(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Open Source Books | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Additional Collections

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "L'origine et le parler des canadiens-français; études sur l'émigration française au Canada de 1608 à 1700, sur l'état actuel du parler franco-canadien, son histoire et les causes de son évolution"

Société du parler français au 
Canada, Québec 

L'origine et le parler des 
canadiens-français . 



K 

16* 




PURCHASED FOR THE 

UNIVERSITY OF TORONTO LÎBRARY 

FROM THE 

CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT 



FOR 

LINGUISTICS 



L'ORIGINE 



ET LE 



PARLER DES CANADIENS-FRANÇAIS 



ETUDES 

SUR l'Émigration française au canada de 1608 a 1700 

SUR L ÉTAT ACTUEL DU PARLER FRANCO-CANADIFN 

SON HISTOIRE ET LES CAUSES DE ^ON 

ÉVOLUTION 



PUBLICATION 

DE LA SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA 

UNIVERSITÉ LAVAL 

QUÉBEC 



PARIS 

HONORÉ CHAMPION 

Éditeur de !'<( Atlas linguistique de la France» 

Librairie spéciale pour l'histoire de France et de ses anciennes provinces 

9, QUAI VOLTAIRE, 9 

1903 



PHOTOGOi^JED BY ■> 
PRESERVATÎOM J 

DATE JUL13 1987_ I 



EN VENTE CHEZ 

9, QUAI VOLTAIRE, 9 
PARIS 



GILLIÉRON.— Petit Atlas phonétique du Valais roman (Sud 

du Rhône). Paris, s. d. in-8 ob. br 5 fr. 

EDMONT (Ed.).— Lexique Saint-Polois. Saint-Pol, 1897, 

in-8 br 30 fr. 

— Textes Saint-Polois. — Quatre légendes du pays de Saint- 
Pol recueillies et mises en vers (?) patois. Saint-Pol, 
1902, in-8 br 3 fr. 

MISTRAL (Fr.).— Lou Trésor dou félibrige, Dictionnaire 
Provençal-Français embrassant les divers dialectes 
de la langue d'Oc moderne. 2 vol. in 4° 120 fr. 

GHEVALLET (de).— Origine et formation de la langue fran- 
çaise. Paris, 1868, 2' édition, 3 vol. in-8 30 fr. 

Livre honoré des prix Volney et Gobert, aux Académies française 
et des inscriptions. 

AGNEL.— De l'influence du langage populaire sur la forme 
de certains mots de la langue française. Paris, 1870, 
in-8 6 fr. 

ROUSSEAU (l'abbé).— Glossaire poitevin. Niort, 1869, in-8 3 fr. 

CHAMBURE fde).— Glossaire du Morvan. Étude sur le 
langage de cette contrée comparé avec les principaux 
dialectes ou patois de la Belgique wallone, de la 
Suisse romande. Paris, 1878, in-4 30 fr. 

Couronné par l'Académie française. 

PUYM AIGRE (de).— Chants populaires du pays messin. 

Paris, 1885, 2 vol. in-12. 'Musique notée 8 fr. 

LUZEL.— Chants populaires de la Bretagne, recueillis et 

publiés. Lorient, 2 vol. in-8 20 fr. 

LE BRAZ (Anatole).— La légende de la Mort chez les Bre- 
tons Armoricains. Nouvelle édition avec des notes 
sur les croyances analogues chez les autres peuples 
celtiques, par Georges Dottin, professeur adjoint à 
l'Université de Rennes. Paris, 1902, 2 vol. in-12. . . 10 fr. 

Quelques exemplaires sur papier vergé. 

SAUVÉ (L.V — Proverbes et dictons de la Basse-Bretagne 

recueillis et traduits. Paris, 1878, in-8 5 fr. 



m 



L'ORIGINE 



ET LE 



DES CANADIENS-FRANÇAIS 




L'ORIGINE 



2>éOS 



ET LE 



PARLER DES CANADIENS-FRANÇAIS 



ETUDES 

SUR l'émigration française al- canada de 1608 A 1700 

SUR l'état actuel du PARLER FRANCO-CANADIEN 

SON HISTOIRE ET LES CAUSES DE SON 

ÉVOLUTION 



PUBLICATION 



DE I A SOCIÉTÉ DU PARLER FRANÇAIS AU CANADA 
UNIVERSITÉ LAVAL 



QUEBEC 



W- 






c. ■;■■."> 



^MlQu 



^».IVIC£s 



DATE 



PARIS 



HONORÉ CHAMPTON 

Editeur de !'« Atlas linguistique de la l'Vanco) 

Librairie spéciale pour l'histoire de France et de ses anciennes provinces 

9, QUAI VOLTAIRE, 9 

19():î 




ALPHABET PHONÉTIQUE 

conventionnels pour la figuration de la prononciation) 
d'après MM. Gilliéron et l'abbé Holsselot 



FRANÇAISES, Les lettres a, e, i, o, u, b, d, n, f, j, k, 
l, m, n, p, r, t, v, z, ont la même valeur qu'en français. 

g = g dur (g'ateau) ; s -^ s dure (sa); œ = eu IVancais (heu- 
reux); w ~ ou semi-voyelle (oui); y ^ i semi-voyelle (p/ed); 
iv = u semi-voyelle (huile); ê — e féminin (je); h marque l'aspi- 
ration sonore. 

Lettrp:s nouvelles, u = ou français (coucou); e ~ ch fran- 
çais (chez). 

Signes diacritiques. Un demi-cercle au-dessous d'une con- 
sonne indique que cette consonne est mouillée : / (son voisin de 
l + y, l mouillée italienne), A- (son voisin de k-\-y), g (son voisin 
de g-\-y), n (gn français de a^ueau). — Un point au-dessous d'une 
consonne indique que cette consonne est prononcée la langue 
entre les dents: /, d, (sons voisins de t-\-s, d + z; c'est le / et le 
d sifflants canadiens de : //, du). 

Les voyelles sans signes de quantité ou de qualité sont indé- 
terminées (tantôt ouvertes, tantôt fermées), ou moyennes : a (a de 
patte), e (e de péril), o (o de botte), œ (eu déjeune). — Les voyelles 
marquées d'un accent aigu sont fermées : à (a de pute), é (e de 
chanté), à (o de pot), ce (eu de eux). — Les voyelles marquées d'nn 
accent grave sont ouvertes : à (a de il part), è (e de père), o (o de 
encore), œ (eu de peur). — Les voyelles surmontées d'un tilde sont 
nasales : à {an de sans), ê (in de \in), ô (on de pout), œ (un de 
lundi). — Suivies d'un point supérieur, les voyelles sont brèves; 
a', i', etc.; de deux points, elles sont longues: a:, i:, etc.; d'un 
accent, elles sont toniques : a, i', etc. 

Deux lettres qui se suivent, et dont la seconde est entre 
crochets, représentent un son intermédiaire entre les deux sons 
marqués. Ainsi, ô[o] = o demi-nasal. 

Les petits airactères représentent des sons incomplets. 

Il n'y a pas de lettres muettes dans la prononciation figurée; 
cha(}ue son n'est représenté que par une lettre, et chaque lettre 
ne représente qu'un son. 



DE L'OUIGINE DES CANADIENS-FRANÇAIS 



L'étude de nos origines, intéressante au point de vue national, 
ne l'est pas moins au point de vue de la linguistique. Quelle influence 
chacune des provinces françaises a-t-elle exercée sur la formation 
de notre parler? Dans quelle mesure la Normandie y a-t-elle 
contribué? Dans quelle mesure, le Poitou, le Saintonge, le Perche? 

Quel a été l'apport de l'Ile-de-France? Question délicate et 

complexe. En la posant aujourd'hui, après d'autres, nous ne nous 
flattons point de la résoudre. Des circonstances multiples, en 
effet, et variables, ont pu restreindre ou étendre l'action de chaque 
province sur liotre langage : le nombre des émigrants, leur qualité, 
leur rang dans la colpnie, leur groupement, etc. 

Est-il possible de trouver la solution définitive de cette 
question par la seule considération de nos origines ? et ne serait-il 
pas plus sûr d'étudier aussi notre parler, d'y relever les produits 
phonétiques et les subtituts lexicologiques empruntés aux difierents 
patois de France, et de ne conclure qu'après? Cette manière de 
procéder suppose des travaux considérables; les études de la Société 
du Parler Français nous permettront peut-être, un jour, de l'ap- 
pliquer au problème qui nous occupe. 

Notre travail s'est borné à chercher l'origine, par provinces, des 
émigrants français venus au Canada pendant la période de 1608 à 
1700. Nos études n'ont pas été portées plus loin, parce que, comme 
le dit l'historien Garneau (i>, le plus grand nombre des émigrés Iran-, 
çais qui se sont fixés au Canada y sont venus dans le XVIP siècle (2), 
et que ceux qui se sont établis au pays après 1700 n'ont pu exercer 

(1) Hist. du Canada. 4^ édit., vol. II, pp. 101-102. 

(2) «N'oublions pas que, en 1673, Louis XIV arrêta l'envoi des colons au 
Canada, de sorte que les six mille âmes qui s'y trouvaient alors étaient venues 
dans l'intervalle des quarante dernières années, ou étaient nées sur les bords du 

Saint-Laurent Un petit nombre de familles vinrent après 1673, ...» (B. Sulte 

La langue française en Canada, édit. de 1898, p. 12). ' 



— 6 — 

une influence aussi considérable que les premiers colons sur notre 
parler national ; notre parler avait dès lors reçu l'empreinte qu'on 
lui connaît (i\ 

Après un exposé sommaire de ce qu'ont dit là-dessus nos histo- 
riens, nous présenterons, dans un dernier tableau, le résultat de nos 
propres recherches, simples matériaux, qui, commentés par d'autres, 
serviront peut-être à éclaircir la question. 

Tous les historiens du Canada ont parlé de nos origines. CharJe- 
voix (2) dit que les Canadiens sont pour la plupart de race Normande. 
L'abbé Ferland (3^ affirme que «les habitants qui se fixèrent au 
Canada depuis 1621 jusqu'à 1641 paraissent être venus du Perche, 
de la Normandie, de la Saintonge, de la Rochelle et de ses envi- 
rons». A la fin de la première partie de son Cours d'Histoire du 
Canada, il publie «une liste renfermant les noms qu'on trouve sur 
les registres de Québec et de Trois-Rivières ; elle contient aussi les 
noms de quelques-uns des colons qui s'établirent à Montréal». A 
l'aide de cette liste, nous avons dressé le tableau suivant : 

TABLEAU INDIQUANT LE NOMBRE ET L'ORIGINE DES ÉMIGRANTS 

FRANÇAIS ARRIVÉS AU CANADA DE 1615 À 1666, 

D'APRÈS L'ABBÉ FERLAND. 



PROVINCES 


1615 

A 

1641 


1641 

A 

1668 


TOTAUX 


PROVINCES (SUITE) 


1615 

A 

1641 


1641 

A 

1666 


TOTAUX 


Angoumois 




7 
11 


7 
11 


Languedoc 




1 
1 
4 
3 
/ 14 
1 


1 


Anjou 




Limousin, Périgord. . 
Lorraine 




1 


Artois 




4 


Aunis, Il« de Rhé, Ile 
d'Oléron 




/ 45 


45 


Ijyonnais, Forez .... 


""2 


3 

16 


Auvergne 




Marche 


1 


Beauce 


3 


6 

""2 
2 

■Jl3- 
7 
6 


9 

""2 
2 

U 
i) 
9 


Nivernais 






Béarn 


Normandie . . . 


27 


^98 
2 

j 29 
f. 

7 33 
3 


125 . 


Berry 


Orléanais, Blaisois . 


2 


Bourgogne 






28 
3 
1 


57 


Bourbonnais 


..... 

2 
3 




9 


Bretagne 

Brie 


Poitou 


34 


Provence 


3 


Champagne 








Dauphiné 


Saintonge 




13 


13 


Flandre, Hainaut 




2 


2 


Savoie 






l'Vanche-Comté 




Touraine 




3 


3 






2 

3 

/ 2.5 


2 
3 

28 








Guyenne 




73 


342 


415 


Ile-de-France 


3 









(1) C'est bien ce que font entendre la mère Marie de l'Incarnation en 1670, 
le récollet Chrétien Lcclcrcq on 1(580, lîacqucville de la Pothcrie en 1700, Charle- 
voix en 1722, et le Suédois Kalm vers 1748. 

(2) Histoire de la Nouvelle France, grande édition, Paris, 1744, vol. III, p. 371. 

(3) jYo/e.s sur les registres de N.-D, de Québec, 18G3, p. 40. 



— 7 — 

M. K. Rameau, dans son ouvrage, La France aux colonies (^), 
dresse un tableau, sur un document emprunté à M. Margry (2), qui 
donne «la collection de tout ce que l'on a pu Irouver dans les actes 
de la province de Québec sur les mariages d'immigrants Français 
célébrés dans cette circonscription, depuis 1640 jusqu'en 1770». 
Voici ce tableau : 

TABLEAU INDIQUANT LE NOMBRE ET L'ORIGINE DES ÉMIGRANTS 

FRANÇAIS ARRIVÉS AU CANADA DE 1640 À 1770, 

D'APRÈS M. RAMEAU. 



PROVINCES 
Où étnieiit nés les émlgrants 



Alsace et Lorraine 

Angoumois, Liinousin,Péri 
gord 

Anjou 

Aunife, Saintonge, Gasco 
gne, Béarn 

Auvergne, Albigeois, Lan- 
guedoc 

Bourgogne, Nivernais 

Berry, Bourbonnais 

Bretagne 

Champagne 

Dauphiné, Franche-Comté. 

Flandre, Hainaut 

Forez, Lyon, Provence, 
Vaucluse 

Maine 

Normandie, Vexin 

Orléanais et Sens 

Paris et environs 

Perche 

Picardie, Beauvoisis, Artois 

Poitou 

Touraine, Blaisois 



Epoque des mariages des émlgrants et leur nombre 



1640 

à 

1660 



140 



1660 

a 

1700 



18 
10 

126 

16 
4 
5 
24 
12 
3 
7 

4 

8 

120 

28 

125 

8 

25 

86 

25 



657 



21 
14 

153 

18 
5 
6 
26 
16 
3 
7 

4 
16 

147 
33 

142 
29 
30 
93 
28 



797 



1700 

à 
1710 



r7IO 
à 
1720 



30 



1720 
à 
1730 



50 112 



4 

12 

4 

135 



1730 

à 

1740 



1740 

à 

1750 



31 



6 

14 

3 

153 



59 



28 



205 



1750 
à 



69 

20 

7 

2 

17 

10 

12 

7 

13 
4 

31 
5 

26 



259 



1760 
1770 



69 



23 

52 
3-1 

400 

70 
25 
13 

118 
47 
28 
35 

49 
28 

234 
64 

263 
29 
77 

145 
47 

1781 



Garneau(3)a étudié la même question: «Nous avons compulsé, 
dit-il, les études de trente-trois notaires sur trente-cinq qui ont 



(1) Edit. de 1859, p. 282. 

(2) M. Margry doit ce document à M. l'abbé Ferland : «C'est en partie sur 
ses notes d'état civil, écrit-il, que j'ai fait, par provinces françaises, une division 
de notre émigration dans le ressort de Québec. )) Oriqines Françaises des pavs 
d Outre-mer, vol. III. p. 652. ' 

(3) Hist. du Canada, 4e edit., p. 101. 



exercé leur. profession avant ou pendant l'année 1700, et dont les 
minutes sont à Québec. » Nous reproduisons le résultat de ses 
recherches : 

TABLEAU INDIQUANT LE NOMBRE ET L'ORIGINE DES ÉMIGRANTS 

FRANÇAIS ARRIVÉS AU CANADA DE 1608 À 1700, 

D'APRÈS L'HISTORIEN GARNEAU. 



PROVINCES DE FRANCE 



Angoumois 

Anjou 

Artois, Cambresis 

Aunis, Ile de Rhé, Ile d'Oléron 

Auvergne 

Beauce 

Béarn, Navarre, Pyrénées 

Berry 

Bourgogne 

Bourbonnais 

Bretagne 

Brie 

Champagne 

Dauphiné, Avignon 

Flandre, Hainaut 

(Franche-Comté), Bresse 

Gascogne 

Giiyenne, Quercy 

Ile-de-France 



NOMBRE 



56 

44 

11 

'201 

8 

'43 

3 

' 32 

6 

* 87 

20 

32 

10 

8 

1 

18 

22 

358 



PROVINCES DE FRANCE (SUITE) 



Languedoc 

Limousin, Périçord 

Lorraine, Messm 

Lyonnais, Forez 

Maine 

Marche 

Nivernais 

Normandie, Vexin 

Orléanais, Blaisois, Gatinais. 

Perche 

Picardie 

Poitou 

Provence 

Roussillon 

Saintonge 

Savoie 

ïouraine 



NOMBRE 



18 
30 
9 
12 
30 



1 

342 

43 

20 

76 

233 

G 



91 

2 

34 

1930 



M. Benjamin Suite, enfin, a fait des recherches considérables 
«pour arriver à comprendre les origines de notre peuple». Son 
Histoire des Canadiens-Français contient de nombreux détails sur 
les colons arrivés au Canada de 1608 à 1700, dont plusieurs ignorés 
des historiens précédents. 

Ces données ont servi de base à l'étude du même auteur sur 
La langue française en Canada. «Nos premiers défricheurs, dit 
M. Suite dans cette brochure, sont venus du 'Perche, de la Nor- 
mandie, de la Picardie et de la Beauce, entre les années 1633 et 

1663 A partir de 1662 et jusqu'à 1672, le Poitou, la Rochelle, 

la Gascogne même ont fourni tous ensemble un contingent un peu 
plus fort que le premier. De 1632 à 1672, la Touraine et Paris 
(avec ses environs) contril)uèrQnt une certaine part au peuplement 

de la colonie Ainsi, voyez la carte et suivez les noms des 

localités à mesure que nous les nommons: Abbeville, Amiens, 
Saint-Quentin, Beauvais, Dieppe, Rouen, (^aen, Cherbourg, Evreux, 
Nantes, Alençon, tout le Perche et la Beauce, l'Ile-de-F'rance, Blois, 
Angers, Tours, Poitiers, La Rochelle, toute la Saintonge avec 



— 9 — 

l'Angoiiinois, Bordeaux et quelques endroits de la (niyenne » (p. 9 
et 10). Il trouve une trentaine de l'aniilles venues du Dauphiné, 
de la Franche-Comté et de la Bourgogne (p. 11). Ailleurs, il dit 
que «c'est le groupe normand qui est arrivé le premier, et que les 
Percherons suivirent de près et plus nomhreux» (page 33), et plus 
loin : « Notre principal groupe n'est pas originaire de la Nor- 
mandie. L'Anjou, la Touraine, la Saintonge, le Poitou, l'Angou- 
mois, le pays de la Rochelle nous ont donné la masse de nos 
fondateurs de familles. Nous sommes sortis en grand nombre des 
Charcutes. Au nord et à l'ouest, la Picardie, la Normandie, le 
Perche ont contribué pour un fort contingent. En second lieu, le 
Maine et les environs de Paris sont à citer» (p. 36). (i) 

Nous avons cru pouvoir pousser plus loin les investigations. 

M. l'abbé Ferland n'a consulté que les registres de Québec et 
de Trois-Rivières, et jusqu'à 1666 seulement; M. Margry a fait ses 
calculs sur les seuls actes de mariages célébrés dans la colonie ; 
M. Garneau n'a compulsé que les études des notaires. Nous avons 
consulté le Dictionnaire génèalogiqne des familles canadiennes de M*'''" 
C. Tanguay. Cette œuvre, on le sait, est un relevé de tous les 
actes de l'état civil, baptêmes, mariages et sépultures, fait sur les 
registres mêmes par l'auteur, (pii a aussi puisé de nombreux 
renseignements dans les premiers recensements du (Canada et dans 
les Archives du dépôt de la Marine à Paris (2). Que des erreurs se 
soient glissées dans une œuvre aussi considérable, c'était inévi- 
table. Mais nous croyons pouvoir affirmer que ces erreurs ne 
portent pas sur les souches de nos familles; elles se trouvent 
plutôt dans la ramification des descendances, et se répéteraient 
sans doute si un autre entreprenait de refaire ce travail. Cepen- 
dant nous avons pris grand soin de contrôler les données du Dic- 
tionnaire par tous les moyens à notre portée. Nous avons suppléé 
les origines non indiquées aussi souvent que nous l'avons pu, en 
nous servant des notes de l'abbé Ferland, de celle de l'abbé Faillon, 
Rôle général de la recrue de 1653 (^K des tableaux de M. Benjamin 



(1) En 1877, un Anglais, M. James Koy, de Montréal, avait écrit: «I^es 
premiers Canadiens sont venus des côtes nord et ouest de la l'rance, principa- 
lement de la Normandie et du l'oitou.» (Canadian Illustrated News, 27 octobre 
1877). 

,, y^) ^"^? ficlies de M^'' Tanguay, ses notes, tous ses manuscrits sont conservés 
à 1 Université I^aval, à Québec. 

(3) Hisi. de la Colonie en Canada, t. II, pp. 531 et suiv. 



— 10 — 

Suite, de l'élude de M. N.-E. Dionne sur La Colonie Française à 
la mort de Champlain, des matériaux recueillis par M, l'abbé A. -P. 
(laulier dans sa revue historique Canada, Perche et Normandie, 
de diverses monographies de Familles canadiennes, des registres 
même du district de Québec, et des notes inédites de M. l'abbé 
A. Rhéaume sur le premier volume du Dictionnaire généalogique. 

Enlin, nous avons pu consulter le Registre de confirmation de 
M^"" F'rançois de Montmorency-Laval, premier évêque de Québec, 
document important, retrouvé par hasard il y a une quinzaine 
d'années et conservé aux archives de l'Evèché, qui nous a permis 
de retracer les provinces d'origine de plus de onze cents émigrants 
venus de France pendant le dix-septième siècle, et sur la prove- 
nance desquels les documents antérieurement consultés ne nous 
avaient rien appris. 

Ce registre, en effet, qui semble n'avoir pas encore été étudié 
au point de vue où nous nous sommes placés dans cette étude, 
contient la liste des noms de toutes les personnes confirmées par 
M^*" de Laval, liste faite au jour le jour, pendant les visites pasto- 
rales, et où l'on trouve le plus souvent, avec le nom du confirmé, 
le diocèse de son origine. 

En compilant ces matériaux, en pointant les noms, nous avons 
pris toutes les précautions possibles pour éviter les doubles emplois 
aussi bien que les omissions. 

Le tableau suivant représente le résultat de notre travail. Il 
comprend un relevé de tous les émigrants français, hommes et 
femmes, venus au (Canada de 1608 à 1700, et dont nous avons pu 
retracer l'origine. 

Nous avons cru qu'il était important de distinguer quatre 
périodes dans ce siècle de l'émigration française au Canada. Il 
est ainsi plus facile de suivre le mouvement de cette émigration et 
de bien comprendre l'action qu'elle a pu exercer sur notre parler. 
Les premiers arrivés durent avoir sur le langage une influence plus 
considérable, et, à moins que les émigrations suivantes fussent 
assez nombreuses pour noyer le premier groupe, on peut croire 
que celui-ci s'incorpora plutôt les autres et put, dans une certaine 
mesure, faire prévaloir sa manière de parler. 

On a déjà affirmé que les premiers colons établis au Canada 
étaient en majorité normands et percherons. Notre tableau le 
démontre clairement. 



— 11 — 

TABLEAU INDIQUANT LE NOMBRE ET L'ORIGINE DES ÉMIGRANTS 
FRANÇAIS ARRIVÉS AU CANADA DE 1608 À 1700. 



NOMBKK DES ÉMIGKAKTS 



PROVINCES 
Où étalent liés les émigrants 



Époque où ils apparaissent 
dans les registres 



1608 

à 
1640 



Angoumois . 

Anjou 

Artois . 



Aiinis, Ile de Rhé, Ile d'Oléron. 

Auvergne 

Béarn 

Beauce 

Berrv 



Bourgogne . . . 
Bourbonnais. 
Bretagne . . . . 
Brie 



Champagne 

Comté de Foix 

Dauphiné 

Flandre, Hainaut. 
Franche-Comté. . . 

Gascogne 

Guyenne 

Ile-de-France 

Languedoc 

Limousin 

Lorraine 

Lyonnais 

Maine 



Marche. . . . 
Nivernais. . 
Normandie . 
Orléanais . . 

Perche 

Périgord . . . 
Picardie. . . 

Poitou 

Provence . . 
Roussi lion 
Saintonge. . 

Savoie 

Touraine . . 



Totaux . 



23 



14 



36 



89 
4 

89 



11 



10 



296 



1640 
à 
1660 



13 

56 

2 

115 

3 

1 

22 
5 
6 
1 
9 
7 

23 
1 
4 
1 



1660 

à 
1680 



76 
1 
5 
6 
3 
66 
1 
2 

270 
7 

122 

1 

7 

54 

3 



37 

ai' 



964 



54 

60 

9 

293 

18 

1 

46 

32 

36 

2 

108 

25 

76 

1 

14 

11 

1 

22 

61 

378 

26 

26 

7 

13 

31 

1 

4 

481 

33 

24 

28 

60 

357 

13 

2 

140 

6 

42 



1680 
k 
1700 



2542 1092 



26 
21 

3 

93 
14 

8 
23 
11 
21 

5 
54 

2 
23 

"è' 

3 

5 
24 
55 
131 
23 
44 

2 
16 
15 

4 

1 

118 

19 

3 

16 

18 

158 

6 



87 
6 

28 



93 

139 

14 

524' 
35 
10 
105 
49 
64 

8 

175 

36 

129 

2 
24 
15 

6 

51 
124 
621 

50 

75 

16 

33 

113 

6 

7 

958 

63 
238 

45 

96 
569 

22' 
2 
274 

12 

91 



4894 



De 1608 à 1640, sur un total de 296 émigrants, 178 vinrent 
du Perche et de la Normandie, tandis que l'Ile-de-France n'en four- 
nissait que 36 et l'Aunis 23. 

Dans la seconde période, de 1640 à 1660, l'Aunis, le Poitou 
et la Saintonge envoient au Canada 206 émigrants ; l'Ile-de-France 



— 12 — 

n'en fournit encore que 76 et la Heauce 22; mais des provinces 
du nord-ouest, Normandie, Perche, Maine et Bretagne, il arrive 
467 colons. 

De 1660 à 1680 arrivent au (Canada le plus grand nombre 
d'émigrants. (Test encore la Normandie qui fournit le plus fort con- 
tingent: 481. L'émigration de l'Ile-de-France augmente tout à coup: 
378; celle de l'Aunis est de 293; celle du Poitou, 357. 

Dans les dernières années du siècle, enfin, c'est le Poitou qui 
est à la tête avec 158 émigrants, suivi de près par l'Ile-de-France 
et la Normandie. 

Si aux 4894 émigrants de 1608 à 1700, on ajoute les 984 qui, 
d'après le tableau publié par M. Rameau, seraient venus au Canada 
de 1700 à 1780, on arrive à un total de 5878 émigrants français 
dont on a pu retracer l'origine. Sur ce nombre, à peu près 1782 
sont venus des provinces du sud de la Loire : Angoumois, Aunis, 
Saintonge et Poitou ; et 1834, dont 1045 Normands, des provinces 
du nord de la Loire : Normandie, Bretagne, Perche, Maine et 
Anjou. 

Il se trouve donc que le groupe des Normands, le plus nom- 
breux, est aussi celui qui, premier arrivé, a pu se raciner plus 
profondément et donner à notre parler la plus forte empreinte. 

Cette conclusion de notre travail sera-t-elle confirmée par 
l'étude phonétique et lexicologique du parler franco-canadien 
commencée par la Société du Parler français au Canada? L'avenir 
le dira. 

Stanislas-A. Lortie, p^""* 

Professeur à l'Université Laval (Québec) 



■M 



LE PARLER FRANCO-CANADIEN 



«Sur les bords du Saint-Laurent, dit M. Rameau de Saint- 
Père notre langue n'a pas plus dégénéré que notre caractère». 

Dans notre province de Québec, que la Fiance jadis découvrit j 
et peupla, les institutions, les lois, les coutumes, la langue sont ; 
françaises; nous gardons, comme nous ferions un héritage sacre, 
traditions, mœurs et parler des ancêtres. Nos armes portent cette 
devise: Je me souviens. Et cela veut dire, non seulement: «Je 
me souviens de la France, de la grande patrie et de sa langue», 
mais aussi: «Je me souviens de la Normandie, du Perche et de 
la Bretagne, de la Picardie, du Maine et de l'Anjou, du Poitou, 
de l'Aunis et de la Saintonge. du Berry. de la Champagne et de 
l'Angoumois.... Je me souviens des petites patries et de leurs 

parlers. » ,, j x 

Toutes les provinces, en effet, du nord, de 1 ouest et du centre 

ont contribué au peuplement de la colonie, et donc à la formation 

de l'idiome franco-canadien. 

Dans ce mélange de Français, de Normands, de Saintongeais, 

de Picards, de Berrichons, de Poitevins, etc.. quel fut le sort des 

parlers populaires? , , i r • 

Il appartient à l'histoire de montrer comment s opéra la iusion 
des parlers et quels événements politiques amenèrent la prédomi- 
nance de l'élément français. L'objet de cette étude est plutôt 
l'examen des formes actuelles de . notre langage. Parce qu ils ne ' 
retrouvaient pas, sur les lèvres de nos paysans, intégral et homo- 
gène le parler de l'une ou de l'autre province, quelques-uns ont 
pensé que notre parler populaire ne présentait aucune trace de 
patois; d'autre part, des étrangers, pour n'avoir remarqué que nos 
formes dialectales, ont pu conclure que le franco-canadien était 
un patois homogène. L'examen des éléments qui composent notre 
langage nous fera voir ce qu'il faut penser de ces jugements contra- 
dictoires, et peut-être sera-t-il démontré que le premier n est pas 
moins erroné que le second. . i r • 

Si l'on considère le lexique, le caractère archaïque a la lois 
et dialectal de notre parler paraît d'abord. La Société du Parler 



— 14 — 

français au (Canada a enregistré sur ses fiches un grand nombre 
de bons vocables populaires qui le font voir. Pour l'intérêt qu'il 
présente, citons le mot agès ou ajets (a' je). 

L'enquête sur ajets n'est pas achevée. Douze rapports seu- 
lement ont signalé ce mot, à l'heure où j'écris. Cependant il est 
sûrement attesté. Les vieux surtout paraissent s'en servir; la 
jeune génération le connaît moins. 

Ayès ou ajets s'emploie au Canada dans quatre acceptions 
différentes : 

1° Les douze jours, ou les six jours, qui suivent Noël ; 
2° Présage, pronostic, indice quelconque, et manière d'agir, 
agissements ; 

3° Etres d'une maison ; 

4° Complément, comble de la mesure. 

1" Les douze jours, ou les six jours, qui suivent Noël. 

D'après une tradition, le temps qu'il fait du 26 décembre au 
6 janvier indique le temps qu'il fera durant les douze mois de 
l'année suivante ; le 26 décembre correspond au mois de janvier, 
le 27 au mois de février, et ainsi de suite jusqu'au douzième jour 
après Noël, qui indique le temps du mois de décembre. Les vieux 
remarquent le temps qu'il fait, par exemble, le 30 décembre ; 
s'il fait beau, il fera beau aussi en mai suivant: «Les ajets l'ont 
dit. » 

Cette première acception a été relevée à Terrebonne, à Saint- 
Jean et à Saint-Laurent (Isle-d'Orléans), à la Rivière-Ouelle, à 
la Riyière-du-Loup-en-bas, à Saint-Denis-de-Kamouraska et à 
Rimouski. A la Rivière-Ouelle, un des sujets entendait par ajets 
des cercles ou des rayons observés autour du soleil levant et qui 
annoncent pour la journée de la pluie, du vent ; jusqu'à cette heure, 
cette observation est isolée ; peut-être ajets désigne-t-il plutôt, dans 
cette localité, tout signe de mauvais temps, ce qui serait simplement 
une extension du premier sens. 

A Saint-Hyacinthe, à Saint-Roch-de-l'Achigan et à St-Joseph- 
de-la-Beauce, ajets a aussi été signalé, et avec le même sens qu'à 
Terrebonne, etc. Mais là, les ajets ne comprennent que les six 
derniers jours de l'année et indiquent par conséquent le temps des 
six premiers mois seulement de l'année suivante. 

Ailleurs, dans une région qu'il nous a été impossible de déli- 
miter et sur laquelle des renseignements précis manquent encore, 



— 15 — 

aux environs de Trois-Rivières ou de Nicolet, ces douze jours ne 
s'appelleraient pas les ajets, mais les journaux (jïirnô). Remarqué 
autrefois, ce terme est peut-être perdu aujourd'hui. 

Pris en ce sens, ajets appartient aux parlers du Bas-Maine et 
de l'Anjou, (i) A Anipoigné (Anjou), la même tradition et le même 
mot existent ; là, les ajè (ou aee) se comptent, comme à Saint- 
Hyacinthe, du jour de Noël à la fin de l'année et indiquent le temps 
probable de six premiers mois de l'année suivante. Dans le Bas- 
Maine, un dicton est répandu : 

Entre Nau el l'année 

C'est les jours des achets. 

Dans l'arondissement de Segré (Anjou), on prétend comme ici 
que les douze jours qui suivent Noël indiquent le temps qu'il fera 
pendant les douze mois de l'année; «mais, dit M. E. Queruau- 
Lamerie, je ne les ai pas entendu nommer jours d'q/e/. » (2) 

2" Présage, pronostic, indice quelconque; manière d'agir, agis- 
sements. 

Acception qui n'est peut-être qu'une extension de la précédente, 
à Saint-Hyacinthe on emploie encore ajet pour désigner toute 
espèce de pronostic, de présage. Ainsi les paysans disent: «S'il 
fait clair dans la grange la nuit de Noël, la grange sera vide (c'est- 
à-dire, la récolte sera maigre); s'il y fait noir, la grange sera 
pleine (c'est-à-dire, la récolte sera abondante)» ; et ce dicton est un 
ajet. 

A Saint-Arsène-de-Témiscouata, ajets a une signification ana- 
logue : c'est la manière d'agir d'une personne, ses agissements, ses 
habitudes, qui font prévoir ce qu'elle fera. Un enfant, par exemple, 
donne de bons ou de mauvais ajets, suivant que sa conduite, ses 
dispositions, ses aptitudes, son caractère font bien ou mal augurer 
de son avenir. De même, on prévoit, par les ajets de quelqu'un, 
ce qu'il fera on ne fera pas. 

Cette dernière acception est normande. A Vire (Calvados), 
ajet s'emploie en effet dans le sens d'habitude, de manière d'agir. (3) 

A Bons-Tassilly (Calvados), ajet a été relevé au sens d'adresse 
(à faire un travail). (^) Cette acception paraît inconnue au Canada. 
Nous disons plutôt: «Il a Vadon pour faire ce travail», c'est-à. 
dire, il a le tour de main, l'adresse voulue. 



(1) DoTTiN, Glossaire des Parlers du Bas-Maine. 

(2) Revue des l^aditions populaires, XVIII, 267. 

(3) Dl'Bois, Glossaire du Parler normand. 

(4) Denis, Patois de Bons-Tassilly. Revue des Parlers populaires, 1, 139. 



I 



— 16 — 

3° Etres d'une maison. 

L'emploi d'agès en ce sens a été signalé dans la région du 
Saguenay et dans le comté de Charlevoix. Ailleurs dans la 
province de Québec, on dit léz è:r, pour les êtres d'une maison. 

Avec ce sens, agès appartient au patois picard et au vieux 
l'rahçais. On le trouve dans le Dictionnaire du Patois picard de 
Corblet: «Agès: êtres d'une maison.» Il est enregistré comme 
vieux français par La Curne: «dégagements, issues commodes 
pour aller d'une chambre ou d'une rue à une autre», et par (jode- 
froy : « êtres d'une maison, passage ». I)u(^ange le rattache au latin 
populaire aggestus: aAggestus videtur esse ambitus seu incinctus 
sylvae. Ab hac voce nata, ni fallor, apud nos, in quibusdam pro- 
vinciis, vulgaris loquendi formula : scavoir les âgés d'une maison 
ou d'une ville, pro scire vias et itinera. » Cotgrave donne aussi ce 
sens au mot agiers. Le Normand a encore agers : « (Connaître les 
agers d'une maison, dit Moisy, c'est en connaître la distribution. » (^) 

4° Complément, comble de la mesure. 

Ce quatrième sens du mot ajet a été relevé dans le comté de 
Dorchester. C'est ce qu'ailleurs les Canadiens appellent le robinet, 
ou le trait, quand il s'agit d'un liquide. 

Et cela nous ramène au normand. Tel est, dans le Calvados, 
dit M. Guerlin de Guer, le sens du mot ajet. (2) 

Il se trouve donc que des quatre acceptions canadiennes du 
mot agès ou ajet, l'une nous vient du Bas-Maine ou de l'Anjou ; 
l'autre, de la Normandie ; la troisième, d'origine picarde, se rat- 
tache au vieux fiançais ; et la dernière est aussi normande. 

Les mots canadiens ne sont pas tous aussi riches, et le plus 
souvent, pour retrouver dans notre lexique l'apport de patois 
différents, il faut examiner plus d'un vocable. 

Par exemple, cintre (planche de labour où aboutissent les 
sillons d'une pièce de terre) nous est vraisemblablement venu de 
la Saintonge ou du Maine ; about (même sens) a dû être apporté 
du Berry. 

Nous devons débagager (déménager, déguerpir) au normand, 
et dêcaniyer (même sens) au Saintongeais. De même sont respec- 
tivement normands et poitevins les synonymes : cliché et débord 
(diarrhée), s'accouver et s'agrouer (s'accroupir). Ce dernier 
terme se rattache au vieux français accroueî\" 



(1) Dict. de Patois normand. 

(2) Reoue des Parlers populaires, II, 44. 



— 17 — 

Achaler, au sens d'incommoder, de fatiguer, en parlant de la j 
chaleur, est de la Saintonge ; au sens d'ennuyer, d'importuner, il i 
appartient aux parlers du Bas-Maine. 

Notre pronom a, al (elle) est usité dans la Normandie, dans , 
le Maine, dans la Picardie, dans l'Aunis, et dans tout le centre 
de la France, mais cette forme est surtout bourguignonne. 

Le peuple, chez nous, prononce la nasale à comme les Picards : 
ê, et la consonne j comme les Saintongeais : j\h] ; il dit, par 
exemple, aijê ou a rhâ (argent), et même arhê comme les Cha- 
rentais de la Tremblade. 

Casuel, employé \)our fragile, est normand ; signifiant maladif, 
c'est un santonisme. 

Nous disons nô: dœ' (nous deux) comme les Bourguignons, 
et nivt me.T (notre maire) comme les Normands. 

Voici encore quelques-uns des mots^normands connus au 
(Canada : 

berlaiider (bœrlàxlé) ~- flâner. 

bavaloise (Jbàvàlwè:z) = pont de pantalon. 

botter (bà'té) == s'attacher aux pieds des chevaux, en parlant 
de la neige. 

bacul (ba'ku) — palonnier. 

Catalogne (kàtaldn) — sorte de couverture de lit. 

cani (kàni) = qui a mauvais goût, vieux, moisi, en parlant 
d'un aliment. 

chonler (nde)— exciter (un chien). 

fafigner (fàfiné) — hésiter, tergiverser. 

frigoiisse (frigus) = espèce de mets. 

gravois (gràuwa) — gravier. 

godendard (godâ:dd:r) ^ grande scie. 

gadellier (gadà'lyé) et gadelle (gadèl) = groseiller et groseille 
à grappes. 

haur (hô.r) = malpropre, en parlant des chemins. 

jaspiner (Jaspiné) ~ babiller. 

jouqiier (jiiké) — percher, jucher. 

limer (limé) = pleurer à demi, en parlant des enfants. 

miicre (miikr) ~ moite, humide. 

pas guère (pà gé:r) — fort peu. 

quri {kri) = quérir, chercher. 

ratoiir {ràtii.r) — détour, ruse. 



— 18 — 

tout récopié (tti rekàpijé) ^ tout craché, peint trait pour trait, 
parfaitement ressemblant. 

sentaine (sâtèn) = Veiu]ro\i, le pli. 

soiie (su) '-= loge à porcs. 

/asser/e (/«;.st/) = i)arlie de la grange où l'on entasse les gerbes. 

teiird (tà'.r)— tordu. 

tocson (toksô) = homme grossier. 

tondre (/ô.ï/r) = amadou. Etc. 

En voici d'autres, (jui sont plutôt saintongeais : 

endormitouère (âdormitwè.r) = sommeil. 

(wenant («/;7?â[(^]) = allable, courtois. 

enfarger (à./ar/|/j]é) = mettre des entraves. 

engranger (âr/m ./l/? je) ^ mettre la récolte dans la grange. 

hagoulard (bàgi.il('i:r) ^^ bavard. 

herdasser (hà'rdà'sé) ^^ ïn'we du bruil, l'aire le ménage. 

basir (b<izi:r) = vire perdu, disparaître. 

/)aac/ie (/>ô;c)=^ course. 

braqne (brà'k) ^ toqué, fou. 

bouler (bulé) = maltraiter. 

bouse (diiz) = fiente de vache. 

chérant (cé.T«(c|) = qui vend cher. 

décesser (désésé) = cesser. 

fanferluches (fà.fœrhic) = parures de peu de valeur. 

gagouet (gàgwè't) = gosier. 

gingeollent (/e.7ô/â[ê]) = gai, folâtre. 

quart (kd:r) = tonneau. 

mâcher {màeé) — meurtrir. 

pileau (pila) ^ tas. 

place (plà's) = plancher. 

ripe (ri'p)^ ruban que le rabot enlève du bois. 

sagant (sà-gâ[ê]) =^ malpropre. 

tinette (///jè"/) = futaille où l'on met du beurrev 

tràlée (/r«.7é) = foule, grand nombre. 

trut (trut') ~ sorte de jeu de cartes. Etc. 

On pourrait allonger presque indéfintmeni ces listes, et ne 
dresser d'autres qui comprendraient des produits caractéristiques 
d'autres patois. 

Quant aux archaïsmes français, nous en avons un grand 
nombre. Citons : amain ~ commode, facile à manœuvrer ; à 



— 19 — 

coup =- subitement, tout à coup ; alis = mal levé, en parlant du 
pain ; accordant = conciliant ; arrouser = arroser ; flambe = 
flamme ; espérer -= attendre ; donaison = donation ; airer = aérer ; 
airrhes = arrhes ; consulte ^--= consultation ; soldart = soldat ; 
s'assir /= s'asseoir; etc. Os bons vocables de jadis se trouvent 
aiTSSî, pour la plupart, dans les iKvtois : nous viennent-ils des 
provinces ou de l'Ile-de France ? De même, un grand nombre 
des pioduits patois (ju'on remarque ici furent autrefois relevés aux 
environs de Paris : les avons-nous reçus de l'Ile-de-France ou des 
provinces? 

Certaines formes, peu nombreuses, paraissent nous être 
propres. Du verbe achaler, les parlers du Bas-Maine ont tiré 
achalation (ennui) ; iious^ en avons^ lait achalerie et achglage 
(m. s.). — Du lai. album -\- -ellum, le normand a fait 6d->é' , avec 
chute de 17; nous disons 6:bè-l; 17 est-elle t()ud)ée, en normand, 
après le XVIF' siècle? ou bien avons-nous ici même substitué le 
suffixe -(7 au suffixe Irançais -/>/• (^-;- lat. -iarium)'! Le produit 
canadien ('rbnié ne peut venir du nornuuid abreim ; l'avons-nous 
fait sur la forme du Bas-Maine abœrnwé ou directement sur le 
français abreuvoir? 

Il faut indiquer aussi les mots tirés des langues indigènes: 
aragan, micouenne, niç/of/, tobaganne, etc., et les mots anglais 
naturalisés au Canada: /<''•//■ (<-^^ ang. /Z^/?/ = lumière, phare); 
kœtiik (-«-« ang. cant-hook = grappin); l'rtivs (^-a ang. light- 
house = phare) ; dràv (^e-as ang. drine =- flottage) ; té-bà:r O-sf ang. 
tea-hoard = cabaret); kô:sàrn (-«-« ang. conceru = société commer- 
ciale) ; etc. 

Ajoutons enfin un certain nombre de mots anglais et améri- 
cains introduits, sans changement dans le franco-canadien : cheap 
= à bon marché; coa/ =^ veston, jaquette, pardessus; camus = 
réunion secrète de partisans politiques ; blizzard = violente tem- 
pête d'hiver; etc. — des anglicismes de sens, tels que : collecter = 
percevoir ; compulsoire — obligatoire ; contracter = entreprendre ; 
etc. — et plusieurs vieux mots français ou normands que nous 
reprenons à l'anglais : cloque = manteau, capote ; baquer = céder, 
plier; 6<7/?c?e = corps de musique; challenger = récuser ; etc. (i) 
Et nous aurons, de l'ensemble du lexique canadien-français, 
une idée assez juste. 

(1) Les mots de ces trois dernières catégories se rencontrent surtoutdans les 
villes. 



20 

Une remarque importante qu'il faut faire, c'est que les formes 
patoises connues au Canada ne sont pas seules usitées par le 
paysan canadien-français; le mot français est généralement connu 
et souvent employé. Pour exprimer une idée, un paysan intro- 
duira dans la phrase un seul mot patois; un autre, trois; un 
troisième, cinq ; le reste du discours sera français. Tantôt, 
si l'on compte les mots et les sons, le français l'emportera ; tant()t, 
le patois. 
^ Imaginons le court récit d'un paysan : « Sa brebis la plus 

gentille est perdue; une brebis qui lui avait été donnée par ses 
vieux parents ! Dans son champ, il y a un défriché; elle s'y est 
aventurée, avec le reste du troupeau, à travers les broussailles et 
les arbres abattus; comme elle passait auprès d'un gros arbre, 
une branche, un morceau de bois pourri lui est tombé sur les 
reins et l'a écrasée. Quel embarras! 11 devra le dire à sa femme, 
et celle-ci sera mécontente. » .le transcris : 



(OHTHOGHAPHK Vri.OAI»!'.) 

V'ià ma barbis là pu av'- 
nante qu'est bàzie : eune bar- 
bis qu'j'ai-t-éyu d'su' nos gens ! 
Dans le clos, }'' à-t-in abatis ; 
a y à 'té, avec l's aut's, amont 
les fardoches pi l's arrachis; 
en passant aras in gros-t-àbre, 
eune ralle, in pourrillon y' à 
timbé su' l'rinquié j)'is l'A écra- 
pouti. Queu' harrias ! va fol- 
louër l'dire à là criature; a 
vâ-t-i et' malcontente! H) 



(notation PHONÉTigiE) 

Wà nui harbi là pu àvnâA 
ké hà.'zi; œn harbi k j\h]é t 
éifii tsu nâ hà\('\! dà\c] l klo, 
ijà t en à' bâti; à y à té, 
àvœk œlz ô:t, é'mô lé farda c 
pi Iz (frà'ci; â\ê\ p():sâ\ê\ 
àrà ë grôt à:b, œn ràl, ê 
piiriyô yd té:bé su l reké pi 
lia ékrà'pirli. kœ hàryâ! va 
fàhvè.r œl di:r à là kriya- 
tu:r ; a va ti y é:t màlkô- 
tâ:t! 



Dans cette transcription, pas un mot qui ne soit patois; pas 
un non plus qui ne soit attesté au Canada. Les uns sont usités 
partout, d'autres sont rares, quelques-uns sont en train de dispa- 
raître ; mais tous ont été entendus dans nos campagnes. 

Clependant, ces phrases ne sont pas canadiennes. Sur cent 
de nos paysans, pas un seul ne fera ce récit comme je l'ai écrit J 

(1) Il faut remarquer que Vorthocpaphe oiihjaire n'est pas, ne peut pas être 
exacte ; on devra plutôt lire la notation phonétique. 



— 21 



C'est que le discours populaire, chez jnous, n'est jamais entière- i 
ment dialectar~^^InsrrceTuT"qûi"tIira harhis ne dira peut-être pas 
bàziërnmArj)erdiie ou morte; un lu^re emploiera bien arrachis, 
mais broussailles au lieu de fardoches ; un trcHsième se servira du 
mot rinqiné, mais non pas de poiirrillon (ju'il remplacera par mor- 
ceau de bois pourri; et ainsi de suite pour tous les mots (pie j'ai à 
dessein fait entrer dans l'exemple. Chacun des sujets à qui vous 
demanderez ce récit, emploiera dix ou quinze mots patois; mais 
les mots patois ne seront pas les mêmes dans toutes les versions ; 
de sorte que, pour retrouver le récit tel (jue je l'ai noté, vous 
devrez fondre ensemble toutes les variantes recueillies. Par 
exenq)le, écoutez trois paysans prononcer les trois premiers mots : 
«Voilà ma brebis». 11 n'esl pas probable que vous entendiez du 
premier coup: ulâ ma barbi. Mais vous pourrez noter: 1" vlâ 
ma brœbi; 2" vwàla ma brœbi : 3" luoàla uià barbi. Dans chaque 
cas, un seul mot est dialectal ; mais en rapprochant les variantes, 
vous aurez les trois mots sous leur forme patoise en même temps 
que canadienne. Autre exenq)le : yeus se prononce parfois }â 
(français), et parfois je (picard), parfois hà (saintongeais), ou 
encore hê : et ce dernier produit comi)rend ce qu'il y a de dialectal 
dans les deux autres. 

Cet examen rapide suffit à démontrer que notre lexique se 
compose d'un vieux fond de français, avec, épars, des débris de 
patois, quekiues produits indigènes, et près des villes beaucoup 
d'anglicismes. 

Si de la lexicologie on passe à la phonétique,) l'étude des sons 
conduit aux mêmes conclusions sur'la nature 'de notre parler 
populaire. On'aperçoit cependant une différence. Tandis que les 
substituts lexicologi(iues présentent, "smvaVrles régions explorées, 
des variantes dont on pourrait peut-être faire une certaine distri- 
bution topographique, il n'en est pas de même des produits 
phonétiques : le vocalisme et le consonantisme offrent à l'obser- 
vation, sur toute l'étendue du territoire, les mêmes phénomènes i^\ 
Il semble (lue, dans la fusion des parlers importés de France, les 
formes phonétiques aient plutôt persisté qui n'étaient pas tout 
particulièrement caractéristiques d'une province et se rattachaient 



(l)2nu moins là où l'influence de l'émigration acadienne ne s'est pas fait 
sentir. 



_ 22 — 

à un type commun; de là l'unilormité de notre prononciation. 
Aussi les produits canadiens qui ont été observés représentent-ils 
le parler moyen du peuple. 

Comme nous avons fait j)oiir les substituts lexicologiques, 
essayons d'indiquer des rapprochements possibles entre quelques 
produits de Vu latin dans le français du ('anada et dans les parlers 
du Maine (i), de la Normandie — région de Caen à la mer — i^), et 
de quelques autres régions. 

(Chacun de ces produits canadiens n'est pas nécessairement 
un type de formes similaires ; il se rencontre sans doute des séries 
de mots auxquels un même traitement est applicable, mais aussi 
des formes isolées. 

1" (e +) u: ton. + r as-^àv. 

Securum ^s-^ sœ.r (= fr. sûr). 
Cette réduction de la diphtongue ne se rencontre guère que 
dans la locution sur et certain. 

Cf. les parlers normand, manceau, ^vallon et lorrain. 

2" «• libre ton. m-^ ii' . 

gula »-»► g%i'l (= fr. gueule). 
Tel est le sort de tr libre en Bretagne et dans le Maine. 

3" //.•(+ n, m) ss->- œ' . 

una m-^ cp'n (= fr. une), 
luna îs->- l&'n (= Ir. lune), 
pruna sr^-^ prœ'n {--h\ prune), 
pruna + arius «-*- prœ'nijé (— fr. prunier), 
communicare ^^-^ kdmœ'nyé (— fr. communier), 
bruma sh->- brœ'm ( = fr. brume), 
pluma sH->- plœ'iu (= fr. plume), 
pluma + -ittus «->► plœ'mè't (— fr. plumet). 
' includinem m->- â.'klà'in (— fr. enclume), 
legumen s-^ lég&'m (= fr. légume), 
et une longue série de formes similaires. 

Même traitement dans les parlers du Bas-Maine, de la Nor- 
mandie et de la Haute-Bretagne. 

Dans le Bas-Maine, humorem »-^ imœir, comme au Canada. 



(1) Voir le Glossaire de M. Dottin. 

(2) Voir l'Atlas dialectologique de la Normandie de M. Guerlin de Guer. 



_ 23 — 

4'' ii: (+ c) entravé m-*- i, "• 

fructum m-^ [ri, frii (- fr. fruit). 

fructum + -arium «-^ frityé, friifijé (= fr. fruitier). 

fructum + -aticum «-^ frità:j, frntœj (=- fr- fruilage). 
Dans une partie du Bas-Maine, on a le produit / ; dans un 
autre, «. 



5" «■ + / en position »-»- ô'. 

culcita -h -ile b-^ kô/z (= fr. coutil), 
pulmonem sh^ pù-mô (= fr. poumon). Etc. 
Le Bas-Maine connaît pômùnik, employé comme ici pour 
poitrinaire. 

Etudions encore (juehpies-uns des produits caractéristiques 
de Va latin dans notre parler populaire. Nous verrons que hmtôt 
l'évolution canadienne remonte directement au vieux français, | 
tantôt à un développement parallèle dialectale. 

4" a ton. + / »-*► à', â'- 

qualem i^-^ kœ, kœl (= fr. quel, quelle). 
Ce produit, aussi pur phonétiquement que le produit français, 
est dialectal. Nous l'avons vraisemblablement reçu de la Nor- 
mandie, du Maine ou de la Saintonge, où il existe encore (D ; 
cependant, nous aurions pu tout aussi bien le tirer nous-mêmes du 
français (piel, mais non pas de quel prononcé à la moderne (kèl), 
car, par la vocalisation de la consonne linale, (piel (ki-l) eût donné 
qimiii (ko). Si kœ est de fabrication canadienne, nous l'avons 
tiré de quel prononcé avec é fermé (kel). C'était probablement la 
prononciation en usage parmi les habitants de l'Ile-de-France qui 
émigrèrent au Canada; au \\V siècle, en elTet, et jusque dans le 
XVIP, on prononçait fermé Ve de quel {kél)(^). Et c'est à cette 
époque (jue se place le point de bifurcation de l'évolution française 
et de l'évolution patoise. 

On sait du reste que l'a tonique libre (+ /) a donné un e, 
indéterminé jusqu'au X«^ siècle, fermé au XI1% et qui ne s'est ouvert 
qu'au XVIL'. Rappelons encore que la chute de la liquide de 
quel, devant une consonne, est attestée dans la prononciation du 
XVP et du XVIP siècle ; Ve étant alors fermé, quel devenait ké, 

(1) On trouve qiien, quieiilx, qiieulle, etc., dans les dialectes écrits 

(2) Voir Thuhot, vol. I, p. 55, et les grammairiens qu il cite : bylvius, Mei- 
gret et Péletier. 



— 24 — 

produit populaire que l'on trouve encore chez le petit peuple au 
milieu du XVIIP siècle (i) et aujourd'hui encore en Normandie. 

Or, où le français classique ouvrait l'e et le français populaire 
laissait tomber 1'/, le dialecte, au contraire, maintenait la voyelle 
fermée, vocalisait la consonne, et de kél faisait régulièrement Ad'. 
Le dialecte dut conserver d'abord la liquide même devant les mots 
commençant par une consonne, c'est-à-dire dans le cas où le fran- 
çais populaire la laissait tomber; de là la Aocalisation. 

Devant un mot commençant par vme voyelle, pour éviler 
l'hiatus, on restitua à kœ 17 qui s'y trouvait déjà sous une autre 
forme. Exemple: kdé iâ (= fr. quel temps); kœ l d'm (=fr. quel 
homme). Que dans ce dernier exemple / soit intercalaire, la 
forme du pluriel porte à le cioire: kfé z à' m {— quels hommes). 

On pourrait faire une démonstration pareille sur k&k (= fr. 
quelque), kœkè {— fr. (piehju'un), lèkœl (= fr. lequel). 

Quant au mouillement du k, la réduction de l'hiatus résultant 
de la vocalisation de 1'/ l'explique assez. 

2° a ton. + / m->- à. 

ital. fanale «e-^. fànà (= fr. fanal). 
germ. stal ^sv->- étô (= fr. étal), 
quintale »->■ kêtô (= fr. quinlal). 
canalis «e-^ kànô (= fr. canal), 
animalis sh-^ anima (— fr. animal), 
aequalem s-*- égô (— fr. égal). 
Hors le cas d'entrave, la vocalisation de 1'/ n'est pas française. 
L'adoucissement de al en au était cependant pratiqué dans le 
vieux français, et l'on en trouve de nombreux exemples jusque 
dans le XVII* siècle. (2) 

Nous pouvons donc tenir ces formes aussi bien du français 
que des patois. 

3° a ton. (+ labiale) m-*^ œ- 

labra «-^ lœvr (= fr. lèvre). 
De même : capra, crama, capum, amat, graphium, * grava, 
* accapat, m-*- cœvr, krœm, etc. 



(1) Voir Thikot, vol. II, p. 140; Duez, Bufficr, Antonini, M:uiviIlon, etc. 
On |disait, par exemple: que conte! que monstre! pour « quel coule! quel 
monstre ! » Que s'entend aussi chez nous. 

(2) Tabourot, Mellena, Oudin. l'Acad. en 1694 et en 1740, donnent estau ; 
journau n'est disparu du dict. <le l'Acad. qu'en 1762. 



— 25 — 

'Phénomène de labiîjlisation purement dialectal, (jui paraît se 
rattacher aux patois du nord et du centre de la France. Cq peut 
aussi être le résultat d'une nouvelle mise en marche de l'évolution 
interrompue dans le français. 

4" n ton. libre (+ r) «-^ é:, à('.(i). 

patrem m-*- pà:r, pivèir (= l'r. père), 
mare »->- mé:r, nià'è:r (=- ïr. mer). 
et les formes similaires. 

Ces deux prod; its ne paraissent pas également répandus, et 
il serait peut-être possible d'en établir la topographie. 

Quoiqu'il en soit, le premier (é.) représente l'étap. française 
du XP au XVP siècle. L'e sorti de l'a libre latin devint en effet 
fermé à cette époque ; on prononçait alors mé:r, pé:r, etc. (.e n'tst 
qu'au XVIP siècle qu'il devint ouvert devant une consonne per- 
sistante (2), et encore Ve resta-t-il fermé dans bon nombre de mots 
jusqu'au milieu du XVIIP siècle (^). Père, mér, etc., ne sont donc 
que des formes françaises attardées. 

L'autre produit («è.) est du patois pur. 

Quelle est l'origine du son adventice à ? On est tenté d'y voir 
la conservation de Va latin, et, en dressant le schéma de l'évolu- 
tion, de placer le point de bifurcation de l'évolution française et 
de là patoise vers le V^ ou le VP siècle, à l'époque où Va tonique 
libre était devenu ae, en passant par aa. En ce cas, nous aurions 
reçu àè directement de quelque patois; car cette diphtongue était 
depuis longtemps perdue au XVIP" siècle. Mais il y faut plutôt 
voir le résultat d'une réflexion vocalique ; nous aurions opéré sur 
le moderne père. Dans le premier cas, pàè.r serait plus ancien 
que pé:r ; dans le second, beaucoup plus jeune et de provenance 
canadienne. La dernière hypothèse est la plus vraisemblable. Si 
on l'adopte, on aperçoit tout de suite que le canadien s'est déve- 
loppé parallèlement au normand, qui est arrivé à un résultat 
analogue, et l'on constate que, sur ce point du moins, notre parler 
populaire est bien vivant, car les sons segmentés et diphtongues, 
dit M. Guerlin de (nier, « sont bien caractéristiques d'un orga- 



(1 ) La diplitongue n'est pas très nette ; le premier élément tend à disparaître. 

2) Péletier (1549) écrit par e. fermé tous les mots en -ère: <( père mère, 
chérfde^ m/r>> etc. Lanoue (1Ô96) fait de même. Meigret ( o42) attr.hue «\e 
clos »'àp<Te mère. Oudin (1()3;H) et Chitllet (l(to9) attribuent 1 e ouvert aux mots 
en -crf , mais ils exceptent père, mère, frère et leurs composes. 

(3) L'Acad.. en 1740. écrit père et compère, amere et mère, chère, confrère, etc. 



— 26 — 

nisme linguistique en voie d'évolution ». Les phénomènes de 
réflexion voealicjue, dit le même auteur (i), «reposent sur une ten- 
dance générale de toute langue populaire bien vivante à émettre une 
majorité de sons allongés, puis segmentés et diphtongues, (ju'elle 
préfère aux sons purs des langues fixées. Par exemple, un son o, 
qu'il soit de nature brève ou longue, de nature ouverte ou fermée, 
sera toujours, dans une langue littéraire, représenté par ce qu'on 
pourrait appeler, en nuisi(pic, une note sim[)le, sans harmoniques. 
Dans une langue populaire il en est autrement. C.e même son, 
de quantité [)lutot longue au point de son évolution, laisse entendre, 
en même temps qu'un son fondamental, des harmoniques de ce 
son, tantôt à sa i)artie antérieure, tantôt à sa partie postérieure; 
c'est-à-dire: (Va:, ô'à:, et toutes les variétés de ces gammes. Du 
jour où le son se segmente de la sorte, l'évolution suivra son cours 
normal, jusqu'à modifier profondément le mot où il figure. » 

Mais si notre produit ù'è: est en marche, vers ([uel phénomène 
s'achemine-t-il?. . . . L'r'j tend à disparaître : l'évolution se ferait 
donc vers le français. 

Dans tous les cas, le canadien à'è: ne peut être que le descen- 
dant ou le frère du normand. 

5" (pal. +) a ton. ^t->- à\ œ, œ, u. 

casa a9->- cà', eœ, eœ, en (= fr. chez). 

Il est assez remarquable (jue ce produit présente, complète et 
vivante à tous ses dégrés, la gamme de la série antérieure labialisée. 

L'évolution française de casa offre les formes attestées sui- 
vantes: chiese, chiès, ches, chez. Le produit canadien est dialectal. 
Cependant la prononciation cœ était, au XVIL' siècle, « très com- 
mune, m es me à la Cour » (-). 

La chuintante initiale — à laquelle est probablement due la 
labialisation indique que cœ nous vient du centre de la France. (3) 

G" a + /( + cons.) *-»- ti. 

* salcitia "^-^ siisi's (= fr. sauciss.*). 

sal + ])iilverare js-*- snjmdré (= fr. saupoudrer). 

salvum »-*- su (^) (= fr. sauf). 



(1) Atlas dialecioloqique, p. 37. 

(2) Vaugelas, II, 162. Cliifilet, sec. 3, par 2(5. Tli. Corneille, II, 162. De la 
Touche, 37. 

(3) Voir lioiisselot et Laclotte, p. 62. 

(4) Daiis « sauf votre respect ». 



— 27 — 

("est encore un produit patois. Nous faisons subir à n + ii 
provenant de 17 vocalisée, le traitement ([ue le normand api)lique 
dans certains cas à la diphtongue au. 

On pourrait donner encore d'autres exemples, ^^ous prou- j 
veraient que notre langage est un parler français mélangé de / 
formes patoises. ) 

Les matériaux nuuujuent pour étudier la morphologie et la 
syntaxe populaires du (Canada français; mais il serait étrange 
qu'elles n'eussent pas subi les mêmes influences que la phonétique. 

Dans son ensemble, le parler du [)euple canadien n'est donc 
pas, à proi)rement dire, un patois: mais il est le résultat de la 
fusion de plusieurs patois différents, greffés sur du vieux français. 
C.e n'est ni du patois pur, ni an français littéraire, ni du français 
corrompu ; c'est, pourrait-on dire, du vieux franç ais patoisé.li\ 
Arcluûsants et patoisants, tels nous sommes. Et il n'y a là rien 
que de très honorable; seuls sont tentés d'en rougir ceux qui ne 
savent pas ce qu'est le patois, qui ne connaissent de ce mot que 
le sens ironique et plaisant (^\ et pour qui patois est synonyme 
d'argot ou de jargon. »^ Le français littéraire n'est lui-même qu'un 
patois officiel J 

On croit communément que les parlers provinciaux sont du 
français corrompu, et l'on hésite à reconnaître les larges bandes 
de patois qui brochenl sur notre français. 

Uappelons-Ie encore une fois, dialectes sortis en même temps 
du latin, le normand, le picard, le poitevin et le bourguignon ne 
le cédaient d'al)ord à leur congénère, le français, ni en valeur 
littéraire, ni en influence. Le dialecte français finit par supplanter 
les autres ; la langue du roi devint la langue du royaume. Les 
dialectes provinciaux cessèrent d'être écrits ; depuis cette époque, 
on les appelle patois. 

Ainsi les dialectes de la langue d'oïl sont devenus les patois \i 
français; ceux de la langue d'oc, les patois proucnçau.v. 

Ln patois est donc une langue, autrefois littéraire, qui n'est 
plus (pie parlée, mais qui n'en continue pas moins à évoluer, et 
plus naturellement, parce que plus librement. 

Qu'au point de vue littéraire, le français .soit aujourd'hui 
plus poli, plus raffiné (jne les parlers jH'ovinciaux, nul n'y con- 



(1) Comme dans ce vers de La Fontaine: «L'une se plaint en son patois.» 



— 28 — 

tredit. Que ces derniers soient proscrits de notre littérature, c'est 
de quoi il faut avoir soin. Mais les patois n'en sont pas moins 
vénérables; et, bannis de notre langage, c'est plaisir d'en retrouver 
les débris sur les lèvres de nos paysans .... 

douceur de tremper sa l)<)uehe à leurs vieux mots ! (1) 

Il reste à dire un mot du langage des gens instruits, phoné- 
tique, lexique, morphologie et syntaxe. (2) 

Le mélange des diale-tes a singulièrement facilité l'évolution 
de notre parler vers le français classique. Broyées et confondues, 
les formes patoises (ml perdu de leur vigueur naturelle; déracinées, 
la sève leur a manqué. Tel mot normand, par exemple, perdu 
dans le français, n'a pas su toujours rester pur normand. Dans 
la fusion des parlers provinciaux et du français, les caractéristiques 
les plus considérables ont disparu, les cadres de la phonétique 
populaire ont été brisés. Il en est résulté un langage, moins 
intéressant peut-être au point de vue scientifique, mais qui se 
polit et se raftine plus vite. Quelques années seulement passées 
à la ville, et nos paysans ont presque perdu ce que Loysel appe- 
lait « le ramage de leur pays ». 

Quel langage parlent-ils alors? (Test ce que nous allons 
voir. 

Phonétique. — Les considérations [)récédentes s'appliquent 
surtout à la phonétique. Le paysan canadien n'a pas d'accent 
provincial distinct; ou, si l'on veut, il a trop d'accenls dipers, 
pour qu'aucun d'eux soit apparent. Aussi perd-il, et dès les pre- 
mières années de collège, le plus grand nombre des caractéristiques 
de la phonétique populaire. Au point de vue français, s'il fait des 
fautes de prononciation, l'homme instruit (et les femmes parlent 
souvent mieux (jue les hommes) n'a pas de défauts de prononcia- 
tion. Il lui reste pourtant quelques souvenirs du parler maternel, 
souvent indéracinables : ê pour œ (= ïv. un), e pour è (= fr. //?), 
/ et (/ pour / et (/ (devant / ou u), une certaine mollesse d'articu- 
lation, une attaque de son indécise et manquant de netteté, et le 
peu de profondeur des inflexions vocales. 



(1) Ch.-Th. Féret. 

(2) J'entends étudier le parler moyen des personnes instruites, non pas de 
celles qui ont une culture spéciale: celles-ci parlent en général un français très 
pur. 



— 29 — 

Lexique. — C/est le vocabulaire français, mais pauvre et impré- 
cis, à peu près pur de patois, mais assez fortement archaïque, et 
mêlé, hélas! des anglicismes les plus barbares. Dans lecommerce 
et dans l'industrie surtout, l'anglicisme nous ronge ; c'est l'ennemi 
qu'il faut combattre. La presse introduit même ces barbarismes 
dans nos campagnes ; heureusement, hors des villes, le mot anglais 
se francise le plus souvent: de roiind-hoiise, le paysan a vite fait 
rô:chis. (^^ 

Morphologie. —Urus la bouche des gens instruits, la morpho- 
logie est absolument française. Ainsi, les prétérits en /, répandus 
dans les campagnes, sont inconnus dans les villes. 

Syntaxe. — Les tournures sont parfois imitées de l'anglais; 
mais le plus souvent, elles sont françaises, quoique peu soignées, 
encore moins variées. 

La philologie est une science nouvelle et toute affirmation 
sur la nature des parlers suppose cette restriction : « (Vest du 
moins ce qu'on peut affirmer, dans l'état actuel des recherches. » 
Les considérations qui précèdent n'échappent pas. à cette règle. 
Mais elles serviront peut-être à l'orientation des études et justifie- 
ront le double objet que poursuit la Société du Parler français au 
Canada : le relèvement des vocables populaires et l'épuration de 
notre langage. 

Nous devons d'abord constater l'état du français chez nous, 
phonétique, lexique, morphologie et syntaxe. C'est notre premier 
soin. Faire le relèvement de nos vocables populaires et les rattacher 
au vieux français ou aux patois, ce n'est pas chercher à épurer le 
langage des paysans. On népure pas un parler populaire, et 
vouloir empêcher le peuple de parler son libre idiome serait folie. 
Mais il y a des formes dialectales qui, belles sur les lèvres du 
peuple, ne sauraient entrer dans le discours littéraire. Il convient 
donc que les gens instruits sachent juger de la valeur de chaque 
terme relevé. Non pas que nous entendions condamner l'emploi 
des mots populaires pittoresques et de bon aloi ; mais les écrivains 
qui puisent à cette source féconde, doivent faire un choix judicieux 
des termes dont ils enrichissent le vocabulaire. 



(1) Dans son Esthétique de In langue française, M. Rémy de Gourmont cite 
comme types étranges de mots anglais francisés au Canada, Stanfold devenu 
Sainte-Folle et Somerset devenu Saint-Morissette ; ce sont plutôt des produits de 
l'étymologic populaire. Mais qu'aurait-t-il dit, s'il avait connu Saint-Âbroassepoil 
{sétàbnispu>èl), sorti de Sandy Brook's Point ? 



— no — 

Quant au travail d'épuration, c'est dans les villes surtout 
qu'il doit se taire. «L'anglicisme, voilà l'ennemi!» (^e cri, jeté 
en 1879 par l'un des nôtres, est aussi celui de la Société du 
Parler français au (Canada. 

Déjà, au [)oint de vue de la pureté du langage, des résultats 
notables ont été obtenus, et d'autre part l'étude des formes popu- 
laires devra, dans une certaine mesure, remédier à la pauvreté de 
notre vocabidaire. Quand ce dernier travail sera pkis avancé, il 
ne sera peut-ètie pas inutile à la philologie romane ; nous aurons 
du moins recueilli des matériaux et sauvé de l'oubli maints pro- 
duits ({ui disparaissent; au point de vue scientifique, là s'arrête 
notre ambition. 

Adjutoh Riva h» 

Professeur à l'Université Laval (Québec) 
Secrétaire de la Société du I^arler français au Canada 



^1 



TABLE DES MATIÈHES 



Alphabet phonétique 4 

De l'Origine des Canadiens-Français 5 

Le Parler franco-canadien 13 



I 



Imprimerie Kdoiund Mareotte, 82, rue Saint-Pierre, Qiiél)ce, (Canada. 



r 



EN VENTE, LIVRAISONS I-VII 

ATLAS LINGUISTIQUE DE LA FRANCE 



PUBLIE PAR 



GILLIÉRON, I EDMONT, 

Directeur adjoint à l'École pratique des | auteur du Lexique Saint-Polois. 
Hautes-Etudes. I 

Cet important atlas, publié sous les auspices du Ministère de 
l'Instruction publique, se composera de 17,000 cartes dont cha- 
cune reproduira la carte de France complète et sera consacrée à 
un mot ou à un type morphologique. L'ouvrage comprendra 
tous les patois et idiomes de la France. 

Prix de souscription, 25 fr. par livraison 

Il n'a été tiré qu'un très petit nombre d'exemplaires en dehors des souscripteurs. 

La première livraison est accompagnée d'une notice explicative que 
nous remettons aux souscripteurs. 



SCULFORT DE BEAUREPAS.— Le panceltisme universel. 

La Rénovation celtique. Paris, 1903, 2 forts \oK in-8. 12 fr. 

Bulletin mensuel des récentes publications françaises. 

Abonnement annuel 10 fr. 

Bulletin du Parler français au Canada. (Université Laval, 

Québec). Abonnement annuel 10 fr. 

Revue des Études Rabelaisiennes. Abonnement annuel . . 10 fr. 



GRAND ASSORTIMENT de livres anciens sur l'Histoire de France 



Livres récents et collection de documents relatifs à la Révolution française 



La librairie Champion possède un grand nombre d'ouvrages 
d'occasion, anciens et modernes, concernant l'histoire de la France 
l et de ses anciennes provinces— les anciens textes, la philologie, 
. les patois, coutumes et chansons populaires—la noblesse, l'histoire 
[ des familles, l'art héraldique. M. Champion se charge de fourn^, 
en très peu de temps et dans de bonnes conditions, tous les en- 
seignements, ouvrages, collections, brochures qu'on voudra^ bien 
lui demander. 

*" 
Envoi franco, sur demande, de notre catalogue de livre^jÊe fonds 
et d'ouvrages d'occasion. 



Imprimerie Edouard Marcotte, 82, rue Saint-Pierre, Québec, Canada. 



\ 



Société du parler français au 
Oan&dSi, Québec 

t^^,'„^„e> ftt le Darler des 

AUTHOR: 
AUTHOR: