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Full text of "Magazin Encyclopédique : ou journal des sciences, des lettres et des arts"

I i 



i. 



fooo 



(N®. 1-5.) 1". Bmmaire an 7. 

M A G A S 1 N 

ENCYCLOPEDIQUE, 

V 

JOURNAL DES SCIENCES, 

DES LETTRES et DES ARTS, 



R E » 1 C E 

Par A. L. M i L L i N. 




AVIS DES EDITEUR 

Le prix de re Journal est fix^ ; 

k 9 francs pour trois mois , 
18 francs pour six moia j 
36 francs pour un an , 
taut pour Paris que pour les Departemens, fraac io port. 

O N peut s'adresser au Bureau du Journal p»ur se pr«* 
eurer tous les Livres qui psroisseut en France et ehes 
I'etranger , et pour tout ce qui concerne ia Liirairie aa- 
tienne et moderije. 

C E Journal , aiiquel la plupart des hommes qui ovA 
unnom dislitigu^. , >"'® repui^ition justemeni acCjUisa 
dans' quelquepartie des art', ou des sciences^ relsqneles 

citOVCMS DaITBRNTOW , DcLOMlliU , DFS.'iENETTFS , 
SlLy£sTUET)KSACY, -FoORCKOY,HaLLI:, HeKMAKM, 

Schw£Igha:user ^ Lacepede, Langles. Lalande, 
Lagbange , Lebrun , MaruOi^ , Mkntelle , 

BARBrFK-t)UEOCArTE , MoREILET , NoEf. , OtjEBLTN, 

Chardon-la-Rochett£, Gaillard, Saint-Lfger, 
Van-Mows, Traulle , Lkveille, Cousijsj Cuvierj 

7om€ i/^. t 4"-«. All. ) 



GeoffroYjVentenat, Cavanixles, Usteri, Bobt* 
TioER,yiscoNTi, ViLLOTsoN ,etc. ctc. ont foumi dcs 
M^moires, rontient I'extrait des principaux ouvrages 
nationaux:on s'attache sur-tout a en dormer une ana- 
lyse exacte, et ^ la faire paroitre le plus promptemenl 
possible apres leur publication.On y donne una notice 
des meilleins Merits imprimis chez l^tranger. 

On y insure les m^moires les plus int^ressans 
iiT toutes les parties des artset des sciences : on choi-j- 
sit sur - tout ceu^ qui sont propres a en acc^l6rer 
les progres. 

. Ony publie les d^couvertes ing^nieuses , les iaven? 
tions utiles dans tons les genres. On y rend compta 
des experiences nouvelles. Ony donne un precis de ce 
que les seances des society's litt^raires ont offert de 
plus interessant 5 une description de ce que les d^pSts 
d'objets d'arts et des sciences renferment de plus 
purieux. 

On y trouvg des notices sur la vie et les ouvrages 
^es Savans, des Litti^rateurs et des Artistes distingu6s 
dent on regrette la perte j enfln , les nouvelles litt6» 
raii*es de toute espece. 

Ce Journal est compost de six volumes /j/i - 8°. par 
an , de 600 paj^es chacun. II paroit le premier de 
clia.jde mois. La livraison est divise'e en deux nu- 
»ieros , de chacun 9 feuilles. 

On s'adresse, pour I'abonneroent, a Paris, au Bureau 
dn Magasin Encyclop^dique , chez le C. Fuchs , Li- 
braire , rue des iVJathurins , hotel Cluny. 

A Amsterdam ,/ ""^^^ '/, veuve Changuion et d'Hengj!, 

*| chez Van-GuUk. 
A Bruxelles , chez Lemaire. 
A Florence , chez Molini. 
A Francforl-sur-le-Mein , chez Fleischer • 

A Hambourg , chez Hoffmann, 

A I.eipsic J chez Wolf. 

A Leyde , chez les fr^res Murray. 

A Londrcs , chez de Boffe , gerard Str$M. 

A Strasbourg , chez Levrault. 

A Vienne , chez Degea. 

A Wesci , chez Geisler , Directeur 4es Fostes. 

|l fi^ut affranchir iw iettres. 



MAMMIFERES. 

SuR Les ossemens qui se troaveat dans le gyps6 
de Montinartte J par Le cUoyen Cuvier. 

j_j'auteur , qui, cl'apr^s quelques fragmens trop 
peu noinbreux, avoil cru,-ainsi que nous I'avons 
dit , torn. Ill , page 148 , que ces ossemens pro- 
venoieut cruii an.mal du genre du clu'en, ayant eu 
occasion depnis d'en examiner uu noriibie ir^s-con- 
siderable , a reconnu qu'iis provienneut de trois es- 
p^ces differeiites, par la grandeur et par quelque^ 
autres circdnstances de peu d'imporlauce , mais qui 
doivent cepeudaiil etre rapportees a un seul et m6ine 
genre, lequel est Mouveau , et se place dans Tor- 
dre des pachjdermes , presqu'^galement rapproch^ 
du rhinoceros, du tapir et du cochoii. 

Voici ce que ces trois especes ont de coirimuu. 
Leurs dents aiaclielieres sont au iio;iibre de vingt- 
huit, sept a chaque machoire, de chaque c6t6 : 
leurs couronues sont plates ; et iorsqu'elles sont usees , 
on y voil At^ coriipartimens de substances osseuses 
separ^s par des lignes plus saillaufes de substance 
emailleuse, connme dans tous les herbivores. Les 
dents supeiieures soht pfe&que quarrees j les infe- 
rieures sont formees de deux croissans , except^ 
la premiere qui a son tranchaut droit, el la der- 
niere qui a trois croissans en arrs-de-cercle. Gette 
disposition est ir^s-analogue a celle du rhinoceros 5 
tnais les incisives et les canines sont tres-djfF^ rentes, 
et ressembleut a ce qu'on voit dans le tapir j car 
'£ome IF, T 



2qo Mammifkres. 

i\ y a,tantenliaut qu*en bas, six inclsives tranchan* 
tes et deux canines, el denieie C( Iles-ci un espace 
vuide jusqu'^ la premiere n olaire. Cependant cet 
espace est p!us court k proportion que dans le 
ta) ir. 

La forme g^^ncrale de la machoire inferieure res- 
semble aiissi beaucoup a celle du tapir, sur-tout sa 
coiirbure posl^rieure. II en est de meme du crane , 
et sur-lout des os du nez , qui sent cgalement tres- 
courts , et qui paioisseul par ia avoir aussi port6 
une troaife. 

Ces trois especes different, independamracnt de 
la grandeur, priucipali ment par leurs pieds de 
denieve, doni le citojen Cuvier a et6 asstz heu- 
leux pour rassembier tons les os, de mani^re i les 
monler en squelette. 

La plus granda a deux doigts presqu'^gaux ; sa- 
voir, le moyen tt l*exlerne, et un troisieme interne 
beaucoup plus petit j eilc se rapproche par la des 
animaux a pied fourchu 3 aussi son calcan^um a-t- 
il une facette pour i'articuler avec i'os qui tient 
lieu du peronne j ce qui est un caractere particu- 
lier aux animaux a pied fourchu. La cuboide est 
tres-large pour porter le doigt exierne. 

Dans les deux aulres , le calcaneum ne s'arlicule 
point avec le p^ronne , el il est en general fait a 
pen pres comme dans le tapir. II y a Irois doigts, 
dont les deux lattraux sont plus minces que I'in- 
tenii<!:diaire j aussi le cuboide est>il comprirae ; il 
I'est cependant inoins dans la tres-pelite espece que 
dans celle qui est d*uiie grandeur rnoyenue. Gelle- 



Sur des ossemens. 29I 

ci a en outre un caractfere particulier dans un os 
surnumeraire, silu6 a I'endroit oii devroit etre le 
cunejforme du pouce, mais qui ne porle r»i un 
pouce, lii meme son os du metatarse. II s'articule 
a une des facettes du scaplioide , qui se trouve en 
avoir trois , tandis qu'il n'y en a que deux dans 
la tres- grande et dans la t/es-petile espece. 

Le citojen Guvier n'a pu encore reformer le 
pied de devant , que dans I'espece mojrenne. Le 
cubitus el le radius sont articul^s entr'eux et avec 
I'hum^rus, de mani^re que eel animal ne pouvoit 
touruer la main , et qu'il la tenoit toujours dans un 
^tat de pronation j ce qui est commun a tous les 
pachydermes. Son carpe est absolument semblable 
k celui du rhinoceros. II y a trois doigts presqu'^- 
gaux, et un petit os surnumeraire A la place du 
pouce. 

La grande espece egaloit au moins le cheval ; la 
petite approchoit du cochon , et la troisieme n'^loit 
guere au-dessus du lievre. 

Leurs ossemens sont tous plus ou moins fiiables 
et incrust^s dans le gypse j ils sont epars , et ce n'est 
que rarement qu'on trouve ensemble les pieces qui 
ont appartenu au meme poignet et au mAme coup- 
de-pied. 

Les OS sont generalement enduits d'une espece 
de marne blanchatre , d'environ deux millimetres 
d'^paisseur , interpos6e enlr'eux et le gypse. 



T a 



C H Y M I E. 

JdiMoiiLE sur i^analyse des calcids de La ves' 
sie , Lu a L'lnstUut naiionaC par Lc citoyen 

FOURCROT, 

tJ usqu'a present on n'avoit reconnn d ns lescalculs 
humains qu'un acide presqu'indissolubie , et qui 
avoit k[€ appel^ assez impropreraenl acide litliique* 
M. I'earson y a d^couvert depuis des proportions 
assez variables de phosphate calcaire. 

Les citoyer.s Fourcroy et Vauquelin viennent d'y 
c!emt)iitrer quatre sub. lances de phis qui n*y av^oient 
J)oiint et6 sbup^oun^es , el qui se trouvent tanl6t 
f^unies plusieurs dans uii meme calcul , et qui tan- 
t6t 6!! fontient d'isoles el d'uue nature homog^ne. 
Ces d^couvertes portent done k six les substances 
qui entient dans la composilion des calculs hu- 
mains , ce sont : 

i**. L'acide nrique ; c'est le nouveau nom que 
leS chyinistes couviennenl de donner a l'acide lithi- 
que. Les calculs , formes uhiquement de cette subs- 
tance , sont les plus abondans , c'est pourquoiSch^elle, 
et quelques autres chjmistes , avoit pens6, apres 
avoir analyst plusieurs calculs, que c'^toit la seule 
sulslance qui se trouvat en concretions dans la 
vessie. 

Les calculs compos«5s uniquement d'acide nrique 
sont d'un jaune de hois ; lorsque cet acide entre 
comme parlie dans la composition des autres cal- 
culs, il serl souvent de noyau : outre les caracleres 



Catcut de la vessLs, *93 

reconnqs d^ja a cet acide, celui qui !e distingue par- 
ticulierement , c'est d'etre enlieremeot soluble daas 
les alkalis fixes j)urs. 

a**. Le phosphate de chaux, M. Pearson a d^cou- 
vert ce sel dans les calculs urinciires : coiume uii 
de ses principaux caracteres est d'etre absolument 
inalterable par ks alkalis purs, on a regard^ comme 
phosphate de chaux tout ce qui r^sistoit ^a Paction 
de ces dissolvans. 

Cette substance ne forme jamais seule des calc^yls 
dans la vessie. 

3". L'urate d'ammoniaque. Le c^ractere de cette 
troisieme substance est d'etre dissoluble dans les al- 
kalis fixes purs avec dega*.^ement d'ammoniaque. 

4°. Le phosphate ammoniaco-magn^sien. Ce sel, qui 
contient de la magn^sie , terre que I'on n'avoit point 
encore trouv^e dans le corps humain, pr^sente des 
phenomeues reraarquables. 

Cette matiere ne consiitue jamais seule les calcul^ 
humains ; elle est tanlct melee au phosphate cal- 
caire , tanlot a I'acide urique , tantot a ces deujc 
substances en meme temps ; elle forme toujours iji 
couche ext^rieure des calcwls. Cette couche se rer 
ffonnoit a sa suiface in^gale , a sa cassure lj;la;nchp 
et larnelleu5^ , a sa leg^rete. 

Elle :n'a^! point dissoluble dans les alkalis qui en 
d^gngent une odeur d'ammoniaque , el en pr^cipi- 
tent la magne,sie .en s'emparant de Pacide phqspiho- 
riijuc. L'analjrse y demontre la magnc^sie" et d'am- 
moniaque unis a I'acide phpsphorique ; i'^cjdie ;^ij|.- 
rialique les dissout. 

T 3 



294 ChyniLC. 

C*est ce phosphate ammoniaco-inagndsien qui fait 
acqu^rir aux calculs urinaires le volume considera- 
ble qu'on leur trouve quelquefois , et qui en rendent 
alors l*extraction impossible. 

Ces calculs sent d'une nature semblable a celle 
du calcul du colon d*un cheval , deja analyses par 
les cbvmistes auteurs de ce m^moire. 

5°. L'o.xalate de chevaux. La decouverte de ce 
sel insoluble dans la vessie a paru une chose aussi 
noiivelle que reraarquable aux citoyens Fourcroy 
et Vauquelin : les caracieres que presenie cette sorte 
de calcul sent fort tranches. 

lis sont noirs , pesaiis , durs , h^riss^s de pointes 
ou de lubercules qui , les rendant sembiables aux 
fruits riommes mure ^ leur avoient fail donner le 
rom de calcul mural. 

lis orient sous la scie qui les divise, et leurs sur- 
faces sciees prennent un poli brillant, presque sem- 
blable h celui d'une agate. 

Ces calculs sont insolubles dans les alkalis purs, 
tandis que les carbonates alkalins les decomposent 
et dissolvent I'acide. La chaux, ajout^e a ces disso- 
lutions, en precipite un sel blanc qu^on seroit d'a- 
bord tente de prendre pour du phosphate de chanx; 
mais un pen d'halitude et mieux encore l*ana- 
lyse , prouvent bienlot que c'est de I'oxalate de chaux 
que Ton a reform e. 

Un autre caractere exclusif des calculs d'oxalate 
de chaux , c'est la chaux pure ou vive qu'ils lais- 
sent dans le creuset , lorsqu'on les a fortement cal- 
cines, et que ne donne aucun autre calcul 5 enfin 



CalcuL de la vessle* 295 

ils sont dissous par Tacide muriafique , elc. Une 
substance animale d'una nature particuliere et en- 
core peu connue , se trouve mel^e a eel oxalate de 
chaux. 

Ces calculs se trouvent quelquerois seuls, et sou- 
vent meles avec les autrcs substances qui compo- 
sent les autres ; mais ordinaireraent ils servent de 
noj^au a ces substances. 

On ne les a point encore rencontres dans les cal- 
culs des reins , tandis q«ie I'acide urique s*y trouva 
fr^quemment, 

6". La silice. Sur i5o calculs analj-'s^s par les cl- 
loyens Fourcroj et Vanquelin , cetle substance ue 
$*est renconti^e qu*une seule fois ; elle n'etoit pas 
seule , et elle formoit dans un calcul compost de 
quatre et de cinq couches , la troisieme couche d'lin 
jaune de come et tr^s-dure a la scie. 

Cette substance ayant resiste k tous les agens d'a- 
nalyse employes pour les autres calculs , on la tit 
fondre, apr^s Payoir pulverisee dans un creuset d'ar- 
gent avec de la potasse, et on pr^cipita, k I'aide 
d'un acide de la dissolution aqueuse de ces deux 
substances , une poussiere tenue transpar^nte qui 
rendit I'eau g^latineuse , mais qui , recueillie et des- 
s^ch^e, fut reconnue pour etre de la silice. 

D'apres ces connoissances acquises sur la nature 
des calculs analyses jusqu'ici , les ciloyens Fourcroy 
et Vauquelin croient qu'on pourra parvenir a les 
dissoudre dans la vessie k Taide d'iujections ; iLs ont 
vu des calculs, composes d'acide urique et d'urate 
d*aDQuaoniaque J se dissoudre ai^^^i proniptemenl dans 

T4 



19^ Voyage. 

une eau qui contenoil assez pen d'alkali caustique 
pour n'avoir point d'actiou d6sagr6able sur ia lan- 
gue. lis out oper^ fgalemenl !a dissolution des cal- 
culs de phosphate aminotiiaco-magnesien , de phos- 
phate calcaire et d'oxalale de chaux par les acides 
muriatique et nitriqne ires-folbles. Us pensent qu'oii 
yiendroit ^galtment a bout de dissoudre la silice , 
au moyen de I'acide fluoiiqnc. 



A. B. 



V O Y. A. G E. 

YoTAGE de ia Pey rouse autour da Monde , pu- 
blLe conformdment au d4cret da 2.2. avril 1792 ^ 
et redigS par M. L. A. Miletmureau , ge- 

, nerat de brigade datis l& corps da Gence ^ 
directeur des fortifications ^ cx-constltuaat ^ 
nicmbre de piusieurs Societes Lltteralres de 
Fares j 4 vol, in-S'' j avec art alias in-4°. A 
Paris, chez PJassan, impritneur-iibraire , rue du 
Ciraetiere Sair.t-Aadre-des-Aiis , n°. 10. 

JN^ o o s avons laiss6 (i) les navfgateurs fiancai$ 
arrivant aux P.hilipines, apres vingt-trois jours de 
travers^e : ils fixcrent leur s^jour a Cavlte ^ qui n'est 
qu'a trois lieues de Mauilic ; ils y trouverent les meraes 
i^essources dans I'arsenal el dans Icsmarcli^s, qu'ils 
auroieul pu dt^sirer dans les meilleiirs ports de TEu- 
rope ; ils eurent de p'ns une liberie donl ils n'au- 
loientpu jouir dansk capilale , ou des devoirs a rem- 

(l) Supra J pag. 186. 



Voyage de La Fey rouse, 297 

plir, des visites a faire et a recevoir leurauroient fait 
perdre un temps qu*ils vouloient employer a se met- 
tre en dtat de poursuivre leur entrepris*^, Cavite , 
la seconde villedesPhilipines, n'esl plus qu*un mon- 
ceau de mine; il n'y a de mouveriieiit et d'acliritft 
que dans le port : sa population n'est que de qua- 
tre mille individus, Mi'tis ou Indiens ; les officiers 
miiitaires ou d'adininislration sont seuls Espugno's. 
Cette ville est una nouvelle preuve de tout le nial 
que les grandes capitales font aux cites iuferienres. 
Manille est tres-considerable; elle conlicnt trcnte- 
huit mill* ames ; elle est peut-6tre la plus heureu- 
sement situil^e de foutes lesvilles de I'Univers , ba- 
tie sur les bords de la baie de son nora , qui a plus 
de vingt-cinq lieues de tour, et a I'embouchure d'une 
riviere navigable jusqu'a un lac dont «lle tire ?a 
source : \ts comestibles de toute espece y abon- 
dent et j sont au meilleur march^ possible ; mais 
les entrares mises au commerce, les prohibitions, 
le d^faut d'dmnlation qui en est la suite , y rendent 
]es marcbandises de I'Inde et de la Chine aussi 
cheres qu'en Europe. Les imn>enses possessions des 
Espagnols en Am^rique leur ont feit n^g'iger ces 
lies pr^cieuses, ft Je ne crains pas d*avancer , ajoule 
M. <le la Peyrouse , « qu'une tres-grande nalioa 
» qui n'auroit pour colonie que les iles Philipines, 
» et qui y ^tabliroit le meilleur ^ouv€rnement qu'el- 
•» les puissent comporter , pourroit voir sans envie 
y> tous les ^tablissemens europeens de I'Afrique et 
ji de I'Am^rique. » Leur population est de trois 
ni^llions d'liabitans , dont I'lle de Lncon en con- 



29^ Voyage, 

tient neuf cent mille. Les E-ipagnols, en s*emparant 
de ces iles , s'occuperent bien plus k faire de leurs 
habifans, plutol des chretiens que des sujets : la su- 
perstition J ttablil ses minutieu.v exercices ; clia- 
que fante , chaque p^ch^ y ^toil et y est encore 
puni par des coups de fouet ordoDn^s par ie cur6 
et rectus a la porta de lY^glise ; le manqu'^nient a 
la prierc et a Ja messe est tarif'(6. Ce r 'giaie mona- 
cal entreiient , parmi ce people, une indolence pa- 
resseuse deja influenc^e par la clialeur du climat 
et le d^faut d« besoin ; aussi lorsqu'il a sa provision 
de riz, de sucre el de legumes, il est satisfail , et il 
B^glige un travail qui ne pourroit etre compens^ par 
les profits, pui&qii'ou a vu le sucre se vendre moins 
d*un sou la livre, et le riz rester sur la terre sans 
etre r^coite. « Je crois , dit M. de la Peyronse, qu'il 
» seroit difBtiie ^ la society la plus denude de 
j» lumieres, d'imaginer un systeme degouvernement 
» plus absurde que celui qui regit cette colonic. Le 
« port de Manille, qui devroit etre franc et ouvert 
» a toutes \es nations, a ^te jusqu'^ cps derniers temps 
j» fv3rm6 aux Europ^ens, et ouvert seulement a quel- 
» ques Mores, Arm^uiens ou Portugais de Goa. » 
Ajoutez a cette erreur d'admiiiistration le despo- 
tisrae du gouvernement ,qui , r^uni ^ celui du mona- 
chlsaie et de I'inquisiiion , pese , et sur les couscien- 
ces , et sur I'industrie. « J'ai vu , dit le chef de Tex- 
» pedition , cet honnete et vertueux gouverneur des 
3» Marianes , ce M. Tobias , trop celebre pour son 
» repos par Raynal, je lai vu poursuivi par les moi- 
» nes qui ont suscite conlre lui sa feinme en le pei- 



Voyage de La Pey rouse, ^99 

» gnant comnae un irapie : elle a deraande a se scpa- 
» rer de lui pour ne pas vivre avec iin pr^tcndu 
» reprouv^, et tous les fanatiques ont applaudi k 
» cette resolution. M. Tobias est lieutenant-colonel 
» dii regiment qui forme la garnison de Mauille ; 
» il esl reconnu pour le meilleur offirier du pays : 
» le gouvenieur a ordonne que ses appoiniemens , 
» qui sont considerables , resteroient a sa pieuse 
» femme, el ne lui a laiss6 que vingt-six piastres pour 
» sa subsistance et celle de son fils. Ce brave mili- 
» taire , reduii au desespoir j ^pie le moment de s'6- 
» vader pour aller deraander justice : Tobtiendra- 
» t.il?» 

Le gouvernement vient d'ajouter atoutes ces vexa- 
tions l^gales, civiles et religieuses une defense de cul- 
tiver le tabac , defense qui pourroit elre la causa 
d*une revolution si ce peuple avoit une energie egale 
^ la passion immoderee qu'il a pour cette plante : 
il n'est point d'inslans dans la journec oil les hom- 
mes et les femmes ne fument ; et les enfans, a peine 
sortis de I'enfance , contractent cette habitude. Ce- 
pendant il a vu ravager ses plantations sans se plain- 
dre , et la culture du tabac devenir une propri6t6 
exclusive du gouvernemeat. Le prix en a ete 
fix(§ a une demi-piastre ; la solde d\jn manoeuvre 
ne pent sufBre a procurer a sa famille ce qu*elle 
en consomme chaque jour. Le coton, I'lndii^o , le 
cafe , les Cannes a sucre naissent sans culture dans 
ces ilesforlun^es; la soie donneroit dix recoltes pour 
une dans Tile de Lucon ; les ^piceries racmes y reus- 
siroicnt aussi bien qu'aux Molusquesj si Tadminis- 



3oo Voyage. 

tratlon eloit tout autre quVlle est. La cri^ation d« 
la conpngnie des Philipines, imagince par M. C^- 
barus, pourroil faire croire que cetle partie des pos- 
sessions espngMolf'S va occuper son attention. JJ'a- 
pves les vues du cardinal Ali)eroui , le projet a ^t^ 
de faire de Manil'e une foive onverte k tonles les 
nations : les arraateurs de toutes les provinces d'Es- 
pagne ont ele engaj'^s h aller s'approvjisionner dans 
ce marc he , des tnarchandises de I'lnde et de la Chine 
que la M^ttopole et ses colouies ani''ricaines con.- 
somraenf , sans observer que ces objets de romtnerc© 
sont aussi ais^s a transporter a Cadix cju'a Manille, 
situ^e a une grande distance de la cote de C.oro- 
mandel el du Bengale , el dont les parages sont sou- 
mis a des niou^sons (ie I'est, qui exposeal a des per- 
tes et a des retardeinens consjderabl-e><;. Ces obsta- 
cles doivent n^cessajreraent rencher,ir ^n JEsp^gne 
et en Am^rique les productions de Tlude qui out 
pass^ par Manille, marchandisesqni ,conduites direc- 
t^meiit en Europe par les HoUaudais , les Anglais 
etles. Francais, pevvent etre iatroduiles'en cpnlre- 
banle a un prix bien inf^rieur. Ce plan de com- 
pagnie, entrive dp restrictions et tntichi^ de pr6- 
jut'.^s, qui a d'ahord englouti le commerce enlier 
des coloni s amtricaines , est eaibarras$e de tant de 
faasses combinaisons, que les pert'^s.que ceite com- 
pagiiie a deja epiouv^es demontrent S4 raauvais^ 
constitution . 

Apres avoir .r^par6 leuvs vaisseaux et s'etre ap- 
provi^icDuos dc lout ce riui eloit n6cessaire a la na- 
.vigation riouvclle et dan^crcuse qu'ijs aUoient ten- 



Voyage de id Pey rouse, 3or 

ter, nosFrancais qiiillereiit les Phi'ipines et entre- 
rent dans les mers du Jdpon ; ils recoiminent I'ile 
Formose, prolongereiit les coles de !a Chine et de la 
Core'e. Leurs relevetnens et leurs observations de 
latitude et de longitude assure nt aux geographes la 
vraie position du Cap Noto sur la cote du Japon , 
qui, avec celles du capilaine Kiug au Cap INabo , 
donnent la largeur de cet empire dans sa pariie sep- 
tentrionalc. Uu service plus important rtndu a la 
navigation et a la g^ographie resulte des decouver- 
tes faites sur la cote de la Tarlaiie : Pobjet de leurs 
recherches 6toit d'assigner a celte mer ses vraies li' 
mites du nord au sud , de parcourir cetie partie 
du globe qui avoit echappe a [^instructive activity 
de Cook. Apr^s deux nnois d'une navigation aussi 
inceitaine par les courans qui la conlrarien| , que 
daiigereuse par les brumes profondts et elerneiles 
repandiies sur ccs parages, ils cnlrerent dans lire 
baie placee sous le 45'. deg. i3 min. de latituc'e 
nord, qui fut nomrn^e bale dc lernay , dans la« 
quelle ils s'eaipresserent d'aborder , attires par la vue 
d'une v^g^tation variee e4 vigoureuse. Cette tene 
paroissoit inhabilee : on n'apercevoil que des ours 
et des cerfs qui paissoient tranquillenient iur le 
livagc. On ne pouvoit se persuader qu'un paj^^ si fa- 
vorise de la Nature, place a une si grancie proxi- 
mity de la Chine , fut un desert. « Notre surprise 
» redoubla lorsque nous songions qu'un exc^dent 
» de population surcharge le vaste empire de la 
y Chine, au point que les lois ne sdvissent pas 
» conlre les petes assez barbares pour uojer et d^* 



3oS Voyage. 

» tniire ieurs enfans , et que ce peuple , donl on 
» vante tant la police , n*ose pas s'etendre au-dela 
j» de sa muraille pour tirer sa subsistance d*une terre 
X doiit il faudroit pluJot arreter que provoquer la 
» veg^tauoii ; nous trouvions a la vsrite ii chaque 
» pas des traces d'hommes marquees par des des- 
» tructions. » lis decouvrirent en effet un tombeau 
tartare plac6 a c6t6 d'une case ruinee, et presque 
enterre dans I'herbe-: oo I'ouvrit , et on y trouva 
deiix perioiuies placees k col^ I'une de Pautre, Leurs 
teles etoient couverles d'une calolte de tafelas , leurs 
corps envelop p^s dans une peau d^'ours a laquelle 
pendoient des bijoux de cuivre et des mounoies chi- 
noises. On y trouva aussi des rassades, des esp^ces 
de bracelets d'argent, une baclie de fer, un peigne, 
un petit sac de nankin bleu rempli de riz. « Nous 
» ne pouvions douter que les Tarlares chasseurs ne 
» fissent de fr^quentes descentes dans ceite baie. Les 
» objets trouv^s dans le tombeau prouvent que ces 
» peuples sont en relation de commerce avec les 
j» Chinois , et quMs sont peut-etre^ sujets de cet em- 
» plre. Le riz ;enferm6 ^an& le sac de nankin d6- 
» signe une coutume chinoise fondle sur I'o pinion 
M d'une continuation de besoins dans I'autre vie. » 

M. de la Pejrouse, apres trois jours de s^jour 
sur cette terre fortunee ^ s'enfonca dans le nord , et 
se dirigea vers Pile SegaLiea : il s'apercut bientol 
qu'il 6toit dans un canal et qu'il lougeoit une nou- 
velle terre oppoaee aux cotes de la Tartaric. 
Les naturels qu'il fut a port6e de questionner par 
ligne 5 lui firenl comprendre qu'ils habiloient une 



Voyage de la Vey rouse 3o3 

ilequ'ilsnomm^renl Tckokax ils drsign^rent meme 
sur le sable , et ensuite sur xffi papier el avec le 
crayon qu'ils recurenl cles mains d'un des compa- 
gnons deM. de la Peyrouse , par des trails assez bien 
diriges, le paysde Mantrbeoux, !e d^lroit qui s^pa- 
roit l( nr ile de la Tartaric , et montrerent par leur 
sjgne que les vaiss°aux pouvoienty passer ; ilsajou- 
t^rent meme a cetle espece de plan le fleuve S ga- 
lien , dont ils prononcoient le nom comme nos navi- 
gateurs; ce qui les surprit beaucoup. Cette peuplade 
ne paroissoit irouver de la valeur qu'aux objets 
utiles: eile connoissot les metaux , et pr^f(^roit I'ar- 
gent au cuivre, le cuivre au fer; et elle fit com- 
prendre qu'elle tiioit le nankin , les rassades , les 
briquets et autres lutensiks dont elle faisoit usage 
du pa^s des Mantchcoux. Les Chinois , embarqu^s 
en qualite de njatelots lorsque nos vaisseaux par- 
tirent de Macao , n'entendoient pas la langue de 
ces insuiaire?; mais ils com prirent ti^s- bien celle 
des deux Tartares qui etoient parmi eux. M. de 
la Peyrouse ne doulant plus qu*il ne fut sur Tile 
Segalien, voulut reconnoitre le detroit qui lui 6toit 
indiqu6 : il s'avanca jusqu'a I'extremitc de Tile, 
une des plus longues du globe , et il ne s'arrela 
que lorsque I'^l^valion du fond le forca de s'arre- 
ter ; ses canots parcoururent ce golfe, et les rap- 
ports qui lui furent fails le convainquirent que les 
terres de I'exlr^mit^ de Tile n'etoient plus que des 
dunes noy^es et presqu'a fleur d'eau , reniplies de 
plantes marines, et que cette ile, r^unie un jour 
a la Tartaric par des alien ifsemen^ successifs, ce 



3o4 Voyage, 

seroit plus qu*une peninsule. La Constance et Pim- 
p^luosit6 des vents da sud , les fureurs de cette met 
sans abi-i 5 des brumes impen^trables lui faisant 
craindre d'eire affale , il soitit, noa sans danger, 
d'une situation si peiilleuse. S^os frigates trouverent 
eiiHn sur les terres de la Tartarie uu asjle, dik 
bois et de I'eau dans une baie qui fut nomm^e 
baie de Castnes. c. On ne peut rencontrer , dit 
J) I'auteur , dans aucune panic du monde, une 
» peuplade d'honiraes meilleurs : le chef vint au 
» devant de nous, se prostema en nous saluant 
» a la maniere des Chinois , nous conduisit dans 
» sa cobane ou ^toiert sa femine , ses enfans et ses 
» petit^-enfans, fit ^tendre une nate pour nous as- 
» seoir , et preparer du saumon qu'on mit sarlefeu 
» avec une petite graine qui est leur met le plus 
» pr^cieux.M II paroit que leur s6jour dans cette 
br^ie n'est que moraentane , et qn'ils u'j viennent 
que pour faire leurs provisions de saumon , qui 
est pour eux ce que le ble est pour les Europeens. 
L'attention de nos savans a s'insiruire de leur langue , 
le soin des dessinateurs a copier leurs figures et leurs 
babilleinens donnerent a ces bons Tarlares de Tin- 
quietude , et le mouvement de la main tracant des 
caracteres sur le papier les I'aisoit craindre d'etre 
parmi des sorciers : ils se refusoient a repondre 
aiix questions qu'on leur adresioit , faisant entendre 
que c'c^toit un mal : les pr^sens ne pouvoient les 
rassuver ; ils les refusoient avec opinialrete. M. de 
la Peyrouse imagina qu'ils pouvoient desirer plus 
de d^licatesse dans la maniere de les ofifrir : il 

caressa 



Voyage de la Peyrouse. 365 

fcaressa des petils enfans, et ieur donna une pi^ce 
de nankin couleur de rose : la famille pariit en t6- 
moigner de la satisfaction. ;Le mari sortil aussilot , et 
rentra avec son pliis beau chien qu'il le pria d'ac- 
cepter. M. de la Pej^rouse le refusa , en luifaisant en- 
tendre qu'il lui seroit plus utile qu'a lui : le pere 
insista , et voyant que c'^loit saris succ^s il fit 
avancer ses enfans 5 et appuyaut leurs petites mains 
sur ie dos du chien , il lui fit enteiidre qu'il ne de- 
Voit pas refuser ses enfans. Geite raaniere delicate de 
reconnoitre un bienfait, qui seroit remarqu^e meme 
parini des republicains, ne peut se rencontrer que 
chez un peuple polic6 : une nation qui n'a ni cul- 
ture ni troupeau iie peut pousser plus loin la civi- 
lisation. Toutes \es queslions qui Ieur furent faiteS 
sur la g^ograplue du pays , coufirmerent ce que lei 
insulaires avoient deja appris aux navigateurs , et 
ce qu'ils avoient veriti6 eux - monies. 

Parvenus apr^s des fatigues continuelles, h I'ex- 
trcmit6 de Pile qu'elles veuoient d*explorer avec une 
scrupuleuse exactitude, la Boussole et V Astrolabe 
mouillferent k sa pointe m^ridionale , qui fut nomm^e 
Cap de Crilton ; elle est s^paree de Pile de Chlcka 
par un canal de douze lieues , et du Japon par le 
d^troit de Sangaar, C'est a cette relAche que, pour 
la pj-emiere fois dans ces mers, on fut visite par las 
indigenes, qui passerent promptement de la crainte 
k la confiance ; ils recurent tous les pr^sens qui 
Ieur furent prodiguds J sans cesser d'en solliciler de 
nouveaux et sans se meltre en peine d'en nion- 
trer de la vecounoissance. On remarqua h cette oc- 

Tome IV. V 



3o6 Voyage. 

casion, combien , a regard de la gratifade, cci 
insulaires differoient des peuplades tartares qu'on 
avoit visit6es , qui, loin de solliciter des pr^sens, 
les refusoient avec obsiination , et faisoicnt !es plus 
rives instances pour qu*on leur permit de s'acqnil- 
ler. Si la morale des insulsires est en ce'a bit^n in- 
{^rieure a relle de ce> Tariares , iU out s r eux , 
par le physique et par leur industrie , une grande 
lup^riorite. Leurs figuies sont b. lies et regulieres; 
ils sont fortem Mit louitituf^s ; leurs manii-res sont 
graves et leurs remerc iniens exprittK s par des gestes 
nobles. Leurs habits sont tissus par eux ; leurs mai- 
sons sont d*une propret^ et d'une Elegance qui con- 
trastent avec la clegoiitante m dproprete d>:s h:ibitans 
du continent. Toutes ces diffennces ne* peimt'itent 
pas de douter que cetle race d'hommes n'ait une 
autre ori^ine , quoiqu'cUe ne soit s^paree que par 
un canal de trois ou quatre lieues. Leur jnani ;re 
de vivre est cependant la meme ; la chasse , et 
plus particuli^rement la pec he , fLul leur unique sub- 
fiislance ; aussi M. de la Peyrouse observe qu'un 
meme r^gin;e tbrrae cependant des constitutions bien 
oppos^es. Quoique les usages el les inceurs des deux 
peuples ne different que par des nuances, il n'y a 
de difference que dans le moral. Si les Tarlare* 
reraportent sur les insulaires dans cette partie, ceux- 
ci leur sont superieurs par I'industrie, et principa- 
leraeut par le caractere et par I'opinion de leur* 
prop res forces. 

La Nature est engourdie dans cet apre climat ; 
les families des etres vivans y sent peu nombreuseg ; 
un deuil affligeant et sombre couvre \qs bords de cetle 



yoyage de La 'Beyrouse. 3*37 

n^ei' ; l*eau n'avoit guere qu'an degr^ et derai d6 
chaleur au dcssus de ia glace dans le mois d'aour ; 
Ja terre est constamtcent gelee a une tres - petite 
profondeurj la chaleur motnentanee , qui n'est qu6 
de quatre degr^s , hate une vegeialioh qiii nait et 
meurt dans I'espace de trois mois. 

M. de la Peytouse conclut , d'apres ses observa- 
tions, qu'aucun molif de commerce ne peul enga- 
ger les Europeens a fj^quenter ces meis. Un pen 
d'huile de baleine et du poi:soii scche ou fume, 
aver quelqtaes peaux d'ours et d'elan , ne pourroient 
d^dommager des depenses d'un pareil voyage 5 etsi 
ces objets etoient de quelqu'imporlance , on ae par- 
viendroit pas a completer le chargeinent d'un vais- 
seau de trois cents tonneaui surces differenles cotes, 
qui pr^sentent un d^veloppement de plus de mille 
lieues. Le seul aVantage qu'on pourra obtenir de 
tons les travaux de nos navigateurs , sera la connois- 
sance precise de la gecgrapbie de cette partie du 
continent; mais elle sera d'une utilit6 bieu plus ^ten- 
due pour les Russes, qui aiiront peut-etre un jour 
une navigation considerable a Okhotsk j et feront 
fleurir les arts et les sciences d'Europe dans des 
contr^es plus habitues aujourd'hui par des otfis que 
par des hommes. 

Les navigateurs sortirent enfin du d^troit qu'ils ve- 
noient de d^couvrir, et entr^renl dans des mers deja 
connues; lis prolongerent les iles des Etats et de 
la Compagnid , ainsi nommees par les Hollandais , 
qui les reconnurent les premiers ; ils se trouverent 
bientot dans le d<^troit qui les sipare des Kuriles^ 

V a 



3o8 -. Voyage, 

et ils aborderent dans ia baie iVAwatckd ou dfe 

Saint-Pierre et de Saint- Paul. 

Arrives a cette extr^niitd du Kamtcliatka , les 
exploratenrs du globe y f'urent ciccueillis avec celie 
franche conciialit^ due a des homraes qui avoient 
d^ja fail lant de .sacrifices a I'instruclion des nations, 
ils J avoient et^ precedes par les attentions bieo- 
veillanles de la ;ouveraine qui r^gnoit alors sur 
PEmpjre russe. Les ordres avoient ^te donncs pour 
pr^venir tons leurs besoins , pour leur procurer tout 
ce que la sterility d'une terre aussi maltraitee de la 
Nature pourroit fournir de provisions et de secours. 
M. KaslofT, gouverneur de la province, vint rem- 
pbr les intentions de I'imp^ralrice : toutes les pro- 
venances hospililieres leur furent prodigudes avec 
plus d'empressemerit peut-6tre que s'lls eussent 
voyag^ dans leur pa trie ; maii ce qui rendit le s6- 
jour le plus agrOable qu'ils pussent choisir , ce fut 
la satisfaction d*y recevoir , pour la premiere fois, 
6gs lettres de leurs parens et de leurs amis. Nous 
n'apprendrous rien a nos lecleurs, en leur parlanl 
des moeurs, des usages et des trisles jouissances des 
Kamtchadales. Le troisieme vojrage de Gook et 
celui du citoyen Lesseps nous ont instruit de tout 
ce qu'on desireroit savoir d'un peuple jusqu'a nos 
jours gi peu connu. Le citojen Lesseps y vice-consul 
en Russie, qui avoit suivi M. de la Peyronse en qua- 
lit6 d'inlerprete , fut cbarge de porter au ministre 
celle partie du journal que nous ne pouvous que 
parcourir. Cette destination I'a sauvO du maiheur 
qui a englouti les richesses eu tout genre d'instruo 



Voyage de la Pey rouse. 3of 

tions, qui devoient ^tre le produit de celte grande en- 
trepn's* , et nous a procure en meme temps una des- 
cription Ir^s- int^rcssante d'un royaume immense 
qu'il a parcoiirii pour arriver en France apr^s ua 
an de contrariet(^s et de dangers. 

Le tableau d'un bal que le ^onverneur Kasloff 
donna a nos Frdncais fera diversion a l'aridit6 de 
Pextrait d'un o;ivrage uniquement consacr6 aux 
progr^s des hautes sciences ; c'est le chef de Tex- 
pedilion qui raconte. « Si Tassembl^e n'ctoit pas 
» nornbreuse , elle 6toit au moins extraordinaire; 
» trejze femmes velues d'etoffes de soie , dont dix 
» Kamlchadales avec des gros visages, des petits 
» j'eux et des nez plats , ^toient assises sur des 
» bancs autour de I'appartement, Les Kamlchadales 
» avoient , ainsi que les Russes , des niouchoirs de 
» soie qui leur enveloppoient la tete a peu pres 
» ccmme les femmes mulatres de nos colonies. On 
» commenca par des danses russes, dont les airs sont 
w tres-agr^ables. Les danses kamtchadales leur suc- 
» c^derent ; elles ne peuvent etre compar^es qu'a 
» celles des convuisionnaires du tombeau de Saint 
» M^dard ; il we faut que des bras , des ^paules et 
» presque point de jambes aux danseurs de celte 
» partie de I'Asie. Les danseuses kamtchadales, par 
» leurs mouvemens de contraction , inspirent un 
» sentiment p^nible aux spectateurs ; il est encore plus 
» vivement excit6 par le cri de douleur qui sort dii 
» creux de la poitrinede ces danseuses, qui n'ontque 
4 cette rnusique pour mesure de leurs mouvemens. 
j» Leur fatigue est telle pendant cet exerrice , qu'elles 

Y 3 



$jo Voyage, 

V sonttGutcsd^goutantesde sueur, et restent ^tenduea 
j» par terre sans avoir la force de se relever. Les 
56 al ondanles exhalaisons qui ^manent de leiir corps 
3? parfument l'a]ipartement d'un odeur d'huile de 
» pois«on , a laqnelle des nez eiirop(^ens sont trop 
» peu accoutumes pour en seniir les d61ices ; conwie 
» les danses de tons les petipies'sopt totijours imi- 
* talives, e\ ne sont, rn quelqiie sorte,que despaii- 
y> tomimes , je deniandai ce qu'avoient voiilu expri- 
» mer deux de ces femmes qui venoient de faire 
» un exercice si violent : on me repondit qu'elles 
» avoient fignrd; line chasse d*ours ; la femme qui 
r> se rouloit par terre represenloit I'^riraal, et celle 
3> qui tournoit autour d'elle le chasseur, Mais les 
» ours , s'ils parloieut et yoyoient une pareille pan- 
» lomime , auroient beaucoup a se plaindre d'etre 
» si grossieremeiit iraites. CeMe danse, presque aussi 
•» fatigant^ pour les spectateurs que pour les ac- 
yi teurs, finit par un verre d'eau-.de-r vie distribue 
« a chaque danseuse , digne rarrai^.hissement de ces 
» Terpsicbores. •» 

La saison forcaut nos nayigateurs a quiiter cet 
9Sjle de la cor.fiance et des bons precedes , dan^ 
Ja crainte d'y etre refetuis par les glaces, ils en 
cmporteren^ les soiiveniis les plus doux , persuades 
que, dans aucunq coutr^e , dans awcun siecle, qn 
ji'a jamais porte a un plus baut dcgr^ les ^gards 
^t les soins de l'hospitalit<^. lis prirent la route du 
tropique, et coup^rent I'^quatcur pour la tioisien,ie 
fois depuis l#ur depart de Brest, apres s'en ^tre ^Iqi- 
gr^^s trois fois d'environ 60 degres au nord ct ^u 



'Veyage de la Peyrou3e, 3ri 

sud; ils aboidrrent a l*ile Maounaj l*une de cellet 
des I^apLgateiirs ^ ainsi nominees par le C. Bou- 
gainville , «|ui 'cs a fl^rouvc-Ttts. M. Delangle y des# 
cendit, et y recut i*e(i ueii le plus aniical , des pro- 
visions de toute espece fuient prodigu6e« aux fri- 
gates avec taiit d*etnprpsseraent , qu'il occasiona un 
peu de coiifu ion ; des chefs arm^s de batons r^ta- 
blirent l*oidrt . « Tr^ndii^que nos marches se faisoient 
» arec tranquilliie et meme avec une esp^ce d9 
» ( ordialit^ , que nos futailles se remplissoienl d'eau , 
» je voulus visiter un village charmant , dit M. dc 
» la Pciyrouse , plac6 an milieu ri'un bois dont les 
i) arbres ^toient charii^s de fruits, et CBtretenoient 
» une fraicheur d^l/cieuse. J'entrai dans la plus 
» belle de leurs cases , et ma surprise fut extreme 
X de voir un vaste cabinet de taillis aussi bien ex^ 
» cut6 qu'ducun de ceux des environs de Paris j un 
» rang de colonnes , a cinq pieds de distance, ea 
« formoit le pourtour 5 les intervalles etoient rera- 
» plis de nates fines artistement recouvertes les unes 
» par les autres en ^cailles de poiison , et se rele- 
» voient ou s*abaissoient avec des cordes, comraenos 
» jalousies. Ce pays charmant r^unissoit encore \% 
» double avautage d'une terre fertile sans culture 
» et d'un climal qui n*exige aucun vetement. Des 
» arbres a pam , des cocos , des bananes , dPs goyaves , 
j» des orangers, pr^scntoient a ccs peuples fortunes 
» une nourriture saine et abondante ; d ^s poules, 
r> des cochon.> , des chiena qui vivoieni de I'ahon- 
» dance de ces fruits , leur ofifrolent une agreable va- 
» v'lil^ de mets, Ils Etoient si riches, ils avojent s» 

V4 



8i^ Voyage. 

» pen de besoins, qu'ilsdedaignOient nosinstrumens 
» de ft r el nos etoffes , et ne vouloient que des 
» rassades ; combles de biens r^els , ils ne d^si- 
» roient que des inutilile^. Quelle imagination ne 
» se peindroit ie bonbeur dans un sejour si deli- 
» cieux ? II n'^toit cependant pas celui de Tinno- 
» cence : nous n'apercevions a la v^rite aucune 
» arme, mais les corps de ces Indiens rouverfs de 
» cicatrices disoient assez qu'ils etoient souvenl ei^ 
» guerre entr'eux , et leurs traits annoo^oient une 
» f^rocit^ qui n'^toit pas sur la pbysionomie des 
» femmes. La Nature avoit sans doute laiss6 cette 
s» empreinte sur leur figure, pour avertir que rhomme, 
» presque sauvage et dans I'anarchie , est un e|re, 
» plus mecbant que les aniraaux les plus f^roces. » 
JjtMT taille, d'environ cinq pieds dix poucesj leurs 
membres fortement prononces , et dans des pro- 
portions colossales, leur donnoient une idee de leur 
suptriorite, qui rendoit les Erancais bien peu redou- 
tables k leufs yeux. « Ces merries insulaires avoient 
a paru au navigateur qui d^couvrit ces lies , d'une 
» stature midlocre , mais agiles et disposj ils ont 
M la poitrine et les cuisses jusqu'au dessous du ge- 
» nou peintes d'un bleu fonc^ ; leur cpuleur est bron- 
» z^e : nous en avons renaarqu6 un beaucoup plus 
V) blanc que les autres.* 

Nous devons croire que M. de la Pejrouse , qui 
a eu le mallieur de vivre avec eux , a ^16 plus a 
port^e de les connoitre que le cilojen Bougainville, 
fjui n'a fait que les aperrevcir. 

Empress^ de s'eloigner d'un parage qui dtoil dan=i 



Voyage de la Fey rouse, 3i3 

gereux , ft par le niouillage, et par le pen de con- 
fiance qu'inspiroient ses habltan*? , ce fut avec le 
plus grand regret que M. de la Peyrouse c6da anx 
instances de M. D61angle , qui , avarrt de partir , 
voulut encore aller s'approvisionner d'ean dans nne 
anse qu'il avoit reconnne : le commandant se laissa 
vaincre par ses raisons, ou piiitdt par celte opinia- 
trel^ qui faisoit le fond de son caraci^re. II pam't 
avec ses cbaloupes armies ; mais il ne trouva pasj 
pn arrivant ik sa crique, ce qu'il y ayoit vu de fa- 
cilit6 lorsqn'il y etoit parvenu la premiere fois : ii 
I'avoit abord^e a maree haute , et il n'avoit pas sup- 
pose q;f»3, dans ces iles, elle monlat de cinq h six 
pieds. Son premier mouvement fut de quitter cette 
baie pour aller dans celle oii on avoit deja fait de 
J'eau ; raais Pair de douceur et de tranquillite des 
insu4aires qui Tattehdoient sur le rivag^ , la quan- 
tity de fruits et de cochons qu'ils apportoient , fi- 
l-ent taire les conseils de la prudence : il ne balanra 
plus a pi^n^trer par un canal ^troit et torfueux dans 
une anse ou son canot avoit an plus trois pieds d'eau. 
Le meilleur ordre fut etabli sur le rivage , et les 
futailles furent remplies ; mais lorsqu'on travaitloit 
a les embarquer, les canots et les chafoupes forent 
assailHs d'une grele de pierres du poids de trois ou 
quatre livres, lancees a une petite distance avec la 
vigueur d'une fronde ; M. Delangie ew fut renvers^, 
et aussitot massacr^ par deux cents do ces perlides 
insulaires : I'honnete Lamanon , que son avidite de 
savoir avoit rendu le compagnon benevole des au- 
ires savans, subit le meme sort, ain^i que dix sul- 



3x4 Voijage. 

dats el mafelofs de ceite expedition. Les quarante- 
neuf qui ^chapperent a cetle boucherie , euroit beau- 
coup de peine a rejoindre les fregates ; plusieurs fu- 
rent grj(^vemeiit blesses. M. de laPeyrouse, appre- 
nant celte crurlle catastrophe, ne jugea pas h pro- 
posd'en lirer vengeance cornme il I'auroit pu, si cetfe 
resolution avoit pu r^parer la perte qu*il venoit de 
faire. Voil^ fkomme de La Nature^ que Ton no 
ce!.*e de pieconiser et de mettre en parallele avec 
rhomirje social, pour I'avilir a sqs propres yeux ! 
Get affrenx evenement est la meilleure r^ponse que 
nous puissions faire au redaf'teur de cet ouvrage , 
qui a voulu insinuer que si Cook pent «;ir I'ile 
d*Owhy/iee, ceU\\. parce qu*il avoit 6te Tagresseur. 
Le sort de M. I)61angle demon tre combien cette 
assertion est au tnoins hasardee. 

M. de la Peyrouse, p^netre de la plus vive dou- 
leur 5 s'empressa de s'cloigner d'une terre aussi fu- 
ncste ; et pouvant h peine contenir la fermentation 
des Equipages qui ne respiroient que la vengeance , 
il prit la resolution de ne mouiller que dans la baie 
de Botanlquc. Ses observations sur le langage 
des insolaires de la mcr du sud merilent d*etre con- 
nues : leur dialecle lui paroit avoir la meme origine 5 
un fait prouve son opinion, C/n Manillnisde la pro- 
vince de Tagzyan entcndoit et expliquoit la plus 
grande parlie des mots de ces insuiaires. On sait que 
Je Tagayan , le Talgale , et getieralament toutes les 
langues des Philippines , d^rlvent du Malais; et cette 
Jangue , plus r^panlue que ne le furent celles des 
Gn cs et des Homains , est commune a lous ceux 



Voyage de la Veyroase, 3i5 

qui habitent les mers du sucl ; il est comme demon- 
tr6 que ces diff: rentes nations proviennent de colo- 
nies malaises, qui , a des ^poques tr^s-recnlees , fi- 
rent la conquete de ces iles ; et peut-etre les Ghi- 
nois et les ^^ypliens, dont on vante taut I'anrien- 
ret6, ne sont que des pen pies modernes en com pa- 
raison de ceux-ci. v Qtioi quMl en soit , ajonie M, 
» de la Peyrouse, je suis convaincu que les indi- 
« genes des Philippines, de Formose, de la Nou ve'le- 
» Guinee, dela Nou velie-Bretagne , des Hebrides , 
« des iles ^^s Amis , etc. dans rii^mispbere sud , 

• et ceux des Carolines, des Mariannes, des iics 
« Sandwicb dans I'hemispbere nord , et •. ^toienl 
» cette race d'hommes cr^pus que I*on trouve 
» encore dans Pinterieur de Tile de Lucon et de 
» Tile Formose : i!s ne purent etre subjugurs dans 
» la Nouvelle-Bretagne , dans la Nouvelle-Gninee, 
» anx Hebrides; mais vaincus dans les iles plus a 
» Test , trop petites pour qu'ils pussent y trouver 
» une retraite dans le centre; ils se mele-ent avec 
» les peuples conqu^>rans , et il en est r^snlt6 une 
» race d'bommes tr^s-noirs dont la couleur conserve 
» quelques nuances de plus que celle de ceriaines 
» families du pays , qui vraisemblablement se 
» font un point d^iionneur de ne pas se ni^sallier. 
» Ces deux races tres-distinctes ont frappe nos 

* yeux aux iles des Navigateura, et je ne leur at- 
» tribue pas d'aulre origine. » On pent lire dans 
le tome troisieme , pages 277,278 , 279, le d^v«lop- 
pement de cette opinion de M. de la Peyrouse , opi- 
nion conforme h celle des Anglaif , et les ropon- 



3i6 Voyage, 

^^^ aux objections qu'o'i pourrolt y opposer, tiroes 
de la difiPerence de conformation, de la direction 
des vents , etc. 

Apres avoir vu les Ties des Amis, mouilI6 h. I'll© 
de Norfolk , les frigates arrivent a Botany -Bay, et y 
trouvent une do te anglaise. Des Europ^ens sont 
tons compatriotes a retto distance de leur pays (que 
ne le sont-i!splus rapproches, el pourquoi leshommes 
jie cessent-ils d'etre ennemis les iins des autres qua 
lorsqn'ils sont a des distances immenses de leur pa- 
Irie?). Cette Potte partoil pour se rendre au port 
Jackson, a seize milles au nord; le capitaine Hunter 
fit fdire a nos Fran^ais toutes les offres de service qui 
^toifnt en son ponvoir, qui se reduisirent a des Toeux 
pour le snores ult^rieur de leur voyage. Le journal 
d la Peyrouse se termine a cette relacbe,et ici coni- 
mencent les regrets ^terneis de ceux qui Tont lu. On 
trouve dans le quatricme volume I'extrait d'une 
lettre de eel infortune et immortel navigateur, par 
l<iquelle on esl instruit de ce qui lui restoit a faire 
ppur le compldraent de ses travaux et de sa gloire. 

Botaay-B^y , 7 fdvrier 1788. 

Je remonlerai aux lies des Amis , et je feral abso- 
lument tout ce qui m'esl enjoinr par mes inslruc- 
tions, relnlivement a lapartie m^ridionalede la Nou- 
velle Caledoniej al'ile Santa-Crux de Mendana,alA 
c6'e dn sud de la terre des Arsacides de Surville , 
et a la terre de la Louisiade de Bougainville , en 
cberchant ^connoilre si cette derniere fait partiede 
la Jvouyelle-Qain^e , ou si elle en est s^par^e. Je 



Voyage de la Pey rouse, Bij 

passerai h la fin de juillel 1788 entre la Nouvelle- 
Guiiiee et la Nouvelle-Hollande, par uii auire ca- 
nal que par celui de i'Eudeai^our ^ si toul.fois il 
ep existe un. Je visiterai pendant le inois de sep- 
tembre et une parUe d'octobre, le golfe de la Car- 
pentarie et loute la cgle occidentale d^ la Nouvelle- 
Hollandejusqu'a la terredeDIemeu, maisde mani^re 
cepeudant qu'iJ me soit possible de remonter au nord 
aisez tot pour arriver au commencement de d^cembre 
178S a rile-de-Fiance. 

On trouve a la fin du tioisieme volume, des tables 
tr^s-exactes et tres-in^structivesde la route des frega(es. 
Ces tables indiqueut la position du vaisseau a midi, 
la declinaison de Paiguille aimantee , observ^e le 
icatm et le soir du meme jour 5 le degr^ du iher- 
mom^tre de Reaumur et la hauteur du barometre 
au lever du soleil 5 enfin rinclinaiaon de I'aicuille 
aimantee aux ^poqces ou elle a pu etre obse'rvee. 

Les pieces contenues dans le premier volume ne 

sonl pas suscepjibles d'exlrait : nous ne pouvons qu'in- 
diquer chiles qui , comme la savante instruction redi- 

geeparl'ex-ministreFleurieUjdcvoientetrelaboussole 
des navigateurs francais ; les memoires de I'acad^mie 
des sciences et de la societe de medecine , deman- 
d's par ordre du roi a ces compagnie*, et memoires 
destines a indiquer les observations qu'elles jug«- 
roient les plus iraportautes aux progr^s des sciences 
dans le vojage qu'on alioit entreprendre. 

Dans le quatri^me volume le reda.teur a ramass6 
avec soin , mais uon sans peine , quelques memoires 
que les savans de rexpeditioa auroiem eu I'occasioa 



Si 8 Poyage. 

d'adresser k leurs amis. Nous avons remarqu^ tin nle-» 
moire du citoyen RoUinjm^decin, siir les babitans deS 
lies de Paques el de Mow^e; un autre memoire phj^- 
siologique et pathologique sur les Americains ; un6 
disserlalion du meme sur les babitans de Tile de 
Tchoka , et sur les Tartares ocientaux ; des ob- 
servations du ciloyen Monneron ^ ing^nieur en cbef , 
sur les lies oil on avoit relacbe , et un memoire 
sur Manille et Formose par M. de la Pejrouse. 

Les amis de Thumanit^ ne pourront lire ces vo* 
luiues sans elre p^netr^s de la plus profonde doulenr 
sur la perte irreparable que ia patrie a faite de 
taut de citojens destines It (^teiidre les conqueles de 
la science , qui valent bien celles des arraes , sur 
taut de ricbesses de la Nature que la mer a englou- 
ties. lis auront en meme temps la plus juste recon- 
noissance pour le redacteur de ce journal , qui , pat 
la Constance de ses recbercbes et par des notes sa* 
▼antes et instructives , a repandu sur cet oavrage 
tout rinl^ret dont il etoit susceptible. 

A. J. D. B. 



BIOGRAPHIE. 

Eloge dUfCLtoyeti Riche , par Le cLtoyen 
CuKlEii (i). 

Claud e-A n t o i n e-G aspardRiche, doc- 
teur en M^dtcine de la faculty de Monipellier , 
membre de I'Acad^mie des Sciences de ceite ville 
et de celle d'Edimbourg , de la Society d'Histoir* 
naturelle de Paris, et de la Societe philomalique, 
naquit a Chamelay, pres Lyon, ie 20 aout 1762, 
de N. Riche, subiliiul du procuieur-gen^ral du 
parlement de Doinbes ; il 6toit frere cadet du ci- 
to_yen Prony , membre de la premiere classe de 
Pinititut. Desiine d*abord a la robe, il travailla 
quelques annees a Lyon chez un procureur ; mais, 
rendu , par la mort de son pere , k la liberie et h 
ses inclinations, il fut a Montpell er pour se livr^r 
entierement k Tetude de la Nature. 

Pendant un sejour de trois aunees, Riche s*y ap- 
pliqua aux sciences accessoires a la m^decine , et 
sur-toiit a i'hisloire naturelle et a la physique : il 
y soutint plusieurs theses, et sur-tout une sur la 
chymie des v^g(^taux , pleine d'exptriences ingenieu- 

(i) En donnant I'extruit du compte rendu des travaux de 
la Societe philomatique, annee IV", tome II , page 484, j'ai 
promis de donner celui de I'eloge du citoyen Riche , quiy est 
joint. Get eloge est un pen elendu , mais il est du plus ^rand 
interet pour I'histoire des sciences, ct contient d'aill«urs sur I« 
voyage d'Entrecastuux , des d^taiis- imoortans et curieu^t. 

' A. L. M. 



320 Bloghaphlis. 

ses ; il se disiingua tellemcnt , que, au rnois de maii 
1787 , I'acaclemie des scieiicesi de cede ville le fit 
son assor.ie correspondant , par une derogation ex- 
presse asis regiemens, qui lui dtfendbient d'admet- 
treaiicunetudianlenm6deciiiG.il fut re9u docteur , 
avec la plus grande distinction , en juin 1787. 

Altaque a cetie ^poque, d'uue phthisie qui crois- 
soit a niesure de son extreme application, Riche 
fut oblige de ceder , et d'alier chercher quelque 
$oulagenient au sein de sa famille , qu'd quitta biea- 
tot pour se rendre a Paris 5 c'e^^t alors qu'encourag^ ^ 
et par dessecours de tout genre, et par una noble emu- 
lation , il continua ses travaux avec plus d'ardeur. Son 
genie se dcccla dans differeni ni^inoires, et pariicu- 
lierement dans ceux sur la ctassLficatiori des etres 
natureis par tears parties inteneures , etsur un 
si/stcme naturel des Larves j dans ceux sur les 
animaux microscopLques et sar Les coquuUages 
pttrlji^s des environs de Paris, 

Le plus bel 61oge qu'on puisse faire de Riche 5' 
c'esl de diie qu'il eut I'estime et raffeclion de deux 
hommes justement c^lebies , de FabricLus et de 
Vicq-d'Axfir, Celui-ci I'associa a ses travaux , et 
doit a son assiduite une bonne partie de ce qu'il a 
pubiie dans PEncyclop^die methodique : Riche est 
I'auieut <iifi& tableaux qui precedent Panatomie cora- 
par<^e. II nous resle encore aujourd'hui les brouil- 
lons originaux de ces tableaux, Merits et corrig^'s 
de la main de Riche. 

iVussi Vicq-d'Azyr lui rendit-il touionrs cetfe jus- 
tice eclataule , il le ioue plu&ieurs fois dans ses Merits,' 

et 



Eloge de Ricfie. Sit 

et il avoil coutume de dire que ce seroit lui qui le 
remplaceroif. Riche ne lui smv^cut guere que de 
deux anuses , pendant lesquelles il ^puisa un reste de 
vie dans le voyage de long cours dont nous allons 
rendre corapte, et oxi il joua un role principal, par 
sou zeie pour les progres de la science a laquelle il 
s'^toit consacr^. 

On se rappellera ton jours avnc attendrissement le 
nora de rinfortun^ la Pey rouse j euvoy6 dans la 
iner du sudpour j reconnoilie les teiies que Fim- 
roortel Cook n*avoit pu visiter. Parti en 1785, il 
devoit ^tre de retour en 1788 : irois ann^es s'eloienl 
(^coulees, et on n*avoit plus aucune nouvelle de lui 
depuis son depart de Botanj-Bay. 

II ^toit bien probable, et la suile Ta fait voir, 
qu'il avoil p^ri sur quelque roc.her ou par quelque 
temp^te, Au mois de Janvier 1791 la societe des na- 
turaiistes pioposa done a I'assemb'ee ccn^tituanle 
renvoi d'une nouvelle expedition pour s'assurer du 
sort de la premiere, et pour refaire, en cas qu*elle 
eut pt'ri , ce que le malheur Pauroit empech^ de 
terminer. Ce projet, aussi honorable pour la nation, 
qu'utile pour les sciences, fut accueilli avec enthou- 
siasmc. 

On destiua a cette expedition deux gabarres que 
Von wommB. Lti Recke re he et VEsperance ; d'-E/i- 
trecasteaux monia la prennere en qualite de com- 
mandant en chef de I'expedition ; il avoit sous lui 
d^Hermlno d'Auribeau , com me capilaine de pa- 
vilion; Cr^tiri, lieutenant, etc. 

Huon J capilaine de vaisseaux , commandoit Id 

Tome IF. X 



Saa 'BLographle* 

BrCcherche ^ il avoit sous lui Frobrlart , lieute- 
nant , etc. 

On fit avec beaucoup de disceinement le choix 
des personnes piopres aiix r^clierches relatives a 
riiistoire nature; le; et sur la presentation de la so- 
ci^te des naturalistes , le minislre de la marine , 
Tkivenard y ogrea Ricke ^ ainsi que Ips citoyens 
LabUUirdLcre , botauisle deja celebre alors par un 
voyage tn Syrie, dont il a- oit pubiie plusieiirs 
d^cad; s de planles rares; Desckamps et BLwcer j , 
Tnineralc3;j\stes : on ajouta le citojen Lahaie ^ jardi- 
nier , et on eut soin que les aumoniers et les cliirur- 
giens fussent des liommes au fnit dps sciences natu- 
relies; le citoj'en featenat {2.')Yex\\^\\{ la premiere 
de ces functions sur ^a Recherche ^ et il se montra 
dans le cours du voyage un iiaturaliste tres-zele; 
I'aumoaier de VEsperai-ce fiit ras'.ronom.^ Fiersoa ; 
la Recherche avail un aHiotome a tilr , nomm6 
Berirand; mais s'rlant fail debarquer au Gap, il 
fut rernpK^ce pour le resle du voyage par un officier 
noniiue de liossel. 

On appareilla le ^8 septembre a rxw'di ; Labillar- 
diere et Deschampss'enibarquerent sur la Recher- 
che^ Bluvier et i\iche sur V Espsrarice : on mouilla 
^ Saiute-Cioix deTcnorjffe le i3octobre. Legfn^ral 
fit louroir aux naturaljtes \es guides el lous les 

(i) Les collections nombreuses de plantes dii cxtoyen Ven- 
tenat, dont une parlie a ete prise par les Anglais, et dont 
I'autre partie est entre les mains dn citoyen Labillardiere , 
atteslenl sou zt-le , et doivenl exciter les regrets des amis de 
la science. 



EtOge de Ricfie, 323 

autres secours n6ressaires poar faire le voyage du 
Pic; mais les difficullj^s jjhysiques empech^reiit plu- 
sieurs de terminer cetle enireprise : Riche et Bla- 
vier rest^rent suffjqu^s encore bien loin du but, et 
le citoyen Labillardifere fut le seul des quatre qui 
put parvenir au sommet. II a publid une relation 
abr^gee de ce qu'il y a obser #, 

Le trajet de Teneriffe au Cap fournit a Riche 
un grand nombre de faits nouveaux , concernant 
les poissons et les vers,et leur anatomie. 

Le 17 Janvier I'escadre mouilla dans la rade du 
Cap. Riche envoja de la ^ la society d'Histoire na- 
turelle, et a la sociefe philomatique, des memoires 
fort initructifs et de nombreux herbiers. 

Le 16 fevrier on quitta le Cap , ou le citojen Bla- 
vier fut oblig^ de rester pour cause de sante. On 
passa le iB mars a la vue de i'ile d'Amsterdam , 
situ(^e , comme on sail , lu milieu de la mer des In- 
des , a une distance presqn'(^gale du continent de 
PAfrique el de ce'ui de la Nouvelle-Holiande. 

De la I'escadre cingla droit vers la terre de Van 
Diemen , qui ffiil la poinle la plus meridional^ de la 
Nouvelle-Holiande, et elle mouilla dans la baie 
des Tempetcs le 21 avrii. Riche y fit de frcquentes 
promenades dans les lerres ; il examinoit le terrain j 
les eaux, les forels et les habitations ; car les habi- 
tans eux-memes a\Gient fui, et ce ne fut que rare- 
ment, et comme par hasard , qu'on put approcher 
de quelques-uns. On sait que ces peuples sont an- 
tropopha^es , qu'ils ir.eiienl une vie errante , qu'ils 
vivent principalement cie la p^che, pour laquelle ils se 

X 2 



3*4 Biographie, 

servent de petits bateaux faits d'^corce cVEucatf/p- 
tus J et qu'en un mot celie ile ne produit point d*a- 
nimaux quadru pedes. 

Cette pointe de terre , qui ressemb'e beaucoup h 
celle qtii tennine TAfiique par sa forme generale, 
et qui en differe peu par la latitude, pr^senta en- 
core a Riche des rapports trappans avec le Gap par 
sa liibologie ; ses roclies et son sol ayant les memes 
substances et des dispositions seuiblabl s , la iner sur- 
lout lui fournit de nombreuses d^couvertes. Cette 
portion de son jourual , oii il disseque et decrit ce 
qui se pr^senta de nouveau en poi>sons, en malus- 
ques , en coquiilages , contient beaucoup de faits 
neufs el piquans. 

L'escadre quitta ce s^jour interessant le 28 niai 
17925 elle traversa le dftroit qui venoit d'euc d^- 
couverl par les ciioyens Satnt-Aignan j I'un de ses 
ofiRcierSj el BeauprS j ingenieur g^ograpbe ; ce 
d^lroit mene de la baie des Temp^tesarelle de 1*A- 
venture. Ce ful dans ce detroit que Riche recon- 
Dut une nouvelle cause de T^tat lumineux de la 
mer , dans une espece non encore decrite de Dapfi" 
tiia trespbosphorescente. 

On lourna cnsuite an nord-est pour gsgner la 
J^oui^eUe-CaUdonie ^ ile longue et elroite, silu^e 
a l5 digr^s a Test de la Nouvelle-Hollanrte , et pres- 
que parallele aux cotes de cette grande terre : on 
en reconnut la cote orcidentale qui ne l*avoil point 
^t^ , et qui est tr^s-peribeuse pour les navigateurs, 
par les norobreux r^cifs qui en d^fendent I'ap- 
proche. 



ELoge de Rlche. 325 

lis la peidirent de vue le 2 juillot sans y avoir pu 
•border, et se dirigoreut de la vers les lies de I'A- 
luiraute , situees au Dord de la Nonvelle-Giiinee : 
des bruits vagues leur avoient annonc6 qu'on y avoit 
Vu quelqucs habits et quelques ustensiies europeens, 
et ils pensoient qu'ils pourroient y apprendre des 
nouvelles des Kavigateurs qu'ils cherchoient. 

Ilsvirent, en passant, les iles de Salemon ou des 
Arsacides, et ils reconnurent la partie ouc-st de I'Ar- 
chipel de Bougainville ou des i'es de la Tresorerie. 
Ces iles sont situees a Touest de la Nouvel!e-Gui- 
n^e : ils ne corKmuniquerent qu'avec les habitaus 
de Tile Bouca j nomm^e ainsi par Bougainville, 
d'un cri que ces in.sulaires lui firent entendre. Ce 
sont des homrres tres-basan^s , qui se barbouillenl 
de diverses couleurs, et se gatent les dents par Tu- 
sage du betel et de la chaux. 

Ils relarhferent le 17 juilletau port Carteret dans 
la Nouvelle-Irlande : cet endroit^tant beaucoup plus 
pres de la ligne que tons ceux que nos naturalisles 
avoient visits jnsqu'ici, ils y trouv^reut un grand 
noiiibre de productions nouvelles. Riche y decri- 
vit sur-tout beaucoup d'animaux , des coquilles , ob- 
jetsd'autantplus precieux,que nous n'avons jusqu'ici 
sur les esp?ces lestacees de la zone forride, que les 
figures peu nombreuses d\'\.dauson et celles peu fi- 
delles de d'Argrnville. 

Ou quilta le port Carteret le 24 juillet; et ^^pres 
avoir longe la cote sud de la Nouvelle-Irlande, et 
quelques petiies iles , on arriva le 23 aux iles da 
TAmiraule. 

X 3 



3^6 B^ograpkle, 

Les recherches qu'ony fir pour y troover quelques 
debris de Pescadre de la Peyrouse furent v ines. On 
comrnuniqua libremenl avec les liabilnns, qui parois- 
seiit hons et paisibles : on commerca avec eux ; 
ils rinrent meme siir les vaisseaiix , mais on ne leur 
aper^ut aucun instrument ni aucun habillement eu- 
ropeen. Le seul vetement de ces insulaires consiste 
dans I'especede coquille nommt*e bulla ovum j dont 
ils se garnissenl Ir gland ; Pt c^'st une anssi grande 
honte pour eux de se dcfaire de cet ornement , que 
e'en pourroit etre chez nous a une fetnme de pa- 
roitre nue en public. 

On passa aupres de plusi<?nrs lies silu^es a Fouest 
^es pr^Cf'dcntes , et on doubla le ai aoul le Cap 
le plus nord-ouest de la Nouvelle-Guiii^e , pour tra- 
verser la rner des Moluques et se rendre a Am- 
boine, ou, au milieu de conlrarit'tes et de tracasse- 
?ies sans nombre , nos vojageurs arriv^rent le 6 
septeml re 1792. Cette ile celebre parmi les na- 
turalisfes, est le chf f-lieii des etabijssemens hollan- 
dais dans les Moluques. Ricl.e et ses camarades, 
sans se laisser rebuter ni par la chalenr biulante du 
climat, ni par niille autres difficulies, y firent des 
excursions hpureusss. Son journal contient en cet 
endroit, de notubreuses obseivations sur les auimaux 
marins <l'Amboine : il dome 1 anatomic complete 
du calao {buceros) qui manquoit anx naturalistes, 
et celle d'nne nouvelle espece de tortue qu*il appelle 
tcsfudo anibouienscs.' 

On quitta An.boine le i3 ortobre, apres vingt- 
huit jours de relacbe, pour faire du c6l6 du sud- 



Eloge (ie Blche, 337 

oupst le tourde ce jO'and continent de la Npuvelle- 
Hol'ande, et sur-tout pour reconnoitre les cotes 
qu*on soupconne joindre !a terre d convene par 
JSuyts en 1672, a la terre de Van Dieinen. On coi'n- 
menca ce travail grographinu-^ an cap Lewiri ou 
des Lions, le po nt le plus orcidental de ia terre de 
Nuyts, oil oil arriva le 5 decembie. O.) snivit la terre 
le plus pies possible, et le 9 ou se tioiva dans la 
position la plus critique de tout le vc>ya^'e : un violent 
coup de vent attaqua les \ai^seaux, ei les enga;:(:a 
riangcreuseiiient dans les recifs qui bordent cette 
rote; cependant on trouva un bon mouilloge , oil 
Ton resta quelques jours. 

Ce fnt pendant ce mouillage que Riche pensa de- 
venirla victimede son zde pour les reclierclies. Iletoit 
allea terre le 14 dcceinbre a dix heures du matin, 
avec quelques officiers de i^Esperance et ks ciloyens 
Labillardieie el Ventmat : on se dispersa en se don- 
nant rendez-vous au canot pour le soleil couchaut ; 
riieuve dn retour arrivee, Riche ne se trouva paint ; 
on Tatlend deux heures dans Tiuquielude et dans 
I'efFroi , et la nuit arr vanl o» est oblig6 de relourner 
aux vai.^seaux ; on lui !ai«sa snr la plage un bon feu, 
des provisions, des vetemens-^ son fusil et un mot 
d'ecrit. On envoya le lendeirain les citoyens Lai- 
gnet et Lajirandiere h sa ncberclie ; ils veviennent a 
deux heures saus succes; a quatre heures dou2e 
homines partent pour tenter un nouvel , effort j 
mais deja on desesp^rcit (hi succes , parce qu*on 
avoit irouv6sur la plage son mouchoir et uu de ses 
pistolets, et qu'on jugeoit d'apres cela qu=U ^loit 

X4 



328 Biograpkie. 

devenu la proie des Sauvages. Comme cette tenta- 
tive devoil etre la deniiere, on donna au canot 
des vivres pour deux jours, el le gciKral fit tirer le 
canon et lancer des fus6es pendant toule la nuir, afin 
de donner un mojen de lalliement au malheureux 
paturaliste. 

L'eau commencoit a manquer 5 le trajet qu'on 
avoit a faire eloit long ; d6]k les ^qnipsges murmu- 
roient de ce retard. Le g^n^ral, balancant entre I'id^e 
d'abandonner ce malheureux et intere.-sant jeune 
bomme et le danger de coinproaiettre le salut entier 
de Tequipage confi6 a ses soins, se proposoit d'ap- 
pareiller si le caiiot revenoit sans avoir rencontrd 
Kicbe. Mais enfin le 16, sur les lroislieures,on vit ar- 
river !e canot rapporlanl, centre toute espcrance, 
ce martyr de I'histoire iiaturelle a moitie mort de 
fatigue et de faim, Nons regrettons de ne pouvoir 
placer ici le detail attachant de ce qu'il eut a souf- 
frir pendant trois jours. Nous observerons seulement 
que R,icbe 5 ajant apercu des lourblHons de fum^e 
s'^lever des diversHs parties de I'interieur des lerres, 
et a peu de distance de la cote, y dirigea sa course 
pour en reconnoilre la cause. QeWe fum^e lui parois- 
soit assez presj mafs sa vue le trompoit etrange- 
ment, car apres avoir march6 trois lieues il en 
etoit encore fort loin. CVst ainsi qu'il perdit insensi- 
blement de vue ses ramarades, et s'egara. Riche 
rencontra dans cejie course beaucoup d'objets cu- 
rieux, et enli'autres nne valine entiercment cou" 
■yerle de troncs d'arbres petrifies qui paioissoient cas- 
hes a un pied de ten? 5 mais daus lesqucls on distin- 



Eloge de Rlcfie, 829 

guoit encore tout ce qui caracterise le bois. Quant a 
c^sgrandes fum^es dont nous venous de parler, on 
les croit produiles pai le feu que les raturels du 
pays ont coutumede vnettre aux broussailles; car ou 
en vit beaucoup occnpcs a cela. On u'aper^ut en 
quadrii pedes que quelques kangaroo y nriais on 
ren)ar(|ua enroie les traces d'uti animal different. 

Les vaisscaux quitl^rent ce port, nomrae a si 
juste titre de I'Esperance, le 17 decembre, et iis con- 
tinuerent a longer la cole de la Nouvelle-Hollande 
jusqu'au 2 Janvier 1793 , que le vent coniraiie, le 
defaut d'eau el le derangement du gourernail de 
VEsperance les forcerent de reprendre le large. Ce 
fut sur-lout lecapitaine de VEspSrance, Huon, qui 
yd^termina le general. 

Ce trajet fut de 9 degres en longitude, et dans cet 
immense espace ils ' n'apercurent aucun endroit 
propre a mouillfer, aucun port, aucune embou- 
chure de riviere ni grande ni petite. Laissant done 
cette porlion du circuit ouest de la Nouvelle-Hol- 
lande, qui s'etend depuis le 33-. degr6 sud jusqu'^t la 
terre de Van Dienien dans les memes icnebres ou 
elle a ete jusqu'ici, ils se diiigerent vers cette der- 
niere terre, et ils raouillerent le 21 Janvier dans la 
baie des Teinpetes, ou ils avoient deja sejourn6 aux 
raols d'avril et de mai de I'annee d'auparavant. 

On traversa de nouveau ce d^troit, qui mene de 
la baie des Tempetes a celle de I'Aveuture : on 
raouilla dans cette derniere le 21 fevrier, et on y 
s^journa jusqu'au 27. On y trouva <^uelques restes 
du jardio qu'y avoit plante, eu fevrier 1792, i© 



33o Wiof^raphle. 

capitaine Blii^h^ et on y planta dii cresson avec une 

inscription, 

De U on se tlirlg?a au norcl-est : on eiit con- 
noi-STiioe le ii tnars, dii Gap nord de la Nouveile- 
Z lande. Les naturalistes enreiil encore iri le d6- 
sagr^mrnt de iie pouvoir aborder a nne terre qui 
leur piomettoit de si norabreuses decouvertes; mail 
le temps pressoit : on savDit que !a Peyrouse , en 
qiiittant Bolany-Biy , s'ejoit dirige vers I'^s lies 
des A'lii's, et c'efoit \h. qu'i! y avoit le plus d*es- 
poir d'appreniite de ses nouvelies. On chercha k 
savoi; si M. de la Peyrouse «^toit abord6 aux iles des 
Amis. Les habitans firent Pe.iumeralion de tous les 
batimens qu'ils avoient vus depui'; Cook, en indi- 
quant le temps par \e nombre de recoltes d* Lgnames : 
on leeonnut dans ses divers passages celui de la Pey- 
roub^e au nord de ces iles, lorsquM alloit des iles 
des Navigateurs a Botany-Bay. II en vint alors as- 
sez pres pour acheter qu Iques vivres a des pecheurs 
qui etoirnt sur les bancs du nord de Tongataboo; 
mais on s'assura qu'il n'y avoit point reparu a son 
reiour de Botany-Bay : il falloit done que ses vais- 
seaux eussent peri dans I'intervalle , ou qu'il eut 
change de plan de route. II est extremement pro- 
bable , selou le citoyen Beaupr6 , que la foiblesse 
de son equipage no lui ayant pas permis de ga- 
gner assez tot Tor-galaboo, il aura voulu relacher 
a la Nouvelle Caledonie , ou il devoit esp^rer, d'apres 
ce qu'tn avoit dit Cook , de trouver des vivres, 
un monillage ct des babitaus lia<^,pitaliers ; mais 
qu'au lieu dc ce qu'il s'etoit promis , il n'y trouva 



ELoge de Riche. 33r 

que la mort sur cetle chaine effroyable de r^cifs, 
oil nos vojageurs penserent se perdre plus d'line fois; 
et si quelques personnes de I'^quipage purent ga- 
gner la grande lerre, ils durent y devenir virtimes 
des habitac5, qui, bien loin d'avoir le caiactere 
humain que leur attribue Cook , sonl au iiombre 
des plus feroces antiopophages. 

Mais H les iles drs Amis ne satisfirent point sur 
ce principal but de I'exp^dition , elles remplirent 
abondamraent les vceux des naturalistes par leurs 
productions, et sur-tout en leur fournissanl des pieds 
d'arbres a pain , qui depuis , apres avoir couru bien 
des hasards , sont enfin arrives, par les soins du 
citoyen Lahaie , saius et saufs en France, d'oii on 
doit en enrichir nos colonies. 

Apres avoir S(^journ^ k Tongataboo depuis le 23 
de mars 1792 , jnsqu'au 10 d*avril , on retourna a 
I'ouest pour aborder sur la cote orientale de la Non- 
velle-CaU'donie , puisque c'^tpit d^sormais le seul 
endroit ou on put encore avoir I'espoir de ren- 
contrer le malheureux la Pejrouse. On y arriva le 
27 avril , apres avoir reconnu plusieurs des iles d^- 
couvertes par Cook , entr'autres le volcan encore 
briilant de Tanna. 

Ce fut dans cetle relache que mournt , dans la 
unit du 5 au 6 mai , le capitaine de VEsperancCy 
Huon. Le commandement de sa gabarre passa au 
lieutenant de la Recfierche ^ d*Auribeau. Huon fut 
enterr^ sur une petite ile oii I'on avoit place I'obser- 
vatoire. II l^gua sa collection a I'etat : ou conserve 



33* Boographle, 

au Museum unc espece tres-rare de coquillage , ar- 
gonauta vltreajquW r'^commanda particulierement 
en raourant. he g^nc^ral ne surv6cut k celui-ci que 
de deux mois : ilmourutle 21 juillel 179.3, presque 
fous I'eqiiateur , apres avoir parcouru cette longu© 
chaine d'iles et de rochers situ^s a Porient r!e la 
Nouvelle-Guinee, connue sous le nom de reine Char- 
lolte, d'Aisacides ou de Salomon, et deLouisiade, 
et apres avoir relev^ la cote septenlrionale de la 
Nouvelle-Irlande. 

D'Henniny d'Auribeau , qui ^loit devenu, par la 
mort de Hnon , capitaine de VEsp^rance , suc- 
ceda au g6ieral d'Eiitrecasteaux dans le comman- 
dernent en chef de ['expedition j et Rosscl prit ce- 
lui de \^Esp6rance. 

Les yaisseaux arriverent le 14 aout a Wagion , 
oil ils s^Journ^rent jusqu*au 27 : on monilla le 3 
septembre a Bourro, oij on sejourna encore jusqu'au 
l5 : ony fut bien traiie par les Hollandais ; de la on se 
rendit a I'ile de Java , en passanl par le detroit de 
Bontou , et on arriva devant Soorbay ou Sourabaya , 
port de la parlie orientale de Tile de Java , le 18 
oclobre 1793 ; I'escadre y relacha, et entra en rade 
le 28. Les ofiiciers et les nafuralisles se logerent 
dans Sourbay , ou ils vecurent jibreinent pendant 
pres de deux mois. Riche s'occupa de plusieurs ex- 
cursions dans les environs; cependant Pinsalubrit6 
du climat , augmentee par la continuite des pluies 
dans cette saison, devint funeste k plusieurs per- 
sonnes de i'equipage. Nous ne remarquerons que la 



Etoge d§ Richer 833 

mort ds I'astronome Pierson , arrivee le a janviec 
1794. D'Aiiriijeau lui fit dresser un toinbeau avec 
uue imcrjption honorable. 

Le.v i.ouvelles recues de France et la difference 
d.s Dpinious occasionerent line division facheuse 
qui niit fin h. ci'tte expedition. Le commandant tour- 
lueula de toutcs mani^res ceux du parti opposf^ au 
sien , et prit meme coiitr'eux des mesures cruelles. 
Le 23, il )es fit partir avec pr^cipilaiion pour Sa- 
maraiig , viJle de Tile de Java , a quatre-vingts lieues 
plus a Poucst que Sourcbaya , et dont cette der- 
niere depend; c'etoient les citoj ens Legrand, Vil- 
laumez et I,aignet , officiers ; Labillardiere et Ri- 
che 5 naturali^tes ; Ventenat , aumonier , et Piron , 
dessinateur. Toutes les collections , les joiirnaux , 
les cartes , resterent entre les mains du comniandant z 
elles ont passe depuis en Angleterre , d*oii on a 
renvoy^ la pariie qui concerne I'Listoire naturelle. 

Le vojage a Samarang se tit en panic par terre , 
en pariie par cau, et dura }usqu'au 11 mars. Apres 
quelques temps de s6 jour, les citoyeng Riche et Le- 
grand furcnt envoy^s par leurs coUegues a Batavia , 
pour soUiciter d'etre renvoy^s promplemeut en Eu- 
rope. Ventenat , Laignet et Villaumez les rejoi- 
gnirent peu de temps apres. On les retint d'abord 
sur deux vaisseaux s^pares ; on les envoya ensuite, 
les deux premiers , daus ie fort oi'Ank^ ; les trois 
autreSj dans celui de Sangerang. Eufin , apr^s de lon- 
gues negociations , on leur auoon^a , le i3 juiu , 
qu*ils alloient etre envoyes a I'lle-de-France , sur ua 
baliment parlementaire ; et ils partirent €fl effet le 



334 Biographce* 

3 juillet avec plus de quatro cents Fran^ais pouf 
cette colonie , oii ils furent rendus au commencement 
d'aofif (3). Ricbe cependant, ne pouvant supporter 
)a perte de tout ce qu*on avoit recueilli d*impor- 
tant et de pr^cieux dans le voyage , s'offrit de retourner 
dans leclimat mal-sain d'oii il venoit, poury recou- 
vrer les papiers et les collections. II pr^senta ik I'as- 
semblee coloniale deux m6moires pour I'engager ^ 
Tenvoyer a Batavia , sur un parlementaire , a I'effet 
d*j n^gocier cette restitution. II fit ce voyaj^e, mais 
sans succes. 

Etant revenu a PIle-de-France , il y continua ses 
rechercbes aulantquesa sant6, toujours plus foible, 
le lui permettoit. II s'^toit retir^ a la campagne pour 
y vaquer plus librement a ses Etudes et a ses re- 
medes 5j il correspondoit de la aveo quelqucs amis, 
nolamment avec son collcgue Labillardiere , qui , 
apr^s avoir ejt^ detenu pendant six mois a Anke , 
pres de Batavia , avoit aussi ete renvoy^ a I'lle-de- 
France, et y ^toit arrive le i8 flor^al an 3. Riche 
ne presentoit plus alors que les derni^res ^tincelles 
d'un feu mourant. S'^tant embarqu^ pour la France 
le 26 thermidor an 5 , il arriva a Bordeaux , d'ou 
il se rendit au Mont-d'Or pour prendre les eaux 5 
luais il y arriva dans un tel ^lat de foiblesse, qu'on 
dt'sespera de pouvoir prolonger sa vie de quelques 
jours ; et en effet il y mourut le 19 fruclidor an 5 , 
ag^ de 35 ans. A. L. M. 

(3) L« eitoyen Veuteaat mourut quelques jours apres son 
arriv^e. 



a aaaauHuz* ^muamuu fm 



ARCH^OLOGIE. 

ViscouRS prononcS 'par le cLtoyea Millin , 
Pro/esseur d'AniiquUis d la tcbuvlhdque 
riauonaie J di Couverture de son tcuts , Ic 
^ fnnxalre de L'ati 7. 

/Lppele par la confiance du Gouvernemenl a la 
garde du plus } r^cieux de ses ctablissemens litle- 
raiies, et a initier les jeunes geus et les artistes 
dans la toiinoissaiice de& d onumen:- , j'ai poii^ loiile 
mon attention vers I'etude de rafrtiquil6, et c'est 
de l*utiiite et des agr^ii.ens d'une science beaucoup 
trop negligee, dont je viens voas entretyuir. 

Jamais les temps ne furent plus favorobles pour 
ranimer ie gout de la science dts monumens anti- 
ques , que ceux ou la victoire a poi te le nora fran- 
^ais jiisques dans les lieux soumis autrefois a la do- 
mination de ces Giecs , ncs niaiires en tous les genres 5 
que les temps oil les conquetes du jeune vainqueur 
de riialie nous metteni en possession des chefs- 
d*oeuvres de I'art antique. 

Apr^s la coiiqu^te de la Grece, les Remains trans- 
portertnt dans leur ville , devenue ia capitale du 
monde , les chefs- dVuvres des slatuaiies et des 
peintres grecs ; nous allons parer de ces memes 
chets-d'(euvres notre vilie , devenue Ja capitale des 
arts et la metropole de la liberie. 

Dans ces temps j^rossitrs oil les Romains nV'toieut 
inilies qu'a la connoissauce des lois et a celle des 



336 Archceotogle. 

armes,MtmiTnius,apres la prise de Coiinlhe,emporta, 
sans ordre et sansclioir, les monumens qui embellis- 
soient cette riche cite j les siariies de l'6cole de Co- 
rinilie,les tableaux de I'eoole deSicjone,lespeintures 
de Zeiixis et d'Apelle , les marbies de Piaxilele et do 
Phidias fiirent charges a cotedes pFoductionsd'artistes 
a peine digues de ce nom,ei le vainqueur qui , sans 
connoitre ieur prix , voulo't seukment en orner son 
trioraphe , d^clara aux ouvriers mal-adj-oils oa in- 
fidelles , qu'ils seroient obliges de reinplacer par 
d*anlres les tab eaux ou les statues qui pourroient se 
perdretou se briser. L'hisioire , qui a consacre sa 
gloire Siilitaire , a aussi, en conservani cet ovdre , 
consacr6 son ignorance. 

Le vainqueur dei'ltalie an contraire s'est entour^ 
d'hommes probes et instruits qui out din'pe son 
choix,ctqui,par la reunion de tant de chefs-d'oeuvres 
dignes de I'admiration de tons les peuples et de tous 
les si^cles , ont ^leve a sa gloire un trophce plus 
durable que les colonnes, les arcs de iriomphe et 
lous les edifices destines h rappeler les grandes ac- 
tions a la m^raoire des hommes. 

Ces inomimens precieux ont traverse les mers; 
ils sont aux portes de Paris; ils voiit orner nos mu- 
sses et nos bibliotheques. Les hommes qui an- 
ncncent du goiit pour les letlres et pour les arts se 
con'.enteront-iis d'une admiration froide pour ces 
ouvrages immortels? A la vne de ces niarbres inspi- 
rateursjieur imagination , franchissant Tespace et la 
dur^e , ne se transportera-t-elle pas au sifecle qui les a 
produits? Ne recherchera-t-elle pas dans les moeurs, 

les 



JDlscours. 337 

les usages et la religion des Grecs , ce qui leur a 
donne un© superiorite si marquee ? 

La vue des souffrances de Laocoon ne Icdr rap- 
pellera-l-( lie pas les beaux vers par lesqueU Virgile 
a inimortalis6 la douienr de ce inalheureux pere, 
la beaiite celeste du diviii Apollon , i'hjmne s6cu- 
laire d'Hcrace? 

N'assisteront-ils pas, avec Mel^agre , a la chasse 
du saiiglier de Ciljdon? La belle statue du Nil ne 
leurinspirera-t-elle pas le desir de savoir ce qui a 
6\e dit des sources , des embouchures, du cours et des 
crues de ce fleuve celebre? comment il a ete figure? 
ce que signifiant les seize enfans qui jouent avec 
tant de graces sur ses membres puissans? Le bas- 
relief, appele ]e tombeau des Muses, ne leur don- 
nera-t-ilpas la curiosite de connoiire, d'une maniere 
certaine, les veviiablesattribuls deces chastes Soeurs 
si souvent confondues? de lomparer celles-ci avec 
les Muses d^s pierres gravees d'Aulus, d'Onesas et 
d'Allion; avec ctlks des medailles de Ja famille 
Pomponia et cellesdes peinluies d'Herculanum ? La 
majeste meme du Jupiter yEgLochus ( porte-egide ) 
ne les conduira-t.elle pas a rassembler quelques 
id^es sur cette armure redoutabie que les poetes ont 
donnee a Jupiter et a Minerve, et dont la flatterie 
des artiste's a par^ les premiers empereurs romaius? 
Enfan , <ans multiplier les e:vemples , n'observeronl-ils 
pas les rapports qui exibtent enlie le geiiie des ar- 
tistes et le geuie des poetes ? queJles soul \es opi- 
nions mjthologiques qui ont ete la source de ces 
sublimes conceptions? Ces considerations sur des 

Tome IV, Y 



338 Archotologle. 

monuraens si pr^cieux ne fevont-elles pas naJtre la 
curiosity d*en savoir I'liistoire, de connoitre I'^poque 
de I'art ^ laquelle ils appartiennent, le but pour le- 
quel ils ont k\^ fails ; de les comparer avec les autres 
representations du m^me genre sur des monumens 
d'une autre espece, et de savoir enfin comment ils 
se sonl conserves , ce qu'ils doivent a la restauration ^ 
$i elle a el^ bien ou mal entendue, ce qui en a k,\h 
^cril , et par quels mojens ils nous sont parvenus ? 

C'est celte combinaison d*idees, ce rappTOchement 
iustruclif et inieressant des diff^rentes connoissances 
qui constituent VArchceographie ou la connolS' 
san^e de L'anUqiiitd figiiree. 

Beaucoup d'hommes dedaignent de se livrer k 
I'ctude de ce qu'on appelle I'antiquil^, parce qu*il$ 
regardent (es antiquaires, ou comme de froids compi- 
laieurs d'anciens passages , faisant un vain ^talage 
dVrudition , pour ne couduire k aucun r^sulrat digne 
d*occuper I'esprit humain; ou comrae des m^iniaquesr 
qui se laisscnt transporter d'une admiration ridicule 
pour des fragniens inPormeSj respectables seulement 
par la rouille qui les couvre. 

Beaucoup d'ecrivains , il est vrai , dou^s 
d'une imagination vive et d'une raemoire prodi- 
gieuse , mais qui jamais ii'onl sacrjfie aux Graces ni 
fait fprner Tencens sur les autels du dieu du gout, 
ont , par des ouvrages eflfrayaus, rebule ceux qui se 
«eroif nt livr^s a IMtude des monuraens antiques. lis 
ont compost de gros volumes pour appujer des Ety- 
mologies inutiles et forcees, et le lecteur intr^pide 
qui veut les suivre dans ce dtdale d*^rudilion perd 



DLseours. 339 

enfin le fil secourable, s*^gare, et sMcLappe d'un 
labyrinthe ou rien ne sauroit plus le forcer k s'en- 
gager. 

Parmlceiix qui se sont occnpps plus spt^cialement 
de ranli(|uil6 figur^e , plusiv^urs n'ont rien voulu 
laisser sans explication ; ils ont craint de paroitre 
manquer de penetration i'ils ne rendoitnt pas raisoa 
de tout; ils n'ont pas Vu qu'il y avoit plus de m^rii© 
et de veritable savoir a avoner ce qu'on ignore, qu'i 
expliquer mal ce qu'oa ne cotmoit pas. Le gout du 
merveilleux les a entraines au point qu'un pot de 
terre esldevenu pour eux une des cruches deCana; 
unepierregravee,l'anneau de mariege dr la vierge 
Marie; un vieiix baton, la verge de Moise, et ia 
lampe d'uu savelier de Rome, celle de Diogene. 

Les travaux de ces hommes laborieux ont cepen- 
dant <t\.^ utiles a leurs successenrs , comme ceux 
des chercbeurs de la picrre philosophale i'ont ^t6 
aux chymisles qui les ont suivis : ils ont fait dessi- 
ncr des nionumens aujourd'hui perdus , el qu'on 
peut expliquer avec plus de succes ; mais ils out 
nuijdans ces derniers temps, aux progres de Tanti- 
quit^ figur^e , par^-e que ce yarz-a^o informe a ^t^ 
regarde comme la science elie-meme. Le nom d'an- 
tiquaire est devenu une designation ironique pour 
indiquer un amateur de bitsares curio^tes; et c'esl 
iur-tout a ceux qui se sout occupes de T^tude des 
nii^dailles, qu'on I'a appliqu6 avec une inlontioa plus 
nialii;,ne. 

Cependant plusieurs hommes distingu^s ont, dans 
le del uier siecle, illustre la science des auliquit^s ^ 

y 2 



340 ArchcsoLogie. 

par dcs recherches profondes, dirfg^es avec gout 
et presentees avec agreement et avec clarl^. Pope a 
fait preuve d*une Erudition vaste et choisie dans 
les notes de sa traduction d'Homere ; Adisson a 
^crit un traits sur la science des mddailles , et cette 
science a et6 celebr^e par Pope lui-meine , dans 
i't^pitre qu'il adresse a son ami. 

II expiique ainsi^en peu de mots I'utilite des 
tn^dailles: « Fidelles depositaires des objets et des 
» noms qui leur ont ete confi^s , les m^dailles ras- 
» sembleni sous nos j^eux , dans un petit espace , 
» tout ce que la Nature a de plus merveilleux ou 
» de plus grand, des dieux,des rois , des h6ros , 
» de vieux philosophes et de jeunes beaui^s. « 

Puis marquant le ridicule qui accompagne quel- 
•quefois la passion de l*ctiide de l'antiquit6 , 11 ajoute : 
« Le pale antiquaire examine une m^daille a Paide 
» du microscope ; il en revere rinscription et il ea 
» adore la rouille. Rouille sacr^e ! de quelque ecu*' 
» leur que tu te pares , tu es I'heureuse production 
» de deux mille aanees. 

» Celui ci met en oeuvre toute son habilete pour 
» acqu6rir un Pesceunius ; I'autre est exlasi^ 4 la 
» seule idee de se voir possesseur d*un Gecrops. -Le 
» pauvre Vadius , ploiige dans une m^lancolie aussi 
» profonde que sa science meme , ne goule aucun 
j» plaisir depuis que son bouclier a et6 6cur6 ; et 
s Curion , sur le point d'^pouser sa maitrease , ne 
» songe plus a elle , et soupire pour un Othon. » 

Pope venge bientot apr^s la science de lVitiquit6 , 
des reproches qu'on pent Tui faire. « Ces faux sa- 



Vlscours, 341 

» vans, dit-il encore en parlant des 6tres ridicu- 
m les qu'il vii lit de signaler, df shonoreiit un art dont 
j» ri n'appartieut qu'a toi de (aire senJir toute I'ex- 
» cellence : la gloire de Rome sort ds tes mains 
» avec UQ nouvel 6clat ; tu oflTies a nos regi;rds les 
j» dieux el les heros de cette capitale du nionde , 
» et ses lauriers fletris refleurissent. Pouisuis, Adi?- 
» son : ce genre d'etude n'est pas indigne de ton at- 
» tention , et ceux qu'Apolion inspire ne I'ont ja- 
» mais dedaignc. La po^sie et les arts ont droit aux 
■ menies honneurs , et i!s s'entr'aideut loujours 
» comrae des freres et des amis. » 

L'esprit philosopbique qui, dans ce siecle , a per- 
fectionn^ toutes les sciences, a aussi perfectionne 
celle de I'antiquite figur6e, Des hommes doues d'un 
gout sur , d'une Erudition vasle et d'une imagina- 
lion brillanle,teis que fVinckeLniannjCaijlus,LeS' 
sing, BartkeLemy jHetjne, KckficL et FLScoatiy 
s'en sont occupes : ils en ont trace \qs, limites , 
fix6 les preceples , et I'oni rt^duitc en th«^orie. L'ar- 
chseographie est done aujourd'iiui l'app!icalion des 
conrioissances lii^toriques et litt^raires a I'expiication 
des monumens , et I'application des lumieres que 
fournissent les monumens a I'explicalion des ou- 
vrages de littdralure et d'histoire : c'esl !a reunion 
des plus belies conceptions des liorames de leltres 
et des aitistcs , comn^^cnl^cs les unes par les 8u{res. 

Cette d^Hnitiou de I'antiquite figur^e suftit sans 
doute pour faire connoitre son importance litt(^- 
raire ; cela n'eixipechera pas des hommes necroses, 
qui ne regardsut comme utile dans les sciences , que 

y 3 



34* 'Archceotogie. 

ce qui sert imra^diatement aux be5;oins de la Vie , 
de deaiander h quoi uiie semblable connoissance 
peut etre utile- 

Celte question est celle qui est ordinairernent faite 
$ur una science quelconque , ou par ceux qui les 
ignorent toutes , ou rapine par ceux qui , instruils 
d'ailleurs, n'ont pas fait, de celle dent ils parlent, 
l*objet special de leur application. Le lilterateur iie 
voit scuvent dans la g^om^trie , c^^ue de froids cal* 
culs ; plus d'un g^Omelr© a dit , en enlendant de 
beaux vers : Qu^est-cc que ceia prouve ? C*est 
cette question, sur rutilite dd's sciences, qui fait pre- 
f^rer aux hoinmes peu eclair^s Pherboriste em- 
pirique qui vante de ridicules secrets au savant 
botaniste , qui n'observe que les cfifferences carac- 
t^ristiques des vegetaux et la structure si variee 
de leurs organes. C'est ainsi que l*electricite n'a 
paru d'abord qu'une ri^cr'^^ation physique , et qu'oa 
a meme contest^ I'utilite de I'histoire natureile. 

Linneus , toujours soigneux de dissiper les pr^- 
juges centre la science qui lui doit tant de pro- 
gres et de proselytes, se crut oblige de rdpoiidre h. 
ses detiacteurs, dans une dissertation a laquelle il 
donna pour tiire leur propre quetion": Cui bono? 
A qiMol bon ? A quoi cela sert-oL ? 

Pour repondre a cetie question , il fait connoitr* 
les d ffcrentes parties de I'histoire natureile, et il 
fait remarquer I'applicaiion de chacune a tout ce 
quil y a de plus es^enliel dans les sciences et dans 
les a' ts. Je suivrai la meme mclliode , j'evposerai 
les dilferenies parlies de la science des antiquites , 



Dlscours, 343 

et je ferai voir combien elie est importante , si- 
non pour la pratique des sciences et des arts, du 
moins pour leur histoire, el combien elle est essen- 
tieJIe pour la culture de I'esprit. 

Aucun homme ne peut se dire v^ritablement let- 
tre sans la connoissance des classiques ; et pour en- 
tendre les classiques , il ne suJEEt pas de savoir la 
valeur litterale de chaque mot , comme elle est in- 
diqu^e dans les diciionnaires 5 mais on ne peut, !e 
plus souvent , saisir le vrai sens d*un auteur , que 
si Ton est au courant des moeurs et des usages de 
son tenjps ; ce qui ne peut s'acquerir que par la 
lecture des bons ouvrages et par I'observation Aqs 
monuraens. 

Quant ^ I'histoire , personne ne peut r^voquer 
en doute I'indispeusable n^cessite des mooumens 
pour son etude. 

L'histoire , ainsi que son nom I'indique , n'est 
qu'une recherche, une perquisition, une enquete 
de faits. L'histoire naluielle est la recherche des 
caiact^res qui differencient les substances natu- 
relles : Thistoire, proprement dite , est la recher- 
che des ev^nemens qui se sont passes dans le monde , 
en remontant k leur^ cause et en les suivant dans 
leurs resullats. 

L'historien appelle done h son tribunal et sou- 
met a son jugement les rapports de toute espece : 
au d^faut de t^moins qu'il puisse interroger lui- 
meme, ce qui ne saurolt avoir lieu que pour l'his- 
toire contemporaine , il compare les recils qui nous 
cnt ^t6 trausmis par les ecrivains, avec les faits 

Y4 



344 ArchceoLogle, 

qui ont e't^ trac(5s par les artistes ; il semble ^voquer 
les mis et les antres, et cherclier a d^meler la vi- 
rile dans cette espece de confiontaiion. Sacrilique, 
plus ou moins judicieuse, caracterise sa sagacit6, 
com me J a ma*niere dont il raconte les ^venemens 
lui assigne une place plus ou moins distiiiguee 
parmi les bons ^crivains. 

Celui qui vent pcrire I'histoire ancienne doit done 
savoir k fond rarchrcographie , et elre en etat 
d'expliquer lous les nionurnens qui sont pour ainsi 
dire la base et le nialeriel de i'histoire ; mais ce- 
lui qui ne veut que I'l^tudier avec interet et avec 
fruit , doit au inoiiKS avoir une idee des priuci- 
paux mouumens sur lesqnels I'histoire appuie ses 
preuves , et dont elle tire ses consequences et ses 
r^sultats. 

Loin que cette etude soit ennuj^euse et fafigante^ 
elle est au contraire amusante et instructive, parce 
quVUe parle aux jeux autant qu'a la pensee; parce 
qu'elle tient a la roimoissance des moeurs et des 
usages, et a celle des progres de I'esprit humain; 
parce qu'elJe nous pr^sente des figures seduisantes 
combinees avec des pensees ingenieuses, et qu'en- 
fin ce qui ne pent seduire par la beaute des formes, 
pique la curio-ite par la singularite des fails, des 
details et des rapprochemeus. 

Le monumens , d*apres lesquels I'historien fait 
une semblable enquete , sont de deux especes ; ce 
sout des monumens ecrits et des monumens fi- 
gures. 

Les monumens Perils ou lilld-raires sont les insr 



Viscours* 345 

criptions , les manuscrits , les diplomes et les 
livres. 

Les monumens figures sont les edifies , les sculp- 
tures , les peinlures , les uioiaiques , les vases, les 
instrumens et les medaiiles. 

La connoissarce des monumens littoraires neces- 
site des recherches pr^liininaires siir la fonnafioa 
du langa^e , sur I'origine des different'^s manieres 
de commiiniquer la pens^e par des images , des 
symboles et des hieroglyphas : on y trou e I'his- 
toire de ['invention de I'ecriture alphabelique et 
la description des differentes formes de carac- 
t^res jointe k la maniere d*ecrire des differens peu- 
ples , consideree relativement a la direction de i'ecrf- 
ture 5 aux matieres sur lesquelles on ^cril , et aux 
instrumens a\ec lesquels on trace : on passe ensu te 
k la connoissance des principales abreviations des 
diffi^rentes formules du style appele lapidiire, ds 
celles employees dans les inscriptions religieuses, 
comme les offrandes , les dodicaces ; ou dans les ins- 
criptions civiles , comme les alliances, les traites 
de paix , les comptes publics; ou dans les inscrip- 
tions domestiques , comme les actes partiruliers et 
les inscriptions des tombeaux , etc. On apprend a 
connoilre Thistoire et le snjet des inscriptions les plus 
c^lebres, telles que la chronologie ^lablie par le 
marbre de Paros ; les coraplcs rendus sur le marbre 
de Choiseuil , si savamment expiinues par Barthe- 
lemy ; Tinscription de la coionne rostiale ; cella 
qui nous transmet le decret rendu pour ['abolition 
des bacchanales 5 i'inscription d'Ancyie, conteaaut 



346 ji re kceo logic, 

le testament d*A.uguste ; celle qwi noua donne Tin- 

dication des c^r^monies du Tanrobole ; le discours 

pronotic6 par Glaud\^ pour I'admission das Gaulois 

dans le s(^nat, et enfia une foule de sipgularltes his- 

toriques qu'on ne peut appreudre que par ces mo- 

numens. 

L'ctude des mannscrits nous ensei^ne plusieurs 
proc^d^s de I'art d'ecrire : on s*insfruit de la ma- 
ni^re dont \es ancicns recueilloient leurs pens^es 
sur des tablettes , des volumes , des livres et des 
diptjques : on voit leur forme , on distingue leurs 
diff^rentes parties , on apprend a connoitre Tage 
ries plus anciens manuscrils, d*apres I'^criture ; Fhis- 
toire de la poncluatioa et de raccentuation; des ini- 
tiales peinles en rouge , nomm^es rubriques ou dr- 
n^es de petits tableaux appel^s miniatures : on y 
distingue Tutilil^ de oes miniatures , pour I'histoire 
des moeurs et des usages du mojen Age. 

Les diplomes ont, pour I'histoire de ces temps 
d'ignoranc®, le meme usage que les inscriptions poup 
Fhistoire ancienne : on y apprend a connoitre leur 
nom , leur forme , les formules de style , celles 
des dates et des souscriptions : on y remarque les 
sceaux qui nous retracent differeas usages du moyeu 
age, comme les ra^dailles nous font connoitre cenx 
des beaux temps de la Grece et de Rome ; enfin , 
on prcnd une idee des grands travaux de Labbe , 
Ducange , Mabillon , qui ont fonde la science di- 
plomatique, et des querelles litteraires relatives a la 
critique 'des chartes vraies ou suppos^es ; qtierelles 
ai vives, qu'elles ont m^rite 1« nom degue/res di' 
pLomaUques* 



Dlscours. 347 

La connoissance des livres imprimis n'appartienf 
pas $ans doule a calie de TantiqiuK'- : on prut cepen- 
dant completer It paitie de reu.^eiguement qui traite 
des momimens litteraires, par quekjues notices sur 
1'hii.toire de la d^couverte de rimprimei ie , et par 
la description J« quelques-uns d-^s premiers monu- 
mens Ij^pographiques. 

Tels sent les ohjets qui constituent la connoissan e 
des n)cniimens litteraires ; ceux relatifs aux mu- 
tiuuiens des arts iie soni pas moins importans. 

Ctittepgrtiederin&triiction necessitequelques Jdt^es 
pr^liniinaires sur cequ'on appellel*arten general , sa 
d^fii.ition et son histoire chez les dififerens peuples 
de I'Asie , de I'Afiique et de I'Europe : on Ie voit 
r<^duit a des precedes mecaniques, quoiqne ties-per- 
feclionn^ chez les Indienset les ^gyptiens ; s'^le- 
ver a une hauteur sublinne chez les Grecs , et devenir 
digne de personnifier les dieux , donf la poesie }X3U- 
voit seule donner une idee : on suit ses progres et 
sa decadence depuis son origine jusqu'a lachiitede 
I'empire des Roraains, qui Ie transporterent dans Ie 
Latium et en eutrelinrent Ie gout , mais sans y rieu 
ajouter. 

Pas?ant de la aux differentes parties de I'arl, on 
obserre d*abord les Edifices ; ce qui nccessite quel- 
ques id^es g6n^rales sur I'origine de rarchitecture, 
consider^e du cote relatif a Tart, c'est-^-dire , dans 
ses belles proportions , et avec ses plus elc^pans et 
ses plus nobles ornemens , sans avoir egard au mode 
de construction qui appariient a la .«ter(^om€trie et a 
la LQ^cauique. Oa est conduit ainsi ^ examiner les 



^48 'Archoiolo^le. 

temples, les palf^is , 1,-s editires gigantesques des 
Perses^et des iE^yptiens ; le labyrinthe, les ob - 
Ijsques et les py ram ides de ces derniers ; knirs sou- 
terrains e» leurs revetemens ; le'? temples avec leuis 
bisares ornemeiis , et leur hieroglypbes en relief. 

Chez les Grecsjon examine le stade et I'hippo-' 
dro le, oil se sont donnas ces jeux si celebres par les 
odes sublimes de Pindare; les gjmnases, dans les- 
quels s*exerroient ces jeunes Athdniens , qui sont 
devenus depuis I'ornement de leur palrie dans lei 
leftres et dans les artr.es ; les theatres, qui ont re^ 
lenii des applaudissemens donnesaux cbefs-d'oeuvres 
de Sophocle et d'Euripidej les temples eiifin, d'un'e 
ordonnance si magnificjue , dignes de recevoir les 
dieiix enfanl^s par le g^nie d^Honrere, el reprodiiits 
parlepinceau d'Apelle et le ciseau de Phidias. On 
examine ensuite ce qui reste encore de ces somp- 
tueux- edifices , temoins d'actions si heroiques, de 
traits si sublimes de g^nie et d'eioqiience ou de si 
m^morables evenemens. On ne pent s^arreler nulle 
part qu'on ne trouve desobjets interessansde medita- 
tion, qu'on ne sente rtveiller de grandes pensees, et 
par-tout, pour me servir de Pexpression de Cic^ron, 
on marcke sur des liistoires. 

Les Romains presentent des edifices inconnus aux 
Grecs. Leur theatre a une forme diflerentej plu- 
sieurs de leurs amphijhealres sont encore existans : 
on observe leurs bains , leurs portes en arcades a 
f'entree des ponts, leurs srcs de triomphe , leurs ba- 
siliques, on iis rendoieni la justice; les temples, oii 
ils honoroienl les dieux j les bornes ou colonnes mil- 



Vlscours. 349 

llaires qni servoient a traceries routes et h fixer les 
limitt^s. 

La sculpture est plus ancienne que la peintiire : 
on y disfingue la. plajtcgue cu Tart de modeler, et 
Ja toreutLque J celui de ci«eier : on examine les ma- 
tieres dont les anciens sculpteurs onr fait u.>age, les 
instrumens dont ils se sont servis, les procedes qu'ils 
oi't employes, et le stvie des differens peuples k ces 
clifferentes epoques: on prend une connoissance do 
la vie et des ouvrages des principaux statiLiires : on 
apprend la signification des termes employes pour 
definir les statues, d'apres leurs cosiumes et leurs al- 
tribuls: on explique les bas-reliefs, toujours plus ia- 
ttressans que les statues, par les ^venemens qu'ils 
nous relracent : on reconnoit Pidentife des person- 
nages dont les bustes nous oflrent les portraits, ou ce 
qu*on doit penser des ouvrages qui existent, ce 
qu'ils ont de curieux dans leur rapport avec les 
lettres et I'liisloire, dans quels livres ils sont figu- 
res, dans quelle collection on les conserve. 

La peinture nous conduit a des considerations du 
meme genre sur son origine , sur la fabrication et 
I'emploi des couleursjsur la raaniere de peindre sur 
marbre , sur ivoire , sur bois, sur toile, k fresque ou 
a I'encaustique : on apprend I'histoire des dilTerentes 
^coies de I'Attique et de I'lonie, et des peintres qui 
lesontrendues ctiebres : on apprend a connoitre ies 
peintures les plus curieuses arrachees aux boulever- 
semens causes par les feux souterroins, et tir^s de 
Stable, d'Hercu!anum et de Pompeia ; celles qui 
d^coroient i'lut^rieur des grands edificei , tels que 



S5o ArchceolngLS, 

Jes bains de Titus , dont la dc^couverte fuf si utile k 
Raphael, et la pjramide de Cestius, de ces pein- 
tuies conserv^es dans les collections des Barberini ^ 
i'E:^curial et a Portici j enfin , on examine les pein- 
iures de ces vases grecs impioprement nomm^s 
etrusques, qui sent les roonumens les plus anciens 
qui nous soient parvenus de i*art de peindre. 

La gravure en pieirea fines ofiPre un champ encorft 
plus ^teiidu k nos m<3ditations : on y remarque la 
nature des pierres, celle des instrumeus em|.loj^ 
pour les trdvailier, le sljle des Indians , des ^gjp- 
tiens, des Etrusques et des Grecs : on y observe les 
nomsdes graiids artistes qui les ont travaillees, Try 
phon, Solon J, Sosthenes , Aulas , Dioscondei^ 
L^itilit6 des pierres gravees pour fixer des idees my* 
tholojiiques et histonques, est plus reelle que eelle 
des autres monumens , presque tous mutil^s ou 
uses par le frottemeui ; enfin ,16 noirbre des pierres 
gravees, les ^venemens et les traits int^ressans 
qu'elles rappellent , Tagr^ment qu'elles ont de pou- 
voir servir de bague, de cachets et de bijoux, de 
pouvoir se porter par-tout; la facility avec laquelle 
on en rencontre , tout rend leur ^tude aussi piquante 
qu'inslructive ; aussi les artistes et les gens de gout 
s'empressent-ils de former des collections de leurs 
empreintes,etd'acheler les beaux ouvrages de gra- 
vure ou elles sont figurees, 

Les raosaiques nous offrent encore des sujets d'ob- 
servation sur les pierres dures ou les cubes de 
verre qui \qi conaposent , sui i'art de les arranger et ic 



Dlscotirs. . 35r 

sujet qu'elles repr^sentent , et leur uiage pour lo 
pav^ des temples et de$ salles a manger. 

Les V. ses ro is plaisent par leur forme Elegante ou 
singu'iere , par les reliefs ou les peintuies qui les 
embellisseut : ceux appelc's etrusques nous donnent 
une idi'e du gout des plus anciens artistes dont les 
ouvragesnous sonl parvenus, et servent a conapleter 
le cercle mjthologique des aventures des h^ros de la 
Grece , depuis i'exp^dition des Argonautes et la 
guerre de Thebes , jusqu'apres la prise de Ti oye. Lei 
vas8s de sardonyx nous pr^senfent des substances 
raturelles d'nn prix infini, dont les analogues sent 
perdus pour nous, dont la patrie et la nature sont 
encore un probi^nie pour les naturalistes et les an- 
tiquaires. Les vases de porcelaine et de crystal, 
comnie le va«e Barberini, nous donnent une idee de 
la prodigieuse habilete des anciens dans la maniere 
de travailler le verre. 

Les iustrumens re!i<iieux et militaires , civils et 
domestiques , nous plaisent par leurs formes, leurs 
ornemens et la determination des usages auxquels 
iis etoient destines, Parmi les instruraens militaires, 
on distingue les armes , les casques , les ^p^es , les 
boucliers, les jambieres , les enseignes. Parmi les 
jnstrumens religieux , ceux des sacrifices, lesautels, 
la bache , la secespite pour Trapper la viclime j le 
pr?pfericulum , le sympule ct Taspergille, pour re- 
cueillir et r^pandre Teau lustrale ; les pateres, pour 
recevoir le sang ; enfin , les images memes des dieur , 
cclles de leurs prelres, et des oUrandes de toute 
asp^ce. 



35a Archoeoiogle, 

Lcs inslrumens civiis et doinesllques sont ^gale- 
mtiil intdressans : on j distingue ies lampes, les 
candelabres, les roues de chars, les timons, les 
anueaux, les bracelets et divers ornemens de l'ha-» 
biilement dcs hommes et de la partire des fenimes^ ; 
les vases destines a Tusage de la maison. 

Quant a I'utilite des niedailles , le passage de 
Pope, que j'ai cite, suffiroit pour laire juger leur 
irapoitance: le gout que Petrarque el Adissoa out 
eu pour ces monuniens, doit faire senlir combien 
leur dtude peut offrir d'int^ret et d'a^rement : il ne 
sera pas difficile de se le persuader,, en songeant a 
leurnombre, a lavariri^de leurs types , a la sin- 
gularite de leurs inscriptions , au\' grands evenemens 
qu'eiles rappellent , aux personnages c^iebres qu'elles 
represenlent , et enfin aux lumieres qu'elles repan- 
dent sur toutes les branches de la litierature et de 
I'histoire. 

Cette courte description de diff^rentes parties de 
la science de TanliquittS figurce suffit , je pense , 
pour en faire connoitre I'int^ret , I'agrement et 
I'utilite ; et ce sentiment redoublera en songeant 
combien la g^ographie , la chronologic , la connois- 
sance des langues memes , les sciences physiques et 
exact es enretirent d'avantages.Il me seroit facile d'eii 
citeruu grand nombre d*exeinples; maisjeles reserve 
pour un memoire dans lequel je chercherai a d6- 
montrer le rapport intirae qui existe enlre les sciences 
et les lettres , et combien il est n^cessaire aux lit- 
terateurs d'etre un peu savans , ei aux savans d'etre 
un peu lettres. 

La 



Viscours, 353 

La connoJssance de I'aniiquiK^ est indispensable , 
pour juger sainement des produ<-tioiis de I'art du des- 
sin el de reffet des representations th^atrales ; elle 
I'esf pour juger du gout des modes et des ameuble- 
nricus. Aujourd'hui, ies coiffures, les velemens,les 
meubles , tout est a la grecque ; mais on applique 
souvent ce nom d'une n)aniere tres-incertaine , comme 
on appelle etrusque touies les peinturss jaunes sur 
un fond noir, sans s'inquieter si le dessin est tlans 
le style , si les costumes sont juites. 

On voit qu'outre son ulilil^ litteraire, la connois- 
sance de Pantiquil^ pourroit s'dpuliquer agreable- 
ment h une foule de circoustances de la vie commune 
et qu'elle trouve son application dans lasoci^te, 
sur les theatres, dans les voyages, dans la visite 
des musses et des cabinets. 

Quelquespersonnessont eflfrayeesdesconnoissances 
preliminairesquel'^tude de I'antiquit^ figur^e paroit 
exiger ; mais ces connoissances ne sont necessaires 
qu'a celui qui veut I'etudier a fond , et non ci celui qui 
veut seuleraent en avoir une idee suffisante pour 
I'homme du monde . li est certain que , pour p^netrer 
dans I'eiude de I'auiiquile , il faut connoiire a fond les 
languesancienneset modernes; qu'il fautbienposseder 
Phisloire, la raythoiogie , la g^ographie, lachronolo- 
gie , et elre nourri de la lecture des classiques : mais 
pour dtvenir un excellent naturalisle , il faut pos- 
stder a fond, outre toutes les parties de I'histoire 
naturelle , la physique, la chymie et I'auatomie- 
Pour etre un bon physicien, il faut etre bon ^eo- 
m^tre , et cela n'eropeche pas des hommes du monde 

Tome IP". Z 



354 'ArchceoLoglc. 

de prendre des idecs generales d'histoire naturelle^ 
de phvfifqup et de clivmie : c*v.n pour eux que les 
professeurs font di's analyses , dans lesquelles ils ne 
leur pr^sentent , de res scieni^< s, que les principnox 
fails et les principaux r^5ulfats dans \\n oidre m^lho- 
dique , qui Ifs case dans I'entcndement et les grave 
dans la pen.«^e. 

II en est de meme de ParchcTographie on de Panli- 
quit^ figur^e : cb.icune de ses parties pent etre I'objet 
d'une 6\\\Aei Sjieciaie, et c'est ainsi que sont divis^s 
lescours que je suiscb.irgi^de donnerpar le gouverne- 
meut j mais i! est possible , il est facile de resnmer 
cette science comme toutes les autres, de la r^duire 
a un certain nonibre de principes et de fails; et cette 
science ainsi expos^e est rt^ellement le coinplement 
de rinstruction lill^raire , et pr^i-ente , comnie j'es- 
psre i'avoir prouve , autant d'agr^ment que d*utilile* 



mft 



M E L A N G E S. 

Melanges extraits des manuscrits de madamo 
JSecker J 3 rol. in-S*^." A Paris, chezPougens, 
imprirneur-Iibiaire, rue ^aiiit-Thomas-du-Louvie, 
n«. 246. 

« j\j.ADAMENef,ker avoit pris de bonne heure , dit 
j» I'editeur de ces voUimes, I'babitisde de fixer sur 
» le papi6r les pehsees que sa meditation et le com- 
» merce du irbnde lul soLgeroient : elle avoit de 
» plus entretenu des relaiions suivies avec les gens 
» de letties It^s. plus distiugues ; et j'ai trouve tous 
» les fragmens de sa correspcndance depuis I'epoque, 
» malheureusement trop rerulde , oii sa sant4 iV.voit 
» mise dans la ntjcessite d'etnployer un secretaire.* 
On veil par la qu'nne fen; me exercee k la lu^di- 
talion , et plac^e snccessivernent dans des situations 
propres A apercevoir Its diverses scenes de la so- 
ci^t^ , a du giossir son journal de lout ce que pre- 
sentoit a la reflexion ce tableau mobile oii les 
hommes , mal^re les ruses de leur amour-propre, 
laissent toujours apercevoir ou du rrjoins deviner , 
et le caractere qui les signale , et les passions qui 
les dominenl, et les pretentions quMs cachent, et 
Penveloppe dont il.s se masquent. L'editeur a fouill6 
dans ce mugasin de pensees, d'observations, de ju- 
gemens , d'eloges et de critiques, et en a f"crm6 un 
recufeil , une espece d*ana qui r^nnit la vari^te a 
I'ihstruction , Tagiement a la profondeurj et en g6- 

Z i 



^ 356 Melanges, 

n6ra\ la justessa des id^es h I'^Idgaute exactitude 
de l*expressjon. EU ! qui pouvoit iiiieux que M. 
Necker , choisir dans cetle mine abondante ce qui 
devoil le plus flalter le gout des lecteurs, ce qui 
devoit lenr presenter I'auleur avec le plus d'avan- 
tages ! C'est aussi ce qui lui a fait abandonner la 
premiere id6e qu'il avoit eue de rassembler sous 
divers titres , la gcneralite des pens^es detachees , 
et y substiluer un melange de m^taphysique et de 
bons mots, de portraits et de lettres , qui^ par sa 
vari^te, plait, amuse , instiuit et fait penser. « Cette 
» disposition plus simple, dit M. Necker, est en 
* meme temps plus conforme k Tesprit qui a di- 
j» rig^ raadame Necker : elle n'a jamais regard^ 
» le public en se rendant compte a elle'meme de 
» ses impressions , et je dois conserver a ses peus^es 
» cette verite , cette realife parfaite dont le carac- 
» tere ne peut appartenir qu'aux ^ci its solitaires , 
» et ou I*on n*a songe qu'^ fixer ses reflexions , et a 
» marquerlecoursde sessentimens journaliers. Aind 
» j'ai laiss6 subsister ce passage subit d'un sujet k 
» un autre, le propre des pensees delacb^es; et 
» comme les manuscrits de madanie Necker en con- 
» tienneut une quantity prodigieuse que le gout le plus 
» rigoureux ne pourroit suppriraer , je les aicoup^es 
» par des morceaux particuliers de littciature et de 
» morale , par des portraits , par des extraits de 
» conversations avec des gens do lettres, et par un 
B melange de traits piquans repandus dans la so- 
» ci6l6 de Paris , et dont madame Necker avoit voulu 
> conserves le souvenir. jL'enseriible forme un re- 



Man user its de madame Necker' 357 
* cueil prdcienx , et je doute qu'auciin ouvrage ren^ 
» ferme un plus grand nombre d'id^es.» 

Madame Necker avoit senti de bonne heure qua 
les agremens de Pesprit donnent du piquant a ceux 
de la nature, et Tiiabilude de la r^dexion de la 
solidity au caractere ; elle avoit senti le besoin de 
I'instruclion dans un age oil on ne songe commu- 
nement qu'aux jouissances du monnent, et elle avoit 
fail une ample provision pour celui de la raison , 
de I'amiti^ et des plaifirs solides. Cette maturile 
pr^coce lui avoit donne uo caractere qu'il ^toit 
diflScile au commun des hommes , qui ne se de- 
cident toujours que d'anr^s les superficies , de la 
juger telle qu'elle ^toit. Pour delruiie des preven- 
tions iajustes et des jugemens hasardes , nous de- 
vons la montrer au vrai jour ; et qui peut mieux 
la peindre que celui quia et^constarainent le centre 
de ses affections , le d^positaire de son ame ? On 
dira pout-etre que la reconnoissance a conduit ici 
le pinceau (i), que I'amitie a broj6 les couleurs ; 
mais nous avons entendu les hommes de lettres qui 
I'ont counue , les gens de coar qui i'ont le.hsrch^e, 
les femraes mdmcs qui I'ont frequentee , et nous 
trouvGDS qu'il n'y a ni enthousiasme ni exag(^ia- 
tion dans ce que nous allons citer. 

• Toules les pens^es de madame Necker se joi- 
» gnoient a cette grande chaine qui unit les hommes 
» enfrVux par la bienveillance ct la charite, et qui 

(l) Madame Necker a fait le portrait de M. Necker , qui 
paroilta peul-«tre un peu flatte. 

Z 3 



358 Melanges. 

*>-s'eI^ve jusqii'au ciel par la foi et Tesp^rance, s. 
» elle avoit le goul de lV«jprit au plus haul degr^j 
y> mais ce gout ne lui inspira jamais le detir de 
j» se faite impriraer : il eloit en elle sans aucune 
*» ambition de paroitre , et sur-tout sans aucun sen- 
» timfnt d*envie ni de jalousie..., Madame Necker 
» avoit place son int^ret personnel dans i'accom- 
» plissement de ses dei^oirs, et toutes les gloires du 
» n;cnde ne I'eussent pas distiaite du chagrin de- 
» voranl que lui auroit cause , je ne dis pas le plu^ 
» l^ger remords j niaisune indifference d'un mom^int 
» a ses rigoureux scrupules. On n'a jamais vu , je 
» le crois , une si grande ctendue dans Tesprit , une 
» si grande liberie dans I'imagination , avec taut 
» de liens dans la conduite : ses facultes lui per- 
» mettoient de parcourir un espace indefini, et ses 
» principes etoient immoblesj aussi , avec un pro- 
» gres journalier dans ses apercus et dans ses con- 
» noissances , elle avoit conseive une innocence 
» de coeur, qui, prolongeant sa je-nesse morale, 
» r^pandoit be.iucoup de graces sur sa personne. Sin- 
» gulier ccntraste ! elie voyoit lous les developpe- 
» mens de Tamour-propre , tons les jeux de la va- 
» nite , loutes les secousses des passions , et elle ne 
» croyoit presque jamais aijx desseiiis perfides et aux 
» demarches rushes. Ce melange df* penetration dans 
y le regard et de confiance dans le carac tere for- 
» moit un ensemble unique en son genre , et liont 
» I'effet etoit plein de charmes. » Madaaie Necker 
se plaisoit ^minemment dans la societe des gens de 
IfiUres J mais il est rcmarquabie qu'apres* avoir pass^' 



Manuscrlts de madams Neckcr, 3^9 
dans leur socivte une grande portion de sa vie, et 
h I'epoque ou la philosopliie moderne avoit le plus 
de haidiesse , jamais ses opinions reiigi uses n'ont 
^prouve la plus l^gere alteration. « Dans le res- 
» pert qu'elle poiioit au souverain maitre du monde , 
3» il n*entroit nulle espece de bigoterie ou de pra- 
» tique minutieuse ; il etoit grand, noble, eiev6 : 
» ee respect avoit un cara.t^re infiniment rare; il 
» ^toit essentiellement fonde sur la gratitude , et 
» il auroit subsiste dans toute sa force sans la crainte 
» el sans Tesp^rance. » Dans les traverses de la vie, 
dans des angoises habituelles , dans les douleurs 
ajgues qui out pr^cipit^ sa vie, elie disoit a sa fiile; 
« Oui, tu me vols sur ces UmUes qui separent 
la vie de L'etcrnltS ; je poserois La main sur 
U'une et sur L'autre pour attester ci toutes deux 
^existence d'un dleu et Le borikeur quo natt de 
la vertu. » Toutes ces quality* n'etoient pas sim- 
plement sp^culatives et d'ostentation : ta pratique 
^toit la base de son bonbeur, la bieiifaisance etoit 
sur tout pour raadame Necker la plus douce des 
jouissances. Paris se souvient peut-etre encore de .^es 
sollicitudes actives pour procurer aux malades , aux 
enfans-trouves , aux prisonniers, les secours et ies 
adoucissemens que ieurs besoins et Phumanite sol- 
licitoient si imperieusement. Pourquoi faut-il quo 
ces institutions aient ete aneanties dans le temps cu 
toutes les sortes da secours devenoient plus neces- 
saires que jamais ? 

Qn trouve datis les trois volumes que nous annon- 



24 



36o MSLanges. 

cons , des ]9ens^es fngenieuses, des apercus profonds , 
des jugeraens sur les homraes de lettres les plus 
connus , et sur leurs ouvraf^es ; des lettres a des amis 
et a des personnages considerables: par-tout on trouve 
les hommes ) soit isolds, soif en masse, perc^s i 
jour, si or peut sVxprimer ainsi ; depouill(^s de tout 
ce que l*aroour de soi et la coquettorie sociale 
les forcent a se revetir pour paroitre presque toii- 
jours ce qu'ils ne sont pr;s. Nous allons rcunir quel- 
ques-unes de ces pensees , transcrire plui-ieurs de 
ces jugemens. 

« II est des gens qui , au milieu de toutes les jouis- 
» sances, se disent malheureux , afin de pouvoir 
» a la fois gouter les plaisirs et s'bonorer du sa- 
* crifice. 

» L'esprit est le z^ro ,qui ajoule aux quantit^s 
» morales , mais qui seul ne repr^sente que le 
» nf'ant. 

» II est des gens qu'on aime assez pour perdre 
■a aupres d'eux la proprietede son amour-propre. 

» II ne faut jamais s'approclier des d^fauts qui 
» avoisinent nos gouts et notre tour d'esprit ; car 
•» la contagion nait toujours des rapports : ceci s'ap- 
» plique a la vertu comme a l'esprit , aux livres 
» coir-rae aux personnes. 

» Toutes ces pensees sont donees, qui lient la vie 
» presente a la vie a venir, et nous caclient les bor- 
j» ncs de I'une sous Teternil^ d^ I'autre. 

y> Malgre tous les raisonnemens d'Helv^tius , je 
» croirai toujours que les sentimens et les pens^es 
» sont deux choses tres-differentes. La pensee est vo- 



Manuscrits de madame TSecker. 36i 
» lontaire , Ic sentiment est involontalre , le senli- 
» nient se rend par une image ; la pensee ne so rend 
» que par elle , et mpme cetle distinction, utile a 
» plusieurs ^gards , I'est aussi pour le style ; les 
» images, dans les choses abstraites , «ont d6pla- 
» c^es ; les images , dans les choses sensibles , les 
» eclaircissent et en augmentenf Pimpression. 

» Dans les mouvemens, point <ie graces sans na- 
si turel ; dans les sentimens, point de graces sans 
» v^rite ; dans les pensees, point de graces sans jus- 
a tesse, qui n'est au fond qu'un autre genre de 
» v^rit6 j ainsi tout est rapport dans la Nature , ef 
» tout ce qui montre ces rapports plait et in- 
» teresse. 

» Le coeur est la conscience de I'amitie ; c*est la 
Tt $eule faculty int^rieure qui ne trompe point , et 
» I'on est sur de n'avoir rien h se reprocher avec 
M les gens que nous aimons, si Ton ^coute sa voix 
» plulot que celle de I'esprit et de la reflexion. Les 
j» remords de sentimens sont moins effrajans que 
» les remords du crime 5 mais ils sont bieu plus 
» douloureux. 

» L'honneur apprend aujourd'hui a ne pas faire 
» des sermeni i^gereinent, a respecter la religion : 
j» ces deux puissances, etrangeres I'une h I'autre, 
>» font une 6troite alliance au moment de leur daa- 
» ger coramun. 

» Nous possedons I'opinion quand nous snivons, 
>• Timpulsion de la raison et le mouvement de nos 
» coeurs, et nous somraes surs alors de I'obliger^ 
» nous suivre i mais quand nous ne cousultous que 



^^ Melanges* 

• le monde , c'esf nous qui la suivons Si notre tour^ 
». et eilu nous ecUappe : on ne captive I'opiriioa 
» qu'en ne faisant rieri pour elle ; c'est la pretress© 
» du temple de la vertn. 

» En France , Oii exag^re k present tons li^s p; in- 
» cipes de J'educaiion des enfatis , dans l*osperanc9 
» d*en faire des g^ans quand ils seront homaies faits j 
» et I'on a laison si on entend par g^ans, des horn- 
^ mes Lors de la Nature , et en qiielque maniere 
» hois de leur espece. 

» On n'a connu les psuples que par leurs con- 
si, quefes , et c'est a la trace du sang qu'on ^crit 
» riiistoire. 

» Quand on ne pent inspirer la confiance , on 
», cherche k inspirer I'effroi , et cVst en effet un 
^ grand raoyen de consideration ; c'est celui dont 
» les Sultans font usage. 

» Ce qui devroit gu6rir les pretentions , c'est qu'on 
■ ne pretend jamais qu'k la chose qu'on n'a pas. 

» La providence a donn^ aux personnes d'un 
». certain age , les plaisirs de I'habitude pour sup- 
» pleer a caux de la nouveaut^. ■ 

Des Ho/nmes. 

« Dieu, en creant rhorame, iui laissa la libsrt^, 
» parce qu'il ne pouvoit avoir de vertus sans elle ; 
» mais que de pr<^cautions pour qu'il n'abusat pas 
» de ce bienfait I La raison , la conscience , les for- 
» ces limiteeSj les sentimens qui nous transportent 
» dans autrui , Fcquilibre des puissances morales e^ 

• pbj'siques , la crainte des resistances et des r^ci- 



Manuscrlts de madame Necker, 363 
» procit^s ; et ma'grc tant de contrepoids , I'hoiume 
• abuse encore de cette liberie. 

» Que de gens, dans ce siecle, se pr^tendent bossus , 
» et ne sont que mal fails ! lis ne sont r^ellement 
» ni patriotes ni aristocralesj ils ne sont que veu- 
» dus a leurs inter^ts. 

y> Les hommes sont lout contrastes : le senliinent 
5t d'une conduite sans reproche agrandit les b!es- 
»• sures quMI adoucit a quelques ^gards : on veut 
» etre heureux, et on veut etre plaint : on voudroit 
» vieiliir, et Ton halt de vieillir; tout est ci pro- 
» portion en nous, comme si la Nature avoit voulu 
» laisser sur toutes nos pensees, suT tous nos sen- 
» timens, I'empreinte des deux coutraires , Pame 
» et le corps. 

» Les hommes ont besoin de i'avepir pour met- 
« tre de I'int^ret au present ; car le present 6tanl com- 
» pos^ de petites sections , nous n'y attachevions 
» aucune importance si nous ne pouvions pas le 
» kortitier d'une suite de temps. 

• Des Femmes, 

« Les ferames croient hriller par les hearts de leur 
» imagination; mais ces disparates font pour eiles 
» I'effet de ces vemes colorees qu'on trouve dans un 
» bloc de maibie, et qui semblent ajouter encore a 
» sa beaul^ ; que Carlisle prenne un ciseau pour 
•» faire de ce bloc une statue, la veine moins com- 
» pacte se brise , et foul !e marbj-e est mis au rebut. 

« Ce siecle produit des femmes fort decid^es et 
» sans modeslie, qui se croient parvenues sur toutes 



3^4 ISlelanges. 

» choses au plus liaut point de perfection , qui ne 
» vpulent lien tenir d'autrui, qui se replienr sur 
» elles-memes, sur qui le present a tant dVmpire , 
» qu*on pourroit leurappliquer la devise du Dante, 
» je renonce d fesp^raacc. 

» Le grand tort des femmes en tout, c*est ie d^faut 
5) de perseverance; cepcndant elles devroienl su pe- 
» n^trer, pour inieux remplir leurs devoirs, de cette 
» v^rite simple. L'habitude rend tout supportable, 
» et n.eme quelquefois agrdable et n^cessaire , soit 
» pour nous, soit pour ceux qui nous seryeut. 

» II ne faut pas que tous nos vetemeus soient hors 
3» de mode, car c'est se faire remarquer; il ne faut 
» pas non plus suivre une mode en particulier quand. 
» e!le masque de siraplicite ; car on ne demands . 
» jamais poar^'ao/ madame une telle n'a-t-eUe 
» pas cette parure^ mais on demande souvent 
j» pourquoi a-t-elle pros cette nouuelte coiffure 
» qui lui sled si maL 

■» Des qu'on perd unagr^ment, il faut cesser d*en 
» avoir la pretention ; c*est par cette adresse de la 
» raison qu'on cache les vols que !e temps nous 
» fait 5 mais les pretentions rappellent a chaque 
» instant les graces qu'on n'a plus. 

» Les vers luisans sont I'iraage des femmes ; tant 
» qu'elles restent dans l*obscuiite, on est frapp^ de 
» leur ^clat; des qu'elles veulent paroitre au grand 
» jour, on les m^prise, et on ne voit que leurs 
» d^fauts. 

» Une fiemme ne doit se meler d'aucune affaire, 
» que relativeraent h la bienfaisance ; voila son 



Manuscrlts de madame Necker, 365 
» existence en public. La verlu doit etre en parti- 
» culier leseul mobile de ses aclions et de ses dis- 
» coucs; e!le re doit e!re guidee , ni par ses gouls, 
» ni par ses passions, ni p.,r sa personiialil6; sa via 
» doit etre un iiomniage continue! a I'Etre supreme. 

» Cest ui) ?.pectacle effrayant rt lidicule en meme 
» temps, oue de voir des ff inmes cluirgees de plumes, 
» raisonr.er sur les conlrepoids qui doivent balancer 

• its autorites. 

Des au tears ct de Leurs outrages. 

• On pent observer Irois choses dans un ^cri vain ^ 
» t*esprit d'auleur , Tesprit particulier qui le carac- 
» terise et Tesprit d'iir.iiation. Le caractere g^n^- 
» ral d'auteur lient a une cerfaine mani^re de con- 
■ sideri r les choses, plus abslraite que la pratique, 
» diff^renle de celle des gens da monde , dout les opi- 
» nions s'appuyent sur plusiturs bases et changent 
» aif^ment. Au contraiie, le'^ opinions des auteurs 
» |X)rtent 6ur le seul enciiainement de leur pens^e , 

• citnenl6 par I'amour-propre , etc. » Toutes les re- 
flexions de madame Keeker sur La manihfe de 
fuger les Llvres et Leurs auteurs , meriteroient 
d'etre lues de ceux qui ^criveut et de ceux qui 
lisent ; elles sont fines ^ profondes et ^iegamment 
rendues : nous les dcsignons , parce qu'eiies Tout 
guidee dans les jugeniens qu'elle a porids sur les 
auteurs les plus admires de notre temps, 

» Je n'aime pas dans la nouveLte Helolse ^ Tepi- 

•» sodc de Claude Anet. Quand nos passions ont 

» assez fascial notre jugemeut pour nous faire ou- 



366 Melanges, 

» blier tout sentiment de pudeur , elles ne nons 
» laissent plus su^ceplibles de \n\i6. Rousseau I'a 
» dit hii-menie avec plus de v^rite dans uue leltre 
» de Julie : Les socns d^Une passuon fataLe m'ont 
» /alt oubLLer ceux que je devoLs aux nialheu" 
» rcLix. Je ne crois pas pouvoir trop le repeter: 
» ce melange du vice etde la vertu est extremement 
» dangereux ; il embellit le vice et dirainue les 
» cliarmes de la vertu. 

» Si I'on veut juger les deux romans de Rous- 
» seaa et de Rickardson ^ il faut r^flecHir sur la 
» difiference de la niort de leurs heroines. JuU6 
» joue un personnage ridicule dans cette terrible cir- 
» Constance : il serable qne I'auteur avoit cess^ de 
» Taimer en vivant trop long-temps avec elle, Cta- 
» rlsse se montre dans uo grand c^clat au dernier mo- 
» ment de sa vie; ce n'est plus una fenme , c'est 
j» un ange ; et ses paroles sont si sublimes et si 
» harmonieuses , qu'on croit entendre pour leur ser- 
» vir d'accompagnement, le chosur des anges prets 
» a recevoir son ame pour la transporter dans le ciel. 

V La nouvelle Helolse est le iriomphe de l'6Io- 
» quence, mais de ce genre d'eloquence qui tieat 
'» h I'harmonie, a. la richesse d*expression et k la 
» beaut^ du coloris. Rousseau est le premier qui 
» nous ait bien persuads^s que la langue francaise 
» peut avoir un cliarme s^ducteur , indc^pendarn- 
» ment de la justesse des ideas et de la v^rlt6 des 
» senlimens. Chez lui, la langue n*est qu'une ma~ 
>» gicienne qui denature et qui embellit tout. Rien 
^ n'est naoins moral que la nouuelle Helolse; c'est 



Manuscrits tte madamc Necker. 367 
» un Edifice de vertii ^labli sur les fondemens du 
» vice;c'est la femoie d^crite par Horace, et dont 
» la queue monstrueuse etoit surmont(^e d'nnc belle 
» fete : rirn n'est plus immoral qu'une exception 
» cit^e en exemple ; employer le d^lire de ses fautes 
» pour en composer I'enlhousiasme de la vertu , 
M c'est confondre Tune et Tautre. Rousseau a eu un 
» bien mauvais sjsteme , quand il a voulu atlaclier 
» toutes ses id^esa Fintrigue pas?ionnee d'lin roraan ; 
» c'est jo ndre un corps mort a un corps vivant ^ 
» ('est forcer la vraisemblance des )^v^uemens, pour 
» en donner plus d'opinions ; cVst interrompre l*ac- 
» fion par la froideur des speculations ; c'est donner 
• a tous les iuferlocuteurs un ton de pedanterie qui 
» contrasteavec les sentiraens. Ainsi Saint-Preux parle 
» du suicide en m^lapbysicien , quand il a perdu tout 
» ce qu'il aime. Ainsi Rousseau met dans la bouche 
« d'une fcmme les raisons qui s'opposent au duel , 
» et il a ^te obiig6 de faire de .«a Julie un monsire 
» h plusieUrs tetes , qui rassemble des id^es en con- 
» traste, et qui r^unit des sentimens qui ne se sont 
» jamais rencontres. 

» La correspondance de Rousseau acheVa de faire 

* connoitre les gens de lettres. Quelle inquietude 

* d'e^prit ! quelle affectation de vertu ! et quels 
» Pearls de morale ! Saint -Lambert ^crivoit h quel- 
» qu'un : O phiiosopkes dlgnes des etrlvihies ! je 
» vous honore et je vous respecte ; inais je 
» m'aperfols que vous n'ites aussi que des 

* honimesi 

» Si le si^cle de Louis XIV manque tonjours son 



368 31Slanges, 

» efiF^t, c'est que cette division par malieres est 
» extremeiiient contraire a l*interet : il faut, pour 
» fixer Patleulion , tout montrer a lafois; car c*est 
» ainsi que ies choses ont existe. Separer les anec- 
» dotes, la politique et les moeurs, rVst presenter 
» les membres epars d'un corps ; c'est en iesrf'unis- 
» sant , qu'ou leur donne la vie ou I'apparence dd 
» la vie. Voltaire ressemble a un peiutre qui , pour 
» dessiner un paysage , feroit separement I'esquisse 
» des arbres , du ciel , etc. sans les reunir comm© 
» ils le sont dans la Nature. 

10 Buffon acqu^roit tous les jours, parce qu'il ajou- 
» toit tous les jours des idees aux sienues. Voltaire 
» n'^toit plus qu'un foible ecriva n 5ur la fin de sa 
» vie 5 car I'aj^ant ^crit qu'avec son imagination, 
» les idees qu'il avoit alors n'^toient plus qu'une 
» orabrede celles qu'il avoit eues dans sa jeunesse; 
» mais cette foiblesse d'imaginalion tient peut-elre 
» au dc^faut d'int^ret pour des objets trop connus 
» ou moins analogues h nos gouts actuels.- Si on 
» mettoit les vieillards dans un monde nouveau , ils 
» auroient peut-etre autant d'iraagination et de m&- 
» moire que les jeunes gens. 

3) Plus on lit Buffon , plus ses idees semblent 
M belles; mais la premiere lecture de Rousseau est 
» celle qui fait le plus deplaisir. Son livre ressemble 
M aux id^es de la jeunesse dout le charme s'eiTace. 

wOn voit la grandeur du g^nie de Bossuet dans 
n son His to ire unli^erselle ; il a tout son plan dans 
:» sa tele , et tout se presente en grand sous sa plume , 
?> taodis que Voltaire ne dessine que par portions, 

• et 



Maauscrits de madatne Necker. 869 
3} et l*on s'apercoit qu'il ri'embiasse que I'objet 
3j present. 

33 Ce qui me surprend , ce qui me fait admirer 
M I'orateiir , ce ne soiU pas les rapports mi contrasts 
» qui paroissent plaisans, mais ne laiss^^nt aucnne 
33 id(§e vraie ni perinanente; c'est ainsi que Vol- 
33 taire pretoit du charme a ses errits', et le grand 
» nombre d'orafeurs qui rout iiuile est moins la 
3> preuve du tn«§rite , qne de la faciliie de ce genre: 
33 mais ce qui est digne vi'iitablemenl dVxciler et 
33 I'cloge et la surprise, ce sent les rapports reels 
3j et sensibles qui nous font rentrer en nous-memes, 
jj loiu de nous en faire sortir comme les contrastes 
33 de Voltaire ; lels sont les rapports louchans qu*ou 
3) trouve dans Buffon. Tl sembie que ies liommes 
J) qui ont recu le droit de peuelrer dans les secrets 
33 de la Nature , n'out pas en nieme temps celui 
33 de faire part da leur d^couverte ; et M. de Buf- 
33 fon n'est pas une exception k cette regie , car 
33 son univers n'est que telu: de son imagination. 
33 Semblable au globe qu'il avoit fait construire pour 
3) orner le cabinet du roi , sou monde n'est en effet 
33 qu'un modt'le en relief , digne de la curiosii^ des 
33 vojageurs; il donne Tidee de ce qu'on doit ad- 
3:> mirer dans la realite, dont il n'est que remblenie. 

» Pour etre r6ellement dans la classe des grands 
» ecrivoins qui passent a la post^rite , il faui avoir 
» une suite d'idc'es a soi , il faut qu'on les trouve 
» dans tous vos ouvrages , qu'elles fondeut tons vos 
» dcrits,et vous serv?nt de guide dans la condui'te 
» de la vie et dans I'^tude des sciences. Tels furent 
Tome ir, A a 



S^ Melanges. 

• Clc^ron J pour I'^loquence ; Bacon ^ pour lef 
» sciences; Jesus- Chnst ( que j'aurois dii nom- 
m mer le premier ) , Epict6te et Marc-Aurhle j 
» pour la morale \ Baffon , dans T^lude de iji 
» Nature ; Montesquieu et M. flecker , en ad- 
» minisfration. On trouve, il est vrai , des auteurs 

• qu*on lit avec une sorte de plaisir , comme on 
» entend una ariette pour se d^lasser : leurs pen- 
» s^es derivenl les unes des aulres , tiennent entr*elles 
» sans avoir de racines, et rien ne les rappelie dans 
» la Nature ou la society. II faut qu'elles soient dans 
« leur petit cadre : on ne peut les en oter sans les 
» r^duire en poussi^re ; c'est une jolie pantomime 
» de la pens^e , qui est accordee k toutes les peti- 
» tes t^tes dont I'amour-propre est tr^s-grand. 

» Certains ouv rages , comme ceux de Duclos, 
» d'Helvetius , perdent beaucoup de ieur prix arec 
» le temps ; et la cause de cette vetust^ precoce 
» est sur-tout dans le genre des pens^es. Gelles da 
» premier et beaucoup de celles du second sont 
» a la porl^e de tout le monde , et faciles 4 rete- 
» nir; elles sa r^pandent dans la societe comme 
» une petite monuoie d'usage , dont I'empreinte s'ef- 

• face bientot ; mais des pensees de Montesquieu 
» sont de vrais lingols d'or qui ont besoin de 
m passer par difT^ientes filieres pour etre mis eu 
■ oeuvre; c'est-a-dire qu'elles ont besoin d'etre rae- 

• ditees par des hommes de g^nie , qui seuls peu- 
» vent les comprendre et les mettre en pratique. 

« On peut comparer les penseurs comme Diderot 
» k Deucalion , qui jetoit des pierres derri^re sa 



Manuscrlts de inadame JSccker. 871 
» t^le pour en faire des hommes, et qui ne regar* 
» doit pas quelle forme ils prenoient j mais les 6cri- 
» vains comme M. de Buffon , qui veuleiit ani- 
» mer leur pens^e et la rendre ciaire et facile k 
» saisir, ressem blent au Promelhee de la fable, qui 
» d^ioboit ie feu du -ciel. 

» La reputation de Diderot n'existe plus : les 
» hommes doni les id^es ne se repaudent point dans 
» la soci^t^ , n^ont que I'apparence du g^nie ; ce 
» sent des monstres assez beaux, mais qui ne peu- 
» vent avoir de posterite. 

» Diderot n*a pas la conversation du moment : 
» il ramene tout 4 quelques idees dont il s'etoit oc- 
» cupe long-temps 5 car son imagination met une 
» separation entre lui et les autres hommes. 

a Diderot passoit successivement des pelitesses aux 
» exag^rations , de la colere k I'enthousiasme ; ses 
» j'eux ^loient ^gares ; il n'ecoutoii personne, et ce- 
j» pendant il chercLoit ses phrases pour y mettre 
» de I'esprit ; il disoit de ses eiifans : Ces jeunes 
i> gens ont diplace inoa ame y je voudroLs pou- 
)> f/ocr La reniettre. Diderot pref^roit liomhre et 
» Molse a tout autre ouvrage , du moins il I'as- 
» suroit quant a Tacite ; c*etoit un beau roman pour 
» son temps , disoit-il , et un beau morceau d'his- 
» toire pour le notre ; car il ^toit impossible qu'il 
» sut la v6rit6 des details : c'esl un auteur qui 
» I'altriste ; il ne lui pardonnne pas d'avoir dif , 
» de la femrae de Sen^que, quand on lia ses vei- 
»nes pour arr^ter son sang : Nori invitee* 

■ La vie de Diderot n'est qu'un reve continuel. 

Aa 2 



p^± Mdlanges. 

» Ti'Omas aimoit la gloire ; Rousseau ^foit pas- 
» sionne pour les femmes : de cette diversite de 
» gout derive la difierence de leur stj!e. Tous les 
» deux out de la chaleur; Thomas a meuie une 
» plus grande abondance d'idees et plus d'^tendue 
» de penie ; mais les images de Rousseau retracent 
» tonjours Paraour et son ivresse , et frappent ainsi 
3» Pimagiuation d'un seul c6l6 et du c6t6 le plus 
» sensible, landis que les images de Thomas absor* 
» bent I'imaginalion toute entiere , parce que la 
» gioire et les impressions qu-elle produit peuvent 
» s'attacher a tous les objets , et ainsi ne nous frap- 

* pent qu'en grand. » Les liaisons de societe in- 
linne n'auroient-elles pas inllii6 ici sur le jugement 
que madame Necker porle de Thomas , et Tami- 
tie ne l'auroit-el!e pas emport6 sur le patriotisme ? 

«■ L'abbe de Lille nous a iransporte dans le pass6 
» en traduisant Viigile : il est accoutum^ k lut- 
» ter avec son modele , et c'est pour cela qu'il 
j» lutte aussi avec la Nature quand il veut la pein- 
» dre. II a fait plus encore ; il a voulu , dans son 
» poeme de I'imagiuation , s'^lancer au-dela, de ce 
» qui est , et nous donner I'empreinle de tout ce 
» qui peutetre; ainsi il se trouve le poete de trois 
» temps, de celui d'Augnste, du notre et de tous 
» ceux oil I'imcginalion s'exercera desorraais. 

» Racine a un stjle ties- different dans ses differen- 
».tes pieces : Ton voit que les personnages de Brl^ 
» tannlcus se sont occupes d*id6es fines, fruits im- 
» manquables de la socidte , de I'iutrigue et de I'am- 
» bition. Ces Remains emplojoient rarement des ima- 

• ges qui caract^risassent les peuples moins civilise«. 



Manuscrits de madame flecker, 878 
» Le stjle de Ph^dre et d'JpfiLgenie est remarqua- 
>• ble par le colons et I'abondance des images , par 
» les allusions a la fable, etc. car le style est toujours 
» la peinture des mceurs ; et avec un pea d'attetilion, 
» on peut appliqner cette observation aux individus 
» comme aux nations Le style de Racine a toujours 
» Pempreinte du livre qu'ji lisoit en travaillant, et 
» peut-etre n'avoit-il pas fait cette remarque ; elle 
» est une preuve de I'importance qu'il faut mettre 
M au choix de ses lectures- Ra( iue se penfetroit de Ta- 
» cite quand il eciivoit BritannLcus ; de Sophoc'e , 
» quand il composa Plitdre et Ipklgenie : Atka^ 
» Lie fut le resuliat de la lecture continuelle des li- 
» vres saints, et I'on s'en apercoit a chaque ligne. 
» Quant a Baja&et ^ Berenice ^ etc. qu'il fit sans 
» module, Ton est surpris de voir que son stvJe est 
» denue de coloris, et memefroid quelquefois. Ra.iae 
» n'a jamais fait un vers qui eut le caractere de ceux- 
» ci de Corneille. 

II se rarpene en soi , n*ayant plus oh se prendre j 
Et monte sur le faite , il aspire k de.scendre. 

« Racine sedistinguoit dans les seuls vers de pas- 
sion. » 

Madame Necker auroit-elle voulii , par cat article , 
refuser le g^nie a Racine, elle qui Paccorde souvenl 
et si gcntfreuseraent a des geus de lellres de nos jours , 
qui ne seront jamais que des auteurs de beaucoup 
d'esprit? On sera de notre avis en lisant les ^loges 
de Thomas , de GuLbert el de plusieurs an ires ; 
elogesr^panduidanscestrois volumes, et dans lesquels 

A a 3 



374 MHc^nges. 

on apercoit ais^menl que les seductions de rintimitS 
et peut-dtre les devoirs de la reconnoissance ont nui 
dans cette occasion , a la justcsse ordinaire de ses 
aper^us : on pourra en ^ire persuade en lisant le 
morcean suivant : 

« L'aigle el la rose ne me paroissent pas plus dlffe- 
» reus dans Pordre physique des etres , que I'homme 
»> d'esprit et Phomrae de g^nie dans I'ordro moral. 
» L'homme d'esprit reste toujoiirs a sa place 5 il re- 
» pand son dclat autoiir de lui ; il recoit ses couleurs 
» de !ous les objets qui I'environnent, et les leurrend 
» k son tour. L'homme de g^nie s'^lance tou jours 
» enavanl, et cependant ses idees le precedent encore: 
» on diroit qu'il court apr^s elles afia de les arr^ter 
» pour les mieux connoitre , ou plutot ce sont des 
» lueurs qu'il apercoit , et qui lui persuadent que le 
>j lieu d*ou elles parteat est habit^ et doit etre le ternie 
» de son voyage. C*estainsi que ses pens^es Pobligent 
B ^ se hater, et qu'elles marquent sa route et Peclai- 
» rent d'avance , coname I'astre qui sillonne I'horizon 
» desalumiereavantd'jparoitredanstouiesapompej 
» et ([ui suit iuvolontairement la route que ses rajons 
» pr^curseur* vieunentde lui tracer : mais les id^esde 
r, l'homme d'esprit ne se deplacent ni ne le deplacent 
» j?5mais ; il faut done, pour eviter les repartitions , 
» qu'il renouvelle sans cesse ses connoissances par 
» la lecture , puisqu'il n'a pas retju la faculte d'en 
» allerchercher ati dehors sur les ailesde la pensee. » 

On lit dans cet ana^ beaucoup de bons mots , de 
sallies decaract6re,deplaisanteries assez ingenieuses , 
qui sans doute auroient paru meriler d'avoir place 
dans le journal de madame Necker , maii qui son 



Manuscrlts de ntadame flecker, Z^o 
trop connus pour etre reimprim^s dans ces me- 
langes : on y lit aussi beancoup de lettres 6crites k 
desamis,^desliommesen place ,aBiiffon, Thomas, 
Marmontel , Diderot, d'Aiomb-rt, Gibbon, Gui- 
bert , ctv-. Ce n'est ni le naturel inimitabte de Sevigne , 
ni le piquant facility de Voltaire , ni la monotonie 
spirituelJe de Mainlenon i on peut dire qUe les. 
lettres de madarae Netker se rapprochent un peu 
de la mani^re de Voiture , mais rectifite par le gofit 
et par i'habitude des convenances // est certain 
qu'U ne faut pas prodiguer trop d' esprit nutrap 
d* images dans une Lettre , dit madaine Necker, 
el cependant elle a oubli6 son observation lorsqii'elie 
a ecril les siennes : on y voit le travail a la place 
de Tabandon , el la recberche des louruures et des 
expressions au lieu des graces faciles du sentiment 
et de la negligence du nature!. Gelles sur la mort 
de Buffon , et la soeur de ce grand naturaliste, et 
celle ^ M. de Saussure sur sa conqriete du Mont- 
Blanc, sont d'lm style propre aux objets dont elle^ 
^toif affect^e. 

Apres la lecture de ces voluoies, on ne peut qu*a- 
voir, non-seulement une haute idte des connoissawtces 
de I'auteur et de sa continuelle habitude a refl^chir 
syr tons les objets qui se presentoient ^ sa pensee , 
mais encore de rexcellence de son ame , de son 
amour pour ses devoirs , de ractivit6 de sa bien- 
faisance , de la solidil6 de son amitie. et de toutes 
les qualll^s qui font 1^ bonheurde l*homme vcrlueux. 

A. J. B. B. 

A a 4 



N O U V E T. L E S 



E T 



CORRESPONDANCE LITTERAIRES. 



XiA sociote d'emulation fondce ^ Abbeville le i3 
venddmiaire an VI , a temi sa premiere seance 
publique le i5 tht^rrnidor de la m^rne anni^e , en 
presence desadministrateurs mun cipaux el des corps 
constjtues. Cefte sociv^to , co/nposee actuellement de 
vingt-n-.Hif associ^s, compte parmi ses correspondans, 
des savans , des littdratesirs el des anteurs di^lin^ 
gii^s; entr''auires les citoycns Lketltler, AndneuXj 
l^'rainen. ^ SauiL-An^e ^ Al chert ^ SaLat-Amand , 
Laija y VeinoustLer , Den y Duniont - Cour- 
^et y SUveslre ^ Auher ^ Jaiiffret^ dn Merit ^ Le 
Poltieuln^ Long-Perler^ etc. 

Apres le discours dii cifojen Piogier , president 
(de la soci^le , el la reponse du prt'sidont de la muui- 
cipalile, les secretaires onlfait lerapport des travaux 
de Pann^e. 

Le citoyen Boucher , secretaire de la classe des 
sciences el arts , a donne en pen de mots Phistoire de 
la formation d:^ la rocit'^t^ et de ses progr^s , et pr^- 
sente Teiis^mble et la division de ses travanx i 
quatre-vingt-huit pieces ont ^^le lues a ses stances 
^epiiis ?a f. nddiion. Qnarante-une appartiennent aux 
scicnct-s J et 'juarante-sepl ^ la liltc^rature j qua- 
torze sont relatives ^ la in^decine, a la chirurgie 
pt a PaMotOinie j cjiiatre a la bolanique 5 trois a la 
physique veg^tale 5 deux a ragricuiture ou a i'tcc-s 



I^oav tiles Ultirabres* '^11 

nomierurale. Cinq concerneut lacbj^mie; cinq I'his- 
toire naturelle; deux traitent des ciuestions inadi^- 
matiques, et trois concernent les arts et I'arci itec- 
ture. Enfin , deux no.rices ou eloges de savans Uwl 
pariie des actes de la societe. Voici rintitule de ces 
pieces. 

MedecLne , ChLrurgic , Anatoniie. 

Memoire sur les avanlages de la m^decine mo- 
rale. 

Rapport aur una ouverlore de cadavre. 

Meraoire sur la iia^decine departemeutale. 

Reflexions sur les fievres regnantes dans la vallee 
de Somnie , et sur la topographie d'Abi-eville. 

Ces qualre pieces sont du ciioyeu Bellot , ni6- 
d^cin ; la derniere a (^te lue dans le courant de la 
seance. 

Rapport sur uu aceouchement extraordinaire , et 
reflexions sur la surperfetation,par les citojetiS Go ret 
et Daulie. 

Observations sur les hernies , par les citojens 
Vaidii et JfiUet. 

Reflexions sur le fluide nerveux , par le cifoyen 
'BoLiiLori, 

Analyse d'un ouvrage anglais , du docteur Bed- 
does , sur les airs faclices et la medecine pueunia- 
tique , pvir le citoyen Goret, 

Memoire sur la digestion de la substance propre 
de Testomac apres la mort , traduction exlraiie de 
Touvrage de Jean Hunter, par le citoyen Lhcnni- 
nier J medecin. 

Egsai sur I'utilite des voyages pour les sciences, 



ZjB T^otwetles Uttiraires, 

et parh'culierement pour la m6deciae , par le m^ina 

associ^. 

ChymLe et Physique. 

E^flexions sur la chymie moderne, par le ci- 
lojeu Lecats. 

Coniparaison de la tli^orie du phlogistique avec 
la doctrine chymique moderne , par le citojen de 
^oyeiies. 

Mojens pernicieux usit^sdans le commerce, pour 
d^colorer les eaux-de-vie , par le citoyen Fran' 
ctibme. 

Precedes utiles pour acc^l^rer on ralentir la fer- 
mentation du cidre, et rdflcxions sur lesph^nom^nes 
qui accompagnent ces operations , par le citojen 
houlioru 

Manufactures et Arts, 

Pr^ds sur la manufacture de draps fins d' Abbe- 
ville, par le citoyen Vanrobais. 

Examen de quelques matieres lirees du regne v^- 
j;6tal , propres h. rempiacer les chiffons dans la fa- 
brication du papier : ce Memoire, du citojen BoU' 
cher^ avoit d^ja ^t^ iraprimc dans le Magasin eucj- 
clop^dique , torn. 1". de la troisi^me annee. II I'a 
reproduit avec des developpemens. 

Observations sur les incendies , par le citoyen 
Senermont : elles soat dans le Magasin encjclo- 
pedique , tome VI de la troisieme annee. L'auteur 
en a fait lecture pendant la seance. 



Nouuelles UttSralres* 379 

Biographic. 

Notice historique sur Ch. Fr. Dumaismel de 
Bellet^al J uaturaliste d'Abbeville, par le citoyen 
JBoucherj imp rim^e dans le Magasin encyrJopediqiie, 
tome III de la quatri^me aanee. 

Notice historique sur Bertrand Belletier , chy- 
miste, par le citoyen GoreC. 

Geomdtne, 

Sur le toise des bois en gruaie , par le citoyea 
DemauCort> 

Observations du meme sur la mesure des terrains 
inclines. Ce sujet a encore ^te Irait^ par le citoyen 
Boucher, mais dans ses rapports avec I'agricul- 
ture. 

Botanlque et Physique vdgetale. 

Precis du systeme, de botanique de Jnssieu , par 
le citoyen Deu 5 il doit servir d'introduction a uti 
Guvrage que va publier le citoyen Dumont-Conrset. 

Pluiieurs observations de botanique , rcrueillies 
par le citoyen Boucher^ sur le Plaalago marl- 
tima L. Magas. ann. 3 , torn. V , p. 19 ; le cucuba- 
lus marltlmus , £NcrcL. et le SUenc amcenci L. 

Preparation des pUinles marines, par le meme. 

Dissertation sur les substances giauqucs , par le 
citoyen Boucher : el'e se trouve dans I3 Journal 
de physique du mois d'avril 1798^ et dans le Ma- 
gafin encyclop^dique. 

Dissertation slir les effets de la luraiere , sur !e$ 



SHo T^ouvetles Uttdralrcs. 

v^g^raux, par le ciioyt-n Dumont-Courset ^ cot- 
re.<ponclant de la sociele. Mri^as. aim. IV , torn. I, 
p. ^89. 

Hlstoire naturetle. 

Observations su r des ossemens d'Anroch ( TJras) 
trouves a pLcquLgny^ a trois li>ues d'Amiens, par 
le citoyen Boucher : elles sont imprimees dans le 
Magasin , ann. IV, torn. IV, pag. 24. 

Description d'un canard inonsirueux , par le meme. 

Comparaison des os avec les coquilies, et forma- 
tion des perles, pai- le meme. 

Memoire sur le foiirmilion {my rmeleon Jorrrhica- 
rlus)^ par le citoyen Bcllot. 

Deux observations d'lielminthologie , par le ci- 
toyen Boucher^ I'une, sur le gorducs acjuaticus ; 
Tautre , sur un ver iutestin du meme genre , qui se 
DouiTit dans Pabdomen des coleopt^res. 

Le ciloyen Boucher a fini son rapporl par indi- 
quer les parties des sciences et des arts sur lesqueiles 
les associ^s n'ont pas encore eu le temps de s'exer- 
cerj il les a invites h s*en occuper, et sur-tout de 
Pajzriculture, trop negligee dans le departement de 
la Somme. 

Le citoyen Lecats j seert^ldire pour la parlie des 
belles-lettres, a donn^ i'apercu des travaux de cetfe 
classejil a obierv6 que le champ de la litt6ra(ure 
^tai.'t irioins vastequecelui des sciences, les produc- 
tions avoient et^ en partie des pi'^ces fugitiv&s peu 
sus^pplibles d'analyse , leur merile consistant princi- 
pa tMiuMii dans la facilite du style, la fraicheur el le 



coioris d^s images. 



TfouueUes liitiralres* 3Si 

Ce sont des faijles cles citoyens Ploger et JMUle- 
poijc. Celle du cito^^en Pioger, intituk^e la Coquette 
et le MlroLr, a ^l6 lue dans la s«§aiice. 

Epitre a Damis, par le citojen de PoUly. 

Phi.-ieurs fragmens d'nne traduction en \ttTs latins 
de I'Adonis, de La Foniflinp. Le citojen MoreU 
Campennelle jk qui on les doit, est aussi auteuf 
d*une Eglogue eii vers latins, dediee a la Soci^tej 
d'une Epitre en vers fr.incais, intitulee ConsoLa^ 
tlons a. Liri ami ; d'une Ode phdosophique , Lc 
Sage , lue dans cf^tte seance. 

QLielquesConrf's^pigramtnatiques, plusieurs nou- 
veaux sjnonjmes francais , une suite de tableaux 
allegoriques et critiques sur les divers genres de 
pot-sie ont form^ le contingent du citojen Lecats. 

Le c'noyen LherniLnler esi auteur d*un M^moire 
sur la diversit6 des Ventures, qui pr^sente des idees 
sages et des vues nouvelies. 

Un Essai sur I'^ducation publiqne , par le citojen 
Bardoux. 

Un Memoire hislorique sur la bataille de Crecy , 
par le citoyen TrauUe. II se, trouve dans un des 
derniers Numeros de ce Journal , ann. IV, torn. II , 
page 483. 

Un Discours moral sur I'amiti^, rerapli de fails 
et de citations heureuses, par le citoyen CoUenot 

Quelques Anecdotes historiques, par le citoyen 
CoLLenot p^re. 

Un Conte en prose, traduit de i'italien deBocace, 
par le citoyen Piogar. 



382 Nouveltes tlttiralres. 

Deux Iflvlles d* T ^onite et de Blon, deSmyrne, 
Iradiiifes du j>rer par le ciloyen hardoux, 

Plusieurs Pieces fugitives, Epitres ou Romances, 
par divers M> rabies de la Soci(''te. 

Le citoyen Lecats a termine son rapport par 
I'^Ioge du cito veil Collenot fils, I'un dis foudateurs 
de la Sjciet^, mort dans le courant de Tannine. II 
a cite de lui des vers t^u'll avoit adress^s au c61ebre 
Franklin. 

La Soci^t^d'E'nulationd'Abbeville, en se vouant 
a ^encouragement des sciences el des arts, s'est aussf 
reserve }e droit de r^compenser les aciions ver- 
lueuses. Deux matelotsd*Abbevil!e avoient sauv6 le 
l8 nivose an 6 un enfant qui perissoit sous la glace , 
en s'y precipitant eux-meines. Le r^cit de ce trait de 
d^vouenient a vivement interessd Passemblcie. Une 
m^dailleaete d^livrt^^e ^ Callxte BcurLer et a la 
mere de Claude Malots pour son fils absent. 

Le president a ensuite prociam6 les noms de ceux 
quiont m6rit^lesprix d'encouragement offerts par la 
Sociei^ le premier floreal an 6. 

Une traduction en vers francais de TEpisodc de la 
•peste, du poeme de Lucr^ce , az^^azc ratio quce sit 
morbij a €\i couronnee : elle est du citoyen L. M^ 
Den, 

Le prix de dessin a ^t^ partag^ entre le citoyen 
P. M6ricourt et la ritoyenne M. A. L. Dea. 

Les autres prix n'ont pas ^t6 distribues , les sujets 
presentes par le programme a*ayant pas paru suffi- 
sammept remplis. 



J^ouvcUes Uttiralres. 883 

La Soci^t^ propose pour I'an 7, les sujets suivans. 
CLASSE DES SCIENCES ET ARTS. 
I^essln, Pelature^ Sculpture ou Gravure. 

Allegorie sur I'dmulalion, sous le rapport des 
sciences et des art'. 

Economie politique. 

Quel est, pour I'ancien district, le genre de com- 
merce le plus favorable I I'agriculture ? 

CLASSE DES BELLES-LETTRES. 

Pa6sle, 
Une pifece de vers sur les moeurs actuelles. 

Eloquence* 

L'Eloge historique des Geographes d'Abbeville, 
Sanson p^re et fils, Duval, Briet et autres. 

Les prix consisteront en rnedailles , et siront di«- 
tribu^s k la stance publique du i6 thermidor an 7. 

Les ouvrages destines au concours seront envoy^s 
avant le 16 messidor an 7, aux citoyens Boucher et 
Lecats J secretaires de la Soci^t^. 



Le Lyc^e r^publicain a recomraenc^ ks cours« 



384 Noui^eUes UtteraLres, 

void quelle est leur distribuiiou , et les noms des 

prGf-\sseuis. 

T!er\-iT\o\og\e^Hassenfratz,;Gr€ogva\)\\\Q physico- 
^conom^que , Coquebert ; Chyniie , Fourcroy ; 
Langue italienne , BnLdoriL ; Physique , Dcpar^ 
cieux ; A-'J^tomie et Physiologic , Sue ; Laugue 
anglaise , Roberts ; Langue allemande , fVelss ; 
Histoire , Garat y Histoire naturelle , Alex* Bron- 
gmari: y L i 1 1 e i a t u re , Mercc er. 

L'ouverture s'est faite le premier frirnaire. Le 
citoj^n SijLvestre a Ib , pour le secretaire , un ap- 
percu de& cours de cette annecj le citoyen MLUin^ 
un dijcours sur I'etude des uiotiumeus auliques, a 
roctasioii Ae ceux arrives d'ltalie, termini par uDe 
notice sur Joseph Eckhel , et sur le citoyeu Saint- 
Vincent; le citojen LavaiUe, I'eloge de Dewaillj, 
architecte; la citoyenne PlpeLet^ une piece de vers. 
Ln seance a ete terminee par des feux de gaz hy- 
drogene. 



La leltre d« citoyeH Taranget, ins^r^e dans le 
Miigasiri encyclop6dique , quatri^me annee , tome III, 
pages 53o et suiv. , m'engage a vous faire une pro- 
posilion qui, si vous I'acceptez, ne laissera pas 
d't par^',ner qu'^lquefois a des gens de lettres , sur- tout 
^ ceux qui s'occupent quelquefois de traductions, le 
d^sog'i'n.cni qu'a eprouv6 le citoyen Taranget, 

Cette proposition consibte a imiler ce qu'ou fait a 

ce 



Ifbu uelles Uttira ires, 385 

te sp|<^t en AUemagne, oii aussitot qu'on comTiPnco 
^ travail'er a une tradurtion , le t.ridiirtuir ou lo 
lihfaire en donne I'avis d'avanre dans les iournauX 
lifl^raires, siif-tout dan-; celui de J-na. Cela em~ 
peche qur deux personnes ne s'orcup.^nt du nn^tne 
tiavail, dont I'uu, par cettf* concurrence, devient 
ordii'aiienient supi'iflu , el If t<^mps, uuid^* cette nia- 
nlere ei>t perdu ir.utilenieiit, peut etre employ^ plua 
avantagi'iisement pour les lettres. 

Ces annonces de tradu> tions auxquell^s on tra- 
vaille , pourroient s hi.s doiUc' etre recues dans le Ma- 
gasin encyclo^^edique meme, s*il y a d^s raisona 
particu'ieres, sans que ie tra'iucteur ait b; -oiu de so 
DOiumer, le seui but etaut d'e viler la conourrence, 

W,.... 



"Weimar , 5 hrumaire an 7. 

Une nnuVeaiUf^ in!<^ressanie de la litt^rature 
allemande est la G<.i^ette de muitique {Muscca- 
Usche ZeUung ) , (jui vieat de paroitre a Lv-ip-" 
$i< , et dont je vien» de recevoir les premiers Num6- 
ros, impiimts avec luxe, g-and )n-4". en caract^res 
latins. Les plus grands musiciens et les meilleurs con- 
noisseurs se sont r^unis pour Oft eiablissemenl, qui, 
s*il >e soutient, romme j'ai lieu de le croire , sera uq 
nouveau iriompbe pour la lill^rature allemande. 
B 

Les libraires Breilkopf et Hcertel a Leipsic , pu- 
blieut une ^dit on comolete, correcte et elegante, de 
iouWs les CEuvres de Moxsurt ^ qui sera ie monu- 

Tome Ik". B b 



386 JNouveiles Uttiralres. 

roent le plus honorable pour ce c^lebre compositeur 
alleinand. Celte entreprise eit sous la direction de 
plu8i(!'urs connoisseurs. Tous ies trois mois il en pa- 
roina un cahier de vingt-cinq a trente feuilles, sur 
tr^8-bon paper, pour le prix de 9 francs. Le pre- 
5Dier Nuin^ro, orn6 du portrait de Mozart, a paru 
^ la deruiere foire de Paques de Leipsic, et con- 
tient des compositions pour le clavecin et autres 
instrumens. 



M. HiRscH, denliste allemand, a conslate , par 
des experiences repelees , la propri^t6 int^ressante 
du pelit insecte tres-coinmun , cocclneLta septem 
punctata , de gu^rir le mal de dent tres-prompte- 
ment et sans faire tort aux dents saines. 

Son precede est de brojer Ies insectes entre le 
pouceet I'index, jusqu'a ce que Ies bouts des doigts 
s'echauffent ; de frotter alors avec ces deux doigts 
Ies parlies qui souffrent. II n'a ^16 que tres-rare- 
nient dans le cas de r^u^terce precede une seconde 
fois ; souvent merae ses doigts conservoient encore 
plusleurs jouvs leur propriety salutaire. 

Jusqu'^ present il n'a fait ses txp^riences qu'avec 
des insectes vivans, et il desire qu'on puisse trou- 
ver une maniere de Ies conserver sans Ies des- 
s6cher ; ce qui peui-6tre ieur oteroit celte pro- 
pri6t^. 



T^Oiivelles iittiralres. 887 

OuynAGES francais et autres proklbds it Vlentie 
pendant le nioLS d'avnL 1798. 

Alnianach des Gens de Biens, ou Etrennes de la 
gaiet(§ fiancaise , pour I'ann^e 1798 , in-12. 

Annuaire du Cuitivateur pour la (roisi^me annt'e 
de la Republique , par G. Romme. Paris, I'an 
III , in-S-. 

Consideralions sur la France, deuxieme edition 
revue par Pauteiir. Londres , Mars 1797. 

Correspondance amoiireuse de Fabre d'Kglan- 
tine, prec6d^e d'un precis historique de son exis- 
tence morale, physique et dramaticjue ; 3 tomes. 
A Hambourg, in-12. 

Les trois Freres ou Lydia Churchill , par Char- 
lotte Bournon-Malarnie , torn. I et II. Paris, 1798, 
in-80. 

Histoire des premiers Penples hbres qui ont ha- 
bite la France , par J. Ch. Laveaux ; 3 tomes. Paris, 
1798, in-8«. 

Dei i'lnfluenzia del CiansenistL neila RevoUi- 
^lone di tranaa. Opera del L^Abbat Dr. Fr. 
Gusta ^ 2. edcxfiorie. Ferrara , 1794, in-8°. 

Histoire de la R* publique fraticaise, depuis la se- 
paration de la Con\ eniion naiioiiale jusqu'a la con- 
clusion de !a paix eutre la France et I'Enpercur, 
par A. Fanlin Desodoard 5 torn. I et II, Paris , an 
VI , iu-80. 

Montesquieu peint d'apres ses ouvrages, par Ber- 
trand Barere. En Suisse, Tan V, in-8'. 

Precis historique des priucipales descentes qui 

Bb 2 



383 f^oiweUes llttiraure$. 

ont et^ faites dans 1? Grande-Bretagne, depuis Ju»-»' 
les-Cesar jusqu'^ Tan V de la R^publique. A Paris, 
1798, in-8°. 

SaggLo critlco suite cruciate se sla g'uista 
la idea Lrn^aLsane co/nmunemente. Ferrara , 
1794, in-8". 

Systeme de la Raison 011 le Prophete philosa- 
phe , par M. Carra , troisiferne Edition. A Paris , 
1791 , in-8». 

Traits des delils et des pcines, par Beocaria , tra- 
duir de I'italien par Andre Morellet, nouvelle edi- 
tion corrig^e, Paris , 1797 , in-8". 

Laurentii VeUk dissertatio tkcologl cade pd^ 
rnatu et uifalUbilbtate romani Fontifias. Aug, 
VLndeLbc , ii^"; j iii-8". 



XJne leltre 6crite d'OAford le 25 arril dernier 
( V.St. ), el sign^e J". MacdonaLd, nous domie I'es- 
p^rance de voir paroiire , sous deux aus au plus tard y 
les poesies oiiginales d^Ossian^ accompagntes d'une 
traduction latine litlerale. On en aura Pobligation 
a M. JMackcnxcie j que le ce!ebre Macpherson 
avoit 5 par ses dispositions lestamentaires, charg(^ de 
cette tache. Ce dernier n'avoit pubti^ Oi^jZa/i qu'ea 
anglais, et I'existence de ses poemes en langue erse 
avoit trouve beaucoup d'incredules. Johnson^ entre 
autres , i'avoit formellement contestee dans son 
J^oyage aux ties occLdentales d*JScosse , publi6 
a Londres , chez Cadell , en 1775. Des 1780 le 
docteur iVwro/ ^ dans ses reinarques sur le voi/agc 



^ouvflles Uttiraire.s, 389 

de Jonhsoriy rehvoya celui-ci, pour le d<^tromper 
de ses pr^^veutions, aux manuscrits exislans cliez M*. 
John Mackenzie , ecuyer du temple , secretaire 
de La soccite des Montagnards , d, fensetgne 
de Shakespeare^ en Coventgarden. Nous pr6sii- 
mons que c'est le meiiie que Macpfierson a de- 
sign6 par ses dernieres volont^s. 



Le Magasin cncijclopMlque a dej^ annonce la 
naort de Ramie r j un des poeites les plus distingues 
del*Allemagne. Nous recueillons, avec plaisir, I'epi- 
taphc latine qui lui a et^ faite par un de ses amis: 

RAMLERI. VJLTIS, 

Apotheosh J 

Anno ee talis LXXIf. 

Ncenia nulla tibi j ntc Junus inan$ parttur : 

Uriia supervacuo nulla stet ojjicio. 
Qui J vivenSf Flacci citharanif Rmmlere , ten$b'as ^ 
Nunc Flacci pennis tolleris , albus olor. 

Amico vati , 
Denisius. 

Les amaleurs d'Horace reconnoitront sans peine, 
que Pauleur de cette ^pitaplie y fait allusion a la 
belle ode du Ijrique remain : 

Non usitata neo tenui ferar 

P0ima , etc. {Od. 1 , I7 ). 



Une letlre de Vienne, du 3 mai dernier ( v. st,) 5 

Bb 3 



3go Noupelles Utteraires. 

annonce la publication du premier volume dii Hor" 
tus Scfioiibrunnerisis , par le professeur Jac^^^^/i 
le pere. 

La liftdrature anglaise offre des superstitions na- 
tionales peut-etre plusqu'aurune autre, etcela meme 
tient a cet esprit public que I'on ne peut du inoins ron- 
tester a cetle nation. Sfiakespeare j Pope^ Sterne , 
sent plus particu'iferemeiit les obj- ts de I'espcce de 
jfauatisme qua nous avon- en vue. Malheur a qui 
croiroit que , dans ia iragedie , on puisse surpasser 
le premier ! Make a bow (failes la r^v^renvc) est 
unedei prenierv^s cboses que I'on apprend aux enfans, 
au seul I rononce de son no.'ri. Anatheme egalement 
h qui supposr^roit qu'ifo/7i^rc puisse eire mieux tra- 
duit quM ne Ta ete par le se; oad 1 — Nous nous 
rappelonsd*avoir vuofiiir une somme considerable a 
qui feroit connoitre seuiement le plus petit chif- 
fon in(^dite de Sterne, Ce doit done etre un grand 
scandale, relativem^uit a ce dernier, de voir M. 
Joh.i Fernar ^ dans ua artic'e des Manchester's 
memoirs J intitule Comments on Sterne , inculper 
cet ecrivain t-mineniment liumorous (c'est le mot 
consacre en Angleterre , et dont nous ne voyons 
pss trop I'rqnivaleiil dans notre langue ) , de pla- 
giats nombreux et av^res , et indiquer enlr'autres 
la Fantagruelde not.e immortel Rabelais yComxne 
la source de la fameuse hi>toire des ne^. Le cure 
Rabelais el le curc4 Sterne avoient, au resle, et 
dans ie caractere,el dans la tournure d'esprit, plus 
d'un rapport. 



No Live Lies Utter aires* 3^1 

Un des plus aclifs correspondans du Magasin 
encyclopidique parmi les Bniaves , Jacques jyAC>&, 
ministre protc^stant a Middtlbourg , meiubre de la 
soci^te d'histoire naturelle 6tablie a Ulrecht, vient 
de terminer sa trop courte carri^re. Ce journal a 
honorabIem?nt aniionc6 plusieursde ses productions, 
et nous ne pouvons qu'accorder a sa m^moire un 
sincere tribut de regrets et d'estime. 

Notre correspondance de Hollande nans annonce 
que reloquence sacr6ey a perdu , depuis peu , deux 
autres bonimes qui s*y distinguoient par leur gout el 
par ieurs talens. 

rari nantes ingurgite vastv. 



Le preiTjier, pr^dicateur en langue hollandaise , 
^toit, depuis vingt ans , pasieur a Ootinarsuni, en 
Over-Issel , et s'appeloit J. Van Loo, II a laiss^ 
de nombreux volumes de discours sacres , que ceux 
qui suivent la meaie carriere feronl bien , a plus 
d'un ^gard , de prendre pour modeles ; ils offrent 
I'int^ressante reunion de la raison et du sentiment , 
et l*on ne pent reprocher k leur auteur que de don- 
ner quelquefois un peu Irop carriere a son imagina- 
tion , et de se livrer k une prolixil6 verbeuse. II est 
mort le premier aout 1797 (v. St.), age de 40 
ans. 

Le second, pr^dicateur en langue francaise, et en 
derjiier lieu pasteur a Amsterdam , ou il avoit 6t6 

appel^ de Londres , est Beulller , fils de feu 

David-Renaud Boullier, auleur de VEssal p/iUo- 

Bb 4 



^gi If Olive ties llttiraires, 

sophique sur Came des betei> ^ et ri'iin assPZ grand 
Hoii bre fi'aiifrtsouvra^ps iustemept csti.<.es. 11 prou- 
yoit ratseiiitm d'Hoiace: 

Toites cieanmr Jortibus, ,.,... 

piais Is pres es ont pru ronl^ sur sps productions. 
3Sot»s liii avons entendu aUriouer iin pelil volume de 
reflexions sui IV'oiiuPrc^^ extrii( uie, doul le tilre ne 
330US levifiii pf^s l)i( n au jisfc, qi.'oit^ue nous nous 
rappelions de I'avoir Jo dansle t< nips avec beaucoup 
rfe piaisir. boulUefj n-avani pu st ineitre ;«sspzdnns 
If sfo.s des crises r« v-luiionnaire.'- qui ont prrc d6 la 
poiivelle oigaiiisaiiori politi ]ue, dv' la Ho'lande , 
|eprouva quelt|fie de^ag;eivi»^nt dans ses fon tions 
pastorales, et il s'tlojt decide a les abdjquer. II es? 
port a la Hay-. 



A u snjel dfs trav.nix littrraires comvnenct^s, mgis 
J30I1 fims,de [^anient Van Santen ^ qii'on auroit 
pu snrnoramer Cunctator ^ outre ce que nous 
jayons d(^ja impriine dans re journal , notre corres- 
pondaiice de Hpllande nous apprend encore Its par- 
ficularitps siiivanies : 

Le sort du Terentiarius Blai^rus j quoirpie 
J'irnpression eu fu! presqu'arriv^e a sa fia d^ja quel- 
que tetnps avant la mort de fdfi Santeri j peut 
toujours etre regarde comme un peu piecaire. Le 
d^ funl a de-ii^ne par ses dispositions testamentaires 
lesavai't Everard Pfassenberg , pour terminer relte 
lentrepiise; et en rjis de rtJJns. de la \iAi\ de c<dui-ci , 
|e citoj/en Pan Btaaniy libjaire a Dordrecht , ou le 



T^ouvetles tUteralres, 393 

citoven Uusckke , professeur de lilt ratnre anrien'ie 
h. Leyde. On doute que TVassenbcrg se charge de 
cette commission ; mais il s'acquiitera v raisemblable- 
inentd'une antra ; savoir,de celle de publier v.ne tra- 
duction en vers latins du CaiLimaque eniier, a la- 
quelle Fan Santen s'occupoit de donuer la der- 
niere touche. II y avoit joint de pelites notes cii- 
tiques, (;ui se troiiveront digiies sans doute de son 
Erudition et de son gout. 

Notre correspondent ne peul rien nous dire, ni sur 
le Catuile , donl le citoyen JMarron, avoit coHa- 
tionne pour Van Santen tous les manuscrit^ que 
possfede notre biblioih^que nationale, ni sur I'Owo^e. 

Le cito\en Hoeufl^t s*o cup.^ de I'ediiion dss 
po&sies iatlnes de Pan Santen^ et rou nous fail 
pai t des vers suivans, extraits d'une piece projet-^e par 
cet ^dit ur, pour eJre raise eu tere du volume. II y 
eacprime %qs regrets de ce que le fiis de Van Santen 
ii-a pas encore atleint i'age oil il pourroit lui-meme 
rendrealatn^moire de son pere les services mainte- 
nant confi^s k des mains ^trang^res. 

H»i mihi ! quod vltam ntquilsti extend*re in Mnnos _, 

Quels fpret yindrce plena jupenta tito j 
Exemplo monitutjue tuo quels Jictus ad artes , 

Europce emenfum reddertt Hit patiem j 
J^el f solo genilore mlnoi j d«vinceret omnes , 

Quolquot ad Aonii tendimus alta jugi. 
"Turn y titulis ingensque siiis , ingensgue pattrnts , 

Scripta tua posset continuaie manus ; 
For si tan autolyco spoUum cessuia rmpaci 

Scripta y vel a'eriis depopulanda lotis. 
Quanta nte melius , qui nominis ariis et harts , 

Justa daret , cogor quet dare jus ta tibi I 



394 I^ouveUes tUtiraires, 

Van Santen avoit donne , il y a quelque tewips , 
un petit opuscu'e en hollandais , intilule Ruuwe 
proef over hetwerktuLgUi kc der dLchtkunde , 
c'esl-a-dire, Es.-ai informe sur la partie m^canique 
<ie la po6sie : ^ la suite de cet Essai, se trouve iine 
excursion sur la lettre y^ que iTan Santen, veut 
qu'cn 6cj ive toujours en hollandais IL II svoit pr6- 
par6 une suite de cet Essal^ et en a confie la pu- 
biicarion aux soius d'un jeune Van Lennep. — Le 
savant hell^niste et jurisconsulte Jean .Luz>ac avoit 
public quel(jue temps avant la mort de Van^ 
Santen un recueil de pieces relatives aux contes- 
tations qui s'^toient malheureuseraent elev^es entr« 
ce dernier et lui. De I'aveu de tout le monde, Van 
Santen J d'ami devenu pers^ctitcnr , est loin d'y 
jouer un beau role. — II avoit encore adopte, dans 
le declin de sa carri^re , un singulier travers, celui 
de signer toujours en hollandais son nom Louw ^ qui 
n'est qu'une abre via lion vulgaire de Laurens ou 
LaurentUis jGidQ se ia^.:e nommer de nieme dans 
les actes publics. II semb'e que cela tenoit un pen k 
la barbaric du sans-culotisme, qui etoit cependant si 
fort au dessous de lui. I/atticisme et le vandalisme 
devoient-ils jamais se trouver reunis? 



Apres la mort d'Eckhel , le cabinet des antiques 
de la bibiiotheqiie de Vienue a etc r^uni h celui 
des raedaiiles moclernes , et la direction de ces 
deux cabinets reunis a ^te confine a 1^1^ Francois 
iV(?a/r..a/i/i_, jusqu'aiors dirccteur de ce dernier. On 



ISouueLLes Uitiralres. SgS 

a de \m J PopuCorum et return numi veteres 
inediti , colLecti et Uiustrati. Vinfloi). 1779 ) 
in-40. — Pars altera, Ronianorum numi ancc- 
dotl , et aniinadi^ersLones in uncvcrsuni opus 
ULFeUeritui^ ibid. 1783, in-4''. 



On parle souvent de carricatures ang'aises : !e 
journal alleraand intitule London and. Pans (i) 
en a public uii grand rombre ; il donne, vol. Tjp. 19$, 
une notice sur I'auleur actual le plus c^lebre de 
ce$ carricatures, qui soiit en general pleines d'es- 
prit et d'une originality piquante. II se nomme 
Gdrey : nos lecteurs seront bieu-aises de lire ce que 
I'auteur du journal cite en dil. 

a Gilrejr, le c^lebre dessinateur de carricaturesjdont 
loute la ville de Londres connoit el en partie ciaint 
le m^rite , est le fils d'uu invalide qui vit encore. 
Ses parens le mirent en apprentissage cbez un gra- 
veur de lettres en taille-douce ; mais ce talent ni^- 
canique ne lui plut pas , et il resolut, avec plu- 
sieurs autres jeunes g'^us , apprenlis comme lui, de 
se faire cora^dien. Apr^s avoir couru le pays pendant 
quelque temps , son ancien amour de l*art se ranima: 
il retourna a Londres, ^tudia avec z^le dans I'aca- 
deinie de peinture a Sommersetshousej on il grava, 
soit au burin , soit ^ I'eau-forle, et peignit braiicoup 
et avec succ^s. Une de ses bonnes gravures est 
le naufrage du navigateur HaisweiL. II grava aussi 
le portrait du miuibtre Pitt : conime il le fit par- 

(i) Londrei et Paris. 



3^6 No Live He s ILtUraireSi 

faifempnt resseniblant, tt Ini laifsa tout ce que son 
visage a de sombre et d*' froid, on voulut avoir un 
plus beau portrait; mais I'artisJe qu'on j eraploj'a 
pe manqua pas d'acliCier auparavaul bien cber le 
cuivre d^^Gibey^, par( e quo ce portrait du minisire 
^toit exlremement ressembbnt. Le penchant d6cid6 
cje Gilrey pour la carricalure prevalut bientot, et 
les applaudissemens unapimes du public I'engagerent 
^ le cuitiver. C'est un bomme tr^s-instruit , d'une 
lecture etendue , et tr^s - agrrable en soci^te : il 
petille d'espril ; er si des artistes d*un rang iwf6- 
rieur pouvoient profiler de la surabondance iu- 
crojable de ses id^es nouvelles, ils pourroient en- 
core briber. Pendant les ann^es 1791 et 1792 , il a 
6crit beaucoup dans les gazettes. J'ai vu entr*autres 
de lui un ^crit mordaut, et de main de niaitre9 
intitule iei^re d L'Alderniann Boydell, par un 
graueur en taiUe-douce , icrite des bords du Styx : 
il chatie avec ses carries tures les deux partis poli- 
tiques sans oK^nagement. D'abord il ne travailloit 
que contre les ministres. « Mais maintenant (dit-il ) 
>» le parti de Topposition est pativre ; il n'achete 
» pas mes productions ; il faut done que je calcule 
» sur la bourse du parti le plus puissant. » — II 
i)*est pas possible de regarder ses gravures sans ad- 
mirer leur invention originale et infinimeut ing^- 
nieuse , ainsi que la ressemljlance frappante des 
personiies. Gilrey est un bomme parfaitement hon- 
n^te , grand amateur de la simplicity , et le meil- 
leur fils 5 il fait tout pour sccourir son vieux p^re, * 



f^oavtUes LittSralrcs. Z^'f 

L'AsTRONoME , op^ra en deux actes , donn6 au 
theatre Fa^/deau le premier fViniaiis , a ete rernis 
CD un acte, et joue ainsi Ic; 3 du meii.e n;ois. 

Le fond de la piece esl lire en parlie du roman 
intitule les M^niolres tares. 

Un vieillard tres-gai , et sur-tout tr^s- original , pre- 
tend a la reputation d^y^stronome. II a fait sortir 
sa piipille liu convent, et vcul i'l^pouser sous deux 
jours ; mais ct tte jeune per.^onne a yu plusieurs fois 
an convent le jeune Richard ; elle I'aime et en 
est aimee. L'oucle de Richard , etant ami de I'As* 
tronome , enlreprend de seconder l*amour de son 
neveu : pour cela , il lui couseille de s^introduire 
aupies du tuteur sous un costume oriental. Richard 
oht\\ , et s'annonce connne Indien , astronome et 
menie devin ; il 6biouit le vieillard par un essai do 
son savoirj et en lui persuadant que Jui Panlogos ^ 
veritable descendant de Thales, accourt du fond de 
TAsie pour le voir, raais particulierement pour voir 
une certaine comete que le vieillard pretend de- 
voir partir d^un point, et que I'amant d^guis6 pre- 
tend devoir partir d'nn autre cote. ( XL montrc 
L'appartement de son a/nantc ). Cetie double 
entente produit un effet tr^s-coniique. 

Mais la nuit approche, et le tuteur astronome 
monte a son observatoire pour guetter la comete. 
L'amanl s'empare des clefs qui sont rest^es a la porte, 
cnferme le vieillard et s'evade avec son amaute. 
ii'astronome , auquel le pr^tendu Paulogos ne r^- 
pond plus , descend , se voit euferm6 , et recon- 
Boit le piege dans lequel il est tomb^. Richard re-. 



398 T^ouvelies Uttiralres. 

vient accompagne de son oncle et de sa maitresse , 
et on lu^ d<^Iivr>3 le tuteur avare qii*apres I'avoir 
fait coiistnlir au manage des deux jeimes gens. 

Cfit op^ra a eu beaiiconp de succes ; cependant 
le degmseirlent de I'amoureux rf'^^serable un peu k 
celui do fils du grand-turc dans le Bourgeois-Gen- 
tilhomme , et le d^nouemeiil a celui des deux avares» 
Le citoyen Rezjicourt a fait beaucoup de plaisir 
dans le role do I'aslroDome. La, musiqne e«t du ci- 
toyen Lebrun ^ et ne peut qu'ajouter a la reputalioii 
deson auteur. Le poeme est du cjioyen De^J^aache- 
rets J dcJ3 connif par la chanuante coniddie du 
Manage secret. 

L'amitie, la bienfaisance , I'aniour ^q% letlres 
et la poesie viennent de perdre la citojenne Mon- 
net. Ses jolis conies orientaux et son Idyllo sur les 
fleurs lui ont assure une reputation par mi les fem- 
mes qui se disu'nguent dans les letfres. Jamais celte 
femme iiit^ressanle n'avoit ^prouve de maladie , jus- 
qu*a ce qu'ou lui persuada qu'une glande enflee dans 
un de ses seins etoit un cancer; aussitot elle se 
determine k se faire faire Pop^ration , avec ce cou- 
rage et cetie fermete qui lui eloient si nalurels , et elle 
Tendura sans jeter un seul cri. 

Depuis ce temps, quoique I'op^ration eut di^ blen 
faite, elle ne s*est plus bien porl^e 5 et son mal em- 
pirant de jour en jouf et d'heure en heure , elle 
a fini sa carriere le 22 biumaire , apr^s des souf- 
frances horribles : grande Ie9on pour les femmes 
qui se trouveroient dans ce cas-la ! II a et6 rtconnu 



t^oiweLles iitUralres. 399 

g^n^ralement que cette operation avoit ^t^ faite mal 
a propos , et que le virus canc^reux ne s'etoil pas 
porl^ enlierement encore clans la partie qu'on lui 
a exiirp^e, et que se portanl ensuite dans diverFes 
autres parlies de son corps et sur-tout au cerveau , 
il en avoit trouble, vicie ou d^^truit I'economie. 

Paiini ses nombreux papiers , independamment 
de sa correspondance avec son ami Thonias, qu*on 
^toit sur le point d'imprimer , et quelques pieces 
de theatre lecues ou non , il j en a plusieurs di- 
gnes de voir le jour. Un de ses amis va s'occuper de 
faire connoitre par uu 6!oge historique mis a la tete 
du recueil, cette femrae int^ressante et digne d'un 
meilleur sort. 



Au rkdacteur du Magasln ericycCop^dique. 

Permettez-moi , ciloyen, d'exprimer ma recon- 
noissance a I'officieux interpr^le qui nous a transrais 
le recU de f'entrevue de Bonaparte et depLusLeurs 
moujtijs L mams J etc. dans I'inlv^rieur de la grande 
pyramide. Je le felicite bien sinc^rement de sa curio- 
sit^ couiageuse qui I'a fait ramper sur le ventre dans 
les longs canaux de la pyramide , h la suite de la 
savante compagnie, dont le but etoit sans doute 
d'^viter les importuns. Eu effet, elle ne devoit poin^ 
les craindre , soit dans la chambre s^pulcrale, soit 
dans une autre voisine_, nouvellement decouverte par 
Tanglais Davison. Je doute meme qu'on y respire 
iort ^ raise , a iiioins que le general Bonaparte n'ait 



4oo» NouveUes tiltirairei» 

fait perrer des soupiraux dans un massjf de pierres 
de queliues centaines de pieds dVpaisseur , op6- 
rction qui pounoit figurer aupi-^s de celle dii Kha- 
1^» ft Alinadioun , a qui on attribue l^ouveriure de la 
grande pjratiiide. G'esl sans doute par inadver- 
tance que Alukamed cr^e un khalvf (ou connman- 
deur des fidelies ) , appel6 Makmoicd ^ quoiqu'il 
nVn ait j.irii.^is exisl6 un seul do ce nom. Mais si 
ces savans Moufijs iie paroissent pas tre-ver^^s 
dans I'lii^toire de l ur propre pays , ils savenl en 
recompense une foule de choses t.ue (ous les musul- 
maris ont ignov^es jusqu'a prest-nt. Les non^s do 
Gh^ufjs J, de Cj^riLs J leur cloient aiuant inronnus 
que K& (aits el t^esies de ces souveiains. Peut-etro 
nos mo lijs devoient - ils fnire liommage. de ces nou- 
v^ lies n .(ion>. aux infidelles qui prennent la peine 
d'ailer les instruire , ou se borner k raconter les 
fdbles accrrditdies dans Torieui sue les If ardoun ^ 
fondateurs des pyramides. 

Mais res I6g^res observations ne doivent pas af- 
foibiir aux jeux des vrais connoisseurs le merite 
intrHi-jeque de cet int^ressant r^cct , qui merite, ^ 
tons ^gards, d'etre plac6 auj.res de I'ljmne quia 
^te chanl^e demi^rement au grand Caire par le 
Hiouftj (qui reside k Constantinople) dans la Mos- 
qn^e ( temple d< s musulmans) par les Gophtes ( qui 
sont des (hr^liens Jacobites (0). L'elrange touinnre 
de ces deux pieces, I'lncoii^rence des idees et def 



(0 Vojef ce qoe SOUS avoD« d^jA dit , sufr^^ pag. 36^ 
de ce ridicuie ^crit. 



expressions 



\ 

Nouvelles LLttiraires, 40 x 

expressions qu*elles renferment prouvent sufEsam- 
menl qu'ellessont d'une^gale authenlicit(^^ SelgnaL. 

Tout ce qui a rapport a P^gypte, au sort des 
savans qui ont accompagnc Buonaparte, ne peut 
manquer d'iut^resser. Je rassemblerai done Jout ce 
que je trouverai de notions sur la partie litt^raire et 
scienlifique de eerie expedition , Jaissant aux jour- 
naux politiques a faire cbnnoitre les ^v^neinens po- 
litiques el militaires. 

J'ai d^ja publi6 une lettre de notre estimable col- 
laborateur DoLomieu ( i ). En voici deux de deux 
autres niembres de PInstitut national du Caire. 

Lettre du citoyen G , membre de L'lnstUut 

du Caere. 

25 thermidor. 

La commission des sciences est reside un mois k 
Rosette, jusqu'a ce que T^gypte fut entierement 
soumij>e. J'y suis occupe uiilement pour la partie 
dont je suis charg^. J'avois le bouheur d'etre en- 
courage et protege par le g^n^ral Menou , qui com- 
mandoit dans la province de Rosette. II m'a donn6 
une escorte pour ni'enfoncer dans le Delta , et y chas- 
ser avec suret^. J'ai trouv^ nombre d'oiseaux int6- 
ressans. Les observer vivans, les decrire zoologique- 
xnent et anatomiquement, les faire preparer en peau 
et en squelette, ont ^te les soins dont je me suis oc- 
cupe dans le pays le plus agr^able de PjEgypte. J'ai 
fait beaucoup d'observations neuves; je les r^digerai 

(i) SuprA , pag. 249. 

Tom€ IF. G c 



402 T^oiwelles UUeralres. 

pour PInstilut du Caire, et je vous les ferai parvenir 

si les evenetnens le permetfeut. 

Les Bolanisfes sont ici irfes-malheuteux sous le 
rapport de la science. L*jEgypte leur a foutni k 
peine vingr especes differentes, et de plus ils cat 
perdu tout le papier qu'ils avoient eraport^. Mon 
esprit-de-vin et ma poudre a giboyar ont egale- 
ment e\€ perdus. Ces effets 6toient sur le Patriots , 
ec houe dans le port d*A!exanirie. G^ batiment por- 
toif aussi tous les effets des a^rostiers. 

L'arbie le plus 6tonuant est le figuier sycomore. 
Un seul de ces arbres suffit pour orabrager plusieurs 
huttes de paysans et les boeufs qui ^levent les eaux 
pour I'arrosement des risieres , par le moyen des 
roues a chapelet. 

KxTRAJT (Vane tettre ecrUe a un de ses amisj 
par un meinbre de rinstitut du Caure. 

n fruclidor. 
Les membres de I'lnstitul national ont fond^ ici 
un ctablissement semblable a celui de Paris. lis ont 
r^uni a eux quelques-uns des savans et artistes qui 
out suivi I'arm^e; quelques militaires y ont et^ ad- 
joints. Les gen^raux Kleber, Dessaix > Regnier , An- 
dreossi et Caffarelli ; I'aide-de-camp du g^n^ral ea 
chef, Salkoski , et Pordonnateur en chef Sucy, y 
ont dt6 admis. Get etablisseraent a un fort beau local, 
ou il y aura sous peu un jardin de botanique. 
Deja il y a le commencement d*une menagerie j biea- 
tot on y trouvera bibliolh^que publique, observa- 
loire, cabinet de physique, laboratoire de chyraie, 
salles d*antiquil^s , etc. Le citoyen Monge a ei^ 6lu 



T^ouusUes Uttiraires. 4<53 

president ; le general en chsf vice-president , et le 
citoyen Fornier secretaire. 

II y a beaucoup a faire dans ce pays ; niais en 
s'en occupant il peut devenir tres-florissa4it« 



I 



La pi^ce donate le 22 brumaire an theatre fpan- 
cais de la Repub'ique , sous le liire de MichdL 
Montaigne , et sous la quallficaiion de comddie j a 
^te peu fa .orablement accuei!Ii'"« 

La scene se p:isse en P^rigord, pres Coutras , dans 
le chateau de Montaigne. Tandis que la France est 
d^chir^e par les guerres civiles qui regnent entre les 
catholiques et les huguenots, notre philosophe vit 
tranquille dans sa retralte , oil il se livre a I'^lude. 
ILieonore sa fille , sur le poiut d'etre mariee au che- 
valier Saint' Que nt In y est all^e passer huit jours 
chez une tante a Vauclair; raais le desir de cele- 
brer la fete de sa mere la ramene serr^tement au 
chateau ; elle engage Miac j secretairo de son pere , 
a lui indiquer un endroit oil elle puisse se cacher jus- 
qu'au soir. Apr^s quelques dfficultes, il lui ouvre 
une chambre pres du cabinet oii Montaigne travaille. 

Beauregard J beau.fr^re de ce dernier, le soup- 
ronne d'intidelit(^ envers son Spouse, Miac defend 
son maitre jusqu'4 Parriv^e de Saint-Quentin , qui 
interrompt leur conversation, Celui-ci vient de 
prendre i son service un nouveau domestique, qui, 
sous le nom de Saint-Bnce , n'est autre chose que 
le capitaine TetignL/ d' Anjou , attach^ aHenrilV, 
et qui brule de verger dans le sang des catholique's 

Gc 2 



^o4 Nouuelles llttiraircs, 

la raort de trofs freres qu'il a perdus dans diff^rens 
combats. Le dessein de Teligny, en se mettant au 
service de Saint-Qiientin , a ^te de s'introduire dans 
le chateau de Montaigne , dont il veut s*eraparer. II 
fait part de son projet a Beauregard , huguenot com me 
lui,niaisqui ne veut pas entrer dans ua complot 
dont son beau-frere doit etre la victime. 

Teligny, d^sesp6r6 de s'etre ouvert a Beauregard , 
lui declare que s'il le trahit, Montaigne perira. Peu 
rassure, le capitaine huguenot voudroit avoir un 
otage qui put r^pondre de sa surety dans une enlre- 
prise aussi perilieuse. A I'instant Miac , qui est 
oblig6 de s'absenter pour remplir une commission 
que sen maitre lui a donn^e, vient confler au iaux 
Saini-Brice qu'Elt'onore , la fiUe de son maitre, est 
cachee dans une chambre du chateau , dont il lui 
remet la clef. Teligny est au comble de la joie : 
Eleonore est le meilleur otage qu'il pouvoit d(§sirer 5 
cependant madame Montaigne , alarm ce de quel- 
ques mo\s echappes a Beauregard, concoit de violens 
soup9ons sur la fid^lit^ de son 6poux ; Saint-Brice 
sur-tout I'inquiete; son aumonier, qu'elle respecte 
extr^mement, approuve ses craintes, et lui am^ne le 
pr^tendu Saint-Brice. Teligny protite des craintes de 
cette malheureuse Spouse pour lui enfoflcer le poi- 
gnard dans le coeur. Son njari , lui dit- il , a dans une 
chambre du chateau une jeune fiUe de la plus grande 
beaut6. II offre, pour eviter tout esclandre, de la 
conduire dans un asyle sur. Madame Montaigne lui 
indique un soulerrain par lequel il pourra gagi^er la 
demeure de Flora , nourrice d'El^onore , et Teligny 
met ainsi son otage eo surety. 



T^OLivetLes UtUraires. 405 

N*ayant plus besoin de dissimuler , il se presente 
k Montaigne sous son veritable nom ; celui-ci , qui a 
la bonte de ne pas le reconnoitre, Taccueille ; mais 
quand il sait qu'il vient pour opprimer un de ses 
vrjisinsjilessajede le ramener a la vertn. Tellgny 
tire secretement un poignard pour percer le philo- 
sophe; mais i'arme meurtriere lui echappe des 
mains. II sort; cependant El^onore est enlev^e. 
L*effroi se repand dans le chateau ; Saint-Quentin 
arrive; madame Montaigne apprend que celte ri- 
vale si redoutee qu'elie a fait enlever est sa propre 
fille, et qu'elie est au pouvoir de Teli^ny. Saint- 
Quenlin veut aller le combattre; Telignj arrive lui- 
meme; le jeune chevalier met P^pee a la main; 
un officier huguenot les s^pare : le capitaine recon- 
noit son crime, et El^onore est unie a son araant. 

Telle est Tintrigue de cette piece , qui a eu peu de 
succ^s. Les costumes sont riches. Les citojennes 
Contat et Mars sur-tout etoient raises avec un gout 
qui leur fail infiniraent d'honneur. La decoration des 
charabres efoit tres-bien entendue ; mais nous deman- 
derons aux administrateurs de ce theatre , si soigueux 
surce point, comment ils ont pu souffrir un baro^ 
mhtre et une horloge a pendulc dans U chambre 
de Montaigne. 

J?auL-HenrL MarroailAubla-Louis MUlun. 

Je continue mon cher Millin Tindication des'prin- 
cipales productions anglaises qui ont paru depuis 
quelques ann^es : je vous ai donn^ dans le deroicr 

Cc 3 



^o6 Nouvetles Llttiraires* 

numero (i) I'6num(^ration des ouvrages biographi* 
ques; voici ceux sur la geographie , I'histoire et 
les vojages. Ceux sur les autres parties des sciences 
et des letlres seronl ius^r^s dans un autre numero. 

G 60 graphic et Topographle, 

Nous ne nous arreterons pas aux traductions, 
eomnie a celles du dernier voyage de It VaiUant 
au Cap de Bonne- Espt^rance; de celui de Francois- 
Alexandre r/c Wimp fen (ex-constituant ) ^ Saint- 
Bomingue ; de celui du cointe de StoUberg en AI- 
lemagne , en Suisse, en Italie et en Siciie, etc. 
Thomas HoUcroJt passe pour ^tre aujourd'hui le 
meilleur traducteur de I'allemand , et sa traduction 
du voj'age de StoUberg est vraiment un chef-d'oeuvre 
dans son genre. li s'est peu attache k la lettre, 
et il en donne pour raison : The complex cons- 
truction ^ IndefinUe grammar ^ Uceniious or-* 
ihography and perplexed UUom of the Germarb 
language, 

Jjes journalistes anglais conviennent assez que 
Jeur litteral^ire n*a pas brill<^ depuis quelque temps 
en productions originales de ce genre. 

Le voyage a la Chine du lord Macartney a 
cependant fait beaucoup de sensation. — Nous ne 
nous y aneterons pas , le Magas. encycl. en ayan( 
d^j^ amplenient rendu comple (2), 

II n'y a pas grand chose a appendre dans le 
voyage de Guiliaume Hunter en France, en Turquie, 
en Hongrie et a Vienne , pendant Tannee 1792, 

(l) Supr^ , pzg. 2lz. 

{%) Tern. \ , p^g. 466 J tom. II , pa^. 48 el 172. 



Noupetles Uttiralres. 407 

( Travels^ etc. ) k Londres, chez White , 1796, )n-8°. 
de 45o pag. Si I'auleur ne fut pas ^pris des charmes 
de la r- volution francaise a celle^poque, il Taut le 
lui pardonner, ct merae encore, que son eiuhousiasme 
pour la constitution anglaise se soit accru par le 
spectcicie de nos malheurs. La paresse des Turcs, 
la tourberie des Grecs , excitentdes plaintes cent fois 
rdpet^es. Sur Vienna , rien de nouveau. 

Le voyage de Robert lownson ^ en Hongrie , 
dans l'anneei793, avec un precis sur Vienne , est 
bien plus instruclif. rmt^c/iv, etc. A Londres, chez 
Robinson, 1797, in-40.de 624 pag., avec une carle et 
seize gravures ; Townson a principalement voyag6 
corame naturaliste. Ses observations botaniques , 
mineralogiques, entomologiques , sont souTent pi^- 
cieuses, celies en particulier qu'il a faites sur le 
mont Carpath. La carte jointe a son ouvrageoflre, 
au moyen d'indications particulieres, ies produc- 
tions botaniques et mineralogiques de chaque con- 
tr^e , et on n'avoit encore rien de pareil sur la 
Hongrie. Ce savant m^decin ecossais nous proinet 
des eldmens de mindralogle _, que son voyage ne 
pent que faire pr^juger avantageusement. 

Un voyage a Constantinople et aux lies de I'Ar- 
chipel par Jacques Daltaway n'est pas sans m^- 
rite. II a pour tilre : ConstanUnople ancient and 
modern , etc. A Londres , chez Cadell , 1797 , in-40. 
de 415 pages, avec 10 «zravures a I'eau - forte. Au- 
monier de Tambassade anglaise h Constantinople , 
I'auteur a pu observer ^ loisir la terre classique 
qu'il d^crit : ii a de plus consult^ avee fruit d'aufres 

C c 4 



4o8 Nouvelles UttSralres, 

vojageurs , lels que Ricaut ^ Dohsoti, etc. II 
est , a peu de chose pres , d*acc ord sur la situa- 
tion de Tancienne Troye , avec ce qu'a avanc6 en 
dernier lieu le Cheuaiier (3). L'idiome et la poesie 
des Giecs moderiif s sant traites avec inleret dans 
la vingl-sixieme ou derniere section. Un article sup- 
pl^meutaire nous offre des renseignenaeus curieux 
sur I'etat actuel des eglis's armenienne et grecque. 
On y reconnoit i'ob aivateur autopte et riiomtne 
en etat de nous doimer , comrne une suite a I'ou- 
vrage de Gibbon, I'histoire de I'Empire ottoman, 
depuis 1453, jusqu'a la tnort du dernier einpereur 
Abdul-Hafncd^anivGii en 1788. Ge sera une nouvelle 
obligation que les lertres auront 4 M. Dallaway. 

Vn fabricant de draps du cotnte de Wiltshire 
a public le journal d'uu voyage qu'il a fait a PAm^- 
mcrique septcntrionale pendant i'ete de 1794. En "^^'^^ 
le titre : Journal of an excursion j etc. par Henri 
Wansey (4) ,1796, in-8^. de 290 pag. Ge voyage 
ne repondit pas a son atlenle. I! s'etoil propos6 d'ache- 
ter des terres , de former des etablissemens ; il se 
ravisa en voyant les Anglo-Am^ricainS de pr^s. 
Ce n*est pas qu'il ne leur reconnoisse beaucoup de 
bonnes qualit^s ; ma is il reproche sur-tout h la 
classe coramercaiite un caractere trop mercantille et 
peu de bonne - foi. Ses notices sont en general 
curieuses et exactes. 

Un habitant de la Caroline m^ridionale, R. J. 
Tor/i^ti//, s'est parlicnlif'Tement orcupe de i*orga- 

(3) Magasin encyclop. ann. IV , torn II > pag. 166. 

(4) Magasia encycjop. aun. Ill , torn. V , pag. 386. 



Nouvelles iittSratrcs. 409 

tiisatioR des prisons de Philadelphi'e , et ses obser- 
vations ont ^t6 r«^impiimf^es en Angleterre, sous le 
litre de A visit to PhUadelphla prlsonSj e\c. A. 
Londres , ch^z Philippe , 1797, in-S*. de 92 pag. 

On sait que l*ex - constituant franoais de Liaa* 
court a public le r(5sultat de ses obsirvations sur 
le merae sujet. La brochnre de TornbuU m(5i'ite- 
roit d'etre traduite en notre langue , et l*exemple 
des Aui^ricains seroit boa a suivre en France et 
par-out ailleurs , en ce qui concerne cet objet. 

II faut ranger parmi les Merits pol^miques sur 
la decouverte de I'Amerique septenlriooale, una 
brochure intitul^e TAc FPelch-lndLans, e\c.c^es{-h' 
dire , les Indiens du pays de Gailes , ou recueil 
de pieces concernant un peuple donl les ancetres 
^migrferent du pajs de Gailes en Amdrique dans 
I'annee 1170, avec le prince Madoc ^ et que I'on 
suppose occuper k present une charmante contree 
sur la rive occidentale du Missipippi , par G. Bui,' 
der, A Londres , chez Chapman, 1797 , in-8''. 

Les lettres icrltes pendant un court sc jour en 
Espagne et en Portugal , avec queiques details 
sur la po6sie espagnole et portugaise ( Letters 
writen J etc.) par R. Southey ^ a Londres, cher 
Robinsons, 1797, '"-8° de 55i pag. ,lnt6ressent plu- 
tot la litferature que la geographie et la statistique, 
sans etre cependant inuti!es a ces science?, 

Enfin , I'Angleterre elie-meme a fourni matiere 
h queiques nouvelles productions de ce genre, tel- 
les que : 

Journal of a tour , etc. c'est-«i-dire, Journal 



410 NouvelLcs llttiralres, 

d'une tourn^e dans la partie septentrionale du pays 
de Galles, et dans une partie du Shrapshire , avec 
des observations sur la min6ralogie et sur d*autres 
branches de Thistoire naturelle , par Arthur Aikln, 
A Londres, chez Johnson, 1797, in-4°. de 281 pag. 

A tour to ike isie of Wight , etc. c'est-a-dire , 
Voyage a Tile de Wight, avec quatre-vingts vues 
gravies a I'eau forte , par Ch. Toinklns. A Lon- 
dres , chez Kearsly , 1796 , in 8^. Les gravures for- 
ment le principal m^rite de cette sorte de publi- 
cations 5 a laquelle il faut aussi rapporter : 

Observations retatlue cfUeJiy to tke natural 
history f etc. c'est-a-dire , Observations principale- 
ment relatives a I'histoire naturelle , scenes pitto- 
resques et antiquit6s des comtes occidentaux d'An- 
gleierre, avec une carte et seize vues. A Londres , 
chez Robson, 1797, 2 vol. in-8". 

Excentric excursions J etc. c*est-a-dire , Courses 
excentriques en Angieterre et dans le paj's de Galles , 
par G. M. Woodrrard. A Londres, chez Allen, 
et West, 1797, I v©l. in-40. 

Ly son's eni^crons of London ^ c'est-a-dire , En- 
virons de Londres, par Lijson^ quatriemeet dernier 
Toiurne, chez Gadeil , 1796, ia-4**. 

Hutchcn''s hLstoty and antiquities of Dorsets- 
hire , c'est-a dire , Histoire et antiquites de Dorsets- 
hire , par Hutckin y torn. If. 

Hutch. inson's history of Cumherland, \omAII, 

Ces deux dernifrs out^rages, ainsi que le troi- 
sieme volume de la Description^ du comte de 
Leicester , et le second de V Histoire des prin- 
apules rivitrcs ( Hlslonj of the principal ri- 



T^ouveUes littiralres, 411 

pers)j font parlie des belles et couteuses entrepri- 
ses du libraire NLcfiots , a qui Stockdaie pemble 
vouloir encore disputer la palme par sa Descnp' 
tlon de 3o db 40 niLUes des environs de Man- 
cester J par Aikin , dont ies frais d'inpression 
sont ^valu^s ek plus de 4000 li vres sterling (5). 

Jokn Price a donn6 An historical account , 
etc. c'est-a-dire , nne histoire de la cil6 d'Here- 
ford , avec quelques remarques siir la riviere 
Wye , et Ies beaut6s naturelles et arlificielles 
de ses bords , depuis Brobery jusqu'^ Witton , 
cbez Fausder , 1796 ; la eontr^e de Hereford est ap- 
pel^e Le jardin de L'Angleterre, Lodge j dans 
vn programme ( Introductory sketch ) , en an- 
nonce une nouvelle description ea 11 volumes, 
orn^s chacnn de cent planches. 

GuULaume Lee a public un ouvrage curieux sous 
le litre 6* Ancient arid modern History ^ etn.c'est- 
ei-dire, Histoire ancienne et moderne de Lo ■ es et 
Brighthelrastone. A Londres , chez Rivingion , 
1797 , in-8". de 555 pages. 

Brewster, I'histoire et ies antiquil^s paroissiales de 
Stockton-sur-Tey. 

Newcome J I'histoire de I'ancienne et royale fon- 
datioD de I'dbbaye de Sainl-AIban. 

On distingue parmi Ies descriptions des maisons 
de plaisance , celle de Bourgh'ejhouse, campagne du 

(5) Voyex , k rocoasion d'une oourte notice sur cp» dirers 
Merits , ce que j'ai dejA' dit du gout des Anglais pour Ies 
ouvrages qui font connoitie la topograpLie de lf«r pay*. 
Magasin eocycl. ann. 11, torn. VI , pag. 148 ; el nne noiice 
pariiculiere sur cc deroier ourrage,ann. Ill, torn. IV, p. 184. 



41 a Nouueltes UttSralres, 

comfe d'Exeter (a/i History general and circum 
stanUat of BourghLey house. ^ A Londres, chez 
Longman, 1797, in-8°. de 2o5 pages. 

Ce qui est bien plus important que ces derniers 
articles , c'est I'L'dition qu'on prepare du voyage du 
c^lebre capitaine Van Couver aulour du monde. 
Le college de Pamiraute coucourt a rendre cetle 
publication digne de son objef. 

Hlstoire. 

The History of Scotland , etc.y c'est-a-dire , 
Histoire d*Ecosse, depuis I'avpnement de la maison 
de Stuart jusqu'au r^gne de Marie, par Jeau Pin' 
kerionj avec un appendice de papiers origirianx. A. 
liondres, chez Di!lj, 1797,2 vol. in-40., chacun de 
520 pages. 

L'histoire d'Ecosse, depuis les temps les plus an- 
ciens jusqu'^ Malcolm III en i'an 12^56, avoir ^\k 
trait^e par le meme auteur dans un ouvrage qu*il 
publia en 1789 sous le litre de Enhulrj^ In to the 
History of Scotland J preceding the reign of 
Malcolm 111. Les anna les d'Ecosse de Dairy m,- 
pie la prennent 'k cette ^poque, et la coHduisent jus- 
qu'en 1371. L'ouvrage que nous annonco>is s'^tend 
de la jusqu'a 1542, ou commence la tres-bonne his- 
toire de Robertson, tlnkcrton avoit encore donn^ 
avant celte publication un recuei! d'^ancieas po'emes 
ecossais , et une compilation un peu indigeste sur 
les m(5dailles. Mais son Histoire d'Ecosse met le 
«ceau ^ sa reputation litt^raire: elle est le fruit des 
plus Eoigneuses recherches, et i'auteur s'esl attach^ a 
la polir com me doit i'etre toute production qu'on 



Nouuelles UtlSraires* 4i3 

destine h I'iaimortalite. Gibbon en avoit d'avance 
par\6 avec eloge dans le troisieme volume de ses 
CEuvres posthumes j, et il ne se dediroil pas au- 
jourd'hui. A rexemple de cat illuslre ecrivain , et 
guid^ par ses conseils , Flnkerton a terraine chaque 
p^riode de son Hostoire par un tableau des progr^s 
de la civilisation 5 de Tetat des sciences, des letires, 
du commerce et des arts. Persuad6 que mieux on 
counoit le personnage dent on va s'occuper, et plus 
on s'interesse a lui , 11 a de plus mis en tete de I'his- 
toire de chaque prince I'esquisse de sa physionomie 
morale, resultant de son caraclere, de ses gouts, de 
«es habiiudes. Ainsi, par exeraple, J'histoire de 
Jacques V est expos^e sous un nouveau point de vue 
a bien des egards , d*apres des lettres originales des 
plus marquans de ses contemporains. PLakerton, 
nous fait esperer un nouveau travail sur la plus an- 
cienne histoire d'Ecosse , el ses compatriotes lui en 
auront sans doute une nouvelle obligation. On sait 
combien les Ecossais en genenl se sont distingu^s 
depuis (juelque temps dans la litterature anglaise, 
sur-tout pour la parlie de I'histoire. Deux autres 
productions recentes en fourniront au besoin une 
nouvelle preuve. L'une est due a D. Macphersoa, 
et a pour titre: GeograpklcaL LUustratlons ^etc, , 
c*est-a-dire, Eolaircissemens gcographiques sur I'his- 
toire d'Ecosse, contenant les noms des endroits men- 
tionn^s dans I'histoire, avec I'explication des points 
diffit lies et contestes dans la g^ographie historique 
d'Ecosse. A Londres, chez Nicol , in -4°., travail 
aussi exact que p^nible, fait pour dissiper toutes les 



4T4 NouveUes llttiraires. 

tf^n^bres de I'histoire d'Ecosse, relatives aux ancienne^ 
d(^nominations de lieux , fusqu*en i6o3; I'autre est 
StatistLcai account of Scotland (ou connoissauce 
«tatistique de I'Ecosse), par Jean Sinclair, Get ou- 
vrage, v<^ritablement unique dans son genre, s'est dej^ 
accru jusqii'a vingt volumes. 

HLstorij of tke original constitutions of par- 
Uaments , c'est-a-dire , Hisfoire de la conslitutioa 
originelle des parlemens, depuis 1« temps des Bretons 
jusnu'^ce jour, par T. Oldfield. A Londres, chez 
Robinson, 1797, in-8®. de 684 pages. L*auleur 
eloit iM\k avantagpusement connu par son Entire 
and complet History of the borougk of great 
hrUacn 3 qui a paru en 1793. L*ouvrage que nous 
annoncons n'a pas moins de m^rite dans son genre; 
il mot dans le plus grand jour tous les abus qui se 
sont progressivement introduits dans la constitution 
parlementaire de PAngleterre , et propose ensuito 
les moyens d*en faire une representation vraiment 
nationale. 

A History aj tke Bank of 'England ^ c*est- 
a-dire, Histoire de la Banque d^Angleterre , de- 
puis I'^tablissement de cett3 institution jusqu'i 
ce jour , offrant une exposition succincte de I'ex- 
tension de son capital et de son credit , me!6e de 
reflexions des raeiileurs ecrivains en matiere de fi- 
nance sur ce sujet. A Londres, chez Allen et com- 
pagnie , 1797, in-12 de i5o pag. Depuis les der- 
nieres atteintes portdes par le gouvernement britan^ 
nique a I'inviolabilit^ de |a banque , il est plus in- 
teressant que jamais, sur-tout pour des Strangers, 



JNoupeltes Uttiraires* 415 

de bien connoitra rorganisation interleure de eel 
^tablissement imporlant, et I'ouvrage que nous an- 
Koncons m^rite d'etre rerommanfie sous ce point de 
vue. 

The History of the reign of George 111 ^ 
c'est - a - dire, Histoire de la vie de Georges III , 
par Robert Macferlaa^ torn. IV. A Londres, chez 
Evans, 1796. Ce volume s'^tend d( puis 1790 jus- 
qu*a 1796. Le compilateur a renonc^ a l*impartia- 
Jitd qui le caract^risoit assez dans les volumes pr^- 
c^densj et s'est fait un chaud d^f< nseur du parti 
ministcriel : c'est assez dire sous quel point de vue 
ii preseiite les ^v^nemeus de la revolution fran- 
9aise. 

The History of the Campaign ^ c'est-a-dire , 
Histoire de la campagne rie 1796, en Allemagne et 
en Italic. A Londres, cluzCadell, i797,in 8°. de 
400 pag. L'auteur a eu 6.t% renseignemens esti- 
niables : on re peut esp^rer de le irouver impar- 
tial j mais il n'a point manque au precepte: 

P'litus et in hoste probanda est. 

II rend plus de justice a la'valeur francaise qu'oa 
n'oseroit I'atteudrc d'un Anglais royaliste. L'h^roisme 
de Buonaparte a sur-tout subjugue son admira- 
tion. 

A Narrative _, etc. c*est-a-dire, R^^cit de la con- 

duite de la flotte britannique command^e par I'ami- 

ral Jeri^os J dans le dernier combat conire la Hotte 

espaguole le 14 fevrier 1797, avec 8 gravures re- 

pr^sectant les diff^reutcs pobiiions successives des 



4i6 f^ouvelles Utt6ralrts» 

deux flottes ,par un officierdes troupes de terre deS. 
M. B. A Londres ) chez Johnson , in-40. de 35 pag. 
Des descriptions pareilles ont paru , et in^me en 
grand nombre, du dernier combat entreles Anglais, 
sous l*amiral Duncan , et les Bataves, sous I'ami- 
ral de Winter^ et ei!es tendenl toutes a pronver 
quelle difference les Anglais rneitent entre les Es- 
pagnols et les Bataves , et duquel de ces de'ix allies la 
r^publique franraise doit le plus appr^cier le d^- 
vouement et l¥nergfe. 

An kistoricaL Survey , etc. c'est-a-dire, Ta- 
bleau historique de la colonie francaise de I'lie de 
Saint-Dumingue , contenant un precis de son ^tat 
politique , de ses productions et de ses exportations ; 
un r^cit des calamit^s qui ont d^sol^ cetle contr^e 
depuis 1789 , et un detail des operations militaires 
de I'arm^e britannique dans res memes parages, 
jusqu'a la fin de 1794, par Bryan Edrrards, A 
Londres, chez Sto( kdale, 1797 , in-4°. de 274 pag, 

L'auteur ^toit d6jA avanfageusement connu par 
son His to Ire des Colonies britannLques dans les 
Indes occideniales (6), et par les renseignemens 
qu'on lui doit sur les n^gres-marons de la Jama'ique. 
L*ambition et la cupidite britanniques s'^loient ^ga- ^ 
lenient complues au projet de s*emparer de Saint- 
Dorningue. La Nature, par les fievres jaunes qui 
ont moissonn6 tant d'Anglais dans ces malheureuses ' 
contr^es , la valenr et la politique francaise out 
^irangement dejoue ces projets. — E^warc^j partir . 

(6) II y en a un excellent extrait dani la biblioth^que ' 
britannique. 



ISouueties tlttiraltes. 417 

de la Jamaique eu 1791 , a bord de I'escadre que 
lord Ejfflngfiam envojya au secours dea colons du 
Cap-Fiaiicais , et il s'est lrouv6 ainsi a port^e de 
voir de pres beiucoup de c hoses dont on a constam- 
ment recu en i^Hiuce les avis les plus cootradic- 
toires. II communique^ a la fin de son ouvrage, les 
matcriaux v.ui 'ui ont servi pour sa redaction. Le 
aLt Monstrous J abominable^ unutterable de Mi^l^ 
ton s'applique aux scenes d'hoireur excretes dans 
ce paj's par les negres et par le g< :i6ral Og^. — 
Pius de 1005C00 negres ont actuellement form6 au 
centre de la montagne, iin etat separe que I'auleur 
compare il eel uides Garaibes de Saint-Vincent. Ses 
presages sur Petal fntur de ces centimes sont re- 
marquables. Si les Francais , par de bonnes mesu« 
res , reussissent Sy ^tablir Tordre el la lranquillit6, 
on verra les colons du mojen etat se rendre en 
foule de toutes les iles des Indes occidentales , dans 
cetle colonic si privilegiee par sa fertilite, et il s'y 
formera un empire ( P'Fcst indiaa Umpire ) ^ 
dont toutes les possessions tropicales de i'Eiiropo 
ne tarderont pas a etre sujettes et tributaires. -— 
L'ouvrage entier conlient douae chapitres ; le der- 
nier traite de la parlie jadis espagnole de Saint- 
Domingue , sur laqiielle nous manquious de rensei- 
gnemens jusqu'a ce jour. 



Tome ir. D d 



LIVRES DIVERS. 

Sciences et Arts. 

Journal de Cticole poly technique , ou Bulletin 
da travail J ait d> ce$te Ecole ^ pub Lie par Le 
conseLl d^lnstruction et l^ administration de 
cet ^tablissement ; cinqul^nie cahier J tome 2. 
Paris , prairial an 6. 

Ce cinqui^me cabier n'est pas moins interessant 
que les pr^c^dens ; il contient un apercu des cours 
de iTn^canique pour I'au 5 , par le citox^en Prony. 
— L'extrait d*un memoire du citojen Bremoatier , 
sur les moyens de fixer les dunes qui se irouvent 
entre Bajonne , h. la poiiile de Grave , et l*em- 
bouchure de la Gironde , par le ciloyen Lam" 
blardle j I'^'oge de cet habile ingenieur , par le 
ciloyen Prony, Les professeurs de P^cole ne sont 
pas les seuls qui contribuent ^ la perfection de cet 
inleressant recueil 5 ils adineftent ^galement les pro- 
ductions des Aleves qui se sont distingues. On trouve 
dans ce numero une description de la maniere dont 
se polissent et s'^tament les glares coulees dans 
I'atelier du faubourg Antoine , par le citoyen Sa" 
muel Bernard J eleve de I'ccole. Le ciloyen jp'bar- 
croy a plac6 dans ce recueil , un memoire sur 
Tarome des chymistes francais 5 c'esl I'esprit recteur 
deBoerbaave, ou le pvincipe de I'odeur des vegelauv, 
Le ciloyen Xa^AfZ/i^'^y donne deux menrioiresj l*uii 
est un essai d'analyse numerique sur la iransforma- 



Zlures divers. aiq 

tion des fractions ; Taiitre est si.r le princIpe des 

vitessesnalurelles: le ir.^me sujet est Ir .ite par le 

ciloyen Frony ^ qui y ajoute quelques principes sur 

ia decomposition des mouveniens circulaires. Le 

. ciloyen I^e^eu ^ dans la suite de ses cours sur I'art 

<Ju dessin, traite parliculierement des couleurs 

et de leurs eflTet.s. Le citojen Laplace donue un 

m^moiresur la determination d'un plan qui demeure 

loujo.irs parallele.^ iui-.neme dans le mouvemem 

d'un syst^me de corps agissant d'une maniere quel- 

conque sur ]es autres , et libre de toute action 

^tra.ig^re. Le C. Belgnier y donne la description 

dn djnamomeire ou instrument a niesurer les forces 

et il en indique Pusage ; et le ciloyen Gui/ton consacre 

a Bertrand Pelletier un t^loge qui se fait lire avec 

nit^ret , meme apres tous ceux qui ont ete faits en 

I'honneur de ce celebre chyniste. II est peu de 

. recueils composes par des hommes aussi distingues, 

,1 .etlessavans en doivent de.i.-.r la continuation. 

M I N E R A L O G I E. 

Memoires sur les fossiles des em; irons de Dax , 
par Jacques-Fhancois Borda. 

CrsMemoires sonl accompagnds de planches qui 
representent presque tous les sujels dans leur gran- 
deur nufurelle. Rien n'a 6te neglige pour la per- 
fection des gravures, et pour aiteiudre a la plus belle 
exdcuiion typographiqu e. 

Cetouvrage sera contenu dans trois volumes grand 
Jn-40., accompagn^s de soixante-quatre planches, 

Dd 3 



420 Llvres diucrs, 

dails les proportions de dix-huit poures de hauteur 

sur douze de largeur , qui forraeront un volume 

s^par^. 

II sera imprim^ sur gros-romain neuf de Didot , 
et tir^ a un ties jietit iiombre d'exemplaires , dont 
cent - cinquante sur papier velin superfia nora-de- 
j^sus. 

II part lira en six livraisons; chacune sera com- 
.pos6e de 3oo a 400 pages de texte environ , et de 
dix planches : la derniere livraison seulement sera 
accompagn^e de quatorze planches 5 ce qui fera la 
complement de soixaiite-quatre. 

La direction des gravures est confiee au citojen 
\q Gouaz , artiste deja connu par ses talens et par 
ses travaux pour la ci-devant academie des sciences. 

Les souscripteurs recevront, tous les quatre mois, 
une livraison de cet ouvrage , a compter du pre- 
mier nivose prochaiti. 

Les souscripteurs n*auront rien h debourser en 
s'inscrivant j ils s'obligeront seulen)ent deretirerles 
livraisons a IV.poque ou elles d£)ivent paroitre, et 
d'en payer ie nioniant. 

Le prix de chaque livraison, sur papiernom-de- 
jesus, v61in superfin , est ie 3o francs. 

Celui de chaque livraison de P^diliou inferieure, 
sur grand-raisin fin, est de 18 francs. 

On souscrit, a Bordeaux, chez J. Tournon, m^- 
decin , place Saint-Projet. II faut affranchir la lettre 
de demande , et y inserer I'engagement de sous- 
cviption. 



Jjivres divers, 421 

BOTANIQUE. 

IcoyES fucorunij cum ckaracteribus sy sterna- 
tic is , synonymos auctorum et descriptionibus 
novarum specierum ^ autore E. J. C. Esper, 
Nuremberg , 1797 et 1798, et k Paris , cher 
Juchs 5 rue des Mathuriiis , hotel de Cluny, 
no. 334. 

II paroit deux fascicules de cet ouvrage : ils 
conlieunent ensemble soixante-trois planches qui re- 
pr^senlent autant d'esp^ces du genre fucus , el 
cent virgt'Six pages de texte in-4°. } les descriptions 
et la synonymic sont assez etendues. L*auteur cite 
beaucoup Gmelin,qu'il copiesouvent mot pour mot ; 
la Flore de Norw^ge^ par Gunner , Honttuyn et les 
botanistes anglais : il paroit cependant que le bel 
ouvrage de M. Slackouse,ZVe/-m britanica/\m^r\n\^ 
a Bath en 1793 (r), ne lui ^toit pas connu j car 
il n'en parle en aucun endroit. 

lies soixante-trois planches mises au jour par le 
docteur Esper representent assez fidellement les fu- 
cus qu'il d^crit : elles sont n^anmoins d'une exe- 
cution inff^rieure h celles de M. Stackouse. On pent re- 
gretter aussi que le texle ne soit pas sur plus beau 
papier : il est a d^sirerau surplus, que I'autejr ter- 
mine une eutreprise utile aux progres de Phistoire 
nalurelle. 

De toutes les parlies de la iiotanique , celle dont 
la connoissance est la moins avanc6e est sans co-n- 

(1) Magasin ercycl. ann. Ill , toin. III , pag. 557, 

Dd 3 



4*4 Llvrcs divers* 

tredit Thistoire des plantes marines. Les genres 
yucus J ulvaj conferva. ^ ne soat determines que 
par des caracl^res dipendans de leur forme ex" 
t^rieureou hnbituelle, tres-sujettea varier. Oa trouve 
ineiiie des individus mixtesqu'on range tantol dans 
un genre , tanlot dans Tautre , et qui pent-etre n'ap- 
parlieiinent a aucun. Telles sont les conferves que 
M. Roth a df'cntes sous le nom de ceramuim, Les 
organes generateiirs, si ntcessaires pour ^tablir des 
diagnostics cerlains , sont h. peine soupconn6s dans 
la plupart de ces planfes ; el quoiqu'on appelle ea 
gen(^ral fructification des corpuscules vesiciileux ou 
granuleux, places tanlot aux exlr6mit^s, tantot sup 
le disque, tantot dans la substance meme des feuilles, 
on est encore loin de savoir comment eiles se repro- 
duisent. Aucun botaniste ne se flattera certainement 
d'avoir eleve des races de graines on de boutures, 
etcependant on a I'Qxemple du savant Hedwig,qui, 
apres avoir p^netr6 !e m)^slere de la fecondation 
des mousses, a reussi^ faire lever des plantes exac- 
tement semblables, en seinant la poussiere des cap- 
sules. 

Un grand obstacle a I'etude des plantes marines, 
c'esl la difficulte de les observer en place , et de 
juger leur 6tat hal)ituel , soit au commencement, 
soit au milieu , soit a la fin de leur developpement. 
On connoil h la virile quelques especes rapproch^es 
des cotes , et que la mar^e laisse a decouverl en 
se reliranlj mais il en est d'au ires dont on ne re- 
cueille que des lambeaux arraches du fond des eaux 
par la violence des tempeies , ballotds long -temps 



Lwres divers. 4*3 

par les vagues , et jet^s enfiii sur le rivage , defi- 
gurcs et presque toujours priv^s de quelqiie partie 
essentielle. 

Reaumur avoit examine quelques /^c/zj des coles 
de I'Ocean , avec I'attenlion el le soin doiit il ^toit 
capable; mais ses observations, ainsi que celles de 
Gueltard , n'ont laisse que des apercus sans r^sultats. 
Aiijourd'hui que des notions superficielles ne peuvent 
plus contenler les naturalistes, il faut la patience 
de Leuven-Hoeck et le microscope d'Hedvvig, pour 
apercevoir des phenoiu^nes que la nature, qui re- 
serve toiijours quelque chose k notre admiration , 
semble prendre plaisir a nous d^rober. 

Puisque M.| Ptrsoon a su parlager les chato- 
pignons en soixante - dix - sept genres, kandis que 
BuUiard n'en avoit trouv6 que viugt , il n'est 
pas vraisemblable qu'aprfes un mur examen on ne 
puisse en composer aulant avec les algues r^unies 
aujourd'hui en trois sections, sous les noms de 
^ucus , idva et conferva. Ce beau travail est 
digne d'un observaleur de la fin du dix-huiiieme 
siecle. Boucher. 

M E D E c I N E. 

TrAite sur la manLhre cVeLever sainenient les 
enfans 3 Joride sur Les princopes de La inede- 
cone ctde La physique , par J. P. FRdNK , con- 
seULer d'etat deS. M. I., professeurdechy- 
mie d V Lennc , q\c. eic. traduit de L'aLLemand 
par Michel BcEHRER J mcdecin. A Paris, cliez 

Dd 4 



424 Llvres divers, 

Fuclis , libraire, rue des Mathurins, n©. 33^ ; cliez 
Gabon, rue de PEcole de Medeciue , n®. 33. 

Tout ce qui sort de la plume de Frank est digne 
d*^loge : il a destine ce petit Traite aux parens, 
et particulieremeut aux meres qui ont a coeur la 
«gnt6 de leurs enfang, 

HiSTOIRE, 

JiEJpBRToiRE ^ ou Almanack historique de la 
rei>oluti&n francaise , contenant la cLtation 
Sample et sans aucune refLexton de tous les 
ivenemens Les plus remarquables anlv6s pen- 
dant Les annees $ tt 6^et faisant suite a celuL 
quia para Van dernier ^ avCQ une notice sar 
les rsi'enus et charges publics _, seconde partle j, 
I volume petit In-iz de 5oo pages, Prix , i franc 
8 deciraes , et 3 francs par la poste. A Paris , chez 
Montardier, imprimf^ur - libraire, quai des Au-^ 
guslins, n% 28, tt ch z Lefort, iibraire, grande 
place du carrousel , au coin de la rue Nicaise. Ija 
premiere part e, dont l*ediiion se trouvoit 6puisee, 
vient d'etre r^imprimee avec des sorrections , et 
se vend aux memesadresses, i franc 5 decimes, et 
3 francs par la poste. 

Voyez Tannonce que nou5 avons faite de la pre- 
iniere partie de cet ouvrage (i). 

Voyage. 

yoYAGE plt'cresque de leu Syirle , dc la Pfienl"^ 
(l) 3upt^ 5 sur U couvertiJTe. 



LCvres da^rs. 4*5 

cle jde la Paiestiae et de la Basse-jEgj/f te , 
etc. J premLtre et seconde UuraLsons, 

Nous avons d^j^ donne (i) le prospectus de ce 
grand^et bel ouvrage, qui en a fait connoilre le 
plan. Nous y renvojons pour les condilious de la 
souscription et les details g^n^raux qui lui sent rela- 
tif's. Nous anuoncoDS aujourd'hui les deux premieres 
livraisons qui viennent d'etre publiees. Les planches 
5ont accompagnees d*explications provisoires, qui 
peuvent calmer I'impatience que le lecteur doit 
^prouver de connoitrece qu'elles reprdsenlent , avant 
la publication du texte definitif. Ces expliiaiions 
provisoires sont aussi bien trait^es typographiqu?menl 
que le sera le texte definitif, et h cet rgard eel ou- 
vrage fait le plus grand honneur aux presses de I'im- 
primerie de la r^publique. Les planches ne se 
suivent point ; mais elles sont numeroiees de facon 
qu'il sera facile de les placer dans chaque volume au 
rang qu*elles doivent occuper. Ces explications pro- 
visoires sont ^crites avec simplicity , et aussi insiruc- 
lives qu'elles peuvent Tetre. Elles donnent une id^e 
tres-avantageuse de la manieredout le texte definitif 
£erar^dig6. Voici le sujet des planches. 

La premiere livraison en conlient six. 

I. f^ue du Cenotaphs de Cuius Ccesarj prhs 
de Hems J jadls Emhe.Sa. forme a quelque rap- 
port avec celles des autels du Soleil ador6 a Emese. 
JjSl chaine des montagnes du Mont-Libin oflre une 
perspective agr^able. 

(i) Supri , p?g. i35. 



4*^ Zivrts divers, 

II. Aspect d'une partie dec village de Carta en 
Ga/t/<?e. Ce village est sur la route de Nazareth au 
Thabor. Le citoyen Gajsas a saisi le point de vue 
d*une (onlaine oii des femnjes du pajs vont piiiser 
de Teau. La scene a vraimeut uii caracl^re patriar- 
chal. Les savantes recherches du citojren Dutheil, 
d*apres la marche des voyageurs, jelteront pent-etre 
quelque jour sur la posiliou de ce lieu , qui est encore 
un probleme g^ogrephique. 

III. Vue gin^rale de Jirusalam, Les entrepre- 
neurs de cet ouvrage ont promis des planches dou- 
bles, et de ne les pas compter pour deux, selort 
Pusage ordinaire; c'fistce qu'ils font a roccasioti de 
celle-ci, qui est d'mie tr^s-grande proportion. L'as- 
peel est pris de la hiontagne des Olives, a mi-c6tti 
au-deia du torrent de Gedron , et a I'orient du tem* 
pie ony voit la vallee de Josaphat , la porte doree, la 
grande inosqu^e qui domine le tout. 

Le temple de la Presentation et toute Petendue de 
la ville qui occupe le fond du tableau. 

IV et V. Monument sepulcral des voltes de 
Juda. On y a represent^ I'elcvatfoii geometrale du 
porlique, les orneniens de la frrse , Fentableraent et 
les chapiteanx des colonnes. On voit qxie ce monu- 
ment a duappartenir a Helene, m^re de Constantin 
premier, si cel6bree dans Thistoire ^"udaique du 
mojeu age. 

VI. Diseases de bonne aventare, L'^ lieu de la 
scene est au milieu de maisons de plaisance, sur 
le rivage du Nil , en face de I'ancienne Memphis. Le 
redacteur donnera quelques details sur ces fenimes , 



Llvres divers, 4*7 

parfaitement semblables a celles qu'en Europe on 
appelle Boh^miennes. 

La seconde livraison contient ('galement six 
planches. 

I. Vortt du temple du Soled d Paimyrc. Elle 
fournil le sujet d'une dissrertation savante sur I'ar- 
cliiteclure. La sc^ne est auim^e par des groupes de 
soldats vetus a l*anlique. 

II et III. Portique de Dioctetien, Le c'woyen 
Cassas donne le plan g^om^tral de cet Edifice. II le 
compare avec celui donn6 par les Anglais, qui lui 
est tres'inf^rieur. 

IV. Vue d^an, pay sage agreabie au dessus de 
Trlpo 16. On y lemarque un convent de Derviches, 
desjardins, le cours de la riviere, les sommets du 
Liban blanchis par les neiges. 

V. Entablement du temple du SoleLl d Baal^ 
bek. Le cilojeii Cassas a leproduit au trait le dessin 
de cet entablement donne par les Anglais , et on 
peut encore remarquer la superiority du dessin. 
Cette planche e>t double. 

VI. Cours du JSahr Qdd^s ou Fleuvc saint, 
'Ce fleuve est vulgairement nomin6 /c Kadicha. La 

vue est prise au dessus de Qanobyn, dans une grotte 
du Mont-Liban. Elle est romantique et pittoresque. 

Ces details prouvent con.bien cet ouvrat:e doit 
offrir d'int^ret. La troisieme liVraison contitndra 
quelques feuilles de texte. Nou« nous enipresserons 
de les faire connoitre. 



4*5 Litres divers. 

For AGE plttoresque dc flstne et da La Daima- 
Ue J etc. sixUme Livralson. 

Nous renvovons (^galement a ce que nous avous 
dit siir lo plan de ret ouvrage , qu'il sera n^cessaire 
de joindre au prr-c^dent. Cette livraisou est aussi 
compoaee de six plaiK hes. 

I. Vue du chateau de Luegon Predjama. II. Vue 
du chajeau de Novoscollio on Neukossel. III. Vue 
du fond du grand canal de Trieste, et vue du 
fond du golfe de Trieste, prise du grand chemin 
de VJeune. IV. PJans, 6I6vations et details en grand 
du Temple d'Au^^uste h Pola. V. Vue de la porte 
dite Saint-Gfinjona ou Saint-Chrjsogone a Zaara ; 
entablement de cetle porte. VI. Vue des cotes de 
la Dalmatie et de quelques ecueils semes dans le 
canal de Zaara a Soalatro, ou croisent quelques 
galores; pierres s^pulcrales trouvees a Spalalro (i). 

Antiquites. 

Chotx de costumes civ Us et niUUaires des peu- 
p.es de VaritLquiU , d'aprhs Les nioniimens 
dessinis et gravdspar N.X. WiLtEMiN^seconde 
twravsoa. 

Les six planches de cette livraison compl^tent les 
donze quicouipos'^nt TAfrique ; ellessoiit tiroes des 
meilieores coUecrions de graviires, et en general d'un 
bon choix et bien gravies. TJne notice explicative 
de ces dguze planch-s leraiine ce cahier. 

(\) Voy. ann. Ill, torn, III.p. 335 ; ann. IV,tom. I,p. 28a j 
torn. Ill , pag 279 , ce que nous avous dit de cet bel ouvragc 
et de scs premieres livraisoos. 



I 



Lcpres dithers. 419 

Mythologii. 

Lecons iUmentaires sur La Mijliiologie , sal" 
Vies (Vun Traitd sommaire de L'Apoto^ue ou, 
de tch Fable morale , a I' usage de la jeunesse 
de l*un et de L* autre sexe j i vol. in-12. Prix, 
I fianc 25 centimes , et i franc 60 ceutimes 
franc de port . A Bbeins , chez Lebatard , im- 
primenr-libraire, rue Rationale, n°. 4 ; et a Pfiris, 
chez Fuchs, libraire , rue dts Mathurins, maison 
Clunjr , no. 334- 

Get abrege est tres-succinct ; il ressemble beau- 
coup a celui intitule Connoissance de la MythO' 
togle , dont on a retrancb^ seulement ce qui tenoit 
au christianisrae. La definition que I'auteur donue du 
mot Mytfiotogie est fausse ; mais il ne faut pas 
I'accuser, car c'est celle qu'on trouve par-tout : 
ce Riot est bicn forme de deux mots grees , f^uhs 
el Aoyof, mais il ne signifie pas discours /abu* 
leux. Certes, les Anciens ne regardoient pas comme 
des fables Thistoire consacr^e de I'Drigine des 
nations, des h^ros ct des dicux qu'ils adoroient : 
c'^toient ces histoires qu'ii appeloiont Mijtkcs ^ mot 
qu'il faut conserver en francais, parce qu'il n*a 
pas d'equivalent , et que le mot fable , qui du reste 
ne devroii etre pris que dans sa premiere acception, 
r6cit , ne le rend pas dans I'acception qu'il a aujour- 
d'hui , riclt denue de verlU. Du reste, cei petits 
Clemens sont clairs et utiles pour la jeunesse ; mais 
on n'en fera de vraiment utiles que quaud on reu- 
nira aux piincipaux faits la citation des plus beaux 



i|3o LLvres divers, 

passages cla«;siques et quelqu^s figures , non pas 
comme les figures degoutautes de toutes nos my- 
thologies modenies , niais prises dej^ moniiniens an- 
tiques , comoie cellss des mythologies ^ciiles en al- 
lemand par MM. Seybold et Morits, 

P O E S I 1. 

Le Caleadrler repubUcain j poeme. III d> fas- 
semhUe publlque du, Lycee des arts j le jo 
fnmGiire an 3 , auec la traditctLon en ^Ita- 
Lien mlse a cbti du texte ; precede d'une lettre 
dii cUoyen Lalande ; sutvi de trente - slx 
hy mnes civ iq Lies pour les trente-SLX decadis de 
I' an nee J d'une ode aa vengeuj- ^ accoinpagnee 
d^une lettre du citoyeii Sauit-Ange et de plu- 
sietirs autres poemes J par Cvbieres j cotoyen 
franpals. Prix, 2, francs 25 centimes. A Paris, 
chez M^rigot et chez Chemin , an 7 , in-S<^. de i8i 
pages. 

Un litre aussi defai!16 nous dispense d*une analyse, 
comme le Lom de Fauteur nous dispense d'6Ioges. 
II avoit pris ie litre de Poete de la Revolution 
en tele da la premiere Edition de son poeme du 
Calendrler , et il nous fait pari aujourd'hui dans la 
preface de celle-ci , des raisons qui Pavoient en- 
gag6 de le prendre, el de celles qui i'ont decide a 
le quiller. 

JVo« nostrum tantas componere lites, 

Le citoyen Cubcdres est bien servi au resta 
par ses deux amis , les citoyens Lalande et 



Livres divers, ^Si 

Saint' Ange, Le premier declare qu'il a bien m6^ 
rlt6 de t^astronomie , et il Tadmire d*avoir , par 
un tour de force , mis tout le calendiier eu ces 
douze vers : 

Gfrminal me vcrra caresser ma Lisette ; 
Florenl , de bouquets orner «a collerette ; 
Prairia! , ia mener sur de rians gazoDs ; 
Messidor , avec elle achevtr mes moissoHs ; 
Thermidor , pr(*s des eanx detacher sa ccinture ; 
Fructidor , lui servir la peche laplusmiire; 
Vendemiaire , enivrer ses esprits amoureux ; 
Brumairc , sous uo roilc abriter ses cbeveux ; 
Frimaire , au coin du feu la proclamer veslale ; 
Niyose , ^ sa blancheur offrir une rirale ; 
Pluviose , pour elle affronter les torrensj 
Et Ventose , braver les sombres ouragans. 

Nous observerons feuleirenl qu'apres tout ce qui 
precede , la proclamation de frimaure cause une 
agr^able surprise. 

Le citojen Salnt-Ange s'cxtasie sur les beaut^s 
du stjle et la richesse d'expression qui caract^risent 
Vode au vengeur j il loue ce vers ing^nieux sur 
le t^lcgraphe : 

Chappe de la viatoire a cenfupl6 les ailes. 

II regrelte seulement que cette piece debute par 
un lieu coraraun , et que sa marche soit un peu trop 
m^thodique. heshymnes civCquesXm semblent aussi 
offrir des id^es un peu triviales, et pas loujours 
aussi beureuseraent exprim^es que I'auteur auroit 
pu le faire. « Mais , ajoute-t-ii , quoi qu'il en soit de 
» vos odes et de vos poemes , quMs soient foibles ou 



432 Liutcs divers. 

j> forts de poesie , qu'ils soient u^gHgemment ou 
» correclement Perils, je ne puis qu*applaudir au 
» moiifqui vous les a dict6s. » 

Nous parlageons toule l*estime du citoyen Cu." 
bihres pour son traducteur italien le citoyen Vovo^ 
lerc J mais nous ne partageons pas ^galement son 
eutliousiasme sur la beaut^ des denominations des 
nouveaux mois, II noos paroit contre les regies de 
r^tjiTiologie , de composer uh mot de deuxautres, 
pris dans deux Ungues differentes , comma on I'a 
fait dais messuior et dans fructldor. On a evit6 
cet inconvenient dans M^r/M^^o/"j mais comme oA 
dU therm omdt re ^ Wf^aWoit dire thermodorej etcete 
final devroit aussi se trouver aux deux autres noms, 
comrae il se trouve a DLodore , Theodore , elc- 
Enlin , nous remarquei t,ns qu'on n'auroit pas du 
transporter au sens actif une terminaison qui , dans le 
g(^nie de Tidiorae auquel elle est propre, en a cons- 
tainment un passif. Diodore ^ Apoilodore , etc, 
sign fi. nt en grec ce qui est doanS par Jupiter , 
par Apollo n ; les vc\o\?,inessldor^ thermldorffruC" 
tuiorj designenl les mois qui donnent la moisson, la 
c! aleur, la vendange. — Nous pourrions ^tendre ces 
observations ; mais e'en est assez pour Justifier les 
homes que nous crojons pau voir mettre a no tread- 
mi rntion pour ce qui a si fort excit^ celle du citoyen 
Cub lb res* 

M. 



ANNONCES. 

SrsTEMi unLverscL de principes da droit man" 
time de I' Europe j par Dominique Albert 
AzuNi , tradult de fUallen par J. M, Di' 
GEON ; 2 voZ.Paris, chez Digeon, An VI. 

Nous avons donne dans le Magasin , ann^e HI , 
torn. pag. un exlrait etendu de cet exellent ou- 
trage , ce qui nous erapeche de revenir sur sa tra- 
duction, dont il nous suffit de dire qu'elle le fait 
p.arfaiteraent connoitre : I'auteur y a joint des ob- 
servations iraportantes. 

7jrif des droits d'entrde et de sortie de la ri' 
pubUque francaise^et Stat des prohibitions an 

,■ premier vendemiaire an VJJ. Strasbourg;, chea 
Levrault. Paris, chez Rondonneau , place dn 
Carrousel, an VII. 

JiECVEiL des Lois des douanes de ta rdpubliqac 
J^rancaise , prenudre partie, Strasbourg, chez 
Jicvrault , an VII , un vol. in-8°. de i63 pages. 



TAB L E 

Des articles contenus dans ce numdro. 

M A MM I T i R,i ». I f'oine , opera. Sq-; 

Cuvier. Sur les ossemenf qui\Mcrt dc la citoj-ennt Monn^t. 

S6 tro'u'ent dans le gypse (ie\ 698 

Moftlriiar/re. s&g ^ii rcducteur du Magasln en~ 



C H y M I E. 

rourcroy. Mimoiie sur le cal- 

cul de la ressle. 2(jZ 

Voyage. 

A.L.A M.i\etmaTea\i.Foyage 

He la Psyron.'e. 290 

BlOGRAPHIE. 

Cuvier. Elogedn C Rj/ie.^ig 

Ah CH yEOJ. GI E. 
Discours da cit. Mill'lTi. 335 

M t LA N QE S. 

A. J. D. B. Melanges txtralts 

des manuscrits da madamt] 



cyciopL- :r<fi.'0, 3gg 

Lettic du cilojuii C... mernti} e 

de I'lnstitUf du Caire. 40! 
[dcrn. i^o2 

Tiicdttc frangait de la Repu- 

bluauc. Mtcltel JUont-xigne^oo-^ 

tneUie. 48I 

P. H. Man-on a A.L. Millin. 

Ll V R K S P I V K R. i. 

Sciencps et Arts. 

Journal de I'eoole potyte«hin» 
41a 



qut , etc. 

Mjn?ralogie. 

Neck0r. 355 J. F. Borda. Mem:ires sur let 

KOUVELLES ET CORRESPOjN- JouiUes d«s environs de Dax^ 
DANCE LITTl^RAIKES.^^ | 419 

JPrgmieie sianct de lasocieU\ Bolanique. 

d'emulation d'Abb»i>ilU. 876 E. J . C.Espcr. lames fucomm 
Court du Lycee )epublicain,3S3\ cum cnaracteribus sjfstenia- 
Sur ies IraducUons. 884 ticis j etc. 42! 

Gazelle de Musique. 385 ( Medecine, 

Edition complete des GEuvres\5 . V .Vxb.a'k. rraiic suv Ij -na- 
t. ibid.' niere d*eUi>er sainement la 



de Mozart, 
Jnsccte propre a guerir le mal 

de dent. 386 

Ouvruties prohibis a f^ienne. 

887 

Ann once des Poesies ori^iuales 

d Ossian. " 388 i 



enjans 



A- 



etc. 
Histoire. 

Repertoire ou Ainianae his 
tcrique de la rei'olutiofi /ran- 
qais» J etc. 48^ 

Voyage. 



F,pitaphe la tint de Ramler,'o3g\F'qyage pittoresque de la S/rie^ 
Piibl-cation du premier 'vohime\ etc. ibid. 

<iM Horlus ^ch.onhx\iiinea»\s.f Voyage pittortsque de I'Istrie 

ibid, j et de la .f)iTlni(itie , etc. 428 

Sur la littcrature anglaise. 'dg^i Ai.tiquit^s. 

Mart de Jacques Mrcz. SgilN. X. '\VJii'»miu. Choix des 

J}lort des predicateurs 7^i<-u\ costumes ei.'ils et militairfs g 

Loo ct BouUier. ibid. etc. ibid. 

Mart de Van Santen. . 492} Mythologie 

Reunion du cabinet des and- T,econs eUittentaiies sur la My 

qucs de la bibliotheque de\ thologie , etc. 431 

iViennefO, celui des medailles.s Po^sie 

394'Cubieres. i# Calendricr repi 
Carricatures anglaises. 895 blieain , 4tG, 43( 

Thedtrt Faydiau, JJ* AiU^- » 



(N^ 1 6.) i". Nivose an 7. 

M A G A SI N 

ENCYCLOPEDIQUE, 
o u 

JOURNAL DES SCIENCES, 

DES LETTRES et DES ARTS, 

R i » I o i 
Par A. L. MiLLiIC. 




AVIS DES EDITEURS. 

Le prix de «e Journal est fix^ : 

^ 9 francs pour trois inoi« , 
18 francs pour six mois , 
36 francs pour un au , 
tantpour Paris que pour let Departemens, frano (Le potl^ 

O N peut «*adresser au Bureau du Journal p«ur se pro* 
•urer tous les Livres qui puroissent en France et ches 
J'^ttaiiger , et pour tout ce qui concern* la Librairle aa- 
•ieune et moderoc. 

\j E Journal , auquel la plupart des hommes qui ORt 
un nom distingu^ , uiic repulation justemeut acquis* 
daijsquelquepartiedesaitsou des sciences, telsquele* 
citoyens Dacbfnton , J3olomieii , Dfsgenettes ^ 

SiLVESTFE DE SaCY, FoORCROY, HALti, HERMANN, 
SCHWElGHAUSERj LaCJ^-PEDK, LaNGL^S, LaLANDE, 
XiAGRANGE , LeBRU?J , MaRUON , MeHTELLE , 

Barbier-Dubocage , Morellet , Noel , Oberliw, 
Chardon-la-Rochette, Caillard, Saint-Leger, 
Van-Mons, Traolle j Leveille, Cousin, CuvieHj 

2 0/71^ i^, (^ 4^"®. An. ) 



©boffroy^Ventet^at, Cat ANitos, Usteri, Bot:t- 
TiGER^ViscoNTT, ViLLoisoN,etc. etc. ont foiirni des 
M^mojr.vs, contient I'extrait des principaux ouvrayes 
nationauxron s'attache sur-tout a en donner uije ana- 
lyse exacfe, et a la faire paroitre le plus promptetnent 
possible apr^s leur publicatioii.Oo j donne nne notice 
des meilleurs Merits imprimf^s cliez Peh-anger. 

On y insere les memoires ies plus int^ressans 
sur tontes Ies parties des arlset des sciences: on choi- 
lit Sir -tout ceirx qui sent propres a en acc6l6rer 
les progres. 

On V pnblie les d6couvertes ing<§nieuses , Ies inven- 
tions utiles dans tous les genres. On yjead compte 
dp> expfM iences nouvelles. Ony donne un precis de co 
q\if it s ^rfi.aces des socH'lh iitleraires ont offert d« 
pUis iiUeie^sant ; line dosrnptlcj-. de ce que les cl6p6ts 
d'()b;pls d'ai is et des sciences renferment de plui 
ctu'ietjx. 

On V l«(>iive des notices sur !a vie et Ies uiivrages 
des Savans, des Litterateurs et des Artir^tes distingu^ 
doiit on regrette la perte j enfiu , les nouvelles litte- 
raires de toute espece. 

Ce Journal est compost de six volumes m- 8^. par 
an , de 600 pajjes chacun. II paroit le premier d« 
chaque mois. La livraison est djviste en deux nu- 
m^ros , de chacun 9 feuilles. 

On s*adresse, pour rabonnement, k Paris, au Bureau 
Am MAgasin Encyclop<^di(]iie , rhez le C. Fuchs , Li- 
braire, rue des JVJathurins , h6tel Cluny. 

A Amsterdam J ^{j" !j veuve Changuion et d'Hei>S5t. 

A Bruxelles , cher Lpmaire. 

A Florence , chez Moliai. 

A Fraocfort-sur-leTMein , ohez Fleischtr * 

A Hambourg , chez Hoffmann. 

A I eip>ic , chez Woif. 

A Leydfl , chez les freres Murray. 

A LoDcltes . cbez de Boffe , getard Stret*. 

A Strasbour^^ , cliez Levrault. 

A Viennc , ch.'Z Degen. 

A Wesel , chez Geisler , Directeur dci Fostgi, 

II Uui adiauchir l^s icttres. 



PHYSIQUE ANIMALE. 

CoMPTE rendu d la classe des sciences ma- 
tk6niatique et physique d.e ClnstUut natio* 
nal J des premieres experiences faites en flo* 
r6at et praLrual de fan V ^ par La commis- 
sion nomniee pour examiner et verifier Les 
ph6nomhnes du gahamsme (r). 

x_iE savant auteur du rapport de ces nouvelles ex- 
periences a cru , avec raison , qu'il imporloit de ne 
pas les presenter dans le meuie ordre qu'elles avoieiit 
^te faites : il a pense qu'il eloit plus convenable 
de classer en. quelque sorle leurs resullats pour en 
faciliter I'inleiligence , et ne porter aucune con- 
fusion dans I'espril de ses lecteurs. 

Tous les physiciens de I'Europe connoissent au- 
joiird'hui le proccd^ que i'on suit pour produire la 
plienoniene merveilleux qui a pria le nom de gaU 
vanlsnie. On sait qu'il consiste h. faire rommuni- 
quer enlr'eux deux points de contact, plus oumoins 
distans I'un de I'antre , dans une suite d^organes 
nerveux et musculaires, au moyen de i'appareil exci- 
tateur. Tout !e systeme de cette communication pent 
^tre consider^ eomme un cercle complet divise eii 
deux portions ; la portion formee par les organes da 

(i) La commissioD etoit compos^e des citoyens Coulomb, 
Sabalier , Pelletan , Charles , Fourci'oy , Vaucjuelin , Guy- 
ton et Hall6. Le? citoyens Venturi, de Mod^ne, et M. Huna-- 
boldt se sent reunis aux commiseaires. 

I Tome li^. Ee 



484 MkysLque anitnate. 

ranlmal , soumis k Texperience , est appel^e arc 
animal • celle qui se com|)ose des instruinens gal- 
vaniques est ddsign^e soils le titre d'arc cxcUa' 
teur. Ajoutons que cetle derniere portion du cercle 
est elle-meme construile le plus souvent de pUi- 
sieurs pieces; lesunes, plac6es sous les parlies de 
PaDimal entre lesquelles on veut etablir la communi- 
cation, sont appelees supports , armatures ^ etc, 
les a u ties prennent le nom deco/nmunlcateurs , par- 
ce que c'est par elles que la communication est eta- 
blie. 

Cela pos^j Pa u teur divise son rapport en six ar- 
ticles principaux, ou il examine successivement, 
1°. les r6sultats des combinaisons et des dispositions 
varices des parties qui forment Varc aniinaL'^ 2°. ce 
qui a ^te observe sur la nature et les dispositions 
respectives de Varc excUateur ; 3^. les circons-« 
tances etrangeres a la composition du cercle ^alva- 
nique , et qui , par leur influence , determinant , 
font varier ou detruisent le succes des exp(^riences 5 
4". les raojens proposes de faire varier , d'enerver 
ou de retablir la susceptibilite galvanique ; 5<*. les 
premiers essais de comparaison entre les pheno- 
menes galvaniques et les phenoraenes electriques ; 
6°. enlin, les experiences suppl6mentaires, faiies 
sous les jeux des commissaires par M. Humboldt , 
et relatives a. plusieurs des ^preuves contenues dans 
les articles qui precedent : nous allons exposcr les 
i^sultats majeurs de cesdiff^rens articles. 



Gaivanlsme. ^35 

ARTICLE PREMIER. 

De L'arc animal. / 

Les experiences contenues dans ce premier ar- 
ticle sont au nombre de vingt ; les sept premieres 
out pour objet les differens rapports des nerfs avec 
les muscles auxquels ils se distribuent ; dans les 
treize dernieres , on a proc^d^ en liaot ou en cou- 
pant les nerfs , la ligature ou |a section etant com- 
prise enfre les extr^mites de I'arc ; sur des neifs 
pris de dififerentes parties et de diff^rens animaux, 
associ^s et reunis dans le meme arcj sur le nerf 
seul , ou le muscle seul ^tant compris entre les ex- 
tremites de Tare excitateur : on a interpose, entre 
les supports et les parlies soumises ^ I'epreuve , 
des portions de muscles ou des nerfs etrangers h. 
ces parties, et enfin on a aussi op^re sur I'animal 
reveiu de sa pcau et de son epiderme. II eut ^te 
sans doute a d^sirer que nous eussions pu examiner 
avec quelque detail les nombreux essai» compris 
dans cet article^ mais trop resserr^s p.ar les bornes 
de ce journal, nous nous bornerons h, extraire iit- 
t^ralemem quelques conclusions que \q% commissaires 
de rinstitut ue presentent du r^^ste que comme des 
apercus qui ont besoin d'etre contirmds par des 
reeherches ulterieures. , ' ' 

D'apr^s les experiences tent^es sur Tare animal , 
ils pensent qu'on peut pr^iumer j 

I*'. Que I'arc animal peut etre form^ , ou par 

E« 2 



^36 Physique aniniaJe. 

des nerfs et iies muscles contigus entr'ciix, on par 

des neifs seuls , sans inter positicAideimiscles; 

20. Que par consequent la parlie essenlielle de 
Pare animal est ndcessairement composee par los 
nerfs , puisqne K-s muscles eux-memes peuvent lou- 
jours (lire consid^r^s comme plus ou moins pen6- 
tr^s par Ics nerfs qui s'y distribuent , el sonl par 
consequent en partie un orgaue nerveux ; 

30. Que toutes les parties de I'arc animal doivent 
en general etre continues ou contigues enlr'elies ; 
mais 'que la simple couti^uile suffit pour donner 
lieu eux phewomenes galvatiique* ; 

4«'. Que la secliDn d'un neif ou sa ligature n^infsr- 
rotiipl point Tare animal , pourvu que Ics parties 
liees ou divis6^s restent contigues entr'eiles; 

50. Que la diversitd des parties r6unics dans I^ 
formation de cet arc, soit prises dans diBerens or- 
ganesdu meme individu , soit prises m'eme d'indi- 
vidus differens, n*interrompt poinrPfht'egrit6 de " 
I'arc, pourx^u que toules les parties donl il est foraie 
restent contigues enlr'elies; 

6°. Que I'iiiteuriie de Tare animal, rompue par 
la division de quelques-unes de &c& partus, et par 
une distance quelconque entre ses parties divis^es, 
peut se retal.lir par I'interposition de quelques subs- 
tances non animales' ,parliculierement de substance s 
nletalliques, pourvu que, dans cetie interposition, 
la contiguity de toutes les parlies soit constamment 
maintenue 5 

70. Que les organt s musculaires, qui , par leurs 
contractions , mauifestent les effots de rinauenc^ 



Galvanisme, 437 

galvaniquc , sont toujonrs ceux dans lesquels vont 
definillvenient se terminer les nerfs compiis dans 
I'arc animal complet : 

II suit de I^que les muscles aflfectes sont toujours 
ceux qui r^pondcnt a I'extreniit^ de Pare la plus 
61oign(5e de I'origine dos nerfs qui le composent; 

8". Que quand I'origine de tous les nerfs qui com- 
poscnt Tare animal est tonrn^e vers una de ses ex- 
trc^inil^s , les muscles seuls qui respondent a Pautre 
exlr<?mite ^prou^'ent les convulsions galvanic^ues ; 

9°. Que quand un arc animal est compose de 
plusieurs fystemes de nerfs differens , dont les ori- 
gines r^pondent au milieu de i'arc, les muscles de 
ces diflerens syst^mes se meuvent ("galement a ses 
deux extr^mit^s ; 

10°. II paroit ^galcnent demonir^ par plusieurs 
des experiences qui ont ^\6. dc'laiil^es dans cet ar- 
ticle, que Ton ne peut absolument admeitre i'opi- 
rion de ceux qui ont attribue 'es pht^nom^n'^s gal- 
vaniques au concours de deux influences differen- 
tes et rorrespondantes de la part du nerf et du 
muscle, et qui ont compart les rapports du nerf 
au muscle, dans ces ph-nomenes, aux rapports 
des doublures inlerieure et ext^rieuie de la bouteille 
de Ley da ; 

11°. IL paroit enfin que le revetement de I'epi- 
derme dans les animaux entiers est un obstacle au 
developi ement des effets du galvanisme, et que, 
loisque per son extreme t^nuite il ne les inter- 
Tompt pas tout a fait , il les afifoiblit du moins Ir^s- 
sensiblement. 

Ee 3 



435 Physique animated 

ARTICLE 11. 

De I' arc excLtateur. 

Trois pieces , faites de metaiix dlff^rens , concou- 
rent prdinairement k former I'arc excitaleur. L'une 
est en contact avec le nerf , i'autre avec le muscle ; 
la troisieme etablit la communication entre la pi^ca 
ou I'arnature metallique du nerf, et la piece* ou le 
support du muscle. Gette disposition n'est pas rigou- 
reusement n^cessaire 5 mais du moins elle paroit etre la 
plus favorable. 

L'arlicle consacre h. I'exaraen de Tare excita- 
lenr renferme sept sections principales ; la pre- 
miere a pour objet les experiences faites avec les 
substances m^taliiques, et dont le but a et6 de con- 
noil le les eflfeis qui resulteroient , jo. du nombre 
et de la diversite des pieces m^lalHques qui entrent 
dans la composition de I'arc ; 2°. de leurs diffe- 
rens melanges ou alliages ; 58". de la friction d'un 
xn^tal sur Paulre ; 4". les divers elats dans lesquels 
se trouvent les metaux diversemeut mineralises : la 
deuxieme section pr(5sente les r^sul tats relatifs a I'u- 
sage des substances charbonneuses, dans la forma- 
tion de Tare e.\citateur ; la troisieme, les effets des 
corps non co;iducteurs , ou mauvais conducteurs 
de reiectricit(^ , tels que lejayet, rasphalte,le sou- 
fre 5 le succin , la cire a cacheter , le diamant , etc» 
et dans la quatrieme , on a examine ce que pro- 
duisoient I'eau et les substances huraect^es d'eau , 
iuterpos^es entre les diff6reules pieces de Tare exci- 



GaLvanlsme, 41^9 

tateur. Enfin , les comniissaires de I'lnsfitut ont 
forme Uurs arcs excitaleurs , 1°. en faisant eux- 
memes la cbaine de cat arc 5 20. en y inlrodiiisnnt 
des substances animales privies de vie ; 3°. en frot- 
tant les supports avec les doigts non rnouiil^s , et 
leur imprimaut ainsi , autant qu'on le pent presu- 
mer, la seule trace de la traospiralion cutanee. lis 
ont fait quelqwes experiences comparatives , pour 
di'terminer les rapports enlre I'etendue et la gran- 
deur des surfaces des pieces qui forment cet arc , 
et les effets qui en resultenl ; et enfin ils ont aussi 
dcduit , de la comparaison de leurs experiences , 
quelques prt'somplions sur les rapporls d'efficacit6 
entre les differentes pieces de I'arc excitateur, em- 
ployees pour etablir la communication galvanique. 
Les details curieux de toutes ces observations no 
sont pas susceptibles d'etre abrcg^s : nous les omef- 
trons pour nous en tenir aux reflexions suivantes , 
auxquelles elles ont donne lieu , et que les com- 
missaires de I'Institut proposent comme corollaires 
et comme objets de verification. 

1°, La disposition de l*arc excitateur la plus Fa- 
vorable aux effets galvaniques est celie oii il est 
compose de Irois pieces au moins , de difft'rente na- 
ture , prises parmi les metaux, I'eau et ks subs- 
tances bumides , les substances cliarbonneuses et le» 
substances animales denuees d'epiderme. 

20 Get arc j;aroit cependant ^tre efficare , ni^me 
etanl forme d'une seule piece ou d'une seu'e nature 
de substance convenable ; mais en general I'iilen- 
tite de nature dans les pieces qui le coinposent, e^ 

£e 4 



449 Physique anlmale* 

spicialement dans les supports qui en forment les 
extiemit6s , en affoiblit au moins tres-SGnsiblement 
les effets. 

3°. La moindre difT^rence de nature apport^e dans 
ces paities , soit par le plus foible alliage , soit 
par le simple frollement de substances etrangeres 
et coromunicalnces , suffit pour rendre a I'arc ex- 
cifateur lVfficacit6 que lui auioit ol^e I'idenlit^ des 
substani-es. 

40. De meme que Pare animal pent etre com- 
plete par des substances metal licjues ou capables 
d'entrer dans la composition de I'arc excitatewr , 
de meme I'arc excitateur peut etre complete par 
les substances de nature a former I'arc animal. 

5"^. L'cfficacit^ de I'arc excitateur , a Msi que celle 
de Tare animal, sont ^gaiement suspendues par la 
s^paralion, ou au moins par une distance suffisante 
ejitre les pieces qui les composent. 

,6°. La plus foible humidity paroit ^galement suf- 
fisante pour unir les pieces de I'arc excitateur, el 
determiner Teffet qu'el'es doivent produire sur I'arc 
animal. 

7^. Par , consequent on cont^oit que I'influence 
de I'etat de I'atmospbere , et des circonstances en- 
vironnaiites sur le succes d.rs experiences galvani- 
ques , peu vent etre tr^s- grandes , et que , pour eiablir 
une parfaife identity qui les rende comparables, il 
jToUl lf_nir compte de Petat des iustrumens mei^reo- 
logiques , et sur-tout hjgrom^triques , et egalement 
de rir.flueuce des peisonnes qui font I'experience 
pyr J^ sphere meme de celte experience. 



GaCvanCsme, 441 

8°. Les experiences rapportees dans le chapitre 
de Tare animal, ainsi que celles qui ont ^t^ lailes 
sur Pare exciiateur , relalivemeut aux elfets com- 
pares des chairs animales, soit d^pouiliees , soil re- 
couverles de I'epideime , et de tet rpiderme seo 
ou mouille , semblent autoriser a meitre cet epi- 
derme au nombre des substances qui affoiblissent ou 
inlerceptent les effets de Tare exciiateur. II est aussi, 
comme les poils et les cheveux , au noir.bre des 
substances qui participent de la nature des substan- 
ces LdLO-eLectriqueS' 

9°. Si l*on examine les substances qui peuvent 
entrer dans la formation de l*arc excitateur , on 
volt que la plupart de celles qui ont ete employees 
avec succes sont du nombre de celles qu'on compte 
parmi les substances susceptibles de servir de con- 
ducteurs a I'electricite , tandis que celles qui ont 
servi pour en interrompre les effets sont la plupart 
des substances connues pour retarder la transmis- 
sion eiectrique. 

jo". Enfin il paroit que I'effet galvanique est dans 
un certain rapport, uon-seulement avec la nature des 
pieces qui forment I'excitateur J et avec leurs dispo- 
sitions respectives, mais encore avec leur ^tendue, 
et sur-tout avec la grandeur des surfaces par les- 
quelles elles semblent le transmettre. 



44* Ffiyslquc anomate. 

ARTICLE III. 

l)es causes etrangcrcs ct La composition da cer- 
cle galuanique , et des deux arcs qui le com- 
posent y et qui neanmoins ont une irifLuencs 
ev ideate sur te succ^s des experiences. 

On reraarquera dans cet article , le meme ordre el 
la meme precision que dans le precedent. Les coni- 
rnissaires de Plastitut se sont d*abord occupes des 
differences relatives a Tefat des parties exposees k 
Taction galvanique. lis ont eu occasion de s'assurer 
plusieurs fois que des grenouilles finichement pe- 
ch^eSjOu celles qui ont ^\h gardees dans un bocal 
plus ou moios de jours 5 que des ineiiibres fraiche- 
ment ecorch^s , et qui n'ont point 6t6 soumis aux 
epreuves galvaniques , ou ceux qui ont d(^ja subi des 
•xp^riences mulfipliees ; que des iDembres qui ont 
^te laiss^s en repos apres un certain nombre d'essais, 
et qui ont ete repris ensuite, ou des membres qui ont 
et6 sans interruption soumis a une s^rie d'exp^- 
riences, lie pr^sentoient pas les m^mes phenomenes. 
lis ont ensuite examine les differens effels du mode 
du contact sur le succes des experiences lorscjue la 
grenouille est forte et vivace, quel que soit I'ordre 
dans lequel on porte le conimunicateur d'un support 
h I'autre : qu'on metle le conimunicateur en contact , 
ou qu'on rompe le contact en le retiranl ; qu'on ap- 
procbe doucement ce communicateur du support au- 
quel il doit atteindre, oil qu'on I'y porte avec rapi- 
dile,ilja peu de difference dans les effets, et la 



Gahanlsme. 443 

convulsion est, au moment dii contact, vive et 
prompte : il n*en est pas de m^me Icrsque la grc- 
nouille est fatiguee; enfin, dans les deux sections 
qui termineiit cet anicle, on s'altache a nppr^cier 
I'influence que les experiences ont les unes siir les 
autres par le seul effet de leur succession, ainsi que 
celle qui est exerc^e par la nature dss milieux, tels 
que Fair ordinaire, I'eau et I'atmosphere electriqua 
ou les experiences ont eu lieu. Suivent des consi i^- 
rationsauxquplles on a ^te conduit par TensetDble 
de loutes ces experiences; elles sont ainsi concues : 

1°. L'influence galvanique paroit en beaucoup de 
circonstances s'exciter par I'exercice, s'epuiser par 
la continuit6 du raouvement, se reparer par le 
repos. 

2P, La multitude des causes qui pruvent ^viderti- 
ment influer sur le resultat des experiences g-Tiva- 
niques, et les faire reussir ou manqoer , doit , jus- 
qu'a cette lieure, inspirer beau.oup de reserve a 
liier ou a affi.mer le succes des exp(^riences annon- 
cees, a moins qu'on n'ait la certitude dVn pouvoir 
apprecier loutes les circonstances influentes. 

3". line des circonstances qui demontrcnt le plus 
ce qui vient d'etre dit , est ccl'e dont on a rapport6 
I'efTet sur la continuation clu spasnie galvanique 
lorsque le communicateur , mainlenu par la main, 
sembloit persister constamment dans le m(ftne point 
du contact, el ou on s'est convaincu qu'il y avoit un 
changement r^el dans ce contact malgre I'immobiliie 
apparente du communicateur. 

On en peul conclure encore que le moindre chan- 



444 Fkysiqae animate, 

geraent dans les situations respectives des parties du 
cercle galvanique et de Tare excitateur pent pro- 
duire un effet dans raiiimal susceptible, et en impo- 
ser siir le succesd'une experience, si Ton ne fail pas 
attention a cet ^gard aux plus legeies variations. 

4®. Les experiences dont on a expos6 le detail sur 
les rapports des mouvemens galvaniques avec I'ap- 
proche ou la retraite du communicateur viennent 
encore a I'appui de la prec^dente proposition , et 
prouvent que tous les momens de Texp^rience ne 
doivent pas etre observes seulement collectivement, 
niais ^tudi^s dans leur succession et dans les differens 
temps de Topdration. 

5''. II semble qu*il y ait dans la formation de I'arc 
excitateur, inddsp^ndainment des manieres de se 
comporter dans les operations galvaniques, des dis- 
positions enervantes et des dispositions excitantes, 
dont les unes, non-seulement sont ou ne sont pas effi- 
caces, niaisdlsposent outre cela Panimal a une plus 
ou moiiis grande susceptibility dans les experiences 
suivantes. 

6°. II est egalement inaportant de s'assurer, pour 
l*exactitude des experiences et leur appreciation, d? 
I'etat de I'animal , de la mauiere dont il a ete con- 
serve et entretenu jusqu'au moment de I'epreuve de 
I'etat de I'atmospliere , snr-tout relalivement a l*hy- 
gronietre , et sans doute aussi relativement au ba- 
iome;re , au thermometre et a I'electrometre. 

7®. Enfiu il seroit a desirer, en faisant uu etat des 
experiences de differens genres, qu'on put les dis- 
poser dnns t'ordre de leur efficaciie , et en faire une 



Gatuanisme. ^45 

cchelle gati^anlifue qui ]puX aider a determiner quel 
est le degr^ dt^ susceplibilif^ de Tanimal pris d^ns lei 
^tat ou telle position, a quelles exp.rienries on peut 
le soumetlre a raison de cette susceplibilit^, a esii- 
iner, d'apres la s^rie d'exp(^riences plus ou moins cf- 
-ficaces ou int-fficaces, la vaieur des circonstances dans 
lesquelles on se trouve chaque jour ; eiifiu, par \k h 
juger a quel point le succ^s ou le non-succ^s d'un^ 
:exp(^rifnce peut donner lieu h des conclusions cer- 
taines et absolunaent negatives ou affirmatives. 

ARTICLE IV. 

Experiences sur Us nioyens de falre varler ^ 
d'eaeiver et de retahUr La susceptlbUit6 des 
anoniaux dans les experiences galvamques, 

Dans cet article on examine, i^. I'lnfluence de 
I'^lectricit^ sur la susceptibility des aniraaux aux 
^preuves galvaniques j 2°. les effets qu'ont sur les 
propri^t^s galvaniques des organes musculaires, cer- 
laioes liqueurs, telles que Talkool et I'acide muria- 
tique oxiji^ne, la dissolution de potasse et celle 
d'opium ; 3°. enfin les commissaiies de I'lnstitut pr^- 
sentent un expos6 exact des experiences faites h 
r^cole de medecine de Paris, dans la vue de deter- 
miner les modifications qu'^piouve la faculty gal- 
vanique dans les divers cas d^asphyxie. Ces expe- 
riences ont ete tentees sur des animaux k sang chaud , 
dout les uns ont ete asphyxies, soit par la submer- 
sion, soit par la strangulation, soit par Taction do 
differens gaz, el d'aulres ont p^ii dans le vide ou 



44^ Physique animate* 

par des d^charges elect rjques. On j voit , i©. que la 
susceplibilite a ele enlierement an^antie par les as« 
pbyxies dans le gaz b3f-drogene sulfur^, par la va- 
peur du charbon et par la submersion de I'animai 
suspendu par les pieds de d rriere ; 2". que la sus- 
ceptibility a et6 suspenriue pnr I'asphyxie dans 
I'acide carbonique pur , sous I'appareil au mer- 
cure; 3*^. que la susceptibility a ete affoiblie, mais 
non aueantie dans les asphyxies causees par le gaz 
hydrogene sulfur^, ajant perdu parlie de jon soufre 
par le gaz ammoniac , par le gaz azote, par les gaz 
^puis^s par la respiration, et dans les animaux qui 
ont p^ri par la submersion ; 4*^. que la susceptibi- 
lity a subsist^ sans alteration apres les asphyxies pro- 
duites par la submersion aans le mercuie , par 
Pefiet des gaz hydrogene pur, hydrogene carbone, 
acide muriatique oxigen^, acid3 sulfureux; par la 
strangulation , par la privation d'air dans la machine 
pneumatique, et par les decharges d'une batterie 
eiectrique. Les resultats oblenus des experiences 
failes a I'ecole de medecine ont donne lieu aux re- 
flexions suivantes : 

1**. Si toutes les asphyxia se ressembknt par la 
privation d'une atmosphere respirable , et 1 1 sus- 
pension des fonctions du poumon et de la circulation, 
elles different beaucoup dans lenrs autres efleJs, 
selon la nature des substances qui les causent. 

u!^. Parmi ces causes, les unes paroissent agjr 
phis profondement, et penetrer h. la fois toutes l^jj 
parlies des syst^mes nerveux et muscuaiiesj 
d'autres au contraire semblent n'avoir qu'une action 



1 



Galvanisme, 447 

superficielle , et ne produire rien au-dcla de I'as- 
phyxie pulmonaire et de ses effets immcdiats. 

3°. Un des c!;an^emens les plus remarquables 
parmi cenx qui ne sont pas born^s aux organes res- 
piratoires , consiste dans Ics alterations qu\ prouve la 
suscGptibilite galvanique, et a cet ^>:ard les diverses 
causes d*asphjxie different encore considerablement 
les unes des autres. 

40. L'etat de I'irritabilile musculaire ^prouv^e 
par le mojen des corps donl i'action m^canique sol- 
Jicite la contraction des muscles en les irritant, ne 
correspond pas toujours, a beaucoup pres, a I'elal 
de leur susceptibiiite pour le galvauisnie. 

5°. Enfin , les causes des asphyxies n'agissent pas 
de la meme maniere sur toutes les parlies du sjs- 
leme musculaire, et le coeurest tres-souvent dans un 
etat tres-different de celui des autres muscles. 

ARTICLE V. 

Premiers essals de comparaison entre les phi- 
nomknes gaivaniques et Les pkinomhnes 6Lec- 
triques. 

Ce point particulier de physique animale est 
sans doute un des plus importans a verifier : 00 
n'ignore pas d'ailleurs que c'est en observant les 
monvemens des grenonilles k une certaine distance 
d'une machine ^lectrique dont on tiroil des ctin- 
celles , que Galvani fut comme involontairement 
conduit a sa d^couverte. Aussi Ie« coinpiissaires de 



44B Physique animate, 

rinstltut ont-ils tent^ quelques essals pdnr apfit^-* 
cier les rapports du galvanisme avec I'electricitd, 
S*occupant en premier lieu de la susoeplibiiii6 des ani- 
maux pour les influences ^lectriques , ils ontcherche 
a connoitre jusqu'a quel point les animaux , de* 
poiiilles de I'enveloppe naturelle de leur epiderrae , 
devenoient sensibles aux variations ^lectriques qui 
s'opereut auiour d*eux dar^s Fatmosphere qui les 
environne. Comparant en second lieu la suscepti- 
bility pour I'electricite , avec la susceptibilite pour 
le g^lv^anisme, ils ont vu qu*ll existe des quantites 
d'electricite ties-sensibles et tres-appr^ciables par 
les ^lectroraetres ordinaires, quoique tres-imparfaits, 
qui ne font plus d'effet sur une grenouille sur la- 
quelle le galvanisme conserve n^inmoins toute soa 
influence. Les commissaires se proposent d'entre- 
preudre des reoherches uilerieures sur cette matiere , 
qu'ils ne regardent encore que comme ehauchee. 

ARTICLE V L 

Experiences s up pie me nt aires faltes sous les 
yeux des commissaires ^ par M. Humbqldt ^ 
et reiatives d ptusleurs des epreuves contenues 
dans les articles pr6cedens. 

L'autcur du rapport a rduni dans ce dernief 

article, non - seuienient les experiences faites par 

M. Humboldt sous les jeux des commissaires , 

rnais encore toules cellesqui ont ete annonoees par ce 

celei)ie phjslcien , et dont le succes ne pouvoit etre 

obtenu dans la saison oii [qs commissaires ont op^r^e 

Le» 



GatvanUme* 449 

Les premieres sont dispos6es dans le m^roe ordre 
que les niatieres trail^es dans les cinq aiiicles qui 
precedent. II en r6sulte : 

i^. Queerest sans fondemer.t que plusieurs pby- 
siciens ont assur6 que les experiences galvaniques 
n'avoienl aucun sneers sur le coeur el les aulres 
muscles dout l*^s contractions sout independantes da 
la volonte, piiisqu*eu eflfet cca organesont eprouv6 
raction galvaniqu-?. 

2**. Que les effets du galvanisme sont interrompus 
par la ligature d'un neif , toutes les fois que la li- 
gature et la portion de nerf qui est au dessous 
sont comprises dans les chairs et environnees par eiles. 

3°. Qu*on pent r^tabhr ou annulier refFicacit^ de 
I'arc excitateur , malgr^ I'identiie des supports , el 
saus changer aucuneiiient les extr^raites de cet arc. 
II suffit pour cela de changer seulement les rapports 
des rnati^res interm^diaires. 

4^5. Qu'il y a des atmospheres galvaniques. 

5^. Que des substances 6minemm^nt conducfrices 
de I'eleotricit^ suspendent n^anmoins la commotioa 
galVanique. 

II est d'autres exp<''riences propres h M. Hum- 
boidt, donl les commissaires de Plnstitut a'annon- 
cent les principaux r^sullats que comme des objets de 
v^rificat.on, en attendant un temps plus convenable 
pour les ri^p^ler. 

Tel est le sommaire du compte rendu que nous 
nous ^tions propose d'analyser; nous ne nous per- 
m?*ttions aucune consideration qui nous soit parti- 
culiere sur un nouveausjsteme de ph^nom^nes aussi 

Tome IF. F f 



4^0 PkilologLe. 

importans pour les progres de la physique animale. 
Nous imiterons la sage retenue du savant estimable 
qui a ^te Porgane des commissaires , et qui a suivi 
pas a pas la virile saus jamais ia d^vancer. Nous 
eussions d^sir^ sans doute pouvoir ex poser , avec 
quelque derail, les diverses experiences qui ont eu 
lieu 5 mais il est facile de concevoir qu'aucune cir- 
constance n'en devant 6tre omise , c'eut €th les 
alt^rer que de les abreger. Nous acheverons done la 
lache qui nous est impos^ejen invitant les pbysio- 
logistes a lire en entier ce rapport , que nous leur 
prisentons coinme un excellent modtMe de melhode 
et d'analyse philosophique. J. L. Aubert. 



PHILOLOGIE. 

Obserwations sur differens dditdurs de 
X6nopfiQn» 

IN ous avons des editions precieuses de X^nophon. 
Les Hutchinson , les Morus , les Bacchius, les 
Schneider, \qs Zeuns et autres hommes celcbres 4 
qui nous les devons, ont prouv^ qu*ili avoieut fait 
une etude approfondie de la langua grecque ; qu'ils 
joignoieni a ia connoissance de I'esprit et du g^nie 
de leur auteur, cells des lois , des moeurs et des 
usages des Grecs. Graces leur soient done rendues pouc 
cette patience pers6verante avec laquelle iU out sou- 
tenu des travdux plus utiles que brillaus ! Mais i^u'il 
me soit permis en meme temps d'exercer uae censure 



Critique* 45f 

motiv^e envers qiielques-uns cl*eux ; de leur repro- 
clicr de ne s'fitre pas assez defies de ce que I'on ap- 
pelle restitutions ing^nieuses 5 d'avoir quelquefois 
abandonoe trop legrremm? Paiicienne Iccon , plus 
souvent jaloux do faire bri'.ler ieiir esprit, que de 
piouver leur jugemeiit. C'esta M. Zeuneque j'adresse 
mes observations ; ici Je le critique : niaisdans moii 
volume (r) de noles snr Xenophon , j'rii bien souvent 
occasion de rendre honimaLe a son erudition et a son 
goiit exquis. J'etiire tout de suile en matiere. 

Pag. 10 5 iig. 5. De sa lepiiblique de Sparte. 
Voici la lecon primitive de mes manuscrits : tiIov 

yt /ut/f i']»'i% Tog-3-j'Jov i'/Cov']ei T'JUovMviti roi tio^tvx ^ aij..,, 

M. Zrunene propose pas en marge, mais porte dans 

son lexte : ft.y,v ronu^oy tx,''iv a-jvi^ivM-jtv , *>$•.. . Voila 

deux mots de supprim^s entieremnt, et deux de 

changes. Pour se permet!re un chcmgement aussi 

extraordinaire, il faut (lue le lexte soit visiblement 

alter6 , barbare et n'offiant aucun sens. Or ici , qu'y 

a-t il de barbare? Seroit-ce , comme le pretend 

M. Zeune, «7*|£ tv ft^nMunv ? Maisbuit ligmsplushaut 

nous iLticuvons la meme locution dans qali x.^a'^iuyut. 

Nous lisons encore £7*^' vof^i^tiv , et T«^«tf ^'xt'jurScci 

au ch. 7. Qui d'ailleurs trouveroil inintelligible et 

denude de sens la traduction que je propose ici? « II 

» (Lyfurgue)a vouluque le mH\e(ffv^iitX(uiiv.S.ol,sibL^ 

» se decidal a ne prendre qu^autanl de nourriture qu'il 

■ en faut pour ne pas se charger I'esiomac. » Le 

celebre Morus partage I'opinion de Zeune , mais 

''1) Ce volume de notes critiques paroitra avec ma traduc- 
tion completle de Xenopliun, 

Ff 2 



4^a fhltotogie, 

du moins n*a-t-il pas ins^r^ sa conjecture dans 

Je texte, 

Pag. l6, rep. Sp. I. 5 et 6, rm rm 6tiXtimy (punais. 
Pouiquoi n*avuir pas conserve ici la lecon origi- 
nale t<wk m 6fjMtxf (puneog , litler. que les ^tant de 
nature ftniiniae, p^riphrase emploj'ee pour designer 
/es femmes ? 

Pag. 32 , rep. sp. 1, 6 , au[lieu de uv^^mr , le<^on des 
nianusciils , je crois avec M. Zeuue, qu*il faut lire 
umy^^ietf , mais sans Tenlendrede la lachef^dti pere, 
ainsi que ie pretend M. Zeune. Hutchinson , Camera- 
rius , Philelphe , Leunclave , Morus ei Zeune se 
sont tons tromp6s sur le sens de cette phrase, dont 
j'ofire ici la version litt^rale : II faut qu'il nour- 
risse chez luisesfilles, c*est-^-dire, qu*il les garda 
chez 'ui ( re qui dtvoit les empecher de trouver de» 
maris), et qu'elles subisseni le reprocbe de ce 
qij'elles restent sans maris; de plus, il ne faut pas 
qu'il voje avec indifference son foyer ( c'est-a-diro 
sa.nfiaison) vuide de sa fenime, c'est-a-dire , aban- 
donn6e de sa fcmme. 

Pag, ^4 , rep. sp. 1. i3 , oli o< ^>; fi^xof-uioi. D'apr^s 
Leunclave et Wells, M. Zeune supprime un mot 
et en ajoute un autre. L'excellente lecon des ma- 
nusciits, leron respect6e de Junte, Bale, etc. est 
i'/i i-TFov CI... c%c\i y tanlot adverbede temps, signifiera 
Lnterdunij ailquando ^ quelquefois ; taniof adverbe , 
de lieu , se traduira passim , ch et la. G'est faute 
de connoitre I'^lendue de la signification de ov^v 
que I'on a touiment^ ie tcxte , qui , loin d'eir.brouiU 



Critique, ^"^3 

ler le sens , comi-re le pretend Zeune, en pr^sentt* 
un conforme au carartt^re de Xcnophon. On sait que 
ce grec ansi^re vouloit un gouvernement ou I'oit 
fdt dans I'imnuissance de faire le mal , et dans la 
n(^cessite de faire le bien , avan'age qu'i! crojoit 
troiiver dans le gouvernement de Sparte , donl i! est 
eniliousiaste. Voici le sens de cetle phrase : Con- 
vaincu que irop souvenl I'hommequi veulelrever- 
tueux ne peut pas contribuer a I'agrandissement da 
sa palrie, Lycurgue a coutraint tous les Spartiates 
h I'exercice public de toutes les verJus, 

Pag. 37, lign. 6, au lieu de TzoXiriKmi ^ leron des 
jnanuscrils , M. Zeune lit t-^rxr^iKuv , parceque,dit-il,il 
s'agit ici d'hoplites qui enfrent dans la formation de 
la more ou division laced^moniennc. Sans doule il 
s'agit d'hoplites , mais pas d'eux uniquement, comme 
le prouvenl ces mots ^.j*. ;| ^ l^^^tuy ^ cttX^^,. 
D'ailleurs , quand m^mc ces mores ou divisions 
n'auroient 4l6 compos^es que d'hoplites , cela empe- 
cheroit-il de les appeler natlonales ? En penchant pour 
c-rxi'jtituf , Morus, plus respectueux pour le texte,a 
]aiss6 TFoxqtKiu)/. 

Pag. 46, rep. sp. 1. 11 , y^ KiKf^^^m. Ici Zeune 
n'a pas chang^ le fexte; mais, se dcmande-t-il , 
lira - t - on xi/i^/^iya* Ko^n^ , ou Kii^.)uivf ou Kti^j/utvov ? 
Rien de tout cela. En conscrvanl Ic icxte, je tra- 
duis ainsi : Le guenier, quoique sous le lit-n de 
raccusation , peut se presenter au combat la tete 
levee , comrae un homine pur. Cette phrase sera 
enlendue de ceux qui sa raj^pellent que, dans les 

Ff 3 



4^4 Phltotogie, 

momens critiques, ies Spartiates caressoient meme 
lems liilot s. Le passage ii'a ^te eiitendu tl'aucun 
commentfjiriir. Juvenidetecio ad pugnam. Leuncl. 
— Jiwenibus torisis ac mtentibus. Cumerier. — 
Licet etiam jumori ac detecto , Ln pugnam 
CO flared Latur. Pl)iletphe. — Fr. Portiis n^est pas 
plus heiireiix dans son inlerpn tation. 

Pag. lo, CEcoiioniiqite, pc)g. 7, I. 21, Xvyrai i^^avxis 
'rie,i7i-i7vXiyfAivu,t 3 des chai-i ins enlaces de plaisir. Trois 
manusr-riis de la bihiiotheque nationale proposeiit 
Tft^tTFivi/^f/Avui cOTU^clcBj cuites avec , amalgamt'es, 
imprrgriC-es de , It ron exquise qui nVst assureraent 
pas celle d'un copisie. Iciie ii'dccusercii pas M. Zt3u- 
ne dt. T)e J'avoir pas adoptee, mais Je regrelterai, 
pour la pirfeclion de son Edition , qu'il n*ail pas 
conuu Ips trois maiiusciits qMe j'ai sous !a main. 

Pag. 35, lign. 12, tri oi ii\y>) diXiuru, H. Estienne 
propose en marge, 6ioo(rti, 6ios oo^ray conjecture inge- 
nieuse , appujee par le manuscr^t Woifemb. et par 
dtux de iTie.^mnnuscril,';. M. Zeuneconnoissoitla lecon 
du raanuscril Wolf, qu'il suit avec uno complaisance 
qui souvent I't gare. Comment ne Ta-l-il pas adop- 
tee? Comment houa-u ne I'a-f-il pas conduit k hos 
^y^-a? Persor.ne ne rerpecte plus que moi Ies texles; 
irais la lecon 6ias ouru peut-el!e paroitre douteuse a 
ceux qui ne sout pas f'trangars h la lecture des ma- 
iiuscriis? On sait que Sio; se mettoit en abreg^ avec un 
^, un fj et par dessus un trait tran-versai. Le premier 
copislc ne dcjviaant pas cette abveviatiou avec ovtu , 
en aura fait h^^^a-a. ^'^ terre5dc;tif3e ch.i! presque toules 



CritLque. ^S.*) 

Ic? nations, fut, scion les m^thologue? , la premidra 
qui rendit des oracles. 

CyJOp. livre Vj chap. 3, 1. 2, ci>1ai -xaiH, OTroi u» 

uv'jo; Myy). Ici M. Zcune a supprime et chang6 deux 
mots. Voici I'ancienne lecon: 007* waui, cna; »* uu']oi, 
i rt tiv Myr,^it^yi']i. Cfois-tu , dit Cyrus parlant a Go- 
bryas ,que le prince mutil6 par le roi d'As.^yrie S9 
joiudroit a nous? — Je n'en saurols douter. — Puis- 
que tu penses ainsi, va le trouver , fais ensorte 
que too et les tiens vous sacfile^ ce qu'U 
petisCj etc* Ts-oiii au singulier, a^tflt au pluriel , onl 
paru a Zeune uae incorrection. N'est-il pas Evident 
que le premier s'adress? a Gobryas, et que le 
second s'entend de Gobrj^as el de its affidt-s ? 

Au moment oii je finis cet article, je recois de 
Tillustre M. Heyne , qui m^'honore de sa bienveil- 
lance, une iettre et les deux premiers volumes de la 
nouvelle edition du X^nophon de Weiske. Je viens 
de ia parcourir, Le sagace et savant editeur m'a 
souvent instruit; mais comment, en se moutrant at- 
tache aux anciennes i^cons , a-t-il conserve ( tom.e 2 , 
page 45, ligne i5) <*vuv, mot barba,re, prelere 
(tome 2, page 174) otx.i]hiiv , conjecture de H. Es- 
tienne , au mot o/«.'}r£.'«y, aiK'ienne lecon? (HKKruu* na 
peut-ii pas se prendre passivement , conune dans 
cet te phrase de Platon ( c^c legLbus) : tv TfcXiu-i netKut 
otKsvTttis. — Page 39, Mgnes 14 et i5, 'rev ^i* . . . 
y.uxmi. Weiske iroduit : Quemque centunonem 
haud canctanLer sequenieni anlecedcates pro- 
^redi jussLt, Xenoj-hon ue parle point ici de cen- 

Ff4 



4^6 Bio graphic. 

turion, mais de soldats qui arrlvent an son de la 
Irompelle. Raud cunctatitcr n'cst point dans le^ 
texte. TrpnTCiftTfqo tv rctln n'est point entendu. Ces 
mots signifies I : il les faisoit partir ranges en boa 
ordre. M. Weiske m'^toiine encore, page ii8, 
ligne 6 , dans sa note sur le mot <««<, qu'il ne faut 
point du tout retranrher. f^qth^n uu, Cyrus disiri- 
buoit successivement. Thucydide ( livre a, pag. iia- 
43)a dil dans le meme sens: <;rj7£««,- t^iTriftTfiv uii, 
Pericles envoyoit siiccessivement des cavaliers. 

Je t rmine ici ma discussion pour lire M. Weiske. 
Son Edition lui assure un rang disiingu^ parmi les 
savans d'Allemague et d'Angleterre qui out m^dil6 
et comment*^ Xtnophon. 

Gail , professeur de Utiirature grecque 
au coLlege de trance. 

BIOGRAPIIIE. 

J^oricE sur la uie du citoyen PoissonieRj lue 
au college de France par Jerome LalAnde ^ 
le 29 brumalre. 

XjA rompaguie, en rendant compte au public de 
^e^i iravaiiXj comnienceia par exprimer ses regrets 
sur la perte qu'elle vjei.t de faire du doyen cel^bre 
qui !a pr^si.loit depuis long - temps. 'Pierre - Isaac 
Poissonterj docttur regent de la farulte de mddeciue 



Notice sur PoLssonier, 457 

de Paris, membre de la ci-devant acad^inie des 
Science , doyen dii college de France, elc. eloit 
n^ a Dijon le 5 jnill t 1720 : il s'occupa d*abord de 
pharmacie ; niais bienloi conduit A Paris par le la- 
lent el le z^le , il ^tinlii^ en ni< decine , et fut re*^a 
licei]ci(^ 'e II aout 1744. Ses theses de 174'-) et 1744 
aniioncent les premiers ob,ets de scs travaux : y 
a-t-il eu oiiginairement des monstre.", ou ne viennent- 
i's.qiie d'accident i* Le quinquina doit-il etre em- 
ploy^ dans les maladies de poilrine ? L'op^ralion 
laterale de la pierre est-elie la meilleure ? II donna 
en 1749 la suite du cours de chirurgie ^ dict^ aux 
^coles dQ m^decine par Col de Villars, tomes V 
et VI, contenant un Trail6 des fractures et des luxa- 
tions. 

Dubois, profe5seur d© niedecine , ayant quitt^ le 
college de France en 1744 l^o"'' se retirer a S.-1.6 
sa patrie , il fut remplace par Pois.«onier, qui fit 
son discours de reception le 10 ftvrier 1746 ; il fit 
dans la suite un cours de chymie qui fut ires suivi 
el tres-ulile, dans un temps ou il n'y en avoit pas 
dans les etabii.vse.mens publics de Paris. 

Eu 1757 et 1758 , il fut premier m^decin de Tar- 
m^e fran^aise composee de cent mille homines , 
el m^decin consultant du roi. 

En 1758, il fut envoye a Petersbourg pour e!re 
consulld sur la sanK^ de Pimp^rali ice Elisabeth , el 
charge peut-etre , h ce que I'on croit ,de quelques ne- 
gociations politiques ; en meme ttmps qu'un autre 
acad(?ra3cien, le gen(^ral Montalemberl , y 6loit pour 
faire adopter les projels de canpague qui devoient 



458 Blographie. 

6tre utiles a la France , et accompsgner le mar^- 
clial Soltikoff qui conimaudoit quatn'-vingt mille 
Russes dans lescampagnesde lyo^et 1760. Poissonier 
J resta deux ans , et il reudit compte dans I'his- 
loire de I'acad^tnie de 1760 , de la belle experience 
de la congelation du merciire, k laquelle il avoit 
pris part. 

A son retour, il fut nomm^ conseiller d'etat, dis- 
tinction qu'on n'accordoit aux gens de lettres qae 
dans des cas assez rares. En 1764, il fut nomm6 
inspecfeur-g^n^ral de la m^decine, de la chirurgie 
et de la pharmacie des ports et des' colonies de la 
France. Des ce moment , le choix des sujets a pla- 
cer dans nos colonies et dans nos ports ne regarda 
que Poissonier , et j'ai eu plusieurs fois occasion 
de voir le soiu et I'impartialite qu'il y mettoit : il 
rempiit cetfe place jusqu'en 1791. 

Ell 1765,11 fut nomm^ associ^ libre de l'acad6- 
inie des sciences, place qu'on ue donnoit qu'4 la 
grmde reputation des personnes attachees a I'^glise, 
a la cour , aux armies ou au parlement, et qui ne 
pouvoient s'occuper assiduement de nos tra^aux. 

Le travail qui a ^t6 le plus utile et qui a fait le 
plus d'honueur a Poissonier , est celui qu'il fit en 1768 
pour dessaler Peau de la mer 5 il fit faiie un alam- 
bic ou une cucurbite propre ^ r^sister au mouve- 
ment du vaisseau ; il y ajoutoit six onces d'alkali- 
niarin sur chaque barrique d'sau pour enlever la 
partie acre de I'eau de mer. Hales et Appleby 
avoient employe la merre infernale. IaQ?, experien- 
ces qui fureat faites proiiv^rent la bont^ de sa m6- 



Notice sur PoLssonler, 459 

thode. Beaum^, notre plus r^lebre pharmacien, eii 
a donn6 les details dans sa clivmie 7 en 1778 ( tome 
III ) , avec la figure de la curcurbiie ,' et Macquer 
en ajouta la note comme censeur dans le diction- 
naire de Botnare. Poissonier employoit le fen de 
la cuisine du vaisseau , ensorte qu'il avoir une 
grande ^conomie. On ^crivolt des 1765, que, sur un 
vaisseau de la compagnie des Indes , on avoit bu 
pendant un mois I'eau de sa distillation , sans tou- 
cher a cell© de la cale : on en fit plus de qualre- 
vingts experiences qui r^ussirent completement. Le 
citoven Bougainville , dans son faraeux voyage au- 
tour du monde , convient qu'il dut, k l*usage de 
Teau distill^e par cette machine, le salut de son 
Equipage, On m'assuraqu'avec une barrique de char- 
bon de terre, on s'en piocuroil six ou sept d*eau 
douce ; ce qui fait une grande economic pour IVm- 
placement et Tarrlmage du vaisseau, dont Peau preud 
toujours la plus grande pai tie. 

Courcelles, medecin de la marine a Brest, m'as- 
sura qu'uue des grandes cucui bites di^pensoit en 
douze heures 200 livres de charbon de terre , et 
produisoit 600 livres d'eau douce : il y auroit encord 
plus d'^couomie en continuant la dislilhtion. Le 
jninistre Choiseuil y mit de Pimportance , d'apr^s 
les comptes qu*on lui en avoit rendus , et lui fit 
donner une pension de 12,000 livres. Poissonier 
avoit forme un cabinet pfecieux d'liistoire naturelle, 
de curiosit^s (^trangeres , de modeles , do machines, 
etc. etc. Sa place lui procuvoit des relations nom- 
breuses, et des presens qu'un savant pouvoit ac- 



460 Blographle, 

cepler. H seroit utile que le gouvernement vouiat 

en ia'ite I'acquisilion. 

Poissonier, ayant quitt6 sa cbaire en 1777 » ^^^ 
remplace , en 1778 , par Raulin fils ; celul-ci , mort 
en 1795 , a el6 remplac6 par le ciloyen Corvisaid, 
dont le succes est connu. 

Poissonier continua de presider la compagnie 
comme dojen , d^apres uiie deliberation du If Jan- 
vier 1778; il honoroit celle place, je ne dis pas 
seulement par ung taille noble et imposante, mais, 
par la dignite de ses discours , la noblesse de ses. 
mani^res et la consideration dont il iouissoit dans 
le public. Nous I'avons entendu parler plusieurs 
fois dans nos reptrees, depuis vin^t ans, d'une 
mani^re qui faisoit honneur a la compagn.e et a 
son chef. II est morl le 19 fructidor (i5sepr.), ^ 
I'a^o de 78 ans, d»nn abcfes qui avoitet6 ferm6 trop, 
t6t. II avoit epouse en I753 Marie - Galherina 
Martinon, qui etoit aussi de Dijon, qui lui avoit 
obligation d'une place importanle:, ayant ct^ nour- 
lice du due de Bourgogne ; il la perdit en 1783 : 
son esprit et son merile rendirenl cette perte tr^s- 
douloureuse pour son mari. En 1788 i I ^pousa Jeanne 
Molay de Revroi , qui b.i ^toil si altachee , que le 
servant dans sa derni^re ncialadie ', elle mournt . 
subiiement an pied de son lit , de sensibilize, d in- 
quietude, de douleur et de fatigue , .deux mois, 
avant le citoyen Poissonier. 

II a laisse un fi!s unique , qu'il avoit fait avocat- 
general an parlemeut de Bourgogne 5 ce qui sup- 
pose dn talent. II avoit succede au citoyen Guy ton- 



f^otlct sur Salnt'Vincent, 461 

Morveau , dont la reputation en chjrmie a surpass^ 
celle qu'il avoit eue comme oraieur , jurisconsults 
et legislateur. Le citqyen Sue , secretaire de la so. 
ciete de rn^d.-cine , rendra bienlot un ho.iimag* 
plii^ complet k la m^moire denotre i) lustre doyen (*}. 



T^OTicE sur J. Fr. P, FauriS'Sain t- 

V I N CE ti T (l). 

Satwt Vincent raquit a Aix en 1718; il avoit i 
peine 18 rins, ( u'i. faisoit $esd61ices des belles- lettres, 
de I'histoire et de I'antiquit^ ; ses gouts pouvojent 
6tre saiisfaits sans qu*il quittat sa patrie. Clapiers 
Vauvenargues ^toit son contemporain et son ami; ils 
parloieut ensemble liit^rature et philosopbie (2). 

(*) J'ai eu I'avanlage de connoitre le bitoyen Poissonier 
clans 'e monde, et plus parliculierement encore dans la prison 
de Saiiit-Lazare , au temps de la persi^cution de« gens de 
leltres ; il y avoil {-t^ renferm^ i.rec sa femme et son fils. 
T0U8 ceux qui oct Tecu avec lui ont respecte la noblesse do 
$»s lenlimens , el I'ont cberi pour la politesse et ram^nit^ de 
ses manieres. A. L. M. 

(i) J'avois termini le discours que j'ai lu a I'ouverfure 
du Ljcce r^pub'icain , et qui sera insure dans un num^ro 
de ce Journal , par un 61ogc du citoyen Saint - Vincent, 
Depuis ce temps j'ai recu de son estimable fils cette notice 
que je public k la place de la mienne , parce qu'elle contient 
des details plus ^tendua et plus complets ; j'y joindnai seulc- 
ment quelques traits qui feront counoitre le p^re et le ills ^ 
quj la modestie de celui-ci I'a empeche de publier, 

A. L. M. 

(a) Vauvenarguej ^toit au service, mais il vcnoit quel- 



a6% Biographle. 

Thomassin de Mazaugue lui ouvrit ies tr^sors de &e% 
maiiuscriis el de scs m^dailles. Lauthier, pr^vdt 
de la catliMrale , avoit un cabinet de tableaux et 
de pierres gravees, parmi lesquelles avoit et6 long- 
temps le fameux cachet de Michel-Ange. On voyoit 
a Aix uu arti^ran meme s'occuper des monumens 
antiques, Jacques Reboul , inar^chal h forge , y pos- 
s6Hoit des, u ^dailies , des idolcs et des inscriptions 
qu*il coniioissoil bien. 

Saint - Viueent joignit a toiites ces cpnnoissances 
Tetude des lois , et le chancelier d'Aguesseau lui ecri- 
vit en 1789 pour Texhorter a porter aux fonctions 
de la ma^istrature oil il venoit d'entrer , la meme 
appli ation que celle qu'il avoit pour P6tude de 
I'histoire et des anciens monumens. 

Saint-Vincent ^toit un juge int^gre et ^claird : a 
Tex em pie d'un grand nombre de ses confreres, il 
ne faii-oit pas consister seuletaent Jes devoirs du ma- 
gistral dans la distribution de la justice, il chercha 
encore , pendant le leraps que dura I'exercice de sa 
charge , h pr^veuir ies proems , a concilier ies plai-f 
deurs, efil a continue de remplir Ja noble et int^- 
rcssante foncfion de mediateur et d'arbilre jusqu'^ 
un age fort avanc^. Les consuls d' Aix , dansundis- 
cours qu*ils lui adress^rent en 1777 j lui firent ce 
compliment bien flatteur : La con/lance publique 
vous a 6Lei>6 un tribunal domestique , eL ce 
tribunal n'est pas le moins •occup6. 

quefois k Air : Je frere de Vauvenargues , homme d'esjirit 
et d*un esprit orn^, existe encore j il ^loil le seul ami qui 
fut reste a Saint-Vincent. 



Notice sur Saint -Vincent. 468 

Lemagistrat, plus encore qu'aucime autre pcrsonne 
piiblique , est expos^ a la haine , aux plaintes , aux ja- 
lousies : Saint-Vincent a toujours eu poiu lui la voix du 
peuple ; il I'a in^iitce 5iir-toiit par son cxlrenie pru- 
dence J sa douceur , 8a patience el sa moderation ;aussi 
ful-il toujouis manage ct consid^re par tous lespaitis 
dans les temps nieme ct dans les d^raires qui, en Pro- 
vence » ont produit le plusdeferraeulalion. Tel'es ont 
^t6 les epoques dc la suppression des Jcsuilcs , des re- 
fus des sacreiriens , de la suppression el du r^tablis- 
seinenl des parlemens en 1771 ct 1775. II a bien 
6prouv^ les efTets da celte consideration publique , 
lors de la malheureuse i 0a ire qui fut suacit^e par 
un bomme puissant h. una personue qui lenoit a lui 
de tres-pres. I! fut pri^ de ne point quitter sa charge 
quel que dijt etre PtfTet de ce malbeureux proces. 
Sainl-Vincent snpporta alois sa position avec cou- 
rage et simplicite , et Ton pent assurer que la re- 
volulion a peu diminu^ de I'interet que devoient ins- 
pirer ses vertus aux personues'^clairees et irapar- 
tiales : elles n'ont jamais vu en lui qu'un ciloyen 
paisible et niodeste. A la verite il fut mis en ar- 
restation apres la loi du 17 septembre ; mais les 
citojens Barras et Freron, qui se trouvoient alors 
dans les departemens meridionaux , d'accord meme 
avec les niembres du cottiite r^volutionuaire d'Aix , 
d^claierent qu'un bomme occup6 des arts et des 
sciences ne pouvoit eire dangereux k la chose pu- 
blique, etqu*ii devoit etre mis en liberte. Ces m^mes 
moli(s lui procurerent une seconUe fois la liberte, 
lorsqu'aprfes le 9 tbermidor des di^sentions surve- 



464 Biographte. 

nuesentreles nouvelles auiorit^s de la vIlled'A-iXjeu- 
rent occa:ijn6 mi empri^oniiement presqus general. 
Saiut-Vincent a pori6 la moderation de son ca* 
ract^re, m^me dans son goutpoitrles livrcs et pour 
le^ m6dailles : c'esr pen a pe^u , pendant I'espace de 
cinquante aus, et sans avoir acqtiis aucun cabinet 
d^ja forme, qu*il s'es>t occupy ^ composer une bi- 
bliolheque de dix a douze mille vohunes bien cboi- 
sis , parmi lesquels sont plusieurs inanuscrits an- 
ciens, et des recueils de cliartes int<^ressans pour 
I'histoire. C'est anssi pen a pen qu'il a forni^ son 
cabinet d'anliquites et de medailies : plusieurs ap- 
paiiemens sont remplis de livres, d'inscriplions, de 
bas reliefs el d'aulres monumens (3). 

(3) Lorsque Saint-Vincent aroit acquis une inscription 
importante , une medaille , un bas-relief , un manu^crit , 
ii en faisoit pari aux personnes sayantes de sa connoissance , 
jjour les consuller. II existe dans sfes porte-feuilles des cor- 
respondances lr^s-int^res«antes avec Barth^icmj , oncle et 
neveu j Carri de Marseille ; Foncemagae , Burigni , Sainte- 
Palay , Villoison , Sainte Croix , Calvet d'Avignon ; Nicolai 
d'Arles ; Scguier de Nimes ; Alejjar.dre Recupero , savant 
tintiquaire Sicilian ; Cazali , le P Fabrici et quelques anli- 
qnaires de Rome. Dans les demiers temps , ses jieui, affoi- 
blis par I'age et parrdtud3,ravoient forc^ a ne plus mettre la 
lucmc assiduity dans ses cotrcspondances , mais il faisoit 
Retire par son fils A ceux qui vouloient bien lui continuer 
leur amilie et la communication de leurs lumirres. Parmi les 
r.ouvelles connoissances que la reputation de Saint-Vincent 
lui a procuviSes , on doit nommer le savant Fortis , pro- 
fcsseur d'hisloire natiirelle d Padoue , ^"^ > dans le j eu de 
temps qu'il a connu Saial- Vincent , lui a donue des marques 

La 



X^otlce sur Saint'tP incent ^65 

, La brie veld de cette notice ne comporte pas des 
details sur les me^ailles que Saint - Vincent avoii 
recueilli es et qu'il a classees avec uu grand otHre. S^ 
relations avec plusieurs consuls du Levant , ave^ 
les h^riliers de QBjy y aniiquaire <^e Ma^s^ilje , lui 
pnt procur^ un .^ra^d nombt'e de m^dailles des 
villes , des roi? de 1a Grece et du Bas-Empir,e. S^ 
.correspondances avec des savans d'ltalie^ dont nous 
jpaf lerorts , out augm- n(6 S4 collectipn des, medaiUes 
de la grande Grece, des . nedailles des asconsu- 
laires et des colonjes ; il en a, qOelq^ies - une^ de 
raies dans tous les genres* Ses grands bronzes ^ sa 
^collection t^es. rnqpr^ai^s des foirjtes de Pfovence, 
desbarops^ de? eveques , des papes , des monnales 
de Fr^nc^ 5 ^st pi^cieu^e j il avoit ^ait don de ses 
medaill^s de Marseille ^ i'^cadeaiie de oette ville , 
dont il etoit membre ; recueil inl^ressant sur le- 
g^}\f\ ppu^.r^yia^^fons^bientot^ Nous pourrous doufier 
/^nsl^a svil(?^un;|^^jalo|ue t'^fenpu et raisonn^ 4e s^s 
m^dailles les pfus cmeu^s : il ,('a fait lui - meniij 
j^.^r^n^de J^art^e.^ / ..:; .i^- J i * T:' ;' 

En aMj^P^apt qufi C9 fiatalogue p^rpisse ,, a,q\is yp»f- 
kinis fair,e juger ^u leoteux dp> la^ juslesse des obser- 
j-vations doiit- vl^ aqc^ijppagnoil (qs diyers articles 
sqvu ie eqm^jpse^tj; ^ppsi^llpps j^p r^ppprter ^uej- 

.^Pfilr ^ifivpqt^fs '4'wtisap jej (^?^if^(5< Nous ievoo^ encor* 
j^ ^5JtlMl |45'^Pfionipi^?apce au,ci,lojeu A, L. Millin , cotf- 
jerTateur du, Mus^e national. Saint -Vincent et'«6h"flls 
ont trouv^'.^u jilaisir daij* Teiir c'dVr'e4|)ondaiic» arc'c -li^ 

"■ Tome ir^ ^''" '"^ "-' '-' io..:lc:^^:o.> xM:>b' 



465 Biographic, 

. JLa pTemieree«t sur les medailIesd*At1i&nesi Saiat- 
yi^celxt parledest^tradrachmes. L*ab'.6Bartheleini, 
dit-ilV, avance , dans son excellent M6moire sur 
Jei mojinaies d'Alh^nes (torn. IV d'Aaacharsis, 
.^?gfe (5l) , que les premiers t^tradracHnies sont plus 
rares que ceux qui furent frapp^s au teinps de 
Pericles. J'ose en cela n'etre pas de son aVis. Ge 
qui a donne lieu a l*erreur vient de ce que les 
derniers tefradrachmes offrent des singiilariies qui 
ije sie trouveul pas sur les premiers, qui sont tous 
muToi'mes"., Ceux - 1^' sont' plus fecherclK^s par les 
curienx , qui negligent tes premiers'; mais dans les 
envois de medailles qy*on fait du Levant , il y a 
lou jours un tres- grand lioinbre de ces arfciens t^tra- 
drachmes et tres-peu'des iaulres. J'e puis 'attesterqu'A 
Marseil e , les oi lev res fondeftt toils les ahs un grand 
nombre des prcmiejTS. ' < la ,;;. j i. ; 

-^^'Jy^i'^? ""® auire pbservatiorj qi^^if 'MV^fHiiie m^- 
claille d*or portarit la lete du s6l'eiiy'qii*il'^a'^61ass6e 
parmi les medailles de EhodeS. " '■ '' ^"''' 

Celte mtdaille est bract^ale, et a 'dte envoy^e du 
Levant; elle a les cafkct^res de," rauliquit^ rce- 
pendant il passe poui-'cttDstant* que les ni^dailles 
"tract^ales ii'ontcoinrrienee a ^tr'e en ufeage que vers 
\e huili^me si^cle , et 9a etiS dah'S ifeS' royauraes 
du nord qu'elles onl 6te frapp^es. On n'at conns 
ces sortes de monnaies que dans les pays oii l*ar- 
'geril etoit rare. J'ai plusii^urs MdYiriaiBs^des pre^* 
xijie^s^sgccesseuis de Ch'a'rleraag '^eu< f^- 

Eardfii: corame des.bract^ates ,' auoiqiie frapp^es'dfe's 
deux cotes tcelle-ci est la premiere que i'ai vue 



vue en 



Notice sur SaintrV Lficsnt, 467 

or, et M. Schoepflin, qui dit en avoir vu , assure 
qu*elles ne sont pas ancienncs. C'est apres beaucoup 
de doutes que je me suis d^cid6 k ranger celle - ci 
parmi les m^dailles de Rhodes : elle est antique, 
et ia tete du soleil s*y voii distinctement. Voiia leg 
raisons qui m'ont determine. On ne connoil pas, je 
lesais, de ra^dailles de Bhodes en or. Au reste , 
sur les bracteates , vojez ie vingt-troisi&me volume 
des M^moires de rAcadC^-raie , page 218. 

Sur plusieuis monnaies barbares irouvees d Aix j 
Saint- Vincent a fait les notes suivantes. 

I**. Monnaie d'or, du poids de 5 deniers 3 grains, 
trouv^e dans le terroir d'Aix en 1783 : on y voit 
«l\in c6t6 nne bosse qui parolt eire une tete gros- 
si^rement faite ; au revers, c'est une figure dont \q% 
quatre jarabes sont distinctes. Le corps est miuce, 
la tete est grosse : est-ce un cheval ? — Je n'ai trouv6 
dans aucun livre lien qui lessemblat a cette me- 
d^ille, si ce n'esl dans la 'collection du cointe de 
Pembrok, part. II, tab. 95. — 2'. En 1794, on a 
encore tiouve dans le terroir d'Aix deux m^dailles 
ide cuivrej, assez ressemblantes S cefie dontje viena 
de parler. Tout cela prouve qu'il existoit dans nos 
ironirees des peoples ^ qui ces monnaies apparte- 
Doient , et le volume de la medaille d*or fait pen* 
ser que ce peuple ^toit riche et commercaat. Au 
reste, ajoute-t-il , j'ai encore six m^dailles de bronze, 
toutes irouvees en Provence, tort ressemblantes aux 
pT^.c^dentes ; quatre d'entr*elle.s portent des carac- 
teres qui me paroissent runiques V^HA^X* En- 

Gg 2 



468 BLogrttpfiLe* 

suite il fait une description plus ^tendue de ces 

jn^dailles. 

Je n'ai pr(5tendu faire connoitre que quelques»- 
unes des observations que Saint- Vincent a faites 
sur les m6dailles : je finis par celle-ci , qui a rapport 
aux contre-marques. 

En faisant le catalogue de ses na^dailles romaines 
contre-marqu^es J il fait mention , i". d'une mi^dailie 
de Seplime-S6vere, grand bronze j le revers pre- 
sente un temple et le mot NlKOMEAEftN. La cen- 
tre -marque est une petite tele pen reconnoissable. 

a?. D'un autre Septime-Severe , grand bronze, 
repr^sentant un vaisseau, contre-marqu^e aussi d'une 
petite tete. Ces deux m6dailles, dit Saint-Vincent , 
sont remarquables , parce que Topinion commune est 
que I'usage des contre-marques a cess6 apr^s Trajan. 

3°. II rapporte deux medailles d'argent consulai- 
res. Tune de la famiile Posthumia, ajant pour con*- 

tre-marque le signe Kv^ grav6 en creux ; I'aiitre de 

la famiile Porcfa , contre-marqu^e en creux par un 
J. Ces deux contre-maiques , dit Saint-Vinceut , sont 
bien antiques; elles ont ^te failes a dessin et non 
avec des coins 5 elles contrarient les sjstfemes recus , 
que les m^dailles consulaires et les inaperiales d*ar- 
gent n'ont jamais ^te contre-marquees. 

Saint- Vincent avoit compose un Mt^moire sur les 
monnaies qui avoient eu cours en Provence depuis 
la fin de I'empire d'Occident jusqu'au seizieme sie- 
cle. Le poids, le titre de chaque monnaie, des de- 
tails sur leur fabrication , la valeur des denr^es et 
des marchandises J des observations sur les moeurs 



T^otlce sar Saint-Vincent. 469 

et les usages de ce« temps-!a, y Violent rapport^s. 
li avoit fait graver les iiio"linaies , et il remit son 
Memoire uianuscrit ^ Inestimable auteur de la der- 
ni^re hij,toire de Provence , qui I'a ins^r6 eu entier 
h. la suite des premiers volumes de j-on ouvrage. 
Saint-Vincent avoit seulement fait imprimer , en 
1770 , des tables contenant les noms des princes , ceux 
des monnaies, leur tilre , leur poids et leur va- 
le ur. 

Ayant acquis dans ces derniers lemps quelques 
monnaies in^dites des princes de Barcellone qui ont 
r^gne en Provence, il les a fait graver sur une 
planche a part', qui doit servir de supplement a cel- 
\^^ qu'il avoit deja publi^es , et que lecitojen Papon 
a mises a la suite de son premier volume. 

Mais I'attention de Saint- Vincent a ete plus par- 
liculi^rement fix^e sur les monnaies et les monu- 
mens des anciens Mar^eillais. II avoit fait impri- 
mer, en 1771 , un M6moiro sur les m^dailles de 
Marseille, suivi de trois planches de m^dailles. Les 
culs-de-lampe et les froniispices repr^sentoient des 
idoles , des statues, des lampes trouv^es a Mar- 
seille , qui prouvoient le gout ejcquis pour les arts 
des anciens Marseillais. Sdint-Vin( ent avoit dit , 
dans ce Memoire , qu*on ne connoissoit jioint do 
m^dailles d'or de Marseille en 1778 : Barth^lemy 
Courcai en dccouvrit une tr^s-bien conierv^e en 
Hollande. Dans les ann^es suivantes, Saint-Vincent 
re^ut une medaille de bronze de Marseille , entiere- 
remenl semblable a celle que decrit Eckhel dans ses 
I^vmi veteres anecdotic planche premiere , u°. 3. 

Cg3 



•^7© Blographle, * 

Diane chasseresse y est representee telle que les 
Ephesiens I'ont dono^e siir quelques-unes de leurs 
xnonnaies, v6fue d'un habit long, ayant une tour 
sur la tete et un cerf a cote d'elle. Saint-Vincent 
se procura d'autres m^dailles de Marseille non en- 
core publi^es : il y en avoit de semblables i celle 
d'Antibes, colonic des Marscillais , rapport^e par 
Pelerin, premier volurae. Plusieiirs repr^sentoient 
au revers des aniraaux extraordinaires, tels que Ja 
giraffe. Ges d^couveites engagerent Saint-Vinrent a 
travailler a wn Memoire plus etendu et plus int^- 
ressant que le premier ; il I'a fait rediger par son 
fits, el il est prel k etre im prime (4). Au lieu de trois 
planches de m^dailles , il y en a cinq que Saint- 
Vincent a fait graver depuis peu de temps. II a cher- 
cbe a expliquer les letfres ntimerales que Ton trouve 
sur le cbamp ou I'exergue des medailles marseil- 
laises : il les a crues deslinees a numeroter les coins 
employes ci leur fabrication. Le norabre de ces coins 
devoit elre Ires-considerable , puisque sur plusieurs 
niilliers de medailles reprf'sentant la tefe de Diane 
et le lion , Saint-Vincent en a vu a peine trois qui 
se ressemblasstnt parfaitemtnt. Il est naUirel.d'imagi- 
ner qu'iis ont voulu eviter, par I'emploi des lettres 
ijuinerale-8 , la confusion dans la fabrication de leurs 
rronnaies. 

Saint-Vincent pense que les progres ou la deca- 

(4") Je dois ce manusrnl , accompagn^ des planehes gra- 
T^es , aux bont^a des eitoycns Saint-Vincent , p^re et fits , 
et je puis assurer que cet ecrit est iin modele dans ce g«nr9 
fie composition. A. L. M. 



"Notice sur Saint- Vincent, 47 1 

dence des arts a Marseille peuvent €tre indinu^s 
par ses raonnaies. La navigation et le commerce 
des Mareillciis leur donnerent des communi ations 
avec les peoples des cotes d'Espagne etd'Afrique, 
ou ils fonderenl raerae des colonies : i!s y puisereul 
des formes moins belles que celles qu'iis avoient 
portees de la Gr»'ce : pen a peu ia nattire et les 
arts se re>senlirent clu mode et des formes pb6ni- 
ciennes. Un grand nomb;e de ra^dailles d'argtnt 
presente ce caractdre : ou y voil des i^vres epais- 
«es , des yeux a fleur de tete. 

Saint- Vincent a fait graver, pour cette nouveile 
Edition , un petit atlas et une V^nus sortant des eaux , 
trouv^s dans le port de Marseille , et qu'il a dans 
ton cabinet. Cesdeux figures sont d*un tres-bon gout : 
on reraarquera que I'atlas est sans barbe, et que la 
Venus rappelle le fameux tableau decrit par Ovide, 
J^enus mad id as exprlnilt Imbre comas. 

Pour parvenir a la d(§couverte des m^dailles et 
des monnaies qu'il voulait se procurer, il a non- 
seulement employe ses amis de Provence , ainsi 
que DOCS Pavons dit , mais il a encore mis a profit 
le s^jour qu'a fait a Rome un artiste rempli de zele 
pour U connoissance de i'antiquite. Pendant quatro 
ou cinq aus que cet artiste a pass^ en Tialie ; il a 
k\.i principalematlt ocrup^ ^ recueillir des aniiquit^s 
pour Saint-Vincent, a lui envoyer des description* 
exactes des monumens qai I'iuteressaient , a le ra<. ttre 
en relation arec les antiquaires de Rome les plus 
dislingues. C'est par lui que Saint- Vincent, et son 
fils se sont mis en corr«spojidance suivio avec 

Og 4 



47^ Bld^hphtt. 

d'AzIhc6urt , citbven fran(^ais , ^tabli eii Itaiie depuis 
jjlus de cjuinze ans. Ge savant travaille depuis long- 
ieibp;^ k un ouvrage sur T^tat des arts, depuis la de- 
cadence dfe l*empire d'Occidenf , jusqu'au leraps de 
Mirhel-Ang'e. II a pi-ocute a Saint-Vincent des des- 
criptions et des des?*ins pr^cieux , cornme anssi ilea 
a re^Ai des dessihs dte motium^ns pr'ovfeticaux , dont l«s 
gravnres entreroilt dans son ouvragei. 

Lies travaux lit teraii'ss de Saini- Vincent ne farent 
pas ignores ^ Paris : il (:\o\\ connu depuis long- terns 
de Barth^lemy, garde des m^dailles. II respectoit 
BartTielemy coi'iime son maitre , et ils avoi>^>nt eu 
I'un et l*aulre dans la science des m6dailles , ua 
maitre cominnn dans la personne du president de 
Mazaugu'es. Aviant que Barthelemy eut qoitte la 
Provence, il n'y civbil pas de moisou luiet Saint- 
Vincent ne passassent 'plusieurs jobrs dans le beati 
cabinet que Thom'assiri Mnzaugues p^re et fils avoieat 
forme a Aix. 

!Barttielemy *^crivo!t en 1*778 a Saint-Vincent, k 
Poccas'ion du fn'ausblee qde ce dernier avoit ^leve k 
i'eiresc : « Vos Sothpacdotes doiveat reconnoitre 
ii que voiis dve^ P<^JJ^^ ^<^ itette du sLtcie pass6 ; 
"^'ijidCs pou'rqtioi 'tie pas voulolrfalre connoUrt 
}} '^ ta posterlte J cjUe c'est vous qui avezi fait 
!w cdnstraire ce monufnent (fJ). jj 
' 'Sliieffet, SaiiiUVificents'^:toit re'fdse h faire meftre 
son nom dahs'PinscYipiio'n qui faisoit partie de ce mau- 

(5) Voyer anfa. 11 , torn. I , page 875 ce cjui a ^te dif d** 
Nee monumcint detriiit par l6 vandaliime de I'an 3. A. L. M. 



Notice sur.Salnt-yincent, 475 

sol^e ; elle nVioit que la copie de I'epitapbe que , peu 
de temps apr^s la mort de Peiresc , RigaulJ , sou 
ami et son couteniporain avoil compos^e pour.e^re 
plac^e sur l-e monumeia que sa lamille vouloit atoM 
lui elevcr(6). 

Dhs r^poque a laquelle B^rtb^lemy ^crivoil a 
Saint-ViDcent la leltre dont iious avons pailir, ^l 
d^siroit agr^ger son ancien arai a I'Acad^mie de« 
loscriptioas et B«lles-Lettres. Saial- Viuceut fat 

(6) Sairit-VlhcHhf ^eadoit une esp&ce de culte k la mdmoire 
de peiresc, et s'etoit procure un baste de terre cuitr, qm 
avoit ^6 fait d'iapx^ at tsrtux n>oul6 sur t& perwnne tnkiaa 
de Pfeireac apr^s sa mot't : il I'avoit plao6 arec bonoear daB^ 
ajon cabinet ; il avoit fait faire des inedaUlops wpresenfant 
^citftscet Gaasendi., dont il a^voit di«lribu6 un^rand nom- 
Ire; il aveit acquis le peu de manuscrits de Peirese^ ^xistans 
en Provence , repandus dans differentes liiblioth^que* ; il 
possfdoit un recueil de ses letrres , au noihbre d'etivirdn 
einquame ( qaelques-unes de ces l^ltres out ^te imprimeejl 
dansleMhgas. ann. II, torn. II, pag. 365 >. A I'^poque ou Van 
vcHiltit rebatir le palaisde justice de la ville d'Aix, la maisoa 
qu'avoit habitue Peiresc , ^tant uienacpe d'iintf,prochaine de- 
molition, S.-Vincent alia voirs'il n'y dfcouvriroit pas guelqu-e 
monument oublie dans les caves ou incrusle dans les murs. 
Ses soins ne furent pas inutilcs : 1« C. de Franc , qui en 6roit 
le propri^taire , fit don k S. -Vincent d'un grand medaiilon de 
murbre, sur lequel le bust© dti Drums etoit scu'pte en relief j 
il lui donna p'usieurs inscrintlons , dont une fait mention 
d'un prefet de la province , qui ^toil •! meme temp? Duum- 
vir de la colonie. Ci^SlVS. yEDIL. PRMF. PRO. II. 
P'lR. SIB.... ; mals la plus importante des depouilles de 
I'illustre Peiresc , que Saint-Vmcent s'est procuree , est un» 
inscri; tion grecque , en vers , surun marbie blanc d'tnviron 
deux pieds de Lauteur , sur un pied et deini de largear : 



474 Blo^raphte. 

nomm^ awbci^ regnicole le 6 mars 1786 , et il ne' 

tarda pas ^ payer son iribiit a TAcadcniie. 

La demolition d'une towr romaine inrorpor^ au- 
trefois au palais de justice de la ville d'A^x , donna 
lieu k un M^moire qui fut lu dans une seance pu- 
blique du mois de novembre 1786. Cette tour ^toit 
un mausoi^e, ainsi que Peiresc l*avoit pr'?suni6. On 
y dtcouvrit trois urnes , dont la derniere , qui se 
trouva dans les fondemens de la tour, ^toit de por- 
phyre,etcontenoit une buHe d'or, des m^dail'es de 
Trajan et d'iElius Verus. Saint-Vincent chercha i 
rapprocher de ce monument u»e tres-grande inscrlp-, 
tion qui en avoit ^f^ d^tachee tr^s-anciennemenf ; it 
prouva qu*ilavoit ^t^ 6Iev6 k trois patrons de la co- 
lonie d'Aix, vers I'an 140 de J. C. Sainf-VincenV. 
pensoit d*abord que I'urne de porphvre pouvoit 
bien avoir ^t^ destin^e k renferraer les cendres d'ua 
enfant, parce qu'ony avoit trouve une bulle ; mai& 
les OS qui y ^toient contenus appaitenoient a un> 
adulte , et Saint-Vincent prouva que les enfan* 
n'etoient pas les seuls qui portassent des bulles 
d'or(7). ■ \:.:^r-7^: 

£n 1790 on dtcouvrit liors rles murs d'Aix el dans 

c'esi r^pitaphe d'un jeune hnmme, dont Tetat ^loit la navi- 
gation : il y a un dialogue cntre le mort el le passant. Lei 
sjstbmes de PJalon etde Pylhagore , sur I'efat des ames apre« 
la mort , y sont exposes. Spon avoit vu cctte inscri; tioM 
<lan5 un des souterraius de la maison de Peiresc , et I'avoit 
xnal lue et mal rappoTtee. 

(7) Je dois encore an ciloyen Saint-Vincent !a grarure de 
ee beau monuuieul, et i'eic»>lleat Memoirs tjai raccompagneJ 

A. L. }i. 



Notice SurSalnUVlncent. 475 

^€ lieu mSnie qu'occupoit Tancienne ville du temps 
des Romains, plusieurs pav6s en mosaique, dont le 
plus grand avoit vingt-sept pieds sur vingl-cinq : 
deux autres avoient environ vingt pieds de longuetii? 
$ur douze a tieize pieds de largeur. Saint- Vincent 
fit dessiner avec soin ces trois mosaVques, et il coni- 
posa pour l*Acad^mie des Belles -Lettres un Me- 
nioire sur ces decouvertes. Au centre du premier 
pave ^toit un tableau aussi en mosaique, representant 
une sc^ne decomedie, a trois personnages. II ^loit 
entour^ d^ornemens, de casques, d'oiseaux, de 
fleurs, de fruits, de masques de theatre bien mieux 
dessin^s encore que le tableau. Saint-Vincent cher- 
cha k expliquer , d'apres les anciennes comedies qui 
n.Ous restent, le sujet de la scene; mais les masques 
de theatre places dans des compartimens qui entou- 
roient le tableau principal, devoient etre ceux des 
personnages de la com^die dont ce tableau repre- 
sentoit une scene , el Saint-Vincent ne trouva point 
k les appliquer aux personnages des comedies 
grecques ou roraaines qui nous sont restees. Les 
deux autres mosaiques repr^senloient des sujets ais^s 
a expliquer. Th^s^e (errassant le Minautcre peinl 
avec le corps d'un homme et la tete d'un boeuf. Le 
combat d'Entelles et de Dares. Les ornemens du 
fond du pav^ oii etoil le Minautore reprdsentoient 
fr^s-bien les lignes obliques du labyrinthe. A c6t6 
des trois mosaiques dont il s'agit ^toit un souterrain 
creux , dans lequel on vojoit des tnjaux et des co- 
lonnes fort courles qui indiquoient sans doute qu*ea 
ce roeme endroit avoit exists un bain domestique. 



N O U V E T, L E S 

E T 

CORRESPONDANCE LITTERAIRES. 

JLa sociote d'emulation fpndce ^ Abbeville le i3 
vencltlmiaire an VI , a teiiu sa premiere seance 
publifjue le i5 therrnidor de la iTi6me ann6e , en 
presence desadministrateurs anin cipaux et des corps 
consljtues. CeJte socii'^te , composee actuellement de 
vingt-n.Hif associ^s, compte parmi ses correspoiidans, 
des savanfi , des litterateurs et des auteurs di^lin- 
gu^s ; eiitr-'aulres !es citoycns Lketltler, AadrleuXj 
H'rainerl _, Saint-An^e ^ ALibert ^ Saiat-Amand ., 
JLaija y VemoustLer , Den ^ Dumont - Cour^ 
set y SUveslre ^ Auher ^ Jaitffret^ dn Merit j, le 
Poctletnn , Long-Perler^ etc. 

Apres le discours dii citojen Piogier , president 
de la soci^te , et la reponse du president dela miuii- 
cipalite, les secretaires ont fait lerapport des travaux 
de I*ann^e. 

Le citoycn Boiic her , secretaire de la dasse des 
sciences et arts , a donne en pen de mots I'histoire de 
la formation d:^ la ?oci^l6 et de ses progr^s , et pr^- 
sente Teiist^mble et la division de ses travaux i 
quatre-vingt-huit pieces ont ^!e lues a ses stances 
jdepiiis ?a f. ndaiion. Quarante-une appartiennent aux 
scieiici-s 5 et 'juarante-sept ^ la liit'irature j quat- 
torze sont relatives k la inedecine, a la chirurgie 
pi a Panoto :'ie j tjuatre a la botanique 5 trois a la 
physique vegetale 5 deux a I'agriculture ou a iVcc* 



Tfoupelies Uttiraores, ^17 

nomierurale. Cinq concerneut lachymie; cinq I'his- 
toire naturelle; deux traitent des ouestions iiiach6- 
matiques, et trois concernent les arts el I'arci ilec- 
ture. Eiifin, deux iiQlices ou eloges de savans i'mt 
parrie des actes de la societe. Voici rintitulc de ces 
pieces. 

MedecLne ^ ChLrurglc , Anatomic. 

Memoire sur les avanlages de la medecine mo- 
rale. 

Rapport aur une ouverlare de cadavre. 

Memoire sur la medecine departeraenlale. 

ReflexioDS sur les fievres regnanles dans la vallee 
de Somrae , et sur la topographie d'Abbeville. 

Ces quatre pieces sont du ciioyen Bellot , n\hr 
d^cin ; la dernieie a (5te lue dans le courant de la 
seance. 

Rapport sur uu accouchement extraordinaire , et 
reflexions sur la surperf^tation , par les cito_yetis Goiet 
et DauUe. 

Observ^ations sur les hernies , par les citojens 
VaiUU et If diet. 

Reflexions sur le fluide nerveux , par le cifoyen 
'BoLiiLori, 

Analyse d'un ouvrage angbis , du docteur Bed- 
does , sur les airs faclices et la medecine pneuuia- 
tique , par le citoyen Corel. 

Memoire sur la digestion de \a substance propre 
de I'eslomac apres la mort , traducJion extraiie de 
Touvrage de Jean Hunter, par le citoyen LhennL- 
nier J medecin. 

Ejsai siir I'utilite des voyages pour les sciences, 



-^i^S Blographie* 

iails sur le droit public et I'influenre du droit mu- 
nicipal ^tabli en Provence avant aucune concession 
particulifere , les efforts de Ren6 pour perfectionner 
Jes arts, faire connoitre les artistes, repandre des 
livres imprimis en Italie , voila les objets sur les- 
x^uels out port^ les derni^res Etudes de Saint-Viucent. 
II a fait joindre aces M^moires une notice raisonnee 
des peintures attributes ^ Ren6, de tous les ou- 
vrages de peinture , de sculpture et tl'architecture 
des treizieioe et quatorzi^me siecles, qui se trouvenl 
en Proyence. , , •' 

Sainl-Vincejit, dans les derniers jours de sa vie, gou- 
toit encore le plaisir de I'etude : il se lit lire plu- 
sieurs ouvrage^j et pendant plusieurs hevires, la veille 
.rafinie de sa ipprt,.Huil jours auparavant il avoit 
riDpntre la joie ic^^;c|3lu^ vive lorsqy'il re<^:ut les ou- 
^■yr.ages de Barth^leray, que §on aipi Sainte-Croix 
liiiienvojoit.. »ra^ toutc nia, i^^e> disoil-il, pour 

En effet,.i| a cpns^ry^ un jpgeroent ^in jusqu'a sa 
mgrt. Vojant son corps s'affoiblir et sa poitrine af- 
fectee d'une suffocation presque continuelle, il s'etoit 
pr^par^ ct son dernier moment ^ dont il paroissoit 
avoir la certitude, sans en avoir les hprreurs. II par- 
loit avec sang-froid.de sa fin procliaine au citojen 
Jaubert, son m^decin et son ami , homme iustruit en 
medecine; et' en lilterature , dans la conversation 
duquel il a toujours trouve dp graudgs ressources. 
Saint-Vincent est p}ort le preHiier brumaire de 
i'an Vli , sans douleur , sans agopje, av.ec la paix 
d'ujoe ame exempte *de reproche. 



I^otlce sur Saint- F'lncent, 479 

Son fils se propose de faire placer dans son cabir 
net PinsciiptioQ suivante : 

A LA M^MOIRP 

DE Jules - Francois - Pavl 

FAURIS SAINT-VINCENT, 

HUMMK VERTUEUX , JUGE INTEGRE , 

CITOYEN PAlSIfiLS , WOIiESTE ET BIENFAISANT j 

SAVANT DANS l'HISTOIRE , LES MEDAILLEf 

E T 

LKS ANCIENS MONUMENS , 

MORT LE PREMIER BRUMAIRE AN VII, 

. AGE DK 80 ANS, TROIS MOIS , DEUX JOURS. 

Son FILS J QUI l'a soigne dans SA VIEILLESSK, . 

_, . J^T QUI l'a PLEURE APRES SA MORT , , 

,. NE POUVANT LUI ELEVER UN MONUMENT, 
■^j A FAIT PLACER CETTE INSCRIPTION 

j ; ,;: DANS LE LIEU M^ME ., 

O -.U . QUI A ^TE PENDANT LONG-TEiy:^PS ,,^ 

.., ; LE, TEMOIN DE LEURS COMMUNES .^TDDES ''^ 

ET DE LEUR MUTUELLE AFFECTION. 

. ." Addition du citoyen MUUn. 

" ■» 
Je crois devoir ajouter k cette notice que!que» 
trans lir^s de I'eloge de ce venerable citoyen que f'ai 
tu au Ljc^e republicain le premier frimaire. > 
'■Nous avons vii, ai-je dit , le citojea Saint-Vin- 
cent- part a geant son te4nps entre les lelt^es eX son:mi«- 
tiistete sacr4 ; r6verons-ie encore daos; le nobl6 
€^!flp!oi qii*il tdisoit de sajfortune. II la divisoit eatrois 
f>arts 3 (a premiere ctoit destin^e au soulagemem; (Jk^c 



|S^ •' BiographLs. 

piaUvrdSy ef il fal^oit souvent d'honorables laroins 
aux deux autres pour augmenter celle-ci. De cat 
deux autres parts , Tune ^toi't coiisacr^e a des institu- 
tions litt^raires utilfes, a des trav'aux relatifs a I'his- 
toire de son jy&yi ," et^ la deriiier6, toujours la plus 
foibIe,'a s6s besoins particuliers. 

Vous qui d^sir^z Un bon fils, votis qui aimez les 
deVoirs d& lai pi6t^ fi'.iale , transportez-vous en iilia(*gi- 
nation SuKl't^ doui's dc la ville^ d'Aix. Voyez ce res- 
pectable octogenaire y venir chercher les feux d'un 
soleil pur coVrirne lui. Son corps n'est point courb6 
sous 16 p6i(f^ de ses quatrfe-vingt anni^es ; son aine 
n*ert''est'pt>ititklrcfissifie, sa t^re n'eii ^st point affoi- 
bKe. Sott v!^£fg^,c&lrne et serein , annonce une amo 
tranqnill^^t?^ojr^z-le s*avancer appuye sur son ver- 
tueut 6l^,''ijdl d^j^ louche lui- m^me Mu terme 
de I'age ' riiuH fl§ s'entretienneiit Kjhs deux de 
quelques grands traits de I'antit^uite ; ils traitent 
quelque question d'erudition , de litt^rature ou 
d'bisfoire.Qid ne seioit echauif^ du ffeu qui anirae 
leur entTfe'tMiTLieur regard est tout attidur et toutd 
" bonl^ ; Pun ne semble d^sirerde prolonger sa vie que 
pour ne JDas* cesser de voir un fils si bientaisant ; 
4^«ti»J ne ii^ire de vivre que pour etrq toujo.urs 
3-^!Bi^'le soutien de son teiidre p^re. La promen^ad^ 
est firne^ iis rettauraent a leur domicile. Un cercle 4$ 
-JeuVsconcitoyenslesjattend, etsollicite leur decision 
•sur les initif'FCts qui les divisent. L^ ie p^re et |e Jil^j 
^ohneRlia'dettlE seuis un tribundl qui paroit Ie.5QnjCr 
4i»a!pe'duKgxist^de \k justice^ fiiaais ils n*y jiugeni p^K 
^«0 ppoc^ I Us \e& :pr6vienaeat. Apr^s ils reprenfi.qpjl 

leurs 



Ifotice sur Saint. rincent. m^ 

'«"r^a, ,. |„en. avec in.ert, les le.ires de quel- 

d^rud.non ou d'hisioire. Le pire n'a nl„?|. 

«-pnv.Jq„.^ „„,„•, d.u„ ,en. .on.V "u ' "„ 

"ouvelles, en In fai,a„, Panalyse des nJ^JZ 
,our„au, U,„„i,es. I, enTene,,'; ,a fo.ce t 
conslarce de son ame, en k>i lis,n. n„»l u 

livrent a un sommeiJ paisible en t^rJ 

. le ; : n ?r """' '"'' ^^ ^^"'" ^^^ ^o:. 

. pour ses leoU,.ese. .es Etudes. Son a.e de LaTe 
. v,„g,.un ans n'avoi. poin, afloibli sa ,^.e' .° " 
. '»-' -ec un juge„,en, parfai,en,en, .ain le'n,lll 
. gou. pour l'a„,iq„i„ ., ,,, bei,e.-,e, . i?, 
' '« Tois derniers moi, de sa vie TL JT 

..ou.e,Vd,.iondeP.,a.q,.edeB:,Le':,: ," 
. olun^es des (Euv.es de Bar,hele,„^, sanscomp" 
» .es hvres usuels, les journau, liuJraires , 7 e 



l» 



48a BlograpkCe. 

» cation k votre amiti?. Sa mort a 6 id sans dou- 

» leur et sans agonie. » 

Qui peut ne pas elre altendri par c^tte letlre tou- 
cliante ? qui ne voudroit etreun lei fiis ?qiH ne vou- 
drqit elre un tsl perci? Homraes respectables , si jamais 
Ips travaux auxquels je me suis livr6 m'ont ins- 
pire quelqu*orgueil , c'est le jour oii ils ni'oat at- 
tir6 votre attention et valu les t^moignages ho« 
norables de voire estime et de votre amili^. Si 
j'attaciie uu uouveau prix aux foibles taiens qui 
me procurent I'occasion de parler en public , c'est 
parce que je puis cpancher nion ame et tracer I'in- 
t^ressant tableau de vos taiens et de vos vertus. 
Et toi , ombre venerable , qui t'entretiens a present 
avec Peyresc , Dionis du Sejour , Malesherbes, Bo-* 
chart de Sarron , Latour-d'Aigues , Siguier et Mon- 
tesquieu, ta mode tie a refus^ , de ton vivanl , les 
^loges publics que. je voulois te donner _, tu ntf 
pourras du moins me refuser a present cette conso« 
l^ation de la douleur que m'a causae ta perte ! '^ 

Mais qui dispose I'ame a ces sentimens nobles et 
sublimes ? le gout et la culture des lettres , la lec*» 
ture des grands auteurs de Pantiquire , la vue des 
rnonumens des arts* De toutes les Etudes qui peu^' 
vent polir le caractere et porter a cette disposition 
sensible et douce , aucune n'est plus propre a pro- 
duire cet effet que I'archccologie , puisqu'elle nous 
retrace tout ce que I'antiquile a produit d'attendris- 
sant el d'h^roique. Ne cessez done jamais de re** 
commander la culture des lettres comme un des 
plus puissans mojeus de diriger les hommes vers 



Notice sur Saint- Vincent, 485 

*«;s sentimeus eleves et hoonetes ; lareiiipnt I'homme 
vraimeni leilre et^t viueux on mecliani. Sans vou- 
Joir del.;uiiu r 1108 f oiiciioj/en. d-- ce pCHchant qui 
les eniraine pres.jue exclusivem-nl Vers les «cieucej 
pijysiques et rualheraaU(|ues , tai 1j» z de leur per- 
suader de donner aussi quel.^ues moinens aux eiudes 
lilteraires. Les sciences et les arts jjenro..! j.i les 
leltresperissent ; c'est sur-toul dans ce L^c^e, oii 
l*on a admir6 le talent des oratei.rs ct de.s ponies 
les plus distingues, qu'il couvii-ul de les respect r. 
Reveiions un peu vers le gout des bonnes etudes, 
qu'il ejt si ii^ce.vvaiie d'eiitrt- (enify pour conserver 
cette amenite, reite aisance dans le sij e, cetle 
prdcision et ceite ju^^es^e dans les idees qui out jus- 
qu'ici caraclerise les gian Is ecri.ains francais. Elu- 
dions sans cesse les niodeks dans tous les genres, 
et pcn(^lrons-nons bien de cetie importante verite 
que si les verius font I'oinemcnl de I'aiiie, les lettres 
sont la parure de Tespiit (i). A. L. M. 

(r) Mon ami , le citojen Wairon, I?lendemain de la seance 
du Lyc^e , a propose i'ipitaphe suirante , pour le citojei 
Sainl-^Viuceut. -.■A>xAjL j.' ■•'>-) '^■lu^. • ' 

Quipatrice J stuHisque et egenis vixerat omnii , 
JSxiguo , quantus ! condltur hie tumulo. 

Mmicla Pejiesci virtus doctrinaqut Jainam. 
A sua meruit posteritat$ parent^ 



Hfas 



- M T 

ARCHiEOLOGIE. 

Vkttk DIE MosAiKj VQm P rof 63 S6r arid Direc- 
tor Gti nutty Zar Ankiindu^urig der In der 
Schale des Ktoster Ber'geri vOri Ostern bis 
Michaelis J 1798 ^ •*"- fialtenden Lectionen ; 
c*est-^-dire, Sun lA MosAiqvE , par te prO" 
fesseur et directeur GurlitTj pour annorh" 
cer tes cours qui auront lieu depuis Pdques 
jusqu^tb La Saint - Michel de 1798 ^ au col- 
lege dit Kloster Bergen, Magdebourg,chezKeil, 
in-4°. de 3i pages. 

J\j.« GuRLZTT , professeur de litt^rafure etdephi- 
Idsophie a Kfoster-Bergen pres de Magdebourg, est 
tin homme de leitres Ir^s-dislingu^ ; il a insert dans 
\e Mercure allemand de M. Wieland et les autres 
meilleurs jburnaux , differens morceaux de Pindare 
et d'autres Ijriques grecs et romains , traduits en 
▼ers : c'est un instituteur tres- habile ; il est ^ la 
t^te d'une ^cole , celle de Kloster-Bergen , qui est 
peul-etre une des meilleures des etats du roi de 
Prusse : plusieurs hommes de lettres qui honorent 
aujourd'hui TAllemagne , tels que Wieland , 
Adelung , etc. en sont sortis. 

M. Gurlilt, ;suivant Texcellent usage des bons pro- 
fesseurs d'AlIemagne , a compose des Trait^s 61^- 
mentaires pour ses disciples, sur les sujets de se 
cours. Un des principaux est son Abregi de I' his- 



Mosalque. 445 

tolrc de la phlLosopkie chexi ies Grecs ct ch.ex» tes 
B.omains, 

II vienl dVn piiblier deux nouveaux, un sur Ics 
plerres grai^Ses j et I'auti e sur La mosalque : c'ei-t ce 
dernier que nous annoncons. II y traite avcc heau- 
coup de bri^veie, de methode et de clarte , de ce qui 
a rapport k cist art ; il le definit , et donne I'explica- 
tion et I'elymologie des differens noms qui ont servi 
a le designer , et priiicfpalement du mot mosalque, 
II indique ensuite les profyedes m^caniques dp la fa- 
brication des mosaiques en pierres dures, en ^rnaux, 
a plat et en relief. II trace I'histoire de cet art, qui 
paroit avoir pris naissance chez les Orientaux. Les 
Bomains I'apprirent des Grecs. La premiere grande 
irosaique connue a Rome est celle dont Sylla orna 
le temple de la Fortune a Prenesle. Cet art fut tr^s 
en vigueur a Constantinople. Ce fut dans le treizi^me 
siecle qu'un Ilalien, An Ire Tassi , Tappril du Grec 
Apollonius, et fit les mosaiques de I'eglise S. Marc h 
Venise. M. Gurlitt continue aussi rhi>toire des ar- 
tistes qui out travail!^ en mosaique Jusqu'a nos jours. 
II termine cette partie de son travail par quelques 
gf nsralites sur la marqueterie , les rocailles, !es o,u- 
vrages faits avec des plumes d'oiseaux el des mousses ; 
enfin sur tout ce qui est fabrique en piices de 
rapport, qui par leur reunion imitent la peinture. 

M. Gurlitt cite ensuite les principales mosaiques 

antiques, lelles que la rnosaique de Palestrine, que 

Barthelemj' a dit represenler le voyage d'Hadrieu , 

etdans latjueile Winckelmann voil lesejour de Mt^- 

I jaelas en iEg^ypte. M. Gurlitt ne cite pas ropinioa 

Kb 3 



486 'Archceologle, 

aujourd'hui la plus grnt'ralempnt adoptee , qu'elle 
repr^sente I'ocrup^tion de I'/Ei^ypte par Alexio* 
dre ; il parle ensuite du snperbd vase aux quatre 
colombes da capitole, qui a ete copi6 tanl de fois 
pnr les artistes nindernes ; des mosai jues derriles 
par Winrkelnann , d.nis ses MnriumenU LnedUi y 
de celles representani I'lgnispice ( la dt viualion par le 
fell ) 1 f-ni sont dani la rol!(^ lion de M le chevalier 
d'Azara : il ( ite aii'-si qoelques ino^ai" jues qui 
out ei^ iroiiv es v\\ A-IIedi-^grie. J m'ctoiine boau- 
ronp (jiifc M. Gurlitl n'ait rien dit de celles troiivet^s a 
Si'viileel a Moi vitciro, I'ancienne Sdgonie; de celles 
troll v*e~ » II Fram e , -1 Nimes , et d -crites et figurees 
dars l'hi^lOire ie cettP viile par M<^nard; a Aix , 
pal le riioyen S< nil -Vincent , dont le nom v6n6- 
rai)le ne pe* t eire rt pt te qu'avec rf^spect par les 
amis fies arts et de la verin ; de celies d^coiivertes 
a Auxrrre, et decrites par le savant bibliograpbe 
Laire; de celles trouv^es a Bavaj eta Besancon , 
figuiees par Cajlos ; de celles trouvees en Angie- 
terre , et figurees dans I'archaeologie britannique. Oa 
s¥tonne aussi qu'en parlani des mosaV piesde I'llalie , 
il ait oublie celle que le pr^lat C.izali a fait gra-: 
ver ; relies qui decoreni le pave des salles du 
iBus^e Pio-Clemeiilin, Ces omissions n'empechent 
point que la dissertaiion de M. Gurlitt ne soit 
tres-utile par les connoissaiices qu'elle renferme, 
et recommandable par sa precision et sa clart6. 

EUe est terminee par une courte notice des prin* 
cipaux Merits siir la rnosai jue. 

Je ne puis achever cet ax trait sans revenir sup- 



Beaux^Arts. ij87 

I'ln^i'fiference de notre gouvt rnement a lYgard des 
niosaVques anliquGs. Je renvoie le lecteur a ce que 
j'eii ai dit dans une note inseree dans ce journal , 
AwwitQ III. 



A.L. M. 



B E A U X - A R T S. ' 

Au cltoyen Mlllin ^ Conse rvateur da cabinet 
des antiques a La bibiiotkhque nationate , 
et professeur d'Antiquitis , il Paris, 

Lea2 septembre 1798. ( i vend, an 7 ), 

X L y a dcja quelque temps, si je ne me trompe, 
que I'Inslitut national a invite les savans et les ar- 
tistes a comrauuiqiier ieurs idees et leurs plans pour 
la construction de plusieurs monumens qui dcvoient 
etre friges sur plusieurs dco grandes places de la 
ville de Paris. A ce que je sais, lis n'ont pas en- 
core iii executes, du moins pas d'une manjere 
durable, ni avec le gout et la magnificence dignes 
d'une si grande nation ; car derni^rement il en etoit 
encore question cocnme d'une chose k faire. S'il 
€st permis a un Stranger d'ajouter aussi sa quote- 
part a la quantity d'id^es qu'ou doit d^ja avoir re- 
cueillies sur ce sujet , je vous communiquerai quel- 
ques- unes de celles que j'ai eues sur les monumens 
en question. 

Je me figure en tout trois places j celle de VUnio/iy 

Eh 4 



46s Beaux-Arts, 

telle de !a Vlctoire et celie de la Patrle ou de 
la ComtLtutlon, Dans le cas qu*aucuae des places 
de Paris oe pertat ce dernier nom , je pense que 
Pune d*elles le nieriteroit bien ; car la place de la 
Revolution est encore bien loin d'etre une place 
de la Constitution. 

Siir la place de VVnlon^ Je poserois un group po 
colossal , represenlant I'all^gorie connue dti per© 
qui dit a ses tils de briser un faisceau de filches 
qu'il leur offre, pour Itur faire sentlr la force de 
I'uninn. En tffet, on ne frouvera point d*image plus 
frappante et plus facile a saisir. Cependant,au lieu 
du p^re et des fils, Je cboi^Tois quatre figures de 
femnies : la figure principale , et en meme temps Ui 
plus grande , represeuleroit la mere ou la France 
debout, dans le costume de Minerve , ayant la hast» 
appuj6e negligemmeiit sur son bras gauche , et 
non pas la tenant dans la main ; avec la droits 
elle montrrrait le faisceau. Les trois filles desi- 
gneroient les ddpartemens; I'une d*elles tiendroit 
une fleche cass^e dans la main ; Tautre esf^ayeroit 
va ine men t ses forces en voulant briser le faisseau ^ 
et la ircisi^rae proraettroit , par son air doux et 
souriant, d'etre ob(Sissante aux lecons de sa m^re. 

La base de ce grouppe devroit elre sans orne- 
mens et la plus solide qu'on connoit en architecture 
{opus rustlcum). Pourinscri^xtion, je proposeroi* 
seulemeul les mots 

Concordia Inyicta. 



Frojets de monumens* 489 

Sur la secontle place, ou celle de la VlctoLre ^ 
on pourroit constrnire un arc de friomphe a quatre 
faces. Je pense ici au b* an monument i*omaiD , 
connu sous le nom de Templum Jaai quatrifron'^ 
tcs. Les portes de ce monument, tournees vers les 
quatre parties du inonde, jndiqueioient a la posK^rite, 
les lieux oil la r^publique a envoj^ ses armees,et 
^'ou elles sent revenues couronn^es de laurier* 
Apr^s ia paix general© ^ on devroil decreter ua 
triomphe solennel k chaque armee retournant dans 
sa patrie ou au corps choisi pour la repr^senter. 
Ce monument seroit parliculierement destin^ aux 
d^fenseurs de la patrie , par les quatre mots places 
en grands raract^res de metal : Grata Rjspublica 

CiVl MiLlTI. 

Au dessus decha)queportaii il n'jy auroitqu'uu seu.1 
de ces quatre mots , pui-^qne, de quelque c6te qu*on 
commence k les liie, i's ferment toujours up sens 
facile et complet avec les trois autres cot^s. Ou in- 
diqueroit par-l^ que la r(^publiquf* doit a une ar- 
m^e comme h I'autre une leconnoissance durable. 

Sur rl;aque cot^ on plaieroit une Vicloire dans 
le costume connu d'apres ^antique, c'est-a-dire, 
debout, les ailes etendues, — un pied sur une 
boule , portant une palnie stir Pepaule gauche 
et offrant de la droite une couronne de laurier k 
I'arm^e revenant dans ses foyers. 

Au milieu du toit s'eievaiit par degr(^s , je 
proposerois de placer une plus grande Victoire , 
qui seroit assise sur le chapiteau d'une coionne 
d'oidre corinlhien , et ayant les ailes ploj^es sur 



49P Beaux- Arts* 

le dos , se pla^ant de la droite line couroflne de 
laurier sur sa chevelure flottante. Un des pieds do 
cette Vicloire assise seroit] plac6 , non pas sur im 
globe , mais sur un cube uni , oii on liroit I'ins- 
cription : 

Victoria I m mot a. 

Cette statue colossale devroit faire face au quartier 
de la ville ou se trouve la place de la Constitution. 

Pour ddcorer la place de La Patrle ou de la 
Constitution J je proposerois un rocher artificiel, et 
sur sou sommet un autel de la patrie, 

J*ai bien vu de tels autek, raais qui ne m'ont pas 
plu tout-^-faJt. Tous avoient la forme de ce qu'on 
appelle ordinairement le grand autel dans les ^glises 
cathoiiques , qui au fond n'est autre chose qu'un 
sarccpbfige (et en effet , on avoit la coutume d'y 
consetver les reliques des saints) , ou lorsqu'iis s'eloi- 
gnoient de cette forme , ils ressembloient a de 
grandes tables destinies a des repas , sur lesquelles il 
ne manquoit que les mets et les plats de parade dii 
moven age. Un autel rond, grec , sur trois pieds, 
d'une forme antique (a peu pres comme les tables de 
travail de nos dames), pr^senteroit une iorme plus 
ngrtable : il fandroit qu'il fut de metal dor^ et 
d'une grandeur proportionn^e a la hauteur du ro- 
clu^i , pour qu*il ne parut au spectatsur sur la place , 
l)i iiop rnesqnin , ni trop colossal. Comme«sa sur- 
face, ainsi que les autcls de I'antiquitf^, devroit avoir 
un ei fuficeirent entour6 d'un bord eleve, on pour- 
toittailler des marches dans leibcber, pour manager 



Projets de monumens. 491 

un arcfes h ceX autel , et dans son enfoncement on en- 
Irttieiidroit un feu pour eclairer les environs , et 
pour ren<^'re superfl'ie I'ilhiminalion mesquine de 
DOS nionum'^rs avec des lanlernes. Eiitre Tauff*! et 
le roclier on | laceroit pour base un parallflip pede 
de marbre noir, dans lef;uel, du cole de derriere, 
les marches seroienl continn^es, et qui du c6t6 pria- 
cipal , snr le di-vant du monuinent, pr^^senieroit un 
e$paoe suffisant poury placer cette inscripiiou : 

Patriae cartssim^ 
consilio , sanguine , opibus 

CIVIUM 

LIBERATE, SERVATiE, 

lEGIBUS ORNATiE 

AUCT^ ET PACAT/E 

SACRUM. 

On comprend que , sans inscription , le tocher est le 
symbole de la constitution. 

Comme ces id^es ne sont Iracees que comme une 
esquisse, les artistes auront encore dans Texecutioa 
un champ vaste; cependant je les veirois avec plai- 
sir dviter tout ce qui pourroit surcharger le monu- 
ment d'ornemens. Quelque agr^able que soil pour 
I'archacologue la colonne de Tiaan, ou pour ceiui 
que recherche la science .seciele un ob^lisque con- 
vert d'hi^roglyphes , je ne pourrai cependant ja- 
mais les placer au nonbre (les chefi-d'ceuvres u*una 
architecture grande et sublime. De nos jours eufia 



49* P^auX'jirts. 

oil la chalcograpliie vient h si peu de frais au $^cour« 
des classes moius iustniites du peuple,et la typpgra- 
phie au serours de celies qui sunt plus inslruites, ja 
crois enti^remeiit superflu d'^terniser par des delaiU 
coiiteux de sculpture et d'architecture , des ^v^ne* 
mens que I'histoire transmetlra a jjos neveux les plus 
recules par ces mo^^ens plus facilei. Du raoiqs dan$ 
les grands monumens (et tels sont ceux que veut 
la r^publique), il me semble que tous les ornemen$ 
qui , apres quelques aunees , oat besoin d'un com- 
mentaire, sont au dessous de la dignity de notre 
ftecle , qui a deploy^ de si grandes forces. 

Mais pourquoi des inscriptions latines, me de- 
mandera-t-on ? Je r^ponds : parce que toutes les lan- 
gues vivantes ont le sort commun de changer avec 
le temps , soit en bien , soit en mai. Qu'on liso 
dans chacune d'elles seulejment les meilleurs au- 
teurs du seizieme siecle , et qu'on dise s'ils ne nous 
paroissent point vieillis, 

Exposerions-nous done d(?s mo»wmens qui doivent 
braver des siecles , k l*inconvenient de devenir in» 
sipides a notre ppst^rite , ^n j plac^nt des inscrip- 
tions dans la langue maternelle ? JLa lan^iie des 
anciens Romains n'a plus a craindre ce sort a 
cause de son energie et de son lacouisme , particu- 
lierement propre au style lapidaire. II faudra done 
la conserver , ou nous voir obliges de condamner 
une de nos laugues modernes a deyenir laugue 
raorte , c'est-a-dire, immuable , e( pour cela m^me 
universelle et propre a des inscriplions. 

Gitoyen , au nom de I4 nation de laquelle vous 



Pro jets dc monumens, 493 

m^ritez si bien par le z^le que vous rnettez a r^- 
pandre les connoissances , recevez (i) , pour le 
comraenceraeiit de I'an VII de laR^publique , une 
felicitation qui , quoiqu'ecrife il y a pres de 2«oo 
ans, ne pourroit etre mieux trouvee pour le jour 
actuel : peut - etre que ce hasard pourroit aussi 
contribuer a reconciiier, non pas vous, dont^ Ta- 
thowt pour la beHe antiquity romaine est connu , 
mais votre nation , avec une langue dans laquelle 
il y a tant d'^nergie et tant de patriotisme , qu'on 
|)ourroit ecrire un comraetitaire ^tendu sur ce seul 
passage : 

Bene valete et vinciH 

P^irtute vira J quod Jecistis ante hae 
Serf ate vostros soeios , i>e teres etnop»a j 
jiugeie auxilia vostns justis legibus ; 
Perdite perduelles , parite laudem et lauream 
Ut vobis victi Poeni poenas sujferant. 

Flautus in Ctst. Act. I , ic. Ill , y. ^19. 

ti) (^etfe Utt^e £crite fa allemand m'a kik adr^ss^e par un 
Jiiconnu , qui ne peut etre qu'amat«ur 6clairi d«i arts, et ma 
v^ritdble ami des FraD9ai«. A. L. M, 



LITTEtlATURE LATIXE. 

Lettre de F. J G. la Porte - du ThefLj aucc' 
to yea A. L. M/llin _, conseruiiteur de La hi" 
blLotli^que nationaLe et redacteur du M^f^w 
sin eniycto^^edique j sur tine noavetle 6di' 
tion de Vouvrage attribu6 commanemeat d 
Petrone, 

iVioN CHER MiLLTN, vous avez recemment ins^r^ 
d;irjs \e J.\-:a^asLri e ncy cLo pediq ue ^qs aucsX'ion^ &\xv 
Petrone, (|ui avoieni 6te lues pre^ (^demrnent dans 
une st-ance publique de la soci^te libre des scii^nces, 
leitres et arij> de Paris. Je ne rou^irai point devant 
vous d'avouer que la publication de re morceau de 
Ijtterature'^me cause quelque chagrin. 

II y a d^j^a piu* de troi?; ans que, apres ra'etre 
Qcciip^ un .(,ei\tiin temps ( et peut eire trop s6- 
rieusement) de Tautc-ur et de l*ouvrage dont il 
s'agit ici , i'avois enfiu termini mon travail : je ne 
pie proposois point d*abord de le publier. Par 
la suite q»iel ju^-s circoust nces particulieres (sou* 
vent !es t ir' ousti^nces nous oiaitrisenl) m'ont d^- 
te'min^ a le laisser iinprimer. Le citoyen Baiidouin 
s*est charge, il y a deux ans, de I'entreprise ; et 
I'exerulion lypographique, s'il n'avoit pas dte plu- 
sieurs fois dans le cas de I'interrompre , pouvoit 
^tre achev^e en six mois. Aujourd'hui , des deux 
volumes que la totality du travail comporiera j le 



Sur Pit rone. 49$ 

premier seul est imprime , le second n'est avanc6 
que jusqu'a la quatre-viiigt-unieme page. 

Sans doute j'avois lieu de peiiser que ce tra- 
vail, preseiitant quelques id^es nouvelies, ne pa- 
roilroit pas d6pourvn d'un certain inter€t , memo 
d'une sorte d^ulilit^, Toutefois (je le dis sans fausso 
modestie) j'ai toujours ^t^ singuliereaient inquiel 
du succes. Maiuteiiant je vais redouter encore da- 
vaniage le jngement que le public en pourra porter. 
J'appiends que j'ai ete pr^venu. Peut-etre (il m'est 
trop naturel de le snpposer ) , peut - etre une plume 
autren-.cnt (^leganle que ia niienne a-t-elle su , la 
premiere, s'appioprier ces idees, qui , s'etanttrou- 
v^es a ma port^e , doivent, a plus forte raison, avoir. 
6te taciles a saisir pour un homme de talent, oc- 
cupy du meme ol^jet q^je moi. 

Danscet etat des choses, ne pouvant plus (ceque 
inl^rieurement je voudrois ) empecher la publi- 
cation plus ou moins prochaiue de mon propre tra« 
vail , j'espere ^ mon cher Millin , que vous me 
pemie.ttrez dexonsigiier daris votre journal une esp^cc 
de reciatnatloa d'anterLorUo ( si je puis rai'ex- 
piirner ainsi) pour ce travail , quelle qu'en soit la 
nature, quel qu'en puisse ^tre le ra^rite. Je Vous 
en iransmets done une courte notice et un eckan* 
titton : vous me ferez plaisir si vous les in?6rez le 
plus tot qu*il vous sera possible dans le Magasin 
encjclopedique. 

Le premier volume contient : 

1°. Un DiscouRs pRELiiwiNAiRfi foi't ^tendu , en 



^^5 LCttiratare latlne, 

forme de leltres adressces a'» citoy?n de S?imte- 
Croix, ce littt^rateur si estindble t i - vant , lont 
j'avois I'avantage d'etre le confrere q lan i I'acn le- 
mie des inscriptions et belles-lettres subsistoit. I>iiis 
ces differenles letJres , j'expose en d6tai! lout ce que 
j'ai recueilli sur l*ex;stencf^ , rautli^nticite et (que 
Ton me pardonne cette exprv^ssion ) les divi'rses 
fortunes du texie de I'ouvrage , atlribuo commune- 
nient h un auteur du nom de TUus Fetronlus 
Arbiter, 

1<». Une Introduction on SoMMATflE de tout ce 
qui , dans Lesjfo^mens an'jourd^hui subsLstans 
del'oavra^e de Fetronc , ie trouve pr6c6der ott 
do it etre cens6 avour pr6c6d6 le rdat des Arsjf' 
TUBES d'Encolpe^ 

30. Une Version fran(:aise, accompagnee du 
lexte lalin , de la partie qui coucerne les Aventures 
d'Encolpe propreii^ent dites , seule portion de 
Touvrage aitribue a Petrone, qui soit intelligible 
pour raoi , et que j'aie cru pouvoir interpreter. 

• Le second volume renferme : 

10. Le Texte latin de tout ce qui est attri- 
bu6 a Petrone , dans quelque Edition que ce soit : 
ce texte complet a iii collationne sur trois manus- 
crils , les seuls qui existent a la bibliotbeque na- 
tionale , et dont Tun est pr^ciseraent le manuscrit 
trouv6, dit-on , k Trau en Dalmatic De tous les 
^diteurs de Petrone , je serai le premier qui aura 
par 16 avec connoissance dc cause de ce manuscrit 

singulier 5 



SUr P6trone, ' ^^ 

singulier : aucun de ceux qui ra'ont pr6cid6 ne I'a 
eu sous les jreux. 

2°. Des Notes philologiques , an nombre de 
plus de cent soixante , dont plusieurs sont doubles ou 
triples , et dont quelques-unes sont de petifes dis- 
sertations sur les passages qui ra'ont paru les plus 
remarquables et men,e dc^cisifs, pour fixer deter- 
minemeiit ropinion des gens de letres, sur le temps 
et le lieu ou doit avoir ete composd le roman sa- 
tj^rique atlribue k P^trone. 

3°. Les Remarques de feu M. le P». Bouhier 
sur le poeme de la guerre civile. En reproduisant 
ces remarques singulierement judicieuses et utiles 
j'ai cru rendie tout a la fois , et un horamage bien 
duk la nieraoire de I'illusire academicien , et un 
service rtel aux veritables amis des iettres. 

Pour avoir une idee juste de la maniere dont le 
Texte latin complet est dispose, il faut lire la 
preface que j'ai cru devoir ^crire en laiin. La 
voici : 

Tit I Petronu ArbLtri'Satyrlcori , quoiquot 
hodie supersunt fragment a , ad duo rum op- 
Umce noLcd manuscriptorum codicum ^ necnorh 
Lpsiusmet Traguriani, Lib nf idem ^ recensUa. 

LECTORI. 

Habes hie, erudite lector, satyrici operis , vel 
d Tito Petronio Arbitro revera elaborati, vel tan- 
tummodb sub ejus nomine evulgati , quotquot hodi» 
ubivis collecta leguntur fragmenta . 

Tome IF. li 



d^^S Lut6raturc Latlne 

Et ilia quidem, in quataor partes a nobis distincta 
fuisse, etd fuse in prolegomenis ^a/licis declaratum 
est, nunc iteruni te monitum ac deinceps inter legen- 
dum ubigue wemorem velini. Haruni quatuor par- 
tium, unam AUTHEN TICAM ; alteram itidem, si 
vis J GEN U IN AM ; tertiani verb DUB I AM; ulti- 
main prorsus s irpFOSITJ TIAM , omnino et nos cen- 
semus, et tu^Jhrsan, nobiscum una sentiendo, pro- 
nuntiabis, 

I. Authentic AM facile appellaverimus earn 
qua, in antiquis repe.rta codicibus , a primo operis 
'Fetroniani editor e, typis Mediolanensibus , anno, vel 

1476, vel i477> ^'^ luceni prolata flit. In sequenti- 
hiis editionibus , unius fere smculi spatio , ad annum 
usque circiter i565, absque ulld notabili variatione, 
sola comparuit ; eamque unice etiam reprcesentant 
vetusti duo , optima notce , in percelebri Galliarum 
nostrarum bibliothecd asservati codices. 

Idea, xit, perquam facile ac soloferh intuitu, pri~ 
maria ilia et authentica f'agmenta agnosceres', ea 
ITALICIS, ut vocant Typographi, characteribus hie 
exhibenda decrevimus. 

II, Genuinam itidem dixerimus partem alte- 
.rami quam^suppeditavit P. Pithcpi codex famosus ac 
sunimis critices magistris decantatissimus : Erricum 
Memmium hie necnon foannem Sambucum , Janum 
Dousam, Justum-Lipsium, atque ante alios, J. Jose- 
phum Scaligerum {paucos k multis MAJORUM, ut 
ita dicam, GEN TIUM litteratis), hcnoris aterni 
causa nomino. Anno , ut mihi quidem visum est » 



Sur P^trone. ^^ 

»565, pars ilia puh/ici j^ris facta, fragnientis jam 
pnuse.ul,aus addhafuu; ac postea Ubellum valde 
amphfica.U :n cunctis ediUoniBus , cju. pluru,^ ^ 
eaquefere omnes opimis commentariis refertissima 
ah anno .565 ad annum .664 prodiere. Secundam 
hanc partem ah eo, quern apud tot ac tantos vires 
obtinmt, existimationh padu dejicere, nobis reliko 
Juit, Cenuinam ergo et nos earn reputernus. Jpsi 
ut panter enuneret, characterem quern RomaNum 
^ypograpiu dicunt, mere ac dmplictter assignauimus, 

r "/• f/^''''^ ^'' '^'''''''''' ^P^^^ ^ena^n, 

tI , :f "' "'""'^"^ ^- ^— «-•> necnon 
/. Reuku Manes), DuBIAM fas mihi sit vocare 
tertiam partem qu<B, a Marino Statileo, ex codice 
Traguriano,versiis annum 1662 excerpta , intricatis^ 
simam Tnmalchionian<B ccBnc , cujusfrustulaquadam 
cdposuerat liber PithcBanus , enarrationem prolixh 
admodhm auxit {ino-.ns, utinam non vanum acfu^ 
tilel posterwns cB.i philologis disputandi argumen- 
tum): et ah anno ,664, quo-primhrn, Fatavii, pro^ 
diit, usque ad hunc diem multiplici vice typis man- 
data flit. 

Hanceisdem ac secundam characterihus {RoMA- 
NJS scilicet) excudi voluimus : veriim , ut distin- 
gueretur, apicibus {gallick Guillemets) ad exterio^ 
rem uniuscusque et paging, et linear marginem ad^ 
pcsitis, notavimus. 

IV. SUPPOSITITIAM prorsus, ac {ne leniori 
verboutamur) spurcam et f^de subdolamncbiscam 
appellabis ultimam partem , quttm Belgradi{aiehat), 

li 2 



5oo Ijittiratare latlne 

anno if^8S, repertani vir , nostra quidem judicibt 
juxta ignaros maxime omnium ignarus, F. Nodo-' 
tins, lectoribus ohtrudere ausils est : quo successUf 
^tfiid eXcusatione dignus, tibl ipsi dijudicandnm re- 
iinqiiimus: Pars ilia ulLirna, ut saltern quantifa- 
cienda sit primo aspectii intelligeres , niinutissimis 
charocteribus exarata est. Et ea , sarih , absque 
damno, fortasse etiam cum fructu, hie carere po- 
tuisses. Sed ne, vel in minimis, editio nostra tibi 
manca videretur; imb, ut cceterarum, quotquot nobis 
innotuerunt, editionum loco tibi esse posset; nulla 
eorum quoe sub Titi Petronii Arbitri nomine, vel me- 
rit o , vel immerith, ubiuos circumferuntur, in ipsa 
desiderari voluimus , quorum defectu ad aliam re- 
currere opus tibi Juisset. 

Eddem de causa, nee sparsis fragmentis peperci- 
mus : sic nobis appellanda sint ea, qufP, nulli certo 
loco, nulli certo operi assignanda, sed nihilominus 
Tito Petronio Arbitro inscripta, et vel ab authoribus 
noti^ jamque editis citata , vel ex manuscriptis co- 
dicibus excerpta, operi Petroniano sape junguntur: 
ea cuncta hie ad SatYRICON calcem reperies, 

L'echantillon de la version fran^aise, que j'ai an- 
nonc6 , se trouve dans le tome premier. Voici ce 
quis'y lit, texte, version, notes, dans la feuilleB, 
page 28 de l'Introduction , imprimt e depuis phis 
de vingt mois. Au commencement de ce morceau , 
c'esl moi qui parle. 

Encolpe , qui n'etoit point fache sjns doute da 



Sur Pdtrone, Soi 

commencer d^s-lors a se faire connoitre , et a se don- 
ner quelque r^puiation en fait de litt^ratnre, se 
met, durant la promenade au Portique, a disserter 
sur le maiivais gout du siecle , relalivement a Td- 
loquence ; et lout ce qu'il dit a ce sujet, je I'ai d^^j^ 
annoncd, marque un homme nourri des meilleuivs 
lerons, artachd aux principes les plus surs. C'6toit 
en presence meme du professeur, d^signe par-tout 
dons ces M^moires sous le nom d'Agaraemnon , qu'il 
exprimoit avec feu la raaniere dont il jugeoit les 
Jecons qui se donnoient alors aux jeunes gens. J'ai 
d(^ja laiss6 enlrevoir que , a mon jugemenf , pour le 
stjie , meme dans ce morceau , qui tend au rap- 
pel du bon gout, et respire la critique du g^nre 
d'eloquence le plus en vogue, I'auteur ne joignoit 
pas assez heureusement I'exemple au pr^cepJe : le 
lecteur impartial en va juger par lui-meaie. Voici 
ce que Petrone fait debiter par Encoipe , et rdpl,- 
quer par Agame:.,ron. G'esi par ce passage tronqu^ 
que debutent non-seulement 'ous ies raanuscrits au- 
thentiques, mais meme le manuscrit de Trau ; ei 
aucune edition, excepte la moius estimable de loutes, 
celle de Nodot , ne commence differemment (r). 

(I) J'ose m'en flatter : on ne m'imputera point ici d'avoir 
Toulu imiter Perraull , cherchant a travestir les anciens par 
des versions ridicules. Sans doute , avec plus de talent 
j'aurois su tradulre le morceau qui va suivre , bien mieux 
que ,ene I'ai traduit. M«is je protesfe que, pr^ciseinent eo 
raison de ce que je crois recoanoitre ici bien des vices dans 
le style lalin de I'auteur , je n'ai rien n^glig^ pour pallier 
fies vices dai.s le fran,jais. Si oa trouve chez moi ies Cg.ues, 

li 3 



Scyi LlttSrature latine 

§. I Num alio genere furiarum clec!araa* 

lores inquietanlur qui clamant : — Haec vulnera 
plro libertate publica excepi ; hunc oculum pro vo- 
bis imppndi : djte mihi ducem qui me ducat ad 
liberos meos, nam succisi poplites membra non sus- 
tinent. — Hccc ipsa tolerab lia esseut, si ad elo- 
quetitiam ituris viam facerent. Nunc, et rerum tu- 
more , et sententiarum vanissiaio slrepitu , hoc tantiim 
prohciunt, iit , quuni in forum vt-nerint, piilent se 
in alium orbem terrarum delates. Et ideo ego arto- 
lesc'entulos exist! mo in scholi> stultissimos fieri , quia 
nihil ex lis quae in usu habmus aul andinnt aul 
vident ; sed piratas cum calejais in liltore slantes ;' 
et tjrannos edicta scribentes quibtis imperent filiis 
ut patrum suorum capita prascidant ; sed responsa 
in pestilentiam data, ut virgines tres aut plures im- 
molentur ; s'^d mellitos verborum globulos , et om- 
nia dicta fdctaque papavere et sesamo sparsa. 

§. 11. Qui inter hajc nutriunturnon maLis sapere 
possunt , quam bene oiere qui in culina habiiant (2), 

des metaphores , meme qnelques exnressions peu ordlnaires , 
ou , peu!-etre encore , pas tout A fait .issez nobles, c'est que , 
d'une part, je me suis fait un devoir de conserver , s'il 
m*etoit possible , toute la couleur , tneme toutes les telnles 
du styie latin ; et que , de Tautre part ( de trts-bonne-foi , 
jVn suis persuade J , les figures , les metaphores, les ex- 
pressions auxquelles les raiennes r pondent, ont , respec- 
tivement a la laiigu« latine , le dcfaut qui pourra m'etre 
reprocbe relativement a la langue franqaise Enfin , malgrd 
ce qui , au premier abord , oifensera peul-etre les lecfeurs 
^'aa tact sur el d^Iicat , ma version u'^laut au fond , ni 



Sur Pitrone, 5o3 

« Est-ce done un autre genre de manie qnl pos- 
» sede vos d^clamateurs, lorsqu'ils s'^crient : Voyez 
■^ces blessures re<^uies en defendant la liberie; cet 
»-oeil perdu pour vous : donnez-moi done un sou- 
» lien qui me ram^ne a mes enfans, puisque roon 
» jarret coup<^ tie peul plus me porter. Encore si 
» ces lieux comrauns menoient a T^loquence ! Mais, 
» el de celte exageration dans les fails , et de ce 
» vain bruit de sentences, tout ce qui r(f;sulte est 
» que, en arrivant au Forum, les cleves se trou- 
» vent dans un monde tout nouveau. Et c'est , a 
» men avis , ce qui , dans les classes , tourne la tete 
» aux jeunesgens : ils n'y entendent, ils n*y appren- 
» nent rien de ce qui est d'un usage habituel ; mais 
» ce sont toujours des pirates ecchain^s sur la rive ; 
». des tjraos , dont les ^dits commandent a des enfans 
» d'apporteria tele de leur p^re ; des oracles, qui, 
» pour appaiser la peste, ordonnent d'immoler plus 
» d'une vierge; enfin, des p^riodes doucereusetnent 
» arrondies , 6es lerraes et des traits que par-tout 

K » le pavot et le sesame assaisonnenr. Reduit a cefte 
» nournlure , on ne peul pas plus se former le gout , 
» qu'on ne contracte une bonne odeur dans la cui- 

K ,» sine (2). Professeurs, souffrez que je le die : 

incorrecte , ni tnemc ce qu'on appelle proprement mal ecrite, 
a I'exainen on trouvera ( du moins je I'espere) que , loin 
d'avoir voulu calomnieusement appuyer, j'ai au contraire 
g^n^reusement tiche d'ebranler moi - meme le fondcment 
de mes propres crldques. 

(2) On ne sauroit guiTC douler de raullienticile du frag- 
ment daus lequel.^elrouye ce passage. Indubliableincnt Jeao 

Ii4 



5o4 LUtirature Latlne 

Pace vestra liceat dixisse , primi omnium ( at, om- 
nein ) eloqueniiam perdidistis. Levibus enim atque 
inanibus sonis ludibria qurdam excitando , efferis- 
tis ut corpus oralionis enervaretur et caderet. Non-. 
dum juvenes declamalionibus conlinebantur , quum 
Sophocles aut Euripides invenerunt verba quibus 
deberent Joqui, Nondum umbraticus doctor ingenia 
deleverat , quum Pindarus novemque iirici Home- 
ricis versibus canere timuerunt. Et, ne poetas qui- 
dem ad testimoDium cilein , certe , neque Plslona 
neque Demosthenem ad hoc geaus exercitationis 
accessisse video. Grandis , et , ut ita dicam, pudica 
oratio , non est maculosa uec turgida , sed naturali 
pulchrjtudine exsurgit. JNuper venfosa isthaec ( Ln 
Mss. abesL ) et enormis ioquacitas Athenas (3) 
ex Asia commigravit , animosque ( aL animos ) ju- 
venum ad magna surgenles veluti pestilenti quodam 
sidere afflavit ; semelque corrupta eloquentiae regula 
stetit et obtjnuil ( la Mss. obmutuit ). Qnis posfea 
adsummain Tkucydidis , quis Hjperidis ad famam 
processit ? Ac ne carmen quidem sani coloris eni- 
luil 5 sed omnia , quasi eodem cibo pasta , non po- 
tuere usque ad seuectulem canescere. Pictura quoque 



(fle SaxishitTj avoit sous les yeu? , ou present k la jnemoire , 
topi le morceau qu'pn lit ici , lorsque , sans cjter son auteur , 
en parla t de \a flatterie ( Policrat. lib. Ill , cap. X , edit. 
JlipcxxxiX , pag. 183 ) il dil : Uiium tamen ctrtum est , illis 
^ui huic vitio dediti sunt , von magis placet viitutein, ^uffn} 
illos bene olere qui in culiaa liabitant. 



Sur Pet rone, 5a5 

» Vous , les premiers de tous , avez perdu Telo- 
» quence. Formant , par des sons vuides et lexers , 
» je ne sais quels jeux fantasliqurs , vous avez fait 
» que le corps du discours s'enerv\t et tombat. Ge 
» n'^toit point encore aux declamalion.s qu'on occu- 
» poit les jeunes gens , lorsqu'Euripides el Sopho- 
» cles trouv^rent les teimes donl ilsdevoientse servir ; 
» et le pedant d'uiie sombre classe n'effa^oit point 
» le genie , quand Pindare et les autres iyriqucs crai- 
» gnirent que , pour leurs chants, le tond'Homere ne 
» fut pas ossez haut. Ou, s'il faut d'autres excmples, 
» que les poetes ; certes , je ne vois point que De- 
» raoslhenes ni Platon se fussent exerc^s en ce genre. 
» La grande, j'ai presque dit la pudique Eloquence, 
» ne s'enffe ni ne se fard:^ , mais se distingue par sa 
» beaut6 naturelle. C'est de TAsie que naguere celte 
» ^norme et venteuse loquacite a pass^ dans Atlie- 
» nes (3) : comme un astre pestilentiel , elle a , 
» par son influence maligna , arrete i'esprit des jeu- 
W nes gens, qui se portoit au ipand ; la r^gle de Te- 
» loquence reste fauss^e et les retient. Depuis, a- 
» t-on vu personne atteindre la perfection deThucj- 
» dides ou I'eclal d'Hyp6rides ? Pas un seul poeme 
•» ii'a brill6 d'une saine couleur 5 et de lous ces 
» ouvrages, uourris pour ainsi dire du nistne sue , 
» aucun n'a pu vivre assez pour arriver k ia pos- 
» leril^. La peinture n'a point eu d'auire sort de" 

(3) Ce passage est de la derni^re importance ; il m'a servi 
i fixer le temps oii doit necessairenient avoir ecrit I'auteiir , 
q.uel qu'il soil, de ces fragmens ; j'ai reniroje a un autre 
volume la Dissertation dacs latiuelie j'ai discute ce poiut. 



5©6 LitUrature lattne 

lion alium exitum fecit, postqu^in ^gyptiorum au- 

dacia tam magnae artis compeiidiariam fecit (4}. 

§. III. Non est passus Agamemnon me diutiiis 
declamare in porlicu quam ipse in schola sudave- 
rat ; sed — adolescens (inquit), quoniam sernionem 
habes non publici saporis , et , quod rarissimum est , 
amas bonam mentem , non fraudabo te arte secretA. 
Minimum {at, nimirum) in his exercitationibus 
doctores peccant, qui necesse habent cum iusanien- 
tibus furere. Nam, nisi dixerint quae adolescenluli 
probent (ut ait Cicero), soli in scholis relinqnentur. 
Sicut ficti adulatores, quum coenas divitum captant, 
nihil priiis medilantur , qu^m id quod putant grar 
tissimum auditoribus fore (nee enira aliler irapetra- 
bunt, quod petunt, nisi quasdam insidias auribus 
fecerint); sic eloquentiae magister, nisi ,, tanquam 
piscator, earn imposuerit hamis escam (5) quain 
scieril appetituros esse pisciculos, sine spe prcEdae 
moratur in scopulo. 

§. IV. Quid ergo est ? Parcntes objurgatione 
digni sunt, qui nolunt liberos suos severa lege pro- 
ficere. Primimi enira , sicut omnia , spes quoque suas 
ambitioni {at. anibitione) donant. Deinde, quum 
ad vota properanl , cruda adhuc studia in forum 
propellunt , et eloqueutiam , qua nihil esse majus 
confitentur , pueiis induunt adnuc nascentibus. 
Quod si palerentur laborum gradus fieri, ul itudiosi 



Sur Pdtrone. 507 

» puis que, d'un si bel art, Paudacc ties ^g^p- 
» tieiis a prt^tendu nousabreger la pratique (4). » 

« Pcut etie euss^-je d^clame sous le portiqiie plus 
» long-temps qu*Agariiemnoii lui-metne ne s'ctoit 
M 6veituedans la classe ; il ne put le souffrir : — 

• Jeune boinme (me dit-il), puisque vous tenez 
» des discoiirs d'un gout peu coinmun, et que, sur- 

■ tout (ce qui est le plus rare), vous avez uii boii 
» esprit , Je ne vons cacherai point le secret de notre 

■ art. Wimpulez pas aux professeurs le vice de 
j» leurs leroiis : au milieu des fous , ils cessent forc^- 

» ment d'etre sages- SMs n*enseignent ce qui plait h 
» la jeunesse, bient6t (comme dit Ciceron) ils reste- 
» ront seuls dans leurs clases. De raeme que le para- 
n site de theatre, quand il caple les soupers des 

• riches, ne prepare d'autre conversation, si ce 

• n'est celle qui doit leur plaire davantage , ne 
» pouvant obtenircequ'il desire, a moins de tendre 
II un pi^ge a leur oreille; le professeur d'^loquence 
» n'est qu'un pei heur qui meurt de faim sur le 
>» roc , s'il ne garnit son hamecon de Tappal dont 
a le gout plait aux poissons (5). Sur qui done faire 
» tomber le blame? Sur ks parens qui ne veulent 
» point d'une sev'rit^, seule profitable a leurs fils, 
» etqui, de ces chores espeiances, comme de tout 

(4") Get ^noDce / relativement k une maniere trouvee pat 
les uEgyplieni , Ae reduirt la Peinture en ahrege , est ua 
dei passages les plus remarquables de I'ouvragc de Petrone. 
J'cn ai fait la matiere d'une Dissertation paiticuliere , qua 
Ton trouvora ( comme celle que j'ai anuoncee plus haul )• 
dans un autre volume. 

(5) Dans les notes dooD^es sous le nemd'Ethard, il est 



5o8 LUt^rature latlne 

Jijvenes lectione severa miiigarenliir (Mss. irriga- 
renuir), ut sapientiae prccceptis anin os compone- 
rent, ut verba atroci stjlo effoderent (6), ul quod 
vellent imitari diu audirent , sibi (Mss. et sibi) 
nihil esset magnificum quod pueris placerel ; jam 
ilia grandis oratio habere! majestatis suae pondus. 
Nunc pueri in scholis ludunt j juvenes ridentur in 

ob«erv^ que Jaeques de le Grand avolt connu et cite ce pas- 
sage de noire auleur. En effet , on voit que Jacques dc I« 
Grand etoit j lain de la lecture de P^lrone, et que particu- 
li^reraetit il se rappeloit cet endrolt , lorsque , dans son 
SopHOLOGiTJM C liv. IV , chap. XIII , Be Adulatione , qum 
€tt ficta ainicilia ) > il s'«xprirae ainsi : 

Adulaiio veritati inimica est ; et oinnis adulator verba rel 
nutu mentltur. Jdeo veleies sapientes , non soliim adulari , 
sed etiam adulalores nuncupari timuerunt. Tullitis y in RhS' 
torica II : Nolo esse laudator , n« videar esse adulator. Et 
Socrates '. PrcBsenlem minime laudaie decet ; nam adulator 
0st diabolus blandus j et sireni morlljerce comparaiur; nam 
hlanditur awibus et interitum quaerit. Unde Seneca , lib. VIII 
(^sic) y natuialibus ^uaest'tonibus : Adulaloribus latus non 
prcebeas ; sunt tnim artifices ad captandos superiores. tioe 
»nim habent adulationum blanditicp , quod etiam quurn reji- 
ciuntur placent ; et ad id jam dementiiv venimus , ut qui 
parce adulatur pro jnaligno sit. Ipse tamen\Seneca adulari res- 
pueb&t f ipso dieente , II de Cleinentid-: Malo { inqitit) 
veris offender e quam malis adulando placer e. Retro enirn Jioee 
simul coHtigunt y ut eadem vox sit dulcis et snlida j teste ipso 
Senecd in declamationibus , lib III : Qui ergo sapiens est , 
adulatcribus minimi credunt. Fictis enim sermonibus capiun- 
tur homines , sicut praetextu pabuli bamo capiuutur pisce*. 
Unde Petronlus : Adulatoros ficti , quum coenas divilum 
caplant , nihil prius rel posteiius meditantur quam id quoA. 
gravissimum (^sic) adulatoribus (^iio) putai>l fore, . 



Sur PSlrone, 5oo 

» le Teste, font on sacrifice a leur ambition. Dans le 

» d^sir debater la forlune, ih envoietit an barreau 

» desfruils d'^tude encore crudsj et du rr.a:i!eau 

-» de I'eloquence , ceite parure de lour aveu si 

■« superbe , preiendent reveiir des enfans a peine 

» n^s. S*ils donnoient le loisir de marqu r des de- 

» gv6s au travail , afin qne, par des lectures s^- 

» rienses Tardeur d'un jeune hoinire studieux se 

.» niili^eat, qu'il format son esprit selon les regies de 

» la sagesse, qu'il iravaillat d'un stvle incisif ses 

» expressions (6), qu'il ^coutat long-temps avant de 

» choi>ir un module, et n'admirat rien de ce qui s^- 

» duit les enfans , alors reparoitroit cetfe gravity 

» niajestueuse de la grande Elocution. Mas aujour- 

» d'hui Ton passe I'enfance a badiner dans les 

» classes, la jcunesse a se faire sifflerau barreau; at, 

(6) Ce o'est ni sans y avoir refl^chl , nl sans avoir balance, 
que j'ai prcfere et hasarde cette tournure. Si on examine 
attentivement la force et I'^tymologie du mot st/lus en la- 
tin , meme du mot style en fran^ais , peut-etre l\-xpressioa 
que je me suis permise d'adopter ne paroifra-l-elle pas inad- 
xnis*ibJe. En tout cas , jen'h6site point ^ demander s'iljavoit 
un mojen de faire mieux sentirla singularity de I'expression 
latine : Ui verba atroci sljlo ejoderent {]e suppose cfuil n'j 
a point device dans celle Ic^on ). J'en appelle aux laiinistes 
consommfs : s'il pouvoit etre jamais permis aux modernes 
de pronoTicer sur ce qui tient decidi^-ment k la justesse et k la 
propriete d'expression dans une lan^ue ancienne , dans une 
languemorte, dc serions-nous pas aatorisc-s k penser que, 
ici , Petrone n'a point su ex; rimer son idde? Certaincment , 
d'aprtds la mani^re dont nous sommes acooutum^s k voir le» 
bous auteuri latins employer , joit au propre , soit au ii- 



5 19 LltUrature latlne, 

foro ; et, quod utroque turpiiis est, quod quisquis 

perper^m discit , in senectute confiteri nou vult (7). 

gur6 , le mot stylus, P^trone ne p«iit avoir voulu dire qu* 
de deux choses I'uue : ou qu'</ Jalloit graver s*s exprts* 
sions (Pun style Joit , incisij , pinelrant ^ ou qu'jV Jalloit 
let repasser , Its effactr souvent d'uii style severe : car, 
comment pouvoir entendre »utrcraent effoiere verba atrooi 
stylo? Or, j'oserai presque pronoDcer que, et dans I'une 
ct dans I'autre idee , effodere atroci itjlo est une exp-res- 
sion r^ellement iropropre. S'agit-il iii effactr ? ce n'est point 
en creusant f ea dejouissant (^i\ faut me passer ce terme ) , 
effodiendo , que le style effacoit. S'agit-il de graeei des ex- 
] ressions fortes ? ni effodere ni atroci ne peurent pa- 
roitre des termes pro^^res et heureux. 

(7) Imm^diatemenl apres ce passage , le« plus ancieiineg 
'Editions ( fondees sur les manuscrits authenliques , mais in- 
correcles ) offreot ce qui suit : 

Sed ne me putts improbesse schedium Luciliance impro^ 
■hitatis f quod stntio , tt ipse carinint tjjingam : 

uirtis setercB si tjuis ammt effectus , 
Meniemque magnis applicat , priiis more 
Frugalitaiis lege polleat exactd : 
Nee caret alto regiam trucem vultu y 
Cliensve ccerias impolentium captet : 
Nee y perditis addictus , ohruat vino 
Mentis calorem , net>e plausor in sctnd 
Stdeat redemptus histrionics addictus, 

Std f sit>e ajmigera riden Tritonidis areet , 
Seu T^acedcemnnio tellus habitata colono , 
Sirtnumque doinus ; det'primos versihus annos f 
JiicBoniumque hibatjtliei ptetore /onttm ; 



Sur Pitrone, 5ii 

» ce qui est encore pis , nul dans sa vieillesse ne 
» veut convenir d'avoir 6t6 mal clev6 (7). » 

JfcfojT J et Sociatico plenus grege y mitlat hahtnas 
Liher et ingeatis quatiat DemostJienis arma, 
Hunc Romana manus oircitwfluat , etmodo ^ Graj» 
I.xoneiata sono y rnutet suffusa saporem, 
Jnterdum y suhductajoro det pagina cursum , 
Et /ortuna sonet ctleri dislincta meatu ; 
Dent epulms j et bella triici mtmoiaia canort : 
Gvandiaqiit indnmiii Ciceronis verba mineniur. 
His animum suceinge bonis. Sic y JluTnin* largo 
Plenus J Pierio diff'undes pectore verba. 

Assurem«nt ce n'etoit point k moi qu'il pouvoit etre per- 
mis d'essayer a traduire un pareil passage ; trop de difficult^s , 
absolument au de.ssus de mes forces , $e prisentent ici en 
foule. Si quelquc habile edileur nous donne une nouvcll« 
Edition de I'ouvrage allribu^ k P^trone , cet endroit sera 
un de ceux aur lesquels il dcTra le plus s'effbrcer de r^- 
pandre un pea de lumi&re , pr^cis^ment k cause que , aprj. 
tant d'efibrts de la part de beaucoup de savans hommes , 
tout y est resle dans la plus prcfonde obscurity et dans 
•I'iucertitude. 

\^. Ici il n'y a pas un seul vers , que dis-je ? il n'j 
;.« presque pas un seul mot sur lequel les manuscritf 
-i'accurdent. 

2?. Lorsque , apres Texamen le plus attentif, et de 

(toutes les vaiiantes oiFerles par les difl'erens nianuscrils , 

-,et de loutes les reslitu lions plus ou moins lieureuses , plus 

;Ou moins attrayantes , proposees par les nombreux com- 

mentateurs et interpretes de Petrone , on s'esl determine 

k adopter preferablement ia Ut^on qui paroit etre la plus 

convenable ; quelle qu'elie loit , elle presente encore , dani 

.I'explication , des diificult^s qui, je I'avoue , sont resides 

pour moi iniurmontablcs. 



512 Littirature tatlne, 

3*. En supposant que, ^ force d'y reflecliir , ^ force 
d'eludier tons les mots , et d'en clierch«»r I'oiigine ou I'an- 
cienne etymologic, on puisse esp^rer de leur trouver (en 
partant d'une analogie r^elle avcc leur racine primitive ) 
quelque signification dout il semblat resuUer un sens raison- 
nable , il rcste i coflcev^oir comment aussi peuTent se trou- 
ver rass»mbl6es des ex,»ressions totalement incohdrentes » 
idles qua celles qui sont ici rapprochees. 

4". Presque aucun des termes que I'auteur emoloie ic{ 
ne se rencontre chez les ecrivains latins , dans I'acception 
oil il paroit les avoir pris. Sa»s doute il ne m'appartient 
pas , meme peut-efrc il n'appattient k aucun des modernes 
de decider que tel ou tel terme , pris dans telle ou 
telle acception , est ou n'est pas de ce qu'on appelle la bonne 
latinit^, de la latinit^ du si^cle dans lequel communement oa 
aime a placer Petronc. Mais enfin , I'epoque 4 laquelle notte 
ecrivain doit avoir vecu et ecrit , n'est point fixee demons, 
trativement, Ainsi , lorsque je me trouve entierement de- 
.payse(si je puis m'exprimer de ia sorte ) par son styles, 
je reste , malgr6 moi , dans une grande incertitude. Je me 
demande si cetle espfece d'impropriele d'expressiou ( j'ai 
presque dit cette espece de barbarisme ) qui me clioque 
dans ses phrases , tient uniquement au defaut de connois- 
gance , de ma part , de toutes les varieles dont la langue 
. laline pouvoit etre susceptible ; ou si , en efFet , ce qui m'of- 
fusque n« vient pas de I'imperitie d'un auteur qui , n'etant pas 
ni du si^cle ni peut - etre du pays dans lesquels , sans preijves 
irrefragables , on le suppose avoir existe et fleuri , n'a pas 
«u manier arec justesse I'instrument Stranger pour lui ( du 
moins jusqu'a un certain point), dont il se servoit. Je 
sens tr^s-bien , je le repute, qu'un habile homme ponrra 
aller plus loin , et suppleer un jour ^ ce que les differens 
interpr&tes n'ont pas encore su faire jiaais moi , je ne pouvois 
esperer de le pr^venir : mou role a done ^t^ d'avoucr mon 
imouissance , et tout au plus d'iudiquer en detail les diffi- 
eulles qui m'eifraieul : en voici encore d'autres. 

5*". Comment 



3ur Pdtrone. 5i3 

5*. Comment »*assurer si I'auteur a pr^tendu ^crire ici 
•^rieusemPDt , ou s'il a youlu ridiouliser J'^locution du per* 
flonnagr «l' Agamemnon ? Toutcs les maximfs qu'il lui pret« 
sont , il estyrai , tr^s Justes ; mais (on l'avou--ra ) le sty to 
en est biiarre : on est tent^ , a chaque rers , dtf comparer e« 
style k ceiui des vers que Perse a visibltment Touiu criti- 
^uer : 

ToTva Mimalloneis implerunt cornua homhis.,.,, 

Datis cette alternative , qui me paroit v^Mtablement exi*- 
ter ici , en quel sens aurois-je Irail^ la versi')D franqais* 
d'un rareil passage? N'ai-je done pas du craindre , ou ds 
pr^senti'T grarement etcorrecteraent ce qui, dans le deisein de 
I'auteur, n'anra ete que ce que C f n terrae de soci^'^ ) nouj 
appelons un ptrsifflage , ou de reiidre burlfsquemcnt , faiit« 
i'en avoir bien compris It- 86ns ct le m^rite , un passage 
plein de verve et de jugfmpnt; un passage dont mon igno- 
rance seule m'auroit fait m^connoitre I'elegance intrin- 
aeque et r^elle , ou re'ative au temos ? 

6**. II m'est permis »'• croire ^u'il y a peu de latinisteg 
en 6tat , soit de justifier pour Timproprl^le d'exnr'ssion , 
soit meme peut-etre dVxpliquer , avec une sorte de nettct^, 
les traits suivaos : 

Jmprobasse schedium Luciltance improhttatls,..,^ 

. , Prius mo}0 

Frugalitatis lege poUeat exaetd, 

Cartt alto regiant tiuoem vuUu. 

. BibalJeUeipector$,.,,. 

Socratico plenus grege 

Hune romana maniis oircumftuat ^ et mtdo , Grajo 
Exonerata sono , mulet suffusa saportm. 
Inteidum , subducta foro det patina cursum , 
Et fortuna sonet celeri distincta meatu. 
Dtnt epulas , et b$lla truci memorata canor$, 
. Piirio diffundts peotore.,.,.. 

Tome IF. K. k 



^t^ Noui/elles lutt^rdlres. 

Tout«3 ph«'ases qti'o'* serou tente de regard er comme des paA- 
j^ge»alt^r^s et corrompus , taut il est difflr.ile d «n expH^uet 
\e V4'ritable scms , k plus forte .raiion ft'ew coacevoir la grace: 
<«ussi 4es critiques ^Jairfs ont-ils fuge que bien des lrait« 
ici avoient et^ inlerpol^s. Je pense done que j'ai effecti- 
.Tement dii me contenir dans les iimites d'uae jusle circoDS- 
pection ; je dis plus : je orois rendre service aux 'etlres , en 
ne faisant aujourd'hui qu'indiquer aux bons litterateurs qui 
pourrant s'occuper dor^nayant de P^trone , d'assez grandei 
difficuhes , peut-etre trop peu senties ou mal observees 
ju<qu'a cetle heure. Devois - je hasarder de vaios efforts^ 
d'inconsistantes conjectures, qui auroient ajjouti tout au plu» 
4 ebjouir les yeux de quelques lectcurs , ou m^cliocrcnaenl 
insfruits , ou p«ut-etre i r^venus en faveur d'an auteur qu'on 
a loue , tneme admire quelqnef as , mais ( comme on dit ) 
sur parole et sans un examen biea approfondi ? 



N O U V E L I; E S 

S T 

CORRESPONDANGE LITTERAIRES; 

ExTRjdiT de la seance publique de la Socidti 
de sant6 de la commune de ISancy , relative 
(i, la rentrSe des cours publlQS j tenue le pre^ 
mier frimaire an 7. 

J_iE citoyen Lallemand , president , professeur d'hy- 
giene et de m^decine legale, a ouvert la seance par 
un discoiirs snr rutilite de la correspondance m^- 
dical§, pour mainttinir k purete des principes dans 



Noupettes Uttiraires^ SiS 

l*art de gii^rir, et sur la meiliode la plus avanta- 
geuse, la plus ronfoni e a la marche et au pro- 
gr^s de I*esprit humain , a suivre dans son ensei- 
goement. 

II a f^alement rendu rompte des travaiix entre- 
pris par la societe, pendant le cours de I'anu^e der- 
Bj^re , notamm^Bt des obs' rvatious sur la police et 
la surveillance medicate ,sur la distribution des eaux 
BiinfTales , sur un ^tablissement de bienfaisance et 
d'uJilile en faveur des pauvres , et sur repizoolio 
dfs betes a comes. 

Lpcitoyen Mandei , professeur de th^rapeutiqu« 
et de pltarmacie, a lu une dissertation sur le fer ; 
il a expos6 les diff^rens ^tats sous lesquels on ie 
rencontre dans la Nature , ceux que l*art peut lui 
fiire acquerir , \qs services que ce m^tal a rendus k 
raison de sa propriety magn^tique, notaminent la 
d<*co«>verle de la boussole , le droit qu'il a de s'em- 
parer de la foudre , et de la conduire dans le lieu 
qu*on lui a indiqu^ ; il a dprnontr^ I'afiinite de ce 
metal avec I'oxygene, cause de la facilii^de son union 
aVec les substnces salines, de sa prompte oxyda- 
tion par I'air et par I'eau , de sa dissolution dans 
ce dernier v^hicule , doiit il o^^re la decom- 
position. 
' II a pass6'a Taction du fer sur I'economie ani- 
ihale : il a consid^re les cures p*-omptes qu*il de- 
termine, les accidens qu*au contraire il occasione 
cliez certains individus , donn6 m^me k foible dose 5 
cife qui I*a conduit a clablir une question bien in- 
t^ressanie : si le ier, qui exists n)ateriellem«ut t\ 

S.k 2 



5r6 f^ouveUes UttimLres* 

fbrmelleraent dans nos humeurs, sur-toiit dans lot 
saug , ne pourroit pas etre consid^r^,a raisoa de^ 
son aiigraentatiou 014 de sa diminution riciturelle ^ 
comiTie la cause d'un grand aombre de maladies j 
il a cite la chlorose , com me une da celles qui pour- 
roient conduire a un r^suhat s:itisfaisant. 

II a expos^ le syst^me trcs-r^cent du docteur ilo//o^; 
qui pretend que Toxygene en plus ou en moins dans, 
le sang, est la cause de plusieurs maladies. Sans- 
d<^truire ce principe^ il a coinbattu l*application, 
qu'en a faite I'auteur a certaines mal,a<iiqs, noiam-t, 
ment celle citee , ia chlorose , q.u'il dit eire ddler- 
minee par I'oxjgene en moins , contre laquelle il) 
congeille les oxydes metalliques corame propres 4( 
fomnir de I'pxyg^ne. 

. Ijc Clio >^ en Ma ndeC a 6tabli que eel te mala clia, 
se ddtruisoit par des medica nens {ip.tes a enlever, 
I'oxygene , loin d'en procurer; qu;^elle se guerissoitj 
par le fer , qui n*a subi d'autre prt^paration que la, 
grande division de ses parties : d'ou il a conclu que. 
l*on ne pouvoit donner pour causes d^terminan-, 
tes , la d^soxygenatiou , mais plulot la dSferrugi' 
nation* . 

II a e^abli la nomenclature des differens cas md-> 
dicinaux dans lesquels on doit administrer le fer, 
ou ses preparations; il a prescrit celles indiqu^es 
relativement a la nature et a I'etat de chacua. 
d'eux. 

II a ensuite examine la question de savoir si Tai- 
ixiant devoit etre admis ou rejet^de la classe des 
xooyens curatifs : il a etabji les difierens sjstein«B 



I^ouueUes Uttiralres* 517 

•des partisans et Hes antagonistes de ce mineral ; 
il a connbattu par ['experience , Topinion de ces 
derniers j'qui arlniettoient des substances d^leteres ; 
il a fait voir qu'il n'^toit rien moiiis que douteux 
que le {&y contenu dans le sang , quoiquVn ^tat 
d*oXyde, n'ctoit pas atlirable par I'aimant ; enfin 
il a roucluque, sans admetire toutes les merveilles 
qu'on lui allribue, et en rabattant des eloges qn'on 
lui a prodjgu^s , ce mineral devoit etie conserv6 
au nombre des raoyens curatifs. 

Le citoyen Salmon , professear de matj^re ni6- 
dicale , a donn6 connoissance de deux observ ations 
qui viennent a Tappui de celte derniere assertion. 

Le citoyeu WiUemet, professeur de botanique, 
a lu des fragmens pour servir a Phistoire naturelle, 
ii]^dicale et lill^raire de plusieurs lauriers. II a rap- 
pel^ combicn le laurier commun etoit en v^n^ra- 
tion chez les anciens ; cet arbre pr^cieux servoit 
dans toutes leurs c^r^monies reljgieuses, faisoit pai- 
tie de leurs m3\steres , etoit la r<^compense de la 
valeur , du m^rite et de la vertn. Ses proprietes 
en ra^decine n'ont pas 6(6 oubli^es. Dans le lau- 
rier-cerise { prunus tauro cerasus , X. )\, le ci- 
toyen WiUemet a rapporte les experiences modor- 
nes , failes sur les effets de la force de son eau 
dislill^e ; il a ^galement pass6 eu revue les qua- 
litei et verlus du laurier-rose ( nerlum oleander. 
X. )y du laurier alexandrin {ruscus hypoglossum ^ 
L. ) ; et du laurier-tin ( viburnum. tinuSj X. )'(i). ' 

(i) Tout le monde salt qu'aucune de cps demi^res f>TaQte9~^ 

Kk 3 



^i5 Nouve5les Utt^ralres* 

La stance a ei^ teTnin^e par le disconrs d'ad*^ 
mission du ciloyen Bonfils j chirurgien de seconde 
classe k I'hopital militaiie de Nancy , 6l^ve de l*^- 
cole-pratique de Paris , et correspondant de la 
sori^le, dans lequel , apres avoir d» montre I'utilite 
des soci^'t^s de sani6 ,. il a rappele les service^ im- 
portans que celle de Nancy a rendus depuis soa 
etabis^ment. 



D6coLiverte d'une comHe, 

Le i6 frimaire au soir , 1© citoyen Boiivard , astro- 
nome de i'obs^rvatoire , a d^coiivert une com^t* 
dans la constellation d'Hercule j lelendemain k six 
lieures et deraie du matin , elle avo't 348 degr^s et 
demi d'ascension droite , et 3i et demi de decli-. 
naison bor^ale. Elle avoit avanc^ de 48 minutes par 
heure vers Forient, et de 28 vers le midi. Elle est pe- 
tite et difficile k voir. C'est la quatre-vingt-neuvi^me^ 
suivant le catalogue qui est dans I'astrouomie du 
citoyen Lalande. 

J S JB E L L E S O M N J N,B U LE, 

IsABELLt S6MNAMBVLE ^ comedre en un acte , 
donn6eily a quelque temps snr le theatre du Vau- 
deville, n*a pas eu un grand succfes. 

Cette com^die sVIoigne totalemmt du genre du 

tie doit i-tre confoadue avec le lautier , et qu'elles n'appar- 
tiennent pas meme k la merae classe dans le syst^me sexiiel , 
nik la meme famiUe daas J« metbode ndturelle. A. L. M. 



ffouv»Ues U(t6r aires, 519 

Vaudeville, et ressemble tout h fait aux farces et 
aiix parades du theatre du boulevard , qui ont 
loutes la rh^me intrigue. Dans celte piece, le beau 
Ij^andte a ^16 refuse par Isabelle , que Cassandrd 
son [)eie iui avoit promise en mariage. On ignore \i 
cause de ce refus ; mais bientot Isabella elle-rtt^me, 
qui est somnambulc , se ieve au milieu de la uuit, 
et^crit^ Leandre une lettre dans laquelle elle iui 
appreud qu'eile ne sera jamais a Iui, el qu*il nei 
saura jamais qu'elie le refuse, paice qu'eile est som-^ 
nambule. Ele remet cette lettre a Leandre lui-m^m^ 
sans s'en douter, et Iui, en amani d^licat , ne s*ef^ 
fraye pas pour une pareilie bagatelle , et l*epouse. 
; La ciJojieone Sara Lescaut a jou6 sup^rieure- 
ment le roled'Isabelle et lasc^nediflScile oii elle est 
somHambule. 

Cette piece manque de ces couplets piquass qi i 
font tout le m^rite du Vaudeville. 



Arlequin tout scut. 



ArLequLn et Gilles ont fait un march6 par 
lequel Arlequin s'engage a Iui payer cinquante 
^cus si, pendant vingt - quatre heures, il sort ub 
seul instant de chez Iui. Gilles au contraire doit 
Iui payer les cinquante ecus s'il reste pendant 
les vingt-quatre heures sans sortir. Le but de Gilles 
est de disposer M, Cassandre k Iui donner sa filic 
pendant Pabsence d'Arlequin : le but de celui-ci est 
degai^ner cinquante ecus, somme sans laquelle il d« 

Kk 4 



5«9 J^ouveUes titUraires* 

pent pF^trrdre h la main de H/anche/^ne de 

AI. f a>Sonflre, et donl il est a >'OMrenx. 

Tt I p$t le siijel He la petite piece d*^r/equln 
ioof seal J (ini a ohtenn an lh(^alie dn Vaudeville \& 
succh le plus con pel. Les petiies rnses qu'emploie 
^rletjuin ponr avoir avec sa maitipsse una coires- 
pondaixe malgi^ la distaDceqri hs s^pare et l*int^-' 
rel qniFengagea ne p. s sortir de chez lui sont le 
seulfondsde cette pitce, que le ciioyen Laport& 
fait beauconp valoir par son jeu piquant. Sj ron- 
vti&aiign lelegraphiquea beauronp amus^, ainsi que 
la maitiere dot t i Iransmet au spectateur une ton- 
versaiionenlreGilleset Cas.*andie,qu'il entend par- 
dessus le mur. On ne peut riert ajouter sur cette 
piece dout leg delciilsamusent beaucoup ^ voir, mais 
n'i.uroient pas le menie avaiitoge a la lecture. 
, EUe est du citoyeu Dupatj tout seul. 



Stance publlque de l^dcole anU-cisanenne, 

Le citoyen Jean - FTancois Sacombe , de Car- 
casiione , njedecin * accoucheur de ' la faculty de 
Montptllier, et prolesseur de m^decine et de chi- 
rurcie des accouchemens au palais national dei 
Scienc as et arts , memi-re • de la soc i6t6 libre des 
sciences, belles-lettres et arts, s^ante audit palafSj 
ei se quaiifiani de 1 lus de fon'dateur de L*6cote 
antt' c&safienne^ fait h Paris une guerre h mort 
^ Vopiiation <o! nne dans Tart des accouchemens 
soui le noin de caanenne , et il a. tewu sa qua* 



Jfouueltes Uitiravres* 52 1 

trieme s<^ance publique de IVcole anti - c^sarienne 
dans le temple des piotestans (cl- devarii IVgli^e de 
Saint-Louis-du-Loiivrt), le3o brnmaire dernier. Le» 
troissc'ancps anterieuresavoienl eu lieu ^ lapreniiere, 
le 29 vent6re de I'an 6, dans la salle du cf-Tc la 
de rharnionie , an Palais - Egalii/^ ; la seconds et^ 
la troisf^iDe dans la salle ci-Hevaut des dncs^et pairs, 
au palais national des sciences et arts , le 3o [;rai- 
rial de I'; n 6 et !e 5 vendemiaire de I'an 7. Dejai- 
dans le piogtamme de la premiere seance , le citoyeii' 
Sacombe cite fastueusement son septibme ouvrags 
centre l*op6ration cesarien e. Nous ignorons s'il en a^ 
public depiiis, et ronibien ; mais nous avons as>ist6 
a sa quatrieme stance , et bien qu'etranjiers ^ la' 
matiere traitee per le citoven Sacombe , et ne pou-r 
Vant que dire tres-humblement : 

, »o 

Non nostrum intgr vos taiitas componer$ Utes y 

nous pouvons rendre anx lecteurs du Magasin 
encycLopddique quelque compte )de cette orageuse 
dispute. 

Le citoyen Sacombe, apres une exposition tres- 
succincte de la theorie de Paccouchement,aj?ant par- 
ticulieremenl pour objel de prouver que celui-ci est 
tbiijours possibi© par la voie naturelle , et sans autre; 
ijioyen mecanique que la main, a trace rapidement le 
tableau hisiorique de Top^raiion c^sarienne depuia 
son origine jusqu'a ce jour. 11 est faux , selon lui , que 
C6sar, suivant I'assertion de Pline , ail 6t6 extrait 
4vi sein de sa mere morae ou Vivoute (i) ; et, de 

(i)Voicil« passage de Pline, hist. uH.l. f^c g : ^usffitatiits. 



StM? Nouuellss lUt6talres»\ 

plein saul , le citoyea Sacombe 3. pass^ , du temps' 
de la naissance de C6sar , au comm(*nremen« du- 
se'zieme siecle, oii Gaspar Baukin , de Bale, pra- 
tiqna ou dil avoir pcaliqu^ i'op^rat on cesarienue 
avpc sucf'^s. De ce. premier fait jusqu*a celur dui 
dtoyen BacquXL , deNanres, Pan 6de la r^pub'iqu^- 
franqaise, je ritoyen Sacombe ne voit qii'unf s6rie 
de soixante - quatre presiigr^s ou faux miracles ^ 
dont il a entrepris de deraonlrer Pimpos»tnre ; mais- 
il faudroit , a notre a;ris^ eiab'ir un pyrrbonism^ 
historique umversel , si les allegalions dii cftoyefl. 
Sacombe^ pour infirmer'la cr<^dibilit6 des fai-ts en 
question , ou du moins de quelques-uns de ces ffiits ,! 
^toient regardi^es commie prabantes. Certes , ni Gss- 
pard Bauklfh ni le citoyen Bacqua ne sont des 
autorit^s aussi nulles, qo'il s*est- effore^ de le faire' 
croire. ^aa^^/z- Jouissoit de son temps d'une trfes- 
grande reputation de savoir ; et dans I'auditoire du 
citcyyen Sacainbet\X3ie\^u^vTi s'est hav^ pour etabUr 
que le citoyen^ Bacqua nVtoil huilement un horn me 
obscur dans son 6tat, qu'il y a founii au confraire 
une carri^re honorable. — Henri VIII fit ac- 
coucher, par Pop^ration c^sarieniie , I'infoiton^e 
Jeanne de Seimour ; -m^h ^ de bonne* for, cela 
prouve-t-ii que cette operation soit \aJiUe du crime ? 
-*-Ifens le seizieme siecle, GuUlemeaUj Marchant^ 
Viard, Brun&t'^V Charbonet J chirurgieiis distin-f 



tntdta parente j gignuntur ( infantes ) , sicut Scipio u4.Jri- 
tanus prior naius , primusqm Ccesai um , a ccsso mattis 
liiei-o dictus. Covipafei le Not>us Ifng'ricfi et eruditiouis rd' 
mance thesaurus, ie^^.,1^. Gesn^r ^ v,Ca>sar, 



l^ouvetles Utteraires. 523 

gu«*s , praliquerpiit celte op^ralioii sur cinq feiDme^ j 
en presruce de rim mo rtel restaurateur de la chi- 
rurgie frnnraise , Ambroise Fard ^ et I'oq assure 
q 'auruue de ces feiuraes \\'y siuv^cut. Eclainis par 
I'ejkperience deces praliciens, le college de chinir- 
gie et la facu t6 de medecine de Paris conJamnereivf 
et j rosrrivirent , dans ce nieme si^cle , I'op^ra- 
ticn funeste, et ce jugement , dit le ci'oyen Sa*- 
combe , a ^t^ confirm^ depnis par les Maunceau , 
les Philippe Feu , les CLement , les Dconts , le* 
Lamotie , les HeisUr ^ \es Amand , les Paut 
VortaL ^ \es CuU ^ )es S/nellce , h&Vd^auUj e\c. 
• Lg faculty de raedecine de Paris et Pacad^nii© 
» de chirurgie ( est-il dit dans le programme de ia> 
» deuxi^me seance) u'ont jamais vonlu casser an 
» di\-neuvi^me si^cle » (II nous semble qii'ici le 
citoyen SacomSe seh\ou&e avec sessjecles, et qu'it 
a voulu dirs le dx-huilieme) « le jugement rendu. 
»^au seizieme, malgre I'intrigufr ei la cabale des 
» Lapei/ronie^ des Simon, ^ iios • Sou main, , des 
» Deleurye J des Lauverjeat et rorapagnie. « Mau-^ 
rlceau , k i\n croire , a imprime one ineflfacablor 
tache a sa raea^oiie , par sa conduite avec. l.'an^ 
glais Chamberlai/ne, II ^toil rciftye a laFranrey 
a dit le citojen Sacombe, de rt'tablir , dan^ ie 
dix-huiiieme siecle , cette pratiqne meuriricre^ ct 
de dero^er a ces lois qui , dans tou^ les temp? , firen> 
r.egarder la femme enceinte coin me un otjjet sacre^' 
Cette imputation ne nous a pas non plus paru jnstc}) 
car, sans conrredn , I'o, '^ration co.aiienne se pro-' 
lique encore aujourd'liui aiileurs qu'eu France, et 



524 Nouv'eUes Uttiraires, 

Dotis la rroyons m6me rertie dans toute I'Europe. 
M:iis enfiii !e ciioyen Sacomhe a proniis de dimas- 
f Iter les jongleurs cS^arien.';^ en dc^voilantles mo- 
tifs secrets qui les ont p rles , tanr6t a pratiquer , 
tautot a f^^indre de pratiquer I'oprration c^sarienne. 
On sent conil ien une parHlle annonce doit appe- 
ler de contradictions et d'animosit^ : aussi n'a-t-il 
pas tonjours ete pos^ble de com p rimer ieur essor' 
dans la seance dont, nous avons et6 t^moins; \es' 
interruptions>cn om 6t<^ plusieurs fois tres-bruyanl(^ et 
tres - scandalW^^s; ■ Le ciloyeh Sd'eonibe repr^sen-' 
toit qu'il iiVuroit' ]ams^h fini de ceffe mani^rey et- 
conjuroit scs interruptenrs de lui laisser le pais^ble 
usage de la parole , qu'il leur promettoit k lenr^ 
tour. II s'est ainsi , nou sans peine ^ m&lntenu dans 
ea possession pendant trots heures ; m'ais alors il a 
allegu^ I'epuisement de ses moyeris physiques pour 
lever -la seance; il a quilie la chaij'e et l%lise, et 
nous avons enrendu dire a bcaucoup d'assistans , 
que s'en aller n'^toit pas r(^pondre^ et qu'on ne 
triomphe pas en se retirant avartt ^ue le^ combat snt 
.v^ntablement engage. - Un amte offitier de sant^, 
dont nousignorons le nom , a pri^ ia 'parole aprfes 
Uii; mais il a dit qiie le c'uoyetK-^(icX)mbe ayant 
pa. 16 pendant tfoishpures, il en demandoit au- 
Unoins une pour le r^^futer. C'^toit beaucoup pour 
ilD auditoire fatigue ;'d'ailleiir.s on greloiloit defroid, 

on rommencoit a avoir faim , puis le nouvel ora-^ 
t^ur ne brilloit pas par l'6luquence, et il a debut6» 
par de« trivialites. ^ Mors iV's'test^^.liv^ du br«it ;» 



lllu'l)-i!JC( :;- --^i"^ 



Nouuelles Uttiralres, 525 

J'antagoniste des anti - ccsariens n'a pu continuer : 
on s'tn est all6 de lous les c6t< s , ei 

Le combat a fini faute de combatrans. 

Dieu , dit Salomon , a Uvr6 Le mondc aux dCs- 
flutes f ei nousn'ea vouloiis pas a sa providence de cet 
arrangement. Du choc des opinions jaiMit la veril^. 
Cependani celte seance nous a fouiuj une nouvelle 
preuve de I'inutilile de tout ee qui s'appelle alebats pu- 
blics, tiieses, colloques, conlroverses; cliacuii y vient 
bien decide 3 s'en retourner avec ropinioii qu'il ap- 
ppx\e ; on s'^poumonne , on s'anirae en pure perte , et 
le scandale, bien pi us que ['instruction , est le r^sul- 
tat coinmun et reciproque. Le cilojen Sacombc 
doit a la nature quelques avantages qui ne sonl pas 
indiSerens pour cetle espece de lutle : uu physi- 
que agreable , un bel organe , une grande facilite de 
diction, une imperturbable presence d*espril; il se 
poss^de toujouis et nese decontenance jamais. Quand 
jl a dit qu'ii,di^inguoit les partisans de I'operatioa 
cesarienne en deux grandes cla.sses , en tronipeurs 
et en /ro/72/?e,y « — tranchons le mot (a-t-il ajout^), 
» en dupes et en frippons , » nous avons era que 
I'^glise alloit s'^crouler sur ses foudemens. Au mi- 
lieu des huees , des sifflels , des brouhahas , il etoit 
R comma le juste d^Horace : 

Impavidum Jeritnt ruina. 

Telle est la fatale impression de certains mots I 
Ses adversaices s*6toieut laiss6 dire , assez paisible- 
ment depttis une heure , qu'ils ^toient des assas* 



526 J^ouvetles liUirairef* 

isLns y mais iU n*onf pu digerer I'autre qualifica- 
tion. — De tout ce qu'a clit et impriiu6 le citoyen 
Sacotnbe y ce qui nous peisuaderoit le plus, ce qui 
nous persuaderoit seul , ce seroii Is sucres bien av6r6 
et soutenu de I'engagernent qu'il prend d'accoucher 
avec la main toute fcinme qui lui s^ra presentee j 
•pourvu que I'impossibilitd physique de cet accou- 
chement aitete pr^a'ableinent d«^claree el sign;e par 
irois hoiiunes de I'art connus , et que la fern me lui 
fioit livr^e trois raois avant le dernier teraie de la 
gro'sesse, 

Wo^us terminerons cet article par un fait que le 
ZKinytn Sacembe s'est empress^ ri*apprendre ^ soa 
•uditoire , el qu'on ne manquera pas d'mterpreler 
diverseinent ; c'est que le citoyen Sacombe ayant 
envoy6 a la societt^ de medecine un paquet de qua- 
raute billets d*iuvitation k sa stance, ce'le-ci, ou 
{)lul6t son comit6 d'administration , a refuse de l*ou- 
▼rif €1 I'a renvoye avec d^dain. 

P. H. M. 



tlort traglque et sLngutibre da ciUbre acteur 
Falmer, 

Le celebre acteur Palmer j du theatre de Co- 
ventgarden a Londres, avoit jou6 depuis quelque 
temps k LLverpooL Abattu par la perte de soa 
ipoiiseetd'un fils ch^ri qu'il avoit 6proiv6e en peu 
de temps, 11 donna souveot des marques d'une dou- 
leur protende qui resistoit k toutes les cousolations 



J^ouveUes Uttiralres, Svj 

desesamis; cependant il joua peu de temps apres 
un de ses principaux roles, le jeune f^l Uding dans 
Je Mofitcur J avec beauco«p de vivacity et de co- 
mi jue. 

Le 2 aout de cetie annee 1798 il avoit a jouer le 
role'difficile de l'£i/a/2^i?rdans la piece d^ Kotzte- 
buCj iniiiulee Mensctieahass uad Ktue (misan- 
thropie et lepentii. ) 

Dans las deux premiers actes Palmer ne montra 
aucune alteration ; mais dans le troisieme il parul 
extiemement aiPiig^ lorsqu*il entra sur la scene, et 
lorsqu'il (allut rfpondre au major (dans la piece 
anglaijje le Baron \S Lain/ on) a la question qu*il 
lui fait sur la sant6 de ses eufans, laprrte r^cente de 
son fils le saisit tellement, qu'il toaiba par terra, 
poussa un grand soupir et expira sur le champ. 

Le public crut d'ahord que ce n'^toit qu'un coup 
de theatre pour exprimer la force de ses sentimens; 
mais Ior.«qu*on vit I'erapoiter mort et tout roide, 
I't tonnement se rhangea en une frayepr g(§n6rale. 
Tous lessecours des m^decius furent inutiles. On en- 
tendit les plaintes des femmes et de ses caraarades. 
Enfin ledirecteur, M. Aikin, parut sur le theatre; 
mnis les larmes et lessanglots I'empecherent de pro- 
fcrer un seul mot. Un autre acteur, M. lacledon, 
essaya dc faire le recit de ce qui s'etoit pass6 ; 
mais il ne fut aussi en etat que de proferer quelques 
mois. Les deriiieres paroles que Palmer prononaa 
furent : Tliese is another and a better world ! ( U 
ya encore un autre et meitteur monde! ) Elles 
seronl gravees sur soja xnouuLo^jij sepuLcrai ^ Wal- 



5ia8 t^ Olivettes luteralres, 

ton, ou il a ct6 enteri6 avec beaucoup de solenniti, 
'' II est mort a I'age rie citiquante-«ept ans. 
- Gomme ses finances n*etoient pas dans le meilleur 
6ial, se* cr^ani iers avoieut assure sa vie dans VaS" 
surance de Btacfcfnar pour fa son "me de 2000 
•liv. sterling qu'ils sont raaintenant obliges de payer. 
-II laisse une famille nombreuse et d^pourvue de 
secours, et tout le monde le regrerte coinrne un des 
-premiers arti.-.tes. II avoit commence par ies roles de 
ivalet. 

On se rappelle a celfe occasion da plusieurs ev^- 
•neinens seniblables, de Mo tie re , (\ii{ ressentit Ies 
prpiui^res atleintes de sa raaladie mortal le Hir I© 
th' :itre d.ms le role du Malade imaginaire ; de 
^Montfleurl ^ qui mourul a la suite de ia representa- 
tion violetite du joie d'Oreste dans rA.udroaiaque 
de Racine ; de Bond j qui joua le role de Lusignan 
;dans Zara ( Zaire) avec tant de vivacity , que lorsque 
, Zara adressa la parole au vieiflard assis dans le fau- 
.leuil , il ^toit mort et sans le moindre mouvement. 
• Lorsqu'on joua a Liverpool au profit des quatre 
enfans de Palmer, Hoiman pronon^a un prologue 
;compos^ par le c^lebre liistorien Rosco'e , qui pro- 
"duisit une sensation generate ; il contenoit des pas- 
sages tr^s-pathetiques: ily avoit aussi fait entrer le* 
dernieres paroles de Palmer que nous avons cities* 
On applaudit sur-lout aux vers suivans qui termi- 
noient ce prologue : 

» Not all that breathes in Mornings genial dew 
»R*»ii>ertht par»nt plant wh$rt onG§ it grew i 

» jr# 



JNouveLles Uttiralrei-, i^ 

* Yet may those dews , ivith timely nurturg , all 
^- The infant flowr ets drooping in the shade , 

^' IVhilst memory of tried wo,lh and manners mild 

* yijathers virtues shall protect his child. » 

Lady Derby, qui jouoit autrefois sur le illume 
theatre avec Palmer, donna ^ elle seule, pour cette 
representation , 5o liv. sterling. 

La repr^senfalion qui a ete donnee au proHt ^e la 
famille de Palmer, au theatre de I'opera a Loudres, a 
rapporte 700 liv. sterling. 

Le fr^re de Palmer voulut prononcer aux specta- 
teurs undiscours fait par Cotman j mais-les larmes 
et les sanglots ^toiiflfereot sa voix ; le public en fut 
plus vivement touchy que des paroles les pIUs ^io- 
quentes, et ce tendre frere fut couvert d'appIaU- 
dissemens. 

Peu de temps apr^s U morr de Palmer, la princf- 
psie actrice du theatre de Liverpool , miss Goddard 
lorsqu'elle joua le spectre du chateau dans la pi^ce 
dace nora ^z Lewis {the Castle Spectre) fut atteinfe 
par les flamraes qui sorloient de la trappe ou ellc 
disparoissoit , et qui devoient indiquer la fuite 
du spectre. On eut beaucoup de peine k la sauvef • 
et mal^r^ la promptitude des secours,on ne put em- 
pecher qu'elle ne se brulat consid^rablement. 



Oiwrages JrancaLs d6fendus d. Vlenne en 
juUlet 1798. 

L'Art de voir dans les Beaux- Arts, traduit do 
Tome ly. Xi I 



S3o Nouvetles Uttiralres, 

I'italien de Miliz'a , suivi des institutions propres a 
les faire fleurir en France , et d'un ^tat des objets 
d'arl dont !es Musses ont et6 enri his par la guerre 
de la libert^; par leg^u^ral Ponaereuil. Paris, an 6, 
in- 8". 

Piogra) hies des suicides, par Spiess, traduites de 
Pallemand par J. H. Pott , tomes I et II. Lausanne, 
J798 , in-S". 

Conies et nouvelles imit^s des anciens, par Tau- 
teur de la nouvelle traduction de Tibulie. Tours, 
an 4 , in-8°. 

La Decade pbilosopliique, lilt^raire et poh'tique, 
num^ros 21 et 22 , an 6. 

Explication des songes et visions nocturnes, 
Trojes, 1791 ,in-i2. 

M^moire hislorique et politique sur les vrais iiit^- 
r^tsde la France et de Tordre de Malte, precM6 
d'une leltre ; par L. Viliebrune. Paris, an 5, iu-8°. 

Memoires sur la revolution francaise, par le mar^ 
quisde Bouille, 3 tomes. Londres, 1797, in-S". 

Mdmoires turcs, avec l*hisioire galante de leur 
s^jour en France., par un auteur turc, tomes I et IL 
Paris, 1796, in- 1 2. 

Le Moine, cora^die, par Cammaille Aubin. 
Paris, an6,in-8°. 



VOncle Valet ^ Opira, 

Les auteurs du Prisonnier, les citojens Viival> 
ct VeUamarla , viennenl de donner au theatre 
lavart un ouvrage qui est digue de ses auteurs , et 



ffouvetles Uttiralres, 53i 

qu'on a juilement applaudi ; il est iniitul6 VOncle 
valet ^et voici quelle en est I'intrigue.Do/^a/i^ ma- 
rin fortriche, revient des iles, et avant de se faire 
connoitre k ses deux neveux, Dumont et Flori;el, 
il veut ^prouver leur ftaractere : celui quM trou- 
vera le plus digne de son estime aura la nnain d'EUse 
sa pupille. 11 se fait passer pour Picard, valet-de- 
chambredeDolbarr, qu'il dits'etre arrets pour quel- 
que temps a ['Orient. Sous ce d^guisemenr il d^couvre 
bientot que Dumont, qui passe pour un jihiiosophe, 
n'est qu'un hypocrite , et que Florvei au contraire 
est un jeuneetourdi cribl^de dettes, mais assez hon-- 
n^ie pour rejeier les mauvais conseils du faux 
Picard. 

Dumont, pour mettre le coinble a sa perfidie, 
cherche quelqu'un qui, se donuant pour Toncle de 
Florvei, luienjoigne de retourner a Paris ou de se 
rendre ^ I'armee. Picard se charge du personnage de 
Toncle j mais Eiise , qui a tout enlendu , avertit Flor- 
vei de ce projet j ensorte que quand l*oncle se pre- 
sente sous son vrai nom, les aroans s'obstinent a ne 
reconnoitre en lui que Picard. Cependant il par* 
vient a se faire connoitre ; et Dumont , qui arrive, 
est tout^tonne de voir Picard accorder a Florvei la 
main d'Elise. 

Gette pi^ce a i\.€ jou^e avec le plus grand en- 
semble : le citojen Chenard dans le rdle de TOncla 
valet , et la citojenne SaiatrAubln dans le role 
d^Elise, oat el6 justement applaudis. 



L 1 z 



$3t ffoiweUes tlttiralres, 

Th^Atre de La Marcgraue d'Anspaok, Plhc* 
joaee par elie. 

La cl*devant Lady Crai>en (r),aiijoiird*hiii (Spouse 
duMarrgrave d'Anspach, a donne au commence- 
iheiit du moisde juin 1798 (milieu de prairial) deux 
repr('sentations des Voiears , de Schiller , sur son 
beau iheatre particulier de Branrlenbourghouse. 
C'est la traduction anglaise de cette piece, corrig^e 
par cette princesse elle-meme, qui a servi de base. II 
y avoit autant de spectateurs que la maisoii pou- 
voit en contenir. Tout le monde a 6te ravi de la 
beauts de la piece et de la sup^riorite des acteurs. 
La Marcgrave a jou6 le role d^AmaCie avec una ex- 
pression admirable {with taste j pathos andclassi- 
caL prop net Lj ). Eilea prononc^ pour la cloture uii 
Epilogue plein d'esprit el de fiiies£e,de sa proprecom- 
position. Sou fr^re, K, Craven, a jou^ le role de 
Charles Moor avec beaucoup de succes. A la se- 
conde representation donnee aux instances reit6r^es 
de beaucoup de personnes dislinguees, on a aussi 
joue la com^die AU La good humour ^ tout en 
bonne humeur. 

Parmi les decorations precieuses faltes pour cette 
representation, on a remarqu6 .vur-tout un solsil cou- 
chant vu sur les bords du Danube, et uns scene de 
clair-de-lune dans les bois de la Boheme, qu'on 6loit 

(l) Lady Craven est auleur d'un Voyage en Crimee , 
traduit en francais , et qui se vend cbfx Maradan, libraire, 
Tue du Ciiaeti^re Saiut-Aiidr«-des-Arta. 



Nouvelles llttiralres, 533 

parvenu ^ imiter sup^rieiirfmert lien par les Irans- 
parens et d'aulre* moyens d'oplique. 

On sVtoir propose de donner encore snr le nieme 
theatre, pendant T^t^ pass^ , La Conjuration de 
Fiesco J de Schiller. 

On s'«Jit aussi occnpe d'agrandir considerablement 
le theatre, et de I'ai ranger de maniere qu'en oiant le 
fond OD puisse menager des points de vue ^ioign^s. 



CovRS de la agues orlentales. ■ 

Les conrs de I'ecole sp^ciale des langues orien- 
tales vivantes, et d'une utilite reconnue pour la 
politique et le corrimerce , ont recommence le 21 
fnmaire an 7 , ^ la biblioth^que nationale. 

COURS DE PERSAN. 

Le cito^en Langlds, reembre de I'lnstiiut, et 
professeur de persan , donnera ses lecons , les duodi, 
les quartldi, sextidi et noiiodi, de six a huit heures 
du soir. 

COURS D'ARABE. 

Une grave indisposition du professeur retard* 
I'ouverture de ce cours, qui sera annonce. 

COURS DE TURC. 

Le cilo^en Ambroise , en I'absence du citoyeu 
Venture , professera le turc les primiai , tiidi, 
quanidi et septidi , de qualre beures et dciuie k 
six el demie du soir. 

LI 3 



534 NoupeUes UlteraLres, 

COURS D'ARMENIEN. 

Les memes jours , desix et demie k huit et demie , 
N. Curbled ^ Armenien de nation, donnera des le- 
mons de sa langue naturelle. 

Nota, C*est probablement par inadvertance que 
Ton a annonc6 un cours de persan au college 
de France. Celte langue n'y est plus enseign^e de- 
puis que j'ai transporte men cours a T^cole sp^ciale 
des langues oiientales vivantes pres la bibliotb^que 
nationale. 

Lahgles. 



SuR l*6ditlon stereotype de yirgilc. 

Quelques per.fonnes qui s'interessent slnc^rement 
aux progres des lettres et des arts , m'ajant fait part 
d'une annonce dans votre journal , torn. IV de ['edi- 
tion stereotype de Virgile, format in-i8, ou Ton 
avoit remarqu^ quelques faiites , je me suis em- 
press^ de me le procurer pour en profiler en les 
corrigeant aussilot dans la nouvelle r^impression 
qui s'en fail en ce moment. J*ai vu en effet qu'on 
m'y indiquoit deux fautes qu'on dit e^senlielles et 
graves, i'une est page 36 , livre II des Gcorgiques. 

Ttque sihi ggnertim Th«iis ematomnibus undis, 

Le citojen qui a fait J'article pretend qu'il falloit 
Thelys avec deux points sur Vy ; mais, outre que 
la nianiere dont j'ai ^crit le mot est autorisee par de 
bonnes editions , aucuue ne T^rit en effjt comma 



J^ouveltes Uttiraires, 535 

le citoyen vouclroit qu*il le (lit : caril n'exisle m^me 
pas dans Pimpiimerie , ni dans la fonderie , d'y sur- 
mont^ de deux points; et cela n'eloit pas n^ces- 
saire pour niontrer que Virgile avoit fait longue ,, 
dans re vers, la derniere s^'llabe de ce mot. Le 
poete offre fi^queminent i'eAemple de semblables 
licences. 

Le critique dit : Cela rCest Indlffirent nl pour 
la chose, tu pour Ic mttre. lithys 6loU L'e;. ouse 
de l^eptune et La mdre des nymphcs : son nam 
est composd de deux S(^Uabes Longu es 3 et forme 
amsL un spondee. Virgile cependanl uVn lorme 
pas toujours un spondee ; car c*est bien encore 
Pcpouse de Neptune dool il s'agit dans cet aulr« 
vers de Virgile^ eel. 4, v. 3^. 



Quae tentare Thttin ratibus. 



et alors Virgile fait la premiere syliabe breve. 

La seconde faute qu*on a cru remarquer est page 
47 , livre IV de I'^dilion st^r^otype : on dit qu'il 
faut ^videmment densat au lieu de denset , ei que 
Brunck n'a point celte faute. J*avois marque dang 
I'avertissement, que je priois de ne point prendre 
pour lautes des lecons adoptees par les meilleures* 
editions, qui different de celies suivies dans la plu- 
part des Editions de classe. Celle-ci est dii nombre ; 
inais il falloit que I'tnvie d'etre utile en irouvant 
une faute, ou I'habitude de voir deiisat^ (ut bien 
grande pour qu'on s*imaginal le voir encore dang 
Brunck, landis que son edition in-4°. et celle in- 
fi*. portent loutes deux manifcslemeni denset. D'ail- 

1-14 



536 Nouuelles Uttiracres* 

leurs presque tons les ^Jiteurs ont adopts celte leQonjf 
et il suffisoil d'ouvrir le premier dictionnaire pour 
s'assurrr que i'on disoit (^galemeni devsere , deri' 
seo , ou dc'Tisare , denso. 

J'aiirois desir^ que Ton m'eut fait connoitre de 
V^j itables fautes , le nitrite inappreciable de nos edi- 
tions st6i f-otypes 5 auxquf^lles tons les gens de lettres 
s'interessent, 6tant de pouvoir toujours les corriger 
d'une maniere fixe et invariable , avec la certitude 
de n'en point comraetlie de nouvelles. 

Je suis loin de penser que chaque premiere Edi- 
tion d'un ouvrage de la collection st^ri^otype soit 
des I'abord exempte de fautes , sur - tout lorsque 
nous nous i^roposons d'f-n donner un si grand nom- 
bre dtt volumes dans la meme annee ; mais je puis 
assurer qu'elles seront du mojns toutes des plus 
correctes, des Tabord , et qu'eiles le deviendront 
davantage de mois en roois , d'ann^e en ann^e , 
jusqu*a ce qu'elles aient enSn atleint le dernier de- 
gr6 dont seules elles scut susceptibles. 

Je vous piie , citoyen , de vouloir bien inserer 
celte tetfre dans votre journal. Je n'abuserai point 
de cette condt scei^riance de votre part , me cou- 
tenfant uniquement dans la suite , de profiler des 
crifiques qui me seront faites , toutes les fois qu'el- 
Ips se trouveront fondc'es. 

Salut et fraternitc. 

P. DiDOT 5 l'ain6, 



l^ouveiles Uttiraires. 537 

Visthibutions des Prix du Conservatoire dc 
Muslque. 

La distribution des prix accord^s aux ^I^ves du 
conservatoire de mu»ique a eu lieu le 14 frimaire , 
dans la salle du theatre de la R^publique et des 
Arts. Ces prix sent le r^suitat du travail et du 
cours d'^tude de Pan 6. Les eleves sont jug^s } ar 
un jury noinm^ par le ministre de I'int^rieur. Ce- 
lui de Tan 6 etoit compost des citojens Berlon 1 
Blasius ( Pierre ) , Braun , Cherubini , Duveruoy 
(Fr^d^ric ) , Gossec , Hugot , Ladurner , Lays , 
Lefevre ( Xavier ) , Levasseur, Martini , Ozi, Richer , 
Sailantin. 

hes prix sont , ou des partitions , ou des instru- 
mens, suivant le genre d'^tude de T^l^ve. lis sont 
d^hvr^s par le ministre de Tint^rieur , en presence 
de rinstilut natio/ial , des savans etrang«rs, du d^- 
partement de la Seine , du bureau central , des 
pr^sidens des douze adnninfstralions municipales, 
et 6gs commissaires du pouvoir executif , des ^tats- 
majors de la dix-septi^me division militaire et de 
la place de Paris ; enfin , du commissaire chaig^ de 
^organisation du Conservatoire de musique. 
Les prix ont ^t^ obtenus 5 savoir : 
AccoMPAGKEMENT. — Premier prix : Jean-Fran- 
9ois Braun , du departement de la Seine. — Second 
prx : Th^rese VUUneuve , du d^parlement de la 
Seine. 

Chant. — ( il n'y a pas eu de premier prix ). — 
Second prix : Georgette JSo^Yy, du departement de 



538 IVouveUes Uttiralres* 

Seine et Oise ; Tli^r^se Desmarc , du d^parternenl 

de la Seine ; G'otilde Romain, , in^me d parle- 

metit ; Aim^e- Jrianne PhULppoa , m^me d^par- 

tement. 

Hautbois. — Premier prix : Henri-Noel Giites , 
du d^parlement de la Seine. — Second prix .... 

Cor. — Premier prix : Joseph Lambert , du 
depariemerit de la Moselle. — Second prix : Pierre- 
Francois CoUn J du departement de Seme et 
Oise. 

Basson. — Preraier prix : Jean Jadas j du dd-> 
parlement de I'Aiu. — Second prix 

Flute. — Premier prix : Anfoino Grandjean , 
du departement de la Selne.—Second prix : Alexan- 
dre Moudru ^ du departement de la Haute- Vienne ;' 
Joseph GuUlou J du departement de la Seine 5 Jean« 
Baptiste Leplne j meme departement. 

Clarinette. — Premier prix : Isaac Franco > 
du departement de la Gironde. — Second prix : 
Pierre Petit ^ du departement de la Seine. 

VioLON. — PieiTiier prix : Jean VerdcguLer ^ 
du departement de la Seine. — Second prix : Luc 
Gu6ri6 J ne a Cadix ; Marcel Buret , du depar- 
tement de Seine et Oise. 

VioLONCELLE. — Premier prix : Emmanuel Gu(f' 
rln J du departement de Seine et Oise. — Second 
prix • 

Piano. — Premier prix : Louis Pradtre j du de- 
partement de la Seine.— Second prix : Jean M^*. 



Nouvelles tittiraires, 53^ 

raud J du d^partement du Puy-de-Dome ; Jcan- 
Fran^ois jBraaAZ ^ du d^pariement de la Seine. 

AccESSiT (/). — C^sarine Davun , dn d^par- 
tement de la Seine; Marie Bereyiter , i\\\ d^par- 
tement de Rhone et Loire ; Philibert Samson ; 
Victor Simon ; Ainelie Saint- Hubert y Marie 60/*- 
bin y Ren6 Binard ^ tons du d^partemeiit de la 
Seine. 

L'assembl^e etoit nombreuse et brillante. L'ou- 
verture s'est faite par le fameux el superbe mor- 
ceau : A lions en fans de ia patrie j etc. que 
I'on a vivement applaudi. Apres l*execution a grand 
orchestre , de I'ouverture de i' Hotettene porta- 
gaise J on a entcndu successivement des Solo 
en difierens genres, executes par les jeunes eleves 
destines a etre couronn^s. Tons ont merite et ob- 
tenu beaucoup d'applaudisjeaiens. Ce spectacle 
avoit veritableinenl un genre d'int^rel que les aii- 
tres ne peuvent inspirer. On vojoit avec un plai- 
sir luele d'a.tendrissement , I'extreme jeun^sse et la 
naissance des talens se produire pour fa premiere 
fois. Toys, nourris dans'les meilleurs principes, exe- 
cutoient des morceaux difficiies : on pouvoit remar- 
quer dans I'ex^cution les effeta de la timidite, de 
la foiblesse de Tage et de I'inexpcrience ; inais 
aussi tons , par cela meine , attachoieut d'aulaut 
plus l*attention j et s'ils ne donnoient pas entiere- 
ment c e que les mailres eusient pu donner , il est 
certain qu'ils en di^dommageoient amplement par 

(l) Les accrssit sont specialement affectes 4 la partie du 
•olfege, et con«iiteot en oufrag^s elemeatairci. 



540 Pfoiwetles tLttifalrei, 

plus de graces. Le spectateur d*ailleurs snpposoit 
que chacnn de ces jeunes eleves avoit , pour t(^- 
moin de sa gloire , sa familie r^unie ; ils jouissolent 
en consequence eusemble du talent da I'elere , d© 
ses sensations neuves , an bruit des applaudisse- 
mens et de la joie de sa familie. 

Le minisiie de I'inierieur a prononc^ un di^conrs 
analogue a la circonsiaiice ; il a et§ tel qi»*on I'at- 
teiidoil de Tauteur eatim^ d'un grand nombre de 
productioQs litteraires , et wement et universelle- 
ment appiaudi . 

Le hasard a procure aux spectateurs un antra 
genre de plaisir auquel it ne devoit pas s*attendre. 
Las jeunes Aleves ayant apercu derriere eux , 
un vieiMard qui modestement , se tenoit debout et 
cache, I'ont forc;6 d*enlrer dans leur enceinte : on 
a reconnu le c^lebre pLccinL , auteur des op^ra de 
Roland J AtLs , Didori j eic. Ce savant compo- 
siteur a 6te couvert d*applaudissemens« 



Le T^oaueau MogasCa des Modernes j au, 
yaudei/iUe, 

On a donn^ au theatre du Vaudeville, le i8 fri- 
maire , avec le plus grand succns , une piece epi- 
sodique intitul^e Le JSouveau Magasln des 
Modernes, 

Mercure , chass^ du ciel , est Tentrepreneur de 
ce uouveau Magasiu , et la deesse de la mode lui 
amene des piatiques. Vieanent alternativcmenl ua 
aulcur de piuiiouiiiues 5 qui se donne pgar un nhuet 



t^ouvelles lltiiraires* 541 

da sir ail d^ApolLon] un larvcnii, dont I'igno- 
ranre ( st telle qnVn Torant Ips noms d'.iuteurs rd- 
l^bre« , tels q«e f'^oiture , Perse ^ Descartes j etc. 
il troive ridicule qu*on iT;^Ie ensemble cks ilioses 
aussi di>paraies, que cfes cartes ^ des it(]ffes et 
des equiyn^ed. Un entrepienenr de fetes et un 
diierteur de jeux 5e succ^denl, et viennent piier 
Mercure d'honorer de sa prisence leur inaison , 
afin d'y amener la foule. 

Eiifin Merctire evoque, du fond desenfers, I'um- 
bre de Paiinard, qui, soixante ans auparavant , avoit 
fail un Magasui des Modernts ^ et cetfe scene , 
qui e^t une des plus saillantes, termine la pi^ce. En 
g^n^ral elle est Ires-bien eciile , les couplets en sont 
fins el soignes , et Ics ick'es neuves et piquantes. 
Cependaut nous avons cm j remarqiier, pour le fond, 
quelque ressemblance avec un Vaudeville donn6 
avec 5u:ces, il y a pen de temps, sur I'un des 
theatres du boulevard. 

Get ouvrage est intitule Le Marchand de Ri- 
duules. La scene de Pauieur semble faite absolu- 
ment sur le meme plan : il j a de meme un pe- 
tit-maitre parvenu j et au lieu d'un entrepreneur , 
c*est un faiseur de ballons qui a aussi un jaidin ^ 
dans lequei on entrj en pajant pour Le voir VO' 
ler J ji.ais les details n'ont rien de coniniun. 

D'aillcurs , Le JSouveau itia^asca des Moder- 
nes ne pent qu'djouier a la reputation des ciioyens 
Uesclianips et Dcpres ses auieurs. 



I 



54* NouvelCes Utteralres» 

Mort de Bache , neveii de FrAnklii^, 

Bache , neveii cle Franklin ^ est mort de la ma- 
ladie epid^mique qui afflige les Etats-Unis de I'A- 
m^rlque seplentrionale ; it 6to:t i^dacteur d'un jour- 
nal intitule V Aurora j il avoir herit^ d'une partie 
irnportante des raauuscrits de Franklin. 

Instltut de Genes, 

L'Institut national de la rdpublique ligurienne 
a ete install^ le i^ brumaire an 7, par le direc- 
toire de cetle r^publique : il est eoinpos^ de soixante- 
douze merabres , dont trentre-six r^sidens , et trente- 
six associ^s et habitant la rc^publique. Us formenl 
deux classes qui se subdivisent chacune en trois 
section?. 

La premiere classe est celle des sciences math^- 
matiques et physioues , dont les trois sections 
son! : 

1°. Agriculture, commerce et manufacture; 

20. Science naulique , mathematique , physique 
etliistoirenaturelie ; 

3". Chymie, bolanique, anatomic, medecine el 
cliururgie. 

La seconde classe embrasse la philosophie , la 
liit6rature et les beaux arts; elle a les sections 
suivantes : 

1°. Art de raisonner , et analyse des operation! 
de I'entendement , grammaire , eloquence et po^sie j 

a*'. Sciences politiques, histoire et antiquites ; 

3°. Art du dessin. 



Nouvetles littiralres, ^^ 

A la jr^ance d'ouveilure, apr^s la proclamatfon 
deR membresde I'Institut, !e minislre de Pintf^rieur 
prononca un disrours sur rimporlance de leurs fonc- 
•tions, et sur les avanfages qu'ils doivent procurer 
i leur pajs. 

Rentree du coiti^e de France, 
La rentree publique du collc'ge de France a eu 
lieu le 29 brumaire dernier. Plusieiirs professeurs 
y ont fait des lectures int.^ressautes. Le citoyen 
CoasLn a. lu un M moire sur la bienfaisance ; le 
citoyen Cournand ,MxxmorQ.,^v, de son pogme'des 
ages. Le miniitre de Tinterieur a assist^ h cett« 
seance. 

heUeerpirLence de Cavendish, sur L' attraction. 

Cavendish, viem de faire une belJe experience 
pour reudre sensible I'attraction des corps : il a fait 
consfruire une grande cage de vene , dans laquelle 
se trouve une balance de torsion, telle que cells 
duC. Coulomb pour mesnrer I'electricite. Le brasde 
la balance a buit pieds de longueur ; il porte a cha- 
cune de ses extr^raites un petit globe m6tallique do 
fer ou de cuivre. 

On approclie de ces globes deux boules de plomb 
d'un pied de diametre , et poshes de mani^re qu'elles 
agissent dans le meme sens ; alors \q% mouvemens 
de la balance sonl tr^s-forts. 

Ces mouvemens n'ont pu ^tre ni I'efFet de la 
chaleur , ni celui de I'electricite, ni celui d'aucun 



'544 l^ouveltes Uttiralres. 

courant; ils n*ont pu ^tre produits que par I'attrac' 

tion mutuelle. 

. Les resultats de cette experience onf ^t^ si exacts, 

qu'on a pu en faire une applicalion rigoureuse par 

le calcal , k la density de la terre : on a trouv6 

que celle density , compar^e a I'eau , ^loit comme 

5 I est a J , par consequent plus grande que celle 

qu'on suppose ordinairement ; savoir , coram© 4 

est h. I. 



Les Noms Supposes ^ Opira* 

L'Opera donn^ au theatre Faydeau sous le tf- 
tre dQsI^oms Supposes, n'a pas ^te accueilli fa- 
vorablement. II offre une intrigue fort embrouill^e 
des deguisemens et des quiproquos us^s et peu 
comiques : la musique seul« I'a un peu souteau. 
L'auteur 3' a fait quclques changemens , et la se- 
conde representation a ^te un peu plus favorable- 
ment ecoutee. 



Le Voyage InterrompcL , Comidie, 

La nouvelle comedie du citojen Flcard a ob- 
tenu , au theatre de POd^on, un succ^s coraplet ; 
elle est intituiee Le Voyage Interrompu : ello 
ofTre un comique naturel , beaucoup de gaiet6 et 
point de trivial ; voici quel est le sujet. 

Deux jeunes artistes gagnent un terne a la lote- 
rie, dont ils desiinent le produit a faire un long 
voyage pour leur instruction 5 mais a peine sont ils 
i Monlargis, que I'un d'eux devient eperduement 

amoureux 



JSouveties littSralfes. 54^ 

amoureux de la fiile trune maclame Dercourt j 
piovinciale lomanesqut;. 

Cette maclame Deicourt a prcmis sa fille a im 
- elc^^fjiif dc Moiilins, qu'elle wa coiinoii pas: le plus 
-gai des deux amis concoit et execute le projet d'^- 
conduire le rival , el de taire coriseiitir la m^rc 
a Punion de sa fille avec DorLis. Pour reiissir, il 
commence par envoyer IViegant de Moiilins a trois 
quarts de lieue , en lui donnant une fauise adresse 
de la maison de madame Dercourl; ensuile il s'in- 
troduit chez elle sous le faux nom de *LaniortU- 
Litre , passe pour le preiciidu , feint de reconnoitre 
Dorlis pour un ami qui lui a same la vie, en ar- 
raclie I'aveu de son amour, el raaniant adroitement 
la romanesque sensibilile de madame Dercourt , 
cede g^nereusement a sou ami la main de son amante. 
Tout est pret a se conclure niais le notaire qui 
devoit dresser le contra t ne sauroil venir : on ap- 
pelle un petit nolaire c[ui se trouve plus voisin s 
mais c*est un bavard eternel qui , au lieu de ser- 
vir les amans J les contraiie et les importune par 
son babil. 

Enfin , tout le monde arrive chez le premier no- 
taire qui ne pent sortir , parce que sa femme est 
en couche ; mais par malhenr le veritable Lanion 
tLLlLtre J Irompe par une fausse adresse, s'y est 
rendu ciojant aller chez sa belle-mere. II entend 
parler d^me fen)me en couche, marine secieteracnt ; 
soupconne que c'est sa prt tendue et qu'on a voulu 
le tromper. Le faux Lamorlilliere embrouille de 
son mieux les explicatioDS 3 ce qui en rdsulte , c'est 
Tome IV* Mm 



546 Noupelles titt6rair6s, 

que le veritable Lamortiiliere est congedi^, et qu# 

Dorlis dpouse maderru iselle Dercourt. 

Cette espece d'jmbroglio est dans le genre des 
comedies de Dancour : il y a un peu d'invraisem- 
blance , mais des caracleres plaisans et des situa- 
tions comiques. L'ouvrage a fait plaisir. 

M G Y V T -E. 
Cairc, palais de I'lnstitut, 26 therm, an 6. 

Je me confoime aiix rnoeurs des Turcs. Nous 
portcns tous des moustaches, parce que le menton 
nu est iesigne de Tesciave, et que, malgr6 que nous 
sojons les maitres, la force des prejug^s persuade 
aux Turcs que les Fianqais a raenion sans mous- 
tache sont esclaves des auires. 

J*arrive de I'lnstitut du Caire. Deux palais de 
Bejs et deux autres maisons de riches particuliers, 
toutes contigues, logeront tous les savans et artistes. 
Ces maisons nous fournissent peut-etre plus de com- 
modit^s et au moins autant de magnificence qu'oa 
en trouve au Louvre. Uu jardin immense, dont la 
superficie ^quivaut a peu pres ^ trente-cinq arpens 
de France, bien planie, avec nombie de terrasses 
61ev^es, ou jamais Teau du Nil, dans les inondations, 
ne parvient, est destine a la culture et a la botanique. 

La salle d*assembl('e est d^ja decoree des plus 
riches meublcs francais trouv^s chez les Mame- 
louks : dans le nombre on distingue I'une des plus 
grandes et des plus bplles pendules de Berlhout, un 
vase du Japon d'un tr^s-grand volume. 

Je suis occup^ a rassembler tous les aniraaux cu- 



JSouveUcs Uttiraires* S47 

rieux qu'on m'indique exister dans les niaisons des 
Mamelouks. 

Notre voli^re est deja toute faife : bienlot nous 
serons, Fous ces rapports , rnieux (.'lablis que dans le 
jardiu des plantes : nous aurons dumoins un dcfini- 
tif} mais ce qui fait sur-lout I'ambition des membre* 
de I'Instilut, c'esl de vous envojer le premier V0"» 
lume de nos Memoircs avant que celiii de I'lnstitut 
de France ait paru. Nous iravaillons pour y reussir 
avec Constance. Vous trouverez de moi deux Me- 
moires donl j'espere que vous serez satisfait. 

Je voudrois,mon bon ami, vous donner quelque* 
details sur tout ce que j'ai deja observe en ce pajrs; 
mais il s'est passe trop d'^v^nemeus el je vois trop de 
' choses d'un tres grand int^ret pour le philosophe ob- 
servateur, qu*en vkn\^ je ne sais que vous dire et par 
oil commencer. Je vous parlerai seulement d'ua 
dejeuner et d'un diner que j'ai faits. Us peignent les 
maurs des ^gyptiens. 

Le general Menou commandoit provisoirement la 
province de Rosette: il a voulu la parcourir; et 
comme il n'y a nulle part d'auberges, et que d'ail- 
leurs on leprevint que Pusage, pour le cotumandanf, 
^toit d'accepier le diner d'un chef ou commandant 
de canton , le general Menou se conforma a cet 
usage. Nous I'avons accompagn^ au nombre de 
quinze, et nous avions une escorte de vingt soldats* 
On nous servil sur le carreau , recouvert pourtant do 
paillasses ct de tapis, quatre-vingt-seize plats se tou- 
chant tous, et disposes en ellipse. On nous traitoit 
grandenient J cependant nous n'avions pas uu repas 

M ni a 



548 IS Olive ties iltUralres, 

a plusieiirs services, mais, ce (fiii y 6<nilvnuri a p!u- 
sieiirs (tages. Les pieces crun ^'vaud vohiiTi'^ Violent 
dans des plats proportionnes. Tons crs pots occu- 
poient la region la plus infen'eure; ces piats ^toient 
dVtain et de forme cirrulaire, com me en France. 
Trois plats rapproch^s iaissoi.'nt au centre un vide; 
ce V de ^toit t ffcjce par iin plat plus petit qui le re- 
convroit entievement. Ce sont ceiix can' rtnTerment 
les friandises , cf qui sont faits par les r^ioprej femines 
des ^Sg^'ptiens. On se jitlft d'abord dessus pour s'en 
debarrasser et arriver au rang inferieur. Le? plals de 
friandise ^toient sept on liuit especesd.^ fVomages, de 
la melldsse cuite avec de I'amidon, C\q?> fricassees de 
riz et de mouton cuits avec des raisins, d;s pru- 
neaux , des figues de sycomore , des grenades , etc. 

'h^s. plats de resistance (^'toient ^^s poules au riz 
ou arrcnigees d'autres fa(;;ons, etc. L'ellipse formant 
I'l nsemble du service etoit bordee d'un derai-pied 
cube de pains de douzs especes et de formes diffe- 
renles ; il se Ironvoit des galeiles plates, des gaiettes 
^paisses, des crepes, du pain ellipti.juG, circulaire, 
des flute." grandes et petiles, etc. 

Le cbeik nous a invites a nous accroupir autonr, 
et bientot nousavons vu les Turcs de la compagnie 
meltre lenrs mains dans tous les plats, prendre avec 
la paunie les liquides, avec les doigts les solides, et 
porter a la boucbe. Nous avons i\h forces d'en faire 
autant, n'ayant ni fonrcbetle ni cuillier. 

Le diner que nous avons pris dans un village voisin 
ne diff^roit de notre dejeuner, que par Tabsence 
du lailage et par un moiudre iicmbie de pains d'eS'. 



J^oaveUes Utliralres. 5^9 

p^ces di'flerentes. Les plats nouveaux ^toieiit , 1°. im 
mouton entier au railieu ; 20. diffenniles autrcs vian- 
des aiitour, ou roiics ou fricassees d'une maniere 
asscz bizarre. Le domestique le plus imporlaMl tra- 
verse le service , an moven d'un cheri)in qu'il so 
pratique en ei.levani des plats. Lorsqu'jl s'dgif de 
d^couper le raoulon, il le depece avec ses mains 
et son couleau, ou casse, 0(. d^chire , sans irop y 
prendre garde, et en distribue a chacnr. 

Le cheik qui nous donnoit a dejeuner avoit un 
fils de 34 ans, riche fermier, le plus considerable 
du village. apres son pere. Nous avons voulu de- 
jeuner avec cet homnie et son Mis. Nous avons 
d'abord invite Penfant a se metlre a table ; il a 
rougi coinmesi on lui proposoil un crime. Son pere 
nous a dil que son enfant ne se resoudroit jamais 
a s'asseoir devant son grand-pere assis , et snr-tout 
k manger devant lui ; que le profond respect qu'il 
avoit pour son grand-pere lui en faiioit uue loi. 
On a invito k son tour le His de s'asseoir; il a fait 
pour son co.npte les menHes observations , avec un 
recueillement religienx qui nous a surpris. Le ge- 
nial Menou a supplid le grand- pere d'ordonuer 
a ^^s eiif.ins et petiis - enTaus da prendre part au 
festin; et apres avoir lif^site il I'a accorde, en aj )n- 
tant quec'eloit contre I'usage, mais que cela fii.^oit 
plaisir a son coeur de paternel. I^q?. enfans out obci 
mais ils ont en un air de recueillement et de timidii^ 
pendant le pen de temps qu'ils ont mang.?. II.3 se 
sojit hati's de le faire, et sesont prompteinciit rc- 

M m 3 



^So Noiwelles tLttiraircS' 

tir(^s, siiivant Tusage du pays , qui present a ceux qui 

n'ont plus d'appetit de s*en aller. 

Apr^s que le general Menouet sa corapagnleeurent 
pris le rcpas, les vingt soldats vinrent h leur tour 
se nourrir de ce que nous avionslaiss6 ; la premiere 
compagnie et la deuxierne , compos^es de gaillards 
de boil appetit, viorent manger les deux tiers, 
au plus, de ce qui ^toit servi ; alors tous les pau- 
vres du village furent introduils; ils se nourrirenl 
de ce qui restoit ; ils vuiderent entieiement les plats, 
qu*ils se disputoieut et s'arrachoienl d'une mani^re 
tres-plaisanle. 

3So5> cheiks n'ont f\^ si libtraux, que parce que la 
loi du pajs les autorise , lorsque le commandant en 
chef fait sa tourn6e et prend repas , de se rembourser 
de tous ses frais par un impot qu'ils pre!^,vent sur- 
le-champ; et comme c'est le village qui traite, le 
village prend part k la fete et se nourrit de ce qui 
reste de la table du seigneur. De la il arrive que 
ceux qui payent ne participent pourtant point a la 
fete : les pauvres en tout paj'sne payent point d'im- 
J)6t, et les gens un peu aises dedaignent, par or- 
gueil, d'aller manger des restes. 

Je vous doitnerois bien J men bon ami, d'autres 
details de cette espece , si je savois qu'ils dussent 
vous parvenir. Mais je suis au contraire assure d*a- 
vance que vous ne recevrez pas ma Icllre : de la 
la negligence de mon stjrle et le peu d'encourage- 
ment que j'ai a vous entretenir. 

Au total, les jEgjptiens des campagnes gont ex- 



Tiouvetles lUtSralres, 55t 

cessivement mis^rables, mais h un point que rim<v 
gination ne peut concevoir. Croiri- z-vous que le plus 
grand iionibre des villages sont presque enliferemeni 
composes de hutles de terre qui n'onl pas liois pieds 
d'elevation ; que I'ouverture par oil ces nialheui euses 
creatures peiielrent dans leur taniere , est un trou 
circulaire d'un pied et denii de diaiuetre, et qua 
ce trou reste toujours ouvert. Qu'il n*y a de super- 
fide que de quoi coucher lemaii , la fennme etquatre 
enfans, tous rapproch^s , et que pour se glisser dans 
leur rcduit lis se meitent a plat ventre. Une 61^va- 
tion en terra, sur quoi lis cuisent le pain, rem- 
plit le tiers du logisj deux pierres pour broyer le 
bl^ , une cafetiere pour faire du cafe et un sae 
qui renferme du tabac ; tels sent tous les meuWes 
des pauvres pajrsans. Jamais ils ne raangeut de 
viande; mais ions prennent dti cafe le matin. Les 
Turcs ne peuvent se passer de cafe et de tabac, 
Hors cela , iis ne paroissent connoitre aucun be- 
soin. lis prennent lecaf(6 sans sucreet avec le marc; 
plus cclui-ci est abondant , et plus aussi ils trouveut de 
gout au caf(^. 

Je vous le r^pfete : faltes-moi parvenir tous les 
bulletins de la society philomatique , publics depuis 
mon depart. Envoyez-moi , et a diverses reprises, 
six fois cette collection, afin de me mettre dans 
■ le cas d'en recevoir au moins une. Nous sommts 
plusieurs ici qui recevons le Magasvn encyclapedl" 
que. II faudroit envujer un exemplaire un jour pour 
Dolomieu , une autrefois un exemplaire pour moi , 
afin d'6carttr la privation par le pi lage des Anglais. 

Mm 4 



5^2 J^ouvelles Uttiralres, 

Si vous pouviez faire organiser un service, de 
maniere a nous fair.' pai venir les journaux scien- 
tifiqiies par la voie des batimens neutres, vous ren- 
driez service a noire Institiir. 

Mille tendres amities. G 



In.stUut' da Calre. 

Les savans qui accompagnent Buonaparte dans 
son expedition ont form^ au Gaire un Inslitul na- 
tional, compose de quatre classes, dont chacune 
est de douze nieml res. Les jours ou ii tient ses 
a5serabl6es sont le premier et le 6 de chaque de- 
cade. 

Voici les noms des membres de chaque classe. 

Premiere classe de biathi'matique. 

Andr^ossy, Buonaparte, Gostaz , Fourier , Girard , 
Lepeie, Leroi , Malus , Monge ,' Nouette , Ques- 
not , Saj. 

Seconds classe be la physique. 

Beauchamp , Ber|ho!et , Champi , Conte , Delisle , 
Descoslils, Dc-sgenetles, Dolomieu, Dubois, Geoffroj, 
Savigny j une (.Lace est vacante. 

Troisieme classe d'economie politique. 

Caffarelli-Dufal-a, Gioutier, Poussiclgue , SuU 
kowsky, Sucy , Tallien ; six places sontvacantes. 

Quatrieme classe de litterature et DEg arts. 

Perion , Dutertre , Nory , Parceval , Redoule, 



T^otweUes tittSraires* 553 

B-iegel , Venture , Raphael ( preire grec ) ; Les 
quatre autres places sont vacantes. 

Le 6 fructidor an 6 , cj sept heures du matin, 
I'lnslitul d'-^iiypte a tenu sa premiere seance, pie- 
sid^e par Buonaparte. On a prort^de de suite a la 
formation du bureau. On aiiommt leciioyen Mon^e 
pr(^sidenl ; Buonaparte ^ vice-president , et Founcr ^ 
s^cretaire-perpetuel : ce dernier , qui se trouvuit alors 
a Rosette, a et^ remplac^ provisoirement par le ci- 
tojen Costazi. 

Dans cette premiere seance, Buonaparte fit les 
propositions suivantes : i*^. Comment peut-oii anie- 
Uorer la construction des fours pour cuire le 
pain de farmde? Les commissaires nomracs pour 
examiner cette question , sont les ciloyens Bertho- 
let , CafFarelli, Say et Monge. 

3°. Quelle est la production qui pourroit reni- 
placer Le koublon pour f aire la bi^ere? Com uus- 
saires, lescitoyens Berlbolet, Malus , Gostaz , Glou- 
tier et Desgenetles. 

3°. Comment pourroit- on clarijier et rafrai- 
chir L'eau du JSU? Commissaires, les citjveus 
Monge , Bertholet , Gostaz et Venlure. 

4«. Faut-il dcs mouUns d eau ou d. vent ? Com- 
missaires, les citoyens Caffarelli ^ Mains, Say el 
Costaz. 

5". Quelles sont les ressources pour se pro^ 
curer de" La poudre ? Commissaires, lescitoyeus 
Andr^ossj , Mai us et Venture. 

6'^. Que>i est t'e'tat de La legislation de L'Mg^pte , 
et comment pcut'On I'ameliorer? Commissaires, 
les cilojens Sucy , Sulkowsky^ Tallien et Coslaz, - 



554 I^ouveUes lltliralr^. 

7°. Vn projet de rtgtemeat. Commissaires , 
les citoyens Mouge , CafFarelli , Tailien , Geoffroj, 
Costaz. 

Seconde stance _, Le ii jructldor an G ^ d. sept 
heures du matin* 

Le ritoyen Andrt^ossy fait un rapport sur la cin- 
quieme question propos^e par Buonaparte , dans la 
stance pr6c(i'dente. II observe d^aboid que i'j^gypte 
n'a point de soufre, et qu*on le tiroit autrefois de 
Venise. La commission pense qu'on ponrroil le 
lirer de Sicile. Le charbon qu'on emploie est celui 
du lupin qu'on brule dans des fosses , et qu*ou 
s tamise ensuite. Le salpetre est indigene, et on as- 
sure raeme qu'il s'en trouve par veines autour du 
Caire : on le fabrique comme en Europe. II y est 
en vrai nitrate de potasse et iion de chaux , comme 
en France : la cuisson se fait avec des tiges de bl^ 
de turquie, et on le purifie avec du blanc d'oeuf. 
On fabrique la poudre a bras , et les ouvriers qui 
y travaillent sont nus. Chaque rnortier contient 
quiaze livres, et on la pile pendant sept heures: 
les pilons sont de dix-neufa vingt-cinq livres; les 
ouvriers gagnent vingt a vingt-cinq paros : on y 
met peu d'eau, et pour grainer la poudre on la 
famise. Cette poudre est tres-bonne , et moins chfere 
qu'en France : pour la rendre encore meilleure, 
il faudra la reduire au dosage de France. On en 
fabriquait 2000 canlars, dont on faisoit passer beau- 
coup a Livourue. Les beys avoient peu de poudre. 
Moarat-Boy n'en avoit pas plus de i5oo oantars. 



JNouv^lLes LCttiratres, 555 

II sera ahi^ d'anj ir en'er cette fabri* allon , et on 
pourra m^n e en verser b auroup tn Europe. 

Dans la n #me seance , le cil( y(n Merge a lu tin 
men oire sur le mirage. 

A cetle 6poqiie J I'lnstitut n'avoit pas encoro 
de renseignemens sur ce qui s*est fait en Haule- 
iEgjpte. 

Trolslhme stance , le id fructldor. 

Le citoyen Bertholet lit un m^moire sur la for- 
mation de I'ammoniaque. 

Le citoven Sulkowskj^ a lu une description de la 
route du Caire a Salehic^. Jusqu'i present on n*a 
connu de I'j^gypte que les bords du Nil , mais nos coB- 
noisFances geograpbiquesdoiveiitsYtendre. La route 
que I'armee a suivie en la poursuite d*Ibrabim- 
Bey eloit tout a fait inconnue. En sonant du Caire 
par la porle de Nasr , on entra d*abord dans le 
desert : on y a troave pliisieurs maisons d^sertes. 
Le village d'Elmalari^ , qui se trouve sur cette route, 
est I'ancienne Heliopolis. Dans un autre village 
appel^ Elmare , il y avoit des milliers de pa'miers. 
Sur la droile de cette route , il n'y a que c\<:'S de- 
serts de sable; mais sur la gaucbe , il y a beau- 
coup de terres cultivees. Les endroils par oii Tar- 
m^c a passe, sont Lacoubsy , Elhania, Elmeni^ , 
Belbeys, Souva , Coraim , Salehi^ et bpauro^pd'au* 
Tres qu*elle a scuiement traverses rapidement. 

Le citoyen Say a parle sur les n.oyens d'obtenir 
tine meilleure mouture ; il a montre qu'il tailoi* 
des moulins a eau. 



556 ISouvelles Uttiracres, 

Le cffoven Balliolet a lu un memofre dans lequel 
il (xainiiie la poudre du Caire : il n'j a que-g^- de 
salp^ne; le reste est du sotifre , du cliarbon , des 
panic's Icrrenses et du nuniate de sonde; de sorte 
que le seul mojen , pour en lirer parti, est de la 
les5iver et d'en re-omtnencer la fabrication. 

Le citoyen Monge a !u un memoire sur les mo- 
nuniens antiques du Caire. Le Sasar , sur la rue 
qui conduit de ITn-^titut an diaieau , offre iin vase 
de Granit, avec dps hierog^jphes en dehors et an 
ded.ius ; c'eioi.t un to.iibcau, et il rc^ssemb!e a celui 
de la inosquee d*AU-xandrie. Le ciloyeu Mon<;e 
propose qu'on le fransporte a I'fnstitut pour Pen- 
Vojer an mus^e de France. Au chiteau, apres 
qu*on a passe le palais de Joseph , il y a un senil 
de porte avec des hi^iogly plies bien conservees. 

Quatrieme seance , le sr fnictldor. 

Le citoyen Solkowsky cotnniunique des remar- 
ques stir un biiste d'l-is, qu'il a vu pres du Nil 
au village de Terasi, et sur deux pierres chargees 
d'b oroglvpbes. 

Le ciiojen Say lit uu memoire sur Temploi du 
bois , du roseau el du cavtharae pour le chaufFage 
des ("ours. 

La commission qui est cliargee des recherches 
sur la mouture , aniionce qu'elle va construire un 
moiiiin a vent. 

Le ( itoy n Geoffroy lit un memoire rut I'autru- 
c.lie : ;l i-cnlre qut^ eel aiiimal n'a (|ue les rudi- 
mens (i\i% ihStrumens du vol , qu'il n'a aucun mus- 



JS'ouucUes Littdraires. 557 

cle siiffi-ant pour s'rlever, quu ses vcsicnles a^rien- 
ues soul nioiiis nombreus'^s et n)oius voluiiiineuses 
que clans les aiUres oiscunx. 

CinquLenie S(fance , Le 26 Jructtdor. 

Ln comii'ission des combustibles fdit son rapport, 
dans leqiiel elle montrc que !e< tii.es de cai thame, 
les roseaux et la paille de maVs c'caurieront les O^nrS 
^ ineili. iir marche que !e bois en Ftcince : elle 
ani-.once qu'il y a des moj'ens dVn diminuer en- 
core- la cousommalioii, 

Bnotiaparte rernel la connoissance des. temps pour 
I'an 7. n invite I'lnstitut de s^occuper de la redac- 
tion d'lin almanac. La commission charg(5e de ce 
travail est compos6e de^ citojens Beauchamp , 
Nouette et Raphael. II a ete en merae temps ar- 
rt'te qn*ou y r^uniioit les trois almanacs sisivans 5 
cehii dt:s Cophtes , celui des Musulmans et celui 
des. Francais. 

Le citoyen Fourier a lu un memoire sur la re- 
solution genera le des Equations algebrique?. 

L- citoyen Parceval , la traduction d'un fragment 
du Tasse. 

Le citoyen Desgenettes, une circulaire sur qneU 
ques maladies dont on est sur - tout menace ea 
^-yple, et sur les n.cyens de les pr6\enir et de 
les gucrir. Ces maladies soul , les diarrhees , les 
dissentciies et rophthalmie-endemique. 

SiXLhnc seance ^ Le i"^''. jour compUmtrAaire. 
Le citoyen Beauchamp presents a I'lnstitut un 



55* Nouueltes Uttiralres* 

annuaire qn*oii poiirra iniprirner sur-le-champ. II 

communique encore plasieurs observalioiis astro- 

nomiques. 

Le citoyen Bertholel lit uiie leltre dii citojen 
Laplace , qui annonce une coiTeclion au metre. Le 
xneme rend encore compte des proced<^s ea usage 
pour la fabrication de I'indigo, et il indique des 
ameliorations considerables. 

Le citoyen Fourier communique un projet de 
ipacliine a vent , pour arroser Ics terres. 

Septibme stance , le 6 vend^mLaLre an 7. 

Le citoyen Poussielgue preseiite a I'Institut , un 
ouvrage anonyme , intitule : Preas d'une nouveUe 
metliode de demontrer anatytiquenient Les ttieo' 
rimes de g6o metric, — Get ouvrage est du citoyeq 
^•rancez fi!s. 

Le citoyen Narrj lit un m^moire sur la colonne 
de Pompee 5 il en indique entr'aulres les dimensions. 

Le citoyen Dolomieu pense que celte colonne a 
iXk. ^rigee apres Gonstantin , mais que le fust est 
d*un temps anterienr (i). 

Le citoyen Savigny lit un ra^moire sur une nou- 
velle espece de nymphcca. 

Le citoyen Dutertre parle sur I'etablissement d'un© 
^cole de dessin. Au nombre des membres de la com- 
mission qui est charg^e de cetobjet, se Irouvent les 
citoyens Redout(5 et Norr^'. 

Le citoyen Gostaz lit un m^moire sur les cou- 

(i) Vojcx la lettre du citoyen Dolomieu , supvu , pags 



Nouvelles llttiralres, • 559 

leurs de la mer, et le citoyen Parceval , encore la 
traduction d'uu fragment du Tasse. 

HuUlhme sdance j Le vcnddniialre an 7. 

O'nquante momies d'oi.^eaux envojees 21 Tlns- 
tiUit, 5ont remises a una commission conLposee des 
cito^ens Buonaparte , Geoffrey , Dolomieu el quel- 
ques autres, pour en faire Texamen. 

Povte, francais, habitaut du Caire, s'^tant oc- 
cupe de I'lndigo, en presenle des echantillons k 
I'Institut. 

Le citojfen Larrey communique un m^moire sur 
le^ ophilialmies. 

Le citoyen Beauchamp lit un m^moire sur son 
voyage de Constantinople aTrebisonde. 11 indique la 
longitude d'lspalian ; il reraarque que la loogifude 
deTrebisondeestde 37 degres 18 minutes 5 secondes 
de Paris, et non de 48 degres comma le disoit Bonne ;- 
ce qui retranche plus de quatre-vingts lieues de la 
mer Noire. 

Le citoyen Delislea lu un m^moire sur le palnaier 
qui porte ie fruit appel6 domm, G'est le cussCophora 
de Theophrasfe. 

Le citoyen Dolomieu lit un memoire dans lequel 
il nionlre la n^cessite d'etudier la geographic an- 
cieune et la geologie. II fixe I'ancienne Alexandria 
entre deux collines de pierre calcaire areneuse. II 
explique ensuite les changemens successifs qui j 
sont arrives. Le citoyen Dolomieu pense que la mer 
a du ^'^iever d'un pied depuis le temps des Pto- 
l^mees. 



56o NouveLies Uuiralr&s* 

Le citoyen Norry lait un rappbrt sur I'^Cole d« 
dessin. 

Le citoyen Parceval lit la tvacUiclion d'un frag- 
nifiut dii Tassc. 

Depuis le commencement de celle annee, il pa- 
roit anss! au Caire un journal litr<^raire sous le titre 
de Decade asgyptcenne , journaC iltUralre et 
d'economie politique, 

Le prospectus qui en a ^t^ public est sign6 TaUlen, 
et est compoR^ de trente huit pages. 

Ce journal paroitra tous jes dix jours, et chaque 
numero sera composed de deux feuiHes et demie ou 
de trois fcuilles in-8^\ Le prix de chaque numero 
sera de i franc argent de France, ou de lo francs 
pour douze nuriieros. 

On sousrrit chez le citoyen Marc-Aurei j iiiipri- 
meur de I'armee, quartier des Francais, au Caire. 

Le premier numero a paru le lo vend^rniaire 
an 7. Nous le ferons connoitie dans un des na- 
m^ros suivans de ce journal. 



VueCs. 

Deux profssseurs d^une giande unlversite d'AU 
lema«»ne se sont battus en duel a la suite d'uue dis- 
pute sur, la maniere d'observer une comete. Le ce- 
lebre Jarnowic/c s'est de meme batlu en duel h 
Londies ; mais , quoiqu^il ait ^te bless^ aux deux 
bras, Ton ne craint pas qu'il soit eir-pech6 d'en- 
chanter encore les admirateurs de son divin archef. 

LIVRES 



L I V R E S DIVERS. 

MATHiMATIQUSf, 

MoTEifs d'apprendre d compter surement et avee 
faciUU , outrage posthame dt Condohcet , 
I VOL In- J 2 dc i32 peg, Vvx , i fr. 5o centimes. 
Paris, Moutardier, rue Git-le-CcEur, an 7. 

Ce quidislingue ces ^I^mens , dit I'editeur, c'est 
qu'ils sont a la fois des el^mens d'arithmetique et d«« 
^I^mens d© logique.L'auteur a suivi le sysl^me de- 
cimal. 

GioMETElI, 

RicERCHE meccaniche e duotlrlche sopra La 
causa delta refrax,Lone deiia Luce, ove si di- ' 
mostre^etc. d'^mbrogio Fusinierx. Venixdo. 
179S ; c*estd-dire J Rscherches mdcaniques' 
et dlop'riques sur La r6/ractLon de La Lumi^re, 
par Ambroqio Fusinikri ,otL L'on dimontrc 
que L"* attraction Intro duUe par X^ewton n^ 
peut rendre raoson de ce pkinomtne,mals qu^il 
faut en ckercfier PexpLucatlon dans La risus- 
tance dea mUisux r^/nngens.Vtaiseii'jgS, in-S^. 

M. Fusinieri se fonde sur c«*que les d^monstra- 
tioni donates .par Newton , sur la loi de la re- 
fraction de la lumiere ( princip. lib. I, prop. XCIV^ 
etsuiv.), supposent que la force attractive du qorps 
r^fringcnt n'exerce sur le corps lumineux , pendant 
un instant infinimiut petit , qu'une action infiuimewt 

Tofn€ IF. N a 



Livres divers. 
petite, tandis qu'en con«id^rant une loi d*aftraction 
en raison inyerse d*une puissance, cl*iina distance qui 
foit assez e lev^e ponr que IVffet ne $oit sensible que 
tr^s-pres du corps atlirant, il en rtsuite, aux points 
de contact, une force infinie , qui produit uue ac- 
tion finie dans un temps itifiniment petit. 

En ne tenant compte que de cette derni^re , qu'il 
regarde contime devant produire k elle seul^ la pres- 
que totality de la refraction, M. Fusinieri trouve 
que si le rayon lumincux passe d*un milieu plus 
rare dans un plus dense , le rapport du sinus de 
Tangle d'incidence a celui de I'angle de refraction 
augniente lorsf|ue l*ang!e d'incidence diminue, et 
que le m^me rapport diminue avec Pangle d*in- 
cidence quand le rajron lumineux passe d'un milieu 
plus 'lense dans un plus rare ; consequences qui ne 
s*yccordent point avec la loi de Snellius, que toul^ 
les experiences ont confirmee jusqu'a ce jour, L'au- 
teur applique la meme tbeorie h la refraction des 
lentillesde verre plongees dans Pair on dans I'eau; 
et aprfes avoir combattu , par des objections pure- 
inent physiques , I'explication newtonienne de la 
refraction, il se livre d I'examen du passage de la 
lumiere par les milieux resistans , dans lequel il 
retiouve la loi de Snellius. Son ouvrage est termini 
par un discours sur la mesure de la force , et des 
considerations sur ^essence du corps et I'idee de 
lajorce. 

Bt>TANIQUK. 

F^OMM DU jhovtAti^as, par Le cithyen DmS' 



LCvrei diOets,' 5^ 

• potttAivks , etc. conifuUme Uvralson , pages 
i5o-i8o J pi, 40 

Le premier volume de ce bel et int^ressanl ou- 
vrage est termine. Le ciloyen Ventenat en a donn6 
un excellent extrail (i). Cette fcinqui^me livraison' 
commence le second volume, avec la didyr^citnLf^ 
gymnospermie J Siw ^enrii TeucnufJi j et finit k la 
tdtrady naniLe sLUqueuse _, au s;enre Sisymbrium : 
die contient cinquanle platiclies gravees avec I# 
meme soin que les pr^c6dentes. Les esp^ces nou- 
velles qu'ou y distingue sont Teucrium resupi- 
natum , ramosLssiniunv ^ . pseudoscordonitt , 
bracteatum et corymbcfericni\j SATUREiAfilLfor* 
niLS et nttri^osa y Thyaibra 'cUcaCa ; T^epetA 
tnuUibracteata ^ reticulata j Phlomis bUoba / 
Origamuiu gLaaduLosum ; Imymus aumidicas , 
Laureolatus ; Eupbrasia purpurea y LiNARtA 
biattoCdes J fruiicosa, LatLfoiia , iaxijlora ^ 
fUxuosa, heteropkyUa ; /iNjRRiUNuni pedatumj 
frutkcosum;ScROrnuLARiA kcspida; OROsATfcB^ 
media; Lepidium LattfxyUum ; Bunias pfOS' 
trata ; Cbambe renijormis et CoRDTLOCARPifi' 
muncatus. , ' > 

M I n i R A L o I E. 

IdETHODE analytcque des fossiles , fondie^tt^ 
Leurs caracttres exteneurs ^ par H. Struke^'j 
un voL in-8°. de 174 pages, Paris, de rimpri- 

. /:.y i-ij 

(0 SuprA,page 145. 'Jiq ii\[ik c 



c^necio 4e» Sciences et des Arti , rue Th6rft» f 

an 6. 

Cette m^tbode analytique est fondle sur let 
priucipes de Werner : elle est tres-ulile pour peux 
qui veulenl connoitre let min^raux d'apres les c«« 
lactfcres ext^rieurs. 

Chihurois. 

Trjite des maladies des voies urinaires , par 

■ P. J. Desault jCkLrurgUri en chef da grand 
hospice d'humanU6 de Paris ; ouvrage ex^ 

: traU da journal, augmenti tt pablii par 
Xat. BicBAT. A Pari*, chez la citoyenne veuve 
Desault ,cloilre Notre-Dame , n<». i8; H. Nicolle, 
rue du Bouloy, n«. 56; Mequignon l*ain^ , rua 

. des Cordeliers; Devilliers, rue de« Mathurinsj 

I jQeroy , rue Haute-feuille. 

V Les tnaUdies del voies urinaires occupoient le 
preti^ier rang dans le journal dechirurgiede Desault; 
c'^toil n?eme !e seul point de paihologie qui y ful 
coraplet. Xav. Bichat, digne 6l^ve de ce pralicien 
c6lebre, a rassembl^ ces observations et ces re- 
flexions sous un cadre m^thodique, et a present^ en 
detail ce qui n*6toit qu'en precis daus le journal. 
Cette seconde Edition est augmentee d'un grand 
nombre de faits qui offrent plusieurs vucs nouvelles 
s«r les causes nombreuses de la T^tenlion d'urine. 
Cet ouvrage formei a , r^uni ^celuique Xav. Bichat 
a dcja public , le tableau exact de toules ies d6cou- 
vertes de De^ai^lt. 



tipres dive/^, 9KS 

C H t M i'». 

JHemoime sur Les extrali^ , it I* occasion d^s d6r 
p6ts qui s*y formentj avec ddmonstratwru^ de 
la fausse appUeatlon de l*o.rigtne d ces dj^ 
ptts , suLvi de quetques observations sur ia, 
manure de preparer les vigetaa^ en geniral 
et le surop de quina ^ La d la stance pubUque 
de la Soci^ti de SanU de Lyon, par le atoyea 
JDesctfA.^FS le jeune , un volume ^/i S**. Pfix , 
j^.,75 centime*, et 90 (emin>cs frauc de port. A^ 
, Paris, chez Fuchs, librdire, ru^ dt$ ^Jall|ur;n|^ 
iDai»onCiun3r,no.334.. . . .:^\\mn^ 

AoRTCULTURIf 

JUdTEpfiOLOGiE des Cultn>ateu4:s , suivle d*un 
ai/is aux hahitans des campagnes sur leut 
sant6 et quelques uns de leurs prijugis j par 
le cUoyen D. C.^ in-ia, an 7. Prix, i franc, 
et I franc i5 centimes franc de poi^t^ A Paris « 
che» Fucbs, libraire , rue des Mathurios, n«. 334« a 

Ce petit ouvrage est particuli^rement destin^ aux 
cultivateurs des campagnes. L*auteur I'a fait k leui; 
port6e,eta cru qu'il leur seroit utile. Apres avoir 
expose les liaisons de la m^t^orologie avec Tagri- 
culture, il leur donne quelques notions sur les ins- 
trumensm^teorologiques; il leur indiq.ue la maiii^r^ 
de s'en servir et de.connoitre les d^fauts de ceux 
qu*ilsach^tent; il leur d^monlre les causes qui font 
niouvoir ces iDstrumens ^ et pass« ensuite aux pi^ 

Nn3 



<WB .Lwtts divers, 

sages que Ton peut^n, ijrei; j,,il ne tipglige pas Ics 
si^nes tir^s du soleil , de la lune , de la iner , des ^trei 
VlVaire'erdesch6WsiViani'm(^^s, etc. ' ' '" 

' A' la snjtie' da c'es'nMiotis'^meleorologtqucs, qui 
'iontle friiifde vfngt arirK^es d'ohservations , I'auteur 
^onhe'au^x habhaitik d^s^d'a'ffipafg'ne^Hih kVi's ^iir Teur 
sanfi^, suf la "^maliierfe^ rfe^ se' condiifre' clans' les pre- 
iniefs)ouTs^!e letirs jTiH'la^les, isur leurs erreurs'de 
regime ', eic.' ' • ^ '' '''' -^ '^ -'■ '-' ' ' ' '- ■'■ ' ^ '"^ *' ' '' ' " ' '\ ' 
t "Nouspensons'<![^e 'ce'^etil'^dVivrag^'^n^^^ '^^drifre 
qu'aV^iitageux aiix hatitAns' de la campagne '; qu'il 
ne sauroit y ^tre trop' r^pandu, ei'cjbe* iViiteur a 
rempji son bul, celui d*elie filile. " ''"^ ^ . ' .. ; 

^ •; :: T ^ -: . ; a .: A 
Typographi e. 

n^ 'V -*• .;■ . r\.r\\ ' ■*^\^ i ■') ■;;■< -^■ * V i .■vi,v\ v\ 

MfREVVES dts cciracihres de ia fonderle de 
' JF. G. LevAAult KStrasboure. an 6. 

, Qm^ ^preftivHs , "^i'i5«i -que "les duv^rt»g6's \^6rils des 
prel;s% cfu citoyeH Xevfaulr ik Strasbortrg, font vbir 
q«^il^la«heid*aU«if»Tlre'cfe que 4a FrajKie et I'AHe- 
niagne fournisspnl de mieux dans ce genre, et de 
^ftef la typo-ira^liie HaVvs la ville qui 6loif son ber- 
clebu, *ati nrt^ine jpoint d^ perfection a iA|uei '^il^ a' 4i^ 
pot-t^e dansplusieiiVs ^uf^es'endrbitil "' ^'^ ''-^'"^ '" • 

.; -'i ;; r; -:,iv;iu' r ' : !! iV ') >n02cuil gftl" ^BOq/C J 

£jSSAispoUtLques,economlquesetpkuosophiqiies, 
par Benjamin Comte de Hut^r^ford ^ tradUits 
de tdngtaLs par L.M.D, C. ^ "deux vol. in- 

'^6^// enrlchis de planches! A Gerieve, ciiez G* 



Lucres diuers. 56^ 

J. Manget, imprimeur-libraire ; et ^ Paris, ch^x 
Fuchs, libraire, rue des Mathurins, n*. 384. 

Les auteurs de la biblioth^que britannique ont fait 
cohnoitre k- diverses reprises, par des extraits fori 
^lendusj les essais que le comte dc Rumford a pu- 
blies successivement en anglais, et qu'on a dernie- 
rement r^imis ^ Londres en deux volumes in^«. , avec 
figures. ; 

Tputes les personnel qui ont ^te ^ port(^e d*appr^- 
cier les productions de cet bomme raie , conviep- 
nent qu*on n*a jan:iais r^uni dans un plus bant degr^ 
la volonte constante de fai^e le.bieo, et le talent 
et Pactivil^ necessaires pour r^aliser les conceptions 
pbiiantropigues , les grandes peus^«s et IVsprit de 
detail ; l*art 4®. f^ire des experiences phj'siques, et 
d*heureiix .et utiles essai$. en morale ; en un mot;| 
la conuoissaure des hommes et ceile des choses ^ 
avecle^ mpyens de Tempbyer ^^.plusgrand, a^an- 
tage ^e Pbumanit^. 1 

On d^siroit gen^ralement. que le- recueil de s^s 
ceuvres fut traduit et a port^e d'etre repandu sqr 
le continent. Un Francais ^tabli ^ Municb vieqt 
d'eutreprendfccette traduction sous les jeux (le I'au- 
teur , et elle s*iraprime acluellement ^ Geneve j^ ch(|» 
G. J. Manget ,■ impriqfieur-libraire.. ,. . ^ .,!,,^,'( 

L*oovrage s?W compQ>6 de deux vol. in-B". 4© 
Soo pages chacun environ , carac tere> philosojjhj* 
interligu^, beau papier, et des plan hes en cuivre 
remplaceront les figures grayees sur bois dans l*^- 
d ition ori^iin.ile : ils paroitront dans le coiumence- 

Nn 4 



^$6B cX'ivres diners, 

inent du mois.de nivose de Pan 7 de la R^publi-* 
que frangaise. 

S T A T I 8 T X Q u 1. 

'jinNuAiiiE du dipartement du BasrlR-kin , pour 
Can 7 de la RepubUq'A,e fran^aLse j par le 
cUoyen Bottin. Prix , i franc 5o centimes bro- 
ch^. Slra^ourg, chez LeyrauU ,, in-i6 de 195 
pages. 

Le ciloycn Oherlin avoit autrefois public un al- 
manac de I'Alsace; depuis quelque temps il n'en 
paroissoit plus ; c'estce jui a engage le citoyeh Bottiil , 
secretaire del'adrainislralion centrale du Bas-Rhin , 
de pubiier cet Annuaire, *""''' "' '"' 

L'utilit^ de ce petit ouvrage'se -v'^'r^^^Bx I'indi- 
ration des principaux articles qui y sont conlenus't 
ilseroit ^souhaiter que, dans chaque d^partement , 
on publiat un almanac pareil. 

Aprfes que t'auteur a dit un mot siVr le calcn^ 
drier en g^n^ral et les eres qui ont et^ et sont encore 

'en usage chez les diff^renies nations, il donne dans 
sonAnnuaore rSpubllcain un precis statistiqwesur le 
d^partement du Bds-Rhin, lesmembres des diffl^rentes 
administrations , des notices sur les diff^rens ^tablis- 

"^leinen's de Strasbourg et du d^partement , teis qua 
r^cole centrale, de m^decinc, etc. les hospices , etc* 

^61c*. iiii" rdconoroie rurale, I^ commerce , les usi- 

"iies , mainufactures , salines , etc. 

A la fin sont les tables des matiferes n^essaires ; 
objet trop n^^glig^ dacs la plupart des ouvrages. 



TABLE DES ARTICLES. 



SCIElfCZS. 



Journal de IVcoIe poljtechnlque. F«C« 41S 

Lassus. Notice des travaux de la claste dfs icienees physi- 
que* de l*Institat niitional. 94 
MATHiMATIQITES. 

Leftprt'Gineau. Notice des trsTaux de la classe des science* 

math^madques et physiques , partie maih^matique. 97 
Jos. Guilt. Camtrarii. Commentatio d» variation* mbtrrationis 

ac nutation%s e va'imta asctnsione recta. 27} 

Peter-Simon Laplace. Dartsellung des Tf^eltsy stems. vji 
'Dis^uititiones artaljticct ad ealculum integralem pertinentes, 

auctore J. F. Pfaff. ibid. 

Geometrisehe Entwickelun^ der Eigens chasten der ttereogra- 

phischen projection von G S. Kliigel. ihid. 

JJistoria probhmatia de cubi duplicatione , auctore N. T> 

Keimer. ibid. 

yi. Jl^. Legendre. Essai sur la th^orie des nombres. 270 

X'agrange. De la rc'solulioo des Equations num^riq'ues'. - ' »/k 
■P^Tkdenae.ht<^ont ^UmenUirei d'arithm^tique rt d*alg*bre, 

ibid. 
Die geometric nach Legendre , Simpson , Pan Swinden , 

Gregorius a S. Kincentio , und den alien f aus/ilhrlich dor- 

gestellt , von L. W. Gilbert. 47* 

'■C<rndoreet. Moyens d'apprendrt il compter saremeaY ef ar^ 

facility. r 1 S6) 

uimi>r(Hiio Fusinieri. Re^herchej Ae«anique« et,diofitrK)ui« 

•ur Ja refraction de la lumi^re. , . $6t 

ASTROKOMII. 

Chtistiaa Cramp. I>e eequationum d4crinuntalium solution^. 

371 
jPlcouTertc d'unt Comito. 5x6 



^^79 Table des artuctes, 

P H T S I Q U E. 

Experience de Cavendish sur I'atiraction. 54J 

Physique animal e. 
J. L. Ahhert. Compte rendu k la classe des sciences math^- 
matiques et . hysiques de I'lastitul national , par la com- 
mission nommee pour examiner les phenom^nes du gal- 
' Taoisme. 3» 

M A M M I F i R E S. 

Cuvier. Sur les ossemens qui se trouvent dans le gypse d« 

Monfmartre. 28a 

.Boucher. Observation* sur un squelette d*Aurochi trouvfr* 

Picquigny. ' ■y.c^\.Zrh.^ H 

E N T O M O L O G I E. 

, Considerations phi!os )phiques sur nilstoirenaturelle en g^- 

niral, eten particulier sur celle des insectes , adressies 

au ciloyen Millin. if 

B O T A M I Q U E. 

R DesfoDtaines. Flora atlantica. 145-563 

Publication du premier volume du Hortus Schonbiunnensis , 

. par le prof esseur J<2*^*/n Zgo 

Icpngs Jucorum , auetore E J. C. Esper. 421 

M I N i R A'I'i.P G I ;E. 

Cours relatifs k Texploitation dei mines.. a58 

J. Ft. Borda. Memoirci sur les fossi es d,9S environs de Daz. 

419 

P Y R 01. O G I E. 
Jd^P ^'^n repertoire des r^sultats d'observaliocs et d*expe- 
j .riences relatives aux matieres cumbusiibles. V}'i 

f^.^Struye, Metliode analy tique des fossi les. , 561 

i MiDECINE. 

*M«moria di Luigi^Eustachio PoHdori , sopra un lijo conta- 

" gioso curato dm »sio ptr ordin* del gov4tno <ojca/io. Pisa , 

1798. 29 

Programme des cours de I'bo.ital milit^ire d'instruction au 

Val-de-Grace. la^ 

•Seance de la societe de «ante de Naeeyv ^ ' 5i4 



• - Table des articles, f^jt 

'iS^anee puMlque del'ecole anti-c^sarienna. 5»o 

Brewer. Bfblioth^que germanique medico-ehirurgieale. 274 
"■-if. Tiuf eland L'art de prolonger la vie humaine , traduit par 
.'. le citoyen -B^«airr. . 277 

Propri^t^ de I'inseete nomm^ Coccinella septem punctata , 
' pour la gu^rison du mal de dents. 385 

J. P. Frani. Tr4iti sur la mani^re d'^levcr sainemrot lea 

; cnfani. 428 

> C H I R V K G I X. 

^; ^, Desmult. Traits des maladies des Toies urinairea. 56^ 

Jtfi.Sii JTautBrt. DiMtrtatipn sur la maaiiie de faire I'UyU 

c; M€t. 2Tf 

,' ' -P ,.:,,,•, -C H y M I 1. : 

traduction , en su^doia et endanoia, des ilemeos de ehj- 
mia du c'\\.o J ^n 'Four croy. I18 

fourcroj-. Calculs de la i^eaaie. 39 J 

jp4schamps. M^moire sur les eztraits , k roceaaioa des depdta 
^. qui s'y forment. . v. -'^ 565 

A G R I C V L T V R E. 

l|f auenholz , artiste i Nuremberg. 124 

Art du Jardinag* . ^ 120 

J. J. Baron de LinJcir.iie For«*stier Soigncux , journal sur 

les degats des fot^ls par les animaux. ig* 

Society libre d'agriculture , sciences ct arts, ^ Chalons-sur- 

Marne. 269 

_^, , , . , 1 . rro«x»ij'jA ' -^^ 

Heleorolozie des cultiyateurs. 5o> 

Gtiiwastx<ive. • ,^ 

bronzio i$ Btrnarii. Syst^me eomplet de l'art de oager , tni# 
duit de I'italien par Fiiedrich Kriet. i3r 

E C O NO M I E P CV I. I T 1 QUE. 

Bt^amin Comte d» Ramjord. Essfiia politiquea ^ iconOHU-^ 

queset philosophiques. 566 

Bottin. Annuaire du departement du Bas-Rhin. 568 

•'' V o T A G E s. ":f 

"^b^jigo pittoresque de la Syrie, de U Flienieie, dc la Palerf- 



9f^ Table des arttctes* 

tine et deTa Basse- ^gypte. * l35-4«5 

Voyage de ia Peyrouse autoM ,4jj[ iPQii}!^^ f^^ig* par M^ 

l»t-Mureau. , ""' '" '' ,' , , i65'-;2a6 

•mis'. ::. r ; i-^riyttn ,• »b JiaMV.. *-^'*TP 

■Vfijage pittoresqrie de VlHrle et de la Daloiatie. Jp8 

. ^^C „ ., :.,n-:^i 

HlSTOlRE. 

Vaunott. Notice dea traranx de la elassfl dcA scieaeef lilorrf- 
les et poUtiques. lo3 

Eistoire de I'autremonde y tirc^edu O'ello, aaS 

\Anoalps marilimes et cblbniales, coDtenant dtfs rechcrchfc* iuT 
la marioe. ^ . 279 

■M. Lig$r. Gampagnes des Fras^ais peodaol Ur^roltUisb. 
i";'.- .-. .a8o 

K^pertoire ou Almanae histotiqtie dela r^rolution frane^ise. 

A R C H JE O I, O O ^■l^%.'J^r • .'i:> «:'.'.? 

iStatae antique d'ont nouvella V^Atts; ejcpK^tr^ 'paii^ JP<i?^nb 
' Fabroni. ' ' ''' "■■ -'•"-'■ ' -v-;-.^ 

JSxtrait d*une lettrc du eitoyen d'-.^/ijjr-7fe-^»7/t>rWv,';'au 

•itoyen Chardon-la-Rochtttt , sur quel<[ues usages de I'ao* 

tiquit^. 1^ 

ours d'Antiquitf s, du ciloyen^. Jt. MilU^.'y^ , ,^ ,a63 

Discours pronoDce par le citoyen fliiliin , & Vouverturede son 

cours d*Antiquit^s. 394 

R^unioB des cabinets de Vienne sous la 'direction de M« 

Franqois Neumann. ^ ^OA 

Jf. X. Willemtn. Choix de costumes civiU et militaires des 

peuples de rantiquiti. 428 

Sur la Mosai'que , pat le professeur'Giir/iV/. 444 

' ■! ■ ■ ;^ , . , : . .; ) 

M T T ■ O L O « I «.,•. o O a 

l^^otts iUmentaires sur la mytfaologi^. ""■■ ** -'^ ^Vwr/.^jJ 

SlOCRAPBIl. 
liort d« "Laurent Mej$r^ a6t 

Koit de Aa/if^tfuritf^. .|Xi| 



' Td,bte des articles, S^S 

l^tiiefiUr. Notice sur Mosei Mendelssohn. 4} 

Ifort d« John fPHies. 1 18 

Jilort de Guillaume Enfiels. ibid, 

Mort de Kallgrten. ibid, 

llort de W''. 5. Jelg4rsma Prison. a6o 

ilori du citoyeD Dtwaillf , architect*, ^169 

Mort de Jacques Brtz, 39I 

Mort de J. Van Loo, ibid, 

Mort de Bouillitr. ibid, 

Cufier. Eloge du citoyen Rich*. 3i j 

Mort de la citojeane Monntt. 3^ 
LetiresdecjuelquesmembresderiBStitntdu Caire. 401-401-546 

J. Lalande. Notice sur la vie du ciiojtnPoissonnier. 4S5 

Notice sur J. F. P. Fauris SainUf^inccnt. 461 

Mort de Bache , nereu de Franklin, f 4^ 

Mort du celebre acteur Palmer. S;^ 

, T Y p o a A p « ; z. 

Hjireuves des caractercs de la fonderie de F. G. Lertault. 56& 
Sur rWition stereotype de Virgilo. 534 

BiBLIOGRAPHZX. 

Catalogue des livres allemands ^ui se (rouveat ch^xKtcl. vjii 
Cmimlogus librBTum latintrum offcince iiiraritf, J^ J« Keck. 

ibid, 
P H I L O L O G I K. 

ObiervatioDs sur differens ^diteurs de X^nophon. 45* 

HlSTOIKE LITTI^RAXmB. 
Seconde s^anoe de la soci^t^ libre d'institution; ■ i6% 

Questions proposees par la soci^t* teylerienne deHatlem. 261 
Distribution de prix a Tbopital d'instmctien de Lille. 36* 
Nomiaalion de C. ff^. Rhoir k runxTejrsii^ d'Utrecht. »6c 
Ouvrage d^fendu par le roi de Prusse. 129 

Ouvragesprobibes 4GraeW. ' ibid^ 

I^aoje du debit i.9% medaillea de Buonaparte ao Autriehe. 

ibid. 



^4- .Table 4es articles* 

Komination de Georges Zoega. au consulat d* DannenacelE* 

Defense du debit d'un portrait de Buonaparte k Leipsic. ibid. 

Programme pour la continuation de la description des arts. 2%6 

Etat par ordre alpliabetique , des arts dont la dcscriplion « 

^t^ public? par 1' Academic des sciences. aaS 

Programme d'un prix de i'lnstitut national , propos* dans la 

seanct* publique du i5 vendemiaire an 7. >44 

Exlrait d'une lettre du citojen Dolomieu ,au citoyen Jjamh- 

therie , sur i'^gypte. »49 

Society des amis des arts. aSl 

Marron. Notice des ouvrages anglais sur la biographic. aSa 

Monument ^lev^ au roi de Pologne par I'empereur de Russic* 

l58 
Stance du Lyc^e des arts^du 3o vendemiaire. a66 

Cabinet litt^raire du citoyen Henrichs. 267 

Lettresur le cantique des Cophtes. a68 

Rentree des ecoles centrales. 169 

Premiere stance de la soci^t^ d'^okulatioa d* Abbeville. 876 
Cours du Lycee r^publicain. 364 

Annonces de traductions. 38S 

Gaiette de musique k Leipsic. ibid. 

Publication des CEurtes de Mozart. 886' 

Ouvrages prohib^s k Vienne. 387 

Epitaphedeilam/ r.^ 889 

Indication des principales productions aoglaisea nouvelles. 

405 
Institut de Genes. 54a 

Institut du Caire. -.oe ai i1) .; ■ 1 - v'mic^S* 

Nouvelles d'^gypte. I, ,^.„.,.„,7., ,,, ,\*.l^S 

Rentr^e du college de, France. $4! 

Theo£ogie. 

{ .- • . • 

Hamelst>*ld. Nouvelle rersion hollandaise df la Biblt. a6o 

Ouvrages d^fendvi ^ Vienne , eo juili«t 1798, . $ag[ 



Table des articles* 575 

Grammaike. 

Diaeussion gramrnaticale sur le projel d'une Douvelle Mitiolk 
du dictiunnaire d* rAcademIe fran^aise y suivie d'une ri- 
ponse par le ci'oyen 5t?/xj. 6l 

Lc Maiire de langue aiglaise ou Choiz de pafsages des meil* 
leurs ecrivaips britanniques. a8S 

Cours de iangues orirntaies. 533 

LlTTtRATXTRI. 

CEuvres diversps de J. J. BarthiUmy. 55 

^/lir/ei/x. Notice des travaiix de la classe de litt^raturc et' 

beaux artj. 
Lettres originales de J. J. Rousseau. 287 

LXTT^RATVRI LATIKl. 

J. if. M. Degtterle. QHiestion sur Pelrone. 194 

y. J. G. Laporie dn Ihsil. Sur une noUrelle edition d«^ 

Pffrone. 494 

'F'on Troil. Discours sur rulilite des eontrorerses. 119 

Tuhlius Virgilius Maro , Bucolica^ Georgica et j^neij. a8l 

LlTT^RATURE ANGLAIS X. 

Superstition dans la litt^rature anglaise. 3^ 

P O i S I £. 

poesies d'Ossian, ayee une traduction latioe. 388 

Le Caiendrier r^publicain , poeme. 43o 

Th ^atrxs. 
Franche «t Mont-Mutin , parodie jou6e au Vaudeville. 

Jdichel Montaigne , au theatre fran^aii. 4o3 

Jj'Oncle Valtt , k I'Op^ra ccmique. 53o 

Tb^alre de la MarcgraTe d'Anipach. 53x 

t,t Magufin lUt Modtrnet , att Yaudeville. $40 



if 6 TabU des nrtlcUs. 

fsabelU somnamhule , au Vaudeyille. BiJT 

^rlequin tout stul , idem. 5l^ 

Z#* Noms supposes , au ih^atre Fejdeau. 544 

X« F'oyage Inierrompa, , k l*Od6on. fJiV, 

Ir^sttonomt , au theatre Fejdeau. 3^^ 

K o X A M s. 

Cinthelia ou Une sur dix millc, traduit de I'anglais par P. L, 

Lebas. 268 

Beavz-Arts. i 

Dialribution des prix du Conservatoire de musique. ^37 

Plans pour la construction de plusieurs monumens. 48$ 

M^LANOXS. 

Torte-feuille des Enfaas, r^dig^ par J. F, Btrtuah, 89 
Texte d^taill^ du Porte-feuille des Enfans de Bertueh^^yxhMi 

^par L,JP. H, Funfct. 99 > 

Les beaut^s du Spectateur , en anglais et en fran^ais. iij 

If flanges exir«its des manuserils de madam* Ntckgr. 355 . 

Carricatures anglaises. 395 
Lettre sar la conversation de Buonaparte dans la pjramide 

d*i£gypte. 399 



JFln d§ la TabU du Tome IF. 




ANNONCES. 

DisTiQVEs de Caton en vers latins , frangais 
et aUernands , avec une traduction enteric^ 
niaire deces derniers , propre ^ facLUter L'etudt 
de La langue aUemande, an volume on 8"^. dc- 
J2 pages. Paris, ch ez F uchs , lue des Mathurins, 
Vendeffiiaire an 7, (septenibre 1798). 

II paroit que le citoyen B..... n*est pas de I'avifi 
deceux qui veulent que les personnes qui desirent ap^- 
prendre les langues de nos voisins, aillenl dans les pajrs. 
ouoniesparin; ilmontreau contraire beaucoupde zele 
pour encouragersescompatriotes a l'6tude dss langues 
^trang^res , et poor leur faciliter sur-tout I'^tude de la 
langue eUeniande. C^est pour cet effet qu'il a pu- 
blic , 11 y a peu de tems , un nouveau cours de 
langue ailemande ,ou choix des meULeurs potmes 
de Zacharice j Kleist et Bailer. La mema 

raison a encore engag^ le citoyen B k publier 

rouviage que nous annoncons , ou il a r^uni 
le texte latin, une traduction en vers fran9ais et un« 
autre en vers alleinands ; il a joint des distiques de 
Caton h cette derniere en traduction interlin^aire. 

Corome il paroit que le citoyen B se propose 

de continuer ce genre de travail , auquel nout 
souhaitons le succ^s qu'il ni6rite , nous croyonj 
devoir Pergager a etre tres-s6v^re sur le choix des 
ouvrages sur lesquels il voud'-a travailler. La litt^ 
rature allemande est aujourd'hui assez riche pour 
lui laisser le choix des livres classiques. 



TABLE 

Ves articles contentis dans ee niintiro* 

PhYSIQUK animate. \ dernts , an Vaudevilh. 640 
J L. Alibert. Comi^U rtnda Mort d* Bache. H^ 

^Unomencsdi- - nU .^^ ^Rmuit du Collegt dt Franc^t^ 

Oail. OW^a^>"-» J'"- dijfc^xRtlUtspcritnctd* CM^*ndish. 

rensediUitrsdeXJiiophon.^i'Jo '°* • 

BiOGHAPHiS. [Thedtrg Feydeau. Les JSomt 

J.Lalande. Notice sur la v'ie\ supposes. _ ^44 

Saint- Vincnt. 461 J^/''^* ^^^ Cfr'' If^ 

«ur1itt. I7.i.. *iir if..r^«1.484 »"^'/- ,,,,„, ^ , ^ , ^^* 

BXAUX-ARl*. LIVRKS DIVEKS. 

5«r /« monum.n.. 487I ^ Ma.h.mat,qu« 

LlTTT^RATURK LATIIfE. Condorcet. /Wo/./,, rfaA>;rr#«- 
Zsttrede F.S. G. la Port,-\ drc a compter surcm.nt .1 

DAHCE LlTTERi^iRKS. | cA. .n.cca/7,c,-# , etc. ibid. 

'L commune de Nancy. 614 Desfontaxue,. i^/o.r da Mont 

DicomerUd'unecomite. 5i8i ^/*a^. _ 

The Air du ramU.UU. lsa~\ Min^talogic. 

ibid. </ejj^o«J^<J , «''c- aw 



SianlepublifuedeVicoU «., -;P. J. DesauU. i ru»/. ^« m«. 

lfor/<fat;e/^ir*ac/<MrPa/r»«r.« Chymie. 

526'Descliamps. Memoir e sitr les 
Ou»iae€S francais difendiis &\ *st,aits , etc. 565 

irinnnt 529; Agnculture. 

ThidtreFaPart. L'O.^de Va-lD.C.meteorcloi^U des cuJt!^ 

let.opira, ^^ZoUurs,eta. xbld. 

a:he'dtre d€ la Mcrcgj-a,-g^ Typograpbir. 

^An^pach, ^■iT.'T.prta^ts cies caractcjes de la 

Coursdelavpn«s orientalfs.bXi] Jonderu d( Lei>rault.^ 566 

Bur Vidition stereotyped^ Vir- Economic pohuqu.. 

,7^ 5^4 Benjamiu comtede Rumford. 

Sist'rihution des prim du 0>n-\ Mssais pi^Uiques , etc. ibid. 

Merpctoir, dr. '^^usicjne. SSy! , .^'^^"*''l"!'' ji , 
i«7»o«wa«iWa5aW/i <^^^ M<^-'3i^n^n. Annuaa^ du d^Pff"-