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Full text of "Magazin Encyclopédique : ou journal des sciences, des lettres et des arts"

(N.° i.")Praim!an lo. 

MAGASIN 

ENCYCLOPÉDIQUE, 



o u 



JOURNAL DES SCIENCES, 

DES LETTRES ET DES ARTS, 



R X Di ex 



Par A. L. MlLLlN. 



AVIS DU LIBRAIRE. 
Lie prhc de ce Joarnâl est fixé : 

à 9 francs puur trçi's mpit, 
io francs pour six inoîi, - 
36 francs pour uh àti , 
tant pour Paris que pour les Dcpartemens , "franc <lc port. 

On peut s'adresser au Bureau du Jui'irriàl pour se procurer 
tons les Livres qui paroisserit. fi« . France et vliez l'étranger , et 
fdiiT tout c6 qui concerne la Librairie aucicnne et liiuclerne. 

v^E Journal, auquel la plupart des hommes qui ont. 
lin nom distingué, une réputation jtjstement acquise 
dans quelque partie dès aVts oii cJes sciences, tels 
que les CC. AlibêRT , Dksgènettes, Bast, SiL- 

VESTRE DB SaCY , FOURCROY, HaLLÇ, DUMÉRiL, 
SCHWEIGH^USER , LaCÉPÈDE, BaRBIER, LaN- 

ttLÈs, Lalande, Laorange, Lebrï^n, Marron", 
Mentklle , Barbie du Bocaôe , Bàssikét , 
MoRELLET, Noël, Oberlin, CbardoS-la- 
RocHETTE, Gaillard, Van- MoNS, TravllI., 

Tome I. ( 8,"" Ad. ) 




LfVKiLtÉ, CvriER, Geoffroy, Ventenat, 
Cavanilles, Usteri, Boettioer, Visconti, 

ViLLOISON, WlLLEMET,WiNCKLER, efC. fournis- 

seut des Mémoires, contient l'extrait des principaux 
ouvrages nationaux : on s'attache surtout à en donner 
une analyse exacte, et à la faire paroîlre le plus promp- 
tement possible aprèsleur publication. On y donne un» 
notice des meilleurs écrits imprimés chez l'étranger. 

On y insère les mémoires les plus intéressans sur 
toutes les parties des arts et des sciences; on choisit 
principalement ceux qui sont propres à en accélérer le» 
progrès. 

On y publie les découvertes ingénieuses , les inven- 
tions utiles dans tous les genres. On y rend compte 
des expériences nouvelles. On y donne un précis de 
ce que les séances des sociétés littéraires ont offert 
de plus intéressant ; une description de ce que les dé- 
pôts d'objets d'arts et des sciences renferment de plm 
curieux. 

On y trouve des notices sur la vî» et les ouvrages 
des Savans, des Littérateurs et des Artistes distingué» 
dont on regrette la perte; enBn, les nouvelles litté- 
raires de toute espèce. 

Ce Journal est composé de six volumes în-8.* par 
an, de 600 pages chacun. Il paroit le premier de 
chaque mois. La livraison est divisée en deux nu- 
méros, chacun de 9 feuilles. 

On s'adresse, pour l'abonnement, à Paris, au Bu- 
reau du Magasin Encyclopédique, chez le C. FUCHB, 
Libraire, rue des JVIathurins, hôtel Cluny. 

.... f cliei la \-euve Cluneuion et à'Uencst. 

A RruxeUcî, chez Lemaire. 

A Floientc, chez Molini. 

A Fr«ncfoii-sur-lc-Mein , clie? FleUcIier. 

. - , j cher Mangei. 

A Genève. | ^hez PuscHourf. 

A Haniboui'g , chez Hufïinann. 

A Leipsic , chez Wolf. 

A Le^fle, chez les frfcies Morray. 

A Lonrfrcs, chez de Boffc , Gérard Streti, 

A Strasl)Ourg, chez Levraiilt. 

A A'icniie, chez Deern. 

A Wesel , chez GeisTer , Directeur des Peste*. 

Il faut affranchir les lettres. 



M AG AS I 



ENCYCLOPÉDIQUE. 



VIII.* ANNÉE. 



TOME I." 



A G A s I 

ENCYCLOPEDIQUE, 

o u 

JOURNAL DES SCIENCES, 

DES LETTRES ET DES ARTS; 

RÉDIGÉ 

PAR A. L. MILLIN, 

UONSERrATEUR des Antiques , Médailles et Pierres grapées 
de lu Bibliothèque luitionale de France , Professeur d^ Hi- 
stoire et d'Antiquités ; membre de la Société royale des 
sciences de Gœtlingue , de celles des Curieux de la Nature 
à Erlatig , des Sciences physiques de Zurich, d'Histoire 
naturelle et de Minér^dogie d'iéna , de r Académie royale 
de Dublin j de la Société linnéenne de Londres; des So- 
ciétés d'Histoire naturelle , philoniuth'ique , médicale d'é- 
mulation , des Observateurs de l'homme , et de C Athénée 
des arts de Paris ; des Sociétés des sciences de Rouen, 
d'AbbeviUe, de Boulogne , de Poitiers , de Niort , de Nis- 
rnes, de ALirseillc ,d' Aîençon, de Grenoble , de Colmar , de 
Strasbourg , etc. elc. 

V I I T.= ANNÉE. 



T O M E P R K M I E R. 
A PARIS, 

Chez F u C H s , Libraire , rue des Mathurins 
maison de Cluny, n.° 334. 

AN X— >i8oa. 






A 

LA SOCIÉTÉ ROYALE DES SCIENCES 
DE GOETTINGUE, 

HOMMAGE DE DÉVOUEMENT - 

DE RESPECT. 



MAGASIN 

ENCYCLOPÉDIQUE. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Lettre du C. O b e rl i n père , au 
C. Mi LLi N , sur le Tewrdank. 

Je viens de trouver, dans le troisième volume des 
Mémoires de l'Institut national , pour la littérature 
et les beaux-arts, un mémoire bien intéressant du C. 
Camus sur le Tewrdank, que j'ai lu ayecle plus grand 
plaisir. Les notices qu'il donne de ce poème alle- 
mand , qui contient les faits héroïques de l'empe- 
reur Maximilien I, démontrent clairement, par la 
comparaison des deux éditions de iSiy et 1619, que 
l'on a été dans l'erreur , lorsqu'on a cru que l'im- 
pression du texte de l'ouvrage étoit tout aussi bien 
xylographique , que les nombreuses figures dont il 
est orné. 

Le grand soin , que met le C. Camus à tout ce 
qui sort de sa plume , me fait espérer qu'il ne pren- 
dra pas en mauvaise part , que je tâche de rectifier un 
passage qui regarde la traduction française du Teivr- 
dcnik , à la page 174. Il y est dit que ■< la traduction 
« française exisloit dans la bibliothèque de Sorbonne. 
" Plusieurs auteurs en ont parlé : Scherzius, dans 

A4 



8 Bibliographie. 

" son Glossarium gerinaniciini medli acvt , publie à 
« Strasbourg, par Oberlin , en 1784; La Borde, 
« dans ses Tableaux de la Suisse; il en a même 
" donni' le titre d'après le baron de Zuilaubcn , qui 
" lut, en T776, à l'Acad(^mie des belles - lettres , 
" un mémoire sur le Teucuenlanck. L'abbé de Saint- 
" Léger en a donné une notice dans ses notes ma- 
" nuscriles sur La Croix du Maine. C'est, dit - il , 
" un manuscrit sur vélin, iu-fulioy petit format, 
« intitulé : les Dangiers , rencontres , et y en partie , 
M les d\>eiilurès du digne, très ~ renommé et valeu- 
« veux chevalier Chiermerciant , translatés de thiois 
« en françois , » et, page 176 , on lit : ■• La version 
«'« espae;no1e ne m'est connue que par le peu de mots 
« que Scherzius en dit dans' son Glossaire. Après 
« avoir établi la véritable signification du mot; 
«i Teueuerdanclt , il dit : Maie ergo in versione His-. 
« pjiiica redditus est El cacallcro determinalo. Scher- 
<• zi us. ajoute : Neque verb rectiùs in versione gallica 
" Cliiermérci , quo sub tilulo, in hibliotheca Sorbonœ 
•< dcprehèndi manu exuralum librum continentem * 
" LES Dangers, rencontres de Chiermerci, 
« lîN vers et langage thiois. Je suis persuadé 
" que Scherzius s'est trompé, lorsqu'il a indiqué 
<■ comme un manuscrit, ce qui n'est antre chose 
« qu'un exemplaire imprimé de l'édition de i5i7, 
« lequel étoit efFectivement à la bibliothèque de Sor- 
•■ bonne, et sur le premier feuillet duquel, au des- 
" sus des lignes qui forment le titre allemand, on 
i< lit les mots français que Scherzius a transcrits dan? 
s son Glossaire. •> 



Sur le Teivrdanli. 9 

Je dois observer d'abord , que le docteur Scheiz , 
célèbre professeur de droit à l'université de Stras- 
bourg , mort en 1764, avoit laissé en manuscrit ce 
glossaire allemand, lequel est encore conservé aux 
archives de la commune ; que , lorsque j'entrepris de 
le publier, j'ai vu qu'il étoit susceptible de beau- 
coup d'augmentations et de supplémens à tirer, tant 
de diplômes et de titres, que des livres historiques 
et des poètes du moyen âge, entre autres, des fameux 
M inné singer s , ou Troubadours allemands, dont le 
précieux manuscrit se trouve à la Bibliothèque na- 
tionale de Paris; que ne pouvant attribuer au doc- 
teur Scherz mes propres recherches, moins encore 
les erreurs dans lesquelles je pourrois tomber , j'ai 
trouvé convenable, comme je l'ai dit dans la pré- 
face, de distinguer par un caractère moins grand 
mes supplémens. D'après cela , dans l'article cité par 
le C. Camus , il n'y a que les quatre premières li- 
gnes c]ui soient de Scherz; tout le resie m'appar- 
tient. Scherz n'a point connu la traduction française 
du Tcivrdiink ; c'est moi , qui l'ai découverte à mon 
séjour de Paris, en 1776. Examinant les manuscrits 
à la bibliothèque de la Sorhonne, je trouvai d'abord 
le livre in-folio, qui portoit au dos le titre que 
j'ai rajiporté sous le nom de Chierraerci, et, bien- 
tôt après, l'autre avec celui de Chiermerciant. Je 
fis part aussitôt de ma découverte au général Zur- 
lauben , que je rencontrai dans une société le même 
soir. Il me dit qu'il s'occupoit à rédiger un mémoire 
sur le Tovidunk , et il fut fort aise d'apj<rendre qu'il 
fn exiatoit une traduction française. 



lo B'ihlio graphie. 

J'avoîs pris note de la découverte sur luon journa] j 
niais j'avoîs oublié d'observer que le premier ou- 
vrage étoit l'original allemand. Voilà ce qui m'a 
trompé dans le supplément ajouté au Glossaire. Cette 
erreur, par conséquent, ne doit aucunement être 
imputée au docteur Seherz. Quant à la traductioa 
française dont il s'agit, c'est avec une vraie dou- 
leur que j'apprends qu'elle ne se trouve plus. C'étoit 
une pièce unique. Je suis fâché de n'en avoir pas copié 
alors plus que je n'ai fait, d'autant que je vois, que 
dans les passages extraits de l'épitre dédicatoire rap- 
portés par les auteurs dont le C Camus les a tirés ; le 
langage a éJé modernisé. Voilà ce que j'en trouve de 
copié dans mon journal : " A très-haulte et très-illustre 
" princesse Mad. Marguerite Auguste, archiducesse 
'■ d'Austrice, ducesse et coniesse de Bourgoingne, 
« douarière de Savoye, et régente et gouvernante 
" pour l'empereur de ses pays de pardeca. Je me 
«• suis appensé que tous nobles couraiges d'hommes 
" sont naturellement convoiteux de lire etcognoîstre 
« les nobles et valereux faits, aventures et rencon- 
" très , etc. - A la fin de l'épître il y a, « escript et 
" parfaict à Malines, l'an XV. " vingt et huit. » 
Quant à la traduction , il ne faut point prendre à 
la lettre ce qui est dit dans l'épître, qu'elle est 
faite mot à mot; j'ai trouvé partout le texte très-» 
abrégé. Les noms significatifs des personnages du 
poème, tels que le roi Ruhmreich, la reine Ehren- 
reich , etc., sont fort bien rendus par richerenotn , 
riche d'honneur , etc. Le nom de Chierinerci et Chier^ 
merciaiit , par lequel est rendu le nom du héros, 



Sur le Teii^rdanli. H 

montre que le traducteur n'a pas saisi le sens du 
mot TcmdaiiL Sans doule teivr signifie chier ou 
cher, et duvh merci. Mais ce n'est pas là de quoi 
il s'agit, Dans la clef, qui est à la firi de l'ouvrage, 
on lit : TcivrdLinck bedeut den loblichen Fiirsten K. M, 
E. Z. O, V. B, ( c'est-à-dire , Kaiser Maximilian 
Erzherzog zu Œsterreich uiid Bœhmen)yVnndist da- 
riimù Temduivickh genannt , das Er von jugent auf 
ail sein Gedanncklien mich twerlichen sachen ge^ 
richt , etc. L'expression leivrlich signifie magnifique, 
glorieux. C'est ainsi que Pfinzing, dans la dédicace 
du poème , dit que S. M. l'empereur est issu von dem 
tewrlichsten , ellisten vnd iiamhafltigsten geschkcht 
der Chriiteuhail , de la famille la plus glorieuse, la 
plus ancienne et la plus renommée de la chrétienté. 
A la page suivante, il est dit que , dans ce livre, 
sont contenus ail teivrlich vnd geferlich Sachen in 
Schimpff vnd ernst , tous les faits glorieux et péril- 
leux passés soit en badinant ou en sérieux. Dans le 
même sens, le héros de la pièce est appelé souvent 
der leur held , der teivrlich lield , der tcurliche manu. 
Ailleurs il est parlé de teivrlichen Reysen^de voyages 
glorieux. Je ne disconviens pas, au reste, que le 
mot teur^ teurlich , ne signifie quelquefois aussi dif- 
ficile. J'en ai fourni moi-même un exemple dans le 
Glossaire. Le passage cité ci-dessus doit être rendu 
ainsi: Teivrdank signifie le louable prince empereur 
Maximilien, archiduc d'Autriche et de Bohême; 
et il est ainsi appelé , parce que , dès sa jeunesse , il 
a dirigé toutes ses pensées vers des faits ou des en- 
treprises glorieuses. Teivr , glorieux; danch , gedanck. 



ï 2 ElbUograpJiie: 

pens^^e. Dans la composition , c'est une personne qu» 
cela dénote et non la chose. Scherz a donc très-bien 
rendu le nom de Tcivcrdank , 'ç&v gîoriœ mei7ior. On 
pourroit le rendre, gloriœ cupidtis , gloriam anhe- 
lans. Quant à ces mots composés énergiques , la 
langue allemande a le même avantage que la grec- 
que. En français , on ne pourroit exprimer le nom 
en question plus brièvement, qu'en disant, à gloire 
pensant , de gloire avide. On a pu observer dans les 
passages précédemment cités, que dans le Teivrdancli, 
on trouve indistinctement teivr , leur. Dans l'écriture 
du moyen âge , les lettres u ^ v , w , sont employées 
également. C'est ainsi que dans le poème dont il s'a- 
git on trouve emr pour eur , votie; treiver Knecht , 
serviteur fidelle , pour treuer Knecht. Le C. Camus 
n étant pas prévenu de cet usage, a exprimé le nom 
de l'ouvrage par Teueuerdanck, Sous cette forme , il 
n est pas possible de prononcer le mot ; il falloifc 
s'en tenir tout uniment à l'orthographe du titra 
même, ou l'exprimer ainsi Teurdanck ; car, je le ré- 
pète , le double iv ne diffère là aucunement de l'«, 
et ne peut pas être exprimé par un double uu, 
moins encore peut-on insérer entre ces deux uu un 
e qui est absolument de trop, le petit trait placé 
souvent sur le premier 20 n'est ici d'aucune valeur. 
Le nom de Vfilzing , pag. 176, est sans doute une 
faute d'impression. C'^st par une petite méprise, 
qu'on lit, p. lyo, Herz Teuurdanckhs ; voyez aussi 
p. i83. Le savant auteur du mémoire a pris pour 
un z ce qui n'est qu'une forme finale de la lettre ?•; 
il faut lire Herr. Il n'y a pas de doute que le tra-? 



Snr le Tewrdank. j3 

facteur français du poème s'est trompé sur le mot 
ivis , iveis , et a confondu les deux significations de 
blanc et de sage , comme il a été très-bien observé, 
pag. 178: 

Ce qui resteroit encore à faire, ce seroit de donner 
l'analyse du poème avec la description des planches. 
Comme je n'ai pas le mémoire du général Zurlauben 
sous les yeux , je ne puis savoir s'il s'est occupé de 
cet objet. 



MÉDECINE. 

MÉMOIRE plij-siologique et pralujiLe sur 
VAnévrisme et la Ligature des Artères ^ 
par le C. Maunoir^ de Genève. Brochure 
in-8.* de 91 pag. avec fig. An x (1802,). 

J_>Ies deux mémoires que contient l'ouvrage du 
C. Maunoir , l'un a spécialement pour but d'ex- 
poser l'anatomie des artères, leur physiologie, la 
formation des tumeurs anévrismales et leur traite- 
ment ; et le second de confirmer , par des faits , 
Ja théorie exposée dans le premier. Nous allons in- 
diquer succinctement ce que ces deux mémoires con- 
tiennent d'essentiel , nous exposerons ensuite les ré- 
flexions que leur lecture nous a suggérées. 

L'auteur admet que les tuniques des artères sont 
au nombre de trois , une intérieure musculaire, une 
jnoyenne que l'on appelle tantôt nerveuse et tantôt 



î 4 MéJecinë. 

nuisculeuse , mais qui n'est évidemment qu'élastique^ 
et enfin, continue-t-il , toute» les artèieà sont ex- 
térieurement protégées par une enveloppe cellulaire, 
semblable à celle que l'on rencontre dans toutes les 
parties du corps; mais comme l'on n'a pu encore 
séparer les deux tuniques qui forment essentiellement 
ie tube artériel, la musculaire et l'élastique, de 
manière à montrer évidemment la fibre musculaire 
isolée de la fibre élastique, il croit devoir examiner 
les artères seulement sous les rapports de leurs pro- 
priétés; et de cet examen, il conclut que le mou- 
vement d'impulsion que le sang reçoit du cœur , di- 
late les artères, et tend à les ramener d'une légère 
courbe qu'elles forment aune ligne droite, que l'ex- 
tensibilité des artères est en raison inverse de l'élas- 
ticité, que la tunique élastique des artères est tiès- 
fragile, que la force élastique est une force mécanique 
qui dépend de l'organisation et non de la vie de l'or- 
gane , que cette force est la même pendant la vie 
de l'individu et d'abord après sa mort , et que la 
force musculaire est une force vitale qui dépend de 
l'irritabilité, qu'elle cesse avec la yie de toutes les 
parties irritables du corps, d'où il suit que la dif- 
férence de rétractation des deux bouts de la même 
artère coupée sur le vivant et sur le cadavre , sera 
la mesure de la force musculaire de cette artèie 
dans le sens de sa longueur, ce qui le porte à croire 
que les hémorragies secondaires qui surviennent à 
la suite de la ligature des artères dans l'opériition 
de l'anévrisme , doivent être attribuées à cette ac tion 
rétractile des astères , et il cite, à l'appui de son 



Anévrisme. i5 

opîtiioti , uue observation de Cho-part et une du C. 
Guérln , de Bordeaux. De tous ces faits l'auteur tire 
les conséquences suivantes; qu'un stimulus étranger 
doit exciter sur les artères une contraction extraor- 
dinaire , que cette contraction doit avoir lieu dans 
tous les sens ; ainsi une artère coupée dans une opé- 
ration quelconque, se retire dans les chairs en raison 
de sa contraction longitudinale et de son élasticité; 
l'écoulement du sang diminue par l'efFet de la con- 
traction circulaire qui , dans les petites artères, est 
assez grand pour oblitérer entièrement le canal. 11 
résulte encore de la fragilité de la tunique élastiqu» 
que, dans toutes les ligatures des artères anévris- 
matiques ouvertes par accident, si l'on n'a point pris 
de précaution contre les effets delà contraction lon- 
gitudinale, on risquera de voir l'artère se rompre, 
et une hémorragie en être la suite , surtout si le vais- 
seau , sur lequel cette opération aura été faite, a 
une disposition telle qu'une irritation particulière 
puisse déttiminer l'ulcération de ses tuniques. 

L'aufeur examine ensuite ce qui se passe dans les 
organes de la circulation au moment où le fétus sort du 
sein de sa mère , mais surtout le changement qu'é- 
prouve le canal artériel dans cet instant, qui étant 
tl'abord une artère volumineuse finit par s'oblitérer 
vt n'a pluri que l'apparence d'un ligament qui ne con- 
serve de l'artère que l'élasticité. De ce fait , l'aufeur 
croit pouvoir établir comme un théorème physiolo- 
gique la proposition suivante : •■ Toutes les fois que 
" le sang trouve dans l'artère A un passage suffi- 



1 6 Médecine. 

« sant pour arrivera un endroit donné et plus facile 
" que dans l'artère B , la cavité de celle-ci diminue 
«■ et s'oblitère enfin entièrement. ■> Et , à l'appui de 
cette opinion , il rapporte des observations qui prou- 
"vent que les artères aortes , les sous-clavières , les 
«rurales ainsi que les veines caves, elc, , peuvent s'o" 
fclitérer sans que les personnes, chez lesquelles ces 
accidens ont lieu, en soient notablement affectées, 
ce qui le porte à penser qu'il n'est point d'artère 
accessible à la main du chirurgien instruit et cou- 
rageux , qu'on ne puisse lier avec la certitude phy- 
sique que les anastomoses suffiront pour vivifier les 
parties situées au dessous de la ligature. Les exem- 
j)les assez rares de gangrène, survenue à la suite de 
3a ligature des artères , ne lui paroissent pas assez 
concluans pour dispenser de l'entreprendre; il est 
Inême porté à croire que la gangrène, qui survient 
à la suite de ces opérations, peut être attribuée à la 
Mauvaise application du bandage. 

Le C. Maunoir indique la manière dont se for- 
ïtient les tumeurs anévrismales , les accidens aux- 
quels cette maladie expose ceux qui en sont affectés , 
et enfin leur terminaison , par l'ouverture spontanée, 
3a gangrène ou la guérison par les seules ressources 
de la nature; il décrit, d'une manière très - ingé- 
nieuse, le mécanisme de ces diverses terminaisons 
qu'il appuie de preuves authentiques. De ces con- 
sidérations générales sur l'auévrisme , il passe au 
Iraitement de cette maladie, et il examine d'abord 
les moyens que l'on a mis eu usage , et qu'il réduit 

à 



uinéifrisme. 17 

à quatre, savoir : le régime et les remèdes externes, 
la compression , les applications astringentes et la 
ligature. 

Le C. Maunoir pense que le régime est le seul 
moyen que l'on puisse employer pour le traitement 
des anévrismes intérieurs , que la compression ne 
doit être employée qu'avec beaucoup de réseive,et 
seulement dans un petit nombre de cas, que les as- 
tringens et les réfrigérens peuvent être avantageux 
dans quelques circonstances ; mais que la ligature 
de l'artère anévrismatisée mérite la préférence ; aussi 
entre-t-ll dans des détails très - circonstanciés sur 
l'emploi de ce moyen dont il examine les avantages 
et les inconvéniens. La méthode d'ouvrir la tumeur 
pour faire la ligalure de i'artère , lui paroît un mau- 
vais moyen en ce que l'on expose les malades aux 
dangcr>> résultans des grandes incisions. Il croit au 
contraire que , d'après la méthode par laquelle oa 
se contente de lier l'artère au dessus de la tumeur, 
on évite ces inconvéniens ; il discute successivement 
les objections principales que l'on a faites à cette 
méiiiode , et cherche à prouver qii'elles sont "sans 
fondement. Après avoir exposé les avantages et les 
inconvéniens de ces divers modes d'opérer , l'auteur 
indique celui auquel 11 donne la préférence. 

De la considération de l'action musculaire des ar- 
tères, de la fréquence de leur rupture après l'opé- 
ra: ion de l'anévrisme , et enfin de la sûreté de la 
ligalure de ces mêmes artères dans les amputations, 
il conclut que, dans l'opération de l'anévrisme, la 
ligature dispose l'artère à se rom]Jre moins par les 

Tome 1, B 



1 8 Médecine. 

plis , les n-oissemens qu'elle y exerce , que par l'îrrï- 
tation qu'elle produit sur le canal tendu sur lequel 
l'action musculaire longitudinale détermine une trac- 
tion continuelle; au contraire dans les amputations 
l'artère ne se rompt pas, parce qu'elle est libre de 
se retirer fort avant dans les chairs avec le fil qui 
l'oblitère. 

Pour obtenir cet avanfage , le C. Maunoir propose 
de mettre l'artère liée dans la condition de celle 
d'un membre amputé, c'est - à - dire, de faire deux 
ligatures à la distance de liuit à dix lignes l'une de 
l'autre , et de couper l'artère entre deux précisément 
à égale disfance de ces deux liens. Il cite , à l'appui 
de son opinion , la relation d'une opération d'ané- 
vrisme dont l'auteur attribue laguérison àlasectioa 
accidentelle et complète de l'artère liée ; comme cette 
observation est très-extraordinaire par quelques cir- 
constances , nous croyons devoir en donner l'extrait : 
Un homme s'enfonça dans la hanche de longs ciseaux, 
l'artère iliaque postérieure fut ouverte. On arrêta, 
avec assez de facilité , le sang , et dans peu de temps , 
le malade fut guéri; mais, quelque temps après, il 
survint, dans l'endroit de la blessure, une fumeur 
très-considérable; M. Se//, aux soins duquel le ma- 
lade fut confié , doutant de la nature de la tumeur, 
y fit une très-petite ouverture; mais s'étant aperçu 
qu'elle conlenoit du sang artériel , il l'agrandit , et 
la porta à huit pouces (0,21""; aussitôt il sortit un 
jet de sang qui couvrit tous les as^itans , malgré 
tous les moyens que l'on mit en usage pour l'étan- 
cher, il continua à couler avec une telle force, 



Ané'v'risine. 1 9 

que, dans peu d'iiistans, le malade poussa deux ou 
trois profonds soupirs et on le crut mo;t. Be/Z voyant 
qu'un coup hardi pouvoit seul sauver le malade, 
dilata la plaie et lui donna deux pieds d'étendue 
(0,64™). Lorsqu'il eut fait celte ample dilatation , 
il lia l'artère iliaque postérieure qu'il trouva com- 
plètement divisée ; enfin , au bout de sept mois, le 
malade, n'étant pas entièrement gu^ri , sortit de 
l'hôpital, la carie qui survint à l'os des îles et au 
sacrum, prolongèrent le traitement ; mais depuis on 
a appris qu'il étoit parfaitement guéri. 

Dans les anévrismes par épanchement à la suite 
des blessures des artères , l'auteur propose de mettre 
le vaisseau à découvert , et d'en faire la ligature au 
dessus et au dessous de la blessure , et de le couper 
entre les deux ligatures, dans l'anévrisme cm o«ôTr/i 
et spontanée ( vulgairement vrai ) qui survient à l'o- 
rigine des gros troncs artériels des extrémités, il 
conseille c:e lier l'artère au dessous de l'endroit ma- 
Jade, de couper l'artère en cet endroit, en laissant 
la tumeur intacte. 

Lorsqu'une artère, à sa sortie du tronc , est ouverte 
accidentellement , le C. Maunoir conseille de dilater 
hardiment la plaie, de mettre l'artère à découvert, 
de la lier au dessus et au dessous de l'ouverture, 
et d'en faire la section entre les deux ligatures. Ce 
premier mémoire e.=;t terminé par une récapitulation 
tles principaux traits qu'il renferme. 

D'après le court exposé que nous venons de faFre 
de la première partie de cet ouvrage , il est facile 
d'apercevoir tout l'intérêt qu'il présente; quoique 

B 2 



!>0 Médecine. 

nous partagions l'opinion du C. Maunoir sur beau* 
coup de points; cependant , il en est quelques-uns 
qui nous ont paru peu conformes à l'idée que nous 
nous étions faite de cette inaladie , et sur lesquels 
nous nous permettrons quelques réflexions , nous 
aimons à penser que l'auteur ne ,nous en saura pas 
mauvais gré. 

Quelques attentives qu'aient été nos recherches sur 
les artères de l'homme, et même sur celles de plu- 
sieurs grands quadrupèdes , tels que le bœuf et le che- 
val, nous n'avons trouvé rien de semblable aux fibres 
musculaires longitudinales; seulement nous avons ob- 
servé que les mailles du tissu cellulaire qui accompa- 
gne les gros troncs artériels , tels que l'aorte , les sous- 
clavieis, etc., sont plus rapprochées ; ce qui leur 
donne l'apparence d'une membrane. L'idée de ces fi- 
bres musculaires parallèles à la longueur de l'artère, 
ont fait croire à l'auteur que la faculté contractile 
dont Jouissent les artères tient à cette cause. Nous ne 
sauvions partager cette opinion; il nous paroît plus 
raisonnable de l'attribuer à l'élasticité propre des 
artères, propriété dont elles joLiissent comme toutes 
les autres parties du corps; et les observations de 
Choparl et Guéiin (de Bordeaux), que l'auteur rap- 
porte à l'appui de son opinion, ne nous ont pas paru 
du tout concluantes en faveur de la sienne. En ef- 
fet , si, comme le dit le C. Guéiin (i) , et comme 
il a tâché de le prouver dans l'excellent mémoire 
qu'il a publié sur ce sujet, lorsqu'on lie une artère, 

(i) Journal de Iji Société de médecine de P.irls. T. I , p. 197. An 5. 



Anévrlsme. 21 

quelque temps après, le sang circule également dans 
la portion d'artère située au dessus et au dessous de 
la ligature, ne doit-on pas attribuer la rupture de 
l'artère plutôt à l'abord du sang dans la tumeur par 
la partie inférieure de l'artère, qui la distend tout- 
à-coup ^ qu'au tiraillement que les prétendues fibres 
musculaires longitudinales de l'artère exercent sur 
les vaisseaux, et les expériences faites par l'auteur, 
sur un renard, et dont nous parlerons bientôt, sem- 
blent confirmer notre opinion. 

Quoique nous pensions, comme le C. Maunoir, 
qu'il est peu d'artères accessibles à la main du chi- 
rurgien , que l'on ne puisse lier avec la certitude 
«le guérir, et que les ^ros trous artériels ne soient 
que des réservoirs de sang moins nécessaires à la 
rourriture du membre que les ajtères qui en par- 
tent 5 cependant on ne doit pas oublier que de ces 
troncs partent continuellement une foule de rameaiïx 
qui vont porter la vie dans les parties environnantes , 
et qu'en obstruant par une ligature une grande 
étendue de ce tronc, on se prive de cette ressource, 
et que , si la gangrène est souvent la suite d'appli- 
cations mal faites de bandages , elle est aussi sou- 
vent occasionnée par le défaut de nutrition. 

Dans les cas d'anévrismes intérieurs, le régime 
nous paroît, comme à l'auteur, le seul moyen dont 
on doive faire usage ; mais nous ne croyons pas , 
comme lui, que la saignée soit d'un grand secours; 
nous pensons , au contraire , qu'elle est funeste au 
malade, surtout lorsqu'on les fait copieuses, et que 

B 3 



Si 3 Médecine. 

la maladie est déjà avancée. Murgagni avoit fait 
cette remarque ; et nous avons eu occasion de voir 
lin malade auquel on fit une saignée copieuse , la 
maladie étant déjà avancée, périr entre les mains 
du chirurgien qui la lui faisoit. 

L'emploi des réfrigérens nous a paru , comme à 
l'auteur, un bon moyen ; nous regrettons seulement 
qu'il h'ait pas spécifié les cas dans lesquels on peut 
les employer avec avantage. Comme notre expérience 
nous a mis à même d'en juger, nous pouvons l'as- 
surer que si ce moyen n'a pas eu les mêmes succès 
à Paris qu'à Bordeaux , c'est que l'on ne l'a pas con- 
venablement employé; en effet, j'ai été témoin ocu- 
laire des faits rapportés pas le C. Guérin. J'ai vu 
aussi employer ce moyen à Paris, à l'iiospice de la 
Charité , et j'avoue que je n'ai point été surpris de 
leur non-réussite , en voyant la manière dont on en 
faisoit usage : une écuelle remplie d'eau acidulée, 
dans laquelle on trempoit des compresses cinq ou 
six fois en 24 heures ; telle est la manière dont 
on employé ce moyen. Mais, de bonne foi , peut- 
on dire que les réfrigérens sont des moyens illusoires 
et de nul effet, lorsqu'on les a employés aussi légè- , 
rement? et ne peut-on pas soupçonner de partialité 
ceux qui, ayant répété aussi légèrement ces expé- 
riences , veulent faire croire que les observations du 
C. Guérin ne sont pas exactes, ou que l'on s'est 
trompé sur la nature de la maladie? Il me sen)ble 
que lorsqu'un praticien célèbre avance un fait, on 
devroit le croire sur parole , et surtout lorsqu'il est 



Anévrisme. sS 

attesté par dix praticiens attachés comme consul- 
lans à l'hôpital confié à ses soins, que les malades 
ont été traités clans l'hôpital à la vue de ces mêmes 
praticiens et des élèves qui le suivent ; comment 
peut -on se permettre d'élever des doutes sur des 
fails aussi avérés et revêtus du sceau d'une sem- 
blable autorité? Mais, si l'on ne croit pas aux ob- 
servations du C, Guérin , il est permis alors de 
douter de tout ce que l'on n'a point vu; et ce py- 
ronisme, n'est-il pas une barrière funeste aux pro- 
grès de l'art ? 

Le conseil que donne le C. Mannoir , de faire deux 
ligatures à la distance de 8 ou lo lignes, et de cou- 
per l'artère entre les deux ligatures, ne nous paroîÉ 
pas avoir tous les avantages que l'auteur attribue à 
ce mode d'opérer; et, en le suivant, ne doit-on pas 
craindre d'exposer les malades aux accidens qu'il 
reproche lui-même, à la méthode par laquelle on 
lie l'artère dans l'intérieur du sac? En efFet, pour 
faire les deux ligatures recommandées par l'auteur, 
si la tumeur est volumineuse , on est obligé de 
pratiquer de grandes incisions, de disséquer le sac 
anévrismal , d'exposer les malades à des hémor- 
ragies , et en divisant un grand nombre d'arté- 
riollcs, on se prive d'une grande ressource pour 
le succès de cette opération. Ainsi, d'après toutes 
ces observations , nous sommes portés à croire que 
ce moyeu ne présente aucun avantage; et il faut 
convenir que l'observation de Bell y que le C. 
Maunoir cite à l'appui de son opinion , n'est pas 

B4 



^4 Médecine. 

faite pour encourager ceux qui auroient envie d* 
mettre en usage son procédé opératoire. 

Le second mémoire du C. Maunoir a pour objet 
<le prouver, par des expériences, les faits avancés 
dans son premier. Pour cet efFet, il prit un jeune 
renard, auquel il lia successivement les deux caro- 
tides , l'axillaire gauche et la crurale droite, et il 
coupa l'artère entre les deux ligatures ; l'animal 
étant guéri de toutes ces blessures, fut tué , et l'on 
trouva, en disséquant son cadavre ,que l'artère étoit 
oblitérée depuis la ligature jusqu'à la naissance des 
artères collatérales, que les deux bouts de l'artère 
éloient écartés d'environ 0,08™ ; que les parties de 
l'artère située au dessous de la ligature de l'artère 
crurale et axillaire, et au dessus pour les deux ca- 
rotides, étoient aussi remplies d'injection que le reste 
de l'artère. 

Pendant que le C. Maunoir étoit occupé de ses 
expériences, il fut appelé pour donner des soins à 
un cordonnier qui s'étoit divisé l'artère brachiale 
au plis du bras, d'un coup de trnnchet; comme la 
profondeur de la plaie ne lui permit pas de pouvoir 
faire la ligature de l'artère dans l'endroit même de 
J a blessure ; il la fit 0,1° au dessus. Après avoir dis- 
séqué l'artère, et l'avoir séparée du nerf, il passa 
dessous deux ligatures à 0,02"* de distance ; il les 
serra médiocrement , et coupa l'artère entre les 
deux ligatures ; il survint quelques hémorragies lé- 
gères ; mais , malgré ces accidens, le malade guérit 
complètement. Ce second mémoire est terminé par 



Anévrîsme. £& 

des r^'flexions sur les diverses ligatures faites au re- 
nard , et sur la cause des hémorragies qui survien- 
nent à la suite des opérations d'anévrisme. 

Quoique nous soyons portés à croire , comme l'au- 
teur , que si l'hémorragie 41'est pas la cause la plus 
ordinaire de la mort , à la suite de cette opération , 
elle est au moins l'accident le plus à redouter : nous 
ne pensons pas , comme lui , que le moyen qu'il pro- 
pose pour y remédier soit aussi efRcace qu'il le croit. 

Malgré les objections que nous nous sommes per- 
mis sur l'opinion émise par le C. Maunoir, dans son 
mém.oire , et qui nous ont été dictées par le seul amour 
de l'art et pour ses progrès; malgré, dis-je, ces lé- 
gères objections, nous ne saurions disconvenir qu'il 
renferme des vues tiès-utiles et propres àaugmeuler 
nos connoissances sur ce point de chirurgie (t). 

DUTROUILH , chirurgien. 

(1) L'ouvrage du C. Maunoif se verni à Paris, chez Fuchs, litiraire, 
rue des Malhurlns. 



PHYSIQUE. 

Traité élémentaire de Physique, présenté 
dans lin ordre nouveau, d'après les dé' 
concertes modernes j par A. Libes , pro- 
fesseur de p1ijsi(jue aux écoles centrales 
de Paris , et membre de plusieurs Sociétés 
savantes. 3 vol. in-8.° de 410, 448 et 414p. 
Paris. An ix — 1801. 

Troisième et dernier Extrait (i). 

ApeèS avoir expose , dans les neuf livres prf^cé- 
dens , les propriétés des torps, qii , sans ces er 
d'appartenir à la physique particulière , composent 
la chymie générale , l'aiileiir traite , dans les quatre 
derniers livres de son ouvrage , des autres propriétés 
des corps , qui sont exclusivement du ressort de la 
physique particulière. Ces propriétés sont la luci- 
dité, l'électricité, le magnétisme et le galvanisme. 
La théorie de \a. lumière fait le sujet du XIII. " 
livre. L'existence de ce fluide subtil , dont le soleil 
et les étoiles sont à la fois la source et le foyer, n'est 
pas équivoque ; mais sa nature nous est inconnue , 
comme celle du calorique. Aussi l'auteur se borne- 
l-il à en étudier les propriétés , et à déterminer les 

(a) Voyez le premier et le second extrait. Magasin Encyclopéd. 
Année VU, t. IV, p. igo; et «iinée VII, t. V, p. 435. 



Rlémens. 27 

lois de son aclion. Il considèie , pour cet effet- , le 
fluide lumineux sous trois points de vue différens , 
comme arrivant à l'œil, ou directement, ou après, 
s'être réfléchi, ou après s'être réfracté. Les phéno- 
mènes de la réfraction le conduisent ensuite à trai- 
ter de la décomposition de la lumière à travers le 
prisme , et des phénomènes auxquels cette décom- 
silion donne naissance. Il divise, d'après cela, ce 
livre en quatre parties. Dans la I." , qui a pour 
objet la lumière directe ^ il considère la propagation 
de la lumière, son aflbiblisseraent , les ombres et les 
diff'érentes apparences des objets. Dans la IL' par- 
tie , qui fraile de la lumière réfléchie , il commence 
par exposer la loi. qui maîtrise la lumière dans sa 
réflexion ; il s'occupe ensuite de la détermination 
de la réflexion, lorsque la lumière vient frapper des 
miroirs, soit plans, soit sphériques. Dans la III." 
partie, il développe les lois de la réfraction de la 
lumière; expose les phénomènes qu'elle présente, 
lorsque les milieux , que traverse la lumière, sont • 
séparés soit par des surfaces planes, soit par des 
surfaces sphériques, et fait spécialement l'applica- 
tion des principes, qu'il établit à cet égard, au pas- 
sage de la lumière à travers les lentilles. Les phé- 
nomènes de la vision , et une description des prin- 
cipaux instrumens optiques terminent cette III.* 
partie. Les bornes de cet extrait, que nous voulons 
particulièrement consacrer aux trois derniers livres 
de l'ouvrage, ne nous permettent pas de nous éten- 
dre davantage sur ces trois premières parties du 
XIII. • livre , qui d'ailleurs ne renferment guère 



2^ Phyiiqiie, 

autre chose que ce que l'on frouve dans tous les 
ouvrages élémentaires; mais nous ne pouvons nous 
dispenser d'en user autrement à l'égard de la IV. * 
partie, dont nous croyons devoir présenter un aperçu 
plus détaillé. Dans cette IV.' partie , l'auteur s'oc- 
cupe de Ja décomposition de la lumière à travers le 
pristne, et des phénomènes auxquels cette décom- 
position donne naissance , et qui sont le mtlange 
des couleurs, l'arc-.en-ciel et les couleurs des coips 
naturels. — Lorsque la lumière passe à travers un 
prisme, elle se décompose eu un grand nombre cle 
rayons difFéremment réfrangibles , et chaque rayon, 
plus ou moins fléchi par la réfraction , a luie cou- 
leur qui lui est particulière. L'auteur fait voir, par 
une suite d'expériences, i." que la différente réfran- 
gibillté de ces rayons, de même que leur couleur, 
leur est inhérente, et que ces qualités n'ont pas 
pour cause la réfraction qu'ils souffrent à travers le 
prisme, puisqu'elles ne sont pas changées par une 
seconde réfraction ; 2.° que ces mêmes qualités des 
layons ne sont non plus changées par la réfraction ; 
3.° que les rayons, qui sont les plus réfrangibles, 
sont aussi les plus réflexibles. Considérant ensuite 
les rayons solaires relativement à la faculté qu'ils 
ont de produire de la chaleur et de la lumière, il 
présente les principales expériences que HerschcL a 
faites à ce sujet. Il résulte de ces expériences, 1." 
que si l'on expose successivement la boule d'un 
thermomètre (de Farenheit ) à l'action des rayons 
rouges , verts et violets , les ascensions corres- 
pondantes du mercure ne sont pas égales , mais 



Elérncîts, 20 

qu'elles sonî dans le rapport des nombres 55, 2S 
16 ; 2." que si l'on observe successivement au mi- 
croscope des corps opaques Vclairés par des rayora 
d'une seule couleur, les rayons de difTe'rente cou- 
leur n'éclairent pas également , et que les rayons 
jaunes sont ceux qui éclairent le plus fortement- 
3.° qu'il existe des rayons solaires invisibles, qui 
produisent de la chaleur, et qui sont moins réfran- 
gibles que ceux qui affectent l'organe de la vision, 
quoiqu'ils soient soumis aux mènes lois de réfrac- 
tion et de réflexion. Les expériences que l'auteur 
présente relativement au mélange des couleurs, 
font voir, 1.° que le mélange des rayons de diffé- 
rente réfrangibilité ne change en aucune manière la 
réfrangibililé et la couleur de ces rayons j 2," que 
le mélange des différentes couleurs lorme la blan- 
cheur; 3.° que po\ir produire la blancheur, il n'est 
pourtant pas néces.aite de mêler toutes les couleurs 
du prisme, mais qu'il suffit de mêler, dans une juste 
proportion , quatre ou cinq de ces couleurs ; 4.° enfin 
que les couleurs primitives ou homogènes produisent 
aussi , par leur mélange, une infinité de couleurs 
difféi entes, et que souvent même une couleur sem- 
blable à une couleur homogène résulte du niélànoe 
d'autres couleurs. L'auteur observe qu'il ne faut pas 
confondre ces couleurs avec celles qui sont vérita- 
blement homogènes, puisqu'il existe entre elles des 
différences qui deviennent toujours sensibles à tra- 
vers le prisme. 11 pasae ensuite à l'explication du 
pht-nomène de l'arc-en-ciel : cette explication est 
telle que Neivlon a proposée dans son optique; elle 



3o Physique. 

est fondée sur la difTérente réfrangîbilit^ iç=, rayons 
solaires, qui traversent les gouttes d'eau suspendues 
dans l'atmosphère. Comnje elle a été presque entiè- 
rement défigurée par la plupart des physiciens qui 
ont voulu nous la transmettre, l'auteur s'efforce de 
la présenter ici dans sa pureté primitive. Il s'occupe 
enfin des couleurs des corps naturels, et il décrit, 
à ce sujet , des expériences qui prouvent que ces 
couleurs ne sont pas dans le même cas que celles 
des rayons de lumière, qui ne peuvent être chan- 
gées dans aucune circonstance; mais qu'elles s'al- 
tèrent à la longue, et changent suivant la diffé- 
rente position des corps , suivant la différente con- 
stitution des surfaces qui les terminent, et même 
suivant les différentes modifications qu'on fait éprou- 
ver aux élémens qui les composent. 

Le XIV.* livre a pour objet Y électricité. Après y 
avoir donné les définilions nécessaires, établi la 
distinction entre les bons, les mauvais et les demi- 
conducteurs du fluide électrique, et décrit les prin- 
cipaux inslrumens qui servent à la production des 
phénomènes électriques , l'auteur .s'occupe successi- 
vement de l'affoiblissement de la vertu électrique à 
raison de la distance, des phénomènes électriques , 
de la théorie de l'électricité, de la vertu électrique 
de quelques poissons et de quelques minéraux, de 
la nature du fluide électrique, et de l'électricité de 
l'atmosphère. — La vertu électrique soujfre un ajjoi- 
blissemeiU proportionnel au carré de la dislance. Cette 
loi , soupçonnée depuis longtemps par quelques phy- 
siciens , a été démontrée d'une manière décisive par le 



Eîémens. 2 1 

tl.Cnulonibj à l'aide d'un appareil qu'il a imagine? pour 
cet effet, et auquel il a donné Je nom de balance 
("lectrique. L'auteur donne la description de cette 
balance, ainsi que de l'expérience ingénieuse, par 
laquelle le C. Coulomb a mis en évidence la loi dont il 
s'agit. Ce physicien a déduit de celte loi une pro- 
priété importanîe des bons conducteurs, qui con- 
siste en ce que le fluide libre , qui tient un bon con- 
ducteur à l'état électrique, est répandu autour de 
sa surface , de manière qu'il n'en existe aucune 
portion sensible dans son intérieur : l'auteur pré- 
sente une expérience qui confirme cette propriété 
des bons conducteurs. Les phénomènes électriques 
consistent dans les attractions et les répulsions élec- 
triques, les aigrettes et les points lumineux, les 
éiincelleset les commotions. Ces phénomènes, dont 
l'auteur off"re le tableau, le conduisent à parler avec 
détail de ceux que présentent la bouteille de Leide 
et la batterie électrique ; et , pour compléter le ta- 
bleau des phénomènes élfctricpies , il ajoute un mot 
sur ceux qui se produisent dans le vide, et sur ceux 
qui sont relatifs à la végétation et à l'économie ani- 
male. En passant de là à la théorie de l'électricité, 
l'auteur se borne à présenter les hypothèses imagi- 
nées par FranUin , j^pinus et Coulomb , pour ex- 
pliquer les phénomènes électiiques , parce que ce 
.sont, dans l'état actuel de nos connoissances, les 
seules qui puissent fixer l'attention du physicien. 
11 n'insiste même sur celles de Franklin et à'^piiius 
qu'autant qu'il est nécessaire pour faire connoitre les 
Uiotifs qui ont déterojiiné leur proscription , et décidé 



32 Phjsi(jue. 

la préfcience en faveur de la théorie du C. Coulomb,, 
Ces motifs sont: i.° que la théorie de Franklin y 
qui d'ailleurs explique aviec facilité la plupart des 
pliénomènes électriques, et surtout ceux de la bou- 
teille de l^eide , n'offre pas une explication satis- 
faisante du phénomène de répulsion que présentent 
deux corps électrisés négativement : s." que la théorie 
CCjEpiniis , qui , à la vérité , a , sur celle de FranMin , 
l'avantage de rendre raison , avec beaucoup de fa- 
cilité , de tous, les phénomènes électriques connus, 
a3met un principe évidemment contraire à la loi de 
]a gravitation ; savoir, que sous le rapport des phé- 
nomènes électriques , les molécules de tous les corps se 
repoussent. La lliéorie du Q. Coulomb évite les deux 
écuei s , elle pare en même temps à l'in'convénient 
qui est attaché à la théorie ù^vEpinus., et explique, 
avec une merveilleuse facilité , tous les phénomènes 
électriques. Le C. Coulomb considère le fluide électri- 
que comme composé de deux fluides particuliers, qui 
sont neutralisés l'un par l'autre dans l'état naturel 
des corps, et qui sont séparés, lorsque les corps 
sont électrisés. Le premier qu'on excite par les frot-, 
temens du verre, s ^^'^eWe /lu ide vitré oa électricité 
'titrée ; le second , qui est fourni par la résine, est 
appelé j^«A/e résineux ou JLectriiilé résineuse. Il est 
à remarquer, qu'aucun de ces deux fluides compo- 
sans , n'est le fluide électrique qui résulte exclusi- 
vement de la réunion des deux principes. Un corps 
peut être électrisé : i.° par la simple décomposition 
du fluide électrique qui lui est propre : 2.° par une 
quantité surabondante d'électricité vitrée ou rési- 

ueuse 



Eîémens. 33 

sineiise qu'il reçoit par (jommunication : d'où il ré- 
sulte qu'«/i corps -peut être electrisé , c'est-à-dire, 
sortir de son état naturel ^ et conserver néanmoins sa 
ijuantité ?2aturelle de Jluide électrique. Cela posé, le C. 
Coulomb établit les deux principes suivans qui ren- 
ferment toute la théorie : i.° Les molécules de chacun 
desjluides , qui entrent dans la composition du Jluide 
électrique , se repoussent entre elles; %." les molécules 
du fluide vitré attirent celles du fluide résineux , et 
vue versa. L'auteur entre ici dans quelques détails, 
pour montrer avec combien de facilité on rend raison, 
à l'aide de ces principes , de tous les phénomènes 
électriques. Quant à la nature du fluide éiettriqup 
comme dans l'état actuel de nos connoissances , ou 
ne peut encore former que des conjectures à cet 
égard , l'auteur se borne à rapporter celle de Henlev , 
qui regarde le calorique combiné , le fluide électrique 
et le feu comme des modifications d'un seul et même 
élément ; et celle du C. Lamétlierie , qui soupçonne 
que le fluide électrique résulte de la combinaison de 
la lumière avec le gaz hydrogène. Il remarque seule- 
ment , que si le fluide électrique, le calorique et la 
lumière ont des propriétés communes , ils en ont 
aussi qui les distinguent. L'auteiy porte enfin son 
attention sur l'tlectricité de l'atmosphère 5 depuis 
que Franklin a mis hors de doute l'existence de l'é- 
lectiicité dans l'atmosphère , on a rangé la plupart 
des effets naturels, dont on ignoroit la cause, au 
nombre des phénomènes électriques ; et le but de 
l'auteur est d'examiner l'influence de l'électriciié sur 
la production de ces phénomènes, par lesq.iels se 
Tome [. • Q 



»^4- Physique. 

compliquent plusieurs audes causes. La pluie d'orage 
ic tonnerre, la grêle, les étoiles tombantes, les 
globes de feu , et les traînées de lumières qui se font 
observer dans les grandes chaleurs , les volcans, les 
aurores boréales , tels sont les phénomènes dont il 
présente ici l'explication. Il attribue la pluie d'orage 
à la combinaison du gaz oxygène et du gaz hydro- 
gène , par l'intermède de l'étincelle électrique ; et le 
tonnerre consiste, suivant lui , dans ces explosions 
vives et fréquentes qui se produisent lors de cette 
combinaison. Cette explication est celle que l'auteur 
a proposée en 1790 dans les journaux de physique: 
les faits et les argumcns , sur lesquels elle repose 
et qu'il rappelle ici , sont si évidens et si plausibles, 
qu'ils ont entraîné l'assentiment de la plupart des 
physiciens. La formation de la grêle est due , suivant 
l'auteur, à la perte de calorique qu'éprouvent Je 
gaz oxygène et le gaz hydrogène dans l'acte de leur 
combinaison par l'étincelle électrique. C'est encore 
rjnflammation du gaz hydrogène , par l'étincelle 
électrique, qui produit les étoiles tombantes, les 
globes de feu et les traînées de lumières que l'on 
observe dans le?, grandes chaleurs. L'auteur explique 
les explosioqs volcaniques par la décomposition des 
eaux de la mer, opérée dans les cavités souterraines 
par le contact des sulfures de fer ; et par l'inflam- 
mation .dut gaz hydrogène qui , provenant de cette 
décomposition , rencontre l'étincelle électrique au 
moment où il parvient à se piettre en liberté. Quant 
aux aurores .boréales, il en propose une explication 
nouvelle qui mérile assez d'être coouw t i^our qu« 



J:. lé m en F. oô 

nous la pri'senlions ici avec quelques àé(al!s. L'au- 
teur commence par exposer les priacipes sur Jesquclà 
son explication est fondée. Ces principes sont : i.'^ Que 
l'étincelle électiique excitée dans un mélange de ga;^ 
azote et de gaz oxygène, produit de l'acide nitrique, 
de l'acide nîtreux , ou du gaz nitreux, suivant les 
rapports qui existent entre le p;az oxygène et le gaz 
azote qui composent le mélange : 2.° Que l'acide 
nitrique, exposé au soleil, prend plus de couleur 
et de volatiliié (2): 3.° Que dans les flacons qui 
contiennent de l'acide nitreux, on aperçoit toujours 
au dessus de l'acide, une vapeur très- rouge et ties- 
volaiile , qui ne se condense jamais : 4.° Que le ga^ 
nitreux, en coniact avec l'air atmosphérique , exhale 
des vapeurs rutilantes, qui s'envolent dansl'almos- 
phère : 5." Que le gaz hydrogène qui se dégage de 
la surface du globe , va occuper dans les liautes ré- 
gions de l'atmosphère , une place marqu^'^e par sa 
pesanteur spécifique : 6.' Enfin, que la chaleur so- 
laire a très-peu d'activité dans les régions polaires. 
De-là l'auteur concUu , i.° que la pioduction du 
gaz hydrogène doit être presque nulle dans les régions 
polaires, et conséqucmment que les hautes régions 
de l'atmosphère polaire, ne contiennent presque pas 
de gaz hydrogène ; 2." que toutes les fois qu'il y a 
rétablissement d'équilibre du fluide électrique dans 

(2) L'auteur rapporte qu'ayan; placé un roc'picnt sur une soiicoime 
roiitcnaii! (Je l'aiiJe nitrique, ou'il exposa au s>loil, l'acide a été coioré 
quelque temps apiès, et le Kcipienc rempii de vapeurs routes vola- 
tiles t(ui s'y sonl soudiues long;enîp5j en lépandant une ciaric sem- 
blable à celle des aucoies boréales. 

C a 



S6 Phjsique. 

l'atmosphère polaire, ce fluide, ne trouvant, sur 
son passage , qu'un mélange de gaz azote et de gaz 
oxygène, doit fixer et combiner ces substances aéri- 
formes , et qu'il doit en résulter une production d'a- 
cide nitrique, d'acide nitreux , ou de gaznitreux, 
suivant le rapport qui règne entre le gaz azole et 
le gaz oxygène qui composent le mélange ; 3." que 
la production de l'acide nitrique , de l'acide niireux 
ou du gaz niireux, doit donner naissance à des va- 
peurs rouges et volatiles, qui s'élèvent dans l'at- 
mosphère, pour y former le météore connu sous le 
rom d'aurore boréale. Les aurores boréales prennent 
donc naissance, suivant l'auteur, de la combinaison 
du gaz azote et du gaz oxygène par l'intermède de 
l'étincelle électrique. Il sembleroit, d'après cela , 
que ce météore devroit également se former dans 
les zones torrides et tempérées , où se trouvent aussi 
réunis dans l'atmosphère les trois élémens qui con- 
courent à sa production : mais l'auteur observe que 
l'étincelle électrique, trouvant dans l'atmosphère de 
ces zones, en même temps un mélange de gaz azote 
et de gaz oxygène, et un mélange de gaz hydrogène 
et de gaz. oxygène, se porte de préférence sur ce 
dernier mélange, ainsi qu'il est démontré par l'ex- 
périence, pour fixer et combiner les substances aéri- 
formes qui le composent , et pour produire ainsi 
le tonnerre, la foudre et la pluie d'orage. Les aurores 
boréales présentent des phénomènes remarquables, 
dont les principaux consistent , i.° dans les légères 
détonations dont ces météores sont quelquefois ac- 
compagnés j 2." dans leur mouvement du nord vers 



Elémens. Zj 

le sud , et quelquefois vers l'orient ou l'occiclent ; 
3." dans la forme de colonnes lumineuses, sous la- 
quelle ils se présentent souvent , ces colonnes 
ayant différentes figures et différentes directions ; 
4." dans la vivacité plus ou moins grande de la lu- 
mière qu'ils répandent, l'auteur expose succinctement 
les causes auxquelles il pense que ces phénomènes 
doivent être attribués : le premier est dû à l'inflam- 
mation , par l'étincelle électrique, de la petite quan- 
tité de gaz hydrogène qui , en certains temps , doit: 
se trouver dans les hautes régions de l'atmosphère 
polaire ; le second dépend de ce que l'acide nitrique , 
l'acide nitreux et le gaz nitreux ayant leur origine 
vers le pôle , les vapeurs rutilantes que ces sub- 
stances exhalent , doivent se porter vers le midi, où 
l'air moins dense présente moins de résistance à leur 
passage, à moins qu'un vent du nord venant à souf- 
fler dans la région supérieure de l'atmosphère , ne 
leur donne une forte impulsion pour les porter ou 
vers le sud ou vers l'orient , ou vers l'occident ; le 
troisième phénomène tient à l'espace considérable 
que ces vapeurs rutilantes doivent occuper dans l'at- 
mosphère lors de leur formation, aux divisions qu'elles 
doivent quelquefois éprouver , et aux différentes di- 
rections qu'elles doivent recevoir; le quatrième phé- 
nomène enfin est dû à ce que les vapeurs rutilante» 
prennent naissance, tantôt dans la formation de l'a- 
cide nitrique, tantôt dans celle de l'acide nitreux, 
tantôt dans celle du g;iz nitreux. Après avoir ex- 
posé l'explication ingénieuse des aurores boréales et 
des principaux phénomènes qui les accompagnent , 

C 3 



38 "Physique. 

l'aufciir (cnninc en montrant l'insuffisance des au- 
tres hypothèses imaginées, pour rendre raison de 
ce ni('téore. 

Le XV.' livre traite du magnétisme : l'auteur com- 
n.ence par présenter le tableau des phénomènes aux- 
quels les propriétés de l'aimant donnent naissance; 
il expose ensuite la théorie du magnétisme. — Tout 
aimant a deux pôles ^ c'est-t^-dire, deux points qui 
existent vers les extrémités opposées, et où l'action 
magnétique se concentre; et l'aimant a la propriété 
de tourner constamment ces deux pôles vers les pôles 
du monde. L'auteur appelle, avec Coulomb et llaiij ^ 
})()le austral , celui qui se dirige vers le nord , et 
pôle boréal , celui qui se dirige vers le sud. Une 
autre propriété singulière des aimans consiste dans 
la répulsion mutuelle des pôles de même nom de 
ùvux aimans, et dans l'attraction mutuelle de leurs 
pôles de difl'érens noms. Ici l'auteur fait connoîlre 
la manière de déterminer les pôles d'un aimant , et 
de lui appliquer ?armure dont le but est d'aug- 
menter l'activité delà vertu magnétique. Si l'on frotte 
une verge de fer ou d'acier sur les pôles ou sur les 
pieds de l'armure d'un aimant, cette verge acquiert 
la vertu magnétique , qui devient d'autant plus éner- 
gique qu'on réitère plus souvent le contact, eu frottant 
toujours dans le même sens. L'aimant ne ]>erd rien 
de sa {"orce par l'effet de cette communication; et 
l'expérience atteste même que les aimans les plus 
^igoureux ne sont pas toujours les plus généreux. 
Parmi les difTérens procédés cjui existent pour com- 
muniquer au fer la vertu magnétique, l'auteur se 



Elémens. Sp 

borne à décrire celui du double contact, imaginé 
par Micheli y et perfectionné par Mpimis et Coulomb. 
Cette propriélé qu'a l'aimant de communiquer au fer 
et à l'acier sa vertu magnétique , a fait naître l'in- 
vention de la boussole ; l'auteur en donne la des- 
cription , et passe ensuite aux phénomènes remar- 
quables de la déclinaison et de Y inclinaison ., qîie 
présente l'aiguille aimantée. Il montre comment on 
mesure la déclinaison et l'inclinaison , et fait con- 
noître les différentes variations auxquelles elles sont 
soumises. La théorie que l'auteur expose pour ex- 
pliquer ces phénomènes magnétiques , est celle de 
Couloml) \ elle rend raison de ces phénomènes avtc 
la plus grande facilité. La correspondance qui existe 
entre les phénomènes magnétiques et les phéno- 
mènes électriques , a déterminé Coulomb à supposer 
le fluide magnétique composé de deux fluides par- 
ticuliers combinés enti'eux dansle feretle nickel (3^), 
lorsqu'ils ne donnent aucun signe de magnétisme, 
et dégagés dans ces substances métalliques , lorsque 
elles passent à l'état d'aimant. Il appelle l'un de ces 
fluides , _/7tfà^e boréal^ Va.i\{xe ^Jliiide austral ■> noms 
empruntés de ceux des pôles de l'aimant ; et il admet 
comme principes, i.° que ces molécules Je chaque 

fluide se repoussent entr elles et attirent celles de 

* 

(5) Il es! bien constaté , observe l'auteur, que le nickel partage avec 
le fer la propriélé de s'aimanter , et qu'il ne tient pas cette propriété 
du fer qu'il contient , puisqu'un morceau de nickel bien purifié par 
Vauquelin , et aimanté ensuite par Haiiy , soutenoit le tiers de son 
poids, ce qui ne peut être attribué à la petite quantité de fer qui a pu 
échapper à la purification, Wf 

C4 



40 Physique, 

Vautre J^uide ; 2." que lu ijuantité de^Iuide magnétique 
propre à cluique aimant , t;e peut être augmentée ni 
dnninuce ^ tt que le passage du fer et du nickel. , à 
l'étal de magnétisme , a uniquement pour cause le 
dégagement des deux fluides qui composent le fluide 
naturel , et leur transport vers les parties opposées 
(le la substance métallique ; 3." que pfus le fer est 
dur , plus les deux fluides qui composent son fluide 
naturel , éprouvent de difficultés , au moment de leur 
dégagement , pour se mouvoir dans ses pores , 4.° que 
les différentes actions qu'exercent les fluides qui en- 
trent dans la composition du fluide magnétique sui~ 
t'cnl la raison ini'erse du carré de la distance. Ce 
dernier principe n'est pas une simple hypothèse , 
. c'est un fait que Coulomb a démontré rigoureusement 
par des expériences extrêmement ingénieuses. L'une 
de ces expériences est analogue à celle qui lui a 
servi à démontrer la même loi relativement au fluide 
tWctrique; c'est celle-là que l'auteur se borne à dé- 
velopper. Il passe ensuite à l'explication des phéno- 
mènes magnétiques, à l'aide de la théorîcde Coulomb. 
ïi fiiontre aye^ quelle facilité cette théorie rend 
laison, v."= du phénomène d'attraction que présentent 
deux aimans dint les pôles de difTérens noms sont 
siuiés vis-à-vis l'un de l'autre; 2.° du phénomène 
d" ré,)u]sion qu'ils oflVenl , lorsqu'ils se regardent 
p .r les pôles de même nom ; 3.° du phénomène de 
la cominnnicalion , qui consiste en ce qu'un barreau 
do fer non aimanté , acquiert la vertu magnétique, 
lo.stju'il est piésenté à l'un des p.'-les d'un aimant. 
La tlîéorié^e Coulomb explique surtout très-bien , 



Elémens. 41 

comment l'aimant , loin de perdre de sa force , peut 
au contraire devenir plus fort par l'effet de cette 
communication. Il est un autre phénomène qui a été 
jusqu'ici j'écueil de toutes les théories : il consiste 
en cec|ue les deux moitiés d'un barreau aimanté con- 
venablement, sont toujours animées de forces égales 
et contraires , en sorte que tous les points de la sur- 
face d'une même moitié , attirent constamment l'un 
des pôles d'une aiguille , tandis que tous ceux de 
l'autre moitié le repoussent ; et que, si l'on détache 
vers l'une de ses extrémités une portion qui ait si peu 
de longueur qu'on voudra, elle jouit des mêmes pro- 
priétés que la tige entière. L'auteur fait connoître la 
manière ingénieuse dont Co7i/o77zé parvient , dans sa 
théorie , à donner une explication satisfaisante de 
ce phénomène que donne l'observation. Il exansine 
ensuite quelle doit être, dans la même théorie, l'in- 
fluence des armures pour conserver ou pour augmenter 
la force magnétique d'un aimant; et il fait voir que 
c'est par l'action de chacun des pôles de l'aimant 
sur le fluide naturel de son armure, qu'il décom- 
pose en repoussant dans le pied le fluide de même 
nom , et en attirant l'autre fluide dans la jambe, et 
par l'action qu'exerce à son tour le fluide accumulé 
dans la jambe sur le fluide naturel de l'aimant , que 
celui-ci acquiert plus de force et d'énergie. Quant 
aux phénomènes de la direction , de la déclinaison 
et de l'inclinaison , l'auteur les attribue , avec Coxi- 
lomh , TJaiiy et plusieurs autres physiciens , à la pré- 
sence d'un très gros aimant , de figure à peu près 
sphéiique, qui forme comme le noyau du globe ter- 



42 PliysujiiC' 

restre : il démontre que si ce noyau n'existe pas 
réellement, du moins les aiguilles aimantées se di- 
rigent par rapport aux globes , comme s'il renfermoit 
ce noyau magnétique dans son sein. Il attribue aussi 
à l'action de ce noyau magnétique de la terre, la 
lacuhé qu'ont les verges de 1er d'acquérir un certain 
degré de vertu mngnétique , lorsqu'elles ont une 
position favorable; et il fait voir, i.° que la po- 
sition la plus avantageuse est celle qui coïncide avec 
la direction d'une aiguille aimantée, suspendue li- 
brement^ 2.° que la position la plus défavorable a 
lieu, lorsque la verge étant située dans un plan 
parallèle à la surface supérieure ou inférieure de l'ai- 
guille, sa longueur est perpendiculaire à la direction 
naturelle de cette même aiguille. Différentes expé- 
riences que l'auteur présente, attestent l'exactitude 
de ces résultats. 

Dans le XVI.* et dernier livre de son ouvrage , 
l'auteur traite ÙlW galvanisme , propriété ^animale 
récemment découverte par le docteur Gahani , qui 
observa le premier, en 1764, que des organes ner- 
veux ou musculaires, mis en contact avec des mé- 
taux, éprouvoient une irritation qui se manifestoit 
par des mouvemens très -sensibles. 11 montre com- 
ment on fait naître les effets galvaniques : c'est c-n 
établissant une communication entre deux points de 
contact, plus ou moins distans entre eux, dans une 
suite d'organes nerveux ou musculaires. Le système 
de cette communication représente, au moment de 
l'action , un cercle divisé en deux parties, dont 
l'une, appelée arc animal ^ est formée des organes. 



Elcmens. 48 

de l'animal qui doîvent recevoir l'Influence, tandis 
que l'autre, appelée arc excitateur, est composée 
des instrumens qui servent à exercer cette influence j 
cette dernière partie est ordinairement composée de 
plusieurs pièces, dont les unes servent de support 
ou à'arma/itre aux parties de l'animal , entre les- 
quelles on ^blit la communication, et dont les 
autres sont destinées à opérer cette communication , 
(t se nomment, pour cette raison, communicateurs, 
L'auteur présente, relativement à l'arc animal et 
à l'arc excitateur, une suite d'expériences, des- 
quellesilrésulte, i.° que l'arc animal peut être formé 
ou de nerfs et de muscles contigus entre eux , ou de 
nerfs seuls, et conséquemment qu'il est essentielle- 
ment composé de nerfs; que toutes les parties de 
cet arc doivent en général être continues ou conti- 
guës entre elles, mais que la simple contiguïté suf- 
fit pour donner naissance aux phénomènes galva- 
niques; que d'ailleurs un nerf peut être ou lié, ou 
coupé, que l'arc animal peut même être formé parla 
léunion de diverses parties prises, ou dans difFérens 
organes du même individu , ou dans des individus 
différens , que l'intégrité de l'arc, rompuepar la di- 
vision de quelques-unes de ses parties, et par un inter- 
valle qui les sépare, peut encore être rétablie par l'in- 
terposition des substances non animales, et surtout 
métalliques , sans que les effets galvaniques cessent 
de se produire, pourvu que dans tous ces cas la con- 
dition de la contiguité des parties soit remplie , etc. ; 
2.° que l'arc excitateur, qui ordinairement est formé 
de trois métaux difFérens, dont deux servent de sup- 



44 Vhjsique. 

port, et le troisième de communîcateur , peut aussi 
n'être formé que de deux métaux difFérens, soit en 
trois pièces, soit en deux pièces, et même d'un 
seul métal, soit en trois, soit en deux, soit en 
une pièce seulement ; mais que de toutes ces dispo- 
sitions la première est la plus favorable à la pro- 
duction des effets galvaniques. L'auteur fait connoître 
ensuite différens phénomènes galvaniques, qui ont 
été observés dans l'homme ; tels sont i.° les phé- 
nomènes que Humbold ohi,ev\ Si sur son propre corps, 
en se faisant appliquer deux vésicatoires sur le dos, 
et recouvrant l'un d'une lame d'argent qu'il fit com- 
muniquer avec l'autre plaie , moyennant un compas 
de zinc; 2.° la saveur acide dont on reçoit l'impres- 
sion , lorsqu'on fait communiquer une armature 
d'argent placée sous la langue , avec une autre de 
zinc placée sur sa surface supérieure, etc. II passe 
enfin, après avoir parlé de l'influence de différentes 
causes sur les effeis galvaniques, et cité diverses 
substances dont les unes sont favorables, les autres 
contraires à leur production, aux expériences inté- 
ressantes dues au célèbre Volta , dont les travaux 
ont reculé les limites du galvanisme concentrés jus- 
qu'alors dans l'économie animale. Ces expériences , 
faites à l'aide de la pile galvanique , imaginée par 
Volta y et dont l'auteur donne la description, pré- 
sentent des attractions et des répulsions, des étin- 
celles et des commotions, semblables à celles que 
fait naître l'électricité ; et ce qu'il y a de remar- 
quable, ce sont les signes d'électricité résineuse que 
nianiftste le bouton d'une bouteille de Leide , 



Elémens. 46 

lorsque, tenant la bouteille d'une main, on pré- 
sente ce bouton à l'extrémité de la pile qui répond 
au zinc, pendant que de l'autre main on touche 
l'autre extrémité de la pile qui répond à l'argent , 
et les signes d'électricité vitrée que manifeste le 
bouton , lorsqu'il est présenté à cette dernière extré- 
mité de la pile; mais le phénomène le plus curieux 
qui se soit présenté jusqu'ici, c'est le dégagement 
de gaz hydrogène et de gaz oxygène qui a lieu, 
lorsque, dans un tube rempli d'eau et bouché her- 
métiquement, on plonge de part et d'autre des fils 
de même métal , et qu'après les avoir fixés à une 
distance d'environ 11 millimètres, on les met en 
contact chacun avec une des extrémités de la pile. 
Ce dégagement des deux gaz, qui n'a pas lieu , 
lorsque les fils sont rapprochés jusqu'au contact, 
est accompagné d'une circonstance particulière, qui 
consiste en ce que les bulles de gaz hydrogène ne se 
manifestent qu'à l'un des deux fils, à celui qui com- 
munique avec l'extrémité résineuse de la pile, c'est- 
à-dire avec l'extrémité qui répond au zinc, taadis 
que l'autre fil se couvre exclusivement de bulles de 
gaz oxygène , ou s'oxyde s'il est oxydable. Après 
s'être assurés par des expériences, que les gaz hy- 
drogène et oxygène se mani festoient aussi dans des 
eaux séparées, soit lorsqu'à la faveur d'un tube de 
verre recourbé en un V on interpose entre ces eaux 
de l'acide sulfurique , soit lorsqu'étant contenues 
dans des vases distincts , on les fait communiquer 
par le moyen des mains, les physiciens ont cherché 
à expliquer ces phénomènes de différentes manières. 



4^ Phj'si(jUC. 

Parmi les explications que ranleur iappor(c, ct-llë 
de Monge et celle de Fourcroj sont les seules qui ^ 
ne contrariant point les faits sur lesquels repose la 
chymie moderne , méritent de fixer l'attention du 
physicien. Monge croit que l'actiou galvanique tend 
à enlever dans chaque eau une de ces parties con- 
stituantes , en y laissant l'autre en excès ; et cette 
opinion a été fortement appuyée par Hassenfraiz y 
qui a fait voir que si l'on emploie le tendon comme 
moyen de communication , le dégagement ne dure 
pas longtemps sans beaucoup s'affoiblir, mais qu'il 
recommence avec force lorsqu'on change les fils de 
vases, et qu'alors il produit dans chaque vase un 
gaz opposé a celui qui s'y dégageoit auparavant. 
Fourcroj y Vauquelin et Tliéiiard ^ en admettant 
l'existence d'un fluide particulier qu'ils appellent 
galvanique , et qui circule de l'extrémité vitrée de 
la pile vers l'extrémité résineuse , pensent que ce 
fluide décompose l'eau en sortant de l'extrémité 
vitrée , qu'il se combine avec l'hydrogène, en lais- 
sant échapper l'oxygène en bulles, qu'uni à l'Iiy- 
drcgène il traverse d'une manière invisible l'eau , 
ou l'acide sulfurique, ou le corps humain, pour fe 
porter vers l'autre fil , et que là il abandonne l'hy- 
drogène et le laisse échapper sous forme de gavr , 
tandis que lui-même pénètre dans le fil. Ils fondent 
leur opinion sur ce qne, si l'on interpose entre les 
deux eaux de l'oxyde d'argent bien pur , le fil contigii 
à l'extrémité résineuse de la pile , où devroit se mani- 
fester le gaz hydrogène , ne donne aucune efferves- 
cence, et que l'oxyde métallique se réduit du cùto 



Eléinens. 47 

qui répond à l'extrémité vitrée de la pile ; ce qu'ils 
attribuent à la combinaison de l'hydrogène avec 
l'oxygène de l'oxyde pour reformer de l'eau. L'au- 
teur fait encore connoître différentes autres expé- 
riences qui ont été faites à ce sujet, mais dont les 
résultats n'ont présenté jusqu'ici que des modifica- 
tions de l'expérience fondamentale du dégagement 
des deux gaz. Il parle aussi de quelques nouvelles 
expériences faites par Vauquelin , sur les effets que 
produisent des colonnes formées d'autres métaux que 
d'argent et de zinc, à raison de leur hauteur et de 
leur diamètre. Enfin il s'occupe de la question , si 
le fluide galvanique c^t un fluide particulier, ou si 
les phénomènes galvaniques sont produits par le 
même fluide qui donne naissance aux phénomènes 
électriques. Il pense que les faits, relativement au 
galvanisme , ne sont point encore assez multipliés , 
pour fournir la décision de cette question, et pour 
servir de base à une théorie ; et il se borne à ob- 
server que s'il existe de grands traits d'analogie en- 
tre le fluide électrique et le fluide galvanique, ceç 
deux fluides présentent aussi , sous d'autres rapports , 
des différences marquées. 



js; A3^uu i MmmF < ^Mi'r>^jim m jjm\ H r m'. tiu r j,'J i u^Ê C mr m 



BOTANIQUE. 

Deschiption fies Planres nouvelles et peu 
connues , cultivées dans le jardin de J- M, 
Cels j avec fleures ; par E. P. Vente- 
KAT j de l'Institut national de France , 
l'un des conservateurs de la Bibliothecpie 
du Panthéon. Seplième liviaison. De l'im- 
primerie de Crapelet. An 9, Se vend, à 
Paris, chez V auteur , à la bibliothèque du 
Panthéon; Barrois l'aîné, libraire, rue de 
Savoie; Fuclis _, libraire, rue des Malhurin.s 
hôtel de Cluny. 

Ir^ARMi les plantes qui composent ce seplième 
fascicule, trois sont originaires de la Nouvelle-Hol- 
lande, quatre de l'Orient, une du Katschacka, et 
deux de l'Amérique septentrionale. Nous allons les 
laiie connoître succinctement. Chaptalia lonten- 
tosa. Cette plante a présenté au C. Ventenat des 
caractères si tranchés, et tellement distincts de ceux 
des autres plantes de la famille des corymbiferes , 
à laquelle elle se rapporte , qu'il en a fait un genre 
nouveau, dédié au C. Chaptal. Cette plante, ori- 
ginaire de la Caroline, a été rapportée par le C. 
Bosc. Elle appartient à la famille des composées. 
Elle est de la syngénésie polygamie nécessaire du 
système de Linnseus, et son caractère essentiel con- 
siste dans ses fleurs, dont les demi -fleurons sont 

femelles- 



Mélanges. ^9 

ftmelJcs-ferliles et disposés sur deux rangs. Ceux du 
rang exi^^rieur sont en languette ; ceux du rang in- 
térieur sont très-courts et troixjué^s à leur sommet , 
les fleurons occupant le, centre de la fleur. Ils sont 
tous mâles, et formas d'une cnrolle labiée, dont la 
la lèvre intérieure est droite , ovale, et à trois dents j 
la lèvre extérieure est à deux divisions profondes. 
Les semences des demi - fleurons sont surmontées 
d'une aigrette sessile ; celles des fleurons avortent. 
Le réceptacle est nu, et le calyce est formé de fo- 
lioles qui se recouvrent comme les tuiles d'un toit. 
Le pori de cette plante est presque semblable à celui 
d'un tussilage. 

CAsuAniNA di^tyla. Cette nouvelle espèce de ca- 
suariua se trouve au cap de Diémen, à 44 degrés la- 
titude sud. C'est un arbre qui s'élève à huit ou dix mè- 
tres, et dont le bois est très-dur et fort pesant. Cette, 
espèce est dioïque. Le C. Ventenata fait figurer ua 
rameau de l'individu femelle, et un épi de l'indi- 
vidu mâle. Les botanistes qui , comme on peut le 
voir dans les ouvrages qu'ils ont publiés, étoient 
incertains sur les caractères du genre casuarina , 
seront flattés de trouver dans la figure publiée par 
le C. Ventenat tous les détails de la fructification 
des deux individus. Il résulte surtout de la figure 
de la semence qui est terminée par tme aile mem- 
braneuse, que le gcnv^ casuarina n'est pas voisin de 
l'équisetum, comme l'ont soupçonné d'habiles bota- 
nistes, mais qu'il fait réellement partie de la fa- 
mille des conifères. 
■ yispEKULJ brei'ifoUa. C'est un sous - arbrisseau 
Tome L û 



6o Botanîquel 

trouvé sur les montagnes de la Caramanîe , par 
Bruguière et Olivier. Cette jolie espèce a quelques 
rapports avec Vaspervla chynanchica , L. ; mais 
elle se distingue aisément par ses feuilles très- 
courtes, par la disposition de ses fleurs, dont quel- 
c|ues-unes sont axillaires et solitaires, et par soa 
style divisé jusqu'à sa base. Ce dernier caractère 
doit éveiller la curiosité des botanistes, et les en- 
gager à observer avec attention , s'il n'existe pas 
réellement dans les genres de la première section 
des rubiacées , comme sembleroit l'indiquer la struc- 
ture de leur fruit qui est formé de deux semences. 
Ervcaria alepica, La structure du fruit de cette 
plante crucifère, différente selon les époques de la 
maturité, paroît avoir occasionné bien des erreurs, 
comme on peut en juger d'après les synonymes ci- 
tés par le C. Ventenat. Tournefort lui-même ayant 
fait un double emploi de cette plante , on ne doit 
pas être surpris que les botanistes qui ont eu ensuite 
occasion d'en parler se soient égarés. Les recherches 
faites par le C. Ventenat , dans les herbiers de Tour- 
nefort, de Vaillant, de Jussieu, et surtout dans le 
catalogue des plantes de Tournefort , écrit par Vail- 
lant lui-même, et conservé dans la bibliothèque du 
Musaeum d'histoire naturelle, lui ont appris que le 
ra-phanistrum alcfkum flore dilule violaceo ^ TOUR- 
VKV. coioil. 17, étoit la même plante que \e sinapl 
grœcum maritimum , tenuissime laciniatwn , Jlore piir- 
furascente , TouRNEF. coroll. 17. Le C. Ventenat a 
adopté l'opinion de Gœrtner, qui avoit pensé que le 
laphanistrum , etc., devoit constituer un geure oou- 



Méîangesl 5t 

veau; mais il a réformé le caractère générique ex- 
posé par le célèbre auteur de la carpologie. Le ca- 
ractère essentiel de l'érucatia consiste dans le pro- 
longement seminiFere qui surmonte la silique. 

PoLYGoi^vM poljgamum. Cette nouvelle espèce 
de polygonum a été découverte par Michaux dans 
les sables arides de la Caroline. C'est un sous ar- 
brisseau touffu , très rameux surtout dans sa partie 
supérieure , et presque enlièrement couvert de Qeurs. 
Le C. Ventenat lui a donné le nom de po^ygamum , 
parce que, parmi ses individus, les uns sont her- 
maphrodites, er les autres simplement femelles Les 
caractères énoncés dans la courte de cr^piion que je 
viens d'en donner , prouvent qii'il est tres-distinct 
du poLYGAMVufrutescens, L. , avec lequel il a de 
l'affinité. On peut encore ajouter que la figure de 
ces feuilles est différente, et que les divisions du 
calyce sont toutes ouvertes pendant la Horaison. 

Vepeta longiflora. C'est une jolie espèce de la 
famille des labiées, trouvée en Perse sur le mont 
Albours, par Bruguière et Olivier. C'est avec raison 
que plusieurs botanistes ont observé que plu les 
familles éloient naturelles, plus il étoit difficile 
d'assigner des caractères bien tranchés dans l'éta- 
blissement des genres. La plante dont il est ici 
question en fournit une preuve bien frappante. ¥X'e 
se rapproche du stachis par ses deux longues éta- 
mines rejetées en dehors de la corolle après la fé- 
condation 5 du brunella , j)ar l'authère portée sur 
une dent latérale au dessous du filet, et du nepefa 
par le lobe moyen de la lèvre inférieure qui est cré- 



nelé. Le port de cette plante, parFaîtemetit con-' 
forme à celui des espèces du genre nepela y a dé- 
terminé le C. Yentenat à la rapporter à ce genre} 
il l'a nommée longiflora , parce que le tube de la 
corolle est beaucoup plus long que celui des autres 
espèces connues. 

RosA KanUchcttica, Cette plante est intéressante, 
non-seulement par le genre auquel elle appartient , 
mais encore par l'homme célèbre à qui nous en de- 
vons la découverte- C'est un rosier rapporté du 
Kamtschatka par Cook. Le C Cels le cultive avec 
succès depuis plusieurs années. Il passe l'hiver en 
pleine terre, et il fleurît sur la fin du printemps. 
Cette espèce, qui est un arbrisseau, a beaucoup de 
rappoits avec celle que les botanistes désignent par 
le nom de Cinnamomea ; mais elle en diHere sur- 
tout par sa tige , de couleur cendrée , hérissée d'ai- 
guillons nombreux , couverte de poils courts et serrés , 
par ses folioles ovales-renversées , presque tronquées 
à leur sommet , pubescentes en dessous, etc. 

HrpERicuM hclcroplijllum. Cette espèce d'hype- 
ïicum est remarquable surtout par ses bourgeons y 
qui ressemblent à de petits cônes ; elle forme un 
Joli arbrisseau. Elle a été découverte en Perse par 
Bruguière et Olivier. Sa racine pousse un gnand nom- 
bre de tiges tétragones , rameuses, garnies de feuilles 
linéaires et en lance. Il nait dans les aisselles de ces 
feuilles des bourgeons dont les feuilles, disposées 
sur quatre rangs, très-rapprochées et semblables à 
celles du serpolet , se recouvrent mutuellement 
comme les tulles d'un toit ^ et représentent ea quel- 



Mélanges. 53 

tjue sorte de petits chatons. A mesure que les bour- 
geons se développent, les feuilles s'écartent, s'a- 
longent insensiblenaent ; et, à la fin de l'automne, 
elles ont presque la figure de celles de la tige. Les 
fleurs de cette espèce répandent une odeur suave; 
elles sont formées de pétales un peu inégaux. 

Metrosi DERos lopaittha. C'est une des plus belles 
espèces du règne végétal ; elle doit fixer l'attentioa 
même de ceux qui sont le plus accoutumés à con- 
templer les richesses de la nature. Elle est origi- 
naire de la Nouvelle-Hollande. Elle forme un ar- 
brisseau qui s'élève environ à deux mètres. Sa tige 
droite et rameuse est garnie de feuilles alternes , 
rapprochées, droites, en lance, fermes, d'un vert 
gai sur chaque surface. Elles sont ponctuées comme 
celles des myrtes, et elles répandent une odeur 
agréable lorsqu'on les froisse. Celles des bourgfon» 
sont soyeuses ou couvertes de poils couchés , molles, 
et d'un pourpre foncé. Les fleurs sont disposées en 
un épi serré dans la partie supérieure des jeunes- 
pousses. Elles sont petites, et de couleur herbacée ; 
mais leurs étamines nombreuses, fort longues, et 
d'un pourpre écarlate, lui donnent un grand éclat , 
et l'épi ressemble alors à ces panaches qui ornent 
les bonnets de nos guerriers. C'est d'après ce carac- 
tère , que le C. Ventenat l'a nommée lopantha , ou 
fleurs formant un panache. 

Metrosideros saligna. Cette espèce , qui ap- 
partient au même genre que la précédente , et qui 
est originaire des mêmes contrées , a beaucoup de 
rapports ayec elle \ mais elle ea diffère surtout pa£ 

D3 



54 Botanique. 

ses fleurs moins nombreuses et plus petites, par son 
calyce glabre , par ses pétales ovales , et par ses éta- 
mines d'un Jaune pâle. 

Le soin particulier que nous avons pris de rendre 
un compte fidelle et détaillé de ce fascicule ainsi 
€jue des précédens , doit faire juger que nous atta- 
chons un grand prix à l'ouvrage entier; nous voyons 
même avec satisfaction que les journaux scientifiques 
publiés en Angleterre, en Allemagne et en Espa- 
gne , justifient l'idée avantageuse que nous en avons. 
I,es détails de la fructification si bien exposés dans 
les figures, et les observations consignées à la fin de 
chaque description , placeront foujouis, ainsi que l'a 
déjà remarqué le célèbre M. Hoffmann de Goi ttin- 
gne , l'ouvrage du C. Ventenat au rang des plus im- 
poitans travaux que possède la botanique. 

J. L. Aliçert, 






ASTRONOMIE. 

MÉMOIRE sur la découverte de la nou' 
celle Planète de Piazû , lu à l'Assemblée 
publique de V Institut y le \b germinal ^ par 
Jérôme de Lalande. 

X-j E premier jour du XTX." siècle fut marqué par la 
découverte d'une neuvième planète. C'est un événe- 
ment assez remarquable en astronomie pour que l'In- 
stitut en entretienne le public, surtout au moment 
où le gouvernement vient de le charger de traeep 
l'histoire des sciences. On a dû cetie découverte au 
hasard , comme celle de Herse hel en 17H1 ; mais ce 
hasaid ne pouvoit favoriser qu'un astronome habile 
et assidu : c'est ce que Plutarque appelle travail 
heureux. 

Le I.''' Janvier i8oi , au soir, M. Piazzi , astro- 
nome de Paleime, qui travaille à un catalogue d'é- 
toiles, voulant observer la 87.' étoile du catalogue 
zodiacal de Lacaille, entre la queue du bélier et le 
taureau , la vit tout près d'une étoile de 8.* gran- 
deur , qu'il observa également par occasion. Son 
usage est de faire la même observation deux Jours 
de suite; mais le lendemain il trouva une difFérencê. 
Il eut bientôt reconnu le mouvement dé là petite 
étoile, qu'il supposa une comète. 

M. Piazzi vouloit se réserver le plaisir de calculer 
sa comète, et pourtant assurer sa date; il exivova 

D4 



56 Aslronomie^ 

à M. Oriani , le 24 jaiivipi- , deux observations du 
I.'' janvier et chi 23 , en ajoutant que le lo elle étolt 
stationnaire. M. Oriani voyant qu'elle n'avoit point 
de nébulosité comme les comètes, qu'elle avoit étt? 
stationnaire et rétrograde dans un assez petit espace 
de temps ,^ à la manière des planètes , la calcula 
dans un cercle, comme planète. 

M. le baron de Zach fit la même chose àGn(h-a, 
et m'envoya ses élémens ; il la crovoit alors la co- 
mète de 1770.. M. de Zach saisit d'autant plus avi- 
dement cette première id^- , que , dès ly^i , il 
avoit fait des calculs d'après les lapp^rts des in- 
tervalles des planètes, et q.i'il en çoncluoit l'exis- 
tence d'une planète entre Mars et Jupiter; il y 
niettoit ménie assez d'importance pour avoir dé- 
posé ses idées entre les mains de M. Bode {Eph. 
de B(?r/w ,,. 1 78g , pag. i63 ). 

Jl.ambert ^ dansses Lettres cnsmologiqiics j publiées, 
en 1761 ( pag. 5r, édif. de 1801 }, avoit dt^n parlé 
d'une planète qui pourroit exister entre Mars et 
Jupiter. Bode, dans sa Coniioiàsaiwe du ciel étoile y 
1772^ dont il y a eu sept éditions, jugcolt aussi 
par les progressions des, distances des planètes , qu'il 
pourroit ,y en avoir une , et il, en avoit parlé plu- 
sieurs fois. En effet , la distance de Mercure étant 4 > 
celles des autres planèites augmentent dç. 3 , 6, 12,^ 
24, 48, q6, 192, en doublj^nt toujours; mais le 
24 ipanquoit d^ms cette progression ; et c'est ce qui 
faisoit présumer à M. Bode qu'il y avoit une pla- 
nète entre Mars et Jupiter. 

I4exell^ calçulai^t la. cooiète de 1770, lui trouvQÏt 



Planète de PiazzL 5j 

tjne orl)îte de cinq ans, et la plaçoit entre Mars et 
Jiipiler. Les savantes recherches du C. Biuckhardt 
l'avoient conduit au même résultat dans la pièce qui 
a remporté je prix de l'Institut, en 1799. 

C'aTauf , diins son Litre sur lu ccmite de TySg , 
parloit aussi de l'attraction d'une ph.nel» encore 
inconnue ; mais tout c? la me paioissoit bien vague , 
et J^- ne pouvois y soir qu'une comète. 

Mais ayant vu dans le j >uina! de Paris , qu'on 
avoi; découvert une comète à Palcrme, j'écrivis à 
Ivi. Piazzi Je 27 février, pour lui demander ses ob- 
servations. 

Le 10 avril , il ni'<?rrivit : Je m'étois proposé de ne 
communiquer mes .observations à personne , avant 
fj'avoir tiré les élémens de la comète ; mais c'est vous 
qui les demandez; vous les trouverez ci-jointes. Je 
reçus sa lettre le 3i mai. Aussitôt le C. Burckhardt 
calcula une orbite elliptique; c'est la première qu'da 
ait eue. Le 3o juin, Piazzi m'écrivoit : Plusieurs 
astronomes croient que c'esl une planète. J'en doute 
encore. 

Le i."* juillet, M. de Zacli m'envoya une carte 
gravée de la route que la planète devoit suivre après 
sa conjonction , d'après les élémens elliptiques cal- 
culés par le C. Burckhardt. 

Celui ci , occupé de recherches plus importantes 
et plus difficiles, ne pensoit plus à cette planète ; 
mais d'autres astronom^s calculèrent' d'autres él«- 
mens : Piazzi lui-même donna les siens avec ceux 
de Burckhardt , dans un oiémoire italien qu'il nous 
f BVoya j intitulé BiiuUali cUlle ossermziom délia 



58 'Astronomie. 

ituoia Stella ; il voyoit que les élémens de Burckharcît 
satisfaisoient très bien aux observations; il ne fit plus 
de difEcuIté de donner à sa nouvelle planète le nom 
de Ceres ferdinandea , à l'honneur de la déesse de 
Sicile et du souverain qui la gouverne ; d'autres as- 
tronomes voudroient la nommer Junon , à cause de 
sa proximité de Jupiter ; moi je voudrois toujours 
que ce fût la planète de Piazzj. 

Enfin le 25 août il m'écrivit : 'J'espère que vous 
vous intéresserez à cette découverte faite par un des 
plus respectueux, des plus tendres et des plus re- 
connoissans de vos élèves. 

Mais on avoit beau supposer «né période et une 
orbite elliptique au nouvel astre , il falloit le revoir 
à la sortie des rayons solaires ; cela étoit très-diffi- 
cile, à cause de sa petitesse et de l'incertitude sur 
«on mouvement. 

Au mois d'octobre, M. le docteur Gauss de Bruns- 
wick étant venu à bout de représenter à 5" près 
toutes les observations de Piazzi , M. de Zach se 
servit de ces élémens pour calculer les lieux de la 
planète, et il a joui de son travail, puisqu'il a été 
]e premier à la retrouver. 

Le 2.6 novembre , il m'envoya de nouveaux éîé- 
mens avec une éphéméride de la planète jusqu'à la 
fin de l'année. Le 6 décembre, il m'écrivoit, que 
Schroter, Bode , Olbers, et lui, cherchoient inuti- 
lement ; et il m'envoyoit les observations de Piazzî 
mieux calculées. 

Cependant je continuois de douter de l'existence 
de la planète j l'iatervalle des observations étoit trop 



Planète de Piazd, 5^ 

court , et une comète dérangée comme celle de 
1770, par r'es aliractions étranuî.res, me sembloit 
poiuoir déciiie l'iire observé. Je ne pouvois croire 
à une pl.^nèle si -.v-iile, et qui n'avoit jamais été 
remarquée; mais, M. le docteur Olbers , à qui nous 
devons un excellent traité des comèles, et qui a 
piis à cœur cette branche de l'astronomie, s'occu- 
poil, <'e son côté, à hver ces diffivuliés. La re- 
cherche etoit très-difRcilc à raison de la petitesse 
de l'astre, et de l'incei titude qu'il y avolt sur l'en- 
droit où il ftillolt la chercher. 

Dès le 7 décembre, M. le baron de Zach retrouva 
la nouvelle planète à Gotha, à i8h 48' 10" t. m. 11 
observa son ascension droite , 178° 33' 3i" exacte- 
ment , et sa dé<linaison à peu près à 1 1° 41 ^^ ; mais 
il n'en fut assuré que le 3i décembre, parce qu'il 
avoit observé quatre petites étoiles , et qu'il ne pou- 
voit pas assurer laquelle étoit la planète. Enfin , le 
i." janvier 1802, M. Oibers eut la même satisfac- 
tion ; ce joui -là , p;ir bonheur, la planète se trouva 
former un Iriangl. rectang'e avec deux petites étoiles 
qui sont d.:ns mon Histoire céleste , et le jour suivant , 
le Iri.ngle avoit changé de figure, ce qui fit recon- 
noître la pl.u;ète. On continua de l'observer en plu- 
sieurs endroits, et le C. Burckhardt calcula de nou- 
veau son oibite. 

Le 16 février, nous reçûmes de nouveaux éléaiens, 
et le même jour le C. Burckhardt , commença le 
calcul des penurbalions qu'éprouve ce(te planète, 
et qui vont à 3o minutes, quantité énorme, qui de- 
VOU changer beaucoup les éléœens. Ce travail a été 



6o Aslrnnonne. 

Taîf en deux jours, cequi ponnoît paroifreîacroyabÎP^ 
si l'on ne connoissoit l'habileté du C. Burckliardf. 
D'après ces perturbations, il calcula île nouveaux 
élt^mens qui représentent, à 4" près, quinze moîs 
d'observations. Mais comme on avoit élé ^n mois 
en Aliemagne et à Paris, sans pouvoir l'observer, 
j'ai envoyé à tous les astronomes du midi la position 
de la planète , pour que nous soyons plus surs d'avoir 
des observations , et déjà le C. Thulis , directeur 
de l'obseivatoirede Marseille , m'écrit qu'il l'observe 
toutes les nuits. Ces dérangemens qui pourroicnt d'a- 
bord paroître extraordinaires, sont pourtant une suite 
naturelle de la grande proximité de Jupiter , la plus 
grosse et la plus massive de toutes les planètes. 

Voici les élénicns qui seront longtemps les plus 
exarts, et avec lesquels le C. Burckhardt a fait des 
tables de cette planète qui serviront à tous les cal- 
culateurs. 

Epoque de 1802 , 5' 5° 82' 35" , apbélie 10' 26° 
-44' 37". 

Nœud 2* 21" 5' 35". Mouvement annuel 2' 18" 
i3' 18". 

Distance moyenne, 2,76587. Excentricité 0,0788. 

Equation, g° 2' 28". Inclinaison , 10° 36' 52". 

Révolution tropique , 1679 jours , 84 ou 4 ans 
7 mois 9' 20'* i5 ' 

Révolution sidérale, i68oj 17. Révolution sino- 
dique, ou retour A^% conjonctions et des oppositions 
466,35 ou un an 91' 20'' 21'. 

Cette inclinaison plus grande que celles de toutes 
■•es autres planètes , nous oblige d'étendre ce que 



Planète de PiazzL 6i 

tjOHs appelions le Zodiaque ; en effet Vénus , ne 
s^en écartant jamais que de 8° environ , nous disions 
que la largeur du zodiaque étoit de 16". Mais la 
nouvelle planète pouvant aller jusqu'à 18° |, nous 
«erons obligés de donner 87° au zodiaque. 

La planète devant être en opposition le 17 mars , 
le C. Burckliardt et mon neveu , s'y sont pris plu- 
sieurs jours d'avance , et , avec les excellens instru- 
mens de la maison du Champ-de-Mars , ils ont eu 
le résultat le plus exact qu'il est possible d'avoir. 

Le 17, à 3** 46' o" t. m. réduit à l'observatoire, 
la longitude étoit 5^ 26' 21' 26" , 5 , et là latitude 
17° 7' 57", 5 , les tables du C. Burckbardt ne don- 
tioient que 5" de plus. Suivant M. de Zach on a 
3''44'i5", I 5^ 26° 21' 26", 5 et | if S' q" , o. 

Ainsi l'on peut dire que le mouvement est déjà 
connu avec une précision singulière, puisque, dans 
un siècle, l'erreur n'iroit pas à 7 minutes. 

Quaut à sa grosseur , elle parut a Piazzi, comme 
une étoile de 8.*^ grandeur, actuellement qu'elle est 
fort près de nous on l'estime au moins de 7.^ Cela 
me paroit indicjuer deux secondes de diamètre ap- 
parent; mais M. Herschel nous écrit , qu'avec son 
meilleur télescope, elle n'a qu'une seconde de dia- 
mètre au plus , et qu'elle n'a pas de nébulosité sen- 
sible ; en supposant une seconde, je trouve son dia^ 
mètre réel de 290 lieues , c'est-à-dire, dix fois moins 
que la terre. Cette extrême petitesse de la nouvelle 
planète sort encore des règles adoptées jusqu'à pré- 
sent, puisque c'est une planète principale beaucoup 



^3 ÂsfronorTueé 

plus petite que la lune, qui est la plus petite des 

planètes secondaires, 

£n annonçant une observation aussi curieuse, on 
est persuadé que le public demandera , quel est 
donc l'heureux astronome à qui nous la devons? 

Joseph Piazzi est ne à Ponte dans la Vallelinei 
en 17^6,11 entra dans l'ordre des Théaii.sen 1764, 
il fut professeui de mathéuiatique à Malte en 1770, 
à Palerme en 1781. 

Il inspira au prince de Carainanlco , vice-roi de 
Sicile, l'envie de profiter d'une ancienne tour dans 
le palais des rois de Sicile à Palerme, pour y dis- 
poser un observatoire. Afin d'en tirer le meilleur 
parti, il comprit la nécessité de visiter les grands 
observatoires, de voir les astronomes les plus exercés 
(histoire de l'astronomie 1709), et il vint à Paris le 28 
janvier 1787; il travailla avec nous d'une manière 
qui nous le fit regretter. En 1788 il alla en Angleterre, 
il fit faire de beaux instrumens , et il a déjà pu- 
blié deux volumes d'excellentes observations. Il se 
prépare à mesurer un degré en Sicile, et je lui ai 
déjà envoyé des instrumens à cet efFet. 

En acquérant pour notre système solaire une nou- 
velle richesse que nous ne connoissions point , il 
nous est agréable de la devoir à un astronome qui 
avoit choisi le collège de France pour s'exercer à 
l'astronomie. 

Parmi les avantages que j'annonçois dans mon 
histoire céleste des observations de 5o mille étoiles, 
je coraptois pour beaucoup celui d'y trouver les ob- 



Playiète de Piazzî. 63 

servatioDS d'une nouvelle planète , si par hasard on 
venoit à en découvrir. Jusqu'à présent nos recher- 
ches ont été infructueuses, mais je n'en désespère 
pas totalement. J'ai cru que j'allois avoir cette sa- 
tisfaction en voyant, le i3 mars 1797, une étoile 
à 8^ 19' et i5° 58' de distance au zénith. C'est pres- 
que la situation qu'avoit la nouvelle planète ce jour- 
là ; mais il y a 27' de trop pour la déclinaison ; pro- 
bablement la planète étoit dans là lunette. Mais ce 
jour-là mon neveu n'observoit que de 14 à 16° de 
distance au zénith. Cette planète ne pouvoitpas non 
plus se trouver dans les étoiles zodiacales de La Caille 
parce qu'elle est trop petite ; mais c'est pourtant 
une obligation nouvelle que nous avons à ce grand 
astronome , 40 ans après sa mort. Son précieux ca- 
talogue d'étoiles, qui lui coûta la vie, donna oc- 
casion à Pia/zi de vérifier la 87.* étoile, ce qui lui 
fit observer le petit astre qui en éloit voisin , et qui 
eût été peut-être ignoré encore longtemps sans ce 
catalogue de La Caille. 

Mais le hasard a encore procuré à M. Olbers, le 
28 mars, la découverte d'une dixième planète, dont 
Je donnerai l'histoire aussitôt que nous connoîtrons 
son orbite, elle est encore plus petite que celle de 
Piazzi, elle paroît être, comme celle-là , entre Mars 
et Jupiter, plus excentrique et plus inclinée que 
toutes les planètes; mais le C. Burckhardt ne tar- 
dera pas à nous en donner les élémens. 



BIOGRAPHIE. 

No T I CE sur Des HAUT es-Baves , par 
Jérôme de La lande. 

J'ai parlé dernièrement de la perle que les leffres 
ont faite par la mort de LouRCET , auteur du 
Diciionnaire Armc^nien , dont Je sollicite Tacqui^i- 
tion. Cela me ramène à un autre professeur du col- 
îi'ge de France, qui a beaucoup travaillé et que 
nous avons perdu il y a quelques annt'es. 

Michel-Ange André le Roux Deshautcs-Kayes , 
naquit à Conflans-Saint-Honorine , près Pontoise,le 
3o septembre 1724 y d'Antoine !e Roux, originaire 
de Pontoise , et Catherine Fourmont, sœur d'E- 
tienne , et de Michel Fourmont , tous deux pro- 
fesseurs royaux, interprètes du roi et de l'acadé- 
mie des inscriptions et belles -lettres. Desliautes- 
Bayes , eut l'avantage d'élre élevé par Etienne Four- 
mont , chez qui il entra des 1784, et qui l'appliqua 
p;irticulièrement à l'étude des langues orientales , 
à l'hébreu, à l'arabe, au syriaque et même au clil- 
ïiois ; personne n'ignore le talent singulier que Four- 
mont avoit pour les langues , ainsi l'on ne sera pas 
étonné des progrès de ses élèves. En 1742, lorsque 
Fourmont présenta sa grammaire chinoise au roi, il 
se fit accompagner par Deshautcs-Rayes , son neveu, 
et par Deguignes, l'un et l'autre ses disciples, qui 
lurent aussi présentés au roi , et qui éprouvèrent les 
effets de sa bienveillance , tous deux ayant été mis 

dès-lors 



Des^kautes-B^jes. 65 

dès lors , au nombre des enfans de langues, avec la 
liberté de continuer de demeurer chez Fourmont, 
liberté dont ils profitèrent jusqu'à sa mort, qui ar- 
riva le i8 décembre 1745. Alors ils furent couchés sur 
l'état delà bibliothèque du roi, sous le titre d'in- 
terprètes. Ils continuèrent aussi de demeurer en- 
selmble^ profitant de la bibliothèque et des manus- 
cl-ils du défunt , que celui-ci leur avoit légué par tes- 
tament olographe , du ï5 août 1640, mais dont il 
sépara depuis les manuscrits qu'il voulut être mis 
à la bibliothèque du roi , après le décès de ses deux 
élèves. Ceux-ci ayant fait vers 1752, quelques airan- 
gemens particuliers, se séparèrent: Deshautes-Rayes 
succéda en 1742, à Petis-de-la-Croîx , professeur 
d'arabe , au collège royal. 

Lorsqu'il prit possession de la chaire , il prononça 
un discours sur l'état et le progrès des sciences 
chez les Arabes , avant et après Mahomet ; on en 
trouve une assez longue notice dans le 3.*"' volume 
du mémoire de l'abbé Goujet , sur le collège de 
France , publié en lySS ; on y voit les titres de z5 
naénioîres , que Deshautes-Rayes se proposoit de 
publier ; mais le C. Langlès , conservateur de la 
bibliothèque, m'assure qu'ils ne sont pas terminés. 

Il av,oit trouvé dans les manuscrits de Foui mont, 
des notes qui lui donnèicût l'idée d'un travail sur 
l'apocalypse , il y a travaillé longtemps , et c'étoi^ 
l'ouvrage qu'il eslimoit le plus. Les circonstances 
du temps, la douceur de son caractère ne lui per- 
mirent pas de le publier 3 M. de Beaumont, alors 
archevêque de Paris , ne l'ayayt pas approuvé , 

Tome I. E 



66 Biog^raphle. 

r««vra<çe est rrsîé imé^fit , je n'ai })a en découvrît 
Ia t^^ct^,}c rapporteiaî seuiemfnC le tUre ûe la notice 
qu'il fa donna, «t qui fut iraimmée. 

Prospectus d'un oavrage intitulé ^ le Triomphe de 
CéaU^c dans la, destruction de Jérusalem ^ et du tein- 
..plc^ ow Pupocalypse cJcpUcjuée dujLS son premier sens 
iiîténil f juir ChiUoire sainte et par la contioissançe 
des mŒurs , des usages et du style des Orientaux > 
at>ec le texte de Cupocafypse , revu, sur le syriaque ; 
par, M. Dcshaiites-Rayes , conseiller du roi, lec- 
teur, et professeur royal, interprète de sa majesté. 
pour les langues orienfaîes. 

• Tcslunonium jesu, est spiritus hiijusce prophelia. 
Appc. XIX. ïo. 

A Paris, de l'impriraerie de Philippe-Denis Pierre, 
imprimeur du collège royal , rue Saint-Jacques > 
MDCCjLXXV, r6 pages in-4.° avec approbation et 
privilège des professeurs royaux. 

llavoit mis dans cet ouvrage une immense éru- 
dition, et la connoîssance la plus approfondie des 
anciens auteurs sacrés, et des langues orientales, 
des mœurs , des usages et des habitudes des Cal- 
déeiis et des Phéniciens , deux des plus anciens peu- 
ples de la terre. 

M. Eichorn , célèbre professeur de l'Université 
deGoettingue, en a publié une autre explication his- 
torique, ingénieuse et vraisemblable dans son cotn- 
inentarius in apocalypsin Goellingue , 1791, 2 volu- 
mes in-8.°; il regarde l'apocalypse, comme un drame 
qui présente le triomphe de la religion des chrétiens , 
.sur celles des juifs [et des Romains, exprimée pat' 



DesJmit/ps-Haj'-es. 6j 

tles allégories et des sigius ntclés avec des Soliloques 
et des prières; il trouve dans ce drame, l'oracle des 
évéïieiHensdela religion chrétienne qui se trouve par- 
tout dans le nouveau testament, et que Jésus-Christ 
a voit communifjué à ses disciples : il est mis ea 
action .et' repr«5senté par des signes allégoriques et 
figiirt's ( nigmatiques. 

Mais je dois citer surtout , l'explication du C. 
Dupais, qui me paroît avoir démontré dans Pori- 
sine des cultes^ que c'est le lever heliaque du be- 
Uer, ,au printemps, symbole de la résurrection et du 
triomphe d« Jésus-Christ et de l'église. 

Il y, a encore de Deshautes-Rayes, divers articles 
«lansla petite encyclopédie , en 3 vol. m-^.° des 
extraits des historiens chinois , à la fin du grand 
ouvrage de l'origine des loix , par Goguet. 

Il auroit içnpvimë un bien plus grand nombre de 
choses, s'il eût été de l'académie des inscriptions 
et belles-lettres; mais de Guignes parvint toujours 
à l'en écarter; Il manqua dès-lors, soit d'émulation, 
soît de moyen de faire imprimer ses ouvrages ; mais 
la moindre occasion lui suffisoi^ pour développer 
l'érudition orientale , qui lui .^oît familière, c'est 
ainsi qu'il publia diverses pièces. 

Lettre adressée ,à M. le chevalier Siuart-, sur la 
chronologie de Neivton, Cette lettre est dana les deux 
Mercures de décf'mbre iqBS. Elle a été réimprimée 
clans l'apologie du sentiment de Newton , sur l'an- 
cienne chronologie des Grecs; par M. le chevalier 
Stuart , à Francfort-sur-le-Mein , 1767. La réponse 
du chevalier Stuart est à la suite. " . 



6^ Bîograjfhîe. 

Lettre adressiîe à M. de» Flottes, sur îMiistoïi^e 
véritable de l'orplielin chinois de la maison de Tchao , 
réimprimée à la suite de IWphelin delà Chine, tra- 
gédie , chez Duchesne, lySS. 

Abrégé de la vie d'Etienne Fourmont, et notice 
<Je ses ouvrages; in^." conjolûtement avec de Gui- 
gnes. 

Celui-ci donna, en ivSg, un ouvrage singulier , 
qui fît sortir Deshaules-Rayes de son apathie , voici 
le titre des trois brochures qu'il y eut à la suite. 

Mémoire dans lequel on prouve que les Chinois 
sont une colonie égyptienne, lu dans l'assemblée 
publique de l'académie des inscriptions et belles- 
lettres , 14 avril 1758 , Paris , 1769 , 79 pages in- 12. 

Doutes sur la dissertation de M. de Guignes , qui 
a pour titre , Mémoire dans Icgael on prouve' que 
les Chinois sont une colonie égyplientie , proposés 
à MM. de l'académie royale des belles - lettres , 
par M. le Roux Deshautes-Rayes , 89 pages. 

Réponse de M. de Guignes, aux doutes proposés 
par M. Deshautes-Rayes sur la disertation , qui a 
pour litre. Mémoire dans lequel on prouve que le» 
Chinois sont une colonie égyptienne , 40 pages. 

Mais toutes ces productions de Deshautes-Rayes 
éloient peu considérables pour lui ; heureusement, 
l'abbé Gi osier lui fournit, en 1775, une occasion 
d'entreprendre un grand travail qui l'a occupé dans 
les dernières années de sa vie ; c'est la publication 
de l'histoire générale de la Chine ou des annales 
de cet empire , que le père de Mailla , avoit tra- 
duite à Pékin, sur les originaux chinois et que 



Deshautes-Eayes, 69. 

Destautes Rayes fut obligé de colationner et de cor- 
riger. Cette histoire parut en douze volumes iR-4.* 
de 1777 à 1783. 

Le père de Mailla , mort en 1748 , avoit été 4.5 
ans à la Chine; il avoit envoyé, en 1787, son ma- 
nuscrit en France; Fréret et tous les savans n'avoient 
cessé depuis ce temps-là d'en désirer la publication; 
et c'est une obligation essentielle qu'ils ont eu à Des- 
hautes- Rayes, sans lequel cette édi lion n'auroit ja- 
mais été faite. 

Ce travail l'occupa fortement et le rendit encore 
plus sédentaire, et par conséquent plus sujet à la 
goûte et aux humeurs; il devint infirme, il remit sa 
place de professeur au C. Cau&sin , qui fut reçu le 
6 février 1784. Il se retira à Ruelle, près Paris, où 
il mourut d'une goutte remontée dans l'estomac, le 
9 février 1795. Son caractère étoit le catme d'une 
ame pure et irréprochable de la bienfaisance et de 
la saine philosophie. Le C. Dupuis , notaire à Saint- 
Germain, qui a passé i5 années che? lui, m'a dit 
que jamais il n'avoit entendu sortir de sa bouche un 
mot plus haut que l'autre; impassible, toujours le 
même , parlant peu , dédaignant la société , ayant 
presque du dégoût pour le monde , il étoit concen- 
tré en lui-même , et comrauniquoit rarement ses 
idées , à moins qu'on ne parvînt à l'intéresser. 

Il avoit épousé, le 24 octobre i'jSz , Adrienne- 
Marguerite Sailtard , dont il n'a point eu d'enfans , 
mais avec laquelle il a vécu toujours dans l'union 
la plus heureuse , et la confiance la plus entière : 
elle est retirée à Orléans. 

E 3 



GRAMMAIRE. 

Sur l'ancienne Écriture des Hongrois j par 
le docteur Hager, 

-L/ES Hongrois prétendent avoir en, depuis un 
temps immémorial , une écriture qui leur est pro- 
pre. Bel Va produit dans son ouvrage (i). Desen'cùis 
en traite en parlant des anciens Hongrois Ç2). Mol- 
nar dit qu'elle est encore en usage (3). Hickes ea 
a inséré l'alphabet dans son Trésor des Langues sep- 
lenlfîonales (4). Fréret en fait mention dans les Mé- 
moires de ï* Académie des Inscriptions (S). Les auteurs 
du nouveau traité de diplomatique l'ont publié à 
côté de l'alphabet runique (6) ; et pour ne rien dire 
de plusieurs autres , Fry vient de le reproduire à 
Londres, dans sa Collection de tous les alpha- 
bets (7). 

Cependant les Hongrois n'ont point d'écriture 
ancienne , ni de caractères qui leur soient propres. 
C'est ce que je vais prouver dans cette courte dia- 
tribe. Il en résultera que cet alphabet hongrois on 
lutnniijue est apocryphe. 

(1) Bel de Vetert literac. Hunnoseythic/t. 

(21 Deser. Je inic. ac major. Hungar Tom. II, p. i55. 

(3) Motnar prirf. grammat. Hun^ar. 

(4) Hiches Thesaur. ling. septentr. pretfat. 

(5) Mémoiie de !'Aca<îémte in Inscriptions. Tom. VI , p, 618. 
£6) Nouveau Traité Je Diplomac. VoL I , pi. î4. 

(7/ ^ly Paneo£ raphia. Pag."^5J 



Ecrîfs/re f^arr^ir&ùe^ y% 

Sî les Hongrois avoîent jaraais possétî^ os te? at- 
plîabft y il faoéroi* en avoir trouvé «jtielîiHe çestigt- 
IBT ijHelqce martre, pierre , bsrique , sjiéîaî^ table , 
peau, ou autte naatifre «jwe ce soi^, ponr en con- 
stnitr Fexisîence.-— ïi n'exisîe pas de tel moiîoiB<ent 
dans Joule la Hongrie; et îe silence parfait de toos 
leurs historiens et aulesrs îes pins céîèferes, est une 
preuve certaine cju'iî n'en existe pas (8). Ca? c« que 
yiiurvczias ^ Bofijinins, Oiahus ^ et antres sa'/aos 
Hongrois rapportent concernant ces marques , que 
les Sicuies dv îa Transylvanie JraceBt sur des Uior- 
ceaux cîe bois (g), cet te sorte d'écriture îeurest com- 
mane avec plusieurs autres peuples de i'Asie et de 
l'Europe. L.es Foii'u^es, enSibéiie, et îes Laponots , 
au nord de l'Europe , se servent de cette écriture- 
là (loj. Les pajsaBS de la Scandinavie et de V Alle- 
magne l'einploif nt depuis les temps les plus recu- 
lés (il); et cs%ï%àeVjingleterre , qui en fout usage 
aussi , suivent en cela la coutume des Bretons, feurs 
prédéctsseurs, et des -«i^/ewuWs, leurs ancêtres (i/). 

Certes, s'il y eût jamais eu quelque manuscrit on 
quelque monumeot avec ce genre d'tcriture, que 
l'on produit aujourd'hui , on en auroit dû trouver 

(8) Xojfz OtrokocziHS , Salagiut, Timon, Henlte, Pray,Ko!~ 
mar, Celius, Katona , Peter/y , eu. 

(o) Bonfin. Decad. 1 , lib. 7. Olahus Hongar. « Mlila. Pag. ip5. 
Be2. L;b. cir. p. 5S. 

(10) Georgi Rustlond. Pag. 5 et iui». 

(11) Worm. Banic i itérât. Pjg. 6. KtyssUr j4ntiej. septentr. 
P»g. 464- 

(12) V-ijez ia Pamographit de Fry , cit. Pag, ao5 ei 507. 

E 4 



72 Grammaire. 

tlans la Fameuse biblio<h(?que de Mathias Corvînustt 
On sait que cette collection a été et la plus riche , eÊ 
la plus ancienne de la Hongrie. Aussi le savant Lam~ 
becius , bibliothécaire de l'empereur , fut-il envoyé, 
exprès à Bude , lorsque cette capitale se trouvoi* 
dans les mains des Turcs , pour y faire des recher- 
ches (i3). Mais ses recherches ont été infructueuses; 
et l'on peut voir, par la description de cette biblio- 
thèque faite par Olahus, ainsi que par les restçsqui s'en 
trouvent encore à la bibliot héque impériale, à Vienne, 
que celle de Bude ne contenoit que des ouvrages, 
grecs ou latins (14). On sait d'ailleurs que la lan- 
gue savante des Hongrois a toujours élé la la Une y 
et que leur propre langue ne s'écrit qu'avec des ca- 
ractères romains. Aussi presque tous les matériau^ 
pour écrire s'exprîment-ils en hongrois avec des ter- 
mes empruntés du latin. Et quant aux Ifuns j qui, 
ont envahi la Hongrie cinq cents ans auparavant , 
quand même on admettroit qu'ils aient été les ancê- 
tres de Hongrois (ce dont aujourd'hui le contraire est 
prouvé ) , Procopius nous assure qu'ils éloient parfai- 
tement ignorans dans toutes sortes d'écriture (i5}. 
Enfin on n'a qu'à jeter un coup-d'œil sur cet alpha- 
bet , que l'on a produit jusqu'ici, sans l'examiner , 
pour voir que ce n'est qu'un composé de caractères 
européens, une écriture qui ne respire rien d'oiigi- 

(i5) Lamhec. Commentor. de August. Bihl. Cas. Viiidob. 

(14) Voyez Bel Hungar. nov. Tom. III. 

(i5) Hunni etiamnurn rudes plane sunt literarum, tfuas ne nii- 
r.'htii (jiiidem admittunc- Neque eorum pueri in labore titeratia. 
adolescunt. Prorop. tle Bello Golliico. Lib. IV, cap. 19. 



Ecrit lire Jiongroise. yS 

rai ou d'exotique, et «ne fausseté pareille aux ca-» 
ractères des lettres papales y fabriquées de nos jours, 
en Sicile. 

Mais d'où vient-il donc que les Hongrois donnent 
une écriture k leurs ancêtres, et une écriture qui 
se lisoit de la droite à la gauche ? — Est-ce une pure 
fiction ? Et comment une telle fiction s'est-elle si 
longtemps conservée? — Je vais proposer là-dessus 
une conjecture , que je ne prétends aucunement 
affiiTTier , mais qui cependant paroît avoir quel- 
que vraisemblance. Oigur y Igour ^ Tugour^ Ougri, 
Vngriy Hongrois , peuvent , comme le C. Langlès , 
et avant lui M.Sc/ilœzer, l'a très-bien observé, être 
le même nom , et cela selon les règles de la plus 
rigoureuse étymologie (i6). C'est ainsi que MogoL 
et Mongol sont précisément le mémej et , pour ne 
pas apporter une foule d'autres exemples, tzigan en 
hongrois , ou z/^r;/7zfr en allemand, est le même que 
ichwgané en turc, ou zingaro en italien. On sait, 
par jirabchah^ que les Qïgours avoient des carac- 
tères ; ces Oïgours étoient une tribu tatare , qui pro- 
fessoit le nestorianisme, et qui par-là connoissoit 
les caractères syriaques (17). Aussi trouve-t-on une 
ressemblance frappante entre ces lettres des Oïgours 
et les lettres sjriaques ; ressemblance que Bayer ^ 
le premier , je crois , a exposé dans les actes des éru- 
dits (18). Les chrétiens de la Syrie avoient parcouru 

(16) NotjVps et extr»its des MSS de la Blbliot. nat. Vol. V, p. 584. 
Schlœzer «llgem. nord Gesrh. 

(17) "Lann;lès, cit. 

(iS) ^cta truditor. Jul. 1731. 



74 Grammaire. 

de bonne heure toute l'Asie septentrionale; car on 
trouve que le monument chrétien du VIL* siècle , 
découvert à la Chioe, est écrit aussi en lettres sy- 
riaques; et ce qui est remarquable, c'est dans la 
province de Chen-si qu'on l'a trouvé. Or, cette pro- 
vince est la première qui se rencontre en voyageant 
par la Tatarie , c'est-à-dire , par le nord-est à la 
Chine. Il falloit donc que ces Nestoriens traversas- 
sent le pays habité jadis par les Hongrois, et, au- 
jourd'hui encore, par les Voguïs^ peuples qui se 
Servent du même langage. Soit donc que les Hon- 
grois aient été une fois raélés avec les Ojgours,soit 
qu'ils n'aient été qu'une tribu finnoise près du 
Volga et de la mer Caspienne, ils pou voient avoir 
connu l'écriture syriaque^ et des Syriens peuvent 
avoir été leurs premiers docteurs. Aussi, docteur, 
instituteur ou maître, se dit en hongrois Tanito{^^\ 
Tanito est un mot dérivé du syriaque , ce dialecte 
du chaîdéen. On connoît très-bien les fameu"* Ta- 
Tiaïm du Tulmud ; et il est curieux d'observer que 
les Turcs ainsi que les Persans emploient le même 
terme, pour exprimer le mot science ou savoir. Da-- 
nielle y en persan, tani-mali^ en turc, c'est connois- 
sance, savoir; et peut-être même le grec ^«j-S^aKs»» 
doit-il son origine à l'ancien mot chaldaique tana. 
Enfin les Hongrois pourroient avoir aussi tiré cette 
écriture des Manichéens. — On sait , par les savantes 
recherches de Beausobre , que les Manichéens s'étoient 
répandus jusqu'au nord de la Perse, en Tatarie, et 

(iq) Wjez Variz l'opai Dicùonar^ Hun^ar. 



Ecriiure hongroise^ y5 

ïjn*ns pavlo'ent syriaque. L'ancienne religion des 
Hongrois îû îît même an Mamchéi'snte. J'ai fait voir 
ttlu dans wne dîsseTtation publiée iî y a quelque» 
années, en Allemagne. J'y ai donné, entre antre la 
Tâîson , {'ourqiios les Hongrois appelèrent le mauvais 
principe, ou îe malin esprit ycerdœgy éJymo'ogîe qu» 
ce se pourroit expliquer par ia langue hongroise , et 
qnî est Irès-elaîre, d'après les principes des Mani- 
fîiéens, et des tiîbus finnoises répaudues encore dans 
îa Sibérie. Quoi qu'il en soit , iî est possible qne la 
tradition de l'ancienne écriture syriaque se soit con- 
serv^'e parmi les Hongrois , car ils pre'Jendent aussi 
qu'elle aîloît delà droite à îa gauche; or il est bien 
prouvé aujourd'hui , que toutes les écritures orien- 
tales ne vont pas de îa droite à la gauche, ainsi 
qu'on ]'a débité communément jusqu'ici, parce que 
les Héhreux et les Ambes , qui nous sont plus pro- 
ches, écrivent ainsi. Il y a beaucoup plus d'écri- 
tures orientales qui s'écrivent de îa gauche a la 
droite , que de îa droite à la gauche. TLe devanagari i, 
îe bengali ^\e îamoul^ le talenga , avec tous les autres 
aîpîjabef s des Iodes , s'écrivent à l'européen ne, c'est- 
à-dire , de la gauche à la droite. Les alphabets sa- 
crés et communs du Tibet y de Ava ^Pegou et Siam 
s'écrivent en commençant par îa gauche. Les trois 
alphabets de Sumatra y publiés par M. Marsden^ 
l'alphabet de Java^ donné par Corneille le Bntjrn^ 
et, si je ne me trompe, le Tagala des Ïles-Pai- 
îippines, publié par Thefenot ^ s'écrivent ainsi: — Les 
Géorgiens ^\es Arméniens , les Mongoux et Tiiiares- 
MaïUchuii'xçD font de même ; cl iî est prouvé aujoar- 



7^ Grammaire. 

d'huî, par le beau monument persépolitain , publié 
par le C. Milliii^ que la plus ancienne écriture de I9 
J'f'rsf s'écri voit aussi de la gauche à la droite. — Enfin, 
on peut dire que les Hongrois ne pouvoient guère 
«dopter une autre écriture horizontale qui marchât 
de la droite à la gauche , si ce n'est ou la syriaque, ou 
le zendet le pehhi, ces anciens alphabets de la Perse, 
leur voisine , qui commençoient pareillement du côté 
droit. —Les Arabes ou Mahométansn'avoient guère 
encore pénétré en Tatarie , lorsque les Hongrois en 
sortirent ; les Juifs n'aimoient pas assez à faire des 
prosélytes , pour enseigner aux Horgrois leur écriture 
ehaldaiqne; et les adorateurs du feu cachoient peut- 
être leurs caractères, comme ils cachent de nos 
jours leurs livres sacrés. Il n'y a que les chrétiens 
de la Syrie, soit manichéens, soit nesloriens, pour 
lesquels il y a beaucoup de viaisemblance. Cette 
vraisemblance est appuyée sur le témoignage du 
savant Assemanni, et de plusieurs autres auteurs, 
qui ont fait voir *ombien la k ngue et littérature 
«yriaques ont été répandues dans les premiers siècles 
de l'église chrétienne, surtout dans le nord de l'A- 
sie , et dans les contrées habitées ci-devant par les 
Hongrois, Elle est prouvée par l'adoption qu'en 
ont fait les Mongous et les Tonguses, tellement 
que leur écriture est employée même à la cour 
de la Chine, et qu'on voit aujourd'hui les Chinois 
obligés à commencer du côté gauche , lorsqu'il 
s'agit d'ajouter le texte chinois à quelque traduc- 
tion en tatare - nianlchou. Enfin elle est confirmée, 
■on - seulement par des lettres syriaques qui ont 



Ecriture hongroise'. 77 

é«é découvertes à Si-gaii-JoUy ancienne capitale dc 
)a Chine, mais aussi par différens naonunlens mon- 
goux , qui se trouvent encore dans cet empire, qui 
datent de la première invasion faite par les Ta- 
tares et qui sont gravés avec une écriture dérivée 
du syriaque. 



VOYAGE. 

Fo r A GE d'jEgypte et de Nubie ; par 
Frédéric-Louis Norden. Nouvelle édition 
soigneusement conférée sur l'original , 
avec des notes et des additions tirées dés 
ailleurs anciens et modernes ^ et des géo- 
graphes arabes } par L. LanglÈS_, auteur 
de /'Alphabet Tartare - Mantchou , etc.; 
ouvrage enrichi de cartes et de Jigures 
dessinées par V auteur. Tome III.' Paris , 
de l'imprimerie de P. Didot Talné. An vi 
de la république (1798). Se trouve à l?aris, 
chez Constantin, f quai de l'Ecole, ii." i5. 
10-4." de 892 pages. 

IN DUS avons annoncé dans le temps (j) les deux 
premiers volumes de cette édition du Voyage de 
I^OSDEN , publiés déjà en lyçS. Le C Langlès 11 
entiepris la réimpression de ce Voyage, à cause de 
Ja difficulté qu'on éprouvoit depuis longtemps à se 

(1) Magasin Enejchp, •aoée I, t. Il, p. 493- 



proe^irer des exemplaires de réJîtton orîgtnaV <^e 
Copenhague , de la .^bcuè tei npresiion ta«.te à 

Londfes. 

Les. 1 49 première* p^ges du yolûiMp Qoç Pp.M? 
. a^aongops contieanent les 7.* et 8.* j parties ^ dif. 
Voyage de Vordcn. , ou son f oiirnal depuis Essuacn 
jusqu'à Deir ou Derry , et celui de son retour ati 
èaire. Cette partie' à éte^ rfnpr?m(?e d^f*v «^ y a 
quaire ans ; et c'est pourq^o^ le frontispice porte 
encore les «nn&s Vï et 1798. Le resîe de ce vo- 
lume^ depuis la page ï53 jusqu'à la paj:;e 892, cosv- 
tient» les savantes observations de l'édîtçuv ,, et ce (te 
par(ié| qui n'a été imprimée que depuis^ est celle 
^ui a retardé la publication de ce volume. Aussi !e 
titre (î^ioui se trouve au commencement de la 20.' 
feuille , en tête des additions et des notes du C. 
Langlès, indique-t-il lAN x, comme l'année de 
l'imgrçssion. Le C Langlès a cru devoir diffeier 
la pi'iblrcation de ses observations jusqu'au moment 
où Tes sa vans et les atlistes qui avoient pris part à 
l'expo "ft^ott 'd'iËgypte , auroient fait connoitre les 
résulttiîs dé' leurs recherches. Quoique, jusqu'à pré- 
sent ,-^'ëeM!t'^"ci-n'aient encore publié que quelques 
relations partielles , les dessins rapportés , les actes 

*' (2) « l^oteS'ef 'èclaircissemens sur le Voyage de NoaDBN ,' tiré» 
« priHjïrpattirt^nt des écrivjîns arabes , par i. Langlès. An x. (p. 149- 
« 35t , saus.'^? tables). M L'éditeur a ilédié cette partie de l'ouvrage 
A la mémoire de^.ion anii mort en AEgyple, Ventdeb db Paradu , 
•Dcien drogueman , secrétaire interprète de la république pour les 
langues orientales , et professetu' de turc k l'£col« spéciale des I4i>gi'<' 
«rieuiale< Tivantes. 



uEgypie, , 79 

recueîllts par }e% CC. Deuon , THorry , Groberl, 
Coslaz , Eiiuntlt et d'autres, les entretiens qu'il a 
eus avec plusieurs d'entre eux, lui ont cependant 
fait connojlre une grande partie de ces résnitats. 
Les additions du C. Langlès contiennent principa- 
, lement les recherches qu'il a faites dans la riche 
collection des manuscrits de la Bibliothèque natio- 
nale. Le dépt»uiilement des manuscrits qu'il a con- 
sultés lui ayant procuré beaucoup plus de matériaux 
que ne pouvoit en contenir l'espace dans lequel il 
devoit se circonscrire, il ne pouvoit choisir qu'entre 
deux partis, ou de donner un extrait fort abrégé du 
produit de ses recherches, ou de se borner à quel- 
ques morceaux complets chacun en particulier. Le 
C. Langlès s'est décidé pour cette dernière mé- 
thode, parce que, de cette manière, il pouvoit 
donner quelque chose de complet au moins sur de 
certains objets, et que ces mémoires peuvent faire 
prendre au lecteur une idée de ce qu'il a recueilli , 
principalement sur le Nil et la Haute-Egypte , et de 
ce qu'il se propose de publier dans une Jtutre circon- 
stance. Ces additions consistent dans des mémoires 
plus ou moins étendus, dont nous allons indiquer 
les principaux. f^ 

Le C. Langlès avoit rassemblé, ^dans un mémoire 
publié il y a quelques années ( Magusin encyclopé" 
dique t aniu V , tom. III , p. 189) , les passages des 
auteurs arabes, qui prouvent qu'Alexandrie n'a pat 
été fondé , mais seulement rétabli, par Alexaudre- 
Je-Grand , et qu'avant cette époque il y avoit déjà 
une ville aDcieaoe à la place occupée depuis par la 



8o Voyage. 

ville (rAIexandre. «• Celte ville, dit le C. Latiglèi 4 
'• se nommoit Raqoùth ou EacjoiiJah , suivant les 
•< auteurs arabes ; mais plutôt Rakhoty ,%\i\ya.al l*or- 
•• thographe qobthe ; mot dont les Grecs et les I.a- 
« tins ont fait /(«««rfjî, Rhacotis. » Dans cette ad- 
dition , le C Langlbs chcrclie à confirmer de nou- 
veau cette opinion , et de l'appuyer du témoignante 
des monuraens qu*on y a trouvés. Par une coiiici- 
dence fort reniarquable , le C. Olivier a conçu, 
à la vue des catacombes d'Alexandrie, 1a rtiême 
idée que les auteurs arabes avoient fournie au C» 
Langlès. • Cette concordance fortuite, dit le C. 
" Langlès , nous a été d'autant plus agréable , 
« qu'elle est un nouveau témoignage en laveur de 
" notre opinion. •• Le C. Olivier se propose de dé- 
velopper la sienne dans la relation de son intéres- 
sant voyage dont il prépare la suite. En attendant, 
il a communiqué au C. Langlès , à ce sujet , la note 
suivante : 

" Lorsque l'on porte ses regards sur le nombre 
« prodigieux de catacombes qui occupent un es- 
« pace de plusieurs lieues le long du rivage de la 
<< mer, à l'ouest d'Alexandrie, espace que les Grecs 
" désignoient sous le nom de Necropolis (ville des 
'• Morts), la première idée qui se présente c'est de 
« chercher quel fut le peuple assez nombreux pour 
- exécuter d'aussi vastes travaux, et à quelle épo- 
a que ils ont été entrepris. On ne doit point les 
" attribuer aux Giecs ni aux Romains, qui, loin de 
■ chercher à conserver intacts les corps de ceux qui 
• leur étoient chers , les brûloient et eu renfermoient 

.. les 



« les cendres dans des urnes. Il faut donc remonter 
•• à ce peuple industrieux, savant et superstitieux, 
« qui metfoit au nombre de ses devoirs les plus s^- 
« crés le soin d'embaumer les morts. On seroit alors 
« porté à croire que, dès l'ariiv^e d'Alexandre en 
*" Egypte, il existoit déjà une viile assez considé- 
« rable , dont ce conquérant n'auroit fait que chan- 
« ger le nom qu'elle porfoit avant lui. Quand même 
" on supposeroit que les égyptiens, qui habitèrent 
« concurremment avec les Grecs la viile d'Alexan- 
« drie, aient pu remplir librement toutes les cé/é- 
« monies et les précautions relatives à la conseï;- 
« vation des morts, on n'en doit pas moins regarder 
n les catacombes dont il s'agit comme antérieures 
« aux invasions des Grecs et des Romains ; i.* parce 
« qu'on n'y reconnoît nulle trace de l'architecture 
>' grecque; 2.° parce qu'il n'y a et qu'il ne paroît 
«■ pas même y avoir eu d'inscription grecque ou J«\- 
« tiue. Comment deux nations qui les prodiguoient 
« sur les moindres monumens pour indiquer l'auteuf 
•t et l'époque de son élévation, se seroient • elles 
«abstenu d'en graver dans ces catacombes , où 
« elles se seroient si bien conservées, et où elles 
« auroient é(é vraiment nécessaires pour faire con- 
« noître les personnes dont on avoif. voulu conserver 
•• les restes? » 

• L.es additions suivantes traitent du Phare , des 
hibliolhéques d'Alexandrie , du Calisch\ selon l'or.- 
thographe du C. Langlès Khalydjc ) ou canal de 
Cléopâtre , appelé aussi canal de Cjncpe , de la 
Loloiino de Pompée, du Muséum^ et de C obélisque 
Tome I. F 



Sa Voyage. 

de Cléopâtre ,, du tombeau cPJÎeTaiiJie^ tJu canal 
qui conduit les eaux du Nil au Caire et de Vile de 
Raoùdliah. Ce dernier mémoire est suivi d'une no- 
tice historique sur les tiilomèlres y (p. 219-246). 
Dans le mémoire suivant ( p. 246-836), Je citoyen 
I/anglès traite des Pyramides^ principalement d'a- 
près les auteurs arabes , inconnus à ceux qui ont 
écrit jusqu'à présent sur cette matière , tels que 
Kirclier, Pococke, Larcher, Grobert, etc. Dans ce mé- 
moire, divisé en neuf sections , le C. Langlès traite 
successivement du nombre et de la situation des py- 
ramides, de leur fondation, de leur forme et de^ 
leur dimension , des inscriptions qui s'y trouvent , 
tle l'ouverture des pyramides , de la démolition de 
quelques-unes d'enti'elles, de leur destination , enfin 
xlel'étymologieet de la signification du mot pyramide. 
Les recherches auxquelles le C. Langlès a été obligé 
«le se livrer pour composer la notice précédente, 
lui ont procuré difFérens renseignemens sur le Sphinx. 
Comme ils contribuent à compléter son travail sur 
les pyramides , il les a insérés après son mémoire 
«ur les pyramides ( p. 337--35i ). 

A la suite de ces notes et éclaircissemens du C. 
laouglès sur le Voyage de Norden , se trouve une 
*Table des auteurs orientaux et des savans orienta- 
listes cités dans les notes et éclaircissemens de Védi-' 
teur y ( p. 353 — 369 ). Cette table , outre les renvois 
à l'ouvrage même , contient encore plusieurs ren- 
seignemens sur les auteurs dont il y est question , 
et doit être regardée comme une excellente histoire 
littéraire des auteurs orientaux qui ont écrit sur 
i'.Egypie. 



JEgjpid. 83 

L'ouvrage est terminé par une Tahle générale 
^es matières ^ par ordre alphabc'tique , du voyage 
«ntier , ( p. S6i— — 388 ) et quatre pages d'additions 
«t de corrections. — Le C: Laiiglès s'étoit d'abord 
JJToposé d'enrichir cette édition d'une table géogra- 
phique , dans laquelle il vouloit faire entrer en même 
temps toutes sortes d'éclaircissemens sur la géo- 
grapliie de l'^Egypte. Dans plusieurs notes des deux 
premiers volumes, le lecteur est renvoyé en efFet à 
cette table. Aussi le dernier feuillet des dix -neuf 
premières feuilles de ce IIL« volume , imprimées 
déjà en 1798 , contient le titre suivant : Table géo- 
graphique j)our le Voyage de ISlnrcîen ,com-poscepar 
L. Langlès ; mais depuis il a changé son plan, et 
il a refondu dans la table générale tout ce qui se 
rapporte à la géographie. 

Outre les gravures qui appartiennent à ce volume , 
et qui comprennent depuis le n.° 114 — iSg , on y 
trouve encore neuf autres gravures qui représentent 
les vignettes, les fleurons et diflPérens caractères or- 
nés ou historiés, dont est enrichie l'édition originale 
de Copenhague. Auprès de chacun de ces objets, 
on voit l'indication de la f)age à laquelle ils se 
trouvent. 

Nous n'avons pu qu'indiquer le plan de travail 
du C. Langlès , il faudroit donner une extrême 
étendue à cette notice pour faire connoîlre tout ce 
que chaque mémoire renferme de nouveau et de 
piquant. Cet excellent commentaire, ou plutôt ces 
savantes additions feront extrêmement rechercher 
cette nouvelle édllioD , même par ceux qui possèdent 

F 2 



34 Voyage. 

l'édition précédente , aucun de ceux qui voudront 
travailler sur l'yEgypte et la bien connoître , ne 
l^euvent même s'en passer. C'est ce qui assure son 
succès , malgré le peu de soin avec lequel la copie 
des gravures a été faile. Quoique le C. Langlès ne 
soit qu'éditeur , cette édition lui assignera parmi les 
orientalistes un rang auquel bien des ouvrages ne 
peuvent donner le droit de prétendre. C'est un des 
plus importans services que son infatigable activité 
ait rendu à l'histoire et à la littérature orientale. 

A. L. M. 



POÉSIE LATINE. 
Red ivi FUS latiarum Mus arum anior. 

Amisjumque decus, latiaeque oblivia liiigu» 

De/Ieie infraclà desiiie, tnusa lyrâ. 
H!c ubi perpetuae rictoria libertati 

Assidet, ;£temùm consociata cornes; 
^mulus en Xyberis, jam fert tibi Sequana vates 

Implgros Flaccum, Viigiliumque sequi. 
Ut quae gens Latium lauris et fascibus aequat, 

Ceriare et Latlis audeat illa modis. 

EUSÈBC SA].TBSIE. 



iiiiiiiimMMiiaiiiiiwimwiiiwiif 



VARIÉTÉS, NOUVELLES 

E T 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRES. 



NOUVELLES ETRANGERES. 
Allemagne. 

L'électeur de Bavière a fixé définitivement à 
Landshut l'université qui étoit à Ingolstadt. Trois 
couvens supprimés et le jardin électoral en fiar- 
meront l'emplacement. Les revenus des couvens en 
feront la dotation. 

Londres. 

L'Académie royale de peinture de Londres a 
donné, le premier de ce mois, un grand dîner, qui 
se renouvelle tous les ans avant l'exposition des ta- 
bleaux de ses membres. Cette exposition est plus 
brillante par le nombre que par la supériorité des 
ouvrages; les portraits y dominent, comme a l'or- 
dinaire; on y admire plusieurs bons tableaux de 
genre; aucun tableau d'histoire du premier ordre, 
mais beaucoup d'excellentes gravures. On pourroit 
s'étonner que les secours très-abondans que les ar- 
tistes trouvent dans cette vi!le, n'aient pas fait faire 

F 3 



86 Nouvelles II né mire s. 

au goût génc'ial et aux arts du dessin , des progrès 
plus marqués. 

N A P L E S. 

'Extrait cCune lettre de Naples , du 9 germinal 
an ïo. 

Le roi de Naples possède depuis longtemps , dans 
son Musée de Portîci , près de dix-huit cents ma- 
nuscrits sur Papyrus, qui ont été trouves dans les 
fouilles d'Herculanuni. Toutes les tentatives faites 
jusqu'à ce moment , pour profiter de celte précieuse 
découverte, n'ont procuré qu'un ouvrage tiès-insi- 
gnifiant de Philodemus sur la musique (i). M. le 
pniKe de Galles vient de demander à la cour de 
Naples d'autoriser M.. Huiler j l'un de ses bibliothé- 
caires , à faire , sur les manuscrits d'Herculanum , un. 
travail qui a pour objet de faire connoître les su- 
jets qui !y sont traités , et de publier les ouvrages 
qui paroîtront les plus intéressans. 

M. Haiter s'est livré à cette occupation avec un 
zèle et un courage qu'on ne peut bien apprécier que 
lorsqu'on a clé témoin de? difficultés presque in- 
surmontables qu'il faut vaincre pour dérouler des 
manuscrits réduits en charbon, et qui sont tellement 
frêles^, qu'ils se brisent et tombent en poussière par 
l'effet du souffle le plus léger. 

Le savant anglais vient de recueillir im fruit bien 

(i) Il y a ici une pclite erreur. On a aussi déroulé un manuscrit sur 
les Tertiis et les vices , de virtutibus et -uitiis , et si nous ne nous 
^-unipons , un troisième dont nous ne apus rappelons pas le titre. 



Nouvelles Uttêraires. 87 

|)récieux de tous les soins qu'il s'est donnés. Il a 
découvert , depuis peu de jours , l'ouvrage d'Spi- 
cure 3 intitulé : De la nature des choses, que l'on 
ne connoissoit que d'après ce qu'en ont dit quelques 
écrivains de l'antiquité, et qui paroît avoir servi 
de base au beau poème de Lucrèce. On est actuel- 
lement occupé à copier le manuscrit , et on ne per- 
dra pas un moment pour l'imprimer, aussitôt que 
la transcription sera terminée. 

M. Ilalter occupe dix personnes à dérouler un 
pareil nombre de Papyrus , et l'on doit attendre de 
cette louable activité, des découvertes d'autant plus 
importantes qu'il ne s'appesantira pas , à l'exemple 
du père Antoine , auliefois chargé de ce travail , sur 
des ouvrages peu intéressans, et qu'il ne se propose 
de recueillir que ceux qui auront rapport à la poésie 
ou à l'histoire, ou dont l'intérêt sera, en qxielque 
sorte, garanti par la célébrité de leurs auteurs. 

FRANCE. 

Société libre d'Atnaleiirs de sciences et arts 
de la ville de Douai. 

La séance anniversaire du 23 pluviôse dernier a: 
été remplie ainsi qu'il suit : 

i.° Ouverture à grand orchestre , de la composi- 
tion du C. Delttl, sociétaire résident. 

2." Discours d'ouverture, par le C. Si LV Y , pré- 
sident. 

3." Rapport analytique des travaux divers qui ont 

F4 



88 Nouvelles lit té mires. 

occupé la Société dans le cours de l'année, par le 
C. Thellier, secrétaire. 

4.° IJ Amandier .f fable, par le C. Hecart , de 
Valenciennes, associé correspondant. 

5." Im'itation à la vie cJiampétre , poème, par le 
C, Deltil , professeur de langues eu Angleterre, 
associé c irrespondant. 

6.» M.l'e Dunjont, amateur de cette ville, a chanté 
un morceau de la composition du C. Deltil, so- 
ciétaire résident. 

7.° Précis historique des découvertes galvaniques ; 
par le C Valéry Becquet , sociétaire résident. 

8." Analyse du lait ; par le C. Drapier , de Lille , 
associé correspondant. 

9.° Le Chien qui compte jusqu'à douze ^ ou la dou- 
ble Leçon, fable; par le C. SlLVY. 

io.° Feu d'artifice produit par divers gaz hydro- 
gènes. 

Programme. 

La Société libre d'amateurs de sciences et arts de 
la ville de Douai , a arrêté, le 3 pUiviose ati 10, de 
délivrer, dans sa séance anniversaire du 23 pluviôse 
an II, une médaille d'or ou d'argent, de la valeur 
de 100 fr. , à l'auteur qui aura mieux traité le sujet 
suivant : 

Parallèle entre le dix-huitième siècle et celui da 
Louis XIV , considéré sous le rapport des sciences 
et des arts. 

Les personnes de tout sexe et de tout pays, à 
l'exception des membres résidens et correspondans 
de la Société, seront admis au concours. 



NoiH'eîles littéraires. 89 

Les aspirans sont invités à adresser leurs ouvrages: 
avant Je i." frimaire an ir , au président de la So- 
ciété. Il ne les signeront pas , mais ils y mettront 
une sentence ou devise, et y joindront un billet 
cacheté, dans lequel seront leurs nom , prénom et 
leur adresse. 

Avant le i.'' pluviôse an 11 , la Société désignera 
l'ouvrage qu'elle aura jugé mériter le prix; et il 
en sera de suite donné avis à l'auteur, qui viendra 
lui-même recevoir la médaille, ou qui donnera sa 
procuration à la personne qui devra la recevoir en 
son nom. Il sera nécessaire d'exhiber la lettre d'avif. 

La société rejettera les ouvrages qui ne seroient 
que des traductions ou imitations , et ceux qui se- 
roient déjà connus dans le public. Elle invite les 
aspirans à respecter dans leurs écrits, le gouverne- 
iiement et les mœurs. 

Société des sciences et arts de Montauban. 

La Société des sciences et arts de Montauban 
tiendra une séance publique le 3o prairial de l'an 11. 

Elle y distribuera trois prix, dont chacun sera 
double, attendu que ceux de l'année sont réservés, 
faute d'ouvrages qui en aient été jugés dignes. 

Le premier esc destiné à l'auteur qui , au juge- 
ment de la section des sciences, aura le mieux traité 
le sujet suivant : 

" Déterminer par le calcul , et d'après les sup- 
" positions les plus vraisemblables , la quantité dont^ 
•• l'attraction de la lune peut élever l'atmosphère 
« au dessiîs de son niveau moyen 5 et la quantité 



90 Nom' elle s littéraires . 

" de l'influence de cette élévation sur celles du ba- 
" romètre , si toutefois celle élévation peut influer 
« sur cet instrument, lors même qu'elle seroit sen- 
« sible. " 

Le concours reste ouvert pour le second prix , 
sur le sujet déjà proposé par la section de litté- 
rature. 

•< Quel est, pour les femmes , le genre d'éduca- 
•« cation le plus propre à faire le bonheur des hom- 
" mes en société. » 

Quoiqu'aucun des ouvrages présentes n'ait obtenu 
la couronne, il en est un que la section a distin- 
gué; celui qui porte pour devise : ■< Les vertus des 
.< femmes sont difficiles, parce que la gloire n'aide 
" pas à les pratiquer. >• Avls d'une mère à sajilie ^ 
de M."" Lambert. 

Il paroît , en général , que le sujet a été plutôt 
senti que dévelopiié; des vues saines, dts vérités 
fortes, quelques aperçus d'une justesse frappante, 
ont fait regretter que les auteurs n'aient pas em- 
brassé le sujet dans toute son étendue. 

Un s'est plus occupé de la théorie de l'éducation, 
que des moyens de la réaliser par une méthode qui 
renferme l'application des principes : et c'est-là le 
principal but de la Société. 

Elle invite les concurrcns à revoir leurs mémoires , 
à perfectionner un style quelquefois incorrect, à 
lier surtout les pensées, et à les fondre dans un plan 
qui borne et circonscrive avec précision l'objet et 
les vues de l'écrivaiai. 

Le troisième prix sera décerné à l'ouvrage qui , 



Nouvelles littéraires, ' 91. 

au jugement de la section de commerce et d'agil- 
ciiltiire, aura le mieux résolu la question déjà pro- 
posée : 

<i Quel est le genre de manufacture qu'il convien- 
• droit d'introduire dans la ville de Montauban, 
" pour y augmenter l'industrie ? ■» 

Les ouvrages destinés au concours seront adressés," 
franc de port, à l'archiviste de la société , en deux 
copies bien lisibles, avant le i5 ventôse an 11. 

Les auteurs écriront leurs noms dans un billet car 
cheté, qu'ils joindront aux manuscrits; et chaque 
copie portera une devise ou sentence, quî, répétée 
au- dehors du billet, fera connoître à quel ouvrage 
il appartient : ce billet ne s'ouvrira qu'après le 
jugement, et pour celui-là seul qui aura réuni les 
suffrages. 

Il sera offert à chacun des auteurs couronnés, dans 
la séance solennelle, au nom de la Société et en 
présence des autorités constituées , une médaille 
d'or, dont la valeur sera deux fois , au moins , celle 
annoncée dans le programme de l'an 8. 

La Société consignera dans ses registres l'extrait 
des ouvrages qui auront mérité son choix, et se hâ- 
tera de publier les ouvrages mêmes dans le recueil 
de ses mémoires. 

Arrêté en séance extraordinaire, à l'hôtel-de-villé 
de Montauban, le 26 f-imaire an 10. 

CiKFRAlx , tf/Vé'cfef/r; YzAHN et Poncet-Del- 

PECH, »'/tf-cZ/7d'C/f«/S ;FrANCE-L AGE A VI Eut-, 
archiiis/c-tresorier ; LacOSTE-RiGAIL , secre- 
tiiiic; LaDE et ROBEKT-FOMFREDE , sfCJi?- 

Liirc'à-adjoiiiis, 



92 Noia-clles liltéraires. 

PARIS. 

Institut national. 

L'Institut national a nommé dans sa séance gé- 
nérale du 4 floréal , le C. Coquebert-Montbret , 
membre non-résident pour la section de géographie 
statistique, classe des sciences morales et politi- 
ques. Cette place étoit vacante par la mort du C. 
Beauchamp. Les concurrens du C. Coquebert 
étoient les CC. Mengin , officier de la marine, 
et Cambry , préfet de l'Oise. 

Société philomathique. 

LeC. Geoffroy, professeur au Muséum d'histoire 
naturelle , a lu la Description d'un nouveau genre de 
poisson y de Psrdre des abdominaux. On connoît en 
-'î^gypte, sous le nom de Bicliir , un poisson qui se 
rapprocheroit assez dii crfyman esox csseus , à ne 
consulter que son port, ses tégumens, la grandeur 
(;t la solidité de ses écailles; mais il en diffère, 
ainsi que du reste des abdominaux , par ses nageoires 
pectorales et ventrales placées à l'extrémité de bras, 
par le nombre et la forme de ses nageoires dorsales, 
par une organisation assez curieuse des branchies, 
et par une singulière disposition de son canal intes- 
tinal. 

Ses nageoires pectorales terminent l'extrémité de 
véritables bras , puisqu'on compte à l'intérieur de 
ceux-ci les mêmes osselets que dans les mammifères, 
à celte différence près , qu'ils sont réunis dans les 



Nouvelles littéraires. 98 

adultes, et tout-à-fait comprimés. Les nageoires 
ventrales n'ont pas une analogie aussi marquée avec 
]es extrémités des mammifères : le membre, com- 
parativement à la nageoire, est extrêmement court. 

La queue et sa nageoire sont d'une brièveté re- 
marquable , tout au plus égales aux sixième de la 
longueur totale ; et comme la tête n'a guère plus 
de longueur, l'animal paroîtpresqu'entièrement formé 
par un long abdomen. 

II y a de 16, 17 à 18 nageoires dorsales; le pre- 
mier rayon de chacune est une pièce solide , trans- 
versalement comprimée, et terminée par deux pointes. 
De sa face postérieure naissent vers le haut 4 à 5 
petits rayons cartilagineux , qui soutiennent une 
membrane assez étendue, le nombre de ses rayons 
osseux correspond à celui des vertèbres dorsales , 
avec cette singularité très-remarquable, que Fapo- 
physe épineuse de chaque vertèbre est terminée par 
une tête sur laquelle s'articule le premier rayon des 
nageoires. Ces premiers rayons ne sont pas pour cela 
privés de leurs apophyses tutrices; mais, devenues 
inutiles par cet arrangement , elles sont beaucoup 
plus petites qu'à l'ordinaire , et engagées sous la 
peau dans le tissu cellulaire : ce n'est plus que le 
rudiment de ce qui , dans les autres poissons , 
exibte avec plus de développement. 

L'ouverture branchiale est très-considérable , ce- 
pendant on n'aperçoit aucun vestige de rayons bran- 
chioslèpes : ils sont remplacés par une longue plaque 
osseuse. La membrane branchiostège ne peut ainsi 



ç'4- Nouvelles lillcrnircs. 

n\ se |)lis"?cr , ni se clf^plcwcr à volonté ; t-Hc est (ou- 
joiirs (également étendue , ce nui a rendu n{:^cessaire 
une organisation propre au Bicliir. La (é(e est re- 
couverte d'une grande claque, composée cle six pièces, 
toutes articulées ensemble. Cette esp.èce de casque 
se trouve séparée de l'opercule par une blinde com- 
posée de petites pièces carrées. Vers le milieu , la 
plus longue de ces pièce» est libre par un de ses 
bords : c'est une espèce de petite portier*- ou de sou- 
pape que l'eau soulève pour s'éc]>.apper de la cavité 
de la bouche, dans le temps que l'animal ferme .sou 
ouverture branchiale. 

Les mâchoires sont garnies d'une double rangée 
cle dents fines, égales et assez rapprochées; la ca- 
vité de la bouche remplie d'une langue libre , charnue 
et lisse ; la lèvre inférieure ornée de deux petits 
barbillons. 

Le Vert derner est la couleur générale du Bichir; 
le ventre tire une peu sur le blanc sale : cette couleur 
est relevée par quelques tacJies noires, irrégulières , 
plus nombreuses vers la queue que vers la tête. 

Le Bichir n'a guère plus de 5 décimètres de lon- 
gueur ; on trouve dans le tableau suivant le nombre 
des rayons de ses diverses nageoires.'* 

B. I. D. i6, 17 ou 18 N. Dorsales, P. Sa, V. i3, 
A. i5 , C. 19. 

Le canal intestinal rapproche le Bichir des squales 
et des raies. Un œsophage assez spacieux donne nais- 
sance à un estomac plus rétréci , alongé , et de 
forme conique. L'intestin sort de la partie supérieure 



Nouvelles l'iHéraiies. 9,$ 

t^e cetfe poche : il est d'abord légèreraent arqué, 
et se rend ensuite droit à l'anus } il est pourvu d'un 
cœcum très-court ; l'intérieur du canal intestinal est 
remarquable par une large duplicature de la mem- 
brane interne : elle chemine en spirale, de manière 
à former par ses difFérens replis, autant de cellules 
qui arréteat le cours des alimens , et prolongent ainsi 
leur séjour dansl e canal intestinal. 

Les vessies natatoires sont au nombre de deux, 
inégales, flottantes, presque cylindriques : la plus 
grande occupe toute la longueur del'abi'omcn ; elle 
communique avec l'œsophage par une large ouver- 
ture qu'une espèce de sphincter ferme au besoin. 

Les habitudes du Bichir ne sont pas connues : il 
est très rare dans le Nil. 

Je n'insister /i point sur ses rapports naturels ; 
ce que je viens de faire connoître de son organisation 
me paroît suffisant pour prouver que le Bichir n'a 
guère d'autres rapports avec les poissons abdominaux, 
que la position respective de ses nageoires pectorales 
et ventrales, et que d'ailleurs il en diffère assez pour 
devoir être considéré comme un être isolé, et comme 
dans cet état d'anomalie que les naturalistes ont 
coutume de désigner sous le nom de genre nouveau ; 
eu conséquence , j'établis ce genre ainsi qu'il suit : 

<3ah. IND. Vnseulrayonbranchiostège ; deux évents, 
un grand nombre de nageoires, l^QL'YV'lkB.K Bichir. 



9^ Nouvel /es liltéraires. 

Sur une nouvelle espèce de Tcstacellp , ]iciT le C. 
Faure-BigUKT , de Crest , cJépavlement de là 
Drôme. 

Les ce. Cuvicr et Lamarck. ont nomme' TestacelleSy 
des limaces qui portent une petite coquille sur l'ex- 
trémité postérieure de leurs corps, et qui avoient 
été décrites par plusieurs naturalistes, notamn)ent 
par Favanne. L'espèce observée par l'auteur est nue , 
de la longueur de sept à huit centimètres : elle a 
quatre tentacules. L'ouverture de ses organes de la 
génération , au lieu d'éire près du col , se trouve 
vers l'extrémité postérieure supérieure, où elle est 
recouverte par une petite coquille plate et solide, 
pourvue d'un demi-lour de spire et d'une saillie 
intérieure à la lèvre gauche , au dessous de cette 
spire. Elle ressenible à un petit ormier d'Adanson 
C oreille de mer, haljotis ) qui ne seroit pas percé 
de trous : on pourroit encore mieux la comparer au 
sigaret. 

Cet animal vit habituellement dans l'intérieur de 
la terre, où il s'enfonce jusqu'à un mètre et plus, 
■suivant les saisons. Il ne vit point de végétaux fiais 
ou pourris, comme les limaces : il fait sa nourriture 
habituelle des lombrics, qu*il suce et avale entiers , 
ainsi que les serpens qui ont saisi un animal phiî 
gros qu'eux. Ce qu'il y a de particulier, c'est qii il 
ne continue à avaler, le lombric qu'à mesure qu'il ea 
a digéré la portion déjà introduite dans son estomar, 
et que la portion qui est restée dehors continue à 
donner des signes de vie tant qu'on la voit. 11 pond 

des 



hl ouvelles Utléraircs. py 

di'S œufs très-gros relativement à ceux des limaces, 
mais aussi sont -ils en plus petit nombre, sl\ à sept 
au plus. Ces œufs ne sont point recouverts d'une 
peau molle , mais d'un test dur, grenu, semblable 
à celui de œufs des oiseaux. 

Le C. Bosc a d.^crit deux nouvelles alvéolites. 
Le C. Lamarck nomme Alvéolites des polypiers 
formés de couches nombreuses , qui s'enveloppent , 
et qui sont composées de cellules prismatiques , for- 
mant un réseau à leur superficie. A cette définition, 
il ajoutoit que ces polypiers étoient globuleux ou 
hémisphériques. Le C. Bosc vient de découvrir deux 
espèces qui ne peuvent se rapporter qu'à ce a;enre ; 
mais qui ont, l'une, une forme ovale ^ et l'autre, 
oblongue et presqu'enyî/se«z<. Il nomme la première 
Alvéolite grain de millet , et l'autre , Alvéolite grain 
de fétuque ; celle-ci a , indépendamment de sa forme, 
un caractère particulier dans huit arrêtes qui par- 
tagetit longitudinalement sa superficie, et qui indi- 
quent autant de lames qui en partagent l'intérieur, 
de l'aite à la circonférence. Ces deux Alvéolites ont 
été trouvées dans un sablon calcaire , au dessus du 
village d'Auvert , dans la vallée de l'Oise. 

Le C. Clarion a donné la description d'une iiou' 
felle espèce de Phaca. Phaca glabra. P.cauleramoso 
fvoslratro yfolÏLs ovato-lanceolatis , Jlorum alis inte- 
gerrimis , legumznibus glabris. 

La racine de cette plante est vîvace, comme ligneu- 
se, simple ou bifurquée, peu fibreuse; le collet donne 
ïiaissance à plusieurs tiges étalées ii^Jes, cannelées, 

Tome I. G 



ç8 Nouvelles littéraires. 

simples inférîeurement , et rameuses vers le sommefj 
les feuilles sont alternes ^ peu nombreuses , pennées 
avec impaire ; le pétiole commun porte 9-18 foliole» 
ovales, terminées par une pointe peu saillante et 
comme glanduleuse, d'un vert glauque en dessous; 
les stipules sont opposées , ovales , aiguës , quelque- 
fois réunies , et alors elles engaînent la tige ; les 
pédoncules dépassent les feuilles , et portent un épi 
cle fleurs horizontales ou penchées ; le calice est à 
5 dents , et couvert de poils noirs ; la corolle est 
papillonacée , blanche , à l'exception de la carène 
et de la partie des ailes voisines de la carène , qu» 
sont violettes. L'étendard est ovale, échancré, élevé 
en arrière , les ailes sont ovales-linéaires, courbées, 
plus courtes que l'étendard. L'ovaire est porté sur 
un court pédicule, et est surmonté d'un style per- 
sistant, courbé en demi-cercle, terminé par un sti- 
gmate aplati. A ce pistile succède une gousse glabre 
pédiculée , vésiculeuse, pointue aux deux extrémités, 
la suture supérieure rentre uu peu en dedans de la 
gousse, et porte des graines réniforraes. 

La Phaque glabre diffère de la Phaca Gcrardi 
Vill. par sa gousse glabre ; de la Phaca alpiiia , par 
sa lige droite , et de la Phaca australis , par ses ailes 
tntières. 

Elle croît dans les montagnes de Praz , déparfe- 
»ent , des Basses-Alpes. Elle fleurit en messidor. 



Nouvelles lillLiaues. gcj 

Ecole de médecine. 

Obser\^aiions sur les effets du gaz carhonneiix dans 
Véconomie animale , par le C. ChauSSIER. 

On croyoit , il y a vingt ans , que le salpêtre qu'on 
faisoit fuser sur des charbons ardens, fournissoit de 
l'air vital et purifioit ainsi l'air altéré. Le C. Chaus- 
sier reconnut à cette époque que ce procédé , loin 
d'être utile ^ n'étoit pas sans danger, puisqu'il pro- 
duisoit un gaz non-respirable , insoluble dans l'eau 
et plus pesant que le gaz inflammable proprement 
dit. 

L'analyse de ce gaz a prouvé depuis , aux CC. 
Guyton , Desormes et Clément , qu'il étoit composé 
de gaz acide carbonique et de gaz carbonneux. Le 
premier ne contenant sur loo parties que 27 à 28 de 
caibone, tandis que le second en contient de 46 

à 52. 

C'est avec ce gaz carbonneux bien purifié que le 
C Cbaussier a fait quelques expériences sur les ani- 
maux vivans et sur le sang tiré récemment des vei- 
nes. Pour en mieux connoître l'action, il les a fait 
comparativement avec d'autres fluides aériformes- 
Voici quelques - uns des résultats qu'il a obtenus > 
Dans le gaz hydrogène pur ^ asphyxie lente, le sang 
et toutes les parties gardent une teinte brunâtre. 

Dans le gaz hydrogène sulfuré ^ asphyxie subite , 
le sang, le foie , toutes les parties prennent une cou- 
leur noire. 

Dans le gaz hydrogène carboné j asphyxie moins 

G 2 



loo Nouvelles lit 1er aire s, 

prompte que dans le gaz aciile carbonique, maïs 
plus rapide que dans le gaz hydrogène pur , le sang 
et toutes les parties ont une teinte vermeille. 

Dans le gaz acide carbonique , aspliyxie , en peu 
de secondes; à la suite d'efforts convulsifs pour re- 
spirer, les muscles s'afFaissent , ne sont plus irrita- 
bles; le sang se coagule peu : il prend, ainsi que 
toutes les autres parties, une couleur obscure. Sou- 
vent les poumons ne surnagent point. 

Enfin, dans Xe^azcaibonneux , asphyxie plus lente, 
les muscles restent plus longtemps irritables ; le sang 
et toutes les parties prennent une belle couleur écar- 
late. 

Il résulte de ces expériences que les gaz qui con- 
tiennent du carbone, donnent au sang une couleur 
vermeille, analogue à celle qu'il contracte quand il 
absorbe l'oxygène. 

Note sur une artère fournie au poumon par l'aorte 
abdominale; par le C. Maugars , étudiant en 
médecine. 

Cette artère a été observée sur le cadavre d'un en- 
fant de sept ans. L'aorte lui donnoit naissance d& 
sa partie antérieure et droite, un peu au dessus du 
tronc cœliaque qu'elle égaloit en grosseur. Placée 
derrière l'œsophage , elle donnoit d'abord la sous- 
diaphragmatique droite ; puis passoit dans la poi- 
trine au travers du diaphragme avec l'œsophage, s'y 
divisoit en deux branches qui se portoient presque 
à angle droit, se dirigeoient de l'un et de 1 autre 
côté vers le poumon. La droite étoit un peu plus 



Noin'elles littéraires. loi 

longue et moins grosse que la gauche. Toutes deux 
parvenues clans le poumon , se distribuoient à son 
lobe inférieur, et comniuniquoient très - distincte- 
ment par des anastomoses avec les dernières rami- 
fications des artères pulmonaires , qui contenoient 
du sang noir. Il y avoit des artères bronchiques, 
comme on l'observe ordinairement. 

l^ote sur un moyen employé avec succès pour faire 
■périr le ver solitaire , par le C. BoURDiER, pro- 
fesseur à l^ Ecole de médecine de Paris. 

Le C. Bourdier ayant eu à traiter, dans les pre- 
miers temps qu'il se livroit à l'exercice de la méde- 
cine, une femme tourmentée par un ver solitaire, 
lui conseilla d'employer le remède de M.'"* NoufFer 
qui a été , comme l'on sait , publié en lyyS , par 
ordre du gouvernement. Ce moyen loin de réussir, 
ayant eu quelques inconvéniens dans l'usage qu'on 
en fit trois fois consécutives, ce médecin crut devoir 
rechercher une autre méthode, et voici celle à la- 
quelle il s'arrêta- d'abord. 

Croyant qu'il seroit avantageux d'assoupir le ver 
avant de chercher à le faire périr, il prescrivit une 
foibie dose d'opium pendant quatre jours, et le cin- 
quième il ordonna une médecine ordinaire; mais ce 
moyen ne réussit pas mieux que le précédent. Ce 
fut cependant d'après le même raisonnement qu'il 
Imagina et employa celui que nous allons faire con- 
noîlre ,et qui lui a réussi depuis un très-grand nom- 
bre de fois. 

11 prescrit de prendre , le matin à jeun , un. gro<; 

G 3 



I02 Nonvelles littéraires. 

d'éther sulfurique dans un verre de forte décoc- 
tion de racine de fougère mâle. Une heure après 
cette première dose du remède, et lorsque le ver, 
plongé dans celte liqueur , doit en ressentir fef- 
fct , il fait prendre deux onces d'huile de ricin 
unies , en forme de loock , avec un syrop quelconque. 
En général il fait répéter l'usage du ménle remède 
le lendemain, et quelquefois le 3.e jour. Le ver est; 
ordinairement rendu à demi-désorganisé : on n'en re- 
conno'u les débris qu'en examinant avec attentio» 
les matières évacuées. 

Ce remède ne présente aucun inconvénient. Le 
malade n'éprouve pas d'accidens et n'a besoin d'au- 
cune préparation. Lorsque le ver se trouve dans l'es- 
tomac, on a la certitude du succès. Sur quatorze per- 
sonnes traitées par ce remède, cinq qui avoient le 
ténia dans le ventricule, ont été guéries en trois 
jours. Parmi les neufs autres , qui avoient le ver 
dans le canal intestinal ,deux ont été aussi guéries 
en trois jours ; quatre , après avoir subi deux fois 
le traitement à deux époques peu éloignées j les trois 
autres n'ont point été guéries : il est vrai qu'on n'a 
point essayé un troisième traitement. 

Lorsque le ver est présumé exister dans le canal 
intestinal , le C. Bourdier ajoute aux moyens indiqués 
plus haut, un lavement fait avec la même décoction 
de fougère dans laquelle on verse deux gros d'éther, 
qu'il fait introduire un instant après que le malade 
a pris la potion éthérée. 11 attaque ainsi l'ennemi 
en même temps par les deux orifices du tube in- 
'Citinal, et dans ses derniers retranchcmens. 



Nouvelles lîtlér aires. io3 

Concours du minisire de Vintérieur. 

Le ministre de l'intérieur a ouvert un concours 
auquel sont appelés tous les beaux-arts (excepté la 
poésie et l'éloquence). Le but est de célébrer les 
deux époques de la Paix d^ Amiens et de la Loi sur 
les cultes. 

On demande à la gravure des médailles ; à la sculp- 
ture des groupes ; à la peinture des tableaux 5 à l'ar- 
chitecture un arc de triomphe. (Il faut consulter pour 
les dimensions que doivent avoir les ouvrages des- 
tinés au concours, pour le montant des prix, les 
conditions à remplir, etc. , l'arrêté même qui a été 
inséré dans tous les Journaux ). 

Si le ministre n'a point appelé à ce concours, la 
poésie et l'éloquence, c'est que sans doute il aura 
voulu réserver à l'Institut national la gloire de pro- 
poser et de décefner des prix sur ces grands sujets , 
dont toutes les muses doivent s'emparer à l'envi. 

Circulaire du même ministre j sur l'exposi- 
tion de l'an 10. 

D'après une circulaire du même ministre, on est 
assuré qu'il y aura cette année, comme l'année der- 
nière, une exposition publique de l'industrie natio- 
nale , dans la cour du Louvre. Il faut que tous les 
objets qui devront être exposés, soient rendus à 
Paris avant le i5 fructidor. 



G4 



104 Nouvelles littéraires. 



THÉÂTRES. 

Théâtre Lo u v o i s. 

Une Matinée du jour. 

Mauvaise imitation du Cercle , jouée le 29 floïéaL 
Le public en a fait justice. 

T H ÉAT RE BU Va VDEVILLE. 

II. 76. 88. 

C'est sous ce titre bizarre qu'on a joué au théâtre 
du Vaudeville , le i." prairial , l'anecdote arrivée à 
Gouesse , chez le C. Fauvel , buraliste de cette ville» 
Cette anecdote, insérée dans tous les journaux, a 
fait connoître le généreux désintéressement du C. 
Fauvel. Il assistoit lui-même à la première repré- 
sentation de cette pièce , et n'a pas dû être bien 
satisfait de l'esprit des auteurs qui l'ont mis en 
scène. En effet , rien de plus insipide que cette 
production nouvelle , où le genre des jeux de mots 
et des pointes , brille dans tout son éclat. Une lé- 
gère intrigue d'amour achève d'endormir le public 
qui sait d'avance tout ce qui doit arriver. C'est M. 
Bellejlcur ^ jardinier de Gonesse, qui suit le terne, 
et à qui M. Fauvel. a déjà fait des avances. Fauvel ^\s 
aime la fille du jardinier de Gonesse; il a pour rival un 
Farinet^ garçon boulanger, plus bêle que Jocrisse, 
car ses bêtises ne font pas rire. Le terne sort. Mais 



Noui^'cUes littéraires. io5 

M. Fauve] qui a refusé à Bellefleur de lui prêter de 
quoi faire sa mise, l'a faite en secret, et lui paye 
le terne au moment où celui-ci se désole. Le ma- 
riage des deux amans termine très-naturellement la 
pièce. Les gens de goût ont dû s'étonner d'enten- 
dre nommer les auteurs , les CC Dievlafoi , 
Chazet et Dubois. Ce dernier a fait, par cet ou- 
vrage, son début au Vaudeville. Il paroit que la 
promptitude avec laquelle la pièce a été faite, na 
pas peu contribué à sa foiblesse ; mais du m.oîns un 
jardinier ne devroit pas parler comme un poète de 
ruelle, et faire des madrigaux et des épigrammes 
qui ne conviennent ni à son état ni à son caractère. 

Les Hasards de la guerre. 

Si cette pièce, jouée le 21 floréal, n'est pas pour 
l'intrigue beaucoup plus forte que le terne j au moins 
le mauvais goût n'y règne-t-il pas : on y a applaudi 
des couplets bien écrits et bien pensés : mais la foi- 
blesse du fonds est si grande que certainement cette 
pièce ne restera pas longtemps au répertoire. Ger~ 
cour , officier françois, a sauvé la vie à un colonel 
allemand, a loué pour lui une maison, et l'y loge 
avec sa sœur, la belle Rosemonde , dont il devient 
amoureux. La reconnoissance du frère et de la sœur 
remplissent la première moitié de la pièce. Rose- 
monde fait un tableau qui représente l'instant où 
Gercour sauve la vie à son frère. Celui-ci met au 
dessous du tableau , des billets de caisse que Ger- 
cour lui renvoie, quoiqu'on soit prêt à l'arrêter pour 
délits. L'a!]eniarjd prend ce rcr;;.-, pour de la hauteur. 



io6 Nouvelles Unéraires. 

Rosemonde, qui sait par le valet de Gercour que 
celui-ci l'aime, conseille à son frère de lui donner sa 
main ; c'est ce que fait le colonel. On voit que dam 
cette pièce tout se fait par recomioissance. Ce mot 
finit quatre ou cinq couplets. L'auteur est le C. MaU- 
HICE Seguier. Vcrpré , Carpenlier et M."" Bclle- 
jnont ont très-bien joué leurs rôles , ainsi que le C. 
Chénier , dans une petite scène où il fait un usutier 
juif; mais 1^ C. Henri a. été d'une fadeur insuppor- 
table. ]1 avoit plutôt Valr d'un Colin que d'un offi- 
cier de hussards. 



LIVRES DIVERS (i). 



^ Ornithologie. 

UlSTornE naturelle générale des Grimpereaux et 
des Oiseaux de paradis, 20, 21, 22 et 2.3."" 
lu raisons , de la col fec lion des Oiseaux doiés ou 
à rejlets métalliques , et 7, 8 , 9 et 10.'"' des 
Grimpereaux, Prix, grand in-f'olro , jé.^us vélin, la 
lettre en or au bas des figures, 36 fr. ; prix, grand 
i"-4'' , jésus-vélin, 21 fi. Cet ouvrage se vend, à 
Paris, chez Desruy , éditeur, rue Hautefeuille , 
Ji.° 36. 



On remarque, particulièrement dans la lo.'"' li- 
vraison, les magniliques grimpereaux de la mer dti 
sud, que l'éditeur s'est procuré à Londres, où ils 
ont été dessinés avec grand soin. Il y auia qualre 

(1) Les ailicles marqués d'une * sont ceux dont nous donnerons un 
exiraif. 



Livres divers. 107 

livraisons de ce g^nre, en espèces rares et curieuses, 
dont les collections tiançoisea sout privées. Elles 
vont paroître incessamment. Les amateurs pourront 
comparer la dilfétence de style des peintres d'his- 
toire naturelle, français et anglois, 

ICHTHYOLOGIE. 

Histoire naturelle des Poissons; par le C. LACÉ' 
PÈDE. Tome II f. A Paris, chez Plassan, rue de 
Vaugirard, n.° iigS. An X. 558 pag. in-4.'' 

L'auteur est arrivé à la partie la plus difficile de 
son ouvrage, à ces poissons thoraciques - épineux , 
que la nature a répandus avec tant de profusion 
dans les eaux , et auxquels elle a donné des couleurs 
si vives , si variées, et des formes si peu différentes, 
t{ne le désir qu'ils inspirent de les connoitre égale 
]a difficulté qu'on éprouve à les éludier. 

Leur distribution méthodique éioit Jusqu'à pré- 
sent si mauvaise, que le C. Lacépède a été obligé 
d'y faire des changement très-nombreux, dont nous 
allons essayer de donner, une idée, sans nous as- 
treindre à suivre le même ordre que lui. Quoique ce 
volume n'aille que jusqu'aux opliicéphutes et aux 
hologymnoses , comme le tableau qui le précède 
s'étend jusqu'aux persegues , et qu'on y voit par 
conséquent les changeniens qui auront lieu dans le 
commencement du 1V.° , nous embrasserons aussi 
ces derniers dans notre extrait. 

L'auteur termine d'abord l'histoire des scombres , 
commencée à la fin du deuxième volume. Il passe 
aux genres qu'il a sépares du genre SCOMBUE , tel 
que l'avoient adopté Linnœus et Bloch 5 ce sont : 

.1. Les Caranx , qui n'ont point de fausses na- 
geoires, mais dont la queue est carénée latérale- 
ment. ( Exemple ; Se. tnuliurns ). 

2. Les Trciclunotcs , qui ont de plus que les pré- 
cédens des aiguillons cachés sous la peau, au devant 
des nageoires dorsales. (L'x. Se. Jalcatus), 



io8 Livres divers. 

3. Les Cara«a?omorffs, difFéiens des caranx , parce 
qu'ils n'ont qu'une nageoire dorsale. ( Ex. : Se. pc 
lugicus , L, ). 

4. Les Casio , ou Scombres sans fau'^ses nageoires, 
a une seule nageoire dorsale , ei dont la lèvre su- 
périeure est très -extensible. (Ex, : Cenlrogaslcr 
€i]uula j Zi. ), 

Trois sortes de poissons inconnus jusqu'ici , et 
voisins des scombres, ont encore iourni trois genres 
nouveaux, savoir: 

5. L,es Scombéroïdes , ou Scombres avec des fan^^ses 
nageoires et des aiguillons libres devant la nageoire 
dorsale, 

6. Les Casiomores , qui ont au devant de leur na- 
geoire dorsale unicjue quelques aiguillons, mais qui 
nont point de fausses nageoires. 

7- Les Scombéromores , qui ont des fausses na» 
goires, sans aiguillons isole's, mais qui diffèrent des 
scombres en ce qu'ils n'ont qu'une nageoire dor- 
sale. 

Enfin le Scoinber gladhis fait avec raison un genre 
nouveau , sous le nom d'Istio/ihore. Ses caractères 
consistent, comme on sait, dans i'épée qui termine 
son museau , et dans les nageoires ventrales à deux 
rayons séparés. 

Le genre gastérostée a donné trois démembre- 
niens; savoir: 

1. Les Centranantes , qui ont au moins 4 rayons 
aux nageoires ventrales; les gastérostées actuels en 
ont au plus 2. (Ex. : gasterosteus ductor). 

2. Les Lép/sacan/hns , qui ont les écailles du dos 
épineuses. (Ex. : GusWrosleus Japonicus.). 

o. Les Cephalacaiilhes , qui ont le derrière de la 
tête garni de deux picjuans dentelés. (Ex.: Gasler, 
apinareiUi ). 

Le genre CentrogastÈRE n'a fourni que 
Les Centropodes , qui n'ont qu'une épine aux na- 
geoires ventrales, au lieu de 4. {^'E.y..: CcnUogas- 
^i'/- rhombeus }. 



Livres divers, 109 

Le genre corypHvENa en a donné deux : 

1. Les Jléiniptéronotes , ou Coryphènes , dont la 
nageoire dorsale n'occupe que la nioilié de la lon- 
gueur du dos. (Ex. : Cor pehidaclyla ), et 

2. Les Coryphéiioïdes , qui n'ont pour ouverture 
des branchies qu'une fente transversale. ( Ex. : Cor. 
branchiostega ). 

Le genre COTTUS a produit : 

1. Les Ajiidophores , ou Cottes cuirassés et à deux 
nageoires dorsales. (Ex. : Cottiis cafapliraclub^. 

2. Les Aspidopli 'Toïdes , ou Cotfes cuirassés qui 
n'ont qu'une nageoire dorsale. (Ex. : C. moiiop- 
terygius ). 

Le g» nre trigla a donné : 

1. Les Diu ty/optères , dont les rayons souspecto- 
raux sont réunis en une nageoire surnuméraire. 
(Ex. : Tng-lu vofiUins'). 

2. Les Priono/es , qui ont des aiguillons dentelés 
entre les nageoires dorsales. (Ex. : Trigla evo- 
lans ) , et 

3. Les Perissédions^ ou Trigles cuirassés. (Trigla 
euUii lir,ula J . 

Le génie MuLLUS a fourni V Apogon ^ ou Mulle 
s.îiis liai billons. 

t. es MavROURES , les LONCHURES , les GYMNÈ- 
TRK^, les LCHENEÏs et les SCORPÈNES n'ont point 
subi de démembrement. 

Trois genres nouveaux qui paroissent se rappro- 
cher plus ou ttio'.ns des mxdl.es ^ ont été établis par l'au- 
teur , seulement sur des dessins faits à la Chine, 
par des Chinois, et non accoîiipagnés de notices 
écrite--, ce sont les macroppdes ^ qui ressemblent à 
des MUGlLS, dont les nageoires ventrales seroient 
sous les pectorales et très longues; les boslryckes ^ 
qui ressemblent à des gobies alongés, et qui ont 
deux ten'acuies et deux nageoires dorsales; et les 
boitruhaïdts qui ne différent des bostryches que 
parce qu'ils n'ont qu'une nageoire dorsale. 

Mais il rcioit encore au C. Lacépede cette ira- 
meuse quantité de thoraciques acanthoptérygiens , 



ITO 



L/crcs d'iK'ers, 



tlrcrils péle-rtiéle ]iar Linnncus ef par ses t'ièves, sous 
les noms mal clrtc'rmitu's , et plus souvent encore 
mal appliqués, de pt.RCHKS, de scjknkS, de la- 
.BRES et de SPARES. On connoît les efforts qu'avoit 
déjà fait Bloch pour débrouiller ce cliaos 5 noire 
auteur a pris de nouveaux moyens qui l'ont conduit 
aux résullats suivans. 

Il conserve d'abord les genres fails par Bloch , 
d'après les épines et les dentelures des opercules, 
savoir : les i.utians, les bodianr et les hoi.ocen- 
TRÉS. Il conserve encore les genres i.apre,spark 
et SGARE, déterminés, le premier, d'apiès l'épais- 
seur des lèvres j le second , d'après la grandeur cl la 
forme des dents; et le troisième, par la nudiîé des 
mâchoires. Mais il réduit tous ces genres aux es| èces 
c{ui n'ont qu'une nageoire dorsale; puis il distribue 
suivant les mêmes principes, les acanthoptérygiens 
à deux nageoires dorsales; en mettant chaque genre 
à deux nageoires, près de celui à une seule, qui lui 
ressemble d'ailleurs. C'est par ce nombre de na- 
ceoiies seulement que ses cheylodiplhns différent des 
labres ; ses ustliorimjiies , des scares ; ses dlptérodons^ 
des spares ; ses ceiitropomes , des lut jans ; ses sciènes , 
des bodians ; et ses jH'r.st\iucs , des lioloccntres. De 
celte manière, les perches vulgaires se trouvent dans 
le genre pcrca , tandis que dans la distribution de 
Bloch elles entroienl dans un autre. Ensuite, toutes 
les fois qu'il y a eu quelque particularité de iorme 
qui pouvoit autoriser un démembrement, il l'a saisie. 
Ainsi, ses chcyliius sont des labres qui ont des ap- 
pendices vers la queue ; ses osphnniènifs , des labres , 
dont un des rayons de la nageoire ventrale est très- 
prolongé ( ex. : Luhrus gtilltis ) ; ses t/uic/iopodes, des 
labres dont les nageoires ventrales n'ont qu'un seul 
rayon très-alongé ( Labrus tiicoptcrus ) '^ ses Taiii^i" 
liâtes^ des bodians dont la nageoire dorsale s'étend 
depuis les yeux jusqu'à la queue; ses microj.tcrt's , 
des sciènes dont la nageoire dorsale postérieure est: 
très-courte et à peine de 5 rayons. 

Les ANTHJAS et les Epinélèphes de B'och ont 



Livres divers. 1 1 1 

i?lé supprimés comme fondés sur des caractères de 
peu de valeur, et difficiles à expliquer; mais ses 
OPHicÉPHALES ont été conserves , et il a été établi 
plusieurs genres nouveaux , sur des caractères isolés , 
analogues à celui des ophlcéphales, et suffisans 
comme lui pour faire mettre à part les espèces qui 
les offrent. Ces genres sont : 

1. Les Coris ^ qui ont avec la forme des labres 
la tête revêtue d'un casque d'une seule pièce, soudé 
même avec les opercules ; 

2. Les Gomphores ^ qui réunissent à cette même 
forme un museau prolongé en forme de clou 5 

3. Les Kiphoses^ qui ont toujours avec cette forme 
une bosse derrière la nuque; 

4. L.es Ho/ui(yninoses ^ qui ressemblent à des la-, 
bres dont le corps n'auroit point d'écaillés sen- 
sibles ; 

5. Les N,isn7is , qui ressemblent aux teuthies, même 
par les épines des côtés de la queue, mais qui ont 
«ne saillie au dessus du mi'iseau : le Chœtodon iini- 
corins , L- en est un exemple ; 

Enfin les Monodacijles ^ les Plecthorhiques et les 
Pogoiiias sont trois genres caractérisés , le premier, 
par des nageoires ventrales d'un seul rayon très- 
court; le second , par des plis nombreux sur le mu- 
seau , et le troisième par de nombreux barbillons. 
Comme ils ne sont pas figurés, nous ne pouvons 
dire de quels genres anciens ils approchent le plus. 

11 y a donc dans ce volume 40 genres qui n'avoient 
point encore été établis. Les espèces nouvelles sont 
au nombre de 100 : le plus grand nombre est tiré 
des manuscrits ou des dessins de Commerson , 
quelques-unes des dessins de Plumier, d'autres de 
dessins fai(s à la Chine, le reste a été observé par 
l'auteur dans la collection du Muséism. 11 y a long- 
temps que l'ichdiyologie n'avoit été enrichie d'aussi 
nombreuses découvertes. Quant à la manière dont 
l'histoire des poissons est exposée dans ce volume, 
îl nous suffit d'annoncer qu'elle est la même qui 



I r il Livres divei's. 

règne dans les préc{?clens ; le public l'a trop goûtée J 
pour que nous ayons besoin d'eu dire d;ivan(age, 

C, V. 
Botanique. 

Calendrier ds Flore, ou Elude desjleuis, d\i- 
près nature-, par M.'^e T^. D. c*****. 2 vol. in 8." 
de 960 p. De l'imprimerie de Crapelet. A Paiis , 
chez Maradun, libraire, rue Pavée-Saint-André- 
des Arcs , n." 16. Prix, 9 fr. , et 11 fr. francs de 
port par la poste. 

L'auteur tient plus qu'il ne promet \ il traite, non-- 
seulcment des fleurs, mais des arbres et des plantes 
qui jouissent de cette parure. La classification de 
Linné avec les changemens que Jiissieu a cru de- 
voir y faire, d'après ses observations, et que le C. 
Desfontaines y a ajouté d'après ses découvertes, 
conduisent l'élégante botaniste dans les 24 clastes 
qu'elle parcourt. •< Le ciiarme des fleurs ne s'ana- 
•• lyse point, dit-elle, et c'est pour cela qu'il est 
" universel. Leurs parfums , l'élégance de leurs 
« contours, l'ensemble harmonieux de leurs parties 
■< et de leurs couleurs , l'espoir raisonné des fruits 
« qu'elles créent ou qu'elles recèlent; voilà peut- 
<• être à quoi on doit attribuer leur effet souverain. 
■< Dieu les a semées avec profusion comme les 
•> jouissances dans la vie , et nous les foulons 
" de même sans daigner les cueillir. Le bota- 
'" niste cherche à connoitre tant d'aimables indi- 
« vidus qui pompent le m^-me ciel, s'abreuvent 
« des mêmes eaux que lui-même, sont nourris du 
•• même sol et échauflTés du même soleil. Il faut 
<■ d'abord qu'il les distingue, et ensuite qu'il les 
• étudie. Il en cherchera donc, d'abord la loi corn- 
•< mune, puis les caractères particuliers.» C'c-t ce 
que fait la jeune botaniste dans une correspondance 
avec son amie, illle parcourt tous les dons du créa- 
teur , toutes les richesses de la nature, depuis la 
mousse jusqu'au tilleul ; elle en décrit l'organisa- 
tion , 



Livres divers. ii3 

tîon , les caractères qui les differentient , leur physio- 
nomip propre avec une précision , et en même temps 
une cl-irté qui rendent l'ouvrage élénaentaireet propre 
à guider Joules les personnes qui vondroient s'otcu- 
ptr de connoit recel te immensité de bienfaits que la na- 
ture a répandu , ou dont elle a embelli le globe. - ("on- 
" vaincu qu'un certain degré de chaleur est néces- 
« saire pour faire fleurir telles on telles plantes , 
" et, qu'insensibles à l'époque de nos inoi> , elles 
• nVcoutent jamais que l'appel du réphyr et du so- 
«' leil, Linnéavoit projeté, et peut étr( exécuté , pour 
" son jardin, un Calendrier de Flore; il vouloit 
•< qu'on réglât les opérations de la campagne, fau- 
« cbaison , labour , vendanges, etc. , sur la floraison , 
•■ et encore sur le retour ou sur K' départ de cer- 
«< tains oiseaux de passage. Pour ariiver à ce résul- 
« tat , il faudroit quelques années d'observations 
- suivies et noiées avec la plus grande e-act!'"^'de. 
•< On tircroit ries annales des fleurs, anta.!; d'épo- 
" ques bien <alculées pour le légime des ciiaïups. » 
Otte idée, bien exécmée par l'observation, pro- 
duiroit peut-être une amélioration dans la culture, 
et préviendroit les accîdens que l'intempeiie et 
les rapides variations atmosphériques rendent si 
fféquens et si funestes. 

Nous ne pouvons nous refuser à faire connoilre de 
quelle manière la botaniste sait embellir une no- 
menclature et des descripiions insipides et mono- 
tones. Kn von'anf déciirè le marronier d'Inde, elle 
dit à son amie : « Voyez cette belle salle iti.pénétrable 
« aux feux du jour; ces allées si vastes qui forment 
« un long berceau ; ces massifs, en un mot , qui , sur 
« le soir surtout , se dessinent en magnifiques décora- 
« tions à l'extrémité d,un grand parteire; leï arbres 
•« si grands, ni majestueux qui les forment, ce sont 
« des enfans de l'Inde conquis, emmenés dans nos 
•• climats. Teh que les princes que l'on détrô' e , c'est 
•• eiuore autour des palais qu'on les voit liicr leur 
• deslin , et le faste qu'ils conservent sert au faste qui 
« les protège, L'ombre du marronier n'accuse point 
Tome I. H 



ir4 Livres divers. 

M la paresse : c'est l'arbre du loisir, et le loisir doit 
•1 être un bien rdel , puisque ses charmes tiennent ati 
« calme de l'ame autant qu'à celui de la nature. " 

A. J. D. B. 

Physiologie. 

Histoire du Galvanisme ^ et Analyse des différena 
ouvrages publiés sur cette découverte , depuis son 
origine jusqu'à ce Jour \ par M. P. Sue aîné, pro- 
fesseur et bibliothécaire de Vécole de médecine et 
de chirurgie de Paris. Chez Bernard, libraire, 
quai des Augustins, n.° 3l. 9 fr. pour Paris, 12 
fr. franc de port. 

Le galvanisme joue un sî grand rôle depuis quel- 
ques années dans le monde savant; on a publié sur 
cette découverte tant d'écrits , épars dans difFérens 
journaux nationaux et étrangers, qu'on doit savoir 
gré au C. Sué de le» avoir rapprochés, d'en avoir 
donné un extrait fidelle, et d'avoir (racé avec ordre 
et avec méthode les différent progrès du galvanisme, 
depuis son origine jusqu'à ce jour. 

Un professeur italien, nommé Gahani^ mort l'an 
sept , à l'âge de 60 ans, est l'auteur de cette décou- 
verte. Ouoifpi'il l'ait due au hasard , les développe- 
mens qu'il lui a donnés, les expériences en grand 
nombre qu'il a faites , et dont il a su tirer un parti 
avantageux ponr fonder une théorie, ont immorta- 
lisé son nom, donné à la découverte elle-mêaie. Un 
abrégé de la vie de Galvani, et l'exposition de ses 
travaux, forment le premier chapitre de l'Histoire 
du Galvanisme. La théorie qu'il avoit établie trouva 
des adversaires; et, tout en admirant ses belles ex- 
périences , ils en firent d'autres qui la détruisirent 
complètement. Un des plus redouta'iles -de ces ad- 
versaires a été le célèbre Volta , qui , le premier , 
procéda à des essais ingénieux pour démontrer qu'il 
n'existe point d'électricité particulière propre au 
système des animaux, et qui dût faire regarrier le 
corps vivant; comme un simple corps humide eu 



Livres divers . ii5 

conducfeiir. Galvani écrîvoit beaucoup pour répon- 
dre aux obiections qu'on lui opposoit ; il fit de nou- 
velles expériences , donna de nouvelles explications, 
en tira de nouvelles conséquences; mais elles ne fu- 
rent pas adoptées, et la plupart ftuenf détruites 
par les expériences de M. Pfaff, professeur à Kiel. 
On y a beaucoup ajouté, depuis que la masse des 
faits s'est augmentée par les efforts réunis des phy- 
siologistes. 

Galvani est mort sans être convaincu du peu de 
fondement de sa théorie. Quelques années de plus 
lui eussent dessillé les yeux ; et s'il exit connu les 
nouveaux {ravaux de M. Volta, exposés par M. Sue 
dans le i8.' chapitre de son histoire, il eût été le 
premier à reconnoître son erreur , et à partager avec 
\oUa l'honneur d'une découverte sur laquelle les nou- 
velles faites par celui-ci ontrépandu un nouveau jour; 
car le mémoire qu'il a lu à l'Inilitut , dans le courant 
du mois de brumaire de cette année, renverse pres- 
qu'cii entier toute la doctrine, toutes les théories 
adoptées jusqu'ainr.- sur les phénomènes galvani- 
ques, par plusieurs auteurs et par Volta lui-même, 
dans les premiers iuslans de la découverte. 

Comme il nous est impossible d'entrer dans de 
longs détails sur les matières qui composent les dix- 
neui chapitres de l'Histoire du Galvanisme, nous 
nous bornerons à exposer en peu (;e mots, d'après 
la description qu'en fait M. Sue , la nouvelle théo- 
rie de M. Volta sur le galvanisme , devenue la plus 
intéressante depuis qu'elle paroît universellement 
adoptée (i). Après avoir donné uoe solution com- 
plète de trois principales olijections qu'on ait faites 
contre l'homogénité des fluides galvanicjue et élec- 

(i) Après la lecture de son mémoire, le premier consul, qui étoit 
présent , fit la proposition de décerner à M. Yolta une mWaille d'or, 
pour servir en même temps d'i-poqae et de monument à son impor- 
lanté découverte; ce qui a été unanimement arrêté par l'Insiilul, après 
le rapport des comiuisuiies nommé» pour exauu'ner e mémoire de 
Volta. 

H 2 



1 1 6 Livres divers. 

trique, il décrit se^ exp(^iiences , qui prouvent que 
la force qui donne l'impulsion au dernier fluide , au 
lieu de provenir de la comniunicafion de tel ou tel 
métal, avec un ou plusieurs conducteurs humides, 
s'exerce par le contact réciproque de deux métaux , 
à l'endroit même où ils se touchent. Ainsi le fait 
principal, celui dont tous les autres dérivent, c'est 
le suivant : Si deux mélaux , isolés , et n'ayant que 
leur quantité d'électricité naturelle, sont mis ea 
contact, on les retire du contact dans des états élec- 
triques difFérens ; l'un étant positif, et l'autre étant 
négatif. Ainsi, dans le contact naturel du cuivre et 
du zinc , c'est le cuivre qui devient négatif, et c'est 
le zinc qui devient positif; ce qui prouve que le dé- 
veloppement de l'électricité est indépendant de tout 
conducteur humide. Le but de Volta, dans ses ex- 
périences sur l'électricité qu'il appelle galuanique , 
a é(é de réduire tous les phénomènes à un seul, 
dont l'existence est maintenant bien constatée ; c'est 
le développement de l'électricité métallique par le 
contact mutuel des métaux. H paroît prouvé par les 
nouvelles expériences que le fli ide particulier, au- 
quel on attribue pendant quelque temps les con- 
tractions musculaires et les phénomènes électriques 
de la pile, n'est autre chose que le fluide électrique 
ordinaire, mis en mouvement par une cause dont 
nous ignorons la nature, mais dont nous voyons les 
effets. Tel est le précis de la nouvelle doctrine gal- 
vanique imaginée par M. Volta, et qui a été con- 
firmée depuis par plusieurs savans , par MlVJ. Van- 
Marum et Haller , erttre autres. Le dernier chapitie 
de l'Histoire du Galvanisme, qui contient les détails 
sur son application à l'art de guérir, n'est pas moins 
intéressant. M. Sué présente le tableau de foutes les 
expériences tentées à ce sujet, surtout à l'ecoie de 
médecine de Paris; et il observe judicieusement que 
le galvanisme , semblable au mesmerisme et à plu- 
sieurs autres inventions, plus curieuses qu'utiles , 
dont plusieurs charlatans ont su tirer paiti pour 
s'enrichir, tombera tian$ l'oubli, coqjjne tous les 



Livres divers. 117 

prétendus secrets , si on ne vient pas à bout de trou- 
rer dans ses effets des ressources contre certaines 
maladies , et un moyen de plus pour les guérir. 
Quelques favorables que soient jusqu'ici plusieurs 
des expériences faites à ce sujet, M. Sue n'ose pro- 
noncer définilivement. « Attendons tout du temps, 
" dit- il ; c'est un grand maître : espérons, et n'an- 
" ticipons pas sur l'avenir par des promesses exagé- 
" rées , par de fausses annonces, que la raison et 
« l'expérience, d'accord avec elle, répudient.» 

Celle histoire nous a paru écrite avec beaucoup 
de sagesse et de discernement : le style en est cor- 
rect et conforme au genre historique des sciences. 
M. Sué a passé en revue tous Ifs auteurs étrangers 
et français, qui ont écrit sur le galvanisme, et a ap- 
précié avec justesse le mérite de chacun. Une table 
analytique et raisonnée des matières qui termine 
l'ouvrage , sera très-utile à ceux qui ne voudront 
consulter que certains articles. 

Morale. 

Dtscoujjs moraux sur dù'ers sujets etpariiculièrewent 
sur rédiication ; par M.""^ DE Gen lis , trotm. me 
édition renie , corrigée et augmentée d'un nom tau 
dibcours intitulé^ Projet d'une Ecole rurale. Paris, 
chez Marudan., libraire , rue Pavée-Saint-André- 
des-Arcs , n.° 16. In-8.°, 3 fr. et 4 fr. par la poste ; 
in- 12 , 2 fr. et 2 fr. 5o cent, par la poste. 

La multiplicité des ouvrages que publie M.""* de 
Genlis élonneroit peut-être le lecteur, si on ne sa- 
voit pas que cet auteur s'est occupé pendant vingt- 
cinq ans de l'éducation publique et particulière. 
Toutes ses veilles ont eu pour objet de diriger l'en- 
seignement vers un but d'utilité générale. Ses recher- 
ches ont agrandi ses vues , l'expérience a confrrmé 
ses théories; et, s'il est entré quelque teinte systé- 
matique dans les plans qu'elle a proposés, ou qu'elle 
a adoptés, on peut dire que la morale et les mœurs 

H 3 



ii8 



Livres dii'ers. 



ne pouvoient qu'y gagner. Malheureusement l'éduca- 
tion actuelle a pris une autr.' direction ; on ne veut 
montrer aujourd'hui à la Société que des femmes 
ain)abtes, que des virtuoses, ei on s'embarrasse peu 
d'y répandre de.; mères eslimabies , des épouses irré- 

firochabîes; on veut des talens et non des vertui; 
es maîtres de danse et de musique sont les seuls 
instituteurs du jour , de mPme que les romans en sont 
les seuls moralistes. 

Ce volume contient six discours oui avoient déjà 
paru en diΎrers temps soit en France , i>oit en 
Allemagne. Le premier traite de l'éducation d'un 
prince. On y trouve df's observations sages ,des con- 
seils qui intéressent le bonheur des sujets. Le 2.° 
discours est en faveur de l'adoption. Le 3." sur 
la suppression dt-s couvens de religieuses et sur 
l'éducation publique des femmes. En le lisa^it on 
est forcé de convenir que M.""" de Genlis a r^àson 
de déplorer la perle d'institutions si néccisares aux 
familles, aux jeunes perronnes qui ont eu le mal- 
heur d'être privées de bonne heure de ceux qui, 
par devoir et par inlérél , étoient charges de ies 
former à la vertu. Le 4,' di.scours traite de la bo- 
tanique, considéiée relativement à l'educaiiou. L'é- 
ducation publique du peuple est l'objet du S.*" dis- 
cours , il Cot question du luxe et de l'hoq^talilé ; 
dans le 6." , un projet d'une école rurale pour l'é- 
ducation des filles termine le volume. Ce projet avoit 
déjà paru , il y a six mois j et , en l'annon(^ant alors, 
nous ne jugeâmes pas que son exécution fut possible ; 
mais nous applaudimcs aux intentions de l'auteur, 
uniquement f)ccupé du désir de rendre meilleine la 
génération qui commence. Tous les écritr. , toutes 
les pensées de M.'"*^ de Genlis n'ont d'autre direction^ 

A. J. D. B, 



Livres divers. 119 

Education. 

annonce d^out-rages relatifs à V éducation. 

Mflinfcnant que le gouvernement s'occupe du soin 
de réorganiser l'instruclion publique, il est convaincu 
de la vérité de cette belle maxime de Périclès , que 
négliger l'édudalion , c'est retrancher le pviiilemps 
de l'année , le service le plus important est d'indi- 
quer les ouvrages rares et précieux de feu Adam, 
professeur d'éloquence à l'université de Paris, et 
chargé des affaires de France à Venise. Il en reste 
un petit nombre d'exemplaires qui se vendent ac- 
tueilt nient chez sa nièce, digne héritière des vertus, 
des lalens, et des connoissances de ce savant dis- 
lingue, M "'^ A//c/i<?/, rue du Plâtre-Saint-Jacques, 
r." 24. Ode dame, qui mérite toute sorte d'encou- 
îagemens et d'elogcs , enseigne avec le plus grand 
siKcés le françois, l'italien et le latin, et a formé 
d'txcellens élevés. 

Voici le titre de ces ouvrages si justement recher- 
cha*. 

Grammaire Françoise « . . . , 2 fr. 

— ^I.atine., 2 

Angloise.. . ." 2 

• Allemande 2 

Failles de Phèdre sous quatre faces , 2 vol. 5 
■—Idem en Italien 3 

7"raductîon littérale d'Horace 6 

Kasselas , traduction littérale de l'anglois. 4 

Pope — Essai sur l'homme. Young, première 
nuit. 

—Lettres d'Héloïse à Abeillard.— Tragédie 
de Caton , traduction , 2 vol 6 

Démonstration et pratique 2 

d'Ansse de ViLLOlSON, membre (le Vinsiitut, 



H 4 



lao Livres divers. 

Commerce. 

Troisième Cahier de la Bibliothèque Commerciale; 
oiivragedesliné à répandfe les connoissances relatives 
au Commerce , à la Navigation , et aux divers et a- 
blissemens qui ont Vun et P autre jwui objet ; par 
J. Pevctj ET , membre du conseil de Com.nierce au 
ministère de l'Intérieur ^ et de celui du département 
de la Seine. Ce troisième cahier de nz pages i/i-S.", 
contient .■ De quelques causes de la stagnation du 
commerce fiançais — Rapport présenié aux Consuls 
de la République , sur le commerce extérieur et la 
navigatioj2—~Réstinié du commerce et de ta naviga- 
tion française en l'an IX, et tahleauv des prises 
Tnarilimcs. — Mémoire du conseil de commerce dg 
Sordeauv sur la compagnie des Indes ; Opinion 
de M. de Camhry , rréfet de POise , sur celte com- 
fagnie. Le prix de la soiiscripiion est de 21 fr, 
pour recevoii , franches de port, 24 livraisons, 
dont 2 chaque iimis. On souscrit aii^si pour 12 
livraisons, dont 2 par moi"; , pour 12 fr. La lettre 
et l'argent doivent être afF.anc liïs. On peut en- 
voyer le prix de la souscription en un mandat 
sur Paris. On souscrit à Paris , chez F. 'B^iisaon^ 
libraire, rue Hautefeuille , n.° 20, et chez tous 
les libraires et directeurs des postes. 

Voyages. 

On prévient les amateurs , libraires et né^ncians , 
que le Voyage pittoresque , historique et géogra- 
phique du royaume d* Espagne , exécuté par A leva n- 
dr* Laborde , et pfusieurs artistes distingués , 
paraîtra incessamment après la publication du pros- 
pectus qui énoncera le plan de l'ouvrage , et les 
conditions de la souscrijUion, 

Cei important ouvrage sur un pays dont aucun 
yoyageur n'a encore donné de description comiilète. 



à 



Livres divers. lit 

sera fait et traité avec le plus grand soin dans toutes 
ses parties , et IVia sui;e à tous les voyages déjà 
conni.s; il coiii[)i tndia trois à quatre volumes grand 
in-folir>. ^es perjunnes qui voiidroient s'inscrire dès 
à présent , pei:vent s'adncser chez 'Née ^ graveur, 
déjà rotnui par plusieurs Voyages de ce genre, 
notanin;en? celui de V Lstvie ti de La Duhmitte ^ en 
sa demeure, rue des Francs-Boiir^cois-Saint-Michel, 
n.° 127, 

Vues , costumes , mœurs , et usages de la Chine ; 
par Alfxaisi DUE , dessinateur attaché à l'umbus' 
Sade du lord Mucartiiey : gratés par S. SiMON , 
d'après L'édition origniale publiée à Londres , pour 
faire suite à la traduction J'iunçuise du vojage de 
lord Macariney , et à celle de Van-Braani : 3.™* 
livraison, Paris , chez Simon , graveur, rue Saint- 
Jacques , n." 77 , et Buisson, rue Haulefeuille, 
r.° 20. Piix 3 lianes. 

Les gravures , contenues dans cette livraison , 
repr(?seiitent : pi. 9, Portrait du Pounojeur de l'am- 
bassade à Macao ; pi. 10, le supplice de la Cangue , 
appelé Tcha par les Chinois; pi. n, la Porte /«e- 
ridionali- de la ville de Ting-Haï dans le liatre de 
Tchou San; pi. 12 , trois Vaisseaux chinois à l'ancre 
dans la ruiere de Ning-Po, 

ScniLDERî'2\G der Gcbirgsrœllier dcr Sclnveitz ; von 
J, G. Ebel, 3 iheile nul Kupfern. In-S.° Leipzig, 
bcj TP'oIff. 179S-1802. TABLEAU dcs^uples mon- 
tagnards de l'Heli-étie ; par M. Esel, 3 vol. in-S." 
mec un grand nombre de grxnures. Leipzik , chez 
' TVolf. 1798-1802. 

Cet ouvrage, fruit des savantes rech^rchet de son 
auteur, offre l'ensemble le plus complet <]ue nous 
connoissons sur l'éiat civil, physique, poUttc[ve et 
moral de la Suisse , pays si intéressant et «i peu 
connu, jyi. Ebel y a séjourné plusieurs annéetj il 



122 Livres divers'. 

l'a é(uclié(Ians (ous les sens avec une a(fpn(ion sou- 
tenue, un amour ardent de la vérilé, et avec im 
esprit jusie of philosophique. Les Suisses en état 
d'apprécier le mérite de cet ouvrage, le regardent 
comme classique; et leur reconnoissanre a procuré à 
l'auteur le titre et les droits politiques de citoyen de 
J'Helvétie. ' ^ 

L'aniique pays de la Suisse oTre a-ix réflexions 
lin vaste champ. Berceau de la liberté , il a con- 
servé pendant cinq siècles la même forme de gou- 
vernement ; il est resté fidellc à ses piincipes, à 
5es niœurs; et il a fallu des ciiconstances extraor- 
dinaires, des événemens étrangers, pour lui faire 
changer de fornte. Mais Ja nature qui l'entoure ne 
change pas ; elle reste toujours la même, impoianle 
et sublime. 

Nous formions le vœu qu'un ouvrage aussi élémen- 
taire et intéressant fût rendu familier aux Français 
et nous avons la satisfaction d'apprendre qu'un jeune 
allemand aussi au fait de notre langue que de la 
sienne s'occupe d'en donner Ja traduction. 

Histoire. 

Etats-Unis de V Amérique à hi fm du XT'ITJ* 
; siècle j par J. E. Bonnet , 2 vol. in-V,.°. Cuez 
Marodaii , libraire , rue Saint- Andié des-Arcs, 
n.° 16. 7 fr. 5o cent, et 9 fr. par la poste. 

L'auteur se propose de répondre en détail à celte 
question , Qu'est - ce que c'est que les Etats - Unis 
de l'Amérique ? Les uns ont négligé de le deman- 
der, lorsqu'il ont émigré vers cette contrée , les 
autres qui ont eu la sagesse de faire celte question , 
r'y ont trouvé que des réponses imparfaites, et tous 
ont éprouvé à peu près les mêmes inconvéniens. Ces 
ir.convénieus sans rioute l'auteur les a éprouvés , puis- 
qu'il s'c.it empressé de quitter cette patiie adoptive, 
aussitôt qu'il en a connu les désagrémens. Pour ré- 
pondre à la question qu'il s'est faite, il se propose 



Livres divers. 12.3 

crnt hente - sept questions qui embrassent toutes 
l'existence politique , morale et physique de cette 
ci(^alion de la liberté. On trouve la solution de ces 
questions dans les divers chapitres de son ouvriige. 

Aprèsavoirfail rapidement , dansson introduction , 
l'hisf oire des divers établissemens anglais sur les côtes 
de l'Amérique septentrionale , depuis le lègne d'Eli- 
sabeth jusqu'à celui de George 1 , le C. Bonnet fait 
ronnoître dans son premier chapitre les événemens 
importans de la guerre de l'indépendance , qui de- 
vinrent la base de la fondation de cette asso.^ialion 
représentative. Les premiers fondemens de cette ré- 
publique furent bientôt reconnus incnnij^lcts et in- 
suffisans pour sa stabilité, et emmenèrent la con- 
stitution de 1787 , qui , après une discussion longue 
et un conflit d'opinions qui dura quaire mois, fut 
acceptée par les ticize Etats. Les dépenses que la 
guerre avoient nécessitées donnèrent lieu à la créa- 
tion du papier monnoie. On sait et on a senti tout 
]e danger et toute la perfidie d'une pareille re?souri. e, 
on chercha les moyens de l'éfeindre lorsque le dis- 
crédit l'eut rendu nulle; après avoir essayé et tenté 
divers moyens, le congrès le remboursa à un pour 
cent en 1790. 

Noiis n'entrerons point, avec cet auteur, dans 
les détails de l'organisation actuelle du gouverne- 
ment des Etats-Unis, ils sont assez connus |)ar les 
nombreux ouvrages que les Anglais et les Français 
ont publiés. Dès que ce gouvenument eut acquis 
une consistance politique, on s'occupa des finartces, 
et le ministre Hamilton proposa un plan q~ui , en 
confondant les dettes générales et celles des divers 
étals , les soumettoient également aux même* lois 
de remboursement et de paiement d'intérêt. 

La population des Eats-Unis double tous les vingt 
ans, et sa véritable cause en est dans la propre 
existence de ses habiîans dont le plus grand nombre 
est agricole; les immigrations n'y contribuent qu'en 
très pelife proportion, l'auteur est même peu dis- 
;,j,osé à les regarder comme une cause ou comme uoç 



T a4 Livres divers. 

base fondamentale de cette population, il pense que 
l'immigration n'est point nécessaire à ses progrès ; 
mais même qu'elle doit lui nuire. Le C. Bonnet 
traite successivement de la justice des mœurs et du 
caractère des liabitans des difFcrens états, des éta- 
blissements de cliarité , des sociétés littéraires, de 
l'esclavage, du commeice , des banques, de l'agri- 
culture, des climals , des règnes végétal, animal, 
minéral , des constitutions particulières , enfin de» 
aborigènes et des colonies. Il ne laisse rien à dé- 
sirer sur tous les articles , il en parle en homme q<ii v 
a su observer , pendant le séjour qu'il a fait au mi- 
lieu de cette institution politique déjà si avancée 
vfers la maturité sociale. A. J. D. B. 

Dictionnaire. 

DlCTinNN AinB raisoiiTié de Bibliologie contenant , 
\.° L'explication des principaux termes relalijs à la 
bibliographie , à rarl tjjmgraphique , à la diplo- 
inatit^ue , aux langues , aux archu>es , aux manu- 
scrits, aux médailles , aux antiquités , etc. 2° Des 
notices historiques détaillées sur les principales bi- 
bliothèques anciennes et modernes , sur les dijfè- 
renles sectes philosophiques ; sur les plus célèbres { 
imprimeurs , avec une indication des meilleures 
éditions sorties de leurs presses , et sur les biblio- 
graphes ai'ec la liste de leurs ouvrages. 3.° Enfin 
L'exposition des dijférens systèmes bibliographiques, 
etc. , ouvrage utile aux bibliothécaires , archivistes, 
imprimeurs ., libraires , etc. ; par le C. G. Petgnot, 
bibliothécaire de la Houle-Saone , membre corres- 
pondant de la Société libre d^cmulation du Haut- 
Rhin, A Paris, chez Villiers ., libraire, rue des , 
Malhurins, n.° 3i)6. An X. 1802. Tome 1 , XxlV 
et 472 pages in-S,". 



\ 



La Bibliologie embrassant l'universalité des con- 
roissances humaines, s'occupe part culièrement de 
leurs principes élémentaires, de leur oiigine, de 



î 



Livres divers. ifiS 

leur histoire , de lear division , de leur classifica- 
tion , et de (Ouf ce qui a lappoit à l'art de les peindre 
aux yeux , et d'en conserver le souvenir par des signes. 
La bibliologie peut donc être considér(^e comme une 
espèce d'encyclopédie littéraire - méthodique , qui, 
traitant somniairement et descriptivement de toutes 
les productions du génie, assigne à chacune d'elles 
Ja place qu'elle doit occuper dans une bibliothéqi:e 
universelle. Elle diffère de la bibliogmfjhie ^ en ce 
que cette dernière science ne comprend , à propre- 
ment parler , que la description technique et la clas- 
sification des livres, au lieu que la bibliologie ( quî 
e.'-'t la fhéurie de la bibliographie ) présente l'analyse 
des connoissances humaines raisonnées , leurs rap- 
ports , leur enchaînement, et leur division; appro- 
fondit tous les détails relatifs à l'art de la parole, 
de l'écriture et de l'imprimerie, et suit pas à pas, 
dans les annales du monde littéraire, les progtÎ3S 
de l'esprit humain. 

Le C Peignot s'est restreint , dans ce dif (îonnalre, 
à l'explication des piincipaux lern.es relatifs aux 
sin pies notions élémentaires de la biljliologie , sans 
entrer dans tous les développemens que chaque ma- 
lièie pourroit exiger , parce qu'il a voulu que son ou- 
vrage n'eût que deux volumes. Malgré ces bornes 
éttoites, le C Peignot a cependant tâché de ne rien 
omettre d'essentiel ; ou sentira facilement qu'il a 
du être obligé souvent à se borner plutôt à indiquer 
les matières qu'à les approfondir; mais il a eu tou- 
jours soin d'en faire sentir rinij)ortance. 

Le C. Peignot se proposoit d'abord de faire pa- 
roîlre son ouvrage sous le titre de Manuel du biblio- 
thécaire ^ et il en avoit présenté le sommaire dans 
le discours préliminaire de son Manuel biblicgra- 
phiijiie publié en l'an ix. Depuis ce temps , il a 
changé d'avis, et il a préféré de donner à soa tra- 
vail la funne d'un dictionnaire. 

Les articles Bibliographie , Bibliographe et Biblio- 
thécaire y contiennent les notions qui servent d'in- 
tioduclioD à l'ouvrage ; en y joignant la biographie 



ii6 



Livres divers. 



des bibliographes ks plus connus , doat chacun a 
un arf'cle '.l'paié. 

A l'artitle Lunguea ^ l'aufeur donne des défails 
abrogés sut- leur origine , sur leur différence, sur les 
langues ancieiiues , avec leur nouienclalure raisonnes 
et telles des princi[>iile<; lan'.;;"es viv.inies donl on se 
sert maintenant dans les quatre parties du monde, 
(et article est ternjiné par un catalogue des prin- 
cipaux ouvrages sur les langues ; et peut trouver un 
complément dans les articles Alpkubctii ^ Diploma- 
tiques , Lettres^ de. 

L'écriture vient naturellement après les langues : 
l'auteur a consacr(^ à cette pnriie de la bibliograpiiie 
plusieurs .irticîes , parmi lescjiieis on désigne ceux- 
ci : £<•/■//;/;•<?, CaUigrupkie ^ Pa\vogiuphie ^ Abrévia- 
tions , Sténoqi\tfihie , T'achjgriiphie , Okyrrapkie , 
P.ipicr^ Purckc/nin , Vélin, Tahitiles , Dipljque , 
Encre , Plumes , S/yles , etc. , elc. 

L'art de la paiole et de l'écrit'ire étant une fois 
découvert, les matériaux pour i'hinfoire littéraire se 
sont multipliés à l'inlini. /^ l'article h>liiU)s(>j)hie ^ 
l'auteur en a présenté une petite esquisse historique, 
ainsi que celle des diOeicntes sectes philosophiques, 
et celles des sciences et des arts chez les Grecs et 
les Romains seulement ; à l'article SiécL^s lilléraircSj 
il donne un aperçu rapide de ceux d'Alexandre, 
d'Auguste, de Léon X et de Louis XiV. Au mot 
Bibliolliécptc ^ qui est très-étendu et presqu'entière- 
ment iiislorique , l'auteur a mentionné par ordre al- 
phabétique les bibliothèques les plus célèbres tant 
anciennes que modernes. A cette partie historique , 
enfin appartiennent aussi les articles ^icirt/c'/zziL.', Uni- 
l'crsité , Muséum. 

A l'article Tjpographie ^ l'auteur offre un abrégé 
Iiislorique de cet art, et une notice des premières 
éditions connues; il y paile en;jui(e des opérations 
qui constituent cet art important , savoir de \a. gru~ 
i^ure ou taille des poinçons ., de lnjonle des cunic~ 
tares ci df l'impression. Les aiticles Imprimerie , Ca~ 
racières, Conalion , Impriniturs .^Ortiiographe y Vi~ 



Livres divers. 12,7 

guettes j Contrefaçons , Stéréotypage , etc. , peu- 
vent être regardés comme le complément à l'article 
Typogrupliie. 

Chaque imprîmeiir célèbre a du resie un article sé- 
paré dans lequel on i rouve , oulre sa biographie , une 
notice abrésjée de» éditions remarquables qui sont 
sorties de ses presses. A la pa^e 12 et i3 du dis- 
cours préliminaire , l'auteur donne, par ordre de siè- 
cles , la liste des principaux imprimeurs dont il est 
question dans l'ouvrage. 

L'article lAhraire indique les qualités et les de- 
voirs de celui qui embrasse le coiTimeice de la libraiiie 
dans quelque genre que ce soit. Dans les articles 
Livres^ Kduions^ Formats , etc., le C. Peignot donne 
quelques détails sur la matière , la (orme , la dé- 
nomination , la rareté des livres, enfin sur les litres 
qui ont quelquefois induit en erreur des bibliothé- 
caires. Plusieurs autres arliele.s sont consaciés aux 
livres singuliers, rares et sacrés. A l'article Syblèine 
bibli<ygraphiqiie ^ l'auteur donne une notice abiéjiée 
de ceux qui ont été proposés ou adoptes j^ar diflérens 
bibliographes celèbies. 

Ce dictionnaire , malgré toutes les imperfections 
inséparables A\\\\ premier essai sur une matière aussi 
vaste, sera sans doute utile aux jeunes bibliophiles, 
en ce qu'il leur présente le résumé de ce que les 
auteurs les plus estimes ont éciit sur cette matière. 

Grammaire. 

CoVBS de langue Allemande^ à l'usage des personnes 
qui désirent apprendre celte langue d'elles-mêmes 
et en très-peu de temps ; par le C. Eberuart , 
imprimeur. A Paris , chez l'auteur , rue et maison, 
des Matliurins , t. ^^ cahier , an IX. 2. '"^ cahier an 
X. 70 cent, le cahier, pour Paris , et i fr. pour 
les départemens , franc déport. 

Les Cours sont devenus à la mode , parce rju'ils 
favorisent la paresse j et le nombre des paresseu.x 



Ii8 Livres divers. 

est si grand ! L'édide, la véritable édide , est si 
ennuyeuse! les com> t!f)nnent , an inoins , une légère 
connois'^ance de ce qu'on seroît honteux d'ignorer, 
on qn'on veut l'aire seniblanl de savoir. Il faut donc 
encourager les peisonne^ eslimab'es qui les dirigent 
vers ni> liut utile, q li aplanissent aux commençans 
les dillîculfés c\\ù pourroient le> rebuter, qui leur 
ouvrent, en un mot le sentier , les débarrassent des 
broussailles , afin qu'il» puissent marcher seuls , et 
leur souhaitent eusuiie v.n bon voyage^ tant pis pour 
eux, s'ils s'arré eut en beau chemin; le guide a 
rempli sa mission. 

Le cours de la langue ;illemande que nous an- 
nonçons, nous a paru remplir les conditions que l'on 
est en droit d'exiger de ces ouvrages élémentaires. 
Le premier cahier commence par un précis de la 
grammaire allemande; ce précis ne renferme que 
ce qu'il faut absolument savoir , pour lire avec £ uit 
la traduction interl néaire , qui vient ensuite. Cette 
marche est la plus simple. Faire apprendre d'abord 
les préceptes longs et prolixes de la grammaire pro- 
prenitnt dite, dans une langue qui présente, beau- 
coup de difficultés , c'est commencer par où l'on doit 
finir. Le véritable moment d'étudier la grammaire 
fl'une langue , delà méditer, de sai-^ir son génie, 
c'est lorsqu'elle nous est assez familière , pour que 
nous fassions nous-mcmes l'applicalion des préceptes, 
et que les exemples se présentent facilement à notre 
mémoire. 

Le C. Eberh.arta choisi pour la traduction interli- 
néaire, Roùi/ison. le jeune ^ de (.."ampe. Sa méthode me 
paroît fort bonne. Apiès avoir traduit littéralement 
chaque mot , il donne au bas de la page tous les 
éclaircisstmens nécessaires à celui qui commence ; 
il décompose les mots composés ; il fait connoîlre 
la valeur de chac[ue partie de cette composition ; il 
fait des obseivaiions sur la prononciation; il aplanit 
les difficultés qu'offrent les verbes iriéguliers, etc. 
Ce cours, composé de douze cahiers environ, for- 
mera ùvux volumes in-8.° 

Le 



Livres divers. 129 

Le même imprimeur se propose de faire pour le • 
j>rec ce qu'il fait aujourd'hui jjour l'alleniarid. Noiis 
lui avons conseillé de donner la traduction inter- 
linéaiie du roman de-Longus , pour 1* pro^e , et des 
poésies lyriques d'Anacréon pour les vers H rem- 
plira facilement lui-même cette lâche , parce qu'il a 
tous les moyens de la bien remplir , et qu'il joint 
à ces moyens le travail assid<i et la bonne volonté. 
Chardon -LA-RocH£TTE. 

Poésie. 

Que sur le premier Consul^ auec cette épigraphe : 

K Presque tous les Lèros ne sont îjrands qu'à la gueire. 
« Les mortels bienfaisajis sont les dieux de la terre. » 

par P. F. Malingfi:, de la Bibliothèque nalionale. 
Brochure in-12 de 12 pages. Piix, 12 s. A Paris. 
An X. 1802. De l'imprimcriede Zîor/?e^/e, rue Saint- 
Dominique , près la place Saint-Michel, n.°736. 

L'auteur nous apprend , dans une note , que ce fut 
la vue de Bonaparle qui l'inspira tout-à-coup, et 
lui donna l'idée de chanter ce héros. « Ancien con- 
« disciple de Colin d'Harleville , dit -il , et rival 
«■ de Légouvé au collège , Je sentis renaître ma verve 
" première. De-là les quatrains qui suivent. Mais ne 
•t pouvant renfermer, en si peu de mots, les sen- 
« timens d'admiration que j'éprouve, j'ai hasardé 
«une Ode française. Puissé-Je, dans mon vol témé- 
«c raire , ne pas avoir le sort d'Icare ! » 

Voici comment finit le premier quatrain. 

L'iieui eux fils de Thétis eut son Homère ; un jour 
Mon Bon.tparte aura son Homère à son tour. 

Bonaparte veut nous donner la paix ; 

Si pendant ce noble dessein , 
Un barbare eût perce son sein , 
Que nous resleroit-il!* Le» larmes. 

Tome L l v 



i3o Livres divers. 

L'auJeur fait une comparaison pour peiiidr* le 
bonheur inespéré des François. 



Telle est des pâles matelots , 
Errans à la merci des flots , 
A l'aspect du port l'alégresse. 

II dit encore plus loin : 

Mais, pour payer tant de bienfaits, 
Qu'arons-nous':' La reconnoissance. 

Nous sommes fâchés de ne pouvoir multiplier les 
plaisirs du lecteur en multipliant les citations, mais 
nous le renvoyons à l'ouvrage lui-même. 

L'Ile de la félicité , ou Anuxis et Théone , -poème 
philosophique en 3 chants^ précédé d'une Epîlre 
aux Femmes; par Af.me Fa'iny Beavbarnais , 
auteur de l'Epître aux Hommes , et suivi de quel- 
ques poésies fugitives. A Paris , chez Masson ^ 
libraire, rue Galande , n.° 27. An IX de la ré- 
publique, in 8.° de 272 pages. 

Parmi les femmes qui cultivent les lettres, M."'* 
Beauharnais a mérité une place distinguée. Le 
poème, que nous annonçons, ne doit rien faire per- 
dre de l'idée avantageuse que l'on a toujours eue 
de son talent. 11 est suivi de pièces fugitives qui 
avoient bien le droit de flatter son amour-propre ; 
ce sont des vers de quelques-uns de nos poètes cé- 
lèbres , qui prouvent le cas qu'ils faisoient de se3 
ouvrages, et qui lui accordent un suffrage que l'on 
ne pourroit lui refuser sans injustice. T. D. 



Livres divers. i3i 

Poésie latine. 

iEuF^RES de Viis^ile , en latin et enfnmçeis. Nouvelle 
édition, revue . corrigée , et ornée de xd gravures. 
3 vol. in-i2. Paris, chez Muradun , libraire , rue 
Pavée Sa'nt-André-des-Arcs^ n." i6. 7 fr. 5o c. 
et 9 fr. francs de port par la poste. 

Cette traduction , déjà connue par son exactitude, 
et e'=timée par l'élégance du style, mérite d'être ac- 
cueillie , surtout par les jeunes gens qui veulent 
connoitre les beautés de divers genres qu'on trouve 
dans le premier des poètes latins. On n'a rien né- 
gligé pour rendre cette édition aussi parfaite qu'il 
^toit possible. Le texte a été soigneusemen' revu et 
corrigé sur la belle édition du C. Didot aîné : on a 
seulement fait quelques t hangemens dans les notes, 
cbangemens qui ont paru indiqués par la précision 
qu'exigent la géographie et la mythologie. 

Théâtre. 

* Œuf^RES dramatiques du comte Alfieri , traduites de 
l'itiiH^n par C. B. Petitot. 4 vol. in-S."; chez 
Giguet et Michaud , imprimeur-libraire , rue des 
Bons-Enfans , n.° 6. 

Depuis la Sophcnisbe du Trissin , qui fut la pre- 
mière production tragique qui fut représentée en 
Italie , sous Léon X , J'jsqu'à la Mérope de MafFei, 
qui parut dans !e siècle deniier, il n'y eut aicua 
ouvrage de ce ginve qui mérita:: d'ê're connu des 
autres nations, il fai t en eiccepter la Mérope et le 
jTiincrède de Potnp->nia Tarelli , qui n'ort p.^s é'é 
inconnus à Voltaire. Le comte Alfiéri a rappelé de 
uos jours l'art dramatique c'ans sa patrie, il a pouvé 
qi.e la langue qu'on y parle, dépouillée des orne- 
niens frivoles que les improvisateurs, le goût des 

I 2 



i3â Livres divers. 

concetli y avoient întioduîts, pouvoit avoir la Porcë 
et la précision qu'exige le genre de la tragédie; il 
est vrai , qu'en se rapprochant des anciens poètes; 
qu'en cliercliant à imiter la précision, souvent obs- 
cure ,, du Dante, il est tombé dans le n^fme défaut, 
et pour être concis, il a souvent sacrifié la clarté , 
première qualité de toute composition. 

Le comte Alfîéri étoit déjà connu en France par 
des ouvrages politiques , remplis d'opinions exagé- 
rées sur la liberté ; il vint les faire imprimer en 
France , et être le témoin , le panégyriste de celte 
révolution dont il connut bientôt; les excès, et dont 
il auroit été la victime, s'il ne s'éloit pas éloigné 
promptement. Le livre de la Tyrannie , VEtruria 
vengt-c^ poème; le Prince et les Lelties y imprimés 
à Kelil en 171S9 , et réimprimés depuis peu , portent 
i'empr(inte originale de son auteur. 

Les tragédies qu'il composoit en même(emps que 
ses productions polit i()ues, et qui renferment les 
principes q i'il y professoit, ctoient peu connues; 
en les traduisant, le C. Petiiot a développé, dans 
vjn discours préliminaire, in'éres^ant et bien écrit, 
le système tragique du C Alfiéii. " La tragédie en 
« cinq actes , dit le tragique , remplie par le sujet 
" seul , dialoguée par les personnages agissans , et 
•• non par des cotilîtlens et des spectateurs de l'action, 
n la tragédie ouulie d'un seul fil , rapide autant que 
» le permettent lés passions qui cherclienf plus ou 
■ moins à s'étendre, simple avec art, terrible sans 
« qu'elle outre la nature , biûlanie comme mon cœur 
" me la inspirée, voilà la tragédie que j'ai conçue, 
« que j'ai peul-é're in(ii(fuée, et dont je n'ose me 
« flatter d'avoir donné l'exemple. » On conçoit aisé- 
ment que cette poétique, qui exclut les épisodes 
qui noin-rissetit quelquefois l'action , qui éloigne les 
confidences si nécessaires au développement des pas- 
sions , qui s'interdit les reconnoissances qui sont un 
grand moyen de p' ripétie , réj)and sur les tragédies 
d'AHiéri de la sécheresse et de l'aridité , et pré- 



Lii'res divers, i33 

«pnte, presque dan* tontes, runîfonnité rfe pIffB , 

de moyens et de situations. Elles doivent étrs- né- 
cessairement obscures à la représtntatîoo , pour ïe 
spectateur dont l'attention n'est pas soutenue. Pour 
obéira son système, Je tragique italien, a misi^i- 
plié les monologues en se privant des personnages 
secondaires , il en est résulté les inconvéniens qu'il 
avoit voulu éviter. Par ces accessoires dont îi se 
prive, la marche de l'action en devient \t\w%. régu- 
lière , les accens des passions sont plus énergifjnes, 
et produisent des beautés du premier ordre. Le tra- 
ducteur ne se contente pas des réflexions qu'il fait 
dans son discours préliminaire, sur le talent dé son 
auteur, il examine, à la fin de chaque pièce, leur 
mérite ou leur défaut particuliers. Comme nos tra- 
giques du jour ont connu et su profiler des pièces 
d'Àlfîéri , no'.is nous permettrons de comparer l'au- 
teur original avec ses imilatems. A. J. D. B. 

Architectuhe. 

Marci Vilnu'ii PoUiotiis de Arshitectura librideccm; 
ope codicis Guelferbitani , edilionispnncipis,cetero- 
Tumque subsidioruw rei ensuit^ et Glossario in ijuo vo- 
cabula artis prcpria Gerin. liai, et Gall. Angi. expli- 
cantiir, illuslrmit Augustus Rode , Dessavitnsù , 
Berolinisumplibus Aiigusti Mjlii , 1800, 10-4.° 

En 1796, M. Rode avoit publié à Leipsic , en 
2 vol. in-4.° , une traduction allemande de \ iiruve, 
accompagnée de beaucoup de notes et d'un diction- 
naire pour l'explication de cet auteur. Comme les 
éditions du texte original couïïntucent à devenir 
rares , et que M. Carlo FiiA qui, en 1788, avoit, 
publié à Rome, un échantillon d'une nouvelle (di- 
tion de Vitruve (i) , a abandonné depuis son projet^ 

(1) Sous le litre : Progecta per una nuova eJizione deii' Aixhi- 
tetcura di Vitruiio. Koin. 178S. 3.3 pages in-8.' 

I 3 



i34 



Lù'res di\>crs. 



M. Rode s'est décidé à donner une édition du fexte 
latin. Cette no:jvelle édition est un véritable service 
rendu par M. .Rode aux amateurs de rarchilecture. 
L'éditt ur a collationné le texte sur un bon manuscrit 
de la bibliothèque de Wolfenbiittel , dont aucun de 
ses prédécess^euïs ne s'éloit encoi e servi , sur un autre 
de Franecker, sur l'édition princeps de cet auteur, 
et sur celle de Gagliani, Les variantes se trouvent 
au dessous du texte, maison »i'y trouve pas d'autres 
observations; la traducfion allemande de Vitruve, 
par M Rode, continuera donc toujours à élre né-- 
cessaire à ceux qui veulent lire cet auteur avec fiuit ; 
mais comme ceux qui ont à étudier Vitruve , ne sont 
pas fous versés dans la hmgue allemande , il seroit 
à désirer que M. Rode donnâ( en latin un commen- 
taire sur son auteur. Personne ne seroit mieux en 
élat que lui d'entreprendre ce travail à la satisfac- 
tion du monde littéjraire. L'indication de Premier 
volume qui se trouve sur le faux titre, et l'absence 
du Glossaire dont parle le tilrc , ( et qui ne se trouve 
pas, du moins dans notre exemplaire, ) paroît , en 
effet, donner l'e:-poir que M. Rode publiera , dans 
un second volume, le commentaire et le glossaire. 
Nous ne saurions trop l'engager à en faire jouir 
bientôt le public. 

Cette édition se distingue encore par l'atlas de 
gravures qui y est joint. Ces gravures qui sont au 
nombre de 27, servent à expliquer tous les princi- 
paux sujets dont traite Vitruve. Elles sont accom- 
pagnées d'une explication succincte en latin et en al- 
lemand , de 67 pages in-folio. 

Cet Atlas a un titre latin et un titre allemand. 
Le litre latin est : Fnrmœ ad cct^j^licanclos M, Vilru- 
vii PoUicnis ^ decem libros de archileclura maximani 
par/em ad ipsa moiiumcvia aitticjua deline^tœ , cum 
hrevibiis e.rplicaliaiubiis lulinis et gcrtnanicis. Cura 
Augusti RoDE,Dessav. , Berlonini sumptibusil/y/A 
3801. 

Le titre allemand est : Kupfer zu Vitruvs zehn 
JBicc/iern , voJi der Bauhtnst , mehrentlieils uach an-' 



Livres divers. i35 

tilien DenJimœlerngezeichiiet j mit Tiurzeii lateinischen 
u/id deutscheji 'Erklœningen , von August Rode , 
Berlin in der Myliussischen Buchhandlung, 1801. 

Romans. 

BiBLlOTJlÉQXJE des Roma?is anglais , publiés depuis 
le i,*^ jamier 1801 , ainsi que des tragédies et corné' 
dies jouées depuis cette époque sur les théâtres de 
Drury-Lane et Covent-Garden. i.'^ livraison. Paris, 
chez Ch. Pougens ^ qiiai Voltaire, n.° iq. Pichon^ 
péristile du théâtre Favart. An X. 1802, i vol.in-ia 
de 120 pages. Le prix de chaque livraison sera de 
1 fr. 20 cent., et i fr. 5o cent, franc de port. 

Les Editeurs annoncent « qu'ils ontpris des me- 
" sures convenables pour que les meilleurs romans, 
" ainsi que les ouvrages dramatiques, publiés en 
•< Angleterre, parussent dans ce recueil quinze jours 
" aptes leur publication à Londres. Ces extraits ne 
" renfermeront aucun jugement littéraire, mais seu- 
•■ lement un abrégé de l'ouvrage original. On y sup- 
« primera les détails superflus qui ne servent qu'à 
" égarer l'attention du lecteur; et on laissera sub- 
" sisterceux qui constituent legrand art d'intéresser. ■» 
Les livraisons se succéderont de i5 jours en 1 5 jours. 

Bu s IRI s , ou le nouveau Télémaque ; par J. S. 
QuESNÉ. 2 vol. in-T2 , caractères neufs Didol ; 
imprimés sur grand carré d'Auvergne , ornés de 
gravures en taille-douce , et suivis de notes sur ia 
mythologie, l'histoire et la géographie anciennes. 
Nouvelle édition, revue, corrigée et augmentée. 
Prix 3 fr. , et 4 fr. francs de port, pour les dépar- 
temeiis. A Paris , chez Lenormant , rue des Prêtres- 
Saint-Germain-l'Auxerrois , n.° 42. Voyez ce que 
nous avons dit de la i/' édition , Magasin Ency- 
clopédique ^ année VII, tome IV, page 564. 

I 4 



i36 Livres du' ers. 

3/."' HE CzeJIMont; nouvelle historique j -par 
M."" DE Gen L T ^. i vol. in-i8. Prix , i fr. 20 c. 
Paris, chez Marudan , rue Pavée-Saint- André- 
tles-Arcs, n.° lè. 

Cette nouvelle, insérée dans un des derniers vo- 
lumes de la Biblioihéque des Eomans, a été lue 
avec le plus grand empressement. L'agrément de 
la narration, l'intérêt d.:s siUiations, le nom des 
personnages, l'élégance du style ont fait désirer à 
ceux qui ne sont p int souscripteurs de ce journal, 
d'en avoir une édition détachée , et le libraire s'est; 
rendu à Finvilation qu'on lui a faite. 

Gravures. 

P ORTRAit du comte de Rumfort j dessi/ie d'après 
nature ; par Henriette Rath , élève d'Isiiùej ^ gravé 
par RoGEE ; Prix , i fr. 5o cent. , se trouve à 
Paris, au Bureau de la Décade philosophique, 
rue de Grenelle vis-à-vis la rue des Saints Pères. 

MÉLANGES. 

Enceclopédxe comique , ou Recueil angîois de 
gaieté , de plaisanterie , de traits d^ esprit , de bons 
mois , d'anecdotes , de portraits , d'originalités , 
d aventures , de naïvetés, de balourdises , de ca- 
lembourgs et de pensées, graves et sérieuses. Version 
libre de l'anglois ; par 2\ P. Bertin , traducteur 
en prose di-s satires d'Toung ^ ornée de figures , et 
d^ une plane hn gravée en sténographie , suivie cCune 
dissertation critique et curieuse sur COlii graphie et 
autres traités d'abréviation. Paris, chez i'^uteury 
rue de la Sonnerie, n^" i , 2 vol. in-12. Prix, 
3 fr. ^'et 3 fr. 80 centimes par la poste. 

L'épigraphe de ce recueil : Si foret in terris rideret, 
Jieracliius y convient parfaitement bien à ce recucii 



Livres divers. \^j 

qui ne sauroit qu'être agréable à ceux qui almeat 
s'égayer par une lecture amusante. 

Hepertoriv M Commentaiionum a Societatibus 
II/ tenu lis éditai uni ; secunduin discipUnarum ordi- 
nem digehsit I. D. Reuss , in Universilate Geor-- 
gia Augusta Philos, et Bistor. litter. Vrofessor et 
Su/i-,Bibliol liecarius. Scientia naturalis. Tomiis T. 
Hisloriii iialiiralis , generalis et Zoologia. Gottin- 
gçe, apud Henricuin Dietrich. 1821. 674 p. in-4°. 

Depuis un nombre d'années assez considérable , 
M. KeusS s'occupe de l'ouvrage important et utile 
dont il l'ait publier maintenant le premier volume; 
il est à désirer que la suite paroisse rapidement et 
sans interruption. L'uti-lité de ce répertoire est in- 
contestable, et telle que ceux qui se proposent de 
travailler sur quelque objet spécial, ne voudront 
pas s'en passer, puisqu'ils y trouvent classés mé- 
thofliquement tous les mémoires, toutes les mono- 
graphies qui se trouvent dans les difFérens Recueils 
de mémoires des Sociétés savantes. Un catalogue 
des recueils dont ce répertoire oHVe le dépouille- 
ment , n'auroit pas été sans intérêt à la tête de 
l'ouvrage. 

Ce premier volume est distribué en deux parties. 
La première (depuis la page 1-74) contient les 
Mémoires qui traitent' de l'histoire naturelle en gé- 
néral. La seconde (depuis la page 75-574) donne 
le Catalogue des mémoires sur la Zoologie. En tête 
de chacune de ces deux parties se trouve un tableau 
méthodique de la classification suivie par M. Reuss 
dans ce répertoire , avec des renvois exacts à l'ou- 
vrage. 

tJn répertoire pareil sur les mémoires insérés dans 
les principaux journaux littéraiies, seroit également 
de la plus grande utilité. Le Répertoire général de 
la littérature, publié par M. Ersch, ne comprend 
jusqu'à présent que le catalogue des ouvrages qui 
ont paru, et celui' des mémoires iasérés dans beau- 



i38 Livres divers. 

coup d'ouvrages périodiques depuis 1785 jusqu'en 
lygSjCn six vol. in-4.* Ce répertoire, extrêmement 
important, mériteroit d'être pins connu en France 
qu'il ne l'est ; mais comme il exclut tout ce qui 
précède l'année 1785 , le Répertoire de M. Reuss 
et celui des journaux qui manque encore, ne sau- 
roient être que très-intéressans à tous les amis des 
sciences et des lettres. 

EsSj4I de MiCBEZ de Montaigne j/aisant suite auœ 
éditions stéréotypes , d'après le procédé de Firmin 
Didot. 4 vol. in-i2. Prix , br, , papier ordînai'e , 
8 fr. 5o cent.; idem, papier fin, format in 8.°, 
16 fr. 5o cent., br. ; idem, papier vélin, ?>2 fr. 
So cent. Paris, chez Pierre Didot, imprimeur, 
rue des Ortie^ , n." 3; et Firmin Didot, libiaue, 
rue de Thion ville, n.° 116. 

L'exemplaire, qui a servi de copie pour cette roii- 
relle édition des Essais , appartient à la bibIiolh''(|iie 
centrale de Bordeaux. 11 est chargé, en tout s' n-, , 
de corrections et d'additions, toutes éc^ites de la 
main de Montaigne. L'impression en est très-belle. 
M. Didot aîné n'a pas besoin qu'on loue ses éditions. 

CBABX}ON-LA-R0CTIETTEi à A. L. MiLLIN, SUr 

l'Annuaire du département de Vaucluse. 

Avignon, i5 brumaire an lo. 

Je vous envoie, mon cher Millin, l'Annuaire du 
département de Vaucluse, pour les années 8 et 9 
de la république. Ces Annuaires, que le ministre, 
François de Neiifchdteau , avoit sagement recom- 
mandés aux administrations centrales, et dont il 
leur avoit presque fait un devoir, me semblent tiès- 
utiles. Perfectionnés par le temps, qui seul peut 
et sait tout mûrir, ils presenteroient tous le. ans 
au gouvernement la véritable statistique de chaque 
di^partenicnt. Ce serolt une espèce de sommaire dt' 



Livres divers. 189 

tovis les mc^moires qui lui sont adressas parles dif- 
ff'rentes administrations, raémoires sur lesquels il 
est d'usage , dans les divers ministères , de faire 
faire un rappor( , et qui par conséquent passent 
par la filtète, et prennent presque toujours la cou- 
leur de celui qui en est chargé. Ensuite, et cette 
considération est d'un grand poids dans un vaste 
empire et surtout dans une république, les lumières 
répandues par ces Annuaires n'éclaireroient pas 
seulement l'homme d'état, elles se répandroient dans 
les campagnes; et dans les lon2:ues veillées d'hiver j 
Je bon laDourenr , après la lecture de la vie du saint 
du jour, liroit ou se feroit liie par l'un de ses fils, 
un chapitre de l'Annuaire , le commenteroit , le 
discuteroit , et finiroit par se bien pénétrer de ce 
qu'il contient. Ainsi plus d'un procédé utile à l'agri- 
culture, au jardinage , à la vigne , qui restent ense- 
velis dans les journaux , seroient propagés, et presque 
toujours adoptés. Ces Annuaiies donneroient une 
notice biographique des hommes qui, par leurs ta- 
lens , leurs connoissances , leurs vertus civiques , 
ont bien mérité de la patrie. L'histoire littéraire 
en retireroit de très- grands avantages; les dates, 
fixées avec exactitude, la liste des ouvrages, faite 
avec soin , épargneroient à nos compilateurs de 
Dictionnaires hisloriijues , une foule d'erreurs quî 
les ont défigurés jusqu'ici. Ils recomœanderoient 
encore au gouvernement ces hommes qui ne sont 
pas obscurs, il est. vrai, dans leurs foyers, mais 
dont la modestie empêche que leur nom se répande 
au loin, et qui pourtant sont si dignes de coopérer 
aux grandes vues du gouvernement, pour l'instruc- 
tion générale et particulière. 

Ces Annuaires , dont les frais d'impression seroient 
aisément couverts par le grand nombre de proprié- 
taires riches, ou même simplement aisés, qui en 
feroient l'acquisition , seroient échangés de dépar- 
tement à département, et il en rtsultcroit pour 
tous une masse de lumieies, dont la propagation 
ne coûteroit rien au g^nueincment , et dont IÇ' 
" effets seioitnl incalculables. 



^4o Livres divers. 

J'ai trouvé H l'Ecole centrale de Carpentras, rnn 
de nos plus célèbres troubadours, Sabatier de Ca- 
■vaillon. Il est professeur de belles-lettres; et, quoi- 
que bientôt octogénaire, il conserve encore tout le 
feu de sa jeunesse, et reste fidelle aux Muscs qui 
lui ont toujours fait un accueil gracieux. Le Recueil 
de ses poésies , imprimé il y a quelques années en 
deux volumes in -12, renferme plusieurs morceaux 
q i annoncent un véritable poète. Son Ode à CEn- 
y^ioiis/asvie, pleine, de verve, avoit prouvé depuis 
loagtemps. qu'LI'l¥loit. 11 a célébré la paix conti- 
nentale dans<l'es coiiplets charmans ; vous en jugerez 
par les deuxi que je joins ici : 

Douce paix ! ô bonheur suprême ! 
Viens nous couronner de tf s (leurs ; 
Bi'^lui rendant l'objet qu'elle aime , 
De*r^p«use sèche les ('leurs. 
Le Fiançais, fixant b Victoire, 
Est digne d'un amour constant; 
11 est Mars aux champs de la gloire. 
Il tsl j^donis en aimant. 

Voyez ces oiseaux dont l'orage 
Suspend les amonts et les jeux, 
Ils soupirent , et leur ramaf'e 
N'expriment que sons langoureux ; 
Mais si , de la paisible aurore , 
Le cliar brillant vient les charmer , 
Devenus plus tendres encore , 
Ils semblent commencer d'aimer. 

Il vient d'adresser les vers suivans à quelqu'un 
de notre connoissance. 

La science n'a point de pages 
Qui puissent te cacher leurs trésors enfouis. 
La Grèce, son langage , et ses meilleurs écrit», 
Tu les connois , ainsi qne ses usages. 



Livrés divers. 141 

Tir pctix , sans de» guides choisis , 
tTardiment parcourir les plus loinlains rivages; 
Mais, quoique tu »ois sûr d'y faite des amis, 
Le plus tendre est aux lieux où sans toi je languit. 

Muni de tous ces avantages, 

En quelque endroit que tu voyages , 
Tu pourras te flatter d'être dans ton pays. 

Soirées de Ferney , ou Confidences de P^oltaire , 
recueillies par un ami de ce grand homme. Paris , 
chez DentUy imprimeur-libraire, palais du Tri- 
bunal, galeries de bois, n." 240. 

C'est îcî un ami véritable, tel que dévroient dé- 
sirer d'en avoir tous les auteurs qui ambilionnenf une 
gloire solide. Celui du grand homme ne cache point- 
jes défauis de son ami; pour paroîire entièrement 
iijipa'iia!, il met la critique qu'il lait des ouvrants 
e( de 1 a itpur dans l'aveu que l'auteur en fait lui- 
même. Un dialogue entre M."" Denis, IVI.'" Cha- 
banon et un M. B... , nous fait, sous le titre de 
confessions, des aveux qu'on peut croire que Vol- 
taiie ne sanctionneroit certainement pas. Ses premiers 
progrès en linéta ure, iîes essais philosophiques, ses 
dcntvéles avrc J.-B. Rousseau, son séjour en Prusse, 
sa querelle avec Mauperiuis, sont la matière de 
cette confession, dans laquelle Voltaire censure ses 
premières productions, comme l'auroit pufairel'abbé 
Desfontaines. Un des interlocuteurs demande à Vol- 
taire ce qu'il pense de Crébillon , de Piron , de Châ- 
teaubrun, de Lefranc, de Fontenelle , de Montes- 
quieu, de Diderot, etc., et Voltaire se dédommage 
bien alors de la véracité qu'il a mise à se jugf'r lui- 
même. Ce dialogue ingénieux contiet)t un jugement 
sur les ouvrages et sur le caractère du grand-homme, 
qu'il a fourni lui-même par ses satyres contre les 
hommes les plus raarquaus en littérature , et par ses 
mémoires secrets. • 

Dans le dialogue intitulé : Voyage idéal de VM 



1^2 Livres divers i 

tu ire , les diablfs s'emparent de lui, et le (ranspor- 
fent à Paris. 11 descend siiccef-sivemerit clicz son 
ami Thirriot, chez Marroonlel , chtz Frt'ron , chez 
Diderot, chtz Crébillon , chez l'ahhéGanchat , cheZ 
Lacondaaiine , à l'Académie, à la Comédie fran- 
çaise, à l'Opéra. Fatigué de toutes ces courses, il 
demande de retourner à Ferney , où il s'endort, et 
dans un songe, il se trouve devant le temple de la 
Postérité; il en est reçu d'une manière aS^cz déplai- 
sante pour son amour-propre. Elle lui perrhet de 
parcourir 

Ce livre ine.xplir.ih1e 
Qui contient du futur l'iiistoire irrévocable. 

Il cherchelongtemp» l'article qui doit l'immortaliser 5 
il a le désagrément de voir J.-B. Rousseau, Crébillon , 
Montesijuieu , qualifiés d'hommes de génie ; enfin, 
il lit : << Celui-ci sera tout à la fois poète tragique, 
<< épique, pindarique, Ijricjue, anacréontique , le 
« premier dans quelcjucs genres , le second dans 
« plusieurs autres ; tousses ouvrages seront remplis 
- de beautés sublimes -, et il se fera beaucoup d'en- 
« Demis; il sera quelquefois caustique, envieux, et 
" s'appellera Voltaire. » On croit bien qu'il dut 
trouver la prophétie impertinente , et qu'il le té- 
moigna à la Postérité, et à sa manière, puisqu'il 
en reçut un soufflet qui le réveilla. 

Dansles autres Soirées, il est question des Calas, 
des Sirven, des jeunes gtns d'Abbeville, et enfin 
du séjour de Voltaire en Prus<e. On lit ensuite deux 
dialogues entre Voltaire et un littérateur italien, 
dans lesquels les interlocutturs discutent, font un 
parallèle des langues italienne et française, et ap- 
précient le mérite des deux idiomes, et quel est 
celui qui doit obtenir la prééminence. Dans un aurre 
dialogue entre M. le duc de Lavalière , ou lit un 
autre parallèle entre le siècle de Louis XIV et de 
Louis XV et les siècles antérieurs; Voltaire y fait 
l'aveu que le génie avoit nécessairement baissé, mais 
que les lumières s'étoient multipliées dans tous les 



Livres divers. 148 

arts de l'esprît. « Nos artistes valent moins qu'au 
commencement du grand siècle et dans ses beaux 
jours ;_jtnais la nation vaut mieux. Nous sommes in- 
ondés , à Ta vérité, de brochures; c'est une multi- 
tude prodigieuse de moucherons et de chenilles qui 
prouvent l'abondance des fruits'et des fleurs. •• 

On lit ces Soirées avec plaisir , quoiqu'on n'y 
trouve que ce qu'on sait ; mais elles rappellent les 
diverses périodes de la vie du grand-homme et les 
diverses nuances de son caractère. A. J. D. B. 

ŒurRES âii>erses de P. L. Lacretelle f aîné J , philo- 
sophie et littérature. 3 vol. in-8.° A Paris , chez 
Treuttel et Wiirtz , libraires , quai Voltaire , n.° 2 ; 
et à Slrasbourg , Grand'rue , n.° i5. 

Cette première partie de la collection des ouvrages 
qui ont occupé le C. Lacretelle pendant vingt-deux 
ans, contient un éloge du duc de Montausier , qui 
fut couionné par l'Académie française en 1781 ; un 
dlicours sur les peines infamantes; plusieurs discours 
«nr les préjugés nationaux ; le plan d'un ouvrage sur la 
réforme jes lois criminelles; le discours préliminaire 
du Dictionnaire de métaphysique et logique de l'En- 
cyclopédie; le jeune Malhei-be , ou le fils iiuturel , 
TOinin dramuiique en deux parties , en cinq dniines 
et en di.f actes. C'est l'histoire de d'Alembert qui 
sert de f.).id à la («bie que le C. Lacretelle a conçue ; 
il a sub lltué un je irie poète au jeune géomètre; et , 
d'aprèi cette doimée , il a créé d'autres faits et 
d'autres caraceses •• Ce qui m'a principalement 

- ailiié ve s le «"jet, c'est l'intérêt plus piquant de 
" l'Huiour m iteinel et de la tendresse filiale sous ce 
" mystère et d^n.; cette contrainte qui appartiennent 

• à une n liss-ince illégitime; il en naît une foule 
" de senfiniens nouveaux, selon l'auteur, et des 

• s tuations encore inconnues sur tous les théâtres. 
« J'ai réuni , a ce que j'ai conservé de l'histoire de 
« d'Alembert, plusieurs circonstances de ces causes 

- connues au Palais sous le ttom de Réclamations 



14-I- Livres (livcis. 

- d'Efat, " L'cTuloiir , en rai»|)rochanl la scène <lcs 
événemens dont nous avons é(t' (énioins, fait a^lr 
MM. deMaurepas, Turgot, Malesheibt'S, Saint-Ger- 
main, Pezay, Necker, le cardinal de Tencin, sa sœur, 
mère de d'Alenibert, Beaumarchais, Maupou, etc. , 
sous des noms empruntés, mais avec des traits qui ne 
permettent pas de les méconnaîlre. Ce roman théâtral 
est rempli d'intérêt , malgré qnelcjut-s longut urs 
qu'on désirerait ne pas y tiouver. Mais quel est le 
roman qui est à l'abri de ce reproche ? Le troisième 
volume contient des vues générales sur l'éloquence 
de la chaire, et plusieurs articles de litlératnve et 
de philosophie qui auroient éfé insérés dans le Mer~- 
cure , mais qu'on n'est pas fâché de retrouver ici. 

Le C. Lacretelle nous promet eneore sept vo- 
lumes, qui sont les produits de ses divers travaux 
sur les matières qui ont été successivement l'objet de 
ses méditations. Trois époques les distinguent, et 
divisent la totalité de ses ouvrages en trois colltc- 
tions. On ne publie en ce moment que la première. 
La seconde , également en trois volumes , aura pour 
titre : Eloquence et Philosophie judiciaire. Les trois 
volumes qui suivront traiteront de la Philosophie 
politique. Un dernier volume présentera un tableau 
d'e la philosophie et de la littérature en France d ns 
les trois époques qu'a parcouru l'autour : ce seia 
comme une sorte de préface générale sur plus de 
cinquante ouvrages très-diffeiens parles objets, les 
formes et le ton. 

L'auteur, déjà avantageusement connu au barreau 
et dans les lettres par des productions de divers 
genres, peut se flatter que les lecteurs qui ne font 
quelque cas que des ouvrages solides, s'empres'seront 
de se procurer ces premiers volumes , et desiieront d® 
voir paroître ceux qu'on promet. A. J. D. B. 



E R a A T U M. 
Li.ins la Notice de la Gèqgrapliiç oriçntale d'Ebn-Hjukal , VU." «nuée. 
T. VI, p. 320, lig. 35, supprimez ces mots de chiffon. 



TaiU des Articles contenus dans ce Numéro. 



Biaiio*aA>Rtx. 

lAKré êa C Ohertin pire , m C. 
Millin , «ur !• Tcwïdanck. 7 

MiaxciMB. 

Mémoire physiologique et pratique 

•ur l'Aoérrismc et la ligature des 

Artèrea ; par le C. Maunoir , «le 

. Génère. i9 

' I > PHtflQVS. ' 

Traité élémentaire de Physique , 
présenté dans un ordre nou> 
▼eau , d'après les découvertes 
nodeine* ; par ie C. Libet. a6 

BOTAMIQUS. 

Description des Plantes nouvelles 
et peu connues , cultivées dans 
le jardin de J. M. Cels ; avec 
figures; par E. P. Ventenat. 48 

Astronomie. 

,iMémoire sur la découverte de la 
} nouvelle planète de Fiazzi , lu à 
j, l'Assemblée publiane de l'insti- 
tut , le 16 germinal , par Jérôme 
de Latande, ii 

BtOGIAfHZE. 

Notice sur Dehautes-Rayes , par 
le même. 64 

Gbammaiki. 

Sur l'ancienne écriture des A 
grois \ par le docteur Hager. , 

V • y A 6 B. 

Voyage d'AEgypte et de Nubi 
par Frédèrie-Louit Norden. 7 

FoisXB XATINB. 

MeJi'vfvus tatiaruTrt JUusarum 
amor. 84 



VARIÉTÉS.NOUVEtLESETCOR- 
RESPONU ANC£ LITTinAIRKS. 



NoVVSLtES iTKXKGtnSS. 



85 

80 



Nouvelles d'Allemagne. 
Nouvelles de Londres. 
Nouvelles de Naple». 

F a A. n e X. 



Société libr- le» icicneee 

et arts "^ 87 

Société « ■>• 
tau! 

I 

S 

Eco 
Coi;. 

rieur. 
Circulaire êa . 

l'expositioa de i'n 

TuiAXABS. 

Une Matinée du jour. 

II. 76. 88. Ut^. 

Les Hasards de la guerre. loS 

LiTSXt DtTSKS. 

Ornithologie. 

Histoire naturelle générale de» 

Grimpereaux , et dei Oiseaux d« 

Paradis, ao, 21 , 32 et aà* livrais. 

de la nouvelle collection d'Oi- 

—V dorés ou à reflets méial- 

I 7 , 8, 9 et lo.* de» 

106 



Calcndr!«»r . 



I 'jaltaMsine, ei.AnalvKe 

Jicuuvorie , rfppou son 
Misrju'à ce joui' j p*f M-' 

i j:,,. .ilne. li'4 

Morale. 

Dist •ui' iii'iriwiji. Vnr divers snjets 
et p::i ticalièremcnl sin- l't^dur - 
l'ioit; pnmudime de GeriHr ^ 7 

^ Education. 

Aiuionce d'ouTrar 'u- 

cutioa. 19 



■st.' 



■ges 

. lai 

^i«t moni&gotids 

^•,pàtiA.Kùel (,eri 

ll>ùl. 

ffi»tb?re, 

^titS-Unî* ai l'ÂTitltrlque i l« En Ju 
i8.*«iéc1e;^r J. É.;Bon/i«^ laa 

Dictiomnair*. • • ■ ' 
Dictionnaire raisonné de Bibliogri- 
phi* ; fit le C. Ptignot. 134 

Gratnijai.c. 
C<iur3 i» Langue aneinanib', M. 
la C. Ebtrho \ 

dJe »ur ie-*- 
C. AT- • 



ïhéoiie , pftèmt» phih'sopljjque, ' 
•suivi Je ^;èc»s Aij;ilive«T pJr-' 
jSt.me Fanny /ftft^/^Aûrrioù, il»'! 

.- ' foésit» laiibe. 

QF,uvre.s Je Virgile , en^Atio etM^ 

francoi». "si 

Théâtre. -^ 

OCuries (!cip4ti«|ups<}a 'cmiie Al' 
fieri , traduite àe l'italien u*f Ç. 

à.Pttim. n'm. 

■<• ■ ' * ' 

ArcT«it<!rli|re. » 

Mircii yitruvii PoUionttéà^A 
i.hit*ceurà ; per MvgHst. Roo>, 
■'■■■■■ ■ ■ ' , i3< 

Bibiiothèi je éhi RomiftiJS liiAglois. 

lusiris; j-ar J. S. Çttesné. ¥ùid. 
1.11e de Cleroioiit; puuvf>ll« histo- 
rique, par M.!n( de GeHiia. i36 

Gratnte. 
Portrait dy cipire de R'uniforl^ '^ar 
Henriette Rcth. fliJ. 

Mélangea. 

Eittycfopèdîe coiHi«jue ; pW^. P. 

' bertin. -Jtii'-. 

Kepertortufn Comment" cionum 

^ocietiUiius littprfttùs edif 

rum; secinduiu diiCiplinatii».^ 

orâmetn dieeait l. X^.'ReuM. 

15;/ 

Essai de JU<cA«/ de Montaigne. i3)i 

Lelir'e du C- Chardon- Ja-Aochtttt: 

«r-r-M/ j. r.» inuajip du 

i. «le Va- r'jae. Jiid. 

ày f ou Coolldeiiî-e 

,fc<ji li.k* pur uu 

_^r»nd hon'.•^e - l^i 

» di»«r».-i de P. .aei'e- 



noncer leurs guvrages 
.tis journaux «te rAUt:- 
w xempltthe au bure«« '] 



(N.° 2.)Prainalnn lo, 

M A G A S I N 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

o u 

.JOURNAL DES SCIENCES, 

DES LETTRES ET DES ARTS, 

R É D t G É 

Par A. L. Millin. 

AVIS DU L I B R A I R E. \ 

Le prix de ce Journal est fixé : 

à g fr^Tiics pour trois mois, 
i<5 flancs j)Our six mois, 
36 francs poiU' un an , 
tant pour, Paris que pour les Dc'pactcmens, franc tic port. 

On petit' s'atli<*?ser au Bureau du Join-ual pour se procure? 
^■■ns ks Livres ij'.u païuissoni en France et chez l'êiranger , et 
iir loui ce (|iii coiicenie lu L'brairie cucicniic et iilodcrne, 

v^E Journal, auquel la plupart des Iiomaies qui ont 
lin nom distingué, une réputation justement acquise 
dans quelque partie des arts ou des sciences, tels 
que les CC Alibert , DtSGENETTES, Bast, SlL- 
VESTRE DE SaCY, FOURCROY, HaLMÎ , DCJMÉRII,, 
:SCHWEItHiEUSER , LaCÉPÈDE , BaRB tKR , LaN- 

CtLès, Lalande, Lagrange, Lebrun, Marron, 
Mentelle , Barbie du Bocage, Bassinet, 

MOKELLET, NOEC , ObeRLIN , ChAUDON-LA- 
RuCHETTE, CaLlLLARD^VAN.MONS, Tkaujllé, 

Tome I, ( S."»^ An. ) 




LÈvEiLti, CuviER, Geoffroy, Ventenat, :■; 

CaVANILLES» UsTERI, BOETTIGER, VlSCONTI, -^ 
ViLLOISON, WlLLEMET,WlNCKLER, etC. foumis- | 

sent des Mémoires, contient l'extrait des principaux | 
ouvrages nationaux : on s'attache surtout à en donner | 
une analyse exacte, et à la faire paroître le plus promp- ' i 
tement possible aprèsleurpublication. On y donne une ^ 
notice qes pieilleurç écrits imprimés chez l'étranger. l 

On y insère les mémoires les plus intéressans sur a 
toutes les parties des arts et des sciences; on choisit ! 
principalement ceux qui sont propres à en accélérer les ,\j 
progrès. . ^ 

On y publie les découvertes ingénieuses , les inven- ?i 
tions utiles dans tous les genres. On y rend compte 
des expériences nouvelles. On y d»nne un précis de 
ce que les séances des sociétés littéraires ont offert 
de plus intéressant ; une description de ce que les dé- •; 
pots d'objets d'arts et des sciences renferment de plus À 
curieux. 

On y trouve des notices sur la vie et les ouvrages • 
des Savans, des Littérateurs et des Artistes distingués ;i 
dont on regrette la perte j enfin, les nouvelles litté- 4 
raires de toute espèce. v. 

Ce Journal est composé de six volumes în-'S." par w. 
an, de 600 pages chacun. Il paroît le premier de aj 
chaque mois. La livraison est divisée en deux nu-«| 
inéros, chacun de 9 feuilles. 

On s'adresse, pour l'abonnement, à Paris, au Bu- 
reau du Magasin Encyclopédique, chez le C. FuCHS, 
Libraire, rue des Mathqrins, hôtel Cluny. ^ 

. . j ( chez la veuve Changuion el d'Henest. 

A Amslerdam, | ^hez Van- Gnljk. ^ ^ 

A Bruxelles, cliez Leraaire. 
A Florence , chez Molini. 
A Francfort-sur-le-Mein , cLçr Fleischet, 

A r i. J chez Mangcl. 

A Cenhe, "[ chez Pascfioud. 

A Hanibourg , chez HoffiiianD. 

A Leipsic, chez Wolf. 

A Leyde, chez les frères Marray. 

A Londres , chez de Boffe , Gérard Streeti 

A Strasbourg , chez Levrault. 

A Vienne, chez Degçn. 

A Wesel, chez Qeisler, Directeur des Foitetj 

n f»ttt afîVapcl^lr les let^e^. 



HISTOIRE. 

Précis de V Histoire universelle , ou 
Tableau historique j présentant les ri^ 
cissitudes des nations , leur agrandisse- 
vient, leur décadence et leurs catastrophes, 
depuis le temps oit elles ont commencé à 
être connues , juscpi'au moment actuel j 
parle C. AnQUETIL, membre de l'Institut 
national de France , correspondant de PA- 
cadémie des inscriptions et belles -lettres y 
auteur de l'Esprit de la ligue , V Intrigue 
du cabinet ) et autres ouvrages. Seconde 
édition revue ^ corrigée et augmentée. A 
Paris ({). An X — i8oi. 12, vol. in- 12. 

JL'histojre universelle, composée en.anglois, par 
une société de gens de lettres , est le plus beau mo- 
nument historique que le siècle dernier ait produit. 
ILa. traduction Françoise de cet ouvrage, à laquelle 
on a joint les corrections et les notes de quelques sa- 
Vans allemands, est devenue un ouvragt- aussi utile 
que nécessaire , non-seulement à toutes les personnes 
qui veulent acquérir une connoissance générale de 
l'histoire, mais même à celles qui s'occupent de 
l'étudier à fonds. L'ordre et la méthode qui rè- 

(c) Prix, les 13vol. brochés, 5o fr. , et reliés, 56 fr.; chez Basillitt 
fils , libraire, rue da Foin-Saint-Jacques. 

Tome I, K 



1 4^ llisloiic. 

gnent clans cc((e grande collection , les discussions 
éruditcs qii'oii y rencontre quelquefois , les ci- 
tations exactes qui accompagnent presque toujours 
le discours, assurent à cet ouvrage une place dis- 
tinguée dans l'fstime des gens de lettres. 

Mais fout le monde ne veut pas acheter ou par- 
courir ce recueil volumineux ; et c'étoit rendre aux 
lettres un double service que d'en ofFiir un abrégé 
qui, resserrant les faits et élaguant les détails, ren- 
fermât dans quelques volumes tout ce que les 126 
vol. in - 8." contiennent de plus remarquable ou de 
plus intéressant. 

C'est ce qu'a entrepris le C. Anquetil ; et on peut 
dire qu'il l'a exécuté avec succès. 

Une première édition de cet abrégé, en 9 vol., 
ayant eu uii prompt débit, le C. Anquetil a ajouté 
encore à son travail; et on publie aujourd'hui, en 
12 volumes, une nouvelle édition qui mérite d'être ac- 
cueillie encore plus favorablement que la précédente , 
à cause des corrections et des augmentations considé- 
rables. Le travail du C. Anquetil est également pré- 
cieux , et aux personnes qui, possédant la grande 
collection, seroient bien aises de parcourir rapide- 
ment la chaîne historique des grands événemens 
dont elle renferme le détail, et à celles qui, n'ayant 
pas le temps de se livrer à l'étude approfondie de 
l'histoire, aiment à en trouver rapprochés tous les 
principaux événemens. j 

Ecoulons le C. Anquetil rendre compte lui-même 
de son travail : 

« L'ouvrage étant parvenu à son terme, il a été 



Elémens. 147 

" Question de lui trouver un litre ; car le titre ne con- 
• trîbue pas peu à l'opinion qu'on prend d'un livre, 
« et à sa bonne ou mauvaise foi (une. J'avois d'abord 
« imaginé eelui-ci : Tableau historique de Punivers , 
» ou vicissitudes des nations , leur formation , leur 
« agrandissement , leur décadence et leurs cuta- 
« strophes. Ce trfre me plaisoit. En efTct , il donne 
« une idée assez juste d'un ouvrage dans lequel cha- 
" que nation est représentée et suivie, depuis le 
« moment où elle a commencé à exister, jusqu'à ce- 
" lui où nous sommes ; surtout , quand dans le ta- 
«• bleau on n'a rien négligé , quant à la religion , 
« aux mœurs , au commerce , à la position et aux 
« productions du pays. Encore plus ce titre convient- 
<• il, si l'auteur s'est principalement appliqué au 
« développement des faits qui ont occasionné des 
«' changemens dans l'état civil, politique, militaire 
« et religieux de tous les peuples qui se sont pressés 
« sur la surface du globe, qui en ont disparu, ou 
" qui s'y montrent encore. 

" Or, telle est la matière de mon ouvrage. Con- 
« sidéré dans son ensemble, il présente réellement 
M un tableau de l'univers; néanmoins, j'ai aban- 
■< donné ce titre , parce qu'il m'a paru en même temps 
« trop fnstueux et trop conuhun. » 

Tel est ]'a!)erçu que le C. Anquetil offre de son 
plan et de son travail ; et on reconnoitrà combien 
cet aperçu est exact, quand on parcourra l'ouvrage. 
En effet , il ne faudroit pas s'imaginer qu'il ne con- 
tient qu'une sèche analyse des principaux évéue- 
mens historiques. L'auteur a raison d'avancer qu'il 

K a 



1 48 Histoire. 

n'a jjas néjilij^é de décrire la religion, les mœurs et 
les coulumcs des peuples, el qu'il a recherché les 
causes de leuis révolutions. 

Nous croyons justifier l'opinion avantageuse que 
nous donnons de cet ouvrage, et intéresser la cu- 
riosité du lecteur, si nous entrons dans quelques 
détails en choisissant dans les 12 volumes qui com- 
posent ce vaste tableau historique , quelques mor- 
ceaux qui mellront le lecteur à portée de juger du 
slyle et de la manière du C. Anquetil : •■ Quoique 
•< les iEgvptiens ne soient pas le plus ancien peu- 
«• pie , l'usage , dit le C, Anquetll , a prévalu qu'on 
<< les mette le.i premiers dans l'histoire, sans doute 
" parce qu'ils sont ceux dont il nous reste les no- 
« tiens les plus anciennes et les plus étendues. » 
Et voici conime il présente la description du Nil : 

« Le Nil, originaire de l'Ethiopie, grossi par 
« les pluies qui y tombent dans les mois d'avril et 
<< de mai , se décharge en Egypte par sept çata- 
« ractes, dont l'aspect et le bruit font frissonner les 
« curieux qui en approchent; mais les habitans des 
« deux bords, familiarisés avec le danger, ont 
« donné de tout temps, et donnent encore aux voya- 
" geurs , un spectacle d'intrépidité vraiment ef- 
« frayant. On les voit , suspendus à la cime du fleuvç, 
« se précipitera travers les rochers, diriger leur frêle 
« nacelle au milieu des gouffies écumans, couverts 
■" d'un brouillard perpétuel ; et, lorsqu'on les croit 
" engloutis, ils reparoissent au loin voguant tran- 

• quilleraent sur le fleuve devenu calme comme un 

• caaal. Ses eaux se répandent Jeritemcnt sur les 



E lé mens. 149 

" terres qu'elles couvrent de pi oche en proche , et 
« sont conduites dans les plus éloignées, par des dif- 
" férens moyens que la nécessi(é et la pratique du 
" nivellement ont appris aux /Egyptiens. Elles res- 
" tant , quatre mois , comme stagnantes ; et , de peur 
« qu'elles ne s'écoulent trop rapidement, avant 
" qu'elles aient déposé leur limon fécondant, il 
" souffle pendant ces quatre mois un vent de mer 
" qui \ts retient, 

<< Dans ie temps de l'inondation , en se plaçant 
" sur quelque lieu élevé , comme seroient les pyra- 
" mides, on découvre une vaste mer , sur laquelle s'é- 
" lèvent plusieurs villages qui ressemblent à des amas 
« d'îles, liées par des chaussées, pour la commodité 
« des habitans : elles sont entremêlées de bosquets 
« dont on ne voit que le sommet, mais dans ces 
«' mêmes lieux où voguoient encore, au commence- 
•■ ment d'octobre, des embarcations de toute espèce j 
u quand la terre est raffermie, vers décembre et 
« janvier, on voit bondir des bestiaux dans une ira- 
'« mense prairie émaillée de fieurs, coupée par des 
« haies odoriférantes , et peuplée d'arbres dont les 
" uns promettent , et les autres donnent déjà les 
« fruits les plus délicieux. 

<• L'activité du cultivateur nnime encore ce (a- 
n bleau ; le travail du laboureur est facile ; il ne 
M fait que gratter la terre quand elle se consolide, 
« y mêler un peu de sable, et elle donne les plus 
" belles récoltes. Le préjugé a éîendu jusqu'aux 
« femmes et aux femelles des animaux la propri;îté 

K 3. 



1 5o Histoire^ 

« fécondante du Nil ; il est vrai que les anlmauiic y 
<• niultiplirnt prodigieusement, et que les yEgyp- 
« tiennes peuvent être mères à neuf et dix ans ; mais 
•< elles doivent sans doute cet avantage, si ^'en est 
«« un, moins à l'eau du Nil qu'elles boivent, qu'à 
« la salubrité de l'air et à la douceur du climaC 
•• tempéré, quoique sous un soleil brûlant, par la 
« fraîcheur des eaux, et par un vent constant du 
« nord-est. 

« Il faut au Nil à peu près trente pieds d'élévation 
" pour procurer l'abondance ; trop ou trop peu cause 
" la stérilité et la disette. Des motifs si importans 
« fixent une attention inquiète sur l'accroissemcut 
" du fleuve. Mille moyens ont été inventés pour s'en 
« assurer. La superstition s'en est mêlée : on Jetoit 
« autrefois un jeune vierge dans les eaux, au mo- 
•• ment qu'elles commençoient à s'enfler, pour se 
" rendre le fleuve favorable; à présent on se con- 
.. tente d'y précipiter une statue. » Ces détails, ce 
style peuvent donner une juste idée du mérite de 
l'exécution du reste de l'ouvrage. 

Il seroit inutile de présenter la nomenclature des 
diverses nations dont l'auteur rappelle l'histoire : il 
suffira de dire que les histoires de la Grèce et de 
Rome y sont traitées d'une manière rapide et atta- 
chante ; celle de Rome est divisée en Rome monar- 
chie ^ R.ome république et Rome empire. On aimera 
peut - é(re le trait suivant, pris dans l'histoire de 
Rome empire : 

'■ Il y eut une rt^/olte en Angleterre. Ma]:;:éun;- 



Elémeîis. 1 5 1 

" espèce de caducité bâlée par ses travaux, Sévère 
•• r(^solut d'aller y mettre ordre liii-mérae. Il mena 
" à cette expédition Caracalla et Geta, ses deux 
•« fils. La victoire accompagna ses drapeaux. Après 
<■ leur avoir fait passer les bornes fixées par le mur 
« d'Antonin , il revint sur ses pas, et opposa une 
« seconde muraille aux incursions des Calédoniens. 
<• On fortifia de nouveau contre eux les mêmes rem- 
" parts. Pendant qu'il traltoit avec les Barbares, eÉ 
« qu'il recevoit leurs armes en garantie de bonne- 
» fol, un cri d'borreur se fait entendre : Sévère se 
« retourne, et voit Caracalla, l'épée nue, qui s'a- 
« vançoit sur lui pour le poignarder. Ce cri d'hor- 
<■ reur arrête le fils dénaturé. Le père , sans pro- 
<• férer un seul mot , sans marquer la moindre 
" surprise, continue le traité. 

« De retour dans sa tente , il fait appeler son 
■■ fils , lui reprocbe , en présence de Papinien, ca- 
« pitaine des gardes, et de Castor, son cbambellan, 
u la noirceur de son forfait. Lui présentant ensuite 
" une épée nue , il lui dit : ■< Si la soif de régner te 
■ force à tremper tes mains dans le sang de ton père , 
« satisfais-toi dans cette tente , plutôt qiià la vue de 
" nos amis et de nos ennemis. Si cependant la nature 
" parle encore dans ton cœur féroce ^ ordonne à Pa- 
•• pinien de percer le mien, l'a es empereur ; il t^o- 
« béira. Ces terribles paroles ne produisirent pas 
« même un remords dans i'ame de Caracalla. Il se 
■I confii%ia au contraire dans son funeste dessein, 
« répandit parmi les soldats qu'il ctoit in(Ji^';iie d'eux 

K4 



i5a Histoire. 

« d'obéir à un vieillard infirme , incapable de les 
>' commander , et fit révolter contre l'empereur une 
" partie de l'arftiée, dont ce père, trop indulgent, 
" lui avoit donné le commandement. Sévère assem- 
" bla les légions , fît couper en sa présence la tête 
" aux complices , mais épargna encore son fils. S'a- 
.. dressant ensuite à toute l'armée, d'un air niajes- 
" tueux, mais terrible -.Est-ce la te te qui gouverne ^ 
« leur dit-il , ou les pieds ? 

" 11 étoit malade. Le crime de son fils irritant ses 
<■ soufFi ances , il se vit bientôt au terme de ses jours, 
a Se sentant défaillir, il appela près de son lit ses 
•• deux fils, leur laissa l'empire en commun , et les 
« exhorta à la concorde. Peu avant d'expiier, il 
" s'écria : J''ai été tout , et tout ii^est rien. S'étant 
« fait apporter l'urne où l'on devolt déj)oser ses 
" cendres , il l'apostropha en ces termes : 7w reii" 
<■ fermeras celui pour qui toute la terre étoit trop pe- 
« tite. Comme ses douleurs augmentoient , 11 de- 
« manda du poison ; mais personne n'osant lui en 
« procurer, il prit une si grande quantité de viandes 
" les plus substantielles, qu'elles l'étoiifFèrent , â 
^ l'âge de soixante-six ans, après dix-huit ans de 
•• règne, laissant après lui la mémoire d'un i^rand 
n homme , mais non d'un bon empereur. ■• 

Dans l'histoire moderne, nous citerons un passage 
qui donnera une idée de .la puissance de Venise, au 
commencement du XV.* siècle. 

•• Les gains immenses que les Vénitiens Taisoient 
•• dans le commerce, les mirent en é(at , sous Tho- 



Eléinens. i53 

" mas Mocenigo , d'employer , selon l'occasion 
■ ou le besoin , les deux plus puissans moyens 
« d'agrandissement, la force et l'argent. Ils usèrent 
•> du premier avec succès contre les Turcs, dans 

• la Morce, et contre plusieurs seigneurs dont ils 
■• envahirent les états dans la Dalmatie et le Frioul. 
" Ils avoient acheté Patras et Zara ; ils achetèrent 
•< aussi Corinthe. Le doge Mocenigo a laissé, dans 
" un discours qu'il fit au sénat, une idée de l'état 
« florissant delà république, dans ce temps de pros- 
« périfé : Par ^attention que nous avons donnée ait 
<• commerce y dit -il, Venise envoie tous les ans à 
« l'étranger un fonds de dix millions de ducats; nous 
« gagnons -par le seul fret deux millions j et autant 
" sur le trafic des marchandises. Nous avons trois 
« mille navires , depuis dix jusqu'à deux cents ton- 
» ne aux , qui emploient dix-sept mille matelots , trois 
<• cents gros vaisseaux qui en occupent huit mille ^ 

* et quarante- cinq galères , sur lesquelles il jr en a 
" onze mille. Tous les ans vous envoyez cinq cent 
•' mille ducats en 2'erre-Ferme. autant dans les autres 
1 lieux maritimes ; le surplus reste en pur gain a 
» Venise. Tous les ans vous tirez de Florence seize 
» mille pièces de drap Irèsfin , que vous vendez à 
» Naples-, en Sicile j et dans toutes les échelles du 
« Levant. Votre change sur l'ioreiice est de trois cent 
'< mille ducats par an. En un mot, tout l'univers est 
" à profit pour vous. » 

Ce tableau de l'histoire universelle est terminé par 
un précis des voyages des plus fameux navigateurs; 



1S4 Histoire. 

et enfin une table des matières assez détaillée faci- 
lite lu recherche dans le corps de l'ouvrage. 

Par ces diverses citations d'un précis historique, 
qui n'est pas lui-même susceptible d'analyse, nous 
croyons avoir suffisamment prouvé combien cet ou- 
vrage est digne de la réputation de son auteur. 

R 



PALEOGRAPHIE. 

Examen d'une j4gale antique grecque , 
considérée surtout du côté de la simplicité 
ndive de son inscription (1) ; par Esp.-CI.- 
Fr. CalveTj médecin à Avignon. 

J-(A naïveté d'expression, qui tient toujours à une 
impression vive, profondément gravte parla nature, 
est un mérite de style peu commun dans les écrits 
modernes : si nous exceptons La Fontaine, Mulière, 
quelques ^ïtèces de Marot , et certains morceaux des 
colloques d'Erasme , nous trouverons difficilement 
dans nos auteurs des exemples du sentiment rendu 

(i) Ce mémoire avolt été lu à l'Acadéinie de Marseille en 1789; 
l'année suivante il fut envoyé à celle des belles-lettres , sous l'adresse 
de M. Dacier, son secrétaire : depuis cette époque, le savant d'Ansse 
de ViUoison, ayant publié, en 1801 , dans le Magasin Encyclopé- 
dique , des remarques sur quelques pierres giavées antiques, a cité 
celle-ci qu'il avoit vue dans mon cabinet, et m'a fait l'honneur de me 
nommer à ce sujet avec éloge. Voy. Magasin Encyclop. Année VU, 
t. II, p. ^5i suiv. et 4(9. 



Inscriplions galantes grecques. ï 55 

avec cette vérité simple et naïve, qui met «n quel- 
que sorte l'objet à la portée de tous les yeux, et qui 
par-là même, détermine universellement les suffrages. 
Mais la plupart des ouvrages de l'antiquité, sur- 
fout ceux des Grecs , sont spécialement remarquables 
par ce caractère: les bucoliques de Virgile, les épîtres 
d'Horace, les comédies de Térence et de Plante; 
les idylles de Théocrites , les chansons lyriques d'A- 
nacréon , les dialogues de Lucien, Hérodote même 
et Thucydide dans leurs histoires, et principalement 
Xénophon dans sa C^ropédie, s'expriment toujours 
avec une élégante simplicité. Les poètes peignent le 
sentiment , les historiens nous tracent des portraits 
d'une ressemblance frapante ; les uns et les autres 
sondent les secrets du cœur et nous en rendent, pour 
ainsi dire, les conlîdens ; nous aimons ces auteurs, 
quoiqu'ils ne paroissent pas avoir de l'esprit, ou 
plutôt , parce qu'ils paroissent n'en point avoir. Dans 
leurs éciits, ainsi que dans les chef - d'œuvres de 
Phidias et de Lysippe , le travail de l'art se cache 
sous les grâces de la nature ; je suis convaincu que 
c'est surtout à cause de ce genre de perfection, que 
Horace appuie sur ce précepte : 

Vos exemplaria grceca 

Koctumd ver se te manu , -versa te diurnd (a). 

Cette heureuse ingénuité se trouve , à plus forte 
raison , sur les pierres antiques : comme l'essence du 
style lapidaire consiste dans une brièveté énergique, 
mais simple et sans affectation , les anciens ont dû 

(2) lIoJiAT. j^rs fOet, V. 263, 



i56 Valœo graphie'. 

conserver encore plus particulièrement , dans leurs 
inscriptions , le ton naturel, où les détails sont né- 
cessairement moins saillans que l'ensemble; aussi 
Gruter et Muratori nous en fournissent-ils des exem- 
ples multipliés. Mais , sans recourir à ces recueils 
immenses , du moins pour les inscriptions latines , 
qu'il me soit permis de citer ici une pierre sépul- 
crale que j'ai toujours admirée, dont la première 
découverte est due à M. Joseph de Seytres-Caumont j 
ses expressions afFectueusesï, naïves et modestes exci- 
tent jusqu'à l'attendrissement. Ce tombeau se voit 
aux Angles , petit village du Languedoc , à un quart 
de lieue d'Avignon, il sert d'auge à la fontaine du 
château ; on y lit ces mots que j'ai transcrits moi' 
même : 

CUPITIAE FLORENTINAE 
CONIUGI PlAE ET CASTAE 
D lANUARIUS PRIMITIUS M 

MARITUS, QVALEM PAUPER 
TAS POTUIT MEMORIAM DEDI. 

«' Aux mânes de CupitiaFIoreutina, épouse pieuse, 
<■ et chaste. Januarius Primitius, son époux. Je lui 
•• ai consacré un monument tel que me l'a permis ma 
« pauvïeté. 

Quelle douceur , quelle énergie dans ces dernières 
paroles qualem paupertas potuit memoriam 
DEDI , elles expriment tout à la fois avec une sim- 
plicité touchante et sublime (3) la tendresse , l'estime 

(3) Le marquis Maffei a publi.'- , flans son Muséum Feronense , 
une inscription trouvée dans le Vtrouois , qui présente la inème idye. 



Inscriptions galantes grecques. 1 5/ 

et la douleur; je les regarde comme le chef-d'œuvre 
du senliment. Est-il un homme sensible qui ne pré- 
fère cette obscure épitaphe à ces éloges pompeux 
des tombeaux des grands , où les éclairs de l'hyper- 
bole et de l'antithèse se succèdent avec rapidité, 
et où , ce qu'on peut encore moins excuser, la vérité, 
toujours si respectable, est ordinairement si peu re- 
spectée. Il en est de même des inscriptions publiques 
de l'iinlicjuité, comparées à celles de nos jours ; heu- 
reustment pour la certitude de nos connoissauces , 
Jes hislo'res modernes ne se fondent pas sur les in- 
scriptions, tandis que l'histoire ancienne ne connoît 
pas c!e ^^leme» phis auihentiques que les marbres. 

Quelque fiappant que soit le ton de simplicité qui 
ïè^i < rau's !ts inscriptions romaines, j'ose avancer 
que les grecques sont encore plus simples et peut- 
être phs expressives; soit que cette langue , la plus 
ïiche et !a plus féconde qu'aient jamais parlé les 
hommes , undent avec plus de facilité les charmes 
de la nature, soit que le beau climat de la Grèce, 
et la finesse d'esprit de ses habitans aient influé sur 
la préfs're ce donnée à ce goût , il est certain que 
leurs nK^uiituens publics et privés s'annoncent avec 
des expressions naïves qui paroissent toucher à la 
négligence, mais qui sont dictées parla force du 
sentiment. L'anthologie grecque , dont il seroit à 

mais exprimée bien plus foiblement , qpniqii'arec simplicité : on y lie 
BOUS de» abrévia ions etTi.ivantes : M. D. liiarci Conceneti Marcel- 
iini Maicus Congiiis Justinus , si major auctoritas patrimoni 
mei fuisset , amphori titulo te prosecutus /uiisem, piistime pater. 
Muséum Veron. cxi.tii. 3. » 



i58 PaJœograpliie. 

souhaiter qu'on donnât un recueil , accompagné d'une 
.traduction coinplèfe qui nous manque \ les marbres 
d'Arundel et de Selden , quelques-uns de ceux du 
roî, publiés en détail dans divers ouvrages; ceux 
enfin que nous devons à CbisbuU et à d'autres au- 
teurs; tous ces recueils d'inscriptions nous en offrent 
une foule d'exemples. La vérité seule y est exprimée 
sans ornement, sans apprêt, et comme sans préten- 
tion; tout y est marqué au coin du sentiment et de 
la nature. 

Ces réflexions, auxquelles j'ai peut-être donné 
trop d'étendue, et que je prie de me pardonner, 
m'ont conduit à l'examen de quelques monumens 
grecs , d'une rareté extrême , dont le principal mé- 
rite consiste en cette naïveté; je m'en occupe d'au- 
tant plus volontiers, qu'ils paroissent avoir été jus- 
qu'à présent négligés par tous les antiquaires. Ce 
sont des pierres gravées en relief, ordinairement des 
agates, où on lit un propos de galanterie, qui néan- 
moins ne présente lien d'indécent ni de licentieux. 

Celle de mon cabinet est de cette espèce , c'est 
une agate de deux couleurs, forme ronde, diamètre 
un pouce, où l'artiste a profité de la partie blanche 
pour en faire sortir d'un fonds à demi- transparent 
rinscriptlon qui suit : 

:\ e ro Yc I N 

A e A OY c I N 

AETeTérCAN 

O Y M £ >i I MOI -pro ft'iXii 

c Y -|- I A e I Me 

CYN+i^PI COI -pro B-u ^<pi fi i 



Inscriptions galantes grecques. i Sç 

n Ils disent ce qu'Us veulent, laissons-les dire , peu 
" na'importe; vous , aimez-nioï , vous vous en trou- 
verez bien. •> Dicunt quod libet ^ dicaiit y non euro; 
tu ania me , hoc tua refert. 

Cette pierre fut d'abord connue de Raphaël Fa- 
bretti , qui , si je ne me trompe , est le seul qui 
l'ait publiée dans son recueil d'inscriptions; il la 
donne sans citer la ville d'Italie où elle se trouvoit, 
d'après une collection qu'il connoissoil sans doute, 
in achate , -pênes cl. v. Michaelem Caj)ellarium (4). 
Quoique cet auteur en fournisse une traduction la- 
tine très-correcte , il n'a pas lu la troisième ligne 
avec son exactitude ordinaire; il y trouve A e r e- 
T«ci, mot qui, dans cette phrase, ne présente 
qu'une idée incertaine , au lieu deAercToiCAN, 
troisième personne du pluriel de l'impératif que le 
sens exige , et qui se lit en effet sur le monument. 

De ce cabinet d'Italie , cette gravure antique fut 
transportée à Paris , et y fut acquise par M. le 
marquis de Calvière, homme d'esprit et de goût, 
qui joignoit aux Connoissances les plus étendues, le 
mérite rare de n'être pas superficiel ; c'est par la 
générosité de cet ami respectable , qu'elle enrichit 
aujourd'hui ma petite collection. 

On ne peut pas douter que ce ne soit ici un gage 
de tendresse entre deux personnes qui s'aiment, une 
passion ne sauroit s'exprimer avec plus de naïveté, 
rien n'est plus simple ni par conséquent plus dans le 
goût des Grecs ; ils affectoient , ce semble, de mettie 

fiO Raîh. Fasreth Insc. antiq. explicatio , 636. a5; 



i6o V al œo graphie. 

surtout c (le ingénuité charmante dans de petits 
monumens qu'ils aimoient à multiplier; en efTet , 
si les pierres d'un certain volume , qui portent , 
comme celle-ci, un discours entier et complet, sont 
infiniment rares , il est très-commun de trouver de 
petites pierres gravées , propres à être montées en 
bague, avec une inscription galante en deux ou trois 
mots , telles sont ces onyx ou ces agates, où l'on 
voit tantôt en creux, tantôt de relief, KAAH ce 
* I A « , belle , je vous aime ; ZHCAIC AKAKIN 
pour uKUxZt y vii^ez heureuse; CiriA KAAH, belle 
Sida ; ACTICAC KAAe XAIPC, bon jour , beau 
"Leucas; et une infinité d'autres (5) que je supprime, 
qui toutes , sans exception , parlent un langage tou- 
jours expressif et toujours simple , celui du cœur. 

L'inscription que j'explique nous laisse dans une 
incertitude dont ses auteurs ne se doutoient pas : 
est-ce un Viomme qui parle , est-ce une femme ? 
La valeur grammat icale des termes de la pierre s'ap- 
plique également au masculin et au féminin. 

J'avoue que je suis porté à croire que c'est un aveu 
dont une jeune fille sensible et légère veut favoriser 
son amant : si en effet nous consultons les mœurs 
et les bienséances de tous les siècles , il ne paroît 
pas qu'un homme épris se permette , sur ce point, 
le plus léger soupçon , de crainte pour sa propre 
réputation, moins encore qu'il ait l'indiscrétion ou 
l'impertinence de dire à une fille : Il vous importe 
de TTLainicT , ce seroit sans doute le moyen de ne 

(5) On trouve surtout plusieurs inscriptions grecque» de ce genre , 
djns les Qammtt «nfujux litteratte de FicoaoKi, Romx. i753.In-4.'' 

rien 



Inscriptiofis galantes grecrjiies. 1 6 1 

rien obtenir; d'ailleurs, la riche-se même du mo- 
nument suppose une d(^!icatesse de galanterie qui 
ne s'dccorde pas avec ce rus ique propos. Mais une 
jeune imprudente, sous l'inipei ieuse tyrannie d'une 
passion , peut très-bien s'oublier jusqu'à dire à celui 
qu'elle airue : // court , je le sais , des brnils sur 
mon compte y y^i^yisFiy u S-ÉAss-^v 5 je n^ en fuis aucun cas, 
je ne crains point les traits que me porte la censure , 
^.tyiTZ'(r»¥ , »' fi;XH y.o\ , VOUS , aimez - moi toujours , 
votre ardeur sera rc'carnpense'e ; <rù (piXîl fii^ a-viiÇîfîl 
<rot. Cepropos, dans la bouche d'une femme, n'est que 
foiblesse ; tenu par un homme, il devient lâcheté, 
indécence , grossièreté. Sans citer le farouche Juvénal^ 
combien d'exemples Aoacréon tt Horace ne nous 
ofF.ent-ili pas d'une liberté semblable. La pierre de 
bague indiquée ci-dessus, >.i'JK.»s KkXi x'^^f- ■> bonjour 
l)eau Leucas ^ vient à l'ap^aii de cet'e probabilité, 
on y entrevoit des avances , permises ou tolérées chez 
ie^auciens, dans un sexe à qui nos moeurs interdi- 
sent môme d'en écouter ; quoi qu'il en soit de cette 
conjecture à laquelle je n'<,trache aurure importance, 
je trouve dans les expressions naïves du petit mo- 
nument de mon cabinet , un germe de cette fTin- 
cLise provt rjçrtle , incontestablement d'origine grec- 
que (6) qui p'ait à tout le monde, et que personne 
ne peut imiter. 

Il falloit que cette formule d'exprimer son indif- 
férence pour l'opinion publique, fut tiè.^-usitée chez 
les anciens Grecs , puisque nous la trouvons mot 

(6) Ce HK^moire étoit desiiiié à T-Acinlimie de Marseille. 
Tome I. L 

/ 



i6a Palangraphie. 

pour mot dans d'autres inoiuiineris c|ui ne tiennent 
même point à la galanterie ; M. le comlc de Caylus, 
dont l'amitié inc (iit si chère, et dont la jierte a 
été aussi nuisible aux monumens antiques que les 
injures du temps , rapporte une agate de celle es- 
pèce dans le '/.e volume de son recueil; elle ne porte 
que les quatre premières lignes de la mienne : 

A £ ro Yc ! N 

A 0e>OYclN 

At;rtT»cAN 
ox f(.zxe.\ ft.o\ 

Je ne dissimulerai pas que celte rigoureuse identité 
d'expressions me fit cioire , à la première vue, que 
ce n'éloit qu'une copie de ma pierre dont les deux 
dernières lignes avoient été supprimées dans la plan- 
che (7) de l'ouvrage imprimé ; mais après un examen 
réfléchi , je m'assurai , soit par Ja différence de» 
diamètres des deux pierres , soit par la variété de 
la forme de certains caractères, surtout du ^, qu'il 
s'agissoit de deux monumens différens ; aussi cet 
illustre auteur , qui l'avoit sous les yeux, y trouve- 
t-il un apophthegme de la morale stoïcienne, et il 
observe avec raison que cette inscription (8) renferme 
Une sentence qui peut i-enirile devise à ijuicotiqiic se 
■j)ique de philosophie. Martial semble avoir en vue 

(7) Rec. d'Antiq. t. II, pi. 5i , fol. vers.— La même iiwciiption a 
è(é donnée depuis, d'jiprès un auire moiiiimem , d^ns le tome I. Hcr» 
cuianensium voluminum , Keapoli, J793. In-fol. p. 21 de îj pré- 
face. 

<8; Ibid.^. i58. 



Inscriptions galantes grecques. 1 63 

cette maxime dans l'épigramme à Julius de son neu- 
vième livre , je n'en citerai que les deux derniers vers ; 

Rumpitur invidid , <jUod amamur ^ quodque jtrobamur J 
Rumpatur z quistjuis rumpitur invidid ( g ). 

Je reviens à mon sujet : quoique les pièces de 
comparaison , pour les monumens d'une galanterie 
décente et naïve, soient assez rares dans l'antiquité, 
nous ne laissons pas d'en trouver quelques-uns qui 
peuvent servir d'appui à la pierre que Je viens de 
citer. 

Gruter rapporte une agate de ce genre du cabinet 
âe Fulvius Ursiûus , dont l'inscription lui avoit 
été communiquée par Rigault ; elle fut d'abord pu- 
bliée à la page 848 du corpus inscriptionuni antigua" 
runij mais avec des défectuosités qui ne perraettoient 
qu'à peine d'y trouver un sens; Rigault la restitua 
d'après le monument même , qui, sans doute, àvoit 
passé entre ses mains, et Gruter la donna de nou- 
veau à la page ii58 du même ouvrage, avec une 
ïiQuvelle correction(lo)que je ne saurois adopter. Sans 
ïelever une erreur toujours excusable dans un auteur 

(9) Maktial. Epigr. IX , gg. 

(10) Jani Gcot. Corp. inscr. antiq. p. ii58. Ce sar«nt homme lit 
raaxoï fit fciatts au lieu H^ rocs»» fAltTijéiirj; ^ du monument ; peot- 
frre a-t-il au devoir corriger ce Ters, qui , avec ftii^^SnK^ ■> sembla 
jporier une syllabe de trop; mais il auroit pu se souvenir que la pro- 
tiORcialion atlique confiaccoit et unistoit sou\ent deux syibbes , licence, 
si c'en est uBfc , qu'IIonièro s'est permise msn fréquenameut. Voyei 
ï'ÏDlcr. à 1» page suivanie. 

L 3 



164 Palœographie. 

aussi justement célèbre , je doune l'inscription d'apre» 

la leçon de Rigault. : 

CI fiZ (pi AOYNTA 
<fIAeIC AICCH XAPIC 

eiAe fi ^ ^eiceic -j-iro ftirùf 

TOCCON fcmcH&elHC pro ftia-vii ih? 
OCCON er<a ce 0\>,a 

Si vous me rendez amour pour amour , j'y trouve un 
double motif de recoimoissance ; que si vous me 
haïssez j puissiez-vous être autant haïe que je voua 
aime. Ce sont les paroles de l'amant. 

Je regrette que ma tiaduciioii Françoise ne pafcr 
sente ni le laconisme ni les grâces naïves de l'ori- 
ginal gf ec ; il sera mieux peut-être de rendre cette 
inscription en latin pour les lui conserver , au moins 
en partie : 

Si me ainantem cmas , duplex gratta , si vero me 
odisli , tautùm sis aliis invisa , quaiiliun es mihi cara. 

Ce distique g' ce, auquel je donne hautement la 
préférence sur l'inscription de ma pierre, quoique 
dans le même goût et probablement du même temps, 
se distingue surtout par une simplicité naïve, élé- 
gante, énergique; rien n'est plus original que le 
souhait qu'il contient, pour imprimer l'idée de la 
foice d'une passion ; nos romanciers n'auroient pas 
manqué d'en profiler , s'ils n'avoieiit pas eu de bonnes 
raisons de se passer des modèles delà Grèce. Je doute 
que l'antiquité n;)us ait laissé un monument où le 
eentimeat se peigne avec d'aussi vives couleurs. 



Inscriptions galantes grecques. 1 65 

Je (rouve dans le même Gruter , p. dcccxliii. 3. 
une autre inscription sur onyx, très-propre à figurer 
à côlé de la précédente ; celle-ci , qui étoit à Rome, 
apudD." SalignœumjT^résente indubitablement lafor- 
me du dialogue, ce qui lui donne un ta^rite particulier: 

e I * I A eic 

AKOAOU0EI 
Oï OI Au) 

M H TsAAKu forsan pro ■K'Ktttka 
, N O » A H . pro y ï « 5 

KAI reA» 

L'amant dit : Si vous Tti'aimez^ venez avec rnoijU 
<PtXiii àKo?i)iêu; la fille répond : Non , je ne vous aime 
point , Je ne veux pas vous tromper. « (piXîi , fii' 7rPi«»3 
(il), le jeune homme réplique comme par dépit: 
Je m'en aperçois bien , et J'en ris , yvoj ^s ksh ysAS. 
Je ne puis m'empécher de regarder cet agréable 
colloque comme une bouderie courte et très - peu 
sincère entre deux personnes unies, dont le cœur 
est également pris ; in amore , dit Horace (12) d'a- 
près Térence (i3), hœc sunt mula , bellum — pax 
rursùni. L'homme témoigne son empressement , la 
fVmme feint de s'y refuser ; le premier se venge aussi- 
tôt en l'assurant du peu de cas qu'il fait de cette 

(11) On peut aussi r«ppli(]uer à l'imptralif passif , n'y toyez point 
trompé. 

(12) HoRAT. s<t. 3, lib. a, vers. 267. 

(i3) In amore hivc omnia insunl vitia : 

Injurix , suspiciones , inimicitiœ , induciœ , 
Bellum y pax rursum. 

TfiKiNT. Eunuch. act. i, sert. 1, t. >4> 

L 3 



i66 Palœographiei 

intliff^rence; c'est de part et d'autre one petite ruse 
très- usitée et souvent utile. Le ton du dialogue 
donne plus de mouvement et de grâce à ce petit dé- 
mêlé. C'est ainsi qu'Horace , dans l'ode g.e d# son 
III.' iivre a préféré le dialogue pour une querelle 
«eniblabîe , et je suis persuadé qu'il l'a imitée ou 
iDénif empruntée des Grecs (14). On sait que cette 
ode à Lydie donec gratus eram tibi ^ etc., la plus 
parfaite de celles de ce poète , faisoit dire à un auteur 
d'une vaste érudition : Qu^il aimer oit-yni eux Vavoir 
faite que d'être roi cTArragon (i5) , par allusion, sans 
doute, à ces mots de la même ode, Pérsarum vigui 
rege beatior. 

Le dernier monument de cette espèce que noua 
fournit Gruter, d'après Rigault , donne le même 
sens , et suppose également un dialogue ; les expres- 
sions en sont exactement semblables à celles de la 
pierre précédente, si ce n'est qu'on y lit /SAsaro» au 
lieu de ycoà ce qui ne change point l'idée , et que 
les deux premières lignes y manquent. Elle port© 
sur une agate (16} 

Oï + i^« 

M H n A A N • 

KAI rEA« 

(i4) M. Poinsinet de Sirry a pr^tenda prouver que cette belle ode 
èloit traduite du grec d'Alcée ou d'Alcman. Voy. son Horace, Pari* , 
Lacombe , 1777. 

(i5) Jules Scàligeb. . . . Mclim composuisse quam esse totiut 
Tarraconensis rex, Poêt. lib. 6, cap. 7, 

(16) Gauita, p. Il 58. 



Inscriptions galantes grecques. 1 67 

Je lie vous aime point , ne soyez pas dans VerreuT i 
réponse: Je le vois bien , et je tnen console (17}. 

Il seroit Inutile de s'occuper davantage de cette 
courte inscriplion de galanterie, le monument fjui 
précède en fournit sufEsammcnt l'cKplication. C'est 
de même une brouillerie d'un moment, oui fait es- 
pérer une réconciliation encore plus prompte. J'ob- 
serverai seulement que dans celle-ci le (p a la forme 
d'une croix -j-, comme dans la mienne ; l'époque de ce 
caractère , ainsi exprimé , est indiquée dans les ana~ 
lecta greeca de M. deVilloison (18), p. i65 du ï.* 
vol. , d'après quelques médailles publiées par Haym, 
dans le Tesoro britannico (19). L'inscription d'A- 
myclée qui , quoique sans Boustrophedon , est une 
des plus anciennes du monde (20) , expliquée par 
l'abbé Fourmont , dans le i5.* vol. des mémoires de 
l'Académie des inscriptions (21) prouve de même 

(17) L'abbé Vcnuii , dans sa discussion sur quelques agates grec- 
que» recueillies par Gruter , n'a pas manqué de cit#r celle-ci , qui s« 
trouve dans le cabinet du marquis Veltorio : on y lit cependant Noa» 
au lieu de BAEriai, comme dans la précédenre, ce qui ne change 
point le sens, Venuti en rapporte en même temps une autre d'une 
galanterie également ironique : OY (piXa C£ ftHAAfAaC 
non amo te nullatenus. C'est, selon nioî , un jeune £He qui lient 
ce propos de coquetterie ; elle auroil dit en françois : non , je ne vou$ 
aime pas du tout. Yoy. FicoBcst , gemm. antiq. litter. p. 52. Edi' 
tione jain citatâ. 

(18) D'Aksse de Villoison, ^nalecta grœca , t. Il, p. i65. 

(19) Tes. brit. p. gg. Edit. Lond. 17 19. 

(20) Ou le juge de i5oo ans avant l'ère chrétienne. 

(21) Mémoire de l'Acadé Jiie des inrcriptions el belle s-lcltres , t. XV, 
p. 397 , pi. a. 

L4 



1 68 PalœograjyJiie. 

que la forme G et c de l'i'psvlon et du sigma , que 
portent nos pierres, remonte à la plus haute anti- 
quité (22). 

Je pourrois, en parcourant les charmantes odes 
tl'Anacréon , multiplier les citations analogues à la 
pierre qui m'occupe; les expressions naturr-lles, dé- 
licates et séduisantes de ces petites poésies se re- 
trouvent à chaque ligne; l'agrément et la finesse de 
la pensée y disputent sans cesse avec la manière 
liante de l'énoncer; ces odes présentent toutes sans 
expressions et sans choix , des tableaux piquans de 
la plus vive fraîcheur, coloriés parla nature même. 
J'y vois les paysages de l'Albano et les fêles de Wat- 
teau. L'Anthologie grecque tirée presque toute , 
comme on sait , des pierres antiques, pourroit aussi 
me fournir un grand nombre de pièces dont la lé- 
gèreté , les grâces et la finesse forment le caractère, 
et qui , si elles ne sont pas de la même force, ont 
du moins la même naïveté ; mais je m'abstiens de 
ces détails qui me mcneroient trop loin, et qui m'é- 
loigneroient en quelque sorte du sujet que je traite; 
cette réserve très-fondée m'engage aussi à supprimer 
des discussions grammaticales , qui sont toujours 
fastidieuses, et des remarques sur les dialectes, 
qui peut-être le deviendroient encore plus. Il suffira 
d'observer que le dialecte attique, qui domine dans 
ces inscriptions, permet de soupçonner qu'elles fu- 
rent faites à Athènes même. 

(22) Voyez iiussi , S'jr rantiquilé liès-recuice «Je la forme de c*s 
leiiies , le superbe recueil des vases éliusques de I\I. IliV'iiiio"; '• !.. 
p. 163. Nûples, 17^0. 



Inscriptions galantes grecques, i6y 

La vraie destination de ces objets de plaisir et de 
luxe n'est pas aisée à déterminer. Ceux d'entre les au- 
teurs qui nous ont transmis le plus de détails sur 
les usages de la Grèce, ne parlent point de ces pe- 
tites inscriptions; on est forcé, pour suppléer à ce 
silence, de s'attacher à des. rapports , à dts analogies 
que nous fournissent d'autres monumens de l'anti- 
quité. 

Nous trouvons chez les anciens des tesseres d'hos- 
pitalité, des pièces particulières qui donnoient entrée 
aux bains, aux festins et surtout aux jeux j des marques 
distinctives pour difTérens collèges d'ouvriers ou d'ar- 
tistes ; Tornasini (20), Pignorius (24), Kirchmann 
(25) et Gorice (26) en ont publié ua grand nombre 
dans leurs différens traités; pourquoi nous refuse- 
rions-nous à croire que la pierre déciite fut autre- 
fois une tesseie érf tique, /fSTfr./ amatoria ^^i\ii sai»- 
je ? Peut-être étoit-ce la cloche du rendez -vous. 
Les jeunes gens des deux sexes ont pu imaginer , 
à l'imitation des t«Bseres connues , un bijou plus 
galant, plus riche, et sans doute mystérieux, pour 
i.nspirer ou pour entretenir une passion chérie ; ce- 
lui-ci dut peut-étie son existence à l'illusion d'un 
songe, à l'idée chimérique de la vertu d'une amu- 
lette, au délire d'une i'.nagination séduite par la 
rencontre d'un piésage interprété favorablement. Les 
mots de l'insciipliou pouvoient rappeler un propos 

(23) Jac. Phll. TcMAsiNUs , </e Tesseris hospitalitatis. 

(24) Laur. Pignorius , Je Servis. 
(2'>) Joan. KiRC!iMA.<j( , ds Annulis. 
(-6; Abrah. GoEivxi, Dccty-iiotheca. 



1 70 Palœographie. 

tenu, ou s'expliquoient par la convention antécé- 
dente d'un téte-à téfe. L'iimour a eu dans tous les 
siècles et chez tous les hommes, ses mystères, ses 
ruses, son adresse, ses expédiens. Quant à l'usage 
personnel et journalier de ces agates, c'est à l'em- 
pire de la mode qu'il faut recourir : on Its portoit 
en bague ou sur un bracelet , ou bien on les tenoit 
enfermées , avec une secrète complaisance , de même 
qu'on cache aujourd'hui un portrait reçu. De nou- 
velles questions sur cet objet deviendioient super- 
flues ; je ne fais que soupçonner, et l'on sait qu'il 
y a loin du soupçon à ]a conjecture' , et plus loin 
encore de la conjecture à la conviction. 

Qu'il me soit permis, en finissant, de faire quel- 
ques réflexions sur l'art admirable de la gravure que 
nous avons sous les yeux ; il indique l'époque des 
plus beaux temps de la Grèce; les artistes savent 
combien la dureté des pierres, le relief des formes, 
et surtout les lignes droites présentent de difficultés 
à vaincre au fouret, cependant rien n'est plus pai fait 
que la forme des lettres de ce petit monument ; 
elles sont vives, franches, bien à-plomb, espacées 
avec soin , très-égales et très-nettes. Je doute que 
nous ayions aucune inscription grecque, dont les 
caractères soient d'une plus belle exéc iiion. Nous 
devons même nous étonner qu'une frivolité de cette 
espèce , qui ne pouvoit être qu'un objet de luxe ou 
d'amusement, ait été travaillée avec tant de soin 
malgré tant d'obstacles. M. le comte de Caylus con- 
jecture que des ouvriers particuliers se desiinoient 
uniquement à la gravure des lettres sur ces sorte» 



Inscriptions galantes grecques. 171 

de pierres; J'adopte cette idée d'autant plus volon- 
tiers , qu'il est difficile de se persuader que les ar- 
tistes célèbres, tels qu'AuIus , Solon , Dioscoride, 
dont nous admirons les chef- d'oeuvres , aient profané, 
pour ainsi dire , leurs talens , par un genre dé tra- 
vail dans lequel le génie est nécessairement enchaîné. 



BIOGRAPHIE. 

Notice des ouvrages de M. n' Aii r i lle , 
premier géographe du roi ^ membre de L'A- 
cadémie des inscriptions et belles- lettres ^ 
et de l'Académie des sciences de Paris y 
de celle des scieiices de Pétersbourg , de la 
Société des antiquaires de Londres ^ et se- 
crétaire ordinaire de M. le duc d'Orléans j 
précédée de son éloge. Paris, chez Fuchs , 
libraire, rue des Mathurins; De manne ^ à 
]a Bibliothèque nationale. De l'imprim. de 
Delance. An x (1802). In- 8.° de 12.0 pag. 
Prix, I fr. 80 c., et 2, fr. ^5 c. par la poste. 

I-/EPUIS longtemps on desiroit une notice exacte 
et détaillée des Œuvres de d'Anville. C'est pour 
remplir ce vœu du public que le C. Barbie du Bo- 
cage, le seul élève de ce grand géographe, et le 
C. Demanne , se sont décides à publier celle que 



17^ Biographie. 

nous annonçons. Ils y ont rassemblé les notions les 
plus étendues qu'il étoit possible de recueillir sur 
les ouvrages de M. d'Anviile. Ils ont feuilleté toute 
la collection géographique du ministère des rela- 
tions extérieures, dont le fonds est celle que ce 
géographe avoit formée lui-mt^me ; ils ont examiné 
tous les manuscrits et les de.sins qui sont restés 
entre les mains de ses héritiers , et ils ont consulté 
les personnes cpii counoisscnt le plus ses ouvrages. 

Les auteurs de cette notice ont lâché de la rendre 
a la fois intéressante et utile : i.''en indiq-iant dans 
Je catalogue des caries gravées, autant qu'ils ont pu 
le savoir, les ouvrages particuliers auxquels ces 
cartes sont attachées, et pour celles de son fonds, 
en marquant les changemens successifs que iVI. d'An- 
viile y a faits souvent et à diverses époques. Lors- 
que l'indication de l'année a quelque inceriiiude , 
elle est renfermée ent?e des parenthèses. Les auieurs 
observent cependant que ces dates ne peuvent diffé- 
rer que de très-peu des véritables, et qu'elles ne 
peuvent, en aucune manière, empiéter l'une sur 
l'autre. Quelquefois ils ont rapporté les motifs qui 
ont engagé M. d'Anviile à dresser ou à suppriu er 
telle ou telle carte. 2.° Dans le catalogue dt-s ou- 
vrages imprimés, ils ont désigné les caries qui doi- 
vent accompagner chaque ouvrage ou chaque mé- 
moire ; en sorte que , par celte indication , on saura 
facilement si on a chacun des ouvrages de d'Anviile 
complet. 

Ces deux catalogues, de ses ouvrages imprimés et 
de ses cartes, sont précédés de l'éloge de d'Anviile 



jyAnviUe. 173 

fait par le C. Dacier , ancien secrétaire • perpétuel 
de l'Académie des inscriptions et belles-lettres , éloge 
qui est inséré dans le XLV/ volume des Mémoires 
de l'Académie, et qui peint parfaitement l'homme, 
et donne une jusie idée du géographe. C'est pourcette 
raison qu'on l'a préféré à celui composé par Condor- 
cet, qui se trouve dans les Mémoires de l'Académie 
des sciences, mais qui ne donne qu'une idée peu 
juste et fort incomplète de la personne de d'An- 
ville , de ses longs travaux et de tous ses ouvrages. 
Cette notice c'oit en n éme temps servir de pros- 
pectus d'une édition suivie , et de même format de 
tous \^% ouvrai>;es imprimés de d'Anviile, et des 
caries qui y sont annexées. Le peu d'étendue de 
quelques-!;ns de ces ouvrages, et surtout le petit 
nombie d'exemplaires que l'auteur en a fait tirer, 
en rendent la réunion très - difficile , et plusieurs 
même ne se trouvent plus depuis longtemps dans 
le commerce- 
La nouvelle édition qu'on se propose de donner 
sera de format in-4.° , avec un atlas grand in-fol. 
Le texte formera six volumes de 6 à 700 pages cha- 
cun , imprimés en carattères cicéro , sur papier 
caifé d'AngnuIéme; et l'atlas , contenant les 62 cartes 
qui ont rapport à ce texte, sera tiré sur papier co- 
lombier fin. 

Tous les ouvra!:;es seront distribués dans un ordre 
géographique et commode à consulter. A la fin de 
chaque volume se trouvera ime tal)!e des matières. 
Cette édition sera au surplus enrichie de plusieurs 
icémoires inlércssans qui sont restés manuscrits, 



rj4 Biographie. 

ainsi que de quelques cartes qui n'ont pas é(é j;rci- 
vées jusq'i'à présent. La partie typographique sera, 
pour le moins , aussi soignée que celle des anciennes 
éditions; qu«}.nt à l'exécution des cartes, elle spra 
confiée aux plys habiles graveurs en ce genre ; ce 
qui leur assurera le taêrne dcgr*'- de supériorité que 
l'on remarque dans celles que M. d'Anville a fait 
graver lui-même. Cette édition , publiée aux frais 
du C. Demanne, sera revue par lui et par le C. Bar- 
bie Dubocage , le seul élève qu'ait fait M. d'An- 
ville. 

Pour commencer cette édition , on ne demande 
aux souscripteurs aucune avance de fonds ; mais un 
simple engagement de prendre un ou plusieurs exem- 
plaires ; aussitôt qu'on entreverra la possibilité de 
couvrir les frais, on donnera le premier volume du 
texte , avec la partie eorrespondante de l'atlas. Les 
autres volumes suivront sans retai d. Chaque livraison 
sera de 25 francs pour ceux qui auront souscrit, et 
de 3o francs pour ceux qui n'auront pas souscrit. La 
liste des souscripteurs sera imprimée dans l'ordre de 
leurs souscriptions, et les épreuves des cartes leur 
seront délivrées dans le même ordre. On tirera 3o 
exemplaires sur papier vélin. 

On s'inscrit à Paris, chez le C. Demanne, maison 
de la Bibliothèque nationale , rue neuve des Petits- 
Champs, n." Il , où l'on peut se procurer les cartes 
et les livres de d'Anville ^ marqués d'un astérisque 
dans cette notice , qui composent son fonds , et 
qui se vendent séparément chez le C. Demanne. 
Les lettres doivent lui parvenir franches de port. 



WAnville. \ 7.3 

Les souscripfîons seront aussi reçues chez les prin- 
cipaux libraires de l'Europe, chez lesquels se trouve 
également cette notice. 

Pour donner à nos lecteurs une idée de la ma- 
nière dont elle est rédigée, nous joindrons à cette 
annonce quelques articles extraits du catalogue des 
cartes et de celui des ouvrages imprimés. 

■• K.° 56. Plan de la ville de Jérusalem ancienne 

• et moder^îe (1747) (i) ; i pouce a lignes | pour 100 
" toises ; une feuille de ir pouces de hauteur sur 9 ^ 

• de largeur. 

" Ce plan a été dressé par M. d'Anvilie pour sa 
M Dissertation sur V étendue de l'ancienne Jérusa'eni 

• et de son temple qu'elle accompagne. \ oyez au 
« catalogue des çuvrages imprimés, n." 16. 

" * N.° 57. (2) Ad antiquam Indiœ geographiani 

• tabula, 1765. 

" Cinq lignes au degré, une feuille de 17 pouces 

• de hauteur sur 14 de largeur. 

• C'est par erreur du graveur que cette carte porte 
« la date de 1766, elle est de 1770, comme l'ou- 
" vrage de V Antiquité de l'Inde auquel elle est at- 
" tacliee. Cette carte entre dans l'édition in-fo!io 

• de la Géographie ancienne abrégée de M. d'Anvilie, 

■ indiquée au catalogue des ouvrages imprimés, n.° 

■ 26, ainsi que dans son ouvrage intitulé : Antiquité 

(i) Il a été ©bserré plus hiut qu'il y a quelqu'incertîrade sur les 
années eafermèes daus des parenibèses. 

(a) Les canes et les ouvrages dont les noméros sont marqué» dani 
«♦Ile notice par on astérisque, forment la fonds de M. d'Anvilie, €t sa 
Ttndem chez le C Dernann*^ k ia Siblioih«<}tte wtioaale. 



1 76 B'iogroph ic. 

« géoffiaphiijiic de C Inde , JncIifjiK? au nicîne cafa- 
« Jogue^ n." 82. 

" * N." 58. ^•Egypfus antiqiia 1766, 2 pouces 
" I ligne au dcgrc? , une feuille de 17 pouces sur 12. 

" (^ctte carie cotre dans l'édition in-folio de la 
« Géngraphic ainii'ime abrégée de M. d'Anville , 
" indiqué au catalogue des ouvrages imprimés n." 26, 
« ainsi que dans ses Mémoires sur l'^E'ffjple ,*ïnâ'i- 
" qués au même catalogue , n." 24. 
N.° 110. Carte d'Europe. 

« Première partie , contenant la France, l'AHema- 
■ gne , l'Italie , l'Espagne «l les Iles Britanniques ; 
•' 1754 , I pouce 5 lignes au degré ; deux feuilles for- 
" .mant 36 pouces^ de hauteur sur 3o de largeur. 

« En 1756, M. d'Anville a fait à cette partie un 
• changement prescjue total de l'Andalousie , et du 
■< royaume de Grenade en Espagne. 

<• Seconde partie^ contenant le Danemarck et la 
« Norwège , la Suède et la Russie ( à l'exception de 
« l'Ukraine) 1758; i pouce 5 lignes au degré ; deux 
" feuilles formant 25 pouces ^ sur 87. 

« A cette partie, M. d'Anville a changé (1759) , 
«• la disposition du mot Slobodka dans la Russie, 
M au 55." degré de longitude, et il a interrompu la 
'< jonction qui existoit mal-à-propos entre la rivière 
" de Ruza et celle de VVolok-Lamskoi, au 54.' degré 
" de longitude. En 1776, il a refait toute la r^or- 
■< wège , depuis le Finmark , eu descendant vers 
« le midi, jusque près de Christiania. 

« Troisième partie^ contenant le midi de la Russie, 
" la Pologne et la Hongiie, la Turquie, y compris 



jyAnville. 177. 

« celle de l'Asie presqu'entlère, 1760; i pouce51ig. 
« au degvé, deux feuilles formant Sy pouces \ sur^o. 

« M. d'Anviiic a fait à cette partie nlus'eurschan- 
« geuiensj i,° en (1761) ji il a chano;(< jesenvirpns de 
« Trébisonde et de Semisat, dans la Turquie d'Asie 5 
et 2.° en (176a), il a refait toute l'île de Cypre, d'après . 
« la carte de cette île qu'il veno t de publier dans les 
« mémoires de l'acadéaiie des belles-lettres; 3.° en 
<< (1764) , il a changé tout le cours delà Vistule , 
M d'après une carte manuscrite , ainsi que toutes 
« les rivières de l'intérieur de la Macédoine , et une 
« partie de celle de l'Albanie, d'après la carte in- 
« titulée Grœciœ antiquœ spécimen Geographicum , et 
« il a refait toute la partie supérieure du cours du 
« Méandre dans l'Asie mineure , ainsi que les en- 
•< virons de Kutaieh et d'Ak-shehr , d'après les tra- 
« vaux préparatoires polir sa carte intilulée^ yisi(B quœ 
« vulgo minor dicitur et Sjriœ tabula geographica ; 
<< 4.° en (1772), il a ajouté dans cette même Asie 
■' mineure les grands mots de Versak et Aladeuli ; et 
« 5.° enfin, en 1779 , f oate la Moldavie et la Valakiç 
« presqu'entière ont été retracées d'après une carte 
" de Schmidius. » 

Pour fai'-e connoître la manière dont est rédigée 
la notice des ouvrages imprimés de d'Anville, nous 
mettrons sous leurs yeux les articles suivans. 

« N." 2,4. Mémoires sur l'/Egypte ancienne et mo- 
H derne , suivis d'une description du golfe arabique 
« ou de la mer Rouge, 1766, in-4." , 3i6 pages. 

.< Cet ouvrage doit être accompagné des carte» 
Tome I. M 



17^ Biographie. 

• mentionnées au catalogue précédent ^n.»' £8, 170, 
•< 173 , 174 , 175. 

<• N." 25. Géographie ancienne abrégée , 1768 , 
■» 3 vol. in-i2, contenant 1094 pages. 

n Cette édition est souvent accompagnée de pe- 
- tites cartes que le libraire a fait réduire d'après 

• les grandes de M. d'Anville ; mais elles sont très- 

• fautives, et n'ont jamais été avouées par M. d'An* 
M ville. 

« N." 26. La même, 176g, in-folio, i36 pages 
" ou 273 colonnes. 

« Cet ouvrage doit être accompagné des cartes fll 

• mentionnées au catalogue précédent , n.°' 42 , 
" 43 , 46 , 4g , 5o , 52 , 55 , S7 et 58. 

* <■ N.° 28. Etats formés en Europe après la chute 
n de l'empire Romain en occident, 1771, in-4.° de 
« 275 pages. 

« Cet ouvrage doit être accompagné de la carte 
■ mentionnée au catalogue précédent, n." Sgj et à 
« la fin est une nouvelle édition du Mémoire sur les 
n peuples qui labiteut aujourd'hui lu Dace de Trajan^ 
" que M. d'Anville avoit déjà donné dans le 3o.* vol. 
« du recueil de l'Académie des inscriptions et belles- 
« lettres. » 



MÉLANGES. 

Notice d'iw manuscrit de la BUdiothécjue 
publique de Grenoble ^ contenant diverses 
Poésies ^/'Antoine AsTEZAN , J'Ast en 
Piémont) par I^erriat (Saint-Prix), 
professeur de législation à l'Ecole centrale 
de l'Isère; lue an Lycée de Grenoble le 
i.**^ ventôse et le i.^^ germinal an 8. 

PREMIÈRE PARTIE. 

Description du manuscrit. 

A. la première colonne de la première page de ce 
manuscrit, on lit ce titre, écrit en lettres rouges: 

M Ad illustrissimû principe et excellen dnum dnum 
« Karolû ducé auielliauens<n et mediolaîîs Antonii 
« Astezani civis astensis libellus incipit de admira- 
« bili terre motu qui in regno neapoHtano accidit 
" anno christi miîlestmo quadringentesimo sexto , 
« die quarto decêbiis; nec non de apparitione cru- 
," ciSxi apud Capuam diciircgni civitatem. » 

Ce titre n'est point le tîtr».' propre de tout le ma- 
nuscrit , mais celui seuleiBcnt de l'une des pièces 
^u'il confient, pièces dont voici la table: 

1. Du tremblement de terre du royaume de Naples, 
et de l'apparition du crucifix à Capoue. Feull. i 

2, F«^iicîtations sur l'acquisition de Gênes , 
adressées à Charles Vil, roi de France 6 

M 2 



1 8o Mélanges. 

3. Traduction des poésies du duc d'Orléans... 9 

4. Quatre livres d'élégies Ii3 

5. Trois livres d'épîlres héroïques iSi 

6. Un livre sur l'apparition de la croix à 
Bayonne i53 

7. Un livre intitulé de Re funerea. ... 1 i55 

On donnera dans la troisième partie de cet article, 

une notice de ces divers ouvrages. 

A la téîe de la deuxième colonne de la première 
page, on lit ces mots : Ex libris CLiudii Evpilly 
(avec paraphe}, 16075 ce qui annonce que le ma- 
nuscrit a appartenu à Expilly, premier président 
au parlement de Grenoble , dont la bibliothèque 
existe en grande partie dans celle de la ville de 
Grenoble, formée par les soins du savant évcque 
Caulet , et acquise de ses héritiers par plusieurs de 
nos concitoyens. 

Lemanuscrit est en très-beau parchemin, deSacen- 
tiraètres de hauteur sur 24 de largeur. Il contient i58 
feuillets ou 3i6 pages; chaque page est divisée en deux 
colonnes de 82 à 84 lignes ; les alinéa y sont en 
général séparés par un assez grand espace; les marges , 
des côtés ont un à deux centimètres de largeur; la 
marge supérieure en a trois ; la marge inférieure sept. 

Les premières pages de la plupart des traités que 
nous avons cités sont entourées d'un filet d'or et 
d'une broderie en fleurs , peintes en or et en di- 
verses couleurs; quelques autres n'ont une broderie 
que sur un des côtés ou à la marge supérieure et 
inférieure. Les premières lettres des principaux ali- 
néa sont de grandes majuscules dorées et peintes 



Poésie (TAslezan. iS» 

alfernatîremett en rouge et en bleu ; celles des 
autres alinéa sont des majuscules moyennes , en 
bleu et en rouge sans dorure ; celles de chaque li- 
gne sont de jpetites majuscules écrites à l'encre ; 
enfin les lettres ordinaires ont deux milliraètres de 
hauteur. 

On n'y remarque aucune figure , à l'exception 
d'un ange supportant les armoiries de la maison 
d'Orléans , écartelées avec celles de Valentine de 
JMilan , d'un paon et de deux oiseaux de chasse. 
L'ange se trou\'e dans la première lettre de la tra- 
duction du roman, et les oiseaux dans la broderie 
eervant de cadr(? (feuillet 9). 

Il ne peut guère y avoir d'incertitude sur l'âge 
de ce manuscrit. La dernière page contient deux 
épitaphes de Charles VII, roi de France, mort en 
1461. L'imprimeri» étoit déjà inventée. Il n'est pas 
vraisemblable qu 'il soit beaucoup postérieur à cette 
époque. 

Quoiqu'il y ait dans ce manuscrit, comme dans 
ceux du XV.' sié"cle, un grand nombre d'abré- 
viations , avec un p.çu d'attention on le lit très-ai- 
sément , parce ^uç^ k's lettres sont bien formée» et 
très-distinctes les unes' des autres. 

Toutes les recherches qu'on a faites j>jsqu'à pré- 
sent annoncent que ce Jiianuscrit est original. Ce 
qui sembleroit le prouver , c'est que Muraî^ori , dans 
sa notice des œuvres d'Astezan ( Scri}>tor rer, iiall- 
carum j t. XIV, p. 1008) , ne fait aucune mention 
de celles que nous allons j..çâ!yser : nous ne croyons 

M 3 



iSa Mélanges. 

pas non plus qu'on ait publié quelque notice de ce 
manuscrit. 

SECONDE PARTIE. 

'Notice sur Antoine Astezan , et ses ouvrages. 

Muratori a publié dans son grand ouvrage (i) 
un manuscrit d'Astezan , intitulé De vurietate for- 
tiinœ (2) , et l'a fait précéder d'une notice sur la 
vie et les ouvrages de ce poète , notice qu'il a ex- 
traite de ce même manuscrit. Nous eu allons donne» 
lin précis auquel nous joindrons quelques observa- 
tions. 

Antoine Astezan, poète recoœmandable pour le 
temps auquel il érrivoit , naquit en 1412, à Ville- 
neuve d'Ast , où ses ancêtres , chassés d'Ast par une 
faction , s'étoient réfugiés depuis 1329. S'il faut en 
croire ce poète, sa famille , avant cette époque fày 
dieuse (3), étoit distinguée et par sa noblesse et 
par son opulence; mais elle déchut bientôt de sa 
splendeur. Pierre Astezan, son père, scribe public , 
c'est-à-dire , chancelier ou not?iîre de l'université de 

(1) Rerum itaiicarum sctiptores , tL.ai. XIV, p. 1007. — Muialoi^ 
(il des recherches sur Astezan , d'après un passage de l'histoire de Sa- 
voie , où Guichehon met, au nombre des écrivains d'Ast, Antoine 
Astezan , p( èie qui a écrit en -vers éitégia/jues. 

(a) La bibliothèque de Turin jiotsède un second exemplaire de co - 
\ manuscrit. II s'y trouve quelques ((ifférences de copie qu'où a notées, 
dans la table des masiuscrits de ceti.t bibliothèque ; t. II. 

(5) C'est à celte même (^ponu»; que celle famille fut appelée Aste- 
zan, à cause de son origine. 



Poésie (V Astezan. i83 

Villeneuve, et qui professoit en même temps la 
grammaire et les mathématiques , l'envoya , en 1427 , 
à Turin , et , en 1429 , à Pavie , pour y apprendre la 
grammaire et la rhétorique. Les instituteurs d'As- 
tezan furent Valla , Veggio, et Antoine Ferrari, re- 
ligieux carme ; les deux premiers étoient des litté- 
rateurs célèbres dans leur siècle. 

Astezan , craignant d'être attaqué de la peste, 
quitta Pavîe en 1481 ; mais le même motif l'écarta 
bientôt de Gênes , son nouveau séjour. Il vint alors , 
suivant le conseil de son père, se fixer à Ast , où il 
enseigna la littérature. , 

Muratori ajoute qu'il ne voit pas bien clairement 
quelle fut ensuite la destinée du poète d'Ast. Il con- 
clut d'un passage de son livre, que le duc d'Or- 
léans ayant recouvré la ville d'Ast, en 1447, le 
nomma capitaine du château de Montraynier, et 
son premier secrétaire dans cette ville ; enfin il 
pense que le poème Ds varietate fortunœ a été com- 
posé vers l'an 1450. 

Nous allons faire quelques observations sur cette 
notice. 

i.° Astezan paroît effectivement être né en 1412. 
Dans notre manuscrit (à la fin du premier livre 
des élégies, f.* 122), il annonce qu'il a atteint sa 
3o.* année, et l'épilogue où il fait cette annonce est 
datée de 1441. 

2." Dans l'épîtaphe de Pierre Astezan , son père 
( mss. f.° i58}, Antoine nous confirme que Pierre 
étoit de famille noble, et professeur à Villeneuve: 

M 4 



184 Mélanges. 

il ajoute qu'il laissa plusieurs filles et quatre fils , 
tous très-éclairés. 

3.° Antoine Ferrari,, religieux carme, l'un des 
instituteurs d'Astezan, dont il étoit compatriote et 
parent, venoit d'<?tre nommé évêque de Tortone 
îorstju'il mourut ( mss. f.° i55 ). 

4-° Notie manuscrit nous donne, sur la vie d'As- 
tezan, quelques d(;talls que Muratorî ignoroit. C'est 
et Pavie qu'il composa la plupart de ses poésies lé- 
gères (mss. f.° 122). Il abandonna le genre badin, 
en T441 , époque à laquelle il se maria à la fille de 
Barthélémy Carrari,,cl)îrufgien d'Ast {ibid. et l56}. 
Il fit un voyage en France vers 1460, et il y resta 
(principalement à Blois et à Tours), pendant les 
années 1451 et 1462, ainsi que nous l'apprenons 
de plusieurs lettres héroïques que nous analyserons 
<Ians la troisième partie. Retourné dans son pays, 
il y vivoit encore à la fin de 1461 , puisque notre 
manuscrit est terminé par plusieurs épitaphes de 
Charles VII, mort le 22 juillet de la même année. 

5.° Muratori se trompe, lorsqu'il dit (p. foo8 ) 
que le livre De varietate foriunœ a été composé par 
Asfezan vers 14S0. Dans le chapitre IX du livre I.'"' 
de cet ouvrage (p. 1009), Astezan fait des repro- 
ches aux Génois, sur ce qu'ils souffrent que leurs 
filles soient très-familières avec les garçons. 11 leur 
cite une aventure dont il a été témoin en France, 
auprès d'Orléans : Qiiod ego vidi per gallica rura. . . 
ager aurclhinensi paidiim sewotiis ah iirbe. Comme, 
ainsi que nous l'avons dit , il étoit encore en Fiance 



Poésie d'Astezan. i85 

en 1452 , le poème publié par Muratori est d'une 
A^i^ postérieure. 

6." C'est encore après cette époque qu'Astezan a 
fait sa traduction latine des poésies du duc d'Or- 
léans, poésies qu'il ne connut (ainsi qu'il le dit , 
feuillet 9) que pendant son voyage en France. 

7." Astezan n'a pas seulement écrit en vers élé- 
giaques, mais encore en vers héroïques. Dans notre 
njss. , ceux de la traduction des poésies d'Orléans, 
des quatre livres d'élégies, du livre de Refunerea^ 
de la description du tremblement de terre de Na- 
ples , et de l'épîlre à Charles VII, sur l'acquisition 
de Gênes , sont de la première espèce ; ceux des 
trois livres de lettres héroïques, et de l'apparition 
du crucifix à Bayonne , sont de la seconde. 

8.° Nous allons, à présent, hasarder notre opi- 
nion sur le mérite littéraire de l'auteur du mss. 

Astezan nous a paru un bon et facile versifica- 
teur, mais un poète au moins médiocre. Ses ou- 
vrages sont en général aussi abondants en mots que 
pauvres en idées (4); lise plaît surtout à répéter et 
à reproduire, sous un grand nombre de formes, 
la même pensée, quelque commune qu'elle soit. Il 
n'emploie pas avec moins de complaisance les com- 
paraisons , sans s'inquiéter si elles sont ou ridicules 
ou disparates, ou fausses, et les siennes le sont 
presque toujours. Un citoyen, obscur, ou tout-à- 

(4) Nous en avons toulefols nolé une qui nous a paru neuve et 
piquante. Voyez c!-apiès dan» l'exlrait <3e la leUre cinquième du livre 
second des Letlrcs liùroiques, le pasjage où Asîezaii parle du m''pris 
de la gloire. 



1 S6 Mélanges, 

fait inconnu, de Gènes, sera, par exemple, mîj 
bien au dessus des Pompées , des Scrpions , des 
Crassus. Les vers du duc d'Orléans vaudront mieux 
que ceux d'Ovide; les peintures du premier bar- 
bouilleur de vitraux d'églises, sont au moins dignes 
d'Apelles, etc. 

Malgré ces défauts , nous pensons , avec Muratori , 
qu'Astezan est un écrivain recommandable pour le 
temps où il écrivoit. 

TROISIÈME PARTIE. 

Notice des diverses poésies d^Astezan , contenues dans 
ce manuscrit. 

N." I. Livre sur le tremblement de terre qu'éprouva 
le royaume de Naples, le 4 décembre 1466, 
et sur l'apparition du crucifix à Capoue ( i*' 
feuillet ). 

Du tremblement de terre. 

Il n'y a point eu , dit Astezan , de si grand dé- 
sastre depuis le déluge; plusieurs villes ont été dé- 
truites; plusieurs milliers d'hommes ont péri 

Nous rapporterons les noms de toutes les villt-s qu'il 
annonce avoir été renversées ou submergées. Cette 
notice peut être utile pour l'histoire de Naples (5). 

(5) Nous avons, depuis ]a rédaction de re mémoire, parcouru beau- 
coup de vieux historiens d'Italie ; aucun ne donne , sur ce tremblement 
de terre, d'aussi grands détails qu'Astezan. Ils disent en général qu'il y 
«m un grand nombre de villes détruites , et ils se bornent à en citer 
quelques-unes. Voyez è ce sujet Annales Placentini ab Antonio d» 
i'ipalta , MucATOT,! , t. XX, p. 905 ; — Annales Bonin contrii, in 



Poésie d'Astezan. 187 

<< Urbs Arianensîs, Aliphi , Boiani , Sancta Aga- 
•< tha , A&ciilus , PaduUarum terra , Castellonus , 
« Sanctus Maximus, Fornellus, Guardia, Cerritum , 
«• Fiessolonum, Rocha Valli Obscure, Voltorinum, 
'• Castruni de Sanguine, Sanctus Angélus, Pes- 
" clium , Caslrum Caramanici , Turris Cornara , 
" Civitella, Locus Rippe , Sanctus Luppus, Case- 
" tinunj , Locus Carpinonum , BIcherî , Campus 
" Baâsus, Comltatus NolIisH, etc. » 

Noms des villes à qui ce tremblement a causé de 
grands dommages: 

" Michera, Morchona , Acerre , Sanctus Germa- 
«« nus, Oiivetiim, Pezolum , Meon , Capua, quin- 
v que alte ville Comitis , CoUella sancti Framondi , 
'•• Benèfent , 

Çui'd Beneventanam metnorabo versikus urbem 
Cui fuit ex tanta parte ruina data 
Ut non immerità m«leventi notnine diu 
Possit ut antique tempore dicta Juil, 

« Arpinum (à qui il ne put rien servir d'avoir 
« produit Cicéron et Marius), Nola, Sora , Saler- 
« nus, la ville fondée par Enée , Caune, Sulmo, 
■ la ville où est né Ovide. •• 

Le tremblement commença deûic heures avant le 
jour , et decimo wiius hore duraiil. 

ï<f.t.XXl, p.iSg; — Giornati napolîtcni , id. p. iiôa; — j4nrielei 
Jbroîivieniei y ibid. r. XXII, p. 324; — Historia napolitana Lu- 
dovici de Rainio , ib. t. XXIII , p. a5i ; — Plusieurs autres chro- 
niques du temps ne parlent point de ce fléau : mais le» auteurs ci-dessus 
s'iccordent à le peindre comme le plus épouvantable dont on eût mè- 
nioire, et dont l'histoire ait fait mention. 



1 88 Mélanges. 

La ville fut presque entièrement d(?(ruite. Aste- 
xan cite, entre autres édifices renversés, plusieurs 
églises et un mur construit par les Romains, mur le 
plus ancien qu'on connût. 

Eveillés par la commotion, les habitans se sau- 
vèrent dans la campagne, sans se donner le loisir 
de prendre leurs vêtemens. Dans le même temps 
«ne tempête aflPreuse brisa la plupart des vaisseaux 
qui se trouvoient dans le port, et les eaux des puits 
les plus profonds débordèrent. ... ; il remarque aussi 
que, de Xouies les cloches de la villd , il n'y en àvoit 
plus que sept qui pussent rendre des sons. 

Obligés d'abandonner leurs foyers , les Napoli- 
tains éplorés accusoient les ;?«/ d'avoir occa- 
sionné leurs maux. Dieu , irrité de ce crime horrible, 
avoit sans doute voulu punir Naplcs , ainsi que So- 
dome et Gomorre. 

Tum pedicatus detestabantur iniqui (6), etc. 

Il y périt loo mille âmes. 

Apparition du crucifix. 

A la même époque (au mois de décembre), le 
Christ apparut dans îes airs à plus de 20 mille i. 
hommes qui faisoient une procession à une lieue de % 
Capoue. Il étoit attaché sur la croix sainte; sa mère 
étoit à ses côtés. Qui pourroit révoquer en doute 

(6) Ce passage e[ plusieurs autres que nous ciierons, en donnant 
l'extrait des livres suivans (entre autres du livre premier des Elégies , 
n." 2, liv. II, n.os 3, 4, 6, etc.), montrent que les mœurs de ces 
temps étoient plus corrompues que certains auteurs ne le pensent. 



Poésie d'Asiezan. 189 

une apparition dont furent témoins, pendant quatre 
heures, tous les habitans d'une grande ville (7)? 

A cette occasion Astezan écrit une espèce de 
cantique, où il rappelle la plupart des miracles 
que l'écriture nous apprend avoir été opérés par 
l'éternel. 

II revient ensuite au tremblement de terre de 
Naples , qu'il attribue à la colère céleste, excitée 
par les trois causes suivantes : 

i.° Les vices du peuple; 2.° le parjure du roi , 
qui ne s'e.-^t pas servi contre les infidelles des dé- 
cimes accordées par le pape ; 3.° son usurpation du 
royaume de Naples sur René (8) , à qui il appar- 
tenoit. 

II exhorte enfin Alphonse d'accomplir son vœu , 
et de restituer les états par lui usurpés, et les Na- 
politains de renoncer à leur vie criminelle. Peuvent- 
ils se plaindre d'un désastre dont ils avoient été 
prévenus, ainsi que les Ninivites le furent du leur 
par Jonas? N'ont-ils pas vu plusieurs fois, cette an- 
née , une coniele ? ha queue d'une comète r)'est-elle 
pas, suivant tous les devins, un signe non équivo- 
que de menaces ? . . . . 

(7) Un aulre auteur parle de cet événement, et il le présente plutôt 
comme un phénomène <[ue comme un miracle, yipparuere , dit -H, 
quatuor stellœ mirahiles ab Oriente in OccidenKm fortiter per- 
gentes , et erant quasi in modum crucis. — Annales de Ripalta , in 
Muraloii , t. XX, p. goS. 

(8) René d'Anjou, <|ue Jeanne II, reine de Naples, avoit appelé â 
!* succession de ses états. Alphonse, roi d'Arragon, s'en empara sur 
lui en 1441. 



ipo Mélanges. 

Cette pièce est terminée par un envoi an diîc 
d'Orléans, et est datée d'Ast , le i." avril 1467. 

N.* 2. (F.* 6). Epître de fclîcitation adressée à 
Charles VIT, au sujet de l'acquisition de 
Gênes, et datée d'Ast, le 28 mai 14S8. 

' Il annonce que plusieurs Génois puissans, exilés 
par la faction de Frégose , doge de Gênes , qui do- 
niinoit alors dans cette ville , avoient invité le roi 
d'Arragon (Alphonse) à venir s'en emparer; mais , 
que la flotte de ce monarque aroit été prévenue par ■ 
celle de France, commandée par le duc de Caiabie 
(Jean, fils de René d'Anjou) ; que la plus grande 
partie des habitans appeloit les Français, et que 
ceux-ci leur ayant apporté des vivres (la famine 
y régnoit) avoient été très-bien accueillis; que le 
doge Frégose leur avoit remis tous les forts, etc. 
\Ce fut le 9 mai soir qu'eut lieu cette occupation. 
Quelques jours après arriva la flotte du roi d'Ar- 
ragon. Astezan prédit à son amiral qu'il échouera 
dans ses projets, et l'exhorte à s'en retourner dans 
ses ports. Cependant l'histoire nous apprend que 
Gênes n'évita d'être prise que grâce à la mort d'Al- 
phonse , arrivée le 28 juin suivant. 

N."* 3. (Feuillet 9). Traduction en vers latins des 
poésieà du duc d'Orléans (9). 

Cette traduction est précédée d'un prologue , où 
Astezan fait le plus pompeux éloge du duc d'Or- 

(9) Charles d'Orléans , petit-fils de Charles V, père de louis XII et 
oncle de Fr«ncoi» I.*< ' 



Poésie d' Aslezan. 191 

l^ans, pour avoir composé en prison la plus grande 
partie d'un si bel ouvrage. Il avoit souvent, dit-il , 
admiçé Ovide, qui avoit fait ses vers en exil; son 
admiration cesse , lorsqu'il lit ceux du duc d'Or- 
Jéans ; il se félicite ensuite de l'honneur que lui 
procurera sa traduction. 

Nous ne dirons rien des poésies du duc d'Or- 
léans (10). Il en existe un manuscrit à la Bibliothè- 
que nationale, et plusieurs ouvrages frès-répandus 
en ont donné des notices (11). La traduction d'As- 
tezan est assez fidelle; mais elle n'a ni la précision, 
ni les grâces de l'orignal. Le passage suivant ( feui- 
let 78 } mettra à portée d'en juger; 

Le temps a lalsslé son manteau 

De Tem , de froidure et de pluye, 

Et s'est Testu de broderie 

De soleil raiant , clair et beaa; 

Il o'y a beste ni oiseau 

Qui en son jargon ne chante ou crje^ 

Le temps a lalssié son inanteaa. 

Rivière , fontaine et ruisseau 
Portent en livrée jolye , 
Comtes d'argent d'orfèvrerie. 
Chasciin s'abille de nouveau , 
Le temps a laissié son manteaa. 

Tempui tjuod régnât clamidetn dimisit acerbam 
Ventoruni nec non frigoris ac plttvie. 
Et comptât , Claris radiis solaribus attjuc 
Formosis , vastes induit inde novas. 

(10) Elles sont écrites en regard de la traduction. 

(ir) Académie des Inscriptions, t. Xlll ; —Bibliothèque françoisV 
€e Goujet , t. IX ; — Annales poétiques, t. Ij — Nouvelle Sibliothéque 
iiH Ronuiu, secoade année, t. III, p- 104. 



ipa Mélanges. 

Non est nunc a/et , non est nunc Belua , f^ue non 
Cantec veî clamet more sortor/ue suo, 
Tempus cjuod régnât clamiJem dimisiC acerbain. 
Ventorum , nec non frigoris ac pluvie : 
Et fiuvil et fontes et rivi in signa jocose 
leticie varia nunc tegumenta ferunl. 
Argenti varia textas ex ordine gultas. 
jissumit vestes nunc sibi puisque novas. 
Tempus tjuod régnât clamidem dimisit acerbam. 
Ventorum , nec non frigoris ac pluvie. 

La traduclion de ces poésies occupe les deux tiers 
du manuscrit ; l'autre partie contient gS pièces de 
vers sur difFérens sujets. La plupart d'entre elles ne 
méritent pas une notice ; il suffira d'en indiquer le 
sujet. Nous ne nous arrêterons qu'à celles qui ofl'ri- 
ront quelque passage remarquable. 

N.° 4. (Feuillet ii3). Elégies. — Livre I.^'— 16 
pièces. 

1. Epître au marquis de Mon t ferrât , à qui As- 
tezan adresse ses poésies dans la vue d'exciter sa 
gaieté. 

.... Lege et risum cape prestantissime princeps 
Si mea sunt risu carmina digna tuo. 

2. A Florida, sa maîtresse. Invitation de céder 
à l'amour. 

3. Au jeune Gallus, Il lui apprend comment il 
doit se conduire pour se faire aimer de Philomena. 
Il lui conseille surfout d'user de ruse, et de se mé- 
fier de sa belle, lorsqu'elle lui demandera de l'argent. 
Il lui raconte à ce sujet une aventure plaisante ar- 
rivée au célèbre Crassu§. 

L'époiîoe 



Poésie <£ Aslezaïi. 198 

L'c'pouse d'un laboureur, dont j] éloît épils,!ui 
*ccorda un leudez-vous, du consentement de son 
mari :el!eexigeaseulement qu'il i ni payât d'avance les 
cent sesterces, prix de son infidélité , et qu'il quittât 
ses habits en arrivant ciiez elle. Le laboureur re- 
vêtit les habits de Crassus, à la maison duquel il se 
Tendit, au milieu de la nuit, et en silence. Il étei- 
gnit avec adresse les flambeaux que lui apportoit^ 
à son arrivée, une esclave attachée à l'épouse de ce 
riche luxurieux; battit celle-ci, ensuite jouit d'elle, 
et vint remettre enfin à leur place les habits déro- 
bés , avant que Crassus eût quitté le lit qu'il souil- 
loif. Crassus ne se douta de la revanche qu'on ve- 
noit de prendre qu'aux questions ingénues que lui 
adressa son épouse sur son silence obstiné , sa co- 
lère et ses transports amoureux de la nuit précé- 
dente. 

4. Epitaphe de la chienne du marquis de Mont- 
ferrat. 

5. A Florina, qui méprisoit son amant. 

6. Epitaphe d'un singe. 

7. A Cecutius de Gênes, son ami. 

8. A Philortèue. 

9. Salut à la maison de Florida. 

ao. A Florida, sui ce qii'elle a reçu des présens, 

31. A aiineas Si'vius, poète et orateur. 

32. Contre Xurifaber, qui le troubloit dans son 
amour pour Florida. 

l'.j. Eloge de la belle et jeune Hippia. 
14. A Cupidon. Plaintes de ce qu^'il est malheu- 
reux dans son amour pour Florida. ' 
Tome I, N 



1 94 Mélanges, 

i5. Eloge de la beauté de la jeune Adanias< 
i6. Plaintes sur le départ de Florida. 

N." 5. ( Feuillet 117). Elégies. — Livre 11/ — 7 
pièces. 

T. Epître au marquis de Montferrat. Il lui envoie 
ses vers pour le distraire des soins du gouverne- 
ment. 

2. Fable adressée à un goutteux. Tl a pour but , 
dans cette fable , de prouver que la goutte attaque 
ordinairement les citoyens riches. 

3. Epître au jurisconsulte Silanus. Il l'entretient 
du mariage de Phanie et de Philostrale , qui s'ai- 
jîioient ardemment. 

4. Epître au prince Boniface de Montferrat, con- 
tenant le récit de ce qui s'est passé aux noces de 
Cassius et de Sentiola. 

Cassjus, impatient de jouir de son épouse , se ca- 
cha , pendant le repas , dans la chambre de sou beau- 
père , où il réussit à l'attirer. Le frère de l'épouse , 
instruit de l'aventure, livra une jeune et belle ser- 
vante aux amis de Cassius, afin qu'ils pussent tous j 
dans cette soirée , goûter les plaisirs de Vénus. 

5. Epître au médecin Bombelle de Ceva. Récit 
d'une autre anecdote. 

On envoya des troupes à Ceva, qu'on craignoit 
de voir attaquer. Cette ville jouissoit depuis long- 
temps d'une paix profonde. Un nommé Cornuius , 
qui n'avoit jamais vu des gens de guerre , s'imagina, 
à l'aspect des nouveaux venus, qu'ils sortoient or- 
Tfiés du sein de leur mère. Charmé de cette décora- 



Poésie d'Ai'ezaji. 1(^-5 

tîon , il désira vivement d'iuoir un enfant qui en 
fût revêtu. Dans cctie idée, il pria un soldat de 
coucher avec sa feniuie. Le soldat cnit d'abord que 
c'étoit une plai^anlerie ; et il n'accepta la proposi- 
tion que lorsque Cornutus lui eut donné de l'argent. 

Uxor cui notus siiiiplei erat ipse marliiis 
Gaudet iii amplexus posse subire navos. 
Piesc-riliu (juonlam informis giacilisijue maritus. 
Non poierat veuerem sat saliaii suam. 

MaisJ, pour obtenir cet enfant désiré, il falloit en- 
core que la femme se soumît à une condition diffi- 
cile ; qu'elle résistât pendant deux jours à un besoin 
impérieux. 



Cornuto dicit : Ut uxor 

Concubitu pregnans fie sua facta novo 
Ut puerum armatum paritura. Sed est neceste 
Per biduum. conjux mingat ut ipsa nihii, 
licm si /ors conjux urinani émiser itf una 
Emittet pueri semina jacta sui. 

Fideile à cet avis , le bon Cornutus ne perd pas 
de vue sa femme. Malheureusement il est obligé de 
sortir avant la fin du deuxième jour; et sa femme 
va satisfaire, dans son jardin, le besoin dont elle 
étoit tourmentée. Un limaçon venoit de naitie au 
même lieu. Cornutus j à l'aspect de ses cornes, s'i- 
magine que c'est le fruit qu'il attendoit. Il se dé- 
sole , sur ce que le même instant s. vu naître et 
périr son enfant armé. Il mande tous les prêtres de 
Ce va pour célébrer ses funérailles. Les prêtres irri- 
U's, tt croyaat que Cjr'iutus les joue, se saisissent 

N 2 



I C)6 MéîoTiges. 

de l'imb(?cillc , et lui infligent un rigoureux supplice. 

6. A l'ablié de Saint-Quentin. Fable, dont voici 
]e sujet : Pourquoi la fortune est si favorable à cer- 
tains bomnies , et si contraire à d'autres? 

7. Titre de cette pièce : In Pcdicoiics. Qiicd pe- 
âicutiis vicimn non soliim in Iwmine ^ séd eliam in 
bellua lurpe est. 

Comment, dit-il, les PéJ (^viteroient-iJs la 

punition due à leur crime, lorsque Dieu l'inflîgeaux. 
animaux mêmes qui s'en sont rendus coupables ? Et 
il cite à ce sujet un âne ( qui gcminos viciai al asel- 
los) , qu'un (énorme morceau de giéle tua sur la 
place. 

8. Asfezan avertit que s'étant mkrié en 1441 , et 
ayant atteint sa 3o/ année, il abandonna- la poésie 
gaie pour la poésie sérieuse. 

N.° 6. (Feuillet 122). Livre III.' — î6 pièces. 

u Epître à The'odore de Montferrat. Il lui an- 
ronce qu'il avoit adressé un grand nombre de vers 
\un grand nombre de personnes, pour se faire nom- 
mer lecteur à Gènes,, ou être chargé, pour une ré- 
compense , de chanter les grands hommes de cette 
ville célèbre. Le duc d'Orléans est heureusement 
venu dans ce pays. La réputation d'Astezan est par- 
venue jusqu'à ce prince , qui n'a pas voulu qu'As- 
tezan en fût réduit à être obligé de quitter sa pa- 
trie, mais l'a mis en état par ses largesses d'habiter 
où bon lui sembleroit. 

Les 25 pièces qui suivent sont adressées au duc j 
au capitaine, au chancelier, à plusieurs sénateurs , 



Poésie d^Astezan. 197 

robîcs et jurisconsultes de Gènes. Il fait l'éloge de 
tous; il les compare aux Grecs et aux Ixomains les 
plus célèbres. Il leur dif qu'il leur porte la plus vive 
affection; mais bientôt le bout d'oreille perce ; c'est 
un emploi de lecteur, de professeur ou d'historien 
qu'il réclame ; et enfin il se restreint à obtenir au 
moins des secours qui le mettent en état de faire 
le voyage de Gènes (12) , ou qui réchauffent sa muse. 
Reconnoissant de leurs services, il portera jusqu'aux 
cieux les noms de tous ces Génois, les rendra im- 
mortels par ses vers, etc. 

Aucune de ces pièces ne mérite une attention par- 
ticulière. 

N.° 7. (Feuillet 128). — Livre IV." — 14 pièces. 

La plupart des pièces de vers contenues dans ce 
livre, renferment aussi des demandes de secours, 
des protestations d'amitié , de soumission , etc. adres- 

(12) II invite (feuillet ia6)les sénateurs génois & le prévenir, s'ils 
Jui accordent une place , afin qu'il mette ordre à ses affa res. 

Tanee namiue \ie nolim perfirre laborcm 
Aut sumptum , nisi sim ceriior anic ici. 

Et il ajoute plus bas: 

Vereor ji hâc temptttate vcrfinm 
Ne frustra tantum tonficcrciur iicr. 

C'est le passage des Appenins qui paroit si effrayant an poète. Il l'a 
décrit dans la suile au pocme de varietn te fortune , lib. I, cap. i i , 
et 11 y reproduit les mêmes idées : 

Heu , heu , quale mihi lum fuit illui i::r 
Credo me taneos nunquam yotuisse laboref , 
K<t ttm iifficilt) fuslinuiae via:, 

N 3 



1 98 Mélanges. 

sC-s à des Génois , au marquis de Montferrat, 
»u comte d'Angoulême, au prince de Piémont , au 
duc d'Orléans : les deux dernières sont des ftlicita- 
tions aux habltans d'Ast et de Milan ; aux premiers, 
de ce qu'ils ont acquis le duc d'Orléans pour sou- 
verain , aux derniers , de ce qu'ils veulent le re- 
connoîlre. 

Le quatrième livre est daté d'Ast, en 1448. 

N.° 8. (Feuillet i3S ). Lettres héroïques. — 
Livre L" — 3 pièces (t3). 

1 à Charles VIL — Eloge de ce prince. 

3 au duc d'Orléans. 

Cette épître contient une histoire abrégée de la 
vie de Jeanne d'Arc jusqu'au siège d'Orléans. Les 
discussions qui se sont élevées entre les historiens 
au sujet de cette ftmme célèbre, nous déterminent 
à donner quelque étendue à cette analyse. Le té- 
ipoignage d'Astezan peut être de quelque impor- 
tance; il écrivoit en 1485 , cinq ou six ans après le» 
aventures de Jeanne d'Arc: et sa place de premier 
secrétaire du duc d'Orléans le mit, dans la suite, 
à portée de s'assurer de l'exactitude de son récit. 

Jeanne d'Arc naquit le jour de l'Epiphanie , dans' 
un village situé auprès de la frontière de Champa- 1 
gne, de parens honnêtes et pieux. Ce jour même, 
les habifans de ce village, agiles d'une joie dont , 
la cause leur étoit inconnue, coururent çà et là, et 

()5) Dans ces diverses le'trcs , Astezan prend la quatité de preni.er 
8?(r 'nirc i^u, duc d"OrIia"S. 



Poésie d'Astezan. 199 

clianlèrent pendant deux heures. On donna à la pu- 
celle le nom d'une fontaine sainte du lieu. 

Son père lui confia de bonne heure (37 ans) la 
garde de ses troupeaux. Elle s'acquittoit un jour de 
ce soin (elle avoit alors 12 ans) , lorsqu'à l'invita- 
tion d'une bergère elle se rendit dans un pré où ses 
compagnes se déficient à la course. La sienne fut 
si rapide, qu'on s'écria d'une commune voix que ses 
pieds ne paroissoient pas toucher la terre. Pendant 
qu'elle se reposoit de ses fatigues , un jeune homme 
lui apparut, et lui dit de se rendre auprès de sa 
mère qui la demandoit. Persuadée que c'étoit soa 
fière ou quelque voisin qui lui transraettoit cet or- 
dre, Jeanne s'acheminoit vers la maison paternelle, 
quand tout-à-coup sa mère vint au devant d'elle, et 
la querella de ce qu'elle abandonnoit son troupeau- 
Jeanne , surprise, retourna sur ses pas. A l'instant 
les nuées devinrent étincelantes, et une voix en sor*^ 
tit qui lui dit qu'il falloit changer de vie : que Di«u 
l'avoit choisie pour sauver le royaume de France, 
qu'elle eut à se rendre auprès de Charles VII, et à 
lui enjoindre de se conformer à ses avis. 

Jeanne , étourdie de cette vision , qu'elle se rap- 
pela souvent, garda néanmoins le silence pendant 
près de cinq ans. Sur ces entrefaites, les maux de» 
François parvinrent à leur comble : la même voix 
se fit encore entendre , et adressa à Jeanne des re- 
proches sur sa négligence. 

Quelque positif que fut cet ordre, Jeanne étoit 
'"ndécise. Elle repassoit dans son esprit les obstacles 
qu'elle auioit à suimontir. Par exemple, elle ne con- 

N4 



20O Mélanges. 

noissoJt ni le roi , ni les chemins -qu'il falloit suivre 

pour arriver jusqu'à lui « Dieu le veut ainsi, 

" s'écrie alors la voix. Vas- t- en dans la ville de 
" Champagne, la seule qui soit restée fidelle au roi; 
« le gouverneur te conduira à ce prince. ■• 

Jeanne cède enfin. Elle se rend auprès du gouver- 
neur qui, soit qu'il fût naturellement humain, soit 
qu'il eût été averiipar quelque ordre divin , l'accueillit 
tres-l>ien (14) , e» la conduisit (i5) au roi sans qu'il lui 
arriva le moindre accident, quoiqu'il eût pris son 
chemin à travers les ennemis. 

IlUus arlventuin rex senserat. Atque suorum 
Consilio prnceruin minime decreverat illam 
Audiie aille dies Ues dum. venisset ad ipsum. 

A peine Jeanne apiproche que les cœurs de tous 
ces conseillers sont changés. Elle est approuvée par 
des théologiens. 

Pcst hec Rex prudens astutè fungitur ejus 
Colloquio ut melius nympham dignoscere posiie^ 
JUox per nonnullas mulieres guérie honestas. 
Ipsius mores agnoscere z'irginis omnes. 
Omnibus in rébus -virgo reperitur honesta. 

Non content de cette enquête, Charles ordonne : 

Quadraginta diebus 

Illam. servari m.uUeres inter honestas. 

(lii) VillarPt ft. VII, p. 4o3) dit au contraire, d'après le manu-> 
scrit du prorès de Jeanne , que Baudricourt , commandant de Vaiicou- 
leurs , la renvoya à deux reprises différentes, et ne l'accueillit enfin que 
parce qu'elle fil une espèce de prédiction d'une déroute arrivée aiw 
Frarnois. 

(i5: Ls vfrsion de Villaret est encore différente. Baudricourt, siti- 
Tani lui , u'a'la point avec Jeanne ; il lui donna deux gentiUlioinraes et 
leurs domestiques pour l'accompagner. 



Poésie d'Astezan, aoi 

et l'on reconnolt que Jeanne 

Nulla penitus levitate movetur 

il l'envoie alors secourir Orléans assiégé. Elle sauve 
cette ville quoique les ennemis fussent très -nom- 
breux et qu elle eut peu de monde avec elle. 

Elle fait ailleurs mille exploits ; tout le monde 
lui attribue le salut delà patrie. 

Tantus erat pudor huic et tanta modestia. ut ipsa 
Esse videretur mire Lucrecia famé. 

Elle buvoit , tnangeoit et dormoit peu. Elle passa 
six Jours et six nuits sous les armes sans se reposer- 
Elle se tcnoit bien à cheval , se plaisoii à l'entretien 
des hommes et méprisoit celui des femmes (Verbulu 
vana fugieiis J. 

Dieu voyant enfin que la France pouvoit se soute- 
nir par elle-même , la priva du secours de Jeanne. 

Cette épître datée d'Ast , en i435, est terminée 
par un éloge du duc d'Orléans, une exhortation 
faite à ce prince desupporterpatiemmenf sa prison etc. 

3. Epîlre à Biaise de Asirco , amiral Génois. 11 le 
félicite de ses derniers exploits et surtout de la vic- 
toire qu'il a remportée s.u,r le roi d'Arragoo (16). 

Cette épître est datée de P.avie, en 1486. 

N." 9. ( feuillet 140 ). Lettres héroïques. — 
Livre IL* — 5 pièces. 

Les trois premières .lettres de ce livre sont datées 

(i6) Alphonse , roi d'Arragon , qui fur baUii el f.iit prisonnier en 
1456, Jans une grande baullle navale que lui livrèient les Géno's er le 
duc de Milan. 



202, Mélanges, 

tl'Ast , en 1441 et 1446 , et adressées au marquis de 
Salluces, comte de Dunois et duc de Gènes. Elles 
ne contiennent que des éloges. 

La IV.', datée de 1448 , est adressée aux sénateurs 
et principaux citoyens de Milan ; elle Contient un 
long éloge du gouvernement monarchique. Astezan 
soutient que J.-C. lui-même préfère ce régime, puis- 
qu'il n'a pas voulu naître sous la république romaine > 
mais bien au commencement de l'empire , après la 
clôture du temple de Janus. 

II demande alors aux Milanois pourquoi ils diffé- 
rent de se soumettre à la domination de son prince 
et maître le duc d'Orléans , dont il expose les droits 
héréditaires comme issu de Valentine, etc. , et dont 
il Fait ensuite l'éloge?. ... Il dit entr'autres qu'il est 
le prince le plus religieux du monde. 

Hic etenim patitur jejtmia tanta 

Totque preces superii et -verba precantia dicit 

Quotidiè ut nuUus faciat se plura tacerdos. 

il loue encore sa générosité : 

^rgentum large large comumpsit et aurum. 
et néanmoins , ( malgré sa longue captivité ) 

...... Non ■vendidit oppida terre 

Nil cuitfuam reddere débet 

Quin irnà rnulti reges ducesque patentes 
Pêne sibi innumeram sese debere fatentur 
j4uruni. Quôd tribuent sibi dum res exigit Ipsa 
j4 ut aurum dantes aut ipsius arma juvantes , etc. 

il ajoute qu'il leur procurera la paix : et qu'ils se 
qpiuvrironl de gloire en le reconnoissunt , etc. 



Poésie d'Aslezûn. io3 

Y. A Juvenal des Ursins , chancelier du roi Char- 
les VII. 

Après des protestations d'amitié, il l'exhorte à 
protéger les poètes. 

Quamvi's sint numerls auri 

jirge.nt'itfue inopes 

Par eux seuls on peut acquérir de la renommée. 

(Idée qu'il met en avant dans presque tous les 
ouvrages ci-dessus). 

En vain quelques -philosophes ont-ils dit qii il fallait 
mépriser la gloire , leur nom écrit à lu léle de leurs 
traités atteste qu'ils étoient aussi jaloux de vivre dans 
la postérité, que tous les autres hommes qui ont 
toujours ce but en vue. 

Il finit par demander à Juvénal de lui faire accorder 
assez de biens pour qu'il puisse s'occuper unique- 
ment de chanter les hauts faits desFrançais qui ne 
seroient connus que d'eux-mêmes s'ils éloient célébrés 
dans leur langue, tandis que le latin en instruira 
toutes les nations. 
A Bloi's, i45o. 

N.° lo, ( Feuillet 146 ). Lettres héroïques — 
Livre 3." 

Ce livre ne contient qu'un prologue adressé au 
comte d'Angonléme ; et une longue lettie dans la- 
quelle il décrit au marquis de Montferrat les choses 
admirables qu'il a vues en France, et qui sont si 
nombreuses, que Virgile ni Homère ne pourroient 
suffire à leur description. 



204 Mélanges. 

§. i.*' Paris — Laplus belle ville du monde. Voicî 
les principales choses qu'il y a admiré. 

1. Ses ponts supeibes couverts de maisons , ponts 
qu'on traverse sans croire passer sur un fleuve. ( Il 
y a été trompé lui-même). 

2. Les palais des rois et de la famille royale. 

3. Le Palais de Justice. Il y admire surtout les 
diverses espèces de marchandises qu'on y vend, lin, 
laine , soie, or , argent , fer , toute espèce de métal 
et d'habillement. 

Divertosgue libros divertis arcibus aptos. 

Les joujous pour tous les âges : 

Non desunt puppe gratissima dona tenellis 
Virginibus miro cultu forinaijue décore. 

Il y a des monumens de la victoire de Godefioy 
de Bouillon sur le dragon. 

Cujus peilis adhuc muro est afjixa palacii- 

4f. La Bastille. 

5. Les Eglises très-riches, et les peintures de leurs 
vitrages. 

6. La Sainte- Chdpelle où il remarque surtout une 
•patène d'or transparente comme du verre. Les reli- 
ques qui sont fermées sous trois clefs. Une de ces 
clefs reste entre les mains du camérier , le comte de . 
Dunois ; la a.' au recteur; la 3.* à l'orfèvre du roi 
pour vérifier et réparer les bijoux. On dit qu'il s'y 
trouve le fer de la lance qui a percé J.-( . , l'habit 
qu'il a porté dans son enfance; habit fait des mains 
de la Sainte- Vierge. L'éponge qu'on lui présenta 



Poésie cPAslezan. 2o5 

sur la croix. Un de ses bas ; sa couronne cî'^pines 
( c'est bien la même , dit Astezan , puisqu'elle a des 
fleurs , et qu'on sait que cette couronne fleurit au 
Jour de la mort de J.-C, ). 

Le Saint Suaire; une partie du linge dont J.-C. 
se couvrit lorsqu'il lava les pieds des apôtres : son 
sceptre : une partie de son tombeau : sa chaîne : le 
bois de la vraie croix : le lait de la vierge et une 
partie des poils qui ont précédé ses cheveux : les clefs 
des SS. Biaise , Clément , Siméon , etc. , etc. 

7. L'église de N.-D. , ses admirables sculptures 
qui représentent l'histoire sainte , le colosse de saint 
Christophe. 

8. Les Célestins où se trouvent la chapelle du duc 
d'Orléans qui contient des tableaux dignes d'Apelles , 
et son tombeau. 

9- L'Hôpital auquel sont attachés un physicien , 
un chirurgien, deux médecins, un pharmacien, et 
un exécuteur des ordres des médecins. 

10. L'Université oii l'on enseigne la théologie et 
le droit. 

11. Huit Collèges oîi il y a des bourses. 

12. Le Parlement. 

13. Les Ouvriers en général très-habiles. 

14. La multitude incroyable d'habitans , de prê- 
tres et de chevaux. Pour donner une idée du nom- 
bre des derniers, il dit qu'il n'a jamais passé sur 
les ponts, où habitent les orfèvres et les bijoutiers, 
sans rencontrer des cltevaux blancs et dés moineif 
noirs. 

Miror et ÎDnuraeras forma presttnte puellas 



A 



2,o6 Mëhingp,'!. 

Tam lasclvo liabltu culni «deoque («rot»» 

Ul Piiaiiiuin aut vererem succeii'Iere Keiroia possint (["J- 

§. 2.* — La foiêt de Vincennes. Son château en- 
touré d'un triple et quadruple rang de fossés et de 
murst Son temple qui entretient quinze prêtres; son 
paie si propre à la chasse et si fourni de gibier de 
toute espèce. 

§. 3.* — Le bourg de Saint-Denis , où le corps du 
saint a été transporté à l'aide d'un miracle. 



Res mira est capue ipso luum Dionisius itluc 
Truncatum portons reguievit in illo. 

On croit aussi que l'église de Saint-Denis a été 
sacrée de la propre main du Christ, suivant le té- 
moignage d'un lépreux qui avoit couché dans l'église, 
et dont le Christ transporta la lèpre aux murs de 
l'église, pour qu'il ne doutât pas de la réalité de sa 
vision. Aussi a-t-on conservé , et conserve-t-on en- 
core avec soin cette lèpre. 

Il admire encore les tombeaux des rois et les tré- 
sors qui ont été conservés miraculeusement. Le pon- 
tife les cacha dans la terre , et les Anglais les cher- 
chèrent vainement. Ces anglais ont très-peu ou mêv>e 
Il ont point de religion; ils ne se font aucune peine 
de profaner les temples: ainsi Dieu les a punis et les 
a fait écraser par Charles Vil. 

(17^ On trouve la même comparaison dans son poème de Varietate 
fortune ^ lir. 1, ch. 8. In Muratori, t. XIV, p. ioi6. 

Vt quicumque lenex incendi potsit amore 
Vt P.iamui rultat , Ktster ci ipit api. 



Poésie d' Astezan. 207 

Ils ont élrangement déyasté Saint -Denis, qui 
étoit le premier bourg de France, comme Paris la 
première des villes. Le roi commence à le rétablir. 

§. 4.* Conciacum, Château du duc d'Orléans situé 
6ur les frontières de Picardie. • 

( C'est vraisemblablement Coucj que le diction- 
naire géographique appelle Codiciacum , réparé par 
Louis duc d'Orléans, frère de Charles VL ) 

Sa tour est la plus haute de France; on compte dans 
son escalier 222 degrés; elle a 33 grandes brassées 
de hauteur et autant, dit-on, dans les fondations. 
Ce qui est possible, puisque son puits a plus de 40 
brassées. Elle contient un moulin à bras et un four. 
Elle est ronde et a 60 brassées de tour. Ses murs 
ont 25 pieds d'épaisseur ou 4 brassées et demie. 
Elle a dans l'intérieur 5o pieds de large et 86 veis 
son sommet. Elle est couverte de plomb. On con- 
serve sur le toit des poissons comme dans un vivier, 
( miracle semblable à ceux de Deucalion )• Sur la 
porte on voit les portraits de deux princes dont l'un 
l'avoit fait bâtir, et l'autre avoit tué un lion qui 
dévastoit tout le pays. La figure du lion y est aussi. 
Il y a quatre tours un peu moins grandes, dans 
chacune desquelles sont trois chambres, surmontées 
de voûtes admirables. Au rez-de-chaussée est une 
prison (humauus carcer) assez douce pour les petits 
délits ; pour les crimes il y a sous terre un afiPreux 
cachot. La chapelle contient plusieurs bustes, et 
sa voûte est ornée de plusieurs peintures. Celles des 
vitrages surpassent ce qu'on peut imaginer. Elles 
rtprésentent plusieurs sujets tirés de l'histoire sainte 



2o8 Mc'la)is;cs. 

et moderne, mais elles ont ({.(■ (l(?(nii(es en pnrlîe 
dans les (.lernicics guerres; ( la trahison avoit \\\\6 
cette tour qui est impénétrable ). Jean , duc de Bcrry, 
offrait 12 mille écus d'or de ces peintures. 

La salle du château est superl)e , 200 pieds de long 
sur 5o de large; une voûte très-élevée, beaucoup 
de grandes fenêtres , quatre belles cheminces, dont 
deux, fort bien décorées, sont à la tête de la salle; 
entre ces deux cheminées est une tribune élevée et 
remarquable par la beauté de ses omemens. Toutes 
les figures sont faites de la mtrae main ; et , si je ne' 
l'eusse vu de mes propres yeux, je n'aurois pu croire 
qu'on pût sculpter sur une pierre très-dure, les feuilles 
et les fruits des arbres , et d'autres objets très-petit». 
De cette tribune, les seigneurs , séparés du peuple, 
peuvent voir les jeux qui ont lieu dans la salle ;-J 
les figures de Josué, Judas Machabée , David, Hectoi*, !| 
César, Alexandre , Arthus,CharlemagneecGodefiol= 
de Bouillon , que les François appellent nouem viri 
jyrobi ^ y sont sculptées sur de la pierre blanche. 
Louis , duc d'Orléans , père de Charles , qui a aug- 
menté beaucoup ce château , leur a joint le porti'aifc\ 
de Duguesclin ( (fe C/t^«7///2 ). 

Dans une autre chambre sont iiorem mulieres jsrobât.^ 
Sémiramis, Thamirys , Deiphiie, Lampedo, Me-' 
iialippe , Marpesie, Orithée , Penttiasilée et Hip- 
polyte. Toutes ces figures sont admirables. Deux* 
cheminées, artlstement travaillées , ornent encore 
cette chambre ; il y a un cabinet caché dans le mur, 
où le prince peut en secret assembler aon conseil et 
faire tout ce qu'il veut. 

Je 



Poésie d'Astezan, 209 

Je passe sous silence la cuisine digne de Néron , 
les écuries, les escaliers pris dans les murs, le por- 
tail , la cave dont l'escalier a 40 marches , et à côté 
de laquelle est un souterrain propre à surprendre les 
ennemis; un puits au bas duquel est un autre sou- 
terrain , où le seigneur de Couci cachoit ses trésors 
et bijoux ; la porte du château , etc. 

§. 5.* Lyon. — Jadis le siège de la rhétorique. La 
Saône la divise en deux parties. Le Rhône baigne 
ses murailles, et sépare la France de l'Empire. Ces 
deux fleuves rendent la terre fertile ; les monts qu i 
la défendent portent du vin et des fruits ; sur ces 
monts, on voit deux temples, des tombeaux de mar- 
tyrs; une partie de la colonne à laquelle fut atta- 
ché J. C. 

La Saône {Saugona ) a reçu son nom du sang des 
martyrs qui en a teint les eaux. Auprès de la ville 
est 

t Bustum 

Qui -vu/gà tumulus geminorum fertur amantium. 

Hérode et sa femme y sont morts. Pilate y est 
né, son père, très- illustre , s'appeloitTws, et sa mère, 
fille d'un meunier, se nommoit Pila^ d'où vient le 
nom de Pilatus. Le temple de Saint-Jean a cent 
chanoines. La ville est dominée par un châleau- Il 
y a tant de jeux et de volupté , qu'on pourroit l'ap- 
peler la ville d'Epicure. 

§. 6.* Bourges. — Jean , duc de Berry , y a fondé 
une chapelle , dont les figures sont peintes avec tant 
d'art, qu'elles paroissent vivantes. Je ne parle ni des 
fenêtres peintes , ni des reliques renfermées dans des 

Tome I, O 



2io Mélanges. 

caisses d'or et d'argent ; des pierres précieuses ; 
d'une croix d'or; du temple magnifique de Saint- 
Etienne , qui renferme, dit-on , le corps de ce saint, 
du palais du prince aussi riche que celui de Crassus; 
quoiqu'il ne soit pas fini , on y a déjà employé 
cent mille écus d'or. 

§. '].'' Blois. — Il y a près de la Loire, sur une 
colline , un château fort et si vaste , qu'il peut loger 
plusieurs milliers d'hommes et de chevaux. Il ren- 
ferme un temple très-vaste auquel sont attachés beau- 
coup de prêtres ; on y admire un orgue ( le plus grand 
que j'ai vu) qui a, dit on, 1400 tuyaux d'étain , 
dont j'en ai observé de si larges , qu'un homme or- 
dinaire pourroit y passer. Au milieu du bourg est une 
fontaine qui suffit à tous les habifans. Les filles ont 
un teint naturel très-coloré , je les préfère aux filles 
de Lombardie. La terre est fertile , très-riche en 
vignes et en forêts, en prés et eaux. 

§. 8.* Orléans, — Ville très - peuplée , surtout 
d'ouvriers ; son université supplée à celle de Paris 
pour l'étude du droit. On y voit le couteau dont 
Jésus perça l'agneau ; les vases dans lesquels on versa 
le poison destiné à Saint -Jean , poison qui , grâce 
à Dieu , ne lui fit aucun mal. Le canton produit du 
bled, du vin, des pommes, des noix. Il y a des 
prés et des forêts. La Loire fertilise Orléans , Tours, 
Blois , Baugenci , etc. On la traverse sur plusieurs 
ponts fortifiés de tours; celui d'Orléans est le plus 
i)eau d'entr'eux. Le palais des ducs est auprès de 
la rivière; Charles VII en a bâti un à tours et il 
l'a habité après ayoir été chassé de Paris.. 



Poésie d^Astezan. 2 1 1 

§. 9,' Tours. — Elle est très-riche. Le terrein 
très- fertile. On y voit le corps de saint Martin , et 
l'épée avec laquelle il partagea son habit avtc uh 
pauvre 5 les corps des sept Dorniuns. 

%. io.« NoYON — Ville deSaint-Eloi dont Astezan 
y a vu les instrumens, le marteau et Cenclume, 

§. II." SenliS et CoMPiEGNfi. — Il passe sous 
silence la première, ainsi appelée , parce qu'elle est 
entourée d'une forêt. 

Le bourg de Compiègne a été engraissé par les 
inondations. On y voit l'anneau et le voile de la. 
sainte Vierge. 

§. 12.* Laon. Ville très - forte située sur une 
montagne; pays très-fertile en vins et autres fruits. 
Il y a un temple dédié à la sainte Vierge. Cette mère 
de Dieu a beaucoup d'autres temples en France. Elle 
fait assidue des miracles dans tout l'univers. 

§. i3." SoissONS. — Cette ville est traversée par 
une rivière qui fertilise sa vallée , et près des bords 
de laquelle est le château-fort d'Orléans. Le corps 
de saint Sébastien est dans son église. 

§. 14.^ Amiens. Une partie de la tête de saint 
Jean est à Amiens ; son menton à Lyon , ses cendres 
à Gènes. Le temple d'Amiens est le plus beau de 
France, quoique plusieurs lui préfèrent celui de 
Chartres. On doute que celui de Milan les surpassse, 
quand même on le fîniroit. S'il a tant pailé de 
temples et de reliques contre l'usage des poètes, 
ajoute Astezan , c'est que la France seul lui a paru 
s npasser la Lombardie dans ce point. 

2 



2ïZ Mélanges, 

Il y auroît encore beaucoup de choses à dire sur 
les villes de France. Ecrit à Blois , 1451. 

N." II- (feuillet i53 ). Livre sur l'apparition de la 
croix à Bayoune, dédié à Charles Vil. 

L'Aquitaine tire son nom des fleuves, étangs et 
lacs dont elle est remplie. Clovis soumit le premier 
la Gascogne. Les Anglais l'enlevèrent et la conser- 
vèrent longtemps. Charles Vil, après avoir soumis 
la Normandie dans l'espace d'un an, reprit la Gas- 
cogne en un été. ( Astezan voudroit célébrer ces 
guerres merveilleuses , la pauvreté ne lui en laisse 
pas le loisir). Charles Vil assiégea Bayonne avec 
une armée formidable. 

La Sainte-Croix apparut tout-à-coup pendant plus 
de deux heures dans les airs. Le ciel étoit pur. Elle 
fut vue par les citoyens de Bayonne , par l'arme'e 
de Charles, et par ses alliés, les Espagnols, les 
Ecossais. ..... Les Bayonnais fondant en pleurs se 

rendirent aussitôt à Charles VII. Ce signe miracu- 
leux annonçoit que le ciel se déclarôit en sa faveur. . . 
Imprécations contre les Anglais; éloge de Charles 
Vil..... Astezan le prie de lui accorder du repos, 

c'est-à-dire, les moyens de célébrer ses exploits. 

A Tours. Février , 1452. 

N.° 12. ( feuillet i55 ). Livre de re funerea. — 27 
pièces. 

Ce livre est adressé à Thomas Francus , grec , phy- 
sicien royal ( médecin du roi ). Il contient deux épi- 
grammes et vingt-quatre épitaphes dont nous allons 
donner la notice. 



Poésie d*Astezan. ai 3 

i.° L'épîtaphe de Guarini, de Véronne, que l'on 
croyoit mort. Sa réponse à Astezan suit cette épi- 
taphe. 2.° De Ferrari d'Ast , carme ; 3.° Louis Tition , 
conseiller et secrétaire. 4.° BarthélemI Caprée , cha' 
noine de Novarre : 5.° Trois du marquis de Mont- 
ferrât ; 6.° Louis Guascho ; 7.° Jean Percival ; 
8.° Petrina, jeune fille ; g." Argentine , femme de 
Rotari us d'Ast ; 10." Trinia, jeune fille; ii.° Augia 

Animi femina ■vilis erat 

Dégénères démens hcec pr/rponebat amantes 
Kobilibus ; famulos anteferebat hères 
Nemo sibi grntus prestans virtute, sed omnif 
Servut et acceptas rustices omnis erat. 

12, Velseclies, général autrichien; i3.° Barthélemi 
Carrari , chirurgien d'Ast , beau-père de l'auteur. 14.° 
Gérard Macheti , évêque de Chartres , confesseur 
du roi ; iS.° Elizabeth , duchesse d'Orléans , fille du 
roi d'Angleterre; i6.° Pierre Astezan, professeur, 
son père ; 17.° Audrioni , d'Ast ; i8.° trois de Char- 
les VII, mort en 1461. 

Successorem. ( Louis XI ) tanta virtute relitjuit 
*^' Ut de se non fit spes capiendo minor. 

(Il règne, dans presque toutes ces ^pitaphes , le 
même ton de louanges. ) 19.° Deux pour le duc 
d'Orléans. 

La chapelle du cardinal de Laporte, de Novarre, 
et celle de Carrari , beau-père d'A$tezan , sont le 
sujet des deux épigrammes de ce liîre. 



O 3 



LANGUE GRECQUE. 

Extrait du Prospectus j écrit en grec 
'vulgaire , d'un Dictionnaire grec , ancien 
et moderne ; avec des observations : par 
D'JisssE DE FiLLOisoN , membre de 
Hnstitut national de France. 

L'auteur de ce prospectus , l'Archiman- 
drite Anthime Gazis , démontre d'abord â ses com- 
patriotes la nécessité d'avoir un dictionnaire, où 
les expressions du grec ancien littéral soient ex- 
pliquées en grec vulgaire ; prouve que le manque 
d\m pareil ouvrage , est la principale cause de U 
difficulté de la langue grecque ancienne, et du peu 
de progrès que les Grecs font dans cette étude. En- 
suite il tourne en ridicule les méthodes longues et 
vicieuses , les mauvaises et Innombrables grammaires 
dont se servent les maîtres actuels de la Grèce, qui 
substituent les misérables vers du pauvre Plocho- 
prodromus, à ceux des grands auteurs de l'anti- 
quité («), et laissent pourrir dans les bibliothèques 
les meilleurs ouvrages des Grecs anciens, et trou- 
vent qu'il est trop difficile de les expliquer. C est 
ainsi, dit Anthime Gazis, - que nous tournons 
., perpétuellement autour du vestibule, tandis que 
„ le palais reste toujours fermé : la seule clef qui 
<. puisse l'ouvrir , c'est un bon dictionnaire. Tout le 
,: monde convient en gémissant, que nous sommes» 



Langue grecque» 2i5 

• privés cî'un paieîl ouvrage. Aussi une société d'hom- 
" mes qui sentent vivement cette privation, a.-t-elle 
« résolu de se charger de la publication d'un dic- 
" tionnaire grec ancien , complet , exact , et en même 
" temps utile aux commençans pour leur expliquer 
" les termes du grec littéral en grec vulgaire , avec 
« les autorités et les exemples tirés des différens 
« écrivains anciens , qui ont employé ces expressions. 
«• Ce dictionnaire sera plus gros et plus épais que 
" celui ^de Scapula, pour pouvoir remplir les vues 
« des éditeurs, C*est un travail immense qui demande 
•• non-seulement un temps sufiisant, au moins deux 
" années , mais encore de grandes sommes pour 
>■ subvenir aux frais. On invite donc, par le présent 
" avis circulaire , tous les Grecs qui aiment leur 
•< patrie et leur nation ,.à souscrire. Quelques per- 
« sonnes voudroient savoir à quoi se montera pré- 
•■ cisement la somme; c'est ce qu'il est impossible 
« de déterminer maintenant. On a cru convenable 
« de fixer provisoirement le prix de ce Lexique à 
" iS florins; s'il se trouve parla suite, après l'im- 
" pression de l'ouvrage , qu'il reste de l'argent de 
« trop entre les mains des éditeurs, ils s'engagent 
« en conscience à rendre le surplus aux souscrip- 
" teurs , et à ne retenir que ce qui est dû pour les 
<■ frais de cbac|ue exemplaire. Ceux qui souscriront 
•■ pour la somme de cent florins , ou plus , recevront 
« des exemplaires en raison de leur mise. . . . Quelle 
« satisfaction pour une ame généreuse, pour un 
" homme bien né, que le sentiment intime d'avoir 
' contribué, sinon selon ses désirs, du moins selon 

O4 



31 6 Langue grecque", 

« ses facultés, à rendre ses frères meilleurs, à relever 
■ sa nation. A Vienne, i8oi. Ce mois d'octobre. 

« On imprimera, à la fin de ce dictionnaire, les 
" noms des souscripteurs, pour assurer leurs droits 
•• à la reccnnoissance , et aux bénédictions de la 
" postérité. >• 

Ce prospectus, composé en grec vulgaire, n'in- 
dique pas le lieu où les Grecs pourront souscrire ; 
mais il est probable que c'est chez l'Archimandrite 
Anthime Gazis , qui a déjà rendu de si grand» 
services à ses compatriotes. On ne sauroit trop applau- 
dir à son zèle , l'encourager , seconder ses efforts, 
et plaindre les Grecs, qui ne savent pas le latin, 
et ont été privés par conséquent du secours de nos 
bons dictionnaires grecs. Ils n'ont encore à présent 
que celui de Phavorin, et le Dictionarium quatuor 
linguarum , grœcœ scilicet litteralis , grœcce vulgaris^ 
latinœ , atque itulicœ , Georgii Constaiitbii Joanninen- 
sis ^ qui est fort imparfait et fort défectueux , malgré 
les additions de l'édition de Venise, 1786, in-folio. 
Quant à la foule innombrable de leurs grammaires 
récentes de l'ancienne langue grecque , l'Archiman- 
drite Anthime Gazis a bien raison de dire dans ce 
même prospectus , que les auteurs de ces livres élé- 
mentaires , écrits sans ordre et sans méthode , se 
S07U efforcés d'enfouir dans ce chaos informe , dans 
cet abyvie obscur^ toutes les vérités qu'ils connois- 
soient y et que ces traités sont trop volumineux. On 
en peut juger par le livre le plus savant et le plus 
célèbre de la Grèce moderne, le commentaire diffiis 
que Néophyte, moine du montAlhos, et fameux pro- 



Langue grecque * ai 7 

fesseiir de la langue grecque, a donné sur le qua- 
trièaie livre seulement de la gramnoaire de Théo- 
dore de Gaza. Cet énorme commentaire, imprimé 
à Bucharest, en Valachie, en 1768, remplit 1298 
colonnes in-folio très-serrées , pleines de digressions 
déplacées sur la logique, sur l'optique, Sur l'astro- 
nomie, etc. (Â). Ainsi, on ne doit pas s'étonner de 
ce que , suivant la remarque de l'Archimandrite 
Anlhime Gazis , les Grecs vieillissent en étudiant 
de pareilles grammaires , et arrivent à peine dans un 
âge ai'ancé y au pied de lu montagne escarpée qui 
conduit à la science. Ils ne s'y traînent à pas lents 
qu'à l'aide de guides infidelles. L'oracle de la Grèce, 
Théodore de Gaza , les égare souvent. On lit par 
exemple, dans les premières éditions de sa gram- 
. maire grecque, qu'il vaut mieux écrire 77*, que 7t«, 
dans les verbes tels qu'ôpur?* , qu'àfwy7ai est préférable 
à ofôrla y et que c'est la leçon des plus anciens ma- 
nuscrits. Déraétrius Chalcondyle est tombé dans la 
même faute qui est grossière. Ces grammairiens , 
les plus habiles de leur siècle , n'avoient pas pris 
garde à la forme de la liaison des deux tau redou- 
blés dans la même syllabe, et l'avoient confondue 
avec celle du 77. Voyez l'immortel Henri Etienne , 
pages 127, 128 et i56 de son Dialogus de parum 
fidis grœcœ linguœ magistris ^ et de cautione in illis 
legendis adhibendâ ^ imprimé à Paris, 1587, in-4.** a 
la suite de son Dialogus de bene instituendis grcecœ 
linguœ studiis. 

C'est ce même Théodore de Gaza, l'un des re- 
«faurateurs de la littérature grecque en Europe, qui 



ai8' Langue grecque. 

dans le 24.' chapitre du 6.* livre de Théophraste 
de causis plantarum , pag. 38o de l'édillon de Daniel 
Heinsius, Leyde , i6i3, /»-yô//o , traduit ^itiâtKits 
Tilv c'/tm par genus vint qiiod morale vocalum est , et 
n'a paa. vu qu'il n'y avoit pas de vin moral ^ mais du 
Vin collé. Ses traductions latines des auteurs grecs, 
et celles de ses compatriotes et contemporains, d'ail- 
leurs si estimables, sont remplies de pareilles fautes. 
Le dictionnaire grec qu'annonce le laborieux et 
infatigable Archimandrite Anthime Ga/is , fournira 
aux Grecs des secours nécessaires pour prévenir de 
pareilles méprises- Si les éditeurs veulent rendre ce 
travail complet, et utile, même à ceux qui savent 
le latin , et peuvent se servir de Henri Etienne, de 
Constantin , etc. , ils ne négligeront siirement pas 
Jes ressources qu'offrent tous les scholîastes grecs, et 
le dictionnaire grec-allemand du docte M. Schneider, 
et les Index placés à la fin de nos bonnes éditions des 
auteurs grecs, ou imprimés séparément, tris que 
celui de Xénophon , par M. Sturz , dont on al tend 
la continuation avec impatience, le Lexicon Arislo- 
j>haniciun^grcEco-angliciim , hy James Sanxay , Lon- 
don , 1764 in-S." , les Indices très vocuin ferè omnium 
quœ occitrnint in Dionysii Longini Commentario de 
sublimitale , in Eunapii libello de vilis philosophorum., 
in Hieroclis Commenlario in Vylhagorœ aurea cnr- 
viina , concinnai'it Robertus Robinson, Oxonii, 1772, 
in-S." ,1e Glossarium Theodoreteum , sépara tim edidit 
Carolus Ludovicus Baverus , Halœ Magdeburgicœ , 
1775, in-S." , etc., etc. Il seroit à souhaiter qu'on 
eût sur tous les ouvrages de Platon , un Index aussi 



Langue grecque. 219 

ample et aussi exact que ceux de Reiske sur les dif- 
fô ens orateurs grecs , et par conséquent beaucoup 
plus complet que celui de l'édition du Platon de 
Bâie , i534 , in-folio. Ce prince des philosophes 
grecs méritoit de trouver un autre Nizolius. Un 
Glossaire de toutes les expressions et de toutes les 
phrases de Platon , seroit d'autant plus nécessaire , 
qu'elles ont toutes été copiées ou imitées par les 
écrivains grecs postérieurs, même par les pères de 
l'Eglise, qui ont puisé à cette source commune. 
Ce travail important auroit pu être exécuté par les 
Bénédictins , et ne peut l'être maintenant que par 
la réunion des différens membres des Seminaria 
•pMloJogica de l'Allemagne, qui se partageroient en- 
tr'eux les dialogues, et confieroient la rédaction de 
l'ouvrage à quelqu'un de ces savans distingués, dont 
leurs universités et leurs gymnases sont remplis. La 
connoissance de la langue grecque sera toujours fort 
imparfaite , tant qu'on n'aura pas la collection des 
Vocabulaires de tous les auteurs grecs , qui ont 
chacun parlé une langue différente, et ont pris les 
mêmes mots dans des acceptions diverses. Ce seroit 
la base d'un dictionnaire parfait, où on exposeroit 
d'abord la signification primitive, et ensuite tou- 
tes celles qui en dérivent, avec les variations, 
par ordre chronologique , et où on rangeroit par 
ordre alphabétique toutes les explications des mots 
grecs qui se trouvent éparses dans les anciens scho- 
liastes , et dans les ouvrages divers des critiques , 
commentateurs et antiquaires modernes. Les scho- 
îiastts seuls fourniroient la matière d'un bon Lexique. 



iao Langue grecque. 

En attendant l'exécution de ce vaste projet, qui 
deraanderoit un Coray, et pourroit seule nous pro- 
curer la pleine et entière intelligence d'une langue 
aussi riche, la nation grecque, si ingénieuse et si 
pleine d'ardeur pour s'instruire , ne manquera pas 
d'accepter avec reconnoissance les offres de son 
bienfaiteur, l'Archimandrite Anthime Gazis, et se 
fera un plaisir et un devoir de concourir à la publi- 
cation de ce dictionnaire grec ancien et vulgaire , 
qui sera donné à Vienne en trois vol. in-folio. Oa 
y trouvera à la fin un index de mots latins, pareil 
à celui de Scapula; du moins c'est ce que me fait 
l'honneur de me marquer le savant M. Alter, garde 
de la bibliothèque de l'université de Vienne, où il 
a professé le grec pendant 28 ans avec le plus grand 
•uccès. Cet habile philologue m'ajoute , dans sa 
lettre du i5 mai 180a, qu'il compte toujours donner 
une seconde édition de son George Phrantzes Pro- 
tovestiaire , publié à Vienne en 1796, in-folio; 
qu'il se propose d'y joindre une version latine et 
des notes : mais qu'il n'a pas encore pu trouver 
d'imprimeur qui voulût se charger des frais de 
l'impression. 



NOTES. 

(«) C'est comme si on expliquoit dans nos classes le poi-me 
barbare du P. Giraudeau, \nx\\.\Aé la -petite Odyssée, au lieu 
de celle d'Homère ; ce qui surchargeroit la mémoire de mots 
inusités , corrompus , ou pris dans un faux sens , et d'une foule 
de fautes grossières de; langue , de quantité et de construction. 



Langue grecque, 221 

(i) Le titre grec de cet ouvrage, qui mcVite d'être connu, 
est } Git^ufii T^otft/^ùtTliKÎïi «Vayâ»')'^ tS» «V TEûragje ^ «V tj» 
rirciplu vzrifcitifta , eic îro^âv Qyn^nS^it l-ao Hie^ûris lît- 
A»wo»»»)o"i8, (d'origine juive) ;(jt^" vu» TrçSrav rwzrojf 'xa^ àuvj 

TUOToyg^cp/as ci» BsKspsî"/», «'J'Ih» Le feu prince de Moldavie, 
Constantin bey Morusi, homme du premier me'rite, m'a fait 
présent de ce livre curieux et utile , dans son superbe palais de 
Chourouchismé , près de Constantinople j et le moine Daniel 
Cerameus, professeur delà langue grecque dans l'université de 
Patmos , la plus célèbre de la Grèce , m'a cédé dans cette île 
en 1784, un exemplaire de son Commentaire sur le même 
quatrième Livre de la grammaire grecque de Théodore de Gaza. 
Ce livre est intitulé : 'Ep^<ivei<« tt; to r'iTct^ov rîjs t» Qtcê'âf^ 
t5 TetÇii r^uufiitTixîi; , jjjtf i'cB'eirif kut ifulonsoxQ/ia-tv rie 
xxr aurai r^uu^ctliK^ç , <piXo7toyiiB-H(rec X'^QA^ ï"*' <ptXa~ 

HuT/xti <7%aA^f rZ)> r^ufifictJiKai» ataaTicu.X>i. «yar . EviTitja-i ^ 
«780, in-8.° On cownoît la mauvaise Grammaire de grec littéral 
donnée in-8.° , à Nuremberg, 1722 , en grec ancien et en latin , 
sous le titre de 2^«;(iuoAoyi'<« r£;^voA«y«x« tjJî 'Ext^ii^®^ Çiatiç , 
nT»t TfctftftuliKn EX^ivDcti ko-t Épaj7«zj'<»'p<«v, par le Thessa- 
lien Alexandre Helladius , le même qui a donné et dédié à 
Pierre - le - Grand , à Altorf, en 1714, \t Status jjrœsens 
Ecclesiœ grcecœ , et contre lequel Jean Matthias Gesner a 
écrit , De Eruditione grcecorum ^ (jui hodie vivitnt , 
p. 399 et 712 et suiv. du second tome des Miscellanea Lip- 
siensia f Lipsiœ , 1716, in-8.° Deux Grecs modernes ont 
composé deux excellens Traités sur les particules de la langue 
grecque : le premier est Matthieu Devari , grec uni de l'iie de 
Corfou , l'éditeur de l'Eustathe de Rome ; la dernière et la meil- 
leure édition de son Livre est , Matth. Devaril liber de 
grœcœ linguœ particulis ; emendavit , et notas addidit 



A2,2 Langue grecque. 

Joh. Gottfr. Reiismaiin ,Lipsiœ , i775,in-R.° Le second 
est AnaniaSjdc l'île d'Antiparos (l'ancienne Olcaros), professeur 
à l'université de Consfaniinople, dont nous avons SîrAây;cKi» 
TçeCfifia']iK^ç y » 'Zîfe' fiOQ/iai y Quyy^ii(f)'iv /utru ■TtoXi^i •arân» , 
i(gi^ àoi'rjj rai» Quy](^\v , '<ï)2^ t» Xo-yialuTH tcug/a 'Avxvia , 

'AxdS'tffilas^ v» d\l eT« criJJtiQ^a) oe.-^% yÇiy6o')'t')>tTt»]!riv. in-4."' 
Cet Ananias a aussi donné à Venise, en 177^^, ia-8.° une 
Grammaire grecque , en grec vulgaire. Voyez la page 1 1 3 de 
Vlntroduclio in linguam grœcam de Jean Ernesti Emma- 
nuel Walchius , Jenae , 1772, in-8.° Les Traites de Devari et 
d'Ananias sont d'une nécessité indispensable pour ceux même 
qui possèdent la Doctriiia particularuin linguœ giœcœ de 
Henri Hoogeveen, 1769, 2 vol. in-4.° , et l'excellent Abrégé 
de ce livre classique, publié par mon savant ami M. Schliiz , 
sous le titre de Heur ici Hoogeveen Doclrina particw 
larum grœcarum : recensuit , breviavit , et auxit Chris- 
tian. Godofr. Schiitz y Dessaviœ , 1782, ia-8.° 



MÉDECINE. 

Traité prat içu e des Maladies des 
Yeux j ou Expériences et Observations sur 
les maladies qui ajjectent ces organes ) par 
A. SCARPAj projcsseur d'anatomie et de 
chirurgie-pratique à V Université dePavie} 
premier chirurgien de la Lombardie autri- 
chiejine } des Académies de Vienne , de 
Berlin ; de la ci-devant Saciété rojale de 
médecine de Paris j de celle de Londres y 
etc. etc. Traduit de Vitalien sur le manu- 
scrit, sous les yeux de f Auteur , et aug- 
menté de notes y pari. B. F. LÉFEiLLÉy 
médecin -chirurgien de V Ecole de Paris ; 
membre des Sociétés de médecine , j?iédi- 
cale d'émulation, d'histoire naturelle, phi- 
lomathique de la même ville ; chirurgien de 
première classe de L* armée Jrançoise en Ita- 
lie } correspondant de la Société de méde- 
'^ine , de chirurgie et de phartnacie de Bru- 
xelles , etc. etc. 2 vol. in-S.** de 740 pagres, 
imprimés mit carré fin et caractères neufs de 
cicéro; avec trois planches en taille-douce, 
supérieurement gravées à Pavie sous les jeux 
de l'Atiteur. Prix, 8 fr. broché , et 10 fr. par 
la poste, francs de port. Paris , chez F, Buis- 
son j impr.-libraire,rue HauteFeuille,n.°20. 

Aj'ouVKACE que nous annonçons, et dont la tra- 
duction manquoit à la littérature médicale Françoise, 
«st du petit nombre de ceux dans lesquels les ré- 
sultats d'une pratique écliorée, des yues nouvelles , 



a24 Mé{Jeciue. 

et des observations importâmes se trouvent réunis 
aux connoissances déjà acquises sur le même objet, 
et avec lesquelles ces nouveaux matériaux forment 
alors un ensemble complet et régulier. 

Anatomiste aussi profond que chirurgien habile , 
M. Scarpa a établi sa nosographie de l'œil , sur 
une connoissance précise et détaillée de la structure 
de cet organe. Ainsi , les dérangemens particuliers 
des voies lacrymales , ceux des paupières, de la 
membrane interne et de la conjonctive, ont d'abord 
fixé son attention , et font le sujet de ses douze pre- 
miers chapitres. 11 passe ensuite à l'exposition des 
maladies qui affectent plus directement l'œil , telles 
que les ulcères de la cornée , Phypopion ou épan- 
chement d'une matière puriforme dans la cavité 
antérieure du globe de l'œil ; la providence de l'iris , 
la cataracte ^ le staphjlome , ou l'opacité et le gon- 
flement de la cornée , V hjdropisie de l'œil , Vamau- 
rose et l'héméralopie , les concrétions calculeuses de 
l'intérieur de l'œil , etc. 

Dans son premier chapitre , l'auteur commence 
par établir une distinction bien importante, entre 
ce qu'il appelle^uo: palpebral puriforme , et la véri- 
table fistule lacrymale, deux modes de dérangement 
que les praticiens confondent ordinairement , quoi- 
qu'ils présentent néanmoins, des indications particu- 
lières. Dans le cas de flux pulpebral, si l'on com- 
prime le sac, d'ailleurs intact, on voit sortir par 
«es points lacrymaux , une matière visqueuse , gra- 
nuleuse , jaunâtre et puriforme. Faire cesser la ma- 
ladie dont les glandes de meibomius et la membrane 

interne 



Maladies des Yeux, 220 

înterne des paupières sont le siège , est 1p seul 
moyen à employer pour obtenir une parfaite gué- 
rîson. La fistule lacrymale, bien différente de ce 
dérangement , consiste dans l'affection organique 
du sac nazal qui se trouve alors ulcéré , fongueux 
intérieurement , et présentant à l'extérieur une éro- 
sion , et une ouverture compliquée de carie de l'os 
unguis. M. Scarpa démontre , par des faits irrécu- 
sables, les résultats-pratiques, et les avantages de 
la distinction qu'il établit entre le flux palpebral , 
sans maladie du sac, et la fistule lacrymale. 11 rap- 
porte, avec beaucoup de détail, neufs observations 
à ce sujet. 

Après avoir traité des principales maladies des 
voies lacrymales , M. Scarpa s'occupe de V orgelet , 
espèce de furoncle qui a son siège sur le bord des 
paupières. Il croit pouvoir alors établir une distinc- 
tion entre l'inflammation furonculaire et \g phlegmon. 
Les idées , exposées à ce sujet , sont puisées dans la 
doctrine de John Hunter ; et la comparaison de 
M. Scarpa , quoique très-courte , ne laisse pas que 
d'ajouter à nos connoissances sur la théorie des 
phlegmasies. « Elle peut, dit le C. Léveillé , infé- 
« resser les étudians et encore les maîtres de l'art. 
" On en doit dire autant des inflammations de la 
• conjonctive divisée? en vraies ou essentielles , en 
» chroniques ou par relâchement, en consensuelles 
•« ou dépendantes d'affections gastriques , etc. ; en 
" celles qui sont propres aux enfans peu de temps 
•• après leur naissance; en vénériennes, scrofuleu- 
« ses, etc. D'après la description des symptôme» 
Tome T, P 



Z26 ^ Médecine. 

" propres à chacune de ces afFections, le traitement 
'< devient évident. Il est facile d'éviter ces écarts que 
" ne coramettent que trop souvent ceux qui ne sont 
« pas sufHsaminent instruits sur ces matières. La 
rf conjonctive peut être fortenoent enflammée et la 
■< portion de cette membrane qui recouvre la cornée, 
■• n'être que foiblement, ou point du tout altérée. 

« Quelquefois cette portion est aussi malade : il 
B en résulte un obscurcissement appelé nuage de la 
« cornée , maladie que l'on prend souvent au pre- 
<• mier coup-d'œil pour un albugo ou un leucoma. 
n On évite cette erreur lorsqu'on observe attentive- 
" ment la maladie qui a précédé ou qui accompagne 
t< le nuage; car on voit bientôt que la texture pro- 
« pre de la cornée est Intacte, et que la pellicule 
« mince qui la recouvre est la seule affectée. Avi- 
li cenne l'^voit déjà remarqué; mais il me paroît 
«> que les auteurs n'ont fait aucune attention à ce 
« qu'il a écrit sur ce point de pratique. Le lecteur 
« ne sera pas moins content des chapitres qui trai- 
•> tent du pterygiuni et de Vécanthis. Fabrice de 
« Hilden nous a conservé une belle observation re- 
• lative à cette dernière maladie de la conjonctive 
•« et de la membrane interne des paupières ; mais 
« peu d'écrivains célèbres ont exposé la meilleure 
•• manière d'opérer le ptéryglum, aflection dépen- 
« dante du relâchement du tissu de la conjonctive, 
« et surtout de celui des vaisseaux veineux qui la 
" pénètrent, et qui en sont la cause principale. •• 

Dans le second volume du nouvel ouvrage de M. 
Scarpa, deux articles fixeront surtout l'attention de» 



Maladies des Feuœ. 227 

praticiens, et leur prouveront évidemment que le 
célèbre anatomisle de Pavie a fait faire des progrès 
bien remarquables à un art trop longtemps livré à 
la routine et au charlatanisme. 

Ces deux articles sont ceux que l'auteur a con- 
sacré à l'examen de V hypoj^iinn et de la cataracte. 
Zj'hypopium est traité d'après les idées de Hunter 
sur les inflammations, et d'une manière qui diffère 
entièrement de ce qui a été écrit sur le même sujet 
dans les différens traités sur les maladies des yeux, 

La cataracte donne lieu à des observations et à 
des vues aussi nouvelles et aussi importantes. M. 
Scarpa ne l'opère ordinairement qu'avec une simple 
aiguille , quelle que soit sa consistance ou sa nature; 
sa méthode , par dépression , est , à la vérité , renou- 
velée des anciens ; mais en fondant ses avantages sur 
la vitalitéet l'action deslymphatiques, M. Scarpa pré- 
sente son procédé et ses effets, sous un point de vue en- 
tièrement neuf. Lorsque, d'après cette méthode, un 
cristallin , devenu o^iaque , est enfoncé dans le corps 
vitré, et privé de son enveloppe membraneuse, il 
est alors dans le cas des corps inorganiques et étran- 
gers qui se trouvent introduits dans quelques par- 
ties d'un corps animé. Il diminue de la circonférence 
au centre 5 et miné en quelque sorte , usé par les 
forces de la vie, il finit par disparoitre entièrement. 
Ce fait est du même ordre que ceux que le professeur 
Chaussier a récemment observés dans les belles ex- 
périences auxquelles il a soumis les animaux vivans, 
pour savoir, d'une p--rt, les changemens que déter- 
minent, dans l'organisation , les corps étrangers qu'on 

P 2 



S.S.8 Médecine. 

Jeur applique » et , d'une autre part , les chaiigemen» 
éprouvés par ces mêmes corps étrangers , lorsqu'il 
ont demeuré longtemps dans certaines cavités du 
corps humain. 

Nous croyons pouvoir terminer cette courte no- 
tice en disant , que le C. Léveillé a rendu un ser-^ 
vice essentiel en enchérissant la littérature médicale 
française de la traduction du traité des maladie» 
des yeux de Scarpa , et en y Joignant des notes et 
des additions très-instructives. Cet ouvrage est d'ail- 
leurs imprimé avec le plus grand soin , et enrichi 
de trois planches gravées à Pavie sous les yeux de 
l'auteur. Les deux premières qui contiennent un 
grand nombre de figures , servent à donner des idées 
intuitives des principales altérations organiques de 
l'œil. C'est en quelque sorte une peinture nosogra- 
phique de cet organe. La troisième planche est con- 
sacrée à l'exposition des principaux instrumens , le 
plus communément utiles au chirurgien-oculiste. 

Jacq.-L. Moreau (de la Sarthe), médecin, 

sous-bibliothécaire de l'Ecole de médecine de 

Paris. 



MINÉRALOGIE. 

MÉMOIRE relatif à P apparition récente 
des productions volcaniques sur la côte 
au golfe de Gascogne , adressé au C. 
A. L. Mi LU N par le C. Thoré, médecin. 
à Dax. 

CjITOYEN, peisuadé que les faits les plus simples 
en apparence , sont ceux qui conduisent à la décou- 
verte des vérités les plus importantes, j'ai cru que 
vott* ne dédaigneriez consigner l'observation suivante 
dans le Journal qqe vous rédigez depuis sept ans avec 
autant de courage que de succès. 

Entr'autres productions que l'on trouve sur la côte 
du golfe de Gascogne, depuis quelques lieues au 
s.ud de l'embouchure del'Adour , jusqu'à douze lieues 
au nord de cette même embouchure, j'ai rencontré 
fréquemment des scories ou laves spongieuses (voyez 
Sciagraphie de Bergman , tom. 2 pag. 3i5. ) et de» 
pierre ponces , que la mer abandonne et reprend 
tour-à-tour. Elles sont plus abondantes dans un temps 
que dans un autre , sans cependant qu'il m'a-it été 
possible de reconnoître aucune régularité dans leur 
apparition. Je vais tâcher de décrire les unes et les 
autres en commençant par les scories , dont nous 
distinguerons deux espèces ou variétés. L'une et 
l'autre varient beaucoup quant à la grandeur. On 
en trouve depuis le diamètre de 2 pouces, jusqu'à 

P 3 



i3o Minéralogie, 

celui de 8 et to. Elles sont presqu'aussi légères que 
la ponce, et , comme elle, ne vont pas au fond de 
l'eau. Elles arrivent le plus communément arrondies^ 
ou tout au moins ayant leurs aspérités et leurs arêtes 
mousses. Quelques-unes, c'est le petit nombre , n'ont 
presque pas soufFeit du balottement , tant les arêtes 
sont vives. 

La première de ces deux variétés est d'un gris 
bleuâtre, et recouverte, dans plusieurs endroits, 
d'un vernis lisse et luisant, qui n'est qu'une nitri- 
fication plus avancée que la scorie elle-même, qui 
d'ailleurs laisse voir sur quelques pointes des larmes 
d'un verre vert , et aussi parfait que celui des ver- 
reries, et une substance, que je n'ai pu déterminer ,- 
qui paroît aVoir fusé , et qui ressemble par la blan- 
cheur et le corps, à la pâte de porcelaine. L'inté- 
rieur présente , .ninsi que l'extérieur , des veines d'un 
beau rouge. Les cellules sont petites, irrégulières, 
plutôt alongées que rondes, et enduites intérieure- 
ment d'un vernis pareil à celui qui revêt l'extérieur 
de la scorie. 

La deuxième variété est blancbâfre , et paroît 
avoir éprouvé un plus grand degré de feu ; ses po- 
rosités sont plus grandes, plus régulières, et affec- 
tent communément la f jrme ronde , et ont depuis 
une demi-ligne jusqu'à deux lignes de diamètre ; le 
vernis, dont elles sont tapissées, est plus brillant 
que dans la première l'ariété. 

Les pierres ponres que la mer amène, ne sont 
pas moins abondantes que les scories, mais soit 
qu'elles aient été balottées plus longtemps par le» 



Minéralogie. aSt 

flots , soit que leur tissu plus tendre ait plus prêté 
au frottement, soient qu'elles aient été vomies ainsi 
par le volcan qui les fournit , elles arrivent assez 
généralement toutes arrondies, ou tout au moins usées 
sur leurs angles, et avec des arêtes ujousses. Leur 
volume varie depuis trois jusqu'à douze lignes de 
diamètre, et leur couleur depuis le blanc mat , jus- 
qu'au brun , avec plusieurs nuances intermédiaires. 
Elles sont entrelardées d'aiguilles de Schorl , et par- 
semées de loin en loin d'une substance blanchâtre 
qui approche du quartz par son brillant, et qui a été 
enveloppée par la pâte de la lave lorsqu'elle étoit- 
encore molle. 

Tel est l'exposé fi délie des faits : Essayons actuel- 
lement d'assigner le foyer qui produit ces diflFéren- 
tes substances; d'abord, comme elles nagent, on 
peut supposer avec quelque vraisemblance , qu'elles 
viennent des volcans connus , tels que l'Hécla , Té- 
nérife , ou ceux du Nouveau-Monde; mais des nou- 
velles réflexions m'ont conduit bientôt à penser dif- 
féremment , et à en supposer le foyer plus voisin de 
nous : voici sur quelle ra'son je me fonde. 

Premièrement , il est démontré que leur appari- 
tion , sur la côte, ne remonte pas à une époque 
plus reculée que 26 ans; car mon respectable et sa- 
vant ami , le C. Borda d'Oro, ce livre vivant du 
département, qu'on ne sauroit assez consulter pour 
tout ce qui est relatif à l'histoire naturelle du pays , 
m'a assuré n'avoir jamais rien observé de pareil , 
quoiqu'il ait parcouru cette côte depuis sa fendre 
jeunesse, jusqu'en 1770, autant pour s'occuper de 



2 32 Minéralogie. 

l'icthyologie à laquelle il a rendu des services signalas," 
(i) que pour observer tous les produits de la côte, 
dont i! a fait une ample et riche collection ; et l'on 
conviendra aisément avec moi que ces espèces de 
productions auroient d'autant moins échappé à son 
œil exercé, qu'il s'occupoit en même temps de l'é- 
tude de la minéralogie , et spécialement encore de 
l'Iiistoire des volcans des environs de Dax. 

A cetle preuve qui suffiroit seule pour prouver 
l'apparition récente des productions volcaniques sur 
notre côte , ajoutez le témoignage des marins qui 
fréquentent habituellement les parages, et qui di- 
sent la même chose que le C. Borda; et il restera 
démontré que , si la mer en a emmené autrefois, au 
moins est-il certain qu'il y a eu une très - grande 
interruption entre leur dernière apparition et celle- 
ci , puisque le souvenir s'en est perdu. Cetle inter- 
ruption qui, au reste, n'a pas'eulieu dans les volcans 
connus, desquels on poarroit supposer que viennent 
les productions dont nous parlons, semblent, à mon 

(i) Vov. Mémoires sur les pêches de Duhamel. A propos de ces 
Mémoires , Je ne puis m'empécher de faire remarquer ici que M. 
Duhamel , ou ceux à qui il confioit la revue des Mémoires qui lui 
étoient envoyés , a tellement tronqué ceux du C. Borda , que celui-ci 
n'a pu se reconnoitre dans une foule d'endroits ; qu'on lui a même fait 
dire des choses tout-à-fait opposées à celles qu'il a vues et écrites , et par 
conséquent fausses ; nous avons vu les annotations faites de la main du 
C. Borda lui - même , sur l'exemplaire dont M. Duhamel lui a fait pié- 
sent. Les changemens qu'il indique , sont tellement essentiels , qu'ils 
devisridronl un jour indispensables à celui qui se proposera de donnet' 
de cet ouvrage une édition nouvelle, et purgée d«S fautes dont :l four, 
mille. . . . 



Minéralogie. ^33 

avis , prouver ce qui a été soupçonné depuis long- 
temps , qu'il txlbte des volcans soumarins , sinoa 
dans le golfe de Gascogne , du moins dans la mer 
qui baigne les côtes du Portugal et de l'Espagne. 

En effet, lors du tremblement de terre qui fit dispa- 
roîf re la capitale du premier de ces deux royaumes^ ne 
vit-on pas , plusieurs jours auparavant , la mer bouil- 
lonner dans le port et non loin du port ? des flammes 
s'élever dans les airs à plusieurs centaines de toises 
au dessus de leur surface ? Les eaux du Tage se 
gonfler, et inonder les édifices que les secousses des 
tremblemens de terre avoîent renversés? Il sufBt , 
pour s'en convaincre , de lire une histoire quelconque 
de cette fatale catastrophe. 

Enfin , comme on ne sauroit jamais trop colliger 
des faits pour découvrir la vérité, je vais transcrire 
ici une lettre, dont l'original se, trouve entre les 
mains du C. Borda d'Oro , qui m'a permis d'en faire 
usage, et qui lui fut adressée dans le temps par 
le C. Hary , aujourd'hui membre du Tribunat , et 
très -jeune à l'époque où il écrivoit. Cette observa- 
tion prouve que dans notre golfe de Gascogne , 
comme dans la mer du Portugal , il existe un foyer 
volcanique qui sera peut-être quelque jour la cause 
de quelque grande catastrophe. Voici cette lettre 
mot àmot sur l'original. 

(a) Cap-Breton , le xj octobre 1766. 

« Etant à la chasse des petits oiseaux , j'ai vu à 

(2) Cap - Breton pst un petit village situé sur^la côte , au ncid d« 
i.iyoune ; il est renommé par ses bons vins. 



a34 Minéralogie. 

a six heures du matin, sortir de la mer, une flamme 
• de feu, de la longueur de cinq pieds, et de la 
■ largeur d'environ six pouces; le devant avoit la 
" figure d'une fleur-de-lys , terminée par une queue 
- qui , après avoir serpenté quelque temps sur la 
« surface des eaux, s'est élevée en haut, et est allée 
« se perdre dans le soleil, après s'être un moment 
t. auparavant partagée ou divisée en cinq ou six 
" parties : ce phénomène s'est fait apercevoir par 
« plusieurs autres personnesqui seront, plus que raoî^ 
" en état d'en rendre compte, « Signé Jacques- 
Thomas Lauary. A'> 

Le ton de naïveté qui règne dans cette lettre ne 
laisseroit aucun doute sur l'authenticité de ce qui y 
est rapporté, quand bien même le C. Borda n'au- 
roit pas eu le témoignage de plusieurs autres per- 
sonnes qui avoient observé le même phénomène. 

En supposant au reste que les productions volca- 
niques , dont il est question , viennent des volcans 
soumarins, situés sur les côtes de Portugal ou de 
l'Espagne, il n'y auroit rien d'étonnant que la mer V 
les déposât sur nos côtes , parce qu'il est prouvé 
par l'expérience, qu'il existe un courant qui se di- 
rige du sud au nord, comme on a eu occasion de 
s'en convaincre plusieurs fois, et notamment dans une 
circonstance remarquable , dont je vais faire mention. 

La plage , depuis Bayonne jusqu'au Cap-Breton, 
fut , il y a quelques années , couvertes de pommes , 
sans qu'on pût deviner d'où elles venoient. Mais , 
deux ou trois jours après , on apprit que des bateaux, 
i-liargés de cette espèce de fruit, avoieut été sub- 



i 



Minéralogie. a3^' 

wergés , non loin des côtes d'Espagne , le jour même 
qu'on aperçut les pommes. 

Telles sont , Citoyen , les réflexions que j'ai cru 
devoir consigner dans ce mémoire; c'est à vous à 
juger si elles sont dignes d'occuper une place dans 
votre Journal. 



BIBLIOGRAPHIE. 

ud N ECDOTE BIBLT OGRAPHIÇUE. 

tL p I ST OL^ illustrium et eruditonim virorum 
C ^d Sorherium , Purisuf , 1669). In -16. Tel est 
le titre d'un petit volume qui se trouve dans la 
bibliothèque du Conseil d'Etat ; on le croiroît 
imparfait , puisqu'il commence à la pape 433, et 
finit à la page 600. Le P. Niceron en parle ainsi dans 
le tome IV de ses mémoires, pag. 96, article Sor- 
bière. « Il ( Sorbière ) affecta par vanité de fourrer 

• dans ce recueil qu'il fit imprimer après son retour 

• de Roire, toutes les lettres qu'il avoit reçues du 
« pape Clément IX , lorsqu'il n'étoit que cardinal. 
« Il voulut même insinuer dans le petit avertissement 
" qui est sur la fin de ce recueil , que c'étoit son 

• fils qui l'avoit publié, pour satisfaire la curiosité 
<« de plusieurs personnes qui l'en avoient sollicité; 
" mais il est sûr qu'il le publia lui même, pourjus- 
<• tifier son voyage , et pour faire voir qu'il ne l'a- 
<• voit pas entrepris sur des prétentions chimériques, 



a36 Bibliographie. 

• mais sur des espérances bien fondées; espérances, 

• cependant, qui ne furent pas remplies. » 

II est probable que Sorbiere a fait commencer 
ainsi ce petit volume à la page 488, parce qu'il le 
regardoit comme la fin du recueil de ses lettres la- 
tines, qu'il se proposoit de publier, mais qui sont 
restées manuscrites. Il n'en a fait tirer que soixante 
exemplaires. Sans doute l'état d'imperfection dans 
lequel il paroît être au premier coup -d'oeil, aura 
occasionné la perte et même la destruction de plu- 
sieurs. Aussi ce petit volume est -il devenu très- 
rare. Mercier -Saint- Léger ne put le voir qu'un 
an environ avant sa mort. Il avoit engagé le C 
Vanpraët , l'un des conservateurs de la Bibliothèque 
nationale, et l'un des plus savans bibliographes de 
l'Europe , à le chercher , avec soin , dao^ les dépôts 
jitiéraires nationaux. Il m'invita aussi à m'occuper 
de la même recherche dans les mêmes lieux, et sur 
les quais. Nos peines n'ont pas été infructueuses. 
•Le C. Vanpraét en trouva un exemplaire dans la 
bibliothèque d'une de nos ci -devant maisons reli- 
gieuses; j'en ai trouvé un autre dans la bibliothèque 
de la ci -devant faculté de médecine de Paris. 
Un troisième m'est tombé dernièrement sous la 
main dans une de mes promenades sur les quais. Il 
en existe un quatrième dans le cabinet d'un ama- 
teur. Puissent ces détails en faire découvrir quel- 
ques autres ! 

J'ai donné mon exemplaire au C. Debure l'aîné, 
libraire, qui possède les lettres manuscrites de Sor- 
kicre, vol. in-folio de 828 feuillets, intitulé : Epis- 



Bibliographie. aS/ 

tolœ Samuelis Sorbiere ad illustrissimos et eruditos 
viros scriptœ ; in quitus mulla continentur ad rem 
litterariam sui temporis illustrandam ; scilicet ad his" 
toriam naturalem , pliilosophiam , theologiam et ad 
hominum mores dignoscendos ; accedunt illustrium et 
eTuditomm virotum ad eunidem epistolct ; itemque 
catalogua et index renim et verborum locupletissimus; 
cura et operâ Henrici Sorbiers , auctoris filii. Pa- 
risiis y léyS. Sji feuillets pour la première partie-, 
et 267 pour la seconde, non compris les feuillets 
liminaires. 

L'abbé de Saint-Léger a laissé dans ses papiers 
«ne notice de ce manuscrit , qui a été acquise à sa 
vente par le C. Debiire. Il pensoit qu'un choix de 
ce qu'il contient de curieux sur l'histoire du temps, 
sur les sciences et la littérature, serait bien reçu, 
s'il était fait avec discernement, et s'il n'excédoit 
pas deux volumes in-12. Les lettres de la seconde 
partie les plus piquantes , lui ont paru être celles 
du P. Mersenne, de René François Slusius, du célèbre 
Hobbes , de Gassendi , et du baron de Boineburg. 

Il est à remarquer que les lettres contenues dans 
le petit volume de 1669, n'ont pas été copiées dans 
le recueil de lettres manuscrites. On s'est contenté 
d'en citer les commencemens et de renvoyer aux 
pages de l'imprimé où elles se trouvent. 

Le gouvernement devroit acquérir cet important 
manuscrit pour le placer dans une bibliothèque pu- 
blique de Paris ; les gens de lettres iroient le cou- 
9ulter avec plaisir et avec fruit. 

A. BaRSIER , Bibliothécaire du Conseil d'Etat. 



e !« _ ' Xi ' JLi!igB-L"B 'i m i ilL l . l| . J i 'âlt- t ia* .'il ? JlBaLBLl.B!MLiWa 8 MMU--m- ' ll. ' lt ' ;'< - . '<l 

POÉSIE LATINE, 

Vers de Jean -Baptiste -Gaspard d'Jnssb 
DE FiLLOlSONj membre de l'Institut na- 
tional de France y pour le jour de la nais- 
sance du célèbre astronome Jérôme DE 
Lalânde (le 11 juillet). 

Genethliacon Hieronymi Laudii (de LALANDbJ , 
clarissimi aslronomi, 

OïDERA concélébrant hodîernum sideris ortum : 
Laetius insolito nuiic vestit lumiiie cœlnm 
Landius cxoriens, totumque amplectitur orbem. 
Hoc nasccnte tiovus fastorum nascitur ordo; 
Inde notent annos et signent tcmpora docti. 
Vcstia est ista dies : Musarum plaudite alumni. 
Pierioque choro et forniosis dulcc puellis 
Si teilus nomen taceat , resonabit Olympus. 
Trrita saciilegse leqniescant murmura linguae. 
Niliacas quondani ad ripas , gens torrida solem 
Ignivomum increpitans, voce adiatrabat inani. 
Infelix rana , atque impar congressa , coaxat ! 
Geotem despiciens penitus penitusque jacentem , 
Phœbus inexhaustœ fundcbat flumina lucis, 
Obscuraru illustrans flammis iiltricibus oraiii. 
Sideribus cognatam animam forma vit Apollo, 
Ardoremquc suuui , et divinae semina mentis 
ladidit : Uraniae patuit certissima pro'es. 
Ardens Gamma petit ilamiiiati cultuina cœli. 
Terram habeant reges : nosler sibi servat Olympum. 
Crasso Bcta luto^ atque bominum conspersa cruore, 
lUi sordet huraus, cui ridet purior sethcr. 



Poésie latine. aS^» 

Impatiens volucii contendit ad aethera cursu, 

Duserat uiide genus; trahit hune cœlestis origo: 

Evehit, et celeres vigor igneus adjicit alas. 

Surgentemque nepos sequitur (i) conjusque nepotis(3); 

Burchardusque (3) sitnul procedit passibus acquis. 

Cui jara Germaiiœ (4) faciès iiivisa peritae , 

Vidit, et inyidit, cedeus Ariadna coronam. 

« Quse nova stelligeris siiccedit sedibus hospes, 

Erigone exclamât? « Conûdeulissima nostras 

« Tentât adiré domos ! Divi prohibete volantem ; 

« Duni licet, Icariaiu superi fraenate puellam; 

« Namquc gigauteos superabit fervida uisus. 

« Fœniina jam Placei regnum ambitiosa perenat (5) ! 

{j) Français-de-Lalande , membre <3e l'In.stiiut national de France , 
laraot modeste, et digne neveu de l'illustre astronome de ce nom , a 
donné la Théorie de Mars, et un catalogue de cinquante mille étoiles , 
le plus énorme travail que jamais aucun astronome ait présenté. « C'eat 
•t le tableau le plus Jidelle et le plus complet tfu'on put désirer 
m de l'état du ciel à la fin du dix-huitième siècle,' tableau oui 
» ne fera que gagner de plus en plus en vieillissant , et i)ue lei 
« siècles à venir citeront plus souvent , et avec plut d'éloge* 
m, que les contemporains de l'auteur, « dit l'immortel Delanibre^ 
dans ton rapport lu à l'Institut de France. 

(2) Madame Français-dc-Lalande , dans la fleur èe l'âge et de la 
beauté, passe les nuits h observer les astres avec son mari, et destine 
ses enfans i la même carrière , où elle s'est couverte de gloire. 

(3) M. Burckhardt, né dans le duché de Saxe-Golha , demeure chef 
les savans de Lalandes, et s'est rendu justement célèbre par une foule 
d'observations a^tronontiqnes , et dernièrement encore par son beau travail 
sur la dixième planète découverte par M. Olber» , à Brème. On dispuioic 
pour savoir si ce n'étoit pas une comète : M. Burckhardt • levé ce doute, 
et a calculé les déran«emens que Jupiter cause k celte planète, qui ne 
paroit que comme une étoile de huitième «randeur. 

(4) M. Ile Sophie Germain excelle dans les mathématique*. 

(5) Le sénateur Laplace , membre tle l'Institut, que son génie JB- 
blime met au dessus de tous les titres et de tous les éloges. 



140 Poésie latine. 

m. branla mine aquilae fcrtur Cytlieica columba> 

« j^thcieosque haurit cupidis obtutibus igues! 

« Audax attoaitis pulchruin caput iuserit astris, 

« Percurritque polum. Coelo tenaque marito 

« Haeiet juncta cornes; cuiictis uuiic devovet astris, 

» Quas Vcaeri uoctes meliorem débet in usum, 

• Immemor; atque viatn natis quà se quoque possiat 

« Tollere humo, patiiumque sagax praemoastrat Olympuii', 

« Fulminis haeredes quondam laudisque futures , 

« Sic avium regina suos educere fœtus 

« Gestit, et implumes magnis jam destinât ausis. 

« Tanta tenet tanti geaeris fiducia niatrem. 

« Huic tiiicta ingenio scintillant luuiiiia : doctos 

« Landius huic radios, pomum Paris ipse dedisset; 

« Huic quoque diva favet Gotthae (6) quae praesidet arci , 

« Cui Bereniceos Conoa tribuisset honores. 

(6} S. A. S. madame la duchesse régnante de Saxe-Gotha protège 
e( cultive avec succès l'astronomie , et a fait un accueil distingué au 
patriarche des astronomes , et à sa docte nièce. Tout le monde fait 
que les princes des différentes branches de la maison de Saxe , «ont 
les Médicis de l'Allemagne , et que le délicieux séjour de M. Wîe- 
land, de M. Goethe, de M. Herder , de M. Kotzebue , de M. Eoelti- 
ger, de M. Schwabe , etc., de M.mes les baronnnes de Wolzog et Fré- 
«iérique de Riedesel , de M. Ile d'Iuihof, etc. > la ville de Weiinar, est la 
Florence, ou plutôt l'Athènes de nos jours , comme lena en est l'Ale- 
xandrie, grâces aux loins éclairés et rivifîans de LL. AA. SS. le duc 
régnant, et de M.mcs \n duchesses régnante et douairière de Saxe- 
"Weimar. 



Variétés. 



VARIÉTÉS, NOUVELLES 

E T 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRES. 



NOUVELLES ETRANGERES. 
Copenhague. 

M. Wa<l, professeur d'hisloire naturelle à l'uni- 
versité de Copenhague, excellent minéralogiste , et 
connu par plusieurs bons ouvrages, vient d'être 
nommé inspecteur des collections minéralogiques du 
roi, qu'on place en attendant dans le château de 
Rosenbourg. Elles consistent principalement dans la 
superbe collection de Holmskiald, et la collection 
instructive du savant Abildgaard , enlevé trop tôt 
pour la science. 

\Yad va s'occuper d'une description de cette col- 
lection ,\c]uî paroîtra en latin et en danois; il veut, 
pour rendre cet ouvrage plus utile , commencer 
par des tableaux minéralogiques, d'apiès les plus 
nouveaux systèmes. 

Ce savant partage avec toute l'Europe l'admi- 
ration pour le célèbre Cuvier 5 il a traduit son 
Histoire naturelle des animaux; la seconde partie va 
incessamment paroître. 

Tvme I. Q 



2^2. Nonce/Ics liltéraires. 

Les directeurs desFideicornis de d(?funt Reciersen 
qui ont de grands fonds pour l'amélioration de l'in- 
dustrie , ont chargé le professeur Wad de traduire 
les ouvrages du célèbre Duhamel , sur les pèches; 
ils seront accompagnés de notes et des changemens 
que le progrès de la science et l«s pays exigenl. 
C'est un ouvrage pour les pêcheurs danois, tendant 
à encourager cette branche si utile , dans un pays 
qui semble fait pour elle. 

Depuis quelque temps le gouvernement danois 
semble sentir la nécessité de s'occuper de cet objet 
autrefois trop négligé et pourtant si utile ; la na- 
tion même en connoît tout le prix , et vient de former 
une société pour leur amélioration. 

FRANCE. 

D É P A R T E M E N s. 

Athénée de Toulouse. 

classe des Sciences. — L'Athénée ( autrefois Lycée 
de Toulouse a délibéré, dans sa séance du 24 ger- 
minal an X , de donner pour sujet du prix de cette 
classe , la question suivante : 

- Quelle est la meilleure méthode d'observer la 
« déclinaison de la boussole , en terre ferme, de ma- 
.< nière à obtenir la counoissance de cette déclinaison, 
« tout à la fois avec certitude et avec précision, 
- même , en ayant égard à la variation diurne de 
« l'aiguille ainiantée? » 

Classe des Arts. — L'Athénée a délibéré aussi pour 
sujet du prix de cette classe : 



Nouvelles litlér aires. 143 

Ci Un arc triomphal de 3o mètres de longueur , 
" élevé à la gloire des armées françaises et à celle 
«< du premier consul. Ce monument seroit destiné à 
« décorer le milieu d'une place circulaire de cent 
« vingt mètres de diamètre, située à l'entrée de la 
« ville de Toulouse, du côté de son avenue, par 
« la route de Paris. La face de cet arc seroit per- 
« pendiculaire à la direction de cette route. Elle 
«« auroit de largeur, la longueur de l'arc ; deux autres 
n avenues aboutiroient au centre de la place, et les 
« trois ensemble , en se prolongeant ensuite dans 
w l'intérieur de la ville, formeroient autant de rues 
« qui aboutiroient à divers quartiers. » 

La décoration en est laissée aux choix des artistes ; 
mais le style , les figures , les bas-reliefs et les ins- 
criptions seront analogues à l'érection du monument. 

Le plan , la coupe et l'élévation seront sur une 
échelle de deux centimètres par mètre. 

Classe deLittérature^d'/igriciilluie et de Commerce. 
— Les ouvrages présentés à l'Athénée, pour les prix 
de l'an X , n'ayant point rempli ses vues , il a été 
délibéré que le concours seroit rouvert pour l'an xi, 
et que les prix de ces deux classes seroîent distribués 
dans la séance publique du 3o germinal de ladite 
année. 

Chaque prix sera au choix des auteurs, de deux 
cents francs en numéraire , ou d'une médaille -d'or 
de la même valeur, y compris la façon et le con- 
trôle. 

Toutes personnes de l'un et de l'autre sexe , et de 
quelque pays qu'elles soient, à l'exception des mçm- 



444 Nouvelles littéraires. 

bres résldens de l'Athénée , pourront aspirer aux 
prix. 

Ils seront donnés l'année prochaine. 

Pour la Littérature , à l'auteur du meilleur ouvrage 
de poésie, de cent vers au moins et de deux cents 
au plus. L'Athénée n'indique point le sujet. 

Pour le Commerce et l'Agriculture, à l'auteur qui 
aura le mieux traité le sujet suivant: 

« Quels sont les meilleurs moyens de faire fleurir 
" le commerce à Toulouse ? >• 

L'Athénée dtsire que les auteurs portent leurs vues 
sur les avantages que présentent le canal du Midi, 
ïa Garonne, les Pyrénées, les mines' qu'elles ren- 
ferment , et les divers établissemens qui peuvent être 
formés à Toulouse, d'après sa situation. 

Ils désirent aussi qu'ils pèsent sur les rapports de 
ce département avec l'Espagne , et sur ceux qu'il 
j)ourroit avoir avec le Levant. 

Dans tout le mois de pluviôse de l'an Xi , les au- 
teurs feront remettre par une personne domiciliée 
à Toulouse, leurs ouvrages à l'un des secrétaires de 
l'Athénée, ils ne les signeront point, mais ils se 
contenteront d'y mettre une sentence ou devise. Le 
secrétaire en noiera la réception sur un registre des- 
tiné à cet usage , où seront indiqués le nom , la 
qualité et la demeure des personnes qui les lui au- 
ront remis ; celles-ci signeront le registre et en re- 
cevront un extrait en forme de récépissé, signé et 
daté par le secrétaire. Les auteurs seront tenus de 
faire remettre deux copies pareilles et bien lisibles 



Noiweiles liitéraîres. 246 

de leurs ouvrages, sans quoi ils ne seroient pas 
reçus. 

Le i5 germinal , le jugement sera terminé. Le 
secrétaire avertira les personnes qui auront remis les 
ouvrages couronnés , afin qu'elles aient le temps 
d'en prévenir les auteurs ,qui pourront venir prendre 
les prix , en rapportant le récépissé , ou envoyer une 
procuration pour les recevoir en leur nom. 

L'Athénée n'adopte aucun système , et ne s'oc- 
cupera que du mérite des ouvrages. Ceux qui ne se- 
roient que des traductions ou des imitations; ceux 
qui seroient déjà connus dans le public , ou qui con- 
tiendroient quelque chose de satyrique , ou de con- 
traire au gouvernement ou aux bonnes mœurs , se- 
ront rejet es. 

Les auteurs qui se feroient connoître avant le ju- 
gement, ou qui auroient sollicité ou fait solliciter 
leurs juges, seront exclus du prix. 

Première séance publique de la Société d& 
médecine-pratique de Montpellier. 

Ouverture de Sémiramis , par GluK , exécutée 
far des amateurs de la ville. 
Proclamation du prix, 

PROGRAMME, 

La Société de médecine pratique propose , pour 
premier sujet de prix qu'elle distribuera dans sa, 
séance publique du i5 floréal de l'an xi, la ques- 
tion suivante : 

DJtcrmi/icr, d'après robservation , si les Jièvres ca- 

Q3 



^4^ T^ouvelles littéraires, 

tarrales graves , diffèrent essentiellement des genres 
rémittentes pernicieuses ; et indiquer spécialement , 
ai-ec le traitement qui leur convient j quelle est Cu~ 
tilité du quinquina dans les unes et dans les autres? 

Les mémoires composés en français ou en latin 
doivent être lisiblement écrits, et envoyés francs 
de port avant le i." germinal de l'an XI , ce terme 
étant de rigueur^ au C. Ménard , médecin , secrétaire 
de la Société, place de la Canourgue. 

Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 
3oo fr. 

Les concurrents, astreints aux conditions ordinaires 
des concours, ne se feront point connoître ; mais ils 
désigneront leur mémoire par une épigraphe, et y 
joindront un billet cacheté, qui contiendra la répé- 
tition de l'épigraphe avec la désignation du no«i 
et de la demeure. 

Le concours est strictement interdit aux membres 
réàdens de la Société. 

ORDRE DES LECTURES. 

Ouverture de Stratonice j par M.ÉHVL. 

i.° Discours prononcé par le C. Baumes, prési- 
dent de la Société, sur la dignité et les avantages 
des réunions académiques. 

2° Observations sur l'emploi de la glace dans 
quelques cas particuliers des maladies, par le C. 
Chrestien, vice-président de la Société. 

3." Observation, en forme de mémoire, par le C. 
Méjan, médecin, sur un effet particulier de la 
petite-vérole, éprouvée dans le sein de la mère. 






Nouvelles littéraires. 247 

4." Notice sur l'utilité de la vaccination, par le 
C. Seneaux fils, médecin. 

Ouverture de Roméo et Juliette , -par Steieelt. 

5.° Observation sur un cas de fièvre intermittente 
pernicieuse, précédée de quelques réflexions philo- 
sophiques sur l'art de guérir, par le C. Roucher , 
médecin. 

6.° Observation sur une luxation spontanée de la 
mâchoire inférieure à la suite d'un affbiblisseraent 
extrême dans le genre nerveux , par le C. Estor , 
chirurgien. 

7.° Réflexions pharmaceutiques sur les extraits , 
par le C. Figuier , trésorier de la Société. 

8.° Premier mémoire de météorologie médicale , 
sur les constitutions atmosphériques , par le C. Se- 
neaux fils, médecin. 

g.° Résultat analytique des travaux delà Société, 
depuis le 27 pluviôse an x , époque de sa création , 
par le C. Ménard, secrétaire de la Société. 

Ouverture du siège de Liile , par KreuTZER. 

Pour copie conforme à la délibération de la So- 
ciété, du II floréal an X. 

Baumes , président ; Ménard , secrétaire. 

sujet du premierprix. , 

Déterminer dans quelles espèces et quelles Circon- 
stances des maladies chroniques V injlaiiirtiation peut 
être utile ou dangereuse , et ài>èc quelles précautions 
on doit V exciter où la modérer dans leur traitement P 

On a tâché de déterminer l'utilité et les dangers 

Q4 



24^ Noui'eîles littéraire^'. 

de la fièvre dans les maladies chroniques. L'inflam- 
mation ofFie un symplôme qui n'a pas une moindre 
inniience sur certaines maladies de cette classe. La 
Société mrdicale demande que, d'après un nombre 
su/Tisiant d'observations et d'expériences décisives , 
on établisse à cet <^gard des principes clairs, sim- 
ples- ,-^tendus , invariables, dont il soit aisé de faire 
l'application à la pratique. Les rapports de l'inflam- 
mation avec lés maladies chroniques doivent être 
considérés sous des points de vue bien différens. 
Tantôt symptôme essentiel de ces maladies, elle 
constitue un de leurs principaux élémens , comme 
on le voit clans les inflammations sourdes, lentes et 
chroniques des viscères ; alors elle est susceptible 
de pécher par excès ou par défavjt , et il s'agit sou- 
vent- d'abaisser le mode inflammatoire ou de le re- 
lever. Tantôt synnptôine étranger, elle se développe 
accidenteilemenf pendant le cours des maladies, 
comme on l'oI)serve dans les affections du système 
lymphaiique, les engorgemens glanduleux , les tu- 
nieu.rs froides, indolentes, squirreuses, etc.; alors 
elle peut devenir avantageuse ou nuisible, suivant 
l'tpoque et les circonstances de son apparition. H 
importe donc d'avoir des règles fixes pour l'exciter 
ou la modérer dans leur traitement ; enfin l'inflam- 
mation est quelquefois le produit d'un principe acre , 
hétérogène, virulent, fixé sur une partie sensible; 
et , dans ce cas , il faut estimer ses avantages ou ses 
jnconvéniens, son utilité ou ses dangers, d'après le$ 
connoissauces qu'on a sur la nature de ce principe, 
çur le tissu des parties affectées, sur leur impor- 



Noui'elles lilléraires. 449 

fance, et leur sympathie avec d'autres, etc. C'e^t 
ce qui arrive clans les affections dartreuses , véné- 
riennes, scrophuleuses , où l'inflammation prend des 
caractères propres et relatifs à chacune. Quels sont 
les effets réels de l'inflammation , par rapport à ces 
divers ordres de maladies? Comment r?connoître 
si elle est utile ou dangereuse? Quelles peuvent être 
les conditions favorables ou fâcheuses pour son dé- 
veloppement? D'après quelles vues, avec quelles 
précautions, p^r quels moyens convient-il de l'exci- 
ter ou de la modérer dans ces sortes de cas? L'ac- 
tion de l'air atmosphérique , l'impression de diffé- 
rensgaz, l'injection de divers liquides, l'application 
de la chaleur, du vésicatoire, des caustiques, du 
cautère, du moxa, l'effet des moyens compres- 
sifs , etc., toutes ces choses peuvent être ramenée» 
à l'objet de la question que la société propose, et 
devront , suivant leur degré respectif d'intérêt , fixer 
l'attention des concurrens. 

Le prix sera de la valeur de 5oo francs : il sera 
décerné dans la séance du 3o floréal an XI de la 
république. 

SUJET DU SECOND PRIX. 

Etablir , d'après V observation et l'expérience , quel 
est le degré de confiance qu'on doit accorder à la 
méthode d'administrer en frictions différentes sub- 
stances qu'on prescrit ordinairement à l'intérieur ; 
dans quels rapports sont les ejf'cts produits par le 
même remède pris intérieurement ou appliqué en fric~ 
- tions , et quelles sont les proportions qu'on doit où- 



200 Nouvelles Uttérabts. 

server dans les doses ; indiquer les circonstances et 
les maladies qui doivent faire préférer cette méthode ; 
quelles sont enfin , dans les différentes affections ,. 
les parties du corps qu^on doit clioisir pour appliquer 
ce remède avec plus d'efficacité ? 

La solution de cefte dernière question ayant paru 
exiger une suite d'observations et d'expériences , 
qu'il seroit difficile de recueillir, ou de faire dans 
le terme trop court d'une année, la Société a pensé 
servir les concurrens et la science elle - même, err 
décidant qu'elle n'en décerneroit le prix que dans sa 
séance du 3o floréal de l'an xir. La valeur en sera 
égale à celle du prix de l'an Xl. Les membres rési- 
dens delà Société sont exclus du concours des deux 
prix. 

Les mémoires écrits en latin ou en François, por- 
teront une épigraphe que l'auteur aura soin de réunir 
au billet cacheté qui renfermera son nom; ils devront 
être parvenus avant le i," floréal des années <lans 
lesquelles les prix seront décernés, et adressés fiancs 
de port au C. Lordat aîné, secrétaire perpétuel 
de la Société médicale, rue Blanquerie , à Mont- 
pellier. 

La Société avoue, avec reconnoissance, qu'elle 
doit à la générosité d'un de ses membres , qui veut 
rester inconnu, une somme de 200 fr. , offerte pour 
supplément aux prix de l'an xi. Comme la question 
pour l'an xii exige beaucoup de travail, la Société 
n'a pas cru tromper la bienfaisance du donateur, en 
partageant cette somme , pour accroître également 
les deux prix. 



Nouvelles îitléraîres. 26 1 

La Société médicale voulant éviter des vices qu'elle 
a cru remarquer dans le mode ordinaire de distribu- 
tion des prix, a arrêté qu'elle choisiroit chaque année 
dans son sein une commission composée de neuf 
membres, pour juger les mémoires envoyés au con- 
cours, et que les noms de ceux qui doivent la com- 
poser seroient inscrits dans le programme des prir 
qu'elle propose. 

Conformément à cette décision , les membres de la 
commission , nommés pour décerner celui de l'an XI , 
i-ont les ce. B AETHEZ , médecin du gouvernement ; 
FOCQTJET , GOUAN, DdMAS , V. BrOCSSONET , 
professeurs de l'école de médecine de Montpellier; 
Fages, ancien chirurgien en chef de l'hôpital mi- 
litaire de Montpellier 5 PrunEILE, ancien médecin 
de l'armée d'Orient ; Caizergues , médecin de 
ihospice de la charité de Montpellier ; LoRDAt 
aine , médecin en chef de l'hôpital de force de la 
même ville, et secrétaire perpétuel de la Société. 

Fait dans la séance ordinaire de la Société du 3o 
floréal an X de la république. 

Dtjmas, -président ; Fages , vice-président ; 
Lord AT ^ secrétaire -perpétuel. 

P A R I S. 

Athénée des Etrangers. 

L'Athénée des Etrangers a tenu une veillée des 
muses, le 16 prairial, à 7 heures. Voici quel a été 
l'ordre des lectures: 

3.° EpUre à la critique j par le C. LaNTIEK. 



iSz Nouvelles îliléraires. 



*♦* 



2.° IjCS Tombeaux , poème, par le C. 

3." he Chien , vice-roi, conte, par le C 

4." Une Fable , par le C. LucE DE LanCIVAL. 

5.° Vlmitalion de quelques odes galantes d'Ho- 
race j précédée d'une notice sur les deux genres de 
poésie lyrique, adoptés pur le poète latin , par le C. 
Lâcha beaussière. 

6." he premier chant d'Achille à Scyros ^ poème, 
par le C. Luce de Lancival. 

7.° Encore une visite , poème nouveau , par le C. 
ViGÉE. 

Société philoleclurîque. Séance publique du 
lojloréalan 10. 

Le C. Harleville présidoit cette séance. 

Le C. Lavallée, nouveau secrf^taire perpétuel, 
a fait le tableau des travaux de la Société pendant 
le trimestre qui venait de s'écouler. Depuis trop peu 
de temps en fonctions pour avoir pu se livrer à l'a-^ 
nalyse des nombreux ouvrages envoyés à la Société, 
il s'est borné à les indiquer , ainsi que ceux que ses ^ 
collègues avoient publiés. 

Le C. Gautherot a lu des observations acous- 
tiques, desquelles il résulte que les plus impercep- 
tibles vibralions données au fil de fer , sont entendues 
par les sourds; expérience que l'on peut faire, en 
se bouchant les oreilles. 

Le C. GuiCHARD a déclamé une traduction libre , 
en vers , de quelques fiagmens des Veillées du Tasse- 
Le Tasse, prêt d'être couronné au Capi(oIe, ex- 
|?vime son amour pour une grande princesse , dont 



Nouvelles liuéraires. 2,53 

il pense que son triomphe le rend l'égal. Le C. 
Guichard a mis beaucoup de verve et de chaleur 
dans sa traduction. 

Le C. Legrand, qui cultive avec un égal succès 
l'architecture et les lettres, a succédé auC. Guicliard^ 
pour lire une traduction libre en prose, de deux 
chapitres du Songe de Polyphile , ouvrage très-ori- 
ginal et peu connu, d'un inioine italien du 14.* 
siècle. Nous avons déjà eu occasion de parler de cet 
ouvrage. 

Le C. Colin -HARLEVILLE a terminé la séance 
par la lecture d'une pièce de vers, intitulée : Une 
Journée de Paris , qu'il avoit déjà lue à la séance 
de l'Institut national. Cette pièce a été appréciée 
par tous les gens de goût. C'est un modèle de grâce 
et de fcJcillié. 

Le C. MaNGOURIT a lu des Considérations sur les 
'Enfans troués. Il étoit diflBcile d'entendre sans atfen- 
tli issemeiit le récit des dangers qui entourent le ber- 
ceau de ces malheureux orphelins. Ce tableau étoit 
trace avec vigueur et sensibilité. 



CORRESPONDANCE. 

Lisieux , 16 floréal an lo. 

Jlu C. Mi LLIN y rédacteur du Magasin 
Encyclopédique. 

Citoyen, le C. Clavier annonce à son ami Co- 
ray (ij qu'il a traduit en françois la description delà 

(1) Voy. Magasin Encjcl. Année YU, I. VI, p. 33- 



204 Nouvelles lilleraires. 

Grèce , par Pausanias. C'est promettre une jouis- 
sance bien douce à ceux qui s'occupent encore de 
la littérature ancienne. Que ne devons-nous pas en 
efiet espérer des lunaières du savant Visconti , qui s'est 
chargé d'éclaircir , par le moyen des inscriptions, 
des médailles , des pierres gravées , ce que les des- 
criptions, quelquefois obscures et ^rop succinctes de 
Pausanias, peuventjia.isser à désirer? J'apprends en- 
core que l'auteur de l'Histoire des Courlisa?ies grec- 
ques annonce aussi une nouvelle traduction du voyage 
historique de la Grèce. Cette concurrence peut de- 
venir infiniment avantageuse , sous le rapport de la 
critique. 

Qu'il me soit permis, à mon four, de rappeler, à 
ce sujet, aux amateurs de l'antiquité, qu'en 1789 
l'élégant tradi^teur des Fastes d'Ovide ^ l'infortuné 
Bayeux , proposa par souscription une traduction 
nouvelle de Pausanias , avec des notes et des re- 
cherches relatives aux arts , à l'histoire , à la géo- 
graphie et à la mythologie. Cet ouvrage, dont le 
manuscrit existe entre les mains de sa veuve, dcvpit , 
former trois volumes grand in folio, avec figures. 
Dans le prospectus qui parut alors, Bayeux disoit: 

" On ne peut se dissimuler qu'il se rencontre dans 
« la traduction de l'abbé Gedoyn une foule d'inexac- 
" titudes et d'infidélités provenues, nous n'oserions 
'< dire, de l'ignorance de la langue grecque, mais 
« du moins , ou de ce que les diverses leçons du texte 
« n'avolent pas été comparées, ou de ce que la vé- 
" ritable acception des mots n'a pas été saisie, ou 
« enfin de ce que le traducteur n'a pas assez connu 



Nouvelles littéraires. 2.55 

• les mœurs des Grecs, leurs usages, leurs monu- 

• mens et le fond de leur mythologie. Soyons justes 
« d'ailleurs ; il n'avoit pas les secours que nous 
" avons acquis. 

« Il manque aussi à cette traduction ce dont son 
ti auteur lui-même a senti qu'elle pouvoit difBcile- 
« ment se passer : je veux dire un commentaire fait 
« avec le secours des médailles, des inscriptions.... 
« Jl éloit encore très - nécessaire de l'enrichir de 
« cartes géographiques , qui présentassent l'itiné- 
« raire exact des neuf provinces de la Grèce que 
« Pausanias nous fait parcourir ; de l'image de 
" quc"lquts-un.s des monumens qu'il cite ; de celle 
" de Cjuelques-autreç qui serviroient à rendre plus 
« s lui'bifs , plus agréables et plus utiles la plupart de 
« s'i ficscrlptions 5 enfin de médailles et de pierres 
« ^.a\ écs , propres à faciliter l'intelligence du texte. 

" (^e tiavail en exigeoit un autre non moins in- 
" dispcnsable; il falloit ajoutera la description de 
t. Pausanias celle de l'état actuel de chacune des con- 
« trées où il nous conduit, c'est-à-dire, emprunter 
« des meilleurs voyageuis modernes , tels que Spon , 
" Wheier, Pocock, La Mofraye, Le Roi , Chandler, 
<• Stuart Guis, Choiseul-GoufEer , etc., tout ce qui 
" peut intéresser les curieux et les savans sur la si- 
« tuation présente de la Grèce , et conserver quel- 
«< ques traces de sa grandeur p'assée; il falloit dé- 

• crire tous les restes d'antiquité qu'ils ont décou- 
." verts, et les rapprocher de Pausanias. 

«« Voilà ce qu'exigenii la traduction de ce voya- 
«geur historien , pour former un monument vrai- 



3,56 Nouvelles littéraires. 

« ment utile à la r(?publique des lettres , et qu'elle 

■ attend depuis longtemps. 

" Ce monument est élevé j il l'est sur le plan 

" qu'on vient de tracer 

" Le discours préliminaire présentera le tableau 

■ rapide des révolutions de la Grèce, et l'histoire 
« de l'art dans cette contrée (Les dessins de l'ou- 
« vrage dévoient être faits par Le Barbier l'aîné, 
« et les cartes rédigées par le C. Mentelle)* 

" Nous devons dire encore, ajoute Bayeux, pour 
» satisfaire notre reconnoissance, et pour la recom- 
>« mandation de l'ouvrage que des savans distingués 
« ont bien voulu concourir à sa perfection , par leurs À 
" conseils et leurs propres travaux. Nous citerons 
« particulièrement M. d'Hancarville , le seul peut- 
« être qui ait su marquer la trace des premiers pas 
« de l'art , et qui , dédaignant l'obscur et trompeur 
>t fanal de la routine , ait osé porter le flambeau du 
u génie parmi les décombres de l'antiquité.. . . » 

Tel étoit le plan adopté par Bayeux , et que se 
propose également de remplir le C. Clavier. Si la A 
mort n'eût abrégé la carrière de mon malheureux 
ami (2), la France jouiroit de son travail^ et sa 
famille n'en perdroit pas les fruits. Ce sera la se- 
conde traduction de Pausanias qui restera inédite, 
car celle commencée par Caumartin n'a pas été pu- 
bliée. Je regrette que des manuscrits aussi précieux ■ 

(a) Il mourut en 1792, assassiné à Caen s» patrie, étant procureui- 
gènéral-syndlc du département , au momenl où les corps constitués et 
U garde nationale le conduisoieni pour eatendre la lecture de l'arrêté qui 
Oidonnoit sa mise en liberté. 

ne 



Nouvelles Ultéraîres, 267 

tie soient pas déposés à la Bibliothèque nationale. 
Pour une indemnité converiable , on les sauveroit 
souvent des atteintes de la baibarie, et l'insou- 
ciance d'héritiers , étrangers aux sciences et aux 
lettres , ne laisseroit pas souvent perdre ou morceler 
des ouvrages dont elle est loin de soupçonner la va- 
leur. D'autres peuvent donner à cette idée tous les 
développemens dont je la crois susceptible. 
Je vous salue, J. B. C. Grainyille. 



THÉÂTRES. 

Thé A TRE Français de la République. 
Le Roi et le Laboureur. 
Cette tragédie n'a point eu le succès que le nom 
et les talens de l'auteur donnoient lieu d'^^pérer. 

Juliette et Belcour. 

Cette comédie, donnée deux jours après , n'a pas 
eu plus de succès. 

Théâtre F e r d e a u. 

Le Concert interrompu. 

Cet opéra, donné comme une nouveauté, n'est 
qu'une pièce des CC. Favières et Marsollier, 
remise au théâtre. La musique est de Lebeeton. 
La plupart des acteurs y ont montré des talens 
qu'on ne leur connoissoit pas, et ont joué de di- 
vers instrumens avec beaucoup de perfection. Ils 

Tome I. R 



£58 Nouvelles lUléralres. 

ont contribué au succès de la reprise de ce petit 
ouvrage. 

\ Théâtre Lo u f o i s. 

Lg Pacha de Surenne , ou VAmilié des 
Femmes, 

Un vieux conte , très-connu , a donné l'idée de 
cette petite coniédie en un acte. 

Trois Jeunes filles unies parla plus tendre amitié, 
ont Juré de ne point se quitter. Comme elles crai- 
gnent que l'époque de leur mariage ne soit en même 
teops celle de leur séparation , elles écrivent au 
grand turc , qui a la liberté d'épouser plusieurs 
femmes , et elles lui adressent ainsi leur lettre : 
ji monsieuT le Grand Turc , en son sérail , à Con~ 
stantinople. Cette anecdote a été un peu enjolivée. 
La scène se passe à Surenne, dans une pension, que 
beaucoup de monde a reconnue , quoiqu'on ait 
changé le nom de l'institutrice et le lieu de sa ré- 
sidence. La lettre des Jeunes personnes est adressée 
à un pacha qui a sa maison de campagne à Surenne. 
Elle tombe dans les mains de la maîtresse de pen- 
sion , et celle-ci la communique au Jeune homme 
qui venoit de la part de l'oncle d'une des demoi- 
selles pour l'épouser. L'amant prend un costume 
turc, et se fait annoncer comme le pacha. Bientôt 
la Jalousie s'établit entre les Jeunes, compagnes, à 
quelques préférences accordées par sa hautesse : mais 
le mouchoir qu'il donne à celle qui lui est promise, 
iichève de désunir les trois inséparables. C'est alors 



Nom'cIIes liilcrûires. siSp 

y que l'amant se dé^couvre , et la pièce se termine. 
Elle a dû son succès à la gaieté qui y règne. 
Les auteurs sont les CC. Etienne et Nanteuil. 



LIVRES DIVERS (i). 



Botanique. 

uiNFANGSGRUN DE der Bofanik von E. P. Vek- 
TENAT , Mitglied des fraiizœsischen 'National' 
Instituts und Bibliolheliar bcjm Panthéon , frcy 
iibersetzt. Durc/iaus mit /Snmerkungen und Zu- 
scEtïen mit XA^Knjrfertafeln; c'est-à-dire : Elémens 
de Botanique y -par E, P. P'entenat , membre de 
l'Institut national de France , et bibliothécaire du, 
Panthéon. Traduction libre , enrichie de remar- 
ijues et d'additions; avec ia planches. Ziirich, chez 
Orell , Fiissti et compagnie. i8c2. 

Le traducteur de l'ouvrage du C. Ventenat , est 
le célèbre Rcemer , professeur de botanique à Zu- 
rich , auteur du Flora Europœa , des Archives de 
\ botanique, etc. 

Le nom du traducteur répond au mérite de l'ou- 
vrage, et est un sûr garant de l'intérêt de la tra- 
duction et des observations qui y seront jointes. 

Physique. 

NoUf^EAU Traité sur la construction et invention 
des nouveaux Baromètres^ Thermomètres ^ Hy- 
gromètres , Aréomètres , et autres découvertes de 
"physique expérimentale ; par Assieh-Perricat 
père y ingénieur^ breveté pour la construction des 

(i) Les mticles marqués d'une ♦ sont ceux dont nous donnarons un 
•«traie. 

R 2 



26o 



jivres ciu'ers. 



instrwnens de -physique expérimentale ; suivi des 
observations météorologiques ^ faites sur les mon- 
tagnes par divers savans ^ et par Vauteur lui-même ; 
avec des tables de comparaison. Paris, chez l'Au- 
teur, rue Geoffroy- Lasnier , n." 3o , au coin de 
celle Saint Antoine ; et chez la veuve Tillard et 
fils ^ libraires, rue Pavée-Saint- André-dts-Arcs, 
n." 17, An X (1802). In-S." fig. Prix, 2 fr. Socent. 

Le C. Perricat est un des artistes les plus con- 
rus pour les insfrumens de méléoroiogie ; ses tra- 
vaux et ses recherches ont souvent été approuvés 
par l'Académie des sciences ; les nouvelles obser- 
va(ioi>« qu'il publie, ne peuvent qu'intéresser les 
physiciens et les artistes ; sa méthode , pour con- 
struire les therraomèires , les baromètres, les hy- 
gromètres, a élé reconnue comme étant très -inté- 
ressante , et suivant les termes du rapport fait par 
Leroy et Lavoisier en 1791. Il annonçoit une étude 
approfondie de son art, les connoissances de phy- 
sique qui y sont relatives, beaucoup de sagacité, 
et on jugea utile au progrès de la physique qu'il 
les fît imprimer. 

Ses theimomètres pour les bains, ses aréomètres, 
ses expériences sur le salpêtre , offrent également 
un très-grand intérêt ; les commissaires, en l'an 3, 
attestèrent qu'il avoit imaginé un moyen utile pour 
indiquer le point de la cuisson ; et la société du point a, 
central des arts et métiers ayant nommé des com- 
missaires en l'an 9, ils terminoient leur rapport, en 
disant que ses travaux ne pouvoient qu'infiniment 
honorer la société , qui a l'avantage de le compter 
parmi ses membres, et qu'on devoit l'encourager à 
continuer de concourir au perfectionnement des art* 
et des découvertes utiles qui doivent faire l'ornement 
et la gloire de la république. 

Ces témoignages suffisent pour faire connoître les t 
travaux du C. Perricat , et pour donner une idée 
avantageuse de son ouvrage. Il annonce une nou- 
velle balance hydrostatique , servant à connoître 



Livres divers. 261 

l'alliage de tous les métaux , et dont le prix va de 
iSo à 1200 fr. J. Lalande. 

AUT MILITAIRE. 

Introduction à l'é/ude de l'art de la guerre ; 
oinrage enrichi de planches et cartes , par De LA 
RoCHEATMON (i) j capitaine de cavalerie aie 
service de sa majesté le roi de Prusse , aide-de- 
camp de son altesse royale monseigneur le Prince 
'R^TAiB.i de Prusse. A Weimar , au Comptoir d'in- 
dustrie. 

Non casu , sed arte. 

PROSPECTUS. 

Le premier volume, qui doit éfre considéré comme 
l'introduction de tout l'ouvrage, offrira, dans une 
préface raisonnée, les principes sur lesquels a été 
tracé et achevé cet ouvrage. Suivra la manière à'étu^ 
dier la géographie militairement. Si la connoissance 
de l'ensemble des qualités morales et des forces 
physiques d'un royaume , que j'ai compris sous le 
nom de géographie , est indispensable pour déter- 
miner politiquement et militairement le plan d'une 
guerre, la topographie , ou science du local, est ab- 
solument nécessaire pour servir de base aux projets 
, d'opération. Deux chapitres sont consacrés à cette 
matière : l'auteur , pour ne rien laisser à désirer , 
a terminé cet article par un petit dictionnaire da 
Teconnoissance , où il a réuni par lettres alphabé- 
tiques tous les accidens divers qu'offrent les diffé- 
rens terreins, et a indiqué comment chaque objet 
en particulier devoit être reconnu militairement. 
Enfin, quelques réflexions sur le coup-d'œil mili- 
taire, ou l'application de la connoissance du terrein 
à la tactique, achèveront de donner le dernier de- 
gré de force aux principes déjà posés. Un petit 
traité de dessin militaire j avec une carte des plus 

(i) On nous assure de bonne part que cet ouvrage est presqu'en- 
(ièiemem de la plume du prince Ilvnri. 

R 3 



«ds 



Livres divers. 



détaillées des caractères qui y sont propres j fermî- 
rera ce premier volume. Telles sont les connoîs- 
sances préliminaires que l'auteur a jugé nécessaires 
tle réunir dans cette première partie, pour pouvoir 
meitre à même de lire avec plus de fruit le reste 
de l'ouvrage. 

Le second volume contiendra quatre livres. 

Le I."^ livre, de VartUlerie , sera divisé en trois 
sections ou chapitres. Les deux premières sections, 
entièrement consacrées au matériel de V artille- 
rie ^ ne parleront que du mécanisme et du tir de 
chaque bouche à feu en particulier, ensuite des 
travaux de l'artillerie comme construciion de bat- 
teries, sapes, établissement de ponts; dans le troi- 
sième et dernier chapitre , je réunis tout ce qui est 
nécessaire à la composiiion d'un parc d'artillerie, 
j'analyse la tactique et l'emploi de cette arme dans 
toutes les occurrences défensives et offensives d'une 
campagne. 

II.' livre , de V infanterie. Après avoir analysé 
rapidement ce qui a rapport au matériel de l'art, 
c'est-à-dire au dressement du soldat, on passera à 
\a. Jorniation de la troupe , à ses mouveniens, enfin 
à ses manœuvres. La fin de ce livre sera consacrée 
au service de Vinfanterie légère. L'auteur y détail- 
lera les nuances qui la diflPerencient de l'infanterie 
de ligne, et indiquera les occurrences et la manière J, 
de s'en servir le plus avantageusement. 

I1L° livre, de la cavalerie. On suivra dans l'ana- 
lyse du service de la cavalerie , les mêmes principes 
qui ont dirigé celle du service de l'infanterie. L'au- 
teur n'a point la présomption de vouloir enseigner, 
encore moins de réformer , mais d'offrir dans un 
ensemble les vérités fondamentales propres à cha- 
que arme , telle qu'elle est aujourd'hui ; vérités 
indépendantes des divers réglemens particuliers à 
chaqiu.' nation , et que l'on doit suivre constara^ 
ment , quelle que soit la différence des moyens pour 
y pas venir. 

i V.* livre , la science des détachemcns , OH de Içt 



Livres divers. s.63 

petite guerre. Dans ce livre on a essayé de rassem- 
bler toutes les connoissances nécessaires à la con~ 
duile des délachcmens , depuis la moindre patrouille 
jusqu'à des corps composés de diverses armes. Le 
mécanisme des diverses espèces de troupes , éfoit 
'une introduction indispensable à l'étude de ce cha- 
pitre. 

La guerre étant un état continuel d'attaque et 
de défense, la tactique et la fortification forment 
ses deux principales divisions. Leur élude approfon- 
die est la base nécessaire de la grande tactique. 
Après avdir consacré le premier volume à la tac- 
tique , il étoit naturel de consacrer le second en-, 
tièrement à la fortification , avant de passer aux 
grandes opérations de la guerre; puisque c'est de 
leur combinaison que résulte l'ensemble d'un plaa 
de campagne. 

Ce troisième volume est partagé en deitx livres. 
Le premier traite de \a. fortification durable , depuis 
ses principes; son tracé, sa construction, jusqu'à 
son attaque et sa défense. Le second livre sera en- 
tièrement consacré à la fortification passagère ou 
de campagne. Après l'exposé des propriétés de la 
fortification pa»agère , on passe à son tracé, sa 
cons'ruclion sur le terrein. L'attaque et la défense 
suivent incontinent la construction de l'ouvrage, 
comme le moyen d'en faire mieux sentir l'usage. 
Le dernier chapitre de ce second livre sera consa- 
cré à l'application de la fortification , à la tactique, 
c'est-à-dire la réunion des deux genres de fortifi- 
cation pour la formation d'un système de frontière. 

Le quatrième volume anra deux parties. Dans les 
deux volumes précédens on a essayé de tracer les 
principes fondamentaux, sur lesquels sont constitués 
^t instruits les divers corps. Dans ce quatrième vo- 
lume il s'agit de réunir les parties jusqu'ici éparses, 
et de les faire concourir à l'exécution des grandes 
manœuvres de guerre. Dès le commencement de ce 
volume, on ras'>emble les parties en un tout, qu'on 
nomme armée. Le point de réunion d'une armée 

R ^ 



264 Lwres divers. 

«'appelant cam-p , les principes de la castramèlation 
dévoient occuper le premier chapitre. De-Ià l'auteur 
passe à la théorie des marches , à la formation des 
ordres de bataille; les quartiers d'hiver terminent 
celfe première partie. L'auteur a essayé de rendre 
cette théorie assez claire pour que chaque jeune 
homme puisse y preadre, pour ainsi dire, l'habi- 
'tude de former des dispositions, de juger et d'ana- 
lyser celles des généraux , tant anciens que moder- 
nes; et c'est pour augmenter encore cette facilité, 
qu'à chaque mouvement on a joint des exemples 
tirés de l'histoire. On sent bien que les troupes 
prussiennes, ces troupes élevées à la victoire, en 
ont fourni le plus grand nombre. 

La seconde partie de ce volume contient ce que 
j'appelle mavœin'res de guerre , ou toutes les opéra- 
tions qu'un général peut entreprendre dans le cou- 
rant d'une campagne, soit avec l'armée, soit par 
de gros détachemens. Les campagnes glorieuses du 
siècle dernier ont été mises à contribution, pour, 
par des faits bien choisis, apporter plus de force 
aux principes. Les derniers chapitres de cette se- 
conde partie sont consacrés à la partie raisonnée de 
la guerre , qui est particulièrement la science dit 
général; c'est un abrégé de toutes les raisons qui 
doivent déterminer , tant offensivement que défen- 
sivement, la conduite du général, pour donner plus 
de confiance dans ses travaux. L'auteur donnera, à 
la fin de cette dernière partie, la nomenclature al- 
phabétique de tous les ouvrages militaires où il a 
puisé; c'est un hommage qu'il doit à leurs auteurs, 
n'ayant pas voulu surcharger le texte de nombreuses 
citations de leurs livres. Ce petit catalogue aura le 
double avantage de ne pas faire douter de la mo- 
destie de l'auteur, en pouvant le faire soupçonner 
de vouloir s'approprier les idées d'aulrui, et d'offrir 
aux jeunes gens la collection la plus complète de 
livres de science militaire qui peuvent composer 
ime bibliothèque. 

Il y aura deux éditions de l'ouvrage , qui paroî- 



Livres divers. 265 

tront en m^me temps, l'ime Françoise et l'autre al- 
lemande ; l'auteur n'a épargné ni frais ni soins pour 
que les plans soient dessinés avec la plus grande 
correction. Le nombre des plans sera de cinquante 
à soixante. 

Le premier volume ou introduction paroîtra dans 
le courant de mars; le second volume, à la Pente- 
côte; le troisième volume, à la Saint- Michel ; le 
quatrième et dernier volume, à Noël.» 

Comme les manuscrits sont prêts, les plans ter- 
minés, on peut compter sur l'exactitude des livrai- 
sons. L'auteur auroit préféré faire paroître tout l'ou- 
vrage à la fois , n-ais l'envie de faciliter l'emplette 
de son ouvrage à ses jeunes camarades , l'a seul dé- 
terminé à une impression successive. 

Economie politique. 

Cou F - D^œ I L sur la force et P opulence de la 
Grande-Bretagne , où Von voit les progrès de son 
commerce , son agriculture et sa population avant 
et après V avènement de la maison d'Hanovre'^ par 
le docteur Clarke : on y a joint une correspon- 
dance inédite dit doyen TvcKER et de DAf^lD 
Hume avec le lord Kaims ; ouvrage publié à 
Londres en 1801 , traduit de Vanglois par J. Mar- 
CHEtiA. I vol. in-8.° Paris, chez Levrault frères, 
libraires, quai Malaquais. 

Les huit chapitres qui composent ce volume , 
sont dignes de la méditation de j'homme d'état: on 
y trouve l'histoire des progrès et des effets du com- 
merce en général , l'histoire des progrès des revenus 
publics , et de l'état des fin inces de la Grande- 
Bretagne , ou de ses ress^ources comparées à ses 
besoins avant et après la guerre actuelle. C'est dans 
ce chapitre qu'on trouve un tableau exact et officiel 
du commerce étranger et du commerce intérieur de 
l'Angleterre. La guerre a donné une plus grande ac- 
tivité à ce commerce, puisque la valeur des objets 



^66 Livres divers, 

de fabrique angloise , exportés en 1798 , fut de 
18,892,000 livres sterlings j la taême valeur, ex- 
portée en 1799, étoit de 24,o5i liv. sferl. Augmen- 
tation, 10,189,000 liv. sterl. Il est impossible de 
trouver une preuve plus frappante de l'influence 
de l'industrie et du capital de ce pays. Le docteur 
Clarke répond ici à ceux qui ont avancé que cette 
augmentation de richesses, produite par la guerre, 
cesseroit par la paix. Il avance deux propositions 
contraires , et il les prouve par des faits , en mon- 
trant , i.° que la portion du commerce extérieur, 
faite avec des productions de nos nouvelles acqui- 
sitions , est comparativement peu importante ; et 
quant à l'exportation des productions étrangèves 
que cette branche a diminué au lieu d'augmenter, 
puisque, dans la dernière année, elle ne s'éleva 
qu'à 11,907,116 liv. sterl. , tandis que l'année anté- 
rieure, elle auroit été de i3,yi9,274liv. sterl; 2.° en 
prouvant que la paix ne peut faire perdre à l'An- 
gleterre sa prépondérance commerciale. <• Notre- 
•• commerce, dit l'auteur, se compose de marchan- 
" dises étrangères et nationales. Dans les objets de 
" fabrique angloise, il y a deux choses très-impor- 
" tantes à considérer; savoir, l'habileté et le capi- 
■ tal ; par l'une, nos manufactures sont les meil- 
« leures de toutes; par l'autre, nous faisons un 
" plus long crédit. C'est par la force réunie d'une 
" plus grande habileté et d'un plus fort capital que 
" nous avions avant la guerre supplanté nos rivaux, 
<• même dans leurs propies marchés ; et je crois que, 
" comme ni notre capital ni notre habileté ne sont 
" diminués, et que les leurs n'ont pas augmenté, il 
<• n'y a pas grand danger, de ce côté, de voir ces- 
" ser notre commerce avec la paix. •• 

Le quatrième chapitre traite des progrès et de l'état 
des fonds publics, dans lequel on trouve un aperçu 
des ravages que la révolution fran^oise a exercés sur 
les nations par ses contributions , ses confiscations, 
ses réquisitions. Les chapitres cinq et six traitent de 
l'agriculture, de la population de la Grande-Breti^- 



Livres divers. 267 

pne et de celle de l'Europe. Ce dernier aperçu est 
inexact ; le lradue(eur le rectifie dans une note. Les 
chapitres sept et huit présentent un état actuel de 
la puissance navale de l'Angleterre, et des progrès 
de ses forces militaires. Tous ces chapitres sont in- 
tcressans par la connoîssance qu'ils donnent de la 
situation actuelle de la Grande-Bretagne, connoîs- 
sance appuyée sur des tablea^ix exacts et multipliés, 
tirés des ouvrages de MM. Irwing, Petty, Rose, etc. 
En finissant , le docteur Clarke se demande à lui- 
même pourquoi la Grande-Bretagne n'a- 1- elle pas 
senti le fléau sanglant de la révolution ? pourquoi 
n'a-t-elle pas été mise en pièces par les mains de 
Ja tyrannie avide? pourquoi rcste-t-elle debout au 
milieu de la ruine universelle, des révolutions et 
des révoltes? Parce que le peuple anglois, jouissant 
des avantages d'un bon système de religion et de 
gouvernement, est vraiment libre. Le commerce lui 
procura d'abord sa liberté; maintenant il lui assure 
son bonheur. 11 anacha les classes inféiieures à l'ob- 
jection civile, il abaissa la tyrannie féodale, il fixa 
ce point de morale politique d'où l'Angleterre s'est 
élevée au plus haut degré du prospérité, et où elle 
s'offre à l'admiration de l'univers. 

Nous ne devons pas négliger de désigner la pré- 
face , que le C. Marchena a mise à la tête de sa 
traduction, comme un aperçu d'économie politique, 
rempli de principes vrais et inspirés par un désir 
sincère de la stabilité de l'ordre , de la solidité du 
gouvernement, et de la liberté publique; et il ne 
voit ces avantages que dans la stabilité de la dette 
fondée, et des revenus destinés à l'acquitter. 

A. J. D. B. 
Commerce. 

QuArniÈME Cahier de la BibUolhéijue Commerciale; 
ouvrage deiliné à répandre les connoissances relatives 
au Commerce j à la Navigation , etc. ; par J. Pev- 
cjiZT , membre du conseil de Commerce au mim- 



26S Livres divers. 

stère de l'Intérieur ^ et de celui du départeiveut de la 
Seine. 

Ce quatrième cahier de 60 pages in-8.°, contient: 
Dm Commerce intérieur. — Noie sur la franchise de 
Dunlierque. — Commerce des Chanvres. — Pêche de 
Fécamp.- — -De la Natngalion intérieure et du Com- 
merce de mer. — Résultats généraux du Commerce et 
ile la ISIavigation de la France avec les Européens , 
Lei>antin.s ., Barbarcsques et Anglo- Américains , etc. 
De la culture du Sucre à Batavia, et autres articles 
intéressans. 

Le prix de la souscription est de 21 fr., pour re- 
cevoir , franches de port, 24 Jivraitons, et 12 fV. 
pour 12 livraisons. La lettre et l'argent doivent être 
afFrancliis. On peut envoyer le prix de la souscrip- 
tion en un mandat sur Paris. 

On souscrit à Par'S , chez F. Buisson ^ libraire, 
rue Hautefeuille, n." 20, et chez tous les libraire» 
et directeurs des postes. 

Statistique. 

ANNALES de statistique ; ouvrage spécialement des- 
tiné à présenter te tablenu réel de la France sous 
le rapport de Véltndue et de la division du terri~ 
toire; des productions des trois règnes de la nature ; 
de l'état des sciences , des lettres et des arts ; de 
l'industrie ; du commerce et de ses moyens ; de la 
navigation marchande ; des revenus de Vetat ; des 
forces de terre et de mer j etc. Première et seconde 
livraison. Prairial an X. A Paris, au I urcau des 
Annales de Statistique , quai de l'Horloge du Pa- 
lais , n." 42. 

Ces deux cahiers, chacun d'environ 11 feuilles d'im- 
pression , format in-8.°, contient , entre autres, le 
mémoire du C. EichhofF, sur les quatre dép;irtemens 
réunis de la rive gauche du Rhin, la circuliiire du 
ministre de l'intérieur aux préfets, sur les travaux 



Livres divers. 2.69 

statistiques qu'il leur demande , et les modèles de» 
tableaux statistiques , avec des notes explicatives ; 
l'analyse complète des trois annuaires du départe- 
ment de Bas ~ Rhin , du C. Bniliii , par le sénateur 
François (de Neiifchâteau ). On trouve dans ce mor- 
ceau des détails précieux sur l'état statistique et 
f)olitique du département ; sur la force armée ; 
'instruction publique , les établissemens de bien- 
faisance et de sûreté publique , l'économie rurale , 
le commerce , la navigation , les communications 
publiques, l'état civil, la population, etc. — Cette 
analyse, très-bien faite, a de plus le mérite d'offrir 
aux amateurs de la science, dont le nombre s'ac- 
croît chaque jour, le canevas à remplir pour faire 
connoître de même tous les autres départemens. 

La partie mélanges contient, dans le premier ca- 
hier, d'après la correspondance officielle du ministère 
de l'intérieur, des détails intéressans sur différen» 
départemens; et, dans le second, les moyens em- 
ployés par le C. Doulcel-Pov.técoulant , préfet de là 
Dyle , pour atteindre à ce but si désirable , X^extinc- 
iion de lu meiidicHé et du vagabondage. Cet article , 
d'un inférât j^énéral , est suivi de Vélat de situation 
des iitelttr» publics de Bruxelles, mois par mois, 
depuis pniiri.il an 9, ju qu'au 3o ventôse dernier. 

Les Annai.es oe Statistique , auxquelles coo- 
pèrent les ce. Meut elle et LamarcJ< , de l'Institut 
national, .7. Lava'lée et Desgenettes , professeur à 
l'école de médecine, paroissent régulièrement tous 
les mois. Le prix de la souscription est de 24 francs 
par an, pour Paris, et de 3o francs, pour les dé- 
partemens et l'étranger. On peut souscrire pour sit 
ou pour trois mois. 

Histoire. 

T>B I^MGrPTE , après la bataille d'SéUopoUs , et 
considérations générales sur l'organisation physi' 
que et politique de ce pays ; par le général de di' 
vision RBirJsiiÉR j ayec une carte de la Basse' 



ayo Livres divers. 

.■Jis^yptc. Paris, chez Poii^ens. An X , 1802. Vllt 
tt 288 pages in-8.° Prix, 5 fraucs, et 6 francs par 
la poste. 

Le général Berthier publia , après son retour 
d'^'EgypIe, la relation de (ous les combats de l'ar- 
in(?e d'Orient pendant son établissement en ^îlgypte , 
jusqu'à la bataille d'Aboukir. Dans cet ouvrage , le 
général Rcynier traite une autre époque, celle qui 
a suivi la bataille d'Héliopolis. Dans une introduc- 
tion de 88 pages, il donne des considérations gé- 
nérales sur l'organisation physique, militaire , poli- 
tique et morale de l'Egypte ; il traite du système 
de guerre que les circonstances ont obligé les Fran- 
çois d'y adopter, et du système de définse qui est 
applicable à ce pays; des fortifications que les Fran- 
çois y ont construites ; enfin de l'état politique de se» 
liabitans et de son administration. Ces aperçus gé- 
ïiéraux, dont l'auteur a rapporté les développemen» 
à son but principal, qui est l'histoire des campagnes 
des François en Egypte, suffisent pour suivre celle-ci 
avec intérêt, et pour se faire des idées nettes de 
l'administration qu'ils y avoient établie. 

La carte de la Basse-^Egypte jointe à cet ouvrage, 
a été dressée d'après les observations astronomiques 
et les reconnoissances qui ont été faites. On peut 
ïlire que, jusqu'à présent, c'est la plus exacte de 
celles qui existent. 

Au reste, le but de l'auteur est de montrer que 
la perte de l'.îlgypte étoit une suite inévitable aes 
fausses mesures prises par le général Menou. Mais 
7ion nobis iiiter vos tantas componere lit es. 

Voyages. 

y or AGE piitoiesqiie de la Syrie, etc.-, par le C. 
Cassas. XXIil."* livraison, composée de six 
planches. 

I."' planche. Fite générale de la ville à^Antioche , 



L/\'?es divers. syi 

appelée par les Arabes -^ntliukyeli. Cette vue est 
prise du côté de la porte qui conduit à AlexandreKe. 

II.° planche. Trois frugmeiis de tombeaux. Ces 
trois raorceavix , singulièrement remarquables, ont 
été trouvés parmi les débris qui se voient en grand 
nombre aux environs du temple de Neptune, à Pal- 
myre. Cette planche est double. 

III.* planche. Coupe générale du Mausolée cClam- 
hlichus , prise sur la ligne ^ S de la planche io8. 

IV." planche. Plafond du rez-de-chaussée du. pla- 
fond du Mausolée dUamblichus. 

V/ planche. Vue de la niche qui décore ht face 
"principale du Mausolée d'Elabélus. 

VI." planche. Du péristyle du temple de Jupiter 
à Bu'albel-. Deux bustes qui ornent deux des hexa- 
gones du plafond. 

TRAf^ELs in Switzerland and in the Country of the 
Grisons : in a séries of letters to TVilliam Melmolh , 
'Esq.yfiom IVilliam'CoXE , M. A. F. R. S. F. A. S. 
To which are added the notes and Obsenations 
of M. Bamond , translated from the French. A 
neti) édition , Embetlished with a large neiv Map _, 
and six Vietvs dratvn hy Birmann and engraved 
undcr his direction ; Basil by James DecÂer. Pa~ 
ris j by Leirault , frères. 1802. 4 vol. in-8.° de XII 
et 3o3, Vin et 386; VIII et 384 pages, sans 
T V compter 21 pages de table alphabétique des 
matières, qui se trouvent à la fin du dernier vo- 
lume. 

Le voyage de Coxe est suffisamment connu, et 
les amateurs de la littérature angloise connoissent 
aussi suffisamment la suite des éditions d'auteurs 
classiques de l'Angleterre, que MM. Decker et Le- 
vrault publient depuis un nombre considérable d'an- 
nées. Il suffira donc de leur avoir annoncé l'existence 
de cette édition , en leur observant que celle-ci a sur 
les éditions de Londres l'avantage, non-seulement 
d'être à meilleur marché , mais de contenir aussi 



I 



S72 Livres divers. 

les observations du C. R a mono , traduites du Fran- 
çois, qui ne se trouvent dans aucune des éditions 
publiées à Londres. 

Quant à la carte et aux vues dont parle le titre, 
nous n'en pouvons rien dire à nos lecteurs , parce 
qu'elles ne se trouvent point dans l'exemplaire que 
ïious avons sous les yeux. Le prix de l'ouvrage , sans 
carte ni vues, est de 12 fr. j il est du double lors- 
que celles-ci s'y trouvent. 

Nevestes Gemœlde von Lissabon , c'est-à-dire , 
Noui-eau Tableau de Lisbonne ; Leipsik , che2 
Charles-Guillaume Kiichler ^ ^799 î in- 12 de 604 p. 

Malgré le nombre assez considérable de voyages 
en Portugal, on peut dire qu'il n'y a pas de paya 
en Europe, sur lequel nous ayons moins de détails 
que l'architecte (1) ; Dumouriez et de Murpky ont pu- 
blié des ouvrages dans lesquels ils donnent la des- 
cription de ce pays. L'ouvrage, dont nous annonçons 
la traduction allemande (2; , a pour auteur un Fran- 
çois , qui a habile la capitale de ce royaume pendant 
plusieurs années, jusqu'en 1796, et qui, par cet ou- 
vrage, s'est Fait connoître comme un excellent ob- 
servateur. L'éditeur de l'original François avoit joint 
à ce tableau de Lisbonne , des lettres écrites du 
Portugal (en 1777), sur l'état ancien et actuel de 
ce royaume. Comme M. Sprengel avoit déjà publié ), 

(i) Voyez ce qui a été dit là-dessus à l'occasion de l'ouvrage de 
Murphy , dans le Magasin Encyclop. Année III, t. II, p. 342 suit. 

(2) L'original a paru sous le litre suivant : Voyage en Portugal , 
et particulièrement à Lisbonne , ou Tableau moral, civil, poli- 
tique et religieux de cette capitale, etc. etc., suivi de plusieurs 
lettres sur l'état ancien et actuel de ce royaume. Paris, chez De- 
terville , 1 798 ( an VI ) , 442 pages in-S." Les 333 premières pages de 
ce volume contiennent le tableau dont nous annonçons la traduction 
allemande. L« reste contient lei lettre» sur le Portugal, qui sont tra* 
duites de l'aDglois. 

une 



Livres divers. ^'j^ 

une traduction allemande de ces lettres, le fraducterjr 
tUi Nouienu Tableau de Lisbonne y a donc cru de- 
voir le supprimer ici. 

Le litre de cette traduction a été enrichi d'une vi- 
gnette qui ne se trouve pas dans l'original , et qui 
re|irésente un paysan et une payaune du Portugal 
dansant et jouant des castagnettes, gravure qui a 
*'té exécutée d'apiès les dessins d'un voyageur qui a 
Jui-ménie habité le Portugal. Outre cette vigneitc, 
cette traduction a été enrichie de plusieurs additions 
et supplémens , par un littérateur citii a longtemps 
vécu dans le Poringal. Ces additior,s coirmcncent à 
la page 821, et ont le titre suivant ; Nuchirag zur 
2ici ichtigiiJig einzelncT Ansiclilen in dem Gemœlde 
von Libsabon iind eiuzelne Fragmente eines Angen- 
zeugenzur Kennlniis dieser Haiiptstcidl , hinziigejiigt 
von IV. G. TiLÉsivs , Doktor der Philosophie ; 
c'est-à-dire, iiupplemtnl pou?' la reHificution de dif- 
fi rentes parties du tableau de Lisbonne , et quelques 
Jragmens par un témoin oculaire , po7n' la connais- 
sance de cette capitale ^ajoiiiés par fV. G. Tilésivs ^ 
docteur en philosophie. Comme il est assez naturel 
qu'un seul homme ne puisse pas donner sur un pays 
ou sur une ville des détails également satisfaisans, ou 
intéressans sous tous les rapports, M. Tilésius s'est 
borné à rectifier , à commenter et à suppléer les 
passages où l'auteur du tableau a été ou inexact ou. 
"■pas assez étendu. 11 suit son auteur pas à pas ; et, 
en citant les pages auxquelles ses addiiions se rap- 
portent , il donne, en 87 paragraphes, des détaiJs 
sur le tremblement de terre de lyâS , sur la situation 
elle nom de la ville, sur les ouvrages en difléientes 
langues qui traitent de Lisbonne et du Portugal , 
sur les places et les mes, et a cette occasion, sur 
les diflTérentes espèces de perroquets qu'il a obser- 
vées dans les Lpyas ou les IVragasius des marchands 
de perroquets dans la Bi\era-Velhu ^ ainsi que sur les 
difFérens poissons, mollusques et testacées qu'il a 
observés dans le marché aux poissons , lorsque les 
pécheurs revenoient de leurs courses. Plus loin, M. 

Tome I. S 



iay4 Livres divers. 

Tilésîus parle de l'architecture des Porti;;;!;aîs, du cli- 
mat , de !a salubrité, des premières impreisions que 
Lisbonne fait ordinairement sur les étran2,ers, de la 
contrebande que font surtout les Ano^lais, des sociétés 
{Ju'offrela ville de Lisbonne, des mœurs et des usages, 
des processions , et de la huila cruciata , de l'opéra et 
de la comédie , de la cour, et des «juatorze médecins 
de la cour , des grands du royaume , de la surelé pu- 
blique, de l'administration de l'état, du peuple, des 
niendians , des denrées et de leurs j)rix , de l'état de la 
médecine et des sciences en général , de la censure des 
livres ; enfin , l'auteur donne aussi quelques détails 
sur Coimbra, sur l'Académie royale des sciei;ces à 
Lisbonne, sur l'état militaire, celui des arts, du 
clergé et des moines , de la religion , des monastères 
et du patriarchal en Portugal; il indique les églises 
de LisbonnequiofFrentle pTusd'intéiêf pour un étran- 
ger , et il termine par des réflexions sur les Portugais 
et les Portugaises. 

On voit, par ce rapide aperçu, que les additions 
de M. Tilésins donnent, à cette traduction, un nou- 
veau degré d'intérêt ; et que, lors d'une nouvelle 
édition de l'original françois , l'éditeur fera bien 
d'en prollter. W. . . . 

FrAGMENS d'un voyage en Afrique , fait pendant 
tes années lySS, 1786 et 17H7, dans les contrées ^, < 
occidentales de ce continent , comprises entre Le 
Cap-Blanc de Barbarie , par 20 degrés 47 minutes, 
et le Cap-Palmes ypaVi^ degrés , 3o minutes latitude 
boréale ; avec une carte générale d" Ajrique ^ rédi~ 
gée d'aprcs les observations les plus authentiques 
et les découvertes les plus récentes , et des plans 
et des dessins gravés en taille-douce ; par Silv.- 
Meinrad-Xavier GoLBEHiir.Yo]. in-B.". A Paris, 
chez Treuftel et IViiriz ^ libraires , quai Voltaire, 
n.° 2, et à Strasbourg, grand'rue , u.° i5. An X 
de la république. 

' Ce Voyage en Afrique ne pouvoit paroître dans 



Lii'res divers. vrjh 

fies circonsfapres plus intéressantes : îndépenclani- 
mciit du gi-diid nouîbre de cîioseî curieuses sur l'A- 
frique, on y voit le {irofiî; imniense que Ton poiir- 
roît tirer des miirj de Eaoïbouc , sur lesqucIK^s le 
C. de ].aJande pré^euta un niéiiûoire à l'AssfinljIée 
con?tituante. On y voit ce qu'étoit , en 1787, la 
partie de l'AtVi.jue occidentale, alors connue sous 
la ffénominatir.) de gouvernemeiit du Sénégal , ce 
qu'elle pouvcit devenir à la faveur des encourage- 
mens de l'Etat, et les ressouices que les contrées , 
qui sont soumises à 1 administration de ce gouverne- 
ment , peuvent offrir pour réparer les pertes im- 
menses qui ont été les suites de la résolution trop 
précipitée d'abolir, en un seul jour, l'esclavage et 
la trai(e des noirs. 

Les mœurs des habitans , la géographie, les ani- 
maux , le climat , les découveries que l'o 1 pourroit 
faire dans l'intérieur de l'Afrique, la navigation 
sur les côtes, le commerce de la gomme, les éta- 
blissement des Anglois , la langue des liabitans, 
tous les objets qui peuvent intéresser, la physique, 
la politique, le commerce, sont traités dans cet: 
ouvrage avec le plus grand détail et le plus grand 
intérêt. 

Antiquités. 

FiGUnEs d'Homère , dessinées d'après l'antique ; 
par H. G. TjsCHBEfN , direcleiir de f Académie de 
peinture et de sculpture de N'a pies , etc. ; ai^ec les 
eccplicutions de Cln\ G. BEZNEy associé étranger 
de l'Institut national ^ etc. II." et Ilf.' livraisons. 
A IVletz , chez CrJlignon , 1P02. A Paris, chez 
Poiigens^ quai Voltaire; chez Le^-rault ., qua.\ Ma- 
laquais ; chez Ilenrichs., rue de la Loi; et chez 
tous les princi^^aiix libraires de l'Europe. 

Nous avons déjà annoncé la i.'* livraison de cet 
împottant et bel ouvrage (i); nous en av^ns fait 

(i) Voy. Magasin Encycl. Année VI, t. IV , p, io6. Ii6. t. V, 
p. 17. Aunéc Vil , !• m. p. b^<\, 

S a 



a.'jô Lwres divers. 

connoître l'hîsloirc, le plan et le but. Les amateiiri 
des arts, ceux d'Homère et du génie antique, les 
grandes bibliothèques, les écoles de dessin, ne peu- 
vent guère se passer de la collection de M. 'l'ibchtein. 
Les 11.' et ni." livraisans viennent de paroître. Le 
prix de l'une est de 3o liv. , et celui de l'autre de 24. 
Celui de la L"^ étoit de 36 liv. , d'où l'on voit que 
le prix des livraisons diminue , ainsi que nous l'a- 
vions annoncé. Le texte est d'une très-belle exécu- 
tion typographique sur grand-soleil vélin. 

La II.' livraison, qui forme le i.'" cahier de VO- 
dyssée , présente , I. La têle cVUljsse , en grand , 
d'après un des plus beaux bustes qui existent eu 
marbre , dessiné par Tisckbein y gravé par Morgheii. 

II. Ulysse dans CUe de Caljpso ^ d'après un camée. 

III. Ulysse chez Auloljcus ^ d'apièà un vase peint. 

IV. Ulysse blessé par un sanglier ^ d'après un vase. 

V. Ulysse reconnu à sa cicatrice par Euryclée , d'a- 
près une pierre gravée. VI. Ulysse et les Sirènes , 
d'après un sarcophage étrusque. Ce i.*' cahier des 
monumens relatifs à VOdyssée y est accompagné de 
belles vignettes. La i." entre autres offre une vue 
pittoresque de l'île d'Ithaque , dessinée par F^«f'e/ et; 
Hiluire, artistes qui ont accompagné M.de Choiscitl- 
Goiiffier dans son voyage de Grèce. Les planches de 
la III. ' livraison qui forment le 2.' cahier de V Iliade ^ 
sont : Vn. L,a tête de Diomède , en grand , d'après un 
très-beau buste en marbre , du musée Pio-Llémentin, 
VIII. Dolon surpris pur Dininède et Ulysse ^ d'aprèa 
une gemme. IX. Dinniède dans C action de couper la 
télé à Dolon , d'api es une superbe cornaline gravée. 
X. Dioniède conr.ultant avec Ulysse, d'après une em- 
preinte. XI. Lilysse et Dioniède s'introduisant dans 
une enceinte y d'après une empreinte. XII. Un guer- 
rier conduisant deux ckeiaux. 

Les explications continuent de présenter des vue; 
justes et utiles pour l'intelligence d'Homère , de l'aiv- , 
tiquité et des arts du dessin. L'auteur du texte alle- 
lîiaad , l'illustre Heyne ^ a pu avoir recours, pojr 
le» nombreuses citations d'Homère qui pâroisseat 



Livres divers, vin 

dans cet ouvrage , à Ja précieuse traduction de Voss 
en cette langue. Le rédacteur du texte François que 
nous annonçons, Ch. Villcrs, n'a pas joui du même 
avantage , et il a cru devoir traduire de nouveau 
tous ces passages. Voici comment il a rendu les vers 
686 et suivans du XIX.' chant de VOdyssée dans 
l'explication de la belle planche V du z." cahier : 

Cppendant Euryclée , en im brillant bassin 

D'une eau pure et tiédie, a préparé son bain. 

Assis près du foyer, Ulysse qui l'obserre , 

Croit devoir envers elle employer la réserve ; 

Il se tourne soudain vers un lieu plus obscur, 

Craignant qu'un louvenir et qu'un regard trop sûr , 

Si l'tclat du foyer fail voir sa cicatrice y 

Contre sa volonté trop lot ne le trahisse. 

Mais en vain. . . . Quel moment de plaisir et d'effroi! 

Elle approche , se penche et reconnoît son roi. 

Tremblante, l'oeil en pleurs, niuette d'alègrcsse, 

Le pied qu'elle teijoit (chappe à sa foiblessej 

Il tombe : sous son poids le bassin retentit, 

Vacille et se renverse avec l'eau qui s'enfuit. 

Dans ce trouble, Euryclée a peine à se connoîtrej 

Enfin, portant la main au menton de son maître: 

« Ulysse, oui, c'est toi, dit-elle , ô mon cher fils ! '> 



Mais Ulysse i l'Instant , de sa main qu'il avance , 

La contraint d'approcher , et la fouce au silence. 

« Bonne mère , dit-il , veux-tu perdre celui 

« Que tes bvas ont porté , que ton sein a nourri? 

« Entouré de périls sur ma terre natale , 

K Enfin , après vingt ans d'une absence fatale , 

« Après tant de travaux me voilà revenu. 

« Eclairé par un dieu ton œil m'a reconna ; 

« Mais commande à ton oeil , à ta voix de se taire , 

« Que nul en ce palais n'apprenne ce mystère ! » 

Le roi d'Angleterre, extrêmement satisfait des 

S 3 



s.y^ Liç-rès divers', 

premières livraisons de cet ouvrage, en a ^crié "k 
M. Tischhciii une leffre très-flalteuse , on il lui a 
demandé la collection des dessins originaux , d'après 
leRC|uels sont gra\Yes les planches. Ces dessins ont 
déjà été remis par l'artiste à l'auteur du texte, 
qui sans doute s'en dessaisira volontiers en faveur 
d'un souverain , ami et prolecteur des arts. A. L. M. 

Biographie. 

VeNKSCBRTFT aiif Friedrich GiLzry Kœniîrlichen 
Arciiileclcn iind Profesi.or der Académie der Bau- 
Icujist zu Berlin vo7i TiomnA LEf-'EZorf^; c'est-à- 
dire. Eloge dt^ Frédéric GiLLr^ architecte du rei et 
professeur à 1.^ Académie d'architecture de Berlin , 
■par Conrad LErEzoff-'. Berlin. 1801 , 40 pages 
in-4.°. 

Frédéric GiLLY naquit, le 16 février 1771, à 
Altdanim, près de Siettin , en Poméranie. Il passa 
les première-; années de sa jeunesse à Stargard , et 
ensuite, depuis 1781, à Stettin, où son père avoit ob- 
tenu la place de directeur-général des constructions. 

Après y avoir été imbu des premiers élémens i\eâ 
lettre* et des sciences qui forment la base de toute 
éducation libérale, il se livra à l'étude des mathé- 
matiques, sous la direction du professeur Meyen ; 
fit des progrès considérables, dans l'art du dessin , 
malgré îa mauvaise méthode et le peu d'habileté de 
son maître , et acquit en même temps toutes les con- 
noissances pratiques qui sont utiles et nécessaires à 
l'archiKcte. Un voyage que son père fit à Berlin , 
en 1787, développa infiniment les idées du jeune 
Gilly , en lui faisant voir les beaux monumens d'ar- 
chitecture dont cette capitale est ornée. Quoique 
le séjour qu'il y fit ne fut que de quinze jours, il 
les ?ut si bien employer, sous la direction du peintre 
de paysage Schaub, que celui-ci , ravi des progrès 
extraordinaires que son élève avoit faits en si peu de 
temps, refusa d'accepter de lui l'honoraire qui lui 



Livres divers, s.yg 

rcvcnoît pour ses leçons. En 1788 , son père fut ap- 
pelé à Berlin , comme grand-conseiller des con- 
siructions; de sorte cjue le jeune Giily vit remplir ses 
vœux les plus ardens , ceux de pouvoir profiter de tous 
les secours que Berlin poivoit lui offrir pour per- 
fectionner ses talens. Il fit le meilleur usage de ce 
séjour, ainsi que de quelques voyages dans l'intérieur 
des états de Biandebourg ; mais ce qui devolt , comme 
de raison, influer le plus heureusement sur lui, 
ce fut l'étude des monumens anciens de l'arcliitec- 
luve , étude qui lui inspira le plus vif désir de faire 
un voyage d'Italie. La guerre l'empêcha de réaliser 
ce projet: au mois d'avril 1797, il entreprit enfin 
un voyage en France et en Angleterre ; de retour 
de ce pays, il s'étoit proposé de revenir à Paris , 
mais une erreur commise à l'égard de son passe-port, 
lui causa le désagrément d'être arrêté à Gravelines 
avec son compagnon de vovage, le docteur ^c/iez-ffr, au- 
teur d'un excellent journal de chymie , qu'il publie en 
allemand depuis plusieurs années. L'un et l'autre fu- 
rent renvoyés en Angleterre. De-là il alla à Vienne, et 
revint à Berlin vers la fin de l'hiver 1798. La paix n'étant; 
pae encore ré/ab!ie en Italie , il se vit à regretobligé 
de remettre son voyage dans ce pays , à des momens 
plus calmes. Malheureusement pour lui et pour son 
pays, il ne lui fut pas donné d'avoir cette satisfaction 
et de faire jouir sa patrie des fruits qu'il auroit cer- 
tainement retirés de ce voyage, il étoit revenu afFccié 
d'une toux opiniâtre qui, malgré les soins des mé- 
decins les plus habiles, se changea, par la suiie , 
en une pulmonie bien caractérisée. Le décroisscment 
de ses forces et des attaques de fièvre souvent rei- 
térées, l'obligèrent de renoncer à son plus grand 
plaisir , celui de travailler. Il fit un voyage en Saxe , 
et il alla même jusqu'à Carisbad. A peine y avoit- 
il fait usage des eaux, pendant quatre jours, qu'il 
y mourut le 3 août 1800, Sa famille et ses amis 
pleurent en lui un ami estimable , et sa patrie re- 
grette un habile architecte , qui consacra volontiers 

S4 



aSo Livres divers. 

ses veilles à ^tre utile par ses connoissances , et à 
former d'habiles élèves. A. L. M. 

Grammaire. 

Notions élémentaires de Grammaire al/.eniande, à 
l'usage des é/ètes du Prytanée y ainsi que des Friiii~ 
cois qui ont f^iit quelques études , et qui veulent 
apprendre l'allemand ; par le C. SiMON , professeur 
de langue allemande au Prytanée de Saint-Cyr , 
près de Versailles. Paris , chez LevrauU. An X. 
III pages iii-12. 

Le but de l'aiifeiir de ces riotîons rle'men<aîrps 
est d'exposer à ses élèves la quinlessence du système 
grammatical d'Adeliing, de comparer les premiers 
principes delà langtie allemande avec ceux des laii- 
gi;es familières à loi;s les François qnio^^t fait quel- 
ques études , enfin de dégager ces élémens de toiilts 
les subtiliiés qui embrouillent et dégoûtent les com- 
mençans. Il est assez généralement reconnu que, 
pour les commençans , une grammaire sriccincte est 
préférable à celle qui est tîès-étendue ; sous ce rap- 
port , l'ouvrage du C. Simon niéritr d'ôtie distingué ; 
il présente, outre cela, l'avan'age de développer 
Je système de M. Adeiung , système qui est si peu 
connu en France, que les dernières grammaiies et 
les abrégï's qui en ont été publiés récemment , n'en 
font aucune mentioa ; et cependant ce fut à M. Ade- 
iung , littérateur profond, et connu d'ailleurs par 
ses travaux bibliographiques, que (ut réservé l'hon- 
neUrde concilier lesdifFérens auteurs de l'Allemagne 
sur le système de leur langue, but que ni Gottsched 
ni les autres gr-unniai riens n'avolent pu atteindre. 
Le système raisonné de la langue allemande, fondé 
sur le génie même de cette langue , qvie M. Adeiung 
a développé vers la fin du XVilL' siècle, a convaincu 
tous les bons esprits; et les écrivains allemands les 
plus distingués, qui avoient déjà émis des syslènies 



Livres divers. 2,81 

tiès-oppoS^s , ont renoncé à toute espèce d'amour- 
priopre d'auteur , et ont adopté son sys'ème. Le grand 
dictionnaire, les grammaiçes et plusieurs écrits de 
ctt auteur sur la langue allemande, en démontrent 
l'origine, la richesse, les rapports avec les langues 
anciennes et modernes , et enfin !e système raisonné 
de son orthographe et de ses règles générales. 

Le C. Siinon ne s'est permis de s'écarter du système 
d'Adclung que là où cet auteur montre quelques 
foiblesses pour des incorrections usitées dans la Haute- 
Saxe , pays de sa résidence, et rejetées par les au- 
tres auteurs classiques de l'Allemagne. 

L'expériente m'a prouvé, dit le C. Simon ^ que 
" la conuoissance de ces uotK)ns préliminaires est suf- 
•■ fisante , n)ais indispensable pour commencer avec 
« fruit l'explication des livres allemands le plus 
•« communément intelligibles ». ]1 ajoute , qu'à 
l'aide de sa mtt'r.ode ultérieure, ses élèves parvien- 
dront aisément à devenir eux-mêmes leurs propres 
maîtres. \'V. . . . 

Dialogues cnglish and frsnch for ihe use cf both 
nations. Preceded hy someiireliminarY tessons coji- 
taining a gient iiiniiljtr oftvords and p /in/ ses usimL 
in commun life. — Dialogues aiiglois et françois 
à l'usage des deii.r mitions ; précédés de leçons 
"préliminaires contenant les mots et les phrases les 
^ p'iis utiles dans le discours familier. Paris et Stras- 
bourg, chez Kœnig, 1802. a.].B pages in-12. Prix, 
2. ir. 26 cent. , et 3 fr. par la poste. 

Romans. 

Lfs Abdéhites , iiiitis de la Saliunandre et de la 
Statue , par TViEi.AîiT) ;, traduits par A. G. La 
Bal ME. '.^ vol. in-8.° A Parij , chez Dentu , im- 
primeur-libraire , palais du Tribunal , galeries de 
bois , n.° 260. 

M.^\iela^(! , que ses compatriotes appellrut le Vol- 
taire de l'Allemagne , se plaint bcauVoup de ses Ira- 



sSa Livres divers. 

flucfeurs; il préfend qu'^/^rt-z/io//, Xc^Letlresà'' Arislippe 
àses contemporains vl\es Abdét ites ne sont plussesou- 
vrages; les lecteurs (Vançois trouvent qu'ilsont encore 
une physionomie trop allemande. Comment contenter 
en même temps et les ptc^lentions d'un auteur et 
Je goût François? Les suppressions qu'on a cru né- 
cessaires aux productions , si avidement accueillies 
au-delà du Rhin, seroicnt peut-être regardées comme 
lin service rendu aux auteurs, s'il vouloient se sé- 
parer un moment de cette foiblesse de paternité qui 
les rend injustes , lorsqu'on n'a d'autre but que de 
les rendre agréables. Ces auteurs peuvent-ils se per- 
suader que , dans un ouvrage d'imagination, le mé- 
lange de dissertations philosophiques et de faits vrais 
ou supposés, d'érudition déplacée fM de détails li- 
centieux, plaira à une nation dont le tact , "pour ies' 
productions de ce genre , est aussi fin que sûr ? Mais 
pourquoi nous traduit-on , diront cts auteurs? Parce 
que votre réputation d'écrivains supérieurs , ies élo- 
ges de vos journaux , la multiplicité de vos éditions , 
font désirer de naturaliser dans tous les domaines de 
Ja littérature , des ouvrages qui ont acquis une" 
grande célébrité chez une nation éclairée; c'est en 
même temps la gloire de l'auteur qu'on cherche à 
répandre, et le mérite de ses produciions qu'on veut 
faire connoître. 

On a reproché au C. La Baume d'avoir fait des 
retranchemens trop considérables dans Ja traduction 
qu'il a donnée du Peregrinus Prolée ; il craint au- 
jourd'hui qu'on le blâme d'avoir été trop réservé 
dans celle des Abdéiites; il semble même vouloir 
se le faire pardonner lorsqu'il dit : •> Les digressions 
■• qu'on rencontre assez fréquemment dans les Ab- 
« dérites, m'ont paru tenir plus essentiellement au 
" fonds de l'ouvrage, et j'ai cru que certains déve- 
•• loppemens , qui seroient des longueurs dans tout 
« autre sujet, mériloient d'êtreconservés, parce qu'un 
•< tableau de ce genre est surtout recommandable 
" par les détails. » 

On connoit quelle éfoit la réputation que les Ab- 



Livres divers. iS3 

dérîfes sVtoient faifs dans la Grèce ; tous les autpnrs 
anciens les ont peint tels qu'ils étoient , et Bayle, 
dans son Dictionnaire en a parlé d'après les mêmes 
auteurs r .. Les Abdérites ne manquaient pas d'idées > 
« mais elles étoienî rarement en harmonie avec l'oc-' 
" ca'îion qui les avoit fait naître, ou elles surve- 
» noient lorsque l'occasion étoit passée. Ils étoient 
" grands parleurs ; mais ils ne réfiéchissoient jamais 
<• à ce qu ils A'ouîoient di'e, non plus qu'à la ma- 
« nicre dont ils vouîoient l'exprimer. Il s'ensnivoit 
" naturellement qu'ils n'ouvioient jamais la bouche 
«■ sans pvoféier une sottise, celle mauvaise habitude 
•• s'éfendoit à Irurs actions. » Tels étoient les con- 
citoyens du philosophe Déraocrite qui , dans ces 
trois volumes , joue le principal rôle. 

Le traducteur croit que M. Wieland a eu le des- 
sein de fdire la sa(yre des villes im])ériales; nous 
croyons que la satyre peut avoir un but moins borné; 
en la généralisant , elle n'en sera que plus utile. 

A. J. D. B. 

BiBLTOTSÊQUi: des Romans (ijiglois , -publiés depuis 
le I.''' jaiu'ier i8oi , ainsi que des tragédies et co- 
médies jouées depuis celle époque , sur les théâtres 
de Drury-Lane et de Covent-Garden. Première li- 
ijraison. Paris, chez /'oi/^'f/?.<: et Pic/ion. Au X. 1802. 
117 pages in-i2. Prix, de chaque livraison, i fr. 
2c cent. 

Ce recueil , auquel travaillent plusîrurs écrivains 
distingués , servira à faire coniioitre , en France , dans 
le cours du mois , les meilleurs romans anglois , 
ainsi que les meilleures pièces de tliéàtre publiées à 
Londres, dans le mois pré(édiit. Ces extraits ne 
renfermeront aucun ju^Jeinent littéraire, et ne se- 
ront que l'abrégé des ouvrases originaux. On y sup- 
primera les détails sup^rllus qui ne servent qu'à 
égarer l'attention du IccK ur , et on ne laissera sub- 
sister que ce qui peut intéiesser. Cette première li- 
vraison contient , p. i-3i , l'extrait d'un roman en 



a84 



Livres divers. 



deux volumes, intitulé la Jalousie, ou les terribles 
"Effets (Tune méprise; ef , depuis la page Sa jusqu'à 
la fia , le commencement d'un autre en trois vo- 
lumes, intiiulé j9t'/mo'É?, par Marie Edge-Worth , 
auteur du livre sur l'Educafion des feiinncs. 

Lavre d'Estell ; par Madame*** '^ at>ec celle épi- 
graphe : 

O lasso ! 
Qnauri dolci pensler , quaiito cllsio , 
Meiio castoio al doloroso passo. 

Il DANTE. 

3 vol. in-i2. Paris, chez Povgens ,m.\\\\ Voltaire, 
n." lo; Henrichs , rue de la Loi, n." laSi. An X. 
1802. 

On devroit s'attendre , en lisant rouvrage d'une 
femme , à n'y trouver que des peintures douces et 
des tableaux agréables. Les passions violentes et: 
leurs funestes effets étant plus particulièrement le 
partage des l.ommes , ce n'est point à un sexe 
aimable à en tracer l'histoire. U;ie femme doit lais- 
ser percer dans ses écrits, cette sensibilité, cette 
douce philosophie qui a fait le charme de ceux des 
Dcslionlières et des Sévigné, et qui place aujourd'hui 
près d'elles M."" de Genlis. Ce conseil, que nous 
donnons aujourd'hui à l'auteur anonyme de Laure 
d'£'-slell , peut s'adresser aussi à M.'"' la Maison- 
neuve , dont nous avons dernièrement analysé un 
ouvrage. 

Celui que nous annonçons commence fort bien ; 
tout y est intéressant et pronirt beaucoup, haure , 
veuve de Henri d'Estell , qu'elle croit niort à l'ar- 
mée , se retire avec sa fille, jeune encore, chez sa 
belle-mère. Le frère et la sœur (Vllfm\ , Frédiric tt 
Caroline, lui prodiguent foutes les consolations de 
l'amitié. Bientôt la scène change; Frédéiic devient 
jimoureux de sa belle- sœur, et prend pour confident 
t.ir James , espèce de misanthrope brouillé avec le 
ijfJûre humain , et qui cependant s'adoucit en faveur 



Livres divers. 2,85 

tîe Laiire , dont il devient aussi l'adorateur. Quel- 
ques-unes des situations qu'amènent cet incident 
sont assez bien ménagées ; mais le dénouement a 
droit de surprendre. Sir James, après avoir décou- 
vert SOH amour à Laure , et s'être assuré qu'il eu 
est aimé, lui apprend que son mari n'est point mort 
à l'armée, mais que lui-même en est l'assassin. Il se^ 
tue , et Laure meure de chagrin trois ans après. 

Un épisode, qui dépare tout l'ouvrage, et qu'as- 
surément on ne devroit pas y trouver , c'est la sé- 
duction de Caroline par un prêtre, qui la rend mère 
d'un enfant dont la mort suit de près la naissance. 
Il n'y a pas un roman libre où l'on ne voie quelque 
chose de semblable ; mais , en prouvant qu un prêtre 
a pu commettre un crime, on ne prouve pas qu'il 
suffise d'être prêtre pour être un scélérat. Ce roman 
est , en général , bien écrit. Par malheur , on y cher- 
cheroit envain un but moral; et c'est cependant là 
que doit tendre un ouvrage de ce genre, si l'on ne 
veut ipas qu'il soit confondu avec les productions 
sans nombre qui déshonorent le siècle , et qui le fe- 
voient juger bien sévèiement de la postérité, si de 
tels ouvrages y éfoient transmis. T. D. 

Beaux-Arts. 

iNNALES du Musée et de f Ecole moderne des beaux- 
arts ; rédigées -par le C. LànBun. IL' année, 
%.* et 3.* livraison. Paris , chez V Auteur , quaî 
d'Orsai , n.° 28 , au coin de la rue du Bacq. Prix 
d'abonnement 6 fr, pour 3 mois, 12 fr. pour six 
mois et 24 fr. pour un an , franc de port pour 
les départemens. 

Nous avons déjà plusieurs fois parlé de cet inté- 
ressant recueil , dont il paroît neuf livraisons par 
trimestre , à dater de germinal an X, et dont cha- 
que livraison est composée de quatre gravures au 
trait, et de huit pages de texte pour l'explication 
des sujets. 



5.S6 Limes divers. 

Les deux livraisons que nous annonçons contîen-» 
tient, ;;/. /", la Vierge, l'Enlant Jésus, sainL Jean 
et sainte Elisabeth, tableau de Raphaël; ;>/. VI, 
projet d'un ob(^Iisqiie pour la ville de Douai , par 
Je C. Poidevin , avcbilecfe ; pi. ^^7/^, la Nativité de 
Jésus Christ , (ableau de la pjalerie du Muséum , 
par Annibal Cairache; pL F[I[ , bas-relief du C. 
Mil'horame, qui a remporté le prix de sculplure de 
3'an IX , sur le sujet suivant : Caius Gracchus sort 
pour aller joindre ses partisans, malgré les instances 
de son épouse qui, ne pouvant le retenir, tombe 
dvanouie, sur le seuil de la porte , entre les bras de 
son fils. PL IX, La Veitu, tableau allégorique, 
par le Corrége ; il est exécuté en détrempe et non 
à l'huile : on l'a recouvert d'une glace pour le ga- 
rantir des accidens j et c'est probablement pour cette 
raison qu'on ne la point placé dans la galeiie des 
tableaux du Muséum, mais dans la galerie des dessins, 
autrefois dite d'Apollon. P/. JC^ le Temps aiiachant 
la Vérité à l'Envie et à la Discorde, tableau du /-'«z/sa/'/î, 
exposé à la grande galerie du Muséum ; pf. XI , le 
Mariage de la Vierge , tableau du Musée , par Carie 
J^antoo ; pi. XII , Hyacinthe mourant, blessé par 
Apollon, modèle en plâtre, de grandeur naturelle, 
I)ar Callumar , sculpteur, pensionnaire à l'Ecole 
françoise des beaux-arts à Pvome. 

Discours qui a rempoi-té le pri.v de musique et de 
déclamation , proposé par la classe de littérature et 
beaux-arts de L'Institut national de France j et dé- 
cerné dans sa séance du i5 tiit'Ose a/i. lo, sur cette 
question : Analyser les rapports qui existent entre 
la musique et la déclamation; — Déterminer les 
moyens d'appliquer la déclamation à la musique; 
sans nuire à la musicjue ; par N. E. FnAMERy , 
de la Société philoltchniquc , du Lycée des arts , 
correspondant de lu Société démulation d'Abbe- 
ville j etc. In-8.° de 60 pages, avec musique im- 
primée. Prix, I fr. 20 cent., et, franc de port, 
1 fr. 5o cent. Paris, chez Charles Pougeiis j imi^ri- 
iiieur-libraire, quai Vohaiic, u.° 10. 



Lii'res dlvtrs. ^87 

MÉLANGES. 

JEssAis de Michel^ seigneur de MONTAIGNE, faisant 
suite aux e'ditions Stéréotypes , d'apr-ès le procédé 
de Firwin Didot. 4 vol. in- 12. Prix , br. papier or- 
dinaire 8 fr. 5ocent. idein^ pap. fin, format in-S." 
16 fr. 5o cent. br. ; idem ^ papier vélin, 82 fr. 
5o cent. Paris, chez Pierre Duîot^ imprimeur, 
rue des Orties , n.° 3 , et Firmin Didot ^ libraire, 
rue de Thionville , n.° 116. 

L'exemplaire qui a servi de copie pour cette nou- 
velle édition des Essais , appartient à la bibliothèque 
centrale de Bordeaux, il est chargé , en tous sens, 
de corrections, d'additions, toutes écrites de la 
main de Montaigne. L'impression en est très-belle: 
M. Didot aine n'a pas besoin qu'on loue ses éditioas. 

Jeux. 

ZiES StratAGEI' es des échecs^ ou Collection des coups 
d'échecs les plus brillans et les plus curieux , tant 
dans la partie ordinaire , que dans les différentes 
parties composées ; tirés des meilleurs auteurs ^ et 
dont plusieurs n'ont point encore été publiés ; avec 
des planches oit l'on troui^e notée la position de 
chaque coup : par un amateur. Première partie. Exé- 
cution , de 93 pages. Seconde partie , planches, 
122 poges ^ peut format de poche. Paris , chez 
Koenig , quai des Augustins, n.° 3i ; à Strasbourg , 
même maison de coir.mtrce. An X. Prix, 3 fr., et 
3 fr. 5o cent, franc de port. 

Cet essai peut également amuser l'adepte et in- 
struire le commençant -, il offre surtout l'avantage de 
présinler chaque coup figuré sur un échiquier, et 
d'être d'un format tres-commode et portatif. 



£88 Liçres dh'crs. 

Gravures. 

Le Triomphe âe la Religion en France , sur ratliàisififf 
révolulionnairc. Estampe de 24 pouces bur iG, pro- 
posée par sou.scripiion. 

PROSPECTUS. 

Dans iVnfonctnient du tableau s'élève un t'clifice 
majestueux ; au sommet de la porle on lit : Temple 
DE LA Religion. La Religion, suivie de la Foi, 
de l'Espérance ei de la Charité , foule aux pieds les 
monstres révolutionnaires, l'anarchie, l'ignorance 
et l'incrédulité ; Bonaparte, sur le premier plan, 
montre à la Religion sou temple et ses autels réta-,. 
blis par lui : sur le côté opposé , un gioupe d'habi- 
tans des campagnes, de tout âge, sont présentés 
par la France au restauiateur de leur religion , et 
témoignent, par des gestes expressifs, leur joie et 
leur reconnoissance pour le bienfait qui leur est 
rendu , pour les consolations doiit.ils étoient privés. 
(jC groupe s'avance vers le temple à la suite de celui 
qui vient de le rendre à leurs désirs et à la paix des 
consciences. 

Dans le ciel de cetfe composition simple, noble 
et grande , plane la Renommée , se dirigeant vers 
le temple, pour y placer le symbole de l'Eternité. 

Cette estampe, qui sera gravée au lavis en noir 
par Moriet , d'après Monet , uu-mbre de la ci-devant 
Académie de peintute , paroîtra dans le courant 
«le vendémiaire prochain, an 11. Le prix de la 
souscription est de 16 fr. , dont on payera moitié 
en souscrivant, et l'autre moitié en faisant retirer 
l'épreuve. Les personnes qui n'auront pas souscrit, 
la payeront 20 fr. On sousciil, à Paris, chez M. 
F. Droiihin, éditeur et imprimeur, rue Hautefeullle , 
n.° 5. 11 faut affranchir le port des lettres et de Tar- 
irent. 



Table des Articles contenus clans ce Numéro. 



Histoire. 

Précis de l'ITisioire universelle; par 
le C. Anquetil. >45 



Pal 



^OGKAPHIB. 



Sxamen d'une Açate antique grec- 
que , considérée surtout du côté 
de la simpLcité naïve de son in- 
scription; par le C. Cal^et. l54 

BlOQRAPBIF.. 

Norice des otivragç? de M. d'y^n- 
vtlle. 1 7 1 

Mélanges. 

Notice d'un Manuscrit de la Biblio- 
thèque publique de Grenoble, 
contenant diverses poésies d'An!. 
Astezan , d'Ast en Piémont; par 
le C. Serriac (Saint-Prix). 179 

Langue grecque. 

jExtrait d'un Prospectus , écrit en 
grec vulgaire , d'un Dictionnaire 
grec , ancien et moderne ; avec 
des ofjscrvationsj par d'Ansse 
4e VUioiion. ' no 

M £ D s c I K E. 

! 

Tr'it^ prat'que des maladies (!es 
Yeux ; par A. Scarpa. 224 

MlKÉKAlOSlÇ. 

Mémoire relatif ^ l'apparition ré- 
cente des productions volcani- 
ques sur la côle du goUe de 
Gascogne , adressé au C. Millin 
par le C. Thore, médecin à Dax. 

BlBLIOGBÀIHIi;. 

Anvedole bibliograpbi^e ; par le 
Ç. Ç»rbi»r. ^6 



Poésie latine. 

Vers de Jean - Baptiste - Gaspard 

d'Ansse de Villoison , pour le 

jour de la naissance du célébra 

astronome Jérôme de Lalatule. 

253 

VAniÉTÉS.NOUVEI-LESETCOR' 
RESPQiSUJANCE LlTTÉtî AIRES, 

Nouvelles étkakgèbks. 

Nouvelles de Copenhague. «4'- 

France. 

Ailiènée de Toulouse. a4a 

l'remière séance publique de la So- 
ciété de médecine - pratique d» 
Montpellier. 246 

F A a I S. 

.athénée des Etrangers. a5l 

Société philotechnique. Séance pu- 
blique du 10 floréal an lu. 25a 

Correspondance. 

Lettre au C. Millin, concernant la 
traduction , en François, de la de- 
scription de la Grèce , par Pausa- 
nias. 353 

Théatxes. 

Le Roi et le Laboureur. aS? 

Juliette et Belcour. Ibid- 

I.e Concert interrompu. Ibid. 

Le Pacha de Surenne, ou l'Âinitié 
des Femmes. aSS 

Livres divers. 

Botanique. 
Qémens de Botanique ; par le C. 
Vi>nt«nat; trad. en allem. aSj 

Fhy«ique. 

Nouveau Traité sur la consiructioa 
et invention des nouveaux Baro- 
mètres, etc. ; ^it Anier-Perricat^ 
|>«rf. lbi(M. 



Art Ciiîilaiii». 

Ji)tv->(?iiction i J'élude (îe l'art de la 
};i.>iie; pu u'e la Fiocheny- 
fin-n. a6t 

Economie' piiiiique. 

(!oiip-t1'<ipît Stii'ta (<rxc^ et l'opii- 

\e il.iitfi;r ChnKe ; uâmx i<M 
U- C. JV.^rchorui. 2<S5 

Coiiiiutice. 

Qoanxme MÎiici- tlç- la B!b'!oi!ii''nii(>' 
coniincirjjlc ; par le C. Peudic^t, 

Statistique. ^ 

Auiinlot (^e rrasis'icine. rieinièic el 
tcconde ti. iMisors. atS 

' , ,-ij)rès la balaiili.' 

[iar.,le s'éiftiâl <!e 

. ..er. aCg 

Voyage j-.iitors.sque de U Syrie , etc. 
pur le C. C<7j-jai. 270 

T>-awe!s in Svviizerînnd and in tlie 
Crtiinliy of ibe Giison j fioiu 
^Villi.^ul Coxn. a/i 

Neuesies Gein«e!dc Toa Lisj^bon. 

Fragmens d'un voyage en Afriqu<» , 
fiiit peudaiX lesaiiilres i^SS, i/Sû 
et 1787; parle C. Golberry. 274 

Amiqullés. 

figures d'Hcmère , dessinéts d'a- 
près l'antique ; par H. O. Tisch- 
àein, '^yi 



I5!r>gr..j>.i;(«, • 

Dcnl;<irhr"rt ?i;f F4iederi<:li d.'lr : 
\oa KomiiX Lcve^uw. 

Notions ^!imeiVî«UrCS de Graitiinair^ 
allprri;yidc', i J'iisagt des tlcvcg 
du Piyiaiice , etc. ;' par le C, 
Si '/ion, aSo 

Dialoi^ues eiitjb'.sli and french for 
(I:i.> u£e oi belh naiious. 281 

Homans. 

l.cs AWciitcs, suivis de laSalanian- 
dic el de la Sialiie , p?r //''/t-- 
latij ; trad. par Je C. Labniiina. 

. ." ^''"''■ 

Biblioiluque des Romans anglois. 



284 



Laure d'Jîst^,U; par. madame 
Seaux-Arts. 



Annales du Musée et de l'EroIe 
moderne des beaux -arts; par le 
C. London. aSS 

j3isct>iirs 'lai a renipotté le prix de 
jKBsiquu et dcrlamation , proposé 
par la classe du littérature et beaux- 
arts de t'Listitul national de Fran- 
ce. a86 
Mélanges. 

Essais de Hlichel , Seigneur de 
Montaigne. 387 

Jeiix. 

Les Stratagèmes des échecs; pj 
un amateur. IbiJ. 

Gravure. 

Le Triomphe de la Religion en 
France. jS!» 



AVIS. 

Ceux qui tiesrhent faire annoncer leurs ouvrages 

riiiis cjuelqùes-uns des meilleurs joainaux de l'Aile- 

• ctit', peuvent en remettre un exemplaire au bureau 



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Par A. L. MiLLjN. | 

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yrsTRE DE 3acy,Fourcboy, Halle, Duméril, 
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ViLLOisON, WiLLEMET,WiNCKLER,etc. fournis- 
sent des Mémoires, contient l'extrait des principaux 
ouvrages nationaux : on s'attache surtout k en donnét 
une analyse exacte, et à la faire paroitre le plus promp» 
tement possible aprèsleurpublication. On y donne une 
notice clés meilleurs écrits imprimés chez l'étranger. ■ 

On y insère les mémoires les plus intéressans sur 
foutes les parties des arts et des sciences; on choisit 
principalement ceux qui sont propres à en accélérer let 
progrès. 

^ On y publie les «recouvertes ingénieuses, les ittven* 
lions utiles dans tous les genres. On y rend compte 
des expériences nouvelles. On y donne un précis de 
ce que les séances des sociétés littéraires ont offert^ 
de plus intéressant ; une description de ce que les dé* 
pots d'objets d'arts et des sciences renferment de plus 
curieux. 

On y trouve des notices sur la vie et les ouvrages 
des Savans, des Littérateurs et des Artistes distingué» 
dont on regrette la perte; enfin, les nouvelles litté- 
raires de toute espèce. 

Ce Journal est composé de six volumes in-8.° pat 
an, de 600 pages chacun. Il paroît le premier de 
chaque mois. La livraison est divisée en deux nu* 
Biéros, chacun de 9 feuilles. 

On s'adresse, pour l'abonnement, à Paris, au Bu- 
reau du Magasin Encyclopédique, chez le C. FuCHS^ 
Libraire, rue des Mathurins, hôtel Cluny. 

A Amsterdam, | chez la ve.ireCI....g..ion el d'Hengst. 

' \ chez Van- Gulik. 
A Bruxelles, lIicz Lemaire. 
A Floicr.ie , chez Molitii. 
A Fraucfort-sur-Ie-Meiu , chej Fleischer. 
A f^ i. i chez Manec-t. 
ACenive, j ,hez Paîioud. 
A Hambourg , chez Hoflinann. 
A Leipeic, chez Wolf. 
A Le;^(le, chez les i'rères Murray. 
A Londres, chez de îloffe , Gérard StrttU 
A Sî^aShourg, chez Levraiilt. 
A Vienne, Chez Degcn. 
A Wesel, chez GeisTer, Directeur des P«ii»*^ 

H faut afTrancbtr les lettres. 



VOYAGE. 

yo Y AG E en Kriniée , suivi de la j-elation 
de l'ambassade envoyée de Pétersbourg à 
Constantinople en 1798 _; publié par un 
jeune Russe attaché à cette ambassade } 
traduit de l'allemand par L. H. Dela- 
MARRE. I vol. in-8.° Chez Maradan, libr. 
rue-Pavée-Saint- André-des- Arcs, n." 16. 

yj'S. n'a jamais eu autant de voyages à lire; leur 
multiplicité rivalise avec les romans ; ce sont les 
deux branches de notre littérature qui sont les plus 
à la mode, car tout est mode en France; depuis 
le voyage de V avocat M/^«o«, jusqu'au savant voyage 
de Forster , du Bengale à Pétersbourg ^ on trouve à 
s'amuser et à s'instruire. Autrefois les voyageurs 
éloient mis au rang des romanciers ; mais depuis 
que les nations se sont occupées à parcourir le globe, 
la navigation , la géographie, l'astronomie se sont 
enrichies de découvertes utiles , la vérité a remplacé 
le merveilleux , et l'Inde nous est peut-être plus 
connue que certaines contrées de l'Europe ; c'est 
ce qui a déterminé le C. Delamarre à traduire le 
voyage que nous allons parcourir. La Krîméé est de- 
Venue un pays intéressant depuis que Catherine-la- 
Graude l'a , pour ainsi dire , fait reparoître sur nos 
L cartes. Cette relation de l'ambassade , qtii n'étoit 
2'ome I. T 



nço Vojage. 

qu'un itinéraire assez insignifiant , le traducteur Ta 
rendue curieuse et instructive en nous faisant con- 
MOÎtre les mœurs , les coutumes, le gouvernement 
de la Moldavie , de la Valachie , de la Bulgarie » 
contrées que nous trouvons souvent nommées dans 
les gazettes , et qui nous seront bientôt moins étran- 
gères si les conjectures de nos politiques se réalisent. 
Ces conjectures prennent presqu'une espèce de fon- 
dement d'après un ouvrage de M. W. Eton , sur le 
partage de la Turquie, qui occupe les penseurs 
anglais , et dont il a paru déjà trois éditions. 

Le jeune voyageur part de Vienne, parcourt la 
Gallicie, la Bnkovine, et arrive à Jassy au moment 
où les envoyés de la cour Ottomane y venoicnt con- 
clure la paix avec la Russie ; il fut témoin des fêtes 
brillantes qui en furent les préliminaires, et des 
cérémonies funèbres que la mort de ce prince Po- 
tenkin, si connu par son ambition , son despotisme, 
ses singularités , et si l'on veut , par ses talens et 
ses titres , occasionnèrent. Après avoir séjourné pen- 
dant quelque temps dans celte ville, il se rend en 
Krimée, après avoir traversé les déserts qu'habitent 
les Cosaques Zaporogues , et qui séparent Bcnder 
d'Oczakow, il arrive à Kherson. Cette ville, bâtie 
depuis quinze ans , est située sur les bords du Dnieper 
qui y forme un port propre à contenir un grand 
nombre de vaisseaux. Les rues en sont régulières et 
larges, des places publiques, en grand noinbre , 
forment autant de carrés agréables. Au dessus des 
portes de la ville, on voit les armes de la Russie 
sculptées en pierre, et au dessous on y lit des ins- 



Krimée. 291 

crlptions dont la plus remarquable est celle-ci : Voici 
le chemin qui conduit à B/zance, 

Cette ville , par sa position , est susceptible d'un 
commerce très - étendu ; mais ses environs sont si 
arides, à la distance d'une lieue, qu'on est obligé 
de tirer les provisions de bouche de la Pologne et 
de l'Ukraine. L'air y est mal sain, et les maladies 
épidémiques très-fréquentes par les sables qui l'en- 
tourent , et les vents violens qui y régnent dans 
toutes les saisons de l'année. En avançant dans le 
pays, la fertilité la plus c;rande se montre de tous 
côtés; des jardins bien cultivés, des vignobles dé- 
licieux, beaucoup de jolies maisons de campagne 
ornent cette contrée. Le jeune Russe se rend à Sym- 
pheropol où réside le gouverneur de la presqu'île. Ce 
fut à ses prévenances qu'il dut les facilités de par- 
courir un pays trop peu connu , et d'étudier des hom- 
mes encore incivilisés. La nature s'est plue à enrichir 
de toutes ses richesses cette contrée qui présente 
des points de vue charmans et variés, des plaines 
et des prairies arrosées par le Salgir. Les Tatars 
ont un peu de peine à s'accoutumer aux mœurs 
d'Europe, et à la domination des Russes, qu'on 
leur rend cependant aussi douce qu'il est possi- 
ble. La plupart de ces Tatars vivent encore à la 
manière turque , et ne cherchent point à apprendre 
la langue russe. ■ Quant à ce qui concerne leur ca- 
" ractère, j'ai été très-souvent à portée de remar- 
» quer parmi eux , des traits sublimes de douceur 
« et* de générosité , une noble simplicité vraiment 
« patriarchale , et un empressement à exercer l'hos- 

T a 



i.g2 Voyage. 

- pitalité qui mérite le plus grand éloge. » En pé- 
nétrant dans l'intérieur d'un pays où des étrangers 
ont encore si peu voyagé , on arrive à Bacht- 
Shisarai , ancienne résidence des Kans de Krimée» 
La chaîne de hautes montagnes qui l'environnent , 
offre des sites extrêmement pittoresques, La confi» 
guration de ces rochers est remarquable par les dif- 
férentes formes qu'elle présente ; les uns sont ar- 
rondis comme une boule , d'autres ressemblent à 
des tours , ceux-ci sont carrés , ceux-là offrent l'i- 
mage de vieilles mines; c'est au milieu de ces ro- 
ches énormes qu'on trouve le Jhrt des Juifs ^ ainsi 
nommé de ceux qui l'habitent , et de la nature de 
sa position inattaquable. C'est un petit village qui 
domine de quelques centaines de pieds tout ce qui 
l'environne, où on ne parvient que par un sentier 
coupé dans le roc , et où une seule personne peut 
passer. Une colonie de juifs qui l'habite de temps 
immémorial , y vit en paix et à l'abri des vexations 
auxquelles cette nation est exposée partout ailleurs ; 
elle y pratique librement son culte religieux, Quel- 
qu'élevé que soit ce village , on y rencontre des 
sources, des ruisseaux, et des puits dont les eaux 
serpentent sur la hauteur, par des canaux qui ser- 
vent à les y conduire dans les vallons délicieux , 
arrosés d'une infinité de petites rivières qui forment , 
de distance en distance, des cascades agréables, 
*t meublés de villages et de maisons habités par 
des Tatars ; on rencontre de nombreux troupeaux 
composés surtout de ces moutons de Krimée, dont 
la laine est si belle et la peau si jecheichée ; c'est 



Kfimée. £98 

à Tescellence des pâturages qu'elles doivent ces qua- 
lités distinguées ; l'émigration que la guerre de la 
Russie a occasionnée , est la cause d'une grande di- 
minution dans cette branche de commerce ; il est 
question, en ce moment , de réparer cette perte,' 
en engageant une horde de Tatars Nogais de la 
Géorgie de venir s'établir en Tauride. 

Après avoir parcouru en observateur cette contrée 
vraiment romantique, le voyageur se rendit au port 
de Séwajtopol formé de deux vastes baies qui peu- 
vent contenir cent vaisseaux , et en faire un des 
plus beaux ports de l'Europe. Cette ville est située 
comme Naples , en partie sur les montagnes quî 
environnent le port , en partie au pied de ces mêmes 
montagnes, en général couvertes de jardins, de 
vignes , et de maisons de campagne. 

Cette première excursion avoit été si satisfaisante, 
qu'elle entraîna le jeune Russe à en entreprendre 
une seconde ; il partit de Symphoropol, il se dirigea 
vers Sudak où il vit, sur une montagne, située au 
bord de la mer, les restes d'un fort, bâti par les 
Génois lorsqu'ils étoient les maîtres du commerce de 
cette presqu'île ; on peut se faire une idée de ce 
qu'il étoit , par l'enceinte des fossés et des canaux 
dont on voit encore les traces. Ces ruines , et toutes 
ces destructions rappellent l'instabilité des créations 
des hommes , et les conquêtes du Tems. Dans I3 
petite Krimée , résidence du métropolitain de la 
Tauride , on rencontre les restes d'une colonie alle- 
mande que l'impératrice avoit appelée dans cette 
partie de la presqu'île , et qui est presque détruite, 

T 3 



2Ç4 ^ojage, 

parce que les établissemens qui lui aVoîent tié des- 
tinés, n'ont pas été achevés. On y voit aussi une 
manufacture de soie établie par un sujet du duc de 
Parme ; raaîs qui est encore loin de parvenir au 
degré de perfection de celles de France et d'Italie. 
De-là , le voyageur voulut se rendre à Théodosia, 
ville autrefois si florissante par son commerce , que 
sa situation sur les bords de la mer favorisoit ; il 
n'en reste qu'un amas de pierres, et des restes d'an- 
ciennes fortifications. Des places sur la mer d'Asow 
étoient encore à visiter jKerst et Jenikalé pouvoient 
bien attirer la curiosité du voyageur; la première 
fut la résidence du céltbre Mithridate , roi de Pont, 
et on y voit encore son tombeau. Sur la route qui 
conduit à ces deux villes, on trouve les ruines de 
temples payens consacrés à Neptune et à Diane; 
l'éloignement et le désir de se rendre à l'armée 
russe, l'empêchèrent de visiler ces lieux que le 
vainqueur des Romains rend Intéressants, 

Le jeune Russe, destiné à être du nombre de 
ceux qui dévoient accompagner l'ambassadeur que 
Catherine-la-Grande envoya à Constantinople en 
1793 , après la paix de Jassy, entre dans un détail 
minutieux des lieux qu'il parcourt ; ce qui rend son 
itinéraire assez stérile , quoiqu'il ne laisse échapper 
aucune occasion de l'embellir, de ce que la nature, 
les usages des peuples , les costumes divers, lui of- 
frent de plus remarquable. Le traducteur a cherché 
à faire disparoître ce qui.rendoit ces détails insi- 
pides , en répandant dans ce vol ume des observations 
très -intéressantes sur ]es nations moldaves et vala- 



Krimce. s.g5 

ques f sur la nature de leur gouvernement , et sur 
les ressources que ces deux pays présenteroient au 
commerce de l'Europe et de l'Asie par ses fleuves» 
s'il étoit soumis à d'autres souverains qu'à des vic- 
times delà tyrannie ottomane. Nous nous arrêterons 
sur quelques-unes de ces observations, qui fonteon- 
noître des peuples qui méritent un autre sort , et 
nous laisserons notre Russe parcourir avec lenteur , 
pendant six mois, l'espace qui sépare Pétersbourg 
de Constantinople. 

La Moldavie et la Valachie , qu'il traversa , sont 
deux provinces contiguës d'une même étendue en 
longueur et en largeur, c'est-à-dire, environ quatre- 
vingts lieues de France en long , sur soixante-dix de 
large. La première se divise en haute et basse. La 
haute , qui touche à la Transilvanie, est remplie de 
montagnes. La basse, située vers l'Ukraine, la Bessa- 
rabie et le Danube , offre une suite de plaines, et 
une différence dans l'atmosphère. Ce climat ressemble 
beaucoup à nos provinces de Champagne et de Bour- 
gogne. L'air n'y a point en général cette élasticité 
qui caractérise nos provinces occidentales, on s'erî 
aperçoit par la tristesse , l'ineptie et la mélancolie 
des habitans. 

Cette province, et les contrées qui se trouvent à 
l'ouest , fut occupée parles Scythes. Outre les diffé- 
rentes dénominations données aux habitans, parles 
différentes hordes qui s'y répandirent , les Grecs les 
nommèrent successivement Getes, Daces ^ etc. Trajan 
ayant défait Décébale qui y régnoit, divisa ses états 
ei y fit passer une colonie, ou plutôt un ramas de. 

T4 



2.ç6 Voyage. 

ce que Ta Grèce et l'Empire romain put luî fournîi*» 
Cette colonie fut comprise et soumise dans la suite 
par les Sarmates, les Huns et les Goths. Cent ans 
après, c'est-à-dire vers la fin du douzième siècle , 
leur population s'étaiit accrue , et se trouvant trop 
resserrés, ils résolurent d'étendre leurs conquêtes. 
£tienne-le-Grand , roi de Hongrie , sous lequel les 
^Moldaves et les Valaques avoient passés volontai- 
rement, conseilla , à son fils Bogdan , de remettre 
ces deux provinces aux Turcs , à titre de fiefs. 
Ces nouveaux seigneurs se contentèrent d'en exi- 
ger un certain tribut , en leur laissant la liberté 
d'élire leurs princes et leurs boyards. La religion 
grecque, qui y fut propagée à l'époque du schisme, 
y devint dominante. Les évéques et les moines en 
furent bientôt les souverains; le Tare, content du 
tribut et du dévouement de ses usurpateurs, les 
laissa jouir en paix de leur pouvoir. Ce fut le célè- 
bre médecin Maurocordato , qui commença le règne 
des familles grecques dans ce pays ; il fut fait prince 
de Moldavie; et depuis, sa famille a presque tou- 
jours régné sur cette province ou sur la Valachie. 
Celles des Cantemir , des Blancovan , des Gika , 
etc. , ont aussi été sur les rangs ; mais toutes ces 
familles n'ont pas plus de droits à ces principautés, 
que le premier marchand ou artisan chrétien grec 
qui pourra donner assez d'argent au grand visir , 
au Reis Effendi pour s'emparer de la dignité du 
Hospodar. •■ Si , par une politique bien entendue , la 
«« Moldavie et la Valachie passoient sous la domi- 
•> nation de quelque grande puissance, il seroit fs^-i 



Krimee. £97 

• elle de prévoir et d'expliquer par quels moyens ce 
« pays pourroit devenir un des plus beaux cantons 
«• de l'Europe ; les colonies que l'on y établiroit , 
" n'auioient point à craindre les inconvéniens et les 
" malheurs de celle d'Astrakhan , et on pourroit 
« éviter ceux qu'ont rencontré les établissemens du 
» Bannat de Temeswnr , en choisissant mieux les 
•• terreins d'habitation , et , sous ce rapport , les 
" bords du Danube , le long des deux provinces , 
" sont plus favorables, et l'intérieur des terres plus 
« salubres; il ne s'agiroit que d'épurer l'atmosphère 
» par l'écoulement des eaux stagnantes , et de rendre 
" par-là le sol le plus propre à la culture , l'exploi- 
>< tation des mines et des bois, le défrichement des 
■' terres, la culture des vignes et des arbres à fruit 
" mieux entendus , seroierjc des objets qui, dans l'es- 
" pace de peu d'années , enrichiroient deux cent mille 
" familles de malheureux, exposés, d'ailleurs, à 
« l'Indigence et à la faiuéantise, et rapporterolent 
» au Souverain plus de 60 millions de France. La 
•• nature du sol , des plaines et des coteaux offre, 
•• en général, des qualités îi favorables que, par- 
" tout indistinctement, on pourroit y cultiver le riz, 
« le tabac, le sucre même, productions singuliè- 
'< renient propres à ce terreln. On rassembleroit 
" ainsi, dans ce coin de l'Europe, tous les objets 
M de culture connus sur le globe. •• 

D'un autre côté , ces deux provinces bordées par 
le Dniester et le Danube qui se jettent dans la Mer- 
Noire, appellent le commerce des autres nations; 
les vaisseaux de la Méditerranée peuvent arriver dans 



s-gS Voyage. 

trois jours du Bospliore de Thrace aux ports de 
Galatz et de Brailow; les barques de la Bavière, de 
l'Autriche , de la Hongrie , peuvent également y 
descendre en très-peu de temps. Il est surprenant 
que ces nations n'ayent point tenté d'établissement 
de commerce dans ces contrées , si favorables à 
toutes les spéculations , et les ayent abandonnés 
aux Turcs et aux Grecs , qui ne s'en sont occupc/s 
qu'avec négligence et sans avantage. Le temps , 
qui enfante les révolutions, doit en produire une 
dans ces provinces 5 mais cette révolution particu- 
lière ne tient-elle pas essentiellement au sort de 
l'empire Ottoman en Europe? 

Nous ne dirons rien des fêtes que l'ambassadeur 
reçut et donna à son passage à Jassy ; en général 
ces fêles sont les mêmes partout; concerts, repas, 
feux d'artifice, danses, amusent où fatiguent ceux 
qui en sont l'objet et ceux qui les donnent ; mais 
nous devons dire quelles sont les différences qu'il y a 
entre les danses moldaves et les nôtres , dans un 
temps où ce talent est devenu le principal objet de 
l'éducation françoise. Peut-être que la description 
que nous allons en faire , donnera le goût de l'imi- 
tation à nos virtuoses. <• On ne danse point en Mol- 
« davie deux ou quatre ensemble comme en France 
■ ou en Pologne ; mais les hommes et les femmes 
" se forment en rond , se tenant chacun par la main , 
" les pieds bien en dedans, les dames tendant hor- 
" riblement le ventre et rentrant les genoux. Dans 
« cette posture, on voit leurs bras se remuer mé- 
" thodiquement et comme par ressort, leurs pieds 



Krimée. Î99 

" aller et venir en même temps de l'avant en arrière, 
« et de l'arrière en avant , le dos rond, le col roide, 

• l'œil morne et fixe ; ils se tournent de temps en 
•• temps de droite à gauche et de gauche à droite. 
" Cette danse est fort amusante , comme on peut 

• en juger, et se nomme la Chora. Quand les dan- 

• seurs forment seulement une longue chaîne en se 

■ tenant par la main, et en se quittant ensuite, 

■ pour laisser faire à chaque danseur les pas et les 
« mouvemens qui lui conviennent, elle se nomme 
" tout simplement Dantfch^ expression polonoîse 
•' qui répond à ce que nous nommons l'angloise. 
" Cette dernière est la plus en usage aux noces 
" des Moldaves. •• 

" Il existe une autre danse qui doit son origine a, 
« la superstition. Les danseurs doivent être toujours 
•< en nombre impair, et s'appellent Kalutzchenes; 
•< ils se rassemblent une fois l'an, sont habillés en 

• femmes, ont la tête couronnée d'absinthe ; ils 
" prennent la voix de celles dont ils ont pris le dé- 
« guisement, afin de,n'étre point reconnu , un voile 
« blanc couvre leur visage. Ils tiennent en main 
« une épée nue pour frapper celui qui oseroit sou- 
" lever ce voile. Le conducteur de cette bande s'ap- 
« pelle 5/a77'/2a , et son adjoint, Primiceritis'j l'em- 
" ploi de ce dernier est de demander à son chef le 
« -noni de la danse qu'il veut qu'on exécute, pour 

■ le dire secrètement au reste de la troupe \ aussi- 
« tôt elle commence. Ces danses ont lieu pendant 
« les dix jours qui s'écoulent entre l'Ascension et la 

• Pentecôte. Ces danseurs ne couchent alors que dans 



3oo Voyage. 

" les églises, et le peuple qui les suit, craint trop 
• les sorciers pour s'aviser de choisir un autre gîte. 
•• Quand une troupe de Kalutzchenes en rencontre- 
•• une autre , on en vient aussitôt aux mains ; les 
« vaincus sont obligés de céder la place aux vain- 
'« queurs pendant neuf ans consécutifs. La justice ne 
" peut se mêler de ces rixes , quand même quelques- 
" uns des combattans auroient péri dans l'action. 
<• On est engagé pour neuf- ans dans ces associations, 
« et , si on s'en sépare , les malins esprits, dit-on ^: 
' ne manquent point de lui faire payer cher celte 
" désertion. Le peuple superstitieux attribue à ces 
« danseurs, le pouvoir de faire passer les maladies 
■ chroniques ; le malade se couche par terre , et 
•• chaque danseur , à un certain passage du chant 
" qui accompagne la ronde qui se danse , lui marche 
" légèrement sur le corps depuis la tête Jusqu'aux i 
" pieds, et revient ensuite lui marmotter quelques 
" mots à l'oreille, pour conjurer la maladie et lui 
" ordonner de se retirer. Après avoir répété la même 
" cérémonie pendant trois jours , la guéi ison , ajoute 
« le peuple,. doit être complète, et tout ce que 
<• les médecins les plus habiles ne pourroient faire, 
« s'opère ainsi avec la plus miraculeuse facilité ; » 
tant la sotte crédulité donne de force à la supers- 
tition. 

Toutes les productions de la nature, qui enrichis- 
sent les autres parties de l'Europe, abondent en 
Valachie , il y en a même qui lui sont particulières, 
comme les plantes colorantes ; mais la proximité de 
la Turquie ne lui permet pas d'en jouir, quoique ces 



Krimée. Soi 

^richesses et sa position l'ayent mise à portée d'en 
obtenir tous les avantages. Ce qui fait la force, ce 
qui est l'objet de l'attention de tous les gouverne- 
mens, est totalement ignoré dans un pays que la 
fécondité et l'abondance , en tout genre, ont favo- 
risé avec une espèce de prodigalité ; mais, tels sont 
leseOèts du despotisme , qu'ils dessèchent les sources 
de l'industrie, et paralysent les présens même de 
Ja nature. Telle est la position des princes de Valachie, 
que toute démarche qui tendroit à développer quel- 
que branche de talent , à ranimer dans ses sujets 
quelque énergie dans leur ame , seroit regardé comme 
un crime. Les Hospodars n'ont qu'une affaire, qu'un 
soin , qu'une .science , c'est de savoir se préserver 
des intrigues et des cabales de la cour de Cons- 
lantinople ; sa politique barbare ne lui permet pas 
d'avoir , sur les frontières de cet empire , un peuple 
riche , éclairé et florissant. Les descendans des Ro- 
mains , de cette colonie que Trajan y avoit établie, 
sont devenus les esclaves d'un gouvernement ennemi 
des sciences , des art. , et de l'industrie. La Valachie 
souvent inondée, comme les autres pays du midi, 
de ces torrens de barbares qui couvrirent l'Europe 
entière, a conservé quelques restes de la langue ro- 
maine , mais extrêmement défigurés parle mélange 
de plusieurs termes pris dans le jargon des peuples 
qui l'ont successivement subjuguée. 

Les Valaques sont, en général, de grande taille, 
bien faits , robustes , d'une complexion saine. Les 
maladies sont rares parmi eux ; la peste , si fréquente 
en Turquie , ne s'y manifeste que lorsque les troupes 



3oa Vo^agr. 

d'Asie viennent , pendant la guerre, désoler ce beau 
pays. Les mœurs des Vaiaques sont simples ^ l'art 
ne les a ni embellies, ni corrompues; ils ont pris 
des Turcs la manière de se vêtir et de vivre, avec 
la différence qu'ils aiment beaucoup le vin ; ils sont 
paresseux, avares, mais d'ailleurs bonnes gens, et 
surtout fort hospitaliers entre eux , et extrêmement 
réservés avec les étrangers. Ils cachent leurs femmes 
comme les Turcs ; chez les uns et les autres , les 
vices et les vertus ont encore beaucoup de rapports, 
et il n'y a de différence que celle que la religion 
peut y mettre. Les Vaiaques, ainsi que les Mol- 
daves , suivent le rit grec ; mais ils sont aussi igno- 
rans en religion que dans les autres connoissances 
utiles. Ils s'attachent aux cérémonies extérieures, 
et croyent aveuglément ce qu'on a intérêt de leur 
persuader. Les fantômes , les sorciers , et mille au- 
tres absurdités inventées par l'ignorance, et perpé- 
tuées par la crédulité, conservent leur empire dans 
la Valachie. 

Nous avons voulu faire connoîtrele caractère moral, 
les mœurs et les coutumes de deux peuples qui vont 
peut-être devenir plus remarquables aux yeux de 
la politique , qu'ils ne l'ont élé jusqu'ici comme 
nation européenne; ils vont recevoir une nouvelle 
existence qui développera en eux un caractère com- 
primé par les vexations de la barbarie et de l'avarice, 
ils sauront profiter de la liberlé qu'ils obtiendront , 
et jouir des dons que la nature leur a prodigués. 

Nous avons préféré des notions qui nous ont paru 
Intéressantes , À des détails de marches , de campe- 



Krimée. 3o3 

mens, degîfes, tantôt agréables, tantôt déplaisans. 
Arrivé à Andrinople , le voyageur parcourt la ville 
sous les auspices d'un François , nommé Terasson , 
cjui lui procure, et à ses compagnons de voyage, 
l'entrée de tous l<?s édifices remarquables. La mos- 
quée de Bajazet I."^ fixa leur attention. Elle porte 
le nom d'Imareth , c'est-à-dire d'hôpital, et est 
distinguée par la beauté et la sublimité de son ins- 
titution , on y distribue, deux fois par semaine, 
aux pauvres de la ville , une mesure de riz qu'on 
nomme Pilast ^ qui assure du moins aux indigens 
le moyen de fournir aux premiers besoins de la vie. 
« L'hôpital des fous , bâii à peu de distance de 
" cette mosquée , n'offre pas un but moins conforme 
•« aux doux principes de la bienfaisance. Nous y 
" vîmes quatre de ces malheureux insensés attachés 
« avec de grosses courroies. Il se présente, à ce sujet, 
«< une observation qui n'échappera pas aux adminis- 
" trateurs de nos hospices. Le bruit des chaînes ne 
• servant qu'à augmenter encore la fureur de ces 
<< malheureux que l'on envoie dans les maisons de 
« force, ne seroit-il pas facile et plus humain de 
« substituer partout de semblables courroies aux 
•« chaînes que l'on emploie pour retenir tant d'êtres 
" infortunés, auxquels il est difficile de refuser le 
« sentiment de compassion que leur état doit ins- 
" pirer? La position de cet établissement auprès de 
" la mosquée , paroît désigner le point de vue reli- 
« gieux sous lequel les mahométans envisagent la 
" perte de la raison. D'après leur opinion ^ l'insensé 
« a reooQcé à toutes les choses terrestres pour ne 



3o4 Fojage. 

« plus a'altaclier qu'aux choses c(!^lestes ; c'est pouf 
« cela qu'il est permis à tous ces infortunés de cir- 
•• culer librement dans ces mosquées, toutes les fois 
" qu'ils ne portent préjudice à personne. S'il arrive 
" qu'ils fassent du mal à quelqu'un, alors le gou- 
■ vernement avise aux moyens de l'empêcher, ea 
" l'isolant dans quelque endroit de l'édifice où il n'a 
« plus la liberté de nuire. •• 

On a lu partout les descriptions d'entrée d'ambas- 
sadeurs, envoyés auprès de la Sublime Porte, des 
audiences que ces principaux membres de la diplo- 
matie européenne obtiennent du grand -visir et du 
grand-seigneur; des cérémonies qui s'observent dans 
ces entrevues Insignifiantes , de l'étiquette qui y rè- 
gne; des fêtes que les principaux officiers de la Porte 
donnent à ces ambassadeurs, et de celles qu'on leur 
rend ; nous ne nous arrêterons pas sur ces détails 
trop connus; nous chercherons dans le récit du voya- 
geur ce qui le sera moins ; à la fête du capitan Pacha , 
on servit une grande quantité de mets , mais la diffi- 
culté étoit d'eu faire usage , les instrumens néces- 
saires pour y parvenir manquoient , on n'avoit ni 
couteau , ni cuillers, ni fourchettes , il fallut avoir 
recours aux moyens que la nature a accordé à chaque 
individu. Le vin étoit également supprimé ; quoique 
ies Turcs fassent grand cas de cette liqueur, et qu'ifs 
soient très- disposés à enfreindre la loi de Mahomet , 
ce n'est point dans une occasion d'apparat qu'ils 
osent oublier ce précepte du coran. Après ce singu- 
lier repas, les jeux commencèrent, trente hommes 
se présentèrent j tenant un bâton blanc à la main ^ 

Ion- 



Kritnée. 3o5 

long d'environ quatre pieds , mon(és sur de superbes 
chevaux arabes. L'espèce de tournois , nommé Giretle 
on Djerid ^ auquel ils alloient se livrer, consiste à 
lancer son bâton avec assez d'adresse pour en toii- 
clier son adversaire et éviter d'en être touché. Les 
joueurs décrivent toujours des cercles en allant au 
grand galop, et il faut qu'ils ramassent, en courant 
ainsi , les bâtons qui sont tombés par terre. Des es- 
pèces de gladiateurs leur succédèrent, ces lutteurs 
presque nus, et le corps frotté d'huile, comme 
ceux de la Grèce et de Rome , s'attaquèrent réci- 
proquement , et le combat ne se termina que lors- 
qu'un d'eux fut parvenu à vaincre ses adversaires en 
fixant la victoire de son côté. Des comédiens , et 
quels comédiens! des danseurs de corde terminent 
une fête aussi ennuyeuse que pompeusement an- 
noncée. 

Voulant profiter du firman qui permettoit de voir 
tout ce que la ville ofFroit de particulier , l'ambas- 
sadeur et sa suite visitèrent tous les édifices publics. 
La mosquée de Soliman , la plus magnifique et la 
plus agréablement située , dans laquelle sont les 
tombeaux des sultans, appela leur curiosité. Lors- 
qu'ils y entrèrent, un iman , entouré d'auditeurs age- 
nouillés , en cercle et le visage tourné vers l'orient, 
commentoit, à sa manière, quelque passage obscur 
de ia loi. Dès que les étrangers entrèrent dans la 
mosquée , l'orateur abandonna sa matière , pour s'oc- 
cuper de ceux qu'il apercevoit , qu'il lui plût d'ex- 
clure, sans miséricorde, du séjour éternel; ce qui cap- 
tiva encore plus l'atle.ntion de ceux qui l'écoutoient. 

Tvme I. ■ " ^ V 



ôû6 Vojuge. 

L'interprète raconta (\\\^ ces prêtres turcs s'exprl- 
moient souvent , même en présence du grand- 
seigneur, avec autant de force que de hardiesse, 
sur la corruption des mœurs de Ja cour , et sur les 
abus qui s'introduisoient dans le gouvernement, et 
que cette liberté , qu'on ne s'attend pas à trouver 
dans uu état despotique, avoit , plus d'une fois, 
produit les effets les plus heureux sur le cœur du 
sultan. " Les mosquées tvirques contiennent , pour 
" les amateurs d'antiquités, beaucoup d'objets inté- 
•■ ressans ; entre autres , beaucoup de vases de l'an- 
.. cienne /Egypte , de la Grèce , d'Athènes. Dans 
» cette même mosquée on y voit quatre colonnes 
•• apportées de Troie. » 

L'hyppodromeque les Turcs nomment X AUneiâan^ 
est l'édifice le mieux conservé; c'est un grand cirque 
destiné, dès son origine jusqu'à nos jours, à des 
courses de chevaux , il fut commencé par l'empereur 
Sévère, et achevé par Constantin ; c'est en sortant 
de visiter cet édifice que les curieux aperçurent sur 
une grande place, un petit escalier qui conduisoit 
à un vaste bâtiment souterrain ; il descendirent , et 
ils furent fort étonnés d'entrer dans une vaste salle 
voûtée , dans laquelle étoient réunis un grand nonib) © 
d'ouvriers qui travailloient à différens ouvrages en 
soie. Chaque arceau de voûte étoit soutenu par plu- 
sieurs hauts piliers en pierres et fort bien sculptés. 
L'ensemble de cet édifice présente un coup - d'oeil 
très-beau et fort imposant. On prétend que sa fon- 
dation remonte au quatrième siècle, et qu'il a été. 
biiti par Constantin pour servir de casernes à ses 



Kriméè. 'Soj 

troupes. On ne peut voir, sans admirafion , l'éfat d'in- 
tégrité où il se trouve encore, et Comment cet 
édifice a pu échapper aux ravages du temps pen- 
dant l'espace de quatorze cents ans. 

Ce voyage et ce séjour à Constantinople rendent 
Ja lecture de ce volume instructive et intéressante ; 
la géographie y trouvera même quelques notions de 
localité plus exactes que dans les cartes que nous 
avons sur la Moldavie, la Bulgarie, la Valachie ; 
il est à regretter que le C. Delamarre n'ait pas pu 
exécuter le projet qu'il avoit de joindre à sa traduc- 
tion une carte des contrées que l'ambassade avoit 
parcourue , d'après celles de la Moldavie , par 
Bawher; de l'empire Ottoman , par Zannoni; de 
la Krimée , par Kinsberg. A. J. D. B. 



Y a 



HISTOIRE. 

Lettre au C. Mi llin , rédacteur du 
Magasin Encyclopédique. 

v^lTOYEN, les mystères du paganisme sont de- 
puis longtemps l'objet de mes recherches; et je pré- 
pare une nouvelle édition de l'ouvrage que j'avois pu- 
blié, en 1784, sur cet objet intéressant. Le temple de 
Cérès et de Proserpine , à Eleusis , y fixe d'autant pins 
mon attention , que c'étoit l'endroit où s'exerçoit le 
culte le plus mystérieux , comme le plus accrédité de 
la Grèce. J'ai donc dû prendre tous les renseigne- 
mens possibles , relativement à ce temple. Le C. Fou- 
cherot a bien voulu me communiquer fous ceux qu'il 
s'étoit procuré lui-même sur les lieux, en 1781. Il y 
avoit été envoyé par M. de Choiseul-GouflSer, dont 
la générosité égale le zèle et le goût éclairé pour 
les lettres et les arts. Il y a environ cinq ans que le 
C. Foucherot me fit passer les plans du territoire 
d'Eleusis et des ruines du temple célèbre de cette 
ville. Je les deslinois à orner ma nouvelle édition, 
lorsque des journaux étrangers m'ont appris qu'on 
avoit fait graver en Angleterre ce temple. Est-ce 
seulement d'après un dessin à peu près semblable à 
celai du C. Foucherot , ou , à l'exemple de Perrault, 
a-t-on imaginé de représenter l'ancien temple détruit 
de fond en comble, depuis plus de quatorze siècles j 
je l'ignore, n'ayant pu encore me procurer cette 
^raTure. Mais pour ne point priver le C. Foucherot de 



J/açaj^,,, An.yrùp . .^nme fl// Jif'i J^açe 3oç 







Eleusis, 3o9 

]a priorité de son travail , j'ai cru devoir publier par 
la voie de votre journal, le plan du temple consacré 
aux mystères d'Eleusis, que cet ingénieur, aussi 
modeste qu'habile, a fait avec beaucoup de soin et 
d'exactitude. A ce plan est joint le chapitre qui doit 
l'accompagner dans ma nouvelle édition (i). On re- 
marquera sans doute que j'ai poussé plus loin, que 
dans l'ancienne , mes recherches ; j'ai même consulté 
les manuscrits, et ils ne m'ont pas été inutiles, comme 
il sera facile de s'en convaincre dans cette édition, 
où l'on trouvera plusieurs fragmens assez considé- 
rables des philosophes des V." et VI.' siècles, tous 
inédits, qui concernent les mystères, et l'opinion qu'ils 
en avoient. Dans le chapitre que je publie aujour- 
d'hui, vous verrez deux passages tirés des manuscrits 
de la bibliothèque nationale, dont l'un donne la 
date précise de la seconde incendie du temple d'E- 
leusis , qui nous étoit inconnue ; et l'autre , l'inscrip- 
tion de la façade de ce temple j qu'aucun auteur 
n'avoit rapportée. Mon édition seia encore ornée de 
tous les monumens anciens qui peuvent répandre 
quelques lumières sur les différentes cérémonies mys- 
térieuses de Cérès, de Bacchus , d'Isis, de Mithra, 
etc., .... Ainsi je me permets de cueillir quelques 
épis dans votre domaine; mais c'est à vous qu'il ap- 
partient d'y faire une abondante moisson. 

Salut et attachement , SaINTE-Croix. 

?aii,s, le 20 germinal, l'an x — lo avril iSoa. 

(i) Ell^paroîtra en 2 vol. in-8.0, ch«z Fuchs , libraire, rue àet 
Mai'iurins ; auquel s'adresseront d'avance ceux tjui désireront avoir des 
exemplaires , giand pjpier, et les premières épreuves des planches. 

V 3 



'3 1 o Histoire. 



Observations sur le temple d* Eleusis 
consacré à Cérès et à Proserpiiie. 

JLja Grèce, en se civilisant, forma un grand nombre 
de petits états , plus jaloux d'abord de conserver leur 
indépendance naturelle , que d'étendre leur terri- 
toire : quelques-uns même se subdivisèrent; entre 
autres l'Attique (i), où se trouvoit l'Eleusinie (2), 
gouvernée par Eumolpe. Pausanias fait coraniencev 
ce pays du côté d'Athènes, aux rheles , ou courans 
d'eau saumâtrequi viennent del'Eubée. L'Eleusinie 
touchoit , d'un côté à la Mégaride (3), et de l'autre 
à la Béotie (4) ; il se prolongeoit ainsi sur les bords 
de la mer, l'espace de deux lieues (5) , et s'éiendoit 
quatre ou cinq en profondeur dans les terres. 

Une partie considérable de ce petit territoire étoit 
occupée par la plaine de Thria (6) , qui auroit été 
d'un grand produit sans les vents du midi. S'éle- 
vant du côté de la mer, ils y donnoient souvent la 
carie aux blés, et trompoient par là l'espoir des 
agriculteurs (7). Cette plaine renfermoit au cou" 

(1) ThVCID. lib. II , C. XV. 

(2) Pausam. Attic. c. xxxTiii. 
(5) Id. c. XXXIX. 

(4) Strae. lib. IX , p. 395. 

(5) Voyez le plan de la bataille Je Salamine, par M. Barbie du Çon 
cage , tl.ins l'Atlas du Voyage du jeune Anacharsis. 

(6) Herod. lib. Tiii , c. Lxv. St^ab. l. s. l. 

(7) Aristot. Problem. lib. XXVI. 



Eleusis. ■ Sx .fi î 

chant le cliamp de Rharion (8) , où le premier grain , 
dit-on, fut sem^. L'Orgade, terrein complanté d'ar- 
bres (9), et consacré à Céiès et à Proserpine (lo; , 
éloit limitrophe de ce fameux champ. Enfin sur !es 
bords de la mer s'élevoit une colline, à l'extrc^mité 
de laquelle on vo)'oit la ville d'Eleusis, située à en- 
viron quatre lieues d'Athènes , et à 167 toises eu 
mille pieds (n) du golfe qui povtoit son nom, et 
la séparoit de l'ile de Salamine. 

La vanité, passion mensongère et crédule, se 
plut toujours à obscurcir l'origine des familles, des 
villes et des nations. Ne soyons donc pas étonné de 
trouver beaucoup de l'incertitude sur la fondation 
d'Eleusis. Lesuns l'attribuent à Ogygès(i2), et d'au- 
tres à Eleusinius , fils de Daiie , lequel descendoit de 
l'Océan et de Mercure, ou de ce même Ogygès(i3). 
On assuroit encore que cette ville avoit pris son nom 
de l'arrivée de Cérès (14), sans doute à cause de 
l'ctyroologie. Pausanias observe très -bien que It-s 
Eleusiniens , loin de rapporter quelque chose de 
certain sur leur origine, ne débiloient que des fables 

(."!) Patisan. Jttic. c. xxxTin. — Steph. Bïz. in h. v. e!c. Mfues, 
de regno attic. lib. I , c. xiv. 

(9) Xenoïh. de -venat. c. IX et X. Phot. Lex. ined. e/Surn. in v. 
ifiyms. Paciaudi, Mon. Pelopon. t. I , p. i58. 

(10) Plut. yit. Peb. t. I , p. i68 , etc. Paus. Locon. c. iv, etc. 

(11) Siiiranl les mesures <1e M. FoDcherot , dans te plan ci-joini des 
ruines du temple d'Eleusis. 

(12) ErsEB. Chrort. p. 66, et Scalig. not- p. 20 Paue Oros. lib. I, 

c. VII. 

(i5) Paus. j4itic. c. xxxiti. 

ji/j) AmsT. Eleus. (>, 267. Etï.m. macn. in v. EXtufis, 

V 4 



3 1 a Histoire, 

ci de fausses généalogies (i5). Ce très-petit peuple 
fut cependant aussi reconimandable par sa sagesse 
que par son antiquité (i6). Soumis par Ereclith(?e, il 
ne fit plus qu'une même nation avec les Athéniens, 
auxquels il ne survécut pas. Du reste, Eleusis cessa 
presque d'exister, aussitôt que le temple de Cérès , 
son ornement et sa principale ressource, eut été dé- 
truit. C'est au milieu des ruines de cet édifice , 
qu'elle se voit représentée, en quelque sorte, par 
un misérable village , livré aux insultes continuelles 
des pirates, et sans cesse dégradé par la barbarie des 
Turcs. 

Le temple d'Eleusis , consacré à Cérès et à Proscr- 
pine , t'toit regardé comme un des quatre plus beaux 
de la Grèce européenne et asiatique (17). Eusèbe 
rapporte la fondation de ce temple au règne de Por- 
dion II (18). Clément d'Alexandrie (i9)etTatien (20) 
la placent, avec moins de vraisemblance, au temps 
de Lyncée , c'est-à-dire, 122 ans plus tôt, époque 
où le coite de Cérès n'éfoit pas encore établi dans 
l'Attique. Si l'on pouvoit ajouter foi au rhéteur Ari- 
stide, ce même temple existoit déjà au retour des 
Héraclides, qui , accompagnés des Doriens, le rui- 
nèrent, selomlui, de fond en comble (2t). II étoit 

(i5) Pacs. j4ttic. c. xxxviii. 

(16) Obig. Contr. Cels. p. i3. 

(17) ViTRVv. Proem. 11b. VU", p. 125, etc. 
(i8) Chbon. lib. Il, p. 66. 

(19) Strom, lib. I, p. 58i. 

(20) Orat. ad Grœc. §. Lxl. 

(21) EiEvs. t. I , op. p. 257, 



Eleusis. 3i3 

cependant en état de défense, puisqu'il avoit dans 
sa première enceinte un fort qui le doniiiioit (22), 
On préfendoit que Cérès avoit elle-même désigné cet 
emplacement, voisin du puits de Callicliore (28). 

Une situation aussi avantageuse ne mit cependant 
pas le temple de cette déesse à l'abri des dévastations 
commises la première année de la LXVIII.' 01., 
5o8 avant J. C. , par Cléomène, roi de Sparte, et 
dont il fut puni, suivant les Athéniens, par un ac- 
cès de délire , dans lequel il se mutila d'une ma- 
nière horrible, et se donna ensuite la mort (24). En 
entrant dans la Grèce, les Perses pillèrent et brû- 
lèrent presque tous les temples. Ils parurent d'abord 
épargner celui d'Eleusis; mais, dans leur retraite, 
api es la bataille de Platée, ils y mirent le feu qui 
le consomma totalement ( 25 ). Ce fait étoit trop 
connu , pour qu'Aristide pût l'ignorer. Pourquoi 
donc ose-t-il avancer qu'au temps de l'invasion de 
Xerxès , ce même temple Bvoit été épargné ( 26) ? 
Mais les rhéteurs , comme tous les beaux esprits , 
aiment mieux faire l'histoire que de l'étudier. Aris- 

(22) Inde Eleusinem profectus , spe improvisa templi Cascelll 
(jue quod et imminet et cil cumdatum est templo , copiendi , etc. 
TiT. Liv. 11b. XXXI , c. XXV. De manière que ce cliàleau étoir situé sur 
1.1 terrasse, entre le peribole et le mur du temple. Sans le plan de M. 
Fouclierol , ce passage de Tile -Live étoit inintelligible. Ce fort étoit 
incien, puisque Scylax en parle. PinirL. in Georg. min. t. I, p. 20. 

(aâ) PsEuDo-HoMER. Hyntn. in Cirer, y. 260, a5i , 278. 

(24) Herod. lib. VI , c. ixxiv. 

(a5) Ei^-STùtta-uiTctos to ifov ro i\t EMurin ctvuKTOfot, Id. lib: 

IX , c. LXV. 

(26) EiEi'siN. Or. t. I, p. 267. 



3 1 4 Histoire: 

tide atiroit dîi y remarquer une circonsfance , bien 
analogue au sujet de son discours , celle des défaites 
que les Perses essuyèrent à Platée et à Mycale , 
toutes les deux près d'un temple de Cérès Eleiisi- 
nienne (27). Son but principal est de déplorer dans 
ce discours , prononcé ilevant le sénat de Smyrnc, 
sous le règne de Marc-Aurèle jl'an de J. C, 162, l'in- 
cendie qui venoit encore de détruire cet antique 
monument ( 28 ). Vraisemblablement le ravage des 
flammes ne fut pas aussi considérable qu'on l'avoit 
d'abord cru, où il dut être bientôt réparé; puisque 
le temple subsista jusqu'à l'invasion d'Alaric, en 896, 
époque de sa dernière et totale destruction, sur la- 
quelle je m'anéteiai davantage dans une autre section. 
A peine les Perses eurent -ils été chassés de la 
Grèce, que les Athéniens s'empressèrent de rebâtir j 

le t^'mple d'Eleusis. L'architecte Tctinus en traça le ' 

plan, et en fit jeter les v istes fondemens. Il avoit 
adopté l'ordre dorique , sans vouloir placer des co- V 

lonnes au-dehors (29). On ignore s'il put achever son ^ 

entreprise. Mais ce ne fut que sous l'administration 
fastueuse de Périclès , et d'après les conseils éclairés 
de Phidias, qu'on embellit et restaura entièrement 
cet édifice. Corœbus éleva le sanctuaire , posa les co- 

(27) Herod. lib. IX, c. CI. 

(28) ' EXiuriità? typciÇt} 'oa-ov Iti uftt a, 11 S^upn; , ^frù ê'ci- 
àiKUT'ji , iTt'i îjy'ifcovos MctKftvit , trâf ovTi f^y y^ fi>]\iZv é?. 

EAyjfl»; «^£ tv S^ùpnii , h rai BsAturijfiii, Schol. ined. MS. K. 
H-" igSa. Au 'lieu de MiOcg^v», il faut certainement lire Mo-fx» , 
Aristide n'ayant pas vécu jusqu'au rèfjne de Macrin. 
(lïo) St.tau. Ht. VI, 2-3. ViTAuv.lib. VII, p. i25. 



Eleusis. 3iS 

lonnes du rez-de-chaussée, et les Joignit à leurs ar- 
chitraves. Après sa mort , Métagcne» de Xypéte mit 
la corniche et Jes colonnes d'en haut. Enfin Xéno- 
clès de Cholargue ouvrit une fendre au faîte de 
i'cdifice (3o). On ne connoît pas d'autres change- 
nicns jusqu'au gouvernement de Démétrius de Pha- 
lère , où, sans doute par ses ordres, on rendit le 
temple prostyle , en mettant des colonnes sur le de- 
vant. Le vestihule ainsi augmenté devint commode 
pour les initiés ; et il se présenta d'une manière bien 
plus majestueuse (3i). Tels sont les détails qu'of- 
frent Plutarque et Vitruve. On doit y ajouter ce 
que Cicéron rapporte du dessin d'Appius, pour la 
construction d'un vestibule {2>^), Seroil-ce le même 

(ôo) Ta J\^ it £Mv(rin TcM'Pipiop tif^iilo fit) Kifoivoç o'iKoao- 
ficiy f y^ ri; (7ti lêâipas Ktoyee; 'iiyjicii iraç^ yjfyf raiç iTtiçu- 
>\iois fTTt^iv^tv' ÙTiroÊavovlôs ^e ririt, Mt]ot.y'ivt;ç o "Eu-adias t» 
eiâÇùiftci >(ff^ tSî ccva Kiovas 'fxWr.irt' Ta e^ inruio) Ski tÎ 
uvcucTcpa Ï£Kj)c>i?t o;t;oAii{py£t;î ÎKOfoÇûiTi , etc. Plut. -vit. per. t. I, 
p. oSa. Plutarque distingue fort bien Tt?.tçtifiat , le sanctuaire «le 
ra avuKrapii , terme paiiiculier pour exprimer le temple d'Lleusis; 
vi'd. Hemsteeu. not. ad Lijcian. Tim, %. aS. Walacken. ad Herod. 

11b. IX , C. I.XV. 

(5i) Eleusinœ Cereiis e: Proserpince cellam, immani mcgni- 
tiidine ictinus dorice more sine exterloribus coluninis ad laxa- 
mentu?n usus sacri/tcorum. pertexit ( perloxuit ). Eatn autem 
postea , cutn Demecrius Phalureus Athenis renim potiretur , 
Philon ante templum in fronte columnis constitutis Prostylon 
fccit. Ita aucto -v^stiùulo taxarnentum initiancibus operisque 
(operlque) summa adjecit autoritatem. Vitruv. prœm. lib. VII, 
p. 125, 126. Ed. Elzev. 

(Î2) Ad A nie, lib. VI, epist. i. 



3 1 6 Histoire. 

dont il vient d'être question , et qui auroit tombé 
en ruines. Peut-être qu'Appius voulut simplement 
mettre des propylées aux murs de la grande enceinte, 
comme il y en avoit à ceux de la citadelle d'A- 
thènes. 

Vitruve n'est pas le seul écrivain qui ait parlé de 
la grandeur immense du" temple principal d'Eleusis. 
Suivant Strabon , la seque ou celle mystique, c'est- 
à-dire l'intérieur de ce temple, pouvoit contenir 
autant de monde qu'un théâtre (33). Aristide re- 
marque que de toutes les assemblées de la Grèce, 
soit religieuses, soit politiques, celle des initiés 
a Eleusis se trouvoit l'unique renfermée dans un 
même édifice (34). On avoit sans doute une 
grande idée de sa vaste étendue , puisque Sénèque 
dit dans une de ses tragédies que la foule des Mânes 
&e précipitant aux enfers, au moment de l'arrivée 
d'Hercule , étoit aussi nombreuse que celle des peu- 
ples de l'Attique, désertant leurs maisons dans la 
nuit , pour voir célébrer les mystères de Cérès (35). 
Aristide nous assure que le temple de cette déesse 
pouvoit contenir autant de monde qu'Athènes (36). 
Or la population de cette ville s'étant élevée, selon 
mon calcul , dans la 4.* année de la CXVIII.'' Olym- 
piade, 309 avant J. C. , à 90000 personnes, libres 

(53) Geocb. l!b. VI , p. 272. 
(34) E.LEus. p." aSg. 

(55) Hercui,. Furens. v. 240-44. 

(56) Eleusis, p. aSg. 



Eleusis. ■ 3i7 

ou esclaves, de lout âge et des deux sexes (Sy) , ce 
temple n'auroit renfermé qu'environ la moitié moins 
d'hommes ou de femmes (38), que l'église de S. Pierre, 
à Rome est supposée en pouvoir contenir. Mais 
les poètes et les rhéteurs aiment trop l'hyperbole, 
pour qu'on puisse prendre leur récit à la lettre. 11$ 
nous fournissent seulement des idées plus ou moins 
approximatives de la chose qu'on veut connoitre , 
d'après l'opinion générale de leur temps. 

Aristide ajoute à ce que je viens de rapporter, que 
l'intérieur du temple paroissoit éclatant , et que 
néanmoins on y étoit saisi d'une sainte horreur (Sg). 
Il n'étoit donc pas éclairé proportionnément à sa vaste 
étendue, par la raison, sans doute, qu'un certain 
degré d'obscurité est nécessaire pour produire l'effet 
dont cet écrivain parle. La construction des anciens 
temples montre qu'il n'y avoit jamais trop de jour : 
ce qui n'auroit pas été supportable dans celui d'E- 
leusis ; car toute cérémonie mystérieuse a besoin de 
ténèbres ; et sans elles , on n'agit que f rès-foiblement 
sur l'imagination des assistans, qu'il faut à la fois 
captiver et émouvoir. Aussi voyons-nous qu'une seule 
fenêtre éclairoit cet édifice dont Claude Pérault s'est 
fait une fausse idée, en le représentant tétrastyle(4o). 

(37) Recherches sur la population de l'Attique, lues â l'Académie 
des inscriptions et belles-lettres, le 21 juin 1786. 

(38) Sènèque dit : Attica mystas claudit Eleusis. Herc. Ont. c.606. 
C'est-à-dire, l'Anactoron qui renfermoit tous les initiés. 

(Sg) Eleusin. t. I , op. p. aSg. 

(40) Archieece. de Vitruve , etc. p. 61. Au fronton de ce temple 
imaginaire , on voit en bas •relief une cérémonie usitée seulement « 
Plienée , ville d'Areadi». 



iii8 llistolw. 

Lorsque Spoii et Wheler visitèrent , dans l'avant* ^ 
dernier siècle, les ruines d'Eleusis, ils n'y aperçu-' 
rent qu'un nmas de décombres qui ne leur fournit 
aucun renseignement sur la £b»roe du temple de 
Cérès et de Proserpine (41). Richard Pococke , qui 
vint aprts eux, n'y vit égaletaent rien (42 ). Son 
compatriote, M. Wood , fut meilleur observateur ; 
il y découvrit la grande enceinte, et ne la confon- 
dit point avec celle du temple (43). Maïs il étoit 
réservé à M. Chandier de nous en donner une con- 
noissance moins vague et plus étendue. <■ Ce temple , 
- dit-il , faisoit face à l'est, et il étoit entouré par 
« les murs d'une forteresse. On en voit encore qùel- 
" ques pièces de marbre d'une grosseur excessive , 
•< et des morceaux de colonne qui restent sur le ter- 
i< rein. La largeur de la celle est d'environ cent 
M cinquante pieds ; la longueur, en y comprenant le 
« -pronaos et le portique, de deux cent seize. Le 
« diamètre des colonnes qui sont cannelées à six 
« pouces au dessus de leur fût, est d'un peu plus 
•> de six pieds et six pouces. Le temple étoit décas- 
«" tyle , ou avoit dix colonnes dans la face qui re- 
« gardoit l'est. Le péribole, ou mur d'enclos, qui 
«c l'entoùroit au nord-est et au sud , joignoit le tem- 
« pie, du côté de l'ouest, et se terminoit avec ce 
« mur par une ligne droite. L^çi kingueur de cette 
« enceinte, du nord au sud-est, étoit de trois cent 
■ quatre-vingt-sept pieds, et sa largeur, de l'est à 

(41) Spon. Koy. t. II, p. 279, Wheler, id. p. 5a6, 
(4a) Descr. of the East. lib. lll , c. v. 
(4;^"! Note communiquée à l'sbbé Barthçlemy. 



w l'ouest , de trois cwtt vingt-huit. Entre la muraille 
«< occidentale de cet enclos , le derrière du temple et 
" la muraille de la citadelle qui étoit plus à l'ouest, il 
•• y avoit un passage de quarante-deux pieds et six 
- pouces de large, quiconduisoità un haut rocher qui 
'• se trouve à l'angle, nord-ouest de l'enclos, et sur le- 
« quel on voit encore les traces d'un temple ùi an- 
" fis. La longueur de ce dernier temple, du nord 
« au sud, est de soixante -quatorze pieds et six 
•' pouces; et sa largeur, de l'est à la muraille, 
" ouest, de la citadelle, avec laquelle il est joint, 
« se trouve de cinquante - quatre pieds. Il étoit 
" peut-être consacré à Triptolème. De -là s'étend 
" au loin la vue sur la plaine et la baie. Environ 
" les trois quarts des cabanes des habitans sont dans 
« l'ancienne enceinte du temple de Cérbs, et la tour 
•< carrée qui sert de demeure au commandant turc est 
« bâtie sur les ruines du mur d'enclos (44). 

Tous ces détails seroient obscurs ou incomplets, 
et toutes ces mesures insuffisantes ou peu sensibles, 
$ans le plan de M. Foucherot , habile ingénieur des 
ponts et chaussées. Il l'a levé lui-même sur les lieux 
avec beaucoup de soin et d'intelligence. Je l'ai fait 
graver; et c'est un des principaux ornemens de mon 
ouvrage. Dans ce plan , on distingue par une teinte 
forte ce qui existoit encore du temple, en 1781; le reste 
est tracé plus légèrement, d'après les renseignemens 
de M. Chandler , et sur le rapport des auteurs an- 
ciens. Il paroît que plusieurs parties du mêoae édi- 

(44) TaAT. in Grâce, c. wji, (. I, p. 189, etc. 



3iO Hisloire. 

fîce sul)sis(t)ient en 1765 , année du voyage de cet 
observateur. Elles avoient disparu en 1781 , temp» 
où M. Foitcherol les visita. Selon lui , le seul tam- 
bour de colonne qui reste en place, a six pieds et 
deux pouces de diamètre ; et il est de marbre blanc , 
ainsi que les marches sur lesquelles il repose. Ce que 
M. Chandler prend pour le mur occidental d'en- 
ceinte, et qui terminoit le temple au couchant, est 
un roche taillé à pic, comme l'a remarqué M. Fou- 
cherot, et comme il l'a figuré sur son plan. Au dessus 
de ce rocher, s'aperçoit le passage que M. Chandler 
dit élre de quaranfe-deux pieds six pouces anglois (45) 
de large, et qui forme par conséquent une terrasse 
élevée de quinze à vingt pieds, au dessus du niveau 
du pavé de ce j;rand temple, suivant M. Foucherot. 
Cette terrasse conduit à un autre temple, dont il a 
encore remarqué et tracé les colonnes et le perron 
par lequel on y montoit. Le sol du premier se trouve 
de quelques pieds plus élevé que celui de la plaine , 
lequel l'est très-peu au dessur du niveau de la mer. 

I.e savant et ingénieux Barthélémy suppose que 
cette terrasse étoit , dans sa longueur, divisée en 
trois longues galeries , et que les deux premit-ics 
repréùCntoient la région des épreuves et celle des 
enfers, et que la troisième, couverte de terre, of- 
froit aux yeux des bosquets et des prairies (46) ; ce 
quiéloitbieu difficile, dans un si court espace. Mais 
placer les enfers sur une terrasse et en plein air , voilà 

(45) Il e»t au nôtre , comme quinie à seize.' 

(46) rev. du jeune ^nacharsis , t. V. not. p. 55 J. 



Eleusis. , 321 

te qui me pr,roît encore plus invraisemblable. L'au- 
leur du Voyage d'Anacharsis ne se souvenoit doue 
pas d'avoir dit que la terre sembloit mugir sous les 
pas des initiés , et que des portes d'airain s'ouvroient 
devant eux , au moment que les horreurs du Tartare 
s'oflroient à leurs regards (47). D'ailleurs il admet le 
récit de Virgile, qui fait descendre son héros aux 
enfers par l'antre de la Sibylle, et dans le centre 
de la terre. 

Toutes les cérémonies pratiquées dans le temple 
d'Eleusis , montrent la nécessité d'un endroit sou- 
terrain , et sufEroient seules pour en faire supposer 
l'existence , si les auteurs de l'anliquité eussent gardé 
là-dessus un silence absolu. Observons d'abord qu'ils 
distinguoient deux parties de ce temple, le niéga- 
Ton , qui en étoit le sanctuaire (48) , et Vunactoron , 
l'édifice en totalité. Ce dernier mot désignoit or- 
dinairement le sanctuaire des autres temples (49); 
ce qui montre assez la prééminence de celui con- 
sacré au culte mystérieux de Cérès, et le respect 
qu'il înspiroit aux Grecs. Pour exercer ce culte, 
il falloit nécessairement entrer dans un souterrain 
que plusieurs écrivains se contentent de dési- 
gner (5o). Quelques autres s'expriment encore 

(47) Ibidem, p. 5i8, iig. 

(48) SniD. in ■v. Mty«p«y. Phot. lex. ined. in h. v. yyalck. ai 
Amm. llb. I , c. XI. 

(49) Hestch. in V. A»«x7«p«», te Eustath. ad Odya. p. iSS/. 

(50) Phil. de vire. Stud. t. i , p. 447. S. Gb.eo. Naz. Or. v. c. 
XXXI. Cladd. de Rapti Proserp, lib. I, V. 10 et \i. Inscr. initiât. 
Hadriani , etc. 

Tome I. X 



32 fi Histoire. 

plus clairement ; ils appellent ce souterrain une 
descente ténébreuse (5i) et le temple d'en bas ou 
du dessous (Sa). Certes rien n'est plus positif. Mais 
en quel endroit son entrée se trouvoit- elle? est-ce 
au sanctuaire , ou dans Vanactoroii P On ne découvre 
aucun vestige qui puisse nous fournir là-dessus dts 
lumières certaines. Vraisemblablement cette entrée 
avoit été bouchée par les chrétiens, Regardant comme 
un acte de piété, la démolition totale des anciens 
temples (53), ils se seront particulièrement attachés à 
ruiner de fond en comble celui d'Eleusis, et auront 
rempli soigneusement , au moyen des débris , les 
souterrains , ainsi que les issues par lesquelles on 
y pénétroit. Une fouille exacte et profonde donneroit 
peut-être quelques indices. Du reste, on ne doit pas 
être surpris d'en trouver si peu dans les écrits des 
anciens. L'intérieur de ce temple étoit un mystère; 
et il étoit défendu d'en donner la moindre con- 
nbissance aux profanes qui même ne pouvoient in- 
terroger là-dessus les initiés (54). 

(5i) To xotl ctSéta-lo)/ QkcIiii'oi, . . S. Astab. in Èibl. pàtr. t. xviir, 
p. 162. 

(52) TeAeTri^ f*tv , «^ è» KaT(a Tifiini Kim£R. Delam. 

XXII. s. 7. éd. Wernsdorf. Dans une dissertation publiée en 1761, ef 
intitulée l'Jntro eulisinio , feu M. Bartholi prétend avoir découvert 
sur un bas-relief du Musée Nani , cet antre d'Eleusis; mais c'est éTi- 
d«mment celui de i'rophonius rju'on ne peut miconnoître. 

(53) Tî? lùa-iQiluç (71 iKjKiJ isatis, cit SifiiXtuy iurût ÎKfiCjuTiof 

Mtft/A* 7r£g.«<r<iiÇ£û9-«. ScaoL. in Can. ixa. Sjnod. iiv. Pand. 
Can. t. I, p. 596. 

(54) ?xvik». Jttic. c. xxxTiii. 



Eleusis. 323 

Une înscri[)tion , mise sut là porte de l'édifice, 
rappeloit à ces profanes que l'entrée leur en éloit 
interdite (55). Elle se trouvoit encore affichée dans 
tous les portiques (56), et dans les endroits les plus 
apparens. Aux yeux dés initiés cette inscription pa- 
roissoit aussi importante que la maxime qui en ser- 
voit au temple dp Delphes. Les anciens avoient 
l'usage de placer une sentence, ou maxime, aux 
portes de leurs édifices sacrés; mais toutes n'étaient 
pas également d'une grande moralité; comme on 
peut en juger par telle àixLatoon, ou temple d'Apo'- 
lon à Delphes, qu'Aristote blâme avec raison (Sy). 
Mais revenons un instant aax ruines d'Eleusis , et 
jetons-y un dernier regard. 

On voit une assez grande quantité de ruines, à 
Eleusis, du côté de l'ouest, près de i5o pieds de la 
grande enceinte du temple de Cérès et de Proserpine. 
Ce sont des marbres formant des chapiteaux doriques, 
ioniques et corinthiens. Une statue de Cérès s'y fait 
depuis longtemps remarquer par les voyageurs. Elle 
a, depuis le dessous des mamelles jusqu'au sommet de 

(55) . . . î2î- y^Ç rati «f ra rat EM¥riui)¥ Tfju,(iii? tie-isrit 
i^^lXira ra ^fif/^/uf^ti M H XiîPEIN ElSiî TÏ2N 
AAUTiîN AMUHT0I2 0U2I KAI ATEAESTOir , 
Htu ^k Hç)j\ 7r^ ri At/^/x5 , ra rNt20l 2AÏT0N àfc.yf^ 
ypotftftftat , «C)jA» To» TpÔTrov «/'^«y Ttîjç '6)n ra Suo» «vayaiy^f. 
Pkocl. Com. ined. in I. Alcib. Plat. MS. R. n." 2016. 

(56) . . . . 'E» TJî TtotKiM -rai. Schol. Arist. ad Ran. r. 572. 
(5/) Arist. Ethic. ad Nicom. lib. 1 , c. vin ; ad Eudem. lib. I , c. I. 

Celle Aa temple d'Ksculape à Epidaure , ap. S Cyriil. Adv. Jul, p. 3io, 
«te, étoitpliu sage, et auroit fort conreuu t VAnactorotx. 

X a 



3^4 Histoire. 

la tête , trois pieds et trois pouces ; le calathiis , ou 
corbeille qu'elle porte sur cette té(e, est haute d'un 
pied neuf pouces et six lignes, suivant M. Fouche- 
rot (58). Cet habile ingénieur croit que tous ces 
débris ont été transportés pour êlre réduits en chaux 
par les Turcs , suivant teiir usage destructif qui nous 
coûte tant de monumens. Qu'on nje permette d'avoir 
un avis différent sur toutes ces ruines , qui me pa- 
roissent être les restes d'un temple de Triptolëme, 
indiqué par Pausanias ( 69 ) , non loin du puits de 
Callichore. Au nord-ouest, sous une colline voisine 
et isolée, un voyageur moderne a découvert une 
caverne assez profonde , qu'on seroit tenté de pren- 
dre pour une des issues du temple souterrain dont 
j'ai parlé. Mais cette conjecture offre trop de dif- 
ficultés, qu'il ne faut pas trop chercher à multiplier 
dans un sujet qui en fourmille, et souvent sans espoir 
de les résoudre. 

Rien n'est moins étonnant que de trouver beau- 
coup de ruines, dans un territoire où l'on avoit 
placé presque tous les monumens relatifs à l'histoire 
et au culte de Cérès. Au péribole de son temple , 
étoit le tombeau des filles de Celée , son hôte (60) : 
non loin, sans doute, se voyoit la colonne de Bau- 
bo, femme qui chercha à la distraire de sa dou- 
leur (61}. Ici l'on montroit YErineon , ou figuier 

(58) Les papiers publics nous annoncent que celle sialuc ou reste de 
statue colossale vient d'être transportée en Angleterre. 
(Sq) Auic. c. xxAvin. 

(60) Clem. Alex. Procrep. p. Sg ; S. CïRiu.. Adv, Jul. p. 545.. 

(61) AaMOB. Contr. Gent. lir. V, p. 45. 



Eleusis. 'Suh 

sauvage, près duquel Pluton étoit descendu aux en- 
fers (62), emportant avec lui Proserpine : là, ort 
montroit VAgelaste , ou pierre triste , sur laquelle 
Cérès s'assit (63). Celle d'où la déesse appela trois fois 
sa fille étoit dans la Mégaride (64) , l'aire, où le pre- 
mier ble fut foulé, consacrée à Triptoleme; le mo- 
nument de Cyamite , qui enseigna la culture des 
fèves (65), et une foule d'autres, se faisoient en- 
core remarquer (66). On en rencontroit même un 
grand nombre sur le chemin , appelé la voie sacrée, 
qui conduisoit d'Athènes à Eleusis, et dont il reste 
encore des vestiges (67). Polemon avoit fait un 
livre particulier pour décrire cette voie (68). Sans 
doute qu'il faisoit connoître dans son ouvrage l'état 
des lieux et des choses, avant le ravage de l'Alti- 
gue, par le barbare S} lia. * ^ ^ " 

Quoique Pausanias fasse mention de quelijues-tem- 
ples d'Eleusis consacrés à différentes divinités, il ne 
dit cependant rien de celui de Junon. C'est, vraisem- 
blablement pour éviter de rendre raison de l'usage 
mystérieux qui obligeoit de le fermer, lorsqu'arriveit 
le temps des cérémonies inifiafoires. On pratiquoit 
la même chose par rapport à Vanactoron , ou tem- 

(6a) pAvs. j4nic. c. sxxviii. 

(63) Ibidem. 

(64) Etymot. magn. in^v. 'AvtfxAij^f /r. 

(65) Paus. Attic. c. xxxvu. , 

(66) Abistid. EUus. p. aâg. • 

(67) Spon.. Voy. t. I, p. 279. FomL^ONT. Voy. MS. Ge dernier ei» 
trouva d'assez considérables , ei les r«ites d'un ancien aqueduc. 

(68) I^Aaroc». in v. Uf* ôocs. 

X 3 



Z^SiO JJisloire. 

pie de Cérès et de Proserpine, pendant les Pftes de 
Juijon ; et il n'éloit pas permis au prêtre de celle-ci 
de goûter à ce qu'on avoit offert à C^rès (69). 



P H Y S I Q U E. 

jDictiontijike ries Merveilles de la na- 
ture j par A. ./. S. D. j professeur de 
physifiue à Bourges j revu , corrigé et 
eonsidérahlemenb augmenté. 1802,. 3 vol. 
in-8.° de S i5 pages chaque. A Paris, chez 
Delaplace J libiaire, rue des Grands- Au- 

...jgjujstiîis, n.** 3i, 

\j:& phy&icien distingua ('e C. SigautJ de Lafond), 
après avoir cultiva Ift physique pendant quarante 
ans , a septi g^U) feroit yne chose agréable au pu- 
iblip, «O rssseroblant ka faits les plus çingwlitsrs qi^e 
l'an Ipouve dispeisés 4^08 le» awtewrs qui lui qnt 
paru dignes de foi. 

A l'article animaux extraordinaires , il rapporte, 
qu'un jeune enfant ayj^j^ trouvé un chien çle pay- 
san , d'une figure commune st grandeur médiocre , 
dans lequel il remarqua quelques sons qu'il crut res- 
'^embler à des mots allemands , se mit en tête de 

(69) Pav^. 4ttic. c. xxKvn; Sew. «d V»«g. «46«. <•▼• IV, v. 5«. 



Men'eilles de la nature. 3^7 

lui apprendre à parler. Le maître, qui n'avoît rien 
de mieux à faire , y mit tout son temps ; et , au 
bout de quelques années, le chien sut prononcer en- 
viron une trentaine de mots : de ce nombre éloient 
les mois thé, café, chocolat, assemblée, mots frai!- 
çais. Il remarque que le chien avoit bien trois ans 
lorsqu'il fut mis à l'école. 11 ne parloit que comme 
l'écho, après que son maître avoit prononcé un mot , 
et il senibloit qu'il ne répétoit que par force , et 
malgré lui , quoiqu'on ne le maltraitât pas. 

Arbre du Jupon , qui ne peut souffrir aucune hu- 
midité. Aussitôt qu'il est mouillé, il se flétrit et iJ 
meurt, si on ne lui donne un prompt secours. Veut- 
on le rappeler à la vie , il faut le couper près la ra- 
cine , le faire sécher au soleil , et le transplanter 
dans un terrein bien sec. 

Attachement extraordinaire. Nous tenons ce fait, 
dit l'auteur, d'une lettre de Joseph Purdevv, obser- 
vateur aussi vrai qu'exact et judicieux. J'éfois, dit- 
il , dans mon lit , à lire : j'ai été interrompu tout- 
à-coup par un bruit semblable à celui que font ries 
rats qui grimpent entre une double cloison , et qui 
tâchent de la percer. Le bruit cessoit et recommen- 
çoit ensuite. Je n'étois qu'à deux piedg de la cloison ; 
j'observois attentivement; je vis paroître un rat sur 
le bord d'un trou ; il regarda sans faire aucun bruit, 
et ayant aperçu ce qui lui convenoit il se retira. 
Un instant après je le vis reparoître ; il conduisoit 
par l'oreille un autre rat plus gros que lui , et qui 
paroissoit vieux. L'ayant laissé sur le bord du trou ^ 
un autre jeune rat se joignit à lui j ils parcoururçut 

X 4 



3"2B Physique. 

lia chambre , ramassèrent des mieffes de biscuit qui , 
au souper de la veille, <?toicnt tombées de la table, 
et les portèrent à celui qu'ils avoient laissé au bord 
du trou. Cette attention dans ces animaux m'étonna. 
J'observois toujours avec plus de soin. J'aperçus que 
l'animal, auquel les deux autres porloient à manger, 
étoit aveugle, e( ne trouvoît qu'eu tâtonnant le bis- 
cuit qu'on lui présentoit. Je ne doutai plus que les 
deux jeunes ne fussent ses petits, qui étoient les 
pourvoyeurs fidelles e( assidu» d'un père aveugle. 

K l'article conformation ertraordinàire , le (>. de 
Lafond porle des conformations extraordinaires qui 
se font remarquer dans l'espèce humaine. On en ob- 
serve de semblables et d'aussi variées dans les difFé- 
Teotes classes des animaux ; elles sont à l'article dej 
écarts de la nature. Il observe qu'il y a des monstres 
par excès, d'autres par défauts, d'autres par dé- 
placement de parties. 

Monstres par excès. La femme de Jean Gourdin, 
coupeur de bois, demeurant à Cigny , l'un des fau- 
bourgs de Saint-Dizier , accoucha le 7 juin 1771 , 
au terme d'environ sept mois , d'un enfant mons- 
trueux , pesant 5 livres , et ayant 14 pouces de lon- 
ôueur. Cet enfant, dit Marisy , médecin de Saiut- 
Dizier , avoit deux têtes bien conformées. L'une et 
l'autre avoient deux yeux, deux oreilles, et étoient 
chevelues jusqu'aux sourcils. La bouche de la téfe 
droite étoit garnie de trois dents à la mâchoire su- 
périeure, dont la lèvre avoit un bec de lièvre, et 
la mâchoire inférieure en faisoit voir une seule. 

On trouve dans Tulpirus une observation sera-» 



Meiveîlles de la nature. 529 

blable , avec cette difTéicnce que le monstre de Tul- 
pirus étoit joint par les deux têtes , que ses pieds 
étaient tournés en dedans, et que les deux bras qui 
passoieni derrière le dos étoient joints ensemble jus- 
qu'au poignet. 

jAii mois de décembre 1664, proche la ville de 
Salisbourg, une femme, accouchée d'une fille, mit 
au monde, une heure après, une autre fille, ayant 
deux têtes diamétralement opposées , quatre bras , 
quatre mains , un ventre et deux pieds. Ce monstre , 
qui vécut environ deux Jours, se nourrissoit par les 
deux têtes, et rendoit les excrémens à l'ordinaire. 

Il nr;quit , à Brest , en 1702 , deux filles qui se 
tcnoient par l'estomac , depuis le dessous des ma- 
melles, qu'elles avoient l'une et l'autre bien for- 
mées , jurqu'au nombril commun. Elles n'ayoient 
entre elles qu'un cœur, qu'un foie, une rate 5 mais 
chacune avoit Açwn. reins, et toutes le.s parties de la 
génération. Les têtes, les bras, les jambes étoient 
bien formés. Chacune de ces filles fut baptisée en 
particulier, et peu de temps après elles moururent 
toutes les deux. 

Dans le second volume, les fécondités extraordi- 
naires offrent des faits singuliers bien constatés. 

La nommée Marie-Anne Collin , âgée de trente- 
ne^iF ans , paroisse de Saint- Remy, accoucha, le 
22 avril 1776, au commencement du sixième mois 
de sa grossesse, de cinq filles vivantes et bien con- 
iormées , au rapport du chirurgien du bourg , té- 
moin de cet accouchement. Il n'y avoit qu'un seul 
placenta pour les cinq filles. Chacune «pesoit une 



S3c l'hj\si(iiœ; 

livre, une seule pesoît une once cîc moitié. Elles sp 
ressembloient exactement. Tontes ont reçu le bap- 
lênie, et elles ne sont mortes qu'au retour de l'é-» 
g1ise, clans l'espace d'une heure, les unes après les 
autres. La mère se porloit bien. Sa sœur, mariée à 
lin tailleur de pierre, même paroisse, éfoit accou- 
chée au mois de juillet 1760, dans le huitième mois 
de sa grossesse, de trois enfans, un garçon et deux 
filles. 

On lit dans le Code jusiinien , qu'une femme avol^ 
eu quatre filles d'une seule couche. Quelques histo- 
riens rapportent que dans le Péloponèse une femme 
accoucha cinq fois de quatre enfans, et que plu- 
sieurs ftmmes, en ^Egypte, ont eu jusqu'à sept en-» 
fans à la fois. 

L'évéque de Seez assura à l'Académie , qu'un 
homme de son diocèse, et qu'il connoissoit, âgé 
de quatre-vingts ans, avoit épousé une femme de 
quatre-vingt-trois , grosse de lui , et qui éfoit ac- 
couchée à terme d'un garçon. Lp temps des pa- 
triarches est revenu dans ce diocèse , disoit à te 
sujet l'historien de l'Académie , en rapportant c^ 
f.iit, 

Qn trouve dans les animaux ç}es exemples d'une 
fécondité également surprenante. Dpns un village, 
éloigné de troi? piillcs de Riraipi , une yache blan-? 
che , âgée de siy: ans, de bonnp tiaillp, qui avoit 
déjà mis bas deux fpis, et un seul veau à chaque 
fois, comrae tqu^ les pieds fourchus, mangra extra- 
ordinairement vingt jours ^,vant de wpltie b^s poiiç 
la troisiènia fois; pt, les huit derniers jpur» de »* 



Merveilles de la iiature. 33 1 

}ioil<?e , elle étoit devenue tellement grosse, qu'il 
falloit la lever sur ses pieds. Enfin , le 28 février 
1676, elle mit bas un veau, trois heures après un 
.second , cinq lieures après un troisième, et le lende- 
main malin une genisje. Ces quatre petits étoient de 
grandeur ordinaire, tous très -vifs, très - sains tt 
également robustes. De ces quatre, le second mou- 
rut par le peu de soin qu'on eut d'eux. 

f e C. Sigaud n'oubiie pas les fontaines exlraor- 
.âmaires. L'intermittence de certaines sources, quoi- 
que plus généralement connue, et facile d'ailleurs à 
expliquer, mérite de trouver place dans ce livre. 

L'auJeur de la descri|)tion des glacières de Suisse , 
parle d'une fontaine située à Engstler, dans le can- 
ton de Berne, sujette à une double intermittence, 
l'une annuelle , l'autre journalière. Elle ne com- 
mence à couler que vers le mois de mai, et eil? 
coule plus abondamment pendant la nuit que per- 
dant le jour. 

Le merveilleux de cette opération , qui frappe le 
vulgaire au point de lui faire croire que cette eau 
est un présent de la divinité pour abreuver ses trou- 
• peaux, qu'on amène vers ce temps sur la montagne, 
dispaioît aux yeux du physicien , qui voit que c'est 
l'effet de la chaleur qui compience alors à faire fondre 
ries glaces en dessous, car elles restent inaltérées et 
constamment glacées en dessus. 

fa fontaine qui se trouve près de Toibaj^, dans 
le Dfvonshire , à l'une des extrémités de la petite 
ville de Brixham, est décrite dans les Transactions 
philosophiques. Les babitans du pays rappellent 



S3i FIirsKjitc. 

I.ay-Wel. Elle est sur le penchant d'une colline, 
et éloignée d'un mille de la nier, ce qui exclut tonte 
communication avec elle. Son bassin est de quatre 
pieds et demi de largeur sur huit pieds de longueur. 
11 y a un courant qui coule constamment dans le 
bassin, et l'eau en sort par J'autre extrémité, par 
une ouverture de trois pieds de largeur. Elle s'élève 
de quelques pouces, puis elle s'abaisse, ensuite elle 
se repose, et cela revient vingt fois de suite. 

Près de la petite ville de Colmars, en Provence, 
il y a encore une semblable fontaine. Elle se trouve 
aux environs de cette ville; elle est remarquable 
par la fréquence de ses écoulemens. Quand elle est 
prête à couler, un léger murmure annonce l'arrivée 
de l'eau; elle croît ensuite pendant une demi -mi- 
nute .-alors elle jette de l'eau delà grosseur du bras; 
puis elle décroît pendant cinq à six minutes, et 
s'arrête un moment pour reprendre ensuite son écou- 
lement. 

A l'article des nains , l'auteur donne l'histoire de 
celui du roi de Pologne , connu sous le nom de 
Bébé, et dont le vrai nom éioit Nicolas Ferry. Il 
naquit à Plaisnes , dans le département des V^osges. 
Son père et sa mère étoient bien constitués, et il 
n'avoit, malgré cela, que 8 ou 9 pouces quand il 
vint au monde, et ne pesoit que 12 onces, il étoit, 
outre cela , extrêmement délicat. Un sabot rem- 
bourré lui servoit de berceau. Jamais il ne put teter 
sa mère; sa bouche étoit trop petite; il friljui qu'une 
chèvre y suppléât. Il n'eut point d'autre nourrice 
que cet animal , qui de son côté sembla s'y attacher. 



Merveilles de la nature, 333 

Il eut la petite vérole à six mois, et le lait de 
chèvre fut et son unique nourriture et son unique 
remède. Dès l'âge de i8 mois, il commença à par- 
ler; à deux ans il marchoit presque sans secours. Ce 
fut alors qu'on lui fit ses premiers souliers, qui 
ayoient 18 lignes de longueur. 

La nourriture grossière des villageois des Vosges, 
telle que les légumes , le lard , les pommes de terre , 
fut celle de son enfance jusqu'à l'âge de six ans. 11 
eut pendant cet espace de temps plusieurs maladies 
graves, dont il se tira heureusement. Dès l'âge de 
cinq ans il (^toit absolument formé, sans êlre par- 
venu à une taillcplus grande que celle de vingt-deux 
pouces , et ce fut cette singularité qui fit l'époque 
de son bonheur. 

Le roi de Pologne , Stanislas, entendit parler de 
cet enfant extjaordinaire; il désira de le voir. On 
le fit venir à Lunéville, où bientôt il n'eut plus 
d'autre domicile que le palais de ce roi bienfaisant. 
Quel soin qu'on prit pour son éducation, il ne fut 
pas possible de développer chez lui ni jugement ni 
raison. Jusqu'à l'âge de quinze ans Bébé avoit eu les 
organes libres, et toute sa petite figure très-agréa- 
blement proportionnée. Il avoit alors vingt -neuf 
pouces de haut. A cet âge la puberté comiiienta à 
&e développer en lui ; mais ces efibrts de la nature 
lui furent préjudiciables. L'âge viril , en se décla- 
rant, troubla cette harmonie, et il eut pour effet d'é- 
nerver un corps frêle et débile, d'appaoviir son sang 
et de dessécher ses nerfs. Ses forces s'éjiuisèrent, 
l'épine du dos se courba, la tête se pencha, ses 



334 P}iyù(jtie. 

jambes s'affbibliient , une omoplate se tlt^Jefa , sot» 
nez grossit. Beb(' perdit sa g.iieié et devint valétu- 
dinaire. Il grand it'iepenclatit encoie de quatre pouce* 
dans les quatre années suivantes. 

Pierre Damlow , fils d'un (osiique du régiment 
de Labin. Ses père el n.cie, fièics et sœurs, sont 
de taille ordinaiie; mais lui, parvenu à l'âge de 
trente-trois ans, n'avoit que piès de vingt-neuf pouces, 
mesure anglaise. Ce nain n'a point de bras; ses épau- 
les se terminent en petits moignons de chair. Sa tête 
est si étroitement liée à ses épaules, qu'il est difH- 
cile de mettre le doigt entre les deux. Cependant il 
a une figure assez agréabfe ; il porte une grande 
moustache qui lui va presque aux oreilles. Il ne lui 
manque rien du côté de l'esprit , du jugement et Je 
la mémoire. Il n'a point de joiiUuies aux genoux, 
dont les os sont continus à ceux des jambes , jusqu'aux 
talons 5 ses gras de jambes, presque eu;ièreii;enl ef- 
facés , n'ont presque aucune proportion avec scn 
corps qui a l'air mâle. A chaque pied il a quatre 
orteils compris le pouce, et tous les quatre lecour- 
bés dont deux mobiles, 11 marche fort vite ; mais 
s'il vient à tomber, ccnime il n'a point de jointures 
aux genoux , il ne sauroit se relever. Il écrit fort 
couramment du pied gauche, et ses caractères sont 
fort lisibles, tant en russe qu'en latin. 

11 y a une espèce de nains, qui .'Ont de véritables 
rachitiques, ou noués naturellement, ou devenus 
tels parce que leur accroissement a été gêné et rendu 
inégal par une maladie organique. Ce ne sont pas 
de véritables na'ns , maU bien des hommes contre- 



Merveilles de la nature. 335 

faits, parce que les sucs qui doivent se répandre uni- 
formément dans toute l'habitude du corps , ayant été 
dérangés, l'accroissement du sujet en a été plus ou 
moins retardé. Il ne résulte de ces sortes d'accidens 
que cette espèce d'hommes que le peuple appelle 
bancales, qui ont presque toujours ,'pour le dire en 
passant , une voix très-forte pour leur faille. 

Un nègre blanc est un phénomène des plus ex- 
traordinaires , mais non sans exemple. La négreste 
dont Dicquemare fait mention dans le journal d« 
Physique du mois de mai 1777, naquit à la Domi- 
nique en 1769 , le jour de la prise de la Guadeloupe , 
de père et de mère noirs, qui vivoient encore dans 
le temps que ce savant physicien écrivoit cette re~ 
liition. Cette fille ressembloit en tout aux nègres. 
Elle a demeuré dix ans à Saint -Pierre de la Mar- 
tinique. 

Nous aurions bien des singularités à rapporter si 
nous voulions parler des trombes, des ouragans, des 
végétaux , des minéraux , des animaux , des somnam- 
bules, etc.; mais il nous suffit d'avoir donné une 
idée de ce recueil , que M. Sigaud de Lafond a rendu 
intéressant par un grand nombre de recherches. Il 
i.'ipporte souvent des faits qu'il ne voudroit pas ga- 
rantir; mais les témoins qu'il cite doivent être suf- 
fisans pour le plus grand nombre des lecteurs. 

Jérôme Lalande. 



B I O G R A P H I Jil. 

IVOTi CJS sur N 1 EU (r LAIS D ; ré/Jigée 
d'après un écrit hollandais du célèbre 
Van Sn^iNDEN. 

1 ierreNieuwland naquît le 5 novembre 1764, 
duns le Dimmerméer, hameau près d'Amsterdano. 
Son père étoit un maître «rharpenfier assez instruit, 
<jui possédoit l'arithmétique , enteiidoit les livns 
d'Euclides , et s'c'toit procuré une petite collection 
de bons ouvrages, qu'il lisoit à ses heures de loisir. 
Bientôt cet homme remarqua que son fils éloit né 
avec les plus heureuses dispositions. L'enfant ne se 
plaisoit à aucun des jeux de son âge; on ne pou- 
voit l'amuser qu'avec des estampes, dont on lui don- 
noit l'explication. Après que sa mère l'eut occupé 
quelque temps avec un recueil de cinquante figures, 
en lui récitant à haute voix les vers bollandois qui 
se trouvent au bas de chacune , elle entendit un jour 
son fils, âgé alors de trois ans, lui répéter, sans 
manquer une syllabe , les cinquante sixains l'un après 
l'autre à mesure qu'elle prenoit les estampes aux- 
quelles ils étoient appliqués. 

A cinq ans, le jeune Nieuwland avait lu la bible. 
Deux ans après il avoit déjà la tête remplie de toutes 
les connoissances que lui pouvoit donner les livres 
de son père, voyages, histoire, poésie hollandoise; 
il avoit de tout quelque» idées j de tout il avoit fait 

des 



Nieuwland. 33^} 

drs notes, et les c'vénemens remarquables , le carac- 
tère (le ceux qui ont joué un grand rôle clans le 
monde, les propriétés des animaux et des plantes 
dont parleut les voyageurs} tout étoit fortement 
im|)rimé dans sa mémoire : enfin on voyoit déjà de 
lui des vers où l'on découvroit avec plaisir des étin- 
celles du feu poétique. 

A mesure qu'il croissoit se développoient rapide- 
ment ses facultés intellectuelles. Il faisoit tout en 
jouant. Il composoit des vers dignes de l'attention 
des connoisseurs , sans peine, sans travail, sans ef- 
fort. On nous a conservé une pièce qu'à l'âge de dix 
ans il adressa au créateur j il dit en très-beaux 
vers : 

" Suprême majesté ! de quel éclat brille ta toute- 
« puissance ! tandis que ce grand univers célèbre ta 
•• gloire ! tandis que la beauté du monde ravit 
•< notre ame, le plus petit insecte découvre à nos 
• regards étonnés et ton pouvoir sans bornes , et 
« ta bonté, et ta prévoyante sagesse (i), etc. » 

A son génie poétique Nieuwland unissoif un talent 
décidé pour les mathématiques ; il les apprit de son 
père jusqu'à ce qu'il l'eût devancé; ce qui arriva 

(i) Hoe Heerlyk blinkt uw groot vermogen 
Alom o oppei'-majcsieit ! 
Daar't g«ntsch heel-al uw roem verbreid , 
Daar't ailes ons houd opgetogen , 
Het aller-kleynste diertje op aard 
Kan aile onze aandacht lot zlch trekkea 
W^anneer wy daar uw macht onidekken 
Met gunst enwys b«leid gepa«rd. 
Tome L Y 



238 'Biographie. 

bientôt. A liuît ans , il comprenoit parfaitement îe 
ïameux théorème de Pythagore, sur le triangle rec- 
tangle. Il fînissoit sa neuvième année quand le pro- 
Tesseur ^neae le vînt voir, pour examiner par lui- 
même si ce qu'on lui avoit dit de ce jeune Newton 
n'étoit pas exagéré. Le professeur proposa' plusieurs ' 
questions des plus difficiles ; l'enfant répondit à 
toutes avec promptitude et avec justesse , quoique 
son attention fût partagée entre M. ^Enese et de 
petits garçons qui jouoient dans le jardin. — Con- 
nois-tu Ja formule de Newton, demanda iEneae ? 

— Non , monsieur. — Eh bien , je vais vous la mon- 
trer. .... Le professeur écrivit autant de termes de 
la formule qu'il en falloit pour entendre la progres- 
sion des séries, les expliqua, éleva une quantité à 
la troisième puissance , en extraya la racine, et tout 
d'un coup effaça le tout avec une éponge, en 
exigeant de l'enfant que sur cette formule il éle- 
vât une quantité à la cinquième puissance. Nieuvr- 
land , au grand étonnement du mathématicien , fit 
très-bien cette opération, que les jeunes gens, d'un 
âge beaucoup plus avancé , entendent à peine après 
quatre leçons. | 

Il y avoit sur une horloge un petit Mercure de j 
Ijois. — Pourrois-tubien, demanda ^nese, déterminer 
le contenu intrinsèque de cette figure, et me dire 
au juste combien elle contient de pouces cubes ! — 
Oui, sous une condition. — Laquelle? — Que vous 
me donniez une pièce du bois dont elle est faite. 

— Pourquoi? — Mais, répondit l'enfant, je le ré- 
duirois à un pouce cube , dont je comparerois ie 



ISieuwland. Z2><) 

poids à celui de la statue , je crois qu'alors je pour- 
rois vous répondre juste 

Ces fails, à peine croyables, sont ce qu'il y a 
de mieux attesté, de plus incontestable dans l'his- 
toire littéraire. Les ténnoins sont les savans les plus 
respectables, les plus vrais, les plus honnêtes. 
D'ailleurs on sait qu'il a existé encore de tels pro- 
diges; un Hainechen qui , à quatre ans,savoit l'his- 
toire et la géographie ; un Baratlier , qui , à cet âge, 
entendoit le latin , et , à sept ans , l'hébreu , le grec , 
le François et l'allemand. Notre Nieuwland ne sa- 
voit jusqu'ici que sa langue maternelle ; il n'avoit 
pas encore les secours qu^ les Baraitier, les Gro- 
tius , les Henri Etienne recevoient en abondance ; 
bientôt il les eut, et ne leur céda plus dans la con- 
roissance des langues anciennes. Ce fut Jérôme de 
Bosch, excellent littérateur, qui les lui enseigna. 

Depuis quelque temps tout le monde parloit de 
l'enfant du charpentier ; des gens de lettres le ve- 
noient voir à tout moment : ils donnoient des con- 
seils au père et des livres au fils. Jérôme de Bosch 
vint aussi avec son frère. Ce dernier pria les parens 
de lui permettre de se charger d'élever dans sa 
maison un enfant si précieux , et qui donnait de si 
grandes espérances. Jérôme voulut être son précep- 
teur. Sous un tel maître , Nieuwland fit les plus ra- 
pides progrès (:;). Il avoit onze ans, lorsqu'il entra 
chez les de Bosch. 

(2) Pïr une lettre de M. de Besch , On voit qu'avec Nieuwland il 
iuivoit à peu près la méiliode que Pluche indique dans son livre d« 
la Mécanique des Langues. 

Y 2 



340 Biographie'. 

1\ s'appliqua bientôt à toutes les sciences, et dans 
toutes il réussit. Belles - lettres , histoire, philoso- 
phie , tout lui devint familier. Pour les hautes ma- 
thénnatiques , il les apprenoit presque de son génie 
seul ; il les appliquoit à la physique, à la mécani- 
que, à l'astronomie. Son maître ne devoit lui don- 
ner que les premières idées, bientôt il étoit au fait 
de tout. Il surpassa son professeur (3), homme du plus 
grand mérite 5 et le disciple fut supérieur au maître , 
autant que le maîlre l'avoit été au disciple. 

Nieuwland étoit doué de la mémoire la plus heu- 
reuse et de l'esprit le plus vif. Il avolt une manière 
de lire qui à toute autre ne réussiroit pas. Il ne fai- 
soit que feuilleter les livres , lisoit drux pages à la 
fois, et dans un moment il savoit aussi bien le con- 
tenu de l'ouvrage que ceux qui l'avoient lu avec la 
plus grande attention. C'est ce qu'il fit voir à un 
prédicateur hollandois très - connu ; il jeta les 
yeux pendant cinq minutes sur un sermon de ce 
prêtre , et dans l'instant il lui en rendit le compte 
le plus exact. 

On sait qu'il composoit ses livres, même ceux de 
mathématiques , avec sa tête seule : il n'en écrivolt 

(5) C'étoit le C. Van Swinden , ex - directeur (Je la république b»- 
tavo. 11 nous apprend lui-même les progrès extraordinaires de son 
intéressant élève. « Bientôt, dit -il, son maître eut peine à le .suivie, 
K bientôt son professeur étonné fut hors d'état d'aller avec lui. 
« Nieuwland le surpassa en tout ce qui est génie mathématique ^ 
« et le maître s'applaudit d'avoir élevé un jeune homme dont il re- 
« cevoit des secouis et des instructions en mille occasions. » (Oraison 
funèbre). 



Nieuwland. 841 

pas un mot, et résolvoit ainsi les problèmes les plus 
difficiles ; les figures géométriques et les caractères 
algébriques étoient toujours préocnts à son esprit ; 
il faisott ses calculs dans les rues, dans les compa- 
gnies les plus nombreuses, au milieu du tumulte 
d'Amsterdana. ^ 

Il appreooit les langues avec la même facilité. It 
saToit très-bien le grec, le latin, le François , l'ita- 
lien, l'anglois et l'allemand. Il étudiait suitout la 
théorie des langues; il examinoit ce qu'elles ont de 
commun entre elles, quelle est leur source, et quels 
sont les traits qui distinguent les idiomes proveuans 
de la même langue-mère. C'étoit par cette étude que 
l'espagnol, le portugois,]e suédois n'avoient pour 
lui aucune difficulté, et qu'il entendoit tous les li- 
vres qu'il voyoit en quelqu'une de ces langues. Il 
est inutile de faire remarquer l'avantage que cette 
connoissance lui donnoit sur tant d'autres sâvans , 
dans un siècle où tout le monde écrit en sa langue 
maternelle : aussi Nieuwland avoit une lecture im- 
mense. 

Il possédoit tout ce qui fait le grand poète; il 
avoit une ardente imagination , une parfaite con- 
noissance de la nature, de l'histoire, de tous les 
plus beaux poèmes , et enHn de sa langue mater- 
nelle , qu'il savoit plier à tous les tons. Il réus- 
sissoit dans la traduction en vers. Il a traduit en 
vers hoUandois tout ce que les poètes grecs et latins 
, ont dit de Vétat de Vaine après la mort. On sait 
! combiea il est di^cile de reqdre les beautés poéti-< 

Y 3 



S42 Biographie. 

ques des anciens; Nîeuwland l'a fait avant l'âge de 
dix-neuf ans ; il a pris tour-à-tour le ton de Pin- 
dare , d'Hontière , d'Anacr(?on , de Théocrile et de 
Virgile. 

Toutes ces brillantes qualités paroissoient plus 
belles encore,' quand on les voyoit unies aux mœurs 
les plus douces ft les plus pures. Il étoit plein de 
respect pour l'être suprême, pénétré des sentiméns 
les plus religieux, toujours humble dans la prospé- 
rité, et dans la gloire toujours modeste. 

Enfant encore il avoit été accablé de louanges. 
Ceux qui se rendoient chez lui pour la première fois 
croyoîeut aller trouver uu petit savant qui les im- 
portuneroit avec sa science et ses vers ; mais ils rt u- 
controient un enfant simple et doux, dont la figure 
innocente annoncoit la modestie et la candeur, un 
enfant qu: , après avoir excité leur admiration , re- 
joignoit ses compagnons, et en agissoit avec eux 
comme s'il n'eût été question de rien. 

Dans un âge plus avancé , jamais il ne se crut plus i 
grand qu'un autre. Il ne pouvoit se dissimuler sa 
supériorité ; mais il sembloit qu'il devoit tout au 
créateur, et cette idée le rendoit modeste. Avec des 
personnes moins instruites que; lui , il ne faisoit point 
parade de ce qu'il savoit ; avec les gens simples il 
parloit comme un enfant. Un seul homme paioissoit 
ne pas savoir ce que valoit Nieuwland , et cet homme 
c'étoit Nieuwland lui-même. Il laissoit parler pour 
lui et ses beaux ouvrages et ses bonnes actions (4). 

(4) Lorsque àani sa Jeroière nistkdie il arrangea tous ses papiers, 



Nieuwland. 848 

Il étoit aimé et respecté de fous ceux qui le 
connoissoient. Les personnes qu'il honoroît d'une 
amitié particulière le trouvolent toujours fidelle , 
généreux, toujours prêt à leur rendre tous les ser- 
vices possibles ; recevant leurs conseils avec doci- 
lité, il donnoit les siens, quand on les lui deman- 
doit, avec la plus grande circonspection. Oupouvoit 
toujours compter sur sa discrétion^ 

Un homme puissant en Amérique, ami deNîeu- 
ivland, voulut l'attirer dans la république des Etats- 
Unis, pour y travailler au progrès des sciences, et 
mettre les Académies sur un bon pied. Le Hollan- 
dois répondit: •• Je ne pourrois me résoudre à quitter 
" l'Europe, qu'après que vous m'auriez fait voir que 
« mon établissement chez vous ne se feroit au préju- 
•• dice de personne , que je n'exciferois aucune jalou- 
« sie , et que je serois essentiellement et évidemment 
« utile. » 

Les grands mobiles de toutes ses actions étoient 
le respect pour l'être suprême et la philanthropie. 
Jamais il ne faisoit le bien afin que l'on dit qu'il le 

il fit un paquet de ses diplômes, titres, actes d'installation, etc., et 
il écrivit sur l'enveloppe ce passage de Shakespeare: 

Kami. Is not paichment made of sheep skins •' 
Horat. Ay, iny lord an of calves skins too. 

Hamb. They are sheeps and calves iliat S«ck out any assurance m 
Ihat. 

— Le parcbemin n'est-il pas fait de peau de mouton? 

— Oui , seigneur , et parfois de peau de veau. 

— Ils sont bien moutons, bien veaux ceux qui se prévalent de c:$. 
(nisères-U. 

X4 



S44 Blograpliie. 

f.iisoit , maïs parce qu'il lui éloit impossible de ne 
pas le faire. 

Ennemi rlu luxe, vivant de peu, il vivoit avrc 
économie, et regardoit la frugalité comme un de- 
voir, puisqu'elle le raettoit en état de secourir les 
indîgens. 

Aider les autres, c'cfoît-là son.plus grand plaisir. 
Il commuui([noif: uu'nie à des étrangers le fruit de 
ses recherches littéraires; et quand ceux-ci abu- 
soient de sa bonté, il oublioit leur malice, et ne 
se souvenoit que du bien que d'autres lui avoient fait. 

Recherché dans foutes les sociétés, Nieuwland 
plaisoit dans toutes. Les grands, qu'il voyoit sou- 
vent , l'aimoient beaucoup , quoiqu'il ne les flattât 
jamais; les gens de lettres préféroient sa conver- 
sation à celle de tout autre, et les hommes les 
nioins savans ne s'amusoient avec personne comme 
avec Nieuwland. Il parloit avec esprit, raconloit 
avec grâce et toujours à propos. Jamais il n'humi- 
lioit et ne blessoit personne par des traits malins , 
qi:niqvi'n plaisantât volontiers, et que ce fût là son 
talent. 

Quand dans une compagnie on le prioit de faire 
quelques vers, jamais il ne le refusoit : on pouvoit 
lui prescrire jusqu'au nombre et la mesure des vers 
que l'on vouloit avoir, et il s'en tiroit avec succès. 
Il faisoit souvent de charmantes pièces en ce genre, 
et n'y attachoît aucune valeur ; rarement il en gar- 
doit des copies , quoique ces vers eussent beaucoup 
de mérite parles grâces, la légèreté qu'il savoit y 
inettrci et par de fines allusions à des événemens 



Ni eu wî and. 345 

connus. En un mot, il faisoit tout ce qui t'^loit en 
S( n pouvoir pour plaire à ses arais; il y réussit, et 
<îes personnes de toutes les clauses du peuple ont 
amèrement pleuré sa perle. 

Il en est ainsi, quand un grand homme sait au 
besoin cacher sa grandeur; quand, à la sagesse, le 
philosophe unît l'amabilité, et qu'à un esprit agréa- 
ble et facile il joint de la modestie, des mœurs 
simples et douces; tel fut Nieuwland. 

Un homme si aimable devolt avoir une épouse 
cbarmanfe; il en eut une digne de lui. Anne Pruysse- 
naaid éîoit Jolie, vive, spirituelle, fendre et sen- 
sible. Nieuv.land l'épousa; il éloit fait pour elle ; 
elle étoi» failc pour lui : tous deux peignoient par leurs 
Irails la douceur et la bonté de leur ame. Le phi- 
losophe scnlit sou bonheur et rendit sa .femme heu- 
reuse. 11 avoit tiouvé tn elle un esprit capable de 
tout; il se proposoit de l'orner des belles connoîs- 
sances, lorsque la mort , dérangeant tes piojets, la 
lui vint enlever , et troubla^ pour longtemps la paix 
de son ame. Anne Pruyssena^rd mourut âgée de 
vingt- deux ans, et laissa une fille qui ne lui survé- 
cut que de deux jours. 

!Nieuvvland fut d'abord accablé de ce coup : il 
voyoit s'ésanouir toute sa félicité ; mais bientôt 
rappelant sa fermeté ordinaiie, et craignant d'at- 
tiisier ses amis par ses larmes , il résolut de les 
cacher en leur présence, et de ne plus Us répandre 
que dans la solitude. Ce fut là qu'il dit, en btaux 
•vefs , à sa compagne, qui n'étoit plus : 

" La flamme , qui pour toi brûloit en mon sein , 



S415 Biographie. 

» n'est pas éteinte par le coup cruel qui nous sé- 

• pare ; cette flamme maintenant , avec un chaleur 
«« plus douce , s'étendra sur les hommes, sur mes 
<• amis, sur mes parens. Près de la tombe qui ren- 
« ferme tes cendres , souvent je verserai des larmes 

• pendant les nuits tranquilles ; et si jamais ma 
« tête est ceinte d'honorables lauriers , ces lauriers 
« je viendrai te les offrir. Celui qui , après quel- 
•• ques années fugitives se souviendra encore de 

• Nieuwland , saura , qu'aimé d'Anne Pruyssenaard 
« il la perdit de bonne heure, et ne l'oublia ja- 
« mais. Dans cette espérance , je retourne à mon 

• poste, je reprends mes travaux. Un jour aussi je 
" serai libre; je me reposerai pour une éternité, et 
" mes souffrances seront finies. Alors je te rencoi»- 
- trerai : ta fille à tes côtés, tu lui diras : Mon en- 
" fant, voici ton père; volons dans ses brasj nous 
« allons vivre avec lui (5). •• 

L'image de son épouse éfoit toujours devant ses 
yeux ; chaque pas qu'il faisoit le raenoit aux lieux 
où il l'avoit vue ; les moindres objets lui rappeloient 
le souvenir de celle qu'il avoit aimée , et renouvelloit 
son affliction à chaque instant. Il résolut donc de 
quitter la Hollande pour quelque temps , et se rendit 
à Gotha en Saxe. 

Nieuwland avoit là un ami , le savant astronome 
de Zach ; bientôt il en eut beaucoup, tous ceux 
qui le connurent lui furent attachés. La souveraine 

(5) Elégie (en vers hoJlândois ) , par P. Nieuwland. Aiosterdanj, 



Nuiiwland. 6\'] 

sut apr^cier ses talents , elle lui donna des marques 
de son estime. 

Tout le temps que Nîeuwland passa à Gotlia fut 
employéà l'étude de l'astronomie ; il ne laissoit passer 
un seul instant sans faire des expériences sur la dis- 
tance et le mouvement des globes célestes. Muni 
des connoissances nouvelles qu'il avoit acquises j il 
revint reprendre les emplois que ses concitoyens lui 
avoient confiés. Dès sa première jeunesse Nieuwland 
s'etoit rendu capable de tout , afin de pouvoir servir 
utilement la patrie dans tous les postes où l'on au- 
roit voulu l'appeler. Lescirconstances lui firent croire, 
pour quelque lenips , que les belles-lettres, la con- 
noissance de l'antiquité, les langues, la critique, 
éfoient les objets auxquels il devoit s'appliquer de 
préférence : il fit donc tout ce qui étoit possible pour 
y exceller. Il alloit se faire un nom parmi les criti- 
quer , par une édiiion des fragmens de Musonius 
qu'il ptéparoit , lorsque sa destination changea. L'a- 
mirauté d'Amsterdam le nomma membre de la cora- 
Tnission qui devoit déterminer les longitudes sur mer, 
et refaire les cartes marines. Il crut toujours qu'// 
faut tout sacrifier à ses deuc/is. II dit donc un 
éternel adieu k la poésie, il abandonna et l'antiquité 
et la critique , mit de côté ce qu'il avoit déjà com- 
mencé des fragmens de Musonius , et modéra ses 
études sur les hautes parties des mathématiques. 
Son emploi demandoit de lui l'étude de l'astronomie 
appliquée h la marine ; elle devint son unique occu- 
pation , il travailla sur celte matière comme si jamais 
il n'eût fait autre chose. 



S48 BtograpJiie. 

Dans la même ann(îe devint vacante une place de 
professeur de philosopliie , madiématiques et astro- 
nomie à Utrecht. Le magislrat pria Nieuwland de 
vouloir bien l'accepter. L'offie étoit d'autant plus 
flatteuse, qu'elle étoit faite en conséquence d'une 
lettre de deux grands mathcmat'ciens , qui, sans 
parler de rien à Nieuwland, l'avoient nommé aux 
Bourgmestres comme le seul qui pût leur faire ou- 
blier la pert,e qu'ils venoient de faire. Mallieureu- 
senient des dissentions s'étant élevées dans la répu- 
blique, toutes les résolutions, prises par ceux d'U- 
treclit , furent annullées, et I^ieuwland , qui ne s'é- 
<oit jamais mêlé d'affaires d'état, en souffrit pouv 
cette fois. 

Deux ans après, il fut nommé lecteur en matlié- 
matiques, astronomie et marine à l'Athénée d'Ams- 
terdam. 

Depuis que l'ouvrage entrepris pour l'amirauté 
s'avançolt avec ordre , et n'exigeoit plus la même 
assiduité, Nieuwland avoit repris ses spéculations 
mathématiques; il auroit pu se faire par elle un 
nom immortel. Son ami Damen , qui ne prodiguo;t 
pas les éloges, lui avoit écrit qu'il alloit bientôt être 
compté parmi les premiers mathématiciens, et que 
déjà, dans un point, il avoit surpassé Euler. Mais 
Nieuwland aima mieux être citoyen utile que sa- 
vant célèbre; à la gloire il préféra le témoignage 
d'une conscience pure, et abandonna tout pour sa 
nouvelle charge. «Je ne puis plus devenir un Euler, 
" dit-il, eh bien ^^ contentons- nous d'un moindre 
« rang, et soyons potir la marine le Dalrymple de 
" la Belgique. » 



Nieuwland, 349 

Le nouveau professeur se prescrivit «ne méthode 
tlaireet sûre dont il ne s'écarta plus. 11 sut se pro- 
portionner à l'intelligence de ses élèves , et présenter 
les choses sous mille aspects, afin que tous pussent 
les saisir. Jamais le système des triangles globulaires 
ne fut si bien expliqué. 

Il crut , pour quelques raisons , devoir s'appliquer 
à la physique et à la chymie, bientôt il en posséda 
la théorie à fonds; il fut admis dans une société 
de chymistes , et en rédigea les mémoires en francois. 

Depuis six ans Nieuwland remplissoit, avec ap- 
plaudissement, son emploi de lecteur, lorsqu'il fut: 
tiomwé pi qfesseur de p/ij\i>iijiie, hautes mathématiques, 
hydrauliijue, aslronom-ie , architecture ciiiL' et militair s 
à l'université de Leyde; encore un changement dans 
ses études , encore une fois son goût immolé à i'u- 
tililé publique. La> physique devint son objet prin- 
cipal ; il la savoit déjà assez pour la bien enseigner, 
mais il sentoit qu'il devoit se rendre célèbre comme 
physicien , parce que la gloire des universités dépend 
de celle des professeurs , et qu'elles tombent dans 
l'oubli, lorsque ceux-ci ne sont regardés que comme 
des hommes ordinaires en leur genre. 

Il s'adonna , avec un zèle infatigable et sans exem- 
ple , à l'instruction des élèves confiés à ses soins. 
Sans cesse occupé, il lisoit, il étudioit tout ce qui 
est écrit sur la physique dans toutes les langues 
connues , et le communiquoit à ses auditeurs avec 
clartéet simplicité. Les élèves de Nieuwland n'avoient 
pas seulement en lui un excellent guide dans la car- 
rière des sciences , mais ils ue pouyoient en avoir 



35 o Biographie. 

<]e meilleur pour leur conduite , ils ne poiivo'ent 
trouver personne qui sût mieux former leurs cœurs 
et leur inspirer, par ses exemples, l'amour de la 
vertu et de la saine morale; il avoit pour eux la 
sollicitude d'un père , leur parloit comme à des 
égaux , et savoit toujours se fjire respecter. Aussi, 
peut-être jamais professeur n'a ('{(' plus sincèrement 
regretté , jamais disciples n'ont mieux honoré la mé- 
moire de leur maître. Il leur fut bientôt enlevé. 
ISieuwland mourut le 14 novembre 1794, âgé de 
3o ans et 9 jours. Ses ouvrages sont : 

l.° Poésies ( hollandaises ). Amsterdam, chez P. 
den Hengst , 1788. Dans ce recueil on trouve quelques 
pièces de sa première jeunesse 5 elles sont étonnantes 
si l'on considère l'âge de l'auteur. On voit que Nieu- 
wland étoit juge sévère de ses ouvrages, il n'a pas 
laissé entrer dans cette édition beaucoup de vers 
Ciue d'autres feroient imprimer assurément s'ils les 
«voient faits. C'est aussi dans ce volume qu'on voit 
le poème Intitulé Orion ^ il est excellent. Si Nieu- 
wland eût pu employer tout son temps à la poésie, 
il au roi t surpassé nos plus grands poètes. 

Dans les volumes S , 6 , 7 et 8 de la Société de 
la Haye , se trouvent plusieurs pièces de cel auteur. 
2.° De la valeur relative des différentes braïukes 
des connoissances humaines, 

3." De Vétat des sciences comparé à celui des belles- 
lettres. 

4.° Des moyens d'éclairer le -peuple et de rendre 
plus communs le Jugement , le bon esprit et le goût. 



ISlieuwland. 35 1 

5.° V amour de la -pairie regardé comme devoir re- 
ligieux, 

6." Dissertation sur les avantages que le perfictlon- 
nenient de la navigation a déjà procuré aux hommes ^ 
et doit leur faire espérer encore. 

7.° De l'utilité générale des mathématiques. 

8.° Idées des anciens sur Vétat de l'ame après la 
mort , trad. du latin de Wytembach et de Bosch. 

9.° Bu vrai et du faux génie j irsid. du latin de 
Hottinger. 

10. ° De la sensibilité. 

li.° Du Système de Lavoisier. 

12.° Recherches phjsico-chjmiques. 

1 3.° De la forme du globe. 

14.° De insignibus astronomiœ incrementis novis- 
simœ captis , et etiam num sperandis. 

i5.° Du cours des Comètes , et de Vincertilude du 
retour de celle qui est attendue (1790). 

i6,° De t augmentation et de la diminution pério- 
diques de la lumière de quelques étoiles fixes. 

17.° Des triangles globulaires et du compas de 
Le Guin. 

i8.° De la Seleno topographie de Schrœder. 

19.** Des moyens de trouver la latitude sur mer, 
de l'usage des sextants et de L'horizon artificiel. 

2.0° De la navigation. Amsterdam. 1798 , în-B.". 
Ouvrage important , dont le grand mérite consiste 
dans la clarté des idées, dans la justesse des prin- 
cipes , dans l'abondance des choses utiles qu'on y 



352 Biographie. 

trouve, dans la manière avec laquelle l'auteuï le* 
présente , et dans une foule d'idées neuves. 

21. ° Atinaiiach nuiitiijue. Cet ouvrage, entrepris 
par ordre de l'amirauté, contient , i.° une uaclui lion 
du nautical , almanach an<^1ais adapté au méridien 
de TénérifFe. 2.° Une collection de tables avec des 
explications. 3.° Des traités sur l'usage des instru- 
niens , sur les observations, etc.; il falloit, pour 
le composer, une profonde connoissance des diffé- 
rentes parties des mathématiques, beaucoup de dis- 
cernement dans le choix d'une méthode facile et 
sûre, le talent d'expliquer si clairement les choses, 
que ceux qoi avoient le moins d'expérience pussent 
les mettre en pratique, et qu'elles fournissent aux 
savans des matières à spéculation. Il falloit savoir 
faire de bonnes expériences , bien coiuioitre tous 
les instrumens, enfin beaucoup d'exactitude dans 
les calculs. La commission, dont Nieuwland éloît 
membre, devoit en outre refaire les cartes marines; 
ses collègues ( MM. Van Swinden et Van Keulen) 
reconnoissent que presque tout l'ouvrage est rédigé 
par Nieuwland. 

22.° Traité de la ihétJioJc de Doiiwes pour trosner 
la latitude^ etc.. Corneille Douwes avoit enseigné 
aux navigateurs un moyen pour déterminer la la- 
titude où ils se trouvent , en d'autres instans que 
celui du midi ; mais l'invention restoit imparfaite; 
Nieuyvland s'en mêla; il a indiqué les temps favora- 
bles, les circonstances où l'on peut se trouver, les 
fautes qu'on y peut commettre ; lui seul a conduit 
cette méthode à la perfection ; il l'a tellement per- 
fection née 



Nituwland. 353 

fectionnée, que, regardée dans son origine comme 
un moyen à appliquer quand on n'en a point d'antie, 
elle esl sur le point d'être préférée à tout ce qu'on 
a eu jusqu'ici. Aussi ce traité fut reçu avec applau- 
dissement p:\r les plus savans astronomes de la France 
et de l'Allemagne; le C. deLalande, entre autres, 
doit se souvenir de l'avoir fortement approuvé. On 
voit dans ce beau morceau beaucoup de jugement, 
de pénétration, de génie: il contribuera, sans doule, 
au perfectionnement de l'astronomie-pratique. 

ïels sont les titres de Nieuvvland à l'estime des 
savans. Mais sa découverte sur les causes de l'obli- 
quité de l'écliplique , découverte que la mort ne 
lui a pas permis de pousser au point où il auroit 
pu la porter, auroit suffi seule pour faire passer 
son nom à la postérité la plus reculée. « Pourquoi 
• celte obliquité de l'étliptique et ces inclinaisons 
« des orbites planétaires ? Les autres phénomènes 
- étant les mêmes, et dépendant des mêmes causes, 
•■ l'axe delà terre, par exemple, auroit-elle pu s'appuyer 
" perpendiculairement sur l'écliptique , ou pre/idre 
« une antre inclinaison que celle que nous lui con- 
" noissons? » C'est ce qu'ont ignoré Newton , Eu 1er, 
d'Alembert et Clairaut. Duséjour a dit qu'il est vrai- 
semblable que ce phénomène dépend d'une cause 
physique ; mais Nieuwland a donné des ouvertures 
pour la trouver cette cause physique ; il a posé des 
principes d'où il conclut que ce phénomène esl étroi- 
tement lié avec le système de la force attractive, 
el que, dès que cette force opère suivant les lois 
que nous connoissons , l'axe de la terre doit avoir 

Tome I. Z 



S54 'Blogi-npliie. 

une Inclifiaîson. Il falloit encore démonfrer que ccï 
principes, sounnis au calcul, offrent pour résultat 
précisément la même obliquité qui a lieu. Pour cela, 
le mathématicien devoit d'abord imaginer les moyens 
de calculer toutes les quantités possibles et leurs 
effets, enfin, effectuer ces calculs mêmes, Nieu- 
wland avoit déjà trouvé cette méthode de calculer , 
déjà il avoit fait quelques calculs ; il avoit livré à 
l'impression une esquisse de sa découverte ( dans le 
journal allemand de Bode), quand la mort est venu 
surprendre le hardi scrutateur des lois de la nature. 
Les mathématiciens doivent être étonnés de tout 
ce que ce jeune homme a fait sur cet objet, et, si 
jamais quelqu'un est assez heureux pour achever 
l'ouvrage de Nieuwland , alors le philosophe hollan- 
dois sera compté parmi ceux qui ont su nous expli- 
quer la construction de l'univers, et la postérité ne 
verra pas seulement en lui le bon mathématicien , 
mais l'homme de géçie, le grand-homme. 



LITTÉRATURE GRECQUE. 

'E-Tto^oiiA eiç rd; df.iq^tÎAç rS hfo)oç N A FI O- 
AEON BONAFIAPTE ^pc^rs zo^'o-^Xa 
T»? yaXkiyMç TCoXildaç^ avvrSéïa-a, lia.f.d rS 
ivUpejat nOAUZan KONTOT r^ iy 
^lct>uvv!vci)v ^ xcù d'piêpœj-éï'a-ci. r^ jxeyaXo-'urpeitt- 
çciri) (TvFûycù t» dur'S BONAFIAPTE. 
'Ey Ylapiaiciç ^açd Ta r%i-'nroypd(pœ 'E B E P- 
XAPT AaC 

Poème épi que sur les exploits du héros 
Napoléon Bonaparte ^ premier con- 
sul de la république françoise j composé 
par M. POLVSSOÏ CondOU de Jannina , 
et dédié à M."" Bonapar te , épouse du 
premier consul. Paris, de l'imprimeiie de 
J. M, Eberhart. 1802. Ia-4.° de 48 pages. 

Assez d'autres journaux ont félicité M. Polyssois 
d'avoir fait en vers grecs le paaégyrique des 
François et du premier consul , et ont applaudi au 
choix de son sujet. — Ecartant de cet article tout 
ce qui a pu être observé par d'autres, tout ce qui 
tient à la politique, aux événemens, aux hommes 
et aux ojjinions , je n'envisagerai l'ouvrage que du 
^ôié littéraire. Je ne l'ai lu et étudié que sous ce 
rapport. 

Z 2 



356 Litlcralurc grecque, 

M. PoL"ïssoïs CoNTOU est un chanoine grec, né 
à Joannina , et venu à Paris il y a six mois , pour 
faire des recherclies sur quelques manuscrils de la 
Bibliothèque nationale. Les journaux parlèrent de 
son arrivée, et publièrent, dans le temps, une 
épigraiîime qu'il avoit faite sur Paris, dont la ma- 
gnificence l'avoit singulièrement frappé. Comme elle 
parut défigurée par un grand nombre de fautes ty- 
pographiques, je crois faire plaisir aux lecteurs du 
Magasin Encyclopédique ^ en la redonnant ici impri- 
mée plus correctement, avec la traduction italienne 
(jue l'auteur y a ajoutée depuis: 

HfUlKii Izrtyfetju.fiit' 

"h »ôv B-Jcfi'oas ÎTu^tti ÙKifurov , 'iffitcli Korfcn , 

Ma»! Jl tijieiut ccvifm ui^u QeÇuy/i ri' 

' AXkccç 'fzrei fa <riya.i , <p£u , ]d^ ioftOTjutjv llctvci^ciiSu 

M Corne io potrei lodare, o nominare la ciftiv 

« fabricata d'wltissimi Palazzi di gran Parigi ? la- 

N quale adesso e diventata il miracolo immortale 

« e sostegno dell' Universo. Perche lei sola si vanta 

" di tanti heroi uomini, e di tanta sapienzia. Oime! 

« perche devo tacere la magnanimita, e la sapien- 

" zia degli antichi Greci. » 

M. Polyssoïs a composé plusieurs poèmes grecs 
qui ont paru en Allemagne, mais dont j'ignore les 
titres. 11 est aussi auteur d'une grammaire grecque 
imprimée à Bude en Hongrie , et dédiée au prince 
Maurusi, frère du prince régnant de Valachie. On. 
lui attribue encore une édition de Xéaophon d'E-^ 



Poésie. 357 

plièse , publiée à Vienne en 1793, et dont voici le 

litre : ZiieÇÎivJos ''EÇtTHS rk koctcc 'Aii6i^:f yj^ ' A^^ayJfmv . ivf 
Ts-fâre» È^vvtfi fttrit rîji IraXticîjS fCîlxÇfua-ia; t5 tûÇoIuth 
jduTONIO SALFINI Tvsrui'iylec ^lù (piMrlft^s èttisavis m 
Xp>l<rifiaT. ci ■nfûtyfitlTivruï; nioiayiârn Ai^ft^r. X. Nix» râ 
c'^ 'laictvyinav. ci Bi'ivvi} tÎ)ç 'AKff(«ï lygS , in-l)°. Mais il 
n'y a de M. Polyssoïs que la préface et une épi- 
graniuie grecque sur le roman de Xcnophon. Les 
torreclions ne lui appartiennent pas, conirue l'avoit 
pensé M. le baron de Locella; elles ont été in- 
troduites dans le tcxle par un de ses compatrio- 
tes , nommé BeurûiT??, moit depuis quelque temps. 
Elles sont la plupart fort mauvaises, faites sans 
goût , surtout sans connoissance de la critique » 
sans érudition, et absolument indignes des talcns 
de M. Polyssoïs, Comuic cette édiiion n'a pas de 
notes , et que le lecteur n'est pas mén)e averti des 
passages corrigés, un critique allemand a dit assez 
ingénieusement que l'éditeur, « duut emeiuLu , ut 
<< PUniti Colljbistiis dum amat et potal , cluin fur- 
« limcjue esse vult ne qui sciant. » On trouve un 
jugement de cet ouvrage dans l'excellente édi- 
tion (r) du même auteur, donnée par M. le baron 
DE Locella, pag. xv et XVI de la préface, et 
dans plusieurs endroits du commentaire. 
Je sais de M. Polyssoïs lui-même qu'il a le projet 

(1) Xenophohti» Ephesii de Anthia et Habrocome EphesiacO' 
rum libri V. gr. et lat. recensuit , suppUvit, emendavit , latinti 
vertit, adnotationibus aliorum. et suis illustravit, iitdicibus in- 
ttruxic Aloïs. EwERic. Libeb Babo Locklla S. C. R. A, M. <{ Com, 
Aulx Vindçhonat apud A- Dlumauer. i;g6. ln-4.» 

Z 3 



358 iJlli'raliire gtccane. 

de donner une édition des lettres d'Aris(nenètr, pour 
Jaquclle il a même dc^ja obtenu la permission do la 
censure de Vienne, ce qui peut faire croire qu'il ne 
tardera pas à la publier, et les hellénistes doivent 
le désirer beaucoup; car, 6utre le manuscrit de 
Vienne que l'on croyoit unique jusqu'à présent (2), 
M. Polyssoï.i a eu connoissance d'un autre manuscrit 
sur parchemin, qu'i! a été assez heureux pour trou- 
ver à Joannina. Il est hors de doute, qu'aidé des 
variantes de ces deux manuscrits, qu'il n'aura sû- 
rement pas négligées, et de la connoissance qu'il a du 
giec littt'ral, M. Pol)ssoïs fera sur le texte élégant, 
mais touvent corrompu de cet agréable écrivain , 
un utile travail , et ce sera tin véritable service 
rendu aux lettres grecques et à ceux qui les aiment. 
Je reviens, ou plutôt j'arrive enfin au poème de 
M. Polyssoïs, dont tous ces détails m'ont t ;<irié. Le 
nom d''£7r63o(/l« (Epopée) que l'auteur lui a donné, 
est fort juste en grec où il signifie précisément uq 
poème écrit en vers héroïques, en vers hexamètres, 
que l'on appelle ear>) par excellence; mais, en fran- 
çois , poème épique , dit beaucoup trop ; et il eût été 
plus exact de traduire iTio'iûoii'ct par poème héioïijue. 
Le poème de M. Polyssoïs n'a point les qualités 
qui , selon les règles établies par les grands cri- 
tiques , constituent le poème épique. Un récit ra- 
pide , simple, sans nœud et sans épisodes, n'est 
pas un poème épique, parce qu'il est écrit en vers 
do six pieds, et que l'on y a introduit le mcrveil- 

(2) Voyez ad Ari$toe7tecum editor. prcefationet. 



Poésie. 359 

leux inutile de quelques divinités mythologiques 
dont l'emploi me semble même une espèce de con- 
tre-sens. On ne s'est jamais, je crois, avisé d'honorer 
du titre d'Epopées , ou Poèmes épiques , les poèmes 
de Coluthus, de Tryphiodore, de Musée. L'on re- 
fuse ce nom à la Pharsale de Lucain , l'un des 
plus beaux ouvrages poétiques qui nous restent de 
l'antiquité. L'cfcndue du plan, la richesse de la 
poésie, la sublimité des pensées, la magnificence 
des détails , et mille autres beautés de tous les 
genres répandus dans ce poème , n'ont pas suffi 
pour le faire placer au rang des épopées. Il me 
semble donc qu'à moins de réformer entièrement 
toute la poétique, il ne faut regarder l'ouvrage de 
M. Polyssoïs que comme un véritable poème héroï- 
que , et qu'il n'est pas plus un poème épique que 1* 
poème de Fontenoy de M. de Voltaire. 

Je disois tout-à-l'lieure que l'emploi des divinités 
mythologiques me sembiolt un contre-sens. Et en 
effet , quel est le but du merveilleux dans les poè- 
mes des anciens? D'augmenter l'admiration, la ter- 
reur, l'intérêt, ou toute autre espèce d'impression, 
en faisant intervenir, parmi les actions humaines, 
des divinités alors reconnues et objet du culte pu- 
blic. Mais aujourd'hui ce moyen est usé et totale- 
ment sans effet. Le merveilleux ne peut agir qu'au- 
tant qu'il a une sorte de vraisemblance, et que le 
lecteur peut éprouver un peu d'illusion. Autre- 
ment il est difficile de rien imaginer de plus fioid» 
et je dirai presque de plus ridicule que l'emploi 
d'un ressort qui ne met rien eu mouvement, e£ 

Z 4 



36o lÀltcioliire grecque. 

qui , au lieu d'anim.cr l'action , la rend languis- 
sante. Les esprits sont devenus trop philosophiques 
pour admettre, dans les poèmes sur des sujets en- 
tièrement modernes , le merveilleux des poèmes 
d'Homère et des antres anciens. C'est à l'imagina- 
tion des poêles à s'ouvrir maintenant, s'il est pos- 
sible , de nouvelles sources de merveilleux, et à se 
créer de nouvelles roules. Quel est le lecteur qui, 
lisant le récit d'événemens arrivés hier, et sous nos 
yeux, peut admettre rintervenlion de Jupiter et de 
Neptune, d'Apollon et de Minerve dans l'expédi- 
tion d'JEgypfe, les cainpngnes d'Italie et l'explosion 
<Iu 3 nivôse; l'esprit se refuse à de pareilles sup- 
positions. On est dans l'usage d'accorder beaucoup 
aux poètes; mais il ne faut cependant pas qu'ils exi- 
gent trop. Ce qu'il y a déplus extraordinaire encore, 
c'est que Minerve qui, dès la naissance du héros, 
et pour ainsi dire dès son baptême , est sa consfanle 
protectrice, et Je dirige dans ses entreprises, soit 
censée le diriger aussi dans le rétablissement du 
culte romain. Car M. Polyssoïs , parmi les actions 
de Bonaparte, n'a pas oublié une de celles qui lui 
font le plus d'honneur; et, quoique l'intervention 
de la déesse n'y soit pas formellement exprimée 
(et elle ne pouvoit pas létre), il n'y a point de 
raison pour ne pas l'y supposer tacitement : elle 
a paru dans les autres actions du héros; et si on 
l'exclut de celle-là, quelle est donc, dans ce poè- 
me, la suite et la marche des idées? Je ne pousserai 
pas plus loin le développement de ces principes, mais 
j'observerai qu'il résulte de cette seule circoastance 



Poésie. 26 1 

une preuve formelle de linconvenance absolue qu'il 
y a d'introduire les divinités payeiinrs dans les poè- 
mes modernes, et cet exemple suffit, je crois, pour 
justifier ce que Je disois plus haut, que leur emploi 
est un véritable contre-sens et un alliage bizarre 
d'images et d'idées qui s'excluent mulutllement. 

Je vais citer le passage où M. Polyssoïs a parlé 
du rétablissement du culte, parce qu'il me donnera 
occasion de faire une autre observation (p. 40. v. 9). 

ï>ititois Ki^iTola-t Z,'ÀS'ù)foi têi^ici r«?i^'nj». 

Ta^otç ÀotTfdyi}/ BioltjiTiit r 'iy\ua.Kt%iv , 
Jl» , (p£« , à.rac-êci\i>i /S^oréav f««"/ ariÇ^e» 'A O I K Î2 S, 
Taf ai Qiùio ys /«r^eîy àjnnnova? kl Tfxfoi^e 

Je ne relèverai pas toutes les inexactitudes de la 
version franc^oise : il faudroit qu'elle fût refaite, et 
dans ce passage, et dans tout le reste du poème. 
Je demanderai seulement à l'auleur quel est le sens 
de ce mot àoiicâs employé à la fin du sixième vers. 
11 s'en est encore servi dans le vers i5 de la page 10. 

Et, page 18, v. i3, il dit des Grecs: 
Mcsx^oij nf^aa-i ai;fa thox? o-KtTtiovTtç AOIKÎÏ^S. 

Dans ces trois endroits, ce mot est exactement 
écrit et accentué de même j ce qui m'empêche de 



362 LlUcraUirc grecque. 

croire qu'il y ait aucune faute d'impression, «o/k*?, 
avec l'accent sur Ja pénultième, Rignifieroit si/io 
domo 3 sans maison; ce qui, dans les passages ci- 
tés, ne présente aucun sens. Je ne vois pas d'où 
j)eut venir «o/xàf avec un circonflexe , ni ce qu'il 
peut vouloir dire. Il est probable (\VLk(si>uig est une 
iàute d'orlhograpbe occasionnée par l'ioliime per- 
pétuel de la prononciation moderne , et qu'il faut 
lire àftxSf. M. Polyssoïs croyolt qu'il existoit des 
exemples d'<i«/«»i? dans Homère. Mais il se trompoit- 
L.Ç mot «(«v, terroni^ doit s'écrire aiaj^ comme 
yaîrtv son primitif, et Ibrme un troclice , et c'est 
ainsi que l'auteur Temploie ea plusieurs endroits. 
Mais il en est d'autres où il fait un spondée d'«!<a» 
placé devant une voyelle, et l'accentue de cette 
manière «<«» : 
(p. lo, V. 17) 

Ç>)i/«« tf^' tt* çctatas-a W ' AIaN 'izylaTO Ke^irSy, 

(p. 12, V. 2) Tïci».Û5 

H K!j^tÎ;v yaa; àiiv lif AIAN âfc(pa'ya,'^aL.iv 

(p. 20,V. 3) 

M. Polyssois paroit avoir cru que !'« final dans 
ttîav étoit douteux, et qu'on pouvoil à volonté le 
faire long ou bref, et en changer l'accent, suivant 
la quantité qu'on lui donuoit 5 ce qui n'est nulle- 
ment permis. L'o: final , d;;n3 les nmns en «»«, est 
commun et non douteux, c'est- à - dire , qu'il y a 
des noms où il est bief, et d'autres où il est long. 
Dans 'ACi>v«i'« , s-iM'iàtU-) etc. il est toujours long y 



Poésie. 263 

tandis que dans MaTa, yaùct ^ etîct il est toujours bref- 
Euripides, dans Médée, v. Sa, et i38i. 

Quinlus Calaber, Para'.f'poraenes , T, v. 634. 

Oyê J[ «^ nrÇitri yxiet (pxvri y^iai) ttS i if^Jj «fv* 

A ces exemples qui suffisent, mais que je pourvois 
facilement multiplier , l'on peut ajouter fous ceux 
d'Homère qu'indiquera Je vocabulaire de Seberus, 
et ceux du fii^ror de M. Moiell. On sent assez que 
yoiia, et aia, étant le m^me n*ot , Ici exemples de l'un 
servent pour l'autre. — il lesulie de ce que je viens 
"de dire, et prouver, que, dans les trois vtrs de 
JNI. Polyssoïs, il y a , sur le mot «<«v , fauie de pro- 
sodie el faute d'accentuation. I-e j)reinicr pourroit 
]»eut-étre êire justifie par l'esprit fude de'lîï^ara; 
mais alors il resterolt toujours une faute dans l'ac- 
cent. Pour les deux autres, je ne vois pas de moyens 
de les excuser, car il n'y a ni césure ni esprit rude, 
à moins que M. Polyssoïs ne propose d'admettre la 
licence inadmissible de la pause; et encore y au- 
loit-il toujours faute contre l'accent, qui ne doit 
pas changer. — J'ai remarqué cette faute d'accen- 
tuation dans deux autres vers où aUi a la dernière 
longue par position. Page 14, v. 16. 

"Ci; c^i b» if ft' ê'iiïiy i-a a" I A N cm B'iimt' 

Dans ce vers, «îi.» fait un spondée par position; 
mais, quoique la dernière cesse d'être brève, M. 



364 Linéraliue grcc<jue. 

Polyssoïs n'en dovoit pas changer l'ac cent ; «(«» tro- 
chée de sa nature, comme «<«» spondée par posi- 
tion, gardent Je circonflexe. Je fais la même re- 
marque sur ]e vers 14, p. 28. 

Aurap Èsr A I AN, ?•£" , ïcev ctiraiilvi ùi^ici ^ix-,-!;TZf ^ 

oïl il faut écrire «ùrà:p y A TAN ÇiZ -Quoique 

cette observation n'ait pas besoin de preuve, ce- 
pendant, comme j'aime mieux qu'on me reproche 
i'exeès que le défaut d'exactitude, je citerai le se- 
cond vers de la Médée d'Eiiripidea, où aw spondée 
par position a l'accent circonflexe , 

Et de même y.-aM spondée dans les Phœniciennes , 
vers 635, lequel est un trochaïque létramèlre cata- 
lectique , 

Voyez encore le vers 3/ de l'Alceste, etc. 

II est un mot que l'imprimeur ne paroît pas avoir 
altéré, et dont je n'ai jamais vu d'exemple; au 
reste. Je serois phis disposé à m'accuser ici d'igno- 
rance, qu'à reprocher une faute à M. Polyssoïs, si 
quelques hellénistes, beaucovjp plus liabiles que moi 
à tous égards, n'eussent fait la même remarque. 
Ce mot se trouve p. 10, v. 1. 

Il est évident que vo est là par élision pour vo'«. 
Mais l'accusatif vi» est-il d'un grec pur? Eu existe- 



Poésie. 365 

t-il un seul exemple dans les auteurs dont la grécité 
peut faire autorité? On ne connoît , il me semble, 
que voov , ou la forme contractée mû». Cependant je 
ne nie pas qu'on puisse trouver yô» dans quelque 
auteur moderne ; car Astrampsychus a employé deux 
fois roW au génitif (p. 5). 

Et (p. 7). 

Tlfiyyi oiuv/iiç rtts nooç Ay« xCz^as, 

I! est à peu près certain que si l'on a dit voV au 
génitif, on a pu dire yd'i au datif, et conséquem- 
raent »«'« à l'accusatif, comme ;Kçoïy AiC^'î xi<>'' X^^'*- 
Mais si M. Polyssoïs n'a pour autorités que des 
<^crivains du mérite d'AstrampsycIuis , la critique 
que j'ai faite de l'emploi du mot vo'« ne m'en paroît 
pas moins fondée. 

J'élèverai encore une difficulté sur la quantité 
de Valpha dans les formes Coliques des génitifs en 
«a». Cet « est toujours long. C'est une règle géné- 
rale que M. Polyssoïs suit lui-même. C'est ainsi qu'il 
a fait un ionique mineur d'<Jf£T«»y, p. 8, v. 3 ; un 
bacchius de ^tâm^ p. 14, v. 16, etc. Tel est l'usage 
constant de tous les poètes. Mais il s'en est écarté 
une fois, dans le vers 4.*^ de la Dédicace à l'Insti- 
tut, où il a fait un ïambe de râm génitif /Eolique 
pour la forme commune tûv. 

■ ' "Vft/^ts ècf «vr< TA Î2N to «i^vu^' iviufcHç. 

tAù» est toujours long dans Homère, J'en ai recher- 



366 Lit l'en. 'are grecque. 

ché des exemples dans d';nitiTs poètes , et l'ai (on- 
jouis trouvé long. Si M. Polyssois veut justifier la 
qiianlité coninuine de rùan par le mot )ic-^tTk:irt r[\\\ 
est composé d'un ilactyle et d'un troclif^e, je crois 
que la preuve n'est pas satisfaisante ; car il n'y a 
pas la moindre analogie entre ces deux foi mes. Il 
ne suffit pas, pour établir parilé entre tes deux 
mots, qu'ils aient chacun un » devant Vu. Il est 
des mots dont le rapprotbemfnt et la comparai.^on 
seroient infiniirent plus plausibles, et qui ont ce- 
jîendant une quantité diffc:enfe. Ainsi vet^enii» fait 
Va. bref à la pénultième , taudis q e létu le fait 
long. Il est évident que puisque M. Polyssoïs auroit 
tort d'invoquer ^c^irka bref pour faire loéai également 
bref, quoique iâ.a et yc^noia soient des verbes de la 
même conjugaison , et aussi analogues cju'll est pos- 
sible de l'être, il peut, avec beaucoup moins de 
raison encore, se servir de la quantité de Kt/sra» 
pour établir cellfc de T«âi», ces deux, mots n'ayant 
pas ensemble le moindre rapport. 

J'ai remarqué une faute non moins grave dans le 
vers 6 de la page lo. 

L'auteur a pris ■sâs-an pour un ïambe, mais il est 
incontestable que la première dans ■ako'ctti est tou- 
jours longue. L'accent du nominatif ro«,- Ttâtra ir»* 
l'indique assez, et il ne faut qu'ouvrir les Poètes 
pour en trouver des exemples. 

Je ne crois pas plus régulier le vers 8 de la page 
j6, où "i(p£/^«y est placé comme dactyle. 



Poésie. 367 

A^ '&n avis 'ieiKTO 5c»ïa-l yi 'iÇhfiav Hpai, 

^içêifto» est un antl-bacchius. La seconde de ce mot 
est toujours longue. Tout le monde se souvient du 
3." vers de l'Iliade, 

Qiiintus Calaber I , v. 669 , 

L'on peut consulter, s'il restolt quelque doufe, le 
Vocabulaire de Morell , et l'Index d'flombie , qui 
n'a point terminé de vers par "l(pC/,Ka> «vJ'g?', quoique 
M. Polyssoïs, dont la mémoiie en cette occasion est 
peu fidelle , croye y avoir trouvé cet exemple. 

On m'a fait apercevoir dans le premier vers de la 
Dédicace, une faute qui m'avoit échappé, 11 est 
terminé par Wr»' èipm. Mais la pénultième dans 
cxfa» est brève, et par conséquent le mètre est dé- 
truit. Homer. Iliade IX, 827. 

' Av^^Tt ftufvifti)!®-' okfin iitx.it (jp(]i^ai, 

etc. 

Le vers 18 de la page 28, est terminé par l'ex- 
clamation <p£u, dont la prononciation désagréable 
achève de détruire l'harmonie de ce vers , cadencé 
d'ailleurs d'une manière peu heureuse. 

nùp J]^ ciKixficivJov i^tûtT «.TS allai Qu'h.yiyut , Çiu. 

Ce vers , prononcé suivant l'usage moderne , n'est 
pas lin des plus doux qu'il soit possible de lire. 
Peut-être l'auteur a-t-il cherché une sorte d'effet 



368 L'uiciature grecque. 

d'harmonie imitative. Qui Jubct aiucs aiuliètnll^ 
audiat. Pour moi , j'ii\ oue que je n'y trouve d'har- 
monie d'aucune fspècf. 

Dans cette même page , je lis dans une étendue 
de huit vers quatre fois ç>e3 et une fois fitto. 

La comparaison du héros avec le soleil, dont l'é- 
clat efface celui des astres , est répétée deux t'ois 
dans les mêmes fermes (p. 12, v. 17). 

(p. 42, V. 18). 

Le soleil a encore fourni une comparaison, p 38, 
V. 18. 

'Huti iVf««"' oTràÇti izr»[/'y<*(rfi iiMoi 'vj'fU?. 

Le héros du poème est désigné p. 8, v. 3, par 
l'épithète B-iÔtivkto» <Ïv«>i,«' âptT««». La même expres- 
sion est encore employée p. 42, v. n. 

Que résulte-t-il de cette critique que je pourvois 
très-facilement étendre davantage? Que le poème 
de M. Polyssoïs n'est pas un poème épique ; que , 
comme poème héroïque , il est loin d'être un chef- 
d'œuvre, et que nous n'avons point encore retrouvé 
Homère, quoiqu'en pense M. Gail (3). Mais il faut 

(5) M. Gall a mis k la tête du poème de M. Poljssoïs , iiae petit* 
épigiamme de quatre vers, où il dit, sans périphrase , que l'auteur est 
un outre Kornère , »!*(^ Ot'.ij^Çj hyperbole si exagérée que le 

convenir 



Poésie. 369 

convenir que, malgré ses nombreux défauts, cet 
ouvrage a le rare mérite d'être composé avec élé- 
gance et facilité dans une langue qu'il est aujour- 
d'hui extrêmement difficile de bien écrire. L'on 
doit avouer qu'il suppose dans l'auteur une étude 
très-approfondie de l'idiome, et beaucoup de talent 
poétique ; et il est très - sûr que s'il est fort peu 
d'hellénistes qui puissent admirer ce poème dans 
sa totalité , il en est encore moins qui puissent en 
composer un pareil. 

Comme il est juste de faire aussi la part de l'é- 
loge, après avoir fait celle de la critique, je citerai 
quelques morceaux qui m'ont paru d'un excellent 
ton de poésie, et d'abord le début que je trouve 
fort beau. 

'l'ifiivl^ KUTec. fiotfitv ùadtit ua-SFtr Hiihct t 

traducteur François s'est cru obligé de l'affoiblir , et n'a pas osé la 
tendre lilléralement. — De ces quatre vers de M. Gail , il en est au 
moins trois qu'il seroit aisé de critiquer. Je me bornerai à remarquer , 
pour ne pas ajouter une longue note à cet article déjà trop long , que , 
dans le second vers, fitft.liaa^ n'est pas un ionique mineur, comme 
l'a cru le savant professeur, mais un èpitrite second, pied qu'aucune 
espèce de combinaison ne peut faire entrer dans le vers hexamètre. La 
première dans fttfitie&nj et les dérivés, est toujours longue. Les Latins 
qui dans les mots qu'ils erapruntoient du grec conservoieni la quantité 
ia primitif, font également la première longue daus mimus et les 
formes dérivées. Ovide Trist. II, v. 497. 

Quid si scripsissem imitantes turpia mimos. Et v. 5x5 
Scribere si /as est imitantes turpia mimos. 

Voyez encore le vers 14 du prologue de Laberiu». ( Macrob. Satur, 
11, 7 ) , etc. 

Tome I. A a 



S70 Littéralure grecque. 

Efuefim lu/^oXTraii THfm t (Tso^yi* ciyetx.>ivlov ^ 
lïtifidat J/'vJ'à» f'iov cfiÇijv t' ixè^oft,' 'Oju,>îpis' 

Hi «'l' «V •A;ij«/o/î Jai»' Csà x(J/*\J/5* ■ tk^e ^ÉA |'f<)'. 
XewiTwi; KUfioi KÇ«K)V àoiàîtS i; Ça'ivu . Mas-ut^ 
XE<Ato- «iiÊuxEAaoEûrj ^iX^ (^tXoimX-zrof ivitr». 

Où «àîo» O^ l-pâl 0(0» jMO< iTtlTUfiU VjUVfït , 

Ml) wAeûvo» fznirZv ti t^ayli t-sraçio» aurai , 

Te» >(^^ 'Ouiifis Ç^'ti } T"' fVs j »w«7-' «» j ij «J'foiij ^«-«r. 

K. T, A. 

P. 8, V. 16, l'auteur a fait sur le nom de Bona- 
parte, un jeu de mots assez agréable, et dont le 
traducteur ne s'est pas même douté. 11 n'éloit pas, 
je l'avoue , facile de le bien rendre en françois. 

Ta» e\' èo&Aa» fto7fe» KciXig- Aïyto^aio ng^»«(>f, 

Moif à» àèavdTay Tt S'eS» ipctrttvov îovju , 

i2» y> z/t iiXxicâryi fi'ty' oynsiç dxXiiêila KÎItoÎç. 

On volt qu'il y a allusion entre le nom des par- 
ques MoUfuçet celui de Bonne par/ , Bonn parte ^ isixa 
fiaipa^ donné au héros, parce qu'il étoit aimé des 
parques. C'est un calemùoitrg , mais il est, en grec, 
ingénieux , et bien exprimé. 

Il y a de fort beaux vers dans le passage où le 
poète peint le dieu du Nil, elTrayé de l'arrivée des 
François (p. 18, v. 14). 

'O-vl^^E <J^£ raZr ifoet ;iiÇl'fop/i'ft^2^? fictfvTrayav 
^Evfla fiiT àyXctiav 'Suf^Çùv cet ùnv àiiasH' 



Poésie. . 2y r 

l'iV çiixroi uçict 7ropC« «i' AÏyvzrluô TaXaivijç 5 

'H'/" i^t/i^ffiiTU, Zivs ■Haïr cMa-et ye Ktfauvo7ç ; 

'H A<tv»o) iiKO» 5 '«4" 'AAsIav^^? iraxlyoçot , 

T3» xfag â<e» eirxE xaÉ* uirmtixs cripauvov ; x t A, 

Je voulois terminer ici ces citations; mais je 
transcrirai encore les vers où l'auteur parle des 
Grecs qui périrent dans les combats livrés en 
Egypte, parce qu'ils offrent un trait de caractère 
national , et prouvent combien le désir de recou- 
vrer leur ancienne liberté , est vif dans le cœur de 
ces Grecs, que quelquefois l'on représente comme 
des barbares qui n'ont plus ni génie ni sensibilité, 
(p. 18, V. 9). 

'H^t 1"' Axntâiv "Ttccioii ÉÇ>' iij-f/Avyii oXiKovlo , 

A/s» 5-((ri!-(e-tot; 01»' 'iêvi^iv kzntcra)) ctXKd^ j 

EX-aofiivot eiTiis Ktv £>iEu()£p(!jî ye Tup^ottv 

Mtcxfoi; èif^uTi à>;êèc tî'î^u,; Qy.izréovns 'A O î K îi" S. 

L'auteur malheureusement a été obligé de confier 
]a traduction Françoise de son poème à un homme 
qui ne savoit pas un mot de grec , et c{ui a traduit 
sur une version latine, si pourtant c'est traduire 
que de paraphraser, changer les idées, les altérer, 
les étendre. Dans une foule d'endroits, le traduc- 
teur n'a pas rendu les pensées de l'original ; dans 
une foule d'autres , il en a ajoutées qui ne sont qu'à 
]ui. Par exemple, page 21, on lit dans le texte 
françois : >■ Guidé par la déesse, ce guerrier, plus 

A a a 



3j2, , Litléralurc grecque. 

- intrépide que le lion, plus rapide que l'aigle, a 

- soumis l'Egypte entière à ses armes triomphan- 
■" tes. " — Le grec n'a pas un mot de cette com- 
paraison du lion et de l'aigle. Elle appartient tout- 
à-fait au traducteur. — A la page 33 , je lis : 
" Pallas , sur l'instant rivale d'Apollon , fut la 
.< cause de leurs défaites. » Sur Pinstaiil n'est pas 
François. Pour Vinstant est absolument trivial. Le 
mot exigé par le sens étoit alors, — Dans la dé- 
dicace à M."* Bonaparte, le second vers est écrit 
de cette manière : 

« Tel qu'on reconnut le don d'une déesse. :» 

L'imprimeur a probablement oublié une syllabe. — 
Mais en voilà assez , trop même sur cette foible 
traduction. 

M. Polyssoïs annonce qu'il a commencé un autre 
poème épique, intiulé la Galliade , où il décrira ea 
vers homériques les différentes circonstances de la 
révolution françoise; et il désire pouvoir faire bientôt 
ce présent aux amateurs de la poésie grecque. Pour 
moi, je l'engage très -sincèrement (et je souhaite 
que cet avis ne lui déplaise pas) à renoncer à ce 
projet , ou à se faire une autre manière que celle 
qu'il paroît avoir adoptée. Apollon , Jupiter et Nep- 
tune ne peuvent avoir de rôle sur une pareille 
scène, et il ne faut point, à de tels tableaux, 
d'ornemens si frivoles. C'est à l'histoire, c'est aux 
Tacites et aux Suétones futurs qu'il appartient de 
tracer, d'une plume sévère et véridique , pour l'in' 
îtrjiction et l'épouvante des hommes, ces tristcsl 



Poésie. 378 

annales. La poésie , selon moi , doit s'abstenir dt 
ces récits, à moins qu'il ne se rencontre quelque 
jioète doué du génie sombre et mélancolique de 
Lucain , ou de la verve fougueuse de Juvénal. 

BOISSONADE. 



I 



VARIETES, NOUVELLES 

E T 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRES. 



NOUVELLES ETRANGERES. 
Allemagne. 

Dresde, le 22 juin ( i5 prairial). 

Notre ville se distingue toujours par son amour 
pour les arts, qui y sont favorisés, non-seulement 
par notre superbe galerie des tableaux, mais encore 
par la protection particulière que leur accorde le 
gouvernement. Il y a ici à peu près i5o musiciens 
pensionnés par la cour ; nous possédons plus de 
400 peintres, sculpteurs et graveurs, dont la moi- 
tié est occupée pour la manufacture de porcelaine 
de Meissen. Clette quantité d'artistes , dans un pays 
où l'on vil à très-bon marché, facilite beaucoup les 

Aa 3 



374 



Nouvelles littéraires'. 



entreprises f[ui exigent leur concours. Tel est l'ou- 
vrage de M. le baron de Raknitz, sur le goût que 
les peuples les plus célèbres ont mis à décorer leurs 
appartemens. Chaque cahier de ce magnifique ou- 
vrage est accompagné de dessins eojoriés, supérieu- 
rement exécutés. L'auteur, qui occupe une charge 
considérable à la cour, est un des plus zélés pro- 
tecteurs des arts dans ce pays. 

L'exposition des tableaux de cette année a été 
très-nombreuse et très-brillante. On y auroit cepen- 
dant désiré en général plus de goût dans les plans, 
et surtout plus d'ensemble. 

L'électeur, qui se distingue par ses vertus mo- 
destes, et par la bonté de son administration , a 
il"espiit très-cultivé; tous les dimanches son biblio- 
thécaire , le célèbre grammairien Adelung lui pré- 
sente les nouveautés littéraires, et retire les ou- 
vrages que l'électeur a lus ; le prince en porte 
souvent les jugemens les plus sages e>t les mieux 
motivés; il aime surtout beaucoup la botanique, et 
son étonnante mémoire recueille et conserve avec 
une facilité extraordinaire tous les termes techni- 
ques et les noms des plantes. La ville de Pilnitz , 
dont les politiques ont tant parlé il y a quelques 
années, est devenue aujourd'hui le sanctuaire des 
botanistes, grâce à un jardin magnifique qui contient 
les plantes les plus rares et les plus célèbres de toutes, 
les parties du monde , etc. 



Noiwelles Illtéraires. SyS 

DUSSELDORF. 

Les travaux pour la restauration de la galerie 
électorale sont achevés; déjà on a commencé à y 
replacer les chef- d'œuvres qui y ont ait ré, pen- 
dant tant d'années, des curieux de toutes les par- 
lies de l'Europe. 

PÉTERSBOURG. 

Le célèbre cabinet du prince de Strozzi , acheté 
à Florence pour le compte de l'empereur des Rus- 
sies , a , dit-on , élé payé 18,000 ducats. 

Angleterre. 

Extrait cïune lettre de M. Behschel au C. Mecbain, 
de l'Institut national , directeur de C Observatoire de 
Paris. 

Slough , 32 mai 1802. 

Au sujet des deux corps célestes qu*on a 

dernièrement découverts, je vous donnerai un pré- 
cis des observations que j'ai faites. 

Dans un mémoire , lu à la Société royale de Lon- 
dres, les 6 et i3 de ce mois. J'indique, très en dé- 
tail , les mesures que j'ai prises du diamètre de ces 
étoiles, et je ciois avoir prouvé que celui de Cérès , 
vu de la terre , le 22 avril , n'avoil que o",2i6 ; ei que 
celui de Pi.il/us, d'après une mesure assez bonne, 
avoit o",i7; mais, d'après une autre encore plus 
exacte, seulement o",r3. 

En calculant sur ces données ," et autant que 
noi^s le permet la connoissance encore imparfaite 

Aa 4 



Syô Nouvelles littéraires] 

que nous avons des oibites de ces astres, j'ai trouvé 
que le diamètre de Cérès est à peu près de 162 milles 
anglois (i), et que celui de PaUas ne va qu'à 70. 

Je fais voir, par toutes mes observations, qu'on 
ne peut pas mettre ces corps au rang des planètes, 
tant à cause de leur petitesse, que parce qu'ils sont 
hors du zodiaque; et, comme je prouve de même 
qu'ils ne sont pas des comètes, il s'ensuit qu'on doit 
les regarder comme d'une espèce intermédiaire en- 
tre les comètes et les planâtes „ qui nous a éié in- 
connue jusqu'à présent, et qui demande un nom 
particulier. Comme ils ont de la ressemblance avec 
les petites étoiles, dont on a peine à les distinguer, 
même avec de bons télescopes, je les ai appelés des 
astéroïdes. 

Voici la définition que je donne de ce root : 
<> Les astéroïdes sont des petits corps célestes, 
« qui font leurs révolutions autour du soleil, dans 
» des ellipses plus ou moins excentriques, et dont 
" le plan pourra être incliné à l'écliptique dans un 
■■ angle quelconque. Leur mouvement pourra être 
" direct ou rétrograde. Ils auront ou n'auront pas 
" des atmosphères considérables, de petits comas, 
« des disques ou des noyaux. » 

Vous voyez, monsieur, que cette définition nous 
laisse une grande latitude, et qu'en admettant les 
trois espèces de corps célestes , les planètes , les 
astéroïdes, les comètes, nous aurons plus de faci- 

(1) M. Schrotier , de L!lienlti.il , a trouvé arec des télescopes sem- 
Mablcs à celui d'Herschel , le diamètre de Cérès de Sag m lies géogra- 
phiques ou o^ôoS du diatnèire de la terre. 



Nouvelles liltêraireS^. S77 

lltë à classer les découvertes que l'on pourra faire 
à l'avenir. 

J'ai toujours l'espoir de pouvoir vous témoigner 
personnellement, d'ici à quelques mois, la haute 
estime et rattachement avec lesquels je suis, etc. 

W. Herschel. 

Italie. 

Milan , le a juin tSoa (an i). 

Il est arrivé ici plusieurs caisses remplies de ma- 
chines précieuses, qui sont de l'invention et la pro- 
priété de l'habile Morosi, professeur de mécanique 
dans l'université de Brescia. Une de ces machines 
sert à battre, à carder et à filer le coton pour le 
réduire à une finesse presque imperceptible. Des 
enfans depuis trois jusqu'à quatorze ans suffisent à 
ce travail. 

Une autre exécute sur le métier trois bas de soie 
à la fois, et forme la maille aussi parfaite que celle 
dont se vantent les Anglois. 

La troisième , qui est mise en mouvement par l'eau , 
sert à faire toute sorte dé rubans. Quelques petites 
filles peuvent, avec ctiie machine, en faire plu- 
sieurs milliers de brasses dans un jour , et elle a cela 
de particulier, c'est que si un seul fil vient à se 
rompre, le mouvement s'arrête aussitôt. C'est aux 
soins et au génie actif de notre vice-président que 
l'on devra de posséder ces établlssemens si précieux 
pour notre commerce. 

Il a été procédé, le 5 juin , au jugement des ta- 



SyS Nouvelles littéraires^ 

bleaux de l'exposition publique qui ont concouru 
pour le prix proposé par le programme du 7 ger- 
minal an IX. Le prix a été adjugé au C. J. Bossi , se- 
crétaire de l'Académie, des beaux-arts de Brera. Les 
juges ont ensuile décerné des encouragemens aux 
auteurs des autres tableaux qu'ils avoient le plus 
particulièrement distingués. 

Piémont. 

Turin , le 3o mai ( 10 prairial ). 

L'ouverture solennelle de l'école véiérinaire de 
cette ville, a eu lieu le 11 de ce mois; vingi-un 
élèves, pris dans chacun des anondissemens qui 
composent la 27." division militaire, y seront en- 
tretenus aux frais du gouvernement. Ils porteront 
un uniforme. Ces élèves ont déjà subi un examen 
public dans leur déparlement. Le local du Valeulin, 
destiné à cet établissement, ofFie toutes les com- 
modités possibles pour un nombreux pensionnat. 
Toutes les mesures ont été prises par le comité 
d'instruction publique pour assurer aux pension- 
naires qui voudroient y être admis, la nouiritaire 
et les moyens d'entretien à un prix très-modique. 

FRANCE. 

Versailles. 

La Société d'Agriculture du département de Seine 
et Oise séante à Versailles , a tenu le 24 prairial 
«ne séance pubVique : voici quel a été l'ordre des 
J«(?turcs. 



Nouvelles littéraires. 879 

Discours du président ( le C. Andrieu ). 

Compte rendu des travaux de l'année , par le 
C. DuCHESNE , secrétaire. 

Sur les mœurs de la Taupe , par le C. Cadet- 
De-Vaux. 

Sur les Charrues usitées dans Je département de 
Seine et Oisô, par le C. Challan. 

Succès de la culture du mais dans le département , 
par le C. Lussy. 

Nouveaux résultats de la vaccination , par le C. 
Voisin. 

Notice sur les principales variétés de pommes de 
terre , par le C. Richard. 

Utilité des observations météorologiques , par le 
C. Caron, 

Influences de la morale des villes sur la pros- 
périté des campagnes , par le C, Briere , secrétaire. 

Sur les effets qu'on peut attendre de la greffe , 
par le C. Duchesne , secrétaire. 

E*apport sur la nouvelle traduction de la richesse 
des nations , avec notes de G. GarnieR , par le 
C. Challan. 

Nantes. 

Séance publique de l'Institut départemental 
de la Loire- Inférieure. 

Le 20 germinal an 10, l'Institut départemental 
de la Loire-Inférieure s'etant réuni dans la grande 
salle de la Préfecture, le C. Letourneur, préfet 
du déparlcqient , et président dç cette société, a 



28(3 Nouvelles Uttéraîresi 

ouvert la séance par un discours sur les avantages 
que les principes du gouvernement actuel promettent 
aux sciences et aux lettres. 

Après ce discours , le C. Renou , secrétaire gé- 
néral de l'Institut , a fait le rapport des travaux de 
l'Institut. 

•• Les mathématiques et la mécaniqfie, qui en est 
« tme application , y occupent le premier rang j et 
•' je vais vous indiquer rapidement , a dit le rappor-i 
•• teur, les travaux qui vous ont été offerts en ce 
" genre ; un mémoire par le C. Baret , sur les 
>< corrections à faire à la latitude estimée, et sur 
« la direction des distances apparentes en distances 
" vraies ; deux mémoires par le C. Degay , l'un sur 
« les phares , et l'autre sur la navigation de la Loire ; 
" un du C. Desmolons , sur les jaugeages. Joignez 
" à cela les travaux du C. Levrault, sur un nou- 
•• veau moteur et sur le modèle d'une balance d'essai j 
« ceux du C. AntHénas, sur une machine propre 
" à élever l'eau d'un puits , à tous les étages d'une 
« maison , et sur la construction d'une échelle dont 
>• le modèle vous a été présenté, et qui, quoique 
•« simple , est très-propre à secourir des personnes 
■• renfermées aux étages élevés d'une maison incen- 
" diée ; ceux du C. DesriVAS , sur un moyen in- 
« génieux d'élever l'eau et de l'employer au mou- 
« vemeat d'une roue ; ceux du C. Bonnard , sur le 
» plan ( qui a été mis sous vos yeux) d'un moulin à 
« vent, à ailes horizontales, dont le mouvement 
" seroit plus constant, et la construction moins 
" dispendieuse que celle des moulins ordinaires : 



Nouvelles lllléraiies. 38 1 

« vous demeurerez convaincus que cette première 
M partie des sciences n'a point été négligée parmi 
« ivous. 

H La physique, ]a chymie et l'histoire naturelle, 

■ ont été également l'objet des travaux de plusieurs 
«• de vos membres. Le C. Lasnier vous a donné 
« lecture d'un mémoire sur l'aréomètre. LeC. Athé- 
« NAS vous a entretenus plusieurs fois de la topo- 
« graphie et de la minéralogie de ce département ; 
« vous lui devez un mémoire sur une nouvelle tour- 

■ bière , un autre sur les carrières de pierre à chaux , 
« un autre enfin sur un moyen de perfectionner 
« les fourneaux de réverbère ; le C. DuBUissoir 
•• vous a offert un catalogue, de son cabinet d'his- 
«• toire naturelle ; le C. Hectot vous a présenté 
« un tableau des classes et des genres de Linné, et 
" a donné lecture d'un mémoire sur une filasse qu'on 
« peut tirer de la guimauve , et qu'il présume pou- 
» voir être avantageusement employée. Il vous a été 
« lu par le C Tréluyer un mémoire sur les nou- 
" velles découvertes en chymie , un autre par le C. 
<• Desrivas, sur la vision et la lumière; un par 
•• le C. Fourré, sur le caloiique et la cause de 
•« son développement dans les corps; le C. Dabit 
« vous en a lu deux , un sur la théorie de la for- 
« raation de l'éther , l'autre sur les acides acéti- 
" des et acéteux ; les CC. Hkctot et DucoM- 
•' MUN , vous ont présenté un mémohe sur une 
« source d'eau minérale, nouvellement découverte 
" par l'un d'eux ; cette eau minérale , dont plusieurs 
« personnes ont déjà éprouvé les heureux effets , est 



SSa Nouvelles Huéraires. 

M très-voisine de la ville. Le C. Darbefeuille A 

« mis sous vos yeux les expériences récentes du galva- 

• nisme, et le C. Huet , opticien , a répété devint 
« vous celle 'de la pile galvanique de Volta. 

■• Le C. Tréluyer vous a lu un mémoire sur 
M la médecine topique; dans un autre, il a réfuté 
" une topographie médicale très-fautive de la ville 
" de Nantes j il vous a aussi fait part de deux ob- 
<• servations pratiques très-intéressantes, l'une sur 
- une paralysie du côté droit, suite d'une très-lé- 
" gère blessure à la paupière du côté gauche , l'autre 
" sur un cas particulier de surdité; le C. DuCHESNE 
i< vous a lu aussi une observation sur une crise heu- 
« reusa qui a terminé Aine hydropisie,le C. Freteau 
« un mémoire sur les symptômes caractéristiques 
« qui établissent la différence entre la petite vérole 
« volanle et la vraie petite vérole, maladies très- 
« distinctes et que beaucoup de gens s'obstinent à 
•« confondre. 

•' Les considératioHs sur les maladies épiclémiqnes 
« ont toujours tenu un rang éminent dans la science 

• médicale. Plusieurs de vos membres ont en con- 
« séquence dirigé leurs vues vers cet objet. Le C. 
«« Trélcyer a lu un mémoire sur la peste, dans 
« lequel il a considéré celte maladie sous le rap- 
« port historique et sous le rapport pratique. Assez 
« heureuse pour ne point voir naître dans son sein 
« ce fléau destructeur, la France n'en doit pas moins 
«' prendre de sévères précautions pour le tenir cons- 
" tamment éloigné. C'est ici la place où je dois vous 
« rappeler le mémoire du C. Blin , sur l'épidémie 



Nouvelles littéraires. 383 

« de Cadix ; intéressant par la manière même dont 
•< l'objet y est traité, il Je fut surtout dans les 
«« circonstances , parce qu'indiquant avec justesse 
«« la nature du mal , il put , sans inspirer uije im- 
« prudente sécurité, dissiper It-s te,rreurs et faire 
« naître une confiance raisonnée. Ce fut dans ce même 
" temps que le C. Darbefeuille vous donna lec- 
■ ture de l'instruction qu'il faisoit passer aux ofE- 

• ciers de santé placés à bord du slalionnaire que 
« la sollicitude du bien public avoit fait établir pour 

• visiter les bâiimens qui viendroient des parages 
« infectés. 

« Outre un grand nombre de rapports faits de 

• vive voix par les membres de ce comité, les CC. 
" Ui-LiAC et Darbefeuille vous ont présenté, sur 
« ce point , des travaux particuliers ; vous avez ainsi 
<• fait tout ce qui étoit en vous pour propager les 
" avantages de cette découverte merveilleuse. 

«' Dans le plan qui vous fut présenté , de même 

• que dans la division le plus communément ad- 
" mise, les sciences morales et politiques tiennent 
" le second rang. 

■ Le C. Molles a traité , dans un discours dont 
" il vous a donné lecture , de la nécessité qu'il avoit 
" de s'occuper des mœurs dans un état civilisé , et 
" il a proposé d'examineT quels étoient les plus doux 
" et les plus efficaces moyens de les améliorer ou de 
" les conserver; le C. Lai'OTPe aîné , vous a fait 
" connoître, dans un extrait raisonné, le nouveau 
" système de philosophie de Kaat , système dont 

• l'influence est déjà fortement sentie dan* plusieurs 



384 IVouvelles liltéiaires. 

" états; le C. Mosneron vous a lu un essai ser- 
H vant de préface à une vie du législateur des chré- 
" tiens, qu'il se propose de publier. Les détails ad- 
• minislratifs ne vous ont point échappé : le C. De- 
•• GUAY vous a offert un mémoire sur l'administra- 
•• tion delà marine; le C. François , capitaine, 
w vous en a offert un sur la navigation et le com- 
« merce , et les encouragemens dont ils ont besoin ; 
" iil vous en a été présenté uu sur le même objet par 
■ le C. ViLLERS , directeur des douanes. Il vous 
« a été lu un mémoire du C. Cavoleau, membre 
" associé, sur la manière d'arrêter les ravages des 
« campagnoles , animaux destructeurs des produc- 
5« tions végétales. Le C. Huet vous a fait part d'an 
" travail où est justement appréciée la différence 
u d'influence politique, entre la religion des anciens 
« et celle des modernes. Le C. DeGAY , dans un 
" discours d'introduction , a parlé de l'influence 
n mutuelle du savoir et de l'art de gouverner. 

« Il vous a été présenté , sur l'ouvrage du C. 
« Roche, un rapport dans lequel les CC. Poirier, 
•« Chef-de-Houx et Bonnard ont montré que la 
•■ métbode et la clarté de la diction rendent faciles 
« à saisir les préceptes abstraits de la grammaire. 
•■ Le C Laennec vous a lu un travail dans lequel 
« il s'est montré le partisan de la solide instruction^ 
•< et le défenseur des établissemens où on la peut 
<■ puiser. Le C. Peccot vous a donné lecture d'une 
«• notice sur le C. Floch , un de vos membres, qui 
•< périt aux champs de Hohen-Linden, jeune homme 
«• recommandable par son savoir et ses vertus , et 

« qui 



A^oin'cUcs litléraircs. 385 

ijui ne fut arrêté dans la carrière brillante (ju'II 

<> eût pu fournir, que par une infortune glorieuse. 

<■ D'aimables littérateurs, cultivant le channp de la 

I. poésie, vous ont fourni d'agréables délassemens ; 

1. le C.Henri Bouteiller vous a fait lecture d'un 

<« petit poème et d'une épître en vers , où vous avez 

•■ reconnu ce qui fait le mérite de ce genre , l'a- 

" niénité des idées et la grâce métrique ; le C. Cbarles 

" Bouteiller vous a lu deux romances, dans les- 

" quelles régnoit une douce sensibilité ; le C. Mahot 

« vous a présenté en votre langue des odes traduites 

" d'Anacréon , où il a su conserver une partie des 

<■ beautés du poète grec; le C. Blanchard vous 

" a lu quelques poésies fagitives , d'un genre vif el; 

« gracieux; il vous a aussi fait l'homma^ge d'une ode 

•■ où, d'un ton plus élevé, il déploroit et tâchoifc 

« d'écarter les malheurs de la guerre civile. Les arts 

" qui, quoique séparés de la science, exigent tant 

« de talens de celui qui veut y réussir , ont aussi 

<• trouvé leur place dans vos travaux; le C. Crucy 

M vous a présenté un projet dans lequel il indiquoit: 

« un parti avantageux à tirer des morceaux de sculp- 

•• ture , formant l'ancien tombeau des ducs de Bre- 

X tagne , placé dans l'église des Carmes (i). 

Le rapport sur les travaux de l'Institut départe- 
mental a été suivi d'un discours dans lequel le C- 
Tréhjyer , docteur-médecin , a traité de l'utilité 
des associations savantes. 
1 

( ) Le parli le plus avantageux seroit de conserver le tombeau tel 
iju'il est; car c'est un des plus précieux monumens pour l'histoire d* 
l'art , et ce seroit une profanation d'y toucher. A. L. M, 
Tome I. B b 



386 Nouvelles Ultéraires, 

Le C. AthÉnaS a lu rnsuite un e^sai sur la mi- 
néralogie du département de la Loire-Tnférieiire. Il a 
prouvé qtie <ou(e la ci-devanl Bretagne, une partie 
de la Vendée, de Maine et Loire , de la Mayenne 
et du Calvados, étoient de première et seconde for- 
mation , et parsennés d'une infiniment petite quan- 
tité de pics calcaires. La ligne qui sépare ce pays 
granilique et schisteux de la zone purement cal- 
caire, passeroit, en partant du golfe de Gascogne 
pour rejoindre la Manche , par Pornic, Machecoul 
et Bouin , Salertaine, entre les Sables-d'Olonne et 
Luçon , à Saint - Vincent , entre Saint - Fulgent et 
Chanlaunoy, Bressuire , Doué, Brissac , Suette , 
au-de'à d'Angers, Sablé, Mayenne et Caen. 

Il a ensv.ite présenté les divers échantillons des 
richesses minéralogiqucs de noire département qu'ij 
a eu occasion de rcconuoître dans ses voyages. Nous 
re parlerons que de ceux qui sont d'une utilité dî- 
tccle pour l'agriculture et les arts. Les principaux 
sont : i.° des pierres calcaires d'Ancenis, de Saffré, 
du Pin, de Mésanger , d'Erbray, de Bcrgon , entre 
Ponichâleau et la Roche -Bernard ; enfin, de Ma- 
checoul, de Bouin , de Pornic et des Cléons , près 
la Chapelle- Heulon. Le C. Alhénas est le premier 
qui ait découvert les bancs calcaiies de ces quatre 
derniers endiotts ; ils sont de la plus grande im- 
portance pour l'amélioration de l'agriculture de 
•njfre tU'p.'renirni , soit qu'on emploie ces matière» 
dans leur état naturel , sous forme de détritus , ou 
ajuèi avoir été réduites en chaux par l'action du 
feu. 



NoiH't'îIes Ultcraires. 887 

a." Le quartz vitreux , propre à la fabrication des 
J)lus beaux verres; il se trouve daas presque tout le 
département; principalement dans les champs de la 
commune de Mauves, auprès de l'arche Gobert , 
sur le chemin de Paris. 11 y a aussi dans cet endrait 
des cryslaux de quartz, que l'on connoît dans le 
coinnicr'e, quand ils sont polis, sous le nom de 
diamans d'Altrçon; et à l'entrée de la route de 
Vannes, du quartz rougeâtre , parsemé ù^t mica , 
iet connu sous le nom à'iuenturine. Il reçoit sur la 
roue du lapidaire un beau poli , et on en fait de jolis 
bijoux. 

3.° Le feld - spath ou petuntzé des Chinois, qui 
entre dans la composition de la porcelaine. Il y 
en a des filons, vis-à-vis la préfecture, et à Bar- 
bln , etc. 

4."^ Le laçlin des Chinois, ou ferre à porcelaine; 
on en trouve abondamment dans tout le départe- 
ment. Les plus beaux bancs sont près l'arche de 
Mauves, à Castouillet près le Croisic, et à Saint- 
Etienne-de-Montluc. 

5.** Le trapp des Suédois , ou pierre de Corne , 
sur le boid de la mer, à la pointe de Piriac. Il se 
fond au feu de verrerie, ca un verre noirâtre, dont^ 
on l'ait des bouteilles. 'f 

6." Des argiles de toutes espèces, savoir, celle 
de Vue , dont on fait les meilleures briques; l'ar- 
• gile micacée d'Herbignac , entre Guerande et la 
Roche-Bernarti , dont on fait une très-jolie poterie ; 
celle des Landelles, commune d'Eibray , près. Châ- 
teaubriant , dont on fabrique les pots cuits en graii , 

Bb 2 



388 Nouvelles littéraires, 

dans lesquels on nous apporte le bemre ; une aufre 
argile de la commune du Grand- Auveiné, d'une 
grande blancheur, de la nature des smecliles, ou 
terres savonneuses , connue sous le nom de lerre à 
Jiipe', l'argile de Montebert, connue dans l'art de 
la verrerie , pour la construction de ses four- 
neaux. 

7." L'ardoise exploitée à Moisdon- la-Rivière, à 
Guém(^né-Painfaut , et sur les bords du Don et de 
la Vilaine. 

8.* Les mines dé fer limoneuses des environs de 
Châfeaubriant , et une autre découverte par le C. 
Atht'nas, en face du château de Lavaugour, com- 
mune de Mauves; ainsi que celle de pirytes ferru* 
gineuscs de l'iie de Noirmoutier, dont on pourroit 
fal)iiqucr de la couperose vcrie ; enfin, une mine 
d'aimant , à la pointe de la Ville-ès-Martin , sur la 
rive droite de l'embotichiire de la Loire. 

9." Les mines de charbons de terre de LanghieQ 
près Nort, et celle de Monlrelais près d'Ingrande. 

Le C. Athéuas a terminé son mémoire en indi- 
tjuant les moyens propres à perfectionner les dé*- 
couvertes minéralogiques de notre département ^ 
et à propager l'étude de cettfc science , surtout par 
l'acquisition d'un cabinet d'histoire naturelle, à 
laquelle le citoyen préfet met, auprès du gouycrne- 
i]B'ët)it,vtout le zèle et la persévérance digne d'un si 
beau- projet. 

< Ce nrtémoire a été éliiii d'un autre pAt le C. Da* 
B'ïT , relatif à quelques recherches sur nn nouvel 
état de l'acide sulfurique, et sur quelques-unes de 



Non celles Ulléraires. 3^9 

ses combinaisons, faisant suite à son Essai sur la 
théorie de IVther. 

le C. Dabit , dans son Essai sur la théorie de 
l'éther, avoit avancé que l'acide sulfurique poiivoit 
perdre une portion de son oxygène, sans pour cela 
passer à l'état d\icide sulfureux , et qu'une partie 
de celui qui avoit servi à la préparation de l'éllier, 
étoit réduite à cet état ; mais il avoit négligé de 
démontrer l'existence de ce nouvel acide. 

Il se propose, dans le mémoire que nous analy- 
sons, de remplir cette lacune, et de prouver que ce 
nouvel acide qu'il a dit devoir se former pendant 
la préparation de l'éther, existe réellement dans le 
résidu de Péther sulfurujue. 

D'abord il s'occupe des moyens de pouvoir séparer 
ce nouvel acide, du sulfurique, et les carbonates de 
chaux et de baryte lui ont paru propres à remplir 
ce but. Ayant en conséquence saturé du résidu d'é- 
ther sulfurique avec du carbonate de chaux , ayant 
filtré et mis à évaporer, il a obtenu un sel diffé- 
rent du sulfate de chaux ordiraire, crysJallisé co 
partie en -paraHél'pii-ides , ay;inf un peu de saveur, 
se dissolvant dans en\i.on crni paitits ù'eau fioide^ 
l'eau bouillante en dissout un peu pins. 

Le C. Dabit , après s'être assuré par «liflerente» 
expériences, consignées dan* son n.émoiie, que l'a- 
cide qui constitue ce sel n'é(o'l point l'aide si l'u- 
rique , mais bien une modification, sVctupe en-^ 
«u'te des moyens de prouver que ce nouvel acide 
contient en effet, comme il l'avoit avancé, moins 
d'oxygène que l'acide sulfurique , et il rie à l'appui 

Bb 3 



3qo Nouvelles littéraires. 

de son opinion deux eypériences. Nous nous con- 
tenterons de rapporter la suivante, qui nous paroît 
décisive. 

Ayant mêlé dans une dissolution de ce sel du gaz 
oxygène , el l'ayant laissé quelque temps en contact , 
il s'est formé un précipilé que le C. Dabit a reconnu 
po'ir du sulfate de chaux. 

11 examine ensuite ks sels que cet acide forme avec 
différentes bases. 

Combiné avec la barite, la potasse, la soude et 
l'ammoniaque , il a donné des sels différens, et plus 
solubles que ceux que l'acide sulfuriqne forme avec 
les mêmes bases. 

Les affinités de cet acide ont paru au C Dabit, 
être à peu près les mêmes que celles de l'acide sul- 
furiqne." 

Ce rhymiste termine son mémoire en proposant 
de nommer ce nouvel acide , acide sulfureux oxy- 
géné , et ses différentes combinaisons des sulfites 
oxygénés. 

Le C. Tret£AU a lu ensuite des observations 
ijur les accidens exi m ordinaires résutlans d'un coup, 
de feu. 

Dans une dissertation sur Voljanus , Dieu parti- 
culier à la ville de Nantes, destinée à faire partie 
de l'histoire des antiquités du département de \a 
Loire-Inférieure, le C. Richard Jeune commence par 
examiner les causes de la rareté des monumens ro- 
mains dans cette partie des Gaules ; il les trouve 
dans l'éloignement du centre des arts et de l'empire, 
dans la nature des riiatériaux que le sol fournit , dans 



Nouvelles littéraires. 891 

Its ravages du temps et de l'ignorance plus destruc- 
tive encore. 

II présente ensuife en peu de rrols, l'iiistoire de 
la découverte de l'inscription en l'honneur de Vol- 
jaillis , placée dans la luaison commune; en fait 
seniir l'importance et en donne l'explication, de la- 
(juelle il résulte que , dans les temps les plus anciens, 
Nantes éloit le centre du commerce maritime de ces 
contrées, et que le dieu Voijamts en étoit le pro- 
tecteur spécial. 11 discute aussi et prouve l'autiien- 
ticité d'une médaille antique, où Voljanus ou Bul~ 
janiis est représenté avec divers attributs (2) ; et il 
s'est attaché à rassembler tous les monumtns, tra- 
ditions, ou passages d'anciens auteurs qui peuvent 
s'y rapporter. Recherchant quel étoit ce dieu Vol~ 
jaillis , il rappelle et réfute brièvement les opinions 
des divers savans , dont les uns l'ont pris pour Bj- 
Ifiius ou ^e Soleil , et les autres l'ont conron<lu avec 
Mercure ou avec Vulcain. Si l'opinion qu'adop'. e le 
C. Richard n'c.^t pas entièrement uouvt-lle quant 
au fond , elle l'est devenue quant à la forme et au 
sysième de preuves qi'il développe à l'appui. 

11 pense donc que Voljanus étoit un de ces dieux 
Topiques , si multipliés dans les Gaules, et que ces 
dieux Topiijues , ne différant point essenlielJeœeut 
des autres giands dieux du paj^anisme, mais se>jle- 

(2) J'avoiip fjiie j'igaore siif quellp médaille le dieu Voljanus a pu 
être représenit ; il n'en reste pas des |)cjj)lés qui habiloienl Nantes. 
Les plus voisins dont jious ayons des médailles , sont les j^ude^^avi , 
les habitans d'Angeis; et l«ut type n'a rien de lelaiif au dieu Vol- 
janus. A. L. M. 

. Bb 4 



S92 Nouvelles lîltéraîres. 

ment par quelques attributs et un surnom jiaiti- 
culier, le Voljanus des Gaulois n'étoit que le monde 
déifit?, c'est-à-dire , le même que le Janus des an- 
ciens étrusques, dont la religion lui offre bien des 
traits de ressemblance avec le druidisnie. En effet, 
c'est ce qu'il établit par l'analyse des athibuts qui 
caractérisent Voljanus : tels sont la tête à quatre 
faces, les s^boles des quatre élémons qui compo- 
sent l'univers, et surfout le globe, type employé 
constamment pour désigner le monde. 11 conjetluie 
même que les anciens Gaulois, ignorans dans la 
sculpture et dans les arts, employoient ce globe 
seulement , pour représenier Voljavus , dans le temps 
où une épée leur servoit pour désigner Mars , une 
colonne Mercure , un chêne Jupiter (5). En appro- 
fondissant les mystères du culte de Janus qiuidri- 
fons ou Janus orbis , le premier des dieux étrusques, 
d'après Macrobe^ Varroii , Oiide et saint Yiuffuslin , 
on découvre aussi qu'il n'est que le monde et l'an- 
née personnifiés, qu'il présidoitaux quatre élémens , 
et que, dans le principe, il fut représenté par un 
simple globe , sans aucune forme humaine. 

Tune ego qui faeram globiis et sine imagine moles y 
In faciem redii 'iii^igna(jue membra Deo. 

(Ovide). 

Voilà pourquoi il se nommoit Voljanus ou Bul- 
jaAu'èi'nom formé de celui de Janus , et du radical 

(3) A cette époque, les Gaulois n'adoroient encore ni Mais , ni 
Mercure, ni Jupiter, qui sont des divinités grecques dont ils ont reçu 
le culte des Roraair.s après la conqiiéle. A. L. M. 



Nouvelles littéraires. 893 

rot ou Bol, qui, en celtique, signifie une boule 
ou un globe , et se retrouve dans plus de cinquante 
dt'rivés, exprimant des idées analogues, c'est-à-dire, 
Jaiiis orbis. Au reste, l'auteur aperçoit de sembla- 
bles associations d'un mot celtique et d'un mot latin, 
dans les noms de plusieurs autres dieux celtiques , tels 
que Bemih/cjouis , Belctucadms , Aarduanna (4), etc. 
Il leraarque que le globe, symbole de Voijunus , est 
figuré sur des médailles antiques, frappées à Nan- 
tes (5) , et que le navire, autre attribut de Janus , 
est resté dans les armoiries propres à cette ville ; 
parce que les types qui distinguent sur les médailles 
les villes des Gaules, sont le plus souvent empruntés 
des objets de leur culte , et que ces types ont sou- 
vent passé ensuite dans les armes adoptées par elles: 
ce dont il est plusieurs exemples. 

Les lettres alpha , nu et oméga , placées à côté de 
l'image de Boljanus , étoient la première, la lettre 
du milieu et la dernière de l'alphabet grec , et in- 
diquoient qu'il étoit regardé comme le commence- 
ment, le milieu et la fin de tout, de même que 
Janus. D'anciennes médailles gauloises retracent cet 
alpha et cet oméga mystiques, et un pareil mélange 
des caractères grecs et romains. 

Les douze druides qui desservoient le temple de 
Voijunus^ sont analogues aux douze autels qu'à 

(4) Quelles sont donc ces médailles antiques frajpces à Nantes? on 
n'en connoîl point de celte ville. A. L. M. 

(5) Ce sont plutôt des mots celtiques dont la terminaison a été lati- 
nisée par les Romsins qui nous les ont transmis. A. L. M. 



394 Nouvelles lilléraires. 

Rome on avoif consaci<?s à Janus. Les trois fêtes 
principales célébrées en l'honnenr de Voljanus j se 
trouvent répondre , coname celles de Janus , aux trois 
divisions du mois romain , les calendes, les ides et 
les nones, et tomboifnt précisément à des jours où 
les anciens calendriers romains marquent des fêtes 
en l'honneur de Janus. Enfin les traces du culte de 
Voljanus Y>!ixta\ les Nantais , se retrouvent jusque 
dans quelques institutions adoptées par les chré- 
tiens , et les fêles de Janus y furent célébrées jus- 
qu'au temps de saint Félix , évéque de Nantes, qui 
les abolit , comme on le voit par le décret du con- 
cile de Tours , de 667 , et des passages de Fortunat , 
évéque de Poitiers (6;. 

Le passage de Couradin de Salisburj , qui dit que 
t^oéy sons le nom de Voljanus^ avoit été honoré à 
Nantes , dans un temple fameux , fournit de nou- 
velles probabilités en faveur de l'opinion du C. Ri- 
chard ; car il est évident qne cet auteur a confondu , 
comme tant d'autres mythologues plus modernes, 
Janus avec Noé ^ qui ne fut jamais connu des 
druides. Recherchant les causes de cette méprise , 
il trouve entre eux bien des ressemblances qu'il dé- 

(6) Si le dieu Voljaniis a réellement été en honneur chez les anciens 
Naulois , c'éloil tout !.implemeut un dieu topique , comme le dit le C. 
Richard ; mais alors il ne devoit avoir rien de commun avec Janus ; 
peut-être si on examinoit bien l'inscripiion , que je ne connois point , 
m'y trouveroit-on que le mot Volcanus. C'est ainsi que le nom de 
Vulcaln est écrit sur plusieurs insciiptions trouvées dans les Gaules , et 
postérieures à l'irfvasion des Romains. 11 est écrit ainsi sur les pirrres 
Je la cathédrale de Paris , à présent au Musée des Augusiins. A. L. M. 



NoiwelJes littéraires. SpS 

duit du navire (7) et des attributs quî leur sont com- 
niuns, de l'analyse étymologique des divers noms 
qu'ils ont port^^s , et de ce qu'on a souvent attribué 
à Jiinus l'invention de l'art de fairç le vin. 

Une nouvelle analogie entre le Valjanus des Nan- 
loLs et le Jaillis des Roniains, c'est que si le pre- 
mier étoit le dieu patron du corps des ncgocians de 
Nantes, qui lui avoirnt consacré leur tribunal de 
commerce , placé au lieu meuve où étoit son temple , 
Janus étoit aussi à Rome un dieu protecteur du 
commerce , comme l'inventeur des navires et des 
monnoies qui sont les instrumens du commerce , et 
comme présidant à la paix, sans laquelle il ne peut 
prospérer , prérogative qui ne peut appartenir ni à 
Belenus y ni à Vulcain. Enfin l'auteur prouve par 
des passages nombreux de Tite-Live ^ Publius-Victor^ 
Cicéron et Horace^ et par des monumens encore 
cxistans , tant à Rome que dans les Gaules, que les 
lieux où se réunissoient les négocians étoient parli- 
culièiement dédiés à Janus, et portoient son nom- 

Les noms propres de ceux qui ont consacré l'in- 
scription mentionnée, semblent au C. Ricbard rela- 
tifs à deux surnoms donnes à Janus, et il observe 
que , parmi les payens, les prêtres d'un dieu ou ceux 
qui avoient pour lui une dévotion particulère , se 
donnoient des noms relatifs au nom de ce dieu ou à 
son culte ; ce qu'il appuie de plusieurs exemples, et 

(7) Ce n'est pas à Janus que le navire se rapporte , mais à Saturnq. 
•Sur les As romains, ou voil , d'un côlé , le navire sur lequel Saturne 

aliOiJe Jaus l'Ilalle, el de l'autre, Jauus qui l'iccueillil dans ses étalî, 

A. L. M. 



Sg6 Nouvelles littéraires. 

surtout de celui des druides, ou jnétres de Belenus 
dans l'Armorique , dont les noms sont fournis par 
Ausnnne. 

En poursuivant ces analogies, l'auteur démontre 
que Jamis , regardé comine le principe de tout , 
Janus y a qui le premier mois de l'année, le premier 
jour du mois, le commencement de la journée et 
les premiers sacrifices éloicnt consacrés , présidoit 
aussi au commencement des chemins, et qu'à Rome 
la colonne milliaire, point central de départ de 
toutes les voies publiques (|ui fraVcrsoient l'Ilalie, 
é(oit efabl'e au milieu du Forum romainini , devant 
le plus ancien et le plus lévéré de fous les temples 
de Jaillis , fondé par Tourna. Il fait voir pareillement 
qu a Nan es le point de départ des voies romaines 
qui parloient de cHte viili-, ctoit fixé au milieu de 
la place de Saint Pierre, dtvant le irmple de Vol- 
jatius , et que ce r-oint é;o!l aussi indiqué par une 
colonne qui a st.b isté jufq l'au temps de la révolu- 
tion, colonne dent le fûl , i. la \érité, étoit mo- 
derne, mais don! les fondctr.ens éloient antiques. Ce 
point de critique lu; a p; ru d'auiani plus important 
à déterminer avec précision , ([u'il semble en résul- 
ter la découverte d'une échelle exacte, pour m! sî.rer 
la longueur des milles dans cetie paitie des Caries, 
échelle importante pour la géographie ancienne. 
Pour y parvenir, il lui a fallu fixer au juste la po- 
sition des deux premières pienes niilliaires , placées 
sur la route d'Angers, et il a trouvé que la dislance 
entre la seconde pierre milliaire et la première, 
étoit exacU'inent la même que la dislance de celte 



Noui'clles Ultcraires. S97 

première pierre à la colonne située au milieu de la 
place Sainl-Pierre. 

L'ati(eur s'attache ensuite à déterminer la position 
du temple de Voljanus ^ il croit qu'elle occupoit la 
même place que la cathédrale de Saint-Pierre, près 
de laquelle l'inscription mentionnée a été trouvée 
parmi des ruines antiques; de même que plusieurs 
autres cathédrales des Gaules ont remplacé les prin- 
cipaux temples du paganisme dans chaque ville. Il 
remarque que ce temple étoit situé dans la partie 
la plus haute de la ville, suivant l'usage de consa- 
crer à la divinité principale le lieu le plus élevé 
comme le plus honorable. C'est amû q^aeV eux Juni y 
ou le sommet du janicule, dominoit sur toute la 
partie de Rome située au-delà du Tibre. Il lui sem- 
ble singulier qu'à Rome la basilique de Saint-Pierre 
occupe un terrein anciennement consacré à Janus , 
et qu'à Nantes la cathédrale élevée sur les ruines du 
temple de Voljanus^ ait été, 'dès l'origine, mise 
sous l'invocation de saint Pierre. Il n'adopte cepen- 
dant pas, et réfute même l'opinion de Dupuis, qui 
prétend que saint Pierre est le même que Janus , 
comme les douze apôtres ne sont que les douze si- 
gnes du zodiaque. Mais il fait voir qu'après l'édit de 
Coiibiuiiiin en faveur des chrétiens , ceux-ci conver- 
tirent en églises la plupart des teiiiples du paga- 
nisme, et que pour préparer les esprits à une révo- 
lution au-si soudaine , ce fut une politique sage et 
nécessaire tn bannissant un dieu payen de son tem- 
plf , de le remplacer par celui des saints honorés 
clans la religion nouvelle , dont les attributs of- 



3y8 Nouvelles lilleiaiies. 

froient le plus de ra|)|ioits avec ceux du picmirr. Kh 
se bornant à des exemples pris dans les Gaules, il 
prouve (8) qu'on a consacré à la Vierge Marie des 
temples d(^diés, soit à Minerve y déesse vierge, soit 
à lais tenant le petit Horus dans ses bras; que 
saint Michel a été substitué à Mercure^ parce que 
l'un et l'autre ont des ailes, et qu'enfin saint Pierre, 
le premier des douze apôtres , avec sa clef et sa 
barque de pécheur, a dû être choisi pour remplacer 
Janus , le premier des douze grands dieux du pa- 
ganisme, figuré aussi avec le navire et la clef. 

A ce mémoire a succédé une notice sur feu M. 
Graslin. Le C. PECCOT,'qui en a donné lecture, a 
informé l'assemblée que cetle notice avoit été rédi- 
gée par le G. Blanchard-la-Mussk , membre de 
rinstilut. 

Cette notice rappelle tous les titres de M. Gras- 
lîn , à l'estime et aux regrets du public ; le pre- 
mier et le plus bel ouvrage de Graslin , y est - il 
dit, est un Essai analytique sur ^ impôt , qui est 
un chef-d'œuvre de critique, de raison et d'analyse , 
et encore aujourd'hui les étrangers n'en parlent 
qu'avec éloge. 

Le C. Méteyer a présenté une analyse lue dans 
une séance particulière, de l'histoire des colonies 
anglaises dans les Indes occidentales, par Bryan- 
Sdward , colon de la Jamaïque. 

Le C. Darbefeuille , chirurgien en chef de 

(8) Il prouve est trop ; l'auteur du r.->pport devoit dire il avance. 

A. L. M. 



Notivelles lifléraircs. 099 

l'hospice civil, professeur de physique et de chy- 
niie , a retracé les avantages des soupes économiques 
dans les villes populeuses, et dans les maisons ou- 
vertes à l'indigence. 

Le C. Candeau a fait succéder à ces matières 
scientifiques une héroïde ayant pour titre TVertker 
à Charlolle. 

Le C. Mahot a lu des odes traduites d'Ana- 
créon. 

Un intermède lyrique, dont le C. Renou, se- 
crétaire, a donné lecture, et dont l'auteur, mem- 
bre de l'Institut, a désiré garder l'anonyme, a en- 
suite occupé l'assemblée. En voici le sujet : 

Apollon , fatigué de l'éclat de la cour céleste , croît 
ne pouvoir trouver le bonheur que dans les sentimcns 
qu'il a conçus pour Daphné ; et , pour ne devoir qu'à 
lui-même le cœur de cette nymphe, il vent n'être 
connu d'elle que sous le nom d'un simple berger. 
Il intéresse au succès de sa flamme les Muses et 
l'Amour. Daphné, guidée par celui-ci, s'égare dans 
un bocage où Apollon lui déclare son amour qu'elle 
est entraînée à partager ; mais , inspirée par sa vertu , 
elle veut consulter avant tout Diane, sa protccirice. 
Cette déesse lui ouvre les yeux sur les dangers qu'elle 
court, et lui apprend la ruse d'Apollon; Daphné 
alors s'arme de rigueur, et implorant le secours de 
Diane contre Apollon devenu trop pressant, elle 
échappe au séducteur par sa métamorphose en 
laurier. 



400 Nouvelles littéraires, 

Nîmes. 

Prix proposé par l'Institut de santé et de 
salubrité du Gard y séant à Nîmes , pour 
Van XI (i). 

Par un des bienFaits du gouvernement, le canal 
du déparlement du Gard, qui d'Aiguës- Mortes , 
doit aboutira Bcaucaire , et opérer le d.esséchement 
d'une vaste étendue de marais , va être terminé. 
Mais une expérience affligeante a prouvé que ces 
opérations sont meurtrières pour les travailleurs et 
pour les pays voisins. L'institut de santé , clierchant 
à prévenir les maux qui peuvent en être une con- 
séquence , propose, pour le sujet d'un prix qui sera 
une médaille d'or de la Valeur de 3oo fr. , et qui 
sera décerné dans une séance publique extraot-di- 
raire , qui aura lieu le 5 vendémiaire de l'an Xf, 
la question suivante : 

Y a-t-il quelques moyens physiques ou chymiqites 
de détruire les émumilions dangereuses qui s'exilaient 
des terres marécageuses nouvellement remuées Su 
desséchées , et d'en préserver ceux qui sont soumis 
à leurs influences. 

Les mémoires écrits en fiançois ou en lalin , se- 
ront adressés , franc de port, avant le premier fruc- 
tidor de l'an X , au C. Baumiîs , secrétaire per- 
pétuel , rue des Lombards , n.° 6 , à Nîmes. Le terme 

(i) Nous regrellons de n'avoir pu jusqu'à ce jour publier ce pro- 
gramme sur une question inléressiinte pour l'hunianité. Heureusement 
!• terme du concours est ncore éloigné d'un mois. 

est 



Nouvelles lîuéraires. 401 

est <ie rigueur. Les auteurs ne se feroht connoître 
ni directement ni indirectement. Leurs noùis et de- 
hieures se trouveront dans un billet cacheté, por- 
tant la répétition de l'épigraphe qu'ils auront mise 
à la tête de leur ouvrage. 

Le concours n*est interdit qu*aux membres rési- 
dans de l'Institut de santé et de salubrité. 

Société de la Drôme. 

Lesuccèsméritéquevienfd obtenir le C.ChApT À L, 
ministre de l'intérieur, dans un ouvrage en 2 vol. 
in-S.", intitulé : Traité ihéoricjue et pratique sur la 
culture de la. vigne , et Part de faire et conserver 
les vins , etc. ; publié par lui, à Paris , chez Delalain, 
libraire , an X ou 1801 , a fait naître à la société de 
Ja Dron.e , l'idée de proposer pour sujet du premier 
prix qu'elle distribuera en l'an XII, un extrait ou 
abrégé raisonné et suivi par ordre des matières, à 
la portée des vignerons et simples cultivateurs, des 
principes établis et des mélhodes proposées dans cet 
ouvrage , pour la plantation et la culture de la vigne j 
l'art de taire et conserver les vins, eaux-de-vîe et 
vinaigres. 

L'essentiel est de se rendre le plus intelligible 
fju'il sera possible à l'habitant des campagnes, afin 
qu'on parvienne ainsi à obtenir une sorte de manuel 
du vigneron de la Drôme , à la portée du moindre 
cultivateur. 

L'étendue de chaque ouvrage envoyé au concours, 
eera au moins de la valeur d'environ 200 pages d'im- 
pression in-8.". 

Tome l. Ce 



40 a Nouvelles littéraires. 

Le prix sera une somme de 200 fr. , ou une mé- 
daille d'or de même valeur , au choix de l'auteur 
qui sera couronné. Les ouvrages seront envoyés au 
secrétaire de la société , avant le 1." vendémiaire 
an XII, sous l'enveloppe du C. Préfet, avec le nom 
des auteurs cacheté au bas. Les seuls sociétaires ne 
concourront pas; les associés et corrcspondans étran- 
gers ne seront pas exclus. 

L'ouvrage couronné sera imprimé et répandu aux 
frais de la société. 

PARIS. 

Bibliothèque nationale. 

Le 6 messidor , le cabinet des antiques de la Bi- 
bliothèque nationale a été enrichi , par la muni- 
^cence du premier Consul, de deux raonumensaegyp- 
tiens très-précieux^ un beau torse de statue de pierre 
cornéenne appelée £u5..'/r par les Tnîifjuaires, et d'un 
fragment considérable de Papyrus, avec plusieurs 
colonnes d'écriture segyptîenne cursive , au dessus 
desquelles se trouvent des figures peintes. Ce mo- 
nument , remarquable par la bonne cons#rvatioa 
de l'écriture et de la couleur des figures , a é(é gravé 
par le C. Denon , et fait partie de son important 
ouvrage sur l'^Egypte. 

Astronomie, 

.,L.a planète découverte par M. Olbers, à Brème, 
.1^6-28 mars, a été calculée par le C Burckhardt, 
qui, après de longs et pénibles calculs , a trouvé 



Noiw^eltes littéraires. 4o3 

les élémens de cette planète de la manière suivante. 
Nœud ascendant 172° 28' 67", périliélie 122* 3' z", 
longitude moyenne le 3i mars, 162, 5i 14,2 , incli- 
naison 84 5o 40, distance moyenne au soleil ou 
demi -grand axe 2,791 , excentricité 0,2468, n)oii- 
vemens diurne , sidéral 12' 40'^^ 84, lévolution siclc- 
rale 1708 jours et 7 dixièmes. Le C. Burckhardt a 
ëté obligé de calculer les perturbaiions que C( tte 
planète éprouve par l'attraction de Jupiter, et qui 
apportoient des différences très -sensibles dans les 
lieux observés; mais ces calculs sont irès-compliqués 
à cause de la grande inclinaison , et de la grande 
excentrici(é de cette planète. 

L'orbite de la planète d'Olbérs , calculée par le 
C. Burckhardt, et dont nousavons publiéleselémens» 
s'accorde , à quelques secondes près , avec l'obser- 
vation faite le 26 prairial, par les CC. Messier et 
Méchain , en sorte qu'on peut regarder cette nou- 
velle planète comme déjà bien connue. Sa révolu- 
tion est de 1708 jours, ou 4 ans , 8 mois et trois 
jours. Celle de la planète de Plazzl est de 4 ans, 
•j mois et 10 jours. Mais leurs distances sont diffé- 
rentes, à cause de la dlfféreuce de leurs excentri- 
cités La planète d'Olbers varie depuis 21 jusqu'à 
35, et celle de Piazzî depuis 27 jusqu'à 28, la di- 
stance du soleil à la terre étant de 10. En publiant 
les deux derniers volumes de l'Histoire des Mathé- 
matiques de Montucla , je n'ai pu donner les élé- 
mens de la dernière planète ; cet article servira de 
supplément. Lalande. 

C c 2 



404. T^ouvelles UÙéraireS, 

Bureau des longitudes. 

Le bureau des longitudes , dans son assemblée 
du 4 messidor, a adjugé le prix de 6000 fr. qu'il 
avoit proposé pour celui qui feroit les meilleures 
tables de la lune. M. Burg , astronome de Vienne 
en Autriche, est parvenu, par la combinaison de 
trois ou quatre mille observations, à faire des tables 
qui ne s'écarlent pas de dix secondes des observations. 
C'est le plus grand secours que l'astronomie pouvoit 
fournir à la mai i ne , et il ne manque plus rien pour 
trouver les longitudes en mer avec la plus grande 
exactitude. Les labiés horaires que j'ai publiées en 
1793, pour trouver l'heure en mer, rendent cette 
partie du calcul si facile , que le moindre pilote 
pourra l'exécuter. Lalande. 

Lettre du C. Bernier au C. Lalande. 

De l'Ile de Timor, le la vend^miair». 

Nous sommes partis de l'Ile-de-France le 5 flo- 
réal , et dès le 9 prairial , nous avons aperçu les 
côtes de la Nouvelle-Hollande, vers le cap Leusin , 
qui est au S.-O. ; et nous les avons prolongées l'es- 
pace de 400 lieues, en faisant de lemps en temps des 

relâches sur les points les pius importans Le 

besoin d'eau et de vivres frais nous ont forcés à venir 

à Timor Dans dix- huit mois à peu prts , nou» 

serons à l'Ile-de-France. 

Lj'cées. 

Arrêté du 22 prairial an x. — BONAPARTE, pre- 
mier Consul , arrête ce qui suit : 



Nouvelles Uttéraires. 4o5 

Art I. Les CC. Delambre , Despaux et Noël 
sont nommés inspecteurs - généraux de l'instructioo 
publique. 

Art. II. Les CC. Coulomb , Cuvier et Villar, 
œembces de l'Institut, sont nommés commissaires 
pour la formation des Lycées. ^ 

Le premier Consul, s/g'/îe Bonapartï. 
Par le premier Consul , 

Le Secrétaire d'Etat, signé H. B. MaRet. 

Rapport fait au premier Consul j le 27 prai- 
rial an 10, par le Ministre de la guerre , 
sur l'état des travaux du dépôt général da 
la guerre j à la fin du ?nois de prairial 
an 10. 

ARTICLE PREMIER. 

Travaux topographiques. 

§. I." Carte des quatre déparlemens réunis, 

La levée des quatre départemens réunis sur la 
rive gauche du Rhin, est en activité depuis le i." 
vendémiaire dernier. 

Huit grands triangles ont étendu Jusqu'à la droite 
de la Meuse, dans le département de la Roër , la 
série de ceux établis, il y a six ans, de Dunker- 
que à Malines. Ainsi se trouve liée à l'opération 
géodésique la plus récente et la plus exacte , la base 
du canevas trigonométrique que l'on établit en ce 
moment sur la surface des quatre nouveaux dépar- 

Cc 3 



4oé 



Nduçèllès littéraires. 



temens réunis, et dans lequel plus tie cinquante 
paintsseï liouvent dt^ja d(^(erminés par leur distance 
à la méiidicnne et à la perpendiculaire de l'Obser- 
vatoire de Paris. ; . 

Vingt lopo^^raphes sont en mé^me temps occupés 
à la levée des d^Jails , et font espérer qae, dans 
t ois ans, le gonvernenjent o.bliendia le résultat de 
cette grande opération qui coni{)!ète la carte de 
Cassini , en l'étendant jusqu'à nos nouvelles fron- 
tières. 

Cette levée- se fait à l'échelle de i centimètre 
pour-cent , mètres (un peu plus de 8 lignes pour 
'loo tbîses), qui peiriiet de perfectionner la topo- 
graphie au point de la rendre suffisante pour tous 
les usages. 

Des cahiers topogiapliî(|ues rédigés avee le plus 
grand soin , rei ueiilt^ni toi s les renseignemens inex- 
primables sur la carte, et complètent sur le physi- 
que du pays , ses productions, population, industrie, 
histoire , etc. , tout ce que le cadastre pounoit of- 
frir", et tout ce qii'i'I importe au gouvernement de 
âavuir âous les tcippoits statistiques et militaires. 

§. II.* Curie âe la ci-devant Savoie. 

La topographie détaillée de la ci-devant Savoie, 
provenant de Turin,; exis(^ au dépôt 4e J^ guerre, 
où elle a été vérifiée et réduite en une esquisse de 
carte générale; mais il manquoit à ces élémens un 
canevas irigonometiique ; dpux ou trois points seu- 
lement avoient été déteitninés astronomiquementj 
J'astixinome Nouet , revenant d'^Egypte cl attaché 



I 



Nouvelles Viltéraires. 407 

au dëpôt , vient d'être chargé, avec trois topogra- 
plip* , de la rédaclion de ce canevas qui doit , dans 
ïe cours de l'année prochaine , mettre le dépôt en 
é(at de présenter au gouvernement une c.nrte de 
celte intéressante contrée qui fera suite et corps avec 
celle de Cassini. 

§. III.* C^nte du Piémont. 

Il existe sur le Piémont de nombreux matériaux 
topographiques, mais sans rapport commun et sans 
ensemble : sept grands triangles seulement ont été 
établis en 1764 par le père Beccaria, pour la me- 
sure d'un degré du méridien. On a réuni au dépôt 
tous ces élémens : on en fait le triage, la vérifica- 
tion et la réduction , et l'on pourra incessamment 
proposer au gouvernement la construction écono- 
mique de cette carte, basée sur l'extension, à don- 
ner à l'opération de Beccaria , que l'on pourra lier 
à la triangulation de la Fiance, par Cassini; de la 
Savoie , par Nouet ; de l'Helvétie, par Trallès; du 
ci-devant Milanais, par Oriani , et de la Romagne , 
par Boscowitz. Il paroîtra sans doute convenable 
d'y joindre la Liguriô ,: dont il n'existe encore avi- 
cune topographie exacte. 

§. IV.* Carte de VHehétie. 

Le gouvernement a approuvé qu'il fût proposé à. 

celui de l'Helvétie notre coopération pour la con- 
struction d'une carte générale des Treize-Cantons, 
tasée sur Je. canevas trigonométricjue commencé jJar 
le géomètre Tiallès, et qui pourroit être continué 

Ce 4 



4oÔ Nouvelles Ullcraîies* 

par lui , ainsi que sur les pr(^cieux matériaux topo- 
grapliiques recueillis par Weiss pour sa carte non 
Icruiinée. On attend la réponse de ce gouverne- 
ment , pour concerter définitivement les mesures 
d'exécution de cet important travail, qui pourroit 
être terminé en trois campagnes, et lié à ceux ac- 
tuellement en activité, et établis en France et en 
Allemagne. 

§. V.* Carte du pays entre VAdige et VAdda. 

La carte du pays entre l'Adige et l'Adda , basée 
»ur 1rs travaux trigonométriques de l'astronome 
Oiiani, sur les matériaux du cadastre milanais, et 
sur de nouvelles levées du territoire ci-devant vé- 
nitien , s'exécute depuis la campagne de l'an 9, par 
les topographes du dépôt , et doit être terminée 
l'année prochaine. 

L'échelle fixée d'abord à 575^5'°' de terrein pour 
les minutes , et à îtsôô"" pour les réductions, a été 
mise à 75!?^"% et à 7^^^"^ pour la conformer à 
celles adopti'es invariablement par le dépôt, et pour 
pouvoir exprimer plus nettement beaucoup de dé- 
tails sur ce pays, longtemps le théâtre de nos opé- 
rations militaires. 

Un dictionnaire topographique et militaire se ré» 
dige en même temps que la carte pour compléter 
Jes rJBQseignemens qu'elle ne peut offrir. 

§. VL* Carte de la Bavière, 

La Bavière n'avoit que des matériaux incomplets 
de sa topographie} les ingénieurs François attacliéfe 



Nouvelles Utiéraùes. 409 

à l'avmée du Rhin avoient , durant la dernîèie cam- 
pagne, commencé la levée de cette contrée : l'élec- 
teur actuel , plein de zèle et de goût pour Its pro- 
ductions utiles des sciences et des arts, a bien voulu 
qu'une commission, composée de 84 ingénieurs ba- 
varois et de huit François, continuât cet intéressant 
travail , qui doit être terminé l'année prochaine , 
et procurer au dépôt une minute o;iginale d'une 
carte de ce pays, établie d'après les meilleures mé- 
thodes connues. 

Une base de cinq lieues de long a été mesurée 
par des procédés aussi ingénieux qu'exacts , et des 
triangles qui ont Jusqu'à vingt lieues de côtés, y ont 
été attachés avec une rigoureuse précision; la lati- 
tude de Munich a été déterminée avec le même soin , 
et on continue les observations qui doivent servir à 
faire connoître la différence de sa longitude avec celle 
de l'Observatoire de Paris. La hauteur du sol bava- 
rois sur le niveau de la mer , sera aussi un des ré- 
sultats de cet important travail. 

§. Vïl.* Carte de la Souabe. 

La carte de la Souabe, ouvrage des ingénieurs- 
géographes et des ofBciers d'état-major de l'armée 
du Rhin, sera un des précieux résultats du séjour de 
nos troupes dans cette contrée qui a été si fréquem- 
ment le théâtre de la guerre. En deux campagnes 
ils ont formé par leurs travaux , et avecles matériaux 
qu'ils ont recueillis, un rézeau de triangles qui em- 
brasse un espace de 3837 lieues carrées , qui se 
rattache avec la France , l'Helvétie , la Bavière, la 
Franconie et le Palatiuat. 



4to Noncel/cs lluéraires. 

Ces ingénieurs attachés au dépôt, rédigent en ce 
moment ce grand travciil, de concert avec quelques 
officiers d'éfat-major qui, sous la direction du gé- 
néral Moreau , disposent les matériaux des campa- 
gnes de l'armée du Rliin. La carte entière qui doit 
être terminée dans moins de deux ans, contiendra 
20 feuîlles sur l'échelle d'un millimètre pour cent 
mètres , un peu moindre que celle de la carte de 
France. 

§. VIIL' Carie de VMgyiUe. 

La rédaction de cette intéressante carte est, de- 
puis trois mois, en pleine activité au dépôt qui en 
a recueilli tous les matériaux ; elle s'établit sur l'é- 
chelle d'un millimètre pour cent mètres , et dans 23 
feuilles, comprendra, depuis les Cataractes jusqu'au 
littoral du Delta, les boitis de la Mer-Rouge entre 
Suzé eé'^Cosscir , la pai tic de la Syrie jusqu'à Sour 
et les diverses roules du Désert. 

Quarante points déterminés astronomiquement , 
avec une précision rigoureuse , rapportés à deux co- 
ordonnés qui se coupent au centre de la grande py- 
ramide, forment le canevas que viennent remplir 
les résultats de toutes les levées de détails à la 
planchette et à la boussole , et de toutes les recon- 
noissances exécutées par les ingénieurs , les membres 
de la commission des arts , et les officiers de l'état- 
major de l'armée d'Orient. 

Déjà les feuilles contenant le lac Burlos , la bran- 
che de Rosette, le Kaire et ses environs, sont ré- 
duites et mises au trait sur l'échelle adoptée. 



Nonce lies îi/téraires^. 411 

Les matériaux sont complets, les renseignemen» 
«iir la statistique, sur la topographie, ancienne et 
motlerne de l'Egypte, sont réunis; et l'été ne se 
passera pas sans que la minute de la carie, à la- 
quelle on porte le plus grand soin , ne soit tiès- 
avancée. 

§. IX.* Traïaux dUers. 

La gravure de la ùarfe dite des chasses, inler- 
ronupue aux deux cîncpiîemes de sa confection, a 
été reprise depuis six mois, et se continue au dépôt 
par les habiles artistes qui avoier.t , coopéré à ce 
chef-d'œuvre de topographie. 

Les topographes , employés à l'armée d'obscrva- 
vation du Midi, ont fait des reconnoissances sur lei 
Abhruzes, les côtes de l'Adriatique, et levé le plan 
de Tarente et de ses environs. I ' 

Enfin des mesures provisoires sont prises pour 
étendre sur Saint-Domingue , et surtout vers la partie 
espagnole , les opérations qui doivent en procurer 
la prompte et exacte connoissance. 

Tels sont les principaux travaux lopogif^phiques 
dont s'occupent les ingénieurs-géographes du dépôt 
^ général de la guerre. 
•• Le directeur , ert cherchant à donner à ces travaux 
toute l'activité et le perfectionnement qu'exige leur 
importance, a senti qu'il appartenoit à l'établisse- 
ment chargé de diriger ces grandes et utiles opéra- 
tions, de préciser l'état de la science et des arts qui 
leur servent de base et de moyens, et d'en réunir 
et Hxer les élémeiis pour en favoriser et hâter les 



4i2 Nouvelles Ultêraires. 

projets. Il s'est imposé cette tâche , et déjà est pr^t 
à paroître, dans un ouvrage ayant pour titre. Mé- 
morial topographique et militaire , dont le plan a 
ïfçu votre approbation , l'exposition des principes 
théoriques et pratiques de la topographie considérée 
sous les rapports géodésiques , statistiques et mili- 
taires ^ l'historique de la géographie, l'analyse des 
projections, servant à la construction des cartes, et 
la revue des œuvres topographiques en Europe , 
avant et après la carte de Cassini ; des reconnais- 
sances militaires suivront ce travail instructif, et 
seront précédées de l'exposé des principes qui doi- 
vent diriger dans la recherche et l'examen du ter- 
rein , des cours d'eau, des sites et des ressource» 
d'un pays. 

ARTICLE SECOND. 

HISTORIQUE. 

Les journaux rédigés au dépôt sur la dernière 
guerre ont été interrompus depuis la «ampagne de 
l'an 4 , à cause des lacunes qu'ont occasionnées les 
déplacemens multipliés des matériaux historiques , 
dont plusieurs ne sont point encore arrivés ou ren- 
trés dans les collections. On s'occupe du classement 
méthodique des nombreux matériaux qui existent ; 
on constate leur authenticité, leur série; on les 
analyse et les classe, et on reprendra ensuite la ré- 
daction des journaux à mesure que les renseigne- 
itiens se compléteront. 

Outre ce travail courant, le directeur, persuadé 



Nom'clles llttcraires. 418 

que sous les auspices du gouvernement, le dépôt 
usant de ses richesses pouvoit se rendre utile à 
l'instruction des officiers d'étatmajor , appeler le 
tribut de leurs connoissances , et donner à leur» 
idées, à leurs souvenirs le moyen et le désir de se 
manifester, a préparé, pour être insérés dans le 
"Mémorial , une revue succincte des principaux his- 
toriens considérés militairement , quelques analyses 
des meilleurs ouvrages modernes sur les principes 
ou les faits de la guerre , le rapprochement de 
quelques opinions de loyd et de TempelhofF, et 
enfin la rédaction de quelques fraijs célèbres inédits 
ou de quelques affaires de la dernière guerre, qu'il 
importe de conserver comme élémens pour l'his- 
toire. 

Le dépôt s'occupe encore de la traduction des 
morceaux les plus intéressans qui se trouvent dans 
les journaux allemands et anglais sur la dernière 
guerre , et enfin Je « die de l'hi.Uoire de la guerre 
de sept ans par le colonel prussien TempflhofF, 
continuateur de Loyd , ouvrage qui Jouit dans l'é- 
tranger de la plus haute eslinie, et que Mirabeau 
recommande comme le plus beau cours de grande 
tactiquepralique qui existe. 

C'est dans cet é(at satisfaisant que se trouvent, 
citoyens consuls , les travaux d'un établissement doat 
l'utilité date de 1688, et dont la France a, la pre- 
mière, donné l'exemple aux nations guerrières et 
savantes de, l'Europe. 

he ministre de la guerre , Alex. Berthier, 



414 jS'otis't'ÎIes li ni' mires. 



THÉÂTRES.- 
Théâtre Lo u v o 1 s. 

IleU'étius , ou la Vcîi^cance d'un Sage. 

Le plus grand succès a couronné cet ouvrage en uri 
acte et en vers, joué le 29 prairial. Celui qui diroit 
que ce succès n'est pas mérité, seroit bafoué partout 
le monde ; je crois que celui qui diroit , que c'est avec 
justice que cette comédie a provoque l'entliousiasine 
des spectateurs , n'auroit pastout à fait raison. Voici 
le fonds de la pièce. Terville^ jeune, honnête, mais un 
peu léger , a quitté une place qu'il avoit dans les 
aides, pour se livrer plus facilement à son goût pour 
la littérature. Jamais il n*a vu llthéiius ; il ne le 
connoît que de réputation, et cependant 11 a fait 
contre l'auteur du livre de FEsprit^ une satyre assez 
mauvaise. Helvétius n'y a même pas fait attention; 
mais Baudot^ ancien secrétaire d'Htlvétius , retiré 
au Perche , veut venger son ancien ijiaîtie et écrit 
à Terville que le philosophe a obtenu un ordre pour 
le faire arrêter. Il lui offre un asyle chez M.""" Ro- 
land ^ sa voisine , dont Terville aime la fille, 
nommée Sophie. Le jeune satyrique arrive , on s'a- 
muse de sa frayeur. Helvélius qui va passer quelque 
temps à sa teire de Voré ^ arrive, et veut aussi , à 
aa manière, se venger de Terville. 11 lui offre des 
conseils sur sa production poétique , dont il lui mon- 
tre quelques fautes; mais Sophie, qui survient, ob- 
tient de son amant qu'il déchire son ouvrage. A 



JVoui'eHes îilltfalrcs. 4i5 

peine Terville en a-t-il fait le sacrifice, qu'Helvé- 
tius lui remet un f^crit qui est sa nomination à nne 
bonne place dans les aides. La confusion de Terville 
éclate lorsqu'il apprend que c'est à Hélvétius lui- 
même qu'il doit ce bienfait. On a joint à cette in- 
trigue l'épisode d'un baron, voisin d'Helvétius, à 
qui celui-ci remet une dette considérable. La petite 
fille de ce baron nomme, devant Terville , Helvétius 
qui vouloit garder l'anonyme. 

Cette pièce a reçu , dans quelques journaux , des 
éloges outrés ; des critiques sévères , mais justes , ont 
été la suite naturelle de ces éloges. On a remarqué 
dans le style , une grande abondance d^adt'erbes , 
dépitkétes et de périphrases. On l'a trouvé Leni et 
mou. On y a critiqué des pléonasmes ^ de grandes 
licences y des rimes inexactes , et des traits qui sont 
loin de caractériser une versification douce et gra- 
cieuse. Les rigoristes excusent leurs critiques sévères , 
en ce qu'elles portent sur l'ouvrage d'un littérateur 
chargé de corriger Iç Dictionnaire de l'Académie 
Françoise. Or, ce qui n'est cia^ une peccadille y dans 
l'ouvrage d'un autre, devient une grosse faute dans 
le sien. 

Des gens un peu tnoîns difficiles pourront cepen- 
dant voir avecplaisircette comédie duC. Andrieux, 
auteur des Etourdis. 

Théâtre Fevdeau. 
La fausse Duègne. 

; Cet ouvrage posthume de Della-Marta étoit an- 
, nonce depuis longtemps. Il a enfin été joué avec 



4i6 Noin'elles littéraires. 

Biiccès le 5 messidor. Mais ce succès étoît plu(6t 
dû à la musiqoe, et même au notu du musicien ^ 
cju'à la pièce , dont les auteurs n'ont pas été nom- 
Miés. Leur intrigue est fort peu dethose-Un amant 
înfidelle à son premier amour , est prêt à é^pouser une 
jeune personne dont il est devenu éperdument amou- 
reux. ]l la renferme dans son château; celle qu'il 
a aimée autrefois , se présente sous les habits d'une 
duègne , et est admise auprès de la jeune personne. 
Ce travestissement amène quelques situations, et la 
pièce finit lorsque la fausse duègne se découvre. La 
jnort prématurée deDella-Maria l'ayant enlevé avant 
tjue son ouvrage fût entièrement terminé, un jeune 
compositeur en a achevé quelques parties qui ne 
sont pas déplacées près du reste de la musique. 

l^HÉATREDU VaU DE r I LLE. 

Le Méléagre champenois j ou la Chasse 
, interrompue. 

M. de La Donjonière ^ chasseur déterminé, vit en 
Champagne avec sa femme et sa sœur Cœsara , auteur 
de romans. Renardin ^ membre de la société littéraire 
des Lardins, fait un roman avec Caesara , dont il est 
amoureux. La Donjonière croit que c'est de sa femme 
qu'il s'agit , et lui fait refuser la porte. Celle du jar- 
din se trouve ouverte, et Renardin entre. L^ Don- 
jonière revient de la chasse; Renardin court se ca- 
cher. Un coup de fusil se fait entendre, «-t La Don- 
jonière entre en disant ^ je l\n tué. Les deux ièn.nies 
croyent qu'il s'agit de Renardin , et la scèneoffre un 
quiproquo fort comique. Bientôt après on appone , de 
la part de la société littéraire , une statue de Mélagre, 

ea 



Nouvelles IhtérairesT^ 417 

en reconnoissapce des services que La DoiTjoniève a 
rendus au pays, en tuant un loup. Rciiaidin,qui ne sait 
où secaclier, se fouire dans lep.iédesta! du MtMéagre 
où il est surpris; il finit par désabuser La Donjon i ère , 
et épouser Copsara. Le succès de ce petit ouvrage a été 
balancé à la premièie représentation , quia eu lieu je 
5 messidor. Cependant les applaudisseriiens l'ont em- 
porté sur quelques sifflets , et l'on a nomoié Je C. 
Joseph Pain, auteur A\illez voir Dominique ^ de 
Fi'oiiun^ etc. Sa nouvelle pièce est gaje, c'est déjà 
un njtrite; le dénouement est un peu brusqué, et 
on s'attendoit à quelque chose de'plus : mais dif- 
férens traits seni^s dans ]e. dialogue , et d'assez jolis 
coupleis, la feront revoir avec plaisir. Parmi les 
couplets applaudis, celui-ci a été redemandé. .On y 
trouvera une bonne plaisanterie sur un nouvel ouvrage, 
trop connu pour qu'il soit nécessaire de le nommer. 

Air : // Jaut des époux assortis. ' 

■ I» 
Les monts j de bols sont couronnés , ^ 1 

C est la terrastrt c'ievelure : ••> 

£t ces œillets si festonnés , 
Les falbalas du la nature. 
Les blés , dont le ciel nous Ht dun , 
Sont la nappe de l'abondance ; 
Et le vert et tendre gazon, 
-, "L'édredon de la providence. 

Les Rivaux sans le savoir. 

On a bâillé à cette pièce insignifiante depuis la 
première scène jusqu'à Ja dernière, le lo messidor, 
jour de sa première représentation. On a osé la re- 
produire avec quelques changemens, mais sans plus 
de succès. 

Tume I. D d 



LIVRES DIVERS (i). 



Physique. 

MÉLANGES j)hysico-)7iath(^matiqucs , ou Uecueil de 
mémoires contenant la description de p'usieurs ma- 
chines et instrinyiens noin'eaux de physique , d'é- 
conomie domesticjue , etc. ; par J. B. Bérard ,)uge 
au tribunal de Briançon , du jury d'instruction 
publique des' Hau tes- Alpes , des Sociétés d'agricul- 
ture de Paris , Grenoble , Carpentras et Gap. Pu- 
bliés par ordre du ministre de ^intérieur. Paris , 
chez Leclere , quai des Augiistins, n.° 3g. An IX. 
VIII et 224 pages in-S.*, avec 4 gravures. Avec 
l'épigraphe : 

« Les- sciences l'claircin les arts , et les arts 
« utilisent les sciences. » 

Il ne suffit pas, comme le C. Bt'rard l'observe 
très-bien dans son avant-propos , et on ne sauroife 
trop répéter cetle réflexion , il iie suffît j'r.3 gnc 
quelques hommes de génir inventent des théories 
spéculatives , que d'autres hommes d'un génie diffé- 
rent imaginent des procédés de pratique ; il faut 
encore qu'une troisième espèce d'hommes, moins 
savans mais plus artistes que les premiers, plus sa- 
vans mais moins artistes que les seconds, applique 
les calculs des uns aux combinaisons ingénieuses des 
autres, et forme ainsi de toutes les oonnoissances 
une chaîne non interrompue : la vérité est une , 
mais elle présente une infinité de f^cesj la théorie. 
en calcule les divers aspects ; l'expérience confirme 
ou rédifie ces calculs : les sciences perfectionnent 
les arts , et les arts , à leur tour , utilisent les sciences. 

(1) Le» ailiclc» marqué» d'un* * «ont ceux dont nous dorncrons ua 
cxttait. 



Livres du ers. 419 

Cf iiVsf que ue cette heureuse îiliiance desscîenres 
et des arts, que peut résuller le perfectionnement 
de tous deux : lieu n'e^t donc plus important que 
d'étendre et d'exciler ce goi'it de l'application des 
sciences aux arts, qui fait découvrir entre les par- 
lies de la machine la plus simple en apparence, des 
rapports, pour ainsi dire , harmoniques, d'où résul- 
tent en niêiiie temos 'e niciximiim d'effet, et le iva- 
xiuiinn d'économie dans l'emploi des moyens. Ce 
goût du mieux possible, ce sentiment de la perfec- 
tion dans les arts mécaniques , s'acquièrent et se dé- 
veioppeut surtout par l'application des connoissances 
théoiiquci à la cons(ruction des instrumens et des 
machines. Sous ce rapport , les mémoires qui com- 
posent ce recueil seront de la plus grande utilité. 
On ne doit pas s'attendre à y trouver des théories 
neuves et des découvertes importantes ; mais ils four- 
niront du moins des applications utiles, et mettront 
sur la voie d'en faire d'autres, peut-être plus heu- 
reuses encore. 

Ce recueil contient les mémoires sulvans : i.° la 
Descrjjition d'un noui-eau 'photophore , ou Porte- 
lumière , figuré avec ses détails sur la planche I; — 
2.' la Description d'un iiouue.iu pc'ele économique , 
figuré planche I[ ; — 3.° la Description à^une nou- 
velle serrure à consigne , dont les détails sont figu- 
rés sur la IIL* planche ; — 4.° Description d'un nou- 
veau moulin râpe, figuré sur la IV.' planche; — 
5.° sur la meilleure construction d'un wa/20/nè/r^, ou 
instrument destiné à mesurer la densité de l'air ^ et 
qu'il ne faut pas confondre ni avec le baromètre qui 
mesure la pesanteur de la colonne d'air, ni avec le 
thermomètre qui indique sa température; — 6.° Des- 
cription d'une nouvelle échelle ^ténvgiaphique , qui 
réunit le double mérite de la simplicité et de la 
sûreté, et que le C. Forfait, alors ministre de la 
marine f avoit adoptée pour sa correspondance par- 
t'culière; — 7.° sur quelques objets de mathématiques 
palpables à l'usage des aveugles, tels que leurs ma- 
nières de calculer, d'apprendre la géographie, au 

Dd 2 



420 Livres divers. 

moyen des arts en relief, sur leurs livres et leurs Cci- 
ractères de musique imprimés eu rrlief, etc.; enfin 
la description d'un mètre de poche, d'un nouveau 
noclurlab (ou petit instrument de poche, destiné 
à faire connoître l'heure par les t^loiles) moins dé- 
fectueux q.ie celui décrit par A^Oz.tnriin , dans le III.* 
volume de ses Récréations inalUémalujucs , etc. etc. 

Métrologie. 

VEnnANDELiNG over vofmaaltc nuinten en gr- 
ivigten. C'est-à-dire, Truite des poids et njcsur>-s 
parfuits ; par J. B. Van SiriNDEN. 2 vnl. in-8 ** 
ensemble, de 708 pages, avec des tables com- 
paratives de poid^ el m''sures et des planches. 
A Amsterdam, chez P. Dcn Hcngti. 1B02. 

Le nom de Van Sivinden , qui, déjà connu par 

f)lusieurs ouvrages du premier ir.érite, fut particu- 
ièrement illustré par le beau rapport fait au nom 
de la commission des poids et mesures de Paris, 
<lans la séance de l'Institut national du. . . .nu'S;îi(!or 
l'an. . . y est un garant de la bonté de celte nouvelle 
production, que ce savat.t oflVc à ses coinpiitriotcs 
dans sa langue maternelle. — I., 'auteur n'a point 
touché A'ix mesures administratives à pr( ndre dans 
la république batave pour le ciianij;ement des poids 
et mesures ; elles pourront faire , en temps et lieu , 
la matière d'un nouveau travail. Le changement en 
question semble devoir être un peu retardé par celui 
survenu dans le gouvern(.-ment même de cette ré- 
publique, qui cependant, à en iuger par diverses 
indications , ne perd pas tout-à-fait de vue cet objet 
important. Ce dernier chingeuunt a entièrement 
rendu aux sciences et aux lettres le C. Van SiviiL- 
dcn ; et ceux des amis de sa véritable gloire qui 
sont étrangers aux affaires politiques, ne peuvent 
que l'en féliciter, ainsi que V Athénée illustre d'Am- 
sterdam , où son éloignement laissoif un grand vide. 

P. H. M. 



Livres divers. 4^1 

Botanique. 

Cjspjpt QEoncn lir.iNjyABDT oratio de ardore , 
quo liiFtorice jw/iinil/s et iinpr?in/s holaniies cu'iores 
m sua s/udia /cTini/ur, (^\'st-a-(l\\e y D/tcnurs !^ur 
furdeur dfs nattircilisles et des botanistes en par- 
ticulier, dans la culture de ces sciences , prononce 
par C. G. Bki ^îr^JiDT , à su pri:e de po.'^sessicm 
de /a chaire de chymie , de br-tanique et d'histoire 
nuturellc à l'A en demie de Harderwuk, le lo juin 
•j8oi. a Harderwirk , chez E. Tyixoff, 'm-^," de 
56 pag. 

Ce discours, irès-Licn rédigé e» très-bien écrit , 
annonce ('ans son ai;ttur le nu'nie zèle don( il a 
cni'reUnii son niiditoiic. Ses amis et ceux de la science 
doivent sonhaitcr cjtie son t.ora ne grossisse pas l'hu- 
iioiable maif}iok-ge c^u'il jxésentf. Heureusement 
les dangtrs du génie de ceux qu'expo.-e le C. R. 
sont à peu près nuls ponr un professeur .-édeniaire 
di;ns une paisible univdsité de la Batavie. Mais qui 
peut répondre des efrets de l'enlhousiasrae? Depuis 
Pluie ^'t////<^ jusqu'à Doloinieu , que de victimes! 

P. H. M. 

Politique. 

Seerpii GjiAMATA cToliv , quâ âocetur , cuvi homi- 
nés , tum etia m populos , od justitiuin esse nef os. 
Cesl-à dire, J>/5ro..r5 ou l'on prouve que La nature 
impose aux indiiidus et aux sociétés le daoir 
d'être juUes ; par S, Gratjma , pour sa prise de 
possession ds lu chaire de jurispruJence à l'Aca- 
démie de Gronii'gue , le 24 ;e)icnibre i8oi, Gro- 
niogue , chez T. Spoortuaker, in-^" de 60 pag. 

Les individus et les sociétés sont si fort sujets à 
oublier la destination dont traite le C. G., qu'il 
n'est pas utile de la leur rappeler fréquemment. 
Sou» ce rapport^ le professeur de Gtoninguea bieo 

Dd ii 



42a Livres dners, 

n\(\'\{é (le son «ndifoire; son discours P3( d'ailleurs 
liien pensé et bien écrit. Ce n'est p.is la pvemièie 
ibis que le yVf^',". /.';//;. EiicYcfopcdii/in- rend justice an 
mérite de cet estimable savant. P. H. M. 

Economie politique. 

Essai sur lu manière de re/ei-cr les mces àes chcfau v 
en Fnnicc ; par le gcuéral Vic(r>r Collot. Vol. 
în-B." do 92 pages. Prix , r fr. 5o cent. , et franc 
de port, I fi. 80 centimes. Paris, chez Cluirles 
Pauffivis , inijirinienrlibraire,f[iuii Voltaire , n." 10. 
Hcnrichs , rue de la Loi, n." 1281. 

Le sujet traité dans cette brorluire est pour la 
France de la plus grande importance. Pencl.nit la 
dernière guerre , le gouvernement a souvent étéobligé 
d'avoir lecours à nos voisins pour remonter notre ca- 
vaTerie , et les dilHcultés qu'il y avoit de faire passer 
en Fiance ces chevaux de remonte, devoit nt^ees- 
sairement en augmenter considérablement le prix. 
Cette brochure doit donc exciter l'attention de ceux 
cfui sont en état de porter remède au mal, et de 
ceux qïii y prennent quelque intérêt. 

A R C H iE O L O G I E. 

Lfttetia sopra un anlicci putera Efiusca scrilia 
al nohil uontn signor conte Alessandro Baglioni 
Oddi da Gio Battista Vekmigliot.i présidente, 
del pubhlico niiisco di Peritgia accadcmico Etn/sco 
di Carton a , in Perugia i8ao, presso Car'o Baduel 
eFigliy 'm-4° de 38 pages, avec une gravure. 

Cette Lettre a pour objet une très-belle patère 
de la collection de M. Alexandre Bq^lioni (Jddi; 
elle a été trouvée dans un sarcophage étrusque qui 
sert de vignette au frontispice, et sur lequel M, Ver- 
miglioli retrouve les orncmens de l'ordre dorique. 
Le sujet de la patère est tiré de l'Iiistoire héroïque 
des Grecs , les noms des personnages sont écrits 4U 



Livres divers. 4^3 

xlrssiis de cliaoïin en rarnctères élriisqnes, ce qnî 
s'observe en g<^néial sur les patères. M. Vermig'ioli 
en tire une preuve que ces mytii es grecs et oient (?iran- 
f,eis à l'Etrinie et qu'ils y étoient encore peu connus , 
]niisqu'on avoil besoin de p];icer \\ côiéle nom de» 
])ersonnages. CeUi }^^\\i ftre vrai à l'égard des étrus- 
ques , mais non pas pour tons lesmonumens accnni- 
pagnf^s d'inscriptions , ainsi que l'observe très-bien 
M. Verrniglioli lui-mfme; car les norrs éloient 
«^crits auprès d(S personnages sur la caisse de Cypse- 
lus , sur les peintures de Polygnote, et d'autres ou- 
vrages célèbres de l'antiquité. 

Le sujet fguré sur la jiaière est l'histoire deMé- 
lérigre. M. Yermiglioli rassemble les divers pas- 
sages classiques , y;Gur voir ce qi;e chacun d'eux a 
de Conforme ou de difFèrenI avec la manière dont ce 
fait est représenté; on y voit Mé]<'agre dont le nom 
est écrit Melialli ou Me/ïujih. .Auprès de lui est Ata- 
Jante Âllenta'^ auprès est la parque Atropos Alrpa , 
qui, à l'aide d'un ciseau ou d'un clou ei d'un mar- 
teau , grave sur un rocher la destinée du héros. 
Une aiiire parque j)lacéesur!e manche est sans ins- 
cription : mais la quenouille la caractérise facilement, 
ce doit éire Clotho. Auprès d'Airopos est Allée au 
flessiis de laqucl'eon lit /u , peui-<^lre la fin du mot 
j'iUa , avec un de ses frères , peut-éire Toxeus. M. 
A'eimigiioli s'attache ensuite à discuter les lettres de 
ciiaque nom, son orlhographie, ses caractères; il 
arrive après à de? détails chronologiques sur le cos- 
tume des parrjues, leur nombre, leur (ouroune r/u'il 
croit être de frêne, leurs ailes, etc. M. VermigliolL 
répand sur tous ces ob;ets de nouvelles clartés ; il 
promet de s'occuper bientôt des urnes découvertes 
dans le même lieu, il i-.nnonce un prand ouvrage sur 
les montinier^s de sa patrie. Le goût et l'érudition 
qu'il déploie dans cet opuscide , doivent faire désirer 
avidemtut la jîiiblication de ses autres étrits (i;. 

A. L. M. 

(i) M. V«iniigIoIi a publié , eniSoo , un écrit sur Arna, Tille unibio 

Dd 4 



42. 1' Lii'rcs dli'crs. 

Antiquiti*s, 

Misji,E des nioiuimens fraiiçois ^ ou l^cscripllon liis- 
Joriqite et clirciiologlque des Shilues en marbre et 
en hrouze , /^;/.v - reliefs et lo'sibcaux (ira Iinniines 
et des f." ni m es cétcbrcs , pour senir a l'hùtnire de 
Fni'/ce c/ à eelle de PÂrt ; ornée de graiitres , et 
iWgmcnlée d'une dissertation sur les Costumes de 
cluique siècle; pur Alercindre Lfkoi R^fottdiileur 
et adiuiriisfnr/ci/rdu Musée. T. If. Pari.;, chez V Au- 
teur et \is frères Tjcvrau!t y quai M;-.Iaqiiais. CXXIV 
et i6o pages in-S.". Piix 9 fr. Avec l'épigraphe. 

>r Cp%%p7. df tmit'i'er tous ceti grands montiniens , 
(c Tes inodiges des arts ronsarits par les lenip«; 
<i ]u'S[ier!PZ-!es , ils sont le prix de mon courngp. 

VftLTAiitï, Orplielinde la Chine. Acte II. 

• Nous avons rendu compte du i." volume de cet 
ouvrage, nous avons regrette que l'auteur y ait in- 
séré, parmi les monumens antiques, des morceaux 
qui iippariiennent évidemment à notre tén)pr. ; nous 
voyons également avec peine qu'il ait fait [nécéder 
son secoue! volume tie la suite des jetons de l'his- 
toire de Krance, qui contiennent deà portraits d'idée, 
et qui ont éi('- Caijriqués de nos jours pour apj)rcndre 
r.ux enCan^ !'his(oire de France en les amu^sanl. L;i 
généalogie clironoh.gioue des rois est inutile ici, 
et si l'auteur y vouloit joinflre des figures, les mon- 
noies , les médailles, les vignettes, de.> manuscrits 
lui en auroient offert suffisamment. Nous laisserons 
cette partie inutile et qui occupe ce|5endant 1 24 pages 
du volume pour arrivera Fouvrage même. FI est en- 
core précédé d'une introduction de 78 pages qui 
tient plus au sujet , puisque l'auteur y traite de l'iiis- 
toire de l'art en France et qu'il appuie cette petite 

«liincà , une dissertaliou sur un camée représeiiiaiu Ulysse qui aborete 
duiis l'île ttes PiiœacJenj , ei peut - être daultes écrits, mais nous ue 
cunnoissons pat ces divers ouvrages. 



Livres divers. 42-5 

f1is?pr(af ion de dessins de colonnes, f!e clinpiteaux 
ri de nioiniinens aulhenfiqiics et cmicux. Tous les 
journaux ont rt-pélé le rapjiiochnnenf que l'aiKeur 
iait de saint Dcnys et de B;:crliiis. Ce rapproche- 
ir.eni est connu depuis la publication de l'origine 
des cultes du C. Ui;puis , qui en est l'autenr; mais 
reMe opinion , plus aniiisanle Cjue réel'e , n'a pas 
fait (oïdine parmi ceux cjui s'oecuptnt sérieusement 
de la langue grecque , de l'an!ii]t!i(é et de la niyvlio- 
Jogie, il seroit (ropraci'e de demon'rer qu'elle ne peut 
«e soutenir, e( quand bien même elle scroit vC^ritable, 
cet(e iradiiion auroit éf^ perdue au temps de la 
construction du portail de sainf Df nys , et n'auioit 
pas ({^ retrate'e par le sculpteur, en plac«nt \n-vc 
giapjie de raisin aux pieds du saint qui cîoit pour 
iuî saint Denys et tion Racflî;is. 

Erifin l'anieur nous donne les monr.mens d[j qua- 
torzième sit'de. Il a fait graver la vue de la salle 
qui les renferme. Elle nous ofiVe une suite «le loai- 
hcauvdes persounageseéièbrcs pendant cette pCriode; 
nous rrgreltons qu'au r.uméru 027, il ait gravé un 
tableau de Jeanne d'Aïc dont leco It.-mc espagnol, 
les arabesques du bouclier alte'tent qu'tlle a elé faite 
dans le sci/;ième siècle. Peut^tte les longues cita- 
lions du poème de Voltaire , dont Jeanne est Thé- 
loiiie, ne sont-elies pas [)iac(^es dans un ouvrage 
tjui den»an-de queltjue gravit •■. 

Ce volume tuntient au'si d;\-; nionumens du rnnî- 
mencemenl du quinzilime siècle ; nous le répétons , 
encore, on doit savoir giY- au i.. Lenoir d'avoir 
combiné et réuni ces mooumens liisloriques , mais 
})eut être aura-t-ou le droit d'cNiger que , dans l'ou- 
vrage qu'il publie , il indique le"< ouvrages, où les 
■ni?n>es moniuiiens ont ète gr..;vés , U-s chaugemens 
qu'i;s ont subis , les additions (ju'ii y a fattts en les 
groupant avec d'autres dans son musée; autreir.ent 
il expose les lecteurs et les cuiieux à croire que les 
nionumens ont toujours cte tels qu'il Ks présente. 
Nqus citerons , par exemple , le tombeau de Ciiarle* 
d'Orléans, n.° 80. 11 éioit isolé dans les Célestins 



4^6 Livres divers. 

au iiiilien o'ii chœur ; c'est ainsi qu'il rsf figiird 
cl-in^; les Anlitjuilés nationales. Le C. Lenoir ne parle 
tlaiis ses t'XjilicatioHS que de l'hisloiie cîe ce prince 
t't de ses talens. Il auinit dû prévenir que le bas- 
lelief s< iilpte derrière , n'appartient pas à ee tombeau, 
q<i il frst d un temps |;ost(îrieur , ainsi que l'indiquent 
Il <ou)po:^ition et le style, expliquer le sujet, dire 
d'où ee monument est tire, et surtout prévenir que la 
té(p de Medut^e , les re nom nues , les trophées ba- 
chiques qui sont là pour lier celte arehitectiuel, sont 
QP sa piopie invemiou et (étrangers absolument au 
p;out du siècle dans lequel Charles d'Orléans a vécu. 
i-«e détriut de semblables indications sur les monu- 
«icns , fera que l'ouvrage seia rfcheiché à cause de 
J clegance des dessins, mais ne pourra jamais faire 
c'iutoriié pour l'hisioire de France et pour celle de 
l'art. A. L. M. 

Palj:ographie. 

Lettue ou C. CJi(:]ital y ministre de CiiUérieur , mem- 
bre de C Institut national. , au sujet Je rinscription 
(égyptienne du monument trouvé à Tiosctlc ; par 
A. L. SiLVESTRE DE Sjcr, ci-devant associé de 
l'Académie des inscriptions et belles-Lettres , de la 
Société royale des sciences et arts de Gncttinguc , 
ot professeur de langue arabe à l'école spéciale des 
langues orientales vivantes. Paris , de l'imprimerie 
de Ja république. An X. 1802. ln-B.° de 45 pag. 
«vec planches. 

l/insrrij)(ion de Pxosette, en caractères grecs , hié- 
roglyphiques et ?P:i:ypiiens , mérite avec raison l'at- 
tache de fous les savans. En France, des membres 
de rinsfitnl national s'en sont occupés , ainsi que 
Ip C. Visconli, don! on atlend le beau travail avec 
une impatience juslifiée par la connoissanee qu'il a 
de l'antiquité lapidaire comme de l'anriquilé figurée, 
connoissance atleslée jiar la belle explication qu'il a 
donnée des inscriptions d'Hérodes Alticus, connues 
sous le nom é' inscriptions triopécuncs. Les savans an- 



Libres divers. 417 

glois s'ccciipcront sans cloute aussi de i'in:'(ri|)lioii 
<ie Rosette , attueJlement déposée à la Sotlilé dos 
aniiquaiies. 

La recherche de la langue îPgypliennc a dâ n<^- 
cessairement fixer l'attention de ceux qui se livrent 
sp(^cialrnient aux lanj;ues orientales. Le C. Silvestre 
deSacy, qui a expliqué les inscriptions des tom- 
beaux de Nasclii Eusl;in, pliisicurs médailles fa^sa- 
niides, et à qui on doit beaucouj') de découvertes 
en ce genre, éioit sans contredit un des hommes les 
plus propres à bien interpréter cette (^nignic. I! a long- 
temps étudié cette inscription , et il rend compte, 
dans cette lettre adressée an minir-fre de I inférieur, 
de ses observations, qui lui ont offert peu de résul- 
tats. Il croit avoir découvert daus l'inscription les 
noms d Alexandre et d'Alexandrie, celui de Piolé- 
ïTiee, qu'il lit AjlonoUr.a , iV yhsirioc , qu'il \\t yirsi- 
nioia'if. Ce qu'il y a de singulier, c'est que le surnom 
grec de PtoU'mee, celtii Kp/p/ui/ies , est cornerxC ; 
ie surnom l'heos est exprimé par Ahiiovdi ou Ab- 
iicttdi! , qui, en dialecte saidique, signifie encoie 
dieu. Le (". cie Sacy croit aussi avoir reconnu les 
noms a?gypfiens d'/.v/> et û'Osii^'s , écrits Isiouli 
O^nih. Ces difFérens mots n^^ sont que des noms pro- 
jires, et ne conduisent pas à rcxpiication de l'ins- 
c.iption , et à la connoifsance comp!c;e de l'alpha- 
bet de la langue dans laquelle elle est écrite. JNî. de 
Sacy ajoute (!e savantes oh ervations sur la valeur 
deciiaciaie des Ictties qu'il discute. Celte brochure, 
imprimée supérieureiDent , comme tout ce qui sort 
des presses de la republi.jue , estteiminée par un 
ypccimen de l'inscription, et une copie figurée des 
noms que l'auteur croit avoir recnnnus. Un de mes 
amis , iM. Aikerblacit, savant suédois, très- versé 
dans la littérature oriental?, et dont nous avons in- 
séré dans le Magasin un mémoire Ibrt curieux sur 
une inscription copte, a aussi étudié l'inscriptioa 
de Rosette. îl croit avoir été pUijs heureux que le 
C. Silvestre de Sacy, et avoir découvert Palphabet. 
Nous donnerons une notice de celte découverte quand 
elle aura clé rendue publique. A. L. M. 



4^8 Livres divers. 

BlOGRAPHJE. 

Les Vtfs dis Hnnunes l'I/itstres y cL- PLUTAnQVF, ; 
Iraj'ui/rs du grec., par D. R/CJHD, ai -c des re- 
innujiicsà la fin de. chaque vie. Tom. Vet Vl ;in-i2 
broclie , 5 fr. , et franc de po?t par la p > le, 7 fr. 
Au 10. i8oi. Du iitértU'OiiTrage , les qttaJrc picmiers 
voitiiups, 10 ("r. brotiiés , et fr-ines fie port par Ja 
P'jsie, J4 fr. A Paris, chez Théophile B..rrois , li- 
braiie, nieHaiilefeiiille , n.''22.0:i trouve chez lui, 
les Œu\ res morales de Plutarqiie , traduites par le 
même auteur. 17 vol. in 12 Iircchéj , 42 fr. 

La traduction du Plularque, par Amyof, est sans 
douic pleine de charme, et peut étie considérée 
comme un mniument de nonc iangiie. Mais tous 
ies lecteurs ne goûtent pas également ce charme, 
qui consisîe dans nue naïveté de style, laquelle ne 
convient guère à la manièie dont Plutaiq'..c s'expiiaie. 
D'ailleurs ce vieux langage d'Aniyol est fatigant 
ou peu intclligihie pour bien des peisonnes. Cette 
raison détermina le savant Dacier à traduire de iioti- 
reau les Vies de Plutarque ; et quoiiju'il ei t ■n-i plein 
siiccès , si l'on en iieuf juger par le niuibrc des 
édifions, on lui reprocha beaucoup de négligences, 
siiitont son sfjle louid, sans grâce et sans vie. Le 
C. Pvicard, entourage par l'accueil que le public avoit 
fait à sa iiaducfion des œuvres nioiaîes, qui offioit 
*ant de diffict:hés , a entrepris de nnus donner les 
Vies, dont les quatie premiers volumes ont justifié 
la bonne opinion qj'on avoit de son savoir et de 
ses talen . J^es ilvu^s. suivans qu'il publie aujourd'hui, 
lenfî. nient les vie de Paul-fiuite , de Timoléon, 
de Pcloj/idas , de Marcellus , d'Aristide , deCalon, 
fie Philopémeii , de Flaminius et de Pyrrhus. Pour 
faire conr.oitre la nouvelle traduction , citons au 
liasaid quelques morceaux ; la vie de Flainiuius nous 
en ofFte de remarquables, sur la manière dont ce 
pénéial romain fil proclamer la liberté de la Grèce , 
cl sur renîhousiasme qu'elle luoduisit. Cela se passa 



Livres divers. 429 

à l'assemblée des jeux isflimiqnes. « Le sfade, dit 
" Pliitarqiie, éioit plein de confi^sicn et de trouble: 
" les iiHS lémoignnient leur adiniiation ; les autres 
" s'informoient de ce qu'on avoit dit: et tous de- 
" mandoierit que le héraut répétât sa publication. 
" Il se fit donc encore un silence universel, et le 
« héraut ayant renfoncé sa voix , renouvfli'a sa pro- 
« clamation qui fut entendue de toute rassemblée. 
■ Les Grecs , dans les transports de leur joie, pous- 
«• sèrent des cris si perçans, qu'ils retentirent jus- 
« qu'à la tïier. Tout le théâ'.re se leva , et ne pensa 
" plus aux jeux ; les assistans allèrent eu foule saluer, 
" embrasser Flaminiusron l'anpeloit le dé.'énst'ur , 
" le sauveur de la Grèce. ■> Plutarque (ait ensuite, 
sur la chute subite de deux corbeaux, de lïrandsrai- 
sonnemens qui ne mentent }ia.s d être rapportes pour 
son honneur. Après, il continue ; '• Si , à la fin de 
" l'assemblée , Flaminius , prévoyant le concours 
<• immense du peuple qui alloit l'environner, ns se 
•I fût promptement dérobé à leur empressement, il 
" eût couru risque d'être étouffé : tant étoit grande 

• la foule qui se répandoit autour de lui. Quand 
« ils furent las d'à', oir crié jusqu à la nuit devant 
" sa lente, ils se reiiièrenl ; et tous ceux de leurs 
" amis et de leurs conciioyens qu'ils rencontroient, 
" ils les embrassoient , ils les serroient étroitement , 
" les meuoient souper avec eux , et faire bonne chère. 
•• Là, redoublant de joie, ils ne parloient que de 

• la Grèce; ils se rappeloient les grands combat'î 
•■ qu'elle avoi| soutenus pour la liberté. Après tant 
•< de guéries dont elle a été le thc'àlre, disoient-ils, 
« elle n'a jamais reçu de salaire plus doux et plu.9 
« solide de ses travaux, que celui qu'elle doit à ces 
« étrangers qui sont venus combattre pour elle, sans 

• qu'il lui en ait à peine coûté une goutte de sang, 
« ou qu'ede ail eu à porter le deuil d'un seul hommej 
■• elle a obtenu le prix le plus glorieux, le plus digne 
" d'être disputé par les hommes. Si \a valeur et 
•< la prudence sont rares parmi les hommes , une 
•• vertu plus raje encore, c'est la justice. Les At,é- 



43o 



Livres divers. 



« sila? , les Lysandre , les iNIicias , les ATcihiacTr y 
« savoient, sans cloute, concliiiie habilement dts 
" guerres et remporter des victoires sur leireetsur 
" mer, mais ils n'ont jamais su faire soivir leurs 
•• succès à une honnête et g- nérale bienfaisance. En 
•■ effet , si l'on excepte les batailles de Marathon ^ 
« de Salamine, de Platée et des Thermopyles, les 
" exploits de Cimon sur l'Eurymedon et auprès de 
" Cyprej tous les auires combats, que la Grèce a 
«< livres, se sont donnés contre elle même, et l'ont 
« fait tomber dans la i^ervilude ; tous les trophées 
« qu'elle a ériges , oui été des monumens de se» 
•■ malheurs et de sa h.>nle; la méchanceié et la ju~ 
<• louae rivalité de ses généraux l'a pr( sq e ruinée. 
" Et des étrangers qui n'i nt plus , avec la Grèce, 
« que de foibles ciiiucllfs d'une ancienne parenté 
" presqu'éteinte, de q'ii l.i Grèce eut du s'étonrter 
<• de recevoir seulement quelques conseils; des étran- 
" gers sont venus supporter les plus j^rands travaux, 
•• s'exposer aux plus grands périls , pour ariacher 
« la Grèce à des maîtres durs, à des tvvans cruels, 
« et lui rendre sa lii)erié. ■• Cet endroit e^t assez- 
dramatique, et ou ne ])eut lefuser la justice au C.- ' 
Eicard de l'avoir rendu avec autant de fidélité que 
d'agrément. Suivant la remarque du même historien : 
" La ville de Corinthe a eu deux luis la gloire d'en- 
« tendre proclamer, dans ses murs, la liberté de 
" la Grèce; la première fois pai Flaminius, et la 
•• seconde par INéron , qui , de nos jours, se trou- 
« vaut dans celte ville lorsqu'on alloit célébrer les 
" jeux islhmiques, publia (|ue les (irecséloient libres^ 
« et leur rendit l'usage de leurs lois ; avec cette 
■■ différence, que Flaminius fil cette proclamation 
•■ par un héraut , comme on l'a déjà dit ; et que 
•• Néron la publia lui-même à la fin d'un discours 
« qu'il prononça sur son tribunal devant la Grèce 
•< entière." Ce rapprochement, les plaintes sur le 
traité conclu par Flaminius avec le tyran Nabi.s , 
et la jalousie dont il soupçonne Flaminius envers Phi- 
lopémen , font sentit l'envie secrète de Pijtarque 



Livres àlvùrs. 481 

confre les Romains , et combien , au fond du cœur, 
il supportoit leur joug. Mais cela exigeroit des déve- 
loppeirens qui ne doivent pas entrer dans un extrait. 
Le C. Ricard accompagne sa traduction de remar- 
ques assez nombreuses; toutes sont instructives et 
bien rédigées. Peut-être y desireroit-on quelquefois 
plus decriiique, et qu'il y eût approlondi et discuté 
plusieurs laits qui ont encore besoin d'eclaircisse- 
inens. Cet écrivain est d'ailleurs judicieux , et fait 
souvent des réflexions pleines de sagesse, et dignes 
ci un homme vertueux ; telles sf)nt celles sur le meurtie 
du frère de Timoléon , que Plularque , aveuglé par 
l'amour de la liberté, a cherché à excuser. <• Quand 
« on a comniis , dit le C. Ricard, une action aussi 
" cilminelle et aussi barbare que celle de Timoléon , 
<• ou qu'au moins on ne l'a pas empêché, quand 
■• on a sacrifié les droits du sang et de la nature, 

• à l'intérêt même de la patrie , fût-il entièrer7ient 
•• vrai qu'on a agi par des vues pures , et après une 
<• mure délibération , je ne crois pas qu'on puisse 
" être exempt de remords et de re|ieniirs; on doit 
" être livré à un trouble , à une agitation , à un 
" chagrin continuel que la vue des motifs cjui nous 
« ont conduit , ne sauroient jamais calmer. L'esprit 
" a beau vouloir nous rassurer par la considération 
■ des motifs ; le cœur se révolte toujours contre 
•' l'image d'un fière dans le sang duquel on a trempé 
" les mains , ou à la mort duquel on a consenti j 
<• et je ne suis pas étonné du désespoir auquel Ti- 
« moléon voulut d'abord se livrer, ni de la douleur 
« profonde dans lacjuelle il passa les vingt; autres an- 
»• nées suivantes ; je suis même persuadé , d'après 
«■ le caractère que l'histoire lui attribue, que ce 
« sentiment pénible et désespérant le suivit jusqu'au 

* tombeau. ■< S. C. 

Beaux-Arts. 

Ann ALES âii Musée et île l'école moderne des beaux- 
arts j etc.', rédigées par le C, LandoJS, peinlre ,' 



422 Lù'/TS divers. 

ancien fiensionnaire Je lu rénuhlique , à Vécoh 
françoisL' des beau. r-tirls ^ etc. II.* ci'iiu'c de la 4.* 
licraison à la 7.*" I,e prix de l'abonnement est (le 
6 IV. pour dois mois, 12 fr. pour six mois, et 24 
fV. pour l'aiirîï^e , l'Vaiu' de port , poir Paiis et l«*s 
tiépartf mens. On ."^(inscrit , à Paris , clu'Z l'a» I cor , 
quai d'Oisay , ti." 'j..'> , au coin d^ la rue du Batq. 

Ces livr.usnns rnnticnnent : pi. XIFI, Projet d'un 
Mionument à la gloire de N. Poussin, à t'Iever par 
souscription; — pi. XiV, Coupe du projet de la 
pLinche précédente; — pi. XV , le Conîb.it d'Her- 
cule contre Acheloiis, tableau de la galerie du Mu- 
sée , par Le Guide; — pi. XVI, Vénus et Ado- 
nis, ])ar Rl'HENS; — p!. XVII, Mars, Vénus et 
l'Amour, tableau du Musée, ]iar Lk GukRCHIN ; 

— pi. XVlîI, Balaii'e des pyiainides et d'Abou- 
kir, sujets de médailles, par DuPRÉ , g a\eiir gé- 
rerai des monnoies de France; — pi. XIX, le Bé- 
nédicité , tableau de la galerie du Musée , par 
Charles Lebrun; — • pi. XX, la Pudeur, modéie 
en plâtre 9e grandeur naturelle, par CaRTEMEK ; 

— pi. XXI, la. Vision d'E/.eciiiel, tableau de la 
galerie du Musée, par Raphael; — pi XXII, le 
Sommeil de Jésus, dit vulgairement le Silence de 
Carache , tableau du Musée; — pi. XXill, Monu- 
ment départemental pour la ville de Blois , chef- 
lieu du départennent de Loir et Cher , projeté sur 
la place du Château , en lace de la rue c^ue l'on 
perce actuellement, par Dei.ag.mîdett E , aiclii- 
tecJe, ancien pensionnaire de l'Académie de France, 
» Rome ; — pi. XXIV , la Communion de saint 
Jérôme, tableau de la galerie du Musée, par Au- 
gustin Carache ; — pi. XXV , le Sommeil de l'En- 
fant -Jésus, tableau de la t^alerie du Musée, par 
Raphaël; — pi. XXVI, Mois s(atu<s de la salle 
d'Apc:>llon à la galerie des antiques ; — pi. XXVII, 
l'A dora: ion des Mages, par RuRtN-S ; — pi. XXV 111, 
le Repos en yï)gypie, tableau de là galerie du Mu- 
sée, par Le CuKiiÊCiJi» 



Table des Htlicles contenus dans ce "Numéro. 



V o « A e K. 

,Voy«ge en Krimée, tndait de l'al- 
lemand par le C. Delamarre. 389 

HiSTOxas. 

X.«ttre «a C. Millin, sur Eleusis et 
(on lemple ; par le C. Smince- 
Croix. 309 

Dictionnaire <éti MCrreilles de la 
JDatare. SaC 

BtOGRAIHtS. 

Notice sur Nieuwland ; rédigée 
d'après un écn't hollandois du 
célèbre yan Swinden. 335 

L1TTÉ8ATVBB skbcqVx. 

Poème épique grec sur les exploits 
da héros Napoléon Bonaparte ; 
composé par M. Polyitoi Con- 
dou de Joannina. 356 

VAniÉTÉS.NOOVEtLESETCOR- 
RESPONUARCE LITTÉftAIRÉS. 

NoUTBUJSS ÉTBAMOiBZS. 

ï^ouvelles d'Allemagne. 373 

Tfouvelles de Dasseldorf. 375 

Mouvelles de Fétersbourg. Ibid. 

Nouvelles d'Angleterre. Ibid, 

Nouvelles d'Italie. Zyj 

Nouvelles du Piéttiont. 578 

F 1 A M c >. 

Société d'agriculture du départemem 
df Sein» M Oiseï séante à Ver- 
e«ill«*. tbid. 



Séanee publique de l'Iastitut dé^ 
partememal de la Loire -Infé» 
rieure , séante à Nantes. 379 

Prix proposé par l'Institut de santÀ 
et de salubrité du Gard , séant à 
Nînies , pour l'an xi. ffii» 



Société de la Orôme. 



Paris. 



4<>£ 



Bibliothèque nationale. éfi» 

Astrbnotnie. IbH^ 

Lettre du C. SeenSer aft C. Lw 
lande, 4o4 



Arrêté du aa prairial. 



Ibid. 



Rapport Bit au premier «onsiil , lé 
37 prairfal an 10, par le tninisire 
de la guerre , sur l'état des tra* 
vaux du dépôt général de la 
guerre, & la nn du mois de prai* 
liai an 10. 4o5 

Tbbatkss. 

Helvétius , ou la Vengeance d'un 
Sage. 414 

La fausse Duègne. 4^5 

Le Météagre champenois^ ot; Itr 
Chasse interrompue. 4>^ 

Les Kivaux sans le savoir. 417 

Livres divers. 

Physique. 

Mélanges physico-mathématiques ; 
par le C. Bérard. 4(8 

Métrologie. • 

■Traité des poids et mesures par» 
faits; par J. H. fan Swinden. 
(en hollandois;. 439 



Counique. 

plnoiirs st)r l'srdeur des naturi' 
listes et des hotanistcs en parti- 
culier , dans la culture de ces 
cciences ; prononcé par le C 
Reinwcrdt. ( en latin ). 4»i 

Politique. 

Discours ob l'on prouve C|ue la 
nature impose aux individus et 
aux sociétés le devoir d'èire 
justes ■ par S. Gratama. ( ea 
latin ). 421 

Economie politique. 

£«saî sur la manière de relever la 
race des chavaux en France; par 
le général Victor Collot- 4a3 

Archxologie. 

luttera topra no antica paiera 
^(rusca acritta d« Qilo Battista 



VermigUoli. 



nid. 



Antiquités. 



Musée des Monumens françoii ; 
par Alexandre Lenoir.T. II. 434 

Paléographie. 

Lettre au C. Chaptal , ministre de 
l'intérieur , membre de l'Institut 
national , au sujet de l'inscription 
apyptienne du monument trouvé 
à Rosette ; pai le C. Silvestre 
Je Sacy. 4^^ 

Biographie. 

Les Vies des Hommes illustres , de 
Piutarejue ; traduites du grec 
par O. Ricard. 438 

Beaux-Arts. 

Annales du Musée et de l'Ecole 
moderne des beaux - arts ; par le 
C. Landon. 43 x 



AVIS. 



Oo peut s'adresser au Bureau du Magasin Eacjrclopédlquc , 
pour se procurer tous les Livres qui paroissent en Franco et chez 
TEtranger, et généralement pour tout ce qui cobcernc la Librairie 
«Dcienne et moderne. 

On f'j charge aussi de toutes sortec d'itopressioas. 

Le« Livres nouveaux sont annoncés dans ce Journal aii.<;sitû» 
•pr^ qu'ils ont été remis au Bureau; c'est-à>dire, dun; le Nu- 
jnéro qui se poblie après cette remise. 

La Magasin paroU régulièitioent le premier de chaque mots 

?n prie Us Libraires qui envoient des Liyrts pour Us cnnpncfr 
4'tn iniiqutr toujours If prix. 



(N.° 4.) Messidor an 10. 

M A G A S I 

ENCYCLOPÉDIQUE, 
o u 

JOURNAL DES SCIENCES, 

DES LETTRES ET DES ARTS, 

R É D t C K 

Par A. L. M i l l i n. 

AVIS DU LIBRAIRE. 
Le prix de ce Journal est fixé : 

à 9 francs pour trois mois, 
iB francs pour six mois , 
36 francs pour un an , 
l«iit pour Paris que pour les Dcpartetnrns , franc (!e port . 

On peut s'adresser au Bureau du Journal pour se procuret 
tous les Livres qui paroissent en France et chez rétranger, et 
puur tout ce qui coocerue la Librairie «ncienae et moderne. 

V>E Jouroal, auquel la plupart des hommes qui ont 
un nom distingué, une réputation justement acquise 
dans quelque partie des arts ou des sciences,, tels 
que les CC Alibert , Desgenettes , Bast , Sil- 

JTESTRE DE SaCY, FOURCROY, HaLLÉ, DUMÉRIt, 
SCHWEIGHiEUSER, LaCÉPÈDE , BaRBJER, LaN- 

CLÈs, Lalande, Lagrange, Lebrun, Marrok, 
Mentelle , Barbie du Bocage , Bassinet , 
MORELLET, Noël, Oberlin, Chardon -i.a- 
RuCHETTE, Gaillard, Van-Moks, T&avlls, 

Tomt I. (S."»" An.) 




LÉvEiLT.É, CnviEn, Geoffroy, Vkntenat» 

CaVANILLES, USÏERI, BOETTIGER, VlSCONTI, 
VjLLOlSON , WlLLEMET, WiNCKLER, CtC. fournis- 
sent des Mémoires, conlient l'extrait des principaux 
ouvrages nationaux :on s'attache surtout à en donner 
une analyse exacte, et à la faire paroître le plus promp- 
lement possible après leurpublication. On y donne une 
notice des meilleurs écrits imprimés cbcz l'étranger. 

On y insère les mémoires les plus intéressans sur 
toutes les parties des arts et des sciences; on choisît 
principalement ceux qui sont propres à en accélérer les 
progrès. 

On y publie les découvertes ingénieuses , les inven- 
tions utiles dans tous les genres. On y rend compte 
des expériences nouvelles. On y donne un précis de 
ce que les séances des sociétés littéraires ont offert 
de plus intéressant ; une description de ce que les dé- 
pôts d'objets d'arts el des sciences renferment de plus 
curieux. 

On y trouve des notices sur la vie et les ouvrages 
des Savans, des Littérateurs et des Artistes distingués 
dont on regrette la perte ; enfin , les nouvelles litté 
raires de toute espèce. 

Ce Journal est composé de six volumes in-8." par 
an, de 600 pages chacun. Tl paroît le premjw de 
chaque mois. La livraison est divisée en deux nu 
Hiéros, chacun de g feuilles. 

Gn^'adresse, pour l'abonnement, à Paris, au Bu- 
reau^du Magasin Encyclopédique, chez le C. Fdchs, 
Libraire, rue des Malhurius, hôtel Cluny. 

. » . j f cliez la \ei veClianeuion et d'Htnast. 

A Amstci-dam, ■< 1 a' r 11 * ' 

' \ tlicz V an- biilik. 

A Bruxellfs, chez Letîiaire. 
A FJorence , chez Molini. 
A Fraucfort-sur-le-Meiu , chez Flcisclicr. 
. -, , 1 chez Mnneet. 

A Genève, j ,i,e, Pasc^oud. 
A Haniboiirg, tl)cz Hofl'uuinn. 
A Leipsic, chez Wolf. 
A Lejde, chez les frfcres Marray. 
A Londres, chez de Boffc , Gérard Street. 
A Sirasboui'g, chez Lcvrault. 
A \ icniie, clisz Dcgen. 
A Wcsf'l , chez Geisler, Directeur des Po£te«{ 

11 faut afiVanchir les lettres. 



mHiJJUl!lJLAU.UMi»!J^:: ' ^!biiLiPJ g .-^M'JSÈi}^.a. T r ' J.^j^4ia ! IVjat li 



M A T H î: M A T I Q U E s. 

MÉTROLOGIES cons!iliilionnelle et pri- 
mitive comparées entre elles , et avec la 
Métrolo}>,ie d'ordonnances. A Paris , chez 
Jansen , imprim. -libraire , rue des Macons- 
Sorbumie, n.° 406. An ix (1801). :2 volumes 
in-4.°Prlx, 18 fr. 

V>o M PARE R toutes les mesures qui appartiennent 
au nouveau système métrique décimal avec celles 
qui. étoient en usage en France avant ce nouveau 
système, et dont la valeur avoit été fixée par des 
lois ou des jugemens à diverses époques de la œo- 
rarchie : suivre ces anciennes mesures, de quelque 
nature qu'elles soient, dans les changemens qu'elles 
ont éprouvés pendant le cours de plusieurs siècles • 
remontera travers une succession d'altérations dues 
au temps , et de réformes nécessitées par l'excès 
xnénie de ces altérations, 4 la véritable détermina- 
tion de chacune de ces mesures, pour pouvoir fon- 
der sur une base èolide leur comparaison avec le 
nouveau système tar.t provisoire que définitif, adopté 
dans ces dfrni'^res années; tel éloit d'abord l'objet 
«nique que s'étoit proposé l'auteur de l'ouvrage que 
nous annonçons. 

Un travail de ce genre n'éJoit point étranger aux 
tonora'-les fonctions de jurisconsulte, que le C. J. 
F. Lesparat remplit depuis longtemps avec distinc- 

T'vme I. Ee 



434 Mathématiques. 

tion , puisqu'il falloit fouiller dans les dépôts des 
ordonnances , compulser les registres de la police 
et des tribunaux, connoître les contestations aux- 
quelles l'altération ou la réforme des poids et me- 
sures a donné lieu , et les jugemensqui les ont ter- 
minées. Mais le savant jurisconsulte qui, aux études 
particulières à sa profession, a toujours uni le goût 
des sciences exactes, et les a cultivées avec succès, 
ne s'est pas borné à remplir la tâche qu'il s'étoit 
d'abord imposée. Il a embrassé dans ses recherches 
les niesures de toute espèce des peuples de l'anti- 
quité; il a mis à contribution les monumens, l'his- 
toire, et les travaux des savans qui ont porté la 
lumière dans cette région obscure de la science ar- 
chœologique ; et de ce travail, qui n'étoit d'abord 
qu'un accessoire, s'est formé un nouvel ouvrage , 
dont l'objet est de rétablir dans son intégrité le 
système métrique des plus anciens peuples , et de 
faire voir que le peuple, auquel tous les autres du- 
rent les éléniens de leurs métrologics, avoit pris la 
base de son système métrique dans la grandeur de 
la terre. 

M Pour restituer aux mesures de l'antiquité leur 
• juste proportion avec les mesures modernes, les 
« savans qui ont cherché à faire celte comparaison, 
« auroient désiré, sans doute, a dit Paneton, que 
•• les anciens eussent érigé un étalon artificiel, au- 
•< thentique, et inaltérable par sa nature , tel qu'un 
" rocher monolithe fort dur et fort haut, ou fort 
- large, djnt ils auroient disposé une face à rece- 
.« voir en grand par des traits imprimés dans la 



Mélroîogies. 435 

•^ pierre, le prototype commun des mesures pour 
" les y rapporter toutes. La distance moyenne de 
" deux montagnes exactement mesurée , auioit (^ga- 
« Itment pu remplir cet objet. IVIais un moyen plus 
n sûr encore de transmettre à la postérité les me- 
« sures dans leur intégrité , éioit d'en premià-e 
" l'étalon dans la nature mên?e. On anroit pu les 
" faire dépendre foutes du pied horaire, c'est-à- 
" dire, de la longueur du pendule qui bat les se- 
" condes de temps. Tous les hommes étant conve- 
" nus de compter 365 jours et un quart dans une 
• année, 24 heures dans un jour, 60 minutes dans 
•■ une heure, et 60 secondes dans une minute, il 
«■ auroit été facile en tout temps de vérifier , si le» 
« mesures établies et réglées sur la longueur du pen- 
u dule qui bat les secondes auroient été altérées , 
« et de cette manière l'étalon ne s'en seroit plus 
•• perdu 

« Mais ne nous plaignons point de la négligence 
« des anciens à nous faire passer l'étalon de leurs 
« mesures ; il nous l'ont conservé , en premier lieu , 
« sur un monument aussi durable et aussi inalfé- 
" rable que la roche monolithe dont on a parlé : ce 
•< monument est la grande pyramide d'iEgyptej et, 
n en second lieu , sur un module pris dans la na- 
" ture , aussi ingénieux et aussi exact que la mesure 
« du pendule ; c'est celle d'un degré du méridien, 
" Ces deux rroyens de rétablir les mesures de l'an- 
* tiquité feront la base fondamentale de nos calculs 
- métriques j de sorte que nous osons nous flatter 

Ee 3 



436 Mathématiques. 

" qu'il ne restera aucune incertitude sur la restitu» 
" tion complète des anciennes luesures (i). 

C'est en partant des mêmes principes que l'écri- 
vain que nousveuons de citer, en suivant une roarclie 
à peu près semblable, en empruntant ses observa- 
lions , en les réformant , et y en ajoutant de nouvelles 
que l'auteur de la Métrologie comparée s'attache à 
établir que la métrologie primitive est la même que 
notre métrologie constitutionnelle, l'une et l'àulre 
ayant pour base commune le cercle du méridien ter- 
restre , mesuré aussi exactement dans les temps les 
plus anciens que par les astronomes modernes ; qu'il 
n'y a de différence entre l'une et l'autre que dans 
la graduation de leurs échelles métriques , et que 
cette différence même provient uniquement de ce 
que les premiers métrologues ont employé pour di- 
viseurs de leurs échelles, non-seulement les nom- 
bres 2 et 5 dont se compose notre progression dé- 
cimale , mais encore le nombre 3; ce qui facilltoit 
«l'autant plus les intercalations , sans s'écaiter des 
proportions harmoniques. 

On sait que l'existence d'un système métrique , 
fondé sur une base qui suppose nécessairement de 
grands progrès dans toutes les sciences physiques 
et mathématiques , et une longue suite d'observa- 
tions, n'est pas un des moindres argumens dont plu- 
sieurs hommes, justement célèbres (Bailli à leur tête), 
ont cru pouvoir déduire la preuve qu'il a existé un 

(i) Métrologie, ou Traité des mesures, poiJs et moimoies des an- 
tieoî peuples et <l«s moderue». Introduction , p. 6. 



Mélrologies. i^f 

peuple primitif, duquel toutes les nations qui cou- 
vrent aujourd'hui la face du globe ont reçu les élé- 
mens de leurs connoissances; débris respectables du 
naufrage d'un système complet , qui sont devenus 
la base de toutes les restaurations que nous pre- 
nons pour des découvertes. 

Ce système » quoique soutenu par des hommes 
généralement esiimés , a trouvé beaucoup de contra- 
dicteurs; et effectivement la nature des preuves sur 
lesquelles il est établi , n'est pas propre à soumettre 
tous les esprits. De ces preuves, les unes sont pure- 
ment hypothétique!, ou reposent sur desimpies tra- 
ditions; et il semble, à bien des personnes, plus con- 
venable de reléguer ces traditions parmi les fables, 
que de les admettre au rang des faits historiques; 
les autres, fondées sur des calculs astronomiques, sur 
des recueils d'observations attribués aux plus an- 
ciens peuples, et sur tout l'ensemble du système de 
l'univers, ne peuvent être jugées et appréciées que 
par un très-petit nombre d'hommes. Peut-être ce- 
pendant le crédit des écrivains qui les ont adoptées 
et développées avec autant d'éloquence que de sa- 
gacité , auroit-il suffi pour entraîner ceux mêmes 
qui ne peuvent les apprécier; mais on a cru voir 
dans ces résultats un système éverslf de toute chro- 
nologie fondée sur les livres saints ; on a même 
soupçonné, jusqu'à un certain point , que cette con- 
sidération , qui , aux yeux d'une classe très - nom- 
breuse d'hommes prévenus , fait tout le mérite du 
syslèiiie en quesdon , pouvolt aussi avoir Influé sur 

Ee a 



438 * MaihémaLicjues. 

]e jugement des écrivains respectables d'ailleurs,' 
sur r^iulorité desquel* il est fandé. 

Pour ne point donner trop de force à cette objec- 
tion , et, comme l'a dit, en traitant une matière 
analogue, un écrivain, aussi respectable par ses 
vertus (jue par ses connoissances, poMrse tenir éga- 
lement en garde contre la crédulité ijui reçoit tout , 
et le -fiyrrlumisme qui rejette tout (2) , il faut ob- 
server que tous le» difFérens systèmes chronologiques 
que l'on a préfendu fonder sur l'autorité des livres 
saints, ne sont dans le fait que des opinions hu- 
maines , dont aucune en particulier «'a droit de 
forcer la conviction; que tous ces systèmes, quels 
qu'ils soient, peuvent être comparés, apprcciés , 
jugés, admis ou rejetés, sans que l'autorité de ces 
livres soit aucunement compromise ; qu'en im mot 
la croyance éclairée n'a rien à craindre de cette 
liberté, renfermée dans ses justes bornes. Elle ne 
craindra pas davantage ces longues suites tle siècles 
que, sur le plus léger prétexte , l'imagination et le 
préjugé se plaisent aujourd'hui à entasser, pour re- 
culer l'origine du monde, comme les géans , suivant 
la fable, entassolent montagnes sur montagnes pour 
faire la guerre aux immortels. 

Au surplus, sans entrer à cet égard dans auctrne 
discussion , nous nous contenterons d'observer que 
l'auteur de la Métrologie comparée , ne s'écartant en 

(2) Lettre de M. Anquelil du Perron à M. *'*, sur los atitifjuité» de 
] Inde , à la lête du tome II des neclierçhes historiques et géogr»- 
phiques sur l'Ind*. 



Métrologies. 489 

rien des opinions re(^ues en chronologie , et donnant 
seulement la préférence à celle des Septante, ne re- 
connoît d'autre peuple primitif que les générations 
anté-dlluviennes , qu'elles sont pour lui cette nation 
à qui nous devons les principes de nos connoissances, 
et pour laquelle Bailli croyoit devoir recréer l'At- 
lantide. 

Cette manière de concilier deux opinions qui sem-< 
bloient contradictoires mérite d'être remarquée; et 
nous pensons qu'elle parx)îtra , à bien des personnes, 
beaucoup plus plausible que des systèmes dus à une 
imagination hardie, et adoptés aveuglement par 
l'esprit de parti, ou parle scepticisme religieux. 

Nous ne devons pas dissimuler que les rapports 
établis entre la métrologie primitive et les métro- 
logies, tant des peuples anciens que des nations 
modernes , reposent en général sur des bases plus 
ou moins hypothétiques. En effet, si leur ensemble 
paroît jusqu'à un certain point triompher du doute 
et des objections , chacun d'eux en particulier se 
réduit à des conjectures plus ou moins probables , 
étant fondé sur des approximations et sur des au- 
torités, dont les variations ou même les contradic- 
tions exigent presque toujours qu'on les renaisse 
pour en tirer des moyennes proportionnelles j et (il 
faut en convenir) c'est ainsi que pour retrouver ua 
but dont la trace seroit entièrement effacée, on le- 
chercheioit le vrai milieu des traces qu'auroient lais- 
sées les traits lancés par tous ceux qui auroient tenté 
d'en approcher. 

Quand on aura lu cet ouvrage, et ceux qui ont 

Ee 4 



44^ Malhéinatujues. 

été faits sur la même matière, on demeurera con-» 
vaincu qu'on ne peut clomanrler ici que des proba- 
bilift^s; et, jiour peu qu'on réfle'cliisse combien il est 
difficile, pour ne pas dire impossible, de parvenir 
à une exactitude rigoureuse, en remonlani d'une 
mesure quelconque à ses multiples, ou en descen- 
dant à ses sous-mu'tiples, on ne sera pas surpris que 
les conjectures viennent toujours ici au secours de 
la rèoîe et du compas. 

Mois , dira-ton , peiit-éire, et nous ne faisons cette 
réflexion , que parce qu'elle nous a été suggérée par 
la lecture même de cet cuivrage, et pour rendre un 
compte firielle de l'impression qu'il a fait sur nous, 
puisque l'auteur adtnet pour diviseur^ des échelles 
métriques des prenliers métrologues , non-seulement 
les nombres 2 et 5 , mais encore le nombre 3 et même 
le nombre 7, au riioins dans le moyen âge, et, par 
suite, leurs premières puissances, il doit résulter 
de celte supposition une (elle et si grande multitude 
de rajiports de même nature , entre presque toutes 
les mesures imaginables et la mesure primitive 
quelle q'u'flle soit , que la fécondité du principe 
peut jeter quelque doute sur sa certitude. 

L'auteur, auquel nous avons cru devoir commu- 
niquer cette difficulté , nous a observé que le nom- 
bre des multiples et sous-multipies de la mesure pri- 
mitive multipliée ou divisée par les nombre 2,3,5, 
et même 7 , et par leurs premières puissances, n'é- 
toit pas à beaucoup près illimité, et que, quoi- 
que très-nombreux, il étpit encore assez circonscrit 
pour qu'on ue pût y comprendre, même par ap- 



Métrologie s. 441 

proxîmatJon du millième , la cinquauliènie partie de 
toutes les mesures qu'il seroit possible d'imaginer. 
Si donc il estime que la totalité des poids et mesures 
des peuples anciens , et même la plupart des poids 
et mesures des grands états modernes, sont autant 
de tr.Tductions des poids et mesures primitifs, c'est 
parce qu'il croit pouvoir rapporter facilement à la 
me.mre primitive du cercle méridien , telle qu'il la 
détermine, et dans quelqu'une des proportions ci- 
devant énoncées, tous les ^ifTérens poids et me- 
su»es réellement usités, tels que le pied angloîs , 
l'aune drapière de Paris, le boisseau étalon et la 
pinte étalon de Paris, le poids de marc, la toise 
originaire de France , notre grand arpent originaire 
et notre pouce d'eau originaire, ainsi que les poids 
monétaires de presque toute l'Allemagne, et géné- 
ralement tous les poids et mesures des anciens 
peuples. 

Le C. Lesparat, animé du désir d'être utile, et 
croyant très-essentiel de familiariser promptement 
tous les François avec le nouveau système des poids 
et mesures, a proposé, en divers endroits, ses ob- 
servations sur plusieurs des actes du gouvernement 
relatifs à cet objet. Il pense que quelques parties 
de ces règlemens seroient susceptibles d'améliora- 
tions et de rectifications; et il prouve qu'il seroit 
facile de faire concorder la nomenclature de la mé- 
trologie constitutionnelle avec celle de la métrologie 
d'ordonnances, et, par ce moyen , d'établir un sys- 
tème de traduction approprié aux besoins du com- 
merce. 



44^ MalJiémalifjues. 

Il présci.te , dans un très-grand d^fail, l'exposi- 
lion des poids et mesures propres à chacune des 
trois roctrologies , leurs évaluations rigoureuses , et 
des tables qui sont le VL^sumé de toutes ces évalua- 
lions. Le tout est rapporté d'abord au mètre pro- 
visoire des trois dimensions, et au kilogramme pro- 
visoire , puis au mètre et au kilogramme définitif. 

Indépendamment de la table des sommaires, on 
trouve, à la fin du second volume, trois tables 
alphabétiques, dont l'une contient les noms propres 
d'hommes, de villes, de peuples, etc., ainsi que 
les titres des ouvrages ou actes publics dont il est 
parlé dans les deux parties; la seconde, les noms de 
tous les poids, mesures et monuoies qui y sont rap- 
pelés ; et la troisième , toutes les autres matières 
dont l'auteur a eu occasion de faire mention. Ces 
tables sont propres à faciliter les recherches et les 
rapprochemens. 

Enfin on trouve dans le tome premier la descrip- 
tion d'un compas graphique tenant lieu d'échelle 
graphique universelle , que l'auteur a fait exécuter 
Jiar le C. Lenoir. Ce compas a été soumis à l'examen 
de l'Institut national; et il résulte du rapport fait 
en la première classe de l'Institut, par le C Prosni, 
1 un des commissaires chargés d'en rendre compte à 
cette classe , que ce compas présente tous les avan- 
tages annoncés par son auteur; qu'en effl?t , au 
moyen des ses différentes ouvertures et de i'équerre 
cursive adaptée à l'une de ses branches, il peut 
former toutes les échelles graphiques possibles, 
présentant tous les résultats possibles des échelles 






Métrologie s. 443 

particulières les plus exactes qui aiiroient les mê- 
mes dimensions (3). 

L'ouvrage du C. Lesparat , avant d'avoir acquis 

(5) H f»ut Toir, pour la description du compas graphique et ses 
dlfféreiis usjge» , la première pa'tle Je l'ouTrage , depuis la page 313 
jusqu'à la page 226, et la planche qui y est jointe. 

Les ce. Prosni et Legendre, nommés commissaires en la séance du 
21 ventôse an 10, pour l'examen Ju compas graphique, exécuté par 
Lenoir , en ont rendu compte le 16 germinal suivant; «t il résulte du 
rapport qui a été fait par le C. Prosni , 

i." Que le compas a été exécuté avec toute la précision que pouvoit 
comporter la dimension qui n'est que d'un quart da mètre déjînitif 
pour chaque tranche; 

2." Qu'au moyen de la division très-exacte de chacune de ces deux 
branches en mille parties égal<-s d'im quart de millimétré, chacune, il 
devient un véritable étalon du demi-mitre définitif et de «es sous- 
divisions , parfaitement conforme k l'étalon prototype du mètre défi- 
nitif et aux copies de cet étalon, que le même artiste a exécutés pour 
le gouvernement, sous la direction de la commission des poids et me. 
suies de l'Institut ; 

3." Que le même compas, au moyen de soiî tlifférenles ouvertures, 
et de l'équerre cursive , adaptée à l'une de ses branches, peut former 
t ouïes les échelles graphiques possibles ; 

4."? Qu'en effet il présente tous les résuhats possibles des échelles 
j articulicres les plus exactes, qui auroient la même dimension; 

5." Qu'ainsi , par exemple, étant donné le rapport , qui existe entre 
deux mesures différentes, à raison, pour l'une d'un certain nombre de 
millièmes parties de l'autre ; un œil exercé recoimoîira facilement , 4 
la vue simple, jusqu'à la précision d'un 1000, ou moins, et même (en 
se servant d'une loupe ordinaire) jusqu'à la précision d'un demi- 
millième^ ou moins encore, tqus les multiples de l'une de ces me- 
sures qui correspondent aux multiples de l'autre ; 

6." Enfin , qu'en doublant , triplant , quadruplant, etc. les dimension* 
du compas , on obtiendroit une précision , non pas seulement double , 
triple ou quadiuple , etc., inaij plus grande eiicoie, comm» l'a vc« 
lifié le C. Prosni, 



444 Malhémalicjues. 

tout le d(?veloppement qu'il ofFte aujourd'liul , avoit 
été soumis, à raison des différentes matières qu'il 
renferme, à l'examen de la première et de la troi- 
sième classe de l'Institut national, celle des sciences 
physiques et mathématiques, et celle de la littéra- 
ture et des beaux -arts, et il avoit obtenu l'appro- 
bation de l'une et de l'autre. 

Les commissaires de la troisième classe avoîent 
désiré quelques changemens dans la disposition de 
l'ouvrage ; et l'auteur, en se rendant à leurs vues, 
a donné plus d'étendue à ses recherches archseolo- 
giques, et les a réunies dans le second volume. On 
trouve le précis du rapport fait par les commissaires 
de cette classe , dans le troisième tome de ses Mé- 
moires , pag. 4 et 5 (4). 

L'exécution de cet ouvrage est soignée, et fait 
honneur aux presses du C. Jansen, qui se distingue 
en général par la correction des ouvrages qu'il im- 
prime, genre de mérite malheureaseuient trop né- 
gligé par plusieurs de ceux qui exercent aiij'^'urd'hui 
Ja profession d'imprimeurs, et que l'on ne trouve 
pas même toujours dans les ouvrage? des Jypogra- 
lîiies qui, aspirant à la réputation , chrrclient à la 
mériter par le luxe et la beauté extérieure de leurs 
éditions. S. de S. 

(4) Le C. Lesparar , ayant fait liommage de son ouvrage à plusieurs 
des souverains de l'Europe , a reçu , de la part du roi de Prusse et de 
J'empereur de Russie, des remercimcns irès-flatteurs , et l'empereur de 
llussie y a joint une bague de grand prix. 



IMU.I.iUllllll.H-1 1.1, 1 ILUM « I..I11 ..■»,i_.j f_„^ 



ENCEPHALO-CRANIOSCOPIE. 

A P EB. ç n du Système cranlognomique de 
Gall y médecin à Vienne (i). 

Jl) a n s les temps Içs plus reculés et les plus moder- 
nes, le désir de trouver à l'extérieur de l'homme 
les indices certains de ses facultés internes, de ses 
passions, de son moral, etc., a invité des savans à 
"établir des systèmes de physionomie plus ou moins 
satisfaisans. 

Les plus marqués de ces systèmes sont ceux de 
Porta, de Lavaier, la théorie de l'angle facial , et 
enfin le système de Gall. 

Quant au premier qui s'occupe à comparer les 
contours de la figure de l'homme avec celle des 
bétes ; les observateurs ont décidé de sa valeur, et 
regardent ses principes comme le fruit d'une ima- 
gination égarée, ils les trouvent trop hasardés, 
trop peu fondés sur une observation raisonnée et ab- 
solu-. ,pit iiueitains dans l'application. 

Le système de Lavater a eu plus de succès, mais , 
tout en révérant le génie de cet homme vraiment 
grand observateur, on ne peut cependant pas mé- 

(i) Nota. Celte exposition !iis!orl<]iie , qui ne s'occupe nullement (îa 
prouver les \eiiit-s du sysrème de Gall, ne doit entraîner aucun juge- 
ment sur ce dernier , qui sera «ftetmi , par son auteur , de ralsonne- 
jnen : solides et de preuves Gonvaincjintes. 

Nous trouvons nécessaire de remarquer encore que tout ce qui est 
marqué de guillemets, ne s'ajipuye pas sur l'autoutc de G-i!l. E. 



44'^ EincpJiaJo - Ci aiiioscopic. 

connoîdc la hase chancelante sur laquelle reposent 
toutes les opinions qu'il avance, et l'esprit n'est 
guère satisfait des vérités que l'on ne saurolt appré- 
cier que par une imagination aussi exaltée, et un 
tact aussi délicat que celui de l'auteur. 

La théorie de l'angle facial, qui embrasse un 
champ plus vaste que le système de Lavater , nous 
laisse dans l'incertitude sur le détail des facultés, 
et ne nous donne que des points de vue généraux; 
mais elle nous offre cette vérité de la plus giande 
importance, que l'angle facial augmente de gran- 
deur en égale proportion avec les facultés, des ani- 
maux , et il se rencontre en cela , d'une manière 
évidente , avec les résultats généraux du système 
de Gall. 

Sans entrer ici dans un détail scrupuleux de la 
marche pénible que ce savant physicien a suivie, 
pour parvenir à poser les bases certaines dans une 
science jusqu'à piésenl si hypothétique , il nie suffira 
d'examiner succinctementles principes fondamentaux 
qui sont : 

1.° hc cen'eau est V organe matériel des fucitlléa 
intcr?ies. 

Loin de vouloir décider les questions métapliy- 
slques sur la nature de l'ame , ou de tout ce qu'on 
veut supposer comme cause occulte des facultés in- 
ternes, on est cependant forcé d'admettre un organe 
matériel pour leur action. 

Or en remarquant que ces facultés ne se trouvent 
qu'où le cerveau existe , qu'elle» se perdent avec 
lui, .que les maladies et les lésions de ce dernier 



EncepJialo - Cran'ioscopie. 447 

influent sensiblement sur leur dt'gré et leur action, 
que le volume du cerveau augmente en proportion 
directe avec les facultés des animaux , etc. ; en ob- 
servant tout cela, dis-je, il n'y a rien de liasardé 
d'en regarder le cerveau comme l'organe matériel 
et intermédiaire. 

l^ola. On pourroit objecter ici que dans plusieurs 
cas, des individus ont perdu une partie considérable 
de la substance du cerveau , sans que les facultés 
aient diminué sensiblement ; mais il faut obser- 
ver que la plupait des organes cérébraux existent 
en nombre double, et que les obiervalions que 
l'on cite manquent d'exactitude. 

2." T^e cerveau coiilieiit différeus organes in dépen- 
dants (2) entre eux , -pour les différentes JacuUcs. 

Les facultés internes n'existent pas toujours en 
égale proportion entre elles ; il est des hommes qui 
ont beaucoup d'esprit sans avoir de la mémoire, 
qui ont du courage sans avoir de la circonspection, 
qui ont de l'esprit métaphysique sans être bons ob- 
servateurs. 

En outre, les phénomènes du rêve, du somnam- 
bulisme, du délire , etc. , nous prouvent que les 
facultés internes n'agissent pas toujours ensemble , 
qu'il y a souvent une très -grande activiié de l'une, 
pendant que les autres ne sont point sensibles. 

(2) Cette idi'e d'indépendance ne doit point d'kruire ce principe de 
l'organisme anijiial , que toutes le» parties sont dans un rapport réci- 
proipe; elle doit marquer seulement que l'action d'un Organe n'entraîne 
pas absolument le mèrae degré dans un autre. 



448 Encephalo - Crûnioscopie. 

Ainsi dans la vieillesse et quelquefois dans Ici 
maladies, par exemple dans la folie, plusieurs fa- 
ciilt(?s se perdent tandis que d'autre-i subsistent ; de 
plus, une occupation soutenue de la même faculté 
diminue sensiblement son énergie ; en passant aune 
autre , nous y trouvons toute la force dont elle est 
susceptible, et, tout en nous occupant, nous re- 
venons enfin à la première faculté qui alors a 1 épris 
sa vigueur primitive; c'est ainsi que fatigué d'une 
lecture philosopbique et abstraite, nous passons avec 
plaisir à celle d'une poésie, et reprenons ensuite, 
avec autant d'attention la première occupation. 

Tous ces phénomènes prouvent que les facultés 
sont séparées l'une de l'autre et indépendantes entre 
elles , et nous sommes portés à croire qu'il en est 
de même de leurs organes matériels. 

No/a. » Nous ne sommes pas tout-à-fait d'accord 
<■ avec cette idée de Gàll, et nous croyons au con- 
•• traire que la séparation des organes matériels doit 
« être r( gardée comme cause de la distinction des 
« facultés internes, aii moins il nous paroit, qu'en 
« supposant les facultés elles - mêmes comme sé- 
" parées originairement , nous ne pourrions plus nous 
« sauver du piège du matérialisme qui existe aussi- 
•• tôtque l'on ne regarde plus l'esprit comme unité. » 

3.° Le dei>eIopjiemejit des organes contenus dans 
le crâne , est en proportion directe avec la foi ce de 
leurs faculiés correspondantes. 

Ce principe, dicté par l'analogie , repose sur cet 
aiiome; que, dans toute la nature, les facultés se 

trouveat 



Eiicephalo - Cranioscopîe, 449 

trouvent toujours en proportion avec leurs organes 
nlatifs, et sa vérité est spécialement prouvée par 
les observations particulières de Gall. 

Il faiit remarquer cependant, que l'exercice influe 
bt'auroup sur la force des facultés, et, qu'un or- 
gane médiocrement développé, inais qui est exercé 
souvent , peut donner une faculté supérieure à celle 
qui accompagne un orjrane très-étendu , mais qui 
n'est jamais mis en action. Comme nous voyons qu'un 
homme d'une conformation pci! forte acquiert , par 
lin exercice continué, des forces supérieures à un 
auire dont la structure est peu athlétique. 

Nota. Je dois prévenir ici nre opinion qui sem- 
ble résulter immédiatement de ce principe, el qui 
néanmoins est fi^usse, c'est que le volume du cer- 
veau en général est en proportion direcie avec l'é- 
nergie de ses facultés L'observation a démontré à 
Gall cjue l'on ne peut juger de la force des facul- 
tés que par le développement des organes séparés, 
qui forment des éminences distinctes au crâne, 
et qu'un crâne parfaitement arrondi , de quelque 
grandeur qu'il soit , ne prouve jamais de grandes 
ni beaucoup de lacultrs. 

Je ne me rappelle pas d'en avoir entendu donner 
la raison par Gall; « mais je crois qu'on peut re- 
M garHer ces cerveaux comme dans iin état analogue 
•« à l'obésité; et comme nous ne jugeons pas de la 
« force musculaire d'un homme ou d'un animal par 
" le volume de ses membres, mais par le dévelop- 
" pement des muscles en particulier, je crois que 

T'orne L Ff 



4^0 Encephalo - Cranioscopie. 

« de même nous ne devons juger de la force des facul- 
« tés, que par le développement des organes relatifs.» 

Le 4.' principe enfin , le plus important pour la 
pratique du système de Gall, est celui-ci : On peut 
11/ ^er de ces diffcrcns organes et de leurs facuUéa 
■par la forme exlérieure du crâne. 

La vérité de ce principe est fondée sur cette au- 
tre , que la conformation du crâne dépend de celle 
du cerveau , vérité reconnue généralement et prouvée 
par l'antériorité du cerveau , par les impressions 
dans l'intérieur du crâne, et par d'autres faits. 

'Nota, Il est vrai qu'il y a des crânes auxquels, 
à une |)rotubérance externe de l'os , il en répond 
une interne; et celte irrégularité, qui se trotjve 
quelquefois comme maladie, et le plus commu- 
nément dans l'âge avancé , où les organes céré- 
braux n'opposent plus autant de résistance au crâne, 
donne quelqu'iucettitude à la pratique du système 
de Gall ; mais c'est le sort de toutes nos vérités 
dictées par l'expérience , et d'ailleurs ces cas ne 
sont, pas trop fréquents. 

Guidé par ces principes, Gall examine la nature; 
il compaie les crânes des animaux et ceux des hom- 
mes analogues et diffcrens en facultés ; ses recher- 
ches lui ont prouvé, d'une manière presqu'incon- 
testable , non-seulement les vérités ci-dessus exposées; 
mais encore que les facultés des animaux sont ana- 
logues à celles de l'iiomme ; que ce que nous appelons 
instinct dans les animaux se trouve également dan» 
ce dernier , tel que l'altachctuent, la ruse, la cir- 



Encephalo - Craniqscopie. 46 1 

Coilspectlon , le courage , etc. ; que la quantité des 
organes fixe la (''l'ÎVrenc e du genre des animaux, 
leur proportion réciproque , celle des individus ; 
que la disposition à toute faculté donnée originai- 
rement par la nature , peut être développée par 
l'exercice et des circonstances favorables , quelque- 
fois (K;r des maladies ; mais qu'elle ne peut jamais 
élie créée dans le ras où la nature ne l'a pas don- 
née (3; ; que l'accumulation des organes se fait d'une 
manière constante de derrière en avant, de bas en 
haut , de manière que les animaux , à mesure qu'ils 
se rapprociient de l'homme dans la quantité de 
leurs facultés , ont la partie supérieure et antérieure 
du cerveau plus développée , et qu'enfin , dans 
l'animal le plus pariait, l'homme, il y a des or- 
ganes dans les parties antérieures et supérieures du 
frontal , et des pariétaux destinés aux facultés qui 
lui conviennent exclusivement. « C'est sous ce dernier 
« point de vue que les découvertes de Gall s'accor- 
» dent entièvement avec la théorie de l'angle facial , 
« ce qui semble affirmer davantage leur vérité. » 

Quant aux détails du système de Gall et à l'énu- 
mération des différens organes qu'il a trouvés, il 
est difficile d'en faire une description exacte et 
satisfaisante , quand on est dépourvu de la quantité 
de faits et d'exemples dont il se sert pour prouver, 
d'une manière évidente, ce qu'il avance j cependant 
je tenterai cette euunoération, étant persuadé qu'elle 

(3) I) faut que le ijerme d'un orgune quelconque exisl#daas l'em-? 
hryon, li le dèTéIopp«ioeJil de l'organe doit se i*ne â la suite. 



4'52 Encephalo - Cranloscopie. 

contiendra plusieurs éclaircissemens sur la manière 
de voir de l'aufeur, et qu'elle donnera une vraie 
idée du chemin à prendre pour parvenir à ses ré- 
sultats (4). 

I . Organe de la ténacité de la vie. 

Le premier organe que l'auteur croit avoir trouva, 
est celui de la ténacité de la vie ^ tenacilas vilœ : il 
en regarde la moelle alongée comme le siège ; et 
comme la circonférence du grand trou de l'occipital 
est en proportion directe avec l'étendue de la moelle 
alongée, il se sert de la grandeur de ce trou pour 
juger de l'intensité de la vie d'un animal. 

Les observations qui viennent à l'appui de cette 
opinion sont que ce trou est ordinairement plus grand 
dans les crânes des femmes que dans ceux des hom- 
mes , qu'il est constamment étendu dans le chat 5 
la loutre , le castor , le blaireau , etc. , animaux 
connus comme d'une vie très-tenace. Outre cela il 
n'y a pas de moyeu plus prompt pour tuer un animai 
que de lui couper la moelle alongée. 

2. Organe de Vinstinct de sa propre conservation. 

Plus en avant de la moelle alongée, à l'endroit où 
elle quitte le cerveau, l'auteur place V organe de /'«- 
viour pour la vie ou de l'instinct de sa propre con- 
sen'alion. 

Les animaux ne fournissant pas d'exemples de 
suicide , ce n'étoit que dans la race humaine qu'il 
pouvoit puiser les exemples en faveur de cette sup- 

(4) Comparez sur U pUnche le* numéros coi respood ans. 



Encephalo - Cranioscopie. 453 

position , et plusieurs cas de suicide volontaire dans 
lesquels cette partie du cerveau ctoit malade, l'ont 
clélerhiiné à la regarder comme l'organe de cette 
faculté, cependant ce n'est pas pour lui une vérité 
absolue; il attend des exemples ultérieurs qui en 
attestent l'évidence. 

3. Organe pour le choix de la nourriture. 

Les organes y pour le choix de la nourriture ^ se 
trouvent, d'après l'auteur, dans les tubercules quadri- 
jnmeaux , dont les antérieures sont plus grandes dans 
les carnivores , les postérieures plus développées dans 
les herbivores et qui sont de grandeurs égales da^s 
les omnivores. 

4. Orgiines cérébraux des sens extérieurs. 

La partie moyenne de la base du cerveau est 
destinée aux sens extérieurs. C'est la région d'où 
jiartent les nerfs qui se distribuent dans les organe» 
de ces sens. 

5. Oigane de Vinstinct de V accouplement. 

I^ organe de Vinstinct de l'accouplement est situé à 
la base de l'occipital, en arrière de la moelle alongée 
tt du grand trou de l'occipital. 

Cet organe ne se développe qwe dans 1 âge de pu- 
berté, et son accroissement influe beaucoup sur Is 
forme de la nuque et du cou parce que oet endroit 
du crâne donne attache à ses muscles. 

Dans les animaux que l'on châtre avant l'âge 
de puberté , le développement de cet organe n'a 
pas lieu, aussi il est constant que le taureau a l'en- 

Ff 3 



454 Encephalo - CraTiio.tcojn'e. 

coliire beaucoup plus large que lehœruf, et »qup les 
■< chevaux soumis à ha castration , avant ([ue leur 
« encolure soit fournie , ont toujours cette pa>tie 
.M effilée. " 

Dans le sin2;e, le lierre et le coq cet orp;ane est 
très-apparent, et dans les pigeons et les moineaux 
l'orcipifa' lornie un sac paiiiculier qui sen^Me être 
un appendice de la tf'te ; aussi il es» connu que ces 
animauTC se donnent avec beaucoup d'ardeur à l'ac- 
couplement. On trouve quelcjuefon's la môme dispo- 
sition du crâne dans les hommes, et Gall conserve 
dans son cabinet plusieurs crânes d'imbf^cillcs qui 
se distintjjuoîent parleur lascivité, et dont l'occipital 
présente une énorme saillie, 

6. Organe de l\imour réciproque des -parens el des 
enfans. 

l*organe de Vamour réciproque des pare/ts et des 
en-fans, occupe toute la part e postérieure et supé- 
rieure de l'occipital ; il est par sa position en liaison 
intime avec l'organe précédent , dont l'action doit 
ne'cessaireraent influer sur lui. « Quelquefois son dé- 
« veloppement excessif contribue à forrner ce pro- 
n longement de l'occipital en forme de sac dont nous 
« avons parlé à l'article précédent. » 

Cet organe se trouve en général plus prononcé 
dans les femmes que dans les hommes , et par toute 
la nature, plus dans le sexe féminin que dans le 
masculin; il est très-apparent surtout dans les sin- 
ges , dont l'amour pour ses enfans est si coii»>u y 
^u'il a même passé en proverbe^, 



Encephalo - Cmnioscopie. 455 

" En g<^néral , tous les animaux qui montrent 
« beaucoup de tendresse pour leurs enfans , en sont 
«< pourvus, et il nous semble que les pigeons, dont 
•< le mâle ainsi que la femelle couvent les œufs , 
" et qui nourrissent leurs petits par une espèce de 
" rumination, peuvent en donner un exemple. » 

Le coucou , qui n'élève jamais ses petits , est 
presqu'enlièremenf dépourvu de cet organe. 

7. Organe de Rattachement , de l'amitié. 

A la partie postérieure et moyenne des pariétaux, 
c( la partie latérale de l'occipital , se trouve l'organe 
de rattachement ou de l'amitié. 

« Sa position se met en connexion intime avec 
« les deux organes précédens , et il paroît que 
<■ l'action de ces trois organes ensemble a lieu sur- 
•■ tout chez les animaux qui doivent vivre en société. ■ 

Les chiens nous offrent des marques d'attache- 
ment Jes plus surprenans, et ce sont surtout les 
barbets , les bassets, et les chiens de cour qui ea 
fournissent des exemples j aussi ces espèces se dis- 
tinguent par une tête large, sur laquelle on trouve 
le développement de cet organe postérieurement et 
supérieurement de l'apophyse zygomatique. Le lé- 
vrier, qui est moins susceptible d'attachement, a 
Ja tête plus resserrée postérieurement , et manque 
pour l'ordinaire de cet organe. 

8'. Organe du courage. 

C'est l'angle postérieur et inférieur du pariétal qui 
répond à V organe du courage. Il contribue à agran- 

Ff 4. 



4-56 Enccphalo - Cranîoscopîe. 

dir la laroeur de la téfe , et à écarter les oreilles 
l'une de l'autre. Sa proximiff^ aux trois or{;anes pré- 
cédens nous explique la fureur des animaux en rut, 
et l'exrès du courage de ceux qui ont des petits ou 
qui protègent leur femelle ou les individus de leur 
sociét*^. 

11 est très-marqué dans la hiène,lelion , le loup, 
queif|ues espèces de chiens, et surtout dans le san- 
glier dont la t(?méii(é est connue. 

L'âne au contraire , le lévrier , la breliis , le 
lièvre , qui se distinguent par leur timidité , sont 
entièrement privés de cet organe ; leur tête est 
étroite postérieurement et leurs oreilles sont très- 
rapprocliées. 

Un phénomène assez surprenant semble venir en- 
core à l'appui de l'opinion de Gall sur le siège de 
cet organe ; c'est le mouvement involontaire de 
l'hoiîime qui perd le courage. Il se gratte derrière 
les oreilles, comme voulant exciter l'action de l'or- 
gane qui lui donne cette faculté. 

No/a, <• Nous avons remarqué un mouvement 
« des chats qui nous paroît avoir quelque ressem- 
« blance avec ce dernier , et qui se rapporte à 
• l'organe de l'attachement. C'est qu'en caressant 
" l'homme ils lui présentent toujours la partie pos- 
" térieure de la tête pour la frotter contre lui. " 
9. Organe de t instinct cT assassiner. 

Plus en avant de l'organe du courage, vers Te 
ini4ieu de la parlie latérale des pariétaux , réside 
Vorgane de l'iustinct d'assassiner. 



Encephalo - Cranioscojne. 467 

Il est développé dans Ions les carinissieis qui vi- 
vent de proie; et Gall l'a trouvé sur le crâne de 
plusieurs criminels assassins. 

10. Or<yanes inconnus. 

Deux organes Cjui répondent an (en'poral , sont 
inconnus jusqu'à présent quant à leur fonclion. 

11. Organe de la ruse. 

L'organe de la ruse occupe la partie antérieure et 
inférieure des pariétaux ; il est développé dans tout 
les animaux qui se distinguent par cette faculté, 
comme dans le renard , la, fouine , le «liât , le plon- 
geon (5) , et il est en liaison la plus intime avec 
Vorgane du larcin , qui n'en constitue qu'un prolon- 
gement plus en avant vers l'orbite, et qui se trouve 
dans le chat, quelques chiens, et dans la pie. 

C'est peut-être au développement de cet organe 
qu'il faut attribuer l'élargissement que des obser- 
vateurs ont trouvé aux têtes de Kalmouks, parmi 
lesquelles l'inclination au larcin est un caractère 
national. 

12. Organe de la circonspection. 

L'organe de la circonspection se trouve au milieu 
des pariétaux, au dessus de l'organe de la ruse, et 
de celui de l'instinct d'.ussassiner. 

Son développement exce^if donne l'irrésolution, 

(5) Une obsei-valion qui nous paroit difficile à ranger , est que Gall 
a trouvé cet orpane conslamment <léveloppé dans les poètes J il n'en 
donue nulle explication j mais son observation est fidelie. 



458 Encephalo ' Cranioscopîe, 

son c](^faut l'élourderie ; il est (rèspiononc(? dans le 
chamois et le chevreuil , dont la circonspection est 
très - niaïqiu'e , et qui ne marche qu'avec la plus 
grande précaution sur un chemin inconnu. 

De même il se trouve dans les animaux qui ne 
sortent de leurs habitations que la nuit, tels que les 
hiboux, les loutres, etc. 

i3. Orgjue de Vinstiiict de s'cletwr. 

L'organe, au milieu du bord interne des parié- 
taux , à la partie moyenne supérieure et un peu 
I^ostérieure de la tête, nous donne une vraie idée 
des difficultés qui s'opposent aux recherches dé Gall, 
et nous fournit en même temps un exemple frappant 
des opinions heureuses de ce grand observateur. 

II trouva cet organe bien développé dans le cha- 
mois, et plus encore dans le bouquetin ; il le remar- 
qua de même dans plusieurs hommes qui se dislin- 
guoient par leur orgueil. Il étoit difficile de rap- 
porter ces observations sous un seul point de vue; 
mais , en considérant que le chamois habite les 
endroits élevés des montagnes , que le bouquetin 
cherche toujours à monter encore plus haut , et que 
l'orgueil, examiné attentivement, n'est que la vo- 
'lonté d'être au dessus des autres, il fut persuadé 
alors que ce devoit être le même organe qui pro- 
duisoit tes effets, dij/'érens en apparence , et il le 
regarda comme l'organe de Tinstinct de s'élever. 

La tête, portée en haut et en arrière de l'homme 
orgueilleux, contribue à affirmer davantage sx)n opi- 
pion. 



Encephaîo - Cranioscopie. 459 

'Nota.''\\ nous semble que le tableau de l'homme 
« orgueilleux , mis en opposition avec celui de 
« l'homme soumis et modeste, rend plus frappante 
<• encore la vérité de cette idée. Dans le prfmier, 
« tout se dirige en haut ; il hérisse la frisure , 
■ lève latêle , hausse les sourcils, relève les pau- 
« pières, efface les épaules, marche sur la pointe 
•• du pied , et wv regarde louf ce qui l'< nvironne 
" que comme a\i des ohs de lui ; dans le dernier , 
« au contiaire, la chevelure tombe naiuieUe- 
« ment, les paupières, le' sourcils et la télé 
" sont baissas , le corps et les genoux sont l<''gè- 
<• rement ployes ; enfin tout désigne un état de 
<■ soumission , et sans désir d'éire au dessus des 
" autres, •• 

14. Organe de Cumour de la gloire. 

Si cet organe est plus étcnda sur les côtés , il forme 
celui de l'amour pour la gloire , penchant très- 
analogue à l'orgueil. 

i5. Organe de Vamoitr pour lu vérité, 

La fonction de l'organe qui se trouve à l'angle 
postérieur et supérieur des pariétaux n'est pas en- 
tièrement fixée par Gall ; cependant il a des raisons 
pour regarder cet angle comme le siège de l'organe 
de l'amour pour la vérité ; mais il n'a pas encore re- 
cueilli assez de faits pour en être iatimement con- 
vaincu. 

Hâta. <• Nous avons quelque peine à nous per- 

« suader de celte fonction , attribuée par Gall , k 



460 Encephaîo - Cmiiioscop're. 

" ce dfinier organe; il nous paroît qu'un organe 
" qui se trouve au milieu de ceux dont les ani- 
« maux sont pourvus, ainsi que les hommes , ne 
•< doit pas être destiné à une faculté qui , comme 
« la véracité, ne convient qu'au dernier. 

" Cependant il en est peut-ftre de cette faculté 
•• comme de l'orgueil, qui subit une grande mo- 
n dification dans les animaux; et nous avouons 
•■ avoir trouvé deux hommes, dont l'un, qui se 
•< distinj^uoit par une véracité extrême, étoil muni 
•• de cet organe au plus haut degré ; l'autre, au con- 
•' traire, qui pcnchoit au rriensbnge extraordi- 
" nairement , en étoit dépourvu tellement que sa 
« tête ofFroit à cet endroit un creux, au lieu d'une 
- protubérance. •• 

Dans la partie antérieure et inférieure du frontal , 
Gail a trouvé plusieurs organes dont la fonction est 
très- importante. 

Au commencement de ses recherches , il les re- 
garda comme des organes de différeules espèces de 
mémoire ; mais voyant à la fin que leur action n'est 
pas reproductive seulement , mais aussi productive , 
ïl fut déterminé à les legardcr comme les organes 
de sens particuliers, et d'établir sur cette observa- 
tion l'opinion que la mémoire en général n'est que 
l'action reproducli\e de tous les organes, l'imagi- 
nation, au contraire, leur action productive. 

Le mouvement automate de l'homme qui cherclie 
à se ressouvenir de quelque chose, semble être en 
rapport avec ces organes, 11 porte involontairement 



Encephalo - Cranioscopie. 461 

la main sur la baàe du froat. Cette action, quoi- 
que inaperçue de celui qui la fait, est cependant 
constante, et ne se confond jamais avec celle dont 
nous avons parlé plus haut, à l'occasion de l'organe 
du courage. 

16. Organe du sc7is de localité. 

L'organe du sens de localité occupe la partie an- 
térieure du fiontal q^>.i répond aux protubérances au 
dessus des orbites ( praUiberantiœ suprà orbitales J ; 
il accompagne ordinairement les crânes de ceux qui 
se distinguent par de grands sinus frontaux, et qui 
présentent toujours à l'intéiieur une cavité corres- 
pondante à une éniinence du cerveau. 

Quand il agit réproduclivement , il constifue ce 
que nous appelons uiémoire de locaiiié (ineivoria 
localis ) ; agissant productivenicnt , au contraire, il 
détermine à des combiuaicons de localités nou- 
velle*. 

C'est luî qui, dans des endroits inconnus, guide 
le limier dans lequel il se trouve très-prononcé; il 
exiàte dans tous les oiseaux de passage; il les invite 
à changer d» lieux , à faire des voyages t'ioignés , et 
à retrouver l'endroit de lew première habitation ; 
la cigogne et l'hiiondelle en sont éminemment 
pourvus ; aussi ce sont les animaux qui s'éloignent 
le plus de nos pays. Dans les hommes, qui en sont 
munis, nous remarquons de même une grande mé- 
moire pour les lieux et le désir de voyager; aussi 
il se trouve constamment dans les habiles peintres 
en paysages. 



462 Encc/fhalo - Cranioscopiè. 

" Un général, qui fait les dispositions d'une ar-»' 
■> mt'e, et qui d'un seul coup-d'œil doit voir tou- 
« tes les localités du pays qu'il occupe, ne sauroit 
« se passer de cet organe* •> Le grand Frédéiic 
nous en fournit un exemple Frappant. Dans l'âge 
avancé, cet organe est un de ceux qui diminue sen- 
siblement : aussi il est reconnu que toute espèce 
de mémoire et d'imagination se perd à mesure que 
l'homme vieillit ; alors les sinus frontaux augmentent 
intérieurement ; l'action du cerveau ne s'oppose plus 
autant à leur développement. 

17. Organe du sens pour les faits f sensus rcrum ). 

Le sens pour les faits a son organe correspondant 
dans la partie inférieure et antérieure du frontal, 
au milieu et au dessus du précédent pi agit produc- 
livement et véproductiveuient, «t , dans le dernier 
cas, il donne la mémoire des faits et des choses. 

C'est un organe très -nécessaire à l'éducation et 
à l'instruction , qui demandent absolument que 
l'on se souvienne des choses passées; il est soumis 
dans la vieillesse aux mêmes changcmens que le 
précédent. 

Dans les animaux, l'éléphant se distingue surtout 
par le développement de cet organe; aussi c'est lui 
qui retient, avec le plus d'exactitude, les faits et 
les actions qui ont rapport à lui. 

« Parmi les hommes, nous avons trouvé cet or- 
<> gane , non-seulement dans ceux qui ont beaucoup 
• de mémoire pour les faits et les choses , mais en- 
« core dans ceux que l'on peut appeler télés sysjé- 



Enceplialo - Cranioscêpie. 463 

« mad'qiies, qui rangent tous les faits en ordre, et 
•• qui en lirent des conclusions, dans ceux qui sont 
•" d'une conception facile, et qui se distinguent par 
« une envie de savoir tout ; il nous paroît même que 
« l'opi^ration de combiner les faits pour en tirer un 
« résultat est une action principale de cet organe ; 
" du moins l'élépliant , qui garde dans sa trompe 
« de l'eau pour en arroser en passant celui qui l'a 
>• oifensé la veille j range plusieurs faits, et en tire 
•■ un résultat qui est une vraie conclusion logique; 
" et nous ne connoissons pas d'autre organe dans 
" l'cléphant auquel on puisse rapporter cette ac- 
" tion. 

« Le mouvca-,cnt automate de l'homme qui s'a- 
•• perçoit qu'il a déraisonné, semble venir à l'apoui 
" de œs suppositions ; il se frappe sur le milieu du 
" Iront. » 

18. Organe de peinture , le sens pour les couleurs. 

L'organe du sens pour les couleurs ou de la peiu- 
iure occupe la partie antérieure du frontal , au dessus 
de l'orbite ; Gall a remarqué cet organe dans tous 
les peintres à grands talens. 

•> Comme celte découverte ne nous est parvenue 
« que depuis peu, nous n'avons pu recueillir qu'un 
« petit nombre d'observations ; cependant nous l'a- 
" vons remarqué dans quelques individus , et il est 
" ties-apparent dans la tête de Raphaël, au Musée 
« national , n.^ 57. •■ 



464 EnccpJialo - Craniuscopic. 

ig. Organe du tens pour les nnjiihres. 

L'organe qui correspond à la partie inf(?rieiire et 
extérieure du frontal , près de l'apophyse zygoma- 
liqiie de cet os, a la foutlion du sens des nombres ; 
il existe dans les hommes rjiii ont beaucoup de mé- 
moire pour les nomljrcs , et dans les aiilbmédeicns 
r|Mi font avec beaucoup de facilité des combinaisons 
de calculs ; il existe dans une espèce de pie tjui a 
la faculté de compter jusqu'à neuf, seul exemple 
connu parmi les animaux. 

« Nous avons eu occasion de remarquer cet or- 
■c g.ine sur la tête d'un avenpje , aux Quinzt-Vingts, 
t qui se dislingue par ses lalens aiithmt'iiques; et 
«I Gall conserve des bustes de plusieurs hcuiimes qui 
« en fournissent des exemples tics-instructifs. » 

20. Organe du sens musical. 

Au dessus de cet organe se trouve celui du sens 
musical on pour les sons. 

Il agit de même que les autres organes, produc- 
tivement et réproducllvement ; il doiine la iiu'moire 
pour les sons; il facilite de nouvelles combinaisons 
tles compositions musicales; il in vile les oiseaux,- à 
chanter; il agit dans ceux qui apprennent à parler, 
et dans lesquels le langage n'est fondé que sur cette 
mémoire pour les sons. 

Il manque ab olumcnt aux animaux qui n'ont pas 
<Ie sens musical ; il est très-développé dans le per- 
roquet etl'étourneau ; et les grands uiusiciens Gluck, 
Mozart , Haydn , Pleyel , nous en fournissent des 
exemples fiappans. 

21. 



Encephalo - Cranioscopic. 46Ô 

2t. Organe du sens 'pour la mécanique. 

Dans la partie Jalérale ot inférieure du frontal 
5e tiouve l'organe du sens pour la ttiécaniqie. Le 
castor qui construit d< s bâlin ens en est éminem- 
ment doué; il existe dans le miilt^t et dans les oi- 
seaux qui font leurs nids avec beaucoTip d'art j il se 
rencontre dans les hommes qui ont du talent pour 
les objets de mécanique , qui construisent avec fa- 
cilité une machine quelconque, qui se servent avec 
tlextérité de leurs tiiains, et qui se distinguent dans 
les différens arts qui demandent un travail manuel. 
Quoiqu'il 8oi+ très-difficiie de juger de l'existence 
de cet organe, quand il n'est développé que médio- 
crement, H parce que le muscle lentporo- maxillaire 
« recouvre cette partie du crâne j cependant il est 

• très-émînent si la faculté existe dans un degré su- 
■ périeur , et c'est alors un des organes sur lesquels 

• on peut avoir le moins de doutes. •• 

22. Organe de la mémoire verbale. 

Dans l'intérieur de l'orbite, au fond de la partie 
âupérieure, existe l'organe de la mémoire verbale j 
il peut être remarqué lors de son développement 
par l'influence qu'il exerce sur la position du globe 
de l'-ceil, qu'il pousse toujours en avant et plus ou 
jnoins hors de l'orbite. 

Les personnes qui en sont pourvues retiennent 
facilement les mots par cœui. Gall, étxint jeune en- 
core , remaïqua cette faculté dans plusieurs de sea 
condisciples qui ne bnlloient uniquement que par 
ce talent , et q[ui* diitinguoient par des yeux trcs- 

Tome^' G s 



465 Enccpîudo - Cranioscopic. 

protubérans. Ce fut la première osbervaiion qiiî 
donna dans la suite la direction à ses recherches ; 
nombre d'observations sur cet organe ont depuis ap- 
puyé la vérité de son exislenct; et dt- sa l'onction. 

23. Organe du sens pour les langues. 

L'organe, à la partie extérieure et supt'rieure de 
l'orbite , est appelé, par Gall, orp,ane du senâ pour 
les langues. Sa présence influe considérablement sur 
ïa position du globe de l'œil ; elle le pousse en bas 
et vers le nez, et augmente sa distance du bord su- 
périeur de l'orbite î dans les animaux il n'existe nul- 
lement ; aussi dans ceux-ci le globe de l'œil est plus 
dirigé vers la partie latérale extérieure de l'orbite. 

Son développement accompagne constamment lea 
talens distingués pour les langues j il est éminent 
dans les grands philologues; et, quoiqu'il soit dif- 
ficile de juger à l'extérieur de son existence , ce* 
jjendant nous avons remarqué qu'il n'a jamais échappé 
à l'œil observateur de Gai) , et qu'en auoune occa- 
sion il ne s'est trompé sur ce point. 

3.^, Organe de la mémoire pour les personnes. 

La fonction de l'organe à la partie supérieure et 
interne de l'ojbite n'est pas encore reconnue pat 
Gall; cependant plusieurs observations sur l'homme 
et les animaux , tels que le chien et le cheval , l'ont 
déterminé à le supposer l'organe de la mémoire pout 
les personnes. Son développement doit, de même 
que celui des précédens , influer sur la position dç 
l*ceil ; il doit contribuer à l'écarter du bord supérieur 



Ençephalo - Cranioscopie. ù^Gn 

de J'orbUe , et le pousser vers la partie latérale ex- 
terne , si un développement égal de l'organe précé- 
dent ne confre-balaiice son eff^t, , 

25. Organe Je lu iibéraUlé. 

L'organe de la libéralité réside à la partie anté- 
rieure du fiontal , au dessus de ceux du sens de loca- 
lité et du sens pour la peinture ( n."' i6 et i8}^ et 
à côté du sens musical ( n." 20); son développement 
extrême accompagne le prodigue ; il manque à l'a- 
vare ; et alois celte partie du frontal ferme un 
creux. Gall en possède des exemples nombreux. 

« La pro\in)ité de l'organe de la musique et du 
« sens pour la piiuture (u.'~^ 18 et 21) semble favo-' 
■t riser souvent le développement de celui de la li- 
« béralité; et c'est peut-être ime des raisons pour 
« laquelle nous trouvons si souvent des prodigues 
■ parmi les hommes qui excellent par leurs talens 
« en ce genre, » 

Nous observons constamment que plus l'homme 
vieillit , j)lus 11 devient avare ; aussi dans l'âge avancé 
la diminution de cet organe est si marquée, c[u'elle 
donne lieu à une étendue quelquefois très-considé- 
lable des siuiis frontaux, 

26. Organe de V esprit comparatif. 

L'organe au dessus du sens pour les faits, aumi- 
liçu du front , e^t destiné à une faculté, que Gall 
appelle esprit com\Mi&ùi (^jvdiaum comparativuni J, 

Il forme une éa inence oblongue -, et il se trouve 
dans les hommes qui, en parlant, se servent faci- 



468 Encep/wlo- Cranwscopîe, 

lement d'imsges ou de Iropes, qui ne sont pas em- 
barrassés des expressions , qui racontent bien , qui 
ont beaucoup d'éloquence. 

27. Organe de l'esprit métcrpîiysîtjue. 

Si cet organe est plus développé vers les cutés , 
de sorte qu'il forme une éminence arrondie qui s'é- 
lève au milieu du front , il est l'indice de l'esprit 
métaphysique. Parmi les bustes des philosophes des 
temps passés , c'est surtout celui de Socrate qui nous 
tu donne un exemple des plus éclatans : parmi Ie5 
philosophes modernes , marqués de cet organe , je ne 
cite que Kant comme un des plus célèbres. 

Nota. « Je me rappelle d'un de mes premier» 
"' condisciples, auquel nous avions donné le sur- 
•• nom de philosophe , à cause de son penchant 
« pour les sciences abstraites; son front présente 
* un développement très -sensible de cet organe, - 

28. Organe de l'esprit (^observation. 

L'organe de l'esprit d'observation s'étend sur tout« 
la partie antérieure du frontal , et son développe- 
ment rapproche plus ou moins le front de la ligne 
verticale. On le trouve sur tous les crânes des obser- 
vateurs de tous les siècles : le célèbre médecin Frank 
en est doué à un degré émînent , et Gall lui-même 
en est pourvu à un point très-évident. 

39. Organe pour Pesprit de la satyre. 

L'organe pour l'esprit de satyre et les facétie! 



Encephalo - Cranioscopîe. 469 

( IF'itz des Allemands , TVit des Anglois , facetiœ en 
latin ) , répond aux bosses frontales. Gall conserve 
plusieurs exemples qui prouvent la vérité de cette 
opinion , et nous l'avons trouvée constamment vraie. 

3o. Organe de la honte. 

L'organe de la bonté se trouve au milieu du front , 
au dessus de celui de l'esprit comparatif ( n." 26 ). Il 
forme cette élévation oblongue , que nous trouvons 
constamment dans les têtes du Christ, de Marie, 
peintes par Raphaël et Corrège , et contribue beau- 
coup à leur donner cette empreinte de douceur et 
de bonté qui nous enchante ; il accompagne tou- 
jours les crânes des hommes qui sont bons naturel- 
lement, et manque à ceux qui sont méchans et vin- 
dicatifs (6). 

Parmi les animaux le chevreuil, la biche, le pi- 
geon , etc. , en sont pourvus ; il manque au con- 
traire aux animaux de proie , par exemple , à l'aigle , 
à l'étourneau , au tigre, au renard, etc., alors le 
frontal au lieu d'être voûté et élevé, est déprimé et 
creux. 

3t. Organe de musique ou du talent tliéalTal. 

L'élargissement très-prononcé du sommet du frontal 
est dû au développement de l'organe pour la repré- 
sentation des sentimens par des gestes , organe de 
musique ou du talent théâtral. 

(6) Il n'est nullement question ici de la bonté qoi résulte des prio- 
cipes de moralilé , il s'agit seulement de celle qui existe comme in*> 
linct, sans êlie le fruit de rèGexiooi morales. 

Gg 3 



EnccpJiaîo - Craiiioacopie. 

" Gall a recueilli heaurotipd'observations qui prou» 
<■ vent la vérité dé cette opinion, et l'on ne peut 
" Ik méconnoitre en regardant d'un œil attentif les 
«< iélés dès grands acteurs des différens lliéâlrcs de 
(■ Paris. » 

, J^lflia. " Nous croyons encore avoir observé que 
■' cet organe est paiticulièrement développé dans 
« les sourds et muets , et nous attribuons cela à la 
" nécessité dan,s laquelle, ces personnes se trouvent 
« de le faire a^ir continuellement, exercice qui 

. .<■ doit nêcss^a'^t^mj^nt favoriser son pcrfectionne- 

, ,<< ment. » ^^ , 

': 32. Orifti/ie de la thco: o])hie. 

L*organc de la fhéosopliie occupe la partie la plus 
élevée du frontal. 

Toutes les représertéations des saints, que l'anti- 
quité nous a conservées , nous en offrent des exemples 
très-instructifs, et s'ify on a une seule qui man(|ue 
de ce caractère , il est siir qu'elle manquera aussi 
d'expression. 

Son développement excessif se trouve dans les 
fanatiques religieux , et dans les bommes devenus 
fous par superstition et par des idées religieuses. 

C'est le siège de cet organe qui , selon Gall , a 
déterminé toutes les nations à regarder leurs dieux 
comme au dessus c'clics, à un endroit élevé dans 
les citux } en effet , en rtgaidant ret objet d'un 
œil phiiosopblque , il n'y a pas plus de raison pour 
.placer dieu au deiJSL.6 du globe que pour le supposer 
au desioiis. 



Encephalo - Cranîoscople. 47 1 

33. Organe de la persévérance. 

Le dernier des organes jusqu'à présent trouvés par 
Gall, est celui de la persévérance, de la constance, 
du caractère; il réside à la partie antérieure et su- 
périeure des pariétaux au milieu de la tête j existant 
à l'excès , il donne l'entêtement, et l'inconstance 
est la suite de son défaut. 

« Quant aux parties du crâne auxquelles Gall n'a 
•• pas encore trouvé des organes , il est vraisem- 
" blable cjue ses recherches ultérieures lui fourniront 
" les moyens d'y parvenir un jour, c'est sur quoi 
•■ l'ouvrage, qu'il a l'intention de publier , nous don- 
" nera des détails plus étendus. Aussi c'est à lui de 
•• nous persuader , d'une manière peut-être încon- 
•■ testcible, de la vérité de son système, dont l'ex- 
" position ne saurpit être satisfaisante dans un traité 
<" aussi incomplet. •• 

Nous trouvons nécessaire de remarquer encore 
que tous les organes énumérés ne s'aperçoivent dis- 
tinctement que dans les individus qui jouissent d'une 
faculté quelconque à un degré éminent , et qu'il est 
impossible de juger avec justesse d'un talent mé- 
diocre, son organe étant alors trop confondu avec 
ceux qui l'environnent. <• Quant aux reproches que 
• dans ces derniers jours on a fait au système de 
« Gall , qii'il menait immédiatement au malén'alisme^ 
u nous n'en voyons pas les ruTsons philosophiques. 
« Tout en supposant des organes pour l'action des 
•• fiiculiés internes, la distance immense de la pen- 
« s:ée à la matièie rtrste la même; des objets d'une 

G £>• 4 



472 Enccj?halo - Cranioscopie. 

« naliirc aussi h(^térogcne , ne sont pas susceptibles 
«< d'aucun rapprochement. D'ailleurs il reste à l'iiona-» 
« me la volonté intacte; c'est elle qui doit contre- 
•< balancer l'action des organes , c'est la moralité qui 
• doit l'emporter sur les passions. - 

L. BojANUS, Docteur en médecine ^ membre 
de la Société de médecine de Jeiia , de celle 
de Paris , et de celle des Observateurs de 
VHomme. 



VOYAGE. 

VOVAGE en Italie , par Frédéric -Laurent 
MEYERy membre du chapitre de la ca" 
ihédrale de Hambourg ; traduit de Vallc^ 
mand parQh. Fan derbovrg. i voluine 
in-8-° Paris, chez lletnichs , libraire, rue 
de la loi, n.° i2,3i. Prix, 4 Fr. 5o cent., et 
6 fr. par Ja poste. 

HiNCORK un voyage d'Italie; mais ce n'est pas une 
description complète et systématique ; c'est unique- 
ment une suite de tableaux et de situations pittores- 
ques qp.e l'auteur s'est contenlé de décrire, suivant 
qu'il en a été affecté ; et on peut dire qu'il l'a été vi- 
vement; en effet, on croit lire un poème produit par 
l'enthousiasme que les objets excitent en lui. A peine 
Iç voyageur aperçoit les plaines d'Italie, que soa 



Italie. 473 

imagination embellit tout ce qui l'environne. Ici 
l'admiration commence et ne finit qu'avec le volume. 
Cette exaltation poétique est, sans doute, un hom- 
mage que M. Meyer rend aux beautés de la nature 
répandues sur celte terre privilégiée; mais ne doit- 
on pas être en garde contre la vérité de ces des- 
ciiptions charmantes qui embellissent tout ce qu'elle» 
peignent. Cette admiration devient plus tranquille, 
lin calme bienfaisant lui succède à l'aspect de la 
rangnifiquc église de Sainte-Justine de Padoue. Les 
religieux bénédictins, qui la desservent, sont pos- 
sesseurs d'une bibliothèque qu'ils ne connoissent pas, 
et d'une cave bien fournie qu'ils connoissent mieux ; 
ils font part aux voyageurs du meilleur vin qu'elle 
contient , et dont il n'est point reconnoissant , 
puisqu'il répète ce lieu commun qu'on a lu partout 
contre l'ignorance des moines; reproche d'autant 
plus injuste , qu'on ne peut pas méconnoître les 
services cjue les religieux de Saint-Benoît ont rendu 
à l'église, à la littérature , à l'histoire, à la di- 
plomatie. 

Venise présente au voyageur une ample matière 
à son goût descriptif; on n'y trouverolt rien qu'on 
ne connût déjà , s'il n'avoit pris sous sa protection 
l'inquisition d'état qu'il croit nécessaire au maintien 
de sa constitution ; ce n'est pas qu'il veuille justifier 
les actes de tyratinie, et même de barbarie, que 
ce tribunal secret â souvent exercés. « Je le déteste, 
• dit-ilj je déteste encore plus la constitution qui 
« rend un tel fléau nécessaire. Je déplore le sort 
<« des citoyens d'un état qui ne conserve son existence 



474 Voyage. 

- que par un moyen aussi violent. •• Il semble qua 
d'autres aristocraties ont subsisté aussi longtemps 
que celle de Venise , sans un élai politique aussi 
dangereux pour la liberté. Les dévastations des sol- 
dats d'Attila avoîent fêté dans les lagunes les peu- 
ples qui en fuyoient les excès; ils y fondèrent une 
ville et une république. L'égalité en fut la pre- 
mière loi ; mais la population augmentant , il fallut 
avoir recours aux institutions politiques, la rivalité 
de quelques familles , devenues puissantes par le 
commerce, la conduisirent, pour sa tranquillité , à 
être gouvernée par un magistrat suprême. Ce chef, 
subordonné au corps de la nation , ne fut point un 
frein contre la licence du peuple et l'ambition des 
riches. Les dissrntions, les séditions menaçoicnt de 
la destruction, la nouvelle république. Les familles 
dominantes profitèrent du désordre pour s'emparer 
<Ie l'autorité, et pour distribuer toutes les places, 
et le gouvernement aristocratique succéda au gou- 
yernemetif populaire. Dans le XIV.* siècle, cette 
nouvelle forme de gouvernement fut au moment d'être 
renversée par l'abus que les praticiens faisoient de 
leur pouvoir; on ne le sauva que par l'établissement 
du conseil des Dix , d'où sortit une commission de 
trois membres , devenue ensuite l'inquisition d'état. 
Ce pouvoir fut bientôt despotique et redoutable aux 
patriciens même , qui firent tous les efforts possibles, 
dans plusieurs'^circonstances , et jusqu'à nos jours, 
pour le détruire; mais le peuple le regardoit comme 
le soutien de V égalité ^ le frein de l'ambition, le 
lien de toutes les parties de la république , le soutien 



Il aile. . it'j^ 

des loîx. CeUc pvtîvention populaire a permis aux 
inquisiteurs d'exercer des cruautés qui tiennent de 
la barbarie, de se perraettre des actes arbitraires 
gui sont redoutables aux citoyens et aux voyageurs. 
Rien ne prouve mieux les défauts d'une constitution 
que la nécessité de créer une force indépendante, 
pour en maintenir l'existence. 

Le voyageur Meyer , après avoir entendu les con- 
servatoires de musique , visité les églises et les autres 
bâtîmens dans lesquels sont renferrués les chef-d'œu- 
vres de l'école vénitienne, reprit le chemin de la 
Terre-Ferme, et parcouiut les états du pape, pour 
blâmer les néglij};ences du gouvernement, au sujet des 
terreins marécageux qu'il rencontre autour de Ferrarc 
et de I*avcnre, et pour condamner Pie YI d'avoir 
préféré les dessécheraens des Marais-Pontins , à ceux 
dont il parle ; ii prétend que ce souverain , que la 
persécution a immortalisé , par le courage avec la- 
quelle il l'a soutenue, n'a voulu que faire parler de 
lui par celte entreprise , et s'est peu occupé de la 
manière dont elle éloit exécutée, ce qui est con- 
traire à la vérité. M, Meyer passe le Rubîcon un 
peu plus hardiment que César, mais non.saus se 
livrer à des pensées sombres qui le font frissonner 
. toute la nuit ; il en est distrait à la vue du port 
d'Ancône , et suitout après avoir gravi \e Garbeita, 
rocher qui domine la ville , la mer et la campagne , 
et d'où il vit la grande scène du lever du soleil. 
Ce foyer étincelant de gloire le remplit de sublimes 
ivipreislons , et lui fit passer les rtiomeiis les plus 
augustes de sa vie. H ajuute : V imagination na paa de 



47^ rb/^/^^^. 

fêle -plus brillante que leur souvenir. Ces jouissances 
furent aflToiblies par la rencontre des caravanes 
de pèlerins montant à Lorette ; par leurs lamenta- 
tions et les chants qu'ils entonnoient en l'honneur 
de la madone. On s'attend bien que le membre de 
]a cathédrale de Hambourg trouve à s'égayer sur 
les diverses sortes de dévotion des pieux pèlerins , 
dont il prétend avoit été. témoin j il croit que la 
fumée de l'encens qu'on briile dans la sainte maison, 
les étourdit de manière à leur causer une sorte de 
vertige qui les prive de leur raison. 

M. Meyer n'oublie point de nous peindre les en- 
virons de Terni et de Narni , ainsi que la cataracte 
de Vélino, avant d'arriver à Rome. La comparaison 
de Rome ancienne avec la Rome moderne, le jette 
dans d'affligeantes rêveries, dont l'aspect delà co- 
lonnade de Saint-Pierre vient l'arracher. Nous le 
laisserons occupé de la desciiption de cette immense 
basilique ,' et de ce qui l'entoure. Lorsque le phi- 
losophe voyageur fait part à ses lecteurs de ses ob- 
servations sur les mœurs des Romains, sur les vices 
de l'administration , sur la foiblesse du gouverne- 
ment, on croit lire un supplément aux déclamations 
partiales et injustes de Gorani , et à quelques cha- 
pitres des mémoires pour servir à l'histoire de Pie VL 
Si le peuple est ignorant , sans éducation , paresseux , 
«ans industrie, s'il est familiarisé avec le crime, 
c'est, selon lui, à la religion et à Ut police qu'on 
doit attribuer tous ces vices , cette grossièreté bar- 
bare qui caractérise la populace romaine. Tous les 
reproches qu'il fait au gouvernement sont aussi dé- 



Italie. ^jj 

places qu'exagérés; et on peut lui appliquer la ré- 
flexion qu'il fait au commencement du chapitre IX: 

■ Il est aujourd'hui de mode , parmi les voyageurs, 
" de porter des jugemens absolus sur le moral des 
» nations, sans penser combien il est hasardeux de 
• décider ainsi du mérite d'un peuple , après quel- 
" ques mois de séjour dans le pays qu'il habite , 
•« où l'on arrive rarement sans apporter des préjugés 
« favorables ou défavorables. » On peut accuser ce 
voyageur d'avoir paru à Rome avec des préventions 
de cette dernière espèce , lorsqu'on lit les détails 
qu'il fait de la rusticité, de l'incurie , de la férocité 
du peuple de Rome; lorsqu'on peut lui reprocher 
de n'être pas juste envers Pie VI, qui avoit fait 
usage de son autorité pour détruire l'immoralité et 
la licence de cette populace effrénée, pour la rendre 
dépendante des loi s. Lespunitions, les supplices même 
ne purent la soumettre, parce qu'il ne voulut pas, 
sans dou'e, faire usage des moyens violens et quel- 
quefois inj'istes, dont se servit Sixte V. « M. Meyer 
" avance, que ces mesures de répression ne furent 
« point suivies, parce que c'est sur l'ignorance per- 
- fide des peuples, que le despotisme des prêtres 

■ et des princes est fondé. Aujourd'hui que l'esprit 
n du siècle est soulevé contre le despotisme , au- 
•• jourd'hui que l'état de l'église voit toutes ses res- 
« sources diminuer avec la considération du Saint- 
« Siège, la politique de la cour de Rome semble 
«« avoir un double motif de laisser le peuple dans 
« sa barbarie, pour l'opprimer plus impunément. On 



478 Voyage. 

« empêche la multitude de sooger à la conduite dil 
•< gouvernement, en détournant son attention sur 
" d'autres objets, en le livrant à ses passions, en 
" s'occupant de ses plaisirs et des spectacles religieux 
« dont Rome est le théâtre le plus magnifique. » 
Cette accusation hasardée et injuste ne doit pas sur- 
prendre de la part de l'auteur 5 mais nous lui de- 
manderons simplement , s'il vaut mieux exciter les 
passions du peuple, que de l'abandonner à celles 
qui tiennent à son caractère. L'expérience répond , 
et résoud le problême. 

Les cérémonies de l'église fixent l'attention du 
voyageur, et excitent en lui une vive émotion, 
quoiqu'il eût préparé son ame à se préserver de cette 
impression de sensibilité. Il décrit celle de l'Ascen- 
sion et celle de la Fêle-Dieu. Ici le narrateur est 
vrai parce qu'il a vu , parce qu'il a senti , parce 
qu'il a été entraîné, ses préjugés se taisent devant 
ses sensations. «' La procession de la Fête-Dieu est 
-. une scène aussi bien composée, qu'il est possible , 
•' pour produire le plus grand effet sur le peuple, 
" et Pie VI étolt un acteur supérieur, dont la dl- 
■< gnité des altitudes , la noblesse et la grâce des 
« mouvemens , et surtout l'expression de piété et de 
«• componction , ajoutoient encore au spectacle qui 
« l'environnoit. Mais que fit le peuple après la con- 
«• templalion de cet acte religieux dont il yenoit 
•• d'être éuui , demande M. TVIeyer ? Il court se livrer 
" le reste de la journée , comme le peuple de toutes 
" le> nations, à la joie, aux festins, à la débauclie 



Italie. £fj() 

même, il ajonle au meurtre, à l'assassinat; » 
car il voit toujours le romain armé d'un poignard, 
et s'en servant dans ses rixes ou dans ses ven- 
geances. 

La fêle de Saint-Pierre, l'illumination magique 
de son église, l'explosion de la girandole du château 
Saint-Ange , la présentation de la Haguenée , la 
béatiOcation du bienheureux Labre et son histoire, 
sont des objets qui occupent le voyageur, et il ne 
quitte Rome qu'après avoir parcouru , aux flambeaux, 
le fameux musée Pio-C]émentin,dont il semble qu'on 
pourroit admirer les précieuses et nombreuses riches- 
ses , par un beau jour; il ne s'éloigne que pour par- 
cnu ]. les beautés que la nature a prodiguées à Tibur 
"^ \oli, les ruines de la vil'a Adriana , de celles de 

1 ;■ ccne ; pour chercher dans Tusculum , Frascati , 
la maison de Cicéron , l'antre de la Sibylle , pour 
passer de-là a Albano , à Nemi , et ensuite, prenant 
la route deBiuides, il traverse les Marais- Pontins 
sur cette via Appia , que Pie VI de'-couvrit et ré- 
tablit ; iî Fait l'histoire de ces marais , et des diverses 
tentatives que les anciens Romains et les papes ont 
faites pour les rendre a la culture. On s'attend 
bien que les travaux, les desséchemens, les dépenses 
que Pie VI a ordonnés et surveillés, n'ayant pas 
eu tout le succès qu'on en espéroit , il est accusé 
de n'avoir travaillé q'>e pour la renommée, que pour 
satisfaire son ambition de gloire; il prétend que, 
pour le flatttr , on a eu soin de répandre que toutes 
les tentatives oat réussi , que l'air est devenu plus 



480 Fojage. 

aaliibre , qu'il ne manque rien au dessèchement 
de la plus grande partie de ces marais ; mais rien 
n'est moins solide, dit M. Mcyer; le meconcente- 
ment des Romains qui voyent s'écouler par -là les 
trésors de la chambre apostolique , d'une part , 
et les manœuvres secrèies de quelques familles 
puissantes , qui avoient le droit de pêche et de 
chasse dans ces marais , et qui n'étoient pas satis- 
faites des dédoruinagemens qui leur étoient pronois 
d'autre part, s'opposèrent toujours, avec la nature 
du terrein , à l'entière réussite de cette grande 
entreprise qui a occupé les Appius, les Auguste, 
les Trajan , les Théodoric. Notre voyageur quitte 
ces lieux pauvres et dangereux , et traverse cette 
fertile Campanle , si chantée par les écrivains de 
Tanliquité ; le voilà enfin « dans cet(e contrée du 
« monde où la nature a réuni tous ses dons avec le 
• plus de prodigalité , où elle présente , à l'œil 
" étonné, une image frappante de la beauté idéale 
•• la plus parfaite. « Le voyageur devient poète , il 
se livre à son penchant pour les descriptions, et 
certainement tout ce qu'il voit est bien fait pour 
l'exciter 5 la nature est ici d'une prodigalité de 
bienfaits qui fait désirer de ne jamais la pcrd.e 
de vue , et le proverbe qui dit , que c'est un mor- 
ceau du ciel tombé sur la terre , a quelque léalité. 
" Ici cette nature est toujours belle et majestueuse, 
" soit que l'astre du jour, sortant de l'orient en- 
" flammé, surmonte la pyramide du Vésuve, et 
•« vienne éclairer à la Fois la ville, la surface unie 

m de 



Italie. 481 

« de la nier , les promontoires et les îles dont les 
«^rochers orgueilleux s'élèvent de son sein; soit 
<i qu'au moment de son coucher , il dore , d'une 
« manière plus douce, ce magnifique amphithéâtre, 
« soit enfin que la lune répande son éclat argentin 
» sur celte scène sublime et touchante. Mais,com- 
« bien elle devient imposante et terrible lorsque la 
" tempête vient soulever les flots du golfe, et que 
<• les celais du tonnerre sont mille fois répétés par 
«« les échos de ses rochers, ou lorsque, dans une 
« nuit obscure, le Vésuve vomit vers le ciel des 
•• torrcns de feux dont la mer réfléchit la lueur fu- 
■ neste , lorsque son sommet, environné d'une va- 
« peur épaisse , lance des éclairs dans tous les sens, 
•• el que des flots de lave brûlante se répandent sur 

" ses (lancs eulr'ou verts Poètes , où sont les 

« paroles. ..... Peintres , où sont les couleurs qui 

« nous Irsctront une iniagf* de ces merveilles? •■ On 
dirolt , à la lecture de cette dtscription , qiie le 
prosateur a voulu rivaliser avec les uns et les autres. 

Ce fut en sortant de l'opéra que M. Meyer, au 
milieu de la nuit, fut rendre visite à ce volcan; il 
passa subitement d'un tableau riant et animé à un 
spectacle triste , mais imposant , dont le contraste 
favorise le talent du peintre. Nous ne le suivrons 
point dans ses courses à Poriici, à Herculanum , à 
PompeJa; quoiqu'il n'y ait encore de découvert dans 
ces deux villes, que des parties détachées ; <• repen- 
« dant , dit l'auteur, l'ensemble a quelque chose 
« de grand et de solennel. A l'aspect de Poropeia 

Tome I. ^ H h 



4S3 Voyagé. 

■ découverte à moitié , qui semble sortir de sa tombe , 
« les images des siècles passés se présentent en foule 
« à l'Imagination , on tombe dans une raéditatitm 
« proFoude et mélancolique, on s'attendrit sur le 
•■ sort des malheureuses victimes de l't^ruption. Je vis 
" des ossemens rassemblés en monceaux dans le coin 
•• d'un édifice, sans oser en ramasser la moindre 
« partie, dans la crainte de profaner ces tombeaux 
" qui m'étoient devenus sacrés. •» 

Tout ce que le voyageur nous apprend avoît déjà 
été imprimé dans les nombreux voyages d'Italie , qui 
se sont succédés depuis vingt ans , mais tout ce qu'il 
répète est embelli d'un vernis poétique qui rend la lec- 
ture de ce volume très - agréable. On pourroit dou- 
ter qu'il ait été écrit par un habitant du nord , tant 
son imagination est brillante , tant son faire est gra- 
cieux , tant ses tableaux sont animés ; mais l'auteur 
a déjà donné des essais de son talent descriptif dans 
son voyage en France. De pareilles productions ne 
sont cependant pas indigènes sur le sol que l'auteur 
habite. A. J. D. B. 



ANTIQUITÉS. 

Mon u 31 EN s antiques inédits on nouvel- 
lement expliqués. Collection de statues ^ 
bas-relicjs j bustes j peintures , mosaïques y 
gravures j vases ^ inscriptions et iiist rumens 
tirés des collections nationales et particu- 
lières , e! accompagnés d'un texte explica- 
iij ; par A. L. MiLLTNj conservateur des 
antiques , médailles et pierres gravées de 
la Bibliothèque nationale de France , pro- 
Jesscur d'histoire et d'antiquités j etc. etc. 
Tome II, H.'' livraison. 

Cliaque volume de cet ouvrage, imprimé à 
M Imprimerie de la République ■, sur beau 
papier, sera composé de cinquante feuilles 
de texte, et d'au moins quarante planches, 
et distribué en six livraisons. Chaque livi ai- 
son coûte 6 fr., prise à Paris, et 6 i'r. 6ocent,, 
franche de port , dans les déjj(|rtemens. Ceux 
qui voudront s'inscrire, les recevront direc- 
tement à leur adresse, à mesure qu'elles pa- 
roîtront. Il faut affranchir le port des lettres 
et de l'argent. Cet ouvrage se trouve, à Paris, 
chez Laroche f maison de l'Auteur, à la Bi- 
bliothèque nationale, rue Neuve-des-Petits- 

Hh 2 



484 Antiquilcs. 

Champs, n.° i r , au coin de celle de la Loi ; 
Fiichs , rue des Madiiu ins ; Lcvraull , quai 
Malaquais; Kœnig, quai des Augiislins. A 
Londies, chez Evans -^ Pall-Mall, n.° 26, et 
l?e'Z'o/7^^Gerjard-Sireet;àWein)ar, au comp- 
toir d'industrie ; à Florence, chez Molini. 

Les lecteurs du Magasi/i Encyclopédique conno'n- 
sent déjà les deux premiers mémoires de cette se- 
conde livraison ; c'est-à-dire , celui sur le disque 
d'argent connu vulgairement nous le nom de bouclier 
de Scipion^ et la description de quelques autels an- 
tiques avec des inscrip'ions gauloises trouvées à St- 
Béat ; ces deux morceaux insérés précédcmmenf dans 
ce Journal, sont ici réimprimés avec très -peu de 
cliangemeiis. Outre la gravure qui représente le prin- 
cipal côté du disque d'argent et qui a été inst'rre 
dans ce Journal , le (.. Willin donne dans celle li- 
vraison la figure du dessous pour faire voir qu'il a 
été "brisé, seulement sur les bords, en une infiniié 
de fragmens ajustés par des attaches avec bt aucorp 
d'adresse, mais qu'il n'a pas été coupé en quatie 
comme M. de ^ze l'avoit avancé. 

La III.' dissertation de celle livraison, ou la X." 
du volume contient la description d'un sarcopluige 
antique ^ que le receveur général des finances Boulin^ 
distingué par l'élégance de ses numières, son g >ût 
pour les jouissances que procure la richesse, et son 
amour pour les arts , avoit fait venir d'Italie avec 
d'autres morceaux d'antiyuité actuellemeut dispersés. 



Mélanges. 48^ 

Ce sarcophage se trouve niainlenant dans le jardin 
l'joiifin, connu soiis !e nom de Tivoli ; c'est-là qucce 
monument occupe un coin isoî^, et que la multitude 
le foule pour ainsi dire aux pieds, sans qu'elle ima- 
gine que dans ce lieu de plaisir est un tombeau, et 
«jue l'gnibre d'un poète erre dans ces bosquets. 

A l'occ aiion de ce monument , qui a la forme d'un 
cô 1^ \on'^ ^ le C. iVliliin donne quelques généralités 
sur ces lombeaux appelés vulgairement sarcophages ^ 
nom qui vient du mol giec c-àû|, au génitif o-^pxoj, 
chair ^ et ipayù) , n-.anger. •■ Pline , dit-il, veut que ce 
« nom ait reçu son origine d'une pierre qui se trouvoit 
" dans la Troade , et dont on faisoit des tombeaux 
« à cause de ses qualités caustiques et de la pro- 
« piié(é qu'elle avoit de dévorer promptement les 
« chairs. Cette opinion a été admise dans la pîu- 
« part des ouvrages sur l'antiquité. Il ne paroit ce- 
" pendant pas que les Romains, chez lesquels se 
« troiivent le plus communément ces sarcophages, 
" ayent connu l'usage de cette pierre; et le mot 
« saicophage semble être plutôt une expression allé- 
" gorique , pour dire que le tombeau dévore les 
« cnaiis , parce (jue l'iiomme s'y détruit en effet. 

Le C. Millin pas^c ensuite à des considérations sur 
l'antiquité de l'u.age de brûler les coips. 

«• L'usage d'inhumer les morts, dit-il, est le plus 
" ancien, celui dt- les biùler ei.t aussi ci'une haute 
« antiquilé. La mythologie alliibue ce dernitr à 
" Reicuie. Il a remplacé d'abord eutiérement le pre- 
« mitr chez les Grecs et chez les Romains. Dans 
<< les colonies grecques de l'Italie on iuhumoit les. 

Uh 3 



486 Antiquités. 

" corps enliers. Lorsque l'usage de brûler les corps 
•• prévalut chez les Romains , quelques familles con- 
« servèrent celui de les inhumer. On cife principa- 
« lement celle des Cornéliens qui conserva l'usage 
■ de l'inhumation juscpi'à Sylla. Le corps d';iucun 
« personnage de cette fairille n'avoit éU' brûlé «vant 
« lui , et ce dictateur ordonna qu'on mit le sien sur 
<• un bûcher pour e'viter qu'il ne lui arrivât ce qu'il 
« avoit fait éprouver au cadavre de Marius qu'il 
Il avoit profané. Sous les empereurs, le brûh-meut 
« des corps e'toit accompagné pour eux et les grands, 
" de cérémonies ponipeus-es et mai^nifiques; il paroît, 
" par le grand nombre de sarcoph;iges qui nous res- 
« tent, que cet usage devint successivement moins 
«< fréquent pour les sim|)les particuliers, et princi- 
<• paiement sous les Antoninr. L'introd'iciion du 
M christianisme le fit encore bcaiicoup diniitiuer , 
«■ et l'abolit enfin entièrement. » 

L'auteur s'occupe ensuite de la matière, de la 
forme des sarcophages et des allégories que pié- 
sentent les sujets qui y sont repiéseniés. 

" Les caisses sépulcrales, que nous nommons s^r- 
•< cophages, étoient de pierre, de maibre ou de 
" porphyre. Les Grecs en avoitnt aussi de bo s dur 
« et robuste, résistant à l'humidité, et principa- 
<i lement de chêne, de cèdre ou de cyprès, quel- 
« queCois de lerie cuile et même de rai îal. 

« La forme de ces caisses est, le plus ordinairement 
« parallélipipède ; c'est un carré long comme nos 
" cercueils. Quelquefois les angles étoient arron- 
« dis; ce qui leur donnoit la forme elliptique. Il 



Mélanges. 487 

« est très- rare que ces caisses soient plus étroites 
•• piir le bas comme l'espèce de baignoire appelée 
" labnim. 

« Le couvercle des sarcophages oHre aussi des 
•• variétés. Quelquefois il est triangulaire comme le 
« froiilon d'un édifice , et accouipagné aux angles 
•• de corps coniques semblables à ceux qu'on re- 
«• marque sur quelques autels quadrilatères, et qu'on 
•• nomme les cornes. Les sarcophages portent quel- 
" quifois la statue du personnage qu'ils contenoient; 
•■ souvent elle est assise comme sur un lit. La capa- 
X cité des sarcophages varie comme leur matière , 
'■ leur forme et leurs ornemens. D'abord ils n'étoietit 
« propres à recevoir qu'un seul cnrp.. ; ensuite on 
" y mit ceux des deux époux , comme on avoit au- 
« tret'ois confondu leurs tendres dans une même 
" urne. Les deux époux sont quelquefois repiésentés 
« couchés sur le couvercle du sarcophage. 

" C'est vers le troisième siècle de l'ère vulgaire^ 
«' que s'est introduit l'usage de ces sarcophages de 
" grandeur colossale , cajïables de contenir une fa- 
<« mille entière. 

" Les sarcophages des premiers chrétiens, des- 
« tinés à reuferiiur plu.ieurs corps , avoient sauvent 
" deux ordres de bas reliefs ; ces d'eux ordres indi- 
>• quent deux sarcophages posés l'un sur l'autre, 
" quelques - uns ont deux ordres sans avoir deux 
« rangs de bas - reliefs , chaciin de ces ordres est 
•> bacellé. Les baguettes interrompues par un orle 
X intermédiaire indiquent évidemment deux sarco- 
« phagis superposés. 

Hh 4 



488 AtUie/uitës. 

« Les ornemens sont surtout ce qu'il y a de re- 
" marquable. Les baguettes et les canneliues des 
<• sarcophages , remontent au bon temps de l'art. 
« Le grand sarcophage de Cœrilio Mctella^ plusieurs 
« de ceux des affranchis de Livie, un be'ui sarco- 
« phage du musée Pio-Clémentin sont travaillés de 
« cette manière; le plus souvent ces haguelies sont 
M obliques. Ce genre d'ornement paroît dû aux can- 
« nelures en spirale des colonnes ou des urnes rondes. 

" Les sarcoiihages des TH.* et IV."^ siéc'es imi- 
" toient souvent un temple avec des colonnes. 

" Quelquefois ils étoient partagés en plusieurs 
« arcades, sous chacune desqiu Iles il y avoif une 
•' figure ou un groupe. Ce genre de dis(ribu(ion re- 
<■ xnonte au plus ancien temps de l'art. Sur le coffre 
" de Cypselus , qui appartenoit au temple de Junoii 
« d'.Argos , les sujets étdient disposés en ciurp bandes , 
« mais ces bandes éloient placées l'une sur l'autre. 

" Lorsque le sarcopba?;e n'est pas orné de simples 
•• baguettes ou d'une décoration d';irchi(ecfiire ; on 
« y voit différentes figures , telles que celles du som- 
<• meil et de la mort , avec les jambes croisées , une 
M main sur la télé et le flambeau renversé, de l\1er- 
« cure conducteur des âmes, de Charon pa.^santles 
« aœes dans sa'barque, d'uue porte entr'ouverle qui 
« paroît être l'entrée des enfers. 

•• D'autres sarcophages d'une plus riche compo- 
« sition , nous présentent différens stij^ts de la my- 
" thologie et de l'histoire héroïque. Il est rare que 
" les quatre roiés du sarcophage soient sculpté», 
«» il est plus ordinaire de voir la face et les deux 



Mélanges, 4B9 

" pelîfs côf^s ornés de figures. Le ?iijct principal 
" est sur la f;ice , et se confinuo sur les petits côtés, 
M quelquefois ces petits côtés ne sont ornés que de 
«• figures accessoires au sujet, et qui exigent moins 
•< de développement, ou simplement de figures d'a- 
" nimaux ; le plus souvent, il n'y a de figures que 
" sur la grande face du sarcophage. 

« Le sarcophage est Cfuelquefois couronné par une 
" frise sur laquelle il y a un sujet difFéreul , et dont 
•■ les figures sont plus petites. Souvent on y voit des 
" Tritons , des Néréides ou des scènes pastorales. 

« Les bas-reliefs, qui décorent les sarcophages, 
•• sont quelquefois purement de fantaisie j ils offrent 
<• des traits de la fable ou de l'histoire héroïque, 
" qui n'ont aucun r;ipport à la cessation de la vie, 
<• tels que les géans foudroyés par Jupiter, Achille 
■ reconnu par Ulysse parmi le> filles de Lycomède, 
" Vénus surprise dans les bras de Mars par Vulcain, 
« Oreste Matricide , poursuivi par tes Furies ; des 
" combats de Centaures et de Lapithes; mais le 
" plus souvent les bas-reliefs, tirés également de 
«' la mythologie ou de l'histoire héroïque, ont un 
<• rapport plus marqué avec leur destination ; ils 
<• rappellent les aventures tragiques de quelques il- 
<• lustres familles des temps héroïques, les sujets 
" de douleur des dieux même , et semblent inviter 
•• par la représentation de ces grandes calamités, 
■■ les parens et les amis de celui que renferme ce 
•• froid monument, à recevoir quelque consolation 
« en pensant que les hommes parvenus au faîte de 
" la gloire et des dignités , que les dieux même ne 



49*^ Anliqnilés. 

" sont pas oxempls Je semMablcs peines. C'est ainsi 
•• que clans l'lli;iclp, Aeliille voyant à ses pieds le 
" vieux Priam abaissé par Ja fortune, au point de 
" baise» la main qui a porté le coup mortel à son 
•• fils chéri, lui raconte l'histoire déplorable des 
•■ Niobides, pour calmer sa douleur par le récit 
" d'un malheur encore plus grand que le sien. 

•• Sur Ip sarcophage d'un jeune guerrier , mort 
" dans sa première campagne, après avoir quitté sa 
<• jeune et tendre épouse, presqu'au premier moment 
• d'un hymen fortuné, on voit Protésilas, prenant 
•• congé de Laodamie, pour suivre l'ai mee des Grecs, 
" où il payera de sa vie l'honneur d'être descendu le 
" premier sur le rivage troyen.Cc jeune prince ob- 
" tint, des divinités infernales , le bonheur de la le- 
« voir encore une fois, il retrouve Laodamie pour un 
" seul jour, et Mercure et l'impitoyable Charon le 
•« Jeconduisent aux enfers. 

" Sur la tombr d'un jeune homme passionné pour 
" la chasse, on sculptoit les aventures d'Ac»npon. 

'• Souvent le jeune guerrier est caractérisé par 
« quelques héros de l'antiquité , et le sarcopiiage 
" représente la condamnaîion d'Hippolyte p^r son 
" père Thésée ; la mort de Phaéton qui , quoique 
•• fils du dieu du jour , n'a pu échapper à sa desii- 
" née, la mort de Patrocle annoncée à Achille par 
■• Antiloque, les exploits d'Achille qui tous le con- 
" duisent à la fin prématurée qui l'attend ; la mort 
" d'Hector annoncée à son père; Priam redemandant 
" le corps de son fils; ce vaillant prince porté sur 
" le bûcher ; Mi'K'agre périssant victime de la ja- 



Mélanges. 491 

" lousîe de son implacable mère , la cruelle Altli(5e; 
" le brave et pieux Antiioqiie placé sur un cliar par 
" son vieux père Nestor pour qui il vient de perdre 
« la vie, ou emporté par les principaux chefs de 
" l'armée des Grecs; enfin, à l'imiiation d'Homère, 
« déjà ciié, une famille entière, celles des Niobides, 
<> expirant sous les traits de Diane et d'Apollon , en 
" présence de leur ptre Amphion , de leur mère 
" JNiobé, et soutenus par leurs paedagogues et leurs 
» nourrices, La mort d'une jeune princesse est re- 
M tracée par la fin tragique de Creiise consumée dans 
« la robe ei>i|)oisonnee , présent funeste de Médée 
" sa rivale. 

" Si le jeune homme étoit dans la premère ado- 
" lescence,son tombeau retrace à ses pnrens l'aven- 
" ture d'Hylas , ce jeune ami du grand Hercule , en- 
« traîné, par les nymphes éprises de sa beauté, dans 
<■ leuis demeures souîerraints au fond des fleuves. 

« Si ce u'étoit encore qu'un enfant , le monument 
" rappelle l'aventure du jeune Opheltes qu'Hyp- 
« sipyleavoit couclié sur des plantes pendant qu'elle 
« montroit une fontaine aux chefs armés contre 
« Thebes , et qui fut tué par un serpent ; ce qui lui 
« fit donner, à cause de sa mort prématurée , le nom 
<• d'Archemorus, ou bien on y a représenté le jeune Po- 
<< lydore confié par Hécube au perfide Polymnestor. 

« Les anciens appeloient la mort un sommeil; le 
•i sommeil et la mort sont frères, et souvent ils sont 
« placés aux côtés du sarcophage : souvent aussi par 
« une ingénieuse allégorie , lesarfistes représentoient 
K le sommeil de celui ou de celle qui dormoit éter- 



49^ -Jutiquilcs. 

« nellptnent dans If sarcnpîmp;? , pnr qi7p]qiie sorrr- 
" meil célèbre dans la mj tlioîogic ou l'hi-.toire hé- 
« roïqtie ; ainsi l'on y voit le doimenr de Latnios , 
« l'aimable Endymioii visitf' par Diane; Thc^tis siir- 
•• prise pendant son sommti! par Pélf^e qui empêche 
« la Néréide de lui échapper encore sons (juelque 
<• fit^ure d'animal; Ariadne, épiiîs(^e de fatigue, de 
« douleur et de regrets , apiès son abandon par 
■< l'ingrat Thésée, endormie et réveillée par le beau 
" Bacchiis qui revient vainqueur dr l'Inde , en fait 
« son épouse , et l'emmène dans l'Olvu'pe pour as- 
" sisfer au banquet des dieux » et y recevoir l'im- 
•• uiortalité. 

« L'idée de l'enlèvement par quelque dieu étoit 
<• allégorique che^ les anciens, comme celle du som- 
« meil pour désigner la mort. Si un jeune homme 
■• ou une jeune fille, célèbres par hm bcaulé, éfoient 
" morts à la fleur de leur âge, on disoit que quel- 
■< que dieu les avoit enlevés à la terre ; c'est ce 
" que signifient, dans le langage aileg)iiqiie, l'en- 
« Icvement de Ganyroède par Jupiter, et l'amour 
« de Neptune pour Pélops. Les artistes ont adopté 
" la même idée pour représenter aliégoriquement 
« la mort; ainsi, sur le tombeau d'une fille ravie 
" à sa mère, ils ont figuré Proser()ine enlevée par 
■■ Plulon, et Céiès tenant des flambeaux dans un 
" char traîné par des dragons ailés , et cherchant 
.. sa fille par toute la terre ; l'enlèvement de Lencip- 
« pides par les Dioscures, Castor et Pollux. La mort 
• moissonnant une jeune personne d'un courage aa 
•■ dessus de son sexe , a été représentée par Pcnthési- 



Mélanges. 4^3 

• lée, expiianl flarij les brns d'Achille qui l'a (uée. Sur 
" le sarcuphagc tl'uue mère chéiis, et d'un fils seii- 
" sible et reconr.oissant , on repiéseutoit Bacclius 
« ramenant , du séjour de-. morts, , sa mère Sémélé, 
<• aventure di^ja figurée dans un bas-relief du tem- 

• pie d'Apollonide , mère d'vVttale, à Cyzique. 

« D'antres lois , les fij^ures dessaicopbaL<es éloient 
" des alié^t;,oiies morales; on y voycit l'histoire de 
•• l'aiiie que Minerve place dans l'homme pédi par 
•< Promelhc^e. Les Parques filent la destinée de ce 
•• nouvel être, et Mercure le conduit aux enfers. 
•< i.es douze travaiix d'IJercule (jui se rencontrent 
« plus ordinairement sur les tomiîeaux du III.^ et 
•• du IV.' siècles, sont une allégorie ingénieuse de 
" la vertu triomphant des pa^;sions. Les saisons qui 
« se voyent si fréquemment sur les saicipliagc s et 
" même sur ceux des chrétiens , relracent les dif-. 
<■ férens âges de la vie humaine. 

•- Quelquefois, les sujets sculptés sur les sarco- 
« phages, appartiennent à la classe nombreuse des 
«1 Bacchanales; on y voit le retour du vainqueur de 
« l'Inde j et son triomphe ; d'autres ne'représentent 
« que des scènes bacchiques , et peuvent indiquer 
" que le mort elolt initié aux mystères de Bacchus. 
« Les Ntrt idcs , qui étoient chargées de coaduiie 
n les âmes des héios an séjour des bicnheiueux » 
« sont une allégorie de l'immortalilé de l'atiie. 

•■ Quelquefois les figures sont relatives à la pro- 
» fession ou au goût du délunt. Tels sont ceà trois 
<• bas-reliefs qui nous offrent les cofetuujCï; des muses, 
« et d'autres où le jeune poète est placé entre its 



494 ^nluiullés. 

- génies des muses. Souvent on y voit représenta 
« la vie civile de quelque personnage distingué, 
•< son éducation, ses alliatices, ses ;iniuseirien8 , ses 
« magistratures. Tel est; le beau bas - relief de la 
•■ villa Medici, expliqué par M. Lanzi , ([ui repré- 
«■ sente la naissance , l'éducation , le mariage de celui 
■ qui est enfermé dans le sarcophage ; son départ 
« pour l'armée, sou retour api es la victoire, le'sa- 
« crlfice qu'il oITrc à lette occasion , le plaisir de 
« la chasse auquel il se livre. Tel est aussi le beau 
t. sarcophage savamment expliqué par le C. V'isconti, 
<• représentant les victoires d'un proconsul. Tels sont 
<■ encore ces grands sarcophages qui représentent 
•• un personnage romain dans le costume du froi- 
« sièirie siècle de l'ère vulgaire , allant à la chasse 
•< accompagné d'une figure allégorique de la valeur; 
" on en trouve plusieurs parmi les monumens de la 
.' villa Matiei. 

« Les chrétiens ornoient ég-ilement leurs sépul- 
«• cres de sujets pieux tiié» en grande partie de l'an- 
« cien et du nouveau testament, comme les payens 
« décoroient les leurs de sujets profanes. Grégoire de 
<■ Tours fait mention de cet usage ; on voit dans 
« les ouvrages qui traitent des monumens chrétiens 
n un grand nombre de ces sarcophages. 

" Beaucoup de sarcophages sont en marbre de 
«• Paros; ce qui prouve qu'ils ont été travaillés 
«t dans la Gicce, et que , de ses ateliers , ils ont 
« passé dans l'Italie; c'est la raison pour laquelle 
X on y trouve tant de sujets de la mythologie, et 
•• de l'histoire héroïque qui n'ont point de rappoit 



Méhinges. 498 

* avec la destination de cesmonumcns. Quelquefois 
M la figure du personnage principal Achille, Mé- 
« léagre , Protésil;is , Proserpine, Arladne , n'e'toit 
" (jue dégrossie; et , après l'acquisition du sarccj- 
«■ pliage, on donnolt à cette figure, autant qu'il 
" étoit possible, la ressemblance de la personne qui 
" y étoit rcni'eraiée. 

<• Sans doute les artistes qui exécutoient ces bas- 
" reliefs n'étoient pas du premier ordre, niais ils 
" copioient ou imitoient fidellement les chef-d'œu- 
•■ vres de la peinture et de la sculpture. Il nous a 
« tranimi» ainsi plusieurs ouvrages célèbres ,qui nous 
« ont mis plus à portée de juger, sinon de leur exé- 
" cufion, du moins de la manière dont ils étoient 
" composes. Ces monumens sont donc de la plus 
" haute importance pour l'étude de la mythologie, 
« des moeurs et des usages des anciens , et surtout 
« pour l'histoire des arts, f.es sujets érudits qu'ils 
•' représentent, servent à déterminer dans les statues, 
■> les pierres gravées et les ntédailles , beaucoup de 
~ figures isolées , copiées d'après les originaux dans 
■ les bas -reliefs ; heureusement il reste un assez 
" grand nombre de sarcophages ornés de sculp- 
I. tures , parce que la religion iiwt; les anciens avoîent. 
« pour les morts , a longtemps préservé ces monu- 
« mens de la destruction à laquelle ont été exposés 
<• les bas-reliefs qui ornoient les édifices publics et 
« particuliers. 

" Quelques tombeaux, qui ont la forme de sarco- 
« phages , ne contenoient pas le corps entier in- 
a humé , mais simplement une urne qui reufern.oit 



4>^ yinlii/iiués. 

« les cendres. Tel est le sarcopliage , qu'on regarde 
•< comme celui d'Alexandre Sévère, dans lequel on 
« a trouvé cette belle urne de verre que possède 
•• aujourd'hui le duc de Poitland. Le sarcophage 
" qui est à la bibliothèque du Vaiican , avec ua 
" porfrnit en buste, et qui a t'té publié par Fico- 
«• roni , contenoit le grand linceul d'aniianle , dans 
" lequel ou avoit brûlé le cadi.vre de celui à qui le 
« sarcophage é(oit deslini-. Les cendres étoieut res- 

• tées enveloppées dans ce linceul. 

•• La fig- re du personnage inhumé dans le sarco- 
«• phage éloit terminée sur le marbre qui n'avoit 
<• d'abord été que dégio.si. Q elquefois ce person- 
« nage est en pied au milieu de divinité;; , de génies 
<• ou de divers atliibuls; d'autres fois, c'est un 
«t simple buste; (picKpielois ce buste est placé au 
« milieu d'un dist]uc , et c 'est une figure du nom- 
•• bre de celles qu'on a[)peloit C'ypeatœ , ce que 
« nous nommons aujourd'hui Médaillon. 

" Quelques sarcophages portent des inscriptions 
•< q i indiquent le lieu où il> ont été placés, le jour 
«■ de 11 ur consécration , les consuls sous lesquels elle* 
- a eu lieu , les objets qui y ont été entérinés ; comme 
•• il étoii défendu de les ouviir, de les briser, de 
•■ les profaner , enfin de quelque manière que ce fût , 
M que quet inscriptions contiennent des menaces et 
« des iinprtcations , décernent même des peines et 
<• des amendes contre ceux qui oseroitnt se rendre 
>■ conp;«b!es de ces violations. 

<• Ces précnulious n'ont pas garanti les sarcophages 

• de (elle profanation dont on avoit voulu les pré- 

" terver; 



Mélanges. 4çv 

•>= server; plusieurs ont été employés par les Visi- 
- gotûs, les Sarrazins et les Chrétiens aux usages 
" les plus vils; les trous pratiqués à la partie infé- 
« rieure de quelques-uns attestent qu'ils ont servi 
" de lavoirs pour le linge, ou d'auges pour abreuver 
•• les chevaux : les Chie'tiens ont fait plus; ils en 
" ont consacré plusieurs aux cérémonies de leur 
« culte, après avoir dispersé les dépouilles qu'ils 
« contenoient; quelques uns ont servi de fonts bap- 
■ tismaux et de devants d'autels. 

•> Les Chrétiens bravant les imprécations fulmi- 

• nées par la religion payenne, ont aussi remplacé 
•« les corps que quelques beaux sarcophages conle- 
« noient, par ceux de quelques-uns de leurs saints 

• ou par leurs reliques : après avoir purifié ces mo- 

• numens profanes , par des lotions d'eau bénite et 
« des cérémonies chrétiennes, ils ont placé sous les 
'• asfels ces monumens ainsi consacrés. 

" Quelques sarcophages antiques ont servi à con- 
'■ server les corps des princes chrétiens dans le moyen 

• âge, où l'on ne pouvoit trouver d'artistes capables 

- d'exécuter aussi bien de semblables monumens; 

• tci e.t le sarcophage antique représentant l'enlè- 

- vement de Proserpine, qui contenoit, à Aix la- 

• Chapelle, les restes de Charlemagne. » 

Le s. rcophage du jardin de Tivoli , à l'occasion 
auquel le C. Millin entre dans les détails que nous 
<>er,cn3 :1e transcrire, nous fait voir un jeune liomme 
en buste, placé devant une espèce de tapisserie, et 
tenant un rouleau dans la main. Cet attribut les 
masques, les thyrses, la couronne de laurier dont 

Tom» l. j i 



4ç^H antiquités. 

est ceint la tête du personnage, etc., font penser 
au C. Millin que ce tombeau étoît celui d'un poète 
bucolique jgéorgique, satyrique, ou peut-être même 
d'un poète comique. 

Le cabinet des antiques possède un camée qui 
représente une figure aegyptienne. Caylus l'a déjà 
fait graver, mais d'une manière très-incorrecte. Le 
C. Millio en donne, à la pi. XIV, une autre, gravée 
avec le plus grand soin par le C. Saint- Aubin. Le 
travail de cette agate, de deux couleurs, est biea 
terminé ; mais il n'a pas cette élégance qui carac- 
térise les ouvrages d'imitation du temps d'Hadrien. 
Le C. Millin pense que cette pierre a été exécutée 
en Egypte , sous les rois grecs , par un artiste égyp- 
tien formé à l'école des Grecs. 

La peinture représentée sur la planche XV, der- 
nière de cette livraison , est tirée d'un vase grec de 
la riche collection du C. Paroi , dont le C. Millin A 
fait dessiner plusieurs. Ce sujet, peu compliqué, 
mais d'une composition agréable, représente une 
femme nue, qui se lave les mains dans une grande 
coupe; un génie ailé vole vers elle, s'approche du 
vase, et lui présente un linge pour s'essuyer les 
mains. L'usage des ablutions fait le sujet d'une di- 
gression de cette dissertation , terminée par quel- 
ques observations sur les bordures supérieure et in- 
férieure des vases. Le C. Millin pense que ce petit 
vase a été présenté à une jeune fille, pour son ma- 
riage ou son initiation , et que ces deux cérémonies 
étoient même liées. La suite de ce recueil paroîlia 
incessamment. Nous avons d^ja dit que le C. Millin 



Mélanges. 499 

se propose de publier les médailles inédites du cabi- 
net national , dans un ouvrage particulier. W. 



VARIETES, NOUVELLES 

ET 

• * 

CORRESPONDANCE LITTÉRAIRES. 



NOUVELLES LITTÉRAIRES. 

InST l^T V T N AT ION AL. 

Ordre des lectures de la séance publique du ij 
messidor an 10. 

1. Annonce des sujets de prix. 

2. Notice sur la découverte de la planète à'Olbers^ 
par le C. Lalande. 

3. Rapport fait au nom de la commission char- 
gée de s'occuper des moyens de remplir les inten- 
tions du premier consul , qui s'est proposé de fonder 
un prix pour une découverte importante relative- 
ment à l'électricité ou au galvanisme , par le C. 
BlOT. 

4. Notice historique sur la vie et les ouvrages du 
C. Legrand d' Aussi y par le C. Levesque. 

li 2 



5oo NouçeîîeS littéraires', 

5. Rapport sur le prix proposé Relativement aune 
question d'architecture, par le C. Ameichon. 

6. Rapport sur le prix proposé pour l'éloge de 
Boileuu-Despréaux , par le C. Andrieux. 

7. Notice historique sur la vie et les ouvrages 
du C; Dolomieu t par le C. LacépÈDE. 

8. Précis d'un mémoire sur l'origine de l'impri- 
merie, par le C. Daunod. 

g. Fragment d'une traduction libre et abrégée du 
troisième livre de la Phamale ^ qui a pour objet la 
description du siège de Marseille, parle C.LiiGOUVÉ. 

Prix fondé par le C, Lalandb. 

extrait des regi&tres des délibérations des Consuls 
de la république ^ du xh Jloréal an 10. 

Les consuls de la république, sur le rapport du 
ministre de l'intérieur, arrêtent: 

Art. I."' Le capital de 10,000 francs, ensemble 
l'intérêt annuel de ladite somme, offerts en dona- 
tion à l'Institut national par le C. Lalande, et dus 
\ ce citoyen par l'administration du Mont-de-piété 
de Paris, suivant la reconnoissance qui lui en a 
été délivrée par les administrateurs de cet établis- 
sement, seront acceptés, au nom de l'Institut, par 
les commissaires qui seront par lui nommés à cet 
cfFet. 

II. Conformément aux intentions du donateur, 
le produit annuel du capital sera employé par l'In- 
ttitut à donner chaque année une médaille d'or du 
poids que le montant du revenu permettra, ou la 



Nouvelles littéraires, 5oi 

valeur de cette médaille , à la personne qui , en 
France ou ailleurs, les seuls membres de l'Institut 
exceptés , aura fait l'observation la plus intéres- 
sante ou le mémoire le plus utile aux progrès de 
l'astronomie. 

m. Le prix énoncé en l'article précédeni sera 
décerné par l'insllfut , sur le rapport qui lui en 
sera fait par les commissaires qu'il' aura nommés, 
et qui seront pris , soit dans la section d'astrono- 
inie , soit dans les autres sections qui s'occupent 
des sciences analogues à l'astronomie. 

IV. Dans le cas où 11 n'auroit été fait aucune 
observation assez remarquable, ni présenté aucun 
mémoire assez important pour mériter le prix, au 
Jugement de l'Institut , le prix pourra être dconé 
par l'Institut, comme encouragement, à quelque 
élève qui aura fait preuve de zèle pour l'astrono- 
mie , ou être remis pour former un prix double 
l'année suivante. 

V. Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exé- 
cution du présent arrêté. 

Prix. 

Dans la séance publique du i5 germinal an 9, 
la classe des sciences morales et politiques avoit 
■proposé pour sujet de prix qu'elle devoit décerner 
dans la séance publique du i5 messidor an ]0, I9 
question suivante : 

Déterminer l'in/luence de l*habitude sur la faculté 
d.e -penser , ou, en d'autres tenues , faire voir les 

effets que produit sur chacune de nos facultés iii'^ 

IL 3 



5o2 Nouvelles littéraires. 

tellectuellea la fréquente répétition des mêmes opé» 
rations. 

La classe a décerné le prix au mémoire enre- 
gistré sous le n.° 3, portant pour épigraphe : Que 
sont toutes les opérations de famé , sinon des mou- 
venipus et des répétitions de mouvemens? (Bonnet). 

L'auteur est le C. Maine-Biran, à Grateloup, 
par Bergerac, département de la Dordogne. 

La fiasse a déclaré qu'il seroit fait mention ho- 
norable du mémoire n.° 5 , dont la devise est : 
II' habitude est une seconde nature. 

Dans la séance publique du i5 germinal an 7, 
la Classe de littérature et beaux -aris av'oit proposé 
pour sujet du prix d'architecture qu'elle devoit dé- 
cerner le i5 nivôse an 9, la queslion suivante: 

Examiner quels ont été chez les différens peuples 
les progrès de cette partie de l^ architecture que l'on 
appelle la science de la construction des édifices ^ 
depuis les temps tes plus reculés jusqu'à nos jours. 

Vu l'importance du sujet, la classe avoit cm 
devoir proroger jusqu'au i5 germinal an 10, l'envoi 
des mémoires. 

La classe a décerné le prix au mémoire n." i , 
ayant pour épigraphe : Qui autem ratiocinât ionibii s 
et lilteris Salis confiai fuerunt , umhram non rem pe - 
secuti videntur. (Vitruve, liv. I, chap. 1). 

L'a (teur est le C. Rondelet, architecte du Pai • 
tliéun frauçois. 

Prix de morale. 
Jusqu'à quel point les trailemens barbares exercéf 



Nouvelles liiléraires. 5û3 

sur les animaux intéressent -ils la morale publique , 
.et conviendroit-il défaire des lois à cet égard? 

Le prix sera une médaille d'or du poids de cinq 
hectogrammes (environ 1700 fr.): il sera décerné 
dans la séance publique de vendémiaire an 12 de 
la république. 

Les ouvrages ne seront reçus que jusqu'au i5 
messidor an lî. Ce terme est de rigueur. 

Sujet du prix d'économie politique. 

Comment ^abolition progressive de la servitude en 
Europe a -t- elle influé sur le développemeet des lu- 
mières et des richesses des nations? 

Le prix sera une médaille d'or du poids de cinq 
hectogrammes (environ 1700 fr. ) : il sera décerné 
dans la séance publique du naois de nivôse an 12 
de la république. 

Les ouvrages ne seront reçus que jusqu'au i5 ven- 
démiaire an ï2. Ce terme est de rigueur. 

Prix d'éloquence. 

Dans la séance publique du i5 germinal an 9, 
la classe de littérature et beaux-arts avoit proposé 
pour sujet du prix d'éloquence, qu'elle devoit dé- 
cerner dans la séance publique de messidor an 10, 
l'Eloge de Nicolas Boileau-Despréaux. 

Aucun des ouvrages envoyés au concours ne lui 
a paru digne du prix ; mais elle a distingué: 

i." Le n." 6, ayant pour épigraphe : Cest at'oir 
pro/ité ijue de savoir s'j plaire ; 

Ii4 



c04 Nom<eIles Ullcralres. 

2." Le n.° 8, portant cette épigraphe : Exoriure 
alujuis noslris ejr ossibiis ultor. 

La classe a jugé ces deux discours (îig".es d'une 
nienlion honorable. 

Elle propose de nouveau le même sujet pour l'an I2. 

Le prix sera une nicdaille d'or de la valeur de 
cinq liectogramnies : il sera décerné dans la séance 
publique de vendémiaire an 12. 

Les ouvrages seront remis au secrétariat de l'In- 
stitut avant le i5 ir.essidor an i\. Ce ternie est de 
rigueur. 

Sujet du prix de matljématiques. 

Faire sur là pression que l'eau en moufemene 
exerce contre un corps en repcs , et celle que le même 
fluide 3 lorsqu'il est en repos , exerce contre un corps 
en mouvement j une nouvelle suite d'expériences ; en 
s'aUathant principalement à mesurer les pressions 
particuiières qu'e'proui'cnt des points distribués con-» 
venablement sur les parties antérieures , latérales et 
posté} leures de la surface des corps mis en expérience^ 
et placés à diverses profondeurs dans le fluide ^ à 
d termine! sa vitesse dans dit^ejs points des filets 
qui avoisinent le corps , enfin à relever les courbes 
qu'afii^ectent ces filets , le point oii ils commencent 
à dévier de lu directioîi générale du mouvement en 
a nt du corps , et celui oiï Us se réunisbent en arrière. 

Le prix sera une médaille d'or du poids de cinq 
h c'iogrammes ( valant environ 1700 fr. ) : il sera 
décerné dans la séance publique du mois de nivôse 
an i3. 



Nouvelles littéraires. 5o5 

Les ouvrages ne seront reçus que jusqu'au 3o 
fructidor an 12 inclusivement. 

Prix de ph/ysirjne. 

Le i5 germinal an 0, la classe des sciences ma- 
thématiques et physiques avoit proposé pour l'un 
de ses sujets de prix , De rechercher ^ par des expé- 
riences exactes , queUe eut L^ influence de L'air atmos- 
phérique ^ (le la lumière, de Ccau , et de la terre 
dans la végétation. Le concours devoit êlre clos le 
premier nivôse an 10, et la classe n'a reçu que 
deux mémoires qui ne lai ont point paru dignes du 
prix : jugeant que l'étendue de la question avoit pu 
effrayer les hommes en état de travailler avec suc- 
cès sur ces ujatières , elle la restreint aujourd'hui à 
l'un de ses élémens, et elle propose, 

De déterminer par Inexpérience les différentes sour- 
ces du carbone des végétaux. 

Le prix sera double, et consistera dans la valeur 
de deux kilogrammes d'or ( environ 6800 fr.). 

Les mémoires devront être remis au secrétariat de 
l'Institut avant le premier vendémiaire an 10. 

Le jugement de la classe sera publié dans la séance 
publique du mois de nivôse an i3. 

La classe croit devoir encore rappeler aux chy- 
niistes le sujet qu'elle avoit proposé pour la pre- 
mière fois le i5 germinal an 8, dont le second 
délai ex[)irera le premier nivôse an 12, et dont voici 
l'énoncé : 

Quels sont les caractères qui distinguent , dans les 
matières végétales et animales , celles qui servent de 



5c6 NoiwcUes littéraires. 

ferment^ de celles auxquelles elles font subir la fer- 
mentation. 

Notice des travaux tJe la classe des sciences 
physiques et mathématiques , pendant le 
troisième trimestre de Van lo. — Partie 
mathématique , par le C. LACROIX. 

astronomie. 

Obsen'atîons de la nouvelle planète découverte par 
M. Olbers de Bremen , et de l* opposition de CÉRÈS, 
planète découverte antérieurement par M. Piazzi. 

Une conjecture aussi facile à former qu'inutile 
*u progrès de l'astronomie , avoit fait présumer 
l'existence d'une planète entre Mars et Jupiter ; 
mais la loi qu'on s'étoit plu à établir d'après les 
distances des planètes connues , n'a paru vérifiée 
un moment, par la découverte de la planète de 
M. Piazzi , que pour être bientôt démentie de la 
manière la plus formelle, par l'observation d'une 

• nouvelle planète, très-voisine de la première. Voilà 
encore un exemple de la chute d(S opinions fon- 
dées sur des analogies trompeuses, et sur les fausses 

' idées que nous nous faisons de ce qui constitue 
l'ordre et la régularité dans les desseins de la na- 
ture. Il ne guérira jpas sans doute les hommes du 
penchant qu'ils ont à se livrer .à de vaines spécu- 
lations qui ne font un peu de bruit pendant quel- 
que temps , que pour tomber bientôt dans l'oubli 
le plus profond et le mieux mérité ; et , malgré les 
nombreuses leçons que les sciences positives ne ces- 



Nouvelles Ihtéiaires, Bc/ 

sent de leur ofFrir, on les verra toujours rechercher 
les causes de tous les effets, lorsque les données 
nécessaires pour y parvenir leur manquent entière- 
ment, lors même qu'aucun des rapports que nos 
facultés peuvent saisir, ne paroît se rattacher avec 
la nature qu'ils supposent à la cause inconnue. 

Le nouvel astre dont nous parlons offre encore 
une singularité remarquable, et qui contrarie les 
systèmes conçus pour expliquer la formation des 
planètes , d'après la probabilité d'une cause en vertu 
de laquelle leurs orbites ont été renfermées dans 
la /one assez étroite nommée le zodiaque. La grande 
inclinaison de l'orbite de cet astre oblige d'étendre 
considérablement la largeur du zodiaque, et donne 
lieu de croire qu'elle n'a peut-être pas délimite. 
Ces réflexions portent sur les faits suivans, résumés 
par le C. Delambre. 

" Le 20 germinal, le C. Burckhardt ayant reçu 
X avis que M. Olbers de Bremen avoit découvert 

• un nouv( 1 astre qui avoit l'apparence d'une pla- 

• nète , il en fit part dès le même soir à tous les 
•■ astronomes de l'Institut , qui cherchèrent cet astre 
■ la nuit suivante. Le lendemain, les CC. Messier, 

• Méchain et Delambre rendirent compte à la classe 
•• de leurs observations. Le nouvel astre avoit un 
« mouvement assez sensible , tant en ascension 
n droite qu'en déclinaison. Il n'offroit aucune ap- 
" parence de queue , pas même de nébulosité , et 

• n'avoit que son mouvement qui pût le faire dis- 

• tinguer des étoiles de huitième grandeur, dans 
» le voisinage desquelles il se trouvoit. Oo a conti- 



5c8 Nouvelles littéraires. 

« niié de l'observer au méridien jisqiie Ters la firt 
" de floréal 5 il présentoit toi:)ours les mêmes appa- 
« renées, si ce n'est que sa luMiière étoit encore 
" plus foible dans les derniers tt-nips, parce qu'il 
" commençoit à s'éloigner de la terre. 

« On a fait des efforts inuîiles ^loiir trouver une 
t parabole qui satisfît aux observations. Le cercle 

• n'a pas mieux réussi. .Il» a fallu une ellipse , et 
" même line ellipse très-excentrique. A cet égard, 
« la nouvelle planète diffeie peu de Mercure; mais 
« ce qu'elle a de plus extraordinaivf , t'est ;on 
" inclinair.on d'environ 35° , celle de ^(lercure n'est 
<• que de 7°, et celie de la planète Céiès, décou- 
« verte en 1801 par M. Piazzi , est de ic" 87'. 
« Ainsi l'on seroît obligé d'élargir considérabU'.nent 
" le zodiaque , si on crnlinroit à désigner p:.r c« 
" nom la zone du ciel dans laquelle foules les pla- 
« nètes font leurs révolutions. Une autre particu- 
« larité fort remarquable est que la distance moyenne 
•• de cette planète ne diffère que très-peu de celle 
" de Cérès j on ne connoissoit pas encore, dans le 

• système solaire , deux planètes dont les orbites 

- fussent aussi rapprochées. 

" Tant de singularités rendent cette nouvelle pla- 

•• nète infiniment intéressante pour les astronomes; 

« car d'ailleurs elle est si petite , qu'elle ne peut 

<• avoir aucune influence sensible sur les planètes 

" voisines : au contraire elle doit éprouver des per- 

■ turbations très-considérables de la part de Jupiter. 

- Le C. Burckhardt a tenu compte des principales, 
« pour déterminer une orbite elliptique. On a en 



Kouveîles littéraires, 609 

• effet grand besoin d'une théorie asses app'-ochée, 
•■ pour retrouver cette planète quand c^Ie sortira des 
•• rayons solaires , où elle est près de se plonger. 
« Sans cela, son extrême petitesse en rendroit la 
« recherche fort incertaine. Il est même très-pro- 
« bable qu'eJe seroit derseurée encore longtemps 
« incon îue, si elle ne s'étoit troiivv*:; précis<?ajent 
•• à l'endroit que venolt de quitter Cérès, et tout 
« à côté des étoiles que les astronomes avoi^nttant 

• observées depuis plusieurs mois. C'éloit une réu- 
« nion curieuse que celle des trois planètes nou- 
■ velles dont l'astronomie s'est enrichie de ncs jours; 
" on les voyoit toutes trois passer au méridien en 
« quelques minutes de temps. M. Olbers a donné 

• à sa planète le nom de Pallas. » 

La perfection des instrumens et celle des mé- 
tho-les ont mis de nos jours les astronomes en état 
de déduire d'un petit nombre d'observations , la 
détermination des élémens des orbites planétaires 
qu'ili étoient obligés autrefois de laisser aux siècle» 
avenir; un de ces astres nest pas plutôt découvert 
que déjà ses mouvemens sont assignés avec une pré- 
cision remarquable : c'est ce qu'a prouvé l'opposition 
de Céîès (ou la planète de M. Piazzi), observée à 
l'Ecole Militaire par les CC. Lalande, neveu, et 
Burckhardt. 

Ils ont déterminé le moment de l'opposition le 
26 ventôse an 10 ( 17 mars 1802 ) à 3*» 46' 8" , temps 
moyen de l'Observatoire natonal de Paris; 

La longitude vraie , dégagée des efiets de l'abe;- 



5io Nouvelles Uuéraîres. 

ration , de la nutatîon et de la parallaxe , 176* 
21' 26" 5; 

La latitude géocentrique boréale , 17° 7' 67" 5. 

Les tables dressées par le C. Burckhardt dlffé- 
roîent de l'observation de + 5" 4 en latitude de -f- 
21" 8 en longitude. La dernière de ces erreurs in- 
dique que les rayons vecteurs doivent être un peu 
augmentés; mais l'auteur attend encore de nouvelles 
observations pour effectuer les corrections que celle- 
ci lui a fait juger nécessaires. Dans le calcul de 
celte opposition , les CC. Lalande, neveu ,et Burck- 
hardt ont , d'après trois observations du soleil , bien 
d'accord entre elles , diminué de il" la longitude 
de cet astre , donnée par les tables. 

Malhémaliques appliquées à la physique. 

Remarques sur la différence entre la vitesse du son , 
déduite de la théorie , et celle que donne l'obser- 
vation, 

nouvelles démonstrations des principaux théorèmes 
Teliitifs à l'attraction qu'exercent les sphéroïdes. 

Détermination spéciale des conditions de l'équilibre 
d'un corps qui se balance librement sur un fil flexi- 
ble , ou sur un fluide. 

Le résultat trouvé par Newton pour la vitesse 
avec laquelle le son se propage dans l'air atmosphé- 
rique , et confirmé depuis par les diverses recher- 
ches analytiques des géomètres ses successeurs, dif- 
fère d'environ un neuvième de celui que les expé- 



Nouvelles Vitléraiies. 5ii 

TÎences ont donné : le premier n'est que de 297. 2 
mèlres , et le second est compris entre SSy. 2 mè- 
tres et 35o, 8 mètres. Ce point de physique étant 
un de ceux auxquels l'analyse s'applique avec le 
plus de rigueur, il étoit impossible de rejeter sur 
les erreurs ou sur l'imperfection du calcul la dif- 
■ férence entre la théorie et l'obseï yntion ; aussi Newton 
lui-même et quelques-uns des physiciens qui ont 
écrit après lui sur cette matière, ont formé sur la 
constitution de l'atmosphère diverses hypothèses , 
pour rendre raison de la diflFérence dont il s'agit. 
Mais aucune de ces hypothèses, qui d'ailleurs n'ex- 
pliquoient le fait que d'une manière vague , ne pou- 
vant s'accorder avec des découvertes de la chymîe 
moderne sur la nature de l'air , on a pensé, depuis, 
qu'il falloit l'attribuer à l'influence que pouvoient 
avoir sur la vitesse du son les variations de tempé- 
rature qui accompagnent les dilatations et les con- 
densations de l'air , résultantes de ses vibrations. 
Le C. BlOT , associé , a cherché à déterminer par 
le calcul l'effet que ces vibrations qu'on ne sauroit 
d'ailleurs révoquer en ;'oute, produisent sur la vitesse 
du son. lia prouvé qu'il pouvoitéfre très-sensible et 
même suffisant pour porter la vitesse du son au-delà 
du terme fixé par l'expérience. II est parti pour cela 
de quelques expériences sur ia dilatation de l'air et 
des gaz , faites sous la direction du C. Berthollet 
parle C. Gay-Lussac, et il les a combinées avec 
une hypothèse plausible sur la quantité de calorique 
dégagé par la compression de l'air j savoir , que ce 
fluide en abandonnoit autant dans cette circonstance 



5 12. NoiwcUcs litléiaircs. 

qu'il faudroît lui en ôter par le simple refroidisse- 
ment , pour le réduire au volume qu'on lui fait oc- 
cuper. 

Cette liypotlièse donnant un résultat trop fort y 
le C. Biot reprend ensuite la question dans un or- 
dre inverse, et cherche, d'après la vitesse du son 
observée, quelle doit être la quantité de calorique 
abandonnée par l'air, lorsque, par la compression, 
on le réduit à la moitié de son volume ; et il trouve 
que la même quantité éleveroit à 69° environ le 
thermomètre de Réaumur. 

Le C. Biot a encore communiqué à la classe, dans 
ce trimestre , des Recherches sur Patlraction des 
sphéroïdes. Ce sujet, traité d'abord d'une manière 
synthétique par Maclaurin, fut longtemps l'écueil 
de l'analyse, qui néanmoins reprit successivement 
entre les mains des CC. Lagrange , Legendre et 
Laplace, sa supériorité sur la synthèse, et con- 
duisit à des résultats qu'on n'auroit jamais obtenus 
sans son secours ; mais il étoit resté dans les dé- 
monstrations analytiques des principaux théorèmes 
sur cette matière, une complication que le C. Biot 
a fait disparoître d'une manière très-heureuse, en 
combinant un théorème dû au C. Lagrange avec 
une équation dinVreuticlle partielle , trouvée p;ir le 
C. Laplace , et en appliquant à cette équation un 
procédé qu'il a présenté lui-même, il y a quelques 
années à la classe , pour intégrer par des séries le» 
équations différentielles partielles. 

L'équation dont nous voulons parler , est entre 
ttois des cocfficiens cl;fr^rc;:{icls du second ordre > 

de 



Nouvelles lllléraires. Si 3 

de la foiiCtion (jui exprime la somme des molécules 
du sjihéroïde d visées par leur dislance au point at- 
tiré} son intégration donne pour cette quantité une 
S'.^rie conlenant deux fonctions arbitraires, et or- 
données suivant le:- puissances de l'une des coor- 
d,onnt'es du point attiré. En prenant successive- 
ment , par rappoit à chacune de ces variables, les 
coefficiens différentiels de la série > qui expriment les 
attractions exercées par le sphéroïde parallèlement 
aux axes des coordonnées , le C. Biot obtient des 
développemens de ces attractions entièrement dé- 
teriainés par trois quantités indépendantes de la va- 
riable, suivant les puissances de laquelle les déve- 
loppen)ei]S sont ordot>nés. 

Il résulte de-ià , i." que, -pour avoir les attrac- 
tions ifun bpiiéroïde quelconque sur un point quel- 
conque de L'espace , il suffit de prendre à volonté un 
plan , et de calculer les attractions du sphéroïde sur 
les points qui sont situés dans ce plan ; ceux qui 
sont intérieurs au sphéroïde détermineront l'expres- 
sion générale df son attraction sur les points inté- 
rieurs j les autres détermineront celle qui convient aux 
points extérieurs. 

2.° Que si deux sphéroïdes sont tels que leurs 
attractions sur tous les points d'un même plan , pa- 
rallèlement à trois axes rectangulaires , soient entre 
elles dans un rapport constant , les attractions de ces 
sphéroïdes , sur un point quelconque de l'espace , 
conseneront le même rapport. 

Ces théorèmes généraux , lorsqu'il s'agit des sphé» 
roïdes de révolution se modifient ainsi qu'il suit: 

Tome I. K.k 



5i4 Nouvelles II né mires. 

Pour avoir Vattratlion d'un sphéroïde de révolu- 
tion sur un point ijue/cam/ue de l'espace , il suffit 
de connaître ces al tractions sur un point quelconque 
d'une droite perpendiculaire à l'axe de révolution , 
et menée par un j)ot/it pris à volonté sur cet axe. 

Si deux spJicroïdcs de réi-olution sont tels que leurs 
attractions sur un point quelconque d'une même droite 
assujettie aux conditions précédentes , soient entre 
elles dans un rojiporl constant , les attractions exer~ 
cées par ces sphéroïdes sur un point quelconque de 
l'espace conserveront le même rapport. 

Le C. Biot applique successtvemcnt des divers 
tli(^orèiiies aux sphéroïdes elliptiques quelconques et 
de lévoiuiioii , et il en déduit les ihéoièmes connus ; 
1r;insforniant ensuite d'une manière générale les va- 
riables de ses formules , il en conclut que pour avoir 
l'iftlraction a'un sphéroïde quelconque sur un joint 
q.islconqiie de l'espace , il suffit de connoîlre , pour 
les points d'une surface quelconque que l'an p. ut 
prendre à volonté , les deux premiers ternies du dé- 
Vflappement de Li fonction qui exprime la soitinie des 
molécules du sphéroïde divisées par leur distance au 
point attiré ; et que si l'on a deux sphéroïdes dont 
les allractions sur les mêmes points de cette surface 
soient entre elles dans un rapport indépendant des- 
coordonnées primitives , les attractions des deux s]}hc'~- 
roïdes sur un point quelconque de l'espace seront entre 
elles clans le même rapport. Il termine son mémoire 
par l'application de ces derniers théorèmes aux splié- 
roides de révolution. 

Le C. Denieuport, associé ^ a envoyé à la classe, 



Noiu'elles litléraires. 5i5 

un mémoire concerrwnt ]V{(t!ilibie d'un corps qui se 
balance librement sur i.n fil flexible ou sur un fluide. 
Il deterniine d'une manière sp^^ciale les conditions 
de cet équilibre, par la considération que le centre 
de gravité du système doit descendre le plus bas qu'il, 
est possible , et détaille les diverses situations d'é- 
qui!il)ie , soit solide, soit passager, que peut pren- 
dre Je corps proposé. 

Physiqtie expérimentale. 

Détermination de Pintensité de Vaction que les bar- 
reaux aimantés exercent sur les difféfens métaux 
■purifiés par les procédés ordinaires. 

En poursuivant sur l'action que les barreaux ai- 
mantés exercent sur tous les corps , les recherches 
dont nous avons rendu compte dans la notice du 
dernier trimestre, le C. Coulomb est parvenu à me- 
surer l'intensité de cette action pour les difl'éiens 
métaux amenés à l'état de pureté qui résulte des 
opérations ordinaires de la docimasie. 

Il a formé ensuite de pelits -cylindres de cire 
dans lesquels il a introduit diverses quantités de 
limaille de fer , répandues unifoimément sur toute 
]& masse ; et en mesurant l'action qu'ils éprouvoient 
de la part des barreaux aimantés , il en a déduit la 
loi suivant laquelle la fori e magnétique décroissoit 
à mesure que la quantité de fer du mélange dimi- 
nuoit. Avec ces deux donnée?, il a déterminé la 
très petite quantité de fer restée dans un lingot 
«l'argent fondu avec partie égale de fer par le C. 

Kk a 



5i6 Nouvelles littéraires, 

Guyfon , et qvii clans l'opt^ration avoit paru se sé- 
parer très exactement du second ni(?tal. 

Cet argent , dissous dans l'acîde nitrique et pré- 
cipité par le priissia(e de soude, ne donnoit aucun 
indice de la présence du fer; cependant il éprou- 
voit sensiblement rinfliience du barreau magnétique, 
et de manière à indiquer qu'il conlenoit encore du 
fer. En comparant cette action avec celle du même 
barreau sur les cylindres dont nous avons parlé plus 
haut , le C. Coulom.b a trouvé qu'il restoit dans le 
morceau d'argent jj^ de feré II a reconnu par la 
même niéthode que , si l'action du barreau aimacfé 
sur une lame d'argent purifié à la coupelle , ou re- 
tiré du muriate devait être atlribuëe à la présence 
du fer, ce dernier métal n'y entreroit au plus que 
pour rj^^' Cette quantité , qu'on peut regarder 
comme infiniment petite, y seroit néanmoins dans 
un état de division (el qu'il n'y auroit aucune mo-* 
lécule d'argent qui ne contînt une portion de fer. 

Partie plijsi(jne , par le C. LacépÈde , 
secrétaire. 

Chaque tiimestre, le champ des sciences, fécondé 
par les travaux des membres de l'Institut naiional, 
se pare d'une moisson nouvelle , aussi remarquable 
par sa variété que par son abondance. Le cercle 
entier de l'année est enrichi de nouveaux fruits. Indi- 
quons ceux que la chymie, la botanique, la zoologie, 
\ix médecine, l'agriculture et l'art vétérinaire , vien- 
nent d'offrir aux amis des connoissances humaines. 

Le C. FouucRoy a lu les deux premiers para- 



Nouvelles littéraires. 5iy 

^aphes d'un grand ouvrage sur les oxydes de mer- 
cure et sur les sels mercuriels. 

Le mercure a été le »njet d'une Kuile immense 
de recherches : presque tous les chymistes s'en sont 
occupés successivement ; et cependant l'histoire 
chymique de ce niétal^n'éloit pas encore complète. 
L'étude de ses propriétés et de ses combinaisons man- 
quoit surtout de cette précision qui a é(é apportée 
depuis quelques années dans celle du fer, du cuivre 
et du plomb; et le C. Fourcroy a prouvé qu'avant 
la publication de son travail , on étoit loin de dis- 
tinguer aussi vigoureusement que l'état dr la science 
j'exigeoit , les divers oxydes et hs diiTt'renles modi- 
fications salines du mercure. C'est pour iaire dispa- 
roître ce défaut de précision, et pour donner une 
connoissance aussi exacte que complète des compo- 
sés mercuriels, que le C. Fourcioy s'est livré à des 
recherches particulières sur ces combinaisons. 

Il n'a encore entretenu la classe que d'oxydes et 
de composés fulminans de mercure; et néanmoins il 
a déjà exposé, non-seulement des détails inféreres- 
sans , mais même des découvertes précieuses pou? 
les progrès de la science. 

En parlant des oxydes mercuriels, l'auteur con- 
firme d'abord par beaucoup de faits ce qu'il a dit 
dans le temps, et le premier, d'un oxyde noir de 
mercure, que Boerhaave et tous les chymistes a\ oient 
regardé comme un simple état de division de ce mé- 
tal. 11 déciit les circonstances lrès-mul(ipliées de sa 
formation ; il en donne l'analyse ; il le montre com- 
posé de quatre-vingt-seize parties de mercure et de 

Kk 3 



5 1 8 Nouvelles Uftéraires. 

quatre d'oxygène; il énonce les caivicfères disfincJîrs 
de cet oxyde , son insipidité , son insolubilité dans 
rt-aii , sa dissoluhililé tranquille et sans effervescente 
dans les acides, les sels peu oxydés qu'il forme, sa 
réduction complète par une clialeur forte , sa réduc- 
tion partielle et sa conversion en oxyde rouge par 
une clialeur douce. 

TI passe ensuite à l'examen des autres oxydes mer- 
curiels. Il fait voir qu'il n'y a ni oxyde gris , ni 
o>;yde blanc, ni oxyde jaune de mercure; que les 
composés auxquels on a donné l'un He ces noms , 
sont de vrais sels peu solubles; que l'oxyde rouge 
vient seul après le noir et sans intermédiaire : <|ue 
cet oxyde rouge , de quelque procédé qu'il provienne , 
est toujours constant, loujours identique ; qu'il con- 
tient huit centièmes d'oxygène; que, trituré avec 
le mercure coulant , il partage son ovygène avec 
ce métal; qu'ils passent alors tous les deux a l'état: 
d'oxyde noir; qu'en cédant son oxygène au zinc et 
à l'étain avec lesquels on le fait chauffer dans des 
vaisseaux fermés, il enflamme ces substances; qu'il 
ne produit pas le même effet avec le fer et l'arsenic; 
qu'il a une saveur âpre et désagréable ; qu'il est 
dissoluble dans l'eau; qu'il peut parvenir à l'état d'une 
plus grande oxydation par l'action de l'acide muria- 
tique oxygéné ; mais que , dans ce dernier état ,on ne 
peut pas l'obtenir isolé , parce qu'il est alors mt\é 
avec un sel qu'aucun moyen connu ne peut en séparer. 
Les poudres ou piéparations de mercure fulmi- 
nantes sont l'objet de la seconde partie du travail 
du C. Fourcroy. Il annonce qu'il en counoît trois 



Nouvelles lu té mires. Sic 

espèces, dont deux ont été décri'.es avant lui, et 
dont il a découvert la troisième. Il fait observer, 
en consid^^raut les deux premières de ces (rois pré- 
paialioos , que les précipités de mercure, méJés avec 
du soufre, et indiqués par Bayen comme fulminans, 
sont aussi faciles à connoîfre qu'à préparer. A l'égard 
de la poudre fulminante découverte par M. Howard, 
chymiste anglais, et dont le C. Berthollet a occupé 
la classe, il a trouvé que, suivant le temps de l'é- 
bullition de l'alcool avec le nitrate de mercure, on 
oblenoit trois poudres différentes. 

La piemièrequi est la moins cliaufTée , n'est qu'un 
composé d'oxyde de mercure , d'acide nitrique , et 
d'une matière végétale particulière formée par l'al- 
cool : elle détonne tiès-fortement. 

La seconde, qtic l'on obtient en continuant l'é- 
bullition pendant quelque temps, crystallise en ai- 
guilles, détonne assez Ibi.'ement, brûle en bleu avec 
explosion lorsqu'on la met sur des charbons ardens, 
ne contient pas ci'acide nitricjue , renfern.e de l'ammo- 
niiique et plus de matière végétale que la précédente, 
et paioît être (elle que le C. Berthollet a décrile. 

La troisième, que produit le mélange de M. Ho- 
ward, lorsqu'on soutient l'ébullition de la liqueur 
pendant xinn denii-lieuie ou plus, est jaune ou m}- 
lée de meicure réduit : elle ne fulmine ni par le 
clioc ni par la chaleur; mais elle décrépi(e vivement 
sur les charbons rouges : elle ne contient ni acide 
nitrique , ni ammoniaque, mais de l'acide oxalique , 
et 1res peu de !a nialière végétale produite par l'al- 
*^<Jol ; c'est presque de i'oxalale de mercure; et c'tst 

Kk 4 



520 Nouvelles li/lcraîres. 

par loiitfs ces distinctions que l'auleiir a monlré 
comment les expériences du C. Berlhollet et celles 
de iVl. Howard s'accordent les unes avec les autres. 

La préparation merciirielle fulminante que le C. 
Fourcroy a d(?couverte , et qui forme la troisième 
espèce des composes mercuriels et fulminans, est 
un oxyde de mercure ammoniacal produit par une 
digestion continuée pendant huit ou dix jours d'am- 
moniaque concentré sur de l'oxyde rouge. L'oxyde 
devient peu à peu d'un beau blanc : il se couvre 
de crystaux lamelleux, brillans et très-petits. Mis 
sur des charbons bien allumés, il détonne presque 
comme l'or fulminant, surtout lorsqu'il est en pelo- 
tons ou petites masses. 11 se décompose spontané- 
ment , et cesse d'être fulminant trois ou quatre jours 
après sa préparation. Une chaleur douce en dégage 
l'ammoniaque, et laisse l'oxyde rouge isolé. Les 
acides décomposent sur le champ cet oxyde fulmi- 
nant, qu'il faut ajouter à l'oxyde d'or et à l'oxyde 
d'argent, lesquels ont la D)éme nature ammoniacale. 

Les savans al tendent avec impatience la publica- 
tion de la suite de cet important travail. 

Le C. GtiYTON a aussi entrenu ses confrères des 
propriétés des métaux. 

Il avoit annoncé, il y a zo ans, qne le fer ce 
l'argent, mis ensemble en parfaite fusion , for- 
nioient deux culots séparés et entièrement adhérens 
par leur surface. Il crut pouvoir en conclure, contre 
l'opinion de Gellert, que ces deux métaux ne s'al- 
lioient pas. 

Les belles rxpéiienccs du C. Coulomb sur le ma- 



Nouvelles 11 lierai tes. 52î 

■gn^fisire a3'ant fait desher à ce physicien des mé- 
taux que l'on peut garantir exempts de fer, le C. 
Giiyton lui proposa l'essai du culot d'argent, dont il 
paroissoit que la nature s^paroit elle-m*?me le fer. 

L'argent ne tenoit pas, en cfTet , une quantité de 
fer qui pût être remlue sensible par les réactifs chy- 
miqucs , puisque sa dissolution ne donna pas un atome 
de bleu avec le pruosiate de soude. Cependant ure 
portion du même fragment exerça une action sen- 
sible sur le barreau aimanté, et le C. Coulomb 
l'ayant soumis à son appareil magnétique, trouva 
qu'il tenoit un cent îientieme de fer. 

Dès-lors il devenoit import;int d'examiner si le fer 
ne renferuioit pas une certaine quantité d'argent; 
et c'est ce qu'a tait le C. Guylon avec son habileté 
ordinaire. Il s'est assuré qu'il y avoit dans le fer un 
quatre-vingtième, ou à peu près, d'argent intime- 
ment combiné, et que cette quantité étoit suffisante 
pour lui donner des propriétés très- remarquables , 
telles qu'une dureté extraordinaire , et une cassure 
qui présente sans discontinuité des rudiraens de crys- 
tallisation. 

Le C. Guyton a conclu de ces expériences sur 
l'argent et le fer, ainsi que de celles qu'il a faites 
sur le fer et le plomb, que l'on ne pouvoit plus 
dire que ces métaux se refusoirnt à l'alliage, qu'il 
y avoit réellement union dans leur fusion ; mais que, 
par une véritable liqualion , la plus grande partie 
des deux métaux se séparoit pendant le refroidisse- 
ment , en raison de leur pesanteur, ainsi que de 
leur fusibilité respective , et précisément comme le 



52,2 Nouvelles littéraires. 

cuivre et le plomb se séparent dans les grands tra- 
vaux inéfallurgiques. 

Le C. Séguin, associa, a prouvé, dans un nu'- 
nioire sur V hongroyagc des cuirs, que la méihode 
employée Jusqu'à présent pour cetie opération , ne 
produit qu'une interposition de suif et de sels dans 
les pores des peaux , et que le cuir ongroyé est par 
conséquent très-Inférieur au cuir fanné. II a ensuite 
indiqué un nouveau proc^^dé qui diminue cet iiuon- 
A'éuient , et a de plus l'avantage d'être beaucoup 
iHoins disjjendieux que l'ancien. 

La classe des sciences physiques et mallicmat ques 
a ordonné l'impression et l'insertion dans ses niémoi- 
les d'un excellent rapport fait par les CC. FouKCROY 
et Vauquelin , sur un travail du C. Alexandre 
Brckîniard, professeur d'histoire naturelle, et di- 
recteur de la manufacture de porcelaine de Sèvres. 
Cet ouvrage a pour titre: Essai sur les couleurs oble- 
nues des oxydes métalliques , et fixées par la fusion 
sur les différens corps vitreux. Il est divisé en deux 
parties , dont la première a pour objet les couleurs 
vitrifiées en général , et la seconde , ces couleurs con- 
sidérées en particulier. Il traite de leur application 
à la porcelaine dure, à la porcelaine tendre, à l'é- 
inail , au verre; et les commissaires ont terminé le 
compte qu'il en ont rendu , par déclarer que ce tra- 
vail iiu'rifoit rapprobation particulière de la classe, 
comme le premier traité méthodique et luimneux 
sur les couleurs vitrifiées , et comme très -propre à 
guider les artistes et lesjabricans dans la préparation 
et dans remploi de ces couleurs. 



Nouvelles îîtléniires. 5^3 

Le C. Sigaup-Lafond , associé, a fait pri^sonter 
à la classe un e-\emplaiie d'une seconde édition du 
dictionnaire qu'il a publié sous le titre de Mencilles 
de la nature. 

Le C. BroussonneT , que ses foncticns de com- 
missaires des relations commerciales reliennent à Ma- 
dère, mais qui ne cesse d'y cultiver avec beaucoup de 
7èie les sciences natuielles, a fait parvenir àscs con- 
fières un mémoire sur les avantages que la Fiance 
retireroit de Téiablissement d'un jardin de botanique 
au Cap-de-Bonne-Espérance , et sur tous les moyens 
que l'on pourroît devoir à ce Jardin , de réunir et 
d'envoyer en vie , en Europe, les animaux de l'A- 
frique méiidionale dont on espéroit de retirer le plus 
d'utilité, ainsi qu'un très-grand nombre de plantes 
africaines , si belles par leurs couleurs , si curieuses 
par leurs formes, si faciles à multiplier dans nos 
contrées tempérées , et si propres , par les époques 
de leur fleur«isan , à embellir même nos saisons 
rigoureuses. 

Le C. Ventf.nat a annoncéla huitièmelivraison 
du grand ouvrage dont nous avons déjà eu plusieurs 
occasions de parler ; et qui a pour titre : Description 
des plantes noui'sl/cs ou peu connues , cultnées dans 
le Jardin du C. Cela , etc. ; mec des dessins du C. 
Redouté, 

J'ai eu l'honneur de faire hommage à mes con- 
frères du quatrième volume in-4.'' de l'Histoire des 
poitsonf: , qui fait partie de l'Histoire naturelle ge'- 
iierule et particulière. 

Le C. Geoffhoy, de l'Institut du Caire, a lu 



5^4 Nouvelles Ullêralres. 

«n mémoire intituliî : Ucchcrches sur les animaux 
du Nil, connus des Grecs , et sur les rapjwrls de ces 
animaux avec le système ihcogonique d.'s anciens 
jEgypii'ns. On (loiivcia dans la notice des tra- 
vaux de la classe de littérature et beaux-arts, un 
article relatif à la troisième partie de ce mémoire, 
laquelle traite de la théogonie et du culte aegyptiens. 
Les deux premières renferment des observalions très- 
bien faites, des faits nouveaux, des rapprocheroens 
curieux sur les animaux du Nil ; elle présente une dis- 
cussion ingénieuse et savante sur les connoiisances 
des anciens Grecs, relativement à l'iiistoire naturelle 
de ces animaux, ainsi que sur les noms qu'ils era- 
plojoient pour les distinguer, et montrent combien 
les récils d'Hérodote , au sujet des habitudes de ces 
mêmes animaux segyptiens , sont conformes à la 
vérité. 

Le C. Tenon s'est occupé d'un animal originaire 
des contrées voisines de l'^Egypte , mais qui , répandu 
sur tout le globe par les soins de l'industrie hu- 
maine, a mérité, par sa bonté, sa force, son cou- 
rage, son instinct et l'emploi le plus généreux de 
toutes ses facukés, d'être appelé la plus noble con- 
quête de l'art sur la nature. Il a communiqué à ses 
confrères de nouvelles observations sur le cheval. Il 
a lu un mémoire sur la partie de la tête de cet 
animal, encore très - peu connue, à laquelle il a 
donné le nom t^équipages maxillo-dentaires. Il s'est 
plu à exposer l'analogie qu'il a vue entre le moulin 
que l'art a inventé pour écraser le blé destiné à la 
nourriture de l'horame, et une autre sorte de moulin 



Nouvelles littéraires. SsS 

donné par la nature au cheval pour préparer ses 
alinicns. Ces deux mécaniques ont, suivant le C. 
Tenon , leurs moyens d'engrenage , de moulage et 
de blutage. 

Le cheval trouve dans ses incisives, dans ses mo- 
laires, et dans les deux mâchoires, auxquelles ces 
dents sont attachées, deux équipages propres, l'un 
à l'engrenage, et l'autre au moulage. 

Le premier, placé en avant par rapport au se- 
cond, saisit les alimens, et les dépose dans la bou- 
che qui est la trémie du moulin du cheval. 

Le second, situé plus profondément, et sur les 
côtés de la bouche , les atténue à i'aide de deux 
meules, l'une gissanle et l'autre giiaiile. 

Ces deux équipages ne travaillent pus ensemble. 
Ils ont chacun un mouvement propre, de même 
qu'une structure particulière. 

Le mouvement de l'un et de l'aufre dépend de la 
mâchoire d'en -bas. Elle se meut comme sur une 
charnicre , lorsqu'elle est employée à l'engrenage; 
elle est conduite de côté sous la mâchoire supé-» 
rieure , quand elle sert au moulage. 

L'équipage , pour engrener , se compose de la 
longueur du cou et de celle des mâchoires. Les 
dents , les lèvres, les jambes même en font partie: 
un long cou et de longues mâchoires atteignent de 
plus loin 5 la flexion des jambes compense la briè- 
veté du cou ; les lèvres ramassent les alimens les 
plus déliés, et les incisives d'une mâchoire, oppo-^ 
sées à celles de l'autre, font l'office de pinces. 

Pour rendre ces incisives plus propres à retenir 



6i6 Nouvelles littéraires. 

ce cfu'elles ont saisi , il se forme sur leur face mâ- 
ciielière des liacliures transversales, corume celles 
que le taillandier creuse dans les mâclinires de» 
pinces destinées à tirer les peaux dtires et épaisses. 

L'équipage à moudre doit eue rhabillé ci rcjù- 
que. Voici comment il se rhabille. Il se forme con- 
tinuellement sur les vieilles, c'est-à-dire, sur les 
tables (les molaires des deux mâchoires, des plans 
inclinés, des rainures, des langueties. Ces inéu;a- 
lifés sont tellement disposées, que le plan incliné 
des molaires d'une mâchoire est taillé en s.ens in- 
verse de celui des molaires de l'autre mâchoire, et -^ 
que les languettes des premières entrent dans les 
rainures des molaires de la mâchoire opposée, et 
réciproquement. 

Les hachures transversales des tables des inci- 
sives, et les plans inclinés, les rainures, les lan- 
guettes des tables des molaires, proviennent des 
substances solides qui entrent dans la composition 
de ces deux classes de dents, ainsi que de la ma- 
nière dont ces substances sont disMibuées, soit dans 
les dents de l'équipage à prendre, soit dans celles 
de l'équipage à moudre. 

Le C. Tenon distingue trois subslances solides 
dans ces deux classes de dents; l'émail. Vos de la 
dent , et un autre os , lequel enveloppe l'émail , et 
qu'il nomme os cortical. 

Ces trois substances étant de densité et de dureté 
différentes, sont usées plus promptement les unes 
que les autres , lorsque les dents d'une mâchoire 
frottent contre les dents de la mâchoire opposée. 



Nouvelles Utléraires. Siy 

Dans les incisives , où il ne faut que des hachures 
transversales, quatre filets d'émail, c'est-à-dire, de 
la substance la plus dure, s'étendent, d'un côté à 
l'autre dé la table, entre l'os de la dent et l'os cor- 
tical ; ce qui donne lieu à trois hachures. 

Dans les molaires qui doivent présenter des plans 
inclinés, des rainures, des languettes, l'émail, à 
la faveur de plis et de replis multipliés, et disposés 
dans un ordre constant, le long de certaines faces 
et de, cerlains points des fables de ces dents, est 
distribué eu(re leurs deux os , d'une manière in- 
verse dans les deux mâchoires. Les parties de ces 
molaires, moins garnies d'émail, rencontrent celles 
de la mâchoire opposée, qui en sont le jilus pour- 
vues, et sont entamées plvisou moins profondément. 

Le C. Tenon , passant à une considération plu» 
générale, conclut, des différentes observations qu'il 
a faites, que tous les animaux qui moulent leurs 
alimens , ont des dents, non-seulement composées 
de trois substances, mais encore nécessairement fort 
longues j que (es dents croissent en plusieurs temps; 
qu'elles sont expulsées de leurs alvéoles pour pou- 
voir être conveniiblcment rhabillées ; que l'émail 
placé etitre les deux substances osseuses de ces dents, 
forme, avec ces os, une étoffe plus ferme, plus 
fle>.ible, moins cassante; qu'il est aux dents ce que 
l'acier est à divers outils , pendant que les deux os 
représentent le fer de ces deux instvuniens, et qu'il 
sert, suivant sa distribution, à aiguibCr les dents 
en pointes, en trois quarts, en tianchaiis , et con- 
forméui' nt au.x besoins de l'animal. 



6i8 Nouvelles littéraires. 

Après avoir dit ensuite que les clievaux consom- 
ment toutes leurs dents , qu'ils les réduisent en 
poussière, qu'ils en avalent les débris, et que ce 
cleUuitus devient une des causes de la formation 
des pierres que l'on trouve dans leurs intestins, le 
C. Tenon termine son travail en indiquant les pré- 
cautions que l'on doit prendre pour ralentir l'usure 
de leur instrument dentaire, prévenir la production 
de leurs pierres intestinales , et ménager les moyens 
de rhabillage de leurs dents, ainsi que leurs facultés 
digestives. 

Dans un second mémoire , le C. Tenon trai(e des < 
dents du clieval , connues sous le nom de croch.ts. 
Il a suivi, en les examinant, cetie métiiode d'étu- 
dier l'analomie par époques, dont on lui devra l'im- 
portant usage, laquelle consiste à observer une jiar- 
tic d'un animal dans tous les étals par lesquels elle 
passe durant le cours de la vie, et qui lui a valu 
déjà la découverte d'un si grand nombre de faits " 
cuiieux, même dans plusieurs branches de la science , 
que l'on croyoit entièrement connues. 

11 a remarqué que les croche/s n'en'rent pas dans 
la composition de ce qu'il aippeWe équipage à prendre 
et écjiei/iage à moudre. Ils forment une troisième 
classe de dents , dont les ibnctions particulières 
étoient ignorées. 

Le C. Tenon a trouvé que l'action des crocheta 
d'en haut et celle des crochets d'en bas, ne sont 
pas simultanées, comme celles des incisives ou des 
molaires des deux màchoirea. 

Ls» 



Nouvelles lluéraires. 629 

La fonction des crorhets est uniquement affectée 
à la mâchoire à laquelle ils sont attachés. 

Ils sont destinés à fortifier la région des barres, 
à la courber, à suspendre l'époque du rabattement 
de la mâchoire d'en bas , à ralentir le redressement 
des barres de la mâchoire supérieure. Et voilà pour- 
quoi les ciochets d'en bas et ceux d'en haut ne se 
rencontrant point dans les mouvemens des mâchoi- 
res, et n'étant en général ni raccourcis par l'usure, 
ni chassés de leurs alvéoles, parviennent à tout leur 
développement, et le conservent en entier. 

Le C. Tenon s'est assuré que ces crochets man- 
quent souvent ou sont fréquemment atrophiés , soit 
dans la jument , soit dans le cheval hongre, et que 
leur suppression totale est plus fréquente à la mâ- 
choire d'en haut qu'à celle d'en bas. 

Il a vu que l'extrémité antérieure de la pince de 
la mâchoire d'en bas étoit relevée pendéfnt la jeu- 
nesse du cheval , et rabattue pendant la vieillesse 
de cet animal. Il a reconnu que le relèvement pro- 
venolt non- seulement de l'accroissement des mo- 
laires et des incisives de remplacement, mais en- 
core de la présence des crochets ; et que le rabat- 
tement provenoit de l'absence des crochets , aussi 
bien que du décroissement des incisives de rempla- 
cement et des molaires. 

Il a observé que , lorsque l'avant-train de la mâ- 
choire d'en bas est relevé , la table des incisives 
inférieures se présente directement à celle des in- 
cisives supérieures ; lorsqu'au contraire cet avant- 
train est rabattu , cette même table se dirige 
Tome I. Ll 



53o Nouvelles Ulléraifes. 

en avant, s*éloigne de celle des incisives d'en haut, 
et le nouveau rapport de position qui en résulte ^ 
hâte la sortie de ces dents de leurs alvéoles. 

Le C. Tenon a recueilli dans ses recherches, de 
nouveaux moyens de distinguer les qualités du che- 
val , et de reconnoitre son âge, loisque les signes 
auxquels on a eu recours jusqu'à présent pour s'as- 
surer de ces objets, ont disparu ou sont incertains. 
II a annoncé de nouveaux travaux relatifs aux in- 
fluences des dents du clieval sur les os maxillaires, 
et sur d'autres os de la face et du crâne. Il ne veut 
négliger l'examen d'aucun de ces objets, parce que 
les dents du cheval étant très-longues et très-gros- 
ses , et produisant dans les mâchoires des effets 
très -faciles à saisir, il se propose de les prendre 
pour terme de comparaison , lorsqu'il publiera, sur 
les dents et les mâchoires de l'homme, de l'élé- 
phant, des animaux ruminans, des rongeurs, et de 
plusieurs autres animaux, des ^découvertes que doi- 
vent désirer de connoître tous ceux qui s'intéressent 
aux progrès de la médecine, de l'anatoiiiie compa- 
rée, et de l'art vétérinaire. 

Ces sciences ont été aussi enrichies par d'autres 
ouvrages. 

Le C. Lombard, associé, a donné une seconde 
édition de sa Clinique chirurgicale des plaies ré- 
centes. 

Le ministre de l'intérieur a fait imprimer , sur 
l'amélioration des chevaux en France, «ne instruc- 
tion rédigée par le C. Huzard, publiée par le con- 
seil d'agriculture, et dans lequel le naturaliste, 1© 



Nouvelles lUlèraires. 53 1 

vét(?rinaiie , l'homme d'Etat, le propriétaire et le 
cultivateur , trouveront les lumières qu'ils desiroieut 
depuis longtemps. 

Le C. Tessier a publié, sur les moyens de dé- 
truire les rats des champs , une autre instructioa 
qu'avoient réclamée les habitans de plusieurs de nos 
départemens ravaij;és par des myriades de campa- 
gnols ; et le C. RiBOUD, associé, a fait présentera 
la classe un exemplaire d'un de ses discours sur l'état 
de la Société d'émulation et d'agriculture du dépar- 
tement de l'Ain. 

Société pJillomathique, 

Le C. Geoffroy , professeur au Muséum d'his- 
toire naturelle , a lu une une note sur quekjues ha- 
bitudes coDununes au requin et au pilote. 

On a écrit que les requins avoient soumis à leur 
empire un très-petit poisson du genre des gades , 
que celui-ci précédoit son maître dans ses voyages , 
qu'il lui indiquoU les cndrc/ils de la mer les plus 
poissonneux, lui dit'couvroit à la pisfe les proies dont 
il étoit le plus friand , et qu'en reconnoissance de 
services aussi signalés, le lequin, malgré sa glou- 
tonnerie, vivoit en bonne inlelligence avec un com- 
pagnon aussi utile. Les naturalistes, toujours en 
garde contre les exagérations des voyageurs, qui 
n'ontJhu concevoir les motifs d'une pareille associa- 
tion, ont révoqué ces faits en douie. On va voir 
que c'est à tort : les observations que j'ai étéù même 
de faire sont accompagnées de circonstances qui ne 

Ll 3 



5^2 Nouvelles littéraires. 

se sont peut - être offertes qu'à moi avec tant de 
détails. 

Le 6 prairial an 6 , je me trouvois , à bord de la 
fiégate VAIceste , enlre le Cap-Bon et l'île de Malte. 
La mer étoit tranquille : les passagers étoient fati- 
gués de la trop longue durée du calme, lorsque leur 
attention se por(a sur un requin qu'ils virent s'a- 
vancer vers le bâtiment. Il étoit précédé de ses pi- 
lotes , qui conservoient assez bien entre eux et le 
requin la, même distance : les deux pilotes se diri- 
gèrent vers la poupe du bâtiment, la visiièrent deux 
fois d'un bout à l'autre, et après s'être assuré qu'il 
n'y avoit rien dont ils pussent faire leur profit , re- 
prirent la route qu'ils avoient tenue auparavant. 
Pendant tous leurs divers mouvemens , le requin ne 
les perdit pas de vue , ou plutôt il les suivoit si 
exactement, qu'on auroit dit qu'il en étoit traîné. 

Il n'eut pas été plutôt signalé, qu'un matelot du 
bord prépara un gros hameçon qu'il amorça avec 
du lard; mais le requin et ses compagnons s'éfoient 
déjà éloignés de 20 à 25 mètres, quand le pécheur 
eut fait toutes ses dispositions ; cependant il jetle 
à tout hasard son morceau de lard à la mer. Le bruit 
qu'en occasionne la chute se fait entendre au loin. 
Nos voyageurs en sont étonnés et s'arrêtent j les deux 
pilotes se détachent ensuite et s'en vont aux infor- 
mations à la poupe du bâtiment. Le requin , pendant 
leur absence, se joue de mille manières à laJtoface 
4e l'eau ; il se renverse sur le dos , se rétablit en- 
suite sur le ventre, s'enfonce dans la mer, mais tou- 
jours reparoît. à la même place. Les deux pilotes, 



Nouvelles littéraires. 533 

parvenus à la poupe de VAlceste, passent auprès du 
lard , et ne l'ont pas plutôt aperçu qu'ils retournent 
vers le requin avec plus de vitesse qu'ils ne sont 
venus. Comme ils l'avoient atteint , celui-ci se mit 
à continuer sa route : alors les pilotes, en nageant, 
l'un à sa droite et l'autre à sa gauche , font tous leurs 
efforts pour le devancer ; à ptine en sont-ils venu* 
à bout, qu'ils se retournent tout-à-coup, et revien- 
nent une seconde fois à la poupe du bâtiment : ils 
sont suivis du requin , qui parvient ainsi , grâces à 
la sagacité de ses compagnons , à apercevoir la proie 
qui^ui étoit destinée. 

On a dit du requin qu'il avoi't l'odorat très-délicat ; 
j'ai donné beaucoup d'attention à ce qui s'est passé 
quand il s'est trouvé dans le voisinage du lard : il 
m'a paru qu'il n'en fut avisé qu'au moment où ses 
guides le lui eurent pour ainsi dire indiqué; ce n'est 
qu'alors qu'il nagea avec plus de vitesse, ou plutôt 
qu'il fit un bond pour s'en emparer. 11 en détacha 
d'abord une portion sans être harponné; mais à la 
seconde tentative qu'il fit, l'hameçon pénétra daus 
la lèvre gauche : il fut pris et liissé à bord. 

Ce ne fut qu'au bout de deux heures, pendant 
lesquelles je m'occupois de l'anafomie de ce squale, 
que je témoignai le regret de n'avoir pas vu d'assez 
près l'espèce qui se consacroit ainsi volontairement 
au service du requin : on m'assura qu'il étoit facil 
de me la procurer, qu'il étoit certain qu'elle n'avoit 
point quitté les environs du bâilinent; et, quelques 
momens après, on fit mieux, on m'en pjrésenfa un 
individu que je reconnus pour appartenir au pilote 

Ll 2 



S34 ])Jo7n>clles lilléraiies. 

ou fanfcire des marins, et au guslerosteus âi/c/ or des 
naturalistes. 

Il seioit sans clou(e curieux de recheiclier quel 
intérêt a pu porter deux animaux aussi difForcns 
dans leur organisation, leur volume et leurs habi- 
tudes , à former une sorte d'association. Le pilote 
se nourril-il delà fiente des requins, comme le pense 
le C. Bosc , et, pour trouver sûreté et protection 
clans le voisinage d'une espèce aussi vorace, se se- 
roii-il impoié les devoirs pénibles de la domes- 
ticité ? 

Le C Tremery , ingénieur des mines, a Com- 
mun'rrî'é vn examen 'des pJicnoiiicnes électriques qui 
ne paroissent pas n'accorder avec la théorie des deux 
guides. 

Parmi les faits sur lesquels on ;,'est appuyé pour 
admettre avec Franklin l'iiypo(4aè':e d'un seul fluide 
électrique, la plus remarquable est la suivante: 

Ayant placé entre deux condu' leurs métalliques 
jine carte qui louche chacun d'eux par une de ses 
faces, dans des ptyînts difFérens, on fait passer une 
forte décharge électrique à travers cet appareil : 
dans l'instant où elle s'opère , une (rainée lumineuse 
part du conducteur positif, glisse sur la surface de 
la carie, et la perce vis-à vis du conducteur négatif. 
Cela arrive même quand la carte est percée d'avance 
devant le premier de ces deux conducteurs. 

On concluoit de ce fait que pour admettre la 
théorie des deux flu?des , il faudroit supposer qu'un 
seul d'ènlrt eux peut s'échapper des corps et pro- 
duit de la iumiàjip, tandis que l'autre y reste in- 



Nouvelles littéraires. 535 

lièrent. Le C, Tremery délruit ce raisonnement par 
l'expérience suivante l 

Il place la carte et les deux conducteurs sous le 
récipient d'une machine pneumatique; à mesure cjue 
l'on diminue la densité de l'air contenu sous le ré- 
cipient, le point où la carte est^ percée se rapproche 
du conducteur positif; lorsque la piession est à peu 
près la moitié de celle de l'atmosphère , le point 
de passage est précisément au milieu des deux con- 
ducteurs. A chaque décharge, une traînée lumineuse 
part de chaque conducteur, et s'étend sur chaqu» 
surface de la carte jusqu'au point d'intersection. 

Le C. Tremery conclut de cette expérience , qu'il 
faut regarder l'air atmosphérique, dans l'état ordi- 
naire , comme résistant davantage au passage du 
fluide négatif qu'à celui du fluide positif. Ces rési- 
stances diminuent pour ces deux fluides aveela den- 
sité de l'air, dans diflPérens rapports et beaucoup 
plus rapidement pour le premier que pour le se- 
cond. 

Le C. Tremery déduit de ce qui précède ce résultat 
général, que la faculté isolante des corps idioélec- 
triques ne doit pas être supposée la même pour les 
électricités positives et négatives. 

En parlant de cette explication, il est facile d'ac- 
corder avec .la théorie des deux fluides le très-petit 
nombre de faits que ses adversaires lui opposent. 

Le C. Chaussier, professeur à l'école de méde- 
cine , a lu un mémoire sur le moyen âc -préserver les 
cadavres des aiiiniaiix de la -pulTéfaction , en conscT' 

LI4 



536 Nouvelles Utléraiivs. 

f>ant leur forme essentielle , et même en leur donnant 
la fraîcheur , V apparence de Li vie. 

Les corps des animaux, lorsqu'ils sont pris'és de 
]a vie, abandonnés à l'action de l'atmosphère, plon- 
gés dans les eaux ou enfouis dans la terre, ne tar- 
dent pas à passer ^ la putréfaction , à devenir la 
pâture des vers, des insecJes, et après un temps, 
toujours trcs-rourt , la masse de leurs chairs se trouve 
réduite à quelques hectogrammes d'une poussière que 
les vents dispersent, que les eaux entraînent, que 
les végétaux s'approprient pour leur nourriture : celte 
destruction, cette altération si grande , si 'rapide, 
eist une suite nécessaire de la qualité, de la nature 
même de leurs parties constituantes, de leur ten- 
dance à la décomposition, de la quantité considé- 
rable de fluides relativement aux solides ; aussi pour 
conserver le cadavre des animaux ou quelques-unes 
de leurs parties, il faut nécessairement changer l'ordre 
naturel de leur composition , et à l'aide de différens 
agens, déterminer des combinaisons nouvelles X[ui , 
en conservant la forrpe , la texture essentielles, 
soient en même temps imputrescibles, inaltérables 
aux vicissitudes de l'atmosphère, inattaquables aux 
insectes. Après ces considérations premières qui ser- 
vent d« base à ses recherches, le C. Chaussier exa- 
Mfline les divers procédés qui ont élé successivement 
employés pour la conservation des cadavres en- 
tiers , ou des pièces anatomiques ; et après avoir 
remarqué que les uns Sont illusoires, que les autres 
ne garantissent pas les substances animales delà vo- 
racité des insectes , que tous ont l'iaconvénierit d'al- 



Nouvelles lilléraîres. 537 

térerla configuration essentielle, de réduire le corps 
eu une masse informe, il indique la solution de mu- 
riate snroxyg^né de mercure, dans l'eau distillée, 
comme le moyen le plus propre à remplir l'objet 
qu'on se propose. Nous ne suivrons pas l'auteur dans 
les recherches qu'il fait sur l'action de cette solution 
saline sur les substances animales , nous nous bor- 
nerons à en indiquer l'usage, qui doit varier sui- 
vant le volume et l'état de l'objet qu'on se propose 
de conserver. S'il s'agit uniquement d'une pièce sé- 
parée , coniTTt:? ia plupart des préparations anafo- 
iniques , il suffit de la plonger dans une solatioa 
de muriate suroxygéné de mercure , et d'ajouter dans 
le vase un ou plusieurs nouets de linge fin qui con- 
tiennent quelques grammes de ce sel mercuriel , 
précaution essentielle pour qu'elle reste toujours 
également saturée. Après dix , vingt ou trente jours 
d'Immersion , c'est-à-dire, lorsque la partie a été pé- 
nétrée dans toute son étendue par ia solution saline, 
lorsqu'il s'est opéré dans tous ses points une com- 
binaison nouvelle, on peut la retirer delà liqueur, 
la placer dans un bocal que l'on remplit d'eau dis- 
tillée , légèrement chargée de muriate suroxygéné de 
mercure; ou bien on J'expose dans un endroit aéré, 
à l'abrî du soleil, de la poussière; peu à peu elle se 
dessèche, prend une consistance, une dureté pres- 
que ligneuse; et dans cet état elle ne peut plus être 
altérée par l'air , ni attaquée par les iasectes , comme 
le démontrent les expériences du C. Chaussier, qui 
depuis plusieurs années a abandonné des pièces 



538 NdiivclJes littéraires. 

ainsi pré^par<?es aux insectes et aux vicissitudes dp 
l'cilmosphcre. 

La conservation du corps entier exige des soins, 
des attentions particulières, dont il est impossible 
d'exposer tous les détails dans une simple notice. 
C'est, en quelque sorte, un art nouveau, dont les 
procédf^s ne peuvent être l)ien exécutés que par un 
anatomiste exercé. Nous nous bornerons à remarquer 
que, pour réussir complètement dans cette prépara- 
tion, il faut par des inclusions préliminaires prati- 
quées avec art, préparer des issues par lesquelles la 
solution saline puisse pénétrer facilement et promp- 
tement dans le tissu de toutes les parties ; et lor"qu'oa 
se propose de donner au cadavre la fraîcheur, l'ap- 
parence de la vie , il faut auparavant remplir les 
vaisseaux, les tissus cellulaires d'une dissolution de 
gélatine colorée. 11 faut placer dans les orbites des 
yeiix d'émail pioportionnéj àl'âj^e, à l'état habituel 
du sujet. C'est après ces procédés préparatoirs^s que 
l'on plonge le cadavre dans la solution saline de 
xnuriate suroxygéné de mercure; on l'y maintient 
plus ou moins longtemps , suivant le volume du corps, 
après quoi on le retire pour le laisser sécher lente- 
ment, et former ainsi une sorte de momie aussi du- 
rable que celles de l'^Egypte , et qui a encore l'a- 
vantage de conserver les caractères , les traits essen- 
tiels de la physionomie. 

Depuis deux ans que le C. Chaussier a lu ce mé- 
moire à l'Institut, il a continué ses expériences et 
fait l'application de sa méthode à divers objets : 



Nouvelles liltéiaire.s. 539 

ainsi il a reconnu que la solution de miiiiate sur- 
oxygéné de mercure préservoit , non - seulement les 
substances animales de la putréfaction , mais encore 
qu'elle en arrétoit les progrès et les ramenoit , en 
quelque sorte, à leur état premier. Il en a fait aussi 
usage avec le plus grand succès, pour conserver les 
bois, les cartons , les pelleteries , de la voracité des 
insectes. 0« peut également l'employer dans les ca- 
binets d'histoire naturelle pour la conservation des 
oiseaux, des petits quadrupèdes. Par exemple, au 
lieu de suivre la méthode ordinaire pour empailler 
les oiseaux d'un volume médiocre , le C. Chaussier 
se contente de faire une incision sur la ligne mé- 
diante de l'abdomen. Il enlève les viscères qui y sont 
contenus, ainsi que ceux du thorax , fait à la base 
du crâne, par le fond du gosier , une ouverture pour 
enlever l'encéphale ; et après avoir pratiqué sous la 
peau, dans l'epaisseu'r des cuisses différentes issues, 
il plonge le corps dans la solution saline, l'y main- 
tient pendant un temps plus ou moins long, après 
quoi ille retire; et lorsqu'il est suffisamment égoutté, 
il remplit l'abdomen , le thorax d'étoupes fines, coud, 
l'incision qui avoit été faite, et donne au corps l'at- 
titude qu'il doit conserver par la suite. On détruira, 
on éloignera les insectes des animaux anciennement 
préparés, en les plongeant pendant un ccrtaitf temps 
dans la solution saline. 



540 Nouvelles littéraires. 



THÉÂTRES. 

2' li É AT R E F E Y D E A U. 

Le faux Porteur d'eau. 

Ce vaudeville, joué pour la première fois, le 19 
messidor an x , n'a pas obtenu de succès. Ce n'est 
pas la faute des acteurs, qui ont tous joué avec le 
talent qu'on leur connoît , mais bien celle de la 
pièce , qui étoit aussi froide qu'invraisemblable. 

Théâtre DU Vaudeville. 

La Ressource des talens j ou la Promenade 

aux Champs - F.ljsées. 

Malgré le nom èi'Elh'viou ^ malgré l'intérêt qu'a 
excité son trait de bienfaisance, ce vaudeville , joué 
le 23 messidor, a été reçu Irès-fioidenient. Quoique 
tout le monde en connoisse le sujet, nous croyons 
devoir le rappeler pour faire juger la pièce. 

Un pauvre musicien , aveugle, n'ayant pour toute 
ressource qu'un fojte- piano, dont il touche passa- 
blement , se place tous les jours à l'entrée des 
Champs-Elysées, et là il tâche, par les sons de son 
instrument, d'arrêter quelques paysans, dont sa fille 
sollicite la pitié. Un soir, ce malheureux se retiroit 
sans avoir rien reçu , et murmuroil contre le peu 
de sensibilité des hommes. Deux jeunes gens et une 
femme l'entendent , s'approchent et cherchent à le 
consoler. Malheureusement la jeune dame, par une 



Nouvelles liiléraires. b\i 

•uite de nos modernes usages, n'avoit pas de poches 
et point de bourse, attendu qu'elle avoit oublié son 
ridicule. Soit délicatesse, soit amour - propre, soit 
une bizarrerie qui accompagne assez ordinairement 
le talent, les deux jeunes gens trouvèrent une ma- 
nière adroite d'obliger le pauvre aveugle. L'un d'eux 
se place au piano , l'autre chante 5 et la foule , at- 
tirée par une harmonie peu commune dans cet en- 
droit, jette à l'envi de la monnole dans la corbeille 
que présente dans les rangs une main blanche et 
délicate. Bientôt un murmure confus s'élève ; quel- 
ques voix nomment Elleviou^'Pradère ^tt nos musi^ 
ciens s'échappent après avoir remis au vieillard la 
recette, où il se trouva quelques pièces que, très- 
certainement ,les spectateurs n'avoientpas données. 

Un pareil trait a excité l'admiration, et réveillé 
tous nos auteurs de vaudevilles, prompts à saisir les 
circonstances. Le Vaudeville , le théâtre Montausier y 
même les Jeunes Elèves^ ont donné successivement des 
pièces sur ce sujet. Le vaudeville a été le dernier , 
et cependant il est bien loin d'avoir donné le meil- 
leur ouvrage. Des scènes froides , sans but et sans 
liaison , des couplets mal enchâssés et tous faits 
d'avance,* deux rôles accessoires très - insignifians, 
telles sont les causes du peu de succès de la pièce. 

Dans celle du théâtre Montansîer , au contraire , au 
milieu de beaucoup d'invraisemblances, on trouve de 
l'esprit assez bien placé et une scène charmante, 
celle du concert qui , dans l'autre , est manquée 
tout-à-fait. Mais, dans la manière de faire décou- 
Yrir EUeviou, c'est le plus petit théâtre, celui que 



542 Nom'cIIcs lilléiaiies. 

nous n'osons mettre en comparaison avec les deux 
autres, qui a le mieux réussi. Après avoir remis au 
vieillard la recette, ses bienfaiteurs s'échappent dans 
la foule; mais, aussi honnête que pauvre, le musi- 
cien trouve de l'or dans la corbeille, et croit qu'ils 
se sont trompés. On court après eux ; on les ramène ; 
et c'est alors qu'un jeune auteur, ami de l'avare 
propriétaire du forte -piano, rcconnoît Elleviou et 
le nomme. Dans ces deux dernières jiièccs , de jolis 
couplets ont été redemandés, entre autres ceux ci : 

Bluival (Elleviou) , dans la pièce du théâtre Mon- 
tansier : 

Air : /e suis Lindor (de Paesieilo). 
Cacher sa main , lorsqu'on ouvie sa bourse , 
C'est augmenter le service qu'on rend ; 
Tel à nos yeux un fleuve bienfaisant, 
Répand ses eaux , sans indiquer sa source. 

L'auteur, dans la pièce des Elèves, dit, en re- 
connoissant Elleviou : 

AiB : Appelé par le dieu d'amour. 
Toujours au public enchanté, 
Dans chaque rôle on le volt plaire : 
Comme il siit peindre la gaîté , 
' L'humeur inconstanie et légère. 
11 charme le cœur et les yeux ; 
Mais chacun conviendra, je pense, 
Que le rôle qu'il rend le mieux, 
C'est celui de la bienfaisance. 

Les auteurs de la pièce du théâtre Montansier, sont 
les ce. ViETLLARD , Chazet et "Lafortell e ; 
ceux du Vaudeville, sont les CC. DesF0NTA1nE3 
et RoUGEMONï. Ce dernier a fait, par cet ouvrage, 
son début au Vaudeville. 



LIVRES DIVERS (i). 



Mathématiques. 

Tableavx Sejiténaîres j)our jouer avantageusement 
les extraits sur les Loteries de Paris , Bruxelles , 
Lyon j Strasbourg , Bordeaux ^ sui- toutes les Lo- 
teries jouées ensemble et considérées comme li'en 
formant qiiune seule ; plus un tableau -pour les 
jouer toutes , celle de Bordeaux excepté ; suivis de 
tous les tirages de ces différe}ites Loteries depuis 
leur établissement jusque et compris le dernier ti~ 
rage de frimaire an lo ; les numéros sortis à 
chacun des tirages ; des indicateurs ijui renvojent 
aux tableaux , et de l^ époque de leurs sorties. A 
Paris chez V Auteur , rue Moreau , n.° i, fau- 
bourg Antoine derrière les Quinze-Vingts , cliez 
tous les receveurs de loteries, et la veuve Galetti^ 
inii^rimcur , maison des ci- devant Capucines, vis- 
à-vis la place Vendôme. In 8.° de 128 pages. 3 fr. 
et 4 fr. pour les départemens. 

Métrologie. 

Saggio del sysfema Metrico délia Republica francese 
col rapporto délie sue viisure à quelle del Piemante 
di Anton-Maria Vassalli-eAndi professore di 
fisica sperimentale nel Ateneo Subalpino membre 
délia commissi'iie de i pesi e délie misure delL is~ 
iituto nazionale di Francia , etc., secunda edizions 
rivtduta ed accresciuta ^ Torino Ventoso , anno X. 
Presso I librai Ferrero e Pomba , in-i 2 de 96 pages. 

Tous ceux qui ont connu M. Vassalli pendant son 
séjour à Paris, comme député de la Cisalpine pour 

(1) Les articles marqués d'une * »oat cens dont nous donnerons un 
extrait. 



544 Livres divers. 

la commission des poids et mesures , ont é(é à m^me 
d'apprécier ses connoissances , et croiront aisément 
que ce petit traité est fait avec une excellente mé- 
thode, et une grande clarté, mérite principal des 
ouvrages de ce genre. 

Botanique. 

D I CT ION N AIRE élémentaire de Botanique , de 
BULLIABD , ret'u et presque entièrement refondu 
par Louis-Claude Richard , professeur de bota~ 
nique à l'école de Médecine. Ouvrage où toutes les 
■parties des plantes , leurs diverses affections , les 
termes usités et ceux quon peut introduire dans 
les descriptions botaniques j sont définis et inter- 
prétés avec plus de précision qu ils ne l'ont été jus- 
quà ce jour ; orné de 20 planches gravées en taille- 
douce avec le plus grand soin : suivi d'une expo- 
sition méthodique de ces mêmes termes , au moyen 
de laquelle , et à l'aide du dictionnaire , V étudiant 
peut prendre une leçon suivie sur chaque partie des 
plantes : précédé d'un dictionnaire botanique latin- 
françois. Seconde édition augmentée de l" exposé et 
du tableau de la méthode de Ju.ssieu. Paris. An X. 
In-8.°. Prix, 7fr. 5o cent., et 8 fr. 5o cent, franc 
de port. Chez J.-J. Fuchs , libraire, rue des Ma- 
thurins Saint-Jacques , n.° 334. 

Cet ouvrage est connu ; les additions du C Rî- 
clrard le rendent encore plus précieux. Les planches 
sent très-bien gravées. Il est très-utile pour l'étude 
de la botanique. 

Ornithologie. 

L'Art d'empailler les oiseaux , contenant des prin- 
cipes nouveaux et sûrs pour leur conserver leurs 
formes et leurs attitudes naturelles ^ avec la mé- 
thode de les classer d'après le système de Linné ; 
par les CC. HÉNON , ancien professeur de l'école 

vétérinaira 



Livres divers, ^^ 

^éiérlnâiie de "Paris ^ directeur- adjoint et premier 
professeur de celle de Lyon ^ et Mouton Fonte- 
NILT.E. Seconde édition , ornée de cinq planches 
en tui'le-doucff. A I.yon , chez Bruyset aîné et 
compagnie. An X ( 1802^. In-8.° de 288 pages. 

Cette seconde édidon est dédiée au C. Chapfa! , 
ministre de l'intérieur. 

L'art ;!e conserver la beauté et l'éclat des plu- 
mages des oiseaux , est appelé taxidernice\ il s'ai^ît 
de les dépouiller, de les droguer, et de monter 
leurs peaux , en maintenant l'élégance de leur port. 
La taxidernice éloit totalement ignorée il y a un 
siècle, loisque le célèbre Réaumur publia un mé- 
moire sur les divers moyens de garantir de la cor-» 
ruption les peaux des oiseaux qu'on veut envoyer 
dans les pays éloignés , et il forma chez lui un 
très-beau cabinet d'histoire naturelle, dont il con- 
fia la garde au savant naturaliste Brisson. 

Cet art est exposé ici avec clarté et précision. 
On y trouve les premiers élémens de l'ornithologie. 

Il est facile de juger, d'après l'accueil que la 
première édition a reçu du public, quel sera le sort 
de celle-ci ; les deux savans naturalistes ses auteurs 
p'ont lien négligé pour la compléter et la perfec- 
tionner. C'est le fruit de plus de viugt-cinq ans 
d't'tudes et d'observations, après avoir préparé plus 
de trois mille oiseaux. 

Ce trailé présente avec ordre trois parties. Dans 
la première, purement philosophique, on observe 
le développement des principes réduits en théorie, 
et cela jusque dans le plus petit détail , afin de 
conserver aux familles leurs formes et leurs atti- 
tudes naturelles, d'après l'-tude et les méditations 
de nos deux auteurs. Dans la seconde, ils exposent 
leurs procédés pratiques pour préparer les oiseaux , 
et font coniioître successivement les moyens em- 
ployés par les ornithologistes, en présentant les in- 
convéniens, non dans l'intention de s'ériger en cen- 
seurs, mais avec cett« modestie qui est l'apanage d« 
Tome I. Mm 



546 



Libres divers. 



ceux qui ne cherchent que le progrès de la science. 
Dans la troisième , se trouve lVnum(?ra(ion des di- 
verses substances ou matières connues sous le nom de 
préseriuitifs ^ usitées pour conserver les oiseaux et 
remplir leurs peaux , ave« l'indication de la formule 
que les CC. Hénon et Mouton-Fontenille ont em- 
ployée avec succès depuis longtemps. Les notes pla- 
cées à la suite de cette dernière partie offrent les 
remarques nécessaires à l'intelligence des procédés 
qui ont été mis en usage. 

Le système ornithologique de Linnéus est ici ex- 
posé avec beaucoup de clarté. Au caractère des 
ordres sont jointes des tables synoptiques ou bien 
des dispositions artificielles et naturelles des genres, 
ce qui facilite singulièrement l'élude : suivent les 
roms latins et fiançais, des descriptions assez éten- 
tlues sur les organes et les parties des oiseaux ; enfin 
rien n'est omis. 

Voici les préceptes que nos deux savans natura- 
listes prescrivent pour maintenir la beauté des oi- 
seaux empaillés : " Le nombre des collecteurs en 
M histoire naturelle est considérable, mais celui des 
>• conservateurs est bien petit. La destruction de la 
« majeure partie des collections, faites à grands 
■ frais, et avec des peines infinies, n'est due qu'à 
•< la négligence des possesseurs. En visitant une 
« fois chaque année ses oiseaux , et en les passant 
■H à l'essence de térébenline, on prévient les lavages 
'i des insectes. Nous possédons, disent-ils, des oi- 
•< seaux empaillés depuis plus de vingt ans, qui sont 
•> aussi frais et aussi beaux qu'au moment où ils ont 
« été montés. >• 

On reprochera peut-être à nos auteurs un peu d'af- 
fectation dans leur manière d'écrire sur wne niatièro- 
qui n'exigeoit que de la simplicité et de la clarté. 
.. Saisis d'admiration, disent-ils, pour le spectacle ra- 
" vissant que nous offrent les habitans de Tair, lespre- 
■• miers observateurs durent les contempler avecéton- 
<t nement. A l'admiration succéda bientôt le désir de 
« la possession. On leur tendit des pièges , des filtlb ; 



Livres divers. 647 

« on employa "avec succès les cris de quelques es- 
" pèces pour attirer It-urs semblables, et les réduire 
" en captivité. Non contens de ces moyens, on vou« 
<■ lut avoir morts ceux qu'on ne pouvoit se procurer 
<< vivans. On déclara alors la guerre à l'innocence 
«• et à la beauté. Egalement atteints par la flèche 
« rapide et le plomb meurtrier, les nombreux in- 
• dividus du genre volatil périrent victimes de cette 
«« proscription universelle. Combien d'unions, for- 
" mées avec cette vivacité de seutimens qu'inspirent 
•' le printemps et la liberté, l'amour et la nature, 
«■ furent aussitôt dissoutes que consenties! Plus d'une 
« Philomele eut à gémir sur la perte d'un compagnon 
« ficlelle ! plus d'un écho repéta les géraissemens 
« plaintifs de l'amoiireuse tourterelle î •> 

Nos aufeurs lyonnois proprcîtent de donner des 
méthodes pour conserver les autres classes de la zoo- 
logie. A'ois îl sera aisé de former un cabinet d'his- 
toire naturelle, qui doit être considéré comme un 
sanctuaire où toutes les productions de la nature 
sont classées avec art. Willemet. 

Médecine. 

MÉMOIRE sur les fièvres pestilentielles et insidieuses 
dii Levant , avec un aperçu physique et médical du, 
Siiyd ; par Pu G N ET , médecin de C urniée d^ Egypte, 
1 vol. in -8.». Prix, 4 fr. br. , et 5 fr. franc de port. 
A Lyon, chez Raymann et compagnie, libraire, 
rue Saint-Dominique, n." 63; et à Paris, chez 
la veuve Périsse ^ libraire, rue Saint-André-des- 
Arcs , n.° 84. 

Cet ouvrage , qui doit fixer l'attention de plus 
d'une classe de lecteurs , contient des détails fort 
intéresi^ans , sur le climat de la Haule-i£gypte , sur 
les mœurs, les usages, le caractère et le tempé- 
rament de ses habitans. L'auteur, en parlant de 
cette coi.trée , n'est pas tout-à-fait d'accord avec 
certains voyageurs qui nous en ont fait un tableau 

M in 2 



548 



hlvrts divers. 



trop flatteur. Voici comme il s'exprime : « Il est 
« temps que l'illusion disparoisse, et qu'on cesse de 
« chercher les riants bosquets et les Jardins délicieux 

• que l'imagination de quelques voyageurs y a en* 
" fautes. On ne voit de toutes parts q^ue des déserts 
<< arides, et les champs mal-cultivés. Sous un ciel 
" aussi brûlant, on soupire en vain après le plus 
« foible ombrage. Ce n'est qu'aux environs des 
<• lieux habités qu'on rencontre quelques groupes 
" de palmiers ou quelques acacias épars. L'^Egyp- 
«« tien est en proie à l'ignorance la plus profonde. 

• Il est persuadé que tout ce qu'il lui importe d'ap- 
« prendre est renfermé dans le livre du prophète. 
•• C'est autant par paresse que par crédulité qu'il 
« tient à ses habitudes et à ses manières antiques. 

• Il est aussi implacable dans sa haine que terrible 
« dans sa vengeance.'Il poursuit jusqu'au soupçon 
" d'une injure avec tout l'acharnement de la fu- 
•« reur. 11 n'est que le sang qui puisse éteindre le 
■ feu de sa colère ; et s'il ne peut le verser lui- 
« même, sa rage est un dépôt qu'il lègue à ses en-» 
•> fans. » 

Dans le cours de son ouvrage, le docteur Pugnet 
donne une description exacte de la peste , et il in- 
dique les moyens de s'en garantir. 11 en reconnoît 
trois espèces principales. La première est inflamma- 
toire, la deuxième est subordonnée à la diathèse pu- 
tride, et la troisième est nerveuse.. Toutes ces es- 
pèces sont contagieuses. Elles doivent être combat- 
tues par les remèdes propres à chaque e<:pèce. D'a- 
près cette division lumineuse de l'auteur, on sent 
que le mode de traitement ne sauroit être con- 
stamment Te même. Il donne les plus grands éloges 
àl'émétique, et il l'a employé avec succès à Da- 
iniette où la peste sembloit être compliquée de la 
turgescence gastrique; mais il falloit l'administrer 
à l'invasion de la maladie. Donné plus tard , il étoit 
plus nuisible qu'utile. L'auteur termine ses mémoires 
par un essai sur le dem-el-monia , maladie régnante 
fOiEgyj^te, et qui a la j?lus grande analogie avec 



Livres divers: 649 

les fièvres pernicieuses qu'on observe en Europe , 
surtout dans les pays humides et marécageux (i). 
Joseph Roques , docteur en médecine de la 
ci - devant faculté de Montpellier. 

^LÉMENs d^ Hygiène ^ ou de V [ufluence des choses 
physiques et morales sur l'homme , et des moyens 
de conserver la santé; par Etienne ToURTELLE , 
professeur à l'école spéciale de médecine de Stras- 
bourg ; tnenibve de plusieurs académies nationales 
et étrangères , et associé de l'institut de santé et 
de salubrité , pour la préfecture du Gard , séant à 
Nîmes , seconde édition corrigée , augmentée , et 
précédée d'une notice historique sur la vie et les 
ouvrages de l'auteur. Paris , chez Levrault frères , 
libraires , quai Malaquais. An X. 1802. Strasbourg, 
de l'imprimerie de Levrault^ 2 vol. in-8.° de 473 
et 589 pages. lo fr. pour Paris, et i3 fr. 5o cent, 
par la poste. 

Nous avons déjà fait connoîfre les premières édi- 
tions de cet excellent ouvrage , les additions faites 
à celle ci sont considérables et doivent la faire re-» 
chercher. 

Chikurgie. 

Cl inique chirurgicale relative aux plaies , pour 
faire suite à l'instruction sommaire sur Part des 
pansemens ; par C, A. Lombaud. Deuxième édi" 

tion revue et augmentée , in 8.* br. Chez Levrault 
fères , libraires , quai Malaquais ; et à Strasbourg, 

chez les mêmes. Prix 4 fr. et 5 fr. îo cent, franc 

de port. 1802. 

Nous avons dt'ja annoncé la première édition de 
cet excellent ouvrage. 

(1) L'ouvrage est accompagné it'une gravure enluminée représentant 
une peinture segypiier.ne amif]ue iiès-curieuse. A. L. M. 

Mm 3 



55o Livres divers. 

Haras. 

Insthuction sj/r l'améliomlion des chevaux en 
France , destinée principalement aux^ullivalciirs f 
présentée par le conseil d'agriculture Arts et Com- 
merce du. ministère de l'intérieur , rédigée par J. B. 
HvzARD , imprimé par ordre du ministre de L in." 
teneur. A Paris, de l'iniprimerie de M.' Huzardy 
rue de l'Eperon Saint-Andrd-des-Arcs , d.° ii. 
An X. iiio2. in-S." de 276 pages. 

LeC. Huzard est regardé, à juste titre, comme un 
très-habile vétérinaire, et tous les ouvrages qu'il 
publie sur l'hippiatrique , la médecine des ani- 
maux et leur économie sont justement recherchés. 
Celui-ci , imprimé par ordre du ministre de l'inté- 
rieur, ne sauroit être assez répandu. Le C. Huzard 
y traiie des causes de ja régénération des chevaux, 
qu'il attribue aux réquisitions , aux vexations éprou- 
vées par les cullivateuis. 11 lr;;ce ensuite une his- 
toire de l'établissement des haras , indique les dé- 
partemens qui fournissent les meilleurs et les plus 
mauvais chevaux. Il traite ensuite de la conserva- 
tion des laoes qu'il recommande pour les chevaux, 
comme d'Aubcnton la recommandoit pour les bétes 
à laine; il dcnne de très - bons préceptes pour le 
croisement des races ; et , en parlant des chevaux 
étrangers , il indique les bonnes et les mauvaises 
qualités des chevaux Persans, Arabes, Barbes , Turcs, 
Tartares, Hongrois , Transylvaniens , Polonois, Es- 
pagnols, ISfapoTitains, Allemands, Suisses , Danois, 
Hollandois , Anglois ; il traite ensuite de tous les 
détails de l'accouplement de la gestation et des 
soins à donner aux poulains ; enfin , des courses et 
des prix. Cet ouvrage peut produire de très-grandr. 
biens pour le rétablissement des haras. A, L. M. 



Livres divers, 55 1 

MÉTAPHYSIQUE. 

Du Sentiment considéré dans ses rapports avec 
la Ultérature et les arts ; par P. S. Ballancbe 
fils. I vol in 8.°. A Lyon, chez Ballanche et 

. Barret ^ imprimeurs; et à Paris, chez Calixts 
Vohijjd^ libraire , quai des Augustins. 

L'auteur définit le sentiment, <• la puissance mo- 
« raie qui juge par instinct et sans délibération ce 
•■ qui est conforme aux loix de notre nature, con- 
« sidérées sous le triple rapport de notre animalité y 
« de noXxç personnalité et de notre spiritualité. » Cette 
définition est-elle plus exacte que celle de l'abbé 
Dubos dans son traité de la poésie et de la pein- 
ture, de d*Alembert danâ» le discours préliminaire 
de l'eni-jclopédie ; de Rivarol dans son projet d'un 
nouveau dictionnaire de la langue Françoise? Le C. 
Ballancbe le croit. - Si ma définiton est confornie 
" aux idées adoptées, je pourrai partir de ce point 
•• pour édifier ma politique universelle à l'usage de 
" la litléralure et des arts, et que j'aurois appelée 
■< poétii/ue ilu sentiment , si je n'avois pas craint que 
« ce titre trop ambitieux n'eût promis au lecteur 
« autre chose qu'un foible essai ; ■• entraîné par le 
titre de l'ouvrage, on lit et on trouve même que 
ce n'est pas un essai ; il est vrai qu'on devoit le 
prévoir, l'auteur nous en avoit avertis. •• Amou- 
<■ reux de l'indépendance , j'ai voulu me soustraire 
.. à celle règle de Plomb qui vient symétriser, en- 
" travcr l'intelligence et refroidir l'imagination. Le 
" lecteur, s^jns doute, doit s'attendre à quelques 
■< écarts, à un défaut absolu de*plan ; mon livre est 
'< un jardin anglais ( ce n'est donc pas un livre); 
« mais laissons venir le temps de la maturité , laissons 
.. rouler sur ma jeune tête encore vingt années , peut- 
<« être alors l'ouvrage que je publie ne sera qu'un as- 
•I semblage de matéiiaux que je rangerai dans un 
« meilleur ordre ou avec uu goût plus sévère ; et, 

M m 4 



55fl Lhres divers, 

" si le ciel ne m'a pas tout-à-fait dépourvu de cette 
" fl.^mme poétique qui fait les grands artistes , 
" j élèverai un monument pour les siècles. « Si le C. B. 
avoit eu le courage de laisser rouler le temps sur 
Jui , il nous auroit donné, comme il semble le pré- 
voir , un ouvrage mieux conçu, mieux lié, moins 
incohérent, dans lequel on ne trouve que le résultat 
de ses lectures , que les divagations d'une imagi- 
nation qui n'est ni guidée par le goût , ni retenue 
parla maturité. Quelle grande conception cependant, 
qu'un ouvrage qui , après vingt ans de recherches 
et de réflexions, ne sera encore qu'un assemblage 
de matériaux ! Il faut faire connoitre quelle est la 
confiance de l'auteur , en même temps quel est 
son style , en transcrivant une tirade échappée de sa 
flamme poétique , et insérée dans le prologue de son 
ouvrage. « Pudeur, naïveté, amour , triple essence 
« de la divinité, rayon adorable de la gloire céleste 
•' se reflétant dans la glace pure d'une ame inno- 
" cente, je vous invoque tour-à-tour, je vous in- 
« voque réunis ; je vous sens au-dedans de moi , 
" vous êtes mon olympe. Ainsi, lorsque pour la 
« première fois endormi sur le Parnasse, les abeilles 
« déposèrent sur mes lèvres, le miel, présent cé- 
« leste ; lorsqu'à mon réveil , je sentis mon cœur 
« pubère pour la gloire, s'enflammer pour la pre- 

• miére fois du noble désir de faire entendre des 
« choses nouvelles aux enfans des hommes, sublime 
« extase qui n'a rien de terrestre, enthousiasme pur 
« d'une ame éperdue qui plane au séjour des intcl- 

• ligences. Je vous ai aussi connu , et je puis m'écrier 
« avec Le Corrège , Anche io snii Pittore ! Roule 
M devant moi le fleuve du temps, grçnde sur ma 

• tête l'orage de l'5dver<;ité, peu m'importe! .l'ai 
« pu fixer un instant l'idée, hélas! trop fugitive de 
" cette suprême félicité qui tient à l'exaltation de 
« l'ame et au dégagement des se ns ; en invoquant 
« la pudeur, la naïveté, l'amour, j'ai annoncé 
<\ mon sujef. Douce sensibilité , la plus belle des 
n fleurs U'Eden , épanouis-toi sur ma palette ! Que 



Livres divers, 553 

* la poussière embaumée de tes étamînes se mêle à 
" nns couleurs , afin que je sois sentimental en. 
•• écrivant sur le sentiment. •• On ne sait , aprè» 
cette invocation , ce qu'on va lire. A. J. D. B. 

Commerce. 

Cinquième Cahier de la BibliotJiéque Commerciale, 
outrage destiné à répandre les connoissances rela- 
tives au Commerce, à la ISlatigation , etc., -par 
J. Pelchet , membre du cnmeil de commerce au 
ministère de Vliilérieur , etc. Ce cinquième cahier 
de 'jz pages in- 8." , contient : Du droit exclusif 
attrii>ué aux villes de Lorient et de Toulon , j)our 
le retour des navires venant de Vlnde. — Commerce 
et industrie du département des Basses-Pyrénées ; 
par le préfet de ce département. — Des productions , 
de V industrie , du commerce des quatre départe- 
mens de la rive gauclie du Bhin. — Mémoire sur 
le commerce du Levant et de Barbarie , et sur ce- 
lui de la mer Noire ^ adressé au ministre de l'in- 
térieur , par le conseil du commerce de Marseille. 
Prix courant des marchaiidiscs à Marseille j du ii 
prairial dernier. Prix courant des marchandises à 
Bordeaux ., à la même époque. Le prix de la sous- 
cription est de i\ fr. , pour recevoir , franches de 
poil , 24 livraisons .^ et ïï Jr. pour 12 livraisons. 
La lettre et l'argent doivent être aj/'runchis. On 
peut envoyer le prix de la souscription en un mandat 
sur Paris. On souscrit à Paiis , chez F. Buisson , 
libraire, rue Hautefeuille , n." 20 , et chez tous 
les libraires et directeurs des postes. 

GÉOGRAPHIE. 

Description historique et géographique de Vin- 
dosian ; pur James Rln N £IL , ingénieur général 
dans le Bengale , traduite de l'anglais par ,T. B. 
B0VCEESEIC HE sur la septième et dernière édition^ 
à laquelle on a joint des mélanges d'histjoire et de 



534 



Livres dh'ers. 



slaUsiique sur V Inde ^ traduils par J, CastÉRA , 
vrné de onze carier. 3 vol. i<i-8.*, chez buisson , 
rue Hautefeuille , n." 20, Bossang-e y Musson et 
BcssoJi, maison des Mal burins, 2'reutieUet IF'urlZj 
libraires, quai Voltaire. 

L'ouvrage du major Rennell est connu de toute 
l'Europe et estimé de tous les géograpbes. Les sa- 
vanset estimables auteurs de la bibliothèque britan- 
nique l'ont analysé, et toutes les nations l'ont tra- 
duit. M. Rennell , indépendamment des connois- 
sanccs locales qu'il avoit sim l'i muiense contrée qu'il 
Vouloit décrire , a rassemble tous les mémoires, tous 
les matériaux que les officiers civils et militaires 
anglois employés dans l'Inde, ont pu lui fournir 
pour rendre son ouvrage aussi complet qu'il pouvoit 
i'étre; les géographes franco're l'ont également seivi. 
Le nouveau Neptune oriental de M. d'A[)res, et les 
caries d'Asie et de l'Inde par d'Anvilleont été con- 
sultés ; les marches de M. de Bussi dans le Deccan 
lui ont désigné les vraies positions de plusieurs ca- 
pitales de ce pays. M. Dalrymple, si connu par sa 
j>récieuse et peut-être unique collection de cartes 
manuscrites et de voyages , a été du plus grand 
secours à l'auteur, par la communicatio:i de <e qui 
pouvoit concourir à la perfection de cette descrip- 
tion. La carte du voyage de M. Forsier A^: l'Inde 
à Péfcrsbourg et la guerre avec Hyder-AHy et 
Typpoo sultan ont procuré à M. Renneil de nou- 
veaux renseignemcns géographiques qui l'ont mis à 
portée de rendre cette nouvelle édition plus ei;acle 
et plus étendue que celles qui l'avoient précédée ; 
des cartes , exécutées sous la direction du C. Buache, 
présentent des corrections importantes sur la géo- 
graphie naturelle et politique de la presqu'île. 

Pour ne rien laisser à désirer sur cette grande 
portion du globe , sur les parties qui ne nous sont 
presque pas connues , sur les antiques langues de 
l'Asie , et sur les divers caractères dont on se servoit 
pour les écrire , le C. Castcra a traduit diverses 



luivres divers. 555 

dissertations tirées des Recherches asiatiques de la 
savante société du Bengale ; ce supplément qu'on 
trouve au milieu du troisième volume, rend l'édition 
de l'ouvrage du major Rennell encore plus précieuse. 
On lit d'abord de^ recherches sur les Indiens de sir 
William Jones, président de la société; ensuite des 
détails sur le royaume de Népoul , par le P. Joseph, 
prêtre italien de la mission catholique. Une notice 
de M. Jean Rawlins , sur la religion , les loix et 
les mœurs des Cucies ou habitans des montagnes 
de Tipra. Une description d'Asam par jS'lohammed 
Cazim, traduite du Persan en Anglois, par Henrî 
Vansiltart, sur laquelle on a fait la traduclion 
Françoise, ^nfin , la relation d'une entrevue avec le 
jeune Lama, par le lieutenant Samuel Turn.er. Cette 
iflation éloit déjà connue. Cçs divers articles, tirés 
du recueil de la société du Bengale , formée pour 
travailler à découvrir quels avoient été les progrès 
des sciences et des arts cV,çù les anciens habrtaus 
de l'Inde, feroient regietter que les occupations trop 
multipliées du traducteur, ne lui aient pas permis 
encoie^ de se livrer à la traduction entière des Re- 
cherches asiaiiijues , que des lecteurs , qui cher- 
chent à s'instruire ailleurs que dans des romans, 
paroissent de-irer. Heureusement on s^it que des lit- 
térateurs habiles s'occupent de ce travail. A. J-D.B. 

Notice de la Géographie d'Ebu-Hauîial , traduite du 

persLin en anglais , et ptiiAiéc pur sir FP'. OvsKi.Er ; 

par A. L. Sil^estre de Sacy. A Paris, de l'im- 

4|fcrimerie de Didoi jeune ^ quai des Augustins , 

ii.° 22. An X, 1802. In-8-' de 106 pages. 

Cette notice est celle que le C. Silvestre de Sacy 
a fait insérer dans le Magasin Encyclopédique, année 
VII, tom. VI,pag. 33 a 76, i5i à 186, et 3o7à333. 

Histoire. 

Dtscovus sur VHistoirc Universelle depuis Charte- 
magne jurquà nos jours ^ faisant suite à celui d« 



556 Livres divers, 

Bossuet ; -par P. L.GiN^ ancien jurisconsulte et 
membre de plusieurs sociétés savantes. 2 vol in- 12. 
A Paris, de l'imprimerie de Bertrand- Pottier ^ 
rue Saint-Germain-l'Auxerrois, n.° 53. Prix 6 fr. 
pour Paris , 8 fr. par la poste. 

Cette prétendue suite au sublime et immortel dis- 
cours de l'évéque de Meaux , n'a pas plus de mérite 
que toutes celles qu'on a enrichi de ce titre. C'est 
mal entendre les intérêt» de son amour-propre que 
de rappeler aux lecteurs un ouvrage inimitable; 
c'est nuire au but qu'on se propose en faisant im- 
primer de pareilles productions; en lisant powrs^mr 
de suite., on peut croire que l'auleur a si^ivi le plan 
de son modelé, et on tiouve qu'il ne l'a pas même 
conçu. Les deux volumes que le C. Gin publie au- 
jourd'hui , ne sont ni des discours ni une histoire y. 
c'est tout simplement une compilation de tout ce 
qu'on a lu cent fols dans les histoires de France, 
d'Espagne, d'Angleterre , d'Allemagne et des royau- 
mcs du nord. Cet auteur parcourt rapidement sept 
siècles , sans fixer le lecteur par aucune de ces 
) Inflexions qui caractérisent et les époques, et les 
grands hommes qui en sont, pour ainsi dire, les 
auteurs. Cette narration très-rapide n'a pas même 
Je mérite de l'exactitude et du style. Il nomme 
Gresnier cet évéque de Lisieux qui , lors du massacre 
de la Saint Barth#l"emi , sauva un graud nombre 
de Huguenots qui habiloient cette ville. Cet acte 
de désobéissance louable, de ch;iri;é et de dévoie^- 
inent a toujours été altribué à P. Fleiinuyer. En 
f)arlaut de la jalousie juridique d'Eiizabeth d'An- 
jiicterre contre rinfortuni?e Marie Stuart , il dit : 
<• En vain pour pallier son forfait , elle renvoie le se- 
•• crétaire d'état q'ii est contrevenu , dit-elle à ses 
" ordres, en précipitant l'exécution de ce barbare 
" et impolitique arrêt. Quel gouvernement sera stable 
•' si ce premier mobile est ébranlé? A combien plus 
•• forte raison , les souverains ne sont-ils pas jiisti- 
« ciables les uns des autres , une reine d'une autre 



Livres divers. bbj '' 

• reine cliez laquelle elle s'est réFugit'e. » Quel est 
ce mobile? et qu'a voulu dire l'auteur par cette ré- 
flexion amphigourique ? 

La religion qui cievoit avoir quelques cliapitres 
correspondans à ceux où les ^vénemens historiques 
étoient rpcontés dans cetle suite de Bossuet ^ ne 
paroît qu'à la fin du deuxième volume , sous le titre 
de suite de lu religion depuis Charleviagne jusqità 
nos jours. Dans cmquanle pages le C. Gin , en 
rcfir^nant l'hisloire du monde où le célèbre évéque 
de Meaux l'a laissée, entreprend de faire connoître 
«onimeiit la preuve de la révélation acquiert une 
nouvflie foice de la deslruction de tous les appuis 
buniains, dont une fausse sagesse essaie, depuis 
dix siècles de l'étayer ; et des crimes mêmes des 
hommes ; et il traite de la création , de la trinité, 
des mysières , des sacremens, des miracles, des 
prophélies, des martyrs, du mahomé(isine , du 
schisme des Grecs, de la succession des pasteurs 
légitimes, dfs mœurs des souverains pontifes, des 
ordres religieux , et de la scholastique mère des hé- 
jéjics, de l'ieiqnisition, des jésuites, des missions; 
on conviendra , d'après ces indications , que l'éru- 
dition sacrée de l'auteur doit être aussi étendue que 
ses conuoissances historiques. A. J. D. B. 

■Histoire littéraire. 

Hesignatio scriptoTum editorum et edendorum a 
Christopltoro Theopinlo de Mvrr, NorimAerffiF. 
i8oi. In 8." de 14 pages. 

Cette ^numération des écrits de M. de Murr , 
prouve l'étendue et la variété de ses conuoissances. 
Nous avons indiqué et analysé plusieurs de ses ou- 
vrages. 

Antiquités. 

PoRTE-FEUiLZK des artistes, ou Novf^EAU Re- 
cueil, contenant ce que l'antiquité figurée nous 



558 Livres dîi'crs. 

a laissé de plus beau et de plus utile , à Pusage 
de ceux qui exercent l^arL du dessin , et pariieulic- 
remeiil destiné aux élèves des écoles d'application j 
dessiné par Vavtjer et A, GvroT, d'après les 
monumetis , et des meilleurs ouvrages de peinture , 
sculpture et architecture antiques , rédigé par N.. . y 
et gravé par Laurent GvroT , membre de plusieurs 
sociétés savantes. 

On a eu soin de classer chaque objet par ordre 
de matières rangées alphabétiquement, de manière 
q le le premier cahier A contient les armes offen- 
sives, défensives, et généralement tout ce qui ser- 
vit aux guerres continentales et maritimes des peu- 
ples anciens ; le second, B, les bordures des vête- 
mens étrusques ; le troisième , C , les costumes civils 
et-militaires , etc. Par cette méthode simple, on met 
l'artiste à même de composer aussi son porte-feuille 
de tout ce qui sera Je plus utile et le plus agréable. 
Le cahier , composé de douze estampes avec des notes 
explicatives, se vend, à Paris, chez les frères Le- 
vrault y libraires, quai Malaquais; et Guyot , ar- 
tiste, rue et maison des Mathurins-Saint-Jacques , 
n.° 335. In-folio. 

Ujber den Raub des Palladiums auf den geschnit- 
tenen Steinen des Alterthums eine archœologisctie 
Abhandlung , von Konrad LeVEZow ^r^/////t//e/«v 
helirer am Kœniglichen Friedrick-lVilhchns-Gym- 
nasiiiin in Berlin , nebst zivei Kupfertafeln ; c'est- 
à-dire, Scn l'ejvlèP'ement du Palladium , re- 
présenté sur les pierres gravées antiques ; disser- 
tation arcUœologique : par Conrad LeVEZOW , 
professeur public au Gymnase royal de 1 réderic 
Guillaume , à Berlin ; auec deux planches. Bruns- 
wick. i8oi. Chez Frédéric Fieweg, 79 pages in-4.". 

Un bronze antique trouvé dans la marche de Bian-r 
debouig , et dont le sujet est relatif à l'enlèvement 
du Palladium, engagea M. Levezow à entreprendre 



/ 

Lh'tes divers. 55^ 

les recherches dont les résultats sont consignés 
dans l'oiivrajre que nous annonçons. Ce bronze est 
figuré au n.° 6 de la IL' planche de celte disserta- 
tion. En étendant ses recherches, il passa en. revue 
tou(es les pierres gravées qui sont relatives au même 
sujet ( celui de l'enlèvement du Palladium ) et il les 
classa dans cette dissertation qu'on peut regarder 
comme une excellente monographie sur ce point 
d'archfeologîe. 

Les nombreux monumens er» tout genre qui nous 
sont parvenus de l'antiquité, prouvent suffisamment 
quel parti les artistes anciens ont su tirer de l'his- 
toire de la guerre de Troie, chantée par Homère et 
plusieurs autres poètes. L'enlèvement du Palladium 
est un des événemens qui ont été représentés le plus 
fréquemment, de ia manière la plus uniforme et 
dans presque fous les divers monumens. Dans le ca- 
talogue de Tassie on voit une liste de 78 pierres 
gravées antiques qui représentent ce sujet, et cette 
liste n'est pas encore complète. Cette faHiilIe de 
pierres gravées est tiès-remarquable , soit qu'on ait 
égard à la beauté des pierres que les anciens artistes 
ont empl lyées pour représenter ce sujet , soit qu'on 
fasse attention à cette sorte d'émulation qui paroît 
avoir animé les anciens artistes qui se sont em- 
parés de ce sujet, et qui fournissent l'occasion de 
faire des observations intéressantes sur le plus ou 
moins d'originalité ou d*e génie d'imitation dont ces 
artistes etoient animés. 

Avant de parcourir le cycle glyptique de l'enlè- 
rement du Palladium, M. Levezow en donne l'his- 
toire succincte d'après les auteurs anciens qui en 
ont parlé. Il range ensuite les pierres gravées en 
cinq classes , d'après l'action qu'elles représen- 
tent. 

La première classe offre Diomède dans l'intérieur 
du temple , mais avant d'avoir saisi le Palladium'. 
M. Levezow range sous cette classe cinq pierres ; 
il en a fait figurer deux , savoir , ut)e sardoine du 
musée de Médicis à Florence ( Guri , nnts, Flor. 



Ô6o I-ivrc; divers. 

II. Lxxir. 2 ) et une corn.iline cjui apparteuoîft 
à Marc-Anlonio Sabbatini et qui est figurée dam 
Maifei (Gemin. ant. fig. Il, 7g) Moatfaucoi^' 
( / pi. 67 , n.° 12 ) etc. 

La Seconde classe ollVe Diomède au moment où il 
enlève le Palladium. Elle comprend six pierres ci- 
tées par M. Levezow ; il a l'ait figurer la pâte de 
verre du cabinet de Stoch ( n.° 3oo ). 

La troisième classe comprend le» pierres où Dio- 
mède ayant déjà enlçvé le Palladium est encore dans 
l'intérieur du temple. Cette classe est la plus im- 
portante, autant par rapport au nombre (i) que par 
rapport à l'art. M. Levezow y établit deux divisions) 
la 1." Diomède seul ; la 2.' Diomède accompagné 
d'Ulysse. A la première division appartient entr'au- 
tres la belle cornaline gravée par Dioscourides- , 
qui a donné lieu à tant d'explications dilFérentes, 
et qui se trouvoit autrefois dans le cabinet du roi 
de France. Louis XÎV la donna à sa fille, la prin- 
cesse de Conti , laquelle, par la suile, en fit pré- 
sent à son médecin Dodart , de qui elle passa entre 
les mains de son gendre Homberg, ensuite entre 
celle du joaillier Houbert qui la céda à M. Sevin, 
conseiller au parlement de Paris, des m;iins duquel 
elle passa enfin, en 1726, dans la collection du duc 
de Dcvonsliire. M. Levezow entre , à ce sujet , dans 
les discussions nécessaires pour établir la véritable 
explication de cette pierre ,• et pour faire voir d'où 
viennent les erreurs que quelques auteurs ont 
commis dans son explication. A cette première 
division apj)artient aussi la sardoine avec le nom 
nOAïKAelTOï, figurée par Stosch , pi. 64, et que 
M. Levezow croit ne pas devoir être attribuée à 
Polyclète de Srcyone , mais à un autre Polycléte, 
graveur , qui aura vécu au temps d'Auguste 5 parmi 
les raisons qu'il cite en faveur de son opinion dans 
une digression qu'il fait à ce sujet, il observe que 

(1) Leur grand nombre a engagé M. Levezow à n'en citer que les 
piincipes, et k passer »ou3 silence les iroitïtiont moins importantes. 

Ie« 



Livres divers. 56 1 

les. caractères grecî du nom sonf absolument ceux 
qui eloienl usités au siècle ri' Auguste , e! qui riif- 
fér.iieut beaucoup de ceux doit !e se ilpieur Po ycléte 
se seroit scivi s'il avoit eu à mt-itre son nom sur un 
de ses ouvrages. Il observe au surpiu- que la re sem- 
blance du non) n'esl nullrment unf raison |>our croire 
à l'iden \{(- des deux artiste^ ; parce que Pausanias 
( VI. 6) cil e déjà un Poiyclefe d'Argo;, et que Y\ in- 
ckeimann , dans le discours prélimoï^ire de son liis- 
lone de l'art , rapporte une mosaïque tiouvee à 
Ponii.eii , sur laquelle on lit : AIOcKOïPIAHC CAMIOC 
enoiHce. 

La quatrième classe offre Dioraéde au moment 
de s'éloigner du ttmjjle avec le Paliadium enlevé , 
et la tiiiquième fait voir Diomède et Ulysseen route 
pour leiouiner au camp. 

Le grand non)f)'e de pierre s gravées , rela'iiesà 
l'enlèvement du Palladium , ftui croire à l'auteur 
que ces pierres servoient , en quelque sorte, d'amu- 
lette, qu'on leur aliiibnoit une certaine venu pio- 
tectrice, qu'elles pariicipoient de l'an» ien Palladium, 
et que c'est à cette op'uion qu'il faut l'aitribuer, 
qu'un i-i grand nombre r'e villes de l'aniiq iié ont 
prétendu le posséder. Le grand nombiedects pierres 
gravées rend aussi ttès-vraist niblable qu'il y avoit 
dans l'anticpiiié quelque monument pubi'C célèbre, 
quelque peit.ture ou bas-relief qui a seivi de proto« 
ty()e à tous ces ouvrages de la glyptique. 

M. Levezow lait es|)éier qu'il s'occupera encore 
de quelques autres recberches semblables; iutjme- 
inent convaincus de l'utiliié de bonne- monographies 
dans toutes les sciences , nous ne sauiions liop l'en- 
gager à exécuter cet utile »piojet. 

jNous ne leimineioiis pas cette net 'ce sans payer 
à M. Vieweg le tribut d'éloges qui lui est di'i pour 
la belle exée lion lypogr^j^liique de cet ouvr. ge. 
Ce typographe hahile , instruit et aimable a déjà 
Si.ffi.-auimenf laii pieuve de sou zèle pour les progrès 
de son aii , en rivalisant avec sucee avec M. Goe- 
scheu a L( ipsic, et avec le» ty|>ograpLes de la Fiauce, 
U'uiite II. Nu 



ô6i Livres divers. 

de l'Italie et de l'Angleterre qui depuis longteirps 
jouissent, ajuste titre, de la réputation d'exceller 
dans leur art. 

Biographie. 

Eloge de TihaboscuX , auteur de mistoire de la 
littérature italienne , traduit de C italien de Lou- 
BARBX. A Paris, chez Cui7/f)/ , imprimeur-libraire, 
rue du Ciraetière- Saint -André- des - Arcs, n.° 6. 
An X. 1802. In-8.° de 64 pages. 

Nons avons publié une notice historique très- 
étendue sur Tiraboschi, par le célèbre bibliographe 
Mercier Saint- Léger ; ce qui nous dispense d'analyser 
celle-ci , qui est très-bien faite, et dont on doit la 
traduction à l'infatigable citoyen Boulard. 

Grammaire. 

Quatrains de Pibrac , tnuhiiis en vers grecs et 
latins'^ par Florent Chresttkn , accompagnés d'une 
traduction interlinéaire des ven, grecs. A Paris , 
Fuchs, libraire, rue des MalhuiinsSaint-Jacques, 
hôtel Cluny. An x. 1802. ]n-8.° de 96 pages, 

Cewfe version interlinéaire est due au C. Bou- 
lard, dont nous avons annoncé plusieurs ouvrages 
utiles. 

Essai de traduction interlinéaire des cinq langues, 
hollandaise t allemande , danoise , suédoise et hé- 
braïque , sanoir : 1° d'une traduction en vers hot- 
landois des Distiques de Caton ; 2.° d'une traduc- 
tion en vers allemands du poème de l'Homme des 
Champs , par Vahbé Dell lie ; 3.° d'une traduction 
danoise des Fables de Lessing', 4.° d'une trailuc~ 
tioii suédoise de quelques odes d'^itnacréon ; 5." de 
la traduction allemande des Conseils morauv de 
Muret ; 6." et de plusieurs pseaunics et cantiques 
hebreua-; A Paris , chez Fuchs, libraire, rue dea 



Livres divers. 563 

Mathurins -Saint -Jacques , liôlel Clunv. 8 ger- 
minal an x; mars, 1802, i vol. ia-8.° de 824 

pages. 

Dialogues anglois et françois , à Vusage des deux 
nations i précédés de leçons pTéliininaires , conte" 
nanl les mois et les plira-^es les plus usités dans le 
discours f ami' ii'T. A Paris , chei Amuiid Krenig , 
libraiie , cfiai des Augustins , n.° 18 ; à Strasbours; , 
même maison de commerce, rue du Dôme , n.° 26. 
An X. 1802. I vol. in- 12 de 248 pages. 2 (r. 25 
cent. , pour Paris , et 3 fr. , franc de port. 

Ces dialogues sont la traduction des dialogues 
françois et allemands , qui se vendent également 
chez le C |vœmg , et dont l'utilité a déjà été re- 
connue. 

t^ouvFLLE Grammaire allemande pratique , ou Mé* 
tliode facile et amusante pour apprendre Valle- 
m:.'nd ; par J. J. Mejdimger. Nouvelle édition, 
108.", br. Chez Lrvrault , frères, libraires, quai 
Malaquais. Prix, 3 fr. 5o cent. , et 5 fr. , franc de 
port. 1802. 

Nous avons déjà annoncé la première édition de 
cette grammaire. 

Notions élémentaires de grammaire allemande , à 
l'usage des élcues du prytanée , ainsi que da Fran~ 
cois qui ont fait que^qufs éludes , et qui veulent 
apprendre r allemand'^ par Si MON ^ professeur de 
langue allemande au prytanée de Sainl-Cyr ^ près 
Versailles. In-i2,br. Chez Levr^u't ^ frères, li- 
braires , quai Malaquais. Prix , i fr. 20 cent., et 
I fr. 5o cent., Iranc de port. 1802. 

La grammnire du C. Simon a l'avantage d'être 
moins diffuse. L'auteur est connu comme homme de 
lettres distingué, 

Nn 2 



564 Livres (divers. 

Eloquence. 

Dtscoiîso del c'ittadino ^lessainlro Garmagn ANOy 
préside del cnUcgio délie arli dello a prn/èssori e 
studenti -per la nuovu organizzazione délie scuole 
seconde nel comune di Tarino. Toriiio , dai tipi 
di Felice Buzan. Tn-^.° — Discours du C. Alexandre 
GaumagnANO , présidetit du collège des arts , pro- 
noncé deyaiiL le projesseiir et leaélèi'cs^ ùl'occusion de 
lu nomelle organisation des éco/es secondaires dans 
la ville de Turin. Turin , cliez Philippe Buzan, 
In-8.° 8 pag. 

Parmi les études que le président du collège des 
arts recommande, il place au premier rang celle de 
la langue Françoise; il expose aux jeunes gens les 
services, que les François leur oni rruclu, et cherche 
à leur inspirer l'amour d'un peuple à qui ils doivent 
la liberté. 

Beaux-Arts. 

ANNALES du Musée et de Cécole moderne des heau.v- 
arts y recueil de gravures au truit ^ cCapres les prin- 
cipaux ouvriiges de peinture ^ scu'plure ^ ou projets 
d^ architecture 'y par le C. Lak no!^ ^ peintre ^ ancien, 
pensionnaire de la répuhlicjuc à L'école Jrançoise des 
beaux-arts. VIIL", IJC^alX."^ livraisons. Paiis, chez 
l'auteur , quai d'Orsay , n." 23. 

Ces trois livraisons contiennent, pi. XXTX , Enée, 
portant sur son dos son père Anchise, s'éloigne des 
murs de Troie avec sa femme Creuse, et son fils 
Ascagne ; tableau de la galerie du Musée, par Le 
JJOMINIQUIN ; — pi. XXX, Hercule, vainqueur de 
l'Hydre; tableau de la galerie du Musée, |)ar Le 
Guide; — pi. XXXI, Arria et l'œfus, tableau de 
Vincent; — pi. XXXII, le Serpent d'airain, ta- 
bleau de la galerie du Musée, par .Sukleyras; — • 
pi. XXXIII, Calliope, tableau de la galerie du 
JVIusée, par Le bUKUR; — pi. XXXI.V , le Christ 



Livres divers. 565 

au tombeau, tableau de la galerie du Musée, par 
Le Schidoine; — pi. XXXV , la Yierge allaitant 
l'Enfant-Jésus , tableau de la galerie du Musée, par 
André Salario; — pi. XXVI , le Martyr de saint 
Pierre, tab'eau de la galerie du Musée, par Le 
Guerchin; - pi. XXXVII , les Philislin:^ frappés 
de la pesie , tableau de la pjalerie du Musée, par Le 
Poussin; — pi. XXXVllI, Clio, Euterpe et Tha- 
lie, tableau de la galerie du Musée, par Le Sueur; 
— pl.XXXlX, la Vierge apparoit à saint Hyacinthe, 
tableau du Musée, par Louis Carache; — pi XL, 
l'Assomption de la Vierge, tableau du Musée, par 
Augustin Carache. 

A dater du i." germinal an x , il paroit neuf li- 
vraisons par trimestre; chaque livraison est composée 
de quatre gravures et de huit pages in-8.° de texte 
pour l'explication des sujets. Le prix de l'abonne- 
ment est de 6 fr. pour trois mois, 12 fr. pour 6 mois, 
et 24 fr. pour l'année, franc de port, pour Pans 
ainsi que les départemens. On souscrit, à Paris, chez 
le C. Landon, peintre, quai d'Orsay , u.° 23, aucoia 
dé la rue du Bacq. 

Romans. 

Les cinq Aventures , ou Contes nouveaux en prose ; 
de Dosât, précédées d'une épîlre du même auteur à 
J. F. Lalutrpe. Avec celle épigraphe : 

Hélas ! sa lyre enchanteresse , 
BrDiante même en ses écarts , 
Sa lyre, chère au di«u des art»j 
Ne chantera plus la tendresse! 

Madame ob BzAUHAasAis. 

A Paris, chez Auguste Delalainj libraire, rue 
Hautefeuille, n." 14. An X. i8oa. 

Depuis quelque temps, les libraires trouvent beau- 
coup d'ouvrages posthumes. Ne seroit-ce pas parce 
que les noms de la plupart de» auteurs vivans n'ins-* 

Nn 3 



565 Livres divers. 

pilent pas an lecteur beaucoup de confîanoe? Tant 
de gens jugent un Jivie sur le tiire et sur le nom 
de l'at.'teiir. On ne peut se dispenser d'achefer une 
production de Dorât; et l'éditeur de celui-ci n'a 
pas fait sans doule tme mauvaise spt^culation. 
Quelques-uns des morceaux renfermés d;ins cet 
ouvrage, ont déjà paru dans la Bibliotlieque dts 
Dames. Le style des Cinq Aventures et assez 
agiéable ; il vise même quelquefois au briMant ; 
mais le fonds n'en est pas toujours moral. Le vice 
s'y trouve en action et en principes, dans les Trois 
Jnfidélitcs et dans le Mari comme il y en a reu. 
Ceiie dernière anecdote qui est originale, mais fort 
invraisemblable , devroit pluiôt porter le titre de la 
J^i'emiDe covinie il y en a peu. Le Séducteur vaincu 
est la meillf^ure des Cinq Aventures. le Vainqueur 
exécrable ofTie une cruaulé inouie cpii s'est malheu- 
reusement renouvelée clans les jours affreux du ter- 
rorisme. V Amour puni dans CElybée n'est ni une 
anecdote ni un conte. Le siyle e^ ampoulé , et ne 
ressemble pas du tout à celui du morceau précédent. 
L'épître à Laharpe porte le cachet de Dorai; elle 
est gaie, légère et pit^uante; elle critique avec es- 
prit et ne déchire pas lourde nienl. L'avant-propos 
n'est pas du même ton; il injurie impitoyablement 
Laharpe, qui a pourtant des droits à l'estime pu- 
blique comme littérateur. Nous inviterons l'éditeur , 
lorsqu'il fera faire des avant propos , à choisir au 
moins des gens qui sachent écrire et parler francois. 

T. D. 

Histoire d'un Perroquet écrite sous sa dictée , et 
publiée par H. A. Chajsse , auteur de Dix Titres 
pour un , et membre de la Société libre des .^cience.i 
et arts , séante au Louvre. Avec Cépigraphc , Honni 
soit qui mal y pen^e. Paris, chez Fuchs et Levraull. 
An X. 1802. 262 pages in-12. Prix i fr. 5o cent. , 
et 2 fr. par la poste. 



TABLE DES ARTICLES. 



MATHÉMATIorES. JeUX DE HasARD. 

Tableaux septénaires pour jouer avantageusement les extraits sur le» 
Loteries de Paris, Bruxelles, Lyon, Strasbourg, Bordeaux, sur 
toutes les Loteries jouées enseuiLle et considérées comme n'ea 
formant qu'une seule. 545 

M A T H É M A T I Q U t s A P p i I <J U É B S A l A PHYSIQUE. 

Remarques du C. Btot , sur la différence entre la vitesse du son, 
déduite de la théorie et celle que donne l'observation. 5io 

Nouvelles démonstrations des principaux tliéorémes relatifs à l'attrac- 
tion qu'exercent les spéroides ; par le même. Si» 

Détermination spéciale des conditions de l'équilibre d'un corps qui se 
balance librement sur un iii flexible ou sur un fluide j par le C. 
Denieuport. 5i4 

Astronomie. 

Mémoire sur la découverte de la nouvelle planète de Piazsi , lu à 
l'Assemblée publique de l'Institut, le i5 germinal, par Jérôme de 
Lalande. 55 

Elémens de la planète découverte par M. Olbers ^ à Brème, calculés 
par le C. BurckharJt. 403 

Observations sur la nouvelle planète découverte par M. Olbers, de 
Bremen, et sur l'opposition de Cérès, planète découverte antérieu- 
rement par M. Piazzi. i^ 

Extrait d'une lettre de M. Hcrscliel au C. Mécbain, sur les deux Corps 
célestes qu'on a dernièrement découverts, et qu'il appelle des asté- 
roïdes. 375 

Prix fondé par le C. Lalande , pour être adjugé à la personne qui , 
en France ou ailleurs, aura fait l'observation la plus intéressante, 
ou le mémoire 1* plus utile aux progrès de l'astronomie. 5o<> 

MÉTROLOGIE. 

Métrologles constitutionnelle et primitive comparées entre elles, et avec 
la métrologie d'ordonnance. 455 

Saggio del sistema Melrico délia Republica francese col rapporto délie 
sue misure à quelle del Piemonte di Anion-Maria Vassalli-Eandi. 545 

Traité des poids el mcsuies parfaits; par J. H. Van Swinden. (ea 
bollandoisj. ^^ 

N n 4 



568 Tahlc des articles. 

Art militais b. 

Introduction & l'élude de l'ait de la guerre; par di la Roeheay'* 
mon. 261 

Zoologie. 

RecherrliM du C. Geoffroi sur jp.s animaux du Nil, connus des Grecs, 
et sur les rapports de ces animaux avec le système ihéogonique 
des anciens AEgyptieiis. 5^4 

Ornithologie. 

Histoire naturelle générale des Oiimpeieaux , et des Oiseaux de Paradis. 
20 , 21 , 22 et 23" livraisons de la nouvelle col'erlion d Oiseaux 
dorés ou k reflets métalliques, et 7 , li , Ç) et 10.' desGrimpereaux. 106 

L'art d'empailler les oiseaux; par les CC. Hédon , Mouton Fonte- 
nille. 545 

ICHTHTOLOOIE. 

Histoire naturelle des Poissons . par le C. Lacépède. 5/ volume. 107 

Note du C Geoffroy, sur quelques habitudes couiniunes au requin et 
au pilote (gusterosteus ductnr). 53i-5î4 

Description d un nouveau genre de poisson del'ordie des abdominaux , 

connu en AEgypte sous le nom d<> Bichir; lue à la Société pliilo- 

mathique par le C. Geoffroy , qui le désigne sous le nom de Polyp- 

tère Bichir, 000 

Helminthologib. 

Deux nouvelles alvéolites , découvei tes par 1.^ C E'~>sc , et décrite* 
par lui sous tes noms d'alvéolite grain de millet et d cihéoli'te 
grain de fétuque. 97 

Sl«|hine nouvelle espèce de tesiacelle ; par le C. Faure-Diguet. gS 

Botanique. 
Elémens de Botaniqtie ; par le C. Ventenat; trad. en allemand par 

M. Roemer. aSg 

Calendrier de Flore, par madame K. D. C *****. >ia 

Dictionnaire éléineutalie de BoLinique , de Butliard ; revu et presque 

eiitièrcnicnt refondu par Louis-Claude Richard. j44 

Descrf|ilion des Plantes nouvelles et peu connues , cultivées dans le 

jardin du C. Cels , avec figures; par le C. Kentenat. - .' liviais. 48 
Description d'une nouvelle espèce de Tlwca , appelée Phacn glabra; 

par le C. Clarion. 97 

Discours sur l'aideur des naturalistes et des botanistes en pari'cu'ier, 

dans la culture de ces science* ; prononcé par le ,C. Reinwardc^ 

(en latin). 4^» 



Table des articles. 56g 

Minéralogie. 

Mémoire relatif à l'apparition ri'cente de productions volcaniques sur 
1.1 < ôte du gfiHe de Oascogue, adressé au C. Millin par le C. 
Thore , m^deriii à Dax aag 

Essai sur la minéralogie du déparleaient de la Loire-Inférieure ; par 
le C. Athénas. 38S 

Physique. 

Traité élémentaire de Physique, piè'ienté dans un ordre noiireau , 
d'après les découvertes uiodirnes; pai le C. Lil>es. 26 

Nouveau Traité sur la constriirtion et invention des nouveaux B.iro- 
n'èies, etc.; ^iv Assier • Perricat perr. 2^9 

Examen des phénomènes élfitiiqués qui ne paroissenl pas s'arron'er 
avec la théorie des deux fluides, par le C. Tremery , int;énieur AeS 
mines. 554 

Détermination de l'intensité de l'action que les barreaux aimantés exer- 
cent sur diflérens aiélaux puiifiés par les procèdes oïdinaiies. 5i5 

Hiftoire du Galvanisme, et Aia'yse des diflérens ouvraj^es pi'MIés sur 
cette découverte , depuis sou origine jusqu'à ce jour ; par M. P. Sue 
aîné. li4 

Mélanges physico-malhématiques ; par le C> Bérard, 4t8 

Dictionnaire des Merveilles de la nature. SaC 

C H Y M I £. 

Expérience du C. Guy ton , sur l'union du fer et de l'argent, pendant 
la fusion , et sur leur sép.iialion pendant le refroidissement. 5ai 

Travail du C. h'ourcoy , sur les oxydes de mercure et sur les sels 
merruiiels. 5i7 

Essai sur les couleurs obtenues des oxydes métaHIqaes , et fixées par 
la fusion sur les différens corps vitieux; ouvrage du C. Brogniartl , 
qii sera inséré dans les mémoiies de l'Institut. 52a 

Extrait d'un mémoire du C. Cfiaussier , sur les moyens de préserver 
les cadavres des animaux de la putréfaction , eu conservant leur 
forme essentielle , et même en leur donnant la fraîcheur, l'apparence 
de la vie. 555 

Observations sur les effets du gaz carbonneux dans l'économie animale; 
par le C. Chaussier. 99 

Essai sur la théorie de l'cther; par le C. Dahit. 889 

AnATOMIE. 

Note sur une artère fournie au poumon par- l'aorte abdominale : par 
ie C. Maugart. i«« 



570 Table des arlicles. 

Exirait d'un mémoire du C. Chaussi'er , sur I«s moyens de préierrer 
les cadavres des animaux de la putréfaclioa. 535 

ENCépHALO-CRANIOSCOFIE. 

Aperçu du système craniognomique de Gull , médecin h Vienne ; par 
IVL Bojanus. 445 

MÉDECINE. 

Mémoires pour les Fièvres pestilentielles et insidieuse» du Levant ; far 
POgnet. 547 

Elèmens d'Hygiène ; par Etienne Tourtelle, ih9 

Traité pratique des maladifs des Yeux ; par A. Scûrpa; fraduit de l'ita- 
lien , par le C. Léveitlé. 224 

Mémoire physiologique et pratique sur l'Anévrisme et la ligature des 
Artères; par le C. Maunoir , de Genève. i3 

Note sur un moyen , employé avec succès , pour faire périr le ver 
solitaire; par le C. Bourdier, professeur à l'école de médecine de 
Paris. y> i 

Ch irurgie. 

Clinique chirurgicale relative aux plaies; par le C. Lombard. 545 

Akt vétérinaire. 

Observations sur le Clieval , er nouveaux moyens de distinguer lf# 
qualités du cheval , et de reconiioitre son âge , lorsque les signes 
vulgaires ont disparu ou sont incertains ; par le C. Tenon. 524 

Ecole vétérinaire de Turin. ' 578 

Politique. 

Discours oij l'on prouve que la nalure impose aux individus et 
aux sociétés le devoir d'être justes; par S. Gratama. (en la- 
lin). 42t 
Economie politique. 

Eisaî sur la manière de relever la race des chevaux en Fwnce; par le 
génc*al Victor Collot. 4^2 

Instruction sur l'amélioration des chevatix en France; par le C. Hu- 
zard, 5So 

Commerce. 

Bibliothèque commerciale, par le C. Peuchet. III.' IV.' et V.° ca- 
hier. 120, 267, 553 
T E C H K ;j L O G I E. 

Extrait d'un mémoire du C. Séguin , sur VUongroyoge des cuirs. Saa 



Table des articles. 



hjx 



Différentes macliincs de l'habile Morosi , professeur de mécanique 
dans l'université de Biescia. S77 

Géographie. 

Description hislorique et géographique de l'Indostan ; par Jameé 
Rennell. 553 

Rapi ort fait au premier consul, le 27 prairial an 10, par le ministre 
de la guerre, sur l'état des travaux du dépôt général de la guerre, 
Il la fn du mois de praiiial an 10. 4°^ 

Notice de la Géographie d'Ebn-Haukal , traduite du persan en anglois, 
et publiée par sir ^V. Oiiseley ; par la C. Silvestre de Sacj. 555 

Notice des ouvrages de M. è.'AnviUe. 171 

Statistique. 

Annales de statislique. Première et seconde livraisons. 268 

Coup-d'œll sur la force ei l'opulence de la Grande-Bretagne; par le 

docteur Clarke ; traduit par le C. Marchena, 265 

Voyages. 

Voyage d'AEgypte et de Nubie ; par Frédéiic-Louis Korden; nouvelle 
édition publiée par le C. Lariglès. 111. " volume. 77 

Voyage pittoresque de la Syrie, etc. ; par le C. Cassas. Vingl-lroislér.:^ 
livraison 270 

Trawels in Swilzerlaiid and in ihe Country of ihe Grisons; from Williom 
Coxe. 27 1 

Neuestes Gemœlde von Lissabon. 273 

Fragmens d'un vovace en Afiique, W.i pendant les années 17S5, 1786 
et 1787; par le C. Golberry. 274 

Voyage en Krlmr-e, ir.iduit de l'allemand par le C. Delà/narre. ^89 
Voyage en Italie, par Frcdéiic-Jpan-Lanreni Meyer. 4/2 

Tableau des peuples moiiiagnaids de l'Hclvctie J par M. Ebel {ea 
allemand). 121 

Voyage pittoresque , historique et géographique du royaume d'Es- 
pagne , exécuté par Alexandre Laborde et plusieurs artistes dis- 
l!ni;ués. 120 

Vues, costumes , mœurs et usages de la Chine; par Alexandre. 121 
Lettre du C. Lgrnier au C. JLulande, sur l'expédition du capitaine 
Baudin, 4''4 

Histoire. 

Précis de l'Histoire universelle; par le C. Anfjuetil. i45 

Discours sur l'histoire universelle , depuis Charlcniagnejusqu'à nos 

jours*, par le C. Gin. 55â 



672 



Table des articles. 



Lettre du 0. Sainte-Croix au C. Miliin , sur Eleusis et son temple, 

pour servir de prospectus d'une seconde (dition tiès-augnieiuée , de 

son ouvrage sur les Mystères du Paganisme. Sog 

Etats-Unis de l'Amérique à la fin du 18." siècle; par J. E Bonnet. 12a 

De l'AEgypie , après la bataille d'iléliopolisj par le général do 

division Reyniar. 369 

Abchaeclogie. 

Lettera sopra un antica paiera Etrusca scritia da Gilo Sattista 
yermiglioli. 422 

Extrait d'une dissertation sur Voljanus , dieu particulier à la ville de 
Nantes , par le C. Richard jeune. SfjO 

Figures d'Homère, dessinées d'après l'antique; par H. C. Tisch- 
bein. Deuxième livraison. 275 

Monumens antiques inédits ou nouvellement expliqués ; par le C. 
Miilin, Deuxième livraison. 483 

Deux monumens segvplicns donnes par le premier consul au cabinet 
des antiques de la bibliothèque nationale. 402 

Musée des Monumens François; par Alexandre Lenoir. T. II. 4^4 

Porte-feuille des Artistes , dessiné par Vautier et A. Guyot- 55/ 

Sur l'enlèvement du Palladium , représenté sur les pierres gravées an- 
tiques , dissertation arcliscologique ; par Conrad Levezow (en al- 
lemand). 558 
Palaeograpu ie. 

lettre au C. Chaptal , ministre de l'intéiieur, membre de l'InstituC 
national, au sujet de l'insciiption aegypiienne du monument trouvé 
à Boselte ; par le C. Silvestre de Sacy. 4^6 

Examen d'une Agate antique grecque , consldén'p surtout du côté d« 
la simplicité naïve de son inscription; par le C. Calvet. l54 

Histoire lit t- é b a i k e. 

Nomination des commissaires , pour la formation des Lycées en 
France. 4<'4"4*'^ 

Cnculaire du ministre de l'intérieur, sur l'exposition de l'an 10. io3 

Concours ouvert au ministère de l'intérieur, pour célébrer la paix 
d'Amiens et la loi sur les cultes. io5 

Institut national. — Ordre des lectures delà séance publique du 17 
messidor an 10 409 

Prix fondé par le C. Lalande. 5oo 

Prix proposés dans la séance publique du i5 germinal an 9 , et ad- 
jugé» dans celle du 17 messidor an 10. 5oa 

Prix de morale. 5o5 

Sujet de prix d'économie politique. Ibid^ 



Table des articles. 



573 



Prix d'éloquence. llid. 

Sujet du piix de inatliémaliques. 5o4 

Prix de physique. 5o5 

Notice des travaux de la classe des sciences physiques et mathémati- 
ques, pendant le troisième trimestre de l'an 10. — Partie matht' 
matique , par le C. Lacoix. £06 

Partie physique , par le C. Lacépède , secrétaire. 5i6 

Nomination du C. Cocjueheit à l'inslitut national. 9a 

Prix adjugé à M. i?ur^ par le bureau des longitudes, pour les meil- 
leurs tables de la lune. 404 
Société philoinathique. 92 , 55i 
Ecole de médecine. 99 
Athénée des Etrangers, à Paris , sa Veillée des muses du 16 prairial. 261 
Société philotechnique. Séance du 10 floréaU aSa 
Sociélé libre d'amateurs des sciences et arts de la ville de Douai. Séance 
du 20 pluviôse. S7 
Prix proposé par elle. 88 
Société de la Diôme. Prix proposé par elle. 4°^^ 
Sociélé des scienres et ails de Montauban. Piix proposés par elle. 89 
Sociélé de médecine pratique de Montpellier ; sa première séance pu- 
blique. Prix proposé par elle. 2^5 
Institut départemental dç la Loire-Inférieure , séante à Nantes; séance 
publique du 20 germinal. 5/0 
Institut de santé et de salubrité du Gard , séant à Nîmes Piix proposé 
par lui, pour l'an 11. l\0O 
Athénée de Toulouse Prix proposés par elle. 24a 
Société d agriculture du di-parteraent de Seine et Oise, séante à Ver- 
sailles; séance du 24 prairial. StS 
Translation de l'université d'Ingo'stadt & Landshul en Bavière. 85 
L'empereur de Ri;ssie achète le cabinet de Strozzi 07 5 
M. Vf^ad , professeur à Copenhague, nommé inspecteur des rollec- 
tions minéralogiques du roi ; ouvrages traduits par lui. 241 
Designatio scriptoiuiu editorum et edendorurn a Christophoro 
Theophllo De Murr. iS; 
Extrait d'une lettre de Naples , sur le travail de M. Ilciter , anglois , 
pour dérouler les manuscrits dHerculanum, et découverte faite par 
lui de l'ouvrage d'Epicure : De la nature des choses. SG 

Bibliographie. 
Dictionnaire raisonné de Bibliologie ; par le C. Peignât. 1 ■" vol. i.->/t 
ri^epertorium Commenta tiouUri a Societattbus Utterariis çditarum ; 
digessitl, D, Reuss. lôy 



574 



Table des articles. 



lettre du C. O&erlin pèie , au C. Millin , siir le Tevvrdanck. 7 

Anecdote bibllograplilqne ; par le C. Barbier. a36 

Biographie. 
tes Vies <1es Honunes illustres , de Plutartjue ; traduites du grec par 
D. Ricard. Tom. V et VI. 428 

Notice des ouvraj^es de M. d'Ânville. 171 

Notice sur Dehautes-Rayes , par le C. Lùlande, 64 

Eloge de Tirnhoschi , tiaduit de l'ilalieii de Lombard!. 4^3 

Notice sur ^iemrlnhd ; lédigée d'après un écrit hollandois du cé- 
lèbre Van Swinden. 335 
DeiikschrU't auf Friedcrich Cilly ; von Kourad Levezow. 278 

MÉTAPHYSIQUE. 
Du sentiment considéré dans ses rapporis avec la littérature et les ans ; 
par le C. Ballanche fils. 55r ' 

M ORAL E. 
Discours moraux sur divers sujets el particulièrement sur l'éducation; 
par madame de Cen/is. 117 

EnUCATTON. 
Lettre du C. Villoison , contenant une annonce d'ouvrages relatifs à 
l'éducation, composés par feu ^dam , professeur d'éloquence à 
l'université de Paris. 119 

Grammaire. 

Sur l'ancienne écriture des Hoiigiols; par le docteur Happer. 70 

Extrait du Prospectus, écrit en grec vulgaire, d'un Dictionnaire grec, 
ancien et moderne ; avec des observations par d'Ansse de Vil- 
loison. 2t4 
Cours de Langue allemande; par le C. El/erhart. 127 
Notions élémentaires de Grammaire allemande, k l'usage des élèves 
du Prytanée , etc.; par le C. Simon. 2S0. 585 
Dialogues english and french for llie use of both nations. 3S1. 583 
Quatrains de Pibrac, traduits en vers grecs et latins par Florent 
Chrestien. 46a 
Essai de traduction interlinéaire des cinq langues, hollandoise, alle- 
mande, danoise, suédoise et bc'braïrjiie. Ihid. 
NouTelle Grammaire allemande pratique; par J. J. Meidinger. 563 

Eloquence. 
Discours du C. Alexandre Garmcgnano , à l'occasion de la nouvflle 
organisation des écoles secondaires dans la ville de Turin (en italien). 

664 



Table des ardcleS. 5y5 

Littérature grecque. 

Poème épique grec sur les exploits du héros Napoléon Bonaparte ," 
composé pat M. Poljssoï Condou de Joannina. 555 

Lettre du C. Grainvilte au C. Millin , sur une traduction Françoise 
inédite de Pausanias ; par feu Bayeux. 253 

Poésie latine. 

OF.uvres de Virgile, en latin et en François (traduction des quatre pro- 
fesseurs). i5o 

Vers de Jean - Baptiste - Gaspard d'Ansse de Villoison , pour le jour 
de la naissance du célèbre astronome Jérôme de Lalande. 258 

Redivivus latiaruin Musarum amor ; autore Eusebio Salverte. 84 
Poésie française. 

L'Ile de la Félicité , ou Anaxis et Théone , poème philosophique , 
suivi de pièces fugitives ; par M. me Fanny Beauhariiais. i5o 

Ode sur le premier consul; par le C. Malingre. 129 

Théâtres. 

OEuvres dramatiques du comte AlCeri , traduite de l'italien par C. F. 
Petitot. '31 

Théâtre François de la République. 

Le Roi et le Laboureur. 267 

Juliette et Belcour. lùiti. 

Théâtre Faydeau. 

La fausse Duegiie. 4^5 

Le faux Porteur d'eau. SitO 

Le Concert interrompu. 367 

Théâtre du Vaudeville. 

Le Méléagie champenois, ou la Chasse interrompue. 4' 6 

Les Rivaux sans le savoir. 4' 7 

La Ressource des taleiis , ou la Promen.ide aux Champs-Elysées. 54o 

II. 76. SS. 104 

Les Hasards de la guerre. i*5 

Théâtre Louvois. 

Helvétius, ou la Vengeance d'un Sage. 4' 4 

Le Parlia de Surenne, ou l'Amitié des Femmes. aSS 

Une Matinée du jour. . I04 

Pi O M A, N S. 
Les Abdéritcs, suivis de la Salamandre et de la Slaîue, par pyUland ; 

irad, par le C. LaOaume. 282 



h-j6 



Table des articles. 



Les cinq Aventuras; par Dorr.t. 665 

Histoire d'un Perroquet , écrite sou» sa dictée , et publiée par le C- 

Chaisse ' 5G6 

Biblioiliéque des Romans anglols. i35. a85 

Busi.ls, ou le nouveau Téli maqi;e ; par J. S Quesné. i35 

M. Ile de Clermont; nouvelle hist^r^que, par M me de Genlis. i36 

Beaux-Arts. 
Annales du Musée et de l'Ecole moderne des beaux -arts; par le C, 

Landon. 2u5. 45 1. 564 

Discours qui a rempoilé le prix de n'usique et déclamation, proposé 

par rinsiiiut national de France, et remporté par le C. Fiamery, 286 
Lettre sur quelques établisseniens de Drpsde , relatifs aux arts, 673 
Restaumlion de la galerie de Dusseldorf. 5yi 

Exposition de l'Académie royale de peinture  Londres. 85 

ArCHITEc; titre. 
JUarci Fitriivii Pollionis de Architectura; libri decem ; edente 

yJugust. Rode. j53 

Gravure. 
Portrait du comte de Ruuipfort, dessiné par Henriette Rath ^ gravé par 

Roger. i56 

Le Triomphe de la Religion en France. a88 

Jeux. 
Les Siratagèmes des échecs ; par un amateur. a85 

Mélanges, 
Essais de Michel ^ seigneur de Montaigne. Edition stéréotype. i38. 2S4 
Notice d'un Manuscrit de la Bibliothèque publique de Grenoble, conte- 
nant diverses poésies d'Ant. Astezan , d'Ast en Piémont; par le C. 
. Berriat (Saint-Prix). 179 

OHiivres diverses de P. L. Lacretelle aîné. 143 

Soirées de Ferney , ou Confidence de V'^oltaire , recueillies par un ami 

de ce grand homme, 141 

Encyclopédie comique j par T. P. Bénin. t^^ 



2\ible des Articles contenus dans ce Numéro. 



MaxhImAtiques. 

SIétroIogies constitulionnelle et pri- 
mitive conipaiées entre elles, et 
*Tec la Métiologie d ordonnance. 
453 

EHCEPHAtO-CBANIoSCOPlE. 

Aperçu du Système craniognomique 
de Ga//, médecin à Vienne. 445 

V O I A G E. 

Voyage en Italie, par Frédéric- 
Jean-Laurent Meyer. 472 



A K 



TIQT7ITES. 



Monumens antiques inédits ou nou- 
vellement expliqués; par le C. 
Milliiu SecondeliVraisou. 483 

Variétjés,nouvei.lesetcor- 
resfonuince littéraires. 

France. 

Iiiïliiut national. — Ordre des lec- 
ture» de la séance publique du 17 
messidor an 10. i^^q 

Prix fondé par le C. Lalande. 5oo 
IVix proposés duns la séauce pu- 
blique du i5 germinal an 9. 5o2 
Piix de morale. 5o3 

Sujet de prix d'économie politique. 
Ibid. 
Prix d'éloquence. Ibid. 

Sujet du pi ix de malbémaliques. 504 
Prix de physique. 5o5 

Notice des travaux de la classe des 
sciences physiques et mathéma- 
tiques, nendant le troisième tri- 
nitsire de l'au 10 Partie ma- 
thématique, par le C. Lacroix. 

Mathématiques appliquées 4 laphv- 

.sique. i/o 

Physique expérimentale. 4i5 



Partie phyaique , par le C. Lac.â- 

pèile , secrétaire. 6 1 & 

Société philomathique. 55, 

TBÉAXB.B*. 

Le faux Porteur d'eau. 54» 

La Ressource des talens , oit !i 

Promenade aux Cliainps-Elvsée*. 

'xb,J. 

Livres biveh. s. 



Mathématiques. 

Tableaux septénaires pour jouer 
avantJgeiiSfment les extraits sur 
If s loteries de Paris, Bruxelles, 
Lyon , Stra.sbour}; , Bordeau.x , 
sur toutes les loteries jouées en- 
semble et considérées comme 
n'en formant qu'une seule. â^S 

Métrologie. 

Saggio del sysiema Metrico dclla 
Kepublica fr.ince3e col rapporto 
Jelte .sue mrsure a quelle del 
Pieraodie di Autou-M.uia f^as- 
salli-Eandi. Ibid. 

Botanique. 

Dictionnaire élémentaire de Botj 
nique, de BulUard , revu -t 
presque entièrement refondu par 

Louis-Claude Aic/iaid. ^4+ 

Ornithologie. 

L'Art d'empailler les oiseaux; par 

les ce. HénQH, Muuton i-'on- 

teniile. 54S 

Médecine. 

Mémoires pour les Fièrrej pesti- 
lentielles et insidieuses dij Le- 
vant ; par Pugnet. 547 

Hlémens d'Hygiène; p»r Ktiamw» 



CLîtotgi». 

Clin'qu* cbirOigicaV reUlive aux 
plaie» ; par le C. Lombard. 5/,9 

H A B A s. 

Instruction sur ramèlioriHlon de» 
cheTaux en France ; par le C. 
Busard. o5o 

Métaphysique. 

Du Sentimenl considiré dan» ses 
rapports arec la liilèrarure et les 
aris ; par le C. Ballanche fils. 

Commeic». 

Cinquième Cahier de la Bibliofbé- 
qtie commerciale ; par le C. Peu^ 
chet. ^■'^ 

Géographie. 

Destiiption historique et géogra- 
phique de rindostan ; par James 
Aennell. i^><^- 

Kotice de la Géographie d'Ebn- 
Haukal, traduite du peisau en 
anglois , et publiée par sir W. 
Ouaeley; par le C. Silveitre de 
Sacy. ^^^ 

Histoire. 



Discours SUT l'Histoire uniTcrselle, 
depuis Charlemagne jusqu'i nos 
Jour»; pat le C Gin. lùid. 

Histoir» littéraire. 

t>esignatU> scriptorum edUorum 
et edendorum a Christophoro 
Tkeophilo de Murr. 55; 



Aniquitci. 

Porle-rc uiile des Artistes , dr.ssiné 
par Kautier et A. Guvot. Ibid. 

Sur rtnlèveiiiem du Palladium, re- 
présenté sur les pierres j;râvée» 
antiques , dissertation archa-olo- 
gique ; par Conrad Levezoy- 
( eu allemand ). ^^S 

Biographie. 

Elofçe de Tiraboschi, traduit, i^e 
l'italien de Lombardi. K^'^ 

Grammaire. 

Qusti ains de Pibrac , traduits en rerj 
crées et latins par Florent Chrui- 
len. . . ^. ^.li>'^- 

Essai de traduction inteihnt^aire ries 
cinq langues, hollandoise, alle- 
mande, danoise, suédoise et hé- 
braïque. . ' _ 

Di.ilogucs anglois et frunçois. jt):> 

Nouvelle Grammaire alttmand* pra- 
tique; par J. J. Meidinger. Ib. 

Notions élémentaires de grammaire 
allemande -, par Simon. Ibid. 

Eloquence. 
Discours du C. Alexandre Garma- 
gnano , a l'occasion de la nouvelle 
organisation des écoles secon- 
daires dans la Tille de Turin. 564 
Beaux-Arts. 
Annales du Musée et de l'Ecole 
moderne des beaux - «ris ; par le 
C. Landon. l^id. 

Romans. 



Les cinq Aventures; par Dorât. 56$ 
Histoire d'un Perroquet, écrite sou» 

s* dictée , et publiée p»r le C. 

Chaitse. 566 



AVIS. 



Ceux qui désirent faire annoncer leuri ouvrage» 
dans quelques-uns des meilleurs journaux de 1 Alle- 
magne, pelvent en remettre un exemplair* au bureau 
de ce joarnal»