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Full text of "Lárgot de l'X"

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L 



ei/'>/ 



L'ARGOT DE L'X 



TIRAGE DE LUXE 

A CINQUANTE EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS A LA PRESSE 

Savoir : 

No* 1 à 25. — 25 .Exemplaires sur papier des Manufactures impé- 
riales du Japon. 

N<» 26 à 50. — 25 Exemplaires sur papier de Chine. 



5456-94. — CoBBEii.. Imprimerie Cntri. 



TH" NEW YOPK 
PUBLIC LIBRAR Y 



AS 7 OR. LINOX 



o«. 



ALBERT-LÉVY et G. PINET 



L'ARGOT DE L'X 



ILLUSTRÉ PAR LES X 



PREFACE D'ARMAND SILVESTRE 
Eau-forte originale de BRACQUEMOND 






^ 




PARIS 

Librairie de VEdition nationale 

EMILE TESTARD, ÉDITEUR 

18, RUE DE CONDÉ, 18 

1894 



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A nos Antiques. 

A nos Cocons. 

A nos Conscrits. 



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AVERTISSEMENT 



L'École Polytechnique célébrant cette année 
(1894) le centième anniversaire de sa fondation, 
devra au Comité du Centenaire^ présidé par 
M. Faye, le savant astronome, sa véritable 
histoire, celle des hommes considérables 
formés par elle : officiers de terre et de 
mer, ingénieurs des services publics, indus- 
triels, administrateurs, magistrats, membres 
du clergé, savants, hommes politiques et hommes 
d'État qui lui ont conquis la célébrité. Le récit 
ayant été fait déjà de la participation des poly- 
techniciens aux grandes manifestations natio- 
nales, des souvenirs et des traditions auxquels 



II AVERTISSEMENT. 

elle doit sa popularité, son histoire est maintenant 
complète. 

Mais le sujet n'est point épuisé pour ceux qui, 
répudiant, comme nous, toute prétention à la 
gravité de Thistorien, cherchent simplement 
dans le passé de TEcole, ce qui peut distraire et 
amuser les nouvelles générations d'élèves. C'est 
ainsi qu'essayant de revivre, pour ainsi dire, les 
deux années de notre jeunesse, les scènes 
curieuses de la vie journalière nous sont revenues 
à la mémoire, avec « cette façon de langage 
maçonnique » qui servait à nous reconnaître et 
dont certaines locutions ont franchi les murs de 
la rue Descartes. Il nous a paru alors que nos* 
camarades pourraient prendre plaisir à retrouver 
les jeux, les fêtes, les cérémonies, les airs, les 
chansons, les poésies, tout ce qui avait distrait le 
temps des études laborieuses, dans un vocabu- 
laire de V Argot original, à l'aide duquel se sont 
transmis les souvenirs et perpétuées les tradi- 
tions. Beaucoup nous ont approuvés et encou- 
ragés. De toutes les promotions, soit anciennes, 
soit récentes ; de tout le personnel attaché à 
l'École, officiers, professeurs, répétiteurs, élèves 
et agents, nous sont parvenus des renseignements 
précieux, des notes, des anecdotes, des croquis, 



AVERTISSEMENT. XII 

des caricatures, des chansons, et notre livre 
est né de cette collaboration généreuse (i). 

Nous voulons donc remercier ici publiquement 
tous ceux qui ont été ainsi.nos collaborateurs, et 
parmi eux : 

Les camarades : Laussédat, Catalan, Moutard, 
Mercadier, de Rochas, de Lapparent, Kerviler, 
Picquet, Saraz, Lemoine, Ghéguillaume qui 
nous ont communiqué leurs documents, — 
Armand Silvestre, à qui son affection pour tout 
ce qui touche à FÉcole a inspiré la préface émue 
qu'on va lire, — Marcel Prévost, qui nous a 
donné son premier sonnet inédit composé à 
rÉcolemême, — G.Moch, l'auteur de l'amusante 
saynettede Chambergeolj — Doigneau, Leblond, 
Voillaume, Olive, Helbronner, Ernst, et avec 
eux M. Ragut, attaché à la direction des études, 
artistes dont l'habile crayon a saisi sur le vif 
toutes les manifestations de la vie polytechni- 
cienne, — les majors et les caissiers présents à 
l'École qui ont mis à notre disposition les 

(1) Les auteurs accueilleront avec reconnaissance tous les 
renseignements rectificatifs ou complémentaires que les cama- 
rades voudront bien leur adresser pour servir à une seconde 
édition. 



I V AVERTISSEMENT . 

volumineuses archives accumulées par les pro- 
motions successives. 

Nous remercions enfin particulièrement notre 
ami, Téminent graveur Bracquemond, de sa 
superbe composition offerte pour être mise en 
frontispice, et notre aimable éditeur de s'être 
appliqué à parer avec art ce petit livre pour le 
présenter au public. 

AlBERT-LÉVY — G. PiNET. 
il mars 1894. 



PRÉFACE 



En me faisant Thonneur de me demander quel- 
ques lignes d' « Avant-Propos » pour leur livre 
tout à la fois si fantaisiste et si documentaire, mes 
camarades, ses auteurs, m'ont, en môme temps, 
causé une grande joie. Car je n'en ai paç de 
meilleure et de plus vive que de reporter mon sou- 
venir vers ces deux années d'École d'où je tirai 
l'optimisme de toute ma vie. 

J'y connus, en effet, une société toute de sélec- 
tion intellectuelle, ardente vers un. même idéal de 
vérité et de justice, où l'intrigue et la basse envie 
étaient inconnues, où la fraternité n'est pas un mot 
banal; et, bien que tout ce que j'ai rencontré depuis 
dans le monde en ait prodigieusement différé, j'y ai 
puisé une confiance dans la vie qui m'a constam- 
ment soutenu. Et j'imagine que beaucoup, de ceux 
qui y ont passé, en ont emporté la même impression 
consolatrice. 

A l'École, cette camaraderie, qui, dans nos 
mœurs actuelles, n'est pas même pour la plupart 
et partout ailleurs, une menue monnaie de l'amitié, 
est, pour le monde polytechnicien, une chose aussi 



1 " PRÉFACE. 

sacrée que naturelle, parce qu'elle s'exerce entre 
gens de môme éducation et d'égales traditions 
d'honneur, parce qu'elle ne risque pas de s'égarer 
sur des indignes, à une époque où, par une certaine 
indifférence morale tout à fait blâmable, les hommes 
regardent beaucoup plus où ils mettent leurs pieds 
qu'où ils mettent leur main. Notre tutoiement 
traditionnel ne risque jamais d'être compromettant. 
Aussi gardai-je cette formule d'intimité à quelques 
amis de première enfance, puis pour nos camarades 
d'École exclusivement. Mais combien elle m'est 
douce avec eux ! 

L' « argot de VX », comme l'ont appelé les 
auteurs de cet aimable Dictionnaire^ est aussi, entre 
nous qui avons quitté depuis longtemps l'École, 
un signe de ralliement, une façon de langage 
maçonnique. Il a le grand avantage d'avoir varié 
avec le temps, ou plutôt de s'être constamment 
enrichi, ce qui lui permet de donner un moyen 
immédiat de se reconnaître aux élèves des pro- 
motions voisines. Il indique des dates et est 
documentairement historique au premier chef. Car 
chaque mot a sa légende et son origine nettement 
constatées. Il équivaut au millésime d'une année. 
L'orthographe en est, de plus, si parfaitement 
rationnelle et rudimentaire que Messieurs les réfor- 
mateurs de l'Académie eux-mêmes n'oseraient en 
proposer la simplification. Nous avons réalisé le 
rêve de ces audacieux écrivains : une langue où 
l'on écrit comme l'on parle. 



PREFACE. " VII 

Ah ! comme, dès qu'ils se rencontrent, deux poly- 
techniciens ont vite, sur les lèvres, ces mots qu'évo- 
quent, dans leur mémoire, toute une évolution de 
leur esprit en môme temps que les plus belles 
années de leur jeunesse ! Il me suffirait, en pareil 
cas, de fermer les yeux pour que fût évoqué, dans 
mon cerveau, tout un monde lointain auquel je 
suis demeuré fidèle, tout un monde d'images que 
je n'ai jamais oubliées, comme si l'album en était 
dans mon cœur même : la grande cour plantée 
d'arbres rares et poudreux, par les beaux soirs 
d'été où s'exaspérait dans la captivité ma virile 
adolescence, s'exhalant dans l'air tiède et poursui- 
vant, par delà les hautes murailles, les doux 
fantômes féminins qui promenaient, dans la rue, 
sans doute, des fleurs fanées dans leurs cheveux; 
mes premières veillées poétiques pendant le cours 
d'allemand dont, religieusement, je n'écoutais pas 
un mot, acharné que j'étais à quelque sonnet que 
je dirais, le mercredi suivant, à ma première amou- 
reuse, laquelle se moquerait de moi sans me décou- 
rager ; mes deux salles avec leur orientation 
différente dans l'uniformité du grand bâtiment 
géométrique et monotone, avec, à leur place, chacun 
de mes compagnons de deux années d'études. 
— Hélas ! tous maintenant ne pourraient venir s'y 
rasseoir dans le rayonnement de la lampe studieuse 
sous lequel on faisait de si bons sommes, les len- 
demains de prolonge ! — la petite salle de la 
])ibliothëque, où les amateurs de musique passaient 



VIII I»RÉFAGB. 

une bonne partie de la récréation» Mercadier, son 
violon à la main, et Sarrau derrière sa contrebasse; 
les soupers joyeux dont je n'ai jamais retrouvé 
l'appétit et, après le déjeuner de deux heures, les 
pyramides de frites dans les polices luisants d'un 
philocome comestible : tout ce qui s'enfermait de 
joies et d'espérances dans cet horizon si restreint, 
mais où la vie se resserrait, par cela môme et pour 
ainsi parler, dans une plus grande intensité. 

Car vraiment nous vivions dix ans dans ces deux 
années, dix ans de travail et d'activité cérébrale, 
avec des émulations enfiévrées, mais aussi avec de 
divines paresses où le rêve reprenait ses droits, 
où se conservaient les ardeurs contenues de notre 
jeunesse. C'était quelque chose de tout à fait 
moderne et monacal tout ensemble, avec de rapides 
révoltes, mais aussi avec de grands élans vers la 
science et vers le progrès. Et comme la moindre 
étincelle venait mettre le feu à ces poudres endor- 
mies ! Nous étions là pendant les victoires d'Italie 
et j'ai vu l'École, dans un hourra indescriptible, 
avec l'alcool des lampes brûlant dans des godets à 
lavis, cependant que des bombes, venues là on ne 
sait comment, soulevaient de grands jets de sable 
dans la cour, et que tout autour, dans les rues 
sordides, aux fenêtres bruyantes, on criait : <r Vive 
l'École! Vive la Patrie! » 

C'est que ces deux mots sacrés n'ont jamais été 
désunis. 

Ah ! si je me laissais aller à ce beau fleuve dç 



PRBFAGB. IX 

souvenirs, sur lequel cette courte préface demandée 
ma lancé comme une barque que j*aimerais aban- 
donner à la dérive ! 

A rÉcole j'ai eu mes premiers orgueils de pen- 
seur et j'ai versé mes premières larmes d'amour. 
Séparé cinq jours sur sept d'une infidèle, j'ai connu 
les consolations qui viennent de la double pitié de 
la Muse et de l'Analyse. Je soupirais en vers comme 
Ovide, à moins que je ne m'acharnasse à des 
formules. Remarquez qu'il n'est pas deux occupa- 
tions qui se ressemblent davantage que celles-là. 
C'est la même recherche du rythme et de la symé- 
trie. Car le Vrai comme le Beau s'expriment tou- 
jours par le rythme et par la symétrie, par une 
harmonie des caractères et des lignes. Cauchy et 
Hermite, qu'ils le veuillent ou non, sont des poètes 
comme Homère. Mais par quelle école buisson- 
nière, toutefois bordée de fleurs qui me sont 
chères, j'en viens à mon sujet, ce Diclionnaire de 
r argot polytechnicien, que j'ai promis de présenter 
au public. Il faut y arriver, cependant! 

Eh bien, nous nous occuperons d'abord de défi- 
nir ses origines. 

11 ne vient pas, du tout, des écoles préparatoires 
à l'École, et la preuve c'est qu'il est inconnu en 
province. Il est bel et bien natif de l'École même, 
d'où il rayonne, au contraire, sur les lycées et je 
ne dirai même sur le monde. Car nous pourrions 
revendiquer la paternité de mots passés aujourd'hui 
dans d'autres argots, et, pour citer un exemple, je 



X PREFACE. 

ferai observer respectueusement au chansonnier 
Bruant que ce beau vocable de rouspétance y dont 
il fait un si noble usage, a roulé de la Montagne- 
Sainte-Geneviève jusqu'à Montmartre, en traver- 
sant Paris. 

J'en pourrais citer d'autres encore, qui font hon- 
neur au langage usuel de nos contemporains. 

Son berceau est donc bien à l'École. Abréviatif 
avant tout, par essence, il est la langue de gens qui, 
ayant fort peu de temps à perdre, suppriment vo- 
lontiers la première ou la dernière syllabe des mots, 
quelquefois même plusieurs syllabes dans les mots 
un peu longs, comme « amphithéâtre » qui devient 
amphi. Ces vocables, ainsi ramenés à leur rudiment, 
sont immédiatement promus à la dignité de racines 
dont on pourrait faire, comme le bon Lancelot, un 
jardin, et qui servent à la composition d'autres 
mots. Amphi et hypo sont précisément dans ce cas. 

Bien que d'apparence enfantine à la prononciation , 
ce vocabulaire diffère essentiellement de celui des 
enfants qui procèdent, au contraire, par répétition 
et disent, par exemple: « po/>o » pour pol. Ah! 
nous avons bien le temps de nous amuser à ces 
redoublements! C'est l'opposé. L'habitude de l'al- 
gèbre est, au contraire, visible dans l'argot de 
l'École. C'est une formule constante de généra- 
lisation, et si, au lieu de se parler seulement, il 
avait l'occasion de s'écrire, vous verriez que les 
lettres y auraient remplacé les mots, absolument 
comme dans la convention cartésienne. 



PREFACE. XI 

Innocemment d*ailleurs ou naïvement reconnais- 
sant, il perpétue le souvenir des supérieurs et des 
maîtres qui se sont succédé dans Tadministration 
de rÉcole et dans les cours. Bosio, Merca, Corio 
sont les commencements de noms, lesquels, par 
cette simple faveur, demeureront immortels. Car si 
de nouveaux mots prennent droit de cité dans le 
Livre d'or de la fantaisie polytechnicienne, les mots 
anciens en sont rarement exclus. Nous l'avons bien 
vu dans notre promotion, où nous avons tenté de 
remplacer, par le nom d'un de nos camarades 
entré dans les mêmes conditions, le vieux mot de 
gigon désignant le supplément en toutes choses, 
et dont s'appelait un élève entré supplémentaire- 
ment vingt ans auparavant. 

Cette fidélité à l'héritage parlé des anciens est 
un signe de plus de l'esprit traditionnel de l'École. 

Cette filiation avec des noms de personnes cons- 
titue l'élément originel d'un grand nombre de mots 
de notre argot. L'association bizarre des idées, de 
cocasses rapprochements et quelque peu tintamar- 
resques en ont enfanté d'autres qui ne sont pas les 
plus mauvais. Tel le mot crotale, pour serpenty 
employé lui-même pour « sergent ». Il y a là 
vraiment carambolage d'idées. Tel encore celui 
d^ossian pour « bonnet », en souvenir du célèbre 
géomètre, à la fois poète et coiffeur par le nom. 
Comme toujours, le caprice se môle, à l'occasion, 
d'une certaine poésie. L'image supprimée mais 
vivante dans la désignation de pitaine Printemps 



ZU PRÉFACE. 

pour le tapin qui apporte les feuilles en est, je crois, 
le plus joli exemple. La métaphore resserrée dans 
un seul mot s'y trouve aussi souvent, comme dans 
la désignation de Tépée par le mot tangente. 

Abréger et généraliser tout à la fois, transformer 
en radicaux les mots ainsi tronqués qui reviennent 
le plus souvent dans la conversation, voilà donc en 
quoi se résume le travail constant et ininterrompu 
d'esprit qui grandira indéfiniment ce Dictionnaire. 
Il nous faudra donc — et c'est d'un heureux pré- 
sage pour les auteurs de ce livre — de nouvelles 
éditions dans l'avenir, non pas revues et corrigées, 
— car celle-ci n'en a pas besoin, — mais considéra- 
blement augmentées. 

Et cette modeste préface aussi, où mes souvenirs 
s'en sont donné à cœur joie, aura besoin d'être 
remplacée par une autre. Car l'histoire de l'École 
aura conquis de nouveaux et glorieux chapitres. 
Car elle aura enfanté de nouveaux grands hommes 
et élargi encore, à travers le monde, son sillon 
civilisateur. 

Que ceux qui viendront après nous l'aiment 
autant que nous l'avons aimée nous-mêmes, et que 
nous l'aimons encore, cette A Ima Parens de notre 
esprit^ ce noble berceau où nous avons bu, comme 
un lait généreux et toujours fécond, l'amour de la 
justice, le culte du progrès, le courage du travail ; 
cette éducatrice de nos âmes à qui nous devons, à 
travers les dégoûts d'un monde mieux pourvu d'ap- 
pétits que d'idéal, la notion et la méitioire d'un 



PREFACE. 



monde où rien n'était fait ni rêvé que d'équitable 
et de fraternel ! 

Que Targot de TÉcole soit immortel comme 
rÉcole elle-même! Car cest le doux et joyeux lan- 
gage qu'a parlé notre jeunesse au temps des ami- 
tiés vigoureuses, des impressions tenaces et des 
sublimes désintéressements. 



27-28 octobre 1893. 



Armand Silvestre. 





Absorption. — L'absorption^ par abréviation Y absorba 
est la série des épreuves auxquelles rancien soumet le nou- 
veau polytechnicien. C'est une sorte de baptême dont 
Torigine remonte aux premières années de la fondation de 
rÉcole. 

Au palais Bourbon, où TEcole était organisée en exter- 
nat (1794-1804), les élèves n'ayant pas entre eux de rap- 
ports très fréquents, de relations bien intimes, la céré- 
monie se bornait le plus souvent à une sorte d'examen 
burlesque qu'on faisait passer aux nouveaux. On leur 
demandait de démontrer que le carré d'une vache est un 
cheval; de trouver l'âge d'un capitaine de navire, con- 
naissant la hauteur du mât et la vitesse de son bateau ; de 
deviner le nom d'un grand physicien représenté par une 
raie tracée sur le mur, et mille autres facéties et calembre- 
daines analogues. Mais, dès que l'Ecole futcasernée et sou- 
mise au régime militaire, il s'organisa immédiatement entre 
les élèves, sous l'apparence de jeux, une sorte d'association 

1 



2 L ARQOT DE L X. 

dont le but fui d'échapper à la surveillance dont ils étaient 
Tobjet et de résister à Tadminisiraiion de TÉcole. 

Pour absorber les nouveaux (les conscrits comme on se 
mit à les appeler), les anciens commencèrent à exiger des 
témoignages de respect et à s'arroger sur eux, pendant un 
certain temps, une véritable autorité. Aux problèmes 
baroques qu'ils continuaient à leur poser, ils ajoutèrent une 
série de vexations, telles que les huées, les arrosements, 
Tenlèvement et la destruction des effets de casernement, 
d'habillement ou d'étude, l'infection des chambrées, et 
quelquefois la bascule et les postes (Voy. ces mots). Ces 
initiations duraient ordinairement deux mois, de novembre 
à janvier, époque à laquelle, le temps d'épreuve étant con- 
sidéré comme terminé, les anciens consentaient à traiter de 
pair avec les nouveaux (1). 

Voici l'ordre qui était affiché dans chaque brigade, dès 
l'entrée de la nouvelle promotion : 

Conscrit, 
La bascule tu recevras 
De bonne grÀce en arrivant. 
La porte ouverte laisseras 
Chaque soir au casemement. 
Sans cela tu ressentiras 
Notre courroux chimiquement. 
Dans nos salles tu n'entreras 
Que bien après le jour de Tan. 
Ton bonnet pris rachèteras 
Pour la bascule seulement. 
Ou sinon tu le reverras 
Défiguré nitriquement. 
Ton ancien tu respecteras 
Et serviras diligemment. 
A son abord tu trembleras 
Et salueras bien humblement. 
Nulle part ne te placeras 
Sans avoir son consentement. 
Sans quoi la poste tu courras 
Dans notre cour, tambour battant. 

(1) G. Pinet, Histoire de VÉcole polytechnique. 



L ARGOT DE LX. O 

L'usage des bascules subsistait encore en 1824; un élève 
de cette promotion, se moquant de l'exagération des pra- 
tiques religieuses introduites un peu plus tard par le gou* 
vernement de la Restauration, chantait ce couplet : 

Aujourd'hui, pour chasser le diable, 
A confesse on est obligé ; 
De notre temps rien de semblable : 
Le diable eût été basculé! 

La bascule disparut et fut remplacée par d'autres épreuves 
assez anodines, dont les parents cependant se plaignirent 
à plusieurs reprises, mais sans succès. 

Sous le premier empire, les brimades causèrent parfois 
de véritables désordres et amenèrent des voies de fait et 
des duels. Sous le régime beaucoup plus doux établi par 
la Restauration, en 1826, l'autorité s'étant relâchée, le sys- 
tème des initiations ne fît que se développer, s'étalant ou- 
vertement et se terminant chaque année par une représen- 
tation grotesque des autorités. Ce fut là l'origine de la 
séance des Ombres (Voy. ce mot). 

Il arrivait quelquefois que des conscrits résistaient, 
refusaient de se laisser absorber^ faisaient de la rouspétance^ 
comme on dit aujourd'hui. Ceirx qui avaient de l'entrain, 
de la vigueur, parvenaient à échapper à tous les bras 
qui cherchaient à les saisir; quelques-uns payaient d'au- 
dace et d'esprit et faisaient rire aux dépens des anciens ; 
mais le jeu n'était pas sans danger. Johanneau, pour l'avoir 
joué avec succès en 1845, fut la cause d'un bran fameux à 
la suite duquel il fut définitivement renvoyé de l'École, et 
dix-sept de ses camarades furent enfermés à l'Abbaye. 

Le plus souvent, les brimades n'étaient que jeux, facéties, 
plaisanteries, cérémonies toujours drôles et parfois spiri- 
tuelles. Ainsi, le premier jour, quand il revenait de la 
bibliothèque après avoir passé par la lingerie, le conscrit 
était contraint de passer une chemise par-dessus ses habits 
et de chanter sur un air connu un passage quelconque d'un 



4 L ARGOT DE L X. 

livre, ouvert à la première page venue. Ceux qui avaient de 
la voix entonnaient un air d'opéra aux applaudissements de 
la promotion. Les taupins à qui Ton connaissait quelque 
talent ou qui s'étaient fait remarquer par quelques travers 
étaient signalés pour être l'objet de vexations particu- 
lières. C'est ainsi qu'en 1839, Léorat et Larochefoucauld, 
qui s'étaient acquis au collège une certaine célébrité par 
leurs exploits chorégraphiques au bal de la Chaumière, 
durent exécuter devant les deux promotions Xepas du grand 
Chahut pendant que, sur l'air de Larifla^ anciens et cons-^ 
crits chantaient à tue-téte la complainte du maréchal 
Gérard : 

Le maréchal Gérard, 
Passant su^ rpont des Arts, 
Rencontre un étudiant 
Qui lui dit poliment: 
Larifla, fla, fia, etc. 

— Monsieur le maréchal, 
Vous êtes sans égal ; 
Allons au bout du pont, 
Nous prendrons un canon. 
Larifla... 

Le maréchal ému. 
Lui f.., son pied dans le c, 
En lui disant : — Gamin, 
Veux-tu passer ton chemin I 
Larifla... 

La morale de ceci, 
C'est que les maréchaux, 
Ne sont plus aujourd'hui, 
Des gens très comme il faut. 
Larifla... 

Après 1810, y absorption se fit au Palais-Royal, au café 
Hollandais, au Holl^ devenu le café des élèves. Elle consis- 
tait en un déjeuner froid composé d'huîtres et de pâté et 
arrosé de Champagne, déjeuner que les conscrits offraient 
aux anciens et qui était précédé de brimades inoffensives. 
Chaque conscrit, débarrassé de son épée, coiffé du claque 



L ARGOT DE LX. D 

placé en bataille, à la gendarme, était saisi, enlevé de terre 
par deux bras vigoureux et transporté dans les airs d*un 
bout à Tautre de la grande salle. Pendant qu'il était soumis 
à un double mouvement de translation et de rotation, le 
conscrit était marqué d'un numéro à la craie sur la partie la 
plus large de son pantalon et recevait au passage nombre de 
taloches sur son... numéro. Les conscrits restaient groupés 
dans une petite salle, appelée le parc aux huîtres^ jusqu'au 
moment où ils étaient admis au festin (1). 

Supprimée en 1865, au moment de l'épidémie decholéra, 
et sévèrement interdite l'année suivante, Vabsorpiion n'a 
pas tardé à reparaître à l'intérieur de l'Ecole, malgré les 
défenses, les menaces, les répressions les plus sévères. 
Elle se résume aujourd'hui en une série de brimades (Voy. 
Bahutagé)^ pour la plupart fort innocentes. 

Vabsorpiion^ avec ses initiations et sous l'apparence de 
jeux, a pour but de fusionner les deux promotions qui se suc- 
cèdent, de plierles caractères, de faire prévaloir l'idée géné- 
reuse du sacrifice de l'intérêt particulier à l'intérêt général. 
C'est ce que dit l'ancien aux conscrits, en présence des 
deux promotions réunies, à la fin des épreuves : « Malgré 
les punitions qui ont plu sur vos anciens, ceux-ci ont con- 
tinué, fermes et calmes, leur initiation. Vous ferez de même 
l'an prochain. Opposez à l'autorité le lien solide de la cama- 
raderie : les gêné passent et le Code X reste. Vous avez subi 
les épreuves nécessaires ; maintenant soyez nos camarades. » 
Cette tradition, transmise de promotion en promotion, a 
certainement contribué, dans une large mesure, àdévelopper 
un puissant esprit de corps entre les élèves. 

Admiss'. — Abréviation d'admission. On dit les exa- 
mens d' ad miss\ ou même simplement Vadmiss\ 

Ce serait une curieuse histoire que celle du programme 

(1) L'École polytechnique {Journal de la Jeunesse)^ par Albert- 
Lévy, 



6 L^ ARGOT DE l'x. 

des examens d'entrée : toujours grossi, surchargé, exi- 
geant de plus en plus un effroyable surmenage. Que de 
changements depuis les premières années, où Ton n'exigeait 
que des éléments d'arithmétique, d'algèbre et de géométrie, 
où l'on tenait compte surtout de l'intelligence, préférant 
« ceux qui savaient le mieux à ceux qui savaient le plus », 
et aussi « ceux qui avaient constamment manifesté l'amour 
de la liberté et la haine des tyrans » I Les épreuves, unique- 
ment orales à l'origine, sont augmentées en 1800 d'épreuves 
écrites : d'abord une simple dictée de quelques phrases 
françaises ; puis une version latine, bien vite supprimée ; puis 
une composition d'analytique, une épure, des dessins lavis 
et d'imitation, un calcul trigonométrique, une composition 
de physique et de chimie. Pour l'oral, chaque branche des 
connaissances exigées est successivement étendue puis 
diminuée; la mécanique apparaît, disparait, reparait. 
L'importance relative des différentes épreuves ne cesse de 
varier. 

Le mode d'examen change presque aussi souvent que les 
programmes : les interrogations sont confiées tantôt à un 
seul examinateur, tantôt à quatre ou même à deux, qui se 
partagent les candidats et dressent chacun leur liste, tantôt 
à une commission unique qui se transporte dans les prin- 
cipales villes de France, comme cela a lieu aujourd'hui. Ces 
changements successifs ont toujours pour but de donner 
au concours une sévérité plus grande, une justice plus 
complète, une égalité plus parfaite, une solennité plus 
imposante. 

Aujourd'hui les épreuves de l'admission comportent : 

P Une série de compositions écrites, après lesquelles on 
dresse une liste d'hypo-admissibiliié. 

2^ Deux examens oraux portant sur les mathéma- 
tiques et qui servent à dresser une liste, dite d'admis- 
sibilité. 

3° Quatre examens oraux, deux de mathématiques, un de 



L ARGOT DE LX. 7 

physique et un de chimie, permettant de constituer, avec 
les notes des premiers examens et celles des épreuves écrites 
la liste définitive de classement. 

Un examen d*escrime et d'équitation peut donner aux 
candidats de 1 à 15 points. 

Le baccalauréat es lettres ou simplement le certificat de 







CERTIFICAT DE VACCINATION. 



Nous Docteur en Philosophie , Docteur en 
Médecine , l'un des Médecins Grand-Vaccî- 
nateurs du Royaume., etc. , etc. ^ certifions 
que Mr^l^?^^^V'2g^.^^ 

aétiprésenré/de la doutante et meurtrière 
Fefil^Yfrole par notre Vaccination régu- 
lière dtt//^lfa4/' ^/. ^ %8if 







la première partie de ce baccalauréat donne un avantage de 
15 points. Sur la liste par ordre de mérite, on prend le 
nombre d'élèves fixé chaque année par le ministre de la 
guerre. 

Pour entrer à VX il ne suffit pas d'être Français, d'avoir 
moins de vingt et un ans, et d'être ferré sur les mathéma- 



. ARGOT DE L X. 



tiques [trapu en X comme on dit à l'école) ; il faut avant tout 
être vacciné. 

Dès Torigine de TÉcole, un certificat de vaccine a été 
nécessaire. Nous donnons, page 7, le curieux fac-similé 
d'un certificat produit en 1818. 

Vacciné, déclaré bon pour les services qui se recrutent à 
l'Ecole par un conseil de revision spé- 
cial, le iaupin est alors autorisé à se 
présenter devant les examina- 
teurs. 

Les candidats les redoutent, 
ces examinateurs féroces, qui, 
pendant une heure, les tour- 
nent et les retournent comme 
les martyrs sur leurs brasiers. 
Aussi comme on se venge à 
l'Ecole, le jour de la séance 
des Ombres^ en mettant en 
lumière leurs tics, leurs tra- 
vers, leur manière d'interroger, les tours de phrases qu'ils 
affectionnent. 

Celui-ci hirsute, lourd, le dos voûté, critique en grom- 
melant toutes les expressions échappées au candidat : 

— Heu! heu! « le sens des ai^illes d'une montre! » mais, mon- 
sieur, si vous n'avez pas de montre ? — Et puis, vous dites « ce qui 
satisfait à Téquation m ; vous a-t-elle dit ce qui lui fail plaisir? Heu ! 
heu ! Quand on parle comme vous, on apporte un dictionnaire de 
locutions! — Vous ne comprenez pas?... C'est malheureux pour Tun 
de nous deux, monsieur! heu ! heu ! — Effacez ! 

Celui-là, moins gouailleur mais plus nerveux : 

— Ah! vous ajoutez !... Eh bien, dites-le, monsieur, parlez! Bon, 
vous retranchez, maintenant! mais dites-le, monsieur, dites -le 
donc! — Cela me fait beaucoup de peine, monsieur; j'ai pleuré 
pendant tout l'examen de votre prédécesseur, j'en ai assez... Je vous 
remercie. 

Col autre, physicien très distingué d'ailleurs, promène 




l'argot de l*x. 9 

une longue règle de bois de sa chaussette à sa bouche, 
cache son visage derrière une pile de livres, afin d'éviter la 
poussière de craie, et demande : 

— M'sîeu, pas de détails, pas de figures. — Tournez le dos à la 
planche et lâchez de me comprendre ; c'est pas si facile que ça. 




— M^sieu, si je place une mouche dans un verre plein d^air, et que 
cette mouche vole, le verre en sera-t-il plus lourd? 

Il y a Texaminateur nerveux, ne cotant que l'intelligence, 
et posant au candidat des problèmes dont il ne connaît pas 
lui-même la solution. II s'échauffe, dirige l'élève, cherche 



10 L*AnGOT DE L X. 

avec lui et donne comme note un 5 ou un 18 suivant Tins- 
piration du moment. 

De tout temps, il s'est rencontré des examinateurs grin- 
cheux et même tant soit peu impertinents. Écoutez plutôt 
Arago racontant son examen d'entrée à TÉcole : 

L'Examinateur. — Si vous devez répondre comme votre cama- 
rade, il est inutile que je vous interroge. 

Araoo. — Monsieur, mon camarade en sait plus qu'il ne Ta mon- 
tré; j'espère être plus heureux que lui: mais ce que vous venez 
de me dire pourrait bien m'intimider et me priver de tous mes 
moyens. 

L'Exaurvatevr. — La timidité est toujours Texcuse des ignorants; 
c'est pour vous éviter la honte d'un échec que je vous fais la pro- 
position de ne pas vous examiner. 

Arago. — Je ne connais pas de honte plus grande que celle que 
vous m'infligez en ce moment. Veuillez m'interroger, c'est voire 
devoir. 

L'Examinateur. — Vous le prenez de bien haut, monsieur ! Nous 
allons voir tout à l'heure si cette fierté est légitime. 

Arago. — Allez, monsieur l je vous attends. 

Les réponses du candidat furent si remarquables que^ 
passant d'un extrême à l'autre, l'examinateur, Monge le 
jeune, se leva, vint embrasser Arago et lui déclara qu'il 
occuperait le premier rang sur sa liste. 

Vers 1860, l'un des examinateurs de math était un 
ancien saint-simonien, devenu catholique ultra. Lorsque 
la famille s'était retirée au monastère de Ménilmontant, 
il avait eu pour fonction de cirer les bottes d'Enfantin et 
de ses compagnons. Affligé d'un mal qui le faisait se tor- 
tiller sur sa chaise, il variait à chaque instant son humeur 
au grand effroi du candidat. 

Que de générations ont maudit le célèbre Lefébure de 
Fourcy, toujours grognant, toujours caustique, s'attirant 
parfois de vives répliques. Un élève ayant ânonné sa ré- 
ponse, Lefébure s'adresse à l'appariteur : 

— Garçon, apportez une botte de foin pour le déjeuner 
de monsieur! 



l'argot de l'x. 11 

— Garçon, répond le candidat, apportez-en deux ; — 
monsieur Texaminateur déjeune avec moi ! 

Nous retrouverons un peu plus loin plusieurs autres 
examinateurs de Vadmiss*, 

Amicale (!'). — C'est la Société amicale de secours, 
instituée dans le but de venir en aide aux camarades mal- 
heureux et à leurs familles. Née du même esprit de corps 
et de camaraderie qui a présidé à l'Association mutuelle 
des élèves et, plus tard, à l'institution des caissiers (Voy. 
ce mot), cette Société, fondée par les promotions 1863 
et 1864, n'a pas tardé à être déclarée d'utilité publique 
et à prendre un développement rapide. Ses ressources, 
consistant en dons, leg^, souscriptions perpétuelles, cotisa- 
tions et dans le produit d'un bal annuel, sont arrivées à 
constituer un capital social de près d'un million. 

Tous les élèves tiennent à honneur de figurer sur la 
liste des souscripteurs, qui est un véritable Annuaire de 
l'École. 

V Amicale organise tous les ans, dans les salons de la 
Légion d'honneur, du ministère de la guerre, ou d'un 
grand hôtel de Paris, un bal où se donnent rendez-vous 
toutes les familles polytechniciennes. C'est le bal de VX. 

Tous les ans, au mois de janvier, les membres de l'Asso- 
ciation se réunissent à l'Ëcole, sous la présidence d'un 
d'entre eux, pour entendre la lecture du rapport sur les 
actes de la Société. 

Jadis, la réunion avait lieu dans le pavillon même des 
élèves ; jeunes et vieux fraternisaient, quelquefois bruyam- 
ment. 

I^ séance se tient aujourd'hui dans le grand amphi de 
physique. 

Amphi. — Abréviation du mot amphithéâtre. 

Le premier amphithéâtre avait été construit dans l'hôtel 



12 L ARGOT DE l'x. 

Lassay, contigu au palais Bourbon, sur la terrasse du 
quai; il contenait quatre cents places. Pendant l'hiver 
rigoureux dé 1794-95, les élèves, alors externes, avaient 
pris rhabitude de venir y déjeuner le matin, puis de chan- 
ter et de faire le plus grand vacarme jusqu'à Theure de la 
leçon. 

Dès le principe il fut le lieu désigné de toutes les réu- 
nions tumultueuses. 

Des étrangers s'y glissaient tous les j'ours, particulière- 
ment les élèves de l'École des miiies et ceux de TÉcole 
normale. 

C'est pour cela qu'on fit délivrer à chaque polytechni- 
cien une carte qu'il devait présenter à la sentinelle du posté 



CX^xJMmffu^ 



N.^ ^'b BLivX BK L*SCOLK POLYTECHNIQUE 

U 






Signalement. 
1 Aa 



Délfvr 




d'entrée de la rue de l'Université ; cette carte servait éga- 
lement de carte de sûreté pour circuler librement dans Paris. 

Quand l'École fut transportée au collège de Navarre, 
on construisit, à chacune des ailes du pavillon destiné aux 
élèves, un amphithéâtre particulier à chaque division. 

Ces deux amphithéâtres disparurent en 1871, lors des 
agrandissements de l'Ecole, et furent remplacés par un 



L ARGOT DE L X. 



13 



seul, construit dans un bâtiment 
annexe, qu'on éleva au milieu il- 
la cour de gymnastique, dite au- 
trefois cour des Acacias. 

L'amphithéâtre de chimie fu! 
construit en même temps que 
les laboratoires, par le gé- 
néral Tholozé, en 1842. 
C'est dans cette vaste salle 
semi- circulaire que les 
deux promotions se réunis- 
saient jusqu'à ces derniers 
temps. Le grand amphi - 
théâtre de physique, dans la 
construction duquel on a in- 
troduit tous les perfection- 
nements de Tart moderne, a 
été élevé de 1879 à 1883, en 
même temps qu'un groupe de 
bâtiments spécialement destinés à la physique, sur la rue 




^ 29-91 




d'Arras el la rue du Cardinal-Lemoinc ; il contient 700 places. 



14 



L ARGOT DE L X. 




A Tamphithéâtre le professeur, presque 
toujours en habit noir, expose la leçon ; il 
est écouté religieusement. Toute manifes- 
tation est interdite; les élèves se lèvent à 
la première et à la dernière leçon ; il 
"'y û généralement d applaudisse- - 
ments qu'à la fin du cours. Les élèves, 
assis sur les gradins, prennent des notes 
sur leurs genoux, le papier appuyé sur le carton Pierre, 
La surveillance est faite par un capitaine de service qui, 
les yeux sur le plan de la salle, peut immédiatement repérer 
l'élève qui troublerait Tordre. La mesure n'est pas toujours 
inutile car il peut arriver que quelques élèves fatigués se 
laissent aller au sommeil ou même, si la leçon est trop 
ardue, qu'ils se livrent assis à terre, entre les bancs, aux 

émotions du whist à 
trois. 

Le mot amphi ne 
désigne pas seule- 
ment l'amphithéâtre ; 
il a reçu, par extension, 
])lusieurs autres accep- 
tions . Amphi signifie 
aussi la leçon du profes- 
seur. C'est dans ce sens 
^ "*-!"' qu'on dit : « Je n'ai pas com- 

pris un traître mot de Vamphi d'aujourd'hui, » ce qu'on 
exprime plus couramment en disant : — J'ai pigé zéral à 
r amphi . 

Les élèves savent que « les interrogations portent sur 
les quatre derniers amphis ». 

On dit encore « faire un amphi à un camarade », c'est- 
à-dire « lui expliquer une leçon ». 

Dans les salles d'étude, le crotale fait souvent un amphi 
préparatoire à ceux qui doivent subir une interrogation. 




L ARGOT DE L X. 



15 



Sur la demande des élèves d'une salle, un répétiteur 
vient faire un amphi supplémentaire ; c'est un droit dont 
les élèves usent peu souvent. 

Lorsqu'on veut avoir sur un point particulier des rensei- 
gnements intéressants, des tuyaux^ on demande un amphi- 
tuyaux. 

Par extension encore, on appelle amphi la réunion de 
plusieurs personneî^^ de 
piuÉieujT? objets : un 
divîi un amphi de \ J^\ 




f.!i^ii('M*aux, uij 
amphi de claques, etc. 
Le matin, après Tappel, certains élèves remontent dans 
les casernements, terminent ' _ 
leurs ablutions ou se cou- tilvi 
chent sur le pieu (le lit) et t^.^ . 

continuent le somme inter- 
rompu par la diane : c'est 
Vamphi'pieu (Voy. p. 16). 

Amphl-chevé. — Depuis 
plus de trente ans, un enseigne- 
ment musical, facultatif du reste, 
est donné à TEcole d'après la mé- 
thode Galin-Paris-Ghevé. Emile 
Chevé, puis Armand Ghevé ont suc- 
cessivement professé avec le désiii- 
téressement le plus absolu. Ils ont obtenu de merveilleux 




16 



L ARGOT DE LX. 



résultats constatés tous les ans dans une grande séance 
musicale offerte au général. Les élèves se passionnent à 
ce point pour les ta fa té ré lé ti fi du maître, que quelques- 
uns, assure-t-on, transforment en mélopée les chiffres 
de leur table de logarithmes. 

Amphi-danse. — C'est le cours de danse. 

Dans une salle basse, où le jour ne pénètre que par 




deux portes vitrées donnant sur une cour, le père Fischer 
donne la leçon, de danse. Le gros homme, à la mine réjouie, 
à la démarche sautillante, debout sur la pointe des pieds, 
exécute la ritournelle avec un violon, en indiquant le pas. 
Les élèves qui doivent faire la dame ôtent leur />erri/, 
le retournent et le mettent à l'envers : ils se coiffent de 
leurs képis, la visière sur le cou ; ils font des mines et 
prennent des poses. 



L ARGOT DE L X. 



17 



Dans une affreuse poussière jaune, les groupes s'ani- 
ment, tournent, se culbutent ; des cavaliers seuls battent 
des entrechats. 



— Allons, messieurs, dit mélodieusement le père Fischer, si vous 
voulez bien, pied droit, pied gauche et assemblez; droit qui recule, 
gauche qui avance (violon): 1, 2, 3, 4, messieurs, mon quatrième 
temps, je vous recommande 1 Mesdemoiselles, veuillez mettre vos 
couronnes de roses, c'est ainsi que nous appelons ici les képis. 
Soyez dame, soyez cavalier, c'est absolument la même chose. 



Avant le père Fischer, le professeur de danse était le fa- 
meux Cellarius. Bien avant lui. Beaupré, 
ancien danseur de l'Opéra, donnait depuis 
1824 des leçons de danse et de maintien. 11 
faisait presque sérieusement 
une sorte de cours sur le port 
de l'épée et du chapeau, sur la 
manière de se présenter, sur 
certaines attitudes de la vie 
civile et de la vie militaire. 
Toujours sur la pointe des 
pieds, le mollet tendu, le corps 
légèrement incliné, plein de 
grâce malgré ses quatre-vingts 
ans. Bpuupré donnait des exemples des 
fau\pat^, des entortillements, en un mot de 
toutes les catastrophes pouvant être cau- 
sées par une épée mal gouvernée ; puis, subitement, il 
marchait sans embarras avec la plus grande élégance 
(Voy. le mot Frégate). 

Vamphi de Beaupré n'a pas manqué d'être tourné en 
ridicule, en ce temps-là, au moment de V absorption : « Tu 
n'as pas rédigé ton cours de beaupré, disait l'ancien au 
conscrit embarrassé par sa tangente ; rédige, mon ami, et 
aie toujours ton cahier dans ta poche, pour montrer que 

2 




rTmw 



18 l'abgot de l'x. 

tu as compris et donner des espérances d*un meilleur 
avenir. » 

Amphi-g^og:. — Dans le buen-retiro baptisé gog ou 
longchamps (Voy. ces mots), où Ton est à Tabri de toute 
surveillance importune, bon nombre d'élèves se trouvent 
souvent réunis, grillant une cigarette et bavardant, sans 
se soucier des odeurs fétides. C'est Vamphi-gog. 

Lorsque, par hasard, on veut parler de politique ou de 
religion lorsqu'on veut régler bien en secret certaines pe- 
tites affaires de famille, c'est à Vamphi-gog qu'on se réunit. 

Certains joueurs acharnés qui ne se sentent pas suffisam- 
ment à Taise dans les salles ou à Vamphi, vont tenir un 
amphi-gog. D'abord tolérés par leurs cocons dont ils 
gênent les promenades, ils ne tardent pas à se rendre 
maîtres absolus de la place, s'enferment et se barricadent. 
C'est alors qu'un iopo sérieux est lancé dans la promotion, 
demandant la liberté des gogsl Nous renonçons à donner 
des extraits d'un topo de ce genre que nous avons sous les 
yeux : toutes les raisons qui militent en faveur de cette 
liberté étant exposées, les joueurs sont invités à ... vider 
les lieux. 

A l'époque de l'élection des caissiers (Voy. ce mot), 
c'est là que le candidat loustic va, comme au club, débiter 
sa profession de foi. « S'il est nommé, affirme-t-il, le coffre- 
fort qui logeait des souris regorgera d'or et de billets; les 
basoffs deviendront humbles et soumis ; la rue Tournefort 
sera pavée ; un funiculaire permettra aux élèves de gravir 
sans fatigue la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève; 
\exer sera supprimé; le truffin fera enfin connaissance 
avec l'eau et le savon !... » 

Les murs des gogs sont alors couverts d'affiches, paro- 
dies, comme celle que nous reproduisons ci-contre, des 
affiches qu'on voit quelquefois sur les murs de Paris avant 
les élections : 



COMITÉ ËLECTIVISTO-ANARCHISTO-SOCIALISTO- 
TERRORISTO-RÉVOLUTIONNAIRE. 

COCONS!!! 

Va T importance des élections^ le Comité électivisto- 
anarcbisto- socialiste - terroristo - ré volutionnaire s'est 
réuni dans le bocal affecté à ses délibérations pour choisir 
un candidat digne de représenter et de défendre les grands 
principes de la révolution sociale. 

COCONS m 

L'heure de la revendication a sonné; nous sommes, 
nous aussi^ de la grande cohorte des travailleurs^ car, 
comme eux, nous avons les mains sales ! Assez et trop 
longtemps nous avons fléchi sous le Joug dune adminis- 
tration despotique qui nous inflige des colles instantanées 
et de la chicorée au jus !! Pour nous affranchir, il faut un 
bras énergique, un homme convaincu. 

Votez avec nous !!! 

Le Comité propose un candidat^ un vrai, un pur qui a 
signé le programme suivant et un second candidat, égale- 
ment vrai, également pur qui l'a signé aussi. 

PROGRAMME 

Art. I". — Tout est supprimé, sauffX. 

Art. il — Tout est supprimé à fX, sauf les frites et 
les sorties. 

Art. III. — Vote cfun crédit destiné à affecter le 
local du binet de service à /amphi-gog et vice versé. 

Art. IV. — Rétablissement du point y. 

Art. V. — Les candidats, élus caissiers, rendront 
compte de leur mandat tous les jours. 

Fait à r-Y, le 15 mars 188.. 

LE COMITÉ. 
Les candidats ont signé des deux mains. 



20 L* ARGOT DE l'x. 

Vamphi-gog a même un organe spécial, le Goguenard y 
qui ne parait d'ailleurs qu'au moment de Télection des 
caissiers et qui contient les scies les plus abracadabrantes. 
Nous extrayons d'un feuilleton cette expression de l'amour 
polytechnicien : 

« O projection d*un ange sur la terre I conjuguée harmonique de 
mon &me 1 mon cœur décrit autour de toi tous les lieux géométriques 
de Tamour. Qu'un rire fou nous fasse tordre en spirale logarithmique ! 
que ma bouche soit bitangente, que dis-je ? osculatrice à la tienne ! 
n'est-ce pas pour toi un déterminant nécessaire et suffisant que je te 
supplie de ne pas t'annuler pour moi, base de ma vie ? que ta confiance 
soit proportionnelle à la hauteur de mes espérances ; ne me réduis 
pas à ma plus simple expression I Cette délicieuse et exponentiel!^ 
fonction d'épouse ne saurait t'être équilatérale et Tespérance d'une 
dérivée mettra notre bonheur à son maximum. » 

Le Goguenard^ tout comme le Rosto et le Récréatifs 
autres journaux de l'X, enregistre souvent de flatteuses 
approbations, telle celle-ci, posthume, de Victor Hugo : 
« Jeunes gens, Tout est l'Infini. Vous êtes Prométhée com- 
plété par Fui ton, Brutus s'achevant dans Saint-Just. Allez ! 
En vain Basile vous attaque : répondez aux insultes par 
des clartés, résolvez les énigmes par les lumières, les pro- 
blèmes par les aurores ! » 

Ana. — Abréviation à' analyse \ Vana c'est le calcul 
dîfFérentiel et intégral. 

Après Lagrange et Prony, qui ont fondé le cours d'ana- 
lyse transcendante et de mécanique rationnelle, ce cours a 
été professé à l'École par les plus grands géomètres : Pois- 
son, Lacroix, Fourier, Poinsot, Cauchy, Navier, Ampère, 
Mathieu, Duhamel, Sturm, Liouville, Hermite, Bertrand 
et Jordan. L'enseignement de l'analyse a été constamment 
la grande préoccupation du conseil d'instruction de l'Ecole 
et il a puissamment contribué à maintenir le renom scienti- 
fique de notre pays. 

Lorsque Lagrange fit sa première leçon, les élèves des 
trois années voulurent y assister, et avec eux tous les pro- 



l'argot de l'x. 21 

fesseurs, empressés à devenir les auditeurs de ce grand sa- 
vant. c( C'était là qu'il fallait être pour se faire une idée de 
l'enthousiasme de cette jeunesse passionnée du désir de . 
s'instruire, afin de mieux servir le pays ; pour voir d'habiles 
professeurs rendre hommage à un si grand esprit, se con- 
fondre avec les élèves, afin de prendre en quelque sorte 
sur le fait le génie de l'invention, et pour juger du reli- 
gieux silence de ce nombreux auditoire, quand une inter- 
ruption inattendue indiquait chez l'illustre géomètre une 
de ces profondes distractions qu'une idée imprévue venait 
parfois lui causer. » 

Poisson était entré à l'Ecole à dix-sept ans, le premier 
de sa promotion (1798). Sa maladresse en dessin était 
légendaire ; aussi, fait unique dans l'histoire de l'École, il 
fut dispensé de tout travail graphique afin de pouvoir se 
livrer tout entier à l'étude des mathématiques. Élève de 
Lagrange, tout particulièrement aimé de Saint-Simon qui, 
pendant trois ans, avait payé ses frais d'études, signalé 
durant son séjour à l'École par de remarquables travaux 
mathématiques, Poisson fut nommé professeur en 1806, en 
remplacement de Fourier ; il n'avait que vingt-cinq ans. Ses 
camarades et son ancien professeur, Billy, avaient eu raison 
de répéter : 

Petit Poisson deviendra grand 
Pourvu que Dieu lui prête vie. 

Poisson était le modèle parfait du professeur conscien- 
cieux ; jamais il ne se fit remplacer dans son cours. Quand 
il abandonna le professorat pour devenir examinateur de 
sortie, il apporta dans ces nouvelles fonctions les mêmes 
qualités d'exactitude, de sincérité. Une fois seulement, ra- 
conte Arago, il voulut, par délicatesse, se faire remplacer 
pour l'examen de son fils aîné; mais les élèves, l'ayant 
appris, envoyèrent une députation composée de tous les 
chefs de salle pour lui déclarer qu'ils avaient dans son 



22 l'abgot de l'x. 

impartialité la plus grande confiance et pour le supplier de ne 
pas se récuser. Poisson, profondément touché, disait, sans 
cacher son émotion, qu'il considérait cette démarche comme 
la plus douce, la plus honorable récompense qu'il eût 
jamais pu obtenir. 

<c La vie, disait Poisson, n'est bonne qu'à deux choses : 
à faire des mathématiques et à les professer. » 

Les distractions d'Ampère l'ont rendu populaire ; elles 
le faisaient aimer, admirer davantage. Le bas resté dans sa 
main pendant une méditation profonde, la craie à la place 
du sucre dans son verre d'eau, le torchon du tableau dont 
il se faisait un mouchoir, et mille autres qu'on inventait 
même à plaisir, faisaient la joie des élèves. En traversant 
la cour de récréation. Ampère, plongé dans ses ré- 
flexions, heurtait un arbre à chaque pas et saluait 
profondément, croyant avoir croisé un élève ou un fonc- 
tionnnaire de l'Ecole. On raconte qu'un jour, non loin 
de la porte d'entrée, il avait esquissé à la craie sur 
la caisse d'un fiacre la démonstration d'un théorème nou- 
veau; sa stupéfaction avait été grande en voyant tout à 
coup son tableau noir et ses calculs filer à toute vitesse. 
Ses débuts comme professeur n'avaient pas été heureux. 11 
s'était présenté avec un habit noir à la française d'une coupe 
si ridicule que les élèves n'avaient pu garder leur sérieux. 
11 consultait fréquemment son auditoire, pour savoir si les 
caractères qu'il traçait au tableau étaient suffisamment vi- 
sibles ; naturellement, les élèves déclaraient n'y voir goutte : 
il écrivait alors de plus en plus gros et les élèves persis- 
tant à ne pouvoir lire, il traçait des chifTres gigantesques 
qui couvraient le tableau et qu'il devait à chaque instant 
effacer pour les remplacer par d'autres. 

Poinsot, l'illustre auteur de la Statique^ avait été sur- 
nommé par les élèves le Racine des mathématiciens. 

Sturm, professeur d'ana^ V auteur du théorème dont il 



l'argot de l'x. 23 

porte le nom, pour s'exprimer comme il faisait lui-même, 
égalait par ses distractions la célébrité d'Ampère. Aimait-il 
vraiment le bon vin ? nous l'ignorons ; mais ceux-là ne 
semblaient pas en douter qui chantaient : 

Par des témoins je me suis laissé dire 
Que parfois Sturm et le vieux Gérono 
Allaient chercher, pleins d'un charmant délire. 
Un théorème au fond d*un vieux tonneau. 

Il avait une peur effroyable de son auditoire et pourtant il 
était assuré de la 
sympathie géné- 
rale. Les élèves 
lui en donnèrent 
une preuve en 
demandant un 
jour au ministre 
de la guerre de 
le faire rayer des 
cadres de la 
garde nationale. 
Pour les remer- 
cier, Sturm con- 
sentit alors à re- 
voir les épreuves 
de son cours, que 
rédigeait l'un des 
majors, 11 faut dire qu'il venait de faire quelques jours de 
clou à V hôtel des Haricots parce qu'un soir, ayant été mis 
de faction à l'une des grilles du jardin du Luxembourg 
et oublié par le caporal du poste, il était parti jugeant sa 
faction superflue devant une grille fermée ; déposant son 
fusil dans la guérite il était rentré tranquillement chez lui. 

Une chanson a perpétué le souvenir du professeur 
Mathieu (1); elle se chantait sur l'air de la romance alors 

(1) Composée en 1829 par Hervé de Penhoat, officier d'artillerie. 




24 l'argot de l'x. 

bien connue de Chateaubriand : Ma, sœur te souvient-il 
encor,.. 

Dis-moi, te souvient-il encor 
Du théorème de Taylor 
Et de celui de Mac-Laurin, 

Mon vieux, 
Qu'enseig'nait d*un ton malheureux, 

Mathieu ? 

Je me souviens avec délices 
De la théorie des hélices, 
Des problèmes, des artifices. 
Auxquels ne voyait que du feu, 
Mathieu ! 

Le professeur Hermite, que notre camarade Armand 

Silvestre compare 
ingénieusement au 
poète Homère, fut 
à plusieurs reprises 
chargé du cours 
d'a/ia. C'est un des 
plus grands mathé- 
maticiens du siècle. 
A la séance des Om- 
bres^ on lui fait tenir 
ce discours pro- 
noncé avec onction : 

— Au commencement, 
Dieu fit le ciel et la 
terre. Puis il fit M. Wei- 
crstrass et lui gigonna 
M. I MitUgrloffler. Ces 
titans ont déraciné des 
fonctions qui pous- 
saient dans je ne sais 
quel coin de l'espace 
et M. Weierstrass, les 
enfermant dans des contours où elles se trouvent finies, conti- 
nues et bien déterminées, sous la garde du facteur de M. Darboux, 
leur dit: «Vous êtes holomorphes, » et M. Mittagloffler, qui a eu 




l'ahgot de l'x. 25 

le rare mérite de répéter tout ce qu*a dit M. Weieretrass» répéta : 
a Oui, TOUS êtes holomorphes 1 » Et, en efTet, messieurs, elles sont 
holomorphes! Puissé-je rétre moi-même; puissiez-vous Têtre vous- 
mêmes V C'est la grâce que je vous souhaite I Ainsi soit-il. 

Les élèves g^ardent fidèlement le souvenir de leurs vieux 
professeurs. Boucharlat a réuni leurs noms dans ces vers, 
lus au banquet du 16 août 1830 : 

Oh ! si des jours heureux j*ai pu goûter les charmes, 
C'était dans votre École, ô mes compagnons d'armes ! 
C'était lorsque Lagrange et Laplace et Fourier 
Allumaient du savoir cet immortel foyer 1 
C'était lorsque, semblable au divin Pythagore, 
De nos jeunes savants, Monge, l'idole encore. 
Dans son élan sublime entraînait à la fois 
Ceux qu'il électrisait du geste et de la voix.. 
Sages instituteurs, Prony, Lacroix, Hachette, 
Comme lui vous avez acquitté votre dette, 
Et formés par vos soins, la France a vu Thénard, 
Arago, Gay-Lussac, et Poinsot et Jomard 
Propager la science, agrandir son domaine... 

C'est de l'importance même donnée à l'enseignement 
de l'ana, dont toute la langue est faite d'x et d'^ qu'est 
venu le surnom d'X (Voy. ce mot), universellement admis 
pour désigner les polytechniciens. Tous ne sont pas 
des mathématiciens, mais tous possèdent une connais- 
sance du calcul différentiel et intégral suffisante pour les 
applications des services publics. Disons de plus qu'aux 
époques troublées de notre histoire, en 1830 et en 1848, 
cette connaissance leur a particulièrement servi à ne pas 
être confondus avec tous les individus qui se déguisaient en 
polytechniciens pour se donner l'apparence de défenseurs 
de l'ordre. A ceux-là, quand on les rencontrait, on leur 
demandait la différentielle de sin x ou de loff x, et, s'ils ne 
répondaient pas, on les faisait immédiatement coffrer. 

Ancien. — L'ancien^ par abréviation ïans, est l'élève 
de seconde année. Le mot a toujours existé à l'école ; on 



Reconnais 



26 l'argot de l'x. 

l'oppose à celui de conscrit. Anciens et conscrits vivent sur 
le pied de l'égalité la plus parfaite. Pendant les premières 
semaines, jusqu'à la fin de la séance des coles^ les anciens 
s'arrogent en manière de plaisanterie une espèce d'autorité 
sur les nouveaux. Le major des conscrits lui-même est 
invité à ne pas s'enorgueillir de son rang d'entrée, « car 
il n'y a de supériorité à l'École que celle des anciens sur les 
conscrits. » Le Code X (Voy. ce mot) débute par ces vers 
burlesques : 

L*ancien parle, conscrit, tiens ta lan^e captive 
Et prête à ses discours une oreille attentive î 

et il trace de V ancien ce portrait flatteur : 

Vancien à sa démarche noble et fière, à ce chic qui le 
caractérise; son chapeau laisse à découvert la partie 
Kaui'liL- du front, effleure l'oreille droite et divise 
Ir ïoiiri'il en moyenne et extrême raison. Son regrard 
Hînsuriî ^^crase le pékin; son corps est droit, sa poi- 
Iriiiu luxuriante; il porte à gauche l'épéc qui, tan- 
gente à la bande, touche à terre et fait voler la 
poussière. 

Admire, conscrit, et imite si tu peux! Tes 
jipcmiers efforts seront sans succès ; mais 
nclrcsse-toi à V&ncien^ sa bonté, sa bienveillance 
te sont assurées; c'est pour lui un devoir de 
jîyidcr tes premiers pas. — Ton «iTicien, conscrit, 
L':it aussi ton guide naturel; c'est lui qui te 
transmet les traditions et elles doivent être 
fonservces, non seulement parce qu elles main- 
tiennent à l'extérieur la réputation de l'École, 
mais parce qu'elles assurent à l'intérieur la 
bonne harmonie et la fraternité. 

Le conscrit devient ancien au mois 
de juillet de la première année, im- 
médiatement après l'examen d'ana. 
A ce même moment Vancien se con- 
sidère comme grand ancien : le futur 
artilleur peint des brandebourgs sur sa tunique 
d'intérieur et porte des éperons ; le futur sapeur s'orne 




L ARGOT DE L X. 



27 



d attentes d'épaulettes; tous portent sur la manche de leur 
veste des chevrons rouges, fabriqués avec la bande du pan- 
talon, et dont le nombre indique combien d'examens ont 
été déjà subis. 

L'ancien se distingue à Tintérieur par|le débraillé de sa 
tenue, le sans-gène absolu de ses façons ; sa tunique, 
toujours ouverte, est imprégnée 
de pDLi*isière de craie ; son pan- 
Uiïan aux bandes décolorées est 
enlîlu tlani? les bottes, en hélice; 
^a cra Ville e^t dénouée; son képi 
era??eux, in^rasé, est aplati sur 
"oreille, 

].\ins est devenu hardi 
eï malin ; il connaît tous 
les moyens de trom- 
per la surveillance 
des pitaines et des 
hasoffs; il sait se 
lnufiler dans le pa- 
villon des con- 
scrits, dans les 
caserts^ dans les 
salles. Les grilles, 
les serrures ne 
Tarrétent jamais ; d'ailleurs il a toujours un passe dans sa 
poche. 

Sa mission est d'initier les conscrits à tous les usages, 
de leur transmettre les traditions, de travailler à perpétuer 
chez eux l'esprit de l'Ecole. 

Les repas de corps, organisés dans les dernières années 
de la Restauration, avaient été considérés comme un des 
principaux moyens d'atteindre ce but. Ces repas se compo- 
saient de soixante élèves, trente anciens et trente conscrits, 
ces derniers s'engageant à remplir, l'année suivante, le 




28 L ARGOT DE L X. 

même devoir avec la promotion nouvelle. On trouve, dans 
une lettre de Bosquet à sa mère, la 
description animée de Tun de ces 
n^pas donné au Palais-Royal chez 
Grignon, le plus fameux res- 
taurateur de Paris. 

Vans ne peut pas avoir 
été conscrit ; non seulement 
il l'affirme, mais il le prouve 
mathématiquement : 

En effet. Vans est une 
tête à X ; s'il avait été con- 
scrit on aurait Tidentité 

Or = ex conscrit. 

en divisant les deux mem- 
bres par X on aurait : 

6 = e conscrit. 

d'où, en divisant pare, 

e 

-= conscrit, 
c 

un conscrit aurait donc la tête assurée^ ce qui est absurde ! 

Anhydre. — Terme de chimie qui veut dire privé 
d^eau. C'est le nom qu'on donne au bœuf bouilli, lequel 
constitue, à l'Ecole, l'aliment le plus important et qu'on sert 
le plus souvent dans un profond état de dessèchement. On 
essaye de le faire passer en l'accommodant aux sauces 
les plus variées : robert, rémoulade, vinaigrette, etc. 

Anhydre s'emploie aussi comme synonyme de sec\ on 
dit : Être anhydre à la planche^ c'est-à-dire ne rien ré- 
pondre au tableau ou encore être sec (Voy. ce mot). 




Antique. — Celui-là est antique qui a passé par 



L ARGOT DE l'x. 29 

rÉcole, et a satisfait aux examens de sortie. Les jeunes 
élèves qui viennent de quitter TÉcole des mines, 
rÉcole des ponts et chaussées, l'École du génie maritime, 
l'École d'application de Fontainebleau, sont des antiques ; 
pendant les années passées dans les Écoles d'application, 
ils n'étaient que des grands ans^ des grands anciens. Anii" 
ques âgés de vingt-deux ans pour la plupart, mais entrés 
déjà dans cette grande famille polytechnicienne dont tous 
les membres, rapprochés par la fraternité de l'École, sont 
unis entre eux par un puissant esprit de corps, exempt de 
fanatisme et de fatuité, qui engendre la force, le dévoue- 
ment, le patriotisme. 

Chaque année, les antiques de tous les âges, de toutes les 
carrières, se réunissent, eux et leur famille, avec la pensée 
de tendre une main fraternelle à des camarades maltraités 
par le sort, dans les salons de la Légion d'honneur ou de 
rhôtel Continental, le jour du bal donné par la Société 
amicale de secours. 

Chaque année, les antiques d'une même promotion pré- 
sents à Paris, se réunissent et font un dîner depromo^ soit 
au Continental, au Terminus ou chez Ledoyen. Le premier 
banquet n'a lieu d'ordinaire que quelques années après 
la sortie des Écoles d'application ; les visages ont déjà 
changé : les coupes diverses de barbe rendent les cama- 
rades presque méconnaissables et l'on s'aborde en cher- 
chant à mettre un nom sur le visage qu'on reconnaît 
vaguement. 

D'année en année, hélas ! surtout à partir d'une certaine 
époque, les rangs s'éclaircissent! alors on se réunit tantôt 
avec ses anciens^ tantôt avec ses conscrits^ mais à des 
tables séparées ; on évoque le souvenir des camarades dis- 
parus; on s'informe des absents; on se rappelle avec joie 
les plaisanteries du temps passé. Les graves ingénieurs en 
chef, les colonels ventrus, déposent au vestiaire leur dignité 
professionnelle et redeviennent les joyeux élèves d'autrefois. 



30 l'argot de l'x. 

Les anciennes chansons de VX reviennent aux lèvres et 
l'on écoute avec plaisir l'orateur de la promo qui débite 
un discours humoristique, ou le poète qui entonne une 
chanson nouvelle. Après 1830, quand le couplet patriotique 
était en faveur, Pouzols*, chantait les Enfants de l'École 
sur l'air des Enfants de France : 

O Liberté ! notre École fidèle 
Te doit l'orgueil de son noble berceau. 
Tu Tombrageas d'une palme immortelle; 
Ah ! gardons bien un souvenir si beau I 
Et qu'après nous cet espoir nous console, 
Qu'on dise encore à la postérité : 
Leur devise était n Liberté » I 
Honneur aux Enfants de l'École I 

Les jeunes entonnent une des chansons de l'Ecole, par 
exemple celle de Mazure^ d'Alcindor ou de V Amoureux 
Colin : 



■ fi I I I I I' I irii"" l i ' _r I I l ^"rr^ ' 

Lonqiic Ma. t«r* Va «oir m fu. 4ti . rv U la con . jiir* Oc 

^■1 j Ji ii'.JJiJ'i I I I f ' i rnf. fI*^' /! 

m.tfr jNi . H> D» Im . Ip «fMÏl.kr* .Plu» il lui mur . nur'OiMqu* 

i ' i' ' Ni i ii^ tiJ'-i' i r 'j i j I I l'i >if i'" i 

oiobi il'wchi.l«^;^ lur* Lui ikiH' de la ki . tur' tiv urrnil m ulive Et rei«DUt« 



(u J iii J ut f Nt-^ri I f If ir c ' i 

en «ui . Inr* rni 1^ la 

*^ Thila b 

Un lien fraternel unit tous les antiques. Deux hommes 
inconnus l'un à l'autre deviennent immédiatement amis en 
apprenantqu'ilssonttous deux sortis de l'École: a De quelle 

(1) Pouzols (Antoine-Prosper), colonel du génie, décédé en 1877. 



L ARGOT DE L X. 



31 



promo? — 1850, et toi? — 1854... Te rappelles-tu?... » 
Et les souvenirs sont évoqués ! 

Tous ceux-là sont des antiques dont parle le savant 
philosophe Cournot, quand il dit : « Voyez ces vieillards 
en retraite, dont lun a été colonel d'artillerie, un autre 
officier d'état- 
major, un autre 
ingénieur des mi- 
nes, un autre 
préposé aux con- 
structions nava- 
les, ou même, si 
vous le voulez, à 
la fabrication des 
tabacs ; ils ne 
portent plus leur 
uniforme, peut- 
être même ne 
distinguerez-vous 
plus le civil et le 
militaire ; mais 
vous les recon- 
naîtrez et sur- 
tout, ils se re- 
connaîtront entre 
eux comme des 
anciens élèves de 
rÉcole polytech- 
nique, et cette empreinte se reflétera dans leur commerce 
comme celle du jurisconsulte ou du médecin. » 

On trouve partout des antiques qui ont obtenu d'écla- 
tants succès et conquis la célébrité dans les sciences, 
dans l'armée, dans les services publics, dans l'industrie, 
dans les grandes administrations, dans la magistrature, dans 
les finances, dans la médecine, dans le clergé ; on en trouve 




32 l'argot de l*x. 

au conseil d'Etat, sur les bancs de la Chambre des députés 
ou du Sénat, dans le conseil des ministres ; un antique 
occupe en ce moment le premier rang dans l'État. Cavai- 
gnac, le président de notre deuxième République, appar- 
tenait à la promotion de 1820; Sadi Carnot, président de la 
troisième République est de la promotion 1857. Nous 
avons la bonne fortune de pouvoir reproduire Ô la page 31 
une photographie faite à l'École en 1858 et qui montre 
dans leur costume d'intérieur trois polytechniciens pho- 
tographiés par leur camarade Carette : à droite, Devaux ; 
au milieu, Mercadier, actuellement directeur des études ; à 
gauche... le futur président de la République, Sadi Carnot. 

C'est l'histoire des services, des travaux, des décou- 
vertes, des inventions dus à ces antiques^ intelligences 
d'élite, que le Comité du centenaire de la fondation a 
entrepris de publier en 1894 ; ce sera la véritable histoire 
de l'École. 

Nous ne pouvons avoir la prétention de citer les antiques 
dont les noms sont devenus illustres. 11 suffira de signaler 
parmi ceux qui sont décédés : 

Ingénieurs des mines. — Élie de Beaumont, Dufrénoy, 
de Billy, Delesse, Ebelmen, Combes, Leféburede Pourcy,... 

Ingénieurs des ponts et chaussées. — Fresnel, Vicat, 
Coriolis, Darcy, Belgrand, Alphand, de Franqueville,... 

Officiers d'artillerie. — Gourgaud, Fabvier, Paixhans, 
Morin, Bosquet, Treuille de Beaulieu,... 

Officiers du génie. — Vaillant, Niel, Poncelet, de La- 
moricière, Cavaignac, Faidherbe,... 

Génie maritime. — Dupin, Dupuy de Lôme,... 

Officiers de vaisseau. — Rigault de Genouilly, Courbet. 

Mathématiciens. — Malus, Biot, Poinsot, Poisson, Liou- 
ville, Chasles, Halphen,... 

Astronomes. — Le Verrier, Savary, Perrier,... 

Physiciens et chimistes. — Gay-Lussac, Arago, Bec- 
querel, Regnault, Lamé, Cahours,... 



l'argot de l'x. 33 

Administrateurs et diplomates. — De Clermont-Ton- 
nerre, Destutt de Tracy, Vuitry, Lacave-Laplagne, de 
Montebello,... 

Economistes. — Auguste Comte, Le Play, Michel Che- 
valier, Jean Reynaud,... 

Littérateurs. — De Saulcy, Jomard, Walckenaer, Daru, 
de Barante,' de Sainte-Aulaire, Gratry,... 

Médecins. — Bussy, Gavarret, Gueneau de Mussy, 
Pra vaz, Giraud-Teulon , . . . 

Artistes. — Choron, colonel Langlois, général Athalin. 

Agriculteurs, industriels. — D'Avrincourt, Cagniard de 
Latour, Perdonnet, Talabot, Christofle. 

En parcourant la liste des antiques^ on trouve plusieurs 
fois répétés, les mêmes noms ; il y a en effet des familles 
dont les membres se succèdent de père en fils à TÉcole. On 
trouve le nom de « de Lapparent » dans la liste des élèves 
reçus en 1794 et ce vénérable antique vécut jusqu'en 1870; 
tous ses camarades de promotion avaient alors disparu et 
il aimait à répéter qu'il « faisait son diner de promotion 
tous les soirs » ; il avait été artilleur, puis maître de forges, 
puis préfet du Cher. En 1826, son fils aîné entrait à TÉcole; 
en 1828, c'était le tour de son second fils. Deux de ses 
petits-fils, Albert de Lapparent, ingénieur des mines, et 
Bûcheron, entrèrent à l'Ecole en 1858 et en 1852. Signalons 
également les dynasties des Bertrand, des Résal, des Carnot, 
des Kerviler, des Becquerel (Antoine, Edmond, Henri), etc. 

Applic. — Abréviation du mot application] ce mot 
s'employait autrefois pour désigner toutes les Ecoles d'ap- 
plication, celle des mines, des ponts, du génie maritime, 
et surtout l'École d'application de Metz; il n'est plus usité 
aujourd'hui. 

Archl. — Abréviation du mot architecture ou du mot 
architecte. — L'art de l'architecte a été enseigné à l'École 

3 



34 l'argot de l*x. 

depuis la fondation. Après Lamblardie qui fut tout à la 
fois le premier directeur de l'École et professeur d'archi ; 
après Neveu, Tinstituteur de dessin qui faisait de grands 
discours sur Tarchitecture, les professeurs furent Lesage, 
Baltard, Durand, l'auteur du Parallèle des édifices an- 
ciens et modernes et dont le talent était un peu froid pour 
son auditoire. 

Léonce Reynaud, le plus célèbre des professeurs d'arcAi, 
faisait un cours remarquable et avait un talent merveilleux 
de dessinateur au tableau; en quelques coups de craie il 
représentait l'église Notre-Dame, ou Saint-Pierre de Rome, 
ou bien une maison à sept étages. Caractère plein de no- 
blesse, homme excellent, il portait une affection profonde 
aux élèves dont il se savait adoré ; il riait le premier du 
sobriquet qu'ils lui avaient donné, celui d'/irpm, le terrible 
Savoyard^ parce que sa mâle stature le faisait ressembler à 
un lutteur fameux qui s'appelait Arpin. 

M. de Dartein, qui lui a succédé dans sa chaire, a hérité 
de ses qualités et de son talent. 

Dans l'argot parisien on a employé à une certaine époque 
le moi architecte en y attachant une signification méprisante 
assez semblable à celle qu'on donne aujourd'hui à l'épithète 
de fumiste. L'impératrice se servit une fois de ce mot pour 
l'appliquer avec dédain aux polytechniciens. Lejeune prince 
impérial, en costume de caporal de grenadiers de la garde, 
étant venu visiter l'Ecole (1) accompagné par le général 
Frossard, avait été accueilli par un silence glacial, les deux 
promotions ayant décidé, à la presque unanimité des voix, 
qu'aucun cri ne serait proféré à son arrivée. « Qu'ont-ils 
donc à ne pas vouloir crier, ces petits architectes? » avait 
dit l'impératrice au maréchal Vaillant, et, furieuse, elle 
parlait de faire supprimer l'Ecole. La réponse du maréchal 
fut heureuse : « Madame, répondit-il, si ces architectes 

(1) Gravure extraite de V Histoire de l'École polytechnique, par 
G. Pinet. 



L ARGOT DE L X. 



35 



ne crient pas aujourd'hui, demain ils se feront tuer pour 
leur pays. » 

On donnait jadis au professeur à'archi le nom d'arc Al- 




iène : cette expression a disparu, de même que le mot 
croquard qui désignait les croquis d'archi et de machines. 



Arti. — Abréviation des mots artilleur, artillerie. 

Varti! voilà véritablement 
^^^^^'""*^^^^^^A_^ Tarme de TÉcole, Tarme qu'elle 
'^;;;;^^^^^^^H%^ alimente pour la plus grande 
^. ^^^lî> ^CflBbP^C^ partie, l'arme qui y a laissé 
^^ les plus beaux souvenirs 
~^^ militaires. C'est l'arme pré- 
< y;* ^^ férée des élèves, et ils sai- 
sissent toutes les occa- 
tp t/"'3^ sions de manifester leur 
prédilection pour elle. 
On crie Vive l'artil quand on aperçoit, par hasard, un 
artilleur en uniforme, quand le professeur de chimie met 




36 L* ARGOT DE l'x. 

le feu à un mélange détonant, quand les jours d^orage on 
entend le bruit du tonnerre. Un Vive Varti! formidable, 
accompagné de hourras frénétiques, retentit longuement 
dans les salles le jour où l'on amène dans la cour les 
pièces de canon qui doivent servir à la manœuvre. La 
première fois qu'on fit à l'École l'exercice du canon, 
c'était peu de temps après la guerre de 1870, l'arrivée des 
pièces fut l'occasion d'une manifestation patriotique : la 
porte d'entrée avait été pavoisée avec des trophées de dra- 
peaux, toutes les fenêtres des salles d'études étaient dé- 
corées d'étendards et de guirlandes de fleurs, et au milieu 
de la cour, en présence des deux promotions respectueu- 
sement découvertes, le major avait prononcé un discours 
rappelant l'héroïque défense de la barrière de Clichy en 
1814 et le rôle de la batterie de l'École en 1870. 

Il n'est pas de manifestation, pas de fête, sans qu'on 
entonne le refrain de la chanson de V Artilleur^ refrain 



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r 11 m I II II ii 11 I iH' 1 1 iii| I 

Et it.nAom » pii rrfruD Vi tr ra.mour H Ip bon «in. 

qu'on chantait déjà dans les lycées, qu'on chantera encore 
à l'École d'application, et plus tard, au régiment. 



l'argot de l'x. 37 

Cette Marseillaise de VX se chante sur l'air de la Marche 
des Puritains. 

C'est de la batterie de l'École^ qui occupait en septembre 
1870 les bastions de la porte d'Orléans, qu'est partie une 
amusante théorie de la manœuvre du canon qu'on chante 
sur l'air : Allons^ chasseur, vite en campagne I 



Cest le premier servant de gauche 
Qui met Tobus dans le canon. 
Ton ton, ton ton, ton taine, ton ton ; 
C'est le premier servant de droite 
Qui manœuvre Técouvillon. 
Ton ton, ton tainc, ton ton. 

C'est le deuxième servant de gauche 
Qui met la pièce en direction. 

Ton ton, etc. 
C'est le deuxième servant de droite 
Qui met son œil devant l'œilleton. 

Ton ton, etc. 

Le sous-offlcier chef de pièce 
Rectifie 1' pointag' du canon. 

Ton ton, etc. 
Et s*il commet un' maladresse, 
Y a encor' les chefs de section. 

Ton Jon, etc. 




jU^ 



Le capitaine à notre tète 

Nous met dans la bonn' position. 

Ton ton, etc. 
Je m' demanderai jusqu^à ma r' traite : 
A quoi sert le chef d'escadron? 

Ton ton, ton taine, ton ton. 



38 l'argot de l'x. 

Cette batterie de TÉcole, commandée par le colonel 
Mannheim, était servie par d'illustres savants, anciens po- 
lytechniciens et membres de l'Institut. C'est à eux qu'un 
général passant au galop de son cheval, adressa cette re- 
commandation : (( Bien, mes enfants, courage; seulement 
ne vous saoulez pas I » 

L'uniforme de l'artilleur, du tilleurj comme on dit encore, 




est celui qu'on admire le plus. Il fut donné aux élèves, peu 
de temps après la fondation ; Arago le portait en 1804, le 
jour où il reçut le drapeau de l'École, des mains de 
l'empereur. Tout polytechnicien, au bout de quelques 
mois, se voit déjà revêtu de l'uniforme coquet de cet 
artilleur fringant, hardi, caracolant sur son cheval et, 
comme dit la chanson, 

...Fidèle à sa pièce 
Et jamais dans Tinaction ! 

Alors il pioche avec rage les différentielles et les intégrales 



L*ARGOT DE l'x. 39 

pour avoir le droit. . . de surveiller plus tard le pansage des 
chevaux et la distribution du fourrage ! 

Art-mill. — Pour art militaire. Le cours d'art-mili 
a été introduit à TÉcole peu d'années avant 1870. 11 fut 
professé pour la première fois par le général Favé, aide 
de camp de Tempereur, auquel succéda le colonel d'état- 
major Usquin. 

L'un des professeurs à'art-mili^ un sapeur ventripo- 
tent, n'a pas manqué d'être tourné en ridicule à la séance 
des Ombres : « En tactique, messieurs, » lui fait-on dire, 
« il arrive... en quelque sorte..., si je puis m'exprimer 
ainsi..., en somme, il arrive toujours toujours ce qui ne 
devait pas arriver. » 

Ce cours a disparu et a été remplacé par des conférences 
militaires faites par les capitaines de l'École. 

Astro. — Four astronomie, Arago, qui était universel, 
avait créé à l'École un cours d'astronomie et un cours de 
machines. Le premier fut qualifié de cours de géodésie, 
ou mieux de géo^ pour répondre à un désir de Puissant, 
lors de la suppression si fâcheuse du corps des ingénieurs 
géographes ; le nom lui a été conservé. 11 a été professé 
successivement par Arago, Savary, Ghasles, M. Faye, le 
colonel Hovard, le colonel Laussédat, Delaunay, et depuis 
la mort de ce dernier, qui professa à peine un an, il a été 
repris par M. Faye, qui vient seulement (novembre 1893) 
de quitter sa chaire. 

Arago était entré à l'École à seize ans ; il a raconté lui- 
même comment l'idée lui vint de diriger de ce côté ses 
études : 

En me promenant un jour sur le rempart de Perpig^nan, je vis un 
jeune officier du génie qui y faisait exécuter des réparations. J^eus 
la hardiesse de m'en approcher et de lui demander comment il était 
arrivé si promptement à porter Tépaulette : « Je sors de TÉcole 



40 l'argot de l'x. 

polytechnique, répondil-il. — Qu'est-ce que cette École-là ? 
— C'est une École où l'on entre par examen. — Exige-t-on beau- 
coup des candidats ? — Vous le verrez dans le programme que le 
gouvernement envoie tous les ans à l'administration départementale. » 
Je courus sur-le-champ à la bibliothèque, et c'est là que, pour la 
première fois, je lus le programme des connaissances exigées des 
candidats. 

L'année suivante, Arago entrait le premier à TEcole. Sept 
années après, en 1809, à Tâge de vingt-trois ans, Arago 
était nommé membre de TAcadémie des sciences. Cette 
élection donna lieu à un incident comique. Voici comment 
Arago raconte la réception que lui fit alors l'empereur. 

— Vous êtes bien jeune, me dit Napoléon. Comment vous appelez- 
vous ? 

Mon voisin de droite, ne me laissant pas le temps de répondre 
à la question, s'empressa de dire: 

— Il s'appelle Arago. 

— Quelle est la science que vous cultivez ? 
Mon voisin de gauche répliqua aussitôt: 

— Il cultive l'astronomie. 

— Qu'est-ce que vous avez fait? 

Mon voisin de droite, jaloux de ce que mon voisin de gauche 
avait empiété sur ses droits à la seconde question, se hâta de 
prendre la parole et dit : 

— 11 vient de mesurer la méridienne d'Espagne. 
L'empereur, s'imag^nant sans doute qu'il avait devant lui un muet 

ou un imbécile, tourna les talons. 

Cette même année, 1809, Arago était choisi pour suc_ 
céder à Monge dans sa chaire 
d'analyse appliquée à la géo- 
métrie; il l'occupa vingt années. 
Le Verrier, l'illustre astro- 
nome, répétiteur de Savary, 
semblait tout désigné pour lui 
succéder ; mais n'ayant su se 
faire aimer ni des élèves ni du 
conseil, il dut céder la place à 
Chasles, fort peu préparé à cet 
enseignement, et pour qui on 
eût dû plutôt créer une chaire 




L ARGOT DE L X. 



41 



de géométrie supérieure. Le 30 mars 1814, Chasles s'était 
distingué par sa belle conduite dans la batterie de l'École, 
à la barrière de Vincennes. 

Delaunay, après avoir brillamment professé la mécanique 
durant vingt années, changea sa chaire contre celle d'asiro 
au moment où il devint directeur de l'Observatoire de Paris. 

C'était un merveilleux professeur dont la parole claire 
et précise faisait disparaître les obscurités des sujets qu'il 
avait à traiter. 

Il mourut noyé, comme étaient morts son père et son 
frère ; désirant visiter la rade de Cherbourg, il était monté 
en canot, n^ayant pas voulu par modestie, demander à 
l'administration un bateau spécial. Le canot chavira et le 
corps du malheureux professeur ne fut retrouvé que 
le lendemain, échoué près 
de nie Pelée (1872). 

M. Faye, qui aime les élè- 
ves et les défend en toute 
occasion, est un des pro- 
fesseurs les plus appréciés. 

Lorsqu'il veut bien assis- 
ter à la séance des Ombres^ 
son entrée est accueillie 
par les applaudissements 
énergiques des deux pro- 
motions, ce qui n'empêche 
pas de le caricaturer. 

On lui fait tenir ce discours : 




— Messieurs, les astreuneumes pensaient autrefois que les pro- 
tubérances du Soleil étaient dues à Vénus. Aussi avaient-ils pro- 
fité de Fheureuse influence de Mercure pour corriger les pertur- 
bations produites par Vénus. Il croyaient qu'on voit dans la Lune 
une femme portant un fagot sur le dos : on sait aujourd'hui que la 
femme est sur la botte de paille et que c'est elle qui porte une 
Lune... 

J'abrège ma leçon, car il faut que j'obtienne la grâce de deux 



42 



L ARGOT DE L X. 



de VOS camarades. Je ne puis comprendre qu*on brise de gaieté 
de cœur la carrière d'un pauvre jeune homme; aussi, je vais en 
référer au chef de TÉtat et à mon petit conscrit de Freycinet. » 

M. Faye était naturellement indiqué pour présider les 
fêtes du Centenaire ; sa situation scientifique et son carac- 
tère le désignaient au choix de ses camarades. 

Astace. — Atomlller. — Atrophié. — Mots tombés 
en désuétude. On disait jadis une colle d'astuce pour in- 
diquer une colle à laquelle on ne s*attendait pas. — Atomi- 
fier signifiait briser, réduire en miettes, en atomes. — 
Atrophié était synonyme de « stupéfait ». 





Bâcha. — Abréviation par à peu près du nom d'un pro- 
fesseur d'allemand, Bacharach^ dont le cours fut constam- 
ment l'occasion de plaisanteries assez irrévérencieuses. 
La plus innocente consistait, chaque fois qu'il prononçait 
les mots em, /rem, à répéter en chœur : ein, eine, ein ; 
kein, keine, kein ; ce qui constituait le tapage le plus 
assourdissant. Bâcha se tournait vers le capitaine de service 
implorant son secours, mais le capitaine n'osant sévir, avait 
pris l'habitude de fermer les yeux et de paraître sommeiller. 

Un jour, pendant sa leçon, on introduisit dans Vamphi 
le chat du pique-chien (portier-consigne) et on le fit passer 
de main en main ; au bout de quelques minutes l'animal 



44 



L ARGOT DE L X. 



se mit à pousser des miaulements féroces dont on couvrait 
le bruit en accentuant les « kein, keine, kein n. Bâcha l'aper- 
çut à la fin, près de sa table, comme un élève allait le 
prendre ; il interpella alors Télève qui hésitait : « C'est à 
fous, monsieur, à brendre le chat ! » Quel accès d'hilarité ! 

Sur le plan de l'amphithéâtre, où chacun avait sa place 
marquée par son nom, on traçait à l'avance une courbe, et 
au signal convenu tous ceux dont le nom était sur la 
courbe se mouchaient à la fois. On se mouchait ainsi en 
ellipse ou en spirale. Un autre jour, tandis que les élèves 
assis sur un des gradins se levaient, ceux du gradin suivant 
s'accroupissaient, et le mouvement répété du haut en bas 
de l'amphithéâtre, avait la prétention de figurer celui des 
vagues de la mer. 

Bacha^ durant ses vingt années de professorat, ne 
put jamais parvenir à boire son verre 
l'eau sucrée! A chaque leçon le 
^ucre disparaissait sous ses 

Son répétiteur, Théobald 
Fix, subissait comme lui 
toutes sortes de mystifications 
{\'oy. Colles et Colleurs). 
L'enseignement de l'alle- 
mand, tel qu'il se donnait 
alors à l'École, n'était pas 
pris au sérieux. Il datait 
de 1830; à cette époque 
on avait supprimé le cours 
d'histoire et on l'avait remplacé par un cours d'allemand. 
Hase, savant philologue, qui s'en était chargé, avait trouvé 
le moyen d'exposer, dans cette chaire, ses idées sur l'origine 
et le développement des langues, et il était parvenu à se faire 
écouter avec admiration ; mais son exemple n'avait pas été 
suivi. Après 1870 l'enseignement de l'allemand a été 




l'argot de l*x. 45 

transformé ; le cours a été supprimé et remplacé par des 
conférences que les élèves préparent maintenant avec le 
plus grand soin sous la direction de quatre 
maîtres d'allemand. Cette transfor-^ 
mation paraît avoir donné les meil- 
leurs résultats. 

Bafoalller. — Pour l'élève, 
c'est répondre à l'examen d'une 
manière- incohérente. Pour le 
professeur, c'est se coller dans 
une démonstration; la chose 
arrive! Un excellent profes- 
seur de stéré ^ qu'on avait 
surnommé Molard et qui pos- 
sédait un admirable talent de dessi- 
nateur au tableau, avait un asthme 
qui l'obligeait à hacher son discours; 
on lui donnait, disait-on, une leçon 
supplémentaire à la fin du cours pour terminer ses phrases. 
A la séance des Ombres on lui fait prononcer des phrases 
inachevées dans le genre de celle-ci : 

Tableaux célèbres — femme adultère — il y en a beaucoup ; 

et annoncer ainsi une méthode générale pour résoudre tous 
les problèmes de la géométrie : 

Méthode pour résoudre tous les problèmes, — c'est-à-dire presque 
tous les problèmes, — je veux dire beaucoup de problèmes, — 
enfin la méthode s'emploie quelquefois — mais on ne peut jamais 
rappliquer. 

On retenait cette phrase qu'il avait prononcée pen- 
dant qu'un élève appelé à la planche bafouillait affreuse- 
ment : 

Problème difficile — très difficile — esprits très intelligents eux- 
mêmes se trompent — c'est pas pour votre camarade que je dis ça l 




46 



L ARGOT DE L X. 



Bahut. — Bahnté. — Le bahut, dans l'argot des collé- 
giens, c'est le lycée ; le mot évoque l'idée d'un vieux meuble, 
d'une vieille boîte; pour les saint-cyriens, le bahut, c'est 
leur Ecole elle-même. 

Le polytechnicien emploie le mot bahuter dans le sens 
de (( donner à un objet le chic ancien en le déformant ». 
Ainsi les anciens bahutent leurs képis, leurs tuniques. On 
dit aussi bahuter un casert, c'est-à-dire mettre le caserne- 
ment sens dessus dessous. 

Par une étrange extension, un objet bahuté est aussi un 
objet élégant, qui a du chic — ou simplement qui n'est 
pas réglementaire. Le polytechnicien coquet se paye une 
épée bahutée, des bottes bahutées, 

Bahutag^e. — Le bahutage est la série des initiations, 




des mystifications, disons le mot, des brimades que les 
anciens font maintenant subir aux conscrits. C'est l'an- 
cienne absorption, née du régime de l'internat, impatiem- 
ment supportée par l'autorité, plus tard tolérée au dehors, 
puis supprimée, qui a reparu sous ce nom, à l'intérieur de 
l'École, depuis une vingtaine d'années. Le nom vient natu- 
rellement du mot bahuter, pris dans ses deux acceptions. 
Le but du bahutage est en effet de donner du chic au 
conscrit, de le rendre ancien. 



L ARGOT DE L X . 



47 




N 



Ces brimades ne sont pas 
bien terribles; elles ne res- 
s< fiiblent en rien à celles de 
Saint-Cyr. A ÏX les an- 
ciens n'ont aucune au- 
torité réelle sur leurs 
conscrits ; leur unique 
intention, en préten- 
dant assouplir les ca- 
r.ictères par d'inoffensives 
vexations, est de faire naître 
aussi toi l'esprit de camaraderie. Le temps 
du bahutage dure ordinairement cinq ou six 
semaines, jusqu'à la séance des cotes (Voy. ce mot), après 
laquelle anciens et conscrits sortent bras dessus, bras 
dessous, désormais camarades. 

Le bahutage commence le jour même de Thabillement 
des nouveaux. Les ans obligent les conscrits à prendre des 
prunes chez la Prosper^ les empêchent de rentrer le soir 
de leur première sortie en cernant les rues qui avoisinent 
rÉcole ; les conscrits terrifiés sont placés dans cette cruelle 
alternative de piger une consigne, s'ils sont en retard, ou 
de provoquer la colère des anciens s'ils forcent la barrière 
qu'on leur oppose. 

Le soir de la rentrée des anciens^ quand les deux portes 
du garde-consigne sont franchies et que les nouveaux se 
disposent à traverser la cour pour se rendre au caserne- 
ment, ils se heurtent aux anciens qui leur barrent le pas- 
sage. Pour faire une trouée, il faut attendre qu'on soit en 
nombre; mais dans la foule, où il vient s'engloutir, le 
conscrit est saisi, bousculé, enlevé, débarrassé de son 
épée par-dessus laquelle on le force à sauter comme un 
caniche, lâché enfin après avoir viré de mains en mains 
comme un tonton. A chaque tentative de trouée, les 
portes sont ébranlées à coups d'épaule, les vitres des salles 



48 



L AHGOT DE L X. 



de récréation volent en éclats, frappées par les queues 
de billard; les arrivants, de plus en plus pressés, poussent 
des cris auxquels les anciens répondent par des hurlements 
de fauves. Tout à coup la scène s'éclaire de feux de Ben- 
gale allumés dans la cour et le tapage devient infernal. Le 
dernier coup de dix heures, obligeant tout le monde à 
répondre à Tappel, met fin à cette saturnale. 

Les jours suivants, les anciens se répandent dans les 
salles d'études des conscrits^ font une razzia de leurs godets, 
de leurs équerres, de leurs carions, etc.. ; aux caserne- 
ments ils font une rafle des cravates, des bottes, des casques 
à mèche ; pendant les récréations, ils arrachent les boutons 
de leurs tuniques, les grenades de leurs képis ; ils les con- 
traignent à manger des frites (Voy. ce mot) dans un képi 
graisseux ; ils leur font passer de faux avis qui les envoient 
promener à tous les bureaux de l'administration ; ils les 
accablent de questions sans queue ni tête ; ils leur montent 
toutes sortes de scies et de bateaux. 

Puis viennent les fumisteries classiques : les lits mis en 

portefeuille et qu'il faut 
refaire avant de se cou- 
cher ; Vomelette des 
caserts; la salade des 
bottes; le percement 
des souriaux (vases de 
nuit) avec les pointes 
des épées des con- 
scrits; le coup du 
poulet', le jeu du 
Zanzibar (Voy. ces 
différents mots), etc.. 
L'ancien est habile 
2^t ûc^e^ -iU^^^''^ ^ déjouer l'attention, 

à tromper toute sur- 
veillance. Avec le passe dont il s'est rendu possesseur et 




L ARGOT DE LX. 



49 



qu'il a toujours dans sa poche, il se faufile partout dans 
le pavillon des conscrits. 

Sa malice sait discerner bien vite les caractères crédules 
dont il exigera des obéissances comiques ou qu'il terrifiera 
de menaces. 

11 leur jettera sans cesse à la tête, avec des accents de 
mépris, la couleur de sa promotion; c'est la grande injure. 

« Conscrards î sales 
jaunes — ou sales rou- 
ges!... Conscrit idiot! 
abruti! etc.. Mort aux 
conscrards l » 

Mais toutes ces farces, 
ces plaisanteries , ces 
scies traditionnelles sont 
parfaitement inoffensi - 
ves ; les conscrits ne tar- 
dent pas à s'en amuser 
eux-mêmes ainsi que de 
Taffectation d'injures et 
de brutalité, tout en pa- 
roles, qui ne dépasse 
jamais les bornes de la 
plaisanterie. 

Balade. — Prome- 
nade à rintérieur de l'école. Mot cmprunlt- h 
Targot parisien. Pendant les heures détude, il 
n'est personne qui n'aille faire sa petite balade dans les 
salles voisines, dans les corridors et surtout aux longchamps 
(Voy. ce mot). Certaines salles reçoivent leurs voisines en 
balade et leur offrent un punch, un goûter et même des 
concerts. 




Banale. — Petite table mobile placée dans la salle 

4 



50 l'argot de lx. 

d'études et dans laquelle on serre les objets d'un usage 
commun ; on dit la banale au lieu de la table banale^ qui 
appartient à tout le monde. 

Cette table sert à bien des usages, mais surtout à la 
confection de plats variés. 

C'est sur la banale^ bien dissimulée dans le désert^ 
qu'on prépare en salle le déjeuner du matin, et qu'on sert 
le thé du five o'clock, 

La chanson du Thé^ de nos camarades Dreyfus et Onillon, 
se chante sur l'air du Soldat de plomb {Mam'zelle Nitou- 
che). . 

Dans le désert^ sur la banuley 

On me prépare en se cachant, 

Et tous les soirs je vous régale : 

J'en suis bien fier assurément. 

Dans cette École vénérable 

Où l'on entre difflcirment 

J'pénètre, moi, pauv'misérable. 

Sans me présenter en tremblant. 

Pour entrer je n'fais pas d'jodot 

J'suis pas recommandé chez Tisaot; 

Si j'arrive, c'est sans piston. 

Et pourquoi donc ? 
Parc'qu'à Testo 
Parc'qu'a Testo 
Parc'qu'â Testomac j'suis bon ! 

Basané. — Expression nouvellement introduite à 
l'École et qui désigne le pantalon d'étoffe résistante qu'on 
revêt pour monter à cheval (Voy. Zèbre), Par extension, 
la basane est le nom donné à la cavalerie. A Saint-Cyr, 
où le mot est également employé, on appelle candidats ba- 
sanés ceux parmi lesquels seront choisis les cavaliers. 

Bascule. — La bascule^ brimade en honneur au temps 
du premier empire, consistait à étendre le conscrit sur un 
tabouret auquel on donnait une succession de mouvements 
alternatifs d'élévation et d'abaissement des plus saccadés. 

A la bascule succédait souvent le supplice de la crapaa- 





l'argot de l'x. 51 

dîne, alors en usage dans l'armée : couché à plat ventre 
sur le tabouret, les jambes repliées, le bras droit lié à la 
jambe gauche, le gauche à la jambe droite, le conscrit était 
maintenu une minute dans l'immobilité la plus complète 
et rafraîchi au moyen de bombes hydrauliques. 

BasofT. — Abréviation du vieux terme de bas-officier; 
c'est le nom donné aux 
adjudants qui sont char- 
gés de la surveillance des 
élèves à l'intérieur et à 
l'extérieur, 

11 y a huit baso/fs^ quatre du gé- 
nie et quatre de l'artillerie : on les 
choisissait autrefois parmi les 
sous-officiers proposés pour l'a- 
vancement; mais depuis qu'il existe une école pour les 
sous-officiers, à Versailles, on semble, au contraire, dis- 
posé à les prendre parmi ceux qui n'ont aucune chance de 
parvenir. Leur service à l'Ecole est assez délicat ; ils 
hésitent à sévir contre un futur officier et craignent de 
déplaire à l'autorité par trop de mansuétude. 

Les basoffs sont de service à tour de rôle ; un tableau 
affiché au binet indique les semaines qui leur sont afi^ectées; 
c'est le basoffoscope ; ils se tiennent le jour'dans le cabinet de 
service, au rez-de-chaussée et au premier étage du pavillon 
des élèves, surveillant chacun une division. Le soir, ils cou- 
chent dans une chambre voisine des casernements. Ils 
procèdent aux appels et sont chargés de la discipline inté- 
rieure partout ailleurs qu'à l'amphithéâtre. La consigne est 
la seule punition qu'ils aient le droit d'infliger. 

Leur attitude vis-à-vis des élèves dépend d'ailleurs de 
leur propre caractère. Celui-ci est bon enfant, coconne vo- 
lontiers, surtout avec les anciens ; celui-là, de nature poli- 
cière, toujours en arrêt, prend un malin plaisir à surprendre 



52 l'argot de l'x. 

un élève en faute : il ne colle pas toujours, mais il veut 
qu'on soit persuadé de sa vigilance ; cet autre est inexora- 
ble, il a l'inflexibilité de la loi militaire : on le craint davan- 
tage, mais on ne l'estime pas moins. Le cri : — Vess au 
basoffl avertit toujours les camarades de l'approche du 
surveillant. 

Le plus ancien adjudant dont le nom soit resté célèbre 
était l'adjudant Rostan, vieux soldat de la campagne 
d'Egypte, qui était arrivé le premier sur la muraille de 
Saint-Jean-d'Acre. Il avait un mot qu'on lui faisait sou- 
vent répéter : « Que sentiez- vous, lui demandait-on, lors- 
que la fusillade faisait tomber les fantassins à vos côtés? )> 
Et lui répondait : « Suivant l'ordonnance, je sentais.... les 
coudes à droite. » C'est lui qui définissait la physique n un 
tas de petites boules de cuivre, » et qui disait : « La chimie, 
c'est tout ce qui pue !» Le 30 mars 1814, Rostan fut blessé 
dangereusement à la tête, dans la batterie de l'École à la 
barrière de Vincennes. 

Bazar. — Le bazar ^ c'est le lycée. Les bazars : Grand 
(Louis-le-Grand), Condor (Condorcet), Chariot (Charle- 
magne), Sta (Stanislas), Louis (Saint-Louis), sont les 
lycées de Paris qui préparent plus spécialement à l'École. 
Le mot bazar est surtout employé par les élèves des 
lycées, les potaches, dont le nom paraît signifier « bêtes 
comme des pots ». 

Berry. — Tunique d'intérieur, en drap du Berry. Le 
règlement prescrit de la fermer complètement, l'absence 
d'un seul bouton devant entraîner une consigne, mais on 
ne l'applique pas et la tenue d'intérieur présente, le plus 
souvent, un débraillé qui n'a rien d'élégant. Au commen- 
cement de l'année, c'est une bonne farce à faire au conscrit 
que de lui arracher tous les boutons de son berry et c'est 
un honneur pour l'ancien qui a fait une cueillette suffisante, 



L ABGOT DE L X. 



53 



de porter, autour du cou, tous les boutons de berry passés 
dans une corde en guise de collier. 

Le berry se prête, d'ailleurs, à des transformations va- 
riées. Quand on veut se deviser, on le retourne et un 
camarade se charge de vous décorer la doublure de toutes 
sortes d'ornements ; quand on veut se donner l'ai r 
d'un ancien, on le bahute, on le Irai ne 
dans la poussière. Vers la f^n de l'année, ou 
y attache des attentes d'épa ni faites et ou 
le coupe par le bas pour îui donner le 
faux air d'une tunique d'ofEcter, 

Bert. — Abréviation 
nom de M. J. Bertrand, 
secrétaire perpétuel de 
l'Académie des sciences 
et membre de l'Acadé- 
mie française, qu'à l'É- 
cole on appelle fami- 
lièrement \e petit Bert 
ou encore Joseph. 
Cette familiarité ne .^ 

saurait déplaire à l'il- 
lustre savant qui sait en 
quelle estime le tiennent les 
anciens élèves. M. Bertrand, 

déjà célèbre à l'âge de dix ans et regardé comme un pro- 
dige, professe les mathématiques depuis cinquante ans. 
Entré major à VX en 1839, à l'âge de dix-sept ans, M. Ber- 
trand fut nommé répétiteur pendant qu'il terminait ses 
années d'études à l'Ecole des mines. 

Dans quelques semaines l'École toute entière célébrera 
le cinquantième anniversaire de son entrée à VX parmi le 
personnel enseignant; une médaille commémora tive rappel- 
lera les états de service du savant qui honore l'École dont 




54 



L ARGOT DE L X 



il fut un des plus brillants élèves. M. Bertrand, fils du 
célèbre auteur des Lettres sur les révolutions du globe, est 
le neveu du professeur Duhamel et le beau-frère du savant 
M. Hermite. Les élèves ne manquent pas de saluer par des 











m: 







applaudissements la silhouette de leur professeur quand 
elle apparaît à la séance des ombres. 



l'abgot db l'x. 55 

Dès que M. Bertrand est entré dans Tamphithéâtre, de- 
bout devant la table semi-circulaire, il promène sa main 
sur la table, jusqu'à ce qu'il ait trouvé, sans reg^arder, 
certain trou qu'il a l'habitude de boucher avec le doigt et. 










iiSS'as 













quand il a enfin trouvé le trou désiré, il continue joyeuse- 
ment sa démonstration. 



56 L* ARGOT DE l'x. 

Berzé. — Abréviation de Berzéhus^ nom donné à 
l'horloge de la cour. 

On raconte que le grand chimiste suédois, de passage à 
Paris, vers 1819, vint faire quelques expériences de physi- 
que et de chimie devant les élèves de l'Ecole. Pour mon- 
trer rinfluence exercée par Tair sur la respiration des ani- 
maux, il plaça un moineau sous la cloche de la machine 
pneumatique et iit le vide ; au moment où Toiseau allait 
périr, un même cri : « Grâce ! grâce I » s'éleva de tous les 
côtés de l'amphithéâtre. Berzélius fit grâce à l'oiseau qui 
s'envola joyeusement hors de la sajle. Depuis ce jour, il 
arriva, dit la légende, un fait étrange. Tous les mercredis 
et tous les dimanches, au moment où la grande aiguille de 
l'horloge, quittant la cinquante-neuvième minute de neuf 
heures allait marquer l'heure fatale de la rentrée à l'Ecole, 
un obstacle semblait l'arrêter, et le garde-consigne ahuri 
remarquait que cette dernière minute avait une durée in- 
vraisemblable. Quand le fait eût été bien constaté, natu- 
rellement cela demanda quelque temps, on se mit à l'affût 
et l'on reconnut que le retard était le fait d'un moineau 
qui, à la minute précise, se posait sur la grande aiguille. 
C'était le moineau de Berzélius dont la reconnaissance 
envers les élèves se manifestait de cette manière touchante I 
he pique-chien barbare enduisit un jour les aiguilles de glu 
et l'oiseau se trouva pris et tué ! L'École lui fit de superbes 
funérailles : on l'enterra dans un coin de la grande cour. 
L'horloge reçut ce jour-là le nom de Berzélius '. 

Beug'lailt. — Pendant la période des examens de fin 
d'année, une récréation supplémentaire est accordée aux 

(1) La première horloge de TÉcole, celle qui ornait la cour du 
palais Bourbon, avait été acquise révolutionnairement : on était 
allé simplement prendre celle des ci-devant religieuses carmélites 
du faubourg Saint-Germain et on Tavait transportée au palais 
Bourbon. 



l'argot de l'x. 57 

élèves, de sept heures à sept heures et demie du soir. C'est 
pendant cette récréation que jadis les artistes de la pro- 
motion, montés sur des tréteaux disposés dans la cour, 
donnaient un concert à leurs camarades. Ce concert s'ap- 
pelait le beuglant ; on y entonnait les chansons vieilles et 
nouvelles, faites sur l'École; on déclamait des poésies; on 
récitait des complaintes. 

Au lendemain de la révolution de 1830, on chantait ce 
couplet de la Parisienne^ de Casimir Delavig^ne : 

La mitraille en vain nous dévore, 
Elle enfante des combattants. 
Sous les boulets voyez éclore 
Ces vieux généraux de vingt ans I 
O jours d'étemelle mémoire I 
Paris n'a plus qu'un cri de gloire : 

En avant I Marchons 

Contre les canons... 

ou bien celui que le docteur Guyétant voulait faire ajouter 
à la Marseillaise : 

A peine entrés dans la carrière 
Où tant de braves ne sont plus, 
Vous y ranimez leur poussière 
Par Véclat des mêmes vertus l 
Votre héroïque adolescence 
Déjà s'égale aux vieux soldats ; 
Et trois jours, à vos jeunes bras, 
Ont suffi pour sauver la France. 

OU bien encore ce couplet comique emprunté à une revue 
du théâtre des Variétés : 

C't'École polytechnique, 
Savant', patriotique, 

N's'est pas fait le moins admirer. 

En tout lieu prêt' à s' montrer, 
Le peuple ell'le dirige ) Bis 
Sans jamais l'égarer ! î en chœur. 

Mais à ces refrains du vieux répertoire du beuglant^ 
on préférait les chansons drolatiques, les poésies rimées à 



58 L* ARGOT DE l'x. 

rÉcole, inspirées par révénement actuel. Ainsi, après 1840, 
on chanta longtemps, sur Tair de Larifla^ la complainte du 
Retour des cendres de Napoléon^ composée par un antique 
et dont voici les principaux couplets : 

Ces scélérats d^Anglais 
Avaient eu le toupet 
De tuer notre empereur 
Dont ils avaient grand'peur. 
Larifla, flafla, etc.... 

Je vais vous raconter. 
Sans trop vous carotter, 
Ce bel enterrement 
Ousque j'étais présent. 

Oh I Muse, inspire-moi I 
J*ai grand besoin de toi ; 
Car je vais dir' comment 
Se fit le défilement. 

LVainqueur des Pyramides 
Arrive aux Invalides, 
En passant par Poissy 
Et la barrière Neuilly. 

Non loin de la barrière, 
Était la Pépinière, 
Près de la Porte-Maillot, 
Ousqu'il ne fsait pas chaud. 

Nous avons défilé 
Dans les Champs-Elysées, 
Et chacun admirait 
Comme TÉcole marchait. 

Les officiers sans troupe 
Formaient un fameux groupe ; 
Et les sous-officiers 
Qu'étaient tous décorés. 

Et puis, par-ci, par-là. 
On voyait deux ou trois 
Vieux grognards respectés 
Par le sort des armées. 

Puis le prince de Joinville 
Est entré dans la ville. 



L*ARGOT DE l'x. 59 

Avec tous ses marins 
Qui sont d'fameux lapins. 

Monseigneur Tarchevèque, 
Avec ses quatre-z-évèqueSi 
Est v'nu le recevoir 
A grands coups d'encensoir. 

Alors il est entré; 
Les curés ont chanté ; 
L'invalide a pleuré ; 
Et Ton s'est séparé. 

11 arrivait quelquefois que le poète de la promotion re- 
cevait Tordre de produire, à jour fixe, un chef-d'œuvre 
qui serait chanté ou récité au beuglant. Voici Tune de ces 
compositions, faite en 1859, sur commande, et dont Tau- 
teur est M. Mercadier, le directeur actuel des études à 
rÉcole ; elle se chantait sur Tair du Paris de Nadaud : 

Voyez sa marche assurée, 
Et ce claque, et cette épée, 
Ce regard et ce maintien I 
C'est un artilleur imberbe, 
C'est quelque savant en herbe, 
Un polytechnicien. 

Noble république ! 
L'un est fanatique 
De sape, et Tautre artilleur : 
L'un, marin habile, 
Gouverneur d'une lie 
Ou brillant ingénieur. 

Dans les corridors sans nombre , 
L'un erre, pensif et sombre. 
Et l'autre chante, joyeux I 
Celui-ci songe à sa belle; 
L'autre, à la gloire immortelle 
Dont l'éclat brille à ses yeux. 

Quel travail sans trêve I 
Quel espoir, quel rêve 
Ne s'y forme et s'entretient î 
L'un dans sa pensée, 
Se voit chef d'armée. 
L'autre académicien.... 



60 



L ARGOT DE L X. 



On chante toujours à l'École, mais plutôt aujour- 
d'hui des refrains de troupiers, comme celui du Frère 
Capucin : 

fiT rrr n' ' Iji rr "l ' "Irrrrirrffi 

Il p. tait un moi. ne Irè . re Ca.pu . cin , Confesaintla fepime d'unnitt;. 



.chand de bié.re D é.tail tfi moi. ne R«. re Ca.pu . an .Coii.6saui( la. 




4 J.i^ i rrrr'r r^""r"'^^^ ' , i M'' J J ' 



Pendant bien des années les promotions ont applaudi 
leurs artistes chanteurs et leurs poètes au beuglamt du 
soir. Aujourd'hui c'est la musique instrumentale qui est 
plus particulièrement en honneur; de véritables concerts 
s'organisent et les exécutants sont souvent des artistes 
d'un réel mérite, car on a remarqué que les élèves de 
l'École étaient en général mélomanes et parfois excellents 
musiciens. Ces concerts se donnent à ïamphi^ en présence 
de l'état-major et des professeurs. 

Beuveau. — Surnom donné à Leroy ^ le professeur 
de géométrie descriptive, dont la prononciation était des 
plus défectueuses, et qui disait toujours beuveau^ au lieu 
de biveau^ quand il voulait parler de l'équerre dont se 
servent les tailleurs de pierre. 

Homme excellent, professeur remarquable, plein de mo- 



l'argot de l'x. 61 

destîe, Leroy prononça ce discours à Touverture de son 
cours : 

— Messieurs, appelé par la confiance du gouvernement A suc- 
céder... à un homme illustre... en quelque sorte... Soit xy^ la ligne 
de terre... 

Les élèves de son temps prétendaient que son langage, 
d*une pauvre éloquence, empruntait tous ses termes à la 
science qu'il professait. On lui prétait ces paroles au mo- 
ment de la mort de sa mère : 

— Ma génératrice^ qui fut aussi ma directrice^ est hélas! au- 
dessous de la ligne de terre^ et, depuis ce temps, je suis comme 
un point isolé dans l'espace, un point mort. » 

Montrant à Charles X Thyperboloïde de révolution, au 
cours d'une visite que le roi fit à TEcole, Leroy s'était 
efforcé de lui en expliquer le mode de génération ; puis, 
désespérant de se faire comprendre de son royal auditeur, 
il finit par lui donner sa parole d^honneur que la surface 
était engendrée par une ligne droite. 

Les feuilles lithographiées de son cours, les premières 
qui furent distribuées à l'École, ont porté quelque temps 
le nom de beuveautines. 

Du sobriquet de Beuveau donné au professeur Leroy, on 
comprend par quel calembour le roi de France se vit 
appelé à l'École le grand Beuveau, 

De même, on avait donné le nom de Beuveau VOrifice 
au garde-consigne de la porte d'entrée, qui s'appelait aussi 
Leroy et qui était préposé à la garde du vestiaire. Le sou- 
venir en a été conservé dans le couplet de la chanson 
composée en 1839, le lendemain de l'afîaire Barbes, chanson 
qui débutait ainsi : 

Écoutez, capons ou braves, 
Prolétaires ou titrés. 
Qui vous êtes illustrés. 
Bien qu'on y mit des entraves, 



62 



L ARGOT DE L X. 



Aux mémorables journées 
Des douze et treize mai. 



et qui se chantait sur Tair de Fualdès. Le général Tholozé, 
pour récompenser les élèves de la belle conduite qu'ils 
avaient tenue en ces mémorables journées, avait autorisé 
un punch au parloir ; la fête fut si complète que plusieurs 
se grisèrent. Les manteaux en ayant gardé la trace, Tun 
des couplets le rappelait : 

J*en atteste vos doublures, 
Manteaux pendus chez Beuveau^ 
Vous n'attendiez pas sitôt 
Ce supplément de fourrures. 
On sera fler de vous porter 
Sans vous faire déjjraisser. 



Biblo. — C'est la bibliothèque; elle est ouverte aux 
élèves tous les jours pendant la ré- 
création. Cette bibliothèque est 
fort riche en ouvrages anciens, 
provenant de la célèbre biblio- 
thèque des Génovéfains ; mais 
ses richesses sont pour ainsi 
dire ignorées, même des bi- 
bliothécaires qui s'y sont suc- 
cédé, tous anciens officiers à 
la retraite, nullement préparés, pour 
QjJ^^^^ ^//P 1" plupart, à ces fonctions. Le bi- 
^V -1^^^ bliothécaire de l'École, en réalité, est 

lafîent qui distribue les livres aux élè- 
ves, qui époussète les livres; on l'appelle 
le pilaine Bouquin. 

Une grande salle de lecture, prenant jour sur le square 
Monge, est réservée aux élèves; ils y viennent jeter un 
coup d'oeil sur le Journal officiel^ feuilleter les grands ou- 




l'argot db l'x. 63 

vrages à gravures, lire des romans, rarement faire des re- 
cherches : ils n'en ont pas le temps. 

\,\iuv lies salles d'étude des élèves 
est appelée la salle Biblo; 
c'est celle qui a organisé un 
bureau de location de ro- 
mans, un véritable cabi- 
net de lecture, où les 
amateurs viennent louer 
des livres moyennant deux 
sous par jour. 

Bigror. — Artilleur de 
marine,^ dont le nom 
rappelle le sobriquet 
bigorneau donné aux 
_ soldats de marine, pro- 

bablement parce qu'on 
consomme beaucoup de coquillages (bigorneaux) dans les 
ports militaires. Le bigor (Voy. le dessin p. 64) a son cou- 
plet dans la Chanson de V École : 

Le bigor, sur terre et sur l'onde, 

S'f...iche pas mal des quatVélémcnts ; 

Il s'embarque pour le nouveau monde, 

Mais il n'en revient pas souvent. 

Sans souci d'ia couleur des filles, 

Il aime aux Indes, tout comme aux Antilles. 

Et voilà, oui voilà, voilà ! 

Oui, voilà le bigor français, 

Français, français, français 1 

L'artillerie de marine semblait autrefois réservée aux 
derniers de la promotion ; elle est devenue en honneur au- 
jourd'hui et est recherchée par ceux qui aspirent à un 
avancement plus rapide que dans l'artillerie de terre : elle 
a produit des officiers généraux du plus grand mérite : 
Virgile, Sébert, Frébault, Borgnis-Desbordes... 




64 



L ARGOT DB LX. 




Binet. — Abréviation du mot cabinet. Toute salle qui 
n'est pas habituellement occupée en commun par les 
élèves, soit comme salle d'étude, soit comme 
dortoir, et qui a une affection spé- 
ciale est un binet. 

Au premier étage et au centre 
du pavillon, commandant toutes 
les salles d'étude, est le binet 
de service (on dit le binet de 
ser) avec une pièce pour le ca- 
pitaine de service, d'autres 
pour les adjudants. 

A l'entresol, entre les deux 
étages de salles d'étude, dans . ^. ,. ,^x 

le long couloir étroit et obs- ^^~ " ^^^ | 

cur si propice aux formidables ^^^-^ ~^-^^^^ p 

vacarmes, il y a toute une série de -^—^ ^ -^3^ ^2^-^ 
binets désignés par un numéro : binet de 
V aide-major^ réservé à la visite médicale journalière des 
malades, binets des colleurs où les répétiteurs font passer 
les examens et qui servent aussi de binets de musique à 
rheure de la récréation; ce sont de petites salles très 
basses, éclairées par une fenêtre semi-circulaire au ras du 
parquet et fermées par une porte pleine. 

Dans la cage de l'escalier de service est le binet des 
tapins^ où se tiennent les tambours ou clairons de service : 
tout un système de sonneries et de signaux électriques y 
aboutit, venant de tous les postes des gardes-consigne et du 
cabinet de service. Un élève parvient-il à se glisser dans le 
binet de ser^ momentanément abandonné, il donne par le 
téléphone les ordres les plus baroques aux lapins : par 
exemple il fait convoquer tous les chefs de salle ; et quelques 
minutes après, le basoff ahuri voit le binet envahi et ne 
sait à qui répondre. 

Il faut encore citer les binets des modèles, le binet 



L ARGOT DE L X. 



65 



dentiste, du lampiste, etc. 



de danse, les binets du 
les postes ou binets des 
gardes-consigne, etc., etc. 
Dans un hinet de mu- 
sique, un musicien enragé, 
étant parvenu un jour à 
desceller les barreaux de 
fer de la fenêtre, avait pris 
rhabitude de descendre 
par là jusqu'à une sorte de 
soupente du rez-de-chaus- 
sée où il jouait du violon 
pendant les études ; les 
accords de son instrument, 
muni bien entendu d'une 
sourdine, arrivaient aux 
oreilles du capitaine de 
service intrigué ; mais ils 
lui semblaient venir de loin 
et le violon enchanté, c'est 
ainsi qu'on l'appelait dans la promotion, s'entendit long- 
temps avant d'être découvert. 




Binôme. — Bit. — Bitare. — Le binôme, c'est le ca- 
marade avec lequel on partage une chambre à Bleau (Voy. 
^fonôme). 

Bit est un vieux mot, abréviation d'habit et désignant 
l'habit élégant qu'on endossait jadis pour la première fois 
le matin de la Noël. 

Le mot biture, vieilli, signifiait à la fois « une grande 
quantité » et « la nourriture ». On disait « une bitare d'ob- 
jets » pour un grand nombre. 

Biturer, d'un autre côté, était synonyme de boiiloiter, 
c'est-à-dire de manger. 



66 



L ARGOT DE L X. 



Blâme. — C'est la première des peines qui peuvent être 
infligées à un élève, par le jugement de ses camarades, 
conformément au Code X (Voy. ce mot). 

Le blâme consiste en un laïus écrit par le major des 
anciens qui, après avoir circulé dans les salles d'études, est 
remis au coupable. 

Blean. — Abréviation du 

nom de Fontainebleau . BleaUy 

c'est l'École d'application de 

lartillerie et du génie. En sortant 

de VX on va à Bleau ; on dit « les cours 

de BlesLU ». 

Les élèves de Fontainebleau 
s'appellent aussi les Bleamx ; on 
dit les Bleaux, comme avant 
la guerre on disait les Messins ; 
ceux-ci avaient un uniforme 
spécial, celui de l'École d'ap- 
plication, tandis que les Bleaux 
portent l'uniforme de sous-lieutenant 
de l'arme à laquelle ils appartiennent. 
Parmi les chansons de l'École, nous signalons la sui- 
vante, musique et poème ! 





Quelle joie de quitter l'École et de revêtir le costume de 
Varii! 

Les deux binômes, tout de neuf habillés, ont hâte 



l'ahgot de l'x. 67 

d'arriver à destination : « Cocher, à Bleau ! » Ce beau 




feu ne durera pas, car, s'il faut en croire la chanson, 
la vie n'est pas bien différente à Bleau de ce qu'elle était 
à rÉcole : 



On n'en finira donc jamais 

Avec c'te N.. de D... d'École, 

Avec ses règlements mal faits, 

Les séanc's de salles et les colles. 

Quand nous somm's arrivés à Bleau, 

En sortant de Polytechnique, 

On voyait la \-ie tout en beau... ) ,. 

Va-t' faire fout'! C'est la mêm' boutique. ( ** 

Faudrait qu'on expuls'rait Vgéné, 

Tout au moins qu'on le fout' à la r'traitc. 

On l'a bien fait pour Boulanger, 

Y'a pas d'raison pour qu'on s'arrête ! 

Faudrait qu'on expuls'rait l'colo, 

Celui qui dirig' nos études ; 

J'trouv' qu'i s'rait ben plus rigolo ) , . 

S'il nous en fsait perd' l'habitude, j **' 

Faudrait qu'on expuls'rait cncor 

Les mandunis et les capitaines; 

J'peux pas gober l'état-m^jor 

Qui nous laiss' pas faire nos fredaines. 

Pourquoi qu'i viennent nous humilier 

Avec leurs galons sur la manche ? 

Pourquoi nous qui sommes officiers j ,. 

Qu'i'n'nous trait'nt pas comm'des viciir branches. ( * * 



68 L ARGOT DE L*X. 

Faudrait que tous les professeurs 
Soient brûles dans ramphithëfttrc 
Pendant qu'on danserait en chœur... 
Nom de D... ! comm'ce s'rait folÀtre ! 
Des types qui viennent vous réciter 
Des bêtises, le ... dos sur un'chaise. 
C'est bon dans l'Université ; / 

Quoiqu'i'f... dans l'armée française? ) 



bis. 



Quand tout c^mondli serait expulsé, 

Ça s'rait l'tour des bourgeois d'ia ville ; 

On aurait bientôt fait de dresser 

Pour les chasser un' lisC civile. 

Faudrait qu'on fout' les hommes i l'eau, 

C'est pas avec eux qu'on rigole ; 

Qu'y ait pu qu'des femm's à Fontain'bleau j . . 

Avec les élèves de l'École. ( 

Dès la première année de Bleau^ Tenthousiasme se calme : 
on examine avec plus de sang-froid Ta venir militaire qui 
est réservé au commun des officiers et Ton chante, avec 
le camarade Gabaud (1886) : 



Capitaine deviendrons : 
Lors, plus jamais ne rirons 
Que les lèvres mi-fermées ; 
Plus jamais ne chanterons. 
Plus jamais ne cueillerons 
Que des roses mi-fanées. 

Donc, coulons des jours heureux, 
N*ayons qu'un galon ou deux ; 
Quand nous serons capitaine 
Nous pourrons nous repentir 
De n'avoir point souvenir 
De quelque folie ancienne. 



Boîte à claqne. — Petite cour qu'on trouve aussitôt 
après avoir franchi la porte d'entrée des élèves ; elle a une 
forme trapézoïdale qui rappelle celle de la boîte à chapeau ; 
de là son nom de botte à claque. Parallèlement au portail 



L*ABGOT DE l'x. 69 

d'entrée, on y voit un autre portail symétrique donnant accès 
dans la grande cour. A gauche, une sorte de tambour, dans 
lequel se tient un sergent-major garde-consigne, com- 
mande le passage avec le dehors, Tinfirmerie et le pavillon 
des élèves. A droite sont les vestiaires, où l'on dépose les 
manteaux et les pelé, c'est-à-dire les pèlerines. La botte 
À claque sert en été de parloir découvert; c'est là que se 
promènent les visiteurs autorisés à voir les élèves. 

Bombe. — Projectile hydraulique connu depuis long- 
temps à l'École, confectionné avec une simple feuille de 
papier repliée sur elle-même et remplie d'eau; lorsqu'on 
est assez habile et qu'on prend certaines précautions, la 
bombe peut être lancée à quelque distance et aller asperger 
les camarades. Le jeu des bombes, auquel on ne se livre 
guère que pendant l'été, est très en honneur. Il est rare qu'un 
groupe stationnant dans la cour à bonne distance, un pro- 
meneur isolé, quelquefois même unbasoff ou un agent pas- 
sant trop près des fenêtres, ne reçoive une bombe de quel- 
que salle d'étude. Il arrive parfois aussi que l'artilleur qui 
se penche à la fenêtre pour lancer sa bombe en reçoit une 
autre lancée de l'étage au-dessus et le basoffàe service qui 
s'amuse de ces aspersions d'étage en étage, en cascade^ 
comme l'on dit, récompense les deux artilleurs d'une 
consigne, 

Boncourt. — Aucun des bâtiments du collège de Bon- 
court, si renommé au xv* et au xvi" siècle pour l'excellence 
de ses représentations théâtrales, où Henri II vint quelque- 
fois entendre des tragédies et des comédies, n'existe plus 
aujourd'hui. Ils s'élevaient sur l'emplacement qu'occupe le 
bâtiment de l'état-major, qu'on appelle encore le pavillon 
de Boncourt, et la cour d'honneur avec ses quatre petits 
pavillons. C'est dans le grand pavillon qu'habitent le gé- 
néral et le commandant en second ; c'est là que se trouve 



70 



L ARGOT DE L X. 




Tair du Pendu ^ les couplets suivants : 

Je suis un général célèbre, 

Beau sapeur et beau cavalier. 

Je n'ai pas de pareil à zèbre, 

Je n'ai pas de pareil à pied. 

Sous mon autorité rigide 

Tout se passe admirablement. 

Je suis le sapeur intrépide } 

Dont on ne parle qu'en tremblant, i 

Mon triomphe, c'est la serrure, 
Cadenas, verrous et fichets (1) ; 
Et je chiade une fermeture 
Qui défiera tous les crochets. 
Mais ce travail est bien aride 
Car un X, c'est intelligent ! 
Je suis le sapeur intrépide. j 

Dont on ne parle qu'en tremblant. ) 



la chambre des deux 
conseils, d'instruc- 
tion et de perfec- 
tionnement. 

Borius. — Nom 

donné aux bretelles. 
Le général Borius, 
aujourd'hui chef de 
la maison militaire du 
président de la Répu- 
blique, a été com- 
mandant de rÉcole. 
A la séance des Om- 
bres^ on le fait appa- 
raître sur un ma- 
gnifique cheval et on 
lui fait chanter, sur 



bis. 



bis. 



(1) Le poète (!) fait allusion au remplacement général des ser- 
rures ordinaires, dont les élèves avaient les clefs, par des serrures 
Fichct, afin d'isoler complètement les deux promotions. 



l'argot db l'x. 71 

La bretelle est d'ordonnance. Un élève eut un jour la 
fantaisie de se promener tout nu dans le corridor ; pincé 
par le bsLSoff^ il fut puni de deux consignes. L'élève réclama : 
le règlement n'ayant pas prévu le cas. On lui leva en effet 
la punition, mais on lui infligea deux consignes pour n'avoir 
pas eu de bretelles ! 

Botte. — La botte c'est l'ensemble des carrières civiles 
qui se recrutent à l'École polytechnique. On distingue la 




^"^^-^s^E^ 






fine bolte^ c'est-à-dire les mines; la grande botte^ c'est- 
à-dire les ponts et chaussées ; \?i petite botte qui comprend le 
génie maritime, les constructions navales, les manufac- 
tures de l'Etat, les télégraphes, l'hydrographie et les pou- 
dres et salpêtres. 

On donnait autrefois au major des anciens le sobriquet 
de la Botte. 

Le bottier est celui qui a obtenu la botte à sa sortie de 
l'École. Etre bottier^ c'est le rêve de tous les polytechni- 
ciens à leur entrée à l'École ; tous, du premier au dernier, 
une fois admis, caressent l'espoir d'entrer dans la botte et 
se préparent à chiader ferme pour l'obtenir. Mais l'ardeur 



72 



L ARGOT DE L X. 




ne tarde pas à 
décroître à mesure 
que le travail de- 
vient plus pénible et 
puis on trouve mille 
raisons pour justi- 
fier sa désertion : 
Tabrutissement d'un 
travail aussi continu, 
le petit nombre de 
places réservées aux 
carrières civiles... Dès le 

premier classement, en mars, on trouve que Tarmée a du 
bon; en juillet, on crie : Vive Varti! et Ton conspue 
les infâmes bottiers. Seules les natures tenaces, celles 
qui ont une grande puissance de travail, une facilité con- 
sidérable d'assimilation, réussissent à occuper les premiers 
rangs. 

Quelques élèves affectent de paraître flemmards^ et 
laissent croire qu'ils sont capables d'arriver sans travail ; 
ce sont des bottiers honteux qui piochent ferme sans en 
avoir l'air, dissimulant le mieux possible leur ambition. 
Ceux qui ne veulent pas être officiers, et qui ne peuvent 
pas être bottiers^ auront la ressource de pantoufler 
(V^oy. ce mot). 

Jusqu'au dernier jour, le bottier peut être 

débotté par un camarade plus heureux à 
ses examens de fin d'année qui ont une 

importance relative considérable; il est 
alors rat de botte. 

Bouret. — Abréviation de tabouret. Cha- 
que élève est assis en salle sur un bouret à 
siège de cuir épais, grossièrement rembour- 
ré, dont il est responsable et qu'il rend en 




I: ARGOT DE L X. 



73 




général en bien mauvais état. Cela n'a rien d'étonnant lors- 
qu'on sonf^e aux services 
variés qu'on demande à 
ces vieux sièj^es massifs. 
Dans les salles d'étude, 
quand on ne sait plus 
qu'inventer pour chasser 
l'ennui, l'imagination ju- 
vénile en fait les montures 
sur lesquelles on s'en va 
chevauchant en lile in- 
dienne en frappant le sol 
avec fracas : ce sont les 

courses de bourets. Tous les ans, le jour de la Sainte-Barbe, 

on dispose dans chaque salle les \i\x\i bourets superposés sur 

la banale \ au dernier coup de midi, le sergent qui s'est placé 

sous la table la soulève et les boureU 

roulent sur le sol avec fracas. Chftcjtio 

salle faisant la même opération, on 

imagine le tapage produit. C'est ce 

qu^on appelle le coup du bourei ; 

il est salué par un formidable 

Artilleur^ entonné par toutes les 

voix. Enfin, il n'est pas de tapage 

organisé dans les salles, pas de 

chahut un peu bien senti, qui 

ne soit accompagné du bris de 

quelques bourets. 

Bran. — Jusque vers l'année 
1848, on donnait le nom de bran 
à tout désordre général, comme on 
dit aujourd'hui grand chambard ou 
grand chahut; il était décidé dans 
les circonstances graves par le vote des deux promotions. 




74 



L ARGOT DE L X. 



Le bran se faisait dans les casernements ; on éteignait 
les quinquets, on brisait les cuvettes, les pots à eau, toute 
la vaisselle,. et on entonnait à tue-tête le refrain de la, Mère 
Michel : 

Bran! tu m'embêtes, 
Disait la mère Michel... 
BranI tu m'embêtes. 

On disait faire un bran ! à peu près comme le compa- 



triote de Tar 

bru ! dans 

Daudet. 

rigine du 

plus an- 

remonte 

Rabelais , 

ploie pour 

bruit ordu- 

Régnier lui 

le même sens quand il dit : 




tarin dit fess de 

le livre de 

Mais l'o- 

mot est 

cienne et 

jusqu'à 

qui l'em- 

si gnifier 

lier. Le vieux 

donne à peu près 



Surtout vive l'amour, et Bran ! pour les sergents. 

4 

\]f%€i ^. C'est dans ce sens qu'on disait au- 
^ '** trefois à l'École piquer un bran, 

comme on dit aujourd'hui piquer 
une sèche, c'est-à-dire une fort mau- 
vaise note. 
On raconte qu'un bibliothé- 
caire de l'École, peu ferré sur 
ses auteurs, mais accoutumé à 
l'argot de l'X, fit relier deux 
volumes de Brantôme en indi- 
quant sur le dos : Bran, tome I 
et Bran, tome IL C'est peut-être 
le même qui fît cataloguer un 




L -VRGOT DE L X. 



75 



volume sur les tables tournantes parmi les ouvrages sur 
la menuiserie (!!) et qui inscrivit, sur des mémoires dal- 

j 



.*».! 



t3g 



■^ 






gèbre du professeur Joseph Bertrand, cette mention : rédi- 
gés à Sainte-Hélène ! ! î 




Le vieux mot Aran de scie, signifiant la sciure de bois, est 
encore connu à TEcole ; nous n'en voulons pour preuve que 



76 



L ARGOT DE L X. 



ce couplet d'une complainte qui fut composée sur l'as- 
sassin Verger, lors du meurtre de l'archevêque de Paris : 

II partit entre quat' gendarmes 
Il n'avait pas du tout Tair (ïèV gai. 

Les assistants versaient des larmes 
Bien que Ton fût dans le milieu du mois d* mai. 
On tir* la corde ; il r'çoit le coup de grâce 
Et sa tête tomb' dans un panier d* bran de sci. 
Ainsi finit qui creva la paillasse 
A Monseigneur TArchevéq' de Paris. 

Dussy. — Râtelier qui supporte les planches à dessin 
dans la salle d'étude (V^oy. dessin, page 75) et qui est fixé 
au mur, devant chaque élève. Au-dessous est Vhypobassy, 
formé de deux planchettes qui supportent les livres. Cette 
installation a été faite par le colonel de Bussy, comman- 
dant en second en 1878. 






I»f iinr ••< iiJir* 




Cahonrs. — Espèce de grande g^amelle en fer-blanc, 
qui occupait autrefois le milieu des tables du réfectoire, 
et servait fort malproprement à vider toutes les assiettes. 
Cet ustensile, qui a disparu, portait le nom d'un des plus 
savants professeurs de chimie, parce que celui-ci avait 
rhabitude, à Vamphi^ de verser dans un grand récipient 
le contenu des verres dans lesquels il avait produit des 
combinaisons chimiques. 



Caillou. — S'employait autrefois pour désigner les 
manipulations de stéréotomie, où Ton s'exerçait à la coupe 
des pierres, la coupe des cailloux. Le mot, comme la chose 
d'ailleurs, a disparu. 



78 L* ARGOT DE l'x. 

Caisse. — Caissiers. — Un sentiment généreux de 
fraternelle union s'est manifesté à TÉcole dès les premiers 
jours de son existence. Quand le traitement était de 1200 li- 
vres payés en assignats, plus tard de un franc par jour, et 
qu'il fallait, avec cette unique ressource, se nourrir, se vêtir 
et se loger, la situation des élèves appartenant à des familles 
pauvres était extrêmement pénible (1). Pour venir au se- 
cours de leurs camarades, les plus favorisés de la fortune 
firent alors volontairement Tabandon de leur solde qu'on 
répartit entre les plus nécessiteux. Quand Bonaparte, trans- 
formant l'École en une institution militaire et casernée, 
eut exigé le payement d'une pension, il arriva chaque 
année que des élèves, se trouvant dans l'impossibilité ab- 
solue de se procurer la somme de huit cents francs et 
n'ayant pu obtenir de bourse, se virent menacés de quitter 
l'École. C'est alors que l'institution de la caisse commença 
à fonctionner (2). 

Depuis le décret de l'an XII, deux élèves, appelés 
caissiers^ investis d'un pouvoir discrétionnaire sans con- 
trôle, furent chargés d'examiner dans quelle mesure il con- 
venait d'alléger les charges de leurs camarades nécessiteux. 
Sans rendre de compte à personne, ils imposaient leurs 
condisciples de la somme nécessaire ; le secret obligeait les 
camarades secourus à verser comme les autres leur quote- 
part dont les caissiers leur faisaient l'avance au préalable 

(1) A la fondation de T École, les élèves reçurent, pour se rendre 
à Paris le traitement de route alloué aux canonniers de première 
classe, c'est-A-dire quinze sous par jour en assignais^ soit quatre 
sous en numéraire ; A compter du jour de leur arrivée, ils touchaient 
1200 livres par an, toujours en assijçnats, ce qui faisait à peu près 
366 francs. En 1798, le traitement fut fixé A 40 francs par mois. 
En 1799, les élèves furent considérés comme des sergents d'artil- 
lerie et reçurent 98 centimes par jour : les élèves nécessiteux tou- 
chaient en plus 18 francs par mois. 

(2) Le gouvernement avait décidé que des bourses seraient accor- 
dées aux élèves nécessiteux, mais A la condition qu'ils seraient 
dans les trente premiers. C'est alors que Mongc, l'illustre fondateur 
de l'École, fit abandon de son traitement en faveur des élèves pauvres. 



L ARGOT DE l'x. 



79 



et secrètement. Les caissiers accomplissaient dans le 
silence leur honorable mission et jamais on n*a su quels 
étaient ceux qu'on secourait. 

Nous donnons en fac-similé une intéressante lettre de 
Napoléon informant le général Lacuée que vingt-cinq 
bourses seront accordées aux élèves. 











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Aujourd'hui que le nombre des bourses n'est plus limité, 



80 L* ARGOT DE l'x. 

les élèves n'ont plus besoin de venir au secours de leurs 
camarades que dans de très rares circonstances, par exem- 
ple quand des parents n'ont pas fait une demande de bourse 
en temps utile, quand ils ont été ruinés postérieurement à 
l'admission, enfin quand ils ont des raisons de vouloir 
cachera l'État et au public leur situation précaire. La caisse 
paye les frais d'enterrement des camarades morts à l'École. 
Depuis l'année 1848, l'institution des caissiers n'a plus eu 



JifAi ^^es M 



^étrr/f/rtj 




pour objet que le soulagement, toujours aussi discret 
qu'autrefois, d'infortunes exceptionnelles. 

Les fonds de la caisse sont fournis par une cotisation 
annuelle fixe que payent tous les élèves et qui est calculée 
de manière à laisser un excédent pour solder certaines 
dépenses communes, telles que celles occasionnées par 
l'organisation des fêtes traditionnelles. 

Depuis 1860, le bureau de bienfaisance, créé dans le but 
de secourir les pauvres du quartier et anciennement 
indépendant de la caisse, a fusionné avec elle ; les cais- 
siers reçoivent les demandes faites par les malheureux, 
désignent à tour de rôle les camarades qui doivent aller 



L ARGOT DE L X. 



81 



les visiter à domicile, et distribuent des secours une fois 
j>ar semaine à la porte d'entrée de TÉcoIe. 

Ainsi chargés par leurs camarades d'une mission de con- 
fiance, les caissiers ont toujours été regardés comme les re- 
présentants autorisés de chaque promotion ; ils partagent 
avec les majors la prérogative de prendre vis-à-vis de Tau- 
torité la défense des intérêts communs, de provoquer les 











{'. 





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Xdh 



fei te>é\jt^ hcbdoiï^ :. 



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Jm 



votes et les enquêtes ; ils sont les gardiens des décisions 
prises et de toutes les traditions. La situation de cais- 
sier est des plus enviées, et chaque année, à Tépoque 
de l'élection, le nombre est grand des concurrents qui se 
présentent aux suffrages de leurs camarades. Il est néces- 
saire que des comités s'organisent, que les candidats 
fassent connaître leur programme à la planche aux topos, 
tant l'élection est disputée. C*est alors qu'on voit circuler 
et afficher de nombreux topos illustrés de caricatures ou 
de dessins comiques. De tous ceux que nous avons sous 

6 



82 l'argot de l'x. 

les yeux, nous reproduisons celui qui représente le can- 
didat, Jules ^ comme un taureau furieux éventrant tous 
ses concurrents ; un autre dessin nous montre quels se- 
ront les heureux résultats de l'élection de Jules : avant 
son élection, les élèves étaient passés en revue par le 
gêné; après ce sera Jules qui passera la revue des officiers 
de rÉcole. 



Galo. — Abréviation de calorifère. Dans les salles 
d'étude, la bouche du calorifère est fermée par un treillage 
en fil de fer qu'il n'est pas très difficile d'enlever après 
s'être débarrassé du cadre qui le protège. On dispose alors 
d'une précieuse cachette dans laquelle on enferme toutes 
les provisions nécessaires à la confection des déjeuners du 
matin, les livres et les objets défendus. 

C'était un plaisir extrême, à une certaine époque, d'allu- 
mer un petit pétard d'enfant dans la conduite du calo; la 
détonation ne causait aucun dommage, mais elle faisait un 
bruit énorme qui se répétait presque simultanément à toutes 
les bouches de chaleur et mettait en agitation tout le per- 
sonnel du cabinet de service sans qu'on pût jamais savoir 
d'où le coup était parti. 

L'été, celui qui veut dormir bien à son aise, enlève le cou- 
vercle et le treillis, s'élend à terre le long de la cloison et, 
la tête dans l'ouverture de la conduite sur un coussin de 
brique, il fait des rêves d'or. 

Calot. — Abréviation de calotte^ pour désigner le képi 
d'intérieur, anciennement appelé phécy et qui ne tarde 
pas à prendre, par l'efTet du bahutage auquel on le soumet, 
l'aspect d'une vulgaire calotte. Le képi est relativement 
récent; la coiffure d'intérieur était jadis un bonnet de 
police, un police^ à gland jaune ou rouge suivant les pro- 
motions. 



l'argot de l*x. 83 

Casert. — Les caserls sont les casernements, c'est- 
à-dire les dortoirs des élèves. Ils occupaient autrefois le 
deuxième et le troisième étage du pavillon, un étage 




par division. Depuis que les promotions sont devenues 
si nombreuses, on a fait de nouveaux caserls dans l'an- 
nexe du Pavillon et dans le bâtiment construit sur le 
square Monge. Toutes les chambres sont d'ailleurs à peu 
près semblables, généralement trop petites et insuffisam- 
ment aérées. Le mobilier en est des plus simples, huit ou 



84 



L ARGOT DE L X. 



dix lits alignés de chaque côté, la tête au mur ;. au pied de 
chaque lit un petit bahut (le coffin) contenant le linge et 
les effets, et servant de table de toilette avec le pot à eau 
et la cuvette posés sur le marbre ; au-dessus de la tête une 
planchette sur laquelle se placent le carton contenant le 
képi et la boîte à claque. Au mur, accrochés à un clou, 
l'épée et le ceinturon. Une fontaine dans un coin; point 
de rideaux, ni aux lits, ni à la porte vitrée, ni aux fenêtres. 
Il y a cependant au pied du lit un petit tapis qu^on appelle 
un /at?é, en Thonneur du général commandant l'Ecole qui 
l'introduisit dans les caserts. 

Il y a naturellement sous le lit un vase indispensable, 
appelé généralement thomas; actuellement on l'appelle 
souriau. Pendant le bahutage, l'ancien passe une revue au 
casert en obligeant les conscrits à tenir leur souriau à la 
main. 

Comme on dort là, à vingt ans I Le matin, il faut trois 
roulements de tambour ou trois sonneries stridentes du 
clairon pour réveiller les dormeurs ronflant encore comme 
des tuyaux d'orgue. A la dernière minute seulement l'A' 
saute à bas du lit, passe son pantalon à la hâte, enfile ses 
bottes; puis, prenant à la main le képi, la cravate, se pré- 
cipite dans le corridor, moitié vêtu, pour se trouver en 
salle au moment de l'appel. 

Un peu plus tard on remonte au casert^ au risque d'être 
puni, pour terminer sa toilette, ou pour achever le somme 
interrompu ; à la récréation de l'après-midi, on y vient en- 
core dans le même but, sous prétexte de mettre en ordre sa 
garde-robe. 

Pendant l'été, c'est un plaisir très goûté de s'asseoir sur 
l'appui de la fenêtre, les jambes pendantes dans le vide, ou 
même de s'étendre de tout son long sur la corniche assez 
large. Des fenêtres on aperçoit la grande cour, \d^ boite 
à claque aplatie, le couronnement du portail d'entrée 
orné du drapeau flottant, et par-dessus les maisons pittores- 




['.^fiO'^)''' 



L ARGOT DE L X. 85 

ques qui dessinent le cercle de la 

petite place de l'École, le clocher 

coquet de Saint-Étienne-du- 

Mont, le dôme énorme du 

Panthéon et tout Paris 

dans le lointain. 

Dès les premiers temps 
du casernement, lescaserts, 
où l'on est tout à fait chez 
soi, ont servi de théâtre à 
toutes sortes de distrac- 
tions plus ou moins défen- 
%, dues. Sous le premier empire, 
^ijtv on y organisait des concerts, 
des comédies et même des bals ; 
le caseri était le temple de Tar/.Costumes 
et coulisses étaient faits avec des couver- 
tures; les spectateurs 

s'asseyaient sur les lits ^- - - -^■■,-- ^ _ 

et Ton jouait à la lu- 
mière des quinquets. 
Les plus jeunes, se fai- j 
sant un costume avec f) 
des tabliers de labora- l 
toire, remplissaient les 
rôles de femmes; ceux 
qui avaient du talent 
pour la musique com- 
posaient l'orchestre. Le 
spectacle devait être ter- 
miné à l'extinction des 
feux; un roulement de 
tambour et l'obscurité su- 
bite interrompaient la re- 
présentation. ^^ ^a^^^ ,.wj.^^. 




86 



. ARGOT DE L X. 



Il n y a pas encore bien longlemps, une fièvre chorégra- 
phique s'était emparée des élèves et le casert servait au 
tourbillonnement des valses les plus échevelées. Dans le 
plus simple appareil, coiffés du claque, le baudrier passé 
sur la chemise, les couples tournaient avec furie, au grand 
désespoir des camarades fatigués que le bruit empêchait 
de dormir. Si les protestations devenaient nombreuses, on 
votait sur la continuation de la danse et un cocon facé- 
tieux proposait le vote en ces termes : « Que ceux qui 
veulent dormir se lèvent ! » 

Le casert est souvent témoin de luttes homériques : on 
donne volontiers Tassant au casert voisin qu'on bahute 
d'une manière complète. Les assiégés font bonne résistance 
et se barricadent avec soin. D'autres fois ce sont les caserts 
de l'étage supérieur qui attaquent : un bouret solidement 
attaché à l'appui de la fenêtre et suspendu à l'extrémité 
d'une corde est lancé dans l'espace : les futurs artilleurs ont 
tellement bien pris leurs mesures que le bouret retombe 
dans les vitres du casert ennemi qui se brisent avec fracas. 

Aux caserts^ aujourd'hui, plus de divertissements sembla- 
bles, mais de longues cau- 
series, des discussions 
philosophiques ou poli- 
tiques interrompues par les 
bâillements ; quelquefois 
des assemblées muettes au- 
tour d'un bol de punch 
qui flambe dans une cu- 
vette. 

Casos. — Abréviation 
de casoard. Les saint- 
cyriens donnent le nom de 
casoard à leur élégant plu- 
met blanc et rouge, fait des plumes de cet échassier. Comme 




L ARGOT DE L X. 



87 



ils'se montrent particulièrement soigneux de leur casoard^ 
ayant toujours dans la poche un petit étui en carton pourly 
enfiler à la moindre menace de pluie, lesXleur ont donné le 
sobriquet de ca^o*, qui a remplacé ainsi Tancien surnom de 
cyrards. La supériorité de VX sur le ca^o, dont le premier 
est convaincu d'ailleurs, ne ferait pas de doute pour le 
dernier gavroche du quartier, si l'on en croit la vieille 
chanson de la rue MoufTetard : 

Messieurs les Saint-Cyriens 
N'sont pas des gens de rien, 
Mais le Polytechniqu' 
Est encore bien plus chic ! 
Lari fla, fia, fla... 

Chahut. — Manifestation bruyante, en forme de pro- 
testation contre l'autorité. Le mot chahut vient d'une 




danse échevelée, fort en honneur dans les bals de barrière, 
à la fin de la Restauration, et qui a été remplacée, depuis, 
par le cancan. 

Le chahut n'est pas autre chose que l'ancien bran. Il 
doit être décidé par un vote de la promotion, et pour que 



88 L*ARGOT DE l'x. 

le vote soit valable, il faut au moins les deux tiers des 
voix. 



Ghambard. — C'est un chahut plus modeste et qui 
n est pas général. On fait du chambard dans une salle 
d'étude, ou bien l'on va chambarder un casernement. 

Ghambergfeot. — Le jeune Chambergeot mourut en 
1750, dans l'intervalle des compositions à la distribution 
des prix, ayant remporté les quatre premiers prix du 
grand concours. Son histoire, racontée en style suranné, 
dans le Cours de thèmes allemands du professeur Bacha- 
rach^ était autrefois le sujet de mille plaisanteries où l'esprit 
caustique des élèves s'ingéniait à tourner en ridicule le 
professeur qui puisait dans ce récit les questions souvent 
les plus grotesques. 

Ainsi, on trouvait cette phrase : « Le jeune Chambergeot 
n'avait pas seize ans r...... ^ &fc./<il,jy^U*^ 



En 



V 



quand il mourut 
manière de scie^ on sf' 
posait à chaque instant (les 
questions comme celle-- 
ci : « Quel âge n'avait 
pas le jeune Cham- 
bergeot quand il 
mourut ? » le cama- 
rade interrogé de- 
vait répondre : « Il 
n'avait pas seize 
ansi » Un autre de- 
mandait : <( Dans 
quoi mourut Cham- 
bergeot? » la réponse 
était : « Dans l'inter- 
valle » ; oubien encore : « Qu'est-ce qu'on en tendit partir? 




l'argot de l'x. 89 

et il fallait répondre : « Des gradins ! » parce que le texte 
disait : « On entendit partir des gradins ce cri lugubre : 
Fato functus. » 

A la fin, on imagina, à la cérémonie des cotes (Voy. ce 
mot) de faire de cette histoire le sujet d'une cote particu- 
lière, la cote Chambergeot^ appliquée au conscrit ayant 
obtenu dans sa dernière année de collège le plus grand 
nombre de nominations, prix et accessits, ou à celui qui a 
remporté le prix d'honneur de mathématiques. 

En 1879 notre camarade Gaston Moch eut l'idée de 
remplacer la lecture de la cote par une scène de l'efTet le 
plus amusant. Nous reproduisons en grande partie cette 
scène qui fait revivre les principaux événements de 
l'histoire de l'Ecole (1). 

[Un Spectre, drapé dans un linceul, apparaît brusquement sur 
Testrade. EfTarement des commissaires. L'un d'eux interpelle le 
Spectre:] 

Quel est ce fantôme inconnu 
Dont la présence redoutable 
Vient troubler ce jour mémorable ? 
Dis-moi, réponds : — Qui donc cs-tu? 

LE SPECTRE. 

— Vous avez devant vous le spectre furibond 

Du conscrard Chambergeot, du conscrard dont le nom 

Est célèbre A ïégai de celui d'un grénie, 

Du conscrard dont jamais la tâche n'est finie, 

De ce conscrard enfin dont l'acclamation 

Doit saluer ici la résurrection ! 

Or donc, j'étais un jour, dans l'étroit monument 
Où j'habite, à fourrer dans ma tète rétive 
Les premiers éléments de l'art de Perspective 
(Car j'avais renoncé, depuis lonjçtemps déjà, 
A savoir ce que sont les droites D, A, 

(1) Nous sommes heureux de remercier ici notre camarade 
G. Moch de l'obligeance avec laquelle il a mis à notre disposition 
des matériaux intéressants qu'il avait réunis depuis longtemps et 
qu'il se proposait même de publier. 



90 l'argot de i/x. 

Que rcxcelleni monsieur Mannheim prétend comprendre, 

Ce que de vous, conscrards, on ne saurait attendre,^.. 

Soudain, j'entends un bruit, étrange à concevoir : 

« Un conscrard vient d'entrer à l'X, et dit avoir 

Enfoncé Chambergeot! Et sa bouche hardie 

Longuement énumëre une liste infinie 

De prix et d'accessits qu'il aurait remportés 

Au lycée, au concours, en toutes facultés, 

En thème, en vers latins, comme en géographie, 

En récitation, grec et géométrie. 

En physique, en chimie ainsi qu'en version. 

En descriptive aussi, discours, narration. 

Sans même en excepter les arts qu'on dit graphiques. 

Ce conscrard remporta des succès magnifiques; 

Semblable à Chambergeot, il lutta sans vainqueur ! » 

Eh bien, conscrit, écoute ; et ces mots, qu'un vain songe 

Me fit entendre, vois qu'ils ne sont que mensonge. 



[Ici le Spectre lit le récit lamentable de la mort du jeune Cham- 
bergeot, fréquemment interrompu par les gémissements de l'au- 
ditoire. Il reprend:] 

La première promOy sous la Convention, 
Fut rouge. — J'entrai dans cette promotion. 

— Bientôt, dans mon tombeau j'allai cacher ma gloire. 

En mil huit cent quatorze, an de triste mémoii*e. 
En sursaut réveillé par le bruit du canon 
Qui tonnait sur le sol sacré de la patrie, 
Pour défendre Paris sauvant Napoléon 
En brave je mourus dans une batterie. 

— Pour la seconde fois, une promotion 
Rouge m'avait reçu. 

Ma résurrection 
Ne se fit point attendre, et quand la générale 
Remplit de ses appels toute la capitale. 
Je reparus, armé d'un fusil ramassé 
Sur une barricade. Et, par ma voix poussé. 
Le peuple, à nos côtés, sut vaincre et se venger. 
Mourant avec Vaneau, j'ai, je puis l'affirmer. 
En délivrant Paris, sauvé la nation. 

— Or, c'était en l'an trente, et la promotion 
Était rouge toujours ! 

Était-ce donc fini ? 
Non : quarante ans plus tard, j'appris que mon pays 



l'argot de l'x. 91 

Subissait de nouveau Tassaut de FAllemand, 

Et, comme aux anciens jours, je lui donnai mon sang. 

J'étais à ReichshofTen quand une batterie 

Sans défenseurs allait périr : mon énergie 

A sauvé ses canons, et je fus décoré (1^. 

— Comme toujours, conscrards, ici j'étais rentré 

Dans une promo rouge. 

Eh bien, conscrit infâme, 
Oses-tu t'étonner si vertement je blftme 
Ton cnlot monstrueux? Pour des prix arraches 
A quelques concurrents absurdes, mal léchés, 
Tu t'oses comparer A ton antique illustre l 
Non, ce n*est pas ainsi qu'on acquiert un tel lustre, 
Conscrard ! Et si tu veux te comparer à moi, 
Meurs, ressuscite et meurs encor, comme avant toi 
L'a fait ce Chambergeot, dont sans doute on plaisante 
Les prix comme les tiens, mais qu'ici chacun vante, 
Car, aux jours de danger, il s'est toujours donné 
A rX, pour la patrie et pour la liberté I 

On peut penser si ce discours du Spectre est couvert 
d'applaudissements frénétiques ! 

Le spectre Chambergeot cite Télève Vaneau qui fut tué 



Tm Itai yiU ^MiM» M CmmI. itlwwl mMMék 




(UQbifLa.. 



•i b pM «I w IMOi ■ «I M iah. 



en 1830, à Tattaque de la caserne Babylone. Tous les ans, 
une députation des élèves se rend au cimetière Montpar- 
nasse déposer une couronne sur la tombe de Vaneau. 

(1) Allusion à notre camarade Pistor, de la promotion 1869. 



92 



L ARGOT DE L X. 



Voici (page 91), à titre de curiosité, la lettre de faire-part 
de Tenterrement de Vaneau que nous avons retouvée et 
le détail des dépenses faites par TÉcole pour les funé- 
railles : 

Fr. 
Frais d'impression des lettres de faire- 
part 6. M» 

Payé à la poste pour remettre les lettres. . • 1 .50 

Crôpe, drap noir pour tambours 28.75 

Port de sa malle dépost^e chez un ami et 

remise à l'École l.»u 

Payé pour l'ensevelir, sel, ctc 5.»»» 

Frais funéraires payés à l'hospice des In- 

dirablcs 58.30 

Fr. 100.55 



Chameau. — Animal post-biblique qu'on rencontre à 
l'état civilisé sur le BourMich' et dans les environs du 
quartier Bréda. 

. Le Code X prévient sagement le conscrit « qu'il lui est 
défendu de promener des chameaux, à moins qu'ils ne 
resplendissent de tout l'éclat de la parure et de la 
beauté ». 

Quand une malheureuse fille apparaît aux fenêtres des 
hôtels borgnes de la vieille rue Descartes, qui donnent sur 
la cour de l'Ecole, le premier qui l'aperçoit pousse un cri 
sur l'air des Lampions : « Un chameau ! Un chameau ! » Aus- 
sitôt tous les élèves se rassemblent et reprennent en chœur : 
« Un chameau ! un chameau ! » jusqu'à ce que la pâle figure, 
aux grands yeux noirs ou noircis, aux cheveux plaqués, 
ait disparu. 

On entonne alors la chanson du Chameau, dont nous 
donnons la musique à la page 93. 

A l'Ecole, pendant la leçon de danse, les élèves font al- 
ternativement le cavalier et la danseuse ; la danseuse met 
son pantalon dans ses bottes, ce qui la distingue suffisam- 
ment, et répond au nom gracieux de chameau. 



L ARGOT DE L X. 



93 



Aux beaux jours du romantisme, quand le vent de la 
poésie soufflait partout, le chameau de la rue Descartes 




Nn>ait al . Ir-K» mw Gv Amt ^. ini ca.ileav (> ctKfeaii pi«.u.< 



4b h hoa.tt éki cini« Cr |ir««i.«ti\ «n ànu CM !• chamesui.' Ah* 

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lU. Ah! bf 4li! Ir jo . K rbainraii V»y . n eoanw y fkl bnw! 

s'appelait lavandière et le polytechnicien, nourri de Mus- 
set, parodiait ainsi la romance de VAndalouse : 



Avez- vous vu près de l'École, 
Une laveuse au teint bruni? 
Cette fille, dont je rafTole, 
Vaut cent fois mieux, sur ma parole, 
Que la plus charmante houri I 

Je ne me battrais pas pour elle, 
Je n'ai jamais fait de chansons. 
Mais combien j*ai fait sentinelle, 
Pour la voir, près de sa cuvellCy 
Quand elle lave ses chiffons ! 

Ah ! trop heureux si seul au monde, 

De Clara j*étais possesseur ! 

Mais son beau corps, sa cuisse ronde. 

Sa chevelure qui Tinonde 

Sont au dernier enchérisseur ! 



94 



L ARGOT DE L Z. 



Vrai Dieu I malgré ces peccadilles, 
Quand on la voit du PavUIor^ 
II n'est aucun ami des filles 
Qui ne songe à rompre les grilles 
Pour chiffonner son cotillon ! 

C'est qu'elle est si folle de joie 
Quand elle chante en son taudis, 
Ou que, lavant un bas de soie, 
Elle fait, sous son flanc qui ploie. 
Craquer son corset un peu gris ! 

Allons, amis, en embuscade : 
Allons, la belle nous attend I 
Et, qu'au récit de l'algarade, 
Puissent crever, d'un ris maussade. 
Et capitaine et lieutenant (1). 

Les iaupins qui se sont fait remarquer au collège par 
des relations faciles avec les jeunes personnes de la rive 
gauche, sont signalés pour la co^e chameau. S'ils sont admis 
plus tard, on leur ordonne de respecter V uniforme glo- 
rieux qu'ils ont l'honneur de porter. 

Cherche-Midi. — Prison militaire située rue du Cher- 
che-Midi ; autrefois la maison d'arrêt militaire était place 



MAISON D'ARRÊT MILITAIRE, 
1*1— A fiiiiKh II. 






t . y^*- it»» 



■M|t «— — ^M u«M iHa^ 



du Panthéon, ainsi que le montre ce récipissé d'écrou. 
C'est là que sont envoyés les élèves qui ont commis une 
faute grave d'insubordination. La punition est infligée par 

(1) La Lavandière. Imitation romantico-burlesque de \ Andalouse, 
Paroles de M. Eugène Dus-ct-Sec, musique de M. Monpou (jan- 
vier 1835). 



L ARGOT DE L*X. 95 

le ministre, sur le rapport du général; elle suit d'ordi- 
naire un chahut général. Il n'est pas rare qu'elle soit la 
cause d'un soulèvement des promotions quand l'autorité 
a désigné individuellement les coupables au lieu de les tirer 
au sort. L'esprit de l'Ecole a toujours protesté, en effet, 
contre la prétention manifestée plus d'une fois par l'autorité 
de vouloir choisir les victimes, soit parmi les majors^ soit 
parmi les élèves le plus fréquemment punis ; il veut qu'on 
ne discute jamais la peine, souvent hors de proportion avec 
la faute commise, mais que le sort désigne seul les victimes. 

A rélève envoyé au Cherche-Midi comme victime expia- 
toire, les promotions assurent une vie matérielle aussi 
confortable que possible ; le restaurant Foyot sert au pri- 
sonnier des repas au menu recherché ; ses camarades le visi- 
tent souvent, et la captivité est pour lui le plus souvent 
un repos réparateur. 

Après la prison du Cherche-Midi, il n'y a plus d'autre 
punition que l'expulsion de l'Ecole et l'envoi dans un régi- 
ment, comme soldat de deuxième classe. 

Chiade. — Dans les collèges, le mot chiacle s'emploie 
comme synonyme de presse^ bousculade, A l'Ecole, il n'a 
plus qu'un sens figuré. La chiade est le travail d'arrache- 
pied, en vue des succès de concours. Le temps de chiade^ 
c'est la période de préparation des examens de fin d'année, 
à la suite desquels le directeur des études dresse les ta- 
bleaux du classement des conscrits passant en seconde 
année et celui de sortie des anciens. Pendant ce temps, tous 
les cours, tous les exercices sont suspendus; la journée 
entière est consacrée à la préparation des examens. Tous 
les élèves se livrent à un surmenage insensé, les bottiers 
pour conserver leur rang, les majors de queue pour obte- 
nir la moyenne minima obligée et éviter la sécheresse. Une 
véritable fièvre intellectuelle allume les esprits ; les retarda- 
taires surtout donnent un coup de collier formidable. Du 



96 



L ARGOT DE l'x. 



matin au soir, les têtes sont plongées dans les feuilles de 
cours qu'on ne quitte plus. Monté sur les tables, étendu à 
plat ventre sur le plancher, accroupi sur les marches d'es- 
calier, à cheval sur Tappui des fenêtres, ou perché sur 
quelque meuble, chacun cherche, dans les poses les plus 
étonnantes, Tendroit le plus favorable pour s'absorber à son 




aise. Après huit jours de labeur accablant, on passe un exa- 
men, et après celui-là un autre, puis un troisième, puis un 
quatrième, sans trêve ni repos pendant près de deux mois. 
Il est vrai qu'après chaque examen, on est libre le reste de 
la journée jusqu'au soir ; c'est une sortie exceptionnelle, 
on l'a bien gagnée. Et quand le dernier examen est passé, 
un immense soupir de soulagement s'échappe de toutes les 



L ARGOT DE L X. 



97 



poitrines exlénuéçs ; vainqueurs et vaincus dans cette lutte 

écrasante, hypnotisante, s'enfuient vers 

la famille, haletants, épui- 

t^M *^*a^ - ses, assoiffés de liberté et 
^ El Rm de repos, sans même atten- 

^^'y^ dre le résultat final. 

^j \ De chiade on a fait le 

. J^ mot chiader^ travailler 

avec ardeur ; synonyme du 
mot potasser qu'on em- 
^^.,^^^v\\ 1 ^-^ ploie surtout en taupin. 

m fer ^ Chiader la botte ^ c'est 

^^ÉmSv^* wk faire tous ses efforts pour 

. obtenir une des carrières 
civiles. 

Quelquefois on substi- 
tue à chiader le verbe 
pomper. On dira pomper la 
méca^ c'est-à-dire travailler la 
mécanique avec ardeur ; ce mot 
est surtout en honneur à Saint-Cyr, il ne s'est introduit 
que très timidement à l'Ecole. 

On peut en dire autant du mot sublimer^ qu'on em- 
ployait autrefois et qui indiquait plus particulièrement le 
travail du soir et surtout le travail interdit pendant la nuit 
au casernement. 




Ghoco. — Abréviation de chocolat. C'est la nourriture 
favorite des polytechniciens. En salle on fait cuire le choco 
sur les becs de gaz. A l'infirmerie, on le reçoit tout préparé 
le matin à sept heures et son apparition est saluée par les 
cris de Choco I choco I car il est excellent. 



Clrep. — Sorte de brimade, dont l'habitude vient des 
collèges, consistant à traîner un conscrit sur le plancher 

7 



98 l'argot de l'x. 

couvert de craie pilée, en le frottant vigoureusement. On 




^v_-^ 



cire surtout les crotaux récalcitrants qui n'obéissent pas 
aux ordres de leurs camarades de salle. 

Claque. — Abréviation de chapeau à claque. C'est le cha- 
peau des élèves, le bicorne, ou, comme on l'appelle encore, 
la frégate (Voy. ce mot). Le dernier dimanche qui précède la 
sortie définitive, c'est une joie d'opérer le développement du 
claque, c'est-à-dire de le transformer en une surface plane. 

Clofi. — Ne pas oublier de prononcer ce mot en accen- 
tuant le tréma ; c'est un synonyme de calembour. 

Cocon. — Camarade de promotion. Les élèves se sont- 
ils comparés à des larves de vers à soie qui vont bientôt, au 
sortir de l'École, effectuer leur dernière métamorphose ? 
Non, le mot cocon est vraisemblablement formé des deux 
mots co-conscrits et désigne ceux qui sont conscrits en 
même temps. 

Chaque année, après la sortie de l'Ecole, tous les cocons 
ont un dîner de promotion. Le président de la République 
invite ses cocons à prendre le thé à l'Elysée le soir du dîner 
de sa promotion. 

A l'École, toute allocution d'un élève à ses camarades de 



l'argot de l'x. 99 

promotion débute invariablement par ces mots : « Chers 
cocons ! » 

De cocon on a fait le mot coconner, qui veut dire aller 
causer familièrement, en camarade avec quelqu'un. On cite 
des professeurs, des capitaines, des généraux même qui 
aiment à coconner avec les élèves. 

On dit volontiers à l'École un cocon nombreux pour 
désigner un grand nombre de cocons. Un cocon affiché est 
celui qui a obtenu 19 ou 20 en interrogation ; la note est 
affichée le jour même de l'examen . Les notes inférieures 
ne sont connues des élèves qu'à des époques régulières et 
assez espacées, sauf les notes de à 4 qui entraînent une 
punition. 

Gode X. — Prononcez Cod^X, — Recueil des règlements 
établis par les élèves et qui, sous une forme plaisante, ont 
pour objet de maintenir intactes les traditions et la vieille 
réputation de l'Ecole. En voici les principaux articles : 

« Tu as été appelé, conscrit^ à porter Thabit de TÉcole; c'est 
un honneur qui t'impose des devoirs. Partout et toujours respecte 
Tuniforme, et d'abord apprends à le connaître. Vois-tu Vancien ! 
A sa démarche noble et iière, à ce chic qui le caractérise, tu ne 
peux manquer de le reconnaître. Son chapeau laisse à découvert 
la partie gauche du front, etc.. (Voy. Ancien). 

» Pour le moment, conscrit, tu dois obéir aux décisions votées 
par notre promotion ; plus tard tu seras admis à nos délibérations ; 
mais qu'elles viennent de nous seuls ou des deux promotions 
réunies, toute résolution votée est obligatoire, quelles qu'en 
puissent être les conséquences. La crainte des punitions ne doit 
faire hésiter personne lorsqu'il s'agit de l'honneur de l'École. 
Ainsi quelque réclamation que tu aies à faire à l'autorité, charges- 
en ton serpent; il ne peut s'y refuser, le règlement de l'École 
l'y autorise ; d'ailleurs, ce serait un honneur pour lui de s'exposer 
pour sa salle. 

» Souviens-toi encore que, dans toute affaire grave, la peine 
doit retomber sur tous plutôt que sur un seul. Si pourtant un 
individu doit se dévouer, l'esprit de l'École veut qu'il soit choisi par 
le sort, non seulement parmi ceux qui ont commis l'acte que l'on 
veut punir, mais encore parmi ceux qui l'ayant conseillé ou en- 
couragé en sont moralement complices. Ces principes doivent être 
gravés dans ton cœur comme ils le sont dans le nôtre. 



«- > 



i.é^'» 



)IH'\ 



100 l'argot de l'x. 

. » Que la gène d'une punition ne te fasse jamais oublier le respect 
que tu te dois. Ne t'abaisse donc jamais envers celui qui t*a puni 
à des supplications indignes d'un X. 

» Au dehors, conscrit, que ta tenue soit toujours digne. Deux X 
qui se rencontrent se doivent le salut. Si Tun des deux donne le 
bras A une personne du sexe enchanteur qui embellit nos jours, 
l'autre doit saisir son chapeau entre le pouce et l'index, le soulever 
légèrement et saluer le plus gracieusement possible. Qu'il se tienne 
en garde contre l'astuce du chapelier de l'École qui lui recommande 
de prendre son chapeau par le milieu, et de ne pas le tenir par la 
corne. 
. » Mouche-toi sans bruit et jamais sans mouchoir. 

M Ta femme et ta place dans l'omnibus appartiennent de droit A 
l'ancien. 

• Le riflard est interdit; les prunes ne sont autorisés que chez la 
Prosper. Surtout, ne mets jamais les pieds chez la Moreau ; elle a 
fait injure à l'École ainsi que le restaurant Brébant, qui est également 
interdit. 

» N'achète ni marrons, ni œufs rouges, ni sucre d'orge ; si tu es 
curieux de savoir combien tu pèses, va ailleurs qu'aux Champs- 
Elysées. Ne t'arrête pas devant Guignol. Ne tire ni A Tarbalète, ni 
aux macarons. Évite les montagnes russes, les chevaux de bois, les 
mAts de cocagne. Ne te fais jamais décrotter sur la voie publique, 
ni tondre sur le Pont-Neuf. Les cafés-concerts des Champs-Elysées 
te sont permis. Les seuls bals autorisés sont : Mabille, ChAteau des 
Fleurs, Asnières et le Ranelagh. Il t'est toujours défendu d'y danser. 

» Si tu vas au théAtre, choisis tes places. Le parterre n'est toléré 
qu'aux Français, aux Italiens, A l'Opéra-Comique et au Grand- 
Opéra. Apprends d'ailleurs que toutes les places de l'Odéon te sont 
ouvertes pour 1 fr. 50 et que tu ne dois faire queue nulle part. 

» Conscrit^ si tu rencontres un ancien, de l'autre côté de l'eau, 
passé neuf heures, tu lui dois une voiture, et il pourra, s'il le juge 
convenable, te payer une prune chez la Prosper. 

• Il est interdit de porter des favoris et de fumer la pipe A l'ex- 
térieur (1859). 

» Les caboulots sont interdits (1861). 

» Si tes convictions religieuses te portent A servir la messe, ne le 
fais pas en uniforme (1865). 

n Pendant le deuil d'un cocon, évite les théAtres, bals, concerts, 
cafés-chantants (1862). 

» Si tu es malade ou en prison, ou absent pour tout autre raison, 
prie un cocon de travailler A tes dessins ; dans tout autre cas, fais 
toi-même tes laïus et tes dessins (1867). 

» Les jeux de hasard, tels que le baccarat, poker, etc.. et tous les 
jeux où il peut y avoir gain ou perte d'argent sont interdits (1885). 

» Ces quelques conseils doivent suftire pour éclairer ta conduite. 

» Que la forme gaie sous laquelle on te les présente ne t'en fasse 
pas oublier le côté sérieux. » 



l'argot de l'x. 10 r 

Ce recueil vénérable des lois et des traditions de VX ne 
peut être modifié en Tune quelconque de ses parties que 
dans des conditions toutes spéciales. Un paragraphe ne 
peut être retranché ou ajouté que si cette modification est 
approuvée par trois promotions successives. 

CoelT. — Abréviation de coefficient. C'est le nombre 
qui représente l'importance attachée à chacune des épreuves 
de l'admission, à chacune des matières enseignées à 
l'École. 

Pour obtenir le total des points, on multiplie chaque 
note obtenue par le coefficient de l'épreuve à laquelle cette 
note se rapporte et l'on fait le total. 

Il y en a outre un coefficient spécial pour l'ensemble 
des examens de passage et de sortie : la moyenne des 
notes obtenue est multipliée par ce coe/f. 

Chaque matière a un coeff d'autant plus grand que son 
importance est plus grande. Les coe/f s varient assez sou- 
vent selon les appréciations du conseil d'instruction. 
• Les bottiers étudient à fond les valeurs respectives des 
divers coeffs^ dans le but de chiader d'une manière spé- 
ciale, en vue du total général, les branches qui ont un coe/f 
élevé. 

Coe/f est également un synonyme de cote. Certains 
examinateurs, consciemment ou non, donnent un coe/f y 
c'est-à-dire augmentent d'un ou deux points la note d'un 
élève pour des raisons diverses : le candidat a eu le prix 
d'honneur en taupin ; ou bien il s'exprime avec élégance ; 
ou bien il porte un nom connu, etc.. 

GofHn. — Petite armoire à dessus de marbre, placée 
devant le lit, et dans laquelle les élèves serrent leurs effets 
et leurs objets de toilette. C'est le général Coflinières qui 
en a fait adopter l'usage. Le nom de ce brillant officier est 
populaire à TÉcole non seulement à cause du meuble dont 



102 L*ARGOT DB L*X. 

nous venons de parler, mais par ce qu'il se trouve dans 
Tune des chansons les plus connues : 

I 

Bon .jour Maaam*Coaîaiir% È«mmiH^i^jaâ^rûs J^î lùs aoo M Uit 

i fuff \ tff(ir.;;tl \ i 1 1 1 1 l ''ll 11 ^ 

Les lendemains de sortie, pendant la récréation, les effets 
doivent être brossés et serrés dans le coffin. On donnait 
également autrefois le nom de coffin à la table commune 
placée dans les salles et dans laquelle on serre les objets 
d'un usage général : elle s'appelle aujourd'hui la banale. 

Colles. — Colleurs. — La vie serait supportable à 
rÉcoIe, si Ton supprimait les interrogations et les examens. 
Mais, hélas 1 tous les jours, à quatre heures, on est exposé 
à voir son nom affiché sur la planche aux iopos^ avec l'in- 
dication du colleur^ c'est-à-dire de l'examinateur, devant 
lequel, une heure après, il faudra se rendre. 

Jadis on était prévenu huit jours à l'avance et on pouvait 
préparer la colle tout à son aise. Plus tard on imagina le 
système des colles instantanées, qui avait le gros inconvé- 
nient, surprenant tout le monde, d'égaliser par trop les 
notes des forts et des faibles. Aujourd'hui ce sont des colles 
presque instantanées, mais dont on prévoit assez exacte- 
ment le retour. Pour être complètement renseignés, les 
élèves cherchent à deviner la loi de roulement des interro- 
gations. Peine perdue, car il n'y en a pas ! 

Les colleurs sont nombreux, il y en a plusieurs pour cha- 
cune des sciences enseignées ; leur échelle de notes est très 
différente, mais tous les élèves passent successivement avec 



LAROOT DE L X. 



103 



chacun d'eux. Les forts espèrent ramener un 19 ou un 20; 
les faibles se bornent à espérer une note qui n'entraîne ni le 
rabiot ni la sécheresse ; pour ceux-là, les colleurs bienveil- 
lants mettent rarement un zéro ; la plus mauvaise note est 
un 1 : c'est le hàton protecteur. 

On n'en finirait pas de rappeler tous les petits travers 
des colleurSy caricaturés par les 
|i T ^ élèves, leurs sobriquets, 

\^ ^ ^t\^^^ anecdotes qu'on ra- 

y^^ ^ J^ft \ co"^6 sur eux. 

y ^ / Cy^^H 1 Auguste Comte, élève 

de la promotion de 1814, 
fut renvoyé de l'École 
à la suite d'une affaire 
avec un colleur peu ai- 
mable, qui avait l'ha- 
bitude de se renverser 
sur sa chaise et d'étendre 
lûs jambes sur [la table. 
Comte, qui attendait son tour 
de colle^ froissé du sans-gène du répétiteur, s'étendit à 
plat ventre dans le binet et fut puni; il réclama et fut 
soutenu par ses camarades. Un bran s'en suivit et 
Comte fut renvoyé. Le futur chef du positivisme était 
considéré par l'administration comme un élève indis- 
cipliné; ses camarades, plus clairvoyants, avaient de- 
viné son génie : ils l'appelaient le penseur. Il devint suc- 
cessivement répétiteur, puis examinateur d'entrée ; mais 
son caractère autoritaire et son orgueil lui ayant aliéné 
l'amitié de ses collègues et de ses chefs, il se vit après vingt 
années, retirer successivement toutes ces fonctions. On lui 
reprochait, comme examinateur d'entrée, de ne pas varier 
suffisamment ses colles et, comme répétiteur, de n'inter- 
roger un élève que pendant quelques minutes. Comte dé- 
clarait d'ailleurs que, plus expérimenté que ses collègues. 




104 jl'argot de l'x. 

il se croyait capable, dans un temps moitié moindre, de 
mieux juger un élève. Comte n*acceptait pas le calcul 
des probabilités et il refusait d'interroger sur ce cours. 

Catalan, aujourd'hui professeur à l'Université de Liège, 
avait des pieds d'une longueur démesurée. Quand on passait 
en colle^ si on avait le malheur de regarder, même involon- 
tairement, du côté de ses pieds, on était sûr de piquer 
un 3 ou un 4. 

Prouhet s'appelait Petit Q\ Bardin, chef des travaux 
graphiques, Tire-Ligne] le préparateur du grand chimiste 
Regnault, Queue-^Ie-Rat. 

Aux colles générales, Sturm arrivait en habit noir, 
toujours essoufflé, s'épongeant le front avec son mou- 
choir, quelquefois avec le torchon du tableau. A peine 
arrivé, il'ôtait son habit, relevait les manches de sa che- 
mise jusqu'au coude, pour se mettre à l'aise. Il ne se gênait 
guère : il lui arriva une fois, cédant à un besoin pressant, de 
prendre la cuvette qui était dans le cabinet de toilette 
attenant au cabinet d'interrogation et, ce vase à la main, 
de venir corriger au tableau les formules inexactement 
posées par l'élève. 

Malus, le savant physicien, avant de remplir les diffé- 
rentes fonctions de directeur des études, de commandant 
en second, d'examinateur de sortie, avait été simple 
répétiteur à l'Ecole. Très taciturne parfois, il n'ouvrait pas 
la bouche, pas même pour poser sa question ; parcou- 
rant les épures de l'élève qu'il devait interroger, il se con- 
tentait d'indiquer du doigt la construction sur laquelle il 
désirait des explications. Les élèves redoutaient sa sévé- 
rité ; ils avaient placardé sur la porte de son cabinet 
un écriteau portant ces mots : Dominns, libéra nos a Malol 

Le commandant Salicis, répétiteur du cours d'astro- 
nomie, était connu sous le nom de Commodore et aussi 
sous celui de Salsifis, 

Théobald Fix, répétiteur d'allemand, subissait comme 



J. ARGOT DE LX. 



105 




le professeur Bâcha toutes sortes de mystifications. Pen- 
dant ses interrogations on frappait à coups redoublés à la 
porte de son cabinet. Un soir, il interrogeait 
un élève dont la barbe était ex traordinairement 
touffue et la chevelure luxuriante. Tout à 
coup, il lève la tête et demeure hébété, ne 
reconnaissant plus l'élève au tableau; la 
perruque et la barbe postiche avaient subi- 
tement disparu I 

Le capitaine Flye Sainte-Marie, répétiteur 
du cours de M. Jordan, portait des panta- 
lons d*une coupe si particulière, qu'on appe- 
lait le pantalon : « un flye ». 

Certain répétiteur d'analyse na- 
sillait à tel point qu'on ne comprenait 
pas ses paroles. Quand on était obligé, 
et cela arrivait presque toujours, de lui faire répéter sa 
question, il se fâchait en s'écriant : « Il me semble pourtant 
que je parle clairement 1 » A la séance des Ombres, on lui 
fait dire en nasillant d'une manière outrageante : a Dans 
ma famille, mon père parle du nez, ma mère parle du 
nez, tout le monde parle du nez ; il n'y a que moi*qui ne 
parle pas du nez ! » 

F. Leblanc, répétiteur de chimie, avait une voix traînante 
et aiguë qu'on se plaisait à contrefaire. Annonçant un jour 
que le constructeur Deleuil ne pouvait, à regret, venir faire 
une expérience, il s'écria : « Le désespoir de M. ^^Deleuil 
est au comble ! » Tous les yeux se portèrent au plafond et 
ne le quittèrent plus. Au bout de quelques instants, Leblanc 
intrigué lève aussi les yeux et cherche sans rien trouver. 
« Que cherchez-vous? demande-t-il. — Le désespoir de 
M. Deleuil I » répond l'auditoire. 

Les colleurs actuels n'ont pas encore d'histoire; à peine 
si l'on travestit leurs noms. Ce n'est pas que l'ancien esprit 
moqueur ait disparu ! 



106 



LAROOT DB L Z. 



Golo. — Le colo^ c'est le colonel commandant en se- 
cond. Il appartient à Tarme de rartillerie quand 
le général qui commande l'École sort de l'arme du 
génie, et réciproquement. Il reçoit tous 
les matins le rapport du capitaine de 
service, donne dans la journée audience 
aux parents et aux correspondants des 
élèves, dirige l'instruction militaire con- 
jointement avec le mandant, et supplée le 
général lorsqu'il s'absente. 

Les élèves ont conservé la mémoire de 
quelques-uns des colonels. 

Le colonel d'artillerie Thouvenel,* pour 
avoir refusé de recevoir les majors qui 
venaient lui faire une réclamation, fut la 
cause d'une révolte et, malgré l'interven- 
tion du duc de Nemours, du licenciement de 1834. L'aven- 
ture fit l'objet d'une « grande et lamentable complainte » 
composée par Catalan, qui se chantait sur l'air de 
Fualdés, 

Sachez tous, bons patriotes. 
Sachez tous qu'un colonel, 
Que Ton nomme Thouvenel, 
Un jour nous mit à la porte ; 
Et surtout sachez comment 
Se fit le licenciement. 

C'était le neuf de décembre. 

Vers les dix heures du soir 

Nous sortions du réfectoir' 

Et remontions dans nos chambres 

Quand tout à coup éclata 

Un immense brouhaha ! 




Les lumières sont éteintes, 
Les quinquets sont renversés; 
Nous courons à pas pressés 
Pour faire éclater nos plaintes, 
Et surtout crier « Haro ! » 
Sur la cause de nos maux. 



L* ARGOT DE l'z. 107 

Or, sachez que cette cause 
Était Mons de Thouvenel 
Qui, d'un ton peu paternel, 
Nous avait dit cette chose : 
« Soyez tranquilles, sinon 
» L*on va vous met* au violon I » 

Nous brisions toutes les portes. 
Surtout celles des cachots, 
Lorsqu'au milieu du chaos. 
Arriva, sans nulle escorte, 
Notre excellent général (1), 
Qui ne parla pas trop mal. 

Après beaucoup de paroles 
11 dit : « Allez vous coucher, 
» Je vais tâcher d'arranger ' 
» Ce qui si fort vous désole. » 
Ce fut ainsi qu'il parla. 
Puis on nous licencia 1 

Moralité. 

Or, cela doit vous apprendre 

Qu'il n'est pas toiiyours très bon 

De vouloir parler raison 

A qui ne veut pas l'entendre. 

Faites profit de ceci : 

Ainsi soit-il I J'ai fini. 

Le colonel Lebeuf, qui devint maréchal de France, fut 
appelé à TÉcole par Arago qui connaissait ses qualités mi- 
litaires ; il était très aimé des élèves ; sa belle figure mar- 
tiale faisait leur admiration. 

Le colonel Frossard, précepteur du jeune prince im- 
périal, et qui, en cette qualité, lui fit visiter TÉcole et 
passer en revue le bataillon des élèves en 1868, avait été 
commandant en second en 1851. C*est lui qui introdui- 
sit la troupe dans la cour de TÉcole pendant la nuit du 
2 Décembre, afin d'empêcher les élèves de prendre part à 
l'insurrection . 

(1) Tholozé, le meilleur des hommes. 



108 



L ARGOT DE L X. 



Dans ces dernières années, un jeune et élégant colonel 
d'artillerie, devenu depuis le plus brillant de nos division- 
naires, n'a pas manqué d'être chansonné à la séance des 
Ombres, C'est pour lui qu'on entonnait ce refrain : 

Alli ! allô 1 
Ah 1 le joli colo ! 
Voyez comme il dégotc ! 
Alli! allô! 
Ah! le joli colo! 
Voyez comme il est beau ! 

G.-M. — Abréviation, réduite aux seules initiales, de 
commissariat de marine, l'un des services militaires qui se 
recrutent à l'École ; chaque année un ou deux élèves 
sortent dans le C.-M, 

Gommlss. — La commiss (abréviation du mot commis- 




sion) est le tribunal d'anciens chargé de juger les conscrits 



L ARGOT DE L X. 



109 



et d'appliquer une cote à tous ceux que certaines particula- 
rités ou qu'une réputation de collège a désignés à son 
attention. La lecture de ces cotes se fait publiquement, le 
jour de la séance des cotes. 

La commiss se compose de douze membres, plus quelques 
bourreaux, désignés par le vote, dès le mois de juin de 
l'année précédente. Elle entre en fonctions à l'arrivée 
de la nouvelle promo et se réunit, pendant les 
récréations, dans une vaste salle du rez-de- 
chaussée, très haute de plafond. Les juges, 
revêtus d'une immense cagoule rouge, pren- 
nent place à une table au milieu de la salle. 
A leurs pieds, sont accroupis les bourreaux, 
grands exécuteurs des hautes œuvres, la tête 
recouverte de Vossian (Voy. ce mot), armés 
de haches, de chaînes, de carcans, de toutes 
sortes d'instruments de tortures en carton. De- 
vant eux, au sommet d'une pyramide branlante, 
formée de tables entassées les unes sur les autres, 
la victime est étendue, tout en haut, en tra- 
vers, sur un bouret. Les bourreaux ont con- 
traint l'infortuné conscrit d'escalader la py- 
ramide en subissant de fortes secousses, sous 
la direction du grand bourrai. Ils commen- 
cent par le flamber en lui promenant sous le 
derrière une torche de papier enflammé, puis, après un 
formidable refrain, le silence s'étant rétabli, l'interrogatoire 
commence, interrogatoire baroque, basé sur des accusa- 
tions comiques, plus ou moins discrètes, fait de questions 
cocasses, de facéties, de calembredaines. Après quoi la vic- 
time est, d'après ses réponses, son attitude, la façon dont 
elle a enduré les épreuves préliminaires, proposée pour 
telle ou telle cote, enfin, saisie par les bourreaux qui se la 
passent de main en main comme une balle et la renvoient 
dans la cour. 




110 



l'argot db l'x. 



Le conscrard traduit devant la commise signe la décla- 
ration suivante : 

K Je soussigné, ignoble conscrard d'une promo (jaune, rouge), 
déclare m'engager à ne rien révéler à mes cocons ni à aucun exo- 
tique, de ce qui va se passer pendant ma comparution devant la 
commiss de la vénérable promo (rouge, jaune). » 

Rien n'égale la terreur que la commiss inspire aux 




nouveaux ; ceux-ci supportent avec d'autant plus de ré- 
signation les brimades des premières semaines, qu'au 
moindre mouvement de révolte l'ancien les menace de la 
commiss ! 



Condor. — Nom harmonieux de la lingère en chef^ de 
cette femme habile qui vous distribue un trousseau en 
moins de temps qu'il n'en faut pour dire oufl Le pro- 
cédé est sommaire : Vous tendez la main, le poing fermé; 



l'abgot de l'x. 111 

la condor enroule autour de ce poing un des trois mo- 
dèles de chaussettes que possède la lingerie et, sur ce 
seul diagnostic, vous fournit tout votre linge de corps et 
de lit. 

Gonfé-mili. — Abréviation de conférences militaires. 
Ces conférences portent sur les parties principales du 
service militaire. Elles sont faites par les capitaines, le di- 
manche matin et sont suivies d'interrogations cotées. Le 
général interroge quelquefois pendant la manœuvre. 

Conscrit. — Le conscrit est l'élève de première an- 
née; le mot vient de la conscription du premier empire. 

Sous la Restauration, il déplaisait fort à l'autorité ; le 
baron Bouchu, gouverneur, voyait dans cette appellation 
une véritable brimade et la trouvait humiliante, 

« J'espère qu'elle ne se reproduira plus à l'École, » écri- 
vait-il au président des conseils. Elle s'est transmise jus- 
qu'à aujourd'hui. 

Le conscrard ne devient conscrit qu'après avoir subi les 
épreuves de V absorption^ du bahutage^ suivant l'expression 
moderne, après avoir passé devant la commiss^ et avoir 
entendu \^ lecture de sa cote sur l'estrade, le jour de la 
séance des cotes. 

Jusque-là il a été basculé, absorbe, bahuté, en un mot 
brimé, par les anciens. 

Durant cette période, le Code X ne lui concède aucun 
droit et ne lui reconnaît que des devoirs ; depuis un 
petit nombre d'années, l'habitude s'est introduite de 
ne lui accorder même pas la qualité de conscrit^ mais seu- 
lement celle de conscrard et on prononce le mot d'une 
façon dédaigneuse qui ne manque pas de comique et 
d'originalité. 

Tant que dure cette espèce de stage, Vancien ne 
s'adresse jamais à lui qu'en l'appelant « Sale conscrard ! 



112 



LABGOT DE L X. 
■Taan M nuucuki» 




infâme conscrard ! » Son dédain ironique s'enfle parfois 
en accents poétiques : 



I «M pm.s» qw Ir» Ihn. nra Qw aonl «In * Irr* cWB.n 

Quand on pense que les femmes. 
Qui sont des êtres charmants, 
Ont pu porter dans leurs flancs 
Ces conscrards^ êtres infâmes... 
C'est à dégoûter, vraiment, 
Du métier d'enfantement ! 

il se manifeste aussi par des chansons comme celle de 
Encore un conscrard ! 



L ARGOT DE LX. 



113 




pmjr O'ii.v FMP ou <r«v hnproi** 



qui revient à chaque instant, ou bien il s'étale dans le 
topo classique qu'on fait circuler dans les salles peu de 
jours après la rentrée, dont toutes les phrases débutant 
par la rubrique : On a vu un conscrard^ accusent plaisam- 
ment les infâmes conscrards de toutes les inepties imagi- 
nables. Il y est dit par exemple : 

H On a vu un conscrard s'abstenir d'aller aux goffs^ dans la crainte 
d'être bahaté, puisque ce sont les lieux des ans ! » 

« On a vu un conscrard ne pas apprendre les leçons supplémen- 
taires, sous prétexte que c'était du gigon. » 

« On A vu UN CONSCRARD rcfuscr d'aller chez Fischer, parce que 
c'est un amphi danse {d'ans), v 

« On A vu UN CONSCRARD demander si le drapeau de l'X est une 
bannière de bigor. » 

« On a vu un CONSCRARD saluer la Vénus de Milo, sous prétexte 
que c'est un antique, » 

Mais, une fois le noviciat terminé, à l'issue de la séance 
des cotes, le conscrard se transforme en conscrit ; il ne 
deviendra toutefois un conscrit complet qu'après la nomi- 
nation des caissiers : à ce moment seulement il aura le 
droit de voter et de prendre part aux délibérations qui 
intéressent TEcole. 



Gonseiis. — Par les conseils de l'École, on entend les 
deux conseils institués par les lois et décrets réglant l'orga- 
nisation de l'Ecole, c'est-à-dire le conseil d'instruction et 
le conseil de perfectionnement. 

Le conseil d'instruction à été institué dès la fondation : 
c'était d'abord Tunique conseil de l'Ecole ; il se composait 

8 



114 l'argot de l'x. 

du directeur, des instituteurs et de leurs adjoints; il avait, 
à la fois, la direction de l'instruction et celle de ladminis- 
tration ; l'illustre Laçrange en fut le premier président. 
On avait voulu nommer Monge, le véritable fondateur 
de l'École, mais il refusa disant : « Je vaux mieux attelé 
au char que monté sur le siège. » La composition du conseil 
a été l'objet de longues discussions et ne fut définitivement 
arrêtée qu'en l'an VIII. » En 1830, sous l'inspiration d'Arago, 
une tentative faite pour revenir à l'organisation primitive 
ne dura qu'une année. 

Le conseil d'instruction se compose aujourd'hui du général 
commandant l'Ecole, président, du colonel commandant en 
second, de deux capitaines, du directeur des études et de 
tous les professeurs. Il a pour mission spéciale d'étudier 
toutes les questions qui concernent l'enseignement, les 
modes d'examen, les programmes ; de présenter, pour tous les 
emplois de professeurs et de répétiteurs, une liste de can- 
didats au choix du conseil de perfectionnement. 

Le conseil de perfectionnement date de la loi d'organi- 
sation du 6 frimaire an VIII, qui est la vraie charte de 
l'École polytechnique. Il est ainsi composé : le général 
commandant l'Ecole, président; le commandant en second, 
le directeur des études, deux délégués du déparlement 
des travaux publics, deux délégués du département de la 
marine, un délégué des télégraphes ou des finances, trois 
délégués du département de la guerre, deux membres de 
l'Académie des sciences, deux examinateurs des élèves, trois 
professeurs de l'Ecole. 

Ce conseil est chargé de la haute direction de l'ensei- 
gnement et de son amélioration dans l'intérêt des services 
publics. Il coordonne cet enseignement avec celui des 
Écoles d'application ; il arrête les programmes des examens 
et ceux de l'enseignement; il règle l'emploi du temps des 
élèves ; il dresse, après avoir pris l'avis du conseil d'ins- 
truction, la liste par ordre de mérite des candidats aux 



l'argot de l*x. 115 

emplois de professeurs ou de répétiteurs : le ministre 
choisit presque toujours le premier de cette liste. Il rédi- 
geait autrefois un rapport annuel sur la marche de l'ins- 
truction. 

Constantes. — Un certain nombre de jeunes gens 
étrangers, envoyés en France par leurs gouvernements, 
pour perfectionner leur instruction, sont admis chaque 
année à TÉcole en qualité d-auditeurs externes : on les ap- 
pelle des constantes. Ils ne participent à aucun classement, 
ils n'ont pas de costume spécial; n'ayant pas d'uniforme, 
ils n'ont naturellement pas d'épée, c'est-à-dire de tangente : 
ayant une tangente nulle, ce sont des constantes. 

Ces jeunes gens appartiennent, pour la plupart, à des 
familles considérables. Quelques-uns d'entre eux, rentrés 
dans leur patrie après deux années de séjour à l'École, n'ont 
pas tardé à conquérir une grande réputation. On peut citer 
parmi les constantes célèbres : 

Le général Todleben, le glorieux défenseur de Sébasto- 
pol;le Persan Mirza-Nizam, actuellement général ; le prince 
Garachanine, ministre de Serbie ; l'ingénieur Cantacuzène, 
directeur des chemins de fer roumains ; les Russes Maximo- 
witch et Rimski-Korsakoff ; le Turc Abbas-Kan ; l'Américain 
de Hurtado ; etc. 

On donne, par extension, le nom de constante à l'élève 
qui fréquente une salle autre que la sienne. 

Le mot constante signifie encore qui ne varie pas. Un 
colleur pique la constante en donnant toujours à un même 
élève la même note. Certains examinateurs prétendent juger 
du premier coup la valeur d'un élève et, dès qu'ils l'ont 
coléy ils persistent à lui donner la même note dans tous 
les examens ultérieurs. 

€orio. — Le savant Coriolis, qui était directeur des 
études en 1838, fit installer dans les salles de petites fon- 



116 l'argot de l'x. 

laines auxquelles on a donné en son honneur le nom de 
corios, 

Lecorio fournit de Teau filtrée, médiocre comme boisson, 




très bonne pour le dessin au lavis, excellente pour remplir 
les bombes dont on asperge les camarades, parfaite pour 
détremper les bottes des conscrits. Rempli de coke, le 
corio peut être employé comme fourneau de cuisine ; dans 



l'argot de l*x. 117 

une salle, on s'en servit un jour pour rôtir un faisan qu'on 
avait traversé d'une lame de fleuret en guise de broche. 
Ce jour-là, la cloison fut en partie calcinée et le feu faillit 
prendre à la salle d'étude. 

Le réservoir qui est placé sous le corio s'appelle Vhypo- 
corio et le couvercle du corio porte le nom d'hypercorio. 

Gomeille (la). — Marchande de la rue du Pot-de-Fer, 
chez laquelle on va prendre un mêlékas (mêlé-cassis) en 
revenant du manège, le matin à huit heures et le soir à 
quatre heures. 

Corri. — Abréviation de corridor. C'est dans les corris 
des salles d'étude, des casernements ou des réfectoires, que 
se font les grands chahuts. Dans les corris de caserts dé- 
filent de fantastiques monômes où chacun en chemise, le 
claque sur la tète, l'épée nue à la main, se recouvre soigneu- 
sement la tète d'un bonnet de coton enfoncé jusqu'aux 
yeux, pour n'être pas reconnu par le hasoff. 

En 1871, les corris furent le théâtre de scènes san- 
glantes : les fédérés qui occupaient l'École y furent pour- 
suivis par les troupes, d'étage en étage, jusque dans le bel- 
védère qui surmonte le casernement et forcés de sauter dans 
la cour d'une hauteur de plus de cent pieds. 

Le corri du rez-de-chaussée est fermé par de lourdes 
portes qui le protègent contre les courants d'air. Un ori- 
ginal s'amusa un jour à démonter ces portes et à force 
de bras, on les transporta au casert pendant le dîner, 
puis de là sur le toit du Pavillon où l'administration les 
retrouva deux mois plus tard ! 

Cote. — La cote est la note obtenue à un examen. 
A l'École on cote tout travail d'après une échelle qui va 
de à 20, la cote signifiant absolument nul et 20 par- 
faitement bien. 



118 l'argot de l'x. 

Coier quelqu'un, c'est l'apprécier, c'est lui donner une 
cote ; parfois même c'est simplement l'observer avec atten- 
tion. 11 y a des examinateurs qui cotent très haut, d'autres 
très bas. A l'amphithéâtre le capitaine de service cote un 
élève dont la tenue laisse à désirer. On dit encore, dans ce 
dernier sens, coter ou repérer. 

Quelle que soit l'intégrité d'un examinateur, mille causes, 
dont il ne se rend pas toujours compte, peuvent l'influen- 
cer. La note qu'il aurait dû donner au mérite réel se trouve, 
par suite de l'influence subie, modifiée dans certaines cir- 
constances. Signalons la cote galon dont profitent les gra- 
dés ; la cote major donnée particulièrement aux majors des 
deux promotions ; la cote binette ou la cote d^amour sui- 
vant le physique du malheureux appelé au tableau; la 
cotepapa^ donnée à celui dont le père, surtout s'il occupe 
une haute situation, est connu de l'examinateur ; la cote 
capote, attribuée à l'élève malade qui passe ses examens 
revêtu de la capote blanche de l'infirmerie ; etc. 

L'habitude de coter par des chifl'res variant de à 20 
est si enracinée parmi les polytechniciens qu'ils la con- 
servent toute leur vie. Au sortir de l'Ecole, ils ont une ten- 
dance à appliquer cette méthode, par amusement il est 
vrai, aux affaires de la vie ; beaucoup d'entre eux, dans le 
monde, cotent de à 20 les jeunes filles à marier. 

Séance des cotes, — La commiss, organisée en tribunal, 
applique les cotes aux conscrits ; la lecture de ces cotes, 
qui se fait publiquement, donne lieu à une cérémonie des 
plus burlesques et des plus amusantes. On l'appelle la 
séance des cotes. Elle clôture le temps du bahutage et met 
Un à toutes les brimades. 

Au jour désigné, les deux promotions se réunissent dans 
l'ancien amphithéâtre de chimie. La commiss prend place 
sur un plancher volant recouvrant le bureau du professeur. 
Les membres, en grande tenue, claque et épée, ceints 
d'une grande écharpe rouge, sont assis face au public ; les 



L ARGOT DE L X. 



119 



bourreaux, armés de leurs instruments de supplice, sont 
derrière eux, la tête couverte de leurs cagoules rouges ; des 
anciens étrangement costumés avec des berrys retournés, 
des dominos de papier, des grosses têtes, des masques d'es- 
crime, armés d'une queue de billard, entourent Tcstrade 
au pied de laquelle est installé l'orchestre des 
élèves amateurs. 

Le président ouvre la séance par un dî^- ^^. 

cours burlesque, nourri dVpîthctt 
moins aimables ù l'adresse de la i 
velle promotion, résumant le Ira 
vail de la commiss et concluant ;i 
l'exécution des cotes. 




— Chers cocons^ jamais, 
de mémoire d'X, on n'a vu 
des coFi^crards aussi lamen- 
tablement idiots, aussi 
puants de morgue et de 
mauvaise humeur que ceux 
qui viennent d'entrer à l'É- 
cole. Vous allpz entendre 
les rapports individuels que 
votre commiss a prépares. — 
Vous vous imaginiez, contera rjj( H 
qu'il suffisait de piquer une bonne 

note chez Le Roux, Laurent ou Vaschy, pour devenir un poly- 
technicien et avoir le droit de vous asseoir là où se sont assis 
les Arago, les Ampère, les Courbet... Vous êtes entrés tout fiers de 
votre petite personne ; vous avez franchi, tout rayonnants d'orgueil, 
le seuil de la sublime porte. Vous portez le claque et la tangente... 
Nous, vos anciens^ plus réfléchis et plus froids, nous avons vu votre 
ignorance, nous avons aperçu vos défauts et vos vices et notre 
devoir est de vous les signaler. En entrant ici vous étiez une foule 
dont les éléments étaient recrutés un peu partout, sans lien, sans 
homogénéité ; vous ne formiez pas une promo. Il vous manquait 
cet esprit d'égalité, de solidarité, d'union qui fait la force de VX ; 
nous nous sommes efforcés de vous l'inculquer : voilà le but des 
brimades, but sérieux que vous ne soupçonniez pas... 



Après ce discours tous les conscrits gratifiés d'une cote 
défilent successivement sur l'estrade, amenés par un ancien 



120 



L ARGOT DE L X. 



qui y va lui-même de son laïus de circonstance ; la lecture 
de chaque cote est suivie d*un air de musique. Un programme 
autographié de la fête, illustré par le plus habile artiste de 




la promotion des anciens^ énumérant toutes les cotes, est 
mis entre les mains de tous les spectateurs. Les cotes varient 
chaque année ; mais la plupart sont reproduites tous les 
ans moyennant quelques faibles changements. Ce sont : 



L* ARGOT DE L*X. 121 

la cote major^ la cote bébé^ la cote cent, la cote journal, la 




co^e joo^e, la co^e naîf^ la cote unif, la cote démiss, etc. 



122 l'argot de l'x. 

Cotes majors, — Le major de tête des anciens harangue 
le major de queue des conscrits, l'exhorte à lever fièrement 
la tête : 

— Heureux conscrit! le seul qui ne puisse perdre de rangs aux 
difTërents classements! Oublie Ion numéro d'entrée, celui du schicf^ 
sal est le seul qui soit intéressant. Prends en pitié les crotaux et', 
les travailleurs de la botte, desquels tu ne saurais d'ailleurs te dis-' 
tinguer puisqu'on a enlevé tous les galons... Toi seul peux dévisser 
tous tes cocons les uns après les autres. Ils n'ont aucun avantage 
sur loi et tu as le même privilège qu'eux : celui de porter Tuniforme 
le plus envié. 

Réciproquement le dernier des anciens^ s'adressant au 
major des conscrits, lui rappelle qu'il n'y a à l'École 
aucune supériorité de grade; que tous les X sont des 
camarades. 

La cote bébé est attribuée au plus petit des conscrards. 
Celui-ci, obligé de sucer le bout d'un biberon, est apporté 
sur l'estrade dans les bras d'un ancien déguisé en grosse 
nourrice ftormande. 

Une fois, c'était en 1890, les deux plus petits conscrits 
de la promotion furent amenés sur l'estrade, et voici l'allo- 
cution qui leur fut adressée : 

— Approchez, mes petits ; d'une main ferme et sûre, 
Vos anciens vont ici guider vos premiers pas. 



N'est-il pas étonnant qu'en une même année 
Nous voyions devant nous deux X aussi petits! 
Des atomes pareils pour porter une épée ! 
Mais sur quelle mesure a-t-on fait nos conscrits ? 

Et puis toi, gros vilain, où pensais-tu donc être 
Alors que chez Fouret tu répandis tes pleurs ? 
On fut forcé d'ouvrir aussitôt la fenêtre 
Et ta nourrice dut essuyer le malheur. 

Ne redoutez- vous pas, en quittant vos nourrices 
Qui vous ont si longtemps endormis et bercés, 
D'être privés ici de leurs tendres services ? 
Les regrettez-vous pas? Êtes- vous bien sevrés? 



L ARGOT DE l'x. 



123 



Pourrez-vous supporter la forte nourriture 
Qu un magnan généreux nous donne à nos repas? 
L'anhydre n'est-il pas une viande trop dure? 
Fatiguera -t-il pas vos jeunes estomacs? 



^<V>^%V ^^j 




N'aurcz-vous pas alors peur de Croqucmitaine? 
SeulSf dans vos petits lits, vous pleurerez en vain ; 
Personne ne viendra consoler votre peine ; 
Pas de nourrice ici pour vous donner le sein ! 

[Ici on leur donne un polichinelle, un mouton et quel- 
ques menus jouets.] 



124 L* ARGOT DE l'x. 

Mais tant d'attention est beaucoup pour votre âge, 
Prenez donc de mes mains ces enfantins jouets, 
Allez vous amuser et soyez toujours sages... 
Vous, nourrices, approchez ; emportez les bébés! 

[Deux anciens déguisés en nourrices emportent les 
petits.] 

La cote cent est appliquée à celui qui a été classé le cen- 
tième, son numéro devenant Tobjet d'un feu roulant de 
plaisanteries gauloises. Debout sur Testrade, et tenant à la 
main un immense rouleau de papier qu'on Tengage à partager 
en frère avec ses camarades, il reçoit une apostrophe en 
vers, qui débute ainsi : 

Conscrit, à qui le ciel réservait en naissant 
D'être admis parmi nous sous le numéro cent, 
Écoute et connais mieux quelle faveur insigne 
Tu reçus du destin, toi qui seul, quoi qu'indigne 
* Dans ces murs illustrés par cent noms glorieux 
Peux te croire à bon droit, fait exprès pour ces lieux. 

On lui rappelle toutes les circonstances de sa vie relâchée, 
depuis son enfance où il commettait des dégâts dans 
son trousseau jusqu'aux années de taupin : « Tu 
— _ " préférais la chimie et travaillais avec ar- 

deur les propriétés du bismuth et la loi 
flr Proul I En mathématiques, la loi des 
^< \ résitluî^ vi les lieux géométriques t'atti- 
lui prédit enfin une bonne 
celle d'ingénieur à la Compa- 
icr. 

La cote journal s'adresse au 
conscrit de Carpentras ou de 
Brives-la-Gaillarde, dont l'ad- 
mission a été célébrée par un 
article dithyrambique dans 
le journal de son pays. 




L ARGOT DE l'x. 125 

— Chaque jour, conscrit^ tu t'affichais ostensiblement entre les 
pilules Suisses et les pastilles Géraudel. On vantait ta science, ton 
esprit, ton physique séduisant, ta voix enchanteresse : les mères de 
famille, en lisant la liste de tes perfections, te souhaitaient comme 
gendre pour leur fille. Dès l'annonce de ton succès, ton village a 
été sens dessus dessous; on a pavoisé les maisons; à ton arrivée, 
tu fus reçu par le maire, ceint de son écharpe ; trois jeunes filles 
en blanc t'offrirent un bouquet... A onze heures, M. le curé dit une 
messe d'actions de gr&ce, et les excellents chantres exécutèrent un 
Te Deum composé tout exprès par le maître d'école. Tu as fait parler 
de toi, conscrit, sans avoir mérité de tels honneurs. Travaille 
maintenant, afin de justifier ces éloges prématurés. 

La cote pose revient à celui qui s'est vanté de son nom 
ou de sa fortune. Ses paroles et ses actes lui sont repro- 
chés dans un laïus sévère qui se termine invariablement 
par ces paroles : « Sache, conscrit^ qu'on ne reconnaît à 
rÉcole qu'une richesse, celle du cœur ; qu'une noblesse, 
celle des sentiments. » 

La cote naïf est donnée à celui dont les réponses à la 
commiss ont été enfantines; la cote unif k ceux qui se 
sont trop pressés d'aller faire admirer leur uniforme sur le 
boulevard, avant même la rentrée officielle. 

La cote démisSy assez rare, s'applique à ceux qui ont 
donné leur démission, à la suite d'un mauvais classement, 
pour se représenter l'année suivante au concours. On leur 
reproche leur vanité et leur folle ambition. 

La cote rogne s'adresse aux mauvais caractères qui ont 
répondu en maugréant aux questions fallacieuses de la com- 
miss et qui ont eu des velléités de révolte. Ceux-là sont 
amenés sur l'estrade dans une cage d'osier et présentés 
comme autant d'animaux féroces par un ancien^ habillé en 
dompteur, botté, cravache en main, qui débite ce boniment : 

— Mesdames et messieurs, c'est pour avoir l'honneur de vous 
présenter les animaux terribles, malfaisants et carnassiers de ma 
grrrande ménagerie. Et d'abord, le boa constrictor, appelé aussi boa 
de construction, qui mesure six pieds de la tête à la queue et sept 
de la queue à la tête, parce que ça va en montant ; il a refusé les 
frites, le plat le plus en honneur à l'École... En avant la musique l 



126 



L ARGOT DE L X. 



Pour chaque élève marqué de la cote rogne, il y a un 
boniment du même genre. 

Cote nègre. — En 1880, pour la première fois, un conscrit 
de race noire fut admis à TÉcole. On imagina naturellement 
une cote nouvelle. 

— Ah ! c'est toi le nègre. C'est bien, conscrard, continue ! Je t'ai 
reconnu à ta face luisante, aux reflets brillants, sur laquelle se déta- 
chent deux yeux blancs comme deux rostos de sapin dans les ténè- 
bres de la nuit. Si tu es nègre, nous sommes blancs ; à chacun sa 
couleur et qui pourrait dire quelle est la meilleure? Si même la 
tienne valait moins, tu n'en aurais que plus de mérite ù entrer dans 
la première École du monde, à ce qu'on dit. Tu peux être assuré 

d'avoir toutes les sympathies de tes 
tins. Nous t'avons coté parce que 
l'admission d'un noir à VX ne s'était 
jamais vue ; mais nous ne songeons 
pas à te tourner en ridicule ; nous 
ne voyons en toi qu'un bon ca- 
marade auquel nous sommes heu- 
reux de serrer la main. 




Kn 1881, un second nègre 
entra à l'École et ce fut 
son ancien de même 
couleur qui le reçut ; 
il lui adressa, avec gravité, le laïus suivant. 

— Je suis heureux que la cote nègre, instituée pour moi l'an der- 
nier, se trouve maintenue celte année et j'espère qu'elle sera appli- 
quée tous les ans. Je n'ai jamais eu qu'à me louer de mes camarades 
et je suis sûr que tu leur rendras, l'an prochain, le môme témoi- 
gnage. Tu n'oublieras pas qu'il nous appartient, à nous autres colo- 
niaux, qui ne payons pas encore l'impôt du sang, de favoriser de 
tout notre pouvoir les aspirations colonisatrices de la mère patrie... 
Nous retournerons aux colonies et nous y travaillerons à la gran- 
deur de la France. 

hsLColegnoufcsl donnée à celui qui a concouru en même 
temps pour l'Ecole normale. Dans un discours qui débute, 
comme au grand concours, par ces mots « Jeunes élèves ! » 
on lui reproche son hésitation entre les deux Ecoles et fina- 
lement on lui pardonne en songeant au sacrifice qu'il a fait 



. l'argot de l*x. 127 

en abandonnant Tespoir d'obtenir les palmes académiques ! 
Le mol gnouf est une abréviation de Tépithète peu aimable 
de pignon f^ que les élèves de l'Ecole normale s'appliquent 
à eux-mêmes. 

Cotise. — Abréviation de colisaiion. Les ressources de 
la caisse consistent uniquement dans les cotisations payées 
par les élèves présents à l'Ecole. La cotise annuelle est de 
vingt-cinq francs au minimum et de trente francs au maxi- 
mum. Lorsque les circonstances nécessitent une cotise sup- 
plémentaire, elle doit avoir été votée pour pouvoir être re- 
cueillie par les caissiers. On lit dans le Code X au sujet des 
cotisations : 

Tout élève est tenu de verser le montant complet des cotisations. 

Tout élève que les quêtes gêneraient trop, pourra s'adresser aux 
caissiers pour s'en faire dispenser. 

Si des élèves quittaient TÉcoIe sans payer, on demanderait à Tadmi- 
nistration la permission de retenir sur leur masse la somme arriérée. 

Un élève qui mettrait une mauvaise volonté évidente dans le 
payement, doit être signalé aux deux promotions après avoir été 
réprimandé par les caissiers (1849). 

Les cotisations sont, en général, recueillies par les caissiers au 
commencement du mois. Les caissiers préviennent de l'époque d'une 
quête une dizaine de jours à l'avance, afin de faciliter la rentrée des 
fonds. Tous les trimestres sont également chargés, sauf le premier, 
qui Test nécessairement davantage à cause des frais occasionnés par 
le bahutage. 

Lorsqu'un élève a informé les caissiers de la trop grande gêne que 
lui imposeraient les quêtes, ceux-ci sont tenus sur l'honneur de gar- 
der son nom secret ; lorsqu'ils font une quête, il doivent lui remet- 
tre auparavant le montant de la cotisation, afm qu'il paraisse payer 
comme les autres. 

Coars révoiationnaires. — Au moment où l'École 
polytechnique fut créée, on voulut donner immédiatement 
une marche uniforme à l'enseignement qui devait durer 
trois années. Le gouvernement imagina de réunir momenta- 
nément en une division unique, les 400 élèves admis ( 1 ) et de 

(1) Les examens d*entrée eurent lieu du 20 au 30 octobre 1794 : le 



128 l'abgot de lx. 

leur donner en quelques semaines une connaissance rapide 
de toutes les matières du programme d'études ; au bout de 
ce temps, les élèves furent examinés devant le conseil de 
TKcole et immédiatement répartis en trois di\nsions. 

C*est ainsi que s'ouvrirent, au palais Bourbon, les 
cours révolutionnaires qui durèrent trois mois, du 21 dé- 
cembre 1794 au 21 mars 1795, et qui eurent un immense 
retentissement. Tous les jours, il y avait leçon d'analyse à 
huit heures du matin, leçon de chimie à dix heures, leçon 
de géométrie descriptive à midi. Le soir, à cinq heures, 
on donnait la leçon de dessin. La matinée du quintidi était 
consacrée à la physique générale. Le décadi était le seul 
jour de repos. 

Craticaler. — Craticuler^ c'est copier un dessin, en 
mesurant toutes ses parties. A cet effet, on le couvre de 
petits carrés ayant environ deux centimètres de côté; on 
reproduit le quadrillage sur une feuille de papier et on n'a 
plus qu'à dessiner les traits qu'on voit dans chacun des 
petits carrés. Cette méthode, pratiquée par ceux qui n'ont 
pas la moindre disposition pour le dessin, n'est pas connue 
des collégiens, le mot qui la désigne encore moins, de 
sorte que, pendant quelques jours, les anciens peuvent 
s'amuser à effrayer les conscrits en les menaçant de les 
craliculer! 

Cristalliser. — Se disait autrefois d'un élève qui, cou- 
ché sur le sol, dans une sorte d'état de contemplation, garde 
une immobilité complète, comme une substance qu'on ferait 
cristalliser. Le mot ne s'emploie plus guère aujourd'hui. 

Cromwell. — Nom donné au duc d'Angoulême, 

nombre des élèves admis fut de 349. Un deuxième concours eut lieu 
à Paris et dans les déparlements pendant les mois de janvier et de 
février 1795 ; il porta le nombre des élèves A 396. 




l'argot de l*x. 129 

parce qu'il avait été nommé par le roi Protecteur de 

rÉcole polytechnique. Le duc 
d'Aniçouléme donna à l'É- 
* oie les preuves cons- 
tantes d'un véritable 
intérêt ; mais son 
extérieur était si 
grotesque que 
; les élèves ne 
pouvaient s'em- 
pêcher de se li- 
vrer à toutes sortes de plaisanteries sur sa personne. 

« A l'une des réceptions du 1" janvier, raconte Bosquet, le 
futur maréchal de France, qui était élève en 1829-1830, il 
ne sut que nous dire : « Vous vous portez bien, allons, tant 
)j mieux ! » avec des signes de tête à se dénouer la nuque ! » 
On prêtait au duc d'Angoulême les réponses les plus ri- 
dicules. C'est lui qui aurait dit à Gay-Lussac, qu'on lui 
présentait après sa fameuse ascension aérostatique : « Vous 
avez dû avoir bien chaud si près du soleil! » Arrivé à 
Vamphi^ il aurait trouvé : « la température... ambiante! » 
et promis de faire placer un « dynamomètre » pour l'évaluer. 
Un élève, interrogé en sa présence, ayant commencé sa 
démonstration en disant : « Je suppose le problème résolu, » 
il aurait murmuré: « Paresseux! » Quand il prit le com- 
mandement de l'armée d'Espagne, tous les bons mots ré- 
pandus sur son compte couraient les salles d'étude ; on 
disait : « Il est parti escorté de sapeurs ; il ferait très bien 
en voyage de boire du Laffitte^ d'y ajouter Foy et d'être 
Constant, » Chaque fois qu'il venait visiter l'Ecole, on ne 
manquait pas de crier : « Vive la Charte ! » 

Crotale. — Nom donné aujourd'hui aux chefs de 
salle qui portaient jusqu'à ces dernières années le titre et 
les galons de sergent. Par corruption, du mot sergent on 

9 



130 i/ahgot de l'x. 

avait fait serpent (^'oy. ce mot) ; et comme crotale est le 
nom scientifique du serpent à sonnettes, on l'a substitut» 
au mot serpent. Les sergents ou serpents 
ont disparu depuis l'adoption de la nmn^-lh.' 
loi sur le recrutement; mais le nom de vn^ 
laie est resté avec son pluriel, qui u I^Kcolc 
est crolaux. Les chefs de salle sont 
désignés d'après le rang de classement. 

Quelques jours après la ^ent^él^ 
les anciens organisent, dans la cour* 
la course des crotaux; ceux-ci 
sont obligés de faire le tour de 
la cour au pas de course, en 
sautant par-dessus des tables et 
des bancs. C'est une sorte de 
baptême des chefs de salle. 

L'administration a conservé 
aux crolaux le titre de chefs de salle \ c'est à eux qu'elle 
s'adresse quand elle a des communications générales à faire 
aux élèves. Dans ce cas, le capitaine ou l'adjudant de ser- 
vice dépêche un tapin qui parcourt les corridors, et ouvre 
la porte de chaque salle en criant : SalV-Binell ce qui 
signifie, par une abréviation des plus radicales : « Chef de 
la salle, au cabinet de service ! » A cet appel, tous les chefs 
de salle arrivent, sauf pourtant dans les premiers jours, car 
il faut bien quelque temps pour se faire à ce langage. 

Un jour que les deux promotions avaient fait un épou- 
vantable vacarme dans les salles de récréation, le colonel s'y 
rendit et y réunit les crolaux pour leur adresser une ad- 
monestation. Des couplets furent composés à cette occa- 
sion; celui-ci a été conservé : 




Le lendemain dans les salles de jeux 
Le colo arriva furieux, 
Devant tous les crolaux rangés 
Pour les faire évacuer. 



l'argot de l'x. 131 

Mais Vancien n^bougeant pas, 
II le prit par le bras, 
Et dit, d'un air très froid : 
— Vous hésitez l je crois. 
Le lendemain... 

On le chante en recommençant indéliniment eti manière 
de scie rappelant celle de V Amoureux Colin. 

Le crotale est chef de table au réfectoire. Comme on sup- 
pose qu'au besoin il Sacrifierait son appétit à celui de ses 
camarades, on l'appelle aussi pélican par assimilation à 
l'animal qui se dévore les flancs pour nourrir ses petits 
enfants. 

Culot. — Terme de l'argot des rues, synonyme de 
toupet. Avoir du culot à la planche, c'est ne pas se trou- 
bler au tableau. 

Calotte. — Synonyme de vieilli, défraîchi, bahulé. 
L'expression est empruntée à l'argot courant. 




î^m 




t^^ 



Dard. — Exprime le superlatif de la vitesse, qu'il s agisse 

de courir ou dé travailler : 
courir comme un dardy ou 
chiader tel le dard. 

On comprend l'origine 
du mot : le dard des ani- 
maux venimeux est lancé 
avec une grande vitesse. 

Dans le langage ordinaire, 
on emploie avec le même 
sens le mot dare-dare, qui 
n'a cependant ni la même 
orthographe, ni surtout la 
même origine. 

Dart. — Abréviation du 
nom du professeur d'ar- 
chiy M. de Dartein (Voy. 
Archi). 




l'argot de l'x. 133 

Le répétiteur du cours s'appelle tout naturellement le 
Sous-darL 

Ce sobriquet excite d autant plus le rire que les élèves 
ont une grande affection pour le répétiteur actuel, 
M. Choisy, dont les productions littéraires, pleines de 
finesse et si justement appréciées, sont peut-être mieux 
connues d*eux que ses savants travaux sur l'architecture 
grecque et romaine. 

Decharme. — Vareuse d'intérieur remplaçant le 
berry. 

Elle a été adoptée en 1890, sur la proposition du colonel 
Decharme, commandant en second. 

A la cérémonie des Ombres^ au moment où la silhouette 
du colonel défile en ombre chinoise, on chante le couplet 
suivant : 

Cet ofQcier rempli de charme, 
Que vous voyez splendide et beau 

Sur le tableau, 
C*est notre colonel Decharme 
Un gaillard de six pieds de haut 

Comptez plutôt. 
Cet homme vigoureux, 
Musculeux et nerveux. 
Presque aussi grand qu'Michaud (1), 

C'est le colo ! 

Avec le decharme^ la tenue d'intérieur est complétée 
par un pantalon à double bande rouge, un képi à liséré 
rouge avec une grenade rouge ou jaune suivant la promo- 
tion, un gilet et une cravate bleue. 

On appelle encore decharme^ la planche sur laquelle 
l'administration fait afficher les avis officiels qu'elle veut 
porter à la connaissance des promotions, avis officiels qui 
prennent le nom de déci, abréviation de décision, 

(1) Michaud était capitaine à TÉcole. 



134 



L ARGOT DB L X. 



Dégcaealer. — Réciter de mémoire une leçon du 
professeur, tout un chapitre de chimie; parler d'abon- 
dance sans s'inquiéter de comprendre ce que Ton dit. Cer- 
tains colleurs prétendent 
^ coter l'intelligence de 
rélève; d'autres appré- 
cient uniquement le dé- 
gueulage. 

Le comble de Tastuce 
est de dégueuler sa ré- 
ponse , en s'exprimant 
avec une légère hési- 
tation, afin de laisser 
croire qu'on a trouvé 
par réflexion la réponse 
à la question posée. 

Démaseler. — Re- 
mettre en l'état une chose 
muselée (Voyez ce mot), 
c'est-à-dire, par exemple, 
ouvrir, allumer, etc 

C'est encore ouvrir la 
bouche après qu'on s'est 
tu longtemps. 

Dératifler. — Em- 
pêcher quelqu'un d*étre 
rail (Voyez ce mot) en démuselant la porte derrière 
laquelle il est arrêté. 




Désert. — On appelle désert Tangle de la salle d'étude, 
à droite ou à gauche de la porte vitrée, qui échappe 
aux regards du basofjf. C'est là que se réfugie l'élève 
qui veut « griller une sèche », c'est-à-dire fumer tran- 



L ARGOT DE LX. 



135 



quillemeni une cigarette 
sans être vu; c*est dans 
le désert qu'on s'al- 
longe sur un lit con- 
fectionné à Taide 
des cartons à des- 
sin , cherchant 
dans le sommeil 
Toubli momen- 
tané des intégra- 
les et de Tarche 
biaise ; c'est en- 
core là qu'on va 
piquer le bouquin^ 
c'est-à-dire lire le 
journal ou le roman 
nouveau, faire un 
mort ou cuisiner le chocolat du matin. Deux élèves 
poètes, de la promotion 1882 (J. Dreyfus et Onillon), ont 
chanté les charmes du désert sur l'air du « Casque » 
dans le Cœur et la Main. 




II existe dans chaque salle, 
Dans Tcoin en entrant, un désert. 
C'est là que Tcuisinicr s'installe. 
Car de cuisine je lui sers. 
L'gaz descend par un tube flexible 
Depuis le rosto jusqu'au fondement d'un brûleur, 
Et j'rends la marmite invisible 
Pour les regards inquisiteurs. 

Ça va bien, ça va bien. 

Ça va bien, ça va bien. 

Grâce à moi le capitaine 
Qui dans le corri s'promènc. 
Ne s'apercevra de rien 

Ça va bien, ça va bien 

Ça va bien, ça va bien. 

On fait des œufs à la coque 
Et de la stration on s'moquc : 



236 L* ARGOT DE l'x. 

Dans Vdéserl on ne craint rien, 
Ça va bien, ça va bien (bis). 

Dévisser. — Dans Targot courant, un individu vissé 
est celui qui ne se remue pas. A T École, le mot dévisser^ 
contraire de visser^ s'applique aux majors et aux crotaux; 
ceux-ci, sur l'ordre de la promotion doivent aller discuter 
avec l'administration les différentes questions qui l'intéres- 
sent. Un grand nombre de topos de vote commencent par 
ces mots : « Dévisscra-t-on le major chez le général pour lui 
demander... » ? 

On dit encore, dans un autre sens : « Le major est dé- 
vissé ^ )) quand il a perdu son rang. 

Dévisser un bottier^ c'est devenir bottier à sa place. 

Drap'. — Abréviation de drapeau. L'Ecole polytechni- 
que, organisée militairement par Napoléon en un ba- 
taillon de quatre compagnies, a été dotée d'un dra- 
peau, en même temps que tous les corps de l'armée, 
le jour de la grande distribution des aigles au 
Champ de Mars. Arago, premier sergent, le 
reçut des mains de l'empereur lui-même. 
Il avait une hampe en bois peint et 
verni en bleu, protégée par en bas d'une 
armure en cuivre doré et surmontée de 
l'aigle impériale. Le corps était un carré 
formé par un losange de taffetas blanc, bordé 
d'une branche de laurier, peinte en or et 
terminée par des triangles alternatifs bleus 
et rouges garnis de couronnes du même feuillage. Le 
champ portait deux inscriptions en lettres d'or. 

D'un côté on lisait : 



L EMPEREUR DES FRANÇAIS 
AUX ÉLÈVES DE l'ÉCOLE POLYTECHNIQUE. 




L*ABGOT DE l'x. 137 

Sur Fautre côté se trouvaient ces mots : 

TOl'T POUR LA PATRIE 

LES SCIENXES 

ET lA GLOIRE. 

Le drap' parut à toutes les cérémonies solennelles de 
l'empire, lorsque le bataillon des élèves marchait en tête de 
l'armée, immédiatement après la garde impériale : le 
14 août 1807, au parvis Notre-Dame; le 26 mai 1808, aux 
Invalides, lors de la translation des cendres de Vauban ; le 
6 juillet 1810, au convoi du maréchal Lannes; le 10 mai 1811, 
au convoi du général Sénarmont ; le 1*' juillet de la même 
année, au baptême du roi de Rome; le 1" avril 1814, sur 
la route de Fontainebleau avec toute Tarmée en marche 
pour gagner la Loire. 

Dada. — Petit nom sous lequel on désignait Duhamel^ 
professeur d'analyse, qu'on appelait aussi Archimède^ 
parce que le nom de ce grand géomètre revenait à chaque 
instant dans son discours. A la séance des Ombres^ Dudu 
commence sa leçon en ces termes : 

— Je vous rappellerai d'abord ce que je vous disais dans la der- 
nière leçon, dans la précédente et dans plusieurs autres. Je vous ai 
apporté aujourd'hui une lettre d'Archimède qui a la plus gn*an(lc 
importance au point de vue de Thistoirc des mathématiques; la 
voici : 

« Mon cher ami, 
» Je me porte bien. Embrassez Endymion pour moi. 
» Tout à vous, 

» AnCHIMBDB. » 

A la prochaine leçon, je vous lirai une lettre de Newton à sa 
femme, qui éclaircira les questions pendantes entre Fermât et 
Descartes... 

Et VOmbre s^évanouit. 

Le nom de Dudu est attaché au souvenir du licenciement 



138 l'argot de l'x. 

de 184i. Duhamel étant directeur des études à TEcole 
accepta les fonctions d'examinateur de sortie ; les élèves 
refusèrent d'être jugés par un examinateur qui avait déjà 
procédé à leur classement à d'autres titres et qui pouvait 
avoir des idées préconçues sur le mérite de chacun d'eux ; 
le général ayant voulu les contraindre à passer l'examen, 
les deux divisions protestèrent, puis quittèrent l'École. 
A la suite de cette affaire, le licenciement fut prononcé ; 
Arago, que les journaux avaient accusé d'avoir encouragé 
la protestation, répondit dans les journaux et prit la dé- 
fense des élèves ; mais le maréchal Soult, ministre de la 
guerre, ne voulut pas céder et dix-sept exclusions furent 
définitivement prononcées. 

Durand. — Cravate bleue, pareille à celle de la troupe, 
donnée par le général Durand de Villers; elle remplace 
le col militaire, cet affreux carcan noir qui, pendant des 
années, a étranglé des milliers de polytechniciens; beaucoup 
d'entre eux, fort heureusement, savaient que la meilleure 
manière de le porter, pendant les études, était de le fourrer 
dans sa poche. 








Eblé. — C'est la soucoupe dans laquelle on dépose son 
savon ; elle accompagne le pot à eau sur le coffin àw. caser t. 
Son nom rappelle celui du général Eblé qui commanda 
rficole de 1854 à 1860. 

Epoll. — Prononcer époàl ; c'est une abréviation de 
époilanty synonyme du terme vulgaire d'épatant^ qui re- 
présente le superlatif du chic. 

On affirme que le mot époilant serait analogue au parti- 
cipe épilant, c'est-à-dire qu'il désignerait un chic à s'en 
arracher les cheveux ! 

Certains cours qui, de Tavis général, sont professés d'une 
façon remarquable, sont déclarés époils. On dit d'une ma- 
nière courante à l'École : Sarrau est époiL 



140 l'ahgot de l'x. 

A la séance des cotes, le conscrit qui se faisait remarquer 
au lycée par une tenue civile par trop fashionable, est 
soumis à la cote époiL 

Epure. — Dessin géométrique exécuté avec la règle et 
le compas. 

Pour un polytechnicien, tous les corps de la nature doi- 
vent pouvoir être représentés par une épure qui en donne 
exactement les dimensions. Ce mode de représentation s'ap- 
pliquerait même à la figure humaine, si Ton en croit Théo- 
dore Olivier, un répétiteur de descriptive qui se vantait 
de ressembler à Napoléon et qu*on chansonnait à TÉcole, 
vers 1840 : 

C'est le grand Olivier 
Qui dit sans sourciller 
Qu'il est la projection 
Du Grand Napoléon. 
Larifla, fla, fia, etc. 

Au premier abord, rien n'est plus froid qu'une épure. 
Mais VX y voit un corps, un être 
^^ et, pour peu qu'il ait de l'ima- 

gination, ce corps s'anime et vit. 
Voici par exemple Vépure de 
l'intersection d'un prisme et 
d'une pyramide. Le vul- 
gaire n'y voit que des traits, 
des lignes, des points. Un 
polytechnicien, quand il est 
poète comme Marcel Prévost, 
y contemple une véritable scène, 
presque un drame, qui lui inspire le 
sonnet qu'on va lire : 

Regarde bien ceci, passant — c'est une épure. 
Dans cette pyramide — A lecteur ingénu — 
Un prisme, certain jour, fit cette découpure; 
Depuis lors on ne sait ce qu'il est devenu. 




L ARGOT DE LX. 

Regarde ces contours en ligne pleine et pure, 
Le point rond s'unissant au point long plus ténu ; 
Vois le commun solide, ombré comme nature, 
Par le raisonnement dans les airs soutenu. 

Souvent ainsi, lecteur, dans Tàme d'une femme, 
Un ingrat passager laisse une plaie infâme. 
Puis dédaigne la fleur dont est mort le parfum. 

Au fond du cœur blessé le mal pourtant demeure 
Ilélas ! — Et trop souvent la victime, qui pleure, 
Met aux Enfants Trouvés le solide commun. 



141 



y? 



l 



Les nombreuses épures auxquelles don- ^^ 

nent lieu les cours de perspective et de J^Sr ^ 
stéréotomie sont corrigées par V^'^^ T y^ ' 

un répétiteur. Kiaes a longtemps ']" 

tenu cet emploi ; il est occupé ' 

aujourd'hui par M . Javary j^ 

qu'on appelle familièrement 
«/ara, abréviation du nom de 
M. Javary. Java est très aimé 
des élèves parce qu'il ne 
donne jamais de note assez. 



basse pour entraîner une 
punition. 

Étatrmc^'. — Abrévia- 
tion du mot état-major. Au- 
trefois on entrait directement 
dans le corps de Vétat-maf 
en sortant de l'Kcole ; de- 
puis Tannée 1831, où l'on avait 
si malencontreusement supprimé le corps des ingénieurs 





142 l'argot de l X. 

géographes, deux places étaient réservées chaque année 
aux polytechniciens; elles étaient prises géné- 
ralement par les rais Je 
hotte (Voy. ce mot). 

Le mot étal-maf ne 
ilésigne plus aujourd'hui 
que l'étaUmajor de l'É- 
cole, qui comprend un 
général commandant, 
un colonel, un chef 
d'escadron, six capitaines et huit adjudants. 




Étal. — Superlatif de bahuté. On dit : hahuté avec 
étui. Cette expression bizarre provient de ce que, sur les 
prospectus des marchands, à côté du prix de l'épée bahutée, 
est indiqué un supplément de prix pour l'épée « avec étui 
de serge verte ». 



Exam. — L'exame/î, ou, comme on dit, l'exam, la terreur 
du candidat, est aussi la bote noire dn polytAchaicieii. De- 
puis le commeneenient de la préparation à l'Ecole, jus- 
qu'au moment de la sortie, la vie n'est pour lui qu'une 
succession d'examens. 

Les fondateurs de l'Ecole avaient eu un instant la pensée 
de supprimer le concours, qui blesse le sentiment d'égalité, 
en distinguant par leur mérite les élèves les uns des autres 
et ils avaient proposé de répartir d'une manière uniforme, 
sur tout le territoire, le nombre des candidats à admettre ; 
cette opinion n'ayant pas prévalu, ils se décidèrent à choi- 
sir les mieux préparés « afin que la République pût jouir 
plus tôt de l'exercice de leurs talents ». 

Après les épreuves solennelles de Yexam d'entrée ou 
d'admission, c'est Vexam de passage vers la fin du mois 
de février, entre les deux périodes semestrielles d'instruc- 
tion ; puis les exam de fin d'année, qui durent près de deux 



l/ ARGOT DE l/x. 143 

mois y compris le temps de chiade préparatoire pour cha- 
cun d'eux; nous ne parlons pas des colles ou examens de 
tous les jours. Et la même série d'épreuves recommence 
pendant la seconde année d'études, terminée enfin par les 
exam de sortie^ qui ont lieu devant des examinateurs 
spéciaux, inconnus jusque-là des élèves, et dont la mission 
est d'arrêter la liste définitive du classement de sortie. 

Les exam de sortie se passent en grand uniforme, chaque 
élève étant seul en présence de l'examinateur. L'élève qui 
attend son tour se promène devant la salle, de long en large; 
il oscille^ comme l'on dit. 

Au moment d'entrer, il dépose son épée et son claque, 
puis se livre au fauve (Voy. ce mot). Après l'exam, ses 
camarades ne manquent pas de lui demander comment il a 
passé et les questions qu'on lui a posées, afin de deviner 
quelles sont les parties du cours sur lesquelles l'exami- 
nateur paraît insister de préférence. 

Le jour de l'entrée à l'École, il y a aussi Yexam 
médical du. docteur, sorte de revision qui n'est, pour la 
plupart du temps, qu'une simple formalité. Dans la salle 
du conseil, ornée des portraits des fondateurs, aux fenêtres 
tendues de grands rideaux blancs qui cachent la vue du 
jardin du général, derrière une ligne de paravents, décou- 
pant un rectangle dans la salle, le médecin-major mesure 
le tour de poitrine, inspecte, ausculte, fait passer tous les 
conscrits sous la toise ; mais tout le monde est admis, 
même les malingres, à la condition toutefois que ces der- 
niers sortiront dans la botte. 

Le jour de la sortie, il y a encore un nouvel exam du 
major, d'un caractère tout intime, après lequel les élèves 
sont autorisés à se rendre dans leurs familles. 

Exer. — Abréviation du mot exercice. 
L'exercice militaire à l'Ecole, comprend : l'exercice de 
l'épée, l'exercice du canon (Voy. Arti)^ l'exercice du re- 



144 



L ARGOT DK L X . 



volver, l'exercice du fusil. Cette dernière partie de Tins- 
truction militaire est donnée aux élèves par des sergents 
de la ligne, qui s'acquittent généralement de leurs fonctions 
avec le plus grand tact ; elle a lieu dans la cour, pendant la 
récréation, sous la direction des capitaines. 

Quelques séances suffisent pour apprendre à manier 
l'épée. Au bout d'une vingt-aine de __ 

séances, on connaît à fond lec-ilt* 
du soldat et l'école de 
compagnie. Autrefois 
on n'attachait aucune 
importance à cette in- 
struction, on ne la pre- 
nait pas au sérieux ; 
à la lin de l'année, 
c'était tout au plus si 
l'on avait appris à 
s'aligner convenable- 
ment et l'on n'y par- 
venait, la plupart du temps, qu'en se guidant sur les pavés 
de la cour. Quand on allait à la salle d'armes prendre les 
fusils, tout le monde se mettait à pleurnicher le même air : 

Et si je pleure, c'est que je suis soldat ; 
Mon Amélie, adieu ne pleure pas. 

et la réponse d'Amélie : 

Prends ce mouchoir, il pourra te servir, 
Car si jamais tu deviens factionnaire, 
Kt si un pleur vient mouiller ta paupière. 
Souviens-toi bien du mouchoir d'Amélie î!î 




Et on recommençait indéfiniment, en manière de scie, pour 
manifester son peu d'enthousiasme. 

D'autres fois on entonnait à pleine voix la complainte 
du fusil : 



L* ARGOT DE l'x. 145 

Sous des ffénés trop sévères 
Le pipo gëmii, et il 
Verse des larmes amères 
En maniant son fusil. 
On dit que son fourniment 
Lui déplatt affreusement I 

Quand on est né militaire, 
Obéir à des bsaoff 
La chose parfois peut plaire 
Pourvu qu'on soit philosoph... 
Mais quand on est né civil 
On n*aime pas le fusil. 

Il n'en est plus de même aujourd'hui : les élèves ont 
compris Timportance de Tinstruction militaire. Depuis la 
guerre de 1870, elle a d'ailleurs été complétée par des exer- 
cices de tir à la cible, au polygone de Vincennes, un peu 
plus tard par une manœuvre au plateau de Gravelle, où, 
après un simulacre de combat, on donnait sur l'herbe, dans 
le site le plus pittoresque, un déjeuner froid assez apprécié. 

Tout récemment on a supprimé cette petite guerre et on 
Ta remplacée par des promenades militaires aux bastions 
des fronts sud-est de Paris, qui préparent à la revue du 
14 juillet et par quelques exercices de dessin d'après nature* 

Au moment de partir pour les exercices de tir, il est de 

mode d'entonner en chœur cette chanson, composée un 

jour que, l'École devant aller à Vincennes, la manœuvre 

fut brusquement décommandée : 

Vers not* belle institution, 
C'était comme une invasion 
De gentilles Parisiennes ! 
Une vraie mobilisation ! 
Pourquoi donc (bis) ? 

Les Parisiennes en savaient long^ 
Elles savaient que nous allions 
Tirer six coups à Vincennes l 
ElFs venaient nous regarder 
Défiler [bU). 

Aux sonneries de nos clairons 
La joie brillait sur leurs fronts ; 

10 



146 



L ARGOT DE L X. 



Hélas 1 leur attente fut vaine, 
Ell's attendirent jusqu'au soir 
Sans nous voifr {bis) ! 

Quelques conscrits de taille disproportionnée, n'ayant 
pu trouver d'uniformes tout faits, restent pendant quelques 
jours HprL^â leur entrée à TÉcalc 
habillés en fumistes, Conim<5 ils 
sont dispensés 




anciens réunissent ces phénomènes^ les arment d'une queue 
de billard, en guise de fusil, et leur font exécuter les 
mêmes exercices que leurs camarades. La gaucherie du 
conscrit, son- accoutrement, les apostrophes énergiques de 
l'instructeur improvisé, les moqueries des anciens, ajoutent 
encore au comique de la scène. C'est Vexer des fumistes. 







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V- 




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1 








%^v^ 




Fag'Ots. — Nom donné aux élèves de T École forestière. 
Chaque année, le lundi de Pâques, les X reçoivent les /a- 
goU^ alors à Paris, dans un restaurant du boulevard. En 
février, les X sont reçus à Nancy. Les deux Écoles frater- 
nisent ainsi deux fois par an. 

Fauve. — Nom donné aux examinateurs de sortie à 
cause de leur férocité. 

Chacun des examinateurs a son caractère spécial qu'il 
faut connaître, ses manies qu'il ne faut pas contrarier. L'un 
cote d'après la tète, l'autre d'après le rang, un troisième, 
sansdoute fatigué par l'âge, exige qu'on s'en tienne exclusi- 
vement au texte des feuilles du cours. 

Parmi les fauves les plus réputés, on cite le Mou tardas 



148 l'argot de l'x. 

ferox^ le Boucheras niger et le Moniierus dessicans. Le 
plus terrible, le Moniardas ferox a des éclats de colère 
légendaires : 

— Monsieur, c'est idiot! c'est absurde! démontrez-moi bien vite 
que c'est absurde... Monsieur, votre prédécesseur avait atteint les 
derniers confins de la bêtise ; pour votre usage personnel, vous les 
avez reculés I 

Une des questions favorites qu*on prête au fauve Mou- 
<ar</u3 est la suivante: « Quelle est, monsieur, la probabilité 
pour que M. B... bafouille dans sa prochaine leçon ? » Et 
comme Télève hésite : 

— Elle est 1, monsieur; c'est une certitude. J'ai dit à votre 
prédécesseur qu'il était le plus idiot de sa promotion ; je lui fais 
mes excuses, je ne vous avais pas encore examiné. 

Le Moutierus dessicans aime les calembours. Il interroge 
dans le binet n^ 16 et régulièrement 
chaque matin, en entrant avec le 
candidat, la même scène se repro- 
duit : « Entrez, monsieur », dit 
le fauve et il se précipite en même 
le m ps de telle sorte que tous deux sont 
pris dans Tencadrement de la porte. 
L'élève s'efface, Tautre en fait 
autant. On recommence jus- 
qu'à ce que le fauve s'écrie 
en riant d'un gros rire sac- 
cadé : « Vous ne voyez pas 
que ce binet i 6 est i 3 et 3 (très 
étroit) ! ! » Le fauve est facétieux 
même dans ses questions : 

— Heu 1 heu ! monsieur, qu'est-ce que c'est que la lumière natu- 
relle? — La lumière naturelle est formée de faisceaux incohé- 
rents... — Heu! heu I vous savez ça; mais alors vous allez me dire 
pourquoi au dernier bal des incohérents on avait oublié d'allumer 




L ARGOT DE L X. 



149 



le gaz*! — ?? — Mais, monsieur, heul heu l c'est parce que le bal des 
incohérents, c'est le bal de la lumière naturelle 1 1 

Quand on lui demande la note de l'examen, il répond 
invariablement : 

— Vous ne connaissez donc pas la dernière ordonnance de M. Lozé? 
Heu I heu I M. Lozé a muselé les chiens et M. Mercadier a muselé les 
fauves ; donc je ne puis rien vous dire, heu I heu l 

Le célèbre géomètre Legendre était Tun des fauves des 
premières promotions. Arago raconte qu'en entrant dans 
son cabinet pour passer son examen, il avait vu son pré- 
décesseur, complètement évanoui, emporté par deux gar- 
çons de salle et voici le dialogue qui s'engagea entre lui et 
le terrible examinateur : 

« La méthode que vous suivez ne vous a pas été donnée par votre 
professeur. OùTavez-vous prise?... — Dans un de vos Mémoires, 
— Pourquoi Tavez-vous choisie ? Était-ce pour me séduire? — Non, 
rien n'a été plus loin de ma pensée. Je ne Tai adoptée que parce 
qu'elle m'a paru préférable. — Si vous ne parvenez pas à m'expliquer 
les raisons de votre préférence, je vous déclare que vous serez mal 
noté, du moins pour le caractère I m 

Legendre, malgré son caractère bourru, était généreux ; 
il avait fondé des bourses en faveur des élèves de l'École 
et obtenu de sa femme de les continuer après sa mort. 

L'examinateur Barruel, fauve du même temps, inter- 
rogeait sur la physique deux élèves à la fois et, si l'on en 
croit encore Arago, leur donnait à Tun et à l'autre la note 
moyenne I 

Babin^ autrement dit Babinet, était un fauve dont la 
tenue négligée a été légendaire. Pendant ses interrogations, 
il avait l'habitude de se tremper le visage dans une cuvette, 
puis de secouer énergiquement la tète, aussi l'appelait-on 
le Caniche. Son appartement rempli de livres, jetés sur le 
sol et couverts de toiles d'araignée, était aussi mal tenu 
que sa personne. 



J50 



L ARGOT DE LX. 



Chevreul, dont les cent années de vie firent plus pour 
sa popularité que ses beaux travaux sur les corps gras et 
sa gamme chromatique des couleurs, a été fauve durant 
vingt années, de 1821 à 1841. 

Sur les portes des cabinets d'interrogation, les élèves 
manquent rarement d'écrire à la craie : 



PRIÈRE 

DE NE PAS AGACER 

LES FAUVES. 



Flftrlto. — On désigne ainsi les salsifis frits. Ce 
légume paraissait autrefois fréquemment sur les tables. 

Un répétiteur de géodésie, ancien officier de marine des 
plus distingués et bien connu à Paris, M. Salicis, savait 
qu'on aimait à dénaturer son nom et qu'on l'appelait Salsi- 
fis et par conséquent Fifrit. Homme excellent, il était le 

premier à en rire. 

Flaolber. — Une 

distraction qui a tou- 
jours eu du succès 
dans les salles d'étude 
consiste à attacher 
dans le dos d'un pio- 
cheur, au bouton de 
sa tunique, un paquet 
de vieux papiers au- 
quel on met le feu ; 
on se contente quel- 
quefois de placer du 
papier enflammé sous 
le houret. La victime, 
absorbée dans son tra- 
vail, ne s'aperçoit de la plaisanterie qu'au moment où les 
flammes l'entourent. Elle n'a d'autre ressource que celle 




l'argot de l*x. 151 

d'aller s'aplatir le dos contre le mur ou de s'étendre sur le 
parquet et sans se plaindre, car autrement on augmenterait 
son supplice en lui versant l'eau du corio sur la tête. 

Flottard. — Élève qui choisit la marine. C'est Clermont- 
Tonnerre qui, pendant son minis- 
tère, sous la Restauration, ouvrit la 
carrière de la marine aux polytech- 
niciens. Quelques places leur sont 
réservées tous les ans. Le plus 
illustre des antiques flotiards est 
l'amiral Courbet. 

Frég^ate. — Synonyme de 
claque. Nom donné au chapeau 
d'uniforme, au bicorne légendaire 
dont la forme élégante rappelle 
de loin celle d'un navire à voile 
La frégate^ inclinée coquettement sur le côté, la corne 
en avant, doit, suivant le Code X 
« partager mathématiquement le 
sourcil droit en moyenne et ex- 
trême raison ». 

La courbe gracieuse de la 
frégate n'est pas due au 
caprice d'un artiste habile; 
c'est une courbe géomé- 
trique transcendentale, 
qu'on peut construire par 
points et dont on peut 
déterminer les tangentes et 
les points d'inflexion. La 
courbe de la frégate peut être 
représentée par l'équation 








152 L* ARGOT DE l'x. 

les trois constantes A, K, a, étant déterminées par les 
dimensions du claque. La hauteur est égale à A — a; la 
longueur de la tête est 

v/2K 

valeur qu*on obtient en cherchant l'abscisse du point 
d'inflexion ; la distance des deux extrémités des cornes est 
donnée par la valeur logarithmique : 



On peut encore, pour obtenir la courbe du claque, se 

servir de Téquation 

±* 

que Texaminateur Picquet fait construire aux candidats à 
rÉcole. 

La manière de porter la frégate a été, pour la première 
fois, enseignée en 1824 par Beaupré, ancien danseur de 
rOpéra, qui donnait à TÉcole des leçons de danse et de 
maintien (Voy. Amphi-danse), Assisté d*un autre danseur, 
qu'on appelait Pied de Chameau^ il faisait avec une 
gravité comique un véritable cours sur le port de Tépée 
et du chapeau et montrait comment on doit marcher, se 
pencher, se tenir dans le monde. 

Pied de Chameau, remplissait, disaient les élèves, le rôle 
de Tun des pieds d'un chameau dans Topera de Méhul, la 
Caravane du Caire, d'où son nom. 

Des principes de Beaupré le Code X a retenu cet article : 

« Deux X qui se rencontrent se doivent le salut. Si Tun des 
deux donne le bras à une personne de ce sexe enchanteur qui 
embellit nos jours, l'autre doit saisir sa frégate entre le pouce et 
l'index, la soulever légèrement, et saluer le plus gracieusement 
possible. » 

La frégate a une jugulaire utilisée deux fois par an : 
lors de l'inspection générale et à la revue du 14 juillet. 



L* ARGOT DE LX. 153 

Frémy. — Nom donné au pot à moutarde. Éminent 
professeur de chimie, particulièrement aimé et estimé des 
élèves, M. Frémy n'avait qu'un regret dans sa vie, disait-il, 
celui de n'être pas sorti de TÉcole. Un habile dessinateur 




*-;rn:.f jSî- i^ 






d'une promotion récente l'a fidèlement représenté dans 
ses diverses attitudes à l'amphithéâtre. Par l'inclinaison 
qu'il donnait à sa tête, par l'agitation de ses longs che- 
veux flottants, il rappelait l'attitude de Thénard et celle 
du grand Dumas, tous les deux si solennels. Tous ses 



154 L* ARGOT DE l'x. 

anciens élèves des promos jaunes le reconnaîtront dans 
ces quelques phrases qu'on lui fait prononcer à la séance 
des Ombres : 

— Avant de commencer Tétude d'un corps d'une importance si 
capitale et qui vous sera demandé si fréquemment dans vos 
examens, permettez-moi d'insister sur un point qu'on n'a pu 
aborder dans vos premières études de chimie élémentaire. 

Le caoutchouc en tubes conduit les liquides avec la plus grande 
facilité. Je ne voulais d'abord pas croire A un résultat aussi ines- 
péré, mais cette propriété du caoutchouc en tubes a reçu récem- 
ment une remarquable application dans l'inondation du caser< 14 
par le casert si supérieur des anciens... 

Frites. — Pommes de terre; Taccompagnement obligé 
du bœuf anhydre. On les apporte au réfec- 
toire dans d'immenses bassines de zinc, et 
un garçon de cuisine en fait la répartition 
entre les tables. Il faut bien croire que 
les frites de l'École méritent la répu- 
tation dont elles jouissent, car quel- 
ques minutes à peine après la dis- 
I rf .^ tribution, le contenu des plats a 
^ disparu et de toutes parts un cri 
s'élève : Un ffigoni un gigonl 
(Voy. ce mot), et il faut que les cuisi- 
niers, sans perdre de temps, appor- 
tent de nouvelles bassines. Les an- 
tiques qu'une circonstance amène plus 
tard à goûter les frites de l'École, ne com- 
prennent plus rien à ce régal de leur jeunesse. Que dire 
alors du supplice de ces pauvres conscrits, contraints, à 
l'heure des brimades, de manger des frites dans le képi 
graisseux d'un ancien ! 

Les jours de frites y vers une heure, on attache unphécy 
à l'extrémité d'une longue corde et, de la fenêtre des salles, 
on le fait descendre par le soupirail delà cuisine. Moyennant 
quelques sous le cuisinier le remplit de pommes de terre. 




l'argot de l'x. 155 

Fmlt sec. — Élève qui n'a pas satisfait aux examens 
de sortie et qui, par conséquent, n'a pas le droit de porter 
le titre d'antique. 

Un élève des plus paresseux, répondit un jour à ses 
camarades qui lui demandaient ses intentions s'il n'était pas 
classé : « Je ferai, comme mon père, le commerce des 
fruits secs » ; il était de Tours et ce fut en effet son lot; 
on l'appela fruit sec et le mot est resté. 

Pour être fruit sec il faut avoir une moyenne générale 
inférieure à 9, ou deux notes inférieures à 4 à deux 
examens de sortie ; le conseil usant toujours d'une grande 
bienveillance toutes les fois que des circonstances atté- 
nuantes peuvent être invoquées, l'on peut dire que l'infor- 
tuné n'a que trop mérité son sort. 

Les fruits secs sont maintenant assez rares; autrefois 
on était plus sévère, il y en avait tous les ans. 

En 1831, les études ayant été troublées par l'agitation 
politique et par le long congé accordé l'année précédente 
après la révolution, l'autorité décida que, cette année-là, 
il n'y aurait pas de fruits secs. La satisfaction des élèves 
se manifesta par une réjouissance destinée à perpétuer le 
souvenir d'un événement si heureux. On organisa un bal 
burlesque où furent exhibés les costumes les plus excen- 
triques. La cérémonie fut renouvelée tous les ans, jusqu'en 
1848 ; on l'appelait le bal des fruits secs. Elle avait lieu 
vers le mois de février, au moment des examens semestriels. 
Supprimée en 1848, elle fut remise en honneur en 1861 
sous le nom de fête du Point gamma (Voy. ce mot). 

En 1840 quatre élèves furent déclarés fruits secs à la 
suite des examens de première année; mais le frère de 
l'un d'eux ayant été tué en Afrique, aux côtés du duc 
d'Orléans, tous les quatre obtinrent la faveur de se rendre 
à Metz en qualité de petits chapeaux (Voy. ce mot). Deux 
de leurs camarades de promotion, qui n'eurent pas l'ins- 
piration de se faire sécher en temps opportun, mais seule- 



156 l'argot de l*x. 

ment aux examens de sortie, perdirent tout à fait leur car- 
rière. L'un de ceux-là, s'étant engagé, ne put jamais dépasser 
la grade de caporal grosse-caisse ! 

Aujourd'hui que les élèves contractent un engagement 
de trois années, l'élève séché peut faire sa troisième année 
comme marchi dans un régiment d'artillerie. 

Fumiste. — Dans l'argot parisien le mot fumiste dé- 
signe une sorte de farceur, de mauvais plaisant; une fumis- 
terie est une mauvaise plaisanterie. 

A l'École le mot fumiste désigne un civil, un bourgeois, 
probablement à cause de son chapeau noir en forme de 
tuyau de poêle, et peut-être aussi parce que les fenêtres du 
pavillon donnant partout sur des toitures, on n'aperçoit 
jamais que des fumistes. Les jours de sortie, quand on a 
envie de commettre quelque fredaine, on va se mettre en 
fumiste^ se fumister comme on dit, c'est-à-dire revêtir une 
tenue bourgeoise déposée à cette intention dans l'arrière- 
boutique de la Prosper ou dans une salle du Soufflet, Par 
extension, on donne également au vêtement civil le nom 
de fumiste. 





Galvains. — On appelait autrefois galvains les élèves 
qui sortaient dans le service des télégraphes. Le mot venait 
évidemment de Galvani, Aujourd'hui, le service des 
télégraphes ayant été adjoint à celui des postes, ne se 
recrute pas exclusivement à TÉcole ; des civils et aussi 
quelques pantouflards (Voy. ce mot), sont admis à TÉcole 
de télégraphie après avoir subi un examen spécial. 

Gebhart. — Le gebhart est un gobelet dans lequel on 
verse à chaque élève, à onze heures et demie, une ration 
de vin de un quart de litre; ce vin accompagné d'un mor- 
ceau de pain lui permet d'attendre le déjeuner qui n'a 
lieu qu'à deux heures. Cette innovation, appréciée des 
estomacs à jeun depuis huit heures du matin, est due au 



158 L*ARGOT DE L*X. 

général Gebhart, qui vient de quitter TÉcole (1894). Elle a 
aussi l'avantage de faciliter la préparation de bols de vin 
chaud sur les becs de gaz de la salle d'étude. 

On discuta longtemps pour savoir si le gobelet en ques- 
tion porterait le nom de Gebhart ou celui de Freycinet, 
alors ministre de la guerre ; à la suite d'un vote le nom 
de Gebhart sortit victorieux. 

Gêné. — Abréviation du mot général. Le commandant 




de l'École est un général de brigade, sortant de l'arme de 
l'artillerie ou de celle du génie. 

Il a le haut commandement ; l'état-major, le directeur 
des études, l'administrateur, tout le personnel est sous ses 
ordres. Il préside les conseils d'instruction et de perfec- 
tionnement. Tous les jours il reçoit le rapport du colonel 
et du capitaine de service. Les élèves le voient rarement, 
seulement les jours de revue ou dans les circonstances 
graves ; les majors seuls vont le trouver pour lui adresser 
les demandes intéressant les promotions. 

A la séance des Ombres, c'est le fféné qui défile le pre- 
mier. — A tout seigneur tout honneur. — On lui fait 



l'argot de l*x. 159 

chanter quelque chanson de circonstance, adaptée à un air 
connu ; celle-ci, par exemple : 

Perdu dans le chahut immense, 
Infortuné gêné, 
J'n'irais pas loin, 
Si la divine Providence 
N'avait allégé mon fardeau 
Parle colo... 

qui n*est qu'une parodie de la chanson du Chameau. 

Parmi les généraux qui ont commandé TÉcole, beaucoup 
y sont restés célèbres : 

Le général Lacuée, comte de Cessac, eut le titre de 
gouverneur pendant toute la durée de l'empire. Son nom 
fut donné à la rue qui aboutissait au pont d'Austerlitz, 
Tannée où ce pont fut construit par Lamandé, le premier 
élève de l'Ecole qui ait obtenu le grade d'ingénieur en chef. 

Le baron Bouchu, caractère ouvert, aimable et [bon, 
malgré sa brusquerie, fut très sympathique à la jeu- 
nesse. Il commanda l'École pendant les premières années 
de la Restauration, au moment où l'autorité, par ses vexa- 
tions, ses tracasseries, par l'exagération des devoirs reli- 
gieux obligatoires, devenait, selon l'expression d'un mem- 
bre du conseil, « inquisitoriale et tyrannique ». 
• Nous n'en voulons pour preuve que ces^ couplets qui 
furent composés en 1824 par d'anciens élèves de la pro- 
motion 1812. 



Combien notre École est changée ! 
Ses beaux jours se sont éclipsés I 



Jugez quel changement de style 
Entre jadis et le présent ! 
On observe jeûne et vigile 
Et le carême entièrement. 

Jadis, quoique Ton voulût faire, 
On s'adressait à Tofficier; 



160 L*ABGOT DE l'x. 

Aujourd'hui, c'est une autre affaire, 
Il faut consulter Faumônier. 

Dans le costume, plus de guêtre ; 
Du tambour on proscrit le son ; 
Et bientAt, au schako peut-être 
Succédera le capuchon. 



C'est à cette époque que le général Pailhou, sous-gou- 
vemeur, se montrait à la. chapelle en costume de cour, car 
il devait ensuite, en sa qualité de gentilhomme de la cham- 
bre, aller entendre la messe du roi. La culotte courte, les 
bas de soie, la petite épée horizontale lui donnaient d'ailleurs 
un aspect comique qui amusait beaucoup les élèves, et 
comme il avait donné Tordre malencontreux, un jour qu'un 
vent universel de pudibonderie avait soufflé, de ne laisser 
aucun modèle de dessin ni de la bosse entièrement nu, on 
entonnait, aussitôt son départ, sur Tair de Cadet-Roussel^ la 
chanson composée pour la circonstance, dont voici un 
couplet : 

Depuis, le nombril d* Apollon 
Fut recouvert d*un blanc torchon ; 
Vénus, auteur de nos malices, 
Porte un mouchoir entre les cuisses. 
Ahl oui! ah! oui, vraiment! 
Le- Général est bon enfant! 

Les deux promotions assistaient à la messe et aux vêpres, 
et, bien qu'on y entendît l'excellente musique de Choron, 
exécutée par les chœurs de l'Opéra, l'attitude des élèves 
n'y était pas toujours très édifiante. Les archives men- 
tionnent qu'on se levait et qu'on s'agenouillait en faisant 
toujours le plus grand tapage, qu'on affectait de tousser, 
de cracher, de se moucher avec bruit pendant le sermon, 
qu'on chantait avec les chantres des psaumes légèrement 
travestis. 

Le général Tholozé, qui sut se faire aimer, a dirigé l'Ecole 
avec habileté pendant les dix premières années si troublées 



l'argot de l*x. 161 

du règne de Louis-Philippe. Il avait la réputation d'un 
habile joueur de billard. C'est lui qui exécutait les coups 
extraordinaires imaginés et expliqués par Coriolis^ le 
savant directeur des études, dans sa Théorie du jeu de 
billard. 

Le général Vaillant, qui devint plus tard maréchal de 
France et ministre de la maison de l'empereur, commanda 
rÉcole une année, et y laissa le souvenir d'un chef habile et 
prudent, en même temps que d'un caractère aimable et bien- 
veillant. « Nous nous arrangeâmes très bien avec lui, disent 
les élèves de cette promotion ; c'était le bon temps I » 

Le général Boilleau avait moins de tact et plus de fai- 
blesse; ne se sentant pas appuyé par le gouvernement, 
il laissait tout faire : on l'appelait Maman. 

Le général Rostolan, le seul commandant de l'École qui 
soit sorti de l'arme de l'infanterie, a laissé le souvenir d'une 
sévérité terrible. Il punissait impitoyablement de deux jours 
de salle de police tout élève qui, lelendemain d'une sortie, se 
présentait à la consultation du médecin-major ; il ne parlait 
que de prison et d'expulsion. 

Il faut encore citer parmi les gênés : 

Le général Poncelet,rillustre mécanicien, à la fois membre 
de rinstitut, commandant de l'École et représentant du 
peuple en 1B48; 

Le général Favé, aide de camp de l'empereur, qui avait 
collaboré à son Histoire de V artillerie ; son nom est 
donné aux descentes de lit des caserts\ 

Le général RifTault, ancien directeur des études, qui 
commanda l'École pendant la guerre de 1870, et qui la 
transporta à Tours lors de l'insurrection de la Commune 
en 1871 ; 

Le général Galimard, qui a supprimé la cérémonie du 
point y; 

Le général Borius, devenu chef de la maison militaire du 
Président de la République. 

11 



162 l'argot de l'x. 

Aujourd'hui l'École est commandée par le général 
André (1). 

G. M. — Abréviation radicale de génie maritime. On dit 
indifféremment : ingénieur du G. 3/., ou ingénieur des cons- 
tructions navales. C'est une des carrières de Isl petite hotte, 
Dupuy de Lôme, le créateur du navire cuirassé, le père de 
la navigation aérienne, fut le plus remarquable des ingé- 
nieurs du G. M. 

En 1803, l'Ecole fut transformée en un vaste atelier du 
G, M, Bonaparte avait eu la pensée d'opé- 
rer une descente en Angleterre : une flotte 
s^or^umisait i\ Boulogne. Les élèves deman- 
dèrent el obtinrent la permission de cons- 
truire et d'armer une pé- 
niche de trente hommes 
qui reçut le nom de 
Polytechnique (Voy. 
ce mot). 

« Cette expérience, 
dans laquelle les élèves avaient déployé beaucoup de zèle 
et d'intelligence, inspira au gouvernement la pensée de se 
servir d'eux pour surveiller la construction des bâtiments 
plats sur les chantiers de la marine. Chaque jour les 
élèves se rendaient aux chantiers de 1 1 heures du matin à 
6 heures du soir, après avoir le matin étudié à l'amphi- 




(1) Depuis 180i, les gouverneurs de l'École ont été les généraux : 
Lacuée (1804); Dejean (1814); Bouchu (1816); BourdesouUe (1822); 
Arago (nov. et déc. 1830;; Bertrand (1831); de Tholosé (1831); 
Doguereau (1839); Vaillant (1839) ; Boillcau (1840) ; Rostolan (1844); 
Aupick (1847); Poncelet (1848); Bonct (1850); Bizot (1852); BouUult 
(1854); Eblé (1854); Coffmières (1860); Favé (1866); Riffault (1870); 
Durand deVillers(1873); Salanson (1876); Pourrai (1878); Gallimard 
(1880); Coste (1883); Pelle (1884); Barbe (1886); Henry (1889); Bo- 
• 3 (1890); Gebhart (1892) ; André (1894). — Arago a été seul gou- 



vemeur civil. 



l'argot de l'z. 163 

théâtre le dessin et le tracé des gabarits. » En un mois, ces 
apprentis devinrent en état de diriger les constructions et 
plusieurs d'entre eux, envoyés à Boulogne, furent immé- 
diatement nommés directeurs des travaux. 

Géo. — Abréviation de géodésie. La géodésie, quoique 
faisant partie du cours d'astronomie tel qu'Arago l'avait 
créé, fut d'abord très succinctement traitée par Arago lui- 
même, par Savary qui était surtout astronome, et par 
Chasles, qui n'était ni astronome ni géodésien. M. Faye, 
le colonel Hossard et le colonel Laussédat lui ont donné 
l'importance qu'elle méritait. 

Géométral. — Nom emprunté à la perspective et qui 
désigne le plancher d'une salle. Piquer le géométral^ c'est 
s'étendre à terre pour cristalliser ou pour lire un roman. 
A certains amphis (Voy. z = A ), les élèves s'étendent sur 
le géométral^ à l'abri des regards du capitaine de service, 
et se livrent aux douceurs du whist ou de la manille. 

Gig^on. — Gigon était un élève de la promotion 1853 
qui avait la manie de faire partout plus de travail qu'on 
ne lui en demandait ; de donner, dans ses épures, des solu- 
tions qu'on n'exigeait pas ; d'ajouter à ses dessins plus de 
croquis qu'il ne fallait ; de réclamer en toutes circonstances 
plus qu'il n'était alloué à ses camarades, et en particulier des 
rations supplémentaires de nourriture. Cette manie a rendu 
son nom légendaire; il est devenu synonyme de supplément. 

Le mot gigon revient à tout instant dans le langage de 
l'École. On demande au réfectoire un gigon de frites; on 
demande au directeur des études quelques jours de gigon 
pour remettre ses épures. Un examinateur demande du 
gigon quand il ne se limite pas dans ses interrogations aux 
questions traitées par le professeur. 

Du mot gigon , on a fait le verbe gigonner^ faire un 



164 l'argot de l'x. 

supplément de besogne, et Tadjectif gigonnaire ou sup- 
plémentaire. Ainsi quelquefois Ton gigonne dans Tinten- 
tion de faire du zèle. Le gigon de lait, qu'on peut obtenir 
au réfectoire, est monté en salle et sert à faire le choco 
(chocolat). On peut être reçu à l'École sur une liste gigon- 
naire^ etc. 

Go(^. — Abréviation du mot goguenot^ lieux d'aisances. 
On les a désignés longtemps par un autre vocable plus 
poétique, les long champs (Voy. ce mot), qui n'est plus 
guère connu des promotions nouvelles. A présent on est 
revenu au vieux terme des lycées et des collèges. 

C'est aux gogs^ nous l'avons dit, que se tient Yamphi- 



iiwrs* 



T9 •€-,-•—€<. 



A.^kifc.«*.V,rf M fM rt..«. 



^ U.^>*.4«^ fc. fc j..«|^fc.^^ 



• -.^-.*.--i- £—*. ^- •-#.^1;.^ U 



gog. L'agent qui les nettoie est le pitaine Gog qui jouit 
à l'Ecole d'une telle célébrité qu'on le chansonne à la 
séance des Ombres, 

On a baptisé aussi, et par calembour, du nom de gogs 
ces problèmes qu'on donne souvent comme sujets de com^r 
position à l'admission et qu'on appelle des lieux... géomé- 
triques. 



L* ARGOT DE l'x. 165 

Gournard. — Abréviation ^u nom d'un savant officier 
de marine qui fut longtemps professeur de géométrie des- 
criptive à rÉcole, puis examinateur de sortie. On Tavait 
surnommé aussi le Bafouilleur^ parce que Tasthme dont 
il souffrit toute sa vie ne lui permettait pas de s'exprimer 
bien clairement. Le cours de Gournard était suivi avec 
le plus vif intérêt et son Traité de géométrie descriptive 
est considéré comme un chef-d'œuvre. 

Graphiquer. — Exécuter un dessin graphique avec la 
règle et le compas. Le graphique a une 
très grande importance à l'École; l'élèvi^ 
qui graphique bien a un avantage con- 
sidérable sur ses camarades. 

Un professeur spécial est chargé des 
travaux graphiques : Bardin, Tron- 
quoy, ont rempli ces fonctions. 
Elles sont aujourd'hui partagées ^ 7| 
entre les camarades Javary (épu- 
res) et Pillet (dessins de machines). Le nom de ce 
dernier, par une sorte d'assonance, a tHé détij^uré en 
celui de Pied^ de sorte que son adjoint a été natu- 
rellement appelé SouS'Pied, et comme le nom de cet 
adjoint est Digeon, on l'appelle encore Badigeon parce 
qu'il apprend à passer des teintes de lavis sur certains gra- 
phiques, 

A la cérémonie des Ombres^ Pillet apprend en ces termes 
à tracer un engrenage : 

— Voici la circonférence primitive au crayon rouge, l'axe au 
crayon vert... enfin au crayon jaune je trace la circonférence du 
bout des dents... Maintenant je chanfreine mes dents... j'ai deux 
sortes de dents : mes dents pleines et mes dents creuses... Entre 
chacune d'elles je marque le pas... J'ai fini de vous montrer les 
dents. 

Grimai. — Pour Grimaux, nom d'un professeur de 




166 l'argot de l'x. 

chimie, particulièrement aimé des élèves et qui a eu l'hon- 
neur d'introduire à l'École l'enseignement de la .,^^^ ^^^ 
théorie atomique. Ses atti- 
tudes, ses moindres gestes ^^ 
pendant le cours qu'il pro- |^ yJ 
fesse avec une passion com- ^^ * -^ 
municative, ont été habile- 
ment saisis par un élève. 



Gymil. — Abréviation de 
gymnastique. Quoi qu'on lui 
dise de l'équilibre de dépense 
entre les facultés intellec- 
tuelles et les forces physiques, 
le polytechnicien n'a pas d'entrain 
pour la gymn. C'est toujours sans le 
moindre enthousiasme qu'il passe le pan- 
talon et la veste de toile oblig^atoîres ; 





les exercices d'assouplissement, le trapèze, les barres 



l'argot de l'x. 167 

parallèles, le portique ne trouvent qu'un bien petit 
nombre de fanatiques. A peine si Ton prend plaisir à grim- 
per aux mansardes et à se laisser glisser dans le sac de 
sauvetage employé par les pompiers dans les incendies. Il 
faut dire que la vieille cour de gymnastique, où Tespace a 
disparu devant les constructions successives, où manquent 
les arbres, Tair, la lumière, ne respire que la tristesse. 

Jadis cette cour était plantée d'arbres et avait une physio" 
nomie plus souriante : on l'appelait la cour des Acacias. 

Pendant longtemps le professeur de gymn fut un civil, 
M. Laisné; puis ce fut un lieutenant de pompiers auquel 
on donna le nom de La Pompe; aujourd'hui les exercice» 
de gymn sont dirigés par les officiers de l'École. 

On désigne encore la gymnastique par le nom depèie-sec. 





HoU. — Ancien mot qui désignait, par abréviation, le 
café Hollandais du Palais-Royal, où avait lieu, chaque 
année, la cérémonie de l'absorption, et où les polytechni- 
ciens se réunissaient les jours de sortie. Le HoU est aban- 
donné depuis longtemps pour le Soufflet, 



Hure. — Le mot hure s'emploie avec un sans-gêne 
parfait comme synonyme de « tête ». On dit très bien à 
son voisin : « Fais-toi faire ta hure » pour « Fais-toi photo- 
graphier. » 

Lorsqu'on est mécontent de quelqu'un, on demande à 
grands cris Sa tête! ou bien Sa hurel platoniquement s'en- 
tend. Quand le menu est insuffisant, ou bien quand un plat 
est mal préparé, les cris de : La hure au magnan! rem- 
plissent les corridors du réfectoire. 



L* ARGOT DE l'x. 



169 



Ilurer devient aussi synonyme de conspuer, avec un peu 
plus de fureur pourtant ; hure est l'action de hurer quel- 
qu'un. Dans ce sens on distingue à l'Ecole deux espèces de 
hures. La hure verticale ou ordinaire, se pratique en faisant 




t^'/ 



!S**iJbS^ 



un monôme et en criant de toutes ses forces : « La hure à tel 
ou tel ! » elle n'est pas sans danger car le basoff qui vous 
aperçoit ne manque jamais de vous consigner pour deux ou 
quatre jours. La hure horizontale a plus de gravité : elle con- 
siste à se coucher sur le sol de la cour, en grand nombre, 



170 



LABGOT DE L X. 



tous immobiles, la face contre terre, sous les fenêtres du 
cabinet de service, en se disposant de manière à dessiner les 
lettres du mot hure ou le nom de la personne hurée. C*est 
une manière silencieuse de manifester son mécontentement. 
On le manifesta, dit-on (?), de cette façon au général Bou- 
langer, ministre de la guerre, lorsqu'il vint visiter l'École 
qu'il travaillait à faire supprimer; une chanson fut com- 
posée pour la circonstance sur l'air de Tili carabi ; en voici 
les couplets. 



De mon ministère 
Sortant Tautre jour, 
J'vois, couchés par terre. 
Des X tout autour. 
C'était bien joli, 

Titi carabi, 
Mais c'était bateau, 

Toto carabo ! 

lis criaient : « La hnre! 
Rare à Boulanger! » 
Kt moi, d'une voix dure 
J'ieur dis sans broncher : 
« Mes p'tits impolis, 

Titi carabi, 
Fait's-moi donc maseaii, 

Toto carabo I » 

Alors ils gro^èrent, 
Et ce fut bien pis ; 
Les bus (1) s'arrêtèrent, 
Les passants aussi. 
Alors je leur dis : 

« Titi carabi, 
Cessez vot' bateau, 

Toto carabo 1 » 

Un simple pi^aÎTie 
S'en vint à passer ; 
Je m'dis : Quelle veine l 
C'est Ypitain' Rollicr I 



<i Venez par ici, 

Titi carabi, 
Simili-colo (2), 

Toto carabo ! » 

« Faut les mettre en cage, 
M'dit-il, sfms tarder; 
J'cours chercher Lepage (3), 
Ça va l'amuser. 
— Va donCf mon chéri, 

Titi carabi. 
Et r' viens aussitôt, 

Toto carabo 1 » 

Mais v'ià qu'en monôme 

Tous les X s'en vont ; 

Je m'dis : « Mon bonhomme, 

Ne fais pas l'c on ! 

De moi j'vois qu'on rit, 

Titi carabi, 
J'appeir des sergols^ 

Toto carabo I » 

L'un d'eux rtir* sa chique, 
Et m'dit : « Mon géné^ 
Les Polytechnique 
Pour nous c'est sacré I » 
J'icur promets un louis, 

Titi carabi, 
Ils me toum'nt le dos, 

Toto carabo l 



(1) Omnibus. 

(2) Le pitaine Rollicr remplaçait en ce moment le colonel de 
l'École, en permission. 

(3) Adjudant redouté pour sa sévérité. 



L ARGOT DE L X. 



171 



En tournant la tôle, 
Je vois, sacredié ! 
V'nir comme à la fcte 
Lepage et Rollier. 
J'Ieur dis : « Mes amis, 

Titi carabi, 
H n'est vraiment qu*tôt, 

Toto carabo l » 

Sitôt deux élèves 
Sont pris au hasard 
Alors d*un' voix brève, 
Je dis sans retard : 
« Vite au ChercK'Midi, 

Titi carabi, 
Ëmm'nez les oiseaux, 

Toto carabo I >* 



Vgéné Barbe arrive 
Et dit : « C'est bien peu ! » 
Je sens qu'ça ravive 
Ma haine contre eux. 
Tant pis I j'iicenci' 

Titi carabi, 
Tous ces sal's pipos^ 

Toto carabo ! 

J'suis content dTafTaire, 
Foi de général ; 
Voilà rx par terre, 
A m' gênait pas mal. 
Du coup c'est fini, 

Titi carabi. 
Et viv'nt les casos 1 

Toto carabo ! 



I^ complainte finie, on entonna les chansons classiques 



Dt&oMi.OuJ Dbmoi.Piion DismoiM tu in*ainie& Disroci.OuiDbsioliNonbismoiouiounon. 



4h' »i tu fTob<{ue j*f*ai.iiir Th Vtntmjff*. tu t'trooi . pc». 



Ak! ti ta cros 4|tte jM'ai.me Tb t*(rofn . pn brau . cuup 

allusion manifeste à la personne hurée. 





Inekto. — Singulière abréviation de Texpression : // 
n^esl qae tôt; les élèves remploient à tout propos. Lors- 
qu'un garde-consigne a quelque peu tardé à ouvrir une 
grille, Inekto ! est le cri poussé par tous ceux qui attendent. 
A la fin d'une leçon, quand le professeur salue en se reti- 
rant, toute la promotion quitte les bancs en murmurant 
Inekto ! DsiTis mille circonstances, ce simple vocable permet 
à VX peu bavard de formuler rapidement sa pensée. Inekto 
ci probable paraissent former en ce moment le fonds de la 
langue polytechnicienne. Il faut encore ajouter fixe qu'on 
prononce parfois foïxe et qui est synonyme de préparé^ 
prêt. Au camarade qui est appelé en colle on demande : 
« Es-tu fixe ? » 



L ARGOT DE L X. 



173 



Infl. — Abréviation d'infirmerie. Elle est installée à 
gauche de l'entrée, au fond d'une petite cour basse, étroite 
et sombre. Les salles occupent les divers étages d'un vieux 
bâtiment humide et tombant en ruine qui donnent sur le 
square Monge. Un médecin-major, choisi toujours parmi 
les docteurs de Tarmée les plus réputés, est spécialement 
attaché à rinfirmerie, c'est le major. 

Les soins sont donnés par des religieuses de Saint- 
Joseph, saintes femmes 
qui arrivent à connaître 
les coutumes, les tradi- 
tions des élèves, à parler 
leur langage et dont le 
dévouement est absolu. 
La sœur Poral (abrévia- 
tion de caporal) a la haute 
direction et la surveil- 
lance; la sœur Perpel 
(abréviation de Perpétue) 
est placée sous ses ordres. 

Les malades portent de 
longues robes de flanelle 
blanche qui les font res- 
sembler à des domini- 
cains. Les visiteurs qui viennent s'adresser au garde-con- 
signe peuvent apercevoir les convalescents, assis sur les 
bancs de la cour, lisant, fumant leur pipe et quelquefois 
jouant aux cartes malgré toutes les défenses. 

Il est rare qu'on ait à soigner à Vin fi quelque affection 
grave, car l'École, située au sommet de la montagne 
Sainte-Geneviève, est parfaitement saine; l'hygiène et la 
nourriture laissent peu à désirer. Les malades que l'on y 
voit le plus habituellement sont ceux qui ne sont pas soignés 
par les sœurs, mais par un infirmier appelé autrefois Siam, 
d'où le nom de bataillon de Siam donné à ce petit groupe. 




174 l'argot de l X. 

Il occupe la salle N' 3, pour laquelle il a été composé une 
chanson toute spéciale, dont voici seulement la musique : 




Des générations ont connu Laramée, garçon de salle 
attaché à l'infirmerie, qui ne pouvait traverser la cour sans 
être assailli par les cris de : « Via Laramée qui passe ! » 
Il aimait à raconter ses gloires et ses malheurs. 
Ancien voltigeur de la garde, Tempercur lui 
avait adressé la parole : « Oui, m'sieu, un jour 
que j'étais sur son passage, l'empereur m'a 
dit : « Ote-toi d'ià, imbécile ! » Toujours il se 
plaignait du général qu'il s'obstinait à ap- 
peler le principal : « J'iui ai dit qu'ça ne 
pouvait pas durer comme ça et qu'il fallait 
que l'un de nous deux quitte l'Ecole ! » 
Brave Laramée ! 

Deux médecins donnent leurs soins aux 
élèves, un médecin principal ou médecin- 
major assisté d'un aide-major; malgré tout leur 
zèle et leur dévouement ils n'échappent pas à 
leur malignité. Dans ces dernières années, 
l'aide ou petit major avait une taille bien plus élevée que 
son chef, le grand major; de là ces couplets que l'on 
chantait à la séance des Ombres^ sur l'air Célestin c'est 
Floridor^ et Floridor cest Célestin : 

Dans rinfirmVic le ^rand major; 
Pour le pavillon le petit. 



L ARGOT DE L X. 



175 



Grave et sérieux, c'est Tgrand major ; 
Aimable et gai c'est Tpetit. 



Quand on veut s'balader dehors 

Et couper à l'cxcr miliy 

On va trouver le grand major 

Ou bien on va chez le petit. 

L'p'tit envoie chez Tdentiste et s'tord 

L'grand donne son topo et sourit. 

« C'est une carotte ! » dit l'grand major 

a Tirez au coll » dit le petit. 

Mais Tp'tit major c'est l'grand major 

Et l'grand major c'est le petit. 

Somm' tout' de s'plaindre on aurait tort 

Et d'dire qu'nous sommes mal lotis 

En c'qui concerne les deux majors 

Et Jes soins à l'infirmerie. 

Mais une chose dont personne ne sort 

Et qui renverse tous les esprits, 

Qui semble êtr' comme un mauvais sort, 

Qui épat'toujours les conscrits, 

C'est qu'l'petit major est l'grand major 

Et qu'î'grand major c'est l'petit. 

Nous donnons avec la musique une seconde chanson du 
Petit et du Grand Major : 







YH*«-^>S.4. fMM4MM><'C^««i^ m^m% 




Jodot. — Jodot était un petit vieillard charmant qui 
fut, pendant de longues années, professeur de dessin lavis. 
Tout en causant dans les salles avec une aménité parfaite, 
il enseignait les secrets des teintes plates et des teintes 
fondues. Son nom est resté synonyme de /arw, et on en a 
fait le \erhe jodoier pour signifier laver un dessin. 

Bien vite le mot eut un immense succès et se prit dans 
des acceptions plus étendues ; on ne tarda pas à l'employer 
couramment pour dire mouiller, — asperger avec de Veau, 
Et le succès s'est accusé de plus en plus. On jodo le un 
conscrit avec une bombe hydraulique, ou bien en lui ver- 
sant le contenu du corio sur la tétc. Se jodoier, c'est faire 
sa toilette. Quand il pleut on dit « qu il jodole ». Ainsi le 
poète a pu dire : 



L ARGOT DE L X. 



J77 



Un jour que j'étais dans la rue 
Avec mes habits les plus beaux 
Il vint à crever une nue 
Qui me mouilla jusques aux os. 

Non jamais, jamais de ma vie 
Je n'avais vu pareil jodot; 
Et comme j'étais sans parapluie, 
Il m'eût plus plu qu'il plût plus tôt. 

Jordan. — On désigne par ce mot le verre d*eau 
sucrée du professeur à ramphithéâtre. Quel- 
ques professeurs et en particulier M. Jor- 
dan, ont rhabitude de le remplir et de le vider 
à plusieurs reprises pendant la leçon* 
M. Jordan, membre de l'Académie des 
sciences et professeur d'analyse, 
aborde dans son cours les questions 
de mathématiques transcendantes 
les plus ardues. Il fait au tableau 
une effrayante consommation de let- 
tres et d'exposants ; on ne manque 
pas de le faire remarquer le jour 
de la séance des Ombres et quand sa silhouette 
paraît, voici la leçon qu'on lui met dans la 
bouche : 




-t 



— Nous avons vu dans 
j'avûis beaucoup intégré. 
ic m e ri 1 . \' i^y* ii\ s ! . , , ( j > n s i < 
pur t ( c u li f r^ qu t' 1 co n q uc s , . 




la dernière leçon que 
Reprenons plus clai- 
k'rons deux chemins 
. représentés par les 
fonctions... comment 
les appellerons-nous ? 
11 y en a plusieurs de 
res fonctions, il y en 
a une infînité. Nous 
connaissons leurs in^ 
i^grales g^ q; g^ q.. 
iKabord combien ai-je 
de g?... Si vous 
voulez,nous allons 
changer de varia- 
12 



178 



L ARGOT DE L X. 



ble... Posons Flye, je veux dire ç, égal à 
zéro. On voit tout de suite que ma cons- 
tante est nulle... Alors il ne reste plus 
qu'à différentier... et ensuite nous inté- 
grerons... Vous le voyez, c'est le moyen 
d'analyse le plus puissant... 

Et tout ramphithéâtre éclate en 
applaudissements, car M. Jordan est 
un sympathique. Ses camara- 
des, ses collègues reconnais- ^,^,^ 
sent qu'il est aussi savant que *-^ I- 
modeste et qu'il a consacré ^-J 
sa vie à la science de la manière la plus désintéressée. 
A l'Ecole, pendant qu'il était élève, il s'occupait surtout de 
littérature et de grec ; ces travaux giffonnaires ne nuisi- 
rent pas d'ailleurs à son classement puisqu'il sortit *eco/irf 
major. 






K. — Lettre de lalphabet dont on fait un usage courant 
en algèbre. Elle représente, en général, un nombre élevé 
et indéterminé; aussi dit-on à TKcole : « hc hasoff a distri- 
bué ce matin k consignes, » ou bien encore « J'ai k (ou 2 k) 
visites à faire ». La lettre k se prête à mille combinai- 
sons facétieuses avec les lettres des divers alphabets qu'on 
utilise. Que de sourires dans les classes de taupe, quand 
le professeurs trace la ligne kc (cassée), la droite /cp (car- 
reau); ou bien quand il prend la différentielle dkiit (dé- 
capitée) ! 



K. C. — Casser un conscrard, c'est l'exempter d'un 
monôme, d'une brimade, pour une raison quelconque. Dans 
ce cas, les membres de la commiss lui marquent sur le 
dos, à la craie, les deux lettre^ k. c. 




Labo. — Abréviation de laboratoire. 

Les labo8 qui servent aux manipulations de chimie ont 
été construits après 1830, par le général Tholozé, sur l'em- 
placement du vieux collège de Boncourt. Chacun d'eux est 
affecté à une escouade de dix ou douze élèves, groupés deux 
à deux par fourneau, pour s'exercer aux manipulations 
chimiques sous l'œil des répétiteurs (1). 



(1) A la fondation de TÉcole, les la.hos furent pourvus rëvolu- 
tionnairement. 

La commission spéciale du commerce reçut l'ordre de fournir 
6000 livres de cuivre, 2000 d'élain. Trois jours après, elle dut expé- 
dier des magasins du Havre 20 milliers d'huile de spermacéti, 
210 limes, 300 livres de fer à martinet. L'agence nalionale des pou- 
dres envoya deux barils de potasse, 500 livres de salpêtre; celle 
des armes fournit des voies de bois par centaines, des limes, du 



L ARGOT DE L X. 



181 



Les professeurs de chimie ont chacun leur labo^ d'où sont 
sorties les plus remarquables découvertes. Tous ces profes- 
seurs : les Berthollet, Chaptal, Pelletier, Va uquelin, Guyton, 
Fourcroy,Gay-Lussac,Thénard, Pelouze, Regnault, Frémy, 
ont conquis la célébrité. 

Gay-Lussac faillit deux fois trouver la mort dans son 
labo. La première fois il fut blessé en préparant du potas- 




sium : il resta aveugle durant un mois et conserva toute sa 
vie les yeux rouges et faibles. Une seconde fois il fut griè- 
vement blessé à la main en étudiant les hydrogènes car- 
bonés provenant de la distillation des huiles. Il travaillait 
en sabots et, chaque fois qu'il obtenait un résultat nouveau. 



charbon, du fer forgé. Nos armées, qui s'avançaient à Té tranger, furent 
invitées à expédier 100 livres d'alun tiré de la Belgique, 200 livres 
de mercure du Palatinat. On fît chercher des chaudières en fer dans 
les magasins de la rue Saint-Dominique, des ustensiles en cuivre 
dans réglise Sain t-Sé vérin, qui servait de magasin national. 




par Charles X, à la 
visite durant la- 
quelle le roi avait 
lui-même gravé 
son nom sur une 
plaque de verre au 
moyen de l'acide 
fluorhydrique. 

Regnault , le 
grand physicien , 
professait la chi- 
mie, mais d'un ion 
si monotone qu'il 
endormait son au- 
ditoire. C'est à lui 
qu'on prête la 
phrase souvent 
citée : « Mes 
nombres sont si 
précis que je ré- 



I. ARGOT DE L X. 

il trahissait sa joie en dansant comme un 
enfant dans son laboratoire. Gay-Lussac 
était d'un naturel et d'une simplicité admi- 
rables; il avait des mots charmants. C'est 
lui qui disait : « L'homme qui a imaginé de 
tremper un petit bout de bois dans du soufre 
fondu pour en faire une allumette est l'un 
des plus grands bienfaiteurs de l'huma- 
nité. » 

Le baron Thénard était plus solennel ; 

c'est lui qui, s'adressant au duc d'Angou- 

lême, venu assister à son cours, prononça la 

phrase célèbre : « Monseigneur, ces deux 

corps vont avoir l'honneur de se combiner 

devant vous! » Thénard fut nommé baron 

suite d'une 




L*ABGOT DE l'x. 183 

ponds de la quatrième et de la cinquième décimales..., 
seule la première m'inspire quelques doutes. » 

Les professeurs actuels sont MM. Grimaux et Gai, dont 
les amphis sont reproduits avec humour par les élèves; ce 
qu*on ne peut fixer avec le crayon c'est l'accent méridional 
de M. Gai qu'on imite à merveille à la scène des Ombres: 
« Zeci n'est pas une explosion, z'est deux aiommes qui se 
combinent... zeci posé, traçons Vhexagonne de la ben- 
zine... » 

On conserve aussi le souvenir des anciens garçons de la- 
boratoire, serviteurs dévoués, mais types souvent cocasses 
qui, après avoir essuyé le tableau ou nettoyé le labo pen- 
dant de longues années, ont l'illusion de se croire chimistes 
à la Grande École, 

Laïus. — Composition française ei^ par extension, dis- 
cours ou allocution. Le mot est très fréquemment employé 
à TEcole ; il en a même franchi les murs. Tous les candidats 
savent que le laïus est une des épreuves de l'examen écrit 
pour l'admission. 

Le professeur de littérature donne tous les mois un 
sujet de laïus à traiter. Dans la salle, le silence s'éta- 
blit aussitôt qu'un camarade, ayant quelque commu- 
nication à faire, veut piquer un laïus. On en a fait 
le verbe laïusser et le substantif laïusseur. Il est rare 
qu'une promotion ne possède pas deux ou trois cocons 
laïusseurs^ toujours prêts à prendre la parole. La cote 
laïus est appliquée au conscrit qui, à l'admission, a obtenu 
la note la plus élevée pour sa composition française. 

Celte locution vient de la fidélité rare avec laquelle le 
professeur de littérature Arnault revenait sur Œdipe et 
sur les malheurs de Laïus, roi de Thèbes. « Allons bon ! » 
se disait-on, aussitôt que la leçon commençait, roulant tou- 
jours sur les tragédies grecques, « voilà le laïus qui recom- 
mence! » Et le mot est resté. 




184 l'argot de l'x. 

Arnault (de TAcadémie française) 

occupa la chaire de littérature à TEcole 

de 1830 à 1834. Il avait remplacé 

Aimé Martin, qui lui-même 

avait succédé à Andrieux, le 

premier professeur de 

ce cours, institué en 

1806. Paul Dubois, Ro- 

sewSaint-Hilaire, Ernest 

Havet, Louis 

de Loménie ^ -v 

et Perrens 
occupèrent 
successivement la même chaire. *lk * if/\ 

L'institution d'un cours de littérature ^^ \ 

n'eut pas lieu sans difficulté; /•/ ^ 

a lYmpereur n'en voulait pas. Le ' // h'j 

^ conseil de perfectionne- // Jj //^ 

^^1 ^^r\^ Client fut obligé d'in- /— "^ ( ^ '^^ 
'^^^ 7 \ voquer des rai- ^ ^^^^N^^^^ \ 
^ / \ [ -L . sons de disci- * ^r— ^/^-^ 

pline : « Cette étude, dit-il, influera 
sur les mœurs et le caractère. Par 
l'éducation littéraire, 
le commandement acquiert plus de no- /i"p/ 
blesse, l'obéissance est plus promp- 
te. » Napoléon céda et Andrieux 
fut nommé. 

A la séance des Om- 
bres le professeur de 
laXus explique en ces 

termes le génie naissant de 
Pascal : 




-^3- 



-J^ 





— Pascal, encore jeune, vit dans la campagne 
un troupeau de moutons. Son père, voulant 




l'argot de l'x. 185 

éprouver son génie, lui demanda d'évaluer instantanément le nombre 
des moutons. Le jeune homme réfléchit et au bout de 
très peu de temps répondit qu'il y avait trois 
Mc»rTO?(s^[ 1! Kl le berger consulté afflrma qu'il y 
en uvait trois en efTet. C'est ainsi, mes- 
!tjï!ur9, t[ue préludait celui qui devait un 
jour devenir le père des omni- 
bus I 

Louis de Loménîe, fit le 
premier un véritable cours 
d'histoire littéraire sous la 
forme d'une causerie en- 
tremêlée de citations gaies 
et d'anecdotes piquantes, 
choisies de manière à inté- 
resser et à amuser l'audi- 
toire. 

Au cours de littérature 
vint s'adjoindre, en 1861, un cours d'histoire. Ce cours 
a été professé une année par M. Victor Duruy et pen- 
dant plus de vingt ans par M. Jules Zeller. Tout ré- 
cemment les deux cours de littérature et d'histoire ont 
été fusionnés, et l'unique chaire est occupée aujourd'hui 
par M. George Duruy. 

Lapins. — Ce sont les maîtres de dessin placés sous la 
direction du professeur. Le mot vient d'un affreux calem- 
bour ; le professeur aurait dit un jour, en montrant un 
tableau, œuvre de l'un des maîtres adjoints : « C'est mon 
adjoint qui Va peint ! » 

Leblanc (la). — Nom de l'ancienne propriétaire du 
mannezingue situé tout en haut de la rue de la Montagne- 
Sainte-Geneviève, juste en face l'entrée des élèves. Depuis, 
toutes les propriétaires qui se sont succédé ont porté le 
nom de la Merle Blanc. La boutique est occupée aujour- 
d'hui par un marchand de fromages. 



186 l'argot de l'x. 

Lèche. — Flatlerie; mot emprunté à Targot courant. 
Piquer une lèche à quelqu'un, c'est le flatter. 

Le lécheur^ ou léchard « vit aux dépens de celui qui 
Técoute ». 

Lehoter. — Détourner habilement la question posée 
par un examinateur et y substituer une autre question que 
Ton connaît. Il fut un temps où la chose se faisait assez 
aisément avec un certain colleur du nom de Lehol, qui 
dormait toujours pendant la colle. Aujourd'hui le mot est 
à peu près inconnu ; on n'en essaye pas moins de lehoter 
quand on se voit pris au dépourvu. Certains élèves sont 
habiles à traiter une question qu'ils connaissent au lieu de 
résoudre le problème qu'on leur a posé. Il en est qui se 
vantent de glisser à volonté dans leur examen tel théorème 
désigné à l'avance. 

On cite Bary, répétiteur de physique, à qui, par des dé- 
tours ingénieux, tous les élèves parvenaient à expliquer la 
construction du thermomètre centigrade, quelle que fût la 
question posée. 

Une autre variété de lehotage consiste à commencer 
sa composition française, soit par un mot, soit même 
par une phrase prise au hasard dans une grammaire alle- 
mande. 

Limite. — On dit d'un candidat à l'École qu'il est limite 
quand il est arrivé à la limite d'âge exigée pour l'admission, 
c'est-à-dire à vingt ans. 

Depuis quelques années cette limite d'âge a été reculée 
jusqu'à vingt et un ans ; c'est là ce qu'on entend par une ^ur- 
limite. Les candidats militaires, par abréviation candidats 
mili^ c'est-à-dire ceux qui se sont engagés avant l'admission, 
profitent d'une surlimite spéciale; ils peuvent se présenter 
jusqu'à vingt-cinq ans, mais ils ne sortent que dans les 
carrières militaires. 



l'argot de l'x. 187 

Long^chainps (les). — Expression consacrée à l'Ecole, 
pendant de longues années, pour désigner lesivater-closels; 
elle est tombée en désuétude. On s'en allait aux long- 
champs griller une cigarette et tailler une petite bavette 
avec les camarades quand on était fatigué de la longueur 
de l'étude. Cette promenade faisait penser aux rendez- 
vous mondains qui se donnaient alors à Longchamp, au 
bois de Boulogne — de là l'expression. — On faisait 




encore aux longchamps des courses de rouge pour tuer le 
temps, ce qui rappelait les courses célèbres de Longchamp 
et justifiait une fois de plus le nom du buen retiro. Le mot 
était adopté partout le monde; le professeur d'architec- 
ture remployait lui-même; et quand il donnait des instruc- 
tions sur la manière de distribuer les pièces d'un apparte- 
ment, il n'oubliait jamais les longchamps. Les promotions 
d'aujourd'hui se servent du mot gog^ bien moins discret. 
On raconte qu'un soir, à un bal des Tuileries, le mot 



188 



L ARGOT DE L X. 



longchampsRi fortune. Des invitations avaient été, comme 
d'habitude, adressées à l'École ; un élève sorti précipitam- 
ment de la salle de bal ayant demandé les longchamps à 
rhuissier préposé à l'appel des voitures, celui-ci cria d'une 
voix de stentor : « La voiture de M. des Longchamps ! » 





Mag^nan. — C'est l'agent de Tadministration, sorte de 
dépensier de collège qui est chargé de la nourriture. Pour- 
quoi l'appelle-t-on magnanl N'est-ce pas dans une magna- 
nerie qu'on élève les versa soie? Le magnan est donc à juste 
titre celui qui nourrit les cocons. L'explication est peut-être 
fantaisiste, mais elle est plus amusante que celle qui fait re- 
monter l'origine du mot au nom d'un certain Lemeignan, 
autrefois cuisinier de la maison. 

C'est le magnan qui préside à l'achat des vivres. C'est 
lui que Ton acclame quand le menu est satisfaisant; c'est lui 
qu'on charge d'imprécations quand le ragoût n'a que des os. 
Ohl alors, quatre cents voix demandent sa tête^ voire même 
sa hure I 

Quand le magnan daigne consulter les élèves, qu'il leur 



190 



L ARGOT DE L X. 



demande par exemple s'ils préfèrent le gigot froid au gigot 
chaud, la chose étant grave, il faut faire appel au suffrage 
universel. Vite un topo est lancé; chacun émet son avis 
et le plus souvent c'est le gigot froid qui remporte. 

Un vieux topo conservé dans les archives des caissiers 
apostrophiait ainsi le magnan : 

Jusqucs à quand verrons-nous donc les tubercules printaniers 
joncher les rues de Paris depuis la Madeleine jusqu'à la cité Doré 
(en passant par la rue Mouffetard) et éviter dans leur parcours la 
Grande École? En d'autres termes, monsieur Lemeignan, quand les 
frites feront-elles place aux pommes de terre sautées dans le beurre? 

Le topo rédigé par Félève Kerviler, que ses nombreux 
travaux archéologiques et littéraire nt 
devaient pas tarder à faire connaître, fut 
approuvé par les deux promotinns. De- 
vant pareille sommation le mafjnan 
fut obliger de donner des pommes de 
terre nouvelles. Ce fut une révnlulion ! 

Les archives conservent beaucoup 
d'autres topos adressés au magnan ci por- 
tant des annotations fantai- 
sistes ; les uns réclament ^/Ç 
du gigot froid, 3'autres du ]^- 
homard ou des ananas ; sur 
Tun d'eux un élève, tout à son 
travail, se plaint de ne pas encon^ 
avoir les feuilles d'architecture ! 

Le menu que confectionne le magnan ne brille pas par la 
variété. Chaque jour de la semaine voit revenir les mêmes 
plats, si bien que quelques-uns d'entre eux portent le nom 
du professeur qui fait son cours ce jour là (Voy. Zeller). 
En dehors de V anhydre^ des frites^ dont il a été parlé, il 
convient de signaler le gigal harical^ c'est-à-dire le gigot et 
les haricots blancs qui reviennent un peu plus souvent qu'à 
leur tour. 




l'argot de l'x. 191 

Voici un menu détaché delà planche aux topos, 

MENU DU 7 FÉVRIER 1893. 



Pommes an four et beurre ou lait sucré. 
Café noir. 



DINER. 

Potage gras. 

Bœuf sauce rémoulade. 

Pommes frites. 

Crème au chocolat. 



Lapin sauté. 
Choux de Bruxelles. 

Les élèves seraient certes plus habiles à confectionner 
un menu plus original. Ils s'amusent quelquefois à en 
dresser qui aient un caractère polytechnicien. Voici celui 
que proposait le camarade d'Ocagne : 

GRAND BANQUET POLYTECHNICIEN. 

Les convives sont assis sur des bancs. . . d'optique, autour de tables. . . 
de logarithmes recouvertes de nappes... d'hyperboloïdes et riche- 
ment décorées de bouquets de fleurs... de soufre. Les tables sont 
dressées sous des arbres... de Diane ou de Saturne, ou encore sous 
des tentes... adiabatiques. 

Sur la table, couteaux... de balance et fourchettes... de suspension. 

MENU. 

POTAGES. 

Bouillon... de culture. 

HORS d'oeuvre. 

Beurre... d'antimoine. 
Radis... au mètre. 

POISSO>'S VARIÉS. 

Théorèmes de Poisson à la moutarde de Digeon. 



192 L* ARGOT DE L*X. 

Raie à la Frauenhofer ou aux mûres. 

Limaçons de Pascal. 

Sole... de four à réverbère. 

Saumon... de plomb. 
Queue de morue à l'antique. 

ROTIS. — SALADES. 

Filet... de vis aux petits poids... atomiques. 

L'oie... de Kepler. 

Empanon délardé aux épinards. 

Racines multiples. 



Lentilles... biconvexes. 

Petits pois... tenseurs. 

Artichauds... Brahé. 



Bombe calorimétrique. 

Petits fours... électriques. 

Gâteaux de résine à la crème de tartre. 

Poires... de caoutchouc. 

LIQUEURS DE LIDAVIUS, DES HOLLANDAIS. 

Eau régale (la meilleur des eaux de table). 

Major. — Comme dans la Vie parisienne^ il y a à l'Ecole 
plusieurs espèces de majors : le major de tête^ qui est classé 
avec le numéro un ; et le major de queue, qui est classé le 
dernier. 

Le major de tête avait, jusqu'à ces dernières années, le 
grade de sergent-major et il en portait les galons. Le major 
de queue ne portait rien. Aujourd'hui ils sont égaux sous 
ce rapport. 

Le major de queue n'a de rôle à remplir que le jour de la 
séance des cotes ; mais le major de tête est l'intermédiaire 
obligé entre ses camarades et Fautorité : toutes les fois que 
la promotion le désire, il est tenu de se dévisser, c'est-à-dire 
de se rendre auprès du général et de faire triompher la 
volonté de ses cocons, fût-elle même contraire à la sienne. 

A sa sortie de l'Ecole, le major choisit généralement les 
mines; il lui est fait don par l'Académie des sciences du 



L AHGOT DE L X. 



193 



prix annuel fondé par Laplace et consistant en un exem- 
plaire de ses œuvres. 

Chaque promotion a un premier et un second major. Peu 
de jours après la rentrée, les quatre majors, anciens et nou- 
veaux, font connaissance en dansant la polichinelle, au 
centre d'un cercle formé par tous les élèves. C'est la danse 
des majors ; elle est accompagnée par le refrain bien connu : 

Panl qu'est-ce qu*est là? 
C'est rPolichinel' vampire I 

qui est répété indéfiniment. 

La promotion de 1870 a eu exceptionnellement trois 
majors. Les examens d'admission étaient terminés à Paris 
au moment de la déclaration de guerre à la Prusse; ils 
avaient pu être continués sans interruption en province, 
sauf à Strasbourg et le 12 septembre le Journal officiel 
publiait la liste d'admission ; mais les can- 
didats de Strasbourg ne furent examinés 
qu'après la paix. Six furent admis ; l'un 
d'eux, ayant été classé le second sur la 
liste générale, reçut les galons de major, 
ce qui porta à trois le nombre des ma- 
jors. 



Malo. — Ce mot désigne 
aujourd'hui le « veau aux ca- 
rottes ». 

On donne encore le nom de 
malo au garde-crotte fixé aux 
bottes; cette innovation introduite en 1892 
par le général Gebhart ayant été annoncée aux promo- 
tions par le capitaine Malo, 





Mandant. — Abréviation de commandant ; mot nou- 
veau comme la fonction elle-même. C'est en 1890 qu'un 

13 




194 l'argot de l'x. 

décret a ajouté à Tétat-major de TÉcole un chef 
d*escadron chargé de diriger rinstruclion mili- 
taire des élèves. La fonction n'était nullement 
prévue par les lois et décrets qui ont fixé l'or- 
ganisation de l'École, mais : 

Un o/f, un déplus, c'est pas une afTnire ; 

Un bastion déplus, c est pas une afîaire ; 

Faut rendre aux X Fesprit militaire. 
Marcher au pas pour défiler ! Pour défiler marcher au pas ! 
Un chef d'bataillon, un commandant, il n y a que ça. 
Un mandant etrbastionje n'connais rien d'mieux que çal 

Telle est l'opinion des élèves sur cette innovation. 

Manlps. — Abréviation de manipulations. 

Les manips de chimie ont pour objet d'exercer les élèves 
à faire certaines préparations et les analyses chimiques les 
plus usuelles. 

Vêtus de la longue blouse de toile, ils passent deux 
heures devant un fourneau, au milieu des cornues, des 
flacons, des chalumeaux, des queues de rat. 

Quand on leur donne un alliage ou un sel, ils ont 
encore assez vite fait d'en déterminer les éléments; mais 
s'il s'agit d'une analyse quantitative, pour trouver exacte- 
ment les proportions, ils considèrent qu'il y a plus de 
chance d'avoir une solution approchée en employant une 
formule empirique dans laquelle on fait entrer la date de 
la promotion, le numéro du fourneau, au besoin la date 
de la naissance du Père Chlorure^ le garçon en chef des 
laboratoires. 

Le premier qui porta le nom de Père Chlorure fut Gaul- 
tier de Glaubry, le conservateur des collections, dont les 
ongles longs et noirs faisaient dire qu'il les gardait intacts 
par amour des corps simples. 

Les préparations à faire sont généralement faciles. Une 
vieille chanson de 1810 donnait le moyen d'obtenir presque 



L ARGOT DB L X. 



195 



tous les produits chimiques. En voici un couplet qu'on 
chantait sur Tair de Calpigi : 

Pour obtenir de l'hydrogène 
Prenez un tube en porcelaine, 
Mettez-y du fer et de l'eau, 
Chauffez le tout dans un fourneau. 
L'eau, par le fer décomposée, 
Est par là môme analysée ; 
L'oxygène s'unit au fer, 
L'hydrogène s'en va-t'en l'air I 

Le grand chimiste Regnault, très malin, n'ignorait pas 
comment les élèves obtenaient de curieuses réactions. Il 







^J 



^ 



^^^iJ.M.^^r/'mtf 



parvenait à vous faire avouer, après la séance des manipu- 
lations, que vous aviez vidé tous les produits chimiques 
dans la cuve à eau, en les agitant consciencieusement pour 
leur faciliter les moyens de se combiner. 

A une certaine époque, on exerçait aussi les élèves à des 
manipulations de physique ; on leur apprenait à faire un 
baromètre, un thermomètre ; à effectuer certaines mesures. 



196 L*ARGOT DE l'x. 

Obelliane, l'habile préparateur, surnommé Trompe-Nature 
à cause de sa laideur, montrait le maniement des appareils ; 
des agents exercés, Tun, plein de timidité, qu'on appelait 
Mérite-Modeste^ un autre, opérateur adroit, qui portait 
le nom de Sans-Prép,..^ aidaient les élèves de leurs 
conseils. 

Ces manips de physique ont été supprimées ; on se con- 
tente aujourd'hui de montrer de très près aux élèves, 
divisés en petits groupes, les principales expériences du 
cours de physique. 



Méca. — AbréWation de mécanique. 

La mécanique est peut-être la science dont l'objet est le 




plus important à l'école. L'illustre Lagrange a été le pre- 
mier professeur de mécanique rationnelle ; après lui, cet en- 
seignement a été réuni à celui de l'analyse jusqu'en 1851 ; 
mais il y avait un cours de mécanique appliquée, appelé 
cours de machines, ébauché par Hachette, Lanz et Bétan- 
court, et développé à partir de 1829, par Arago, qui eut pour 





.UisniC^s^ 



l'argot de lx. 197 

successeurs Savary etChasles. Le cours de mécanique, rétabli 
en 1851, fut confié à Delaunay et à Bélanger, auquel suc- 
céda Bour, mécanicien de grand mé- 
rite, mort très jeune, et qui ^-:*^„ 
fut remplacé par Bresse, dé- j^ v*-^'^^ 



cédé il y a quelques 
années ; ce cours est 
aujourd'hui professé 
par MM. Resal et Sar- 
rau. La science et le 
mérite de ces deux pro- 
fesseurs, tous deux mem- 
bres de l'Académie des sciences, au- 
teurs de remarquables travaux qui font le plus 
grand honneur à l'École, n'empêchent pas qu'ils 
soient présentés comme les autres d'une façon comique à la 
séance des Ombres, Les élèves, réunissant malicieusement 
quelques phrases prononcées par leur professeur, lui font 
tenir le discours suivant : 

— Monsieur le capitaine, vous pouvez vous retirer ; pas besoin de 
militaires ici... Messieurs, j*ai deux fils... ils ont tous les deux mal 
tourné... ingénieurs des ponts... Substituons la valeur de Kdans la 
relation fondamentale... tiens, c*est singulier... ces deux choses ne 
se détruisent pas... je ne peux pas lire sur mes feuilles... Ah l voilà, 
il faut changer le dix-neuvième signe. Je substitue maintenant... 
vous suivez bien... tiens, tout se détruit maintenant. J'avais pour- 
tant trouvé... voyons... je ne vois pas. Faut-il vous le refaire? Non, 
n'est-ce pas ? C'est très facile. 

MégfO. — Abréviation de mégohm^ unité électrique; 
terme employé depuis plusieurs années pour signifier élec- 
tricité et même par extension toute la physique. C'est ainsi 
qu'on dit : « Nous allons à Vamphi de mégo ». 

MM. Cornu et Potier sont aujourd'hui les deux profes- 
seur de mégo. 

Avant eux, la physique a été enseignée à l'École par d'il- 
lustres savants. Si l'on en croit Arago, il faudrait faire une 



198 l'argot de l'x. 

exception pour Hassenfraiz. On lit, en effet, dans ses 
Souvenirs : « Les élèves, s*étant aperçus de Tinsuffisance 
d'Hassenfratz, firent une démonstration des dimensions de 
Tarc-en-ciel remplie d'erreurs de calcul qui se compensaient 
les unes les autres, de telle manière que le résultat final 
était vrai. Le professeur, qui n'avait que ce résultat pour 
juger de la bonté de la réponse, ne manquait pas de s'écrier, 
quand il le voyait apparaître au tableau : « Bien, bien, par- 
faitement bien ! » ce qui excitait des éclats de rire sur 
tous les bancs de l'amphithéâtre. Arago rapporte encore 
ce dialogue entre le même Hassenfratz et un élève à la 
planche : 

« Monsieur, vous avez vu la lune. — Jamais, monsieur! — Com- 
ment, vous dites que vous n'avez jamais vu la lune? — Je ne puis 
que répéter ma réponse; jamais, monsieur. » Hors de lui, Hassen- 
fratz s'adresse à Tinspecteur Lebrun :« Monsieur, voilà M. Leboul- 
lenger qui prétend n'avoir jamais vu la lune !» — « Que voulez- 
vous que j'y fasse? » répond l'inspecteur. Alors l'élève, calme et 
sérieux au milieu de la gaieté de l'amphithéâtre : « Monsieur, je 
vous tromperais si je vous disais que je n'en ai jamais entendu 
parler, mais je ne l'ai jamais vue. — Monsieur, retournez à votre 
place. » 

On peut citer une autre exception, celle d'un chef d'es- 
cadron d'artillerie qui fut nommé professeur de physique 
en 1844; les élèves le jugeant insuffisant firent un tel 
bruit à son cours qu'il dut se retirer au bout de trois 
mois. 

Lamé, Fresnel, Bravais, de Sénarmont, Wertheim, 
Verdet, Jamin, ont professé avec le plus grand éclat. 

Lamé avait, par malheur, un débit qui endormait régu- 
lièrement l'auditoire. Un jour, s'adressant au capitaine de 
service il lui dit : « Je crois qu'ils dorment tous ! » « Sauf 
quatre ou cinq, » répondit le capitaine ; alors Lamé laissa 
tomber sur la table un large plateau de bois ; sur tous les 
bancs, les auditeurs se levèrent en sursaut et lui se mit à 
rire de tout son cœur. L'illustre mathématicien était le 



L ARGOT DE L X. 



199 



meilleur des hommes. Invariablement, quand il entrait à 
Vamphi^ il trouvait écrite, sur le tableau noir, cette phrase 
à double entente : « La métaphysique [Lamé ta physique) 
m'ennuie » ; et il Teffaçait avec bonhomie. 

Verdet, myope, opérateur inhabile, faisait un admirable 
cours dans lequel malheureusement les phrases succé- 
daient aux phrases, sans interruption, comme récitées, 
tandis que sa myopie lui faisait renverser de la main les 
appareils placés sur la table. Un rire inextinguible s'empa- 
rait des élèves quand, présentant un morceau de spath 
d'Islande, il disait : « Mes expériences se font avec de gros 
spaths ». 

Jamin s'annonçait presque toujours par un coup de tam- 
tam formidable, et, à la fin de son cours, il disparaissait au 
milieu des flammes de bengale. Ses attitudes cherchées, 
ses gestes solennels étaient tournés en ridicule à la séance 
des Ombres. Quand sa silhouette paraissait, suivie de celle 
du préparateur, M. Boudréaux, on lui faisait jouer cette 
petite scène : 



Jamin. — Prenons un phonographe, dans lequel nouss 
lançons des ondes sonores. M. Boudréaux va avoir 
Tobligeance de préparer l'expérience. 

M. Boudréaux. — A, e', i, o, u. 

Maître Corbeau, sur un arbre perché. 



[Le phonographe répète ces mots et ajoute ;] 
— Monsieur Jamin est le plus grand physicien 
des temps modernes. 

Janitc, à part. — C'est moi qui ai mis ça 
avant la leçon. [Haut.) Ainsi, messieurs, comme 
Biot, Arago, Fresnel et moi l'avons montré, 
les rayons vibratoires se propagent en ligne droite. 
Je pourrais continuer, mais le reste se trouve dans 
le deuxième volume de mes œuvres, celui que j'ai 
dédié A M. Lebrun -Lépreux, mon beau-père. 



M. Cornu était célèbre dans sa promotion par ses talents 
de littérateur et de musicien ; c'est à lui que l'on doit la 




200 



L ARGOT DE L X. 



fameuse ouverture du Point y. Admis de bonne heure à 
TAcadémie des sciences dont il fut le plus 
jeune des membres, il professe à TÉcole 
la physique avec une élégance et une lim- 
pidité admirables. M. Potier, physicien de 
premier ordre (Voy. gravure, p. 199), fait 
un cours plus savant et plus difficile. 




Merca. — Abréviation du nom de 
M. Mercadier, le directeur des études, 
universellement connu par l'invention de 
l'appareil qui permet d'expédier huit dé- 
pêches à la fois. A la séance des Om- 
bres^ on lui fait chanter des couplets 
malicieux dont voici quelques échantillons : 



J« sius Mrr.rn. ili. rer (fur dr I^i.m . in*. GrMidm.trti.lmr <lr jo 

1" Il II I I r M I r M I r' rir F I 

dois de oon.nourk, Di^siib dV . dn H dn . mi» de on . rlii nn 



b pro. UK» me eom.pu'towiln joun TVrai.blrz, Imn.Mwi. Imitl4ri 

"r I h ' Il i i r'ir'Ti rir nr ^ t 

Trnii. bW. Irrni hln. b^niKIrv fou . jour. T?«ii. Wrr Titwl. Mrt 



trembla e 1^ *r% 



Iri (rem . Mrs (rem.Mrv imi ftu^ 



M. Mercadier, savant électricien, a fait installer dans 
les salles de dessin, les réfectoires et les cabinets d'interro- 
gation, des lampes à incandescence, qu'on appelle des 
merca (Voy. p. 201). 

Le directeur de l'École polytechnique de Zurich étant 
venu visiter l'Ecole à plusieurs reprises, les élèves ignorant 



l'argot de l'x. 201 

son nom, le surnommèrent Mercazu : c'est le « Mercadier 
de Zurich ». 

Monôme. — Le monôme est une transformation de la 
danse antique, appelée la grue, qui ligure sur le bouclier 








d'Achille et dans laquelle, à l'imitation de ces oiseaux volant 
l'un derrière l'autre en longues files, les danseurs se tenaient 
par la main et décrivaient, gttidés par le conducteur du 
chœur, des circonvolutions gracieuses. 

Quand les compositions écrites pour l'admission à l'École 
sont terminées, les taupins, candidats des lycées et des 
écoles préparatoires, se réunissent sur la place du Pan- 
théon. Ils s'organisent en longue file indienne, chacun 
venant appuyer ses mains sur les épaules du camarade qui 
le précède, et partent processionnellement sous la conduite 
du premier taupin de France, le premier de ceux qui ont 
échoué l'année précédente. Ce gigantesque mille pattes, 
va, vient, serpente, frappant le sol en cadence, lançant dans 
les airs dçs chansons du caractère le plus profane ; il ne rap- 
pelle que de bien loin, dans ses tours et ses détours, le jeu 
auquel les Grecs se plaisaient à donner une forme orches- 



202 



L ARGOT DE L X. 



trique. Il se dirige d'abord vers la cour du Collège de 
France où doivent commencer, quelques jours après, les 
examens oraux; il décrit toutes les circonvolutions de 
la courbe qui a fait le sujet de la composition de mathé- 
matiques ; puis il descend le bou- 
levard, au milieu 
de la foule ahu- 
rie, interceptant 
la circulation, suit 
les quais jusqu*au 
terre-plein du Pont- 
Neuf et après une 
ronde échevelée au- 
tour de la statue de 
Henri IV, se rend 
chez la « mère Mo- 
rea u », le fameux débit 
de prunes et de chinois. 
Depuis quelques années, 
un vieux taupin^ à la tête 
du FfKttwrite, porte le buste qui a été donné 
comme sujet de compositions de singe; 
on modifie un peu le vieil itinéraire en se rendant sur 
le pont Saint-Michel d'où le buste est précipité dans 
la Seine. Un Artilleur formidable salue la chute du 
plâtre ! 

Xanroff, le gai poète du quartier Latin, a chanté le 
Monôme : 

Qui gôn' la circulation, 
Bouscul* la population, 
S'fait fich' au bloc comme un seul homme? 
C'est le monôme l 

Qui va de Tautre côté dTeau 
Prendre un' prun' chez la mèr' Moreau, 
S'évanouit comme un fantôme? 
C'est le monôme ! 




L*ARGOT DE l'x. 203 

Le lendemain qui qu'a mal aux ch'veux, 
Qui s'plaint d'avoir la tête en feux, 
Et pendant Tcours pique un p*tit somme ? 
C'est le monôme l 

A l'Ecole, le monôme est également en honneur. Son ori- 
gine date de l'année 1836. On avait pris l'habitude, à 
l'heure de la petite récréation du soir, de passer successi- 




vement dans toutes les salles, ramassant les camarades en 
une longue farandole qui s'allongeait au fur et à mesure, 
puis on descendait dans la cour en chantant la scie des 
Petits poissons : 

Les petits poissons, dans Teau, 
Nagent, nagent, nagent 

Nagent, nagent; 
Les petits poissons, dans Teau, 
Nagent {bU) comme il faut. 

Les petits, les gros. 

Nagent comme il faut ; 

Les gros, les petits, 

Nagent bien aussi... 

Quand on veut faire une manifestation, quand il y a du 
bruit et du tapage, au commencement ou à la fm de certains 



204 l'argot de l'x. 

exercices, à des jours désignés et traditionnels, vite un mo- 
nôme s'organise. Le monôme des fumistes conduit par un 
conscrit non encore habillé ; le monôme des tangentes, le 
jour où l'on exerce pour la première fois les élèves à se ser- 
vir de l'épée : chacun pose la main droite sur l'épaule du 
camarade qui le précède et tient de la main gauche l'épée 



t Jl 



li 



1 < >JU 



'^ik^iLLJtiili 






y^-S'r^'.r 



^r:r::^Mmi> 



L.^'^^ihJfc'âù 



du camarade qui le suit ; le monôme des manips où chacun 
a revêtu la longue blouse de toile pour la première manipu- 
lation de chimie ; le monôme de la gymn^ où l'on arbore 
pour la première fois le costume de gymnasiarque ; le mo- 
nôme de V acide benzoïque le jour où Ton prépare cet acide : 
les élèves ont la tête coiffée du cône en carton dont on se 
sert dans cette manipulation ; le monôme de l'or mussif 
dans lequel chacun parait les habits couverts d'ornements, 
trèfles, galons, brandebourgs, épaulettes, dessinés avec 
cette poudre jaunâtre qu'on emporte du laboratoire aussitôt 
qu'on l'a préparée ; le monôme de la boite, maintenant 



l'argot de l'x. 205 

disparu, le jour où les sergents des conscrits paraissaient 
pour la première fois avec leurs galons d'or. 

Toujours Timmense colonne va se balançant et zigzaguant 
à travers la cour, dessinant des courbes compliquées, accom- 
pagnée sur ses flancs par Tescorte débraillée de tous les in- 
dépendants ; son pas se règle sur le rythme d'un refrain, 
tantôt alerte, tantôt monotone : celui de V Artilleur, celui 
des Filles de la Rochelle, le chant de Madeleine : 

Madeleine s'en va-t-à Romef 
Tonronton, tonrontaine I 
Pour obtenir son pardon, 
Tonrontaine, tonronton l 

^M rpri-i'' g F F i-i. P i i 1 1 ^ L , p I 

O.le di . a»l qaVUe «« . nût 4» U un» ou du H#r 
^ .«Ml CIJ# iii«« . tatl 6reir%r .nsil d^vi:»'. tpr I* Pta.tbe.eti 

la chanson du Bel Alcindor : 




Boodus- tu. b«l lU.dn . dor, n roiilfiiiplanf rv iloui trr.kor 

OU toute autre chanson leste du répertoire de TÉcole ou 
enfin Fétemel Pompier au rythme dur et heurté qui vite 
brise les voix. 

Monôme. — Binôme. — Trinôme. — Ces mots 
qu*emploie Talgèbre pour désigner une expression d'un, de 
deux ou bien de trois termes, désignent respectivement, à 
rÉcole d*application, Télève qui vit seul, les deux cama- 
rades, parfois les trois, qui partagent la même chambre 
pendant les deux années d'études. 

Binômer, c'est vivre à deux en commun. 



206 



L ARGOT DE L X. 



Mon Oncle. — Nom donné au sergent-major gardien de 
la porte d'entrée. Un colonel commandant en second l'École 
avait rhabitude, en s*adressant aux élè- 
ves, de leur dire « Mes enfants », 
et ceux-ci, tout naturellement, l'a- 
vaient surnommé « Papa » ; or, le 
sergent-major ressemblait d'une 
manière frappante au colonel ; tout 
naturellement aussi on l'appelait 
Mon Oncle et le nom est resté à 
ses successeurs. 

Le dessin qui représente Mon 
Oncle est emprunté à V Histoire de 
VÉcole publiée par l'un de nous 
dans le Journal de la Jeunesse, 

Muet. — A une certaine époque, tout 
examinateur de sortie était assisté d'un adjoint, avec lequel 
il s'entendait pour fixer la note méritée par l'élève. On 
avait cru trouver dans ce système une garantie d'impar- 
tialité et de plus grande justice ; vers l'année 1870 on 
y renonça. L'examinateur adjoint, qui n'avait pas le droit 
de poser de questions, était appelé le muet. 

Museau ! — Sorte d'interjection signifiant chut! silence ! 
qu'on lance à celui qui bavarde trop haut dans la salle 
d'étude, à Vamphi^ ou même à celui qui parle à tort et à 
travers. C'est une forme abrégée de l'expression peu parle- 
mentaire : « Tais-ton bec ! » ou « Ferme ton museau ! » 




Museler. — Démuseler. — Museler^ c'est fermer la 
bouche ; c'est donc une manière aimable d'obliger un cama- 
rade à garder le silence. On lui dit par exemple : « Musèle- 
toi, mon cher, tu viens de perdre une belle occasion de te 
taire ! » A l'inverse, démuseler c'est retrouver la parole après 



l'argot de l'x. 207 

qu'on est longtemps resté muselé. Avec le même sans- 
gêne, on demande : « Qu'as-tu? tu ne démuselés pas? » 
Au tableau, on est parfois si complètement collé que rien 
ne peut vous démuseler. 

Museler une porte, c'est la fermer ; museler un rosio, 
c'est l'éteindre ; museler un casert, c'est le barricader de 
manière à empêcher une invasion des anciens. 

Museler est encore synonyme de fermer, cacher. On 
musèle un bouquin en renfermant avec soin. 





Navarre. — Navarre, le vieux collège fondé par la 
reine Jeanne, où les fils des grandes familles étaient élevés 
depuis le temps de Louis XII, fut affecté à l'École polytech- 
nique par un décret du 9 germinal an XIII (30 mars 1805). 
Quand le gouverneur, le général Lacuée, vint en prendre 
possession, les bâtiments, sauf la chapelle, tombaient en 
ruine ; l'entrée principale, située rue de la Montagne, celle 
qui fut conservée pour l'entrée des élèves jusqu'en 1811, 
était vermoulue ; le bâtiment de l'infirmerie était lézardé ; 
le pavillon des bacheliers, commencé en 1738 sur l'empla- 
cement du vieux cloître, avait été abandonné sans être cou- 
vert. Une commission du conseil de l'École avait eu un ins- 
tant la pensée de choisir le château de Saint-Germain, puis 
celui de Vincennes. Enfin, après avoir balancé dans Paris 
entre la Sorbonne, l'ancien couvent de Sainte-Marie de la 
rue Saint-Jacques, celui des Minimes, l'hôtel de Biron, 



l'argot de l*x. 209 

Tancienne maison des Jacobins de la rue Saint-Dominique, 
elle se décida pour le collège de Navarre. On trouve trace 
de ces hésitations dans la curieuse lettre que nous repro- 
duisons et qui fut adressée par Napoléon au général Lacuée. 

^ju fhuJm^ù^ enlùv^'hv ficctUMT^ ac (• ^tMiiiàall0n, Je l'Crafk 
^'^uJSnlM, : lia» jrv 'éi**HL, ^Ms^,fe/i^ ^*éteiU^. '^oitU ,<êfMuÙ4 . 
JkJcêuit. a»t€,y$ht*é 'yrrvL^/t€^rt€iti€^ .t*rv. '4>mfCt4— «pi.». off%< LtH^emJu 

AMMtié Cf^mii'/têiUimX ii ^ fe^ »y r f»V— 3e«> àletvJ, ?'. Uu<^ ptnjiamé . 
ntmthén* mtt^tt,4 «^'émuet^ ^w/^P ^r/éy/>4t^— ♦' ^Jm- ( ^ mi ma .^ &t M . 0éM i^ 
juif -H 0t%l^*a4 it^ ti^tiuut^f À^ itAU-^éfttfi'er^éi^ c^n nM ^Jia. n<t ^ cr<L^ 

y^ar^MV, } i^ piMi^^^bn<^ ai/une, 49mKtU. at c*a C&Êm^ pui^tc ^nti.cr'-^ 

Cë&^ TsiL, <*u é « L Ou, >«^^ • -^ ^C^uttc. Jt Hfifun mt4H ^kmjÔ namUM. 
"kimuu^ ^fin4 A. c r /— < r y f aSUuù^ k, « T m mi é jù^jétn^ le4 û»cffiH4Û»UjU 
f'^i^y «y^nii^ ^' Uà i&tMtr-llK^ \ -frtMÀ^ ^ fit. -t^tM^uU^Ué idtict^k. 

"htittc^àu at^m^,, au'it' n *L mÀjL^-htki, A o^tXL éi^inc«^tudae.iu*M^né^ 
^. Qjfj K^^fcmjn^iirv. • oXm, €l^iM^.*nMJ%l^'*t<^ fi € s iU ^-t9€t4 . a^M^ ««mP 







14 



210 



L ARGOT DE L X. 



Aussitôt que remplacement fut choisi, le général Lacuée 
fît mettre tous les locaux en état de recevoir les élèves; il fît 
réparer toutes les constructions, achever le pavillon central 
et percer la rue de l'École Polytechnique. La chapelle, 






'.- - ^r 




qui servait tout d'abord de bibliothèque, fut démolie plus 
tard, en 1842; le pavillon prolongé ne fut achevé qu'à 
ce moment. Un grand bâtiment de forme gothique, aux 
longues fenêtres ogivales, avait été adossé au cloître ; son 



l'argot de l'x. 211 

rez-de-chaussée servit de chapelle sous la Restauration, 
et son premier étag^e de salle de dessin et de bibliothèque ; 
il tombait en ruines, en 1875, quand on Ta démoli. Le 
corps de logis destiné aux maîtres et aux écoliers de théo- 
logie sur la rue de la Montagne servit d'abord de lingerie 
et disparut, en 1836, pour faire place aux constructions 
actuelles de Tentrée principale (Voir V Histoire de l'Ecole 
polytechnique^ de G. Pinet). 

L'Ecole polytechnique prit possession des bâtiments du 
collège de Navarre le 16 brumaire an XIV (11 novembre 
1805). 

I^ègfre. — Corruption du mot nec, qui lui-même est 
une abréviation de nec plus ultra. En parlant d'un objet 
remarquable, on dit : « C'est le nègre! » Le mot s'emploie 
au féminin. On dit: « J'ai la pipe négresse », c'est-à-dire la 
plus belle pipe et non, comme on pourrait le croire, la 
pipe la mieux culottée. 





Observ. — Abréviation du mot observation. Le capi- 
taine punit rarement, mais il fait des observ. Le baso/f^ 
lui, infligée une consigne et ne fait pas d' observ. 

Le topo d'observ (Voy. Topo) est celui qui précède le 
vote et sur lequel chacun inscrit ses observations. 

Ombres. — Tous les ans, vers le mois de février, a lieu 
la fête traditionnelle qui porte le nom de séance des Ombres^ 
dans laquelle les silhouettes des officiers, des professeurs et 
de tout le personnel, tracées par les plus habiles crayons de 
la promotïan^ déiilent en ombres chinoises devant tous les 
élèves^ réuHl^àramphi théâtre, pendant qu'on met dans la 
bouche des jpçfiç^a^^cs des d iscours comiques pleins de verve 
et d'cs[n4t ^^uioh^7Tv<>j i^iiu^on renianle, nous l'avons dit, à 
Tannée jy^fi^P^i î''^ mv^lHicotiousde V absorption se termi- 
nèrent paç une !■ ]'T(:?cnl^ilion p-otesque des autorités 
de rKcûîr*. Lct^ cnissivrx don r^^er vent pour cette fête un 
trésor de charges accumulées par les promotions précé- 



l'argot de hx, 213 

dentés. Chaque promotion a lonp^temps étudié ses types, 
saisi tous les tics, tous les travers, ras- 
sembli* losi remarques les plus bizarres, emma- 
^^siné les tdée^ drôles, les rapprochements 
hurlcïîqiies, les réflexions cocasses, tout 
ce qui peut faire la 
ressemblance grima- 
çante et la caricature 
comique. 

La cérémonie a lieu 
dans le f f^rand amphi- 
théâtre I de physique, 
dont les [murs sont cou- 
verts d'inscriptions ' en 
l'honneur des savants célèbres qui sont sortis de 
TEcole. Les anciens et les conscrits s'entassent sur les 
f^radins et dans les tribunes. L'autorité, les professeurs et 
l'administration assistent le plus souvent à la séance et 





iom'Ki^ 



prennent part à la gaieté générale. La salle est plongée 
dans l'obscurité. Dans l'encadrement qu'occupe habituel- 
lement le tableau noir, remonté pour la circonstance sur 
ses contrepoids, un grand drap blanc est tendu, sur lequel 
un foyer électrique puissant, emprunté au cabinet de 
physique, projette son cône lumineux. Les ombres cari- 



214 



. ARGOT DE I. X. 




^°^-?-"- 



caturales, très habilement articulées, défilent successive- 
ment, présentées par un artiste, qui les fait mouvoir à Taide 
d'invisibles ficelles motrices et qui débite les boniments. 

Tout le personnel de l'École y passe. C'est d'abord le 
généy puis le 



colo^ puis les 
pi laines^ puis 
le directeur 
des études, 
l'administra- 
tion et ses 
employés, les 
médecins, les 
sœurs de lin- 
firmerie, tous 
le^ ag^ents; puis le 
professeurs, les répé 
titeurs, les examina- 
teurs. Chaque petite onihrc 
chante son couplet, dit son mol 




216 



L ARGOT DE L X. 



pour rire, gesticule et s'éclipse ; c'est un défilé de charges 
qui dure trois heures. De temps en temps, pendant un 
entr'acte, la lumière électrique inonde subitement Tamphi- 
théàtre et Torchestre des élèves, placé au centre attaque un 
air d'opéra ou bien un vieux refrain de FEcole que l'assis- 
tance accompagne en chœur. Puis le défilé recommence. 

Omelette. — Au milieu du casert^ semblable à une 
immense poêle, tous les meubles ont été renversés; les 
lits enchevêtrés les uns dans les autres. Les matelas, 
draps, couvertures, jetés péle-méle, tous les ustensiles 
de toilette, les cuvettes, pourrais^ hypo-pourrals^ brisés 
en mille pièces, les sacs à linge, les boîtes à claque, 
les bottes, les uniformes en fouillis inextricable, forment 
une omelette d'un genre tout particulier, sur laquelle 

toute l'eau de la fon- 
taine a été répandue : 
telle est l'aimable farce 
que les anciens se plai- 
sent à faire aux cons- 
crits à l'époque du bahu- 
tage dans la première 
semaine de leur arrivée. 

Ophthalmo. — Du 

mot grec qui signifie 
œil, on a tiré, par un 
féroce calembour, le 
terme ophthalmo ap- 
pelé à remplacer l'ex- 
pression parisienne : 
« à l'œil » , c'est- 
à-dire sans payer. 
« Avec les fournisseurs 
de Bleau, on s'arrange aisément ophthalmo I » 




L ARGOT DE L X. 



217 



Ossian. — Bonnet de coton; ce nom poétique rappelle 
-celui d'un ancien directeur des études, Ossian Bonnet. 

Vossian sert ordinairement à essuyer les rasoirs ; mais 
son utilité principale est de servir de cagoule à ceux qui 
se déguisent et de masque excellent à ceux qui le soir 
veulent faire du tapage dans les corridors du casert. Percé 
de deux trous à la hauteur des yeux et d'un autre pour la 
bouche, enfoncé jusqu'au cou, YOssian rend absolument 
méconnaissable. 





P-|-Q. — Expression algébrique qu'on introduit dans le 
langage courant et qui signifie un grand nombre. Exem- 
ple : « J'ai déjà attrapé P+Q consignes ». On dit encore, 
pour exprimerla pluralité : m, n, ou p, ou encore : 2 A'-^- 1 
et P+XQ. 

Paillot. — Très vieux mot signifiant lit et qui est 
remplacé aujourd'hui par le mot pieu. 

Se pailloter voulait dire « se mettre au lit » ; le mot 
venait probablement de la petite paillasse que l'on met 
sur le lit des enfants. 

Pantoufle. — Pantouflards. — La botte désignant 
les carrières civiles, il était tout naturel que la pantoufle 
caractérisât le renoncement à toute carrière de l'Etat, 
c'est-à-dire la démission. Donner sa démission pan tou fier, 



l'argot de l*x. 219 

c'est entrer dans la pantoufle; l'élève démissionnaire est un 
pantouflard. 

^iPi Cette nppellatian était en u?a<îe depuis 




longtemps dans la lanjj^ue courante. 

Les Jeunes France de 1830 traitaient volontiers de phi- 
listin ou de pantouflard le bourgeois qui passait sa vie les 
pieds dans des pantoufles. 

Théophile Gautier eut un jour, avec l'Ecole, un démêlé 
comique, à la suite duquel il fut traité de pantouflard. 




220 l'argot de l\x. 

C'était au moment de Tinauguration du fronton du Pan- 
théon ; critiquant le bas-relief où David a représenté d'un 
côté un élève de TEcole normale, de Tautre un élève de 
l'Ecole polytechnique, il s'était moqué de « ces deux em- 
bryons d'immortalité ». Les promotions lui dépéchèrent 
deux anciens qui le trouvèrent en pantoufles, en robe 
de chambre et coiffé d'une calotte grecque et qui s'en 
revinrent dire à leurs camarades : « Il n'y a rien à faire 
avec ce pantouflard ! » 

Le Charivari prétendit que Gautier était fort peu ras- 
suré et n'osait plus sortir de chez lui. 

Chaque année , quinze ou vingt élèves donnent leur 
démission après le classement de sortie, se contentant du 
titre d'a*ncien élève de l'Ecole qui constitue pour eux 
comme une sorte de grade universitaire. A l'Ecole d'ap- 
plication de Fontainebleau quelques nouvelles démissions 
sont encore envoyées au ministre. 

Il semble que le nombre des pantouflards grossisse tous 
les ans. 

Passe. — Abréviation de passe-partoul. C'est une clef 
qui permet de pénétrer dans toutes les parties de l'Ecole et 
dont les anciens se servent plus particulièrement pour 
bahuterles caserts des conscrits. Les caissiers vendent des 
passe au prix de trois francs. L'administration ne manque 
pas de faire changer fréquemment les serrures; mais le 
lendemain même de la transformation, les passe des nou- 
velles serrures circulent dans les promotions. Depuis un 
an, l'administration a pris le parti de laisser toutes les 
portes ouvertes, ce qui a jeté le plus grand trouble dans 
le commerce des passe. 

Pavillon. — Le grand bâtiment central occupé par les 
élèves, fermant du sud au nord la cour de récréation avec 
ses trois étages surmontas de hautes mansardes, porte le 




l'argot de l'x. 221 

nom de Pavillon des élèves. C'est l'ancien bâtiment des 

bacheliers du vieux collège de Navarn- 

Bâti en 1738, au moment de la démoli- 
tion du cloître de la reine Jeanne, 

achevé seulement en 1809, il a été 

prolongé en 1830 de Tautre côté de 

la vieille chapelle. L'aile nord, ainsi 

que le belvédère qui en surmonte 
l'extrémité, a été élevée en 1812, 
après la démolition de la chapelle. 

Le gouvernement de la Restauralioi 
ayant licencié puis réorganisé l'Ecole en 
1816, y introduisit les exercices religieux journaliers et 
l'obligation d'assister dans la chapelle aux offices des 
dimanches et fêtes. On prit alors pour servir de chapelle la 
salle du rez-de-chaussée, dite salle des Acles^ du bâti- 
ment plus tard transformé en bibliothèque, puis démoli 
en 1875. 

Les salles d'étude occupent les deux étages ; elles s'ou- 
vrent sur un grand corridor longitudinal et ont leurs fenê- 
tres sur la cour de récréation et sur celle des laboratoires. 
A l'entresol, les petites salles basses, servant de bineis de 
colles^ donnent sur un corridor éclairé seulement à ses 
deux extrémités, véritable boyau propice aux chahuts 
monstres. Au centre, dessiné sur la façade par un fronton 
triangulaire se trouvent un perron élevé de quelques marches, 
le cabinet de service des piiaines et des basoffs^ le cabinet 
des lapins et l'escalier de service. La façade, sans orne- 
ment, régulière mais banale, vraie façade de caserne, montre 
au milieu du fronton le cadran de l'horloge, le berzélius^ 
et au-dessus de chaque fenêtre le numéro de la salle, 
détaché en chiffres noirs, pour faciliter la surveillance. Les 
casernements occupent le deuxième et le troisième étage ; 
les deux amphithéâtres particuliers à chaque promotion, qui 
étaient placés à chacune des ailes, ont disparu en 1871, et 



222 



L ARGOT DE L X. 



les salles de collections du rez-dc-chaussée ont été trans- 
portées ailleurs la même année. 

On donne le nom cVannexe à un bâtiment de construc- 
tion récente, adossé au pavillon et rendu nécessaire par 
l'augmentation du nombre des élèves. Il est situé entre la 
cour de la ffymn et la cour de la biblo ; il contient un 
réfec^ un amphi et des caserls. On dit couramment « aller 
f» Vamphi annexe » et « passer une colle à Vannexe ». 




C'était à l'origine un bâtiment provisoire; il dure depuis 
vingt ans ! 

Peaufln. — Contraction des mots peau fine. On dé- 
signe par ce mot le conscrit imberbe ^ de figure pouponne, 
qui sera naturellement désigné pour la cote bébé. 



Pères sensibles. — Quand le Comité de salut pu- 
blic fonda l'Ecole centrale des travaux publics, il pensa 
que les élèves ne devaient être ni casernes ni placés dans 



L ARGOT DE L X. 



223 



un pensionnat commun, mais internés séparément ou en 
très petit nombre, « chez de bons citoyens qui, par leurs 



tCOLB CENTRALE 

des 
TBATAUZ PUBLICS 



É.GALITÉ. 




LIBERTÉ. 



Je soussigné MtUJi 'Ùx^mUÙ.^'i^ 
résidant dans la Ssedon dm-/^»»^ $omiuyutmAyù^»^4tt4t7/, 
n^ohlig9 dû rocevoir c/iez moi AtudiJ ElàiW de l'Ecole 
coitmle des Travaux publics , aux conditions suivantes ; 

SA VO I R t • 

I .• De Iboroir , à niiton d'na on deux EUret , une chambre 
nevbltfe simpleinent et propreoient. 

a.* De fournir la nourriture à me table, aux heures fixées pour 
les repaa , et qui seront déterminés d'après la distribution du 
temps réglé pour l'in^traction. 

3.» Outre la nourriture et le logement , je m'oblige encore 
d'avoir pour lesdits Eléres les mêmes soins et la même surveil- 
Uoce que de bons pères exercent enrers leurs enfans { en consé- 
quence , de leur donner tous les conseils qui peurent avoir 
rapport à l'entretien de leurs effets , à la propreté et à la salu- 
brité ; de veiller à leur conduite , et de tenir la main à ce qu'ils 
ao(en» rMrt>és.aax hnorea indiquées t d'observer Ut soeiétéc qs'i)» 
iiséquenteront , et-^e leur donner des avis et des instructions 
paternels , comme s'Us étoient mes propres eufant , enfin . Ue 
rendre un compte fréquent à la Direction de l'Ecole , de ce qoe 
j'aurai remarqué sur U conduite, le civisme et le caractère moral 
dusdiu Elèves. 

Le tout moyennant U somme de soixante-quinze livres par mois, 
ou neuf cents livres par an , qui me sera payée à iexpiraiion dé 
chaque mois , sur les ordonnances de la Commission des Travaux 
publics. 

Dana le caa de nsladie , les dépenses extraordinaires qui ea 
résulteront , seront payées à part. 



Fait è Paris , le du mois de 

de la République Fnaçaiae , oae et indivisible. 



r«a 3.» 



exemples domestiques, les formeraient aux vertus républi- 
caines ». En conséquence, la commission des travaux 
publics invita les comités civils des six sections les plus voi- 



224 



L ARGOT DE L X. 



sines du palais Bourbon, à nommer chacune qualre com- 
missaires, chargés de visiter les citoyens qui s'engageraient 
h recevoir des élèves en pension. Puis elle informa les can- 
didats, par leur lettre d'admission, qu'ils trouveraient à 
Paris des pères de famille « sensibles et bons patriotes », 
lesquels les recevraient en pension moyennant neuf cents 
livres, prix de la nourriture et du logement. Ces pères de 
famille, qu'on appela les /)ére**e/i*jA/e*, répondirent aux 
propositions de la commission des travaux publics par un 
empressement patriotique dont on ne trouverait d'exemple 
à aucune autre époque et chez aucune nation (1). 

En recevant un pensionnaire, chaque père sensible 
signait la déclaration .dont le fac-similé se trouve page 223. 

Père Conseil. — Le père Conseil^ ancien bottier de 
l'Ecole, a torturé un nombre considérable de promotions. 
Long, maigre, avec les lunettes sur le front, il s'efforçait de 
vous persuader que la botte qu'il vous essayait allait à 
merveille et ce dialogue invariable s'engageait entre l'élève 
et lui: 

Conseil. — Trop prandes ! mais, monsieur, vous ne savez donc pas 
ce que c'est que des bottes! c'est-à-dire qu'elles vont très bien. Oui, 
monsieur, vous viendrez me dire : « C'est ça, père Conseil, faites 
moi-z'en encore des comme ça l « 

L'ÉLÈVE. — Mais je vous assure qu'elles sont trop étroites du cou- 
de-pied. 

Conseil. — Trop étroites! mais le cuir élai^t toujours ; ça s'élargira. 

L'blkve. — Vous voyez bien qu'elles sont trop larges du talon. 

Conseil. — Trop larges!... mais le cuir rétrécit toujours; ça se 
rétrécira. 

Perspec. — Abréviation de perspective. La perspec- 
tive est enseignée par le professeur de géométrie descrip- 
tive. Monge, Leroy, Hachette, Arago, de La Gournerie, 
Mannheim ont successivement professé ce cours. 

(1) Pinet, Histoire de l'École polytechnique. 



L ARGOT DE L X. 



225 



Monge, toujours au milieu de ses élèves, s*associant à 
leurs ^IToris, applaudissant à leurs succès, était 
vt^ntablemenl adoré. Tous cherchaient à lui 
exprimer leur reconnaissance et leur admira- 
lion. I/un d'eux, raconte Barnabe Brisson, se 
chargea un jour de dessiner en secret une 
sphère en y dii*posant les teintes d'un lavis selon 
\e^ crmrbes obtenues par le calcul, et quand 
riniage fut achevée, il la plaça sous les 
veux deMonge. Il est difficile de 
se faire une idée du bonheur 
qu'il éprouva; vingt ans 



.t»-j 




r AV J.' - iBVt 



^l±:^'z.4xy^ix±j:rrij^-*'- 



après il ne pouvait en par- 
ler sans émotion (1). 

Nous avons déjà eu 
l'occasion de parler de 
Leroy, surnommé Beuveau et de La Goumerie que l'on 
appelait Gournard, 

Le colonel Mannheim, élève de Ghasles et de Ponce- 
let, occupe la chaire de géométrie depuis trente ans. 
Toutes les promotions ont gardé le souvenir de ses leçons, 
professées d'une façon remarquable, à la suite desquelles 
on dessine la niche, la voûte d'arêtes, Varche biaise. On 



(1) Monge fut le véritable fondateur de TÉcoIe; ce fut lui qui 
dirigea les cours révolutionnaires^ restant toujours au milieu des 
élèves, les excitant au travail, devenant Tami de chacun. Dans 
toutes les crises graves que traversa TÉcole à ses débuts, Monge 
intervint et la sauva. Lorsque les élèves, mal payés, à un moment 
même privés totalement de leur solde, étaient menacés de mourir de 
faim, il leur distribua son traitement. Quand Monge mourut, dépos- 
sédé par la Restauration de ses places, de ses titres, même de son titre 
de membre de Tlnstitut, les élèves sollicitèrent en vain la permis- 
sion d'accompagner leur bienfaiteur ; mais le lendemain, jour de 
sortie, ils se rendirent en corps au cimetière du Père-Lachaise 
et déposèrent des couronnes sur sa tombe. Le 20 juillet de 
chaque année, TÉcole devrait envoyer une députation visiter sa 
sépulture. 

15 



226 l'argot de l'x. 

lui fait tenir le discours suivant à la séance des Ombres : 

— Messieurs, le plan vertical devenu transparent permet d'aper- 
cevoir avec une lunette 



d*approche, une succession ^ 

et au delà du point de fuite une ^11^ 



infinie de vass' qui pissent 



^^^L 

^PK 



vass' qui piss' infiniment peu. 

C'est moi qui ai démontré que 

cette vass' pissait du premier ordre 

contrairement à M. de La Gournerie 

qui prétendait qu'elle pissait du deuxième ordre, 

autrement dit qu'elle ne pissait pas du tout. 




Petits chapeaux. — On appelle joe^tto 
chapeaux les élèves qui, à certaines années 
exceptionnelles, sont envoyés sur leur demande à TÉcole 
d'application de Tartillerie et du génie, après une année 
seulement de séjour à TËcole. Ils conservent à Bleau Tuni- 
forme et le chapeau de l'École polytechnique pendant une 
année, jusqu'à ce qu'ils soient promus sous-lieutenants. 

Les premières promotions de petits chapeaux datent de 
1840 et 1841. Auparavant, des promotions irrégulières 
avaient bien été faites avant l'expiration des deux années 
d'études, en particulier sous le Directoire et dans les dernières 
années de l'Empire, mais les élèves appartenant à ces 
promotions anticipées avaient été promus lieutenants en 
second ou sous-lieutenants. 

Dans les salons de la ville de Metz, les danseuses re- 
marquèrent l'élégance du chapeau de ces polytechniciens, à 
côté du formidable blokhaus des artilleurs et de l'immense 
frégate des sapeurs ; ce furent elles qui baptisèrent les 
nouveaux venus du nom de petits chapeaux. 

Sur les démarches actives du général de Boblaye, com- 
mandant l'École de Metz, la faveur A'è\xe petit chapeau fut 
renouvelée le 1*' mai 1855 et le !•' mai 1856, à l'époque 
de la guerre d'Orient. Il en fut de même après la guerre de 
1870 : deux promotions, celle de 1871 et celle de 1872 



l'argot de l'x. 227 

envoyèrent en même temps, au mois de février 1873, plu- 
sieurs />e^i^ chapeaux à TÉcole de Fontainebleau. 

Depuis 1880, quatre promotions consécutives ont joui du 
ihême bénéfice en raison de l'extension des cadres de 
Tartillerie, comme cela s'était produit en 1840 et 1841. Ces 
quatre promotions ont donné ensemble 26 7 petits chapeaux. 

Les petits chapeaux sont promus sous-lieutenants le 
30 septembre, un peu avant leurs camarades de la promo- 
tion régulière ; ils arrivent au régiment un an plus tôt. 

A la séance des Ombres^ l'apparition des petits chapeaux 
est saluée par ces couplets chantés sur l'air du Pendu ^ 
composés par le camarade de Guillebon : 








Nous formons trois belles brigades, 
Très fiers d'avoir lâché l'X, 
Et sachez, pauvres camarades, 
QuMl n'est chez nous que des phénix. 
Les moins malins ont l'assurance 
Dans quinze ans d'être généraux : 
Nous faisons une poire intense, ) 
Car nous sommes petits chapeaux. \ 

En attendant, dans nos armoires 
Nos claques restent enfouis ; 
Nous mettons toute notre gloire 
A ne circuler qu'en képi. 



bis. 



228 L* ARGOT DE L*X. 

On nous prendrait, chagrin immense, 
Pour des X et non pour des BUaux. 
Nous faisons une poire intense, ) .. 
Car nous sommes petits c/upea iix. \ 

ConscritSy un bon conseil de frère : 
Soyez petits chapeaux en chœur; 
Vous aurez un sabre de guerre. 
Des moustaches en accroche-cœurs. 
Surtout des éperons immenses 
Bien plus jolis que vos malos. 
Vous ferez une poire intense ) ,. 
Car vous serez petits chapeaux. \ 

Phécy. — Képi d'intérieur. Ce mot désigne à propre- 
ment parler la calotte ou fez des chasseurs d'Afrique ; il ne 
s'emploie plus guère ; on lui préfère maintenant le mot calot. 

Photo. — Abréviation àe photographie^ empruntée à 
Targot courant (Sée, puis Franck, puis aujourd'hui Gerschel 
ont été les photographes attitrés de l'Ecole). Une photo 
de salle^ c'est le groupe des élèves d'une même salle ; tous 
les camarades en emportent une épreuve en quittant l'École 
et conservent avec soin ce souvenir de leur jeunesse. 

PI. — C'est le nom de la lettre grecque it, qui représente, 
comme chacun sait, le rapport de la circonférence à son 
diamètre. Nous ne voulons pas citer tous les jeux de mots, 
tous les calembours, auxquels se prête, pour les taupins^ 
l'emploi de cette syllabe />(. 

A l'École, tous les élèves connaissent le moyen mnémo- 
technique de retenir les premiers chiffres de la partie déci- 
male du nombre iz dont la valeur est 3,14159... ; on dit un 
quatre et un cinq font neuf. Le professeur Sarrau se 6ert 
à chaque instant, dans son cours de méca^ des lettres it et 
T (tau) et les élèves répètent : 

Deux pi sur tau 
C'est la formule de Sarrau l 



l'argot de l'x. 229 

L'expression faire deux pi signifie décrire une cir- 
conférence et, par extension, faire le tour complet de la 
cour. Faire pi ^ c'est faire une moitié de tour. Faire pi sur 
deux^ c'est profiter du sommeil d'un camarade pour le re- 
dresser verticalement sur son lit. 

Plgl'er. — Prendre en flagrant délit, terme du jargon 
des collèges, encore employé quelquefois à l'École. Ceux 
qui jouent aux cartes veillent à ne pas se faire piger par 
le basoff. 

Piger zéro^ c'est obtenir la note zérok un examen, au- 
trement dit piquer zéro. Cette expression signifie encore 
« ne rien comprendre à une explication ». En sortant de 
Yamphi Résal, nombre d'élèves disent : « J*ai pigé zéro ». 

Piocher. — C'est le terme ordinaire de l'argot des 
collèges; il signifie « travailler avec ardeur ». Le tra- 
vailleur obstiné est un piocheur, A l'Lcole on ne l'em- 
ploie guère; pourtant l'expression temps de pioche est 
encore usitée pour désigner la période de travail pré- 
paratoire aux examens de février, l'expression temps 
de chiade étant réservée pour celle qui précède les 
examens de fin d'année. Il y a cette différence entre les 
deux expressions, temps de pioche et temps de chiade, 
que la première n'évoque nullement l'idée d'un concours ; 
la seconde est plus énergique, elle se réfère à un travail plus 
fatigant, plus absorbant ; c'est pourquoi on dit la pâle 
chiade, celle qui use les forces et pâlit le visage. 

Pipo. — Abréviation fantaisiste de polytechnicien. Le 
mot est usité surtout dans les lycées ; il est très répandu 
dans le quartier de l'Ecole; mais les élèves ne l'emploient 
guère entre eux : ils lui trouvent comme un petit air mo- 
queur. Tel aspirant artilleur qui, aujourd'hui encore, aime 



230 l'argot de l'x. 

à caresser la Muse, n'a pourtant pas craint de le glisser 
dans Tune de ses chansons, celle de la Boulangère : 




1 






La Boulangère a de grands yeux, 

Les plus jolis yeux de la terre. 

Pour attirer les amoureux 

La Boulangère a de grands yeux. 

Elle a le buste merveilleux, 
La démarche vive et légère, 
La taille svelte et de grands yeux 
Les plus jolis yeux de la terre. 



La Boulangère habite auprès 
Tout auprès de Polytechnique ; 
Elle ne Ta pas fait exprès 
Mais pourtant elle habite auprès. 
Les beaux pipo5 sont toujours prêts 
A regarder dans sa boutique. 
La Boulangère habite auprès 
Tout auprès de Polytechnique. 



A l'itcolc il n'est qu'une voix 

l'ait V L^L'lL^brer sa gentillesse. 

— Uu'eile est mignonne l — Je te crois î 

A l'École il n'est qu'une voix... 

iiïen desi pipos^ s'ils étaient rois. 

Ne voudraient pas d'autre maîtresse. 

A rÉcole il n'est qu'une voix 

Pour célébrer sa gentillesse. 



Pour trouver place dans son cœur 
Il faut posséder l'uniforme ; 
Il faut marcher d'un air vainqueur 
Pour trouver place dans son cœur. 
Mais les civils lui font horreur : 
L'un est bête et l'autre est difforme; 
Pour trouver place dans son cœur 
Il faut posséder l'uniforme ! 



L ARGOT DE L X. 

Les polytechniciens charmés 
L'adorent tous sans le lui dire ; 
Ses regards laissent désarmés 
Les polytechniciens charmés. 
Les discours les plus enflammés 
Sont remplacés par un sourire. 
Les polytechniciens charmés 
L'adorent tous sans le lui dire. 

Car la fillette a de grands yeux 
Les plus jolis yeux de la terre. 
Pour attirer les amoureux, 
La Boulangère a de grands yeux. 
Elle a le buste merveilleux, 
La démarche vive et légère, 
La taille sveite et de grands yeux 
Les plus jolis yeux de la terre. 



231 




Le mot pipo est également employé dans les familles. Il 
n*est pas rare d'entendre un père tout orgueilleux des 
succès de son jeune fils, bambin de dix ans, s'écrier : « Il 
vient d'être le premier de sa classe en arithmétique... il 
ira à rÉcole/)ipo / » 



232 l'ahgot de l*x. 

PIpopipette. — Dans les salles, pendant les longues 
heures de l'élude du soir, il faut bien se li\Ter à quelque 
jeu de combinaison. En cherchant à compliquer le vieux jeu 
de la marelle ou de la peltie, tous deux renouvelés des Grecs, 
les polytechniciens ont imaginé un jeu nouveau, assez origi- 
nal. Sur un papier quadrillé, on trace à l'encre un carré 
renfermant trente-six ou quarante-neuf ou soixante-quatre 
cases, dont les côtés sont indiqués au crayon. Chaque joueur, 
à tour de rôle, trace à Tencre un côté quelconque de Tun des 
carrés intérieurs ; celui qui parvient par un dernier trait à 
fermer un carré marque un point à son avoir et continue à 
jouer. Le gagnant est celui qui a fermé le plus grand nombre 
de carrés. 

Edouard Lucas, le très regretté professeur de Saint- 
Louis, a cité ce jeu nouveau, qu'il a ap- 
pelé la pipopipeite en Thonneur de TÉ- 
cole, dans ses]Récréation9 mathématiques. 

Plqiie-boyanx. — Nom donné aux 
prévôts de la salle d'armes. L'enseigne- 
ment de Tescrime, autrefois facul- 
tatif, est devenu obligatoire. Des 
séances régulières sont consacrées à 
l'escrime et, à époques fixes, des 
assauts ont lieu devant Tétat-major 
de l'Kcole. Parmi les professeurs 
civils qui autrefois enseignaient l'es- 
crime, parmi les plus fines lames, 
il faut une mention spéciale pour Lozès, 
qui fut un des meilleurs maîtres et pour 
son prévôt. 

Piquer. — Mot emprunté à l'argot ordinaire. Un pique- 
assiette est le parasite toujours en quête d'une invitation ; 
la jeune fille qui rougit/>iyue un soleil ou encore pique un 




l'argot de lx. 



233 




fard ; le soiliciteur, 

qui attend dans une 

antichambre le bon 

plaisir d'un grand 

personnage, pique le 

tabouret. A TEcole, ce même 

mut est employé dans mille 

circonstances :/)iy(ier Vétra,n- 

gèrcj c'est rêvasser à l'heure 

du travail et, par extension, 

tre pas à la conversation ; piquer 

ieiiy ccst dormir; piquer une 

sèchcy c'est avoir en colle une très mauvaise 

noie \ piquer le bouquin, c'est lire un roman, etc. On dit 

aussi jD l'huer une course (pour courir), jaiyuer la lèche 

(flatter), /jiyiier an laïus (faire un discours), etc. 

Certains colleurs piquent bas, c'est-à-dire donnent des 
notes généralement faibles ; d'autres, au contraire, piquent 
haut. Piquer la constante^ c'est donnera un élève toujours 
la même note. • La même expression se 
rapporte à la fois au colleur qui donne 
la note et à l'élève qui la reçoit : « Un 
tel di piqué 4 chez Moutier )>. On cito 
des examinateurs qui ne piquent jamais 
de 20, de 19 ou même de 18. Le célèbre 
Gérono disait à un élève qui venait 
de passer en colle d'une manière re- 
marquable : « Si Dieu le Père passait 
chez moi à la planche^ je lui pique- 
rais 19; si c'était Jésus-Christ, je 
piquerais 18 ; si c'était M. Chasles, 
je mettrais 17. Pour vous, monsieur, ji 
me contenterai de vous piquer 16. » 




Piqne-chien. — Sobriquet des sergents-majors, garde- 



234 L* ARGOT DE l'x. 

consigne préposés à la garde de tous les postes : poste d'en- 
trée, poste du parloir, poste Nord, 
pots le Sud, par où passent les 
t^Jèves. 

On les appelle ainsi parce 
qu'ils n'ont rien à faire 
et qu'ils passent leur 
journée à dormir c'est-à- 
ilire à piquer un chien. 
Chaque pique-chien 
a la garde spéciale 
d'un des postes de 
l'école ; un pique-chien 
supplémentaire 
remplace le titu- 
^^ J laire quand il 
s'absente : on l'ap- 
pelle le Voyageur. 
Beuveau V Orifice , 
Mon Oncle étaient 
des pique-chien. 




■) 



Pisseraide. — Petit robinet d^eau à forte pression 
placé dans le corridor des salles 
d'études, où l'on va cherclu r 
l'eau fraîche et potable. 

Pitaine. — Abré- -" 
viation du mot capi- 
taine. 

Il y a à l'Ecole six 
capitaines : trois de l'ar- 
tillerie, deux du génie et un 
de l'artillerie de marine, qui por- 
tent le titre d'inspecteurs des études ; ils sont chargés de 




Vi 



L ARGOT DE L X. 



235 




la surveillance, de la discipline et de rinsiruciion militaire 
des élèves. 

Au palais Bourbon, sous le régime 
de rextemat, la surveillance était 
exercée par le sous-directeur et 
trois substituts attachés chacun 
à Tune des divisions, car les 
cours duraient trois années. 
Quand TÉcole fut transformée 
en une institution militaire, la 
discipline fit Tobjet principal du 
décret de Tan XII; le général 
gouverneur eut sous ses ordres 
un colonel commandant en se- 
cond, un chef de bataillon, deux capitaines, deu^ lieute- 
nants et un quartier-maître ; un capitaine ou un lieutenant 
dut assister tous les jours aux leçons faites à l'amphithéâtre . 
Les officiers de ce temps-là, appartenant à Tarme de 
rinfanterie et absolument étrangers à toute étude des 
sciences, ne parlaient aux élèves, dit Charles Dupin, « que 
de faction, de violon, ou d'arrêts forcés et 
n'agissaient sur leur intelligence que pour 
leur commander alternativement tête à 
droite, ou tête à gauche ». 

Après la réorganisation de 1816, le ré- 
gime militaire fut supprimé ; on lui repro- 
chait de dénaturer l'institution et de ne don- 
ner qu'un faible gage de subordination. La 
surveillance journalière des élèves pen- 
dant les études et au dehors incomba à 
six sous-inspecteurs qui durent être choisis 
parmi les fonctionnaires en activité dans les 
services alimentés par l'École. 

Au lendemain de la révolution de 1830, l'École ayant été 
placée dans les attributions du ministre de la guerre et sou- 




236 



L ARGOT DE L X. 




mise de nouveau au rég^ime militaire, on mit à sa tête un 
état-major composé d'un général com- 
mandant, d'un colonel comman- 
dant en second et de 
quatre capitaines qui pri- 
rent le titre d'inspecteurs 
des études. C'est le mode 
d'organisation qui fonc- 
tionne encore aujour- 
d'hui. 

Chaque capitaine est 
chargé de l'habillement, de la 

tenue et de l'instruction militaire d'une com- 
pagnie. Le capitaine de service a toute la 
surveillance de la discipline intérieure; il se 
tient tout le jour au cabinet de service, y 
passe la nuit et assiste à tous les cours de 
l'amphithéâtre. 

Jusqu'à Tannée 1870, les capitaines attachés 
à l'Ecole, comme tout le personnel de l'état- 
major, ont porté un uniforme spécial ; depuis 
cette époque, ils revêtent l'uni- 
forme de l'arme à laquelle ils ap- 
partiennent. On leur a retiré 
depuis quelques années seulement 
l'autorisation d'y ajouter les aiguillettes de 
l'état-major. 

On choisit ordinairement, pour en faire 
des inspecteurs des études, des capitaines 
déjà anciens et proposés pour l'avancement; 
leur mission est toute de tact et de mesure, 
les jeunes capitaines sont généralement plus 
redoutés des élèves. Les officiers du génie passeii t 
pour être plus sévères que les artilleurs; mais 
chez presque tous la bienveillance domine et leur rôle 





L ARGOT DB L X. 



237 



se borne la plupart du temps à des exhortations et à des 

conseils. 

Par extension on donne le titre 

de pitaine^ suivi du mot désignant 

la fonction, à tout agent chargé 

d'une part du service de surveil- 
lance. Ainsi le pitaine Bouquin 

est l'agent qui distribue les livres 

à la bibliothèque; le pitaine Tor- 
chon est l'agent chargé d'essuyer le 

tableau noir à l'amphithéâtre; le 

pitaine Gog est préposé au nettoyage 

des longchamps\ le pitaine Gras 

d^ huile est le préposé à l'entretien 

des lampes. Un certain Gras d'huile, 

qui s'appelait Fiat, était vers l'année 

1844 toujours accueilli par l'épithèic 

d' « Assassin! ». On l'accusait do 
meurtre parce qu'il 
est écrit : Fiat tua Voluntas. Fiat n'a 
jamais compris I Un autre Gras d'huile 
dont nous donnons le portrait était 
encore surnommé Sans-Viande k cause 
de sa maigreur. 

Une analogie qui ne manque pas d'une 
certaine poésie a fait donner à l'agent 
qui vient distribuer dans les salles d'é- 
tude les feuilles autographiées des cours, 
le nom de pitaine Printemps : c'est lui 
qui apporte les feuilles I Les élèves ont 
conservé le souvenir de Dardaillon qui, 
après avoir occupé différents postes à 
l'École devint pitaine Printemps et en 
même temps distributeur des papiers à 

épures ; à cause de cette dernière fonction on l'appelait 





-> --y 



238 l'argot de l'x. 

encore ds^ ds étant la représentation de Télément de 
surface. 

Chaque fois qu'on l'apercevait traversant la cour, on 
entonnait en chœur : 




du tout min chu Son u.iii . Ibnneest dë.cou.8u On le voit près, que nu 



^Bt" 



Planche. — La planche c'est le tableau noir, l'af- 
freux tableau noir qu'on 
a tant de fois couvert 
d'à: et d'y. 

Être appelé a la 
planche , c'est être 
appelé à subir un 
examen, s'oit une 
interrogation' du 
professeur à l'am- 
phithéâtre , soit une 
colle d'un répétiteur. 

Podzèbe. — Expres- 
sion bizarre empruntée 
' ^ .1 l'argot du soldat ; son or- 

thographe varie à chaque instant : on 
écrit indifféremment podzèbe^ podzèbie^ ou peau de zèbe. 
L'origine et l'étymologie de cette expression sont difficiles 
à trouver, le mot s'emploie dans le sens de « rien ». Ne 
pas comprendre une démonstration se dit « Y oiv podzèbe 
à la démonstr ». Dans l'argot de la rue « la peau » veut 
dire « rien ». 




l'argot de l'x. 239 

Point gTAD^n^A* — La fête du Point gamma était une 
étrange mascarade qu'on célébrait à Téquinoxe du prin- 
temps, dans laquelle chacun cherchait à figurer avec le plus 
fantastique travestissement. Inaugurée pour la première fois 
en 1861, à l'inspiration du camarade Emile Lemoine, elle se 
trouva en quelque sorte la continuation du bal burlesque 
des fruits secs, disparu depuis l'année 1848. Elle a été 
supprimée en 1880 sur l'ordre du ministre de la guerre. 

La lettre grecque y (gamma) choisie parce qu'elle figure 
sensiblement les cornes du bélier, désigne l'un des deux 
points où l'équateur céleste coupe l'écliptique, celui qui 
correspond au passage du Soleil dans le signe du Bélier, 
vers le 21 mars, à l'équinoxe du printemps. De là, le nom 
de fête du Point gamma, donné à la fête dans laquelle on 
célébrait tous les ans le passage du Soleil à l'équinoxe, 
comme autrefois les adorateurs du feu : 



Mes chers amis, si j'ouvre le bec. 
C'est afin de chanter avec 
L'œil humide et le gosier sec 
Toute la splendeur d'un mot grec. 
Tradéri dëra, vive l'équinoxe ! 
Pour elle toujours l'amour m'enflamma. 
Et dans l'instant même il faut que je boxe 
Celui qui ne dit : — Viv' le point gamma l 



Dans les premiers temps, la fête était assez simple. Elle 
consistait en une procession solennelle, dans la cour, de tous 
les élèves déguisés de la façon la plus extraordinaire ; un 
soleil, avec de gigantesques rayons, y paraissait porté par 
des sauvages de la zone torride, suivis d'Indiens, de nègres, 
et de masques bizarres ; la procession faisait plusieurs fois 
le tour de la cour. On célébrait ensuite quelques céré- 
monies mystérieuses et la fête se terminait par des danses 
folles, aux sons d'une musique infernale, dans les salles 
de récréation. 



240 l'argot de l'x. 

« Ce jour-là, dit M. Ragu (1), TÉcole a l'aspect d'un 
vaisseau qui va franchir la Ligne. Les portes sombres des 
salles d'études s'ouvrant sur le corridor semblent autant de 
sabords d'où s'envolera tout à l'heure une bordée d'éclats de 
rire. L'équipage travaille ferme dans l'entrepont. Le branle- 
bas est général. Des épures de costumes s'étalent sur les 




planches, ce dernier domaine des figures de géométrie. Dans 
les profondeurs de l'amphithéâtre, un groupe d'élèves, musi- 
ciens, répète une dernière fois un répertoire de quadrilles 
et de marches triomphales. A deux heures et demie la fête 
commence. » 



(1) M. E.Ragu, attaché depuis vingt-cinq ans à la direction des 
études de TÉcole et dessinateur des plus habiles, nous a offert pour 
V Argot de VXy avec la plus extrême amabilité, quelques-uns de ses 
plus remarquables portraits. 



L ARGOT DE L X. 



241 



A la première fête, en 1861, Torchestre exécuta Y Ouver- 
ture du point Y, œuvre d'un camarade qui délaissa bientôt 
rharmonie pour Fétude mathématique des vibrations 
sonores et lumineuses et qui parvint, non à TOpéra, mais à 
TAcadémie des sciences. Une édition de cette ouverture cé- 
lèbre, qui a paru au moment de la première audition, porte 
en exergue cette phrase tirée de Phèdre : 

Cito rnmpes arcum semper si tensum est. 




Vers Tannée 1875, la fête du point gamma commença à 
prendre une très grande importance. On ne se contenta 
plus des costumes primitifs en papier, dont la confection 
n'avait exigé que du goût, de l'imagination et qui produi- 
saient le plus grand effet : on voulut des costumes véritables, 
faits d'étoffes bariolées, aux couleurs éclatantes, des costumes 
de femmes, de nourrices, de danseuses. Alors on s'adressa 

16 





242 l'argot de l'x. 

aux magasins de nouveautés; le Louvre et le 
Bon Marché confectionnèrent les travestis- 
sements. Une année, le décorateur Belloir 
monta, en deux heures, une immense salle 
de danse dans la cour. La fabrication doïi 
guirlandes de fleurs et de feuillage, l'exé- 
cution des tableaux peints, les essayage:;?, 
les répétitions, les préparatifs divers 
avaient fini par absorber une période 
de quinze jours durant laquelle tous 
les travaux cessaient, toutes les études 
étaient suspendues i 
toutes les têtes étaient 
en délire. L'autorité 
s'émut de la perte de 
temps, des lourdes 
dépenses que cette fête occasionnait et 
le ministre la supprima. On l'a rem- 
placée par une semaine de vacances à 
la fin des examens généraux de février. 

Police. — Rien des sergots, ni des 
compagnies d'assurance ; c'est la 

4Wç^^ ÇT/i/ punition (abréviation de « salle de 

^A ^V^l police »), qu'on inflige à l'élève qui 

Jm M M^ ^ commis une faute grave. Celui-là 
*^^ ^^^^ est enfermé les jours de sortie, sous 
les mansardes, dans une chambre étroite, qui sert aussi de 
prison : il y peut tout à l'aise chanter, sur l'air de Fualdès, 
les couplets de la complainte : 

Dans un cachot, sombre cahute 
Où rjour pénètre par en haut, 
On enferme tous ceux qui n'o- 
Béissent pas ou qui c/ia/iii<cîi(/ 
Et chaque jour un lapin vient 
Leur porter Vanhydre et Tvin. 




l'argot de l'x. 243 

J'ai pour meubr» un* table boiteuse, 
Un bouret^ un lit, un souriau ; 
J'ai A peine huit pieds de haut, 
Un* pauv' fenêtre malheureuse. 
Oui, c'est moi qui suis la prison 
Et je vous en demande pardon. 

Le moi police désignait autrefois le hùn 
net de police^ couvre-chef d'intérieur 
qui était orné d'un gland de couleur 
jaune ou rouge, suivant la promotion ; 
on en rabattait la coiffe pour se pré- 
server du froid ; sa souplesse le ren- 
dait aisément Z^aAu^aZ^/e; on l'échan- 
geait, à l'époque des vacances, 
contre un élégant bonnet de police à 
gland d'or. 

Polytechnlqfoe (La). — C'est 
ainsi qu'on entend quelquefois dési- 
gner vulgairement l'Ecole polytechnique. On sait que 
l'institution, fondée par un décret de la Convention, le 
11 mars 1794 (21 ventôse an II), s'appela d'abord École 
centrale des travaux publics. Ce fut un an plus tard qu'une 
loi du 15 fructidor an III (1" septembre 1795), rendue 
sur la proposition de Prieur (de la Côte-d'Or), changea son 
nom en celui d'École polytechnique^ changement qui 
annonçait toute une transformation dans le but et le rôle 
de l'institution. 

Jules Simon raconte qu'un normalien, auteur drama- 
tique, candidat à l'Académie française, avait entrepris 
à l'École normale un poème qui débutait par ces trois 
vers : 

Élève distingué d'une célèbre École, 
Charles est ingénieur et dans tout ce qu'il dit 
De la Polytechnique on reconnaît l'esprit. 



244 l'argot de l*x. 

La Polytechnique est aussi le titre d'une chanson qui fut 
composée par Héron de Villefosse en 1794. 

Les premiers élèves avaient institué dès 1798 et organisé 
depuis, par les soins de leurs anciens camarades, Rohault 
et Rendu, une réunion amicale où se rencontraient de 
temps en temps les élèves de la fondation présents à Paris. 
Ce fut à la première de Tune de ces joyeuses réunions 
qu'on entendit la Polytechnique. 

Les couplets ont été recueillis par Lefrançois, devenu 
plus tard colonel d'artillerie, et par M. de Fourcy. On les 
chantait sur l'air Mes bons amis, pourriez-vous m' enseigner. 

Mes bons amis, célébrons les plaisirs 

De rÉcole polytechnique ; 
Mais écartons de nos joyeux loisirs 
Son attirail scientifique. 
Le z, Vx et Vy 
M'inspirent grand respect ; 
Mais s'il faut que mon cœur s'explique, 
Franche amitié, propos joyeux, 
VoilA ce que j'appris de mieux 
A l'École polytechnique. 

Qui le croirait 1 Trois cents jeunes rivaux, 

A l'École polytechnique, 
Vivaient heureux, vivaient libres, égaux. 
En l'an IIl de la République I 
En vain les nivelcurs, 
Sur la patrie en pleurs 
Traînaient leur niveau tyrannique ; 
Et l'amitié, tout bonnement, 
Assurait son niveau charmant 
Sur l'École polytechnique. 

Règne sur nous, aimable souvenir 

De l'École polytechnique. 
Nos premiers jeux, d'un heureux avenir 
Sont pour nous le gage authentique. 
Oui, ces nœuds fraternels, 
Sont sacrés, étemels 
Comme les lois de la physique *, 
Et si jamais les passions 
Veulent les rompre, amis, pensons 
A l'École polytechnique. 



l'argot de l*x. 245 

Tous les objets, tous nous rappelleront 

Notre École polytechnique : 
Vaisseau, Canon, Fort, Carte, Mine, Pont, 
Tout aura ce pouvoir magique. 
Or comme il est constant 
Que rÉcole est vraiment 
Un manoir encyclopédique. 
Pour notre honneur, prouvons soudain 
Qu'on est expert en fait de vin 
A rÉcole polytechnique. 

Et toi, Le Brun (1), et toi, digne soutien 

De rÉcole polytechnique, 
Viens parmi nous, le calepin en main, 
A table exercer ta critique 1 
Dis à chacun tout bas : 
Quoi, nous ne buvons pas! 
Nous méritons que Ton nous pique 
Car il est dans le règlement 
QuMl faut boire pour être enfant 
De rÉcole polytechnique. 

Lorsque les polytechniciens de la Belgique et des Pays- 
Bas furent séparés de la France, en 1815, ils fondèrent la 
Société Polytechnique de Belgique^ dans le but de se 
réunir tous les ans à Bruxelles, à Taniversaire de la fonda- 
tion de rÉcole ; ce jour-là, tous entonnaient /a Po/y<ecA/ii- 
que^ et ce sont eux qui y ont ajouté ces nouveaux couplets : 

Nos cœurs émus à ces vieux souvenirs 

De l'École polytechnique, 
Sont reportés en de lointains plaisirs. 
Et dans un élan sympathique, 
Retrouvant le passé. 
Qui fut si mélangé 
De joie et de mathématique. 

Nous rendons hommage aux savants 
Qui posèrent les fondements 
De rÉcole polytechnique. 

(1) Le Brun était inspecteur des études à TÉcole; il était aimé et 
vénéré des élèves. Ce respectable chef ne disait jamais A personne : 
« Vous avez tort », mais seulement n Nous avons tort », se mettant 
ainsi de moitié dans le reproche qu'un si fidèle observateur du rè- 
glement était toujours bien loin de mériter. 



246 l'argot de l*i. 

Il semble encor que nous les entendions 

A l*École polytechnique. 
Au milieu d^eux, Monge, nous te voyons, 
Toi notre centre asymptotique. 
Oui, ton nom révéré, 
Parmi nous prononcé, 
Est une étincelle électrique 
Qui ravive les sentiments 
De ceux qui furent tes enfants 
A rÉcole polytechnique. 

Bien loin de nous sont envolés les ans 

De rÉcole polytechnique, 
Et de nos voix ainsi que de nos chants 
A fui la verve poétique; 

Mais le cœur parmi nous 
Échappe à de tels coups 
Et, par un privilège unique, 
Il est A tout Age, en tout temps. 
Toujours jeune chez les enfants 
De l*Ecole polytecimique. 

L'esprit le même au delA du trépas 

Qu'A rÉcole polytechnique. 
Nous partirons en laissant ici-bas 
Tout espoir vain et chimérique ; 
Nous formerons lA-haut 
Ou plus tard ou plus tôt 
Un cercle aimant et pacifique ; 
Nous nous ferons un paradis 
De tous les chants réunis 
De rÉcole polytechnique. 

Ce paradis est des plus assurés 
Pour rÉcole polytechnique ; 
Le z, Vy et ïx en sont donnés 
Par les lois de la mécanique. 
Le frère Le Verrier 
Pourra nous y guider ; 
Lui qui connaît si bien les cieux 
Y saura caser pour le mieux 
Notre École polytechnique l 

Le dernier couplet fut composé en 1846 en Thonneur 
de Le Verrier qui venait de découvrir la fameuse planète 
Neptune. Guillery, le président de la Société, invita le cé- 
lèbre astronome au banquet annuel. « Nous datons de 



l'argot de l'x. 247 

loin, lui disait-il dans sa lettre d'invitation, et dans Tex- 
centricité de notre orbite Tadmiration affectueuse et dévouée 
que nous inspire un frère tel que vous est en raison di- 
recte du carré du temps, et directe aussi du carré de la 
distance (1). » 

Le Verrier répondit sur le même ton par un couplet, maid 
ne se rendit pas à l'invitation. 

La Polytechnique^ c'est encore le nom qui fut donné à 




la chaloupe canonnière (2) construite par les élèves, à leurs 
frais, pour concourir au projet de descente en Angleterre 
formé par le premier consul. Construite sur la Seine vis- 
à-vis le palais Bourbon, la Polytechnique avait 25 mètres 
de quille et était armée de trois canons. On la mit à l'eau 
le 10 frimaire an XII à trois heures de l'après-midi ; un en- 
seigne de vaisseau de la promotion 1794, Charles Moreau, 
en prit le commandement. 

(1) Extrait des archives de la Société polytechnique de Belgique, 
communiqué par les soins obligeants du lieutenant de Mohr, fils 
d'un polytechnicien belge. 

(2) G. VitiQi^ Histoire de VÉcole polytechnique. 



248 



L ARGOT DE L Z. 



La Polytechnique est enfin le nom d'une marche natio- 
nale, qui fut composée après les trois glorieuses journées 
de juillet 1830 par le capitaine du génie Liadières et qui 
fut mise en musique par Paër. On entendra le 19 mai 18^4 
une cantate, la Polytechnique y paroles de A. Silvestre et 
musique de Sarez, tous deux anciens élèves de TÉcole. 



LA POLYTECUNIÇUë 

iRttrcpe /1!latîonale 



^ CImiI N4» 



i 










LABGOT DB L X. 



249 




250 l'argot de l'x. 

Le peuple a dit : Leur cœur est sans alarmes, 
De Saint-Chaumont ne vous souvient-il pas? 
Leurs devanciers pour moi prirent les armes, 
Et je les vis, sans reculer d*un pas, 
Sur leurs canons affronter le trépas {bis). 

Les voyez-vous, etc. 

Après ce jour, la liberté s'envole. 
On foule au pied Thonneur, la lovauté, 
Mais chaque mur de la savante École, 
Durant trente ans empreint de liberté 
Disait : Sois libre; ici, tous Font été {bis). 

Les voyez-vous, etc. 

Aux cris du peuple, aucun d'eux ne balance. 
Chacun répond : « Amis, suivez nos pas ; 
tt De l'esclavage, il faut sauver la France I » 
Et pour le fer dont il arme son bras. 
Il a d'Euclide échangé le compas {bis). 

Les voyez-vous, etc. 

Des jeunes chefs reffort se multiplie, 
On voit partout l'uniforme vengeur ; 
Conduit par lui, le peuple se rallie. 
Combat, triomphe, et la triple couleur 
Flotte au ch&teau conquis par sa valeur {bis). 

Les voyez-vous, etc. 

Salut, salut. École citoyenne I 

Qui défendit la patrie et les lois. 

Par nous tressée, une branche de chêne 

Est réservée aux vengeurs de nos droits ; 

C'est le seul prix digne de tes exploits {bis). 

Us ont conquis la victoire et la paix 

Par un dévouement héroïque. 
Et l'École polytechnique 
Est l'école des bons Français. 



Pompier. — Chant au rythme heurté, qui serait, paraît- 
il, un chant de sapeurs-pompiers ; les paroles se réduisent 
à la syllabe Pan, Pan I indéfiniment répétée. Il est Tac- 
compagnement obligé de Tévénement le plus insignifiant. 



L ARGOT DE L X. 



251 



Une nouvelle, bonne ou fâcheuse, est-elle annoncée? Un 
pompier. Un fumiste traverse la cour ? Un pompier. 

11 existe deux pompiers^ qui se distinguent Tun de 
l'autre par la musique. Le petit pompier est une sonnerie 
de cavalerie; Tair du grand pompier est emprunté à Topera 
des Puritains : 




jf rrrrrTr'rr'vrifrn ' ' l'i' i i' i f m 

Ces airs se chantent depuis bien longtemps à TÉcole ; le 
Pompier s'appelait autrefois le Triomphe. 

Pondant. — Abréviation de correspondant. Les élèves 
dont les père, mère ou tuteur ne résident pas à proximité 
de Paris, doivent avoir un correspondant dûment accré- 
dité auprès du général commandant TÉcole. Le pondant 
se présente au colonel le jour de Tentrée; il reçoit une 
carte Tautorisant à venir voir Télève au parloir, puis il 
n'a plus de rapports avec l'autorité que dans les circonstances 
graves. 

Postards. — Les pos tards sont les élèves qui ont été 
préparés par l'institution des jésuites de la rue Lhomond, 
anciennement rue des Postes. Leur nombre va en augmen- 
tant chaque année. Ils n'étaient guère que deux ou trois 
vers 1860, ils sont maintenant près de vingt-cinq par pro- 
motion. 



252 l'argot de l*x. 

Postes. — Les postes étaient une sorte de brimade en 
honneur sous le premier empire, mais dont le caractère 
était plutôt celui d'une peine ; on l'infligeait, après une ins- 
truction secrète et un vote, à celui qui avait compromis au 
dehors le bon renom de l'École. Le condamné était traîné 
dans la cour par dix de ses camarades qui l'entraînaient 
dans une course rapide dont la vitesse, s'accroissant de 
minute en minute par le concours de nouveaux auxiliaires, 
finissait par devenir vertigineuse et laissait la victime 
épuisée. 

L'expression les Postes désigne aussi l'école de la rue 
des Postes. 

Potasser. — Synonyme de travailler avec ardeur, de 
piocher. Très usité dans les collèges et à Saint-Cyr dont 
les élèves ont adopté pour devise cette formule chimique 




S -|- ^0 (soufre et potasse), ce mot ne s'emploie plus 
guère à l'Ecole. 

A-t-on voulu, par cette expression, comparer l'état du 
cerveau en travail à l'eflervescence du potassium quand 
il s'unit à l'oxygène ? Mystère I Ce qui est certain c'est que 
l'épithète de joofawenr n'est pas toujours flatteuse; bon 



l'argot de l*x. 253 

nombre de polytechniciens affectent de peu travailler, afin 
de faire valoir surtout leur intelligence. 

Poulet (coop do). — Le premier jeudi qui suit la 
rentrée, il est d*usage de chiper le poulet des conscrits. Les 
ans pénètrent dans les réfectoires avant Theure du repas, 
s'emparent des poulets déjà servis sur les tables et les 
emportent. La chose est tellement entrée dans les mœurs 
que le m&gnan a soin, ce soir-là, de tenir en réserve des 
portions d'anhydre prêtes à être servies aux conscrits 
privés de rôti. 

Pouletoscope. — Petit instrument appelé aussi galli- . 
noscope^ destiné à distribuer, par voie de roulement, les dif- 
férents morceaux du poulet qui sera découpé au repas du 
soir. Il y a deux poulets par table de dix. L'instrument se 
compose d'un cercle mobile divisé en cinq secteurs égaux 
portant chacun Tindication d'une des portions (la carcasse, 
les deux pattes, les deux ailes) et se mouvant devant un 
cadran fixe sur lequel sont inscrits les noms des dix élèves 
de la table. L'instrutnent fonctionne en salle tous les 
jeudis soirs et avance d'une division par semaine. 

Poulot. — Lejeuneduc d'Orléans, fils de Louis-Philippe, 
suivit pendant quelque temps les cours de l'École en qualité 
d'auditeur externe. On l'appelait le Grand Poulot Lors de 
la fête polytechnicienne qui fut organisée au lendemain des 
trois glorieuses, il assista au banquet offert par tous les an- 
ciens élèves à leurs jeunes camarades dans l'orangerie du 
Louvre, le 17 août 1830, assis en face du doyen d'âge de la 
première promotion, Sainte-Aulaire, de l'Académie fran- 
çaise. Au dessert, il prit la parole en ces termes : « Je suis 
fier d'être le condisciple des élèves qui ont pris une part si 
glorieuse à la défense de nos libertés. Ils ont su, par leur 
patriotisme, diriger le zèle des concitoyens en même temps 



254 l'argot de l'x. 

que, par leur amour de Tordre, ils ont contribué à maintenir 
Tordre de la capitale. Je suis fier d'être auprès d'eux Tin- 
terprète de la France et je propose ce toast : « Aux élèves 
de TÉcole polytechnique, qui ont concouru d'une manière 
si puissante à la défense de nos libertés nationales ! » 

Pourrat. — Jadis quand on voulait procéder à sa 
toilette au casert^ il fallait remplir d'eau sa cuvette au ro- 
binet du corio. C'est le général Pourrat, Tun des com- 
mandants les plus aimés, qui a introduit l'usage du pot 
à eau, appelé depuis le pourrai. Il ne prévoyait pas que 
cet ustensile de toilette serait d'un emploi précieux pour 
jodoter les camarades par les fenêtres, pour remplir d'eau 
les bottes des conscrits^ ni surtout qu'il servirait d'arme 
dans les combats singuliers, lorsque pendant Tété deux 
adversaires, en costume d'Adam, munis chacun A'un pourrat 
s'avancent Tun sur l'autre à un signal convenu et s'asper- 
gent du contenu en même temps que leurs voisins. 

Le pot à eau s'appelant le pourrat^ la cuvette placée en 
dessous devait forcément s'appeler Yhypopourrat, 

Prolongée. Rallong^e. — ha prolonge est la prolonga- 
tion de sortie que le général, dans certaines circonstances, 
accorde aux élèves le mercredi ou le dimanche soir, pour 
leur permettre d'aller au théâtre. Ce jour-là, l'heure de la 
rentrée, ordinairement fixée à dix heures, est reculée jusqu'à 
minuit quarante-cinq. 

Il y a toujours prolonge les jours de fête, les jours de 
revue ou d'inspection, et à l'occasion de quelques cérémo- 
nies traditionnelles, par exemple le premier dimanche qui 
suit l'élection des caissiers^ le jour de la réunion de la 
Société amicale... 

La rallonge est la prolongation du temps de liberté par 
Tautorisation de sortir le dimanche matin avant huit heures, 
Theure habituelle. Sur une demande spéciale, le général 



l'argot de l*x. 255 

permet presque toujours de sortir dès six heures du 
matin. 

Autrefois la rallonge avait lieu de droit le jour de Noël. 
L'hiver, à cette heure matinale, comme on ne savait que 
faire, on se rendait au Jardin des Plantes faire dégueuler 
Tours. On jetait à Martin des morceaux de pain remplis de 
tabac ; le résultat attendu ne tardait pas à se produire. 

La rallonge est encore la permission de ne rentrer, les 
dimanches d*été, qu*à onze heures au lieu de dix. 

Les sorties libres du dimanche et du mercredi n'ont pas 
toujours été autorisées. Sous le premier empire on ne sor- 
tait que le dimanche. Au commencement delà Restauration, 
le roi s'était prononcé formellement contre les sorties 
libres; il avait essayé d'introduire à l'École l'usage des pro- 
menades communes, l'après-midi du mercredi et du 
dimanche, comme dans les pensions ; mais en 1817 ces 
promenades furent supprimées, les élèves ayant refusé de 
s'y rendre ; le duc d'Angouléme fit substituer à la pro- 
menade du mercredi une sortie générale. Le dimanche 
matin on allait à la messe et la sortie n'était libre que de 
une heure à six heures et demie du soir. 

A la rentrée de 1830 les élèves obtinrent de sortir tous 
les jours, mais cet abus cessa bien vite ; eux-mêmes se 
déclarèrent satisfaits de pouvoir disposer de la journée 
entière du dimanche et de la soirée du mercredi. 

Promo. — Abréviation de promotion, A l'École poly- 
technique les promotions ne sont pas baptisées chaque 
année, comme à Saint-Gyr, d'un nom particulier; rien ne 
distingue les camarades d'une promotion de ceux d'une 
autre promotion. 

Tout polytechinicien est le cocon^ le conscrit^ V ancien ou 
Vantique d'un autre polytechnicien ; il n'existe pas d'autre 
titre ou appellation distinctive. 

Les promotions sont désignées toutes par la date de 



256 l'argot de l'x. 

Tannée de Tadmission. Quelques-unes, il est vrai, ont con- 
quis un peu plus de célébrité : 

Et d*abord la premère promotion (1794), « joyeuse cons- 
cription » des hommes de vingt ans appelés aux hautes 
écoles créées par la Convention, qui produisit tant d'hom- 
mes remarquables tels que le comte de Sainte-Aulaire, Biot, 
le marquis de Chabrol, de Chézy, Choron, Héron de Ville- 
fosse, Liautard, Malus, Poinsot, Rohault de Fleury, Sédil- 
lot, Valkenaer ; 

La promotion de Tan VI dont le directoire, à la suite de 
Taffaire du théâtre des Jeunes Artistes (1), ordonna une épu- 
ration générale qui se borna au renvoi de quatre élèves ; 

La promotion de 1804, dont le major était Arago, qui 
inaugura le régime du casernement et reçut le drapeau de 
l'École ; 

Les promotions de 1812 et 1813 qui s'illustrèrent à la 
défense de Paris le 30 mars 18l4,à la barrière de Vincennes ; 

La promotion de 1815, qui fut licenciée par le gouverne- 
ment de la Restauration ; 

Les promotions de 1828 et 1829, qui prirent une part si 
active aux trois glorieuses journées de juillet 1830 et con- 
tribuèrent puissamment à la popularité de l'École ; 

Les promotions de 1847 et 1848 qui essayèrent de se jeter 
entre les combattants, aux journées de Février, pour arrêter 
l'effusion du sang. 

En 1870 on a donné le nom de promotion de Parw, au 
petit groupe de quinze ou seize conscrits qui vinrent se 
présenter à l'École aussitôt après la publication de la liste 
d'admission, et qui, immédiatement habillés, équipés, furent 



(1) Quelques élèves, alors externes, couraient le soir les salles de 
spectacle et tournaient en ridicule les chants patriotiques. Un soir, 
au théAtre des Jeunes Artistes, il y eut des coups échan^s entre 
les spectateurs et plusieurs élèves furent arrêtés. Après répuration 
qui suivit, les élèves durent porter un miiforme. 



l'argot de l'x. 257 

envoyés à l'instruction militaire avec les anciens élèves. 
Le restant de la promotion 1870, convoqué à Bordeaux, où 
rÉcole avait été rouverte le 4 janvier 1871, fut désigné par 
Serret lui-même, le directeur délégué, sous le nom de pro- 
motion de Bordeaux ; il resta dans cette ville jusqu'au 
12 mars, date à laquelle tous les élèves de la promotion 1870 
furent invités à se rendre à Paris. 

Un signe distinctif caractérise cependant les deux pro- 
motions qui prennent place en même temps sur les bancs de 
l'École. C'est la couleur de la grenade du col du berry 
et du liséré du képi d'intérieur. 

Pour l'une, la promotion de millésime pair, cette cou- 
leur est rouge, c'est la promo rouge ; — pour l'autre la 
couleur est jaune, c'est la promo jaune. 

Pendant la période de Y absorption^ du bahutage^ la cou- 
leur de lapromo des conscrits est, bien entendu, le prétexte 
des plaisanteries les plus saugrenues. Sales jaunes I disent 
les anciens, prédisant à leurs conscrits toutes sortes d'infor- 
tunes conjugales pronostiquées par la couleur du g&lon, Sales 
rouges /disent les jaunes, l'année suivante, cherchant à faire 
des allusions à des opinions politiques que personne n'a 
songé à manifester. C'est à l'occasion de ces luttes byzan- 
tines où les partisans du jaune ou du rouge défendent cha- 
cun leur couleur, qu'on voit essayer quelquefois le coup du 
disque. Au risque de se rompre vingt fois les os, un cons- 
crit, gymnasiarque habile, grimpe sur le faîte de l'amphi- 
théâtre de physique au-dessus duquel brille le disque qui 
sert à régler le sextant et le peint de la couleur de sa pro- 
motion. Le rouge triomphe jusqu'à ce qu'un ancien plus 
audacieux armé d'un pinceau jaune risque à son tour 
l'escalade. 

D'enragés statisticiens, jaloux d'établir la supériorité de 
l'une des couleurs, se sont amusés à compter le nombre des 
hommes considérables qui ont appartenu aux promotions 
jaunes et aux promotions rouges. Les sommes se sont trou- 

17 



258 



L ARGOT DE L X. 



vées égales. L'antique arrivé à la plus haute situation, le 
président de la République, aurait pu faire pencher la ba- 
lance; mais ayant été obligé pour cause de maladie, de 
passer trois années à TÉcole, il est à la fois jaune et rouge I 
Il n'y a que deux promotions présentes en même temps 
à l'École. A l'origine et jusqu'en 1800, il y en avait trois. 
A partir de cette époque ce ne fut que d'une manière 
exceptionnelle qu'un élève pût passer trois ans à l'École, 
dans le cas, par exemple, où une grave maladie l'aurait 
tenu longtemps éloigné de ses études. 

Prosper (la). — Sur la petite place Sainte-Geneviève, 




parmi les vieilles maisons, tristes, sales, aux façades obèses, 
au milieu des hôtels borgnes qui dessinent une circonférence 
autour de la fontaine, s'ouvre juste en face du portail de 
l'Ecole, un mannezingue^ en même temps débit de tabac. 
La Prosper est la femme ou la fille du mastroquet, du 
troquet^ qui se tient au comptoir, pèse les cornets de 
tabac et distille les « perroquets » aux charbonniers d'alen- 
tour. Mère Moreau du quartier Mouffetard dont le nom 



L* ARGOT DE L*X. 259 

change à mesure que les mastroquets se succèdent (elle 
s'appelait autrefois la Leblanc)^ elle reste célèbre par Tin- 
térêt qu'elle porte à la jeunesse savante. Au premier étage 
de son établissement, une salle étroite et basse à laquelle 
conduit un escalier crasseux, enroulé en pas de vis, est 
réservée aux polytechniciens. 

C'est là que les X viennent, la porte de l'École à peine 
franchie, se débarrasser du claque d'ordonnance pour 
coiffer le képi plus commode et plus militaire ou bien pour 
se débarrasser du grand manteau gênant ou de la pèlerine 
inutile. C'est là que les dimanches d'été, pressé de courir 
à Asnières ou à Bougival, celui qui ne veut pas qu'on 
reconnaisse son uniforme, vient revêtir la tenue bour- 
geoise plus propice aux discrètes équipées. C'est là que 
tous les mercredis et dimanches soir, au moment de la ren- 
trée, l'élève qui tient à ne pas être en retard, mais qui veut 
jouir jusqu'à la dernière seconde de son temps de liberté, 
s'arrête et savoure une « prune à l'eau-de-vie », l'oreille 
tendue vers l'horloge du Pavillon, jusqu'à ce Tqne le 
premier coup de dix heures donne le signal de la re- 
traite. 

Au commencement de l'année, lors des premières sorties 
des conscrits, la Prosper fait là des affaires d'or. On se 
presse, on se bouscule, on s'étouffe dans sa petite salle. Les 
anciens^ et souvent les antiques^ les élèves des ponts, des 
mines, les sous-lieutenants élèves, les bleaux^ y entraî- 
nent les conscrits, pour prendre une prune à leurs frais. 
Les conscrits ont ces jours-là comme un avant-goût de l'ai- 
sorption. L'apparition de chacun d'eux en haut de l'escalier 
est saluée par des trépignements. « Un conscrit 1 un cons- 
crit I » vocifèrent les anciens sur l'air des Lampions et le nou- 
veau venu est saisi, enlevé, pressé de questions baroques, 
harcelé de plaisanteries, tourmenté par toutes sortes de scies 
traditionnelles. Alors des rondes s'organisent et au milieu 
des rires, des chants, des hurlements, des cris d'animaux, 



260 l'argot de l'x. 

des bocaux entiers de prunes disparaissent à la grande satis- 
faction de la Prosper. 

Patz. — Nom donné à la marquise formant abri sur le 
côté nord delà cour de récréation, et dont on doit la cons- 
truction au colonel d'artillerie Putz. Sous le putz on se 
promène par les temps de pluie, on s'étend à Tombre pen- 
dant Tété : c'est là qu'on fait asseoir les conscrits quand on 
veut procéder à une salade de leurs bottes dans la cour. 

Par extension on appelle jdu^z un abri de quelque nature 
qu'il soit. 





Quarantaine. — La plus sévère des pénalités infli- 
gées par les élèves à un de leurs camarades. 

Elle doit être votée par les trois quarts des voix ; sa durée 
peut être fixée tout de suite à la majorité absolue, ou bien 
être indéterminée, alors la peine peut être révoquée par les 
trois quarts des voix. 

Les communications avec les élèves en quarantaine sont 
interdites, à moins qu^elles n'aient rapport aux cours, aux 
colles^ ou aux besoins du service. 

Les élèves en quarantaine n'ont pas le droit de lancer de 
topos^ ni d'écrire sur ceux qui passent ; leurs cocons de salle 
doivent faire respecter cette défense. Ils ne votent pas, 
ils ne peuveiît faire partie du bureau de bienfaisance, ils ne 
participent à rien de ce qui est collectif; ils ne payent pas 



262 l'argot de l*x. 

les quêtes, ils sont sèches du bal de TÉlysée, etc. A l'exté- 
rieur on ne doit pas avoir de relations avec eux dans les 
théâtres, cafés, promenades, etc., mais ils ne sont pas sèches 
de salut. 

Il leur est interdit d'aller chez la Prosper et autres lieux 
de réunion des élèves. 

Si la quarantaine doit se prolonger aux Écoles d'appli- 
cation, elle comporte des dispositions analogues, notam- 
ment à Fontainebleau, où l'élève en quarantaine n'a pas 
de binôme. 

Tant que la quarantaine n'est pas levée, les coupables 
n'assistent pas aux dîners de promotion. Un camarade qui, 
en violation de la quarantaine, entretiendrait des relations 
suivies avec le coupable serait puni lui-même de la qua- 
rantaine. 

Q. de B. — Abréviation du nom de M. Quesnay de 
Beaurepaire, le très sympathique professeur de dessin, an- 
cien offîcier d'infanterie dont le crâne, dénudé, porte 
une cicatrice caractéristique, suite d'une glorieuse blessure 
reçue en Crimée. Il est très aimé des élèves qui l'appellent 
encore le pitaine Godet. 

QQ. — Abréviation du mot quelque et du mot quel- 
conque. En prenant des notes, le polytechnicien, afin 
de gagner du temps, remplace toujours les mots quelque 
et quelconque par les lettres qq. Ces abréviations de 
l'écriture ont été étendues au langage et l'on dit couram- 
ment : « J'ai été faire qq visites. » Le provincial demande son 
chemin à un fumiste qq^ c'est-à-dire à unpékin quelconque. 



^1^ 




Rabiot. — Mot de l'argot vulgaire qui signifie rogner ^ 
prendre des restes^ et par extension avoir un gain inat- 
tendu. 

Rester quelques jours à TEcole, après le départ des ca- 
marades, parce qu'aux examens de sortie on a obtenu une 
moyenne insuffisante, est le plus désagréable des rabiots ! 

Ceux qui ramènent la note 4 à un examen ont quinze 
jours de rabiot. 

Rat. — Etre rat^ c*est être en retard. D'où vient ce mot 
curieux ? voici. L'escalier qui débouche dans le corridor 
des salles d'études se ferme par une haute porte grillée. Le 
matin, après la troisième sonnerie du réveil, le basoff se 
tient à cette porte, son carnet à la main. Un clairon est à 



264 



L ARGOT DE L X. 



côté de lui, prêt à sonner et à fermer la porte. Tant que 
rhorloge du Pavillon n*a pas sonné six heures et demie, les 
enragés dormeurs qui se sont levés à la dernière minute 
dégringolent l'escalier à moitié vêtus ; au moment précis où 
rheure sonne, le clairon donne un coup de langue et pousse 
la grille : les retardataires sont pris comme des rats dans 
une souricière et punis de consigne. 

Le mercredi soir, ou le dimanche 
.dml^. soir, ils ont peur d'être rats ces 

polytechniciens qu'on rencontre 
du côté du boulevard Saint-Michel, 
pressant le pas, courant pour gra- 
vir la rue de la Montagne-Sainte- 
Geneviève, quand le premier coup 
de dix heures frappe aux hor- 
loges du quartier ; car au der- 
nier coup, la porte d'entrée se 
ferme. 

Le rat signe son nom sur la 
feuille du sergent-major, et, 
suivant le dicton : 

C'est là qu'on signe et alors c'est 2a consigne. 

Cette signification de retard a fait étendre ensuite le 
mot rat à toute circonstance dans laquelle on n'arrive pas à 
temps, dans laquelle on manque son but. Ainsi, celui-là 
est rat de botte qui, ayant pioché jusqu'à la fin pour obtenir 
les services civils, n'a pas réussi à y être classé. Celui-là 
est rat de sape qui, ayant demandé le génie, n'a pas pu 
l'obtenir à cause de son numéro de classement. 

On a fait également le mot ratifier signifiant mettre quel- 
qu'un en retard, le faire rat^ et dératifier ^ c'est-à-dire faire 
en sorte qu'il ne soit pas rat. 




Récré. — Abréviation de récréation. Il y a trois récréa- 



L ARGOT DE L X. 



265 



lions par jour : de huit heures à huit heures et demie, de onze 
heures et demie à midi et de deux à cinq heures. L'été, au 
moment du temps de pioche^ une courte récréation à l'heure 
du frais coupe agréablement Tétude du soir et permet, 
avant de regagner le casert^ de griller quelques sèches 
dans la cour. 

A la récréation du matin il est de mode, aux premiers 
jours de la rentrée, d'envahir la salle de jeu des conscrits, 
de grimper sur les billards, et d'entonner en chœur toute 
la série des chansons de T Ecole en marquant la mesure à 
coups de talon, tandis que vingt bras armés de queues de 
billard frappent à coups redoublés sur la tôle du poêle, sur 
les panneaux vitrés de la salle, accompagnant le refrain d'un 
étourdissant charivari. 

U Artilleur^ le Bel Alcindor, V Esprit-Saint^ Si les 
femmes savaient le théorème de Rolle, ou bien Qu'ils sont 
heureux les chiens ! tout le répertoire y passe. 




i \ I Mil I î| ' "jiii' ^TT'l ' I II ] î 

Ifik imsMUk 'Ir lliin.lf^ Yai\.-iit un priitm. nier Y avait un pn. mu . nier II 



Le plus souvent, c'est une sorte de litanie comme celle- 



ci : 



\tmn" - OMi i|ur jr »oi» h fii . sfr %• . 



f n j, ji i j ' h' 1 1 ' I ' ' ^ ' 1 1 1 1 1 

.Im.I» Pie. lit J^an. haiiits*- nwi que j^ ^oi^ la Ai. ser mi . 1er 



OU bien encore la scie non interrompue de A o^reamoareiix 
Colin : 



266 



L ARGOT DE L X. 



Lr lr«KlmiaMi4iWK iVpm mi.di N^treamouma vnri an lo .p» 



Plfin 4p tea4ma»4'M . p*ir H i'aoMNr Phire à R4.nMt te «aw. 




Et la chanson recommence indéfiniment. 

Depuis 1889, sur Tinitiative du directeur des études, 
M. Mercadier, on donne aux élèves une récréation de 
onze heures et demie à midi, pendant laquelle on distribue 
un morceau de pain avec, depuis 1892, un verre de vin. 

Pendant la longue récréation de l'après-midi, les élèves 




se rendent, à leur guise, dans la cour, dans les salles de 
jeu ou à la bibliothèque. Les fanatiques du billard prennent 



l'argot db l*x* 267 

à peine le temps de manger pour arriver les premiers, car 
il n'y a que deux billards par promotion et le nombre des 
amateurs est grand. Les échecs, les dames, les dominos, 
sont moins recherchés; les jeux de cartes et de hasard sont 
interdits... théoriquement. 

Les promeneurs tournent en cercle dans la cour, mar- 
chant d'un pas précipité, causant de la sortie prochaine, 
de la colle qui les attend; ils tournent toujours dans le 
môme sens, le sens direct des astronomes, celui des 
aiguilles d'une montre et font un certain nombre de deux pi. 

Pendant l'été, les flâneurs s'étendent en plein soleil sur 
le gravier, lézardent ou cristallisent sur les bancs de la 
véranda. 

Les amateurs de musique s'enferment dans les binets soit 
pour étudier seuls, soit pour organiser des concerts ; l'exé- 
cution en est parfois excellente, car les polytechniciens, en 
leur qualité de mathématiciens, adorent la musique. Les 
amateurs de chant, le jour de la leçon de Chevé, emplissent 
l'amphithéâtre et les danseurs se pressent à Vamphi-danse 
à la leçon du père Fischer. 

Une partie de la récréation est d'ailleurs prise par les 
exercices militaires, la manœuvre d'artillerie, la gymnas- 
tique, les tirs réduits, l'équitation et l'escrime. C'est pen- 
dant ce temps, tous les jours, que le parloir est ouvert. 

Ce n'est pas trop de trois heures données auxjeux, à la 
promenade, aux exercices ou aux distractions diverses, pour 
reposer l'esprit et prendre de nouvelles forces. 

Récréatif (le). — Le Récréatif était un journal 
hebdomadaire, composé à l'Ecole, qui parut du mois de 
janvier au mois de mai de l'année 1832. Les auteurs re- 
mettaient leurs articles au gérant responsable, qui les 
appliquait sur les quatre côtés d'une grande feuille in- 
folio et le journal était constitué ; il se transmettait de salle 
en salle. 



268 



L ARGOT DE L X. 



La première page contenait un article sur la politique ; les 
sujets les plus graves de la semaine, tels que Tarrestation de 
la duchesse de Berry, l'expédition d'Ancône, le choléra, 
y étaient traités d'une manière concise et autoritaire ; deux 
pages étaient consacrées à la littérature, à un roman histo- 
rique, inspiré par la Notre-Dame de Paris de Hugo, ou 
bien à un roman sentimental, imité des premiers ouvrages 
de George Sand. La quatrième page recevait les nouvelles, 
farces, charades, etc. Il y avait presque toujours un sup- 
plément contenant des dessins ou de la musique. Penguilly 
THaridon, qui fut plus tard un peintre de talent et qui 
devint conservateur du musée d'artillerie, en était le princi- 
pal dessinateur. Ses dessins à la plume étaient remarquables. 

Réfec. — Au sous-sol du pavillon^ sont de grandes 
salles voûtées qui s'ouvrent sur un corridor sombre courant 




tout le long de la façade ouest, et qui prennent jour d'un 
seul côté sur la cour des laboratoires : c'est le réfectoire, 
le réfec. Depuis 1871, les promotions ayant été plus que 



l'argot de l'x. 269 

doublées, on a joint à ces salles basses un grand rèfec 
sous Tamphithéâtre de Vannexe, Des tables massives à 
dessus de marbre commun, des bancs de bois, de petites 
armoires pour les couverts, des casiers pour les serviettes, 
en composent tout l'ameublement. Sur la table à dix places 
point de nappe, des assiettes de porcelaine grossière, deux 
carafes et une bouteille énorme, un vase en métal, le 
cahours^ pour recevoir les restes. 

On se rend trois fois par jour au réfec : pour le repas du 
matin, à huit heures et demie ; pour le dîner, à deux heures 
de l'après-midi ; pour le souper, à neuf heures du soir. 

Le repas du matin se compose de lait ou de fromage avec 
une tasse de café noir; à deux heures, potage, viande et 
légumes (bœuf anhydre et pommes de terre frites)^ dessert ; 
enfin à neuf heures du soir un rôti avec le légume ou la 
salade. Le dimanche matin, par exception, on sert soit un 
beefsteak, soit une omelette, soit du pâté et l'on distribue 
du vin. L'administration laisse se perpétuer la légende 
d'après laquelle la veuve de l'illustre Laplace aurait légué 
une somme d'argent dont la rente assurerait la dépense d'un 
plat supplémentaire le dimanche ; pour tous les polytech- 
niciens il est entendu que le dimanche on sert le beefsteak, 
ou la côtelette de madame Laplace. 

Reiset. — Nom donné aux gants de laine brune sem- 
blables à ceux qu'on fait porter l'hiver aux fantassins pen- 
dant la manœuvre et, qu'à la demande du commandant 
Reiset, on a donné aux élèves pour l'exercice du fusil au 
moment du froid. 

Du temps où le commandant était inspecteur des études, 
on lui faisait chanter à la séance des Ombres : 

Je suis Reiset, un artilleur, 

Un camarade, 
J* sais piquer le laïus du cœur 

Bien mieux qu' Palmade. 



270 l'ahgot de l*x. 

Je n' cesse d'exhorter la promo 

A la sagesse, 
Et j' n'ai jamais chipé d' topo 

Venant d' la c&Use. 



Quand on me ratifie d' poulot 

Je m' laisse faire. 
Je rougis à Vamphi-pomo 

Comme une rosière. 

Chez Jordan, j' prends un air navré 

Pour qu'on »* musèle 
J' fais semblant d' croire qu' c'est arrivé 
Mais j' fais pas d' zèle. 



RUTsult. — Petit carton qu'on place sur les genoux 
pour prendre plus commodément des noies à Vamphi^ et 
qui fut donné aux élèves par le colonel RifTault, directeur 
des études, devenu plus tard général et commandant de 
l'École. Un carton du même genre et ayant le même objet 
a détrôné le riffault', on l'appelle le pierre^ du nom d'un 
capitaine du génie qui l'a imaginé. Un riffault est un petit 
salanson (Voy. ce mot). 

Rlpston. — Synonyme de tailleur. Le mot vient d'un 
certain Ripaton, portier de la Conciergerie, qui se char- 
geait des raccommodages. On en a fait dériver ripatonner 
et ripatonnage. Le mot a beaucoup vieilli ; il s'employait 
aussi souvent au figuré et l'on ripatonnait un camarade 
découragé par des paroles consolantes. 

Rond. — C'est le second degré des pénalités qui peu- 
vent être édictées par les élèves contre un de leurs cama- 
rades. Le rond est décidé par les deux tiers des voix. Quand 
le vote est acquis, le major des anciens demande au capi- 
taine de service l'autorisation de réunir les deux promo- 
tions à l'amphithéâtre. Le coupable est amené; on lui 
reproche sa faute, puis on se sépare en silence. 



l'argot de l'x. 



271 



Rosto. — Le général Rostolan est le seul officier 
général sortant de Tarme de l'infanterie, qui ait commandé 
l'École. Outre le souvenir d'une sévérité terrible, ilamarqué 
son passage (1844-1848), par la pose dans la cour de ré- 
création, entre les deux salles de billard, d'un bec de gaz 
destiné à allumer les pipes. Ce bec |de gaz s'est appelé le 
rosio et, depuis on donne le nom de rosto à tous les becs 
de gaz imaginables. 

Dans les salles d'étude on fait le chocolat du matin, le vin 
chaud, à la flamme du rosto; quand 
on projette quelque vacarme » ie 
soir, dans les caserts^ on com- 
mence par éteindre les rostos 
des corridors. L'agent chargé 
de l'allumage des becs s'ap- 
pelle le pitaine ou le colo 
Rosto. Il n'est pas rare, dans 
les familles polytechniciennes 
où l'argot se conserve 
quelquefois, d'entendre 
la maîtresse de la maison 
dire au domestique : « Al- 
lumez les rostos ! » 

Le coupyu rosto [est un amuse- 
ment assez en faveur. Il consiste à dévis- 
ser un bec de gaz, puis à souffler fortement dans 
a conduite : immédiatement le gaz s'éteint dans toutes 
les salles voismes qui, se trouvant tout à coup dans l'obscu- 
rité, entonnent un pompier formidable. 

Parmi les publications drolatiques qui s'éditent à l'École 
Il faut signaler le Rosto, rédigé par les élèves avec une fan- 
taisie abracadabrante. 

Roogre (la). - Ficelle rouge. Au commencement du 
mois 1 administrateur distribue une pelote de rouge à 




272 L ARGOT DE L X. 

chaque salle. Pourquoi faire ? Elle ne Ta jamais dit. Les 
élèves Tutilisent pour la course des rouges^ sport d'un 
genre tout particulier qui se pratique le plus souvent vers 
la fin de Tétude du soir et qui a le privilège de réveiller 
les dormeurs. 

Des ficelles rouges, légèrement mouillées, puis collées 
au plafond au moyen de boulettes de papier mâché, pen- 
dent au milieu de la salle d'étude en dessinant des courbes 
capricieuses. Chacun choisit sa ficelle, les paris s'engagent, 
et, au signal donné, un starter allume tous les bouts en 
même temps. Les flammes s'élancent, grimpant le long des 
fils, parfois vives, claires, rapides ; d'autres fois, hésitantes, 
pleurardes, presque défaillantes. Toute la salle, le nez en 
Tair, tourne autour des ficelles, appréciant les chances 
probables, prodiguant l'éloge' aux plus ardentes, accablant 
de reproches celles qui languissent. La course est fertile en 
émotions : celui-là gagne, dont la rouge arrive la première 
à brûler intégralement. (Gleize, Chers camarades.) 

Rouspétance. — Synonyme de petite opposition. 
Font de la rouspétance les conscrits qui, durant la période 
des brimades, n'obéissent pas aveuglément aux ordres des 
anciens, qui refusent de donner leurs godets, leurs règles, 
leurs boutons de berry, etc., ou même de se laisser tra- 
duire à la séance des cotes. Les anciens ne plaisantent pas 
sur ce chapitre et se montrent parfois sévères pour les 
conscrits qui veulent rouspéter. 








Salade de bottes. — Pendant la nuit, des anciens se 
glissent adroitement dans les caserts des conscrits, enlèvent 
toutes les bottes et les rapportent chez eux. Le matin, 
quelques minutes avant la diane, toutes les bottes sont 
jetées par les fenêtres et forment dans la cour, quelquefois 
sur les toits, une immense salade] le conscrit ahuri a bien 
du mal à retrouver son bien. 

La salade de bottes se fait quelquefois pendant la récréa- 
lion. Les anciens font asseoir les conscrits le long de la 
salle d'armes, sous la marquise, leur enlèvent leurs bottes 
qu'ils entassent pêle-mêle, en une montagne, au milieu de 
la cour. Pour peu que la salade soit faite quelques minutes 
avant la rentrée en études, on imagine l'embarras du cons- 
crit partagé entre le désir de retrouver sa chaussure et la 
crainte de piger une consigne, 

18 



274 



L ARGOT DE L X . 



Salanson. -^ Le général du génie Salanson a laissé les 
meilleurs souvenirs à TEcole. Il s'était efforcé de faire re- 
vivre les traditions anciennes, en réunissant souvent dans 
ses salons les fonctionnaires civils et militaires, dont il 
savait, avec infiniment de tact, faire valoir les mérites 
respectifs. Il fît donner aux élèves, en 1876, un grand car- 
ton pouvant remplacer la planche à dessin. Ce carton, 
sur lequel on doit piquer la feuille de papier, c'est le 
salanson. Il sert surtout de table d'échiquier, de damier, 
de jeu de marelle et de toutes sortes de jeux auxquels le 
donateur n'avait certainement pas songé. Pour faire le 
mort dans le désert ou à Vamphi^ on le trouve certaine- 
ment bien préférable à la planche à dessin ; quand on 
taille un petit Aac, ce qui arrive de temps en temps, le 
banquier le tient sur ses genoux et l'appuie contre la 
muraille, les autres joueurs sont 
(li'hnut; ce n'est pas très com- 
rtinfle, mais on ne fait pas debruit, 
et il est aisé de reprendre vite 
une pose de travail, en cas d'alerte. 

Salle. — Par salle^ on 
entend la salle d'étude. 
C'est là qu'on passe la plus 
grande partie de son temps. 
Le matin, depuis le réveil 
jusqu'à 8 heures et de- 
mie ; après ïamphi, depuis 

10 heures et demie jus- 
qu'à 2 heures, sauf de 

11 heures et demie à 
midi ; enfin, le soir, de 
5 heures à 9 heures ; soit, 
près de dix heure? par 
jour. 




L ARGOT DE L X. 



275 



A 6 heures et demie du matin et à 5 heures du soir, 
au coup de baguette, il faut être debout, à sa place, 
en tenue régulière, prêt à répondre à l'appel du basoff; 
puis, chacun est libre de piocher. C'est ce que tout le 
monde fait dans les premières semaines, qui Vamphi^ qui 
ïépure^ qui la colle ou le IaÏus^ tous visant la j&o^^e. Mais ce 
beau zèle dure peu ou, du moins, il ne saurait être continu. 
Il faut bien laisser prendre au cerveau surmené un peu de 
repos. Après le premier classement, beaucoup ont définiti- 
vement renoncé à la botte : alors ils s'ingénient à trouver la 
manière la plus agréable de tuer le 
temps à passer dans les salles. 

Le matin, les uns procèdent à 
leur toilette, les autres conti- 
nuent le sommeil interrompu, 
ou bien ils confectionnent le dé- 
jeuner, fait tantôt de chocolat, 
tantôt de café, sur le rosto. 

Puis, on cause, on pique le 
bouquin^ on joue aux cartes, 
on va flâner dans les corridors, 
faire un bout de causette dans les salles voisines, une 
balade aux longchamps. Parfois on taille une bavette 
générale, ce qui permet une courte halte dont tous les 
travailleurs ont besoin ; le dos tourné à la table, les mains 
dans les poches, on donne son avis sur le topo qui passe, 
sur les questions soumises au vote des promotions. 

Le soir, c'est, pour quelques-uns, le moment des bonnes 
farces : le flambage d'un piocheur, la course des rouges^ 
ou les longues parties de whist dans le désert. Le basoff 
qui passe dans le corridor n'y voit rien. Quel guignon, s'il 
entend du bruit î alors il frappe avec sa clef aux vitres de 
la porte, c'est une consigne à schicksaler^ et de la prison 
pour les joueurs. 

Les salles d'étude sont au rez-de-chaussée et au premier 




. l» J^-V J. i.iL« _ 



276 l'argot de l'x. 

éta^e du pavillon ; elles s'ouvrent toutes sur le couloir 
central par une porte à loquet, vitrée dans le haut, pour 
permettre la surveillance. Au-dessus des deux lonj^ues 
tables-bureaux adossées aux murs, chaque place est mar- 
quée par un vaste casier pour les cartons [bussy) sous lequel 
se trouve une étagère pour les livres [hypo-hussy)^ un bec 
de gaz articulé (rosto). A droite 
et à gauche de la porte d'en- 
trée des encoignures plus ou 
moins larges et plus ou moins 
î dissimulées forment désert, 
^< On a mis d'un côté le ta- 
^ bleau noir, de l'autre la bi- 
• ^ bliothèque de la salle ; dans 
un angle, le corio ; au mi- 
lieu, la banale ; vis-à-vis la 
porte d'entrée, une large fe- 
nêtre munie d'un store [zur- 
lin) donnant sur la grande 
cour ou sur la cour de gym- 
nastique. La salle a tantôt huit, 

- - tantôt dix places; la meilleure, 

près de la fenêtre, appartient de droit au chef de salle; les 
autres sont tirées au sort ; devant chacune se trouve un 
bouret (tabouret). 

Certaines salles ont une désignation particulière : 
celle-ci est la salle Major ^ — cette autre est la salle des 
Caissiers. 

Une salle avait jadis imaginé de faire du commerce et de 
vendre à prix réduits, aux cocons de la promotion, des den- 
rées et du tabac ; elle a été naturellement supprimée le jour 
où un bureau de tabac a été installé à l'intérieur de l'Ecole. 
Certaines salles sont par hasard composées d'élèves plus 
zélés que partout ailleurs : on les cite ; une année, on disait 
vinglhuiter au lieu de chiader^ parce que cette année-là 




l'argot de l'x. 277 

la salle 28 ne renfermait que des aspirants bottiers. 

La. salle Schicksal assure les cocons qui redoutent d'être 
appelés à la planche. Moyennant une prime de dix cen- 
times versée quelques minutes avant ïamphi^ elle s'engage 
à payer à l'assuré qui serait schicksalé par le professeur 
une petite fortune montant à une dizaine de francs, fortune 
avec laquelle il oubliera à la sortie prochaine l'ennui qu'il 
a ressenti à' cire sec devant la promotion réunie. 

Telle salle a des musiciens, instrumentistes ou chan- 
teurs; le soir, la fatigue venue, elle donne une repré- 
sentation musicale à laquelle assiste une partie de la 
promotion, tassée dans l'étroit réduit. Si le basoff sur- 
vient on se dissimule sous les tables ou bien on se cache 
le visage afin de ne pas être repéré et par suite sévèrement 
puni. 

Certaines salles avaient jadis l'habitude de se donner un 
surnom pour signer les topos afin d'éviter la consigne dans 
le cas où ils tomberaient entre les mains des basoffs. Notre 
camarade de Rochas nous signale quelques-uns des surnoms 
adoptés en 1857. On remarque les salles t/6BaO (des syba- 
rites) ; «pR (fière) ; ^(/) (fidèle); y lOOpc (qui s'embête 
assez) ; / KO (qui potasse) ; medds (aimée 

des déesses) ; J:rRp (des pierrots) ; - (afisoii 

a 

pie) ; des 8 a^d (des huit affidés) ; etc. 
La salle ^ (/), la salle Fidèle, a au- 
jourd'hui une certaine célébrité : .->- 
c'était celle du sergent Sadi 'fp-v i i-- ^ ■ H 
Carnot. ^ M ^^ H C .^.^ 

^^^^ Il 13.1^ 

Sape. — La sape est l'arme "^fîW'^'J- -■ --- -1--^ ^^-^ 
du génie, chargée principalement 
de tous les travaux de sape à la 
guerre ; d'où le nom de sapeurs donne 
aux officiers aussi bien qu'aux soldats. 




278 l'argot de l'x. 

Jusqu'à ces derniers temps la sape était en faveur à 
rÉcole, elle était demandée par tous les raU de hotte ; au- 
jourd'hui c'est l'artillerie qui tient la corde. 

Le sapeur passe pour être plus sérieux, plus tranquille, 
plus froid que l'artilleur et cependant tout aussi inflam- 
mable, si l'on en croit la chanson : 

Le sapeur est une. forteresse 
Que Ton prend difficilement. 
Mais en matière de tendresse 
Il triomphe indéfiniment. 
Pour lui, la femme est une brèche, 
Le mari un ouvrage à corne... 
Oui, voilà le sapeur français ! 

Sarrau. — Cafetière au ventre fortement arrondi à la- 
quelle on a donné, fort irrévérencieusement, le nom du très 
savant et très aimé professeur de mécanique (Voy. Epoil), 

Sauveur. — Sauveur, qu'on appelait encore Chau- 
veur^ en imitant son accent, était l'agent chargé des salles 
de dessin. Trente-trois promotions l'ont connu. Il se 
nommait exactement Saint-Sauveur, avait été brigadier 
d'artillerie et était entré à l'Ecole en 1836. Long, maigre, 
sans barbe, la figure contractée par des tics nerveux, il 
aimait à raconter aux élèves les prouesses de leurs aînés. 
Il leur vendait le papier, le crayon dont ils avaient besoin, 
ne surveillant pas son petit magasin et leur laissant le soin 
d'écrire eux-mêmes sur un registre les sommes dont ils 
étaient redevables. 

Schicksal. — Schicksal^ en allemand, signifie sort^ 
hasard. On en a fait le verbe schicksaler qui veut dire 
tirer au sort. Toutes les fois que le sort seul doit décider 
d'une question, il îdiui schicksaler. On schicksale pour savoir 
qui sera envoyé au bal de l'Elysée, qui fera partie d'une 
députalion ; on schicksale pour fixer les tours d'examen. 



L ARGOT DE L X. 



279 



Aux termes du Code JY, toute consigne infligée à une salle 
doit être schiksalée, « Tesprit de l'École exigeant que celui 
qui se dévoue soit choisi par le sort ». A Vamphi, avant 




^-o * C <r. M, . -y -^«-^ -> 



f.T^ Mf 1 1, ! ,,. - s.. t_i i. CIL j-, 



de commencer la leçon, le professeur schicksale le nom 
de l'élève qui sera interrogé à la planche. 

Par extension on a donné le nom de schicksal à l'urne 
même qui contient les boules. 

Quand le professeur l'agite, l'anxiété se peint sur tous 
les visages; la victime désignée descend dans l'hémicycle, 




280 l'argot de l'x. 

pendant que les autres élèves poussent un soupir de 
ioulapement. 

f.e schicksal à ïamphi est 
Irllement redouté qu'à un cer- 
iiitn moment on a organisé une 
sorte de société d'assu- 
rance dont le capital, 
constitué par des ver- 
sements modiques de- 
vait ser\'ir à payer une 
prime, comme une 
sorte de compen- 
sation offerte à ses 
malheureuses vic- 
times (Voy. le mot Salle), 

Quand il faut schicksaler une ou plusieurs consignes, 
tous les noms de la salle sont inscrits sur des petits 
bouts de papier qu'on agite dans un képi et le crotale 
tire; généralement celui-là écope qui n'y est pour rien. 

En 1893 une révolte sérieuse a éclaté à l'Ecole, préci- 
sément parce que, à la suite d'un chahut^ le général re- 
fusait de tirer au sort le nom de ceux qui devaient être 
punis. Plusieurs élèves furent emprisonnés au Cherche- 
Midi ; deux d'entre eux furent pendant quelques semaines 
envoyés dans un régiment d'infanterie. 

Sec. — Par abréviation de fruit sec, on dit aujourd'hui 
simplement sec et le verbe sécher signifie être fruit sec. 
Quelques élèves travaillent leurs examens de fin d'année 
juste assez pour ne pas se faire sécher. 

Par extension, sécher signifie aussi priver de quelque 
c/ioje. Ainsi les conscrits, durant la première semaine, sont 
chaque année séchés de poulet par les anciens. Le profes- 
seur d'allemand Hacharach a été toute sa vie séché de 
son verre d'eau sucrée à l'amphithéâtre. Quand on ne veut 



l'argot de lx. 281 

pas étudier telle partie d'un cours, quand on passe tel 
chapitre d'un roman sans le lire, on dit qu'on le sèche. 

Dans un autre sens on emploie le mot sèche pour dési- 
gner la cigarette que l'on va griller à l'écart. 

Serpent. — Nom qu'on donnait encore il y a quel- 
ques années, par corruption, au sergent 
chef de salle; on l'appelle aujourfl'Ijui 
crotale. Il y avait en 1855 un ser^^enl 
nommé Bois ; on comprend comment U* 
sergent Bois devint le sergent Boa, puis 
le serpent Boa; c'est l'origine du mol 
serpent. 

L'institution des sergents datai l 
de 1804; elle remplaçait alors celli' 
des chefs de brigade et des chefï? 
d'étude qui fonctionnait depuis 
la fondation et qui a élé 
conservée pendant toute la 
durée du régime de l'ex- 
ternat au palais Bourbon. 

Pour maintenir la disci- 
pline à l'intérieur, les fondateurs avaient beaucoup compté 
sur les chefs de brigade^ qu'ils choisissaient parmi les 
anciens élèves distingués par leurs talents, leur conduite, 
l'amour de l'ordre, et qui étaient appelés à vivre au milieu 
de leurs camarades pour leur aplanir les difficultés et leur 
donner les explications nécessaires. Cette institution sans 
modèle appartenait tout entière à Monge; ce fut lui qui 
rechercha les premiers chefs de brigade parmi les candidats 
qui s'étaient déjà distingués soit à l'École de Mézières, 
soit à l'Ecole des ponts et chaussées de Paris; ce fut lui 
qui les prépara dans la maison Pommeuse, près du palais, 
par une instruction rapide marchant de concert avec les 
cours révolutionnaires. C'est pour eux qu'il ouvrit ce 




282 l/ ARGOT DE L*X. 

célèbre cours, où la géométrie descriptive fut enseignée 
pour la première fois à Paris. « C'est là, dit Tun d'eux, 
que nous apprimes à connaître cet homme si bon, si attaché 
à la jeunesse, si dévoué à la propagation des sciences. Pres- 
que toujours au milieu de nous, il devenait Tami de chacun, 
il s'associait aux efforts qu'il provoquait sans cesse et il 
applaudissait avec toute la vivacité de son caractère aux 
succès de la jeune intelligence de ses élèves. » Se multipliant 
ainsi pour être partout à la fois, aux travaux préparatoires 
de rÉcole, au Comité de salut public, aux cours révolu- 
tionnaires, à la maison Pommeuse,Monge peut être regardé 
comme le véritable fondateur de l'Ecole polytechnique. 

L'institution des chefs de brigade, réglementée de nou- 
veau en l'an IX, ne réalisa pas toutes les espérances qu'on 
en attendait, tant la fonction était délicate et difficile. En 
l'an XI on espéra obtenir un meilleur résultat avec des 
chefs d'étude tirés des diverses écoles spéciales des services 
publics ; mais cette nouvelle institution fut absolument 
inutile et ne tarda pas à être supprimée. 

En 1804, l'Ecole ayant été organisée en un bataillon 
de quatre compagnies, et les compagnies partagées en 
escouades ayant chacune une salle d'étude, le sergent et le 
caporal de l'escouade furent les chefs de la salle. On les 
choisira, dit le règlement, parmi les élèves qui réuniront 
à l'instruction nécessaire pour aider leurs camarades dans 
les travaux, la fermeté et l'aptitude qu'exige le commande- 
ment. Leur grade se distinguait de la manière suivante : 
les caporaux avaient sur chaque manche deux galons en 
laine jaune ornés de deux palmettes en soie bleue; les 
sergents avaient un seul galon d'or avec les mêmes pal- 
mettes bleues; ils étaient seuls autorisés à porter l'épée 
hors de l'Ecole. 

Quand le régime militaire eut disparu avec l'empire, les 
chefs de salle continuèrent à porter le titre de sergent, avec 
les galons sur les manches comme signe distinctif de leurs 



L ARGOT DE L X. 



283 



fonctions; mais ils n'avaient plus aucun grade, aucune au- 
torité réelle. 

Aujourd'hui les galons ont disparu (Voy. Crotale)^ 
mais les mots de serpent et de crotale existent tou- 
jours et désignent les élèves qui, par leur rang de classe- 
ment sont les chefs de salle, de réfectoire et de caserne- 
ment. 

On lit dans le Code X : « Quelque réclamation que tu aies 
à faire, charges-en ton serpent, il ne peut s'y refuser, le 
règlement de l'École l'y autorise. D'ailleurs ce serait un 
honneur pour lui de s'exposer pour sa salle. » 



Single. — Le singe imite tout ce qu'il voit faire, de là 
le mot singe employé pour désigner le dessin d^imitation. 
Chaque division a deux séances de singe 
par iicnuiiiic, de 7 heures à 9 heures du 
soir ; le^ uns destinent l'académie d'après 
les é^îlïimpcs, d'autres le paysage, d'au- 
Tres des chevaux ; une section 
-ii^ occupe un pe- 

• -^ tit amphithéâtre 
réservé à la 
bosse ou à l'é- 
tude du modèle 
vivant ; ces dif- 
férents genres 
de dessin sont ce qu'on appelle le singe mort, le jodot, 
les zèbres et le singe vivant. Le dessin d'académie est 
encore désigné par l'abréviation aca. Trois séances par an 
sont consacrées à chacun de ces genres, quelques-unes ont 
ont lieu dans la grande cour, en plein air : le modèle est 
alors un garde municipal à cheval que les élèves doivent 
reproduire dans des attitudes variées, ou bien la batterie 
de canons disposée pour l'exercice. 

Le singe a peu d'attraits pour la majorité des élèv es 




284 



L ARGOT DK L X . 



On redoute d'aller terminer la soirée dans ce boyau partagé 
en travées étroites et chaudes, qui longe le square Monge; 
il est vrai que la substitution des mercas aux nombreux 
becs de gaz qui donnaient une chaleur lorride a un peu 
diminué le supplice. Aujourd'hui on ne dessine plus que 
d'après la bosse ou d'après nature. 

Quatre maîtres de dessin parcourent les travées, aident, 
encouragent les élèves, s*appliquant à obtenir d'eux des 
croquis bien composés et intelligemment rendus et s'effor- 
çant de rendre le travail attrayant. Un professeur dirige 
tout l'enseignement. 

Le célèbre Neveu fut le premier professeur. Après lui ce 
fut le peintre Vincent, puis Regnault, Charlet, Léon 
Cogniet, Yvon, le célèbre peintre de batailles, enfin 
^L Guillaume qui n'a pas été remplacé depuis qu'il est allé 
diriger l'École française à Rome. 



SoufTlet. — Le Soufflet est le café du quartier Latin^ 
situé au coin de la rue des Ecoles et du boulevard Saint- 
Michel, où les polytechniciens ont une salle spéciale et un 
vestiaire. Le Soufflet a remplacé le Holl (café Hollandais) 

qui fut durant de longues années 
\ ■■I^^f^^'^^^ ^^ ^^^^ fréquenté par les poly- 

*?<? ': .^*X^5Ji /5^^;A techniciens et par les saint-cy- 
aaxT^sL/ iry:</f riens. C'est au Soufflet que l'on 
[ W ^5îr|^^ va se fumister^ que l'on donne 

ses rendez-vous, que l'on s'arrête 
en sortant et avant de rentrer à 
l'École. 





Souriau. — Nom donné à 
certain vase placé sous le lit. C'est une bonne 
farce à faire aux conscrits que de percer leurs 
souriaux avec la pointe d'une épée. La veille de 
Noël, c'était l'habitude à une certaine époque d'attacher 



l'argot de l\x. 285 

les souriaux deux à deux par une corde solide el de les 
lancer dans les arbres de la cour des laboratoires. Ces 
arbres ainsi pavoises, étaient les arbres de Noël. Pendant 
le hahutage^ un ancien passe la revue des caserls; les 
conscrits alignés ont chacun leur souriau à la main. 

Stéré. — Abréviation de stéréotomie^ ou art de la coupe 
des pierres^ qui est enseigné en seconde année par le 
professeur de géométrie descriptive. 

Stration. — Abréviation à^ administration, La slration 
comprend la direction des études et l'ad- 
ministration proprement dite. Les élèves 
n'ont presque pas de rapports avec Tadmi- 
nistrateur, le trésorier, le caissier et l'agent 
comptable, qu'ils aperçoivent seulement le 
jour de l'entrée à l'Ecole, lorsqu'ils se pré- 
sentent accompagnés de leurs parents. 
Cependant ils sont en rapport direct et 
constant avec le directeur des études, qui 
arrête les tableaux d'emploi du temps, tient 
la comptabilité des noies obtenues et dresse 
les listes de classement (1). A l'origine, le 
directeur ou commandant de l'Ecole eut 
sous ses ordres trois administrateurs qui 
étaient chargés de l'instruction, des finances et de la 
police. Ces administrateurs, égaux en grade, devaient 
se suppléer quand l'un d'eux était absent, de sorte que 
jamais la direction d'un service n'était confiée à un fonc- 
tionnaire de grade inférieur ou de passage. 




Guy de 

(1812); 



(1) Depuis 1804, les directeurs des études ont été : G 
Vernon (180i); Malus, ancien élève de l'École 11812); Durivau (-...-.;, 
Binet (1816); Dulonj,- (1830); Coriolis (1838); Duhamel (18i4); Bom- 
mart(1851); RilTault (1856); Ossian Bonnet (1870); Linder (1879); 
Laussédat (1879); Mcrcadier (décembre 1881). 



286 



L ARGOT DK L X. 



Le litre d'administrateur n'est resté qu'au seul fonction- 
naire chargé de la gestion des finances et du matériel. 

M. Pradelle a été longtemps administrateur et en même 
temps caissier de la Société amicale. Le colonel de Rochas, 
actuellement en fonction, est bien connu par ses travaux 
sur les forces non encore définies, sur Thistoire des sciences 
physiques et sur la physique physiologique. Notre dessin 
de la page 285 le représente dans son costume de capitaine, 
alors qu'il était inspecteur des études à l'Ecole ; nous 
lui sommes redevables d'un grand nombre d'intéressants 
documents. 




^ & i '- V 



ÎV*»* 




Tangente. — La tangente c'est Vépée du polytechni- 
cien. Elle n'était portée dans le principe que par les ser- 
f^ents. Vainement demandée au roi Charles X lors de la 
visite qu'il fît à l'Ecole en 1825, elle ne fut définitivement 
donnée à tous les élèves qu'au lendemain de la révolution 
de 1830. 

« L'épée, dit le Code X, se porte tangente à la bande, 
touche à terre et fait voler la poussière. » De là son nom 
de tangente, elle n'a en effet qu'un point de contact avec 
le corps, le point Q. 

A l'époque de la rentrée, les anciens s'emparent des épées 
des conscrits, les jettent pêle-mêle sur le billard en un tas 
où chacun ne parvient qu'avec beaucoup de peine à re- 
trouver la sienne, encore doit-il payer une contribution qui 




288 l'argot de l'x. 

est versL^e à la caisse des élèves. C'est la salade des tan- 
gentes, 

Tapin. — Huit tambours ou clairons sont attachés à 
l'Ecole. On les appelle des tapins. Ils sont char- _ _ __ 
^és, outre leur service de tambours 
et de plantons employés à la trans- C J 
mission des ordres, de tous les dé- ^^^ 
tails concernant le service des élèves " 
dans les salles d'étude, les amphithéâ- 
tres, la bibliothèque, les salles de récréation, 
le parloir, etc.. En rapports constants avec 
les élèves, ils leur rendent toutes sortes de 
petits services; ils vont chercher un cube de 
tabac, un bocal de prunes chez la Prosper; ils 
introduisent les denrées interdites, ou bien encore portent 
aux prisonniers quelques douceurs défendues. 

On a conservé le souvenir de quelques-uns de ces ta- 
pins. Sous le premier empire, le tambour Dujî^uet compo- 
sait des mélodrames qu'on se passait de salle en salle. 
Deux tapins furent tués en 1811 à la défense de la barrière 
de V'incennes dans la batterie des élèves. En 1830 il y en 
avait un qu'on avait surnommé Vaudeville^ il était chevalier 
de la Légion d'honneur, ayant gagné la croix à Wagram. 
On leur avait donné à cette époque des surnoms qui rappe- 
laient la façon différente dont chacun battait la diane ma- 
tinale : Gavolie semblait toujours danser, ses baguettes 
avaient des éclats de gaieté ; Mélodrame faisait des roule- 
ments cruels et tyranniques pour les dormeurs; Vaudeville 
fignolait sa diane comme une sérénade. Sous le second 
empire, aux beaux jours des opérettes et des bouffonneries, 
on les appelait Brin d'Amour et Cuisse de Nymphe. 

Les clairons ont des sonneries variées pour Vamphi^ le 
boulot^ la recre, la diane^ le rat^ Vexer, le pète-sec (gymnas- 
tique), les consignes... 



l'ahgot de l'x. 289 

Tanptn. — Les candidats aux différentes Écoles du gou- 
vernement sont tous désignés dans. les lycées par des sur- 
noms qui rappellent plus ou moins la carrière à laquelle ils 
se destinent. Les saint-cyriens portent le nom peu aimable 
de cornichons ; les futurs forestiers s'appellent des fagots ; 
les élèves de Centrale sont des pistons ; les aspirants au 
Borda sont des flottards; les candidats à TÉcole poly- 
technique sont appelés taapins. 

On n'est pas parfaitement d'accord sur l'origine du mot 
taupin. Les uns le font remonter au vieux nom de taupins 
(talpirii) que les nobles donnaient par mépris aux mineurs 
qui fouillaient la terre, à la façon des taupes, pour faire sau- 
ter les tours des châteaux assiégés. Les autres, trop poé- 
tiques sans doute, pensent qu'il vient du nom de ces coléo- 
ptères phosphorescents appelés taupins^ dont les belles 
Indiennes ornent leur chevelure, parce qu'ils répandent 
autour d'eux un lumineux éclat. 

Le taupin de première année est bizut ^ celui de seconde 
année est carré^ celui de troisième cube. On en voit de 
bicarrés qui font quatre ans de préparation ; quelques-uns 
même, grâce à \sl surlimite accordée aux militaires, font cinq, 
six, sept années : ce sont les penta, les hexa^ les hepta. 
Il y en a enfin, et beaucoup qui ne réussissent jamais. 

.... Infortunés iAupins^ 
a dit le poète. 

Pourquoi tant potasser Tellipse et Thyperbole, 
Pour demeurer toi^ours asymptotes à TÉcole ? 

Et en effet le nombre est petit des élus puisque aujour- 
d'hui, pour les deux milliers de candidats, il n'y a guère 
que deux cent cinquante places. Le taupin qui vient en tête 
de la liste des refusés a du moins une consolation, on 
l'appelle le Premier taupin de France. 

Le mot bizut^ qu'on écrit encore bisuth^ vient par alté- 
ration du terme bisongues^ en espagnol bisagno^ désignant 

19 



290 i.*ARGOT DE l'z. 

les recrues, les conscrits et, comme dit Brantôme, « cette 
racaille de soldats qui ne savent encore les courtoisies de 
la guerre ». La chanson du Taupin français^ compare les 
taupins des différentes années : 



..LeTku.pm pour l'uiajy . ti. que fiut tou.jour». de la pat. si. 



^m .SU hL quitte* «c'citpowlaPliyiique fl w chan.ge qucd'MpB.>ti«i 



.Ibis à kdescnp.ti.i* Il pi^te.une oreille itten . ti 



Et «tr» 




Le bizuth est encore novice 
Dans les coutumes des i&upins ; 
Il se plonge avec délice 
Dans la lecture des bouquins , 
Il remet à Tannée prochaine 
De rej;am le souci et la peine. 
Et voilà, etc... 

« Le taupin souffre et potasse a 
C'est la devise du carré ! 
Il se fiche pas mal de la crasse 
Qui recouvre son vieux collet. 
De pommade il est toigours chiche, 
Il conspue la gomme et la corniche. 
Et voilà, etc.. 

Le caJbe est une pyramide 
Qui s'allonge indéfiniment 
Le bizuth dans sa chrysalide 
Le contemple avec épat'mcnt. 
Parfois dans le plus doux rêve 
De rX, il se voit Télève. 
Kt voilà, etc.. 

Sur les cahiers d'algèbre et d*analytique rédigés par les 



l'argot de l'x. 291 

taupins on trouve parfois des croquis ingénieux ou des 
strophes plus ou moins poétiques. Sur Tun d'eux nous 
copions ces vers : 

Dans ce triste cahier, rien pour toi, blonde enfant. 
Tu n*y verras ni fleur, ni devise amoureuse; 
Les chansons se tairaient sur ta lèvre joyeuse 
Qui ne sait que sourire aux propos d'un amant. 
Garde-toi de sonder ces sciences arides 
Qui dessèchent nos cœurs vieillis avant le temps 

Et font venir des rides 

A nos fronts de vingt ans I 

En 1861, un taupin poète avait composé une chanson 
sur Tair de la Lorette de Gustave Nadaud. Cette chan- 
son, très originale et peu connue aujourd'hui, mérite d*être 
sauvée de Toubli. Elle a pour titre le Punch des taupins : 

Accourez vite. 

Le punch invite 
Tous les taupins à la fraternité I 

Flamme gentille 

Sous nos yeux brille ! 
De nos anciens portons tous la santé ! 

Du grand Nevvrton qu'importe le binôme ? 
Dissipez-vous, vapeurs du cosinus I 
N'imitons pas un certain vieux brave homme, 
Tout bourrés d'à;, il faudrait fuir Vénus I 

Mais l'hyperbole, 

La parabole 
Sont d'une vierge et la taille et le sein ; 

Pêcheur indigne. 

Dans l'autre ligne. 
D'appas cachés j'entrevois le dessin ! 

Je vous dis là, je vous dis des folies, 
Que faire ici de notre sérieux ? 
Ah I sourions à nos coupes remplies 
Et de l'algèbre à nous les demi-dieux ! 

Venez tous boire. 

Vous, notre gloire, 
Briot, Moutard, Catalan, Ventéjol l 

Que l'analyse 

Chez nous se grise; 
Pour la fêter, préparons un grand bol ! 



292 l'argot de l*x. 

Par des témoins je me suis laissé dire 
Que parfois Sturm et le bon Gërono 
Allaient chercher, pleins d*un charmant délire, 
Un théorème au fond d'un vieux tonneau. 

Cette méthode 

Est fort commode, 
Buvons gaiement à Tabri des censeurs ; 

Nous pouvons rire, 

Un peu médire. 
Puisque science et gaîté sont deux sœurs! 

Place au iillear qui frise sa moustache, 
Brave au combat, mais encor plus au lit; 
Chaque beauté sourit à son panache, 
Il est très riche... hélas 1 c'est parThabitl 

Quand il travaille. 

Quand la mitraille 
Apporte au loin la mort aux ennemis, 

Scène touchante. 

Peut-être il chante 
De Y Artilleur nos vieux couplets chéris. 

L'ingénieur, d'humeur plus pacifique, 
Trône en pacha dans ses vastes bureaux, 
11 fume, il boit, il cause politique : 
Il a le temps d'applaudir les héros I 

La belle route ! 

Sans aucun doute 
Nous la devons au docte ingénieur. 

Et chacun vante 

L'œuvre savante. 
Le cantonnier rit tout bas de l'erreur I 

État-major, mines, artillerie. 
Moulins à poudre, usines à tabac, 
Marine, ponts, télégraphe, génie, 
Sont tous états que nous mettons A sac 1 

On mène vie 

Digne d'envie. 
Mais aurons-nous aussi nos vœux comblés ? 

Hélas î c'est comme 

Au saint royaume, 
Fort peu d'élus et beaucoup d'appelés ! 

Prions les dieux... et surtout Lefébure, 
Peut-être un jour nous rendront-ils heureux ? 
Le précédent n'est pas de bon augure : 
Nous étions trente, ils n'en ont pris que deux ! 



l'argot de l'x. 293 



A nous, je pense, 

Retour de chance, 
J'attends en paix les arrêts du destin ; 

Et vers l'École, 

Galment je vole, 
Tout en buvant mon verre en vrai taupin! 

Versez à flots la liqueur enivrante, 
De l'union resserrons les liens 1 
Vidons d'un trait notre coupe brûlante, 
Je porte un toast à nos jeunes anciens I 

Ahl buvons vite. 

Le punch invite 
Tous les t&upina à la fraternité I 

Ma tète fume, 

Mon front s'allume 
Et je parcours un pays enchanté I 



La poésie est toujours en honneur dans les classes de 
taupe et, au moment même où nous écrivons, commence à 
circuler la Ballade des Points Cycliques d'un taupin du 
bazar Louis : 

Insaisissables locataires 

Des espaces interstellaires. 

Nous sommes les points circulaires 

De l'infini, 
Car tout cercle qui se respecte 
Nous dévoile à l'œil qui l'inspecte ; 
Et plus d'un ÙLupin s'en délecte 

Le front pâli. 

Le cas d'imaginarité 

Qui fait notre divinité 

Nous empêche, hélas l de flirter 

Près des planètes 
Qui, réelles et sans nous voir. 
Mais non pas sans nous émouvoir, 
Dans l'espace font le trottoir, 

Filles coquettes I 



Thêta. — Dans les formules de physique, la tempéra- 
ture est toujours désignée par la lettre grecque ô ; de là le 



294 L* ARGOT DE L*X. 

mot thêta pour désigner le degré de température et, par 
extension, le thermomètre qui marque ce degré. Il y a un 
thêta de précision dans la cour des élèves. On ne passe 
jamais sur le Pont-Neuf sans s'arrêter au thêta de Tingé- 
nieur Chevalier. On dit, par exemple : « Quel thêta^ hier 
au bal du général 1 » 

Un certain professeur d'analyse, qui abuse des lettres 
grecques ornées d'indices, commence ainsi son cours, à la 
séance des Ombres : « Considérons les points ô, 6^, 0,, 0„ 
64, etc., gueule ». C'est le même qui considère ensuite 
« les points y\ (ete), tj,, t),, t^,, etc., tj sœur ». 

Pendant quelques années, au lieu de dire le thêta^ on 
disait le soubra^ du nom d'un adjudant caractérisé par un 
nez bourgeonné dont la teinte empourprée montait ou 
descendait à l'inverse de l'alcool dans le tube capillaire. 

Topo. — On donne le nom de topo^ par abréviation du 
mot topographie^ non seulement à tout dessin qui re- 
présente le plan d'un terrain, mais à toute feuille impri- 
mée ou manuscrite que les élèves se communiquent entre 
eux, soit dans un but sérieux, soit pour servir d'amuse- 
ment. 

Aux deux ailes du Pavillon, dans le corridor, tout près 
de la porte d'entrée de chaque division, l'administration a 
fait mettre une planche sur laquelle elle placarde ses avis 
officiels. C'est la planche aux topos^ qu'on appelle encore 
la déci ou le decharme. On y trouve certains ordres géné- 
raux, les tableaux du service, le menu des repas jour- 
naliers. Les élèves y placardent toutes les communications 
de nature à intéresser la promotion, mais seulement celles 
qui peuvent sans inconvénient être connues de l'autorité : 
programmes, invitations, articles de journaux visant l'École, 
avis sérieux ou burlesques, parfois illustrés d'un coup de 
crayon original, par les artistes de la promotion. 

Un reporter loustic vient coller sur \sl planche aux topos, 



l'argot de l'x. 295 

avec quatre pains à cacheter, une nouvelle du jour dans 
le goût de celle-ci : 

« Hier des voleurs ont escaladé les murs de T École en se servant 
de Véehelle des teintes; ils ont brisé le cycle de Carnot, faussé la 
règle d'Ampère, volé un terme de la série de Taylor... » 

Un autre topo, signé Pierre Delix, est ainsi conçu : 

« Ce matin certaines coniques qui s'étaient fait remarquer par 
leur ea;cenérirtéë ont été renvoyées dans leurs foyers.,. » 

Un troisième topo annonce ces lugubres nouvelles : 

«t Des points ont été projetés violemment sur le plan horizontal; 
lorsqu'on les a relevés, ce n'étaient plus que des points morts. 
A cette vue, une poulie est devenue folle. » 

C'est sur la planche aux topos que sont consignés les 
renseignements ou tuyaux que Ton a intérêt à connaître. 
Se méfier des bateaux, mauvaises plaisanteries qui consti- 
tuent de faux tuyaux. 

Le topo est aussi la feuille de papier qui circule de salle 
en salle, soumettant au jugement de chacun quelque 
question baroque, s'enrichissant en chemin des observa- 
tions les plus comiques, dont la lecture dissipe un instant 
la fatigue et Tennui des trop longues études. Un topo fait 
connaître par exemple l'épitaphe suivante : Quies quiam 
angelum laetorum, qu'un ancien dit avoir trouvée dans 
un cimetière gallo-romain et qu'il s'agit de traduire (1). Un 
autre topo demande la construction immédiate du funicu- 
laire de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, ou bien 
soumet à la promotion certaines propositions burlesques 
qui reviennent avec une étonnante périodicité : celle qu'on 
ait une femme nue à dessiner comme modèle vivant, qu'on 
adopte des dossiers aux bourets, qu'on pave en bois la rue 
Tournefort, qu'on installe une cantine au binet de service, 
qu'on élarg^isse l'escalier du Soufflet y etc. , etc. 

(1) Qui est-ce qui a mangé l'omelette au rhum? 



296 L*ABGOT DB l'x. 

Le topo, est encore la feuille circulant de salle en salle 
et sur laquelle chacune d'elles inscrit son vote et ses obser- 
vations, lorsqu'il s'agit de consulter la promotion tout 
entière et de prendre une résolution générale obligatoire ; 
on l'appelle le^opo d'observ. Il est de principe à l'École que 
toute décision doit être votée et le Code X reproduisant, 
formellement ce principe a réglé la procédure du vote par 
les articles suivants : 

Les décisions sont prises à la majorité des votants. 

Il n'est tenu aucun compte des abstentions ;les seules voix comp- 
tées sont celles quî se prononcent pour ou contre la proposition en 
question. 

Si au premier tour le total des voix n'atteint pas les deux tiers 
du nombre d'élèves de la promotion (ou des deux promotions, si 
les deux promotions votent ensemble) il est procédé à un second 
tour de scrutin. Au second tour le vote est valable, même si le 
total des voix n'atteint pas le chiffre des deux tiers, pourvu qu'il 
atteigne le chiffre de la moitié. 

Pour toute question importante, sauf le cas de déclaration préa- 
lable d'urgence, un premier iopo circule dans les salles et reçoit les 
observations de tout le monde. Ce premier topo sera rapporté à la 
caisse. Les caissiers feront ensuite circuler une deuxième fois ce 
topo dans toutes les salles en même temps qu'un projet de vote 
revêtu (au moins pour les questions importantes) du timbre de la 
caisse ; aussitôt après le passage de ce topo de vote, les sergents 
apporteront les votes de leur salle au major de leur compagnie, qui 
apportera le résultat à la caisse, en même temps que les topos 
d'observation etjde vote qui doivent être conservés aux archives. 

Les caissiers feront connaître immédiatement aux deux promo- 
tions le résultat définitif du vote. 

Les conscrits ne peuvent prendre part aux votes qu'à partir du 
15 février ; à partir de cette époque, aucune décision ne pourra 
être prise que par les deux promotions réunies. 

Dans les cas déplorables où les intérêts des deux promotions 
seraient en désaccord, les influences seront modifiées en multipliant 
les votes de chaque promotion par le nombre des votants de 
l'autre. 

Cet article ne sera pas applicable quand l'une des deux promotions 
se trouvera réduite par suite de départ prématuré d'une partie des 
élèves. 

L'autorité cherche bien à saisir le topo qui circule et 
qu'elle sent, la plupart du temps, dirigé contre elle, 



!#* ARGOT DE l'x. 297 

mais elle n'y réussit presque jamais. Quand le topo doit 
passer d*une salle à l'autre, trois coups de bouret frappés 
sur la cloison avertissent les voisins, les portes des salles 
s'ouvrent à demi, deux mains sont tendues l'une vers l'autre 
et la feuille est passée sans que le basoff aux aguets ait 
rien vu du mouvement. 

C'est ainsi que, depuis l'époque où l'École a été caser- 
née, s'est organisé et transmis le système de résistance à 
l'autorité, donnant raison aux prédictions de cet élève qui 
écrivait au Directoire agitant déjà la question du caserne- 
ment : « Attendez-vous à toutes les espiègleries de la part 
de jeunes gens embastillés par vos soins. » 

Torsion. — Accès de gaieté. Terme faisant image et 
dépeignant l'état de celui qui rit « à se tordre ». A vingt 
ans, quand on est enfermé, le moindre incident est un sujet 
de torsion. 

On donne le nom de topos torsifs aux topos qui circulent 
dans les salles, aux heures de fatigue, agitant, en manière 
de plaisanterie, les propositions les plus saugrenues, les 
plus incohérentes. Pour les faire lire, les auteurs ont bien 
soin de les recommander en les décorant du nom de topo 
sérieux: dès la première ligne on est renseigné. Tel veut 
qu'on dévisse les majors au gêné pour obtenir qu'un 
tramway conduise les X au manège ; tel demande l'expul- 
sion des jésuites, et chaque salle couvre le topo des obser- 
vations les plus folles. 

Trapn. — Synonyme de fort^ au point de vue intellec- 
tuel, au même titre que calé^ chic, époiL., Richepin pré- 
sente ainsi Gésarine : 

« Cette petite, servant d*Égérie au vieux licencié est pins ir&pue 
en X qu*un candidat à FÉcole polytechnique. » 

Triple X. — Synonyme de géométrie analytique à trois 



298 



L ARGOT DE L X. 



dimensions. Ne pas confondre avec Triplice. La triple X, 
enseignée par Monge, est restée attachée au cours de 
géométrie descriptive jusque vers 1851, époque à laquelle 
on Texigea pour Tadmission. Le professeur Bour, en en- 
trant dans Tamphithéâtre, traçait trois petits axes des 
coordonnées dans le coin gauche du tableau, puis saluait 
et commençait sa leçon. 

Trompe-natnre. — Sobriquet donné à un prépara- 
teur de physique à cause de sa laideur. Son véritable nom 
était Obelliane ; il appartenait à une famille de physiciens 
distingués, praticiens habiles, attachés à TÉcole depuis la 
fondation. Celui-là était le second de la génération. Rien 
n'était plus comique que de le voir, à l'amphithéâtre, jouant 
un air sur le violon théorique de Savart. « Ne jouez pas trop 
vite, » lui disait malicieusement le professeur Lamé, « cet 
instrument n'a jamais réussi que pour Vandanle. w 

Trompette (la). — La Trompette est un salon musical 
de Paris, universellement connu. Il s'y donne des concerts 
d'une exécution parfaite, dans lesquels les meilleurs 
artistes se font entendre. Les invitations 
réservées de préférence aux anciens élè- 
ves de l'Ecole, à la marine, aux person- 
nalités du monde scientifique, à des personnages 
<]e distinction et, naturellement, à des relations 
personnelles, sont fort recherchées. S'y faire en- 
tendre est pour les artistes comme une consé- 
tralion de leur talent. 

La création de la Trompette^ son organisa- 
tion extrêmement originale, sont l'œuvre d'un antique, 
amateur éclairé de musique, l'ingénieur Emile Lemoine, 
qui en fait les honneurs ainsi que madame Lemoine avec 
une exquise amabilité. 
L'origine en remonte à l'année 1860. Dans un binet de 




L ARGOT DE L X. 



299 



colle, des élèves épris de musique classique, Lemoine, 
Peyrot, Rossel, Bazaine, Gaspari, et quelques autres s'exer- 
çaient à exécuter les œuvres des maîtres pendant la récréa- 
tion ; des camarades venaient s'asseoir ou se coucher par 
terre pour les entendre en fumant leur pipe. Cette petite 
pseudo-société s'appelait la Philopipobithouinique, <( bi- 
thouine » venant du mot « Beethoven » qu'un cocon pro- 
fane avait un jour prononcé naïvement Bithouine, comme 
un nom anglais, à peu près comme beiween. Après la sortie 




de l'École, les mêmes camarades et d'autres se remplaçant 
comme les pièces du couteau de Janot — mais Lemoine 
restant la constante — ont continué à tenir leurs réunions 
musicales à Paris dans des chambres d'étudiant, puis, le 
public de ces réunions s'accroissant d'année en année, dans 
des ateliers d'amis, dans des locaux particuliers, chez Érard, 
chez Pleyel, enfin dans la salle de la Société d'horticulture. 



300 L* ARGOT DE l'x. 

qu'elle dut à la faveur du savant chimiste Wûrtz, Tun des 
auditeurs les plus assidus. 

L'œuvre artistique de M. Lemoine, créée uniquement 
dans le but de faire entendre de la bonne musique à ses 
amis, aujourd'hui hautement appréciée, a eu ce résultat, en 
provoquant l'organisation de concerts publics, de matinées 
de musique classique ou de chambre, d'exercer la plus 
heureuse influence sur le mouvement ascendant de l'art 
musical à Paris. 

Le nom de la Trompette vient de ce que le camarade 
Laurent , aujourd'hui examinateur d'admission , disait 
constamment à Lemoine : « Laisse donc ta trompette tran- 
quille, » et l'habitude se prit — entre les exécutants de la 
première heure — de dire plaisamment la Trompette^ en 
parlant de la réunion. 

N'entre pas qui veut à la Trompette. 

Voici quelques conseils pratiques, instituant comme un 
manuel du parfait invité, présentés sous une forme 
quelque peu décadente et que l'on attribue à un auditeur 
assidu, le mathématicien Laisant : 

Vraiment I vous demandez cela I 
Vous voulez pénétrer à la 

Trompette l 
Pour une telle ambition, 
Il faut une éducation 

Complète. 

Plus d'un en dehors est resté 
Qui d'être artiste réputé 

Se pique, 
Il faut savoir prendre le la 
Pour montrer que Ton aime la 

Musique. 

Pas de bébés de moins d'un an 
Surtout lorsqu'ils sont en 

Nourrice. 
De crainte que, cela s'est vu 
Un bruissement imprévu 

Surgisse. 



L* ARGOT DE L*X. 301 

En somme c'est bien compose, 
Le public est sage, pose, 

Pratique. 
Cest siu*tout un monde poli 
Sorti de l'École Poly 

technique. 

Trofllii. — On appelle ainsi le coiffeur, l'artiste (I) qui 
tond et rase la truffe (tête). Le nettoyage des truffins qui 
viennent à TÉcole est demandé tous les ans par les caissiers, 
mais sans succès. 
















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-i. 



V 



i^V 




Unif. — Abréviation à' uniforme. Au moment de la 
fondation de TÉcole, on ne se préoccupa guère de la ques- 
tion de rhabillement. « Une bonne redingote et une car- 
magnole doivent suffire, » avait dit Tun des membres du 
Comité de salut public. Cependant Lamblardie, le premier 
directeur, avait demandé un uniforme simple et peu coû- 
teux, mais qui devait obliger les élèves à se respecter eux- 
mêmes. En 1795, une loi ayant assimilé les élèves aux gardes 
nationaux en activité de service et leur ayant alloué en 
conséquence les rations de nourriture et l'habillement, le 
ministre de l'intérieur décida qu'ils porteraient le costume 
de canonnier de la garde nationale, avec une marque dis- 
tinctive. La troisième promotion, celle de 1796, eut le 
même costume, mais les boutons de Thabit portèrent pour 



L^AftGOT DE l'x. 303 

la première foi» cette inscription : École polytechnique. 
Les élèves, insaffisamment surveillés, ne tardèrent pas à 
abandonner Tuniforme ; mais en 1798, lors de Tépuration 
générale qui fut ordonnée, une nouvelle décision formelle 
leur enjoignit d*avoir à se procurer Tuniforme sans délai. 
Cet uniforme comportait l'habit à châle fermé par cinq 
boutons, coupé à la française, veste et pantalon couleur 
bleu national, les boutons dorés, le chapeau à trois cor- 
nes; plus civil que militaire, il avait été emprunté aux 
dessins de David. L'habitude se prit bien vite de porter 
par-dessus l'uniforme une longue redingote de couleur 
avec un haut collet de velours noir que l'administration 
fut obligée de tolérer comme effet réglementaire. 

En 1804, quand l'École fut soumise au régime militaire 
et casernée, Tempereur donna aux élèves un uniforme de 
grande et de petite tenue assez semblable à celui de 
l'armée et rappelant l'uniforme porté par lui-même à 
Brienne. La grande tenue des dimanches et fêtes com- 
portait l'habit bleu national à la française avec collet 
montant en drap écarlate et revers blancs, les pattes 
et les parements noirs, les contre-épaulettes bleues, les 
boutons dorés, les retroussis en drap écarlate en forme de 
triangle ; en outre une veste en drap blanc très fin, une 
culotte de même couleur, des guêtres de toile blanche à 
quarante-six boutons. Enfin un chapeau à trois cornes avec 
bordure en galon noir et ganse jaune, deux palmettes en 
soie bleue et la cocarde nationale. La petite tenue se com- 
posait d'un surtout en drap bleu avec parements noirs, 
d'une veste de même étoffe, d'une redingote croisée de 
drap bleu, un bonnet de police à liséré écarlate et gland 
jaune, de la giberne et du havresac. La tenue des jours de 
sortie n'ayant pas été ^xée d'une manière positive par les 
règlements, on rencontrait des polytechniciens dans les 
tenues les plus disparates. Les uns étaient vêtus de drap 
bleu fin avec des aigles en or aux retroussis, les autres por- 



304 



L ARGOT DE L X. 



taient la culotte blanche, le chapeau à haut bord et les 
bottes ; quelques-uns avaient la mise d'officier, aux épau- 
lettes près. En 1805, au moment où TÉcole prit possession 
des bâtiments du collège de Navarre, Tuniforme fut fixé 
par décret impérial et subsista jusqu'à la fin de l'empire, 
sans autre changement que le remplacement du chapeau à 
trois cornes par le schako. 

Lors de la réorganisation de l'Ecole en 1816, l'uniforme 
fut supprimé en même temps que le régime militaire. On 




donna alors aux élèves une tenue civile, semblable en tous 
points à celle de l'École normale, c'est-à-dire le frac, le 
pantalon bleu, le chapeau rond, pas d'épée; rien ne la 
distinguait de celle des collégiens si ce n'est les palmes 
d'or au collet et les boutons en or fleurdelisés portant en 
exergue : Ecole polytechnique. Une estampe du temps 
représente les élèves au tombeau de Monge avec cet habille- 
ment assez singulier. 



L ARGOT DE L X. 



305 



L'uniforme qui est devenu si populaire a été porté pour 
la première fois par la promotion de 1823; Thabit a un 
seul rang de bouton, à revers rouges, avec les parements 
et le col en velours noir, les boutons de Tartillerie et du 
génie, le pantalon à bandes rouges ; seuls les sergents por- 
taient Tépée. Le chapeau se portait dans le principe en 
bataille, comme dans la gendarmerie. Un peu plus tard, 
les élèves adoptèrent le manteau à la chiroga alors à la mode 




<-*"«**/" *»• 



qui se rejetait sur Tépaule à l'espagnole; il n'était pas 
réglementaire (1). 

Le lendemain des trois glorieuses journées de Juillet, le 
droit de porter l'épée fut donné à tous les élèves. 

Depuis 1870 l'habit légendaire a disparu ; les élèves 
portent une tunique noire à deux rangées de boutons 
semblable à celle des officiers du génie, mais avec le même 

(1) Les costumes que nous reproduisons ont été dessinés par Far- 
tiste Ré^amey, pour le Journal de la Jeunesse, La maison Hachette 
nous a gracieusement autorisés à les reproduire, ainsi que le dessin 
du Réfectoire. 

30 



306 l'argot de l'x. 

chapeau à claque et le même képi à large galon d'or ; une 
épée à poignée de cuivre avec un fourreau de cuir noirci : 




l'hiver, ils p'rennent la capote-manteau ou la pèl 
comme les officiers de Tarmée. 



lenne 





VadroniUe. — Mot emprunté à Targot de la rue et qui 
signifie une « fête exagérée ». Piquer une vadrouille^ c'est 
faire la fête. Le jour de la Mi-caréme, il est arrivé que des 
élèves affublés de leur blouse de manip^ d'un pantalon de 
gymn^ et le visage défiguré par une fausse barbe, se sont 
mêlés aux cavalcades de la rue. La vadrouille terminée, ils 
se sont rendus chez le photographe Gerschel pour se faire 
représenter dans leurs costumes variés. Dans une de ces 
fêtes un X, insulté par une poissarde, lui répliqua grave- 
ment : <( Tais-toi, vieille pyramide tronquée, vieille tan- 
gente, équation bicarrée, espèce de secteur! » La pois- 
sarde fut tellement stupéfaite qu'elle ne trouva pas un 
mot de réponse. 



Veaux-^ras. — Élèves de TÉcole du Val-de-Grâce. 



308 L^ABGOT DE l'x. 

Visser. Dévisser. — Celui-là est vissé sur un banc 
ou sur un bouret qui ne bouge pas de sa place. A Tinverse, 
se dévisser c'est changer de place. Les piocheurs travaillent 
trois heures de suite sans se dévisser. Quand la promotion 
a quelque demande à adresser au général elle lui dévisse le 
major. « Nous demandons que les caissiers se dévissent^ » 
disent les topos qui circulent pour réclamer telle ou telle 
démarche. On se dévisse chez les antiques pour leur de- 
mander leur appui quand un conflit grave s'est élevé avec 
Tadministration. 





Whist. — C'est le jeu le plus en honneur à l'École. 
Les premiers temps, on le joue pendant la récréation, 
dans la salle des jeux ; mais bien vite l'habitude se 
prend de « faire un mort » dans la salle d'étude. 

Autour d'une planche à dessin posée sur les genoux, 
dissimulés dans le désert dans les attitudes les plus gê- 
nantes, certains élèves font d'interminables parties de 
whist. 

Quelques enragés jouent même à Vamphi^ pendant la 
leçon ; accroupis sur le géométral (Voy. z = A), tenant le 
moins de place possible, ils parviennent à échapper à la 
surveillance du pitaine de service. 



310 l'argot db l*x. 

Les polytechniciens jouent rarement le whist à quatre, 
mais ils sont passionnés pour le mort. 

Après la sortie de l'École c'est encore leur jeu favori, et 
la plupart ont la réputation d'y être de première force. 





X. — Caractère emprunté à l'algèbre, qui désigne à la 
fois le polytechnicien et l'Ecole polytechnique elle-même. 

Un X est pour tous les taupins un être en quelque sorte 
supérieur, pour lequel ils professent le respect et l'admira- 
tion. L'étude presque exclusive des mathématiques, son état 
d'abstraction dans les x et les^, lui ont valu depuis long- 
temps d'être désigné par ce symbole. Un jour, Charlet, 
pendant une séance du conseil, s'amusa à représenter un 
polytechnicien frappé d'apoplexie. Le médecin accourt, lui 
ouvre la veine : il n'en sort pas une goutte de sang... seu- 
lement des X et des y, 

L'X désigne aussi l'École. La renommée, la popularité de 
l'institution sont encore si grandes que dans les collèges et 



3^2 l'argot de l'x. 

les pensionnats, presque tous les bambins de la classe de 
huitième déclarent qu'ils se destinent à VX. 

Tout ce qui vient de VX est populaire, jusqu'à ses chan- 
sons dont les airs se fredonnent dans les familles, bien que 
les paroles restent heureusement ignorées. Le camarade 
Saraz, tout à la fois excellent mathématicien et excellent 
musicien, a composé un Quadrille de VX joué dans 
toutes les maisons polytechniciennes et qu'il nous a auto- 
risés à reproduire. 




^7^^ 



Lffi* StAAZ. (ra74) 




L* ARGOT DE l'x. 313 

La première figure rappelle Tair du Général Coffinières ; 
la seconde, celle du Moine Père capucin. 





La troisième figure rappelle Tair de V Amoureux Colin 
et celui des Prisons de Nantes, 




314 



L ARGOT DE L X. 




fr^^'t ^g 



La quatrième figure rappelle l'air du Chameau ; la cin- 
quième se termine par le célèbre Pompier, 




m^hU^m 



m 






l'argot de l*x. 315 

VX a ses armes sculptées par Romagnesi sur les bas-re- 
liefs qui décorent la porte d'entrée. On y voit une petite Mi- 
nerve, déesse de la Sagesse, ayant à sa droite un coq et à sa 
gauche un hibou. Pourquoi ce coq ? disent les loustics. 
Parce que Napoléon appelait l'École « sa poule aux œufs 
d'or ». Et pourquoi ce hibgu ? Parce que VX est la plus 
chouette de toutes les Écoles. 

L'aspirant à VX ambitionne invariablement les carrières 
civiles. Longtemps il fut tenu de déclarer dès le moment 
de son admission la carrière à laquelle il se destinait; beau- 
coup se trouvaient embarrassés. Une épître adressée à un 
jeune élève au moment de son entrée à l'X, dont nous 
donnons ci-dessous un extrait, avait été composée pour 
dissiper leurs incertitudes en les éclairant sur le but et 
l'objet des divers services. Elle est due à Paulinier de 
Fontenille, de la promotion 1830. 

Enfin, après deux ans de travail et d'attente, 
Sorti victorieux d'une épreuve savante, 



Instruit, presqu'en naissant dans les mathématiques 
Tu suivras sans effort les cours polytechniques. 

En entrant à TÉcole, il te faut sans attendre, 
Déclarer sur-le-champ Tétat que tu veux prendre. 
Voudrais-tu te livrer au soin des grands travaux, 
Savoir fonder des ponts et creuser des canaux? 

Il faut donner tes soins et toutes tes pensées 

Au corps royal chargé des ponts et des chaussées... 

Préfères-tu marcher sur les pas de Vauban 
Élever des remparts tracés d'après ton plan ? 

Sois digne d'être admis dans l'arme du génie 
Et sois assez heureux pour y passer ta vie I 
Peut-être voudrais-tu connaître par quel art 
Dans la nuit, mais pourtant sans marcher au hasard. 
Pénétrant par des puits sous la terre qu'on fouille 
On trouve les métaux, les pyrites, la houille ?... 

Villefosse et Beaunier pourront t'en assigner 
Plus qu'ils n'en ont appris du classique Werner t 



316 L* ARGOT DE l'x. 

Mais ta vocation est pour Tartillerie, 
Pour le corps qui sauva tant de fois la patrie? 
Eh bien, tu peux servir, au parc, à Tarsenal, 
Faire la g^uerre à pied, ou la faire à cheval 

Battre de front, d'écharpe, à dos, à ricochet, 
Et de mille façons tuer par le boulet ! 

Tu peux vouloir aussi 

Reconnaître un pays, en donner le dessin, 
Lever et niveler tous les plis du terrain ; 
D'après le cours des eaux, figurer les montagnes !... 
... Creuser des ports de mer, avancer quelque môle. 
Construire sur étais ces superbes vaisseaux 
Que des plans inclinés lanceront dans les eaux I... 

Pour ne pas t'égarer dans le chemin subtil 
De la main d'Arago tu recevras un fil 
Qui, de mille embarras éclaircissant le doute, 
Du vrai, près des erreurs, te montrera la route. 

Le conscrit y trouvait ensuite une esquisse rapide de 
renseignement donné à TÉcole : 

. . ..... Tu verras dans Paris 

Jeter les nouveaux ponts ou battre le pilot, 
Calculer la valeur des pompes de Chaillot, 
Raisonner de sang-froid sur le gaz hydrogène, 
Savoir comment on cuit et peint la porcelaine 
Et comment, fil à fil, copiant un tableau. 
L'aiguille aux Gobelins remplace le pinceau. 



Ton esprit marchant sur les pas du génie 
Parcourt le cercle entier de Tencyclopédie. 

L*épître se terminait par quelques sages conseils sur la 
pratique delà vie. 

Par ta jeunesse exclu des affaires publiques 
Ne prends aucune part aux débats politiques ! 

Si tu veux te distraire 

Reprends tes vieux amis, reviens au bon Homère, 
Scande encor les beaux vers de Virgile et d'Horace... 



Dans tes nobles projets prends pour but d'être utile... 

Sois l'homme de talent qui consacre sa vie 

A bien servir son Dieu, son prince et sa patrie !... 



L ARGOT DE l'x. 317 

Le choix de la carrière ayant été ajourné au moment de 
la sortie de TÉcole, voici comment il y était procédé : le 
général réunissait la promotion dans le grand amphithéâtre ; 
chaque élève, appelé d'après son rang, demandait à haute 
voix la carrière qu'il préférait. Quand Télève faisait choix 
d*une carrière civile, l'assistance gardait un silence gla- 
cial ; quand, au contraire, il demandait la sape ou Varti, 
des applaudissements éclataient de toutes parts et l'élève 
recevait l'accolade du général. 

VX existait déjà à l'époque des Pharaons 1 1 Héron de Vil- 
lefosse, de la promotion 1794, qui fît partie de l'expédition 
*^*ÊgyP^6, déclare avoir trouvé, en faisant des fouilles aux 
pyramides de Giseh, un portrait hiéro- 
glyphique du polytechnicien, dessiné il 
y a quarante siècles. Ce dessin que nous 
reproduisons, représente un polytech- 
nicien géométrique, constitué par des 
^^ /x^ triangles, des rectangles, des branches 
^^^^ I de compas, etc. 

'^ L'X, nourri d'abstraction, habitué 
à la logique implacable des mathéma- 
tiques, est généralement regardé comme 
un rêveur, un utopiste. Quelle erreur I 
Est-ce que toutes les affaires humai- 
^ C.Ç r ^^^ ^® comportent pas la recherche 
^ ^-rH d'une inconnue ? Croyons-en là- 
dessus le poète de la promotion 1834, 
à la douce philosophie, l'auteur de cette charmante pièce : 







Xf est mon nom ; je ne sais quel caprice 
Me fit donner un nom si dur, si sec ; 
J'eus pour cadet un frère qu'en nourrice 
On baptisa du joli nom d*y... , 

Pour compléter cette liste gentille, 
Il nous survint un tiers frère puîné 
Qu'on nomma Z... et voilà la famille 
Dont j'ai l'honneur, messieurs, d'être l'atné. 



318 l'aroot de l'x. 

Au ciel de la mathématique 

Je brille toi^'ours radieux, 

Et rÉcole polytechnique 

Est mon Parthénon glorieux. 

Je suis le sphinx qui d'âge en âge 

Interroge Thumanité, 

Pour déchiffrer page par page 

Le li\Te de la vérité. 

Je suis tout ce qu'on ignore, 

Ce que la naïve Pandore 

Cherchait au fond de son écrin. 

Ce que cherchait le premier homme 

Quand à Tarbre il cueillit la pomme 

Et la croqua jusqu'au pépin. 

Ainsi, d'après cette légende antique 
Dont on pénètre assez la fiction, 
Mon origine est de date authentique : 

Je remonte A la création. 
En vieillissant, je rajeunis sans cesse ; 
Je disparais, sitôt qu'on m'a tenu, 
Et plus l'esprit humain marche et progresse 
Plus devant lui j'agrandis l'inconnu. 
L'inconnu ! ! Quel est ce prestige, 
Au temps passé comme aujourd'hui, 
Qui donne aux hommes le vertige, 
Et toujours nous attire A lui ? 

Depuis la jeune bergerette 
Effeuillant une pâquerette 
Pour interroger l'avenir, 
Jusqu'à la vieille acariâtre, 
Qui, d'un désir opiniâtre. 
Calcule le quine à venir; 
Jusqu'à ce joueur émérite 
Qui va côtoyant sans remords 
Ou l'opulence ou la faillite 
A travers primes et reports ; 
Dans cette immense fourmilière 
Qu'on voit courir et s'agiter, 
Chacun de nous, A sa manière. 
Fait de l'X, sans s'en douter. 

Mettre A la loterie 
Pour gagner le gros lot ; 
Dans tel fonds d'industrie 
Risquer son bibelot ; 
Quand la baisse est venue 
Courir le million. 



l'argot de l'x. 319 

C'est chercher Tinconnue 
Dans une équation. 

Déchiffrer la charade 
Ou le rébus du jour, 
Les notes d'ambassade, 
La Gazette d'Auffsbonrff, 
L'empreinte vermoulue 
De quelque inscription... 
C'est chercher Tinconnue 
Dans une équation. 

Dans Mathieu de la Drôme 
Chercher le temps qu'il fait, 
Entre Paris et Rome 
Un ménage parfait, 
Au fond d'une cornue 
Brevets d'invention, 
C'est chercher l'inconnue 
Dans une équation. 

Espérer que les drames 
Seront moins assommants, 
Et que nos belles dames 
Tiendront tous leurs serments, 
Faire le pied de grue 
Le soir, sous le balcon. 
C'est chercher l'inconnue 
Dans une équation. 

Viser à faire école 
Dans un genre nouveau. 
Pour quelque protocole 
Se creuser le cerveau. 
S'en aller dans la nue 
Faire une ascension, 
C'est chercher l'inconnue 
Dans une équation. 

Chercher un cœur fidèle, 
Un Gascon point vantard. 
Un Normand sans querelle, 
Un pays sans mouchard. 
Une actrice ingénue, 
Un lord sans prétention, 
C'est chercher l'inconnue 
Dans une équation. 



320 l'argot de l'x. 

Parfois, au printemps de mes jours, 
J'ai cueilli le myrte et la rose 
A la ceinture des amours ; 
Mais aujourd'hui, Tàge morose 
Me défend de semblables tours ; 
Ils sont passés ces jours de fête 
Où, pour faire de l'intégral 
Et du magnétisme animal, 
Je m'adressais à ma Lisette ; 
Où nous abordions haut la tôte 
Le problème le plus profond, 
Où sans fatigue et d'une traite 
Nous poussions nos calculs à fond. 

Alors, j'en ai la souvenance, 
Alors, en toute occasion. 
J'allongeais l'opération 
Jusqu'à la 7i"« puissance; 
A présent, quel déchet cruel! 
Je n'intègre qu'avec mollesse, 
Et, quoiqu'en ce monde tout baisse 
Par décret providentiel. 
Je n'ose avouer la faiblesse 
De moA chiffre exponentiel. 

Il n'est A cela de remède : 
A Tété, l'automne succède, 
Puis l'hiver. Et de numéro 

En numéro 
Nous descendons jusqu'à zéro. 





Y. — J^a lettre y est la cousine de la lettre x, comme 
le disait père Faurie, un colleur de taupins qui a interrogé 
dans les lycées des milliers de candidats à VX* C'est la 
fonction^ x étant le plus souvent la variable indépendante ; 
il conviendrait donc de répéter pour Vy ce que nous 
avons dit pour Yx. 

Cette lettre a servi de rime à Vacquerie, le poète jour- 
naliste, qui fut candidat à l'École, et qui rappelait ainsi 
son travail acharné de taupin : 

On me tordit, depuis les ailes jusqu'au bec, 
Sur Taffrcux chevalet des x et des y. 

Comme Vacquerie, notre grand Hugo avait songé à se 
préparer à l'Ecole. Peut-on affirmer, contrairement à 
l'opinion répandue, que l'étude des x et des y n'aurait en 

21 



322 



L ARCfOT de L X. 



rien gêné les élans de son imagination? Oui, si Ton con- 
sidère que rÉcole n*a pas produit que des savants, des 
ingénieurs ou des officiers, mais aussi des écrivains, même 
des poètes : Valkenaer, de Barante, le Père Gratry, Ar- 
mand Silvestre, Kerviler, Marcel Prévost, Ed. Estaunier, 
Pierre Delix... 





If ^ 



Z=:H. — Expression qui veut dire /)/an horizontal. C'est 
par des plans horizontaux, dont l'équation est z = h^ qu'on 
coupe les surfaces, en géométrie analytique, pour étudier 
la nature des sections. Le plan, représenté par z:=o, 
indique pour les élèves le plancher de la salle : c'est le 
géométraL Faire z=io, c'est se coucher sur le sol, en salle 
ou à Vamphi et sommeiller ou faire un whist. Le nouvel 
amphi de physique offre précisément un vaste espace 
propre aux joueurs qui sont dissimulés par les dos de leurs 
camarades. Il arrive parfois que Vamphi se vide sur le 
fféométraly et, ce qui ne manque pas d'impudence, les 
whisteurs se plaignent souvent du bruit que fait le profes- 
ficuren parlant! 




de reau Vj rfi[l^''- 
ux cons- (Tj -~^./-!LJr*' 



324 l/ ARGOT DE l'x. 

Zanzibar. — Jeu que les anciens apprennent aux 
conscrits des leur arrivée. Le conscrit, bien innocent, esl 
debout ou assis sur un tabouret, on lui fait 
tenir un verre de lampe entre ses jambes 
rapprochées et, sa tête étant légèrement 
inclinée en arrière, on lui place une 
pièce de un sou sur le front. Il doit, 
par de petits mouvements de la tête 
arriver à faire tomber le sou dans le 
verre de lampe. Mais, pendant qu'il y ^Jil { ^^ 
s'applique consciencieusement à ce petit v ^vT v ( ^^ 
exercice. Vans malin verse 
dans le verre et le malheureux 

crit n'a plus qu'à courir au ^-. , ^* — 

changer de pantalon. t?-^*' ' C 

Zèbre. — Mot employé comme synonyme de cheval. 

Les anciens, depuis une quinzaine d'années, montent à 
zèbre une fois par semaine. C'est là une innovation heu- 
reuse et une excellente préparation aux exercices de Fon- 
tainebleau. La plupart des nouveaux polytechniciens, 
malgré l'épreuve de l'entrée, sont assez malhabiles et 
les premières leçons ne sont pas sans leur causer des 
appréhensions assez vives; cela n'empêche pas certains 
d'entre eux de chercher, en portant des pantalons basanés, 
des éperons, à poser pour le cavalier. On en voit même quel- 
ques-uns se risquer le dimanche au bois, ceux-là sont 
passibles de la cote pose et le lendemain il reçoivent les 
félicitations ironiques de toutes les salles. 

Les leçons de zèbre se donnent au manège de la rue 
Lhomond, dirigé par M. Brancourt; le costume de l'équi- 
tation est la tenue d'intérieur ; le pantalon seul, d'une 
étoiTc plus résistante, s'appelle le basané. A la fin de 
l'année on fait quelques promenades dans les environs de 
Paris. 



l'argot de l\. 325 

En descendant de zèbre il est d'usap^e de s'arrêter chez 
la mère Corneille pour y prendre une prune, 

Zeller. — M. Jules Zeller, le savant historien, membre 
de l'Institut, a occupé pendant vingt ans la chaire d'histoire 
à l'École. 

Ses leçons, faites avec une gravité pleine de finesse, 
bourrées d'anecdotes et de rapprochements curieux, em- 
preintes d'un patriotisme ardent, étaient écoutées avec re- 
cueillement. Elles se faisaient tout d'abord le mardi soir et 
comme le repas qui suivait comportait invariablement un 
plat d'épinards, le nom de zeller est resté aux épinards de 
l'École. 

Le souvenir encore vivant du sympathique professeur 
est conservé le jour de la séance des Ombres par quel- 
ques allocutions comiques qu'on lui prête en exagérant les 
hum! hum! les particulièrement, les en quelque sorte, 
dont il émaillait son discours. 

— Louis XIV, messieurs, passait, hum 1 agréablement des lettres 
aux arls, et des arts, huml aux langues... 

• François l*^, aimait beaucoup les brunes, hum ! les blondes 
particulièrement. 

Alexandre VI {hum /), Borgia, fut pape, en quelque sorte. D*après 
ses ordres, hum! ses ennemis étaient précipités dans le Tibre, en 
quelque sorte^ où ils mouraient, particulièrement. 

Zinc. — Pantalon de toile grise qu'on portait à l'inté- 
rieur durant les chaleurs ; son nom provenait à la fois de 
sa couleur et de sa raideur. 

On a conservé le nom de zinc au costume de gymnas- 
tique dont la toile est de couleur grisâtre. 

La première séance de gymnastique est l'occasion du 
monôme des zincs. 

Zlirlln. — Les stores qui protègent les salles d'étude des 
rayons du soleil, sont appelés les zurlins en souvenir du 



326 



L ARGOT DE L X. 



colonel Zurlinden, commandant en second (1883), et qui est 
aujourd'hui Tun des plus brillants de nos commandants de 
corps d'armée. 




Sur le zurhn^ on dessine les sujets les plus variés ; le plus 
souvent, c'est un artilleur avec cette inscription entourant 
la tête comme d'une auréole : « \'ive l'arti ! » 




ACHEVÉ D^JMPniMER A CORBEIL 
PAR 

Edouard CRÉTÉ 
le dix mars mil huit cent quatre-vingt-quatorze. 



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