pièce 277. La province de Champagne eul 120 livres k payer comme 
quote-parl. Chaque maison reformée paya lO 1. i3 sons 4 d. pour les Irois 
premières années. 

a. Archives de Melz, H 3774, ao 10. 



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LES TRIBUTAIRES ET LE PAPE. I6l 

nages qui auprès du pape représentaient l'ordre trinitaire. 

Le pape intervient pour des affaires intéressant soit tout 
l'ordre, soit un simple couvent. Il nomme des juges conser- 
vateurs pour les provinces d'Espagne, afin d'accélérer les 
procès relatifs aux biens légués pour la rédemption ' (37 sep- 
tembre 1724), il confirme les indulgences accordées à cette 
œuvre, aux chapelles pourvues d'un autel privilégié; il accorde 
aux rédempteurs l'usage de l'autel portatif. Quant aux cou- 
vents particuliers, le pape intervient pour faire bénir leurs 
chapelles (à défaut de l'ordinaire), pour faire restituer leurs 
biens aliénés, pour confirmer quelque transaction importante, 
mais seulement à la demande des parties. S'il n'est pas néces- 
sairement consulté pour un transfert de couvent, il intervient 
forcément pour une suppression 1 . 11 accorde aussi aux reli- 
gieux leur translation dans une autre congrégation. 

Les Trinilaires paraissent plus strictement tenus en tutelle 
que les ordres mendiants, car ils ne peuvent eux-mêmes 
excommunier ceux qui détiennent injustement leurs posses- 
sions; ils ne reçoivent qu'au dix-huitième siècle le droit de 
choisir des conservateurs de leurs privilèges, bien après 
l'ordre de la Merci. 

L'autorité du pape s'accrut encore lorsque, en i3oo, l'ordre 
entier lui fut rattaché par V Exemption ; mais il n'eut jamais 
le droit de nommer le grand-ministre. Elienne du Mesnil- 
Fouchard s'étant fait pourvoir en i^i5 par Jean XXII, le 
chapitre général n'admit pas cette nomination et en appela 
au Parlement. 

Les Statuts de 1429 rétablirent bien l'appel en cour de 

1. Tables de Guerra. 

1. En i6a5 il fait déguerpir les Pères Je la Merci d'un couvent établi 
sans autorisai ion épiscopale. 



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i62 l'ordre FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Rome comme loi fondamentale de l'ordre. Mais, très soucieux 
de leurs intérêts, les Trinitaires laissèrent souvent ce prin- 
cipe de côté et prirent place parmi les religieux les plus 
indépendants. En i546, le général Nicolas Musnier ayant 
fait, en cour de Rome, une résignation en faveur de son 
neveu , cette dérogation aux Statuts de l'ordre ne fut 
pas admise, et le bénéficiaire dut renoncer à ses préten- 
tions. 

Les Trinitaires furent assez habiles pour se faire confirmer, 
par le pape, leur indépendance à l'égard du pouvoir laïque 1 
au point de vue de l'élection des supérieurs. Ce n'était pas 
dans l'intention d'être plus soumis au pape ou à ses Congré- 
gations, dont le rôle devait être si important au dix-septième 
siècle. Leurs relations avec le pape sont pleines de souplesse, 
empreintes de trop d'habileté en la forme et de peu de res- 
pect au fond. Cette tendance n'explique-t-elle pas pourquoi 
les papes furent si portés, au seizième et au dix-septième 
siècle, a combler les Trinitaires espagnols, plus obéissants, de 
faveurs qu'ils refusaient à ceux de France ou ne leur accor- 
daient que tardivement? 

Le général, aussitôt élu, prend possession de sa charge 
sans avoir besoin de la confirmation du pape; c'est là un 
axiome chez les Trinitaires. 11 arriva toutefois, au début du 
dix-septième siècle, que, devant le mécontentement des pro- 
vinces étrangères, les généraux élus en France, Louis Petit 
(i(ïi2), Claude Ralle (i653), Pierre Mercier (t65ô), deman- 
dèrent la confirmation pontificale et l'obtinrent, avec le litre 
de visiteur apostolique. Certes, c'était un acte de prudence 

t. Par contre, Charles-Quint s'était fait conférer un induit, déclarant que 
personne ne oouviiit èire pourvu d'un béiiclîcc qu'à sa nominal ion. (Pièce 132, 
relative à Jacques bourgeois). 



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Les Trinitaires et le pape. i63 

politique, mais n'étail-îl point à craindre que la confirmation 
demandée fût refusée? Voila l'inconvénient auquel on ne 
"togea pas d'abord. 

Les Trinitaires paraissent avoir été injustes pour la cour de 
'tome, à l'occasion de la conduite qu'elle tint à leur égard 
pendant la seconde moitié du dix-septième siècle. Ils avaient, 
d'ailleurs, sur les bulles, une idée absolument fausse, les 
considérant comme des privilèges perpétuels et irrévocables 
(j'entends les bulles non d'indulgences). Or il peut se glisser 
des erreurs même dans une bulle pontificale. A propos de 
rémunération des papes dans les lettres de leurs successeurs, 
l'auteur du Bullaire remarque à la page 3i8 que Célestîn IV, 
Grégoire X, Alexandre V, Jules 111 sont complètement omis 
dans son recueil, soit que les bulles aient disparu (j'en ai 
pourtant trouvé une de Grégoire X et une de Jules III), soit 
que te pape se soit (rompe en les citant comme bienfaiteurs 
des Trinitaires. Je crois inutile de rappeler les erreurs des 
scribes et surtout celles du Martyrologe romain. Mais c'est la 
conception même d'une bulle que les Trinitaires paraissent 
* >oir mal comprise. Rarement le pape parle molu proprt'o; 
presque toujours, il écrit d'après l'exposé des parties, ce 
qu'indiquent fort bien aieat oestra petitio contt'nebat et 
«cul asseritis. Cela veut dire que la cour de Rome n'af- 
firme rien et que, si elle a été trompée par un faux exposé, 
elle peut révoquer le privilège. On sait quel rôle ont joué les 
bulles « subreptices » et « obreptices' « dans les polémiques 
enire ordres religieux. Les Trinitaires du Nord s'étaient assez 
plaints des bulles sujbreptices obtenues par leurs adversaires 

i. Certaines bulles sont ainsi qualifiées parce que les adversaires prélen- 
ilenl que l'exposant a dissimulé ou omis de signaler un fait qui lui serait 
filEavonble. 



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r64 LOHDRB FRANÇAIS DES TRINITaIRES. 

les Réformés; on pouvait leur faire subir la peine du talion 
en suspeclanl les leurs. 

El pourtant, la cour de Rome n'est jamais disposée à 
pousser à bout les religieux. Elle fait ce qu'elle peut pour 
éviter les causes de conflits entre eux. Les Pères de la Merci 
s'étant plaints de quelques assertions contenues dans une 
Vie de saint Jean de Matha, par Macedo, le pape décide que 
les pages i55 à i58 n'en seront réimprimées qu'après avoir 
été corrigées. La seconde édition, publiée a Lembergen 17^8, 
supprima .tout le chapitre. Les deux ordres de la Trinité et de 
la Merci s'étant disputé le litre de Rédempteur, le pape leur 
imposa un silence perpétuel, punition très dure pour des reli- 
gieux. C'est également à cette solution qu'il voulait s'arrêter 
vis-à-vis des prétentions des Trinilaires d'Espagne, jaloux 
de ceux de France; nous verrons dans la suite que, s'il ne 
le fît pas, ce ne fui point par sa volonté, mais à cause des 
faules des Français ; car, dès qu'il le put, il rendit sa faveur 
au général. 

Le manuscrit afin) du fonds Oltoboni contient, aux folios 
126-140, un projet de réforme de l'ordre de la Trinité, pré- 
senté par des cardinaux, sur la demande de Philippe II. Le plus 
grand obstacle paraît avoir été la iriennalité des ministres 
qui porterait préjudice aux droits du général. Les annotations 
au projet de bref portent d'ailleurs la marque d'un esprit 
libéral et conciliant. Le pape conseille de réformer les cou- 
vents pluuït que de les supprimer, de ne déplacer les reli- 
gieux qu'en cas de scandale et de spécifier celles des pro- 
vinces espagnoles auxquelles celle réforme s'appliquera. Les 
principales idées exprimées dans ce projet ont passé dans 
les Constitutions des Trinilaires Déchaussés d'Espagne, qui 
avaient franchement adopté la règle primitive. Ils ne reçurent 



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LES TRINITAIRE9 ET LE PAPE. 1 65 

an général indépendant qu'en i636, alors qu'ils avaient été 
fondés en i5ga, tant le pape respectait les autorités établies! 
Il ne permit jamais aux Réformés 1 d'avoir un général dif- 
férent de celui des Trinilaires Chaussés, parce qu'il y avait 
entre eux une simple nuance dans l'observation de la règle 
modifiée. Concluons qu'il fut aussi impartial que possible à 
l'égard des Français. 

Le pape intervient dans les affaires des Trinitaires du Midi 
par l'intermédiaire du vice-légat d'Avignon. Le 17 août i4g,3, 
André de Grimaldi confère à Geoffroy Amédée l'adminis- 
tration de l'hôpital de Lorgues (Var), vacante par suite d'une 
résignation 1 . Au début du dix-septième siècle, il est sans cessa 
question du vice-légat, auquel en appellent les Réformés, 
notamment dans l'affaire des processions d'Arles. Le général, 
Louis Petit, ne veut pas reconnaître ses sentences, parce que, 
résidant à Avignon, il est étranger à la France. Des cardi- 
naux sont plus d'une fois délégués apostoliques pour réformer 
l'ordre trinîtaîre. 

En Espagne, le nonce est de même le délégué du pape. Il 
travaille puissamment à la formation de la province Déchaus- 
sée, choisit son premier visiteur, intervient auprès des évé- 
ques pour favoriser l'érection de nouveaux couvents et juge 
les procès des religieux. Il se mêle même un peu trop de 
l'élection du provincial de Castille, Francisco de Arcos. C'est 
enfin le nonce qui garda, plusieurs années, dans son palais de 
Madrid, le corps de saint Jean de Malha, comme le rapporte 
le pape Benoît XIV dans son traité De canonisât ione Sanc- 
torum. 



1. Il les avait vainement exhortes à embrasser lu règle primitive. 
a. Trinilaires de Marseille, pièce 5a (liasses). 



WUzedty G00gle 



CHAPITRE II. 



Les Trlnitaires et les rois de Franoe. 



A part le couvent de Fontainebleau, on ne voit pas que nos 
rois soient jamais intervenus personnellement pour fonder un 
couvent trinitaire- Leurs rapports avec nos religieux ne con- 
sistent, en général, que dans l'amortissement et la sauve- 
garde. Par une ordonnance de 1375, Philippe le Hardi déclara 
que l 'amortissement serait réclamé, pour les possessions acqui- 
ses depuis trente ans, et que te droit à payer serait le revenu 
de deux ans, si l'acquisition était gratuite, de trois si elle était 
faite à titre onéreux'. Ces frais étaient réduits au revenu 
d'un et de deux ans, respectivement, pour les possessions 
ecclésiastiques. Les archives des Trinitaires contiennent nom- 
bre d'invitations à payer ce qu'ils doivent pour les frais d'amor- 
tissement. Le i3 octobre i385, Charles VI déclara qu'il avait 
été ordonné par son Conseil qu'il ne se ferait pas d'amortisse- 
ments avant sa majorité et suspendit la recherche de ces droits 
jusqu'à cette même époque 3 . 

Autant qu'il est possible de fixer une périodicité au paie- 
ment de ces frais, on peut dire que les tournées des préposés 

1. Langlois, Le règne de Philippe le Hardi, pp. i'A-j-zSS. L'i 
sèment est un droit a payer pour toute nouvelle acquisition, 
a. Registre 66 des Trinitaires de Toulouse, p. 6g. 



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LES TRINITÀIRES ET LES ROIS DE FRANCE. 1 67 

avaient lieu tous les quarante ou cinquante ans. Les religieux 
de M eaux Turent dispensés de taxe en rS^3 pour les legs 
n'excédant pas 12 sous tournois'. 

Au quatorzième siècle, la justice royale se fait respecter par 
les justices ecclésiastiques et désirer par les justiciables. On 
demande au roi sa protection, parce qu'on en connaît l'effi- 
cacité. Le roi réprime, à la demande du ministre de l'Hôtel- 
DieudeMeaux, les empêchements apportés au droit de pèche 
des Trinilaires par un procureur trop zélé. En 1401') cet 
Hôtel-Dieu reçoit la permission de faire placer les armes royales 
sur ses possessions, ce qui était la marque extérieure de la 
sauvegarde. C'est au nom du roi que le prévôt de Paris, le 
10 octobre i55o, défend aux justiciers, péagers, gabeleurs 
de ne rien dire d'offensant contre le ministre de Clermonl, 
sous peine de 100 marcs d'argent d'amende à partager enlre 
le roi et le minisire qui, en vertu de ces lettres, avait ses 
causes commises au Châlelet 3 . 

L'intervention royale s'étend bientôt aux permissions de 
quêter 4 , d'abord données par le pape et les évéques seuls, 
puis par le Parlement. Comme le pape, le roi en arrive à 
donner aux Trinilaires des confirmations générales de biens. 
Aussi le pouvoir laïque, d'abord considéré comme une déli- 
vrance du joug épiscopal, va-t-il devenir dangereux. Les Tri- 
nilaires obtiennent, le 10 mai 1 564* une déclaration portant 
• qu'aucun prieuré, ministrerie et autres biens et bénéfices, 
desquels ta présentation appartenait au général-ministre, 



i- Archives nationales, K 192, 11° 39. 

2. ibid. 

3. Archives de l'Oise, Trinitaires de Clermonl, i4 a liasse. 

4- Lettre de Louis XI pour les Trinilaires d'Arles (dans leurs archives, 
pike 171, 3 juin i4-V). 



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]68 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

n'était compris dans les édits faits sur les hôpitaux, el ne 
serait sujet à être gouverné par aucune communauté des 
villes, bourgs el bourgades » ; ils provoquent, le i5 jan- 
vier 1569, une autre déclaration affirmant qu'ils ne sont pas 
compris dans l'édit ordonnant l'aliénation des biens ecclésias- 
tiques; enfin, en décembre i5o4, une dernière déclaration 
disant que. les ministérîats et « généralité » sont électifs el non 
à la nomination du roi '. Mais déjà l'autorité du roi pour faire 
des nominations dans l'Ordre avait été discutée en i5^6, à 
cause de la provision obtenue du pape , à la demande du 
roi, par Philippe Musnier. Les Trinitaires ne pouvaient être 
contraints d'obéir aux lettres royales, dit Jacques Bourgeois; 
les ministres de Flandre, sujets du roi d'Espagne, ne dépen- 
daient pas de la France, et c'est sur les bénéfices, non sur les 
offices ecclésiastiques, que le roi de France réclama son droit 3 . 
En 1 5 G 8- 1 :"i 7 u eut lieu un grand procès, au sujet de la minis- 
trerie des Matliurius, entre Jean Morel, élu par les religieux 
capitulants, et François Petit, qui s'y prétendait promu par 
le roi 3 . Le général de l'ordre, Bernard Domînici, intervînt 
assez inutilement en faveur de Jean Morel et traita le pro- 
tégé royal de la manière la plus violente. Il demanda si le 
roi n'avait pas été trompé par quelque favori, au point de 
ne plus se rappeler la déclaration de l'indépendance de l'ordre, 
faite dix ans auparavant. Nous n'avons du procès que les ana- 
lyses de quelques pièces, et quelques fragments du factum de 
Bernard Dominici. Tout nous porte à croire qu'if y eut, dès 
lors, entre les Mathurins, leur ministre François Petit et le roi 
une étroite alliance. 

1. Collection canonique, col. 0JS1, 1270. 

2. Claude Hocha rd, Antiquités de Meaii.T (manuscrites), 1. 1", p. 3 12. 

3. Archives de Metz, H 3773, d° i, et Arch. nul., LI. 1 545, p. a. 



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ET LES ROIS DE FRANCE. IOO 

Mais la main qui protège peut frapper aussi, elles Trini- 

laires eurent bien des occasions de s'en apercevoir. Autrefois, 

Philippe le Bel était intervenu en faveur de ses chapelains de 

Fontainebleau afin de les faire exempter de la juridiction de 

l'archevêque de Sens (i3o5). François I er , pour agrandir son 

château, en décembre 1529, comme il a été dit, expropria « la 

galerie qui allait à leur couvent, leur jardin, leur clos, leur 

étang et vivier, et la maison du chapelain 1 ». En 1660, ce fut 

bien pire. Louis XIV avait quelques raisons d'être mécontent 

du P. Le Bel 3 , ministre des Trinitaires, dont l'attitude, au 

moment du meurtre de Monaldeschi par ordre de Christine 

de Suède, avait été quelque peu embarrassée. L'archevêque 

de Sens avait précisément alors de nouveaux démêlés avec les 

Trim'laires au sujet du droit de visite 3 . Le roi retira à nos 

religieux la cure de Fontainebleau et l'érigea en paroisse pour 

les Pères de la Mission ou Lazaristes. L'indemnité que ceux-ci 

pat'éreni aux curés primitifs (titre gardé par les Trinitaires) 

fut fixée à 1,100 livres, par arrêt du 2 août 1666 4 . 

Au moment précis où Louis XIV protégeait vigoureuse- 
ment les Trinitaires de France contre les entreprises des pro- 
vinces étrangères, il persécutait tout spécialement le P. Nico- 
las Campaigne, provincial de Languedoc. On ne sait exacte- 
ment la cause de cette rancune royale; une chose du moins 
est certaine, c'est sa persistance. Dès i685, ce ministre est 
puni par Pierre Mercier, général de l'ordre, pour avoir en- 

1. Archives de Seine-et-Marne, Inventaire, H ia5. 
1. I! devint ensuite ministre de Verberie. 

3. Hsrbkt, Démêlés de* Matharins de Fontainebleau aoec l'archeuéque 
de Sou, 1696. 

4. Inv., H 132. a 11 avait suffi, dit fort bien cet auteur, que la main du 
roi parut se retirer des Trinitaires pour qu'aussitôt tout le monde les aban- 
donnât . » 



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17° L ORDRE FRANÇAIS DES TRU1ITAIRËS. 

voyé étudier deux novices hors du couvent de Toulouse. Il est 
déposé et exclu de toutes charges; on ne lui permet que la 
prédication (1689). Le Père de La Chaise, en 169a, maintient 
les peines, ordonnées par le roi, malgré un vœu d'amnistie 
présenté par le chapitre provincial, et demande même qu'on 
surveille Basile Campaigne, le frère du P. Nicolas, nommé 
ministre de Toulouse'. L 'ex-provincial devait rentrer en grâce 
lors du chapitre de 1703. 

Dans le Midi également , des Trinitaires se mirent , par 
leur négligence, dans le cas d'être supprimés. Les Déchaussés 
s'étaient établis A Marseille, en 1684, sans en avoir obtenu la 
permission par lettres patentes. Le roi supprima cet établis- 
sement, le 10 mai (688, et l'évêque ordonna aux religieux, 
le 1" juin, de sortir de leur couvent. Ils se soumirent, et le 
i3 septembre 1689 l'évêque les autorisa de son chef à s'éta- 
blir au même endroit, à condition de rapporter des lettres 
patentes, qui ne vinrent qu'en décembre 1728 1 . 

L'intervention royale se manifestait dans les plus petits dé- 
tails. Le 12 février 1708, un Trinitaire de Pontoise, le P. Des 
Lions, était allé porter à Paris !\oa livres pour payer des four- 
nisseurs; il perdit cet argent au jeu, et s'engagea dans les 
chevau-légers de Berry. Le i5 mars, par sentence du P. Ignace 
Dîlloud, provincial, il fut condamné par contumace à six 
mois de prison, à la privation des ordres et de la voix active 
pendant cinq ans. Pour effacer ces punitions, il suffit que le 
ministre de la guerre, Voisin, écrivît qu'on le reçut bien*. 

La mainmise royale se marquait par la présence au cha- 
pitre général de commissaires royaux. Les détails de ces 

1. Pièces a3 1, 23s, 233. 

2. L'antiquité de l'église de Marseille, I. II], p. 485. 

3. Registre capitulnire de Pontoise, Fol. 9-i4- 



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LES TRIBUTAIRES ET LES ROIS DE FRANCE. I7I 

assises solennelles n'ayant été publiés dans leur intégralité 
que depuis i635, nous ne savons pas A quelle date remonte 
cette coutume. En tous cas, dès i^th, nous voyons un huis- 
sier royal interdire à Etienne du Mesnil-Fouchard de con- 
server la présidence du chapitre. Le commissaire royal 
de i635 marqua beaucoup de partialité pour les Trinitaires 
Réformés. ' 

Le cardinal de Fleury dut rappeler aux Réformés, le i4 mai 
1737, qu'ils ne pouvaient modifier leurs constitutions sans la 
permission du roi'. 

On voit que la protection n'élait point aux yeux du roi une 
sinécure, et, plus d'une fois, certains édits, comme celui de 
[768 sur la conventu alité, frappèrent cruellement les Trini- 
laires. 



1. Registre capitulairc n° i3 des Trinitaires de Marseille, p. : 
o arrivait h surveiller toute la discipline monastique. Il ne tint 
a tutelle les rédempteurs de captifs, comme nous le verrons. 



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CHAPITRE III. 



Les Trinitaires, les évoques et les curés. 



Nous avons vu les conditions de fondation un peu dures 
que les évêques avaient imposées aux couvents trinitaires. 
La soumission complète des religieux y était parfois prévue, 
comme à Digne, où l'évèqiic nommait le ministre en cas de 
vacance. Mais, en général, il n'était question que du droit de 
visite et de l'assistance aux synodes. 

Dès le début du quatorzième siècle, l'ordre des Trinitaires 
fut soustrait A l'autorité des évéques et rattaché au pape par 
l'exemption. L'archevêque de Sens, très jaloux de ses préro- 
gatives, avait des démêlés au sujet du droit de visite avec les 
Trinitaires chapelains de Fontainebleau. Philippe le Bel 
s'adressa à Clément V, nouvellement élu au pontificat ; le 
pape exempta le couvent', comme chapellenie royale, de 
l'autorité du métropolitain et chargea Févêque de Senlis d'ab- 
soudre les Trinitaires des censures édictées contre eux par 
l'archevêque de Sens (i" janvier i3o6). Le bénéfice de 
l'exemption de l'ordinaire fut étendu à l'ordre tout entier 
par une bulle du rg septembre i3o8, confirmé plusieurs fois, 

i. Le P. Dam, Le Trésor des merveilles de Fontainebleau, pp. 307-109, 
CHAMPOLLEOtt-FiGiAc, itsEs ses Privilège* de la couronne, donne la date 
inexacte du 1er janvier i3^3. 



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LES TRINITAIRES, LES ÉVEQUES ET LES CURES. 1 73 

notamment par Eugène IV en i435, par Pie II en t4&9 S et 
enfin, à la demande de Gaguin, étendu aux serviteurs de 
l'ordre par Innocent VIII (mai i485). C'est en vertu de 
celle bulle que Pierre Mercier, général de l'ordre, protesta 
contre un recteur de Flandre qui revendiquait les domesti- 
ques du couvent d'Audregnies comme étant ses paroissiens' 
(r6raars 1672). 

Il ne faut pas s'exagérer l'importance pratique de ce privi- 
lège. Les exempts pouvaient se trouver sounis aux mêmes 
obligations que les non-exempts; comme eux, ils étaient con- 
voqués aux synodes de l'archevêque de Sens, qui leur délivrait 
ensuite des lettres de non-préjudice pour l'avenir, c'esl-à-dire 
que cette exception était censée ne point déroger à leurs pri- 
vilèges, lout en les abolissant peu à peu. 

Celte question n'est spéciale ni au Moyen-âge ni à la 
France. Diverses congrégations refusant, en raison de leur 
relâchement omisse medio au Saint-Siège, de se soumettre à 
l'évèque diocésain, ont pu parfois mieux aimer quitter leurs 
auvents que déroger sur ce point à leurs statuts. Il ne faut 
ne n conclure de ces conflits ordinaires relativement à la dis- 
"P'ine de l'Eglise catholique. Ainsi, au quatorzième siècle, 
flous voyons une levée de boucliers des Trinilaires, Domi- 
nicains, Frères Mineurs de Douai contre l'interdit. L'of- 
ficial toléra qu'ils célébrassent leurs offices les portes fer- 
mées, mais l'archevêque de Reims, indigné de ce subterfuge, 
lança l'excommunication contre eux; devant les murmures 
des Douaisieos, les religieux demandèrent pardon à l'arche- 
vêque, qui les réprimanda vivement et l'interdit fut levé 3 

1. Gattia Ckrittiana, Instrumenta, t. VIII, col. 5G5. 

1. Archives de J'Etat belge à Moue, Trinilaires d'Audregnies. 

3. TWliah, Chroniques rie Douai, t. I, p. 367. 



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Ijk L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIHEK. 

(i337). Les exempts devaient donc carder t'interdit aussi bien 
que les autres. 

Le droit de visite sur les hôpitaux était fortement établi. 
L'archevêque d'Arles, Jean Ferrier, au lendemain de sa pré- 
sence à In translation des reliques de saint Roch, se le vit dé- 
nier quelque peu brutalement par le ministre Jean de Horreo. 
Ce religieux, dont le P. François Porchier, historien d'Arles 
estimé, fait un éloge enthousiaste', aima mieux se laisser 
mettre à plusieurs reprises en prison, chaque fois pour vingt- 
quatre heures, que de céder. Devant un adversaire aussi ré- 
solu, l'archevêque transigea et décida que les religieux seraient 
seulement appelés aux synodes. 

L'évêque d'Arras, Gui de Sève, étant disposé à conférer aux 
Trinitaires la cure de Saint-Nicaise, le P. Denis Casse! a , leur 
ministre, déclina cette proposition plutôt que de lui donner 
un prétexte à visiter le couvent. 

L'évêque partage avec le grand-ministre ou son délégué la 
nomination à certains prieurés-cures annexés à l'ordre, et 
c'est lui qui doit donner des mandements pour la qtiéle des 
captifs. Il est souvent choisi par le roi pour présider des cha- 
pitres généraux ou provinciaux. L'évêque de Meaux, au dix- 
septième siècle, intervient puissamment pour la réforme de 
l'ordre, mais seulement en son nom personnel. 

Les Trinitaires ne craignent pas d'entrer en lutte avec l'or- 
dinaire au sujet des processions. Leur résistance à Arles dura 
de i58o à i646. Tout à coup, ils se décident à aller à ces 
cérémonies, auxquelles ils n'ont jamais paru; seulement 
comme ils ont été fondés dans cette ville dès iao3, ils récla- 



. Pipce 109. 

. Voir aussi /s* Rues d'A m 



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LES TRINITAIRES, LES EVÊQUES ET LES CURES. I -]5 

ment 1» préséance sur les ordres mendiants. L'archevêque 
la leur refuse. Ils concluent une convention spéciale avec les 
Dominicains, leur cédant la préséance, sauf pour les jours de 
fêtes trinitaires ' . Us font agir en leur faveur le général de 
l'ordre, Louis Petit, avec qui pourtant, comme Réformés, ils 
étaient en mauvais termes. L'archevêque les condamne : ils 
en appellent au vice-légat d'Avignon; condamnés par le vice- 
légat, ils en appellent au pape. Toujours condamnés, ils ren- 
trent dans leur couvent. 

De même, en 17^9, les Trinitaires de Marseille se font dis- 
penser des processions, parce que Fancienneié n'y est pas 
observée et que l'habit des chanoines réguliers "qu'ils viennent 
d'adopter étonnerait le peuple 1 . 

Les rapports avec les curés ne concernent guère que des 
questions de sacrements, de messes et encore de processions. 
Les religieux étaient exempts de la juridiction du curé comme 
de celle de l'évoque, mais les conditions locales les empê- 
chaient parfois de s'y dérober. En 1^92 et en 1671, l'archi- 
prétre de Saint-Séverin vint au couvent des Malhurins de 
Paris conférer le baptême à deux Sarrasins, déclarant qu'il 
ne le faisait que parce qu'il n'y avait point dans le couvent 
de quoi administrer ce sacrement. Ayant lui-même inhumé 
Mathurin Le Beau, procureur au Parlement, il avoue n'avoir 
agi que par la permission des religieux et pour satisfaire à 
la volonté du défunt 3 . 

Les conflits avec les curés furent fréquents en Bretagne. Le 
doyen de Béré, près Châteaubriant, vient par condescendance 
célébrer la grand'messe chez les Trinitaires, le jour de la Tri- 

1. Pièces justificatives copiées par Mor treuil (BihI. Nat.,11. acq. iat. i3t>7). 
3. Trinitaires de Marseille, registre 8, p. 48. 
3. Arch. Nat., LL i545, p. ai. 



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176 l'ordre FRANÇAIS DES ' 

riité, en 172λ, sans prendre d'engagements pour l'avenir*. 
Un de ses successeurs déclame contre cette démangeaison, 
qui n'est que trop naturelle aux communautés, d'entamer 
toujours sur les autres et de ne lâcher jamais rien 1 ». 

A Rieux, le recteur Abhamon eut beaucoup à se plaindre 
des Trinitaires, au sujet desquels il rédigea des petites notes 
malveillantes. Il déclare, sans ambages, « qu'il ne faut jamais 
se mêler avec les moines » et que le couvent devait être trans- 
féré dans une grande ville « où les religieux auraient plus de 
témoins de leur conduite ! » D'ailleurs, l'ordre trinitaire « est 
un corps entièrement pourri dont il faudrait purger la terre 3 » ! 

Sans doute, l'expression est excessive, mais nous avons 
assez de preuves que les Trinitaires furent peu sociables et 
n'excitèrent pas, chez leurs collègues du clergé séculier, tou- 
jours défiants vis-à-vis des réguliers, de bien vives sympathies. 

1. Loire-Inférieure, Inv., H 475. 

ï. Ibid., Eiî53. 

3. Morbihan, Archives communales, E supplément. Rieux, E 98 cl suiv. 



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GHAPITRE IV. 



L'expansion de l'ordre en France. 



Le développement de l'ordre de saint Jean de Matha fut 
rapide. Albéricdes T rois-Fontaines écrivait vers ta^o : « ffa- 
bent conventus ultra sexcentos. » Sans doute, ce terme de six 
cents en latin se prend comme notre mot « mille», mais on 
peut citer deux cents couvents, acquis en moins d'un siècle 
en France, en Espagne et en Grande-Bretagne. Par contre, 
on ne sait comment interpréter cette métaphore d'une butle 
du 12 juillet 1209, reproduite dans le Bullaire et reprise par 
Juhel, archevêque de Tours, dans les lettres de recommanda- 
lion imprimées par Martène 1 , qu'ils étendent leurs branches 
d'une mer à l'autre ». L'existence de couvents trinitaires en 
Palestine ou à Chypre est assez problématique, et il est pro- 
bable que le pape veut faire seulement allusion aux rédemp- 
tions de captifs d'outre-mer opérées par l'ordre nouveau. 

En France, l'ordre prit un développement tel que notre pays 
eu devint pour ainsi dire le cœur. Saint Jean de Matha n'était 
pourtant pas Français de naissance. S'il vint à Paris, ce ne 
fut qu'après avoir étudié à l'Université d'Aix, selon la tradi- 
tion. Il établit personnellement des couvents à Marseille et à 

t. Thgsaai-iii oneedotoram, I, 1019* . 



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178 l'ordre français des 1 

Arles; mais ces villes étaient alors soumises à la domination 
aragonaise. C'est un prince aragonais, Udefonse, qui signe la 
donation faite aux Trimtaires par Hugues de Baux, datée de 
février 1202 et passée au château de Fos. Alors que notre 
Midi seul (et Rome) ont conservé des traces de sa présence, 
des témoignages nombreux, dont quelques-uns, à vrai dire, 
sont discutables dans les détails, nous montrent saint Jean de 
Matha en Espagne, non seulement comblé de donations pen- 
dant sa vie, mais encore honoré après sa mort 1 . On ne peut 
citer, par contre, aucun couvent fondé par le saint lui-même 
dans la France du Nord. Pourtant, avant sa mort, l'ordre 
s'était déjà répandu jusqu'en Flandre. 

La France était un vrai centre d'attraction pour les ordres 
religieux. L'exemple de l'Espagnol Ignace de Loyola venant 
à Montmartre régler la fondation de son ordre est caracté- 
ristique. La France a donc bien le droit de revendiquer Jean 
de Matha, d'abord comme docteur de Paris (Alhéric le qua- 
lifie de magister Joannes de Fronda), ensuite comme bien- 
faiteur de l'humanité : en adoptant les idées généreuses du 
. saint et en fournissant le principal noyau de ses couvents, 
elle les a faites vraiment siennes. 

Quatre dates de bulles nous montrent les progrès de l'ordre : 

i° Le 3 février 1199', en plus de Gerfroid, figurent seule- 
ment les possessions de Planels (localité inconnue) et de 
Bourg-la- Reine ; 

Le 10 juillet 120'P, sont cités les couvents de Marseille, 
d'Arles, de Saint-Gilles, de Lérida, d'Avingavia, de Saint- 
Thomas de Formis à Rome; 

1 . Selon Florez, il est patron principal du diocèse de Lérida. 

a. Palrologie, CCIX, 5o4- 

3. Publiée par M. L. Delisle, Biàl. Ecole des Chartes, 1873, p. 4o3. 



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L EXPASSION DE I, ORDRE EN FRANCE. I 7 ÇJ 

î° Le 18 juin 1209 1 , sur les trente couvents énumérés, près 
des deux tiers se trouvent en Espagne ; 

4° Le 28 février ia48 a , Innocent IV énumère soixante cou- 
vents, dont un tiers appartient à l'Espagne, ce qui montre la 
rapidité de l'expansion française. 

L'ordre a donc eu en France, surtout de 1210 à 12^0 envi- 
ron, une étonnante période de croissance. Une liste alphabé- 
que de ces couvents, accompagnée de notices, sera donnée à 
la fin de ce travail; il suffira donc de préciser ici la réparti- 
tion géographique sur les différents points de la France. 

La piraterie musulmane sévissant dans la Méditerranée, le 
Midi semblait devoir être le centre désigné de l'ordre. Jacques 
de Vitry jugeait d'après la saine raison, quand il disait que ce 
centre était à Marseille; mais il ne tenait pas compte des 
faits, car il n'en fut point ainsi, le Midi ne comptant guère 
que le quart du nombre total des couvents français' 3 . 

Les trois quarts des établissements français occupent dans 
le Nord une région qui serait limitée par les côtes de la Man- 
che, le cours moyen de la Loire, la Moselle et une ligne qui 
irait d'Ostende à Trêves. 

Il suit de là que les Trinitaires de Flandre étaient presque 
tous en dehors de la France ; seuls Hondschoole, Estaires-sur- 
la-Lys, Douai, Préavin, dans le bois de Nieppe, et Arras ont 
fort tardivement appartenu à notre pays. La province de 
Picardie fut sujette à toutes les vicissitudes de la guerre : 
maintes fois, les ministres ne purent venir au chapitre géné- 
ral, à cause du refus de passeport par le roi d'Espagne. La 



1 Babon, pp. 52-54- 

z. Inédite. Arch. nat., L 9^7- J'en ai donné un extrait, pièce 10. 
3. Deux couvents étaient en dehors de la France : Avîfçnon, fondé en i354, 
et Saint-Etienue-sur-Tînée, dans le comté de Nice. 



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180 l'ordre français des trinitairbs. 

situation devînt infiniment délicate au seizième et au dix- 
septième siècle, quand la France fut en état d'hostilité per- 
manente avec l'Espagne. Un certain nombre de couvents 
obéissent au général français, tout en étant sous la domina- 
tion du roi d'Espagne. Jacques Bourgeois recourt sans cesse 
à Charles-Quint et à Philippe II, d'une part, et au roi de 
France d'autre part. La position des religieux de Flandre 
devait être extrêmement difficile en cas de schisme. Préci- 
sément, à la fin du dix-septième siècle, l'Espagne trouva 
moyen d'avoir un général particulier; la province de Picardie 
se trouva scindée en deux parties'. Grégoire de La Forge 
essaya en vain d'implanter son autorité dans les Pays-Bas; il 
ne put le faire que lorsque Philippe V, ayant reçu par héri- 
tage le trône d'Espagne, ordonna à ses nouveaux sujets des 
Pays-Bas de reconnaître le général français. 

On a cherché vainement la cause de ce développement dans 
une région où, d'après le but de leur institution, les Trini- 
taires n'avaient pas de raison d'être. La question de l'utilité 
de leurs couvents de Flandre fut posée par Joseph II, à la 
fin du dix-huitième siècle; on lui répondit qu'il y avait en 
Barbarie très peu de captifs flamands et que, quand on les 
rachetait., on n'avait même pas toujours recours aux Trini- 
taires; cette réponse hâta leur suppression. II n'y a donc à 
l'expansion flamande, attestée par les nombreux actes qu'A 
publiés Aubert Le Mire, aucune raison plausible. Cette pro- 
vince donna d'ailleurs à l'ordre plusieurs de ses généraux et 
ses deux plus anciens chroniqueurs, Gaguin et Bourgeois. 
Douai fut, vers 1600, un centre actif d'historiographie trini- 
taire 1 . 

1. Pièce 247- 

1. Les publications de linrthélemy de Puille, en 1611, sur l'institution de 



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L EXPANSION DE L ORDRE EN FRANCE. IOI 

Quant aux couvents de l'Ile-de-France et de Champagne, 
ils se groupèrent naturellement autour de Cerfroid, leur ber- 
ceau mystérieux. Ce n'est que trente ans après la naissance 
de l'ordre que devait être fondé le couvent de Paris, le véri- 
table arbitre des destinées trinitaires, simplement parce qu'il 
était dans la capitale de la France. 

Les couvents du Nord sont séparés de ceux du Midi par 
un immense vide, qui ne fut jamais comblé, entre Arles et 
Troves, par exemple' (Lyon ne vint entre deux qu'en i65q), 
de même qu'entre Toulouse et Tours. Cette division bizarre 
devait amener tôt ou tard la disjonction entre ces deux grou- 
pes de couvents français, si inégaux d'importance et si étran- 
gers l'un à l'autre. Le résultat le plus clair est le désintéres- 
sement des Trinitaires du Midi vis-à-vis du gouvernement 
d'un ordre qui avait son centre à Paris. Aussi, nous sommes 
dans l'ignorance complète de l'histoire des provinces trini- 
taires du Midi'avant le dix-septième siècle, au point que nous 
ne savons pas si le Languedoc et la Provence étaient sépa- 
rés ou ne faisaient qu'une seule province, ce qui est plus pro- 
bable. Le Midi vécut d'une vie à part, et il ne devait prendre 
quelque importance que le jour où il serait poussé par les 
religieux d'Espagne à l'assaut des privilèges des Trinitaires 
du Nord. La cohésion de ces derniers fut la justification du 
privilège des « quatre provinces ». 

Les couvents du Midi sont dans des villes, ceux du Nord 
sont surtout à la campagne. Peut-être le Midi avait-il des 
villes plus florissantes que le Nord, mais ce n'est évîdem- 

l 'ordre sont antérieures à celles de Claude Rallc et même plus intéres- 

i. A part Notre-Dame de Limon, prés Saînt-Symphorien-d'Ozoa (Isère), 
qui ne fut qu'uu prieuré. 



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192 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

ment pas par hasard que presque tous les couvents méridio- 
naux sont dans des villes connues (Marseille, Arles, Mont- 
pellier, Narbonne, Toulouse, Castres). Les couvents de moin- 
dre importance, comme Tarascon, Digne, Lambesc (Rouches- 
du-Rhône), Beaucaire, Limoux, Mirepoix, Cordes (Tarn), 
Sainl-Gaudens, Orlhez sont au moins dans des petites villes. 
Ceux de Terraube (Gers), de Lorgnes (Var), de La Mothe-du- 
Caire (Hautes-Alpes) et de Saint-La urent-de-Médoc font seuls 
exception, et encore, il n'est pas difficile de les retrouver sur 
une carte. Dans la seconde floraison trinitaire, au dix-sep- 
tième siècle, nos religieux du Midi durent se contenter, en 
Provence, de prendre place dans de petits bourgs, qui sont 
aujourd'hui, pour la plupart, de simples chefs-lieux de canton. 

Dans le Nord , au contraire , les couvents sont en des 
lieux si inconnus que leur place se voit à peine sur la carte. 
Il faut souvent avoir recours aux Dictionnaires topogra- 
phiques des départements , et encore un nom est-il resté 
introuvable, celui de Belleau, dans le Poitou '. Qui saurait dire 
du premier coup où est Cerfroîd, le chef d'ordre? Qui pour- 
rait identifier facilement Templeux, Rouvray, le Fay, Silvelle, 
la Gloire-Dieu, la Poultière? Ce sont de simples hameaux, 
maintenant des lieux-dits, dont les noms ne se retrouvent 
plus. Une difficulté pour les identifier réside dans les noms 
liturgiques d'origine populaire , qui ne permettent guère de 
reconnaître par exemple Soudé-Sainte-Croix dans Forts tte- 
ffalis, La Villeneuve (près Chelles) dans f/onor Dei, Silvelle 
dans Forts Jesa. 

Même quand les Trinitaires ont leurs couvents dans des 



i. C'eal sans doute dans la paroisse de Mazeuil (Vienne), dont un Trini- 
taire étsil curé au dix-huitième siècle. 



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L'EXPANSION DE L'ORDRE EN FRANCE. 1 83 

villes, ils sont établis en dehors, comme à Etampes et à Saint- 
Quentin. Pour Troyes, ils se transportèrent du nord à l'est 
de la ville, sans jamais y pénétrer. S'il y a des exceptions, 
comme à Clermont (Oise) et à Meaux, cela tient à la situa- 
tion urbaine des hôpitaux qui leur furent confiés. Dès qu'ils 
n'eurent plus l'Hôtel-Dieu de Meaux, ils s'établirent hors de 
la ville. N'est-il pas caractéristique que les Trinitaires n'aient 
pas eu immédiatement un couvent à Paris? Dès 1199, ils ont 
des biens à Bourg-la-Reine, des couvents au Bourget (i2o3), 
à Verberie (1206), à Etampes (avant 1209), à Pontarmé, près 
Senlis (1216), à Chelles, à Mitry (i2a5), pour ne citer que 
les lieux les plus rapprochés de Paris, qu'ils enserrent du 
côté du nord et de l'est. C'est seulement en 1229 que 
Guillaume d'Auvergne, à peine consacré évêque de Paris, 
donna aux Trinitaires un vieil hôpital en ruines, situé prés du 
Palais des Thermes et dont la chapelle était dédiée à saint 
Mathurin. De cette possession de quatrième ordre, nos reli- 
gieux surent faire le vrai couvent chef d'ordre. 

Si les Trinitaires ne songèrent point à chercher, pour cette 
expansion surtout rurale, des causes qu'il n'est guère facile 
de déterminer, ils essayèrent d'en tirer d'excellents résultats. 
Au dix-huitième siècle, la Commission de Réformation des 
ordres religieux constate que l'ordre des Trinitaires avait très 
peu de sujets et qu'un bon tiers des couvents du Nord était 
réduit à l'état de prieurés, alors que la plupart des couvents 
du Midi avaient une certaine vitalité 1 . Malgré cela, les reli- 
gieux ne voulaient pas quitter leurs couvents de la campagne, 
même lorsqu'ils étaient en proie à_une extrême pauvreté : ils 
prétextaient que, lors des quêtes de la rédemption, les cam- 

1. Bibliothèque nationale, ma. fr. 1 3 857, pp. 58 a 62. 



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|84 L ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRES. 

pagnes où ils résidaient perpétuellement, où ils étaient par 
suite connus et estimés, se montraient plus généreuses que 
les villes, où tant d'oeuvres sollicitaient la charité des fidèles. 
Telle était l'idée exprimée par le P. Pichault, général des 
Trinitaires, dans un mémoire écrit en 1766. La vérité est 
qu'ils voulaient garder leur total de couvents afin de faire 
nombre en face des provinces étrangères plus peuplées, dont 
l'une, l'Espagne, avait une très grande importance. 

Avec le temps d'ailleurs, nos religieux passèrent parfois de 
la campagne à la ville. De Templeux-la-Fosse, les habitants 
de Péronne les font venir pour diriger leur collège. De La 
Palu, au terroir de Marseille, les Trinitaires Déchausssés 
descendent dans la grande ville et donnent leur nom à une 
église et à une rue. 



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Les provinces étrangères de l'ordre. 



Dès le treizième siècle, nos religieux eurent une trentaine 
de couvents en Angleterre, Ecosse et Irlande. Cette province 
disparut au moment de la Réforme de Henri VIII. 

L'Espagne eut, dès cette époque, un nombre de maisons 
à peu près égal à celui de la France elle-même 1 . 

Quant à l'Italie, nos religieux ne s'y établirent que dans le 
courant du dix-septième siècle, sauf les exceptions de Rome 
et de Naples. 

En 1599, naquit en Espagne la congrégation des Trinitaires 
Déchaussés qui, non contente de déborder dans le. midi de la 
France, alla jusqu'en Autriche et en Pologne, où l'ordre 
n'avait pas encore paru. 

On a commis bien des inexactitudes sur l'importance qu'au- 
raient eue ces provinces, lorsqu'au dix-septième siècle on 
s'efforça d'amoindrir la part de la France dans le passé de 
l'ordre. La légende de Pierre de Aberdeen, qui aurait été élu 
en r347 après la mort de Thomas Loquet, est apocryphe, 
car ce général ne mourut qu'en i35y et un autre Français 
lui succéda sans interruption. 

i. Une liste très complète de ces couvents s été donnée dans VArbor 
ehronoiogica. 



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l86 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Il faut également rejeter parmi les fables la mention de 
Moncamacho, qui aurait été élu général pour l'Italie en i38o. 
II est qualifié de ministre de Saint-Thomas de Formis; c'est 
le seul couvent que les Trinitaires avaient alors dans ce pays. 

GRANDE-BRETAGNE. 

On n'a pas de certitude sur la date exacte de la venue des 
Trinitaires en ce pays. Thomas de Eccleston, auteur du Liber 
de adventu Minorum in Angliam, dit qu'ils arrivèrent Iong- 
temps avant 1239'. Dugdale doit avoir raison quand il dit 
que leur premier couvent date de 1224. La réception faite par 
le roi d'Ecosse Guillaume, mort en 1214, est problématique. 

Les onze couvents anglais énumérés par Dugdale* sont 
Moltenden dans le Kent (1224), qui fut donné en i54o à 
Thomas Cromwell; — Donnington, près Newbury (Berkshire), 
mentionné en i3g5; — Liltle Totness Devonshire); — Wer- 
land, près Totness, fondé par Gautier d'Exeter sous Henri III ; 
— Hounslow, dont la plus ancienne charte est de 1 296 ; les 
religieux avaient un marché chaque mercredi, et une foire 
annuelle à la Sainte-Trinité, qui durait six jours; — Berwick, 
en Nortnumberland ; — Walknoll, fondé le mercredi avant la 
Pentecôte i36o, par William Acton, bourgeois de New- 
castle; ce couvent était dédié à saint Michel et fut rendu au 
roi le 10 janvier i53g; — Thursfield, dans le comté d'Oxford, 
consacré le 29 décembre 1295; c'était un hôpital pour les 
pauvres et les pèlerins — Eston, dans le Wiltshire; — Wor- 
cester; — Knaresborough, dans le comté d'York, établi sous 
Henri III, par Richard, roi des Romains, qui donna à nos 

1 . Monumenta Germantœ, Scriptores, t. XXVIII, p. 568, 1. 4°. 
a. Jtfonasticum Anglicanum, t. VIII, col. 1 558- 1 565. 



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LES PROVINCES ÉTRANGÈRES DE L'ORDRE. 187 

religieux la chapelle de Saint-Robert ' , avec 20 vaches , 
3oo brebis, 4° porcs (10 avril 1257). 

Dans ce total de onze couvents n'est pas compris celui 
d'Oxford, dont le ministre aurait aliéné une possession, la 
chapelle de Sainte-Frideswide, réclamée par Gaguin qui sol- 
licita dans ce but les bons offices de l'Université. 

Les couvents écossais sont établis à Aberdeen (1214?), 
Dumbar Ç1218), Failfourd (i25a) au diocèse de Glasgow, 
Pebles (i263) au sud d'Edimbourg, Houston (1226), Scotland- 
Wall etDornoch 1 . 

L'Irlande, à laquelle on prête parfois cinquante-quatre cou- 
vents trinitaires, n'en aurait eu qu'un seul à Atdare (en latin 
Athacia), petite ville du comté de Limerick 3 . 

Ces trois provinces (Angleterre, Ecosse et Irlande), par 
suite de leur situation isolée, ne jouèrent aucun rôle dans 
l'ordre. 

Il en est de même des provinces légendaires de Palestine 
et de Chypre- On peut refuser toute créance à l'existence, 
certifiée par Baron, d'un couvent trinitaire à Constantinople 
en 1234, ainsi que d'un couvent de religieuses, qui y viennent, 
en i44'> comme pour se faire massacrer par les Turcs. Belin 4 
dit que la première mention d'un couvent trinitaire remonte 
à la paix de Sitvatorok, qui est de 1606. Ce couvent était 
dans la rue de Péra et sous la protection de l'Autriche. 

1. Fidèles k leurs traditions hislnricgraphiqucs, les Trinitaires oat fait de 
l'ermite Saint-Robert de Knareshorough us religieux de l'ordre, 
j. Lahigan, Histoire ecclésiastique d'Irlande, IV, 3i 3. 
3. Bibl. de Marseille, manuscrit iai5, f° 10 v>. 
4- Bklui, La latinité de Constantinople, 20 édition, 1894, p. 33i. 



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L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 



Avec l'Espagne, nous sommes enfin sur un terrain solide. 
Les religieux de ce pays ont été trop laborieux pour que 
nous ne leur payions pas un juste tribut d'éloges. Si l'on sup- 
primait de l'historiographie trinitaire tout ce qu'ont écrit les 
Espagnols, il ne resterait que la chronique de Gaguin, avec ses 
suites, et les ouvrages du P. Dan. Nous pouvons élever des 
doutes bien légitimes sur les premières donations espagnoles, 
où sont trop visibles des interpolations faites pour vexer 
l'ordre rival de la Merci, fondé en iaa8 à Barcelone. Toute- 
fois, ne nous plaignons pas trop de cette inimitié ; que d'ou- 
vrages n'auraient jamais été écrits si les Trinitaires n'avaient 
pas eu devant eux des rivaux qu'il fallait surpasser! En nous 
souvenant que ce n'est qu'au milieu du treizième siècle que 
l'Andalousie fut conquise sur les Maures, et que ceux-ci gar- 
dèrent Grenade jusqu'en 1/(92, on comprendra la seconde 
raison de la vitalité des Trinitaires dans un pays dont les 
fréquentes luttes avec les musulmans étaient de nature à don- 
ner Heu A de nombreux rachats de captifs. 

La chronique de Gaguin nous montre les premiers succes- 
seurs de saint Jean de Matha venant en voyage de rédemp- 
tion en Espagne, et l'un d'eux mourant à Cordoue. Gil 
Gonzalez de Avila, dans son Teatro ecclesiàstico de las 
Iglesias de las dos Castiltas (i645), donne de très nom- 
breux détails sur les couvents trinitaires, dont l'un, celui de 
Ségovie, aurait été fondé en 1 208 par saint Jean de Matha 
lui-même. 

Dans le couvent de Burgos, il s'est réuni des Cortès; sa 



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LES PROVINCES ÉTRANGÈRES DE I.'oRDRE. 1 89 

capilla mayor a été construite au moyen des aumônes des 
marquis de Aguilar; les religieux y ont un collège dédié à 
saint Ildefonse, où l'on étudie la théologie, les arts et les 
sciences morales. 

Celui de Valladolid date de ia56; les ducs de Béjar en 
sont les patrons; le rétable a été donné par Juan Hurlado et 
François de Zuniga. De ce couvent sortit Antonio de Paz, 
qui fut quatre ans à Tunis (i53i-i535) '. 

En Andalousie, it y a le couvent de Jaen (jtobre en edi- 
fitio, rico en virtud); celui d'Ubeda a , où saint Jean de 
Matha a fait cesser une épidémie de peste au dix-septième 
siècle; ceux de Baeça, d'Andujar, et surtout celui de Séville, 
fondé en ia53 sur l'emplacement de la prison de Sainte-Juste 
et Rufine 3 . 

Un Trinitaire d'Espagne devient, au quinzième siècle, le 
cardinal Antoine Serdan, évéque de Lérida; c'est le seul car- 
dinal qu'ait eu l'ordre. 

Les rapports de l'Espagne avec le général français sont 
d'abord fort peu connus. Durant le quatorzième siècle, il 
est fait mention du châtiment infligé à des ministres de 
Séville et de Burgos. Quel est ce châtiment? Gaguin ne le dît 
pas; il est à présumer que c'est la déposition. Le grand 
schisme élant survenu, la France suivit le pape d'Avignon et 
l'Espagne le pape de Rome. Ce fut une occasion pour les Tri- 
nitaires de secouer le joug de la France; ils élurent comme 
général Vasconcellos, provincial de Castille, à qui une bulle 
■ de Martin V permit de garder le titre de général sa vie durant. 
La paix étant rétablie dans Tordre, des Statuts furent publiés 

1. T. I, pp. 644-645; t. III, p. 16. 
.. T.!, p. 2.7. 

a. t. n, p. ia4- 



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IgO L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

à Cerfroid en 1 4^9 ; Jean de Burgos en fit une copie pour ses 
compatriotes; il y recommande que l'Espagne envoie, tous les 
cinq ans, un délégué au chapitre général. La présence de 
Trinitaires espagnols aux chapitres généraux de ilfj$ el de 
i5oi est certaine. C'est à l'époque de Gaguin que les rela- 
tions entre le grand-ministre et l'Espagne sont le mieux 
établies. 

A ce moment, fleurissent en Castille Simon de Camargo et 
Diego de Gayangos, grands rédempteurs de captifs. Les 
manuscrits de Gaguin, à la Bibliothèque Mazarine, renfer- 
ment aussi beaucoup de statuts faits en Espagne. Alors Gre- 
nade est prise et trois couvents trinitaires se fondent à Malaga, 
Marbella el Alméria, villes enlevées aux musulmans; Gon- 
zalve de Jerez vient, à cette occasion, demander à Arles des 
reliques de saint Roch. 

Le règne de Charles-Quint marque, pour l'Espagne, une 
nouvelle période d'autonomie. Adrien VI comble les Trini- 
taires espagnols de privilèges qu'obtiendront cinquante ans 
plus tard les Trinitaires de France. Pie IV leur permet de 
changer la couleur de la chape, et cette différence d'habit avec 
les religieux de France chagrine profondément ceux-ci. Thi- 
baut Musnier et Bernard Dominicï vinrent visiter en personne 
les provinces d'Espagne. 

De Valdepenas, à la limite de la Castille et de l'Anda- 
lousie, devait partir en i5q.q la Congrégation Déchaussée, dont 
l'expansion fut si rapide. Le seul résultat qui nous intéresse 
ici, c'est que ce fut un prétexte pour les Trinitaires espagnols 
à réclamer une part du gouvernement de l'ordre. Tant que 
Louis Petit fut général f[6i2-i65a), l'Espagne demeura tran- 
quille; ce personnage, qui avait étudié à Saragosse, était très 
cher aux Espagnols, dont il connaissait la langue. Ce n'est 



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LES PROVINCES ETRANGERES DE L ORDRE. IOI 

pas ici le lieu de raconter cette lutte qui dura toute la seconde 
moitié du dix-septième siècle. Rappelons seulement que l'Es- 
pagne fut admise, depuis 1704, à participer aux chapitres 
généraux, et qu'il y eut toujours dès lors, auprès du général, 
un secrétaire espagnol ; c'était, en 1756, Lorenzo Revues, qui 
fit diverses copies chez les Mathurins de Paris. C'est tout ce 
que l'Espagne gagna à cette lutte, semblant même se désin- 
téresser assez vite des gages qu'elle avait conquis, car, au 
chapitre de 1781, manquaient un grand nombre des repré- 
sentants de ce pays. 

Les constitutions particulières des Espagnols sont assez 
bien connues depuis le seizième siècle; le chapitre général se 
tenait chaque fois en des lieux différents : celui de 1 497 es[ à 
Arevalo, celui de i5i3 a Santa Maria de las Virtudes ; d'au- 
tres se tinrent à Valladolid et à Jaen. Jusqu'au milieu du 
seizième siècle, il n'y eut que deux provinces, Castille et 
Aragon (le Portugal était à part) ; l'Andalousie fut détachée 
alors de la Castille. L'unification de l'Espagne n'empêchait 
pas l'existence du régionalisme, puisque Gaguin établit l'alter- 
native entre la Catalogne, l' Aragon et le royaume de Valence 
pour le provincialat. En i586, Bernardino de Mendoza, 
ambassadeur de Philippe II, fut chargé de demander à Ber- 
nard Dominici de choisir un vicaire général pour les quatre 
provinces de la péninsule ibérique. Celte innovation ne porta 
point atteinte à l'indépendance de chaque province, car en 
1780 le provincial d'Aragon, ayant voulu faire la visite en 
Castille, en fut empêché par les religieux, aux termes d'une 
bulle de Clément Vil. 

Les constitutions espagnoles les plus célèbres sont celles 
qui furent faites au temps d'Alexandre VII à Rome (1657). 
Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, les Espagnols rédigè- 



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103 h ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

rent des constitutions, qu'ils firent confirmer par le pape 1 . 
L'Espagne fut un vif foyer de science, d'historiographie 3 et 
de rédemption. Le collège de Saint-Lambert de Saragosse de- 
vint très célèbre, et le pays compta une foule de Présentés, 
de Maîtres et de Docteurs Jubilés*. Depuis le dix-septième 
siècle, un grand nombre de villes eurent à la fois des couvents 
de Trinitaires Chaussés, de Trînitaires Déchaussés et même 
de religieuses, fondées depuis 1612. L'Espagne fournît à 
l'ordre ses plus grands prédicateurs, comme Paul Aznar, et 
même des saints comme Simon de Roxas, Michel des Saints 
et Jean-Baptiste de la Conception. L'histoire de la province 
de Castille a été l'objet de grands ouvrages de Juan Toraya 
de la Vega. 

PORTUGAL. 

L'origine de cette province est fort incertaine; le naufrage 
d'André d'Agramont devant Lisbonne, où il fonde un cou- 
vent, paraît légendaire. Il n'y eut pas en ce pays plus de six 
couvents : les principaux furent ceux de Lisbonne, de Santa- 
rem, de Coïmbre et d'Alvito. Les privilèges obtenus par l'Es- 
pagne furent étendus en i534 au Portugal, dont le principal 
titre de gloire est l'ouvrage de Bernardin de Saint-Antoine. 
Lorsqu'il eut été conquis par Philippe II, ce roi fit faire 
une rédemption des captifs portugais. Après la proclama- 
tion de l'indépendance du Portugal, les Trinitaires d'Es- 
pagne se montrèrent hostiles à ceux de France et demandè- 
rent un général particulier ; la province de Portugal s'opposa 

i. Analeeta Jurît ponlijîcii, t. XVI, p. 636. 

a. Le P. Antonin de l'Assomption a publié récemment un ouvrage étendu 
sur les historiens trinitaires espagnols. 

3. Ce sont des grades en théologie, qui n'étaient guère répandus chez nos 
religieux de France. 



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LES PROVINCES ÉTRANGÈRES DE l'oRDRB. I g3 

1res vivement à cette scission et son député écrivit à ce sujet 
à la Congrégation des Réguliers. Sans doute, le mobile de 
cette attitude était plutôt l'inimitié contre l'Espagne que l'af- 
fection pour le général français ; néanmoins cette communauté 
d'hostilité fut pour les Trinitairee de France un sérieux appui 
moral. Le roi lui-même enjoignit en 1697 au provincial de 
reconnaître le général français. 



Cette province, qui allait prendre une importance démesurée 
à cause des intrigues antifrançaises dont Rome devait être le 
centre, ne se forma qu'au dix-septième siècle. Le plus ancien 
couvent (à part ceux de Rome, dont il sera traité isolément) est 
celui de Naples, fondé en i56o. En i586, François Boucher, 
vicaire général de l'ordre, permit l'érection de confréries des- 
tinées à en favoriser la construction*! . Il parait qu'il y avait, 
dès cette époque, un provincial de Calabre, mais nous ne 
savons pas au juste de quels couvents se composait sa pro- 
vince. A l'époque de sa plus grande expansion, l'Italie ne 
comprit jamais que dix-sept couvents, dont cinq en Sardaigne 
(encore faisaient-ils peut-être partie de la province d'Aragon ') 
et quatre en Sicile. Ces derniers n'échappèrent pas a la loi de 
vagabondage qui semble s'imposer à tous les couvents trini- 
taires : à Païenne et à Catane, nos religieux durent s'y 
prendre à (rois fois pour être placés définitivement. Ces rensei- 
gnements sont donnés par les manuscrits du P. Ignace de 
Saint-Antoine; peut-être les pérégrinations de nos religieux 
n'étaient-elles pas encore finies. 

1. Pièce i38. 

». Les ntuttre* Captif», t. II, p. 33i. 



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if)/( l'ordre français des trinitaires. 

A la fin du dix-septième siècle, les Trinitaires Déchaussés 
fondèrent plusieurs couvents en Italie : Saint-Denis de Rome, 
Alexandrie, Turin et Livourne. Le couvent de Faucon, près 
Barcelon nette, qui appartint au Piémont jusqu'à 1713, fut 
rattaché à cette province Déchaussée. Du couvent de Saint- 
Ferdinand de Livourne sortit un excellent ouvrage (Gli schiavi 
redenii), que j'ai trouvé à la bibliothèque de Gerfroid. 



La Congrégation Déchaussée fonda, à la fin du dix-septième 
siècle et au commencement du dix-huitième, un grand nombre 
de couvents en Autriche (province de Saint-Joseph) et en 
Pologne 1 (province de Saint-Joachim). Les principaux sont 
ceux de Vienne, de Cracovie et de Varsovie. Vienne fut un 
grand centre de science et de rédemption : Florien de Saint- 
Joseph y continua l'Histoire de la Congrégation Déchaussée, 
de Diego de la Madré de Dios. La récente arrivée des Trini- 
taires français à Vienne a donné lieu à la publication, dans 
leur Bulletin de décembre 1900, d'un intéressant article sur 
ce couvent, supprimé en 1783 par Joseph II et dont les reli- 
gieux tiendront à honneur de faire revivre le souvenir glorieux. 

1. Arbor Chronologica, pp. i3g et i4o, 



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CHAPITRE VI. 
Les grands bienfaiteurs des Trinitaires. 



' LES ROIS ET LES 



« L'ordre de la Sainte-Trinité, lit-on au début du Mémoire 
présenté, en 1766, par le général Maurice Pichaull, à la 
Commission des Réguliers, a été établi en France sous la pro- 
tection du roi Philippe-Auguste'. » Au dix-septième siècle, le 
peintre Van Thulden représenta, pour le couvent des Mathu- 
rins, les deux fondateurs de l'ordre présentant la règle à 
Philippe- Auguste, qui, selon Millin, aurait eu la simplicité de 
croire « les deux visionnaires ». Le P. Calixte a bénévolement 
admis dans le tiers-ordre des Trinitaires ce roi, qui aurait 
même choisi Jean de Matha pour son théologien ! 

En fait, M. Delisle, dans son Catalogue des actes de Phi- 
lippe-Auguste, n'en cite aucune donation en faveur des Trini- 
taires. Dans aucune bulle, le pape ne fait allusion à la pro- 
tection royale. Les deux seuls faits allégués partiaguin : l'en- 
voi de Trinitaires à une croisade de Philippe-Auguste (qui 
n'y alla point après 11 0,3) et leur établissement à Paris, fort 
postérieur à ce roi, ne sont pas admissibles. 

Louis VIII n'eut pas le temps de faire quelque chose pour 

1. Arch. nal., S ^278, no ai, p. 1. 



OcyGoO^fe 



I96 l'ordre français des tributaires. 

nos religieux. Leur grand bienfaiteur fut saint Louis, averti 
du mérite des Trinitaires par la présence à ses côtés du 
grand-ministre Nicolas pendant la croisade d'Egypte. Join- 
ville fait souvent mention de Nicolas 1 , ainsi que d'un Trini- 
taire attaché au comte Guillaume de Flandre et confessant 
les chrétiens jusque sous les flèches des Sarrasins. Aussi le roi 
prit-il les Trinitaires « pour chapelains et pour familiers »; 
et reçul-il du chapitre général, en ia56, l'association spiri- 
tuelle, « vu que son affection spéciale à l'égard de l'ordre 
avait été prouvée par de multiples effets 1 ». 

Le plus connu des couvents fondés par saint Louis est celui 
de Fontainebleau. En logeant les Trinitaires dans son palais, 
lé roi leur donna 3,000 arpents de bois (juillet ia5u) 3 ; il prit 
' deux Trinitaires comme chapelains, en sus du nombre régle- 
mentaire des religieux (décembre 1260)*. Il fit exempter ce 
couvent des décimes levés par Charles d'Anjou et lui fit accor- 
der des indulgences par le pape 5 . 

Il fit donner à l'ordre l'hôpital des Belles-Portes par le cha- 
pitre de Saint-Quentin 6 , et il intervint puissamment pour lui 
assurer la possession de PHotel-Dieu de Compiègne. 

Saint Louis ne favorisa pas moins les couvents déjà exis- 
tants. Les Malhurins de Paris eurent beaucoup à se louer du 
roi, qui provoqua en leur faveur les largesses de ses familiers 
Guillaume, son panelier, et Adam, son cuisinier. Ayant donné 
une rente de 4o livres à Nicolas de Soisy, le roi consent qu'il 



■ 1, Le P. Da«, Hitloirt de Barbarie, 2' édition, p. 467- 
a. Layellt* du Trésor des Chartes (11 juin ia56). 

3. Gallin ehrisliann, XIII, Inslr., 74 A. 

4. Mautenk, Amplim'ma calléctio, I, 1 34g- 

5. Le Nain de Tillkjcont, Histoire de mint Louii, IV, i58; VI, 84. 

6. Héhkhé, Angusta Viromandaurnm, pp. ï/|ï-î43. 



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LES GRANDS BIENFAITEURS DES TRINITATRFS. 197 

en lègue dix par avance aux Mathurins ' : ce lesrs est peut- 
tire une condition de la donation royale. 

Ce n'est pas seulement de terres et de maisons, c'est d'orne- 
ments précieux et de reliques que saint Louis comblait ces 
religieux. « Voulant décorer votre église de quelques marques 
vénérables de notre Rédemption, nous avons jugé a propos 
de vous envoyer, par notre amé et féal chapelain Frère Pierre 
d'Arras 3 , de votre ordre, une épine de la sacro-sainte cou- 
ronne de Notre-Seigneur et une lame de sa très sainte croix. 
Priez pour nous. » Le couvent de Paris conservait encore, à 
la fin du dix-huitième siècle, le manteau royal de saint Louis, 
qui servait de chasuble au prêtre officiant le jour de la fête du 
roi et un reliquaire sur pied de cuivre (Miltin). 

A la seconde croisade de saint Louis figura encore un 
Trinilaire, Jean de Metz 3 . La tête du saint roi fut dignement 
célébrée parles Mathurins reconnaissants; tous les ans, ils se 
rendaient procession nellement à la Sainte-Chapelle, de con- 
cert avec les religieux de Sainte-Catherine. 

L'affection de saint Louis pour les Trinilaires se communi- 
qua à son frère, Alphonse de Poitiers. Les aumônes de celui-ci, 
en ia65, comprennent les Mathurins de Paris pour 100 sous; 
ceux de Fontainebleau pour 5o; ceux de Chelles, Mitry, Cler- 
mont pour 3o; ceux de Pont armé pour 20. Dans son apa- 
nage, il donne 100 sous aux Trinilaires de Taillebourg* et 



r. Voir, pour les détails, la Monographie du couvent des Mathurins de 
Paris, en préparation. 

». Ce Trinilaire était présent k l'hommage prélo pur le comte de Nevers, 
Jean, h l'évéque de Paris, Etienne, le i3 novembre 1268 (Cartulaire de 
Notre-Dame de Paris, I, 171). 

"i. Le peintre du couvent dea Pères Blancs à Cartilage, dans le tableau de 
la Mort de saint Loai», a donné à ce religieux les traits du P. Calixte. 

4. M. Molinieh, dans sa Correspondance d'Alphonse de Poitiers, a cite 



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19$ L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRBS. 

ôo à ceux de Toulouse '. Ces derniers reçurent, en décembre 
1368, 100 livres tournois sur les produits d'une vigne confis- 
quée à Pierra Garsia, hérétique, et de plus le vin de cette 
vigne *. 

Il faudrait citer les plus grands princes français, pour énv- 
mérer tous les bienfaiteurs des Trinitaires. Je me bornerai 
aux comtes de Champagne et de Flandre. 

Les belles études de M. d'Arbois de Jubainville montrent 
que Thibaut IV'fiaoï.-i 25a), Thibaut V(ia53-i 370), Henri III 
(1370-1374) ne l'ont en rien cédé à saint Louis. Dès 1217, 
le sénéchal Simon de JoinviHe, père de l'historien, fondait 
un couvent à Soudé (Fons Regalis), près de_ Vitry. 

Les Trinitaires doivent aux comtes de Champagne les cou- 
vents de La Veuve (ia34), Vitry (ia4o), Troyes (1260) et 
l'hôpital de Meaux (ia44). Le testament de Thibaut V (no- 
vembre 1357) contient des legs aux couvents de Cerfroîd 
(qu'il devait favoriser encore spécialement), Silvelle, Soudé, 
Vitry, Meaux. A cette Maison-Dieu, il donna une tour près 
des- murailles, contre le pressoir de la Maison-Dieu, qu'il pou- 
vait reprendre quand il lui plairait 4 (1370). A Cerfroid, il 
institua vingt religieux de chœur 5 . Un de ses chapelains, 
Jean Boileau, reçut 20 livres sur la communauté de Meaux 

une enquête A Inquelle il fait procéder pour le ministre de Taillebourg, qui 
a reçu des coups dans une rixe. Ibid., 1022, 1 no, 1 128, i3s4- 

1. Boutaric, Saint Louis et Alphonse de Portier», pp. 461 A 466. 

a. Histoire du Languedoc, IV, 708. Voir Ibid*, VII, 4i3, et Correspon- 
dance d'Alphonse de Poitiers, l. 1", p. 534. L* prince leur légua i5 livres 
sur la prévale de La Rochelle pour le chapitre général (Archives nationa- 
les, i 406, no 4). 

3. Dés 1239, Thibaut IV a pour chapelain le Trinitaire Simon, auquel est 
déléguée la levée d'une taxe sur les biens de ceux qui se rachetaient de la 
croisade {Cal., n» 253g). 

4. Arc h. n»l., J ao3, n» 78. 

5. Pièce 3q. 



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LES GRANDS BIENFAITEURS DES TRIBUTAIRES. IQO 

(îi février 1269) et 10 autres livres d'Henri, successeur de 
Thibaut V; il devint général de l'ordre en 1273 1 . 

Rien n'égala la munificence de Thibaut V pour les Tri- ' 
nitaires qu'il « attira » à Troyes : en 1 260, il leur donne > 
une maison sise au faubourg de Preize, habitée auparavant 
par les Franciscains 1 ; puis, il les comble de donations qui se 
succèdent avec une rapidité vertigineuse : 6 muids de fro- 
ment, 5o livres sur le pontage de Troyes, des exemptions de 
tonlieu 3 , le droit d'usage dans ses forêts d'Isles (21 avril' 
I] m)» la première prébende qui vaquera au chapitre de Saint- 
Etienne, la pêche dans les fossés de la ville depuis-la porte de ■ 
^niporté jusqu'à ta Seine 4 (août 1261), la dispense de consa-r 
crer au rachat des captifs 5 le tiers des revenus qu'il leur 
avait donnés, par dérogation spéciale au texte dé la règle, : 
H UI était pas encore modifiée. 

Les comtes de Flandre furent les bienfaiteurs des couvents 
j e Douai et d'Hondschoote. Marguerite, notamment, « libéra 
et quitta » aux Trinitaires de Douai, le 17 octobre 127a, tout 
le lieu nécessaire pour bâtir l'église, le cimetière et le 
dotlre 6 . 

Mahaut de Dammartin et Alphonse de Portugal, son mari, 
donnèrent aux Trinitaires l'Hôtel-Dieu de Clermont (Oise), 
avec les revenus d'une foire annuelle. 

1. Mention de l'Obiluaire des Malburins de Paris. 
1. Catalogue, n" 3187. 

J. Camusat, Prompluarium, 427 vo-^ap, v>. 
4. Citalogue, n°< 3i85, 3 188, 3ao5. 

S.' Cartnlaire conservé aux Archives de l'Aube, fol. 1 : Licet tertio pars 
uxivtrti ilebeal in Kedemptioncm captivoram, noliii/ius tamen quod de 
pndktit sibi a nabis collatis, ratinne dicte Redemptionis, ullomodo «/("- 
qaid dedaeatur. 

6. L'abbé Dancoisnb, Bulletin de la Sac. des Sciences de Douai, t. XIV, 
p. 330. 



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300 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Les Trinitaires savent réclamer ce qui leur est dû. Simon 
de Dammartin et Marie de Ponthieu ayant promis au minis- 
tre de Ponlarmé 10 livres parisis de revenu annuel et 60 sous 
pour le chapelain, leur fille, Jeanne, reine de Castille et de 
Léon, veuve de Ferdinand le Saint, leur assigne 1 1 livres de 
revenu sur la vicomte d'Airaines ' (Somme). 

Ce n'était donc pas seulement auprès des princes de 
France que les Trinitaires trouvaient une si efficace protec- 
tion. Sans parler des légendaires réceptions que leur auraient 
faites le roi d'Ecosse, Guillaume, et le roi de Portugal, 
Alphonse II, on peut constater leur crédit auprès de princes 
qui furent rarement les amis de la France, même au temps 
de saint Louis, les rois d'Angleterre. Henri III ne se con- 
tenta pas de leur donner des lettres de protection perpétuelle 
au moment de la guerre de Saintonge * (i-t^-i), il leur confia 
même des missions plus délicates. Simon, ministre des Mathu- 
rins de Paris, fut désigné à l'effet d'entendre, pour Simon de 
Montforl, le compte de l'emploi de 1,000 livres sterling dépo- 
sées à l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem et de transmettre 
au roi ce compte scellé de son sceau 3 . 

Richard de Cornouailles, le fondateur du couvent de Saiot- 
Kobert de Knaresborough, prit parmi ses envoyés auprès 
d'Innocent IV le Trinilaire Raoul 4 , en vue de défendre ses 
droits sur la Provence contre Charles d'Anjou, en vertu du 
testament de Raymond-Bérenger IV 5 (mai 1246). En ia5g, un 

i. E Dtipuis, Ponlarmé, p. 106. 

3. Rôles gascons, n° 3q4. 

3. raid., no« 2170, ï865. 

4- C'est à ce frère Raoul que Henri III alloue 4» sous pour ses dépenses 
en sa qualité d'envoyé royal en Angleterre; c'est pour lui qu'il mande à 
Roger le tailleur de faire un habit convenable. 

5. Behiskh, Registres d'Innocent IV, n» r 967. 



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LES GRANDS BIENFAITEURS DES TRIMTAIRES. 301 

autre Trinitaire, Guillaume, est envoyé à Rome pour se plain- 
dre qu'Alphonse le Sage, roi de Caslille, prenne, au grand 
détriment de Richard de Cornouailles , le titre de roi des 
Romains. Le pape Alexandre IV, qui devait estimer à sa 
juste valeur cette contestation sur une ombre de pouvoir, 
mais qui, selon les traditions de la cour pontificale, ne voulait 
mécontenter personne, fil une réponse évasive 1 . 

Au quatorzième siècle, le trop fameux Robert d'Artois avait 
pour chapelain un Trinitaire, Henri Sachebren, à qui il fil 
confidence de ses projets criminels contre le roi Philippe VI 
et qui, effrayé, vint le dénoncer en décembre i333, sans pou- 
voir éviter d'être lui-même emprisonné 1 . 

a" LES EVEQUES. 

D'illustres évéques du treizième siècle ne restèrent pas 
insensibles au mérite des Trinitaires. Nos religieux peuvent 
citer avec honneur, parmi les prélats présents autour de leur 
berceau, Guérin, évèque de Senlis, devant qui est passé, en 
iai6, l'acte de fondation du couvent de Pontarmé, et surtout 
Guillaume d'Auvergne, qui se montra le bienfaiteur des 
Mathurins de Paris en toute occasion, aplanit leurs différends 
avec l'abbé de Sainte-Geneviève et étendit sa sollicitude aux 
couvents du Bourgel et du Fay 3 . 

Les évéques de Meaux, dont le diocèse comprenait' Cerf roid 
(aujourd'hui de celui de Soissons), ont favorisé ce couvent dès 
son origine. Un vitrail de l'église conserva le souvenir de la 
dédicace de Cerfroid par l'évêque Anseau, qui consacra aussi 

i. Bibliothèque de Marseille, manuscrit in5,f° iiv», 

2. Notice* et extraits des Manuscrit*, t. I", pp. 5aa, 5a4. etc. 

3. Pièces 6 et g. 



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302 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

l'église de Silvelle '. Le plus connu de ces bienfaiteurs fut 
Pierre de Cuisy', évêque de 1333 à is55, qui donna un rauid 
de blé 3 , annuellement, pour le pain du chapitre, à percevoir 
sur sa grange, à Vareddes. 

A proximité de Saint-LÔ, se trouvait le couvent de La Per- 
rine, pour lequel les évéques de Bayeux et de Coûtantes ne 
rivalisèrent que de bienveillance, comme le témoigne son pré- 
cieux Obituaire qui, après Dumonstier, peut être feuilleté 
avec intérêt. Grégoire de Naples, évêque de Bayeux, donna 
l'église de Sainte-Catherine en pure aumône, n'y retenant 
plus aucun droit, et Jean, évêque de Coutances, mort le 
5 juillet 1274, légua 100 livres tournois au couvent 4 . 

Au dix-septième siècle, un évêque de Nantes, M* 1 de Cos- 
péan, avait tant d'amitié pour les Trinitaires de Château- 
briant qu'il demeurait parfois trois mois chez eux 5 . 

Bossuet, qui intervint à la demande des religieux de Cer- 
froid pour faire cesser les scandales dont la fête populaire du 
jour de la Trinité était le prétexte, avait pour confesseur, en 
1702, un Trini taire de Meaux, le P. Damascène. 

1. Archives nationales, S 4267, n° 6. 

3. Ce nom resta ai populaire dans l'ordre que les Trinitaires ajoutèrent 
par méprise le surnom « de Cusiaca » à un grand-ministre du nom de 
Pierre, qui vivait vers i3oo. 

3. Ce muid de blé fut le sujet d'un grand procès en i36g et fut supprimé 
en i55o, lors de l'union de la cure de Brumetz au couvent de Cerfroid. 

4. Historiens de la France, t. XXIII, p. 55o. 

5. L'abbé Gouni, Histoire de Ckûteaubrianl, p. 4>9< 



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CHAPITRE VII. 
Les pins anciens grands-ministres (1213-1410). 



L'histoire des treizième et quatorzième siècles sera brève, 
car nous n'avons pour guide que la Chronique des ministres- 
généraux et l'Obituaire de Gaçuin, qui ne font guère que se 
répéter. De très rares actes, principalement d'intérêt local, 
sont émanés de ces grands-ministres, que la vanité des histo- 
riens de l'ordre a souvent considérés comme des étrangers 
d'origine, à cause de ces noms de Angltcas, Scotus, Hispa- 
nus, qui n'étaient bien vraisemblablement que des noms de 
famille. Entre deux explications possibles, il est plus prudent 
de choisir la plus simple. 

Le successeur de saint Jean de Malha, Jean Langlois, 
mourut aussi à Rome (17 juin 1217). La bulle d'Honorius III, 
du 9 février, est encore adressée : Joanni, ministro. 

Après lui, Guillaume Lescot', élu en juin 1218, mou- 
rut le 17 mai 1332 au retour d'une rédemption, à Cordoue. 
On n'a aucun acte de lui, non plus que de son successeur 
Roger le Lépreux, mort à Châlons le 18 mars 1237. Sur ce 
dernier, on a imaginé une légende. H se serait moqué de saint 
Jean de Matha et de ses projets d'instituer un nouvel ordre 



1. Baron imagine qu'il fui, un taig, au siège de Damielte $ 
François (Anna/ex, p. 1 17). 



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3o4 l'ordre FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

religieux; en punition de sa dérision, il aurait été frappé de 
la lèpre '. Guéri par le saint, il serait entré dans l'ordre nou- 
veau par reconnaissance, en gardant toujours le nom de 
Roger le Lépreux, par humilité. 

Michel l'Espagnol, qui gouverna l'ordre depuis le mois de 
juin 1 238, figure dans l'acte du chapitre général, le 4 juin 1 a3o, 
acceptant la donation du couvent de Saint-Mathurin. Il mou- 
rut le 18 juillet suivant (ou bien en ra3i), et fut enseveli a 
Rome. Ce grand-ministre est compté parmi les étrangers illus- 
tres, étudiants de l'Université de Paris 3 . 

Nicolas, le compagnon de captivité de saint Louis, eut le 
bonheur de voir l'ordre comblé de donations; il vécut sur- 
tout à Ccrfroid, on, selon la tradition, il travailla de ses mains 
à bâtir l'église ; son épitaphe y était conservée. Le P. Calixte 
dit qu'il était d'abord ministre de Verberie, et Baron affirme 
(p. 1 46) que les Maures lui vendaient des captifs à plus bas 
prix qu'aux autres; rien n'empêche d'admettre ces faits. Ce 
qu'on doit, par exemple, lui refuser, c'est la signature d'une 
transaction de 1 a36, pour la fondation des religieuses d'Avin- 
gavia, avec une princesse du nom de Constance d'Aragon, qui 
n'a jamais existé que dans l'imagination de quelques auteurs 
espagnols. Il mourut le 11 mars 12Ô7 et non ia56 J , car le 
1 1 juin 1 256 il accorde au roi Louis IX l'association spirituelle. 

Suivant les Trinitaires, le successeur de Nicolas, Jacques 



1 . Il y a une autre histoire de lèpre au berceau de l'ordre des Trinitaires, 
mais cela par une mi-prise : Albérîc des Trois-Fon laines parlait d'un sei- 
gneur délivré mi meuleuse ment de Alopia (Alep) ; le mot alopia n'ayant pas 
été compris, on a traduit que ce seigneur avait été guéri de la Upre (Vie 
italienne de saint Jean de Matha). 

3. Bi'DiNZicy, Die Fremdtn an der Pariter L'nioersitât, p. ïi4- 

3. Arch. nnt., sceau n° yfiui. L'obituaire de La Perrine place sa mort 



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LES PLUS ANCIENS GRANDS-MIMSTHES. 2o5 

Flamand, ne le valut pas ' . Il était si indolent, dit Baron 
(p. ao3), que le pëpe voulut enlever à l'ordre le célèbre cou- 
vent de Saint-Thomas de Formts (26 mars 1263). 

Àlard, le neuvième grand-ministre, est, au contraire, assez 
bien connu. Il obtint la « mitigation » de la règle, l'exemp- 
tion des péages et du centième de la Terre-Sainte; il passa une 
transaction avec le chapitre de Marseille en 1270, et mourut 
chez les Franciscains de Trapani, le 18 février 1372. 

Ici se présente une difficulté. Gaguin place après Alard 
Pierre de Cuîsy, qui aurait reçu de Philippe le Hardi des 
donations pour les couvents de Paris, Cerfroid et Verberie. 
En réalité, ces donations sont de i3o4. Ce Pierre n'est pas 
un Pierre II, et à sa place nous avons, en 1273, un Jean; c'est 
Jean Boileau, chapelain « de l'illustre roi de Navarre », mort 
seulement le 25 mai 1291 *. En 127ÎÎ 3 , à peine élu, il nomme 
Vincent de Fontaînet provincial de Languedoc. Ce qui est 
fort étonnant, c'est que Baron a publié l'acte de 1273 et 
mis à cette date la notice de Pierre de Cuîsy, sans s'aperce- 
voir de la contradiction. 

Mais que se passa-t-il en 1291? « L'ordre resta sans chef 
par suite d'une épidémie, qui causa une telle mortalité dans 
les provinces que les Pères ne purent se réunir à Cerfroid. 
Lorsque la Providence, continue Baron (p. 286), voulut met- 
tre un terme à ces maux, elle donna un chef dont nous par- 
lerons à cette époque 1 » Et il n'en parla jamais. Ce chef, c'est 
Pierre dont il a donné la notice précédemment. C'est lui qui 

1. « Dissipateur sans goût », dit le P. Calixte. En fait, on ne sait rien de 
lui. C'est ce que l'on doit conclure, après avoir lu l'article de la Slemmato- 
graphia triniturtu, de Luc de Saint-Nicolas (A la page 19), qui lui est, au 
contraire, favorable. 

a. Recueil des Obituaires, t. I", p. 686. 

3. Pièce 44. 



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2o6 l'ordre FRANÇAIS DES trinitaires. 

figure, en 1397, dans l'acte de réunion de Silvelle au monas- 
tère de Cerfroid 1 ; c'est lui qui reçoit, en i3o4, une donation 
de Philippe le Bel sur les recettes de Pont-Sain te-Maxence et 
de Pontpoint, en compensation d'un établissement qui n'avait 
pu prospérer à Arsague dans le Béarn, à cause de la « per- 
versité » des habitants 3 . Nous ne savons rien de plus sur cet 
incident. Pierre mourut le 5 octobre i3i5, comme le rapporte 
l'Obituaire. 

Le douzième grand-ministre fut Bertaud, que Gaguin n'a 
pas cité : il était ministre de Troyes en i3o6 3 . Il présida le 
chapitre général de i3iq, où furent faites des constitutions 
intéressantes, et mourut le i3 août i3a3 4 . 

Son successeur, nommé Jean (le nom de famille est 
inconnu), confirma, au mois de novembre i324, la fondation 
de l'hôpital de Dinard. En i33o, il unit aux Mathurins de 
Paris le couvent du Bourget, dont il sera question plus tard. 

Thomas Loquet lui succéda en i337 ; déjà en i3i2, il est 
chapelain et aumônier de Gaucher de Châltllon et attire beau- 
coup de bienfaits sur le chef d'ordre 5 . Dès le mois de janvier 
i338 (n. st.), il est qualifié de ministre-général et ministre de 
Verberie 6 , Il souscrit encore en i355 un acte de Gilles de 
Mante ? pour le couvent de Cerfroid et meurt en 1357. 

Pierre de Bourry (on ne sait à quelle localité se rapporte 
ce nom : de Burreio) fut élu en i358. C'était un homme très 
ferme, dit Gaguin, à en juger par le châtiment qu'il infligea à 

1. Do* Toubsaintb du Pleshis, ouvrage cité, 1. Il, p. 181. 

3. Archives nationales, JJ 45- 

3. Archives nationales, S $262, a" 18. 

j. Historiens de la France, 1. XXIII, p. 55i. 

5. DOM ToUSSAINTS DU pLESSIB, t. II, p. Io/|. 

6. Archives nationales, S 4262, a" 19. 

7. Bibl. nationale, collection de Champagne, vol. i53, no 46. 



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LES PLUS ANCIENS GRANDS- MINISTRES. 207 

deux minisires d'Espagne. Il mourut le 3o septembre 1 373. A 
partir de cette époque, on possède la copie des actes d'élec- 
tion des généraux, ce qui fournil des dates plus précises. 

Jean de Lamarche, élu le 3o avril i3-]!\, était alors ministre 
de l'Hotet-Dieu de Meaux; il ratifia en i38o ce qu'il avait 
fait, comme ministre, relativement au couvent du Bourget. 
Ayant fait adhésion au pape d'Avignon, il vit retirer à l'ordre 
l'hôpital romain de Saint-Thomas de Formis, si tant est que 
les Trinitaires ne l'eussent point encore abandonné. 

Renaud de Lamarche, élu le 13 mai 1393, était peut-être 
parent du précédent. Il donna, au dire de Gaguin, le mauvais 
exemple du cumul d'un ministériat particulier avec la charge 
suprême de l'ordre, en gardant le couvent de Clermont, dont 
il fit d'ailleurs rebâtir l'église. Une pièce des Archives dépar- 
tementales de l'Oise ' tend à nous faire croire que cette ges- 
tion n'était que temporaire, en défaute de ministre. Il mourut 
le 3o mars i4io'. 1 

Avant de passer à son successeur, Thierry Valerand, il 
nous faut revenir en arrière sur les agissements des Mathu- 
rins de Paris, dont le ministre aspirait alors, non sans quelque 
droit, à tenir la première place dans l'ordre entier. La crise 
que traversa, de iu,io à i4ao, l'ordre des Trinitaires a besoin 
d'être reprise de plus haut. 

1, Pièce 88. 

3. Ces dates sont prises, pour l'élection, dans le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale, fonds français 15697 ( vo ' r '•' P'* " 23o )> et P our la mort, 
dans J'Obiiuaire de Gaguin. 



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CHAPITRE VIII. 



Les Mathurins de Paris jusqu'au début 
du quinzième siècle. 



Le couvent de SaiiH-Mathurin de Paris avait élé cédé i 
l'ordre, en 1229, par l'évêque Guillaume d'Auvergne. Ses 
religieux furent nommés populairement Mathurïns, et ce nom 
passa à tous les religieux de l'ordre, surtout dans le nord ' 
de la France. Les Malhurins de Paris jouèrent un grand râle 
dans l'Université et, tiers de leur position, aspirèrent à domi- 
ner tout l'ordre, apportant dans cette tâche une absence de 
scrupules et une ténacité qui ne se démentirent jamais. 

Leur premier soin fut de déposséder Cerfroid du rang de 
chef d'ordre; ils y parvinrent en deux siècles. Puis, il leur 
fallut mettre la main sur les couvents français ; au début du 
dix-septième siècle ils y étaient arrivés. Ainsi fortifiés, ils 
purent résister aux provinces d'Espagne et d'Italie, et même 
les amener à reconnaître leur autorité. 

Entre Paris et Cerfroid, l'issue de ta lutte ne pouvait être 
douteuse. Paris avait tous les avantages, Cerfroid étant dans 
un désert. Mais les Mathurins ne songèrent pas à enlever à 
Cerfroid son auréole de berceau mystérieux de l'ordre ; jamais 
ils ne contestèrent que Cerfroid ne dut être le lieu de réunion 

1. Quand il y eut des Reformés dans le Midi, Mathurins signifia exclusi- 
vement mitigés. 



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LES MATHURINS JUSQU'AU QUINZIÈME SIECLE. ■ aOy 

du chapitre général. Bien plus, ils tinrent a honneur de se 
réunir en ce pays encore au dix-huitième siècle. Cerfroid étant 
annihilé politiquement, le grand-ministre devait s'apercevoir 
que le vrai centre de l'ordre était à Paris; de là à venir y 
résider, il n'y avait qu'un pas. 

Dès le treizième siècle, le ministre de Paris, Simon, homme 
éminent d'ailleurs et vicaire général de l'ordre, éclipse presque 
le grand-ministre Nicolas, revenu de la croisade. On a vu, 
plus haut, la confiance qu'avait en lui le roi d'Angleterre. En 
n4a, Simon, n'étant que ministre des Malhurins, avait reçu 
pour son couvent l'hôpital de Fontcnay-lès-Louvres. L'hô- 
pital de Châteaufort avait été cédé par Matlùldc de Marly, en 
1257, au grand-ministre et à l'abbé de Saint-Victor; on con- 
state qu'en 1280 il est passé entièrement aux Mathurins 1 . En 
i3a4, leur ministre, Robert Boulanger, recevra pour lui- 
même l'hôpital de Dinard, bientôt simple dépendance du 
couvent de Paris; c'est chez les Mathurins de Paris que 
le grand-ministre Jean se transporte pour ratifier la dona- 
tion. Qu'on ne s'étonne point de cette condescendance : déjà 
un conflit était en germe entre le grand-ministre et les Mathu- 
rins. 

L'hôpital de Compiègnc ayant été enlevé aux Trinilaircs en 
i3o3, ils gardèrent trente muids de bié que saint Louis avait 
donnés autrefois À cet hôpital sur les moulins de Vcrberie. 
Les chapitres généraux de i3o4 et de i3o6 procédèrent 
au partage : Cerfroid reçut dix muids et les Malhurins 
six seulement, Yerberie gardant le reste. Il y avait eu, entre 
les parties, des difficultés pécuniaires auxquelles les ncles ne 
font, qu'une allusion discrète. Les trente muids n'ayant pu 

1. Archives nationales, carlulaire LL i544i f" 7». 



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210 L ORDRE FRANÇAIS DES TRI NIT AIRES. 

être perçus dans leur totalité, à cause des guerres, le grand- 
ministre Thomas Loquet, en même temps ministre de Ver- 
rerie, voulut faire, sur les parts des trois couvents, une réduc- 
tion proportionnelle, fort juste en somme. Les Mathurins, qui 
se trouvaient déjà peu avantagés, jetèrent les hauts cris; sur 
le conseil d'hommes de loi, le grand-ministre céda et délivra 
aux religieux les six muids sans aucune défalcation '. 

Cette petite victoire devait être suivie d'une autre plus signi- 
ficative. Le couvent du Bourget, près Paris (de Ponte Reginae 
juxta Burgellam), fondé dès i2oï, quoique favorisé de dona- 
tions de Jeanne de Navarre, avait vu tellement diminuer ses 
revenus que le grand-ministre y abolît la conventualité et le 
donna en commende à Nicolas de Fréauville, dominicain, car- 
dinal de Saint-Eusèbe. Celui-ci ne le garda que jusqu'au 
22 décembre i iiaa 2 (il mourut le iS février i32'4)< 

Qu'allait-on en faire? II fallait appliquer la « réduction », 
dont nous avons vu le mécanisme. La maison la plus voisine 
et la plus capable de recueillir cette succession était celle des 
Mathurins de Paris; c'est donc au couvent de Paris que le 
chapitre général de i33o réunit le Bourget, aux conditions 
suivantes : 

Les Mathurins durent nourrir et loger quatre écoliers, élus 
chacun par une province de l'ordre (ici appelée nation 3 ). Ces 
écoliers, demeurant à Saint- Ma thurin, assisteront aux messes 
conventuelles, à moins d'une excuse valable ; ils pourront être 
punis, s'ils sont en faute, par le ministre et le prieur. Les 
Mathurins devront entretenir au Bourget un prêtre, qui aura 

i. Le ifi février i4«i, Jean Je Camps, fermier, s'engagea à leur pajer 
annuellement 5o ce us d'or de 18 pariais pièce, au lieu des six muids. 

2. Pièce n° 63. 

3. Les Mathurins se souviennent du vuisinage de l'Université. 



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LES MATHURINS JUSQU AU QUINZIEME SIECLE. 211 

le titre de prieur' et lui donner le moyen de dire sa messe 
tous les jours; ils ne seront pas contraints de réparer ce cou- 
vent en ruines. 

Ces conditions ne nous paraissent pas draconiennes, maïs 
les Mathurins en jugèrent autrement. Le milieu du qua- 
torzième siècle fut évidemment, pour la France, une époque 
calamiteuse ; ils en souffrirent comme les autres religieux, 
et prétendirent en avoir pâti plus que tous. Ils annoncèrent 
donc leur intention de renoncer au couvent du Bourget, adres- 
sant ainsi un défi au reste de l'ordre. 

Le grand-ministre, Pierre de Bourry, dut plier devant les 
Mathurins; se trouvant malade, il chargea quatre procureurs 
spéciaux de se concerter avec les correcteurs du chapitre géné- 
ral, en vue de trouver une formule d'accommodement, qui fut 
la suivante. En 1370, les Mathurins furent déchargés de l'en- 
tretien d'un prêtre au Bourget; ils ne seront dorénavant tenus 
qu'à faire dire trois messes par semaine. Les quatre écoliers 
seront prêtres et célébreront, chaque semaine, une messe pour 
les bienfaiteurs du couvent du Bourget. Chaque province 
paiera 5o sous pour son écolier. Aucune autre charge ne put 
être imposée aux Mathurins; l'ordre entier promit, sous 
l'obligation de ses biens, de les soutenir dans tous les procès 
qui pourraient provenir de l'une quelconque de ces conditions. 

Le chapitre particulier des Mathurins approuva la transac- 
tion et demanda, pour plus de sûreté, que le chapitre général 
et le pape fussent appelés à la confirmer; ce qui fut fait, au 
mois de mai i3So, parle chapitre, et, au mots de juillet, par 
le pape d'Avignon, Clément VII. 

1. L'un de ces prieurs fut Nicolas Griment, tin des architectes de l'église 
des Mathurins, présent à la visite de la léproserie du Bourgel en i35i. 
(Le Grand, Les Maisont-Dieu du diocèse de Paris, p. 8.) 



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21 S L ORDRE FRANÇAIS DES TiUNITAIRES. 

Les Malhnriiis comprirent combien leur conduite avait été 
blâmable, car ils refusèrent plus tard communication à Jac- 
ques Bourgeois de cette bulle qui témoignait de leur comba- 
tivité. Certes, après avoir vu l'ordre plier devant eux, les 
Mulhuriiis pouvaient se dire : Qao non ascendetnuxi II se 
présenta, peu d'années après, un homme capable d'incarner 
ces visées, cl peu scrupuleux sur le moyen de les réaliser : 
c'était Elicnne du Mesnil-Foucliard. 

On ne connaît ni la date ni le Ueu de naissance de ce per- 
sonnage, un des plus illustres docteurs en théologie de la 
Sorbonne. Ministre des Mathurins dès r388, il ne fut d'abord 
qu'un zélé Irinitaire; il fil deux rédemptions de captifs, l'une 
en Afrique, l'autre à Grenade, et ramena cent quatre chré- 
tiens*. II a le dépôt de l'argent du prieur de Cerfroid, qui se 
trouvait sans doute peu eu sûreté à la campagne, et lui en 
envoie en novembre i4«i 3 . Son rôle politique commença à 
la deuxième « soustraelion » de l'obédience au pape d'Avignon 
Benoit XIII, à laquelle il prit une grande part 4 . Il se lança 
aussi dans le paru bourguignon, ce qui lui attira, dans un 
sermon, une violente invective du cardinal de Bar. Mais il se 
produisit alors un événement mystérieux dont il tira parti. 

Thierry Valerand (ce nom s'écrit aussi Varreland, Wayer- 
lant, Waveriand) était mon le 3» juin i4i3, après trois ans 
seulement de çénéralat, en allant à Rome avec Roger Tou- 
teval, ministre du Fay. Il était porteur d'une somme d'argent 
qui ne se retrouva pas, et liaguin accuse nettement Etienne 
du Mesnil-Foucliard de l'avoir partagée avec Roger Touteval 



i. Archives nationales, S 4^53* , no 50. 

2. Le P. Dmifle et Châtelain, i'.hnrlnlariiiin, I. IV, pp. 75-76. 

3. Journal «le Nicoliu de Haye. t. I. p. 1 18. 

4. Journal du Hourgeiiis île Paria, édition Tuetey, p. 9. 



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LA CRUCIFIXION. 
(An pied de la croix, Nicolas Musnier, le donateur du missel.) 

ie Mjuwliie, ois. 430, fol. 160 T.) 



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LES KATHURINS JUSQU'AU QUINZIÈME SIECLE. 3l3 

(qui fut depuis un de ses ennemis les plus acharnés). Nommé 
castos par les correcteurs du chapitre précédent, ce qui ne 
paraît déjà pas très régulier, Etienne aurait peut-être été élu 
général par la voie ordinaire, mais il pensa qu'en un temps si 
troublé on n'y regarderait pas de si près et voulut placer 
les ministres de l'ordre en face du fait accompli. Le pape légi- 
time était alors Jean XXII, qui avait succédé à Alexandre V, 
l'élu du concile de Pîse. Etienne du Mesnil lui demanda d'être 
promu à la dignité suprême de l'ordre et se rendit au cha- 
pitre général de i4i4, qu'il présida en qualité de autos. 

Il commença, contre l'habitude, par parler en français sur 
l'obéissance, dit Gaguin ', puis il exposa tous ses services avec 
quelque hauteur, mais non sans éloquence; il déclara que le 
pape Jean XXII l'avait nommé, à son insu, grand-ministre et 
qu'il attendait la bulle d'un moment à l'autre. Il leur demanda 
donc de surseoir à l'élection. Les ministres, surpris de cette 
attitude, ajournèrent la solution ; au dire de Gaguin, ils con- 
tinuèrent Etienne dans la charge de rustos pour une autre 
année. Peu de lemps^après, arriva la bulle de Jean XXII, 
datée du 6 mai i4'4. et Etienne se considéra comme grand- 
ministre légitime 2 . Des religieux mécontents introduisirent 
une plainte au Parlement, et le chapitre général, qui avait été 
prorogé, se réunit à Cerfroid au mois d'avril i4i5. 

Les quatre correcteurs du chapitre lui étaient hostiles; un 
huissier royal vint sommer Etienne de quitter la présidence 
qu'il s'arrogeait en vertu de la bulle. On prit pour enstos 
Roger Touleval 3 ; ensuite, Pierre Chandoté, prieur de Cer- 



i. Galliit christiana, 1. V1I1, col. 1739-1740. 

2. Cette bulle ne s'est jamais retrouvée, comme bien d'nulres bulles, qui 
seraient d'un intérêt capital pour l'histoire Irinilaire. 
S. Bibliothèque nationale, manuscrit français 1 5 60,7, f* 9 v". Le procés- 



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ai 4 • l'ordre français des tributaires. 

froïd, fut élu grand-ministre, excommunia tous ses adversaires 
et retint les bagages d'Etienne, qui voulait emporter le sceau 
de l'ordre; le vaincu se retira à Paris. 

Le grand procès se plaida au Parlement en i/jiy- D'un 
coté se présentent le prieur de Cerfroid, soutenu par Roger 
Touteval, ministre du Fay, ainsi que par les ministres de Cler- 
mont, Meaux, Arras, Lérinnes, Lens, Nieppe, Audregnies, 
Douai, Gonvorde, Templeux, Verberie, Milry, Pontarmé, 
Etampes, Silvelle, Metz, La Fère-Ghampenoise ; Etienne est 
appuyé par les ministres de Mortagne, Fontainebleau, L'Hon- 
neur-Dieu, Beauvoir, Rieux, Lisieux, La Veuve, Soudé, Vilry, 
Grandpré, Limon, Narbonne, Troyes, La Gloire-Dieu, Bar- 
su r-Sei ne, C hâtons. 

La province de France était également partagée entre les 
deux concurrents, la Flandre tenait pour Pierre Chandoté et la 
majorité de la Champagne pour Etienne du Mesnil, qui avait 
de plus pour lui deux représentants du Midi. 

Les demandeurs rappelèrent que, dans la discipline de 
l'ordre, le grand-ministre n'avait pas besoin de la confirma- 
tion du pape : en la demandant par avance, Etienne du Mesnil 
s'était lui-même reconnu indigne du généralat ; la bulle était 
subreptice parce qu'elle avait été obtenue en violation des 
statuts. 

Les défendeurs répliquèrent que la règle ne disait rien de 
l'élection du grand-ministre (ce qui était vrai d'ailleurs), et 
que le pape, étant le chef suprême de tous les ordres reli- 
gieux, pouvait en choisir le chef. Etienne demandait, en con- 



verhal d'élection mentionne expressément ce fait. Etienne, qui n'eiait que 
cnatos, s'étant proclamé gênerai, ne fui pas reconnu comme tel. Le géné- 
ralat élant vacant, il fallut d'abord, même pour peu de jours, choisir un 
autre ciittot. 



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LES MATHURINS JUSQU'AU QUINZIÈME SIÈCLE. . 9l5 

séquence, de rester en possession de la charge de grand- 
ministre et réclamait même 5oo livres de dommages-intérêts. 

Le Parlement annula la plainte de Pierre Chandoté, mais 
n'accorda pas de dommages-intérêts à Etienne 1 (19 mai 1 4 T 7)- 
C'était une solution Bâtarde. Les deux partis n'en continuè- 
rent pas moins à se déchirer. Au dire de Gaguin, le Parle- 
ment aurait commis Jean de Troyes au gouvernement provi- 
soire de l'ordre 1 . La mort même d'Etienne, qui eut lieu 
au plus tard en septembre i4i8, ne ramena pas la paix. 
Nicolas Petit, élu ministre des Mathurins en remplacement 
d'Etienne du Mesnil, vît son élection annulée par le grand- 
ministre Pierre, quî prétendait qu'elle avait eu lieu sans son 
consentement 3 (a5 septembre i4i8). 

Cette crise faillit perdre l'ordre. Les maux de la guerre 
étrangère s'ajoutant à ceux de la guerre civile, les Trini- 
taires, dit Gaguin, se livrèrent à tous les vices et beaucoup de 
couvents furent abandonnés. Les provinces étrangères, qui 
avaient déjà manifesté des'velléités d'indépendance au début 
du grand schisme, jugèrent le moment venu de conquérir leur 
autonomie. L'Espagne choisit pour grand-ministre Vascon- 
cellos, Trini taire de Valladolid 4 . Une pareille altitude ouvrit 
enfin les yeux des combattants. Pierre Chandoté étant mort 
en 1420, Nicolas Petit, reconnu ministre de Paris, fut élu 
castos. Le 10 mai i4ai, le chapitre général se réunit au cou- 
vent de Saint-Mathurin, et Jean de Troycs, ministre de Saint- 
Eloi de Mortagne, fut nommé grand-ministre 5 . 



1. Archives nationales, X'" 62, f°> io5-r 08. 

1. Il put donc y avoir à la fois trois généraux. 

3. Archives nationales, LL i545, p. t. 

4- Vita di tan Giooanni de Malha, p. 448. 

5. Bibliothèque nationale, manuscrit français .15697, ^9 v °- 



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ai 6 l'ordre français des : 

Ainsi, c'est à Saint-Mathiirin que s'est tenu le chapitre 
général 1 La crainte inspirée par le souvenir d'Etienne du 
Mesnil-Fouchard ne fut pas étrangère à ce dénouement. De 
plus, la guerre anglaise, en fixant pendant quelques années 
le grand-ministre à Paris, pour la première fois depuis deux 
cent vingt ans, allait achever la décadence de Gerfroid et 
amener la fusion pacifique des deux titres de grand-ministre 
et de ministre des Mathurins. Jean de Troyes allait entre- 
prendre de réparer les maux attirés sur l'ordre des Trini- 
taires par le trop célèbre ministre des Mathurins. 



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CHAPITRE IX. 



Mathurins et Trinltaires de 1421 à 1570. 



Jean de Troyes, qui avait assumé la rude tâche de refaire 
l'unité de l'ordre, était docteur en théologie depuis i4o3"; il 
s'appelait Jean Halboud et était profèa de Troyes, d'où son 
nom habituel. C'était un savant, particulièrement enthou- 
siaste de sciences occultes ; il se peut qu'il ait tiré l'horoscope 
du jeune fils du roi d'Angleterre Henri V et qu'il ait ren- 
contré juste. Il fut commis, en i43o, par le recteur de Paris, 
avec un autre religieux, pour donner un avis motivé sur les 
conjonctions du soleil et de la lune cl sur les jours qui con- 
venaient le mieux aux saignées et aux purgations 9 1 A ces qua- 
lités spéculatives, il joignait d'ailleurs un grand sens pratique. 
Le il\ avril 1^29, à la veille de la délivrance d'Orléans, et à 
la date réglementaire du quatrième dimanche après Pâques, 
Jean de Troyes réunit les quatre provinces à Cerfroid. II y 
promulgua ou y remit en vigueur les plus sages règlements 
sur le versement annuel du tiers des captifs, sur l'assistance 
obligatoire aux sessions du chapitre, sur la rédaction du car- 
tulaire de chaque couvent. Il fut défendu aux ministres con- 
ventuels de vivre sans la compagnie d'un clerc à tout le 

1. Chartatarium L'nioertitalit, IV, 118. 

2. Bibliothèque nationale, latin 7^43. J'en ai donné un extrait pièce o3. 



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ai8 l'ordre français î>ks trinitaires. 

moins, ce qui montre la « désolation » des couvents trini- 

taires. 

Ces Statuts, déjà fort développés (ils occupent a3 pages 
dans l'édition de i586), furent augmentés d'articles spéciaux 
pour l'Espagne, rédigés par Jean de Burgos 1 . Ce fui là, sans 
doute, un effort tenté par Jean de Troyes pour rattacher 
l'Espagne indocile aux provinces de France, en lui ordonnant, 
comme il a été dît, d'envoyer tous les cinq ans un ou deux 
délégués au chapitre général. 

Politiquement, Jean de Troyes était du parti de son célèbre 
devancier. Il était ami des Anglais, mais non Anglais, comme 
l'a cru l'éditeur de la vie italienne de saint Jean de Matha 
(p. 448)- On peut croire qu'au moment du siège de Paris par 
les Armagnacs (avec Jeanne d'Arc), l'incendie de ia grange 
des Mathurins fut une vengeance préméditée. 

Jean de Troyes fait fonction de doyen de la faculté de théo- 
logie au moment du procès de Jeanne d'Arc; il figure aussi 
en tète de la députation que l'Université veut envoyer au duc 
de Bourgogne pour la paix de la France (7 octobre i43a) 3 . 
Il mourut à Paris, vers i44o; ï'obituaire de Gaguin ne donne 
pas la date exacte. 

Cerfroid n'est pas moins délaissé par Jean Thibaud 3 , suc- 
cesseur de Jean de Troyes, et déjà ministre de Châlons en 
1429; il continue à résider dans ce couvent. C'était un bel 
homme, fort grand, nous dit Gaguin; il fît faire un célèbre 
rachat des T captifs. Jean Thibaud prit pour coadjuleur, dans 
la ministrerie de Châlons, Raoul Du vivier, qui lui succéda 



1. Bibliothèque Mazarine, manuscrit 1766, fo> b/,-4 

2. Gkartularium Unimrsitatis, t. IV, p. 545. 

3. L'obituaire dit cependant qu'il fît i 



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MATHURINS ET TRINITAIRES DE l^H A 1670. 219 

comme grand-ministre, le to mai i/|6o, à l'âge de trente-sept 
ans, après avoir beaucoup souffert pour le bien de l'ordre, dit 
son acte d'élection, sans plus de détails; il est à présumer 
que c'était au cours de la rédemption de captifs ci-devant 
mentionnée. 

Après avoir séjourné deux ou trois ans à Cerfroid, Raoul 
Duvîvier quitta ce couvent, oà aucun supérieur de Fordre ne 
demeurera désormais, et, sur la résignation faite en cour de 
Rome par Bernard Lautren, ministre des Mathurîns, il se 
rendit à la maison de Paris qu'il administra, avec l'autorisa- 
tion du pape, en qualité de ministre commendataire. La fusion 
entre les deux factions jadis rivales est consommée au profit 
de Paris, dont la prééminence, malgré quelques nuages au 
seizième siècle, se maintiendra désormais. Si Raoul Duvivier 
vint à Paris, ce ne fut point pour se distraire, dit Gaguin, 
mais pour veiller aux études de ses moines. Malade, il per- 
muta avec Gaguin le couvent de Tours, en gardant une partie 
des revenus du couvent des Mathurins; il mourut le 22 juil- 
let >4?3 et eut pour successeur Gaguin. 

Sans déflorer la belle biographie que lui consacrera 
M. Thuasne, il est nécessaire de citer quelques dates de la 
vie de ce grand-ministre. 11 était né en i433; on ne sait ce 
qu'était son père; sa mère, Germaine Benoîte, fut enterrée 
aux Mathurins de Paris, le 3 août i48û. Il entra au couvent de 
Préavin, dans la forêt de Nieppe (près Hazebrouck), et fut 
envoyé à Paris pour y faire ses études. Ce fut vraiment le 
tt fils adoptif » de l'ordre. Il devint ministre de Grandpré, de 
Verberie, puis de Tours, et enfin des Mathurins de Paris. 
Raoul Duvivier l'envoya deux fois en Espagne pour la visite 
et la rédemption des captifs, ce qui lui donna l'occasion 
d'écrire cette lettre souvent citée où il fait un parallèle entre 



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220 L ORDRE FRANÇAIS L 

l'Espagne el la France. Il fut cuslos et, au chapitre général 
(i5 mai 1^73), prononça un beau discours sur la vie de son 
prédécesseur, sur les réformes nécessaires dans l'ordre et les 
qualités qu'on devaii exiger d'un grand-ministre. Les assistants 
étaient tous au fait de son mérite : aussi, se faisant l'écho de 
l'unanimité des religieux, Jean Moreau, ministre de Vitry, 
déclara Gaguîn élu grand-ministre par acclamation. 

Dans son administration, Gaguîn n'innova presque rien, 
sauf pour l'Espagne; seulement il remplit tous ses devoirs 
avec une scrupuleuse exactitude. Le premier, il écrivit un 
résumé de l'histoire de son ordre et en rassembla les statuts, 
ta/it de France que d'Espagne, dont il copia de sa main plu- 
sieurs exemplaires'. Son rôle politique, comme ambassadeur 
de Louis XI et de Charles VIII, ses ouvrages historiques et 
littéraires, sa correspondance avec les plus grands savants de 
son temps ont relégué dans l'ombre les services qu'il rendit à 
son ordre. 

Son recueil Epîstolae et orationes n'est pas muet, tant s'en 
faut, sur les Trinitaires : M. de Vaissière y a fait de nom- 
breux emprunts. On, y trouve un portrait du ministre de Saint- 
Vincent de Rouvray, vieil ivrogne que Gaguin ne peut déter- 
miner à démissionner, ainsi que des allocutions et des lettres 
aux rois de Portugal, grands protecteurs des Trinitaires. Ses 
nombreuses relations avec les princes et les prélats de tous 
pays permirent à Gaguin de se tenir au courant de ce qui inté- 
ressait son ordre; on le voit mander au provincial de Casulle 
de lui écrire plus souvent 1 . Il intervient dans de minuscules 
affaires des couvents de Verberie et de Ponlarmé, comme dans 

i. Sa signature autographe se trouve sur les manuscrits 1765 cl 1766 dp 
la Bibliothèque Mazarine. 

2. P. de Vaissière, De Roberti Gagnini l'ita ri operibtu, pp. 8, 48, 5i . 



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UN TMN1TAIRE CÉLÉBRANT LA MESSE. 
{Nicolas Miisnier derrière lui.) 

(Bibliothèque Mnarine, mi. 430. fat. 4.) 



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MATHURINS ET TRINITAIRES DE l42I A 1670. 22t 

les plus importantes qui concernent tout l'ordre. C'est ainsi 
qu'il engagea avec les Frères de la Merci, fondés à Barcelone, 
une polémique à la fois littéraire et judiciaire. Il mourut à 
soixante-huit ans, le 22 mai i5oi. 

Son successeur, Guy Musnier, était déjà, en 1 485, ministre 
de Meaux ' ; dès le 26 mai 1 5o 1 , il est élu ministre des Mathu- 
rins de Paris 5 , et fe 24 avril i5o2 grand-ministre de l'ordre. 
Il décora de stalles l'église des Mathurins de Paris et mourut 
le 23 juillet i5o8. 

Le 4 mars i5oq, Guy eut pour successeur son neveu Nicolas 
Musnier, qui, sous son très long généralat (jusqu'en f 546), 
vit s'accentuer deux tendances : la renaissance de l'antago- 
nisme entre Français et Espagnols, la défiance des Trinitaires 
de France contre les Mathurins. 

Le premier fait est une conséquence de la politique. Depuis 
le début du seizième siècle, les papes sont amis de l'Espagne 
et peu favorables à la France. Au point de vue du but spécial 
de l'ordre, le rachat des captifs, les Trinitaires espagnols 
étaient à même de justifier la préférence du pape : une bulle 
d'Adrien VI nous apprend que Diego de Gayangos avait 
racheté en une fois cinq cents captifs 3 . L'Espagne parait 
jouir d'une autonomie absolue. Quand, en 1 5 1 4 , Nicolas 
Musnier fit imprimer le premier Bréviaire de l'ordre, il ne 
semble pas qu'il l'ait imposé à l'Espagne. De plus, certains 
privilèges furent accordés aux seuls Trinitaires espagnols, 
comme la suppression de l'abstinence au réfectoire et la per- 
mission de bénir les ornements sacrés (3i octobre 1522). 



1. Chartes hospitalières de Meaux, n° ig. 

2. Archives nationales, LL i545, p. 1. 

3. Voir aussi Jean de Saint-Feux, Trim 
1703), p. 1S8. 



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322 1. ORDRE FRANÇAIS DES TRIMTAIRES. 

Qui aurait sollicité ces privilèges pour la France? Ce ne 
sont pas les Mathurins de Paris. Délaissés par leur grand- 
ministre, ils se maintenaient dans un orgueilleux isolement. 
Le grand-ministre semblait n'être occupé que du couvent de 
Meaux. Dans un acte de 1026, Nicolas Musnier est précisément 
qualifié de général de la « ministrie » de Meaux'. Par suite 
de la mauvaise administration de Nicolas Navarre, l'ordre 
avait perdu l'hôpital de Meaux et n'avait gardé que la cure 
de Saint-Rémy. Nicolas Musnier fonda un couvent nouveau, 
hors la ville de Meaux, y établit ministre son neveu Phi- 
lippe, chez qui îl transporta de l'argenterie enlevée aux 
Mathurins, et lit en sa faveur une résignation du généralat en 
cour de Rome. Ce Philippe Musnier était, d'ailleurs, un per- 
sonnage distingué, à qui le Pape avait permis, le i5 juin i545, 
l'exercice du pouvoir épiscopal dans le diocèse de Chftlons, 
en l'absence du titulaire, le cardinal de Lenoncourt 3 . Phi- 
lippe Musnier fit valoir devant le Parlement, qui l'admit, 
la résignation faite en sa faveur. Les Trinitaires se réunirent 
néanmoins en chapitre général le 22 mai i546. Ils n'en vou- 
laient ni à la personne ni à la famille de Philippe, mais ils 
prétendaient maintenir leur discipline. Thibaut Musnier, mi- 
nistre des Mathurins de Paris 3 , frère de Nicolas, fut élu 
grand-ministre, après avoir vivement reproché en plein cha- 
pitre, à son frère, la violation des Statuts qu'il avait commise, 
en disposant à son gré d'une dignité élective. A la suite de 
cette élection, que l'élu a lui-même racontée dans une lettre 
écrite, le 9 mai i548, aux ministres de Burgos et de Séville, le 
chapitre envoya à Philippe Musnier deux habiles diplomates, 

1. Archives de l'Aisne, H i43i, f> 81. 

2. Bibliothèque de Marseille, 

3. Il était ministre de Taillebourir 



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MATHURISS ET TRINITA1RES DE l/j.31 A IÛ70. 2a3 

Louis Lécuyer, ministre d'Etampes, qui avait fait en i54o une 
rédemption de captifs, et Jean Mannourry ', prieur de Cer- 
froid. Par une transaction, datée du iti octobre i546 et dont 
l'analyse seule a été conservée 3 , Philippe Musnier se désista 
de ses prétentions et rendit les provisions obtenues de la cour 
de Rome. Toutefois, sa carrière n'était pas finie. Il resta mi- 
nistre de Meaux, très considéré par l'évêque Jean de Buz, 
jusqu'à sa mort, qui arriva en i563, à Paris; sur sa prière, 
il fut enterré aux Matburins. 

Thibaut Musnier gouverna l'ordre jusqu'à sa mort, en 
i568. Le seul acte marquant que l'on ait de lui est le ratta- 
chement à son autorité directe du couvent fondé à Naples en 
i56o. La fin de son généralat fut attristée par le début des 
guerres de religion qui firent subir à beaucoup de couvents 
trinitaires des maux irréparables. Jacques Bourgeois loua sa 
libéralité envers les étudiants de l'ordre. 

Après deux ans d'intervalle, pendant lesquels Guillaume 
Mannourry fut custos, Bernard Dominici fut élu au scrutin 
secret 3 grand-ministre par une partie des ministres trini- 
taires, au couvent des Matburins de Paris, Cerfroid n'étant 
pas assez sûr pour une réunion du chapitre (26 avril 1570). 
Cette élection fut confirmée le 1 1 août par le Parlement, puis 
parle pape, à la demande du roi de France 4 . Bernard Domi- 
nici avait fait ses études de théologie à Paris, puis il prê- 
cha durant quarante-huit ans à Metz, où il était très bien vu 



1. Les Mannourry constituent une véritable dynastie : Guillaume, 1 
de Siivelle ; Jean, prieur de Cerfroid ; Elie, ministre de Chelles, sont tous 



. Archives de l'Aisne, Inventaire de Cerfroid (i63j), H i43i, f° 67 vo. 
3. Jacques Bourgeois, ministre de Convorde, avait en vain protesté conlr 
ce mode d'élection, prescrit par le concile de Trente. 
4- Fïgueras, p. 5o6. 



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3a4 l'ordre français des tributaires. 

par le duc Charles III de Lorraine, qui le retint pour son 
prédicateur ordinaire. Le chapitre cathedra! lui décerna une 
attestation élogieuse de son mérite de prédicateur (3o jan- 
vier 1578), aussi cher aux catholiques qu'il était odieux 
aux réformés'. Il fut si attaché à cette ville de Metz, ou il 
résida presque continuellement, qu'il est souvent désigné sous 
le nom de Bernard de Metz. 

Il y eut, entre i56o, et 1:171:, un grand procès déjà men- 
tionné pour la ministrerie des Mathurins, entre Jean Morel, 
élu par les frères, et François Petit, qui se prétendait pourvu 
par le roi. Bernard Dominici s'adjoignit à Jean Morel dans 
une requête au Parlement, où il traite François Petit de 
conspirateur et de Cham qui dévoile les secrets de son ordre 1 . 
Tout porte û croire que Jean Morel ne réussît pas dans sa 
demande. Le cartulaire des Mathurins de Paris 3 n'a con- 
servé que les analyses de ces actes. 

Bernard Dominici, ne s'attardant pas dans cette vaine 
querelle, résolut, pour réformer son ordre, de se passer des 
Mathurins, dont il n'est plus question dans l'histoire de l'or- 
dre pendant vingt-cinq ans environ. 



t. Pièces justificatives tirées des Archives de Metz, n» 1 rati el 127. 
z. Celle requête, dont nous n'avons qu'un fragment (In pièce n° 1x7), 1 
pleine de citations bibliques el juridiques. 

3. Archives nationales, LL i545, pp. 3 et suiv. 



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CHAPITRE X. 



Institution de la Congrégation Réformée et de la 
Congrégation Déchaussée (1570-1608). 



Bernard Dominici trouvait l'ordre de la Trinité dans une 
situation lamentable. Plusieurs couvents, au Nord comme 
au Midi, avaient été dévastés par les huguenots; un grand 
nombre de religieux avaient été massacrés à Terraubes (Gers), 
Castres, Montpellier', Saint-Gilles. Certains couvents ne s'en 
relevèrent jamais; d'autres ne furent rebâtis que cinquante à 
soixante ans plus tard. Beaucoup d'établissements n'étant que 
des fermes à la campagne, où la sécurité était douteuse, les 
religieux résidaient parfois dans la ville la plus voisine. Les 
haines étaient si vives qu'à Metz même, Bernard Dominici 
avait failli, dans sa châtre, devenir la victime d'un proteslant 
qui lui avait jeté .une chaise à la tète; « il était martyr, au 
moins dans l'intention de ses ennemis 1 ». 

Le nouveau général fit, aussitôt après son élection, confir- 
mer par le pape l'indépendance de l'ordre des Trinitaires à 
l'égard du roi (6 août 1071). Ensuite, il chargea Jacques 
Bourgeois, bien vite devenu son partisan, de la revision des 
anciens Statuts, qui furent approuvés au chapitre général de 



. Bibliothèque de Marseille, manuscrit 1216, (■> 222. 
. Bibliothèque de Marseille, manuscrit 1209, f" ifia. 



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226 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

IÔ73, l'impression en étant réservée pour le moment où l'ordre 
aurait des ressources suffisantes. Enfin il envoya à Rome Fran- 
çois Bouchet, provincial de Provence, en qualité de procureur 
général. Il obtint, pour les Trinitaires de France, les privilèges 
déjà accordés aux Trinitaires d'Espagne (oct.-nov. 1570), et 
surtout la restitution à l'ordre du couvent romain de Saint- 
Thomas du Mont-Cëlius, renfermant le tombeau de son fon- 
dateur vénéré. Bernard Dominici reçut aussi un bref lui per- 
mettant de visiter les provinces d'Espagne (7 novembre 1676). 
Parmi les plus heureux résultats que produisit celle visite de 
Bernard Dominici, il faut citer l'envoi des rédempteurs qui 
ramenèrent en Espagne l'auteur futur de Don Quichotte. 

C'est de la France que devait venir le premier coup qui ait 
ébranlé l'ordre, la fondaljion des Trinitaires Réformés. 

Vers i566 arrivèrent à Ponloise deux ermites, chassés du 
diocèse de Laon par les huguenots, Claude Aleph et Julien de 
Nantonville. L'archevêque de Rouen leur permit d'habiter l'er- 
mitage de Saint-Michel, dont le temporel dépendait du roi 
Henri III (juillet-août 1576). Aidés par les donations du sei- 
gneur de Marcouville, les deux fondateurs avaient réuni une 
douzaine de compagnons, quand ils se résolurent à aller 
demander une règle au pape (1 1 août 1577). Arrivés à Rome, 
ils sollicitèrent la permission d'embrasser la règle primitive 
des Trinitaires (après avoir un instant songé à entrer dans 
l'ordre des Hiérouymites). François Bouchet leur donna lui- 
même l'habit. Dans son bref du 8 mars 1578, Grégoire XIII 
désigne par erreur ces Trinitaires Réformés comme vivant 
sous la règle de saint Augustin. En France, Bernard Domi- 
nici le3 reçut fort bien, en les avertissant que les derniers cha- 
pitres généraux avaient prescrit la stricte observation de la 
règle (mitigée). Us firent leur noviciat et leur profession à 



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INSTITUTION DES RÉFORMÉS ET DES DÉCHAUSSES. 227 

Cerfroid (8 septembre i58o), et revinrent à Pontoîse, d'où 
les chanoines de Saint-Mellqn voulurent les expulser. Après 
un court séjour dans l'ermitage de Sainle-Barbe de Croîsset, 
près Rouen, ils furent définitivement reçus à Pontoîse, en 
vertu d'un arrêt du Parlement de Paris (5 septembre i58î)'. 
Cet humble couvent figure dans la liste donnée à la suite des 
Statuts édités en i586; mais, isolée, en butte à l'indifférence 
générale, la nouvelle Congrégation était menacée de s'étein- 
dre quand il lui arriva d'Espagne un secours inattendu. 

L'exemple des Trinitaires Réformés, ou plutôt un besoin 
d'austérité qui existait partout à cette époque dans l'Eglise 
(c'est alors que sont fondés les Carmes Déchaussés par saint 
Jean de la Croix), suscita un véritable apôtre dans la personne 
de Jean-Baptiste de la Conception 9 . Longtemps Trinitaire 
Chaussé, il s'indignait de voir oublié aussitôt qu'émis un vœu 
du chapitre général, tenu à Vallailolid en i5q4, pour l'éta- 
blissement de deux ou trois couvents par province où la règle 
primitive serait observée au pied de la lettre ; les supérieurs 
de l'ordre déclaraient n'avoir émis ce vœu que pour faire 
plaisir au roi d'Espagne. Ayant conquis à ses desseins le mar- 
quis de Santa Cruz, Jean-Baptiste de la Conception put fon- 
der, grâce à lui., un couvent de Réformés à Valdepenas ( 1 597), 
et fil confirmer à Rome l'érection d'une nouvelle congréga- 
tion de Déchaussés Réformés (20 août 1599). Quel que fût 
l'avantage de cette austérité, un fait était certain : l'ordre 
était coupé en deux branches (je dis en deux, car les Déchaus- 
sés seuls observèrent en fait la règle primitive). 

La jalousie des Trinitaires Chaussés fut d'autant plus vive 
que c'étaient les Franciscains et les Carmes Déchaussés qui 

1. Ma. de Marseille lau, f»< 227-339. (Arch. nat., S /|s6g».) 
3. Sea œuvre» ont été imprimées à Rome en i83i-i83a. 



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328 l'ordre FRANÇAIS DES 1 

étaient les surveillants de la nouvelle congrégation. Quelques 
religieux espagnols vinrent, une nuit, à Vaidepenas pour tuer 
l'apôtre, mais se contentèrent de ligotter Jean-Baptiste de la 
Conception et de voler 5oo réaux. Malgré tous les efforts de 
leurs adversaires, les Trimtaires Déchaussés acquirent, en 
sept ans, huit couvents, formèrent une province et furent 
exemptés, en 1606, de la juridiction des Pères Chaussés, sauf 
de celle du ministre général. 

Les Triiiilnires de France se répandirent en injures contre 
ceux qui « avaient quitté ce noble ornement de la chaus- 
sure », qui avaient adopté la croix droite au lieu de la croix 
patlée, etc. En réalité, jaloux de ces intrus, dont l'austérité 
constituait un blâme peu déguisé de leur propre relâchement, 
ils n'étaient pas fâchés de les trouver en défaut sur quelques 
points secondaires de discipline. 

Ce n'était plus Bernard Domiuici qui allait avoir à souffrir 
du démembrement de son ordre : il était mort en 1597 et 
avait eu pour successeur, le 18 avril 1598, ce même François 
Petit qu'il avait autrefois si fort maltraité. 

Les Déchaussés espagnols n'entrèrent pas en conflit avec le 
général français : au contraire, tout se passa en dehors de ce 
dernier. C'était d'autant plus naturel que le général n'obser- 
vait pas la même règle que ces nouveaux religieux. Seulement, 
l'instinct de l'imitation devait amener les religieux de Pro- 
vence, qui supportaient depuis longtemps une sujétion sans 
aucune compensation, à s'émanciper de l'autorité des pro- 
vinces du Nord et, en réalité, des Mathurins de Paris, qui, 
fortement appuyés par le roi, avaient repris la haute main sur 
le gouvernement de l'ordre. 

François Petit, n'étant encore que ministre des Mathurins, 
avait, en effet, rendu plus d'un service à Henri IV : « Qui ne 



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INSTITUTION DES RÉFORMÉS ET DES DÉCHAUSSÉS. 229 

sait, écrit un avocat en 1672, qu'en i5ç>4i le sage et généreux 
François Petit, depuis digne généra) de tout l'ordre, eut la 
gloire d'empêcher à lui seul, en la rue Saint-Jacques, les bar- 
ricades et la sédition dont quelques mutins pensaient troubler 
la paix publique, iors de la rentrée de Henri IV, après la réduc- 
tion de Paris à l'obéissance de ce prince'! » D'autres témoi- 
gnages confirment qu'en cette circonstance François Petit, 
aidé d'une troupe de gens bien a embastonnez », s'était mon- 
tré bon serviteur du roi 1 . Une autre fois, on le voit, à coté 
de Henri IV , jetant de l'argent au peuple 3 . Le roi avait 
accordé des lettres patentes de privilèges aux Mathurins, « en 
considération de ce que celle maison n'avait jamais participé 
a la rébellion* ». 

François Petit chercha à vivre en paix avec tout le monde. 
En 1601, il fit des constitutions pour l'Espagne. Les provin- 
ciaux de ce pays, réunis à Valence le 3 avril, députèrent au 
chapitre général Christophe de Gauna, qui a le titre de prin- 
cipal secrétaire du général. Il en rapporta des constitutions 5 
qui , bien que pouvant s'appliquer à tout l'ordre , furent 



1. Moyens... pour la défense de l'ordre de lu Suinte-Trinité contre les 
sitar* chevalier* de Saint-Lazare, p. 16. 

x. Annales de Paris, de Malingre, I. XII, t'a /|/|li, 22 mars i5q4 ' " Un 
serrurier au quartier Saint-Yves sortit avec son mousquet, cl quelques 
autres aussi qui se préparaient pour Taire quelque barricade, mais monsieur 
le ministre des Mathurins sortit en son habit et leur défendit d'en faire, 
parce que ces maisons-là appartiennent aux Malburins, et leur dit que le 
premier qui remuerait se pouvait assurer d'être pendu. La présence de ce 
•âge religieux les fil retirer et ce serrurier, criant : nous sommes venduz, 
de deapit rompit à l'instant son mousquet devant le monde et le mit en 
pièces. » Voir aussi Chàlambert, Histoire de la Ligne, t. II, p. 371. 

3. Bibliothèque de Marseille, ma. 1216, p. i^3. 

4. Archives nationales, table de Le Nain, l T 533, p. 22. 

5. Elles sonl contenues dans le manuscrit 1768 de la Bibliothèque Maïa- 



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a3o l'ordre français des trinitaires. 

spécialement adressées à l'Espagne et au Portugal. Les cha- 
pitres provinciaux de Valladolid et de Saragosse y firent quel- 
ques objections, alors que celui de Séville les accepta sans 
aucune restriction. 

Les Trinitaires Réformés avaient joint à leur couvent de 
Pontoise ceux de Caillouet, près Chaumonl-en-Vexin, dédié à 
Notre-Dame de Bonne-Espérance (1599), et l'Hôtel-Dieu de 
Montmorency, que le duc Henri leur avait confié au mois 
d'août 1601. La chapelle de Notre-Dame de Liesse, près 
Gisors, devait leur être donnée en 1607. II n'y avait pas là de 
quoi inquiéter beaucoup François Petit. 

Il y avait cependant dans ce mot de Réformés une équi- 
voque que le général voulut dissiper. II fut assez habile, après 
avoir fait, en 1601, des statuts à l'usage des religieux de Pon- 
toise, pour provoquer une décision du prieur des Feuillants, 
du recteur du collège des Jésuites et d'un Carme, qui pronon- 
cèrent que les Réformés observeraient la règle mitigée (1608). 
Il croyait, en (es rendant semblables aux autres Chaussés, 
assurer la paix perpétuelle. Mais, à ce même moment, la 
Réforme fut demandée en Provence. Celte intervention du 
Midi allait changer complètement la situation. 



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CHAPITRE XI. 



Les progrès de la Réforme de 1608 à 1619.* 



En 1608, à la suite de troubles survenus dans le couvent 
de Marseille, dont le détail n'est pas connu, les consuls et le 
vicaire général, de Bausset, écrivirent au général des Trini- 
taires pour lui demander l'envoi de religieux de Pontoise '. 
Dès le mois de juillet, François Petit, acquiesçant a cette 
demande, députa Pierre Dagneaux à Marseille comme ministre. 
H lui confia, de plus, les fonctions de visiteur, renouvelables 
chaque année jusqu'à ce qu'il y eût une province réformée, 
avec faculté d'ériger de nouveaux couvents, s'il y avait lieu, 
et cela à l'écart du provincial de Provence (aa octobre). 

Bientôt, le couvent de Tarascon ayant demandé la Réforme, 
Pierre Dagneaux déposa le ministre Jean Collier, pour lui 
substituer Antoine Bruneau (17 décembre 160S). Il ordonna 
(le fait est caractéristique) que les femmes trouvées dans le 
couvent fussent chassées. Trois religieux incorrigibles durent 
être expulsés, mais il y eut une petite émeute le jour de leur 
départ. Les Réformés, découragés, voulurent partir, ils en 
furent heureusement empêchés par les consuls. Les non 

1 . Le P. Aloés, dans sa Vie de saint Jean -le Mat/ia (p. 336), a résumé 
ces événements. Plusieurs liasses des TrioiUires de Marseille m'ont per- 
mis d'y ajouter des détails nouveaux. 



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s3a l'ordre français des tributaires. 

Réformés, sur ces entrefaites, étaient allés se plaindre à 
François Petit, qui, le 4 septembre 160g, ordonna de les gar- 
der par grâce et par charité. Le couvent de Tarascon resta aux 
Réformés, mais, le a8 janvier i6i3, l'économe devait être con- 
damné à payer la quatrième pariie des fruits du couvent aux 
religieux anciens (c'est ainsi que les Réformés appellent les 
mitigés). La Réforme avait été confirmée, dès le 10 fé- 
vrier 1610, par arrêt du Parlement d'Aix 1 . 

Le 1" novembre 1612, elle fut introduite à Arles. Dans 
l'intervalle, Louis Petit avait été élu général, le 7 juillet 1613, 
en remplacement de son oncle. Il jugea prudent de ne pas 
permetlre aux Réformes de s'étendre indéfiniment. Il décida 
donc que les religieux anciens, profès du couvent d'Arles, y 
seraient retenus et dispensés des points de la Réforme qu'ils 
ne pourraient observer. Il défendit aux Réformés d'accepter 
l'offre de maisons, surtout dans les villes où il y avait déjà 
des couvents trinitaires, sans sa permission écrite. C'était là 
le plus sérieux sujet de conflit entre lui et la nouvelle congré- 
gation. Il ordonna aux Réformés du Midi de dépendre de 
lui-même et de leur visiteur et non plus de celui de Pontoise. 
Cette décision, qui avait pour but d'empêcher les Réformés du 
Nord et du Midi de s'unir contre lui, causa aux religieux de 
Pontoise la plus vive irritation. En i6i5, ils chargèrent Jérôme 
Hélie et Amhroise Canin d'aller à Rome 1 négocier l'union de 
leur Congrégation avec celle des Trinitaires Déchaussés. Le 
projet ne put aboutir, le cardinal-protecteur de l'ordre, Octave 
Bandinï, ayant prévenu Louis Petit de celte démarche. Le 
général jugea donc prudent de se rendre a Rome, se fit confir- 
mer par le pape et reçut le litre de délégué apostolique pour 

1. Pièce i54. 
1. Pièce i6d- 



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LES PROGRÈS DE LA RÉFORME (l6o8-l6lQ). 233 

la visite de son ordre; cette condescendance facultative fut 
retenue par ses adversaires comme créant un précédent obli- 
gatoire. En 1616, Ambroise Caffin, visiteur, Jean Caron, 
ministre de Pontoise, Jérôme Hélie, ministre de Caillouet, 
Robert François , député de Pontoise , composèrent des sta- 
tuts 1 , où ils expliquèrent les points sur lesquels ils se sépa- 
raient de la règle mitigée. 

Les religieux réformés ne pouvaient être déplacés que pour 
un an par le visiteur et ses assistants (Louis Petit refusa de se 
conformer à cet article), devaient « séparer » le tiers des 
captifs (en réalité, ce ne fut pas plus observé que chez les 
mitigés), n'acceptaient de couvent que si le fondateur accor- 
dait des revenus suffisants pour sept frères et pour la rédemp- 
tion, interdisaient au ministre de dispenser du jeûne la com- 
munauté entière, accordaient à tout malade la permission de 
faire gras pendant deux jours après une saignée, permettaient 
de boire seulement du vin hors du couvent , toléraient la 
réception du novice à dix-huit ans au plus tôt, au lieu de vingt , 
disaient les litanies à la manière romaine, n'élisaient leurs 
ministres que pour trois ans; surtout, ils ne s'interdisaient que 
les tavernes des villes où il y avait déjà des couvents réformés. 
La conséquence était que, à Paris, par exemple, où il n'y 
avait pas de couvent réformé, les religieux de Pontoise ne 
considéraient pas qu'ils dussent loger aux Mathurins, pour ne 
pas être gâtés par le mauvais exemple de ces mitigés. Cette 
préeaution pouvait se soutenir, à la rigueur, mais était énoncée 
avec une mauvaise grâce qui pouvait blesser le général. 

A son retour de Rome, Louis Pelit passa, en juillet 1616, 
à Marseille. Il dispensa les religieux du port de la chape depuis 

1. Feuille iulercalée rions l'exemplaire des Statuts publiés en i586, con- 
trvé à la Bibliothèque .Nationale sous la cote H 17769. 



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234 l'ordre français des trinit aires. 

Pâques jusqu'à la Toussaint, excepté les dimanches et fêles. 
Il ordonna que la croix portée sur le scapulaire redevînt pat- 
tée, et ce « pour ne point enlever au mystère de la croix 
triangulaire sa signification et sa dignité ». Il leur recom- 
manda aussi d'envoyer à Paris leurs taxes pour les captifs. 
Passant au mois d'août à Avignon, il y nomma un visiteur. 

A sa rentrée à Paris, il apprit que les Réformés voulaient 
y établir, au quartier du Marais, un couvent sans son auto- 
risation. Le procès fut plaidé en [617, au Parlement. Louis 
Petit déclarait que le chapitre général de 1612 avait défendu 
cette intrusion clandestine, disant qu'il n'y avait pas d'exemple 
pire que celui de religieux qui se séparent de leur chef. Quoi- 
que le procureur du roi eut consenti d'avance à l'établisse- 
ment des Réformés, sous promesse de ne pas quêter, le général 
conclut que, « selon les règles de la sincérité française », ils 
fussent déboutés. Le procureur du roi, Servin, qui avait con- 
clu pour les Réformés, en i58i, dans une affaire contre des 
ermites de Laon, se déclara celle fois contre eux et ils furent 
déboutés, sans dépens' cependant (7 juin) : 

Cet échec laissa un certain ressentiment aux Réformés, qui 
comprirent la nécessité d'avoir un juge ordinaire pour leurs 
litiges avec le général. Sur leur demande, le cardinal Bandini 
leur accorda le cardinal de Retz, évêque de Paris, l'oncle du 
futur auteur des Mémoires, espérant néanmoins que tout se 
passerait à l'amiable 1 (6 juillet 1618). 

Un autre sujet de discussion passionnée fut le bref de 
Paul V, du a5 février 1619, portant permission aux Réformés 
de recevoir les maisons des religieux non réformés, quand 
elles s'offrent d'elles-mêmes. Les controverses entre les Ré- 

r. Bibliothèque Manarîne, A i5432, fo* 399-320. 
a. Pièce 167. 



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LES PROGRÈS DE LA RÉFORME (1608-1619). 2.35 

formés de Provence devaient être jugées par le vice-légat 
d'Avignon. Ce bref, lésant le général en deux points, fut par 
lui qualifié d'obreptice. Mais le pape n'avait-il pas le droit 
de modifier une décision du chapitre général , quant à la 
réception des couvents, si importante pour l'extension de la 
Réforme ? Le choix du vice-légal d'Avignon comme juge des 
Réformés pouvait cependant être critiqué : il était étranger au 
royaume; or, le Concordat prescrivait de juger les procès 
entre religieux dans leur propre pays, c'esl-à-dire en France. 
Le même bref incorporait la province de Provence à celle de 
France et stipulait que le visiteur serait élu pour trois ans au 
lîeu d'une seule année. 

Cependant, la lutte entre les deux partis ne commença pas 
aussitôt, parce que les Réformés du Midi furent engagés à la 
fois dans une lutte avec les Trinitaires Déchaussés et dans la 
Réforme de la province de Languedoc. Pendant ce temps, les 
Réformés du Nord luttèrent contre le général, avec des chan- 
ces diverses, jusqu'à la grande rupture de i635. 



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CHAPITRE XII. 



Louis Petit et les Réformés, de 1620 à 1635. 



En i6i5, nous l'avons vu, les religieux de Pontoise avaient 
cherché à s'allier avec les Déchaussés, qui venaient d'acquérir 
à Rome le couvent de Saint-Denis; Louis Petit avait su em- 
pêcher la réalisation de ce projet. Or, lorsque les Déchaussés 
vinrent dans le Midi pour y fonder des couvents, ils ren- 
contrèrent l'hostilité des Réformés. Quand on voit comment 
ceux-ci se conduisirent avec les Déchaussés, on est tenté d'ex- 
cuser jusqu'à un certain point Louis Petit pour ses persécutions 
contre ces mêmes Réformés. Cette polémique fut pour eux 
une cause d'affaiblissement et nous force à leur retirer une 
part de notre sympathie. La raison du mécontentement était 
«ne question de personnes : un ancien Réformé, Jérôme Hélie, 
trouvant que l'austérité était insuffisante dans sa congréga- 
tion, « s'était déchaussé » et était devenu le P. Jérôme du 
Saint-Sacrement. Le P. Médéric de l'Incarnation , qui fut 
ministre du couvent des Déchaussés d'Aix, étant dans le même 
' cas, fut aussi considéré comme un transfuge. 

Les Déchaussés, visant à s'étendre partout à la fois, fon- 
dèrent vers 1618 des couvents à Montpellier , abandonné 
depuis i56a, et à Aix; dans le Nord, ils réformèrent ceux de 
Châleaubriant et de Lisieux , où ils ne restèrent pas long- 



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LOUIS PETIT ET LES REFORMÉS (l6aO-l635). 2^7 

temps. Leur établissement de Montpellier ne dura pas; le 
ministre, le P. Damase de Sainte-Madeleine, promit d'écrire à 
Rome et de se conformer en habit aux Religieux Réformés 
(9 octobre 1620 '). 

Poursuivant le cours de ses succès, Pierre Dagneaux, l'ini- 
tiateur de la réforme marseillaise, voulut la porter aussi dans 
le Languedoc. Le couvent de Narbonne fut réformé, le 6 sep- 
tembre 1631, par Bernard Rabion, provincial 3 . 

Les Réformés voulurent eu vain, le i3 octobre i6a5, visiter 
l'hospice de Saint-Laurent d'Aix, fondé par les Déchaussés. 
Ceux-ci refusèrent, car les Réformés n'avaient aucun droit de 
porter ce nom, d'autant plus qu'ils n'observaient pas la règle 
primitive. Malgré toutes les instances des Réformés auprès 
du cardinal-protecteur pour obtenir l'expulsion de leurs adver- 
saires, celui-ci déclara finalement, le i£ janvier 1639, que sa 
volonté formelle était qu'il fut sursis à la poursuite de tout 
procès introduit par les Réformés contre les Déchaussés. 

Cette même année, la campagne de réforme du Languedoc 
continua , non sans troubles. La situation des couvents y 
était déplorable. A Limon x. les religieux avaient séquestré 
leur ministre et voulaient le laisser mourir de faim! A Tou- 
louse, le visiteur Honoré Arnaud se plaignit d'avoir été me- 
nacé de voies de fait par des religieux désobéissants qui 
n'avaient pas voulu se rendre au chapitre conventuel, et il 
dut demander l'appui du vicaire général de Toulouse pour 
les faire expulser. A Sainl-Gaudens , les religieux anciens 
s'étaient barricadés, et il fallut entrer dans leurs chambres 
par les fenêtres. La Réforme s'étendit encore A Orthez et à 
Castres : tout le Midi y demeura soumis. Le Languedoc adopta 

1. Trinilaires de Marseille, registre 10, F os 5-g. 

3- Blw&wd, Sceaux de* Boachet-da-Rhône, p. a34. 



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a38 l'ordre français des trinitaires. 

la triennalité des ministres, sans cependant faire partie de la 

congrégation réformée. 

En Provence, il ne restait à ce moment que cinq couvents 
non réformés, Lorgues, Digne, La Motte du Caire, Saint- 
Étienne sur Tinée et Avignon, qui devaient revenir un jour 
aux Réformés. 

Pendant quinze ans, Louis Petit se borna à vexer les reli- 
gieux du Nord par de mesquines tracasseries, annulations de 
chapitres, excommunications jusqu'à ce que ceux-ci, se sentant 
grandir en audace, provoquent la réforme des Mathurins. 

Le grand protecteur des Réformés fut le cardinal de 
La Rochefoucauld (i558-i64i), grand aumônier de France, 
abbé de Sainte-Geneviève, dont il était le réformateur. Le 
i5 mars 1621, à Montmorency, il présida le chapitre géné- 
ral de la Congrégation Réformée. La veille, Benoit Hubot, 
religieux Réformé, était venu aux Mathurins signifier verba- 
lement la tenue du chapitre à Louis Petit. Celui-ci ne jugea 
pas à propos de se déranger, ce qui ne l'empêcha pas de se 
plaindre que le cardinal s'y fut rendu exprès pour l'exclure. 
Malgré cette absence, le chapitre se tint valablement; le car- 
dinal dit qu'il suffisait aux religieux d'avoir « certioré » le 
général, qui ne devait s'en prendre qu'à lui-même s'il n'as- 
sistait point au chapitre 1 . 

Eu iti-2-j. , Louis Petit fit comparaître devant lui Domi- 
nique Gaspar, ministre de Lamarclic, sans doute prévenu 
d'entente avec les Réformés, qui acquirent plus tard ce cou- 
vent. Beaucoup de religieux anciens voulaient, en effet, 
« vendre » leurs maisons aux Réformés, en stipulant des 
pensions pour eux-mêmes. 

[. Tri ni la ires de Marseille, registre 10, f« 36. 



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LOUIS PETIT ET LES REFORMES (l6aO-l635). 23g 

En i624i la cour de Rome essaya de propager l'observa- 
tion de la règle primitive. Louis XIII voulant introduire des 
Réformés à Fontainebleau et a Cerfroid, Grégoire XV or- 
donna qu'ils suivissent la règle de saint Jean de Matha ' 
(8 février). Ce projet royal ne fui point exécuté. 

Le cardinal Bandini, de son côté, déniait aux Réformés 
le droit de porter le nom qu'ils se donnaient; il insista vai- 
nement pour qu'ils adoptassent la règle primitive, car entre 
eux et leur général il n'y avait guère qu'une différence, celle 
de l'habit (20 juillet). Ces efforts nous font voir au moins 
pourquoi la cour de Rome protégea, en toute occasion, les 
Trioitaires Déchaussés. Les Réformés n'étaient pas pris au 
sérieux par le pape plus que par leur général. 

Au contraire, Louis XIII protégea tous les persécutés, inter- 
venant pour les Déchaussés, molestés par les Réformés de 
Marseille, et aussi pour les Réformés, quand le général leur 
causait trop d'ennuis. L'influence du cardinal de La Roche- 
foucauld est ici très visible. Quelque peu réformée que fut la 
congrégation de ce nom, elle l'était toujours plus que les 
Mathurins. 

Divers privilèges ayant été accordés à Louis Petit, notam- 
ment pour la visite des couvents d'Espagne, le 4 m ai 1624, 
Urbain VIII, récemment élu pape, écrivit, le 3o septembre 
suivant, à Ambroise Caffîn, vicaire général de la Congrégation 
Réformée, qu'il n'a pas entendu déroger aux privilèges de 
celle-ci par le bref du 4 mai*. Garder les Réformés de tout 
préjudice, c'est tout ce qu'entend faire La cour de Rome. 
Quant à leur accorder un général particulier, elle eût pu y 
songer pour le cas où ils auraient embrassé la règle primitive : 

1. Bibliothèque de Marseille, manuscrit s65, au début. 
a. Bibliothèque de Lyon, fonds Coste, rus. 181, pièce 7. 



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a4o l'ordre français des trinitaires. 

puisqu'ils n'ont pas déféré à ses avis, elle n'est tenue à rien 
envers eux. 

Le 10 mars 1627, les brefs des Réformés furent confirmés 
par arrêt du Parlement; l'archevêque de Paris, juge ordi- 
naire des différends entre le général et les Réformés, leur 
permit de tenir leur chapitre le i5 juin, quoique Louis Petit 
eût déclaré privés de voix active et passive, c'est-à-dire de 
l'électoral et de l'éligibilité, six religieux qu'il pensait devoir 
être élus aux principales charges de la Congrégation. Le 
18 juillet, le général déclara ce chapitre nul. 

Pendant que la Réforme se développait en Languedoc, les 
hostilités chômèrent, durant quelques années, dans le Nord. 
Le a3 novembre i63i, Louis de Guéméné et Anne de Rotian 
donnent aux Trinitaires Réformés le Mont-de-Piélé de Coup- 
vray , près Meaux , pour élever six jeunes garçons 1 . Ce 
n'était que le prélude d'un succès plus important : l'entrée 
des Réformés à Cerfroid. Permise par le roi, le 17 décem- 
bre i63a, elle fut réalisée au mois de janvier i633 par l'évé- 
que de Meaux, Dominique Séguier 1 , constant protecteur des 
Réformés. Quelle dut être la colère de Louis Petit en voyant 
ses ennemis personnels introduits dans le berceau de l'ordre! 
11 n'osa pas s'en prendre à l'évéque de Meaux ; mais il 
accusa le duc de Tresmes , dont la vanité, blessée par une 
cause futile (l'enlèvement d'une pierre où étaient inscrits des 
bienfaits apocryphes), aurait imaginé cette facile vengeance. 
Les Réformés, trouvant à Cerfroid le prieur Pierre de Condé, 
nommé à cette charge par le général, l'expulsèrent avec les 
autres religieux anciens. 



1 . Don Tous8aints du Plessis, Hilloire de l'église de Meauj; pièce 633. 
3. Ibid., pièce 634. Ils lui dédieront en iftfà 'es Victoire* de la Cha- 
ité, en juste tribut de reconnaissance. 



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LOUIS PETIT ET LES RÉFORMÉS (I<J20-i63f)). 2^1 

Louis Petit se plaignit de cette intrusion au Parlement de 
Paris. It faut retenir l'arrêt du 3 mai i63/| ', parce qu'il fut 
finalement observé. En voici les dispositions : Les Réformés 
resteront à Cerfroid, et, de fait, ils y restèrent toujours; les 
religieux anciens ne furent jamais que leurs hôtes quand ils 
vinrent au chapitre général. On élira un vicaire général de la 
Réforme autre que Robert François, qui déplaisait particu- 
lièrement au général. Ce dernier pourra visiter les Réformés, 
en prenant avec lui deux religieux de la Réforme et sera pré- 
venu un mois à l'avance de leurs chapitres. Les Réformés 
devront servir à l'ancien prieur Pierre de Condé, s'il veut 
quitter le couvent de Cerfroid, une pension de 3oo livres, de 
aoo seulement aux autres religieux ; Pierre de Condé remettra 
ses papiers à son successeur, Simon Chambellan. La preuve de 
celte remise se trouve dans l'inventaire dressé, le 6 mai i634, 
par Claude de Vaissière, des pièces qui se trouvaient alors 
dans les Archives de Cerfroid, conservé aujourd'hui aux Ar- 
chives de l'Aisne sous la cole H i43i. 

En fait, les Réformés triomphaient. C'était une époque 
d'ailleurs honorable pour les Trinitaires anciens, qui sem- 
blaient enfin se souvenir du but fondamental de leur ordre; 
c'est en i634 que le P. Dan effectua celte rédemption de 
captifs qui lui permit de composer sa célèbre Histoire de 
Barbarie. Après ces événements se tint, en i635, ■< le sep- 
tième chapitre général de Louis Petit 3 ». 

Le sieur Georges de la Porte, maître des requêtes, com- 

i. Doh Touss* i>-Ts du Plbssis, pièce G4>- On ne sait pourquoi des reli- 
gieux espagnols interviennent au procès. 

». Le procès-verbal a été imprimé sous ce lilre : Septimnm capitulant 
fl»i Pat rit Ludovic! Petit... i635{Bihl. Nal., Ld«, n° 7). Il a été résumé 
dans la Défense pour le Réeérendûsime, exposé complet, mais partial, îles 
(fiefs de Louis Petit contre les Réformés (Bibl. Nal., Ld «, n» 8). 

16 



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243 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

missaire royal à ce chapitre général de i635, se montra 
favorable aux Réformés. Le vendredi 4 mai, un huissier de- 
mande, de la pari du prieur, combien il y aura de ministres 
conventuels, les Réformés ne voulant recevoir que ceux-là, à 
l'exclusion des prieurs-curés. Louis Petit arrive à deux heures 
àCerfroid; un exempt du roi, assisté de deux soldats armés 
et des Réformés, ne laisse entrer que le commissaire royal 
el son secrétaire. Simon Chambellan, « soi-disant » visiteur 
provincial, dit l'office et ne prend que des Réformés pour 
assistants; il n'offre même pas de rafraîchissements au géné- 
ral. Les ministres de Champagne et de Normandie sont 
réduits ce jour-là à coucher sur la paille. 

Antoine Basire, ministre de Chàlons, prononça un discours 
sur l'utilité des chapitres. On excusa l'absence des PP. Dan et 
Escoffier, ministres de Chelles et de Soudé, retenus à la ré- 
demption. L'exempt réclama la « session » pour les ministres 
réformés de Ponloise, de Cisors cl de Caillouet. Denis Mon- 
dolot, ministre de Tours, fut élu promoteur ' , et Claude Ralle 
secrétaire du chapitre. Le promoteur se plaignit de ne plus 
retrouver les armes du général sur un bénitier qu'il avait 
donné autrefois à Cerfroid; un Réformé, Jacques Richer, les 
avait effacées. On convint de les faire graver de nouveau. 

Le chapitre, défendant aux religieux d'écrire des livres sans 
le visa du général, en avertit notamment Jean Figueras, reli- 
gieux de la province de Castille. Quant à Y Abrégé de la Vie 
de saint Jean de Matha et de suint Félix de Valois, publié 
par le P. Aloès en i634, il décida de le supprimer, comme 
plein de mensonges et d'impostures. Au contraire, le chapitre 
donna des éloges à Claude Ralle, qui avait composé le Vin- 

i . C'est une fonction analogue h celle du ministère public. 



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LOUIS PETIT ET LES RÉFORMÉS (l6aO-l635), 2^3 

diciae ordinis SS. Trinitalis.il félicita les Pères d'Espagne 
de leur respect à l'égard du général et donna trois mois aux 
sept religieux anciens pour choisir ou refuser la résidence à 
Cerfroid. Le visiteur provincial réformé, à la considération 
du comte de Tresmes, prendra place au chapitre après les 
ministres mitigés de France. 

Claude Ralle, procureur général de la rédemption, rendit 
ses comptes : du 7 mai 1624 au 8 mars i635, il avait en- 
caissé 27,480 livres et donné 27,862 aux rédempteurs. 

Comme conclusion du chapitre, Ralle et le visiteur réformé 
Chambellan s'embrassèrent. 

La paix ne devait pas être de longue durée. Les Réformés 
préparaient en secret au général le plus rude coup qu'il eût 
encore reçu ; Alexis Berger , se disant procureur des Réfor- 
més, parti le s" mars i635 et embarqué aux Martigues, 
obtint en cour de Rome le bref du ?5 octobre r635, donnant 
commission au cardinal de La Rochefoucauld de réformer 
l'ordre de la Trinité. Après maintes protestations, le roi de- 
vait, deux ans après, confirmer par des lettres patentes la 
commission du cardinal. 

Enfin les Pères de la Merci, trouvant le moment favorable 
à leurs desseins, présentèrent une nouvelle demande pour 
partager le droit de quête avec les Trinitaires, et, le 24 juillet 
io"36, un arrêt du Conseil les chargea du rachat des captifs 
à Salé, au Maroc. 

Telle est la situation à laquelle l'obstination de Louis Petit 
avait réduit l'ordre de la Trinité ! 



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CHAPITRE XIII. 



La grande enquête du cardinal de La Rochefoucauld 
(1685-1640). 



Les quatre années qui suivent le chapitre de i635 sont rem- 
plies par la publication de violents factums pour ou contre les 
Réformés. Les passions sont des plus vives. D'un côté, Louis 
Pelit traite ceux-ci comme les derniers des misérables et veut 
les faire châtier comme conspirateurs. D'autre part, les Ré- 
formés adressent requête sur requête au cardinal de La Ro- 
chefoucauld, pour obtenir un vicaire général et un général 
réformé temporaire, au moins après la mort de Louis Petit. 

Ce dernier était exaspéré. Trop intelligent pour ne pas 
voir la décadence de l'ordre, il sent que tout son prestige 
allait être entamé aux yeux des provinces étrangères, atten- 
tives à cette lutte. Aussi s'efforce-t-il de ruiner ses adver- 
saires par des accusations très graves. Il s'en prend même 
aux fondateurs de la Congrégation Réformée et, découvrant 
que l'un d'eux, Claude Aleph, était (ils d'un juif d'Avignon, 
il le déclare coupable de vol et d'apostasie ' ! Tous les autres 
Réformés de marque sont jugés avec autant de sévérité. 

i . Il est mort ù Dieppe, «lisent les Réformes, en soignant les pestiférés. 
S'il est sorti du couvent, d'après eux, c'est par humilité, après avoir fait un 
miracle. 



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ENQUÊTE DU CARDINAL DE l.A ROCHEFOUCAULD. 2^5 

On ne peut certes considérer comme des saints tons ces 
religieux réformés, mais les appréciations de Louis Petit se 
trouvent en désaccord avec les biographies qu'un véritable 
historien, le P. Ignace de Saint-Antoine, a consacrées à ces 
personnages dans le Nécrologe publié en 1707, à Aix. Voici 
quelques-uns de ses jugements, d'autant plus dignes de foi, 
qu'ils émanent d'un religieux d'une autre congrégation. 
Alexis Berger, né à Bar-le-Duc en i6o5, fit profession le 
26 mai i6a3; ministre de Caillouet , Liesse, Lisieux, puis 
provincial, il mourut dans les austérités en 1659. Ambroise 
Caffin était mort dès i63i, « lui-même visité par Dieu, au 
moment où il allait faire sa visite dans la province réformée 
de France ». Simon Chambellan devait finir sa vie, le 20 dé- 
cembre r64o, prieur de Cerfroid et illustre par ses vertus. 
Lucien Hérault, dont il sera question plus (ard, demeura en 
otage à Alger et mourut en prison pour les captifs. Un des 
religieux qui survécut à la tourmente, Denis Cassel, récon- 
cilié avec le général, devait être le restaurateur du couvent 
des Trinitaîres d'Arras. 

Louis Petit ne se défendait pas seulement par des ou- 
vrages dus à la plume de son secrétaire, le P. Ralle, mais 
il essayait de rendre inutile la commission du cardinal , 
en publiant lui-même un règlement pour les Malhurins de 
Paris (1" mars i636). Il se constituait un parti parmi les 
Réformés, en se rendant, au mois de mai 1637, au chapitre 
d'Arles, et y faisant nommer vicaire général le P. Raymond 
de Pallas, qui était à sa dévotion. 

En vain, le 8 octobre i636, il avait écrit au chancelier Sé- 
guier' pour se plaindre du bref adressé au cardinal, subrep- 

1. Bibliothèque Nationale, nouv. acq. fr., ma. 6210, fo 53. 



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346 '< ORDRE FRANÇAIS DES TRI NI T AIRES. 

ticemeat obtenu par trois particuliers, « ennemis jurés de tout 
tordre » ; le bref fut enregistré en vertu de lettres patentes 
du 7 septembre 1637. Le cardinal de La Rochefoucauld vit 
donc sa commission confirmée, malgré toutes les causes de 
défiance alléguées par Louis Petit contre lui, comme séculier 
et ami de longue date des Réformés. Trop âgé pour tout faire 
par lui-même, il commit son coadjuteur dans l'abbaye de 
Sainte-Geneviève, le P. Faure, pour visiter les couvents de 
l'Ile-de-France (3o décembre 1637) et convoqua pour le 2 mai 
i638 un chapitre général à Saint-Mathurin. Le roi, de son 
coté, commit Roissi et Fouquet, conseillers, Sanguin, évftque 
de Senlis, Séguier, évêque de Meaux, Laisné, sieur de la 
Marguerie, et les maîtres de requêtes de Lezeau, de Barillon, 
de Verthamont, Mangot de Villarceaux, etc., pour juger les 
appellations ' que Louis Petit pourrait diriger contre le car- 
dinal. 

Les Réformés ne furent pas moins ardents dans la lutte 
que Louis Petit. Ils affirmèrent que le général n'aurait été 
confirmé à Rome, en 1610, qu'en promettant d'embrasser 
la Réforme; descendant même à de basses insinuations, ils 
incriminèrent ses relations avec la femme d'un libraire. Ils 
proposèrent contre-projet sur contre-projet et demandèrent 
que l'élection de Raymond de Pal las fût cassée ; que le gé- 
néral n'eut que voix consultative aux chapitres des Réformés 
el que lui seul parmi les non Réformés y fut admis; que l'on 
revint à la séparation du tiers pour le rachat des captifs; 
que l'on instituât, tous les trois ans, un procureur des cap- 
tifs; que le général eût des assistants réformés et qu'il ne 
pût modifier les statuts que pour fortifier la Réforme, et 

1 . En têle du ras, 3 244 de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. 



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EXQUÊTE DU CARDINAL DE LA ROCHEFOUCAULD. 3^7 

même qu'il n'y eût de novices que chez les Réformés. 
Raymond de Pailas, fort estimé en Provence pour ses re- 
marquables sermons et sa vie exemplaire, ne fut pas reçu 
sans opposition à Cerfroid. On l'accusa d'être transfuge de 
l'ordre des Capucins (grief réfuté par la production d'une 
dispense régulière) et de n'avoir pas été élu canoniquement 
vicaire général, puisque Louis Petit, n'étant pas réformé, 
n'aurait pu valablement donner sa voix au chapitre d'Arles. 
Malgré tout, le but, poursuivi par Louis Pelit, de diviser les 
Réformés, avait été atteint par cette nomination. 

Le P. Faure fil lui-même une enquête dans les couvents de 
l'Ile-de-France. Pour les autres provinces, nous avons les 
déclarations des ministres ' convoqués dans un chapitre ex- 
ceptionnel tenu à Paris dans le mois de mai 1 638. Ce gros 
volume d'enquêtes est d'une lecture tristement instructive : 
la lumière qu'on voulut faire tourna à la confusion des deux 
parties, notamment au point de vue de la façon dont elles 
-s'acquittaient du rachat des captifs. 

L'élal intérieur des couvents était partout déplorable. A 
Marseille, le ministre Louis Jav était un homme avide, qui 
ne venait voir les religieux malades que s'ils avaient de 
'argent à lui donner, faute de quoi il leur adressait dés 
injures. 

A Cerfroid, la veille des Rois, à la suite d'une orgie, les 
religieux avaient déshabillé un de leurs confrères et l'avaient 
forcé â sauter à la corde pendant trois quarts d'heure, ce qui 
lut avait causé un refroidissement*. Le P. de Pailas, qui avait 

I. Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 3ï44- 

î. Ce n'est pas la seule inconvenance que les Réformés eussent à se re- 
procher. Us avaient, parait-il, jeté le portrait de Louis Petit dans les « lieux 

secrets». 



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24° L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

voulu theltre tin à cette scène regrettable, reçut un coup de 
poing à la tempe'. 

La même enquête constate l'état lamentable et la destruc- 
tion à peu près complète de certains couvents, comme Beau- 
voir-sur-Mer et Clermont. Elle est remplie de plaintes des reli- 
gieux les uns contre les autres. Simon Chambellan, par 
exemple, se défie de Michel Marié, institué prieur de Cerfroid 
par le général et qui a seul une chambre chez les Mathurins 
de Paris, alors que tous les autres Réformés en sont exclus. 

Un grand nombre de manquements à la règle ayant été 
reprochés aux Mathurins par Simon Chambellan, Louis Petit 
daigna, par condescendance pour le cardinal, y répondre 
point par point. 

Quant au P. Claude Ralle, pour expliquer la rareté des 
rachats de captifs, il ne donna comme argument probant que 
celui-ci : si les Réformés avaient mis de côté le tiers des 
revenus des couvents qu'ils occupent, puisqu'ils prétendent y 
être obligés, on aurait pu faire beaucoup plus de rédemp- 
tions. 

Le cardinal rédigea sa sentence, ie i" juin i638, et la 
notifia en personne aux Malhurins de Paris*. Elle décidait 
que la règle de tout l'ordre était la règle mitigée et que cha- 
que ministre aurait un substitut et coadjuteur, seul déposi- 
taire de l'argent du couvent, qui rendra compte au général 
quatre fois par an, comme les supérieurs des petites maisons. 

Le tiers, prescrit encore le cardinal, sera mis de côté pour 
la rédemption : une fois par semaine, il y aura un chapitre 
conventuel pour en régler l'emploi; à chaque chapitre général, 



. F° 86 du manuscrit ci 



i pari. Une copie en existe, Rïhliolhrrpir 
3i, fo» ûo-^H. 



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ENQUÊTE DU CARDINAL DE LA ROCHEFOUCAULD. 3^9 

on élira des rédempteurs et l'on fera une rédemption dès 
qu'on aura 10,000 livres. 

Le général aura deux assistants : un Génovéfain et un 
Feuillant; deux Feuillants instruiront les Mathurins et deux 
Jésuites iront à Cerfroid ; un conseil, composé de deux Augus- 
tins, Feuillants, Jésuites, Carmes Déchaussés, avec des évé- 
ques et des conseillers d'État, se tiendra le, mardi à Sainte- 
Geneviève. Le cardinal choisira les assistants des ministres et 
les visiteurs provinciaux avec l'aide de son conseil. Quant aux 
ministres, dans les monastères qui ont gardé le droit d'élec- 
tion, le cardinal et son conseil y pourvoiront ; là où le géné- 
ral a droit d'y pourvoir, il les choisira d'accord avec ses 
assistants. Le cardinal et son conseil nommeront le maître 
des novices. 

Toutes (es provinces du royaume se réuniront à Cerfroid de 
trois en trois ans en chapitre général. Cette innovation était 
de la plus haute portée. Après le décès du général, on en 
élira un qui ait vécu au moins quatre ans dans la Réforme 1 . 

Les assistants seront élus pour trois ans et rééligibles une 
seule fois, de même que les visiteurs provinciaux, élus aux 
chapitres provinciaux, et les ministres locaux 1 . Tout ministre 
se choisira un vicaire et le provincial lui donnera des assis- 
tants. Les supérieurs ne pourront Confesser leurs religieux et 
devront députer des confesseurs pour cet objet. La confes- 
sion aura lieu une ou deux fois par semaine. Les noviciats 
seront, pour le Nord, Cerfroid et Paris ; pour le Midi, Arles 
ou Marseille. 



1. N'était-ce pas donner trop de satisfaction aux ambitions quelque pe 
éiroïstcs des Réformés? Louis Petit put trouver que l'on désirait trop s 
mort, ce qui lui donna une force de résistance nouvelle. 

2. Cette triennalilé parait d'ailleurs être une chose excellente en soi, 



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a5o l'ordre français des trinitaires. 

Avant le coucher, on fera un quart d'heure d'examen de 
conscience. Les matines se diront à minuit ; d'ailleurs, le 
cardinal déclara que cette dernière obligation ne concernait 
que les Réformés. Mais, dans sa pensée, tous les autres 
articles devaient s'appliquer à la fois aux Réformés et aux 
Mathurins. 

Telle est la sentence du i" r juin i638. Un point de droit a 
été discuté avec âpreté, à savoir si le cardinal avait le droit de 
modifier la règle. Il nous parait que le pouvoir conféré par le 
pape l'autorisait à réformer l'ordre, ce qui impliquait, en cas 
de nécessité, la composition de nouveaux statuts. La légalité 
de la sentence n'est pas douteuse. Mais le cardinal ne com- 
promit-il pas la cause de la Réforme en allant trop loin? H 
paraît avoir servi trop exclusivement la jalousie et l'ambition 
des Réformés, tandis qu'il eut mieux valu surveiller Louis 
Petit que l'annihiler. Cette exagération vouait la tentative à 
l'insuccès. 

Après la lecture de la sentence, le général rédigea ses pro- 
testations « pour faire connaître à la postérité la force et la 
violence qui lui est commise (sic) et se conserver en ses droits 
et pour en faire la poursuite, aussitôt que la liberté en sera 
rétablie et que la voix lui sera rendue ». La commission pon- 
tificale, dit-il, est une enlVeprise ouverte sur les sujets du roi, 
contre les libertés de l'Église gallicane (cet argument reparaî- 
tra encore); le général, sans avoir démérité, est destitué au 
profit du cardinal, qui lui est suspect, car il a exécuté le 
bref du 25 février 1619 au chapitre de Montmorency, avant 
qu'il fût homologué. Le bref de i635 portait que le cardinal 
devait s'attacher aux « institutions régulières » de l'ordre; 
or il a imposé une nouvelle règle, qui est celle de saint Ber- 
nard. 11 ne peut transmettre au pape les actes de la Réforme; 



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ENQUÊTE DU CARDINAL DE LA ROCHEFOUCAULD. 25l 

c'est contraire au Concordat. Tels sont les moyens de cas- 
sation de la sentence. 

Prenant ensuite séparément chaque article, Louis Petit note 
« l'interdiction et la déposition de sa fonction au profil de 
religieux d'autres ordres », puisque les Trinitaires ne sont 
même pas représentés dans le « conseil du mardi » (c'était 
une faute en effet). Il affirme que le revenu du couvent de 
Paris est de 3,ooo livres et non de 10,000 et que les quatre 
provinces doivent seules être convoquées au chapitre géné- 
ral. Les ministres n'auront pas de compte à rendre, s'ils 
n'ont pas de deniers à manier; l'excommunication contre 
ceux qui s'opposeront à la Réforme est abusive ; les taxes des 
captifs seraient autorisées par les bulles de plusieurs papes 
(que le général se garde bien de citer). La sentence du car- 
dinal de La Rochefoucauld fut, malgré tout, confirmée, le 
a3 novembre i638, par arrêt du Conseil. 

Ce beau zèle ne fut cependant suivi que d'intrigues obscu- 
res. « Les opposants en appelèrent au pape, dît Pierre Rou- 
vier, biographe du cardinal. On eût pu ne pas déférer à cet 
appel, car on lisait dans la commission pontificale que toutes 
les ordonnances du cardinal seraient observées sans délai et 
sans appel '. Plusieurs fois, le cardinal écrivit au pape de lui 
permettre de finir celte affaire. « 11 mourut à la peine, en 
i64i, sans avoir vu la fin de la crise. Nazare Anroux, mi- 
nistre de Pontoise, prononça son oraison funèbre 1 . 

1. Pin-nus RovEiiiLB, Yita Cardinalii... et res gestae, pp. i34-i38. 

2. Récit véritable, etc. Paris, iG^5. Bibliothèque ualiouale, Lu** 1 1 5oi . 



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CHAPITRE XIV. 



Réconciliation entre le général et les Réformés 
(1641-1659). 



La mort du cardinal de La Rochefoucauld ne tranchait point 
le dissentiment entre Louis Petit et les Réformés. Sans doute, 
le général voyait disparaître celui qu'il appelait, avec juste 
raison, son ennemi personnel, maïs les Réformés n'avaient 
pas perdu courage et continuaient à lutter : cette prolongation 
de la discorde devait avoir pour conséquence d'annihiler 
toute tentative de réforme de l'ordre. Il est bien permis de 
le supposer, si Louis Petit avait la Réforme en horreur, c'est 
qu'il voyait dans les Réformés de simples ambitieux; d'autre 
part, les religieux de In Congrégation, ne pouvant réformer 
tout l'ordre, se contenteraient d'une bonne place au soleil et 
d'une pari dans les dignités trinitaires. Néanmoins, tant l'ha- 
bitude était prise, les deux partis gardèrent pendant quelques 
années les mêmes attitudes que par le passé. 

Le fi août i64i, deux mois après la mort du cardinal de La 
Rochefoucauld, le pape fit préparer par le cardinal Spada un 
projet de bref qui fut expédié avec une telle autorité qu'il n'y 
eut pas lieu d'appel (dis. 3a44> f° 335). Le même jour, 
d'ailleurs, il faisait expulser d'Avignon les Déchaussés, après 
leur intrusion violente. Pendant ce temps, le général conti- 



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RÉCONCILIATION DU GÉNÉRAL AVEC LES RÉFORMÉS. ï53 

nuait à persécuter les Réformés et faisait chasser de France 
quelques religieux espagnols 1 , « sous apparence voilée et zélée 
du bien de l'État ». Les Réformés furent retirés, comme 
par miracle, de cette tourmente et, le 7 février 1642, 
introduits à Meaux par i'évêque Dominique Séguier, malgré 
l'opposition de Denis Mondolot 1 . Pierre Vie, ancien ministre 
de Meaux, se vit offrir en dédommagement, soit la cure de 
Brume tz, soit 4oo livres de pension. La même année, quelques 
« mauvais religieux a de Paris voulurent vendre leur maison 
aux Réformés, en stipulant 5oo livres de pension à leur profit. 
Marc Brayer, ministre de Sarzeau, demanda aussi l'annula- 
tion d'un concordat fait par deux de ses religieux avec les 
Réformés pour leur céder cette maison. Louis Petit était donc 
menacé de tous les côtés à la fois. Le chasse-croisé de bulles 
continuait. Le 25 novembre 1G42, Urbain VIII révoqua un 
bref que Louis Petit prétendait avoir obtenu contre les 
Réformés. 

Enfin, le 7 décembre i643, Claude Martin, officiai de Saint- 
Germain des Prés, subdélégué par d'Angennes, évèque de 
Baveux, délégué lui-même par Urbain VIII, suivant les brefs 
des 18 janvier et i5 novembre 1642, prononça la sentence 
suivante 3 : 

La sentence du cardinal de La Rochefoucauld sera cassée, 
comme contraire aux constitutions de l'ordre. Les matines 
seront dîtes â quatre heures en été et à cinq heures en hiver. 
Le général pourra s'adjoindre trois ou quatre ministres 
de fordre en qualité de conseillers. Les règlements faits par 



1- Bibliothèque nationale, manuscrit français 1572c, f° 44^- 
1. Doji Tolssaimts du Plkssis, pièce 654 

3. Elle a été imprimée en 1643, Les Archives des Trjnilaircs Je CbiUons 
ea renferment deux exemplaires. 



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254 L'ORDRE FRANÇAIS des trinitaires. 

Louis Petit, pour les Mathurins de Paris, le i" mars 1 636. 
seront exécutés. Les ministres des quatre provinces seulement 
auront voix active et passive au chapitre général (le Midi en 
était encore exclu). Quand, dans un couvent, il y a moins de 
cinq profès conventuels, le ministre ne peut admettre de no- 
vice sans permission du général. Nul ne pourra sortir du 
royaume, même pour la rédemption, sans permission expresse 
et écrite du général. Les ministres seront élus et pourvus 
selon la manière ordinaire et à vie. 

On pouvait bien penser que les Réformés ne se résigne- 
raient pas à cette défaite. Le général se plaint que Denis 
Cassel ait fait confirmer la sentence du cardinal de La 
Rochefoucauld par le chapitre provincial de Lambesc, le 
3i mai 1642. Il demande enfin, le 3 février i644i que dé- 
fense soit faite aux Réformés de lever aucune taxe pour la 
rédemption et que Cerfroid lui soit rendu comme au général 
légitime'. Il ne réussit dans aucune de ces réclamations, car 
Cerfroid resta aux Réformés et le roi accorda au P. Lucien 
Hérault, membre de cette congrégation, des lettres' l'autori- 
sant à quêter pour le rachat des captifs. 

En septembre i645, Athanase Ganteaume ayant été élu 
vicaire général à Cerfroid, Louis Petit cassa l'élection. 

Le 8 novembre suivant, le conseil privé déclara que la 
sentence de Claude Martin serait cassée et le règlement du 
cardinal de La Rochefoucauld exécuté selon sa forme et sa 
teneur. Il y eut un nouvel arr<}t le 9 janvier 1648, contraire 
au précédent. 

De graves événements, entre temps, avaient donné à réflé- 

1. IlïbIïothè([ue nationale, factura 2571g. 

2. Anne d'Autriche lui donna même des commissions spéciales pour le 
rachat de trois Capucins. 



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RÉCONCILIATION DU GÉNÉRAL AVEC LES REFORMÉS. 2Ô5 

chir il Louis Petit. Le P. Lucien Hérault, Réformé, demeuré 
en otage dans un deuxième voyage en Barbarie, y était mort 
captif au mois de décembre i645. Cette fin avait produit une 
grande impression, et les Réformés en bénéficièrent dans 
l'opinion publique. Louis Petit se rendit compte aussi que ses 
adversaires avaient fait preuve d'une telle force de résistance 
qu'on ne pouvait leur refuser quelques satisfactions ; il n'était, 
d'ailleurs, pas unanimement approuvé par les Mathurins de 
Paris. Il faut donc rapporter à i646 environ un projet de 
concordat proposé par lui aux Réformés ; les persécutions 
qui suivirent pendant quelques années encore ne sont plus que 
des escarmouches; du jour où le premier concordat est mis en 
avant, it y a quelque chose de changé et l'union sera bientôt 
faite parmi tous les religieux de France. Sans doute, Louis 
Petit met, dans ses propositions de conciliation, sa mauvaise 
grâce habituelle, mais il consent (importante concession) à 
suivre le bref de Clément Vfll et l'arrêt de i634 pour la 
visite des couvents réformés : dans celte visite, il prendra 
avec lui un Réformé qui aura voix consultative. Il défend 
aux Réformés d'accepter aucune maison ancienne; de plus, 
quand ils passeront dans une ville où existent des couvents 
de leur ordre, ils devront y loger, comme l'arrêt de i644 'es 
v contraint, et ils y seront les bienvenus. Le général délé- 
guera quelqu'un de la congrégation pour juger leurs procès 
et faire la visite à sa place s'il en est empêché. Il recevra 
les clefs de chaque maison lors de sa venue et, au chapitre 
général de Cerfroid, il aura le grand sceau du « correctoire » 
(c'est-à-dire: de l'assemblée des correcteurs). Il confirmera les 
élections des Réformés (les élus, comme les autres minis- 
tres, lui payant un droit annuel) et leur donnera la per- 
mission de quêter, mais ils lui demanderont pardon des irré- 



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256 l'ordre français des tributaires. 

vérences commises à son égard pendant les derniers cha- 
pitres ' . 

Un chapitre général se réunit le iG mai i65i ; il n'y en 
avait point eu depuis i635 a . On constata que la caisse de ré- 
demption contenait a3,865 livres. Les opposants furent, celte 
fois, Mondolot et les Mathurins. Les commissaires royaux, 
Etienne Sainctot et Denis Baron, conseillers du roi, et Florent 
l'armentier, substitut du procureur général, donnèrent droit 
de session aux ministres réformés de Lisieux et de Coupvray, 
qui ne figuraient pas au chapitre précédent, ainsi qu'au vicaire 
général Claude Fournet et au visiteur provincial Jean Cadeot 3 . 
II paraît, d'après les débats, que le couvent de Lisieux, tantôt 
déchaussé et tantôt réformé, avait été repris par Nazare 
Anroux, redevenu mitigé. D'autre part, les Réformés s'étaient 
introduits à Lamarche, en i65i, sans la permission du géné- 
ral, et y restèrent. ' 

[1 fut décidé qu'un ministre par province entendrait les 
comptes du procureur général et qu'on doublerait les taxes 
des captifs; qu'on ne recevrait pas des novices qui ne sau- 
raient pas le latin et le chant grégorien ; que le noviciat dure- 
rait deux ans et que la profession ne serait émise qu'un an 
après la fin du noviciat; les Réformés ne devraient faire la 
rédemption et la quête que d'accord avec les mitigés. 

Cinq ministres furent choisis pour faire reviser les statuts 
de 1^29 : Claude Ralle (Le Fay), Jean Angenoust (Vitry), 
Jean Chapelain (Gloire-Dieu), Jean Liebe (Regniowez), Louis 
Le Tourneau (Rieux). Un vœu fut émis en vue de la 



1. Archives de Seine-et-Oisc. Trinilsires de Monlmorenev. 
z. A cause de la guerre ; et même en itifn les ministres de Flandre □ 
rcnt pas de passeport du roi d'Espagne. 

3. Voir Bibliothèque nationale, l.d**, n° 21. Ocltwirm capilulum... 



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LE P. GRÉGOIRE DE LA FORGE. 
[Bit*, utioiulc, coll. Fleur) [dépare. AI™], tome ZLII. loi. 



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RÉCONCILIATION DIT GÉNÉRAL AVEC LES RÉFORMÉS. 267 

réimpression du livre de Gaguïn De gestîs Francorum'. 

Un arrêt du conseil privé fut rendu quelque temps après 
en faveur de Louis Petit contre Denis Mondolot, révoqué de 
ses fonctions de prieur claustrai de Saint-Malhurin de Paris, 
et autres religieux « discoles m c'est-à-dire rebelles, au nombre 
de huit. Il était néanmoins permis à ceux-ci d'adresser des 
mémoires au procureur général du roi en cas de trop grande 
modération des taxes des captifs (5 mai i65?). 

Ces contestations empoisonnèrent les derniers jours de 
Louis Petit, qui mourut le 5 octobre i65a, à soixante-quinze 
ans, après le plus long et le plus laborieux générais t qu'ait 
connu l'ordre. Il n'avait rien eu tant en haine que la Réforme, 
et il avait défendu les privilèges des Trinitaîres mitigés avec 
une âprelé qui pouvait passer pour une sénile obstination. 
Son oraison funèbre fut prononcée par le P. Nazare Auroux 3 , 
ministre du couvent d'Etampes, qui avait précédemment bio- 
graphie le cardinal. 

Les quatre provinces avaient eu à subir une assez chaude 
alerte pour tenir d'autant plus à leurs privilèges. Comme, à 
cause de la Fronde, on ne pouvait aller à Cerfroid, le cha- 
pitre se réunit chez les Mathurins de Paris, dès le i5 décem- 
bre 1602 et sans attendre la date réglementaire. Pierre Mer- 
cier, ministre de Soudé, « resté au couvent de Paris pour 
bonnes raisons », prononça le discours d'usage et salua celui 



i. C'est peut-être li l'origine de la tradition, recueillie par In Biographie 
uiiiorrtrllt, d'une nouvelle édition de Gaguin, donnée a la fin du dix- 
septième siècle par le P. de Launay, ministre des Mathurins de Paris, 

i. C'était un simple ambitieux. Ministre de Château briant, il redevient 
mitigé, voulant dire perpétuel nu lieu de triennal. Il était éloquent, mais de 
peu de fonds de doctrine. Apprenant que Pierre Mercier allait nommer Ir 
P. Héron à Elampes, il s'arrangea pour permuter avec ce dernier (Goudé, 
Hilloirc de Châtcattbrianl, pp. 43o-43i). 



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258 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

qui était déjà élu avant l'ouverture du scrutin (non eligendum, 
qaippe qui jam sit electas) : le secrétaire de Louis Petit, 
Claude Ralle, réunit effectivement la presque unanimité des 
votants. II s'empressa, à l'exemple de son prédécesseur, de 
demander au pape une confirmation de son élection. 

Par un bref du 12 août i65.'i, le pontife éleva quelques 
prétentions nouvelles de nature à inquiéter les Trinitaires de 
France, notamment celle de convoquer, tous les six ans,' un 
chapitre général de tout l'ordre de la Trinité, auquel assiste- 
raient seulement les provinciaux de toutes les provinces , 
assistés chacun d'un seul délégué. Par cette forme, en usage 
chez tes Trinitaires Déchaussés, on évitait que les chapitres ne 
fussent trop encombrés. Le premier chapitre devait se tenir i 
Rome ' . 

Les Trinitaires de France étaient bien avertis des périls 
qui menaçaient leurs privilèges. Aussi, le P. Claude Ralle 
proposa-t-il une nouvelle transaction aux Réformés*. Il s'était 
montré un lieutenant si âpre de Louis Petit qu'il ne pouvait 
guère espérer l'acceptation de ses propositions; il eut au moins 
le mérite de faciliter la tâche de son successeur. 

Il offrait de maintenir les ministres triennaux, les visiteurs 
provinciaux et le vicaire générai. Les Réformés pourront porter 
le manteau et le chapeau noir. Le bref de 1619 étant cause 
de la mésintelligence, les Réformés renonceront à s'en préva- 
loir et n'accepteront de maison nouvelle qu'avec son consente- 
ment écrit. Claude Ralle promet de restituer la stabilité des 



1. Ouerra a mal compris cette bulle, en y croyant lire qu'on devait étire 
tous les six ans un nouveau général. 

2. Articles que propote le P. Claude Ralle pour l'accommodement 
entre lut) et la congrégation dite réformée (Bibl. nat., manuscrit fran- 
çais lâyïi, f"4oo). 



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RÉCONCILIATION DU GÉNÉRAL AVEC LES RÉFORMÉS. 25û 

religieux, c'esl-a-dire de ne pas les déplacer .arbitrairement. 
H pourra prendre des Réformés pour contribuer au règlement 
d'un couvent non réformé, d'où ils se retireront, leur com- 
mission une fois faite, de même qu'envoyer des religieux non 
réformés, aux frais de leur maison, recevoir quelque instruc- 
tion dans la Congrégation. Seulement, dans les cas à lui dé- 
volus, le général jugera pleno jare, afin de montrer que sa 
dignité n'est point honoraire. H y avait déjà un grand progrès 
sur les propositions de Louis Petit, surtout dans la forme. La 
prompte mort de Claude Ralle (i4 novembre r 654) empêcha 
ce projet de réussir. La province de Provence demanda ins- 
tamment à participer à l'élection du nouveau général (3 dé- 
cembre i654)'; les Réformés du Nord se plaignirent d'une 
irrégularité dans la nomination du castos Antoine Basire, et 
le roi nomma des commissaires pour assister à l'élection du 
général, régler les protestations des Réformés et recueillir 
les voix 1 . On comprend que Pierre Mercier, élu le 26 mai i655, 
ait gardé quelque temps rancune aux Réformés. 

Un arrêt du Conseil d'État du 19 avril i655 avait défendu 
au général de troubler les Réformés. Malgré cela, celui-ci les 
chassa de Chateaubriant et de Lamarche et excommunia Ma- 
thieu Gossart, ministre de Gisors. Le 3 février 1657J voulant 
même chasser les Réformés de Cerfroîd, il y établit Lebel, 
ministre de Fontainebleau, et fit saisir le revenu de cette 
maison 3 . Il se rendit lui-même au chapitre des Réformés, à 
Cerfroid (28 avril), et leur demanda de ne pas accepter de 
maisons sans sa permission. Le roi leur envoya une lettre de 



1. Pièce 303. 

2. Bibliothèque nationale, manuscrit français 17663, f° xXg. 

3. Faclum de l'établissement de la Congrégation Reformée et du diffé- 
rend renouvelé contre elle par te général en i65j (B. N. Ld^j'-n» a4). 



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260 l'ordre français des trinitaires. 

cachet pour les .engager à se mettre d'accord avec le général, 
« qui a été en bonne intelligence avec eux depuis son élection ». 
On ne s'en était guère aperçu I 

Le 3 mai 1657, Dominique Séguîer, évéque de Meaux et 
grand protecteur des Réformés, proposa le concordat suivant : 
les Réformés ne pourront prétendre à une maison que dans 
trois cas, s'ils sont appelés par la pluralité, par le supérieur , 
ou par tous les religieux, même contre l'avis du supérieur; 
alors ce dernier recevra une pension en se retirant du cou- 
vent. Si les nouveaux Réformés quittent la Réforme, ils 
seront déchus du droit d'occuper la maison'. 

Tant d'efforts aboutirent enfin el, le 21 juin i65o, un con- 
cordat fut conclu entre Pierre Mercier, qui se déclara bien aise 
de contribuer aux progrès de ta Réforme, et le P. Gossart, 
vicaire général de ta Congrégation Réformée (précédemment 
persécuté), aux conditions suivantes : 

I. Le général peut assister aux chapitres des Réformés. 

IL Quand il fera sa visite, il prendra avec lui son secré- 
taire, non Réformé, si cela lui plaît, mais il aura deux Réfor- 
més pour assistants (Louis Petit n'en admettait qu'un). 

III. La Réforme sera accordée par le général pour les mai- 
sons anciennes, quand elle y sera demandée, selon les articles 
de Meaux. 

IV. Pour obtenir des maisons nouvelles, les Réformés de- 
manderont la permission au général, qui l'accordera toujours, 
sauf s'il y a déjà un couvent de l'ordre dans la même ville. 

V. Conformément à l'arrêt du 3 mai i634, le général, ve- 



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RÉCONCILIATION DU GÉNÉRAL AVEC LES RÉFORMÉS. a6l 

nant au chapitre réformé, aura deux religieux anciens pour 
assesseurs. 

VI. Les Réformés pourront el devront loger dans les mai- 
sons non réformées. 

VII. Des religieux préchant dans une ville où il y a un cou- 
vent de l'ordre seront tenus de s'y présenter. 

VIII. Les Réformés demanderont la permission du général 
pour faire imprimer des livres. 

IX. L'appel suprême des supérieurs de la Congrégation sera 
réservé au général. 

X. Le général déléguera un religieux de la Congrégation 
pour l'instruction de ces procès. 

XL II déléguera deux Réformés pour faire la visite à sa 
place, s'il en est empêché. * 

XII. La clef des couvents sera remise au général, sauf à 
Cerfroid. 

XIII. Le prieur de Cerfroid sera élu, de trois en trois ans, 
par les religieux de la Congrégation (le fait accompli était 
accepté). 

XIV. Le général confirmera les ministres de Lorgues et de 
Digne, qui, de toute ta Provence, étaient les seuls non réfor- 
més. 

XV. Il devra permettre les quêtes des Réformés. 

XVI. Les brefs obtenus par la Congrégation seront exécutés. 

XVII. Le roi sera supplié de faire confirmer ce concordat 
par le pape 1 . On ne sait si celte formalité fut exécutée. 

i. Trinitaires de Marseille, registre i3, p. 16. — Le chapitre général de* 
Réformés ne dut plus se célébrer a Cerfroid (Ibid.. p. 6o). 



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262 l'ordre français des TRIBUTAIRES. 

Un arrêt du Conseil confirmai if intervint le 16 février 1661 ,* 
enfin, une déclaration royale de juin 1671 ordonna que les 
Réformés ne pourraient être établis dans' les monastères non 
réformés sans permission du roi. 

C'est ainsi que les deux branches françaises de l'ordre se 
réconcilièrent après une lutte d'un demi-siècle. 



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CHAPITRE XV. 



Les quatre Provinces de 1655 à 1688'. 



Cette période de trente ans, de même que la précédente, a 
vu paraître beaucoup de factums. Mai» un changement de ton: 
très notable se remarque dans les plus récents. La lutte des; 
Trinitaires contre le pape ou plutôt contre les Trinitaires 
espagnols, appuyés par la cour de Rome, est vive, mais cour- 
toise; au lieu d'injurier leurs adversaires, les Trinitaires citent 
des faits ' et produisent des actes, peu probants 'parfois, qu'ils 
interprètent dans le sens de leurs prétentions. 

Le 4 décembre i654, Antoine Basire, ministre de Chàlons 
et cuatos, avait lancé la convocation au chapitre général du 
a5 avril i655, mandant au prieur de Cerfroid de préparer 
ce qu'il fallait pour les hommes et pour les chevaux, puis- 
qu'il y avait des revenus destinés à couvrir ces dépenses. 
Pierre Mercier, en faveur de qui Claude Ralle avait résigné la 



i. Les deux mémoires du manuscrit français iri6g8 (fo< io3-ia5) delà 
Bibliothèque Nationale sont écrits en 1688, au moment de 1b cassation à 
Rome de l'élection du P. Teissier. Le premier est l'œuvre d'un esprit pon- 
déré sana doute du P. Joseph Monier, procureur général de l'ordre en cour 
Rome, quJ esl P° ur ' e * quatre provinces un ami éclairé et qui donne bien 
des défaite que le second auteur, violent gallican, a volontairement passés 
tons sîlenoe. L'"* liasse des Trinitaires de Marseille raconte en détail ces 
. fyjta et prouve que la politique a tout gâté dans celte affaire. 



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a64 l'ordre français des tributaires. 

miDistrerie de Paris, avait été élu par trente-cinq voix contre 
quinze à Antoine Basire 1 . Il était apte à terminer les luttes 
avec les Réformés, auxquelles il n'avait pas pris part per- 
sonnellement, et nous avons vu qu'il s'en tira fort bien. 

Son premier soin fut de faire confirmer son élection par le 
pape Alexandre VII, dont il recul un bref 1 (2 juin i655) qui, 
pour un observateur clairvoyant, ne pouvait constituer une 
grande sauvegarde. Le pape, en effet, laisse à l'exposant toute 
la responsabilité de ses assertions : ta qui, ut asseris, cano- 
nice, modo et forma a quadringentis annis, usitalis, absque 
ulla interrapttone, ... eteclus es. Les quatre provinces eussent 
eu tort d'être trop rassurées; la formule implique que, si le 
pape découvre que l'usage ancien a été différent de ce qu'a 
exposé Pierre Mercier, il n'accordera pas sa confirmation au 
successeur de celui-ci. 

Tout n'était pas fini, car, à la fin de l'année i655, Pierre 
Mercier reçut une convocation pour le chapitre général, qui 
devait se tenir à Rome en i656, avec la composition annon- 
cée dans te bref de confirmation de Claude Ralle. Outre le pro- 
cureur général et les définiteurs, il ne devait y avoir dans ce 
chapitre que trente-trois membres, dont seulement dix repré- 
sentants des quatre provinces. On comprend la stupéfaction 
de celles-ci en recevant cette convocation. Elles obtinrent 
l'arrêt du 20 avril i656, interdisant aux Trinilaires de France 
de se rendre à Rome , « sous peine d'être punis comme 
traîtres à Sa Majesté ». Pareilles défenses furent signifiées 

1, Il était âgé divquuraute ans k peine. En i638, il demeurait à Chalous, 
chez les Trinilaires, et étudiait la philosophie nu collège des Jésuites; le 
couveul de Fontainebleau, dont il était proféa, payait pour lui qusrante- 
cinq écus par an. Depuis, il avait été ministre de Soudé. {Bibliothèque Sainte- 
Ueneviève, ma. 3i44< f* 2o3 va.) 

3. Gattia ChrUtiana, t. VIII. Instrumenta, col. 566-567. 



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LES QUATRE PROVINCES DE l655 A l688. 365 

aux Réformés, et Pierre Mercier fut invité à rappeler tous les 
religieux isolés qui, sous n'importe quel prétexte, seraient par- 
tis pour l'Italie. 

Les provinces d'Italie et d'Espagne, qui s'étaient réunies à 
Rome, ne voulurent pas être venues en vain. Quand le pape vit 
qu'il n'y avait point à compter sur le général ni sur les repré- 
sentants français, il décida que, nonobstant leur absence, le 
chapitre aurait lieu (18 juillet i656); il ne pouvait agir autre- 
ment. 

On y élabora de nombreuses Constitutions (éditées à Madrid 
en 1659 et en i';30, revêtues de l'autorité du pape par le bref 
du 2 janvier i658. Il y était dit notamment que l'élection du 
général, des définiteurs et du procureur général en cour de 
Rome, serait faîte par toutes les provinces de l'ordre. Le pro- 
vincial dans le district duquel le général serait mort aura le 
titre de vicaire général (application des idées que Gaguin avait 
émises sur le provincial, en 1 4 7 7 ) et convoquera le nouveau 
chapitre général, composé comme devait l'être celui de 1 656, 
c'est-à-dire comprenant le général, le procureur général, les 
définiteurs et les provinciaux accompagnés chacun d'un 
socius ou assistant. II y aura un chapitre tous les six ans et 
le lieu en sera désigné par le chapitre précédent; dès à pré- 
sent, il était fixé a Rome pour 1662. (Cette date fut reculée 
de trois ans par la suite.) 

Mais Pierre Mercier eut à peine le temps de recevoir ces 
mauvaises nouvelles, car, dès le 3o mars i658, il était parti 
pour visiter le Languedoc. Il renouvela, dans le chapitre pro- 
vincial, les prescriptions relatives aux trois vœux et à la cou- 
leur de l'habit, à la lecture de la règle tous les vendredis et 
il ordonna de célébrer le 28 janvier comme jour de l'institu- 
tion de l'ordre. Les prédicateurs ne purent prêcher de carêmes 



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200 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

sans la permission du général ou de l'ordinaire. Sans doute, il 
n'y a rien d'extraordinaire dans ces prescriptions, mais Pierre 
Mercier, du moins, s'était montré dans le Languedoc, où le 
général trinitaire n'allait guère. Cette province n'avait de 
commun avec les Réformés que la triennalité des offices. 

Après avoir fait la paix avec les Réformés, il convoqua aux 
Mathurins, pour le 28 février 1661, huit religieux : les quatre 
provinciaux, Lebel (France), Bordereau (Champagne), Del- 
saux (Picardie), Héron (Normandie), Escoffier, procureur des 
captifs, Frère, vicaire de Saint-Mathurin, Chapelain, substitut 
du promoteur, Barbotte, ministre de Taillebourg, pour délibé- 
rer sur la question de l'adoption des constitutions d'Alexan- 
dre VII. Le chapitre, à l'unanimité, décida la négative pour 
trois raisons : 

i° Ces constitutions avaient été faites sans la participation 
des Trinitaires de France ; 

■2° Elles étaient contraires à plusieurs statuts de l'ordre et 
aux lois du royaume (?). 

3° Elles n'avaient point été signifiées aux Trinitaires de 
France. 

C'était là une résistance platonique. Pierre Mercier, pour 
contrecarrer l'effet de ce séparatisme redoutable, fut envoyé 
par le Conseil d'Etat à la visite de l'Espagne. Il était déjà 
parti le a5 juin 1662, car, à cette date, un arrêt du Conseil 
ordonna au ministre de Mortagne ' de reconnaître N'azare 
Anroux pour vicaire général de l'ordre, en l'absence du gé- 
néral. Le récit détaillé du voyage n'est pas connu. Pierre 
Mercier aurait trouvé en Espagne un visiteur apostolique 1 et 
n'aurait pu exercer son droit de visite qu'en promettant de 

1. Archives de Metz, H 3773, n» 5. 

2. Bîbl. Nat., ma. fr. 15696, f° 118 v*. 



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LES QUATRE PROVINCES DE l655 A ï688. 367 

faire observer en France les constitutions d'Alexandre Vil. 11 
revint au mois d'août i664. après un voyage « rude, pénible 
et fâcheux ' » ; on peut deviner ce que ces termes laissent 
soupçonner d'humiliations inavouées. 

Le cardinal Ginetti convoqua un nouveau chapitre à Rome 
(îo juillet i664); un arrêt défendant 1 aux Trînitaires de 
France de s'y rendre intervint le 18 décembre suivant. Le 
chapitre de i665 ne s'en tint pas moins. Les Espagnols firent 
une vigoureuse tentative pour obtenir un général à part; 
mais, dans un mémoire remis à la Congrégation des Régu- 
liers, la province de Portugal s'opposa vivement au schisme 3 . 
La cour de Rome ne dit pas un mot contre l'abstention 
des Français, pas plus qu'au chapitre général de 167^, pour 
lequel le général avait été convoqué spécialement, le i3 sep- 
tembre 1672, par le cardinal Camille Maximi, prolecteur de 
l'ordre. La ténacité de la cour pontificale est étrange, remar- 
que un Trinitaire ; si elle ne réussit pas du premier coup, elle 
ne croit nullement tout perdu et finit toujours par venir a 
bout de ses desseins. 

De ifi66 à 1680, d'ailleurs, une seule grande affaire réunit 
fous les Trinitaires sans distinction de nationalité : là cano- 
nisation des saints fondateurs de l'ordre, Louis XIV écrivit au 
pape en faveur de cette négociation le i w août 1677. En 1679, 
les Déchaussés d'Espagne reçurent, les premiers, l'office de 
saint Jean de Matha et de saint Félix de Valois. La procé- 
dure avait été plus longue que de coutume, le culte immémo- 



j. Privilèges et indulgences accordées aux confrères..., par Claude 
Rdb, 4» **'*•< 1666), p. a 7 6. 

1 Le 10 février i&65, la défense fut signifiée aux Réformés. (Trinitaires 
de Msmeitte, registre 6, f» 58 *>.) 
3. Pièce ait. 



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268 l'ordre français des trinitaires. 

rial, exigé par une bulle d'Urbain VIII, étant fort difficile à 

prouver. 

Après la canonisation, Bonaventure Baron résuma, dans 
ses Annales, la vie des deux sainls, à l'aide de traditions sus- 
pectes, dont le P. Calixte, de nos jours, ne voulut point se 
défier. Cet ouvrage est rappelé ici pour montrer combien, 
même dans les œuvres qui devraient être purement his- 
toriques, perce une rancune antifrançaise des Trinitaires 
étrangers. 

L'année même de la publication des Annales, Pierre Mer- 
cier tomba très malade et Fut pourvu d'un vicaire général, 
Guillaume Basire' (22 mai i684), qui prit lui-même pour 
assistants les PP. de Launay, provincial, Teissier, ministre de 
Fontainebleau, Petitpas, ministre de Chelles 1 . Pierre Mercier 
mourut le 26 mai i685, à l'âge de soixante et onze ans, à 
Bièvre, où il était allé se reposer 3 . 

Les Trinitaires étrangers n'attendaient que cette occasion 
pour secouer le joug de la France. Le chapitre avait été con- 
voqué pour le quatrième dimanche après Pâques par Eustache 
Teissier 4 , élu cnstos au couvent de Paris le 27 août i685. Mais 
cette date fut avancée au 20 mars 1686. « Le roi, ayant appris 
par son ambassadeur à Rome (le cardinal d'Estrées) les 
entreprises du provincial d'Italie qui a osé, de son autorité, 
indiquer un chapitre général en cette ville, a bien voulu nous 
honorer de sa protection toute royale pour la conservation des 

1. Archives de Lorraine à Metz, Il 3773, n» 6. 

2. Bibliothèque nationale, manuscrit français 15766, f G no. 

3. Archives nationales, LL iS5l, f" 2 v». 

4- C'élail un ancien Déchaussé, devenu ministre Chaussé d'Avignon. 
Pierre Mercier l'avait remarque pour la beauté de sa voix et amené à Fon- 
tainebleau; il fui curé d'Avon, puis ministre de.ee couvent (Ignace t>B 
Saint-Antoine, Nècrologe, |>. 5). 



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LES QUATRE PROVINCES DE 1 655 A l6H8. 

privilèges des quatre provinces de France et nous faire s 

ses ordres pour la célébration de notre chapitre général 1 . » 

Ainsi s'exprimait le custos. 

Les Trinitaires voulurent faire une imposante manifestation ; 
Eustache Teissier fut élu général par cinquante-deux voix. 
Parmi les électeurs, — et c'était là un acte de sage politique, 
— figurèrent trois réformés : Grégoire de La Forge, provincial; 
Philémon de La Motte, ministre de Lyon; Ignace Dilloud, 
ministre de Rouen, ces deux derniers fort honorablement 
connus dans l'historiographie trinitaire. 

Teissîer notifia son élection à Rome pour en demander 
la confirmation, « Les temps étaient bien changés », remar- 
que le procureur général de l'ordre ; c'était l'époque des 
quatre articles et de l'affaire des franchises; la cour de 
Rome ne savait aucun gré à Louis XIV de la révocation de 
l'édit de Nantes. 

Le partisan des quatre provinces, auteur du second mé- 
moire cité au début du chapitre, semble croire que si Teissier 
se fût tenu tranquille le pape ne lui aurait point fait d'oppo- 
sition; l'hypothèse est vraisemblable. Cette démarche res- 
pectueuse fut, en effet, interprétée à Rome comme une 
preuve de faiblesse. Enhardie par les sollicitations des Trini- 
taires espagnols, la province de Portugal renouvelant d'ail- 
sa protestation de i665, la Congrégation des Evèques et Ré- 
guliers, à qui Innocent XI confia l'examen de celte affaire, 
demanda aux quatre provinces des preuves de leur possession 
immémoriale du droit d'élire le général. 

Teissier recueillit tout ce qu'il put trouver : des extraits de 
chapitres généraux prouvant que les ministres des quatre 

1. Archives de Metz, H 3773, a» 5 (6 février 1686). 



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37O L ORDRE FRANÇAIS I 

provinces avaient seuls, depuis i358, assisté aux chapitres 
d'élection du général; trois fois (i^-ji, 1001 et i5og), des 
Trinitaires de Provence et d'Espagne, se trouvant à Paris 
pour les affaires de leurs provinces, avaient été admis par 
exception à prendre part au vote, niais cela ne devait pas 
créer de précédent. Quant aux chapitres « correctifs » où l'on 
dressait les constitutions, des exemples de 1429 et de 1601 
prouvaient que l'Espagne y était appelée. 

Teissier produisit aussi des copies de bulles, mais elles furent 
arguées de faux par les Trinitaires étrangers ; la transcription 
de la bulle du 36 janvier 1206 autorise en effet plus d'un 
soupçon 1 . Les Mathurins ripostèrent qu'ils croyaient bien 
aux expéditions de la cour de Rome certifiées par des banquiers 
étrangers. 

Tout se gâtait. En vain, le cardinal d'Estrées avait, 
avant l'élection, conseillé un moyen terme : laisser perpé- 
tuellement le général et le chapitre général à la France et 
donner l'autonomie aux provinces étrangères, avec un vicaire 
général soumis au général. Le cardinal, une fois l'élection 
acquise, s'interposa en vain pour faire recevoir tout l'ordre 
en France; mais Lavardin, alors dans sa trop fameuse am- 
bassade de Home, défendit au procureur général Joseph 
Monier de produire aucune justification (28 novembre 1687). 
La réponse ne se fit point attendre. L'élection et le chapitre 
lui-même furent cassés par les cardinaux, le 4 décembre 1687, 
et un nouveau chapitre fut convoqué à Rome, pour le moii 
d'avril 1688, aux termes des constitutions d'Alexandre VII. 

« Les quatre provinces l'ont bien voulu, écrivait Joseph 
Monier dans son Mémoire; il n'y a rien qu'elles n'aient fait 



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LES QUATRE PROVINCES DE l655 A l688. 2"Jl 

pour perdre leur cause. » Un peu de souplesse aurait tout 
arrangé; le décret même ménageait une porte de sortie. Pour 
que l'ordre ne restât pas sans chef, le pape permettait que 
Teissier restât vicaire général jusqu'au chapitre de Rome. Qui 
sait si une prompte soumission à la cour pontificale, ainsi 
qu'un rapide voyage à Rome, n'eussent pas déjoué les intri- 
gues des Trinîtaires espagnols? Teissier aurait sans doute 
pu se faire confirmer par le pape, comme Grégoire de La 
Forge v réussira quinze ans plus tard. Le procureur général 
en cour de Rome conseillait à Teissier, comme dernière 
ressource, d'obtenir un bref de général pour la France et le 
Portugal. H n'était pas libre de le faire, car il était poussé en 
avant par les quatre provinces, qui même le trouvaient trop 
conciliant. Par arrêt du Parlement, le n février t688, le roi 
fit nouvelle défense aux Trinîtaires de se rendre à Rome et 
leur enjoignit de reconnaître Eustache Teissier pour supé- 
rieur légitime. Les rancunes politiques triomphèrent de la 
raison. Par une riposte fatale, le pape Innocent XI, juste- 
ment blessé, ordonna aux Trinitaires d'Espagne de se choisir 
un général. Dans un chapitre, tenu à Sainte-Françoise-Romaine 
en mai, Antoine Pegueroles, provincial de Castilie, fut élu 
général et, le ro novembre 1688,' la cour de Rome confirma 
cette élection 1 . C'est alors que l'hôpital d'Avignon fut usurpé 
par le vice-légat qui le prit à sa collation, en attendant de le 
séculariser en 1 7 13 : il est singulier que la cour de Home n'ait 
pas dédaigné celte mesquine vengeance '. 

1. Le Parlement dérendit, te 4 décembre 1C88, au vicaire général des 
Trinitaires Réformés, de recevoir des lettres de Pegueroles (Bibl. mit., 
manuscrit français i'i 766, fo i55). 

a. Quitta Christiana, l. VIH.col. 1752. Bibl. nat., ms. 15788, fo 171. 



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CHAPITRE XVI. 



Le schisme trinitaire (1689-1718). 



La rupture entre les religieux de France et d'Espagne' était 
entièrement politique, comme le prouve suffisamment ce fait 
que le roi de Portugal, toujours hostile à l'Espagne, fit en- 
trer les Trinitaires de sa province sous l'obéissance du général 
français. 

Eustache Teissier ne survécut pas longlemps à son élection. 
On ne le vit intervenir que pour exécuter les ordres du roi, 
dans les petites affaires comme dans les grandes, notamment 
contre le P. Nicolas Campaigne, provincial de Languedoc. De 
bonne heure, il dut se choisir comme vicaire général Grégoire 
de La Forge 1 ; il mourut à Fontainebleau le 8 janvier 1693. 

1. Source* : Chronique de Massac, ici document original, col. 1753 et 
1754 du tome VIII de GaUift Chrùtiaaa. Liasses non cotées desl'rinilaires 
de Marseille, surtout un mémoire, copié aussi en lèle du nu, 1116 (P. A. 
il) de la bibliothèque de celte ville. Bibliothèque nationale, ms. fr. 17661 
(plusieurs lettres de Mnssac). 

Du calé espagnol : Archives du lloyiiume k Bruxelles, carton 96 du Con- 
seil d'Etal, intitulé Trinitaire» (1607-1704), et Lopez Domingo : Notîeia de 
lia tret jlorentiatimas provincial, etc. 

2. Ignace de Saint-Antoise, Necrotogiam (1707), p. 110. Il était ne 
dans le Forez : provincial de la Congrégation Réformée et ministre de La 
marche, puis de Fontainebleau, il avait fait, en ittgo, une rédemption de 
captifs à Alger. 



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f. ni. 

SAINT AUGUSTIN EXPLIQUANT SA RÈGLE A DES TEINITAIBES. 

(BlbUothfcqne MM»rine, su. 1TB5, (• 43.) 



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LE SCHISME TRINITAIRE (1689-1716). 373 

Grégoire de La Forge fut élu cuslos et enfin général, par 
quarante-huit voix sur cinquante, le 8 novembre i6g3. Le 
chapitre avait dû primitivement se tenir le quatrième di- 
manche après Pâques, mais, sur des avis venus de Rome, 
il avait été reculé, dans l'espoir un peu prompt de trouver un 
accommodement avec les Espagnols. Antoine Peguerales était 
mort et les Espagnols, réunis en chapitre à Barcelone, 
s'étaient trouvés six contre six et n'avaient pu élire de gé- 
néral : l'élection se trouvait dévolue ai/ pape. 

Grégoire de La Forge essaya donc de se faire confirmer à 
Rome. La situation politique s'était éclaircie : Avignon avait 
été rendu à Innocent XII. Le cardinal de Forbin-Janson, am- 
bassadeur de France, proposa que tous les procureurs géné- 
raux de l'ordre vinssent supplier le pape de confirmer le P. de 
La Forge. Jean de Lambrana, procureur des Trinitaires espa- 
gnols, Nogueira, procureur des Trinitaires portugais, Ferdi- 
nand de A lava, ministre de Sainte-Françoise-Romaine, Luc de 
Saint-Jean, procureur des Trinitaires de France, s'entendirent 
enfin, après deux essais infructueux, sur un compromis, que 
Grégoire de La Forge signa à Fontainebleau le a3 septem- 
bre i6o4- 

Le général sera perpétuel, mais, tous les six ans, on élira 
en chapitre général le procureur général et les définiteurs. 

II y aura dix définiteurs, cinq pour la France (le général les 
choisira pour cette fois), cinq pour les autres provinces. 

Le pape confirmera Grégoire de La Forge et donnera une 
patente de commissaire général pour l'Espagne au provincial 
d'Andalousie, que le général confirmera. 

Celui-ci convoquera à Cerfroid le chapitre général, où auront 
droit de vote le général, Son secrétaire, le procureur général, 
les commissaires généraux, les définiteurs, les provinciaux, 



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a74 l'ordre français des ïrinitaires. 

leurs assistants et les ministres des quatre provinces en rai- 
son de leur droit séculaire. 

Le chapitre sera convoqué dans les quinze mois pour rece- 
voir les constitutions d'Alexandre VII ; jusque là, le procureur 
général sera Ferdinand de Alava, ministre de Sainle-Fran- 
çoîse-Romaine (auteur probable du Mémoire analysé ici). 

L'affaire semblait en bonne voie, lorsqu'une rivalité entre le 
cardinal de Forbin-Janson et le duc de Médina-Céli, ambas- 
sadeur d'Espagne, « hrouilla tout ». Le duc voulut faire jeter 
par la fenêtre le P. Lambrana, qui lui apportait le compromis, 
puis il consentit qu'on traitât « l'affaire » chez le général des 
Dominicains, à condition que le cardinal ne s'en mêlât pas ! 
Les Espagnols demandèrent alors à nouveau un général 
(i4 novembre i6q4). L'examen de cette question fut confié 
aux cardinaux Altoviti, Fanciatïcî, Marescoti. 

Le cardinal Albano, commis pour examiner l'élection de 
Grégoire de La Forge, opposa au cardinal de Forbin-Janson 
un faclum peu respectueux pour l'autorité du pape, envoyé 
de France par le nonce Cavalerini (c'est le premier Mémoire 
de 1688). Forbin-Janson prouva que le P. de La Forge ne 
pouvait élre l'auteur de ce mémoire, bien antérieur à son élec- 
tion. Le cardinal Albano convint que le P. de La Forge rece- 
vra un bref ad oitam, mais déclara que ses successeurs ne 
seront élus que pour six ans. 

Grégoire de La Forge arriva à Rome, le a8 janvier 1695, et 
prouva que la sexennalité du général n'était pas ordonnée par 
les constitutions de i658'. S'il eût été présenté au pape, 
('affaire eut eu une issue favorable, mais Son Eminence 
voulut qu'il demeurât incognito, comme un abbé séculier, 

1. Guerrti commel aussi celle erreur dans son analyse de la bulle de 1 658. 



di-yGoO^IC 



LE SCHISME TRINITAIRE (1689-I716). 276 

dans le voisinage de Rome : la diplomatie a de ces fines- 
ses. L'ambassadeur d'Espagne, voyant que le cardinal de 
Forbin-Janson s'était occupé de « l'affaire m, s'y déclara 
contraire, et « ce procès quasi fini se trouva terriblement 
embrouillé ». 

Grégoire de La Forge dut repartir sans avoir réussi. Au 
moins, il avait mieux vu les desseins de ses adversaires, dit 
Massac. C'est se contenter de peu. Le ig mai 1695, il arriva à 
Arles et y fut très bien reçu ' ; après un séjour de trois jours, 
il repartit pour Paris, bien décidé A faire tous ses efforts 
pour la cessation du schisme. 

Cédant aux imporlunités de l'ambassadeur d'Espagne, le 
pape convoqua un chapitre des Trinilaires espagnols à Bar- 
celone. Le aa juillet i6g5, les PP. Luc de Saint-Jean et Le- 
quin, ministre de Douai, procureurs du général, protestèrent 
de la nullité d'une nouvelle élection. Joseph de Tolède fut 
élu le 10 mai 1696. Rodrigue, provincial de Portugal, lui 
ayant donné son adhésion, le roi le déposa, et son succes- 
seur, Balthazar de Basso, reconnut Grégoire de La forge J 
(26 juillet 1697). 

Celui-ci avait tenu, en 1696, un chapitre général où il avait 
rappelé les Réformés, ainsi que les représentants des provin- 
ces de Provence et de Languedoc. Le P. Gandolphe, ministre 
de Tarascon, l'en remercia 3 . Il y présenta un projet de convo- 
cation des provinces étrangères à l'élection du généra), spéci- 
fiant d'ailleurs que celui-ci serait toujours Français et qu'un 
Réformé ne pourrait être élu qu'à condition d'adopter « l'état 
des anciens m. 

1. Louis Pic, dons le Matée d'Arles {1873), I, i3. 
a. Début du ma. 1216 de la Bibliothèque de Marseille. 
3. Bibl. Mat-, nu. fr. 15766, f» ai 1. 



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376 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Les relations entre Réformés ' et « anciens » étaient alors 
excellentes, et rien n'existait plus de cette défense de passer 
ex stricttore, ad laxiorem obtervantiam. Un Réformé de 
Marseille composa à ce sujet un petit mémoire où il dit : 
« Les religieux de notre congrégation, passant chez les Ma- 
thurins, sont considérés comme apostats 1 » Il existait arec 
cette loi des accommodements, puisque les Réformés étaient 
admis avec empressement chez les « anciens ». 

Au temps de Grégoire de La Forge, le couvent de Lor- 
gues* passa pacifiquement aux mains des Réformés. Joseph 
Monier reste ministre primitif, garde le pas sur le futur 
ministre triennal et est exempté de sa juridiction, ne dépen- 
dant que du général. II aura un frère convers pour le servir, 
il gardera sa chambre, un écu par mois, et la libre disposi- 
tion de sa messe (9 déc. 1699). C'était une juste récom- 
pense pour les services rendus par l'ancien procureur géné- 
ral en cour de Rome 3 . Ainsi la paix était parfaitement rétablie 
à l'intérieur de l'ordre en France. 

Grégoire de La Forge cherchait aussi à se constituer un 
parti chez les Trinitaires des Pays-Bas soumis à l'Espagne, 
mais il n'y réussit pas tout d'abord. Le 27 mars 1697, Amé 
Tumerel, provincial et ministre d'Orival, déclara reconnaître 
Joseph de Tolède « maître en sacrée théologie, examinateur 
de la nonciature d'Espagne, prédicateur de Sa Majesté Catho- 

1. Dès 1667, on les voit envoyer de l'argent au général, qui a un procé* 
avec les Déchaussés (Trinitaires de Marseille, reg. 6, f° 67 v»), 

a. Ces actes de cession ont été copiés durant une tournée de visite par 
le P. Uiraud, provincial des Réformés eu 1730. 

3. Les couvents de Lamarche (34 juin 1691) et Tours (17 mars 1706) 
ayant embrassé 1h Réforme, comme ceux de Digne et Lorgues, le roi donna 
des lettres patentes à Versailles, le 10 juin 1708, pour les quatre couvents. 
Avec ceux de Templeux, Rouen et Lyon, les Réformés avaient quinze 
couvents en tout. 



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LE SCHISME TRINtTAIllE (1689-1716), If] 

lique et général de tout l'ordre de la Trinité », s'en gageant à 
prévenir de celte nomination les ministres de Huy, de Lérines 
et de Lens. Joseph de Tolède avait convoqué un chapitre pro-' 
ïincial pour l'élection du provincial de Picardie (8 mai 1698) : ' 
Augustin de Perry fut élu, et le général espagnol le con- 
firma 1 (11 sept.). 

Après la mort de J. de Tolède, le provincial de Castille, 
puis le premier définiteur gouvernèrent l'Espagne, les Pays- 
Bas et l'Italie pendant le reste des six ans qui devaient encore 
courir jusqu'à la réunion du prochain chapitre 1 . 

En 1700, les Pays-Bas passèrent, de par le testament de 
Charles II, sous la domination de Philippe V, petit-fils de 
Louis XIV. Le provincial de Picardie croyait que la cause 
de G. de La Forge élait désespérée. II se trompait. Le géné- 
ral français sut intéresser le nouveau roi d'Espagne à sa situa- 
tion. Philippe V provoqua des conférences, à Naples 3 , entre les 
procureurs des deux couronnes, devant le cardinal de Forbin- 
Janson, le duc d'Uzeda, ambassadeurs, le P. Cloche, général 
des Jacobins, auxquels le chapitre général devait rendre hom-. 
mage. Le 17 mai 1702, le roi d'Espagne mande au Conseil de 
Castille qu'il faut que les Espagnols adhèrent au général de 
France. Le confesseur de Sa Majesté écrit aux Trinitaires 
espagnols, en 1703, d'aller cet été (este verano) reconnaître 
le P. de La Forge. 

Dès le 1" avril 1703, il mande aux Réformés de Provence 
de surseoir à leur chapitre général jusqu'à la réunion de celui, 
de l'ordre entier. 

Grégoire de La Forge ne se trompait pas sur les bonnes 

1. Mention dans la pièce a5a. 

1. Bibl. N«t., ms. fr. 16760, .fo ïofi. 

3. Constitutions imprimées à Madrid en 1731 (Préface). 



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378 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINIT AIRES. 

dispositions de la cour de Rome; elles allaient trouver une 
occasion de se dévoiler, l'ordre étant réconcilié. Le i3 août 
1703, à la prière de François Ruiz el de Clément de Jésus, 
procureurs généraux des Trinitaires, Clément XI confirma les 
décisions suivantes, prises en divers chapitres et destinées A 
assurer l'unité de l'ordre : 

I. Les Frères de toutes les provinces jureront d'observer tes 
constitutions d'Alexandre VII, et le prochain chapitre fera con- 
firmer par le Saint-Siège les modifications qu'il y apportera. 

II. Toutes les provinces de l'ordre auront le droit de par- 
ticiper à l'élection du ministre général. 

III. Les chapitres correctifs 1 seront soumis aux mêmes 
règles. 

IV. Les ministres particuliers des quatre provinces n'auront 
de suffrage que dans les conditions où l'exerceront tes minis- 
tres des autres provinces. 

V. Tous les supérieurs locaux seront triennaux 1 . 

VI. Le prochain chapitre, qui se tiendra à Cerfroiden 1704, 
décidera, à la majorité, si le chapitre général doit continuer 
à se tenir dans ce couvent et fixera le lieu de réunion des 
chapitres correctifs. 

VII. Dans le chapitre correctif, qui se tiendra de six en six 
ans, seront élus le procureur général en cour de Rome et les 
défini leurs. 

VIII. Le général sera perpétuel, comme c'était l'usage jus- 
qu'à Pierre Mercier (le bref du pape ne nomme point Eus- 
tache Teissier). 

1. Ce août ceux où l'on ne s'occupe que de discipline, de correction des 
statuts, et non de l'élection du général. 

a. Ces articles IV et V furent modifiés par le chapitre en faveur des 
quatre provinces. 



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LE SCHISME TR.~INITA.IRB (1689-I716). 279 

IX. II y aura dix défiriteurs en tout; cinq pour la France', 
un de Gastille, un d'Andalousie, un d'Aragon, un de Portugal, 
un d Italie. S'il en meurt un, le général le remplacera dans 
les trois mois. 

X, Le procureur général en cour de Rome sera tiré tantôt 
des provinces de France, tantôt des provinces étrangères. 

*'• En cas de mort du général, le provincial dans le 
district duquel se réunit le chapitre sera vicaire général. 

*"■ Le général aura un secrétaire français et un secrétaire 
étranger. 

Le tïifenie jour, le pape permit a Grégoire de La Forge 
d'Hre éligîble au généralat dans le prochain chapitre , l'au- 
torisa à jouir de ce titre et à le porter dès à présent dans ses 
lettres, comme s'il avait été député par bref apostolique, et 
confirma toutes les élections faites au temps des dissensions. 
Le 16 janvier 1704, le pape accorda une indulgence plé- 
flière pour le chapitre et, le i5 février, Grégoire de La Forge 
lança les lettres de convocation, fort arbitrairement, nous dit 
Massac, car il n'y invita que les partisans de l'union 1 . 

1. Joseph Dubois (France et Normandie), Jean Roubnud (Champagne et 
Picardie], Ignace Vignaux (Languedoc et Provence), Michel Trossier, pour 
les Réformés; Clément de Jésus, pour les Déchaussés. 

3. Personnages composant ce chapitre : Vincent Copola, défi ni leur d'Ita- 
lie; Joachim Buenfuegos, qualificateur de l'Inquisition; Etienne Gilbert, 
orateur; Français Ruiz, procureur général. Provinciaux : Gilles Dupron, 
(lie -de-France), Siméon Meslreau (Normandie), Nicolas Campaigne (Lan- 
guedoc), Joseph Monier (Provence), Philémon de La Moite (Réformés de 
France), Augustin Gandolphe (Réformés de Provence), Luc de Saint-Jean 
(Déchaussés de France), André Humana, inquisiteur d'Andalousie ; Ber- 
nard de Salazar, président d'Aragon (c'est-à-dire ex-provincial) ; Augustin 
de Barcelone, cathedra! de Salemanque ; Alexis de Gunemond, prieur de 
Cerfroid; Elie Le Beau, secrétaire général de France; Vincent Belmont, 
secrétaire général des provinces hors de France ; Vincent Tabarez, défini- 
tenr de Portugal- Assistants (tocii) : Sébastien Picot (Normandie), Busrel 



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a8n l'ordre français des trinitaires. 

Les quatre provinces furent très mécontentes el en voulu- 
rent à Grégoire de La Forge de les avoir laissé frustrer de 
leurs droits de session prétendus immémoriaux. Il nous sem- 
ble, au contraire, que la cour de Rome et le général français 
avaient fait là un acte de profonde sagesse. Les quatre pro- 
vinces étaient-elles battues entièrement? Sans doute, les élec- 
teurs sont changés et la forme du chapitre général est à la 
mode espagnole. Mais, du moins, il restera à Cerfroid, le pape 
l'a bien laissé entendre; il n'aura, en tout cas, point lieu à 
Rome. Le général sera toujours français, car Espagnols, 
Portugais et Italiens ne s'entendront pas pour imposer un 
candidat autre que ie candidat français ; les quatre pro- 
vinces auront bien trouvé un candidat pendant l'année de 
vacance du siège. Leurs plaintes nous paraissent donc exa- 
gérées. 

Beaucoup de discours furent prononcés, du 18 au 24 mai 1704, 
par Grégoire de La Forge, Lange, ministre de Lisieux, Clé- 
ment de Jésus, qui tous célébrèrent le retour de toutes les 
brebis sous un seul pasteur. Lequin, ministre de Douai, parla 
sur la Trinité, l'Espagnol Vincent Belmont sur saint Félix, 
l'Italien Sanguineo sur la sainte Vierge, Gilbert sur Saint- 
Jean de Matha. 

Après l'élection, par acclamation, de Grégoire de La Forge, 
Vincent Copola fut nommé, par trente-huit voix, procureur 
général à Rome. On décida que le chapitre de l'élection du 
général devra se tenir toujours à Cerfroid; le chapitre « cor- 

(Picardie), Segla (Languedoc), Castelan (Provence), Busnot (Réformés de 
France), André de la Nativité (Déchaussés de Provence), Levantînî (Italie), 
Marcado (Andalousie), Logronn (Castille), Henriquez (Aragon). Outre les 
cinq défînileurs de France, Louis Lequin et Nicolas Ruclea portaient les 
titres de provinciaux d'Angleterre et d'Ecosse; en tout trente-ueuf vocaux. 
Parmi les Déchaussés, ceux de France étaient seuls représentes. 



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LE SCHISME THINITAIRE (1689-1716). 281 

rectif » ou de discipline, suit à Marseille, soit à Aix. Le pro- 
vincial de France sera cusios, en cas de mort du général. Les 
ministres des quatre provinces assisteront à tous les chapitres 
généraux pourvu qu'ils aient douze religieux, dont cinq vocaux, 
c'est-à-dire ayant trois ans de profession ; ceux qui sont en 
fonctions resteront à vie. Le P. Dupron fut chargé de recueillir 
des aumônes pour faire une rédemption au Maroc. On se 
félicita des progrès de l'ordre au Mexique et l'on pria le 
pape Clément XI de vouloir bien donner un dixième des 
revenus de Saint-Thomas de Formis, retenus par les chanoines 
de Saint-Pierre, au couvent de Sainte-Françoise-Romaine 1 . 
Le chapitre se sépara sans rien décider sûr les constitutions 
d'Alexandre VII; leur acceptation par les Français était tout 
au moins remise, puisque te général ne devait les observer, en 
ce qui concernait les docteurs et tes gradués, qu'après avoir 
pourvu lui-même à ces fonctions pendant vingt ans. 

Malgré la mauvaise volonté des quatre provinces, l'œuvre de . 
Grégoire de La Forge demeura. Il fut chargé d'une ambas- 
sade en Espagne par Louis XIV. A son retour, il trouva en 
révolte le couvent des Mathurins 1 , dont il avait pris le gou- 
vernement particulier en qualité d'économe (titre qu'il se 
donna) à la suite de la démission du P. de Launay. Quelques 
religieux avaient même porté plainte contre lui au Parlement. 
Il mourut, sur ces entrefaites, à Limay, le 27 août 1706, et fut 
enterré à Ponloise. Les Mathurins de Paris demandèrent aus- 
sitôt au provincial de France, le P. Darde, la permission d'élire 
un ministre ; l'élu fut Claude de Massac, ministre d'Etampes 
(16 septembre 1706). 

1. Traitai res de Marseille, registre i3, pp. 83-89 et Bibl. nat-, manuscrit 
français 15766, i"«*an-ii4. 

3. Bibliothèque Suinte-Geneviève, ms. 5io. , 



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282 l'ordre français des tbinitaires. 

Les dix années suivantes sont remplies par d'obscures intri- 
gues, que Massai-, a suffisamment résumées. Il n'y eut pas de 
réclamation contre le provincial de France custos de plein 
droit, le P. Darde, écrivain de mérite. Mais il avait quatre- 
vingts ans et les définîteurs le surveillèrent, pour qu'on 
ne tentât pas de le faire revenir sur les concessions de Gré- 
goire de La Forge 1 . Il mourut au mois d'août 1708. En atten- 
dant qu'on consultât les provinces étrangères sur l'élection 
de son successeur, l'ordre fut administré par un conseil de 
cinq membres (ir septembre 1708), composé de Claude de 
Massac, Mey de Valombre, ministre d'Etampes, Joseph Du- 
bois, ministre de Chelles, Barthélémy Toéry, ministre de 
Fontainebleau, Nicolas Favier, procureur général de France. 
Enfin, le 7 décembre 1710, Massac fut élu custos et vicaire 
général L'élection eut lieu à l'unanimité, en vertu d'un bref 
du pape, avec l'autorisation du roi; le cardinal-protecteur 
Palavicini, qui avait d'abord réclamé la castodie pour le pro- 
vincial de France réformée, à cause de sa possession de Ger- 
froid, félicita Massac; les provinciaux d'Espagne, d'Italie, de 
Provence réformée et le vicaire général de la réforme le recon- 
nurent. L'opposition du provincial de France réformée, le 
P. Mariage, fut mise à néant par arrêt du Conseil d'Etat du 
7 juillet 171 1 % comme «'appuyant sur les constitutions inter- 
dites d'Alexandre VII I 

Mais, le 24 septembre 171 1, Harlay, le P. Tellier et M** de 
Noailles, commissaires royaux de l'ordre de la Trinité, s'aper- 
çurent que nos religieux n'avaient pas de statuts approuvés 
par le roi. Un arrêt du Conseil d'Etat du 2 mai 1712 obli- 
gea les Trinitaires à en faire faire la revision. Du travail, 

1. Archives île Meiz, H 3774, n' '• 

a. Bibliothèque nationale, manuscrit français 15788, f» i85. 



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LE SCHISME TRINITAIRB (1689-I716). 383 

demandé par Massac à tous les ministres, sortit l'édition 
de 1719, qui ne concerne que les quatre anciennes provinces. 

C'est à cette époque troublée que fut décrétée, par la Con- 
grégation d'Avignon, la sécularisation du couvent trinitaire de 
cette ville (août 1713). Massac tenta de faire intervenir le roi, 
alléguant qu'il avait la souveraineté sur le Comtat ' . 

La guerre de la succession d'Espagne allait enfin se ter- 
miner et permettre la réunion, tant de fois retardée, d'un cha- 
pitre général; après une dernière prorogation, obtenue le 
12 juin 1 7 1 5 , il se tînt à Cerfroid en 1716. Nous ne possédons 
à ce sujet aucun détail, si ce n'est que l'on élut à l'unanimité 
Massac comme général ; son gouvernement allait durer la 
première moitié du dix-huitième siècle. 

1. Bîbl. Nul., ma. fr. 15768, f° 168. 



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CHAPITRE XVII. 



Les Trinitaires chanoines-réguliers (1716-1764). 



Le nouveau général des Trinitaires (1716-1748) était âgé 
de cinquante ans. Il continua la Chronique des minisires géné- 
raux, dans un esprit de sagesse et de loyauté absolue. Voyant 
combien les luttes du dix-septième siècle avaient épuisé les 
Trinitaires de France, il voulut arrêter leur décadence, que 
la nécessité de la défense contre les étrangers avait momen- 
tanément laissée dans l'ombre. Mais il semble que les huit 
années de luttes et la correspondance infatigable qu'il avait 
du entretenir avec de Harlay, Ponlchartrain, le P. Tellier, 
le cardinal Palavîcini l'avaient quelque peu usé, et Mas- 
sac ne laissa guère de souvenirs durables que comme minis- 
tre des Mathurins de Paris et auteur du grand Cartulaire 
de 1731-1733. 

S'inspirant de la décision du chapitre de 1 704, il réunit un 
chapitre « correctif m à Marseille (1729), c'est le seul que nous 
connaissions ; sa composition fut analogue à celle du chapitre 
de 1704. Le procureur général des captifs, le P. de La Faye, 
y rendit compte de l'administration du trésor de ta rédemp- 
tion : recettes 274,0591. 18 s. 8 d. 

dépenses 233, 8o3 1. 2 s. 10 d. 

II fut continué dans sa charge malgré son grand âge. Joseph 



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LES TRINITAIRES CHANOINES RÉGULIERS. a85 

Bernard fut nommé procureur général en cour de Home. 
On ordonna la rédemption que devait opérer en 1780 à Cons- 
tantinople le P. Jehannot, ministre de Beauvoir-sur-Mer ". 

La pauvreté de l'ordre était un fait acquis devant lequel on 
n'avait qu'à s'incliner. Dès te io septembre 1733, Inno- 
cent XIII avait accordé un bref pour les réductions de fonda- 
lions. Massac choisit des délégués spéciaux, qui recherchèrent 
dans les archives des couvents les obits dont ils étaient char- 
gés et les ramenèrent au prorata des ressources disponibles 3 . 

Aucun fait marquant n'est à relever jusqu'à 1766. Seule- 
ment, par une quantité de petits actes, nous percevons au vif 
la vie intérieure de l'ordre et surtout sa médiocre situation 
financière. Pour plus d'une affaire, te P. de Massac et le 
P. Lefebvre, son successeur 3 , rappellent qu'ils n'ont pour 
vivre que les revenus de la maison de Paris et que, pour en- 
tretenir le procureur général en cour de Rome ou soutenir un 
procès dans l'intérêt de l'ordre, il faut les cotisations de tou- 
tes les provinces. Les Trinitaires étaient toujours simplistes : 
les Bénédictins de Vilry ayant attaqué le privilège de l'exemp- 
tion des dîmes dont jouissaient primitivement les couvents 
trinitaires, mais qu'ils avaient laissé prescrire, le P. Lefebvre 
chercha à la faire confirmer par lettres patentes du roi. 

1. Trinitaires de Marseille, reg. i3, pp. i64-i65. 

2. Voir un exemple à Ponloise (Arch. de Seîne-ef-Oise : liasses des Ma- 
itmrins de Pod toise). 

3. Le P. de Massac était mort le 7 février 1748, à quatre-vingt-quatre ans. 
Le P. Lefebvre, ministre de Meaux en 1730, puis de Fontainebleau, en 
faveur de qui Massac avait résigné la ministrerie de Paris le 10 janvier 
précédent (Bibl. de Lyon, fonds Coste, ms. 382, n" a), ne convoqua le cha- 
pitre que pour le 3 mai 1749. car '' n'y aurait pas eu le temps de réunir 
tes vocaux à la date régulière du quatrième dimanche après Pâques 1748. 
Li convocation était adressée : Revercndis Patribua Miniatris Prooincia- 
libni, Diffiaitoribiu, Sociis Prooinciaram, Etectoribot RtligtosU cima 
R ultra Montes. 



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280 L ORDRE FRANÇAIS DES TR IN MAIRES. 

Craignant que ce moyen un peu hardi n'eût pas de succès, il 
pria les provinciaux de taxer les maisons de leur district, en 
faisant payer moins à celles qui pourraient justifier de l'exemp- 
tion des dîmes 1 . Le procès fut perdu par les Trinitaires. 

Les frais de l'entretien du procureur général en cour de 
Rome, pour six ans, étant fort élevés (4,ooo livres en tout), le 
P. Lefebvre proposa de donner au P. Vacchini, ministre de 
Sainte-Fraaçoise-Romaine, le titre de vice-procureur, pour 
économiser les frais de déplacement d'un Français 1 . 

Les quatre provinces s'étaient facilement résignées à ne plus 
être seules dans le gouvernement de l'ordre. Elles avaient 
d'ailleurs trouvé un moyen excellent de n'avoir point à souf- 
ffrir de l'intrusion des étrangers, c'était de ne réunir le cha- 
pitre général qu'en cas de vacance du généralat. Les Espa- 
gnols, pour qui te voyage de Cerfroid était onéreux, laissèrent 
faire sans protester et le pape ne dit rien non plus. 

Vers le milieu du dix-huitième siècle, la situation intérieure 
des couvents paraît déplorable; quelques enquêtes conservées 
à Paris et à Bruxelles le démontrent. Bornons-nous à la 
maison-mère, que nous a dépeinte en termes peu flatteurs une 
enquête de 1/43. insérée dans les cartons de la Bastille 
(Bibl. de l'Arsenal, ms. 10182). Massac était alors aveugle 
depuis huit ans et rebelle à toutes les observations, parce que, 
dans son obstination sénile, il craignait par-dessus tout qu'on 
ne le forçât de se démettre. « Votre maison, lui disait le curé 
de Saint-Benoit, aurait bon besoin de réforme. » — « Mon- 
sieur, répondit Massac, il n'y a que les Chartreux et nous qui 
n'ayons jamais été réformés. » Le « dépensier » faisait du 



. Pièce 3i 2. 
. Pièce 3o8. 



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LBS TRINITAIRES CHANOINES RÉGULIERS. 387 

réfectoire un cabaret, donnant à manger à quinze ou vingt 
personnes, même pendant les offices. Un Mathurin, nommé 
Guillaume, s'était fait peindre avec une ri fille » dans un 
tableau. Le P. Le Clerc, sacristain, allait presque tous les 
jours voir une « fille » qui demeurait rue Boutebrie, près la 
petite porte du couvent; le général, quoique averti, se faisait 
remplacer dans les offices solennels par cet extraordinaire 
sacristain! Tous les religieux disaient la messe avec précipi- 
tation, dînaient en ville, même en habit de choeur, frisés, 
poudrés, avec des ceintures de soie et des collets, en un 
mot semblables à des petits-martres ! Quel remède à cette 
situation déplorable ? « Attendre la mort du général ' I » dit 
le lieutenant de police. 

Plutôt que de se réformer intérieurement, les Trinitaires ae 
songent alors qu'à changer leur extérieur, c'est-à-dire leur 
habit. 

Une « question nouvelle », qui a fait couler beaucoup d'encre 
au dix-septième et au dix-huitième siècle, était donc celle-ci : 
m Les Trinitaires militent-ils sous la règle de saint Augustin ? » 
Ea d'autres termes, sont-ils chanoines réguliers ? 

Cette difficulté est débattue contradictoirement dans un ma- 
nuscrit de Marseille, n° 1214 (hors page, à la fin) et dans un 
manuscrit que le P. Xavier m'a obligeamment envoyé de 
Rome. Les Triuilaires ont été divisés à ce sujet. De nos 
jours, ie P. Calixte a protesté contre cette qualification de 
chanoines réguliers. « La règle des Trinitaires, dit-il, n'a de 
commun avec celle de saint Augustin qu'un point sur la psal- 
modie ; encore est-il adouci en faveur des religieux '. » On 

1. Le Nécrologe des Mathurins fait de Massue un superbe éloge, ainsi 
que de son zèle pour lu moralité des religieux I 
». Vie de saint Jean de Malha (1867), p. 104. 



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a88 l'ordre français des trinitaires. 

pourrait rapprocher aussi, dans les deux règles, l'article sur la 
« correction fraternelle », mais il n'est pas spécial à la disci- 
pline trinitaire. 

Les auteurs non Irinitaires sont également divisés. Claude 
Gaillardon, curé de Claye (diocèse de Meaux), discuta très 
âprement les prétentions des Trinitaires '. Cet auteur, en sa 
qualité de chanoine régulier, n'avait pas l'impartialité néces- 
saire pour juger ses nouveaux concurrents. 

Des historiens de bonne foi comme Pierre det Campo, auteur 
de l'Histoire générale des ermites de Saint-Augustin 7 , et Le 
Paige, auteur de la Bibliotheca Praemonstratensis et ami de 
Louis Petit, avaient revendiqué les Trinitaires comme leurs 
confrères, dès le dix-septième siècle. Un recueil liturgique, 
sous la rubrique : Religiones vioentes sub régula Beati Au- 
gustini, place, au n° 29 : Congregatio Sanctae Trinitatis 
sive de Bedemptione in HispaniaQ) ordinata^. La même 
opinion a été maintes fois exprimée dans des articles relatifs 
aux anciennes constitutions monastiques 4 . 

Malgré toutes ces citations et d'autres, absolument con- 
formes, que le P. Hélyot a énumérées, comme favorables à 
la thèse de la « canonicité » de nos religieux, un fait est cer- 
tain : la règle de saint Augustin n'a point été donnée aux 
Trinitaires, et il faut avoir foi en l'épitaphe de saint Jean de 
Malha , laquelle dit que les Trinitaires furent institués sub 
régula propria a Sede Apostolica concessa. Si les Trinitaires 
ont une règle propre, ils ne sont point soumis à celle de 
saint Augustin. H y a cependant quelques textes embarras- 



1. Bihl. Sainte-Geneviève, ms. 1962, f»4- 

2. Bibl. de Marseille, ms. iai3, pp. 97 el 98. Ibid., ai 

3. Bibl. Nal., It 13683-13688. 

4. NoUmment Revue du Perche, avril 1896, p. a3. 



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LES TRINITAIHE3 CHANOINES REGULIERS. 389 

sants. Plusieurs bulles de papes considèrent que les Trini- 
taires vivent soos la règle de saint Augustin'. Mais si l'on 
regarde attentivement ces bulles, on remarquera que celle de 
i35o (que personne n'a jamais vue) se rapporterait à une 
cure, que celle de i353 concerne l'hôpital d'Avignon, que la 
transaction du 17 mai i468 se réfère à {'hôpital d'Arles et que 
la lettre du vicaire général de l'évêque de Maguelonne (3 août 
1517) concerne l'hôpital de Montpellier 3 . Or la règle de 
saint Augustin est spécialement observée dans les hôpitaux. 

Les manuscrits 3 des statuts des Trinitaires, les obituaires 
de Châleaubriant et de Fontainebleau, les statuts de 171g 
contiennent la règle de saint Augustin , avec l'Exposition 
d'Hugues de Saint- Victor , et le plus ancien bréviaire trini- 
laire* solennîse spécialement le 28 Février, fête de saint Au- 
gustin. Nos rituels , répondent les opposants , viennent de 
Saint-Victor et les Viclorins sont chanoines réguliers de 
saint Augustin. La règle de saint Jérôme se trouve bien aussi 
dans les manuscrits trinitaires, et pourtant ils ne la suivaient 
pas. 

II faut avouer qu'il y a une bulle, celle du i5 mars 1578, 
adressée aux Trinitaires de Pontoise, où les raisons précé- ' 
déminent alléguées paraissent inadmissibles. Un annotateur 
de celte bulle a écrit que le pape a été trompé par un faux 
exposé. Cela semble probable, si l'on se rappelle que les 
bulles des papes sont faites plus souvent à la demande des 
parties que motn proprio. Bref, l'intérêt de nos ermites de 
Pontoise à se rattacher à la règle de saint Augustin nous 



1. GaillHrdon n'a point tenu compte de ces bulles. 

3. Gerkain, La Charité à Montpellier, i85fl, p. 12 (B. N., Lk' 

3. Bibl. Nat-, ms. lat. 9753, 9770. Bîbl. Mazarine, ms. 1765, 

4. Bibl. Sninle-Geoeviève, BB i36o, fol. lxvi =z xlvi. 



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2^0 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAtRES. 

échappe; leur erreur, volontaire ou non, n'engage qu'eux. 

D'autres polémistes ont pris la thèse contraire et ont sou- 
tenu que la règle tri ni taire se rapprocherait plutôt de celle 
de saint Benoit. François Vaquer, dans son Apologie de la 
règle de saint Benoît ', relève, ainsi que l'a fait Piqueras, les 
articles sur les vêtements, le vin, les jeunes, l'interdiction de 
manger hors du couvent, le soin des malades et des hôtes, le 
silence. Est-il pour cela « plus clair que le jour » que l'évèque 
de Paris et l'abbé de Saint-Victor ont consulté la règle de 
saint Benoit? Toute règle monastique a nécessairement des 
rapports avec celle du patriarche des moines d'Occident. 

L'obstination de certains Trinilaires à poursuivre leur rat- 
tachement à la règle de saint Augustin s'explique peut-être 
par le désir de justifier l'acquisition de leurs nombreuses 
cures. La possession de fait ne leur suffisait-elle donc pas? 

Quoi qu'il en soit de ces discussions théoriques, en 1727, 
Pierre-Jacques Brillon, auteur -du Dictionnaire des arrêts de 
jurisprudence 3 , mentionne que les Mathurins ont adopté le 
costume des Chanoines Réguliers 3 . L'habitude en passa aux 
Réformés ; on voit en 1 7^6 un religieux de Pontoise signer : 
chanoine régulier de la Trinité*. En 1749, le chapitre géné- 
ral de cette congrégation tenu à Cerfroid, sous la présidence 
du P. Lefebvre, général, ordonna la conformité en habits de 
chœur et du dehors à la province de France. Chaque reli- 
gieux reçut 5o livres pour se procurer le nouveau costume 5 , 
au Midi comme au Nord. En somme le changement d'habit 

1. Bibl. de Marseille, ma. 1214, dernière page, 
a. T. IV, p. 33o. 

3. Eu 1684, les chanoines de Péroone leur eu faisaieot déjà un grief. 
Bibl. N'ai-, factum a553g. 

4. Registre capitulaire des Trinilaires de Pantoite, fl> 60 v°. 

5. Regittre a" i3 de» Trinitaire* de Marseille, p. lia. 



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LES TRIMTAlRlîS CHANOINES RÉGULIERS, 'ïgr 

était généralement accepté par toute la France , quand les 
Trinilaires portèrent enfin la question devant la cour de Rome, 
en 1766. 

A ce même moment, l'affaire des Jésuites avait ramené l'at- 
lemio.il sur tous les instituts religieux. Cédant au vœu des 
philos ophes l , Louis XV avait désigné une grande commission 
pour «examiner les statuts de tous les ordres monastiques. 
C'était le cas, pour les Trinilaires, de faire consacrer légale- 
ment leur nouvel état de chanoines réguliers. 



1. 11 La guerre qu'il {La ChalotaisJ a faite avec tant de Succès à la Société 
n'est que le signal de l'examen auquel il paraît désirer qu'un soumette les 
constitutions des autres ordres, sauf à conserver ceux qui par cet examen 
seraient jugés utiles » (D'Alembert, De la destraclion des jitatteë, éd. 
,889, p. ..o). 



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CHAPITRE 'XVIII. 



Les Trinitaires et la Commission des Réguliers 
(1766-1771). 



La Commission instituée en vertu des édits des a3 mai et 
3i juillet 1766 avait, en ce qui concerne les Trinitaires, plu- 
sieurs questions à résoudre : 

i" La suppression des couvenls trop pauvres; 

a" La réunion des Trinitaires de France avec les Réformés, 
les Déchaussés, peut-être même tes Pères de la Merci ' j 

3° La refonte des constitutions de l'ordre, qui voulait, 
comme nous l'avons vu, se faire rattacher aux chanoines 
réguliers. 

La Commission vint assez facilement à bout de la solu- 
tion de ces trois ordres de questions, sauf en ce qui concerne 
les Pères de la Merci. Hue certaine résistance se produisit à 
propos du premier point, les suppressions de couvents, de la 
part du P. Maurice Pichault, élu géuéral en 1765 9 . Il était 
forcé de présenter dans les deux mois, à la Commission, un 

1. Plusieurs détails intéressants sur le projet de réunion avec l'ordre de 
lu Merci sont donnés dans l'ouvrage de M. Emile Ledermiinn, Les Frire* 
île Xotre-Dnnie de la Merci, Paris, 1898. 

2. Le P. Lefebvrc était mort d 'apoplexie, le 11 avril 1764, â soixante- 
dix-neuf ans. Nicolas Poiiisignon avilit été, pendant un nn, vicaire-général 
et COStot. Le P. Pichault était pré cède ni ment ministre d'Etampes. 



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LA COMMISSION DES RÉGULIERS {1766-I771). 2t)3 

état circonstancié des maisons de l'ordre, de leurs biens, du 
nombre des religieux. Dans une circulaire, du 18 septembre 
1766 ', it demanda aux ministres la copié, collationnée par lea 
juges du lieu, du titre de fondation de leur maison ; beaucoup 
de ses correspondants durent être assez embarrassés pour le 
lui envoyer. De ce questionnaire sortit la première partie du 
Mémoire très soigné 2 que le P. Pichatilt présenta à la Com- 
mission, contenant le catalogue complet des couvents 3 , dont 
les dates de fondation auraient parfois pu être données plus 
exactement. 11 y joignit des considérations intéressantes sur 
l'expansion de l'ordre. Ce Mémoire tient avantageusement lieu 
des sources narratives , dont nous manquons sur le dix- 
huiiième siècle. La tentative de la cour d'Espagne pour faire 
donner un vicaire général autonome aux Trinitaires espa- 
gnols, la dispense sollicitée par les Déchaussés en vue de ne 
plus assister au chapitre général, enfin l'extension considéra- 
ble (jusqu'aux Antilles) des quêtes pour le rachat des captifs, 
ne sont signalées nulle part ailleurs. 

On peut voir aussi dans ce Mémoire l'état de ta discipline 
de l'ordre en 1765, avant les nouvelles Constitutions. La plu- 
part des couvents sur lesquels le général a autorité ne sont 
çtière que des squelettes, mais les Trinitaires sont fortement 
centralisés, les ministres des provinces anciennes, sauf à Pa- 
ris et à Rieux, sont à la nomination du général qui tient, par 
conséquent, à conserver tous ces couvents, pour ne rien per- 
dre de ses droits. 

Le P. Pichault prédisait encore, et à tort, le mauvais effet 



1. Pièce 319. 
3. Pièce 3>3. 

3. La atatislique ' a été recueillie aussi dons les manuscrits français 
i3857, i3 858 de la Bibliothèque nationale. 



3„ l;e ciDv Google 



294 L ORDRE FRANÇAIS DES TRtNIT AIRES. 

que produiraient des suppressions de couvents aux yeux des 
provinces étrangères, comme si celles-ci ne savaient pas de- 
puis longtemps à quoi s'en tenir sur la situation réelle des 
provinces de France! L'argument patriotique retardait d'un 
siècle. Le but essentiel de l'ordre, le rachat des captifs, n'exi- 
geait pas tant de couvents ; la confrérie suffisait en cas d'ab- 
sence de couvent et une amputation consciencieuse pouvait 
seule sauver l'ordre. Au lieu de quatre-vingts maisons, la 
plupart « destituées » de revenus, on n'en eût eu que le tiers, 
bien rentées, avec une population monastique suffisante, tout 
aurait été pour le mieux. La population totale de l'ordre n'ex- 
cédait pas trois cents religieux. Seuls, dans le Nord, les cou- 
vents de Paris, de Fontainebleau, d'Arras et de Douai avaient 
plus de huit religieux'. Dans le Midi, un plus grand nombre 
de couvents réformés parvenaient à ce total, mais sans le 
dépasser. L'acquittement des fondations était la seule objec- 
tion valable contre ta suppression de beaucoup de maisons. 

Les préliminaires de la réunion des religieux anciens avec 
les Réformés furent assez longs ; le chapitre de la province de 
France, à Gisors, s'était montré d'accord pour la réunion. 
Mais il fallait obtenir un vote de tous les Réformés; aussi 
leur chapitre général, que Du Caste], vicaire général, avai 
convoqué à Arles, se tint-il à Cerfroid*, par ordre du roi 



igés (mai 1767). L'évéque de 
issaire royal. La réunion ne 
té ; on compte des opposants 



pour étudier l'union avec les mitig 

Meaux fut désigné comme commis 

fut d'ailleurs votée qu'à la majoriti 

parmi les députés de Provence et de Cerfroid. Finalement, un 

chapitre national fut convoqué, pour le mois de février 1768, 

au couvent des Mathurins de Paris. 

1. Un très grand nombre de couvcnls étaient réduits a an seul habitant. 
3. Bibliothèque de Lyon, ms. 382 (fonds Coste), pièce a bit. 



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LA COMMISSION DES RÉGULIERS (1766-I771). 2o5 

Le P. Pichault proposait les moyens de conciliation sui- 
vants : le vicaire général de la Réforme sera supprimé; les 
ministres seront nommés par lui-même, pour trois ans, mais 
pourront être confirmés pour une nouvelle période triennale; 
la Provence aura une maison de noviciat ; le maître des novi- 
ces sera élu par le chapitre provincial ; le général élira un 
prieur et un procureur à Cerfroid, qui deviendra le noviciat 
de la province de France. 

Selon les ordres du roi, du 25 juillet 1767, deux députés 
avaient été élus pour chaque province, sauf pour la Picardis 
qui n'en eut qu'un, à cause du grand nombre de couvents de 
cette province situés hors de France. Parmi les députés mar- 
quants , on relève les noms de Lamanière , rédempteur en 
1700, et de Dorvaux, pour la Champagne ; de Forestz, rédemp- 
teur de 1765, pour la Normandie; de Darailh, pour le Lan- 
guedoc ; de Gairoard, pour la Provence ancienne ; de Soumeire 
et de Malachane, pour la Provence réformée. L'évêque de 
Meaux, Jean Marthonie de la Caussade, présida le chapitre. 

La question la plus délicate fut celle de l'élection des mi- 
nistres locaux, et le chapitre changea d'avis plusieurs fois à 
ce sujet. Le 9 mars 1768, le général consentit que l'élection 
eût lieu en sa présence ou devant un commissaire ; le mi- 
nistre sera nommé à vie, mais pourra être déposé. Ce texte 
est voté, malgré l'opposition de la province de Languedoc, 
qui ne veut point de ministres perpétuels. 

Le surlendemain, le chapitre décida, par sept voix contre 
une, que les couvents auront droit d'élection quand il y aura 
cinq vocaux (c'est-à-dire ayant trois ans de profession), sinon 
le général parfera le nombre de cinq en envoyant des reli- 
gieux d'un couvent voisin ; les électeurs présenteront une liste 
de trois sujets, parmi lesquels sera choisi le ministre. 



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396 l'ordre français des trinitaires. 

Le 8 juin, il fut décidé que le président de l'élection pour- 
rait faire venir d'autres profès et u'aurait voix active que s'il 
était lui-même profésde la maison. 

Le 6 août, les ministres furent déclarés sexennaux, mais 
aussi « perpétuantes » ; ceux de l'ancienne province seront 
élus à vie. Tel fut le dernier état de la question. 

Quant à la conventualitë, le chapitre réclama l'exception 
prévue par l'article 7 de l'édil du 26 mars 1 768, par lequel le 
roi se réservait, après l'avis des diocésains, de confirmer par 
lettres patentes les couvents où il y aurait moins de huit reli- 
gieux; le chapitre se déclarait, d'ailleurs, prêt à supprimer 
ceux qui ne peuvent nourrir qu'un ou deux religieux. 

Le 23 août, l'archevêque de Toulouse écrivit qu'il serait bon 
de supprimer, dès à présent, un certain nombre de couvents 
(la liste en est donnée plus bas). Le chapitre demanda, néan- 
moins, que Sa Majesté se contentât de six ou sept religieux 
par couvent, et même de quatre ou cinq pour la maison de 
Bar-sur-Seine, dont la conservation était demandée par Les 
habitants. 

Pour les cures, la déclaration de 1703 n'étant enregistrée 
qu'au grand conseil, il fut trouvé bon de la faire enregistrer de 
nouveau. 

Le procureur général à Rome, Charles Malachane, devra 
demander l'approbation du pape pour les nouvelles constitu- 
tions. Lorsqu'elles auront été enregistrées, elles seront la com- 
mune loi de l'ordre : chaque religieux aura un exemplaire 
imprimé. 

La bulle du pape Clément XIV (17 novembre, 1769), re- 
connut les Trinitaires comme chanoines réguliers et les lettres 
patentes furent publiées à Fontainebleau en novembre 1770; 
le tout fut imprimé en 1773. 



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LA COMMISSION DBS RÉGULIERS (1766-1771). 297 

Une seule suppression dut avoir un effet immédiat, celle 
de La Gloire- Dieu, couvent dont les revenus avaient été réunis 
au généralat de l'ordre dès le 17 février 1766 1 . Si les inten- 
tions du chapitre national avaient été sincèrement exprimées 
et sincèrement exécutées , sur soixante-quatorze couvents 
français (sans citer ceux des Déchaussés), trente devaient 
être réunis à d'autres. Ces quarante-quatre couvents devaient 
former huit provinces 3 . 

France (8 couvents) : Cerfroid, Paris, Fontainebleau, 
Meaux, Clermont, Verberie, Etampes, Montmorency. 

Champagne (6 couvents) : .Troyes, Lamarche, Chàlons, 
Bar-sur-Seine, Metz, Bourmont. 

Picardie (6 couvents) : Arras, Hondschoote, Douai, Préavin, 
Templeux, Péronne. 

Bretagne (4 couvents) : Rîeu.v, Châteaubriant, Sarzeau, 
Tours. 

Languedoc (7 couvents) : Toulouse, Orthez, Mirepoix, Cas- 
tres, Cordes, Narbonne ou Montpellier 3 , Saint-Laurent-de- 
Médoc 

Normandie (4 couvents) : Mortagne, Lisieux, Gisors, 
Houen. 

Lyonnais (5 couvents) : Arles, Avignon, Tarascon, Lyon, 
Saint-Remy. 

Provence (4 couvents) : Marseille, fjimbesc, Largues, 
La Cadière. 

Sur quarante-quatre couvents, vingt et un étaient aux 
Réformés. Quand la réunion serait accomplie avec la Congré- 
gation Déchaussée, il y aurait à régler la question d'Aix et 

1. Archives de Lorraine A Metz, H 3774. n° 10. 

2. Les noms en italique sont ceux des couvents réformés. 

3. Ce dernier couvent existait encore en 1790. 



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298 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

de Marseille, où, sur deux couvents, un seul devait subsister 
dans chaque ville. 

Aussitôt les constitutions approuvées, le général dut 
s'adresser aux Trinitaires Déchaussés. Il était plein de bonnes 
intentions à leur égard, voulant faire de leur couvent de Saint- 
Denis de Rome le centre de l'ordre et en nommer le mi- 
nistre procureur général. 

Les Déchaussés n'entendaient point d'abord être réunis au 
reste dé l'ordre '. Le défînitoire assemblé à Marseille, le 
32 juin 1767, faisait la déclaration suivante : « L'habit des 
Mathurins est si dispendieux qu'ils n'y peuvent suffire qu'à 
l'aide des pensions des particuliers; et nous, nous n'avons pas 
de pensions. Plutôt que de nous forcer à la réunion, nous 
trouverions moins dur qu'on nous défendit de recevoir des 
novices, pourvu qu'on nous laissât terminer nos jours en paix 
dans nos maisons et avec notre habit. » 

L'archevêque d'Aix , qui correspondait avec Loménie de 
Brienne, président de la Commission des Réguliers, ne souhai- 
tait pas la réunion des Déchaussés aux anciens, « mitigés et 
relâchés ». 

Jacques Soumeire, de Marseille, conseillait à l'archevêque 
de Toulouse de leur promettre des revenus suffisants pour 
vivre (18 novembre 1768). Une lettre particulière du P. André 
Perrin (ou André de la Croix), l'un des signataires de la pro- 
testation du 22 juin 1767, prouvait en effet que, si on assu- 
rait leur subsistance, les Déchaussés ne feraient point d'ob- 
jection contre la réunion. Au point de vue des suppressions, 
faisait-il remarquer, leur église d'Aix appartenait à la ville et 

1 . lis avaient obteau en 1764 une bulle du pape pour se dispenser d'assis- 
ter aux chapitres généraux el fait récemment enregistrer de nouvelles 
constitutions au Parlement de Provence (Mémoire du P. Pickaalt). 



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LA COMMISSION DBS RÉGULIERS (1766-I771). aQÛ 

celle de Marseille à l'hôpital. Leur chapitre devait se réunir à 
Aix au mois de mai 1770. 

Jérôme de Suffren, évêque de Sisteron, choisi pour commis- 
saire général au chapitre des Déchaussés, nous a laissé une 
bien curieuse liste de ces religieux'. Pourvu qu'on ne chan- 
geât rien aux constitutions , dit-il, généralement bornés et 
grossiers, peut-être mauvais sujets, ils ne faisaient aucune 
objection à la suppression de leur autonomie. Le 13 mai, 
l'évèque leur interdit de recevoir des novices et confirma 
André Perrin comme provincial. Il écrivit à ce sujet à l'ar- 
chevêque de Toulouse : « J'ai dit à ces religieux que ma com- 
mission n'était pas finie et qu'ils ne pouvaient rien faire sans 
ma participation; c'est un tour de moine que le bon Père 
(André Perrin) a cru valoir dans ces circonstances u (19 mai 
1770). 

Au mois d'août 1771, le « régime » des Déchaussés avait 
été aboli en France* par une bulle du pape; les couvents 
réformés de Digne et de La Verdière, les couvents déchaussés 
de Seyne et de Saint-Quitus, quelques regrets qu'inspirassent 
les religieux, avaient été supprimés. Voici comment fut aban- 
donné Saint-Quinis. Le i3 novembre 1778, Michel Taillac, 
économe, suppléant le P. Godde, provincial, remit à la muni- 
cipalité de Camps les ornements de la chapelle, qui furent 
trouvés en bon- état. Joseph Gassier, « homme de bonnes 
mœurs », promit de travailler les terres labourables et, en 
cas qu'il se trouvât un prêtre pour desservir la chapelle, il 
s'engagea à lui obéir. 

La suppression de l'un des deux couvents trinitaires de 

(. Pièce 3a8. 

»■ On ne toucha point aux Déchaussés d'Espagne, qui conservèrent leur 
■uUmomie. 



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3od l'ordre français des tributaires. 

Marseille, l'un situé derrière PEvêché, l'autre dans le nouveau 
quartier de Saint-Ferréol, rue de la Palu, ne fut point aussi 
simple. Réunirait-on la première maison à la seconde ou la 
seconde à la première? Les partisans du maintien du vieux 
couvent faisaient valoir, par la bouche du P. Jacques Sou- 
meire, ex-provincial, leur ancienneté et l'avis conforme du 
P. Pichaull. Les amis des Déchaussés alléguaient la beauté, la 
propreté de leur quartier, qui se développait de jour en jour, 
et l'étendue de leurs bâtiments. Le P. Soumeire ayant menace, 
en cas de départ, d'ameuter les harengères du vieux quartier, 
l'évêque de Marseille l'envoya pour quelque temps à la cam- 
pagne. Finalement, des lettres patentes d'avril 1777 sup- 
primèrent les Trinilaires de la Palu, en les incorporant à la 
première maison, qui fut transférée rue de la Palu. Les « Pa- 
lunaires » y gagnaient beaucoup, disait l'évêque de Mar* 
seille; « vieux et pauvres, ils reçoivent des gens qui leur 
apportent quelque chose et qui vont faire leur besogne ». On 
ne s'était point entendu sur la préséance entre les deux minis- 
tres; on décida la latéralité (ao août 1777) : ils marchèrent 
côte à côte lors de la réunion. L'hôpital Saint-Eutrope et 
le Bureau de la Rédemption furent aussi transférés dans le 
quartier neuf. 

C'est dans cette région du Midi que l'on peut le mieux 
saisir l'effet des prescriptions de la Commission des Réguliers, 
ailleurs elles paraissent être restées à peu près à l'état de lettre 
morte. 



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CHAPITRE XIX. 



Les dernières années des Trlnitalres 
(1775-1792). 



Le P. Pichault, qui avait eu tant à travailler pour l'unifica- 
tion de l'ordre, mourut en 1780. Ses dernières années avaient 
été attristées par ses démêlés avec Delarue ' , mauvais religieux, 
qui le blâmait d'avoir fait mettre ses armoiries dans le sanc- 
tuaire, d'avoir changé l'orgue des Mathurins, de n'avoir pas 
voulu, sur quatre-vingt-treize maisons, en supprimer cin- 
quante (chiffre exagéré) que le chapitre national avait condam- 
nées, et l'accusait de ne donner aux religieux ni vêtements, ni 
couvert, ni draps. Pour ses critiques, il avait été mis aux arrêts 
par le P. Pichault. 

Au dernier chapitre général de l'ordre de la Trinité, qui 
se tint à Cerfroid au mois de mai 1781 *, il n'y eut que quatre 
représentants de l'Espagne. Pierre Chauvier, piofès de la 
Gloire-Dieu, en Champagne, fut élu par trente voix contre une 



1. Mémoire instructif pour le sieur Delarue... (Bibl. Nat., coll. Joly de 
Pleury, i6o4. f° "36), Le Parlement déclara ses Mémoires infâmes et ca- 
lomnieux. Il fil encore parler de lui, ayant commis une escroquerie à 
l'égard de dame Marie Béatrix, née comtesse de Eleinach, douairière de 
M. le marquis de Staël, el fut l'objet d'un pamphlet r La Vérité rétablie 
(BesaoeoD, 1786). 

3. Bibl. de la ville de Paris, recueil 283a4, in-4». 



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3 02 l'ordre français des trinitairbs. 

à Audibert; le provincial de Champagne le confirma, sans faire 
tort à la province de France, qui avait ce privilège ' de con- 
firmation du nouvel élu. 

On décida que celui qui aurait été deux fois visiteur et pré- 
sident du chapitre provincial aurait les honneurs des Père» dt 
province (c'est-à-dire d'ex-provincial), et que le ministre rem- 
plaçant un provincial devrait quitter ses fonctions de ministre 
pour ne conserver que celles de provincial. . 

Un religieux pourra désormais devenir profit d'un couvent 
auquel il a rendu des services. 

Nul ne sera élu visiteur provincial avant l'âge de trente-six 
ans. 

Le général choisira pour six ans les ministres, quand il y 
aura eu deux élections nulles ou en cas de refus de l'élu. 

Dans une élection particulière, les curés-profès doivent être 
appelés à voter s'ils ne sont pas éloignés de plus de ao lieues. 

Le couvent de Naples est désormais rattaché à l'Aragon, et 
le visiteur provincial en nommera le ministre. 

Le procureur général en cour de Rome recevra a, 100 livres 
par an. 

Cerfroid fut déclaré noviciat pour les quatre provinces, et 
l'on décida d'honorer à perpétuité la sainte Vierge, comme 
patronne de l'ordre, sous le nom de Notre-Dame-du-Remède. 
Emmanuel Rovira, provincial d'Aragon, fut institué chronc- 
graphe de l'ordre. 

Deux ans après ce chapitre général, dont les décisions ne 
manquent ni d'intérêt, ni de variété, les couvents des Pays- 
Bas furent supprimés. Déjà, en octobre 1771, Marie-Thérèse 
avait interdit aux Trinttaîres d'Orival de communiquer avec 

1 . Pane que Cerfroid était daos la province de France. 



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LES DERNIÈRES ANNÉES ( I 775-1 7Q:j). 3o3 

le général, qui avait refusé de nommer un vicaire général des 
Pays-Bas. En 1774» le Conseil de Bradant, véritable initiateur 
du mouvement, disait : « L'obstination du général ajoute . 
aux raisons de le dépouiller de sa supériorité sur les religieux 
sujets de Sa Majesté 1 . » Le 8 novembre 1776, le ministre 
d'Orival avait reçu du général une commission pour lever 
dans les Pays-Bas les deniers des confréries et les lui en- 
voyer. Le Conseil lui interdit celte levée, déclarant que l'or- 
dre était totalement dégénéré, tombait de lai-même et ten- 
dait à sa fin. Les commissaires imposés, pour les élections 
de ministre, par les nouvelles constitutions exaspéraient sur- 
tout le Conseil; il était peu au courant, d'ailleurs, de la 
discipline monastique, puisqu'il déduisait du fait qu'un mi- 
nistre était chargé de visiter un couvent une preuve que ce 
couvent était mal administré I Pendant quelque temps cepen- 
dant, tout alla bien, puisqu'un édit du 28 novembre «78k 
ordonna la tenue, de quatre en quatre ans, d'une assemblée 
générale des Trinitaires des Pays-Bas. La première (et la 
seule) eut lieu à Orival le 2") avril 1783. 

Le 17 mars 1783, un édit de Joseph II supprima les Trini- 
taires, tant en Autriche qu'aux Pays-Bas. Des instructions 
détaillées furent données au commissaire chargé de veiller à 
la suppression du couvent de Bastogne (3 juillet 1783) que je 
prends pour exemple. 

Arrivé au couvent, il fera sonner la cloche, assemblera la 
comunauté et lira le décret de suppression. 11 demandera aux 
religieux de déclarer, dans les huit jours, si leur projet est 
de se retirer dans un autre couvent de l'ordre ou de vivre en 
prêtres séculiers. Il les préviendra que l'intention de Sa Ma- 

1. Arcb. du royaume à Bruxelles, nouveau Conseil privé, 11° \\-t-t. 



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3o4 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRIMTAJRES. 

jesté est de favoriser l'instruction de la jeunesse et que ceux 
qui s'y adonneront peuvent compter sur toute sa bienveil- 
' lance. Le commissaire prendra les inventaires généraux de ta 
maison et laissera à chaque religieux ce qui lui revient en 
particulier. Il enverra au Conseil la liste de ces individus. 

La pension, de 210 florins pour ceux qui se retireront 
dans un couvent d'un autre ordre, de 4ao pour ceux qui 
s'adonneront à l'éducation de la jeunesse, s'élèvera à 700 flo- 
rins pour le supérieur inamovible, à 800 même s'il a dé- 
passé Page de soixante ans. Tout pensionné recevra, de 
plus, 100 florins, afin de se pourvoir du nécessaire jusqu'à 
l'échéance du premier trimestre de sa pension, plus un ha- 
billement complet et décent. Les profès qui désireraient être 
relevés de leurs vœux s'adresseront à leurs évèqucs diocé- 
sains. Un laïque intelligent, d'un caractère « doux et hu- 
main », sera économe provisoire dans chaque maison,'. 

Les cures desservies par les religieux de l'ordre resteront 
à leurs desservants, mais, au fur et à mesure de l'extinction, 
seront conférées à des prêtres séculiers désignés par la voie 
du concours. 

Les couvents des Pays-Bas ayant été ainsi supprimés, on 
liquida les pensions des religieux et on nomma des adminis- 
trateurs de ces biens, souvent le curé du pays. De 1784 
à 1790, la plupart des pièces relatives à ces couvents ont été 
recueillies dans des dossiers formés par province 1 . Il ne 
s'agit souvent que de baux dont le renouvellement est accordé 

1. A la suite de ces suppressions, les biens que possédaient CD France 
ces couvents des Pays-Bas furent confisqués par le gouvernement de 
Louis XVI. Cela permit au moins aux économes de refuser aux couvents 
français le paiement des cens qu'ils percevaient aux Pays-Bas. 

2- En France, les temps troubles de la Révolution empêchèrent de for- 
mer une semblable collection. 



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LE P. CHAUVIER, DERNIER GÉNÉRAL DE L'ORDRE EN FRANCE. 
(BIW. nrtlottle, «oïl. Flenrj [déport. Aima], C M.) 



(igUizeciDv G00gle 



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LES DERNIÈRES ANNÉES (177D-I792). 3o,î 

ou refusé, de secours, réclamés soit par les « individus » 
dispersés, soit par des particuliers qui les ont recueillis et 
soignés pendant leurs maladies. Les pièces les plus curieu- 
ses se rapportent aux ornements d'église et aux reliques ; 
l'autorité ecclésiastique ne permettant point de les mettre en 
vente, elles sont cédées aux églises paroissiales, avec des 
tableaux trinitaires ; à Audregnies, se rencontre une relique 
de saint Roch. 

Le sort de ces couvents dut émouvoir le P, Chauvier et lui 
donner de tristes pressentiments. De l'édit de Joseph II a la 
réunion des Etats Généraux, il ne s'écoula que six ans. L'or- 
dre militaire jeta alors un vif éclat, grâce à la rédemption 
de 1785, opérée de concert avec l'ordre de la Merci, une des 
plus nombreuses qu'on eut vues, en France du moins, car 
il y eut trois cent treize esclaves rachetés. Le général ne pou- 
vait cependant se faire beaucoup d'illusions, le changement 
de constitutions n'ayant pu modifier l'esprit des religieux : 
le P. Delarue n'était pas isolé, et un Trinitaire de Douai, 
Henry-Joseph Laurens, auteur d'ouvrages légers, avait mis 
le comble au scandale en s'enfuyant avec une religieuse '. 

Le 20 février 1 790, l'Assemblée nationale avait décidé d'en- 
voyer des commissaires dans les différents couvents de Paris, 
pour y recevoir les déclarations des revenus et demander aux 
religieux quelles étaient leurs intentions. 

Le 2 avril suivant, les Mathurins de Paris reçurent la visite 
des deux commissaires, Etienne de Larivière et de Jussieu. 
Le P. Chauvier leur remit sa déclaration. Les revenus de la 
maison montaient à g 1 , 1 54 livres et les dépenses à 37,939 li- 
vres. Le récolement des Archives des Mathurins suffit à nous 

1. Taillinr, Annales... de Douai, t. III, p. a5g. 



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3o6 l'ordre FRANÇAIS DES mlNITAIRES. 

convaincre que les plus importantes pièces ont disparu à Paris 
comme à Cerfroid. L'Œuvre des Captifs, qui avait 9,278 livres 
de revenus et 1,037 de charges, fut l'objet d'une déclara- 
tion particulière, où furent consignes des faits intéressants 1 , 
avec le souhait, bien platonique, que l'Assemblée nationale, 
« dont tous les actes tendaient à l'établissement de la liberté, » 
n'oubliât pas les Français esclaves en Afrique. 

Les déclarations particulières des Mathurins ont été copiées 
à part. Ils sont dix-huit, non compris le général, son secré- 
taire et deux frères convers. Le P. Chauvier et son secré- 
taire, le P. Hue, âgé de trente-trois ans, déclarent qu'ils 
veulent vivre et mourir dans l'état où ils sont ; deux autres 
religieux seulement, un jeune et un vieux, les imitent. Les 
autres disent, soit nettement qu'ils quitteront la maison si 
l'Assemblée nationale la supprime, soit, tout simplement, 
qu'ils ne s'expliquent pas pour l'instant. Le sacristain, âgé 
de soixante ans, se retirera « en » Avignon, auprès de sa 
sœur. D'après la statistique dressée par M. ttabeau 2 , les 
Mathurins sont dans une bonne moyenne (10 restés, 9 sortis, 
3 absents). 

Les religieux de Cerfroid annoncèrent, le 3 juillet 1790, à 
l'Assemblée nationale que, « le 19 du mois précédent, ils 
avaient fait disparaître de leur temple des marbres et armoi- 
ries qu'un despotisme aveugle et présomptueux y avait pla- 
cés 3 », sans doute ces Heurs de lis qu'ils étaient si fiers 
autrefois de rattacher à l'origine légendaire de Saint-Félix de 
Valois. Le P. Calixte a relevé la liste des pensions données 
aux religieux; elles varient de 1,200 à 900 livres. 

i. Pièce 348. 

a. Bulletin de la Société (te ChUtoire de Pari», l. XXII, p. aoi . 

3. Table des procès-oerbaiix de l'Assemblée nationale, n° 338, p. 31. 



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LES DERNIÈRES ANNEES (1775-1792). 3c>7 

C'est la même proportion à Tarascon 1 . Seul le provincial, 
âgé de soixante-treize ans, déclare vouloir vivre en particu- 
lier, puisque l'ordre où il est entré pour y vivre et mourir 
est détruit. Le ministre, Accurse Manche, « ne retient que la 
qualité de citoyen ». 

La transition entre l'ancien et le nouveau régime est diffi- 
cile à saisir. Pour Metz cependant, nous avons la négociation 
du ministre d'Ancerville avec les administrateurs du district 
pour se faire payer la pension de ses religieux. Fixée à 
a, 4oo livres, en tout, elle fui diminuée de leur déficit (224 li- 
vres), et de leurs impositions (a35 livres), aux termes de la 
loi du a3 février 1791. Le reste, soit 1,941 livres, fut délivré 
par te Directoire du district pour être partagé entre les 
religieux 3 . 

Comme on pouvait s'y attendre, plus d'un ancien supérieur 
se vit en butte aux exigences de religieux mécontents. Le 
P. Tourneforl dut demander la protection du maire de 
Montpellier contre ses anciens moines, qui lui réclament des 
sommes qu'il ne doit pas, alors qu'il a déjà comblé de sa 
bourse le déficit de sa maison. Le P. Jacquesson, de Châlons- 
sur-Marne, fut l'objet d'une dénonciation de la part d'un de 
ses religieux, se plaignant à l'Assemblée nationale que le mi- 
nistre ait mal entretenu le couvent, au point d'avoir fait courir 
au suppliant le péril de se casser la caisse dans un escalier 3 . 

Ce que devinrent isolément les Trinitaires, il est assez diffi- 
cile de le dire, faute de documents. Le P. Chauvier, dernier 
général, mourut de douleur en 1792% après s'être vu enlever 

1. Pièce 35o. 
a. Pièce 35a. 

3. Bibliothèque nationale, F 1 1602g. 

4- On a la lettre de faire part de son enterrement (i5 mars). (Recueil pré- 
cédemmeoL cite de la Bibliothèque de la ville de Paris.) 



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3o8 l'ordre français des tributaires. 

la caisse des captifs. Son secrétaire, le P. Hue, émigra et 
devint plus lard aumônier de Louis XVIII. Une tradition, 
conservée dans sa famille, veut qu'il ait sauvé une partie des 
archives de l'ordre. Le bibliographe du Serapeum émet l'hypo- 
thèse qu'elles ont pu être transportées dans des couvents de 
l'Amérique du Sud; peut-être sont-elles tout simplement en 
Espagne, où, en 1791, le P. Calvo publiait à Pampelune le 
Résumé des privilèges de l'ordre. 

Les Trinitaires ne prirent pas une grande part au mouve- 
ment révolutionnaire. A peine peut-on citer, à Cerfroid, l'adhé- 
sion au nouveau régime (3 juillet 1790) et la proposition, faite 
par les religieux, de verser les produits de leurs quéles dans 
la caisse de la Marine (24 décembre 1791)'. A Paris, un reli- 
gieux nommé Baudart prononça, dans l'église des Mathurins, 
un discours sur la restauration de la liberté française 1 
(a4 septembre 1789). 

A Châteaubriant, Maréchal, procureur, et Bâlé, seuls reli- 
gieux habitant encore le couvent, étaient venus déposer à la 
mairie quatre chandeliers d'argent, comme don patriotique, et 
une croix d'argent pour les pauvres dès le 20 novembre 1789. 
Ils eurent une vive altercation avec le doyen pour la proces- 
sion du Saint-Sacrement : Moines, que venez-vous faire ici? 
leur dit-il. La verge dont vous nous fouettez, vous en serez 
bientôt fouettés vous-mêmes. Dorvaux, ministre, était retiré à 
Metz. Bâlé, âgé de soixante ans, se réfugia à Senones, où 
des soldats le mirent à mort 3 , et vérifia ainsi cette pro- 
phétie. 

Ce n'est pas le seul Trinitaire qui ait eu un sort tragique. 

r. Table des procès-verbaiij: de l'.lfsei/ibtée nationale, pp. ai et 112. 

2. Bibliothèque nationale, Lb* n 286. 

3. Goudé, Histoire de ChAteuubriant, pp. 234, 4^7 e' 4^8 (note). 



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LES DERNIÈRES ANNÉES (1775-1792). 3cK) 

j - Tournefort, ex-ministre de Montpellier ' , était revenu 
b re s Son pays, à Vénasque, près de Carpentras ; le i a novem- 
stii^ 792, nommé assesseur du juge de paix, il jura la con- 
îi)l\i tr *n civile du clergé; puis il reçut et signa la plainte 
^ les « patriotes » ; poursuivi comme fédéraliste, il fut 
y*$fe par la commission d'Orange, autorisée le 10 mai 1794 
par la Convention, et exécuté dans cette ville le 3 juillet 2 . 

En 1793, se passa un fait scandaleux : Ride, ex-Trinilaire 
de la maison de Troyes, marié à une ancienne religieuse du 
Paraclel, prononça un discours abominable dans l'église de 
Bar-sur-Seine et ouvrit le bal avec celte religieuse. Il quitta 
Bar-sur-Seine, le 10 décembre 1793, avec le commissaire, de 
la Convention Rondot fils, après y avoir mené très joyeuse vie 
et fait arrêter plusieurs citoyens, notamment un de ses 
parents, nommé Le François 3 . 

Quelques religieux survécurent honorablement à la tour- 
mente. Un Trinilaire de La Perrine, près Saint-Lô, Mariolle, 
resta caché dans le pays, et mourut aveugle le 19 juin r84a, 
à l'âge de quatre-vingt-onze ans, faisant par sa douceur « les 
délices de ses amis» 4 . 

Hurlrel, ancien procureur du couvent d'Arras, résida à 
Hesdin, puis à Béthune. Un autre Trinilaire, Claude Duriez, 
âgé de quarante et un ans, non « sermenté », demeurant chez 
Philippine Dufresnoy, blanchisseuse, rue des Fours, « malade 

I. Siens,, Le département de i'fféraull pendant la Révolution, l. II, 
p- xxix, nomme, parmi les ci-devani reliçîeux n'ayant pas prêté le serment 
(4 mai 179?], Gros, ci-devant TriiiifFÙrc, pensionné de 1,000 livres, et Souiria, 
résidant» Héziers (3oo livres). 

a. Salhel, Le déparlement de l'Hérault pendant la Révolution, t. IN, 
p. 1 19, et l'abbé Bonkbl, Les 33a victimes de la commission d'Orange. 

3. Pbtel, Essoyes pendant la Révolution, pp. 8i-8ï {communiqué par 
M. l'abbé Niort, de Troyes). 
4- Dubohc, Etudes sur le département de la Manche, t. I, p. i3i, 



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dlO L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

de nerfs », comparait à Arras devant une commission et est 
incarcéré, on ne sait pourquoi; on le retrouve en i8o4 à 
Saint-Gérv ' . 

Le P. Calixte cite le P. de Buire, ancien discret des Ma- 
thurins de Paris, prieur de Verberîe en 1789, syndic et maire 
durant la Révolution et redevenu curé, lors du rétablissement 
du culte jusqu'à sa mort, arrivée en i833. Un religieux de 
Cerfroid, le P. Nicolas Fortcombat, était en 1817 curé dans 
les Vosges 1 . 

Quelque résistance particulière qu'aient pu opposer certains 
sujets à ces causes de destruction, l'ordre n'avait plus assez 
de vitalité pour être réintroduit avec succès en France dans 
notre siècle. Les tentatives du P. Calixte, dont il sera question 
à propos de Cerfroid et de Faucon, causèrent plus d'étonne- 
nement qu'elles ne trouvèrent de sympathie. 

Tous les Trinitaires ne furent pas supprimés. Il en sub- 
sista en Espagne jusqu'à 1 835; ils existent encore en Italie 
(voir l'appendice sur Rome). Lorsqu'en 1799 le pape Pie VI 
vint mourir à Valence, son chapelain, qui l'exhorta à par- 
donner à ses ennemis, était un Trinitaire de Livourne, Jac- 
ques Fantini 3 . 

i . L'abbA Deraneqourt, L'église d'Arra» pendant la Révolution, t. 111, 
p. 5oa ; t. IV, pp. 80, 448 

2. P. Calixte, Vie de Saint-Félix de Valois {1878), pp. 181, 3i2. 

3. Bulletin de l'ordre de In Trinité, octobre 1899. 



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TROISIEME PARTIE 



Le Rachat des Captifs. 



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BIBLIOGRAPHIE 



Les documents inédits sont moins nombreux qu'on ne serait porté 
à le croire. Le sujet du rachat des captifs avant eu. au cours du dîx- 
seplième et du dix-huitième siècle, un intérêt que la disparition de la 
piraterie ne permet plus de comprendre, presque tout ce qui en était 
digne a eu aussitôt les honneurs de l'impression. 11 faut citer cepen- 
dant, à Paris, les Archives du Ministère des affaires étrangères (Ma- 
roc, Alger, Tunis), les Archives de la Marine (séries B 1 , B\ B'); 
à Marseille, les Archives de la Marine, et surtout celles de la 
Chambre de commerce, qui contiennent de nombreux dossiers de 
rachats de captifs, comme les cartons des Archives du royaume de 
Bruxelles consacrés aux confréries' de la Rédemption. Le manuscrit 
français 6a36 des nouvelles acquisitions de la Bibliothèque Nationale 
renferme le récit d'une rédemption opérée au Maroc en 1765; quel- 
ques autres manuscrits seront cités en note à l'occasion des détails 
qu'ils m'ont fournis. 

Parmi les ouvrages imprimés, je ne vais signaler que ceux qui 
soot d'un intérêt capital, les récits des voyages de rédemption ayant 
été tellement feuilletés qu'il n'y a presque plus rien à y relever. 

/. 1,'Epitome omnium redemplionum..., du Portugais Bernardin 
de Saint-Antoine (1624), écrit d'une manière consciencieuse et digne 
d'éloares, nous renseigne sur une époque dont ou n'a pas conservé 
beaucoup Je documents originaux. 

r- TY/uïtaire Déchaussé, Raphaël de San Juan, a publié en 1686 

Voir a» 8 »* ** ms " l0 7 5 de la Bibliothèque de Vateacienues. 



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3l4 LE HACHAT DES CAPTIFS. 

un grand trait)'- : De la redencion de cautivos. Le titre permet- 
trait d'espérer une source fondamentale ; malheureusement, l'auteur 
cédant à son goût pour la polémique contre les Frères de la Merci, 
ne peut être cru que sur les points où l'ordre rival n'est point eu 
cause'. 

C'est également te seul reproche qu'on puisse adresser au très inté- 
ressant Triumphus misericordiae , publié à Vienne, en 1706, par 
Jean de Saint-Félix, qui consacre un chapitre très curieux aux ras 
de conscience des captifs. 

Nous n'avons pas en France l'équivalent de ce que nous a fourni 
l'étranger, à part l'Histoire de Barbarie, du P. Dan, qu'il suffit de 
citer. Le savant Trinitairc avait laissé en manuscrit ses Plus illustres 
captifs, que le P. Calixte a publiés en deux volumes, à Lyon (189a). 
De nos jours, l'œuvre de la rédemption des captifs a été étudiée, à 
Montpellier, par A. Germain, et à Toulon, par le D r Gustave Lambert. 

Notre pays n'a guère publié, avant la seconde moitié du dix-sep* 
tième siècle, que de petites plaquettes, analogues au Tractado de la 
redencion de caulioos, de Hieronimo Graciai» (Borne, i5p,7). Encore 
avons-nous été devancés par l'Espagne : le plus ancien de ces livrets 
est VInstitucion o fundacion de la orden de la S m< * e individus 
Trinidad de la redempdon de captivas (Aleala de Hénarés, 1567)'. 
Un autre recueil d'indulgences a été publié k Rome en 1 588. 

Ces petits ouvrages, ces traités édifiants sur l'Institution de l'ordre, 
qui se vendaient au profit des captifs, étaient d'un plan uniforme, plus 
ou moins bien suivi. Au frontispice, une gravure représente l'appa- 
rition de l'ange entre les deux captifs, avec un tercet affirmant que 
l'ordre a Dieu lui-même pour auteur. Suivent tes vies de saint Jean 
de Matha et de saint Félix de Valois, tout à fait légendaires, l'expli- 
cation mystique des trois couleurs de l'ordre, la liste des indulgences 
accordées aux Trinitaires et aux confrères, la plus importante partie 
du livret, aux yeux des religieux, puis les qualifications élogieuses 
dont l'ordre a été comblé. L'opuscule se termine par un bref dis- 
cours sur la rédemption des pauvres esclaves captifs et les tourments 
qu'ils éprouvent en Barbarie. Quelques auteurs ont relevé leur sujet 

1. Ces deux livres se trouvent k la Bibliothèque de l'Arsenal, bous les 
cotes H i3oa3 el H i3888. 
3. N» 10 de la Bibliographie du Serapeum. 



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BIBLIOGRAPHIE. 3l5 

par le récit d'aventures récentes de captifs 1 ; ainsi fit Jean Thiéry, qui 
avait lui-même opéré une rédemption eu Hongrie, dans son livret 
paru en 161a ; le même mérite se remarque dans celui de Barthélémy 
de Puille, publie m Douai en i635. Certaines villes où se trouvait un 
couvent de l'ordre, Rouen, Troyes. Douai, Avignon, Marseille, devin- 
rent des foyers d'impressions trinitaires. Dans ces livrets d'indul- 
gences, plus importants qu'on ne serait disposé à le croire, la Préface 
et le dernier chapitre contiennent parfois des renseignements histori- 
ques fort importants : il en est ainsi dans la 5* édition des Privilèges 
et indulgences du P. Ralle, publiée en i665". Ces auteurs étaient 
presque toujours des personnages distingués, a3'ant joué un rôle im- 
portant dans leur ordre, comme le P. Raymond de Pallas, qui publia 
sa Confrérie à Marseille en 1677. 

Pour piquer l'attention du public, on donnait aux récits des 
rédemptions des titres allégoriques, comme les Victoires de la cha- 
rité (relation des voyages du P. Lucien Hérault) et le Tableau de 
piété (Châlons, 1668). Les Pères de la Merci écrivirent de leur côté 
la Vive foi (1644) et le Miroir de la charité {i663}, dont les titres 
étaient d'ailleurs pleinement justifiés par les qualités que les reli- 
gieux avaient eu à déployer au cours de ces voyages. Par modestie, 
un grand nombre d'entre eux n'ont pas signé leurs récits de voyages, 
et ce n'est que par conjecture que nous en pouvons déterminer l'au- 
teur : l'Etat présent des royaumes de Tripoli, Tunis et Alger, 
publié à Rouen en 1703, doit être l'œuvre du P. de La Faye, procu- 
reur général des captifs; à ce livre est souvent jointe la Tradition 
de l'Eglise pour le rachat des captifs, récit agréable, sous forme 
d'entretiens, de ce qu'ont fait les- saints en faveur de cette œuvre de 
miséricorde. De même, le Voyage à Constantinople, du P. Jehan- 
nol (1732), est souvent reb'é avec les Mandements des évêques pour 
la rédemption des captifs, imprimés à Tours en 1734. 

Il semble qu'après cette date les Trinitaires se soient refroidis pour 
la composition de leurs ouvrages. La plupart des rédemptions 
suivantes ne sont connues que par des listes d'esclaves ramenés, 

:. Le Tableau de Piété du P. Michelin contient eu appendice la relation 
du martyre de Pierre de la Conception (juin 1667). 

2. Bibl. Nat., H 17671. La \t édition avait paru eu i654, avec une dédi- 
cace de Pierre Mercier au général, qui avait avait gardé l'anonyme. 



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3l6 LE RACHAT DES CAPTIFS. 

des placards annonçant leurs processions, ou une correspondance 
soi-disant recueillie avec exactitude '. Peut-être l'attention du public 
était-elle lassée à la fin de ces incidents sans cesse renouvelés. 

II. Un second groupe de documents, pouvant nous renseigner sur 
la difficulté de la tâche des rédempteurs, est formé par les relations des 
esclaves écrites par eux-mêmes. La plus connue est celle d'Emmanuel 
d'Aranda, qui mérita d'avoir plusieurs éditions a partir de i645. Ce 
Flamand rapporte naïvement toutes ses aventuras et celles de ses 
compagnons d'infortune, en y joignant des relations particulières de 
toutes ses observations. La condition des esclaves est bien plus douce 
alors que cinquante ans auparavant, lorsque le bénédictin Diego de 
Haedo rassemblait patiemment, trop lentement même, les matériaux 
de sa Topoyraphia de Argel (1612). Les Aventures du sitar 
Mouette {1684) sont déjà presque un roman et annoncent la Proven- 
çale deRegnard. 

Pour les soins qui étaient donnés aux esclaves dans les hôpitaux, 
le livre d'Antonio Silvestre, Fundacion historiés de los hospitales, 
que la religion de la S. Trinidad liene en Argel (1690), ren- 
seigne a merveille. Leur vie quotidienne est souvent dépeinte dans les 
Annale» de la Congrégation de la Mission ; deux volumes publies 
à Paris en i865 concernent Alger, et un troisième se rapporte à 
Tunis. 

III. Enfin, pour bien apprécier les relations diplomatiques entre 
les Français et les Algériens, qui pouvaient influer sur l'accueil fait 
aux rédempteurs, il faut se référer "aux. études de M. de Mas-Latrie : 
Relations de l'Afrique septentrionale avec les nations chré- 
tiennes, jusqu'au seizième siècle, et ensuit* aux différentes histoires 
d'Algérie. 

Fondée à Alger il y a cinquante ans, la Revue africaine s'est im- 
posé comme lâche de prouver que, dans les relations franco-algérien- 
nes, tous les torts n'avaient pas été du côté des Algériens. Devoulx 



1 . Par exemple les Lettres d'un des captifs qui viennent d'être rachetés 
en tj8j. — Le P. Calixte, dans ses Corsaires et rédempteurs, a analysé 
la plupart de ces relations. 



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BIBLIOGRAPHIE. .'i ( 7 

et Berbrugger, et, de nos jours, H.-D. de Grammont el M. Ernest 
Mercier, nous ont donne, sur les consuls de France et sur les 
esclaves chrétiens, les détails les plus intéressants. Le sujet a tente 
même la magistrature, car des discours de rentrée, prononces à la 
Cour d'Alger en 1900 et en iqoï, ont clairement résumé les notions 
acquises sur la condition des chrétiens libres et celle des chrétiens 
esclaves. 

H. D. de Grammont, en publiant la Correspondance des consuls 
de France, Alger de i5/5 à 178g, quatre brochures sur les rela- 
tions franco-algériennes au dix-septième siècle, et ses trois études si 
neuves sur La course, l'esclavage et la rédemption, mérite toute 
notre reconnaissance. Il a frayé la voie à M. Eugène Plantet, qui a 
recueilli la Correspondance des deys d'Alger et des beys de Tunis 
aoec la cour de France. Ces cinq volumes resteront parmi les plus 
précieux, pour l'histoire de cette époque curieuse; des introductions 
très développées et des notes abondantes ne laissent aucune question 
en suspens. Tous ces ouvrages mentionnent très souvent nos Pères 
de la Trinité et permettent de contrôler le récit de leurs voyages de 
rédemption. 



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CHAPITRE PREMIER. 



Les plus anciens rachats de captifs effectués 
par les Trinitaires. 



Les religieux de la Trinité n'ont jamais prétendu qu'on n'ait 
point racheté de captifs avant eux ; bien au contraire, un pro- 
cureur général de la rédemption, le P. Jean-Baptiste de La 
Faye, a savamment énuméré les empereurs et les saints qui 
se sont le plus occupés de cette œuvre de miséricorde, parmi 
lesquels se distinguent saint Césaire d'Arles et le pape Gré- 
goire le Grand ' . 

Les Trinitaires peuvent à peine se glorifier d'avoir été le 
premier ordre religieux fondé expressément dans le but du 
rachat des captifs. L'Espagne, en effet, encore à demi occupée 
par les musulmans, avait fait plusieurs essais d'ordres mili- 
taires ou hospitaliers, antérieurement à la fondation de l'ordre 
de la Trinité par saint Jean de Matha, dont cela ne diminue 
d'ailleurs pas la gloire. 

Au dire de Baron, il aurait existé en Italie, vers n5o, des 
religieux de la Sainte-Trinité, qui furent l'objet de décrétâtes 
du pape Eugène III. Cette fondation est très douteuse, et 



i. Voir, pour plus de deuils, mon opuscule : L'Eglise et le rachat des 
captifs. Paris, 190a. 



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3ao l'ordre français des trinitairgs. 

peul-êlre cet ordre militaire 1 de chevalerie, déjà voué à la 
rédemption des captifs, n'esl-il imaginé que pour expliquer le 
nom d'ordre de la Trinité donné aux premiers religieux 
rédempteurs. 

En n 56 (ère d'Espagne, c'esl-à-dire iiq4) paraissent à 
Tolède des religieux de Saint-Geniès, de l'ordre de la rédemp- 
tion, qui reçoivent une donation d'Alphonse, « empereur de 
toute l'Espagne 1 . » On voit à Balaguer, en Catalogne, des 
chevaliers de la Sainte-Croix pour le rachat des captifs (i iC3). 
Mais ce ne sont encore là que des mentions trop rares, sur 
lesquelles il est permis de ne pas s'arrêter. 

L'ordre de Montjoie est le premier ordre rédempteur qui 
ait une existence connue, retracée, en i8o3, par M. Delavilie 
le Roulx, dans \a fteoue de COrient latin 3 . Le comte Rodri- 
gue, son fondateur, avait imposé un prélèvement du tiers des 
revenus pour le rachat des captifs 4 . Mais le recrutement de 
l'ordre né s'opéra pas bien et ses possessions furent réunies 
à celles des Templiers. 

Si, dès 1198, nous constatons l'existence des Trinitaires, 
nous sommes fort peu renseignés sur leurs rédemptions de 
captifs antérieures au seizième siècle. C'est pourquoi, jusqu'à 
cette date, il faut se contenter d'énumérer les voyages les 
plus connus, réservant l'étude des ressources de la rédemption 
pour ta période où les documents abondent. 

Ces voyages ne devaient pas être aussi pénibles qu'où le 

1. Il devancerait celui de la Merci, qui a porte ce litre d'ordre militaire. 
3. Alphonse IX de Caalille (u56-iai4). 

3. P. 4«. 

4. Alphonse II, roi d'Aragon f 1 162- r ig(3), avait fondé k Teruel l'hôpital 
de la Rédemption, dont les revenus étaient attribués au rachat des captifs 
et à l'entretien de combattants contre les musulmans (Le Grand, Renne 
des questions historiques, juillet 1896, p. 109). 



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SAINT JEAN DE MATHA. 
(A gauche, In procession.) {A droite, le rachat des captifs.) 

(Ciblnet de. Bitampes : Portnlti dn SulnU, ferla ltd 13, fol. 14.) 



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LES PLUS ANCIENS RACHATS HE CAPTIFS. 3a I 

pense d'ordinaire, sinon en Espagne où les haines religieuses 
avaient laissé des traces vivaces, attestées, en 1275, par la 
mort de Sanche, archevêque de Tolède, et, en i3oo, par celle 
de saint Pierre Paschal, évéque de Jaen, tous deux tués par les 
Maures, au moins en Afrique- Les relations ordinaires entre 
les musulmans et les chrétiens, depuis la an des croisades jus- 
qu'à la prise de Constantinople, étaient empreintes sinon de 
cordialité, au moins de tolérance, comme l'a montré l'historien 
de saint Raymond de Pennaforl, le P. Danzas, commentant 
les très libérales théories de saint Thomas d'Aquin. L'Eglise 
veille simplement à sa propre sécurité, mais n'interdit pas aux 
musulmans, vivant en pays chrétien, la pratique de leur reli- 
gion. Des exemples de tous les siècles prouveraient que les 
musulmans faisaient de même chez eux. Les récits, quoique 
un peu tardifs, des historiens trinitaires et mercédaires témoi- 
gnent de l'accueil qu'on fit aux religieux; certes ils ne peuvent 
être suspectés d'avoir exagéré de parti pris la facilité de la 
rédemption. 

Le premier connu de ces voyages des Trinitaires date de 
1199; nous avons son acte de naissance, la lettre du pape à 
l'émir de Maroc ' (8 mars 1199). Les rédempteurs, dont on 
ignore le nom, démontrèrent à ce prince, selon les idées du 
pape, que l'échange était aussi avantageux pour les musul- 
mans que pour les chrétiens : ils rachetèrent cent quatre- 
vingt-six captifs. A leur retour à Alméria, le gouverneur 
maure les reçut fort bien. 

Les Pères de la Merci ont encore enchéri sur ces traditions. 
Saint Pierre Nolasque, leur fondateur, s'offre en otage, selon 
le vœu spécial de son ordre, pour le rachat anticipé de trois 

1. Mas-Lathib, ouvr. cité (édit. de 1886), pp. :3o, i3i. 



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3aa l'ordre français des trinitaires. 

cents femmes et jeunes filles ' ; le roi maure de Valence, 
acceptant celte offre généreuse, lui donne pour prison la capi- 
tale de son royaume. Dans une autre circonstance, le roi le 
laisse partir sans qu'il ait payé la rançon de deux cents 
esclaves, gardant seulement en gage le bâton de pèlerin du 
saint I Ce sont là des récits édifiants qu'il ne faudrait pas 
prendre à ia lettre , mais qui prouvent l'estime inspirée aux 
musulmans par la loyauté des rédempteurs. 

Dès le principe, les Trinitaires français ont poursuivi réso- 
lument le but de leur ordre. Il est malheureux que leurs chro- 
niqueurs n'aient pas donné plus de renseignements sur 
leurs plus anciennes rédemptions; elles ne furent peut-être 
pas très nombreuses. 11 vaut donc mieux pécher par excès 
de prudence et considérer que les quinze mentions de rédemp- 
tion, antérieures & 1600, que renferme la Chronique des mi- 
nistres généraux doivent donner à peu près le total des voya- 
ges effectués par les rédempteurs français dans les quatre 
premiers siècles. Sur ces quinze rédemptions, cinq au moins 
sont uniquement faites en Espagne, dans le royaume de Gre- 
nade; ce sont celles de 1323, de i33o, l'une de celles d'Etienne 
du Mesnil, et celles de i£5i et de 1466, dont parle Gaguin. 
Encore faut-il dire que, dans toutes les rédemptions, même 
au dix-huitième siècle, les Trinitaires français rachetèrent 
beaucoup de captifs étrangers, à défaut de Français. 

D'ailleurs, les ressources de la France pour le rachat des 
captifs étaient originairement peu considérables; un grand 
nombre de maisons étaient des hôpitaux où ne s'effectuait 
jamais (sauf à Dinard) la mise à part du « tiers des captifs ». 
D'autres couvents, comme Troyes, avaient été formellement 

1. Abrégé de l'Histoire de l'ordre de la Merci, 1691, pp. 4-5, 28-30. 



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LES PLUS ANCIENS RACHATS DE CAPTIFS. 3a3 

déchargés de l'obligation de séparer le tiers en tout ou en 
partie; un grand nombre avaient à peine de quoi se suffire. 
De plus, aucune surveillance extérieure ne s'exerçait sur les 
Trinitaires du Nord, tandis que ceux d'Espagne trouvaient - 
des censeurs impitoyables dans les Pères de la Merci, fondés 
en 1238 à Barcelone par saint Pierre Nolasque. Leurs nom- 
breuses disputes avec les Trinitaires contrarièrent bien des 
rédemptions : tout l'argent dépensé à ces regrettables procès 
eût été mieux employé à des rachats de captifs. 

On peut affirmer que, dès le treizième siècle, les Mathurins 
de Paris avaient la direction et la caisse des rachats de captifs. 
Jean Lyssoart, faisant une rente à un clerc, stipule qu'après 
la mort de celui-ci, cette rente reviendra aux captifs de Sainte 
Mathurin de Paris 1 . Un évêque de Beauvais leur lègue 
ao sous « pour le tiers des captifs ». Hugues, archidiacre de 
Cardigan au pays de Galles, leur donne 10 livres dans le 
même but, legs précieux de la part d'un étranger, bien 
informé sans doute de l'efficace charité de ces religieux 1 . 
Théaud, archidiacre de Liège, qui devint pape sous le nom de 
Grégoire X, consent qu'une somme qu'il doit au roi Louis IX 
soit employée en partie au rachat des captifs 3 . 

Les motifs assignés à la fondation d'un certain nombre de 
couvents trinitaires (Lérinnes, la Poullière, Estaires) par des 
seigneurs captifs rachetés, eux ou leur fils , ne sont peut-être 
pas simplement légendaires. Geoffroy de Châteaubriant , ra- 
cheté par les Trinitaires et revenu dans son pays d'une façon 
' inespérée (sa femme Sibylle en mourut de saisissement), té- 
moigna sa reconnaissance envers ses libérateurs en leur don- 

1. Cartalaire de Notre-Dame de Part», t. Il, p. 467. 
3. Obilaaire des Mathurins, p. 685. 
3. Pièce 4o. 



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3a4 l'ordre français des trinjtaires. 

nant un couvent à Châteaubriant'. De même, Robert de 
Cassel et sa femme Yolande, ayant appris le triste sort de 
leur fils, captif après la bataille de Nicopolis, fondèrent dans 
la forêt de Nieppe le couvent de Préavin 1 (i3q6). Le souvenir 
de sa captivité explique les libéralités de Geoffroy le Meingre, 
frère de Jean Boucicaut 3 , à l'égard des Trinitaires d'Arles. 

Pour trouver des mentions de rédemption plus explicites 
que celles de la Chronique de Gaguin, il faut attendre le quin- 
zième siècle. Entre 1397 * et i4o3 (on ne peut préciser davan- 
tage), Etienne du Mesnil fil, avec d'autres Mathurins, un 
voyage au royaume de Grenade et ramena cent cinq captifs s ; 
il alla en Maroc dans la suite. 

Une autre rédemption est datée avec précision par Gaguin. 
m Je vis, dit-il, le retour des captifs, lorsqu'adolescent j'étu- 
diais la philosophie à Paris. » Ces rédempteurs étaient partis 
à la fin de juillet i448 : à cette date s'était tenue une assem- 
blée à Saint-Germain-PAuxei'i'ois, après le sacre de l'évêque 
de Paris, Guillaume Chartier. « Et là fut ordonné qu'on irait 
rachepter des chrétiens qui étaient es mains du soldan , aux- 
quels on faisait souffrir moult de martyres; et le deuxième 
ou troisième jour après ce (22 juillet) partirent de Paris aucuns 
frères de Saint-Mathurins et autres pour aller audit voyage 
piteux 6 . » Le Bourgeois de Paris veut dire sans doute que, 
dans un sermon, les futurs rédempteurs furent recommandés 



1. Le P. Dan, Hittoire de Barbarie (1637), p. 488. 

a. Aubbatus Mihaeus, Opéra Diplomatica, t. IV, p. 3g i. 

3. Le P. Dan, Les plus illustres captifs, t. I, p. 357. 

4. C'est vers cette date (t3qi) que se place le plus ancien rachat des 
captifs coddu par le D r Lambert, celui de Thomas Ëlie, de Berre, par Gal- 
bert, de la Merci [L'Œaore de la rédemption des captifs à Toulon, p. 65). 

5. Chartalariam L'niversitatis..., t. IV, pp. 75-76. 

6. Le Bourgeois de Paris, édit. Tuotey, p. 446- 



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LES PLUS ANCIENS RACHATS DE CAPTIFS. 3a5 

à la charité des fidèles. Le terme de soldait, qu'on emploie 
généralement pour désigner le soudan d'Egypte, doit signifier 
un souverain musulman quelconque. Rien n'empêche donc 
d'admettre, avec Figueras', que les Mathurins et les « au- 
tres », c'est-à-dire des Trinitaires d'un couvent différent de 
celui de Paris, allèrent à Grenade. L'un des rédempteurs 
devait être Raoul Duvivier, qui fut élevé ensuite à la dignité 
suprême de l'ordre. A leur retour, le 16 mai i45r, dit 
Guillaume Cuisselet, chroniqueur de Saint-Victor, « on ran- 
gea les captifs devant le porche, pour qu'on les vît en entrant 
et en sortant de l'église. » Cette visite au couvent avec qui 
l'ordre de la Trinité avait tant d'affinités était un acte de cour- 
toisie traditionnelle. Gaguin, dont les dix-huit ans s'étaient 
enthousiasmés à ce spectacle, en devint lui-même acteur 
quinze ans plus tard, en ramenant des captifs de Grenade. 

Il faut sauter près d'un siècle pour arriver à des détails 
inédits et au récit de i54o, signalé par M. d'Arbois de Jubain- 
ville {Voyage paléographique dans les archives du départe- 
ment de l'Aabe)\ quoique fragmentaire, il nous fait vivement 
regretter la perte du reste, ainsi que la rareté des récits 
analogues. Quel attrait n'auraient pas de simples impres- 
sions de voyage à travers la France du seizième siècle! 
quelles dates précises ne fourniraient-elles pas à l'archéo- 
logue 1 

Les quatre minisires élus par le chapitre général de i53o 
sont partis au printemps suivant, après avoir reçu la béné- 
diction du général. Ils chevauchent, avec de l'argent el des 
marchandises, accompagnés d'un seul serviteur; passant à 
Lyon, où ils ne comptaient pas s'arrêter, ils y sont retenus 

i. Chronicon, p. iBa. 



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326 l'ordre français des trinitaires. 

les 7 et 8 mai, et fouillés par les sergents préposés à la 
garde de la Porte du Rhône : il était défendu, en effet, de 
faire sortir de l'argent du royaume, sans la permission du roi, 
et le religieux qui portait la sauvegarde royale était parti en 
avant : on fit courir après lui. A la suite de cette singulière 
aventure, les trois rédempteurs restants sont emprisonnés 
et leur argent est confisqué. Heureusement, un négociant de 
Lyon, nommé Garni., leur apporte une riche offrande; c'est 
toujours une consolation, en attendant le retour du porteur 
de la sauvegarde. Les sergents furent « ébahis » à la vue de 
la lettre royale et ne surent que faire. Pour justifier leur pro- 
■ cédé arbitraire , ils convinrent avec les rédempteurs que 
ceux-ci rapporteraient, au retour, leurs comptes en règle, 
à peine de confiscation de l'argent qui n'aurait pas servi à la 
rédemption. Cette obligation de compte rendu serait donc 
née d'un incident absolument fortuit. 

Profitant de ce séjour à Lyon, les rédempteurs passèrent, 
- le 9 mai i5&o, une convention ' avec Garin, leur bienfaiteur 
de la veille. Sur r,56o écus d'argent, ils lui en donnèrent 1,000 
pour le transport maritime et les dépenses à effectuer en 
Barbarie, gardant le reste pour leurs frais d'aller et de re- 
tour en France. Le voyage de retour des esclaves était fort 
' long et comportait, par conséquent, des dépenses assez 
fortes. Garin fera savoir, quinze jours à l'avance, au couvent 
trinitaire d'A\ignon, quand le navire sera prêt pour trans- 
* porter les rédempteurs à Alger, à Bougie ou à Collo ; deux 
mois seulement de station en Barbarie sont stipulés. 
Enfin, nos religieux sortent définitivement de Lyon. Vers 



1 . Elle est mentionnée par plusieurs arrêts du Parlement de Parie rendus 
en faveur des Trinitaires. 



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LES PLUS ANCIENS RACHATS DE CAPTIFS. 3s7 

SainL-Symphorien d'Ozon, ils voient venir au-devant d'eux le 
ministre de Limon, hameau qui avait une église trinitaire 
dédiée à Notre-Dame. N'entrant point à Vienne, ils pénè- 
trent dans la vallée de la Gère, bordée de moulins « d'une 
saulvaige sorte ». A Moirans, ils approchent des monta- 
gnes du Dauphiné, si hautes qu'ils croyaient que c'étaient 
des nuées. Au passage du Drac, dont il note la rapidité, le 
journal s'interrompt, et nous ne connaissons ni la suite de 
l'itinéraire des rédempteurs, ni la raison de ce détour en 
Dauphïné. 

En 1578, Bernard Dominici, récemment élu général, opéra 
lui-même sa visite en Espagne. Il demanda combien il y avait 
d'argent en chaque couvent pour la rédemption des captifs ; 
îl trouva quelques deniers « divertis de leur but, les fit res- 
tituer et mettre en lieu sûr, défendant d'y toucher à l'avenir. 
Le chapitre provincial se tint au mois de novembre a Gre- 
nade;' beaucoup de discours y furent prononcés, il y eut de 
nombreuses argumentations, l'Espagne étant remplie de reli- 
gieux très instruits. Le chapitre décréta que l'argent de la 
rédemption fut rassemblé avant le -24 juin 1679. Bernard 
Dominici alla présenter ses respects au roi catholique, au 
Pardô, et celui-ci approuva l'ordonnance du chapitre. Jean 
Gil, que le supérieur de l'ordre avait nommé procureur géné- 
ral, et Antonio de la Bella, ministre de Baeça, furent char- 
gés de la rédemption. Ils ramenèrent, en i58o, cent quatre- 
vingt-six « tant chrétiens que chrétiennes », plus quelques 
saintes reliques. Le sixième sur la liste des chrétiens rachetés 
est Michel de Cervantes, âgé de trente-huit ans, natif de 
Alcala de Hénarès'. 

1. Discours du rachapl... effectué par l'ordonnance du R. P. frire 



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3 38 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRES. 

C'est encore en Espagne, à Alicunte, que mourut de la 
fièvre, au retour du voyage de rédemption, un profès de 
Saint-Mathurin, nommé Noël Payebien ' (7 novembre i5oa). 

En 1602, le P. Thiéry, minisire d'Arras, ramena soixante- 
douze captifs de Gran, en Hongrie. Ce voyage resta célèbre 
par la venue en France de quatre Turcs, qui se firent baptiser. 
L'un d'eux vivait encore cinquante ans après, comme curé 
aux environs de Metz 1 . 

Il n'y eut pas d'autre rachat effectué par les Français 
avant i635. Le défaut d'argent, déjà allégué comme excuse 
par François Bouchet, procureur général de l'ordre, dans son 
discours au pape Grégoire XIII en 1575, et les divisions de 
l'ordre trinitaire en sont la cause. Désormais les rédemp- 
tions sont parvenues à l'état adulte, pour ainsi dire, et les 
ressources que l'on pouvait y consacrer sont parfaitement 
connues. 



Bernard, général de l'ordre... Paris, chez Guillaume Chaudière, i58i. 
Bibliothèque Mazarinc, 37218, pièce i5, 

1. Obitnaire des Matharins, au 7 novembre. C'est tout ce que nous 
savons de ce voyage. 

2. Le P. Cauxte, Corsaires et Rédempteurs, p. 3ifi. 



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CHAPITRE II. 



Ressources des Trinitaires pour la rédemption. 



i° Prélèvement sur les biens de l'ordre. 

Le tiers des revenus de chacun de leurs couvents, obligatoi- 
rement affecté au rachat des captifs, était recueilli primitive- 
ment par des taxatores envoyés tous les ans '. De plus, lors- 
qu'ils étaient en voyage de rédemption, les religieux devaient 
consacrer à cette œuvre pieuse la totalité de ce qui leur était 
donné. Chaque couvent eut un tronc des captifs, qui recevait 
cette taxe du tiers et des legs particuliers faits pour la rédemp- 
tion. Conformément aux statuts de i3ia, Pierre de Bourry, 
général de i357 à 1373, voulant faire un rachat de captifs, 
se fit remettre les sommes recueillies par tous les ministres 
de l'ordre. 

On pensa ensuite à désigner, dans chaque province, un 
couvent qui centraliserait les aumônes faites pour la rédemp- 
tion et les taxes du tiers des petits couvents : ce tronc aurait 
trois clefs, l'une pour le provincial, l'autre pour le ministre 

i. Statuts anonymes, n° 3i. Rutebeuf semble y faire allusion dans ces 
vers relatifs aux Trinitaires : 

« De quanqu'il ont l'année pris 

« Envoient outre mer membre les pris. » 



■doyGoo^Ic 



33o l'ordre français des trinitaires. 

particulier, la troisième pour un religieux du couvent (statuts 
de 1429). Le couvent des Mathurins de Paris demeura le 
trésor central de la rédemption. 

La quotité du prélèvement, malgré toutes les affirmations 
produites dans les polémiques du dix-septième siècle, est tou- 
jours restée fixée au tiers : ces statuts de i4 2 9i imprimés 
en r586, avec les annotations de Jacques Bourgeois, portent 
expressément (page 45) : praecipimus diclam taxations* 
tertiae partis anno quolibet de cetero in generali capitula 
illi qui super hoc commissus fiierit totaliter et intègre 
persolvi*. La stricte perception du tiers était déjà hors 
d'usage, mais les religieux ne l'avouaient pas publiquement. 
En voici deux exemples. 

Le i5 septembre i534, une taxation avait été faite par 
Nicolas Musnier, général, pour la Provence : Tarascon devait 
payer 9 écus ; Marseille et Avignon, 8 ; Lorgues, 6 ; La Motte 
du Caire, 4 ; Digne, Lambesc et Arles, 3. Les couvents de 
Saint-Etienne sur Tinée et de Notre-Dame de Limon ne figu- 
raient pas sur cette liste 1 . 

En 1601, François Petit permit aux provinces d'Espagne 
de prélever pour le rachat des captifs, sinon le tiers, au moins 
une quotité la plus voisine possible du tiers 3 . 

Un des résultats de l'enquête du cardinal de La Rochefou- 
cauld (i638) est d'avoir fuit constater que, sur 33,544 livres 
de revenus, les quatre provinces payaient seulement 199 livres 



1. Cette disposition est approuvée le 19 avril i5?3 et le 17 mars 1S70; 
le chapitre décide que l'on rachètera des captifs cum pingaior forluna loti 
ordini saccetterit. 

a. Trinitaires d'Arles, registre AA (début). 

3. Pièce i46. Jean de Saint-Félix reconnaît aussi que, pendant un certain 
nombre d'années, la province de Castille fut dispensée du prélèvement total 



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RESSOURCES POUR LA RÉDEMPTION. 33l 

de taxes. Le procureur général des captifs 1 Claude Ralle, 
secrétaire de Louis Petit, critiqué" sur cette expresse déroga- 
tion à la règle, ripostait à la fois en se défendant et en atta- 
quant; la défense était bien plus faible que ['attaque. 

Les taxes ne sont pas nouvelles, disait-il ; elles ont été 
fixées par les chapitres généraux — or nous avons vu les 
prescriptions édictées par ceux de i^ao et de i5y3 — et auto- 
risées par les bulles des papes (il se gardait bien d'en citer 
aucune). Que dire encore de cet argument : On a renoncé à 
prélever le tiers, parce que, dans certains couvents, les reve- 
nus étaient insignifiants? 

Où Claude Ralle semble reprendre son avantage, c'est 
quand il avance que, si les Réformés avaient mis réellement 
de côté le tiers des captifs, comme ils prétendent y être 
obligés, on aurait eu, en trente ans, 20,000 livres de plus. 
Sans doute, ce n'est pas là une excuse pour les mitigés, mais 
il était vrai de dire que les Réformés, tant de Provence que 
du Nord, n'avaient pas non plus leurs comptes en règle; au- 
cune taxe n'y figurait pour les captifs. Plus d'une fois même, 
Us empruntèrent les biens de cette œuvre 5 , sans doute avec 
l'intention de les restituer, pour payer une dette urgente. 

A ce point de vue, les deux branches mitigée et réformée 
se valaient, il était donc à prévoir que rien ne serait changé 
à cette déplorable situation. Maigre les ordonnances du car- 
dinal de La Rochefoucauld, les « odieuses » taxes persistè- 
rent; le chapitre général de i65i décida de les doubler, ce 



. t. Ce dignitaire, à la nomination du chapitre général, était le plus sou- 
vent â vie. 

î. Ainsi, en 1790, les Trinilaires de Tarascon devaient à l'œuvre des cap- 
tifs 888 livres, empruntées pour acheter le fer nécessaire à- la réparation de 
la façade de leur église! 



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33a l'ordre français des trinitaires. 

qui était peu de chose encore. Au dix-huitième siècle, la taxe 
annuelle subsistait ; elle était de 27 livres à Metz, de i3 à Mor- 
tagne, de 12 à Beauvoir, de g à Soudé. 

L'année où se faisait un rachat, il y avait des contributions 
exceptionnelles : au moment de la rédemption du Maroc, en 
1763, nous voyons les religieux de Toulouse retirer les fonds 
nécessaires pour participer à cette œuvre. Ils avaient précisé- 
ment reçu un legs de 2,000 livres ; l'exécuteur testamentaire 
se déclara prêt a les verser, « pourvu que le chapitre lui 
donnât les assurances convenables et un pouvoir spécial à 
quelqu'un d'eux, pour recevoir et faire quittance des dites 
2,000 livres et par là canceller le testament ' m. Cette année-là, 
le couvent de Mortagne dut payer 100 livres pour les captifs 1 . 

D'ailleurs, la centralisation des fonds ne se faisait pas tou- 
jours à cette date ; avec le temps, le système de rachat s'était 
modifié, la rédemption générale se changeant en rédemptions 
particulières et beaucoup de couvents, comme ceux des Pays- 
Bas, gardant à leur disposition leurs propres ressources. 

Les Trînitaires Déchaussés du Midi n'imitèrent pas le relâ- 
chement de leurs confrères du Nord. Le 3o août 1775, le visi- 
teur provincial trouvait, dans le tronc du pauvre couvent de 
Faucon, 232 livres 10 sous qu'il envoya dans la caisse géné- 
rale de Paris (à ce moment, la province déchaussée n'avait 
plus d'existence autonome); il ajouta avec raison : « Nous 
avons admiré le zèle de la communauté pour cette œuvre. » 
On mettait dans le tronc le produit de la vente des scapulaïres 
distribués aux confrères, les dons provenant de la charité des 
fidèles, le tiers du luminaire du jour de la Trinité; le coffre 



1. Trinilnires de Toulouse, Registre des rentes, pp. a8-ag. 
a. Archives de l'Orne {Inventaire), H 3i83. 



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HESSOURCES POUR LA RÉDEMPTION. 333 

à trois clefs recevait le produit du tronc des captifs. En 
juillet 1780, le provincial trouva encore 3o livres 12 sous et 
exhorta les religieux « à ne point négliger une oeuvre qui fera 
toujours la gloire et le bonheur de l'ordre ' ». 

2° Les tournées de quête des religieux. 

Les taxes de l'ordre étaient complétées par les tournées de 
quête, très nécessaires, attendu que les Trinitaires n'avaient 
pas de couvents partout. Le ministre eut d'abord seul le droit 
de quêter, et seulement dans son district 1 ; comme il ne 
pouvait sans inconvénient s'absenter trop fréquemment de 
son couvent, on imagina les tournées de quêteurs Trinitaires. 

De faux quêteurs prenaient abusivement l'habit trinitaire 
pour se faire remettre des aumônes. Une bulle de 1228 per- ' 
mit aux Trinitaires d'emprisonner ces escrocs. En i46i, Pie II 
chargea des évéques d'excommunier Louis Hurtado, laïque de 
Tolède, qui se prétendait faussement Trinitaire et quêteur 3 . 
Gagtiin, voulant présenter sous un mauvais jour les Pères de 
la Merci, rivaux des Trinitaires, les compare à ces mendiants 
valides, échappés de la cour des miracles. 

Toute quête devait être autorisée par l'évêque. Les curés 
étaient tenus de bien recevoir les quêteurs trinitaires munis 
de la permission épiscopale ; ils devaient leur délivrer les legs 
faits pour la rédemption, sans qu'eux ou les héritiers eussent 
le droit d'en rien retenir (voir la bulle du 1" avril i343, 
que je prends pour type, commençant par Querelam gravem). 



1. Archives des Basses-Alpes, Registre des Trinitaires de Faucon, H 17, 
p. 9- 

ï. Statuts anonymes, n" 29. 

3. Bekhaiu>ih de Saikt-Antoink, Bullaire, pp. i83-i86. 



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334 l'ordre français DBS triwtaires. 

Il était permis par les bulles Gratum Deo, si les quêteurs tri- 
mt aires arrivaient dans un lieu où régnait l'interdit, d'ouvrir, 
une fois, les portes de l'église en leur honneur, et d'assister 
à leur prédication ; s'ils se trouvaient en concurrence avec 
d'autres religieux, ils recevaient la préférence. 

Ces tournées de quête étaient fort caractéristiques en Espa- 
gne, ou la publication de la rédemption se faisait d'une façon 
solennelle. Les religieux, à dos de mulet, s'avancent deux à 
deux, précédés par des joueurs de trompette, de cymbale el 
de flûte : ce privilège est spécialement confirmé aux: Trini- 
taïres par Philippe II, le 22 mai 155g 1 . Un des futurs rédemp- 
teurs porte la bannière qui sera appendue au mât du vais- 
seau rédempteur; il est accompagné d'un héraut qui demande 
aux administrateurs de chaque localité s'il y a des captifs à 
racheter et s'il y a des aumônes. Alors, on montre aux reli- 
gieux les testaments des défunts ; les rédempteurs ont droit, 
en effet, aux quintos, aux mostrencos et aux algaribos. Lors- 
qu'un homme était mort intestat, la cinquième partie {quinto) 
de ses biens appartenait de droit aux rédempteurs. Sur les 
biens de ceux qui étaient morts sans insérer dans leur testa- 
ment un legs pour la rédemption, on donnait aux rédempteurs 
une somme équivalente au legs le plus élevé 1 fait par le dé- 
funt. Les detamparentados étaient ce qui restait des biens du 
testateur, après le paiement de tous les legs faits à des per- 
sonnes déterminées. Les algaribos ou mostrencos étaient les 
biens dont le maître était inconnu, comme les objets trouvés 



1. Pièce i23 : « Con pendones y trompetas. » Cf. Bbanardin u Saikt- 
Antoine, f°« i3S-i4o *•. 

a. De même, Julien de lu Rovére, voulant enrichir l'hôpital Irîoitaire 
d'Avignon, ordonna que toute personne fût lenue de loi léguer au moins 
5 bous {novembre 1481). 



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RESSOURCES FOUR LA RÉDEMPTION. 335 

non réclamés ou les épaves'. Ces testaments étaient affichés 
dans les églises, ainsi que l'annonce de la rédemption. 

Les rédempteurs prennent l'indication du nom des captifs, 
de leurs parents, de leur âge, de l'aumône spéciale pour leur 
rachat, s'il y a Heu. 

En France, les quêtes doivent être autorisées par le roi ou 
par le Parlement. Louis XI, le 3 juin i464, donne aux Trini- 
t aires des lettres dans ce but 3 ; le Parlement d'Aix enregistre 
leurs bulles le 16 décembre i528 8 . Les cours souveraines se 
montrèrent parfois rebelles à la volonté royale, pour les 
quêtes trinitaires : le Parlement de Toulouse, notamment, 
au temps d'Henri IV, voulut réserver aux Pères de la Merci - 
le droit de quêter dans son ressort. 

Le P. Lucien Hérault s'adressa directement en i645 à 
Anne d'Autriche, pour quêter dans tout le royaume, en vue 
de son second et dernier voyage de rédemption ♦. Sa re- 
quête fut favorablement accueillie. De même, lors de la 
visite de la reine Marie-Thérèse à Tournai en 1667, les Trini- 
taires prirent prétexte de la fête pour lui recommander leur 
prochaine rédemptions- 
La permission générale du roi n'excluait pas celle de l'évê- 
que diocésain. Quand Pierre Mercier donna pouvoir au 
P. Etienne Doyneau de faire des quêtes par tout le royaume 
(3 juillet i665) 6 , il avait dû préalablement s'entendre avec 

1. Exemples : Analecta jaris pontijicii, XIV, 8a5; Bullaire des Trini' 
taires (i3 novembre ifao), pp. 156-157. Ces deux ouvrages ne sont pas 
d'accord sur le sens respectif tfalgaribo et de moslrenco. L'interprétation 
de l'auteur trinilaire paraît préférable, à cause de sa compétence spéciale. 

a. Trinitaires d'Arles (pièce 171 des liasses). 

3. Pièce 112. 

I\. Pièce 190. 

5. Les continaateart de Luret, t. Il, col. 961. 

6. Mention dans le catalogue de Yflist. de France (Bibl. mit.), art. Ld«. 



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336 l'ordre français des trinitaires. 

les ordinaires. C'est aux évèques que s'adressent les pauvres 
esclaves dont le P. Hérault recueillit les plaintes, afin qu'ils 
ordonnent des quêtes eu leur faveur. Les Statuts de 171g 
mentionnent qu'un frère par province devra être désigné par 
le général pour prêcher sans cesse dans les diverses villes et 
y recueillir des aumônes (p. 43). Un Recueil de mandements 
fut publié à Tours, en 1734, en faveur de l'œuvre du rachat. 
En général, l'évêque s'adresse au religieux Trinitaire qui re- 
çoit le privilège de quêter, après en avoir été chargé par le 
chef de son ordre; du moins, il est souvent fait mention de 
ce religieux. Le droit de quête lui est accordé pour un an ou 
pour deux ans. Les quêtes sont centralisées chez un tréso- 
rier, tantôt laïque, tantôt ecclésiastique, surtout un cha- 
noine. Dans le recueil de 1734 ne figurent que des prélats 
des bassins de la Seine et de la Loire, car, par un arrêt du 
6 août i638, analysé plus loin, les provinces de France avaient 
été tirées au sort entre les Trinitaires et les Pères de la Merci. 
Un mandement de l'évêque de Poitiers (i5 avril 1727) est 
à signaler, car U mentionne une lettre du ministre Pont- 
chartrain, informé par l'ambassadeur Desalleurs qu'il y a 
cent cinquante esclaves à Gonstantinople, désespérés parce 
que le fonds de la rédemption est uniquement destiné à la 
Barbarie et même y suffît à peine. Dans le rôle envoyé par 
Desalleurs, il y a des Poitevins, et l'évêque intervient pour 
ces malheureux, ordonnant à chaque curé de faire la quête 
lui-même ou par un préposé, et de centraliser les fonds chez 
Mathieu Cytoys, chanoine et chantre de la cathédrale'. Le 
P. Jehannot alla racheter ces captifs en i-j3i. 

1. Recueil de* mandement t, p. 12. — L'évêque de Sées stipule aussi 
que l'argent récolté servira à racheter un captif du diocèse. La rédemption 
était encore purement locale. 



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RESSOURCES POUR LA RÉDEMPTION. 337 

Les colonies françaises, qui ne paraissaient pas directement 
intéressées dans l'œuvre des rachats, y prenaient cependant 
part. En 1768, mourut à Saint-Domingue, au Cap Français, 
Romain Joseph Bois', profès de Rieux et député dans les 
colonies françaises de l'Amérique pour la collecte des aumô- 
nes en faveur des captifs. Le religieux marseillais Delon ' 
est, en 1780, commissaire désigné pour recevoir les aumônes 
des fidèles de l'Amérique. 

Les Trinitaires quêtaient aussi dans les pays étrangers. 
Le 20 février idS-j, Charles-Quint leur en accorda la permis- 
sion, « attendu la ruine, désolation et diminution de leurs ren- 
tes et maisons de leur dit ordre, en noslre dict conté ». 
Cependant les Trinitaires n'avaient jamais eu de couvent en 
Franche-Comté 3 . Le a3 août 1 576 , Antoine Lullier , de 
Besançon, adressa à la ville de Dole un mandement pour 
faire délivrer aux procureurs de l'ordre le montant des au- 
mônes déposées dans les troncs de Noire-Dame de Dole pen- 
dant le jubilé, soit io3 francs n sols, monnaie de Bour- 
gogne 4 . 

De même, en Lorraine, la duchesse douairière et le comte 
de Vaudemont, tuteurs de Charles III, permirent aux Trini- 
taires de quêter dans leurs états 5 (8 octobre i55i). 

Jusqu'ici, nous n'avons vu que des quêteurs religieux ou 
députés par les religieux. Un exemple de quêteurs voton- 



1. Archives nationales, IX iSfii, f° 29 v°. 

2. Trinitaires de Marseille, registre 11, p. i5. 

3. Claude Delesme, Recueil des édits el ordonnances de Franche' 
Comté, Dole, t5-jo, p. 325. 

4- Archives municipales de DOIe, n° io3o (communiqué par M. André 
Pidoux). 

5. Mention : Trinitaires de Montmorency (Archives de Seinc-et-Oise, 
1 n liasse). 

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338 l'ordre français des trinitaihes. 

t aires mérite d'être recueilli. Les Trinitaires Déchaussés 
venaient de s'établir à Vienne, en Autriche, où ta rédemp- 
tion des captifs était une œuvre très appréciée, à cause des 
fréquentes guerres contre les Turcs. En 1690, la comtesse 
Jeanne de Harrach écrivit, sur un album, les noms des plus 
riches membres de la noblesse viennoise, s'inscrivit en tête 
pour une somme fort considérable, et alla de palais en palais 
pour rassembler des aumônes 1 . La pieuse tradition se per- 
pétua; car sur soixante-trois captifs délivrés en 1776, vingt- 
quatre durent leur liberté aux générosités de l'illustre maison 
de Liechtenstein. En Espagne, la noblesse prenait aussi une 
pari active à la fondation et à l'entretien des hôpitaux des- 
tinés aux captifs. 

En regard de ces régions si généreuses, il y avait des pays 
spécialement interdits à nos religieux ; plusieurs fois, en Cata- 
logne, les Pères de la Merci eurent le crédit d'empêcher les 
Trinitaires de quêter, argument dont le Conseil d'Etat se ser- 
vit en 1610 pour refuser l'extension du droit de quête aux 
Pères de la Merci. Mais ces empêchements ne furent jamais 
qu'accidentels. 

Au contraire, dans les Etats de l'Eglise, l'interdiction de la 
quête aux ordres rédempteurs dura près de deux siècles. 
Il existait à Rome, depuis 1 264» une confrérie de Sainte-Lucie 
du Gonfalon, qui n'avait pas de but bien déterminé; au sei- 
zième siècle, le pape Grégoire XIII la chargea du rachat des 
captifs et lui donna le monopole * de la quête dans Les Etats 
Romains. Sixte-Quint lui permit même de quêter en dehors 
de ces limites. Les Trinitaires établis à Rome, où ils ne pou- 



1. Bulletin Trinilaire de décembre 1900. 

a. C'est ce que les historiens trinitaires d'Espagne appellent la privative. 



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RESSOURCES POUR LA RÉDEMPTION. 339 

vaienl avoir que ce qu'il leur fallait pour vivre, soutinrent 
en ijo3 contre cette confrérie un grand procès, dont l'issue 
est inconnue. Le 21 janvier 1749 seulement, Benoît XIV per- 
mit aux Trinitaires de quêter dans les Etats de l'Eglise. 

3° Les rentes. 

Au dix-huitième siècle, une très grande partie des res- 
sources trinitaires consistaient en rentes ou en immeubles. 
Bunel, avocat au Havre, fut chargé par le procureur général 
Gâche de vendre une maison, possédée en cette ville par 
l'Œuvre des captifs de Paris, moyennant une rente foncière 
et non rachetable de 3oo livres (i4 février 1778); cette oeu- 
vre avait un budget distinct de celui du couvent. 

Certains legs étaient versés une fois pour toutes, comme 
les 600 livres de Pastourel de Montpellier (1706)' et les 
5oo livres d'Etienne Genève, huissier en la Cour des comptes 
de cette ville (i653). 

Guillaume Belin, prêtre et ex-chancelier de l'église d'Amiens, 
léjrua 4<w livres de rente pour le rachat des captifs d'Abbe- 
ville, de Saint-Valéry sur Somme, des bourgs de Criel, du 
Tréport et d'Ault par préférence ; les religieux devaient s'en- 
tendre avec les échevins de ces villes et les marguilliers de ces 
bourgs 1 . 

Jean Baudart, vicomte de Caen, avait laissé aux captifs une 
rente de 10 écus (i636). Elle ne fut pas payée régulière- 
ment, d'où un procès où le célèbre Patru plaida pour les 
Mathurins le 9 janvier 1648 3 . 

1. Pièce a53. 

t. Archives nationales, registre LL i545i p- ?3. 

3. Bibliothèque de Marseille, ms. iîi6, p. 190. Autre legs, par Elisabeth 
Bérsude, aux Trinitaires d'Arles en 1637. Registre AA, p. ig3. 



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34o l'ordre français des trinitaires. 

Une renie spéciale était constituée par la Caisse des Rayon- 
nais. Denis Dusault, célèbre par ses négociations en Bar- 
barie, avait par son testament, le 34 mai 1721, destiné aux 
captifs une rente de t,5oo livres : la somme devait être dé- 
posée dans un coffre à deux clefs, dont l'une appartiendrait 
au chef de la famille, l'autre au trésorier des captifs à Bayonne. 
S'il ne se trouvait pas de Bayonnais à racheter, les i,5oo livres 
devaient être annuellement partagées entre les deux ordres 
de la Trinité et de la Merci. Le petit-neveu du testateur, 
Noël Dusault d'Onzac, ayant assigné cette rente sur l'hôtel 
de ville de Bayonne, devenu insolvable, dut se reporter à la 
lettre du lesLament de son grand-oncle et délivrer aux deux 
ordres la jouissance du legs, alors réduit à 1,200 livres 1 
(3i décembre 1746). 

Il faut mentionner ici quelques libéralités extraordinaires, 
comme celle du pape Innocent XII : il légua ^0,000 écus 
pour la rédemption des captifs, qui fut opérée en 1701 par les 
Trinitaires Déchaussés et donna la liberté à cent quarante et 
un chrétiens 3 . 

i. Archives nationales, S 4*4 ■• 

a. Trinmphu* mi*ericonliae,p. 128. 



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CHAPITRE III. 



Les marguilliers, auxiliaires laïques 
des Trluitaires. 



Quoique l'organisation complète des marguilliers n'appa- 
raisse qu'au dix-septième siècle, il est à présumer qu'ils exis- 
taient depuis longtemps. Dès t36o, un ministre de Marseille 
afferme le produit des quêtes pour les captifs à deux négociants 
de Toulouse; à Tarascon, en 1429 et en i44o, Rolet, maître- 
précepteur de Saint-Antoine, achète à Jean Téte-d'Or, prieur 
de la maison de la Sainte-Trinité de Tarascon, le droit de 
quêter pour les captifs, à raison de 3 florins par an 1 . Cela 
paraît tout à fait analogue aux commissions de quêteur qui 
seront délivrées au dix-septième siècle. Des projets, dressés 
au seizième siècle en vue de la rédemption, mentionnent for- 
mellement ces marguilliers 1 . 

Au cours d'un procès entre Trinitaires et Pères de la Merci, 
un certain Canton publia (8 février i638) un opuscule ou il 
ne se prononce ni pour l'un ni pour l'autre ordre, puisque 
l'essentiel des ressources rédemptrices doit être l'argent déposé 
dans les « bassins » de toutes les paroisses du royaume. Dans 



1. Ces indications, tirées des archives notariales de Tarascon (Bouches- 
dn-Rhûne), m'ont été fournies par Ma Charles Mmirret (1429, Chapati; 
i44o, Mura tari). 

a. Bibliothèque nationale, manuscrit français 15721. 



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342 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAJRES. 

chacune, dit cet auteur, il doit y avoir des marguiliiers laï- 
ques : ce n'est pas le devoir des religieux de faire ces quêtes; 
de plus, ils ne sont pas assez nombreux pour les faire dans 
toutes les paroisses. Le marguillier fera a courir les bassins » 
chaque dimanche, sans préjudice d'une quête générale une 
fois l'an ; pour le prix de cette charge, il donnera 4° sous, le 
commissaire qui investira le marguillier ne les exigera pas s'il 
ne les veut donner de bonne grâce ; mais alors, il ne jouira pas 
des exemptions du logement des gens de guerre et ne sera 
pas dispensé d'être séquestre, consul, tuteur et curateur '. Les 
divers habitants seront annuellement marguiliiers chacun à 
leur tour. Par contre, le commissaire établi dans chaque dio- 
cèse sera perpétuel 3 . Canton exagère le rendement probable 
des bassins, puisqu'il compte cent vingt mille bourgs en 
France devant donner 20 sous pour la quête des moissons 3 
et 20 sous le reste de l'année, ce qui ferait 2^0,000 livres 
par an. 

Un seul quêteur à la fois pouvait convenir, mais l'évêque 
d'Uzès prétendit, à la session de 1647 des Etats de Langue- 
doc 4 , que les Pères de la Merci 5 établissaient parfois plusieurs 
bassiniers dans la même ville, ce qui augmentait les impôts 
pesant sur les autres habitants. 



1. Voir lettre» du roi (18 janvier 1527) dans Germain, /.'œuvre de la ré- 
demption de* captif» o Montpellier, p. 35, et celles du 5 janvier i643den» 
Crédot, Bulletin de tu Société hittoritjuc de Pirigord, t. VI, p. 5oi. Voit 

encore Chamiand, Quitta dans le Briançonnait pour la rédemption 

(Bulletin de la Société d'étude* de* Haatet-Alpe», iS84, pp. t\i i-4i8). 

2. Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 6828, foi 383-387. 

3. Cf. Archives départementales de l'Ariège, Inv. B 137, p. 89, « quête 
es temps des moissons et vendanges ». 

4. Histoire de Languedoc, t. XIII, col. 264. 

5. Les prieurs-quêteurs de la Merci étaient remplacés chaque année le 
3o août, fêle de saint Raymond Nouât (Dr G. Lambert, oaor. cité, p. $3). 



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LES MARGUILLIERS. 343 

Il pouvait arriver, en effet, que l'on demandât une commis- 
sion de quêteur uniquement pour s'exempter de charges pen- 
dant un an; le procureur général des captifs avait donc fort 
à faire pour ne point commettre de double emploi et bien 
.spécifier les avantages assurés au bénéficiaire. 

Les lettres délivrées aux marguilliers des paroisses, ainsi 
que le P. Gâche, procureur des captifs à la fin du dix-huitième 
siècle, le fait sans cesse remarquer, comportent « l'exemption 
du logement des gens de guerre, la dispense de toutes gardes 
et séquestration de biens meubles et immeubles, de curatelles 
et tutelles, de la charge de consul ». Mais elles ne compren- 
nent pas l'exemption de la corvée pour les grands chemins, 
ni de la garde bourgeoise (lettre du ro septembre 1 778), ni de 
la milice (17 avril 1780)'. 

A la fin du dix-huitième siècle, cette organisation des mar- 
guilliers est portée à son plus haut point de perfection. 
Dans un certain rayon, un commissaire général des quêtes a 
le droit d'en nommer dans chaque ville. L'étendue des 
fonctions des commissaires dépend de leur zèle et de leur 
capacité. Arlhial, négociant à Marsac, près Ambert, a pour 
six ans les diocèses d'Autun, Dijon, Saint-Fiour, Ciermout, 
Langres, Chalon, Nevers, Auxerre (26 mai 1779) : le Puy lui 
fut retiré parce que les privilèges des Trinitaires n'étaient point 
enregistrés au Parlement de Toulouse(2! février 1780). 

A Bourges, il n'est point nécessaire de choisir des quêteurs 

spéciaux, l'abbé Pinturel se chargeant de tout; en 1770, il 

envoie 916 livres le ?4 mars et a,4oo autres le 1 1 mai suivant. 

Rien n'est plus variable que la profession de ces commis- 

1. Cette correspondance, la plus ancienne qui ait été conservée sur cette 
matière, étant classée par ordre chronologique dans le registre H 3989 des 
Archives nationales, je me contente d'indiquer la date des lettres. 



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344 l'ordre français des tributaires. 

saires. A Agen, c'est un teinturier, Lausun, qui est chargé de 

s'occuper des quêtes (20 janvier 1779). 

La commission de quêteur devait être enregistrée gratis au 
greffe de la sénéchaussée et devant le lieutenant particulier 1 . 
En 1721, les Trinitaires se plaignant qu'en Rouergue l'enre- 
gistrement n'eût point été gratuit 1 ., une déclaration royale lit 
droit à leurs réclamations et ordonna aussi que chaque quêteur 
fût porteur de la lettre patente et de l'homologation du Parle- 
ment et de la Cour des aides. 

Les commissions expiraient avec le général : en mai 1780, 
à la mort du P. Pichault, il fallut les renouveler toutes. 

Le commissaire avait le droit d'exiger du nouveau mar- 
guillier 12 livres pour sa promotion (c'était le taux à Agen). 
Mais à Grenoble, l'abbé Champ, curé de Saint-Laurent 3 , exi- 
geait a4 livres. « Nous craignons, écrivit Gâche, qu'on ne 
nous soupçonne de faire un commerce d'une œuvre de charité 
et que ceux qui fournissent cette somme croient avoir acheté 
le droit de jouir des privilèges attachés à leur commission 
sans en exercer les fonctions h (i3 janvier 1778). Il conseille 
donc de délivrer gratuitement ces commissions. 

Les commissaires recevaient pour les quêteurs les homolo- 
gations du Parlement el de la Cour des aides (ai février 1783), 
des livres de confrérie à 5 sols pièce, des {scapulaîres à 
110 sols les cent, d'autres scapulaires brodés avec or et ar- 



1 . Aux Pays-Bas, on appelait ces quêteurs des placelé*, à cause du plactt 
a donner par le Conseil de Brabant. 

a. Cf. Bibliothèque nationale, F* 85o3, On se réfère aux lettres données 
pour les Pères de la Merci en 1716. Les officiers de la généralité demandaient 
35 ou 4o livres pour l'enregistrement. 

3. En 1774, il établit, pour quêter à Saint-Martin de Queyrières, diocèse 
d'Embrun, Pierre Fauve, qui recueillait annuellement a 7 livres. (Cua- 
bhand, loc. Ct't.) 



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LES MAHGUILMERS. 345 

cent à ro écus les trente (ou à 20 sous pièce). « Au reste, 
pour le prix, nous ie laissons à la volonté des personnes qui 
en demandent, a écrit Gachc à Arlhiat (5 août 1778). 

Ce dernier commissaire éprouva un sérieux ennui. Deux 
faux quêteurs s'étant dits ses mandataires, M. du DefTaut, 
lieutenant-colonel de la maréchaussée à Clermont-Ferrand, 
donna ordre un peu légèrement d'arrêter Arlhiat. Le P. Gâ- 
che s'en plaignit, le 27 juin 1781, à M. de Castries, ministre 
de la marine. Il fut remis en liberté, car on a encore des 
lettres à lui adressées en 1782 et 1783. 

Le procureur des captifs s'oppose, en principe, à ce qu'il y 
ait plus d'un quêteur et d'une paroisse par ville; la quête 
étant faite tous les dimanches, la multiplicité des quêteurs et 
des paroisses eût diminué les offrandes. C'est donc avec peine 
qu'il consent à établir une seconde caisse à Notre-Dame de 
Beaune, alors qu'il y en a déjà une à l'Hôtel-Dieu. 

Bien souvent, de vives compétitions s'élevaient entre ceux 
qui voulaient se faire investir des fonctions de quêteurs. 
Gâche propose à Arlhiat de lui soumettre à lui-même ces no- 
minations, en cas d'embarras, aimant mieux s'exposer per- 
sonnellement à la rancune de l'éconduit. Ecrivant, le 19 juin 
1780, au baron de Lanlhonnye, à Tulle, Gâche propose aussi 
de nommer les quêteurs sur sa présentation, quitte à les 
refuser dès qu'il y en aura assez. Le commissaire Lausun, 
d'Agen, délivrait les brevets de quêteur pour trois ans; il 
préférait donner plusieurs paroisses à un seul qu'en nommer 
dans chaque paroisse. 11 devait les astreindre à faire la quête 
aux jours marqués, à rendre compte chaque année et révo- 
quer les négligents. 

Les quêteurs rencontrèrent quelques difficultés dans l'Est : 
les lettres royales du 24 février 1776 furent enregistrées par 



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346 l'ordre français des trinitaires. 

le Parlement de Nancy le 25 novembre 1777, avec des restric- 
tions fâcheuses : les religieux, disait-on, feront la quête par 
eux-mêmes le plus possible ou par des délégués qui ne pour- 
ront jouir d'aucun privilège, et l'emploi de tout l'argent sera 
contrôlé. Le P. Gâche, écrivant à Huem, Trinitaire de Metz, 
exprime la crainte qu'on ne puisse trouver des quêteurs assez 
désintéressés (28 mai 1778). Ces restrictions étaient le prélude 
de la suppression générale des privilèges des quêteurs , le 
28 septembre 1782, par arrêt du Conseil d'Etat '. C'était la 
mort des quêtes : beaucoup de préposés « remercièrent m et 
il ne se présenta personne pour les remplacer. A partir de 
cette date, la correspondance du procureur des captifs se 
réduit à l'accusé de réception des sommes envoyées par les 
couvents. 

La clause d'un traité conclu en 1663 à Tunis, par Biaise de 
Bricard 1 , nous donne à entendre que l'argent recueilli par les 
marguilliers avait pour destination spéciale le rachat des 
Français pris sous pavillon étranger et non déserteurs. 



1. IsAHBsnT, au mol qiiMe. 

a. Plantkt, Correspondance... de Tunis, t. I, p. 169. 



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CHAPITRE IV. 



Les Confréries de la Rédemption, 



Dans un ouvrage imprimé à Lyon en 1667, le P. Caignet 
définit la confrérie « une société de plusieurs fidèles qui , de 
l'autorité -du supérieur ecclésiastique, sont unis en la partici- 
pation de quelques spéciales faveurs spirituelles 1 ». Primiti- 
vement, les confrères s'entendent simplement pour célébrer un 
office annuel ou « luminaire » à certains jours, comme le 
dimanche de la Trinité ou le jour de Sainl-Roch, pour prendre 
des dévotions trinitaires. En 1 36g, Gassenetle Duplessis lègue 
une terre près de l'église de la Trinité d'Arles, afin d'y faire 
construire une maison pour les prieurs et les confrères 1 . A 
cette date, le but assigné à la confrérie d'Arles est aussi bien 
l'entretien de l'église et la restauration de l'hôpital que la 
rédemption des captifs 3 . En i586, François Bouchet, commis- 
saire et réformateur général de l'ordre en Italie, permet au 
ministre de Naples l'établissement de confréries destinées à 
faciliter la construction de ce nouveau couvent 4 . 



1. La sainte Confrérie sous le titre du Rédempteur, p. 1, 

2. L'acte est passé en présence du ministre et des deux prieu 
confrérie (Bibl. Nat„ n. acq. lat. i3i5, p. 458). 

3. Bibl. d'Arles, ras. iyy, p. 106. 

4. Pièce [38. 



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348 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRES. 

Ce n'est donc que relativement tard que se spécialisèrent les 
confréries trinitaires. La tentative de nos religieux pour leur 
donner une antiquité reculée est vaine. Calvo ' le reconnaît 
(p. 37) : <i La bula en que fnocencio III concedio facaldad a 
los ghriosos patriarcas para fundar cofradias no se en- 
cuentra. » De même, la bulle de 1219, permettant d'admettre 
comme confrères ceux qui donnent une partie de leurs biens, 
n'est pas très probante. Raymond de Pallas, qui publia en 
i685, à Marseille, une Institution de la sainte Confrérie', 
rapporte à i584 l'institution du tiers ordre, que la définition 
de Michel Caisrnel semble assimiler à la confrérie; la plupart 
des confréries que nous connaissons datent d'ailleurs du dix- 
septième siècle. 

Ce n'est pas à dire qu'antérieurement les Trinitaires ne se 
soient pas adressés aux fidèles pour leur recommander la ré- 
demption des captifs et leur apporter des indulgences, que 
chaque p,ape à son tour renouvelait. Au seizième siècle, on en 
composait déjà de vrais recueils. 1-e plus ancien que j'aie ren- 
contré est intitulé le Pardon général de, la sainte Trinité et 
Rédemption des captifs (i5ii). Il a été publié par M. Rouver, 
dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, en i8o3, 
et peut être résumé ainsi : 

Les infidèles ont mis à feu et à sang des terres chré- 
tiennes (sans doute allusion au sac d'Otrante par Bajazet II, 
en 1496). Les « nobles seigneurs » de l'ordre de la Sainte- 
Trinité, « ordonnés de Dieu » pour passer outre-mer, ont 
racheté beaucoup de chrétiens (en i5o5); afin de se procurer 
d'autres ressources, ils sont allés trouver le pape Jules II, 

1. Calvo est le plus impartial des historiens trinitaires et ce détail moutir 
sa franchise. 

a. Bibliothèque de Marseille, CK 80 26. 



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LES CONFRÉRIES DE LA REDEMPTION. 349 

qui leur a ouvert les trésors de l'église, c'est-à-dire les indul- 
gences : car, même dans les années de jubilé {aux termes 
d'une bulle de M74), elles ne sont point suspendues pour les 
T militaires. Le pape accorde aux bienfaiteurs la permission 
« d'élire » un confesseur ' qui puisse les absoudre tous les 
ans, sauf des cas réservés au Saint-Siège, et, une fois en leur 
vie, leur conférer l'absolution générale, sans remise des peines 
du purgatoire. II donne cette absolution générale à tous les 
bienfaiteurs qui mourraient dans l'année. L'entrée dans la 
confrérie coûte 3o deniers par personne 2 et la cotisation est 
de 5 deniers par an. Pour l'Espagne, Diego de Gayangos de- 
manda des équivalents en monnaie du pays ; l'entrée fut 
taxée à un réal d'argent, la cotisation annuelle étant d'un 
demi-réai. 

Ces confrères recevaient, au dix-huitième siècle, un diplôme 
du général des Trinitaires, qui les faisait participants des 
indulgences accordées par le Saint-Siège « en prodigieuse 
multitude 3 », comme s'exprime Claude de Massac, qui spécifie 
que son ordre est établi pour le rachat des esclaves catholi- 
ques 4 . « L'habit de ces confrères, dit M. Veuclin, était une 
casaque blanche, marquée de croix rouges et bleues », autre- 
ment dit un scapulaire, qui ressemblait à ceux des religieux. 

En i554, le provincial de Caslille demanda que le scapu- 
laire de Un avec croix bleue el rouge des confrères comportât 



1. Le concile de Trente et Clément VIII (7 décembre i6o4) exigent que ce 
confesseur soit approuvé par l'ordinaire (Ballairc, p. 108), 

a. Ce droit était de 2 francs à Paris en i4o3 (Charlalariarn CnioertilaiU, 
t. IV, p. 76). 

3. Ballaire, pp. 307-209 (13 mai 1492). 

4- Les nominations de confrère de l'ordre de la Merci sont à peu près 
semblables. La Bibliothèque de l'Arsenal en possède une formule, imprimée 
pour Cloud Cheviilard, vicaire générai de la Congrégation à Paria. 



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35o l'ordre français des TIUMTAIRES. 

les mêmes privilèges que le scapulaire de laine porté par les 
Frères de l'ordre '. Le pape y consentit, le g janvier i555'. 
Ce scapulaire est un morceau carré de laine blanche, avec 
deux petites bandes, l'une bleue, l'autre rouge; outre la taxe, 
les fidèles doivent envoyer à Home, au couvent de Saint- 
Charles-des-Qualre-Fontaines, des aumônes pour le rachat des 
captifs 3 . 

On pouvait encore aider à cette bonne œuvre par l'achat de 
livrets d'indulgences. Un recueil de 1602 est taxé â trois ma- 
ravedis la feuille au profit des captifs*. Il est fait mention 
aussi de cette destination dans le Livre des privilèges et in- 
dulgences, publié par Claude Ralle. 

Indépendamment de la grande confrérie où tous les fidèles 
pouvaient entrer, il y avait, en divers lieux, des réunions 
plus restreintes à recrutement local portant ce même nom. 

Toute confrérie de la rédemption des captifs devait être 
confirmée par l'évêque ou son vicaire général. En 1686, un 
Trinitaire Réformé, procureur des Captifs, Bruno le Clerc, 
ayant demandé à l'archevêque de Vienne l'autorisation d'éri- 
ger lui-même des confréries partout où il serait nécessaire, le 
prélat lui permit seulement de recueillir les quêtes dans les 
lieux où les confréries ont été établies et non d'en ériger de 
nouvelles 5 (11 mai 1686) 



1. Le port (le ce scapulaire était pour les confrères la condition néces- 
saire du gain des indulgences (bulle du ag août 1716). 
a. Bullaïre, pp. 257-208. 

3. GninALDi, Les Congrégations romaines, p. 53g. — La taxe est de 
3 5 centimes. 

4. Lu institution y Jandac.ion y snmario de indidgencias del orden de 
lu S. T. Salamancn, 1602 (Bibl. Nul., H i5388). 

5. Manuscrit de Lyon 282 (ronds Conte), pièce 226. I/ëvêquc donnait son 
mandement pour faire publier les indulgences (Annuaire de l'Yonne, 1898, 



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LBS CONFRERIES DE LA RÉDEMPTION. 35 1 

Dans les villes où les Trinitaircs n'avaient pas de couvent, 
ces confréries sont érigées dans des églises d'autres religieux 
ou dans des paroisses. On en voit à Vienne (Isère), à Dole, 
à Besançon, à Dijon, à Amiens ', à Saint-Omer 3 , aux Sables- 
d'Olomie, à Saînt-Àubin-le-Guichard (Eure), etc. 

Cette dernière, étudiée par M. Veuclin 3 en 1886, s'occupa 
depuis j64g de la rédemption des captifs; elle était présidée 
par des chefs qu'on appelait rois (ce terme existait aussi à 
Douai, au dire du P. Ignace); ses membres, au nombre de 
treize, étaient alternativement rois. Le rot venait, chaque 
année, rendre compte de sa gestion au général de l'ordre, à 
Paris. 

11 y avait aussi des confréries de la rédemption dans les 
Pays-Bas*. Celles de Saint-Eloi de Dunkerque 5 et de Gand 
furent particulièrement célèbres : Tournai en avait même 
deux, une à Saint-Quentin et une à Saint-Brice. Deux exis- 
taient aussi à Bruxelles; celle de Notre-Dame-de-ia-Chapelle 



pp. îjï-îth). (1 entendait les comptes de la Confrérie des captifs de Mar- 
seille, d'après un arrêt du Parlement d'Aix du 13 février i6gi. 

i. Elle existait encore le 3o avril 1791. Un chanoine de la cathédrale, offi- 
ciai du diocèse, en était administrateur (Arch. nat., S 4278, n*> 22). 

2. [44 livres furent données pour honoraires d'un mémoire pour les cap- 
tifs eontre les confrères de la Saiate-Trinilé à Saint-Omer (5 sept. 1781). 
fbid. 

3. Le même auteur a publié aussi : Docame/tts concernant /es Confré- 
rie» de charité normande»; Evreux, 1892. 

4- Voici la liste des plus connues : Anvers, Ath, Binche, Braine-Ie- 
Comle, Bruxelles, Ecaussine-Sainle-Aldegonde, Louvain, Malines, Gram- 
mont, Lodelinsart, Eghesée, Spontin, Mouslier-sur-Sambre, Namur (Notre- 
Dame et Sainte-Croix), Lierre, Soigniea, Perwez, Tiriemont. La plupart 
avaient été érigées par le P. Bernard Paradis, ministre d'Orival, vers 1750. 

5. Voir dans les publications du Comité Flamand : Annales, t. II, pp. i3i, 
319, 3&7; Bulletin, t. II, p. 357, avec l 'indication de manuels d'indul- 



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352 l'ordre français des trinjtaires. 

remontait à i3o.o, mais les Trinitaires ne s'y étaient implan- 
tés qu'en 1 644- II n'est presque aucune ville belge qui n'en 
ait eu- Le 3o octobre 1771, par suite d'une dépêche du 
37 juillet précédent, leurs recteurs reçurent du gouvernement 
impérial le questionnaire suivant : Y a-t-il, dans votre ville, 
des confréries de la rédemption? Quelles sont leurs ressour- 
ces? Rendent-elles des services? En cas de suppression, que 
faudrait-il faire de leurs biens? Les réponses, nombreuses et 
intéressantes, constatent que la plupart des confréries son! 
riches. Celle de Gand, de trois en trois ans, distribue, comme 
dividende, des deniers qui excèdent le fonds fixe des captifs. 
Elle a un fonds de réserve de 6,000 florins, qui pourrait suf- 
fire à la rédemption de sept ou huit captifs; or elle n'en a 
racheté que trois ou quatre depuis trente ans (avril 1773). 

Celle de Mons n'a pas de revenus fixes ; elle dépense beau- 
coup en argenterie et en ornements; les quêtes du jour de 
la Sainte-Trinité et de l'octave de Sainte-Agnès sont réservées 
au rachat des captifs; les « mainbours » remettent ce qu'ils 
ont au supérieur de Lens (ou à celui d'Audregnies) sans don- 
ner de compte (18 novembre 177 1). 

Les confréries de Namur, écrit le curé Dupaix, sont « des- 
tituées de revenus fixes » et n'ont aucuns biens-fonds. La col- 
légiale n'a qu'une rente « rédimable » de 5o ou 60 florins et 
les quêtes. Les petites confréries de la campagne (Lodelin- 
sart, Eghesée, etc.) remettent leurs recettes au ministre 
d'Orival, établi comme receveur par le général' (i4 sep- 
tembre 1771)- 

Sur l'utilité de ces confréries, les réponses sont généra- 



1 . Bernard Paradis avait recollé a5,ooo livres e 
déjà reçu 9,000 autres en 1763. 



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LES CONFRÉRIES DE LA REDEMPTION. 353 

lement négatives. Il y avait très peu de captifs à racheter 
dans les Pays-Bas. Pourtant la confrérie d'Anvers, qui avait 
en dépôt ïï5,ooo florins confiés par des Hollandais qu'on ne 
nomme pas, pour ne pas les compromettre, a racheté un capi- 
taine et son équipage. Mais elle ne s'est pas servie du canal 
des Trinilaires et a envoyé des lettres de change à Marseille. 
On a recours aussi à des banquiers qui font tenir l'argent 
au procureur général de l'ordre, à Paris. 

Parfois se manifeste la défiance contre les religieux. On 
demande qu'aucun argent ne leur soit donné ', on exprime le 
souhait que tous les potentats de la catholicité s'unissent pour 
mettre fin à la piraterie, car ces rançons atteignent un prix 
exagéré qui excite la cupidité des pirates. 

Quant aux biens de ces confréries, quelques curés vou- 
draient bien les voir dévolus à leurs œuvres. La Table des 
pauvres de Gand demanderait, en cas de suppression de 
celle-ci, l'excédent de la confrérie Saint-Nicolas", car « ces 
pauvres sont une espèce de captifs ». A Tournai, on propo- 
sait de soutenir a les familles honnêtes dont les affaires se- 
raient dérangées » et les prisonniers pour dettes, ou même 
de secourir les veuves des militaires, etc. 



i . a Nous avons remarqué que des sommes nolables des fonds des confré- 
ries se dissipent en aumônes à des Trinilaires ou de soi-disant tels, ou à 
d'autres mendiants pour la rédemption de leurs parents ou amis, qui tous le 
plus souvent ne sont que des vagabonds et coureurs de pais qui emprun- 
tent ce dehors pour d'autant mieux réussir dans le fainèantùme et la men- 
dicité; du moins est-il moralement certain qu'ils dépensent les argens qu'ils 
reçoivent peadaot leurs courses et qu'il n'en oient aucune partie â ta 
destination, i U P. Daumerie répondit point par point à cette diatribe. 
Pièce 329. 

2. La confrérie était encore en 178g en relations avec MM. Gimon frè- 
res, à Marseille, et leur donnait des ordres pour racheter à proportion de 
leurs fonds. 



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354 l'ordre français des trinitairgs. 

A part ces exceptions, tous les correspondants des conseil- 
lers enquêteurs Huvlen et Lîmpens disent qu'on tarirait les 
charités du peuple en changeant la destination des fonds. 

Un curé de Namur propose comme remèdes aux abus d'as- 
signer un district aux quêteurs, de leur donner gratuitement 
un placet tous les trois ans, d'autoriser le placeté à se faire 
rendre compte par les mainbours des confréries, qui rece- 
vraient une quittance. Le doyen de la collégiale de Namur, 
homme très capable, centraliserait le produit des confréries; 
chaque année, il transmettrait le produit au gouvernement, 
qui statuerait sur sa destination. Il serait interdit aux main- 
bours de remettre les aumônes à d'autres qu'aux placetés. 
Les collecteurs contrevenants seraient punis comme voleurs. 

En même temps que les couvents trinitaires furent suppri- 
més, tous leurs biens sans exception et tous les produits des 
confréries durent entrer dans la Caisse de Religion, Jo- 
seph II avant déclaré que les deniers seraient employés au 
rachat de ses sujets des Pays-Bas qui, sans être au service 
d'une puissance étrangère, auraient eu le malheur de tomber 
dans la captivité des Barbaresques. 

Par un hommage rendu à nos religieux, le Comité de 
la Caisse de Religion s'informa de quelle manière ceux-ci 
procédaient au rachat. Pour quelques années, on possède le 
tableau des enquêtes faites par ordre du Comité. Brandel, 
agent du commerce de Sa Majesté l'empereur et roi à Alger, 
envoie une liste de douze esclaves ; une enquête est faite 
dans le pays d'où ils prétendent être : dans le nombre, trois 
sont Flamands, deux Luxembourgeois, un des pays rétro- 
cédés ' ; les autres sont ou déserteurs ou étrangers. 

i. Archives de la Caisse de religion, carton z4>- 



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LES CONFRERIES DE LA REDEMPTION. 355 

Après les confréries des Pays-Bas, les plus importantes se 
fondèrent dans la Provence, où elles étaient bien plus néces- 
saires. Le 25 juin 1637, dès l'établissement des Trinitaires à 
La Cadière, il est spécifié qu'ils érigeront une confrérie et 
que les deniers qui leur seront « aumônes » seront employés 
au rachat des captifs, de préférence à ceux de la Cadière. 
En i645, Raymond de Pallas érigea une confrérie à Salon, 
où les Trinitaires n'ont jamais eu de couvent'. 

Les confréries d'Arles 1 et de Marseille méritent une men- 
tion particulière, à cause de leur caractère spécial de Com- 
pagnie de Pénitents. A Arles , les Pénitents noirs , fondés 
d'abord dans l'église des Carmes, vinrent en i54o, afin de 
concourir à la réception des captifs, s'agréger à l'ordre de 
la Trinité. 

La confrérie des Pénitents blancs de la Trinité de Mar- 
seille est liée trop intimement à ce couvent pour être étudiée 
ici en détail. Un de ses membres lui a d'ailleurs consacré, 
en i853 3 , un rapport qui nous renseigne suffisamment. Les 
démêlés nombreux de ces Pénitents avec nos religieux n'au- 
raient point dû faire oublier à ces derniers que, grâce à 
l'existence du Bureau de la rédemption à Marseille, les Tri- 
nitaires ne souffrirent pas de la concurrence des Pères de la 
Merci. Un religieux de cet ordre avoue de bonne grâce, dans 
une lettre écrite en 1708, que les Trinitaires recueillent 
m écus à Marseille, pendant que les Mercédaires en ramas- 
sent péniblement un dans le reste de la Provence. 

1. Pièce ig3. 

2. Je ne parle que de celles de la rédemption des captifs, car il y avait 
aussi à Arles une célèbre confrérie de Saint-Roch, dont les reliques se trou- 
vaient dans l'église des Trinilaires. 

3. Je dois celte brochure à la haute bienveillance de M. l'abbé Ollivier, 
vicaire général de Marseille. 



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356 l'ordre français des tri.\«taires. 

Le Bureau de la Rédemption suivit, en 1776, le couvent Iri- 
ni taire dans sa descente au quartier Saint-Ferréol. Il confia 
maintes fois ses fonds aux religieux pour le rachat de captifs 
marseillais déterminés, sans préjudice de nombreuses avan- 
ces. En 1791, les Trinitaires étaient encore redevables au 
Bureau de 21,400 livres, du fait de leur dernière rédemption. 

La Chambre de commerce de Marseille peut être rangée 
parmi les plus utiles auxiliaires des Trinitaires. C'est au 
député du commerce que nos religieux envoient l'argent des- 
tiné à un rachat particulier. Les membres de la Chambre, 
mettant leur zèle au service des Trinitaires, s'inscrivirent 
maintes fois dans les quêtes générales 1 et s'occupèrent, 
notamment en 1785, de faire le change très difficile de la 
forte somme nécessitée par le rachat de trois cent quinze 
captifs. 

les pièces 33i, 335, 336. 



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CHAPITRE IV. 



Conllits entre Trinitaires et Pères de la Merci. 



L'ordre de la Merci, souvent confondu avec l'ordre des Tri- 
nitaires ou considéré à tort comme une simple « réforme » de 
celui-ci, resta, on ne sait pourquoi, plus populaire. Le Bré- 
viaire romain de i685 appelant saint Jean de Matha et Saint 
Félix de Valois premiers fondateurs des Pères de la Merci, 
ceux-ci protestèrent très vivement. Bossuet, prononçant le 
panégyrique de saint Pierre Nolasque dans l'église des Pères 
de la Merci de Paris, a retracé brillamment la vie légendaire 
du saint et la beauté de l'oeuvre de la rédemption, mais il 
ne semble pas se douter que la première idée de l'institution 
d'un ordre rédempteur n'appartient point à son héros. 

La date de l'institution de l'ordre de la Merci, fixée au 
10 août 1218 par ses historiens, a été ramenée à mi et 
même à 1228, en raison des concordances fournies par les 
dates bien établies de la vie du dominicain saint Raymond 
de Pennafort. Donc, vingt-cinq a trente ans après la fonda- 
tion de l'ordre de Saint-Jean de Matha, un gentilhomme de 
Languedoc, Pierre Nolasque, piqué d'émulation, fonda à Bar- 
celone une congrégation mi-laïque, mi-religieuse, qui fut mise 
sous le vocable de Notre-Dame de la Merci et reçut de l'évê- 
que Bérenger de la Palu (assez singulièrement revendiqué 



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358 l'ordre français des trimtaires. 

comme Trinitaire par le P. Calvo) l'hôpital de Sainte-Eulalîe, 

ce qui fait que les Pères de la Merci sont parfois appelés de 

Sainte-Eulalie. Les bulles des papes, notamment celle de 

Grégoire IX, du mois de janvier i23.'i, sont adressées : Petro 

Nolasco magistro ho&pitalis Sancle Eulalie apud Barchi- 

nonem. 

Jusqu'en i3 17, le maître général de la Merci fut laïque; au 
dix-huitième siècle encore, cet ordre, semblable à d'autres 
corps religieux espagnols, aimait à se dire ordre militaire. 
Il fut honoré d'une protection spéciale par le roi d'Aragon, 
qui lui donna pour armes l'écu d'or timbré de sa couronne'. 

Les Pères de la Merci sont très fiera du vœu spécial, imposé 
-'par leurs constitutions, de rester -en otages pour faciliter la 
rédemption, mais il est juste de remarquer que les Trini- 
taires, sans être obligés par un semblable vœu, ont su faire 
à l'occasion preuve de dévouement : quelques-uns sont même 
morts en captivité, comme le P. de Monroy en 162a, et le 
P. Hérault en 16^6. Ce « quatrième voeu 3 » a magnifiquement 
inspiré Bossuel : « S'il manque quelque chose au prix [de la 
rançon], dit l'orateur, il offre un supplément admirable : il 
est prêt è donner sa propre personne; il consent d'entrer 
dans la même prison, de se charger des mêmes fers, de subir 
les mêmes travaux. » 

Les Trinitaires virent d'un mauvais œil cette fondation des 
Pères de la Merci. Est-il vrai de dire qu'ils avaient négligé 3 
la rédemption des captifs en Espagne? Tout nous fait croire 



1. Elle portait quatre pain rouçes, appelés d'ordinaire la* enatro barrât 
sangrientts de Aragon. 

2. Il s'ajoute auv trois vœnœ ordinaire* (pauvreté, chasteté, obéissance). 

3. Penia, biographe de saiut Raymond de l'ennafort en 1601, le croit : 

captt'i'Oram redimendi considerabal negligentiam. 



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CONFLITS AVEC LES PÈRES DE LA MERCI. 359 

le contraire. Il y avait assez de captifs à racheter en Espagne 
pour qu'il ne fût pas trop de deux ordres pour s'en occuper. 
Sans parler ici de la lutte littéraire où chaque ordre écrivit, de 
son côté, l'histoire religieuse espagnole du treizième siècle, il 
y eut, dès le quatorzième siècle, dans ces royaumes, des con- 
flits à l'occasion des quêtes entre les deux ordres rédemp- 
teurs. Les religieux de l'ordre de la Merci, plus spécialement 
espagnols (le chapitre général se tenait deux fois de suite en 
Aragon, la troisième fois en Castille ou en Navarre), eurent 
plutôt l'avantage en Espagne. A la fin du dix-huitième siècle, 
les Trimtaires combattaient encore juridiquement le prétendu 
patronage royal et la « privative » de racheter, soi-disant 
donnée aux Mercédaires. 

Sur ces premiers conflits, les Trinitaïres ont été peu expli- 
cites. Gaguin a parlé, dans une phrase d'ailleurs peu claire, 
d'une lutte avec les Frères de Sainte-Eulalie vers i36o, au 
sujet du couvent de Burgos. Dès cette époque , les deux 
ordres étaient tous deux en possession des mostrencos et des 
quintos 1 , en vertu de privilèges communs. Mais il y en avait 
de spéciaux, à l'occasion desquels s'exerçait l'ingénieuse riva- 
lité des concurrents. Les Trinitaires venaient, par exemple, 
trouver le roi de Castille ou même le pape, qui aimablement 
leur accordait un privilège. Les Pères de la Merci venaient se 
plaindre de cette concession aux Trinitaires comme leur por- 
tant préjudice. Alors, le roi trouvait un motif de « subreplion », 
fondé sur l'omission de quelque clause dans la requête des 
Trinitaires pour révoquer le privilège de ceux-ci, et en con- 
férait aux Pères de la Merci, etc. Ce jeu de bascule dura 
deux siècles; chacun des ordres rivaux, « par une hahi- 

l. Voir l 'avant-dernier chapitre: 



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36o l'ordre français des tributaires. 

tude ordinaire aux quêteurs, mit la faux dans la moisson 
d'autrui' ». Enfin, l'Espagne fut unifiée; l'Aragon et la 
Castille n'eurent plus qu'un maître. En i5a7, Charles-Quint 
fit une louable tentative pour réconcilier les deux ordres. Le 
3o juillet* fut signé à Valladolid, entre trois Trinilairea 
et trois Mercédaires, un traité en dix-sept articles « pour la 
paix et la tranquillité entre les parties » ; il contenait les sti- 
pulations suivantes : 

Il y aura fraternité entre les deux ordres. Les bassins 
h mostrencos » et « algaribos m seront également répartis et 
l'Espagne sera partagée entre eux. 

Pour les biens communs, lorsqu'un des deux ordres ne fera 
pas de rédemption, il sera fait un compte spécial. 

On ne pourra prêcher deux tournées de suite avec les mêmes 
bulles. 

Si les deux ordres font simultanément un rachat, les quê- 
teurs respectifs seront au moins à 80 lieues de distance. 

Chaque ordre invitera son concurrent aux processions qu'il 
fera. 

Les deux ordres se communiqueront leurs privilèges. 

Chacun aura deux prédicateurs généraux de la rédemption, 
qui feront un sermon sur la bulle commune. 

Aucun ne dissipera à son profit l'argent de la rédemption. 

Chacun aura des troncs dans ses couvents; les dons de 
moins de 100 maravédis ne seront point partagés. 

Les frais des privilèges apostoliques seront payés en 
commun. 



1. Bibliothèque de Marseille, ms. I3i3, pp. s43-î46 et 2^-161 (extraits 
d'auteurs de l'ordre de la Merci). 

3. Diego de Turrani, Jean de Hcrrcra, Antonio de Zarita, Trinilairea; 
lnigo Portai, Francisco de Villa Garcia, Alonso de Zarita, Mercédaires. 



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CONFLITS AVEC LES PÈRES DE LA MERCI. 36 1 

Tout privilège particulier sera nul. 

Les procureurs des deux ordres jureront d'observer la trans- 
action. 

C'est à cette solution de l'égalité que la France allait s'ar- 
rêter, un siècle plus tard, car l'ordre français était natu- 
rellement en excellente situation dans son propre pays. 

La France avait vu, dès le quinzième siècle, des conflits 
entre Trinitaires et Pères de la Merci. En i4i8, la commu- 
nauté de Marseille donnait un ancien couvent de Béguines ' 
â Pierre Guillaume, commandeur de Narbonne et procureur 
généra) de la Merci, qui s'engage.i à racheter de préférence des 
Marseillais'. En r4-74> ces religieux sont encore dans ce cou- 
vent 1 , mais c'est la dernière date où ils y paraissent. Peut-être 
ont-ils quitté Marseille à cause de l'hostilité des Trinitaires. 

A Avignon, où les Trinitaires étaient établis depuis i354à 
l'hôpital Sainte-Marthe 3 , les Pères de la Merci reçurent l'église 
de Notre-Dame des Miracles; le cardinal Julien de La Rovère, 
vice-légat d'Avignon (le futur Jules II), réunit les deux mai- 
sons en une seule pour desservir l'hôpital de Sainte-Marthe 4 
(perpetuo unimus, annectimus et incorpora/nus, protectores- 
que et redores in dicto hospitali depatamus et ordinamus). 
On ne sait quel fut l'effet de cette mesure. 

Les Trinitaires avaient alors pour grand-ministre Robert 
Gaguin, qui entama contre les Pères de la Merci une lutte 
acharnée, dont témoigne un petit poème, intitulé : De vali- 
darum per Franciam mendicantiam astutia rtsus. Ce nom de 



1. Belzunce, Antiquité de l'église de Marseille, t. III, pp. 43i-43a. 
1. Bibliothèque de Marseille, ras. 1216, p. 381. 

3. Voir la monographie de ce couvent. 

4. Noi;<ïL-iER, Histoire de l'église d'Avignon, p. 118, et Inventaire des 
Archives hospitalières (pièce communiquée par M. de Loye). 



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3f>2 l'ordre français des trimtajres. 

mendiants valides est une assimilation des Frères de Sainte- 

Eulalie aux faux estropiés de la cour des Miracles. 

Gaguin constate que les Pères de la Merci réussissent parce 
que les Français aiment à donner leur argent à des étrangers. 
Il se plaint que ses rivaux quittent leur costume sombre, orné 
des armes du roi d'Aragon, pour prendre un habit semblable 
à celui des Carmes. II conseille aux évêques d'écarter de leur 
troupeau ces loups, ces « mercenaires » (c'était le nom latin 
des Pères de la Merci, plus souvent appelés Mercédaires pour 
éviter un trop facile jeu de mots), qui transportent hors de 
France l'argent drainé en France, et le dépensent pour le 
rachat de captifs étrangers, ou le dissipent en débauches. 
_ Il rappelle aux Français que ce sont là des Barcelonais, des 
protégés du roi d'Aragon, l'un de nos pires ennemis'. 

Gaguin, qui usait avec verve de l'argument patriotique, 
ayant vu que les Pères de la Merci étaient en instance à Paris 
pour le partage des quêtes, accusa de faux certaines de leurs 
bulles, insinuation que les ordres religieux se rejetaient assez 
volontiers de l'un à l'autre (6 septembre i/|88). Des lettres 
d'état (c'esl-à-dire de sursis) lui furent accordées en décem- 
bre i48q à cause de son ambassade en Angleterre 1 . Il dut ga- 
gner ce procès, sans doute, car, en i5qq, les Pères de la 
Merci n'avaient pas encore reçu la permission de quêter. 

Peut-être faut-il attribuer à Gaguin une tracasserie faîte auz 
Pères de la Merci de Bordeaux. Sarransol de Dado, profes- 
seur de théologie, demanda, en i4q,3, au sergent ordinaire du 
roi en la sénéchaussée d'Aquitaine et au procureur du Parle- 
ment, acte des défenses que le vicaire général de l'archevê- 



. Bîbl. nat., ros. lai. 8772, f°» 1-6. 
. Arch. Nat., X»» i4g7, ft 34 r«. 



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CONFLITS AVEC LES PÈRES DE LA MERCI. 363 

que avait faites aux recteurs de Saint-Seurin, de Sainte- 
Colombe, et-., d'admettre à la communion les pénitents des 
Frères de la Merci avant qu'Us se fussent confessés à d'autres 
prêtres; de plus, le recteur de Saint-Michel de Bordeaux leur 
avait intimé la défense de prêcher'. Sortis victorieux de cette 
épreuve, les Mercédaires gardèrent leur couvent de Bordeaux, 
devenu très important et dont la bibliothèque était très consi- 
dérable. 

On ne sait ce qu'il faut croire d'une étrange histoire racontée 
par Figueras (pp. 546-55o), à savoir la tentative infructueuse 
d'union entre les Trinitaires et les Pères de la Merci en r<46i. 
Devant Jean Cluchunf?), notaire de Toulouse, auraient com- 
paru Gaguin et deux autres Trinitaires, qui avaient donné 
rendez-vous à des Pères de la Merci pour travailler à la réu- 
nion des deux ordres, sous peine de 1,000 livres d'amende à 
payer par les défaillants. Les Mercédaires ne se seraient pas 
présentés! François Macedo donne ainsi la raison de cette 
abstention:. On aurait tiré au sort, en présence de religieux 
des deux ordres, le nom de l'ordre nouveau qui serait fondé 
tous la dénomination de Trinitaires de la Merci ou Mercé- 
daires de la Trinité; le sort serait tombé sept fois de suite 1 
sur Trinitaires de la Merci, et, malgré cela, les Mercédaires 
n'auraient point voulu accepter cette décision ! 

Les Pères de la Merci ambitionnèrent bientôt le droit de 
quêter dans le Nord. Des lettres patentes du 19 avril i547 
détournèrent encore ce péril qui menaçait les Trinitaires. 

1. Arckioes hi$torique de la Gironde, t. XIII, pp. 96-99. 

2. Le 2 octobre i663, le secrétaire de la Congrégation îles Rites, sur la 
plainte des Pires de la Merci, défendit de réimprimer les pages i55-i58 du 
livre de Macedo, à moins de les conformer à la bulle du i" r mai 1601, sur 
la canonisation de saint Raymond de Peanaforl (Anulecta /un* poritijicii, 

t. vm, coi. 1140). 



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364 l'ordre français des trinitaires. 

a Et pour ce qu'il y a aucuns Relligieux de la Sainle-Eulalie 
de la Mercede en Cathalogne qui... s'efforcent et entremettent 
de nouvel de faire semblables questes en nostre dit royaume, 
soubz couleur et tillre de la Rédemption des dits prisonniers, 
se disans estre fondés de la dite Rédemption par les rois 
d'Aragon, en entreprenant sur les dits supplians et leur dite 
fondation... nous mandons et commettons à vous nos baïltiz, 
senechaulx et justiciers ou voz lieutenants que vous faictes ou 
fairez faire inhibitions et défenses de par nous... aus dits 
Relligieux de la Mercede, leurs procureurs, facteurs et entre- 
metteurs... que doresnavant ilz ne se entremettent de faire 
telles questes en notre dit royaulme '... » 

Par contre, le Parlement de Toulouse, soixante ans plus 
tard, maintint le syndic des religieux de la Merci en la faculté 
de quêter et de recevoir les legs, n'empêchant cependant pas 
les Trinitaires de quêter et de recevoir les legs, A condition 
d'observer la division de leurs biens en trois parties selon 
leur règle 3 (12 janvier 1606). 

En vain, le 27 février 1604, François Petit avait présenté 
une requête au Parlement de Toulouse pour évoquer le procès 
au Conseil. Il avait été passé outre. Le 18 avril 1608, cet 
arrêt de Toulouse fut cassé au Conseil d'Etat pour ce motif 
qu'il n'avait pas été fait droit à la requête de François Petit- 

Si l'on se rappelle à quel point était tombée en désuétude 
la séparation du tiers des revenus pour le rachat des captifs, 
on comprendra que la mercuriale du Parlement de Toulouse 
avait paru aux Trinitaires quelque peu menaçante. Le 1 1 sep- 
tembre 1610, le Conseil d'Etat rendit un arrêt contradic- 

I. Arch. Nal., S Ml. 

ï. Bmllon, Dictionnaire, de» arrêt», I. V, p. 644- — Le î8 avril, les Tri- 
nitaires avaient en effet requis le Parlement de Toulouse de quêter seul*. 



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CONFLITS AVEC LES PÈRES DE LA MERCI. 365 

toire maintenant aux Trinitaires le droit de quêter partout 
en France, d'autant plus qu'en 1609 on leur avait interdit, 
comme Français, de quêter en Aragon. Pourtant, les Pères 
de la Merci purent continuer à quêter dans les endroits de 
France oà ils auraient des couvents (ils n'en avaient point a 
Paris), à la condition de racheter de préférence des captifs 
français et à ne pas transporter, a divertir, ni mêler » cet 
argent avec celui des rachats d'Espagne'. 

Marie de Médîcîs régente appela les Pères de la Merci à 
Paris 1 (i6)3) leur conférant le patronage, puis la propriété de 
la chapelle de Braque, en face du vieil hôtel de Clisson; le 
2 février i6i4, elle alla visiter ce couvent. Déjà ces religieux 
avaient à Paris un collège, légué en i5i5 par Alain d'Al- 
bret, rue des Sept-Voies (aujourd'hui rue Valette), collège qui 
n'avait eu jusque-là qu'une misérable existence 3 . Cette seconde 
fondation parisienne fortifiait beaucoup leur position. En 1617 
les Trinitaires Réformés se voient refuser par leur général la 
fondation d'un couvent à Paris qui eût rétabli la situation. 
Avec les fautes que les Trinitaires commirent au début du 
dix-septième siècle, on ne peut s'étonner de la faveur crois- 
sante des Pères de la Merci. En vain Louis Petit opposa l'or- 
dre de la Trinité, fondé en France, à celui de la Merci, fondé 
en Aragon. Le a4 juillet i636, un arrêt du Conseil chargea 
les Mercédaires du rachat des captifs de Salé, en Maroc. Il 
s'ensuivit une campagne littéraire où les récits hyperboliques 
de Gîl Gonzalez d'Avila 4 sur les Trinitaires furent vivement 

1. Bibl. Mazariue, recueil 37218, 16" pièce, et factum Ld* 1 , n« 9, ra, 
i3(Bibl. Nat.), passim. 

a. Bibl. Nal., ma. lai. 17054, f" z3 : récil de la fondation du couvent de 
Paria, par le P. Jean Latomy. 

3. Ledehuann, Les Frères de Noire-Dame de la Merci, p. 37. 

4. Requête de Le Meunier, elc. Ld 43 , n° ta. 



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366 l'ordre français des trinitaires. 

critiqués par leurs adversaires. Enfin, le 6 août i638, par 
arrêt du Grand Conseil, les Pères de la Merci furent admis au 
partage des quêtes avec les Trinitaires : Paris et ses faubourgs 
restèrent indivis 1 ; les provinces furent partagées par la voie 
du sort. Les Trinitaires reçurent l'Ile-de-France, le Gâlinais, 
l'Orléanais, la Beauce, le Perche, le Maine, l'Anjou, la Picar- 
die, la Normandie, la Champagne, le Dauphiné, la Bour- 
gogne, le Nivernais, le Lyonnais, le Forez, le Beaujolais, le 
Poitou, la Touraine, le Berry, le Bourbonnais, l'Auvergne, 
le Limousin, la Marche, le Périgord, l'Agenais 1 . Le i4 mai 
1778, Louis XVI y joignit la Lorraine et les Trois Évêchés, 
l'Alsace, la Franche-Comté et la Corse. 

Les Trinitaires se plaignirent en vain de ce juste châtiment 
de leur négligence dans l'œuvre du rachat. L'arrêt fatal fut 
confirmé le 5 août i644 et en juin 16S0. En somme, les 
quatre Provinces leur restaient, plus le centre, dans lequel 
aucun des deux ordres n'avait de couvent, ce qui développa 
l'institution des marguilliers. En Bretagne, en Provence' 
et en Languedoc 4 , ils étaient annihilés par leurs concurrents. 

Durant les premières années qui suivirent l'arrêt, l'animo- 
silé entre les deux ordres fut extrêmement vive. Les Trini- 
taires Réformés et les Pères de la Merci firent presque simul- 
tanément une rédemption en r 644 ï les seconds avaient laissé 
en otage, pour dettes, le P. Brugière. Le dfvan d'Alger voulut 
faire payer au P. Lucien Hérault, Trinilaire, les sommes dues 



1. Dans un rachat commun, chacun des deux ordres devait en consé- 
quence payer la moitié du prix d'un esclave parisien. 

a. Le P. Cauxte, Vie de saint Jean de Matha, ï p éd il-, [>- 38i. 

3. Voir liasses de Marseille, pièce 61. 

4. Dés 1496, ils avaient renonce à quêter dans le diocèse de Nîmes. Les 
autres circonscriptions avaient été partagées avec les Pères de la Merci. 

Mknaud, Histoire de la aille de Ntme», 1. IV, pp. 48-49-) 



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CONFLITS AVEC LES PÈRES DE LA MERCI. 367 

par le P. Brugière. Sur son refus 1 , il fui jeté en prison el y 
mourut le 28 janvier i646. Ses confrères rendirent l'ordre de 
la Merci responsable de cette mort. La mésintelligence née de 
ces incidents perce dans la Vive foi, écrite par un Mercédaire, 
le P. d'Egreville 1 . Tout ce qui arrive de fâcheux à ce dernier 
lui paraît l'œuvre des Trinitaires, attachés à sa perte ; s'il 
met longtemps à trouver un bateau à Marseille, si à l'arrivée 
en Barbarie on dte à son navire les voiles et le gouvernail, 
c'est la faute « d'un adversaire de l'ordre à Alger » ou de 
religieux « que la charité chrétienne défend de nommer I » " 

Les Pères de la Merci songèrent à profiter des avantages '. 

qu'ils avaient reçus en Provence, où ils possédaient déjà un ; 

couvent à Toulon. II leur fallait s'établir à Marseille, centre de i 

la Rédemption, où les Trinitaires étaient fortement installés • 

avec leurs auxiliaires, les Pénitents Blancs. Les Pères de la J 

Merci, regrettant ce « séjour indispensable » autrefois quitté, 
adressèrent à la municipalité un très habile mémoire, où ils i 

rappelèrent leurs services, leur récente rédemption de i644j et * 

s'efforcèrent de désarmer toutes les préventions. Que deman- \ 

dent-ils? « Un petit lieu de refuge pour pouvoir... trafiquer 1 

tainctement avec les Turcqs et négotier au proffit des Esclaves J 

toutes les sommes qui se recueillent des questes de la moitié 
du royaume, a Mais il y a déjà les Trinitaires : « Il n'y a < 

point d'inconvénient que les deux ordres de la Rédemption ; 

soient établis... dans Marseille, aussi bien que dans plusieurs 
autres villes du royaume, comme Paris et Toulouse, où ils 
vivent paisibles de temps immémorial ; ils éviterotent ainsi les 
cabarets et autres lieux profanes, où ils sont obligés de loger 



. La victoires de la charité, Paria, 1646, p. i4>- 
-.. La Vit* foi, Bibi. Nat-, Lk* 181. 



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368 l'ordre français des trinitaires. 

par l'opposition des Pères de la Trinité, ce que leur zèle el 
leur charité ne debvroît jamais souffrir pour l'honneur du 
caractère et pour ne pas donner lieu eux mesmes à une éter- 
nelle ir réconciliât ion. » Comme preuve de « candeur et d'in- 
génuité », ils donneront une clef du dépôt aux Pénitents. S'ils 
s'entendaient tous les trois, on ne verrait pas des enfants de 
Marseille rester longtemps captifs; entouré de surveillants, 
chacun mettrait plus de conscience dans l'accomplissement de 
son devoir 1 (i652). 

Ces bonnes dispositions portèrent leurs fruits. Le 10 octo- 
bre 1657, les consuls réunissent, dans la salle de la maison 
commune, Philippe Maurel, ministre de Marseille, Antoine 
Audoire, commandeur de la Merci, Maurice Nègre, sous- 
prieur de la chapelle des Pénitents. Il est décidé que les 
Pères de la Merci auront un tronc et des bassins, maïs qu'aux 
processions des esclaves 1 , ils ne pourront amener que des Pé- 
nitents de la Trinité. Ils sont déchargés de l'obligation, impo- 
sée en i/|i8 et en i65s, de racheter annuellement deux Mar- 
seillais. Le tronc, réservé tout entier au rachat; fermera 
à trois clefs, gardées, une par les consuls, une autre par les 
Pères de la Merci, la troisième par les prieurs des Pénitents. 
Les religieux de la Merci pourront ériger une confrérie dans 
leur église. Le 16 octobre, le Parlement d'Aix homologua 
cette transaction 3 . 

Il y eut encore des discussions entre les ordres rivaux, 
comme en témoigne un mémoire au sujet du rachat des 

1 . Archives communales de Marseille, série GG. 

2. De même, le 2 juin 1684, les Déchaussés, représentés par leur provin- 
cial Luc de Saint-Jean, se virent imposer de ne quêter que dans leur église 
et de 11'avoir de bassins que pour les processions de leurs esclaves rachetés 
(Trinitaires de Marseille, reg. 4, p. 70)' 

3. md., reg.3, p. 86. 



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CONFLITS AVEC LES PERES DE LA MERCI. 36g 

esclaves à Tunis conclu le 20 mars 1666. Le P. Audoire, 
de l'ordre de la Merci, donne avis qu'un « vicaire général » 
des Mathurins apportait un fonds de 5o,ooo livres par le 
P. Héron, ministre de « Cerceau » (Sarzeau). « ïl y aura 
beaucoup à faire envers les Mathurins, qui sont obligés par 
leurs constitutions d'employer le tiers de leurs revenus pour 
le rachat des captifs '. 

En i683, Pierre de l'Assomption, procureur général des 
Déchaussés, obtint la suppression d'un folio d'indulgences de 
l'ordre de la Merci, parce que celles-ci étaient fausses 1 (sup- 
posîtitiae). 

Le 28 avril 1688, un arrêt du Conseil privé modifia la trans- 
action de 1657 relative à Marseille. Les Mercédaîres s'étaient 
entendus avec le ministre des Trinitaires, Philippe Maurel, 
pour le partage des legs généraux et la faculté de quêter le 
samedi assistés des Pénitents bleus. 

Les adoucissements de l'arrêt du 6 août i638 en faveur 
des Trinitaires ne s'appliquent bien entendu qu'à Marseille 3 . 
Partout ailleurs dans le Midi, ainsi qu'en Bretagne, il fut 
interdit aux Trinitaires de quêter. L'arrêt n'avait rien décidé 
sur les processions d'esclaves. En 1732, les Trinitaires 
de Toulouse ayant obtenu de l'archevêque la permission de 
quêter dans la procession des captifs ramenés de Conslanti- 
nople, le Parlement leur interdit de faire paraître ces esclaves 
en public et de quêter dans tout le ressort 4 . Le i5 octo- 

1. Archives du ministère des affaires étrangères, Afrique, n« 8 (Tunis), 
Fm 128-129. 

2. Bullaire de 1692, treizième bulle d'Innocent Xf. 

3. Par exception, l'assiette générale du diocèse de Nlines accorde 3oo li- 
vres aux Trinitaires Réformés le 27 avril 1C4O. 

4. pièce 281. Le P. Jebannot n'a pas mentionné cet incident dans sa 
Relation. Il ne s'agit ici que des quêtes au moment des processions. 



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3^0 l'ordre français des trinitaires. 

bre 1736, l'intendant intima pareille défense aux Trinitaires 
de Montpellier. Il semble cependant qu'en certaines occa- 
sions, comme dans des rédemptions communes, il y avait 
une tolérance réciproque. 

Sans doute, les religieux logeaient à leurs couvents respec- 
tifs, dans une ville où chaque ordre en avait, mais il régnait 
entre eux, pendant le voyage même, une véritable fraternité. 
Le nombre des rachats faits ainsi en commun (1704-1708- 
171a au Maroc, 1760 à Alger, 1765 au Maroc, 1779 et 1785 
à Alger) prouve que les deux ordres pouvaient arriver à s'en- 
tendre. Le voyage de 1 765, précédé d'un an de discussions 
avec les Pères de la Merci de Guyenne pour le paiement du 
tiers des frais du voyage, fut une exception. Je n'en veux 
pour preuve qu'une très belle lettre écrite de Cadix, en 1708, 
par le P. Forton, commandeur de Carcassonne : il donne aux 
Trinitaires de Marseille et à leurs Pénitents un éloge mérité; 
reconnaissant de bonne grâce qu'ils ont en Provence beau- 
coup plus de ressources que les Mercédaires pour le rachat 
des captifs, il leur demande d'augmenter leurs charités, le 
rachat de chaque esclave ayant été porté par l'empereur de 
Maroc Mouley-Ismaël à un prix exorbitant '. 

En 1751 seulement, le 37 avril, fut signée la transaction 
au sujet des processions. Le P. Gairoard, commissaire au 
voyage d'Alger, procureur des Réformés et des Déchaussés, 
y eut une grande part et en fut félicité par sa province au 
chapitre de Lambesc, le 6 mai 1752'. 

Les deux ordres, comprenant que de pareilles contesta- 
tions leur étaient respectivement préjudiciables, établissent 



1. Pièce 357. 

3. Trinitaires de Marseille, registre i3, p. a35. 



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CONFLITS AVEC LES PÈRES DE LA MERCI. 3yi 

qu'il c'y a que deux routes par lesquelles les esclaves 
débarqués se rendent en général à Paris : la Provence et le 
Daupfainé, ou le Languedoc et le Poitou. Les religieux, en 
accompagnant les esclaves, ne s'écarteront point de la route 
ordinaire, quel que soit l'itinéraire suivi. Ils useront des quê- 
tes manuelles sans tronc ni marguilliers ; ils n'afficheront 
leur départ que dans leur district. Les deux ordres feront 
leurs processions ensemble, même si leurs rédemptions sont 
seulement contemporaines et non conjointes; ou bien elles 
seront séparées dans l'ordre fixé par le supérieur ecclésias- 
tique. Si les esclaves rachetés par t'un des deux ordres visi- 
tent le couvent de l'autre, les religieux ainsi visités ne pré- 
tendront rien aux aumônes qui seront faites à cette occasion. 
Les Mercédaires Héraut et Gobin signèrent cette convention 
avec le P. Lefebvre, général des Trînitaires. 

Quelques religieux de la Merci regrettèrent d'avoir renoncé 
au bénéfice des arrêts du Parlement d'Aix, leur permettant de 
quêter seuls'. Craignant que l'on ne réservât les charités en 
Provence pour les processions des Trinitaires, plus fréquentes 
que les leurs, ils chicanèrent sur l'itinéraire court, et dirent 
que la transaction ne profitait qu'à leurs rivaux, puisque 
eux-mêmes n'envoyaient pas leurs captifs à Paris. Faites-le, 
répondirent les Trinitaires. Les Mercédaires voulaient obliger 
leurs rivaux, dès l'arrivée en quarantaine à Marseille, à 
demander aux commandeurs de cette ville et d'Aix la per- 
mission de faire la procession, qui pouvait être refusée ! 



i. Les Trinitaires d'Aï* ayant annoncé qu'ils quêteraient pour les captifs, 
le 27 août 1750, le Parlement d'Aix avait ordonné la lacération de leurs 
affiches, et le i4 novembre l'itinéraire le plus court leur avait été prescrit. 
Même prescription pour Arles (24 février 1 756). Bîbl. d'Arles, manuscrit 159, 
p. 65i. 



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373 l'ordre français des tributaires. 

D'autre part, les Trinitaires déclaraient ne vouloir pas se sou- 
mettre à l'obligation de l'itinéraire direct, pour ne pas frustrer 
de leur légitime attente les maisons de l'ordre habituées à 
ces processions depuis des siècles. 

Une nouvelle transaction, conçue dans un esprit un peu 
plus large, fut signée à Paris, le 17 mai 1757, par les PP. Le- 
febvre, général de la Trinité, et Mandavy, procureur général 
de la Merci. Il n'est plus question des arrêts d'Aix, cause de 
discorde entre les contractants. Chaque ordre pourra faire 
processions et quêtes, même dans les districts de l'autre 
ordre, mais sans visiter les troncs des églises ni faire rendre 
compte aux marguilliers ' ; les processions d'une rédemption 
commune seront à frais communs. Néanmoins les Pères de 
la Merci gardaient la quête ordinaire en Provence ; les 
Déchaussés de Faucon furent donc déchargés de la quête pour 
les captifs 1 , mais non de la séparation du tiers de leurs 
revenus. 

Quelque améliorés que fussent les rapports entre les deux 
ordres, il ne fut pas possible, en 1765, de faire porter aux 
captifs rachetés en commun un scapulaire avec les deux 
écussons 3 , ni de ranger les Trinitaires et les Pères de la 
Merci, après qu'ils se seraient réunis, en provinces portant 
simplement le nom de leurs saints les plus célèbres et non 
plus des dénominations topographiques. Une conférence fut 
convoquée, en 1771, dans le couvent trinitaire de Montpellier, 
entre les Trinitaires et tes Pères de la Merci, sous la prési- 

1. Archives nationales, S 4281. 

2. Archives des Basses-Alpes, registre H 16. 

3. Le P. Pichault déclara, en 1766, qu'il ne voulait point adopter ces 
écussons auxarmes des deux ordres (Bib). nat., ma. nouv. acq. fr. 6a36, 
îina partie, p. 198). Les délivrés portèrent, eu 1785, des rubans rouges, s'ils 
étaieot des Malhurins; des rubans bleus, s'ils étaient de la Merci. 



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CONFLITS AVEC LES PÈRES DE LA MERCI. 373 

dence de l'évêque de Mirepoix. Le couvent de Bordeaux 
demandait à s'unir aux Trinilaires, mais ceux de Marseille, 
Toulon, Montpellier et Perpignan s'y opposaient. Jaubert et 
Puel, Pères de province, désavouent d'avance tout ce qui se 
fera, alors que deux autres Mercédaires, Mandavy et Mège, 
veulent rejeter cette opposition. L'assemblée dut alors se 
séparer, sans avoir rien fait, le i5 novembre 1771 \ 

Voyant cette obstination, le roi ordonna de supprimer les 
couvents de la Merci en Guyenne (29 juillet 1774); l'ordre de 
la Trinité dut recevoir les fonds affectés à l'œuvre des 
captifs, mais les caisses étaient vides 3 . La suppression fut 
accomplie en 1783. 

Jetant un regard en arrière sur ces longs démêlés, Audi- 
bert, procureur des Mathurins de Paris, dans un compte 
rendu adressé à l'Assemblée nationale en 1790, au sujet de 
l'Œuvre des captifs, observait « que la concurrence des deux 
ordres pour le même but leur fît ressentir les effets attachés 
aux misères humaines ». Tout en déplorant ces stériles polé- 
miques, on ne peut regretter que les Trinilaires aient trouvé, 
dans cette rivalité, un utile stimulant pour l'œuvre de la 
rédemption. 

1. Liasse des Trinilaires de Toulouse, 11° 88. 

2. Le chapitre provincial de Toulouse, en 1775, décida de oe garder que 
six couvents sur quinze (E. Ledermann, oavr. cité, p. Go). 



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CHAPITRE VI. 



La rédemption et la roi de France. 



L'intervention royale devint peu à peu fort importante 
dans la rédemption. Les Trinitaires ont besoin de l'autorisa- 
tion du roi pour emporter outre-mer l'argent ou les mar- 
chandises destinées à servir de présent aux souverains bar- 
baresques ou d'appoint à la rançon des esclaves. Quand ils 
se rendent en Maroc, ils passent par l'Espagne et doivent 
se munir, auprès de l'ambassadeur de France, d'une carte 
de franchise; en Espagne, on est encore plus sévère qu'en 
France pour la sortie de l'argent. Le roi donne aux religieux 
une sauvegarde, qui n'empêche pas les pirates de leur courir 
sus (par un heureux hasard cependant, ils purent toujours 
échapper à ces agressions). En Espagne, la sauvegarde royale 
est portée par un notaire, approuvé par le conseil du roi, 
qui tiendra registre de toutes les dépenses, fixera la date du 
départ et le port d'embarquement'. C'est un peu le rôle que 
nous avons vu remplir par un officieux marchand lyonnais, 
en i54o, exemple unique pour les rédemptions de France. 

La rédemption étant une œuvre privée, c'est à cette sau- 



i. Philippe H adjoint un laïque aux deux religieux qui vont, en i 
racheter les Portugais {Pièce i36). 



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LA RÉDEMPTION ET LA ROYAUTÉ. 375 

regarde que se bornait primitivement l'intervention du roi, 
très grand avantage pour les religieux. En effet, si le roi 
marquait un désir de voir racheter spécialement certains 
captifs, ce fait était de nature à rendre les Barbaresques plus 
exigeants quant au prix de la rançon de ces malheureux, 
dont le sort se trouvait ainsi compromis. Le P. Hérault 
chargé, par une lettre d'Anne d'Autriche, de racheter trois 
Capucins, éprouva plus d'embarras que de satisfaction par 
suite de cette honorable commission '. 

Un prince voulut cependant prendre à la rédemption une 
pari plus active ; c'est le roi de Portugal, Alphonse V le Brave. 
Contraints et forcés, les Trinitaires se dessaisirent en sa 
faveur du droit de la rédemption, pour sa vie seulement, et 
moyennant une pension annuelle de 8o,ooo reaies. Alphonse 
la paya pendant sept on huit ans, mais ses successeurs se dis- 
pensèrent entièrement de l'acquitter. Le 16 mars ï 499 ? 
Alexandre VI intervint auprès d'Emmanuel le Fortuné pour 
faire payer aux Trinitaires la somme convenue; le roi se 
contenta de leur léguer 2,5oo douros. Jean III rendit la 
rédemption aux religieux et mourut en i552. Sous la minorité 
de Sébastien, Roch du Saint-Esprit, provincial, accepta le 
concordat suivant. 

Les religieux seront déchargés des tournées de quête ; te 
roi établira des collecteurs spéciaux el infligera des amendes 
au profit de la rédemption, mais l'exécution du rachat appar- 
tiendra aux religieux, avec toutes les aumônes. La reine Cathe- 
rine et le pape Pie V ratifièrent en i56i el en i566 cette 
transaction, encore observée au début du dix-huitième siècle 3 . 

i. P. Calixte, Corsaire» et Rédempteurs, pp. 3oa-356. 
z. Jean de Saint-Félix, Triomphas misericordiae, pp. i38 à i4°. — 
Baltaire, p. 26t. 



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376 l'ordre français des trinitaires. 

Ce n'est pas seulement au départ que le roi intervenait. 
Il pouvait exercer une influence sur la marche du voyage, 
en autorisant ou en refusant l'échange avec les musulman!) 
détenus en France. 

L'échange était un moyen efficace d'intéresser les musul- 
mans à l'œuvre des rédempteurs; le pape Innocent III, dans 
sa lettre au Miramolin, avait très judicieusement, nous l'avons 
vu ', fait remarquer l'avantage pour les deux races de cet ar- 
ticle de la règle trinitaire. Le roi Jacques d'Aragon permet 
aussi aux rédempteurs « d'emmener des captifs sarrasins de 
son royaume et de les conduire librement en terre sarra- 

De leur côté, les Turcs entraient fort bien dans ces idées, 
comme en témoigne encore le P. Dan au dix-septième siècle, 
les parents des captifs musulmans étant, pour les Rédemp- 
teurs, des auxiliaires tout trouvés. C'est par la certitude de 
l'échange avec le petit-fils de sa patronne que le Flamand 
Caloen, dont d'Aranda a narré les pittoresques aventures, 
triompha des rigueurs de cette vieille Mauresse. Une fois, les 
rédempteurs étant venus d'Espagne, avec les Maures destinés 
à l'échange, et le dey d'Alger n'ayant point voulu vendre à 
un prix raisonnable les officiers espagnols qu'il détenait, les 
religieux repartirent sans avoir débarqué les Maures. Il y eut 
dans la population algérienne un tel mécontentement que, 
l'année suivante, le dey se montra plus traitante. A la même 
époque, un envoyé du dey demande aux esclaves du bagne 
de Toulon leur nom, leur âge, leur patrie, sans doute dans 
un espoir d'échange 3 (1760). 

1. Baron, p. i47> et chapitre 1 de cette 3me partie. 

2. Histoire de Barbarie, p. 5oi. 

3. Pièce Î97. 



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LA RÉDEMPTION ET LA ROYAUTÉ. 377 

Au début du dix-septième siècle, une singulière affaire 
d'échange est à signaler. Vers 1620, vïngl-trois Turcs furent 
jetés par la tempête sur les côtes de Normandie ; laissés sans 
ressources par les habitants, au bout de quelque temps ils 
commirent des méfaits qui les tirent appréhender par la maré- 
chaussée. Leur chef, condamné à mort par le tribunal de 
l'amirauté, dit en espagnol qu'il en appellerait au Parle- 
ment de Rouen. Mais « Dieu, de la méchanceté des infidèles, 
sait tirer le bien et la délivrance des chrétiens qui le loueront 
éternellement' », et des Trinilaires vinrent à Valognes deman- 
der qu'on les leur remit en vue d'un échange : leur chef 
promit de rendre vingt chrétiens pour lui seul. Cet expédient 
fut goûté el les Turcs reçurent leur liberté 3 . 

L'échange devint malheureusement, de la part des Turcs, 
un moyen de duper les chrétiens. D'Alger, ils promirent au 
P. Hérault, en i645, autant de Français qu'il amènerait de 
Turcs; puis, lorsqu'il arriva avec les captifs, ils ne voulurent 
plus lui donner qu'un chrétien contre deux ou trois Maures. 
Cette proportion fut adoptée en 1 704 par l'empereur de Maroc. 

L'échange échouait parfois, en totalité ou en partie, sans 
qu'il y eût de la faute des rédempteurs. En 1 644, dix Turcs, 
évadés des vaisseaux du roi d'Espagne, furent donnés par le 
duc de Grammont, gouverneur de Béarn, au ministre des 
Trinitaires d'Orthez, pour qu'il les emmenât à Marseille en 
vue d'un échange contre un nombre égal de chrétiens captifs 
à Tunis; mais deux se firent baptiser 3 . De même, en i645, 



1. Revue africaine, t. XXIX. pp. 437-442. 

3. Le passage d'autres Turcs a Arles, le 12 avril 1637, causa une épou- 
vantable catastrophe, par suite de l'écroulement d'un pont sous la foule des 
curieux (Le Musée d'Arles, t. I, p. 139). 

3. P. Calixte, Corsaire* et Rédempteurs, p. 3i6 (note). 



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378 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRIMTAIRES. 

un échange de vingt-deux Turcs pour vingt-deux chrétiens ne 
put être effectué parce qu'à [Toulon ces Turcs furent trouvés 
« chrétiens, ou morts, ou enfuis' ». 

Dans la seconde moitié du dix-septième siècle, l'échange 
fut le plus laborieux, surtout par la faute des Français. 
Charles IX avait donné, en i56a, des lettres patentes pour 
faire relâcher quelques Maures des galères 1 ; mais les mar- 
chands marseillais faisaient souvent la sourde oreille, ne 
voulant pas se priver de ces excellents rameurs. Sous le mi- 
nistère de Colbcrt, le gouvernement finit par se ranger à 
l'avis des Marseillais. Le célèbre ministre, amusant les Algé- 
riens par des réponses dilatoires, approuva ['expédient de ne 
renvoyer que des Turcs vieux et invalides. Cette insidieuse 
substitution fut une des causes de ces bombardements d'Alger 
si funestes aux chrétiens. 

Les rédempteurs eurent à souffrir de cette politique. Mal- 
gré leurs dénégations, toujours considérés par les souverains 
musulmans comme des ambassadeurs officiels, ils étaient ex- 
posés à ne se voir rendre les esclaves français que s'ils pro- 
mettaient le renvoi des Maures retenus sur les galères, ce qui 
n'était pas en leur pouvoir. Après une période de crise aiguë, 
quelques échanges réussirent de nouveau. Pour ne citer que 
les plus connus, Dusault, envoyé à Alger en 1691, échangea 
deux cent cinquante-sept Turcs contre quatre cent cinquante- 
deux Français. Il ne restait plus alors aucun de nos compa- 
triotes pris pendant la paix 3 . 



1. Reoae africaine, l. XXXV, p. 99. 

a. Pièce iM- — Le 16 septembre :644> le duc de Richelieu ordonna de 
détacher de la chatue deux Turcs pour les échanger avec deux esclaves fran- 
çais détenus à Tunis (Aff. clr., Afrique, no 8, fol. go). 

3. Plantet, Correspondance de» dey» d'Alger, I, aoO. 



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LA RÉDEMPTION ET LA ROYAUTÉ. ^79 

En 1721, treize Turcs avaient été promis par Dusaull 1 , 
contre douze Français; or, sept de ceux qui furent conduits à 
Alger étaient invalides et Maures. Si Dusault (mort au mois 
de mai 1731) n'avait pas promis les treize Turcs, jamais les 
Algériens n'auraient rendu les douze Français arrivés à Alger 
sur les galères de Salé, ce qui était une gracieuseté particu- 
lière. Aussi, pour apaiser le dey, ordre fut-il donné aux con- 
suls de Gibraltar et de Cadix de racheter vingt-sept Turcs et 
Maures pris par les Hollandais et vendus aux Espagnols 1 . 
A la suite du voyage du P. de La Faye, Maurepas, ministre 
de la marine, fit libérer six Turcs des galères, récemment 
achetés à Cadix (16 janvier 1726) 3 . 

En 1737, des Maures ayant été jetés à Collioure par ta tem- 
pête, l'amirauté voulut s'en saisir à Marseille, pour les faire 
jeter sur les galères ; mais les échevins les renvoyèrent à 
Alger *. 

De semblables procédés facilitèrent les échanges; en 1755, 
sur trois cent quarante-huit captifs, les Trinitaires Déchaus- 
sés en eurent cent quatre-vingt-onze par échange 5 . 

On voit combien il était important pour les rédempteurs 
d'avoir d'avance l'agrément royal pour l'échange des Turcs 
des galères. L'amirauté , après avoir rendu ceux d'Alger, 
n'avait qu'à faire acheter d'autres Turcs à Livourne ou à 
Malte 6 . 



1. Dusault était très considéré en Barbarie; le bey de Tripoli lui avai 
donné une statue antique de la Padenr, qu'il offrit à Louis XIV pour Ver- 
sailles. Revue africaine, l. XXXII, p. 60. 

2. Ibid., p. i3i. 

3. Ibid., pp. i37-i38. 

4. Ibid.,, p. 128. 

5. Arbor ckronotogica ordinis S. Trinilatù,p. i3£. 

6. Voïci encore quelques exemples d'échange. 1621 : un pirate ee 



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38o l'ordre français des trinitaires. 

Quand il n'y avait pas échange, il fallait bien payer la ran- 
çon des captifs. Il ne pouvait convenir au roi de prendre 
officiellement cette dépense à sa charge, considérant « qu'il 
n'était de sa dignité de traiter avec la canaille ou de payer 
une somme pour rançon de ses sujets », mais il priait le sou- 
verain du pays d'agréer cette somme en présent, « comme 
témoignage de son amitié singulière 1 ». Ainsi le traité con- 
clu à Alger en 1666 par le duc de Beaufort contient une 
clause secrète sur le prix des esclaves délivrés ; mais dans le 
traité public, ils sont censés avoir été libérés sans rançon. 

Parfois, le rachat était mis à la charge des villes. En 1628, 
les communautés de Provence trouvant déjà onéreux de payer - 
les 300 livres obligatoires par esclave, d'après la liste remise 
à Samson Napollon, refusent d'accorder une gratification 
à ce marin'. A mesure que le dix-septième siècle s'avance, 
nous voyons croître les charges pesant sur les villes, du fait de 
leurs enfants esclaves. Un arrêt du Conseil d'État, du b\ jan- 
vier 1666, contraignit les communautés à donner 175 écus par 
captif, mais sauf remboursement par les parents qui auraient 
du bien 3 . 



échangé pour un esclave marseillais de bonne famille détenu à Alger. 
(P. Calixte, ouvr. cité, p. 11g). — 1648 : de Cocquicl échange trente-six 
Turcs des galères contre deux cents captifs français (Corr. d'Alger, 
I, 55). — 1666 : sepl forçais sont échangés au moment de la mission de 
Dumoulin (Aff. étr., Afrique, n° 8, fol. 129 v°). — L'échange est plaisam- 
ment mentionné dans la célèbre scène du Pédant joui : « Va-t-en leur dire 
que, le premier Tare qui me tombera entre les mains, je te leur renooye- 
rai pour rien. » — Il existait aussi en Orient. Les Déchaussés de Vienne 
se louèrent beaucoup de la conduite des Turcs d'échange qu'ils amenèrent 
avec eux en 1700 (Triumphas misericordiœ, p. 80). 
1. Mission des Capucins à Maroc. Rome, 1888, p. 63, 
3. Pièce des Archives communales de Cassis (i4 mars 1628). 
3. Plantbt, Correspondance des beys de Tunis, I, ivm. — Le roi fit 
d'ailleurs en secret une aumône de 4°,°°o livres pour les nécessiteux. 



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LA RÉDEMPTION ET LA ROYAUTE. 38l 

L'influence du roi s'exerça de tout temps, dans le cours de 
la rédemption, en limitant le choix des esclaves. La cour de 
France interdisait, en principe, le rachat des déserteurs fran- 
çais pris sous pavillon étranger, bien moins intéressants que les 
chrétiens victimes d'un malheur immérité. C'était d'ailleurs une 
idée commune à tous les souverains européens. Cependant, 
lorsque l'enquête demandée d'avance au consul de France 
n'avait pas été conduite avec assez de sagacité, les déserteurs, 
réussissant parfois à cacher leur identité, étaient rachetés à 
la faveur de cette méprise ' ; lors du retour des rédempteurs 
en 1731 et en 1700, la cour de France ordonna formellement 
de ne pas inquiéter ces déserteurs 3 . Maurepas en avait parlé 
à son collègue le comte d'Argenson, qui leur donna des 
saufs-conduits pour la durée des processions solennelles mar- 
quant le retour des captifs, quitte à obtenir du roi leur grâce 
pendant ce temps ou à les faire passer ensuite aux colonies. 

Il était toujours interdit aux Trinitaires de racheter les 
déserteurs en connaissance de cause : le P. Gâche avait 
répondu par un refus à la princesse Louise de France, qui 
intercédait pour obtenir le rachat d'un déserteur (14 jan- 

™ 1778). 

En résumé, à celte époque, la rédemption était la plupart 
du temps générale, parce qu'on rachetait un certain nombre 
de captifs, à la fois et indistinctement, à part quelques res- 
trictions apportées par les prescriptions de la cour de France ; 
c'était une œuvre absolument privée, où les religieux inter- 
venaient en leur nom et avec leurs propres ressources. 

1. Cf. la grâce accordée à Jean-Pierre Congy, déserteur corse, racheté 
pu- le P. Gâche (Corr. citée, 3 mars 1780). 
9. Pièce 3o4- 



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CHAPITRE VII. 



Le voyage de rédemption à Alger ou à Tunis. 



La règle trinitaire ne fixe pas les conditions du choix des 
rédempteurs'. « Ils doivent être, disent les statuts, éminents 
sous tous les rapports, d'une forte santé, d'une vertu éprou- 
vée, d'une charité inépuisable. » D'ordinaire, ceux qui avaient 
été jugés dignes de l'administration d'un couvent pouvaient 
seuls prétendre à l'honneur de faire une rédemption ; les sta- 
tuls de 1429 n'en excluent pourtant pas les simples frères. 
Depuis le quinzième siècle, nous n'y voyons guère employés 
d'autres religieux que des ministres, au nombre de trois ou 
quatre, surtout et presque exclusivement tirés des provinces 
du nord de la France. Ils sont élus par le chapitre général, 
tous les trois ans, nous dit François Bouchel; en Espagne, 
ils sont choisis par le Défini toire. 

En i5o5 figure parmi les rédempteurs un ministre de Cor- 
des; en 1723, un ministre de Montpellier; en 1720, un reli- 
gieux d'Avignon. D'ailleurs, quand une rédemption avait 
pour but spécial le rachat des captifs d'une région, l'envoi 
d'un rédempteur de celte région est tout indiqué. Pierre Mer- 



1. Il eal seulement ordonné aux rédempteurs de porter la barbe, car en 
Barbarie ceux qui ne la portent pas sont regardés comme des gens dis- 
solus (Hihl. nal., n. acq. lat. 1788, f° 4 v 4 )- D'où les barbes vénérables 
des rédempteurs qui faisaient un si bel effet a 



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LB VOYAGE A ALGER. OU A TUNIS. 383 

cier, voulant en i665 racheter (es captifs d'Ostende, pour ins- 
pirer confiance aux Flamands, charge de leur rachat le 
P. Dachier', ministre de Lens, avec Félix Boucher, religieux 
corners du couvent de Douai. 

Le lieu du voyage est fixé par le chapitre général ou le 
grand-ministre, d'après les lettres que l'on reçoit sur l'état 
du pays ou les souffrances des esclaves. La destination ordi- 
naire est Alger, Tunis ou le Maroc, bref l'Afrique du Nord. 
Comme rédemption exceptionnelle, on peut citer celles de 
Hongrie en 1602, de Tripoli en 1700, et de Constantinople 
en 1732. 

Le départ est précédé d'un certain nombre de formalités, 
dont la première était l'obtention du passeport royal. Le nom 
du roi de France est si respecté en Barbarie que même les 
religieux de la Merci d'Andalousie ne dédaignent pas, en 
1715, de lui demander un sauf-conduit 1 . 

Le passeport du roi de France a comme corollaire celui du 
dey d'Alger, de l'aga des Janissaires ou de quelque autre. 
Des i58i, Djafer, vice-roi d'Alger, écrit aux rédempteurs 
que cela ne se passerait plus comme sous son prédécesseur 
Hassan, et que les chrétiens pourraient venir librement en 
Barbarie, tant pour le négoce que pour la rédemption. En 
1645, le P. Lucien Hérault reçut un pareil passeport avec 
des promesses d'excellents traitements, mais elles ne furent 
guère tenues. Le 19 janvier 174°) 'e dey Mehemmed envoya 
aux Trinitaires de la province de Castîlle un passeport solli- 
cité par le Père administrateur de l'hôpital d'Espagne 3 . 



■ ■ Archives du royaume de Belgique à Mons. Les captifs rachetés à 
Alger, en novembre 1729, sorti aussi tous des Flamands. 
1. Hlintet, Correspondance de* beys de Tunis, l. Il, p. 1 54. 
3. Plantbt, Correspondance des deys d'Alger, H, 308 n. 



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004 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

L'essentiel était d'emporter de l'argent. Le change causait 
un grand ennui aux rédempteurs, d'autant que les seules piè- 
ces admises étaient les piastres mexicaines ou sévillanes, el 
que, vu l'importance de la somme, on trouvait difficilement à 
la changer, même à Marseille 1 . 

Les Trinitaires emportent aussi des marchandises. Le 
4 août i63o « fut accordé que, pour le rachat des esclaves 
français qui se trouveraient au lieu de Salé el terre de sa 
juridiction, on payerait à leurs patrons l'argent qu'ils auraient 
coûté, avec 4o °/ de profit, en toile de Rouen à prix raison- 
nable 1 ». Quant aux présents officiels, on sait que, de tous 
temps, on en offrit aux Musulmans. Raynaldi mentionne ceux 
que le pape envoya en i344 au soudan de Babylone pour 
l'adoucir {ad emulcendum soldanum) et l'amener à traiter 
mieux les chrétiens. Les archives de la Chambre de commerce 
de Marseille et les lettres des consuls d'Alger mentionnent, à 
chaque instant, les présents qu'il faut faire, au dey à l'occasion 
de la naissance, de la circoncision, du mariage de ses fils. Dés 
qu'un consul d'Angleterre ou de Hollande a fait un riche ca- 
deau, il faut que la France en fasse un encore plus considéra- 
ble, puisque c'est la richesse des présents qui donne l'in- 
fluence et la considération. Les rédempteurs n'étaient pas 
exempts de cette cause de préoccupation ; leurs présents 
auraient été refusés s'ils n'avaient pas été assez beaux, el la 
rédemption se serait trouvée compromise. Aussi voit-on, à la 
fin du dix-huitième siècle, les Trinitaires s'entendre d'avance 
avec le souverain musulman au sujet du présent qui lui serait 
agréable. L'empereur du Maroc réclame aux rédempteurs 



. Archives de la Chambre de commerce de Marseille, panim. 

. Mixtion de» Capucins à Maroc, p. 1 58. 



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LE VOYAGE A ALGER OU A TUNIS. 385 

de 1765 de la cochenille, à ce moment hors de prix à Cadix; 
ils ont toutes les peines du monde à faire revenir le souverain 
sur cette idée. Finalement, les religieux en furent quittes 
pour apporter à la piace une certaine quantité de thé ; mais 
quand il l'eut reçu, l'empereur déclara qu'il ne valait rien! 

Ce n'est pas le souverain seul qu'il faut gagner; il y a, 
au-dessous de lui, ses fonctionnaires, surtout les officieux, 
comme les Juifs, qui sont souvent les intermédiaires de la 
rédemption. L'un d'entre eux intervint très opportunément, 
en 1765, pour les religieux qui refusaient de payer une trop 
forte commission au vice-roi Mouley-Idris, à Mogador, en 
Maroc. Toutes ces dépenses devaient être prévues dans le 
budget de la rédemption, sous peine de voir le déficit s'ac- 
croître dans des proportions gigantesques; le seul remède, 
l'emprunt, auquel les rédempteurs de 1 765 songèrent, est une 
source de difficultés pour l'avenir. La prudence devait con- 
traindre les religieux à ne pas trop se laisser aller au senti- 
ment en rachetant au delà de leurs ressources. 

Les rédempteurs, ayant reçu la bénédiction du général, 
s'embarquent à Marseille ou à Toulon pour se rendre à 
Alger ou à Tunis. Leur traversée n'est pas exempte de dangers ; 
car, s'ils vont faire un rachat à Alger, ils ne sont pas pour 
cela protégés contre les pirates de Salé ou de Tunis 1 . Natu- 
rellement, Us s'embarquent sur des bateaux très simples, car 
il faut être économe du trésor des captifs, à moins que, 
comme en 1719, ils n'aient la bonne fortune de se trouver sur 
le navire qui porte l'heureux négociateur Dusault. 

Arrivés au port de Barbarie, ils font avertir le souverain; 
deux barques viennent à leur rencontre, l'une porte le consul 

1. P. Dan, Hiitoirt de Barbarie, p. 48g- 



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ÔHb L ORDRE .FRANÇAIS DES TRIMTAIRE5. 

de France, l'autre le secrétaire du dey'; l'un vient les com- 
plimenter et se mettre à leur disposition pendant tout le temps 
de leur séjour, l'autre leur demande combien d'argent ils 
apportent; ils tâchent toujours de n'en déclarer que la moitié. 
On déduit 5 ",/„ de tout l'argent et de la valeur des marchan- 
dises. On ôte le gouvernail et les voiles 1 du navire; cette for- 
malité, dont seuls les Vénitiens 1 surent se faire dispenser au 
Moyen-âge, s'explique par la crainte des Algériens de voir 
un esclave se sauver subrepticement à bord du bateau sans 
payer de rançon. Dans le voyage du P. Michelin, en 1666, le 
capitaine Pierre Chabal demanda en vain 4 qu'on n'enlevât pas 
les voiles au navire royal, et les rédempteurs eux-mêmes le 
blâmèrent de son insistance. 

Des gravures, qui enveloppent les liasses des Mathurins de 
Paris, nous montrent les rédempteurs sortant de leur canot; 
l'uo porte un petit sac, les captifs se jettent à leurs genoux. 
A côté sont représentés, pour inspirer de la compassion aux 
chrétiens libres, quelques-uns des supplices parfois infligés aux 
malheureux esclaves; un captif est suspendu la tête en bas, un 
autre empalé, un troisième tiré par les cheveux par un captif, 
sur l'ordre d'un Maure. En fait, la première impression des reli- 
gieux n'est pas si sombre. Le canon a été tiré pour l'arrivée 
des rédempteurs et, durant vingt-quatre heures, les chaînes 5 

1. L'Oukil, comme l'appelle H.-D. de Gbammont dans son étude sur la 
Rédemption. 

2. On les rendait au départ. D'après une légende, saint Jean de Mali» 
fut abandonne avec ses captifs sur une nef sans gouvernail ni voiles, comme 
les saintes Maries de la Mer, ce qui ne l'empêcha pas d'arriver au port sain 
et sauf (P. Calixte, Corsaires et rédempteurs, p. 78}. 

3. M as- Latrie, ouor. cité, p. 387. 

4. Le Tableau lie piété envers les captifs, p. 105. 

5. Le P. Hérault parait avoir exagéré en parlant de chaînes de 100 livra 
(Larmes et clameurs des chrétiens, i643, p. i4). 



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LE VOYAGE A ALGER OU A TUNIS. 38'/ 

sont enlevées à tous les captifs (du moins l'anneau que les 
esclaves du Bevlic portent à la jambe). Durant le temps de 
la rédemption, les religieux donnent aux esclaves de leur 
nation une piastre par mois; cette gratification, qui s'ap- 
pelle la lune, a pour but de les dispenser du travail el de 
leur laisser plus de loisir pour faire des démarches auprès 
des rédempteurs. 

Les Pères doivent aller présenter leurs civilités au dey; le 
consul les y accompagne. Le souverain désire voir racheter 
d'abord ses esclaves, en impose cinq, qu'il prend toujours 
parmi les plus inutiles et vend très cher; dans ce nombre, il 
en glisse parfois qui n'appartiennent ni à la naiion ni a la 
religion des rédempteurs; ceux-ci sont obligés d'accepter 
quand même ces cinq esclaves, sans quoi la rédemption serait 
compromise. 

Cette visite officielle une fois faite, les Pères demandent 
quels sont les captifs les plus anciens et les plus méritants et 
recherchent ceux pour lesquels ils ont un fonds spécial. Cette 
enquête, déjà préparée dans les divers diocèses de France, est 
fort difficile à cause du secret qu'il faut garder et de la néces- 
sité de se servir des intermédiaires ; ceux-ci font parfois rache- 
ter d'abord les captifs les plus fortunés ou ceux qui leur ont 
donné quelque argent. Les religieux sont dans celte situation 
embarrassée, par suite de leur ignorance de la langue arabe ; 
ce n'était donc pas sans quelque fondement qu'un anonyme 
du seizième siècle, écrivant des « Articles » pour la rédemp- 
tion des captifs, proposait que les religieux fussent toujours 
accompagnés de personnes connaissant « la langue et manière 
de trafiquer » du pays '. 

i. Bibliothèque nationale, manuscrit Français 17284, F"» a6-3o. Je dois 
celle indication, avec bien d'autres, à mon excellent confrère A. Vidicr. 



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388 l'ordre français des trinitairbs. 

Tous les esclaves cherchaient naturellement à se faire 
racheter les premiers. L'un contrefit le furieux avec tant 
d'art, menaçant son patron de le tuer, que celui-ci prit peur 
et s'en défit pour une somme peu élevée. Parfois, le patron 
vient menacer le rédempteur de toutes sortes de maux, s'il ne 
rachète pas son esclave. La fourberie des captifs met les reli- 
gieux dans l'embarras. Ils apportent, raconte le P. Héron 
qui alla à Alger en 1639, des fausses lettres de leurs parents, 
affirmant que ceux-ci ont confié des fonds aux rédempteurs, 
et ils prétendent ainsi être rachetés. Les religieux, sachant 
bien n'être jamais allés en ces pays, ont de la peine à mon- 
trer aux patrons, qui veulent se faire donner l'argent soi- 
disant confié par la famille, la fausseté de ces prétentions 
et courent grand risque d'être maltraités par ceux dont la 
fraude a échoué. 

En général, les Trinitaires ne rachètent que leurs compa- 
triotes catholiques. Quand il y a des captifs « de la religion », 
les protestants leur confient parfois des fonds pour leurs 
coreligionnaires, ou ils s'occupent eux-mêmes de ce rachat. 
Ce n'est que dans le cas où il n'y aurait pas assez de natio- 
naux qu'ils pouvaient délivrer des étrangers, à moins d'avoir 
reçu pour ceux-ci des fonds spéciaux 1 . 

Le roi de France prétendait qu'on devait remettre en liberté 
même les étrangers pris sous pavillon français 1 . D'autre part, 
on ne pouvait accorder la même faveur aux Français pris sous 
un pavillon ennemi des Barbaresques. 

1. En 1703, le conseil de Hambourg envoie 3oo marks aux Triuiiaïres. 
B* Ascii, Die Uanxeslâdte and die Barbareaken. 

2. Le Danemark se plaignit, au dix-huitième siècle, à la ville de Ham- 
bourg, qu'elle ne rachetât point les Danois pris sous pavillon hambour- 
geois. La célèbre ville hanséatique déclara qu'elle ne faisait point de diffé- 
rence entre ses matelots. 



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LE VOYAGE * ALGER OU A TUNIS. 0OO, 

Les religieux eurent pitié d'une pauvre famille de Sardai- 
gnefiyao), de Grecs et du père d'un comédien italien. Dans 
la liste des esclaves ramenés de Constantinople en i j3 t , un 
est de Saint-Gall '. 

En principe, les subventions locales ne devaient être em- 
ployées que pour les captifs locaux, avec faculté de s'en 
servir pour les esclaves français en général, si la somme dis- 
ponible n'était point épuisée. Le partage des quêtes entre 
les Trinitaires et les Pères de la Merci amena nos religieux à 
racheter des gens du Nord plutôt que des gens du Midi. 
En 1708, le P. Forton, Mercédaire, priait, avec raison, les 
Trîntlaires de contribuer au rachat des Provençaux autres 
que les Marseillais, les villes de Martîgues, de La Ciotal, de 
Toulon, ne fournissant pas des fonds suffisants pour le rachat 
de tous leurs compatriotes 1 . Les Marseillais étaient fort 
nombreux; mais, comme nous l'avons vu, le Bureau de Ré- 
demption s'occupait souvent de leur rachat particulier. La 
rédemption avait donc un caractère local assez prononcé. 

Les captifs rachetés sont de tout âge et de tout sexe. Dans 
un dénombrement de i58o, figurent deux prêtres, deux Fran- 
ciscains, un Dominicain, une Clarisse, vingt-deux enfants, 
vingt-quatre femmes 3 . D'après des listes contenues dans un 
manuscrit, les Pères de la Merci, par courtoisie, rachetèrent 
plus d'un Trinitaire 4 , à charge de revanche. On retirait même 
de Barbarie des statues, des images de saints, des ornements 
sacrés tombés aux mains des musulmans 5 . 

1. Voyage da P. Jehannot, p. 33g. 
a. Pièce 257. 

3. Bernardin de Saint-Antoine, Epitome, F° 86. 

4- Manuscrit 7700 de la Bibliothèque du Vatican. 

5. Arbor chronologica, p. i35. — A la page 174 du Triumphas miseri- 
cordiai: se trouve la reproduction d'une image du Christ rachetée en 168s 
et placée dans le couvent de Madrid. 



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3gO LORDRE FRANÇAIS DES TRIHITAIRES. 

Quant aux prix de la rédemption des captifs, il est bien dif- 
ficile d'en donner une idée exacte. En 1 5 4 r , rapporte H. de 
Grammont, on eût pu échanger un chrétien contre un oignon I 
Ce prix augmenta rapidement, sans doute plus vite que la 
valeur de l'argent ne décroissait- Les cotisations imposées par 
Louis XIV, en 1666, étaient de 175 écus, somme presque 
équivalente aux 600 livres que fournissaient les prieurs de 
la rédemption de Marseille. En i685, ceux-ci décidèrent de 
faire un « augment de charité » et de porter cette quotité à 
800 livres 1 . Le prix variait d'ailleurs selon le rang présumé 
de l'esclave et aussi selon le pava où il était détenu. Ainsi, au 
Maroc, les esclaves coûtaient deux à trois fois plus cher qu'à 
Alger. 

Le dey faisait trois catégories, selon les professions que 
les esclaves pouvaient exercer : minstrances, gens de main- 
d'œuvre (forgerons, tonneliers, charpentiers), caravaniers, 
qui portaient les fardeaux, et passebarres, les moins esti- 
més de tous, qui charriaient des pierres à la mer pour cons- 
truire le môle 1 . 

En 1737, le dey exigeait des Mercédaires 1,000 piastres 3 
pour un captif ordinaire, 5, 000 pour un officier et 100,000 
pour chacun des deux chevaliers de Malte, Saldecagne et 
d'Aregger. Ce dernier chiffre s'explique par l'hostilité per- 
sistante entre Maltais et Barbaresques. Plutôt que de subir 



it de hausse continua pendant tout le dix-huitième siècle. 
M. Baasch, qui a étudie la caisse des esclaves à Hambourg, montre que la 
contribution pour le rachat de chaque esclave, d'abord de 3oo marks, monta 
à 5oo, 600, 700 même. 

2, Mémoires de la Congrégation de la Mixtion, t. III, pp. 36-17. Ces 
dénominations venaient de l'espagnol. 

3. En 1720, la piastre sévillane valait 6 livres 10 sols; en 1765, elle est 
comptée pour 5. 



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LE VOYAGE A ALGER OU A TUNIS. ,1f}I 

ces exigences, les religieux se retirèrent. L'année suivante, ils 
eurent des officiers pour 8bo et niême 600 piastres sévîllanes 
par tête; des deux chevaliers, l'un revint à 22,000 piastres, 
l-'autre à 10,000'. Les comptes de rachats particuliers d'escla- 
ves liégeois dont les Trinîtaires sont chargés vers 1780 foiit 
ressortir leur prix moyen à 3,ooo livres. '■ ' 

Dana les fortes rançons, la famille devait intervenir pour 
la plus grande part, mais il est impossible de savoir la con- 
tribution des religieux pour chaque rachat. Le docteur Gus- 
tave Lambert 3 mentionne 100 livres remises par Honoré Mège 
pour le rachat d'un de ses parents, ou même 1 55 et 175 pias- 
tres que des captifs s'engagent à payer, une fois rentrés en 
France, mais que les religieux ne purent pas toujours tou- 
cher. I! est donc permis de dire que la contribution- dés 
familles était facultative, et que la charité, tant du roi que 
des religieux, libérait en totalité les pauvres captifs. 

Au prix net s'ajoutaient des droits innombrables, dont 
1'énumération tiendrait une page; le principal était celui des 
portes fixé à 10 °/ 3 . Au traité si avantageux conclu par 'le 
P. Hérault, le i er mars i643, figurent i5 piastres à verser 
au -dey, l\ au secrétaire d'État, 7 au capitaine du port, 17 au 
gardien du bagne. 

A mesure que les Trinitaires rachetaient les esclaves, ils les 
Taisaient pourvoir de leur carte de franchise et recueillir dans 
quelque maison hospitalière, la plupart du temps celle du 

- 1. Le rachat de M"« de Bourck, de son oncle 'et de son" domestique coûta 
75,ooo livres. 

». L'Œaore de la rédemption des captifs à Toulon, pp. 69, 73, 79. 

î. L'empereur de Maroc en avait positivement dispensé les Trinitaires 
en 1716, mais un ministre prévaricateur ne voulut pas en prévenir le vice- 
roi de Mcquinez, et les religieux, contre leur attente, se virent contraints 
par celui-ci de le payer. 



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3o2 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRJNITAtRES. 

consul; en 1720, leur rançon fut payée dans l'hôtel du pléni- 
potentiaire Dusault. La négociation finie, les libérés étaient 
passés en revue par le dey ; c'est à ce moment que les ré- 
dempteurs ont le plus à redouter les insultes de la populace. 
Le navire est bien inspecté pour que l'on soit sûr qu'aucun 
esclave ne s'y est caché en contrebande. Après cette inspec- 
tion, le gouvernail et les voiles sont rendus, et le bateau 
procuré par le consul peut partir'. 

En i645, raconte le Mercédaire d'Egreville, dans sa Vive 
Foi, des esclaves s'étaient glissés dans le vaisseau en par- 
tance; de peur d'être poursuivi par les Algériens, et malgré 
toutes les supplications de ces malheureux, l'équipage les 
débarqua. Un esclave de Tunis trouva le moyen de se sauver, 
en 1730, en se plongeant jusqu'au cou dans un tonneau 
d'eau. On ne le signala au P. Bernard que quand le navire 
fut bien loin de la terre. 

Ne reste-t-il plus d'esclaves de notre pays lors du départ 
des religieux? Certains rédempteurs l'ont prétendu. Le P. de 
La Faye affirme qu'en 1725, il ne reste plus à Alger que 
deux a catholiques français que leurs patrons veulent garder 
parce qu'ils leur sont utiles, et qui d'ailleurs ne sont pas 
malheureux. En admettant que cette affirmation fût vraie 
pour ce moment précis et lors des restitutions imposées 
par les traités, la course allait rapidement fournir des escla- 
ves en plus grand nombre qu'on n'en avait racheté, et tout 
le travail devait être à recommencer. Les rédemptions fran- 
çaises étant d'ailleurs moins fréquentes que celles opérées 

1. Ed 1720, le consul Delane somma les rédempteurs partant pour Mar- 
seille de continuer leur voyage sur un pinque de construction hollandaise 
qu'il avait acheté pour eux. Revue africaine, XV, 36o. 

3. Voyage de ija3-ij»5, p. 357. 



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LE VOYAGE A ALGER OU A TUNIS. 3û.3 

par les Espagnols, il pouvait rester relativement plus de 
Français que d'Espagnols en captivité. 

Le voyage de retour était parfois accidenté. A deux repri- 
ses, une tempête ramena à Alger les rédempteurs de 1730. 
Au passage des îles Baléares, en 1659, lors du retour du 
P. Héron, on menaça de tirer le canon contre leur vaisseau, 
mais les Trinitaires de Palma, plus généreux que le gouver- 
neur, apportèrent des provisions à leurs confrères; en 1725, 
à Port-Mahon, on leur refusa la permission de prendre de 
l'eau. Après une traversée plus ou moins longue, les rédemp- 
teurs arrivaient au port de Marseille. Les Pères de la 
Merci ' débarquaient plutôt à Toulon, où ils avaient un cou- 
vent. 

Gomme Alger était presque constamment en proie à la 
peste, les esclaves rachetés devaient faire la quarantaine. 
Cependant, le ministre de Marseille était prévenu et la popu- 
lation s'apprêtait à faire fête au pieux cortège. 

1. En 1661, ils débarquèrent à Barcelone et durent venir à pied en 
France, vivant de la charité publique (Dr Gustàvs 1 



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CHAPITRE VIII. 
Les processions de captifs. 



Dès que la quarantaine était terminée, les processions de 
captifs commençaient. C'était une fête éminemment populaire; 
la dernière, qui eut lieu en 1785, laissa un très grand sou- 
venir : quarante ans après, Bérenger la décrivait encore dans 
ses Soirées provençales 1 . Ces processions avaient un double 
but : l'édification et l'utilité. C'était un beau spectacle, pour 
les populations, que de voir les captifs délivrés, accompagnés 
de leurs libérateurs, dont la charité était ainsi peinte au vif : 
quel meilleur moyen eût-on pu trouver pour engager les chré- 
tiens à se montrer généreux pour les captifs, bénéficiaires 
des quêtes faites pendant les processions, et à fournir de 
nouvelles ressources aux rédempteurs I 

La procession, en usage au moins depuis le quinzième siè- 
cle, au témoignage de Gaguin, visitait de préférence les cou- 
vents de l'ordre. De -Marseille 1 , elle gagnait, en général, 
Aix, Arles, Tarascon, Avignon, Lyon, Troyes, d'où elle se 
rendait à Paris, soit par Fontainebleau, soit par Châlons, 
Cerfroid et Meaux. Le voyage n'était pas toujours terminé 



1. Lettre i8« du I«r volume, pp. 3o6-3oç, (Paris, 1819). 

a. En 1666, les Pères de la Merci avaient voulu empêcher les Trinilaîres 
de faire une procession à Toulon (Gazette du 12 novembre; Le* continua- 
teur* de Loret, tome II, col. 470)- 



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LES PROCESSIONS DE CAPTIFS. 3()5 

par la capitale, car on allait souvent montrer les captifs 
libérés aux villes de Flandre ' et de Normandie, dont quel- 
ques-uns élaient originaires. 

Il y avait aussi un itinéraire allongé, traversant le Langue- 
doc et le Poitou, que le Père Hérault avait suivi en i643; dans 
la première de ces provinces, les Tri ni (aires possédaient un 
certain nombre de couvents. Lors de la rédemption commune 
de 1785, les Trinitaires prirent l'itinéraire direct, et les Pères 
de la Merci passèrent par Toulouse et Bordeaux. 

Les processions existaient aussi hors de France. Celle de 
i559 à Lisbonne est ainsi relatée par Jean Nicot, ambassa- 
deur de France en Portugal. « Arrivèrent environ 200 captifz 
qui ont esté achetez à Algie par la Miséricorde de ceste 
ville...; chacun d'eulx portait au bout d'un baston ung petit 
pain bis en extrémité de la grosseur d'un orange, dont les 
trois estoient ce qui leur estoit distribué par chacun jour pour 
vivre 3 » (21 sept. i55q). 

La procession des Pères de la Merci rapportée dans le 
Diable boiteux de Lesage est sombre et triste, comme le génie 
espagnol ; un trait surtout est bien observé : le rédempteur, 
« sur un cheval caparaçonné de noir, portait sur sa figure la 
joie profonde d'avoir ramené tant de chrétiens dans leur 
patrie ». 

Il semble qu'on ait parfois exagéré la mise en scène. Lau- 
gier de Tassv, un peu sceptique à l'endroit des malheurs des 
esclaves, prétend qu'à ces processions ils ont des chaînes 
qu'ils n'ont jamais portées dans leur captivité et qu'on leur 

1. Le P. Ignace- a cilé dans ses Mémoires plusieurs processions de 
captifs qui eurent lïeu à Àrras et à Douai. 

2. Bibl. nat. , nouvelles acquisitions françaises, 6638, fa i63 (commu- 
nication de M. de La Roncière). 



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396 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

fait à dessein pousser la barbe et les cheveux pour les rendre 
plus horribles. 

L'assistance à la procession était obligatoire, tout au moins 
moralement, pour chaque esclave. Certains contrats, passés 
devant notaire pour une rédemption, spécifient que l'esclave 
une fois racheté assistera à la procession ', Parmi ces captifs, 
ce furent parfois les mieux nés qui se refusèrent à respecter 
cet engagement d'honneur. Devant la résistance du chevalier 
Louis de Castellane d'Esparron, en 1717, les Trinitaires et 
les Pères de la Merci qui avaient versé ensemble 23,000 livres 
pour son rachat, après sommation faite par huissier se rési- 
gnèrent à laisser de côté ce fier personnage, qui avait trouvé 
fort bon qu'on le rachetât, mais ne se souciait pas de s'ex- 
poser aux regards curieux du peuple *. 

Les religieux tenaient à montrer tous leurs captifs ensem- 
ble, pour faire voir qu'ils avaient bien dépensé tout l'argent 
qui leur avait été confié. Mais, en 1731, le P. Jehannot dut 
envoyer de Constantinople ses esclaves par petits groupes; 
ceux-ci furent laissés libres dès leur arrivée à Marseille, mais 
invités à se trouver à la procession lors du retour de leur 
rédempteur 3 . 

Les habitants prenaient une grande part à la réception des 
captifs + . Si le couvent n'est pas assez vaste, les personnes les 
plus distinguées de la ville se disputent l'honneur de les loger. 

1 . Pièce aoo. 

3. D' Gustave Lambert, ouvt. cité, pp. 8a-83. 

3. Pièce 380. 

4. Les Trinitaires ne se louent pas moins des Français qu'ils rencontrent 
à l'étranger. En 1735, un négociant languedocien, Berlye, établi à Gibral- 
tar, voyant les rédempteurs embarrassés de loger leurs captifs, vu l'insufE- 
sance des auberges, fit vider un de ses magasins pour leur donner de la 
place. Le lendemain, d'ailleurs, le gouverneur anglais vint les inviter à loger 
au château, mais il était trop tard ( Voyage de ija5, p. 3aa). 



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LES PROCESSIONS DE CAPTIFS. 3q7 

Une pieuse dame, à Châlons, en 1732, en prend douze chez 
elle, en l'honneur des douze apôtres. 

Les captifs trouvaient parfois ce voyage un peu long, et non 
à tort; celui de 1732, dirigé par le P. Jehannot, dura du 
20 octobre au i5 janvier, par suite de nombreux détours. 
La procession avait été faite & Tarascon où il y avait un cou- 
vent de l'ordre; les habitants de Beaucaire, qui n'est séparé 
de Tarascon que par un pont, demandèrent à voir la proces- 
sion, n'en ayant jamais vu. Celle d'Avignon avait excité un 
tel enthousiasme que des habitants d'Orange la firent recom- 
mencer dans leur ville. Les captifs récriminaient contre le 
froid et murmuraient contre leur sauveur lui-même, ce qui 
fit dire au P. Jehannot qu'il songeait aux plaintes des Israé- 
lites dans le désert, et que s'il avait racheté les captifs, ce 
n'était pas pour s'attirer leur reconnaissance 1 Dans le petit 
village de Cintré, entre Vesoul et Langres, les habitants 
épouvantés, prenant les captifs pour des brigands, se barri- 
cadèrent, et ce ne fut qu'après avoir beaucoup parlementé 
que le P. Jehannot parvint à les loger. De là, ils descendirent 
la vallée de la Marne. A Joinville, le maire avait fait nettoyer 
d'avance les rues où ils devaient passer ; le corps de ville les 
combla de libéralités, et le maire leur donna une charrette 
pour porter les infirmes jusqu'à Saint-Dizier. A Vitry, « le 
peuple est affable, poli et de bon commerce et les tribunaux 
sont remplis par des gens de mérite et d'érudition m. Les 
échevins de Châlons-sur-Marne avaient fait sonner les cloches 
dès qu'on aperçut le cortège; on fit aux captifs une distri- 
bution de souliers. Après Reims, Soissons et Cerfroid, ils 
arrivèrent à Meaux '. Les manuscrits de Claude Rochard 



1. Voyage du P. Jehannot, pp. 365 à 385. 



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i()B L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

donnent beaucoup de détails sur les processions de captifs 
qui eurent lieu dans cette ville, sur la grande affluence 
du peuple. In durée extrême de la cérémonie qui dépassa 
huit heures et comporta des stations à dix-huit églises ou 
couvents. Tout le monde d'ailleurs faisait preuve de dévoue- 
ment : les fusiliers se contentèrent d'un maigre repas 1 . 

Naturellement, les captifs, interrogés par tous, disent qu'il 
reste encore plusieurs milliers de leurs compatriotes à rache- 
ter; une telle déclaration entrait parfaitement dans les vues 
des rédempteurs, dont le but était de faire croire qu'il exis- 
tait encore "en Barbarie un très grand nombre de captifs, 
dont les générosités de tous les chrétiens pouvaient seules 
briser les fers. Captifs et rédempteurs étaient salués par des 
poètes locaux, comme Jacques de La Fosse à Troyes (f Heu- 
reux paranymphe de 1667), enfin à Paris par Charles Pilhou, 
profès d'Arras (i64 a ) (Triumphus Jraternae pietatis), et en 
1785 par un motet. C'est à Paris que l'accueil fut de tous 
temps le plus enthousiaste, « En 1466, raconte Gaguin dans 
une lettre, il y eut à noire entrée une telle joie, une telle 
gaieté, un tel concert d'acclamations a toutes les rues, à tous 
les carrefours, que, je puis l'affirmer, aucun roi ne fut jamais 
reçu comme nous 1 . » 

Des stations avaient lieu aux couvents en bonnes relations 
avec les Mathurins. L'abbaye de Saint-Victor reçut, en 16^2 
comme en i^oi, la visite des captifs. Louis Petit avait 

1 . Rochurd continue ainsi : u Le lendemain , un religieux conduisit 
vingt-deux des soixante-trois captifs au couvent des religieuses de Noéfort, 
pour contenter la curiosité ordinaire des religieuses, qui désiraient avec 
ardeur voir ceux qui avaient ainsi soutenu l'honneur du christianisme, en 
préférant l'esclavage aux honneurs qui leur avaient été offerts en quittant 
leur religion et avaient souffert les tourments et travaux a 
pour Dieu seul. » 

2. Db Vaissiêhe, De Robtrli Gaguini vita et scriptis, p. 



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LES PROCESSIONS DE CAPTIFS. 3gg 

demandé au prieur « d'accommoder quelque petit lieu dans 
leur basse-cour pour retirer iceux captifs avec leur père 
rédempteur, en attendant que les Malhurins allassent proces- 
sîonnellement les recevoir ». Les religieux de Saint-Victor 
leur avaient donné du pain et du vin pour « se repaître ' ». 

Au retour des captifs rachetés à Alger par le P. Dan, qui 
fut peut-être l'heureux initiateur de cette fête (iG35), on leur 
donna pour escorte des enfants , vêtus de rochets de fine 
toile, avec une branche de laurier en main et une couronne 
en tête, qui enlaçaient les captifs des liens les plus gracieux ; 
l'un d'eux portait un guidon de taffetas blanc où étaient 
peints deux anges. Depuis, les jeunes enfants figurèrent tou- 
jours à la procession des captifs, sous le nom d'anges 1 . 

Cette mode se communiqua bientôt à la province; Troyes 
la connut dès 1660 3 . Lorsque Subligny décrit une procession 
de 1666, sa prose rimée en devient presque poétique : 

Ils [les captifs] n'avaient lors, au lieu des chaînes 

Qui faisaient leurs honteuses peines, 

Que de migoards liens dorés 

Desquels ils n'étaient que parés 

Et que tenaient de petits anges, 

Dignes d'amour et de louanges 

Pour leur grâce et pour leur beauté, 

Et loua enfants de qualité. 

« La gentillesse de leurs habits était à admirer, mais aussi 
bien à plaindre, à cause de la salleté des rues ordinaires dans 
Paris », dit le chroniqueur de iôqa. 

Les programmes de ces processions furent imprimés en 

t. Bibl. Mazarine, recueil 37218, 17' pièce. 
1. Corsaires et Rédempteurs, pp. 375-1176. 
3. BouTiOT, Histoire de Troye», IV, 46*489. 



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4<x> l'ordre français des trinitaires. 

grand nombre au dix-huitième siècle 1 . La cérémonie se com- 
posait essentiellement de stations dans les églises (la première 
était en général dans l'abbaye de Saint-Antoine) avec ser- 
mons et quêtes ' pour permettre aux libérés de revenir chez 
eux. Dans un rachat commun, les Mathurins et les Mercé- 
daires ont chacun leur jour. A la fin, un « ange » harangue le 
général au nom des captifs, et celui-ci sert lui-même au ré- 
fectoire les plus anciens d'entre eux 3 . 

Les rédempteurs présentent parfois leurs captifs au roi. Le 
P. Lucien Hérault rappelle à Anne d'Autriche qu'il les lui a 
amenés dans la galerie du Louvre, le 20 septembre i643, et 
que le jeune roi les a longuement regardés, comme pour se 
rappeler qu'il devait un jour venger les injures faites à ses 
sujets 4 . Un compte rendu était dressé au sujet du prix du 
rachat. Enfin, chacun des captifs recevait du général un 
certificat de rédemption, valable pour six mois, et de l'argent 
pour ses frais de route. Après ces mois ou ces années d'ab- 
sence, les rédempteurs n'avaient plus qu'à prendre un repos 
bien gagné, avant de repartir pour de nouveaux voyages 5 . 

1 . Un recueil factice de ces programmes existe à la Bibliothèque natio- 
nale, Ld«, no 3. 



Jagn a tallo damofulte 

(Sublion y, Les continuateur» de Loret, l. II, col. 49°-) 

3. Le tableau de piété, p. i4ï (i3 novembre 1666). 

4. Larmes et clameurs des chrétiens, Paris, 1643, p. 5. 

5. Autres exemples de procession. Montpellier : « Un enfant velu en 
Turc, muni du turban et du sceptre, escorté d'une jeune fille costumée en 
sullane » {l'abbé Azaïs, d'après Germain, L'œuvre de la rédemption des 
captifs à Montpellier). — Douai : « Venait ensuite une galère équipée, 
voguant sur le dos de plus d'un Neptune d'emprunt. Elle était chargée d'es- 
claves chrétiens que conduisait un Jésuite habillé en Mathurin a (lors de 
l'entrée de Louis XIV, a3 juillet 1667 ; Tailliah, ouor. cité, t. 111, p. 7, et 
Les continuateurs de Loret, t. II, col. 901). 



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CHAPITRE IX. 
Les plus célèbres rédemptions. 



Le voyage pris pour type au chapitre vu est le plus simple 
et le plus rapide qui puisse se rencontrer. Les rédempteurs 
de i54o ne stipulent avec leur guide qu'un séjour de trois 
mois en Barbarie; ceux de 1667, Michelin, Basire et Le Beau, 
ne restent à Alger que du 1 2 mai au 1 1 septembre. Ce voyage 
ne fut pas toujours aussi court. Sans parler des incidents 
qui retinrent deux ans à Toulon les PP. Basire et Escoffier, 
avant leur départ, et des démêlés du P. Philémon de la 
Motte avec les prieurs de la rédemption de Marseille, il 
pouvait survenir en Afrique des difficultés graves. Sans doute, 
il n'arrivait guère que le rédempteur fut obligé, comme le 
P. Jehannot à Constanlinople, en 1 y3 1 , d'attendre le retour 
des galères sur lesquelles ramaient les captifs, mais bien d'au- 
tres causes paralysaient le rachat, surtout le manque de res- 
sources. 

Diverses causes pouvaient, d'ailleurs, amener les rédemp- 
teurs à s'arrêter en plus d'une ville, soit qu'au premier point 
touché la rédemption fut empêchée, soit, au contraire, qu'il 
y eût assez de ressources pour y faire participer plus de 
captifs. Cela serait une justification suffisante de la pluralité 
des rédempteurs, qui agissaient chacun d'une manière indé- 
pendante. Ainsi, en 1719, les captifs rachetés à Alger furent 
ramenés par les PP. Comelin et Philémon de Motte, sans 



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402 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRES. 

qu'on attendit le P. Bernard, qui s'était rendu à Tunis. En 
1725, très peu de captifs purent être retirés du Maroc; ils 
furent laissés entre les mains du P. Le Roy, qui, de Cadix, 
les conduisit en France par le Havre. Voulant dépenser le 
reste de leur argent, les PP. de La Faye et Darcisas parti- 
rent pour Marseille, afin de repasser de là en Barbarie. Après 
avoir couru un grand danger qu'ils ne spécifient point, sans 
doute la rencontre d'un vaisseau corsaire, ils abordèrent au 
port de Bouc et mandèrent au ministre de Marseille qu'il eût 
à faire annoncer par affiche leur prochain départ, avec la 
permission de l'évèque, et à chercher quelque embarcation se 
rendant à Alger 1 . 

Quelque compliquées qu'aient été ces dernières rédemp- 
tions, sans qu'il y ait eu faute de la part des musulmans, 
elles peuvent être considérées comme normales jusqu'à un 
certain point. Au contraire, quelques-unes, qui vont être 
énumérées, offrent un certain intérêt, soit par leurs circons- 
tances, soit par le lieu où elles se passèrent. 

Le voyage de i58o, opéré par les Trinitaires espagnols, 
est le premier sur lequel nous soyons bien renseignés, grâce 
à un témoin oculaire, Diego de Haedo, qui eu donne, dans 
ses Dialogues des martyrs, un récit très vivant. On était à 
l'époque de la plus grande tension des rapports entre chré- 
tiens et musulmans, neuf ans après Lépante, trois ans après la 
révolte des Maures, deux ans après la bataille d'Alcazarquivir, 
où périt dom Sébastien de Portugal. C'était le moment où la 
chrétienté espérait que Philippe II allait mettre Alger sous sa 
domination; le monarque espagnol préféra envahir le Portu- 
gal et Alger respira. Jean Gil fut le rédempteur qu'il fallait 

1. Pièce 373. 



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LES PLUS CÉLÈBRES RÉDEMPTIONS. 4t)3- 

dans une pareille situation ; rarement Trinitaire déploya un 
plus stoîque courage et, à l'occasion, une plus rare abnéga- 
tion. Parmi les nombreux traits de générosité qui lui sont 
attribués, Haedo rappelle celui-ci. II avait été insulté par 
un Arabe, qui fut pris et condamné à recevoir des coups de 
bâton; mais le rédempteur se mit entre lui cl les exécu- 
teurs, leur disant de le frapper plutôt lui-même ! Le P. Gil 
conquit l'admiration des musulmans et ces difficultés qu'il 
avait éprouvées ne l'empêchèrent pas de revenir, quelques 
années plus tard, pour une autre rédemption. 

En 1609, trois Trinitaires de Castîlle, Aquila, Palacios et 
Monroy, avaient mené à bonne fin le rachat, de cent trente- 
six captifs, lorsque la nouvelle de la conversion au christia- 
nisme ' d'une jeune musulmane nommée Fatime, qui avait été 
conduite à Gênes, exaspéra les Algériens. En guise de repré- 
sailles, ils jetèrent les rédempteurs dans un cachot, où les 
deux premiers moururent bientôt; le P. de Monroy ne fut 
délivré qu'à la condition de ne jamais tenter de revenir en 
Espagne*. Il occupa ses loisirs forcés, d'une manière utile, 
en fondant un hôpital à Alger pour les captifs. 

Vingt-cinq ans après la mort du P. de Monroy, un Français 
éprouva le même sort, le P. Lucien Hérault. C'était un Trini- 
taire Réformé, né à Saint-Paul, près de Beauvais, el profès 
de Montmorency, dont les lettres ont servi au P. Denis Cas- 

1, De semblables incidents avaient une répercussion fâcheuse sur les 
rédemptions. Fabian Garcia, chirurgien des hôpitaux d'Alger, écrit du lazaret 
de Livoarne, le 3o mars 1682, qu'il a été chassé par le dey, à cause de la 
conversion d'un jeune homme d'Oran, et que l'administra leur et un clerc 
ont été condamnés à êlre brûlés vifs. Le 21 septembre suivant, Pierre 
Mercier fit prier pour eux dans toutes les provinces de l'ordre. Une pareille 
était rarement exécutée (Bibl. de Marseille, 
>. 38o). 
. Le P. Caijxte, Corsaire* et Rédempteurs, p. >4i. 



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4o4 l'ordre français des trinitaires. 

sel pour composer le petit volume intitulé : Victoires de la 
charité. On lui avait conseille, à Marseille, de s'habiller en 
marchand' ou en matelot, ou bien encore de traiter avec des 
négociants qui rendraient les esclaves à cette ville, moyen- 
nant une certaine rémunération. « Ce conseil était bon, dit-il, 
pour des hommes timides, sans foi et sans charité. » Le 
P. Hérault prouva bien qu'il n'était pas de ceux-là. 

Arrivé à Alger le 3o janvier i643, il ramena une première 
fois des captifs à Paris, le 20 septembre suivant, après avoir 
laissé en otage son confrère, le P. Boniface. Anne d'Autriche 
ordonna une quête en sa faveur, et il revint a Alger en 
mars i645. Après avoir « dégagé » son compagnon, il se vit 
exposé à une difficulté imprévue : les créanciers du P. Bru- 
gière, de l'ordre de la Merci, qui, lui aussi, était en otage, 
s'avisèrent de réclamer au P. Hérault les 12,000 écos dus par 
le Mercédaire et le divan le condamna à payer. Malgré ses 
protestations, le P. Hérault fut jeté en prison ; le a5 novem- 
bre i645, il était extrêmement malade et sans cesse en dan- 
ger d'être brûlé par les musulmans 1 . Les captifs furent reven- 
dus pour payer ce qu'il ne devait pas, et lui-même mourut 
le 28 janvier 1646, laissant 3 écus pour tout héritage. Ce 
fut alors un revirement complet : les chrétiens esclaves eurent 
trois jours de repos afin de pouvoir prier pour lui; des Turcs 
préposés à la garde de son corps furent eux-mêmes émus de 
ce 'spectacle 3 . Plusieurs milliers de chrétiens (fait inouï) sui- 
virent ses obsèques solennelles et quelques-uns de ses fami- 

1. Ce procédé n'était pas très sur. Un Père de la Merci, s'éumt rendu i 
Alger sous un déguisement pour racheter à plus bas prix, fui puni d'une 
amende de 800 écus (Mémoire» de la Congrégation de la Mission, t- I, 
p. aoS). 

3. Revue africaine, t. XXXV, p. 107. 

3. Victoire* de la charité, p. 181 . 



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MAHÉMET-TOUSIRIS, CAPITAINE DE SALE. 

(Cuil. attentera, Ob 10 a, fol. 69.) 



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LES PLUS CÉLÈBRES RÉDEMPTIONS. U,o5 

liera se réunirent devant Constans, chancelier du consulat de 
France, pour attester les mérites de leur bienfaiteur. Cette 
déclaration des captifs marque un peu trop d'hostilité contre 
le P. Brugière, qui resta plusieurs années encore à Alger, 
quoique, le i5 février 16^7, une quête eût été ordonnée en sa 
faveur dans tous les diocèses de France 1 . 

Cet incident émouvant est le dernier de ce genre qui se soit 
produit à Alger ; les rédemptions suivantes * ne donnèrent 
pas lieu à de semblables difficultés. Une dernière rédemption 
à Alger est à noter, à cause de la personnalité de son auteur, 
Grégoire de La Forge, alors vicaire général de la Congréga- 
tion réformée (1690). Le P. de La Faye., se rendant dans celte 
même ville dix ans après, s'excuse, au début de son récit 3 , 
de ne pas insister sur Alger, par ce motif que le général de 
son ordre, auquel il s'adresse, se souvient fort bien encore 
de son voyage. 

Le passage à Tripoli était une nouveauté et ce n'est pas la 
seule preuve du désir de changement qu'on peut remarquer 
au dix-huitième siècle chez les rédempteurs. Cette tendance 
était fort louable en un sens, car les chrétiens ne souffraient 
pas seulement à Alger et à Tunis. Le P. de La Faye, qui 
a un véritable talent d'écrivain, présente en quelques pages 
des tableaux achevés : description très soignée de Tripoli et 
de ses antiquités, du jardin d'un vénérable Turc, qui ressemble 



t. Dr Gl.'STAVE LàHBBUT, OIIIT. Cité, p. 77. 

2. Les rédempteurs sont, en i&6i : Pierre Michelin, ministre de Silvelle ; 
Guillaume Basire, de Chfllons ; Antoine Dachier, de Lena; Victor Le Beau, 
de Heaux. — Avec les quatre rédempteurs de iG85 figure le frère convers 
Jean Félix, de Douai. 

3. État de* royaumes de Barbarie, Tripoli/, Tunis et Alger. Rouen, 
1708. Ce récit est accompagne de la Tradition de TÉalite pour le ra- 
chat de* captif*. 



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4o6 l'ordre français des : 

à un vieillard de Virgile, et narration amusante « des luttes 
courtoises » 0(1 le vainqueur est désigné d'avance. N'ayant 
jamais vu de Trinitaires, les T ripolilains les prirent pour des 
chevaliers de Malte; cette erreur, qui eût pu leur porter 
préjudice, fut dissipée; le consul, François de La Lande, les 
présenta à Méhémet, dey et pacha, déclarant qu'ils c'étaient 
arrivés que par hasard, ce qui évita les présents d'usage. Le 
dey était d'ailleurs un excellent homme ; il donnait le nom de 
mère à une femme de Marseille qui avait montré de la charité 
pour lui alors qu'il était captif dans cette ville; il lui envoyait, 
de temps en temps, des présents el lui écrivait qu'il serait 
parfaitement heureux si elle venait passer ses jours auprès 
de lui. Les esclaves n'étaient pas trop malheureux, étant 
pour la plupart occupés à entretenir les magnifiques maisons 
de campagne des Tripolitains et peu nombreux, car les traités 
étaient plus respectés à Tripoli qu'à Tunis ou à Alger. Est-ce 
faiblesse ou probité? se demande Laugier de Tassy, l'his- 
torien des États barbaresques; le doute est permis. 

Si, même après ce récit, nous ne savons point avec préci- 
sion pour quel motif le P. de La Faye aborda à Tripoli, au 
moins nous connaissons la raison du voyage de Constantino- 
ple qu'entreprit le P. Jehannot. Dès 1730, un Jésuite, le 
P. Caschot, avait écrit au général des Trinitaires qu'il y avait 
dans cette ville beaucoup d'esclaves français très malheureux, 
dont personne ne s'occupait 1 , le priant de faire la rédemp- 
tion alternativement à Constantinople el en Barbarie. Le con- 
seil ne fut suivi qu'en 1 730, après une tentative de voyage au 
Maroc. Peut-être pensait-on que tous les esclaves appartenant 
au grand seigneur, il serait très difficile de les racheter. 

1 . Les Trinitaires Déchaussés d'Autriche venaient de temps en ucap* 
opérer à Constnnlinople des rédemptions au profit de leurs compatriotes. 



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LES PLUS CÉLÈBRES RÉDEMPTIONS. 4<>7 

Le P. Jehannot, seul rédempteur, partit déguisé, sous le 
nom de Duplessis, le capitaine Romity étant l'unique per- 
sonne qui connût son identité; quant à ses effets et à son 
argent, ils Furent considérés comme envoyés à notre ambassa- 
deur, M. de Villeneuve, pour plus grande sûreté. Grâce à 
l'excellent diplomate, le P. Jehannot s'aboucha avec un offi- 
cier qui, devenu ensuite grand-vizir, lui fit envoyer secrète- 
ment, deux par deux, les esclaves retirés des bagnes. Ils 
étaient aussitôt cachés dans le palais de l'ambassadeur ' et te 
prudent rédempteur les renvoya en France le plus vite possible. 
Resté longtemps à Constantinople pour attendre le retour des 
galères sur lesquelles ramaient les chrétiens, il en racheta 
encore un certain nombre. 

Mais le plus important lieu de rédemption était alors l'em- 
pire de Maroc, pays où ces pieux voyages offraient le plus 
de difficultés. 



i. Les ambassadeurs de Constantinople s'étaient toujours beaucoup occu- 
pés des esclaves. Une instruction donnée à M. de Cé*y vers i633 porte 
même que « procurer » l'évasion de ceux-ci est une des choses les plus 
recommandables qu'ils puissent faire en leur charge. 



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CHAPITRE X. 
La rédemption au Maroc. 



Il est fort étonnant que nos religieux français ne nous aient 
guère renseignés sur ce pays au dix-septième siècle. Ce sont 
les Pères de la Merci qu'un arrêt du Conseil d'État de i636 
avait chargés du rachat des captifs de Salé, et c'est à ces 
religieux qu'avait été délivré, au mois de juin 1673, un pas- 
seport pour cette même ville. Cependant, les Trinitaires 
Anroux et Héron allèrent, en i654, A Salé et « y dressèrent 
une manière d'hôpital ». Tout ce que l'on a pu écrire d'af- 
freux sur le sort des esclaves se vérifie au Maroc et confirme 
bien cette loi très simple, que l'esclavage chrétien croissait en 
horreur à mesure que l'on avançait de l'est à l'ouest. Au 
Maroc, l'empereur Mouley-Ismaël était demeuré célèbre par 
sa cruauté, autant que par son avidité. Le rachat des esclaves 
coûtait trois fois plus cher qu'en Barbarie, à cette époque, 
au dire d'un Mercédaire, le P. Forton, qui était l'un des 
compagnons du P. Busnot, Trinitaire réformé de Rouen ' et 
historien du souverain marocain. Les chrétiens étaient parti- 
culièrement méprisés au Maroc; aucune avanie ne leur est 
épargnée, écrit encore l'abbé RaynaP à la fin du dix-huitième 



[. Le grand tableau de Léger sur le Rachat des captif», qui fui louç- 
lemps à l'église de Saint-Léger du Bourg-Denis, près Rouen, est inspire Ar 

a. Pièce 347. — On peut voir ce qu'en dit Estelle, qui était consul de 
France » Salé en 1092; pièce 243. 



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LA RÉDEMPTION EN MAROC. 4°9 

siècle. L'empereur, surveillant lui-même ses esclaves, les 
employait à faire des constructions pour les démolir ensuite, 
afin de les occuper et de les empêcher de songer à l'évasion. 
Si les travailleurs l'ont mécontenté par leur négligence, il les 
tue de sa propre main ; il fait d'ailleurs de même pour ses 
sujets, qui estimaient que la mort donnée par leur souverain 
les conduisait tout droit au paradis de Mahomet; ceux qui 
étaient las de la vie venaient (au dire des rédempteurs) se 
faire décapiter par l'empereur. 

Une difficulté particulière se présente au Maroc. Dans les 
pays qui ont été examinés jusqu'à présent, la plus grande 
partie des captifs réside au bord de la mer; la transporlation 
A la campagne ou dans les montagnes n'existe qu'exception- 
nellement. Au contraire, en Maroc, le séjour sur le bord de 
la mer est l'exception et les captifs sont bien loin dans l'in- 
térieur des terres. Le chemin de Fez est barré par les vice- 
rois de Tetuan et d'Alcassave, qu'il faut d'abord fléchir au 
moyen de présents, et qui sont parfois mal soumis à l'empe- 
reur, au point de refuser d'exécuter ses ordres 1 . C'est en 
Maroc que des rédempteurs espagnols burent, en i64i, un 
poison lent dont ils moururent en Espagne ; on avait espéré 
qu'ils succomberaient encore en Afrique el qu'ainsi les cap- 
tifs par eux délivrés seraient repris sans bourse délier'. 

A une situation exceptionnelle, il fallait des remèdes excep- 
tionnels. Il était ordonné, en principe, aux rédempteurs, de 
faire eux-mêmes la rédemption. L'animosité particulière des 



i. En '7z5, DesUusaan, Tri ni taire, de Montpellier, avait été retenu a 
Tetuan par un pacha, malgré le passeport du roi de Maroc, sous prétexte 
d'une dette contractée par Honoré Mure « se disant » consul de France 
(Chambre de commerce de Marseille, AA 27). 

2. P. Cauxtb, Corsaires et Rédempteurs, p. »/n. 



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4lO L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINtTAIRES. 

Marocains rendant cette tâche difficile, ils étaient autorisés A 
se servir d'intermédiaires laïques, appelés en espagnol alfa- 
qaecos ou rescatadores, qui couraient moins de dangers que 
des religieux. L'un des plus connus fut, au seizième siècle, 
Diego de Torrès, le célèbre auteur de la Chronique des chéri/s. 

Là où il n'y avait pas de consul de France, il fallait se 
servir d'un négociant, à peu près toléré au Maroc, à cause 
des nécessités du commerce local. Ce fut le rdle que remplit 
Pillet lors des rédemptions de 1704, 1708 et 171a. En pareil 
cas, les religieux attendaient dans une ville espagnole, Cadix 
ou même Cerna', l'aboutissement des négociations. Ces pré- 
liminaires duraient parfois un ou deux ans, mais les rédemp- 
teurs auraient eu mauvaise grâce à s'en plaindre, puisque ces 
précautions n'étaient prises qu'en vue de leur propre sécurité. 
Parfois une expédition militaire venait à la traverse de la 
rédemption, sans que les religieux paraissent avoir eu trop à 
en souffrir. 

Le voyage de 1765 à Mogador emprunte une partie de son 
intérêt à l'attitude de la cour de France vis-à-vis de ces reli- 
gieux. Les défiances gouvernementales dataient de plus loin, 
car des instructions données en 17Ï1 à un capitaine de vais- 
seau lui enjoignent de tenir les rédempteurs à l'écart de sa 
négociation. 

Pendant plus de deux ans, Claude Forest, ministre de 
Mortagne, tint le journal 1 . Ses compagnons sont deux Trint- 
taires, Chrysostome Mure, Marner, ministre de Vianden (venu 
spécialement pour le rachat des Allemands), et Christophe 



1 . La vie était dure à Ccutn . Pendant le siège de cette ville, qui don 
neuf ans, les Trioitaires Déchaussés y servirent comme soldais (Triam- 
phut misertcordiae, p. 43). 

a. Bibliothèque nationale, nouv, acquis, franc., B»36, 



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LA RÉDEMPTION EN MAROC. /( 1 1 

Pays 1 , Religieux de la Merci. Ils s'étaient mis en route sans 
avoir, je ne dirai pas l'argent nécessaire pour racheter tous 
les captifs (ils en trouvèrent quatre fois plus qu'ils ne s'y 
attendaient I mats même sans avoir reçu la quote-part des 
Religieux de la Merci. La prolongation de l'attente à Cadix 
leur était imposée par ce retard, autant que par les ordres 
de la cour, avec laquelle ils ne s'étaient évidemment pas 
entendus avant le départ. Une négociation diplomatique mar- 
chait, en effet, de pair avec la rédemption. 

L'empereur de Maroc avait envoyé, en 1762, un certain 
Rey, pour traiter avec la France de la paix et du rachat des 
esclaves. Ce négociateur, que les rédempteurs nous dépei- 
gnent comme un chevalier d'industrie, était resté de longs 
mois à Marseille, malade et sans argent; enfin, subventionné 
par la Chambre du commerce, il était venu à Versailles et 
avait reçu de la cour, bien mal informée dès réelles disposi- 
tions de l'empereur, des propositions inacceptables, ce qui ne 
l'empêcha pas d'écrire faussement à son maître que tout allait 
bien. Ces propositions françaises consistaient à demander : 
1 ° la diminution de plus des deux tiers des droits de douane ; 
3° la remise gratuite des esclaves ou, tout au moins, moyen- 
nant 3 ou 4°° 'ivres pour chacun (un dixième de ce que 
l'empereur demandait, au tarif de la précédente rédemption 
portugaise) ; 3" la fondation d'un comptoir au Maroc. Le 
souverain reçut ces propositions avec colère , mais, pour 
prouver son désir de la paix, il chargea le négociant Salva, 
correspondant des Trinitaires, d'entamer de nouvelles négo- 



it latin 17054 de la Bibliothèque nationale contient (p. 107) 
un chaleureux éloge de ce religieux, qui avait quête pour les captifs avec un 
très grand zèle et un louable désintéressement, en abandonnant ses droits 
d'auteur à propos de s 



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&I3 l'ordre français des tributaires. 

dations sur une base raisonnable. Voilà nos religieux con- 
sternés; si Salva leur amène aussitôt ies esclaves, avec quoi 
vont-ils les payer? 

De plus, la cour de France n'avail point voulu profiter des 
bonnes dispositions de l'Espagne (on était au temps du pacte 
de famille) pour demander, en faveur des rédempteurs, la 
sortie en franchise de la somme totale que ceux-ci portaient 
sur eux. II était d'usage, pendant la rédemption, de donner 
mensuellement une piastre en aumône aux captifs. Les Trinî- 
taires essayèrent bien de retirer cette largesse aux esclaves du 
Midi, que les Pères de la Merci étaient spécialement tenus 
de secourir comme ressortissant à leurs districts de quête, 
maïs il n'en résulta qu'une économie insignifiante. 

Les Pères de la Merci de Guyenne ne voulaient toujours 
pas payer leur quote-part, quoique le P. Pays, commandeur 
de Paris, les en pressât. Alors ils annoncèrent, avec grand 
fracas, un emprunt de 4<J,ooo livres qu'on ne vit jamais 
réalisé. Les Trinilaires de Paris ne se pressaient cependant 
pas de dénoncer la coupable abstention des Pères de la Merci. 
L'un d'eux, le P. Toustain, finit par présenter un mémoire 
afin de dessiller les yeux du duc de Praslin, ministre de la 
marine, au sujet de l'impossibilité de réaliser des économies 
sur te rachat. Renoncer à la rédemption eût été déplorable, 
ne faire que des rachats particuliers eût été injuste, il fallait 
donc recourir à un emprunt sur les biens des deux ordres. 
Telles sont les tristes pensées que le P. Forest roule dans son 
esprit pendant six mois. 

Je ne dis rien des soupçons qu'ils élèvent les uns contre les 
autres, de leur mécontentement trop prompt contre Salva ' ; 

i. Il s'était entremis pour eux avec dévouement, et avait conseillé au roi 



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AOHMET SOUSSIN, MUFTI DE L'AMBASSADE. 

(CoU. OolgnWros. Ob 10 <i, f «4.) 



(igUizeciDv G00gle 



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LA RÉDEMPTION EN MAROC. 4l3 

après avoir craint qu'il ne réussît trop tôt, ils redoutent 
maintenant qu'il ne fasse rien ! La cour de France doit par- 
tager avec les Pères de la Merci la responsabilité du déses- 
poir qui étreignit parfois nos malheureux rédempteurs. 

Voyant qu'avec 3oo,ooo livres on ne pourra racheter que 
la moitié ou le tiers des captifs, le P. Forest fait donc deman- 
der à l'empereur de Maroc de n'en racheter qu'à proportion de 
ces ressources actuelles, ce qui était évidemment la meilleure 
solution. Que ne fait-il pas pour engager le souverain à se 
relâcher de son prix de 700 piastres (3,5oo livres)? Un strata- 
gème avait réussi au P. Bernard, en 1720, à Tunis; feignant 
de trouver les esclaves trop chers, il avait fait des préparatifs 
de départ, et ainsi le prix avait été diminué des a/5. Le 
P. Forest pensait écrire aux captifs qu'en présence des exi- 
gences marocaines, il allait partir, espérant que leurs plaintes 
rendraient le souverain plus traitable, mais un négociant de 
Cadix déconseilla ce stratagème. Les rédempteurs apprennent 
enfin que la négociation limitée de Salva a réussi et que les 
esclaves leur seront remis à Mogador. 

Pendant ce temps, l'escadre française de Du Chaffaut bom- 
barde Larrache, où elle essuie un sanglant échec ' par suite 
de l'imprudence de M. de Beauregard. Quelle n'est pas la 
terreur des rédempteurs à la pensée d'être retenus prisonniers, 
car ce port de Mogador, de fondation récente, étant peu pro- 
fond, ils craignent qu'une fois entrés ils ne puissent en sortir. 

Au moins , après avoir en vain demandé d'aller à Salé 
(juin 1765), nos religieux se promettent bien de ne pas des- 
cendre à terre : le vice-roi Mouley-Idris a beau leur offrir 

de France de compléter la somme, dans le cas où le roi de Maroc voudrait 
le rachat total, que les Rédempteurs n'étaient point en état de Taire. 
1. Ministère des affaires étrangères, Maroc, 3, !" 68. 



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4 « 4 l'ordre français des tributaires. 

le divertissement des fantasias, ils ne désirent pas les voir 
de près, et, ne les apercevant que de leur navire, les déclarent 
peu intéressantes. Des négociants chrétiens viennent à bord, 
Salva, son associé Rilliet et un certain Chullz, de la factorerie 
danoise. Quoique touchant au port, les rédempteurs ne sont 
pas an bout de leurs peines. Ils voulaient que Mouley-Idris 
ne prit pas une trop forte commission ; or le naïf Chultz 
laisse celui-ci s'attribuer 5oo piastres pour treize esclaves des 
Pays-Bas. Les rédempteurs refusent de payer celte commis- 
sion; pendant plusieurs jours, ils voient les esclaves immo- 
biles au bord du rivage; tout à coup une barque accoste avec 
plusieurs esclaves. Un brave juif, Sombel, avait écrit à un 
de ses coreligionnaires qui approchait le souverain de Maroc, 
au sujet de l'avanie éprouvée par les rédempteurs; l'empereur 
manda alors à Mouley-Idris de laisser partir les religieux. 
Bref, les rédempteurs eurent leurs -]3 esclaves, dont 20 pour 
l'ordre de la Merci, et 8 pour le Bureau de Rédemption de 
Marseille. Mouley-Idris envoie même en cadeau ao moutons, 
200 porcs et du couscoussou. Salva reçoit 10,000 livres de 
commission' pour ses fidèles services; les religieux et lui se 
quittent en s'emhrassant. Les rédempteurs, partis de Moga- 
dor le 3 septembre 1765, sortent, le 3i octobre, du lazaret 
de Marseille après dix-huit jours de quarantaine. 

Il importait de raconter en détail ce voyage inédit, parce 
que plusieurs de ses incidents eurent des conséquences fâcheu- 
ses. Le capitaine Pellegrin, marseillais, auquel avait été pré- 
féré le capitaine Dupais, normand, moins ancien en captivité, 

1. En réalité, i3 t 8if> livres pour le total des esclaves. l.es Pères regar- 
daient le prorata payé pour huit Marseillais comme uoe avance qui leur 
serait remboursée. Or Salva demanda au Bureau de Rédemption une com- 
mission particulière qui fui ta.\éc a 2 1/2 p. 100. 



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LA RÉDEMPTION EN MAROC. /( I 5 

avait écrit au ministre de la marine pour se plaindre de n'avoir 
pas été racheté; le P. Pichault, récemment élu général des 
Trinitaires, accusa les rédempteurs d'avoir abusé de sa con- 
fiance. Très ému, le P. Forest s'excusa sur son absence, vers 
le milieu d'avril 1760, lorsque la substitution d'un équipage 
normand à celui de Marseille avait été décidée, malgré les 
durées respectives de leur captivité, mais en raison du fait 
que la Normandie était réservée aux quêtes trinitaires et que 
l'équipage de Dupuis était peu nombreux. 

L'avenir devait apporter au rédempteur ' quelques consola- 
tions dans ses ennuis. 11 fut député de Normandie au chapitre 
de 1768 et ministre de Fontainebleau en 1786. 

Le P. Forest voulut tirer une morale de ses aventures. 
Pour éviter la commission du négociant chrétien, qui s'ajou- 
tait aux présents à faire pour absorber une partie des fonds. 
il déclare qu'il faut faire ses affaires soi-même ; mais il avait 
vu à quel point Salva lui avait été indispensable; le recon- 
naissant, il effaça finalement les paroles que la mauvaise 
humeur lui avait d'abord dictées contre l'habile et dispen- 
dieux négociateur. 

Un autre incident du voyage eut une portée plus grave : 
les religieux avaient été abandonnés à leur malheureux sort 
par la cour qui, renonçant à comprendre te rachat des cap- 
tifs dans la négociation diplomatique, laissa les rédempteurs 
s'en tirer comme ils pourraient. Les religieux avaient sou- 

1. On voit dans ses registres de dépenses de 1766 : 

Dépensé en voyage d'Espagne ing livres. 

Pour du vin de Pacarel (de Xérès) 74 — 

Pour 10 livres de chocolat a5 — 

Pour des peaux de maroquin el des babouches achetées eu 

Barbarie 65 — 

(Inventaire de» archives de l'Orne, H 3i83). 



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4i6 l'ordre français des trinitaires. 

tenu que leurs aumônes étaient locales et qu'ils devaient 
racheter surtout les captifs des provinces où ils recevaient 
des aumônes particulières. La cour de France n'admit pas 
cette théorie; à la fin de 1765, une déclaration royale décida 
que les aumônes recueillies en France serviraient pour le 
rachat des captifs français indistinctement, thèse plus vrai- 
ment nationale que celle des rédempteurs ; mais ceux-ci 
n'étaient-ils pas dans le vrai en comptant de préférence sur 
les aumônes locales et à but déterminé? Après ayoir mis un 
tel poids dans la balance, il ne restait plus à la royauté qu'à 
prendre la haute main sur la rédemption et à faire des reli- 
gieux tes simples exécuteurs de ses volontés. 



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ESCLAVE CHRÉTIEN AU MAROC. 

(Coll. Qulfnlira, Ob 10 a, f tl.) 



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CHAPITRE XI. 
La rédemption diplomatique, * 

La rédemption générale avait subi une certaine éclipse de- 
puis te début du dix-huitième siècle. Un double mouvement 
pouvait être constaté : les ressources baissaient et le prix des 
esclaves augmentait; la belle oeuvre des rédempteurs dégéné- 
rait en un grand nombre de rachats particuliers, où la part 
de leur charité n'était plus prépondérante. 

En 1719, le P. Philémon de la Moite ne s'était pas montré 
partisan de celte évolution. Étant, à Marseille, engagé dans 
un conflit avec le Bureau de Rédemption, il avait composé un 
mémoire pour établir la supériorité des rédemptions généra- 
les sur les rachats particuliers. Outre l'effet d'édification pro- 
duit sur le peuple par une procession nombreuse, il relevait 
justement ce fait qu'il ne fallait pas avoir trop de confiance 
dans les négociants ', qui n'ont pas le loisir d'être charitables, 
et, tout au moins, n'apportent pas au rachat de l'esclave la 
promptitude désirable '. 

Mais, lorsque le rédempteur, allant plus loin, déclarait qu'il 
était difficile d'obtenir à bon marché un esclave particulier, 
on eût pu lui objecter que beaucoup de rachats individuels 
furent payés au dix-huitième siècle par les Trinitaires 3 , grâce 

1 . On peut cîtcr les démêlés du P. Aloes avec un marchand nomme Car 
bon eau, qui n'exécuta point sa commission cl à qui fut fait un procès, 

2. Pièce a68. 

3. Les Trinitaires durent en faire, dès le dix-septième siècle, sur la 
demande de particuliers. Pièce 219. 

27 



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4*8 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITA1RES-' 

à des précautions habiles, à un prix bien moindre que celui 
auquel on eut pu s'attendre. Dans ce cas, les Trinitaires 
s'adressaient au député du commerce de la ville de Marseille; 
celui-ci priait les directeurs de la Chambre du commerce 
d'Afrigue de fournir les fonds au Consul de France, qui traite 
lui-même de ces rachats. Ainsi s'exprime le P. Gâche, dans 
une lettre du 26 mars 1780. 

Un captif liégeois, Jean-Joseph d'Allemagne, coûta 3,733 li- 
vres io sous, dont r,3oo avaient été promis par (a confrérie 
de Maëstricht et la famille, le reste devant être payé par nos 
religieux; les directeurs de la Compagnie d'Afrique firent 
l'avance des frais de quarantaine, de séjour à Marseille et de 
retour à Liège. Au passage du captif à Paris, Gâche lui remit 
3o livres pour sa route et 4 pour s'acheter une paire de sou- 
liers, demandant à son correspondant liégeois, Bours, 
ex-provincial du tiers-ordre de Saint-François, de lui faire 
savoir quelle sensation aura faite la présence du captif 
racheté ' . 

Les consuls de France étaient de grands rédempteurs. Un 
rachat des plus émouvants fut conclu par Raimondis, à Tri- 
poli, en faveur de deux captifs réfugiés dans la maison con- 
sulaire qui s'étaient enveloppés dans un drapeau français. Le 
8 avril 1778, un consul de Rhodes racheta (rois Turcs à Malte 
pour 2,100 livres 3 . 

Les consuls étaient les correspondants naturels des ré- 
dempteurs 3 ; on s'adresse à tous ceux de Barbarie, le 9 fé- 

1. Lettres des 25 septembre, 22 octobre, 4 et 10 novembre 1778 : autres 
Liégeois rachetés (septembre 1767, mai 1774, avril 1779). 

2. Teissieh, Archives anciennes de la Chambre de commerce de Mai* 
seille, pp. 108, i38, i.'ta. 

3. La Caisse Je religion de Bruxelles s'adresse aux agents consulaires 
autrichiens pour avoir la liste des captifs. 



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LA RÉDEMPTION DIPLOMATIQUE. AlO, 

vrier 1779, pour savoir si Joseph Ressort était captif en 
Maroc, à Alger ou à Tunis. Nous avons déjà mentionné qu'au 
cours de la rédemption ils étaient pour nos religieux des 
auxiliaires précieux; tous les rédempteurs venus à Alger 
dans les vingt premières années du dis-huitième siècle ne 
tarissent pas d'éloges sur le compte du consul Durand. 

A l'époque où nous sommes parvenus, le rôle des consuls 
de France ne va que grandir. La cour, mécontente du der- 
nier rachat opéré en 1765 par les Trinitaires au Maroc, était 
disposée à désigner elle-même les captifs qui seraient rachetés. 
Les deux dernières rédemptions furent donc purement natio- 
nales et royales. Louis XVI avait promis aux Corses, récem- 
ment annexés à la France, de retirer d'Alger ceux de leurs 
compatriotes qui y étaient esclaves. Cette rédemption eut 
lieu en 1779 ; les PP. Gâche et Dorvaux, provincial de Cham- 
pagne, en furent les chefs, avec deux Mercédaires : le vicaire 
de la congrégation de Paris et le provincial de Guyenne. 
Les religieux avaient donc encore été acteurs ; seuls, les 
captifs leur avaient été imposés d'office. 

Il semble d'ailleurs qu'à cette époque la piraterie barbares- 
que était en grande décroissance. Au Maroc, elle parait avoir 
presque Complètement disparu aux environs de 1770. La 
clientèle des bagnes d'Alger était alors spécialement composée 
de tristes personnages qui eussent bien mérité le bagne en 
France. Les déserteurs français, venus en Espagne, embar- 
qués de là sur Cran, évadés d'Oran vers Alger, étaient un 
perpétuel danger pour tous les Français libres d'Alger. L'un 
d'eux, nommé Picard, avait même tenté d'assassiner le vicaire 
apostolique, le P. Cosson, de la Mission, qui ne survécut que 
par miracle. Après avoir repoussé, en 1779, un projet de 
rachat général des déserteurs proposé par le consul Vallière, 



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4so l'ordre français des trinitaires. 
parce que la somme était trop élevée, Louis XVI se décida a 
cette mesure, en 1785, et chargea de l'exécution le consul de 
France à Alger, M. de Kercy. Les religieux ne furent pas du 
voyage, par mesure d'économie ; ils ne firent que contribuer 
au paiement pour la plus forte part 1 . Le Bureau de Ré- 
demption de Marseille fournit i3o,ooo livres. 

Le général de l'ordre de la Trinité 240,000 — 

Le vicaire général de la Merci de Paris.. . . 84,000 — 
Le vicaire général de la Merci de Toulouse . 1 1 9,094 — 

Total 5y3,og4 livres. 

Ce dernier fut, comme toujours, en retard, non cependant 
sans quelque motif, à cause de la suppression de neuf de ses 
couvents sur quinze. Devant celle situation, la Chambre de 
commerce avança 4o,ooo livres, et l'Œuvre de la Rédemption 
80,000, qui durent lui être remboursées en huit années, cha- 
cun des deux ordres en payant la moitié*. 

Au mois de juin 1785, M. de Charoulière, lieutenant de 
vaisseau, partit de Toulon sur la frégate la Minerve. La 
négociation avait été conclue d'avance et M. de Kercy lui 
remit les trois cent quinze captifs. Le 8 juillet suivant, ils 
étaient en vue de Marseille; leur âge variait de dix-huit i 
quatre-vingts ans ; leur temps d'esclavage de deux a trente- 
cinq. Les députés des ordres rédempteurs étaient Gaspard 
Perrin, ministre de Marseille; François Camusat, ministre 
de Lisieux; Cloue] Chevillard, vicaire général de la congré- 
gation de la Merci de Paris, et Joseph Aubanel, cornman* 

1. Il faut remarquer que le roi ne céda point à l'invite qui lui était adres- 
sée depuis 1res longtemps de prendre dans ses coffres. 

2. Archives de la Chambre de commerce de Marieille, AA106, BB îio. 



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LA RÉDEMPTION DIPLOMATIQUE. fol 

deur de Marseille 1 . Le ro août seulement, les captifs débar- 
quèrent, l'un d'entre eux étant décédé au cours de la qua- 
rantaine; le 17, eurent lieu les processions et ceux qui 
n'étaient pas de Marseille, au nombre de deux cents, parti- 
rent pour Parts. Leur passage causa une vive sensation, 
comme si l'on se fût douté qu'il avait lieu pour la dernière 
fois. A Arles, la quête produisit i,55o livres 1 ; l'accueil fut 
chaleureux, à Paris notamment, « tant il est vrai que l'homme 
est naturellement bon, et que la sensibilité de son cœur ne 
paraît jamais mieux que dans ces grands spectacles 3 ». 
L'abbé Raynal est choqué de cette admiration que la foule 
prodigua à ces déserteurs, dont chacun eût mérité d'être 
condamné à mort*. Il convient de remarquer que l'on applau- 
dissait surtout la charité des ordres rédempteurs 8 .' 

La liquidation financière de cette rédemption fut laborieuse. 
Le 28 septembre 1785, Théodore Niel, provincial de la Merci 
en Guyenne, écrit que les généraux des deux ordres se con- 
certent en vue d'un emprunt de i4o,ooo livres, destiné à 



1. Dana la Reoae nfricaine, t. XII, p. 81, M. BERanucfiEn relève les fan- 
taisies de l'auteur du récit intitulé ; Lettres d'un des captifs qui viennent 
d'être rachetés. 

a. L'abbé Tri chaud, Histoire de l'église d'Arles, l. IV, p. ïj5, 

3. Tableau historique de tontes les rédemptions, etc. Bibl. nat., 
Ld«, no 5. 

4. Pièce 345. — Voir sur l'un de ces captifs : Veucun, Cii captif nor- 
mand racheté par les Trinitaires en ij85. Bcrnay, t888. 

5. Voici quelques échantillons des dépenses fuites à Paris: « Reçu de 
M. Brune!, procureur général des captifs, 3o5 livres pour 61 paires de sou- 
liers pour les captifs. A Paris, 28 ocl. 1785. Noël. — Pour avoir peint 
i5o bannières pour les Messieurs de la Trinité, cy douze douzaines et demi 
à L. 14 '" douzaine, L. 175; i5 sept. 1785, Sarrasin. Reçu 4 2 3 livres 
[o sols pour l'excédent des frais de différentes musiques; Paris, ïq déc. 1 78S, 
Repiault. — Mémoire de la fermière des chaises de l'abbaye de Saint- 
Antoine pour avoir fourni 4oo chaises le \!\ oct. 178Ô : 20 livres » (Archi- 
ves nationales, S 4278, »° 10). 



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433 l'ordre français des trinitaires. 

rembourser les caisses auxquelles on avait eu recours. La 
suppression de l'ordre de la Merci en Guyenne ne facilitait 
pas ce'règlement : le 26 décembre 1785 survint un ordre pro- 
hibitif de la cour au sujet de l'admission des sujets mercédaires 
à la vèture. Le P. Niel envoya 12,932 livres à Marseille, 
espérant solder les 6,000 livres restantes dans le courant de 
l'année (22 mars 1786). Quant aux Trinitaires, ils rembour- 
sèrent péniblement les annuités de la Chambre de com- 
merce, et à la Révolution, ils n'étaient pas encore quittes. 

Telle fut l'évolution logique d'une œuvre qui eut sa gran- 
deur, et dont le fil conducteur doit être la mainmise de plus 
en plus grande opérée par l'autorité royale. D'abord œuvre 
privée, religieuse et accomplie principalement à l'aide de 
ressources* locales, la rédemption était devenue laïque, royale 
et vraiment nationale. Si le pouvoir royal s'était avisé plus 
tôt de racheter aux frais de l'État ses propres sujets, il se fût 
bien vite aperçu qu'il pourrait réaliser une économie considé- 
rable en mettant fin, une bonne fois, à la piraterie. Au lieu 
de paver les « tristes rançons » et de tourner dans un cercle 
vicieux, car l'argent des rédempteurs débarrassait Alger de 
son tçop plein d'esclaves et permettait de faire de nouvelles 
captures, le gouvernement français eût été amené à faire 
réussir, un siècle ou deux plus loi, l'expédition de i83o. Sans 
doute, les religieux ne souhaitaient pas de voir leur zèle rendu 
inutile, mais ils eussent dû s'incliner. 

Le rachat des captifs n'était pas la seule occupation des 
Trinitaires. L'assistance aux malheureux , qui gémissaient 
en attendant le secours des rédempteurs ou qui ne devaient 
jamais voir le jour de la liberté, était un devoir tout aussi 
pressant. L'histoire de leurs hôpitaux algériens nous fera voir 
comment ils l'ont rempli. 



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CHAPITRE XII. 
Les hôpitaux trinitaires d'Alger et de Tunis. 

Il faut attendre jusqu'à la fin du seizième siècle pour avoir 
des documents précis sur le séjour des Trinitaires à Alger 
dans l'intervalle des rédemptions. Il y a lieu de croire que, 
antérieurement à cette époque, les musulmans ne permirent 
pas aux rédempteurs de séjourner A Alger avec continuité. 
Toutefois, la longue durée de certaines négociations permet- 
tait aux religieux, même de passage, d'acquérir une réelle 
autorité. Pendant son séjour, Jean Gil était l'arbitre des chré- 
tiens. « Dans cette ville d'Alger, lui écrit Cervantes, il n'y a 
pas d'antre homme chargé d'administrer la justice entre les 
chrétiens que Votre Paternité ' . » Le rédempteur était aussi 
délégué pontifical, en attendant la fondation du vicariat apos- 
tolique. 

Le premier consul de France fut un Trinitaire de Marseille, 
le P. Bionneau, qui, en avril i586, « avait fraîchement écrit 
les indignités et emprisonnements qui luy ont esté faicts, à 
sa personne même, par Assar Bassa rays et autres officiers 
à Alger 1 . » Vias, consul après le P. Bionneau, était un 
laïque, mais cela ne prouve pas que les Trinitaires se soient 
découragés. Quoiqu'ils n'eussent pas encore d'hôpital, ils des- 
servaient régulièrement les chapelles des bagnes, au nombre 

i. Micbïl Chasles, Cervantes, p. 118. 

■>■ CuAnniiRE, Négociation» de ta France dans le. Levant, IV, 499. 



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4a4 l'ordre français des trinitaires. 

de cinq, toutes pourvues d'une confrérie : le consul de France 
était marguillier de la première, le consul de Venise remplis- 
sait le même office pour la seconde. Au mois de février i5g5, 
selon un texte cité par Antonio Silvestre, l'excellent auteur 
de la Fundacion kistorica de los hospitales..., nos religieux 
firent gagner à plusieurs centaines de captifs les indulgences 
du jubilé. Peu après, Laurent Figueroa y Cordova, domi- 
nicain, évéque de Siguenza, renia, le 5 juillet i5g5, deux 
Trinitaires pour administrer les sacrements aux fidèles en 
Barbarie. Il laissait au couvent de Madrid 5,ooo maravedis 
de rente sur les gabelles de Cordoue, 3oo ducats devant être 
sur cette somme prélevés pour l'entretien de ces deux reli- 
gieux. Tous les ans, on rendra compte de l'emploi du legs 
devant un administrateur nommé par le roi d'Espagne et le 
vicaire de l'archevêque de Tolède. Le pape confirma cette libé- 
ralité le 3i août i5g6 (Guerra donne la date du 29 juillet 
1597). Jean Sanchez, de la province de Castille, et Jean de 
Palacios habitèrent cinq ans à Alger ', selon les intentions de 
Laurent de Figueroa. 

Les religieux résidant eu Afrique recevaient certains pri- 
vilèges, énumérés dans une bulle du 8 février 1608 : ils 
peuvent entendre les confessions 1 , donner aux captifs les 
biens sans maître (cela rappelle les mostrencos espagnols), 
pourvu qu'une partie soit consacrée au rachat des captifs, 
bénir les ornements ecclésiastiques, permettre aux prêtres 
captifs l'usage de l'autel portatif, communiquer aux captifs 



1. Figuerab, Chrtmicon, p. 3(17. Si Alçer tombait au pouvoir des chré- 
tiens, les religieux devaient aller dans une nuire ville d'Afrique encore au 
pouvoir des musulmans. L'analyse de la bulle esl dans Guerra. 

2. Le TrinmpliM misrriçartliae. contient, aux pagjs g&-[ [5, un très 
e relatifs aux captifs. 



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LES HÔPITAUX d' ALGER ET DE TUNIS. 4^5 

l'indulgence plénière, sans qu'ils aient besoin de se confesser à 
un des Trinitaires résidents. Ces indulgences étaient renouve- 
lées tous les dix ans. 

Au même moment, un carme déchaussé d'Espagne, Hie- 
ronimo Gracian de la Madré de Dios, publiait à Rome 
(1597) un ingénieux opuscule pour faire ressortir l'avantage 
qu'il y aurait, pour les rédempteurs, à s'établir à Ta- 
barka, sous la protection de la famille Lomeilîni de Gênes, 
de manière à pouvoir avertir les chrétiens des courses qui se 
tramaient contre eux 1 . Il fut lui-même choisi en 1600 par 
Clément VIII comme visiteur des captifs; ces derniers éprou- 
vaient assez de maux pour que les religieux de plusieurs 
ordres pussent facilement trouver l'emploi de leur zèle. 

Neuf ans après, trois Trinitaires espagnols, retenus, une 
fois leur rédemption opérée, comme il a été dit plus haut, 
construisirent l'hôpital d'Espagne. Antonio Silvestre, doué 
d'un véritable esprit critique, a fort bien réfuté deux opi- 
nions sur la fondation de cet hôpital, l'une qui l'attribue à 
un Trinitaire d'Aragon, Sébastien Duport (i546), l'autre à 
un évèque qui aurait préféré dépenser au profit des captifs 
l'argent envoyé en vue de son propre rachat. Cet hôpital, 
à ses débuts, n'eut que six lits. Bernard de Monroy ra- 
conte modestement cette fondation, dans une lettre du 
20 juin 1612 (reproduite par le P. Calixte dans ses Cor- 
saires et Rédempteurs, pp. 243-a5i), Il y parle aussi d'une 
procession qu'il reçut la permission de faire avec ses escla- 
ves pour demander de la pluie ; elle tomba, mais les Turcs ne 

1. Bibliothèque Mazarine, recueil 25on, f° 67 (recopié dans le manus- 
crit 1217 de la Bibliothèque de Marseille, pp. 109-137). Il reproduit la 
légende du rédempteur laissant son bâton en gage pour 8 ou 10,000 écus et 
la rapporte A Simon de Contreras, Trinitaire portugais. 



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426 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRES. 

s'en montrèrent pas reconnaissants envers les chrétiens. Ber- 
nard de Monroy, resté seul survivant des trois Trinitaires 
castillans, mourut à son tour le 3o août 1632, à l'âge de 
soixante ans 1 . 

Un administrateur avait commis des dilapidations, lorsque 
en 1664, Pedro Garrido, qui prit l'habit de frère convers 
sous te nom de Pierre de la Conception, répara de ses de- 
niers cet hôpital , ainsi que les chapelles des bagnes 3 . Mal- 
heureusement, un excès de zèle du pieux fondateur com- 
promit cette belle œuvre. Le vendredi 17 juin 1667, avant 
emporté une image de Notre-Dame, il entra dans une mos- 
quée, oubliant que le Saint-Siège défend de provoquer les 
musulmans aux disputes religieuses, et se mit à prêcher contre 
Mahomet. On retrouva le sermon qu'il laissa traîner dans 
l'assemblée; il fut arrêté et brûlé vif deux jours après 3 , le 
19 juin 1667, dans le cimetière des juifs. Ses cendres furent 
jetées à la mer; néanmoins, au péril de leur vie, des chré- 
tiens « péchèrent* » ses os, et le consul de France Dubour- 
dieu, auquel le divan fit dire qu'on n'avait brûlé le martyr 
que pour avoir mal parlé de Mahomet, fit envoyer ses reliques 
à Madrid 5 . 

Pour reconstituer les ressources de l'hôpital, on alla quêter 
partout. Le 22 juin 1672, un religieux, Don Cristoval Fran- 
cisco de Castillo, était autorisé à recueillir des aumônes à 
Puebia de los Angeles (Mexique) pendant trois ans 6 , au profil 
des hôpitaux abandonnés depuis cinq ans. II y avait, en effet, 

1. Voyage d'Alger et de Tant* ('720). pp- 76-81. 

3. Mémoires de ta Congrégation de la Mission, t. Il, p. ï86. 

3. Les Turcs, le croyant fou, lui avaient donné le temps de m rétracter. 

4. Bibl. Mazarine, manuscrit 3912, p. 157. 

5. Le tableau de piété entiers les captifs. Chalons, 1668, p. 179. 

6. Revue africaine'i. VIII, p. i43. 



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LBS HÔPITAUX d'aLGER ET DE TUNIS. 427 

dans les bagnes des hôpitaux secondaires , dont les chapelles 
étaient dédiées à sainte Catherine et à saint Roch 1 . On s'ac- 
corde à dire que le service religieux y était libre, à pari les 
exactions commises par quelques gardiens. 

L'hôpital principal fondé par Bernard de Monroy dans le 
Tabernat-et-Beylik garda le nom d'hôpital d'Espagne, parce 
qu'il était administré par des Trinitaires de la province 
de Castille, au nombre de trois, dont l'un portait le titre de 
Père administrateur. Au couvent de Madrid résidait un admi- 
nistrateur général; Antonio Silveslre porta ce titre. Par 
jalousie contre le vicaire apostolique et contre le consul fran- 
çais, le Père administrateur réclama parfois la protection du 
consul anglais, comme n'étant pas gênante 1 . L'hôpital com- 
prenait alors seize à vingt lits. 

La Reoue africaine a publié, d'après la Fandacîon hîsio- 
rica, la charte de fondation ou plutôt le règlement du budget 
de l'hôpital trinitaire d'Alger en if>a3; cet acte ne faisait 
sans doute que consacrer des coutumes existantes. Le dey 
Hadji Chaban Kodja arrêta avec Joseph Queralt, professeur 
en l'Université de Barcelone, administrateur de l'hôpital, les 
clauses suivantes : 

i° Quatre pataqoes seront données par tout matelot de 
barque chrétienne, quatre pesos 3 seront versés par tout vais- 
seau, au profit de l'hôpital ; si ce vaisseau est d'une nation 
en paix avec Alger, la contribution sera de trois pesos ; 

■i" Chaque chrétien libre donnera deux réaux d'aspre, cha- 
que chrétien racheté deux réaux d'argent; 

1. Il y avait deux autres hôpitaux dans le bagne du pacha, ce qui com- 
plète le nombre de cinq, et même des lits au consulat de France (Gn\M- 
most, L'Eselaoage, pp. ï3-a5). 

a. Plaktkt, Corre»pondantx... d'Alger,!, t^o^ (n.). 

3. Peto est un. mot espagnol synonyme de piastre. 



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4a8 l'ordre français des trinitaires. 

3° Six outres de vin exemptes de droits d'octroi seront re- 
mises annuellement à l'hôpital au prix de 6 pesos (elles 
étaient revendues 36 pesos!); 

4i Le divan sera seul juge des confias éclatant dans le 
personnel de l'hôpital ; le consul français même ne pourra s'y 
entremettre (Berbrugger remarque ici que le Père adminis- 
trateur, rédacteur du traité, décline le protectorat français en 
principe, quitte à l'invoquer en certains cas); 

5° Le Père administrateur ne pourra être poursuivi pour 
les dettes du vicaire apostolique (clause de toute justice, mais 
la réciproque eût dû être vraie); 

6° L'argent et les vêtements nécessaires à l'hôpital entre- 
ront francs de tout droit ; 

7° Les religieux pourront se rendre librement en Espagne; 

8° Chaque bagne donnera un chrétien pour le service de 
l'hôpital, sans que dorénavant l'administrateur ait à payer au 
patron une lune (c'est-à-dire une indemnité mensuelle) 1 . 

Cette fondation devait se développer jusqu'à compter, en 
1730, quatre-vingts lits et 3,ooo piastres de rente. L'hôpital 
d'Espagne avait chirurgien, apothicaire, infirmier, dépensier 
et domestiques esclaves; ces derniers étaient privilégiés, car 
ils devaient être rachetés les premiers lors de toute rédemp- 
tion. Deux Trinitaires servaient de chapelains. Les autres 
chapelles des bagnes avaient chacune un hôpital, aussi dirigé 
par les Trinitaires ; mais des prêtres captifs, dont il y avait 
toujours une grande quantité à Alger, donnaient aux esclaves 
les secours spirituels. Quant au cimetière, il aurait été l'œu- 
vre d'un capucin espagnol ayant consacré au service de ses 
frères l'argent venu pour son propre rachat. 

1. Revue africaine, t. VIII, pp. i33-i44- 



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LES HÔPITAUX D'ALGER ET DE TUNIS. 4*9 

« L'hôpital, écrit en 1720 le P. Philémon de la Motte 1 , est 
encore trop petit pour les malades, qu'on y soigne avec une 
attention qui touche jusqu'aux Turcs mêmes. » L'intelligent 
rédempteur se montra curieux d'en connaître les règlements, 
parmi lesquels il releva ceux-ci : on n'y recevait point d'es- 
clave sans le consentement de son patron; les femmes n'y 
étaient point admises, maïs le chirurgien et l'apothicaire leur 
rendaient visite chez elles ou chez leurs patrons. Des remèdes 
étaient donnés également aux Turcs; seulement, il était re- 
commandé au chirurgien de s'adjoindre en ce cas un mara- 
bout, car, si le malade mourait, la présence du musulman 
déchargeait le chrétien de toute responsabilité. Pour les juifs, 
dit Antonio Silvestre, on ne fait pas tant de façons. 

L'hôpital était ouvert aux chrétiens de toute religion. 
D'abord , nous dit son historien , au chapitre xxvn de la 
Fundacion, les musulmans ne font aucune distinction entre 
les chrétiens au point de vue de leur religion. Ensuite, en 
soignant le corps des hérétiques, on a souvent occasion de 
guérir- leur âme ; pendant un espace de sept ans, deux cents 
hérétiques se seraient convertis, dont un Anglais, cousin de 
Cromwell. — Un corsaire anglais rencontra une barque sur 
laquelle se trouvait le Père administrateur, avec beaucoup 
de provisions pour l'hôpital, et allait les piller quand deux 
matelots anglais, qui avaient été soignés à l'hôpital, recon- 
nurent le Père administrateur et empêchèrent leur capitaine 
de donner suite à son projet; « peut-être qu'il en avait coûté 
100 réaux pour les soigner tous deux, dit Silvestre, et grâce à 
cette petite dépense, on évita de perdre 6,000 pesos. » Aucun 
bateau algérien n'aurait fait de tort à la barque de l'hôpital. 

1. Voyage d'Alger et de Tunis, pp. 8a, ia&-i3o. 



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430 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRIttlTAlRES. 

Les armes du Roi Catholique étaient gravées sur le portail 
de l'hôpital, quoique celui-ci n'eût donné aucuns revenus 
pour son entretien. Des grands d'Espagne s'en constituèrent 
les bienfaiteurs; l'un d'eux envoyait de Barcelone des lan- 
cettes pour saigner et autres instruments de chirurgie. Grâce 
à ce rattachement à la couronne d'Espagne, l'hôpital fui 
indemne des persécutions qui fondirent sur les chrétiens, 
surtout français, en i683 et en 1688, lors des bombardements 
dirigés contre Alger. Ce n'est pas à dire que l'administrateur 
n'ait été menacé parfois d'être brillé vif à l'occasion de l'éva- 
sion de quelque esclave, mais cela rentrait pour ainsi dire 
dans la vie quotidienne d'Alger. 

Montmasson, vicaire apostolique, avant d'être mis à la bou- 
che d'un canon, avait déposé son argent entre les mains du 
P. Antoine d'Espinosa, administrateur de l'hôpital. Jacques 
Le Clerc, lazariste, s'étant adressé, du fond de sa prison, au 
Père administrateur, celui-ci envoya un Majorquin qui promit 
au gardien-chef 220 piastres pour le faire évader : on lui fit 
couper les cheveux et changer d'habit, et pendant quinze jours 
il reçut du Père « toutes les caresses et amitiés possibles ». 
L'administrateur cacha encore huit ou dix capitaines chré- 
tiens dans son jardin, pendant tout le temps que l'armée du 
maréchal d'Eslrées resta en rade. L'infirmerie de l'hôpital 
avait été peu endommagée; il y reçut quelques religieux es- 
claves, les chapelles des bagnes ayant été détruites par les 
bombes françaises. 

Tels sont les services que rendit à des Français, en temps 
de crise, le Père administrateur de l'hôpital d'Espagne. Il était 
nécessaire de faire ressortir cette infinie charité des Trini- 
taires, dont un grand nombre succombèrent lors des épidé- 
mies de peste, continuelles à Alger, avant de constater quel- 



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LES HOPITAUX d'aLGBR FÎT DE TUNIS. 43 1 

ques regrettables défaillances, auxquelles l'esprit de corps ou 
la rivalité entre ordres religieux amena parfois les Pères de 
l'hôpital- Les Mémoires de la Congrégation de la Mission, 
plus explicites, mais plus partiaux que la Correspondance 
des consuls, nous permettent de retracer succinlement quel- 
ques-unes de ces fautes. 

Au temps de Jean le Vacher, les TrinUaires de l'hôpital 
commirent une'grave indélicatesse en donnant une patente 
nette à des rédempteurs espagnols; plusieurs esclaves, dé- 
barqués à Carthagène, moururen/ de la peste et en infec- 
tèrent cette ville. La nouvelle étant parvenue au roi d'Es- 
pagne, le rédempteur, plutôt que de dénoncer son confrère, 
accusa le vicaire apostolique Le Vacher '. 

Après les deux bombardements français, la peste de 1690, 
où périrent six Trinitaires, au témoignage de Grégoire de 
La Forge, et le rachat intégrai des Français par Dusault, 
une grave affaire fut amenée par la mauvaise foi du Trini- 
taire Gianola, parti le 23 juin 1602, avec sept cent cinquante- 
trois esclaves, et laissant 4,5oo piastres de dettes 1 . Ses créan- 
ciers s'adressèrent à Laurence, nouveau vicaire apostolique, 
qui les renvoya, avec raison, aux Trinitaires, mais ceux-ci ne 
voulurent rien payer. Le i5 février 169,4, le pape ordonna 
que la dette fut acquittée par les rédempteurs d'Espagne à 
leur prochain voyage et l'écrivit lui-même au dey 3 . Les Tri- 
nitaires essayèrent de forcer le vicaire apostolique à quitter 
la Barbarie, afin de réunir le vicariat à l'hospice. 

Le Père administrateur, qui n'avait pas soi-disant de quoi 
payer la dette de son confrère, offrit en vain 4-ooo piastres 

t. Mémoires de la Mission, l. II, pp. 309, 3;6. 

2. Ibid., p. 486. Il était vicaire apostolique intérimaire. 

3. Mémoires, t. II, pp. 4fi3-5o3; Correspondance d'Alger, t. I, p. 286. 



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43a l'ordre français des trinitaires. 

au dey pour qu'il fit la paix avec l'Espagne- 1 et la guerre à la 
France ! La dette fut enfin réglée en 1699. Les Trinitaires 
demandaient l'alternative du protectorat entre le consul fran- 
çais et le consul anglais ; sur les ordres de l'Espagne, ils 
durent accepter le consul français à partir de 1 700, dès qu'un 
prince français eut succédé à Charles IL 

Le vicaire apostolique mourut le 11 mars 170a. Pendant 
neuf jours, les Trinitaires vinrent dire la me*sse en son hon- 
neur dans la chapelle du vicariat et reçurent pour cela 
5 pataquès. , 

Son successeur, Duchesne, vécut d'abord en bonne intelli- 
gence avec les Trinitaires, mais en 1707 la Congrégation de 
la Propagande dut affirmer encore la juridiction du vicaire 
apostolique 3 sur l'hôpital. 

En 1726, nouvelle avanie. Deux galères d'Espagne ayant 
pris une barque française portant cinquante-six Turcs nau- 
fragés, le dey Abdî fit mettre à la chaîne le Père administra- 
teur et ie menaça d'abattre les murailles de son établisse- 
ment 3 . Le consul Durand le fit mettre en liberté. Maïs en 
1731 l'administrateur fut de nouveau chassé d'Alger. 

En 17^0 éclata une terrible épidémie de peste. Les trois 
Trinitaires moururent au mois de juillet; le chirurgien espa- 
gnol s'occupa du temporel et un prêtre corse du spirituel. 
Le chirurgien, faussement dénoncé au dey comme ayant en 
dépôt une somme volée, reçut sept cents coups de bâton. 

1. A ce moment, d'ailleurs, un Triuitaire, le P. Jean Vello, était choisi 
comme négociateur par le dey pour négocier avec l'Espagne une alliance 
contre le Maroc. Cette question fut discutée par les théologiens espagnols. 
Il rapporta deux chevaux et un bracelet de diamant de la part du roi 
d'Espagne {Bibl. de Marseille, manuscrit n° ti 1 7, pp. 133, ï56). 

a. Mémoire» de la Mission, pp. 5io, Gi6. 

3. Corrupondance d'Alger, t. li, p. 137. 



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LES HÔPITAUX n' ALGER ET DE TUNIS. 433 

Ayant été victime de la peste, il fui remplacé par Pierre 
Catinot, second chef des esclaves, qui fil porler l'or, l'ar- 
gent et la vaisselle chez le vicaire apostolique 3 . En mars 17^1 
arriva un Trinitaire espagnol pour régir l'hôpital ; il se char- 
gea aussi du bagne des galères. Le vicaire apostolique Dubourg 
ayant été mis à la chaîne, tes Trinitaircs te suppléèrent dans 
sa chapelle. A la suite d'une défaite du corsaire Hadji Moussa, 
en 174$) et de l'échec d'une proposition d'échange, le dey 
renvoya les Trinitaires de l'hôpital pendant dix-huit jours. 

Le 10 mars 1753, Charles Crest, chirurgien de Toulon, 
résidait à Alger et était attaché à l'hôpital d'Espagne. 

En 1761, sur la fausse nouvelle que les esclaves musul- 
mans étaient maltraités en Espagne, les Trinitaires furent 
cinq ou six fois mis à la chaîne et obligés, pendant quelques 
jours, de tramer les charrettes 1 . Au point de vue de la 
rigueur des traitements, l'animosité était cependant moins 
grande de la part des musulmans. En 177Ô, tors de l'infruc- 
tueuse attaque d'O'Beilly, le dey Baba-Mohammed garantit 
de toute insulte les Pères de l'hôpital 4 , 

En 1787, nouvelle épidémie de peste. Les trois Trinitaires 
de l'hôpital et un tiers de la population de la ville succom- 
bèrent 5 . Pendant ta maladie d'Antonio Benito, administra- 
teur, un esclave, n'ayant pas voulu se confesser aux Trini- 
taires, demanda le vicaire apostolique Joussouy. A la suite 
d'une vive altercation avec le vicaire, l'administrateur dut 
revenir en Espagne 6 (17 septembre 1793). En 1801, les Mis- 

1. Il élait élu par les esclaves eux-mêmes el respoijsable de leurs acles 
devant l'autorité. 

2. Mémoires de la Million, I. III, pp. g5, i34, 169, 296, 3o8. 

3. Revue africaine, t. VI, p. 384. 

4- Mémoire» de la Mission, t. III, p. 36a. 

5. Ibid., p. 401. 

6. Ibid., pp. 452,467. 



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434 L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRES. 

sionnaires partirent et le vicariat fut géré par le Père admi- 
nistrateur de l'hôpital jusqu'à 1824. Les Espagnols avaient 
brisé la chaire au cri de : Fuera los Franceses ' .' Ainsi, 
jusqu'au dernier moment, l'hostilité entre Français et Espa- 
gnols subsistait aussi vivace. 

A Tunis, les Trinitaires avaient été devancés par les capu- 
cins italiens 1 , qu'Urbain VIII avait établis le 20 avril 1624. 
Plusieurs religieux, qualifiés de procureurs des esclaves, 
devaient apporter à ceux-ci les secours de la religion. 

Le P. Le Vacher demanda inutilement un envoi de Tri- 
nitaires pour fonder un hôpital. Ce n'est qu'en 1720 que le 
P. François Ximénès, Trinitaire espagnol, fonda à Tunis un 
hôpital dédié à saint Jean de Malha. Ce Père et ses confrères 
furent rencontrés par les PP. Comeiin et Philémon de la 
Motte, à Alger, au mois de janvier. Ils avaient essayé de 
fonder un hôpital à Oran, qui venait d'être repris sur les 
Espagnols; mais le fanatisme était trop violent pour qu'on 
les v tolérât. 

Il est très souvent question de cet hôpital de Tunis dans 
la correspondance des consuls de France, au sujet des récla- 
mations parfois exagérées qu'adressait au roi le P. Serrano, 
administrateur, à cause des soins qu'il avait donnés aux 
Français. L'année 1743 fut tout entière occupée par cette 
pénible négociation. Le consul Fort proposa de verser 
3,000 livres à l'administrateur (20 juin); le roi de France en 
accorda t,5oo. Serrano, écrivant à Campo Florido, ambassa- 
deur d'Espagne en France, demandait une indemnité de 



1 . Mémoires de la Mission, t. III, pp. Oao, 65g. 

a. Celte antériorité fut la cause de nombreux conflits, notamment « 
1751 (Correspondance des beys de Tunis, t. III, p. ^7). 



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LES HÔPITAUX d'aLGER ET DE TUNIS. 435 

[8,595 livres 1 ! Quel qu'ait été le chiffre définitivement adopté, 
il resta toujours de la froideur entre le consul et l'adminis- 
trateur, qu'il dut « modérer » et surveiller de près. L'hôpital 
fut saccagé lors de la prise de Tunis par les Algériens, le 
a septembre 1756'. Au mois de juillet 1767, le Père adminis- 
trateur fut assassiné par un renégat corse, et son meurtrier 
ne fut pas arrêté 3 . 

En 1786, Alasia, vicaire apostolique, rétablit la bonne har- 
monie entre les Capucins de la paroisse et les Trinitaires de 
l'hôpital, en traçant les limites de leur juridiction 4 . 

En 1817, le consul d'Espagne offrit l'hôpital au bey; les 
Capucins préférèrent leur tranquillité au bien de la Mission, 
et le laissèrent louer à un Turc 5 . Un Trinitaire, le P. Benito, 
qui desservait la chapelle du consulat espagnol, ne mourut 
qu'en i83a. 

A Tripoli, c'étaient des Franciscains qui avaient un hôpital. 
A Méquinez, en Maroc, des Récollets soignaient les captifs. 
Le projet des Trinitaires d'établir des hôpitaux à Fez et à 
Tétuan, loué dans une lettre du roi d'Espagne Charles II 
129 octobre i6fi6), ne paraît pas avoir été réalisé 1 ". Par contre, 
les Trinitaires Déchaussés s'établirent à Ceuta, en i665. 

Après avoir rappelé les vicissitudes de leurs principales 
fondations hospitalières d'Afrique sans voiler leur combativité 
exagérée, il ne faut pas oublier que les Trinitaires rendirent, 
près de trois siècles durant, des services charitables aux 
esclaves de tous les pays. 

1. Plastet, Correspondance des beys de Tant», t. 1T, pp. 38a, 3go. 
1. Ibid., t. II, pp. 419, 458. 

3. Ibid., t. II, p. 043. 

4. Mémoire» delà Mission, I. III, p. 44a. 

5. H a été racheté de nos jours par les Frères de la Doctrine chrétienne. 
G. Haros, Annales, p. 334. 



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CHAPITRE XIII. 
Les bienfaits de la rédemption. 

Quand il s'est agi d'évaluer le total des malheureux qu'ils 
avaient secourus, les Trinitairesont donné un total de 900,000, 
pour le salut desquels 9,000 religieux auraient été martyrisés. 
En ôtant un zéro au premier de ces chiffres et deux zéros au 
second, on sera sans doute assez près de la vérité. L'exagé- 
ration, que même les Trinilaires contemporains reconnaissent 
comme caractéristique de leurs historiens, se montre là dans 
toute sa candeur. Ainsi Gaguin écrivait que Renaud de la 
Marche fit faire une rédemption de 4o captifs, le P. Calixie 
transforme bravement ce chiffre en 4,000 ! M. Vérany, dans 
son article : Saint Jean de Matha et tesclavage', essaie de 
faire un total de ces mêmes bienfaits de la rédemption pour 
les principaux pays rédempteurs ; il va parvenir, grâce à ses 
chiffres, au total de 90,000, qui paraît acceptable; mais, la 
force de la tradition l'emportant, il ajoute un zéro. 

Au dix-septième siècle, Gil Gonzalez d'Avila, auteur res- 
ponsable de tant d'exagérations, comptait, pour la France 
seulement, 363 rédemptions trinilaires, et 3 1,360 captifs 
rachetés. Les Pères de la Merci, auxquels Latomy, en 1618, 
attribuait i38 rédemptions, avec 21, 83a captifs, 78 rédemp- 
teurs restés en otage, dont /|i martyrisés, trouvèrent exagérés 
les chiffres de Gonzalez d'Avila. Louis Petit, dans sa polémi- 



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LES BIENFAITS DE LA RÉDEMPTION. 437 

que contre les Mercédaires, abandonna complètement l'au- 
teur espagnol, avouant que l'habitude de son pays est l'am- 
plification. 

A partir du dix-septième siècle, des listes se trouvent soit 
dans divers manuscrits, comme celui de la Bibliothèque de 
Marseille n" 1216 pour les Trinîtaires et l'Ottoboni 7942 pour 
les Mercédaires, soit à la suite des ouvrages imprimés, comme 
dans VArbor chronologica pour les Trinilaires Déchaussés. 
On peut alors vérifier cette remarque d'un rédempteur fran- 
çais : « Les Espagnols rachètent des escadrons, et nous, des 
escouades. » Les Espagnols font en moyenne une rédemption 
annuelle' d'environ 200 esclaves. Les Mémoires de la con- 
grégation, de ta Mission confirment ces chiffres ; souvent les 
Trinitaires espagnols emmènent plus de 3oo captifs. La 1 
moyenne des captifs rachetés par les Français est de t\o 
environ; depuis i635, les rédemptions furent parfois bien- 
nales. Nous pouvons leur accorder un millier de captifs 
rachetés au dix-septième siècle et autant pour le dix-huitième 1 . 

Les Trinitaires Déchaussés d'Autriche, d'Italie, de Polo- 
gne et d'Espagne, d'après un tableau très complet, ont ra- 
cheté environ 10,000 captifs pendant les deux siècles de leur 
existence (4,5oo durent leur liberté à ceux d'Espagne, 45o à 
ceux de Pologne, 4i*>oo aux Autrichiens, 5oo aux Italiens 3 ). 
Ce sont là les seuls chiffres qui offrent quelque certitude. 

De cette liste immense, il faut détacher quelques noms 
dignes d'une particulière célébrité. Le plus grand est celui de 
Cervantes. Son compagnon de captivité Haedo a retracé le 



1. 72 rédemptions en 77 ans, ayant libéré 15,573 captifs dont 6 religieu- 
ses, ao4 religieux, 98 séculiers et 56a enfants. 

2. Manuscrit 1217 de Marseille, pp. ^7 t-/ t 8i : plus exactement 2,i5o. 

3. A rbor chronologica, pp. 132-137. 



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438 l'ordre FRANÇAIS des trinitaires. 

rôle courageux qu'il joua en face du féroce Hassan, vice-roi 
d'Alger, et ses tentatives multipliées d'évasion. Le P. Jean Gil, 
trinitaire, arriva à Alger le 2g mai i58o el, comprenant 
aussitôt le génie de Cervantes, fit de lui son confident. Il se 
montra dans ces difficiles circonstances l'homme loyal et bon 
qu'il fut toute sa vie et rendit une éclatante justice aux Trini- 
taires dans sa nouvelle de V Espagnole-Anglaise. A sa mort 
(1616) il fut enterré chez les Trinitaires Déchaussés de Madrid, 
la tète découverte, comme membre du tiers ordre 1 . 

Comme écrivain français captif, on ne peut citer que 
Regnard, qui raconta agréablement ses aventures dans son 
petit roman de La Provençale, sans chercher à en faire un 
sujet d'instruction ou d'édification; il y fait jouer aux Trini- 
taires un rôle fantaisiste. 

A l'agréable recueil du P. Dnn, Les plus illustres captifs, 
plusieurs notices seraient à ajouter pour le dix-septième et le 
dix-huitième siècle. Des rédempteurs Trinitaires ont notam- 
ment vanté le courage de deux jeunes filles. 

M"" de liourck, à l'âge de neuf ans, vit périr sa mère dans 
un naufrage sur les côtes de l'Algérie, et, échappée au désas- 
tre avec son oncle et un domestique, en imposa aux Arabes 
par une fermeté au-dessus de son âge. Elle parvint à faire 
tenir une lettre à Dusault, alors ambassadeur auprès du 
dey, pour lui exposer sa triste situation. Sur des ordres 
venus d'Alger, elle reçut un sauf-conduit et fut rachetée à 
très haut prix par le P. Philémon de la Motte (1730). 

1. Sur la façade du couvent des Trinitaires, calle Lope di Vega, au- 
dessus d'un buste de Cervantes, a été posée l'inscription suivante : « A 
Mia-uel de Cervantes Saavedra, qui, d'après sa dernière volonté, repose 
dans ce couvent de l'ordre trinitaire, lequel avait plus particulièrement con- 
tribué a son rachat, l'Académie espagnole » (L'Intermédiaire des cher- 
cheurs el lies carient (ocl. 1899, col. 566). 



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LES BIENFAITS DE LA REDEMPTION. 43g 

Constance Coliva était une jeune Grecque qu'aucune me- 
nace de son maître, fils du bey de Tunis, ne put contrain- 
dre à changer de religion. Plein d'admiration pour sa vertu 
ou lassé de sa résistance, il la laissa racheter par les Trini- 
taires; malheureusement, la jeune fille fit naufrage en arri-, 
vant au port de Marseille et périt sans qu'on eut pu lui porter 
secours (173a). 

Ce rôle bienfaisant des rédempteurs, ces miracles de cha- 
rité sans cesse renouvelés, frappaient vivement l'imagination 
populaire et attiraient aux religieux les éloges des auteurs les 
plus incrédules. Voltaire, dans son Essai sur les mœurs, 
déclare héroïque le zèle des rédempteurs et ajoute qu'ils sont 
les seuls religieux vraiment utiles, tandis qu'un protestant, 
Sterne, refusant l'aumône à un franciscain, dit qu'il aurait été 
heureux de la donner à un Père de la Merci pour racheter les 
captifs. Aux qualifications justement élogieuses données aux 
Trinitaires et recueillies par leurs historiens, notamment dans 
la seconde édition du livre de Macedo, il faut ajouter les paro- 
les éloquentes de Bossuet dans son panégyrique de saint 
Pierre Nolasque ', que nos religieux peuvent s'attribuer, puis- 
qu'il s'agit seulement de l'excellence de la rédemption des 
captifs. Le célèbre orateur chrétien, qui avait alors trente-deux 
ans, a marqué ce sujet d'une vigoureuse empreinte. 

Bossuet compare la servitude des chrétiens captifs à celle 
de l'homme en proie au péché, « car le corps et l'esprit souf- 
frent une égale violence et l'on n'est pas moins en péril de 
son salut que de sa vie. » Heureusement, Dieu suscita saint 
Pierre Nolasque « et lui fit voir la détresse des captifs. La 

i. Œavre* de Bonnet, édition de 1862, 1. I, p. 5/|<). 



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44o l'ordre français des tributaires. 

haute naissance du saint, son crédit auprès du roi d'Aragon, 

rien ne l'empêche de voler au secours de ses frères : 

« Il fallait qu'il descendu de bien haut à l'humiliation d'un em- 
ploi si bas, selon l' estime du inonde, pour mieux imiter celui qui est 
descendu du ciel en terre; imiter ce Dieu rédempteur, c'est toute la 
gloire qu'il se propose. » 

L'orateur suit le saint dans son pieux voyage : 

« Le vovez-vous, Messieurs, traitant avec ce barbare de la déli- 
vrance de ce chrétien? S'il manque quelque chose au prix, il offre 
un supplément admirable : il est prêt à donner sa propre per- 
sonne, il consent d'entrer dans la même prison, de se charger des 
mêmes fers, de subir les mêmes travaux et de rendre les mêmes ser- 
vices... Prisonnier entre les mains des pirates pour ses frères qu'il a 
délivres, il préfère uu cachot à tous les palais, et ses chaînes a tous 
les trésors... Il est satisfait, puisque ses frères le sont et, pour ce qui 
regarde sa liberté propre, il la méprise si fort qu'il est toujours prêt 
à l'abandonner pour le moindre des chrétiens captifs, ne désirant 
d'être libre que pour s'engager de nouveau en faveur des autres 
esclaves'.,., a 

Ces éloges s'appliquent à tous les Trinilaires qui « non 
par vœu, mais par charité », comme dit Jean de Saint-Félix, 
auteur du Triamphas misericordiae, sont restés volontaire- 
ment en otage pour le salut de l'âme des captifs. 

L'auteur du Génie du Christianisme a fort bien apprécié, 
lui aussi, le dévouement de- nos religieux. 

« Le Père de la Rédemption s'embarque k Marseille. Où va-t-il 
seul ainsi, avec son bréviaire et son bâton? Ce conquérant marche à 
la délivrance de l'humanité, el les armées qui l 'accompagnent sont 

i. lîossuct s'csl encore souvenu d'Alger dans l'oraison funèbre de 
Marie-Thérèse, prononcée en i683, où il adresse à la ville infidèle une 
vigoureuse apostrophe. 



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LES BIENFAITS DE LA RÉDEMPTION. 44" 

invisibles, La bourse de la charité à la main, il court affronter la 
peste, le martyre et l'esclavage. Il aborde le dey d'Alger; il lui parle 
au nom du Roi céleste, dont il est l'ambassadeur. Le barbare s'étonne 
a la vue de cet Européen qui ose seul, k travers les mers et les orages, 
venir lui demander des captifs. Dompté par une force inconnue, il 
accepte l'or qu'on lui présente, et l'héroïque libérateur, satisfait 
d'avoir rendu des malheureux à leur patrie, obscur et ignoré, reprend 
humblement à pied le chemin de son monastère 1 . » 

Lorsque les rédemptions trinitaires durent céder la place 
aux rédemptions diplomatiques, de bons esprits le regrettè- 
rent. Lord Exmouth, en 1816, fit mettre en liberté 5oo escla- 
ves après le bombardement d'Alger. « Quant à la délivrance 
des captifs moyennant rançon, il me semble que les Pères de 
la Merci auraient fait aussi bien », dit à ce sujet Joseph de 
MaislreV 

En i83o, l'expédition française trouva au bagne 122 escla- 
ves, assistés par un Trinitaire, le P. Gervasio Magnoso, mort 
seulement en i85i 3 ; il put ainsi se réjouir d'avoir vu le jour 
où l'épée de la France mettait fin 4 à la pieuse œuvre qu'avait 
créée, plus de six siècles auparavant, la chanté française. 

1 . C'est la réponse de Pierre Dias à Charles-Quint, lors de l'expédition 
de Tunis, en i535 : n Sire, je ne vous demande que la permission de mourir 
dans mon cloître » (Triompha» misericardiae, p. i3a). 
a. Correspondance, II, 216. 

3. L'abbé Godard a mis le P. Gervasio en scène dans ses Soirée» algé- 
riennes, publiées en 1857. 

t La piraterie barbaresque subsiste encore au Maroc, dans les monta- 
gnes du Rîff- 



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QUATRIÈME PARTIE 



Notices alphabétiques sur les couvents trini- 
taires de France et des Pays-Bas. 



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Je range sous cette rubrique : Liste des Couvents trinilaires, une 
foule <Ie rcnseigrnemcnls épars, soit dans les Archives, soit dans 
quelques monographies, et permettant d'ajouter quelques traits 
a l'histoïre des Trinilaires. Je me suis borné aux six provinces de 
France, renvoyant, pour l'Espagne et l'Angleterre, au chapitre spé- 
cial qui leur est consacré dans la deuxième partie, et, pour Rome, à 
l'Appendice n° 111. H ne faut pas chercher, dans les notices qui vont 
suivre, tout ce qui pourrait être dit. Chacun des couvents de Cer- 
froid, de Douai, de Marseille, de Toulouse mériterait un petit vo- 
lume. Quant aux petits couvents, je me suis attaché à dire tout ce 
qu'on en savait, lors même que c'était peu de chose, pour éviter une 
trop grande disproportion entre les notices. Le couvent des Mathu- 
rins de Paris sera l'objet d'une monographie à part. 



LISTE DES COUVENTS 



Les Trinilaires eurent, en France ou aux Pays-Bas, 102 
couvents en tout, dont il ne subsistait que QÎ à la fin du 
dix-huitième siècle; je ne compte pas dans ce total les cures 
i annexées. Il importe de remarquer que les trois quarts seule- 

ment sont des fondations du treizième et du quatorzième 
I siècle. Les autres couvents, rattachés a la Congrégation Ré- 

( formée ou à la Congrégation Déchaussée, ne remontent qu'au 

1 dix-septième siècle. Certains de ces couvents disparurent de 



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446 l'ordre français des trinitaires. 

très bonne heure, et l'on n'a pour ainsi dire que leur titre 
de fondation. Je les ai néanmoins insérés dans la liste, dès 
que leur existence m'a paru certaine. 

Quand le nom du couvent est distinct de celui de la localité, 
j'ai toujours préféré le nom sous lequel le monastère est 
désigné dans les documents. Ainsi, le couvent d'Estaires 
est habituellement appelé Convorde, et celui de Camps 4ès- 
B rignoles, Saint-Quinîs. 

Quelque considérable que soit cette liste, on serait peut- 
être en droit de l'augmenter encore de quelques unités. Les 
Trinitaires ont tenté plus d'un établissement qui ne réussit 
pas, comme à Arsague 1 (Landes). Ils ont dû avoir un cou- 
vent à Auriol, près Marseille, en i55S, d'après le quatorzième 
registre des Trinitaires de cette ville. 

Par contre, une représentation dramatique donnée à Eerke, 
les 22 et ^3 mai 1747? et composée d'une pièce sur la fonda- 
tion de l'ordre de la Trinité, a fait croire à J. Carlîer qu'il y 
avait un couvent de Trinitaires à Steenvoorde, près de Casse). 
« Il y a un prieuré sous le titre de Saint-Laurent (or l'ordre 
de la Merci a été fondé le jour de la Saint-Laurent) ; la juri- 
diction de celte maison appartenait au général de l'ordre 
charitable de Sainte-Marie, résidant à Paris. Cet ordre suit 
la règle de Saint-Augustin; c'était peut-être une maison de 
Trinitaires réformés 1 . » Et, après ces pénibles déductions, 
J. Carlier met en note que c'étaient des Carmes ! 

Les Trinitaires ne sont point innocents de quelques tenta- 
tives d'additions à cette liste. Ils ont mis au nombre de leurs 



1. CuiLiEn, Histoire du Valois, t. Il, p. 348. 

a. Annales du Comité Jlamnnd, t. VIII, pp. 161-163. Tout en relevant 
une erreur de cet auteur, je ne dois pus méconnaître l'intérêt et l'étendue 
de ses recherches sur les Trinitaires. 



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LISTE DES COUVENTS. 44? 

couvents celui de « Braia », à cause d'un terminas de Braya 
qui aurait été cédé par Ildefonse, comte de Provence, pour le 
rachat des captifs, expression qui d'ailleurs n'a jamais été 
expliquée 1 . Nos religieux se sont de même attribué la cha- 
pelle de Rennemoulin, qui dépendait de l'hôpital de la Trinité 
de Paris, attribution qui se rencontre aussi dans une bulle 
de 120Q, évidemment interpolée. Baron, coupable de l'inven- 
tion d'un couvent à Tournay, a attribué à tort aux Trinitaires 
un hôpital de la Trinité à Verneuil (Eure). 

Les listes publiées à la suite de l'édition des Statuts faite 
en i586 sont complètes, à part l'oubli du prieuré de Dinard et 
de quelques hôpitaux rapidement disparus, comme ceux de 
Saint-Quentin, de Châteauforl et de Fontenay-lès-Louvres, 
près Paris, enfin de Saint-Gilles. A la fin des Constitutions 
éditées en 1 77 1 , les couvents sont également énumérés, mais 
ceux de France 1 ne sont point divisés par provinces. 

Voici quelle était en 1768 la liste des couvents trinitaires, 
classés par départements : 
Aisne : Cerfroid'. 

Basses-Alpes : Digne 3 , Faucon*, La Motte 3 , Seyne 4 . 
Alpes-Maritimes : Saint-Étienne sur Tinée. 
Ardennes : Grandpré, Regniowez. 
Ariêffe : Mirepoix. 

Aube : Bar-sur-Seine, La Gloire-Dieu, Troyes. 
Aude : Limoux, Narbonne. 



1. Il s'agit sans doute d'une rente assise sur quelque pays appelé Braia, 
dans les environs de Marseille. 

a. France est entendu dans son sens le plus large, c'est-à-dire provinces 
sous l'obéissance directe du général français. 

3. Couvents ayant embrassé la Réforme au dix-septième siècle. 

4. Couvents Tondes par les Déchaussés. 



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448 l'ordre français des tmnitaires. 

Bouches-du- Rhône : Aix (un de Réformés, un de Déchaus- 
sés), Arles, La Cadière 1 , Lambesc 1 , Marseille (un de Réfor- 
més, un de Déchaussés), Saint-Remy 1 , Tarascon 1 . 

Calvados : Lisieux 3 . 

Charente-Inférieure : Taillebourg. 

Côtes-du-Nord : Dinan. 

Eure .-Gisors', La Poultière. 

Haute-Garonne ; Toulouse, Saint-Gaudens. 

Gers : Terraube. 
. Gironde : Saînt-Laurent-de-Médoc. 

Hérault : Montpellier. 

Ille-et-V Haine : Dînard. 

Indre-et-Loire : Tours". 

Isère ; Notre-Dame-de-Limon . 

Loire- Inférieure : Beauvoir, Châteaubnant. 

Manche : La Perrine. 

Marne : Chalons, La Fère-Champenoise, Soudé, La Veuve, 
Vilrj. 

Haute-Marne : Bourmont'. 

Morbihan : Rieux, Sarzeau. 

Nord : Convorde, Douai, Hondschoote, Préavin. 

Oise : Caillouet 1 , Glermonl, Le Fay, Verberie, Pontarmé. 

Orne : Morlagne. 

Pas-de-Calais : Arras. 

Basses-Pyrénées : Orlhez. 

Rhône : Lyon'. 

Seine : Paris. 

Seine-et-Marne : Coupvray ', Fontainebleau, Meaux ', 



i . Couvents fondés par les Réformés. 

3. Couvents ayant embrassé la Réforme au dix-septième siècle. 



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LISTE DES COUVENTS. 449 

Silvclle, La Villeneuve ou Chelles, La Vîlletle ou Mitry. 
Seine-et-Oise : Étampes, Montmorency 1 , Pon toise 1 . 
Seine-Inférieure : Rouen 1 , Rouvray. 
Somme: Péronne 1 , Templeux-La-Fosse'. 
Tarn : Castres, Cordes. 

Var : Brignoles 3 , Figanières 3 , le Luc 3 , Lorgues*, Saint» 
Quinis 3 , La Verdière 1 . 
Vauclase : Avignon 1 . 
Vosges : Lamarche 1 . 

Les couvents des « quatre provinces » actuellement hors 
de France sont : 

En Belgique : Audregnies, Bastogne, Huy, Lens, Lérinnes, 
Orival. 

En Luxembourg : Vianden. 

En Lorraine : Metz. 

1/ Ile-de-France comprenait 16 couvents : Cerfroid, Chelles, 
Clermont , Coupvray , Étampes , Le Fay , Fontainebleau, 
Lyon, Meaux, Mitry, Montmorency, Paris, Pontarmé, Pon- 
toise, Silvelle, Verberie. 

La Champagne en renfermait 12 : Bar-sur-Seine, Bour- 
mont, Châlons, La Fère-Champenoîse, La Gloire-Dieu, Grand- 
pré, Lamarche, Metz, Soudé, Troyes, La Veuve, Vitry. 

La Picardie comprenait i5 couvents : Arras, Audregnies, 
Bastogne , Convorde , Douai , Hondschoote , Huy , Lens , 
Lérinnes, Orival, Péronne, Préavin, Regniowez, Templeux, 
Vianden. 

La Normandie en comptait 16 : Beauvoir, Caillouet, Châ- 

t. Couvents fondés par les Réformés. 

»_ Couvents ayant embrassé la Réforme bu dix-septième siècle. 

3. Couvents fondés par les Déchaussés. 



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450t L'ORDRE FRANÇAIS DES TRTN1TAIRES. 

teaubrianl, Dinan, Dinard, Gisors, Lîsieux, Morlagne, La 
Perrine,'La Poultièfe, Rieux, Rouen, Rouvray, Sarzeau, Taii- 
lebourg et Tours. 

Le Languedoc, comptait n couvents : Castres, Cordes, 
Limoux, Mirepoix, Montpellier, Narbonne, Orthez, Saint- 
Gaûdens, Saint-Laurent de Médoc, Terraube, Toulouse. 

La Provence n'avait que dix couvents à la fin du seizième 
siècle : Arles, Avignon, Digne, Lambesc, La Motte du Caire, 
Limon, Lorgues, Marseille, Saint-Étienne de Terre-Neuve, 
Tarascon. Puis les Réformés fondèrent La Cadière, Le Muy 
(transféré ensuite à Aix), Saint-Remy et La Verdière. Les 
Déchaussés avaient Aix, Brignoles, Faucon, Figanières, le 
Luc, un second couvent à Marseille, La Palud, Saint-Quinis et 
Seyne, ce qui porta le nombre total des couvents provençaux 

à 23. 

De ces o3 couvents, un grand nombre avaient été suppri- 
més par le chapitre national de 1768 : 

En France : 

Coupvray, La Villette, Silvelle devaient être réunis à 
Meaux ; 
Le Fay el Pontarmé à Clermont; 

Chelles el la moitié des revenus de La Perrine à Verberie ; 
Taillebourg et Rouvray à Étampes. 

. En Champagne .' 

La Gloire-Dieu à Troyes et à Bar; 

Grandpré, La Veuve et Soudé à Châlons ; 
' Vitry à Metz ; 

En Picardie : 
Regniowez à Arfas ; 



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AIX. 45 1 

En Bretagne : . . 

Beauvoir-sur-Mer devait être partagé entre Mieux, Châ- 
teaubriant et Sarzeau. 

En Languedoc : 

Terraube sera réuni a Toulouse; 

Limoux à Castres ; 

Sainl-Gaudens à Cordes ; 

Narbonne à Montpellier (ou uice-versa). 
■ En Normandie : 

La Poultière devait être réunie à Mortagne ; 

Caillouet à Gisors ; 

La moitié de La Perrine à Rouen; 

Ponloise à Paris ; 

Lyon recevra les revenus de Limon, Dinan et Dinard. 

En Provence : 

Digne serait réuni à Marseille ; 

La Verdière à Lambesc ; 
' La Moite à Aix. 

J'ai dit (p. 397) que ces suppressions n'eurent guère lieu 
que sur le papier. 

En plus de ces q3 couvents encore habités en 1768, l'on 
trouvera ici mentionnés ceux de Saint-Gilles, Saint-Quentin, 
Chàleauneuf-de-Marligues, Beaucaire, Belleau, qui avaient 
déjà disparu. 

Aix. 

. PREMIER COUVENT. 

Quoique Aix fût la capitale de la Provence, les Trinitaires. 
n'y furent installés qu'assez tard. Les religieux de la Congré- 



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45» l'ordre français des trimtaires. 

galion Déchaussée reçurent l'autorisation de s'y établir, le 
3i mars l6ai, grâce à l'archevêque Paul Hurault de l'Hôpital 
et prirent place d'abord dans l'église de Saint-Laurent, hors 
la ville. Les Trinitaires Réformés de Marseille leur repro- 
chaient de porter des habits grossiers et des sandales de cuir 
et de corde, de ne pas les avoir convoqués à l'élection du 
ministre d'Aix , de n'avoir pas comparu au chapitre pro- 
vincial , enfin de n'avoir pas voulu laisser visiter leur hos- 
pice, le i3 octobre 1625. 

Les Déchaussés répondaient assez justement qu'en ce qui 
concernait l'habit, ils avaient écrit à leurs adversaires : 
« Donnez un modèle du chaperon et de la croix, et nous 
vivrons comme vous, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. » 
S'ils refusaient aux Réformés la visite et le logement A Aix, 
c'est que deux de leurs religieux avaient été maltraités à 
Marseille et à Lambesc. 

L'archevêque d'Embrun et l'évêque de Senez invitèrent les 
Déchaussés à produire, dans les six mois, une bulle du pape au- 
torisant la Déchausse et le changement d'habit (2g août 1626). 
Louis XIII octroya des lettres patentes en faveur des reli- 
gieux d'Aix (6 septembre 1627). 

Les Réformés tenaient toujours à faire expulser leurs ému- 
les. Ils se firent donner par les consuls de Marseille, d'Arles, 
de Tarascon et de Lambesc des attestations de religiosité 
(1628). Au contraire, disaient-ils, les Déchaussés d'Aix « n'ont 
qu'une vaine apparence de moralité; il n'y a entre eux ni 
union ni charité, ains de continuelles riottes et dissensions ». 
Grâce au cardinal protecteur Randini, les Déchaussés pu- 
rent respirer. Le i3 novembre i638, ils jetèrent les fonde- 
ments d'un cloître près de la porte de Bellegarde; « leur 
simplicité et leur candeur » attirèrent à ce couvent l'estime du 



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peuple. C'est à Aix que se tînt, en 1 771, le dernier chapitre 
de leur congrégation. 

SECOND COUVENT. 

Les Trinitaires Réformés, attirés par l'exemple, voulurent 
s'établir aussi à Aix. En 1692, les Pères de la Doctrine chré- 
tienne vendant leur maison, ils songèrent à y transporter 
leur couvent de La Verdière. En réalité, ce fut celui du Muy 
qui y fut transféré au mois de février 1727. Ce nouvel éta- 
blissement, au dire de Roux-Alpbéran , ne fut pas très 
heureux, les religieux ayant manqué d'aumônes suffisantes 
pour fonder un couvent durable'. Leur premier domicile 
fut renversé par un alignement; quoiqu'il eût été plus avan- 
tageux de le rebâtir, ils achetèrent pour 8,000 livres la mai- 
son de l'Œuvre des Enfants abandonnés, quartier Sainte- 
Catherine, rue des Templiers. Quand ils reçurent leurs lettres 
patentes, en mai 1759, ils n'étaient que trois frères et un 
convers; plus tard, la communauté fut réduite à un seul 
prêtre et un convers. Ainsi s'exprime l'auteur d'un compte 
rendu présenté, le 28 septembre 1766, à la Commission des 
Réguliers. Le P. Michel Gairoard, procureur des captifs, était 
le plus illustre fils de ce couvent 1 . 

Arles. 

Le couvent des Trinitaires d'Arles, particulièrement inté- 
ressant, remonte à 1200; la conservation des reliques de 
Saint-Roch, l'administration des ministres célèbres comme le 

1. Roux-Alphéhan, Let raetd'Aix, I, 36; II, fât. 

2. Autres détails dans l'Enquête (Arch. Nat., G* 519, Commission des 
Réguliers). Pitton, dans ses Annales de l'Eglise il'Ai,; 
a. 111, n'a parlé que de la première me ' " 



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454 l'ordre français des tributaires. 

P. Commandeur et le P. Porchîer, fournissent des détails, soi- 
gneusement recueillis dans le Musée d Arles, revue dirigée de 
1871 à 1876 par M.. Emile Fassin, auquel je me référerai 
constamment. 

Dès le mois de décembre 1201, Guillaume BoniU lègue 
.10 sous 1 aux religieux d'Arles qui rachètent les captifs, 
preuve que, dès avant la transaction de iao3, les Trinitaires 
étaient établis à Arles. Ce n'est pas qu'on n'ait voulu faire 
remonter encore plus haut leur établissement, à cause d'un 
acte de Raymond-Bérenger pour un prieuré de la Sainte-Tri- 
nité daté de 1178, vingt ans avant la fondation de l'ordre. 
Les uns, avec le P. Porchier, ont rejeté cet acte, faisant 
remarquer qu'il concerne un prieuré de Camargue. D'autres, 
comme l'annotateur de la copie des Archives nationales, ont 
admis l'acte, tout en corrigeant la date par ce raisonnement 
singulier : c'est 1 199 car, cette année-là, saint Jean de Matha 
vint en Provence! 

Jeanne, femme de Geoffroy Bastonis, légua, le aa avril 1 aa4) 
100 sous à l'hôpital et 3oo pour racheter les captifs 3 . En 1 a63, 
la ville expropria leur jardin pour construire le Marché-Neuf 
(Marcanou). 

Le couvent des Clarisses ayant été démoli à cause des 
incursions d'Arnaud de Cervolle, le ministre, Adam de Nïceyo, 
donna à bail aux religieuses une partie de la maison, de la 
Saint-Michel i35g à Pâques i36o, moyennant 10 florins d'or. 
Pierre de Bourry, général de l'ordre, jugeant sans doute cette 
promiscuité déplorable, cassa le bail, et les Clarisses se trou- 
vèrent sans asile. 

La situation financière du couvent paraissait très compro- 

1. Bibliothèque d'Arles, ms. i5g, p. 375. 

a. Jacqdeiiin, Mémoire sur le» hôpitaux d'Arles, p. 33». 



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AftLES. 455 

mise, quand se présenta un illustre bienfaiteur, Geoffroy Lé 
Meingre, frère du fameux Bôucicaut. II mit à ses bienfaits 
la condition de nommer lui-même le recteur de l'hôpital 
(5 mai i4oq) donnant un tiers des pêcheries de Barbegal 1 , 
qui causa de nombreux procès. 

Le 28 avril i438, noble Ardouin de Porcellel, seigneur de 
'Maillane pour le quart, conféra 36 florins sur cette seigneurie 
à Antoine Cartier, recteur de l'hôpital, successeur de Guil- 
laume de Fleygnac, avec qui Bôucicaut avait transigé. La 
même année, le roi René, dans une lettre adressée à son 
lieutenant général Tanguy du Châtel, amortit toutes les pos- 
sessions de Maillane données par Geoffroy le Meingre. 

N'étant plus payés, depuis 1/170, par les héritiers du séné- 
chal Louis de Beauvau, de leurs 36 florins de rente annuelle, 
les T ri »i (aires d'Arles s'adressèrent au roi René, qui manda 
au grènetier de Tarascon de les indemniser (5 septembre 1476) 
et s'engagea, le 4 octobre i477> & racheter cette pension pour 
le prix de 5oo florins 3 . 

Guillaume de Horreo, ministre de 1497 à 1527, donna 
une portion des reliques de saint Roch et de quelques autres 
saints de moindre importance à trois nouveaux couvents tri- 
nilaires d'Espagne 3 (i5oi). Il eut un conflit très violent avec 
l'archevêque Jean Ferrier au sujet du droit de visite : plutôt 
que de permettre l'entrée du couvent à ce prélat, il aima 
mieux se laisser mettre en prison. « Si Monsieur d'Arles 
vient, aurait-il dit, je lui romprai la mitre sur la tête 4 .-» 
Sous son administration, en i5ai, tes habitants d'Arles firent 



1. Barbegal esl à l'ouest des Baux. 

a. Trinitaires d'Arles (liasses), pièces (Si, i53, 177, 179, 180. 

3. Les reliques de saint Roch seront l'objet de l'Appendice I. . 

4. Pièce 109. 



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456 l'ordre français DBS trinitaires. 

voeu d'élever chez les Trinitaires une chapelle à saint Roch, 

qui les avait préservés de la peste. 

En i574* quand tous les hospices furent réunis pour for* 
mer l'Hôtel-Dieu du Saint-Esprit, l'hôpital des pèlerins con- 
tinua encore durant un siècle à être desservi par les Trini- 
taires ; le Musée cite l'épilaphe d'un bourgeois de Nancy qui 
y décéda, en i6i3, en venant de Terre-Sainte'. Le 18 mars 
i6o5, des réparations y furent ordonnées par le ministre 
Guillaume Commandeur. Les Trinitaires Réformés, s'élant 
établis à Arles, reçurent des consuls 3oo livres d'aumônes 
pour aider i sa reconstruction (i6i3). 

Des confréries se joignirent à celle de la Trinité dans 
l'église de nos religieux. Le 5 avril i5q8, y fut fondée une 
confrérie du Saint-Esprit par des genlilhommes, bourgeois 
et laboureurs, dans le but de calmer et apaiser les troubles 
des guerres civiles \ En i63o fut érigée la confrérie de Saiat- 
Roch; en i645, enfin, celle des Pénitents Noirs. 

A la venue des Réformés, en 1612, les religieux anciens 
avaient dû faire une nouvelle profession. Le Cartulaire, rédigé 
vers i5go par Claude Bouchet, sur l'ordre de Guillaume 
Commandeur, pourtant fort soigné, « ne parut plus rien », 
en comparaison de l'œuvre de François Porchier, historien 
d'Arles estimé. Ce dernier, qui composa aussi un bullaire, un 
répertoire et une chronologie des ministres, fut nommé au 
chapitre provincial de i64a économe général de la province 
et mourut au mois d'octobre i658. Sa critique était très sou- 
vent judicieuse. 

L'église fut reconstruite à partir de i63o; le a4 février 

1. On voit combien le primitif but de l'ordre, l'hospitalité, se conserva 
longtemps. 

3. Miuie, IV. i5a. 



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ARLES. 457 

l'archevêque Gaspard du Laurens, dont le tombeau se remar- 
que encore à Saint-Trophime, en posa la première pierre ', 
et une inscription commémora cet événement. De l'édifice 
ancien, les Trinilaires ne gardèrent que le clocher « eu 
pointe de diamant ». Cette fureur de renouvellement, peut- 
être exagérée, était encouragée par les libéralités populaires. 

En 1637, Elisabeth Béraude, veuve de Laurent Couques, 
légua & la confrérie du rachat des esclaves 3oo livres, dont la 
moitié devait être employée a fonder au couvent de la Trinité 
une grand'messe tous les mois. 

Les Trinîtaires avaient toujours conservé le tiers des pê- 
cheries de Barbegal; leur copropriétaire était, en 1739, le 
baron de Beaujeu. Le i OT avril 1764, ils vendirent leur part 
au marquis d'Estoublon. 

Depuis 1671, un arrêt du Parlement de Provence avait 
déchargé les Trinitaires de l'hôpital des pèlerins. Cela ne 
les empêcha pas de bien faire leur devoir pendant l'épidémie 
de peste de 1721. Ils firent des processions avec la châsse de 
saint Roch, et plusieurs religieux furent victimes de leur 
dévouement. 

Plusieurs fois il leur fut interdit de quêter pour les captifs, 
à cause de la jalousie des Pères de la Merci, encore vivace 
au milieu du dix-huitième siècle. 

Ils étaient dix religieux en 1790. L'église devint un grenier 
i blé; vers 1876, les derniers vestiges du cloître disparurent, 
et M. Gauthier Descotte consacra au couvent l'oraison funè- 
bre 1 que méritait son antiquité. 

1. Ma$êe, II, 24°. 

3. Je remercie M. Emile Fassin de m'avoir obligeamment envoyé cet 
article du Matée, auquel il avait collaboré. 



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458 l'ordre français des trinitaires. 

Arras. 

Les Trinitaîres furent fondés en I2Î8, au faubourg de Ron- 
ville, par Robert d'Arras, chevalier de Guy, comte de Saint- 
Pol, et non pas Robert, comte d'Artois, frère de saint Louis. 
Il leur donna en 1257 une maison située entre Athies et 
Feuchy, au nord-est d'Arras, qui conserva le nom de maison 
de la Trinité '. Il mit comme condition formelle à ces libéra- 
lités la construction d'un hôpital, ainsi que d'une chapelle 
particulière où il serait enseveli. Ils possédaient de plus une 
table de change {tabula nummularia) conférée par ce fonda- 
teur ; on les indemnisa lorsque, sur son emplacement, fat 
construite la Maison Rouge 1 . Leur église 5 fut dédiée en i346 
et leur cloître achevé seulement en 1 5^7 par Jean Godart, 
"ministre depuis i5a6. C'était, au dire des connaisseurs, un 
modèle de sculpture élégante. Le couvent fut à peu près 
détruit lors de la prise d'Arras par les Français en i64o. 

Denis Casse], connu par son râle parmi les Trinitaîres 
Réformés, et réconcilié ensuite avec son général, fui le véri- 
table restaurateur du monastère. Les religieux avaient de- 
meuré quelque temps À l'hôpital Saint-Nicolas, près la cathé- 
drale Saint-Vaast, où ils allaient dire (a messe ; quelques-uns 
y furent enterrés près la chapelle Saint-Pierre. « Le magis- 
trat consentit à la donation d'une maison, appelée Payen, 
située sur les fossés, à charge de payer à la ville 10 sols 
au renouvellement de chaque-ministre. » 

1. Pièces 1a et 38. 

2. Inventaire de la Chambre des complet de Lille, p. 476 (n<> 1 186). — 
C'est aujourd'hui la Grand' Pince. 

3. En i433, dame Isabelle de Gbistelle y avaii fondé la chapelle Notre* 
Dame eu donnant des lerres situées k Feuchy. 



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ÀUDREGNIES. 4- r >Û 

Û * . ■ 

Vj ^is Casse! s'établit rue d'Amiens, près de l'église Saint- 
^"*e. Le chapitre lui offrit d'unir cette cure à son courent, 
mais il n'accepta pas une donation qui aurait fourni à l'évêque 
une raison de visiter ce monastère. Ses successeurs furent le 
P. Toéry, de Toulouse, sous l'administration duquel s'élevè- 
rent un joli dortoir et la moitié du cloître et fut opérée une 
rédemption des captifs à la (été de laquelle figurait le P. Liebe, 
religieux d'Arras, et Elie Le Beau, qui avait eu, lors du cha- 
pitre international de 1704, le titre de secrétaire général des 
provinces de France. « C'était un homme bien fait, qui avait 
l'esprit enjoué et qui aimait la compagnie. » Comme on avait 
composé des libelles contre lui, le général l'obligea à renon- 
cer à sa charge. Le P. Charles de Croix, son successeïïr^cési- 
dait à Fontainebleau quand le P. de Massac le nomma minis- 
tre en 1717; il adapta au goût du temps l'ornementation de 
son église (1736). Des captifs ayant été rachetés, il alla les 
-recevoir, le 5 janvier 1738, à la porte de Ronville. 

Le couvent fut détruit à la Révolution. Le P. Duriez, der- 
nier Feligieux survivant, mourut en i84a. Legentil écrivait,- en 
1877, que les Dames Bénédictines du Saint-Sacrement, éta- 
blies rue d'Amiens, avait parfaitement respecté le cloître des 
Trinitaires; il n'en est plus ainsi aujourd'hui 1 . 

Audregnies 1 . 

■ Ce couvent fut fondé en 1221 par Alard d'Esterp et sa 
femme Idc, avec l'approbation de Barthélémy de Graincourt, 
abbé de Sainl-Aubert de Cambrai, et de l'archevêque Geof- 

Source principale : Manuscrits du P. Ignace, en pue in (Bibliothèque 
publique d'Arras). 
3 Belçiq ue > P 1 * 8 de DQur (HâimatJ. ■ - 



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466 l'ordre français des tributaires. 

froy de Fontaines '. Son histoire ne présente aucun fait mar- 
quant. A peine trouve-t-on dans le carton 4^7 des Archives de 
Hainaut quelques nominations de minisires et d'autres pièces, 
toutes de discipline intérieure. Le P. Comelin, qui racheta des 
captifs en 1719 avec le P. Philémon de La Motte, était ministre 
d'Audregnies. En 1771, le couvent avait huit religieux dont 
un frère lai, a,6i4 livres de revenus, 80 livres en caisse pour 
les captifs; il envoyait, chaque année, au général un écu, et 
pour la taxe des captifs deux écus. 

Par contre, nous sommes fort bien renseignés sur la liqui- 
dation du couvent. L'administrateur nommé par le Comité de 
la Caisse de Religion, le greffier Patte, dut s'adresser au 
doyen de chrétienté à Mons pour faire « profaner » l'église 
et avertir les curés et « égliseurs » d'Elouges et de Pomerœal 
de rendre compte des confréries de la Rédemption. Dès 
que le couvent sera évacué, par la sortie des religieux, la 
distribution des aumônes aux mendiants et pauvres malades 
cessera. Les ornements d'église, effigies et images ne seront 
pas vendus, mais remis à diverses paroisses du diocèse. 

Les cloches sont pesées le 9 décembre 1784 1 , les autels 
vendus « en suitte de la criée des reudages », de même les 
tableaux « en suitte des annonces à trente villages, outre les 
lettres circulaires envoyées aux fripiers des villes les plus 
prochaines » (11 janvier 1785). Le bois descendu du clocher 
« n'est bon qu'à brûler ». 

Le greffier Patte annonce au baron de Feltz, receveur géné- 
ral à Bruxelles, ses découvertes sur les biens que le couvent 
possédait en France, s mais il doute si le tout est déclaré, 



1. Dehay, Sceaux de Flandre, o° 7&o5. 

3. Patte ne demanda aucun salaire pour avoir assisté à cette opération. 



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AVIGNON. 4*1 

comme les gens d'Eglise font leurs affaires par eux-mêmes et 
que leurs débirentiers ne divulguent rien ». Le roi de France 
avant fait publier un édit pour la confiscation des biens pos- 
sédée en France par les couvents supprimés, l'administrateur 
reçut ordre de rester dans l'inaction pour la perception de 
leurs produits. En revanche, l'abbaye de Saint-André en Cam- 
brésis ayant exigé le payement d'un cens seigneurial, Patte 
« fit la sourde oreille », disant qu'il n'en pouvait payer tes 
« canons » sans ordonnance du Comité de la Caisse de Reli- 
gion '. 

Telles sont les principales affaires dont eut à s'occuper 
pendant quelques années ce consciencieux 1 greffier qui, par 
sa correspondance soignée, nous a donné le tableau exact de 
l'administration d'un couvent supprimé. 



Avignon. 

L'hôpital trinitaire d'Avignon a eu une existence agitée, 
bien connue par son Obituaire (manuscrit 2092 de la Biblio- 
thèque d'Avignon). En outre, M. de Loye, archiviste des Bas- 
ses-Pyrénées et auteur d'un immense travail sur les hôpitaux 
d'Avignon, m'a obligeamment communiqué le fruit de ses re- 
cherches sur l'hôpital de Sainte-Marthe *. 

Le 28 juin i353, une bulle d'Innocent VI mit en posses- 
sion les Trînitaires vivant « sous la règle de Saint-Augustin » 
de l'hôpital de Sainte-Marthe, fondé au nord-est de la ville par 

1. Sources : Archives du royaume à Bruxelles ; Caisse de Religion, car- 
ton 119. 

s. Qve de précautions ne prend-il pas pour faire passer *,ooo florins 
i Bruxelles! En effet, à (^tuievrain, l'usage de la lettre de change est inconnu. 

3. J'ai beaucoup profité aussi de l'Inventaire des arobires hospitalières:. 



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403 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

Bernard Rascas et sa femme Marie-Louise de Pierregrosse, au 
prix de 10,000 florins. Trois religieux sont chargés du service 
spirituel; l'administration sera exercée par deux prudhommes, 
bourgeois d'Avignon, élus par les consuls chaque année le 
jour dé la Trinité. L'acte reçu par des notaires, le 12 septem- 
bre i354, fait mention de Clément, ministre, de Robert Fou- 
ques et Jean de Berne, conventuels. Bernard Rascas fit 
construire le cloître, la chambre du ministre, le dortoir des 
religieux,- le réfectoire, le cellier, la sacristie, leur donnant, en 
outre, une rente annuelle de 5o florins. Il leur imposa. l'obli- 
gation de confesser les pauvres cl de les enterrer sans rétri- 
bution, avec menace d'expulsion par l'évéque et les consuls, 
s'ils n'observaient pas les contrats ' . 

Les donations affluèrent rapidement. Le 28 juin i355, 
une maison leur fut donnée par Raymond Aix, scribe du 
pape 1 . 

Par testament du 3 juillet i36i, Louise de Pierregrosse 
légua, pour acheter des couvertures, 5o florins d'or.- Le i3 sep- 
tembre i365, à son tour, Bernard Rascas choisit sa sépulture 
dans la tombe creusée devant le grand autel de l'église des 
Trinitaires, désirant y être porté par huit pauvres, revêtus de 
tuniques blanches. Il lègue « 24 S ros au ministre pour vingt- 
quatre messes, 12 gros a chacun des religieux pour douze 
messes, 5o florins pour les cloches, 1 florin d'or à chaque 
serviteur, 100 florins pour acheter des couvertures, deux 
maisôbs rue Traversière et rue Grand-Mazel, deux vignes 
au quartier Saint-Véran, le moulin de la Tour avec l'âne et 



1 . « Le couvent ne sera point transforme en taverne ou en maison de jeux, 
M il n'y pourra être lenue aucune réunion illicite ou infâme. Les réparations 
de l'église et du couvent seront à la charge des religieux u. 

a. Divers manuscrits contiennent la liste de ces donations. 



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AVIGNON. 463 

ses accessoires ». Les armes du fondateur ' : « étoile d'or sur 
champ d'azur et croix de gueule fichée en besant sur champ 
d'or », se voyaient encore sur la porte de l'entrée de l'église, 
« au dame du presbytère » et dans une chapelle ou salle 
basse contre la muraille, selon un procès-verbal dressé le 
17 septembre i6Ô7 a . 

Le 10 juin 1372, le ministre transigea avec le chapitre de 
Saint-Pierre pour les droits paroissiaux et, le 9 février 1374, 
il reçut d'Arnaud de Poitiers, comte de Valence et de Die, 
une maison acquise des exécuteurs testamentaires de Michel, 
évêque de Barcelone 3 . 

Le 17 septembre i45o, le cardinal Pierre de Foix, député 
pour la réunion des hôpitaux de la ville, les réduisit de qua- 
torze à cinq; le premier est l'hôpital de la Trinité, près la 
porte Saint-Lazare, administré par nos religieux, avec 61 flo- 
rins 9 gros 4 deniers de revenu. 

Au mois de novembre i48i se passa un fait très curieux : 

1. Bernard Rascas était aussi poète. Les Trinitaïres ont recueilli de 
lui une poésie provençale, dont voici la traduction française, faite par le 
P. Ignace de Saint-Antoine : 

Tonte ohola mortelle à le Un perlre, 

Fon que l'unooi de Diau, qui toujours durera ; 



it chemola, cerf», porcs, de ton 
n le mer, le thon et le baleine 



Lee priante et 1« roLi eoroat par mort domptes, ■ 

(Ou l'Écriture ment!) lo firmament qui erre 
Changeront de figure. Bnfln tout périra, 
Fore .qne l'amour de Dieu qui toujours dorât*. 

Il aurait fait ces vers pour se consoler de la perte d'une dame. 
a. Bibliothèque de Marseille, manuscrit 1316, p. 309. 
3. Manuscrit ao83 (Bibl. d'Avignon), p. a35. 



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464 l'ordre français des trinitaires. 

l'union des Trinitaires et des Pères de la Merci. Julien de la 
Rovère, tout en maintenant les deux prudhommes \ unit, 
annexe et incorpore les religieux des deux ordres qui furent 
institués protecteurs communs de l'hôpital. Les Pères de la 
Merci avaient reçu, moyennant le cens d'un florin, l'église de 
Notre-Dame des Miracles, grâce au chapitre de Saint-Agricol, 
le 22 avril i435. On ne sait combien de temps dura cette 
union, car en i575 le commendataire de Notre-Dame des 
Miracles étant mort, le chapitre de Saint-Agricol reprit 
l'église et la donna aux Minimes, établis par le cardinal d'Ar- 
magnac : les Mercédaires n'y étaient donc plus. 

Le 22 décembre i526, Clément Vil donna à l'hôpital le 
revenu des amendes de la cour temporelle d'Avignon. Le car* 
dinal de Clermont, évêque de Tusculum, légua une aumône 
journalière perpétuelle de 9 gros ( 1 537) ; une inscription en 
son honneur fut mise dans le couvent, au milieu de la porte 
qui allait à la cuisine. 

Le ministre Barthomieu Tissot donna lieu à des plaintes 
très vives (6 juillet i552). Il aurait vendu des reliques, mis 
des » qualisses u en gage et négligé de rendre compte. Cest 
sans doute à cette dilapidation qu'il faut rapporter la délibé- 
ration du Conseil, à l'effet de transporter à l'Hôtel de Ville 
les archives de l'hôpital Saint-Bernard et Sainte-Marthe ; un 
des consuls et un des recteurs durent en prendre soin 
(3o juin i564). Les Trinitaires auraient cédé à l'hôpital une 
rente de 36 sols tournois sur le moulin de l'Aiguille, en don- 
nant leur démission d'administrateurs 1 . 



t. Le rédacteur du manuscrit ao83 explique (f° 236) que les recteurs 
laïques existent aussi dans les autres hôpitaux de la Tille, pour empêcher h 
dépérissement de leurs biens. 

a. Inventaire manuscrit F g4- 



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AVIGNON. 465 

L'hisloire de l'hôpital d'Avignon au dix-septième siècle est 
des plus confuses. La province de Provence réformée vou- 
lut acquérir cet établissement; plusieurs fois, elle leva des 
contributions sur les couvents pour soutenir cette cause à 
Rome; mais un bref du 6 août i64t nous apprend que les 
Déchaussés s'étaient violemment introduits dans le couvent et 
en avaient été expulsés. La simple mention du bref ne permet 
pas de dire si les Déchaussés étaient d'accord avec les Réfor- 
més. Les donations ne s'arrêtaient cependant point. Le i" sep- 
tembre i638, Antoine Lopis, seigneur de Montmirail, n'ayant 
pas d'enfants, avait légué r5o,ooo écus aux pauvres de l'hô- 
pital Saint-Bernard. 

Trente ans après, le Conseil d'Avignon décida de faire 
venir de Nîmes trois religieuses hospitalières de Saint-Joseph 
(i5 décembre 1670), dont l'ordre avait été confirmé par 
Alexandre VII en 1657. Le i5 février 1671, se tint une 
assemblée du Bureau général en présence de l'archevêque. 
La venue de ces religieuses doit nous faire supposer que 
les Trinitaires étaient de moins en moins en odeur de sain- 
teté. A partir de 1696, les prudhommes furent, tantôt un 
gentilhomme, tantôt un docteur en droit, avec un bour- 
geois. 

En 1707, le Saint-Office défendit aux Trinitaires de molester 
les recteurs de l'hôpital au sujet de la délivrance des actes de 
décès des malades. Une nouvelle requête fut adressée, en 
1711, au vice-légal pour faire remplacer les Trinitaires qui 
négligeaient l'administration spirituelle de cet hôpital, l'œuvre 
« la plus considérable et la plus nécessaire de la ville ». Le 
ministre, élu à vie et indépendant du supérieur, exerçait une 
autorité despotique ; à son propos, le requérant prononce les 
mots de scandale, ignorance, impiété. « Dieu avait fait écla- 



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466 l'ordre français des trinitaires. 

ter sa vengeance par la mort misérable de trois ministres ' ». 
L'affaire Tut très sérieuse ; il était question non seulement de 
l'expulsion des religieux, mais de la sécularisation du courent. 
Enfin, en 1716, la maison d'Avignon fut réunie à la province 
réformée de Provence", en vertu d'un décret de la Congréga- 
tion des Rites. 

Le i4 décembre 1737, M. de Gondrin, commissaire aposto- 
lique, fit régler les fondations dues par les Trinitaires. Le 
vieux mur de la façade méridionale menaçant ruine fut re- 
construit en 1 743 ; les malades avaient été transférés dans la 
salle de la convalescence des femmes. En 1750, la Congré- 
gation des Rites refusa au ministre des Trinitaires la qualité 
de curé de l'hôpital 3 . 

Le couvent d'Avignon fut alors illustré par deux savants 
religieux, Joseph Bernard et Charles Malachane, qui furent 
tous deux procureurs en cour de Rome. Le second, docteur 
en théologie de la Faculté d'Avignon, obtint du pape Clé- 
ment XIII les nouvelles constitutions où l'ordre des Trinitaires 
fut rattaché aux chanoines réguliers. 

Bar-sur-Seine. 

Ce n'est point une fondation primitive des Trinitaires. En 
1210, une Maison-Dieu avait été fondée par Milon et Hélis- 
sende et donnée aux religieux de Roncevaux, qui, n'ayant pu 
s'entendre avec les comtes de Champagne, échangèrent avec 
les Trinitaires des possessions que ceux-ci avaient en Espa- 
gne, à Cuevas, contre l'hôpital de Bar (i3o3). Les Trinitaires 

I. Pièce communiquée par M. de Loye. 
a. Trinitaires de Marseille, reç. i3, p. 128, 

3. Inventaire, F (jij. 



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46 7 

le gardèrent jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. En i348, ils 
se virent disputer leur droit d'asile'; en i5o4, ils signèrent 
une transaction avec les bourgeois qui voulaient leur nier 
l'hôpital. Le ministre Guillaume Minel assista en 1614 aux 
états généraux. Au moment de la suppression de beaucoup 
de couvents en vertu de i'édit de 1768, les habitants insis- 
tèrent beaucoup sur la conservation de l'hôpital de Bar-sur- 
Scine, pour lequel le roi fut prié de se conlentcr d'une con- 
ventualilé de trois ou quatre religieux. 

Bastogne. 

Cette petite ville est située dans le Luxembourg belge, au 
nord d'Arlon. Le 3o novembre 12^7, l'évêque de Liège per- 
mit à Gérard de Houffalize, bourgeois de Bastogne, de join- 
dre une chapelle à l'hôpital par lui construit. Trois ans après, 
Henri le Blondel, comte de Luxembourg, et son frère Gérard, 
seigneur de Durbuy, approuvèrent ses donn lions, ainsi que 
la prise de possession par les Trinitaires (i»4 I-I2 4 a )- En 
juin i3a6, Henri de Luxembourg légua 5o sous pour être 
participant des bonnes œuvres de l'hôpital 3 . Cet établissement 
subsistait encore à la fin du dix-huitième siècle ; à celte épo- 
que, un syndic ou mainbour était élu par les gens du magis- 
trat, les comptes étaient rendus en présence du ministre et 
du curé, préposé à l'administration avec quelques éche- 

1. Coûtant, Histoire de la ville et de l'ancien comté de Bar-mr-Seine, 
pp. 3i 2-3 14- Archives nationales, L <j48 (copie du Cartulairc), pièce n n 08 ; 
Archives de Bar-sur-Seîae. GG 17 (17^9), mention de Lcmasson, prieur 
de la Maison-Dieu. Le P. André Marin parle de ce couvent dans une lettre 
adressée le 3 octobre 1707 au P. Ignace de Saint-Antoine. 

ï. Source principale : Neven, Histoire de Bastogne (1868), pp. 57-85. 
Actes de fondation dans Bertholel, Aubert le Mire, VVauters, etc. 



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468 ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

vins. Un hospitalier recevait comme gages 91 florins par an. 

Le couvent posséda plusieurs cures annexées, celle d'As- 
senois en totalité, alternativement celles de Givroulle, Wardin, 
Terchamps (maintenant dans le Grand-Duché de Luxem- 
bourg) et la chapelle de Notre-Dame de Flamierge. Même, à 
un certain moment, les religieux eurent un collège. 

L'église du couvent, au dire de Neyen, était la chapelle 
mentionnée dans l'acte de 12^7, dont les Trinitaires se 
seraient servis à leur profit personnel, de façon que l'église 
paroissiale fut construite hors la ville. Le couvent se reconnaî- 
trait encore rue du Sablon, avec la cellule du ministre, où un 
tableau peint sur bois représente une scène de l'histoire de 
l'ordre; c'est aujourd'hui une école. 

Les Trinitaires ne firent guère parler d'eux jusqu'à l'en- 
quête ordonnée par le conseil de Brabant en 1746. Chaque 
religieux avait son pécule, savoir la forte pension exigée de 
ses parents, à l'entrée, et l'argent de ses messes, dont il pré- 
tendait disposer pour acheter du vin ou de la bière, sans en 
rendre compte au ministre, le P. Servais. Les religieux et 
les frères convers restés fidèles au supérieur, les pension- 
naires du couvent sont unanimes à déclarer que le service 
divin est presque abandonné; que, plusieurs fois, on n'ouvrit 
pas les portes de l'église à l'heure des offices, à cause d'alter- 
cations entre les moines. Leur tenue au réfectoire était telle- 
ment scandaleuse que les pensionnaires préféraient s'en aller 
que d'v assister. Seuls, les débitants de vin hésitent à perdre 
leurs liâtes assidus mais médiocres payeurs. Les habitants de 
Bastogne ne connaissent que ce qui se rapporte au frère Pierre, 
âgé, qui porte mal la boisson, sort souvent sans manteau, 
avec l'air joyeux, et commence parfois la messe par l'épltre. 
On le trouva un jour endormi sur les remparts, on le ramassa 



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HASTOGNE. 469 

trois fois dans la rue, car « il ne pouvait ni parler ni remuer ». 
Le témoin ajoute naïvement : a II y a lieu de croire qu'il était 
ivre! » Le frère Pierre était pourtant un agneau en compa- 
raison des autres, qui le grisaient à dessein. 

Le ministre était ouvertement bafoué et menacé. Un jour, 
les religieux portèrent dans le clocher le fauteuil sur lequel 
il s'asseyait. Ils sortaient sans permission par la a chaire de 
vérité ». Le P. Théodore, auquel le ministre ordonnait de 
faire la lecture, jeta le livre par la fenêtre, qu'il brisa. Sur- 
pris avec une fille au réfectoire, il dit au ministre : « Tu 
ne mérites pas de parler avec un honnête homme », et prit 
une chaise, menaçant de lui casser la tête et lui « fourrant le 
poing sous le nezl » Une autre fois, il prit un couteau pour 
frapper le P. Servais, mais un pensionnaire se jeta au-devant 
de lui pour l'arrêter; le ministre dut faire veiller deux domes- 
tiques dans sa chambre. 

Le curé d'Assenois, Trinitaire, venait prêcher la révolte au 
couvent. Déjà ivre, il disait a qu'on lui apporterait du vin, ou 
que le diable emporterait le ministre, le traitant en outre 
d'âne, de bête, disant qu'il ne savait ni latin ni allemand ni 
français, et que son chien avait plus d'esprit que lui! » Il y 
avait là, dit excellemment un des témoins, an exemple d'une 
nature à donner aux simples et aux jeunes gens une défiance 
de la religion même. 

Le Conseil de Brabant s'émut et envoya un enquêteur, le 
conseiller Marchand, qui fut très mal reçu par les religieux 
(3 décembre 1746)- l' 8 traînèrent en longueur un voyage à 
Luxembourg, a afin de faire bonne chère dans toutes les au- 
berges ». « Je plaiderai, disait l'un des rebelles, jusqu'à ce 
qu'il ne reste plus pierre sur pierre de la maison. » Très in- 
quiet, le P. Servais avait consulté le général de l'ordre, le 



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hjo l'ordre français DES TRIBUTAIRES. 

P. de Massac, fort âgé alors, el peu en état d'inspirer des 
résolutions énergiques, qui lui fit répondre de donner des let- 
tres d'obédience à deux ou trois religieux et à un frère couvera, 
pour purger le couvent des principaux fauteurs de désordre. 
Le Conseil de Brabant, jugeant que la punition ne serait pas 
suffisante, enjoignit au P. Servais de faire saisir aussi secrè- 
tement que possible les Pères Gerardi, Vernel et Adami, les 
plus coupables, el de les faire incarcérer dans la citadelle de 
Luxembourg (21 février 1747)- Craignant sans doute pour sa 
vie, le P. Servais envoya les coupables dans un autre couvent! 
C'était une désobéissance formelle, dont il fut blâmé par le 
Conseil, mais il fallait bien clore l'affaire (4 avril)'. Le cou- 
vent fut vendu en 1783 au profit de la Caisse de Religion. 

Beauoalre. 

Au mois d'avril 1227, Hugues, archevêque d'Arles, avant 
égard à la dévotion de Hugues, visiteur des Triuitaires en 
Provence, leur conféra un hôpital bâti par Pierre d'Auriac, 
hors du château de Bcaucaire, à La Condamiiie, à condition que 
le ministre donnera tous les ans, à la Septuagésûne, une canne 
d'huile 3 . Cet hôpital n'a laissé aucune trace; les historiens de 
Beaucaire ne le mentionnent même pas. II dut disparaître pré- 
maturément. 

Beauvoir-sur- Mer -, 

Ce couvent était fondé avant laflS : à cette dale, les Trini- 
taires reçurent, de l'évêque de Nantes, la permission d'accep- 

1 . Archives du lloyaunie à Bruxrllnt, Conseil privé, n« i^i?. 
3. ltt.ANiïAnn , Srniu.r lien lirxtrhri-du-lihtiite. 
3. Loire-Iiiféricure, nrr. de Piiinihpuf. 



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LE BOUBGET. ^71 

ter les legs de Renaud Négrier et de sa femme Ameline'. II 
avait pour annexe Saint-Thomas de la Garnache, dont un 
arrêt du Grand Conseil, le i3 août i6o3, remit en possession 
Charles Thomas, religieux de la Trinité 2 . Le P. Jehannot, 
qui alla racheter des captifs à Constantinople en 1732, était 
ministre de Beauvoir. Le pays étant peu salubre, le P. Pi- 
chautt ne croyait pas en 1767 qu'il fût facile d'augmenter le 
nombre des religieux. 

Mourain de Sourdeval écrivait en i854 ; « Une partie de 
l'enclos forme aujourd'hui le cimetière de la commune ; le cou- 
vent est devenu, ainsi que le jardin, une propriété particu- 
lière. L'église a été détruite 3 . » 

Belleau. 

Le couvent de Notre-Dame de llelleau, commune de Ma- 
zeuil, canton de Moncontour (Vienne), n'est qu'un titre, écri- 
vait le P. Pichault à la page 21 de son Mémoire de 1767; il 
est conféré à un religieux par le Général pour faire nombre 
au chapitre provincial; les revenus de cette maison ont été 
envahis anciennement par le Seigneur et le Curé. Un reli- 
gieux, curé de Mazeuil à cette époque, représentait sans 
doute le ministre de ce couvent détruit. 

Le Bourget. 

II n'y a pas lieu de revenir sur ce couvent, fondé en i2o3 
et appelé en latin Pons fteginae. Son histoire ne commence 

1. Archives de la Loire-Inférieure, Inv. Il 5^. 

2. Choppim, Monasticum, pp. 108-109. 

3. La Garntche et Beiaooirsar-Mer, p. 56. 



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4; 2 l'ordre FRANÇAIS des trtmtaires. 

que du jour de sa suppression. Il a élé longuement ques- 
tion de son annexion au couvent des Malhurins de Paris 
dans la deuxième partie de ce travail. 

Bourmont 

Ce collège a élé l'objet d'une excellente monographie de 
l'abbé Yoiriu, publiée à Langres eu 1890 '. Le chanoine Evrard 
Marchai avait légué 3,ooo livres pour instruire deux enfants 
pauvres : le collège devait être à Langres ou a Bourmont. La 
communauté s'adressa aux Trinitaires Réformés; Ignace Dil- 
loud, visiteur provincial, qui avait publié en 1695 une biogra- 
phie des saints patriarches de l'ordre, dut y envoyer six 
religieux. La ville promit, de plus, 200 livres tournois au 
Père qui enseignerait le latin et les humanités. Le 8 novem- 
bre 1707, à Lunéviltc, le duc de Lorraine, Léopold, par ses 
lettres patentes, permit aux religieux de bâtir une église 
et un couvent sur les fonds qu'ils acquerraient et confirma 
l'obligation d'y tenir « un religieux qui enseignerait les prin- 
cipes de la langue latine aux enfants des bourgeois jusques 
en troisième inclusivement, sous rétribution honneste et pro- 
portionnée au nombre d'écoliers »*. L'évêque de Toul con- 
sentit aussi à cette fondation (décembre 1707). Cinquante ans 
après, le couvent comprenait cinq religieux, qui avaient obtenu 
des cours souveraines le droit de se soustraire a la juri- 
diction de la province et de nommer leur ministre. 

Le personnage qui remplit toute la fin du dix-huitième 
siècle est le P. Lemoll, qui usa de procédés despotiques et, 



. Bibl. Nut., Lk' 29, 9Î3. 

. Archives de Meurthe-et-Moselle, B 1 



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BRIGNOLES. l\^Z 

ayant été exilé par lettre de cachet, devint curé à Branchières, 
près Sioii (Valais). Lors des menaces de suppression de ce 
collège, la ville s'émut et protesta devant le lieutenant du 
bailliage, car il n'y avait pas d'autre collège en Bassigny. L'ar- 
chevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, et le P. Pi- 
chault, promirent de faire tous leurs efforts pour sa conserva- 
tion (1769). On rappela le P. Lemolt, qui, moins violent que 
par le passé, fut néanmoins l'objet d'un libelle « rempli d'hor- 
reurs et d'atrocités », Le P. Dorvaux, religieux de Metz, dans 
sa tournée de visite en 1774, trouva deux religieux et deux 
répétiteurs externes. 

Le P. Lemolt entacha sa vie, dit son biographe, en prêtant 
serment à la Constitution civile du clergé. II figure parmi 
ceux qui opinent pour rattacher la ville de Lamarche (qui 
avaiL un couvent trinitaire riche de 10,000 livres) au même 
département que Bourmont. L'avis du P. Lemolt ne fut pas 
suivi, car Bourmont est aujourd'hui dans la Haute-Marne et 
Lamarche dans les Vosges'. Le collège trinitaire est à pré- 
sent l'Ecole Sainte-Marie. 

Brignoles. 

Les Trinitaires Déchaussés, établis depuis 1646 à Saint- 
Quinis, en pleine campagne, désiraient avoir une maison dans 
la ville voisine, afin d'y soigner leurs malades. L'archevêque 
d'Aix, Jérôme Grimaldi, autorisa leur établissement à Bri- 
gnoles le 21 juillet 1661. Mais la communauté, à la majorité 
de cinquante-trois voix contre vingt-sept, avait refusé de les 



' 1. Observations importantes pour le département dans lequel la v 
de La Marche: sera comprise (Bibl. Nal., Lni 33%). 



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474 l'ordre français des TiUNITMRES. 

admettre, dans ta crainte qu'ils ne fussent à charge à la ville 
(i i juin 1661); cela ne les découragea pas. Lazare de Chaîne, 
président au Parlement d'Aix, s'intéressant à eux, leur donna 
une maison rue des Balardis, le 3 avril 1662. Jacques de 
Sainte-Anne put annoncer cette nouvelle à l'envoyé" de la 
municipalité qui le sommait de déguerpir. Le a3 septem- 
bre i663, la communauté les accepta enfin. L'évêque de Sisle- 
ron témoignait, en 1770, de leur assiduité et de leur zèle'. 

La Cadière*. 

Ce petit bourg, objet d'une excellente monographie de l'abbé 
Giraud, appartenait autrefois au diocèse de Marseille. Raymond 
de Pallas, vicaire général de la Congrégation Réformée, y 
ayant prêché un Carême et s'étant rendu recommandable par 
ses vertus, suggéra à la communauté le désir de voir les Tri- 
nitaires s'établir en ce pays qui n'avait encore aucun cou- 
vent. Donc, devant les PP. de Pallas, alors visiteur provin- 
cial, et Jay, ministre de Marseille, la communauté décida, le 
a5 juin 1637, de donner gratuitement une place pour y édifier 
un couvent où habiteront au moins quatre religieux, dont 
deux ou trois seront prêtres. Ils logeront, en attendant, à la 
chapelle de Saint-Jean-Baptiste, qui fut depuis un ermitage; 
deux des Pères prêcheront et confesseront dans l'église parois- 
siale jusqu'à ce que leur église soit construite. Ils érigeront 
une confrérie de la rédemption, qui rachètera d'abord les 
enfants du pays ; ceux-ci seront de même reçus de préfé- 
rence parmi les religieux. En temps de contagion, ils demeu- 



. Bibl. de Marseille, ms. 1216, p. 52, el pièce 208. 
. Canton du Beaussct (Var). 



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CAILLOUET. 475 

reront à La Cadière en nombre suffisant et seront alors nour- 
ris aux frais de la communauté. Cet établissement avait lieu 
de l'assentiment de l'abbé de Saint-Victor de Marseille, sei- 
gneur du Ueu. 

Le ministre de La Cadière n'ayant pas justifié son absence 
au chapitre provincial de i663, ce couvent fut réduit au rang 
d'hospice, c'esl-a-dire privé du droit d'élire son ministre; 
ce châtiment devait se prolonger jusqu'à ce que son revenu 
atteignit 100 écus 1 . 

Achard, dans sa Géographie de la Provence' 1 , atteste la 
richesse de cette maison, composée de quatre prêtres et d'un 
frère clerc tonsuré ; elle possédait une relique de la vraie 
croix, donnée par Charles Malachane, procureur général en 
cour de Rome, et qui ne pouvait être prêtée au dehors. En 
1730, les revenus étaient de 3a6 livres et les charges de i5o. 
Dans l'église, « remarquable par ses heureuses proportions 
et ses belles sculptures », l'autel de l'Annonciation avait été 
fondé par César Chaix, aïeul maternel de Porlalis 3 . 

Le P. Gairoard, procureur des captifs, qui joua un certain 
rôle au dix-huitième siècle, était originaire de La Cadière. 

Caillouet. 

C'est la seconde fondation des Trinitaires Réformés, à qui, 
le 10 octobre i5og, Jacques Doublet, moine de Saint-Denis et 
prieur de Saint-Pierre a Chaumont en Vexin, conféra une 
chapelle dédiée à Notre-Dame de Bon ne- Espérance. Le 6 jan- 



1. Trinitaires île Marseille, registre l'A, pp. 5 et i5. 
a. Aix-, 1787, 1. 1, p. 38ft. 

3. L'abbé Giraud, Archives paroissiales et statistique religieuse de 
La Cadière, pp. 46-58 et pp. i43-i ' t fi. 



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476 l'ordre français des trinitaires. 

vier 1600, Charles de Bourbon , archevêque de Rouen , 
approuva cette collation. Comme ta plupart des couvents 
réformés, celui-ci eut un vif succès; le 20 mars 1642, les 
religieux déclarèrent un revenu de 3oo livres, employé partie 
à la rédemption des captifs, partie à l'entretien de dix reli- 
gieux, sans que la proportion soit indiquée. Ils avaient reçu 
un os du pouce de saint Pierre, apôtre; ils s'en dessaisirent 1 , 
on ne sait pourquoi. 

En mars 1659, des lettres patentes avaient approuvé la 
provision de l'archevêque de Rouen, unissant au couvent de 
Caillouet la cure de Saint-Brice, résignée par Jacques Godin, 
moyennant 200 livres de pension viagère sur les fruits de 
ladite cure. Le premier titulaire, Jacques Potïquet, ayant 
démissionné, Benoit Jorel, religieux du même couvent, en 
fut pourvu le 26 août 1670 par Antoine de Jeufosse, vicaire 
général pour le Vexin. 

Les offices paraissent avoir été célébrés avec beaucoup de 
régularité. Un hôte, Charles Demouchy, seigneur de Caveron, 
fonda, le 6 février 1669, la procession du scapulaire de la 
confrérie, pour accroître la dévotion du peuple. Le ministre 
Mathieu Gossart, ancien vicaire général de la Congrégation 
Réformée, qui avait signé le Concordat de i65g avec Pierre 
Mercier, reçut de Jean-Baptiste de Chasscbras, prieur com- 
mendataire de Saint-Pierre de Chaumont, la permission d'en- 
tendre les fidèles en confession , de les absoudre des cas 
réservés, de prêcher et d'instruire le troupeau à lui confié 
(27 février 1672). 

Les Trinitaires de Caillouet consultèrent, en 1689, des 
docteurs de Sorbonne sur la question de savoir s'ils pou- 

1. Bibl. de Marseille, ma. 1116, p. 397. 



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477 

vaîent redemander au curé de Saint-Jean-Baptiste de Chau- 
mtml des pièces de terre dont il s'était emparé, sans formalité 
de justice et sans acquittement des charges. En 1693, ils 
redemandèrent aussi la remise en possession de la mala- 
drerie de Chaumont, désunie de leur couvent au profit de 
l'ordre de Saint-Lazare. Leur église ayant été désignée, !e 
6 décembre 1724 , comme une station pour le jubilé, ils 
s'abstinrent de paraître à cette procession, prétendant que, 
d'après leur fondation, ils n'étaient point tenus d'y assister 1 . 

La Capclette. 

Dans ce village situé à l'est de Marseille les Trinitaires 
Déchaussés desservirent une chapelle, où ils venaient catéchi- 
ser et chanter les vêpres depuis 1706. Philippe Goujon leur 
donna i5o livres de pension annuelle, à condition d'y faire 
résider un de leurs prêtres pour administrer les sacrements 
et enterrer les morts. La nef unique de cette chapelle est 
encore reconnaissante, au dire de Saurel 1 , à l'angle de la 
route de Toulon, avenue de la gare du Prado, et sert main- 
tenant d'école communale. 

Castres. 

Cet hôpital, fondé en 1207 ou ia56, était situé hors la ville, 
près de la porte de l'AIbenque. En i36q, nos religieux se 
transportèrent à l'intérieur des murs, sur un emplacement 
que leur donna l'abbé de Saint-Victor de Marseille 3 . Leur 

1. Sources : Archives départ emenlal es de l'Oise, Trinilaires de Caillouet, 
3* et 3* liasse, 
a. Dictionnaire des Boaches-da-Rkône, II, 58. 
3. Histoire de Languedoc, IV, 702. 



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478 l'ordre français des tributaires. 

couvent fut détruit par les huguenots au seizième siècle, 
mais un arrêt du Parlement de Toulouse condamna le syndic 
de la ville et le syndic des pauvres de Castres à laisser les 
religieux de la Trinité en possession de leur maison et de leur 
hôpital, à peine de 4>ooo livres d'amende (23 novembre 1601). 
En conflit avec la ville au sujet d'un jardin situé devant la 
porte de l'Albcnque, ils renoncèrent à leurs droits sur l'es- 
planade qu'ils avaient fait labourer (i6o5). Il leur était dû 
par an une pension de 3t livres 5 sous. En 1766, ce couvent 
comptait cinq religieux et avait 600 livres de revenu 1 . 



Ceriroid. 

Après les excellents chapitres du P. Calixte sur le célèbre 
chef d'ordre, il n'y a pas grand chose à en dire. Il ne reste 
presque rien de ses Archives; les plus précieux de ses actes 
ont été publiés dans VHistoire du diocèse, de Meaux, de 
Dom Toussaints Duplessis, et quelques autres recueillis par 
les Bénédictins dans le tome i53 de la Collection de Cham- 
pagne. 

Les deux premiers actes cités par Dom Toussaints du Pies- 
sis, ceux de 1112 (v. st.) et de 1219, ne sont point d'une 
authenticité certaine; ils ne figurent pas, en tout cas, dans 
l'Inventaire dressé en i634- En 1212, Jean de Mont- 
mirail, seigneur d'Oisv, qui mourut Cistercien à Longpont, 
confirma aux Trinitaires de Cerfroid la possession des 20 ar- 
pents de bois à eux conférés par Marguerite, comtesse de 

1. Archiva communales de Castres (Inventaire), BBi5, BB18, CC49, 



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CERFROID. 479 

Bourgogne, fondatrice du couvent, ainsi que l'attestent les 
bulles d'Innocent III. 

Quant à la convention du 10 août 1219 entre nos religieux 
et le chapitre de Meaux, elle pourrait avoir, si l'on tenait à 
l'admettre, un autre sens que celui proposé par le P. Calixte : 
il ne s'agirait point d'une assistance personnelle du chapitre 
de Meaux à la fête de saint Félix, qui se célèbre à Cerfroîd, 
mais seulement d'une association spirituelle, c'est-à-dire de 
prières réciproques à certains jours de fêle. D'ailleurs, la 
pièce est probablement interpolée; elle dut être « découverte » 
après i634, quand les Réformés entrèrent à Cerfroid. 

Le premier acte authentique serait donc celui de Philippe 
de Nanteuil, en 1229. Dès lors, le berceau mystérieux de l'or- 
dre est comblé de donations par d'illustres personnages tels 
que Jean de Barres, enterré à Cerfroid ', Rasse de GAvre, et 
par les Nanteuil, Girard et surtout Thibaut, chantre de Beau- 
vais. L'évèque de Meaux, Pierre de Cuisy. donna un muid 
de blé à l'occasion de la réunion annuelle du chapitre général 
(mai ia5a). Thibaut V de Champagne accorda, en 1269, des 
revenus pour vingt religieux de chœur '. 

Le couvent de Cerfroid se vit annexer celui de Silvelle 
en 1297; au quatorzième siècle, il trouva dans les sires de 
Châtillon des bienfaiteurs très généreux. Le premier d'en- 
tre eux, Gaucher, comte de Porcien et connétable de France, 
avait pour aumônier Thomas Loquet, qui devint ministre de 
Verî)erie et général de l'ordre. A la demande de Jean de 
Châtillon, Philippe VI de Valois accorda aux religieux un 
amortissement général (novembre i344)- Guillaume de Mante, 

1. Voir le dessin de sa statue tombale : Collection de Champagne, vol. V, 
au défaut. 

2. Pièces 34, 3g et 67. 



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48o l'ordre français des tributaires. 

écuyer de Jean de Châlîllon, fonda aussi une chapelle dans 

le célèbre couvent. 

Déjà la décadence commence. Jean Royer, évéque de Meaiix 
(i36i-i377), contesta qu'il fui obligé de donner annuellement 
le muîd de blé fondé par Pierre de Cuisy. II est possible 
d'apercevoir, d'après les réticences des parties, que le chapi- 
tre général de Cerfroid ne se tenait déjà plus tous les ans. 
L'évêque fait des chicanes, ne veut donner que 8 setiers, au 
lieu du muid, et demande en vain au Parlement de se faire 
délivrer la copie du titre primitif. Les Trinilaîres, d'autre 
part, demandent la saisie du temporel du prélat et la provi- 
sion de sa grange pour s'indemniser eux-mêmes. L'évêque, 
voyant qu'on allait lui donner tort, conclut une transaction 
confirmât] ve de la donation de Pierre de Cuisy ' (avril i36qV 

Le 18 novembre i4°i> 100 francs de l'argent déposé aux 
Mathurins, appartenant au prieur de Cerfroid, lui furent en- 
voyés pour faire une cloche dans l'église, en vertu d'une libé- 
ralité de Raoul de Chennevière*. 

Au dire de Gaguin, Jean Thibaut fit dédier l'église de Cer- 
froid au milieu du quinzième siècle. Ce couvent ne fut plus 
habité, à partir de cette époque, par le général de l'ordre, 
qui résida de préférence au couvent des Mathurins de Paris. 
Exceptionnellement, Nicolas Musnier se transporta à Mcaux. 
Philippe Musnier, neveu de ce dernier, avait conclu une 
transaction avec les religieux de Cerfroid, moyennant laquelle 
il se ferait nourrir au couvent chaque fois qu'il voudrait y 
venir. Cet acte fut cassé par le Parlement (i5^8). 

En i55o, par suite de la résignation de François Valable 



i . Pièces 77 et 78. 

a. Journal île Nicolat de Baye, édit. Tueley, t. I, p. nf 



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entre les mains de Jean Mannourry, prieur de Cerfroid, la 
cure de Brumetz, très voisine du couvent, lui fut unie. Au 
mois d'août de celte année, le pape Jules III confirma cette 
annexion. L'évèque de Meaux, Jean de Buz, ne donna son 
autorisation qu'en supprimant la donation du muid de blé au 
chapitre général, qui, de l'aveu des religieux, ne se tenait 
plus que tous les trois ans. La fin du seizième siècle fut entiè- 
rement remplie par le gouvernement des prieurs de la famille 
Mannourry, Jean et Guillaume. 

Le 8 décembre i63i, le chef d'ordre Irinitairc rentre brus- 
quement dans l'histoire par l'introduction de la Congrégation 
Réformée. L'ancien prieur, Pierre de Condé', remit ses ti- 
tres à son successeur, Simon Chambellan; un inventaire très 
soigné en fut rédigé en i634 5 . Les religieux Réformés, en 
possession de Cerfroid, durent payer une pension aux reli- 
gieux anciens. 

La grande enquête du P. Faure, coadjuteur du cardinal de 
La Rochefoucauld, au mois de janvier i638, prouva qu'il se 
passait dans ce couvent des choses singulières. L'extraordi- 
naire diatribe de Louis Petit contre Simon Chambellan est 
cependant exagérée, et ridicule même sur certains points; 
l'histoire de ce levraut en neuf portions qui aurait été mangé 
en Carême ne vaut pas qu'on s'y arrrête; mais on peut croire 
sur parole le P. Lucien Hérault, qui ne resta pas longtemps 
maître des novices, en raison de sa ferveur, trop grande au 
gré du prieur. Le P. Gory et le P. Denis Cassel avaient fait 
jouer des tragédies sacrées de leur composition; Chambellan 
aurait vendu les cloches du couvent et abattu une grande 

i. Il mourut misérablement d'un flux de ventre, pour avoir voulu empi 
cher la Riformc, racontent ses adversaires. 
2. Archives de l'Aisne, H i/|3i . 



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402 h ORDRE FRANÇAIS DES TR IMITA IRES. 

quantité de bois. Il est possible qu'il ait trouvé une situation 
financière embarrassée, dont il ne put sortir que par des alié- 
nations. 

Le duc de Tresmes, seigneur de Gandelu, se prétendait, aux 
termes d'un nommage prêté en r54o par Nicolas Musnier à 
l'un de ces ancêtres, « premier fondateur de la religion de 
Cerfroid », ce qui n'était nullement prouvé. Il exigea donc 
qu'on lui remit les clefs du cloître durant le temps du cha- 
pitre ; on convint que le général les garderait, maïs que deux 
sergents de la justice de Gandelu se tiendraient devant la 
grande porte. Il exigeait encore, pour lui, sa suite d'écuvers 
et ses chiens, d'être nourri une fois par an 1 aux frais du 
couvent; le chapitre général, tout en manifestant le respect 
le plus sincère pour son illustre famille, repoussa celle 
« odieuse » prélenlion (21 avril 1704)*. 

Malgré tout, la maison continuait à être peuplée. Si elle 
n'était plus la résidence du général, elle était toujours le lieu 
de réunion des chapitres généraux de tout l'ordre, où avaient 
été admises les provinces étrangères, et de ceux de la Réforme 
qui avaient lien tous les six ans, par alternance avec une ville 
du Midi; Cerfroid faisait tous les frais de ces chapilres. Il 
y avait vingt À vingt-cinq religieux et dix « vallets »; les 
novices donnaient 60 livres pour dix mois à titre de pension. 
Les aumônes annuelles s'élevaient à une douzaine de muids 
de blé; le couvent faisait une pension de 35o livres au reli- 
gieux vicaire perpétuel de Brumetz 1 (1687). Une coupe de 
bois fut autorisée par arrêt du Conseil d'État; le produit en 



1. L'obtient ion de nourrir les chanoine* de Nogent-le-Rotrou, une fois 
ir an, existait pour les Trinitaircs de Sainb-Kloi de Mortagne. 
1. Dom Toussaint» du Plessis, pièces 691 et 716. 
3. Archives départementales de l'Aisne, H i433. 



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CE H FROID. 483 

fut employé aux réparations nécessaires à la maison 1 (1696). 

Aux termes d'une déclaration du 6 mai 1704, le couvent 
faisait valoir, « faute de fermiers », i4o arpents; possédait, a 
Brume tz, la cure, « droit de fief, justice haute, moyenne et 
basse, quatre suis de cens, le presbytère, les dismes »; à 
Château - Thierry, la maison du Grand-Credo, moyennant 
32 livres de lover; 3oo livres sur la maison de la Galère, dans 
cette môme ville; l5o livres sur les moulins de Verberîe, 
5o sur le domaine de Sentis, i.T> sur le domaine de La Ro- 
chelle en vertu d'une donation d'Alphonse de Poitiers, 
to sur la commune de Crépy-en-Valois, données par Thibaut 
de Xanteuil. Il payait, en décimes ordinaires, 175 livres; en 
subvention, 525 livres; 20 pichets de blé de rente à plusieurs 
particuliers. 

De nombreuses inondations du Clignon causèrent des dé- 
gâts considérables. Sous Henry le Roy, prieur, Louis XV 
donna « ample pension » pour réédifier le couvent, en 17/40 1 . 
En 1768, ÎI n'y avait plus que six religieux, avec 9,200 li- 
vres de revenus. A la Révolution, l'ancien Trinitaire Subtil 
devient curé de Brumetz. 

En i865, le P. Calixle de la Providence, Trinitaire Dé- 
chaussé, rachetait l'emplacement du couvent à M. Roger- 
Hutin et essayait d'en faire le centre de l'ordre reconstitué, 
mais sa tentative rencontra plus d'indifférence que de sympa- 
thie. II voulut aussi ériger une basilique A saint Félix de 
Valois, dont il ne put retrouver les reliques, malgré toutes 
ses recherches. Pendant vingt-cinq années, par toutes sortes 
d'ouvrages petits et grands, le Guide du pèlerin à Cerfroid, 



. Archives départe racola te s de l'Aisne, S 377a. 
. Trinitaires de Marseille, reg. i3, p. 196. 



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484 l'ordre français des tributaires. 

des Drames sacrés même, il essaya d'intéresser la France el 
même l'Europe à la question de la naissance royale de saint 
Félix de Valois; pour tout, il échoua. En septembre 1886, il 
loua une partie de son couvent à l'orphelinat de Sainte-Agnès, 
Tonde par M"" Palla, qui est morte en 1901. Le P. Calixte, 
mort le it\ août 1892, avait réuni, avec le plus grand soin, 
une bibliothèque composée principalement d'ouvrages sur son 
ordre; quelques-uns, comme Lopes de Altuna el les Consti- 
tutions d'Alexandre Vil, éditées a Madrid, ne se trouvent, 
à notre connaissance, dans aucune bibliothèque publique fran- 
çaise. 

Ghâlons. 

Les Trinitaires en ont reculé la fondation jusqu'à 1197, 
alors qu'elle n'est en réalité que de 1225. L'abbé de Tous- 
sainls lit à nos religieux de très sévères conditions au point 
de vue des offices, des oblations et des inhumations ; ceux-ci 
s'en plaignirent à l'évèque, et (rois arbitres, Simon de 
Somme, dominicain, Guillaume de Paris, cordelier, Etienne 
Pajon, clerc, décidèrent, en décembre 1243, de rendre leur 
jugement avant l'Ascension 1 2l\l\ ; la partie récalcitrante 
paierait a l'autre 60 livres d'amende. Aux termes de la 
sentence définitive, confirmée en avril 1257' par l'évèque, les 
Trinilaires ne devront aucune partie des offrandes, célébre- 
ront leurs messes portes ouvertes et aux heures qu'ils jugeront 
à propos, pourront inhumer leurs domestiques et les malades 
décédés dans leur hôpital. Quant aux personnes qui mourront 
dans leur enclos, sans avoir choisi leur sépulture, ils les 

1. E. de H.ihiuki.emv, Diocèse ancien de Ckàlont, t. I, p. n5. 



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CHALONS. 485 

enseveliront aussi, en rendant au curé de l'église Saint- 
Sulpice, dans le district de laquelle ils étaient établis, la moi- 
tié des oblations et de la cire, et, de plus, une rente annuelle 
de 6 livres. 

Le quatrième général de l'ordre, Roger, avait été enseveli 
à Châlons (1227). De bonne heure, l'hôpital disparut : il n'est 
déjà plus mentionné dans un procès de i388. Parmi les bien 
rares mentions historiques de l'Obituaire 1 , on peut relever 
celles-ci : le 18 août 1371, Béatrix de Bourbon, reine de Bo- 
hême, se fil recevoir dans la confrérie de l'église. En 1^87, 
Gaucher de Thourotte, sénéchal de Champagne, fui enseveli 
chez les Trinitaires. 

Le couvent fut à peu près rasé au (emps des guerres de 
Charles-Quint. Le ministre, Charles te Gendre, conclut une 
transaction avec un certain Jean Mairot qui « prit et adino- 
dia » tous les biens et revenus pour deux années, moyen- 
nant la somme annuelle de looécus d'or au soleil, et dut, pour 
ce prix, nourrir et alimenter les religieux du couvent 1 . Le 
chapitre général de j 576 accorda 5oo livres au ministre pour 
rebâtir son église 9 . 

Le couvent réussit cependant à surmonter ces misères, au 
dix-septième siècle, grâce à des ministres éminents, les Ba- 
sire, originaires de Normandie. 

Le premier, Guillaume Basire, seul profès du couvent, 
avait été élu ministre en 161 1; le 18 août i638, l'évêque 
Clausse vint bénir le maître-autel réëdifié. 

Son neveu Antoine Basire lui succéda après un intervalle 
de trois ans, se montra bon administrateur, fut envoyé 

1. Manuscrit 58 de la Bibliothèque de Châlons. 
z. 53 e liasse des Archives. 
3. Pièce i3i. 



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4»G L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

par obéissance comme ministre à Morlagne, où il ne resta 
que trois ans, et mourut à son retour, en 1660, dans la mai- 
son de La Villclle ou Milry. Au chapitre de i658, H avait 
obtenu i5 voix pour être général. 

Un second Guillaume Basire, ministre de t66i à 1693, 
opéra une rédemption de captifs, composa des Constitutions 
à l'usage de la province de Champagne, en sa qualité de 
provincial, et fut vicaire général de l'ordre lors de la mort de 
Pierre Mercier, en i684- 

L'année suivante, le couvent subit le désagrément d'une 
transplantation. Les administrateurs de l'hôpital général dési- 
rant s'étendre' et ne le pouvant qu'en prenant le couvent 
des Trinitaires, Louis XIV ordonna ù l'intendant Miromesnil 
de faire la visite et l'estimation de l'immeuble. La vente 
fut conclue le 23 juillet i685, moyennant &o,ooo livres. 
20 louis d'or furent donnés au ministre et deux à chacun des 
religieux 1 . Ils devaient partir le i w mars 1686. Dix jours 
avant, Michelin, ministre de Troyes, approuva la vente, 
ainsi que i'évèque, « tant en sa qualité d'évêque que comme 
seigneur temporel ». Leur nouvel établissement, rue Saint- 
Jacques 3 , perçut une rente de 200 livres sur les deniers com- 
muns et d'octrois de la ville. Un des premiers ministres du 
nouveau couvent, le P. Roubaud, conclut avec le P. Fadois 
une convention pour le paiement de leurs dettes réciproques 
et la permutation des couvents de Chàlons et de Notre-Dame 
de Limon, ce qui témoigne de l'état de pauvreté de ce couvent. 



1. Les plaus du livre île Karlial sur Chalons le font Lien voir. 

2. I. Valise -,'iip|n.-lii désormais de Stiiul-llaur; le ministre put empirlcc 
le la Inimité le avec ses gradins, les bancs îles marçuillîcrs île la confrérie, 
les tableaux el images de l'ordre. 

3. Cnrlulaire des Trinitaires de Chàlons, pp. 64, 1 10. 



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CHATEAUBRIANT. £87 

où un grand orage causa de grandes dévastations en 1720. 
A la Révolution, un religieux, François de Jamv, déféra 
son ministre, Jacquesson, à l'Assemblée nationale, pour lui 
faire rendre des comptes, en retard depuis 1781. Il pré- 
tend que de 960 livres contenus dans la Bibliothèque au 
départ du précédent ministre, le P. Jacquesson n'en pré- 
sente plus que 4oo; il manque notamment trois in-folio, un 
Pontifical romain, un Saint-Bernard, un Sully très rare. Il 
aurait fait te commerce du vin de Champagne; aurait omis de 
rembourser une dette de 2,000 livres, alors que l'excédent 
annuel de ses recettes était de 3,3oo livres; aurait vendu, dès 
1774, un calice et un encensoir d'argent, brisé les scellés 
du prieuré de Grandpré et emporté une redingote grise, une 
tabatière d'argent et un chapeau de feutre; dissipé les 
1,000 écus d'économies que lui avait laissés son prédécesseur, 
acheté pour 3oo livres une cafetière en argent, etc 1 . L'As- 
semblée nationale n'eut sans doute pas le temps de s'occuper 
de cette petite affaire. 

Ghâteaubriant. 

Geoffroy de Châteaubriant, ayant été délivré de captivité 
par les Trinitaires à l'époque de la croisade d'Egypte, sa 
femme Sibylle, qui l'avait cru mort, mourut de joie en l'em- 
brassant 3 (avril I25a). Geoffroy fonda un couvent de Trini- 
taires à Châteaubriant, où il fut enseveli, et cette mort sin- 
gulière de Sibylle fut représentée sur un vitrail de l'église. 

Le P. Blays, doyen de Châteaubriant, cité par l'abbé Goudé, 



1. Bibl. Nat., F* 16029. 

2. Le Nain de Tlllemont, Histoire de saint Louis, III, 4°3. 



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488 L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRE6. 

mentionne des libéralités de la dame de Beaumanoir (i3ga) 
el de Charles de Dinan à l'égard des Triniiaires (i4ii), q u ' 
avaient le droit de vendre du vin et du cidre dans l'enclos de 
leur couvent, 

A la fin du seizième siècle, le couvent fut administré par 
un bon religieux nommé Robert Yvon, qui a narré pittores- 
quement ses aventures dans l'Obituaïre conservé à la Biblio- 
thèque de Nantes. Par une transaction conclue avec le prince 
de Condé en i636, le couvent dut payer une renie féodale 
d'un demi-boisseau d'avoine et entretenir un hôpital pour les 
pauvres mendiants. Un instant, Jérôme Hélie du Saint- 
Sacrement introduisit lu Déchausse à Châteaubriant, mais 
les mitigés s'y maintinrent. Le P. Anroux, ambitieux, mais 
fort intelligent, le P. Toéry, de Toulouse, rédempteur, en 
furent quelque temps ministres. 

Au dix-huitième siècle , les Triniiaires se relâchant de leur 
observance, un procès fut intenté par le procureur fiscal au 
minisire Santhoran, qui avait fait raser la chapelle de l'hôpi- 
tal; elle fut restaurée en iy53. Sous le P. Dorvaux, dernier 
ministre, un des religieux, Joseph Maréchal, était très remar- 
quable par son goût pour les sciences. La chapelle servit de 
magasin et d'écurie aux troupes républicaines et fut détruite 
vers 18G0. Le tribunal révolutionnaire avait siégé dans le bâ- 
timent principal '. 

Ghâteaufort'. 

Au mois d'août ia;">8, Mathildc de Marly, ayant cons- 
truit à ses frais un hôpital somptueux à Châleauforl, en 

1. Sources : tîouriÉ, Histoire de Ctiilleiiii/iriiint , pp. ^iG-^3i ; Archi- 
va de la Isurt-Infèrieure , Inventaire II 4''4-476- 
3. Seine-et-Oisc, canton de Palaiseati. 



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C H ELLES. A 8<J 

confia la garde au grand-ministre des Tritûtaires et à l'abbé 
de Saint- Victor, et le pape confirma cette fondation'. Peu de 
temps après, le ministre des Mathurins remplaça le général 
de l'ordre; l'on ne rencontre aucune trace de cet hôpital 
ailleurs que dans le Cartulaire du treizième siècle. 

Ghâteauneuf, près Martigues. 

Gaguin, énumérant dans sa Chronique les couvents fondés 
par saint Jean de Malha, dit par erreur : in Iiritannia, 
domus de Castro Novo. C'est Château neuf-lès-Martigues dont 
il s'agit. En 1208, Ruf de Châteauneuf donna à Félix 3 , 
ministre du couvent de la Trinité de Marseille, l'hôpital qui 
est devant la porte du château, avec d'autres terres et vignes 
sises à Châteauneuf 3 . 

Le 28 août 1 3i 7, Hugues, ministre de Marseille, fit un 
échange avec Renaud Thomé, ouré de Châteauneuf 4 . En 
i36o, Gïraud, ministre de Marseille, y percevait i4 émines 
de blé à la mesure d'Aix, n'en valant que 12 à la mesure de 
Marseille, et devait maintenir à Châteauneuf l'hôpital en bon 
état; c'est la dernière mention qui en soit faite. 

Chelles. 

Ce couvent, fondé en i2a5 s , s'appelle en latin ffonor Dei 
ou Vilianava deAsinis (ce nom de Villeneuve-aHx-.lnes vient 

1. Arch. Nal., LL .544, fo 71 v». 
a. Ne sprnil-ce pas Félix do Valois? 

3. Bibliothèque de Marseille, ma. 1216, p. 04, et lïibl. nal-, d. acq. la t., 
a" i3i5, pp. t\oi-/[o'i, 

4. Bibl. Nal., ifi«/. ( pp. 436 à >,\i. 



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49<> L'ORDRE FRANÇAIS DBS TRINITAIRES. 

de la primitive monlure des Trinitaires) et aussi Brou, à cause 
d'un petit village situé près de Chelles; Gaucher de Châltllon, 
dans une donation faite en 1249, alors qu'il est au siège de 
[a Massoure, les appelle les religieux du couvent qui est au- 
dessous de Montjay. C'est toujours l'Honneur-Dieu sous ces 
désignations diverses; dans l'acte qui leur confère la dîme de 
Courtery, ils sont appelés frutres de Honore Dei, morantes 
apud Maresium. C'est à eux que se rapporte le titulus de 
Saint-Victor publié par M. Delisle' : Fralres ordinis S. Tri- 
nitatis, in Honore Dei. 

Le P. Escoffier en fut minisire au dix-septième siècle. Le 
couvent avait, en 1768, 668 livres de revenu et était possédé 
par un titulaire, qui faisait desservir son église et demeurait 
chez les Malhurins de Taris en qualité de procureur général 
de l'ordre. L'obituaire de ce petit couvent alla, on ne sait 
pourquoi, à Châteaubriant 1 . 

Glermont-en-Beauvaîsis. 

Ce couvent était d'abord situé au Bois Saint-Jean, paroisse 
de Warty (aujourd'hui Fitz-James). En juillet ia44> Alphonse 
de Portugal et Mahaul, comtesse de Dammarlin, donnèrent 
aux Trinitaires l'ancien Hôtel-Dieu situé dans la basse ville 
de Clermont, sur le fief de Saint-André, à la condition de 
continuer l'hospitalité qui s'y pratiquait 3 . Les Trinitaires 
reçurent encore les produits d'une foire, le jour de la Saint- 

1. Page 4 10 de ses Rouleaux des Morts. 

2. Pièce 84 : copie Archives Nationales, S 4^51, L 9^7 el K 19a. La liste 
de ses ministres se trouve S 4 i54, n° i4, p- o3. Voir, a la paffe 184 Au M't- 
naiticum de Choppin, une instruction contre Philippe Arnaul, minisire dr 
La Villencuve-aux-Anes (1603). 

3. Comte db Lucay, Le comté de Clermont, p. i3i. 



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CLERKONT-EN-BEAUVÀISIS. 49' 

André 1 , avec les droits de ton lieu sur les marchandises. 
Robert, fils de saint Louis, comte de Clermont, leur accorda 
la permission de prendre, chaque dimanche, de la Saint- 
Arnoul (18 juillet) à la Saint-Martin 1 , une épaule de bœuf 
aux boucheries de la ville. Le ministre devait venir a l'église 
de Clermont, les quatre jours des Rogations, assister à toutes 
les processions ordinaires et porter, avec le curé de Saint- 
Samson, le jour de l'Ascension, la fierté ou châsse déposée 
dans la collégiale, qui contenait une particule de la vraie 
croix. 

En 1209, saint Louis leur remit 6 deniers parisis de cens 
qu'il avait sur une masure acquise des héritiers de Richeude 
de Saint-Just. Au mois de mars 126/j, il leur confirma 
a5 sous de surcens sur une maison qui avait appartenu à 
Robert Lebarbier. Renaud de la Marche, quelque temps minis- 
tre particulier de Clermont, dont il reconstruisit l'église vers 
1390, s'entendit avec le chapitre pour être dispensé de cer- 
taines processions, sa vie durant, en sa qualité de grand- 
ministre J . 

Le 31 février 1^73, le ministre de Clermont emprunta au 
couvent de Paris deux volumes en parchemin et, en cas qu'il 
perdit les livres, il s'engagea à verser en échange 9 écus d'or*. 
En i546, un arrêt du Parlement interdit aux habitants de 
Clermont de molester les religieux et de s'ingérer dans 
l'administration de l'hôpital. Des peines sévères étaient por- 
tées contre ceux qui injurieraient le ministre : 100 marcs 
d'argent d'amende, moitié pour le roi, moitié pour le minis- 

1. Ce jour-là, ils offraient un festin aux chanoines de Notre-Diime. 

x. Un acte clc IÏ74 étend ce privilège jusqu'à Noël. 

3. Pièce 88. 

4- Areb. Nat., L ç/19. 



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493 L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

tre, et ce privilège, donné par le prévôt de Paris, était 
accompagné d'une sauvegarde (10 oct. i55q). François II 
défendit qu'on les forçât de recevoir les malades, puisqu'ils 
ne donnaient l'hospitalité qu'aux pauvres passants, pour une 
nuit seulement'. 

Un proverbe local disait : « Les Trinilaires de Saint-André 
en février ferment leurs greniers. » Passé ce délai, les reli- 
gieux, qui possédaient de nombreuses redevances en nature, 
poursuivaient leurs débiteurs. 

En 1789, le couvent s'étendait sur 3 arpents 3 quartiers, 
dont 80 vendes de jardin. Des cloîtres reliaient l'église à la 
maison conventuelle, incendiée deux fois au quinzième siècle 
et reconstruite entièrement en i549î c'est aujourd'hui la 
sous-préfecture. Les religieux n'étaient plus que trois plus le 
ministre; leurs revenus, de 1,987 livres en 1768, sont, en 
1789, évalués à 3,o3o livres, et ceux en nature à 272 mines 
de blé, 72 d'avoine et 12 d'orge. 

L'église renfermait l'épi taphe suivante : 

Soubs ce bénitier 

en son particulier 

cy-gist Marie Gaultier, 

née de François Gaultier 

des tailles jadis greffier 

morte en février 

remplie d'humilité 

autant que de chasteté 

ornée de sa virginité 

en hiver comme en été 

requiescat in pace 

iôqs. Amen. 

1. Archives de l'Oise, Trinilaires de Clermonl, ■■* et :4 e liasse 



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COMPIÈGNE. 493 

L'église fut vendue, le 10 juillet 1793, i£,o5o livres et 
démolie presque aussitôt '. 

Gompiègne. 

Voulant donner aux Trinitaires PHôlel-Dieu, dit de Saint- 
Nicolas-du-Ponl, saint Louis renconlra un obstacle dont il ne 
crut pas pouvoir triompher tout seul dans les hautains Béné- 
dictins de Sain l-Cornei lie, qui se disaient supérieurs de cet 
hôpital et, par suite, collateurs, aux termes d'un contrat de 
uo^} 1 . « Nonobstant leur contradiction », les Trinitaires, à 
grand renfort de huiles, furent mis en possession de l'hôpital 
par Simon, légat du pape, au mois de février 1266. Les 
Bénédictins prétendirent, dès 1272, que les Trinitaires 
s'étaient emparés de ['Hôtel-Dieu « temeritate propria » et 
l'avaient occupé déjà trop longtemps 3 . Philippe III, voulant 
maintenir la donation de son père, fît rejeter par le Parle- 
ment de la Toussaint 1272 la requête des religieux de Saint- 
Corneille 4 ; d'ailleurs, il est défendu aux Trinitaires d'employer 
les revenus de l'hôpital à soutenir leur procès. Ce ne fut 
pour les Bénédictins que partie remise. Sous Philippe le Bel, 
en effet, leurs plaintes devinrent si vives que celui-ci chargea 
l'archidiacre de Bruges de terminer l'affaire n'importe com- 
ment. Déjà un arrêt de 1290 avait déclaré « qu'aux moines 
de Saint-Corneille appartenait l'institution et pugnicion des 
frères de l'ordre Saint-Augustin de la maison-Dieu de Saint- 



1. Je dois à mon ami M. A. Thclu la plupart des renseignements qui m'ont 
tervi h écrire celle notice. 

2. Bibl. Nat., ms. fr. 13698, F« 334. 

3. Le NaindeTillesont, Histoire île saint Louis, t. IV, pp. 220-221. 
/(. Olim, éd. Beugoot, I, yo3 (BouUric, 11° 1842). 



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494 l'ordrk français des trinitaihbs. 

Nicolas-du-Ponl ' ». En i3o3, les Trinilaires sortirent de 
i'Hillel-Dieu de Compiègne cl furent transférés à Verbcrie où 
ils avaient déjà un hôpital. Ils purent garder les 3o muids de 
blé perçus sur les moulins de Verberie qui avaient été donnés 
à l'hôpital par saint Louis antérieurement à la venue des Tri- 
nilaires *, Ceux-ci partis, les religieux de Saint-Corneille 
eurent procès pour l'administration de l'Hotel-Dieu en 1837 
et 1352, comme on le voit dans la table de Le Nain, et aussi 
au dix-septième siècle avec les religieuses du Val-de-Grâce. 

L'Hôlel-Dieu 3 a encore conservé sa salle des malades du 
treizième siècle, son cellier voûté d'arêtes, sa chapelle de 
Saint-Nicolas de rb'35 avec un magnifique retable. Il est 
aujourd'hui desservi par les Sœurs grises. 

Convorde. 

Ce nom est celui d'un lieu dit, situé dans le bourg d'Eslaires 
sur la Lys, où un couvent avait été fondé en ia56* par Bau- 
douin de Bailleul, seigneur de Doulieu. Jacques Bourgeois, 
qui en était ministre, ne put s'y rendre pendant dix ans à 
cause des incursions des hérétiques; il demanda la rédac- 
tion de son couvent à celui de Douai. Le chapitre général fut 
favorable, et Bernard Dominici envoya deux commissaires s 
pour présider à cette suppression. Le 17 août i585, le rot 
d'Espagne approuva la mesure dont au contraire Jean d'Es- 
tourmel, baron de Doulieu, se plaignit vivement. Il consentait 

1. Dblisle, Restitution d'un vol. des Olim, n° 882. 
a. Pièces 52 et 53. 

3. Aubhklique, Hôtels anciens de Compiègne. 

4- En 1228 par Jean, seigneur de Berquin, dit Arnoul Delournay, Petite 
chronologie pour l'histoire d'Eslaires. 
5. Pièces iag et 1 33. 



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CONVORDE. 4g5 

qu'il n'y eût à Convorde que le ministre avec un religieux, 
mais il désirait au moins voir acquitter les fondations de ses 
ancêtres et, en 1601, il prit pour procureur Jean Bachelier, 
ministre de Fontainebleau et promoteur de l'ordre. A la suite 
de celte réclamation, le chapitre général décida de rétablir 
le couvent, si le revenu augmentait; en attendant, le ministre 
de Douai y envoya Guillaume Watlen. François Petit, au 
mois d'octobre 1610, mit en possession du prieuré de Con- 
vorde Jean de La Grange, les revenus permettant de nourrir 
quatre ou cinq religieux; il autorisa néanmoins Jean Thiéry, 
ministre de Douai et provincial, à percevoir les fruits du 
prieuré pendant un an encore, à cause de son séminaire fondé 
pour quatre étudiants en l'Université de Douai à l'instigation 
de Bourgeois. Par la même occasion, François Petit révo- 
quait Guillaume Watlen de ses fonctions de délégué du 
ministre de Douai et lui mandait de se retirer dans les huit 
jours à la maison d'Arras. Jean Thiéry, déclarant, malgré la 
décision du chapitre général, que l'annexion avait été faite 
pour toujours, en appela au Saint-Siège (i3-i4 oct. 1610). 
Les archiducs gouverneurs des Pays-Bas firent ajourner Jean 
de La Grange au portail de Saint-Amé de Douai à cause de 
son « irruption » dans ie prieuré. Le 11 décembre suivant, 
il lui fut encore interdit de « s'entremettre » à Convorde. 

Un chargé d'affaires a Rome suggéra au P. Thiéry l'idée 
de demander des lettres de maintenance au roi de France 
et à l'évèque de Saint-Omer, dans le diocèse duquel se trou- 
vait Convorde. Le pape ne donna qu'un « oracle de vive voix », 
ne jugeant pas une bulle nécessaire pour que Thiéry se fit 
maintenir en possession de Convorde; il n'est plus question 
de Jean de La Grange; sans doute, François Petit accepta la 
défaite de son candidat. 



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49" 1. ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

Lorsque, en i6i3, Louis Petit, qui avait succédé à son 
oncle comme général de l'ordre, vint faire sa visite en Flan- 
dre, Jean Thiéry supplia encore les archiducs de le protéger 
en cas de « nouvellelé ». Il eut ensuite à se plaindre de 
Guillaume Watten, qui voulait demeurer à Convordc à sa 
volonté el s'était même présenté au chapitre général avec le 
titre de ministre. Watten devint ensuite un des ministres les 
plus distingués du couvent des Trinitaires de Lens. En 1 644, 
l'église de Gonvorde fut dédiée par l'évêque de Sainl-Omer. 

Vers 1670, au dire de Jean Félix, rédempteur, le couvent 
avait été entièrement démoli et ne pouvait même pas loger 
un seul religieux. Il était fort difficile de reconstituer les 
revenus, les possessions du prieuré étant en des lieux très 
variés; le seigneur de Doulieu avait fait abattre la plupart 
des arbres, pour se payer des rentes qui lui étaient dues par 
les religieux. 

II est probable qu'oit ne mit aucun religieux à Convorde, 
car le P. Pépin, provincial de Picardie, choisit comme rece- 
veur Van Gostenoble, procureur à Estaircs (a Hvril-17.14). Le 
28 octobre 17^0, François Bacrt de Bourcq, ministre de 
Douai, renouvela celte commission et lui accorda 6 florins 
par bail de plus de deux mesures de terre; 3 florins devaient 
être payés par le provincial et 3 par le fermier'. Jusqu'à la 
Révolution, le ministre de Douai continua à porter le titre 
de prieur de Gonvorde. 

Cordes. 

Cet hôpital a été mentionné par M. Rossignol dans ses 
Monographies communales du département du Tarn . 



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CORDES. ^97 

tome III'. L'acte le plus ancien est du 12 mars 1270, mais 
celui qui est vraiment important date du 3 1 mai 1 287 ; les 
consuls y paraissent avec Vincent de Fontainet, provincial de 
Languedoc, et Bernard d'Auterive, ministre. Deux prudhom- 
mes sont adjoints aux Trinitaîres comme administrateurs de 
l'hôpital. Il est spécifié que, si l'on agrandit le cimetière de 
Notre-Dame, les Trinitaires transporteront l'hôpital ailleurs 1 . 

Les rentes ou cens en nature se payaient à la fête de saint 
Julien, les espèces à (a Noël. L'hôpital se trouvait, depuis le 
quinzième siècle, au quartier de la Bouteillerie, où une cha- 
pelle fut construite sous le vocable de saint Louis. En r 4y ' 1 
l'archevêque d'Âlbi, Jean Jouffroy, invita le clergé du diocèse 
à exciter la générosité des fidèles en faveur des Trinitaires 
qui se disposaient à faire une quête générale. 

Le ministre Jean Moisset représenta le Midi aux chapitres 
généraux de i5oi et de i5oa; dans l'intervalle, il avait dirigé 
une rédemption de captifs. Il résigna sa ministrerie entre les 
mains de Raymond Fabre, vicaire général de l'ordre en Lan- 
guedoc. 

L'église fut rasée par les huguenots en i5^4i et la com- 
munauté, favorable aux religieux, mais peu en étal de les 
secourir, leur donna seulement 4 écus. Ils se disputaient 
alors avec l'archiprêtre , qui, à l'occasion de la levée des 
corps, obtint le quart des oblations, par arrêt du i3 juillet 

iô 9 8'. 

En i65i, le Conseil communal leur fit présent d'une pipe 
de vin et de deux moutons h pour servir à leur nourriture et 
entretenement » (5 mai i64o), à cause du chapitre provincial 

1. Pp. 86-88. 

1. Pièces 4*> et 5o. 

3. Archives de la préfecture du Tarn. Inventaire GG, 68. 



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4go L ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

qui se tenait dans ce couvent, mais en i65a on leur donna 
18 livres en place du vin. 

Le bruit ayant couru que le couvent allait être supprimé, 
le conseil de ville fit savoir aux supérieurs, de l'ordre, le 
i5 juin 1767, que les Trinitaires avaient toujours rendu de 
très grands services à la population et qu'on ne pouvait les 
supprimer ni unir leurs revenus à d'autres maisons sans violer 
les intentions des bienfaiteurs. Le couvent subsista jusqu'à la 
Révolution. 

Goupvray, 

Ce collège, voisin de Meaux, fondé en r6o3 par M"" de 
Rohan-Guéméné et qui ne prospérait pas, fut donné en i63i 
aux Trinitaires Réformés. Ceux-ci durent être au nombre de 
six et se charger d'élever six enfants choisis par Louis de Gué- 
méné et sa femme Anne de Rohan, ainsi que de desservir, 
comme chapelains, le château de Coupvray. La chapelle, 
d'abord dédiée a saint Louis, prit ensuite le vocable de la 
Sainte-Trinité. En i684, le nombre des enfants à élever fut 
ramené à quatre, à cause de la diminution des revenus 1 . Ce 
couvent portait le nom de Mont-de-/ J iété. 

Digne. 

En i4{)5, l'évoque Antoine Guiramand conclut avec Antoine 
Ocyssas, Trinilairc de Montpellier, un contrat, fort bien ana- 
lysé par Gassendi, dans son Histoire du diocèse de Digne, 
par lequel il lui conféra ie prieuré de Saint- Vincent , situé 



1. Don Toussaint du Plessis, Histoire du diocèse de Meaux. Preuves, 
qoi 633 et 706. 



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dans un lieu désert, sur une montagne dominant la ville et 
appelée le Plan-du-Bourg. L'évêque garda le droit d'instituer 
le ministre à chaque vacance, el de l'obliger à assister aux 
synodes et aux processions 1 . Le prieuré dévasté par les cal- 
vinistes, fut relevé par l'industrie de Jean Blanc, qui trouva 
moyen de s'adjoindre deux religieux et d'acquérir une maison 
dans le faubourg appelé le Pied-de-Vilfe (1600) : Saint- 
Vincenl ne fut plus qu'une simple annexe. Mais les revenus 
finirent par ne plus suffire à l'entretien même d'un seul reli- 
gieux, et le couvent de Digne fut supprimé en 177g 1 . Il devint 
prison des prêtres insermentés, caserne et enfin collège com- 
munal. 

Dinan. 

Cet hôpital, fondé en i36q, était dit de SaînWacques, ou 
Brexel, du nom de son fondateur ; très rapidement, il tomba 
au rang de prieuré. Le i er juin 1676, les contrats qui lui étaient 
relatifs furent portés aux Mathurins de Paris 3 . 

Dinard. 

Les frères Olivier et Geoffroy de Montfort fondèrent cet 
hôpital, en i324, et le donnèrent à Robert Boulanger, minis- 
ire des Mathurins de Paris. Le prieuré de Dinard (c'est ainsi 
qu'on l'appelle encore aujourd'hui) resta toujours dépendant 
des Mathurins ; chaque année, au chapitre général, le ministre 
de Paris percevait 35 sous tournois de renie à cause de son 



1. Gassendi, Notifia ecclesiae Dinirnsis, pp. 1 12-1 13. 
a. Abbé Féraud, Souvenirs religieuse de* Basses- Al peu, p. % 
la pièce 33o, sur son état en 1777. 
3. Pièce 80. 



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5o<) L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

droit de patronage. Le titulaire était un prieur-curé; le minis- 
tre le présentait à l'évéque, qui le mettait ensuite en pos- 
session, ainsi qu'il ressort d'actes de i546 et de i5yi '. 

Douai. 

Nous sommes abondamment renseignés sur ce couvent, car, 
outre les nombreuses études dont la ville de Douai a été l'ob- 
jet, notamment de la part du président Tailliar, les Trinitaires 
ont été Fort bien étudiés par l'abbé Dancoisne, dans ses Éta- 
blissements religieux de la ville de Douai, 

Le couvent, d'abord à Test de la ville, fut fondé par Evrard 
de Saint-Venant en 125a 1 ; Jean Le Blas, écolâtre de Saint- 
Amé, lui fit, en 1257, une importante donation, ratifiée par 
le pape Alexandre IV, et la confirma encore dans son testa- 
ment, trente ans après, avec cette clause, que les Trini- 
taires n'auront rien des biens qu'il leur lègue, s'ils ne vont 
demeurer du côté de la porte d'Esquerchin 3 (1287). 

En i320, leur église se trouvant comprise dans les forti- 
fications, ils se transportèrent dans la ville, rue Saint-Nazaire, 
qui s'appela depuis rue des Trinitaires, mais se nomme au- 
jourd'hui rue Cavelle; la nouvelle église fui dédiée le a5 no- 
vembre i3a3. 

Les religieux étaient très strictement soumis à l'échevinage ; 
le ministre Jean de Fenein dut faire apostiller sa demande 
par Thomas Loquet, général de l'ordre, pour obtenir l'usage 
d'un marais contigu au jardin d'Isabelle la Blonde, de ma- 

1. Pièces 63 et 119. 

2. Le 18 octobre de celle nonce, la comtesse de Flandre Marguerite les 
libéra d'une redevance eu avoine qu'ils devaient porter A l'expier, magasin 

prestations de grains. 
Pièces 29, 3a, 33. 



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DOUAI. 501 

nière que l'on pul tourner autour de l'église. En i454, le 
ministre Guillaume de Barlv céda à la ville tous les fossés joi- 
gnant les murs de l'église et du couvent entre la tour Dudich 
et la tour Saint-Jacques. 

Un siècle après, Jean Laloé, provincial, représenta aux 
échevins que, dans le dernier agrandissement de la ville, il 
avait fallu abattre l'église de son couvent pour élever des for- 
tifications; la dépense étant considérable, il sollicitait une 
subvention. Comme il y avait eu expropriation pour cause 
d'utilité publique, les échevins accordèrent vingt mille briques 
et vingt mortiers sur les deniers de la ville (9 mars i55q). Il 
ne fut pas aussi heureux quand il voulut faire reconnaître son 
droit d'asile par les échevins 1 . 

Il eut pour successeur Jacques Bourgeois, qui fit réunir, par 
ambition personnelle , le couvent de Convorde à celui de 
Douai, sous prétexte de faciliter les études de quelques reli- 
gieux à la nouvelle Université de Douai. Il fit imprimer dans 
cette ville sa Formule de réformalion et son Abrégé français 
de la vie de saint Jean de Matha. Chose singulière, les his- 
toriens de Douai que j'ai lus ne le mentionnent même pas. 

Le couvent des Trinitaires eut alors une suite de ministres 
extrêmement distingués. En 1602 , Jean Thiéry ramena 
soixante-douze captifs, rachetés en Turquie, et prononça un 
magnifique sermon devant la foule et les captifs ; quatre Turcs 
qu'il avait ramenés se firent baptiser et eurent pour par- 
rains des gentilshommes a . Jean Thiéry sut tenir en échec le 
général de l'ordre et garder, malgré tout, les revenus du 
prieuré de Convorde. Il ne réussit pas dans sa demande des 



1. — Eo 1612, nouvelle visite domiciliai 
, Chroniques de Douai, t. II, p. 233. 



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002 l'ordre FRANÇAIS DES TÏUMTAIHF.S. 

revenus de la maladrerie et d'une pension de 800 florins 
comme indemnité pour la perle du terrain et de l'église. Les 
échevins lui rappelèrent, en i6o4, qu'ils avaient avancé de 
l'argent et des briques en i55g '. 

Le choeur et le sépulcre de l'église furent achevés en 1639, 
sous le ministre Barthélémy de Puille, qui fut, lui aussi, un 
écrivain distingué. Le i5 décembre i63o, elle fut dédiée par 
Paul Boudot, évêque d'Arras; la plus grande chapelle était 
dédiée à la Trinité, les autres à saint Roch, à sainte Barbe, a 
sainte Catherine et à Notre-Dame; cette dernière doit être 
identifiée avec celle de Notre-Dame-du-Remède, achevée 
dès i6o3j où, au dire du P. Ignace, l'on venait obtenir la gué- 
rison des fièvres et des maladies 1 . 

Diverses mentions du dix-septième et du dix-huitième siècle 
prouvent la part prise par la population douaisienne aux 
réjouissances des processions de captifs, en 1701 et 1730 
notamment ; à cette dernière date, les échevins accordèrent 
32 florins aux religieux, ordonnant de sonner le carillon et 
la cloche quand la procession passerait 3 . 

La maison de Douai eut au dix-huitième siècle une célé- 
brité dont elle se fût bien passée, par les scandales que donna 
un des religieux, Henry-Joseph Laureus, qui avait fail pro- 
fession en 1736. D'abord il écrivit des ouvrages légers, l'Ori- 
gine du géant de Douai, le Discours apologétique de la 
beauté, La Raison vengée, et finit par s'enfuir avec une reli- 
gieuse de Saint-Julien, qui emportait 20,000 livres de son 
couvent 4 . 



1. Taji.i.iar, oiwr, rite, t. II, p. 22.' 
a. Ibid., pp. 277-278. 

3. Ibid., 1. III, i5i. 

4. Ibid., t. IH, pp. 169, i 9 3, 25g. 



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ÉTAMPES. 5o3 

En 17^5, la communauté était composée de douze reli- 
gieux 1 . Le 4 juillet 1791, les derniers Trinitaires sortirent de 
leur couvent, qui fut vendu le 7 septembre 1795. 

Étampes. 

La date de fondation du couvent et le nom du fonda- 
teur sont inconnus. Sans doute, « l'aumànerie des Bretons » 
est confirmée aux Trinitaires dans la bulle du 18 juin 1200; 
mais la plus ancienne mention certaine qui s'y rapporte est 
contenue dans les aumônes d'Alphonse de Poitiers pour sep- 
tembre 1265. 

Les Trinitaires étaient établis au faubourg appelé le Haut- 
Pavé ou Saint-Martin, et leur couvent était dédié à saint 
André. Un des ministres les plus connus fut Nazare Anroux, 
qui oscilla entre les Réformés et les mitigés; vicaire général 
pendant le voyage de Pierre Mercier en Espagne, il mourut 
en i663. Le général, de retour, nomma ministre Nicolas Po- 
chart, religieux de Fontainebleau, âgé seulement de vingt-trois 
ans 2 , qui expulsa peu à peu les religieux pour se livrer à 
des festins continuels, et entretînt des relations avec une 
femme mariée ; il eut l'audace de se faire gloire de ses rendez- 
vous et de ses lettres d'amour au milieu d'une foire. L'offi- 
cial de Sens dut faire publier aux prônes une défense aux 
femmes d'entrer dans le couvent sous peine d'excommunica- 
tion. Deux fois, le général, pour empêcher l'exécution d'un 
décret de prise de corps contre Pochart, envoya le ministre 



. P. Ignace, Mémoires (manager ils) du diocèse d'Arrus, l. V, p. 34a. 
. C'est donc par erreur que l'analyse de l'acte conservé aux Archives de 
s (G 38, do 24) porte : permission d'informer contre le P. Nazare An- 



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5o/| L'ORDRE FRANÇAIS DES TRINITA1RB3. 

de Clermont soi-disant pour faire une enquête, en réalité pour 
étouffer l'affaire. Le promoteur du diocèse se lassa et fini! 
par obtenir de l'archevêque de Sens permission d'informer 
contre ce ministre coupable, le 6 juin [67a. On ne sait ce qui 
en advint. 

Deux ministres, Claude de Massac et Maurice Pichault, de- 
vinrent, dans la suite, généraux de l'ordre. 

Dans le récolement de ce couvent en 1792, publié par Mar- 
quis 1 , figurent « un soleil de vermeil pesant a marcs 5 onces 
6 gros, un calice, une patène, un ciboire, une custode, neuf 
couverts, quatre cuillères à ragoût, six à café ». 

Faucon. 

Ce petit bourg, vénérable aux yeux des Trinitaires comme 
lieu de naissance de saint Jean de Matha, n'eut cependant un 
couvent qu'au dix-septième siècle, grâce à la Congrégation 
des Trinitaires Déchaussés. La monographie, faite avec beau- 
coup de soin par le chanoine Reynaud, curé de Barcelonnetle, 
a été publiée dans le Bulletin trinilaire de 1900. 

Le P. Ignace de Saint-Antoine n'eut pas tort de louer la 
persévérance que déploya, pendant plusieurs années, le P. Clé- 
ment de la Présentation, pour terminer cette fondation. 
Le 3 octobre 1661, le duc de Savoie, de qui Barcelonnetle 
dépendit jusqu'en 1713, avait donné son consentement pour 
cet établissement, défendant de molester les Trinitaires à peine 
de 100 écus d'amende; le Conseil général (i5 janvier 1663) 
et l'archevêque d'Embrun, Georges d'Aubusson, alors ambas- 

1 . Les mes d'Étiim[K&, p. 33. Autre source : Bibliothèque de Marseille, 
manuscrit 121O, p. 3ai. — Les trois carions îles Archives de Seine- 
el-Oisc qui se rapportent aux Malfaurios d'EUmpes sont de nul intérêt. Li 
bibliothèque d'Etampes possède deux manuscrits leur ayant appartenu. 



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faucos. 5o5 

sadeur à Madrid, adhérèrent également (rr mars i664), sous 
la condition qus les religieux ne feraient point de quêtes. 

Mais les dominicains de Barcelonnette , jaloux des nou- 
veaux venus, présentèrent contre eux une requête à l'official 
et au duc de Savoie, bien que le martre général de cet ordre 
eût écrit, le 9 juillet 1664, de ne pas les molester. Le 20 octo- 
bre, le grand vicaire Lambert demanda aux Trinitaires s'ils 
justifiaient de revenus suffisants. Le 4 juin 1667, une croix 
avait été plantée devant la chapelle qu'ils projetaient ; le 
grand vicaire la fit arracher; sur une nouvelle supplique des 
religieux (28 avril 1668), le duc de Savoie déclara de nou- 
veau qu'il les protégeait et écrivit à Lambert de les laisser 
tranquilles. Le a4 juin 1668, le Conseil général de la vallée 
les reçut une seconde fois et, le 20, ils furent mis en posses- 
sion de la chapelle des Pénitents de Faucon par Horace de 
Provana, préfet des Vallées. Ils promirent à nouveau, le 12 fé- 
vrier 1672, de payer les tailles des biens-fonds qu'ils pour- 
raient acquérir dans la suite. Dès le 17 décembre, Charles 
Pascaiîs, officiai, qui s'était montré moins défavorable aux 
religieux que le grand vicaire Lambert, bénit l'église nouvel- 
lement bâtie '. 

La première pierre du couvent, qui devait être bâti sous 
le vocable de saint Jean de Matha, fut posée le 9 juin 1675 
en présence du P. Ignace de Saint-Antoine, ministre (le 
P. Clément de la Présentation était mort à la peine), de 
six religieux, des consuls et de Jacques Jaubert, petit-fils du 
fondateur Etienne Jaubert 1 . La Congrégation des Réguliers 



1. Voir aussi sur ces événements le registre H i5 des Archives des 
Basses-Alpes, et les Souvenir* religieux de l'abbé Féhaud, p. i56, 

1. Ballelin de In Société scirntijique el littéraire des liasses-Alpes, 
t. Il, p- itf. 



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5o6 l'ordre français des tributaires. 

approuva la fondation nouvelle, sur le vu des pièces en- 
voyées par le grand vicaire Lambert (2 octobre 1679). Des 
reliques, consistant en deux phalanges des doigts de saint 
Jean de Malha, Furent partagées entre l'église de Faucon 
et le couvent '. Le Conseil général avait contribué à l'établis- 
sement de tout son petit possible. Le a4 juin 1678, Horace de 
Provana avait apporté les nouvelles lettres patentes de Son 
Altesse Royale du a5 avril précédent. 

Les religieux, désormais, ne connurent plus d'obstacles. 
Achard, dans son Dictionnaire de la Provence (I, 298), dil 
qu'après les offices, ils faisaient, comme divertissement popu- 
laire, tirer aux quilles un plat d'étain ou un chapeau. Les 
Dominicains, d'abord si processifs, devinrent plus traitantes 
et on les voit en 1760 consentir un prêt aux Trinitaires. Les 
registres de visite attestent la parfaite ferveur des religieux 
et leur attachement à la séparation du tiers du revenu pour 
les captifs, dont il est encore question en 1 779 et en 1 780. 
En 1705, les Trinitaires de Faucon avaient été rattachés à 
la province déchaussée d'Italie ; les registres de visite sont 
donc écrits en italien. 

Les témoignages des consuls de la vallée de Barcelonnette, 
au moment de la réunion de la Commission des Réguliers, 
prouvent la bonne réputation dont jouissaient les religieux 
Aussi furent-ils fort bien accueillis, au mois de septem- 
bre 1809% quand Us revinrent dans la patrie du fonda- 
teur des Trinitaires, après avoir racheté leur ancien couvent 
au prince Torlonia. L'âme de cette restauration était le 



1. Histoire religieuse du diocèse de Digne, par le chanoine Cruveliei» 
et l'abbé Andhibu, pp. 297-299. 

a. L'abbé Féhaud, Histoire et géographie des Basses-Alpes, 3* édition. 
Digne, 1890, p. 7*.. 



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LE FAY. 507 

P. Caiixte, né en 1826 à Barcelonnette ; il mourut le 
a4 aoûl 1892 à l'Hôtel-Dieu du Puy'. Les Trinitaires, que 
dirigeait dignement le P. Xavier de l'Immaculée-Conception, 
ont été exilés au mois de Février 1900; les religieuses Tri- 
nitaires les ont remplacés au mois de septembre suivant. 
En 1896, j'ai trouvé dans ce couvent le plus aimable accueil 
et j'y ai consulté des notes fort intéressantes sur les couvents 
trinitaires du midi de la France. 

Le Fay. 

Ce couvent, fondé en 1223, était situé j'axta luriacam* 
{Historiens de la France, XXII, 6o4 d), « jouxte la Villeneuve- 
le-Boy » (Arch. nat., S 4^66, n° i4)> m *i s <* n trouve aussi : 
le Fay-aux-Anes (i495). M. de Manneville, dans son Étal 
des personnes et des terres dans la commune d'Amblainville, 
en a donné le cartulaire. Les actes les plus intéressants sont 
les transactions avec le curé (i4 avril 1224)* : le doyen de 
Chaumont en Vexin leur ordonna de vivre en paix, à peine 
de 100 soub d'amende; avec le couvent de Saint-Martin de 
Ponloise, qui, grâce à la méditation de Guillaume d'Auvergne, 
leur accorda le droit d'avoir un cimetière (1228) 4 . Le 
P. Claude Ralle était ministre du Fay comme son prédécesseur 
dans le généralat, Louis Petit; mais, dès ce moment, le cou- 
vent, abandonné, n'était plus qu'une ferme. 

1. E. de Crozet, Ephimêrides des Bas-Alpins, 1892, p. 3i. 
2.. Ivry-le-Temple, cantoo de Méru (Oise). 

3. Archives nationales, S 4^00, n° 21. 

4. Ibid., a* a4- Le cartulaire est copié dans un cahier du carton S 4aÔ7- 



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L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 



La Fère- Champenoise. 

Ce couvent, qui n'a laissé presque aucune trace, est men- 
tionné en i586, en 1600, en i648. David Angenoust échan- 
gea le prieuré de Saint-Jacques de Troyes contre la maison 
de La Fère-Champenoise '. Un ministre du même couvent 
« perdit le jugement » et dut, pour ce motif, être déposé par 
le général; c'est tout ce qu'on en sait. 

Figanières. 

C'est un village à deux lieues a l'est de Draguignan, où 
les Trinitaires Déchaussés furent installés en i6£3, nous dit 
l'historien Bouche. La chapelle de Saint-Pons, qui- existe en- 
core, était un pèlerinage très fréquenté par les malades « qui 
se couchent et reposent » dans le sépulcre du saint 3 . 

Fontainebleau. 

Beaucoup d'historiens s'en sont déjà occupés : au dix-sep- 
tième siècle, le P. Dan, ministre du couvent, dans le Trésor 
des merveilles de Fontainebleau (1660), l'abbé Guilbert dans 
sa Description dn château (i735), Vatout et Champollion- 
Figeac dans leurs livres sur le Palais, qui renfermait ce cou- 
vent. De nos jours, M. Herbet a encore ajouté quelques dé- 
tails intéressants. Les Trinitaires de Fontainebleau sont con- 
nus principalement par un événement ne les touchant pas 



4. Trinitaires de Troyes, H i555, p. 6g3. 
1. Manuscrit de Marseille 1216, p. 57. 



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Fontainebleau. 5og 

directement, le meurtre de Monaldeschi, raconté par le P. Le- 
bel, trinitaire, qui l'assista à ses derniers moments. 

Le couvent royal de Fontainebleau ne fut d'abord qu'un 
hôpital « pour les pauvres malades qui y viendraient des lieux 
arides et déserts environnants » (juillet i25o,j, avec une cha- 
pelle, fondée par Louis VII en 1169. 

Plusieurs actes concernent les rapports des Trinitaires avec 
le forestier de Bière 1 , nom que portait alors la forêt de Fon- 
tainebleau; ainsi, le Parlement tenu en novembre 1270 per- 
met aux religieux de se servir de leur usage de bois pour 
réparer un barrage (gordus) qu'ils ont fait dans la Seine afin 
de prendre le poisson, à condition d'indemniser le forestier. 
Ils peuvent aussi se servir de leur droit d'usage pour réparer 
leur pressoir de Recloses (Toussaint rSoo) 1 . 

Les Trinitaires chapelains de Fontainebleau furent, on s'en 
souvient, les premiers à recevoir l'exemption de l'ordinaire 
en r3o6. Leur histoire ne comporte rien de bien saillant 
jusqu'à 1029. A cette date, François I er reprit leur couvent 
pour établir sur son emplacement la cour du Cheval-Blanc, et 
les Trinitaires furent confinés dans un espace bien plus étroit 3 . 
Le ministre reçut le litre de conseiller et aumônier du roi, 
comme compensation du dommage éprouvé. 

Henri IV, qui avait beaucoup d'affection pour les Trini- 
taires, confirma leurs privilèges (octobre i(io4 et i3 sep- 
tembre 1606) 4 . Louis XIII ayant songé à mettre au couvent 



1. En 1261, le ministre de Fontainebleau cl le forestier de Bière avaient 
Tait de concert une enquête sur la question de savoir si les hommes de 
Chaiily avaient le droit du pâturage pour leurs bestiaux. Olim, 1, i44- 

3. Ibid., I, 816, xxv, xxvi, xxvu; II, 447» 'x. — Recloses est au sud de 
la forêt de Fontainebleau. 

3. Acte* de François /»', t. V, p. 112. 

4- Compilation chronologique, col. i36tt, i38o. 



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5io l'ordre FRANÇAIS des trinitaires. 

de Fontainebleau des Trinitaires réformés, le pape lui écrivit 
de faire professer à ceux-ci la règle primitive ; maïs ce projet 
n'eut point de suite '. En 1624, le roi conféra au P. Dan, 
comme faveur personnelle, la chapelle de Saint-Louis, récem- 
ment érigée dans Fontainebleau, 

En 1661 se produisit un fait très grave : l'érection à Fon- 
tainebleau, d'une nouvelle paroisse qui fut confiée aux Laza- 
ristes. Jusqu'alors, la cure d'Avon, possédée par les Trini- 
taires, servait de paroisse à Fontainebleau. Le mécontente- 
ment de Louis, XIV contre le P. Lebel à cause de son rôle 
singulier au moment du meurtre de Monaldeschi, et les ran- 
cunes de l'archevêque de Sens, en conflit avec nos religieux 
au sujet du droit de visite, expliquent cette création, faite au 
détriment de ceux-ci. Le 27 novembre 1661 , le nouveau 
curé prit possession de l'église Saint-Louis, construite par 
Louis XIII. 

Les Trinitaires n'eurent que des compensations illusoires, 
ainsi la chapelle Saint-Vincent du château de Melun, dont 
le revenu n'était que de i3 livres, elle prieuré de Notre-Dame 
de Franchard, appartenant dès 1623 à un religieux Trini taire; 
uni en 1676 au couvent, il finit par être abandonné, car 
plusieurs ministres y avaient été assassinés; par arrêt du 
20 février 1717, les matériaux de Franchard furent aban- 
donnés aux Trinitaires. 

Quant à la maison de charité d'Avon, M. Herbet a a eu 
raison de faire remarquer que la bénédiction seule en fut faite 
par Aguenin le Duc, ministre de Fontainebleau, et qu'elle 
fut donnée aux frères de Sainl-Jean-de-Dieu. 

a. Démêlé* des Matharins de Fontainebleau aocc l'wchevt'/ae ih Sent, 
i8«5, p. i3. 



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FONTAINEBLEAU. 5ll 

Le ministre avait reçu 1,100 livres des Missionnaires de 
Fontainebleau comme indemnité, suivant arrêt du Conseil 
d'État du s août 1666. Gardant le titre de curé primitif de 
Fontainebleau, il tenait la droite du curé dans les grandes 
cérémonies, par exemple au m a ri a ce de la reine d'Espagne, 
Marie-Louise d'Orléans, te 29 août 1679. Le gazetier qui nous 
renseigne dit que la chapelle de la Trinité est une des plus 
belles du royaume et que le roi y fait faire un tabernacle 1 . 
Louis XIV donnait tous les ans 3oo livres, a tant pour l'en- 
tretènement d'une lampe d'argent garnie de ses chaisnes, 
destinée à brûler nuit et jour devant le Très Saint Sacrement 
de l'autel, que pour la fourniture et enlretènement des orne- 
ments et parements d'autel, linge et luminaire' ». 

Les ministres de Fontainebleau les plus éminents furent le 
P. Dan, le meilleur des historiens trinitaires, et Eustache 
Teissier, général de l'ordre en 1686. Joseph Dubois, l'un 
des membres du conseil qui administra l'ordre de 1708 à 
1710, était d'abord fondé de pouvoirs du ministre particulier 
du couvent, curé d'Auon et primitif de Fontainebleau. Le 
P. Toéry, qui mourut le ai mai 172^, avait opéré une ré- 
demption de captifs en 1709 3 . Les derniers ministres, Poin- 
signon, vicaire général en 1 764-1 765, et Claude Forest, 
ancien rédempteur de 1766, sont eux aussi des hommes dis- 
tingués. 

Les religieux, outre un nef au Heu dit Le Jay-I es-Minis- 
tres, en possession duquel ils rentrèrent en vertu d'une dé- 
claration royale du 18 juillet 1702, avaient 877 arpents à 



1. Manuscrit de Marseille, n« 1116, pp. 94-98- 

1. Boislisle, Comptée île» bâtiment» du roi, I, 273. 

3. Bibl. Nat., ma. lat. 9970, f» io3. 



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5i2 l'ordre FRANÇAIS DES TRIMTaIRËS. 

Bois-le-Roi, « restés en friche depuis le temps où il avait plu 
à saint Louis de les donner au couvent ». 

Fontenay-lès-Louvres. 

En 1226, le prieur de Saint-Martin-des-Champs avait per- 
mis au curé de Foiitenay de fonder une maison-Dieu, qui 
n'aurait ni cimetière ni fonts baptismaux. Au mois de mars 
1241-12^2, Guillaume d'Auvergne la conféra aux Mathurins de 
Paris. Les donations sont assez nombreuses durant le trei- 
zième siècle, mais on ne sait ce que l'hôpital devint ensuite. 
Vers i^oo, on voit une ferme des Mathurins à Fontenay, où 
ceux-ci exercent un droit de seigneurie, et un moulin où ils 
prennent g muids de mouture 1 . 

Oisons. 

Nicolas Huet, fils d'un tailleur d'habits, obtint, le 4 dé- 
cembre i6o3, de Anne d'Esté, duchesse de Nemours et com- 
tesse de Gisors, un arpent de terre pour construire un ermi- 
tage sur le coteau nommé le Mont de l'Aigle, y fit élever une 
chapelle à Notre-Dame de Liesse et appela, le 24 mai i6ro, 
pour la desservir, des Trinitaires Réformés du couvent de 
Caillouet, Ils y furent installés le i3 juin, avec la permission 
du cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen; Nicolas Huet 
finit ses jours auprès des religieux*. 

Leprévost, an tome II de ses Noies sur les communes du 



1. Arch. Nat., S4a55», n° 20, etc. 

3. Doh Toussmnts du Plbssis. Voyage dam la J/uale-.Vormandie, t. Il, 
p. 3o/ ( . 



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LA GLOIRE-DIEU. 5l3 

département de l'Eure (p. 177), cite Les Mathurins comme 
lieu-dit, à cause de la chapelle de nos religieux. Aux yeux 
des Trinilaires Réformés, le couvent de Noire-Dame de Liesse 
était un lieu célèbre par des miracles et le théâtre de récits 
qui rappellent la Légende Dorée. Un jour, les frères n'ont 
rien à manger; tout à coup l'on frappe, et on leur apporte 
des pains 1 . Puis les religieux veulent mettre de côté la 
statue de bois donnée par Nicolas Huet pour la remplacer 
par une statue de marbre; aussitôt ils tombent tous ma- 
lades et ne reviennent à la santé qu'après avoir replacé la 
statue de bois sur le maltre-autel 1 . Quoi qu'il en soit de 
ces débuts, la fondation prospéra : dans l'enquête de i638, 
mention est faite de la ferveur du peuple, que les douze re- 
ligieux sont fort occupés à confesser la journée entière des 
grandes fêles. 

Parmi les religieux les plus distingués de ce couvent, il 
convient de citer Elie de Rochefort, fils naturel d'Hercule de 
Rohan, grand-veneur de France, et Mathieu Gossart, qui, en 
tant que vicaire général de la Congrégation Réformée, signa 
la transaction de i65o avec le général de l'ordre. 

La Gloire-Dieu. 

La fondation de ce petit couvenl (en amont de Bar-sur- 
Seine) est ancienne, mais son hisloire est entièrement incon- 
nue. H exista cependant jusqu'à la fin de l'ordre, car le 
P. Chauvier, le dernier général des Trinilaires, en étail profès. 



(. Manuscrit de Marseille 121O, pp. 5i/(-5i5; détails CDvoyés par le 
P. Gabriel Lefebvre. 



La belle éçlisc de Gisors cou tient ud tableau de la rédemplio 
captifs et ud vitrail de N.-D. de Liesse. 



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5l4 L'ORDRE FRANÇAIS DES TRIBUTAIRES. 

Grandpré '. 

Le P. Ignace de Saint-Antoine, au cours de sa magistrale 
enquête, reçut, en 1707, du P. Marin une liste de minis- 
tres de Grandpré et des renseignements auxquels nous ne 
pouvons rien ajouter et qu'il est inutile de reproduire. Ce 
couvent était sous le vocable de saint Jean et reconnaissait 
pour fondateur un comte de Bar, nommé Thibaut. Le plus 
ancien ministre connu, Jean « Malilde », se démit, le 3i jan- 
vier i36o, entre les mains de Pierre de Bourry, général de 
l'ordre, qui lui substitua Jean de Mézières. L'église n'étant pas 
encore dédiée, le couvent reçut une bulle d'un pape Clément, 
que le P. Marin appelle Clément VII, en i382 (il faut sans 
doute lire 1387, car l'acte est de la neuvième année de ce pape 
d'Avignon), avec permission de faire dédier la chapelle par un 
prélat. L'histoire de Grandpré, au début du seizième siècle, 
n'est qu'une suite de démissions : personne n'y veut rester. 
Ainsi Jean Godart, le futur ministre d'Arras, résigne le 
prieuré le 16 mai i5j.'i ; son successeur l'ayant résigné à son 
tour, Jean Godart se le voit confier et le résigne encore. 
En 1690, le P. Comelin, de Douai, en prend possession au 
nom d'un de ses confrères. En 1766, le P. Pichault dît que 
Grandpré est desservi par un seul religieux, qui a bien de 
la peine à vivre sur les lieux. 

Un tableau, représentant la rédemption des captifs, est main- 
tenant dans l'église de Grandpré, au-dessus de l'autel des 
fonts baptismaux, qui provient lui-même du prieuré de Saint- 



i. Sources : Bibliothèque de Marseille, ms. 121G, p. 45g. — Pîtçe s34- — 
Miroy, Chronique de la ville et îles comtes lie Grttndprè (i83g), pp. 64-45- 



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HONDSCHOOTE. 5l5 

Jean ; aux deux côtés, sont saint Jean de Hatlia et saint Félix 
de Valois, avec les habits de l'ordre et la devise : Ordo inter 
lilia talus. 

Hondschoote. 

Adam, évêque de Thérouanne, confirma, le 10 août 1220, 
les donations faites aux Trinitaires par le chevalier Gautier, 
à savoir 10 livres sur la dime de Hosthoc, à percevoir moitié 
au i5 mars, moitié à la Pentecôte, et une terre qui avait 
appartenu autrefois à Robert de Bambeke, châtelain de Fur- 
nés. Dans les textes, les religieux sont souvent dits de C/aro 
Vivarîo, du nom de cette terre. 

Au mois d'août 12^3, Jeanne, comtesse de Flandre, donna 
aux Trinitaires 3o bonniers de gàtine dans la paroisse de 
Wormhout, s'y réservant cependant la justice '. 

Au bas d'un testament passé en septembre 1398 dans la 
cour du couvent est mentionnée l'adhésion de Thierry 
m Wayerlant », alors absent à Paris pour ses études 1 , qui 
devint ministre d'Hondschoote et grand-ministre de l'ordre. 

Dès la fin du seizième siècle, on voit les Trinitaires en pro- 
cès avec les échevins pour le payement de leurs contributions 
aux travaux d'utilité publique (construction d'une nouvelle 
écluse à l'embouchure du canal de Coudekerke, entretien des 
vvateringues). Ils refusent de payer les impôts pour les terres 
qu'ils occupent et dont certaines jouissaient précédemment 
d'exemptions (i6o4). H paraît que lorsque Hondschoote fut 
réuni à la France, il n'en alla plus de même. Deux fois, 
le Conseil d'État ordonna que les Trinitaires payeraient les 



. Aubm»t Le Mire, Opéra Di/ilomalica, t. IV, p. a^o. 
. Bibl. Nal., Flandre, i83. Téroaanne, n<> 11. 



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5i6 l'ordre français des tributaires. 

tailles pour 60 mesures de terre (1702 et ai mai 170g). Ils 
avaient commis « l'inconvenance » d'en appeler au bailliage 
d'Ypres d'une sentence du « Magistrat » d'Hondschoote; le 
Conseil d'État releva vertement celte attitude 1 . 

A la Révolution, ils étaient sept, et leurs revenus étaient 
de 6,000 livres*. Le couvent se trouvait à l'ouest de la ville, 
entre la rue de la Cour et le chemin vicinal de grande com- 
munication , vers Wormhout 3 . Le faubourg que l'on ren- 
contre, en arrivant de Bergues, a gardé le nom de la Trinité. 

Huy. 

Ce couvent (domus de Iluo) était en réalité à Saint-Nicolas- 
sur-Sarte, petite rivière qui se jette dans [la Meuse. C'est 
un des plus anciens qu'ait eus l'ordre, car, dès 1208, le che- 
valier Wauters conféra aux Trinilaires la cure de Vierset, 
qu'ils continuèrent à posséder jusqu'à la tin. Le pèlerinage 
est encore fréquenté aujourd'hui. 

Lamarche. 

C'est aujourd'hui un chef-lieu de canton des Vosges, où un 
couvent trini taire, dont les Archives de Meurthe-et-Moselle 
conservent l'intéressant cartulairc, fut fondé en 1 238 par Henri, 
comte de Bar, qui y adjoignit les cures de Notre-Dame de 
Lamarche, de Villehaute et d'Orcelle. Innocent IV donna une 
bulle en faveur de nos religieux, le 24 juillet ia43*; Thibaut, 

1. Archives communales d'Hondschoote. Inventaire, FF 91, AA 1, CC13. 
a. Dcrode, Histoire de la Flandre maritime, p. 266. 
3. J. d'Anville, Eludes sur ta Flandre maritime. Dunkerque, 1897, 
p. i3a. 

fl. BKHfiER, Registres d'Innocent IV, a° 3g. 



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LAMARCHE. 5lJ 

comte de Bar, confirma la donation de son père et pria 
l'évêque de Toiil, Roger, de les protéger (i2Ôo). 

Le 3i mars i3o3, Vaulier de Bertoncourt, damoiseau, leur 
légua ce qu'il possédait sur le moulin de Rocourt, moyennant 
une messe de requiem par semaine. En i3ao, le droit pour 
le couvent d'avoir une bergerie fut reconnu. Une chapelle 
ayant été élevée collectivement, en iSfa, par plusieurs cheva- 
liers, réunis à Lamarche a cause d'une guerre, les Trinitaires 
furent chargés de Ja desservir. La garde de la forteresse, à 
laquelle les religieux avaient été employés, ne put préjudicier 
à leurs privilèges (i36o). 

Plusieurs ducs de Lorraine permirent aux ministres de ce 
couvent de quêter pour les captifs, au cours du seizième 
siècle '. On voit, à plusieurs reprises, les supérieurs de La- 
marche chargés de la visite du couvent de Metz. 

Les Trinitaires Réformés firent maintes tentatives pour 
entrer dans ce couvent, en 1622' et en 1601 notamment. 
En 1 698 seulement, Lamarche fut affiliée régulièrement à la 
Réforme, ce que Louis XIV confirma par des lettres patentes 
de 1708. De diverses observations faites à la fin du dix-hui- 
tième siècle par le P. Lemolt, du collège de Bourmont, il 
parait résulter que le couvent était très riche; le chiffre de 
10,000 livres 3 de rentes qu'il lui attribue en fait le plus for- 
tuné des couvents de la province de Champagne. 



1. Pièces justificatives, n°* iî, \!\, s-3, :*7, 61 et 79. 
a. Pièce 171, 

3. Lu statistique de 1768 ne lui en accorde que 4>0' 
couvent triuitaire est déjà un joli chiffre. 



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DIO L ORDRE FRANÇAIS DES TRINITAIRES. 

Lambesc ' . 

En i5i2, Antoine Fabre, Trinitaire de Marseille, fut ap- 
pelé par le conseil de la ville de Lambesc pour régir l'hô- 
pital, qui n'avait point de supérieur. Peu après se déclara 
une épidémie de peste; comme on avait été obligé d'enterrer 
les morts « en terre profane », on permit aux Frères d'avoir 
un cimetière. Ils furent exemptés de la quarte funéraire et 
n'eurent pas besoin de convoquer le curé pour les inhuma- 
tions (27 décembre itîaa). Guillaume de Cordouan, chanoine 
d'Aix, permit, le 26 janvier i5aj, de faire bénir leur église. 
En r6o3, le ministre fut autorisé à faire consacrer la cha- 
pelle de Notre-Dame de Montserrat, contiguë a l'église, « fon- 
dée par un homme pieux m. Le 8 octobre 1617, le couvent 
de Lambesc embrassant la Réforme, le ministre Claude Bou- 
chet résigna ses fonctions et fut remplacé par Louis Binet*. 

La bibliothèque de ce couvent est une de celles dont nous 
avons conservé le catalogue 3 . Parmi les livres intéressant 
notre ordre, pour lesquels il n'y a pas de division spéciale, 
on peut relever une Regala, imprimée en i663, souvent 
mentionnée et que je n'ai encore jamais rencontrée; les Vin 
de saint Jean de Matha et de saint Félix de Valait, par 
Ignace Dilloud (i6g5); l'Etat du royaume de Barbarie 
(Rouen, 1703); une édition de i5ii du Compendium de 
Gaguin; enfin un Cursus Aristotelicus-Thomisticus manu- 
scriptus, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque de Mar- 
seille. Les livres de droit furent vendus à M. d'Arbaud, 

1 . Chef-lieu de cunion de l'arrondisse ment d'Aix. 

2. Liasses non cotées de Marseille el ms. 1216, p. 5o. 

3. Ms. i48i de la Bibt. de Marseille. 



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lens. 5ig 

seigneur de Jouques, pour 1,000 livres, le 27 octobre 1700. 

La mention suivante fait croire que les religieux s'occu- 
paient de prêt : « Le 2 octobre 1712, nous avons reçu de 
M. le marquis de la Barben les deux tomes des Mémoires de 
Mornay, les Mémoires de Commines, ceux du duc de Rohan 
et les Mémoires d'Etat. Nous lui avons envoyé, le même jour, 
l'Histoire du connétable de Lesdiguières, les Commentaires 
de J. César, et Columelle, Des choses rustiques. « 

Le catalogue, dressé Je 3o décembre 1729, fit trouver 
a,i38 livres orthodoxes et 3o4 défendus. 

Lens. 

Ce couvent, situé en Brabant, entre Mons el Ath, est bien 
connu, grâce au précieux Cartulaire d'Antoine Dachier, 
rédigé en i685, qui pourrait presque dispenser de toute autre 
source. Gautier, seigneur de Lens, conféra cet hôpital aux 
Trinitaires, au mois d'avril i2a3; on ne saurait dire com- 
bien de temps subsista l'hôpital. En mai 1287, le sire de 
Lens affranchit « ie lieu de la Trinité » de Lens et n'y 
garda même pas la justice. 

Augustin Raimbault, vingt et unième ministre, qui avait fait 
ses études de théologie en Espagne, tout comme son géné- 
ral , Louis Petit, eut pour successeur Guillaume Watten, 
dont il a été question déjà comme prieur de Convorde. Il 
acheta une maison de refuge à Mons et fit de grandes 
économies pendant les vingt-neuf ans ( 1 6 1 5- 1 644) qu'il 
fut ministre. Son successeur, Antoine Sergeant, au con- 
traire, se livra à de grandes prodigalités', et les guerres de 

1. Il reçut, en i654, un 09 de saint Antoine, dont les reliques élaient 
conservées au château de Viandeu (Cartulaire, p. ao3). 



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5ao l'ordre français des tributaires. 

Louis XIV, notamment la guerre de Hollande, causèrent 

de grands ravages à Lens' et aux environs. Les religieux 

perdirent leurs archives a et toutes leurs provisions». Antoine 

Dachier, rédacteur du Oartulaire, fut ministre de i683 à 

i699- 

Son quatrième successeur, le P. Alexis Masson , fut en 
charge de 1756 à 1783. Un règlement en vingt-quatre ar- 
ticles avait été fait, le 27 décembre i yïj r T par les Pères 
Verteneuil , ancien vicaire spirituel, et Paradis, ministre 
d'Orival. On avait dû prescrire aux religieux de n'aller ni à 
lii cuisine, ni a la brasserie, pendant l'office divin, de ne 
faire venir ni vin, ni brandevin, ni bière du dehors, de ne 
plus recevoir de personnes du sexe, ni admettre de « jour- 
nalières », sauf pour les gros ouvrages et les besoins de la 
basse-cour. Les comptes devaient être rendus tous les trois 
ans. 

En 1770, la situation apparaît sous un jour déplorable. 
Le P. Alexis Masson, « à la fleur de son âge, se trou- 
vait de temps en temps incommodé, quand spécialement 
il a mangé du poisson, qui est nourriture mauvaise pour 
ces sortes d'eslomachs. » A la Saint-André, il était encore 
au Ht à onze heures et parfois couché pendant l'heure de 
l'office, » sans qu'il en paroisse sur son esprit la moindre 
inquiétude, comme s'il n'était Religieux que pour se divertir 
et boire de l'eau-de-vie et autres liqueurs piquantes ». A 
toutes les enquêtes il oppose une étrange force d'inertie 
et des artifices de procédure. Malgré le règlement de 1761, 
U n'avait pas rendu ses comptes depuis près de quinze ans 
qu'il était ministre. Le 12 mai 1770, il demanda six mois 

1. Pièce 230. 



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LENS. 021 

pour les présenter et, lorsque le député du Conseil de Bra- 
bant vint les examiner, il fallut à celui-ci dix-sept heures 
pour s'y reconnaître! Il continuait a faire venir une infinité 
de bouteilles de vin pour son usage particulier, jouait aux 
caries, à « l'enturlu » ou pandour, avec ses parents, qu'il 
introduisait au couvent; il allait souvent voir son frère, 
cabaretier à Lens, et il engageait ses religieux à jouer et à 
boire avec lui. Aussi, quelques-uns d'entre eux disent-ils : 
« Pourquoi nous plaindre du ministre? II nous laisse faire 
tout ce que nous voulons. » 

Le ministre d'Orival, nommé commissaire par le P. Pi- 
chault, le déclara déchu et proposa au Conseil de nommer 
vicaire du couvent Alexandre Rapaillerie, curé d'Erbaux, 
Tri ni taire de Lens. Masson objecta que celui-ci ne pouvait 
administrer le couvent, même provisoirement, car il était 
Français, né à 2 kilomètres de la frontière. Le Conseil privé 
de Brabant avait bien déclaré, le 3 juillet 1766, que les 
Français n'étaient exclus, aux Pays-Bas, que des dignités et 
bénéfices; or l'administration provisoire d'un couvent n'était 
pas un bénéfice. Sur ces entrefaites, le P. Pichault révoqua 
la commission du ministre d'Orival, « qui avait montré un 
zèle indiscret » en déposant Masson, et lui substitua le mi- 
nistre d'Audregnies. Mais ce dernier était sujet français! Le 
Conseil privé de Brabant décida, le 25 juillet 1770, que le 
ministre d'Orival exécuterait sa commission, trop légèrement 
annulée par le général. Le couvent de Lens se divisa en 
deux partis : les religieux anciens tenaient pour Masson, les 
jeunes pour le curé d'Erbaux, auquel un des anciens, Félix 
Reymeul, fit aussi adhésion. Néanmoins, le général se refusa 
à nommer un vicaire : les choses restèrent en l'état et 
le P. Masson mourut ministre en 1783. Le Conseil de 



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5sa l'ordre français des TRIBUTAIRES. 

Brabant demeura fort mécontent du général des Trini- 

t aires ' . 

Lérinnes. 

En avril ia3a, le ministre Gilles fit savoir qu'Arnould 
Longue-A veine lui avait cédé, tout en réservant l'usufruit à 
sa femme Oda, le fief qu'il tenait de Libert de Châtres et la 
terre qu'il possédait à Lérïnnes près Wavre. Cinq ans après, 
Béatrice, abbesse du Secours-Notre-Dame, vendit aux Trini- 
laires quatre bonniers de terre sis à Tourinnes-les-Ourdons, 
et, en plus, des serfs et servantes, cens et rentes comptes en 
bloc pour un bonnier (décembre 1237). Au mois d'avril 12^1, 
Robert, évêque de Liège, confirma la donation des revenus 
de la chapelle de Lérinnes, faite par le chevalier Gilles de 
Lérinnes, homonyme du premier ministre, et prit lui-même 
les religieux sous sa protection (sept. 1243). Le chevalier 
Servais donna aux Trinitaires la moitié du patronage de 
l'église Saint-Lambert de Tourinnes (nov. 1243). Un acte de 
décembre 1296 montre que l'autre moitié était possédée par 
les religieuses cisterciennes du Val-Saint-Georges. La présen- 
tation était alternative. En i35j, Jean Brumbais, chapelain 
de l'autel de Notre-Dame, situé dans l'église de Sarl-les-Wal- 
hain, donna un bonnier de terre aux Trinitaires de Lérinnes, 
moyennant six setiers de blé (3o août i357). Le Cartulaire 
ne va guère au delà de cette date. 

Pour les siècles suivants, nous avons le registre des péna- 
lités de la cour de justice que le ministre avait à Lérinnes; 
il avait même une autre cour à Tourinnes. Les expressions 



1. Cette enquête se trouve dans le carton 142a du Conseil privé, k 
Bruxelles (Archives du royaume). 



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limon. 5a3 

de bâtard du ministre, de beau-fils du ministre, qui s'y ren- 
contrent, ont quelque lieu de nous étonner. Celte cour de 
justice fut une occasion de conflit, au milieu du dix-huitième 
siècle, entre le ministre et une princesse de Rohan-Soubise, 
dame de Walhain. A la réquisition du « ministre » et seigneur, 
les échevins déclarèrent « que les habitants de la seigneurie 
ne sont tenus a aucun ordre des officiers de la terre de Wal- 
hain, et que, par conséquent, ils n'ont jamais fait la garde 
ou patrouille aux criminels arrêtés ou détenus dans la prison 
de Walhain, ni autrement lorsqu'on en allait faire l'exécu- 
tion ' a (27 mai 1762). 

En 1770, le couvent de Lérinnes comptait dix religieux, 
comme ceux de Lens et de Bastogne; le désordre y régnait 
de même. Quatre religieux demandaient « des souliers, bas, 
culottes, un repas frugal ou splendide (sic)». Un des moines 
était obligé de se barricader la nuit dans sa chambre, un 
autre avait provoqué en duel le procureur de la maison. 



Limon. 

Le prieuré de Limon 3 , fondé avant i4i5 et dédié à Notre- 
Dame, était n dans un fonds » entouré de boîs dangereux; 
des ministres y ayant été volés ou assassinés, le séjour de 
Saint-Symphorien fut préféré au dix-huitième siècle, comme 
plus sûr et plus sain. En 1754, Borin, curé de Communay, 
s'étant fait pourvoir de ce prieuré par le vice-légat d'Avi- 

1. Bibl. de Bruxelles, ma. 25o (fonds Goethals), p. 465. Il y a dans ce 
registre un nombre de coups et blessures véritablement inouï. Ou en trouve 
autant dans celui de Pontarmé, publié par H. Dupuis. 

2. Près Saint-Symphorien-d'Ozoa, arrondissement de Vienne (Isère). 



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5a4 l'ordre français des trinitaires. 

jSfncm, après la résignation du dernier titulaire, Houdry, le 
P. Lefebvre résuma sa théorie, que le général pourvoyait à 
toutes les ministreries de l'ordre; le P. Gairoard, rédemp- 
leur et procureur des captifs, était le candidat de son choix '. 

Limoux. 

La tradition rapporte cette fondation soit à Amaurv de 
Montfort et à sa mère, soit à un évêque de Narbonne et 
à une abbesse de ProuiUV. En réalité, Arnaude de Mont- 
fort donna aux Trinitaires une maison qui avait été l'école 
des Juifs (ocl. 1219). En 1234, Romée de Llivia, prieur des 
Dominicains de Provence, permit aux Trinitaires d'avoir un 
oratoire et d'ensevelir leurs religieux. Philippe le Long prit, 
en i320, le couvent sous sa protection, en le déclarant de 
fondation royale. Le correspondant du P. Ignace de Saint- 
Antoine, qui a envoyé la copie du premier et du troisième de 
ces actes 3 (le deuxième est dans Doat), nous donne quelques 
délails plus récents. Les ministres y furent parfois seuls, quoi- 
qu'il y eût de la place pour douze religieux ; tout le mal vînt 
de leur élection à vie. 

Un arrêt du Parlement de Toulouse du 22 avril 1621 
défendit aux religieux de maltraiter leur ministre Jean 
Roque, à peine de 4, 000 livres d'amende. L'année suivante, le 
couvent fut autorisé à vendre ses biens les moins utiles 
(29 juillet 1622). L'église, brûlée accidentellement en 1675, 



1. Bibl. nationale, faclum 29396. 

2. P. Bourges, Diocèse de Carcassonnc, i^', in-4», p. i5ti. 

3. Bibliothèque de Marseille, manuscrit ncfi, pp. 3g3-3f)6, > 
Lamothe, Notices historiques sur la aille de Limoux, p. 47- 



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lisieux. 5a5 

fui restaurée peu d'années après. En 1768, le couvent n'avait 
que trois religieux et 649 b vres de revenu. 

Lisieux. 

L'hôpital de Lisieux a été l'objet d'une excellente mono- 
graphie de M, Vasseur, dans le Bulletin monumental 1 . Cet 
Hôtel-Dieu avait été fondé, trente ans avant l'établissement des 
Trinitaires, au temps de Thomas Becket, qui avait conseillé 
de dédier l'église « au premier martyr ». Ce fut lui-même. 
Jourdain du Hommet y appela en 1220 les Trinitaires et leur 
fit de riches donations. L'hôpital possédait des cures annexées, 
comme Surville, Courbesarle, Viliers-sur-Mer et le prieuré de 
Saint-Christophe, dont il fut souvent question dans des procès ; 
le curé de La Vespîère, ayant enlevé de force les aumônes du 
jour de Saint-Christophe, fut condamné à une amende. 

Les Trinitaires avaient administré cet hôpital depuis près 
de trois siècles, sans avoir été inquiétés, lorsque, le 19 avril 
i5oi, les habitants les mandèrent « pour leur remontrer les 
fraudes et abus qu'ils y commettaient m. Douze ans plus 
tard , la municipalité décidait de mettre les revenus de 
l'hôpital entre les mains de l'évêque; mais le ministre obtint 
des lettres patentes maintenant les religieux dans leur droit 
d'administrer le revenu temporel de l'Hôtel-Dieu et de nom- 
mer un procureur pour remplir les charges et bénéfices, a sans 
pouvoir être aucunement troublés et sans rendre compte ». 

Quelques années après que les religieux se furent réformés, 
Jacques Le Cour, ministre en i63o, avait aliéné au Bureau 
des pauvres la moitié de la fondation de l'évêque Jourdain 

1. Tome XXJC, p. n3 et p. 277. 



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526 l'ordre FRANÇAIS des TRINITAIRES. 

du Hommet et la moitié de l'hôpital. En r645, l'évêque Cos- 
péan rendit cette fraction aliénée, mais obligea les religieux à 
recevoir les pauvres de la ville. Le Bureau ayant fait saisir 
les quêtes en i65o, l'évéque de Matignon les fit rendre aux 
religieux qui, de leur ancienne chapelle Saint-Thomas, firent 
une salle « nette, pavée et vitrée » pour sept pauvres. A ceux 
qui leur reprochaient des aliénations ils montrent que les biens 
situés trop loin de Lisieux les obéraient. S'ils n'étaient plus 
que quatre religieux, alors qu'ils étaient dix auparavant, c'est 
que les religieux complémentaires n'étaient que des étudiants 
de passage 1 (28 mars 1608). Ils possédaient encore l'Hôtel- 
Dieu de Lisieux quand il fut détruit par un incendie en 1770 ; 
l'ordre se cotisa pour le rebâtir. Louis Du Bois, dans son 
Histoire de Lisieux (t. II, p. 162), nous apprend que l'hor- 
loge des Mathurins fut placée à l'hôtel de ville en vertu d'un 
arrêté de l'administration municipale du 3o juin 1797. 

Lorgnes. 

Les Triuitaircs de Lorgnes (Var), consultés vers 1700 sur 
leur histoire par le P. Ignace de Saint-Antoine, attribuaient 
leur fondation à une dame nommée Ragusie, et fixaient la 
date à i358. Ils avaient un hôpital hors la ville, dont Geoffroy 
Amiel fut pourvu, le 5 octobre i4q3, par le vice-légat d'Avi- 
gnon, sur la résignation de son prédécesseur. C'est l'acte ori- 
ginal le plus ancien concernant cette maison ; comme les in- 
dulgences accordées par le pape Jules II à l'occasion de la 
consécration de l'église , il est conservé dans les liasses des 
Triuitaircs de Marseille. Un ministre assez notable, Claude 
Bouchet (i5c;o-[5ç;5), se retira à Tarascon, où Guillaume 

1. Bibl. .Val, 111s. Clairambault 29^, pp. i55à iy3. 



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LYON. 527 

Commandeur, ministre d'Arles, alla le chercher pour rédiger 
son grand inventaire. Jean Pisan, nommé ministre par Louis 
Petit le 2 septembre i638, reçut en 1642 la visite de Jean 
Naurias, provincial, dont le procès-verbal est conservé dans 
les archives du Var ' ; il fit peindre, cette même année, le 
tableau de Notre-Dame-du-Remède , achever le clocher en 
1602 et mourut en 1669. Le dernier ministre perpétuel fut 
Joseph Monter, ancien procureur général en cour de Rome ; 
en 1699, il céda la place aux Trinitaires Réformés, en gar- 
dant son titre de ministre primitif. 

Les Réformés reçurent de la communauté de Lorgues cent 
écus pour deux régents enseignant le latin jusqu'à la troi- 
sième ; ils pouvaient aussi enseigner des sciences utiles, avec 
rétribution particulière. Suivant Achard, l'auteur du Diction- 
naire de la Provence 1 , le couvent, composé de quatre reli- 
gieux, possédait quelques vignes, mais ses revenus n'étaient 
que de 4oo livres. 

Le Luc. 

Le Lac, autre chef-lieu de canton de ce département du 
Var où les couvents trinitaires se multiplièrent au dix-sep- 
tième siècle, eut, en 1661, un couvent de Déchaussés qui 
ne fil jamais beaucoup parler de lui et que sa pauvreté fit 
supprimer en 1770, ainsi que ceux de Seyne et de Saint- 
Quinis. 

Lyon. 

L'importance des couvents trinitaires se mesure peu à celle 
des villes où ils sont situés. Les religieux eurent très tardive- 

[. Bîbl. de Marseille, ma. 1216, pp. 55 Cl 43g-44?. — Pièce 187. 
2. Tome I, p. 643. 



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5a8 l'ordre français des trinitaires. 

ment un couvent dans la plus grande ville que l'on rencon- 
tre entre Paris et Marseille. Les Réformés de Provence 
ayant voulu, dès i646, fonder un hospice à Lyon, établirent 
pour ce motif une contribution sur tous leurs couvents, et 
empruntèrent 1,100 livres au denier seize à Louis Boutassy, 
écuyer de Marseille. Malgré tous ces sacrifices, ils cédèrent la 
maison à la province de France, à condition qu'elle payai 
leurs dettes. Le couvent, dit le P. Menestrier, d'abord situé 
à la montée de Beauregard, fut transféré au pied du Gour- 
guillon, dans les maisons des Bellièvre et des Delange '. Un 
des premiers ministres fut le P. Mathieu Duxio, un des plus 
distingués parmi les Réformés. 



i° Premier couvent. 

C'est un des centres de l'ordre; il a joué un grand rôle 
au dix-septième siècle principalement. Il est peu de couvents 
sur lesquels on ait plus de renseignements imprimés, et les 
innombrables liasses le concernant dans les Archives des 
Bouches-du-Rh<ine permettent d'ajouter encore une foule de 
détails. 

Les comtes des Baux prirent sous leur sauvegarde le cou- 
vent fondé par Jean de Matha, par un acle passé eu présence 
d'IIdefonse, marquis de Provence, au château de Fos, le 
21 mars 1202. Un an et demi après, le fondateur concluait 



. Eloge historique de Lyon dans le manuscrit 121G de Marseille, 
28. — Pièce 195. 

. J'étudierai séparément : le premier courent, — le Bureau de Kédciiip- 
1 — et le second couvent. 



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MARSEILLE. 5at) 

une transaction avec l'évêque de Marseille liai nier ' , con- 
temporaine de celle d'Arles et stipulant aussi la remise de 
la moitié des oblations à l'évêque et au chapitre. 

Le couvent était situé dans la vieille ville, près des murail- 
les et de la Porte-de-France (Porta Gallicà), sur l'emplace- 
ment de laquelle fut ensuite construit l'abattoir; c'est aujour- 
d'hui la gare maritime d'Arenc. Le premier ministre, qui 
paraît dans un acte de 1208, s'appelait Félix. 

En 1270, l'évêque Raymond de Nîmes adoucit considéra- 
blement les conditions de fondation primitives, en présence 
d'Alard, grand-ministre de l'ordre. Sept ans après, le pro- 
vincial Vincent de Fontaine! vendit l'hôpital de Saint-Martin 3 
(16 mars 1277), dont le vocable était énoncé correctement 
dans les bulles des papes, à commencer par celle du ro juil- 
let 131)3. 

Pendant un siècle, l'histoire du couvent nous échappe; 
nous ne savons même pas si les religieux se livraient au ra- 
chat des captifs, surtout nécessaire à Marseille. Les Archives 
communales conliennent plusieurs actes du quatorzième siè- 
cle mentionnant que les comtes de Provence, en vertu des 
capitulations accordées à Marseille, devaient faire racheter 
les captifs; Robert et Louis envoyèrent au roi de Bougie des 
missions diplomatiques ou commerciales, mais non des Tri- 
nilaires 3 . 

En 1 i 1 8, les Pères de la Merci furent reçus à Marseille, à 
condition de racheter annuellement deux esclaves de cette 
ville; après 1^74, ils disparurent; les Trinitaires essayèrent 
de faire croire que c'était à cause d'une épidémie de peste. 

1. Gallia chrittiana nooissima, Marseille, n° 192. 
1. U. Chevalier, otivr, eiti., n" 3o0. 
3. Pièces 5g et 90. 



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53o l'ordre français ors trinitaires. 

En 1 5 a 4 j le couvent des Trinitaires fut démoli par les 
habitants, :'t l'approche du connétable de Bourbon en i5a4 et 
transporté à peu de distance, dans le quartier de l'Évèché, 
au sommet de la grande colline qui domine le port de la 
Joliette. La rue qui le bordait s'appelait rue du Fort-des- 
Prudhommes ou Asscrvaque, aujourd'hui rue des Jardins. 
Les Pénitents de la Trinité, associés à l'œuvre du rachat des 
captifs, se bâtirent une chapelle prés du nouveau couvent. 

Pour orner l'église reconstruite, Raphaël Boyer, ministre, 
demanda à ses confrères d'.Vrles des reliques qui lui furent 
d'abord refusées. Un ancien religieux du couvent, Louis Vin- 
cens, étant devenu ministre d'Arles, accorda en 1067 une 
partie des reliques de Saint-Rodi à l'église du couvent de 
Marseille, qui était dédiée à ce saint. Vers cette époque 
(i55i) apparaît l'hôpital de Saint-Eutrope, où étaient soi- 
gnés les hydropiques. 

En i6o3, Antoine Baud, ministre de Marseille, fut déposé, 
on ne sait pas au juste pourquoi, et, cinq ans après, le cou- 
vent fut réformé; la Réforme, partie de Marseille, embrassa 
toute la Provence. Nos religieux s'étendaient même au delà 
de leur ville, car on confia des cures à Mazargues et à Nolre- 
Dame-d es-Grâces, près (ïardanne. 

En 1617, l'église des Trinitaires fut consacrée par l'évéque 
de Marseille Jean Turicella. Au dire de Fabre', elle aurait 
été construite à l'aide des libéralités « d'une Provençale de 
la maison des Fortia ». Elle était naturellement décorée des 
statues de saint Jean de Matim et de saint Félix de Valois, 
auxquels apparaissait un ange. Le 21 juillet 1637, le ministre 
de Marseille fit faire un tabernacle, de bois de noyer pour 

I. Lei rat* <ie Marseille, I, 217. 



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Marseille. 53 i 

les parties apparentes et de bois blanc pour le reste, moyen- 
nant i5o livres. Le 29 avril 1628, il convint verbalement de 
71 écus avec Rodière, maître peintre, pour dorer ce taber- 
nacle, qui devait être changé en 17^2, en même temps 
qu'étaient refaits le chœur et le maître-autel ' . 

Depuis 1608, les ministres étaient devenus triennaux ; le 
premier avait été Charles Dagneaux, que François Petit 
avait envoyé pour réformer le couvent. Les religieux les 
plus distingués y furent tour à tour ministres, les PP. Aloès, 
Pallas, Maure!. Dans la première moitié du dix-septième siè- 
cle, leur conduite ne fut pas toujours exemplaire. Un reli- 
gieux, interrogé en i638 par le cardinal de La Rochefou- 
cauld, déclarait que s'il avait su d'avance l'état de la Con- 
grégation réformée, il n'y serait jamais entré; l'exemple 
qu'il rapporte fait voir en effet le peu de charité des Pères 
Jay et Pallas relativement aux pauvres malades. 

A propos du couvent d'Aix, il a été question des tracasse- 
ries que lui firent les Réformés de Marseille. Les pièces qu'ils 
réunirent sur ce sujet furent parfois détournées de leur vrai 
sens; souligner quelques mots isolés dans une lettre est un 
mauvais procédé ; donner une analyse inexacte est pis encore. 
Une lettre du cardinal Bandini, interprétée comme un blâme 
contre la Déchausse, invile en réalité les Réformés de Mar- 
seille à se rapprocher le plus possible de la règle primitive, 
sans cependant les soumettre à l'obligation de marcher nu- 
pieds. 

De même pour le but essentiel de l'ordre, la rédemption, 
en dépit de la liste des captifs rachetés de i58o à i6o3, il ne 



1 . Tri ni lu ires de Marseille, registre a , foi 86, go. l.c "premier maître» 
autel datait de i63o. 



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53a l'ordre français des trinitaires. 

semble pas que les Réformés aient été très fervents au début. 
S'il est peu probable qu'il ait fallu un arrêt du Parlement de 
Provence en 1627 (au dire de Méry etGuindon) pour les con- 
traindre à s'occuper des captifs, il est certain que les prédica- 
tions de saint Vincent de Paul ne leur furent pas inutiles. 

La pauvreté seule de» religieux pouvait leur servir d'excuse. 
En effet, ce couvent si important fut toujours pauvre ; rien 
de triste comme une délibération, où les religieux, reconnais- 
sant qu'on ne saurait être soigné pour rien, se résignent à 
donner 10 livres par an au médecin de la communauté (1 65 1/. 
Dans une pareille situation financière, il fallait faire argent 
de tout. Les chambres du couvent étaient l'objet de grandes 
discussions, et on ne permettait de les occuper qu'à ceux qui 
voulaient bien les réparer. En 1659, la chambre « en main 
gauche » du P. Pallas, tournant sur la rue et assise sur la 
chapelle de Sainle-Magdeleine, « faisait mine de ruine » ; le 
chapitre la concéda au P. Sauvait, qui se chargea de la re- 
construction nécessaire pourvu qu'on lui en donnât la jouis- 
sance et la demeure continuelle sa vie durant 1 . Une autre fois, 
le cas était plus embarrassant. Les familles des Pères Maurel 
et Duporl promettaient chacune une aumône de 600 livres, 
si leur parent avait la chambre en litige 3 . Le chapitre décida 
de la donner au P. Maurel, mais le P. Duport put prier ses 
parents, et notamment l'écuyer Boutassy, « son père spirituel » 
{ parrain , vraisemblablement ) , de faire bâtir une chambre , 
moyennant 3oo livres prises sur les 600 que le P. Maure! 
apportera au couvent (10 octobre 1662). C'étaient de sérieux 
accrocs à l'article de la règle prescrivant un dortoir unique. 

1. Pièce 199. 

a. Trinitaires de Marseille, registre 6, f» 34 v». 

3. Ibid., f« 44- 



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MARSEILLE. 533 

Comment, avec un tel souci de leurs intérêts matériels, les 
Trinitaires se trouvent-ils une fois en défaut? En 1719, ils 
ne représentent pas leurs baux en temps opportun et sont 
condamnés à une amende de too livres, et encore par faveur. 
A cette époque, le ministre était le P. Paul Gîraud, doué d'un 
véritable tempérament d'historien et d'archiviste et, de plus, 
curieux de philosophie, de théologie et de science. 

Ce couvent, la première, maison depuis la fondation des 
Déchaussés dont il va être question, fut supprimé en 1777, 
et vendu à Mathieu Brémond, orfèvre ; sur son emplacement, 
on ouvrit la rue Saint-Mathieu. 

2° Le Bureau de Rédemption. 

La confrérie des Pénitents Blancs ou de Nolre-Dame- 
d'Aiude (d'Aide) faisait remonter son antiquité à i3o6*. Un 
de ses titres de gloire est d'avoir compté saint Vincent de 
Paul' parmi ses membres. A ce moment, l'évêque de Mar- 
seille, Jean-Baptiste Gault, avait formé un projet pour réunir 
les Compagnies du Saint-Sacrement de Marseille et de Tou- 
lon avec les ordres Rédempteurs 3 . Les membres de cette 
confrérie devinrent les plus précieux auxiliaires laïques des 
Trinitaires 4 , malgré un grand nombre de contestations dont 
quelques-unes méritent un exposé détaillé. 

Le ministre prétendait retenir pour le couvent de Mar- 



t. On le» appelait aussi Pénitent* de la Trinité vieille, |wrce qu'ils 
étaient précédemment établis près ilu vieux couvent trinilaire. 
1. Simjuit, Saint Vincent de Paul et ses œuvres à Marseille, p. ig. 

3. Le Dr Gustave Lambert, ouvr. cité, pp. 67-68. 

4. Une brochure fort intéressante, dont je dois la connaissance à M. l'abbé 
Ollmer, vicaire général à Marseille, a élé publiée par un des confrères 
ro i853. 



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534 l'ordre FRANÇAIS DES trinitaires. 

seille le tiers des quêtes faites par les Pénitents; pour ne 
point prolonger ces discordes, ils firent un accord le 2 décem- 
bre 1602. 

Louis Binet, procureur des Trinitaires, et Amltroise Bas- 
tide, prieur des Pénitents, décident que le ministre du cou- 
vent sera premier prieur des quatre élus; que, si le généra) 
de l'ordre veut faire une rédemption générale, les aumônes 
du tronc seront laissées aux rédempteurs députés par lui, 
mais employées premièrement au rachat des captifs mar- 
seillais et qu'on mettra à part le prix du rachat de ceux que 
les prieurs auraient inscrits sur les registres de la confrérie 
comme devant être rachetés. Toutes les fois qu'un captif 
racheté abordera au port de Marseille, les Trinitaires iront 
le recevoir 1 , chanteront le Te Deam avec les prieurs et 
mèneront l'esclave rendre grâces dans leur église. Les Péni- 
tents donneront annuellement 60 livres au couvent, sur les 
aumônes déposées dans le tronc (mais rien sur leurs quêtes), 
moitié à Noël, moitié a l'Assomption. En temps de peste, ou 
en cas d'un refroidissement de la charité publique, les Trini- 
taires ne prétendront point à ces Go livres*. 

Une nouvelle transaction fut passée au mois d'octobre 
1627, mais, de l'avis des Trinitaires eux-mêmes, elle était 
« mal concertée » : il y avait trois voix en tout tors de l'as- 
semblée du bureau, une pour le couvent, une pour le prieur 
en chef, une pour les quatre prieurs. Ils ne laissent pourtant 
pas, en i658, lors de la venue à Marseille des Pères de la 



1. Vers 1720, le P. Paul Giraud, ministre des Trinitaires de Marseille, 

rétfln le rituel de In réception îles captifs el interdit aux pénitents de monter 
dans les hnrqucs qui «liaient chercher les esclaves rachetés. Pièce 269. 

2. Registre ii des Trinitaires de Marseille, fol. 36o. 



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MARSEILLE. 535 

Merci ', de donner aux Pénitents de grands éloges : « ce sont 
des gens sans intérêt qui font agréablement une quête péni- 
ble chaque mercredi »; plus tard, lors d'un démêlé, ils diront 
que cet éloge a élé écrit par un avocat, qui a reçu des Péni- 
tents 5o livres pour ce motif I 

Divers conflits éclatèrent, en effet, au dix-septième siècle 
entre les Pénitents et les Trinitaires. Le notaire Piscatory 
ayant été nommé, en i684, prieur en chef de ta Rédemption, 
les religieux s'opposèrent à ce qu'il conservât aussi le titre de 
notaire de la rédemption ; alors Piscatory fit nommer un de 
ses affidés, M e Laure. Le 12 février 1691, un arrêt du Conseil 
d'Etat ordonna la reddition annuelle des comptes devant 
l'évêque de Marseille 1 et l'emploi des deniers de la confrérie 
au rachat des seuls enfants de la ville. 

Le 26 avril 1715, fut conclue une nouvelle transaction, sur 
les droits des prieurs et l'emploi des fonds , entre Paul 
Giraud, ministre, Balthazar Olivier, vicaire, Michel Trossier, 
Père de province, Alexis Dupuy, économe, d'une part, — 
Henri de Vento, capitaine des galères du roi, prieur en chef 
de la chapelle des Pénitents blancs, Claude Granet, François 
Martin, Rampai, etc., d'autre part. Il n'y aura désormais que 
deux recteurs, nommés pour deux ans (comme à l'hôpital de 
Saint-Eutrope), en sus du ministre et du prieur en chef de 
la chapelle; il n'y aura point de trésorier : chacun des 
recteurs sera receveur et payeur. Les fêtes de la Trinité et 
de saint Jean de Matha seront solennisées aux dépens de 

1. Les Pères de In Merci ne purent amener dans leurs processions que 
des Pénitente blancs de la Trinité. En 1717, ils amènent des Pénitents Meus 
des Carmes, mais en reconnaissant la préséance des Pénitents de In Trinité 
(Rapport tar l'origine ih in confrérie, p. 8). 

2. En décembre i68y, les comptes avaient été rendus devant MonimorL, 
intendant des galères. 



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536 l'ordre français des trinitaires. 

l'œuvre. Les Trinitaires feront ratifier la transaction au 
chapitre, et les pénitents par un régiment, c'est-à-dire une 
assemblée générale de la chapelle. 

D'après la transaction de 1603, les Pénitents blancs, au 
moment d'une rédemption, devaient ouvrir leurs troncs et en 
verser aux religieux sinon tout le contenu, au moins une par- 
tie. En 1 7 1 9, ils s'y refusèrent pendant un mois; il fallut une 
sommation pour les v contraindre. Malgré la consultation de 
trois avocats d'Àix, Deconny, (îiboin et Audibert, « des plus 
fameux » (a3 juin 17 19), on peut deviner qu'il y avait, dans 
cette pratique, un usage plutôt qu'un droit, qu'en tous cas 
les Trinitaires auraient laissé prescrire à leur détriment, 
puisqu'il ne se trouvait pas inscrit dans les plus récentes 
transactions. Le P. Philémon de la Motte, dont le voyage se 
trouvait ainsi en souffrance, composa un factum très vif 
contre les Pénitents : « Les aumônes du tronc, disait-il, pro- 
viennent en partie d'étrangers qui les ont données pour le 
rachat de n'importe quel sujet du roi. Les Trinitaires refusent 
maintenant une aide qu'ils ont reconnue pernicieuse; quand 
l'associé devient fâcheux, on peut résilier le contrat' ». Les 
Pénitents finirent par céder. 

D'autres plaintes, faites en divers temps par les Trinitaires, 
ne peuvent se comprendre que par le plan exact des lieux : 
le Bureau de Rédemption était sur une rue attenante à l'église, 
mais les prieurs avaient coutume de verrouiller la porte con- 
duisant du bureau dans l'église, pour que te ministre ne pul 
s'occuper de leurs affaires, et ils entraient par la rue. 

1. Ces nrgumcnls sonl encore acceptables, mais que dire de crux-ciV 
Les Trinitaires veulent faire annuler le contrat de 1602, parce qu'il n'y a i 
son sujet ni lettres patentes, ni permission de la cour, ni approbation des 
supérieurs de l'ordre. Il était un peu tnrd pour s'en apercevoirl Pièce *68. 



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MARSEILLE. 537 

Dans les intervalles de paix, les Trinitaires rendirent justice 
aux Pénitents, En i638 la Provence élait échue en partage 
aux religieux de la Merci ; grâce à la liaison du Bureau de la 
Rédemption avec tes Trinitaires, ceux-ci ne souffrirent pas 
des effets de cet arrêt à Marseille. Les Pères de la Merci 
reconnaissent d'ailleurs de bon cœur que les Trinitaires re- 
cueillent 10 écus à Marseille, pendant qu'ils en ramassent pé- 
niblement 1 dans le reste de la Provence {1708). 

Le Bureau de la Rédemption suivit en 1776 le couvent trini- 
taire dans son émigration au quartier Saint-Ferréol. Dans la 
rédemption opérée en 1785, le Bureau fil un don de 5o,ooo li- 
vres et un prêt de 80,000 livres; en 1791, les Trinitaires 
avaient encore 21,400 livres à lui restituer 1 sur leur part. 



3° La seconde maison. 

À la fin du dix-septième siècle, les Trinitaires Déchaussés 
de la Palud cherchèrent à s'établir à Marseille. Cela contredit 
la date de 1756 1 que donnent Méry et Guindon pour leur 
transfert en ville, après avoir publié, à la page clvii du 
tome VI, une lettre de Belzunce prouvant que les Trinitaires 
Déchaussés étaient déjà installés avant 1720 dans le quartier 
Saint-Ferréol. Ce prélat lui-même retraça leurs tribulations, 
dans son Histoire de l'antiquité de fEalise de Marseille 3 . 
Le premier établissement de nos Déchaussés fut supprimé , 
en 1688, par Louis XIV, comme ayant été fait sans lettres 

1. La confrérie de la Trinité ne disparut pas à la Révolution, elle se 
reconstitua sous l'Empire, el en 1824 assista au retour d'un esclave racheté 
,î Tripoli. Elle fonda aux environs de Marseille plusieurs confréries, qui 
existent encore ainsi qu'elle-même, comme on peut le voir dans le Rapport 
sur l'origine de la confrérie, p. 21 el 25. 

2. Tome III, p. 485. 

S. Acte» de la municipalité de Marseille, t. V, p. 199. 



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538 l'ordre français des trinitaires. 

lettres patentes. L'évéque fil donc fermer l'église ; mais, le 
troisième jour, à la Pentecôte 1689, les religieux la rouvri- 
rent. Averti de cet « attentat », il fit procéder à une infor- 
mation et suspendit même les Trinitaires de la Palud (cam- 
pagne), également Déchaussés, du droit d'administrer les 
sacrements, à la réserve d'un seul religieux, pour que le 
quartier ne fût pas privé des secours religieux. Les Déchaus- 
sés se soumirent à l'évéque car, dès le i3 septembre 1689, 
il les autorisa de son chef à s'établir au même endroit, à 
condition qu'ils obtiendraient des lettres patentes. Leur 
requête fut rapportée, le \!\ septembre 1699, par le marquis 
de Torcy 1 , mais, cette fois encore, il leur fut ordonné de se 
retirer dans les autres couvents de la Provence. Ils ne se 
découragèrent pas, habitant d'abord le quartier Sainl-Bar- 
thélemy, puis le quartier Saint-Ferréol ; enfin, en décem- 
bre 1728, ils obtinrent des lettres patentes, qui mentionnent 
leur brillante conduiie pendant la peste de Marseille. Alors 
seulement ils se construisirent l'église de la Sainte-Trinité, 
dite de La Palud, à cause du nom de leur berceau rural; 
cette église était au quartier de Fongate, aujourd'hui traversé 
par la rue d'Aubagne et due à la libéralité d'Henri de Puget, 
baron de Saint-Marc. 

A voir les modestes commencements de ce couvent, on ne 
se douterait pas qu'il dût recevoir les religieux de l'antique 
maison des Grands Trinitaires, lorsque le chapitre national 
de 1768 eut décidé de supprimer un couvent dans toutes les 
villes où il y en avait deux. Les Déchaussés, toujours restés 
très pauvres, reçurent leurs nouveaux confrères avec beau- 
coup de satisfaction, malgré la jalousie de ceux-ci. Une 

1. Archives municipales de Marseille, série GG. 



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MARSEILLE. 53g 

preuve de la fusion, c'est qu'ils perdirent leur nom liturgique; 
le P. André de La Croix redevint le P. Gaspard Perrin 
(août 1777). 

A la Révolution l'unique couvent comptait quatorze reli- 
gieux, âgés de quarante-trois à soixante-seize ans, preuve 
que l'ordre ne se recrutait plus guère. Il y avait une opposi- 
tion contre le ministre Gaspard Perrin, réélu en 1783. Selon 
les nouvelles constitutions, les Trinitaires devaient présenter 
trois sujets au général, pour qu'il en choisit un comme mi- 
nistre. Au quatrième tour, Perrin obtient sept voix contre 
six ; la majorité déclare qu'elle ne présentera pas deux autres 
sujets au général : les opposants protestent. En vain Perrin, 
qui sentait, à son âge (76 ans) et dans un pareil temps, n le 
fardeau de la supériorité », leur lit une lettre du P. Chauvier, 
général de l'ordre, lui écrivant, le 28 novembre 1789 : Soyes 
ministre jusqu'à ce que nous sachions à quoi nous en tenir 
sur notre manière d'exister. Les opposants, dont le plus 
forcené était Delon, paralytique, veulent rendre publics les 
« abus » commis par Perrin, réclamant contre ta prolongation 
des fonctions du ministre. Aussitôt on présente au général, 
en sus de Perrin, deux autres sujets, Michel et Gâche, l'an- 
cien procureur général des captifs 1 . Tel était l'état du cou- 
vent le 25 janvier 1790. 

L'église fut détruite; c'est seulement en 1806 qu'un ancien 
Trinîlaire, le P. Guillaume Mathieu, ouvrit une chapelle en 
bois sur son emplacement 3 . De même que le vieux quartier 
conserve la chapelle de Nolre-Dame-du-Bon-Remède et la 
tour des Trinitaires, de même la rue de la Palud avec l'église 



1. Registre 9, p. i3 (Archives de la Préfecture). 

2. Saui»bl, Dictionnaire des Banchfs-dn-Rnâne, i, 3i0. 



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d!\o l'ordre français des tributaires. 

de la Trinité, toute moderne qu'elle est, rappelle la seconde 

maison des Trinit aires. 

Meaux. 

Les Trtnitaires eurent à Meaux deux couvents successifs, 
car, jusqu'en i5ao, ils desservirent l'Hôtel-Dieu, voisin de la 
cathédrale, comme le marque le plan de Janvier. Installés en 
12^4 par Thibaut IV de Champagne, ils possédaient une 
tour, près des fortifications, et promirent au comte de la lui 
rendre dès qu'ils en seraient « semons ». Ce voisinage leur 
attira des tracasseries de la part d'un procureur du roi trop 
zélé, qui voulait les empêcher de pécher dans les fosses de 
la ville, prétendant que ces fortifications appartenaient au 
souverain. Le Parlement les maintint dans l'exercice de ce 
droit de pêche ' (décembre i364). 

Le 3o octobre i/|o4, Charles VI accorda une sauvegarde i 
i'Hôlel-Dieu de Meaux et en constitua « gardiens » plusieurs 
sergents, nommés dans l'acte. Quarante ans après, à cause 
des guerres des Anglais qui leur avaient fait perdre une 
grande partie de leurs biens, Charles VII accorda aux reli- 
gieux un amortissement général 1 . 

Forcés de sortir de l'Hfttel-Dieu, ils se replièrent sur la 
cure de Saint-Remy, qu'ils gardèrent, el près de laquelle ils 
bâtirent un nouveau couvent. Le général Nicolas Musnier se 
réserva le droit d'en choisir le ministre : le premier fut son 
neveu Philippe, qui tenta d'être général de l'ordre, mais dut 
se contenter d'être ministre de Meaux, procureur de l'évêque 
Jean de Buz, ensuite vicaire général de l'évêque de Cliâlons 
et évoque in partibus de Philadelphie. 

1. Pièce 76. 

î. Arch. Nat., K 192, n°» 3t et 3». 



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MEAUX. 54 I 

Le couvent eul beaucoup à souffrir au temps de la Li- 
gue, dît l'annaliste Claude Rochard. Le 17 mars 1590, « on 
commença d'abattre et démolir l'église de Saint-Remy, parce 
([ne, la veille, on avait appris que le duc de Mayenne avait 
perdu la bataille d'Ivry deux jours auparavant ». Le 12 avril 
suivant, à la nouvelle que Melun s'était rendu à l'obéissance 
du roi, on enleva les cloches de Saînt-Remy; même, le 
23 juin 1592, on abattit « la maison de la Trinité » et on 
fut sur le point d'y mettre le feu '. 

L'église dut être reconstruite. Le 27 mars 1606, l'évêque 
Jean de Vieuxpont posa la première pierre, fit l'aspersion 
du circuit, exhorta les fidèles à contribuer à cette œuvre cha- 
ritable et accorda, comme d'usage, quarante jours d'indul- 
gence pour l'anniversaire de cette fondation. 

Un des successeurs de Jean de Vieuxpont, Dominique 
Séguier, introduisit à Meaux les Trinttaires Réformés 1 , en 
1642. L'état du couvent, tel que le décrivait le ministre 
Noblin au P. Faure, enquêteur pour le cardinal de La Roche- 
foucauld, nécessitait évidemment une réforme, les religieux 
passant leur temps à se disputer. C'est encore à Meaux, 
devant le prélat, que se tinrent l