Skip to main content

Full text of "L'Ukraine occidentale (Galicie) L'invasion polonaise en Ukraine occidentale est un crime contre le droit"

See other formats


Lozyns'kyï, Mykhaïlo 

L'Ukraine occidentale 
(Galicie) 




L'UKRAINE OCCIDENTALE 

(Galïcie) 



L'invasion polonaise en Ukraine Occidentale 
est un crime contre le Droit 



Michel LOZYNSKY 

DOCTEUR EN DROIT 

SOUS-SECRÉTAIRE D'ÉTAT AUX AFFAIRES ÉTRANGÈRES 

DE L'UKRAINE OCCIDENTALE 



PAR I S 

MIMXIX 



Pour paraître prochainement 

DU MÊME AUTEUR : 

1. — Notes sur les relations Polono-Ukrainiennes en 

Galicie pendant les 25 dernières années. 

2. — Décisions du Conseil Suprême sur la Galicie 

Orientale. 



L'UKRAINE OCCIDENTALE 



L'invasion polonaise en Ukraine Occidentale 
est un crime contre le Droit 



Michel LOZYNSKY 

DOCTEUR EN DROIT 

SOUS-SECRÉTAIRE D'ÉTAT AUX AFFAIRES ÉTRANGÈRES 

DE L'UKRAINE OCCIDENTALE 



PAR I S 
MIMXIX 







L7 



L'UKRAINE OCCIDENTALE 

(Galicie) 



L'invasion polonaise en Ukraine Occidentale 
est un crime contre le Droit. 



J'ACCUSE!... 



J'accuse la Pologne devant le tribunal de la Conférence 
de la Paix et de tout le monde civilisé, qui attend de cette 
Conjérence la justice, la liberté, l'égalité de tous les peuples, 
d'avoir commis un crime à l'égard du peuple ukrainien et de 
la République ukrainienne. 

J'accuse la Pologne d'avoir envahi la Galicie ukrainienne, 
laquelle après la dislocation de V Autriche-Hongrie a fondé , 
en se basant sur les principes de libre disposition, avec la 
Bukpvine ukrainienne et les territoires ukrainiens de la 
Hongrie la République Ukrainienne Occidentale, qui s'est 
unifié par l'acte du 3 janvier 1919, avec la République 
Ukrainienne, née sur les ruines de la Russie, pour former 
un seul Etat. 

J'accuse la Pologne d'avoir obtenu, par la défiguration des 
événements qui se sont déroulés, un concours militaire efficace 



— 8 - 

de la part des Alliés, sous prétexte de lutier contre le bol 
chevisme et d'avoir usé de ce concours pour envahir les ter- 
ritoires de la Galicie ukrainienne. 

J'accuse la Pologne d'avoir déclanché une offensive 
contre l'armée ukrainienne et d'avoir occupé presque tout le 
territoire de la Galicie ukrainienne, d'avoir détruit toute 
V organisation de cet Etat, d'avoir semé la ruine, la mort et 
le désespoir parmi les habitants et de leur avoir imposé l'escla- 
vage. Et elle le faisait juste au moment où la Conférence de 
la Paix avait décidé la cessation des hostilités entre Polo- 
nais et Ukrainiens, et avait désigné une Commission pour 
l'armistice ukjraino-polonais à la décision de laquelle les 
Ukrainiens avaient adhéré. 

J'accuse la Pologne d'avoir conclu sournoisement un traité 
avec les Roumains pour attaquer, avec le concours de cet 
Etat, l'armée ukrainienne, épuisée par une demie année de 
combats sanglants. 

J'accuse la Pologne d'avoir proclamé l'annexion de 
l'Ukraine Occidentale conquise par les armes, ridiculisant 
ainsi les principes des Alliés, principe de libre disposition des 
peuples. 

J'accuse la Pologne d'avoir défiguré l'histoire et l'état 
actuel des choses pour persuader à l'Entente et à tout le 
monde civilisé, que la Galicie Ukrainienne n'est pas une terre 
ukrainienne, mais polonaise. 

Ces pages ont pour but de prouver mon accusation. Elles 
ont pour but de prouver que la Galicie conquise par les 
Polonais, est depuis des siècles une terre ukrainienne dont 
la population veut former de tous les territoires ukrainiens 
réunis une République ukrainienne indépendante. 



— «I — 

J'accuse la Pologne devant le tribunal de la Conférence 
de la Paix et de tout le monde civilisé d'avoir commis un 
crime à l'égard du peuple ukrainien et je demande justice, 
c'est-à-dire la libération immédiate de l'Ukraine occidentale 
de la conquête polonaise. 

D 1 MICHEL LOZYNSKY. 



Paris, le 25 juin 1919. 



LA GALICIE, ETAT UKRAINIEN 
DE HALYTCH-VOLHYNIE 



Depuis une époque très reculée, la Galicie a été con 
sidérée comme ukrainienne. Aux x° et xi e siècles, elle 
faisait partie de l'Etat ukrainien de Kiev, fondé par^ 
Vladimir le Grand (975-1015) et servait de province 
frontière contre les Polonais. 

Le chroniqueur ukrainien Nestor (xn e siècle) ayant 
mtntionné dans l'un de ses récits le fait que Vladi- 
mir le Grand et ses successeurs luttèrent contre les 
Polonais pour ce territoire, ces derniers en profitent 
pour conclure que la Galicie était originairement po- 
lonaise et ne fut ukrainisée que plus tard. 

A cette conclusion tout à fait arbitraire et dépour- 
vue de fondement s'opposent les faits suivants : 

i° la Galicie n'a été privée de son indépendance 
(par la Pologne) qu'en i34o, c'est-à-dire plus de trois 
siècles après la mort de Vladimir le Grand; 

•2° bien qu'elle ait appartenu pendant plus de 
quatre siècles à la Pologne (-1340-1772) et qu'elle ait 
subi la domination polonaise en Autriche jusqu'à 



- 12 — 

sa dislocation, elle a conservé son caractère ukrai- 
nien . 

Si ce territoire avait été réellement polonais à l'épo- 
que de Vladimir le Grand, comment aurait-il pu, pen- 
dant des siècles de domination polonaise et contre la 
volonté de ses dirigeants, être ukrainisé et conserver 
jusqu'à maintenant un caractère ukrainien? 

La vérité est que la Galicie formait un territoire fron- 
tière contre les Polonais et que comme tel elle devint 
la proie de leur « poussée vers l'Est ». 

Lorsque l'Etat de Kiev fut divisé en principautés, 
ii se forma en Galicie plusieurs principautés ukrai- 
niennes plus petites, dont le centre devint celle d« 
Halytch, sous la dynastie des Rostyslav (fin du 
xi 8 siècle). 

Roman (1189-1200) réunit en un seul Etat (en 
1199) la principauté de Halytch et celle de Vladimir 
en Volhynie. Sous cette dynastie, l'Etat de Halytch- 
Volhynie atteignit un tel degré de puissance, qu'il 
comprit pendant un certain temps toute l'Ukraine 
avec Kiev. Parmi ses princes les plus éminents, citons 
Danylo, fils de Roman (i2o3-i264), fondateur de la 
capitale de la Galicie, Lemberg (1), qui entra en rela- 
tions étroites avec le Pape et se fit couronner roi en 
J253 par son légat; citons encore son fils Lew (126/1- 
i3oo) et le fils de celui-ci Georges (i3oo-i3o8) qui, 
comme son grand-père, prit le titre de roi. 

Ses deux fils André et Léon qui lui succédèrent, 11c 
bissèrent pas d'héritiers mâles. La noblesse fit alors 
monter sur le trône un fils de leur sœur Marie, ma- 
riée au prince lithuano-polonais Troïden de Masovie 



M) Lemberg-Leoberg-Leôpolis, en ukrainien Lviv, lui ainsi 
nommé en l'honneur du fils de Danylo, Lew (Léo), 



i:; — 

Le nouveau prince, qui portait le nom polonais de 
Bcleslav et avait été élevé dans la foi catholique, em 
brassa la religion orthodoxe, et en l'honneur de son 
grand-père prit le deuxième nom de Georges. Il régn : 
de i3a5 à i3/jo. La dynastie de Roman finit avec lui. 
De même l'Etat fondé par Roman touchait à sa fin. 

Affaibli par les Mongols, opprimé par les Etals 
voisins, la Pologne, la Hongrie, la Lithuanie, il fui 
partagé après la mort du prince Boleslav-Georges 
entre la Pologne et la Lithuanie, pour tomber com- 
plètement sous la domination polonaise après l'union 
de la Lithuanie à la Pologne. 

C'est aussi de l'époque dont nous venons de parler 
que proviennent les droits de la couronne hongroise, 
sur lesquels s'est appuyée l'Autriche lors du premier 
partage de la Pologne. 

A l'époque des luttes pour la principauté de Ha- 
lytch entre Vladimir, le dernier prince de la dynastie 
des Rostyslav et Roman (1189-1199), le roi de Hon- 
grie qui soutenait Vladimir, s'empara de la capitale 
Halytch, et y régna pendant un temps très court, après 
avoir jeté Vladimir en prison. 

Plus tard, après la mort de Roman, son Etat re- 
tomba sous la domination hongroise. En effet, le roi 
de Hongrie, André, tuteur de la veuve et des enfants 
du défunt Roman s'en empara et prit même le titr? 
de « Galiciœ Lodomeriœque rex » (« roi de Halytch et 
de Vladimir, de Galicie et Lodomérie »'), dénomina- 
tion qui fait encore partie aujourd'hui des titres des 
rois de Hongrie. 

La domination hongroise fut cette fois encore de 
courte durée; le fils de Roman, Danylo, y mit bien- 
tôt fin. 

Plus d'un siècle plus tard, après IVxlinetion de In 



dynastie de Roman et pendant les luttes pour sa suc- 
cession, celle-ci fut l'objet d'un traité entre le roi 
polonais Casimir le Grand et les rois de Hongrie, 
Charles et Louis. Enfin (1887), le pays resta définiti- 
vement à la Pologne, tandis que les rois de Hongrie 
n'en gardèrent que le litre. 



!I 



LA GALICIE SOUS LA DOMINATION 
POLONAISE 



Un traité semblable fut conclu déjà en i33(), c'est-à- 
dire quelque temps avant la mort du prince Boleslav- 
Georges, ce qui montre bien le plan du roi de Po- 
logne Casimir le Grand et du roi de Hongrie Charles, 
de s'emparer de l'Etat de Halytch-Volhynie déjà 
affaibli. 

Afin de mettre ce plan à l'exécution, Casimir le 
Grand entreprit, aussitôt après la mort du prince 
Boleslav-Georges, une guerre de conquêtes dans la- 
quelle il fut soutenu par l'armée hongroise. 

Mais cette campagne échoua, de même qu'une 
autre en i335. Jusqu'en i34(), l'Etat de Halytch- 
Volhynie fut gouverné par le prince lithuanien Lu- 
bart, appelé sur le trône par la noblesse après la 
mort de Boleslav-Georges. 

Cette année-là seulement Casimir le Grand réussit 



- 16 — 

à conquérir une partie du territoire convoité, notam- 
ment l'ancienne principauté de Halytch (Galicie), 
l'autre partie (Volhynic) restant aux mains de Lubart. 

En vertu du traité conclu entre Casimir le Grand et 
Louis, roi de Hongrie, celui-ci monta sur le trône de 
Pologne après la mort de Casimir (1370). Il sépara la 
Galicie des possessions de la couronne polonaise et la 
réunit à celles de la couronne de Hongrie. 

Après la mort du roi Louis, la noblesse polonaise, 
afin de se séparer de la Hongrie, élut sa plus jeune 
fille, Hedwige. La nouvelle reine, profitant du dé- 
sordre qui régnait en Hongrie depuis la mort de 
Louis, chassa l'armée hongroise de la Galicie et re- 
plaça ce pays parmi les possessions de la couronne 
polonaise ( 1387). 

Depuis cette époque jusqu'au premier partage de 
la Pologne en 1772, l'ancienne principauté ukrai- 
nienne de Halytch resta sous la domination polonaise. 

Entre temps, les autres territoires de Halytch- 
Volhynie étaient tombés, ainsi qu'il a été dit plus 
haut, sous la domination des princes lithuaniens. 
Mais la culture ukrainienne, très développée, étant à 
cette époque bien supérieure à la culture lithua- 
nienne, encore primitive, il arriva que non seulement 
les Ukrainiens ne perdirent pas leurs qualités 
nationales, mais au contraire qu'ils influèrent sur les 
lithuaniens. 

Des princes lithuaniens embrassèrent la religion 
orthodoxe et la langue ukrainienne devint celle de la 
cour. 

Cette période de l'histoire ukrainienne a été nom- 
mée pour cette raison, non pas période de la domi- 
nation lithuanienne, mais période de l'Etat lithuano- 



ukrainien. Le prince lithuanien Jagellon, qui épousa 
ia reine polonaise Hedwige et réunit la Lithuanie à 
la Pologne, était également de religion orthodoxe. Ce 
processus historique, durant lequel la Pologne s'ef- 
lorça de se fondre avec la Lithuanie, tandis que celle- 
ci cherchait à garder son indépendance, dura encore 
longtemps, jusqu'à ce que fut conclue en i56q l'union 
de Lublin entre ces deux Etats. Les Polonais ont cou- 
tume de représenter cet acte comme une libre réu- 
nion de la Pologne et de la Lithuanie en une unité 
politique d'ordre supérieur, chacune des deux parties 
conservant son indépendance intérieure. 

En réalité, l'union de Lublin signifiait que la Li- 
thuanie avait perdu son indépendance et, dès lors, 
n'était plus qu'une province du royaume de Pologne 
entièrement livrée à l'influence polonisatrice. 

Cet acte fut également décisif pour les territoires 
ukrainiens qui se trouvèrent ainsi soumis à la polo- 
nisation. 

Leur histoire est celle d'une lutte continuelle du 
peuple ukrainien contre le gouvernement, lutte qui 
trouva son expression dans des soulèvements à main 
armée. 

Le plus important fut la guerre de libération entre- 
prise par Bohdan Chmelnyoky (i6/j8-i65/i), au cours 
de laquelle la plus grande partie des territoires ukrai- 
niens s'arracha de force à la Pologne et s'unit à la 
Russie sous forme de république indépendante. Cette 
lutte fut suivie par toute l'Europe avec le plus grand 
intérêt. 

La Galicie y prit également part, mais Bohdan 
Ghmelnycky ne put réussir à la faire entrer dans les 
limites de sa république. 

Son successeur, Ivan Vyhovsky, voyant que la 



— 18 - 

Russie cherchait à assujettir la république ukrai- 
nienne, tenta de se rapprocher de la Pologne et con- 
clut avec elle le traité de Hadiatch en i658, d'après 
lequel les territoires ukrainiens devaient former un 
<( grand-duché de Ruthénie » et celui-ci devenir un 
membre autonome du nouvel Etat polonais, organisé 
sur une base trialiste (Pologne, Lithuanie et Ukraine). 
Les Ukrainiens demandèrent alors à la Diète polo- 
naise, chargée de sanctionner le traité, d'annexer la 
Galicie au « grand-duché ». 

En un mot, la Galicie, de même que les autres 
territoires ukrainiens appartenant à la Pologne, ne 
cessa jamais de considérer la domination polonaise 
comme étrangère et de lutter contre elle par tous les 
moyens en son pouvoir, jusqu'à ce que les partages 
de la Pologne eussent donné la Galicie à l'Autriche et 
le reste des territoires ukrainiens à la Russie. 

Cette résistance devint, il est vrai, toujours plus 
faible, les Polonais ayant réussi au cours des siècles 
à poloniser les classes supérieures, et le peuple ne 
jouant pas à cette époque un rôle politique aussi im- 
portant qu'au XIX e siècle et de nos jours. 

Malgré tout, les Polonais ne réussirent pas à rendre 
leur action complète et définitive. 

Seule la noblesse polonaise (parmi cette noblesse 
quelques Ukrainiens qui avaient été polonisés) con- 
sidérèrent les partages de la Pologne comme la perte 
de leur propre gouvernement et l'assujetissement à 
un Etat étranger; ils prirent part aux révoltes polo- 
naises et s'efforcèrent plus tard par tous les arts de la 
politique moderne de conserver et d'augmenter leur 
influence, ce qui leur réussit surtout en Galicie. 
Encore aujourd'hui, sur la base de « droits histo- 
riques », ils élèvent des prétentions polonaises sur 



._ 19 



tous les territoires ukrainiens de l'ancien royaume 
de Pologne. 

Mais l'Ame du peuple resta ukrainienne, pour 
s'éveiller au cours du xix* siècle et faire valoir ses 
droits à une libre existence nationale ainsi qu'à un 
rôle en Europe orientale, conforme à sa grandeur 
numérique et à son histoire. 



* 



Ainsi nous voyons que la Pologne s'est emparée de 
la Galicie par droit de conquête et que, pendant les 
quatre siècles de sa domination, elle a asservi le peuple 
ukrainien. 

Une lutte continuelle contre la domination étran- 
gère et son influence dénationalisante d'un côté, des 
efforts méthodiques et énergiques pour l'anéantisse- 
ment de la nationalité ukrainienne de l'autre, tel est 
le résumé de l'histoire polono-ukrainienne dans le 
royaume de Pologne. La perte des classes élevées et 
avec elles des représentants de l'idée et de la culture 
nationales, le rabaissement de toute la nation au 
niveau d'une masse paysanne asservie, tel a été, pour 
le peuple ukrainien, le résultat de son union à la 
Pologne. 

Est-il nécessaire de prouver à l'opinion publique 
d'un Etat démocratique du xx* siècle que cette con- 
quête et cet asservissement d'un peuple par l'autre, 
que cette histoire commune de deux peuples et son 
résultat pour le vaincu, ne peuvent, en aucune façon, 
établir les droits du vainqueur? 

« La conquête », a dit le démocrate russe Herzen au 
sujet des « droits historiques » de la Pologne sur les 
leiritoires ukrainiens », n'est pas un droit, mais seule- 



L J 



ment un fait. » Ce fait a cessé d'exister par suite 
des partages de la Pologne. Le rétablir serait recon- 
naître la conquête et l'oppression comme un clément 
du droit de l'état et du droit des gens dans le sens 
éthique. C'est justement ce que désirent les Polonais, 
lorsqu'ils proclament leurs « droits historiques » sur 
tous les territoires ukrainiens de l'ancien royaume de 
Pologne. 



m 



GOMMENT LA GALIGIE 
EST DEVENUE PROVINCE AUTRICHIENNE 



La Gaiicic a été acquise par l'Autriche du fait du 
partage de l'ancien royaume de Pologne. L'histoire de 
celle acquisition se présente connue suit : 

La participation de l'Autriche au premier partage 
de la Pologne, par lequel elle acquit la Galicie, fut 
proclamée dans le manifeste d'occupation de l'impé- 
ratrice Marie-Thérèse, le n septembre 1772 : 

« Nos Maria Theresia, Dei Gratia Romanorum Im- 
peratrix Vidua, Regina Hungarife, Bohemiae, Dalma- 
tiœ, Croatiœ, Slavoniae, Galiciœ et Lodomeria3, etc. 

« Quandoquidem circumspecto prœsenti Poloniœ 
statu Nos cum Russica Imperatoria nec non Regia 
Borusscica Aula convenimus et consilium caepimus, 
qua3 unicuique Nostrum in aliquas hujus regni pro- 
vincias antiquitus jura competunt, vindicandi lague 
effectui nunc mancipandi; Nos illuni terrœ tractum 
lanquam portionem juribus Nostris respondentem 
per militem Nostrum occupari jussimus, qui quidem 
se<[uentibus limitus circumscribitur. » (Puis vient la 
délimitation des frontières.) 



En même temps parut, sur l'ordre du gouverne- 
ment autrichien, en latin et en allemand, ainsi qu'en 
français et en polonais, mais abrégé, un exposé juri- 
dique et historique des motifs de l'occupation publié 
par l'historien hongrois J. Benczicz : Jurium Hun- 
gariae in Russiam Minorem et Podoliam, Bohemia> 
que in Osveciensem et Zatoriensem Ducatum preevia 
explicatio. Vindob. (1772). (En français : Exposé pré- 
liminaire des droits du royaume de Hongrie sur la 
Petite-Russie ou Russie-Rouge et la Podolie, et du 
royaume de Bohême sur les duchés d'Ausschwitz et 
Zator. Vienne 1772.) 

Comme l'on peut s'en rendre compte par les do- 
cuments ci-dessus, l'occupation était basée sur les 
droits historiques (« quae Unicuique Nostrum in ali- 
quas hujus regni provincias antiquitus jura compe- 
tunt, — Nos illum terras tractum tanquam portionem 
juribus Nostris respondentem per militem Nostrum 
occupari jussimus »), d'après lesquels les territoires 
occupés furent partagés en deux unités : la <i Petite- 
Russie ou Russie-Rouge et la Podolie », dont l'occu- 
pation était basée sur les droits du royaume de Hon- 
grie, et <( les Duchés d'Ausschwitz et Zator » dont 
l'occupation était basée sur ceux du royaume de 
Bohême. 

Le territoire désigné sous le nom de « Petite-Russie 
ou Russie-Rouge » et qui formait la plus grande 
partie de tout le pays occupé, était ukrainien; le 
reste était polonais. Bien que le gouvernement au- 
trichien connût les différences historiques et natio- 
nales existant entre les deux parties du territoire 
occupé, il les réunit pour des raisons d'ordre admi- 
nistratif et en fit une unité qui prit le nom de Ga- 
licie, d'après celui de la partie ukrainienne. En 1775, 
la Bukovine, petit pays de population ukrainienne et 



roumaine, fut arrachée à la Turquie et incorporée à 
la Galicie. 

L'Autriche ne prit pas part au deuxième partage 
de la Pologne (1793). Lors du troisième partage (1796) 
elle acquit de nouveaux territoires, qui furent, il est 
vrai, incorporés à la Galicie, mais de telle sorte qu'au 
point de vue administratif, elle resta divisée en deux 
parties : la Galicie orientale avec Léopol pour capi- 
tale et comprenant les acquisitions de 1770 plus la 
Bukovine, et la Galicie occidentale ou Nouvelle- 
Galicie avec Cracovie pour capitale et les nouvelles 
acquisitions. 

En vertu du traité de Schonbrunn (1809), ^ a P ms 
grande partie de la Galicie occidentale fut cédée au 
duché de Varsovie et le district de Tarnopol à la 
Russie. 

En vertu du Congrès de Vienne (181 5), l'Autriche 
rentra en possession du district de Tarnopol, mais 
céda le reste de la Galicie occidentale à la Pologne du 
Congrès. Cracovie devint une république indépen- 
dante, mais, en i846, elle fut occupée par l'Autriche 
et incorporée à la Galicie. Après la séparation de la 
Bukovine constituée en province spéciale, la Galicie 
atteignit ses frontières dans l'Autriche. 

La dénomination officielle du pays en laisse recon- 
naître les différentes parties : « Royaume de Galicie 
et de Lodomérie avec le grand-duché de Cracovie et 
les duchés d'Ausschwitz et Zator. » 

« Le royaume de Galicie et de Lodomérie » forme 
la partie orientale ukrainienne, comprenant les deux 
tiers du territoire total, auquel il a donné son nom de 
« Galicie ». « Le grand-duché de Cracovie et les 
duchés d'Ausschwitz et Zator » forment la partie occi- 
dentale polonaise. 



IV 



LA GALICIE, PROVINCE AUTRICHIENNE 
JUSQU'EN 1860 

PROJET D'UN PARTAGE SI JR LES BASES 
NATIONALES 

à) DÉCRETS DU GOUVERNEMENT AUTRICHE 

Dès que le gouvernement autrichien se fut asso- 
la possession de la Galicie, il commença à prends 
des mesures qui prouvent que même un tel gouver- 
nement réactionnaire se rendait bien compte qu'un 
territoire, dont les parties ont un passé historique si 
différent et qui présentent des contrastes nationaux 
si frappants, ne peut former un tout, une province 
uniforme. 

Le 27 février 1847, l'empereur se prononça pour 
le partage de la Galicie en deux provinces adminis- 
tratives séparées, avec Léopol et Gracovie pour chefs- 
lieux. 

L'ordonnance impériale du ag mars \^\- coule 
liait des instructions détaillées à ce sujet, d'où il 
ressort que la province de Cracovie devait com- 
prendre la Galicie occidentale polonaise, et la pn> 



20 — 



vince de Léopol, la Galicie orientale ukrainienne avec 
la Bukovine. Le décret, impérial du i3 octobre 18^7 
demandait que l'on accélère les préparatifs du par- 
tage. 

En i848, le gouvernement, estimant qu'il était 
urgent de l'accomplir, le ratilia à la cour le 19 juin, 
sous le ministère Pillcrsdorf. Mais le changement de 
ministère empêcha qu'il fût contresigné et mis à exé- 
cution. Nous verrons plus loin que les machinations 
polonaises y contribuèrent pour une large part. 

Néanmoins, le gouvernement n'avait pas renoncé à 
son projet. Il est dit dans le décret de nomination 
de W. Zaleski (du 3o juillet 18/18) qu'il était « élu 
gouverneur de la Galicie, y compris la province de 
Cracovie et la Bukovine, pour devenir, après le par- 
tage du pays en deux provinces, gouverneur de Cra- 
covie ». 

Le partage de la Galicie. annoncé dans le décret de 
nomination, fut définitivement proclamé par l'or- 
donnance ministérielle du a5 novembre i848, qui 
confiait l'administration de la Galicie occidentale à la 
commission impériale et royale de la province de 
Cracovie. 



b) Le mouvement ukrainien. 

En i848, avec la liberté politique, apparut en Au- 
triche un mouvement ukrainien qui posait comme 
principale revendication nationale le partage de la 
Galicie el la création d'une province ukrainienne npé- 
ciale à l'intérieur de l'Autriche, province comprenant 
les territoires ukrainiens de la Galicie. Ce mouve- 
ment était dirigé par la société politique ukrainienne 
v. Hoïovna Bouska Bada » (Conseil ruthène suprême), 



fondée le -j. niai iS48 à Leinberg. Son activité se 
manifesta par l'envoi d'une délégation au Congrès 
slave convoqué à Prague le 3i mai, par des mémo- 
randums adressés à ia Couronne et au gouvernement, 
par de* pétitions au Reichstag, etc. 

Afin de gagner à L'idée du partage les hautes 
sphères gouvernementales, le « Conseil ruthène su- 
prême » adressa un mémorandum à la Couronne, le 
9 juin i848. 

Ce mémorandum se terminait comme suit : 
« Les Ruthènes demandent : 

« i. Que la partie de la Galicie habitée par eux 
forme une province spéciale, avec Leinberg pour 
capitale. Elle comprend les districts orientaux de la 
Galicie, de population ruthène. 

« Ce pays a, du reste, été autrefois indépendant; 
tout d'abord, il a formé une principauté, puis le 
ioyaume de lialytch, enfin la voïvodie de Ruthénic- 
Rouge (i). 

« 2. Que la partie de la Galicie habitée par les Ma- 
soures soit séparée de la province ruthène. Ce terri- 
toire comprend les districts occidentaux de la Ga- 
licie, de population polonaise. » 

Ce mémorandum à la Couronne fut bientôt suivi 
d'un autre adressé au ministère de l'intérieur le 
17 juillet i848; il avait pour but, d'un côté de faire 
connaître directement au gouvernement les revendi- 
cations ukrainiennes, de l'autre de protester contre les 
aspirations polonaises tendant à organiser constitu- 
tionnellement la Galicie en une province autonome 
polonaise. 



'li Lfiie voïvodie élail un dislric) administratif eu Pologne 



— 28 — 

Pendant l'automne de la même année, le Conseil 
ruthène suprême envoya à l'empereur une députation. 
Elle fut reçue en audience particulière le 6 novem- 
bre i848 et demanda en tout premier lieu le partage 
national de la Galicie. 

Ces vœux furent en même temps présentés à diffé- 
rents ministères dans plusieurs mémorandums, et en 
particulier au ministère de l'Intérieur, le 28 octo- 
bre i8/i8. Ce dernier mémorandum a été textuelle- 
ment reproduit dans le journal officiel Wiener Zei- 
tung (n° 2o4-5 ex 18/18 supplément du soir), ce qui 
prouve que le gouvernement ne repoussa pas les de- 
mandes des Ukrainiens. 

D'autre part, le « Conseil ruthène suprême » dé- 
veloppa dans le pays une vive agitation, en vue de 
l'envoi de pétitions au Reichstag en faveur du partage 
de la Galicie. 

Celles-ci arrivèrent en très grand nombre pendant 
toute la durée du Parlement (juillet i8/j8 à mars 18A9). 

Mentionnons pour finir le mémorandum du 29 mars 
1849, sur lequel nous reviendrons ultérieurement. 

c) La contke-action polonaise 

Afin de contre-balancer la propagande du « Conseil 
ruthène suprême », les Polonais cherchèrent à exercer 
une pression dans le sens opposé sur la Couronne, 
le gouvernement et le Reichstag. 

Une lettre du leader polonais, Franz Smolka, 
adressée à Lemberg le 8 août 18A8, prouve que les 
Polonais furent pour quelque chose dans les obstacles 
mis à la réalisation du partage de la Galicie, accordé 
sous le ministère Pillcrsdorf. 



_ 29 _ 

Voici ce qu'il écrivit : 

<( On vient de nous apprendre que les sujets ru- 
thènes ont adressé une pétition au Reichstag en faveur 
du partage de la Galicie en deux districts adminis- 
tratifs. Vous savez que nous avions fait avorter ce 
partage brevi manu, après le rescrit impérial du 
19 juin i848. Seule une pétition pouvait remettre cette 
question à l'ordre du jour et l'utiliser à notre désa- 
vantage. C'est pourquoi il est nécessaire que l'on 
adresse au Reichstag une autre pétition de Ruthènes 
contre le partage de la Galicie, avec le plus grand 
nombre possible de signatures. 

« Il me semble que l'on est déjà en train de faire 
quelque chose à ce sujet. » 

On fit en effet « quelque chose ». 

Avec des éléments ukrainiens polonisés, les Polo- 
nais fondèrent une Société soi-disant ukrainienne, 
« Roussky Sobor » (Assemblée ruthène), qui devait 
représenter le point de vue polonais dans la question 
ukrainienne. 

Cette Société remplit le vœu de Smolka en envoyant 
au Reichstag, au nom du peuple ukrainien, une péti- 
tion contre le partage de la Galicie. 

Afin de détruire les résultats obtenus par le mémo- 
randum du 28 octobre et par la députation du « Con- 
seil ruthène suprême », reçue en audience le 6 novem- 
bre i8/i8, les Polonais envoyèrent une adresse à la 
Couronne et un mémorandum au ministère de l'Inté- 
rieur (le 27 novembre i848). 

Dans ce mémorandum ils prétendaient que les re- 
vendications des Ukrainiens étaient dépourvues de 
toute base objective, la langue ukrainienne n'étant 
qu'un dialecte de la langue polonaise et ne pouvant se 
développer indépendamment; d'autre part, la réalisa- 



30 



tion de ces demandes serait dangereuse pour l'Etat, car 
elle signifierait « un pas décisif vers la réunion des 
Ukrainiens sous le sceptre russe », « la base de la 
reconstitution d'un Etat ukrainien, tel qu'il existait 
au milieu du xiv e siècle ». 

Des brochures furent publiées dans le môme sens 
et répandues parmi les membres du Reichstag, afin 
d'exercer parmi eux une propagande active contre les 
revendications ukrainiennes. 



d) La question du partage de la Galicie 

a la, Commission de rédaction d'une Constitution 

autrichienne 



Au Reichstag autrichien qui se réunit à Vienne en 
juillet i848 et se transporta ensuite à Kremsier (en 
Moravie) au mois de novembre, le partage de îa Ga- 
licie fut mis à l'ordre du jour. La commission chargée 
d'établir les bases d'une Constitution de l'Empire déli- 
béra du 22 janvier au !\ mars 1849 sur I e point sui- 
vant : (( Le territoire national et ses divisions. » 

Le rapporteur proposa de maintenir l'ancien état 
de choses, c'est-à-dire que le « royaume de Galicie 
et la Bukovine » devaient former une province. 

L'un des trois membres galiciens de la commission, 
l'évêque Jakimovytch, député ukrainien, soutint le 
point de vue ukrainien concernant le partage de la 
Galicie; les. députés polonais Smolka et Ziemialkow.sk i 
s'y opposèrent naturellement, et Ziemialkowski prit 
dans ce sens une part très active aux débats. 

Parmi les discours des autres membres de ia corn- 



— M — 

mission, il faut mentionner spécialement ceux de 
l'historien tchèque Palatsky et de l'homme d'Etat 
Riegcr, qui défendirent brillamment la cause du libre 
développement national ukrainien. 

Mise aux voix, la demande des Ukrainiens fut 
repoussée. 

Le projet de Constitution de Kremsier contient donc 
cette clause : « le royaume de Galicie et Lodoméric y 
ci.mpris Cracovie devra former une province ». La 
Bukovine devait être séparée de la Galicie et former 
une province séparée 

En ce qui concerne la division en districts des ter- 
ritoires de plusieurs nationalités, le projet de consti- 
tution était favorable à la délimitation et aux droits 
nationaux, d'après lesquels la Galicie devait être divisée 
en 10 districts, dont les limites seraient établies par 
une loi gouvernementale, avec le plus d'égards pos 
sible pour les nationalités. 



e) La Galicie dans la Constitution dr l'Empire 

DU 4 MARS I 8 '| 9 ET LA 

Constitution pour la Galicie du 29 septembre r85o 

Le Reichstag autrichien fut dissous par le manifeste 
impérial du l\ mars 1849. En m eme temps une « Cons- 
titution pour l'Empire d'Autriche » fut octroyée avec 
la patente impériale de la même date. 

D'après cette Constitution, « le royaume de Galicie 
et Lodomérie avec les duchés d'Ausschwitz et Zator 
et le Grand-Duché de Cracovie » devaient former une 
province. 



De plus, tous les territoires de la Couronne devaient 
obtenir leur propre Constitution. 

Ces décisions occasionnèrent l'envoi au ministère 
de l'Intérieur, le 29 mars 18/19, du mémorandum du 
c Conseil ruthène suprême », dont nous avons déjà 
parlé plus haut. 

Vu l'octroi de constitutions locales, le mémorandum 
réclamait le partage de la Galicie en deux provinces 
spéciales. 

Un partage administratif du pays ayant déjà eu lieu 
(ordonnance du ministère de l'Intérieur du 2 5 novem- 
bre i8/i8), le gouvernement projetait de le compléter 
par la division de l'Assemblée représentative en deux 
diètes. 

Ce plan fut proposé au gouverneur de la Galicie, 
comte Agenor Goluchovski, un Polonais qui, comme 
homme d'Etat, a joué un grand rôle dans la politique 
intérieure de l'Autriche au profit de ses compatriotes. 
Le comte Goluchovski, dans son rapport du 9 mai 
18/19, se déclara résolument contre le partage du pays. 
Son principal argument était qu'une province ukrai- 
nienne spéciale en Autriche deviendrait un Piémont 
ukrainien, que d'un côté elle menacerait l'unité natio- 
nale de l'Autriche, de l'autre rendrait impossibles de 
bons rapports avec la Russie. 

« La partie ruthène », dit-il, u deviendrait le centre 
d'agitations et d'aspirations tendant à la réunion de 
tous les territoires ruthènes en un Etat. Ces aspirations 
pourraient être dangereuses aussi bien pour le main- 
tien de la paix avec les Etats voisins que pour la con- 
servation de ce territoire dans la monarchie. » 

Pendant plus d'un an, on ne reparla plus d'une 
Constitution pour la Galicie. Entre temps, le gouver- 



nement mûrissait un autre plan, le partage de la 
Galicie en trois parties, mais de telle sorte que l'unité 
du pays serait préservée. 

Conformément à ce plan, le ministère de l'Intérieur 
publia un décret le i5 octobre i85o concernant la divi- 
sion du pays en trois districts. 

Cette division fut accomplie de telle sorte que la 
partie occidentale polonaise forma un gouvernement 
avec Cracovie pour capitale, et la partie orientale 
ukrainienne deux gouvernements avec Lemberg et 
Stanislau. 

D'après la nouvelle Constitution, chaque gouverne- 
ment devait posséder sa propre Diète (la « Landtags- 
kurie ») compétente dans toutes les affaires qui lui 
seraient assignées par la Constitution de l'Empire. 

L'unité du pays n'était préservée que par le fait que 
dans certains cas les trois diètes devaient prendre les 
mêmes décisions; au cas où cela ne se pourrait pas, 
les affaires en question devraient être réglées par une 
commission élue par les trois diètes et nommée 
Comité Central. 

En outre, le Comité exécutif autonome devait rire 
Je même pour toute la Galicie et être élu par les trois 
diètes. 

De cette façon les aspirations des Ukrainiens 
n'étaient pas complètement réalisées, cependant la 
constitution promise créait deux gouvernements 
ukrainiens dans lesquels le peuple pourrait jouer un 
rôle politique. 

Malheureusement, ce plan ne devait jamais se réa- 
liser. Par la patente impériale du 3i décembre i85i 
tous les projets de constitution des années i8/j8-5o 
dans la monarchie des Habsbourg, y compris la cons- 



titution galicienne, furent annulés et l'absolutisme 
réintroduit. 



* 
* * 



Comme nous le voyons, les Ukrainiens de Galicie 
firent déjà preuve pendant cette période d'une cons- 
cience nationale développée, bien qu'ils fussent encore 
affaiblis par quatre siècles de domination polonaise. 
Ils étaient fiers de leur histoire nationale et s'effor- 
cèrent d'obtenir en Autriche une situation politique 
conforme à cette histoire. 

Il y avait aussi des chances pour que leurs aspira- 
tions se réalisassent. Mais le gouvernement autrichien 
se réconcilia plus tard avec les Polonais et leur aban 
donna la domination politique sur le peuple ukrainien 
en Galicie. 

Néanmoins, cette période de l'histoire réfute l'as- 
sertion des Polonais selon laquelle la Galicie serait 
depuis très longtemps une unité historico-politique 
portant l'empreinte polonaise, puisqu'au milieu du 
xix e siècle la Galicie n'était encore qu'un territoire 
occupé, que l'on projetait d'organiser dans le sens des 
aspirations ukrainiennes. 

Enfin, en ce qui concerne l'attitude des Polonais 
pendant cette période, il faut insister sur la manière 
dont ils ont combattu les revendications ukrainiennes. 

D'un côté ils ont fait passer la langue ukrainienne 
pour un dialecte du polonais et le peuple ukrainien 
pour une branche de la nation polonaise (i) et ont 



(1) Nous conseillons à nos lecteurs de comparer ce procédé 
avec la conduite analogue «les Russes envers le peuple ukrainien. 
Ils verront que les méthodes des « peuples dominantes » sont à 
peu près semblables. 



ainsi mis en doute aussi bien son droit que ses capa- 
cités à l'indépendance, de l'autre ils l'ont qualifié d'élé- 
ment dangereux pour la sécurité de l'Etat, élément 
pour lequel une province ukrainienne spéciale en 
Autriche signifierait un pas en avant vers la reconsti- 
tution d'un Etat ukrainien indépendant. C'était par le 
fait même reconnaître sa conscience nationale et son 
aptitude à former un Etal 



LA GALICIE 

PROVINCE AUTRICHIENNE AUTONOME 

SOUS LA DOMINATION POLONAISE 



Après une période d'absolutisme de près de dix ans, 
un décret impérial (nommé diplôme d'octobre) fut 
publié en Autriche le 20 octobre 1860. Ce diplôme 
promettait la réintroduction de la Constitution sur 
les bases d'une large autonomie des peuples de la mo- 
narchie, celle-ci paraissant ainsi une fédération de 
peuples indépendants. 

L'auteur en était l'homme d'Etat polonais men- 
tionné plus haut, le comte Agenor Goluchovski. 

Cette promesse de Constitution fut réalisée par la 
patente impériale du 26 février 1861; elle abandonnait 
cependant l'idée fédérative et établissait la Constitu- 
tion sur des bases centralistes. 

Enfin en 1867 le dualisme fut introduit, c'est-à-dire 
le partage de la monarchie des Habsbourg en deux 
Etats, l'Autriche et la Hongrie, et la Constitution 
autrichienne fut achevée par une série de lois du 21 dé- 
cembre 1867 (Constitution de décembre). En ce qui 
concerne le partage de l'Autriche en provinces et leurs 
rapports avec celle-ci, la patente de février revenait 



— 38 — 

à la tradition de la Constitution de l'Empire du 
4 mars 1849 e ^ introduisait le même partage de l'Etat 
en provinces et pour celles-ci les mêmes constitutions 
locales qui délimitaient la compétence des diètes dans 
le sens de la Constitution de l'Empire. 

Quant à la Galicie, le gouvernement autrichien, 
sous l'influence des Polonais, renonça à son projet de 
partage des années i84S, et en lit une seule province 
avec une Diète. 

Les Polonais, aux aspirations desquels correspondait 
le décret d'octobre, n'étaient cependant pas satisfaits 
de l'autonomie proclamée par la patente de février et 
la Constitution de décembre. 

Le décret d'octobre, ne pouvant être mis à exécution 
dans toute la monarchie par suite des circonstances, 
ils désiraient tout au moins que la Galicie occupât une 
position spéciale, que, ne dépendant pas de l'autorité 
centrale d'un côté et étant dirigée par les Polonais de 
l'autre, elle devînt une organisation politique polo- 
naise. 

Ces aspirations trouvèrent leur expression dans la 
« Résolution galicienne » adoptée par la majorité polo- 
naise de la Diète galicienne pendant la séance du 
24 septembre 1868, après que les députés ukrainiens, 
en manière de protestation, curent quitté la salle. 

Dans celte résolution, à laquelle la situation poli- 
tique de la Croatie par rapport à l'Etat hongrois servit 
de modèle, les Polonais prétendaient que la Consti- 
tution du :> 1 décembre 1867 n'accordait pas à la 
Galicie autant d'indépendance au point de vue des luis 
et de l'administration qu'il lui en était dû, vu « son 
passé historique et politique et sa nationalité particu- 
lière »; c'est pourquoi ils réclamaient pour la Galicie 
une large « autonomie nationale », c'est-à-dire un 



— :;«.) - 

gouvernement local responsable devant la Dièle pour 
les questions d'administration intérieure, de justice, 
d'enseignement, de sécurité publique et de culture 
nationale, ainsi qu'un ministre spécial au Conseil de 
la Couronne. 

Puisque la résolution parle d'un «, passé historique 
et politique » et d'une « nationalité particulière » de la 
Galicie, et réclame pour celle-ci une « autonomie na- 
tionale », il est clair que les Polonais voulaient faire 
de la Galicie une province polonaise, dans laquelle le 
peuple ukrainien aurait été opprimé et polonisé. 

N'ayant pu réaliser leurs espérances par voie de 
Constitution, ils surent cependant, par les arrange- 
ments avec la Couronne et le gouvernement, ainsi 
que par leur tactique politique au Parlement, créer 
exactement en Galicie la situation qui leur permettrait 
d'atteindre au but. 

La Galicie n'obtint pas, il est vrai, un « gouverne- 
ment responsable devant la Diète », mais bien un 
gouverneur impérial et royal qui, dans la règle, était 
élu parmi les hommes politiques polonais et qui jouis- 
sait de la confiance de la majorité polonaise de la 
Diète et du Club parlementaire polonais. Dès que cette 
confiance lui était refusée, il devait démissionner. De 
cette manière, le gouverneur de Galicie et avec lui le 
gouvernement du pays à la tête duquel il se trouvait, 
dépendaient bien des Polonais. 

Par de semblables voies détournées, ils obtinrent 
également un « ministre de Galicie au Conseil de la 
Couronne ». Les lois autrichiennes n'en font, il est 
Mai, pas mention, mais la Couronne a le droit d'élire 
un (( ministre sans portefeuille ». En vertu de ce droit, 
elle en a élu un le n avril 1871 parmi les hommes 
politiques polonais, fait qui s'est reproduit souvent 
depuis. 



— 40 — 

Au point de vue juridiqu e, il n'existait done au 
eabinet autriehien qu'un « ministre sans portefeuille » 
polonais; mais en réalité, par suite d'arrangements 
entre les Polonais, la Couronne et le gouvernement, ce 
ministre a obtenu le droit de donner son avis sur 
toutes les affaires de Galicie du ressort des ministres, 
et de/mettre son veto à toute décision ne correspondant 
pas à sa manière de voir. 

De cette façon les Polonais ont obtenu aussi bien un 
gouvernement local polonais en Galicie que l'iniluence 
désirée par eux sur le gouvernement autrichien dans 
toutes les affaires de ce pays. La domination polonaise 
en Galicie a été ainsi établie, et dans la mesure néces- 
saire à sa durée. 

Nous allons maintenant exposer brièvement de 
quelle manière elle a été exercée et ce qu'elle signifiait 
pour le peuple ukrainien. 

L'administration politique, à la tête de laquelle se 
trouvait un gouverneur polonais, fut complètement 
polonisée et exercée dans le sens des visées polonaises. 

Tout le corps administratif était polonais; par prin- 
cipe les Ukrainiens n'étaient pas admis dans le service 
des affaires politiques. 

De même la justice fut polonisée. Les Ukrainiens 
furent, il est vrai, admis dans la magistrature, mais 
en si petit nombre qu'ils disparaissaient presque com- 
plètement dans le flot des fonctionnaires polonais. 

Ils étaient en principe exclus des postes supérieurs 
et n'y étaient que supportés. 

En vertu de l'article ig de la Constitution du 21 dé- 
cembre 1867 sur les droits généraux des citoyens, 
toutes les langues ont la même égalité de droits en 
Autriche, dans les écoles, l'administration et la vie 
publique. 



— 41 — 

Mais en Galicie cette égalité de droits a été appliquée 
de telle sorte que le polonais est devenu la langue offi- 
cielle, tandis qu'en ce qui concerne l'ukrainien, il est 
permis seulement de s'adresser aux autorités en cette 
langue et de demander qu'elle soit employée dans les 
négociations, les renseignements écrits, etc. Mais 
qu'arrive-t-il dans la pratique? 

Premièrement, les fonctionnaires polonais ne con- 
naissaient pas l'ukrainien et, secondement, ils haïs- 
saient auss? bien le peuple ukrainien que sa langue. 
C'est pourquoi il suffisait de s'adresser à eux en ukrai- 
nien pour les indisposer contre vous et votre cause. 
Les Polonais ne faisaient par principe aucune atten- 
tion aux droits de la langue ukrainienne et il fallait 
soutenir de terribles luttes pour les y forcer. 

Si un fonctionnaire ukrainien tentait de défendre 
ses droits, on lui reprochait de faire de la politique et 
on le transférait pour « raisons de service » dans !a 
partie occidentale polonaise de la Galicie où il n'avait 
plus l'occasion de défendre la langue ukrainienne. 

Nous arrivons maintenant à Y instruction publique. 
La plus haute autorité scolaire du pays était le Conseil 
national scolaire, où les Ukrainiens n'étaient qu'en 
infime minorité, de telle sorte qu'ils se trouvaient 
impuissants en face de la politique polonaise. 

La sphère d'activité du Conseil scolaire s'étendait sur 
les écoles primaires et secondaires; sa politique dans 
ce domaine se présentait comme suit : 

Des écoles primaires avec enseignement en ukrai- 
nien devant être ouvertes dans les localités de popu- 
lation ukrainienne, elles ne l'étaient qu'en nombre 
insuffisant et de type tout à fait médiocre. 

Les livres d'école étaient bien publiés en ukrainien, 
mais ils étaient pénétrés d'une tendance nationale polo- 



— 12 — 



naise; dans ces livres la domination polonaise, aussi 
bien dans l'ancien royaume de Pologne qu'en Galicie, 
r'.iit représentée aux enfants comme un vrai bienfait 
pour le peuple ukrainien, tandis que les luttes des 
I krainiens pour leur indépendance étaient traitées de 
révoltes criminelles de masses sauvages contre les auto- 
rités légitime-. 

Lorsqu'on nommait des professeurs, on donnait la 
préférence aux Polonais. Par contre, les autorités sco- 
laires polonaises s'efforçaient toujours de nuire aux 
instituteurs ukrainiens, et celui qui osait reconnaître 
ouvertement sa nationalité et cherchait à éclairer le 
peuple, perdait sa place. 

Dans les écoles normales, les élèves ukrainiens 
étaient traités de telle sorte que le nombre d'institu- 
teurs ukrainiens diminuait chaque année. 

Par une loi promulguée en 1868, l'ouverture d'écoles 
secondaires avec enseignement en ukrainien dépen- 
dait de la décision de la Diète. 

Le fait qu'en 191 \ cinq gymnases publics ukrai- 
niens existaient en tout en Galicie, nous montre d« 
quelle manière la majorité polonaise de la Diète a usé 
de ce droit. 

Un de ces gymnases existait déjà en 1868; donc pen- 
dant près de 00 ans la .majorité polonaise n'a autorisé 
l'ouverture que de quatre gymnases ukrainiens, et 
pour chacune de ces autorisations il a fallu lutter âpre- 
ment pendant des années, aussi bien à la Diète qu'au 
Reichsrat. 

En ce qui concerne les universités, il suffit de dire 
que les Polonais se sont opposés par tous les moyens, 
aussi bien à l'introduction de nouvelles chaires ukrai- 
niennes à l'université de Lemberg, où les Ukrainiens 



- 13 - 

en onl toujours possédé plusieurs, qu'à la fondation 
d'une université ukrainienne spéciale à Lemberg. 

Dans de telles circonstances, un libre développement 
politique et culturel du peuple ukrainien était impos- 
sible. 

La situation économique n'était guère préférable, 
les classes élevées s'étant polonisées au cours de l'his- 
toire sous la pression de la domination polonaise. 

Les aspirations des Polonais sur la Galicie tendaient 
d'un côté à empêcher la régénération économique du 
peuple ukrainien, de l'autre à utiliser la puissance 
économique polonaise pour poloniser la partie orien- 
tale ukrainienne, et enfin à transformer à leur profit 
le pourcentage des habitants. 

Ainsi dans les villes, on rendait difficile, sinon 
impossible aux Ukrainiens instruits l'accès aux postes 
administratifs, spécialement dans le domaine de l'ad- 
ministration politique et autonome. Les professions 
libérales, de même que le commerce et l'industrie, 
étaient boycottés; les employés ainsi que la classe 
ouvrière étaient mis dans l'alternative de renier leur 
nationalité ou de mourir de faim. A la campagne, où 
la population est entièrement ukrainienne, ou ne s'in- 
quiétait nullement de réformes agraires dont les pay- 
sans avaient un si pressant besoin. On les laissait au 
contraire végéter misérablement jusqu'à ce qu'ils fus- 
sent forcés de quitter leur terre natale, soit pour cher- 
che]' du travail dans les villes où les guettait la poloni- 
sation, soit pour s'expatrier en Amérique et diminuer 
ainsi le nombre des Ukrainiens au profit de l'élément 
polonais Les terres ainsi abandonnées étaient culti- 
\ées par des paysans polonais, ce qui hâtait la coloni- 
sation du pays. 

In parcellement méthodique des propriétés fon- 



cières de la Galicie orientale, tombées aux mains des 
Polonais, devait encore mieux remplir ce but. 

Un partage de ces terres entre les paysans ukrai- 
niens, pour remédier au manque de biens-fonds, 
aurait été une « trahison nationale », le « don de terres 
polonaises à des ennemis ». 

Le parcellement en question avait pour but de faire 
coloniser le territoire ukrainien par des paysans polo- 
nais, ceux-ci représentant, en face de la population 
ukrainienne si appauvrie, une organisation forte au 
point de vue économique et capable de se développer. 
D'autre part, étant en relations avec les villes polo- 
naises, elle formait une base très favorable à la poli- 
tique de polonisation. On enlevait ainsi aux Ukrai- 
niens la possibilité de parler de la Galicie orientale 
comme d'une terre ukrainienne. 

Ainsi, toute la structure étatique du pays : adminis- 
tration politique, justice, écoles — sans parler de l'au- 
tonomie nationale et des institutions administratives 
— fut polonisée et ne servit qu'aux intérêts des Polo- 
nais, qui étaient d'opprimer le peuple ukrainien, aussi 
bien dans le libre développement de sa nationalité que 
dans le domaine de la culture matérielle, de développer 
à ses dépens la culture intellectuelle et matérielle polo- 
naise, et, avec l'aide de celle-ci, de poloniser l'élément 
ukrainien, de même que les autres éléments non 
polonais (Juifs). 

Il était extrêmement difficile aux Ukrainiens de 
lutter contre ces desseins. Déjà condamnés par le mode 
d'élection à une minorité, aussi bien à la Diète qu'à Ja 
fraction galicienne au Reichsrat, ils furent réduits par 
le gouvernement local polonais à un groupe tout à fait 
insignifiant dans les deux corps représentatifs, grâce 
aux « élections galiciennes », devenues célèbres dam 



le monde entier. Ces élections signifiaient pour les 
Ukrainiens : arrestations, condamnations et même 
massacres, si bien que seule la représentation polonaise 
passait pour celle du pays, à la Diète comme au 
Reichsrat. 

En 1907 seulement, grâce à la réforme électorale 
démocratique, le peuple ukrainien acquit un peu plus 
d'importance au Reichsrat, quoique d'une manière 
encore très insuffisante. Par contre, à la Diète gali- 
cienne, il a du lutter jusqu'à ces derniers temps pour 
une réforme électorale qui n'a été exécutée qu'au com- 
mencement de 191 4. 

La situation du peuple ukrainien sous la domination 
polonaise a été fort bien caractérisée par les paroles 
du leader des social-démocrates polonais de Galicie, 
Ignace Daszynski. Celui-ci est devenu depuis l'un des 
plus ardents défenseurs de la domination polonaise 
sur les territoires ukrainiens de l'ancien royaume de 
Pologne. 

En 1899, il a eu le courage de déclarer, pendant la 
séance du parti social-démocratique autrichien à 
Brùnn : 

« Nous avons en Galicie près de trois millions et 
demi d'Ukrainiens qui par la création de la province 
galicienne ont été réduits à une minorité sans espoir... 

« La culture polonaise s'est développée en Galicie 
orientale aux dépens de ces trois millions et demi 
d'Ukrainiens. » 

Ce demi-siècle de domination qui insulte aux con- 
ceptions modernes de liberté nationale, peut-il former 
la base juridique des prétentions polonaises sur la 
Galicie ukrainienne? 



VI 



LA GALICIE ORIENTALE 
TERRITOIRE UKRAINIEN 



Comme nous l'avons vu précédemment, la province 
de Galicie, telle qu'elle a été créée vers 1860 par le 
gouvernement autrichien, n'est pas une unité histo- 
rique et politique, mais un ensemble artificiel, ayant 
pour but, d'un côté, de maintenir la domination des 
Polonais sur la Galicie Orientale, de l'autre de faire 
de ceux-ci un facteur puissant en Autriche 

Si l'on sépare le pays en ses parties naturelles, his- 
toriques et nationales, c'est-à-dire en Galicie Occiden- 
tale polonaise et en Galicie Orientale ukrainienne, on 
verra quelle injustice criante représente la domination 
polonaise dans cette dernière. 

Celle-ci a toujours gardé, au cours des siècles, sa 
propre individualité. Elle fit d'abord partie de l'Etat 
de Kiev, puis devint le centre de l'Etat de Halytch- 



— 48 — 

Volhynie, fut plus tard occupée par les Polonais, et 
forma, sous le nom de « Palatinat de Ruthénie », un 
territoire spécial. 

Elle se sentit toujours étrangère à la Pologne 1 , et 
celle-ci la traita comme telle. Enfin, en vertu des 
« droits historiques de la couronne hongroise », elle 
fut acquise par l'Autriche lors du partage de la Po- 
logne et administrée en commun avec les territoires 
polonais, acquis pendant le même partage, quoiqu'en 
^ertu d'autres « droits ». Cette unité administrative 
n'était cependant que provisoire et devait faire place, 
lors de l'organisation définitive, à un partage en pro- 
vinces, sur des bases historiques et nationales. Nous 
en avons la preuve dans les projets élaborés en 184.7- 
i85o. 

Quoique se trouvant depuis plus longtemps que tout 
autre territoire ukrainien sous la domination polo- 
naise, la Galicie Orientale a gardé jusqu'à nos jours 
son caractère spécial. Elle est habitée, en majeure 
partie, par des paysans. Ceux-ci, à l'exception d'un 
Lombre infime de colons polonais, sont tous ukrai- 
niens. Les villes présentent, il est vrai, un caractère 
polonais, mais celui-ci n'est qu'extérieur. Il a été 
imposé par la bureaucratie polonaise, toute puissante 
en Galicie, au gros de la population des villes, qui est 
juive. Ces deux éléments réunis prenant ainsi le dessus 
par la force de la majorité, ont prêté aux villes une 
apparence polonaise. Mais que cette domination vienne 
à disparaître, les Juifs n'auront alors plus aucun in- 
térêt à se faire passer pour Polonais, et immédiate- 
ment les villes de la Galicie Orientale reprendront leur 
apparence première. 

Dès que le peuple ukrainien pourra jouer un rôle 
politique conforme à son rang et que l'administration 



— i!) — 

du pays lui sera confiée, les villes cesseront de former 
des îlots polonais au milieu de la mer ukrainienne, 
pour ne faire qu'un tout avec le reste du pays. La sta- 
tistique suivante en est la preuve 

La Galicie Orientale s'étendant sur un territoire de 
53 ooo kilomètres carrés, comptait, en 1910, 5 mil- 
lions 120000 habitants, dont 3 58o 000 Ukrainiens, 
c'est-à-dire 70 %, 16 % seulement de Polonais, 12 % 
de Juifs et 2 % d'Allemands. Les Polonais sont donc 
en infime minorité (16 %). Et c'est cette minorité qui, 
grâce à la création d'une seule province autonome 
en Autriche, gouvernait h 1 territoire et le peuple 
ukrainien! 

La domination polonaise en Galicie, exposée plus 
haut en quelques traits, a causé beaucoup de tort aux 
I krainiens, mais n'a pas atteint son but qui était 
d'étouffer complètement le développement national de 
ce peuple et de poloniser le pays. 

Profitant des possibilités de développement que leur 
offrait la Constitution autrichienne, les Ukrainiens 
ont fait de grands progrès dans tous les domaines de 
la vie sociale moderne, ce qui les autorise à reven- 
diquer une place égale à celle des autres nations civi- 
lisées. 11 faut remarquer que depuis 1880 environ et 
jusqu'à nos jours, la Galicie Orientale a joué dans la 
vie du peuple ukrainien tout entier, un rôle impor- 
tant, celui de centre de la culture nationale. 

Lorsque l'ukase de 187G interdit aux Ukrainiens de 
Russie d'écrire en leur langue, la Galicie Orientale 
devint le seul refuge des intellectuels, qui s'efforcèrent 
d'y concentrer toutes les forces morales de la nation. 

Si l'on veut se donner la peine d'étudier attenti- 
vement la situation du peuple ukrainien, aussi bien en 
Autriche qu'en Russie, on reconnaîtra qu'au cours 



— 50 -- 

du \ix e siècle ce peuple a accompli de grandes choses 
dan* les circonstances les plus difficiles, en Russie sous 
la pression du despotisme des Russes, en Autriche 
dans sa lutte contre la domination polonaise. Il est 
devenu une nation moderne qui a le sentiment de son 
unité, malgré les frontières qui la divisaient, et qui 
;• spire à l'idéal politique des Etats contemporains : être 
unie, libre et indépendante parmi les autres nations 
du monde civilisé. 



VII 



LA GALIGIE SECOUE LE JOUG POLONAIS 
- ET SE RÉUNIT 
A LA RÉPUBLIQUE UKRAINIENNE. 



Enfin a sonné l'heure de la délivrance 'pour la 
Galicie : la monarchie austro-hongroise s'est disloquée, 
et tous les peuples asservis ont commencé à vivre 
d'une vie indépendante. 

La Galicie Ukrainienne s'est libérée de la domi- 
nation austro-polonaise, devenue absolument insup- 
portable pendant la guerre. 

Il est à retenir que la bureaucratie polonaise, qui, 
au nom du gouvernement autrichien, administrât la 
Galicie orientale j sévissait affreusement contre le 
peuple ukrainien, donnant pour raison, que ce peuple 
nourrissait des dispositions d'esprit hostiles à la 
monarchie autrichienne. Il est impossible d'évaluer 
les chiffres des victimes: combien de prêtres et d'intel- 
lectuels n'a-t-on perdus? Combien sont morts dans les 
camps de concentration dans l'Autriche occidentale? 
Combien sont devenus invalides à la suite des tortures 
morales et physiques? Et de tous ces crimes la bureau- 
cratie polonaise est responsable, elle qui sur la place 
dirigeait et surveillait l'action des poursuites judi- 



— 52 — 

claires. Pour ne citer qu'un exemple, un Polonais, 
Zagorski, qui dans la* vie civile était avocat à Léopol 
et prenait part dans le mouvement national polonais 
et dès le début de la guerre entra dans les rangs de 
l'armée autrichienne en qualité de président à la Cour 
Martiale, a condamné à la peine de mort vers deux 
cents paysans ukrainiens, en assistant en personne à 
leur exécution. 

Le régime austro-polonais en Galicie était si rigou- 
reux et si atroce, que les Ukrainiens n'ont pu en 
aucune façon manifester leurs véritables aspirations; 
aspirations à la réunion de tous les territoires ukrai- 
niens et à l'indépendance. Ce n'est devenu possible 
qu'après la dislocation de l'AUtriche. 

Lorsque les Alliés proclamèrent le droit de la libre 
disposition de tous les peuples de l'ancienne Autriche- 
Hongrie, à Léopol, le i5 octobre 1918, les délégués de 
toutes les organisations nationales ukrainiennes, de 
tous les territoires ukrainiens de l'Autriche-Hongrie 
(Galicie Orientale, la partie ukrainienne de la Buko- 
vine, la partie ukrainienne de l'Hongrie), proclamè- 
rent l'indépendance et la souveraineté de ces terri- 
toires, en y constituant comme pouvoir suprême le 
Conseil National Ukrainien, composé de tous les 
députés ukrainiens du Parlement autrichien, des 
députés à la diète galicienne et bukovine et des délé- 
gués de tous les partis politiques ukrainiens. 

Le I er novembre 1919, le Conseil National Ukrai- 
nien, a réellement pris le pouvoir dans la Galicie 
Orientale et la Bukovine, en substituant l'administra- 
tion ukrainienne à l'administration polono-autri- 
chienne en Galicie et austro-roumaine en Bukovine. 

Tout le peuple ukrainien de l'ancienne Austro- 
Hongrie avait le désir de se réunir à la République 



— &3 — 

Ukrainienne, formée sur les ruines de la Russie auto- 
crate. Mais là dominait en ce moment le régime hostile 
au peuple ukrainien de l'Hetman Skoropadsky, servi 
teur de l'Allemagne. 

En conséquence le Conseil National résolut de for- 
mer avec les territoires de l'ancienne Autriche-Hon- 
grie une République indépendante, la République 
Ukrainienne Occidentale, qui devrait se réunir au 
moment opportun à la République Ukrainienne, fon- 
dée sur les ruines du tsarisme. 

Le peuple ukrainien ne devait pas voir réaliser ses 
rêves de travail pacifique pour la consolidation de son 
état nouveau. Dès le début de son existence, la Pologne 
lui déclara la guerre, dans le but d'annexer ses terri- 
toires. 

L'invasion polonaise s'empara, vers le i5 novembre, 
de Peremychl, ville frontière de l'Ukraine, et se fraya 
ainsi le chemin à la capitale de la République Ukrai- 
nienne Occidentale, Léopol, évacuée par l'armée 
ukrainienne la nuit du 21 novembre. 

Simultanément, les troupes roumaines ont occupé 
la partie ukrainienne de la Rukovine avec la ville de 
Czernovitz, qui n'a pu être défendue par l'armée 
ukrainienne, absorbée par la guerre contre l'invasion 
polonaise. 

Pour les mêmes raisons, le gouvernement ukrainien 
n'a pu garder la partie ukrainienne de la Hongrie. 

Malgré les difficultés de la situation, l'œuvre de la 
construction de l'état ukrainien faisait des progrès 
continuels. 

Les pouvoirs ont été organisés de la façon suivante : 
Le Conseil National Ukrainien, complété par les 

délégués élus des districts et des villes est devenu le 

pouvoir législatif (parlement). 



Un Comité, élu par le Conseil National, a reçu 
l'autorisation d'exercer le pouvoir souverain. 

A titre de pouvoir exécutif, fut formé le Secrétariat 
d'Etat, composé des Secrétaires d'Etal, ayant des res- 
sorts spéciaux, nommé par le Comité et responsable 
devant le Conseil National. A la suite de l'occupation 
de Léopol par les Polonais, on a élu pour siège du 
Secrétariat d'Etat Stanislaviv. 

Le Secrétariat d'Etat a organisé une armée régulière 
à la base de la mobilisation générale de tous les 
citoyens de nationalité ukrainienne dans l'âge de 17 
à 35 ans (les Polonais et Juifs n'ont pas été mobilisés). 

Quand, dans la République Ukrainienne, constituée 
sur les ruines de l'ancienne Russie, éclata l'insurrec- 
tion contre l'Ilelman Skoropadsky et le Directoire 
s'empara du pouvoir, le Conseil National a jugé le 
moment opportun pour proclamer l'unification du 
peuple ukrainien entier dans un état indépendant. 

Cet acte fut voté à l'unanimité par le Conseil 
National à la séance du 3 janvier 1 9 1 9 . Le i'> janvier 
on le proclama solennellement ce pacte d'union sur la 
place de Sainte-Sophie, à Kiev. 

On a décidé de conserver la base d'une autonomie 
intérieure de l'Ukraine Occidentale jusqu'au moment 
où une constitution de la République Ukrainienne 
serait votée. 

La réunion à la République Ukrainienne Orientale 
imposa à la République Occidentale de nouveaux 
devoirs, au premier rang desquels était la guerre 
contre les bolcheviks russes, qui, après leur déclara- 
tion de guerre à l'Ukraine, ont occupé Kiev. Depuis 
ne temps, l'armée de l'Ukraine Occidentale non seu- 
lement doit tenir tète à l'invasion polonaise, mais par- 
ticipe aux combats contre les bolcheviks. 



Malgré les difficultés de la guerre sur deux fronts, 
l'organisation du jeune Etat avance continuellement. 
La session du Conseil National, tenue depuis le :>5 mars 
jusqu'au iô avril, a volé deux lois importantes : la 
loi sur les élections à la Diète et la loi sur la réforme 
agraire. 

La loi sur les élections établit le suffrage direct, égal, 
secret, universel pour tous les citoyens, sans différence 
de sexe. Il assure le droit de suffrage aux citoyens qui 
ont fini leur r>o e année, l'éligibilité pour les citoyens 
Agés de a5 ans accomplis. Une représentation propor- 
tionnelle, d'après les listes, aurait été assurée à toutes 
les minorités nationales (les Polonais, les Juifs, les 
Allemands) . 

La loi sur la réforme agraire décrétait que toutes 
les grandes propriétés foncières, publiques et privées, 
deviendraient propriétés d'état, à cette lin, que l'état 
puisse en pourvoir les paysans qui ne possèdent pas 
de terre. Quant à l'indemnité à payer aux proprié- 
taires el le mode de la réalisation de cette loi, ces 
questions ont été remises à la décision de la Diète 
future, élue, d'après la loi sur les élections, dont nous 
avons parlé. 

Par ces deux lois, on a résolu deux problèmes 
essentiels du nouvel état. 

La loi agraire satisfaisait par voie légale, sans aucun 
bouleversement, et sans faire aucun préjudice aux 
intérêts des grands propriétaires fonciers, aux besoins 
des grandes masses paysannes, qui forment la majo- 
rité de la population, et les élevant, de cette manière 
au niveau d'élément constructeur de l'état. 

La loi sur les élections à la Diète solutionne, par la 
voie démocratique, le problème du pouvoir dans 



— 56 — 

l'état, de même que le problème d'égalité des droits 
politiques des minorités nationales. 

Le Conseil National Ukrainien, de prime abord, a 
proclamé l'égalité complète des droits des minorités 
nationales. Le gouvernement ukrainien a commencé à 
appliquer ce principe, mais il s'est heurté à la résis- 
tance des Polonais qui ne voulaient pas reconnaître 
le pouvoir ukrainien, comptant que ce pays serait, tôt 
ou tard conquis et englobé par l'Etat polonais, et à la 
neutralité des Juifs, qui ne voulaient pas se déclarer 
pour les Ukrainiens, craignant la vengeance polonaise 
en cas de leur victoire. 

Pour ces raisons, il n'y avait dans le Conseil National 
Ukrainien, ni représentants des Polonais, ni repré- 
sentants des Juifs, bien qu'invités à lui envoyer une 
représentation. 

La loi sur les élections, votée par le Conseil National, 
étant donné l'attitude des minorités, est une preuve 
plus palpable encore de l'esprit de conciliation, de 
justice nationale, dont le Conseil national s'était 
inspiré. 

îl est à remarquer, qu'en rédigeant la loi sur les 
élections, on a entendu et pris en considération tous 
les vœux des représentants juifs. Aux Polonais seuls 
incombe la responsabilité d'avoir rendu chaque con- 
tact avec eux impossible.. 



VIII 

L'INVASION POLONAISE 
ET LE ROLE DE L'ENTENTE 



Gomme on le sait, aussitôt que la République 
Ukrainienne Occidentale fut créée, la Pologne l'en- 
vahit immédiatement par la force armée. Pourquoi? 
La Pologne prétendait que, ce pays lui ayant appar- 
tenu jadis, elle avait le droit de l'annexer à jamais 
comme étant sou territoire intégrant. 

Nous savons que la Galicie ukrainienne appartenait 
autrefois à la Pologne, mais seulement par la con- 
quête contre laquelle le peuple ukrainien a toujours 
protesté. 

En effet cette terre qui est ukrainienne, que les Polo- 
nais prétendent être à eux, malgré l'oppression sécu- 
laire de leur part, resta toujours ukrainienne de cœur 
et d'esprit. 

Pour mieux faire saisir notre affirmation nous don- 
nons de source polonaise, qui la corroborera, un article 
de L'Indépendance Polonaise qui paraît tous les 
samedis à Paris. 

Ce journal dans son n° 19 du 3i mai 191 9, publie 



— 58 — 

un article intitulé : « Polonais et Ruthènes » dans 
lequel nous lisons : 

<( Dans les pays à l'est du San (c'est-à-dire dans la 
« Galicie ukrainienne) il y a 3.i3->.:>33 Ruthènes 
a contre 2.1 1.4.792 Polonais, dont i./|55.o86 catho- 
« liques et 609.706 juifs. » 

Il est certain que ces chiffres sont faussés au profit 
des Polonais, mais laissons-les tels qu'ils les donnent. 

Après avoir constaté que les israélites au nombre 
de '659,706 forment un groupe à part qui ne s'est 
jamais déclaré polonais, nous aurons le résultat sui- 
vant : Les prétentions polonaises sur la Galicie Orien- 
tale signifient qu'un million et demi de Polonais vou- 
draient dominer 3.i3a.a33 Ukrainiens et 609.706 
Israélites, ce qui fait ensemble quatre millions d'Ukrai- 
niens et d'Israélites. Il résulte donc de là que la 
Pologne a entrepris une campagne sur la terre ukrai- 
nienne pour instaurer la domination de la minorité 
polonaise sur la grande majorité ukrainienne. 

Créant son propre état sur les ruines de l'Autriche- 
Ilongrie, et réunissant tous les territoires ukrainiens, 
le peuple ukrainien avait l'intime conviction que dans 
ses aspirations légitimes, il trouverait un soutien de 
la part de l'Entente, laquelle avait déclaré l'union et 
l'indépendance de tous les peuples divisés et subju- 
gués par la force, comme étant le programme inter- 
national. 

Il est regrettable que cela ne se soit pas encore 
réalisé. 

La première commission agissant au nom de 
l'Entente pour arrêter les hostilités entre les Ukrai- 
niens et les Polonais, la commission Barthélémy s'est 
rangée du côté des Polonais; à Varsovie et à Lviv elle 



— 50 — 

passait des semaines à prendre part aux banquets, 
prononçant des toasts en l'honneur de la Pologne; sur 
le territoire ukrainien elle est venue deux fois, la pre- 
mière fois pour ordonner au commandement suprême 
ukrainien la suspension d'armes, la deuxième fois 
pour rencontrer le Président du Directoire de la Répu- 
blique Ukrainienne, Petlioura. Cette commission 
trouva inutile de venir aussi sur le territoire ukrainien 
pour étudier les relations à fond. 

Chez les Polonais elle avait pris des informations 
pendant des semaines et chez les Ukrainiens elle resta 
seulement un jour afin d'établir les points des pour- 
parlers au sujet d'un armistice. L'attitude de cette 
commission au moment de ces pourparlers (qui 
durèrent du 25 au 28 février 1919 à Lviv; la com- 
mission reçut les informations des Ukrainiens le 
26 février) fut d'une partialité étonnante et peu digne. 
Elle se permettait de crier, de frapper sur la table avec 
les poings et faire claquer les portes en sortant. 

Enfin cette commission dicta sa résolution. D'après 
les clauses de l'armistice la démarcation de frontière du 
territoire permettait aux Polonais de conserver non 
seulement ce territoire considérable avec la capitale 
Lviv envahi par les Polonais, mais aussi le grand 
espace de terre ukrainienne avec les richesses pétro- 
lifères des districts de Drohobytch, gardé à ce moment 
par les Ukrainiens. 

Tl est compréhensible qu'admettre une telle solution 
était une chose pénible; le Secrétariat d'Etat avait 
décidé de demander à l'Entente son intervention et 
d'apporter une justice plus équitable dans cette solu- 
tion. 

Pendant les pourparlers, la suspension d'armes entre 
les Polonais et les Ukrainiens fut adoptée, mais les 



— 00 — 

Polonais contre les stipulations de la suspension 
d'armes avaient profité de cette suspension pour ren- 
forcer le front de Lviv qui se trouvait entouré par 
l'armée ukrainienne qui fut obligée de dénoncer ia 
suspension d'armes. 

Pendant les combats suivants qui étaient avanta- 
geux aux Ukrainiens les deux parties reçurent un télé- 
gramme du Conseil des Quatre du 19 mars 191 9. 
Par ce télégramme le Conseil des Quatre invitait les 
deux parties de cesser les combats et d'envoyer des 
délégués cà Paris pour de futurs pourparlers qui 
auraient lieu sous le patronage de l'Entente. 

Le Secrétariat d'Etat de l'Ukraine Occidentale 
croyant voir dans ce télégramme le désir d'une plus 
juste solution, décida de suivre le Conseil des Quatre. 
Mais il rencontra une opposition irréductible de la 
part des Polonais. La première proposition de suspen- 
sion d'armes faite par les délégués ukrainiens à la 
réunion de Chyriw, le 27 mars 1919, les Polonais la 
rejetèrent. La deuxième proposition faite dans la pre- 
mière moitié d'avril par l'intermédiaire du capitaine 
américain Bachman, les Polonais la rejetèrent aussi. 

Le Président du Conseil des Ministres de la Pologne 
Paderewski pendant son séjour à Paris an mois d'avril, 
avait promis aux alliés que les Polonais cesseraient les 
hostilités si les Ukrainiens prenaient le même enga- 
gement. 

Le vice-président de la délégation ukrainienne à la 

Conférence de la Paix, le docteur V. Paneyko, le Secré- 
taire des affaires étrangères de l'Ukraine Occidentale, 
envoya, par l'intermédiaire de la délégation améri- 
caine, un radiotélégramme au secrétariat d'état ukrai- 
nien, l'invitant à cesser les hostilités. 

Quoique ce télégramme soit arrivé à Stanislaviv 



- Oi — 

presque incompréhensible, le Secrétariat d'Etat devi- 
nant qu'il s'agissait de la cessation complète des hosti- 
lités, envoya, le i cr mai, sur le front des délégués alin 
d'informer le commandement polonais de leur mis- 
sion. Pendant quatre jours ils attendirent vainement 
une réponse qui ne fut d'ailleurs jamais donnée. 

Le 7 mai 191 9, le Secrétariat d'Etat reçut par le cour- 
rier le texte complet de ce radiotélégramme, alors le 
commandement suprême de l'armée ukrainienne 
envoya, le 9 mai 1919, au commandant suprême polo- 
nais la proposition pour qu'il cessât les hostilités le 
[5 mai 1919, demandant que la réponse lui parvint le 
i/[ mai 191 9 au plus tard. 

Mais an lieu d'envoyer leur réponse, le i/i mai, les 
Polonais recommencèrent l'offensive générale. 

Pendant ce temps à Paris une commission pour 
l'armistice ukraino-polonais, sous la présidence du 
général Botha commença les pourparlers de l'armistice 
à conclure entre les deux belligérants. A la séance du 
12 mai 191 9, la commission avait remis aux deux 
parties le projet d'armistice. A la séance du 
i3 mai 1919, les Ukrainiens déclarèrent qu'ils accep- 
taient le projet. 

Bien que d'après ce projet, un tiers de la Galicie 
avec la ville de Lviv restât aux Polonais, cependant le 
parti ukrainien ayant confiance dans, l'impartialité 
de la Conférence de la Paix pour la naturelle q't 
juste démarcation définitive de la frontière nkraino- 
polonaise, l'avait accepté. 

Mais les Polonais le rejetèrent. 

Transportons-nous maintenant à Varsovie. La pro- 
messe faite, à Paris, par le premier ministre polonais 
Padercwski, au sujet de l'arrêt des hostilités, avait 
provoqué une véritable effervescence dans la Diète 



— 62 — 

polonaise qui avait résolu de lancer l'offensive contre 
les Ukrainiens. Padcrcwski alors donna sa démission; 
la Diète ne l'accepta pas et -le général Pilsudzki 
trouva pour lui une issue honorable en déclarant et en 
affirmant que l'offensive polonaise était nécessitée par 
l'offensive ukrainienne. 

Ainsi il appelait « offensive ukrainienne » un des 
mouvements d'opération locale près de la région de 
l'Uslryki comme il en était fait par les deux adver- 
saires sur les deux fronts. C'est en réponse à ce mou- 
vement local qui n'avait aucun but d'offensive que 
l'offensive générale polonaise se déclancha. 

Pour comprendre cette feinte polonaise, il faut 
apporter un peu d'attention aux faits qui vont être 
exposés ci-après : 

La Diète polonaise avait décidé l'offensive polonaise 
avant le mouvement ukrainien dont nous venons de 
parler. L'ordre d'exécuter cette offensive fut donné de 
même avant ce mouvement. 

Toute la presse polonaise couvrit d'éloges le com- 
mandement suprême polonais d'avoir préparé supé- 
rieurement l'offensive. Toute la presse polonaise 
remarqua avec joie, que c'était une vraie chance, que 
le prétexte fourni par « l'offensive » ukrainienne, 
c'est-à-dire cette opération locale, qui servit à justi- 
fier l'offensive polonaise, supérieurement préparée, 
votée par la Diète, et ordonnée par le général 
Pilsudzki. 

Cette offensive apporta la victoire à la Pologne. 
Rien d'étonnant! Dans cette offensive prit part l'armée 
commandée par le général Haller, magnifiquement 
préparée en France, armée bien pourvue d'armes et 
de munitions envoyée en Pologne avec l'ordre exprès 
de lutter contre les bolchevicks russes et non contre 



_ 63 — 

les Ukrainiens. Si l'armée du général Haller avait 
même obéi à Tordre de l'Entente, son arrivée en Polo- 
gne aurait rendu disponibles les forces polonaises 
engagées dans la lutte contre les bolcheviks et aurait 
rendu possible leur utilisation sur le front ukrainien. 
Mais en réalité l'ordre donné par l'Entente ne fut pas 
exécuté. 

Les détachements de l'armée du général Haller 
furent dirigés contre les Ukrainiens, et Haller lui- 
même arrivé à Lviv prononça, le 3o avril 1919, un 
discours en faveur de la marche de l'armée polonaise 
sur le territoire ukrainien, dans les termes suivants : 
« Comme les aigles nous sommes venus de loin, dans 
cette ville, pour \ faire le nid qui nous permettra 
d'aller plus à l'est pour établir des frontières à notre 
patrie, frontières qui devront être reconnues et res- 
pectées. » 

Tandis que les Polonais ont obtenu, dans de bonnes 
conditions, de l'Entente, une armée bien organisée et 
des munitions, l'armée ukrainienne privée de toutes 
ressources, usait pour se défendre ses dernières muni- 
tions. Il est fort compréhensible, dans de pareilles 
conditions, que les Polonais obtinrent un succès dans 
celte offensive déclanehée en temps opportun et choisi 
par eux. 

L'armée ukrainienne contrainte de se replier a vail- 
lamment résisté sur de nouvelles positions lorsqu'un 
coup nouveau lui fut porté. 

En effet, du :>.] au 25 niai 1919, le Secrétariat d'Etat 
ukrainien reçut du gouvernement roumain,- un ulti- 
matum lui enjoignant de donner l'ordre aux armées 
ukrainiennes d'évacuer dans les vingt-quatre heures 
lii partie sud-ouest du pays et abandonner les villes 
Kolomya et Stanislaviv où siégeait le secrétariat d'Etat, 



— 64 — 

parce que le pouvoir roumain avait besoin de ce terri- 
toire pour le transport de ses troupes en Hongrie. 

Dans les conditions où se trouvait l'armée ukrai- 
nienne il est évident qu'elle ne pouvail pas résister à 
cet ultimatum. 

Le Secrétaire d'Etat recula avec l'armée ukrai- 
nienne vers l'est sur la rive gauche du Dnister. Les 
Polonais se joignirent aux roumains, réalisant maté- 
riellement le traité polono-roumain élaboré depuis 
longtemps entre ces deux Etats. 

C'est dans ces conditions que le territoire ukrainien 
fut envahi par la Pologne renforcée et aidée par l'in- 
vasion roumaine, à l'exception d'une partie insigni- 
fiante à la rive gauche du Dnister à l'est de Stripa, où 
siège le Secrétariat d'Etat ukrainien. 

Le peuple ukrainien avait l'espoir que l'Entente 

appuierait les réclamations fondées des Lkrainiens 
concernant la formation d'un état libre, indépendant 
et unifié. Mais on est obligé de constater à regret que 
le territoire ukrainien de Hongrie est donné à la 
Tchéco-Slovaquie (voir le traité conclu avec l'Alle- 
magne et l'Autriche allemande) et la Galicie et la 
Bukovine subit l'invasion polonaise et roumaine, l'in- 
vasion des Etats qui font partie des nations alliées et 
associées. 



IX 



L'UKRAINE SOIS L'OCCUPATION POLONAISE 



Sur quelque coin de l'Ukraine que les Polonais se 
soient installés, la vie locale ukrainienne a été immé- 
diatement soumise à un régime de terreur. 

A Lviv, dès le 22 novembre 1918, c'est-à-dire, dès 

le premier jour, tontes les organisations et sociétés 
ukrainiennes furent à la merci de la soldatesque polo- 
naise. Rien ne subsista. Je citerai, pour exemple, les 
écoles entretenues par la Société pédagogique ukrai- 
nienne, qui furent à ce point ruinées qu'il n'en reste 
que les quatre murs, nus et délabrés et des vitres 
brisées. 

Aux méfaits des soudards succédèrent les ordres 
tyranniques du pouvoir. D'ordre du gouvernement 
polonais les associations et organisations ukrainiennes 
furent fermées, à l'exception des banques. On interdit 
la publication des journaux, puis, un peu plus tard, 
on ne les autorisa qu'à la condition qu'ils paraissent, 
le texte en ukrainien, accompagné d'un même texte 
en caractères polonais. La majorité des journaux 
ukrainiens refusa de se soumettre à des injonctions 
aussi blessantes et préféra cesser de paraître. Bientôt, 
il ne parut plus que deux journaux du parti social- 



— 66 — 

démocratique ukrainien qui conservaient l'espoir que 
le chef de la République polonaise le socialiste Pil- 
sudzki manifesterait enfin quelque justice à l'égard de 
l'Ukraine. Vain espoir! Ces journaux furent suspendus 
à leur tour, leurs rédacteurs furent arrêtés et accusés 
des crimes graves contre la sûreté de l'Etat polonais. 

De temps à autre, c'était, de la part du pouvoir 
polonais une chasse systématique des Ukrainiens de 
marque, et leur déportation dans les camps de concen- 
tration. La terreur grandit au point qu'on vit le com- 
mandant polonais Rozwadowski inviter par lettre 
spéciale et sous les menaces les plus violentes te 
métropolite des Ukrainiens A. Cheptytzky, d'avoir à 
se mettre lui et son clergé, du côté des Polonais oppres- 
seurs. 

Bref, la vie ukrainienne s'arrêta entièrement. 

En province, c'est pis encore. La population tout 
entière est en proie aux excès des soldats de la Pologne. 
Malheur au village qui passe des mains ukrainiennes 
aux mains polonaises! Les chaumières sont en 
flammes, l'air est déchiré par les cris des paysans 
qu'on flagelle. C'est ainsi qu'on châtie les insurgés 
contre le pouvoir polonais. Les conventions militaires, 
le droit des gens sont foulés aux pieds. Il suffit de 
lire, pour s'en rendre 1 compte, ces vers parus dans un 
journal militaire polonais. On y relève cet encoura- 
gement odieux donné à 1' « artilleur polonais » : 
« Celuj zawszew dom popa lub przynajmniej 
diaka » ce qui veut dire : « Vise surtout la maison du 
prêtre ukrainien, ou du moins, celle du diacre. » 

Les soldais ukrainiens, qui tombaient au pouvoir 
des Polonais, n'étaienl pas mieux traités : battus jus- 
qu'au sang, souvent fusillés, tel était leur sort. 

Les infirmières polonaises étaient armées et se ser- 



- 07 _ 

vaient de leurs armes. Mais quand les Ukrainiens, 
en état de légitime défense, répondaient par des coups 
aux coups qui leur étaient envoyés, les journaux polo- 
nais ou étrangers poussaient les hauts cris. 

Les Polonais ont appuyé même, du côté ukrainien, 
des complots polonais contre le gouvernement ukrai- 
nien. S'il arrivait que leurs espions étaient découverts, 
que les coupable fussent punis conformément à la jus- 
tice militaire, les Polonais incriminaient la sévérité 
ukrainienne. 

Jusqu'à l'offensive polonaise de mai, ces atrocités 
n'affectèrent qu'une partie peu considérable de la 
population ukrainienne. Maintenant, c'est tout le pays 
qui les subit : instituts, associations, écoles, églises, 
tout est fermé et dissous par ordre supérieur des occu- 
pants. Les paysans ukrainiens sont emprisonnés ou 
fusillés en masses, les intellectuels, les prêtres sont 
emprisonnés ou internés dans les camps de concen- 
tration de la Pologne ou fusillés. Pour justifier ces 
atrocités, les Polonais prétendent ne pas faire la guerre 
à l'armée ukrainienne, mais exécuter des opérations 
de police contre des bandes armées. Infâme calomnie! 
L'armée ukrainienne a été organisée sur la base de la 
mobilisation générale, et c'est une armée régulière, 
sur laquelle toutes les commissions d'enquête de 
l'Entente se sont prononcées favorablement. 

Après la victoire remportée sur l'armée ukrainienne, 
la Diète polonaise décréta l'annexion de la Galicie à la 
Pologne. Le premier ministre polonais Paderewski 
interviewé par un publicistc français, s'efforça de 
justifier celle annexion, en prétendant que les Polo- 
nais n'avaient fait que délivrer la Galicie orientale 
d'un gouvernement ennemi, et que maintenant la 
population pouvait librement décider de son sort. 



-- 08 — 

Qif aurais-tu dit, citoyen français, si en 1871, l'Alle- 
magne avait déclaré qu'elle avait simplement délivre 
l' Alsace-Lorraine d'un pouvoir hostile? Cependant, 
l'Allemagne n'a pas osé user d'un tel cynisme. Elle 
avait annexé une terre française par la force de l'épée, 
mais elle ne voila pas cette violence sous de belles 
phrases. Il n'y a que les Polonais à pousser l'audace 
jusqu'à couvrir leurs intentions annexionnistes de 
phrases libérales. 

Nous n'avons pas besoin de répéter que, tant 
que l'armée polonaise sera en territoire ukrainien, il 
ne saurait être question pour le peuple ukrainiens, de 
disposer librement de lui-même. 



X 



APPEL AUX ALLIES 



Le 8 mai 1919, au cours de la Conférence de la Com- 
mission d'armistice polono-ukrainien, le général 
Bol ha, président de la Commission d'armistice, posa 
à la délégation ukrainienne, la question suivante : 
« Est-ce que vous comprenez l'importance des respon- 
sabilités qui tomberaient sur votre gouvernement, si 
les Polonais voulaient conclure l'armistice, et si 
votre gouvernement continuait la guerre, contre le 
vœu de l'Entente P » Nous avons répondu que nous 
comprenons très bien notre responsabilité el que nous 
nous soumettons aux décisions de l'Entente. 

Le général Bot lia nous expliqua, que la même ques- 
tion était posée à la délégation polonaise. Ce qu'elle 
a répondu nous l'ignorons. Mais nous savons que le 
gouvernement polonais rejeta le projet d'armistice et 
continua la guerre dont toute la Galicie orientale est 
victime. 

Du moment, que la Conférence de la Paix avait 
ordonné l'armistice et que les Ukrainiens l'avaient 
acceptée, la Pologne devait être rendue responsable 
de la continuation de la guerre ignoble. Il faut que 



— 70 — 

cela se fasse le plus tôt possible, si l'autorité de la 
Conférence de la Paix, qui était si appréciée par 
le peuple ukrainien, ne veut pas être diminuée. 

L'Entente peut et doit agir. La Pologne et la Rou- 
manie qui ont occupé l'Ukraine occidentale, existent 
seulement grâce aux Alliés. 

Par conséquent, l'Entente a le droit et le pouvoir de 
leur ordonner, d'évacuer tout le territoire de l'Ukraine 
Occidentale et d'y rétablir le pouvoir ukrainien. 

Ce seul fait peut réparer l'injustice terrible, faite 
au peuple et à la République ukrainienne par l'inva- 
sion polonaise et roumaine. 

Toutes les autres combinaisons comme l'autonomie 
d'Ukraine Occidentale, sous la Pologne, la neutralisa- 
sous certaine dépendance de la Pologne et d'autres, 
en un mot, toute combinaison, qui mettrait l'Ukraine 
occidentale dans une dépendance quelconque de la 
Pologne et déchirerait son union à la République 
Ukrainienne n'est pas possible pour le peuple ukrai- 
nien. 

Le peuple ukrainien qui souffrit pendant six cents 
ans sous le joug polonais, ne veut plus avoir rien de 
commun avec la Pologne. Il veut être dans un seul 
Etat national. 

L'évacuation du territoire de l'Ukraine Occidentale 
doit se faire immédiatement, autrement l'invasion 
ennemie fera de tels dégâts moraux et économiques, 
qu'ils ne pourraient jamais être réparés. 

La victoire de l'Entente au nom de laquelle le Pré- 
sident Wilson proclama les nouveaux principes de 
l'ordre en Europe, le peuple ukrainien l'a acceptée 
comme une victoire de justice. 

Et pour la réalisation de cette justice, nous en appe- 
lons à la Conférence de la Paix. 



TABLE DES MATIÈRES 

Pag« 

J'accuse ! 7 

I. La Galicie, Etat ukrainien de Halytch-Volhynie . 11 

II. La Galicie sous la domination polonaise .... 15 

III. Comment l;i Galicie est devenue province autri- 

chienne '^1 



25 



IV. La Galicie \ province autrichienne jusqu'en 1800 

Projet d'un partage sur les bases nationales. 

a) Décrets du gouvernement autrichien . . 25 

b) Le mouvement ukrainien 26 

c La contre-action polonaise 28 

d) La question du partage de la Galicie à la 
Commission de Rédaction d'une Constitu- 
tion autrichienne 80 

e La Galiciedans la Constitution de l'Empire 
du \ mars 1849 et la Constitution pour la 
Galicie du 29 septembre 1850 31 

V. La Galicie, province autrichienne autonome sous 

la domination polonaise :;? 

VI. La Galicie orientale, territoire ukrainien. . . . i? 

VIL La Galicie secoue le joug polonais et se réunit à 

la République Ukrainienne 51 

VI IL L'invasion Polonaise et le rùle de l'Entente . . 57 

IX. L'Ukraine sous l'occupation Polonaise .... 65 

X. Appel aux Alliés 69 



BUREAU UKRAINIEN DE PRESSE 

a8, RUB PAUQ.UBT 

PARIS 



IMPRIMERIE 

ROBINET ET HOUTAIX 

17, RUE LITTRÏ 



DB Lozyns'kyï, Mykhaïlo 

495 L'Ukraine occidentale 

L7 (Galicie) 



PLEASE DO NOT REMOVE 
CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 










mm 



ijffit