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Full text of "Madame de La Fayette; sa vie et ses oeuvres"

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Presented ta the 

UNIVERSITY OF TORONTO 
LIBRARY 

by the 

ONTARIO LEGISLATIVE 
LIBRARY 



1980 



MADAME DE LA FAYETTE 



/ 



CAMBRIDGE UNIVERSITY PRESS 

C. F. CLAY, Manager 

LONDON : FETTER LANE, E.C. 4 




NEW YORK : THE MACMILLAN CO. 
BOMBAY 'j 

CALCUTTA i MACMILLAN AND CO., Ltd. 
MADRAS j 

TORONTO : THE MACMILLAN CO. OF 
CANADA, Ltd. 

TOKYO : MARUZEN-KABUSHIKI-KAISHA 



ALL RIGHTS RESERVED 



1 




MARIE MADELEINE PIOCHE DE LA VERGNE 

COMTESSE DE LA FAYETTE ( 1634 1693) 

D'APRES UN PORTRAIT CONSERVÉ AU 

CHÂTEAU DE CHAMBORD 



57555 

MADAME DE LA FAYETTE 

SA VIE ET SES ŒUVRES 



PAR 

H. ASHTON 

MAÎTRE ES ARTS DE l'uNIVERSITÉ DE CAMBRIDGE 

DOCTEUR ÈS LETTRES (BIRMINGHAM) 

DOCTEUR DE l'uNIVERSITÉ DE PARIS 

OFFICIER DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



K 7 !?;■ r ,^ 



CAMBRIDGE 

AT THE UNIVERSITY PRESS 

1922 



TO THE PRESIDENT AND GOVERNORS OF THE UNIVERSITY 
OF BRITISH COLUMBIA THIS BOOK IS DEDICATED IN THE 
HOPE THAT IT WILL PROVE TO BE ONE OF A SERIES OF 
CONTRIBUTIONS TO KNOWLEDGE PUBLISHED UNDER THEIR 
AUSPICES. WERE IT NOT FOR THEIR BROAD-MINDED POLICY 
IT COULD NOT HAVE BEEN PUBLISHED IN THESE TIMES OF 

STRESS 

TO THE MEMORY OF DR FRANK FAIRCHILD WESBROOK 
FIRST PRESIDENT OF THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA 



\Î05 

As s 



PRINTED IN ENGLAND 



PREMIÈRE PRÉFACE 

Cette modeste étude ne prétend pas être un ouvrage sur la vie 
et les œuvres de Madame de La Fayette. Si elle porte ce titre 
c'est pour annoncer ce que Fauteur avait l'intention de faire 
plutôt que pour désigner ce qu'il a fait. 

La biographie, essentielle pour la compréhension de l'œuvre 
de notre auteur, était à faire, ou à refaire. Ce travail fut plus 
pénible que nous le croyions, au début. Il existe, il est vrai, un 
petit hvre de M. d'Haussonville qui nous servit de guide tout au 
commencement de nos recherches, mais les sources n'en furent 
pas moins difficiles à retrouver. 

La bibhographie, bien que réléguée à la fin du livre, n'en est 
pas la partie la moins importante. Elle nous a coûté de longues 
et patientes recherches, car, en ce domaine, tout était à faire. 
Nous osons croire qu'elle rendra des services à nos confrères. 

Dans l'étude détaillée des œuvres nous avons essayé de 
montrer l'évolution du talent de Mme de La Fayette et, en 
cours de route, nous avons réfuté diverses opinions à propos de 
la place qu'elle occupe dans l'histoire du roman. 

Nous tenons à remercier Mme V^ Jagerschmidt^ et MUe 
Feuillet de Conches de l'obligeance avec laquelle elles nous 
communiquèrent des documents importants. Nous espérons 
pouvoir dater ces lettres et les pubher ensuite dans un recueil. 

Nous regrettons de n'avoir pu fondre tous nos documents 
dans une étude vraiment littéraire et digne des vieilles uni- 
versités où nous avons fait de si utiles et de si agréables séjours. 
Nous osons croire, cependant, que ces matériaux, sans embel- 
hssements Uttéraires, seront plus appréciés que des embeUisse- 
ments Uttéraires ne reposant sur aucun document. 

H. A. 

ViLLETTE (Seine et Oise). 
Avril 1914. 

1 Mme V^ Jagerschmidt est décédée le 10 avril, 1915. 




ONDE PRÉFACE 



Ce travail, terminé en 1913, était sous presse en Belgique en 
1914. La préface a déjà porté les mentions Villette, Paris, 
Cambridge, Birmingham, et c'est à l'autre bout du monde, sur 
les bords de l'Océan Pacifique, que j'écris cette seconde préface 
sans avoir jamais eu à ma disposition une bibliothèque assez 
riche pour me permettre de refaire l'ouvrage. Quelques notes 
seulement ont été ajoutées et des articles de revue viendront 
bientôt compléter mes conclusions. 

Je remercie le Maître et les Fellows du Collège Gonville et 
Caius à Cambridge et le Conseil d'Administration de l'Uni- 
versité de la Colombie Britannique de leur contribution aux 
frais d'impression. 

H. A. 



Vancouvee, C.B., Canada. 
Septembre 1922. 



I 



TABLE DES MATIERES 

CHAPITRE PAGE 

I L'ENFANT. 1634-1649 1 

II LA JEUNE FILLE. 1650-1655 17 

III L'ÉPOUSE. 1655-1659 . 44 

IV LA DÉBUTANTE. 1659-1662 66 

V LA PARISIENNE ET SES AMIS 85 

VI LA DAME D'HONNEUR. 1660-1670 .... 114 

VII LE ROMANCIER,— Z^/Z)^ . .... 127 

VIII LA MÈRE . . 140 

IX LE PSYCHOLOGUE— L^ PRINCESSE DE C LÈVES . 154 

X LE DIPLOMATE 180 

XI L'HISTORIEN ET SES DERNIÈRES ANNÉES. 1683- 

1693 193 

XII L'ÉPISTOLIÈRE— L'ÉCRIVAIN— LE PHILOSOPHE . 213 

BIBLIOGRAPHIE DES ŒUVRES DE MADAME DE LA 

FAYETTE ... 225 

ICONOGRAPHIE 240 

APPENDICE 

I LE CARDINAL DE RETZ ET MLLE DE LA VERONE 241 

n LE CONTRAT DE MARIAGE DE MME DE LA FAYETTE 244 

III (a) LA RECONNAISSANCE DONNÉE PAR M. DE LA 

FAYETTE 249 

(b) LA DOTATION RÉCIPROQUE 251 

IV UNE GÉNÉALOGIE DE LA MAISON MOTTIER DE 

LA FAYETTE 254 



viii Tahle des Matières 

APPENDICE PAGE 

V DES RENSEIGNEMENTS SUR LES TERRES DE LA 

FAMILLE LA FAYETTE 257 

VI MADAME DE LA FAYETTE ET LES AFFAIRES DE 

SAVOIE 258 

VII LES SENTIMENTS DU SIEUR ROSTEAU . . .262 

VIII QUELQUES OPINIONS SUR LA PRINCESSE DE 

CLÈVES 263 

IX LE TESTAMENT DE MADAME DE LA FAYETTE . 266 

X L'AVEU DANS LE ROMAN: LES DÉSORDRES DE 

UAMOUR 268 

LISTE DES OUVRAGES CONSULTÉS 270 

INDEX DES NOMS PROPRES 281 



PORTRAIT 
MADAME DE LA FAYETTE en regard du titre 



CHAPITRE PREMIER 

LENFANT. 1634-1649 

Madame de La Fayette, née Marie-Madeleine Pioche de La 
Vergne, était parisienne. Elle naquit et elle habita pendant la 
plus grande partie de sa vie dans un faubourg de la capitale, qui 
paraît avoir été le " Passy " du XVIIe siècle. Elle vint au monde 
au bon moment — en 1634, et au bel endroit — dans le quartier 
Saint-Germain. 

Pour qui connaît le quartier actuel avec ses maisons de 
rapport, ses magasins, ses autobus et son " métropoUtain," il est 
assez difficile de se le représenter tel qu'il était à l'époque où 
Madame de La Fayette y vécut. Bien que ce fût un faubourg, il 
était plus rapproché du centre qu'il ne l'est de nos jours, car la 
Seine avait alors beaucoup d'importance et "les grands boule- 
vards" n'en avaient point, pour la bonne raison qu'ils n'exis- 
taient pas. C'était un quartier qui grandissait. A la fin du 
XVIe siècle, le bourg Saint-Germain avait pour hmite la tranchée 
qu'on creusa dans tout son périmètre en vue de sa défense ; mais 
le premier quart du XYII^ siècle ne s'était pas écoulé, que déjà les 
maisons du faubourg, ayant franchi la tranchée, se pressaient 
le long de la rue du Bac et des autres grandes artères de la 
plaine 1. 

De nouvelles égUses^, de nouveaux étabhssements religieux 
se bâtissaient, ou, même, depuis quelque temps, se dressaient 
orgueilleux parmi les bâtiments neufs. Les quatre anciennes 
portes, qui disparaîtront du vivant de Madame de La Fayette, 
sont encore debout et le quartier est séparé de la ville. "La 
demeure en a de tout temps paru si agréable aux gens de bon 

1 Berty et Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, Paris 
1876, Fo. T. I. p. 11. 

2 Entre d'autres, l'église Saint-Sulpice où la petite La Vergne sera 
baptisée; "Cette égKse," écrit Sauvai {Antiquités de Paris, T. ii. p. 435), 
" après avoir été rebâtie en plusieurs tems fut construite tout de nouveau 
en 1645, où Gaston de France, Duc d'Orléans mit et posa sa première 
pierre; mais ce bâtiment se trouvant encore trop petit, on en recommença 
vin autre en 1655, dont la Reine Anne d'Autriche posa la première pierre, 
qui est le même que l'on voit aujourd'hui, qui n'est pas achevé de bâtir." 

A. 1 



2 Madame de La Fayette [ch. 

goût," nous dit Germain Bricei, " qu'elle a toujours été préférée 
aux autres de la ville pour plusieurs bonnes raisons, puisque 
toutes sortes de commodités s'y trouvent sans peine et que l'air 
est infiniment plus pur et plus sain qu'ailleurs, la plupart des 
maisons étant séparées par des jardins qui les rendent agréables 
et bâties presque toutes sur un terrain neuf." C'est pourquoi 
ce quartier fut aimé des étrangers qui visitaient Paris. La plu- 
part des hôtels qui figurent dans le Livre commode des adresses 
de Paris^ étaient dans le faubourg Saint-Germain et nous lisons 
dans les Annales de la Cour et de la Ville pour les années 1697- 
1698^ que "depuis que la paix était faite il y avait eu dans Paris 
un si grand abord d'étrangers que l'on en comptait quinze à 
seize mille dans le Faubourg Saint Germain seulement." Un 
d'entre eux — l'Anglais John Evelyn — écrit dans son journal à la 
date du 24 décembre 1643 : "The suburbs are those of St Denys, 
Honoré, St Marcel, Jacques, St Michel, St Victoire et St Ger- 
main which last is the largest and where the nobiUty and persons 
of quahty are seated*." Ainsi, c'était un quartier fort bien fré- 
quenté; c'est là que se trouvaient les "académies" où les jeunes 
gentilshommes recevaient leur éducation mondaine. 

Comme en font foi les copies de registres conservés à la 
BibHothèque Nationale, c'est le 18 mars 1634 qu'eut heu en 
l'église Saint-Sulpice le baptême de "Marie Madeleine fille de 
Marc Pioche, Ecr sieur de la Vergne et de Délie Ehsabeth Péna^. 
P : Me Urbain de Maillé Marquis de Brezé Chler des Ordres du 
Roy, c, en s. c. Mal de France et gouverneur des villes et cita- 
delles de Saumur, Calais pais reconquis. M: D. Marie Madeleine 
de Vignerod de Combalet^." 

1 Description de la Ville de Paris, 6e édit. 12», Paris, 1713, T. m. 
p. 3 et smv. 

2 Par du Pradel, Édit. Elzév. Paris (Plon-Nourrit), 2 vols. 

3 T. II. p. 135. 

* Édit. W. Bray, Londres, 1906, 4 vols. 8°, T. i. p. 47. 

^ On lit lin peu partout que Madame de La Fayette était fille d'Aymar 
de La Vergne. Nous n'avons trouvé ce nom dans aucun acte authentique. 
La source de cette erreur, comme de beaucoup d'autres au sujet de 
Mme de La Fayette, est probablement la notice du Père Anselme 
(T. VII. p. 62). Le Père Anselme confond la mère (qu'il appelle Marie de 
Pêne) et la fille; il fait épouser cette dernière par le Chevalier de Sévigné. 
D'Hozier la dit fiUe de Jean Pioche, précepteiu:- de César duc de Vendôme 
et de Jeanne Miron. 

« Mss. fr. 32593, p. 178. "Ce fut le dix-huitième jour du mois de 
mars 1634 disent les registres de la paroisse Saint-Siilpice," écrit M. le 
Comte d'Haussonville dans son étude sur Mme de La Fayette (Paris, 



i] U Enfant 3 

Ce document ne nous renseigne guère sur les parents de 
l'enfant. Nous voyons d'après les titres d'Ecuyer et de Demoi- 
selle qu'ils étaient nobles; si nous les croyons tous les deux de 
très petite noblesse, c'est plutôt parce que nous ne trouvons 
aucune preuve du contraire que grâce à des renseignements 
précis. Ce titre d'Écuyer ne signifie rien en lui-même. Jusque 
sous Louis XIII, c'était la seule qualité que les seigneurs ordi- 
naires ajoutaient à leur nom. "On voit même," dit d'AveneP, 
"des descendants de très illustres maisons qui n'en prennent 
jamais d'autres : ils n'avaient droit qu'à celle-ci d'ailleurs, à moins 
d'être pourvus de quelque charge considérable qui leur donnât 
le titre de chevalier." Se dire Écuijer c'était donc se dire de 
race noble. Mais d'Avenel continue: "Louis XIII permet 
cependant pour quelques écus, à ses valets de chambre, huissiers 
de chaînbre, portemanteaux et valets de garde-robe, de se qualifier 
et user du titre d'écuyer: il donne le même droit aux chevahers 
du guet et à leurs lieutenants — simples agents de police — aux 
gardes du corps français et étrangers, aux commissaires des 
guerres, enfin à peu près à tous ceux qui peuvent le désirer." 

Hachette, 2^ édition, 1896, 1 vol. in 12°, p. 8). Nous n'avons pas pu 
voir les registres de la paroisse Saint-Sulpice car ils ont disparu dans l'in- 
cendie du 24 mai 1871, qui, en consiunant à la fois les Archives de la 
Seine et le Greffe du Palais de Justice, a anéanti les deux exemplaires 
de ces registres qui existaient encore. Il nous reste heureusement quelques 
extraits des registres de baptême de la paroisse Saint-Sulpice, d'après 
lesquels nous établissons la date du baptême. Jusqu'en 1846 on croyait 
que Mme de La Fayette était née au Havre. C'est cette erreur qui fait 
dire à Casimir Delavigne dans son Discours d'inauguration de la Salle 
de Spectacle du Havre (au Havre, chez Chapelle, 1823) : 

Oui, vous deviez \in temple aux filles d'Apollon: 

Elles ont eu des sœurs dans ce riant vallon, 

C'est toi que j'en atteste, aimable Lafayette, 

De Clèves et de Nemoiirs muse tendre et discrète, 

Qm dérobas ta vie à la célébrité 

En illustrant le nom que Segrais t'a prêté. 

Mais pendant l'année 1846, A. T. Barbin, en feuilletant, dans les 
archives de l'Hôtel de Ville, les registres qui ont été détruits depuis, 
trouva le passage dont noios venons de donner la copie {Journal des 
Débats, 22 nov. 1846). Malgré cette découverte, l'erreur traîne dans 
beaucoup de livres (p. e. Dict. de Jal, 2"^ édit. 1872 ; Prof. Hector 
Ferettini, Étude sur Mme de la Fayette, Milan, 1901 ; R. Doumic, Hist. 
de la Litt. fr. Paris, 19*= édit. p. 293 — où, soit dit en passant, on peut lire 
également que M. de La Fayette a survécu à sa femme !). 

^ D'Avenel, La noblesse française sous Richelieu, p. 307. 

1—2 



4 Madame de La Fayette [CH. 

D'autre part Tallemanti raconte l'histoire suivante qui nous 
montre que La Vergne fut connu du roi, "Au commencement, 
le Roy estoit assez gay....Le filz de Sebastien Zamet qui mourut 
mareschal de camp à Montauban....avoit avec lui La Vergne, 
depuis gouverneur du Duc de Brezé, qui estoit curieux d'archi- 
tecture et y entendoit un peu. Or ce Zamet estoit un homme 
fort grave et qui faisoit des révérences bien compassées : le Roy 
disoit qu'il lui sembloit, quand Zamet faisoit ces révérences, que 
La Vergne estoit derrière pour les mesurer avec sa toise." 

Guillard^ ne dit pas que La Vergne était simplement "cu- 
rieux d'architecture," mais bien qu'il était "masson ou archi- 
tecte" et qu'il "quitta ce mestier pour être gouverneur du duc 
de Fronsac ou de Brezé." Marc Pioche portait-il donc le patrony- 
mique d'une famille de maçons-architectes, qui, s'étant enrichis, 
avaient fait entrer ]eur fils dans la carrière des armes, après avoir 
transformé leur nom en Pioche de La Vergne ? Nous ne pouvons 
rien affirmer sur la famille du père de Madame de La Fayette et 
nous ne devons pas ajouter trop de foi à ce que dit Guillard, car, 
bien qu'il ait écrit du vivant de Madame de La Fayette, il ne 
paraît pas avoir cherché très loin le souci de la généalogie. Après 
nous avoir ainsi renseignés sur Marc Pioche de La Vergne, il 
continue: "sa femme estoit fille du médecin Akakias^. " Mais 
nous savons qu'en réahté eUe se nommait Élizabeth ou Isabel* 
Péna et nous avons sur sa famille quelques renseignements. 

Auger^ nous apprend qu'au XIII^ siècle, un ancêtre de la 
mère de Madame de La Fayette " Hugues de Péna, secrétaire du 
roi de Naples, Charles I^r, et auteur de tragédies, avoit reçu 

^ Tallemant des Réaux, Historiettes, Éd. Monmerqué, T. ii. p. 242. 
"Historiette sur Louis XIII." 

2 Généalogies, Remarques du Sr. Guillard, Bibl. Nat. ms. fr. 25187, P 30. 

* Peut-être s'agit-il de sa première femme. Voir à la page 6. 
Un Akakia, le grand, ou du moins le premier du nom, mourut en 
1551, son fils en 1588. La race s'éteignit avec le dernier médecin Akakia 
en 1677. Celui-là aurait été un cousin de Mme de La Fayette. On en 
aurait parlé, croyons-nous. 

^ Bien qu'il y ait Élizabeth sur la copie de l'acte de baptême, les 
mêmes registres portent Isabel à la page 160, à l'occasion du mariage de 
Pierre le Roy auquel Marc Pioche de La Vergne et sa femme Isabel Péna 
ont assisté, et encore à la page 191, à l'occasion de son mariage avec le 
chevalier de Sévigné. Dans le contrat de mariage de son frère Gabriel 
elle fut appelée tantôt Élizabeth, tantôt Isabel (Bibl. Nat. Cab. Titres, 
Pièces orig. 2229). Enfin, elle signe elle-même Isabelle im reçu conservé 
à la Bibl. Nat. Cab. Titres, Pièces orig. 2287). 

^ Édition des œuvres de Mme de La Fayette. Voir bibliographie. 



i] • L'Enfant 5 

le laurier du poëte des mains de la reine Béatrix. " Jay^ rap- 
porte aussi ce fait et ajoute que "dans le seizième siècle Jean de 
Péna se rendit illustre par de profondes connaissances dans les 
mathématiques et les enseigna même avec distinction au Collège 
de France^." Si, comme le désire M. d'Haussonville^, "ceux qui 
sont curieux des phénomènes de Vhérédité''' doivent lui savoir 
gré ''de leur rappeler ce premier faif^ et aussi que la famille Péna 
eut toujours en Provence renom de littérature et d'érudition,^'' 
d'autres, en lisant le renseignement donné par Jay, trembleront 
à la pensée que Madame de La Fayette, de par sa mère, aurait 
pu devenir professeur de mathématiques au Collège de France ! 

Madame de La Vergne avait un frère, Gabriel Péna, écuyer, 
sieur de Saint-Pons, qui fut capitaine au régiment du marquis 
de Brézé^, un autre frère dont nous ne savons pas le nom^, et un 
oncle Lazare Péna, écuyer, sieur de Moustier et de Montargis'. 
Voilà tout ce que nous avons pu glaner sur la famille^ et cela 
suffit. Nous savons dès maintenant qu'elle était de petite 
noblesse^ comme celle de La Vergne. 

Le mariage fut célébré probablement à l'église Saint- 
Sulpice; c'est là qu'au mois de février 1633 avaient lieu les 
fiançailles^". La Vergne était probablement plus âgé que sa 

^ Édition des œuvres de Mme de La Fayette, de Tencin et de Fon- 
taines. Voir bibliographie 

^ Guillaume du Val, Histoire des professeurs du Collège Royal, 1644 
(Bibl. Nat. R. 7347). "Jean Pena. II fut professeur du Roy, peu de 
temps, et ce environ l'an 1556. Il décéda l'an 1560 et est croyable que 
la chaire fut établie povtr lui, n'ayant succédé à personne et n'ayant eu 
successeur que je sçache." De Thou en fait également mention et dit 
qu'il est mort en 1558. ^ D'Haussonville, op. cit. p. 10. 

* La célébrité littéraire de Hugues de Péna. 

^ Bibl. Nat. Cabinet des Titres, Pièces originales 2229. 

* D'après les copies de registres de Saint-Sulpice déjà citées, p. 132, 
19 déc. 1641. Mariage d'Estienne de Pardieu et de Delle Anne Péna, 
présents Gabriel Péna, oncle de la dite, capitaine, etc. 

' Contrat de mariage de Madame de La Fayette (voir à l'appendice) ; 
copies des registres de Saint-SuJpice le 30 mai 1645. Mariage de Pierre 
le Roy, Présents — Éléonor Merlin femme de Me. Péna, etc. 

^ Ajoutons par acquit de conscience — Arnaud Gaufridi,G. d'Aix, 1580, 
donne les armes de Péna: d'arg. à l'estoile d'or en chef. Bibl. Nat. Cab. 
Titres, Pièces orig. 2229. 

^ Gabriel épouse Marie Bricard, veuve de Jehan Bordier, argentier de 
la petite escurie du Roy. Anne épouse Estienne de Pardieu tout coxirt. 

1° Nous n'avons pas pu retrouver l'extrait de mariage mais le ms. 
32839 Bibl. Nat. (registres de St-Sulpice) nous donne p. 82, "1633, le 
5 fév. fiançailles de Marc Pioche, écuyer, sieur de La Vergne." 



i 



6 Madame de La Fayette [ch. 

femme, car il était veuf et, en 1619, il est déjà question de lui 
et de sa première épouse, Claude Bérard, dans un acte notarié 
fait à Saint-Denys par le baron dudit lieui. 

De ce précédent mariage étaient nées au moins deux filles 
dont l'une est morte en 1671. L'autre qui a survécu à Mme de 
La Fayette est mentionnée dans son testament. Elles étaient 
toutes les deux religieuses, mais nous ne savons pas la date de 
leur entrée en religion. Il est à supposer que la petite Marie - 
Madeleine les a connues et a eu le temps de les aimer avant leur 
entrée au couvent, puisque la mort de la première la toucha vive- 
ment^ et qu'elle prit soin de la survivante. 

C'est fort probablement après la mort de leur père qu'elles 
ont pris le voile, car, dans le passage de la Reconnaissance des 
biens de Mme de La Fayette où il est question du contrat de 
partage fait à la mort de La Vergne, on lit : "les dites damoiselles 
ses sœurs depuis professes^." 

Un seul enfant naquit du second mariage: ce fut Marie - 
Madeleine*. Comme on l'a pu voir d'après l'extrait de baptême, 
ses parents surent lui trouver des parrains illustres : Urbain de 
Maillé, marquis de Brézé, était le beau -frère du cardinal de 
Richelieu. Et ce n'est pas de cette parenté seule que venait sa 
puissance: le roi Louis XIII avait "quelque sorte d'inclination 
pour lui," nous dit le cardinal de Retz^ qui ne l'aimait guère^, 
et cette inclination paraît avoir donné au maréchal tant d'in- 
fluence que RicheUeu lui-même en avait peur et le ménageait 
le plus possible'''. La correspondance inédite du maréchal 
conservée au British Muséum montre quel rôle important il 
jouait dans les affaires du temps ^. Il nous semblerait étonnant 

1 Bibl. Nat. Cabinet des Titres, Pièces originales 2229. 

2 Madame de Se vigne, 6 fév. 1671. Éd. Grands Écrivains, T. n. 
p. 46: "J'allai ensuite chez Madame de La Fayette qvii redoubla 
mes dovileurs par la part qu'elle y prit. Elle était seule et malade et 
triste de la mort d'une sœur religieuse; elle était comme je la pouvais 
désirer." ^ Voir l'appendice m. 

* Bibl. Nat. Cabinet des Titres, Pièces originales 2287, Pioche, f° 16: 
"Me François de La Fayette dame Marie Mag"^ -Pioche de la Vergne son 
espouse fille vinique seulle héritière — " 

6 Œuvres, Éd. Alphonse Feillet, Paris, 1870, 8", T. i. p. 154. 

® Ibid. I. p. 39: "Le maréchal de Brézé homme de très petit mérite" 
etc ; p. 104: "Il était pourtant fort extravagant." 

7 Tbid. I. p. 104. 

^ Cette correspondance fut signalée dans un article intitvilé Les amis 
du Maréchal de Brézé — supplément à un article de Bayle dans le Cabinet 
Historique (Éd. Louis Paris), T. xv. Paris, 1869, 8°, l^re partie, p. 32. 



i] UEnfant 7 

que l'obscur La Vergnc ait pu obtenir d'un homme aussi puis- 
sant qu'il assistât en qualité de parrain au baptême de sa fille, 
si nous ne savions déjà par Tallemant que La Vergne était au 
service du maréchal en quaUté de gouverneur^. 

Quant à la marraine, Madame de Combalet, plus tard 
duchesse d'Aiguillon, elle était la nièce favorite du Cardinal — 
et s'il faut en croire les récits médisants de l'époque — des liens 
particuHèrement étroits les unissaient. Si elle assista à ce 
baptême ce ne fut pas uniquement pour montrer qu'elle était 
une personne religieuse et charitable mais bien parce que la 
mère de la petite fille était une de ses dames d'honneur. 

Ce parrainage ne paraît pas avoir été très utile à Marie- 
Madeleine. Le marquis mourut peu après La Vergne^, au moment 
précis où il aurait pu, sans doute, rendre des services à sa filleule 
qui rentrait alors à Paris. La marraine, il est vrai, employa 
La Vergne au Havre, mais sa filleule ne comptait pas parmi ses 
amies, soit à cause de la différence d'âge qui les séparait, soit 
parce que leur condition sociale n'était pas la même.... Toujours 
est-il que son nom ne figure point parmi ceux des vingt-neuf 
personnes qui se partagèrent la fortune de la duchesse. 

Il ne faut peut-être pas regretter cette absence de relations. 
Bien que dernièrement on nous ait présenté Mme de Combalet 
comme une sainte 3, les documents du temps donnent une triste 
opinion de sa moraUté. L'impression qui se dégage des témoi- 
gnages contemporains, même lorsqu'on a fait une large part aux 
haines pohtiques, est que Mme de Combalet n'était pas de ces 
femmes dont on aime à souhaiter l'amitié pour une jeune fille*. 

Elle fait partie de l'Egerton Collection N^^ 1687 à 1692 et va de l'année 
1627 à l'année 1649. 

^ L'exemplaire du Segraisiana qui se trouve à la Bibliothèque de 
l'Université de Paris porte en marge de la page 9 où il est question de la 
Princesse de Clèves la note suivante de la main de Turgot: "Marie de la 
Vergne C^ de La Fayette a aussy écrit Vie de Mad. Henriette d'ang. f. de 
Mr m. en 1670 impr^ à Amdam, 1720. Elle étoit d'une naissance très 
médiocre son p. étoit chès Mr de Valeneey, sa mère étoit chès la Duché 
d'Aiguillon — " etc. Nous n'avons pu vérifier ce fait. Notons poiu-tant, 
en passant, qu'une des sœurs de Madame de La Fayette (du premier lit) 
était religieuse ursuline à Valeneey (Testament). 

2 Le 13 fév. 1650, âgé de 53 ans, au château de Milly dans l'Anjou. 

3 Bonneau- Avenant (Cte de), La Duchesse d'Aiguillon, 2<^ édit. 
Paris, 12°. 

* M. Emile Magne résume ces documents avec une franchise que nous 
n'osons pas imiter ici. Voir Le plaisant abbé de Boisrobert, Paris, 1 vol. 
12°, 1909, pp. 263-265 et les notes à ces pages. 



8 



Madame de La Fayette 



[CH. 



Après le baptême, le premier renseignement que nous 
trouvons sur la vie de La Vergne nous est fourni par un poème 
manuscrit "Z)e Monsieur le Pailleur^ étant à la campagne avec 
Mme la maréchale de Thémines à Mr de la Vergne gouverneur de 
Mr le Marquis de Brézé" 

Je suis ctirieux de nouvelles 
Autant de laides que de belles. 
Un soldat m'apprit l'autre jour 
Que Pontoise estoit ton séjour. 
Il me dit tes soins et tes veilles, 
Il me raconta des merveilles 
De tes fortifications. 

Il me parla fort du Marquis. 

Il me dit que ta chère femme 
Est une bonne et belle Dame 
(Oyseau rare en cette saison !), 
Qu'elle garde bien la maison, 
Entretient bien la Compagnie 
Avec sa petite Ménie, 
Qui de son côté vaut beaucoup. 
Surtout quand elle fait le loup 
Son devanteau dessus sa tête. 



Ainsi le Cavalier parla. 

But deux coups et puis s'en alla^. 

On remarquera que Le Pailleur donne à La Vergne le titre 
de "Gouverneur de Mr le Marquis de Brézé" et nous apprend 
qu'il est à Pontoise. Aussitôt M. d'Haussonville^ écrit "Un 
obscur poète, du nom de Le Pailleur, nous apprend que son 
père" (c'est à dire le père de Marie-Madeleine) "y commando! t 
au nom du marquis de Brézé" et à la même page "Pioche de 
la Vergne sera gouverneur de Pontoise pour le compte du 
marquis de Brézé." 

D'après des recherches faites à Pontoise, il ne ressort pas que 
ce soit la conclusion qu'il faudrait tirer de ces vers. Le régiment 

^ Povir des renseignements sixr ce poète voir l'historiette de Talle- 
mant des Réaux, Éd. Monnierqué, T. m. p. 237 et les Œuvres poétiques 
de Dalibray, Édit. Van Bever, 1906, passim. Le Pailleur était un goinfre 
assez drôle. Il était allé visiter le maréchal de Thémines, gouverneur de 
la Bretagne, qui mourut en 1627. Le Paillevir devint le commensal de 
sa veuve. 

2 Bibl. Arsenal mss. Conrart, T. xxix. P 307, N» 4127. 

^ Op. cit. p. 9. 



i] UEnfant 9 

du marquis de Brézé était à Pontoise en 1636-1637 car le 27 mai 
1643 le corps de ville examine les comptes "des feas sieurs 
Chartin et Soret pour le faict des deniers qu'ils ont touchés et 
déboursés aussy pendant les années mil six cent trente-six et 
trente-sept que les régiments des gens d'armes de la TrémouiUe 
et de Breizé ont logé en cette ville^." La première mention du 
régiment se trouve sous la date l^r décembre 1636, quand les 
échevins sont autorisés à recevoir des collecteurs des tailles une 
somme de 3000 livres tournois, pour satisfaire à une réquisition 
du marquis de Brézé tenant garnison à Pontoise, et à prendre 
des mesures utiles pour répartir cet impôt entre les habitants de 
la ville. Le 26 janvier 1637 il est impossible de continuer à 
payer la subsistance du régiment de M, de Brézé. Les collecteurs 
n'ont plus de fonds et il y a peu d'espoir d'obtenir des paroisses 
voisines le paiement de leurs participations. Le régiment quitte 
la ville entre cette délibération et la suivante, qui est de février 
1638, mais longtemps encore on s'occupe des dettes qu'il a fallu 
contracter à cause de son séjour. Les déHbérations ne disent 
pas que de Brézé lui-même fut gouverneur de la ville. Ce titre 
a existé, mais ce n'était qu'un titre honorifique et on l'attribuait 
à de très grands seigneurs. A coup sûr, de La Vergne n'a pas 
été gouverneur de Pontoise 2; M. MaUet, maire de la ville et 
éditeur des délibérations citées ci-dessus, écrit dans une lettre 
à l'auteur de ce travail (11 août 1911) "Dans les archives com- 
munales.... nuUe part je n'ai vu le nom de Marc Pioche de La 
Vergne." 

Tout nous porte à croire qu'ici (comme plus tard au Havre) 
La Vergne ne fut que major de la citadelle. Étant donné que 
La Vergne fut "masson et architecte," ce que dit Le Pailleur 
sur "les merveilles de ses fortifications" pourrait faire croire 
qu'il fut envoyé à Pontoise pour exercer son métier d'architecte ; 
mais ici encore les faits ne supportent pas l'hjrpothèse. En 1634, 
Richeheu avait supprimé les remises accordées aux villes sur 
les ventes de leurs greniers à sel et destinées exclusivement, 
disaient les papiers royaux, à l'entretien de leurs fortifications. 

1 Ernest Mallet, Registre des délibérations municipales de la Ville de 
Pontoise, 1643-1660, 2"^ fascicule — Règne de Louis XIV — Pontoise, 
1911. Dans le registre imprimé on trouve "de la TrémouiUe et de fereize 
(?)": M. Mallet lit maintenant de Breizé et les autres citations confir- 
ment cette leçon. 

- Communiqué par M. J. Depoix, secrétaire général de la Société 
historique et archéologique de l'arrondissement de Pontoise. 



10 



Madame de La Fayette 



[CH. 



Il y a fort peu de chances qu'un officier royal quelconque ait 
été désigné pour aller travailler aux fortifications de Pontoise, 
qui étaient encore considérées comme l'une des charges de la 
ville; de plus, la situation financière n'étant pas bonne, le 
pouvoir central n'aurait pas consenti à fournir les fonds. Enfin, 
il existe des documents qui prouvent que vers 1652 pour les 
réparations urgentes on opéra par voie de souscription pubhque, 
souscription qui n'eut rien de spontané et de volontaire : l'église 
St Martin dut même fournir sa part d'argent^. 

S'il ne faut pas exagérer l'importance de ces fonctions, il ne 
faut pas non plus en exagérer la durée. Le séjour à Pontoise de 
La Vergne et de sa famille (si toutefois sa famille demeura con- 
stamment avec lui, ce qui n'est pas prouvé) fut certainement 
court, car en 1638 la peste, à l'état latent depuis quelques années, 
devint d'une violence inouïe. Quinze cents personnes en mou- 
rurent, paraît-il, et la ville fut abandonnée par ceux des habitants 
que la maladie n'avait pas atteints^. Quand M. d'Haussonville 
ajoute en guise de commentaire aux vers de Le Pailleur "La 
petite Ménie avait quatre ans quand elle faisait ainsi le loup^" 
il doit se tromper, car ce calcul nous mènerait à l'année de la 
peste. Il n'est pas probable que La Vergne, fixé à une aussi petite 
distance de Paris, ait accepté d'exposer sa femme et son enfant 
aux dangers de ce fléau. Au mois d'août de cette année 1638, 
La Vergne n'était plus à Pontoise, car parmi les lettres du mar- 
quis de Brézé déjà citées, il y en a une "A M. de Picolomini par 
un gentilhomme qui l'a portée à M. de la Vergne dans l'armée 
de M. de la force enpaquetée avec une lettre adressante à luy*." 
Au mois de septembre, il se trouvait au château de Richelieu 
comme en fait foi un document que nous citerons plus loin. 

On serait tenté de croire que Madame de La Vergne et son 
enfant restaient pour la plupart du temps à Paris, oii La Vergne 
venait souvent les voir, ne faisant que de très courts séjours a 
Pontoise. En effet, au mois d'avril 1637, Bertaut lui écrit: 
"J'ai reçu celle que vous estes donné le soin de m'escrire tou- 
chant la conférence que vous avez eue avec Monseigneur le Cardi- 
nal. . . .etc. Je m'oubliois de vous dire que si par hasard le Cardina 
vous raparloit de moy que vous prissiez la peine de luy répondre 
dans le sens de cette lettre que je vous prie de monstrer à Mad. 

^'2 Communiqué par M. Chennevières, conseiller municipal de Pon- 
toise (7 août 1911), d'après ses fiches, rédigées à la suite de longues années 
de recherches dans les archives de la ville. 

3 Op. cit. p. 10. * British Musevim mss. Egerton, 1692. 



i] L'Enfant 11 

de Combalet....!" Chapelain, de son côté, écrivant de Paris le 
27 nov. 1637, à M. de Silhon, à Paris, dit (en rentrant de chez 
le marquis de Brézé) '"J'eus hier entretien avec Mr de La Vergne 
et Mme sa femme qui me ramena chez moy^." 

À partir de ce moment, et jusqu'au départ de sa famille pour 
le Havre, il y a une période très obscure dans la vie de Marie - 
Madeleine^. Nous savons que La Vergne était à Pontoise vers 
1637, et au Havre en 1648. Où passa-t-il cet intervalle de dix 
années ? À Paris, croyons-nous, car en 1640 il acheta un jardin^ — 
celui-là même que Madame de Sévigné trouvera plus tard "le plus 
joli petit lieu du monde pour respirer à Paris^." 

Dans ce jardin, situé rue de Vaugirard, No. 16, au coin de la 
rue Férou, s'élevait la maison où Marie-Madeleine passa la plus 
grande partie de sa vie, avant et après son mariage; c'est là 
qu'elle mourut en 1693^. 

Pendant le séjour qu'elle y fit avant son départ pour le 
Havre, elle dut commencer son éducation sous la direction de 
son père' qui paraît avoir eu une certaine culture. Nous avons 
déjà vu qu'il s'intéressait à l'architecture et "s'y connaissait 
un peu^." Bien qu'on se soit servi de ce fait pour dénigrer La 
Vergne^ il plaide plutôt en sa faveur, à une époque où l'instruc- 

1 Brit. Mus. MSS. fr. Egerton, 1692, f°s 34, 35. 

2 Jean Chapelain, Lettres, publiées par Ph. Tamizey de Larroque, 
Paris, 1880 (Documents inédits siir l'histoire de France), T. i. p. 175. 

^ M. d'Haussonville (op. cit. p. 10) escamote la difficulté dans la 
phrase "De Pontoise elle devait sui^Te son père au Ha\Te." 

* Berty et Tisserand, Topographie historique du vieux Paris, Paris, 
1876, F», T. — Région du Bourg Saint-Germain — p. 328. "Grand jardin 
faisant le coin occidental de la Rue Férou. Il contenait environ iin arpent 
et un tiers.... Par sentence du II Oct. 1630 ce jardin fut divisé entre les 
religieuses du Calvaire.... et Fiacre Bollard.... Suivant le partage effectué 
le 14 Août 1631, la moitié orientale échut aux religieuses desquelles elle 
fut achetée le 28 Août 1640 par le sieiar de La Vergne...." 

^ Madame de Sévàgné, Lettres, Éd. Monmerqué, Paris, Hachette, 1862, 
T. IV. p. 542. 

* Po\ir une carte de ce quartier avec la nie Férou marquée voir Piga- 
niol de laForce, Description de la Ville de Paris, 1765, 8 vols. T. vu. p. 160. 

^ Ménage a dû commencer ses leçons plus tard d'après nous. Voir 
plus loin la discussion de la correspondance entre Ménage et Mme de La 
Fayette. ^ Tallemant des Réaux. Le passage est cité plus haut. 

8 Généalogies. Remarques du Sieur Guillard, Bibl. Nat. MSS. fr. 25187 
(Gaigmère 1025), f» 30. "EUe (Madame de La Fayette) n'est pas d'une 
grande naissance. Son père avoit esté masson ou architecte qui quitta 
ce mestier pour estre gouverneur du duc de Fronsac ou de Brézé et û 
s'appeloit l'Avergne." 



12 



Madame de La Fayette 



[CH. 



tion des hommes ne laissait pas une très grande part aux beaux 
arts. Chapelain, dans la lettre déjà citée, recherche l'amitié de 
La Vergne et de sa femme, et il voudrait qu'ils aient bonne 
opinion de lui. "Je connois mieux encore leur mérite que je 
n'avois fait jusqu'à cette heure," écrit-il, "et souhaite qu'ils ayent 
bonne opinion de moy afin qu'ils me puissent un peu aymer. Si 
vous les voyes l'un ou l'autre ou tous deux vous me ferez faveur 
de descouvrir leurs derniers sentiments de mes faiblesses, car 
je ne prens pas les civilités qu'on témoigne aux personnes 
présentes pour un jugement sur quoy on se puisse fonder." Or, 
bien que Chapelain ait pu paraître ridicule à l'Hôtel de Ram- 
bouillet par suite de sa tenue bizarre^, il n'était pas homme à se 
plaire dans la compagnie des ignorants. 

Mademoiselle de Scudéry était aussi des amis de La Vergne ; 
elle eut même recours à lui pour qu'il la recommandât auprès de 
Madame d'Aiguillon 2. Il était également en relations avec d'au- 
tres habituées de l'Hôtel de Rambouillet, Mademoiselle Paulet 
et Madame de Sablé^. On peut même supposer qu'il fréquentait 
l'hôtel puisqu'il était au nombre des hôtes du château de Ram- 
bouillet en 1637. Bien plus, lorsque la Compagnie alla visiter les 
possédées de Loudun, La Vergne fut du voyage, et c'est même 
son témoignage qu'invoque l'abbé d'Aubignac de préférence à 
ceux de Madame de Combalet, de JuUe d'Angennes, de de Brézé 
et de Voiture, comme le témoignage d'un honnête homme "dont 

^ Voir Emile Magne, Voiture et les origines de VHôtel de Rambouillet, 
1597-1635, Paris, 2-= édit. 1911, pp. 125-7 et passim. 

2 II paraît qu'en 1647 Mademoiselle de Scudéry se trouvait fort 
ennuyée d'être sous la main tyrannique de son frère, et que, servitude 
pour servitude, elle en souhaitait luie autre plus favorable au moins à ses 
intérêts et à son avenir. La Vergne sollicita pour elle la place de gou- 
vernante ou de dame de compagnie dans une très grande maison. 
D'autres personnes avaient proposé poiir cet emploi une amie de Mlle 
de Scudéry — Mlle de Chalais. La première, apprenant cette nouvelle, 
retire aussitôt sa candidature. Voir V. Cousin, La Soc. fr. au XV IP 
siècle, T. 11. p. 431 Mlle de Scudéry écrit à Mlle Paulet: "Vous me 
ferez aussi la faveur de remercier M. de La Vergne de ses soins et de ses 
bons offices. Vous savez Melle ce que je vous ai dit de lui en plusieurs 
rencontres, c'est potu-quoi je ne vous dirai pas à quel point je suis sa 
servante." Bibl. Arsenal ms. Conrart, 4°, T. xi. et Cousin, op. cit. 
appendice, T. 11, Et dans une lettre de Mlle de Chalais à Mlle de 
Scudéry, "Car lorsque M. de La Vergne pria Mme la Marquise de Sablé 
de s'employer pour vous auprès de Mme d'Aiguillon...." Arsenal ms s. 
Conrart, 4", T. ix. p. 131. 

^ Voir la note précédente. 



I] L'Enfant 13 

la foi ne sera pas suspecte à quiconque le connaît^." On peut 
donc supposer que cet "honnête homme" dirigea les premières 
études de sa fille, et que c'est de lui, autant que des ancêtres de 
la mère, que vint à l'enfant son goût pour les lettres. S'il en 
avait été autrement, on ne concevrait pas comment, plus tard, 
Ménage put trouver en elle une élève aussi apte à apprendre le 
latin et à goûter la httérature latine. Nous croyons donc que 
c'est à une époque postérieure que Marie -Madeleine commença 
à étudier sous la direction de Ménage, bien qu'aucune des lettres 
dont il sera question plus loin ne porte de date 2. Elle dut entrer 
en relations plus suivies avec lui par l'intermédiaire de sa parente 
la marquise de Sévigné — c'est à dire lorsque La Vergne fut mort 
et que sa veuve se fut remariée. 

Après cette période, qui est assez obscure, nous retrouvons 
La Vergne au Havre vers 1 648^ ; il est au service de la duchesse 
d'Aiguillon. Ici encore on a exagéré son rôle. Il n'y a jamais 
été gouverneur ni même lieutenant-gouverneur. En 1648-9 
cette dernière fonction fut exercée par René de Ste Maure, 
seigneur de Beaurepaire*. L'emploi qu'a tenu La Vergne fut 
celui de commandant de la citadelle pour la duchesse d'Aiguil- 
lon. Le jeune duc Armand de Richeheu et sa tante retenaient 
le gouvernement du Havre ; le duc de Brézé, neveu du cardinal 
de Richeheu, conserva l'amirauté. 

Ici, les événements durent contribuer à l'éducation de la 
petite Marie -Madeleine ; eUe tomba en effet en pleine intrigue 

^ Relation de tout ce que fay vu à Loudun en neuf jours que f ai visité 

les possédés par l'abbé d'Aubignac. Datée septembre 1637. Tallemant 

raconte cette visite dans l'histoire du Père Joseph {Historiettes, Éd. Mon- 

merqué, T. ii. pp. 12-14). Le ms. de d'Aubignac (19 pages) se trouve à 

a Bibl. Nat. ms. fr. 12801, ancien 540 du supp. fr. 

2 Voir plus loin cette correspondance de Mme de La Fayette et de 
Ménage. Nous sommes maintenant à peu près sûr que presque toutes 
ces lettres ftirent écrites après le mariage de Mme de La Fayette. Mais, 
dans une lettre citée dans notre chapitre sur La Princesse de Clèves, 
Ménage dit qu'il connaît Mme de La Fayette depuis la naissance de cette 
dernière. 

3 Martin Alphonse, Madame de La Fayette, est-elle Havraise ? Le Havre , 
s. d. 8", 8 pages. Nous n'avons pas trouvé cette brochtire à Paris. C'est 
M. le Conservateur de la Bibl. du Ha\-re qui a eu l'obUgeance de nous 
faire savoir les conclusions de l'auteur. 

* Lorsque la duchesse d'Aiguillon devint gouverneur du Havre, elle 
avait sous ses ordres d'Aplemont, commandant du Havre. Voir Bonneau- 
Avenant (Cte de), La Duchesse d' Aiguillon, Paris, 1 vol. in 12, où il n'est 
pas question de La Vergne. 



14 



Madame de La Fayette 



[CH. 



et en pleine guerre. Elle se trouve au Havre au moment de la 
Fronde, et bien qu'aujourd'hui nous soyons trop enclins à 
regarder la Fronde comme une "guerre pour rire," il ne faudrait 
pas croire que notre scepticisme un peu méprisant ressemblât 
au sentiment des contemporains mêlés à cette agitation politique. 
Les jeunes gens, surtout, ne pouvaient voir les événements sous 
leur jour exact, historique: les aventures qu'ils lurent plus tard 
dans les romans de la Scudéry ont dû leur paraître romanesques 
par certains côtés, mais en même temps très réelles. L'opinion 
pubhque déchaînée par le Parlement, manifeste son aversion 
et sa haine avec une violence extrême. Mazarin, la reine, sont 
insultés et bafoués dans une multitude de chansons et de pam- 
phlets d'une grossièreté inouïe; de Paris, la révolte gagne la 
province; le Parlement de Rouen se joint bientôt à celui de 
Paris ; le duc de Longue ville, gouverneur de la Normandie, mené 
par sa femme, prend parti pour la Fronde et y entraîne la 
province entière. Le Havre seul résiste et reste fidèle à la cause 
royale. 

La duchesse d'Aiguillon avait confié son pupille aux soins 
d'une jeune veuve, Madame de Pons ; elle intriguait pour l'épou- 
ser. Condé et son beau-frère, le duc de Longue ville, favorisèrent 
sa passion; ils complotèrent pour qu'après le mariage Armand 
de Richeheu leur ouvrît le Havre^. Le duc de Longue ville 
s'empara donc de Honfleur^ et menaça le Havre. À ces nouvelles 
la duchesse d'Aiguillon envoya dans cette dernière ville le 
brave capitaine de La Vergne, et avec lui l'ordre à Ste Maure de 
chasser d'Harfleur les gens du duc de Longueville et d'occuper 
sohdement cette ville. La Vergne chargé de cette mission s'en 
acquitta avec succès : il se porta à Harfleur avec 300 hommes, 
en expulsa les officiers du duc, et, soutenu par les habitants, 
repoussa toutes les attaques des troupes qui avaient été laissées 
dans les environs de la ville^. 

La mort a dû enlever La Vergne peu de temps après cet 
exploit. Nous n'avons pas de renseignements sur la fin du père 
de Marie -Madeleine et nous croyons même que jusqu'ici on 

1 A. E. Borély, Histoire de la Ville du Havre, au Havre, 1880-1 881, T. ii. 

2 Voir Relations véritables de ce qui s'est passé à la prise de la ville 
d'Honfleur, près le Havre, par V armée de Monseigneur le duc de Longueville, 
Paris, Nicolas de la Vigne, près St Hilaire, 1649. 

3 Borély, op. cit. T. ii. p. 477, et Dmnont et Léger, Histoire de la ville 
d'Harfleur, au Havre, 1868, p. 48, où La Vergne est quaUfié de "comman- 
dant la citadelle du Havre pour la duchesse d'Aiguillon." 



I] L'Enfant 15 

n'avait su fixer la date de cette fin qu'à quelques années près. 
Dans une " reconnaissance donnée par François de la Fayette à 
dame Marie -Magdeleine Pioche de la Vergne, sa femme, des 
bijoux, objets mobiliers et autres valeurs apportés par celle-ci, 
le 17 Février 1655^," il est fait mention d'nn inventaire "fait à 
la requête de la dite dame de Sévigné après le décès du dit feu 
Sieur la Vergne par Quarré et Marreau....le cinquième Janvier 
et autres jours suivants de l'année mil six cent cinquante^." 
Il s'ensuit que La Vergne est mort à la fin de l'année 1649 ou 
aux premiers jours de 1650. Sa fille aUait bientôt avoir seize ans. 
Sur ces seize premières années de la vie de Marie -Madeleine 
nous n'avons, on l'a vu, que peu de renseignements. Pour nous, 
elle a dû les passer presque entièrement à Paris. Le séjour à 
Pontoise fut certainement très court; le séjour au Havre ne le 
fut pas moins — si toutefois elle y accomyagna son ^ère, car, bien 
que jusqu'ici, nous ayons suivi le récit de nos devanciers, nous 
considérons que les preuves manquent pour étabKr d'une façon 
sûre ce séjour de la mère et de la fille. Parmi les quelques docu- 
ments qui sont venus jusqu'à nous, il existe un reçu rédigé à 
Paris devant Marreau par Elysabeth Péna, qui a^ait une pro- 
curation générale de son mari depuis le 2 avril 1647. Ce reçu 
est du 5 mars 1648. Ne croira-t-on pas, avec nous, qu'avant de 
partir pour le Havre La Vergne avait fait, en avril 1647, cette 
procuration, pour que sa femme restant à Paris pût gérer sa 
fortune et tenir sa maison de la rue de Vaugirard? Ce n'est 
qu'une hypothèse, mais du moins elle est appuyée sur un docu- 
ment. Jusqu'ici nous n'avons rien vu qui fût susceptible de 
prouver que la famiUe La Vergne tout entière ait résidé au Havre^. 

^ Archives de l'Allier. Voir l'appendice. 

2 L'étude Quarré et Marreau est aujourd'hui celle de M. Baudrier qui 
a bien voulu nous permettre de faire des recherches dans les documents 
qu'il conserve. Nous avons trouvé mention de cet inventaire sur l'index 
de ses minutes mais dans la liasse de documents de janvier 1650 cette 
pièce manque. L'a-t-on extraite de l'étude ? Est-elle mal classée? On ne 
peut le dire; d'ailleurs, pour fixer la date de la mort de La Vergne, il 
suffit de savoir que le document a bien existé et quelle en est la date. 
Au moment de mettre cette étude sous presse, nous recevons La Corres- 
pondance du Chevalier de Sévigné publiée par Messieurs Lemoine et 
Saulnier. "M. de La Vergne, maréchal des camps et armées du Roi, 
capitaine de la Marine et lieutenant de M. le Duc de Richelieu au 
gouvernement du Havre" a été inhumé le 20 décembre 1649 (op. cit. 
p. xix, d'après Bibl. Nat. Mss. fr. N° 32594). 

^ Outre les deux livres de Diimont et Léger et de Borély déjà cités, 
nous avons consiilté avec l'espoir d'ajouter quelques détails à ce pré- 






16 



Madame de La Fayette 



[CH. I 



jour en province au milieu des garnisons, séjour continu 
à Paris, d'abord dans le calme de son faubourg, ensuite au milieu 
des intrigues de la Fronde, séjour au Havre oti son père se dé- 
vouait pour le roi sur le théâtre même de la guerre, saura- t-on 
jamais comment et en quels lieux la jeune La Vergne passa sa 
jeunesse^? Nous nous sommes contenté d'offrir au lecteur tout 
ce que nous avons pu rencontrer d'intéressant. Nous passerons 
maintenant, sans nous perdre en d'inutiles hypothèses, à une 
période plus éclairée de la vie de Madame de La Fayette. 



tendu séjour au Ha\Te, mais toujours sans résultats, les ouvrages smvants : 
Albums de dessins et de gravures de la commission des antiquités de la 
Seine Inférieure. Beaucamp (de) et Le Trix, Petite Histoire du Havre. 
Beaurepaire (Ch. de), Mélanges historiques; Nouveaux mélanges; Derniers 
mélanges. Frère (Edmond), Manuel du bibliographe normand, etc. 
Rouen, 1858-60. Guilmeth, Histoire du Havre et des environs. Letellier, 
Recherches historiques sur la ville d'Honfleur, 1786. Loriol, La France 
descriptive, etc. T. ii. par Viel, Seine Inf. Morlent, Le Havre ancien et 
moderne et ses environs, Paris, Le Havre, 1826. Motte (de la). Antiquités de 
la ville d'Harfleur, Le Havre de Grâce, 1676-80. Vesque (Ch.), Histoire 
des rues du Havre, Le Havre, 1876. 

^ De 1650 à 1655 Mlle de La Vergne fut Demoiselle d'honneur de la 
Reine, Voir Corr. du Chev. de Sévigné, p. xxi, note 3. 



CHAPITRE II 

LA JEUNE FILLE. 1650-1655 

Madame de La Vergne ne fut pas longue à se consoler de la 
mort de son mari car au mois de décembre 1650 elle épousa le 
chevalier Renaud de Sévigné^. Le premier janvier 1651, le 
gazetier Loret annonçait ainsi le mariage : 

Madame, dit-on de la Vergne, 
De Paris et non pas d'Auvergne, 
Voyant un front assez uny 
Au Chevalier de Sévigny, 
Galant homme et de bonne taille 
Poiir bien aller à la bataille. 
D'elle seule prenant aveu, 
L'a réduit à rompre son vœu ; 
Si bien qu'au lieu d'aller à Malte^, 
Auprez d'icelle il a fait halte 
En quaUté de son mary, 
Qui n'en est nullement marry, 
Cette affaire lui semblant bonne: 
Mais cette charmante mignonne 
Qu'elle a de son premier époux 
En témoigne un peu de courroiix, 
Ayant cru po\ir être belle 
Que la feste seroit poiu* elle, 
Que l'amour ne trempe ses dards 
Que dans ses aymables regards. 
Que les filles fraîches et neuves 
Se doivent préférer aux veuves 
Et qu'un de ces tendrons charmans 
Vaut mieux que quarante mamans^. 

La charmante mignonne dont il s'agit est évidemment la 
future Madame de La Fayette et, bien qu'elle n'ait en ce moment 

^ Le mariage eut lieu le 21 décembre à l'église Saint-Sulpice. Voir 
Bibl. Nat. ms. 32839 (extraits copiés des registres de Saint-Sulpice, 1650, 
p, 191): "Mariage de M^ Renaud de Sévigné, seigneur de Champiré, 
Mal. de Camp des armées du Roy avec D^ Isabel Péna veuve de M^ de 
la Vergne." 

2 Renaud de Sévigné était chevalier de Malte; il dut renoncer à ses 
vœiix pour épouser Mme de La Vergne. 

3 Loret, Muse hist. 1857, T. i. p. 77. 

A. 2 



18 Madame de La Fayette [ch. 

que seize ans, il ne faudrait pas attribuer tout ce que dit Loret 
à sa seule malice de gazetier. Nous pouvons admettre que voyant 
le chevalier de Sévigné bien reçu chez sa mère, elle ait pu se 
tromper pendant un instant et croire qu'on pensait à son établis- 
sement. La différence d'âge n'avait aucune importance, si le 
mari était un bon parti, et l'on ne saurait alléguer l'extrême 
jeunesse de Marie-Madeleine pour révoquer en doute les dires 
de Loret ^. 

Sous Louis XIV, en effet, le mariage se conclut généralement 
lorsque la jeune fille a douze ans. Dans la petite noblesse et 
dans la bourgeoisie on patientait un peu plus et l'on voulait bien 
attendre, tout au moins, que la fillette eût treize ans sonnés. 
Mais cet âge minimum de douze ans ne doit pas être considéré 
comme une Hmite extrême, rarement atteinte; les mariées de 
douze ans sont nombreuses dans la société de l'époque. Cathe- 
rine de Vivonne n'avait pas encore cet âge quand elle épousa 
le marquis de Rambouillet. À douze ans, on maria Mademoiselle 
du Plessis-Cliivray à M. de Serrant, fils de Bautru, l'académi- 
cien. Mademoiselle de la Guiche, fille du maréchal de Saint- 
Géran épousa au même âge le baron de Chazeron, gouverneur 
du Bourbonnais. Tallemant des Réaux s'unit à Efisabeth 
Rambouillet, fille d'un secrétaire du Roi, qui n'avait pas plus 
de onze ans et demi. Quand Rohan épousa Mademoiselle de 
Sully, elle était si petite "qu'on la prit au col pour la faire 
passer plus doucement." Le ministre à Charenton, du Moulin, 
ne put s'empêcher de demander " Présentez -vous cette enfant 
pour être baptisée 2? " 

L'âge de Marie -Madeleine n'offre donc aucun démenti aux 
vers de Loret, et à partir de ce moment, sinon depuis quelque 
temps déjà, elle est rangée parmi les jeunes filles à marier. Loret 
y pense de temps à autre — chaque fois qu'il a besoin d'une rime 
à ''Auvergne,'''' dirait-on. Le duc de Caudale se plaint parce que 
le cardinal lui ayant promis de le nommer maréchal de France 
ne tient pas sa promesse. 

Si bien, que jugeant nécessaire 
De r'engager dans le filet 
Ce courtisan à poil folet, 
Quelqu'un des siens alla luy dire 

^ Pourquoi M. d'Haussonville veut-il qu'iine jeune fille née en mars 
1634 n'ait pas encore seize ans en janvier 1651 ? 

2 Voir le Vicomte d'Avenel, La Noblesse sous Richelieu^ pp. 119- 
120. 



Il] La Jeune Fille 19 

Apaisez-vous, ne fumetis: 
Tenez, on vous donne gratis. 
Non pas Mamoizelle Lavergne, 
Mais le gouvernement d'Auvergne^. 

Loret revient à la charge cette même année, au mois de juillet 
après avoir annoncé la mort de Madame l'Hospital: 

Il (le veuf) se doit tenir très heureux, 
Car s'il veut encore une femme. 
Mainte mignonne et mainte dame. 
Et de grande condition, 
Sont à sa disposition. 

Et La Vergne mord à la grape, 
Quand on luy donne pour mary 
Ce maréchal au poil fleury^. 

Il ressort de ces citations que quelques mois après le mariage 
de sa mère on ne lui trouve pas, dans les papotages de la ville, 
un mari plus jeune que ne l'est son beau-père. 

Ce chevalier de Se vigne, avare, mais aimant la bonne chère, 
coléreux, intraitable et impérieux (s'il faut en croire le Nécro- 
logue de Port-Royal^ qui exagère les imperfections anciennes du 
défunt pour mettre en rehef les quahtés de sa vie "hors du 
siècle")*, savait au besoin être doux et généreux. On peut citer 
à l'appui de ces qualités une anecdote qu'on retrouve dans tous 
les livres oîi il est question du chevaUer et qui est ainsi racontée 
par un historien de Port-Royal : "On vit en lui, au miheu des 
emportements tumultueux d'un guerrier, une semence de cette 
charité qui a été portée ensuite au plus haut degré. S 'étant 
trouvé à la prise d'une ville il rencontra après l'action une petite 
fille de 3 à 4 ans que ses parents, ou morts ou fugitifs, avaient 
abandonnée sur un fumier. Il fut touché de compassion, il prit 
l'enfant dans son manteau et résolut d'en prendre soin toute sa 
vie: ce qu'il a fidèlement exécuté, et cette fille s'étant faite 
religieuse depuis, il a toujours payé sa pension au monastère 
oii elle est entrée^." 

1 Loret, op. cit. i. p. 90. 2 i^ij. p. 137. 

3 Dom Rivet de la Grange, Nécrologue de Port-Royal. 

* La publication de La Correspondance du Chevalier de Sévigné vient 
confirmer notre opinion à ce sujet. Voir la préface de Messieurs Jean 
Lemoine et Frédéric Saulnier (Paris, Renouard, 1911). 

^ Jérôme-Besogne, Histoire de Port-Royal, iv. p. 291. Voir aussi 

Sainte-Beuve, Port-Royal, T. rv. Appen., et T. v. pp. 94-99. C'est toujours 
le même article du Moniteur (l»^"" mars 1858) qm revient. 

2—2 



20 Madame de La Fayette [CH. 

D'après ce même historien, Madame de La Vergne était pour 
lui "un parti très avantageux." Il arriva ainsi au terme d'une 
année qui avait été assez mouvementée, même pour un guerrier. 
Son frère aîné, Charles de Se vigne, était par alliance cousin - 
germain de Retz, et Renaud eut, en 1649, le commandement du 
régiment que le coadjuteur avait levé à ses frais pour défendre 
Paris. Ce régiment de l'archevêque de Corinthe se fit battre à 
Longjumeau. La troupe de Renaud de Sévigné, inférieure en 
nombre aux royaUstes, avait fui à la première décharge. Le 
cheval de Renaud s'étant abattu, toute la cavalerie lui avait 
passé sur le corps. Il en fut quitte pour des meurtrissures. Un 
bon mot des royalistes rendit cette défaite ridicule: ce fut la 
première aux Corinthiens^. Au Havre ou à Paris, d'un côté ou 
de l'autre, la petite La Vergne est toujours mêlée à la Fronde. 

Le nouveau ménage s'installa dans la maison sise au No. 16 
de la rue de Vaugirard, et aussitôt la jeune Marie-Madeleine se 
Ha d'amitié avec une voisine — Catherine -Henriette d'Angennes 
de La Loupe. Cette voisine devint plus tard comtesse d'Olonne, 
par son mariage avec Louis de la Trémoille, comte d'Olonne, et 
sous ce nom elle est célèbre dans les annales de la débauche 2. 
EUe avait une sœur presque aussi belle et tout aussi légère 
qu'elle-même; Saint-Simon dit en parlant des deux sœurs: "Leur 
débauche les avait rendues aussi célèbres que leur beauté et les 
avait séparées de toutes les femmes^." Cela suffit pour que les 
biographes modernes blâment le manque de prévoyance de la 
mère de Madame de La Fayette, qui, au lieu de veiller à ce que 
les deux jeunes filles, rapprochées par le hasard, ne se fréquentent 
point, fit tout le contraire, et poussa l'imprudence jusqu'à faire 
percer une porte de communication entre les deux maisons^. 
M. d'Haussonville ne manque pas de signaler cette lamentable 

1 Voir Mme de Sévigné, Éd. Gr. Écriv. i. p. 43; Loret, Muse hist. i. 
p. 323; Retz, Éd. Gr. Écriv. 11. p. 211; Dubuisson-Aubenay, cité dans 
Retz; D'Ormesson, Journal, i. pp. 645-6. Il est question dans Retz, m. 
p. 14, de donner à Sévigné une récompense de 22,000 livres. 

2 Voir Bussy-Rabutin, Hist. Amoureuse des Gaules, Histoire d'ArdeUse, 
et Corrard de Bréban, Souvenir d'une visite aux ruines d'Alise et au 
château de Bussy-Rabîitln, Troyes, 1833, 8°, pour l'inscription que Bussy 
fit mettre sous son portrait. 

3 Journ. de Dangeau, xv. p. 166, note. Saint-Simon écrit ailleurs 
(Œ^Mvres, Hachette, XI. p. 55), "Leur beauté et le débordement de leur 
vie fit grand bruit. Aucune femme, même des plus décriées pour la 
galanterie, n'osoit les voir ni paraître nulle part avec elles." 

* Voir l'appendice i. 






Il] La Jeune Fille 21 

incurie de la part d'une mère^ Tant il est facile de prévoir 
l'avenir quand on n'a qu'à tourner les pages d'une bonne histoire 
de France pour le découvrir tout au long ! Au moment où l'on 
perça la porte entre les deux maisons Mademoiselle de La Loupe 
avait encore devant elle la page blanche de sa vie. Personne, à 
ce que je sache, n'avait rien dit contre la jeune fille qui, étant 
du même âge que la jeune La Vergne^, pouvait être pour elle une 
compagne charmante. C'est Madame d'Olonne, et non Made- 
moiselle de La Loupe, qui se rendit coupable de débordements 
impardonnables ; on ne commence à jaser sur son compte qu'en 
1656. Madame de La Fayette était alors mariée, et pour le 
moment absente de Paris. Elle se devait de ne plus fréquenter 
cette femme, devenue de mauvaise compagnie, et eUe ne manqua 
point de s'en abstenir^. On a fait remarquer qu'à cette époque 
se place une histoire un peu louche oîi il est question du cardinal 
de Retz, de Mlle de La Loupe, de Madame de La Vergne et de 
sa fille. Ainsi qu'on s'en rendra compte en Usant notre appen- 
dice I., il n'y a là que de malveillants racontages. Mlle de La 
Vergne n'eut aucune intrigue avec de Retz, puisqu'il est à 
peu près certain qu'à cette époque elle ne le rencontrait 
jamais. 

De cet incident nous ne tirerons qu'un profit : il nous fera 
connaître, en passant, l'opinion du cardinal de Retz sur Madame 
de La Vergne. Dans ses mémoires il nous la montre "hon- 
nête femme dans le fond, mais intéressée et aimant l'intrigue*." 
Ne pouvant contrôler ses dires, nous sommes bien forcés de les 
accepter pour vrais et pourtant il ne faudrait pas oublier que 
Mme de La Vergne a dû paraître suspecte au frondeur de Retz 
pour des raisons purement poUtiques. Elle a été au service de 
la duchesse d'Aiguillon, elle est veuve depuis quelques années 

1 Op. cit. p. 23. 

2 Mlle de La Loupe naquit le 8 juin 1634 (Registres de Nogent-le- 
Rotrou). Elle épousa Louis de La Trémoïlle en 1652. 

2 Elle demanda, une fois, des nouvelles de son ancienne amie, dans une 
lettre à Ménage: "Il me semble," écrit-elle, " qu'en vous priant de faire 
mes compliments au cadet Barillon ie vous avois prié aiissi de me mander 
si Me d'Olonne est à Paris vous m'aves fait response a lun et ne m'aves 
rien dit de lautre vous me feres plaisir de me mander ou est cette belle 
comme ie n'ay point eu de ses nouvelles depuis que ie suis partie de Paris 
ie me s\xis imaginée qu'elle n'y estoit pas revenu de crainte d'avoir ordre 
d'en sortir aussi bien que Me de Choisi car s'il vous souvient le bruit 
courut pendant la maladie du roi qu'elles avoient écrit toutes detix a 
Monsieur." (Inédite.) * Voir l'appendice. 



22 Madame de La Fayette [CH. 

seulement d'un royaliste convaincu, qui avait été au service du 
maréchal de Brézé, et bien qu'elle ait épousé en secondes noces 
un Heutenant du coadjuteur, elle garde de bonnes relations avec 
des personnes de l'autre camp. Elle use de ses relations pour 
faire bien recevoir ses amis auprès du cardinal comme la lettre 
suivante de Costar en fait foi : " On me mande, Madame," écrit-il, 
"que Monsieur.... a tâché de me rendre de bons offices auprès 
de son Éminence. Il est de vos plus grands et de vos plus pré- 
cieux amis. Aidez-moi, madame, je vous en suppHe, à recon- 
naître sa générosité: et mettez sur votre compte tout ce qu'il 
fera pour moi. Il ne vous en coûtera que quelques témoignages 
d'estime; et vous ne plaindrez point cette dépense. Vous n'en 
sçauriez faire qui vous acquierre plus d'honneur: quand vous 
rCy trouverez pas votre intérêt, j'oserais meflater que la considéra- 
tion du mien suffirait pour vous obliger de ni'accorder la grâce que l 
je vous demande avec respect''' etc....i. Costar, du moins, ne 
jugeait pas Madame de La Vergne intéressée au point de ne pas 
venir en aide à un ami, même si ses démarches devaient faire 
tort à son intérêt propre. Et Costar n'était pas seul à avoir 
recours aux bons offices de Mme de La Vergne. Nous avons 
également une lettre de Scarron où il lui demande une lettre 
pour le gouverneur du Havre "afin qu'il favorise et facilite 
notre gouvernement 2." 

Au reste, les documents font défaut pour bien établir le 
caractère de cette femme qui dut avoir beaucoup d'influence 
sur sa fille, mais nous ne pouvons souscrire aux accusations de 
légèreté portées contre elle et fondées uniquement sur les dires 
du cardinal de Retz et sur les relations d'amicale courtoisie avec 
MUe de La Loupe. 

S'il faut absolument juger la mère d'après les amies de la 
fille, pourquoi passer sous silence cette autre amitié bien plus 
profonde et plus durable qui commença à cette même époque 
entre Marie -Madeleine de La Vergne et Marie de Rabutin de 
Chantai, marquise de Sévigné? Les lettres de la marquise 
montrent que cette amitié s'est beaucoup resserrée après le 
mariage de Mlle de La Vergne, mais déjà avant 1652 les deux 
femmes se connaissaient, étant devenues parentes par le second 

^ Richelet, Les plus belles lettres fr. 11. p. 515. Voir aussi Walcke- 
naer, Mém. Sév. i. 226; Sév. (G. É.), i. 371, note 1. 

2 Scarron, Œuvres, i. 1786, p. 174. La lettre est adressée à la mar- 
quise d'après cette édition. Nous croyons, d'après le texte, qu'elle 
s'adresse à l'autre Mme de Sévigné. 



Il] La Jeune Fille 23 

mariage de Mme de La Vergne. Toutes les deux furent élèves 
de Gilles Ménage et même l'amitié particulière du maître pour 
l'une des deux élèves paraît avoir fait naître un peu de jalousie 
dans le cœur de l'autre. Après un silence un peu trop long, 
Ménage écrit à Madame la Marquise ce qui lui vaut cette réponse : 
" ....Pour moi, j'ai bien de l'avantage sur vous, car j'ai toujours 
continué à vous aimer, quoi que vous en ayez voulu dire, et vous 
ne me faites cette querelle d'Allemand que pour vous donner 
tout entier à Mlle de La Vergne. Mais enfin, quoiqu'elle soit 
mille fois plus aimable que moi, vous avez eu honte de votre 
injustice, et votre conscience vous a donné de si grands remords, 
que vous avez été contraint de vous partager plus également 
que vous n'aviez fait d'abord. Je loue Dieu de ce bon sentiment 
et vous promets de m'accorder si bien avec cette aimable rivale, 
que vous n'entendrez aucune plainte ni d'elle ni de moi, étant 
résolue en mon particulier d'être toute ma vie la plus véritable 
amie que vous ayez^." 

Heureusement pour son élève préférée. Ménage ne passait 
pas tout son temps à lui faire la cour ; sur cette amitié comme sur 
les autres, dont nous venons de parler, il y a des précisions à 
apporter. Il est de coutume, quand on parle des rapports entre 
Ménage et ses élèves, de représenter le maître comme un abbé 
pédant, dameret, amoureux de toutes les femmes qu'il rencon- 
trait et poursuivant Mesdames de La Fayette et de Sévigné de 
ses attentions au point d'être importun et ridicule. Sur quels 
documents appuie-t-on ces accusations? Est-ce sur le mot que 
Tallemant met dans la bouche de Madame de La Fayette " Cet 
importun de Ménage viendra tantôt?" Si Mme de La Fayette 
a dit cela, on peut lui accorder le bénéfice des "circonstances 
atténuantes" et ne pas prendre sa parole au sérieux, car d'après 
Tallemant lui-même ce jour-là "elle avait pris une médecine^." 
Dans ces conditions la plupart des amis d'une dame seraient 
"importuns" — même sans vouloir l'être. Faut-il accorder plu3 
d'importance au quatrain trouvé dans les papiers du chanoine 
Favart à la bibhothèque de Reims? 

Laissez là comtesse et marquise, 
Ménage, vous n'êtes pas fin, 
Au lieu de gagner leur franchise, 
Vous y perdrez votre latin. 

Mais comment résister à la tentation de faire ce trait d'esprit 
quand on ne voit les choses que du dehors? Avait-on la pré- 
1 Lettres, G. É. i. p. 374. 2 Tallemant des Réaux, Historiettes ,v . 226. 



24 Madame de La Fayette [ch. 

tention, en écrivant cette bagatelle, de fournir un document à 
la postérité? La vérité nous paraît tout autre. Il y a des 
preuves incontestables que les deux jeunes fiUes faisaient de 
grands efforts pour retenir Ménage comme ami et sans aller 
jusqu'à dire que ce sont elles qui furent importunes, nous 
pouvons admettre qu'elles taquinaient le petit abbé pour 
avoir de ses lettres et de ses visites. La lettre suivante de 
la marquise de Sévigné est-elle faite pour décourager un im- 
portun? 

*'Je vous dis encore une fois que nous ne nous entendons 
point, et vous êtes bien heureux d'être éloquent, car sans cela 
tout ce que vous m'avez mandé ne vaudroit guère. Quoique 
cela soit merveilleusement bien arrangé, je n'en suis pourtant 
pas effrayée et je sens ma conscience si nette de ce que vous me 
dites, que je ne perds pas espérance de vous faire connoître sa 
pureté. C'est pourtant une chose impossible, si vous ne m'ac- 
cordez une visite d'une demi-heure : et je ne comprends pas par 
quel motif vous me la refusez si opiniâtrement. Je vous con- 
jure encore une fois de venir ici, et puisque vous ne voulez pas 
que ce soit aujourd'hui, je vous supplie que ce soit demain. 
Si vous n'y venez pas, peut-être ne me fermerez-vous pas votre 
porte, et je vous poursuivrai de si près que vous serez contraint 
d'avouer que vous avez un peu de tort" etc. 

Nous avons déjà vu que Ménage délaisse un peu Mme de 
Sévigné pour importuner de son attention Mlle de La Vergne. 
Voyons donc quel ton prend celle-ci pour éloigner d'elle les 
attentions du galant abbé. 

" Ce jeudi au soir. 

" J'aurais raison d'être en colère de ce que vous me mandez 
que vous ne m'importunerez de votre amitié. Je ne crois pas 
vous avoir donné sujet de croire qu'elle m'importune. Je l'ai 
cultivée avec assez de soin pour que vous n'ayez pas cette pensée. 
Vous ne la pouvez avoir non plus de vos visites que j'ai toujours 
souhaitées et reçues avec plaisir. Mais vous voulez être en colère 
à quelque prix que ce soit. J'espère que le bon sens vous re- 
viendra et que vous reviendrez à moi qui serai toujours disposée 
à vous recevoir fort volontiers." 

Il semble pourtant que Mme de La Fayette elle-même devait 
savoir mieux que personne si vraiment Ménage l'importunait. 
Or, la lettre que nous venons de citer est loin d'être une 
exception. Dans la correspondance que nous avons devant 



n] La Jeune Fille 25 

nous^ et qui s'étend longtemps après la mort de M. de La Fayette 
et peut-être jusqu'à la mort de Ménage, il y en a bien d'autres 
du même genre. Nous en détacherons les passages suivants, 
tirés de lettres séparées par des intervalles de plusieurs années. 

" Je ne vous puis asses dire la joye que j'ay que vous ayes receu 
avec plaisir les asseurances que je vous ay données de mon amitié. 
Je mourois de peur que vous ne les recussies avec une certaine 
froideur que je vous ay veue quelquefois pour des choses que je 
vous ay dittes, et il n'y a rien de plus rude que de voir prendre 
avec cette froideur la des témoignages d'amitié que l'on donne 
sincèrement, et du meilleur de son cœur. Vous aures pu voir 
par ma seconde lettre que, quoyque j'eusse lieu de me plaindre 
de ce que vous ne me faissies pas response, ne sachant pas que 
vous esties a la campagne, je n'ai pas laisse de vous escrire une 
seconde fois, et j'aurois continue a vous escrire quand mesme 
vous auries eu la dureté de ne me pas faire response. Ce que je 
vous dis la vous doit persuader que je suis bien esloignee d'avoir 
pour vous l'indiference dont vous m'accuses. Je vous asseure 
que je n'en auray jamais pour vous, et que vous trouvères tou- 
jours en moi toute l'amitié que vous en pouvez attendre " 

"Il y a lomtemps (sic) que je ne vous ay veu il fait beau 
venes un peu jusques icy. Jay aussi bien grand besoin de vostre 
secours ou du moins de vos ad vis..,." 

"....je suis persuadée que la seule envie de ne pas continuer 
un commerce qui vous parait ennuyeux par les longs voyages 
que ie fais dans la province vous a fait manquer a mescrire ie 
vous dis en amie que cela est le plus vilain du monde et qu'il y 
va de votre honneur reparer cela par quatre lettres toutes les 
semaine 2 au lieu de deux que vous m'avez écrites ie vous en 

1 M. Feioillet de Conches possédait une collection de lettres de Madame 
de La Fayette adressées pour la plupart à Ménage, en même temps que 
des copies d'autres lettres de ces deux personnes. Lorsqu'il est mort, 
en 1887, il en préparait la publication et avait même écrit une biographie 
de Mme de La Fayette pour mettre en tête de cette édition. Il en sera 
question plus tard quand nous parlerons de la mort de M. de La Fayette . 
Ces lettres et copies sont restées fort heureusement dans la famille au 
moment de la dispersion de la plus grande partie de la collection, et 
nous tenons à remercier ici encore une fois Mlle Feuillet de Conches, 
sa fille, qui a mis à notre disposition toutes ces lettres et qui nous a reçu 
chez elle, pour les consulter, avec une courtoisie digne des vieilles tra- 
ditions françaises. 

2 Le mot "par" a été bifïé et les mots "toutes les" ajoutés en s\a- 
charge. 



26 Madame de La Fayette [ch. 

qui te pourtant a une pendant un voyage que je vais faire a 
Limoges qui sera assez long." 

D'après la correspondance dont nous avons extrait ces quel- 
ques citations il nous semble juste de compter l'importunité de 
Ménage parmi ces légendes mal fondées qui pullulent dans l'his- 
toire littéraire. Voici, selon nous, sous quel aspect dut se pré- 
senter la réalité: Madame de Sévigné était alors une dame 
comme les autres et non pas encore l'épistolière renommée 
que nous connaissons; Madame de La Fayette n'est que Mlle 
de La Vergne ; elle sera bientôt la femme isolée et malade d'un 
obscur soldat, et beaucoup plus tard seulement l'auteur de 
cette Princesse de Clèves qui fait date dans l'histoire de la lit- 
térature. Ménage, de son côté, n'est pas pour elles l'abbé pédant 
et ridicule que nous voyons aujourd'hui à travers le Vadius de 
Molière. C'est un professeur qui, au début de son enseignement, 
amuse les deux jeunes femmes par ses galanteries dans le goût 
du temps, qui aime à tirer de sa mémoire remarquable une foule 
de connaissances et d'anecdotes intéressantes; c'est de plus un 
bon causeur, qui fait honneur à deux dames, ses élèves, en les 
fréquentant et en faisant rejaillir sur elles un peu de son savoir 
et de sa renommée^. Les élèves ont pu exagérer la valeur du 
maître, soit. Elles lui étaient bien supérieures et devaient toutes 
les deux rester célèbres, alors que le petit abbé allait se perdre 
sous le fatras de son érudition et le ridicule de ses galanteries. 
C'est vrai. Mais il ne faut pas tourner, nous non plus les pages 
de l'histoire qui furent celées à tous les trois et pour bien com- 
prendre ce qui se passait entre eux il faudrait essayer de voir 
comme eux et d'oubher les jugements postérieurs. 

Cependant, si nous n'admettons pas volontiers que Ménage 
fut importun par son amitié, nous savons qu'il avait besoin 
parfois d'être rappelé à l'ordre à cause de sa galanterie. Mais 
ici encore on a exagéré. C'est friser le ridicule que d'examiner 
sérieusement, comme on l'a fait, la nature exacte de cette galan- 
terie et d'analyser les sentiments qui ont pu exister entre le 
maître et ses élèves 2. 

^ Tallemant, parlant de Mme de Sévigné et de Mlle de La Vergne, dit 
"Le Pailleiir m'a juré qu'il leur avoit ouy dire qu'elles aimoient mieux 
Giraut que luy, et qu'elles le trouvoit plus honneste homme..,. mais la 
vanité fait qu'elles lui font caresse.'" Hist. v. 226. 

2 Remarquons en passant que Mme de Sévigné regardait Ménage 
tellement comme un galant sans conséquence qu'elle liii parlait dans ses 
lettres des infidélités de son mari. Voir la lettre xviii. p. 370, T. i. 



Il] La Jeune Fille 27 

La connaissance que nous avons de la vie et des habitudes 
des poètes romantiques nous pousse à chercher leurs passions et 
leurs "ulcères " dans leurs œuvres qui sont trop souvent en effet 
des confidences. De plus, une certaine critique se plaît autour 
de nous à exploiter les "fonds de tiroir" et à faire dire parfois 
aux vieux papiers beaucoup plus qu'ils ne disent en réalité. Il 
faut ici abandonner, oublier ces méthodes. Nous nous trouvons 
en face de gens qui n'ont pas coutume de dissimuler leurs amours 
sous le couvert de l'amitié ; n'essayons pas de bâtir une intrigue 
quand l'histoire nous met en présence d'un professeur, plus 
galant dans ses lettres que dans sa conversation, et d'une élève 
naturellement froide et douée d'une "divine raison." Aucun 
mystère ne se cache là-dessous. Les galanteries épistolaires ne 
tirent généralement pas à conséquence; tout ce que l'on peut 
dire dans le cas présent c'est que les badinages de Ménage ont 
pu flatter la jeune Mlle de La Vergne. Il est agréable d'entendre 
son savoir, sa beauté, même sa froideur et sa cruauté, chantés en 
vers et en plusieurs langues par un homme aussi en vue que 
Ménage, mais de temps à autre les billets galants détonnaient 
un peu, trouvaient l'élève occupée à des pensées plus sérieuses. 
Alors on faisait sentir à l'abbé qu'il est des moments où la 
galanterie, admise comme un jeu, peut être déplacée: "Il n'y a 
rien de plus galant que vostre billet," écrit Mme de La Fayette, 
"si la pensée de faire vostre examen de consience (sic) vous 
inspire de telles choses, je doute que la contrition soit forte. Je 
vous asseure que je fais tout le cas de votre amitié qu'elle mérite 
que l'on en fasse et je crois toat dire en disant cela. Adieu 
jusques a tantost je ne vous promets qu'une heure de conver- 
sation car il faut retrancher de ses divertissements ces jours 
icy." 

Dans un autre billet, elle dit à Ménage: "....vos lettres sont 
bien galantes. Savez -vous que vous y parlez de. .. .et de victime ? 
Ces mots la font peur a nous autres qui sortons si fraîchement 
de la semaine sainte i." 

^ M. d'Haussonville a eu comim.mication avant nous des lettres de la 
collection Feuillet de Couches et il en a tiré un article: Madame de la 
Fayette et Ménage, publié d'abord dans la Revue des deux mondes (1890), 
et plus tard dans son livre sur Mme de La Fayette (Hachette). Si l'on 
remarque des divergences entre son texte et le nôtre elles sont dues au 
fait que nous reproduisons les manuscrits tels quels. Pour en faciliter 
la lecture nous nous permettons, parfois, de séparer les phrases 
par des points et de faire imprimer Von pour Ion, qu'elle pour quelle 
etc. 



28 Madame de La Fayette [CH. 

Chacun de son côté a, pour ainsi dire, prévu le mauvais usage 
qu'on pourrait faire de cette correspondance et l'interprétation 
fâcheuse que l'on ferait de leur amitié. Aussi, au moment de son 
mariage, Mme de La Fayette réclama, semble-t-il, ses lettres^ 
et Ménage, pour sa part, répondit aux calomniateurs par une 
ballade. Nous la citons tout au long, car elle montre bien les 
sentiments qui unissaient les deux personnes ; elle fait voir aussi 
que Ménage ne se faisait pas d'illusions sur la nature de ces 
sentiments. Pour un pédant galant et ridicule, l'envoi de cette 
ballade renferme une pointe d'esprit malicieux que les biographes 
ont peut-être négligée à tort. 

Pour Mademoiselle de La Vergne 

Balade 
Rien n'est si beau que la jeune Doris, 
Son port hautain n'est pas d'une mortelle. 
Ses doux regards ; ses amoureux souris ; 
Ses traits divins; sa grâce naturelle; 
De son beau teint la fraischeur éternelle; 
De son beau sein la blancheixr immortelle; 
Et ses beaux yeux plus brillants que le jour, 
Svir mille cœurs exercent leur puissance, 
le l'aime aussi de toute mon amoitr 
Mais honni soit qui mal y pense. 

l'aime d'amour ses aimables écrits; 
Ses doux accents, qui charment PhUomèle; 
Et son esprit, délices des esprits; 
Et sa vertu des vertus le modèle, 
l'aime son cœur et constant et fidelle; 
Qui des vieux temps la bonté renouvelle; 
Chose si rare en l'empire d'amour; 
Et de ses mœurs l'adorable innocence; 
Chose si rare aux Beautés de la Cour 
Mais honni soit qui mal y pense. 

1 Ménage écrit dans Poemata, 1673: 

Vattene piu-, crudele, vattene, ingrata; 

Da si degno amatore 

Si degnamenta amata 

Va; prendi le tue carte, 

Rendimi pur, crudel: rendimi il core, 

Rendimi, ingrata, rendimi il mio amore. 
Elle pouvait les réclamer pour une tout autre raison. Voir le chapitre 
sur la correspondance où il est question de la pubhcation des lettres 
échangées par Ménage et Mme de La Fayette. Peut-être voulait-elle 
simplement faire un choix parmi ces lettres ? 



Il] La Jeune Fille 29 

Elle qui fait de mon amour le prix ; 
Qui voit ma flame et si pure et si belle; 
Qui voit mon cœiu' si saintement épris; 
Qui reconnoist la grandeur de mon Zèle, 
M'honore avissi qu'une absence cruelle 
Ronge mon cœur, comme un cruel vautour; 
Sa belle main, consolant ma souffrance. 
Par ses écrits me promet son retour 
Mais honni soit qui mal y pense. 

Envoy 

Jeunes Blondins, qui soupirez pour elle. 
Et qui souffrez ses rigoiireux mépris; 
Pour estre ainaés, comme moy, de la Belle 
Il faudroit estre amans à cheveux gris. 
Et ne l'aimer que d'amour fraternelle. 
De vous alors on diroit dans Paris: 
Elle a pour eux beaucoup de bienveillance, 
Comme Ménalque Us sont ses favoris 
Mais honni soit qui mal y pense^. 

Mais avant d'être l'amie de Ménage, la jeune de La Vergne 
en fut l'élève, et le maître n'a pas été trop mauvais si l'on en 
juge d'après les progrès remarquables de l'élève. Il est difficile 
de fixer la date oii Ménage a commencé ses leçons. Walckenaer^ 
dit que Ménage avait trente-trois ans lorsqu'il entreprit l'ins- 
truction de Marie de Rabutin-Chantal et que les premières 
leçons données à Mlle de La Vergne dateraient de cette époque. 
Ceci nous fait remonter à 1646. Les leçons commencées furent- 
elles interrompues par le départ pour Le Havre? La jeune fille 
resta-t-elle à Paris pour les continuer? Nous ne pouvons rien 
affirmer. Mais il nous semble plus probable que c'est vers 1650 
que Marie -Madeleine commença à travailler sous la direction de 
Ménage ; cette date s'accorderait bien avec la lettre de Madame 
de Sévigné écrite pour reprocher à Ménage sa partialité en 
faveur de la nouvelle élève. Toujours est-il, selon les dires des 
contemporains, qu'après trois mois de leçons de latin l'élève fut 
aussi forte que le maître: "Trois mois après que Madame de La 
Fayette eut commencé d'apprendre le latin, " fit-on dans ^Se- 
graisiana, "elle en savait déjà plus que Monsieur Ménage et que 

1 Ménage lui adresse dans ce même recueil des idylles, élégies, épi- 
grammes, madrigaux, ballades, en français, des élégies et des épigrammes 
en latin, des madrigaux en italien, etc. 

2 Mém. Sév. 



30 Madame de La Fayette [CH. 

le Père Rapin^, ses maîtres : en la faisant expliquer, ils eurent 
dispute ensemble touchant l'explication d'un passage et ni l'un 
ni l'autre ne vouloit se rendre au sentiment de son compagnon : 
Madame de La Fayette leur dit, vous n'y entendes rien ni l'un 
ni l'autre ; en effet elle leur dit la véritable explication de ce pas- 
sage, ils tombèrent d'accord qu'elle avait raison. C'était un 
poète qu'elle expliquoit, car elle n'aimoit pas la prose, et elle n'a 
pas lu Cicéron: mais comme elle se plaisoit fort à la poésie, elle 
Usoit particulièrement Virgile et Horace et comme elle avoit 
l'esprit poétique et qu'elle savoit tout ce qui convenoit à cet art, 
elle pénétroit sans peine le sens de ces auteurs." 

Outre le latin et l'italien. Madame de La Fayette, a fait un peu 
d'hébreu. Une instruction aussi sohde, frisant même la pédan- 
terie, était une exception à l'époque, car on craignait fort que 
ces connaissances ne vinssent à gâter l'éducation d'une femme 
du monde. Madame de La Fayette elle-même disait "qu'elle 
n'avoit pas connu de gens plus malhonetes (sic) que les savans^." 
Or il s'agissait au XVIIe siècle d'éviter tout ce qui était mal- 
honnête. La femme était destinée à briller dans la société, non 
pas à pâUr dans le cabinet de travail. Pas instruites, incapables 
de bien mettre l'orthographe dans une lettre, voilà les jugements 
qu'on porte sur les femmes de la cour de Louis XIV. Cet état 
lamentable était dû, paraît-il, à un manque d'instruction sohde. 
Et bien qu'il ne manquât pas alors de gens éclairés pour réclamer 
plus de méthode dans l'instruction des jeunes filles^, la plupart 
des parents se contentaient de leur laisser acquérir dans la 
fréquentation du monde l'éducation qui devait les guider dans 
la société. 

Madame de La Fayette a profité des deux méthodes. L'une, 
appliquée par Ménage, a peut-ttre développé en elle cette 
"divine raison" qu'on loue — sans toutefois mettre son ortho- 
graphe à l'abri de la critique; l'autre l'a empêchée de devenir 

^ Le Père Rapin ne dit pas qu'elle ait été son élève. Il n'en fait pas 
mention dans ses Mémoires sauf pour lui reprocher la fréquentation des 
milieux Jansénistes, i. 403. ^ Segraisiana, p. 89. 

^ P.e. : Mlle de Goumay, De l'égalité des hommes et des femmss, 8°, 
1662; Mlle de Schurman, Dissertatio de muliebris ingenii ad doctrinam 
et melioris Utteras aptittiaine, Lyon, 8°, 1641; Poiillain de la Barre, 
De V égalité des deux sexes, 1673; Jacques du Bosc, Uhonneste femme, 
4°, 1635 (3« éd.). Enfin, et mieux connus: Fénelon, U Éducation des 
Filles, 1687; Fleury, Traité des études, 1686; Molière, Mme de Sévigné, 
La Bruyère, passim; Le Grand Cyrus, x, p. 550. Sur tout ce vaste sujet 
voir Rousselot, Éducation des Femmes, p. 280 et suiv. 



n] La Jeune Fille 31 

une "femme savante," une Philaminte ou une Armande, et a 
donné à ses romans ce ton de conversation entre gens bien 
élevés, qui en fait le charme. 

Il nous est difficile aujourd'hui de pénétrer bien avant dans 
son travail avec Ménage, mais il nous est heureusement permis 
de jeter un rapide coup d'œil sur la société où elle a fait son 
éducation. 

Pour la majorité des jeunes filles du temps et pour beaucoup 
de jeunes gens la fréquentation du monde poli était l'école où 
on acquérait, à force d'écouter et d'imiter, toute l'instruction et 
toute l'éducation nécessaires pour faire bonne figure à la Cour. 
Au début, on savait que l'on était là pour apprendre, et plus 
tard on servait de modèle. N'imaginons pas cependant une 
société aussi guindée qu'on la représente parfois, et surtout ne 
lui attribuons pas une déhcatesse outrée en prenant à la lettre 
les railleries de Molière. En faussant le vrai caractère de la 
société dans laquelle elle vivait, on fausse également celui de 
Madame de La Fayette. Quand on aimait à montrer l'influence 
de Brantôme sur la Princesse de Clèves, il s'est trouvé un critique 
pour répondre "Elle a dû faire lire Brantôme par le duc de la 
Rochefoucauld car il est par trop grossier pour qu'elle ait pu le 
lire elle-même." Certes, Brantôme appelle les choses par leur 
nom, mais Madame de La Fayette y était habituée car on 
faisait de même dans la conversation autour d'elle. On n'en 
était pas encore arrivé à éviter le mot propre et précis qui ex- 
prime ce qui est naturel, on ne savait pas désigner ce qui n'est 
ni naturel ni avouable à l'aide de ces périphrases qui remplacent 
le terme considéré comme blessant et qui permettent à l'imagi- 
nation surchauffée de se représenter les réalités avec trop de 
netteté. 

"Il y a deux siècles de Louis XIV, " dit Sainte-Beuve, "l'un 
noble, majestueux, magnifique, sage et réglé jusqu'à la rigueur, 
décent jusqu'à la solennité, représenté par le roi en personne, par 
ses orateurs et ses poètes en titre, par Bossuet, Bourdaloue, 
Racine, Despréaux — et puis un autre siècle qui coule dessous 
pour ainsi dire, comme un large fleuve coulerait sous un large 
pont et qui va de l'ime à l'autre régence, de celle d'Anne 
d'Autriche à celle de Philippe d'Orléans^." Personne aujourd'hui 
ne discute ce fait connu, et pourtant la façon dont on appUque 
cette certitude à l'étude de la Uttérature est parfois des plus 
bizarres. Tel auteur est sur le pont — jamais ailleurs, tel autre 
^ Et voir Victor du Bled, La Société française, é'^ série, p. 156. 



32 Madame de La Fayette [ch. 

est dans le fleuve et n'en veut point sortir. Bref les deux aspects 
du siècle restent aussi distincts que l'eau et le pont. 

Au début du XVIIe siècle on s'affranchit de la sauvagerie 
du siècle précédent; on atteindra l'apogée à la fleur d'âge du 
roi Louis XIV, puis on déclinera rapidement ; le contraste entre 
les pères et les fils ira grandissant. "L'on parle d'une région," dit 
La Bruyère^ à propos de la Com", "où les vieillards sont galants 
polis et civils, les jeunes gens au contraire durs, féroces, sans 
mœurs ni politesse." Madame de La Fayette a été formée au 
moment où l'on cherchait à secouer le joug du XVIe siècle, et à 
former une société plus pohe, plus raffinée, où la femme méri- 
terait et exigerait le respect de l'homme. Plus tard, quand les 
femmes abuseront du tabac et du vin^ Madame de La Fayette ne 
fréquentera plus le monde ; elle vivra retirée dans sa maison de 
la rue de Vaugirard et répondra quand on voudra lui présenter 
une personne, même de son âge, "Je suis trop vieille pour com- 
mencer des connaissances^." Mais du moment qu'on faisait effort 
pour raffiner la conversation et épurer les mœurs, c'est que l'état 
général laissait à désirer et les femmes qui voulaient se hausser 
au-dessus du niveau commun ne pouvaient pas ignorer la bru- 
talité et la vulgarité qui les entouraient, ni arriver à leur idéal 
sans passer par des étapes qui sont peut-être ignorées des jeunes 
filles de nos jours. Et tout en s'observant, elles ne bannissaient 
pas la gaieté assaisonnée parfois de gros sel; l'esprit gaulois 
abusait des droits qu'on lui laissait. Le soldat revenait à la cour 
au début de l'hiver avec les manières des camps et à voir com- 
ment on faisait la guerre à cette époque* on ne peut pas imaginer 
un soldat, de quelque rang qu'il fût, membre d'une société poHe. 
Cependant l'atmosphère créée par les réunions féminines réus- 
sit à apprivoiser ces guerriers et à faire de chacun d'eux un 
"honnête homme." 

Cette réaction, plus involontaire que l'on ne croit d'habi- 
tude, contre les manières des camps, est généralement considérée 
comme l'œuvre de l'Hôtel de Rambouillet; aussi, puisque, au 

1 De la Cour, Ch. vni. 

2 Voir Saint-Simon; La Palatine; LeDécalogue de la Femme de Cour; 
Mme de Maintenon, Conseils aux Demoiselles, i. pp. 46, 166; Boileau, 
Satires sur les femmes, etc. 

^ Lettre à Ménage. 

* Voir Alphonse Feillet, La misère au temps de la Fronde, 5^ éd. 
pp. 33, 127, 190, 498 ; State Papers, France, vol. ccxxi. ; Retz, La Ij 

véritable harangue faite au Roy. ...1652; John lEvelyn, Diary, 1906, ii. *! 

p. 19. 



Il] La Jeune Fille 33 

dire de certains biographes^, cet Hôtel a beaucoup contribué 
à l'éducation de la future Madame de La Fayette, il faut en 
dire quelques mots. 

École de moralité, réunion de précieuses, monde où l'on 
s'ennuie pour garder sa réputation de bel esprit — voilà quelques- 
uns des aspects de l'Hôtel de Rambouillet. Le souvenir de 
Molière est pour beaucoup dans notre fausse conception de 
l'Hôtel — et c'est notre faute car rien ne nous autorise à prendre 
à la lettre et comme s'appliquant directement à cette réunion, 
tout ce que Molière a dit des précieuses. Mais Walckenaer et 
Victor Cousin ont aussi leur part de responsabilité et ici nous 
ne sommes guère à blâmer, car les études de l'un et de l'autre 
nous inspirent du respect pour leurs opinions. L'intelligence de 
Cousin fut malheureusement égarée par ses sentiments; peu à 
peu il devint amoiureux, tout bonnement, des belles femmes du 
XVII^ siècle. Sa passion ne fit plus de distinctions entre elles; 
elles étaient joHes, donc elles étaient saintes. Les belles péche- 
resses devinrent des doctoresses graves ou de valeureuses ama- 
zones. Les universitaires suivirent Victor Cousin et voici à peu 
près en quels termes ils s'habituèrent à représenter l'Hôtel: 
"Madame de Rambouillet, outrée de la brutaHté de la cour de 
Henri IV, se retira dans une maison qu'elle avait fait construire 
tout exprès et se consacra à reformer la langue française et à 
codifier la poHtesse." Cette maison devenait dans l'enseigne- 
ment ordinaire une sorte de temple où des lévites vêtus de ratine 
sombre, s'occupèrent à regratter des syllabes, à peser les mots 
au trébuchet, à les faire sonner sur des tables de marbre pour 
en vérifier l'aloi, à rejeter les mauvais dans des corbeilles, à 
poinçonner les autres pour la circulation. Au fond du temple, 
une chapelle uniformément tendue de bleu : là, vêtue de je ne 
sais quelle robe mi-laïque, mi-sacerdotale, étendue sur un Ut 
de repos, la marquise souriait, figée dans une pose prétentieuse 
et hiératique; de temps en temps elle convoquait les menus 
officiants à lui venir rendre compte de leurs grammaticales 
liturgies; devant de grands seigneurs spécialement appelés à 
ces fêtes pédantes, poètes, philologues, prosateurs, faisaient le 
cercle sur les tabourets de chêne mal équarris, chacun à son tour 
se levant poiu- débiter une interminable et bien pédantesque 

^ D'après Petitot. qui donne Segraisiana comme source, "elle sut se 
concilier l'amitié de Mme de Rambouillet et apprit beaucoup d'elle." 
D'après Emile Magne, Voiture et les années de gloire de VHôtel de Ramb. 
p. 326, la marquise ne semble pas avoir encouragé ses visites. 

A. 3 



34 Madame de La Fayette [ch. 

harangue: après quoi la marquise prononçait des arrêts, et 
tous, avec une révérence, se départaient jusqu'au prochain 
office^. 

Le tableau présenté dernièrement par M. Emile Magne^ 
nous semble plus vraisemblable. D'après lui, Madame de Ram- 
bouillet ne rompit jamais avec le monde, mais, épuisée par 
plusieurs maternités, elle en supportait mal les fêtes; comme elle 
ne voulait pas pour cela s'imposer de claustration, eUe s'efforça 
d'attirer dans son hôtel l'éhte de la cour et de la bourgeoisie; 
elle y réussit lentement à force de douceur charmante, d'at- 
tachante bienveillance, de diplomatie attentive et de largeur 
d'esprit ; pourvu que les gens fussent honorables, favorablement 
cautionnés et qu'ils gardassent dans leurs propos cette décence 
qui n'empêche pas les allusions gaillardes d'être hasardées et 
comprises, elle ne s'enquérait point de leur façon de vivre, ni 
de leurs haisons galantes; même elle ne répugnait pas à goûter 
le plaisir délicieux de l'indulgence ; eUe recevait, en même temps 
que Voiture, Madame de Sainctot son "amie" déclarée, et eUe 
avait depuis longtemps renoncé à faire le compte des amants 
de Mlle Paulet ; elle ne demandait pas davantage à des Yveteaux 
si la renommée le calomniait en prétendant qu'il reconstituait 
les fêtes de la Rome païenne dans sa maison soUtaire du fau- 
bourg Saint-Grermain. Madame de Rambouillet était malade 
et ne cherchait que la distraction. "Elle n'a de santé que de 
l'esprit," écrit Chapelain, "....les galanteriesde l'Hôtel ne se font 
toujours que pour divertir Arthénice, qui en a grand besoin." 
Les galanteries que l'on trouve pour distraire la marquise sont 
pour nous étonner un peu. On y amène un bateher de foire 
comme on y amènera des gens de lettres assez peu habitués aux 
costumes et aux habitudes de la cour pour que l'on puisse se 
moquer ouvertement d'eux. La raillerie est quelquefois crueUe 
et les tours que l'on joue sont méchants et ressemblent fort à 
du "horse play." Certes les conversations littéraires ne furent 
pas exclues de l'Hôtel, mais on causait librement au Ueu de 
faire académie. En fin de compte nous croyons que l'influence 
de l'Hôtel, tant httéraire que morale, a été bonne. 

^ Nous avons pris cette description presque mot à mot d'un article de 
M. Henri Kermor à propos des livres de M. Magne dont il sera question 
plus loin. Cet article, publié dans le supp. du Figaro, le 6 jan. 1912, résume 
mieux que nous aurions pu le'faire ce que nous avions à dire sur ce sujet. 

2 Voiture et les origines de V Hôtel de Rambouillet. Voiture et les années 
de gloire de VHôtel de Rambouillet, 2 vols, in 16, 1911, 1912 (Mercure). 



Il] La Jeune Fille 35 

Mesdames de Sévigné et de La Fayette paraissent avoir peu 
fréquenté l'Hôtel; elles n'y ont paru qu'assez tard, mais elles 
connaissaient la plupart des gens qui y étaient reçus et ont dû 
en subir l'influence. On s'est évertué à nous expliquer pourquoi 
le goût de ces deux femmes n'a pas été faussé par leur fré- 
quentation de l'HôteP. Inutile de répéter les arguments mis en 
avant. Leur passage fut court et ceci, joint à ce que nous venons 
de dire sur la nature des réunions, offre une explication suffisante. 
Madame de La Fayette fréquenta un autre salon — celui de 
Fresnes — et il ressortira de sa correspondance que là encore on 
s'occupait autant de jeux bruyants que de discussions pré- 
cieuses. Madame de La Fayette figure souvent parmi les pré- 
cieuses, car elle a tenu salon^ mais elle fut parmi les premières à 
se moquer de la préciosité^ telle que Molière nous la fait connaître. 
L'appeler précieuse, en donnant au mot le sens que Scarron lui 
donne dans une lettre à Madame de La Vergne "Je baise 
humblement les mains à Monseigneur de Sévigny à Melle de la 
Vergne, toute lumineuse, toute précieuse, etc....^," c'est lui 
faire un grand compliment ; l'appeler précieuse dans le sens que 
le mot a pris depuis, ce serait encore vrai à une certaine époque 
de sa vie, mais on ne peut pas lui appliquer l'étiquette sans tenir 
compte de l'évolution de son caractère. Nous en reparlerons 
ailleurs. La plus grande erreur des historiens de la littérature 
consiste à prêter à tous, et surtout aux femmes, une délicatesse 
exagérée qu'elles étaient loin de posséder. La déhcatesse se 
retrouvera dans les œuvres de Madame de La Fayette comme 
dans la plupart des chefs-d'œuvre du siècle, mais il faut lui en 
faire un mérite, au lieu de trouver que cette délicatesse découle 
tout naturellement de la vie raffinée de l'époque. 

Nous avons déjà fait allusion, dans une note, à la brutalité 
en temps de guerre ; ce n'est pas seulement dans les camps qu'on 
est cruel. De Retz nous parle, tout naturellement, d'un certain 
Montandré, méchant écrivain, à qui Vardes avait fait couper le 
nez "pour je ne sais quel libelle qu'il avait fait contre Mme la 
Maréchale de Guébriant, sa sœur." À Paris, des monstres de 

1 Petitot, Intro. aux Mém. de Mme de La Fayette, lxiv. p. 338, et 
Walckenaer, Mém. Sév. i. pp. 24 et siiiv. 

2 Voir Somaize, Dict. des Précietises (Articles (1) Féliciane et (2 
Rédiiits). 

^ "On a vu une lettre d'elle qu'elle a donné au public pour se moquer 

de ce qu'on appelle les mots à la mode et dont l'usage ne vaut rien " 

Biissy-Rabutin, Gorr. i. 262. * Scarron, Œuvres, 1786, i. p. 174. 



36 Madame de La Fayette [ch. 

perversité coudoient de véritables saints et l'affaire des poisons, 
bien connue aujourd'hui par la divulgation des documents de la 
Bastille, révèle dans la société de cour des abîmes de super- 
stition et de crimes insoupçonnés de Saint-Simon lui-même^. 
Une exécution capitale est un spectacle public qui attire tou- 
jours une foule nombreuse. Les gens de qualité ne craignaient 
pas d'assister à ces sinistres exhibitions, tandis que, seuls de nos 
jours, assistent aux exécutions capitales des gens tarés ou de 
moralité douteuse, à quelque classe d'ailleurs qu'ils appartien- 
nent. Madame de Sévigné s'en vient tout exprès de la Place 
Royale pour voir mourir la Brinvilliers. 

La langue était aussi brutale que les mœurs ; si l'on ne peut 
aller aux documents, qu'on parcoure les livres de M. Magne; 
on y trouvera souvent des mots, là où des étoiles auraient suffi. 
Un exemple, et des plus connus, suffira pour donner une idée de 
la Uberté de langage. "Madame de Rambouillet," écrit Talle- 
mant, "est un peu trop comphmenteuse pour certaines gens qui 
n'en valent pas trop la peine; mais c'est un défaut que peu de 
personnes ont aujourd'hui, car il n'y a plus guère de civilités. 
Elle est un peu trop délicate, et le mot de teigneux dans un 
satire ou dans un épigramme, lui donne, dit-elle, une vilaine idée. 
On n'oserait devant elle prononcer le mot de cul. Cela va dans 
Vexcès^ surtout quand on est en liberté.'''' 

La plupart des amis de Tallemant étaient probablement de 
son opinion puisque Madame de Sévigné n'hésite pas à employer 
le même mot^. Bien d'autres mots, que les journaux eux-mêmes 
n'osent plus imprimer en toutes lettres, revenaient souvent sur 
les lèvres et sous la plume. 

Dans ce mélange disparate d'extrême raffinement et d'ex- 
trême grossièreté qui caractérise l'époque où vivait Madame de 
La Fayette, ce ne sont pas les propos seuls qui sont malpropres ; 
les personnes ne l'étaient pas moins. Au Louvre "le flot montant 
et descendant des courtisans, des gens d'affaires, des soldats, des 
provinciaux, des fournisseurs et de la valetaiUe considérait les 
escahers, les balcons, les corridors, le derrière des portes, comme 
des endroits propices au soulagement de la nature. C'était une 

^ Voir Victor du Bled, La Société fr. 3^ série, p. 28, et Fiinck-Brentano, 
'L'affaire, des poisons. 

2 Pour la grossièreté de l'époque voir les Mém. de Conrart, à propos 
de la Grande Mademoiselle ; La Gazette de Loret, 13 août 1651 ; Tallemant, 
à propos du Marquis de La Case; d'Avenel, Richelieu et la monarchie 
absolue. ^ Lettre du 26 août 1671. ii. 337. 



Il] La Jeune Fille 37 

servitude immémoriale, qui existait aussi bien à Vincennes et 
à Fontainebleau, et qu'on n'abolit point sans peine : il est encore 
parlé dans un document postérieur à 1670 des "mille ordures" 
et des "mille puanteurs insupportables " qui faisaient du Louvre 
un foyer d'infection très dangereux en temps d'épidémie. Les 
grands de la terre acceptaient ces choses comme des fatalités 
et se contentaient de faire donner un coup de balai^." Si les 
grands se contentaient si facilement de cet état de choses, c'est 
qu'ils n'étaient guère supérieurs à la "valetaille." Saint-Simon 
raconte que le duc de Vendôme donnait ses audiences sur la 
chaise percée, qu'on se servait de ce meuble intime comme d'un 
fauteuil, que des princes et princesses admettaient leurs fami- 
liers pendant la séance. On passera sous silence ce que faisait 
la Dauphine dans le cabinet du roi, d'après la Palatine; ce fait, 
espérons-le, fut exceptionnel. Madame de Sévigné, quand elle 
va aux eaux, entre dans des détails un peu surprenants pour 
nous autres et personne ne s'étonnait à l'Hôtel de Rambouillet 
lorsque, une dame ayant pris médecine. Voiture écrit des vers 
sur les résultats de l'opération. 

Les grands ne sont pas plus propres sur leurs personnes. Un 
manuel de savoir-vivre de 1 673, qui eut un grand succès, conseille 
aux personnes de la cour de "se tenir la tête nette, les yeux et 
les dents, les mains aussi et même les pieds, particuHèrement en 
été, pour ne pas faire mal aux gens avec qui nous causons." 
Faret^ avait déjà conseillé au courtisan de penser un peu à ses 
voisins: "Qu'il tienne sa barbe ajustée avec soin, à cause de 
l'incommodité qu'autrement il en recevroit à parler et à manger ; 
et particuHèrement qu'il ait tousiours les dents et la bouche si 
nettes, que jamais il ne puisse incommoder de son haleine ceux 
qu'il entretient." 

Un autre manuel de bon ton, publié en 1640 à l'usage des 
petits maîtres, recommandait de se laver les mains tous les jours 
et le visage presque aussi souvent. La méthode employée par les 
gens soigneux c'était de passer sur leur visage un petit tampon 
de coton imbibé d'alcool aromatisé. 

Ces petits manuels de savoir-vivre sont fort intéressants, car 
ils nous permettent de prendre les contemporains sur le vif. 
Voulez-vous voir la tenue d'un courtisan "en audience d'un 
grand"? "Il faut avoir," dit de Courtin, "sesgands aux mains 
et se tenir tranquille sur son siège : ne point croiser les genoux, 

^ Voir Arvède Barine, La jeunesse de la Or. Mlle, p. 11. 
* Uhonneste homme ou Vart de plaire à la Court, 1630. 



38 Madame de La Fayette [CH. 

ne point badiner avec ses glands, son chapeau, ses gands, etc.... 
ny se fouiller dans le nez, ou se grater autre part. Il faut éviter 
de bâiller, de se moucher et de cracher, et si on y est obligé là, 
et en d'autres heux que l'on tient proprement, il faut le faire dans 
son mouchoir.... et ne pas regarder après dans le mouchoir.... 
Si on est assis auprès du feu, il faut bien se donner de garde de 
cracher dans le feu, sur les tisons, ni contre la cheminée." 

Et pourtant, en même temps que ces préceptes de propreté 
élémentaires, nous avons le raffinement suivant: "Que si elle 
(la personne visitée) éternuoit il ne faut pas lui dire tout haut 
Dieu vous assiste, mais il faut seulement se découvrir et faire 
une profonde révérence, faisant un souhait intérieurement^." 

Voilà bien le dix-septième siècle avec ses extrêmes de poli- 
tesse raffinée et de grossièreté. Et partout on trouve des con- 
tradictions frappantes. On voit la piété se concilier comme par 
un accord naturel avec une pente marquée à la dissipation, aux 
plaisirs, et même au relâchement des mœurs. L'étiquette a 
caché sous la régularité extérieure bien des choses qui semblent 
singuhères, inexplicables même. Mais au miUeu de cette diversité 
des mœurs on notera surtout l'influence d'un principe que l'Hôtel 
de Rambouillet mit bien en évidence. La déhcatesse, mot mis 
dans le courant de tous les écrits du siècle, se rencontre parmi 
les jeux grossiers de l'Hôtel, parmi les désordres de la galanterie, 
de la sensuahté et du "libertinage." Après avoir vu, d'une part, 
les malheurs des paysans et, d'autre part, le luxe des bourgeois, 
tels que les graveurs du temps les représentent, après avoir 
fouillé dans les coins mal-odorants de l'époque et trouvé sous 
les dentelles des gentilshommes l'homme qui triche au jeu^ et 
se plonge dans la basse débauche 3, on est forcé d'admettre que 

^ (Ant. de Cotirtin), Nouveau traité de civilité.... 2^ éd. 1675. 
2 Le beau-frère de Grammont, par exemple, raconte le plus tranquille- 
ment du monde avec quel cynisme il fait des dupes en tout Ueu. Rien 
de plus fréquent que ces piperies, ces fraudes, même à Versailles sous les 
yeux du roi. Voir Mém. de Grammont, Tallemant des Réaux, etc. Pour 
lafureurdu jeu voir Amedée Renée, Les mècesdeMa2arm,App. B,p. 411. 
^ Voir Fo\xmier, Var. Hist. ii. vm. passim (textes contemporains). 
Le Nouveau Théophile dans V Éventail satyrique, 1628, écrit ainsi: 
Si le grave censeur de Rome 
Vivoit en ce temps où nous sommes. 
On ne verroit tant d'hôpitaux. 
Tant de gueux, tant de covirtisanes, 
Tant d'abus, tant de mœurs profanes. 
Tant de cocus et maquereaiix. 



Il] La Jeune Fille 39 

c'est après tout les œuvres de Lebrun et Lenôtre, les plafonds, 
les jardins et les bassins de Versailles qui représentent, non pas 
la vie du siècle (c'est là l'erreur que l'on a faite), mais bien les 
aspirations du siècle. Pour en comprendre la vie, il faut voir, 
en même temps que les gravures de la Cour en toute sa splendeur, 
celles qui représentent le peuple ruiné par la guerre: Chauveau, 
Le Clerc, de Poilly, Bonnart, Guérard, nous feront donc voir la 
Cour, la campagne et la villei. Mais pour comprendre l'idéal de 
cette vie les peintres de la cour suffiront. 

Attribuer ce règne de la délicatesse uniquement aux con- 
ventions du temps et aux règles de l'étiquette n'est point aller 
jusqu'au fond des choses. Il y eut là un penchant dominant qu'il 
faut reconnaître — c'est un principe d'idéalisme dont on a les 
témoignages dans la constance de certaines passions qui tiennent 
aux événements de l'histoire, dans les savantes peintures des 
mouvements de l'âme, qui ont été l'art des plus grands poètes, 
dans le règne presque absolu des femmes, dans la pente de 
quelques grands esprits au mysticisme, et dans tant d'autres 
faits que l'on pourrait marquer^. On découvrira dans le carac- 
tère de Madame de La Fayette les influences de ce monde facile 
à critiquer à cause de ses faiblesses, mais imbu du désir d'idéal. Si 
nous nous sommes un peu attardé à examiner cette société, 
c'est que l'influence en fut grande sur notre auteur : nous pour- 
rions même dire que la vie de Madame de La Fayette c'est la vie 
de son temps, et que son œuvre en est l'idéal. C'est dans les 
contradictions de son époque que nous trouvons l'explication des 
contradictions de son caractère et nous croyons fermement que 
si l'on avait examiné d'un peu plus près la société où elle a fait 
son éducation^ on n'aurait pas cru nécessaire de "reviser" 
plusieurs fois l'opinion qu'il faut avoir d'elle; on aurait évité 
d'abord un extrême, puis l'autre, pour rencontrer la vérité. 

Mais Marie -Madeleine allait bientôt être privée pendant 
quelque temps de cette société. Son beau-père subit le contre- 
coup de l'emprisonnement du cardinal de Retz à Vincennes, et 
fut en même temps exilé de Paris. Il se retira en Anjou et il y a 

^ Voir Emile Bourgeois, Le siècle de Louis XIV, Ses arts, ses idées, 4P. 

2 Voir Frémy, Essai sur les var. du style fr 1843. 

3 "Il règne en effet sior le XVII^ siècle plus d'idées fausses que l'on ne 
pense et potu- cette raison bien simple que ce que nous croyons le mieux 
connaître étant ce que noios étudions le moins, est aussi ce que très 
souvent nous connaissons le plus mal." Brvinetière, La soc. préc. au XVII* 
siècle. Études crit. 2^ série, p. 3. 



40 Madame de La Fayette [ch. 

lieu de croire que sa femme et sa belle-fille l'accompagnèrent car 
deux lettres de Costar, sans date il est vrai, mais écrites avant le 
mariage, parlent de l'isolement de Marie -Madeleine à la cam- 
pagne^. Dans la première il demande "comment vous vous 
accommodez des nobles de vostre voisinage ; s'ils ne vous trou- 
vent point plus aimable qu'il ne seroit nécessaire pour vostre 
repos ; si vous avez trouvé l'invention d'attirer leur estime et leur 
bienveillance sans attirer leurs importunités et leurs visites trop 
assidues, et enfin si vous avez pu sauver et mettre à couvert de 
leurs persécutions assez de loisir pour l'employer à lire de belles 
choses, à cultiver vostre esprit, et à prendre autant de soin de 
luy, qu'il en a pris de vous rendre la plus sage et la plus heureuse 
fille qui vive? 2" 

Dans la seconde Costar estime que la jeune fille lui accorde 
trop de louanges dans une lettre qu'elle lui a adressée : "Autre- 
ment, Mademoiselle," dit-il, "j'appréhenderois que ceux qui 
ne trouvent rien à dire en vous, sinon que vous avez la bouche 
trop petite et que vous écrivez aux Beaux Esprits, n'y remar- 
quent des défauts bien plus importants. Et certes il seroit fort 
étrange qu'une personne que l'on appelle Incomparable, qui dans 
la première fleur d'une excellente beauté se passe si aisément de 
Paris et n'est point enchantée de la Cour, eust découvert en mon 
petit ouvrage quelque chose capable de la surprendre" etc.^ 

Mademoiselle de La Vergne se passait donc de la vie de cour 
sans trop se plaindre et continuait, par la lecture et la corres- 
pondance avec les beaux esprits, l'instruction qu'avait com- 
mencée Ménage. Ce dernier joue pour le moment le rôle d'un 
ami. Le 8 août 1654, le cardinal de Retz, avec l'aide de Renaud 
de Sévigné, s'évade de Vincennes et trouve nécessaire de s'ex- 
cuser auprès de son gardien le maréchal de la Meilleraye. C'est 
Ménage qui est chargé de lui faire parvenir la lettre du cardinal 
par l'intermédiaire de Madame de Sévigné*. 

^ Ce ne fut pas le seul inconvénient qu'elle eut, à entrer dans la famille 
Sé\'igné. Le marquis lui joue vers cette époque un tour assez désagréable. 
Voir Tallemant, v. 475. Et, de plus, l'exil ne paraît pas avoir calmé 
l'humeur belliqueuse de son beau-père. Au mois de jmn 1652 il demande 
raison au duc de Rohan de sa conduite envers la marquise, sa parente. 
Tous deux se rendaient hors de la ville: xm exempt du duc d'Orléans, 
par ordre de Son Altesse Royale, vint arrêter Rohan au moment où les 
deux combattants venaient de mettre bas leiirs pourpoints et de tirer 
eurs épées. Voir Loret, Mvse hist. m. 85, 87. 

- Lettres de Costar, 1658, i. p. 545. ^ Ibid. p. 547. 

* Sévigné (Mme de), Lettres, i. pp. 387-8. 



Il] La Jeune Fille 41 

Il arriva à ce pauvre Ménage, un peu avant cette date, une 
histoire assez désagréable. Boileau lui apporta une élégie latine 
pour demander son opinion ; Halle, poète royal, était présent et 
Ménage trouva bon de "traiter Boileau fort de petit garçon^." 
"Nous lirons cela une autre fois," a-t-il dit, "mais lisez mon 
élégie latine à la reine de Suède, vous en apprendrez plus là que 
chez tous les anciens." Boileau, fâché par ce procédé, riposta par 
VAvis à Ménage; Le Bailleur n'eut rien de mieux à faire que 
d'en donner une copie à Mlle de La Vergne ; Ménage l'apprit et, 
au dire de Tallemant, il en fut "furieusement piqué." Le Bail- 
leur était vraiment une mauvaise langue ; ne raconta-t-il pas à 
Tallemant que Mlle de La Vergne trouvait Ménage importun et 
moins "honnête homme" que Giraut? 

Marie-Madeleine a atteint sa majorité; sa vie de jeune fille 
va bientôt se terminer. Avant de dire adieu à Mademoiselle de 
La Vergne et de saluer Marie -Madeleine de La Vergne, comtesse 
de La Fayette, arrêtons -nous un instant pour voir la jeune femme 
que l'instruction et l'éducation ont formée. 

Bossédant un bagage scientifique peu commun à l'époque, 
qui lui permet de correspondre avec les savants, elle n'a pourtant 
rien elle-même de la femme savante. Elle croyait, comme 
Fénelon, qu'il fallait avoir "une pudeur sur la science 2." En 
dépit de l'opinion commune qu'il ne faut pas que les filles soient 
savantes, la curiosité les rendant vaines et précieuses^, Marie- 
Madeleine, loin d'être vaine, était d'opinion que " celui qui se met 
au-dessus des autres, quelque esprit qu'il ait, se met au-dessus 
de son esprit*." Son instruction, au Heu de la rendre vaine et 
pédante, lui avait donné le goût des lectures — et des lectures 
solides aussi bien que des romans, car elle ne méprisait pas ces 
derniers. EUe Usait Montaigne et trouva "qu'il y avoit plaisir 
d'avoir un voisin comme lui^." 

Ces lectures avaient pour résultat d'en faire une femme qui 
n'était ni pédante, ni coquette, mais éminemment sage et raison- 
nable. Or, comme " les dames qui ont quelque science ou quelque 

1 Tallemant, op. cit. v. 236 (3<= édit. T. iv. p. 214). 

2 Fénelon dit qu'une jeune fille ne doit pas même parler des choses 
qui sont au-dessus de la portée commiine des filles, quoiqu'elle en soit 
instrmte {Éduc. des Filles, Ch. rx.). 

^ Voir Fénelon, op. cit. p. 2. 

* Segraisiana, p. 58. Une autre femme savante, Mme de Staël, 
développera les mêmes idées bien plus tard. Le rapprochement est in- 
téressant à faire. Voir De la litt ii. {Des femmes qui cultivent les lettres). 

Londres, 1813. ^ Segraisiana, p. 143. 



42 Madame de La Fayette [CH. 

lecture, donnent beaucoup de plaisir dans la conversation^," 
elle brillait dans la conversation et attirait autour d'elle un 
groupe qui était déjà un "salon." C'est dans la fréquentation 
du monde qu'elle avait appris à bien parler, mais Ménage aurait 
pu revendiquer l'honneur de lui avoir donné des leçons, car il 
parlait bien^. Du Bosq dit aussi, en parlant des femmes instruites, 
que "leur idée a de quoi se contenter, pendant que les ignorantes 
sont sujettes aux mauvaises pensées, parce que, ne sachant rien 
de louable pour occuper leur esprit, comme leur entretien est 
ennuyeux aussi leur rêverie ne peut être qu'extravagante." 
Nous croyons volontiers que Marie -Madeleine n'avait pas de 
"mauvaises pensées," du moins sa conduite paraît avoir été 
digne de son éducation. Nous ne saurions attribuer cette sagesse 
à l'influence de l'Hôtel de Rambouillet, ainsi que fait Walcke- 
naer pour Madame de Sévigné^, mais nous pouvons admettre 
que Mlle de La Vergne n'y a rien appris de bien mauvais, et, 
qu'appliqué à elle, le titre de précieuse n'a rien de désobhgeant. 

De plus elle était belle* et, à cette époque encore, d'une 
humeur gaie, et même un peu railleuse^. Elle ressemblait à 
Mme de Lesdiguières^. 

Instruite, mais non pédante, sage mais nullement prude, 
appréciant les ouvrages romanesques, éminemment raisonnable, 
tout en étant d'humeur gaie mais railleuse, belle avec la taille 

^ L'honneste femme, 4P, 1635, 3^ éd. 

^ La Monnoye (Avertissement de Ménagiana, 1715). 

3 Mém. Sév. i. 24. 

* Malgré M. d'Haussonville qiii termine ainsi son ovivrage: " — je 
dois ajouter poxir ma justification qu'excepté le cardinal de Retz, qui, 
à la vérité, s'y connaissait, personne n'a jamais dit que Mme de la Fayette 
fut jolie." Et Costar, et Loret, et Scarron, et Ménage, et Huet? Et 
Mme de La Fayette elle-même au moment où elle constate la perte de 
cette beauté et ajoute tristement: "Vous ne pourriez me peindre que 
telle que j'aie été car pour telle que ie suis il n'y auroit pas moyen d'y 
penser; et il n'y a plus personne en vie qui m'ait vu jeune. L'on ne pour- 
roit croire ce que vous diries de moy et en me voyant on le croiroit encore 
moins le temps a trop détruit les matériaux" (pour en faire un por- 
trait). " J'ay encore de la taille des dents et des cheveus mais ie vous 
asseiire que ie suis une fort vieille femme." Comment expliquer donc 
l'horrible gravvire d'après Ferdinand que l'on met encore en tête de toute 
édition de La Princesse de Clèves ? C'est Mme de La Fayette elle-même 
qui le fait dans un billet à Ménage: "Je me fais peindre," écrit-elle, ''par 
un très meschant peintre que M. des Brosses m'a enseigné " 

* Somaize, Dict. des Pré.c. i. p. 96. 
« Tallemant, v. 362. 



Il] La Jeune Fille 43 

bien prise, de jolies dents, de beaux cheveux, mais la bouche, 
dit-on, un peu trop petite, saine encore de corps et d'âme, c'est 
ainsi que nous aimons la voir à la fin de sa vie de jeune fille. 
Bientôt elle sera épouse et mère, la beauté s'en ira vite, et la 
tristesse, la maladie, l'isolement, s'abattront sur elle. Quittons- 
la, donc, illuminée par ses quafités de jeunesse et insoucieuse 
des nuages qui s'amoncellent à l'horizon de sa vie. 






CHAPITRE III 

L'ÉPOUSE. 1655-1659 

De retour à Paris, les parents de Mademoiselle de La Vergne 
s'occupèrent sérieusement de son établissement. Il se présenta 
bientôt un très bon parti en la personne de François Motier, 
comte de La Fayette, gentilhomme issu d'une des plus anciennes 
maisons d'Auvergne. C'était un soldat qui, après avoir servi 
en Hollande, devint enseigne de la compagnie du maréchal 
d'Albret, puis lieutenant au régiment des gardes françaises^. 
S'il faut en croire une chanson de l'époque il devait se sentir 
plus à l'aise sur le champ de bataille que dans un salon, car il 
fit piteuse mine la première fois qu'on le présenta à Mademoi- 
selle de La Vergne. Voici quelle fut l'entrevue, d'après le chan- 
sonnier : 

Chantons de La Fayette 

Le galant compliment 

Qu'il fit à sa Povilette 

En qualité d'amant. 

Chantons son avanture 

Et sa noble posture ; 

Pas un jamais ne s'est mieux présenté 

Pour être marié. 

Dedans une assemblée 
D'amis et de Parens, 
La Lisette parée 
Attendoit son amant ; 

1 Le Père Anselme, vu. p. 62. Nous n'avons pas trouvé d'autres 
détails sur sa carrière militaire car les Mstoires ne donnent que les noms 
des officiers supérieurs. La Gazette fait mention en 1649 d'un sieur de La 
Fayette blessé à ThionvUle. Est-ce lui? Voici l'histoire de la compagnie 
d'Albret: Levée sous le titre Saintonge 1639. Siège de Turin, 1640, 
d'Elne, 1641. Bataille de Lérida, 1642. Siège, Bataille de Llorens, 1645. 
Siège de Lérida, 1646-7. Donnée au chev. d'Albret, 1647. Siège, 1648. 
Réformée cette année. Rétablie en 1652 sous le nom d'Albret. Licenciée 
en 1654. Pour l'histoire des Gardes voir Suzanne (Le Général), Histoire 
de V Ancienne Infanterie française. 



CH. m] U Épouse 45 

II pâlit à sa vue, 

Tremble, rougit et sue, 

Et, ne sachant s'il devoit saluer, 

Il s'assit sans parler. 

Là, d'humevir inquiète, 

II regarde à ses pieds. 

Il se frotte la tête, 

Il s'écorche le nez. 

D'une grande tendresse 

Il se gratte la fesse. 

Et, voulant faire un complunent nouveau. 

Fit tomber son chapeau. 

Son conducteur fidèle 

En est tout en courroux ; 

Il lui dit à l'oreille, 

À quoi donc pensez-vous? 

Hélas ! Cousi, j'enrage, 

Nargue du mariage. 

J'avois pensé mais je viens d'oublier, 

Je ne puis plus parler. 

Après reprit courage 

Notre digne héros, 

Qui crut que c'est dommage 

De ne pas dire deux mots. 

D'vme humble contenance 

Il fit la révérence 

Et puis sortit plus rouge embarrassé 

Que quand U est entré. 

Après cette sortie, 

On le tint sur les fonds. 

Toute la compagnie 

Cria d'iin même ton, 

La sotte contenance ! 

Ah ! quelle heiireuse chance 

D'avoir un sot et béat de Mari 

Et tel que celui-ci. 

La belle, consultée 

Sur son futur époux, 

Dit, dans cette assemblée 

Qu'il lui paraissoit doux 

Et d'un air fort honnête — 

Quoique peut-être bête ; 

Mais qu'après tout povir elle iin sot Mari 

Était un bon parti. 



46 Madame de La Fayette [CH. 

De la jeune Lisette 

On approuva l'avis ; 

Une dame discrète 

Aussitôt repartit : 

Il vivra dans sa terre, 

Comme Monsieur son Père, 

Et vous ferez des romans à Paris 

Avec les beaux esprits^. 

Il est probable qu'il y avait d'autres raisons pour faire 
agréer ce mari. Quoi qu'il en soit, le contrat du mariage fut 
dressé, le 14 février 1655, en présence de "Jacques de Bayard.... 
procureur de Messire François de La Fayette, évesque de Limo- 
ges.,.. Claude de La Fayette, bachelier en théologie, frère du.... 
comte de La Fayette, Gabriel Pénha, chevaUer, seigneur de 
Saint Pons, oncle maternel de ladite Damoiselle; dame Léonore 
Merlin, veufve de feu Lazare Pénha.... grand-oncle de ladite 
Damoiselle; très haute et très puissante dame, dame Marie- 
Magdelaine de Vuignerot, duchesse d'Aiguillon, amie et marrine 
d'icelle damoiselle et dame Marie de Rabutin de Chantai, veufve 
de feu haut et puissant seigneur et marquis de Se vigne.... aUiés 
d'icelle damoiselle." Le lendemain les gazettes annoncèrent le 
mariage avec une grossièreté qui nous étonne, mais qui ne 
rompait pas avec les habitudes du temps. Nous donnons les 
deux "annonces" sans en atténuer la sotte grivoiserie. 

La Vergne, cette Damoizelle 

À qui la qualité de belle 

Convient si légitimement, 

Se joignant par le Sacrement 

À son cher Amant La Fayette, 

A fini l'austère diette 

(Qu'en dût-elle cent fois crever 

Toute fille doit observer). 

Ce fut lundy qu'ils s'épouzèrent 

Et que leurs feux ils apaisèrent. 

Ainsi, cette jeune beauté 

Peut dire aveques vérité 

Que quand la carême commence 

Elle finit son abstinence. 

Ma Muze arrêtez-vous, tout beau, 

Ce discours n'est que bon et beau, 

1 Ms. fr. 12667, p. 61, Bibl. Nat. Noiis supprimons la dernière 
strophe qui, selon la coutume, contient une poUissonnerie, et qui n'est pas 
utile au point de vue documentaire. 



m] U Épouse 47 



Mais on ne peut être trop sage 
Quand on parle du mariage^. 



Ces jours gras légitimement. 
Sans doute à leur contentement, 
La belle Vergne et La Fayette 
Postérité se seront faitte: 
Au moins obmis n'auront-ils pas 
Ce que l'on fait en pareil cas ^ 

On pourrait s'étonner, non seulement de la hâte avec laquelle 
ce mariage fut conclu, mais aussi du fait même qu'il y eut mariage, 
étant donnés les sentiments que Mademoiselle de La Vergne 
aurait témoignés au sujet de son futur mari. Au dix -septième 
siècle, pourtant, rien n'était plus fréquent que des alliances de 
ce genre; il s'agissait à cette époque d'unir deux maisons, ou 
encore une famille et une fortune. On consultait donc fort peu 
les époux du lendemain, les intérêts des deux familles passant 
avant tout. Après le mariage l'union entre les personnes et entre 
les biens n'était pas, non plus, aussi complète que chez nous. 
Chacun gardait sa propre personnaHté: la femme continuait à 
signer de son nom de jeune fille — (la duchesse de Chevreuse 
signe Marie de Rohan, la duchesse d'Epemon, Marie du Cambout, 
la comtesse de La Fayette, De La Vergne). En somme, la loi 
paraissait s'occuper beaucoup plus de soutenir le pouvoir d'un 
chef de maison que d'assurer aux enfants la Uberté de fonder 
de nouvelles familles. Un fils, jusqu'à l'âge de trente ans, une 
fille jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, avaient besoin du consente- 
ment de leurs parents pour que leur mariage fût vahde^. Les 
pères choisissaient leurs belle-filles et ne permettaient que rare- 
ment à leurs fils d'émettre une opinion quelconque sur leurs 
sentiments intimes. Le prince de Ligne ne décrit pas un cas 
exceptionnel lorsqu'il raconte ainsi son mariage: "Mon père 
me fait monter en voiture ; il me mène à Vienne, J'arrive dans 
une maison où il y avait quantité de jolies figures. On me dit de 
me placer à côté de la plus jeiuie. Huit jours après, j'épousai. 

1 Loret, op. cit. ii. 21, fév. 1655. 

2 Scarron (Paul), Recueil des épîtres en vers burlesques de M. Scarron 
et d'autres auteurs sur ce qui s'est passé de remarquable en Vannée 1655. 
Paris, Alex. Hesselin, 1656, 4°, rare. Voir Tallemant, Éd. Monmerqué, 
Notes, où ce passage est cité. 

^ G. d'Avenel, La Noblesse Française sous Richelieu, Chap. vi. 
passim. 



48 Madame de La Fayette [CH. 

Nous ne nous étions rien dit." L'histoire du fils du Président 
au parlement de Dijon est aussi caractéristique. Ce fils était 
à marier et il questionnait : 

" — Est-il vrai, mon père, que vous me voulez marier à Mlle une 
teUe? 

— Mon fils, mêlez-vous de vos affaires." 

Selon l'opinion du temps, ce père répondait sagement^. 

Il arriva qu'au moment du mariage de Mlle de La Vergne, 
Scarron entendit parler d'un mariage qui par sa rapidité éton- 
nante, même à cette époque, sembla fort plaisant. Aussitôt il 
en redit aux lecteurs de sa gazette l'histoire, assaisonnée, bien 
entendu, de gros sel : 

Autre histoire: un homme sans nom 

Arrive à Paris de Bourbon 

Vendredy, samedy s'habille 

Chez un fripier, voit une fille 

Dimanche et l'espouze lundy. 

Il peut dire: veni, vidi, 

Et vici; si l'on l'en veut croire. 

L'on doute si cette victoire 

Est victoire sanglante ou non. 

L'historiette tout de bon 

N'est pas à plaisir inventée^. 

On voulut voir aussitôt dans ces vers une allusion au mariage 
du comte de La Fayette, mais Scarron s'empressa d'annoncer 
le mariage dans la gazette, déjà citée plus haut, et ajouta: 

Lasches corrupteurs d'une histoire 
Vous avez voiilu faire croire 
Qu'un homme qui n'a point de nom, 
Originaire de Bourbon, 
Qui s'habille à la friperie, 
(Voyez, quel rapport je vous prie?) 
Soit d'Auvergne et de qualité — 
Une demoiselle très chère, 
Dont j'aime et j'honore la mère, 
Un homme dont l'oncle me fut 
Intime tant qu'il vescut, 
Seroit l'objet de ma satire ! 
Va-t-on ainsy des gens mesdire? 
Va-t-on de gaieté de cœur 
Choquer des personnes d'honneur? 

1 Corneille qui, comme dit quelque part M. Lanson, "pense le passé 
dans les formes et les conditions du présent" prêche l'obéissance aux |? 

parents quand il s'agit de mariage. ^ Scarron, op. cit. 



m] U Epouse 49 

Cette histoire non controuvée 
Est dans le Marais arrivée. 
De la donzelle, sage ou non, 
Je ne sçay pas mesme le nom: 
Tout de mesme de cette Aiirore, 
Du Céphale le nom j'ignore. 
Et quand bien le nom je sçaurois 
Tout de mesme le cacherois^. 

Persuadé que ce démenti n'était pas suffisant, Scarron 
écrivit une longue lettre à Ménage pour se disculper et celui-ci 
la communiqua aussitôt à Mme de La Fayette qui fut ainsi mise 
au courant des médisances, car elle n'avait vu ni les premiers 
vers, ni la mise au point de Scarron^. 

Elle pourrait accepter d'être quelque peu calomniée^ puis- 
qu'elle venait de faire un "beau mariage " vu son peu de fortune 
et le peu de renommée de sa maison. François de La Fayette 
n'était pas seulement "comte dudit lieu" mais aussi de "Médat, 
Goutevantouze et Forests et deppendans : baron de Chauvlgny, 
Espinasse, Nades, seigneur de Haulte-Serre, Hautefeuille et 
autres places*." "Entre toutes les grandes maisons dont la 
province d'Auvergne est remplie," écrit-on dans le Mercure 
Galant de 1695^, "celle du Mottier de La Fayette tient un des 
premiers rangs" et Madame de La Fayette elle-même, travail- 
lant à l'histoire de la famille, après la mort de son mari, fait 
mention d'un cartulaire "du siècle 1000" où les ancêtres de 
son mari sont qualifiés miles. 

1 Scarron, op. cit. ^ Tallemant, op. cit. vn. 39, Hist. Scarron. 

■'' On profita de l'occasion po\ir médire d'une autre façon. Nous 
trouvons dans les mss. fr. Bibl. Nat. 12667, p. 61, les couplets suivants: 

Il court un bruit à la cour. 

Que Vievixbourg 
Se lamente nmt et jour. 
De voir sa chère Poulette 
Dans les bras de La Fayette. 

Rohan aiissi son amant, 

En mourant, 
A dit dans son testament, 
Qu'il consent que La Fayette 
Ait sa part de la Poulette. 

* Contrat de mariage. Voir ce contrat à l'appendice il. Pour des 
renseignements sur les fiefs de Chauvigny, Espinasse et Nades voir l'ap- 
pendice v. 

5 Fév. 1695, à l'occasion de la mort du Colonel-Brigadier La Fayette. 
A. 4 



50 Madame de La Fayette • [ch. 

Nous n'essayerons pas de remonter aussi loin, car déjà pour 
ce qui concerne le quatorzième siècle les généalogues se contre- 
disent et, malheureusement, l'arbre généalogique dressé par 
Mme de La Fayette n'est pas venu jusqu'à nous^. Il suffit de 
faire remarquer que le comte était d'une maison de soldats 
illustres. Gilbert de La Fayette alla à la croisade en 1095 et, 
au siècle suivant, Gilbert III partit également en Terre Sainte 2, 
Un autre Gilbert fut tué, en 1356, à la bataille de Poitiers, en 
voulant arracher son roi d'entre les mains des Anglais. En 1421, 
lorsque "Messire Garin de Fontaine et autres preux angevins 
firent la grosse deffaicte sur les Angloys à Baugé en Anjou^" il 
y avait encore un ancêtre du comte parmi les chefs. Grand 
Maître de l'Artillerie sous Louis XII^ un Mottier de Haute- 
feuille partagea le commandement contre les Huguenots avec 
l'évêque du Puy^. Il mourut à la bataille de Cognât et les 
Huguenots victorieux rasèrent le château de La Fayette et 
l'éghse de Cognât. Nous en passons, et des plus courageux. 

On serait heureux, après avoir parlé des faits d'armes de ses 
ancêtres, de pouvoir raconter tout au long la carrière brillante 
du comte François. Nous n'avons malheureusement que peu de 
renseignements sur lui — et c'est un peu sa faute car il ne fit 
jamais rien pour se distinguer. On dirait même que l'acte le 
plus "glorieux" de sa vie fut son mariage avec Madeleine de 
La Vergne, puisque les seules mentions de lui que l'on trouve 
dans l'histoire de sa famille sont ainsi conçues: "François de 
La Fayette épousa Magdeleine Pioche de la Vergne, si célèbre 
par son esprit rare et cultivé et par ses ouvrages^." "François, 
comte de La Fayette, qui laissa de la célèbre Madeleine Pioche 
de la Vergne, René-Armand".... etc. '^ "François, comte de La 
Fayette, épousa en 1655Marie-Magdeleine Pioche de La Vergne.... 
qui a ci-après un article particulier et dont il eut Louis.,.. et 
René-Armand^.' ' Guillard, qui écrivit du vivant de Mme de La 
Fayette, sans toutefois publier son manuscrit, est plus catégori- 

1 À moins d'avoir fourni les matériaux pour l'article nécrologique 
mentionné à la page 49. Voir à l'appendice iv. la généalogie que nous 
avons dressée à l'aide de cet article et des quelques pièces que nous avons 
eues entre les mains. 2 Mercure, Art. cité. 

^ Jehan de Bourdigné, Chron. d'Anjou et du Maine, 11. 143. 

« Audigier, Hist. d'Auvergne, mss. fr. 1 1479, Bibl. Nat., T. 11. f'^^ 7, 8, 9. 

^ A. Imberdis, Hist. gén. d'Auvergne, 11. pp. 68, 69. 

* Aigueperse, P. G., Biog. ou dict. hist. des personnages d'Auvergne. 
"^ Audigier, op. cit. 

* Voilà tout ce que Moreri trouve à dire sur M. de La Fayette. 



in] U Épouse 51 

que encore: "Madame de La Fayette d'à présent estoit un 
esprit beaucoup supérieur à celuy de son mary, elle l'avoit 
relégué en sa province parce qu'elle ne pouvoit soufrir qu'il fust 
icy ou à la cour^." 

Évidemment, François de La Fayette n'était pas un bel esprit ; 
ce n'était pas non plus un courtisan ; il ne brillait guère dans la 
société de son époque ; mais il ne faudrait pas en conclure que 
c'était une brute — ni même un bien mauvais mari. Nous nous 
le représentons plutôt comme un gentilhomme campagnard, un 
peu soldatesque, comme dirait Montaigne, mais pas méchant 
homme. Par suite de la manie qu'ils ont de reproduire les 
affirmations de leurs devanciers et de dédaigner les documents, 
les biographes de Madame de La Fayette se sont plu pendant 
longtemps à faire mourir ce mari anodin quelques années après 
le mariage. On s'aperçut plus tard qu'il avait survécu à La 
Rochefoucauld et aussitôt on imagina quelque drame mysté- 
rieux 2. La vérité est peut-être plus simple, et nous en reparlerons 
plus tard ; pour le moment, contentons-nous de suivre la vie de 
Madame de La Fayette pendant les premières années de son 
mariage. 

Le comte de La Fayette accompagna sa femme dans le 
monde et Madame de Sévigné, au heu de partir pour la Bretagne, 
selon son habitude, resta à Paris pour accompagner, elle aussi, 
sa jeune amie^. Mais le mari n'accomphssait là qu'un devoir et 
bientôt sa province l'attirait. Madame de La Fayette dut dire 
adieu à ses amis et partir avec lui en Auvergne*. EUe habita le 
château d'Espinasse, près Gannat, sur lequel nous ne pouvons 

1 Remarques, Bibl. Xat. MS. fr. 25187. 

2 On continue pourtant, malgré l'évidence déjà publiée, d'assurer 
que M. de La Fayette est mort quelques années après le mariage. Voir 
Julia Cartwright, Madame, A Life oj Henrietta, Duchess of Orléans, p. 91, 
etc. M. Maxime Formont dans la préface d'une édition de la Princesse 
de Clèves publiée chez Lemerre en 1909, écrit, à la page vi, à propos de 
M. de La Fayette: "Aussi bien l'esprit vulgaire eut-il le bon goût de ne 
point s'éterniser dans un rôle qui n'était pas beaucoup son fait. Madame 
de La Fayette fut bientôt veuve." M. Formont aurait mieux fait de 
consulter des travaux plus récents sur l'auteur qu'il présentait au 
public. Le petit Livre de M. d'Hausson ville l'aurait renseigné sur ce 
sujet. 

^ Walckenaer, op. cit. ii. 25. 

* Au mois de décembre 1655 elle était sûrement en Auvergne car 
une quittance de janvier 1679, conservée à la Bibl. Nat. (Cab. des Titres, 
Pièces orig. 2287, Pioche), fait mention d'une procviration faite à 
Ébreuil le 5 déc. 1655. 

4—2 



52 Madame de La Fayette [ch. 

donner aucun renseignement car, bien qu'il existe à Espinasse- 
Vozelle une vieille maison appelée vieux château, le nom même 
des La Fayette est oublié dans le village^. 

Il ne faudrait pas exagérer l'ennui qu'éprouva, sans doute. 
Madame de La Fayette exilée dans une campagne; elle avait 
déjà fait de longs séjours loin des villes et de plus elle resta en 
rapports avec ses amis de Paris. Parmi ceux-ci Costar lui écrit une 
lettre de félicitations des plus flatteuses : "Il y a de la seureté," 
dit-il, "de se réjouir avec vous de vostre heureux mariage: car 
on doit estre également persuadé qu'il est de vostre choix et 
que vous ne sauriez faire que de bonnes élections...," etc.^ 
Ménage envoie le dizain suivant: 

Petit disain allez viste en Auvergne 
Le long des bords du sablonneux Aller, 
Trouver la jeiuie et brillante La Vergne, 
Qui dans ses fers tient mon cœur prisonnier, 
Vous luy direz que malgré son absence, 
Ses fiers dédains, son rigoureux silence. 
J'aime toujours ses aimables apas; 
Et que ses yeux ont embrasé mon âme 
De cette noble et précieiise flame 
Qui vit encore au delà du trépas. 

C'est Ménage qui tient son ancienne élève au courant de ce 
qui se passe dans le monde des beaux esprits et qui lui procure 
des livres. Elle réclame des romans, la Clélie, les œuvres de 
Sarasin, le hvre de M. Costar (les Lettres, semble- t-il), le 
Virgile de M. de Marolles. Elle écrit beaucoup^, voyage* et 
s'occupe des procès de son mari. Ce dernier paraît avoir engagé 
des procès comme on pratique un sport ; il n'en tirait pas grand 
profit et même, d'après les lettres de sa femme, l'issue de certains 
d'entre eux lui causait de grandes inquiétudes. Cette manie de 

1 "La maison, qui me paraît ancienne," nous écrit M. Chanudet, curé 
d'Espinasse-Vozelle, "est occupée par des métayers. Est-ce là qu'habi- 
tait la famille La Fayette? Je ne puis vous le dire et même j'ajoute que 
deux au trois personnes que j'ai questionnées à ce sujet m'ont répondu 
qu'elles ne le croyaient pas." L'oubli d'une grande famille ne pourrait 
être plus complet et plus étonnant. 

2 Tout ce que nous disons de cette époque de sa vie est glané dans sa 
correspondance inédite (Coll. F. de C). 

3 " J'ay tant écrit aujourdhuy que ie nen puis plus," Lettre de Mme 
de La Fayette. 

* Lettres d'Angers, de Langeron, etc. "J'arrive d'vin petit voyage 
que j'ai fait et ie parts poiu* en aUer en commencer un autre." 



iTi] U Épouse. 53 

faire des procès allait de pair, à cette époque, avec la passion du 
jeu; Racine est resté au-dessous de la vérité quand il composa 
ses Plaideurs et il y a beaucoup de vrai dans le tableau que 
trace Furetière dans le Roman bourgeois. Pour voir à quels 
extrêmes allait cette passion on n'a qu'à feuilleter les mémoires 
et les correspondances. À chaque page il y est question de 
procès. "On conteste des héritages inattaquables, revendique 
des domaines pour lesquels on a des droits illusoires," écrit 
M. Gérard-GaiUyi, "on fait des voyages, on change même de 
résidence, on interjette appel, on injurie, on menace, on intéresse 
souvent le roi à ses querelles et cela dure deux, dix, vingt ans." 
Cela s'applique très bien au ménage des La Fayette; à partir 
du mariage du comte François, il n'est question que de procès ; et 
plus tard, quand Mme de La Fayette ne sera plus obUgée de 
prêter secours à son mari, elle entreprendra les affaires de son 
ami La Rochefoucauld. 

À cette époque, comme plus tard, Madame de La Fayette 
nous paraît fort énergique, malgré sa mauvaise santé. 

Il est difficile de fixer la date de la première lettre où elle 
se plaint de ses souffrances, mais sa santé semble s'être altérée 
peu après son mariage^. La première mention que j'en trouve 
dans sa correspondance est dans la lettre suivante : 

"Depinasse ce 16™*' août. 

"Vous me quitates avec si peu de chagrin lorsque vous me 
dittes adieu que ie pense que si ie ne vous escriuois vous ne son- 
geries de lomtemps a mescrire pour vous consoler de mon ab- 
sence mais ie ne suis pas résolue de vous laisser le plaisir de 
m'oubher si tranquilement ie veux vous faire souuenir de moy 
maigre que vous ayes et auoir de lamitié pour vous quoy que 
vous nen ayes plus pour moy j 'auray au moins le plaisir de vous 
mettre dans vostre tort et ie m'en vais vous escrire toutes les 
sepmaines avec la mesme régularité que j'aurois pu faire du 
temps de cette belle amitié que vous m'auies jurée quy deuoit 
surpasser les siècles en durée ie ne scay pas dequoy vous vous 
estes aduise de cesser de m'aimer vous n'aures pas encore loing 
a pousser vostre constance ie suis si malade et si languissante que 

^ Bussy-Rahutin pp. 120, 121. 

2 Après avoir écrit ce chapitre nous avons pu examiner plus méthodi- 
quement les lettres de Mme de La Fa3^ette et nous sommes d'avis qu'une 
lettre où il est déjà question de sa mauvaise santé et de son " mal de 
côté" est de 1654 — c. à d. de l'année avant son mariage. 



54 Madame de La Fayette [ch. 

quand vous voudries maimer toute ma vie vous n'auries plus 
guère a m'aimer sérieusement encore ie vous asseure que vous 
aves tort de ne me plus aimer car il est fort véritable que jay pour 
vous beaucoup d'amitié et que vous aues si fort este de mes amis 
que vous le seres toujours quoique vous ne le voulies pas^." 

Dans une autre lettre à Ménage, déjà imprimée en partie par 
M. d'Haussonville, et qui paraît être de l'année 1656, elle parle 
de sa vie à la campagne : 

"Depuis que je vous ay escrit j'ay toujours esté hors de 
chés moy a faire des vissites. M. de Bayard^ en a esté une et 
quand je vous dirois les autres vous nen séries pas plus savant 
ce sont gens que vous aues le bonheur de ne pas cognoistre et 
que j'ay le malheur d'auoir pour voisins. Cependant, ie dois 
auouer a la honte de ma dehcatesse que ie ne menuye pas avec 
ces gens-la quoy que ie ne m'y diuertisse guère; mais j'ay pris 
un certain chemin de leur parler des choses qu'ils scavent qui 
menpesche de menuyer. Il est vrai aussi que nous auons des 
hommes icy du tour qui ont bien de lesprit pour des gens de 
prouince. Les fammes ny sont pas a beaucoup près si raisson- 
nables mais aussi elles ne font guère de vissites et ainsi Ion n'en 
est pas incommode. Pour moi j'ayme bien mieux ne voir gueres 
de gens que d'en voir de fâcheux et la sohtude que je trouve 
icy m'est plutost agréable qu'ennuyeuse. Le soing que je prens 
de ma maison m'occupe et me diuertit fort et comme d'ailleurs 
ie nay point de chagrin, que mon espoux m'adore que ie l'ayme 
fort, que je suis maitresse absolue, ie vous asseure que la vie que 
ie fais m'est fort heureuse et que ie ne demande a Dieu que la 
continuation. Quand on croit estre heureux vous scauez que 
cela suffit pour lestre et comme je suis persuadée que ie le suis 
ie vis plus contente que ne font peut-estre toutes les reines de 
leurope. J'ay bien envie de scavoir comme vous aurés gouverné 
celle des Ghots ie ne doute point que vous ne Payes veue et 
qu'elle ne vous ait fait mille civihtes...." etc.^ 

Son mari l'adorait et, à la fin de la première année de mariage, 
les époux modifiaient les termes du contrat pour se faire une 
donation mutuelle de leurs biens, car ils n'avaient encore aucun 
enfant. Comme La Fayette était beaucoup plus riche que sa 

^ Cette lettre est à rapprocher de celles que nous avons citées au 
sujet des importun! tés de Ménage. 

2 Le parent mentionné dans le contrat de mariage. 

^ Il n'y a pas de ponctuation dans la lettre. Nous y avons introduit 
quelques points pour en faciliter la lecture. 



m] U Épouse 55 

femme et que, de plus, il était de dix-huit ans son a né^ cette dona- 
tion ne pouvait être un avantage que pour Mme de La Fayette. 

Et pourtant on a cherché dans l'expression de Mme de La 
Fayette "je l'aime fort," une preuve que l'adoration de son mari 
n'était pas payée de retour. "C'est beaucoup d'ttre adorée 
d'un époux, lors même qu'on ne ferait que l'aimer fort," écrit 
M. d'Hausson ville. C'est peut-être dénaturer un peu la pensée 
de Mme de La Fayette, Il faudrait citer à côté de cette lettre, 
où elle a peut-être été amenée à s'exprimer ainsi par la cons- 
truction de la phrase, et sans doute aussi par une sorte de pudeur 
qui ne croit pas utile de tout dire, cette autre où elle écrit " J'ay 
recours a vous pr toutes choses iay besoing d'une devise jolie 
pour une femme qui aime passionnément son mary et qui ne vit 
que pour luy. Il sen trouve peu de cette espèce je ne prétends pas 
une devise noeufve ie me serviray volontiers dune qui aura 
desja servy^." 

Il est vrai qu'elle ne dit pas que la devise soit pour elle, mais 
elle le laisse entendre. 

Quelques mois après la donation mutuelle, dont nous avons 
parlé, Madame de La Fayette devint enceinte. Au mois d'oc- 
tobre elle annonce ainsi la nouvelle à Ménage "Nous partirons 
dicy sans faute au commencement du mois de décembre il faut 
que je parte dicy dans ce mois quy sera le septième de ma gros- 
sesse car ie suis grosse de quatre mois et ie vous dis cela comme 
une nouvelle ne layant point mande jusques a cette heure." 
Même dans cette lettre il est question d'affaires. Elle voudrait 
avoir un "commontimus." Elle sait "que ceux que l'on obtient 
en vertu des anciennes lettres de conseilleurs destat ne servent 
de rien" mais elle est assurée "que cettuy la (me) servira parce- 
que cest pr envoyer au fonds de la Picardie a des gens quy ne 
chercheront pas tant de chicaneries et que la peur de venir a 
Paris fera trembler^." 

Cependant, sa santé est profondément altérée par cette 
première grossesse; elle écrit au mois de novembre "Tous les 
maux dont ie suis tourmentes ne sont point causes par ma gros- 
sesse car ie les avais avant que d'estre grosse mais les médecins 
disent pourtant qu'après mes couches ie ne m'en sentiray plus 
dieu le veille (sic) ie ne me fie guère a ce que disent ces Mrs la*." 

^ M. de La Fayette naquit en 1616. ^ inédite. ^ Inédite. 

* Nous datons cette lettre nov. 1657, pxiisque Mme de La Fayette y 
réclame les lettres de Costar qui "devraient estre en vante." Ces lettres 
furent imprimées en mars 1657. 



56 Madame de La Fayette [ch. 

La vérité est que Madame de La Fayette souffrit tellement 
entre les mains de "ces messieurs là" ; qu'on lui pardonne de ne 
pas les avoir en grande estime^. Ils l'envoyèrent aux eaux de 
Vichy, à quelques lieues de chez elle. Elle le fit savoir à Ménage 
de la façon suivante: 

"De Vichy ce 19 — (sept. ?). 

"Je suis icy aux eaux ou ie boy tous les matins quatorse 
grands verres du plus meschant et du plus chaud breuvage du 
monde j espère que ie recevray du soulagement a mes maux de 
ce remède la vous scaues que c'est ou les médecins envoyé les 
gens quand ils ne scavent plus qu'en faire. ...2." 

À l'occasion d'une autre visite elle écrit "Je suis icy dans 
les eaux jusques à la gorge mais ie m'en porte si mal que ie croy 
que ie les quiteray demain ie n'oserais pourtant le faire sans les 
ordres de M. de Lorme et iay envoyé aujourdhuy le luy deman- 
der.. ..3." 

Mais ni la grossesse, ni la maladie, ni même les deux acci- 
dents ensemble ne l'empêchent de s'intéresser aux affaires de sa 
nouvelle maison et aux événements Uttéraires. Dans la lettre 
que nous venons de citer elle accuse réception d'une œuvre de 
Voiture et réclame avec impatience la Clélie^. EUe termine 
pourtant sur la phrase: "Le manque de santé est le seul véri- 
table malheur de la vie." Le mauvais état de sa santé n'était 
pourtant pas son seul malheur. Peu de temps après son mariage, 
très probablement avant la naissance de son enfant, elle perdit 
sa mère^. Aussitôt son beau-père partit pour Champiré et 

^ Et poiirtant elle avale, avec une patience digne d'un meilleiir succès, 
tout ce qu'ils lui ordonnent: eaux de Vichy, lait d'ânesse, jusqu'au 
bouillon de vipères. Voir Sévigné, vi. 58; La Rochefoucauld, in. 155, 156. 

^ Inédite. 

^ À M. de St Pons, rue Guénégaud. L'autorisation demandée fut 
refusée, soit dit en passant, et Mme de La Fayette resta à Vichy. Les 
médecins étaient parfois tyranniques. 

* Mme de La Fayette fut tou j ours grande liseuse de romans, tout comme 
ses amis Mme de Sévigné et La Rochefoucauld. Voir Sév. Lett., 1689. 

^ La date n'est pas certaine et M. d'Haussonville escamote la diiïiculté 
en écrivant (p. 31): "Cinq ans après son mariage elle avait perdu sa 
mère." Nous établissons la date entre 1655 (date du mariage) et 1657 
(date de l'édition qui contient la lettre de condoléance de Costar). 
Les lettres du chevalier de Sévigné viennent encore confirmer cette date. 
L'acte d'inhvimation de Mme de Sévigné porte la date "3 février 1656" 
(Registres de la paroisse Saint-Maurille d'Angers, Arch. Communales de 
la ville d'Angers, EE 118, f" 156). L'acte est reproduit dansZ,a Corres- 
pondance du Chevalier de Sévigné, Paris, 1911 (Soc. de l'hist. de Fr.), p. 274. 



m] U Épouse 57 

quelques années plus tard se retira à Port-Royal. À partir de 
ce moment-là Madame de La Fayette, semble-t-il, le regarda 
avec froideur. Peut-être lui reprochait-elle de prodiguer l'argent 
de l'ancienne Mme de La Vergne à construire, comme il le faisait, 
de nombreux bâtiments dans l'enclos de l'abbaye. À plusieurs 
reprises, il est question de lui et de son testament dans la corres- 
pondance avec Ménage. Mme de La Fayette se dit peu émue par 
la manière dont il dispose de ses biens et conclut: "Quand il 
moura le bien qui m'en reviendra sera asses considérable pour 
me consoler de la perte des meubles...." 

En cette même année, 1657, Mme de La Fayette subit une 
épreuve terrible pour une jeune femme. Elle constate que sa 
maladie transforme complètement sa figure et que sa beauté se 
perd. On a beau être bel esprit et philosophe, on n'en est pas 
moins femme, et les lettres de Mme de La Fayette à ce sujet 
inspirent de la tristesse. En voici une que nous citons presque 
tout entière parce qu'elle nous donne, en même temps que des 
éclaircissements sur ce sujet, de nouveaux détails sur l'amitié 
qu'eut Mme de La Fayette pour Ménage, sur sa santé, et sur 

le voyage qu'elle allait faire à Paris. 

"ce 13 "6 novembre. 

"Me voila donc asseuree que ie ne perdray point vostre 
amitié pour avoir perdu le peu de beauté que j'avois ie perdrois 
trop a la fois si ie perdois lune et lautre il est vray pourtant que 
si vostre amitié ne tenoit qu'a ma beauté ce ne seroit pas une 
grande perte que celle dune amitié quy tiendroit a si peu de chose 
tout le malheur de mon changement ira sur loiseleur^ pour moi ie 
suis d'advis que vous le datties de l'année passée jestois asses 
jolie en ce temps -la et cela suffit de lavoir este pour estre traittee 
de belle car enfin les beautés ne sont pas immortelles comme les 
louanges que Ion leurs (sic) donne ie vous prie lorsque Me de 
Brissac vous parlera de moy de luy témoigner que ie vous ay 
toujours parle délie depuis que j'ay l'honneur de la cognoistre 
comme d'une personne que j'honorois infiniment "....etc.... 
"Nous ne partirons dicy que le lendemain de la feste de Noël 
ie suis en peine davoir une litière pour me venir quérir a Briare 
ou je descendray par eau ie voudrois trouver une de quelque 
personne de qualité parce que pour l'ordinaire celles que Ion loue 
sont tre« incomode et les mulets en sont si meschants que les 
fammes en lestât que ie suis y courent plus de risque qu'en 

1 Poème de Ménage, adressé à Mme de La Fayette et qu'il semble 
lui avoir communiqué avant l'impression. Il en est souvent question 
dans la correspondance. 



58 Madame de La Fayette [CH. 

carosse....Nous avons absolument areste la maison de Mme de 
Seivgne^ en attendant que nous layons meublée nous logerons 
ches Mr de St Pons^ qui demeure proche Ihostel de nevers. Nous 
serons asses vos voisins en cet endroit la adieu ie vous escris 
des aujourdhuy quy n'est pas le jour de lordinaire parce que 
jauray demain céans une foule de monde horible parmi laquelle 
ie n'aurais pas eu le temps de vous dire un mot^." 

Malgré "la foule de monde horible" et ses nombreuses 
occupations, Mme de La Fayette lit et écrit beaucoup — car la 
légende qui veut qu'elle n'ait écrit que peu de lettres est aussi 
fausse que la plupart des légendes fabriquées sur son compte. 
Elle ne se contente pas de lire U Oiseleur de Ménage, qui lui 
est dédié, elle trouve encore le temps d'en faire la critique: 
"J'ay releu vint fois loiseleur," écrit-elle, "mais plus ie lay leu 
et plus ie me suis fortifiée a estre de son party ie trouve cjue ce 
que vous y aves adjouste lors que la belle est touchée de lamour 
d'Eurilas y fait fort bien et ie ayme fort quelle se souvienne de 
ce que luy a dit le Peroquet comme dune chose quy vient peut- 
estre des dieux il y a un vers dont ie vous demande raison quoy 
que ie sois persuadée qu'il n'y a point de faute mais cest que la 
manière dont il est tourne est nouvelle pr moy. 

si bien tost linsensible esloignait ses beaux lieux 
il me semble qu'il faudroit seloigner de ces lieux car Eurilas 
peut bien seloigner de chipre mais il ne peut pas esloigner chipre 
de luy et il y a grande diference dans la commune façon de 
parler des hommes (ie ne scay pas si cest la même chose dans le 
langage des Dieux) a seloigner dune personne ou a esloigner une 
personne de soy faittes moy responce la dessus ie vous en prie 
il y a encore deux vers quoyque beaux quy ne me plaisent pas 
cest dans la description d'Eurilas il ne men souvient pas bien 
vous vous les cognoistres par ce que ie men vais vous en dire. 
et le premier coton a peine ombragoit (sic) son menton* 

^ Le beau-père de Mme de La Fayette voulait lui louer sa maison que 
la jeune femme trouvait fort incommode — loin de ses amis et du Palais 
de Justice. 

2 Son oncle maternel Gabriel Péna, Sieur de St Pons, mort en mars 
1659 (Lettre de faire part. Cab. des Titres, Pièces orig. 2229). Cette 
lettre de Mme de La Fayette ne peut être donc postérieure à 1658). 
^ Inédite. 
* Ménage avait écrit: 

Il sortoit de l'enfance et le premier coton 
À peine sevilement ombrageoit son menton. 

Poemata, Quarta editio, 1663. 



in] U Épouse 59 

ie trouve quelque chose de plus bas a cela qu'au reste de la des- 
cription. Voila les seules choses que jay remarquées quy ne me 
plaisent pas tant que le reste. A dieu ne plaise que ie croye ponr 
cela quelles ne soient pas bien car sans vanité ie nay pas celle 
de me croire capable de juger de tels ouvrages. J'emmène une 
litière de ce pays icy avec moy dans nos batteaux afin de pouvoir 
prendre terre si le vent nous est contraire en quelque endroit 
que nous soyons cest pourquoy ne prenes plus la peine de men 
chercher adieu ^." 

D'après certaines lettres, Ménage aurait communiqué le 
manuscrit de son poème à Mme de La Fayette. À ce sujet elle 
lui disait : "Je prétends vous y avoir aidé quoy que vous puissies 
dire." 

Après la naissance de son fils Louis, en 1658, Mme de La 
Fayette revint en Auvergne et nous la voyons tantôt à Espinasse, 
tantôt à Nades, tantôt à Vichy. Elle aime la campagne et écrit 
à Ménage: "....J'ay bien envie de vous scavoir a Meudon il fait 
si beau a la campagne que jay pitié de tous ceux quy sont pré- 
sentement a Paris peutestre leur fais je pitié a mon tour destre 
a la campagne mais comme ie ne m'en fais pas a moymesme ie 
m'en console facilement mandes moy des nouvelles de Mlle 
de Scudery." 

Elle fait aussi de fréquents voyages à Paris, quelques fois 
seule, quelques fois avec son mari, et certains de ces séjours sont 
assez longs à cause des procès. De son côté, son mari fait de 
longs voyages qui durent parfois plusieurs mois. Au mois de 
février 1659 elle donne naissance à un second fils, René- Armand. 
Peu à peu son mari rentre dans l'ombre et vers 1660 Madame de 
La Fayette est le plus souvent à Paris. C'est cette séparation 
qui a fait croire à tort que M. de La Fayette était mort quelques 
années après le mariage. Lorsque M. le comte d'Hausson ville 

Cf. Voltaire, Les trois manières où Téone dit: 
Vous connaissez tous Gathon, 
Il est plus charmant que Nirée; 
À peine d'un naissant coton 
Sa ronde joue était parée. 

^ Noxis donnons in extenso cette lettre inédite car nous croyons que 
jusqu'ici on n'a imprimé aucune critique littéraire émanant de Mme 
de La Fayette, à part une courte appréciation des Maximes de La 
Rochefoucauld, et quelques observations adressées à Lescheraine. 
Dans ces deux ca« les critiques portent plutôt sur le fond que sur 
la forme. 



60 Madame de La Fayette [CH. 

découvrit la date exacte de sa mort il écrivit: "Une chose est 
certaine ; c'est qu'il faut renoncer désormais à considérer Mme de 
La Fayette comme une jeune veuve.... et je suis certain que plus 
d'un parmi mes prédécesseurs en biographie fayettiste enviera 
cette trouvaille^." Il y avait de quoi, et pourtant si les prédé- 
cesseurs de M. d'Haussonville avaient été un peu plus conscien- 
cieux ils auraient pu. sans avoir accès aux documents qui n'ont 
été communiqués qu'à l'illustre biographe fayettiste, arriver 
à peu près au même résultat. Il aurait suffi, par exemple, de 
remarquer en Usant le contrat de mariage entre Mlle de Sévigné 
et le comte de Grignan, signé le 28 janvier 1669, que parmi les 
personnes qui furent témoins il y eurent Marguerite de Rostaing, 
veuve de Henri de Beaumanoir, Marie Madeleine de La Vergne, 
épouse du Marquis de La Fayette, Dame Françoise de Montalais, 
veuve du Comte Marans, etc.... Le Comte de La Fayette était 
donc encore vivant en 1669. Quant à fixer la date exacte de sa 
mort c'était plus difficile et pourtant, bien avant M. d'Hausson- 
ville, M. le Sénateur de La Fayette avait découvert cette date 
inscrite sur un vieux missel où se trouvait également l'état-civil 
de la famille. Il avait communiqué à M. Feuillet de Couches 
cette trouvaille et dans son étude sur la comtesse, écrite avant 
1887 (date de sa mort), ce dernier l'avait annoncée avec la mo- 
destie qui lui était habituelle. Malheureusement la mort enleva 
M. de Couches quelques mois plus tard et son travail resta inédit. 
Sa fille, Mlle Feuillet de Couches, a eu l'obhgeance de nous com- 
muniquer le manuscrit où on ht à propos de M. de La Fayette : 
"Jusqu'à ce jour on avait ignoré la date de sa naissance et 
celle de sa mort. Le Sénateur de nos jours, M. Edmond de La 
Fayette a retrouvé la trace de ce mari de notre comtesse. Il 
naquit le 18 Sept. 1616 à 4 heures du matin, au château de son 
père en Auvergne. Il décéda le 26 Juin 1683, à 4 heures du matin, 
dans ce même château et fut inhumé dans celui de Nades. 
M. Edmond de La Fayette a retrouvé cet état-civil dans un 
vieux missel à la suite duquel sont inscrites les notes de l'état- 
civil des membres de la famille de La Fayette." (Note en marge.) 
" Le nom du château du père est iUisible dans le volume^." 

1 Op. cit. p. 31. 

^ Ce livre d'heiires appartient aujourd'hui à M. G. de Pusy qui a eu 
l'obligeance de le mettre à ma disposition. Je remercie M. de Pusy de sa 
délicate bienveillance. Les notes sur l'ancienne famille de La Fayette 
sont aujourd'hm complètement illisibles mais plusieurs mains ont tenu 
à jour l'état-civil de la famille. Il y a parfois des erreiors (p. e. le mariage 



m] U Épouse 61 

Quel est donc le fait ou le sentiment qui, pendant vingt ans, 
contraignit le mari à ne figurer que peu ou pas du tout dans la 
vie de sa femme? On ne manque pas de nous faire remarquer 
aujourd'hui que la séparation a dû être complète et pour des 
raisons fort graves, puisque les contemporains ne prononcent 
jamais le nom du mari. Ce raisonnement est basé sur une erreur. 
Les contemporains en parlaient. Nous avons déjà vu que 
Guillard expliquait la séparation à sa façon. Et il n'est pas seul 
à faire mention de M. de La Fayette ; Madame de Sévigné en 
parle. Mais il n'y a rien de plus difficile que de ressusciter un 
homme tué par ses biographes — les annotateurs s'obstinent à 
expliquer aux lecteurs que le M. de La Fayette des lettres de 
la Marquise n'est pas celui qui nous intéresse mais son frère ou 
son fils, et ceci malgré des difficultés de date à peu près insur- 
montables. 

La première fois que nous rencontrons le nom de M. de La 
Fayette^ dans les lettres de Mme de Sévigné il ne s'agit que d'une 
mention sans importance à propos d'un domestique. Au mois 
de février 1673 Mme de La Fayette écrit à son amie : "Monsieur 
de Bayard et M. de La Fayette arrivent dans ce moment^." 
En 1676, Madame de Sévigné écrit de Vichy à sa fille: "Mme de 
Brissac avec le Chanoine, Mme de Saint-Hérem et deux ou trois 
autres me vinrent recevoir aux bords de la johe rivière de l'Allier. 
...M. de Saint-Hérem, M. de La Fayette, l'abbé Dorât, Plancy 
et d'autres encores, suivoient dans un second carosse ou à 
chevaP." Et quelques jours plus tard, elle écrit de nouveau*: 
"Il y a trois hommes qui ne sont occupés que de me rendre 
service: Bayard, Saint-Hérem, et La Fayette." 

De ces citations il ressort deux faits : d'abord, que M. de La 
Fayette allait voir sa femme à Paris longtemps après l'étabhsse- 

de Mme de La Fayette 1654 au lieu de 1655) qui font croire que les ins- 
criptions ont été faites par d'autres que les chefs de famille mais il y a 
là des détails que l'on ne pourrait trouver ailleurs. Le passage que M. Ed- 
mond de La Fayette communiqua à M. Feuillet de Couches est ainsi 
conçu, "François de la faïette nasquist 18 jour de Septembre 1616 à 
4 he;ares du matin au chastel d'Epinasse et fut baptisé à la paroisse ses 
parine et marjme Claude et Anne de Bourbon oncle et tante maternels. 
Led. franc, est décédé le 26 jviin 1683 à 4 heures du matin en la viUe 
d'Ebreuil (?) et a esté inhiuné à Nades le même jour." 

^ II. 462. En note: "Dans l'édition de la Haye, la seule qm donne 
cette phrase, il y a M. de La Fayette." Dans le texte on a imprimé Mme de 
La Fayette. 2 ibij. m. 316. 

3 Ibid. Vichy, le 19 mai 1676. " Ibid. le 24 mai. 



62 Madame de La Fayette [ch. \ 

ment de celle-ci dans la capitale, en 1673, ensuite, qu'il n'était | 

pas aussi ennemi de toute société que l'on voudrait le faire 
croire puisqu'il a pu mériter la reconnaissance de l'amie de sa : 

femme, lors de sa visite en Bourbonnais. ;| 

Cette séparation, peut-être moins complète qu'on ne l'ima- | 

ginait, a besoin toutefois d'être expliquée. Ici, tout est con- | 

jecture, car les documents font complètement défaut. Mais il 
ne s'ensuit pas qu'il soit nécessaire de bâtir tout un roman pour , 

combler la lacune. Au contraire, ce manque de documents, à I 

notre avis, motive une explication simple, car si vraiment il y t 

avait eu un drame, certaines médisances seraient parvenues 
jusqu'à nous. Nous écarterons pour le moment la question de 
la liaison avec de La Rochefoucauld^ dont nous parlerons à sa 
place. Voici notre hypothèse, basée en partie sur la correspon- 
dance inédite de la comtesse ; mais, reconnaissons-le sans tarder, 
elle ne s'appuie sur aucun document précis. 

Nous avons déjà vu, d'après la correspondance de Mme de 
La Fayette, que ses procès se succédaient et s'éternisaient au 
Palais de Justice de Paris. Ces procès rendaient sa présence 
nécessaire, et, de plus, sa santé exigeait des soins que l'on ne 
trouvait que dans la capitale. Elle faisait donc le voyage de 
temps en temps — parfois dans un état de santé si mauvais que 
seuls le bateau et la litière lui étaient supportables. Ces voyages 
coûteux, douloureux, dangereux même pour la malade, devaient 
être évités autant que possible, mais quand on plaidait il fallait 
être à Paris, sans quoi l'on risquait de perdre gros. Madame de 
La Fayette y j&t donc des séjours de plus en plus prolongés^ ; son 
mari, qui ne se trouvait pas à son aise dans les milieux qu'elle 
fréquentait, se consolait tant bien que mal chez lui. Peu à peu 
Mme de La Fayette fut ressaisie par la vie de Paris, elle reprit 
sa place dans le cercle de ses amis, dans les salons qui se for- 
maient ; elle entra à la cour de Madame Henriette, encouragée par 
cette pensée qu'abandonner Paris menaçait de nuire non seule- 

^ Nous traitons ailleurs de la date de cette liaison, date qu'il est peut- 
être nécessaire d'avancer. Il faudrait alors en considérer l'influence ici 
même — mais les preuves ne sont pas suffîsanunent probantes pour 
bouleverser ainsi l'opinion commiine. 

2 On n'a pas remarqué ces longs séjours à Paris dvi ménage La Fayette. 
On fait faire à la jeune femme un séjour ininterrompu en Auvergne de 
trois ou quatre ans. Mais elle écrit elle-même à cette époque: "Comme 
nos affaires sont tournées a nous tenir longtemps a Paris cela fait que 
ie ne veux pas une maison de si grand prix que si ie ne la devais tenir que 
six mois'" (inédit). 



iir] U Épouse 63 

ment à elle-même, mais en outre à l'avenir de ses enfants. C'est 
là qu'était la cour, et il ne se faisait rien en province, dans les 
états, dans les gouvernements, dans les armées que la Cour ne 
sût, ne surveillât. C'est de Paris, de la Cour, que partaient les 
seigneurs qui allaient dans leurs gouvernements, les hommes de 
guerre, les généraux, les diplomates. Les fils de M. de La 
Fayette ne pouvaient arriver sans influence car, bien entendu, 
il n'y avait que deux carrières d'ouvertes à un La Fayette, 
l'armée ou l'église. Pour avoir cette influence il fallait des rela- 
tions et ce n'est qu'à Paris qu'on en trouvait d'utiles. Mais 
toutes ces considérations n'expliquent que le séjour à Paris et 
non pas l'absence du mari. Il n'était pas homme du monde, il 
est vrai, il aimait la campagne, mais d'autre part il adorait sa 
femme — en tout cas pendant la lune de miel. Peut-être, lors- 
qu'il se vit hé à une femme continuellement malade, qui perdait 
rapidement sa beauté, son amour se refroidit-il un peu. Peut- 
être encore fut-il forcé, un peu malgré lui, de cesser ses relations 
avec sa femme pour ménager la santé de celle-ci'-. Dans ce cas 
la séparation à peu près complète était ce qu'il y avait de moins 
pénible pour tous les deux. Elle permettait au mari de visiter 
de temps à autre la maison de la rue de Vaugirard^ et d'y ren- 
contrer, comme il dût le faire, le duc de La Rochefoucauld — et 
avec un esprit tranquille. Si l'on admet certaines autres hypo- 
thèses on risque d'accuser M. de La Fayette d'avoir été un mari 
singulièrement complaisant. 

Très peu de temps après le mariage et avant que Mme de La 
Fayette ne fût venue s'étabhr à Paris, nous voyons la femme à 
Livry, et le mari en Auvergne, sans qu'il y ait eu de querelle. Au 
contraire, Mme de La Fayette est inquiète et demande des 
nouvelles de son mari. "le vous prie," écrit-elle de Livry, "de 

^ Une lettre à Huet jette iin peu de lumière sur ses souSrances à la 
naissance du second ( ? ) enfant. ' ' Quoique je sois accouchée très heureiise- 
ment contres toutes les apparences et que l'on travaille a me guérir avec 
assez de soin, l'on avance si peu que je n'espère pas mieiix de ma santé 
que lorsque vous étiez ici. Je crois que ma destinée est de n'en point 
avoir et je m'y soumets avec une patience qui adoucit mes maux, au 

lieu que l'inqmetude les aigrirait " Mss. fr. Bibl. Nat. Voir bibliog. 

(Correspondance ). 

2 "M. de la Fayette est a Paris et fort votre serviteur /' écrit-eUe 

à Huet le 15 mai 1663. M. Lemoine, à la p. 68 (note) de son article sur 
Louvois {Rev. de Paris, \^^ sept. 1907), affirme que M. de La Fayette est 
mort dans l'Hôtel de la rue de Vaugirard. Ceci est inexact d'après le 
missel de la famille. Voir la note à la p. 60. 



64 Madame de La Fayette [ch. 

scavoir de Mr Verjus s'il escrivit mardi a M. de La Fayette et 
s'il ne luy a point escrit pries le de ma part de luy escrire demain 
comme ie suis icy ie ne scay aucune nouvelle et ne puis luy en 
escrire." 

Un peu plus tard, elle écrit à Ménage que M. de La Fayette 
est très content des soins de l'abbé, et, plusieurs années après le 
mariage, elle écrit encore: "Je vous suplie denvoyer au logis 
de Mr Fournier, quy est le précepteur de mes anfans, la lettre pr 
Mr de Novion et il l'envoira (?) a Mr de La Fayette ce seroit 
du temps perdu de me l'envoyer icy adieu jusqu'à Fresnes...." 

Ménage paraît avoir été chargé non seulement de faire des 
démarches pour les procès, mais aussi de fournir à M. de La 
Fayette une espèce de gazette des nouvelles de Paris. Lorsqu'il 
est absent, c'est Mme de La Fayette qui s'en acquitte: "Je suis 
tout seule a Paris," écrit-eUe, " sérieusement ie n'y vois personne 
et ie passe céans des journées entières sans estre inte rompue 
d'aucune visite jay escrit aujourdhuy en Auvergne mais j'ay 
bien mal acomply vostre place pr les nouvelles." 

À d'autres moments le mari est à Paris — la femme en Au- 
vergne. "A moins que Mr de La Fayette me manda que ie suis 
absolument nécessaire a Paris," écrit-elle, "ie ne m'en iray que 
d'aujourdhuy en huit jours ie vous diray lors que ie seray a Paris 
ce qui me retient icy." 

Dans une autre lettre encore elle écrit : " Jenvoy a Paris pour 
scavoir des nouvelles de Mr de La Fayette dont ie suis en peine . . , . " 

Malgré cette attitude pleine d'égards de Mme de La Fayette, 
il est certain qu'après quelques années de mariage le mari ne 
compte plus guère dans la vie de sa femme. C'est elle qui paraît 
avoir tout organisé, tout dirigé, pour l'avenir de ses fils ; c'est elle 
qui s'occupe des biens de la famille ; après la mort de son mari 
elle affirme son autorité de chef de famille, dressant l'arbre 
généalogique de la maison des La Fayette. C'est à propos de ces 
dernières recherches que je trouve la seule critique qu'elle ait 
émise à l'adresse de son mari, dans sa correspondance avec 
Ménage. "Je songe a faire les cartiers de feu Mr de La Fayette," 
écrit-elle, "il n'a jamais songe a s'instruire de sa maison ie ne 
veux pas laisser mes enfants dans cette mesme negHge." 

Nous pouvons donc prendre congé du mari à cette époque 
de sa vie, mais avant de le faire il faut se demander quelle in- 
fluence ce mariage a pu avoir sur la vie de Mme de La Fayette. 
Comme futur auteur de la Princesse de Clèves, elle n'a certes pas 
à regretter son mariage — on ne conçoit pas ce roman écrit par 



-^ j 



m] U Épouse 65 

une vieille fille — ; nous pouvons donc oublier ici les déceptions 
de la femme pour ne parler que des profits de l'écrivain. 

Son séjour en province agrandit un peu son horizon. Il lui 
permit de rencontrer des étrangers, des provinciaux. Certes, 
elle en avait déjà rencontré, étant jeune fille, mais elle n'avait 
jamais eu une aussi bonne occasion de les étudier. Mariée, elle 
connaissait les rapports du mari et de la femme dans la vie 
sociale — elle en appréciait les avantages et les inconvénients. 
Elle goûtait la liberté d'action — et peut-être de parole — de 
l'épouse; elle jouissait de la joie d'être comtesse, de porter un 
nom ancien, mais elle était peut-être attristée par Féloignement 
de ses amis et le changement de miheu, et elle souffrait cruelle- 
ment d'avoir ajouté à une maladie déjà douloureuse les affres 
de la maternité. Enfin elle pouvait étudier la psychologie de 
l'homme amoureux, nous n'osons pas ajouter, puisque les 
preuves manquent, et de l'homme jaloux. 

Si le mariage fut pour elle une source de déceptions — qu'il 
y ait eu drame ou non — la situation d'épouse dut l'amener à faire 
de fréquentes réflexions et elle put comprendre mieux que per- 
sonne combien la question du mariage soulève de graves pro- 
blèmes qui lui sont particuhers. Nous ne voulons pas rechercher 
ici jusqu'à quel point la Princesse de Clèves est une autobio- 
graphie. Nous en parlerons plus loin, mais on ne peut s'empêcher, 
en étudiant la vie d'épouse de Mme de La Fayette, et plus tard 
son amitié avec La Rochefoucauld, de se dire "Il y a ici les 
éléments de la Princesse de Clèves," les personnages y sont — peut- 
être leurs relations n'existent-elles que dans l'imagination de 
l'auteur. Toujours est-il que les propres expériences de Mme 
de La Fayette, épouse, ont dû lui être utiles pour la préparation 
de son chef-d'œuvre. 



CHAPITRE IV 
LA DÉBUTANTE. 1659-1662 



Lorsque le mariage eut exilé Madame de La Fayette en pro- 
vince elle eut recours à Ménage pour qu'il la tînt au courant 
de ce qui paraissait chez les libraires de Paris; entre d'autres 
livres il lui fit parvenir, comme nous l'avons déjà dit, la Clélie. 
À ce sujet Madame de La Fayette lui écrit : "Je suis fort offencee 
que vous ne m'ayez point mande que vous esties dans Clelie 
vous avez voulu voir sans doute si ie vous recognoistrois he 
bien Monsieur ie vous ay recogneu au portrait et ie trouve votre 
pinture (sic) fort resemblante jay recogneu aussi Me du Plessis 
Mr de Mauleurier et le Port Royal du reste ie ny cognois quy 
que soit la Princesse d'Erice nest pas dépeinte tout a fait comme 
ie voudrois mandes moy ie vous prie quy est Merigene asseure- 
ment il n'y a rien de plus spirituel que ce livre la pour moi ie ne 
cesse de ladmirer....^." Madame de La Fayette, qui aimait à 
découvrir les originaux des portraits, put se livrer à cet amuse- 
ment dès le sixième tome du Grand Cyrus et avant d'arriver 
à la fin de ce roman elle dut exercer son ingéniosité sur les por- 
traits d'Angélique Paulet, de Mme de Rambouillet, de Julie 
d'Angennes, d'Angélique d'Angennes, du marquis de Montausier, 
de Godeau, de Conrart, de Chapelain, de Mlle de Scudéry, de 
Mme de Buisson et d'autres encore dont les modèles lui étaient 
peut-être connus, mais qui sont plus difficiles à identifier de nos 
jours. Si l'honneur d'avoir "lancé''' cette mode des portraits 
revient à Mlle de Scudéry, la grande Mademoiselle peut reven- 
diquer, à bon droit fort probablement, celui d'avoir séparé le 
portrait du roman pour en faire un genre Kttéraire à part. Elle 
écrit dans ses Mémoires (automne 1657) : "Dès que je sus la cour 
à Paris, j'y envoyai un gentilhomme pour lui faire mes excuses 
de ne m'y être pas rendue aussitôt, mais que mes affaires m'ob- 
ligeoient de demeurer encore à Champigny. Madame la princesse 
de Tarente et Mademoiselle de la TrémoïUe y vinrent deux ou 
trois fois, et y furent longtemps à chacune. Elles me montrèrent 

1 Corr. inéd. Coll. F. de C. 



CH. iv] La Débutante 67 

leurs portraits qu'elles avaient fait faire en Hollande. Je n'en 
avois jamais vu; je trouvai cette manière d'écrire fort galante 
et je fis le mien. Mademoiselle de la Trémoïlle m'envoya le sien 
de Thouars." 

"On dit à son Altesse Royale," lisons nous ailleurs, "que 
j 'avois fait mon portrait à Champigny ; il me demanda à le voir 
et me dit qu'il le trouvoit bien fait ; qu'il me conseilloit de ne le 
montrer à personne, de crainte que cette mode ne vînt et que 
l'on n'en fît de médisans et que l'on ne dît : C'est Mademoiselle 
qui en a donné l'invention. J'assurai son Altesse Royale que 
personne ne le verroit. J'avoue que je crus ce conseil un peu 
intéressé et qu'il craignoit que l'on ne fît le sien^," 

La promesse ainsi donnée n'a pas été tenue, semble-t-il, car 
il est certain que la mode des portraits s'imposa et qu'on fit des 
portraits médisants^. La vogue de ce nouveau genre littéraire 
fut tellement grande que le cardinal de Retz en est réduit à 
s'excuser ainsi, au début de ses mémoires: "Je sais que vous 
aimez les portraits et j'ai été fâché par cette raison de n'avoir 
pu vous en faire voir jusqu'ici aucun qui n'ait été de profil et 
qui n'ait été par conséquent fort imparfait." Il explique ensuite 
qu'il vient de sortir "du vestibule de son sujet" et aussitôt 
donne une série de dix -sept portraits. 

La mode ainsi lancée se répandit assez vite à travers la 
France et non seulement dans la haute société, mais aussi dans 
la bourgeoisie. Ainsi à côté des Portraits de la Cour (voir le 
tome vni. de la collection Dan j ou) nous trouvons Les Portraits 
des plus belles dames de la Ville de Montpellier^ et Les Portraits 
de Messieurs du Parlement^. Bussy-Rabutin en parsème ses 

^ Mém. de Mlle Chéruel, ir. 181. Nous ne connaissons qu'une mono- 
graphie sur les portraits: Arthur Franz, Das l'derarische Portrdl in Frank- 
reich im Zeitalter Richelieus und Mazarins. Berlin, 1906. C'est \ine 
thèse très allemande sur xna genre très français. Comme le sujet ne 
nous intéresse qu'en ce qui concerne Mme de La Fayette no\is n'en 
donnerons pas la bibliog. détaillée. Voir Lanson, Man. de Bibliog., et 
Uart de la Prose. Emile Magne, Mme de la Suze, pp. 232, 233, notes. 
M. Magne donne, en passant, plus de renseignements bibliographiques en 
deux notes que M. Franz n'en donne dans toute sa thèse. Lachèvre, 
Bibliog. des recueils.... A. Barine, Louis XIV et la Grande Mlle, pp. 131 
et suiv. Richelet, Les plus belles lettres.... Sorel, Ch., Descr, de Visle de 
portraicture..., 1659. Cousin, La Soc.fr. d'après le Gr. Cyrus. 

2 II }• a des portraits satiriques dans Sorel, op. cit., et il existe des 
Portraits de la Cour en contrevérité, 1659, que nous n'avons pas \'tis. 

3 Rosset, 1660. * Bibl. Arsenal, Fonds de VHist. de Fr. N" 420, in 4». 

5—2 



68 Madame de La Fayette [ch. 

mémoires et on en rencontre dans les écrits diplomatiques et 
politiques^. Ils encombrent les romans^ et leur attirent les 
railleries de Boileau qui fait dire à Sapho dans Les héros de 
roman: "Qui? Tisiphone? Je la connais, et vous ne serez peut- 
être pas fâché que je vous en fasse voir le portrait, que j'ai déjà 
composé par précaution, dans le dessein où je suis de l'insérer 
dans quelqu'une des histoires que nous autres faiseurs et fai- 
seuses de romans sommes chargés de raconter à chaque livre de 
notre roman." Les portraits envahissent les comédies et trou- 
vent place jusque dans les sermons de Bourdaloue. D'abord 
jeux de précieuses, avant de tomber dans le mépris ils ont 
atteint la perfection dans les Caractères de La Bruyère. 

C'est Segrais qui fut chargé par Mademoiselle de préparer 
une édition des portraits qu'elle avait collectionnés. Cette 
édition fut imprimée à Caen en 1659 in 4P, et Huet qui s'y 
trouvait à cette époque surveilla particulièrement l'impression. 
Segrais, d'après le Segraisiana, dit : "J'ai aussi fait imprimer avec 
M. . . . (Huet) un recueil de cent portraits de différentes personnes^. 
Il y en a bien quarante de la composition de Mademoiselle ; on 
n'en a tiré que trente exemplaires*." C'est dans ce recueil que 
parut le Portrait de Madame de Sévigné par Madame la 
comtesse de La Fayette sous le nom d'un inconnu — première 
œuvre httéraire pubhée par elle^. Il est intéressant de noter, en 

^ Voir De Boislisle, Les portraits dans les écrits dip. et pol. Bull. 
Soc. Hist. Fr. 1896, T. xxxiii. 

2 II y a dans la Clélie non seulement des portraits mais aussi une 
discussion sur le genre (ix. 284) et d'autres remarques sur le même sujet 
(X. 1035). 

^ La pe éd. renfermait 59 port, dont 16 de la main de Mademoiselle. 

* Brédif {Segrais, etc.) aurait vu à la Bibl. Nat. 60 exemplaires de 
cette première éd. Malheureusement notre patience s'étant mainte fois 
fatiguée à attendre la communication d'van seul exemplaire d'un ouvrage 
publié au XVII'' siècle et qui n'était pas encore porté sur le cat. gén., 
nous n'avons pas osé demander la communication de 60 ex. du même 
ouvrage, mais nous croyons que Brédif se trompe à son tour et qu'il a 
pris une des nombreuses réimp. (voir bibliog.) pour l'éd. orig. Les 
chiffres donnés par le Segraisiana sont, cependant, peut-être un peu 
au-dessous de la vérité. Nous trouvons, en effet, sur la feuille de garde 

de l'ex. L 37 b 187 de la Bibl. Nat. la note MS. suiv "Il n'en a esté 

tiré que 60 exemplaires. On sçait cette particularité de M, Huet luy- 
même qui l'a dit en 1718 à un de ses amis." 

^ Il est bien question dans la Corr. de Bussy (i. 262) d'tme lettre pour 
se moquer des mots à la mode "qu'elle a donnée au public" — ^nous ne 
savons pas à quelle date. Était-ce avant ou après 1659? En tout cas 
ce n'est qu'une bagatelle sans visée littéraire — bien que spirituelle. 



IV ] La Débutante 69 

passant, que cet ouvrage inspiré par le caractère de sa meilleure 
amie, Madame de Sévigné, fut publié sous la direction de Huet, 
à qui elle communiqua plus tard les feuilles de Zàide au fur et 
à mesure de leur achèvement^, et de Segrais qui sera son col- 
laborateur dans la préparation de ce même roman, qui le pré- 
sentera au public sous son nom, et aura, en outre, l'honneur de 
se voir attribuer la Princesse de Clèves. 

Il ne faudrait pas négHger la part d'influence qui revient à 
cette mode dans l'éducation littéraire de Madame de La Fayette. 
Avant d'écrire ce portrait et bien longtemps après sa publication 
elle dut lire et entendre discuter, louer et critiquer, un grand 
nombre d'ouvrages de ce genre. C'était un excellent apprentis- 
sage qui la préparait à peindre comme elle le fera plus tard 
"l'intérieur des gens^." Il ne faut pas en effet se méprendre sur 
le véritable but des portraits. Bien que leurs auteurs aient com- 
mencé d'ordinaire par dépeindre la figure et l'extérieur d'une per- 
sonne, puis les talents qui dépendent des avantages physiques : 
armes, danse, chant, et n'aient songé que plus tard à l'esprit 
et au cœur, ils n'avaient nullement l'intention de "faire voir" 
la personne à la façon de nos modernes réalistes. Il leur suffisait 
d'appeler l'attention des lecteurs sur diverses particularités, de 
faire naître de ces particularités des idées ingénieuses, de les 
rassembler en rapports piquants, en un mot "de mêler si inti- 
mement l'exercice de l'esprit du peintre à la description des 
caractères du modèle que l'on ne sache pas ce qui intéresse ou 
amuse le plus, le modèle étudié ou le tour donné à cette étude^." 

C'est l'étude de l'esprit et du cœur qui fut le meilleur exercice 
pour les écrivains et c'est ce qui, chez eux, nous intéresse le plus 
aujourd'hui; là seulement se trouve l'intérêt durable des Por- 
traits. La même franchise était de règle en parlant et du corps 
et de l'esprit, mais si nous n'avons qu'un intérêt médiocre à 
savoir, sous la plume de la duchesse de Châtillon elle-même, 
qu'on ne peut avoir la jambe ni les cuisses mieux faites qu'elle 
ne les avait, nous ne pouvons pas être indifférents à l'amour de 
liberté et d'indépendance, et aux opinions sur la loyauté et 
l'honneur que plusieurs portraitistes découvrent chez leurs 
modèles. Madame de La Fayette paraît se rendre bien compte 

1 Voir notre chapitre sur Zaïde. 

2 Ce joli mot, relevé par A. Barine (Louis XIV et la Gr. Mlle, p. 137), 
est de la marqmse de Maixny, qui écrit dans son portrait {Gai. port. Éd 
Barthélémy, p. 75), "Je connais assez l'intérieur des gens." 

^ Lanson, L'Art de la Prose, p. 128. 



70 Madame de La Fayette [CH. 

de l'importance de la "partie morale" du portrait. Pour 
suivre la règle établie, elle nous parle des attraits physiques de 
la marquise, ou plutôt par un tour ingénieux, elle nous dit qu'elle 
n'en parlera pas, ce qui est la meilleure façon de nous en informer. 
"Je ne veux point vous accorder de louanges," écrit-elle, "et 
m'amuser à vous dire que votre taille est admirable, que votre 
teint a une beauté et une fleur qui assurent que vous n'avez que 
vingt ans, que votre bouche, vos dents et vos cheveux sont in- 
comparables; je ne veux point vous dire toutes ces choses, votre 
miroir vous le dit assez." Est-elle grande, est-elle petite, forte 
ou maigre, brune ou blonde ? N'importe ! Madame de La Fayette 
a été spirituelle et l'expression est bien tournée en même temps 
que flatteuse. Après dix Ugnes de portrait physique nous aurons 
deux pages de portrait moral. 

Mais le portrait n'est pas nécessairement tout d'éloges et 
même dans la partie morale on peut dire un mot sur la figure. 
On peut glisser sur les défauts, mais non les taire. Il faut être 
sincère, non seulement pour l'amour de la vérité, mais aussi 
pour montrer qu'on a de la clairvoyance. Madame de La Fayette 
écrira donc: "Lorsqu'on vous écoute, l'on ne voit plus qu'il 
manque quelque chose à la régularité de vos traits, et l'on vous 
croit la beauté du monde la plus achevée." Pour ce qui concerne 
le caractère en général, il faut trouver une phrase pour le résu- 
mer et Madame de La Fayette y réussit à merveille : "Enfin la 
joie est l'état véritable de votre âme, et le chagrin vous est plus 
contraire qu'à personne du monde." C'est ainsi que nous voyons 
la marquise à travers sa correspondance. Et pourtant elle avait 
bien des causes de chagrin, et Madame de La Fayette effleure 
aussitôt la plus grande d'entre eUes. Ce n'est qu'une insinuation, 
bien cachée sous le ton galant et badin de la phrase, mais elle 
a dû être remarquée et appréciée par les contemporains et sur- 
tout par les contemporaines. "Vous êtes naturellement tendre 
et passionnée," écrit-elle, "mais, à la honte de notre sexe, cette 
tendresse vous a été inutile, et vous l'avez renfermée dans le 
vôtre, en la donnant à Madame de La Fayette. Ha ! Madame, 
s'il y avoit quelqu'un au monde assez heureux pour que vous 
ne l'eussiez pas trouvé indigne de ce trésor dont elle jouit, et 
qu'il n'eût pas tout mis en usage pour le posséder, il mériteroit 
toutes les disgrâces dont l'amour peut accabler ceux qui vivent 
sous son empire." Le marquis de Sévigné était encore en vie 
en 1650 et " il aima partout," dit Bussy dans son Histoire Généalo- 
gique, "et n'aima jamais rien de si aimable que sa femme," Du 



iv] La Débutante 71 

coup Madame de La Fayette flétrit le mari et atteste l'honnêteté 
de la femme, car dès cette époque la femme délaissée ne manquait 
pas d'admirateurs, mais "elle n'aima jamais que son mari," dit 
Bussy, "bien que milles honnêtes gens" (le bon apôtre était du 
nombre) "eussent fait des tentatives auprès d'elle^." 

Bien qu'en général la langue du dix-septième siècle soit plus 
propre à l'analyse morale qu'à la peinture, on pourrait croire 
quand il s'agit d'un portrait, qu'il y aurait une étude intéres- 
sante à faire sur le style, sa couleur, ses images. On se rappelle 
qu'avec cette même langue La Fontaine a pu nous faire des 
eaux-fortes d'une finesse incomparable et parfois d'un réalisme 
saisissant. Mais il ne faut chercher ni réalisme ni éclat du 
style dans les portraits. Bussy nous dit que Madame de Sévigné 
a les cheveux blonds ; Madame de La Fayette nous dit qu'ils 
sont admirables. Et ici c'est Bussy qui, pour une fois, n'est pas 
dans le goût général de son siècle: la plupart des "portraitistes" 
donnent aux portraits qu'ils peignent des cheveux "incom- 
parables" ou même d'une "couleur admirable qui sied à toutes 
sortes de teints," la taille "belle," les yeux "brillants et doux," 
une bouche qui a "toutes les grâces." Madame de La Fayette 
ne procède pas de façon différente. Comme M. Lanson l'a si 
bien fait remarquer, son style est "de très haute qualité in- 
tellectuelle, sans puissance artistique^." Dès le début elle nous 
habitue à ce style net, sobre, un peu sec mais d'une mesure et 
d'un bon goût exquis. C'est ce que les contemporains admirent 
et Racine lui-même n'écrira pas autrement sa prose^. 

II 

Il est d'usage avant de parler des romans de Madame de 
La Fayette de donner un court résumé de l'histoire du genre 
pour aider le lecteur à mettre l'œuvre de Mme de La Fayette 
à la place qu'elle doit occuper dans l'évolution du roman. La 
situation, d'après ces résumés, est fort simple. Il eut d'abord des 
Astrée, des Cléopâtre, des Polexandre, des Grand Cyrus, des Clélie. 

1 Costar trouve que l'inconnu ne connaît pas assez Mme de Sévigné 
et ajoute: "Je ne stiis pas trop mal satisfait de ce qu'il dit de votre visage 
et de votre taille; Mais bon Dieu! s'il était entré bien avant dans votre 
âme il y aurait bien découvert d'autres trésors que ceux dont il parle." 
Sév. Lett. I. pp. 426, 428. 

2 L'Art de la Prose, p. 13. Ce jugement s'applique mieux aux œuvres 
de début qu'à la Princesse de Clèves. 

^ Voir p. e. VHistoire de Port-Royal. 



I 



72 



Madame de La Fayette 



[CH. 



On ne manque pas de montrer la longueur et la complexité 
de ces romans interminables, on cite le nombre des volumes, on 
compte les pages ; et leur longueur n'est pas leur seul défaut, 
paraît-il, ils sont romanesques, fantastiques, sans vérité dans la 
peinture des mœurs, complètement éloignés de la vie de ce 
monde et préoccupés d'une autre vie imaginaire, sans contact 
avec la réalité. D'autre part, l'esprit gaulois menait une ré- 
action sourde contre cette littérature artificielle ; il la parodiait 
dans le Berger extravagant, et tournait lui-même au réalisme 
grossier dans V Histoire comique de Francion. Nous ne parlerons 
pas du Roman bourgeois, comme ont fait la plupart de nos de- 
vanciers, puisqu'il est de 1666. Entre ces deux genres il n'y 
aurait eu rien au début du XVIIe siècle. Enfin Madame de La 
Fayette vint. Encouragée qu'elle était par les succès de son 
portrait de Madame de Se vigne "l'envie dut naturellement lui 
venir de mettre à profit ce don de peindre les personnes et les 
caractères qu'on semblait lui reconnaître. Mais un autre senti- 
ment dut lui mettre également la plume à la main. Ce fut la 
réaction de son bon goût et de sa sobriété contre le langage 
ampoulé que les romans d'alors prêtaient aux amants et contre 
la longueur des développements donnés à leurs aventures. Dans 
l'histoire du roman français, ce ne serait pas en effet faire une 
place suffisante à Mme de La Fayette que de ne pas reconnaître 
qu'elle a inauguré un art nouveau^." 

Il y a du vrai dans cette façon commune d'envisager le rôle 
de Mme de La Fayette mais on y trouve aussi une grande part 
d'erreur. Nous n'avons nullement l'intention de diminuer 
l'importance de ce rôle mais la vérité nous défend de fausser, 
tant peu qu'il soit, l'histoire littéraire pour grossir l'importance 
et l'originahté des innovations qu'on doit à l'auteur de la 
Princesse de Montpensier. 

Parler d'abord des "romans interminables" pour présenter 
subitement, en vrai coup de théâtre, le petit in 12» de Mme de 
La Fayette, c'est tout simplement mystifier le lecteur. Après 
avoir étudié les romans du temps, il faudrait leur comparer le 
premier roman de Madame de La Fayette — Zaïde — dont le 
caractère assez complexe et assez romanesque fait songer à une 
évolution plus qu'à une révolution. Et, d'autre part, si l'on 
tient à démontrer que la Princesse de Montpensier fut un événe- 
ment littéraire, l'entrée en matière de cette démonstration 
devrait être un résumé de l'histoire, non pas du roman, mais de 
^ D'Haussonville, op. cit. p. 158. 



rv] La Débutante 73 

la nouvelle. Si l'on estime qu'il faut faire un mérite à Madame de 
La Fayette, non seulement des dimensions de son livre, mais 
aussi de la façon dont elle en traita le sujet, et de la vraisem- 
blance, de la vérité même qu'elle mit dans la peinture des per- 
sonnages, il ne faudrait pourtant pas aller jusqu'à lui attribuer 
le monopole du bon goût et jusqu'à faire de sa première nouvelle 
un fait de révolution littéraire. La Princesse de Montpensier est 
peut-être la première nouvelle psychologique que nous lisons 
encore aujourd'hui; nos connaissances littéraires semblent ne 
pas remonter plus haut ; au lieu de nous indiquer que certaines 
nouvelles antérieures peuvent avoir quelques points communs 
avec la Princesse de Montpensier, elles se contentent de nous 
signaler l'existence d'énormes romans, le Grand Cyrus, la Clélie 
et d'autres, que personne ne lit. L'opposition est trop facile. 
En réalité, si Mme de La Fayette a le mérite d'avoir fait la 
première œuvre de ce genre, digne de venir jusqu'à nous, 
n'oubUons pas qu'il y eut des antécédents ignorés du grand 
public, mais dont l'importance littéraire est grande. 

Nous remettons à notre chapitre sur la Princesse de Clèves 
l'étude détaillée du roman psychologique avant Madame de La 
Fayette, mais nous allons essayer de montrer dès maintenant 
quelle place occupe la Princesse de Montpensier dans l'histoire 
du roman. Nous nous étonnons un peu de voir présenter cette 
nouvelle comme la contrepartie des romans de Mlle de Scudéry. 
Pour nous, elle n'en est qu'un développement logique et, vu le 
caractère de Madame de La Fayette, presque inévitable. 

Les romans romanesques s'occupaient surtout d'amour et 
même au milieu de leur fatras et de leur invraisemblance ils 
contenaient un semblant d'étude psychologique. Mlle de Scu- 
déry reprit cette étude psychologique et l'appliqua aux amours 
de personnages réels, cachés sous des noms fantaisistes ou 
historiques. Voilà donc une étape franchie et c'est une étape 
importante. Ces personnages dont les modèles étaient réels 
n'étaient pas très près de la vérité, à notre avis, mais ils étaient 
suffisamment ressemblants pour être reconnus par les contem- 
porains sans l'intervention des on-dit ou des clés, puisque Mme 
de La Fayette, éloignée de Paris, parvenait à les reconnaître. 
Victor Cousin, entraîné par la thèse qui lui est chère, et ne 
pouvant, comme les contemporains, séparer le vrai du roma- 
nesque, s'accusa de naïveté pour avoir pris ces portraits trop à 
la lettre. Nous nous garderons bien de prétendre qu'ils étaient 
d'une exactitude et d'un réalisme achevés, et nous n'oubherons 



74 Madame de La Fayette [CH. 

pas ce que nous dit Richelet^ à ce sujet : " Il ne faut pourtant pas 
peindre si fort d'après nature qu'on n'aille un peu au delà ; mais 
sans choquer la vraisemblance. Les grands peintres le pratiquent 
de la sorte; et on doit les imiter." Il n'en reste pas moins vrai 
que Mlle de Scudéry avait à étudier ses contemporains et qu'elle 
arrivait à en faire des portraits ressemblants bien qu'idéalisés. 

La seconde étape de cette évolution de l'étude psychologique, 
c'est le portrait tel que Mademoiselle l'a pratiqué. Nous n'en 
avons qu'un de la plume de Madame de La Fayette mais, dans 
une société où tout le monde s'y appliquait, il n'est pas trop osé 
de dire qu'elle dut en écrire plusieurs et en discuter bien da- 
vantage. Elle s'exerçait à dépeindre ses contemporains. Oui, 
nous dira-t-on, mais de là à la nouvelle "réaUste" si j'ose em- 
ployer ce mot appliqué à la Princesse de Montpensier, il y a 
l'étape peut-être la plus importante dans le progrès du roman. 
Il fallait avoir deux choses en vue, d'abord faire une peinture 
vivante d'un personnage sans faire connaître le modèle et le 
nommer par son nom. Ensuite, il fallait, en s'y appliquant avec 
talent, donner à ce nouveau genre une place à côté de la Nouvelle 
pour arriver, en reliant une succession de portraits par une in- 
trigue, aussi menue qu'elle soit, à obtenir la Nouvelle psycholo- 
gique. Évidemment, mais ici encore les obstacles à franchir 
n'étaient pas insurmontables. 

Plusieurs années avant la publication de la Princesse de 
Montpensier, on discutait sur les romans à la mode, et dans le 
monde que fréquentait Mme de La Fayette, on croyait à la 
possibihté d'un roman plus vraisemblable, sinon plus vrai. 
En 1656, Segrais nous représente six personnes, dont Mademoi- 
selle, rassemblées au château de Saint-Fargeau^ et racontant 
des histoires à l'imitation de la reine de Navarre. Quand un 
conte était terminé, les personnes présentes le critiquaient; leurs 
observations sont fort intéressantes, car elles donnent le pour 
et le contre sur les questions httéraires du moment. On vient 
à parler des romans où figurent des personnages à noms grecs 
et romains. L'un les attaque, l'autre les défend et enfin Aplanice 
(Mme de Valençay) dit: "Et combien est-il venu d'avantures 
à nostre connaissance qui ne seroient point désagréables si 

^ Les plus belles lettres françaises. Réflexions star le portrait, p. 118. | 

^ Appelé, Le château des six tours. Les personnes présentes étaient: ** 

Aurélie (Mademoiselle), Fronténie (Mme de Frontenac), Aplanice (Mme 
de Valençay), Gélonide (La comtesse de Fiesque), Silérite (La marquise 
de Mauny), et Uralie (Mme de Choisy). 



iv] La Débutante 75 

elles étoient écrites? Sçait-on toutes les actions particulières? 
Je ne voudrois pas faire donner une Bataille où il ne s'en est 
point donné. Mais a-t-on publié tous les accidents qui sont ar- 
rivé dans celles qu'on a données? A-t-on divulgué toutes les 
galanteries qui se sont faites dans la vieille cour et sçaura-t-on 
toutes celles qui se font aujourdhuy^ ? " 

En attendant que Madame de La Fayette divulgue de main 
de maître les galanteries de la vieille cour, ces dames, d'après 
Segrais, racontent des histoires qui font voir "les choses comme 
elles sont et non pas comme elles doivent être^." On va même 
plus loin, puisqu'on essaie de définir la nouvelle et de la dis- 
tinguer du roman. Après la phrase que nous venons de citer, 
Segrais continue : "Au reste il me semble que c'est la différence 
qu'il y a entre le Roman et la Nouvelle que le Roman écrit les 
choses comme la bien-sçéance le veut et à la manière du Poète : 
mais que la Nouvelle doit un peu davantage tenir de l'histoire 
et s'attacher plustost à donner des images des choses comme 
d'ordinaire nous les voyons arriver que comme nostre imagina- 
tion se les figure." 

On ne peut pas dire que Segrais ait appliqué, dans le recueil, 
les principes qu'il énonce dans la préface et au cours des con- 
versations critiques qui séparent les nouvelles. L'essai est 
pourtant fort intéressant, car il marque un pas en avant et 
montre que l'évolution fut graduelle — Segrais, pas plus que 
Madame de La Fayette, n'ayant d'un seul coup transformé le 
genre. On pourrait en juger d'après ce résumé de la première 
nouvelle du recueil. Le comte d'Arenberg, un Allemand, est 
attaqué par des brigands en Italie; malgré son courage il va 
succomber quand le comte d'Almont, un Français, se jette dans 
la mêlée et met les brigands en fuite. Les deux voyageurs se 
lient d'amitié et voyagent ensemble jusqu'au moment où le 
comte d'Almont est rappelé en France. Plus tard, de passage 
à Paris, le comte d'Arenberg désire vivement revoir son ami. 
Il entre dans une éghse, assiste, par un pur hasard, au mariage 
de cet ami et, pendant la cérémonie devient amoureux de la 
jeune mariée. Naturellement, il lutte contre les sentiments qui 
le poussent à trahir celui à qui il doit la vie. Sa résistance n'est 
pas assez forte et il cède au désir d'être auprès de celle qu'il 
aime. Déguisé en fiUe, il se fait appeler Eugénie, et entre, par 

^ Les Nouvelles Françoises, ou les divertissements de la Princesse 
Aurélie (sans nom d'auteur). L'épître est signée: Segrais. 
2 Critique de la première nouvelle. 



76 Madame de La Fayette [ch. 

l'intermédiaire de sa logeuse, au service de la comtesse. Il gagne 
la confiance de celle-ci et veut la pousser à avouer ses vrais 
sentiments à l'égard de son mari. La confidence qu'il reçoit est 
loin d'être conforme à ses désirs car il apprend que la comtesse 
aima, avant son mariage, le chevalier de Florençal. Mal- 
heureusement, ce dernier qui était cadet de grande maison, 
était trop pauvre pour l'épouser ; il la respectait tout en l'aimant 
passionnément et la traitait "comme une sœur." Le mariage 
de la comtesse l'a mis au désespoir et, précisément au moment 
où elle fait ses confidences à "Eugénie," il vient de lui demander 
un rendez-vous d'adieu. Après avoir longuement hésité, la 
comtesse lui accorde une entrevue dans les jardins du Palais 
Royal. Sur ces entrefaites, elle apprend que son mari revient 
de Saint-Germain ce jour-là. Aussitôt elle charge la fausse 
Eugénie de porter une lettre au chevalier pour lui donner 
rendez -vous dans son jardin, mais elle ordonne de ne remettre 
cette lettre que si le destinataire est "bien opiniâtre." Non 
seulement elle prie sa "femme" de confiance de persuader à 
Florençal de ne pas chercher à la voir mais elle conclut: "ce soir 
la porte du jardin qui regarde sur la petite rue sera ouverte mais 
qu'il songe bien à ce que je fais pour lui." Arenberg souffre 
beaucoup en apprenant qu'il a un rival aimé et il ne sait s'il 
faut remettre la lettre ou appeler Florençal en duel. Après une 
longue promenade, il se décide à remplacer le chevaUer au 
rendez-vous et, au moment où il traverse les Tuileries, il déchire 
et jette la lettre. Le mari, en revenant, voit l'écriture de 
sa femme sur les morceaux de papier jetés par terre, il les ra- 
masse. De retour chez lui, il les rassemble et lit le billet fixant 
le rendez-vous. Il cherche dans les cassettes de sa femme, mais 
ne trouve rien, la comtesse ayant brûlé les lettres de Florençal 
après avoir confié son secret à "Eugénie." Un examen des 
cassettes de cette dernière met à jour des lettres écrites par le 
comte à Arenberg. Le comte est, naturellement, complètement 
dérouté. Pour être renseigné sur l'amant de sa femme, il attend 
derrière la petite porte. La comtesse, prévenue des recherches 
de son mari, se garde bien d'y aller et pour empêcher Florençal 
de pénétrer dans le jardin elle fait pousser les verrous avant 
l'arrivéede son mari. Arenberg essaie d'ouvrir la porte et la trouve 
fermée. Le comte le voit faire les cent pas dans la rue, sans 
pouvoir le reconnaître. À la fin, exaspéré, il fond sur lui, l'épée 
à la main. Arenberg se défend et bat en retraite, mais le comte, 
furieux, se jette sur son épée et s'enferre. On le rapporte à la 



I 



iv] La Débutante 77 

maison et la comtesse est au désespoir. "Elle s'imaginoit que 
toute innocente qu'elle estoit elle estoit coupable d'un si grand 
crime." Malgré le récit de son mari elle est convaincue que c'est 
Florençal qui l'a frappé. Après la mort de son mari qui, au 
dernier moment, apprend la vérité par la bouche de certains 
moines et pardonne à son ami meurtrier, la comtesse poursuit 
Arenberg, mais sans succès, puisqu'il s'est fait religieux en Italie. 
Enfin, deux années après la mort du mari, étant maintenant 
riche de ses biens, elle épouse le chevalier de Florençal. 

Certes, ce récit est assez romanesque et les coïncidences 
heureuses pour la marche de l'action jouent encore un trop 
grand rôle, mais il faut remarquer que les incidents se produisent 
en France, qu'il s'agit d'un Français et d'un Allemand con- 
temporains, et que l'époque est bien moderne puisqu'il est fait 
mention de la bataille de Lens^ et du départ du roi pour Saint- 
Germain avant le siège de Paris. Nous relevons, parmi les criti- 
ques qui suivent la nouvelle, celle-ci : au lieu de faire retirer l'Alle- 
mand dans un couvent on aurait mieux fait de le faire périr à la 
bataille de Cambrai qui eut heu la même année. On remarquera 
ce souci d'actuaUté et de vraisemblance. 

Réduire un peu l'élément romanesque, sans toutefois éliminer 
toutes les coïncidences, châtier un peu le style, sans le débar- 
rasser complètement de sa préciosité, développer l'étude psy- 
chologique, donner des noms historiques aux personnages et 
punir l'épouse, bien qu'elle n'ait péché qu'à moitié, voilà ce 
que semble s'être proposé Mme de La Fayette en écrivant la 
Princesse de Montpensier, qui dès lors apparaît, non plus comme 
un miracle surgi on ne sait comment ni pourquoi, mais comme 
le corollaire des œuvres qui l'ont précédée, et comme la mise 
en œuvre des opinions ambiantes^. 

Notre intention n'est pourtant pas de laisser croire que le 
progrès accompli ne fut pas grand. Il faut hre et relire cette 
nouvelle pour en apprécier toutes les quaUtés, mais le résumé 
suivant (venant aussitôt après celui que nous avons donné d'une 
nouvelle de Segrais) en fera ressortir quelques-unes. 

Mademoiselle de Mézières est fiancée au duc du Maine, mais 

1 1648. 

2 L'abbé d'Aubignac dans sa Macarise, 1663, réagit également contre 
les romans du genre Scudéry. "'Quant aux romans d'imagination," dit-il, 
"les sages se contentent de les mépriser sans les blâmer." Voir au sujet 
d'Aubignac: Charles Arnaud, Les théories dramatiques au XV II" siècle. 
Paris, 1881. 



78 Madame de La Fayette [ch. 

le frère de son fiancé, le duc de Guise, l'aime et en est aimé. 
Pour des raisons politiques on désire unir Mlle de Mézières au 
prince de Montpensier et elle accepte d'autant plus facilement 
le revirement de ses parents qu'elle comprend combien il serait 
dangereux pour elle d'avoir un beau-frère qu'elle aimerait. Le 
prince son mari a un ami dévoué, le comte de Chabannes. Resté 
auprès de la princesse pendant l'absence de son mari à la guerre, 
il ne peut pourtant pas s'empêcher d'en devenir amoureux et 
après avoir longtemps caché son amour il le déclare. La prin- 
cesse écoute Chabannes sans s'emporter et lui dit froidement 
qu'il ne réussira jamais auprès d'elle. Elle lui avait déjà confié 
que son amour pour le duc de Guise était presque éteint ; même 
après sa déclaration elle ne cesse pas de lui faire des confidences 
à ce sujet. Apprenant, peu après, que la renommée de Guise 
commençait à faire du bruit, elle "avoue qu'elle en sent de la 
joie." Après une absence de deux ans, le mari revient et l'ami 
dévoué fait de son mieux pour le rapprocher de sa femme, sans 
penser à sa propre passion. Malheureusement, le prince est 
bientôt rappelé à la cour et cette fois-ci Chabannes l'accom- 
pagne. Les hasards de la guerre amènent les ducs d'Anjou et 
de Guise tout près de Champigny, oii la princesse habite et où 
son mari vient de temps à autre. La rencontre inévitable se 
produit et non seulement Guise sent renaître tout son amour 
pour la princesse mais Anjou en est également épris. Le prince 
de Montpensier devient furieusement jaloux du duc de Guise. 
Pour mettre sa femme à l'abri de la guerre, il l'installe à Paris 
où le duc d'Anjou vient bientôt fréquenter la cour. Madame, 
plus tard reine de Navarre, encourage le duc de Guise qui est 
ainsi en bonne posture de faire un très beau mariage. Mais 
Guise saisit une occasion pour déclarer son amour à la princesse 
de Montpensier et pour lui faire plaisir abandonne toute visée 
sur Madame. Touchée de ce désintéressement, la princesse 
s'abandonne un peu à son amour, mais non sans honte. Le 
mari jaloux veille et la femme qui connaît cette surveillance 
voudrait prévenir Guise dans une assemblée et lui dire de s'occu- 
per uniquement de Madame. Malheureusement une similitude 
de costume trompe la princesse et ses paroles, adressées au 
masque qui s'approche d'elle, sont recueillies, non pas par Guise, 
mais par le duc d'Anjou, qui est ainsi renseigné, du coup, et du 
succès de son rival et que ce dernier sacrifie Madame à la prin- 
cesse. Le duc d'Anjou exploite ce qu'il vient d'apprendre pour 
faire tort à Guise auprès du roi et pour faire croire à la princesse 



iv] La Débutante 79 

de Montpensier que son "amant" la trahit. Ému par les 
reproches de la princesse, Guise fait annoncer son mariage 
avec la princesse de Portien. Ce sacrifice éclatant, suivi 
d'une explication entre lui et la princesse de Montpensier, fait 
faire un grand pas à leur amour et lorsque l'absence de la prin- 
cesse à Champigny rend nécessaire un commerce de lettres, c'est 
au fidèle, bien que toujours amoureux, Chabannes que la prin- 
cesse a recours pour les porter. C'est encore Chabannes qui 
organise l'entrevue inévitable, c'est lui encore que le mari 
réveillé trouve dans l'appartement de sa femme, car il fait 
échapper Guise et se sacrifie pour sauver la femme qu'il aime 
toujours. Délaissée par son mari qui la croit plus coupable 
qu'elle ne l'est en réaUté, ayant perdu son ami Chabannes qui 
a été tué à la Saint-Barthélémy, abandonnée même par Guise 
qui est amoureux de la marquise de Noirmoutiers, la princesse 
tombe malade et succombe "dans la fleur de son âge." 

Cette nouvelle est loin d'être parfaite; pourtant ce résumé 
montre qu'on a franchi une étape depuis les Nouvelles Françaises 
de Segrais. On ne trouve pas encore la lutte intérieure de la 
Princesse de Clèves, mais il y a déjà, ébauchée, l'étude d'un 
caractère de femme prise entre son devoir et son cœur. Cette 
ébauche ne laisse pas de nous fournir des observations psy- 
chologiques assez heureuses. Quand la princesse confie à 
Chabannes son "inchnation" pour le duc de Guise, elle ajoute 
que cette incHnation est "presque éteinte." Peu après "la 
renommée commençant alors à pubher les grandes quaUtés 
qui paraissoient en ce prince, elle avoua qu'elle en sentoit de 
la joie." Quand elle le rencontra au bord de la rivière "sa vue 
lui apporta un trouble qui la fit un peu rougir." A Champigny elle 
lui témoigne de la froideur, mais après son départ, elle confie 
à Chabannes " qu'elle avoit été troublée par la honte du souvenir 
de l'inchnation qu'elle lui avoit autrefois témoignée; qu'elle 
l'avoit trouvé beaucoup mieux fait qu'il n'étoit en ce temps-là, 
et que même il lui avoit paru qu'il vouloit lui persuader qu'il 
l'aimoit encore: mais elle l'assura en même temps que rien 
ne pouvoit ébranler la résolution qu'elle avoit prise de ne s'en- 
gager jamais." La future reine de Navarre eut quelque attache- 
ment pour le duc de Guise. "La princesse de Montpensier 
apprit cette nouvelle qui ne lui fut pas indifférente et qui lui 
fit sentir qu'elle prenoit plus d'intérêt au duc de Guise qu'elle 
ne pensoit." Madame de La Fayette suit ainsi les progrès de 
l'amour, marquant tantôt les mouvements qui répondent au 



80 Madame de La Fayette [ch. 

sacrifice fait par Guise, et tantôt les remords de la princesse qui 
prend de bonnes résolutions pour l'avenir. Même lorsqu'elle 
a la faiblesse de faire venir le duc de Guise dans son appartement, 
la nuit, elle demande à Chabannes d'assister à leur conversation. 
Ne pouvant supporter cela, le fidèle Chabannes se tint à la porte, 
mais "La princesse de Montpensier qui avoit quelque honte de 
se trouver seule avec le duc de Guise, pria plusieurs fois le comte 
d'entrer dans sa chambre." La princesse ne trompe pas son mari 
— elle est trop fière pour cela, mais elle est faible, et c'est par 
suite de cette faiblesse qu'elle lui est infidèle dans le cœur. Elle 
ne désire pas le rendez-vous avec Guise, mais les circonstances 
s'y prêtent, Chabannes est tout prêt à se dévouer — et la prin- 
cesse n'est pas assez forte pour l'en empêcher. 

Le caractère du mari n'est qu'esquissé. Mme de La Fayette 
nous montre un jaloux, car elle aime à décrire "le jaloux" 
personnage qui se retrouve dans tous ses romans. L'amant est 
beau, bien fait, courageux, mais en fin de compte infidèle. L'ami 
est traité par la princesse d'une façon qui étonnerait un peu si 
l'on ne savait comment JVIme de La Fayette en a usé avec 
Ménage. EUe croit fermement à la possibiHté de l'amour platoni- 
que et pour cela elle croit même qu'il suffit que le platonisme 
n'existe que d'un côté. La princesse de Montpensier sait que 
Chabannes est passionnément amoureux d'elle, mais elle n'y 
prend pas garde, ne laisse pas de lui faire des confidences ca- 
pables de le rendre fou de douleur, ni de le charger de com- 
missions qui sont de véritables suppHces. 

On remarque encore la présence de tous les éléments de 
la Princesse de Clèves ; le cadre historique, la vie et les intrigues 
de la cour au XVI^ siècle, une femme distinguée, mariée sans 
que son cœur ait été consulté, un "amant" connu avant le 
mariage. De Guise refuse la sœur du roi pour faire plaisir à la 
princesse de Montpensier ; Nemours refusera une reine étrangère 
pour prouver son amour pour la princesse de Clèves. Cette 
dernière est encore moins coupable que la princesse de Mont- 
pensier parce qu'elle est plus forte ; eUe n'en est pas moins punie. 
L'infidéhté de Guise est un peu incompréhensible parce qu'elle 
est annoncée trop brusquement. Dans la Princesse de Clèves 
Mme de La Fayette laisse entendre avec plus de finesse que le 
duc de Nemours n'aurait pas agi autrement. 

Et ce n'est pas dans l'intrigue seule que les deux ouvrages 
se ressemblent. Nous avons déjà dans la Princesse de Mont- 
pensier la déficatesse et la simpficité du style — avec, il est vrai. 



iv] La Débutante 81 

un peu plus de préciosité que dans le chef-d'œuvre, sans rien 
cependant qui détonne. 

On pourrait dire pour la Princesse de Montpensier comme 
pour la Princesse de Clèves que la vie qu'elle décrit et les senti- 
ments qu'elle prête à ses personnages n'ont rien du seizième 
siècle. Mais on n'a pas attendu les fins critiques du vingtième 
siècle pour s'en rendre compte ; les contemporains estimaient 
à sa juste valeur cette mise en scène ; ils la regardaient comme 
un joli masque et allaient directement aux personnages qu'elle 
cachait. La préface les informait que les noms de Guise, de 
Montpensier, de Chabannes n'étaient là que pour rehausser le 
ton de l'histoire. " Quelques-uns croyent que c'est une advanture 
de ces derniers temps, " écrit Rosteau, "ce que l'on en peut dire 
de plus asseuré est que rien ne peut estre plus galamment écrit^." 

Intrigués par la source possible de l'histoire qui leur était 
contée, les contemporains ne le furent pas moins au sujet du 
nom de l'auteur. "Le bruit commun veut que ce soit une pro- 
duction de Madame de La Fayette," dit Rosteau, "assez cognue 
pour un des plus beaux esprits de notre cour, dautres y donnent 
part a JVIr le duc de la Rochefoucault." 

En effet. Madame de La Fayette n'avait pubhé ni le Portrait, 
ni la Princesse de Montpensier sous son nom. Le premier parut 
"sous le nom d'un inconnu" — le second sans aucune indication 
d'auteur. En agissant ainsi elle ne faisait que respecter les 
préjugés de son temps. Le métier d'écrivain n'était pas encore 
favorablement considéré et on n'admettait pas qu'un noble 
composât et pubUât des "ouvrages de l'esprit." Celui qui 
succombait à la tentation devait à sa naissance de s'en cacher 
et de s'en excuser^. Mlle de Scudéry fait dire à Sapho : "Il n'y 
a rien de plus incommode que d'être bel esprit ou d'être traité 
comme l'étant, quand on a le cœur noble et quelque naissance. 
Car enfin je pose pour indubitable que, dès qu'on se tire de la 
multitude par les lumières de son esprit et qu'on acquiert la 
réputation d'en avoir plus qu'un autre, et d'écrire assez bien 
en vers et en prose, pour pouvoir faire des livres, on perd la 
moitié de sa noblesse si on en a, et l'on n'est point ce qu'est un 
autre de la même maison et du même sang qui ne se mêlera 
point d'écrire.... On vous traiste tout autrement." 

Madame de La Fayette ne faisait pourtant pas grand mys- 
tère du Portrait, puisqu'il se trouvait dans un recueil fait pour 
Mademoiselle, en la compagnie de portraits écrits par des per- 

1 Voir à l'appendice vii. cette critique inédite. 

2 Voir A. Barine, La jeunesse de la Grande Mlle, p. 35. 

A. 6 



82 Madame de La Fayette [ch. 

sonnes de même rang qu'elle. Il est même à remarquer que les 
portraitistes de métier tels que Mlle de Scudéry, furent exclus de 
la collaboration. Segrais est employé ainsi que Huet au tirage du 
volume et on lui permet d'en écrire les louanges — mais c'est tout. 

Il n'en fut pas de même pour la Princesse de Montpensier. 
En publiant cette nouvelle, Madame de La Fayette faisait 
franchement œuvre d'écrivain ; elle prit donc grand soin de 
cacher son nom^. Quand on lui vola une copie de sa nouvelle, 

eUe écrivit ainsi à Ménage : " Cet honneste Ferrarois quy estoit 

a moy ma desrobe une copie de la Princesse de Montpensier et 
la donnée a vint personnes elle court le monde mais par bonheur 
ce nest pas sous mon nom ie vous conjure si vous en entendes 
parler de faire bien comme si vous ne laves jamais veue et de 
nier quelle vienne de moy si par hasard on le disoit^." 

Mais tout en gardant l'anonymat elle s'intéresse à la pubUca- 
tion de son hvre. "Je croyois avoir de vos nouvelles aujourdhuy 
et de celles de la P. de M.," écrit-elle à Ménage, et plus tard, lors- 
que le Livre est paru, elle fait relier des exemplaires que l'on donne 
discrètement aux amis intimes ".... Je vous prie de demander 
au Hbraire, " écrit-elle à Ménage, "jusque à 30 exemplaires de 
nostre Princesses (sic) ie ne me soucie pas trop qu'ils soient tous 
si parfaitement bien relies ien voudrois seulement une demye 
douzaine quy le fussent fort et ie les voudrois de maroquin et 
dores sur tranche sils nen veulent pas tant donner comme cela 
ie m'en contenteray de quatres ie vous en renvoyé deux afin 
que vous en donnies a Mlle de Scudery et a Me Amelot et vous 
en prendriez pr vous de ceux quy seront bien relies que vous 
garderes s'il vous plait car ie prétends que mes œuvres ayent 
place dans vostre bibliothèque^." 

Elle écrit encore à ce sujet: "Je nay pris que deux exem- 
plaires et ie renvoyé les autres puisque vous les trouves mal 
reUes ien ay marque un avec un petit papier il y a une faute 
espouvantable a la 58eme page quy oste tout le sens^ mais cela 

^ Elle a peur de passer pour un écrivain de profession et écrit à Huet : 
"Je vous avois bien donné un Princesse de Montpensier pour Araminte 
mais je ne vous l'avois pas remise pour la lui donner comme une de mes 
œuvres. Elle croira que je suis un vrai auteur de profession de donner 
ainsi mes livres. Je vous prie, racommoder un peu ce que cette imagina- 
tion poirrroit avoir gâté a l'opinion que je souhaite qu'elle ait de moi." 

2 Inédite : Coll. F. de C. Cette lettre est à rapprocher de celle que 
Mme de La Fayette adressait à Lescheraine et où elle niait qu'elle fût ;;; 

l'autevir de la Princesse de Clèves. 

^ Inédite. 

* Lettre inédite. Madame de La Fayette exagère un peu. Voici le 



1 



iv] La Débutante 83 

est sans remède voules vous venir demain disner et estudier 
avec moy." 

Il est évident, d'après ces lettres, que c'est Ménage qui veilla 
sur l'impression de la nouvelle et on peut supposer qu'il avait 
aidé son élève à préparer le manuscrit pour l'impression. Tou- 
jours est-il que Mme de La Fayette écrit "nostre Princesses," 
et, tout en admettant qu'elle veut amadouer Ménage pour qu'il 
accepte les corvées désagréables, on est en droit de croire qu'elle 
avoue ainsi l'aide qu'il lui avait donnée. Si petite que soit sa 
part dans la Princesse de Montpensier il faudrait la lui allouer, 
et ne plus laisser à Segrais l'honneur d'un travail auquel il fut 
complètement étranger. Nous ignorons si Ménage aida à revoir 
la seconde édition de la Princesse de Montpensier publiée en 
1674. La "faute épouvantable à la 58'"'"' page" est bien 
corrigée mais on y en a laissé glisser de plus graves^. 

Par la publication de cette nouvelle Madame de La Fayette 
entre dans la voie où elle devait trouver une renommée durable ; 
non seulement elle s'exerce utilement en vue de son chef-d'œuvre 
mais elle gagne parmi ses amis, et auprès d'un pubhc choisi^ la 

passage en question: "Le duc d'Anjou de son côté n'oublioit rien pour 
lui témoigner son amour en tous les lieux où il la pouvoit voir et il la 
smvoicô-tinuellement (sic) chez la Reine sa mère." Malgré la lettre 
tombée et l'espace supprimé on comprend facilement. 

^ Par exemple le passage au sujet du Prince de Condé (p. 10, éd. 1662, 
p. 8, éd. 1674). De plus les caractères de la première édition sont plus 
gros et l'impression en général plus claire que dans celle de 1674. 

2 C'est une erreur de dire, comme on l'a fait si souvent, que la 
Princesse de Montpensier passa inaperçue. Malgré les dénégations de 
son auteur la nouvelle fut généralement attribuée à Mme de La Fayette, 
dont la renommée littéraire date de ce moment. En 1663 Jean de la 
Forge écrit {Le cercle des femmes sçavantes, Paris, J. B. Loyson, 1663, 
in 12°, p. 13): 

D'autres avec ardeur s'appliquant à l'Histoire, 
Par des chemins divers obtiendront même gloire 
Et scauront ajuster dans leurs doctes romans 
Les tendres passions avix grands événements. 
Mindatte et Félicie* usant de ces adresses, 
Tireront du tombeau deux illustres Princesses, 
Et trouveront cet art, en leur rendant le jour, 
D'acconunoder leur gloire aux soins de leur amour. 

* FéUcie désigne, d'après la clef, Mme de La Fayette. 

Dans les Silhouettes jansénistes, publiées par M. Griselle, nous lisons: 
"La Comtesse de Montpensier. C'est un petit roman fait par Mad. de 
La Fayette. Il n'y a rien de mieux escrit. Il y a seiilement trop d'esprit. 
De Brienne." Voir Rev. d'hist. litt., jan.-juin 1916, p. 224. 

6—2 



84 



Madame de La Fayette 



[CH. IV 



réputation de bien écrire. Cette réputation lui vaudra, comme 
nous le verrons par la suite, d'être chargée d'un travail littéraire 
qui rehaussera encore sa renommée et lui fera étudier de près 
et sur le vif les sentiments qu'elle dépeindra plus tard avec 
tant de déUcatesse et de maîtrise. 



CHAPITRE V 

LA PARISIENNE ET SES AMIS 

Lorsque Madame de La Fayette revint à Paris, elle y retrouva 
ses anciens amis et il semble qu'elle ait alors repris dans une 
certaine mesure sa vie de jeune fille. Dès qu'elle eut une demeure 
fixe à Paris, eUe ne manqua pas de prévenir Ménage chaque fois 
qu'elle revint d'un court séjour à Fresnes ou à Saint-Cloud. Il 
eut parfois le privilège d'être le seul invité comme le billet suivant 
en fait foi : 

"le vous prie," écrit-elle, " de ne venir que ce soir et ne dittes 
point par le monde que je sois revenue car ie croy que je m'en 
retourne demain et ie ne veux voir personne." 

EUe fit mieux, eUe reprit ses leçons avec son ancien pro- 
fesseur : "Je pense," écrit-elle un jour, " que vostre heureux destin 
sopose que vous venies faire icy meschante chère il faut que 
jaille demain sur le midy faire une recommandation.... pour 
Mr de Limoges et entre une heure et deux tous ces gens quy se 
meslent de nostre acomodement doive (sic) venir céans. Ainsi 
nostre leçon seroit trop courte et comme elles ne sont pas 
fréquentes il faut au moins qu'elles soient longues ce sera donc 
pour jeudy si vous le voules bien ainsi^." 

Ses devoirs auprès de Madame dont nous parlerons dans un 
autre chapitre ne l'empêchèrent pas d'aller dans le monde ; tout 
au contraire, ils lui permirent d'élargir le cercle de ses amis. 
Et pourtant, ses journées devaient être assez rempHes, car 
elle écrit elle-même : "C'est une chose admirable que ce que fait 
l'interest que (ron)^ prend aux affaires. Si celle-cy n'estoient 
point les miennes, je n'y comprendrois que le haut allemand, 
et je les scay dans ma teste comme mon Pater et dispute tous 
les jours contre nos gens d'affaires des choses dont je n'ai nulle 
cognoissance et oii mon interest seul me donne de la lumière^." 

Malgré ses nombreuses occupations, elle recevait beaucoup. 
*'Ce jeudi soir — Je croyois avoir de vos nouvelles aujourduy, " 

1 Je ne pexix garantir que cette lettre fut écrite après le mariage mais 
l'accommodement doit s'appliquer aux procès dont il a déjà été question. 
À moins qu'il ne s'agisse d'ixne conciliation entre mari et femme? — ce 
que nous ne croyons pas. ^ Mot oublié en toiunant la page. 

3 La version que donne M. d'Hausson ville, op. cit. p. 95, corrige et 
l'orthographe et le style. Nous les rétablissons d'après le manuscrit. 



86 Madame de La Fayette [ch. 

écrit-elle à Ménage, "et de celles de la P. de M. (sic). Vous aunes 
eu des miennes ce matin pour vous prier de venir voir (sic) cette 
après dinee sans que mon beau-pere ma mande qu'il y viendroit 
incontinent après disner et j'estois asseuree qu'il y viendroit tant 
d'autres gens le reste du jour que j'ay creu que vous aimeries 
autant ne point venir icy que dy estre avec tant de gens vous 
quy n'aimes pas la foule...." 

Bientôt elle fait la connaissance de gens de lettres destinés 
à être bien plus célèbres que le fidèle Ménage. Pendant les années 
qui vont suivre elle rencontre — sans parler de Scarron^ qu'elle 
connaissait déjà et qui devait bientôt disparaître, de Benserade 
et de Segrais qui ne sont guère plus connus que Ménage — Racine, 
Bossuet, La Fontaine, Boileau et probablement Perrault et 
Molière^. Mademoiselle de Scudéry^ était de ses amies, le savant 
Huet correspondait avec elle, Madame de Sévigné et La Roche- 
foucauld comptaient au nombre de ses intimes. Non moins 
glorieux, mais d'un genre de célébrité bien différent, le prince 
de Condé, le duc d'Enghien, Louvois* et le cardinal de Retz^ 
avaient une part dans son amitié et, à un degré bien moindre, 
Mesdames de Maintenons et de Montespan'. 

1 No VIS connaissons déjà l'opinion de Scarron sur la jevine La Vergne. 
Elle a dû visiter le poète en compagnie de Mme de Sévigné. Cette der- 
nière ne fréquentait pas trop la maison car Ninon de l'Enclos y allait 
souvent, et il s'y retrouvait en même temps plusieurs des admirateurs 
de Mme de Sévigné. Voir à ce sujet: Scarron, Œuvres, Madrigal à Mme 
de Sévigné, vu. p. 230; J. Babou, Les Amoureux de Mme de Sévigné; 
Emile Magne, Scarron et son milieu. Dans une de ses lettres inédites 
Mme de La Fayette remercie Ménage poiir des vers du "petit Scarron." 

2 Pour des détails sijr ces amitiés voir plus loin. 

3 " Je vous prie, mais ie vous en prie de tout mon cœ\ir, de faire mille 
compliments de ma part à Mlle de Scudery," écrit Mme de La Fayette, 
"et de l'asseurer que j'ay pour elle toute lestime imaginable et beaucoup de 
disposition a avoir bien de la tendresse moy quy n'en ay guère ordinaire- 
ment." M. d'Haussonville a corrigé l'orthographe et le style de cette 
lettre en la publiant. 

* Voir Rev. de Paris, !«"' sept. 1907. J. Lemoine, Mme de La Fayette 
et Louvois. ^ Sév. m. 21, et passim. 

* Du temps où elle était Mme Scarron, l'amitié était assez forte. 
Plus tard elle s'est refroidie. D'après ses lettres Mme de Maintenon 
estimait Mme de La Fayette trop "vraie" et, d'après ses Mém. de la 
Cour, celle-ci trouvait que la fondatrice de Saint-Cyr ne l'était peut-être 
pas assez. Mme de Maintenon décou\Te chez son amie l'amour de la 
dépense, et à tort, car le ht galonné d'or qu'elle lui reproche est tout 
simplement un cadeau de sa marraine. Personne n'a signalé ce fait en 
reprodmsant la critique de Mme de Maintenon. Voir notre appendice m. 

' Sév. ni. 273. 



v] La Parisienne et ses amis 87 

Les trois demeures où elle faisait connaissance avec les gens 
illustres de son temps étaient la Cour de Madame, le Luxem- 
bourgi et l'Hôtel de Ne vers. Ce dernier milieu, le moins connu 
de tous, est peut-être celui qui a influencé le plus l'esprit de 
Madame de La Fayette; il mérite de retenir notre attention. 

Nous avons déjà longuement parlé de l'Hôtel de Ram- 
bouillet, sans insister sur l'influence qu'il dut exercer sur Mme de 
La Fayette. Or, l'Hôtel de Nevers est en quelque sorte un 
prolongement de l'Hôtel de Rambouillet; on y trouve beau- 
coup d'anciens habitués, des réunions de chez la marquise, et les 
quaUtés et les défauts y sont à peu près les mêmes. De plus, si 
Mlle de La Vergne n'était pas suffisamment assidue à l'Hôtel 
de Rambouillet pour tomber dans les excès de la préciosité, 
elle allait assez souvent à l'Hôtel de Nevers pour en subir l'in- 
fluence. Madame de La Fayette était précieuse 2. Elle se 
dirigea plus tard vers le vrai but de la préciosité, au Heu de 
tomber dans le ridicule, mais en cours de route elle n'échappa 
pas toujours aux accusations qu'on peut porter contre la mau- 
vaise 'préciosité. Nous verrons plus tard des lettres à Huet qui 
laissent voir que Mme de La Fayette traversa, elle aussi, sa 
crise, et jusque dans la Princesse de Clèves il y a des passages 
qui décèlent plutôt une précieuse guérie qu'une femme indemne. 
Créer d'abord un miheu faux pour représenter l'Hôtel de Ram- 
bouillet, exagérer tantôt ses quaUtés, tantôt ses défauts, et 
conclure dans ce dernier cas que Mme de La Fayette fut trop 
spirituelle pour avoir été touchée par le mal, c'est là une ten- 
dance commune à plusieurs de ses biographes, et de plus 
une façon de voir aussi inutile que fausse. Examinons ce 
miheu de l'Hôtel de Nevers et sa "succursale" à la campagne, 

^ Il est fort probable que Mme de La Fayette fréquentait le Luxem- 
bourg, mais nous ne croyons pas avoir vu de documents probants à ce 
sujet. Il est vrai qu'un jovu- elle dit dans une lettre à Ménage, qu'elle 
lui écrit dans les jardins du Luxembourg, mais alors, comme aujourd'hui, 
ces jardins étaient publics. A. Barine, Louio XIV et la Gr. Mlle, dit 
catégoriquement que Mme de La Fayette se trouvait souvent au Palais 
avec La R., Segrais, Mme de Sév. et Mademoiselle. 

- Non seulement elle figure dans la liste des Précieuses donnée par 
Somaize (Dict. T. i. p. 96), et son salon parmi les Réduits (p. 205), mais 
nous avons des citations de son style parmi les "Quelques expressions 
précieuses" (p. 211). Jean de la Forge (Cercle des femines sçavantes) loue 
la Princesse de Montpensier ou plutôt son autevir qu'il appelle Félicie. 
Dans la "clef" il écrit: "Félicie: Son nom seul fait son éloge et partout 
où les charmes de l'esprit et du corps et les belles lettres régneront, ce 
nom fameux régnera avec elles." 



88 Madame de La Fayette [ch. 

Fresnes : nous verrons que Mme de La Fayette a suivi la mode 
sans se soucier de ce qu'il pouvait y avoir de bon ou de mauvais 
dans le mouvement littéraire qui naissait. 

À l'Hôtel de Nevers on se réunissait pour s'amuser et pour 
discourir^. Lorsqu'on est du tout Paris — si j'ose m'exprimer 
ainsi en parlant du XVIIe siècle — il y a des nouvelles politiques 
et littéraires (en dehors de la mode qui s'applique aussi bien au 
vocabulaire et à l'expression qu'aux vêtements) que l'on ne doit 
pas ignorer. On les apprenait à l'Hôtel. 

La maison était située au bout du Pont-Neuf, à l'emplace- 
ment actuel, nous semble-t-il, de l'Hôtel de la Monnaie. À cette 
époque, elle était renommée pour la bonne chère. "La table y 
était d'une grande délicatesse et d'une grande somptuosité," 
nous dit le Père Rapin^ qui n'aimait guère les gens qui la fré- 
quentaient. La compagnie était la plus choisie de Paris et com- 
prenait des gens de cour et de robe. La maîtresse de la maison, 
la comtesse du Plessis-Guénégaud, organisait "toutes sortes de 
divertissements d'esprit" et comme elle avait elle-même "de 
l'honnêteté, de la pohtesse et de l'esprit^" elle attirait des gens 
"honnêtes," polis et spirituels. Parmi ceux-ci il y avait l'évêque 
de Comminges, cousin germain de la comtesse, le prince de Mar- 
cillac, le duc de La Rochefoucauld, le maréchal d'Albret, parent | 

de M. de La Fayette, la marquise de Liancourt, la comtesse de | 

La Fayette, la marquise de Sévigné, d'Andilly de Pomponne, /^ 

l'abbé Testu*, l'abbé de Rance, les Barillon. Lorsque Pom- | 

ponne arrive à Paris en 1665, il n'hésite pas à visiter l'Hôtel et 
"le grand monde qu'il apprit estre en haut ne l'empêcha point ■■ 

de paroître en habit gris," "J'y trouvai seulement," écrit-il, 
"Madame et Mademoiselle de Sévigné, Madame de Fouquières '{;■ 

et Madame de la Fayette, M. de la Rochefoucauld, M. de Sens, K 

de Xaintes et de Laon ; MM. d'Avaux, de Barillon, de Châtillon, t 

^ Et pour propager les opinions jansénistes dirait le Père Rapin qui 
accvise l'Hôtel de Nevers d'être "le grand théâtre où se débattait avec 
plus de bruit et même avec plus d'applaudissement le nouvel évangile 
de Port-Royal," Mém. i. 403. ^ Ouv. cité ci-dessus. 

^ Rapin, op. cit. Arnaud d'Andilly écrit dans ses Mémoires: "J'ai ^ 

trouvé en Madame du Plessis tout ce que l'on peut souhaiter pour rendre 
vme amitié parfaite. Son esprit, son cœur, sa vertu semblent disputer 
à qui doit avoir l'avantage. Son esprit est capable de tout sans que son 
application aux plus grandes choses l'empêche d'en avoir en même temps 
povir les moindres." Petitot, 2^ série, xxxrv. p. 92. 

* Jacques Testu (1626-1706), abbé de Belval. Reçu à l'Acad. fr. en 
1605. 



v] La Parisienne et ses amis 89 

de Caumartin et quelques autres : et sur le tout Boileau que vous 
connaissez, qui y étoit venu réciter de ses satyres, qui me paru- 
rent admirables; et Racine, qui y récita aussi trois actes et 
demi d'une Comédie de Porus, si célèbre contre Alexandre, qui 
est assurément d'une fort grande beauté^." 

Comment ne pas fréquenter une maison où l'on pouvait 
entendre le même jour et Boileau et Racine? Madame de La 
Fayette se garde bien de manquer à de telles fêtes. Non seule- 
ment elle dînait et soupait à l'Hôtel, mais elle y couchait. A ce 
sujet la lettre suivante qu'elle écrivit à Pomponne est fort in- 
téressante^ : 

"de Ihostel de Nevers ce 24"'' mars (1662). 

"Il ny a jour que Ion ne parle icy de vous escrire toutes les 
soirées se finissent en disant mon dieu escrivons donc a ce pauvre 
Mr de Pomponne mandons luy combien nous nous ennuyons 
de ne lavoir plus et lenuie que nous avons quil revienne cela ce 
(sic) dit touts les soirs et ce remet toujours au lendemain et le 
plaisir de la conversation ou le raisonnement sur les nouvelles 
fait quon ne lexecute non plus le lendemain que Ion lavoit fait 
le jour auparavant pour moy quy suis ennuyée de voir que tout 
le monde fasse si mal son devoir ie me sépare de la troupe pour 
faire le mien et vous escris en mon particulier et quoy que se 
soit de Ihostel de Nevers ne croyes pas que personne ait part a 
ma lettre je suis toute seule dans ma chambre vous voila bien 
estonne que ie dise ma chambre mais attendes ie ne faisois que 
disner et souper céans quand vous esties a Paris présentement 
iy couche il est vray que la peur des voleurs quy sont deschaines 
en mon faubourg y a contribue pr cette nuit et vous juges bien 
quil faut quelque bonne raison pr obliger une mère de famille 
comme moy a quitter ses anfans jay donne une nourice aux 
vostres quy est une créature admirable et ie prétends bien que 
vous men remercires autant que fait Me de Pomponne quy 
men scait le mesme gre que si ie luy avois fait un présent con- 
sidérable^." 

1 Mém. de Coulanges, 1820, p. 470. 

2 Elle donne en passant vin renseignement svir l'état des rues à cette 
époque (1662) et doit être rapprochée d'une lettre où Mme de Sévigné 
ractnte en 1673, son retour du "fin fond du Fauboiirg St Germain, fort 
au-delà de Mme de La Fayette." "Nous revanmes gaiement," écrit-elle, 
" à la faveur des lanternes, et dans la sûreté des voleurs." Ces lanternes, 
qui contenaient des chandelles, étaient installées dans les rues de Paris 
en 1666 et allumées pendant neuf mois de l'année: on exceptait les huit 
jours de lune. ^ Bibl. Arsenal, Papiers Arnavild. 



90 Madame de La Fayette [ch. 

Lorsque les invités s'en allaient à Fresnes, Madame de La 
Fayette ajoutait au "plaisir de la conversation" et du "raison- 
nement sur les nouvelles " celui de la vie à la campagne qu'elle 
savait apprécier. 

Le château de Fresnes, situé un peu au-delà de Clays près 
du confluent de la Beuvronne et de la Marne, avait été presque 
entièrement reconstruit par Mansard. Par la beauté des per- 
spectives, la proximité de lieux pour la promenade, et la splen- 
deur des appartements, aucune des riches demeures qui 
abondaient dans les environs de Paris ne surpassait le château 
de Fresnes. Ses jardins et son parc rappelaient Vaux, le trop 
magnifique château de l'infortuné Fouquet. L'esprit cultivé de 
l'hôtesse et de ses invités, la vie qu'on y menait, rappelaient les 
beaux jours de l'Hôtel de Rambouillet. On y retrouvait la même 
culture intellectuelle et la même gaîté. La plupart des personnes 
qui le fréquentaient étaient celles qu'on rencontrait autrefois 
à l'Hôtel, et elles gardaient jusqu'à l'habitude de s'appeler par 
des noms d'emprunt — par des noms de précieux i. 

Madame de Se vigne nous trace ce joli tableau de l'intérieur 
de Fresnes^ : "...Il faut que je vous dise comme je suis présente- 
ment. J'ai M. d'Andilly à ma main gauche, c'est à dire du côté 
de mon cœur; j'ai Mme de la Fayette à ma droite; Mme du 
Plessis devant moi, qui s'amuse à barbouiller de petites images; 
Mme de Motteville un peu plus loin, qui rêve profondément; 
notre oncle de Cessac, que je crains parce que je ne le connois 
guère ; Mme de Caderousse ; sa sœur qui est un fruit nouveau que 
vous ne connoissez pas, et Mlle de Sévigné sur le tout, allant et 
venant par le cabinet comme de petits frelons." 

Lorsqu'on n'écrivait pas, on jouait au jeu des rimes ou des 
proverbes, des poètes ou des peintres^ mais sans interrompre la 

^ Voir Walckenaer, m. 21. Rapin, op. cit. admet que "Tout ce qu'il 
y avoit de brillant parmi la jeunesse de qualité, qm florissoit alors dans 
la viUe ou à la Cour...alloient à Fresnes pour y faire des conférences 
d'esprit: car c'étoit un Ueu agréable, délicieux et propre à cela." i. p. 403. 

2 Sév. I. p. 493. 

^ Pour les jeux des précieiises voir Ch. Sorel, La Maison des Jeux, 
1687, 2 vols, de 700 et de 600 pp. À côté de jeux littéraires on en trouve 
qui sont pour nous surprendre un peu. En voici un : On leur propose que 
si elles étaient dans un grand lit au milieu de deux hommes qui les aiment 
et que l'on nomme, la bienséance les obligerait de se tourner d'un côté 
ou de l'autre et on leur demande quel côté elles choisiraient du droit ou 
du gauche. On ne leur dit qu'après celui de droit et celioi de gauche. Elles 
embrassent l'élu et donnent xm bouquet à l'autre." 



v] La Parisienne et ses amis 91 

conversation, qui était considérée comme un art auquel chacun 
travaillait pour son perfectionnement. C'est chez Madame de 
Plessis-Guénégaud et dans son propre salon que Madame de 
La Fayette acheva de devenir la directrice de la conversation 
polie de son temps. Pour se faire une idée du charme et du raffi- 
nement de ces causeries, on n'a pas besoin de consulter les guides 
mondains^ de l'époque: il suffit de lire la Princesse de Clèves. 
"Aimable et spirituelle, d'un esprit enjoué, d'un abord agréable; 
elle (Mme de La Fayette) est civile, obUgeante et un peu railleuse," 
nous dit Somaize qui l'appelle de son nom de Précieuse — Féli- 
ciane, et pour ne pas nous laisser sur une impression défavorable, 
il continue : "mais elle raille de si bonne grâce qu'elle se fait aimer 
de ceux qu'elle traite le plus mal, ou du moins elle ne s'en fait 
pas haïr^." Bien que ce portrait soit de quelques années anté- 
rieur, nous pouvons supposer qu'elle savait encore railler quand 
elle allait à l'Hôtel de Nevers, à en juger par la façon dont elle 
traite Mme de Marans^. Toujours est-il qu'elle n'est pas seule 
à badiner à Fresnes et lorsqu'elle se trouve parmi les victimes, 
elle écrit ainsi à son ami Pomponne : 

"Je suis si honteuse de ne vous avoir point escrit depuis que 
vous estes party que je croy que je n'aurois jamais osé m'y 
hasarder sans une belle occasion comme celle cy à labry de noms 
qui sont de l'autre coste de cette lettre. J'espère que vous 
apercevres du mien aussi bien il y en a un qui le suit assez 
souvent mais apparemment puis qu'il est question de Mlle de 
Sévigné vous jugez bien que l'on ne parlera plus de moy au moins 
sur ce propos : car pour ne plus parler de moy ce n'est pas chose 
posible a Fr. & a l'h de N. J'y suis le souffre douleurs on s'y 
mocque de moy excessivement. Si la douceur de Mr de C. et de 
Me de Se vigne ne me consoloit un peu je croy que je m'enfuirois 
dans le nord*." 

Ce Monsieur de Pomponne, fils d'Arnauld d'Andilly, avait 
été reçu dès sa première jeunesse à l'Hôtel de Rambouillet et 
a dû souffrir de son éloignement en Suède où il était ambassadeur 

1 Tels que: Ortigues de Vaumorières, L'Art de plaire dans la Conversa- 
tion. ^695. Voici quelques titres de chapitres: De quelle manière la 
bien-séance veut que l'on agisse et que l'on parle quand on mange en 
compagnie. Avec quelles précautions il est permis de railler. De quelle 
manière on doit dire des nouvelles, etc. Voir avissi Bary (René), L'Esprit 
de cour ou les conversations galantes, 1662. 

2 Somaize, op. cit. ^ Sév. ii. 153. 

* Copie de lettres 12 mars 1666, Bibl, Ars. 6037, Pap. Arn. iv. pièce 
491, p. 18. 



92 Madame de La Fayette [CH. 

extraordinaire. Ainsi exilé, il ne comprenait plus certaines 
expressions de ses anciens confrères en préciosité et se 
demandait s'il ne faudrait pas "apprendre une langue nou- 
velle" en rentrant dans son pays. Sa réponse nous fera 
connaître le milieu, et la tentation de la donner presqu'en 
entier est d'autant plus forte que cette lettre, adressée à 
Mme de Sévigné, ne figure pas dans l'édition des "Grands 
Écrivains." 

"Rien ne fait un effet si bizarre qu'un billet de Fr. receu dans 
le Nord. Il donne mille joyes et mille chagrins. Il adoucit et 
augmente la douleur de leloignement, et aide a supporter le 
poids de l'amb^^e en le rendant encore plus pesan. Vous jugez 
bien en effet incomparable Amathee — et vous illustre Alcandre, 
car Dieu me garde de vous séparer — combien Ion est sensible 

au plaisir de voir dans une mesme lettre les noms de Se de 

la F et de la R et combien Ion souffre en mesme temps 

nayant manque aucune des actions mémorables de F de ne 

mestre pas trouve a l'une des plus signalées. J'y ay veu la 
Brevonne sortir plus d'une fois de sa grotte. J'y ay joue mon 
roole dans la surprenante avanture de la Comtesse de Bourgogne. 
J'ay este témoin des diverses transformations de Louis Bayard. 
J'ay este présent au fameux opéra de Vittoria et de Don Carlos. 
Mais surtout je me suis trouve a l'avanture célèbre des deux 
Paladins, dont l'un fort ingambe, l'autre avec sa permission un 
peu bequillard disputèrent l'espee enchantée pour delhvrer 
l'Infante que l'on enlevoit. Enfin rien ne m'etoit échappe de 
remarquable depuis la naissance des Quiquois mais aujourd'hui 
j'ay bien envie de murmurer contre l'ame j'ay manque le sale- 
ment de 1. De tout ce que j'ay jamais veu et entendu au 

pays de Brevonne rien ne m'a paru si digne de curiosité. Je ne 

scay pas si nostre en a salle beaucoup en sa vie : je respons 

bien qu'il n'en a jamais de telle. Mais nestes vous pas cruels tous 
tant que vous estes de ne me point expHquer de tels mots et 
faudra-t-il que j'apprenne une langue nouvelle lorsque je 
reviendray en mon cher pays de la Ver^e? Quelle honte de ne 
me point exphquer de tels mots qu'il ne se trouve personne 
parmy vous qui ait cette charité pour un pauvre Quiquoy 
depaise. Et cette Me de la F a qui Ion me renvoyé n'aurait- 

^ Cette lettre a été imprimée par Monmerqué dans son édition des 
Mém. de Couianges (1820), p. 405, et à cet endroit il imprime: "Mlle de 
Sévigné." Phis loin dans cette lettre, Pomponne écrit, en effet, qu'il 
s'agit de la fille de Mme de Sévigné. 



v] La Parisienne et ses amis 93 

elle pas mieux fait de me le dire que de m'apprendre que l'on 
se mocque délie depuis le matin jusques au soir comme si ce 
mestoit une chose fort nouvelle? Elle a ete mocquee et le sera. 
Je lay este avant elle, et le seray. Enfin cest un honneur que 
nous partagerons longtemps ensemble etc.^" 

D'après la réponse de Pomponne, nous voyons que non seule- 
ment Madame de Sévigné lui écrivit en même temps que Madame 
de La Fayette mais qu'il reçut aussi un billet de M. de La Roche- 
foucauld, billet qui, par malheur, n'a pas été retrouvé. C'est 
probablement à lui que la comtesse fait allusion lorsqu'elle dit 
qu'il y a un nom qui suit le sien assez souvent. En 1666 donc, 
on taquinait Madame de La Fayette au sujet du duc qui, 
semble-t-il, s'intéressait à elle. En effet Madame de La Fayette 
doit au salon de Madame du Plessis non seulement d'avoir pu 
perfectionner son style dans la conversation du beau monde, 
d'avoir épuré sa langue et afïiné son goût, d'avoir appris à 
discuter sur des questions de psychologie et de reUgion, mais 
aussi de s'être ménagé une amitié des plus précieuses, avec un 
homme qui, après avoir cherché son chemin dans une tout 
autre voie, devait se faire, lui aussi, un nom dans l'histoire 
Uttéraire de son pays. Nous avons nommé La Rochefoucauld. 

C'est à Fresnes que Madame de La Fayette lut les Maximes 
et son impression ne fut guère favorable à l'auteur. Aussitôt 
après cette lecture, elle écrivit à Madame de Sablé : " ....Je viens 
d'arriver à Fresne, ou j'ay esté deux jours en solitude avec 
madame du Plessis; en ces deux jours -là.... nous y avons leu 
les Maximes de M. de La Rochefoucauld. Ha Madame ! quelle 
corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le cœur pour estre 
capable d'imaginer tout cela ! J'en suis si espouvantée que je 
vous asseure que si les plaisanteries estoient des choses sérieuses 
de telles maximes gasteroient plus ses affaires que touts les 
potages qu'il mangea l'autre jour chez vous." 

Et lorsqu'elle écrit à son amie pour lui demander ses Maximes, 
elle dit : " Madame du Plessis m'a donné une curiosité estrange de 
les voir, et c'est justement parcequ'elles sont honnestes et 
raisonnables que j'en ay envie, et qu'elles me persuaderont que 
toutes les personnes de bon sens ne sont pas si persuadées de la 
corruption générale que l'est M. de la Rochefoucauld^. " 

C'est aussi à Fresnes qu'elle rencontra assez souvent le duc, 
ou pour se rendre compte qu'elle l'avait mal jugé, ou pour être 

1 Papiers d'ArnauId, rv. f» 25. 

2 Fournier, Var. Hist. x. 



94 Madame de La Fayette [ch. 

tentée d'entreprendre une réforme de son caractère. De cette 
rencontre, une liaison célèbre dans l'histoire littéraire.... 



On a déjà commis, au sujet de l'amitié du duc de La Rochefou- 
cauld et de Madame de La Fayette, tant d'erreurs, on a montré 
tant de curiosité malsaine, on a prononcé tant de jugements peu 
charitables, que nous n'avons guère envie de rien ajouter à tout 
cela. Au reste, si l'on tient à tout savoir, nous inclinons à 
penser que Sainte-Beuve, en cette affaire, dit le dernier mot. 
Il n'avait pas entre les mains tous les documents (nous sommes 
encore loin de les avoir aujourd'hui) mais sa haute intelligence, 
sa sympathie pénétrante, et ce don qu'il avait de regarder vivre 
les personnages littéraires de toutes les époques, lui permirent 
de traiter cette déUcate question comme personne ne l'avait fait 
avant lui. Depuis ce moment (1836) on n'a rien écrit qui ait 
la valeur de son étude et, à moins de trouver d'autres documents, 
on ne dépassera jamais, croyons-nous, son portrait de Mme de 
La Fayette^. 

Cependant on ne peut passer sous silence cette haison 
importante et surtout on ne peut pas laisser croire à ceux qui, 
depuis 1836, ont accumulé des jugements téméraires et des 
erreurs de faits, qu'ils sont arrivés plus près de la vérité que 
leurs prédécesseurs. Nous allons suivre les traces d'un grand 
critique comme Sainte-Beuve, être en contradiction avec un 
érudit tel qu'Anatole France, et nous n'oserions pas entre- 
prendre la tâche si nous ne nous trouvions fort de la pensée 
que nous avons connu des documents qu'ils ignoraient tous les 
deux. Ces documents, certes, ne disent rien, ou presque rien, 
de la liaison, mais ils nous font mieux connaître le caractère de 
Mme de La Fayette et si l'on a mal compris les rapports entre 
La Rochefoucauld et son amie, c'est, croyons-nous, parce qu'on 
n'avait pas compris le vrai caractère — et parce qu'on ignorait 
l'état de santé — de cette amie. 

Quand l'amitié de Mme de La Fayette et de La Rochefou- 
cauld commença-t-elle ? En 1665? En 1655, à l'époque du 
mariage de Mlle de La Vergne? Avant le mariage? On s'est 
amusé à compUquer cette question, en disant que la Haison est 
antérieure à 1665 et puis en insinuant en fin de compte que — 
peut-être bien elle remontait plus haut que son mariage. 

Il faudrait au contraire simpUfier la question et distinguer 

^ Dans les Portraits de femmes. 



v] La Parisienne et ses amis 95 

entre deux choses : (a) ramitié de Mme de La Fayette avec La 
Rochefoucauld, qui ne différait en rien de ses amitiés avec les 
personnes mentionnées au début de ce chapitre, (6) l'amitié 
intime que nous appellerons faute d'un meilleur mot — la haison. 

La première amitié date probablement de l'époque du 
mariage de Mme de La Fayette ou du temps qui suivit im- 
médiatement le mariage. Segrais dit que l'amitié dura vingt- 
cinq ans^. La Rochefoucauld étant mort en 1680, l'amitié re- 
monterait donc en 1655, l'année même du mariage de Mme de 
La Fayette^. Peut-être ne faudrait-il pas attacher trop d'im- 
portance à la date fixée par Segrais. C'est un souvenir de vieil- 
lard qui ne regarde pas à quelques armées près. En 1653, La 
Rochefoucauld était à Verteuil, où il passa quelques années 
dans la gêne, s'efïorçant de refaire sa fortune. En 1656, il est 
vrai, il était de retour à Paris, et très assidu auprès de la reine 
de Suède^. Madame de La Fayette n'était plus là mais elle 
pouvait le rencontrer de temps à autre pendant ses visites. Paul 
Lacroix* parlant d'une date assez vague ("dès l'année 1655" 
est la dernière mention de date dans le chapitre) dit que Mme 
de La Fayette "estima que le moment était bon pour ouvrir sa 
maison aux beaux esprits les plus renommés et pour y attirer 
le Duc de La Rochefoucauld.'''' Il ne donne aucun document à 
l'appui de ses dires — ce qui leur enlève toute valeur. La pre- 
mière mention de l'amitié dans la correspondance de Mme de 
La Fayette est dans une lettre où elle écrit à Ménage " ...Je suis 
infiniment obhgée à Mr de La Rochefoucauld de son compH- 
ment, c'est en eÊfet de la belle sympathie qui est entre nous." 
M. d'Haussonville reproduit cette phrase^ (avec "sentiment" 
pour "comphment") et dit catégoriquement que la lettre est de 
1663 et le "sentiment" peut-être à l'occasion de la Princesse 
de Montpensier qui venait de paraître. "Venir de paraître" 
n'est évidemment qu'une façon de parler puisque la Princesse 
de Montpensier est du 20 août 1662 et cette lettre du 5 septem- 
bre — 1663, d'après M. d'Haussonville. Mais comment M. d'Haus- 
sonville sait-il qu'elle est de 1663? La lettre que nous avons vue 

^ Segraisiana. 

^ C'est probablement ce passage de Segraisiana qui fait dire à Taine 
qu'à la mort de son mari, survenue quelques années après le mariage, 
Mme de La Fayette céda à son affection déjà ancienne pour le duc de La 
Rochefoucauld. Voir Taine, éd. de la P. de C. 

' Mme de Motteville, Mém. rv. 65. 

* Le XV IP siècle. Lettres, Sciences et Arts, p. 190. 

5 Op. cit. pp. 6&-67. 



96 Madame de La Fayette [CH. 

est du "5™^ septembre" sans mention d'année. La date est 
pourtant facile à établir. Ménage s'était amusé à tendre un 
piège à ses amis en leur envoyant des madrigaux à critiquer. 

11 en est question dans une lettre de Madame de Sévigné du 

12 septembre 1656^ et dans une lettre de Madame de La Fayette 
du 22 août. Or la lettre du 5 septembre où elle fait allusion à 
La Rochefoucauld débute ainsi: "Si l'on pouvoit tirer quelque 
vanité de mon choix je vous asseure que vous en pouries tirer de 
celuy que j'ai fait de votre madrigal preferablement a celui du 
Guarini et a celuy de Mr du Raincy...." Les trois quarts de la 
lettre sont sur ce même sujet. Elle y parle également d'une 
chanson itahenne dont il était question dans sa lettre du 
1er septembre 1656 (date qui nous est fournie par une mention 
de la visite de la reine de Suède). Nous n'avons donc aucune 
hésitation à dater du 5 septembre 1656 celle où se trouve l'allu- 
sion à La Rochefoucauld. Le compliment ne serait donc qu'une 
pohtesse de La Rochefoucauld au sujet du mariage de Madame 
de La Fayette. Le duc était à Paris en 1656. Il y rencontra '^ 
Ménage qu'il n'avait pas vu depuis le mariage car il habitait li 
Verteuil à cette époque. Quoi de plus naturel que de pré- '. 
senter ses compliments par l'intermédiaire du fidèle Ménage? ;} 

Segrais aurait donc raison, car une année après le mariage, 

l'amitié entre La Rochefoucauld et Mme de La Fayette donne 

lieu à une remarque de Ménage, si bien que Mme de La Fayette 

se doit d'intervenir. Cependant tout nous porte à croire que le 

raisonnement de Sainte-Beuve est juste et que l'intimité n'a pu 

remplacer la "belle sympathie" avant 1665^. En effet la liaison 

de La Rochefoucauld avec Madame de Longueville — tellement 

intime que le duc pleura le comte de Saint-Paul comme un fils 

— n'était alors un secret pour personne. Plus tard il se lia avec 

la marquise de Sablé et leurs relations ne se refroidirent que 

vers 1663^. Un peu après cette époque Madame de La Fayette 

écrit à la marquise: 

"Ce jeudy au soir. 

"Voilà un billet que je vous supHe de vouloir lire, il vous 
instruira de ce que l'on demande de vous. Je n'ay rien à y ad- 
jouster, sinon que l'homme qu'il l'escrit (sic) est un des hommes 

1 Voir Lettres, T. i. p. 416. ^ Voir Portraits de femmes. 

3 C'est vers cette époque que Mme de Sablé connut intimement 
Mme de Longueville rattachée à Port-Royal par sa pénitence. Sa con- |'j 

fession générale est de 1662. Le duc ne pouvait guère la fréquenter à | 

partir de cette époque. *■ 



v] La Parisienne et ses amis 97 

du monde que j'ayme autant, et qu'ainsi, c'est une des plus 
grandes obligations que je vous puisse avoir que de luy accorder 
ce qu'il souhaitte pour son amy. Je viens d'arriver à Fresne, où 
j'ay esté deux jours en solitude avec madame du Plessis ; en ces 
deux jours-là nous avons parlé de vous deux ou trois mille fois; 
il est inutile de vous dire comment nous en avons parlé, vous le 
devines aisément. Nous y avons leu les Maximes de M. de La 
Rochefoucauld. Ha Madame ! quelle corruption il faut avoir 
dans l'esprit et dans le cœur pour estre capable d'imaginer tout 
cela ! J'en suis si espou vantée que je vous asseure que si les 
plaisanteries estoient des choses sérieuses de telles maximes 
gasteroient plus ses affaires que touts les potages qu'il mangea 
l'autre jour chez vous^." 

D'après la dernière phrase, La Rochefoucauld essaya de se 
rapprocher de Mme de La Fayette et de transformer le com- 
merce de poHtesse que, jusqu'alors, il avait eu avec elle en une 
intimité plus grande. On en parlait évidemment et il est pro- 
bable qu'on taquinait un peu la comtesse. Elle acceptait ces 
taquineries avec bonne humeur lorsqu'elles venaient de ses 
amies, de tous ceux qui la connaissaient bien et qu'elle jugeait 
susceptibles de bien comprendre la situation, mais elle avait en 
horreur d'être considérée comme une coquette déjà mûre. La 
situation devenait plus déhcate encore lorsque celui qui s'éri- 
geait en juge était le fils illégitime de La Rochefoucauld; elle 

donna Ueu à la lettre suivante : 

"Ce lundy au soir. 

"le ne pus hier respondre a vostre billet, parce que j'avois 
du monde, et je croys que je n'y respondray pas aujourd'huy 
parce que je le trouve trop obhgeant. Je suis honteuse des 
louanges que vous me donnés et d'un autre costé j'ayme que 
vous ayés bonne opinion de moy, et je ne veux vous rien dire 
de contraire à ce que vous en pensés. Ainsi je ne vous respondray 
qu'en vous disant que M. le comte de Saint-PauP sort de céans 
et que nous avons parlé de vous une heure durant, comme vous 
sçavez que j'en sçay parler. Nous avons aussi parlé d'un homme 
que je prends toujours la Hberté de mettre en comparaison avec 
vous^ pour l'agrément de l'esprit. Je ne sçay si la comparaison 
vous offense; mais quand elle vous offenseroit dans la bouche 

1 Foiornier, op. cit. 

2 Fils de Mme de Longueville et probablement du duc de La Roche- 
foucauld. 

^ Cet "homme" est évidemment La Rochefoucauld. 
A, 7 



98 Madame de La Fayette [ch. 

d'une autre, elle est une grande louange dans la mienne, si tout 
ce qu'on dit est vray. J'ay bien veu que M. le comte de Saint- 
Paul avoit ouy parler de ces dits-là et j 'y suis un peu entrée avec 
luy: mais j'ay peur qu'il n'ait pris tout sérieusement ce que je 
luy en ay dit. Je vous conjure, la première fois que vous le verres 
de lui parler de vous-mesme de ces bruits-là. Cela viendra aisé- 
ment à propos, car je luy ay donné les Maximes, il vous le dira 
sans doute, mais je vous prie de luy en parler bien comme il faut 
pour le mettre dans la teste que ce n'est autre chose qu'une 
plaisanterie^. Je ne suis pas assez asseurée de ce que vous en 
pensés pour respondre que vous direz bien et je pense qu'il 
faudroit commencer par persuader l'ambassadeur. Néanmoins 
il faut s'en fier à vostre habilité : elle est au-dessus des maximes 
ordinaires mais enfin persuadés-le ! je hays comme la mort que 
les gens de son âge puissent croire que j'ay des galanteries. Il 
me semble qu'on leur paroist cent ans dès que l'on est plus 
vieille qu'eux et ils sont touts propres à s'estonner qu'il soit 
encore question des gens ; et de plus il croiroit plus aisément ce 
qu'on luy diroit de M. de la R. F. que d'un autre. Enfin je ne 
veux pas qu'il en pense rien, sinon qu'il est de mes amis, et je 
vous suphe de n'oublier non plus de luy oster de la teste, si tant 
est qui le l'eût que j'ay oubhé vostre message. Cela n'est pas 
généreux de vous faire souvenir d'un service en vous en deman- 
dant un autre. 

(En marge.) Je ne veux pas oublier de vous dire que j'ay 
trouvé terriblement d'esprit au comte de Saint-PauP." 

Voilà, à notre avis, une des lettres les plus intéressantes de 
Mme de La Fayette, tant elle s'y montre femme. EUe hait 
comme la mort que les gens de l'âge du comte de Saint-Paul 
puissent croire qu'elle ait des galanteries, mais elle fait un peu 
la moue quand elle pense qu'elle leur paraît cent ans — ce n'est 
pas qu'elle soit trop vieille pour avoir des galanteries — c'est 
qu'elle n'en veut pas. Puis le fils naturel de La Rochefoucauld 
était plutôt disposé à croire ce qu'on disait de son père que ce 
qu'on pouvait dire d'un autre. En fin de compte, eUe écrit à 
Mme de Sablé pour que le jeune homme soit détrompé — ou 

^ Ce qu'il a pu entendre dire au s\ijet de la liaison, d'après nous, et 
non pas les Maximes, comme le croyait Fournier. (Voir Var. Hist. x. 128.) 

2 Cette lettre était dans les Portefeuilles de Valant, N° 4. Elle fut 
volée en 1842. Voir Lalanne et Bordier, Dict. des Pièces Volées. Pour sa 
publication par Delort, etc. voir notre bibliographie (Corr.). 



v] La Parisienne et ses amis 99 

trompé. Se défend-elle si mollement au début pour ne pas avoir 
l'air d'attacher trop d'importance à l'attaque? Supplie-t-elle 
ensuite en toute sincérité? Cette femme qui a la réputation 
d'être franche et sincère, et qui était en effet d'une franchise 
cruelle au besoin, savait bien garder les secrets des autres et ne 
se hâtait pas de divulguer les siens. 

Cette lettre nous ramène à la question déUcate, posée plus 
haut : quelle fut la nature de la Uaison entre Mme de La Fayette 
et La Rochefoucauld? Si l'on s'appuie sur les jugements des 
critiques, souvent téméraires, basés sur des données insuffisantes 
ou erronées, il est difficile de se former une opinion et de savoir 
ce qui a pu réunir les deux personnes dont il s'agit. Pour les uns, 
la haison a été connue et respectée de tous les contemporains. 
"Toujours est-il," écrit M. de Lescure^, "que la Uaison trouva 
moyen d'échapper même au danger, presque inévitable en 
pareil cas, des satires et des chansons." D'autres prononcent 
le mot "adultère." 

Or, la Uaison n'échappa pas aux chansonniers de l'époque. 
Dans le recueil fait par Blot, qui, d'après le jugement de Madame 
de Sévigné, avait le diable au corps, on trouve la chanson 

suivante : 

La nymphe Sagiette 

Et le berger Foucaut 

Font l'histoiriette (sic) 

De Moulin et de Gombeau 

Chantant dessus leur lyre 

Chacun a son tour 

Qu'en anioiir 

Il faut écrire 

Et faire comme le grand Saucour-. 

D'autre part, l'avis de ceux qui crient à l'adultère, aussitôt 
après la découverte que M. de La Fayette n'est pas mort quelques 
années après son mariage, est assez amusant. Les premiers 
jugements avaient pour point de départ l'idée que M. de La 
Fayette était mort. Quoi de plus naturel que de voir la veuve 
chercher en La Rochefoucauld ce dont eUe avait joui auprès de 

1 Intro. p. de C. 

2 Bibl. Nat. ms. 9348, Blot. D'autres recueils donnent cette chanson 
avec des variantes : La nymphe Fayette | De Macé de Gombaut | De nuit 
et de jour | etc. Voir Chansonnier fr., ms. 12639, p. 177; 15135, p. 190; 
12667, p, 339. "Le Marqms de Soyecovir, Grand Veneur de France, fut 
d'une grande réputation pour ses exploits et sa grande vigueur avec les 
dames." Note du ms. 

7—2 



100 Madame de La Fayette [ch. 

son mari, etc. ? Puis tout à coup on trouve que le mari était 
toujours là, et sans comprendre que ce fait nouveau exige une 
revision de toute la question, des critiques modernes ont usé de 
cette trouvaille et en ont fait un argument pour nous montrer 
que Mme de La Fayette était adultère. Ainsi dans ces raisonne- 
ments abracadabrants les mêmes conclusions sont tirées d'abord 
du fait que le mari était mort, et ensuite du fait qu'il était encore 
en vie. Il y a même des critiques qui se rangent tantôt d'un côté, 
tantôt de l'autre. M. Anatole France dans la préface de son 
édition de la Princesse de Clèves^ suit de très près Sainte-Beuve 
et penche du côté de l'amitié, comme étant la seule relation 
possible entre des gens malades — presque mourants, dont l'un 
était vieux — et prince, l'autre pas belle — et dévote. Mais 
lorsque M. d'Haussonville^ semble trop convaincu de l'innocence 
de la liaison, M. Anatole France se met en verve et écrit : "Mme 
de La Fayette avait 25 ans, le duc en avait 46. On se demandera 
comment, de l'humeur qu'il était, elle put l'attacher sans se 
donner à lui. Il ne vivait que pour elle et près d'elle, il ne la 
quittait pas. Cela donne à penser, quoiqu'on ne veuille. 
M. d'Haussonville ne croit pas lui-même à la continence volon- 
taire de M. de La Rochefoucauld et je doute, malgré moi, de 
la piété de Mme de la Fayette. L'âme de cette charmante femme 
lui semble hmpide. J'ai beau m'appUquer à la comprendre, elle 
reste pour moi tout à fait obscure." 

Loin de croire que Madame de La Fayette n'ait pu s'attacher 
le duc de La Rochefoucauld sans se donner à lui, nous croyons 
fermement que si elle a pu se l'attacher comme aucune autre 
femme n'avait pu le faire avant elle, c'est précisément parce 
qu'elle ne se donna pas. Voici ce qu'il importe de savoir: la 
Maison de Mme de La Fayette et de La Rochefoucauld fut-elle 
basée sur la passion ou sur un autre sentiment, où il entrait 
peut-être de l'amitié, de la pitié, de la sympathie, le besoin d'un 
confident, le désir de vivre auprès d'un autre qui souffre? Parler 
d'amour maternel entre une femme de 31 ans et un homme de 
52^ prête, peut-être, à la risée et pourtant nous sommes d'avis 
qu'il put y en avoir un peu dans l'affection de Mme de La Fayette 
pour La Rochefoucauld. Ce dernier ne paraît jamais avoir été 

^ Voir notre bibliog. ^ Op. cit. 

'^ Noiis acceptons ici la même date pour le commencement de la 
liaison qu'ont acceptée MM. France et d'Haussonville. Dans le second 
passage de M. A. France, l'illustre écrivain rajeunit les deux amis pour 
renforcer son argument. 



v] La Parisienne et ses amis 101 

le maître dans ses liaisons. C'est un nerveux, qui a le désir de 
bien faire et d'être honnête homme au point de demander à ses 
imis de lui corriger ses défauts, et de prendre en bonne part 
leurs observations^ ! C'est aussi un sensible qui pleure à chaudes 
larmes pour des deuils de famille^ et il est toujours d'une 
"irrésolution habituelle^. " Il est timide, "Cet air de honte et 
de timidité que vous lui voyez dans la vie civile," écrit Retz, 
"s'était tourné, dans les affaires, en air d'apologie*." S'il se 
montra bon soldat c'est grâce à l'influence de Madame de Longue- 
ville, sa maîtresse, dans le sens plein du mot. Madame de Sablé 
ne devait pas être très romanesque et ce qui attirait le duc chez 
elle c'était probablement qu'elle avait cette sorte d' "esprit 
bien fait" qui lui faisait souvent préférer la conversation des 
femmes à celle des hommes. Il y trouvait "une certaine 
douceur" qu'on ne rencontre pas chez les hommes. Peu avant 
de se tourner vers Madame de La Fayette il écrit ^ : " Pour galant, 
je l'ai été un peu autrefois, présentement je ne le suis plus, 
quelque jeune que je sois. J'ai renoncé aux fleurettes et je 
m'étonne seulement de ce qu'il y a encore tant d'honnêtes gens 
qui s'occupent à en débiter. J'approuve extrêmement les 
belles passions; elles marquent la grandeur de l'âme, et quoique 
dans les inquiétudes qu'elles donnent, il y a quelque chose de 
contraire à la sévère sagesse, elles s'accommodent si bien d'ail- 
leurs avec la plus austère vertu, que je crois qu'on ne les sauroit 
condamner avec justice. Moi qui connois tout ce qu'il y a de 
déhcat et de fort dans les grands sen.timents de l'amour, si 
jamais je viens à aimer, ce sera assurément de cette sorte mais 
de la façon dont je suis, je ne crois pas que cette connoissance 
que j'ai me passe jamais de l'esprit au cœur." 

La femme qui l'attira à cette époque avait dépassé la tren- 
taine et depuis dix ans elle était malade. Elle l'avait remarqué 
à cause de son pessimisme et était un peu eJËfrayée par son état 
d'esprit. Elle avait toujours eu la réputation d'être éminem- 
ment raisonnable et c'est ainsi qu'elle apparaît dans ses œuvres 
littéraires. Il se trouve, en effet, dans la Princesse de Clèves, un 

^ Voir Portrait fait par lui-même. ^ Sév. m. 108. 

^ Card. de Retz, Portrait de La Rochefoucauld, Œuvres de La Rochef . 
T. I. 

* Retz n'aimait pas La R. mais ce qu'il dit de sa timidité est con- 
firmé par le fait que La R. trop timide pour se présenter devant l'Aca- 
déinie, refusa le fauteuil qu'on lui offrait. 

^ Portrait fait par lui-même. 



102 Madame de La Fayette [CH. 

passage assez significatif. Après la mort de son mari, la prin- 
cesse refuse d'écouter le duc de Nemours pour deux raisons: 
(1) parce qu'elle l'avait aimé du vivant de son mari, ce qui fut 
cause de la mort de ce dernier; (2) parce qu'elle craignait qu'il 
ne fût pas fidèle, une fois qu'elle se serait donnée à lui, même 
dans le mariage. "Les hommes," dit-elle, "conservent-ils de 
la passion dans ces engagements éternels; dois-je espérer un 
miracle en ma faveur, & puis-je me mettre en estât de voir cer- 
tainement finir cette passion dont je ferois toute ma félicité. . . . ? " 
Elle se demande si son mari ne conserva sa passion que parce 
qu'il n'en avait pas trouvé en elle. Elle dit à Nemours qu'elle 
n'aurait pas le même moyen de conserver la sienne et conclut 
"je croy même que les obstacles ont fait vostre constance^." 

Sans croire à la continence de La Rochefoucauld, malgré 
ses désillusions, malgré son âge, malgré sa santé, malgré son 
besoin de sympathie et d'affection désintéressée, nous pouvons 
croire qu'une femme aussi fine psychologue que celle qui a écrit 
ces Hgnes ne fut pas assez folle pour écouter ce pessimiste quin- 
quagénaire. Nous admettrons, qu'attirée vers lui par l'espoir de 
lui "réformer le cœur^" elle put se piquer au jeu et s'y laisser 
prendre. Mais, vu son expérience et son état de santé, cela est 
peu probable. 

Qu'est-ce donc qui les unit si étroitement? De la part de 
Mme de La Fayette, le désir d'exercer une influence sur cet 
homme illustre et de modifier son opinion sur les femmes. En 
cours de route, elle estima qu'ils avaient beaucoup de traits 
communs. Ils aimaient la lecture, la discussion psychologique, 
les travaux httéraires. Peu à peu cet homme, qui ne croyait en 
rien, crut en elle — le plaisir en était doux — et lui confia ses soucis, 
ses préoccupations. Cette intimité était en accord avec tout ce 
que Madame de La Fayette avait appris de l'amour platonique^. 

1 Éd. Lemerre, 249-257. 

2 Segrais écrit que La Rochefoucauld donna de l'esprit à Mme de La 
Fayette mais qu'elle réforma son cœur. (Une faute de ponctuation dans 
Segraisiana, p. 28, lui fait dire le contraire. ) Il nous dit en outre que La 
R. "avoit donné dans tous les vices qui régnoient à la cour dans le tems 
de sa jevinesse " (p. 28), qu'il "n'avoit pas étudié, mais qu'il avoit vm bon 
sens merveilleux" (p. 15). C'est encore Segrais qui nous fait savoir que 
Mme de La Fayette se servit de ses connaissances des procès poiir 
sauver "le plus beau" des biens de La R. (p. 101). 

3 Voir Le Grand Cyrus, vi. 113 ; V. Cousin, Soc. fr. u. 6-7 ; F. Hédelin 
d'Aubignac, Les conseils d'Ariste. D'Aubignac ne croyait pas trop à 
l'amoiir platonique. 



v] La Parisienne et ses amis 103 

De plus, pour un malade, c'est une chose agréable que d'avoir 
un ami à peine plus ingambe que lui et qui peut venir tous les 
jours s'informer de sa santé et lui apporter des nouvelles. 

La Rochefoucauld, après avoir été jeté de côté et d'autre par 
son ambition, fut retenu par la douce affection de cette femme 
qui ne demandait rien que de l'amitié et qui rassemblait chez 
elle tous ceux qu'il serait allé voir à la cour, si sa santé le lui 
avait permis. Elle habitait tout près, et malgré ses propres 
souffrances, elle réussissait à égayer le pauvre goutteux lorsqu'il 
voyait tout en noir. Elle commença par lui être utile^ et peu à 
peu elle lui fut indispensable. 

Quel que soit le détail de cette intimité, les bases en sont une 
belle amitié, ou un amour singulièrement dépourvu de passion ; 
elle fut respectée par tous ceux qui la voyaient de près^ et les 
plus médisants ne pourraient qu'enlever le mérite sans nier les 
faits: "M. de La Rochefoucauld," écrit Mlle de Scudéry à 
Bussy, "vit fort honnêtement avec Madame de La Fayette: il 
n'y paroit que de l'amitié. Enfin la crainte de Dieu de part et 
d'autre et peut-être aussi la politique a coupé les ailes à l'amour. 
Elle est sa favorite et sa première amie. Rien n'est plus heureux 
pour elle que cela, ni plus honnête pour lui^." Bussy répond: 
"Quand on ne voit rien que d'honnête à présent entre M. de 
La Rochefoucauld et Mme de La Fayette, ce n'est pas à dire 
qu'il n'y ait que de l'amitié. Pour moi je vous maintiens qu'il 
y a toujours de l'amour et quand il seroit possible qu'il n'y eût 
plus, il y a toujours quelque chose qui, dans la religion, est aussi 
condamné que l'amour même*." Bussy n'aimait guère La Roche- 
foucauld et il avait déjà médit de Mme de La Fayette du temps 
où elle était jeune fille; ici, il a tout l'air de dire : "Elle ne fait 
rien de mal mais elle a tort quand même ! " Mlle de Scudéry 
tient à son opinion, sans être trop charitable, et deux ans plus 
tard, elle écrit: "M. de la Rochefoucauld et Madame de La 
Fayette ont fait un roman des galanteries de la cour de Henri 
second, qu'on dit être admirablement bien écrit; ils ne sont pas 
en âge de faire autre chose ensemble....^." Bussy répond sur le 

^ Lettre de La R. au comte de Guitaut 15 nov. 1664: "Je parle 
souvent de vous avec ma voisine et elle m'est d'xm grand secours." 
Œuvres, G. É. ra. 173. 

2 Les chansonniers voyaient le plus souvent de bien loin et tenaient 
surtout à avoir des chansons égrillardes à tort ou à raison. 

3 Bussy-Rabutin, Corr. in. 116, Lettre du 6 déc. 1675. 

« Op. cit. 117. 5 Op. cit. 451, 8 déc. 1677. 



104 Madame de La Fayette [ch. 

même ton: "Je serois bien fâché que ces auteurs fussent plus 
jeunes car ils s'amuseroient à faire autre chose ensemble qui 
ne nous divertiroit pas tant que leurs Uvres." 

Malgré l'intimité de Mme de La Fayette avec La Roche- 
foucauld, il y avait encore place dans le cœur de la première 
pour une autre amitié avec Mme de Se vigne. Cette amitié date 
de la jeunesse de Mlle de La Vergne et du mariage de sa mère 
avec le chevaUer de Se vigne. Si nous n'en avons parlé qu'en 
passant, c'est que nous n'avions que peu de renseignements sur 
ses débuts. Mais Madame de Se vigne elle-même nous renseigne 
sur ses relations avec Madame de La Fayette à partir de l'époque 
oïl nous sommes et elle nous donne en même temps une idée 
de la vie que menaient La Rochefoucauld et son amie. 

La première mention de Mlle de La Vergne dans la corres- 
pondance de Mme de Sévigné est de 1652, lorsque la marquise 
écrit à Ménage pour lui dire "Vous ne me faites cette querelle 
d'Allemand que pour vous donner tout entier à Mlle de La 
Vergne^," mais ces mentions ne sont pas fréquentes avant 1670. 
À partir de cette date et jusqu'à la mort de la comtesse il est 
question d'elle à peu près à chaque page. Malgré son affection 
pour sa fille, malgré le peu d'amitié de celle-ci pour Mme de 
La Fayette, les deux amies ne se sont jamais brouillées et la force 
de leur amitié ne faiblit jamais, quoi qu'en dise Walckenaer. 
Il est ridicule de dire que Mme de La Fayette ménagea son 
crédit à la cour et qu'elle ne voulut pas l'employer pour son 
amie^. À part quelques biUets au sujet de son fils, toute sa 
correspondance avec Louvois, dont il sera question plus tard, 
est destinée à rendre service à d'autres qu'aux membres de sa 
famille, et d'après la correspondance de Mme de Sévigné même, 
on voit assez que Mme de La Fayette faisait son possible pour 
lui être utile. Pour ne donner que quelques exemples — c'est 
tantôt le fils de la marquise qui veut changer de garnison^, tantôt 
les Grignan qui ont besoin de son appui*, tantôt des demandes 
à faire pour la députation de Charles de Sévigné^. Certes elle 
ne réussit pas toujours, mais il faut lui savoir gré de ses efforts et 
la marquise elle-même le fait à plusieurs reprises. "Il me parait 

1 1. 374. 

2 Walckenaer, in.: "Elle ménageait son crédit et se montra peu 
empressée à en user pour ses amis." 

3 Sév. vn. 91. 

* Ibid. vu. 364, ix. 5 juin 1689, vi. 58, 117. 

6 Ibid. IX. 190, 192, 198, 204, 214, 218, 224, 241-2, 243, 250, 279. 



v] La Parisienne et ses amis 105 

qu'elle a bien envie de servir M. de Grignan, " écrit-elle, "elle 
sera alerte sur les Chevaliers" etc.^ 

Mais si Madame de Sévigné resta fidèle jusqu'au bout, il est 
certain que ses enfants n'aimaient pas trop la comtesse. De 
la part de la fille, c'était peut-être tout simplement de la jalousie. 
Quant au fils, il trouvait Mme de La Fayette un peu trop "rai- 
sonnable." Tout en faisant comprendre à sa mère la nécessité 
de lui fournir de l'argent^ elle essayait également de l'éloigner 
de Ninon^. Lui aussi semble être un peu jaloux de l'influence de 
Madame de La Fayette et de ce qu'elle arrive à faire pour ses 
fils*. Madame de Sévigné sent bien l'hostilité de sa fille et en 
maints endroits de sa correspondance elle s'efforce de montrer 
combien son amie s'intéresse à Mme de Grignan^. Cependant 
elle est obligée d'avouer son peu de succès, "Vous êtes toujours 
bien méchante quand vous parlez de Mme de La Fayette," 
écrit-elle, "je lui ferai quelques légères amitiés de votre part^." 

Madame de Sévigné était naturellement attirée vers sa 
parente, et savait apprécier en elle des qualités qui lui man- 
quaient à elle-même. Elle paraît la regarder comme une per- 
sonne supérieure et ne manque pas de lui demander conseil dans 
les cas difficiles. Mais parfois, pourtant, elle était toute prête 
à imiter la jalousie envieuse de ses enfants. Aussitôt, il est 
vrai, elle reconnaissait les réelles quafités de son amie. Dans sa 
jeunesse, Mme de Sévigné était jin peu écervelée. Son humeur 
était d'une Uberté et d'une gaieté qui la faisaient parfois mal 
juger. Tallemant nous dit qu'elle avait l'habitude de "dire 
tout ce qu'elle croyoit joli, quoique ce fussent souvent des 
choses un peu gaillardes' " et Bussy admet que "pour une femme 
de qualité on trouvoit son caractère un peu trop badin^." 
Madame de La Fayette était plus posée, mais elle était loin de 
la froideur et de la pudibonderie que l'on voudrait lui attribuer ; 
elle était capable de pardonner, et même d'apprécier la forte 
gaieté de son amie. Au besoin, et malgré sa maladie, elle lui 
écrivait des "gaillardises^." La marquise aimait son amie 
parce que la comtesse pouvait sympathiser avec ses faiblesses 
de mère, louer sa fille, et la guider dans les démarches à faire 
pour l'avancement de ses enfants. Si parfois sa maladie amenait 

1 Ibid. VI. 58. 2 iii^ 194, 

3 II. 137. * r^. 286, etc. 

6 II. 67, 107, 173, 182, 194, m. 263, viu. 306. « iv. 218. 

' Tallemant, Hist. de Sév. et de sa Femme. Voir aussi Sév. G. É. i. 
p. 48. 8 Sév. I. 48. » Sév. ii. 350. 



106 Madame de La Fayette [CH. 

la tristesse, sa maison restait généralement gaie, car on y ren- 
contrait des gens fort intéressants. Madame de La Fayette 
tenait salon^ et Madame de Sévigné retrouvait là le cardinal 
de Retz et tous ses amis de la Fronde "avec les beaux esprits 
de ce temps, Segrais, Huet, La Fontaine et Molière^." Elle y 
trouvait également La Rochefoucauld et peut-être Bossuet, 
Boileau, Racine, Benserade. Ce salon devait ressembler certains 
jours à cette ''Chambre du Sublime"'' que Mme de Thianges 
donna en 1675 comme étrennes au duc du Maine^. 

Segrais, pour s'être trop occupé du mariage de Mademoiselle 
et de Lauzun et non pas dans le sens qu'aurait voulu la princesse, 
fut chassé de chez elle. Madame de La Fayette l'accueilht*. 

Quant à Huet, évêque d'Avranches, nous connaissons depuis 
quelques mois^ l'opinion de Pierre Bayle à son sujet, opinion 
exprimée à cette époque, en 1675. "Et Monsieur Huet," écrit-il 

1 Somaize, Dict. i. p. 205, dans sa liste des réduits les plus connus et 
les plus considérables donne: Celui de la charmante Féliciane. "À ceux 

que nous avons déjà cités jadis," écrit A. Bourgoin ( FaZenim Conrart 

p. 253, note), "il faudrait peut-être ajouter comme étant contemporains 
de la première société Conrart les salons de Mme de La Fayette, de Mme 

d'Aiguillon, de Scarron, de Mme de Sablé, de Ninon Quand s'ouvrit 

ou se ferma chacun d'eux il est difficile de le dire." Évidemment: il 
est même difficile de dire que le salon de Mme de La Fayette était con- 
temporain de celui de Conrart. D'après Pellisson et d'Olivet, que M. 
Botirgoin cite Im-même, la société Conrart s'assemblait "Environ l'année 
1629." Avant de mettre Mme de La Fayette à la tête d'un salon il 
faudrait lui donner le temps de devenir Mme de La Fayette, ce qui 
n'eut lieu qu'en 1655, ou même de naître, ce qui ne Ivii advint qu'en 
1634. 

^ Voir Walckenaer, m. Ch. xrx. On peut supposer que Molière 
fréquentait la maison mais nous n'oserions pas l'affirmer comme le fait 
Walckenaer. 

^ On y avait représenté en cire le duc du Maine, "Auprès de lui M. de 
la Rochefoucaiild, auquel il donnait des vers pour les examiner: autour 
du fauteuil M. de Marcillac et M. Bossuet.... Au bout de l' alcôve Mme de 
Thianges et Mme de La Fayette lisaient des vers ensembles. A.\x dehors 
du balustre Despréaux, avec une fourche, empêchait sept ou huit mé- 
chants poètes d'approcher. Racine était auprès de Despréaux, et un 
peu plus loin La Fontaine auquel il faisait signe d'avancer." 
Ménagiana. 

* Sur Segrais voir Brédif, Segrais, pp. 64-72. Mme de Sévigné écrit 
(il. 199), "Mais comment pourrois-je vous dire les tendresses, les amitiés, 
les remerciements de M. de la Rochefoucauld, de Segrais, de Mme de 
La Fayette avec qui je passai le soir." 

* Lettres inédites de Bayle pub. dans Rev. d'Hist. litl. de la Fr. avril- 
juin 1912, p. 427. 



v] La Parisienne et ses amis 107 

à l'un de ses amis de Montauban, "dont j'ay à vous dire deux 
mots puisque vous le souhaitez. C'est un des plus savans hommes 
de France. Il a donné au pubhc toutes les œuvres d'Origène, 
un beau livre latin de la manière de bien traduire, avec un 
examen de presque toutes les traductions qui se sont faittes 
jamais, outre la savante lettre de l'Origine des romans^ de la- 
quelle il me semble vous avoir autrefois parlé. ...il est sous- 
précepteur de M. le Dauphin." C'est à Huet que Mme de La 
Fayette adresse une lettre qui suffirait pour prouver qu'elle n'a 
pas échappé complètement à la mauvaise influence de la pré- 
ciosité — et, fait piquant, elle commence sa lettre par accuser 
Mlle de la Trousse d'être précieuse. 

"ce 14 9bre 1662. 

"Toute précieuse que soit Mlle de la Trousse^ elle a de l'es- 
prit, et par là je suis assurée qu'elle vous distingue comme elle 
le doit du reste de ces Messieurs de Caen que je ne crois pas tous 
aussi distinguables que vous l'êtes. Pour Me de Coulanges elle 
est toute propre à mettre le feu dans des cœurs moins com- 
bustibles que ne le sont pour l'ordinaire ceux de Province. Je 
ne sais si je me trompe, mais je trouve que les cœurs de campagne 
brûlent à bien plus grand feu que ceux de la Cour ; et il me semble 
même que ceux de la cour brûlent mieux à la campagne qu'à 
Paris. Ce pauvre Segrais aura tout loisir de brûler à Saint-Far- 
geau, il ne lui manquera que du feu, mais je ne crois pas qu'il 
puisse trouver là pour allumer une allumette. Toutes les lettres 
que je lui ai écrites en Normandie ont été perdues. Depuis qu'il 
est à St Fargeau, notre commerce est rétabh. Le mien est quasi 
rompu au pays latin; mon maître n'est pas ici: IVIr Ménage est 
occupé aux louanges de Mr le Cardinal: ainsi je n'ai personne 
qui me tire de ma paresse naturelle. Je fais une vie fort inutile ; 
elle n'en est pas moins agréable, hors de travailler pour le ciel 
je commence à trouver qu'il n'y a rien de meilleur à faire que 
de rien faire. Mandez-moi un peu si Madame votre sœur et vous 
avez renoncé à toutes les pensées de vous établir ici et si nous 
ne vous y verrons de longtemps l'un et l'autre^." 

1 En tête de Zaïde, voir notre bibliographie. 

2 Fille de Mme de la Trousse qm était tante de Mme de Sévigné. 

^ D'après une copie conservée à la Bibl. Nat. ms. Fonds fr. 15188- 
15190. L'orig. est probablement à la Bibl. Laurentienne à Florence. Povir 
l'histoire de ces lettres voir Delisle (Léopold), Cat. des Manuscrits, i. 
437-8 ; Cat. des fonds Libri et Barrois par le même, Bibl. Nat. N. Ac. 
Fr. 6202. 



108 Madame de La Fayette [ch. 

Sa correspondance avec Huet est bien une correspondance 
de femme savante, L'évêque lui envoie des vers latins qu'elle 
lit avec l'aide de Ménage^ et des vers français qu'on lui a de- 
mandé de critiquer. Elle se contente de dire quels sont ceux 
qu'elle aime^. 

Moins savant peut-être, ou tout au moins, savant d'une 
façon plus aimable, La Fontaine fréquentait le salon et s'en- 
tendait bien avec La Rochefoucauld et la comtesse. Le premier 
lui suggérait des sujets de fables^ et son hôtesse, malgré sa 
réputation de prude, savait apprécier les contes qui, bien avant 
ses fables, l'ont fait remarquer. De son côté il l'estimait fort 
et trouvait l'occasion d'accompagner le cadeau d'un petit 
billard des vers suivants : 

Ce billard est petit; ne l'en prisez pas moins: 

Je prouverai par bons témoins 

Qu'autrefois Vénus en fit faire 

Un tout semblable poxir son fils. 
Ce plaisir occupoit les Amours et les Ris, 

Tout le peuple enfin de Cythère. 
Au joli jeu d'aimer je pourrois aisément 
Comparer après tout ce divertissement, 
Et donner au billard un sens allégorique: 
Le but est un cœur fier; la bille, un pauvre amant; 
La passe et les billards, c'est ce que l'on pratique 
Pour toucher au plus tôt l'objet de son amour; 
Les belouses, ce sont maint périlleux détour, 
Force pas dangereux, où. souvent de soi-même 

On s'en va se précipiter, 
Oti souvent un rival s'en vient nous y jeter 

Par adresse et par stratagème. 
Toute comparaison cloche, à ce que l'on dit: 

Celle-ci n'est qu'un jeu d'esprit 

Au-dessous de votre génie. 
Que vous dirai-je donc povu" vous plaire, Uranie? 
Le Faste et l'Amitié sont deux divinités 
Enclines, comme on sait, aux libéralités: 
Discerner leurs présents n'est pas petite affaire: 
L'Amitié donne peu, le Faste beaucoup plus, 

Beaucoup plus aux yeux du vulgaire; 
Vous jugez autrement de ces dons superflus, 

^ Lettre de Mme de La Fayette du 18 déc. 1662. 
2 Ibid. 25 fév. 1663. 

^ Les Lapins, discours à M. le duc de La Rochefoucauld, se terminent 
ainsi : 

Permettez moi du moins d'apprendre à tout le monde 
Que vous m'avez donné le sujet de ces vers. 



v] La Parisienne et ses amis 109 

Mon billard est succinct, mon billet ne l'est guère. 
Je n'ajouterai donc à tout ce long discours 
Que ceci sevilement, qui part d'un cœur sincère: 
Je vous aime, aimez-moi toujours^. 

Vingt ans plus tard, après la mort de La Rochefoucauld et 
de son mari, Mme de La Fayette lit encore les contes et quand 
elle veut faire plaisir à un ami illustre elle lui en fait parvenir 
un nouveau — comme la lettre suivante^ en fait foi : 

"A Paris, ce 23ème Janvier 1685, 
Monseigneur, 

Made de La Fayette m'a chargé d'envoyer à 
V. A. S. un nouveau conte de La Fontaine, qu'elle croit que 
vous n'avez point veu. Elle m'a dit en mesme temps que dans 
peu de jours elle me donneroit trois actes d'un opéra de Roland 
commencé par M. de Segrais il y a huit ou neuf ans et qu'il n'a 
point achevé. S'il l'avoit esté elle croit qu'a en juger par ce qui 
est fait il auroit esté fort au dessus de celuy de Quinaut. Si 
tost qu'elle me l'aura donné je ne manqueray pas de l'envoyer 
à Chantilh. Je suis avec respect 

Le très humble et très obéissant serviteur 

Monseigneur de V. A. S. Des Champs." 

(M. des Champs au Prince de Condé.) 

Quelques jours plus tard Madame de La Fayette tient sa 
promesse et Des Champs écrit de nouveau; 

"Ce30e Janvier 1685. 
Monseigneur, 

J'envoye à V. A. S. les trois actes de l'opéra de 

Roland dont j'eus l'honneur de luy parler dans ma dernière 

lettre. Elle verra par le billet avec lequel Me de La Fayette me 

les a envoyez qu'il n'y en a de copie que celle l'a (sic) qu'elle 

prie V. A. S. de vouloir bien renvoyer quand elle ne voudra plus 

les Ure. 

Cela est accompagné d'une lettre sur le mariage de Mlle 

PeUssari avec un Anglois. Je suis avec respect 

Le très humble et très obéissant serviteur 

Monseigneur De V. A. S. Des Champs^." 

1 La Fontaine, Œuvres, Éd. G. É. rx. pp. 136-7. 

2 Inédite. ^ Chantilly, ms. série P. T. xcnc. fos 214, 159. 



110 Madame de La Fayette [CH. 

Mais Madame de La Fayette connaissait bien le prince de 
Condé et n'avait pas toujours recours à un intermédiaire tel que 
Des Champs. Il allait parfois la voir. "Monsieur le Prince," 
écrit Madame de Sévigné^, "fut voir l'autre jour Mme de 
La Fayette: ce prince alla cui spada ogni vittoria è certa^. 
Le moyen de n'être pas flattée d'une telle estime, et d'autant 
plus qu'il ne la jette pas à la tête des dames?" Madame la 
princesse rendait visite également à Mme de La Fayette^ et 
la comtesse allait à son tour à Chantilly, dont elle appréciait les 
beautés, même quand elle était malade au point qu'il fallait la 
porter en htière*. Le fils du grand Condé "M. le duc" était 
assidu au salon de Madame de La Fayette où Madame de 
Se vigne le rencontra souvent^. C'est dans le salon de Mme de 
La Fayette que La Rochefoucauld et son Égérie, causant avec 
M. le duc, réveillèrent de vagues souvenirs d'enfance et lui firent 
reconnaître les beautés de Chantilly^, 

Parmi les autres personnes qui fréquentaient les samedis'^ 
de Mme de La Fayette on peut probablement compter Bossuet 
qu'elle avait rencontré à la cour de Madame Henriette^, Racine 
et Boileau qu'elle voyait à l'Hôtel de Nevers d'après une lettre 
de Pomponne à Arnauld d'Andilly^. Racine lui-même, si son 
manuscrit est authentique^'', écrit: "Votre amie Mme de La 
Fayette nous a été d'un bien triste entretien. Je n'avais mal- 
heureusement eu l'honneur de la voir dans les dernières années 

^ rv^. 549. ^ À l'épée duquel toute victoire est assurée. 

3 vm. 231. " IV. 506, 523. 

^ II. 140, VI. 331. Voir aussi vn. 277. La duchesse, écrivant au duc 
d'Enghien en 1678, dit, en parlant de Mme de La Fayette: "C'est une 
amye aimable et admirable comme je scay qu'elle est tout particulière- 
ment la vôtre je croy que vous serez bien aise que je vous en parle." 
Chantilly, série P. vol. lxxi. T. vu. p. 148. Voir aiissi: Duc d'Aumale, 
Hist. des Princes de Condé. * D'Aumale, op. cit. vn. 178. 

' C'est le comte Gabriel Jules de Cosnac qui fixe ainsi le jour de la 
réunion formelle chez Mme de La Fayette. Nous acceptons ses dires 
parce que nous ne pouvons prouver le contraire. Voir ses Souvenirs du 
règne de Louis XIV. 

8 Voir notre chapitre sur Mme de La Fayette et Mme Henriette, et 
Hémon, La vraie Mme de La Fayette, Rev. Pol. et Litt., oct. 1880. 

^ Fév. 1665. Voir Mém. de Coulanges, p. 470 et plus haut à la page 88. 

^^ Ce paragraphe se trouve dans une lettre de Racine à M. de Bonrepas, 
Paris, 28 juillet (1693), d'après la version conservée dans la Coll. Feuillet 
de Conches. Il ne se trouve pas, cependant, dans l'autographe de la Bibl. 
Nat. L'éditeur de l'édition des G. É. regarde la version citée ci-dess\is 
comme suspecte. Voir(Z7wuresdeRacine(Éd. PaulMesnard),vn. 105, note. 



v] La Parisienne et ses amis 111 

de sa vie. Dieu avoit jeté une amertume solitaire sur ses occu- 
pations mondaines" etc. Boileau, de son côté, était d'avis que 
Madame de La Fayette était "la femme de France qui avoit le 
plus d'esprit et qui écrivoit le mieux. ...^." Molière lut chez La 
Rochefoucauld une comédie — probablement Les Femmes Sa- 
vantes — et cette lecture n'ayant eu heu qu'en 1672, il est fort 
probable que Mme de La Fayette y assista^. Nous ne pouvons 
pourtant affirmer que Mohère fréquentait son salon : nous croy- 
ons qu'il n'en fréquentait aucun. Enfin Perrault figurait peut- 
être parmi les habitués, car Madame de La Fayette écrit vers 
la fin de sa vie : "J'ai un goût très particuher pour ce qui vient 
de lui. Je vous supplie de l'asseurer que je suis sensible (sic) 
touchée du plaisir qu'il me fait de m'envoj^er ses œuvres. Il 
faut qu'il ayt bonne mémoire pour se souvenir encor de ma 
beauté. Il n'y en a plus de trace.... ^. " 

Et si Corneille était trop provincial pour venir en ce salon, 
on le voyait chez La Rochefoucauld. "Il nous lut l'autre jour," 
écrit Mme de Sévigné en 1672, "une comédie.,.. qui fait souvenir 
de la Reine mère^." Cette "comédie" fut probablement Pul- 
chérie, représentée en 1672. 

Ces noms ne sufiisent-ils pas pour nous expliquer le charme 
qui attirait Mme de Sévigné chez son amie ? Et ce n'est pas tout. 
En dehors de ces réunions ordinaires, à jour fixe, il y avait des 
réunions d'amis qui, pour être moins cérémonieuses, n'étaient 
peut-être pas moins agréables à fréquenter. Madame de Sévigné 
écrit qu'elle a vu "Madame de La Fayette avec sa petite fièvre, 
et toujours bonne compagnie^." Un autre jour elle trouve chez 
son amie ^'uniquement M. de Pompone et M. Barillon^." 
Réguhèrement, il s'y rencontrait avec Madame de Sévigné, 
Mesdames de Lavardin et d'Huxelles : on y contait les nouvelles 
du jour, pour lesquelles la marquise était sans doute parti- 
cuhèrement recherchée'. On y discutait sur certaines questions^. 

1 Pellisson et d'Olivet, Hist. de V Académie fr. n. 109. 

2 Sév. n. 515. 

3 Lettre à Ménage. Coll. Feioillet de Conches. Inédite. 

* II. 470. 5 m^ 419. e ym. 470. 

' Voir Barthélémy, La Marquise d'Huxelles, pp. 28-9, et Sév. v. 34, 
où la marquise de Sév. écrit: "Cependant la bonne marquise d'Uxelles 
que j'aime il y a bien des années, m' avoit priée de ne point manquer de 
revenir pour ce dîner qu'elle donnoit à M. de La Rochefoucauld, M. et 
Mme de Coulanges, Mme de La Fayette et d'autres." 

^ Discussions où. l'on se perdait quelques fois d'après iine lettre de 
Mme de La Fayette. 



112 Madame de La Fayette [ch. 

On y lisait des lettres et des romans. Paraissaient aussi Mme de 
Marans — dont on se moquait assez cruellement — Gourville, qui 
s'y trouvait fréquemment mais que Mme de La Fayette traitait 
toujours un peu en laquais, Madame du Plessis-Guénégaud, 
l'hôtesse de l'Hôtel de Nevers et de Fresnes, Courtin, de la 
Trousse, le duc d'Estrées qui parlait politique avec Pomponne 
et Lauzun qui se pavanait devant Mme de La Fayette avec 
l'ordre de la Jarretière que le roi d'Angleterre venait de lui 
donner^. 

Malgré tant de visites reçues, si, par hasard, une ancienne amie 
teUe que Mme de Sablé se renferme chez elle, Madame de La 
Fayette trouve encore le temps de lui écrire, d'aller la voir, de 
l'arracher à son isolement. 

"Il y a une éternité que je vous ay veue," lui écrit-elle, "et 
si vous croyés Madame, qu'il ne m'en ennuyé point, vous me 
faittes une grande injustice. Je suis résolue à avoir l'honneur 
de vous voir quand vous sériés enseveHe dans le plus noir de 
vos chagrins : je vous donne le choix de lundy ou de mardy, 
et de ces deux jours-là, je vous laisse à choisir l'heure depuis 
huit du matin à sept du soir. Si vous me refusés après toutes 
ces offres-là vous vous souviendrés au moins que ce sera par 
une volonté très déterminée que vous n'aurés voulu me voir, 
et que ce ne sera pas ma faute. 

Ce dimanche au soir 2." 

Une conséquence de toutes ces relations, c'est que Mme de 
La Fayette était très bien en cour. Mme de Montespan lui fait 
cadeau d'une "petite écritoire en bois de Santa-Lucie bien gar- 
nie. ...et un crucifix tout simple^." Elle va aux fêtes à Versailles 
et lorsqu'elle va à Saint-Germain "en un mois une fois" ou à 
Versailles, elle est fort bien reçue. A propos d'une de ces visites. 
Madame de Sévigné écrit, "Elle y fut reçue très bien, mais très 
bien, c'est à dire que le Roi la fit mettre dans sa calèche avec 
les dames, et prit plaisir de lui montrer toutes les beautés de 
Versailles, comme un particuHer que l'on va voir dans sa maison 
de campagne. Il ne parla qu'à elle et reçut avec beaucoup de 
plaisir et de poUtesse toutes les louanges qu'elle donna aux mer- 
veilleuses beautés qu'il lui montroit. Vous pouvez penser si l'on 
est contente d'un tel voyage." 

^Sév. passim. Poiir la conversation politique, vni. 502 Pour Lauzun, 
vm. 493. 

2 Fournier, Var. HisU x. ^ Sév. in. 273. 



v] La Parisienne et ses amis 113 

Malgré toutes ces occupations — ou peut-être à cause de cette 
vie intense — Madame de La Fayette allait souvent à "sa petite 
campagne" à Fleury près Meudon "pour être comme suspendue 
entre le ciel et la terre." Dans ces moments "elle ne vouloit ni 
penser, ni parler, ni répondre, ni écouter: elle étoit fatiguée de 
dire bonjour et bonsoir^." On ne s'en étonne pas outre mesure. 
Elle allait aussi se reposer à Issy, à Livry, à Chantilly et à 
St Maur. D'après Gourville elle s'installait un peu trop à son 
aise dans cette dernière maison, elle y prolongeait ses séjours 
et ne se gênait pas d'y accaparer une chambre pour son ami La 
Rochefoucauld^. 

Mais on a beau essayer de s'étourdir dans un tel va-et-vient 
de personnes illustres, de bonnes amies, on a beau goûter à 
la campagne, en une illustre compagnie, un peu de calme, on 
peut quand même éprouver un sentiment de tristesse, et c'est 
l'impression qu'on garde après avoir lu les lettres de Mme de La 
Fayette. Cette tristesse était due non seulement à la maladie et 
aux souffrances de Mme de La Fayette, mais aussi à celles de son 
ami La Rochefoucauld. Voici un passage entre mille qui, à ce 
sujet, est tout à fait caractéristique: — "Mme de La Fayette est 
toujours languissante ; M. de La Rochefoucauld toujours éclopé : 
nous faisons quelque fois des conversations d'une tristesse qu'il 
semble qu'il n'y ait plus qu'à nous enterrer. Le jardin de Mme 
de La Fayette est la plus jolie chose du monde: tout est fleurs, 
tout est parfumé: nous y passons bien des soirées, car la pauvre 
femme n'ose plus aller en carrosse 3." 

Dans ces moments de tristesse et d'abattement les deux 
malades devaient apprécier l'amitié de Mme de Sévigné qui 
apportait avec elle la gaîté et la santé. Mais en suivant les lettres 
de Mme de Sévigné jusqu'en 1672, nous nous sommes laissé 
entraîner un peu trop loin et il faut revenir en arrière pour voir 
une autre phase de la vie de notre auteur. 

1 m. 20. 

2 Gourville, Mém. ii. 63-66. Se rappeler le passage suivant d'vme 
lettre de Mme de Coulanges à Mme de Grignan (Sév. x. 491) (Govirville): 
"Ses Mémoires sont charmants... tout ce qui m'en a déplu, car je les ai 
entièrement lus, c'est un portrait, ou plutôt un caractère de Mme de 
La Fayette, très -offensant par la tourner très-finement en ridicule. Je le 
trouvai quatre jours avant sa mort avec la comtesse de Gramont, et 
je l'assurai que je passois toujours cet endroit de ses Mémoires." 

3 Sév. m. 92. 



CHAPITRE VI 
LA DAME D'HONNEUR. 1660-1670 

Monsieur de La Fayette, en épousant Mademoiselle de La 
Vergne, lui rendit au moins un service qui compte. Il l'a faite en 
effet belle-sœur de Louise de La Fayette et c'est cette qualité 
qui lui permit d'approcher la princesse Henriette d'Angleterre 
de plus près qu'elle ne pouvait l'espérer. Et puisque Madame de 
La Fayette raconte elle-même avec la clarté qui lui est habituelle 
les circonstances de cette rencontre, nous ne pouvons mieux 
faire que de lui laisser la parole^. 

" Henriette de France, veuve de Charles I^^^ roi d'Angleterre," 
écrit-elle dans sa préface de VHistoire d'Henriette d'Angleterre, 
"avoit été obUgée par ses malheurs de se retirer en France et 
avoit choisi pour sa retraite ordinaire le couvent de Sainte- 
Marie de Chaillot. Elle y etoit attirée par la beauté du heu et 
plus encore par l'amitié qu'elle avoit pour la Mère AngéUque^ 
supérieure de cette maison. Cette princesse étoit venue fort 
jeune à la Cour, fille d'honneur d'Anne d'Autriche, femme de 
Louis XIII. 

"Ce prince dont les passions étoient pleines d'innocence en 
étoit devenu amoureux, et elle avoit répondu à sa passion par 
une amitié fort tendre et par une si grande fidélité pour la con- 

1 Pour contrôler et pour apprécier le récit de Mme de La Fayette noua 
avons consulté sur Mme Henriette les ouvrages suivants: Bossuet, Or. 
Fun. (Jouaust); Mémoires de Mme de Motteville (Petitot, xxxvii. 414, 
XL. 232); de Retz (Feillet, ii. 197); de Mlle de Montpensier (Pet. XLin. 
157,XLii. 389); de la Fare (Pet. lxv. 176); de Daniel de Cosnac,i. 420; de 
Choisy (Pet. LXiii. 385); Lettres de Guy Patin, 1846, ii. 127; La Princesse 
ou les Amours de Madame dans UHist. am. des Gaules, 1754, ii. 119; 
Bâillon, Henriette -Anne d'Angleterre; Ibid. Henriette-Marie de France; 
La Fayette, Henriette d'A. (Éd. Anatole France); Ibid. Mém. (et H. d'A.), 
Éd. Asse, etc. 

2 Louise Motier de La Fayette. Sur elle et ses relations avec Louis 
XIII, voir Griffet, Hist.... Louis XIII; Michel Le Vassor, Idem (m. 6-13, 
et IX. 266-272, respectivement), et les Mém. de Madame de Motteville, 
et de La Porte, Montglat, Richelieu, et Nicolas de Goulas. L'article de la 
Grande Encyclopédie renvoie à un livre par l'abbé Sorin, Louise Angèle de 
la Fayette, Paris, 1892, 8". Le nom de cet auteur est inconnu à la Bibl. 
Nat. et nous n'avons rien trouvé dans le Cat. de la Librairie de l'année 
indiquée. Y a-t-il quelque faute d'impression? 



CH. VI] La Dame d'Honneur 115 

fiance dont il l'honoroit, qu'elle avoit été à l'épreuve de tous les 
avantages que le cardinal de Richelieu lui avoit fait envisager^. 
Comme ce ministre vit qu'il ne la pouvoit gagner, il crut, avec 
quelque apparence, qu'elle étoit gouvernée par l'évêque de 
Limoges^, son oncle, attaché à la Reine par madame de Senecey^. 
Dans cette vue il résolut de la perdre et de l'obliger à se retirer 
de la Cour ; il gagna le premier valet de chambre du Roi* qui 
avoit leur confiance entière, et l'obligea à rapporter de part et 
d'autre des choses entièrement opposées à la vérité. Elle étoit 
jeune et sans expérience, et crut ce qu'on lui dit ; elle s'imagina 
qu'on l'alloit abandonner et se jeta dans les Filles de Sainte- 
Marie. Le Roi fit tous ses efforts pour l'en tirer^; il lui montra 
clairement son erreur et la fausseté de ce qu'elle avoit cru ; mais 
elle résista à tout et se fit rehgieuse quand le temps le lui put 
permettre^. 

"Le Roi conserva pour elle beaucoup d'amitié et lui donna sa 
confiance'; ainsi, quoique rehgieuse, elle étoit très consid rée, 

1 D'après Asse, Art. La Fayette, Gr. Encycl. c'est Richelieu qm 
chercha à substituer Louise de la Fayette à Madame de Hautefort dans 
les affections du roi. 

2 François de La Fayette, abbé de Dalon, évêque de Limoges de 
1628 à 1676. 

^ Marie-Catherine de La Rochefoucauld-Randan (1588-1677), mariée 
en 1607 à Henri de Bauffremont, marquis de Senecey, veuve en 1622, 
première dame d'honneur d'Anne d'Autriche, et, de 1642 à 1646, gouver- 
nante du roi et de son frère. Elle était parente de Louise de La Fayette 
du côté maternel. 

* Un nommé Boisenval "qui n'étoit suspect ni au roi ni à mademoiselle 
de la Fayette, c'étoit elle qui lui avoit fait avoir la charge de premier 
valet de chambre; mais quand il la vit résolue de quitter le monde, il 
l'abandonna, pour se livrer au cardinal, qui lui promit dans xine con- 
férence secrette qu'ils eurent à Rueil, de prendre soin de sa fortune." 
Le P. Griffet, op. cit. m. 11. D'après Le Vassor, op. cit. ix. 267, aussitôt 
que Boisenval fut nommé premier valet de chambre Richelieu proféra 
contre lui des menaces qui l'ont fait agir ainsi en traître. 

5 Voir Mme de Motteville, qui donne à croire qu'il n'en fit guère, et 
Griffet, op. cit. m. 12. 

^ D'après certains historiens elle y avait souvent songé dans sa jeu- 
nesse. D'après d'autres c'est Richelieu qm choisit pour Louise un con- 
fesseur chargé de la poixsser vers la religion. 

' Et il alla la voir dans son couvent au grand désespoir de RicheUeu. 
C'est après une de ces visites trop prolongées que le roi, se trouvant dans 
l'impossibilité de rentrer à Saint-Germain, a dû partager au Louvre le 
lit de la reine. Les historiens de l'époque nous racontent, sans ambages, 
que c'est à ce hasard que nous devons le grand roi Louis XIV. 

8—2 



116 Madame de La Fayette [CH. 

et elle le méritoit. J'épousai son frère quelques années avant sa 
profession^ et, comme j'allois souvent dans son cloître j'y vis 
la jeune princesse d'Angleterre ^ dont l'esprit et le mérite me 
charmèrent. Cette connoissance me donna depuis l'honneur de 
sa familiarité ; en sorte que, quand elle fut mariée, j'eus toutes 
les entrées particuhères chez elle, et, quoique je fusse plus âgée 
de dix ans qu'elle, elle me témoigna jusqu'à la mort beaucoup 
de bonté et eut beaucoup d'égards pour moi." 

Madame de La Fayette paraît s'étonner d'avoir pu plaire à 
la princesse et elle revient sur ce sujet dans le texte de son his- 
toire pour dire qu'elle "lui avoit été agréable par son bonheur; 
car, bien qu'on lui trouvât du mérite c'étoit une sorte de mérite 
si sérieux en apparence, qu'il ne sembloit pas qu'il dût plaire 
à une princesse aussi jeune que Madame^." 

Pourtant les deux femmes avaient des traits communs: 
Madame, malgré sa coquetterie et le désir qu'elle avait d'être 
aimée, malgré ses imprudences aussi, nous paraît avoir été d'un 
caractère franc et sincère. Peut-être était-ce la présence de 
cette même quahté chez Madame de La Fayette, que La Roche- 
foucauld qualifie de vraie, qui, parmi les intrigues et les trahisons 
de sa cour, a captivé le cœur de la princesse. 

De plus, bien que par modestie Madame de La Fayette 
n'en parle pas, peut-être existait-il un sentiment de recon- 
naissance chez Madame. En effet la princesse pouvait se rap- 
peler, à cette époque où son frère était roi d'Angleterre et 
elle-même femme de Monsieur, que Madame de La Fayette 
avait jadis été de ses amies lorsque son frère errait de France 
en Hollande, et de la Hollande en Ecosse* et qu'elle-même 
devait rester couchée dans sa chambre au Louvre, faute d'argent 
pour faire du feu^. 

^ Ici on se trouve en face d'tine difficulté qu'aucvin des commentateurs 
du texte n'a relevée autant que nous sachions. Mme de La Fayette s'est 
mariée en 1655. Mlle de La Fayette fit profession le 28 juillet 1638. Est- 
ce que le mot "avant" est une faute de copiste povir "après"? Nous 
sommes allé consulter le seul manuscrit que nous connaissons et c'est 
bien "devant" que nous avons trouvé. L'explication la plus naturelle 
est celle-ci : Mme de La Fayette pensait au moment où Louise a succédé 
à Mme l'Huillier, première supérieiire du couvent. 

2 Henriette-Anne, dernière fille de Charles I*""^ et d'Henriette de France 
(qui était fille de Henri IV et de Marie de Médicis), née le 16 juin 1644, 
à Exeter en pleine guerre civile. 

^ Histoire d'Henriette d'Angleterre, Éd. A. France, p. 41. 

* Voir aussi de Retz, Mém. in. 112. 

« Ibid. n. 197, et Mme de Motteville, Petitot, xxxvn. 414. 



vi] La Dame d'Honneur 117 

Quoi qu'il en soit, il est certain que Madame de La Fayette 
devint la favorite de la princesse après le mariage d'Henriette 
d'Angleterre. Peu de temps après ce mariage Loret^ en nous 
décrivant une fête à Fontainebleau (le 5 septembre 1661) fait 

mention de 

La Reyne mère d'Angleterre 
Anne et Therèze nos deiix reines 

Monsieur et Madame 

La Fayette et la jeune Guiche. 

Aux fêt€s, elle n'était que dame d'honneur, mais elle passait 
ses après-midi chez Madame, la suivait au Cours, soupait chez 
Monsieur et terminait la journée "parmi les plaisirs de la 
comédie, du jeu et des violons^." À certains moments de cette 
vie brillante, elle cessait d'être une dame d'honneur pour 
devenir une amie. C'est un de ces moments d'intimité qu'OUvier 
d'Ormesson^ nous dépeint dans son journal. "En effet l'on 
sçut depuis que, le dimanche précédent Madame étant à Saint- 
Cloud avec Monsieur, avoit disné en pubUc, s'estoit amusée avec 
Madame de La Fayette à la décoiffer pour voir les blessures 
qu'elle avoit eues à la teste d'une chute d'un châssis sur la teste ; 
qu'elle luy avoit demandé si elle avoit eu peur de la mort. . . .etc." 

Ce petit tableau est charmant. On voit que Madame, re- 
nommée pour sa douceur*, parlait sur un ton autrement sympa- 
thique que cette mauvaise langue de Bussy qui, répondant à 
Madame de Montmorency, écrit: "Je suis fâché, pour Vintérèt 
de Madame, qu'une corniche ait cassé une tête qui lui plaît. Si 
l'on peut vous dire une turlupinade, ce n'est pas la plus illustre 
tête que les corniches et même les cornes n'ont pas respectée" 

etc.^ 

Pourtant, même dans ces moments d'intimité. Madame ne 
parlait pas à son amie de " certaines affaires "—du cœur. Avait- 
elle peur que la divine raison de sa dame d'honneur ne lui fît 
honte ou que celle-ci lui donnât des conseils trop sages et trop 
sensés pour qu'une princesse romanesque pût les suivre? Tou- 
jours est-il, que Madame de La Fayette écrit : " Je n'avois aucune 
part à sa confidence sur de certaines affaires, mais quand elles 
étoient passées, et presque rendues pubUques, elle prenoit 
plaisir à me les raconter e." C'est pendant une de ces conver- 
sations qui eut Heu après l'exil du comte de Guiche en 1665, 

1 III. 401. 2 La Fayette, op. cit. 42. ^ journal, n. 592. 

« Voir Cosnac, i. 420, et Bossuet, Or. Funèbres. 

5 Corr. I. 264. ^ La Fayette, op. cit. p. 5. 



118 Madame de La Fayette [ch. 

que Madame lui dit: "Ne trouvez -vous pas..,, que si tout ce 
qui m'est arrivé et les choses qui y ont relation étoit écrit, cela 
composeroit une joHe histoire? Vous écrivez bien, ajouta-t-elle; 
écrivez, je vous fournirai de bons mémoires^." 

Madame de La Fayette entra "avec plaisir dans cette 
pensée " et sur le champ dressa un plan de l'histoire de Madame 
Henriette. Mais de la part de la princesse ce n'était qu'une idée 
passagère; le travail fut bientôt abandonné par elle, et Madame 
de La Fayette n'y songea plus pendant quatre ou cinq ans. En 
1665, ce projet revint à l'esprit de Madame et elle désira qu'on 
le reprît. Elle revit le lendemain tout ce que Madame de La 
Fayette avait écrit la veille et elle y prit tant de goût, nous dit 
cette dernière, que, pendant un voyage de deux jours à Paris, 
"elle écrivit elle-même ce que j'ai marqué pour être de sa main 
et que j'ai encore." Ces marques n'ont malheureusement pas 
été conservées à l'impression, mais voici sans doute un des 
passages en question: "Il (le roi) envoya prier Montalais de 
lui dire la vérité ; vous saurez ce détail d'elle. Je vous dirai seule- 
ment que le maréchal (de Gramont), qui n'avoit tenu que par 
miracle une aussi bonne conduite" etc. 

Voilà donc Madame de La Fayette historiographe de 
Madame. M. Eugène Asse s'efforce de montrer qu'elle possédait 
les quahtés nécessaires à cette fonction. "Cette femme si bien 
douée par la nature pour devenir un historien," écrit-il 2, "n'y 
fut pas moins aidée par les circonstances, par les exemples 
qu'elle eut de très bonne heure sous les yeux, et peut-être par 
les leçons qu'elle reçut. On a dit que l'histoire n'était jamais 
mieux écrite que par les hommes d'état. Madame de La Fayette 
fut élevée au milieu des plus grands de son temps" etc. Van 
Laun^ fait mieux encore : il ne parle de Madame de La Fayette 
dans son gros ouvrage sur la littérature française qu'à propos 
de ses études historiques. "Her chief talent," écrit-il, "was in 
romantic biography and she left behind two books containing 
the ripest fruit of her well trained and judicious mind, History 
of Henrietta ofEngland and Memoirs ofthe Court of France during 
the years 1688 and 1689." 

Il est vrai qu'il mentionne incidemment que cette même La 
Fayette écrivit la Princesse de Clèves. "The story of an honest 
married woman in love with another than her husband." 

1 Ibid. p. 6. 

^ À la page v de la préface de son éd. des Mém. ( Jouaust). 
3 Hist. of French Lit. 11. 160. 



vi] La Dame d'Honneur 119 

Certes, nous sommes loin de contester la valeur di'HenrieUe 
d* Angleterre en tant qu'œuvre historique. Monsieur Jules Lair, 
en écrivant sa charmante histoire de Louise de La Vallière^, met 
souvent le récit de Madame de La Fayette en regard des docu- 
ments contemporains et toujours cette confrontation atteste 
l'exactitude du récit. Mais a-t-on assez examiné la nature de 
cette œuvre ? A force de la prendre pour un travail historique 
on en arrive à en faire une critique telle que celle-ci: "Entre 
Madame et lui (Monsieur) leur cour était un lieu d'une agitation 
inconcevable, une sentine de médisances et de calomnies, de 
petites perfidies, de petites trahisons, de quoi donner la nausée, 
même lorsqu'elle est racontée par Madame de La Fayette. Je 
ne sais, en vérité, si cette dernière a rendu service à sa chère 
princesse en écrivant son Histoire de Madame Henriette. A part 
les premières pages jusqu'au mariage, et la belle scène de la 
mort tout à la fin, le reste est un tissu de riens si méprisables, 
à tous égards, que le hvre en tombe des mains. Voilà donc tout 
ce que l'auteur de la Princesse de Clèves a trouvé à dire d'une 
personne aussi en vue, d'une belle-sœur à qui Louis XIV con- 
fiait les secrets de sa politique et qu'il avait failli trop aimer^." 

L'auteur de cette page nous paraît s'être laissé entraîner un 
peu trop loin. L'historien peut avoir une déception s'il a recours 
au Hvre de Madame de La Fayette pour avoir des renseigne- 
ments sur les grands événements de l'époque. Arvède Barine 
aurait dû se rendre compte de la véritable nature du hvre. Elle 
aurait vu ensuite que le tissu de riens n'est pas si méprisable 
qu'elle le croyait. 

ReHsons attentivement quelques passages de la préface 
à.'' Henriette d'Angleterre. "L'année 1665 le comte de Guiche 
fut exilé. Un jour qu'elle (Madame) me faisoit le récit de quel- 
ques circonstances assez extraordinaires de sa passion pour elle ; 
'Ne trouvez-vous pas,' me dit-elle, 'que, si tout ce qui m'est 
arrivé et les choses qui y ont relation étoit écrit, cela composeroit 
une joUe histoire? Vous écrivez bien,' ajouta-t-elle, 'écrivez, 
je vous fournirai de bons mémoires.' " 

Notons sans plus tarder qu'il s'agit d'un récit rapportant 
des faits réels avec les choses qui y ont relation, tout en n'ayant 

1 Voir bibliog. Voir aussi à ce sujet D'Aumale, Hist. des Pr. de Condé, 
vu. 206, note: "Les lettres adressées à la reine de Pologne confirment 

ce charmant récit — par Mme de La Fayette Rien de plus exact et 

de plus juste que l'ensemble du récit, rien de plus vrai que cette peinture. " 

2 A. Barine, Louis XIV et la Grande Mademoiselle, p. 168. 



120 Madame de La Fayette [ch. 

qu'un intérêt secondaire, et que c'est une conversation sur le 
comte de Guiche qui en donne l'idée à la princesse. Madame de 
La Fayette qualifie cette idée de "fantaisie" et nous dit que ce 
fut une fantaisie qui passa bientôt. Elle revint cinq ans plus tard 
et de nouveau l'on s'amusa à écrire. "Madame 'badinoit' avec 
moi," dit Madame de La Fayette, "sur les endroits qui me don- 
noient le plus de peine." Le travail est encore abandonné, pour 
n'être plus repris, car le récit de la mort de Madame est ajouté 
comme un appendice et l'auteur ne fait aucun effort pour com- 
bler la lacune qui existe entre le moment où est interrompue 
l'histoire proprement dite et le dénouement tragique. "La mort 
de Madame," explique -t-elle, "ne me laissa ni le dessein ni le goût 
de continuer cette histoire et j'écrivis seulement les circonstances 
de sa mort, dont je fus témoin." Quels motifs dictèrent cette 
résolution ? Quel moyen plus agréable et plus sûr pour perpétuer 
la mémoire de sa chère princesse que d'achever l'histoire de sa 
vie? Nous croyons que si Madame de La Fayette ne continua 
pas son œuvre, c'est parce qu'elle sentait que c'était une histoire 
trop frivole pour être continuée après la mort terrible de l'hé- 
roïne. Peut-être aussi la considérait-elle comme finie déjà en tant 
qu'œuvre d'art. Pour nous le vrai titre de ce livre c'est Le roman 
de Madame et du œmte de Guiche "avec les choses qui y ont 
relation." Et voici le passage qui clôt ce roman. "Enfin le jour 
du départ arriva; le comte avoit toujours la fièvre, il ne laissa 
pas de se trouver dans la rue avec son déguisement ordinaire ; 
mais les forces lui manquèrent quand il fallut prendre le dernier 
congé. Il tomba évanoui, et Madame resta dans la douleur de 
le voir dans cet état, au hasard d'être reconnu, ou de demeurer 
sans secours. Depuis ce temps-là Madame ne l'a point revu." 
C'est là la fin du roman de Guiche et de V Histoire de Madame. 

Pour nous, c'est la pensée que la galanterie de ce récit 
ferait un trop saisissant contraste avec le tableau tragique de 
la fin de Madame, qui empêcha Madame de La Fayette de le 
pubher. Elle l'écrivit pour amuser Madame, et non pas pour lui 
"rendre service"; elle le garda ensuite parmi ses lettres et ses 
papiers intimes. Arvède Barine aurait pu lui en savoir gré et 
s'en prendre aux indiscrets qui n'ont pas respecté l'intention 
de Madame de La Fayette. 

Quant à nous, nous leur sommes bien reconnaissant d'avoir 
sauvé cet ouvrage de l'oubh et tout ce que nous venons de dire 
à son sujet n'est pas pour diminuer la valeur de l'œuvre. Si 
nous ne voulons y voir qu'un simple récit, nous ne nions pas 



vi] La Dame d'Honneur 121 

comme nous l'avons déjà dit, sa valeur historique, mais nous 
goûtons surtout ce travail comme Histoire morale de Madame 
Henriette. 

Si le sieur Rosteau se trompa — et son erreur ne lui échappa 
pas entièrement — en classant la Princesse de Montpensier sous 
la rubrique "Histoire,^"' de notre côté nous nous trompons peut- 
être en donnant à l'Histoire de Madame Henriette le titre de 
roman. C'est pourtant sous ce jour que nous aimons à regarder 
cet ouvrage. Pour nous c'est un roman vrai — et en l'écrivant 
Madame de La Fayette fait un excellent apprentissage de son 
métier de romancier. 

La première partie nous introduit à la cour et nous présente, 
par le moyen d'une série de portraits, faits selon les règles^, 
tous ceux qui s'y trouvent. Les amours du roi tiennent relative- 
ment beaucoup de place et donnent le ton à tout le livre, et 
l'objet principal n'est pas de faire une galerie de portraits mais 
de créer l'atmosphère de la cour. Madame de La Fayette ter- 
mine ainsi: "Le reste des belles personnes qui étoient à la Cour 
ont trop peu de part à ce que nous avons à dire pour m'obliger 
d'en parler; et nous ferons seulement mention de celles qui 
s'y trouveront mêlées selon que la suite nous y engagera." 

Dès le début de la seconde partie, Madame de La Fayette 
fait l'historique du mariage de Madame, et aussitôt elle remonte 
en arrière pour faire mention du roi, qui, pendant un instant, 
fut regardé comme un mari possible pour la princesse d'Angle- 
terre, mais "Le Roi, au contraire, témoigna de l'aversion pour 
ce mariage et même pour sa personne." Buckingham apparaît 
à la page suivante et c'est ensuite le comte de Guiche. 

Avec lui nous entrons dans le roman. De Guiche "voyoit 
Madame à tous moments — avec tous ses charmes; Monsieur 
prenoit même le soin de les lui faire admirer : enfin il l'exposoit 
à un péril qu'il étoit presque impossible d'éviter^." 

Mais si ce qui doit arriver est inévitable, il peut se rencontrer 
des difficultés en chemin. Le roi changera d'avis au sujet des 
charmes de la princesse, autrefois méprisée, et Madame de La 
Fayette nous le fait savoir dans un paragraphe qui dépeint bien 
Madame dans le milieu "galant" oii elle vivait. "Après quelque 
séjour à Paris, Monsieur et Madame s'en allèrent à Fontaine- 
bleau. Madame y porta la joie et les plaisirs. Le Roi connut, 
en la voyant de plus près, combien il avoit été injuste en ne la 

1 L'imprimeior de l'édition de 1720 a intercalé des titres pour chaciin 
de ces portraits. ^ P. 42. 



122 Madame de La Fayette [CH. 

trouvant pas la plus belle personne du monde. Il s'attacha fort à 
elle et lui témoigna une complaisance extrême. Elle disposoit de 
toutes les parties de divertissement; elles se faisoient toutes 
pour elle, et il paroissoit que le Roi n'y avoit de plaisir que par 
celui qu'elle en recevoit. C'étoit dans le milieu de l'été : Madame 
s'alloit baigner tous les jours; elle partoit en carosse, à cause de 
la chaleur et revenoit à cheval, suivie de toutes les dames, 
habillées galamment avec mille plumes sur leur tête, accom- 
pagnées du Roi et de la jeunesse de la Cour; après souper on 
montoit dans les calèches et, au bruit des violons, on s'alloit 
promener une partie de la nuit autour du canal." 

Cet attachement fit du bruit, à un tel point qu'il fut 
convenu que le roi ferait semblant d'être amoureux de quelque 
autre personne de la cour. Parmi les trois personnes qui ser- 
vaient ainsi de masques pour égarer la cour, se trouvait La 
Valhère. Le roi s'y attacha sérieusement, au grand chagrin de 
Madame et ainsi il éloigna Guiche, amoureux lui aussi de 
Mademoiselle de la Vallière, mais pas assez "pour s'opiniâtrer 
contre un rival si redoutable." Guiche revint donc à Madame, 
et tous deux s'avancèrent d'un pas vers l'inévitable que Madame 
de La Fayette n'était pas seule à prévoir. "Longtemps avant 
qu'elle fût mariée, on avoit prédit que le comte de Guiche seroit 
amoureux d'elle." 

La troisième partie, toute d'intrigues, raconte l'histoire du 
roi et de La ValUère, l'exil de Guiche, le rôle de Vardes et de 
Montalais. Pendant l'exil, Madame rompt avec de Guiche. 
Cette partie commence ainsi: "Le comte de Guiche n'avoit 
point suivi le Roi au voyage de Nantes," elle se termine par un 
éclaircissement de toutes les fantaisies de Vardes. 

La quatrième partie débute par les paroles suivantes: "Dans 
ce temps le comte de Guiche, revint de Pologne." Il "se rac- 
commoda" avec Madame, mais se croyant forcé de quitter le 
pays par suite des intrigues dans lesquelles il avait été mêlé et 
qui furent connues du roi, il eut avec Madame cette dernière 
entrevue dont nous avons déjà parlé. "Il tomba évanoui, et 
Madame resta dans la douleur de le voir dans cet état, au hasard 
d'être reconnu, ou de demeurer sans secours. Depuis ce temps- 
là Madame ne l'a point revu." (Fin de l'Histoire de Madame.) 

On pubUa à la fin de cette histoire de Madame de belles 
pages de Madame de La Fayette sur la mort d'Henriette. Comme 
il existe une lacune entre ce dernier tableau et la quatrième 
partie, on éprouva le besoin de la combler en citant d'autres 



vi] La Dame d"" Honneur 123 

mémoires de l'époque. Cela est utile pour l'histoire; car la Vie 
de Madame en tant qu'histoire est incomplète. Mais si l'on veut 
bien la considérer au point de vue roman (et si l'on admet que 
la Relation de la Mort de Madame est une chose à part) elle est 
complète. Il y a en effet, une exposition, des péripéties, un nœud 
et un dénouement. On peut même voir des ressemblances entre 
cette "Histoire" et la Princesse de Clèves. Tous les deux dé- 
butent par des portraits et des intrigues de cour ; tous les deux 
traitent d'une femme mariée sans amour, qui est tentée par un 
amoureux séduisant ; elles pèchent un peu, mais résistent et ne 
tombent pas complètement. Les deux œuvres montrent un 
mari jaloux, toutes les deux s'achèvent dans la tristesse. Certes 
nous ne dirons pas que Madame a l'étoffe d'une princesse de 
Clèves, ni que Monsieur est l'esquisse du prince. 

D'autre part, entre de Guiche et de Nemours, nous préfére- 
rions peut-être Guiche, comme plus romanesque et moins dange- 
reux au fond, que l'homme "admirablement bien fait" que fut 
Nemours. En somme nous voyons dans V Histoire d'' Henriette, un 
exercice fort utile pour celle qui a déjà écrit la Princesse de Mont- 
pensier et qui écrira plus tard la Princesse de Clèves. 

Cet exercice ne fut pas des plus faciles. Madame de La 
Fayette elle-même admet que "C'étoit un ouvrage assez difficile 
que de tourner la vérité, en de certains endroits, d'une manière 
qui la fît connoître, et qui ne fût pas néanmoins offensante ni 
désagréable à la Princesse^." En effet, elle se trouvait prise 
entre son amour de la vérité et ses devoirs envers sa maîtresse. 
Elle s'en est tirée à merveiUe car, bien qu'elle ait pu Hre à Madame 
Henriette le récit qu'elle avait fait et mériter son approbation, 
il n'y a nulle servihté dans ce petit livre. "Le comte de Guiche 
et elle (Montalais)," écrivit-eUe, "se mirent dans l'esprit qu'il 
falloit qu'il vît Madame en particulier. Madame qui avoit de la 
timidité pour parler sérieusement n'en avoit point pour ces sortes 
de choses. Elle n'en voyoit point les conséquences'^.'''' Et ailleurs 
eUe parle ainsi du roi à l'occasion de la disgrâce de Fouquet : 
"Il y avoit longtemps que le Roi avoit dit qu'il vouloit aller à 
Vaux. ...et quoique la prudence dût l'empêcher (Fouquet) de 
faire voir au Roi une chose qui marquoit si fort le mauvais 
usage des finances et qu'aussi la bonté du Roi dût le retenir d'aller 
chez un homme qu'il allait perdre, néanmoins ni l'un ni l'autre 
n'y firent aucune réflexion^." 

1 Préf. par Mme de La Fayette, p. 7, Éd. France. 

2 Op. cit. p. 64. 3 p, 53, 



124 Madame de La Fayette [ch. 

Dans toute cette histoire, pleine d'intrigues et d'amours, 
Madame de La Fayette montre cette délicatesse qui lui est 
particulière; une jeune fille lirait sans rougir ces pages où 
figurent à tour de rôle le roi, le comte de Guiche, Bucking- 
ham, Marsillac et Vardes — pourvu qu'elle fût très innocente. 
Madame de La Fayette est fine et maligne et ce qu'elle ne dit 
pas en toutes lettres elle permet aux initiés de le lire entre 
les lignes. "Il étoit beau, bien fait," dit-elle de Monsieur, "mais 
d'une beauté et d'une taille plus convenables à une princesse 
qu'à un prince: aussi av oit-il plus songé à faire admirer sa 
beauté de tout le monde, qu'à s'en servir pour se faire aimer des 
femmes, quoiqu'il fût continuellement avec elles. Son amour- 
propre sembloit ne le rendre capable que d'attachement pour 
lui-même^." 

L'embrouillement de toutes les intrigues et contre -intrigues 
n'empêche pas l'auteur d'écrire un récit fort clair et fort simple. 
Malgré cette simphcité il y a des pages qui ne manquent pas de 
grandeur : celle par exemple où Madame de La Fayette fait voir 
l'ombre de Mazarin qui "étoit encore la maîtresse de toutes 
choses." La pénétration, le sens psychologique ne sont pas 
absents de passages exquis comme celui-ci: "Cette Reine^ 
s'apphquoit tout entière au soin de son éducation^ et le malheur 
de ses affaires la faisant plutôt vivre en personne privée qu'en 
souveraine, cette jeune princesse prit toutes les lumières, toute la 
civilité et toute V humanité des conditions ordinaires'^ ^ Nous avons 
signalé tout-à-l'heure la relation de la mort d'Henriette. Que 
ne pouvons-nous transcrire certains passages de cet émouvant 
récit ? L'auteur, qui connaissait si bien la princesse^ et qui était 
douée d'une vive sensibihté, dont on ne lui a pas assez fait mérite, 
se retient malgré sa douleur et nous fait un récit dont la sim- 
phcité va droit au cœur. Pour bien comprendre combien cette 
nuit fut tragique, c'est à ce récit qu'il faut aller et non pas à la 
magnifique oraison funèbre de Bossuet. 

Bossuet nous émeut lui aussi, et parfois les larmes arrêtent 
sa parole; mais il s'élève bien vite à des considérations philo- 
sophiques; il est le prophète, le Père de l'EgHse qui parle de 

ip. 16. 

^ Henriette-Marie, veuve de Charles I«^ 

^ C. à d. à l'éducation de sa fille, plus tard Madame. 

* P. 33. 

^ "Il y a aujourd'hui trois ans," écrit-elle le 30 juin 1673 à Mme de 
Sévigné, " que je vis mourir Madame: je relus hier plusieiu"S de ses lettres, 
je suis toute pleine d'elle." 



vi] La Dame d'Honneur 125 

la mort et non pas à' une mort. Chez Madame de La Fayette 
on sent la souffrance de l'amie et on devine les sentiments qui 
étreignaient son cœur dans cette chambre de Saint-Cloud oii 
roi, princes, évêques, prêtres, médecins couraient, discutaient en 
chuchotant dans les antichambres, tous également impuissants 
devant l'ange de la mort. Et cependant la victime qui se croyait 
empoisonnée, qui souffrait physiquement et moralement, tantôt 
demandait si la mort viendrait sans tarder et tantôt se pré- 
parait à "mourir dans les formes." Le dix -septième siècle avait 
toujours écarté de sa Uttérature l'image de la mort; au théâtre 
on meurt dans les couUsses ou si, comme dans Phèdre, on meurt 
en scène, c'est pour que la punition et le châtiment d'une 
pécheresse soient complets et pubUcs. À part les orateurs sacrés, 
on dirait que les écrivains de l'époque n'ont jamais imaginé pour 
un instant qu'il pût y avoir de la beauté grandiose dans la mort 
même, sans l'aide d'embellissements poétiques. La mort de 
Madame Henriette a fourni un thème à plusieurs personnes qui 
l'ont développé sans nulle prétention Httéraire^ et leurs récits 
sont très émouvants. Celui de Madame de La Fayette cependant 
les dépasse de beaucoup, car d'une part elle était fortement 
émue et d'autre part elle se gardait bien de laisser déborder sa 
douleur. Cette émotion contenue nous a donné quelques pages 
qui suffiraient presque seules à faire vivre le nom de l'auteur et 
à la faire aimer. 

Nous avons dit plus haut pourquoi Madame de La Fayette 
n'acheva pas l'histoire d'Henriette d'Angleterre. Elle n'eut donc 
pas la tentation de Hvrer son œuvre aux libraires et au pubUc... 

Quand enfin, en 1720, le manuscrit trouva un imprimeur, ce 
fut en Hollande. L'éditeur, Michel Charles le Cène, ne le dis- 
tingua nullement d'un tas d'autres libelles qui encombraient 
ses ateUers. Les noms propres, mal lus, furent pour la plupart 
défigurés. Un éditeur ignorant y ajouta des notes qui ne 
pouvaient qu'égarer le lecteur. 

En 1853 A. Bazin réédita le volume "à peu près parfaite- 
ment" dit un de ses critiques^. Mais cet ouvrage paraît avoir 
joué de malheur car Bazin mourut avant l'impression de son 
manuscrit et l'imprimeur laissa subsister plusieurs coquilles. 
Enfin en 1882, Madame de La Fayette trouva, en la per- 
sonne de M. Anatole France, un éditeur digne d'elle et le 
lecteur moderne pourra lire la Vie de Madame Henriette dans 

1 P. e. le récit de Feillet, ms. Arsenal. 

2 Loiiis Énaiilt dans VAthenaeum français, 16 avr. 1853. 



126 Madame de La Fayette [ch. vi 

la jolie édition de la Bibliothèque des Dames où l'éminent 
romancier épuise à peu près le sujet dans une préface aimable 
et savante^. 

^ Cette édition, pourtant, n'est pas exempte de fautes. À la page 5, 
note 1 , Madame de La Fayette pour Mademoiselle de La Fayette pourrait 
induire en errevir: Cambont pour Cambout, p. 127, note 1 (avec une faute 
d'impression, 3 povir 1). P. xliii, note 1, le N» de la p. est liv et non xliv. 
Page 1, la lettre de Marie de Gonzague est datée 1644 au lieu de 1664. 
Mais ce ne sont là que coquilles d'impression sans importance. 



CHAPITRE VII 

LE ROMANCIER— ^.47/}^ 

Après la nouvelle et le roman vécu que sont respectivement 
la Princesse de Montjpensier et Henriette d'Angleterre, Madame 
de La Fayette aborda le roman romanesque. Elle n'y a qu'à 
demi réussi, d'abord parce que le genre ne lui convenait pas et 
surtout, nous semble-t-il, parce qu'elle fut gênée par ses col- 
laborateurs. On s'est plu à démontrer que Zdide est bien d'elle 
et non pas de Segrais, Nous reparlerons de cela plus loin, mais 
il faut dire d'ores et déjà que Madame de La Fayette n'est que 
l'un des auteurs de ce roman. 

Nous croyons — sans oser l'affirmer — que Madame de La 
Fayette commença de bonne heure à écrire des nouvelles. L'une 
d'elles, qui relevait du genre historique, fut publiée sous le titre 
de La Princesse de Montpensier; il restait parmi ses papiers 
d'autres essais, dont quelques-uns remontaient peut-être à 
l'époque du séjour au Havre^. Lorsque Madame de La Fayette 
relut avec La Rochefoucauld^ et Segrais VAstrée, VAmadis et 
les romans de Mlle de Scudéry, l'idée lui vint peu à peu ou 
bien d'utiliser ses essais de jeunesse, ou bien même d'essayer 
de composer un roman tout d'une pièce. Mais il nous semble que 
si elle avait suivi ses propres inclinations elle n'aurait pas 
''remonté le courant" qui entraînait le roman vers des directions 
nouvelles pour écrire un ouvrage tel que Zdide. Son imagination 

1 On remarquera que Zaïde est le seul de ses romans où il est question 
des voyages en mer et des aventures; les scènes principales se passent 
aux bords de la mer. Tout ce mouvement semblerait indiquer une œu\Te 
de jeunesse, et le cadre aurait pu être suggéré par un séjour prés de 
l'océan. Nous n'insistons pas siir cette hypothèse, n'étant pas tout à 
fait sûr que Mlle de La Vergne ait séjourné au Havre. 

2 Longuerue, L. du F. de, Longiiervuna.... 1754, p. 81. "....Tous les 
après-midi il s'assembloit avec Segrais chez Madame de La Fayette, et 
on y faisoit une lecture de VAstrée:' Mme de La Fayette recueillit 
Segrais chez elle quand il quitta le Luxembourg. Du Pradel, dans sa 
liste des membres de l'Académie (1676), donne l'adresse de Segrais "rue 
de Vaugirard, vers le Calvaire " — c'est à dire chez Madame de La Fayette. 
Voir Le Livre Commode des adresses de Paris, ii. p. 281 dans l'Édition 
Elzév. 



128 Madame de La Fayette [ch. 

n'était pas assez puissante pour cela, ce n'était pas dans ses 
goûts, et le travail était de trop longue haleine pour une femme 
qui "aimait le changement en toutes choses." Or, il arriva qu'au 
moment où elle entreprit ce travail, elle avait auprès d'elle 
La Rochefoucauld, Segrais et Ménage. Segrais nous dit la part 
qu'il eut au travail: "La Princesse de Clèves est de Madame de 
La Fayette qui a méprisé de répondre à la critique que le 
P. Bouhours en a faite^, Zdide qui a paru sous son nom est 
aussi d'elle. Il est vrai que j'y ai eu quelque part, mais surtout 
pour la disposition du Roman où les règles de l'art sont observées 
avec grande exactitude^." Eh bien ! n'en déplaise à Segrais, 
nous osons croire que si Mme de La Fayette avait eu un 
peu plus de confiance en elle-même, elle aurait produit, sans le 
secours de Segrais, un roman moins touffu et, disons le mot, 
moins ennuyeux. On a beau s'extasier sur Zdide parce que ce 
Uvre est de Mme de La Fayette, on a beau faire remarquer qu'il 
est plus court que d'autres romans de l'époque, on a beau sou- 
Hgner les réelles quahtés du style, il n'en reste pas moins vrai 
que l'intérêt en est très inégal et l'obligation de le lire d'un trait 
est extrêmement pénible. Le lecteur qui ne voudra pas s'y 
résoudre, (et il aura tort, car il est des épisodes où l'on retrouve 
Madame de La Fayette) pourra juger des efforts de Segrais 
d'après ce résumé de l'œuvre. L Histoire de Consalve et de Zdide 
commence — Consalve raconte sa vie à Alphonse — Récit principal 
— Histoire d'Alphonse et de Bélasire — Récit principal — Histoire 
de don Garcie et d'Herménésilde^ — Récit principal — Histoire de 
Zaïde et de FéHme — Histoire d''Alamir, prince de Tharse — Suite 
de l'histoire de Zaïde et de Féhme — Récit principal — Suite et 
fin de l'histoire de Zaïde — Sîiite et fin du récit principal. 

La composition est mauvaise pour deux raisons, qui toutes 
les deux ont du poids. D'abord, l'action est double : (a) l'histoire 
de Consalve et de Zaïde, (6) l'histoire d'Alamir et de Félime; 
de plus, on sent l'effort à chaque pas. H est par trop évident 
que l'histoire épisodique d'Alphonse et Bélasire menace depuis 
le début du récit et qu'elle pourrait bien des fois venir assez 
naturellement, si le récit de Consalve, héros du roman, ne 
devait passer le premier et s'il n'exigeait qu'aucun autre récit 
ne vienne immédiatement après lui. Le résultat de cet effort 

^ Segrais se trompe comme l'ont fait la plupart de ses contemporains. 
La critique n'était pas de Bouhours. Voir chap. sur la P. de Clèves. 

2 Segraisiana, Paris, 1722, in 12°, p. 9. 

3 Histoire nécessaire, il est vrai, au récit principal. 



V[i] Le Romancier — Zaïde 129 

vers une composition régulière est que l'histoire d'Alphonse est 
située à sa place, quand le départ de Zaïde arrête l'action, mais 
qu'il vient d'une façon tout à fait inattendue. Enfin, malgré 
les grands mérites de ce récit, mérites sur lesquels nous insisterons 
plus tard, on se demande vraiment pourquoi Alphonse figure 
dans l'histoire de Zaïde, si ce n'est pour faire parler Consalve 
dans son désert et pour que son récit fasse pendant "selon les 
règles de l'art" à celui d'Alphonse. Toujours est-il qu'une fois 
que Consalve a quitté son "désert," Alphonse disparaît du 
roman. 

En somme si Segrais n'a fait qu'arranger les choses, de sorte 
que chaque fois que le récit fait un pas en avant, un épisode 
intervienne pour en arrêter la marche — à tel point que l'esprit 
se fatigue à suivre l'action principale à travers ces parenthèses 
— il n'avait pas Heu de se vanter. 

Quant à La Rochefoucauld, l'éditeur de ses œuvres réclame 
en sa faveur une intervention, qui se serait manifestée par sa 
critique, ses conseils, de détail au moins, dans la rédaction de 
ce Hvre. Cette intervention est plus difficile à préciser que ne 
l'est celle de Segrais ; mais on peut admettre, au besoin, que là 
où les personnages font un examen de conscience et s'expriment 
en des phrases qui ressemblent à des maximes, la voix d'un 
homme qui était spéciahste en la matière fut sans doute écoutée. 
Est-ce lui qui fait dire : " On est jaloux sans sujet.. . .quand on est 
bien amoureux" et ailleurs: "les jalousies des amants ne sont 
que fâcheuses, mais celles des maris sont fâcheuses et offen- 
santes " ? Quelle que soit la part qu'il ait prise à la rédaction de 
Zaïde, il est certain qu'il a soumis certains passages à ses amis 
pour en avoir leur opinion. Voici un de ces passages; on re- 
marquera que c'est justement l'une de ces analyses de senti- 
ments dont nous venons de parler, et on pourra supposer, sans 
trop hasarder, que la page est de La Rochefoucauld. 

"J'ai cessé d'aimer toutes celles qui m'ont aimé et j'adore 
Zaïde qui me méprise. Est-ce sa beauté qui produit un effet 
si extraordinaire, ou si ses rigueurs causent mon attachement? 
Seroit-il possible que j'eusse un si bizarre sentiment dans le 
cœur et que le seul moyen de m'attacher fût de ne m'aimer pas ? 
Ha ! Zaïde, ne serai- je jamais assez heureux pour être en état 
de connoître si ce sont vos charmes ou vos rigueurs qui m'at- 
tachent à vous^?" 

1 Portefeuille de Valant, BibI, Nat. ms. T. n. î°^ 162-3. Voir à ce 
sujet La Rochefoucauld, Éd. G. É. in. 10-11, et l'album. 

A. g 



130 Madame de La Fayette [CH. 

Après avoir été examiné par ses amis et remanié par les 
collaborateurs, ce passage devient dans Zaïde: 

"Je n'ai pu aimer toutes celles qui m'ont aimé: Zaïde me 
méprise et je l'adore. Est-ce son admirable beauté qui produit 
un effet si extraordinaire ? ou seroit-il possible que le seul moyen 
de m'attacher fût de ne m'aimer pas? Ah ! Zaïde, ne me mettrez- 
vous jamais en état de connoître que ce ne sont pas vos rigueurs 
qui m'attachent à vous^? " 

Madame de La Fayette paraît avoir appliqué à cet endroit 
son principe qu' "une période retranchée d'un ouvrage vaut un 
louis d'or, un mot, vingt sous." Il est de toute évidence que le 
passage tel qu'on l'a imprimé est bien supérieur au brouillon. 

Mais La Rochefoucauld ne fut pas le seul à soumettre le 
brouillon de Zaïde aux critiques compétents. Ménage aussi 
était au courant de la situation d'après un fragment de lettre 
à Huet où Madame de La Fayette écrit : "que la paresse ne vous 
prenne pas ce seroit une honte de ne pas achever d'embellir 
Zahyde^." Ménage a-t-il eu une part plus considérable à la 
rédaction du roman? fut-il employé par son ancienne élève à 
veiller à l'impression de Zaïde, comme nous avons déjà vu 
qu'il l'avait été pour la Princesse de Moritpensierl Nous l'igno- 
rons. Dans la correspondance contemporaine il n'est jamais 
question de lui à ce sujet, mais ceci ne prouve rien car il en fut 
de même pour sa collaboration à la première œuvre de Mme de 
La Fayette. Il est fort probable qu'il reçut le brouillon avant 
qu'on l'ait envoyé à Huet. 

Ce dernier revit le roman au fur et à mesure de sa rédaction, 
et c'est lui qui appuie ce que dit Segrais lui-même au sujet de 
la part prépondérante qu'a prise Madame de La Fayette dans 
la composition de l'ouvrage. "Ses nouvelles," écrit l'évêque 
d'Avranches dans une notice sur Segrais, "furent bien reçues 
du public, moins toutefois que Zayde et quelques autres ou- 
vrages de ce genre qui parurent sous son nom^ et qui étaient en 
effet de la Comtesse de La Fayette, comme lui et la Comtesse 
l'ont déclaré souvent à plusieurs de leurs amis qui en peuvent 
rendre un témoignage assuré. Pour Zayde, je le sais d'original, 

1 Éd. Garnier, p. 193. 

2 Corr. de Huet. Bibl. Nat. ms. Lettre xiii. et Henry, Un érudit 
homme du mx)nde 

^ Si l'on admet que Huet ne tombe pas dans l'erreur commune de 
croire que la P. de M. et la P. de C. furent publiées sous le nom de Segrais 
parce qu'on les lui attribuait, quels furent ces ouvrages? 



vu] Le Romancier — Zaïde 131 

car j'ay souvent vu Mme de La Fayette occupée à ce travail et 
elle me le communiqua tout entier pièce à pièce avant que de le 
rendre public. Et comme ce fut pour cet ouvrage que je com- 
posai le Traité de Vorigine des Romans, qui fut mis en tête^ elle 
me disoit souvent que nous avions marié nos enfants ensemble. 
Je rapporte ce détail pour désabuser quelques personnes qui, 
bien que peu instruites de la vérité de ce fait, ont voulu le con- 
tester.... 2" 

Malgré ce témoignage, certaines personnes refusaient d'être 
"désabusées" et Huet écrit dans ses Mémoires "....Elle se 
soucioit si peu des justes éloges dont elle étoit l'objet qu'elle 
voulut que son agréable roman de Zayde parût sous le nom de 
Segrais. Ce fait ayant été rapporté par moi dans les Origines de 
Caen on s'en plaignit comme d'une injure faite à la réputation 
de Segrais. Des gens mal avisés, auteurs de ces plaintes, igno- 
roient parfaitement la vérité. On me l'avoit confiée, et outre 
que j'en étois surabondamment instruit par le témoignage 
irrécusable de mes yeux, je puis en fournir une foule de preuves 
tirées des lettres de Mlle de Lavergne laquelle m'envoyoit au 
fur et à mesure qu'elle les avoit écrites les différentes parties 
de cet ouvrage, avec ordre de les réviser^." 

En effet, on avait recours à Huet pour juger d'abord le fond 
du roman et lorsqu'on avait terminé le travail de rédaction, 
on le lui remettait encore pour qu'il critiquât la forme. Une de 
ces lettres de Mme de La Fayette, dont il est fait mention plus 
haut, est venue jusqu'à nous, parmi les copies des papiers de 
Huet conservées à la Bibliothèque Nationale. "Je vous envoyé 
le troisième et le quatrième cahier," lui écrit-elle, "Ce dernier 
n'est point du tout corrigé ni revu, aussi vous y trouverez bien 
à mordre ; mais ne vous amusez guère aux expressions et prenez 
seulement garde aux choses; car quand nous l'aurons corrigé, 
vous y repasserez encore. Si je n'avois point eu mille affaires 
j'aurois été vous rendre visite...." etc. Et elle tennine par un 
post-scriptum "Servez-vous de crayon rouge, on ne voit pas 
le noir." 

Il est regrettable que Huet n'ait pas profité de l'autorisation 
que lui donnait son amie et qu'il n'ait pas fait remarquer le 
nombre de coïncidences qui, nécessaires à l'action, nuisent par 
trop à la vraisemblance. Avec les défauts attachés à la com- 

1 Voir les premières éditions de Zaïde d^s notre bibliog. 

2 Les Origines de Caen, pp. 408 et suiv. 

^ Méfïi. de Dan. Huet.... trad. Nisard, pp. 132-3. 

9—2 



132 Madame de La Fayette [ch^ 

position, l'intervention du deus ex machina est une des 
imperfections les plus visibles du roman. Même si l'on admet 
le rôle dévolu au portrait^ (qui correspond à "la croix de 
ma mère" du mélodrame français) les coïncidences d'ordre 
secondaire sont beaucoup trop nombreuses et trop peu vrai- 
semblables. 

Nous pouvons au besoin admettre l'existence de la maison 
d'Alphonse, ses galeries et ses peintures, l'habileté avec laquelle 
Zaïde se fait belle sous ses vêtements, qui pourtant n'ont pas 
manqué d'être abîmés par la mer. Ce ne sont là que détails 
sans importance. Mais nous nous étonnons de ces autres coïn- 
cidences essentielles pour le progrès de l'action. Nugna Bella, 
ambitieuse, habituée aux intrigues de la cour, pas du tout éva- 
porée, mais tout au contraire en pleine possession d'elle-même, 
se trompe en envoyant deux lettres fort importantes. C'est 
possible — mais c'est surprenant. Don Manrique va faire un 
tour de promenade, il s'arrête précisément sous la fenêtre de 
Bélasire, mi soir où, par hasard, Alphonse revient sur ses pas, 
à l'instant où Bélasire ouvre la fenêtre avec l'intention de lui 
parler. L'infortuné périt, victime de tant de coïncidences. 
Consalve est plus heureux: il entend parler Zaïde qu'il croit 
être passée en Afrique. Il la voit dans une barque. Mais alors 
la chance le quitte, car ses amis qui viennent le chercher pour 
qu'il rentre à la cour le traitent assez sévèrement et l'empêchent 
de communiquer avec celle qu'il aime. Mais pendant la guerre 
qui suit, dans la première ville prise, dans la première maison 
où il entre, dans la première salle de cette maison, il rencontre — 
qui donc? Zaïde elle-même! Et il ne s'était arrêté en chemin 
que pour sauver la vie à un nommé Zuléma qui se trouvait être 
père de la dite Zaïde ! Et tout cela repose sur ce portrait du 
futur fiancé que l'astrologue croyait être celui du prince de Fez, 
et qui, bien entendu, représentait les traits de Consalve lui- 
même. Ce père du prince de Fez n'avait-il pas épousé en justes 
noces la sœur de Nugnez Fernando, captive des Maures? Si ! — 
et la personne fictive dont Consalve était jaloux sans raison 
n'aurait pu être que son cousin si elle avait existé. Or les cousins 
se ressemblent toujours étonnamment! 

Ces faiblesses ne passèrent pas inaperçues, plus tard, lorsque 
l'ouvrage fut rendu public mais les amis qui lurent le manuscrit 
étaient tellement habitués aux extravagances des romans de 

1 Était-ce un lointain souvenir du portrait qui, dans Polexandre, fait 
partir le roi des Canaries vers des aventures merveilleuses? 



vu] Le Romancier — Zaïde 133 

ce genre que, fort probablement, Zàide leur paraissait d'un 
naturel parfait. 

Il est certain que le roman ne fut pas inventé de toutes 
pièces, malgré l'invraisemblance de certains incidents. Koerting^ 
a déjà indiqué comme source de la partie " historique " un roman 
de Hita^ que Madame de La Fayette aurait pu Kre dans une 
traduction française publiée à Paris en 1660. La Rochefoucauld 
et elle aimaient à passer l'après-midi à Ure des romans et les 
libraires de Paris exploitaient à cette époque la vogue des his- 
toires espagnoles. Cette vogue était plus grande qu'on ne le 
croit généralement et les gens capables de lire l'espagnol étaient 
assez nombreux à Paris pour que les Ubraires fissent des éditions 
en cette langue, portant en marge la traduction des mots diffi- 
ciles^. 

Il est une autre source qu'il faudrait rechercher — Mme de La 
Fayette qu'a-t-elle emprunté à la vie quotidienne ? La réponse 
demande un travail minutieux qui sera fait plus tard. Nous 
pouvons toujours indiquer quelques détails dont l'intérêt 
nous conseille d'entreprendre ce travail. Segrais écrit: "La 
jalousie d'Alphonse, qui paroit extraordinaire, est dépeinte 
sur le vrai, mais moins outrée qu'elle ne l'étoit en effet...." 
L'étude de la jalousie paraît avoir toujours intéressé Madame 
de La Fayette, et même sans l'indication de Segrais, on serait 
naturellement tenté de rechercher dans la vie réelle les sources 
de certaines parties de Zaïde. La comtesse avait eu sous les 
yeux quelques grands de la cour qui furent tourmentés par la 
jalousie. Elle avait déjà écrit, à propos de Monsieur: "La jalou- 
sie dominoit en lui; mais cette jalousie le faisoit plus souffrir 
que personne, la douceur de son humeur le rendant incapable 
des actions violentes que la grandeur de son rang auroit pu lui 
permettre*." 

Nous avons déjà vu avec quel soin Mme de La Fayette 
cherchait à découvrir sous les noms romanesques des person- 
nages de la Clélie, les véritables caractères de ses amis de la 
cour. N'a-t-eUe pu être tentée de faire elle-même le jeu con- 

1 Gesch. der Fr. Rom. i. p. 476. 

2 Caballeros moros de Granada, de las civiles guerras.... Saragossa, 
1595-1604. 

3 M. RejTiier, professeur en Sorbonne, prépare depms longtemps une 
bibUog. des livres espagnols imprimés à Paris et de lexirs traductions. 
C'est de lui que nous tenons ce détail concernant les éditions spéciales 
pour lecteurs français. 

* Henriette d'Angleterre, Éd. France, p. 17. 



134 Madame de La Fayette [CH. 

traire dans les pages de Zaïde et de cacher, par ci par là, sinon 
des portraits en pied, du moins des esquisses susceptibles d'être 
reconnues par une élite ? 

Les faits d'armes eux-mêmes semblent avoir été empruntés 
à quelque gazette de l'époque aussi bien qu'à Hita. Nous ne 
pouvons rien affirmer encore sur cette question, mais il faudrait 
expliquer pourquoi la description de la bataille de Rocroi, faite 
par Bossuet dans son éloge du prince de Condé, ressemble si 
étonnamment à celle de la bataille d'Almaras dans Zaïde. 
Consalve "touché de voir périr de si braves gens, cria qu'on leur 
fit quartier." Condé "qui ne put voir égorger ces lions comme de 
timides brebis, calma les courages émus et joignit au plaisir de 
vaincre celui de pardonner." Les vaincus dans Zaïde "sem- 
bloient n'avoir d'autre application qu'à admirer sa clémence 
après avoir éprouvé sa valeur." Quant aux Espagnols vaincus 
par Condé "De quels yeux regardèrent-ils le jeune Prince," dit 
Bossuet, "dont la victoire avoit relevé la haute contenance, à 
qui la clémence ajoutoit de nouvelles grâces^ ! " Que penser de 
ces rencontres? Sont-elles dues à des souvenirs de Zaïde qui 
ont inspiré Bossuet? Ou ne faudrait-il pas admettre une source 
commune dans quelque description officielle de la bataille? 
C'est un point à éclaircir. 

Le travail de préparation, de rédaction et de refonte fut 
achevé vers la fin de l'année 1669 et bien que la première édition 
porte, selon l'habitude que l'on observe encore pour les livres 
publiés à la fin d'une année, la date de l'année suivante, il est 
certain que Zaïde se trouva entre les mains des Parisiens au 
mois de décembre 1669^. L'opinion générale lui était favorable 
et Segrais reçut des louanges de son côté, car on croyait, puisque 
son nom seul figurait sur la page de titre, que l'ouvrage était de 
lui. En effet, on pourrait se demander, étant donné le rôle 
secondaire qui avait été le sien lors de la composition du roman, 
pourquoi il fut choisi pour servir de masque à Mme de La Fayette. 
A vrai dire, il était tout à fait indigne. La Rochefoucauld ne 
pouvait pas signer un roman — lui qui osait à peine signer 
des maximes. Madame de La Fayette ne voulait pas passer 
"pour un auteur de profession." Par contre, rien n'empêchait 

^ Or. Fun. (Jouaust, pp. 229-30). Voir Fournel, Litt. indép., Paris, 
120, p. 198. 

2 Madame du Bouchet écrit à Bussy le 18 déc. 1669: "Je voxis envoie 
Zaïde de Segrais....'' Bussy -Rab utin, Corr. i. 228. L'achevé d'imprimer 
est du 20 nov. 1669. 



vu] Le Romancier — Zaïde 135 

son protégé Segrais, qui n'avait d'autre profession que celle 
d'auteur et de bel esprit, de signer un ouvrage, où il avait eu 
d'ailleurs peu de part. Il donna donc son nom, il accepta les 
louanges, et au besoin il parla de sa Zaidé^ sans oublier, en 
honnête homme qu'il était, de laisser derrière lui le témoignage 
que sa Zaïde n'était pas de lui. 

Peu de temps après la pubhcation du hvre, le Père Bouhours 
lui dit: "qu'il croyoit qu'il n'y auroit pas grand-mal à lire les 
Romans s'ils étoient écrits de même." Segrais ajoute: "C'est 
que les effets de l'amour y sont décrits d'une manière plus 
historique qu'ailleurs et que cela ne fait pas tant d'impression^." 

Bussy-Rabutin se montre critique plus avisé et son opinion, 
comme celle d'un lecteur éclairé de l'époque, est intéressante à 
consulter. "Je viens de hre le roman de Segrais," écrit-il à 
Mme du Bouchet. " Rien n'est mieux écrit. Si tous les romans 
étoient comme celui-là, j'en ferois ma lecture^; mais comme il 
n'y a rien de parfait, je vais vous en dire mon sentiment, sans 
prétendre que ce soit une décision sans répUque. 

"Les histoires de Gonzalve, de Nugnabella, de Don Garcie 
et de Don Ramire sont très joHes; il ne s'y peut rien désirer. 
Quant aux amours de Gonzalve pour Zaïde elles sont extrava- 
gantes. On la lui fait aimer sitôt qu'il la voit, ayant encore le 
cœur remph de douleur des infidélités de sa première maîtresse 
et de la trahison de son ami; d'ailleurs n'entendant point la 
langue de Zaïde. Tout cela m'a paru hors de la vraisemblance, 
et je ne puis souffrir que le héros du roman fasse le personnage 
d'un fou. Si c'était une histoire, il faudroit supprimer ce qui 
n'est pas vraisemblable, car les choses extraordinaires qui 
choquent le bon sens discréditent les vérités. Mais dans un 
roman où l'on est maître des événements, il les faut rendre 
croyables, et qu'au moins le héros ne fasse pas des extrava- 
gances*. ...Il me parait encore qu'Alphonse devoit taire tout 

1 Segraisiana, p. 66. "Alors que ma Zayde fut imprimée " 

2 Ibid. p. 194. 

3 II Im avait déjà écrit en réponse à sa lettre mentionnée à la note 2, 
page 134, "Je ne lis plus de romans depuis le collège, mais je me prépare 
à lire avec un grand plaisir celm de Segrais. Il ne peut rien écrire qiii ne 
soit joli." 

* Ces idées représentent bien l'attitude des critiques de l'époque. 
Huet lui-même écrit, et en tête de Zaïde, " — la vraysemblance, qui ne 
se trouve pas toujours dans l'histoire, est essentielle au Roman." Cette 
opinion ne l'empêche pas, d'ailleurs, de dire: "Pour vous Monsieur, pviis- 
qu'il est vray comme je l'ay montré et comme Plutarque l'assvire qu'un 



136 Madame de La Fayette [ch. 

ce que la jalousie lui faisoit penser. Segrais nous le représente 
dans sa retraite avec un caractère de sagesse qui ne s'accorde 
pas avec les discours qu'il lui fait tenir. Je sais bien que la 
jalousie fait imaginer toutes les plus ridicules sottises, mais les 
honnêtes gens ne les font pas paroître. On croit voir dans 
Alphonse et dans Gonzalve deux fous qui se veulent guérir l'un 
l'autre de leur foUe....^" 

Évidemment, Bussy, qui voudrait supprimer la jalousie 
d'Alphonse mais qui se délecte aux autres histoires, qui trouve 
à critiquer dans l'amour de Consalve pour Zaïde mais qui 
accepte les invraisemblances de l'action, ne juge pas d'après 
les mêmes règles que nous. Au reste, ses contemporains, qui 
Usaient avec l'intention de se distraire et non pas de critiquer, 
furent moins sévères: Zaïde obtint un grand succès, même 
auprès des lecteurs cultivés. Pour comprendre ce succès, il 
suffit de se rappeler ce qu'étaient les romans avec lesquels on 
pouvait comparer celui-ci. Sans vouloir refaire l'histoire du 
roman avant Zaïde, contentons-nous d'ouvrir un livre qui prit 
place sur les rayons de la bibliothèque de Huet peu après la 
pubHcation de l'ouvrage de Mme de La Fayette. On y Hra, ex- 
primée par Sorel, l'opinion suivante sur les "romans modernes." 
"Ce sont," écrit-il, "des amours de Seigneurs et de Dames de 
hautes quahtés et mesme de Princes et de Princesses qui sont 
accompagnez de Balets, de Carrouzels, & d'autres galanteries de 
cour, et mesme de combats singuHers, de batailles et de voyages, 
desquels les événements sont donnez pour tout naturels, parce 
qu'il n'y a ny miracle, ny magie ; neantmoins la pluspart ne sont 
pas faisables & il y en a une telle quantité les uns sur les autres 
qu'il n'est pas croyable qu'il arrive de si bizarres avantures à 
un homme seul. Afin de leur faire avoir plus de crédit le sujet 
en est pris d'ordinaire des fortunes de quelques Rois ou Capi- 
taines anciens comme d'Alexandre, de Pjrrhus, de César ou de 
Pompée.... 2" 

Une partie de ces critiques peut s'appHquer avec raison 
à Zaïde, mais il n'en reste pas moins vrai que ce roman marque 
un pas en avant. Malgré les épisodes, les dimensions du Uvre 

des plus grands charmes de l'esprit humain, c'est le tissu d'vme fable bien 
inventée et bien racontée, quel succez ne devez -vous pas espérer de 
Zayde dont les avantures sont si nouvelles et si touchantes et dont la 
narration est si juste et si jolie." 

1 Bussy-Rabutin, op. cit. i. 241. 

* (Ch. Sorel), De la connoissance des bons livres, 1671, 12". 



vu] Le Romancier — Zaïde 137 

sont réduites et si l'on ne tient pas compte de la durée des inci- 
dents épisodiques, celle de l'action principale est ramenée à des 
proportions plus normales. Consalve arrive aux bords de la 
mer en été ; il est séparé de Zaïde pendant un hiver que tous les 
deux passent à apprendre la langue l'un de l'autre^ et ils se 
marient à la fin de l'été suivant. La scène se passe chez un peuple 
voisin, à une époque pas trop reculée et les aventures de Con- 
salve quoiqu'elles soient pour nous étonner un peu, ne sont pas 
trop nombreuses. La psychologie, qui certes ne manque pas 
dans les autres romans, ne s'étale pas ici en dissertation: elle 
est dans les actes des personnages. Le roman entier est une 
étude de la jalousie — sujet qui paraît avoir hanté Mme de La 
Fayette sa vie durant — et une telle étude lui permet d'écrire 
une histoire (celle de Don Alphonse et de Bélasire) où l'on ren- 
contre déjà plus d'une qualité de la Princesse de Clèves et qui 
n'est point exempte de certains de ses défauts. Il faut admettre 
avec Bussy-Rabutin que la jalousie d'Alphonse y est poussée 
jusqu'à la fohe ; mais ce que Bussy n'a pas remarqué c'est que 
la gradation y est si bien observée qu'on sent à peine le point 
où l'exagération commence. Tout comme dans la Princesse de 
Clèves, nous avons ici une peinture impitoyable qui laisse une 
impression douloureuse. Peu à peu et presque malgré lui, 
poussé par le "green-eyed monster" de la jalousie, Alphonse 
détruit son propre bonheur, puis celui de sa "maîtresse." Il la 
compromet par un éclat scandaleux, tue son meilleur ami, et 
force Bélasire à se retirer du monde. C'est à quelques détails 
près la situation de la Princesse de Clèves — mais avant le mariage. 
Et pourtant nous sommes encore loin de l'excellence de ce chef- 
d'œuvre, car la peinture des personnages de Zaïde laisse à 
désirer. La femme la plus intéressante, le mieux dessinée, celle 
qui a le plus de caractère, ce n'est pas Zaïde, c'est Bélasire. 
Zaïde qui a le talent d'être belle en sortant tout habillée de la 
mer, ne fait que croître en beauté pendant le récit. On ne peut 
qu'admirer chez une femme qui refuse énergiquement d'épouser 
un homme parce qu'il n'est pas de sa rehgion, l'obstination avec 
laquelle elle tient à s'unir à l'original du portrait — qu'elle croit 
pourtant être un Maure. Et si, par un coup de théâtre vraiment 
inattendu, ce brave Zuléma n'avait changé d'avis à la fin du 
récit, on se demande comment elle s'en serait tirée. Il est vrai 
qu'étant femme elle eut trouvé quelque moyen. 

Pour le reste, eUe est tellement ballottée par les événements 
1 "Pendant l'hiver qu'elle passa en Catalogne." Éd. Garnier, p. 211. 



138 Madame de La Fayette [ch. 

multiples qu'on ne saurait dire qu'elle a un caractère propre. 
Quand une fois elle agit, ou plutôt elle écrit, avec énergie, sa 
lettre n'arrive pas à bon port. Cet insuccès semble la décourager 
au point qu'elle n'essaie plus de réagir contre le sort, jusqu'au 
moment où elle défend à Alamir de venir la voir. Son amie 
Félime aime en silence, et a toutes les peines du monde à se 
confier à Zaïde. Sa présence est utile pour compliquer la situa- 
tion et pour faire souffrir Consalve, mais Félime est toujours 
sacrifiée à Zaïde et le roman aurait été plus simple et plus facile 
à lire si on l'avait noyée en même temps que la mère de son amie. 

Il y a pourtant un sentiment qui expliquerait les caractères 
de ces deux femmes, sentiment dont nous reparlerons au sujet 
de la princesse de Clèves — c'est l'orgueil. 

Alphonse était assez intéressant pour être le seul objet d'un 
roman au lieu de venir dans Zaïde où il n'a que faire. Après une 
jeunesse orageuse et une grande passion qui le fit souffrir, il 
imite au bord de la mer le recueillement de La Rochefoucauld. 
On aimerait savoir que plus tard il écrivit des Maximes. 

Consalve s'entend à analyser ses sentiments, il est presque 
aussi enclin qu'Alphonse à se torturer sans raison, mais quelle 
étrange naïveté chez un héros de roman ! La f aciUté avec la- 
quelle Nugna Bella et ses comparses le trompent est pour étonner 
quand il s'agit d'un courtisan aussi en vue que lui. Il manque 
de curiosité, sans cela il aurait demandé plus tôt à voir le 
fameux portrait — dont le lecteur lui-même se lasse d'entendre 
parler. Et puis, ce n'est pas un homme. Non, il a beau être 
admirablement bien fait, il a beau faire un carnage horrible 
parmi les Maures, il a beau se défendre contre les cavaliers qui 
viennent le mener à la cour de Don Garcie, il a beau enfin larder 
Alamir de coups, ce n'est pas un homme. Il sacrifie trop l'action 
à une réflexion inutile — qui se traduit par des apostrophes. 
Parfois, il fait presque songer au lamentable Joseph Delorme. 

Alamir, sa victime, est le duc de Nemours de l'ouvrage. 
Il est volage, fait souffrir les femmes, devient vraiment amoureux 
à la fin — il est encore puni par où il a péché. C'est juste, mais 
cela manque d'intérêt, car Alamir nous est indifférent: nous le 
connaissons à peine. 

Le grand progrès que marque ce roman n'est ni dans les 
caractères des personnages qui ne sont pas encore assez forte- 
ment dessinés, ni dans l'étude de la jalousie qui pourtant est 
excellente, mais bien dans le style. Il serait nécessaire de citer 
des passages des romans de Mlle de Scudéry pour faire sentir 



vu] Le Romancier — Zaïde 139 

au lecteur la différence entre le style de ses prédécesseurs et 
celui de Mme de La Fayette, si l'on n'avait déjà donné le 
passage que La Rochefoucauld soumit à Huet. Qu'on se dise 
donc, que le brouillon de ce passage est déjà un progrès sur le 
style ampoulé ou seulement lâche, des Cyrus et autres romans; 
qu'on remarque ensuite les différences entre ce brouillon et la 
rédaction définitive. On verra aussitôt et mieux que nous ne 
pourrions le faire voir, tout le chemin qu'a parcouru Mme de La 
Fayette. Certes, ce n'est pas encore le style de la Princesse de 
Clèves — il reste trop d'apostrophes, mais ce défaut même va 
en s'atténuant ; le travail ne se traduit pas en complications, il 
se cache sous le naturel de la forme donnée en dernier lieu à la 
pensée. Madame de La Fayette, avant d'avoir essayé dans 
Zaïde le roman de longue haleine, manquait de confiance en 
elle-même ; elle avait besoin d'une collaboration, elle soumettait 
son ouvrage à ses amis pour qu'ils en critiquassent et le fond 
et la forme. Bien plus, après la publication du roman "elle en 
fit reher un exemplaire avec du papier blanc entre chaque page 
afin de le revoir tout de nouveau, et d'y faire des corrections, 
particuUèrement sur le langage, mais elle ne trouva rien à y 
corriger même en plusieurs années.... i" 

Après Zaïde elle peut prendre courage, se remettre à ses 
lectures, noter ses souvenirs et préparer l'ouvrage qui la rendra 
plus célèbre que n'aurait pu faire le beau nom de son mari, 
ou sa faveur auprès du Roi Soleil. 

^ Segraisiana, p. 66. 



CHAPITRE VIII 

LA MÈRE 

Madame de La Fayette laisse le souvenir d'une femme d'esprit, 
qui fut un grand écrivain, capable d'apprécier les lettres latines 
ou italiennes, de critiquer des ouvrages français et d'une Dame 
d'Honneur qui sut tenir habilement sa place au milieu des in- 
trigues d'une cour, sans cesser d'être une femme d'intérieur, 
entourée de nombreux amis. Mais derrière la femme d'apparat, 
figée dans l'attitude que l'histoire littéraire a déclarée la sienne, 
il y a une véritable femme et une mère. 

Au début du siècle dernier on écrivait encore que Madame 
de La Fayette: "est une femme qui, déUvrée des occupations 
domestiques et paisibles de son état, est transportée dans les 
sociétés de beaux esprits, et tourmentée des prétentions du 
savoir: à qui le nom de mère et d'épouse, de femme vertueuse, 
douce et modeste est moins cher que celui d'auteur^ ! " L'ex- 
cellente leçon pour les femmes ambitieuses d'écrire ! Inutile de 
dire que celui que nous citons est La Beaumelle, Voyons si 
l'exactitude de son jugement en égale la morahté. 

D'abord on ne peut pas dire qui a nourri les deux bébés; 
s'ils étaient en nourrice en Auvergne ou à Paris; nous ne con- 
naissons rien de leur première enfance, mais la remarque serait 
également vraie de presque tous les enfants de l'époque — qu'ils 
soient de femmes de lettres ou de femmes "vertueuses douces et 
modestes." C'est Jean- Jacques Rousseau qui a découvert que 
l'enfant est intéressant en tant qu'enfant, Madame de La Fayette 
ne partageait pas cet avis. Pour elle comme pour ses contem- 
poraines, les enfants n'avaient le droit de prendre rang ni dans 
la société, ni dans la correspondance ni dans la Httérature. Mais 
cela ne veut pas dire qu'ils ne tenaient pas dans sa vie autant 
de place que dans celle des autres mères du XVII^ siècle. 

On croirait même qu'elle s'en occupait un peu plus que les 
autres car elle écrit à Pomponne, comme nous l'avons déjà vu: 
"....le ne faisois que disner et souper céans quand vous esties 
a Paris présentement iy couche il est vray que la peur des 

1 Cité par De Feller (F. X. l'abbé), Dict. hist. iv. 520. 



CH. viii] La Mère 141 

voleurs quy sont desch aines en mon faubourg y a contribue pr 
cette nuit et vous juges bien quil faut quelque bonne raison 
pr obliger une mère de famille comme moy a quitter ses 
anfans j 'ay donne une nourice aux vostres quy est une créature 
admirable," etc.^ 

A l'époque où Madame de La Fayette écrivait cette lettre, 
l'aîné de ses enfants n'avait pas plus de cinq ans. Ils étaient 
tous deux à Paris avec leur mère; elle avait l'habitude de s'en 
occuper, et on avait recours à elle quand il s'agissait des enfants 
d'autrui, ne fût-ce que pour trouver une nourrice. 

Mais on la consultait aussi sur des questions plus importantes 
et si l'on en juge par ce qu'elle conseillait à la jeune Madame de 
Grignan, elle savait bien élever les enfants. En parlant de 
Pauline, Madame de Sévigné écrit: "Je l'ai dépeinte à Madame 
de La Fayette: elle ne croit pas que vous puissiez ne vous y 
point attacher; elle vous conseille d'observer la pente de son 
esprit et de la conduire selon vos lumières: elle approuve ex- 
trêmement que vous causiez souvent avec elle, qu'elle travaille, 
qu'elle lise, qu'elle vous écrive et qu'elle exerce son esprit et 
sa mémoire^." Elle n'avait donc pas la réputation d'être une 
mauvaise mère. 

A l'époque où elle voyageait entre Paris et l'Auvergne il 
semble qu'elle ait laissé ses enfants à Paris aux soins d'un pré- 
cepteur^ mais dès qu'ils furent d'âge à tenir un rôle dans la vie 
ce fut elle et non pas leur père qui s'occupa de leur établisse- 
ment. 

On s'est plu à représenter Madame de La Fayette comme un 
bas bleu, souffrant de vapeurs, passant la plus grande partie de 
sa journée sur son lit galomié d'or; ce fut donc rni étonnement 
général lorsqu'on apprit, il y a quelques années, qu'elle s'était 
mêlée aux affaires de Savoie. On avait même l'air d'en vouloir 
à la comtesse d'avoir été trop secrète et d'avoir égaré l'opinion 
commime. L'opinion s'obstinait à être trompée presque malgré 
Madame de La Fayette et maintenant elle court à l'autre 
extrême et l'on veut faire d'elle une femme intéressée au dernier 
point. 

Nous avons démontré que le reproche d'avoir ménagé son 
crédit au heu de l'employer pour les Sévigné n'est pas fondé. 
Son désintéressement va plus loin et l'on s'étonne que cette 

1 Voir la lettre à la page 89. ^ g^v. vnr. pp. 235-6. 

3 Dans une lettre de la Coll. Feuillet de Conches elle fait mention 
d'un "M. Fournier qui est le preceptevir de mes anfans." 



142 Madame de La Fayette [CH. 

accusation ait pu être portée lorsqu'on lit la correspondance de 
Louvois, certaines lettres de Madame de Sablé, et surtout cette 
appréciation formulée aussitôt après sa mort: "Elle avait 
partout un grand crédit, dont elle ne faisait usage que pour 
rendre service à tout le monde^." Il est vrai que, d'une part, 
l'on n'a pas pris la peine de consulter ces documents manuscrits, 
et que, d'autre part, on a le droit de se méfier un peu d'une 
notice nécrologique. Et cependant l'auteur de cet article dans 
le Mercure Galant était probablement mieux renseigné sur le 
vrai caractère de Madame de La Fayette que ne l'étaient cer- 
tains critiques du XIX^ siècle. 

Il ne s'ensuit pas que la comtesse ait négligé ses propres in- 
térêts — ou plutôt les intérêts de ses enfants. On n'a qu'à lire 
ses lettres adressées à Ménage à l'occasion de son premier voyage 
à Paris après 1655, pour voir que la jeune femme n'a pas 
eu la tête tournée par son beau mariage. Elle met en location 
sa propre maison à Paris pour une certaine somme et en loue 
une autre pour son séjour à un prix moins élevé. Plus tard, lors- 
qu'elle vit qu'il fallait placer ses deux fils et que son mari ne 
l'y aiderait guère, elle sentit la nécessité qu'il y avait de se 
"former un esprit liant." C'est ce que fait toute bonne mère 
française et loin d'en faire un grief à Madame de La Fayette il 
faudrait admettre que ce trait montre combien elle prenait au 
sérieux ses devoirs maternels. Lorsque Pomponne tombe en 
disgrâce, la première pensée de Madame de La Fayette va aux 
nombreux enfants dont l'avenir est ainsi compromis^. Bien des 
fois dans sa vie, lorsqu'elle aurait dû être au lit, elle prit la 
plume pour solliciter, ou fit atteler sa voiture pour aUer qué- 
mander à la cour. Il n'y eut rien — ni fièvre, ni vapeurs, ni points 
de côté — qui put l'empêcher d'assurer l'avenir de ses enfants. 

Elle en fut bien récompensée. Son fils aîné n'entra dans 
l'église que pour en connaître les avantages. "Il avait des 
abbayes," dit Saint-Simon, "et nul ordre." En 1670 il reçut 
l'abbaye de Valmont ; l'évêque François de La Fayette, son 
grand oncle, lui céda en 1676 l'abbaye de Dalon et en 1677 le 
roi lui donna l'abbaye de La Grenetière en Poitou^. D'après 
Saint-Simon ce fils était "homme d'esprit, de lettres.... cynique 
et singulier qui avoit de l'honneur et des amis*." Son éducation 

^ Mercure Galant, juin 1693, p. 195. 

2 Arsenal, ms. 6626, P 385, 2^ lettre à Pomponne. 

3 Gazette, N» 18, 4 mars 1679, p. 108. 

* Note de Saint-Simon au Journal de Dangeau, v. p. 57. 



viii] La Mère 143 

ne fut pas sans causer des soucis, mais Madame de La Fayette 
veillait sur lui et lorsqu'elle s'aperçut, par exemple, que Lassay 
voulait l'entraîner avec lui en Italie, elle ne manqua pas de 
montrer au marquis ce qu'elle pensait. Elle saisit l'occasion 
pour dire également à cet étrange ami que puisqu'il savait que 
l'abbé empruntait de l'argent il aurait dû la prévenir au lieu 
de laisser venir la faillite. Elle conseille à Lassay de faire un 
séjour à l'étranger et lui laisse entendre que sa réputation à 
Paris n'est pas pour l'encourager à y rester^. Évidemment 
Madame de La Fayette prenait son rôle de mère tout à fait au 
sérieux. 

Ce même Lassay dans une lettre écrite en 1686 raconte à 
Madame de Maintenon une histoire invraisemblable: Madame 
de La Fayette aurait été une mère trop attentive et une bien 
mauvaise amie. Lassay serait allé en Hongrie et, au moment de 
partir, il aurait confié à Madame de La Faj^ette, qu'il croyait 
lui être dévouée, toutes ses affaires, en lui disant qui étaient 
ses amis et qui ses ennemis. Parmi ces derniers se trouvait un 
Monsieur de Sauleux, grand oncle maternel de la propre fille 
de Lassay, Lassay accusa Madame de La Fayette : (1) de s'être 
liée avec Monsieur de Sauleux pour marier Mlle de Lassay au 
jeime de La Fayette: (2) d'avoir tout fait, dans ses lettres à 
Lassay, pour le persuader de ne pas revenir en France : (3) d'avoir 
répandu à la cour des médisances sur son compte : (4) d'avoir 
fait écrire Segrais à Lassay pour proposer le mariage en question 
comme si Segrais en avait eu l'idée le premier : (5) d'avoir obtenu 
de Louvois, en se servant du nom de Sauleux, une lettre de 
cachet pour empêcher Lassay de faire sortir sa fille du couvent 
à son retour. 

Il demande à Madame de Maintenon de faire lever cette 
lettre de cachet et dit, en passant, qu'il a conservé toutes les 
lettres de Madame de La Fayette à ce sujet. On a beau traiter 
Lassay de visionnaire et supposer qu'il avait la manie de la 
persécution, son réquisitoire est clair et il offre ses documents 
sur un ton assuré. Il est fort probable que Madame de La Fay- 
ette essaya d'arranger ce mariage. Il serait difficile de dire dans 
quelle proportion Lassay a brodé sur ce thème et il est regrettable 
que nous n'ayons plus les lettres qu'il possédait, car elles auraient 
pu nous montrer l'affaire sous un tout autre jour. Dans les 
minutes de Louvois nous n'avons trouvé aucune trace de cor- 
respondance au sujet de cette lettre de cachet. 

^ Lassay, Beciieil de diff. choses, i. 380. 



144 Madame de La Fayette [ch. 

D'après ce que dit Saint-Simon^ l'abbé de La Fayette aurait 
pu se marier, car il écrit: "Il avoit des abbayes et nul ordre. Il 
est mort. ...sans avoir été tenté de se marier^." Madame de 
La Fayette qui ne songeait "qu'à remettre ce nom et cette 
maison à la cour et dans le monde^ " ne pouvait donc compter 
que sur son second fils. Il fut de tout temps destiné à l'armée et 
dès qu'il eut l'âge d'y avoir un emploi, sa mère s'en occupa, 
auprès de Louvois, avec succès, puisque celui-ci lui répondait 
de Versailles le 13 octobre 1675: "J'ai reçu Madame le billet 
que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire le 2^ de ce mois. 
J'ay rendu compte au Roy de ce que vous désirez, qui a bien 
voulu accorder à Monsieur votre fils l'enseigne colonnelle de 
son régiment pour en estre pourvu aussitôt qu'elle sera vacante. 
Quand il vous plaira m'employer en des choses plus considérables 
j'essayerai de vous faire connoître que je ne puis être plus véri- 
tablement que je suis votre très dévoué et très obéissant ser- 
viteur*." Madame de La Fayette ne veut pas en rester là et 
une nouvelle intervention lui vaut le billet suivant: 

"À Fontainebleau le 7 septembre 1678. 
Madame, 

J'ai différé de répondre à la lettre que vous m'avez 
fait l'honneur de m'escrire pour procurer à Monsieur votre fils 
luie des compagnies vacantes au régiment du Roy, jusqu'à ce 
que sa Majesté en eut disposé. Je vous donne présentement 
ad vis avec bien du plaisir que le Roy lui en a accordé une, et 
bien de la joye de pouvoir profiter de cette occasion pour vous 
assurer que je suis.... " etc.^ 

Mais ce n'est pas tout d'avoir un emploi — il faut aussi être 
payé — ce qui motive une lettre de Madame de La Fayette, à 
laquelle Louvois répond en ces termes : 

1 Jour, de Dangeau, cité. 

2 Le 2 mai 1729, âgé de 71 ans. Mercure, juin 1729, p. 1259. 
^ Lettre de Covilanges à Mme de Sév. le 27 août 1694. 

* Vol. 528, p. 316. Les lettres seront données ici d'après les minutes 
manuscrites de Louvois conservées aux archives du Ministère de la 
Guerre, à Paris. Des passages de la plupart de ces lettres ont été publiés 
par M. Jean Lemoine dans la Revue de Paris du 1<='" sept. 1907. Nous 
donnerons, autant que possible, les lettres in extenso mais nous en serons 
empêché parfois, car à certains endroits l'écriture est illisible — tellement 
elles ont été griffonnées à la hâte. 

6 Vol. 578, p. 49. 



viii] La Mère 145 

"À Saint-Germain le 15 avril 1679. 
"Suivant ce que vous avez désiré par la lettre que vous 
m'avez fait l'honneur de m'escrire je vous envoie un ordre à 
Monsieur du Monceau pour faire payer à Monsieur de La Fayette 
ce qui lui peut être dû depuis le jour qu'il est party de sa garni- 
son jusque à la fin de ce mois. Je souhaiterais, Madame, avoir 
de meilleures occasions de vous témoigner combien je suis....^" 

Son fils lui écrit ce même mois pour lui dire qu'il risque d'être 
envoyé en garnison dans une ville quelconque, ce qui nuirait 
probablement à ses chances d'avancement. Madame de La 
Fayette ne craint pas d'écrire de nouveau à Louvois qui la 
tranquilHse ainsi: 

"À Saint-Germain le 25 avril 1679. 

" J'ay reçu. Madame, la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'écrire hier. L'avis que Monsieur votre fils vous a donné 
que l'on allait séparer un des bataillons du régiment du Roy 
pour l'envoyer en garnison dans des villes, est sans fondement 
puisque ce corps est désigné pour servir avec trois bataillons en 
campagne. Ainsi vous ne devez avoir aucune inquiétude, et 
je n'ay qu'à vous assurer que je suis toujours votre très humble 
et très obéissant serviteur 2." 

Le mariage du Dauphin au début de 1680 fournit à Madame 
de La Fayette une autre occasion de faire avancer son fils. Il 
s'agit de nommer dix hommes pour être, comme dit Madame de 
Sévigné, ses "dames du palais," et le choix doit être fait dans 
les plus illustres familles du royaume. Louvois écrit à ce sujet: 

"À Saint-Germain le 20 février 1680. 
"J'ai reçu Madame le billet que vous m'avez fait l'honneur 
de m'escrire ce matin. Je ne voy rien de plus désirable pour un 
homme de l'âge de Monsieur de La Fayette que d'être choisi 
pour suivre Monsieur le Dauphin, mais il serait fâcheux d'y être 
sans y pouvoir faire la dépense qu'y feront ceux qui auront de 

1 Vol. 620, p. 227, Lettre inédite. Nous ne reproduisons pas scrupu- 
leusement l'orthographe de ces brouillons de lettres. 

2 Vol. 620, p. 416, inédite. Mme de La Fayette qui veut pour son fils 
des occasions de gloire, demande également en sa faveur des congés: 
"J'ai reçu. Madame," lui écrit Louvois de St Germain le 13 oct. 1679, "la 
lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire pour le congé de M. 
votre fils. Je l'ay atissitôt fait expédier et vous le trouverez ci joint. Je 
vous suppUe...." etc. (Vol. 625, p. 269). 

A. 10 



146 Madame de La Fayette [ch. 

pareils emplois. Il n'y a personne qui puisse vous donner des 
conseils sur cela, et c'est a vous de voir si vous êtes en état de 
lui donner 14 ou 1500 pistoles par an qu'il faudrait au moins y 
dépenser, outre ce qu'on tirera du Roy. 

"Après avoir étably que vos affaires sont en état de l'y 
soutenir, je dois vous dire qu'il n'y a pas d'autre voie que celle 
d'escrire au Roy, si vous n'êtes pas en état de lui en venir parler; 
si Madame de Montespan veut rendre votre lettre et l'appuyer 
de ses offices, il y aura lieu de bien espérer de votre demande; 
Que si vous ne voulez pas l'en importuner, je m'offre à vous 
pour présenter la lettre que vous écrirez sur cela au Roy. Soyez 
bien sûre.... " etc.^ 

Madame de La Fayette trouva-t-elle la dépense trop con- 
sidérable? Ne reçut-elle pas satisfaction? Toujours est-il que 
le nom de son fils ne figure pas dans la liste des menins du 
Dauphin. Mais moins de trois mois plus tard Madame de La 
Fayette reçut ce petit mot qui dut la consoler de son échec : 

"À Saint-Germain le 5 mai 1680. 
"Le Roy ayant donné cette après-dinée le régiment royal 
à Monsieur le Marquis de Créqui, sa majesté a disposé du régi- 
ment de la Fère en faveur de Monsieur le Marquis de La Fayette. 
Je m'en réjouis avec vous, et vous assure qu'il ne peut rien vous 
arriver d'agréable à quoy je ne prenne une très sensible part^." 

L'influence de Madame de La Fayette va en grandissant car 
Louvois lui écrit bientôt le billet suivant : 

"À Charleville le 28 aoiist 1680. 
" J'ay reçu le billet que vous m'avez fait l'honneur de m'es- 
crire le 16 de ce mois. Je suis un peu scandaUsé des remercie- 
ments que vous me faites de ce que j'ay dit à Monsieur de la 
Trousse, et je croyais que vous étiez assez persuadée de la part 
que je prends à ce qui vous touche pour ce qu'il vous a mandé 
ne vous paraisse pas nouveau. Je feray avec plaisir ce que vous 
m'ordonnez à l'égard de Monsieur de La Fayette et en toute 
occasion, vous et luy connoitrez que je ne puis être plus que je 
suis...." etc.^ 

On croirait volontiers que la phrase "Je feray avec plaisir 
ce que vous m'ordonnez à l'égard de Monsieur de La Fayette" 

1 Vol. 638, p. 378. 2 Vol. 642, p. 68. 

3 Vol. 643, 2e partie, p. 159. 



viii] La Mère 147 

n'est qu'une formule à laquelle il ne faut pas trop ajouter foi, 
si bientôt après on ne voyait pas que Madame de La Fayette 
"désira" et obtint le déplacement d'un régiment. Voici la 
lettre de Louvois à ce sujet: 

"À Versailles le 22 octobre 1680. 

"J'ay reçu votre billet d'hier, par lequel j'ay appris avec 
beaucoup de déplaisir la maladie de Monsieur votre fils. Les 
officiers de son régiment ne savent ce qu'ils désirent quand ils 
demandent à changer de garnison, mais puisque vous le d sirez 
il ira à Fribourg; les ordres du Roy en seront envoyés demain. 

"Je ne l'ay point fait marcher en Loraine, ainsi que vous le 
demandez, parce que comme on n'y travaille point je vous 
réponds qu'il n'y serait pas arrivé que vous recevriez des lettres 
des officiers par lesquelles ils se plaindraient de leur mauvaise 
destinée. Je vous supplie..,." (formule de poHtesse ilHsible)i. 

En même temps elle ne cesse de s'occuper des plus petits 
détails. "Elle eut une recrue à faire pour son fils," raconte Gour- 
ville, "et en parla à plusieurs personnes pour lui trouver des 
hommes et surtout à bon marché. Elle me conta un jour que, 
ayant employé un maître des comptes à cet usage, il lui avait 
fait effectivement quinze bons hommes." Ceci fait, elle re- 
commence à importuner Louvois pour lui dire du bien de son 
fils qui, d'après elle, n'est pas quelqu'un qu'on puisse négliger. 
Le ministre en vient même à faire des excuses au jeune officier 
pour un motif que nous ignorons. Lorsqu'il en informa Madame 
de La Fayette, Louvois nous fait savoir du même coup que les 
lettres de l'auteur de la Princesse de Clèves étaient appréciées 
de ses contemporains : 

"À Sainte-Marie aux Mines le 13 octobre 1681. 

"Je quitterais toutes les affaires que j'ai, avec plaisir, pour 
fire souvent de pareilles lettres à celle que vous m'avez fait 
l'honneur de m'écrire le 4 de ce mois. Je vous rends très humbles 
grâces des marques qu'il vous plait me donner de votre amitié 
dont je connais assez le prix pour profiter de toutes les occasions 
que vous me donnerez de la mériter. 

"J'ai fait mes excuses à Monsieur de La Fayette de ce qui 
s'est passé entre lui et moi à Fontainebleau, et je ne crois pas 
être mal avec lui. Conservez-moi toujours quelque part à 

1 Vol. 645, p. 481. 

10—2 



V 



148 Madame de La Fayette [CH. 

l'honneur de vos bonnes grâces et soyez persuadée qu'on ne peut 
être plus véritablement que je suis, votre très humble et très 
obéissant serviteur^." 

L'année suivante c'est un congé qu'il faut, et Lou vois répond : 

"À Versailles le 12 juin 1682. 

"Je ne vois point d'inconvénient à ce que Monsieur de La 
Fayette aille voir Monsieur de Bouflers et y demeure autant de 
temps que vous le désirerez. Je vous supphe de me conserver 
toujours un peu de part à l'honneur de vos bonnes grâces et de 
me croire aussi véritablement que je suis...." etc.^ 

Mais peu après ce congé le fils de Mme de La Fayette donne 
lieu à un mécontentement que Louvois exprime avec toute la 
déhcatesse que la situation exige : 

"À Versailles le 4 août 1682. 

"Je suis obligé avec déplaisir de vous avertir, Madame, que 
la conduite que tient Monsieur de La Fayette à Strasbourg, 
n'est pas bonne, qu'il boit souvent et avec excès, ce que vous 
jugerez bien qui ne peut pas donner à sa Majesté des impressions 
favorables de sa conduite. Je suis bien fâché du chagrin que 
cet avis vous donnera, mais je ne prendrais pas autant de part 
que je fais en tout ce qui vous touche, si je vous cachais une 
pareille chose. Je suis, Madame, votre très humble et très 
obéissant serviteur^." 

En écrivant ainsi, Louvois adoucit beaucoup la gravité des 
faits. La Fayette fut accusé avec de Biron et de Créquy 
d'avoir mangé de la viande les jours maigres, d'avoir insulté 
des bourgeois la nuit et d'avoir jeté des cailloux dans leurs 
fenêtres, d'être entré de force dans un cortège de noce l'épée à 
la main, et enfin d'avoir fait venir la garde pour maltraiter les 
bourgeois qui y assistaient'*. Voilà ce que Louvois appelle 
"boit souvent et avec excès." 

Mais tout s'arrange quand on a des amis en cour et l'incident 
se termine par les trois billets suivants : 

1 Vol. 659, p. 110. 2 Vol. 678, p. 263. "" Vol. 680, p. 96. 

* Lettre de Louvois au Marquis de Chantilly qui a ordre du roi de 
faire vivre sans scandale ces messieurs ou de les arrêter jusqu'à nouvel 
ordre. 



viii] La Mère 149 

"À Versailles le 11 août, 1682. 
"J'ai rendu au Roy la lettre que vous m'avez adressée pour 
Sa Majesté, qui l'a lue tout entière et m'a commandé de vous 
assurer que c'était toujours avec plaisir qu'elle en recevait de 
votre part, et qu'elle était bien aise de voir l'apparence qu'il y 
avait que ce qui lui avait été mandé de Monsieur de La Fayette 
n'était pas véritable, et qu'elle m'avait commandé d'écrire pour 
en être informée, ce que vous ne douterez pas, je m'assure, que 
je n'aie fait avec beaucoup de plaisir, m'intéressant autant que 
je fais à tout ce qui vous touche. Je vous ferai part de la réponse 
que j'aurai.. ..Je suis toujours véritablement...." etc.^ 

"À Versailles le 17 août 1682. 

"C'est avec plaisir que je vous donne avis que le Roy, ayant 
été informé que Monsieur de La Fayette n'a failli à Strasbourg 
que pour avoir hanté mauvaise compagnie, elle m'a commandé 
de lui escrire de partir.... pour retourner au dit Strasbourg et 
continuer à y prendre soin de son régiment.... 

"Je prends part à la satisfaction que vous devez avoir de la 
résolution de Sa Majesté et je vous supplie d'être persuadée que 
l'on ne peut être plus véritablement que je suis.... 2" 

Voici la lettre à Monsieur de La Fayette : 

"Monsieur — Sur le compte que j'ay rendu au Roy que votre 
conduite n'avait pas été aussi mauvaise qu'on avait mandé à 
Sa Majesté, elle a trouvé bon de vous permettre de retourner à 
Strasbourg pour prendre soin de votre régiment. Je suis.... " 

Madame de La Fayette sollicite encore une fois une faveur 

et reçoit la réponse suivante : 

"À Versailles le 8 avril 1684. 

"J'ai vu par le billet que vous m'avez fait l'honneur de 
m'escrire le déplaisir que vous avez de ce que le régiment de la 
Fère n'est pas destiné à servir en campagne. Je vous remercie 
de la manière honnête dont vous vous en plaignez et je m'assure 
que vous ne doutez pas que je ne prenne part à la peine que cela 
vous fait, mais la première fois que je verrai Monsieur de La 
Trousse je l'entretiendrai plus amplement et lui dirai ce que je 
crois qu'il y a à faire pour essayer que ce régiment soit des 
premiers qui sortiront des garnisons pour servir en campagne. 
Je suis toujours de tout mon cœur....^" 

1 Vol. 680, p. 309. 2 Vol. 680, p. 420. 

3 Vol 712, p. 156. Lettre copiée par tm secrétaire et revue par Louvois 



150 Madame de La Fayette [ch. 

À partir de cette date les affaires de son fils n'accaparent 
plus la première place dans la correspondance de Madame de La 
Fayette avec Louvois ; les affaires de Savoie y passent, naturelle- 
ment, au premier rang. En 1689, cependant, Louvois écrit à 
Madame de La Fayette pour la féliciter du mariage qu'elle 
allait conclure pour son fils. 

"Versailles le 14 septembre 1689. 

"J'ai reçu. Madame, la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'escrire le 11 de ce mois. Je vous supplie d'être bien per- 
suadée que je prends une grande part à ce qui vous touche. Je 
ne puis que me réjouir avec vous du mariage que vous êtes 
sur le point de conclure pour Monsieur votre fils auquel je 
rendrai toujours tout le service qui pourra dépendre de moy. Je 
suis, Madame, votre très humble et très obéissant ser\àteur^." 

Ce mariage projeté est celui qui fut conclu entre Mademoi- 
selle de Marillac, fille du doyen du conseiP, et René-Armand de 
La Fayette. "Ce mariage est fort bien," écrit Madame de 
Sévigné^. "Elle est de bonne maison, une alhance agréable, 
tous les Lamoignons, deux-cent -mille-francs^, des nourritures 
à l'infini. Madame de La Fayette assure tout son bien, elle n'en 
veut que l'usufruit, n'est-ce pas assez? Elle est fort contente; 
le mariage ne se fait qu'après la campagne." 

Voilà pour la fiancée. Quelques jours plus tard, la marquise 
revient sur la question pour nous donner plus de détails sur le 
futur mari. "A propos de sublime Monsieur de Marillac ne fait 
point mal, il me semble: La Fayette est joli, exempt de toute 
mauvaise quahté ; il a un bon nom, il est dans le chemin de la 
guerre, et a tous les amis de sa mère qui sont à l'infini : le mérite 
de cette mère est distingué : elle donne tout son bien, et l'abbé 

1 Vol. 856, p. 332. 

2 " René de Marillac, chevalier d'Attichy, la Ferté s\ir Paroy, et autres 
lieux, conseilleur d'état ordinaire et d'honneur en tous les parlements 
de France" d'après le contrat de ce mariage (Archives de l'Allier, Reg. 
B 746). 

3 ix. p. 205. 

* On retrouve iin peu partout la mention de cette sormne. Dangeau 
écrit de Marly le 16 sept. 1689, "M. de la Fayette épousera après la 
campagne Mademoiselle de Marillac à qui on dorme 200,000 francs" 
{Journal, ii. 471). C'est confirmé par le contrat de mariage, déjà cité, 
où on Ut: " En faveur duquel mariage les seigneur et dame de Marillac, 
père et mère de la demoiselle future épouse, s'obligent à Im donner en 
avancement d'hoirie la somme de deiix cent mille livres...." 



viii] La Mère 151 

le sieni ; il aura un jour trente mille livres de rente : il ne doit 
pas une pistole, ce n'est point une manière de parler : qui trouvez- 
vous qui vaille mieux, quand on ne veut point de conseiller? 
La demoiselle a deux-cent-mille francs, bien des nourritures. 
Madame de La Fayette pouvait-elle espérer moins^? " 

Le jeune colonel se marie en décembre de cette même année 
et dans les premiers jours de janvier 1690 Dangeau note que 
"Madame de La Fayette la jeune vient de paraître à la Cour 
pour la première fois^." Mais lorsqu'on est soldat il ne faut pas 
se laisser distraire de son métier, même par l'amour d'une jeune 
épouse, et son mariage brillant n'empêcha pas La Fayette de 
recevoir le petit mot suivant du ministre Louvois. 

"À Versailles le 8 janvier 1690. 
"Monsieur, 

Le Roy apprend que le régiment de la Fère ne fournit 
pour les travaux de Belfort que treize hommes par compagnie. 
Comme l'intention de Sa Majesté est que les capitaines en 
donnent tout le plus grand nombre qu'il se pourra il est bien à 
propos que vous y teniez la main, si vous voulez que Sa Majesté 
soit contente de vous . Je suis .... * " 

On peut supposer que malgré ce ton bref, et la nécessité où 
fut Louvois de réitérer son ordre poli mais tout mihtaire le 18 
du même mois^, le colonel réussit à rendre "Sa Majesté contente 
de lui" car en avril 1693 le roi nomma le marquis de La Fayette 
brigadier d'infanterie^. Il arriva donc, juste avant la mort de 
sa mère, au plus haut degré de sa belle carrière. Madame de La 
Fayette n'eut pas la douleur de voir cette carrière brisée l'année 
suivante, car lorsque son fils mourut, de maladie, à Landau en 
1694", elle avait cessé de souffrir elle-même depuis \me année. 
"Je vous fais mes compliments quoiqu'un peu tard, sur la mort 
de Monsieur de La Fayette," écrit de Coulanges à Madame de 

1 L'abbé avait des rentes siir Chouvigny en même temps que sixr ses 
abbayes. Il se trouve dans le fonds paroissial de Chouvigny (Archives de 
l'Alher) im "extrait du contrat de rente fait au profit de M. l'abbé de 
la Fayette contre les habitants de Chouvigny en 1684." Il ne garda pour 
lui que 4000 livres de rente, Mme de La Fayette en avait 6000 (Dangeau, 
op. cit. XI. 64). 

2 rs. 25 sept. 1689. ^ m. 52. 

* Vol. 910, p. 140. ^ Vol. 911, p. 46. 

6 Gazette du 4 avril 1693, p. 168 et Dangeau, iv. 254. 
•? Gazette du 21 août 1694, p. 405 et Dangeau, v. 57. 



152 Madame de La Fayette [ch. 

Sévigné'^. Sa pauvre mère n'avait songé qu'à remettre ce nom 

et cette maison à la cour et dans le monde et le voilà soutenu 

par les frêles épaules d'une fillette^. On dit que le testament de 

Monsieur de La Fayette fait par les soins et du vivant de Madame 

sa mère, a consolé sa femme et Monsieur de Marillac, "qui étoient 

fort affligés avant que d'avoir vu ce testament lequel est très 

désavantageux pour la veuve...." Madame de La Fayette mère 

protège les intérêts des La Fayette par delà la tombe ! Voilà qui 

détruit la réputation qu'on lui a faite de n'être pas bonne mère 

et de tenir moins à ce titre qu'à celui d'auteur. Ses fils ne s'y 

trompaient pas et ils se groupaient autour de leur mère malade 

ainsi qu'elle dit dans la lettre suivante : 

(Sans date) 

"Ma santé est pire que jamais j'ay tant de maux que ie ne 
puis vous en rendre conte cependant ie vais toujours mais aussy 
ie ne vais pas loin car je n'ay presque point de jambes. J'ay 
céans toute ma famille. Mon fils est revenu de l'armée: il ne se 
porte pas trop bien non plus que moi il a une colique qui le tour- 
mente et eut avant-hier un accès de fièvre nous verrons au- 
jourd'hui si se sera la tierce. J'ay aussy sa femme qui ne se remet 
point de sa couche. Mon fils l'abbe est arrive de Normandie 
depuis deux ou trois jours sa santé est parfaite je n'aie rien a 
vous en dire il est a Versailles présentement et vous vera si tost 
après son retour. J'ay escrit a Monsieur de Segrais que vous 
l'aviez fait recommander au premier Président de Rouen. Je 
vous remercie de m'avoir retrouve cette stance de l'Arioste de 
Zerbin que j'avois tant d'envie de trouver ; avez-vous veu le livre 
de Monsieur d'Avranches du Paradis terestre je vous fais la une 
sotte question puisqu'il m'a envoyé ce livre il ne faut pas douter 
qu'il ne vous l'ait envoyé. Toute a vous Monsieur et de tout mon 
cœur au pied de la lettre. La C. de Là Fayette^." 

En avril 1690 elle écrit à Ménage : "Mon estât est assez doux 
je suis très contente de ma famille mais ma santé est une chose 

1 Sév. X. le 27 août 1694. 

2 Cette fille épousa le prince de Tarente, fils de Charles, duc de la 
Trémouille {Mercure Galant, avril 1706, p. 307: Saint-Simon, ii. 397 etc.). 
Sa mère est morte assez jeune "d'une longue apoplexie," dit Saint- 
Simon, op. cit. X. 222. Dangeau en annonçant sa mort, dit, "Elle était 
tombée en enfance il y a de\ix mois quoiqu'elle n'eût que quarante-deux 
ans" (op. cit. xiv. 224, 14 sept. 1712). 

2 L'allusion au Paradis terrestre (1691) fixe la date de cette lettre. 
Les citations qm suivent sont de la Coll. Feuillet de Conches. 



viii] La Mère 153 

déplorable" et dans une autre lettre où elle prévoit sa fin toute 
proche elle lui demande d'être un ami pour ses enfants et de 
veiller sur eux. 

Enfin il nous est permis de la voir un instant grand'mère, 
accablée par sa maladie, mais courageuse. Elle est heureuse de 
pouvoir se dire qu'elle fut une mère accomplie et son cœur 
affectueux ne fait pas supporter à sa petite-fille le chagrin qu'elle 
a de n'être pas la grand'mère d'un garçon. "Je ne suis triste 
que par mes vapeurs," écrit-elle, "mes vapeurs font tout mon 
mal. Je n'ay aucun sujet de tristesse. Je suis heureuse a pindre 
(sic) comme disoit M^ de Choisi. M^e de La Fayette est une 
plaisante demoiselle je suis si esloignee de me fascher que je 
ne suis pas mesme faschee d'avoir cette belle demoiselle plustost 
qu'un garçon...." 



CHAPITRE IX 

LE PSYCHOLOGUE— X^ PBINCESSE DE C LÈVES 

I 

Une manière classique de faire ressortir les mérites du livre de 
Mme de La Fayette, c'est de ridiculiser les interminables romans 
qui l'ont précédé et de le présenter au public comme le premier 
roman de dimensions raisonnables. Or, la Princesse de Clèves 
n'est pas, en date, le premier roman en un volume. Ce n'est pas, 
non plus, le premier roman où l'auteur raconte des aventures 
contemporaines tout en les situant à une autre époque. 

Quant à la psychologie de la plupart des longs romans 
antérieurs à la Princesse de Clèves, il est certain qu'elle se trouve 
plutôt dans les discours que dans les actions des personnages. 
Mais il existe d'autres romans, assez peu connus, d'où l'étude 
psychologique n'est pas absente et dont l'auteur éprouve le 
besoin de dire : "Je n'ay rien mis qu'un homme ne pust faire, ie 
me suis tenu dedans les termes d'une vie privée, afin que chacun 
se pust mouler sur les actions que ie descry^." On nous a déjà 
montré le caractère psychologique de quelques-uns des romans 
du début du XVIJe siècle^ sans dire qu'il en est un, du siècle pré- 
cédent, qui a quelques points communs, malgré ses nombreux et 
graves défauts, avec la Princesse de Clèves ; nous en parlerons ici. 
Il s'agit d'un roman d'Héhsenne de Crenne dont le titre seul 
éveille l'attention: Les Angoisses douloureuses qui procèdent 
d'amours. C'est un roman romanesque, où l'on assiste à des 
batailles contre des brigands, à des tournois, à des emprisonne- 
ments ; on y voit aussi une femme épouser un mari sympathique, 
qu'elle connaît à peine, mais qu'elle aime au début parce qu'elle 
en est aimée. Et quand, plus tard, le mari vit que sa femme 
aimait ailleurs il "ne monstroit aucun mauvais semblant. Mais 
au contraire.... monstroit plus grande amitié que jamais^." Voici 
maintenant les titres des chapitres de la première partie: La 
jeune fille épouse un étranger qu'elle aime — L'origine du diver- 

^ Le Chrysolite d'après Kuchler. Voir la note 2 ci-dessous. 

2 Walther Kuchler, Zu den Anfàngen des psy. Rom. etc. Voir bibliog. 

3 Helysenne de Crenne, Les angoisses.... etc. B. N. Res. Z. 2745, 
Chap. III. 



CH. ix] Le Psychologue — I^a Princesse de Clèves 155 

tissement de Hélisenne (l'héroïne) pour a3'mer à reproche — 
Hélisenne, surprise d'amours est apperceu de son mari — avec le 
résultat que nous avons déjà noté — Héhsenne change de logis 
mais pas de cœur (car l'aimé habitait en face de chez elle)— 
Héhsenne se passionne pour son ami — La jalousie du mari.... — 
Les approches des deux amans pour parler ensemble — Les 
amans.... usent de lettres — La lecture de ces lettres — Lettres 
de la dame — Courroux du mari jaloux et l'excuse de la femme — 
L'impatience d'amour par despit cherche la mort — Le conseil du 
serviteur fidèle.... Héhsenne est enfermée dans une tour. 

Pendant la seconde partie Guenelic cherche "s'amye" à 
travers le monde. Il continue ses recherches au début de la 
troisième partie — reçoit des nouvelles de sa "maîtresse" — 
échange des lettres avec elle — lui parle — la déhvre de sa prison. 
Puis viennent les chapitres : De la repentance d'Héhsenne et de 
son trespas — Regrets de l'ami — Trespas de Guenelic. 

Certes, ce roman est loin d'avoir la déhcatesse de la Prin- 
cesse de Clèves, mais pour le moment il ne s'agit que de la psy- 
chologie et de la longueur ordinaire des romans. Or, ce roman 
n'est pas exempt de psychologie et il n'est pas interminable, car 
il est plus petit de format que la Princesse, ne comprend que 
trois parties, et pourrait se mettre aisément en poche^. Il en 
est de même des ouvrages qu'a étudiés Kuchler: et si l'on veut 
se rapprocher un peu plus de la date de la Princesse de Clèves, 
Mlle de Scudéry elle-même pubha, en 1667, Mathilde d'Aguilar 
qui n'a que 618 pages! 

Par crainte d'allonger par trop un chapitre qui, vu l'impor- 
tance même du sujet qu'il traite, ne peut être que long, nous ne 
nous attarderons pas aux romans secondaires qui ont précédé 
l'ouvrage de Mme de La Fayette et qui, pourtant, ont un grand 
intérêt. Il suffit de dire que pour qui a fréquenté les rayons d'une 
vieille bibhothèque, il est impossible de regarder la Princesse de 
Clèves ou comme le premier roman de modeste longueur, ou 
comme le premier roman psychologique. 

En réahté, cet ouvrage est le premier où l'intérêt psycholo- 
gique est plus important que les intrigues et que les aventures. 
L'auteur en le faisant a franchi une étape dans l'évolution du 
roman et une étape importante. En combattant les exagérations 
de ce qu'il a fait, nous n'avons pas la moindre intention de diminuer 
son mérite. Nous tenons seulement à ne pas oubHer les mérites 
moindres de ceux qui l'ont précédé et qui n'ont pas été assez 
^ Le voliirae que nous avons vu n'est pas paginé. 



156 Madame de La Fayette [ch. 

heureux pour trouver une place dans toutes les bibliothèques. 
De plus, seul un critique ignorant totalement les conversations 
et les discussions qui avaient lieu dans l'entourage de Made- 
moiselle et dont nous avons déjà parlé à propos de la Princesse 
de Montpensier, pourrait croire que le fait de situer l'action en 
France est une nouveauté, 

II 

Et s'il est exagéré de dire que Madame de La Fayette 
a eu la première l'idée d'étudier ses semblables au heu de ne 
faire appel qu'à la sagesse des anciens, comme on faisait le plus 
souvent au XVI^ siècle, il est également exagéré de prétendre 
que la Princesse de Glèves est une autobiographie. 

Depuis que Sainte-Beuve a écrit : Il est touchant de penser 
dans quelle situation particuhère naquirent ces êtres si char- 
mants, si purs, ces personnages nobles et sans tache, ces senti- 
ments si frais, si accomphs, si tendres ; comme Mme de La Fayette 
mit là tout ce que son âme aimante et poétique tenait en réserve 
de premiers rêves toujours chéris, et comme M, de La Roche- 
foucauld se plut sans doute à retrouver dans M. de Nemours.... i,"j 
depuis ce moment, disons-nous, on n'a pu résister à la tentation 
d'écrire des "pages charmantes^" sur ce sujet. Il ne faudrait 
pourtant pas que le plaisir d'écrire des "pages charmantes" en- 
traîne à fausser la vérité. C'est ce que, malgré nous, nous sommes 
obligés de reprocher à M. Auguste Dorchain lorsqu'il continue, 
après avoir cité le passage de Sainte-Beuve: "Par l'imagination 
aussi, avec une générosité magnifique, Mme de La Fayette 
transfigure sa faible et inconséquente mère — celle qui, si im- 
prudemment, pour ne pas dire plus, la conduisait à vingt ans 
vers le dangereux cardinal de Retz — en cette admirable Mme 
de Chartres dont la tendresse divinatrice et la haute sagesse 
veillent, jusqu'à la mort, sur Mme de Clèves. Mais il y a un 
personnage encore plus complètement transfiguré, s'il est 
possible, c'est le mari; car au lamentable M. de La Fayette, 
elle a substitué M. de Clèves, parangon de toutes les délicatesses 
et de toutes les vertus. Est-ce générosité ici encore? Non, c'est 
plutôt amour. ...2" 

Avec ce système, on est sûr d'atteindre le succès. Voici, nous 

^ Portraits de femmes. 

2 C'est ainsi que le Supp. litt. du Figaro qualifie, et avec raison 
d'ailleurs, les pages qu'il donne de la préface de M. Dorchain (Voir notre 
bibliog.), Fig. 14, xii. 1912. 

^ Pp. xxx-xxxi de l'éd. Voir bibliog. 



ix] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 157 

semble-t-il, le procédé : il y a telle page de la Princesse qui rap- 
pelle tel épisode de la vie de l'auteur. Il est de toute évidence 
que l'auteur fait ici de l'autobiographie. Mais voici une autre 
page qui ne ressemble en rien à la réalité autobiographique. 
Admirez donc la générosité — ou l'amour — qui présente l'auto- 
biographie sous un si beau jour. Le procédé est dangereux et 
pourrait mener loin. Comment sait-on que Madame Renaud 
de Sévigné était si faible et si inconséquente, où a-t-on pris que 
M. de La Fayette était lamentable? Comme nous l'avons déjà 
démontré, les documents que nous possédons ne motivent guère 
ces dires. D'ailleurs ce parallélisme entre la vie de l'auteur et 
la vie de l'héroïne du roman était plus complet tant que l'on 
croyait M. de La Fayette mort peu de temps après le mariage. 
On avait alors beau jeu, le mari mort — peut-être de jalousie — La 
Rochefoucauld, après la mort de sa femme, insiste auprès de 
Madame de La Fayette pour qu'elle l'épouse. Elle refuse — à 
l'imitation de la princesse — se retire du monde, écrit à Du Guet, v 

etc. . . .Madame de La Fayette n'aurait fait qu'écrire ses mémoires 
dans la Princesse de Clèves. Malheureusement, la découverte de 
la date de la mort du mari a infirmé un peu le parallèle — sans 
qu'on ait voulu l'avouer jusqu'ici. En 1678, M. de La Fayette 
se portait très bien et, comme les auteurs du roman n'étaient 
pas inconnus dans le cercle intime de leurs amis, il est à supposer 
que, même si Mme de La Fayette n'avait pas eu l'idée d'en 
envoyer un exemplaire à son mari, il se serait trouvé parmi ces 
amis des âmes assez charitables pour lui faire cette déhcate 
attention. Et ce mari avait beau être "sot et benêt," vulgaire, 
et lamentable — il savait Hre et aurait pu apprécier les allusions 
de la Princesse de Clèves aussi bien qu'un critique du XIX^ 
siècle. Il ne faut donc pas répéter avec M. Dorchain, "Jamais 
confession de femme ne fut à la fois plus entière et, sous le voile 
de la fiction romanesque, plus pudique." Pudique, une telle 
confession du vivant du mari ? non pas ! A moins que l'on ne 
veuille pousser l'analogie encore plus loin et nous dire que 
c'est l'aveu de la Princesse de Clèves que fait ainsi Mme de La 
Fayette à son mari. Cela se pourrait — mais il y a une nuance. X Q 
La princesse de Clèves ne se doutait même pas de la présence de 
M. de Nemours quand elle fit son aveu — elle n'en eût pas fait -^ 
un prétexte à littérature. Et enfin, si la Princesse de Clèves est 
une autobiographie, pourquoi la Princesse de Montpensier — ou 
la Comtesse de Tendre — n'en serait-elle pas une? 

Il est une autre façon d'envisager le roman. C'est, dit-on, 



158 Madame de La Fayette [ch. 

un roman historique, sur la cour de Henri II, mais — ici on sourit 
avec indulgence et on ajoute — bien entendu, il ne représente 
pas la cour des Valois avec sa rudesse.... etc., mais bel et bien 
la cour polie de Louis XIV. Madame de La Fayette n'a fait 
qu'observer ce qui se passait autour d'elle, elle l'a décrit avec 
la finesse d'observation psychologique qui lui est propre.... C'est 
encore une demi-vérité que l'on nous offre. 

Madame de La Fayette croyait faire un roman historique^, 
elle pensait fermement que la cour qu'elle voulait décrire était 
une cour pohe et ses contemporains auraient été étonnés de la 
voir représentée d'une autre façon^. Si elle n'a pas dépeint la 
grossièreté de l'époque ce n'est pas qu'elle l'ignorait: ce n'est 
pas non plus, parce qu'elle ne rédigeait qu'une autobiographie, 
c'est parce qu'elle faisait des concessions au goût de son monde, 
et qu'elle avait du respect pour son sexe et pour son art. Certes le 
résultat est peut-être tel qu'on le présente — mais il y a la manière 
— et il ne faut pas sous-entendre que Madame de La Fayette ne 
s'était pas mise en peine de savoir ce qu'était la cour qu'elle 
décrivait. EUe avait lu Brantôme et d'autres mémoires de 
l'époque^ qu'elle a suivis de près pendant la rédaction de son 



^ Elle écrivait à Lescheraine que ce n'était pas un roman mais "des 
mémoires." 

2 Arvède Barine l'a bien fait remarquer (et non pas à propos de la 
Princesse de Clèves) dans le passage que voici: (La société des Valois) 
"On sait assez qu'il n'en fut guère de plus corrompue. Cetix qui l'avaient 
connue en avaient néanmoins gardé un éblomssement, et eux-mêmes 
passaient sous Loms XIII pour les survivants d'une civilisation supé- 
rieure, exquise de politesse et d'élégance. Les femmes de la cour d'Anne 
d'Autriche tenaient à grand honneur d'attirer l'attention de ces vieillards 
grâce auxquels ' il y avoit encore en France quelque reste de la politesse 
que Catherine de Médicis y avoit apportée d'Italie ' " {Mém. de Mme de 
Motteville). A. Barine, La jeunesse de la Gr. Mlle. 

UOrasie de Mézeray avait déjà dépeint "la plus pompeuse cour que 

l'on ayt jamais veue une cour où régnoient les vrayes civilités & 

la plus piire politesse: où les fausses galanteries & les bassesses ne s'es- 
toient point introduites." Épître, 1646. 

2 Ceux de Castelnau, p. e. (avec add. de Jean Laboureur, 1659, F»). 
Cette dociimentation ne fut pas ignorée des contemporains. Valincour 

écrit "Il n'est rien de plus véritable et l'on trouve dans les mémoires 

d'un courtisan qui fut présent à ce spectacle " Il ne nomme pas Bran- 
tôme mais les détails qu'il remarque sont dans les Mémoires. C'est 
M. L. Lalanne qui indiqua l'usage qu'en avait fait Mme de La Fayette. 
Voir Brantôme, sa vie el ses écrits, p. 367. 

Nous avions l'intention, au début de ce travail, d'étudier en détail 



ix] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 159 

roman. Mais il y avait dans Brantôme beaucoup de choses qui 
déplaisaient à Mme de La Fayette et qui juraient avec l'atmo- 
sphère de son roman. Elle a donc exercé son droit d'artiste et 
a atténué et, au besoin, supprimé ce qui aurait fait tache dans 
la Princesse de Clèves. 

Voici, à titre d'exemple, le portrait de Nemours par Bran- 
tôme : " Qui n'a veu Monsieur de Nemours en ses années guayes 
il n'a rien veu, et qui l'a veu le peut baptiser par tout le monde la 
fleur de toute chevallerie ; et pour ce fort aymé de tout le monde et 
principallement des dames desquelles (au moins d'aucunes) il en a 
tiré des faveurs et bonnes fortunes plus qu'il n'en vouloit et 
plusieurs en a il refusé qui lui en eussent bien voulu départir. 
J'ai cogneu deux fort grandes dames, des belles du monde qui 
l'ont bien aymé, et qui en ont bruslé à feu descouvert, et couvert, 
que les cendres de discrétion ne pouvoient tant couvrir qu'il ne 
parust. Plusieurs fois leur ay-je veu laisser les vespres à demy 
dictes pour l'aller veoir jouer ou à la paulme, ou au ballon, en la 
bassecour des logis de nos rois. Pour en aymer trop une et 

les sources historiques de la Princesse de Clèves, et si nous ne l'avons 
pas fait, ce n'est pas parce que le sujet manque d'intérêt ou parce que ces 
sovirces sont introuvables, c'est tout simplement parce que nous avons 
appris en cours de route que cette tâche a été entreprise avant nous par 
des personnes plus compétentes et plus susceptibles de la mener à bien. 
En eiïet, parmi nos confrères de la Société d'histoire littéraire de la 
France il y a tout d'abord M. Chamard qm a cette question en main — 
et depuis longtemps M. Rudler est venu se joindre à lui, après avoir tra- 
vaillé seul pendant quelque temps. Voilà même, nous apprend-on, qu'iin 
troisième membre de la Société s'est occupé du même sujet. De tout 
ceci rien n'est publié au moment où nous écrivons ces lignes. Les travaux 
de MM. Chamard et Rudler paraîtront sous forme d'édition critique. 
La troisième personne s'est désistée en faveur de ses confrères — mais 
publiera peut-être son travail après eux. Nous aurions mal employé 
notre temps si, avec tant d'autres recherches à faire sur notre auteur, 
nous nous étions obstiné à travailler dans le champ qvii occupe seul 
l'attention de ces messieurs, et cela aiirait été même indélicat, car c'est 
en assistant aux excellentes leçons de M. Chamard que nous avons eu 
l'idée d'entreprendre ce travail. Nous ne donnerons ici que quelques 
détails déjà connus — ou les résultats de nos petites recherches — très 
content de pouvoir laisser cette question entre les mains de travailleurs 
aussi compétents. 

Nous venons de recevoir, quand la première partie de ce travail est déjà 
sous presse, le numéro de la Revue du XV I^ siècle contenant le premier 
article de MM. Chamard et Rudler sur cette question des sources de la 
Princesse de Clèves. Nous nous faisons un plaisir d'appeler l'attention 
des travailleurs sur cet article très docimaenté et du plus haut intérêt. 



160 Madame de La Fayette [ch. 

lui estre fort fidelle, il ne voulut ajmaer l'autre, qui pourtant 
l'ayinoit tousjours. Je luy ay ouy raconter plusieurs fois de 
ses advantures d'amours, mais il disoit que la plus propre 
reeepte pour jouyr de ses amours estoit la hardiesse ; et qui 
seroit bien hardy en sa première poincte infailliblement il em- 
porteroit la forteresse de sa dame ; et qu'il en avoit ainsy 
conquis de ceste façon plusieurs et moictié à demy force et 
moictié en jouant." 

On n'a qu'à comparer ce portrait avec celui qu'écrit Mme de 
La Fayette, pour discerner, en même temps que de grandes 
ressemblances, des différences importantes et caractéristiques. 
EUe ne tient aucun compte de la dernière phrase^, qui déton- 
nerait dans son roman. Partout ailleurs, en utilisant Brantôme, 
elle supprime ses gaillardises et adapte son esprit de camp aux 
besoins des gens de la cour. Brantôme est trop prolixe en parlant 
de Henri II — elle le résume. Elle fait faire un brin de cour à 
Madame la Dauphine par le duc de Nemours, bien que Brantôme 
n'en dise rien, mais lorsqu'elle raconte le projet de mariage entre 
le duc et Elisabeth d'Angleterre elle suit les mémoires d'assez 
près. "Ceste mesme reine," écrit Brantôme, "ayant ouy tant 
renommer M. de Nemours des perfections et valleurs qui estoient 
en luy, fut curieux d'en demander des nouvelles à feu M. de 
Randan, lorsque le roy François second l'envoya en Escosse 
faire la paix devant le Petit Lictz qui estoit assiégé." C'est là 
qu'on voit le roi faire des efforts pour persuader Nemours 
d'essayer sa bonne fortune, qu'on apprend les préparatifs de 
Nemours, et que ce dernier se fait précéder de M. de Lignerolles. 
"Tout à coup ledict voyage se rompit," dit Brantôme et il 
ajoute: "Je dirois aussy bien qu'homme de France, à quoy il 
tint que ceste rupture se fist, si -non qu'en passant, ce seul mot : 
que d'autres amours, possible, luy serroient plus le cœur et le 
tenoient plus captif et arresté^." 

Madame de La Fayette fait une transposition chronologique 
puisque le fait se passe sous François II, et elle profite de la 
vague raison donnée par Brantôme pour attribuer à un amour 
pour la princesse de Clèves le changement survenu dans les 
projets de Nemours. 

>àr 1 Et Bayle, dans ses Nouvelles lettres, 1685, T. li. 652 Im en fait un 
grief. Il trouve que Nemoiirs a trop de timidité et trop de respect pour 
être dans le siècle ("dans notre siècle" écrit Bayle) et cite le passage de 
Brantôme ci -dessus pour prouver que Mme de La Fayette a gâté "la 
nature et la vérité." 2 Brantôme, Éd. Elzév. xn. 350-352. 



IX] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 161 

On remarquera que Madame de La Fayette use de l'histoire 
à peu près de la même façon que Corneille et Racine. Corneille 
prend un homme au-dessus de la nature, mais son choix s'appuie 
sur l'histoire. Racine est plus humain, mais lui aussi se sert de 
l'histoire et de la légende. Dans la Princesse de Clèves, il n'y a que 
les personnages secondaires qui soient historiques. Le prince 
de Clèves ne s'est jamais marié. Mademoiselle de Chartres n'a 
jamais existé, mais le Vidame de Chartres auquel l'auteur du 
roman la rattache est un personnage historique et trouve place 
dans les récits de Brantôme, Les projets de mariage de Madame, 
sœur du roi, se Usent également dans les Vies des Dames illustres 'y 
Madame de La Fayette est plus concise que Brantôme. Pour 
l'histoire de Diane de Poitiers les som'ces en sont éparses dans 
les Mémoires, mais Madame de La Fayette dut avoir sous la 
main d'autres mémoires de l'époque qu'elle utihsa en vue de ce 
chapitre. Au tournoi, les couleurs du duc de Nemours que 
donne Brantôme, sont celles-là même que donne Madame de 
La Fayette . . . . " Monsi eurd e Nemours j aune et noir^(ui^igmfien^ 
jouissance et fer meté ou ferme en jouissance, car il estoit alors, 
ce'dîsôît^on, jouissanto^me des plus belles dames du monde et 
pour ce devoit-il estre ferme et fidèle à elle pour bonne raison 
car ailleurs n'eut-il sceu mieux rencontrer et avoir^." 

Brantôme ne fait qu'une allusion discrète à la Maison du 
Vidame de Chartres et de la reine ("Une très grande dame fut 
fort blâmée...."), mais Castelnau dit ouvertement, " ....la Reine 
Catherine, qu'il avoit longtems ser\àe par une pure inclination. ..." 

Ces quelques citations^ suffisent pour indiquer la façon dont 
Mme de La Fayette se documentait. Lorsque les travaux qui 
sont actuellement entrepris, et dont nous avons parlé dans une 
note, seront pubhés, nous pourrons pénétrer encore plus avant 
dans les méthodes de notre auteur. Mais on ne se contente pas 
de rechercher, en ce moment, les sources historiques de la 
Princesse de Clèves, on va plus loin : on en recherche les sources 
romanesques. La tâche est plus difficile. Et pourtant on peut 
croire que les lectures de Mme de La Fayette ont influé sur le 
romanesque de son Hvre. Li'Amadis (rv. p. 151) peut lui avoir 

^ Citation de Brantôme dans les Mém. de Castelnau, 1731, i. Add. de 
Laboureur au Liv. i. Chap. i. p. 271. Laboureur publia dans l'édition 
de 1659 des notes tirées des manuscrits de Brantôme. Cette édition a 
servi à Mme de La Fayette. 

^ Voir aussi Lalanne, op. cit. Appendice "Brantôme et la Princesse 
de Clèves." 

A. Il 



162 Madame de La Fayette [ch. 

donné l'idée de la scène mélancolique où Nemours se promène 
le long de la rivière bordée de saules^. Les saules même — bien 
que leur présence résulte probablement d'une observation directe 
de Mme de La Fayette — peuvent être un souvenir du passage 
que voici: "Il n'y a nulle avenue que quelques arbres qui sont 
plantés sans ordre des deux costés d'un mail. Mais les saules 
qui bordent la rivière fort près l'un de l'autre composent de 
l'espaisseur de leur testes un ombrage.... etc. 2" C'est Segrais 
qui écrit cela dans une de ses nouvelles. On fait remarquer aussi 
que "la fin pénétrante de Madame de Clèves semble un souvenir 
lointain de la conclusion mélancolique des amours de Guenièvre 
et de Lancelot. Partagée entre la passion la plus légitime et le 
remords d'avoir involontairement abrégé la vie de son mari, 
Madame de Clèves prend le même parti que l'épouse coupable 
d'Artus et avec quelle élévation î^" On se rappelle que dans 
VAmadis, Lisvart aime Gradafilée du vivant de sa propre femme. 
Gradafilée ne lui cède pas. Lorsque Lisvart se trouve libéré par 
la mort de sa femme, Gradafilée le marie avec l'impératrice de 
Babylone'*. 

Nous admettrions plus volontiers une influence générale de 
VAmadis et de VAstrée, une influence telle qu'un livre lu pour 
le plaisir, et non pas pour le profit, peut exercer sur les idées 
du lecteur. Ces deux romans ont pu aider à cette conception 
exaltée de l'amour, à cette élévation continue, à cette générosité 
magnanime qui se trouvent dans tous les romans de Madame de 
La Fayette. 

Mais Madame de La Fayette ne manquait pas de se servir 
des incidents de la vie réelle. Par exemple, elle avait déjà raconté, 
dans VHistoire d'Henriette d'Angleterre, comment le comte de 
Guiche avait été blessé. Madame en entendit des nouvelles 
alarmantes chez le roi et elle "en fut si saisie qu'elle fut heureuse 
que l'attention que tout le monde avoit pour la relation empê- 
chât de remarquer le trouble où elle étoit." Le duc de Nemours 
est blessé de même ; la princesse de Clèves, présente, éprouve un 

^ On doit cette remarque à Eug. Baret, De VAmadis de Gaule et de 
son influence, p. 173 et smv. 

2 La rivière bordée de saules revient souvent dans les écrits des 
contemporains de Mme de La Fayette. "Anaxandre et Amalthée ont 
une maison à vingt milles de Syracuse — une petite rivière qai après 
avoir serpenté dans les prairies bordées de saules — " (Clélie, T. vi. 1658, 
p. 825). Ce serait donc un souvenir de cette maison? 

^ Baret, op. cit. 

4 Voir V. du Bled, La Soc.fr. i. 49. 



il 



ix] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 163 

saisissement tout comme Madame, mais elle n'a pas le même 
bonheur de pouvoir le cacher à tout le monde. Pour le caractère 
de Nemours, sa vie galante, le changement brusque qui s'opère 
en lui après sa rencontre avec la princesse de Clèves, certains 
de nos prédécesseurs ont suffisamment démontré que Madame 
de La Fayette avait sous les yeux un modèle en la personne de 
La Rochefoucauld. Il en est de même pour la princesse — et, 
comme nous l'avons déjà vu, la mère serait un souvenir de 
Madame de La Vergne. Sans transformer le roman en auto- 
biographie, on doit admettre que l'auteur a puisé dans son 
expérience personnelle aussi bien pour certains événements que 
pour les sentiments des personnages. 

Mémoires historiques, vieux romans, expériences person- 
nelles, voilà des sources que l'on ne saurait reprocher à Madame 
de La Fayette. Ce n'est pas tout. Elle aurait, dit-on, utilisé 
un roman contemporain écrit par Mme de Villedieu. Elle lui 
aurait pris, non pas un détail, mais l'idée fondamentale de son 
roman — l'aveu d'une femme, coupable seulement dans son 
cœur, aveu fait à son mari qui l'aime et n'en est pas aimé. Cet 
emprunt, si c'en est un, ne passa pas inaperçu aux yeux du 
critique Vahncour qui fait dire à une "personne de qualité,"^ 
"Je sçay bien que dans le second tome d'un certain Uvre que 
l'on appelle, si je ne me trompe. Les Désordres de Vamour, on 
trouve une histoire qui a quelque rapport avec celle-cy. On y 
voit le Marquis de Termes amoureux de sa propre femme: on 
voit cette femme répondre aux empressements de son mari avec 
beaucoup de froideur et d'insensibiUté, chercher la soHtude, 
fuir le grand monde, & enfin devenir malade de chagrin. Son 
mari en est au désespoir; il ne la quitte point: & l'ayant un 
jour surprise comme elle fondoit en larmes, il la presse de luy 
découvrir le sujet qui les faisoit couler. Elle s'en défend long- 
temps, & enfin elle luy avoue qu'elle aimoit le jeune Baron de 
Bellegarde....Il répond.... ce que vous ne devineriez pas sans 
doute: il asseure sa femme qu'il ne sera jamais content qu'elle 
n'ait épousé celuy qu'elle aime. Il part de la main pour aller 
soUiciter la dispense auprès du Saint Père : & jugeant que l'affaire 
pourroit traîner en longueur de ce costé-la il se fait tuer à la 
première occasion qu'il en trouve, après avoir fait son Testa- 
ment, dans lequel il fait son neveu son légataire universel, à 
condition d'épouser celle qu'il laissoit veuve^par sa mort. 
C'estoit un mari, cela, ajousta-t-il en riant. ...^" 

1 Valincoxir, Lettres à la Marquise, pp. 216-218. 

11—2 



164 Madame de La Fayette [ch. 

Aussitôt le défenseur de Mme de La Fayette répond dans 
ses Conversations sur la critique de la Princesse de Clèves^: "Ce 
qu'il y a de seur à l'égard de l'Auteur de la Princesse de Clèves 
& que je sçay de bonne part, c'est qu'il avoit fait son Histoire 
longtems avant l'impression du Livre des Désordres de V Amour. ^^ 
La question en resta là jusqu'en 1898; à cette époque 
M. Armand Praviel publia dans la Revue littéraire un article que 
nous n'avons vu mentionné sur aucune bibliographie et qui paraît 
/ • I n'être guère connu. Dans cet article, consacré à l'aveu et à 
l'emprunt prétendu fait au roman de Mme de Villedieu, M. Pra- 
viel date ce dernier de 1664 ou 1665, et pour cela il s'appuie sur 
V Histoire littéraire des femmes françaises. Il est difficile de fixer 
la date exacte de ce roman, devenu très rare^, mais nous ne 
croyons pas qu'il soit de 1665. Dans la sixième partie du 
Journal Amoureux Madame de Villedieu dresse une liste de ses 
ouvrages et ajoute qu'elle est "fidèle jusqu'à la fin d'Avril de 
l'année 1671, et je proteste," ajoute-t-elle, "que je n'ai jamais 
fait imprimer que les livres dont il fait mention^." Il n'y est pas 
question des Désordres de F Amour. Langlet du Fresnoy attribue 
la date 1676 à ce roman*. Sans savoir si la Princesse de Clèves fut 
achevée avant la publication des Désordres de V Amour comme le 
prétend l'abbé de Charnes, nous pouvons croire ou à une source 
commune pour cette scène qui se retrouve dans les deux romans 
et dans le fait-divers du Mercure de janvier 1678, ou même à une 
indiscrétion de Madame de La Fayette qui en aurait donné ainsi 
l'idée à Mme de Villedieu et à de Visé. M. Baldensperger qui a 
rapproché le fait-divers et la Princesse de Clèves a envisagé la 
possibilité d'une telle indiscrétion mais il objecte "L'espèce de 
stupeur que la scène de l'aveu provoqua après la publication du 
livre (la Princesse de Clèves) chez des lecteurs qui auraient 
été en mesure de la connaître et qui auraient eu le loisir de s'en 
inquiéter^." Cette objection a moins de force que l'on pourrait 
le croire car il est certain que les Désordres de V Amour conte- 
naient un aveu analogue — ce qui aurait dû diminuer encore 
davantage la "stupeur." Et puis, qui éprouva cette "stupeur"? 
Bussy-Rabutin surtout qui, d'après sa propre affirmation, ne 

1 Anon. (L'abbé de Charnes), Paris, Barbin, 1679, in 12°, p. 231. 

2 La Bibl. Nat. ne possède qu'xui exemplaire incomplet. 
2 Voir le Cap. Derome, Madame de Villedieu inconnue, Mamers, 1911. 
* Bihl. des Romans, ii. 55. 
^ Rev. de philol. fr. et de litt. xv. 1901, 26. À propos de l'aveu de la 

princesse de Clèves. Voir aussi le Mercure de janv. 1677, p. 35. 



I 

L 



ix] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 165 

lisait plus de romans depuis le collège. Rien d'étonnant donc 
qu'il n'eût pas vu celui de Madame de Villedieu. 

Mais si Madame de Villedieu, qui travaillait vite, a su profiter 
d'une indiscrétion due au fait que Madame de La Fayette com- 
muniquait facilement son manuscrit, il est certain que cette 
dernière de son côté ne pouvait ajouter cette scène au dernier 
moment, après l'avoir lue dans un roman publié en 1676^. Il est 
de toute évidence que tout le roman de la Princesse de Clèves fut -^ 
écrit en vue de l'aveu. En voici la preuve, si elle est nécessaire. 

À la page 66^, le prince de Clèves dit à sa femme, en racontant 
l'histoire de Sancerre, "....la sincérité me touche d'une telle 
sorte que je crois que si ma maîtresse, et même ma femme, 
m'avouaient que quelqu'un lui plût, j'en serois affligé sans en 
être aigri : je quitterois le personnage d'amant ou de mari, pour 
la conseiller et pour la plaindre." Madame de La Fayette ajoute, 
"Ces paroles firent rougir Mme de Clèves, et elle y trouva un 
certain rapport avec l'état où elle étoit...." 

À la page 96, Mme de Clèves se rappelle ces paroles de son 
mari et "il lui sembla qu'elle lui devoit avouer l'inclination 
qu'elle avoit pour M. de Nemours." À la page 107, la princesse 
se repent "de n'avoir pas suivi la pensée qu'elle avoit eue de lui 
avouer (c. à d. à son mari) l'inchnation qu'elle avoit pour M. de 
Nemours." 

À la page 130, à propos de la lettre perdue, Madame la 
Dauphine dit à la princesse de Clèves, " ....Il n'y a que vous de 
femme au monde qui fasse confidence à son mari de toutes les 
choses qu'elle sait." 

À la page 136, la princesse se dit "si M. de Clèves s'opiniâtre 
à l'empêcher ou à vouloir en savoir les raisons, peut-être lui ferai- 
je le mal, et à moi-même aussi, de les lui apprendre." A la page 
140 vient l'aveu. , 

En somme, bien que nous ne puissions encore préciser la date 
du roman de Mme de Villedieu et trancher ainsi la question, nous 
penchons du côté de Mme de La Fayette et nous croyons jusqu'à 
nouvel avis que c'est elle qui eut la première cette idée de l'aveu. 

Madame de La Fayette ne se serait pas contentée de l'aide 
des livres, elle aurait profité aussi de l'aide de ses amis Segrais 
et La Rochefoucauld. Nous avons déjà vu au sujet de la Prin- 
cesse de Montpensier qu'on attribua à Segrais un rôle qui fut 

^ On trouvera à l'appendice x. le passage tel que M. Praviel l'a donné 
dans son article. 

2 Éd. de Lescvire, 1881. 



166 Madame de La Fayette [ch. 

tenu en réalité par Ménage^. De plus, Segrais, qui pour Zaïde 
ne peut s'empêcher de réclamer une part de collaboration, dit 
simplement dans le même paragraphe^, "La Princesse de Clèves 
est de Madame de La Fayette." Enfin, lorsque le roman parut 
chez Barbin en 1678 il y avait déjà deux ans que Segrais s'était 
retiré en province. Nous n'ignorons pas que l'on a souvent 
écrit que le roman était terminé en 1672, mais pour nous con- 
vaincre il faudrait nous mettre sous les yeux le manuscrit de 
la lettre de Madame de Sévigné sur laquelle repose cette asser- 
tion. Si vraiment elle écrivit^ le 16 mars 1672 le passage que 
voici : "Je suis au désepoir que vous ayez eu Bajazet par d'autres 
que moi. C'est ce chien de Barbin qui me hait parce que je ne 
fais pas des Princesses de Clèves et de Montpensier," pourquoi 
éprouve-t-elle le besoin de faire la première allusion au texte de 
ce roman le 18 mars 1678 et d'exphquer que c'est un petit hvre 
qui vient de paraître? Mme de Scudéry, écrivant à Bussy le 
8 décembre 1677, annonçait comme une grande nouvelle que 
"M. de la Rochefoucauld et Madame de La Fayette ont fait 
un roman des galanteries de la cour de Henri second qu'on dit 
être admirablement bien écrit.. . .■* " Dans le cercle le plus intime 
de Mme de La Fayette, le roman circulait donc en manuscrit, 
comme une nouveauté, à la fin de l'année 1677^. Nous n'ignorons 
pas la difficulté qu'il y a à attribuer la part qui revient à tel ou 
tel collaborateur dans une œuvre de ce genre, mais nous avouons 
franchement ne pouvoir rien trouver dans ce roman qui montre 
le rôle important qu'aurait joué Segrais. Dieu merci ! rien n'est 
fait "selon les règles de l'art"; — de ces "règles de l'art" qu'il 
avait appHquées à Zaïde. 

1 Brédif, Segrais, 1863, pp. 64 et siiiv. "En 1662 quand elle eut 
composé Mme de Montpensier elle n'osa s'en avouer l'auteur. Segrais 
qui l'avait aidée à composer l'ouvrage le publia sans la nommer." Et 
voilà pourquoi elle écrivit à Ménage pour avoir des nouvelles de l'im- 
pression et pour traiter avec son libraire ! ! ! 

2 Segraisiana, p. 9. Cité plus haut à propos de Zaïde. Il est vrai que 
dans un autre passage il insinue qu'il aurait dû répondre aux critiques 
de Valincour mais ailleurs il se contredit comme il avait fait pour Zaïde. 

^ D'après l'autre explication elle avait écrit "Zaïde" et Perrin crut 
devoir substituer la "Princesse de Clèves" à "Zaïde" comme étant plus 
célèbre. Voir la note à ce passage dans le T. n. de l'éd. des G. É. p. 534. 

* Déjà citée à propos de la liaison. 

^ Valincour écrit: "Jamais ouvrage ne m'a donné plus de curiosité. 
On l'avoit annoncé longtemps avant sa naissance: des personnes très 
éclairées et très capables d'en juger, l'avoient loué comme un chef-d'œuvre 
en ce genre là " (op. cit. page 2). 



ix] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 167 

Et si nous écartons ainsi la collaboration de Segrais, ce n'est 
certes pas pour donner à La Rochefoucauld un rôle plus pré- 
pondérant. Nous sommes tout prêt à croire qu'il fut consulté 
sur des questions de style, qu'il discuta avec son amie des ques- 
tions de psychologie — par exemple, la question toute "pré- 
cieuse" de savoir si ce n'est pas "une chose fâcheuse pour un 
amant que de voir (au bal) la personne qu'il aime" — qu'il fournit, 
au besoin, quelques livres de sa bibliothèque, quelques souvenirs 
de ses lectures^, quelques traits pour le personnage de Nemours, 
mais nous ne pouvons croire qu'il ait travaillé régulièrement à 
ce roman, qu'il y ait collaboré dans le vrai sens du mot, car cela 
ne serait pas en harmonie avec son caractère. Quant à l'hypo- 
thèse d'après laquelle il y aurait introduit des maximes, soit dit 
avec tout le respect qu'on doit au savant éditeur des œuvres 
de La Rochefoucauld^, elle frise le ridicule. Veut-on insinuer 
que La Rochefoucauld émettait des maximes comme d'autres 
disent "Bonjour"? Il semble plutôt qu'il demanda pas 
mal de conseils pour celles qu'il publia sous son nom et qu'il 
refit si souvent. Veut-on dire que Madame de La Fayette était 
incapable d'en faire? En voici une de son cru: "L'on domie des 
conseils.... mais l'on n'imprime point de conduite. C'est une 
maxime que j'ay prié Mr de La Rochefoucauld de mettre dans 
les siennes^." (Prière qui fut exaucée.) Et enfin y a-t-il tant de 
maximes dans la Princesse de Clèves ? 

Lorsque le roman parut il ne portait pas de nom d'auteur* 
tout comme la Princesse de Montpensier. Malgré le changement 
qui s'était produit d'après M. Anatole France^ entre la publica- 
tion de ces deux ouvrages, changement qui lui aurait permis 
d'avouer le premier en date, et non pas le second, Mme de La 
Fayette agit à propos de la Princesse de Clèves exactement comme 
elle avait agi pour la Princesse de Montpensier. Si l'on avait 
connu la lettre que nous avons déjà citée et qui désavoue la 
Princesse de Montpensier, la lettre suivante pubhée par M. Per- 
rero n'aurait pas tant fait s'exclamer les critiques français^: 
"....Un petit livre qu'a couru il y a quinse ans," écrit-elle le 

1 Pas très étendues d'aillevirs, en dehors des romans. 

2 G. É. I. p. Ixxxiii. 

3 Lettres à Lescheraine, Curios di Stor. subalp. Fasc. xv. 1880; p. 499. 

* Ce qui n'empêche pas toute une série de critiques (Fournel, Litt. ind. 

p. 209 ; Petitot, vol. LXiv. p. 353; Morillot, Le rom. au XV 11% p. 12; Jay en 
tête de son édition, etc. etc.) de dire qu'il parut sous le nom de Segrais. 

^ Intro. P. de C. pp. xv, xvi. 

® Voir la bibliog. pour les articles de M. Hémon à ce sujet. 



168 Madame de La Fayette [ch. 

13 avril (1678), "et ou il plut au public de me donner part ce 
fait qu'on men donne encore a la P. de Cleves. Mais je vous 
asseure que je ny en ay aucune et que Mr de la Rochefoucauld a 
qui on la voulu donner aussi y en a aussi peu que moy ; il en fait 
tant de serments qu'il est impossible de ne le pas croire surtout 
pour une chose qui peut estre avouée sans honte, pour moy ie suis 
flatee que Ion me soupçonne et ie croye que iavourois le Hvre si 
cestoit asseuree que l'autheur ne vint jamais me le redemander, 
le le trouve très agréable bien escrit sans estre extrêmement 
châtie plain de choses d'une deUcatesse admirable et qu'il faut 
mesme rehre plus d'une fois, et surtout ce que cy trouve cest 
une parfaite imitation du monde de la court et de la manière dont 
on y vit il ny a rien de romanesque et de grimpe, aussi nest ce 
pas un roman cest proprement des mémoires et cestoit, a ce que 
Ion ma dit, le tiltre du livre mais on la change. Voila, Monsieur, 
mon jugement sur Me de Cleves, ie vous demande aussi le vostre, 
on est partage sur ce livre la a se manger, les uns en condanne 
ce que les autres en admirent^ ajmsi quoi que vous dire ne 
craignes point d'estre seul de vostre party....^" 

On n'a qu'à rapprocher cette lettre de celle qui est transcrite, 
dans notre chapitre iv., pour se rendre compte que Madame de 
La Fayette ne faisait en l'écrivant que ce qu'elle avait prié 
Ménage de faire dans le cas où l'on attribuerait, devant lui, la 
Princesse de Montpensier à son élève. Il serait oiseux de cher- 
cher dans le nom de Nemours que portait Madame Royale une 
raison à ce mensonge de son amie. Nous en avons donné d'assez 
bonnes à propos de la Princesse de Montpensier. Depuis la 
pubhcation de cet ouvrage, Bossuet avait dit devant elle que 
les romans étaient de "frivoles et dangereuses fictions^" et un 
de ses amis de Port-Royal* s'exprimait ainsi: "un faiseur de 
romans. ...est un empoisonneur pubHc." Ce n'était pas pour 
encourager Madame de La Fayette à changer d'attitude. 

Il serait ridicule pourtant d'ajouter foi à cette lettre de 
Madame de La Fayette et de croire que le roman n'est pas d'elle. 
Elle écrivait ainsi à Lescheraine qu'elle accusait d'avoir "la 
langue bien longue" mais elle parlait tout autrement à son ami 
Ménage. Ce n'est qu'après avoir écrit les pages qui précèdent 

^ Fontenelle, par exemple, admire ce que Biissy-Rabutin condamne. 
Il est tout naturel que la même difîérence de jugement se trouve entre 
Valincour et l'abbé de Charnes. 

2 Perrero, Curiositâ, etc. cité plus haut, pp. 496-7. 

^ Or.Jun. Jouaust, p. 51. * Nicole. 



ix] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 169 

que nous avons trouvé dans la correspondance de Madame de 
La Fayette le billet suivant: 

"Vous pouves parler dans vostre histoire de Sablé des deux 
petites histoires dont vous me parlastes hier mais je vous demande 
en grâce de nommer personne ny pour lune ny pour l'autre. Je 
ne croy pas que les deux personnes que vous me nommés y ayent 
nulle part qu'un peu de correction. Les personnes qui sont de vos 
amis n'advouent point y en avoir mais a vous que n'advourait- 
elle point (sic). Je suis dans un estât qui me conduit entièrem* 
à songer à mon salut je suis ravie de ce que vous me mandés de 
vos dispositions cela fortifiera les miennes.... etc. ^" (Inédite.) 

Nous étions tout prêt à croire qu'il s'agissait de la Princesse 
de Montpensier et de la Princesse de Clèves. Heureusement, ce 
brouillon de lettre de la main de Ménage vient confirmer cette 
hypothèse. 

"....Il y a cinq ou six ans que ie fis imprimer un Hvre de 
généalogies intitulé l'Histoire de Sablé, le livre doit estre suivi 
d'un autre sur la mesme matière dans lequel au sujet de votre 
Princesse de Montpensier j'ay dit que c'estoit cette Princesse 
de Montpensier dont vous avies escrite l'Histoire avec toute 
sorte d'élégance et d'agrément et que cette Histoire seroit 
incomparable si vous n'aviez point escrit celle de la Duchesse de 
Clèves qui lui est comparable. Je vous demande premièrement 
Madame si vous voulez bien qu'on disse que vous avez fait des 
livres et je vous demande en segond Heu si vous avez fait cette 
Histoire de la Duchesse de Clèves comme je l'ay dit et comme j'en 
suis persuadé car quelques uns disent que c'est Mr de la Roche- 
foucaut qui l'a faite; et d'autres que c'est Mr de Segrais. Aiant 
l'honneur de vous connoistre depuis que vous estes née & aiant 
eu l'honneur de vous voir aussi long-tems, aussi longtems et 
aussi particuhèrement que j'ay fait il me seroit honteux d'avoir 
été mal informé de cette particularité & d'en avoir mal informé 
le pubhc. Je vous suppHe donc Madame de me faire savoir la 
vérité de la chose.... etc." (Inédite.) 

Et Madame de La Fayette à une époque où elle pense entière- 
ment a son salut fait savoir '"la vérité de la chose." C'est bien 
elle qui fut l'auteur de la Princesse de Clèves. Les critiques 
français étaient trop perspicaces pour en douter — même après 

^ Corresp. inédite de Mme de La Fayette. Collection Feuillet de 
Conches. Ménage semble avoir respecté les désirs de son amie, et même 
d'avoir poussé la délicatesse au point de ne pas faire mention des deux 
ouvrages en question dans le second tome de YHistoire de Sablé, 



170 Madame de La Fayette [ch. 

la publication de la lettre trouvée par M. Perrero; nous sommes 
heureux, pourtant, de pouvoir apporter un document à l'appui 
de leurs arguments. 

III 

D'après Madame de La Fayette elle-même ses contemporains 
étaient partagés sur ce livre "à se manger." En effet, il paraît 
avoir soulevé beaucoup de discussions auxquelles prirent part, 
entre autres, Bussy-Rabutin, Madame de Sévigné, Fontenelle, 
Mlle de Scudéry. On trouvera mention de leurs appréciations 
à l'appendice, faute de place pour les examiner ici. Mais une 
autre appréciation prit les dimensions d'un livre et elle mérite 
de retenir notre attention pendant quelques instants. Il s'agit 
de "lettres" qu'on attribuait généralement, mais à tort, au 
Père Bouhours^. Elles étaient de VaUncour et suffirent à faire 
la réputation du jeune critique aussitôt que l'on sut qu'elles 
étaient de lui. Il serait injuste de le chicaner, car son petit hvre, 
préparé à la hâte et publié quelques mois après celui qu'il criti- 
quait, est plein d'observations motivées qui prouvent un goût 
littéraire déhcat et un sens critique fort développé. Certes, on 
rencontre des exagérations et parfois la critique est poussée trop 
loin, mais le moyen d'éviter ces défauts dans un Uvre de ce 
genre? Certaines contradictions sont plus graves. Valincour 
raille à la page 15 un passage qu'il trouve "d'une grande déli- 
catesse" à la page 139. Mais il faut retenir des observations 
justes. C'est VaUncour qui critique la description du début 
comme trop longue, le récit de Madame de Chartres comme 
inutile, la lettre perdue comme une coïncidence un peu trop 
chargée de conséquences, l'indiscrétion de Nemours, le peu 
d'inteUigence du monsieur chargé par le mari d'épier Nemours, 
la rencontre de Madame de Clèves et de Nemours dans le jardin 
hors les faubourgs. Jusque là il a raison, mais lorsqu il estime 
que le roman prend trop de hbertés avec l'histoire, que la prin- 
cesse manque d'esprit, que les recommandations de la mère 
mourante viennent trop tard, etc.... nous ne sommes plus avec 
lui. Nous revenons de nouveau nous ranger de son côté lorsqu'il 
loue la psychologie de l'œuvre, admire le trait de la princesse qui 
cache à sa mère sa première passion, trouve peu naturelle la 

^ Les Lettres à la Marquise de sur le sujet de la Princesse de Clèves, 

Paris, Sebastien Cramoisy, 1678, in 12°, étaient en réalité par de Troussât 
de Valincoiir, mais le Père Bouhours a pii collaborer avec l'autenr pour 
les remarques sur le style. Voir l'art, de M. Faguet dans la Rev. des 
deux mondes, 15 mai 1909. 



IX] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 171 

fameuse lettre, fait remarquer la ressemblance de l'aveu avec 
celui des Désordres de V Amour, admire que la princesse ne ré- 
ponde pas à sa mère mourante, et critique quelques détours de 
préciosité. Lorsqu'il critique la langue, nous sommes souvent de 
son avis — pas toujours, cependant; il nous est malheureusement 
impossible d'entrer dans de tels détails qui sont pourtant fort 
intéressants pour l'étude de la langue. Contentons-nous de 
renvoyer le lecteur au petit livre en question ou à l'article de 
M. Faguet cité dans notre note. 

Madame de La Fayette, d'après Segrais, "a méprisé à ré- 
pondre " à ce critique. Segrais lui-même ne voulut pas prendre 
la peine de le faire parce que cet auteur, qu'il croyait être le 
Père Bouhours, "n'avoit aucime connoissance des règles de ces 
sortes d'ouvrages, ni de l'usage du monde^." L'abbé de Char- 
nes2 crut bien faire en se chargeant de cet ofïice. Nous aurions 
mieux aimé qu'un autre eût entrepris la tâche — ou même que 
tout le monde eût fait comme Segrais. La réponse de l'abbé de 
Chames à im petit hvre léger, agréable à hre, poh, et exempt 
de toute critique touchant la personne de l'auteur, commence 
par quelques traits qui sont évidemment destinés au critique 
ou à celui qu'on croyait être le critique. L'abbé de Chames a 
tout l'air de répondre au Père Bouhours et non pas au jeune 
Vahncour. Le procédé qu'il emploie consiste à retourner contre 
le critique lui-même, en les apphquant à son hvre, les reproches 
faits à l'auteur de la Princesse de Clèves. De Chames trouve à 
redire jusque dans les petits procédés imaginés par Vahncour 
pour présenter ses observations d'une façon intéressante. En 
somme, bien que plusieurs de ses réponses soient bien trouvées 
et d'autres bien fondées, l'ensemble est moins déhcat et moins 
digne de la Princesse de Clèves que ne l'est le hvre qui avait 
pour but de l'attaquer. 

Si Madame de La Fayette ne répondit pas directement à la 
critique,elle l'a fait indirectement, en ce qui conceme l'aveu, dans 
une petite nouvelle qui passa de main en main parmi ses amis, 
mais qu'elle ne pubha pas : la Comtesse de Tende. Cette nouvelle 
ne fut hvrée à l'impression qu'en 1724, date à laqueUe eUe parut 

1 C'est ici que Segrais a l'air de revendiquer une part au roman car 
il ajoute "et que je faisois beaucoup plus d'état de l'approbation de 
Mad la comtesse de la Fayette et de M. de La Rochefoucaiild qui avoient 
ces connoissances en perfection." 

2 Conversations sur la Critique de la Princesse de Clèves, Paris, 1697, 

in 120. 



1 72 Madame de La Fayette [ch. 

dans le Mercure de France^. Est-ce son fils l'abbé qui en com- 
muniqua le manuscrit? Est-ce un des manuscrits qu'il prêta 
et que l'on donna à imprimer au lieu de le lui rendre? A-t-on 
envoyé au Mercure l'une des nombreuses copies^? Toujours 
est-il que la nouvelle y fut imprimée, et sous le nom de Madame 
de La Fayette. Elle eut ainsi l'honneur d'être le premier de ses 
romans paru sous son nom. 

La tradition^ veut que la Comtesse de Tende ait été écrite 

uniquement pour motiver l'aveu contenu dans la Princesse de 

p Clives en mettant en scène encore une fois une femme qui avoue 

une infidélité à son mari. Mais cette fois-ci la femme attend 

d'être grosse de son amant pour faire l'aveu. Et la raison de 

Lj j cette attente serait que Madame de La Fayette aurait voulu 



/ 



démontrer qu'une femme peut faire l'aveu d'une culpabilité 
plus grande que celle de la princesse de Clèves. Piquée par les 
critiques adressées à cette partie de son roman, elle a pu avoir 
cette intention, mais elle eut raison de ne pas livrer son manu- 
scrit à l'impression, car après la Princesse de Clèves, la Comtesse de 
Tende nous semble être bien faible. Autant l'aveu de la prin- 
cesse est émouvant parce que sa conscience seule l'y forçait, 
autant cet aveu de la comtesse nous paraît banal et dépourvu 
de dignité. Elle n'a plus de relations avec son mari depuis long- 
temps, elle est grosse, qu'elle fasse un aveu tout de suite ou 
qu'elle laisse à l'enfant le soin de le faire, il est dorénavant 
certain que sa faute sera connue. La lettre qu'elle écrit — car 
c'est ainsi qu'elle fait son aveu et non pas de vive voix comme 
la princesse de Clèves — dut être pénible à écrire, nous l'admet- 
tons, mais ce n'est pas la difficulté seule qui fait la beauté de 
tels aveux. La princesse de Clèves ressent la lutte engagée entre 
sa passion et sa volonté, elle veut que cette dernière triomphe, 
mais elle craint que la première ne l'emporte sur elle, et elle 
se tourne du côté de son mari pour lui demander, dans cet aveu 
que rien ne lui arrache, et auquel elle a déjà souvent pensé, un 
soutien pour bien faire plutôt qu'un pardon. Chez la comtesse 
de Tende il n'y a presque pas de lutte. Son mari, qui ne l'aime 
pas et dont le cœur est occupé ailleurs, ne compte plus pour elle. 
Au moment de céder à sa passion, son seul regret — et il ne dure 
guère — c'est de trahir son amie qui va épouser celui qui est 

^ Celle-ci n'est pas la date que donnent les bibliog. mais elle est bien 
la date exacte. Voir notre bibliog. 

^ Voir à la bibliog. la mention d'une de ces copies qui existe encore. 
^ Voir Bibl. des Romans, v. 187. 



I / 

ix] T^p pç>^.^r^T. jue — La Princesse de Clèves 173 

prei^jj^ à devenir son amant dans tous les sens du mot. En 
nair^^ la Princesse de Clèves on plaint sincèrement l'héroïne 
"'e qui ne veut pas dire qu'on l'excuse). En lisant la Comtesse 
de Tende on se demande qui était à plaindre, qui avait tort. 
Malgré la sévérité atroce de l'auteur, qui vers la fin de la nouvelle, 
est d'une dureté et, disons le mot, d'une brutalité à faire fris- 
sonner, on n'a guère de sympathie pour la comtesse ; et pourtant, 
les grands torts du mari nous empêchent, d'autre part, de 
nous intéresser à lui. Quant à l'amant, la nouvelle de sa mort 
nous laisse absolument indifférents, car nous sentons trop bien 
qu'il n'était dans la nouvelle que pour permettre à la comtesse 
d'écrire à son mari "Je suis grosse." 

Et pourtant, il ne manque pas de petites études psycholo- 
giques dans cette courte nouvelle, qui suffiraient à la rendre 
agréable si l'on ne sentait, par trop, la thèse. 

On peut remarquer aussi avec quelle hardiesse Madame de 
La Fayette choisit le cadre historique de sa nouvelle. La prin- 
cesse de Clèves, qui n'avait péché que dans son cœur, n'exista 
jamais, tandis que pour faire jouer le rôle de la femme coupable 
l'auteur choisit un personnage historique. "Mademoiselle de 
Strozzi," écrit-elle, "fille du maréchal, et proche parente de 
Catherine de Médicis, épousa la première année de la régence de 
cette reine, le comte de Tende, de la maison de Savoie..,." 

Ce choix des personnages nous encourage à émettre une hypo- 
thèse que nous donnons sous toutes réserves, car nous n'avons pu 
jusqu'ici trouver aucun document susceptible de l'appuyer. En 
écrivant la Comtesse de Tende qui, comme nous venons de le dé- 
montrer, diffère beaucoup en son genre, de la déhcatesse habituelle 
de son auteur. Madame de La Fayette n'a fait que livrer au public 
la véritable source de l'aveu de la Princesse de Clèves. Elle 
l'aurait adoucie pour son roman, comme elle avaitadouci certains 
passages de Brantôme, elle aurait relevé le ton de toute l'his- ! 
toire en la développant, ainsi qu'elle avait fait pour tout son 
tableau de la cour. La seule raison qui motive si peu que cej 
soit cette hypothèse c'est l'exactitude des faits et des dates. II 
est absolument exact que Honoré de Savoie, comte de Som- 
merive et de Tende, ait épousé en 1558 Clarisse Strozzi. Cette 
femme mourut cinq ans après le mariage, à Paris, en 1563. Quelle 
est la source de l'histoire racontée par Madame de La Fayette 
si toutefois il y a une source en dehors de son imagination? 
C'est ce que nous ne savons pas encore. Brantôme en parle, mais 
pour dire que la comtesse tomba dans la mer à Marseille et qu'à 
partir de ce moment elle fut toujours souffrante. Madame de 



\ 

V 

\. 

174 Madame de La Fax^^f^^ r^g^ 

La Fayette n'est pas partisan de secondes noces et en disan ^ _ 
fin que le comte de Tende ne voulut jamais se remarier, ,^^^ 
fausse la vérité, car il épousa Madeleine de la Tour d'Auvergi^ 
l'année même de sa propre mort, qui n'eut pas lieu "à un âge 
fort avancé." 

IV 

Revenons à la Princesse de Clèves. Nous n'avons pas l'in- 
tention de faire, après VaMncour, la critique de ce roman, ni, 
après de Charnes, son panégyrique. Nous avons déjà présenté, 
en passant, quelques critiques du premier, qui montrent que le 
roman n'est pas parfait. Il y a, au début, des pages où l'histoire 
est trop visible; la série de portraits faite à l'imitation de 
V Histoire de Madame Henriette est bien dans le goût de l'époque, 
comme le sont aussi certains épisodes tels que le récit de Madame 
de Chartres, l'histoire d'Anne de Boulen et celle de Sancerre. 
Ces pages du début sont quelque peu décousues et, certainement, 
eUes sont trop longues. D'autre part, l'épisode de Sancerre est 
le seul qui se rattache à l'histoire. Il y a encore des coïnci- 
dences — celles de la lettre perdue, de la présence de Nemours 
à l'aveu, du salon à Coulommiers où la princesse se laisse en- 
traîner par sa passion et la laisse voir juste au moment où, à son 
insu, M. de Nemours la guette, et d'autres encore. On peut 
relever des inadvertances; le duc de Nemours déclare (p. 160), 
*'I1 ne s'en faut guère.... que je ne sois de l'avis de Mme de Clèves, 
qui soutient que cette aventure ne peut être véritable," or, le 
duc n'était pas présent quand Mme de Clèves tint ce propos. 
Mais on peut oubUer quelques fautes de détail, et même un peu 
de gaucherie dans la disposition, tant il y a de beautés dans 
l'étude des cœurs. Nemours ne nous intéresse pas outre mesure. 
Il a beau être un chef d'œuvre de la nature, il est un peu fat avec 
ses succès auprès des dames — même auprès de celles qu'il ne 
daignait pas regarder. Puis il est trop indiscret et il essaie, après 
l'aveu, de nuire au mari auprès de la princesse et d'une manière 
assez lâche (p. 160). Nous préférons le mari qui aime sa femme 
avant et après le mariage — même après l'aveu. C'est l'honnête 
homme par excellence qui conquiert notre sympathie; nous 
regrettons son entêtement à ne pas comprendre ce que son ami 
avait vu à Coulommiers, et sa santé déUcate qui le fait suc- 
comber à son chagrin. Il est vrai que sa mort était nécessaire 
pour le développement de l'intrigue et pour la complète étude 
des caractères. Nous aimons aussi la mère avec ses idées un peu-. 
avancées sur l'éducation morale des filles et nous sommes tout 



ix] T,f> p^^.niryi. ^^ — La Princesse de Clèves 175 

prêt à croire que son mérite et sa vertu étaient "extraordi- 
naires." Mais notre prédilection va à la princesse à cheveux 
blonds qui, faute d'esprit, avait de l'intelligence et qui avait 
surtout un cœur. Car, malgré son petit air froid, et son habitude 
de trouver certaines choses au-dessus de ses connaissances, c'était 
une passionnée que la princesse de Clèves. Elle était également 
orgueilleuse. Même après la mort de son mari elle hésite à 
épouser le duc de Nemours et ce n'est pas une simple question 
de devoir, de bienséance, ou de responsabihté morale, r' Je sçais 
que vous estes Ubre," dit-elle à Nemours, "que je le suis, et que 
les choses sont d'une sorte que le pubhc n'auroit peut-estre pas 
sujet de vous blâmer, ny moy non plus, quand nous nous 
engagerions ensemble pour jamais (Voilà donc son orgueil à 
l'abri). Mais les hommes conservent-ils de la passion dans ces 
engagements éternels ? Dois-je espérer un miracle en ma faveur, 
et puis-je me mettre en estât de voir certainement finir cette 
passion dont je ferois toute ma f éUcité ? Monsieur de Clèves etoit 
peut-estre l'unique homme du monde capable de conserver de 
l'amour dans le mariage^" (Voilà la passionnée inquiète).] 

Que n'est-il possible de suivre en détail le développement de 
cette passion? Tout au début, la princesse raconte à sa mère 
l'amour de Guise. Elle fait de même pour sa première rencontre 
avec Nemours. Lorsque le prince de Clèves trouve qu'elle est 
un peu froide avant le mariage — elle ne le comprend pas. Elle 
s'intéresse à Nemours, n'en parle pas à sa mère, elle ne va pas 
au bal pour faire plaisir au duc ; elle est satisfaite lorsque sa mère 
expUque pour le monde son action ; elle n'est pas aussi contente 
quand elle voit que sa mère donne une exphcation qui est claire 
aux yeux de Nemours; elle fait son examen de conscience, et 
comprend. Ainsi, à petits pas, elle s'avance vers le dénouement. 
Une déclaration couverte de Nemours est suivie par de la joie, 
la joie entraîne le remords, elle se reprend. La jalousie s'éveille 
en elle, elle est heureuse de trouver ses craintes mal fondées, elle 
est malheureuse d'avoir éprouvé ce bonheur. Elle prend des 
résolutions, ne les tient pas, change d'avis, commet des impru- 
dences, les regrette, et les renouvelle. Elle s'éloigne de son mari, 

1 Madame de La Fayette croyait pourtant au bonheur dans le mariage 
d'après une annotation à une maxime de La Rochefoucaiild qu'on lui a 
attribuée. Il n'est pas question ailleurs dans ce travail de ces annotations 
parce que nous ne pouvons pas dire si elles sont de Mme de la Fayette. 
M. d'HaussonviUe en cite sufifisamment, dans son ouvrage, pour en donner 
une idée. 



176 Madame de La Fà^t*p [ch. 

se rapproche de lui, cherche sa protection contre le danger qu'elle 
ne veut pas envisager. Elle agit tout comme ferait une femme 
dont l'existence ne devrait rien à une fiction, mais se réaUserait 
dans la vie. Voilà son charme. Tout comme Mme de La Fayette 
elle-même quand le Jeune de Saint-Paul lui attribue "une galan- 
terie" la princesse s'émeut à la pensée qu'elle sera "bientôt re- 
gardée de tout le monde comme une personne qui a une folle et 
violente passion," La lutte qui se Uvra entre le cœur et le 
devoir se Uvre aussi quelque peu entre le cœur et l'orgueil, 
mais la princesse n'en est pas moins aimable. 

Disons, tout de suite, que ce n'est pas là l'idée qu'on se fait 
ordinairement du caractère de la princesse. M, Victor du Bled 
dit à propos de ce roman : "Une peinture admirable de l'amour 
platonique nous est présentée par Mme de La Fayette dans la 
Princesse de Clèves^.^^ Il était donc platonique cet amour de la 
princesse et de Nemours? Nous ne pouvons le croire. Soutenir 
que la princesse était froide, prétendre qu'elle n'aima que d'un 
amour platonique, c'est avouer qu'on n'a pas bien lu le roman, 
à moins que l'on ne regarde comme platonique tout amour qui, 
à cause des circonstances seulement, ne peut se satisfaire. Ce 
livre est plein de passion — d'une passion contenue et maîtrisée 
si l'on veut — mais elle est là, et décrite comme on ne la peindra 
plus avant Prévost, 

Nous trouvons précisément une partie de l'intérêt du roman 
dans cette lutte entre la passion et les règles de l'étiquette dans 
ce monde poH. C'est une lutte qui continue de nos jours. Est-ce 
que chez nous le "vieil homme" n'est pas encore aux prises de 
temps à autre avec ce code social qui nous régit? 

Il nous est impossible d'entrer dans les détails du style. Ce 
serait pourtant intéressant à faire. On pourrait démontrer que 
malgré son "classicisme" Madame de La Fayette fut une in- 
novatrice et que certaines tournures ont dû paraître du "dernier 
nouveau" à ses contemporains. Inutile de démontrer combien 
son style alerte différait du mauvais style périodique de ses 
prédécesseurs — elle devait cette quaUté de style, croyons-nous, 
à son tempérament autant qu'à son goût Uttéraire^. Il y a encore 

1 La Soc. fr. 4^ série, p. 289. 

^ Quand Mme de La Fayette écrit des billets à la hâte, son style est 
alerte et naturel. Il en est de même pour ses longues lettres d'affaires. 
Seules les lettres adressées à Huet et certains billets envoyés à Ménage 
dans la première période de leur amitié, trahissent l'effort et laissent 
apparaître la précieuse. 



IX] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 177 

trop de qui et de que, car elle faisait passer la vigueur avant 
l'harmonie. Le vocabulaire est pauvre, mais il exprime tout ce 
que l'auteur veut dire et le plus souvent ce qui frappe chez 
Mme do La Fayette ce n'est pas ce qu'elle dit, mais ce qu'elle 
insinue, ce qu'elle suggère. Il n'y a guère d'images, le style n'est 
pas coloré, mais il est inexact de dire qu'il soit complètement 
dépourvu d'harmonie, et il est faux de prétendre qu'il n'ait pas 
de valeur artistique. Nous ne donnerons qu'un exemple du 
contraire — mais un exemple assez probant : "Si d'autres raisons 
que celles de la vertu & de votre devoir," dit la mère de la 
princesse, "vous pouvoient obUger à ce que je souhaite, je vous 
dirois que si quelque chose estoit capable de troubler le bonheur 
que j'espère en sortant de ce monde, ce seroit de vous voir 
tomber comme les autres femmes ; mais si ce malheur vous doit 
arriver, je reçois la mort avec joie, pour n'en estre pas le témoin." 
Ne sent-on pas que ces phrases cadencées, rythmées, aident à 
marquer la majesté de la pensée et qu'elles traduisent à merveille 
la sévérité d'une honnête femme qui attend la mort avec calme 
et qui la souhaite pour ne voir aucun tache en sa famille ? 

Il est encore une quahté que l'on remarque dans le style de 
Mme de La Fayette. La délicatesse de ton est bien appropriée 
aux gens "admirablement bien faits" qui fréquentent une cour 
poHe. Lorsque M. de Clèves reproche à sa fiancée sa froideur 
avant le mariage, le mot "amour" n'est même pas prononcé. 
M. de Nemours n'agit pas autrement; il demande à celle qu'il 
aime de rendre heureux un homme qu'elle ne hait pas. On 
a assez fait ressortir cette délicatesse de ton. On est allé même 
à l'extrême^. 

^ Il est étonnant qu'un critique comme Taine se soit laissé aller à 
souligner, à propos de cette finesse, le déplaisir qu'a Madame de Chartres 
de quitter sa fille (Préface, Éd. Quantin, 1878, p. 15). Si ce mot, comme 
beaucoup d'avitres d'ailleurs, n'a que peu de force de nos joiirs il n'en 
était pas de même du temps de Mme de La Fayette. Et il ne faut pas 
lui faire un mérite d'avoir employé le mot usuel et fort, parce que pour 
novis il est devenu un mot plus faible que celui dont nous serions tentés 
d'user. Corneille ne pensa certes pas à chercher un mot de demi-teinte 
lorsqu'il écrivit: 

Ce coup est ua peu rude à l'esprit le plias fort 
Et je doute comment vous portez cette mort. 
— Sire, avec déplaisir, mais avec patience. 

[Horace, v. 2.) 
La Rochefoucauld emploie le mot qti'avirait employé l'hypocrite lui- 
même dans la maxime que voici: "Il y a ime autre hypocrisie, qui n'est 
À. 12 



178 Madame de La Fayette [ch. 

Le style alerte, châtié, fin et bien approprié de Madame 
de La Fayette, style sans recherche, sans enflure, éloquent 
par sa sobriété même, a bien assez de quahtés po^ir qu'on ne 
se mette pas en mal d'exagération afin de le ÎBÀid mieux 
apprécier. 

Nous ne pouvons suivre, comme nous l'aurions voulu, 1er; 
jugements de ceux qui ont lu et relu la Princesse de Clèves 
depuis que le hvre fut mis par Barbin entre les mains des con- 
temporains de la comtesse. Un appendice d'histoire httéraire 
viendra, à la fin de ce travail, combler dans une certaine mesure 
cette lacune. Il suffira ici, de dire que le succès de la Princesse 
de Clèves fut grand dès le début. Le roman fut traduit en anglais 
dès l'année 1679, mais ne paraît pas avoir eu beaucoup d'in- 
fluence en Angleterre. On était en pleine Hcence à cette époque 
et si Lee a emprunté le sujet pour le mettre au théâtre c'est 
dans une pièce ignoble qui n'est qu'une indigne caricature de 
la Princesse et qui montre combien l'original fut au-dessus des 
esprits grossiers des Anglo-saxons de l'époque. Depuis, on a pu 
l'apprécier à sa juste valeur. Une traduction récente, avec la 
charmante étude de M. Anatole France en tête, s'est vendue en 
Amérique et en Angleterre ; une des plus récentes éditions à bon 
marché, et de beaucoup la plus belle, est sortie d'une presse 
anglaise. Voilà qui fait oublier la pièce de Lee. 

Ce petit roman eut aussi les honneurs de la traduction en 
allemand, mais c'est surtout en France, où il n'a jamais manqué 
de lecteurs éclairés, qu'il obtint le meilleur succès. Inutile de 
dire que même dans ce pays, c'est auprès des femmes que son 
succès a été le plus complet. Il est intéressant de remarquer, 
d'après le nombre d'éditions pubhées, que c'est vers 1830, en 
plein mouvement romantique, que la Princesse de Clèves fut le 
plus appréciée et, en ce moment, elle atteint encore une fois au 
maximum de succès^. 

pas si innocente parce qu'elle impose à tout le monde: c'est l'affliction 
de certaines personnes qui aspirent à la gloire d'une belle et inmaortelle 
douleur. Après que le temps, qui consiome tout, a fait cesser celle qu'elles 
avoient en effet, elles ne laissent pas d'opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes 
et leurs soupirs; elles prennent un personnage lugubre et travaillent à 
persuader, par toutes leurs actions, que leur déplaisir ne finira qu'avec 
leur vie" {Maximes, 233). 

1 L'année dernière même, la revue Femina mit au concours cette 
question : " Quel est le plus beau roman féminin? " Et, au grand étonne- 
ment du jury et des lecteiirs de cette revue, c'est la Princesse de Clèves 
qui fut la favorite. Voici les résultats — et nous regrettons de ne pouvoir 



ix] Le Psychologue — La Princesse de Clèves 179 

Quelle victoire pour cette femme qui ne voulait pas être 
considérée comme un "auteur de profession" et qu'il avait 
raison, M. Pierre Lafitte, lorsqu'il écrivit il y a quelques années : 

"Son œuvre sera lue tant qu'il restera des hommes de goût 
et de sens; on est heureux de se sentir en communion avec 
l'éUte qui, depuis le dix-septième siècle, goûte ce charmant chef- 
d'œuvre, et l'on pense à l'éhte qui après nous en jouira encore^." 

C'est sur cette pensée, que nous terminons, à regret, cette 
trop rapide et trop superficielle étude d'un roman qu'on ne peut 
pas étudier comme il le mérite mais qu'on Ut et qu'on relira 
toujours avec autant de respect que d'admiration. 

donner en même temps les raisons que trouvèrent certaines femmes de 
goût pour justifier leur choix: 

La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette 
Corinne ou V Italie, de Mme de Staël . 
La Maison du Péché, de Mme M. Tinayre . 
La Petite Fadette, de George Sand 
L'Ombre de V Amour, de Mme M. Tinayre . 
Le Marquis de Villemer, de George Sand 
La Mare au Diable, de George Sand . 
Le Roman d'une Amoureuse, de J. Marni . 
La Force du Passé, de Mme Daniel Lesueur 
La Branche, de Mme Pierre de Coulevain 
Delphine, de Mme de Staël .... 
Nietzchéenne, de Mme Daniel Lesueur 
Les Lettres, de Mme de Sévigné 
Marie-Claire, de Mme Marguerite Audoux 
Lélia, de George Sand .... 

Le Maître du Moulin Blanc, de Mme Alanic 
Salutaire Orgueil, de Mlle Yvette Prost 

1417 

^ Lettre à M. Anatole France en tête de son édition de la Princesse 
de Clèves. Ce serait iin plaisir de lire ce roman — même si cette lecture ne 
nous faisait pas entrer parmi "l'élite." 



591 


voix 


168 


99 


163 


99 


118 


99 


87 


99 


82 


99 


74 


99 


40 


99 


31 


99 


27 


99 


14 


99 


9 


99 


7 


99 


3 


99 


1 


99 


1 


99 


1 


99 



12—2 



CHAPITRE X 

LE DIPLOMATE 

Deux ans, mois pour mois, après la publication de la Princesse 
de Clèves Madame de Se vigne écrit: "Monsieur de La Roche- 
foucauld a été, est encore considérablement malade: il est 
mieux aujourd'hui; mais enfin c'étoit toute l'apparence de la 
mort: une grosse fièvre, une oppression, une goutte remontée; 
enfin c'étoit une pitié.... Je donnerai le billet à Madame de La 
Fayette qui étoit hier très affligée^." 

Hélas ! c'était plus que l'apparence de la mort, la mort elle- 
même guettait l'illustre malade et son amie avait bien raison de 
s'affliger. Deux jours après avoir écrit cette première lettre 
Madame de Se vigne reprend la plume pour dire: "Je crains 
bien que nous ne perdions cette fois Monsieur de La Roche- 
foucauld: sa fièvre a continué; il reçut hier Notre-Seigneur....Il 
ne voyoit point hier matin Madame de La Fayette parce qu'elle 
pleuroit et qu'il recevoit Notre -Seigneur : il envoya savoir à 
midi de ses nouvelles.... Je suis quasi toujours chez Madame de 
La Fayette, qui connoîtroit mal les déhces de l'amitié et les 
tendresses du cœur si elle n'étoit aussi affligée qu'elle l'est^." 
Deux jours plus tard, Madame de Se vigne annonce la mort de 
La Rochefoucauld, et elle ajoute: "J'ai la tête si pleine de ce 
malheur, et de l'extrême affliction de notre pauvre amie qu'il 
faut que je vous en parle.... mais où Madame de La Fayette 
retrouvera-t-elle un tel ami, une telle société, une pareille 
douceur, un agrément, une confiance, une considération pour 
elle et pour son fils? Elle est infirme, elle est toujours dans 
sa chambre, elle ne court point les rues; Monsieur de La 
Rochefoucauld étoit sédentaire aussi: cet état les rendoit 
nécessaires l'un à l'autre: rien ne pouvoit être comparé à la 
confiance et aux charmes de leur amitié^." 

Le coup est trop rude pour Madame de La Fayette, elle 
tombe malade^: le temps ne fait qu'augmenter sa tristesse^ et 
eUe ne peut se consoler^. Le vide qui s'est fait dans sa vie est 

1 VI. 307, 13 mars 1680. 2 15 j^ars 1680. 

3lbid. p. 311. «315. 5324. 6 327. 



CH. x] Le Diplomate 181 

si grand qu'elle ne sait que faire. Madame de Se vigne dit que son 
amie n'a plus d'occupation et que "tous les autres reprennent 
leur placée" Monsieur le Duc pleure avec elle, Monsieur de 
Marsillac n'ose pas la voir^. Trouve-t-elle sous la main une page 
de l'écriture de son ami, aussitôt sa douleur augmente et de 
nouveau la terrasse^. Elle veut se rendre "bête," anéantir en 
elle la mémoire qui fait vivre les souvenirs dont le rappel la 
tourmente*. Elle agrandit sa maison, mais ne parvient pas à 
s'occuper suffisamment pour oublier. Le succès de son fils — 
qui vient d'obtenir un régiment — ne la console pas. Elle essaie de 
sortir un peu, va dîner chez l'abbé Têtu, noue des relations 
d'amitié avec Madame de Schomberg — mais un second choc, 
la mort de son ami Langlade^, l'accable encore. 

Madame de Sévigné nous tient bien au courant de l'état 
d'esprit de son amie, mais elle ne nous renseigne pas sur son 
activité qui n'a pas entièrement cessé. Elle ne voulait pas se 
rendre coupable de cette hypocrisie que nous avons déjà vu 
flétrir par La Rochefoucauld lui-même et de plus elle savait 
qu' "Après tout, le travail, c'est encore le meilleur moyen d'es- 
camoter la vie**." Elle travaillait, d'abord pour son fils, ensuite 
pour ses amis, et surtout pour cette Madame de Savoie qui, 
d'après Madame de Sévigné, lui avait écrit de La Rochefoucauld 
comme de "son meilleur ami." 

On n'a pas manqué de faire remarquer qu'elle s'occupait des 
affaires de Madame Royale à une époque où on la disait accablée 
de douleur par la mort de son ami et on lui en a fait grief. Le 
grand crime ! Elle aurait dû, pour prouver la fidéUté de son 
attachement, abandonner toutes ses amies, néghger son fils, 
rompre tous ses engagements, se retirer chez elle, vivre en par- 
faite égoïste. Heureusement pour elle, pour son fils, pour ses 
amis, et pour sa réputation de femme intelUgente et raisonnable, 
elle ne s'attarda pas dans ce lâche abattement. 

Elle continua donc d'user de son influence auprès de Louvois 
pour venir en aide à ceux qui lui étaient recommandés' et elle 

ilbid. 338. 2331. 3354. 4404. 6 VII. 77, 117, 120. «Flaubert. 

^ Voici quatre lettres, dont trois inédites, tirées des archives du 
Ministère de la Guerre (Vol. 647, p. 45; 657/542; 677/560; 710/35): 

Versailles, le 3 déc. 1680. J'ay receu ce matin le billet que vous 
m'avez fait l'honneur de m'escrire avant-hier. Le sieur Matha estant 
sorti du régiment de Tilladet pour une mauvaise action il n'y a pas 
d'apparence que le roy voulut luy donner de l'employ. Soyez je vous 
supplie bien persuadée que je ne peux prendre plus de part que je ne 
fais à ce qui vous touche ny estre plus véritablement dévoué. . . . 



182 Madame de La Fayette [ch. 

s'occupa plus que jamais de son amie Madame Royale. Les 
démarches qu'elle faisait pour cette dernière avaient un certain 
caractère diplomatique et il ne faut pas s'étonner outre mesure 
si Madame de La Fayette, qui n'avait aucune envie de fournir 
à Mme de Sévigné la matière de longues lettres qui auraient été 
aussi intéressantes qu'indiscrètes, lui ait caché le détail de ses 
relations avec Madame Royale^. 

Pour bien comprendre ce qu'étaient ces relations il faut faire 
en peu de mots l'historique des affaires de Savoie^. 

Les relations des deux cours étaient tout d'abord extrême- 
ment intimes. Elevé par sa mère dans des idées d'étroit attache- 
ment aux Bourbons, marié successivement à deux princesses 

Fontainebleau le 26 août 1681. J'ay différé de répondre à la lettre 
que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire le 20 de ce mois, jusqu'à ce 
que j'aie pu lire au Roy le placet que vous m'avez adressé sur lequel je 
suis bien fâché de vous dire que sa Majesté n'a pas répondu favorable- 
ment. Je ne vous dis rien sur le mémoire du nommé Le Gendre parce 
que il n'y a pas un mot de vérité dans tout ce qu'il contient. Vous ne 
doutez, je m'assure, de la mortification que j'ai d'avoir si mal réussi dans 
la conunission que vous m'avez donnée. J'espère que je serai plus heu- 
reux une autre fois et — 

Versailles, le 25 mars 1682. Je rendrai au sieur de Turménies (?) 
tout le service qui peut dépendre de moy qui est d'envoyer diligemment 
son placet à M. Pelisson — 

Versailles, le 2 fév. 1684. J'ai reçu Madame votre billet d'hier par 
lequel je suis bien fâché d'apprendre que vous continuez à ne pas jouir 
d'ione bonne santé. Le sieur George a beaucoup de prétentions contre le 
sieur Berthelot, dont je n'ai point connoissance. Mais à l'égard de la 
Société qu'ils ont eue ensemble pour la fourniture du pain, je sais que le 
sieur George a tort, et qu'au rapport de M. Colbert, il a été résolu un 
arrest contre le dit sieur George, lequel pour des raisons qui me sont 
inconnues, n'ayant pas été délivré au dit sieur Berthelot, avant la 
mort de M. Colbert, le dit sieur George a trouvé moyen de faire que la 
minute ne se trouvât (?) point. C'est tout ce qui est venu à ma con- 
noissance touchant cette affaire. Je suis toujours 

1 Mme de Sév. voit chez Mme de La Fayette le marqiois de Saint- 
Maiirice, "qui vient d'Angleterre," écrit-elle, "dire la mort de son duc," 
vni. 127. Elle nous dit avoir vu chez la comtesse MM. de Pomponne, 
Courtin, de la Trousse, le duc d'Estrées et qu'on avait "fort politique," 
vin. 501. Mais elle remarque surtout les cadeaux envoyés par Mme Roy- 
ale, les cent aunes de velours, la doublure de satin, le portrait entouré de 
diamants (iv. 557) et le dessin qu'a préparé Mme de La Fayette pour un 
écran que le cardinal d'Estrées donnait à Mme Royale (vi. 143). Elle 
raconte le peu qu'elle voit mais on ne lui permet pas de trop voir. 

2 Tout le récit qui suit est pris presque mot à mot de la préface des 
Instructions aux Ambassadeurs (Horricq de Beaucaire). 



x] Le Diplomate 183 

françaises, d'abord à Françoise de Bourbon en 1663, puis à 
Jeanne-Baptiste de Nemours en 1665, peu enclin d'ailleurs à 
l'intrigue, le duc Charles-Emmanuel subit sans s'en défendre 
l'ascendant du grand roi. Lors de la mort du duc Charles- 
Emmanuel, le jeune duc alors âgé de neuf ans montre bien par 
son langage la familiarité qui existait entre les deux cours. "Il 
a dit en pleurant à Madame Servien," écrivait l'ambassadeur 
au roi, "qu'il suppliait votre Majesté de lui servir de Papa, 
puisqu'il avait perdu le sien." Cet appel à l'autorité paternelle 
de Louis XIV ne fut malheureusement que trop bien entendu. 

Aussi longtemps que les relations des deux cours conservèrent 
ce caractère de facile confiance, le président Servien, agent 
indolent et crédule, suffit pour occuper les fonctions d'ambassa- 
deur à Turin. 

Mais l'arrogante poUtique de Louis XIV à l'égard des 
Hollandais modifia profondément les dispositions de l'Europe. 
En 1673, l'Empereur, l'Espagne, le Danemark, et la plupart des 
princes de l'Empire formèrent une ligue contre la France. Cette 
situation eut immédiatement son contre-coup à Turin. Du jour 
au lendemain l'Italie pouvait, comme au temps de RicheUeu, 
devenir le théâtre des hostilités. Il fallait prendre des pré- 
cautions du côté du Piémont. Le roi se décida à donner une 
allure plus vive à sa politique vis-à-vis des ducs de Savoie. 
L'influence de Louvois se substituait alors à celle de Mazarin 
et de Lionne dans l'entourage de Louis XIV. En même temps 
que les hommes, changeaient aussi les procédés. A la douceur, 
à la persuasion, succédèrent l'intimidation et la menace ; à Turin 
le marquis de Villon succéda au président Servien. Charles- 
Emmanuel II venait de rendre le dernier soupir. Son fils, 
Victor- Amédée II, lui succéda sous la régence de la duchesse 
Jeanne-Baptiste. Éprise du pouvoir, ardente, passionnée, 
glorieuse. Madame Royale s'acquitta d'abord avec conviction 
de ses devoirs de chef d'état. Mère impérieuse et froide eUe 
délaissa son fils, le futur roi de Sicile. L'enfant, doué d'une in- 
teUigence étrangement précoce, prit tout jeune encore des habi- 
tudes de réflexion sohtaire et de dissimulation qui devinrent, 
pour le reste de sa vie, le fond même de son caractère. C'est la 
lutte entre la mère et le fils, comphquée par la légèreté de la 
mère et par les exigences de la poKtique de Louvois, qui rendit 
nécessaire à Paris l'intervention fréquente de Madame de La 
Fayette. Il n'y a pas à examiner si elle se rangea du côté de 
la justice. EUe avait connu Madame Royale avant son départ 



184 Madame de La Fayette [ch. 

de Pans, elle entreprit de faire ses commissions et en même 
temps de la tenir au courant de ce qui se passait à la cour, de 
transmettre ses désirs, et de présenter à Louis XIV les événe- 
ments de Savoie sous le jour que Madame Royale voulait qu'on 
les vît^. 

Elle s'acquitta bien de son devoir d'amie et il n'est pas besoin 
de l'appeler "intrigante, rouée, tenace, avisée" comme on l'a fait 
après la découverte en 1880 des lettres de Savoie, parce que 
jusqu'alors on la croyait tout autre qu'elle n'était en réalité. Ce 
changement brusque dans l'opinion des critiques, dû à la publi- 
cation des lettres de Turin, est examiné à un autre endroit dans 
ce travail. Mais il est une autre exagération dont il faut parler ici. 

N'a-t-on pas donné un peu trop d'importance à ce fameux 
rôle politique ? Certes Madame de La Fayette a servi les intérêts 
de la France et contribué aux succès de la politique de Louvois, 
mais pour nous, au début, elle défendait une amie, et à la fin 
elle sauvegardait son amour-propre. Elle travaillait en personne 
désintéressée bien qu'on l'ait accusée d'être avide^. Cette 
accusation montre combien on a mal lu sa correspondance. 
Madame de La Fayette dut débourser de l'argent en vue d'achats 
faits à Paris pour Madame Royale. Au Heu de prier qu'on lui 
remboursât ces sommes elle commandait des produits de Turin 
ou demandait des bibelots que Madame Royale recevait de 
personnes amies. 

"....Il faut pourtant que remercie (sic) de l'extrême soing que 
vous aves eu pour ma commission," écrit-elle à Lescheraine^, 
"ie vous supphe de l'achever comme ie vous en prié par ma 
dernière lettre, cest a dire de men envoyer encore trente aulnes 
et de me mander combien il faut, et outre ces trente aulnes, 
d'employer l'argeant qui reste sur le mémoire que j'ay en- 
voyé^." 

La "commission" était une commande de damas "vint 
aulnes a bonne mesure " qui se transformèrent en cent cinquante. 
Madame de La Fayette ne veut pas acheter au petit bonheur et 
elle fait suivre sa commande de cet avis: "mais ie vous repette 

^ Ce n'est que cinq ans après avoir écrit ce chapitre que l'auteur a 
reçu la correspondance du chevalier de Sévigné publiée par Messieurs 
Lemoine et Saulnier, Paris, 1911, 8°. Le beau-père de Madame de La 
Fayette tenait Christine de France, duchesse de Savoie, au coxirant des 
affaires de France. Mme de L. F. aurait donc continué rœu\Te de son 
beau-père, ^ j)g Lescure, Préf. de l'éd. de la P. de C. p. xxxiv. 

^ Secrétaire de Mme Royale. * Curiositâ, p. 513. 



x] Le Diplomate 185 

encore que devant que vous le fassies couper ie voudrois scavoir 
le prix par ce qu'il y en a de fort différents." Lescheraine en 
parle à Madame Royale qui fait envoyer le damas à ses frais et 
Madame de La Fayette répond au secrétaire : 

"Ce ISème septembre (1680). 

"Pourquoy aves vous eu la langue si longue que d'aller 
rompre la teste de Madame Royale des commissions que ie vous 
donne? Je la remercieray lundy. Je vous escris ce mot a la 
haste afin que vous ne me renvoyez pas les deux louis que jay 
fournis par le mémoire que ie vous envoyé lundy. Mettes les moy 
encore en damas tant quils pourront sestendre et me mandes 
ce quil faut pour les trente autres, que ie vous ay encore de- 
mandées et employés les deux pistoles au de là des trente aunes 
parce qu'il me faut beaucoup plus de damas que ie nen voulois 
dabord, et il me seroit impossible de l'assortir icy; ie suis hon- 
teuse que vous ayes parle à Madame R, elle me comble de 
biens." 

Voilà une lettre diplomatique qui ne risquait pas de boule- 
verser un état! 

En voici une autre : " ....Jay pris soing ces jours passés d'un 
habit qui partira aujourduy pour S. A. R. mais ie nen ay ouy 
parler que de mardy dernier. Dittes au Contrôleur de sa maison 
quil doit estre assuré de ma diligence et de mon exactitude, et 
que sans qu'il prenne la peine de mescrire si tost que son fils 
me dira que cest pour S. A. R. ie lui croiray et feray de mon 
mieux ; mais dittes luy quil escrive un peu de meilleure heure la 
lettre que ma monstrée son fils est du 27 du mois passé, où il 
luy mande de me venir trouver pour un habit de bal à manteau. 
Voyes du 27 avant que la lettre soit icy, qu'on choisi et fait 
faire ce qu'il faut, que l'habit soit envoyé et fait à Turin, ce 
quil reste du carnaval. Il demande aussi un habit brode, il faut 
un temps considérable pour le faire faire. Je vous charge au 
moins de dire à S, A. R. que jacepte avec un grand plaisir 
Ihonneur destre icy le maistre de sa garderobe et que pourveu 
que je sois advertie à temps de ses intentions et que ie sache ses 
goûts, il verra que ie le serviray parfaitement bien, à condition 
aussi que jauray en payement de petits pots et des petittes 
boettes des Indes. Sérieusement faistes ma cour a S. A. R. de 
la joye que jay destre employée pour son service. Lon na point 
mande si Ihabit à manteau seroit noir ny gris...." etc. 



186 Madame de La Fayette [ch. 

On trouve, tout au début de cette lettre, deux ou trois 
phrases sur les affaires de la cour — et c'est tout. Plusieurs 
messages sur le comte de Saint-Maurice n'ont rien de diploma- 
tique; un autre au sujet d'une lettre publiée dans le Mercure 
galant est une charmante leçon de style français adressée à 
Lescheraine — mais ce n'est pas encore de la poUtique étran- 
gère. 

Voici enfin une lettre à Lescheraine que nous allons citer 
presque tout entière car elle montre mieux que nous pourrions 
le faire, le véritable rôle que Madame de La Fayette jouait à 

Paris. 

"Ce 12<^™^ may (1679). 

"Vous estes un admirable homme ! il y a un mois entier que 
le nay reçue de vos lettres ; vous scaves l'interest que ie prends 
à la maison de Saint-Maurice : cest par le pubhc que ie l'aprends, 
et par vostre lettre que je receus hier, vous men parles comme 
si vous men avies instruitte par touts les ordinaires précédents 
et que ie sceusse le fil de l'histoire. Je ne scay quelle bonne 
maxime vous aves de n'instruire jamais les personnes bien in- 
tentionnées des changements qui arrivent, afin quils puissent 
en rendre compte au pubhc et les donner par le costé qui con- 
vient qu'on les voye ; celuy-cy avoit besoing de cette préparation, 
il paroist estrange de voir chassé un ministre aussi zélé pour 
Madame Royale que le M. de Saint-Maurice et dans un temps 
ou il est accablé d'ailleurs pour la M. (marquise) de ne l'avoir 
pas chassée (sic) il y a trois ou quatre ans, et de la (sic) chasser 
présentement. Vous voyes bien ce que cela fait dire, que ce 
soit vous qui leur porties l'ordre de leur honneste exil, autre 
circonstance qui fait parler. Enfin je vous assure quil neust pas 
esté mauvais de nous donner des raisons pour le pubhc, et par 
vostre lettre vous ne nous dittes pas une ; ie ne scay que le gros 
que les uns et les autres m'ont apris. Ce nest pas que quoyque 
ie sois très faschée du malheur de cette maison, ie ne croye pas 
que Madame R. a de très bonnes raisons, ie cognais trop sa 
bonté et sa justice pour en douter ; je croy mesme qu'elle en peut 
avoir qui ne sont pas propres à estre données au public, mais il 
y en a toujours qu'on y peut donner, et cest celles la qu'il vous 
falait envoyer icy, nous nen demandons point d'autre. Je nay 
pas de peine à croire la mauvaise conduitte du Comte de Saint- 
Maurice ; une meilleure teste que la sienne seroit troublée ! sa 
grande faute est d'avoir présumé qu'il put bien faire dans une 
occasion si difficile.... ie seray ravie devoir a faire a vous pour 



x] Le Diplomate 187 

les habits de Madame R....Ainsy que je vous gronde un peu 
ie ne laisse pas d'estre toute à vous." 

En effet Madame Royale avait une façon de traiter ses 
amants qui avait besoin d'explication pour faire bon effet 
auprès du public; et si l'on demandait volontiers des conseils 
à Madame de La Fayette on ne suivait pas toujours ceux qu'elle 
donnait, ce qui lui faisait dire: "L'on donne des conseils, mon 
cher Monsieur, mais l'on n'imprime point de conduite. C'est 
une maxime que jay prié Monsieur de La Rochefoucauld de 
mettre dans les siennes...." Nous croyons que Rousset, bien 
qu'il ignorât l'existence de la correspondance avec Louvois, 
était assez près de la vérité lorsqu'il écrivait à propos de Madame 
Royale: "Son plus grand souci c'était l'opinion de la cour de 
France où elle avait jadis, dans le cercle d'Anne d'Autriche, tant 
médit des erreurs d'autrui. Elle y avait une amie sincère et 
dévouée. Madame de La Fayette, qui la tenait exactement au 
courant de tout ce qu'on disait d'elle et de ses amisi." 

Nous verrons que plus tard elle gêna sérieusement les diplo- 
mates envoyés à Paris par Victor- Amédée, et qu'elle sut bien 
leur tenir tête. Nous n'avons donc l'intention de diminuer ni 
son rôle ni son mérite. Mais la simple vérité nous intéresse seule. 
Nous ne pouvons admettre qu'on prête à Madame de La Fayette 
un rôle qui n'a pas été le sien, et qu'elle n'aurait pas pu soutenir. 
Nous avons déjà démontré qu'elle ne se laissa pas abattre par 
la mort de La Rochefoucauld au point de néghger son fils et 
ses protégés. Elle resta femme et mère et nous allons voir 
maintenant qu'elle sut le rester tout en s'occupant des affaires 
de la cour de Savoie. 

Elle n'écrit pas à Louvois en tant que "chargé d'affaires" 
de Madame Royale; elle est toujours mère de famille. Voici la 
première lettre dans les minutes de Louvois où il paraît être 
question des affaires de Savoie. 

"À Cambrai le 29 avril 1684. 

"J'ai reçu le billet que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire 
le 24 de ce mois. Je ne puis rien dire sur le temps que le régiment 
de la Fère pourra sortir de garnison. ...Et vous devez être 
assurée que, si les affaires se tournent à la guerre, ce que je ne 
saurais envier (?), vu l'état où sont nos ennemis, votre fils et 
son régiment ne me seront point inutiles (?). Je n'ai point 
ignoré les bruits qui ont couru cet hiver, qui étaient opposés à la 

^ Camille Rousset, Hist. de Louvois, m. 84. 



188 Madame de La Fayette [ch. 

bonne intelligence que vous souhaitez. Je les ai crus d'abord faux, 
depuis ils m'ont paru plus vraisemblables sans que j'en sache plus 
de la raison que je n'en savais quand on les disait et qu'on ne 
les croyait point. Soyez très persuadée, Madame, du respect 
que j'ai pour vous, et qu'on ne peut être plus véritablement que 
je suis....i" 

Ce n'était pas seulement auprès de Louvois et du roi qu'elle 
avait à justifier Madame Royale, mais aussi auprès de leurs 
amis communs. 

Madame de Savoie écrit au duc d'Enghien le 20 juin 1678: 

"De peur de vous importuner par une longue lettre jay 
chargé Madame de La Fayette de vous dire toutes les nouvelles 
de ce pays icy et vous parler aussi d'une affaire qui y est arrivée 
et qui est finie de la manière dont ie le pouvois souhaiter.... 2" 

Deux fois dans le courant du mois de juillet et une fois 
pendant le mois de novembre. Madame de La Fayette doit 
renseigner M. le Duc sur les affaires de Savoie^ ; puis le 26 no- 
vembre 1678 Madame Royale écrit au duc pour protester 
contre les inventions de la comtesse de Soissons et lui conseille 
de demander des nouvelles à Madame de La Fayette^. Au début 
de 1679 elle lui écrit: 

"Lon dit que Ion en invente beaucoup (de nouvelles) chez la 
Comtesse de Soissons et de cet hôtel vous savez que Ion ny dit 
pas souvent vray aussi sella nest pas fort extraordinaire cela ne 
laissent (sic) pas de chocquer le feu a pris a mon appartement 
depuis peu il fit plus peur que de mal.... Vous entendrez peut 
être encore parler d'autre chose sy vous avez curiosité den 
savoir la vérité Madame de La Fayette vous lapprendra mais 
tout cella en vaut si peu la peine..., s" 

Tout cela en effet ne mérite guère qu'elle se justifie et pour- 
tant elle revient trois fois encore sur le sujet, tout en s'excusant 
d'en parler. Le passage suivant nous montrera pourquoi elle 

^ Vol. 712, p. 540 de la Corr. de Louvois. Des passages de cette 
correspondance ftirent donnés par M. Jean Lemoine dans la Rev. de 
Paris du l^r sept. 1907. Nous faisons imprimer en italique ce qu'il a 
déjà publié et que nous avons revu sur les ms. 

2 Chantilly, série P. vol. lxxi. Lettres autogr. 

2 Ibid. 9 et 16 juillet, 9 nov. 

* Ibid. 5 Ibid. Lxxii. 364, inédite. 



x] Le Diplomate 189 

éprouve le besoin de se justifier, "le feu qui a pris dans le château 
sa (sic) esté un pur asard quoy quon layent (sic) voullu inter- 
pretter autrement^." 

Madame Royale apprécie les services que lui rend Madame 
de La Fayette auprès du duc ; elle écrit à ce dernier : 

"Vous êtes un amy admirable par bien des endroits mais 
surtout par l'exactitude le soin et la sensibilité que vous avez 
pour ce qui regarde vos amies. Madame de La Fayette et moy 
traittent ce chapitre souvent ensemble elle le fait d'une déU- 
catesse où je ne peux pas parvenir et aussi il n'appartient quà 
mi esprit comme le sien de louer une personne comme vous...." 
etc. 2 

Elle lui avait déjà écrit à ce sujet: 

"Ce 14^me de janvier (1678). 

" . . . . Madame de La Fayette mescrit des nouvelles sur tout ce que 
vous luy dites à mon égard je suis ravie que vous approuviez ce 
que fai fait au sien elle mérite tout et la chose est sy peu digne de 
tels remerciements que je suis honteuse de les recevoir c'est une 
amie aimable et admirable comme je scay quelle est très particulière- 
ment la vôtre je croy que vous serez bien aise que je vous en parlent 
(sic) je vous rends mille grâces des nouvelles que vous avez 
pris la peine de m'escrire pour elle ditalie je nen scay pas plus 
que vous celle d'Angleterre sont les plus considérables et qui 
exitent plus la curiosité...." etc. etc.^ 

On remarque d'après les dates de ces lettres, que Madame 
de La Fayette était bien engagée auprès de Madame Royale, 
avant la mort de La Rochefoucauld. Dans la correspondance 
de Turin nous ne trouvons de lettres datées de l'année 1680 
qu'à partir de la fin mai — deux mois après le décès de son ami. 
La lettre qui suit est du mois d'août — puis jusqu'à la fin de 
l'année il y en existe treize de sa main. La perte du duc a donc 
interrompu sa correspondance plus que certains critiques ne 
nous le laissaient croire et celle qu'elle entretenait avec Louvois 
pour l'avancement de son fils a cessé complètement à cette 
époque pour ne reprendre qu'après la mort de Monsieur de 
La Fayette. 

^ Ibid. Lxxni. 9, inédite ; pp. 22 et 119 elle revient sur le même sujet» 

2 Ibid. Lxxi. 9 avril 1678. 

3 Ibid. Lxxi. 14 janv. 1678. 



190 Madame de La Fayette [ch. 

Ce n'est pas qu'à cette époque on n'avait pas besoin des 
services de Madame de La Fayette. Tout au contraire, la date 
de 1680 fut une date critique, car le 16 mai de cette année là, 
Victor- Amédée II fut proclamé majeur. La fréquence des lettres 
de Madame de La Fayette à partir de 1684 est due à la prise de 
pouvoir de Victor- Amédée qui vit confirmer en même temps 
son mariage avec Anne d'Orléans, nièce de Louis XIV. 
A partir de ce moment il lutta avec acharnement contre sa 
mère qui n'avait plus d'ambassadeur accrédité près du roi. 
Il fallait donc à tout prix qu'elle trouvât quelqu'un pour l'ap- 
puyer auprès de Louvois, et elle choisit naturellement l'amie 
qui, depuis son départ de France, l'avait tenue au courant de ce 
qui se passait à la cour. 

Dans les lettres que Madame de La Fayette écrit à Louvois 
entre 1684 et 1689 elle s'appHque surtout à justifier Madame 
Royale contre telle ou telle accusation, à faire parvenir des 
lettres au roi, et à se plaindre de la façon dont le fils agit envers 
sa mère. Mais Madame de La Fayette n'oubUe, ni de s'occuper 
de son propre fils, René-Armand, ni, au besoin, d'intervenir en 
faveur des gens auxquels elle s'intéresse. Pour ne pas allonger 
davantage un chapitre qui concerne plus l'histoire que la Uttéra- 
ture nous ne donnerons ici qu'un seul exemple de chacun de 
ces cas. Le lecteur qui voudra suivre en détail les démarches 
de Madame de La Fayette trouvera à l'appendice toutes les 
réponses de Louvois au sujet des affaires de Savoie. Voici 
à l'appui de ce que nous venons de dire, une lettre reçue par 
Madame de La Fayette qui était intervenue pour son fils : 

"À Versailles le 7 juin 1685. 

"J'ai reçu. ...le paquet qui contenait votre billet du 6 de ce 
mois, et les autres papiers qui y étaient joints, lesquels je vous 
renvoyé. Je prends beaucoup de part au déplaisir de Madame 
la duchesse de Savoie, et souhaite de tout mon cœur que ce soit 
le dernier qu'elle reçoive 'de son fils. Les ordres du Roy ont été 
envoyés à M. l'abbé Destrades, tels que Madame la duchesse 
de Savoie le peut désirer, mais je doute fort que, vu l'humeur de 
Monsieur le duc de Savoie, ils fassent tous l'effet que l'on doit 
attendre. 

"Je satisferay à l'ordre que vous me donnez de recommander 
vos (?) à M. le contrôleur général. Je n'ai eu aucun ordre d'aver- 
tir les colonels d'infanterie d'aller à leur régiment. 

"Je vous rends très humblement grâces de toutes les marques 



elle 



x] Le Diplomate 191 

d'amitié que vous me donnez et pour les occasions que j'ay de 
vous témoigner qu'on ne peut être plus véritablement que je 
suis, " etc.i 

Voici maintenant quelques lignes répondant à une lettre où 
s'occupait d'une personne à qui elle portait de l'intérêt : 

"À Versailles le 13 janvier 1686, 

"J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'é- 
crire hier. Le Roy ne peut envoyer des ordres plus pressants sur 
ce qui regarde les intérêts de Madame de Savoie que ceux qui 
sont partis la semaine passée, et je n'estime point qu'il convienne 
de demander à Sa Majesté de faire plus parce que je craindrais 
qu'à la fin elle s'ennuyât d'entendre toujours parler de cette 
affaire et de voir qu'on lui proposerait tous les jours de nouvelles 
choses. 

"Je prendrai l'ordre du roy sur ce qui regarde le sieur Chaillon 
et je ne doute point que Sa Majesté ne trouve bon que l'on le 
mette à Saint-Lazare en attendant que l'on ait des nouvelles 
de ses parents. Je vous rends très humble grâce de ce que vous 
me mandez sur ma fille, et je vous supplie d'être toujours bien 
persuadée que je suis très véritablement.... 2" 

Il lui arrivait enfin de se rendre utile au ministre lui-même : 

"À Versailles le 29 janvier 1686. 

"La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire avant- 
hier m'a été rendue. Quoiqu'elle ne désire point de réponse, je 
ne puis m'empêcher de vous remercier très humblement de ce 
que vous me mandez touchant les intérêts de Monsieur de la 
Rocheguyon, sur lesquels je profiterai des vues que vous me 
donnez. Je vous supphe d'être bien persuadée de ma reconnais- 
sance et qu'on ne peut être plus véritablement que je suis votre 
très humble et très obéissant serviteur^." 

Il est inutile de rappeler les efforts que fit Madame de La 
Fayette pour faire arrêter le libelle Les amours du Palais Royal 
de Turin* ou la Généalogie. Elle poursuivait toujours le même 
but: soutenir la réputation de son amie qui ne paraît pas y 
avoir mis elle-même autant de soin qu'on aurait pu le désirer. 
Ses démarches lui ont valu cette appréciation peu galante d'un 

1 Vol. 746, p. 124, inédite. 2 Vol. 762, p. 274. 

^ Vol. 761, p. 617, inédite. * Voir Perrero, Curiositâ, Intro. 



192 Madame de La Fayette [ch. x 

envoyé de Turin: "Madame de La Fayette est un furet, qui va 
guetant et parlant à toute la France pour soutenir Madame 
Royale en tout ce qu'elle fait^." Lorsque les ambassadeurs de 
Victor- Amédée se rendaient chez elle pour la faire parler elle 
n'hésitait pas à leur dire ouvertement de quel côté elle se 
rangeait et au besoin elle se mettait en colère car ils ne voulaient 
pas entendre raison. Quant à la faire parler quand elle ne voulait 
pas le faire, c'était chose bien difficile ; elle se montrait souvent 
plus diplomate que les diplomates de carrière. 

En somme, si l'on avait tenu compte des documents qui 
existaient avant la découverte des lettres de Turin, cette dé- 
couverte n'aurait pas modifié aussi profondément l'opinion qu'on 
se faisait ordinairement de Madame de La Fayette. Elle n'était 
certes pas intéressée car, à part quelques aunes de damas qu'elle 
n'avait pas demandées, quelques bibelots des Indes qu'elle 
demande en plaisantant, et quelques copies de tableaux, elle ne 
gagna rien à s'occuper de son amie pendant des années, sans 
parler de l'argent qu'elle déboursait pour l'habillement de la 
mère et du fils^. Les relations avec les ambassadeurs ne la 
montrent pas rusée et dissimulée, mais tout simplement intelli- 
gente, et capable de repousser les attaques habiles de ceux qu'elle 
regardait comme ses adversaires, ainsi que nous l'avons déjà 
démontré. Le reproche qu'on lui adressa d'avoir manqué de 
cœur et de s'être occupée de ses affaires après la mort de La 
Rochefoucauld n'est pas fondé. Pourquoi voudrait-on qu'une 
femme qui se remettait rapidement d'une maladie grave, qui 
s'occupait de ses enfants et de ses affaires dans des moments 
où une femme moins vaillante n'aurait pas quitté le Ht, pourquoi, 
disons-nous, voudrait-on qu'une femme aussi courageuse eût 
néghgé famille et amis sous le prétexte qu'elle avait subi une 
perte irréparable ? En tout cela elle se montra femme de cœur, 
et femme d'esprit, aimable, dévouée, intelligente, désintéressée. 
Nous ne pouvons lui en faire un grief. 

1 Ibid. p. 480. 

2 Cet argent, comme on l'a déjà vu, fut remboursé en partie par des 
envois de marchandises, en partie en espèces, selon les désirs de Mme de 
La Fayette. 



CHAPITRE XI 

L'HISTORIEN ET SES DERNIÈRES ANNÉES. 1683-1693 

Quelques années après la mort de La Rochefoucauld, Mme de 
La Fayette perdit son mari. 

Il ne laissa pas un vide aussi grand que La Rochefoucauld 
et quoi que la bienséance exigeât des condoléances, la tâche 
était déhcate et difficile. Louvois écrit de Versailles, le 16 
juillet 1683 : " J'ay appris avec bien du déplaisir la perte que vous 
avez faite de Mons. de La Fayette." Jusque là tout va bien, mais 
il a l'idée peut-être de parler des rapports entre les deux et 
continue: "Je sçay bien.,..," aussitôt il s'arrête, voit le danger, 
barre ces mots et reprend : "Je vous supphe d'être persuadée de 
la part que je prends à votre douleur, et que personne n'est plus 
véritablement que je suis votre très humble et obéissant ser- 
vi te ur^." Bien plus, lorsque ce court billet fut achevé, Louvois 
hésita, semble-t-il, à l'envoyer, puisqu'il se trouve dans ses 
minutes entouré de lettres datées du 22 juillet. 

JNIadame de La Fayette était trop accablée par la perte de 
son ami et par sa mauvaise santé pour pouvoir souffrir encore 
de la perte de ce mari qu'elle ne voyait plus souvent depuis 
quelques années. Heureusement, elle reprend ses relations 
amicales et sa correspondance avec le fidèle Ménage, qu'elle a 
un peu néghgé. Sa mauvaise santé est le sujet qui revient le plus 
souvent dans ces dernières lettres, comme dans les lettres de son 
amie Madame de Sévigné. Nous voyons d'après ces dernières 
que depuis des années Madame de La Fayette souffrait de temps 
à autre de fortes migraines 2, de fièvres, de coHques^, mais surtout 
d'un certain mal de côté, suite d'un accouchement difficile ou 
symptôme de cette maladie des reins nettement accusée à sa 
mort. Avec une énergie digne de tout éloge, elle luttait contre 
sa maladie et ne désespérait pas. Elle chargeait Mme de Sévigné 
de dire à sa fille que "sa santé n'est jamais bonne et cependant 
....qu'elle n'en aime pas mieux la mort, au contraire*." EUe 
essaya tous les remèdes, eau de Vichy, lait d'ânesse, bouillon 

1 Arch. du Ministère de la Guerre, Vol. 694 (2^ partie), p. 192, inédit. 

2 Sév. n. 324. ^ j^id. v. 184. * Ibid. m. 73. 
A. 13 



194 ' Madame de La Fayette [ch. 

de vipères, le remède anglais, saignées, purges, séjours à la 
campagne, mais elle fut contrainte d'avouer à Ménage que "la 
médecine ne fait que blanchir à ces sortes de maux et je n'ay 
qu'à les souffrir tant qu'il plairai (sic) à dieu de me laisser en 
ce monde." A cette époque, elle a perdu son beau courage dont 
nous parlions tout à l'heure, elle ajoute donc "mais l'on ne 
souette pas d'y demeurer^." Ces dernières lettres à Ménage sont 
bien tristes, car elles rappellent des souvenirs du temps où elle 
était belle et on voit qu'en les écrivant il lui revient à l'âme, 
selon l'expression de Flaubert, "quelque chose de pareil à ces 
mélodies oubliées que l'on retrouve au crépuscule, durant ces 
heures lentes où la mémoire, ainsi qu'un spectre dans les ruines^ 
se promène dans nos souvenirs"^." 

"Quoy que vous me difîandies de vous escrire," dit-elle par 
la main d'un secrétaire, "je veux neantmoins vous dire com- 
bien je suis véritablement touchée de vostre amitié je la recon- 
nois telle que je l'ay veue autrefois, elle m'est chère par son 
propre prix, elle m'est chère parce qu'elle m'est unique pré- 
sentent* le temps et la vieilesse m'ont osté tous mes amis jugés 
à quel point la vivacité que vous me tesmoignés me touche 
sansiblem* il faut que je vous dise l'estat ou je suis, je suis 
première™* une divinité mortelle et a un excès qui ne se peut 
concevoir j'ay des obstructions dans les entrailles des vapeurs 
tristes qui ne se peuvent représenter, je n'ay plus du tout 
d'espris (d'espoir?) ny d'esprit ny de force, je ne puis lire ny 
m'appliquer. La plus petite chose du monde m'afflige une 
mouche me paroist un Eléphant voyla mon estât ordinaire 
depuis quinze jours jay eu plusieurs fois la fièvre et mon 
poulx n'est point remis a son naturel jay un grand rhume dans 
la teste et mes vapeurs qui n'estoient que périodiques sont 
devenues continuelles après que jay mangé quoy que je mange 
très peu je suis cinq a six heures à n'en pouvoir plus plus in- 
commodée qu'aucune femme grosse, ce que jay de bon c'est 
que je ne dors pas mal et le peu que je mange je le mange sans 
degoust pour m'achever de peindre jay une foiblesse dans les 
jambes et dans les cuisses qui m'est venue tout d'un coup en 
sorte que je ne scaurois presque me lever qu'avec du secours et 
je suis d'une maigreur estonnante voyla Monsieur Testât de 
cette personne que vous avés tant célébrée voyla ce que le temps 
scait faire je ne crois pas pouvoir vivre longtemps en cet estât, 
ma vie est trop desaggreable pour en craindre la fin je me sou- 
1 Coll. Feuillet de Conches. 2 Corresp. 1. 130. 






\ 



xi] U Historien et ses Dernières Années 195 

mets sans peine à la volonté de Dieu. C'est le tout puissant et 
de tous costés il faut enfin venir à luy. Lon m'a asseurée que 
vous songiés fort serieusem* à vostre salut et j'en ay bien de 
la joye. Ce fut par vous que j'apris la défaite des Turcs. 

La C. de Lafayette^." 

Il est évident, d'après la réponse de Mme de La Fayette, que 

le galant Ménage éprouve une certaine diJBficulté à adapter son 

langage à l'état de son ancienne élève — il persiste à lui adresser 

les compliments qu'il faisait autrefois pour la belle Laverna. 

Elle lui répond: 

"Ce 2 octobre 1691. 

"Vous m'appelles ma divine Madame mon cher Monsieur 
je suis une maigre divinité vous me faites trembler de me parler 
de faire mon portrait vostre amour-propre et le mien pattiroient 
ce me semble beaucoup vous ne pouriez me peindre que telle 
que j'ay esté car pour telle que ie suis il n'y auroit pas moyen 
d'y penser et il n'y a plus personne en vie qui m'ait vue jeune. 
L'on ne pouroit croire ce que vous diries de moy et en me voyant 
on le croiroit encore moins ie vous prie laissons la cette ouvrage 
le temps a trop détruit les matériaux j'ay encore de la taille, 
des dents et des cheveus mais je vous asseure que je suis une 
fort vieille femme. 

"Ma santé n'empire pas Dieu mercy je me trouve mesme un 
peu mieux aujourdhuy que ie ne fesois ces jours passés javois 
desja un peu ouie parler du tailleur du M^" labbe Ferrare il me 
semble que c'est un des articles de la noise. Je feray vostre 
court à merveille à Mr Léger faites la mienne à Mr l'abbé 
Bérault adieu mon cher Monsieur je suis en vérité bien sensible 
à l'amitié que vous me tesmoignez cette reprise a de l'air de la 
nouveauté je vous remercie bien de vos moyeux. Cest ma con- 
fiture favorite parcequ'elle a un peu d'aigreur^. 

La C. de Lafayette." 

Ménage s'obstine à vouloir célébrer cette reprise d'amitié en 
faisant un portrait et s'attire la lettre suivante qui tout en re- 

1 Coll. Femllet de Conehes. 

2 Elle ajoute en post-scriptum: "Quand j'étois jeiine et que vous me 
guidies j'aurois dit ce me semble qu'erreurs au pluriel est plus beau en 
vers qu'erreur mais que dans l'endroit que vous me marques plein d'erreur 
me paroit meilleur que plein d'erreurs je ne sais pas si je dis bien je vou- 
drois bien savoir qxii sont les gens de l'autre monde qui me prennent 
pour un bon juge." 

13—2 



196 Madame de La Fayette [CH. 

poussant d'une façon très aimable cette idée de son ami, lui 

montre en même temps qu'elle a en tête des pensées bien plus 

graves. Elle est mère, il lui faut penser à ses enfants car la mort 

la menace. Aussi la fin de la lettre que voici s'occupe-t-elle 

uniquement d'affaires. Nous en avons supprimé cette partie 

pour abréger: 

"Ce liindy au soir. 

"Mon esprit mon cher Monsieur est aussi changé que mon 
corps. Vous avez donne tant de belles idées de l'un et de l'autre 
que ie ne vous conseille plus de reparler d'aucun des deux. 
Laissons le monde sur ce que vous en aves dit. Vous avez 
asses surfait quand les marchandises sont à la vieille mode le 
temps de surfaire est passé, n'avez-vous point assez fait pour 
moy de m'avoir tant louée au delà de ce que je méritois et 
n'avez-vous point assez fait aussi de m'avoir donne une amitié 
du prix dont est la vôtre je vous demande seullement de la 
conserver à mes enfans si je meurs la première. Ce seroit le 
meilleur morceau de la succession qu'un amy tel que vous. 
Vous vivres encore longues années et ce que j'estime de vostre 
longue vie c'est que vous vivez tout entier presque tout le 
monde perd la moitié de soy mesme avant que d'avoir attrappé 
la mort...." 

Parfois elle lui écrit de sa main et ajoute : "Je vous écrits de 
ma main cest pr vous seul que je fais cet effort," mais lorsque 
Ménage loue ses lettres elle se récrie " ....où pouvez-vous prendre 
bon dieu que mes lettres sont belles et éloquentes elles ne le 
peuvent jamais estre quelque soin que vous ayes pris de m'ap- 
prendre à escrire mais c'est toujours de fort mauvaises lettres 
que des lettres dictées tant que la main d'un secrétaire peut 
aller." Elle termine: "J'ai receu la Griselidis de Monsieur 
Perrault dont je suis charmée ie vous prie de l'en remercier." 
Nous avons déjà noté au passage une allusion aux Turcs, la 
discussion d'une question de grammaire, voilà qu'elle mentionne 
un hvre lu; ailleurs elle "ne sait point" l'étymologie de falbala, 
tout ce qu'elle en sait "c'est que M. de Langlée est père de ce 
mot" et elle écrit : "qu'il est né dans sa teste." EUe a beau être 
malade, son esprit est sans cesse curieux. 

De plus, le peu qui nous reste de ses Mémoires de la cour date 
de cette époque. Toujours mêlée à la vie pohtique, par son père, 
par sa marraine, par son beau-père, par son emploi de demoiselle 
d'honneur de la reine, par son mari (il pouvait en effet lui parler 



xi] UHistonen et ses Dernières Années 197 

de Louise de La Fayette et de la cour de Louis XIII), par 
son amitié avec Henriette d'Angleterre et par les hommes bril- 
lants qui fréquentaient son salon, sans parler de La Roche- 
foucauld, de Louvois et de Madame Royale, Madame de La 
Fayette a, fort probablement, tenu un journal de ce qui se 
passait dans ce monde d'intrigues qui l'intéressait beaucoup^ ; 
mais son fils, l'abbé, n'attachait pas d'importance aux écrits de 
sa mère, il les prêtait à qui les demandait et oubUait de les 
réclamer par la suite. Après sa mort, on ne put pubUer, en 1731, 
que les mémoires des années 1688 et 1689, tout ce qui restait 
du travail. On conçoit facilement, après avoir lu ces pages, pour- 
quoi Mme de La Fayette ne les avait pas livrées à l'impression. 
Certes elle aimait bien "voir ses œuvres sortant de la presse" 
comme elle dit elle-même dans une de ses lettres à Ménage, mais 
elle était trop railleuse, trop vraie, trop perspicace et trop peu 
éblouie par le Roi Soleil et par ses sateUites pour se permettre 
de Hvrer au pubHc les impressions qu'elle en formait. Elle 
connaissait personnellement la plupart des personnages qui 
jouent leur rôle, petit ou grand, dans les pages de son livre, et 
eUe se permettait une franchise vraiment étonnante à l'époque 
pour une femme de sa position sociale. Il serait facile, avec notre 
connaissance des événements et de leurs résultats, de critiquer 
le?, Mémoires en tant qu'histoire, mais si l'on veut pour un instant 
se rappeler que ces appréciations suivirent de près ces événe- 
ments, on est forcé d'admettre leur haute valeur. Lorsqu'elle 
parle d'un plan de campagne, c'est en général qu'elle le fait; 
lorsqu'elle regarde les événements d'outre-Manche, elle juge 
non plus en Française, mais en diplomate et en historien. 

"On espéroit toujours en France," écrit-elle, "que l'humeur 
hautaine du prince d'Orange deviendroit insupportable aux 
Anglois, et, comme nous nous flattons très volontiers, on ne 
doutoit point de voir en très peu de temps une révolte en Angle- 
terre. Cependant le prince d'Orange avoit été couronné roi 
d'Angleterre avec de très grands applaudissements. La con- 
vention de l'Ecosse lui avoit aussi envoyé la couronne, quoique 
le roi eût encore des partis fort puissans dans le nord de l'Ecosse. 
Le prince d'Orange avoit fait assembler le parlement, qui lui 
avoit accordé généralement tout ce qu'il avoit demandé, c'est 
à dire de l'argent pour payer les troupes hoUandoises et pour 

1 L'éditeur de la 1«™ édition (1731) écrit: "Il est certain que Madame 
a comtesse de La Fayette avoit écrit des mémoires de tout ce qm s' et oit 
passé à la comt de France depuis sa première jeunesse." 



198 Madame de La Fayette [CH. 

rembourser les avances qui lui avoit faites la Hollande pour 
son dessein, de l'argent pour la subsistance, et les moyens d'en 
tirer pour faire la guerre à la France. Tout cela s'étoit fait avec 
une tranquilité étonnante. Londres, qui n'étoit point accou- 
tumée à avoir des troupes, en étoit remplie sans oser souffler, 
et le prince d'Orange, en deux mois, étoit devenu plus maître 
de l'Angleterre qu'aucun roi ne l'avoit jamais été. Les Anglois, 
qui avoit chassé leur roi sous prétexte de défendre et conserver 
leur reKgion, la voyoient changer entièrement: car le prince 
d'Orange, tout en faisant semblant d'accommoder les deux 
rehgions, c'est à dire l'anghcane et la sienne, prétendue réformée, 
laissoit les ministres de la dernière entièrement les maîtres, et 
professoit pubhquement son calvinisme, à quoi tous les Anglois 
applaudissoient^, ' ' 

Il est des ministres qui seraient heureux de pouvoir hre aussi 
clairement dans l'histoire de leurs voisins. Il n'y a guère dans 
ces deux années de mémoires que des questions de politique 
extérieure, des récits de campagnes et surtout une relation des 
affaires d'Angleterre, Le tout est coupé de temps à autre par 
de petits tableaux de la cour. En hsant ce Uvre, on comprend 
pourquoi ses amis disaient qu'elle était éminemment raisonnable. 
Si eUe critique les plaisirs du roi^ et trouve qu'il est très vif dans 
un nouveau jeu "où il n'y a pas plus de finesse qu'à croix et pile^," 
si elle déplore les dépenses qui vident le trésor en temps de paix* 
elle reconnaît que dans un moment difficile il joue bien son rôle 
quand "il ne falloit pas une moindre grandeur d'âme et une 
moindre puissance que la sienne pour ne pas se laisser accabler^." 
La cour ne la charme pas, elle la trouve triste® ou ennuyeuse, 
"toujours les mêmes plaisirs, toujours aux mêmes heures, et 
toujours avec les mêmes gens'." Mais ce qui donne un charme 
tout particuher à ses mémoires, c'est la pointe d'ironie qui y 
perce parfois. Elle est si fine que l'on hésite sur la vraie portée 
de certaines réflexions — comme, par exemple, celle qui concerne 
les cordons bleus^. Il lui arrive de sortir de sa réserve et de railler 
ouvertement comme elle avait la réputation de le savoir faire 
dans la conversation. "Tout cet argent," écrit-elle, "servoit 
très utilement. Les troupes, à la vérité, en tiroient un très 
médiocre avantage, car on ne leur donnoit rien; mais c'est une 
habitude que l'on a prise en France, et dont on se trouve fort 
bien." Lorsqu'un empirique se présente pour guérir la Dauphine 

^ Éd. Asse, p. 248. 2 pp, 141 et 188. ^ 215. 

* 219. 5 190. « 217. "> 198. » 185. 



xi] U Historien et ses Dernières Années 199 

qui se met entre ses mains, elle n'oublie pas de noter que "son 
premier métier avoit été, demeurant au collège de Navarre, 
d'apprendre à siffler à des linottes^." Elle remarque que les 
officiers que l'on donnait à Jacques II sont "d'une habileté très 
médiocre^." Elle ne manque pas l'occasion de rendre à Mme de 
Maintenon la monnaie de sa pièce. Mme Scarron avait été de 
ses amies, mais Mme de Maintenon jugea qu'il était impossible 
de continuer cette amitié, parce que Madame de La Fayette la 
mettait à trop haut prix. La favorite, qui devint femme légitime, 
trouva bon de critiquer le faste de son ancienne amie, représenté 
à ses yeux par son Ut galonné d'or^ et il est probable que Mme 
de La Fayette la trouva de son côté un peu trop hypocrite et 
pas assez vraie. Madame de Maintenon, nous dit la comtesse, 
est représentée par Esther dans la pièce de Racine, "Toute la 
différence fut qu'Esther étoit un peu plus jeune, et moins pré- 
cieuse en fait de piété*." Certes, pour être historien, Madame 
de La Fayette n'en est pas moins femme ! On voit ailleurs dans 
ses pages qu'elle n'est nullement cagote et le Pape est traité assez 
sévèrement par elle^. Elle trouve que les chapelets et les in- 
dulgences qu'il envoya à Jacques II lorsqu'il lui demanda du 
secours étaient "chose peu nécessaire à d'autres qu'à des dé- 
vots consommés et qui n'étoit d'aucune utihté pour reconquérir 
un royaume^." C'est parce qu'il fréquente les Jésuites que Mme 
de La Fayette juge assez sévèrement Jacques II'. Elle a des 
réflexions de bon sens pratique bien faites pour étonner ceux 
qui s'obstinent à la considérer comme une prude qui passa sa 
vie à languir dans un salon, "L'empereur opposa pour négo- 
ciateur à Asfeld," écrit -elle, "le comte de Launitz, homme, à 
ce que l'on dit, de peu d'esprit, mais qui avoit pourtant réussi 
à mettre M. l'électeur de Bavière dans les intérêts de l'empereur: 
il est vrai que sa femme y avoit eu plus de part que lui, car 
M. l'électeur en étoit devenu amoureux, et il est difficile de trouver 
des gens qui persuadent mieux que les amans ou les maîtresses®." 
Elle admet que Saint- Cyr "maintenant que nous sommes dévots, 
est le séjour de la vertu et de la piété" mais elle entrevoit la 
possibilité qu'il puisse devenir "celui de la débauche et de 
l'impiété." "Car," écrit-elle, "de songer que trois cents jeunes 
filles, qui y demeurent jusqu'à vingt ans, et qui ont à leur porte 

1 P. 256. 2 218, 225. 

^ Lettre sur l'économie. Voir aussi vn. pp. 32, 49, etc., éd. 1757. 
< Mém. de la cour, p. 214. ^ ibid. 145, 270, 271. 

6Ibid. 271. ^Ibid. 211, 230. «Ibid. 148. 



200 Madame de La Fayette [ch. 

une cour de gens éveillés, surtout quand l'autorité du roi n'y 
sera plus mêlée; de croire, dis-je, que des jeunes filles et des 
jeunes hommes soient si près les uns des autres sans sauter les 
murailles, cela n'est presque pas raisonnable^." 

Sa critique n'épargne pas non plus son ami Racine "le 
meilleur poète du temps, que l'on a tiré de sa poésie, où il étoit 
inimitable, pour en faire, à son malheur et celui de ceux qui 
ont le goût du théâtre lui historien très imitable^." 

On ne peut pas porter un jugement sur l'ouvrage qui est 
l'objet de ce chapitre, car ce n'est qu'un fragment, mais quand 
on voit le talent de l'écrivain et son charme, son indépendance, 
sa connaissance de la poUtique et de la vie, on ne peut que re- 
gretter vivement la perte du reste de ce manuscrit. La jeunesse 
et la maturité de Madame de La Fayette coïncidaient avec la 
période de gloire de Louis XIV. Nous aurions voulu pouvoir 
ajouter encore un volume et peut-être le meilleur, à la bibho- 
thèque des mémoires, qui, pour cette époque, est déjà si 
riche. 

D'ailleurs cette perte des mémoires n'est peut-être pas la 
seule dont il faut rendre responsable devant la postérité Louis 
de La Fayette. Madame de La Fayette avait écrit un court 
roman, qui avait pour titre Caraccio. Il n'a jamais été publié, 
mais le manuscrit se trouvait en 1783 dans la bibhothèque du 
duc de La VaUière. M. le Comte d'Haussonville parle d'un 
"roman manuscrit intitulé Caraccio qui aurait figuré dans la 
bibHothèque du duc de La VaUière"; "cependant," ajoute-t-il, 
"le catalogue de cette célèbre bibHothèque, pubhé il est vrai 
en 1787, par Nizon, n'en fait pas mention.... il n'est pas sûr que 
le roman ait jamais été écrit^." Heureusement, le catalogue 
publié en 1787 n'est ni le seul, ni le meilleur. Le catalogue de 
vente pubhé en 1783 par Guillaume de Bure fils aîné contient 
à la page 647 du Tome n. la mention suivante: 

"No 4142, CARACCIO, histoire, par Mme de La Fayette, 
in 80 V. b. 

"Manuscrit sur papier du XVII^ siècle contenant 87 feuillets. 
Nous ne le connaissons pas imprimé*." 

1 Op. cit. 212-13. 2 213. 

^ Madame de La Fayette (Hachette), p. 218. 

* Gioillaïune de Bure fils aîné, Catalogue des livres de la bibliothèque 
de Jeu M. le duc de la VaUière. l^'^" partie, mss. et livres rares. 3 vols, in 8°. 
Paris, 1783. 



xi] U Historien et ses Dernières Années 201 

Nous n'avons pu trouver aucune trace de ce manuscrit de- 
puis le moment où il fut vendu 20 livres s. \ à la vente aux 
enchères par de Bure aîné, mais, n'en déplaise à M. d'Hausson- 
ville, il a bel et bien existé. 

Peu après avoir écrit les Mémoires dont nous venons de 
parler, Madame de La Fayette maria son fils. Il lui fallait 
oublier ses occupations littéraires, et elle devait "se faire brave 
pour la noce^, " elle qui ne pensait plus guère à ses toilettes. 
Mais la maladie ne voulut pas l'épargner même dans ce moment 
si important dans sa vie. Elle souffrait "d'une colique cruelle" 
qui lui causa une grande faiblesse "ayant été saignée deux fois." 
La lutte pour l'établissement de ce fils avait été âpre ; après le 
mariage il se produit une forte réaction, "elle ne se mêle plus 
de rien, elle sent la douceur et le soulagement de cette nouvelle 
famine^." 

Et pourtant ni l'affaire du mariage, ni sa mauvaise santé, 
n'empêchent jVIme de La Fayette de s'occuper de la députation 
de Charles de Se vigne. Elle écrit, elle fait des démarches, et 
enfin dans la lettre où elle s'avoue vaincue, elle s'occupe de 
Mme de Sévigné elle-même, fait des plans pour qu'elle économise, 
lui offre un prêt sans intérêt, le tout dans une longue lettre à un 
moment où elle n'a "point de tête" et lorsqu'elle a eu la fièvre*. 
Elle fait son testament que l'on verra dans un appendice et 
qui dénote im esprit fort clair et fort pratique. Un codicille 
mettra plus tard le tout au point. 

Dès lors elle engage un rude combat contre la maladie et la 
mort. Madame de Sévigné a "confiance à la sagesse et à l'ap- 
pHcation de Mme de La Fayette pour la conservation de sa 
personne"; il lui semble "'qu'elle sortira toujours de tous ses 
maux: Dieu le veuille.... 5" Son état ne laisse pas d'être triste. 
Ses domestiques lui volent une somme assez importante^. Elle 
se résigne et elle écrit "Je suis dans les vapeurs les plus tristes 
et les plus cruelles où l'on puisse être; il n'y a qu'à souffrir, 
quand c'est la volonté de Dieu'^." 

Mais elle ne désespère pas et aussitôt que sa santé s'améhore, 
tant soit peu, elle écrit à Mme de Sévigné pour lui dire d'être 
en repos sur la vie de sa "pauvre amie." "Vous aurez le loisir," 
écrit-elle, "d'être préparée à tout ce qui arrivera^." De même elle 
s'empresse d'envoyer un petit mot à Ménage pour le tranquilliser : 

1 Prix des livres relié à la fin du catalogue. ^ Sév. ix. 327. 

3 Ibid. IX. 428. * Ibid. ix. 243. ^ jbifi. jx. 405. 

« Ibid. IX. 434. ^ ibid. ix. 578. « ibid. x. 58. 



202 Madame de La Fayette [ch. 

"Mardy matin. 

"Je vous apprens avec plaisir quand je me porte mieux quand 
je suis plus mal je ne scaurois m'empescher encore de vous 
le dire c'est un soulagement pour moy que de me plaindre avec 
quelqu'un que je suis asseuree qui prend part a mes maux il y a 
quattre ou cinq jours que je ne dors plus les vapeurs me reveillent 
a deux ou trois heures avec une agitation et une tristesse si 
profonde que la perte de tout ce que jayme et de tout mon bien 
ne me jettroit pas dans une pareille tristesse quand je seray 
un peu mieux je me hateray bien de vous le mander ces sortes 
de maux n'attaquent point la vie mais il (sic) la rendent bien 
insuportable." 

Elle ne peut plus, hélas ! se plaindre à son ami La Roche- 
foucauld, au coin du feu, et Valant "son médecin, son confesseur 
et son ami" n'est plus; Langlade est mort, et elle sent bien 
qu'il est trop tard pour faire de nouveaux amis. Elle écrit à ce 
sujet à Ménage : 

"Samedi matin. 

"Je vous escris aujourd'huy quoy que je sois dans un de mes 
plus meschants jours mais je veux vous dire combien jay de 
joye de vous scavoir bien logé agréablement par vostre belle vue 
et agréablement par vostre hoste ie n'en suis point connue mais 
le vous prie de lui faire mes compHments et de lasseurer que par 
vous ie suis fort sa servante, ie n'aie jamais veu le Père Bouhours 
et ie suis trop vieille pour commanser des connoissances mais 
vous me ferez un vrai plaisir de me conserver ses bonnes grâces 
pour M. l'abbé Régnier ie l'aie fort conneu autre fois et ie l'aie 
toujours fort estimé s'il se souvenoit assez de moy pour me vou- 
loir faire l'honneur de me venir voir j 'en serois très aise et vous 
me ferez plaisir de l'en asseurer de ma part je suis si mal au- 
jourdhuy que ie ne puis vous en dire davantage toute a vous. 

La C. de La Fayette." 

Elle s'occupe toujours de sa famille mais elle se rend compte 
que son œuvre est presque terminée, et qu'il faut que "quelque 
autre Madame de La Fayette" continue sa tâche. En sep- 
tembre 1691 elle fait écrire à Ménage: 

"A paris ce premier O'"'^ 1691. 
"Je suis si mal de mes vapeurs depuis quelques jours que je 
n'ay pu vous escrire, c'est un plaisir pour moi que de vous escrire 
que mes vapeurs ne me permette pas toujours de prendre, c'est 



xi] U Historien et ses Dernières Années 203 

un chien de mal que les vapeurs, on ne scait d'où il vient ny 
a quoy il tient on ne scait que luy faire, on croit l'adoucir il 
s'aigrit, si jamais ie suis en estât d'escrire ie fairay un livre 
entier contre ce mal la. Il n'oste pas seulement la santé il oste 
l'esprit et la raison si jamais jay la plume a la main je vous 
assure que j'en fairay un beau traitte. La généalogie de mes 
enfans n'est point avancée du tout, j'en suis demeurée au grand- 
pere du mareschal que jay trouve chez les Comtes de St Jean de 
Lion dans le siècle 1300 jay le cartulaire des Souscilange ce dans 
le Siècle 1000 et 11 00 ils sont qualifies miles( ?). Jay encore trouve 
de leurs encestres entre ce cartulaire de Souscillange et les 
preuves (?) de St Jean de Lion, mais je n'en ay pas des tiltres 
certains comme de ceux que je viens de vous parler en Testât 
ou est ma pauvre teste je ne travailleroient pas a leur généalogie 
quand ils seroient prince du sang. Il faut qu'il vienne après moy 
quelque autre Madame de La Fayette qui fasse ce que je n'ay 
peu faire elle ne fairoit pas mal pourveu qu'elle en face autant 
que moy. Je m'admire quelquefois toute seule. Je ne crois pas 
aussi avoir bien des camarades en cette occupation cependant 
ie trouve que je dois estre admirée trouves men un autre qui 
eust une figure comme la mienne tournée au bel esprit comme 
vous m'y aviez tournée et qui ayt aussi bien fait pour sa maison 
sont des choses assez rares rassemblée (?). Il resuite de tout 
cela que je n'ay plus de cens commun. Je vous asseure que 
c'est un bel exemple a qui on voudroit faire un bon usage. Je 
voudrois bien en pouvoir profiter mais c'est une grâce qu'il 
faut demander a dieu adieu ^Monsieur merveille ou imbecille 
ie suis toujours esgalement a vous et plus touchée de vostre 
amitié parceque j 'en suis moins dignes par bien des cottees mais 
ie la mérite pour en scavoir connoistre le prix et par santir 
ce prix tel qu'il est. 

La C. de La Fayette." 

Vers Pâques 1692 ( ?) elle décrit son triste état dans une de 
ses dernières lettres à Ménage : 

"Il y a trop longtemps que ie ne vous ay mande de mes 
nouvelles ie m'en ennuyés ma santé est toujours d'une langueur 
a faire pitié ie dors très mal ie mange de mesme je suis aussy 
d'une maigreur aussy exessive que la graisse dont j'estois lors 
que nous aUasmes en Anjou je suis toujours triste chagrine 
inquiette scachant très bien que ie n'ay aucun sujet de tristesse 



204 Madame de La Fayette [CH. 

de chagrin ni d'inquiétude ie me desapprouve continuellement 
c'est un estât assez rude aussy ne croy ie pas y pouvoir subsister 
et ie vous assure que ie ne me croid plus en droit que vous de faire 
un bail de six ans je suis faschee que vous deslogiez premierem* 
parceque ce vous est une très grande payne et de plus cest 
que ie connoissois vostre logem* et que mon imagination scavoit 
ou vous prendre vous avez autrefois conduit mes lectures du 
temps que ie lisois pour apprendre quelques chauses presentem* 
ie ne lis point et ie ne veux rien scavoir mais souvent ie fais 
lire pour m'amuser et pour m'endormir. Indicquez moy quelq 
livres il fault qu'ils soient de narration un livre de raisonnem* 
emporteroit mon pauvre esprit des la première période. La 
faiblesse de mon esprit et de mon corps est une chose surprenante 
adieu mon cher Monsieur, nostre amithie ne finira jamais que 
quand nous finirons. 

La C. de Lafayette." 

L'année suivante, Ménage disparaît, et la comtesse écrit le 
dernier de ses billets à Mme de Sévigné que l'on a pu retrouver. 

"24 janvier (1692). 

"Helas ! ma belle, tout ce que j'ai à vous dire de ma santé 
est bien mauvais : en un mot, je n'ai repos ni nuit ni jour, ni 
dans le corps, ni dans l'esprit; je ne suis plus une personne ni 
par l'un, ni par l'autre ; je péris à vue d'œil ; il faut finir quand il 
plait à Dieu, et j'y suis soumise. L'horrible froid qu'il fait 
m'empêche de voir Mme de Lavardin. Croyez, ma très chère, 
que vous êtes la personne du monde que j'ai le plus véritable- 
ment aimée^." 

C'est ainsi que Madame de La Fayette raconte tout au long 
son lamentable calvaire. Quatre jours avant sa mort elle perdit 
connaissance^, et dans son hôtel de la rue de Vaugirard, le 
25 mai 1693, elle succomba à une maladie de cœur^. Elle avait 
également une maladie grave des intestins, cause de ses fré- 
quentes coliques, une maladie des reins dont l'un fut trouvé dans 
un état purulent, et deux polypes dans le cœur. On comprend 

1 Ibid. X. 68. 

2 Sév. X. 109 et Dangeau, op. cit. iv. 295: "Mardi, le 26 mai 1694.... 
On mande de Paris que Madame de La Fayette, la mère, a eu une rude 
apoplexie, qu'elle a perdu la parole et ensuite la connoissance et on ne 
doute pas qu'elle n'en meure." 

^ Ibid. p. 297: "On mande de Paris que Madame de La Fayette est 



xi] U Historien et ses Dernières Années 205 

pourquoi elle ne sortait plus, pourquoi elle avait des vapeurs et 
était triste, mais on comprend moins facilement comment elle 
a pu s'occuper si activement de sa famille et de ses amis, malgré 
ses incessantes souffrances. Et connaissant cette activité, l'on 
ne comprend nullement que certains l'aient représentée comme 
une femme qui "se baignait dans la paresse" selon une ex- 
pression qu'on lui emprunte et qu'elle ne savait pas destinée 
à une pareille fortune. 

Elle ne put voir ses fils auprès d'elle avant de les quitter 
définitivement, l'un d'eux était en Allemagne en sa qualité de 
maréchal de camp^. Elle ne reçut pas le viatique, car elle ne 
reprit point connaissance, mais elle s'était confessée et avait 
communié quelques jours auparavant^. Le service funèbre eut 
lieu à St Sulpice le 1er juin^ et quelques jours plus tard le 
Mercure Galant annonça ainsi sa mort : 

"Voicy les noms de plusieurs personnes considérables de 
l'un et de l'autre sexe mortes depuis peu de temps. ...Dame 
Marguerite (sic) de La Vergne. Elle estoit veuve de M. le Comte 
de la Fayette et tellement distinguée par son esprit et par son 
mérite qu'elle s'étoit acquis l'estime et la considération de tout 
ce qu'il y avoit de plus grand en France. Lors que sa santé ne 
luy a plus permis d'aller à la Cour, on peut dire que toute la 
Cour a esté chez elle. De sorte que sans sortir de sa chambre 
elle avoit partout un grand crédit dont elle ne faisoit usage que 
pour rendre service à tout le monde. On tient qu'elle a eu part 
à quelques ouvrages qui ont esté leus du PubUc avec plaisir et 
avec admiration. Elle a laissé deux fils....*" 

morte, c'étoit une femme de beaucoup d'esprit et de réputation." Copies 
de rég. de décès de St Sulpice, ms. fr. Bibl. Nat. 32594, p. 398: 

"Mai, 1693, 27. inh. de D^ marie magd"" de la Vergne âgée d'env. 

60 ans veuve de h. et p. Sgr Mre françois de la fayette Sgr du d. 

lieu morte le 25 en son hôtel rue de Vaugirard." 
Archives de la Seine, Papiers Bégis. " St Sulpice, 1693, le 21^ (mai 
1693) a été fait le convoi et enterrement de dame Marie Magdelaine de 
la Vergne âgée d'environ 60 ans, veuve de h. et p. Sgr messire françois 
de la fayette, Seigr. dudit lieu, décédée le 25<^ du présent mois en son 
hôtel rue de Vaugirard, proche la rue férou et ont assisté audit convoi 
et enterrement Msre Antoine Baillardeau, ecclésiastique et Msre charles 
fret bourgeois tous deux amis. Signé Charles fret. Baillardeau." (Cette 
notice fut publiée en partie par Jal, Dict.) 

1 Mercure Galant, juin 1693, pp. 186, 195. 2 g^v. x. 109. 

3 Papiers Bégis. "Le l'^'^ juin a été fait le service de Dame Mari© 
Magdelaine de la Vergne...." etc. * Mercure, cité ci-dessus. 



206 Madame de La Fayette [ch. 

La curiosité est bien légitime qui nous pousse à nous former 
une idée générale sur le caractère d'une personne qui vient 
d'être soustraite à notre attention ou qui vient de disparaître. 
Nous avons nous-mêmes vécu, en pensée, quelques années avec 
Madame de La Fayette et maintenant, avant de poser la plume, 
nous nous demandons quelle femme c'était. Si l'on n'avait eu 
les yeux fixés que sur elle, la tâche serait déjà assez difficile, à 
cause des siècles qui nous séparent, mais lorsqu'on a lu les 
jugements de ceux qui nous ont précédés, elle l'est encore da- 
vantage. Quand il devint nécessaire de présenter au public les 
oeuvres complètes de Mme de La Fayette, précédées des quelques 
faits que l'on savait sur sa vie, le portrait fut tracé pour être 
en harmonie avec toute la galerie des contemporains. Peu à 
peu on arriva à regarder ce portrait comme sacré et, même 
lorsque des faits nouveaux prouvaient qu'il était faux, on n'osait 
pas y toucher car on ne pouvait pas admettre qu'un portrait 
ne fût pas en rapport avec tous les portraits de la même époque. 
La vérité est que toute la galerie avait besoin d'être modifiée. 
Lorsqu'un moment vint enfin où il ne fut plus permis d'ignorer 
des documents qui venaient d'être mis à jour, on refit le portrait 
de la tête aux pieds, on s'y acharna, il ne fallait pas qu'il restât 
un seul détail du premier portrait, mais que la nouvelle Mme de 
La Fayette fût le contraire exact de l'ancienne^. On est allé 
trop loin, comme il arrive souvent dans des articles de revue, qui 
sont faits pour attirer l'attention de lecteurs généralement assez 
blasés, et qui sont écrits à la hâte, sans étude préalable ap- 
profondie. Pour qui étudie en détail la vie de Mme de La Fayette, 
il n'y a aucune contradiction dans son caractère; ce n'est pas 
une femme qui changea complètement à un moment donné de 
sa vie, et surtout ce n'est pas le sphinx que l'on voudrait nous 
montrer^. 

Nous avons noté en passant plusieurs traits saillants de son 
caractère. Les accusations de Gourville et de Lassay dont nous 
avons parlé ne sont pas à néghger. Lorsqu'un homme critique 
une personne, il est rare qu'il invente de toutes pièces les faibles- 
ses qu'il lui reproche. Il sait bien qu'il n'aurait aucune chance 
de porter atteinte à la personne s'il soutenait qu'elle était blonde 

1 Voir l'article d' A. Barine (bibliog.) et la réponse de F. Hémon (Ibid.). 

2 M. Anatole France, parmi d'autres, paraît hanté par cette idée. Même 
lorsqu'il évoque Mme de La Fayette dans son article siir Gyp dans la 
4^ série de La Vie litt. (p. 268) il écrit: "Elle était vraie mais ses amis 
ne savaient jamais ce qu'elle faisait, ni surtout ce qu'elle pensait." 



xi] U Historien et ses Dernières Années 207 

lorsque de toute évidence elle est brune. D'habitude, il prend une 
faiblesse et il l'exagère, ou même il s'empare d'une qualité 
et, en forçant un peu la note, il en fait un défaut. On peut donc 
déduire de ces accusations, comme d'ailleurs de la correspon- 
dance de son amie Mme de Se vigne, que Mme de La Fayette 
était un peu plus "pratique " que ne l'étaient ses contemporaines. 
Elle avait, en même temps que sa sensibilité d'artiste, les qualités 
de la "business woman." Mais il ne faut pas croire qu'elle 
manquait de sentiment — on fausserait à nouveau son caractère. 
Madame de Sévigné en donne des exemples les plus probants'- 
et cette sensibilité alla en augmentant pendant toute sa vie. 
Elle était d'une humeur enjouée comme son amie, mais la 
maladie la rendait sujette à des moments de tristesse et d'ac- 
cablement. Dans ces crises, elle s'ennuyait et cherchait le 
changement — elle voulait oublier, sortir d'elle-même^. 

Costar loue son "esprit et ses rares connaissances.... sa 
douceur, sa modération, sa sage et judicieuse conduite^." Certes, 
elle avait de l'esprit et certains de ses mots où l'esprit ne man- 
quait pas faisaient le tour des salons. En voici un entre beau- 
coup et des moins connus: "L'illustre Comtesse de La Fayette 
après avoir vécu longtemps dans une étroite Uaison d'amitié 
avec une dame de la cour, se brouilla enfin avec elle sur quelques 
mauvais procédés. Assez longtemps après, cette dame s'étant 
trouvée, par hasard, à côté d'elle dans un appartement de Ver- 
sailles, lui dit: 'Ce pays ci est comme les Champs Élysées, tout 
le monde s'y trouve.' 'Il est vrai,' reprit la Comtesse, 'mais on 
ne s'y parle pas* ! ' " 

Elle avait du cœur et savait être affectueuse, mais sa forte 
instruction et son naturel évitaient l'excès et elle mérite sa 
réputation d'avoir été éminemment raisonnable. C'est pourquoi, 
tout en étant d'une franchise et d'une véracité qui étonnaient 
parfois les habitués de la cour, (et d'ailleurs elle poussait quelque- 
fois à l'extrême)^ elle savait au besoin garder un secret. Sa rail- 
lerie était parfois tellement fine que ses victimes ne s'en aper- 
cevaient pas. Choisy nous raconte naïvement dans son Histoire 
de la Comtesse des Barres le fait suivant: "Il arriva même que 
Madame de La Fayette, que je voj^ais fort souvent, me voyant 
fort ajusté avec des pendants d'oreille et des mouches, me dit, 

1 Sév. ra. 140, 358. 2 i^id. n. 97. 

3 Costar, Lettres, i. 550. 

* Voir les documents pub. par F. Barrière dans La Cour et la Ville 
soits Louis XIV. ^ Voir Sév. u. 179. 



208 Madame de La Fayette [ch. 

en bonne amie, que ce n'était point la mode pour les hommes et 
que je ferais bien mieux de m'habiller tout à fait en femme." 
Choisy suit ses conseils et va la voir ainsi attifé. "Elle s'écria 
en me voyant, Oh ! la belle femme ! Vous avez donc suivi mon 
avis et vous avez bien fait. Demandez plutôt à M. de La Roche- 
foucauld! Il était dans sa chambre. Ils me tournèrent et me 
retournèrent et furent contents. Les femmes aiment qu'on 
suive leur avis et Madame de La Fayette se crut engagée à faire 
approuver dans le monde ce qu'elle m'avait conseillé peut-être 
un peu légèrement." "EUe n'aurait pas donné le moindre los 
à qui que ce fût, si eUe n'eût été persuadée qu'il le méritait" dit 
Segrais^. Elle allait même jusqu'à ne pas cacher son âge et 
"eUe disoit hbrement en quelle année et en quel temps elle étoit 
née^." Veut-on de meilleures preuves de la franchise d'une 
femme ? 

Et malgré tout, comme nous venons de le dire, elle savait 
garder un secret. C'est, paraît-il, le tort qu'elle eut. On a poussé 
les hauts cris en découvrant son rôle poUtique parce qu'elle 
n'avait pas donné l'occasion à son amie Mme de Sévigné d'étaler 
dans ses lettres, quasi pubUques, les progrès de ses négociations 
avec Louis XIV et son ministre Louvois. On lui en a fait un 
grief — c'est tout simplement l'accuser d'avoir été digne de la con- 
fiance qu'on mettait en elle et de ne pas avoir fait preuve d'une 
incapacité pitoyable dans cette affaire. Mais il ne s'ensuit pas 
qu'elle fut en tout supérieure à ses contemporaines, et ce n'est, 
certes, pas la peine de la mettre sur un piédestal comme une 
femme de toutes vertus et de toute pruderie si l'on doit en miner 
le socle avec cet argument : la liaison La Rochefoucauld. Nous 
avons dit à ce sujet tout ce que nous avons à dire ; en ce qui con- 
cerne sa prétendue pruderie, il faut proclamer nettement qu'elle 
ne fut nullement bégueule. Nous avons mentionné ailleurs 
dans ce travail l'opinion d'un critique qui disait en substance : 
"Si Madame de La Fayette utiUsa les œuvres de Brantôme, elle 
dut les Ure par les yeux de La Rochefoucauld." Elle hsait bien 
les contes de La Fontaine et correspondait avec Madame de 
Sévigné qui ne se gênait pas tant que cela ! Elle écrivait des 
gaillardises elle-même — c'est son amie qui le dit^. 

Madame de La Fayette avait de grandes qualités, elle était 
généreuse, bonne mère, bonne amie, pleine de courage et d'é- 
nergie en face de grands obstacles au bonheur, dont le plus grand 
était une santé déplorable; elle fit son devoir, mais elle eut 
^ Segraisiana, p. 45. ^ Ibid. ^ Sév. n. 350. 



xi] U Historien et ses Dernières Années 209 

quelques-uns des défauts de son époque — si c'en est un de se 
mêler à la vie et d'appeler les choses par leur nom. — Enfin, sans 
se retirer du monde elle put doter la littérature d'un chef-d'œuvre 
et la biographie d'un portrait fort aimable. 

On s'est demandé assez souvent quelles étaient les idées 
religieuses de Madame de La Fayette — si toutefois elle en avait. 
On s'est plu à faire remarquer que Dieu n'a aucune part dans 
la lutte intérieure de la princesse de Clèves. Le portrait de 
Mme de La Fayette que l'on aime à nous présenter est celui 
d'une femme à l'inteUigence forte, nullement religieuse, peut- 
être bien franchement hostile à la reUgion, au moins pendant 
ime certaine époque de sa vie, mais qui, plus tard, écrasée par 
la maladie et accablée par le poids des années, crut bon de se 
rendre et d'accepter la reUgion comme une nécessité de la vieil- 
lesse. La vérité nous paraît tout autre. Oui, Madame de La 
Fayette ne fut jamais cagote (le moyen de l'être lorsqu'on a une 
réputation de franchise et de sincérité?) mais elle paraît avoir 
été fortement intéressée par le mouvement janséniste. Nous 
avons déjà vu que le Père Rapin "de la compagnie de Jésus" 
accuse Mme de La Fayette de fréquenter l'hôtel de Nevers "le 
grand théâtre où se débitoit avec plus de bruit et même avec 
plus d'applaudissements le nouvel évangile de Port-Royal^." 
Dans les manuscrits à propos de Port -Royal pubhés dans la 
Revue d'Histoire littéraire de la France, l'amiée dernière, nous 
Hsons : "M. Nicolle a escrit, dit-on, une lettre contre les Pensées 
de monsieur Paschal. Madame de La Fayette l'a pulvérisé 
— Le Bon^." Monmerqué écrivit en marge du manuscrit: "Je 
ne connais pas cette défense des Pensées de Pascal par Mme de 
La Fayette. Elle n'est pas imprimée." En effet, non seulement 
on n'a pas trouvé cette défense imprimée, mais de plus les 
biographes de son auteur ne font aucune mention de la part 
active qu'elle prit dans les querelles des jansénistes. Et pourtant 
rien ne nous pousse à révoquer en doute la note de Le Bon, bien 
au contraire. Nous Usons dans une lettre de Charles de Se vigne 
que Madame de La Fayette, "nous fait une critique de l'oraison 
funèbre de Monsieur de Tulle contre laquelle je me révolte, 
parce que je trouve cette oraison très belle. Elle en fait de même 
des Essais de morale, ie me révolte un peu moins sur cet article . . . .^ " 
Elle avait dit aussi à propos des Pensées que "c'était méchant 

1 Rapin, Mém. i. 403. 

2 Rev. d'Hist. litt. de la Fr. av.-juin 1911, p. 422. 

^ Sév. IV. 12 janv. 1676 et voir Sainte-Beuve, Port-Royal, v. 465. 
A. 14 



210 Madame de La Fayette [ch 

signe pour ceux qui ne goûteraient pas ce livre." Nicole parle de 
ce jugement en écrivant au marquis de Sévigné^, peut-être n'a-t-il 
été "pulvérisé" que dans une lettre de Madame de La Fayette 
qui a circulé de main en main chez les jansénistes. De quelque 
façon qu'elle se soit occupée de la question, elle n'a pas été in- 
différente au mouvement religieux de son époque et de tout 
temps elle paraît avoir eu des rapports avec l'église. Peu après 
son mariage elle écrit à Ménage qu'elle a entendu un sermon 
admirable du Père Le Boux^ et lorsque Costar lui envoie ses 
félicitations sur son mariage, il dit à propos de ses qualités : "En 
un mot vous les ferez servir à vostre réputation, ou mesme a 
quelque chose de plus important que l'excellent Père Le Boux 
vous diroit bien mieux que moy^." Et plus tard, lorsqu'il faut 
la consoler de la mort de sa mère il lui dit: "Cent fois j'ay sou- 
haité un Père Le Boux auprès de vostre aimable personne, lors- 
qu'on vous annonça une si cruelle nouvelle'*." Nous avons déjà 
vu la lettre où elle rappelle Ménage à l'ordre pour avoir employé 
des termes un peu trop galants à l'adresse de quelqu'un qui a 
observé les jeûnes de la semaine sainte, et cette autre où elle 
ne peut accorder qu'une conversation restreinte à son ami parce 
qu'il fallait "retrancher ses divertissements pendant la semaine 
sainte." On peut en conclure que Madame de La Fayette était 
catholique et catholique pratiquante — sans être bigote. A-t- 
elle évolué vers l'agnosticisme sous l'influence de La Roche- 
foucauld? C'est la conclusion que Sainte-Beuve semble tirer 
d'une lettre de Du Guet; nous ne lui connaissons pas d'autres 
autorités pour appuyer ses dires^ et celle-là nous paraît insuffi- 
sante. Si, comme nous le croyons fermement, Madame de La 
Fayette a voulu faire jailhr un peu de lumière dans l'ombre qui 
planait sur le cœur de son ami, elle aurait eu une tendance à 
développer en face de lui ces pensées et ces croyances chré- 
tiennes qui ne lui étaient pas inconnues. Elle fut assez raison- 
nable et — ce qui est peut-être une meilleure sauvegarde dans 
ce cas particuher — assez femme pour ne pas baisser pavillon 
devant les critiques de son ami. Il faut toutefois admettre que 
les documents nous manquent sur cette époque de sa vie. Mais 
une fois qu'elle eut établi son fils et qu'elle se trouva débarrassée 
des soucis de cette vie, elle pensa sérieusement à l'autre. En 
compagnie de Madame de Sévigné elle avait assisté à un sermon 

1 Voir Ste-Beuve, op. cit. v. 475. ^ Lettre, Coll. F. de C. 

3 Costar, op. cit. i. 550. * Ibid. 552. 

^ Sainte-Beuve, op. cit. 



xi] U Historien et ses Dernières Années 211 

de Bourdaloue^ et après la mort de La Rochefoucauld, son amie 
l'avait menée chez Mme de La SabUère dans l'espoir que le 
chemin qu'avait pris l'aimable dévote ferait sentir à Mme de 
La Fayette que sa douleur n'était pas incurable^. Mais jusqu'en 
1689 il n'est pas souvent question de ces choses dans la corres- 
pondance de la marquise. C'est à cette date que Madame de 
La Fayette lui écrit " que Mme de Coulanges est tout à fait dans 
la bonne voie," et que quand son fils sera marié, elle tâchera de 
s'y mettre aussi^. Nous avons vu, en outre, que peu de temps 
après elle écrivit à Ménage : "Lon ma asseuree que vous songies 
fort sérieusement a vostre salut et j'en ay bien de la joye." 

C'est qu'elle s'était déjà adressée à Du Guet^ qui lui démon- 
trait, usant d'une psychologie aussi fine que la sienne, que tout 
ce qui lui restait de la vie était une réputation qui serait de peu 
de valeur en face de la mort, qu'il n'était plus temps de garder 
au second plan sa religion, que malgré sa lassitude et son dégoût 
pour la pensée — suites de sa maladie — il fallait bien penser à sa 
situation vis à vis de Dieu, Elle lui obéit. Elle envisagea la 
question, et les résultats de sa réflexion se voient dans la corres- 
pondance avec Ménage; elle demande son amitié pour ses en- 
fants; eUe fait son testament en toute humiUté; et le tour de 
ses lettres change complètement. "Dieu avoit jette une amer- 
tume salutaire sur ses occupations mondaines, et elle est morte, 
après avoir soufifert, dans la solitude, avec une piété admirable, 
les rigueurs de ses infirmités, y ayant été fort aidée par M. l'abbé 
du Guet et par quelques-uns des Messieurs de Port-Royal^." 

Gardons-nous bien de dire que ce fut un changement brusque 
— amené par la menace d'une mort prochaine, ou la victoire 
d'une âme séduite sur un esprit qui avait critiqué la foi. Il y 
avait bien longtemps qu'elle regardait cette fin comme la fin 
parfaite d'une femme qui, avec les meilleures intentions, avait 
lutté vaillamment sans pouvoir remporter une victoire autre- 
ment que partielle. Et ceci ramène naturellement notre esprit 

1 Sév. n. 107. 2 yi_ 476. 3 rx. 346. 

* Peut-être vers 1689. Nous ne voyons nulle raison pour convenir, 
avec M. d'Haussonville, que la fameuse lettre de Du Guet dont il a, après 
Sainte-Beuve, tiré tant de concliosions hardies, fut écrite peu après la 
mort de La Rochefoucaiild. Si, comme le veut M. d'HaussonviUe, la 
direction de Du Guet ne fut pas inefficace, comment expliquer que ce 
détachement des choses de ce monde, et le mépris de la "réputation" 
que prêche le directeur, n'aient eu à cette époque qu'tin résviltat — la cor- 
respondance de Savoie? 

s Racine, Lettre à M. de Bonrepas, déjà citée. 

14—2 



212 Madame de La Fayette [ch. xi 

à la méditation des paroles connues: "Enfin des années entières 
s'estant passées, le temps et l'absence ralentirent sa douleur, 
et éteignirent sa passion. Madame de Clèves vescut d'une sorte 
qui ne laissa pas d'apparence qu'elle pust jamais revenir. Elle 
passoit une partie de l'année dans cette maison Religieuse, et 
l'autre chez elle, mais dans une retraite et dans des occupations 
plus saintes que celles des Convents les plus austères et sa vie 
qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu inimitables." 



CHAPITRE XII 
L'ÉPISTOLIÈRE— L'ÉCRIVAIN— LE PHILOSOPHE 

I 

Le lecteur a certainement remarqué que nous avons eu fréquem- 
ment recours dans ce travail aux lettres de Madame de La 
Fayette et peut-être est-il d'avis que la citation va jusqu'à 
l'abus. Mais si nous avons ainsi usé de documents précieux, ce 
n'est pas seulement parce que nous estimons l'autorité de 
Madame de La Fayette elle-même bien supérieure à la nôtre 
mais aussi et surtout parce que nous tenons à utiliser des maté- 
riaux dont on s'obstinait à ignorer, voire à nier, l'existence, soit 
parce que Madame de Sévigné, correspondante infatigable, se 
plaint de la brièveté de son amie, soit tout simplement parce 
que Madame de La Fayette n'a pas trouvé jusqu'ici un Mon- 
merqué pour recueillir ses lettres éparses. Toujours est-il que 
l'opinion la plus répandue est que Madame de La Fayette 
n'écrivait que rarement, que ses courts billets n'ont aucune 
prétention littéraire et n'ont qu'un intérêt purement docu- 
mentaire. 

Or, Madame de La Fayette, sans écrire autant que son amie, 
qui, si j'ose m'exprimer ainsi, en faisait un peu métier, ne laissa 
pas pourtant d'écrire autant et plus que la majorité de ses con- 
temporains. Sa correspondance pourrait être classée en deux 
parties — dont l'une comprendrait des lettres écrites avec soin 
et formerait un recueil à comparer avec celui de Madame de 
Sévigné; l'autre serait d'un grand intérêt documentaire sans 
être dépourvue de qualités littéraires et renfermerait des billets 
d'affaires et d'autres billets également courts, adressés à ses 
amis, au milieu de la souffrance physique qui rendait impossible 
toute pensée soutenue. La première liasse — celle qui contri- 
buerait le plus à la renommée Littéraire de l'écrivain, n'est pas 
venue jusqu'à nous. Il en est échappé quelques lettres qui nous 
font voir ce qu'aurait été un tel recueil, mais il est certain que la 
plus grande partie reste à trouver, si toutefois elle existe encore. 

Nous croyons que cette collection était entre les mains de 
Ménage et qu'elle fut destinée à la publication — fait qu'aucun 



214 Madame de La Fayette [ch. 

de nos prédécesseurs ne paraît avoir indiqué. Madame de La 
Fayette écrit de Vichy, à une date que nous ne saurions encore 
préciser, mais qui n'est guère postérieure à son mariage^, la 
lettre que voici, adressée à Ménage : 

"14e may. 

"....ie me resjouis avec vous de ce que vous ailes vous re- 
tirer a Meudon, la solitude est si agréable et la campagne est si 
belle présentement que c'est asseuremt un plaisir extresme 
que dy estre. Vous y travailleres agréablement a nos lettres 
j'avois peur que vous n'en eussiez perdu la pensée et jay pense 
vous en faire souvenir deux ou trois fois ie vous promets de vous 
garder le secret et si vous n'en parles a personne qu'a moy 
asseures vous que cela ne sera point sceu...." 

Le mois suivant (le 26 juin) à la fin d'une longue lettre 
d'affaires, elle rappelle encore ce travail à son correspondant: 
"Je ne vois point encore de vos lettres dattées de Meudon 
jay bien envie que vous y soyes afin que vous travaillies à ces 
lettres dont nous avons parlé ensemble." 

À cette époque elle reçoit des lettres de Ménage "deux fois 
la sepmaine" et lui écrit "tous les huit jours sans y manquer." 
Ces lettres ont-elles été pubHées sans que fût indiqué le nom des 
correspondants, ou bien avec un nom supposé? Ménage aban- 
donna-t-il la tâche ? C'est ce que nous ne pouvons encore décider. 
Il reste établi pourtant que Madame de La Fayette conçut 
l'idée de faire publier les lettres, que celles-ci étaient assez 
nombreuses à cette époque pour former un recueil et que Ma- 
dame de La Fayette écrivait encore au seul Ménage une lettre 
par semaine. Elle prétendait ne pas prendre garde au style de 
ses lettres (de là vient parfois leur charme) et celle où elle le dit, 
tout en se montrant d'aiUeurs jalouse de sa réputation littéraire, 
doit être citée in extenso, car elle n'a été imprimée que dans une 
brochure devenue assez rare. Elle est adressée à Huet. 

"Le 15 may 1663. 
"Vous êtes donc bien offensé contre moy? C'est bien fait 
à vous de vous fâcher sans savoir si c'est à tort ou à droit. Les 
beaux esprits vont quelque fois aussi vite en besogne que les 
autres et le même feu qui les rend beaux esprits les rend aussi 
esprits de feu c'est a dire étourdis en paroles couvertes. Je ne 

^ Un examen plus attentif de ces lettres nous a permis de dater celle- 
ci 1657. 



xii] UÊpisioUère — U Écrivain — Le Philosophe 215 

prétends pas dire que vous le soyez. A Dieu ne plaise. Je dis 
seulement que cela arrive quelque fois. Mais revenons à nos 
moutons. Vous vous offenses de ce que j'ay trouve mauvais, 
dites-vous, que Mlle de la Trousse vous ait montré mes raison- 
nements contre l'amour et la dessus vous concluez que c'est 
une marque de peu de confiance de peu d'estime, enfin des 
merveilles. Cela seroit admirable si c'étoit vray il ne s'en faut 
que cela que vous ayez raison. Je n'ai point trouvé mauvais 
que Mlle de la Trousse vous ait montré ce raisonnement. Je 
vous aime mieux que je n'aime Mlle de la Trousse j'ai plus de 
confiance en vous qu'en Mlle de la Trousse et je ne vous cacherai 
jamais rien de ce que je lui montrerai mais j'ai trouvé mauvais 
et très mauvais que Corbinelly en qui j'ai une confiance si 
entière que je ne lui recommande même pas le secret parce qu'il 
est lui-même le secret en personne ait montré a Mlle de la Trousse 
une chose que j'écris à lui seul, à la campagne, sur le bout d'une 
table, pendant qu'il écrit de l'autre côté sur le même sujet et 
j'ai trouvé mauvais que ce que je n'ai écrit que pour lui et sans 
jamais l'avoir relu, que ce que je ne lui ai laissé qu'un moment 
parce que je le voulois brûler ne comptant non plus cela pour 
quelque chose que je compte les lettres que j'écris tous les jours 
à quoi je ne pense pas, que cela même enfin il le montre sans 
m'en rien dire à Mlle de la Trousse et qu'il lui en laisse prendre 
une copie et qu'il lui defïende même si peu de le montrer que 
vous m'écrivez sans y entendre de finesse que vous l'avez vu. 
Ha ça! êtes-vous encore fâché? trouvez-vous que j'ai grand 
tort? et n'en auriez vous pas vous-même si vous vous plaigniez 
encore de moi ? Je me plaindrois à mon tour si vous n'étiés pas 
satisfait d'une si longue justification. Mr de la Fayette^ est à 
Paris et fort votre serviteur. Mes compHmens je vous prie à 
Made votre sœur. Adieu^." 

Quelque préciosité dans le début de cette lettre et un style 
négfigé ne masquent pas une pointe d'ironie et une allure qui 
rendent fort agréable la lecture de cette page. C'est surtout 
lorsqu'elle est légèrement irritée que Madame de La Fayette 
écrit le mieux. Dans ces moments elle a une virtuosité de style 
que Madame de Sévigné n'atteint jamais, car cette dernière 

1 II s'agit, naturellement, du mari, bien que la lettre soit datée après 
la "séparation." Son fils aîné n'avait que cinq ans à cette époque. 

2 Je n'ai pu voir l'original de cette lettre qui se trouve à Florence. 
L'orthographe de cette copie a été modernisée en partie. 



216 Madame de La Fayette [CH. 

sent derrière elle le public critique qui assistera à la lecture de 
sa lettre. On connaît le joli trait que lui lança Mme de La Fayette : 
"Hé bien! Hé bien! ma belle, qu'avez-vous à crier comme un 
aigle?" 

Voici une lettre écrite à Lescheraine où on n'aperçoit point 
la femme souffreteuse qui aimait à "se baigner dans la paresse" 
et pourtant elle vient de perdre La Rochefoucauld: 

"Ce 22me septembre (1680) Je vous ay grondé par une de 
mes lettres, par d'autres ie vous ay dit que vous avies la langue 
bien longue, ie m'en vais vous dire encore pis : vous me mentes, 
vous me contés des contes borgnes, et je ne veux pas vous laisser 
croire que ie vous croye, ce qui me racomode avec moy cest que 
je croy que vous pensés bien que ie ne vous croy pas, Pourquoy 
me comtés-vous quon ne parle a Turin du retour de l'abbe de 
Verue que depuis quil sen est plaint ? On en parloit devant, car 
on en escrivoit et on escrivoit en destail parfait. Ne croy es pas 
aussi que ie sois bien persuadée que vous me parlés de cette 
affaire que fort superficiellement parce que vous nestes point 
instruit des affaires d'Estat? Ne venés point me tenter ny me 
faire parler sur les choses dont vous estes instruit; vous estes 
fort bien instruit, monsieur, et encore une fois, fort bien instruit, 
et ie suis mieux instruite que vous ne croyés : ne venés point me 
comter de telles choses et ie ne vous diray rien, mais quand vous 
voudrés men faire accroire, oh ie ne vous le souffriray pas; en- 
tendés-vous bien cela? Je ne vous en dis pas davantage et ie 
viens a mon damas, dont vous me parlés avec tant de soing 
comme un homme qui se borne aux petites choses. Je viens den 
rendre mil très humbles grâces a Me R....et ie vous dis encore 
que vous avés eu la langue bien longue de luy en parler. Vous 
voyés que ie ne suis pas en train de vous loué...." 

Lorsqu'elle écrit à Huet, le style est généralement plus 
travaillé; en dépit de ce qu'elle lui dit au sujet de sa négligence, 
elle ne peut s'empêcher de se souvenir qu'elle s'adresse à un bel 
esprit. Le résultat — lorsque la préciosité est évitée — est parfois 
des plus heureux. On verra dans la lettre suivante le plaisir 
qu'elle éprouve à tourner de johes phrases, à jouer avec une 
pensée, et à faire avec un rien une lettre charmante. 

"J'ai aujourd'hui la main à la bourse pour payer mes dettes, 
c'est à dire à la plume pour faire réponse à tous ceux à qui je 
la dois. Je vous paye des derniers et vous courrez risque d'avoir 



xii] L' Épistolière — L'Écrivain — Le Philosophe 217 

la méchante monnaie voici la dixième lettre que j'écris depuis 
deux heures cela veut dire que je suis si lasse d'écrire que je ne 
sais tantôt plus ce que j'écris. Vous perdez beaucoup que je 
n'aie pas commencé par vous car je vous assure que mes pre- 
mières lettres sont très éloquentes. Je m'en suis surprise moi- 
même et j'ai songé si je n'ai pas lu Balsac depuis peu. De mon 
ordinaire je ne donne pas dans l'éloquence si bien que je ne sais 
à qui ni à quoi me prendi-e de la mienne. Enfin vous avez 
Mr Ménage il partit hier avec Mr Montausier. S'il vous plait de 
me le renvoyer bientôt quoiqu'il renonce au commerce du monde 
et que je le vois bien moins que je n'ai accoutumé je ne veux 
pourtant pas le perdre pour longtemps. Si vous me le gardez 
plus que je ne le veux je ne vous le pardonnerois pas à moins 
que vous ne le ramenassiez vous-même. Je suis tantôt au bout 
de mon latin, c'est le mien dont je parle et non du latin en 
général. Je n'étudie plus du tout qu'une demi-heure par jour 
encore n'est ce que trois fois la semaine avec cette belle appU- 
cation là je fais un tel progrès que j'ai tantôt oubUé tout ce que 
j'avois appris. À proportion de cela si je m'engage à apprendre 
l'hébreu de votre Grandeur devant que de mourir il faut que 
je m'engage à obtenir une manière d'immortalité pour vous et 
pour moi les années de la Sy bille y suffiroient à peine. Adieu 
on va encore bien loin quand on est las car voila une longue 
lettre pour une femme qui n'en peut plus." 

Nous craignons encore d'abuser des citations ; quel que soit 
notre regret, nous ne les multipUerons pas. Elles suffiront à 
donner une idée du talent d'épistohère de Madame de La Fayette. 
Leur style, naturellement, diffère beaucoup de celui de ses ro- 
mans, mais il diffère presqu'autant de celui de son amie Madame 
de Sévigné. Ce qui nous paraît caractéristique de ce style c'est, 
pour user d'un néologisme, sa modernité. Il faut attendre les 
romantiques pour retrouver après elle cette rapidité, ces in- 
versions, cet esprit éveillé. Elle ne "donne pas dans l'éloquence " 
et c'est là un des grands charmes de sa correspondance. Tout 
comme elle tenait la seconde place dans le cœur de Madame de 
Sévigné, elle tient facilement la seconde place parmi les épis- 
toHères du XVIIe siècle et on trouverait peut-être des gens 
d'un goût éclairé qui lui accorderaient la première — car il se 
peut que le style de son amie ne plaise pas également à tout le 
monde. Nous osons espérer que le moment n'est pas encore 
trop tardif pour rassembler ces lettres éparses et donner ainsi 
à Mme de La Fayette la place qu'elle mérite de tenir aux côtés 



218 Madame, de La Fayette [CH. 

de Madame de Se vigne. Un tel recueil aurait un intérêt moins 
général à cause des sujets traités et parce que le plus souvent 
Mme de La Fayette écrivait pour un particulier et non pas pour 
le public; il y manquerait aussi cet amour maternel, réel sans 
doute, mais que Madame de Se vigne a su si bien utiliser pour 
embellir ses lettres ; on y trouverait par contre un naturel et une 
simplicité qui font parfois défaut dans la correspondance de la 
marquise. 

II 

Dire que les classiques transformaient une matière de peu 
d'importance en une grande œuvre est aujourd'hui un lieu 
commun, mais on chercherait longtemps parmi eux sans trouver 
un auteur qui sert aussi bien que Madame de La Fayette à 
appuyer cette vérité. Elle ne se contentait pas de reprendre des 
sujets traités par ses prédécesseurs ; elle allait encore plus avant 
dans ce chemin et reprenait un sujet qu'elle avait déjà traité 
elle-même. Si l'on excepte Za'ide, Madame de La Fayette n'ex- 
ploite qu'un sujet — qui est celui de la Princesse de Montpensier, 
de VHistoire d'Henriette d'Angleterre, de la Princesse de Clèves, 
et de la Comtesse de Tende — une femme se marie (ou plutôt on 
la marie) ; pour une raison ou pour une autre, cette union ne 
satisfait pas son cœur; un homme survient qui peut éveiller 
l'amour en elle. De là une lutte entre le devoir et le cœur, et 
c'est tantôt l'un, tantôt l'autre, qui sort vainqueur de ce combat. 
Cette situation avait été assez souvent traitée avant elle, mais 
en véritable artiste elle sut la renouveler. D'abord elle comprend 
qu'un mari ridicule affaiblit l'intérêt, elle le remplace par un 
mari sympathique^. Ensuite elle voit que la lutte cornélienne 
trouve naturellement sa place dans un récit de ce genre; puis 
comme les autres classiques, elle renforce l'intrigue en la ra- 
menant à la vie réelle, en la naturalisant, mais en lui donnant 
des traits assez généraux pour qu'elle puisse être de tous les 
temps. Une part d'expérience personnelle qui enlève à la psy- 
chologie ce qu'elle pourrait avoir de trop abstrait, un style qui 
n'absorbe pas l'attention du lecteur au détriment du fond, 
voilà qui complète l'œuvre d'art. 

On a pu dire que la méthode était corné henné, mais on a dit 
également que la Princesse de Clèves était du Racine. La vérité 
est que la Princesse de Clèves n'est ni du Corneille ni du Racine. 

1 Nous avons déjà siiffisamment démontré qu'elle n'était pas la 
première à le faire. 



xii] L'ÉpistoUère — L'Écrivain — Le Philosophe 219 

C'est du La Fayette et c'est aussi le type du roman classique. 
Elle ne peut pas être sans point de contact avec les autres œuvres 
contemporaines qui procédaient du même principe. On y 
trouverait donc aussi des ressemblances avec Descartes ou 
Molière. Et tout cela montre combien Mme de La Fayette a 
le droit de n'être pas séparée des grands classiques. 

Nous l'avons déjà vue à l'œuvre, prenant dans Brantôme 
des matériaux pour son roman. Il lui fallait de plus se tourner 
vers la vie, tout comme les naturalistes. Pour le cadre historique, 
pour tout ce qui donnera une atmosphère de réalité, une docu- 
mentation était nécessaire. Mais où elle se montre supérieure 
à beaucoup de ses successeurs, c'est quand elle comprend que 
la documentation seule ne peut donner la vie, qu'elle aboutit 
même fort souvent à étouffer la vie et à donner un ensemble 
aussi faux que l'idéahsme le plus outré. Rarement — cette 
restriction nous est imposée par le début de la Princesse de 
Clèves — elle laisse voir sa documentation. Et elle se garde 
bien de lui conférer trop d'importance. Elle l'éloigné, elle 
l'épure, elle l'adapte, elle la transforme comme le potier qui 
tout d'abord tourne et retourne l'argile épaisse pour en faire 
enfin un vase qui est sa création propre — l'œuvre d'art. En- 
suite elle limite son champ ; il ne sera question que d'honnêtes 
hommes et de belles femmes, car elle ne connaît que la cour. 
Il n'y aura aucun élément grossier, terre à terre, susceptible de 
faire ressortir par contraste la finesse des héros du roman. EUe 
sait qu'elle peut mener sa tâche à bien sans d'aussi évidents 
artifices. EUe étudiera la vie et même sa propre vie, ses tableaux 
seront d'après nature, sans qu'elle soit naturahste pour cela. 
Au contraire, elle mettra tous ses soins à idéaUser l'œuvre 
qu'elle a entreprise. Le résultat sera-t-il donc un bibelot qui 
passera bientôt de mode et qui sera vite oubhé ? Non pas ; l'œuvre 
d'art dure encore. C'est justement parce que nous n'avons pas 
toujours devant nous tous les détails réahstes que l'œuvre ne 
se démode pas. On sent en Usant aujourd'hui ce roman que 
ce monde n'est pas le nôtre, que ce n'est pas de cette façon que 
nous exprimons nos joies et nos douleurs, que ces grandes 
maisons sont maintenant des musées, mais nous sentons en 
même temps, et d'une manière autrement forte, que ces cœurs 
étaient tout comme les nôtres, que les lois morales qui pesaient 
sur les personnes pèsent sur nous, que nous n'aspirons pas à 
atteindre un autre idéal que le leur, et que nous échouons 
souvent avant d'arriver au but tout comme ces belles femmes 



220 Madame de La Fayette [ch. 

et ces hommes admirablement bien faits. Le sujet a été repris 
par les écoles littéraires qui ont succédé à l'âge classique. Il 
est plus que jamais à la mode en ce moment. Nous en avons vu 
des ménages à trois ! Hélas ! nous en verrons encore ! Et si, 
écœurés par la fréquence de ce sujet dans les romans contem- 
porains, nous nous réfugions dans nos bibliothèques pour reUre 
la Princesse de Clèves, pourquoi éprouvons-nous à relire encore 
une fois cette même situation, un plaisir et un charme qui man- 
quent le plus souvent ailleurs? C'est que Madame de La Fayette 
fut artiste avec l'idéal élevé de tout artiste digne du nom. Ce 
n'est pas le sujet qui importe, mais la manière de le comprendre 
et de le traiter. La popularité de la Princesse de Clèves, au mo- 
ment présent — où l'on prépare en même temps une édition d'art, 
une édition critique, et une édition de luxe (sans parler d'une 
édition populaire qui vient de paraître) — suffit pour montrer la 
puissance artistique de l'œuvre. Nous ne connaissons pas de 
roman qui ait été réédité aussi souvent, avec un soin aussi 
méticuleux. De nos jours Taine, de Lescure, Anatole France, 
ont été les parrains de belles éditions. L'édition populaire cherche 
une bonne reliure, un frontispice de goût, un joU format. L'édi- 
teur respecte l'œuvre, sait qu'elle s'adresse à un public déUcat, 
éclairé, qui serait froissé si un détail matériel quelconque donnait 
à ce livre une grossièreté qui est absolument absente de ses pages. 
Tout comme Madame de La Fayette elle-même demandait que 
ses romans fussent imprimés avec soin et bien reHés, le pubUc 
de nos jours demande ce qu'il y a de mieux pour cette œuvre 
d'art. 

III 

Et cependant il s'est trouvé de nos jours des personnes si 
délicates, restées pures de toute tache, même en lisant les romans 
contemporains, qu'elles trouvent la Princesse de Clèves immorale. 

D'après ce que nous avons vu des procédés de Mme de La 
Fayette, il serait oiseux d'essayer de démontrer la pureté de 
ses intentions. Il s'agit donc de regarder, pendant un instant, 
non pas ce qu'elle voulait faire, mais ce qu'elle a fait. 

Au dix-septième siècle, siècle par excellence où l'on croyait 
à la vertu, on estimait la Princesse de Clèves bien supérieure aux 
romans frivoles qui l'avaient précédée. Il est vrai que Valincour 
a des doutes sur l'impression que pourrait faire la passion de la 
princesse sur des cœurs sensibles. Ces doutes s'appliqueraient 
avec autant de justice à n'importe quel roman. 



xii] U Épistolihe — U Écrivain — Le Philosophe 221 

Au dix-huitième siècle — tout au début — Lenglet du Fresnoy, 
qui s'y connaissait en romans, écrivit de Zàide et de la Princesse 
de Clèves: "Encore pour ces romans, ils sont sages, on y voit des 
mœurs, l'un ne prêche qu'une tendre amitié et tout au plus un 
amour réservé, un amour vertueux. La Princesse de Clèves 
n'aboutit qu'à un fort beau principe de mœurs, qui est de faire 
voir que tout amour qui attaque le devoir ne rend jamais 
heureux^." L'abbé Prévost, au début d'une longue diatribe 
contre les romans tels que Cassandre, Cléopâtre, le Grand Cyrus, 
Polexandre, etc. ...parle ainsi à son élève: "Comment? dis-je 
au marquis ; c'est là ce qui s'appelle de la galanterie la plus fine 
et la plus passionnée ? Est-ce la nature seule qui vous en a tant 
appris? Il faut que vous ayez pillé cela dans quelque roman. 
Il m'assure que tout étoit de lui jusqu'au moindre mot et qu'il 
n'avoit jamais lu de romans, si ce n'étoit les deux que j'avois 
achetés à Bordeaux, c'est à dire Télémaque et la Princesse de 
Clèves. Je vous conseille, lui dis-je, de n'en lire jamais d'autres. 
Un homme plus sévère que moi en retrancheroit même la Prin- 
cesse de Clèves, car le fruit qu'on en peut tirer pour se former le 
style n'égale pas le péril auquel on s'expose de s'amollir le cœur 
par une lecture trop tendre^." 

Au dix -huitième siècle, on a encore des doutes sur la moralité 
de la Princesse de Clèves et c'est l'auteur de Manon Lescaut qui 
les formule et dans l'ouvrage même oii il fait paraître son héroïne. 
Mais n faut remarquer que le brave abbé ne critique que la 
tendresse des sentiments et que sa critique s'appUquerait, tout 
comme celle de Valincour, à n'importe quel autre roman — même 
à celui qui mettrait en scène M. X...., et MUe Y.... qui convo- 
leraient en justes noces à la fin du dernier chapitre. 

C'est au dix -neuvième siècle que l'on rencontre la première 
critique sérieuse de l'influence de la Princesse de Clèves. "La 
leçon qui résulte du roman," écrit Victor Fournel, " c'est que tout 
amour qui attaque le devoir ne peut être heureux; cependant 
l'amour de la princesse n'est vaincu qu'après tant de concessions, 
de résistance et de larmes, il est encore si beau et si touchant, 
dans sa défaite, il en sort enfin ime émotion si douce et si com- 
municative, qu'il afïaibhra certainement plus de cœurs que son 
dénouement n'en pourra raffermir. Il faut le reconnaître, cette 
lecture est troublante, elle énerve en charmant. Ces amours 
profonds, ou plutôt ces adorations ardentes qui constituent le 

^ C. Gordon du Percel, De V usage des romans, i. 13-14. 

2 L'abbé Prévost, Mém....d'un homme de qualité, 1908, n. 80. 



222 Madame de La Fayette [ch. 

roman chevaleresque et poétique du XYII^ siècle, Madame de 
La Fayette en a accru la force parce qu'elle en a perfectionné 
la peinture, parce qu'elle leur a prêté l'appui d'une observation 
plus fine et plus vraie, d'un sentiment plus intime, d'un style 
plus attrayant....^" 

Mais c'est M. Pierre Mille, critiquant La douceur de vivre de 
Mme Marcelle Tinayre, qui se montrera le plus ingénieux pour 
prouver l'immoralité de la Princesse de Clèves. "Je n'insiste pas, 
je vous le répète," écrit-il, "mais je puis bien faire remarquer 
en passant qu'on pourrait tirer les mêmes conclusions de la 
Princesse de Clèves où tous les personnages par vertu n'arrivent 
qu'à se rendre parfaitement malheureux, sans profit pour per- 
sonne. Voilà même pourquoi j'ai trouvé, toujours trouvé, que 
c'était un roman immoral à l'extrême que la Princesse de Clèves 
et pourquoi j'en interdirai toujours la lecture à ma fille, si par 
hasard elle possède une ombre de sens critique, ce qu'on peut, 
du reste, pour son bonheur, ne pas souhaiter avec trop d'em- 
pressement^." 

M. Pierre Mille, dans cette boutade (car nous ne pouvons 
croire que c'est autre chose qu'une boutade) redoute que sa 
fille ait le sens critique assez développé pour raisonner ainsi 
après avoir lu la Princesse de Clèves : — La princesse est vertueuse. 
La princesse est malheureuse. Donc ne soyons pas vertueuse. 
Nous craignons que M. Pierre Mille ne soit un peu trop sévère 
pour sa fille. Aurait-elle vraiment un esprit aussi perverti qu'il 
semble le croire? Pour notre part, sans savoir même si elle 
existe , nous ne voulons pas l' admettre . Son père serait bien étonné 
si, après avoir lu à la dérobée ce roman immoral, elle n'en tirait 
que les conclusions suivantes : une femme se marie, sans amour, 
pour faire plaisir à l'ambition de sa mère ; ensuite elle aime un 
homme qu'elle aurait pu épouser en tout honneur, trouvant 
ainsi un mari qu'avait recherché une reine d'Angleterre, un 
parti en somme que sa mère aurait accepté avec joie si elle avait 
maîtrisé un peu son impatience d'établir sa fille. Conclusion de 
jeune fille : "Ne nous marions pas sans amour et si par malheur 
cela nous arrive, n'aimons pas ailleurs, ou nous serons aussi 
malheureuse que la princesse de Clèves." 

Tout est sain aux sains et nous n'avons aucune raison pour 
croire la jeune fille française de nos jours plus pervertie que ne 
l'étaient ses sœurs du XVII^ siècle — l'existence d'un père aussi 

1 Litt. indép. p. 208. 

2 U Illustration, N° 3541, jan. 1911, p. 3. 



xii] U Êpistolihe — L'Écrivain — Le Philosophe 223 

soigneux de la vertu de sa fille que l'est M. Mille suffirait pour 
nous convaincre que le contraire doit être maintenant le cas 
général^. 

Pour nous, la morale de Mme de La Fayette est une morale 
élevée. Passons, sans plus tarder, à sa philosophie en général. 
Un écrivain distingué a consacré tout un article à la princesse 
de Clèves et Descartes^. D'après ce dernier, la passion est en nous 
l'œuvre de la nature et comme une opération machinale des 
"petits esprits." Il ne dépend donc pas de nous d'être ou de 
n'être pas sensible à la douleur, à l'amour, à la haine. Mais si 
nos passions ne dépendent pas de nous, nos actions dépendent 
de notre volonté. Il dépend de nous de consentir ou de ne pas 
consentir aux effets de nos passions et aux démarches où elles 
s'efforcent de nous entraîner. 

La princesse de Clèves agit donc en cartésienne (1») Lorsqu'elle 
analyse son état d'esprit et engage la lutte contre la passion qui 
naît en elle. (2°) Lorsqu'elle considère cette passion comme un 
désordre au lieu de l'idéaliser en "flamme divine" de "coup du 
ciel," lorsqu'elle ne se dit pas que depuis qu'elle aime elle se sent 
meilleure, plus noble, etc.... (3°) Lorsqu'elle se distingue d'avec 
la passion, elle place son moi dans la raison et dans la Uberté. 
C'est l'âme généreuse de Descartes. Ce rapprochement est fort 
juste si l'on admet que Madame de La Fayette et Descartes 
aient eu la même philosophie. Il est faux si l'on en déduit, comme 
certains critiques sembleraient croire, que c'est la lecture du 
Traité des passions qui a fait ainsi envisager la vie à Madame de 
La Fayette. Nous ne voyons ici qu'une "communauté d'in- 
spiration" comme M. Lanson a si bien fait remarquer qu'il y 
en a une entre la philosophie de Corneille et ceUe de Descartes. 
Là aussi la similitude est frappante, mais les passages de Corneille 
qui se rapprochent le plus du texte du Traité sont tirés de pièces 
antérieures au hvre du philosophe^. 

Qu'elle soit tirée de Corneille, de Descartes, de la conversa- 
tion de ses amis, ou tout simplement de ses expériences person- 
nelles et de son caractère, toujours est-il que la philosophie 

^ Un autre critique trouve en 1870 que la P. de C. est immorale. Nous 
avons nommé M. A. de Margerie {Madame de la Fayette, Nancy, 1870, 
8°) qui compare, dans sa brochure, la princesse et Pauline. Mais, d'après 
lui, Pauline est morale parce que chrétienne. 

2 Cherbuliez (Victor), Rev. des deux mondes, 15 mars 1910, p. 284 
et suiv. 

2 Voir à ce sujet la Rev. d'Hist. litt. de la Fr. 1894, i. 410. 



224 Madame de La Fayette [ch. xii 

de Madame de La Fayette s'accorde bien avec celle de 
Descartes. 

Il faut nous borner à ces quelques considérations sur la 
pensée philosophique qu'a eue notre auteur; nous craignons 
d'être lourd, et Madame de La Fayette nous en voudrait de 
faire d'elle un philosophe. Certainement, elle ne pensait pas à 
la philosophie en faisant la Princesse de Clèves. Arrêtons-nous 
donc sur cette pensée qui lui serait agréable. Son roman n'est 
pas oubUé, comme nous l'avons suffisamment démontré dans 
le chapitre que nous lui avons consacré. Au contraire, il 
paraît avoir en ce moment un regain de popularité. Son auteur 
était, pour emprunter un beau passage de M. Anatole France, 
une de ces femmes du temps jadis "qui eurent l'art de bien 
vieiUir, d'achever de vivre.... qui, sages enfin et coquettes encore, 
abritaient pieusement sous la dentelle les débris de leur beauté, 
les restes de leur grâce et de loin souriaient doucement à la 
jeunesse, dans laquelle elles cherchaient les figures de leur 
souvenirs^." Les débris eux-mêmes n'existent plus, mais parce 
que Madame de La Fayette a eu le talent de faire une œuvre d'art 
de ses souvenirs, elle sourit encore de loin, à travers plus de deux 
siècles, à cette jeunesse qui aime et qui aimera toujours, tantôt 
heureusement, souvent malheureusement, avec les mêmes joies 
et les mêmes douleurs qu'éprouvaient la princesse de Clèves et 
sa charmante créatrice. 

^ Vie litt. IV. à propos de Notre Cœur de Maupassant. 



BIBLIOGRAPHIE DES ŒUVRES DE 
MADAME DE LA FAYETTE 



Liste des bibliothèques dont nous avons consulté les catalogues, 
et des abréviations employées. 



Amiens. Bibliothèque de la Ville. 
Amsterdam. Bib. de l'Université. 

U.B.A. 
Angers. Ville. 

Avignon. Bib. et Musée Calvet. 
Berlin, (a) Kgl. Bib. (b) Univ. 

(a)K.B.B. (6)K.U.B.B. 
Blois. Ville. 
Bordeaux. VUle. 
Bruxelles. Bib. Royale de Belgique. 

B.R.B. 
Cahors. Ville. 
Cambridge. Univ. (Angleterre.) Can- 

tab. 
Châteauroux. Ville. 
Cologne. Stadtbib. 
Copenhague. Bib. Royale. B.R.C. 
Dijon. B.D. 

Dresde. Kgl. Off. Bib. K.B.D. 
DubUn. Trinity CoUege. T.C.D. 
Florence. Bib. Naz. Centrale. 

B.N.C.F. B.N.F. 
Gand. Univ. B.U.G. 
Genève. Ville. 
Grenoble. Ville. 
Harvard. (E.U.A.) Univ. 
Havre. Ville. B. du H. 
Haye (La). Kônig. Bib. K.B.H. 
Leipzig. Univ. U.B.L. 



Leyde. Univ. 

Londres. British Muséum. B.M. 

Lyon. ViUe. B.V.L. 

Madrid. Bib. NacionaL 

Manchester. Univ. 

Mayence. St. Bib. 

Munich. K.-Hof, und Staat-Bib. 

Nancy. Ville. 

Nantes. Ville. B.P.V.N. 

New York. N.Y.P.L. 

Nice. ViUe. B.V.N. 

Nîmçs. Ville. B.M.N. 

Padoue. Univ. 

Palerme. Bib. Naz. 

Paris. Arsenal. B.A. B. Ars. 

Mazarine. B. Maz. 

Nationale. B.N. 

Sainte-Geneviève. 

Université (Sor bonne). B. 
Sorb. 
Rome. Bib. VaUicelUano. 
Saint-Louis. (E.U.A.) Ville. 
Strasbourg. K. Univ. und L. K.L.S. 
Stuttgart. K. Landesbib. 
Troyes. ViUe. B. Tr. 
Turin. Bib. Civica. 
Yale. (E.U.A.) Univ. 
Zurich. Stad. Bib. 



\ 



15 



226 Madame de La Fayette 

Le Portrait de Madame de Sévigné. 
Manuscrit. 
Copie du Portrait de Madame la Marquise de Sévigné par Madame de la Fayette 
sous le nom d'xm inconnu. F" 573-^ du Recueil de Camus, Recherches 
curietises. Tome v. Bib. Ars. ms. 675. Écriture du commencement du 
XVIIle siècle. 

Éditions. 

1. 1659. Divers portraits. Imprimés en l'année mdclix. 4°, s.l. pp. 313-317. 

Portrait de Madame de Sévigné. . .etc. (Dans l'exemplaire L. 37, b. 187 
de la Bib. Nat. se trouve une note manuscrite ainsi conçue: "A Caen par 
ordre et aux dépens de Mademoiselle sous les yeux et par les soins de 
M. Daniel Huet depuis Evesque d'Avranches. Il n'en a été tiré que 
soixante exemplaires. On sçait cette particularité de M. Huet lui-même 
qui l'a dit en 1718 à un de ses amis.") 

2. 1659. Recueil de portraits et éloges en prose, dédié à son Altesse Royale 
Mademoiselle. Paris (Sercy et Barbin). 1 vol. in 12° de 32.5 pp. (Cette 
édition n'est pas une simple réimpression de celle de Caen. On a omis d'y 
mettre quelques portraits, et des meilleurs, poiu" en ajouter d'autres.) 

3. 1659. (La Galerie des Peintures ou) Recueil des Portraits en vers et en 

prose dédié à son altesse royaUe Mademoiselle. Paris (Charles de Sercy et 
Claude Barbin). 1 vol. 8°. À la page 824. (Les mots entre parenthèses ne 
se trouvent que sur le titre gravé. Le texte corrige celui de l'édition de Caen ; 
p.e. Caen: "Grâce au privilège d'inconnu que je suis auprès de vous. . ." 
Paris: "Grâce au privilège d'inconnu dont je jouis auprès de vous.") 

4. 1663. La Galerie des Peintures ou Recueil des Portraits et éloges en vers 

et en prose, contenant les portraits du Roy, de la Reyne, des Princes, 
Princesses, Duchesses, Marquises, Comtesses et autres Seigneurs et Dames 
les plus illustres de France. I^a pluspart composez par eux-mesmes. 
Dédiée à son Altesse Royale Mademoiselle. Deux parties, Paris (Sercy). 
2 vols, in 120. (Pareille à la 3^ édition avec quelques portraits en plus. Nous 
n'en avons pas vu d'exemplaire.) Bib. Nat. Cent, di Fienza. Bib. Troyes, 
etc. 

5. 1804. Réimprimé à la suite de la Princesse de Montpensier. Voir au 

No. 28. 

6. 1860. La Galerie des Portraits, etc Nouvelle édition avec des notes 

par M. Edouard de Barthélémy. Paris (Didier). 1 vol. in S° de vni-562 pp. 
p. 95. Rétablit le texte original. 

(Ce portrait a été souvent réimprimé — en tête des œuvres de Madame 
de Sévigné, dans des Recueils et dans des livres de classe.) 

La Princesse de Montpensier. 

7. 1662. La Princesse de Montpensier. A Paris chez Thomas Jolly au Palais 

dans la petite salle, aux Armes d'Hollande et à la Palme, mdclxh. Avec 
privilège du roi. 1 vol. 8°, 9 x 14 cm. pp. vm-142. Privilège à Augustin 
Courbé — cédé par lui à Jolly et BLIlaine. Achevé d'imprimer le 20 août 
1662. B.A. BeUes Lettres 13573. B.N. Y" 6613. 



Bibliographie 227 

(M. de Barthélémy dans son édition des Divers Portraits, p. 95, Note 2, 
écrit: "Elle écrivit son roman de la Princesse de Montpensier en 1660" et 
il cite comme autorité Sainte-Beuve, Portraits de femmes. Mais ce dernier 
donne comme date de ce roman 1660 ou 1662 et note que Moreri lui attribue 
la date 1662, Quérard 1660. Sainte-Beuve ajoute, "Ce qu'il y a de certain 
c'est que la première édition publique, avec privUège du roi, est de 1662." 
C'est en effet la date de l'editio princeps et nous ignorons l'existence d'une 
édition autre que "l'édition publique.") 

8. 1662. La Princesse de Montpensier. Paris, Th. Joly. Pet. in 12°, 106 pp. 
chiff. (Catalogue Rochebilière, p. 381, No. 716, qui signale cette édition 
comme une contrefaçon de Grenoble. Pour les détails voir ce catalogue.) 

9. 1662. La Princesse de Montpensier. A Paris, chez Charles Sercy, au 

Palais, dans la Salle Dauphine, à la Bonne foy couronnée. Avec privilège 
du Roy, 1 vol. in 12°, pp. vi-142. 

(Exemplaire des mêmes dimensions que le No. 7 et ayant le même 
nombre de pages, mais qui n'est pas de la même édition car la disposition 
des pages diffère. B.N. Y^ 6614.) 

10. 1662. La Princesse de Montpensier. Paris, Louis BiUaine. (Brunet, Supp. 
Probablement le No. 7 avec la page de titre modifiée. Nous n'avons pas 
VM d'exemplaire de cette édition.) 

11. 1671. La Princesse de Montpensier. louxte la copie. A Paris chez 
Thomas JoUy, au Palais, dans la Petite SaUe, aux armes d'HoUande et à 
la Pahne. 1 vol. in 12°, pp. 114. B.N. Rés. Y^ 1544. 

(Elzevier. Imprimé en gros caractères. Cité avec l'adresse à Amsterdam 
au catalogue de 1674. Voir Willems, Ambroise, Les Elzevier.) 

12. 1674. La Princesse. . .etc. A Paris chez Charles Osmont au cinquième 
pilier de la grande salle du palais, à l'Écu de France. 1 vol. in 12°, pp. vi-144 
(15 X 7/5 cm.). B.N. Y^ 60777. 

(Celle-ci est la seconde édition originale et comme Brunet fait remarquer 
doit avoir été revue par l'auteur.) 

13. 1675. Idem. Paris, Ch. Osmont, in 12° de 4 ff. prélim. non chiff. et 143 
pp. chiff. (3^ édition originale. Quoique la coUation soit la même que 
pour le No. 12 l'édition est différente. Cat. Rochebilière, No. 18, p. 381. 
Nous n'avons pas vu cette édition.) 

14. 1678. Idem. Paris, chez Charles Osmonts (sic) dans la Grand' SaUe du 
Palais du costé de la Cour des Aydes à l'écu de France. 1 vol. in IB^ 
(14 X 8 cm.), pp. vi-144. 

(Mêmes dimensions et pagination que le No. 12 mais non pas identique: 
costé (1674) devient côté (1678): estoit, étoit, etc., bien que ces change- 
ments d'orthographe n'aient pas été faits partout. B.N. Y^ 69778. B.N. CF. ) 

15. 1679, Idem. A Lyon chez Thomas Amauky rue Mercière à la Victoire. 
1 vol. in 12° (14 x8cm.), pp. 154. 

(Le Libraire au Lecteur est paginé avec le texte. Privilège de trois 
ans accordé à Amaulry à Lyon le 17 fév. 1679. B.N. Y^ 60779.) 

16,1681. Idem. A Paris chez Charles Osmont ,. . I vol, 8°, pp, vi-146, B,M, 
C, 30. a. 29 (2). 

15—2 



228 Madame de La Fayette 

17. 1684. Idem, dans le T. m du Recueil de pièces galantes en prose et en vers 
de Madame la Comtesse de la Suze et de Monsieur Pellisson. Voir Recueils 
plus loin. 



18. 


1691. 


19. 


1693. 


20. 


1695. 


21. 


1696. 


22. 


1698. 



Idem. Voir Recueils. 



23. 1701. Idem. A Toulouse. Chez Dominique Desclassan, Imprimeur juré 
de l'Université. 1 vol. in 12o (14/5 x 8 cm.), pp. 98. B.N. Y^ 60780. 

24. 1720. Idem. Amsterdam, in 12». 

(Page 167 de la Portefeuille de Baudot, section Romans. B. Ars. MS. 
5361, et catalogue de la B. de Bordeaux No. 15990. Nous n'avons pas vu 
cette édition.) 

25. 1723. Idem. A Paris Quay des Augustins. Chez: Jean Musier. . .Jean 
Antoine Robinot. . .et Noël Pissot. . . 1 vol. in 8° (9 x 16 cm.), pp. x-143. 
B. Ars. 13574 B.L. B. Munie, de Nîmes 8815. 

26. 1725. Idem. Suze. Voir Recueils. 

27. 1741. Idem. Idem. 

28. 1804. Idem, par Mme de la Fayette^. A Paris chez Ant. Aug. Renouard. 
1 vol. in 16° (17 X 9/5 cm.). (Note du Libraire, pp. 5 et 6. Texte de la 
Princesse de Montpensier jusqu'à la page 88. Portrait gravé de Madame de 
Sévigné. Portrait de Madame de Sévigné par Madame de La Fayette, 
pp. 89-95. B.N. Vélins 2906. Bel exemplaire sur vélin à grands marges, 
relié en maroquin bleu à dentelles et doublé de moire rose par Brade] aîné. 
On a tiré cette édition sur vélin et sur papier vélin.) 

29. 1849. Idem. (Livraisons 21 and 22 in 4P de 6 feuilles des Romans illustrés 
anciens et modernes. Paris, chez Maresq, rue Gît-le-Cœur. No. 1093 du 
Journal de la Librairie, 1849. Nous n'avons pas vu cette édition.) 

30. S.d. (La Bib. publique de New York (E.U.A.) nous signale une édition 
du livre : Silvio PeUico — Mes Prisons, Paris, s.d. Racons et Cie. in F°, qui 
donne aux pp. 43-48 une réimpression de la Princesse de Montpensier.) 

Voir av^si sous Collections. 

Zaïde. 

31. 1670. Zayde: histoire espagnole par Monsieur de Segrais avec un 
traitté de l'Origine des Romans. Par Monsieur Huet. A Paris. Chez 
Claude Barbin, au Palais sur le second perron de la Sainte ChappeUe, 
MDCLXX. Avec privilège du Roi. 2 vols, in 8° (15 x 9/5 cm.), i, pp. 442. 

I. (a) De l'Origine. . .etc. à la page 99. (b) Zaïde, pp. 99-441. 
(c) Extrait du Privilège, p. 442. 

IL (a) Extrait du Privilège, pp. i-n. (6) Texte, pp. 536. B.N. Rés. 
Y2 1570-71. 

(La seconde partie fut pubUée une année après la première.) 

^ Il est à remarquer que les éditions précédentes sont sans nom d'auteur. 



Bibliographie 229 

32. 1672. Idem. Suivant la Copie imprimée à Paris 1671. 2 tomes en un vol. 
in 8° (16 X 9/5 cm.). La page de titre est précédée par un beau faux titre 
gravé par R. de Hooghe, T. i, pp. 154. Un feuillet blanc. T. n, pp. 164. 
(Elzevier) B.M. 12510. b. 3. 

33. 1699. Idem. Paris, Michel Brunet. 2 vols, in 12° (15 x 7/5 cm.) de 411 
et 324 pp. B. Troyes No. 5376 Belles Lettres. 

34. 1700. Zayde: Histoire Espagnole. Par M. De Seorais de l'Académie 
Française. Avec un Traitté de l'Origine des Romans Par M. Huet, Evêque 
d'Avranches. Nouvelle Edition revue et corrigée par l'Auteur. A Amster- 
dam, chez les Héritiers d'Antoine Schelte, mdcc. 2 tomes en un vol. in 
12° (13/5 X 7/5 cm.). T. i, pp. 360. T. n, pp. 286. B.M. 634. c. 16. 

35. 1705. Idem. Paris chez Christophe David, près des Augustins. . . 2 vola, 
in 120 (16 X 9 cm.). T. i, pp. n^l2. T. n, pp. n-324. B.N. Y^ 68034-35. 

36. 1705. Idem. Paris, chez Charles Osmont. . . (CeUo-ci n'est que l'édition 
No. 35 imprimée chez G. P. du Mesnil qui porte dans un cas (No. 35) le 
nom du hbraire David, dans l'autre (No. 36) celui de C. Osmont.) 

37. 1705. Idem. Amsterdam, J. Desbordes. 1 vol. in 12°, pp. LXXXVin-416. 
Grav. B.R. de Belgique. (BruxeUes) Ville 69315. 

38. 1715. Idem. Réimpression du No. 37. B.M. 634. a. 17. B.N. Y^ 68036. 

39. 1719. Idem. Par la Compagnie des Libraires associés. 2 vols, in 12° 
(16 X 9 cm.). T. I, pp. 312. T. n, pp. 324. B.N. Y2 68037-38. Exemplaire 
incomplet. 

40. 1725. Réimpression du No. 39. B.N. Y^ 68039. B. Dijon. B. Munie. 
Nîmes. 

41. 1764. Idem. Par les mêmes. 2 vols, in 12o(14 x 8 cm.). T. i, pp. vi-270. 
T. n. pp. 296. B.M. et B.N. 

42. 1780. Zayde: Histoire Espagnole par Mme de la Fayette. A Paris, de 
l'imprimerie de Didot l'aîné. 3 tomes en 3 vols, sur véUn in 12°. i, pp. 156. 
n, pp. 135. m, pp. 166. B.M. C. 26. c. 1, 2, 3. 

(Un des trois exemplaires imprimés sur véUn. Fait partie d'une Collection 
imprimée par ordre du comte d'Artois. B.N. et B.N.F. possèdent des 
exemplaires de cette édition, mais sur papier.) 

43. 1814-15. Voir Collections. 

44. 1821. Bibliothèque d'une Maison de Campagne. Tome Lix, Sixième 
livraison, Zayde. . .par Madame de la Fayette, précédée d'un traité des 
romans. Paris chez Lebègue... 2 vols. (T. Lix et LX de la collection) 
in 12° (17 X 10 cm.). i, pp. 260. n, pp. 266. B.N. Z 42874-5. 

45. 1826. Zayde. Paris, Werdet et Lequien. 2 vols, in 32° ornés de front, 
gravés et de grav. New York Pub. Lib. Coll. des meUl. rom. dédiée aux 
Dames. Voir Collections. 

46. 1828. Idem. Paris, chez Dauthereau. 2 vols, in 32°: i, pp. 203. n, pp. 211. 
Nîmes B. Mun. 

47. 1835. Zayde. . .Paris, A. Derez, éditeur, au Bureau du Musée des FamiUes. . . 
Un vol. in 16°, pp. 176 (19 x 12 cm.). Bib. écon. et périod. des meilleurs 
romans. Madame de La Fayette, 2. B.N. Y^ 18071. 

Et voir sous le titre Collections. 



230 Madame de La Fayette 

La Princesse de Clèves. 

48. 1678. La Princesse de Clèves. Tome i (sans aucun nom d'auteur). 
A Paris chez Claude Barbin, au Palais svu- le second perron de la Sainte 
Chapelle, MDCLXXvm. Avec privilège du Roi. T. i, 2 £E. prélim. non chiff. 
et 211 pp. chiff. T. n, 214 pp. chiff., 1 f. blanc. T. m, un f. pour le titre, 
216 pp. chiff. T. IV, 211 pp. chiffrées (la dernière porte par erreur le no. 
213) et 5 pp. non chiff. pour le priv. Pour chaque partie un en-tête gravé 
sur bois. Il se trouve des exemplaires sur papier réglé en rouge. B. Ars. 
13508. b. 1. B.N. Trois exemplaires, mais avec d'autres gravures sur les 
pp. de titre. 

49. 1678. Idem. 2 tomes en un vol. in 12° (13 x 7/5 cm.). Lib. au lect. pp. m. 
Texte pp. 197. Trois pp. priv. l^^ partie à la page 102, 11°^^ partie à la 
p. 203, p. blanche. Fin du T. i. III "^e partie 1 à 100, IV «>e loi à 197. Fin 
du T. n. B.M. 12510. d. f. 4. 

50. 1678. Idem. La bib. de la ville de Châteauroux possède deux parties 
d'une édition de chez Barbin: I'''' partie, pp. 87; 11™" partie, pp. 84. C'est 
probablement une contrefaçon. 

51. 1679. La bib. de l'Univ. de Yale (E.U.A.) possède un exemplaire en 
très mauvais état d'une édition qui aurait été publiée à Londres. (Contre- 
façon française?) 

52. 1688. Idem. Nouvelle édition. Amsterdam, Abraham Wolfgang. 1 vol. 
in 12°, pp. n-417. Priv. du roi. U.B.A. K.B.D. K.L.S. 

53. 1689. La Princesse de Clèves. Tome i. A Paris Chez Claude Barbin, . . . 
4 tomes in 12° (147 x85mm.). Achevé d'imprimer pour la seconde fois 
le 9 mai 1689. Collation: exactement pareille à l'édit. orig. jusqu'à la 
faute de pagination dans le dernier tome. (Sans nom d'auteur. L'idée, 
assez répandue, que cette édition porte le nom de Madame de La Fayette 
est sans fondement.) B.V.H.^ 

64. 1695. Amourettes du duc de Nemours et de la Princesse de Clèves. 
Amsterdam, Jean Wolters. In 12°, Brunet et Graesse. (Pas trouvée.) 

55. 1698. Amourettes. . .Dernière édition. Amsterdam, Jean Wolters. In 12°, 
pp. n-394. Titre gravé. K.L.S. B.R.C. B.R.B. 

56. 1702. La Princesse de Clèves. . . Lyon, Didier Guillimin. 4 t. in 12°. B.V.L. 
57.1704. Idem. Paris. Par la Compagnie des Libraires associés .. . 3 tomes 

8° (17 X 9 cm.) : T. i, pp. n-103, page blanche. Prem^ partie du roman, n, 
pp. 106, dont 103 de texte. Deux^ partie. T. m, pp. 214. Troisième et 
quatrième parties. B.A. B. Nat. 

58. 1714. La Princesse de Clèves ou les Amours du duc de Nemours Avec 
cette Princesse. Nouv. édit. Amsterdam, David Mortier. 1714. 1 vol. 
in 12°. K.U.B.B. K.B.D. K.B.H. 

59. 1719. La Princesse de Clèves. Paris, Comp. Lib. Ass. 3 T. en un vol. 
in 12°: i, pp. vi-104. n, pp. 105-208. in, pp. 210. B.M. B. Nat. 

60. 1725. Idem. Même pagination. Enregistré le 27 fév. 1719. B. Nat. 
B. Maz. 

^ La Bibliothèque de la Sorbonne vient d'acquérir un exemplaire de cette 
édition, devenue très rare (R. ra. 1044). 



Bibliographie 231 

61. 1741. Idem, r, pp. 204. n, pp. 212. B.N. 

62. 1752. Idem. Réimpression du No. 61. B.N. 

63. 1764. Id. Comp. Lib. Ass. 2 vols, in 12° (14x8 cm.): i, pp. 224. n, 
pp. 224. B.A. B.M. B.N. 

64. 1780. La Princesse de Clèves par Mme de la Fayette. A Paris, de l'im- 
primerie de Didot l'aîné. 2 T. in 12°: i, pp. 184. n, pp. 166. Collection 
du comte d'Artois, Nos. 7-8. Voir le No. 42 ci-dessus. B.M. (Vélin) 
B.N. B.N.F. 

65. 1782. La Princesse de Clèves. A Londres. 2 vols. : i, pp. 186. n, pp. 184. 
Bibliothèque amoureuse. K.L.S. 

66. 1791. Idem. Londres, mdlxxxxi (sic). 2 T. in 12» (13/5 x 8/5 cm.): i, 
pp. 164. n, pp. 160. B.M. 

67. 1798. Idem. Paris Chez Lemierre, Raphaël et Bertrandet. An VII. 
I, pp. 172. n, pp. 171, in 12°. B.R.C. 

68. 1818. Id. par Mme de la Fayette. Paris, Ménard et Deseime Fils. 1 vol. 
in 180 (13 X 8/5 cm.), pp. 298. Quatre gravures. B.M. B.N. 

69. 1825. Idem. Paris, Corbet aîné. 1vol. in 12° (15x9 cm.), pp. 270. 
Bibliothèque française. B.N. 

70. 1828. Réimp. du No. 64. Nous n'avons pu trouver d'exemplaire de cette 
édition signalée par Graesse et Taine. 

71. 1828 (?). Cette édition signalée par Taine est la même que le No. 69. 
EUe est mentionnée (No. 5181) dans le Journal de la Librairie de cette 
année avec la date 1825 entre parenthèses. 

72. 1830. Idem. Au bureau des éditeurs. Rue Saint-Jacques, No. 156. 1 vol. 
in 12° (14 X 8/5 cm.), pp. 272. Notice sur Mme de La Fayette, pp. 1-8. Bib. 
des amis des lettres, 205^ livraison. B.N. 

73. 1853. Idem. Paris, Bureau de la Bib. Choisie, 28 rue des Bons Enfants. 
1 vol. in 120(15/5 X 9/5 cm.), pp. 186. B.N. 

74. 1861. Idem. Paris, Adolphe Delahays. . . 1 vol. in 12o (16/5 x 10/5 om.), 
pp. 186. B.N. 

75. 1868. Idem. Paris, Picard... 1 vol. in 12» (16x10 cm.), pp. vin-238, 
Table. Nouvelle collection Jannet. B.M. B.N. 

76. 1877. Réimp. du No. 75 chez Lemerre. B.N. 

77. 1878. Idem. Paris, Quantin. 1 vol. in 12o (20 x 12 cm.), pp. 394. Préf. de 
Taine, Eaux fortes de Masson, Facsim. d'écriture. Le style a été modernisé 
mais on trouve les variantes à la fin. BibUog. Vol. 3 de la Petite bib. de 
luxe. B. Sorb. etc. 

78. 1881. Idem, précédée d'une étude par M. de Lescure. Front, gravé par 
Lalauze. Paris, Lib. des Biblioph. 1 vol. in 12o (18 x 11 cm.), pp. LXxn-232. 
Bib. des Dames, No. 2. B.N. etc. 

79. 1881. Idem. Paris, Lib. de la Bib. Nat. 1 vol. in 12° (14x9 cm.), 
pp. 192. Bib. Nat. Coll. des meill. auteurs anc. et mod, B.N. etc. 

80. 1881, Réimp, du No. 75. Coll. Jannet-Picard. 



232 Madame de La Fayette 

81. 1889. La Princesse de Clèves, Préf. par Anatole France. Un portrait 
front, et 12 compos. de Gamier gravées par Lamotte. Paris, Conquet. 
1 vol. in 8° (20/5 x 13/5 cm.), pp. xxvin-346. B.N. etc. 

82. 1890. Réimp. du No. 79. N.Y.P.L. 

83. 1891. Réimp. du No. 75 sous le titre — No. 202 des Auteurs Célèbres. B.N. 

84. 1892. Réimp. du No. 79.^ 

85. 1895. Idem. l B.N. 

86. 1897. Idem. J 

87.1908. La Princesse de Clèves. . .Paris, Bauche. 1 vol. in 8°, pp. xxn-102. 
Intro. par Pierre Sales, Gravures sur bois. 

88. 1909. Œuvres de Mme de la Fayette, La Princesse de Clèves, avec une 
notice par Maxime Formont. Paris, Lemerre, 1 vol. in 12° (Elzév.), pp. 
xxxvi-270. Port, front. Petite bib. litt. 

89. 1912. La P. de C. Paris, Perche. 1 vol. in 12°, pp. XLin-227. Intro. et 
note bibKog. par Auguste Dorchain. Chefs-d'œuvre de poche, No. 4. 

89*'''^. 1913. La Princesse de Clèves. Décoré d'un portrait de l'auteur à l'eau 
forte et au burin et de 14 grav. sur bois originales de T. L. Perrichon. 
Paris, PeUetan. In 8 carré, pp. 289. 

89«<'^ 1914. La P. de C. Paris, Collection des chefs-d'œuvre (Farreyrol) m. 16", 
pp. 304. (Tirée à mille exemplaires.) 

90. S.d. Une réimp. hollandaise du No. 49 souvent attribuée aux Elzevier, 
mais qui serait de WoHgang d'après Willems {Les Elzevier, Voir le No. 1923). 
B.M. 

91. S.d. Les Amours de la Princesse de Clèves et du Duc de Nemours, s.l. 
In 120, pp. 252 et 1 f. non chiff. pour le priv. B.U.G. 

92. S.d. La Princesse de Clèves. A Lyon, chez Antoine Besson, pp. 347, 
1 p. priv., 7 pp. catalogue. 1 vol. in 12°. K.U.B.B. 

(MM. Chamard et Rudler préparent, en ce moment, une édition critique 
de la P. de C. 

La maison Crès avait annoncé la publication de ce roman dans la série 
des Maîtres du hvre. Elle est abandonnée.) 

Voir aussi Collections. 

Histoire de Madame Henriette d' Angleterre. 

Manuscrits. 

A. Histoire p. . . . par Madame de la Fayette. Récit de la mort de Madame 

par le Sr. Feuillet. B. Arsenal, 4141 (665 H.F.). 

Papier, 231 pp. 4- les pp. A-c. 212 sur 165 mm. Écriture du XYII® 
siècle. Port. grav. d'H. d'A. par Grignon. Notes en marge. De la bib. 
de M. de Paulmy. Antérieurement ex musaeo du TiUiot anno 1700. 

B. Histoire de Madame Henriette . . . Copie soignée de la fin du XVIP siècle. 

Papier, 113 ff. 268 sur 180 mm. Bib. de Besançon. 

Éditions. 

93. 1720. Histoire de Madame Henriette d'Angleterre. Première 
femme de PhiKppe de France, Duc d'Orléans, par Dame Marie de la 
Vergne, Comtesse de la Fayette. A Amsterdam, chez Michel Charles le 
Cène, MDCcxx. Un vol. in 12° (15/5 x 9/5 cm.), pp. vi-224, 24 pp. catalogue 
de la Maison le Cène. B.M. B.N. 



Bibliographie 233 

94. 1720. Idem, mais de 220 pp. B.N. Y^ 46320. 

95. 1721. Idem. A Amsterdam chez Michel le Sincère. Un voL in 12°, pp. 
vm-240. B.V.L. N.Y.P.L. 

96. 1742. Idem. Amsterdam, Jean F. Bernard. Un vol. in 8° (16 x9cm.), 
pp. vi-220. A la fin on trouve les lettres relatives à la mort de Madame. 
B.M. B.D. 

97. 1853. Idem. Paris, Hachette (Bib. des Chemins de fer). I vol. in 18° de 
vin-127pp. K.B.B. B.R.B. 

98. 1853. Idem, publiée par A. Bazin. Paris, Techener. 1 vol. in 16° 
(16 X 10 cm.), pp. cxci. Bazin supprima les lettres relatives à la mort de 
Madame. Port, front. B.M. B.N. 

99. 1882. Idem, avec une introduction par Anatole France. Paris, Charavay. 

1 voL in 12", pp. LXXXlv-188. Port, de M. H. d'A. Lettres relatives. . . 

Frag. de: Les Amours du Palais Royal. Lettre de Mme H. d'A. (Bib. des 

Français.) 

Voir après Mémoiees. 

Voir aussi Collections. 

Mémoires de la Cour de France, 1688-1689. 

100. 1731. MÉMomES de la Coue de Fkance pour les années 1688 et 1689 
par Madame la Comtesse de La Fayette. A Amsterdam chez Jean Frédéric 
Bernard. Front, grav. 1 vol. in 12° (16/5 x9cm.), pp. 234. B.M. B. Maz. 

101. 1742. Idem. Réimpression. B.M. B.N. 

Histoire et Mémoires ensemble. 

102. 1779. Œuvres diverses de Madame la Comtesse de la Fayette. Maestricht, 
J. E. Dufour et P. Roux, i, Mme H. d'A. pp. xn-210. n, Mém. pp. n-224. 

2 vols, in 120 (ig x 10 cm.). B.N. 

103. 1779. Quérard signale une édition pareille à la précédente, mais publiée 
à Berne. Nous n'avons pas pu en trouver un exemplaire. 

104. 1820. Dans la collection Petitot, Tomes 64-65. 

105. 1839, Id. Michaud et Poujoulat, Tome vm. 

106. 1890. Avec préface, notes et tables, par Eugène Asse. Paris, Jouaust. 
1 voL (17 X 11 cm.), pp. xxn-302. Bib. des Mémoires. 

Voir Collections. 

La Comtesse de Tende. 

107. 1724. La comtesse de Tende, Nouvelle historique, par Madame de La 
Fayette, Mercure de France, Juin, 1724, pp. 1267 à 1291. 

La date 1720, donnée par toutes les bibliographies vues au cours de 
nos recherches, est inexacte. 

Voir Collections. 

Collections. 

Mami^crits. 

108. Bib. Munie, de Nîmes, 235 (13883). 

(a) Hist. de Henriette d'Angleterre. 

(6) pp. 79-112. La Princesse de Montpensier. 

(c) pp. 113-128. La Comtesse de Tende. 



234 Madame de La Fayette 

Papier, 128 pp. Hauteur 197 mm., XVIP siècle. Sur la première page 
la note suivante: Mlle d'Aubais ce 7 décembre 1728. Sur les plats un ex 
libris: Bib. du Marquis d'Aubais. 

109. Bib. de Sens 221, p. 292: (a) Histoire de Henriette d'Angleterre, {h) La 
Comtesse de Tende. Papier, 460 pp., 263 sur 190 mm., XVIIP siècle. 

Éditions. 

110. 1741. Bib. de Campagne ou Amusements de l'esprit et du cœur. A La 
Haye, Jean Neaulme, in 12°. T. iv, pp. 257. La Comtesse de Tende. 
T. V, pp. 209-354. La Princesse de Clèves. T. xn (1742), pp. 111-146 
La Princesse de Montpensier. B.N. 

111. 1749. Idem. Nouv. éd. T. v, pp. 1-292, C. de T. et P. de M. T. vm, 

P. de C. T. X, Zayde. 

112. 1761. Idem. Genève, v, Zayde. vu, P. de C. vm, C. de T., P. de M. 
B.R.B. 

113. 1775-1776. Bib. Univ. des romans anciens et modernes. . .Paris 
(161 x97mm.). T. iv, p. 156, Zaïde. T. v, p. 129, P. de C. T.C.D. 

114. 1786. Œuvres de Madame de la Fayette. Amsterdam et Paris. 8 tomes 
en 4 vols, in 12° (14/5 x 7/5 cm.). Vol. i: pp. 1-36, Notice par Delandine; 
pp. i-xcvm. L'origine des romans (Huet); p. 122, Zayde. Vol. n: Zayde, 
suite et fin; p. 254, La P. de C. Vol. ni: La P. de C, suite et fin; La P. de 
M.; Lettres à Mme de Sévigné; Portrait de Mme de Sévigné. Vol. iv : Mém. ; 
Hist. de Mme H., lettres relatives. . . Bib. Nat. 

116. 1804. Œuvres complètes de Mesdames de la Fayette et de Tencin. 

Nouv. éd etc. Paris, chez Cobiet. . .etc. 5 vols, in 8° (20 x 13 cm.), i: 

Notice par Auger ; Orig, des Romans ; Zayde ; Port, front, de Mme de la 
F. n: P. de C. ; C. de T.; P. de M.; Mém. m: Mémoires, suite et 
fin; Hist. de Mme H., Lettres relatives. . . ; Lettres à Mme de Sévigné; 
Extraits de lettres diverses de Mme de la Fayette; Portrait de Mme de 
Sévigné, 

116. 1807. La Princesse de Clèves, suivie des lettres à Madame la Marquise 
de . . . sur ce roman et de la Comtesse de Tende. Paris, Ange Clo. 2 vols, 
in 120 (18x10 cm.). b,n. 

117. 1812. Œuvres complètes de Madame de la Fayette, nouv. éd Paris, 

d'Hautel. 5 vols, in 12° (14 x 8/5 cm.), i : Notice, 28 pp. ; Orig. des romans ; 
Zayde. n: Zayde, suite et fin. ni: La P. de C. iv: P. de C, suite et fin; 
C. de T.; P. de M.; Mém. v: Mémoires, suite et fin; Hist. de Mme H., 
Lettres relatives...; Lettres à Mme de Sévigné; Portrait de la même. 
B.N. B.M.N. 

^118. 1814. Collection des meilleurs ouvrages de la langue française dédiée 
à son altesse royale Madame, duchesse d'Angoulême. . . Paris, Didot 

l'aîné. La P. de C. suivie de la P. de M 2 vols. l, pp. vi-156. n, pp. 209. 

U.B.L. Zaide... 2 vols. B.V.N. 

119. 1820. Œuvres complètes de Mesdames de la Fayette, de Tencin et de 
Fontaines. Avec ... notices ... par Auger. Paris, Lepetit. 4 vols, in 8® 

^ Voir dans la Revue d'Histoire littéraire de la France, 2ie année. No. ] , janvier- 
mars, 1914, pp. 237-238: une note de M. René Harmand. 



Bibliographie 235 

(20 X 13 cm.), Grava, i, pp. 382: Orig. des Romans; Zaïde. n, pp. 526: 
P. de C. ; C. de T. ; P. de M. ; Mém. ; Hist. de Mme H., Lettres relatives. . . ; 
Idem à Mme de Sév. ; Portrait de Mme de Sév. 

120. 1823. Graesse signale une édition plus complète de la précédente. 

121. 1823. Mémoires de la cour de France. . .Paris, Colnet. . .Pillet aîné. . . 
1 vol. in 18° (13/5 x8cm.), pp. 222. Notice d'Auger; Mém.; Portrait de 
Mme de Se vigne; Coll. des Mém. hist. des Dames françaises. 13^ liv. B.N. 

122. 1825. Œuvres complètes de Mesdames de la Fayette, de Tencin et de 
Fontaines. . .notices. . .Etienne et Jay. . .Paris, P. A. Moutardier. 5 vols, 
in 8°. I: Notice par Jay; Orig. des Romans; Zaïde; pp. xliv-418. n: P. de 
C; C. de T.; P. de M.; Mém.; Table; pp. 424. m: Mém. suite et fin; 
Hist. de Mme H., Lett. rel ; Lett. à Sév.; Port, de Sév.; pp. 436. B.X. 

123. 1826. La Princesse deClèves suivie de la princesse de Montpensier . . .Paris, 
Werdet. . . 2 vols, in 16° (12 x 8 cm.), Gravs. i: pp. xvi-170. n: pp. 232. 
Coll. des meill. rom. franc, dédiée aux Dames. B.N. Zaïde, 2 vols. N.Y.P.L. 

124. 1827. Idem, chez Dauthereau. 2 vols, in 16° (12 x 8 cm.), i, pp. vin-168: 
Lettre de Fontenelle tirée du Mercure; P. de C. n, pp. 222. Coll. des 
meill. rom. franc, et étrangers. B.N. 

125. 1832. Réimp. du No. 122. B.N. 

126. 1835. Idem. Paris, A. Desrez... 1 vol. in 8° (20 x 12/5 cm.), pp. xn- 
164. Bib. écon. et périod. des meilleurs romans. B.N. 

127. 1846. Œuvres choisies de Madame de La Fayette. . .Paris, Au Bureau 
de la Gazette des Femmes. 2 vols, in 8° (12 x 16 cm.). l, pp. 264: C. de T. ; 
P. de M. ; H. d'A. ; P. de C. n, pp. 152: P. de C. Bib. des Dames. B.N. 

128. 1859. La Princesse de Clèves suivie de La Princesse de Montpensier. . . 
1 vol. in 18°, pp. xn. Lettre de Fontenelle-322. B.N. 

129. 1864. Œuvres de Madame de la Fayette. Gravures sur acier d'après 
les dessins de G. Staal. Paris, Garnier Frères. 1 vol. in 8° (23 x 14/5 cm.), 
pp. XVI, Notice par Auger-510. Bib. Amusante. Zaïde ; P. de Cl. ; P. de M. ; 
C. de T. ; Lettres à Slme de Sév. ; Portrait de Mme de Sév. ; Orig. des Romans. 
B.M. 

130. 1875. Réimp. de la précédente. B.N. 

131. S.d. (1882). Romans et nouvelles de Madame de la Fayette ... Préf. 
d'Auger. Paris, Garnier. 1 vol. in 16° (18 x 11 cm.). Front, sur bois. pp. 
xvn-484. Zaïde; P. de C; P. de M.; C. de T. 

132. 1896. La Fayette's La Princesse de Clèves. Edited with introduction 
and notes by B. F. SIedd and J, H. Gorrell. 12^. xn-152 pages. Boston, 
É.U.A. et Londres. 

133. 1905. Mémoires de Mme de la Fayette. Précédés de la Princesse de 
Clèves. Paris, Ernest Flammarion, s.d. (1905). 1 vol. in 16°, pp. 374. 
Mém. H. d'A.; P. de C. ; Notice de deux pages en tête; Port, et facsim. 
d'autogr. 

134. 1910 La Princesse de Clèves suivie de La Princesse de Montpensier 
et de La Comtesse de Tende. Avec biographie et notes par L. Coquelin, et 
7 grav. dont deux hors texte. 1 vol. in 16°, pp. 179. Bib. Larousse. 



236 Madame de La Fayette 

^135. S.d. La Princesse de Clèves (La Princesse de Montpensier. La Comtesse 
de Tende). Introduction par Mme Lucie Félix-Faure Goyau. 1 vol. in 16°, 
pp. xiv-302. Collection Gallia. Londres (Dent). Paris (Crès). 

Recueils et Extraits. 

136. 1684. Recueil de pièces galantes en prose et en vers de Madame la 
comtesse de la Suze et de Monsieur PéUsson. Augmenté de plusieurs pièces 
nouvelles de divers autheurs. A Paris chez G. Quinet. 4 vols, in 12". Le 
Tome m contient à la page 193 La Princesse de Montpensier par Mme de 
La Fayette. 

137. 1691. Idem, chez Guillaume Cavelier... Identique au No. 136 quant 
au Tome m. 

138. 1693. Idem. 

139. 1695. Idem. Lyon chez Claude Rey. . . Idem. 

140. 1696. Idem, chez Guillaume Cavelier. Idem. 

141. 1698. Idem. 

142. 1725. Idem. Nouvelle édition. A. Trévoux... Tome m, p. 209. 

143. 1741. Idem. Nouvelle édition à laquelle on a joint le voyage de Bachau- 
mont, les poésies du Chevaher d'AceiUy ou de Cailly . . . etc. Semblable 
au No. 142. 

144. 1741. Idem. 

145. 1775-1789. Bib. univ. des romans, ouvrage périodique... 12 vols, in 
12°. Paris. Nov. 1775. p. 156, Notice, extrait de Zaïde, extrait de la P. de 
M. Jan. 1776. p. 129, Critique et, à la p. 186, extrait de la P. de C. 
p. 214, La C. de T. 

146. 1886. Jacquinet. Les femmes écrivains. Paris, Bélin. 8», pp. 176-7-8. 
Notice et extr. de Zaïde, P. de C, H. d'A., Portrait.. Deux lettres à Mme 
de Sév. 

147. 1891. La Cour de France au XVIP siècle par Mme de La Fayette. 
Angers, Burdin. Une broch. de 36 pp. in 8°. 

148. 1894. Morillot. Le roman en France depuis 1610 jusqu'à nos jours. 
Paris. Notice et extr. 

149. 1897. Madame de la Fayette Paris, Ollendorf. 1 vol. in 16°, pp. XL-292. 
Série: Coll. pour les jeunes fiUes; Choix de mém. et écrits des femmes fr. 
au XVII^, XVIII^, et XIX^ siècles avec leurs biog. par JVIme Carette, née 
Bouvet; Notice, Préf. de l'Hist. de H.; Hist. de Mme H., Lettr. rel. ; 
Mém. ; Lettre à Mme de Sév. ; Extr. de lettres diverses ; Portrait. 

150. 1903. Bonnefon, Paul. La Soc. fr. au XVII^ siècle. Paris, Colin. 1 vol. 
in 16°. Extr. des Mém. pp. 339-344. 

151. S.d. Mme de la Fayette. La Princesse de Clèves. Paris, Cornély. Une 
brochure de 32 pp. qui donne des bribes du roman reliées entre elles par 
du français du XIX« siècle. Les paragraphes qui sont à Mme de La F. ne 
sont pas marqués. Le livre pour tous. Nouv. série, 10 c. 

152. S.d. Les femmes auteurs de mémoires au XVIP siècle (Mmes de Motte- 
ville, de la Fayette, et de Caylus). Pithiviers, M. A. Nameless. Une brochure 
de 20 pp. : pp. 6-7, Un paragr. sur la Princesse Henriette : pp. 7-10, La 
mort de Mme. Portrait de Mme de La Fayette sur la couverture. 

^ On a pris de grandes Ubertés avec le texte de la P. de C. 



Bibliographie 237 



Correspondance . 

Lettres publiées seulement. La correspondance de Mme de La Fayette est 
éparse dans des collections particulières et dans des bibliothèques hors de 
France. La place nous manque pour détailler celles dont nous avons appris 
l'existence au cours de nos recherches. Nous espérons pouvoir en faire un 
recueil après la publication de cette étude. 

153. 1709. Lettre écrite par Madame de la Fayette où elle fait parler un 
amant jaloux à sa maîtresse. Aux pp. 151, 152 des Lettres de Bussy- 
Rabutin. Paris, Florentin Delaulne. In 12°. B. Sorb. 

154. 1751. Recueil de lettres choisies pour servir de suite aux lettres de Mme 
de Sévigné à Mme de Grignan, sa fille (Gard, de Retz, duc de La Rochefou- 
cauld, Mme de La Fayette, etc.). Paris, Rollin. In 12°. B. Tr. 

155. 1805. Lettres de Mmes de Villars, de Coulanges et de la Fayette; de 
Ninon de l'Enclos et de Mlle Aïssé. Paris, GoUin, an XIII. 2 vols, in 12°. 
B.P.V.N. 

156. 1805. Lettres de Mesdames de Villars, de la Fayette et de Tencin et 
de MUe Aïssé. Précédées d'une notice et accompagnées de notes explic. 
Paris, GoUin. In 12°, pp. XLvn-366. B.U.G. B.M.N. 

157. 1806. Lettres de Mmes de Villars, de la Fayette, de Tencin, de Coulanges, 
de Ninon de l'Enclos, et de MUe Aïssé. Ace. de notices biog.j de notes 
explic. et de La Goquette Vengée par Ninon de l'Enclos. 3^ éd. Paris, 
Gollin. 3 vols, in 12°. Lettres et port, de Mme de Sév. B.N. 

158. 1818. Lettres de Mme de Sévigné de sa famille et de ses amis pub. par 
Monmerqué. Paris, Biaise. 12 vols in 12°. B. Tr. 

159. 1821. Delort, J. Mes voyages aux environs de Paris. Paris, Picard- 
Dubois. 2 vols. 8°. Contient huit lettres de Mme de La Fayette à Mme de 
Sablé tirées des Portefeuilles de Valant (Bib. Nat.) avec un fac. de la 
première. 

Outre les éditions citées plus loin, ces lettres ont été publiées en partie 
par: Sainte-Beuve, Portraits de Femmes; Gérusez, Plutarque fran. iv, p. 
304; Victor Cousin, Mme de Sablé; M. G. Trochon, dans Anal, juris ponti- 
ficii, sept.-oct. 1876, et dans le Correspondant, T. cv, pp. 869 et 1079 et 
T. cvi, 1080. 

160. 1823. Collection épistolière des femmes célèbres du siècle de t!ouis XIV, 
suivie des souvenirs de Mme de Gaylus pour faire suite aux lettres de 
Mesdames de Sévigné, Maintenon, du Defifant, Lespinasse et du Châtelet. 
Tome I contenant les lettres de Mesdames de Villars, de la Fayette et de 
Tencin. Paris, Chaumerot jeime. Cette coU. devait avoir 10 vols., quatre 
seulement ont paru. 

161. 1855-6. Foumier (Edouard), Variétés historiques et littéraires. Recueil 
de pièces volantes rares et curieuses en prose et en vers. Revues et anno- 
tées. . . Paris, Pagnerri, Bib. elzév. T. rx, pp. 117-129. Les mêmes lettres 
qu'au No. 159. U.B.L. 



238 Madame de La Fayette 

162. 1863. Réimp. du No. 161. 

163. 1863. Bulletin du Bibliophile, 1862, pp. 977-8. Deux lettres de Mme 
de La Fayette à Ménage. 

164. 1870. Huit lettres de Mme de la Fayette à Mme de Sablé. Paris, Libr. 
des Biblioph. ( Jouaust) Plaquette. 2 fiE. blancs, 14 pp. y compris titre et 
avertissement non signé. B. du H. (Publiées pour servir de spécimen aux 
ouvrages en prose que devait publier le Cab. du Bibliophile.) 

165. 1876. Bulletin du BibUophile, p. 258. Une lettre. 

166. 1878. FUlon, Inventaire ... de la collection ... FiUon. Paris, Charavay. 
pp. 88, No. 1003. Billet, in extenso. 

167. 1879. Henry (Charles). Un érudit homme du monde, homme d'église, 
homme de cour, 1630-1671. Lettres inédites de Mme de La Fayette. .. 
extraits de la correspondance de Huet. Paris, Hachette. 1 vol. %°. 

168. 1879. Rassegna settimanale, 30 mars (Turin). Une lettre. 

169. 1880. Curiositâ di storia subalpina. . . Turin (Bocca frères). 8°. Lettere 
inédite di Madama di La Fayette e sue relazioni con la Corte di Torino. 
Une collection de lettres adressées au secrétaire de Madame Royale. 

170. 1890. Revue des deux mondes, 15 mai. Un article de M. d'Haussonville 
qui reproduit quelques lettres de la collection Feuillet de Conches. 

171. 1901. Lanson, G. Choix de lettres du XVIP siècle. . . vi^ éd. Hachette, 
etc. etc. 

Voir aussi Collections. 

Traductions. 
Allemandes. 

172. 1789-94. Une traduction des Romans, 3 vols, in 8° dont nous n'avons 
retrouvé que : 1794, Henriette von England. Deutsch herausgegeben von 
Fr. Schulz. Berlin. 1 vol. 8° (14 x9cm.), pp. xxiv-256. B.M. 

173. Werke. 2 vols. 8° (Kay, Buch-Lex. Vol. 1750-1832, p. 457). La même 
édition que la précédente? 

Anglaises. 

174. 1666. The Princesse of Montpensier. Written originally in French and 
now newly rendered into EngUsh. London. 1 vol. in 8° (16/5 x 10/5 cm.), 
pp. vin-84. B.M. 

175. 1678. Zayde. A Spanish History or Romance Originally written in 
French by Monsieur Segray donc iuto Enghsh by P. Porter, Esq. London 
(William Cademan). 2 Tomes en 1 vol, in 8° (18 x 11/5 cm.), i, pp. xn- 
176. n, pp. 192. B.M. 

176. 1679. The Princess of Cleves. The most famed Romance written in 
French by the greatest Wits of France. Translated into English by a 
Person of Quahty, at the request of some friends. London, R. Bently, 
M. Magnes. 1 vol. in 12o (17 x 10/5 cm.), pp. 259. B.N. 

177. 1688. Une réimp. de la précédente. Identique. 

178. 1690. Seconde éd. du No. 175. London (Francis Saimders). 1 voL in 
80, pp. vi-272 (16/5 x 10 cm.). B.M. 



Bibliographie 239 

179. 1722. A select collection of novels, in six volumes, by the most celebrated 
authors in several languages. Many of which never appeared in EngUsh 
before; and ail New translated from the originals. By several eminent 
hands. London, Printed for J. Watts... 6 vols, in 12° (16x10 cm.). I: 
Front., xvi-Lii, Orig. des Rom.-266, Zaïde. Imprimé en 1720. n: Front., 
214 pp., P. de Clèves. iv + 412 pp. dans le vol. B.M. 

180. 1729. Idem, The second édition adorn'd with Cutts. 6 vols, in 12°. 
I: vi-338, Zaide, Orig., etc. n: pp. 360, 172 pour la P. de C. B.M. 

181. 1777. A collection of novels selected and revised by Mrs Griffith, London, 
printed for G. Kearsley . . . 3 vols, in 12°, Grav. (17 x 10). i : Intro., Zayde, 
Caractère de Zayde et anecdotes sur l'auteur par l'éditeur (c.-à-d. sur 
Segrais). n : pp. 278, 196 pour Zayde. in : La P. de C. ; Notes sur la P. de 
C. pp. n, 268, 158 pour la P. de C. B.M. 

182. 1796. Watt signale une traduction d'Henriette d'Angleterre publiée 
à Londres. In 12°. Nous ne l'avons pas retrouvée. 

183. 1892. The Princess of Cleves by Madame de la Fayette, translated by 
Thomas Sergeant Perry with illustrations drawn by Jules Garnier. . . 
London, Osgood, Mcll vaine and Co. 2 vols, i, pp. 181, Préf. par Pierre 
Lafitte, Pts 1 et 2. n, pp. 295. B.M. (Pap. du Japon, 250 ex. 25 seulement 
pour l'Angleterre.) 

184. 1912. La même que la précédente. London, Harper Bros. 1 vol. Cr. 8°, 
pp. 380. 

Espagnole. 

185. 1888. Cartas escogidas de Madama de Sévigné. . .retrato de Madama 
di Sévigné por Madama de La Fayette bajo el nombre de "un desconocido." 
Paris, Garnier. 1 vol. 8°. 

Hollandaise ( ? ). 

186. 1718. Zaida. Amsterdam (Lescailje). 1 vol. 8°, vi-62. B.R.B. 

Pièces tirées des Romans. 

Françaises. 

187. 1678. La Princesse de Clèves. Tragédie de Boursault. 20 déc. 1678. 
Non imprimée. (Frères Parfait, Hist. du Th. fr. xn, p. 558.) 

188. 1718. Comédie. L'Amour maître de Langue. Th. Italien (Bib. Univ. 
Romans, nov. 1775, p. 166). 

189. 1755. Bret. La jalouse (? Le jaloux). Comédie tirée de Zaïde. 

190. M. Jules Lemaître a tiré une pièce de la Princesse de Clèves. Voir 
Théâtre, m (Calmann-Lévy). 

Anglaise. 

191. 1697. Lee, Nathaniel. The Princesse of Cleves as it was acted at the 
Queen's Théâtre in Dorset Garden, London (Wellington), B. Cantab. xrv. 
16. 10. 

Bibliographie. 

Barbier, A. Dict. des ouvrages anonymes. Paris, 1872. 4 vols. 8° et un supp. 

T. I, Colonne 143. T. m. Col. 1025. 
British Muséum, Catalogue du. 



240 Madame de La Fayette 

Brunet, Manuel du Libraire, etc. 

Bure, Guill. de. Pour Caraccio voir Ouvr. consultés. 

Claudin, A. Bibliographie. . .Rochebilière. Paris, 1892. 

Grande Encyclopédie, La. 

Lalanne et Bordier. Dict. de pièces autogr. volées aux bib. pub. de la France. 

Paris, 1851, 1 vol. 8°, p. 177. 
Lanson, G. Manuel bibliographique. . . Paris, 4 fasc. in 8°, Fasc. n, pp. 515-16, 
Le Petit, Jules. BibUog. des principales éditions orig. . . . Paris, 1888, 8°, 

pp. 346-351. 
Quérard. La France litt.. . . Paris, 1830, T. iv, pp. 390-392. 
Quérard. Les supercheries litt. . . . Paris, s.d. 2® éd. 3 vols. 8°, m. Col. 624. 
(Ungherini, A.) Manuel de BibUog. . . . Turin-Paris, 1892. 1 vol. 8° et deux supp. 
Vallée, Léon. Bibliogr. des BibUogr. Paris, 1883. 
Vapereau. Voir Appendice, p. 265. 
Vicaire, Georges. Manuel de l'Amateur des livres. . .1900, 8", Tome rv. 

Col. 863-868. 
WiUems, Alphonse. Les Elzevier... Bruxelles, 1880, 1 vol. gr. 8°. 

Iconographie. 

Au département des Estampes de la Bibliothèque Nationale. 

Treize Portraits. 

1. En buste de f à gauche dans un ovale. Lith. anonyme. 

2. idem à droite. Lith. BeUiars d'après Ferdinand. 

3. idem à gauche. Grav. par D- 

4. idem à droite dans un ovale. Gr. Delaunay le jeune d'ap. Ferd. 

5. idem id. Lith. Delpech. 

6. idem id. id. Suite de Desrochers. 

7. À mi-corps de | à gauche. Grav. Fessard d'ap. Ferdinand. 

8. En buste de | à gauche dans un ovale. Lith. par Hesse. 

9. idem à droite. Grav. par Lambert d'après Ferdinand. 

10. idem à droite. Grav. au trait sous la direction de Landon d'ap. Fd. 

11. idem à gauche. Bord, ovale. Grav. Mottet d'après Dévéria. 

12. À mi-corps assise de | à droite. Grav. par RifEaut. 

13. En buste de | à gauche, Lith. Villain, 1841. 

Voir à ce sujet le cat. de cette coU. par Duplessis. . .Paris, 1907, 8^ No. 25159. 

D'autres mentions dans: Lelong, Jacques, Bih. hist. de la France. . .1775, 
Fo, IV, 184; Tardieu, Ambroise, Dict. icon. des Parisiens, Herment, 1885; 
The Historical Gallery, Londres, 1815, T. rn, Cook d'ap. Ferd.; Panthéon 
français par Sudré, Paris, 1825, F», Port.; Plutarque français. Éd. Mer- 
michet, Paris (Crapulet), 1836-41, 8°. 



APPENDICE I 

Le Cardinal de Retz et Mlle de La Vergne 

Toute cette aventure dont on a tiré des conclusions un peu trop hâtives, 
nous est surtout connue par les Mémoires du Cardinal. Nous lui laisserons 
la parole le plus souvent, mais, auparavant, une observation s'impose: 
de Retz raconte tout au long dans ses mémoires nombre d'affaires 
galantes. Il n'est jamais effleuré par le moindre remords, et s'il fait 
un récit complaisant de ses débauches ce n'est pas pour s'humilier 
devant le lecteur et la postérité^. Au contraire il jubile au souvenir de 
ses succès, il en tire vanité, et ne sait pas taire les noms de ses conquêtes^. 
Voici donc, d'abord, comment il parle de ses relations avec Mlle de La 
Loupe. 

"Mme de la Vergne, mère de Mme de la Fayette et qui avoit épousé 
en secondes noces le chevalier de Sévigné, logeoit oii loge présentement 
Madame sa fille^. Cette Mme de la Vergne étoit honnête femme dans 
le fond, mais intéressée au dernier point et plus susceptible de vanité 
pour toute sorte d'intrigue, sans exception, que femme que j'aie jamais 
connue. Celle dans laquelle je lui proposai, ce jour là, de me rendre de bons 
offices étoit d'une nature à efïaroucher d'abord une prude. J'assaisonnai 
mon discours de tant de protestations de bonne intention et d'honnêteté, 
qu'il ne fut pas rebuté ; mais aussi ne fut-il reçu que sous les promesses 
solennelles que je fis de ne prétendre jamais qu'elle étendît les offices que 
je lui demandois au-delà de ceux qu'on peut rendre en conscience, pour 
procurer une bonne, chaste, pure, simple et sainte amitié. Je m'engageai 
à tout ce que l'on voulut. L'on prit mes paroles pour bonnes, et l'on 
se sut même très bon gré d'avoir trouvé une occasion toute propre à 
rompre, dans la suite, le commerce que j'avois avec IVIme de Pommereux, 
que l'on ne croyoit pas si innocent. Celui dans lequel je demandois 
que l'on me servît ne de voit être que tout spirituel et tout angélique; 
car c'étoit celui de Mlle de la Louppe que vous avez vue depuis sous le 
nom de IMme d'Olonne. Elle m'avoit fort plu quelques jours auparavant 
dans vine petite assemblée qui s'étoit faite dans le cabinet de Madame; 
elle étoit joUe, elle étoit belle, elle étoit précieuse par son air et par sa 
modestie. Elle logeoit tout proche de Mme de la Vergne; elle étoit amie 
intime de Mademoiselle sa fille ; elles avoient même percé vuie porte par 
laquelle elles se voyoient sans sortir du logis. L'attachement que M. le 

^ Pour être exact, disoDs que c'était à une lectrice que les mémoires s'adressaient. 

" Si l'on est curieux de connaître quels étaient les charmes du galant cardinal 
voici son portrait, d'après Tallemant (v. 179): "Jean François de Gondy. . .est un 
petit homme noir qui ne voit que de fort près, mal fait, laid et maladroit de ses 
mains à toutes choses." 

3 Rue de Vaugirard. 

A. 16 



242 Madame de La Fayette 

chevalierde Sévigné avoit pour moi, l'habitude que j'avois dans sa maison, 
ce que je savois de l'adresse de sa femme contribuèrent beaucoup à mes 
espérances. Elles se trouvèrent fort vaines par r événement ; car bien que 
l'on ne m'arrachât pas les yeux, bien que l'on ne m'étouffât pas à force 
de m'interdire les soupirs, bien que je m'aperçusse à de certains airs, 
que l'on n'étoit pas fâché de voir la pourpre somnise, toute armée et 
toute éclatante qu'elle étoit, Von se tint toujours sur un pied de sévérité 
ou plutôt de modestie qui me lia la langue, quoiqu'elle fût assez libertine, 
et qui doit étonner ceux qm n'ont point connu Mlle de la Louppe, et 
qui n'ont ouï parler que de Mme d'Olonne. Cette historiette, comme 
vous voyez, n'est pas trop à l'honneur de ma galanterie^." 

Loin de la condamner, ce récit nous paraît tout à l'honneur de la jeune 
fille, qui, exposée aux attentions du Cardinal, a su Im imposer silence. Nous 
avons souligné certains passages qui feraient croire que de Retz veut 
montrer combien peu de raisons Mme de La Vergne aurait eu d'interdire 
à sa fille la fréquentation de Mlle de La Loupe. Voilà qui répond par 
avance aux jugements téméraires dont nous avons parlé. 

La future Mme de La Fayette a été mêlée à cette histoire, bien que 
de Retz Im-même ne mentionnât pas son nom. Giii Joly raconte ainsi 
l'affaire. 

"Au commencement, le duc de Brissac n'avoit eu que très peu de 
part aux affaires du cardinal de Retz; mais il s'étoit, depuis quelque 
temps, si bien mis avec lui, et par des voies si agréables, en liii ménageant 
des parties de plaisir, qu'il étoit fort difficile de faire prendre d'autres 
résolutions au Cardinal que celles qui lui étoient inspirées par le duc. 
La principale de ces parties de divertissement vint du commerce que 
le duc de Brissac avoit avec Mlle de la Vergne, belle fille du chancelier 
de Chiverny^, parent du Cardinal. Cette demoiselle, qui étoit fort bien 
faite, avoit pour voisines Mlles de la Loupe, dont l'aînée étoit une des 
plus belles personnes de France; et, comme il y avoit une porte de com- 
munication d'une maison à l'autre, Mlle de la Loupe étoit à tous moments 
chez Mlle de la Vergne, où le cardinal et le duc alloient souvent la nuit 
entretenir les deux demoiselles. Le cardinal de Retz s'étoit fait faire, 
poui ces visites nocturnes, des habits fort riches et fort galants, smvant 
son humeur vaine, qui le portoit à se tenir ordinairement, le jour aussi 
bien que la nuit, paré d'habits extraordinairement magnifiques, dont 
on se moquoit dans le monde ^." 

Gui Joly qui n'assistait pas à ces rencontres, ne sait point ce qui 
s'y passait; il ignore même leur réalité et n'en parle que par ouï -dire. 
De Retz, de son côté, n'avait aucune raison pour blanchir Mlle de La 
Vergne et taire son nom. Non seiilement ce quatuor amoureux nous 
semble invraisemblable, mais nous avons presque la preuve qu'à cette 
époque Mlle de La Vergne ne rencontrait pas de Retz. Voici en effet 
ce qu'il écrit à la date de 1654. 

"Mme de la Vergne, qui avoit épousé en secondes noces M. le 
chevalier de Sévigné, et qui demeuroit en Anjou avec son mari, m'y 

^ T. IV. p. 148, mars 1652. C'est nous qui soulignons. 
* L'erreur est évidente; il faut lire: Chevalier de Sévigné. 
^ Pp. 82 et 83 des Notes aux Mémoires de Retz, rv. 433. 



Appendice I 243 

vint voir (c.-à-d. à Nantes) et y amena Mlle de la Vergne, sa fille, qui 
est présentement Mme de la Fayette. Elle étoit fort jolie et fort aimable, 
et elle avoit, de plus, beaucoup l'air de Mme de Lesdiguières. Elle me 
plut beaucoup, la vérité est que je ne lui plus guère, soit qu'elle n'eût pas 
d'inclination pour moi, soit que la défiance que sa mère et son beau- 
père lui avoient donnée, dès Paris, même avec application, de mes 
inconstances et de mes différentes amours, la missent en garde contre 
moi. Je me consolai de sa cruauté avec la facilité qui m'étoit assez 
naturelle. . . ^" 

Il est bien évident qu'au moment où il rencontra Marie -Madeleine 
en Anjou, de Retz ne la connaissait pas encore. Pourtant, il faut avouer 
qu'il y a à cela une légère difficulté. Dans le premier passage cité ci- 
dessus, de Retz déclare qu'il fréquentait la maison des La Vergne ; 
pourquoi n'y voyait-il pas la jeune fille, et, selon son habitude, 
n'essayait-il pas son charme sur elle ? Mme de La Vergne était peut-être 
plus perspicace qu'on ne le croit et sans doute elle veillait à ce que If» 
Cardinal ne se trouvât pas en présence de sa fille. De Retz ne s'y trompe 
pas et, au fond, il est bien persuadé que le beau-père lui-même ne 
tenait pas à faciliter la rencontre. La visite de Nantes, au contraire, 
s'explique facilement; Mlle de La Vergne avait deux ans de plus, était 
mieux armée, et il ne s'agissait que d'une visite sans lendemain. 

Tout cela n'empêcha pas la calomnie de Gui Joly de faire son chemin. 
Bussy-Rabutin la reproduisit en l'ampUfiant. Il écrivit dans la Carte 
du pays de Braquerie: "Lavergne est une grande belle ville fort jolie 
et si dévote que l'Archevêque^ y a demeuré avec le duc de Brissac qioi 
en est demeuré principal gouverneur, le prélat ayant qmtté^." 

N'oubUons pas que M. Gérard Gailly {Bussy-Rabutin. . .) voulant 
réhabiliter Bussy donne ainsi l'opinion reçue de cet écrivain: "L'homme 
a obscurci de ses défauts innombrables le mérite de l'écrivain: il était 
méchant, médisant et félon; il était athée. . .il était criminel au point 
de tuer son propre cocher, faussaire au point de contrefaire la monnaie 
et d'imiter la signatixre du roi, sournois et sorcier au point de verser 
des philtres à Mme de Sévigné et à Louis XIV, impudique jusqu'à 
l'inceste." M. G. G. force la note exprès et nous pouvons en rabattre de 
cette description. Toujours est -il que Bussy raffolait de la médisance 
et, une fois son goût satisfait, ne craignait pas de se donner des démentis 
comme il fit au sujet de Mme de Sévigné. MUe de La Vergne n'exigea 
pas ce démenti. Peut-être a-t-elle laissé ce soin au lecteur intelligent, 

Novis ne nous expliquons pas povu-quoi M. d'Haxisson ville, après 
avoir cité ce passage de Bussy, le contrôle par la citation de Retz oti il 
est question de la visite à Nantes. Il nous semble que la seule et véritable 
sotirce de la calomnie reproduite par Bussy est le récit de Gui Joly. 

1 T. IV. p. 497. 2 De Retz. ^ Tallemant, Hist. iv. 534. 



16—2 



APPENDICE II 

Contrat de mariage de messire François de La Fayette avec demoiselle 
Marie-Magdelaine Pioche de La Vergne, 14 février 1655 

Par-devant les notaires et gardenottes du Roy nostre sire en son 
Chastelet de Paris soubsignés, furent présens en leurs personnes haut 
et puissant seigneur messire François de La Fayette, chevalier, comte 
dudit lieu, Médat, Goutevantouze et Forests en deppendans; baron de 
Chauvigny, Espinasse, Nades; seigneur de Haulte-Serre, Hautefemlle 
et autres places, demeurant au chasteau dudit Nades, parroisse dudit 
lieu, près la ville de Gannat en Bourbonnois, estant de présent en cette 
ville de Paris, logé à Saint-Germain-des-Prez-lez-Paris, rue des Quatre- 
Vens, parroisse Saint-Siilpice, fils de deffunts haut et puissant seigneur, 
Mre Jean de La Fayette, vivant chevalier, seigneur et comte desdits 
lietix, et de haute et puissante dame Marguerite de Bourbon, jadis son 
espouze, pour luy et en son nom, d'iine part ; et haute et puissante dame 
Elisabeth Penha, dame d'honneur de la Royne, femme et espouze de 
haut et puissant seigneur messire Renault-René de Sévigné, chevaUer, 
seigneur et baron de Champiré et autres lieux, conseiller du Roy en ses 
conseils, mareschal des camps et armées de Sa Majesté, et auparavant 
veuve de messire Marc Pioche, vivant chevalier, seigneur de la Vergne, 
aussy conseiller du Roy en ses conseils, mareschal de ses camps et 
armées et commandant pour Sa Majesté dans la ville et citadelle du 
Havre-de-Grâce, demeurant audit Saint-Germain-des-Prez, rue Vau- 
girard, au nom et comme stipulant en cette partie pour damoiselle 
Marie-Magdelaine Pioche, fille d'honnevir de ladite dame Royne, fille 
dudit feu sieiir de la Vergne et de ladite dame Elisabeth Penha, ladite 
damoiselle à ce présente et de son vouloir et consentement, après que 
ladite dame sa mère à elle eut dit avoir communiqué du présent contrat 
audit seigneur de Sévigné et avoir de luy charge poxu- le faire et passer; 
et néantmoins promet icelle dame son espouze de le luy faire ratifier 
avant la célébration du mariage cy-apres stipulé^, pour elle et en son 
nom, d'autre part. 

Lesquelles parties, es présences, par l'advis et du consentement de 
messire Jacques de Bayard, abbé commendataire de Nostre-Dame de 
Belaigue et prieur du prieuré du Moustier-lez-Jaligny, estant présent à 
Paris, logé rue de Bussy, parroisse Saint-André-des-Arts, au nom et 
comme procioreTor d'illustrissime et révérendissime seigneiir, messire 
François de La Fayette, seigneur évesque de Limoges, conseiller du 
Roy en ses conseils d'estat et privé, fondé de sa procuration passée 
pardevant Chazaud, notaire royal audit Limoges, présens tesmoins, le 

^ Le chevalier de Sévigné ratifia ce contrat le 21 février. 



Appendice II 245 

septiesme jour de février, présens mois et an, spéciale pour l'effet qui 
ensuit, ainsi que par icelle est apparu aux notaires soubsignés; comme 
aiissi es présences et par l'avis de raessire Claude de La Fayette, bachelier 
en théologie, frère dudit seigneiu* comte de La Fayette; messire Gabriel 
Penha, chevalier, seigneur de St-Pons, oncle maternel de ladite 
damoiselle; dame Léonore Merlin, veufve de feu Lazare Penha, vivant 
escuyer, sieur de Moustier et de Montanges, qui estoit grand-oncle de 
ladite damoiselle; très haute et très puissante dame, dame Marie- 
Magdelaine de Vuignerot, duchesse d'Aiguillon, pair de France, amie 
et marrine d'icelle damoiselle, et dame Marie de Rabutin de Chantai, 
veufve de feu haut et puissant seignevu* et marquis de Sévigné, et autres 
lieiix, alliée d'icelle damoiselle; ont volontairement reconnu et confessé 
avoir fait et font entre elles les traités et conventions de mariage qui 
ensuivent, poiu- raison du mariage qui au plaisir de Dieu sera en bref 
solenuïisé dudit seigneur comte et de ladite damoiselle de La Vergne: 

C'est à sçavoir que ledit seigneur comte de La Fayette a promis et 
promet prendre à femme et espouze ladite damoiselle de La Vergne, comme 
au semblable elle luy poiir mary et espoux de l'authorité et consentement 
de ladite dame de Sévigné, sa mère, et solemniser ledit mariage en face 
de nostre mère sainte Eglise, avec la licence d'icelle, le plus tost que 
commodément faire se poiirra et sera avisé et délibéré entre eux et 
leurs dits parens et amis. 

Les futurs espoux se sont prins et prennent aux biens et droits qui 
à chacun d'evix appartiennent, pour estre uns et commvms en tous biens 
meubles, et conqiiests immeubles qu'ils feront pendant et constant 
leur mariage, suivant et au désir de la coustume des ville, prévosté 
et vicomte de Paris, conformément à laquelle les articles et conventions 
dudit mariage seront réglés, nonobstant toutes autres coustumes, loix 
et ordonnances à ce contraires, que les espoux fissent acquisitions en 
coustumes contraires, mesme leur demeure hors ladite coiostiime de 
Paris, auxquelles coustimaes contraires est par ces présentes expressé- 
ment dérogé. 

Ne seront néantmoins les futurs espoux tenus des debtes l'im. de 
l'autre créées auparavant le futur mariage; ainsy si aucunes y a, elles 
seront payées par celuy du costé duquel elles procéderont. 

Desquels biens et droitz des futurs espoux il en sera emmeubly, 
pour entrer en leur future communauté, sçavoir de ceux du futior espoux 
jusques à la somme de vingt mil livres tournois, et de ceux de la future 
espouze jusques à la somme de dix mil Uvres tournois. Le surplus de 
leurs dits biens et droits sera et demeurera propre à chacun d'eux et 
aux siens de son costé et ligne; mesme sera et demeurera propre à la 
future espouze et aux siens de son costé et ligne tout ce qui pendant 1© 
mariage adviendra et escherra à la future espouze, tant en meubles qu'im- 
meubles, par succession, donation ou autrement. 

Ledit seigneur futur espoux a doué et doue ladite damoiselle sa 
futiire espouze de quatre mil livres tournois de rente et revenu annuel 
et viager, la vie diu-ant de ladite damoiselle future espouze, à prendre par 
elle, quand douaire aura lieu, sur toxis et chacuns les biens, tant meubles 
qu'immeubles présens et à venir dudit seigneur futur espoux, qui en 



246 Madame de La Fayette 

sont et demeurent dès à présent chargez, spécialement sur ladite terre 
et seigneiirie d'Espinasse, et autres terres de proche en proche. Et 
oiiltre aura ladite dami'e le chasteau de ladite terre et seigneurie 
d'Espinasse pour son habitation et demeure, basse-court, jardins. . .et 
préclostures, pendant que ladite future demeurera en viduité; et sera 
ledit douaire propre aux enfans qui naistront dudit futur mariage, 
suivant ladite coustvime de Paris. 

Le survivant des f laturs espoux aura et prendra par préciput et avant 
que faire partage des biens de la communauté, réciproquement, sçavoir 
le futur espoux ses habits, armes et chevaux, et la futiu-e espouze ses 
habits, bagues et joyaux, carosse, chevavix, le tout réciproquement 
jusques à la somme de douze mil livres tournois, selon la prise de l'inven- 
taire, sans creue, ou ladite somme en deniers, au choix du survivant. 

Si pendant le mariage sont vend vis et aliénés aucvins héritages ou 
rachetées aucvines rentes propres de l'im ou de l'autre des futiors espoux, 
les deniers en seront remploies en achat d'autres héritages ou rentes, 
pour sortir mesme nature de propre à celuy qu'elles apparten oient, et 
aux siens de son costé et ligne; et si au jour de la dissolution dudit 
mariage ledit remploy ne s'entrouvoit fait les deniers seront reprins sur 
les biens de la communauté, s'ils suffisent, sinon ce qui s'en défaudra 
à l'esgard de la future espouze sera par elle ou les siens reprins sur les 
biens propres du futur espoux, et sortira l'action pour ledit remploy 
mesme nature de propre. 

La future espouze et ses enfans, sinon à défaut d'enfans ses héritiers 
collatéraux, pourront, si bon leur semble, prendre et accepter ladite 
communauté ou renoncer à icelle; et en y renonçant, reprendront 
franchement et quittement tout ce que ladite future y auroit apporté et 
ce qm pendant le mariage luy seroit advenu et eschu tant en meubles 
qu'immeubles, par succession, donation ou autrement; mesme ladite 
future espouze si elle siorvit, ses douaire, habitation et préciput tels 
que dessus, le tout sans estre tenus d'aucunes debtes ne hypothèques 
de ladite communauté, encore que ladite future espouze y eixst parlé 
et s'y fust obligée, ou y eust esté condamnée, dont elle, ses dits enfans 
et héritiers collatéraux en seront acquittés et indemnisés par ledit 
seigneur futur espoux, et sur tous ses biens, pour laquelle indemnité 
ils aiiront leur hypothèque du joiir et date du présent contrat. 

Auparavant la célébration du mariage sera fait un bref inventaire 
des biens et effets mobiliers et immobiliers de la future espouze, au pied 
duquel ledit futur espoux s'en chargera^. 

Et a ledit seigneur abbé de Bellaigue, audit nom de procureur dudit 
seignexir François de La Fayette, évesque de Limoges, par sa procuration 
cy-devant datée, eu et a pour agréable ledit futur mariage et le présent 
contrat; et en faveur et contemplation dudit futur mariage a donné 
et donne par ces présentes, par donation pure et simple et irrévocable 
faite entre vifs, audit seigneur comte de La Fayette, nepveu dudit 
seigneur évesque, iceluy seigneiir comte le acceptant, tous les droits, 
noms, raisons et actions qui peuvent compéter et appartenir audit 
seigneur évesque s\ir les biens délaissés par feu messire Claude de La 
^ Cet inventaire sera donné plus loin. 



Appendice II 247 

Fayette, vivant seigneur comte dudit lieu et autres places, et Dame 
Marie d'Alègre, jadis son espouze, père et mère dudit seigneur évesque, 
en quelque part que puissent estre scitués et assis tous lesdits biens et 
en quoy qu'ils puissent consister, sans s'y réserver aucune chose, pour, 
par ledit seigneiu- futiu" espoux, ses hoirs et ayant cause, en tousjours 
jouir, faire et disposer desdits droits à leur plaisir et volonté, ainsy que 
ledit seigneur eust pu faire avant ladite donation, sans toutefois que 
ledit seigneixr évesque puisse estre tenu ny obligé envers ledit seigneur 
de La Fayette, les siens ni autres, d'aiicimes évictions ni garantie desdits 
droits, consentant ledit seigneur abbé l'insinuation estre faite de ladite 
donation partout où il appartiendra, pour quoy faire il constitue son 
procureiir le porteur des présentes, luy en donnant pouvoir. 

Ledit seigneur iutur espoux a donné et donne par ce dit présent 
contrat, au premier enfant masle qui naistra dudit mariage, le comté, 
terre et seigneurie de la Fayette, ensemble les terres et seigneuries de 
Goutenotoze, Meydat et Forests; auquel aisné il a substitué le fils 
aisné qui descendra de luy en loyal mariage, et ainsi d'aisné en aisné 
tant que la lignée masculine de ses descendans durera, voulant que les 
descendans masles de sondit fils aisné possèdent lesdits terres l'tm après 
l'autre, graduellement, perpétuellement et infiniment, autant qu'il sera 
possible, et ce sans aucune détraction de trébellianique, l'ordre de 
primogéniture et préférence de l'aisné masle tousjours gardé et observé. 
Et au cas que sondit fils aisné decédast sans enfans masles, ou ses enfans 
masles sans enfans masles, et iceux sans descendans masles, en ce 
cas ledit seigneiir futur espoux substitue aux mesmes charges et condi- 
tions, sans détractions, comme dit est, le second enfant masle qui 
naistra dudit présent mariage, et a luy son fils aisné, et audit fils aisné 
le petit-fils etc., descendans masles, infiniment et de degré en degré, 
l'ordre de préférence de primogéniture tousjours gardé. 

Et où le second décéderoit sans enfans masles, il a substitué le 
troisiesme fils qui naistra dudit futur mariage, et le fils qu'il aura, son 
petit-fils et descendans, l'un après l'autre, graduellement, perpétuellement 
et infiniment, la préférence conservée aux aisnés. 

Et advenant le décès dudit troisiesme sans enfans masles, ledit 
seigneur futur espoux a pareillement substitué le quatriesme, son fils 
et descendans, l'un après l'autre, d'aisné en aisné, aiix mesmes charges 
et conditions; et à leur défauts, lesdits enfans masles que ledit seigneur 
futur espoux aura, l'un après l'autre, suivant l'ordre de la naissance, et 
les enfans, petits-enfans et descendans de chacun d'eux, voulant que les 
descendans de l'un ne soient appelés que quand la ligne masculine des 
descendans de l'autre sera finie. 

Et où il n'y auroit aucuns enfans masles du présent mariage, ledit 
seigneur futur espoux a substitué l'aisné masle de sa première fille, à la 
charge de porter les noms, armes, timbre et cry de la maison de La Fayette . 
Et en cas que ledit aisné décède sans enfans et descendans masles que 
ledit seigneur a voulu et veut être substitués, l'im après l'autre, aux 
mesmes charges et conditions, en ce cas il a substitué l'aisné masle de 
la seconde fille, et ainsi de masle en masle tant que la lignée masculine 
durera; et audit aisné masle et à ses descendans masles, il a substitué 



248 Madame de La Fayette 

l'aisné masle de sa troisiesme et autres filles, et audit aisné masle ses 
enfans, chacun à son ordre, et descendans masles, de degré en degré 
perpétuellement, infiniment et sans détraction, comme dit est, afin 
que la substitution ne soit morcelée et divisée, estant l'intention dudit 
seigneur futur espoux que son fils aisné et tous les enfans masles de luy 
jouissent desdites terres l'un après l'autre, de degré en degré; et après 
eux, audit cas, le second et tous ses descendans masles aussy de degré 
en degré; et à défaut de second, le troisiesme et tous ses descendans 
masles; et à défaut du troisiesme, le quatriesme, et ainsy des autres et 
de leurs descendans. Et la lignée masculine finissant, l'aisné masle de 
la première fille et ses descendans masles, de degré en degré ; et à défaut 
de la première, l'aisné masle de la seconde et leurs descendans masles, 
et ainsy les autres filles et leurs descendans masles, de degré en degré, 
préférant tousjours l'aisné, et sans division ny détraction, soient appelés 
à la substitution graduellement, perpétuellement et infiniment; non- 
obstant laquelle substitution cy -dessus stipulée, toutes les dites terres 
comprinses dans ladite substitution ne laisseront d'estre chargées 
affectées et hypothéquées aux conventions de ladite damoiselle future 
espouse. 

Car ainsy tout le contenu cy-dessus a esté convenu, stipiillé et 
expressément accordé par et entre lesdites parties, en faisant et passant 
les présentes qui autrement et sans les clauses et conditions susdites 
n'eussent esté faites, passées ny accordées entre elles, nonobstant toutes 
coutumes, loix et ordonnances à ce contraires, auxquelles est par exprès 
desrogé, voulant, consentant et accordant ledit seigneur futur espoux 
l'insinuation, publication et enregistrement estre faits dudit présent 
contrat, poxor plus grande sûreté et validité de ladite substitution, en 
tous sièges et justices que besoin sera, pour quoy faire et requérir 
estre fait, il fait nomme et constitue dès à présent ses procureurs spéciaux 
les porteurs desdites présentes, auxquels et à chacun d'eux il en donne 
pouvoir et puissance de ce faire, et tout ce que au cas appartiendra 
et sera nécessaire, promettant icelles parties ces présentes entretenir 
sans y contrevenir, soubs l'obligation et hypothèque de tous et chacuns 
ses biens, tant meubles qu'immeubles, présens et à venir, qu'elles, 
chacune en droit soy, soubmettent à la justice de la prévosté de Paris, 
renonçant à toutes autres et à toutes choses à ce contraires. 

Fait et passé en la maison de ladite dame de Sévigné et de ladite 
damoiselle future espouse, sa fille, seize dite rue Vaugirard, l'an mil 
six cens cinquante-cinq, le quatorziesme jour de febvrier, après midy. 
Et ont lesdites parties signé avec lesdits notaires soubsignés, la minute 
des présentes, demeurée vers Marreau, l'un d'iceux. 

(Suit la procuration de François de La Fayette, évêque de Limoges. 
Arch. de l'Allier, B 742, fo ii.) 



APPENDICE III 

(A) Reconnaissance donnée par François de La Fayette à Dame Marie- 
Magdelaine Pioche de La Vergne, sa femme, des bijoux, objets 
mobiliers et autres valeurs apportés par celle-ci. — Il février 1655 

Ledit seignexir comte de la Fayette a recogneu et confessé que ladite 
dame Marie -Magdelaine Pioche, à présent son espoiise, à ce présente 
et acceptante, luy a apporté et fourny, et d'elle a reçu comptant, un 
rang de perles, ime paire de pendans d'oreilles, un diamant et autres 
pierreries; pltisieurs linges, poùicts coupés, habits; un cabinet d'Alle- 
magne et autres hardes et meubles appartenans à elle, que ledit seigneur 
recognoist estre de valeur de la somme de sept mille livres tournois, 
suivant l'estimation que luy-mesme en a faite à l'amiable; et partant 
s'en contente et en quitte et descharge ladite dame son espouse, laquelle 
luy a aussi apporté et fourny les titres papiers et enseignements concernans 
la propriété de trois maisons à elle appartenans de son propre, comme 
héritière dudit feu sieur de La Vergne, son père, et des damoiselles ses 
sœurs, à présent religieuses professes, dont deux sont assises à Paris, 
l'xme rue des Fossés, paroisses St-Germain-l'Auxerrois, une autre rue 
CoquillairC; et la troisième en la ville de Calais, au lieu appelé le Cour- 
gain, inventoriez soubz les cottes vingt-dcTXx, vingt-sept et vingt-huit 
de l'inventaire fait à la requeste de ladite dame de Sévigné, après le 
décès dudit feu sieur de La Vergne, par Quarré et Marreau, l'un des 
notaires soubsignés, le cinqmesme janvier et autres jours suivans de 
l'année mil six cens cinquante, et le contrat de partage fait entre ladite 
dame de Sévigné et ladite dame sa fille, et M. Jacques Lepailleur, comme 
tutevu- créé à l'efîet dudit partage desdites damoiselles, ses sœurs depuis 
professes, des biens qui estoient de la communauté dudit feu sieur de 
la Vergne et de ladite dame son espouse, passé par devant lesdits Quarré 
et Marreau, notaires, le vingt -neufiesme mars mil six cent cinquante 
un par lequel partage le premier lot seroit advenu et eschu avixdites 
dames Marie -Magdelaine et damoiselles ses sœurs, contenant une grande 
maison, coiir et jardin lors occupés par monsieur le marqiiis de Royan 
et à présent par monsieur le nonce du Pape sis audit St Germain-des- 
Près dite rue Vaugirard; la moitié en la moitié qm est un quart au total, 
d' un chantier scis hors la porte St Bernard de cette ville de Paris, et un 
contrat de constitution fait au profit de ladite dame comtesse de la 
Fayette lors fille, par ledit Me Gabriel Penha, chevalier, sieur de Saint 
Pons, son oncle maternel, de pareille rente de deux cens vingt deux livres 
quatre sols six deniers tournois, dont le principal estoit provenu de 
rachat et amortissement de la rente qxii luy estoit eschue par ledit 
partage, à prendre sur lesdits Rillé et sa femme, passé par devant Le 
Franc et ledit Marreau le sixiesme septembre mil six cens cinquante 



250 Madame de La Fayette 

trois. De tous lequels titres et papiers ledit seigneur comte de la Fayette 
se contente et en descharge pareillement ladite dame son espouse, 
ensemble des titres et papiers concernans ladite dernière maison scise 
rue de Vaugirard, qm sont le contrat d'acquisition, faite par eschange, 
de la place et fonds de terre svir laquelle est bastie ladite maison, 
inventorié audit inventaire soubs la cotte trois ; le décret fait en consé- 
quence d'iceluy au Chastelet de Paris, le vingt-deuxiesme novembre 
mil six cens trente quatre, avec xme liasse de plusieurs quittances 
d'ouvriers qui ont travaillé audit bastiment, lesquelles pièces ladite 
dame son espouse luy a aussi présentement foiirnie. Et au regard des 
pièces et titres inventoriés audit inventaire, concernant les dettes 
actives non partagées, elles sont demexirées par devers ladite dame de 
Sévigné qm en aidera aux dits seigneur et dame de la Fayette toutes 
fois et quantes qu'ils l'en requerront, comme aussi sont demeiirées par 
devers icelle dame de Sévigné toutes les autres pièces du susdit inven- 
taire, à l'exception de la plus grande partie de celles comprises soubs 
la cote vingt un, faisant mention de sept cent cinquante livres tournois 
de rente constituée sur l'hostel de ville de Paris, provenant du sieur de 
Mondoucet, et de deux cent dix-huit Uvres quinze sols de rente qm restent 
encore par luy dus, le tout appartenant à icelle dame de la Fayette, 
le contrat de laquelle rente de deux cent dix -huit livres quinze sols 
ladite dame de Sévigné a dit estre es mains du sieur . . . pour en tirer 
payement. Et pour ce qui est des autres pièces comprises soubs ladite 
cote vingt un, elles ont esté présentement deslivrées auxdits seigneur 
et dame de la Fayette. Et de plus recognoissent iceux seigneur et dame 
de la Fayette avoir reçu aujourdhuy comptant d'icelle dame de Sévigné 
qui leur a payé compté et nombre es présences des notaires soubsignés, 
en louis d'or et d'argent bons et ayant cours, la somme de huit mille 
six cent vingt quatre livres six sols, dont elle luy seroit demeuroit 
débitrice par le reliquat de compte à elle rendu de sa tutelle, énoncé 
et daté par ledit contrat de partage, par lequel ladite dame de Sévigné 
seroit demeurée quitte et deschargée du surplus de ladite somme pour 
les causes y contenues; de laquelle somme de quatre mille cinq cent 
quatorze livres six sols lesdits seigneur et dame de la Fayette se con- 
tentent et quittent et deschargent ladite dame de Sévigné, et tous autres, 
mesme dudit compte et tutelle qu'elle leiir a aussi foiirny avec les pièces 
justificatives, et consentent que dudit payement il soit fait. . .mention 
sur les minutes et expédition desdits compte et partage, sans que leur 
présence y soit nécessaire. Et est encore dû et appartient à icelle dame 
comtesse de la Fayette plusieurs sommes de deniers tant povu- les 
profits et intérests desdites dettes actives que loyers des maisons et 
arrérages dédites rentes eschues jusques à présent, dont ledit seigneur 
comte donnera recognoissance à ladite dame son espouse à mesure 
qu'il les recevra, et vaudra la présente quittance pour inventaire som- 
maire des biens et effets, titres et papiers concernans les immeubles de 
ladite dame de la Fayette. 

Et oultre recognoissent lesdits seigneur et dame de la Fayette que 
ladite dame de Sévigné leur a bailli et fourny, et d'elle ont reçu ce 
joïird'huy une tenture de tapisserie de Flandres, contenant hviit pièces 



Appendice III 251 

représentant les quatre saisons de l'année et faisant vingt -cinq aulnes 
de tour, de ladite tenture de tapisserie que ledit seigneur de la Fayette 
a dit avoir fait voir, ladite dame de Sévigné fait don à ladite dame sa 
fille à condition qu'elle demeurera propre à icelle dame sa fille et aux 
siens de son costé et ligne. 

Et encore recognoissent que madame la duchesse d'Aiguillon leur 
a fourny vin Ht de damas rouge cramoisy, garny de passement, frangé 
et crespiné d'or et d'argent, avec la coiorte -pointe de mesme étoffe et 
façon, lequel lit ils ont en leur possession et dont il a plu à ladite dame 
d'Aiguillon faire don à ladite dame de la Fayette, pour l'affection qu'elle 
luy porte comme sa filliole. Et laquelle tenture de tapisserie et ledit 
lit, qui aussi demeurera propre à icelle dame de la Fayette et atix siens 
de son costé et ligne, ledit seignevu- de la Fayette a estimé valoir la somme 
de huit mille livres tournois, qui est la somme à laquelle ledit seigneur 
de la Fayette dit avoir été estimées les dites choses par cevix qu'il a 
choisis pour cette effet, et se tient avec ladite dame son espouse pour 
contens et satisfaits de toutes lesdites choses, en remerciant ladite 
dame d'Aiguillon, prommettant, obligeant, renonçant. Fait et passé 
en la maison de ladite dame de Sévigné, l'an mil six cent cinquante cinq, 
le dix septième jour dudit mois de février avant midy. Et ont lesdits 
seigneur et dame de la Fayette et dame de Sévigné signé à la minute 
des présentes estant à la suite de celle dudit contrat de mariage ci -devant 
escrit. Ainsi signé: Le Franc et Marreau. 

(Archives de l'Allier.) 

(B) Dotation réciproque entre M. de La Fayette et Mme Marie- 
Magdelaine Pioche de La Vergne, sa femme, pour l'amour qu'ils 
ont Vun pour Vautre et parceqti'ils n'ont pas encore d'enfants, de 
l'usufruit de tous leurs biens meubles et leurs conquêts immeubles. 
Paris le 24 avril 1656 

Par devant les notaires, gardenottes du Roy, nostre Sire, en son 
Chastelet de Paris soubsignés, furent présens en leiirs personnes messire 
François de la Fayette, chevalier, comte dudit lieu, baron de Chouvigny, 
Naddes et autres terres et seigneuries, et dame Marie -Magdelaine Pioche 
de la Vergne son espouze, de lui suffisamment autorisé pour l'effet et 
validité des présentes, demeurans en leur château d'Espinasse, près 
Gannat en Boiirbonnois, de présent à Paris, logés à Saint-Germain-des- 
Près-les-Paris, rue de Vaugirard, paroisse Saint-Sulpice, lesquels poTir 
l'amovu- et affection qu'ils ont et portent l'im à l'autre, considérant que 
de leur mariage ils n'ont encore aucuns enfants et voulant se rendre 
tesmoignage de leur mutuelle affection afin de donner au survivant 
d'eux plus de moyen et de commodité de vivre et s'entretenir convena- 
blement selon leur naissance, ont volontairement recogneu et confessé 
s'estre fait et font par ces présentes don mutuel réciproque et irrévocable, 
l'un d'eux à l'autre et audit siirvivant d'eux, ce acceptant par ledit 
survivant seulement, de tous et chacuns des biens, tant meubles que 
conquêts qui se trouveront appartenir au premier mourant d'eux au 



252 Madame de La Fayette 

jour de son déceds, en quelques lieux et endroits que tous lesdits biens 
meubles et conque ts immeubles soient trouvés situés et assis pour dudit 
usufruit et jouissance jouyr, faire et disposer par ledit survivant, sa 
vie dvirant, ainsi qu'il advisera bon estre, sans qu'il soit obligé de donner 
autre caution que sa juratoire, nonobstant la coustume à laquelle, et 
à toutes autres à ce contraires, lesdits seigneiu" et dame ont dès à présent 
renoncé, le tout potu-veu toutesfois, et non autrement, qu'au jovu* du 
déceds du premier mourant il n'y ait ]:)oint d'enfans de leur mariage qui 
soient habiles à succéder; et où il en aiiroit, ladite présente donation 
demeurera nulle. Pour l'insinuation de laquelle ... Fait et passé en 
l'estude de Marreau, l'un des notaires soubsignés, l'an mil six cens 
cinquante six, le vingt quatriesme jour d'avril avant midy. Et ont 
signé la minute des présentes, demeurée vers ledit Marreau, notaire. 
Ainsi signé: Marreau et Lefranc notaires. 

(Archives de l'Allier,) 



APPENDICE IV 
GÉNÉALOGIE DE LA MAISON MOTTIER DE LA FAYETTE 



16—7 



254 



GÉNÉALOGIE DE LA MAISO 



Gilbert du Mottier I (fit une fondation au Prieuré de Soucillange 1025) 

Gilbert du Mottier II (croisé 1095) 

Gilbert du Mottier III (Bienfaiteur du Prieuré de Soucillange 1125. Croisé sous Philippe-Auguste. 
Fait Chevalier à la prise du Vexin en 1104) 

II 
Gilbert du Mottier IV 

Gilbert du Mottier V — ép. — Alix le Brun (fille de Gilles le Brun, Connestable de France, Seigneur 



GUbert VI 

(fait chevalier pour ses services 
contre les Anglais) 



-ép. — Marguerite de la Eoche Tournelle (1300) 



Guillaume du Mottier, Chevalier, Seigneur de la Fayette — ép. — Marguerite de la Maillade (1356) 



Gilbert VII- 



(Conseiller, Chambellan du Roi et de Monseigneur le Dauphin, Eégent 

du Eoyaume, Lieutenant et Capitaine Général dans le Lyonnais et 

Maçonnais (1418), Commandant l'armée française à la bataille de Baugé 

(1431), Maréchal de France pour ses services contre les Anglais) 



-ép. Jeanne de Joyeuse 



fille de Randon de Joyeus 

et de Catherine Aubert, 

Dame de Montelschat 



Magdeleine de la Fayette 

ép. Emeric de Bouttier, 

Seigneur de Bonnivat 



Antoine de la Fayette 
ép. Louise de Montsoissier 
Mort sans enfants 



Jean de la Fayette, 
Chanoine et Comte de Lyo: 



Antoine, Grand Maîtrede l'Artillerie 1474-1531 — ép. (1490) — Margueri te Rouville, fille de Louis, Seignei 

. w 

Louis, Comte de la Fayette-Pontgibaud, Seigneur de Montesclat — ép. (1525) — Marguerite de Vienn 



Jacqueline de la Fayette- 



François du Mottier tué à la 
bataille de Saint-Quentin Fonda le Couvent des Capucins à Clermont (Auvergne) Comte de Lud 



-ép. — Guy de Daillo 



I 
Marie de la Fayette 
ép. Antoine de la Tour d'Auvergne, 
Baron de Murât 



Antoinette de la Fayette 
ép. (1) Louis de Loup, 

Seigneur de Pierrebrune 
(2) Philippe de Rivoire, 
Comte du Palais 



Gabrielle de la Fayett«! 
Abbesse des Chases 



I I I 

Madeleine de la Fayette, Françoise de la Fayette, Louise — ép. — (1) François d'Apcher,; 

Religieuse au Chaze Abbesse de St Georges (Rennes) Seigneur du Cheyla' 

(2) Claude de Bourbon 

Comte de Chaslus 

i \ 1 \ 

Louise de la Fayette, Madeleine de la Fayette, Claude de la Fayette Charles de la Fayettt 
Fille d'honneur, Abbesse de St Georges ép. César de Chavigni tué à la bataille 

Religieuse de la Visitation (Rennes) de Blot d'Estampes 1631 



La Maison de la Fayette porte D'or à la bande dentelée de gueules et à la bordure de vair. 



MOTTIER DE LA FAYETTE 



255 



5 Champestrières) 



Pons 
Branche des Campestrières-Vissat 



Jean du Mottier 
tué à la bataille de Poitiers 
(Au XVII e siècle on voyait encore son 
tombeau aux Jacobins de cette ville) 



Charles du Mottier- 



Seigneur de la Fayette-Pontgibaud, Chambellan et 
Grand Écuyer du Eoi, Gouverneur de Boulogne 



-ep. 



-Isabeau de Polignac, 



fille d'Armand, Vicomte de Polignac 
et d'Amadée de Saluces 



:e Rouville 



I 
François 

Branche de Saint-Romain 



Jean- 



(Branche des Hautefeuille. 
Succéda à François, mort à 
Saint-Quentin sans 
laisser d'enfants) 



-ép 



— Françoise de Montmorin, 
fille d'Annet de Montmorin, 
Seigneur d'Espinasse, et de 
Marie de Boissière 



Eené du Mottier, 
Comte de la Fayette, 
é à la bataille de Montcontour 
1569 



II 
Claude du Mottier- 



Comte de la Fayette, 
Seigneur de Hautefeuille, 
d'Espinasse, de Nades et 
de Chavigny-Beauregard 



-ep.— 



Marie de Toursel d'Alègre, 
fille de Gayard de 
Toursel d'Alègre, 
Comte de Riverol, et 

de Charlotte de Beauvais 



Jacques, 
lomte de Lyon, 
: Chartreux 



François, 
Évêque de Limoges, 
Aumônier de la Reine 
Anne d'Autriche 



I 
Philippe, 

Chevalier de Malte 



Jean- 



ép. — Marguerite, 
de Bourbon-Busset 



lude de la Fayette, 
ibé et Directeur de 
Sorbonne 



Jacques de la Fayette, 
Chevalier de Malte 



FRANÇOIS— ép.— MARIE-MADELEINE PIOCHE 
de la Fayette de la Vergne 

1616-1683 1634-1693 



Louis, né le 18 février 1658, René Armand de la Fayette ép. — Madeleine de Marillac 

bbé de Valmont (1670), de Dallon Chevalier, Comte dudit lieu. Brigadier 
i76), de la Grenetière (1679), Prieur d'Infanterie, né le 18 juin 1659, 
de Gondat, mort le 2 mai 1729 mort à Landau août 1694 



Marie Madeleine — ép.— Charles Bretagne de la Trémouille 

Prince de Tarente 
La famille Mottier de la Fayette s^éteint 



APPENDICE V 

Renseignements sur les Terres de la Famille La Fayette 

AxLiER, L'Ancien Bourbonnais, Tome ii. 

p. 348. D'Échassières, nous allons nous diriger au sud, vers le bourg 
de Nades : là il y avait un château à peu près semblable à tous ceux dont 
je viens de parler, il présentait ^xne enceinte carrée, flanquée de quatre 
tours couronnées de créneaxix. Il est aujoiird'hui considérablement 
ruiné. On y a trouvé comme dans celui d'Échassières, des canons de 
fonte et en bronze, des coulevrines et des boulets. Nades appartenait 
en 1409 à Marie de Chauvigny, femme de Pierre de Montmorin. Il passa 
en 1550 à Françoise de Montmorin qui épousa Jean Motier de la Fayette, 
et en 1613 à Jean de la Fayette, qui le vendit à M. Lenoir, fermier général. 
{Cette vente eut lieu bien plus tard. Voir l'article du Bulletin qui suit. H. A. ) 

p. 358. La terre de Cognât a appartenu d'abord à Gilbert le Jarric, 
puis à la maison de Lafayette et enfin à la famille de l'Espinasse. Cette 
dernière famille a possédé encore dans les environs de Gannat la terre 
de l'Espinasse, qui avait été la propriété de Mottier de Lafayette. 
Celui-ci l'avait reçue par alliance de Françoise de Montmorin. 

Bulletin Revu£. de la Société d'Émulation et des Beaux Arts du Bourbonnais, 
Tome vin. 1900. 
p. 187. Notes en appendice à \in article du Commandant Du Broc 
de Segange. Chouvigny, Nades, La Lizolle. Ces trois seigneiiries qui ont 
donné chacun leur nom à une commune de l'Allier ont été longtemps 
révtnies sous le même propriétaire, en commençant par la branche des 
Chouvigny de Nades dont nous regrettons de ne pas avoir une généalogie 
exacte. Isabeau, dernière de cette branche, ayant épousé Pierre de 
Montmorin en 1409 leur descendance directe conserva les trois seigneuries 
jusqu'au mariage en 1543 de Françoise de Montmorin avec Jean Motier 
de la Fayette, auquel elle apportait en outre la terre d'Espinasse près 
Gannat. Un vignoble fort renommé, situé près du château de Chouvigny 
contenant autrefois environ 25 œuvres de vigne, porte encore aujoiird'hui 
le nom de Clos-la-Fayette: il constituait probablement la seule bonne 
partie de la baronnie de Chouvigny qtii s'étendait sur des ruines et 
des roches incultes. Cette branche des La Fayette se termina au XYIII^ 
siècle par Marie -Madeleine de la Fayette, qui épousa en 1706 Charles 
Louis Bretagne de la TrémouiUe, duc de Thouars, Leiir fils, Charles 
Armand René duc de la TrémouiUe, vendit le 16 avril 1734 Nades, 
Chouvigny, la Lizolle, Espinasse et Cognât à Isaac Le Noir, secrétaire 
du Roi (Archiv. Allier, B 872). . .La châtellenie de Nades, Chouvigny 
et la Lizolle avait haute basse et moyenne justice. 



APPENDICE VI 

Madame de La Fayette et les Affaires de Savoie 

Réponses de Louvois aux lettres de Mme de La Fayette, copiées sur 

les Minutes conservées aux Archives du Ministère de la Guerre, 

à Paris. 

A Versailles le 11 sept. 1684. 

V. 717, p. 190. J'ai reçu, madame, la lettre que vous m'avez fait 
l'homieur de m'escrire le 9 de ce mois. Je puis vous assurer que les 
ordres du Roy touchant les intérêts de Madame de Savoie ont ete 
adresses a Mr l'abbé d'Estrades. Ayant entendu lire au conseil la lettre 
que sa Majesté a fait escrire sur ce sujet, ainsi je ne doute pas qu'il 
l'ait reçue présentement et que vous n'en ayez bientôt des nouvelles. 
Je suis madame votre très hiomble et très obéissant serviteur. 

A Chambord le 29 sept. 1684. 
V. 717, p. 480. Quoique la lettre que vous m'avez fait l'honneiu* de 
m' écrire ne désire point de réponse, je ne puis la recevoir sans vous 
remercier de la continuation des marques d'amitié qu'il voiis plait me 
donner et vous assurer que je profiterai. . .avec le plus grand plaisir 
du monde des occasions qu'il vous plaira me donner de vous marquer 
la passion avec laquelle je suis votre très h. et. . . (Presque ilUsible. 
Leçon douteuse.) 

A Versailles le 24 novembre, 1685. 

V. 751, p. 617. J'ai receu avec le billet que vous m'avez fait l'hon- 
neur de m'escrire hier la lettre qui y etoit jointe et que je vous renvoie. 
Mr le marquis d'Arcy a ordre depuis plus de 3 semaines de parler au 
sens que Mme la duchesse de Savoie désirera poiir la conservation de 
ses revenus, et je suis bien ennuyé si je n'ai entendu lire une lettre de 
lui qui nous accusoit la reception(?). 

Je soutiendrai Mr l'abbé d'Estrade lorsqu'il viendra ici. . .Et vous 
connaitrez en toute rencontre que je suis toujours. . .etc. 

A Versailles le 3 janvier, 1686. 
V. 761, p. 34. J'ai reçu madame la lettre que vous avez pris la peine 
de m' écrire le 2<^ de ce mois. Le roi avoit déjà ete informe par Mr le 
marquis d'Arcy du retranchement que Mr le duc de Savoie avoit l'inten- 
tion de faire a Mme sa mère, et avoit donne l'ordre que l'on mandat 
a mon dit sieiu" d'Arcy de concerter avec Mme la duchesse de Savoie 
les diUgences qu'il seroit a propos de faire auprès de Mr son fils pour le 
porter a lui rétablir ce qu'il lui a ote. Sa Majesté a résolu en même temps 
de parler au marquis de Lapierre quand il prendra congé de Sa Majesté. 



Appendice VI 259 

Je souhaite de tout mon cœur que cela produise l'effet que désire Mme 
la duchesse de Savoie. Soyez bien persuadée de la passion avec laquelle 
je suis, madame. . . 

A Versailles le 3 février, 1G86. 

V. 762, p. 229. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'ecrire hier avec les papiers qui y etoient joints, lesquels je vous 
renvoie après les avoir lus. Je rendrai ce soir au Roi la lettre de Mme 
la duchesse de Savoie et vous dirai cependant que sa Majesté donna 
encore hier ordre a Mr de Croissy après avoir entendu la lettre de jVIr le 
marquis d'Arcy de lui mander de continuer les plus vives instances en 
favevir de Madme la duchesse de Savoie observant que S. M. ne juge 
pas a propos qu'il sollicite la patente qu'elle avoit désire que l'on deman- 
doit a M. son fils. 

A Versailles le 20 février, 1686, 

V. 762, p. 499. Ce mot n'est que pour accompagner la lettre du Roi 
cy jointe qui est la réponse de celle que vous m'avez adressée de Mme 
la duchesse de Savoye pour sa majesté. Je suis Madame votre très 
humble et très obéissant serviteur. 

A Versailles le 9 mars, 1686. 

v. 763, p. 150. Le Roy avoit donne l'ordre a IVIr Catinat de parler 
a Mr le duc de Savoie en faveur de ]VIme sa mère, et de le presser vivement 
de lui donner une entière satisfaction. J'ai cru que vous seriez bien aise 
d'en être informée et je vous suppHe de me faire part du détail que vous 
apprendrez dans la suite. 

A Versailles le 4 avril, 1686. 

v. 764, p. 115. J'ai receu la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'escrire hier. Je me servirai de ce qu'elle contient si j'entends dire 
quelque chose qui me le fasse juger a propos, sans quoi, usant de la 
liberté que vous me donnez je n'en dirai pas une parole. Je suis votre 
très humble et très obéissant serviteur. 

A Versailles le 19 décem. 1686. 

V. 771, p. 384. J'ay reçu le billet que vous avez pris la peine de 
m'escrire'^ avec le paquet qm l'accompagnoit. J'ai eu l'honneur de 
remettre au Roy la lettre qxii estoit pour Sa Majesté, qu'elle a fort bien 
reçue et je ne doute point qu'elle ne m'ordonne- de vous envoyer la 
réponse. 

A Versailles le 23 janv. 1687. 

V. 779, p. 435. Le billet que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire 
hier m'a ete rendu. Je vous rends grâces très humbles des marques 
que vous me donnez de l'honneur de votre souvenir. Je vovis suppUe 
d'être persuadée de la part que je prendray toujours a ce qui vous touche, 
et que je profiteray avec beaucoup de plaisir des occasions que vous me 
donnerez de vous rendre mes très htmibles ser\àces. 

^ En surcharge : quelques mots illisibles. * Un mot illisible. 



260 Madame de La Fayette 

A Versailles le 28 fév. 1687. 

V. 780, p. 447. J'ai receu avec le billet que vous m'avez fait l'hon- 
neixr de m'ecrire celle (sic) de Madame la duchesse de Savoie, duquel 
je vous remercie. Je feray des nouvelles qui l'accompagnent l'usage 
qu'elle désire. Cependant je vous supplie de l'assurer de la reconnais- 
sance que je conserverai toujours des bontés dont il lui plait de m'honorer 
en votre particiilier en votre particulier (sic) qu'on ne peut être plus 
veritable*^. . . 

Ltixemboiu-g le 21 mai, 1687. 

V. 783 (1), p. 148. Je revois en arrivant en cette ville le billet q. v. 
m'avez fait l'honneur de m'ecrire le 16 de ce mois avec la lettre qui y 
etoit jointe que je vous renvoie. Je vous supplie d'assurer madame la 
duchesse de Savoie de la continuation de mes respects (?) et du désir 
que j'aurai toujours de lui rendre mes très humbles services dans les 
occasions qvii se présenteront. 

Versailles le 17 jmllet, 1687. 

V. 784, p. 327. J'ai receu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de 
m'escrire avec les papiers qvii y étaient joints dont je voias rends très 
humbles grâces. Je vous prie de faire ma cour a madame la duchesse 
de Savoie selon que vous lui escrirez et d'être bien persuadée que je 
suis toujoiirs très véritablement. 

A Fontainebleau ce 10 oct. 1687. 

V. 786, p. 344. J'ai receu le billet que vous m'avez fait l'honneur de 
de m'escrire Ivindy dernier, celles de Thurin qui y etoient jointes des 
27 et 28 du mois passe. Je me suis acquitte de l'ordre que madame la 
duchesse de Savoie me dorma, en témoignant au roy l'inquiétude qu'elle 
a de l'indisposition de Sa Majesté, de quoy elle m'a paru bien persuadée, 
et m'a commande de la remercier du compliment que ma dite dame 
m'avoit charge de luy faire. 

Madame Royale ne pouvoit prendre un meilleur party que celui 
qu'elle a pris sur ce qui s'est passe a l'égard du comte de Druent et du 
marqiiis de Pianesse, et Mr le duc de Savoie en ne luy en donnant auciine 
part s'est fait tort a lui seul. Il est fâcheux que ce prince n'ait personne 
auprès de Ivii capable de lui représenter ce qu'il devrait faire en de 
pareilles rencontres. Je vous supplie de m'ayder a bien remercier Madame 
Royale de ce qu'il lui plait de vous charger de me dire touchant ma 
maladie. Je conserverai toute ma vie une reconnaissance très vive des 
bontés dont il lui plait de m'honorer. Je ne pense point a aller a Aney 
le. . .de cet automne, ainsi je ne puis profiter de l'offre que vous me 
faites du (château? chancelier?). Je vous supplie d'être bien persuadée 
de la passion avec laquelle je suis tout. 

A Marly ce 11 mars, 1688. 

V. 802, p. 78 (Brouillon), p. 198. J'ay leu au Roy la lettre que vous 
m'aves (adressée avec celle que vous m'avez) fait l'honneur de mescrire 
le 6« de ce mois. Sa Mate ma paru bien persuadée que Madame la duchesse 
de Savoye est incapable d'avoir fait ce dont on l'a accusée et c'est dequoy 



Appendice VI 261 

je vous puis assurer et que je suis tousjovirs vostre très humble et très 
obéissant serviteur. 

(Brouillon daté du 4 mars. Mise au net le 5 mars par un secrétaire. 
Le passage entre parenthèses ajouté d'une autre main (celle de Louvois) 
et le quantième changé.) 

A Versailles le 26 mars, 1688. 

V. 804, p. 155. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait rhonneiu: de 
m'escrire. Je demanderai (accorderai?) ce que vous desirez sur l'affaire 
dont Mr de Boufflers m'a parle. A l'égard de ce que vous a mande 
madame Royalle je ne vois guère d'emplois propres pour. . .(Suite 
illisible.) 

A Versailles le 2 avril, 1688. 

V. 805, p. 17. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'hormeur de 
m'escrire le dernier du mois passe avec tous les papiers qui l'accom- 
pagnaient lesquels je vous renvoyé, mon indisposition m'empechant 
de voir le Roy. C'est avec bien du déplaisir que je me vois hors d'état 
de rendre le service que je désirerai a Madame la duchesse de Savoie. 
Je suis votre très humble et très obéissant serviteur. 

A Versailles le 9 juillet, 1688. 

V. 806, p. 137. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'escrire avec celle de Mme Royalle qui y etoit jointe laquelle je 
vous renvoyé. Je ne scay point de charge a vendre dans la gendarmerie 
et je puis vous dire qii'a l'exception des compagnies des chevau-legers 
d'ordonnance, les subalternes montent toujours lorsque les charges 
viennent a vacquer, que même dans les gendarmes du Roy, quand il 
advient un changement, il n'y a jamais que les charges de guidon a 
vendre, qtii ne peuvent pas être remplies par un homme de l'âge et des 
services du gentilhomme dont vous me parlez. C'est tous les éclaircisse- 
ments que je vous puis donner. Si après cela je trouve quelque charge 
qui lui convienne je le serviray de tout ce que je pourrai pour lui en 
faire obtenir l'agrément. Je suis votre très humble et très obéissant 
serviteur. 

A Versailles le 27 décem. 1688. 

V. 816, p. 91. J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur 
de m'escrire, a laquelle je ne puis repondre quant a présent. Sa Majesté 
n'ayant pas encore rien règle sur les régiments qui foixrniront les com- 
pagnies l'année prochaine. Je vous supplie d'être bien persuadée que 
lorsque je ne reponds pas a vos lettres c'est que je ne stiis pas en état 
de le faire, ne laissant pas que d'estre toujoizrs dans les meilleiirs disposi- 
tions que vous pouvez désirer et qui dépendront de vous, poLU" vou3 
rendre services. 

A Marly le 1" avril, 1689. 

V. 846, p. 21. Je vous adresse la réponse que je fais a Mr le Comte 

de Masin laquelle je vous supplie de vouloir bien Im faire tenir. Le Roy 

a fait escrire a Mr d'Arcy au sens que Mme la duchesse de Savoie peut 

désirer. Sa Majesté a même ordonne a mon dit sieur d'Arcy de laisser 

A. 17 



262 Madame de La Fayette 

entendre a Mr le duc de Savoie dans la première occasion nouvelle qu'il 
en trouvera que prenant une part sensible a ce qui regarde Mme sa mère, 
que son cœiir le doit porter a bien traiter en toute rencontre, et que si 
cela ne svLffit pas il doit se sovivenir que Sa Majesté s'attend que l'amitié 
qu'elle a pour elle lui sera une raison pour éviter de donner a Mme la 
duchesse de Savoie aucun sujet de se plaindre de lui. 



APPENDICE VII 

Les Sentiments du Sieur Eosteau sur plusieurs auteurs : 
Ouvrages d'Histoire 

L'Histoire de Madame de Montpensier. 

Si novis en croyons la préface de ce livre ce n'est point icy une vérité 
qui touche Me de Guise Mad^ de Montpensier et Mons de Chabannes qui 
sont les principaiix acteurs de cette scène, mais on s'est seulem* servi 
de leurs noms pour rendre la scène (?) plus considérable et plus vrai- 
semblable. Quelques uns croyent que c'est une advanture de ces derniers 
temps ce que l'on en peut dire de plus asseuré est que rien ne peut estre 
plus galamment écrit. Le brmt commun veut que ce soit vme production 
de Madame de la fayette assez cognue pour un des plus beaux esprits 
de notre cour, dautres y donnent part a M. le duc de la Rochefoucault 
de quelq. main quil parte il ny a rien (mots illisibles) peut estre q. le 
personnage que l'on a fait tenir a M. de Guise sera moins approuvé 
estant contre la raison qu'après vine fortune pareille à celle où il se 
venoit de trouver il eust si facilement oublié une princesse quy avoit 
risqué son honneur et sa vie pour luy, ce qui persuade encore q. cest une 
supposition de personnages et qiiil sy trouveroit sous la véritable 
histoire de grandes. . . (mot illisible). 

MSS. ex libris Bibliothecae Sancta Genovefa 
Parisiensis. Bib. Ste. -Geneviève, MS. no. 
3339, fo 235. [Inédit.] 



APPENDICE VIII 

Quelques opinions sur La Princesse de Clèves 

Dix-septième siècle. 

(Bayle.) Nouvelles lettres de l'auteur de la Critique générale de l'histoire 

du Calvinisme de Mr Maimbourg. Villefranche, 1685, in 12°, T. n, 

p. 652. Lettre xxi, Section v, p. 656. B. trouve les caractères de 

La P. de C. "outrés et chimériques." 
Bussy-Rabutin. Correspondance, éd. Lalanne. 1858, 6 vols. 12°. 
Charnes (L'abbé de). Voir bibliog. des ouvrages consultés. 
Fontenelle. Mercure Galant, mai 1678, p. 111. A lu quatre fois ce roman 

tant il l'admire. Regrette que Nemours ait écouté l'aveu. — "Cela 

sent un peu les traits de VAstrée.'^ 
Merciire Galant, mars 1678, p. 379. Tout le monde l'attendait. "Elle 

a remply cette attente, et je suis certain que je ne vous pouvois 

prociirer iine lecture plus agréable." 
Vahncour. Voir la bibliog. et notre chapitre sur La P. de C. 
Voir aussi Les Lettres de Mme de Sévigné et la lettre de Mme de la 

Fayette à Lescheraine où elle critique son propre roman. 

Dix -huitième siècle. (Sauf mention contraire ces 
ouvrages fiirent publiés à Paris.) 

Chaudon et Delandine. Nouveau dict. hist. . . . par une société des 
Gens de Lettres. 7^ édit. Caen et Lyon, 1789, in, p. 584. 

Dictionnaire historique portatif des femmes célèbres. 2 vols. 1769, i, 648. 

Gordon du Percel (L'abbé Lenglet du Fresnoy). De l'usage des romans. 
Amsterdam, 1734, i, pp. 13-14. 
L'histoire justifiée contre les romans. Amsterdam, 1735. 

Lambert (L'abbé). Histoire httéraire du règne de Louis XIV. . . 1751, 
3 vols. 40, T. III, Liv. rx, pp. 32-33. 

La Harpe. Lycée ou cours de Litt. anc. et mod. Paris, 1888, 14 vols. 8°, 
Tome 7. 

La Porte (L'abbé de) et Lacroix. Histoire littéraire des femmes fran- 
çaises. 1769, 5 vols. 8°, I, 460-515. Aucune critique personnelle. 

Leiong (Jacques). BibUothèque historique de la France. T. iv. Vie et 
éloges des Dames illustres, 1775, Fo, p. 210. La Rochefoucauld 
aurait foxirni les maximes, Mme de la Fayette l'intrigue, et "le 
tout" aurait été "mis en œuvre avec autant d'esprit que de 
déhcatesse par. . .Segrais. . ." 

Marmontel. Œuvres. 1819, 7 vols, in 8°, Tome m, 2e partie, p. 558. 
Essai sixr les romans considérés du côté moral. Trouve la P. de C. 
séduisant, mais dangereux. Loue les bienséances et le sentiment de 
la pudeiir dans ce roman. 

Moreri (Louis). Le grand dict. hist.. . .etc. 1759, T. v, p. 67. 

17—2 



264 Madame de La Fayette 

Niceron. Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la 
répub. des lettres. 1731, T. xvi, p. 23, Art. Segrais. Cite le P. Lelong. 

Prévost (L'abbé). Mémoires et aventures d'un homme de qualité qui 
s'est retiré du monde. . . 1808, 3 vols, in 12°, T. ii, p. 80. Conseille 
à son élève de lire Télémaqtie et La Princesse de Clèves comcme les 
moins mauvais des romans. 

Voltaire. Œuvres, éd. Beuchot. 1833, 71 vols, in 8°, T. xn, p. 344. 
Le Temple du Goût, xix, 127. Le Siècle de Louis XIV. 

Dix-neuvième et XX*' siècle. 

Asse (Eugène). Art. sur La Fayette dans La Grande Encyclopédie. Cet 

article fourmille d'inexactitudes. 
Auger (Louis Simon). Notice sur la vie et les ouvrages de Madame de 

la Fayette. 1863, 1875, 1882. 
Baldensperger (F.). À propos de l'aveu de la Princesse de Clèves, dans 

la Rev. philologie fr. 1901, p. 26. 
Barine ( Arvède). Madame de laFayette d'après des documents nouveaux. 

(Voir Perrero.) Rev. des deux mondes, 15 sept. 1880, pp. 384-412. 
Cherbuliez (Victor). L'Âme généreuse — La Princesse de Clèves. Rev. des 

deux mondes, 15 mars 1910, p. 274. 
Ferettini (Hector). Étude sur Madame de la Fayette. Brochtire in 

16 de 24 pp. Milan, 1901. Presque toutes les vieilles erreiu-s s'y 

trouvent. Mme de la Fayette naqmt au Havre, etc., etc. 
Fournel (Victor). La littérature indépendante et les écrivains oubliés. 

Essais de critique et d'érudition sur le XVII^ siècle. 1862, in 16, 

p. 201. 
Girardin (Saint-Marc). Co\ars de litt. dram. ou de l'usage des passions 

dans le drame. 1875, 5 vols, in 16, Tome iv, pp. 438, et suiv. 

Crit. de la psychologie du roman. 
d'Hau-ssonville (Le comte). Madame de la Fayette. Hachette (Les gr. 

écriv. fr.), 1891. 
Hémon (Félix). Rev. pol. et litt. 5 avril 1879, p. 956. Conteste l'authenti- 
cité de la lettre de Mme de la Fayette au sujet de la P. de C. publiée 

par Perrero dans la Rassegna. 
Ibid., 3 mai 1879. Le procès de Mme de la Fayette. La Princesse 

de Clèves et M. Perrero. 

Ibid., 2 oct. 1880. La vraie Mme de La Fayette. Réponse à 



l'art. d'Arvède Barine. 
Le Breton (André). Le Roman au dix-septième siècle. 1 890, pp. 297-322. 
Leeigne (C). Madame de la Fayette. No. 1 de la Collection Nouvelle chez 

Lethielleux. 1910, pp. 115, in 16. Ouvrage tiré de celui de M. 

d'Haussonville. 
Lemontey (P. E.). Notice sur Madame de la Fayette et Mesdemoiselles 

Deshoulières. 1822, in 8°. 
Leroi (Robert). À propos de la Princesse de Clèves de Mme de la Fayette. 

Étude sur la Société fr. auXVH*^ siècle. Société Havraise d'études 

diverses. 1899, l^"" trimestre, pp. 65-81. 
Leroyer de Chantepie (Marie S.). Figures historiques et légendaires. 

Paris, s.d. p. 223. Madame de la Fayette. M. L. de C. écrit 



Appendice VIII 265 

"Le premier ouvrage de Mme de la Fayette fut la Princesse de 

Clèvesr 
Margerie (A. de). Madame de la Fayette. Nancy, 1870, in 8°. 
(Mayeur de Saint-Paul) Madame de la Fayette, s.d. (1814), 1 vol. in 24, 

pp. 108. Port, front, et grav. Un ramassis de citations au sujet 

de Mme de la F. 
Moréas (Jean). Variations sur la Vie et les Livres. Paris (Mercure), 1910, 

pp. 5-19. Mme de la Fayette. L'auteur insiste sur la modération 

de Mme de la F. 
Perrero (A. D.). Lettere inédite di madama di La Fayette e suerelazioni 

con la corte di Torino. Curiosité e ricerche di storia subalpina, 

Fasc. XV, Tvirin, 1880. 
Praviel (Armand). Madame de Villedieu et la Princesse de Clèves. 

Revue litt. bulletin de Bibliographie (Supp. litt. mensuel au Journal 

de r Univers, fév. 1898). 
Rea (Lilian). The Life and Times of Marie Madeleine Countess of La 

Fayette. London, s.d. (1908), 1 vol. in 8°, pp. xii, 336, 20 grav. 

L'auteur a abordé ce travail avant d'avoir les connaissances néces- 
saires de la langue française. Après avoir raconté l'histoire des 

lettres de Mme de Sév. trouvées chez Fouquet elle cite ainsi la 

lettre de Mme de Sév. à ce sujet: 

"I am most angry," she wrote to Ménage, "that Fouquet shoiild 

hâve put my letters in the casket of his poulets (hens)." 

Le mot entre parenthèses ( = poules) est ajouté par Mme Rea 

povir expUquer aux lecteurs anglais le mot poulets dans l'original ! ! ! 
Sainte-Beuve. Romanciers de la France. Mme de la Fayette. Rev. des 

deux mondes, \^^ sept. 1836, p. 513. Article réimp. dans les Portraits 

de Femmes du même auteior. Celle-ci est encore la meillevire étude 

sur IVIme de la Fayette. 
Salomon (Ch. ) . A propos de la doctrine morale contenue dans la Princesse 

de Clèves. i?ev. wmvemtorVe, 1898, Tome n, pp. 1—11. Art. important. 
Taine (H.). Article sur Mme de la Fayette. Journal des Débats, 25 fév. 

1857. Réimp. dans ses Essais de Critique et d'Histoire, et en tête de 

son édition de la P. de C. 
Vapereau(G.). Dict. miiv. des litt. 1876, 1 vol 8°, p. 1159. La Fayette. 
Voir aussi Brunetière, Doumic, Faguet, Herriot, Lanson, Lemaître, Léon 

Levrault {Le Roman, Paris, Delaplane, pp. 40-43), Morillot, Petit 

de Julleville, Pellissier, etc., etc. 
Voir aussi la liste des ouvrages consultés pour cette étude. 



APPENDICE IX 

Testament de Madame de La Fayette 

Au nom du Père du Fils et du St Esprit fait le ll™e Avril 1690. 

Je suplie nostre seigneur de me faire la grâce d'avoir une soumission 
aussi entière à sa volonté lors qu'il luy plaira m' appeler à luy que celle 
où il me paraist que je suis présentement. Mais comme ses dispositions 
sont aussi incertaines que Iheure de nostre mort parce que tout despend 
de sa providence je fais ce mémoire des choses que ie souhaitte estre 
exécutées lors quil m'aura apellée à luy estant saine de corps et desprit. 

le laisse à mes anfans la disposition de naon enterrement et de ma 
sépulture ie veux néanmoins que ce soit a ma paroisse et avec le moins 
de frais et de despense quil se poura cest ce que ie leur demande insta- 
ment. 

le donne aux pauvres malade (sic) de ma paroisse la somme de 
trois cent livres une fois payée. 

le donne a ma sœur religieuse urseline a Valancay outre et pardessus 
la pention viagère que Ion paye annuellement a son couvent et qui la 
doit suivre partout ou elle ira outre cette pention qui est de trois cents 
livres ie luy donne dis-je la somme de soixante livres chaque année sa 
vie durant seulement et seront les dittes soixante livres mist entre 
les mains de telle personne quelle choisira afin que cette personne les 
emploie pour le soulagement de sa santé ou autre chose a sa volonté 
sans que cela passe par les supérieures du couvent ou elle sera. 

le donne a Mlle de Boiscordier la somme de cent livres par chaque 
année sa \àe durant seulement et si la ditte Mlle venait a se marier la 
ditte pention de cent livres s'estindroit en luy donnant six cent livres 
une fois paye. 

le donne a Charruel(?) mon valet de chambre sil est encore a moy 
le joiir de mon deceds (ratvire) la somme de cent (rature) cinquante 
livres sa vie diu-ant seulement (deux lignes biffées). 

Mes enfants recompenseront mes autres domestiques a proportion 
du temps et de la manière dont ils m'auront servie. 

le donne a mes deux fammes mes vieux habits et mon vieux linge 
de ma personne seulement et mes anfans réserveront ce qiiil leur plaira. 

le les fais lun et lautre cest dire mon fils labbé et mon autre fils 

exécuteurs du présent. 

(Signé) De La Vergne. 

l'approuve les ratiires cy dessus qui ont denviron quatre à cinq 



ignes. 



(Signé) De La Vebgne, 



Appendice IX 267 

le feray un codicille par lequel ie regleray moymesme la recompense 
de mes domestiques. 

fait ce 11™" avril 1690. (Signé) Dk La Vergne. 

(Plié et cacheté aux armes de Mme de la Fayette — les écussons 

J^a Fayette et La Vergne surmontés d'une couronne de 

marquise.) 
(Au dos) Testament et codicile fait par moy et despose entre 

les mains de Mr le Cure de St Seurin pour le faire ouvrir eu 

jour de ma mort. 

Codicile fait par moy ce 26'"^ Février 1692. 

Jay fait un testament que Ion trouvera avec celuy cy auquel j'adjoute 
que je donne et laigue aux pauvres de labaye de Valmont en Normandie 
la somme de mil livres. 

Jay donne par mon testament a Charruel (?) mon valet de chambre 
une pention annuelle de cent cinquante livres de rente laquelle ie 
confirme encore la ditte pention viagère seulement et sera aux choix de 
mes anfans de luy payer la ditte pension viagère ou de la rachetter 
de cinq cent ecus ime fois payé le tout si le dit Charruel (?) est encore 
a moy et non autrement. 

Je donne pareillement a Aimée femme de Charge une pention viage 
de cent cinquante livres la ditte pention non rachetable si elle est encore 
a moy lors de mon deceds. 

Je donne a du Mancais la somme de iTiil livres ime fois payée et toutes 
mes hardes seront partagées entre elle et aimée comme il est porté par 
mon testament si lune et lautre sont encore a moy. 

Je donne a Marie servante de cuisine la somme de cent livres une 
fois payée si elle est encore a moy. 

Je donne a Bertelet portier la somme de trois (rature) cent livres 
une fois payée sil est encore a moy. 
J'aprouve la rature. 

(Signé) De La Vergne. 
A Valier mon valet de chambre la somme de cent cinquante Hvres 
sil est encore a moy. 

Je prie ]VIr de Croisille de donner les sommes portées par ce codicille 
si lors de ma mort il a encore de largent a moy povir aquiter les présents 
lais du moins ceux qui sont en argent. Mon fils payera les pentions et 
ceux qui sont en argent si Mr de Croisille nen a plus entre les mains de 
celuy que ie luy ay donne a garder. 

(Signé) De La Vergne. 
Je donne a Mr Chatrier un diamant de cinquante pistolles pour ce 
souvenir de moy. 

(Signé) De La Vergne. 
fait ce 2^*^ février 1692. 
Outre et par dessus ce qm est porté sur mon testament ie donne 
encore a du Mancais si elle est a moy la somme de cinq cent livres et 
tous mes habits nestant pas iuste q'aimee le partage avec elle, 
fait ce I2'"<= T^re 1692. 

(Signé) De La Vergne. 
(Au dos) Codicille fait ce 26me février 1692. 



I 



APPENDICE X 

L'Aveu dans le Roman : Les Désordres de l'amour 

La marquise de Termes est souffrante d'une maladie de languevir; 
son mari s'inquiète et se tourmente: résolu à tout faire pour apprendre 
le secret du mal mystérieux qui la dévore, il vient dans l'appartement 
où elle repose "... et surprenant sa femme, le visage mouillé de quelques 
larmes qu'à son abord elle essayoit de cacher. . . . 

"Ne vous contraignez point poiir ma présence. Madame," lui dit-il, 
"je suis moins un époux sévère que le plus intime de vos amis, dites-moi 
confidemment ce qui vous oblige à verser des larmes, et croyez qu'il 
n'y a rien que je fasse ou que je n'entreprenne pour en arrêter le coiu-s." 

"Vous êtes trop bon," repartit tristement la belle malade, "de vous 
apercevoir de ces effets de ma faiblesse, ils ne méritent pas d'être 
remarqués, et ce sont des sensibilités ordinaires à une jeune personne 
qui a sujet d'aimer la vie et qui se voit en danger de la perdre." 

"Ha! Madame," s'écria le Marquis, "ce n'est point là ce qui vous 
fait pleurer, le malheur que vous feignez de craindre n'est encore, grâce 
au ciel, ni déclaré, ni prochain. Et quand il seroit vrai qu'il vous arrachât 
des larmes, vous ne feriez point d'efforts pour me les cacher. Elles 
pourroient au contraire être expliquées à mon avantage, la douleur 
d'être séparée de moi y serviroit d'un légitime prétexte; mais. Madame, 
ce n'est point cette crainte qui vous trouble, vous avez des mavix plus 
sensibles et plus pressants, et vous m'en causerez de mortels si je ne 
vous trouve plus d'ouverture de cœur et plus de confiance." 

Le marquis accompagnoit ces paroles de caresses si touchantes et 
les mouvements de son visage exprimoient si bien le chagrin qu'il 
avoit de celui de sa femme, qu'elle fut honteuse qu'il kii en restât encore. 
Elle donna un libre cours aux larmes qu'elle avoit retenues, et serrant 
une des mains du marquis entre les siennes: "Ah!" lui dit -elle avec 
une foule de sanglots, " que votre honnêteté m'est cruelle, et que je 
vous serois obligée si vous me témoigniez autant de mépris et de dizreté 
que vous me témoignez de tendresse et de considération." 

Un discours si bizarre ayant augmenté la curiosité du Marquis, il 
n'y eut rien qu'il ne mît en usage pour la satisfaire. Il pria, il promit, 
il employa jusqu'à son autorité et fit des commandements. Plus la 
marquise tâchoit à modérer ce désir plus il devenoit violent. 

"Hé bien donc!" lui dit-elle, vaincue par ses importunités, "vous 
saurez ce que vous avez tant de curiosité de savoir: quelque malheur 
que cet aveu m'attire, il aura de la peine à me rendre plus infortvmée 
que je la suis, et en tout cas je me sens si abatue que le secours de la 
mort ne me sera pas longtemps reftisé." 



Appendice X 269 

Alors elle lui raconta comme dès son enfance elle avoit eu lUie 
violente inclination pour le Baron de Bellegarde, qui en avoit une sem- 
blable poiu" elle, mais qui n'ayant pas assez de bien potir satisfaire 
l'avarice de son père le marquis lui avoit été préféré. "Envisagez-moi 
dans cet état," poursuivit-elle, fondant en larmes, "et jugez s'il y a vm 
au monde plus malheureux. Vous méritez toute mia tendresse, et bien 
qu'il me soit impossible de vous la donner, je mourrois mille fois plutôt 
que de rien faire indigne de la vôtre. J'ai banni le jeune Bellegarde, 
et vous pouvez avoir remarqué que depuis notre mariage il n'est pas 
venu en cette province; c'est par mes ordres qu'il en demeure absent, 
je ne lui ai point écrit, je lui ai sévèrement défendu de m'écrire, et quand 
ma vie dépendroit d'un moment de sa conversation particulière, je ne 
m'y exposerois pas. Cependant, puisque vous me forcez à vous l'avouer, 
moins je le vois et plus je sens le désir de le voir; son absence, qui devoit 
l'effacer de ma mémoire, ne sert qu'à me persuader sa déférence pour 
mes ordres. Je ne pousse pas un soupir où je ne m'imagine que les siens 
répondent, et jugeant de ses peines par les miennes, il se fait en moi vm 
combat de pitié, d'amour et de devoir, qui semble déchirer mon âme, 
et dont les effets sont si cruels pour elle, que de quelque côté que penche 
la victoire, elle me sera toujours également funeste." 

Cette belle affligée auroit pu continuer de parler plus longtemps si 
ses sanglots ne l'en avoient empêchée. Le marquis, son époux, étoit si 
surpris et si touché de ce qu'il entendoit qu'il n' avoit pas la force de 
l'interrompre; mais enfin ce premier trouble étant un peu dissipé, et 
la tendresse qu'il avoit pour elle triomphant d'un mouvement de jalousie 
qui le sollicitoit au mépris et à la vengeance. 

"Ha ! Madame," lui dit-il d'im air languissant, "pourquoi m'épousiez- 
vous, si vous ne pouviez m'aimer?" 

"Je fis ce qu'il me fut possible pour ne vous épouser pas," poxir- 
suivit la marquise, "mais j'étois jevine et timide, mon père étoit absolu 
sur sa famille, et d'ailleurs je ne croyois pas mon amour aussi violent 
qu'il l'étoit. Comme il n'avoit jamais eu de but qu'vm mariage, je pensois 
qu'il cesseroit quand l'espoir de ce mariage seroit éteint. Vous êtes un 
des hommes du monde le plus accompli: j'espérai que vous chasseriez 
aisément Bellegarde de mon cœur, et j'avois im désir si sincère de vous 
aider que je ne doutai pas qu'il ne réussît. Mais, hélas ! je me suis 
trompée, et bien que je vous trouve infiniment estimable, vous ne 
saliriez empêcher que Bellegarde ne soit encore l'homme le plus aimé." 

Des aveiix si rares et si ingénus pénétrèrent le marquis d'une doiileur 
inexprimable, il lui fut impossible de soutenir cette conversation plus 
longtemps. Il se retira dans sa chambre, et faisant réflexion sur la 
cruauté de sa destinée, il eut besoin de tout son courage pour ne pas 
succomber au désespoir. 



LISTE DES OUVRAGES CONSULTES 

Tous les ouvrages cités dans ce travail sont mentionnés ci-dessous, dans 
l'appendice viii, ou dans la bibliographie des œuvres de Madame de 
La Fayette. 

Académie des femmes, comédie en trois actes en vers. B.N. Rés. YF 4342. 
Academy, The. Jan. 27th, 1906, pp. 91-2. The earliest modem novelist 

(Mme de La Fayette). Par Edward Wright. 
Aigueperse, P. G. Biographie ou dictionnaire historique des personnages 

d'Auvergne. Clermont-Ferrand, 1834, 2 vols, in 8°. 
Albums de dessins et de gravures de la commission des antiquités de la Seine 

Inf. 
Allier, Achille. L'Ancien Bourbonnais. Moulins, 1833-8, 3 vols. F". 
Annales de la Cour et de la Ville, 1697-8. 
Anselme, Le Père. Histoire généalogique et chronologique . . . Paris, Firmin- 

Didot. 
Anti-ménagiana. Bib. Nat. Z 18229. 
Archivfiirdas Studium der neueren Sprachen und Literaturen, 1909. (o) Jordan, 

L. Eine Handschrif t von Werken der Grâfin La Fayette mit dem inedierten 

Fragment eines Romans. (6) Kuechler, W. Zu den Anfângen des psycho- 

logischen Romans in Frankreich. 
Archives de Chantilly (Château), ms. Série P. 

de l'AlUer. Docs. reproduits dans les appendices, etc. 

de la Seine. Voir Bégis. 

du Ministère de la Guerre. Voir Louvois. 

du Ministère des Affaires étrangères. Corr. diplom. de Savoie. 

Nationales. Papiers Léonard. 

Arnaud, C. Étude sur la vie et les œuvres de l'abbé d'Aubignac. 1888. 

N. 29. 78 Cantab. 
Arnauld, Papiers. Arsenal, 6037, T. iv. 

d'AndiUy. Mémoires. Petitot, xxxm-xxxiv. 

Amould, L. Racan. 1 vol. in 8°, orné de port. Paris (Cohn). 

Artigny, L'abbé d'. Relation de ce qui s'est passé dans une assemblée tenue 

au bas du Parnasse pour la réforme des belles lettres. 1739, in 12°. 

LH 285 Sorb. 
Athenseum français. 16 avril, 1853. 
Aubignac, FéHx HédeUn, abbé d'. Conseils d'Ariste à Celimène sur les moyens 

de conserver sa réputation dans le monde. 1665, 1667, etc., in 12°. R 18668 

B.Nat. 
Macarise. 1663. 

Les portraits égarés. 1660, in 12°. 

Relation de tout ce que j'ay veu à Loudun en neuf joiurs que j'ay visité 

les possédées, sept. 1637. ms. de 19 pages. Bib. Nat. ms. fr. 12801. 



lÂste des Ouvrages Consultés 271 

Aubignac, Félix Hédelin, abbé d'. Royaume de Coquetterie. 1655, in 12o. 

Nouvelle histoire du temps ou la relation véritable du Royaume de 

Coquetterie. Arsenal, B.L. 14702. 
Audigier, Pierre. Histoire d'Auvergne, ms. Bib. Nat. 10 vols. 11477-11486. 

Idem. Imprimés. Tome i, Clermont-Ferrand, 1894, 1 vol. in 8°. 

Audiguier. Diverses affections de Minerve, 1625, 1 vol. in 12°. Bib. Nat. 

Z 19851. 
Aumale, Le duc d'. Histoire des Princes de Condé pendant le XVP et XVII® 

siècle. Paris, 1896, 7 vols. 8». 
Avenel, Le vicomte d'. La Noblesse française sous Richelieu. Paris, 1901, 

1 vol. in 12°. 

Richelieu et la Monarchie absolue. 1884. 

BaiUon, Le comte de. Henriette -Anne d'Angleterre. . . 2^ éd. Perrin. 

Henriette-Marie de France . . . 2® éd. Perrin. 

Baluze. Histoire généalogique de la maison d'Auvergne. Paris, 1798, 2 vols. F". 
Baret, Eugène. De l'Amadis de Gaule et de son influence sur les mœurs et la 

litt. au XVIe et au XVII^ siècle. 1853, Firmin-Didot, 8°. 
Barihe, Arvède. La jeunesse de la Grande Mademoiselle. 5® éd. Hachette, 

Louis XIV et la Grande Mademoiselle. 3^ éd. 

Barrière, F. La Cour et la Ville sous Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. 

Paris, 1830, 8». 
Barry, Le P. Lettres de Pauline et d'Alexis à diverses personnes sur des sujets 

bien importants. 
Barthélémy, É. M. de. La Marquise d'Huxelles et ses amis. Bib. Nat. 

Ln" 32744. 

Les amis de la Marquise de Sablé. 

Sapho, le Mage de Sidon et Zénocrate. Ln" 9167. 

Valentin Conrart. Ln^^ 35404. 

Bary, René. L'esprit de cour ou les conversations galantes. 1662. Z 20072 

Bib. Nat. 
Beaucaire, Horricq de. Recueil des Instructions données aux ambassadeurs. 

Savoie-Sardaigne et Mantoue, 1898-9. 
Beaucamp, de, et le Trix. Petite histoire du Havre. L'k 29294 B.N. 
Beaurepaire, C. de. Mélanges historiques. L*k 2342. 

Nouveaux mélanges. L*k 2342 bis. 

Derniers mélanges. L*k 2342 ter. 

Bégis, Papiers, aux Arch. de la Seine. 

BeUeval. Les fils de Henri IL Paris, 1 vol. 8», 1898. 

Berty et Tisserand. Topographie historique du vieux Paris. 1876, Fo (Histoire 

Grénér. de Paris), Région du Bourg Saint-Germain. 
Besoigne, Jérôme. Histoire de l'Abbaye de Port-Royal. Cologne, 1752, 6 vols. 

in 12». 
Bled, Victor du. La société française du XVI^ au XX® siècle. 4® série, XVII« 

siècle. 1904, in 12°. 
Bodin. Recherches historiques sur l'Anjou. Bib. Nat. 
BoUeau. Les héros de Roman, édition T. F. Crâne. 

Satires, éd. Gamier. 

Œuvres, éd. Berriat de Saint-Prix. 5 vols. 8°, Paris, 1839. 



272 Madame de La Fayette 

Boislisle, de. Voir Bulletin de la Société de l'Histoire de France. 

Bonafous. Études siu- l'Astrée. 1846. 

Bonneau- Avenant, Le cte. de. La duchesse d'Aiguillon. . . 2^ éd. 1 vol. in 12°, 

Perrin. 
Bordelon, L'abbé. La belle éducation. 2© éd. 1694, in 120. 
Borély, A. E. Histoire de la ville du Havre. Le Havre, 1880-1, Tome n. 
Bosc, Le Père Jacques du. L'honnête femme. Lyon, 1640. 
Bossuet. Oraisons funèbres, éd. Jouaust. 
Bouhier, Souvenirs de Jean. B.N. La 2925. 

Bouillet, M. N. Dict. univ. d'hist. et de géog. SP éd. Hachette, s.d. 1 vol. in S». 
Bourciez, E. E. J. Les mœurs polies et la litt. de cour sous Henri II (Thèse, 

Paris). 
Bourdeau, J. La Rochefoucauld. Hachette, 1895 (Gr. Écriv. fr.), 
Bourdigné, Jehan de. Chronique d'Anjou et du Maine, éd. Godard-Faultrier. 

Angers, 2 vols. 8°, 1842. 
Bourgeois, Emile. The century of Louis XIV, its arts and ideas. Traduit par 

Mrs Cashel Hoey. London, s.d. Gr. 4°, Grav. 
Bourgoin, Auguste. Valentin Conrart. . .et son temps. Hachette, 1883, 8°. 
Brantôme. Œuvres complètes. . . 1858-1894. 13 vols. Bib. Elzév. Plon- 

Nourrit. 
Brédif, M. Segrais, sa vie et ses œuvres. Paris, Durand, 1863, 8°. 
Brice, Germain. Description de Paris. 6^ éd. in 12°, 1713. 
Broc, Le vicomte de. Les femmes auteurs. Paris, Pion, 1911, in 16". 
Brun, Pierre. Autour du XVIIe siècle. Grenoble, 1901, in 12°. 
Brunetière. Études critiques... 8 vols, in 16°. 

Hist. de la Htt. fr. classique. Tome i, 1911. 

Brunot, Ferdinand. Histoire de la Langue française. Tome m. En cours de 

publication chez CoUn. 
BuUetin de la Société de l'Histoire de France, 1896. De Boislisle. Les portraits 

dans les écrits diplomatiques et politiques. 

du Bouquiniste, 1874, Tome n, 15 oct. 

du Bibliophile, 1853, p. 59. 

Critique, 1891, p. 191. 

Bure, Guillaume de. Fils aîné. Catalogue des livres de la Bibhothèque de feu 
M. le duc de la Vallière. I^e partie, ms. et livres rares, 3 vols. 8°, 1783. 

Bussy-Rabutin. Histoire amoureuse des Gaules. 4 vols. 1856-76. Elzév. 
Plon-Nourrit. 

Carte du pays de Braquerie. À la fin de Tallemant. Voir Tallemant. 

Correspondance. Voir Opinions sur la Princesse de Clèves. Appen. 

Cabinet des Titres. Bib. Nat. ms. Pièces originales, 2229, 2287, etc. 

Callières, de. De la Science du monde et des connoissances utiles à la conduite 
de la vie. Bruxelles, 1717, 1 vol. in 12°. 

Camusat. Bib. françoise ou hist. htt. de la France. 1674, 2 vols. 

Carpenteriana. Bib. Nat. Z 18190. 

Cartwright, Julia, Madame. Memoirs of Henrietta, Duchess of Orléans. 
Londres, 1894, 2^ éd. 1900. 

Casati de Casatis, Ch. ViUes et châteaux de la vieille France. Duché d'Au- 
vergne. Paris, Picard, 1900, 8°. 



Liste des Ouvrages Consultés 273 

Castelnau, Mémoires de Messire Michel de. . . Bruxelles, 1731, 3 vols. 8°. 
Catalogue de l'Exposition de l'histoire de Paris, ouverte à Paris pendant l'été 

de l'aimée 1911. 
Cercle des Femmes, entretien comique . . . B. Nat. R 24003. 
Chansonnier français. Bib. Nat. MS. 9348, 12639, 12667, 15135. 
Chapelain, Jean. Lettres, publiées par Tamizey de Larroque. Paris, 1880. 

De la lecture des vieux romans, dialogue, p. par FeiUet. 1870, 8°. 

Poésies inédites de. . . Bib. Nat. N. acq. MS. No. 1890. 

Charlanne, Louis. L'influence française en Angleterre au XVII^ siècle. 1906 
(Lecène). 

Chéruel, A. Histoire de la France pendant la minorité de Louis XIV. Sorb. 
HT. b. 28a, 8°. 

Choisy, Mémoires de. Petitot, Lxrn et Jouaust in 12°, 2 vols. 

Collas, Greorges. Un poète protecteur des lettres au XVII^ siècle. Jean Chape- 
lain... Paris, Perrin, 8°, 1911. 

Condé, Papiers de. Série P. Archives du Château de Chantilly. 

Conrart, Papiers de. Bib. Arsenal, Paris, MS. ix, 4°, xi (No. 4116), xxn, 
No. 4127, etc. 

Mémoires. Petitot. 

CorneUle. Érlition Gr. Écriv. Hachette. 

Comhill Magazine. May, 1870, p. 533. A Pupil of the Hôtel de Rambouillet. 

Corrard de Bréban. Souvenir d'une visite aux ruines d'Alise et au Château 

de Bussy-Rabutin. Troyes, 1833, 8". Brochiire de 30 pp. 
Cosnac, Le comte Gabriel Jules de. Souvenirs du règne de Louis XIV. Paris, 

Renouard, 1866, 8 Tomes in 8°. 

Daniel de, Mémoires de. Paris, Renouard (Soc. de l'Hist. de Fr.), 

1852, 2 vols. 8°. 

Costar. Lettres. 2 vols, in 8», 1858. 

Costé, Pierre. Histoire de Condé. Cologne, 1693, in 12°. 

Coulanges, Mémoires de M. de (pub. par Monmerqué). Paris, 1 vol. in 12°, 1820. 

Courtin, Antoine de. Nouveau traité de la Civilité qui se pratique en France 

et aUleurs, parmi les honnestes gens. 2^ éd. Bruxelles, 1675, 1 vol. pet. 

in 12°. 
Cousin, Victor. Études sur les femmes illustres et la société au XVH® siècle. 

8 vols, in 16°, Paris, Perrin. 
Crâne, Th. Fr. La Société française au XVII^ siècle, New York, 2^ éd. in 12°, 

1907. 
Crenne, Helysenne de. Les angoisses douloureuses qui procèdent d'amours. 

Paris, 1538, dans Œuvres complètes. Bib. Nat. Rés. Z 2745. 
Cross, Wilbur L. The development of the EngUsh novel. New York, 1899, 

1 vol. in 16°. 

Dalibray, Œuvres poétiques de, éd. Van Bever, 1906. 

Dangeau, L'abbé de. Dictionnaire des bienfaits du Roi. Bib. Nat. MS. fr. 
7651-66. 

Marquis de. Journal. . . éd. Soulié, Dussieux, de Chennevières, add. inéd. 

de Saint-Simon, par Feuillet de Conches, 19 vols, in 8°, Firmin-Didot, 

Danjou Collection, Tome vni. Les portraits de la Cour. 
Delamare, Philibert. Mélanges. Bib. Nat. MS. fr. 23251. 



274 Madame de La Fayette 

Delà vigne, Casimir. Discours d'inauguration de la Salle de Spectacle du 

Havre. Au Havre, chez Chapelle, 1823. 
De l'éducation des dames — pour la conduite de l'esprit dans les Sciences, 1674. 
Demogeot. Histoire de la Litt. Fr. 25® édit. Hachette, 12°. 
Derome, Le capitaine. Madame de Villedieu Inconnue. Mamers, Imprimerie 

Fleury, 16 pp. in 8°. Ex. de la Rev. hist. et archéolog. du Marne, 1911. 
Descartes. Les Passions de l'Ame. Rouen, 1651, in 12°. 
Despois, E. Voir Rev. des deux mondes. 
Dom Liron, Jean. Singularités hist. et Utt. p. 343 et suiv. 
Dom Rivet. Le Nécrologe de Port-Royal. B. Nat. L^d 82. 
Doumic, René. Hist. de la Litt. française, 19^ éd. 
Duclos. Mémoires. Paris, 1808, 2 vols. 8°. 

Dulaïu-e. Hist. de Paris (Hist. physique civile et morale de Paris). 7® éd. 4 vols. 
Dumont et Léger. Hist. de la ViUe d'Harfleur. Au Havre, 1868. 
Dunlop, John. The History of Fiction. . . 3 vols. 8», Edimbourg, 1816, 2^ éd. 
Du Verdier. La Floride. 1625, 8°, 2 tomes en un vol. 

Egerton Collection. Au British Muséum. Nos. 1687-1692. 

Étrennes aux Dames avec le calendrier de l'année 1763. Paris, Musier, 1763, 

in 32". 
Evelyn, John. Diary, éd. Wm. Bray. Londres, 1906, 4 vols. 8°, Grav. 

Fabre, A. La Jeunesse de Fléchier. 2 vols, in 8°, Paris, Perrin. 

Faguet, Emile. Hist. de la Litt. fr. 2 vols. pet. in 8°, Grav., Pion, 1900. 

Fancan, Le chanoine. Le Tombeau des Romans. . . 1626. 

Faret. L'honneste homme ou l'art de plaire à la Cour. Paris, 1630, in 12°. 

FeiUet, Alph. La misère au temps de la Fronde et Saint Vincent de Paul. 

1 vol. in 12°, Paris, Perrin. 
FeUer, L'abbé F. X. Dict. hist. Lyon, 1822, T. iv. 
Fémina, ler sept. 1911. 

Fénelon. De l'éducation des Filles. Paris, 1848, in 12°. 
Figaro, Le. Supp. litt. 6 jan. 1912. Idem, 14 déc. 1912. 
Figaro illustré. Fév. 1909. Femmes de lettres françaises. 
Fléchier, Esprit. Mémoires de, sur les Grands Jours d'Auvergne en 1665, 

éd. Cheruel, Hachette, 1856, 1 vol. 8°. 
Fodère, Jacques. Custoderie d'Auvergne. Lyon, 1619. 
Fournel, Victor. La Littérature indépendante. Paris, 1862, 1 vol. in 12°. 
France, Anatole. La Vie Littéraire. Paris, 1897, 4"- série. 
Franz, A. Das hterarische Portrât in Frankreich im Zeitalter Richelieus und 

Mazarins. Leipzig, 1905, 8°. 
Frémy. Essai sur les variations du style français au XVII^ siècle. 1843 (B. 

Cantab.). 
Frère, Edouard. Manuel du bibliographe normand. . . Rouen, 1858-60, 2 vols. 
Fromentin, Eugène. Dominique. 5^ éd. Paris, 1890, in 16°. 
Funck-Brentano, F. Le drame des poisons. 9^ éd. 1 vol. Hachette. 

Gazette, La. Passim de 1649-1694. 

Gérard-GaiUy, E. Bussy-Rabutin, sa vie, ses œuvres et ses amis. Paris, 1909, 8°. 

Géruzez, E. Hist. de la litt. fr. 17^ éd. 2 vols, in 12°. 

Goulas, Nicolas de. Mémoires. Paris, 1879. B. Cantab. LO. 65. 3. 



Liste des Ouvrages Consultés 275 

Gournay, Mlle de. De l'égalité des hommes et des femmes. 8°, 1622. 

GourviUe. Mémoires, pub. par la Soc. de l'Hist. de France, 2 vols. 8°, 1894-5. 

Orande Encyclopédie. Louise, et Marie-Madeleine de la Vergne de la Fayette. 

Grififet, Le Père. Histoire du règne de Louis XIII. Paris, 1758. 

Guéret. La Carte de la Cour. B. Nat. Lb. 37. 34900. 

Guillard. Généalogies. Bib. Nat. MS. fr. 25187. 

Guilmeth. Histoire du Havre et des Environs. B.N. L^k^B. 

Haase, A. Syntaxe française du XVIP siècle. . . Paris, 1898, 8". 
Hamilton. Œuvres. Paris, 1812, 3 vols. T. i pour les Mém. de Grammont. 
Haussonville, Le comte d'. Mme de La Fayette. Paris, 2^ éd. 1896. 
Heru-y, C. Voir Bibliog., Corr. de Mme de La Fayette. 
Hita. Caballeros moros de Granada, de las civiles guerras que hubo en ella 

y batallas particulares . . . Saragosse, 1595-1604. 
Hofifbauer. Paris à travers les âges. 2 vols. F", Firmin-Didot. 
Huet, Daniel. Mémoires. . .trad. Nisard. Hachette, 1853, 1 vol. 8°. 

Orig. des Romans. Voir Zaïde, BibUog. 

Orig. de la ViUe de Caen. B.N. Lk 1507 A. 

Correspondance, ms. fr. 15188. Bib. Nat. 3 vols. 4°. 

Illustration, L'. No. 3541, le 7 jan. 1911. "Marcelle Tinayre et La Douceur 

de Vivre." 
Imberdis, A. Histoire générale de l'Auvergne. Clermont-Ferrand, 1868, 

2 vols. 8°. 
Imbert de Saint-Amand, Le baron. Les femmes de la Cour des derniers 

Valois. B. Cantab. Acton. d. 126. 1869. 

Women of Versailles (Louis XIV), trad., B. Cantab., pp. 32-43. 

Intermédiaire des chercheurs et des curieux, ix, 326, 382; xvin, 354; xxi, 

104, 156. 

Jal, A. Dictionnaire critique. 2^ éd. Paris, 1872, 8°. 

James, G. P. R. Life and Times of Louis XIV. 4 vols. Cantab. VI. 30. 23. 

Joannidès, A. La Comédie française de 1680 à 1900. 1 vol. gr. in 8°, Paris, Pion. 

Joly, Guy. Mémoires. Petitot. 

Jordan, L. Voir Archiv (a). 

Journal des Débats, 22 nov. 1846. 

Kavanagh, H. French women of Letters. Leipzig, 1862, Tome l. 

Koerting, H. Geschichte des franzôsischen Romans im XVII Jahrhundert. 

2 vols. Leipzig et Oppeln, 1886. 
Kretschmar, Arno. Madame de Villedieu, Leben, Rom. und Erzâhlungen. 

Weida i. Th. 1907, 8°. 
Kuechler, W. Voir Archiv {b). 

La Beaumelle. Mémoires. . . 6 vols. Cantab. Acton. d. 26. 523. 

La Bruyère. Caractères. 

Lachèvre, Frédéric. BibUog. des recueils coUect. de poésie . . . 1901-1905, 

4 vols. 4P. 
Lacroix, P. Le XVII^ siècle, lettres, sciences et arts. 1 vol. 4°, Grav., Chromos, 

Firmin-Didot, 1882. 
L'Advocat. Dict. hist. et bibliog. Paris, 1822, 8°, Fayette. 
La Fare. Mémoires. Petitot, Lxv. 



276 Madame de La Fayette 

La Fontaine. Œuvres, éd. Gr. Écriv. Paris, Hachette, 1892, Tome ix. 

La Forge, Jean de. Le Cercle des femmes sça vantes. . . par Monsieur D. L. F. 

Paris, MDCLXin, pet. in 12°. 
Lair, Jules. Louise de la Vallicre et la jeunesse de Louis XIV. 8", Paris, Pion, 
Lalanne, Ludovic. Brantôme, sa vie et ses écrits. Thèse. Paris. 

Tirage à part de l'appendice sur Brantôme et La Princesse de Clèves. 

Paris, 189L 

Lalanne et Bordier. Voir Bibliog. des œuvres de Mme de la Fayette. Sect. 

Bibliog. 
La Morinière. État des officiers domestiques du roy. . .mis en ordre par le 

sieur de. Bib. Nat. Le. 25. 92. 
La Motte, de. Antiquités de la ViUe d'Harfleur. Havre de Grâce, 1676, 8°. 
Lanson, G. L'art de la Prose. Paris, Lib. des Annales, 1909, in 16". 

Manuel de Bibliographie, XV!*^ s. 1909, XV!!" s. 1910. Hachette, 8». 

La Porte. Mémoires. Petitot, lix. 

La Rochefoucauld. Œuvres, éd. Gr. Écriv. Hachette, 3 vols, et un album, 8°. 

Larousse, Le Nouveau . . . illustré. Tome v. 

Lassay, Armand de Madaillon de Lesparre, comte de. Recueil de différentes 

choses. 1759, 4 vols, in 12°. 1726, 2 vols, in 4». 
La visse, Ernest. Histoire de France. Paris, Hachette, 1905, 8°, Tomes vn 

et vm. 
Lebret, H. Histoire de la Ville de Montauban. Montauban, in 4°, 1668, 
Le Breton, André. Le Roman au XVIP siècle. Paris, Hachette, 1890. 
Lefeuve, Charles. Les Anciennes maisons de Paris. Paris, 1857, 5 vols. 
Lemaire. Paris, ancien et nouveau. 1685, 3 vols. 
Lemoine et Lichtenberger. De la VaUière à Montespan. Paris, Calmann-Lévy, 

1 vol. 8°, s.d. 
Lemonnier. L'art français au temps de Louis XIV. B. Cantab. E. 56. 37. 
Léonard. Papiers. Archives nationales. 
Leroi, Robert. À propos de la Princesse de Clèves de Madame de la Fayette, 

dans Recueil des travaux de la Société havraise d'études diverses, 1899, 

pp. 65-84. 
LeteUier. Recherches hist. sur la Ville d'Harfleur. 1786. 
Le Vassor. Histoire de Louis XIII. Amsterdam, 1713, in 12°, Tome ix. 
Lintilhac, E. Précis hist. et cri t. de la litt. fr. Guédon, 1894, 2 vols. 12o. 
Lister. Voyage à Paris en 1698. Trad. fr. Paris, 1873, 1 vol. 8°. 
Littleboy, A. L. Relations between French and EngUsh Ut. in the XVItb 

and XVIIth century. Londres, 1895. 
Livet, Ch. L. Précieux et précieuses. 4^ éd. 1896. 

Longuerue, Louis du Four de. Longueruana. . . Berlin, 1 vol. 12°, 1754. 
Loret. La Muse historique, éd. Livet. Paris, 1877, 4 vols. 8°. 
Loriol. La France. . .biogr. bibliogr. Tome n par Viel. Seine Inf. 
Louvois. Minutes ms. de sa correspondance. Arch. du Min. de la Guerre. 

Paris. 

Magne, ÉmUe. Le plaisant abbé de Boisrobert. Paris (Mercure), 1909, in 16'' 

Madame de Châtillon. Ib. 1910. 

Madame de la Suze. Ib. 1908. 

Madame de Villedieu. Ib. 1907. 



Liste des Ouvrages Consultés 211 

Magne, Emile. Scarron et son milieu. Ib. 1905. 

Voiture et les origines de l'Hôtel de Rambouillet. Ib. 1911, 2^ éd. 

Voiture et les années de gloire. . . Ib. 1912. 

Maintenon, Madame de. Lettres. La Haye et Leyde, 1757. 

Mallet. Registre des délibérations municipales de la Ville de Pontoise, 1643- 

1660. Pontoise, 1911, 2^ fas. Règne de Louis XIV. 
Martin, Alphonse. Madame de la Fayette est-elle havraise? Havre, s.d. 8°, 8 pp. 
Maulde la Clavière, R. de. Les femmes de la Renaissance, trad. G. H. Ely. 

Londres, 1900, 8°. 
Ménage. Aegidu Menagii poemata, sexta editio. Paris, 1673, 12°, et 1656. 
Ménagiana. . . 4 vols, in 12°. Paris, 1715, 3^ éd. 
Mercure, depuis 1678 jusqu'à 1774. Passim. 

Meyer, Erich. Die Grâfin von Lafayette. . . Leipzig, 1905, 8°, Port. 
Mézeray. Orasie. Paris, 4 vols, in 12°, 1646. 
Michaud. Biographie universelle... Paris, 1815, 8°. 
Michaud et Poujoulat. Collection de Mémoires, 
IVIilon. Notice sur la Ville de Segré. . . 1889, in 8°. 
MoUère. Éd. G. É. T. n. Préc. Rid., etc. 
Monglat. Mém. Petitot, XLix, L. 
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Morillot, Paul. Le Roman en France de 1610 jusqu'à nos jours. Paris, 1894, 

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Nouy, Mme H. L. du. L'Amitié amoureuse. 

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Pradel, du. Le Livre commode des adresses de Paris pour 1692. Paris, Plon- 

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Retz, Cardinal de. Œuvres, éd. Gr. Écriv. Hachette, 10 vols, et Petitot, 

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La véritable harangue faite au roi par Mgr le cardinal de Retz pour 

lui demander la paix et son retour à Paris, au nom du clergé et accompagné 
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Reynier, G. Le roman sentimental avant l'Astrée, in 8", Colin. 

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Richelet, Pierre. Les plus belles lettres françaises. . . 1698, 1 vol. in 12°. 
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Rœderer, P. L. Mémoires pour servir à l'histoire de la société polie en France. 

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Rosset, de. Les plus belles dames de la viUe de Montpellier. 1660. 
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Rothschild, James de. Les continuateurs de Loret. 2 vols. 8°, 1881-1888. 
Roujon, Henry. Dames d'autrefois. Hachette, 1910, in 16°. 
Rousselot, Paul. Histoire de l'éducation des Femmes en France. Paris, 

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Rousset, CamiUe. Histoire de Louvois. Paris, 1863, 4 vols, in 8°. 
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Saint-Simon, Le duc de. Mémoires, éd. Chéruel et Régnier fils. Paris, 
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Mariages, 32839. Décès. 32594. 
Sainte-Beuve. Portraits de Femmes. Paris, Garnier, s.d. 1 v. in 16". 

Port-Royal. 7^ éd. Paris, Hachette, 7 vols, in 16°. 

Samfiresco, Elvie. Ménage. Paris, 1902, in 8°. 

Sauvai. Antiquités de Paris. Sorb. HF m 6. In Folio. 
Scarron. Œuvres. 1786. B.N. Ye7811. 

Recueil des épistres en vers burlesques de M. Scarron et d'autres 

auteurs pour ce qui s'est passé de remarquable en l'année 1655. Paris, 
Alexandre Hesselin, 1656, in 4P. 

Scheuer, Ernst. Frau von La Fayette, eiue franzôsische Romanschriftstellerin 

. . . Bonn, 1898, in 8°, pp. 126 (Thèse). 
Schurman, Mlle de. Dissertatio de muliebris ingenii ad doctrinam et meliores 

litteras aptitudine. Lyon, 1641, 8°. Bib. Cantab. 
Scudéry. Clélie. Le Grand Cyrus. 
Segrais. Les nouvelles françoises ou les divertissements de la Princesse Aurélie. 

Paris, A. de Somma ville, 1656, 2 vols. 8°. 

Segraisiana. Paris, 1722, in 12°. Notes MS. de Tiu-got dans l'exemplaire 

Sorbonne, Rr. 135, 12°. 

Sévigné, Mme de. Lettres, éd. Monmerqué. Hachette, Gr. Écriv. 14 vols, 
et un album, 8°. 

Chevalier de. Correspondance pub. par Lemoine et Saulnier. Paris, 

1911, 8°. 

SicheL Edith. The Household of the La Fayettes. Westminster, 1897, 1 vol. 8°. 
Somaize. Le Dictionnaire des Précieuses, éd. Ch. Livet. Paris, 1856, 2 vols. 

Elzév. 
Sorel, Charles. De la connoissance des bons livres ou examen de plusieurs 

auteurs. Paris, 1671, 1 vol. in 12°. 

Description de l'isle de portraicture et de la ville des portraits. Tome 26. 

p. 382 de: Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques. 
Amsterdam, 1788, 8°. 

La maison des jeux. 1687, 2 vols. 12°. 



Sourches, Marquis de. Mémoires. . . 13 vols. 8°, Hachette. 

Staël, Mme de. De la littérature considérée dans ses rapports avec les institu- 
tions sociales. Londres, 1813, 2 vols. 8°. 

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Stoddard, F. H. The évolution of the English novel. New York, 1900, 1 vol. 
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Suzanne, Le Général. Histoire de l'ancierme infanterie française. Tome vm. 

TaUemant des Réaux. Les Historiettes, éd. Monmerqué et Paris, 3^ éd. Paris, 

1856, 8°. 
Tardieu, A. Gr. dict. hist. du département du Puy-de-Dôme. Moulins, 1877, 

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incomplet. 

Walckenaer. Mémoires touchant la vie et les écrits de Mme de Sévigné. 6 vols. 

F. Didot. 
Wright, Ed. Voir Academy. 



INDEX DES NOMS PROPRES 



Les pseudonymes, les titres d'ouvrages, les noms de personnes et de 
lieux mentionnés dans les romans sont en italique. 



Aiguillon (Marie-Madeleine de Vignerod 

de Combalet, duchesse d'). Voir 

Combalet 
Aimée, domestique de Mme de La 

Fayette, 267 
Akakia, 4 

Alamir [Zaïde], 128, 138 
Alanic (Mme), 179 
Albret (César-Phébus d'), comte de 

Miossens, maréchal de France, 44, 88 
Alcandre, 92 
Alègre (Gayard de Toursel d'), comte de 

Riverol, 255 

— (Marie de Toursel d'), 245, 255 
Alexandre, 89 

Alexandre, 136 
AJlier (1'), 257 

— (la rivière de 1'), 52, 61 
Almaras {la bataille d'), 134 
Almonl (la comtesse d''), 76 

— (le comte d'), 75, 76 

Alphonse [Zaïde], 128, 129, 132, 133, 

135, 136, 137, 138 
Amadis (V), 126, loi, 162 
Amalthée (nom désignant Mme du 

Plessis-Guéuégaud), 162 
Amalhée, 92 

Amours duPalais Royal deTurin (Ze-s),191 
Anaxandre, 162 

Andillv (Amauld d'), 90, 91, 110 
Aney,'260 
Angélique (ia mère). Voir La Fayette 

(Louise Mottier de) 
Angennes (Angélique-Claire d'), 66 

— (Julie-Lucine d'), duchesse de 
Montausier, 12, 66 

Angers (la ville d'), 52, 56 
Angleterre (Elisabeth d'), 160 

— (Henriette d'). Voir Orléans (Hen- 
riette-Anne, duchesse d') 

— (1'), 197-8 

Angoisses douloureuses qui procèdent 

d'amours (les), 154-6 
Anjou (la province d'), 7, 39, 50, 203, 

242, 243 
Anjou (le duc d'), 78, 83 
Apcher (François d'). Seigneur du 

Cheylar, 254 
Aplanie e (nom désignant Mme de 

Valençay), 74 
Aplemont (d'), 13 
Araminte, nom désignant Mme de 

Plenneville, 82 
Arcy (le marquis d'), 258, 261 
Arenberg (le comte d"), 75, 76, 77 
Arioste (F), 152 

Amelot (Marie de Lyonne, Mme), 82 
Armande, 31 



Arthénice (nom désignant Mme de 

Rambouillet), 34 
Artus, 162 

Asfeld (Alexis Bidal, baron d'). 199 
Astrée(r),ll, 126,162 
Aubert (Catherine), 254 
Aubignac (François Hédelin, abbé d'), 

12, 77, 102 
Audoux (Mme Marguerite), 179 
Aurélie (nom désignant la Grande 

Mademoiselle), 74 
Aurore, 49 
Autriche (la reine Anne d'), 1, 14, 31, 

111, 114, 115, 117, 158, 187,255 

— (la reine Marie -Thérèse d'), 117 
Auvergne (la province d'), 18, 19, 45, 

49, 51, 52, 59, 60, 62, 63, 64, 140, 141 
Avaux (Jean-Antoine de Mesmes, comte 

d'), 88 
Avranches (l'évêque d'). Voir Huet 

Babylone (V impératrice de), 162 
Bac (la rue du) à ParLs, 1 
Baillardeau (Aiitoine), 205 
Bajazet, 166 

Baldensperger (Femand), 164 
Balzac (.Jean-Louis Guez de), 217 
Barbin (A. T.), 3 

— (Claude), 166, 178 
Barillon (le cadet), 21 

— (M.), 111 ... 
Barillons (les), Paul et Antome de 

Barillon, 88 
Barine (Arvède), 119 
Bastille (les archives de la), 36 
Baudrier (M.), notaire, 15 
BaufFremont (Henri de), marquis de 

Senecey. Voir Senecey 
Baugé, en Anjou, 50 
Bautru (Guillaume), comte de Serrant, 

18 
Bavière (l'électeur de), 199 
Bayard (Jacques de), 46, 54, 244, 246 

— (Louis), 92 
Bayle (Pierre), 106 
Bazin (A.), 125 

Béatrix de Provence, reine de Naples. 

Voir Naples 
Beaumanoir (Henri de), 60 

— (Mme de). Voir Rostaing (Mar- 
guerite de) 

Beaurepaire (René de Sainte-Maure, 

seigneur de), 13, 14 
Beauvais (Charlotte de), 255 
Belasire [Zaïde], 128, 132, 137 
Belfort, 151 
Bellaigue (l'abbé de Notre Dame de). 

Voir Bayard (Jacques de) 



282 



Madame de La Fayette 



BeUegarde (le baron de), 163, 269 
Belval (l'abbé de). Voir Testu (Jacques) 
Benserade (Isaac de), 86, 106 
Bérard (Claude), première femme de 

Marc Pioche de La Vergne, 6 
Bérault (Claude?), 195 
Berger Extravagant (le), 72 
Bertaut, 10 
Bertelet, portier de Mme de La Fayette, 

267 
Berthelot (le sieur), 182 
Beuvronne (la rivière de), 90, 92 
Biron (Charles-Armand, duc de), 148 
Blot (César de Chauvigny, baron de), 

99, 254 
Boileau-Despréaux (Nicolas), 31,41, 68, 

86, 89, 106, 110, 111 
Boiscordier (Mlle de), 266 
Boisenval, valet de chambre de Louis 

XIII, 115 
Boissière (Marie de), 255 
Bollard (Fiacre), 11 
Bonnart (Robert-François), 39 
Bonnivat (Émeric de Bouttier, seigneur 

de), 254 
Bonrepas (M. de), 110 
Bordier (Jehan), la veuve de. Voir 

Bricard (Marie) 
Bossuet (Jacques-Bénigne), 31, 86, 106, 

110, 124, 134, 168 
Boufflers (Louis-François, duc de), 

maréchal de France, 148, 261 
Bouhours (Dominique), 128, 135, 170, 

171, 202 
Boulen {Anne de), 174 
Boulogne, 255 
Bourbon (Anne de), 61 

— (Claude de), comte de Chaslus, 61, 
254 

— (Françoise de), 182 

— (la ville de), 48 
Bourbon-Busset (Marguerite de), 244, 

255 
Bourbonnais (le), 62, 244, 251 

— (le baron de Chazeron, gouverneur 
du), 18 

Bourdaloue (Louis), 31, 68, 211 
Bourdeille (Pierre de), seigneur de 

Brantôme. Voir Brantôme 
Bourgogne (la comtesse de), 92 
Bouttier (Émeric de), 254 
Branche (la), 179 
Brantôme (Pierre de Bourdeille, seigneur 

de), 31, 158, 159, 160, 161, 173, 208, 

219 
Brédif (Léon), 68 
Bretagne (la), 51 

— (le marquis de Thémines, gouver- 
neur de la), 8 

Brevonne. Voir Beuvronne 

Brézé (Urbain de Maillé, marquis de), 

2, 4-12, 22 
Briare (la ville de), 57 
Bricard (Marie), femme de Gabriel Péna, 

5 
BrinviUiers (Marie-Marguerite d' Aubray, 

marquise de), 36 



Brissac ( Gabrielle -Louise de Saint-Simon, 
duchesse de), 57 

— (le duc de), 242, 243 
Brosses (M. des), 42 

Buckingham (George Villiers, duc de), 

1627-1688; 121, 123 
Buisson (Mme de), 66 
Bure (Guillaume de), fils aîné, 200, 201 
Bussy (la rue de) à Paris, 244 
Bussy-Rabutin (Roger de Rabutin, 

comte de Bussy, dit), 20, 06, 71, 103, 

105, 134, 135, 136, 137, 164, 166, 168, 

170, 243 

Caderousse (Claire-Bénédictine de Gué- 

négaud, duchesse de), 90 
Caen (la ville de), 68, 107 
Caen, les origines de, 131 
Calais (la ville de), 2, 249 
Calvaire (les religieuses du), 11 
Cambout, 126 

— (Marie du), duchesse d'Épernon. 
Voir Épemon 

Cambrai (la bataille de), 77 

Campestrières-Vissat, 255 

Canaries (le roi des), 132 

Caudale (Louis-Charles-Gaston de No- 

garet, duc de La Valette et de), 18 
Capucins (le couvent des) à Clermont, 

254 
Caraccio, 200, 201 
Caractères (les), 68 
Carlos (Don), 92 
Cassandre, 221 
Catalogne, 137 
Catinat (Nicolas de), seigneur de Saint 

Gratien, maréchal de France, 259 
Caumartin (Louis-François de), 89 
Céphale, 49 
Cessac (Louis-Guilhem de Castelnau, 

comte de Clermont-Lodève, marquis 

de), 90 
Chahannes (le comte de), 78, 79, 80, 81 

262 
Chaillon (le sieur), 191 
Chaillot (le couvent de Sainte-Marie de), 

114,115 
Chalais (Mlle de), 12 
Chamard (M. Henri), 159 
Champigny, 66, 67, 78, 79, 88 
Champiré, 58, 244 

— (Renaud de Sévigné, seigneur de). 
Voir Sévigné 

Chanoine (le). Voir Longueval, Fran- 
çoise de 
Chantilly (le château de), 109, 110, 113 

— (le marquis de), 148 

Chanudet (M.), curé d'Espinasse-Vozelle, 

52 
Chapelain (Jean), 12, 66 
Charenton (la ville de), 18 
Charles I, roi d'Angleterre, 114, 124 
Charles II, roi d'Angleterre, 116 
Charnes (l'abbé Jean-Antoine de), 168, 

171 
Charruel ( ?), 266 
Chartin (le sieur), 9 



Index des Noms Propres 



283 



Chartres (le vidame de), 161 

Chartres (Mmede), 156, 170, 174, 175, 177 

— (Mlle de), princesse de C'ièves, 161 
Chaslus (Claude de Bourbon, comte de), 

254 
Châtelet (le) à Paris, 250, 251 
Châtillon (Isabelle- Angélique de Mont- 

morency-Bouteville, duchesse de), 69 

— (M. de), 88 
Chatrier (M.), 267 
Chauveau (François), 39 
Chauvigny, fief de la famille La Fayette, 

49, 151, 244, 251, 257 

— (Isabelle de), 257 

— (Marie de), 257 
Chauvigny-Beauregard, 255 
Chazaud, notaire à Limoges, 244 
Chazeron (le baron de), 18 
Chennevières (M.), 10 

Chevreuse (Marie de Rohan, duchesse 

de), 47 
Choisy (François-Timoléon de), 207, 208 

— (Mme de), 21, 74, 153 
Chouvigny. Voir Chauvigny 
Cicéron. (les œuvres de), 30 
Clays (le village de), 90 

Clelie, 53, 56, 66, 68, 72, 73, 133 

Cléopâtre, 71, 221 

Clermont (le couvent des Capucins à), 
254 

Clèves (la princesse de), personnage du 
roman, 80, 102, 123. 160, 161, 162, 
170, 171, 172, 173, 174, 175, 176, 209, 
212, 223, 224. Voir aussi Princesse de 

— (le prince de), 123, 156, 165, 174* 
175, 177 

Clèves (le prince de), 161 

Clos-la-Fayette, 257 

Cognât, 50, 257 

Colbert (Jean-Baptiste), marquis de 

Seignelay, 182 
Combalet (Marie-Madeleine de Vignerod 

de), duchesse d'Aiguillon, 2, 7, 11, 12, 

13, 14, 21, 46, 106, 245, 251 
Comminges (Gilbert du Plessis-Praslin 

de Choiseul, évêque de). Voir 

Plessis-Praslin 
Comtesse de Tende (la), roman, 157, 

171^, 218 
Condé (Claire-Clémence de Maillé, mar- 
quise de Brézé, princesse de), 110 
Condé (le prince de), 83 
Condé (Louis II de Bourbon, prince de), 

86, 109, 110, 134 
Conrart (Valentin), 66, 106 
Consalve [Zaïde], 128, 129, 132, 135, 

136, 137, 138 
Conversations sur la critique de la 

Princesse de Clèves, 164 
CoquiUaire (la rue) à Paris, 249 
Corbinelli (Jean), 215 
Corinne, 179 

Corinthe (l'archevêque de). Voir Retz 
Corinthiens (la première aux), la bataille 

dite, 20 
Corneille (Pierre), 48, 111, 177, 218,223 



Cosnac (Gabriel- Jules de), 110 

Coster (Pierre), 22, 42, 52, 55, 56, 71, 

207, 210 
Coulanges (Marie-Angélique du Gué, 

Mme de), 107, 111, 113, 211 
Coulevain (Mme Pierre de), 179 
Coulommiers, 174 
Courgain (le) à Calais, 249 
Courtin (Honoré), 112, 182 
Cousin (Victor), 33, 73 
Crenne (Hélisenne de), 154 
Créqui (François-Joseph, marquis de), 

146 
CroisiUe (M. de), 267 
Croissy (M. de), 259 
Cyrics (le grand), 66, 71, 73. 139, 221 

Daillon (Guy de), comte dj Lude, 254 

Dalon (l'abbaye de), 115, 142, 255 

Danemark (le). 183 

Dauphin (le), 107, 145, 146 

Dauphme (la), 37, 199 

Dauphine (la) [la Princesse de Clèves], 

160, 165 
Delphine, 179 
Depoix (J.), 9 

Descartes (René), 219, 223-4 
Des Champs (M.), 109, 110 
Des Chases (Gabrielle de La Fayette, 

abbesse), 254 
Desjardins (Hortense). Voir ViUedieu 
Désordres de Vamour (les), 163, 164, 171, 

268-9 
Despréaux (Nicolas Boileau). Voir 

BoUeau - Despréaux 
Dijon (le président du parlement de), 48 
Don Carlos, 92 
Don Garcie [Zaïde], 128, 138 
Don Manrique [Zaïde], 132 
Don Ramire [Zaïde], 135 
Dorât (Jean- Jacques?), 61 
Dorchain (Auguste), 156, 157 
Doris (nom désignant Mme de La 

Fayett--). 28 
Druent (le comte de), 261 
Du Bouchet (Mme), 134, 135 
Du Cheylar (François d'Apcher, sei- 
gneur), 254 
Du Guet (Jacques-Joseph), 157, 210, 211 
Du Mancais. domestique de Mme de La 

Fayette, 267 
Du Mottier (Charles), seigneur de La 

Fayette-Pontgibaud, 255 

— (François), tué à la bataille de 
Saint- Quentin, 254 

— I (Gilbert), 254 

— II (Gilbert), 50, 254 

— III (GObert), 50, 254 

— IV (Gilbert), 254 

— V (Gilbert), 254 

— VI (Gilbert), 50, 254 

— (Pons), 258 

Du Palais (Philippe de Rivoire, comte), 
254 

Ébreuil (la viUe d'), 51, 61 
Échassières, 257 



284 



Madame de La Fayette 



Ecosse (1'), 116 

— (la convention d'), 197 
Elisabeth d'Angleterre, 160 
Elne (le siège d'), 44 
Empereur (Y), 183 

Enghien (Anne de Bavière, duchesse d'), 
110 

— (Henri-Jules de Bourbon, duc d'), 
86, 110, 181, 188, 189 

Épemon (Marie du Cambout, duchesse 
, d'), 47 

Epinasse. Voir Espinasse 
Érice (la princesse d"), 66 
Espagne (1'), 183 

Espinasse, 49, 51, 52, 53, 59, 61, 244, 
246, 251, 257 

— (Anet de Montmorin, seigneur d'), 
255 

Espinasse-Vozelle. Voir Espinasse 

Essais de Morale (les), 209 

Esther, 199 

Estrades (Jean-François d'), abbé de 

Moissac, 190, 258 
Estrées ( François- Annibal, marquis de 

Cœuvres, duc d'), 112, 182 

— (le cardinal d'). Voir Laon 
Étampes (la bataille d'), 254 
Eugénie, 75, 76 

Eurilas, 58 
Exeter, 116 

Pavart d'Herbigny (Christophe-Elisa- 
beth), chanoine de Reims, 23 

Fayette {la nymphe), nom désignant 
Mme de La Fayette, 99 

Féliciane, nom désignant Mme de La 
Fayette, 91, 106 

Félicie, nom désignant Mme de La 
Fayette, 83, 87 

Félime [Zaïde], 128, 138 

Femmes savantes (les), 111 

Fénelon (François de Salignac de La 
Mothe-), 41 

Ferdinand (Louis-Ferdinand Elle, dit), 42 

Férou (la rue) à Paris, 11, 205 

Ferrare (l'abbé), 195 

Ferrarois, domestique de Mme de La 
Fayette, 82 

Feuillet de Conches (Félix -Sébastien), 
25, 60, 61 

— (Mlle), 25, 60 

Fez (le prince de) [Zaïde], 132 
Fiesque (la comtesse de), 74 
Fleury (le village de), 113 
Florençal (le chevalier de), 76, 77 
Florence, 215 
Fontaine (Garin de), 50 
Fontainebleau (le château de), 37, 121, 

147 
Fontenelle (Bernard le Bovier de), 168, 

170 
Force du Passe' (la), 179 
Porests, 244, 247 
Formont (Maxime), 51 
Fossés (la rue des) à Paris, 249 
Foucaut (le berger), nom désignant 

La Rochefoucauld, 99 



Fouquet (Nicolas), vicomte de Melun et 
de Vaux, marquis de Belle-Isle, 90, 123 

Pouquières (Mme de), 88 

Foumel (Victor), 221 

Poumier (Edouard), 64, 141 

France (Anatole), 94, 100, 125, 167, 
178, 179, 206, 220 

— (Christine de), duchesse de Savoie, 
184 

— (Henriette-Marie de), 114, 116, 117, 
124 

— (le collège de), 5 
Francion (Histoire comique de), 72 
François II, 160 

Franz (Arthur), 67 

Fresnes (le château de), 35, 64, 84, 88, 

90-93, 97, 112 
Fret (Charles), 205 
Fribourg (la ville de), 147 
Fronde (la), 14, 16, 20 
Fronsac (le duc de). Voir Brézé (Urbain 

de Maillé, marquis de) 
Frontenac (Mme de), 74 
Fronténie, nom désignant Mme de 

Frontenac, 74 
Furetière (l'abbé Antoine), 53 

Gannat (la ville de), 51, 244, 251, 257 
Garde (Don) [Zaïde], 128, 138 
Gathon, 59 
Ge'lonide, nom désignant la comtesse de 

Fiesque, 74 
George (le sieur), 182 
Giraud (ou Girault, l'abbé), 26, 41 
Girault. Voir Giraud 
Godeau (Antoine, évèque de Grasse et 

de Vence), 66 
Gombeau, 99 
Gondat, 255 

Gonzague (Marie de), 119, 126 
Gonzale. Voir Consalve 
Goths (la reine des), 54. Voir aussi 

Suède (Christine, reine de) 
Gourville (Jean Hérault de), 112, 113, 

206 
Goutenotoze. Voir Goutevantouze 
Goutevantouze (le fief de), 49, 244, 247 
GradafiUe, 162 
Grammont (le beau-frère du comte de). 

Voir Hamilton (Antoine) 
Gramont (Antoine, duc de), maréchal de 

France, 118 

— (la comtesse de), 113 

Grand Cyrus (le), 66, 71, 73, 139, 221 
Grasse (l'évêque de). Voir Godeau 
Grignan (Adhémar de Monteil, comte 
de), 60, 105 

— (la famille de), 104 

— (Mme de). FotV Sévigné (Françoise- 
Marguerite de) 

— (Pauline de), marquise de Simiane, 
141 

Griselidis, 196 

Guarini (Giovanni Battista), 96 

Guébriant (Renée du Bec-Crispin, 

comtesse de), 35 
Guénégaud. Voir Caderousse 



Index des Noms Propres 



285 



Guénépaud (Elisabeth-Angélique de), 90 

— (la rue) à Paris, 56 
Ouenelic, 155 
Guenièvre, 162 
Guérard, graveur, 39 

Guiche (Armand de Gramont, comte de), 
117, 119, 120, 121, 122, 123, 124, 162 

— (la jeune), 117 
Guillard, 61 

Guise (le chevalier de), 175 

— (le duc de), 78, 79, 80, 81, 262 
Guitaut (le comte de), 103 

Gyp (Sibylle-Gabrielle-Marie Antoinette 
de Riquetti de Mirabeau, comtesse de 
Martel de Jan ville, dite), 206 

Halle (Antoine), 41 

Hamilton (Antoine), 38 

Harfleur (la ville d'), 14 

Harmand (René), 234 

Haussonville (M. d'), 95, 100, 175, 200, 
201, 211, 243 

Hautefeuille (fief de la famille La Fay- 
ette), 49, 244 

— (Jean de), 255 

— (Mottier de), grand maître de l'ar- 
tillerie, 50 

Hautefort (Marie de), duchesse de 

Schomberg-Halluin, 115 
Haute-Serre (fief de la famille La 

Fayette), 49, 244 
Havre (la ville du), 3, 7, 9, 11, 13, 14, 

15, 16, 20, 22, 29, 126, 244 
Hélisenne, 154-155 
Henri TT, roi de France, 157, 160 

— IV, roi de France, 116 
Herménésilde [Zaïde], 128 

Histoire d'Henriette d' Angleterre (V), 7, 

114-126, 127, 162, 174, 218 
Hita (Ginès Ferez de), 133, 134 
HoUande (la), 67, 116, 125, 198 
Honfleur (la ville d'), 14 
Hongrie (la), 143 
Horace (les œuvres d'), 30 
Huet (Pierre-Daniel), évêque d'Av- 

ranches, 42, 63, 68, 69, 82, 86, 87, 

106-108, 130, 131, 135, 136, 139, 152, 

176, 214, 216 

— (Pierre-Daniel), la sœur de. Voir 
Plenneville (Mme de) 

Huguenots (les), 50 

Huxelles (Marie de Bailleul, marquise d'), 
111 

l7ifante (V), 92 
ItaUe (1'), 183 

Jacques II, roi d'Angleterre, 199 
Jansénistes (les), 30 
Joli (Guy), 242, 243 
Joseph Delorme, 138 
Joyeuse (Jeanne de), 254 

— (Randon de), 254 

Kuchler (Walther), 155 

La Beaumelle (Laurent- Angliviel de), 140 



Laboureur (Jean), 161 

La Bruyère (Jean de), 68 

La Case (le marquis de), 36 

Lacroix (Paul), 95 

La Fayette (Antoine de). 254 

— (Antoine de), maître de l'artillerie, 
254 

— (Antoinette de), 254 

— (Charles de), 254 

— (Claude de), abbé et directeur de 
Sorbonne, 255 

— (Claude de), bachelier en théologie, 
frère de François. 46, 245 

— (Claude de), femme de César de 
Blot, 254 

— (Claude de), père de F évêque de 
Limoges, 247, 255 

— (Edmond de), sénateur, 60, 61 

— (François de), mort à Saint- 
Quentin, 255 

— (François Mottier, comte de), 3, 6, 
15, 44-65, 114, 116, 156, 157, 189, 
193, 205, 243-252, 255 

— (François Mottier de), évêque de 
Limoges, 46, 85, 114, 142, 244, 246, 
248, 255 

— (Françoise de), abbesse de Saint- 
Georges de Rennes, 254 

— (GabrieUe de), abbesse des Chases, 
254 

— (GUbert I à GUbert VI). Voir Du 
Mottier 

— (Gilbert VII du Mottier de), 254 

— (Guillaume du Mottier, seigneur de), 
254 

— (Jacqueline de), 254 

— (Jacques de), chevalier de Malte, 255 

— (Jacques de), comte de Lyon, 
chartreux, 254 

— (Jean de), chanoine et comte de 
Lyon, 254 

— (Jean de), Hautefeuille, 255, 257 

— (Jean de), père de François, 244, 
255, 257 

— (la famille Mottier de), 49, 52, 60, 
64, 254-255, 257 

— (le château de), 50 

— (Louis de), abbé de Valmont, 50, 
59, 142-144, 152, 197, 200, 255, 266, 
267 

— (Louise de), comtesse de Chaslus, 
254 

— (Louise Mottier de), 114, 116, 126, 
197, 254 

— (Madame de), femme de René- 
Armand. Voir Maiillac 

— (Madeleine de), 254 

— (Madeleine de), abbesse de Saint- 
Georges de Rennes, 254 

— (Madeleine de), religieuse, 254 

— (Marie de), baronne de Murât, 254 

— (Marie-Madeleine Pioche de La 
Vergne, comtesse de), sa naissance, 2; 
ses parents, 2-7; à Pon toise, 9; au 
Havre, 13; la mort de son père, 14- 
15; le second mariage de sa mère, 
17; son beau-père, 19-20; et Mlle 



286 



Madame de La Fayette 



La Fayette (Marie-Madeleine) (cont.) 
de La Loupe, 20; sa mère, 21-22, 56, 
241-243; et Mme de Sévigné, 23, 104- 
106, 111 ( Voir aussi Sévigné dans 
cet index); et Ménage, 23-31, 82-83, 
194-204 {Voir aussi Ménage); ses 
études, 29-42; et l'Hôtel de Ram- 
bouillet, 32-35; la société qui l'en- 
toure, 32-41; son mariage, 44-49, 65; 
son contrat de mariage, 244-248; 
les objets, mobiliers, etc. qu'elle 
apporte, 249-251; son mari, 49-51, 
54, 55, 59-65; dotation mutuelle de 
leurs biens, 251-252; généalogie de la 
famille La Fayette, 254-255 ; les terres 
de la famille La Fayette, 257; en 
Auvergne, 52; sa santé, 53, 55-57, 
113, 192-212; enceinte, 55; mort de sa 
mère, 56; naissance de son fils Louis, 
59; son voyage à Paris, 59; naissance 
de son fils René -Armand, 59; date de 
la mort de son mari, 59-60; et les 
Portraits, 66-71; l'anonymat de ses 
œuvres, 81, 167 ; à la cour de Madame, 
87; au Luxembourg, 87; à l'Hôtel de 
Ne vers, 87, 88-89; précieuse, 87; à 
Fresnes, 90-93: et La Rochefoucauld, 
93-104, 129-130; et le cardinal de 
Retz, 21, 106, 241-243; et Segrais, 
106, 127-129; et Huet, 106-108, 130- 
131; et La Fontaine, 108-109; et le 
prince de Condé, 110; et Bossuet, 110; 
et Racine, 110-111; et Boileau, 110- 
111; et Corneille, 111; est très bien 
en cour, 112; et Mme de Montespan, 
112; et Henriette d'Angleterre, 114- 
118; ses enfants, 140-153, 205; et 
Brantôme, 159; et Mme de Villediea, 
164, 268-269; et ses collaborateurs, 
81-83, 127-132, 165-170; se déclare 
auteur de la Princesse de Clèves, 169; 
son style, 80-81, 138-139, 176-178, 
215-218; et Mme Royale de Savoie, 
180-192, 258-262; et Louvois, 180- 
192, 258-262; historien, 193-212; ses 
dernières années, 201-212; sa mort, 
204; son testament, 266-267; son 
caractère, 206; ses idées religieuses, 
209; ses lettres, 213-218; l'écrivain, 
218-220; le philosophe, 220-224; ses 
œuvres: Une lettre pour se moquer des 
mots à la mode {?), 68; Le Portrait de 
Mme de Sévigné, 66-71; La Princesse 
de Montpensier, 71-84; Zaïde, 126- 
139; La Princesse de Clèves, 154-179; 
La Comtesse de Tende, 171-174; La 
Vie de Madame Henriette d' Angleterre, 
114-126; Les Mémoires de la cour..., 
196-200; Caraccio, 200-201. Voir 
aussi Doris, Fayette (la nymphe), Féli- 
ciane, Félicie, La Vergne, Laverna, 
Lisette, Ménie, Sagiette 

— (Marie-Madeleine de), petite-fille 
de Mme de La Fayette, 152, 153, 255, 
257 

— (Philippe de), chevalier de Malte, 
255 



La Fayette (René- Armand), brigadier 
d'infanterie, 50, 59, 144-151, 181, 
190, 201, 255, 266 

— (René du Mottier, comte de), 255 
La Fayette-Pontgibaud (Charles du 

Mottier, seigneur de), 255 

— (Louis, comte de), 254 

La Fère (le régiment de), 146, 149, 187 

Lafitte (Pierre), 179 

La Fontaine (Jean de), 71, 86, 106, 108- 
109, 208 

La Force (Jacques de Caumont, duc de), 
10 

La Grenetière (l'abbaye de), 142, 255 

La Guiche (Mlle de), fille du maréchal 
de Saint-Géran, 18, 117 

La Lizolle, 257 

La Loupe (Catherine -Henriette d'An- 
gennes de), 20, 21, 22, 241-242 

La Maillade (Marguerite de), 254 

La Meilleraye (Charles de La Porte, duc 
de), maréchal de France, 40 

Lamoignons (les), 150 

La Monnaie (l'hôtel de) à Paris, 88 

Lancelot, 162 

Landau, 151 

Langeron (la ville de), 52 

Langlade (Jacques de), 181, 202 

Langlée (M. de), 196 

Lanson (M. Gustave), 223 

Laon (César, cardinal d'Estrées, évêque 
de), 88, 182 

Lapierre, 258 

La Rochefoucauld (François VI, prince 
de Marsillac, duc de), 31, 51, 53, 56, 
62, 63, 65, 81, 86, 87, 88, 92, 93-104, 
106, 108, 109, 110, 111, 113, 116, 127, 
128, 129, 130, 133, 134, 138, 139, 156, 
157, 163, 165, 166, 167, 168, 169, 171, 
177, 180, 181, 187, 189, 192, 193, 197, 
202, 208, 210, 211, 216, 262 

— (Mlle de Louvois, duchesse de), 191 
La Rochefoucauld-Randan (Marie-Ca- 
therine de), marquise de Senecey, 115 

La Rocheguyon (François, duc de La 

Rochefoucauld et de), 191 
La Roche Toumelle (Marguerite de), 254 
La Sablière (Marguerite Hessein, Mme 

de), 211 
Lassay (Armand de Madaillon de Le- 

sparre, marquis de), 143, 206 

— (Mlle de), 143 

La Tour d'Auvergne (Antoine de), baron 
de Murât, 254 

— (Madeleine de), 174 

La Trémouille (Charles-Armand-René, 
duc de), 257 

— (Charles Bretagne de), prince de 
Tarente, 152, 255, 257 

— (Charles -Louis Bretagne de), 162 

— (Henri de), 9 

— (Mlle de), 66, 67 

La Trousse (Henriette de Coulanges, 
marquise de), 107 

— (Mlle de), 107, 215 

— (Philippe-Auguste le Hardi, mar- 
quis de), 112, 146, 149, 182 



Index des Noms Propres 



287 



Launitz (le comte de), 199 

Lauzun (Antoniii Nompar de Caumont, 
comte, puis duc de), 112 

La Vallière (Françoise-Louise de La 
Baume-le-Blanc, duchesse de), 118,122 

La Vallière (Louis-César de La Baume- 
le-Blanc, duc de), 200 

Lavardin (Marguerite-Rence de Ros- 
taing, marquise de), 111, 204 

La Vergne (Aymar de). Voir La Vergne 
(Marc Pioche de) 

— (la famille), 5 

— (Mme Pioche de). Voir Pcna 
(ÉUsabeth) 

— (Marc Pioche de), 2, 4-15, 17, 244, 
249 

— (Marie-Madeleine Pioche de). Voir 
La Fayette 

La Vergne (ville dans le Pays de Bra- 

querie), 243 
Laverna, nom désignant Mme de La 

Fayette, 195 
Le Bon, 209 

Le Boux (Guillaume), 210 
Lebrun (Charles), 39 
Le Cène (Michel-Charies), 125 
Le Clerc (Sébastien), 39 
Lee (Nathaniel), 178 
Le Franc, notaire, 249, 251, 252 
Le Gendre, 182 
Léger (M.), 195 
Le Jarric (Gilbert), 257 
Leiia, 179 
Le Loup (Louis), seigneur de Pierre - 

brune, 254 
Lenclos (Anne, dite Ninon de), 86, 105, 

106 
Lenglet-Dufresnoy (Nicolas), 221 
Lenoir (Isaac), 257 
Lenôtre (André), 39 
Lens {la bataille de), 77 
Le Railleur (Jacques), 8, 10, 26, 41, 249 
Lérida (la bataille et le siège de), 44 
Le Roy (Pierre), 4, 5 
Lescheraine, secrétaire de Mme Royale, 

59, 82, 158, 168, 184, 185, 186, 216 
Lescure (Mathurin - François - Adolphe 

de), 220 
L'Esdiguières (Anne de La Madelaine, 

duchesse de), 42, 243 
L'Espinasse (la famille de), 257 
Lesueur (Mme Daniel), 179 
Lettre à la marquise de... au sujet de la 

Princesse de Clèves, 163 
L'Hôpital (Charlotte des Essarts, maré- 
chale de), 19 

— (François du Hallier, dit le maréchal 
de), 19 

L'Huillier (Mme), 116 

Lian court (la marquise de), 88 

Ligne (Charles-Joseph, prince de), 47 

LigneroUes (M. de), 160 

Limoges (la ville de), 26, 244 

— (M. de). Voir La Fayette (Fran- 
çois de), évêque de Limoges 

Lionne (Hugues de), marquis de Bemy, 
183 



Lisette, nom désignant Mme de La 
Fayette, 44, 46 

Lisvart, 162 

Livry, 62, 113 

Llorens (le siège et la bataille de), 
44 

Londres, 198 

Longueval (Françoise de), chanoinesse 
de Remiremont, 61 

LonguevUle (Anne-Geneviève de Bour- 
bon, duchesse de), 96, 97, 98, 101 

— (Henri II d'Orléans, duc de), 14 
Loret (Jean), 42 

Lorme (Charles de), 56 
Lorraine, 147 

Loudun (les possédées de), 12 
Louis XII, roi de France, 50 

— XIII, roi de France, 3, 6, 115, 158 

— XIV, roi de France, 112, 115, 119, 
121, 122, 123, 139, 144-149, 158, 181, 
183, 184, 188, 190, 191, 197, 198, 200, 
208, 243, 258-262 

Louvois (François-Michel Le Tellier, 
marquis de), 86, 104, 142, 143, 144- 
151, 181, 183, 184, 187, 188, 189, 190, 
193, 197, 208, 258-262 
Louvre (le palais du), 36, 37, 115, 116 
Lude (Guy de Daillon, comte de), 254 
Luxembourg (le palais du), 87, 127 
Lyon (Jacques de La Fayette, comte de), 
254 

— (Jean de La Fayette, chanoine et 
comte de), 254 

Macé, 99 

Madame. Voir Orléans 

Madame, duchesse de Savoie [La Prin- 
cesse de Clèves], 161 

Mademoiselle (la Grande), AGle de 
Montpensier, fille de Gaston d'Orléans, 
dite, 36, 66, 67, 68, 74, 81, 87, 106, 
156 

Magne (Emile), 67 

MaSlé (Urbain de). Voir Brézé 

Maine (le duc du), 77 

Maine (Louis- Auguste de Bourbon? duc 
du), 106 

Main tenon (Françoise d'Aubigné, mar- 
quise de), 86, 143, 199 

Maison du Péché (la), 179 

Maître du moulin blanc (le), 179 

MaUet (Ernest), 9 

Malte (l'ordre de), 17 

Manon Lescaut, 221 

Manrique (Don) [Zaïde], 132 

Mansart (François), 90 

Marais (le), quartier de Paris, 49 

Marans (la comtesse de). Voir Montalais 

— (le comte de), 60 
MarciUac. Voir Marsillac 
Mare au Diable (la), 179 

Marie, domestique de Mme de La 
Fayette, 267 

Marie-Claire, 179 

Marillac (Madeleine de), femme de René- 
Armand de La Fayette, 150, 151, 152, 
255 



288 



Madame de La Fayette 



Marillac (René de), chevalier d'Attichv, 

150, 152 
Marne (la rivière de), 90 
Mami (J.), 179 
Marollea (Michel de), abbé de Villeloin, 

52 
Marquis de Villemer (le), 179 
Marreau, notaire, 15, 248, 249, 251, 252 
Marsillac (François VII, duc de La 

Rochefoucauld, prince de), 88, 106, 

124, 181 
Masin (le comte de), 261 
Matha (le sieur), 181 
Mathilde d'Aguilar, 155 
Maule vrier ( É do uar d - François Col - 

bert ( ?), comte de), 66 
Mauny (Charlotte Brulart, marquise de), 

69, 74 
Maupassant ( Henri - René - Albert - Guy 

de), 224 
Maximes (les), de La Rochefoucauld, 93, 

97, 98 

— de Mme de Sablé, 93 

Mazarin (Jules), cardinal, 14, 18, 107, 

124, 183 
Médat (le fief de), 49, 244, 247 
Médicis (Catherine de), reine de France, 

158, 161, 173 

— (Marie de), reine de France, 116 
Méynoires de la cour de France pendant 

les années 1688 et 1689, 118, 196-201 

Ménage (GUles), 11, 13, 21, 23-31, 40, 
41, 42, 49, 52, 54, 55, 57, 58, 59, 64, 66, 
80, 82, 83, 95, 96, 104, 107, 108, 128, 
130, 142, 166, 168, 169, 176, 193, 194, 
195, 196, 201, 202, 203, 204, 210, 211, 
213, 214, 217 

Ménalque, nom désignant Ménage, 29 

Ménie (la petite), nom désignant Mme de 
La Fayette, 8 

Mérigène, 66 

Merlin (Éléonor), femme de Lazare Péna, 
5, 46, 244 

Meudon (le village de), 59, 183, 214 

Mézières (Mlle de), princesse de Mont- 
pensier, 77, 78 

Mille (Pierre), 222, 223 

Milly (le château de), 7 

Mindatte, 83 

Miron (Jeanne), 2 

Molière (Hortense- Sylvie de). Voir Ville- 
dieu 

— (Jean-Baptiste Poquelin, dit), 26, 
31, 33, 35, 86, 106, 111, 219 

Monceau (M. du), 145 
Mondoucet (le sieur de), 250 
Monmerqué (Louis- Jean-Nicolas), 213 
Monsieur. Voir Orléans (Gaston, duc d', 

et Philippe, duc d') 
Montaigne (Michel-Eyquem de), 41, 51 
Montalais (Françoise de), comtesse de 

Marans, 60, 91, 112 

— (Mlle de), 118, 122, 123 
Montandré, 35 

Montargis (le sieur de). Voir Péna 

(Lazare) 
Montauban (la ville de), 4 



Montausier (Charles de Sainte-Maure, 
marquis puis duc de), 66, 217 

— (la marquise de). Voir Angennes 
Montcontour (la bataille de), 255 
Montelschat (Catherine Aubert, dame 

de), 254 
Montespan (Françoise-Athénaïs de Ro- 

chechouart, marquise de), 86, 112, 

146 
Montmorin (Anet de), seigneur d'Es- 

pinasse, 255 

— (Françoise de), 255, 257 

— (Pierre de), 257 

Montpensier (la princesse de), personnage 
du roman, 78, 79, 80, 262 

— (le prince de), 78, 79, 80, 81 
Montpensier (Mlle de). Voir Made- 
moiselle (la Grande) 

Montsoissier (Louise de), 254 
MotteviUe (Françoise Bertaut, dame de), 

90 
Mottier, ou Motier. Voir La Fayette et 

Hautefeuille 
Moulin, 99 

— (Pierre du), 18 

Moustier (le sieur de). Voir Péna (Lazare) 
Moutier-les-Jaligny (le sieur de). Voir 

Bayard (Jacques de) 
Murât (Antoine de la Tour d'Auvergne, 

baron de), 254 

Nades, 49, 59, 60, 61, 244, 251, 255, 257 

Nantes (la ville de), 122, 243 

Naples (Béatrix de Provence, reine de), 5 

— (Charles I'''', roi de), 4 
Navarre (la reine de), 78 
Navarre (le collège de), 199 

— (Marguerite d'Angoulême, reine de), 
74 

Nemours (Jeanne-Baptiste de), Mme 

Royale, 169, 181-192, 197, 216, 258- 

262 
Nemours (le duc de), 3, 80, 102, 123, 138, 

156, 157, 160, 161, 162, 163, 165, 167, 

170, 174, 175, 177 
Nevers (l'hôtel de) à Paris, 58, 87-89, 

110, 112, 209 
Nicole (Pierre), 209, 210 
Nielzchéenne, 179 
Nirée, 59 
Nizon, 200 

Noirmoutiers (la marquise de), 79 
Normandie (le duc de Longueville, 

gouverneur de la), 14 

— (visite de Segrais en), 107 
Notre Cœur, 324 

Nouvelles françoises (les), 74-79 
Novion (Nicolas Pothier, sieur de), 64 
Nugna Bella [Zaïde], 132, 135, 138 
Nugnez Fernando [Zaïde], 132 

Oiseleur (V), 57 

Olonne (Catherine -Henriette d' Angennes 

de La Loupe, comtesse d'). Voir 

La Loupe 

— (Louis de La TrémoïUe, comte d'), 
20,21 



Index des Noms Propres 



289 



Ombre, de V Amour (V), 179 
Orange (GuQlaume d'), 197, 198 
Origène {traduction des œuvres d'), 107 
Origine des romans {le traité de V), 107, 

131 
Origines de Caen {les), 131 
Orléans (Anne d'), 190 

— (Gaston, duc d'), 1 

— (Henriette -Anne d'Angleterre, du- 
chesse d'). Madame, 62, 84, 87, 
110, 114-126, 162, 163, 197 

— (Pliilippe, duc d'), 31, 40, 116, 117, 
119, 121, 123, 124, 133 

Palais de Justice (le) à Paris, 3, 58, 62 
Palais de Versailles (le), 38, 39, 112, 152, 

207 
Palais du Louvre (le) à Paris. Voir 

Louvre (le palais du) 
Palais du Luxembourg (le) à Paris. 

Voir Luxembourg (le palais du) 
Palais Royal (le) à Paris, 76 
Palatine (Charlotte-Elisabeth de Bavière 

dite la princesse), 37 
Pape (le), 199 
Paradis terrestre {le), 152 
Pardieu (Etienne de), 5 
Pascal (Biaise), 209 
Passy, quartier de Paris, 1 
Paulet (Angélique), 12, 34, 66 
Pelissari (MUe), 109 
Pellisson-Fontanier (Paul)?, 182 
Péna (Anne), femme d'Etienne de 

— (ÉUsa'beth), 2, 4, 5, 8, 10, 11, 12, 13, 
15, 17, 20, 21, 22, 23, 40, 56, 57, 104, 
157, 163, 240-243, 244, 248, 250, 251 

— (Gabriel de), sieur de Saint-Pons, 
5, 46, 56, 58, 244, 249 

— (Hughes de), 4, 5 

— (Isabelle). Voir Péna (Elisabeth) 

— (Jean de), 5 

— (la famille), 5 

— (Lazare), sieur de Moustier et de 
Montargis, 5, 46, 244 

— (les armes de la famille), 5 

— (Marie de). Voir Péna (Elisabeth) 
Pensées {ks), 209 

Percel (Gordon de). Voir Lenglet- 

Dufresnoy 
Perrault (Charles), 86, 111, 196 
Perrero (M.), 167, 170 
Perrin (le chevalier de), 166 
Petite Fadette {la), 179 
Phèdre, 125 
Philaminte, 31 
Philomèle, 28 

Pianesse (le marquis de), 261 
Picardie (la), 55 
Piccolomini (M. de), 10 
Piémont (le), 183 
Pioche (Jean). Voir La Vergne (Marc 

Pioche de) 

— (Marc). Voir La Vergne 
Pierrebrune (Louis Le Loup, seigneur 

de), 254 
Place Royale (la) à Paris, 36 



Plaideurs {les), 53 

Plancy (Henri de Guénégaud, marquis 
de), 61 

Plenneville (Mme de), sœur de Pierre- 
Daniel Huet, 107, 216 

Plessis-Chivray (Mlle de), 18 

Plessis-Guénégaud (Mme du), 66, 88, 
90, 91, 93, 97, 112 

Plessis-Praslin (Gilbert du), évêque de 
Comminges, 88, 91 

Plutarque, 135 

Poilly (François de), 39 

Poitiers (Diane de), 161 

— (la bataille de), 50 
Poitiers {la princesse de), 79 
Poitou, 142 

Polexandre, 71, 132, 221 
Polignac (Armand, vicomte de), 255 

— (Isabeau de), 255 
Pologne (la), 122 

— (la reine de). Voir Gonzague (Marie 
de) 

Pommereux (Mme de), 241 
Pomponne (C'atherine Ladvocat, mar- 
quise de), 89, 141 

— (Simon Arnauld d'AndiUy de), 88, 
89, 91, 93, 110, 111, 112, 140, 142, 182 

Pons (Mme de), 14 

Pont-Neuf (le) à Paris, 88 

Pontoise (la ville de), 8, 9, 10, 11, 15 

Portrait de Mme de Sévigné (le), 66- 71 

Port-Royal (l'abbaye de), 19, 57, 67, 
88, 96, 209, 211 

Porus, 89 

Praviel (Armand), 164, 165 

Prévost d'Exilés (l'abbé Antoine-Fran- 
çois), 176, 221 

Princesse de Clèves (la), roman, 3, 13, 
26, 31, 64, 65, 69, 71, 73, 79, 80, 81, 82, 
87, 101, 118, 119, 123, 128, 137, 139, 
154-179, 180, 219, 220, 221, 222, 224 

Princesse de Montpensier {la), roman, 
71-84, 95, 123, 127, 130, 156, 157, 
165, 166, 167, 168, 169, 218 

Prost (Yvette), 179 

Provence (la), 5 

Pulchérie, 111 

Pusy (M. G. de), 60 

Puy (l'évêque du), 50 

Pyrrhus, 136 

Quarré, notaire, 15, 249 

Quatre Vents (la rue des) à Paris, 244 

Quinault (Philippe), 109 

Quiquois {les), 92 

Racine (Jean), 31, 52, 71, 86, 89, 106, 

110, 199, 200, 218 
Raincy (Jacques Bordier, sieur du), 96 
Rambouillet (Catherine de Vlvonne, 

marquise de), 18, 33, 34, 36, 66 

— (Charles d'Angennes, marquis de — 
et de Pisani), 18 

— (Elisabeth), 18 

— (le château de), 12 

— (l'hôtel de), 12, 32-39, 42, 87, 90, 91 
Ramire {Don), 135 



290 



Madame de La Fayette 



Rancé (Armand-Jean de Bouthillier de), 

88 
Randan (M. de), 160 
Rapin (René), jésuite, 30, 209 
Régnier (l'abbé), 202 
Reims (la bibliothèque de), 23 
Remiremont (la chanoinesse de). Voir 

Longueval 
Rennes (l'abbaye de Saint-Georges de), 

254 
Retz (Jean-François-Paul de Gondi, 

cardinal de), archevêque de Corinthe, 

6, 20, 21, 22, 35, 39, 40, 67, 86, 101, 

106, 156, 241-243 
Reynier (M. Gustave), 133 
Richelieu (Armand, duc de), 13, 15 

— (le cardinal de), 6, 7, 9, 10, 13, 22, 
115, 183 

Rillé, 249 

Riverol (Gayard de Toursel d'Alègre, 

comte de), 255 
Rivoire (Philippe de), comte du Palais, 

254 
Rocroi (la bataille de), 134 
Rohan (Henri Chabot, seigneur de 

Sainte-Aulaye, duc de), 18, 40 

— (Marie de), duchesse de Chevreuse. 
Voir Chevreuse 

Roland, opéra, 109 
Roman bourgeois (le), 52, 72 
Roman d'une amoureuse (le), 179 
Rostaing (Marguerite de), 60 
Rosteau (le sieur), 121, 262 
Rouen (le parlement de), 14 

— (le premier président de), 152 
Rousseau (Jean- Jacques), 140 
Rousaet (Camille), 187 
Rouville (Louis, seigneur de), 254 

— (Marguerite), 254 

Royale (Mme), de Savoie. Voir Nemours 

(Jeanne-Baptiste de) 
Royan (le marquis de), 249 
Rudler (M. Gustave), 159 
Rueil (le château de), 115 

Sablé (l'histoire de), 169 

Sablé (Madeleine de Souvré, marquise 

de), 12, 93, 96, 98, 101, 106, 112, 142 
Sagietle (la nymphe), nom désignant 

Mme de La Fayette, 99 
Sainctot (Marguerite Vion, dame de), 34 
Saint-André-des-Arts (la paroisse de), 

244 
Saint- Barthélémy (la), 79 
Saint-Bernard (la porte) à Paris, 249 
Saint-Cloud (le village et le château de), 

85, 117, 125 
Saint-Cyr (le couvent de), 86, 199 
Saint-Denys (le baron de), 6 

— (le quartier) à Paris, 2 
Sainte-Beuve (Charles-Augustin), 94, 96 
Sainte-Marie de Chaillot (le couvent de). 

Voir Chaillot 
Sainte-Maure (René de). Voir Beaure- 

paire 
Saintes (Louis II de Bassompierre, 

évêque de), 88 



Saint-Fargeau (le château de), 74, 107 
Saint-Georges (l'abbaye de) à Rennes, 254 
Saint-Géran (Jean-François de La 

Guiche, seigneur de), maréchal de 

France, 18 
Saint-Germain (le village et le château 

de), 76, 112, 115 

— (le quartier) à Paris, 1, 2, 34, 89 
Saint-Germain-des-Prés, 244, 249, 251 
Saint-Germain-l'Auxerrois, 249 
Saint-Hérem (Anne Legras, marquise 

de), 61 

— (François-Gaspard de Montmorin, 
marquis de), 61 

Saint-Honoré (le quartier) à Paris, 2 
Saint-Jacques (le quartier) à Paris, 2 
Saint-Jean de Lion (les comtes de), 203 
Saint-Lazare, 191 

Saint-Martin (l'église) à Pontoise, 10 
Saint-Maur (le château de), 113 
Saint-Maurice (le marquis ou comte de), 

182, 186 
Saint-Maurille (la jjaroisse) à Angers, 56 
Saint-Michel (le quartier) à Paris, 2 
Saintonge (le régiment de), 44 
Saint-Paul (le comte de), 96, 97, 98, 176 
Saint-Pons (Gabriel de Péna, sieur de). 

Voir Péna 
Saint-Quentin (la ville de), 255 
Saint-Romain (la famille), 255 
Saint-Severin (le curé de), 267 
Saint-Simon (Louis de Rouvroy, ducde), 

36 
Saint-Sulpice (l'égUse et la paroisse de), 

1, 2, 3, 5, 17, 205, 244, 251 
Saint-Victoire (le quartier) à Paris, 2 
Saluées (Amadée de), 255 
Salutaire orgueil, 179 
Sancerre, 165, 174 
Sand (George), 179 
Sapho, 68, 81 

Sarasin (Jean-François), 52 
Saucour. Voir Soyecour 
Sauleux (M. de), 143 
Saumur (la ville de), 2 
Savoie (Charles-Emmanuel II, duc de), 

183 

— (Honoré de), comte de Sommerive 
et de Tende, 173, 174 

— (la), 141, 1.50, 180-192, 258-262 

— (Victor-Amédée II, duc de), 183, 
185, 187, 190, 192, 2.58-262 

Scarron (Mme Paul). Voir Maintenon 
(Françoise d'Aubigné, marquise de) 

— (Paul), 22, 35, 42, 48, 86, 106 
Schomberg (Suzanne d'Aumale de 

Haucourt, maréchale de), 181 
Schomberg-Halluin (la duchesse de). 

Voir Hautefort 
Scudéry (Madeleine de), 12, 14, 59, 66, 

73, 74, 77, 81, 82, 86, 103, 126, 138, 
15.5, 166, 170 

Segrais (Jean Regnaud de), 3, 68. 69, 

74, 75, 77, 79, 82, 83, 86, 87, 95, 96, 
102, 106, 107, 109, 126, 128, 129, 130, 
131, 133, 134, 135, 136, 143, 152, 162, 
165, 166, 167, 169, 171 



Index des Noms Propres 



291 



Seine (la), 1 

— (les archives de la), 3 

Senecey (Mme de). Voir La Roche- 
foucauld-Randan 

— (Henri de Bauff remont, marquis 
de), 115 

Sens (Louis-Henri de Gondrin, arche- 
vêque de), 88 

Serrant (le comte de). Voir Bautru 
(Guillaume) 

— (M. de), fils de Bautru, 18 
Servien (Mme), 183 

— (le président), 183 

Se vigne (Charles de), fils de Mme de 
Sévigné, 104, 105, 201, 209 

— (Charles de), frère aîné de Renaud 
de Sévigné, 20 

— (Françoise-Marguerite de), comtesse 
de Grignan, 60, 88, 90, 91, 92, 105, 
113, 141 

— (Henri, marquis de), 46, 70, 210, 
245 

— (le chevalier Renaud de), 2, 4, 17, 
19, 20, 35, 56, 57, 58, 104, 184, 208, 
241, 242, 243, 244 

— (Mme Renaud de). Voir Péna 
(Elisabeth) 

— (Marie de Rabutin-Chantal, mar- 
quise de), II, 13, 22, 23, 24, 26, 29, 
35, 36, 37, 40, 42, 46, 51, 56, 58, 68-71, 
72, 81, 86-93, 96, 104-113, 141, 145, 
150, 166, 170, 179, 180, 181, 182, 
193, 201, 204, 207, 208, 210, 213, 215, 
217, 218, 243, 245 

Silérite, nom désignant la marquise de 

Mauny, 74 
Simiane (la marquise de). Voir Grignan 

(Pauline de) 
Soissons (Marie de Bourbon, comtesse 

de), 188 
Sorel (Charles), 136 
Soret (le sieur), 9 

Soucillange (le cartulaire de), 203, 254 
Soyecour (Maximilien-Antoine de Belle- 

forière, marquis de), 99 
Staël- Holstein (Anne-Louise-Germaine 

Necker, baronne de), 41, 179 
Strasbourg (la ville de), 148, 149 
Strozzi (Clarisse), 173 
Sublime (la chambre du), 106 
Suède (Christine, reine de), 41, 54, 95, 

96 
Sully (Marguerite de Béthune, Mlle de), 

18 
Syracuse, 162 

Taine (Hippolyte-Adolphe), 95, 177, 

220 
Tallemant des Réaux (Gédéon), 18, 36, 

41, 105 
Tarente (la princesse de), 66 

— (le prince de). Voir La Trémouille 
Télémaque, 221 

Tende [la comiesse de), roman. Voir 
Comtesse de Tende (la) 

— {la comtesse de), personnage, 172, 
173 



Tende (le comte de). Voir Savoie 

(Honoré de) 
Téone, 59 
Termes {la marquise de), 268-2()9 

— {le marquis de), 163, 268-269 
Terre-Sainte (la), 50 

Testu (l'abbé Jacques), 88, 181 

Tharse {Alamir, prince de) [Zaïde], 128, 

138 
Thémines (la maréchale de), 8 

— (Pons de Lauzières, marquis de), 
maréchal de France, 8 

Thianges (Mme de), 106 
Thionville, 44 
Thouars (la ville de), 67 

— (le duc de). Voir La Trémouille 
Tilladet (le régiment de), 181 
Tinayre (Marcelle), 179, 222 
Tisiphone, 68 

Traité des passions (la), 223 

Tuileries (les), 76 

TuUe (M. de), 209 

Turcs (la défaite des), 195, 196 

Turgot (Anne-Robert-Jacques), 7 

Turin (la ville de), 44, 183, 184, 189, 216, 

260 
Turménies ( ?) (le sieur de), 182 

Uralie, nom désignant Mme de Choisy, 

74 
Ursulines (les), de Valencey, 266 
UxeUes (la marquise d'). Voir Huxellea 

Vadius, 26 
Valant (le Dr), 202 
Valençay (Mme de), 74 
Valencey (les Ursulines de), 266 

— (M.' de), 7 

VaUer, valet de chambre de Mme de 

La Fayette, 267 
VaUncour (Jean - Baptiste - Henri du 

Trousset, sieur de), 163, 166, 168, 170. 

171, 174, 220, 221 
Valmont (l'abbaye de), 142, 255 
Valois (la cour des), 158 
Vardes (François-René, marquis de), 35, 

122, 124 
Vaugirard (la rue de) à Paris, 11, 

15, 20, 32, 63, 204, 248, 249, 

250 
Vaux (le château de), 90, 123 
Vendôme (César, duc de), 2 

— (Louis-Joseph, duc de), 37 
Verjus (M.), 64 

Versailles (le château de), 38, 39. 112. 

152, 207 
Verteuil, 95, 96 
Verne (l'abbé de), 216 
Vexin (le), 254 

Vichy (les eaux de), 56, 59, 61 
Vienne (Autriche), 47 

— (Marguerite de), 254 

Vies des Dames illustres (les), 161 

Vieux bourg, 49 

Villedieu (Marie - Catherine - Hortense 

Desjardins dite Mme de), 163, 164 

166 



292 Madame de La Fayette 

Villon (le marquis de), 183 Xaintes (M. de). Voir Saintes 

Vincennes (le château de), 37, 39 

Virgile (les œuvres de), 30, 52 Yveteaux (Nicolas, sieur des), 34 

Vittoria, 92 

Vivonne (Catherine de). Voir Ram- Zaîde, roman, 69, 72, 127-139, 166, 218 

bouillet • — personnage du roman, 128, 129, 

Voiture (Vincent), 12, 34, 37, 56 130, 132, 135, 136, 137, 221 

Zamet (Sébastien), le fils de, 4 

Walckenaer (Charles-Athanase, baron), Zerbin, 152 

33, 104 Zuléma [Zaïde], 132, 137 



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Ashton, Harry 

Madame de La Fayette