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Full text of "Mantegna, biographie critique"

LES GRANDS ARTISTES 



MANTEGNA 



LES GRANDS ArmSTKS 

COLLECTION D ' E N S E I G N E M K N T ET DE V i; LG A I< I S A T I O N 

Placée sous le haut jjatrunage 
vu 

L'ADMINISTRATION Di:S BKALX-ARTS 



Volumes parus 



Architectes des Cathédrales gothiques 

(Les), par IIkn'ki Stkin. 
Botticelli, par René Schneidkr. 
Boucher, par Gustave Kahn. 
Canaletto (Les deux), par Octave Uzanne. 
Carpaccio, par G. el L. Rosenthal. 
Carpeaux, par Léon Riotor. 
Cellini iBenvenuto), par Henri Focili.ox. 
Chardin, par Gaston Schéfer. 
Clouet (Les), par Alphonse Germain. 
Honoré Daumier, par Henry Marcel. 
Louis David, par Charles Saunier. 
Delacroix, par Maurice Tourneux. 
Délia Robbia (Les), par Jean de Fovillk. 
Diphilos et les Modeleurs de terres cuites 

grecques, par Edmond Pottier. 
Donatello, par Arsène Alexandre. 
Douris et les Peintres de vases grecs, par 

Edmond Pottier. 
Albert Diirer, par Auguste Marguillier. 
Fragonard, par Camille Mauclair. 
Gainsborough, par Gabriel Mourey. 
Jean Qoujon, par Paul Vitry. 
Gros, |iar Henry' Lemonnier. 
Hais (Frans), par André Fontainas, 
Hogarth, par François Benoit. 
Holbein, par Pierre-Gauthiez. 
Ingres, par Jules Momméja. 
Jordaëns, par Fierens-Gevaert. 
La Tour, par Maurice Tourneux. 
Léonard de Vinci, par Gabriel Séaillks. 
Claude Lorrain, par Raymond Bouyer. 



Luini, par Pierre-G.\uthiëz. 

Lysippe, par Maxime Collignon. 

Meissonier, par Léonce Bénéditk. 

Michel-Ange, par Marcel Reymond. 

J.-F. Millet, par Henry Marcel. 

Murillo, par Paul Lafond. 

Peintres (Les) de Manuscrits et la 

miniature en France, par Henri JLkrtin. 
Percier et Fontaine, p ir ;^LAURICE Fou:hé. 
Pinturicchio. par Arnold <3offin. 
Pisanello et les Médailleurs italiens, par 

Jean de Fo ville. 
Paul Potter, par F.mile Michel. 
Poussin, par Paul Desjardins. 
Praxitèle, par Georges Perrot. 
Primitifs allemands, (Le-,) par Louis Réau. 
Prud'hon, par Etienne Bricon. 
Pierre Puget, par Philippe Auquier. 
KaphaëL par Eugène Muntz. 
Rembrandt, par Emile Verhaeren. 
Ribera et Zurbaran par Paul Lafond. 
D.-Q. Rossetti et les Préraphaélites 

anglais, jiar Gabriel Mourey. 
Rousseau (Théodore), par Prosper Dorbec. 
Rubens, par Gustave Geffroy. 
Ruysdaël, par Georges Riat, 
Téniers, par Roger Peyre. 
Titien, par Maurice Hamel. 
Van Dyck, par Fierens-Gevaert. 
Les Van Eyck, par Henri Hvmans. 
Velasquez, par Élie Faure. 
Watteau, par Gabriel Séailles. 



13495-U. — CoitBEiL. Imprimerie Grété. 



u 



LES GRANDS ARTISTES 

LEUR VIE — LEUR ŒUVRE 



MANTEGNA 



PAR 

ANDRÉ BLUM 

BIOGRAPHIE CRITIQUE 

ILLUSTRÉE DE VINGT- QUATRE PLANCHES HORS TEXTE 

V 

UNiVERSITY OF TORONTO 

DEPARfMENT OF ART AND ARCHAEQ^OGY 

PARIS 

LIBRAIRIE RENOUARD 

HENRI LAURENS, ÉDITEUR 

6,RUEDETOUBNON(Vie) .^ ^ /"y i 

Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays • ' 



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AU 



Docteur Paul KRISTELLER 







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'^23 



ANTEGNA 



1. — Mantegna a Padolk. — Formation et développement 
de son esprit. 



L'étude de l'anliquilé, dont la Renaissance est devenue 
le nom sous I('(juel on désigne le siècle qualtrocentiste, 
n'avait pas été abandonnée en Italie, même au moyen âge. 
L'Eglise s'y était toujours intéressée, mais en l'accommo- 
dant à la propagation de ses dogmes et en la transformant 
en une symbolique qui la rendait méconnaissable. La tàcbe 
(jui s'imposait à la jeune génération du w" siècle était de 
rompre a\ec la Iradilion suraniKM' du moyen âge, desous- 
ti'aire 1 inili(|uil('' à l;i scolaslique, (b' bi rendre à sa jturelé 
originelle pour preinb'e consi-ience (b' son sens ^•('rilabb'. 
Il fallait la (bdendre non pas conire ll'lglise. (|ui l.ie- 
cueillail, mais contre une loi inquiète du péril autjuid 
allaient élre exposées les croyances établies, menacées par 
ce mouN'emenI iiounc.iu. l n eoui'anl d idt'cs culr.iînail les 



MANTKGNA. 

esprits vers une sorte de culte du paganisme. Les représen- 
tanls les plus illustres du génie italien, comme Danle et 
Pelrarque, travaillaient à le faire revivre et contribuèrent à 
faire Irioniplier la doctriiir apj)cl('c riuinianisnie : Gâtait 
par essence « le goût de lart anli(|u<', 1 firorl pour r(diap- 
pcr au temps où Ton vii cl se faire une àme aniicjue. » 

Si la révélation desbeaul('S de l'anticiuitt' s'accommode 
avec l'esprit national, c'est que dans les villes italiennes, 
dont plusieurs se vantaient de descendre de héros fabuleux, 
il se rencontra un public capable de la comprendre, sentant 
qu'elle ('voquait les traditions (jui avaient fait sa grandeur 
passée. Le monde savant se passionna pour elle, essaya 
de découvrir les textes perdus, de recueillir les manus- 
crits, d'étudier les monuments antiques.* Quelques col- 
lectionneurs perspicaces réunirent des inscriplions. des 
médailles, des monnaies, des débris de marbre antiques. 
Grâce àla masse des souvenirsquisubsistentencoreenltalie, 
cet enthousiasme ne conquit pas seulement les érudits, mais 
pénétra la vie populaire. Dans les chefs-d'œuvre passés 
qui renaissaient au jour, l'Italie se rétrouvait telle qu'à ses 
origines. Les hommes les plus célèbres de ce temps sont 
bibliophiles ou archéologues. Lorsqu'on demandait à 
Cyriaco d'Ancona, qui voyageait jusque dans l'Asie et 
l'Afrique afin de rapporter des inscriptions, pourquoi il se 
donnait tant de peine, il répondait : « Je ressuscite des 
morts. » 

Beaucoup, à l'exemple de d'Ancona, cherchent à faire 
revivre les monuments de l'antiquité. Elle ne semble plus 



MANTEGNA. 7 

iiialgré la forme nouvelle sous laquelle elle est restitue'e, 
incompatible avec le sentiment religieux. Elle est accueillie 
avec ses métamorphoses par l'Ég-lise et elle monte sur le 
trône pontifical. Le pape Nicolas V se plaît à restaurer des 
e'difices romains et constitue une importante bibliothèque 
(le manuscrits. Pic II s'emploie à l'accroître pour en faire 
une des plus riches du monde et se livre à l'étude des 
anciennes voies romaines. Mais c'est surtout à Florence 
et à Venise que se développe la culture artistique. Des col- 
lections d'antiquités sont formécspar des ^^■nitiens, comme 
celles du cardinal Domenico Grimani, de Marino Falieri, 
de Pietro Barbo, devenu Paul II. id dont les généalogistes 
faisaient remonter les origines aux Aiiénobarbus de Rome, 
en un temps oij les noms de baptême étaient antiques. 

A côté de Florence et Venise, Padoue devient un centre 
où afflue toutelérudilion. En 140o. la dynastie des Carrara 
a été détrônée }»ar la république de Venise, (jui a soumis 
Padoue à sa domination. Padoue constitue en quelque sorte 
son Université. Elle esl célèbre par les savants et les 
érudits (jui y donnent l'enseignement. Le Grec Manuel 
(^hrysoloras y a formé des élèves comme Gasparino 
liarzlzza (|ui. à Padoue, <'nln' liUTcl \\'22. lient une école 
pLibli(|ue. Autour de lui professent les grands pédagogues 
de 1 époque : Pieiro Paolo Veiiiciio. Secco Polentone, 
Lauro Quirini, Ugnibene da Scolii. Ermolao liarbaro, 
(luarino Guarini de VtM'one. « le maîlre.dil .l'jieas SyUius. 
de (juasiiiieiil tous ceux (|iii ;i luil re ('qKxiue se dislini:uèreiit 
dans les Iiumaiiih's » e( \ illoriiui. ur à |-"tdlie en (."{Tli, (|ni 



» MANTi:(iNA. 

cns(M!.'ii<' r('l()(jii<'nc(' à Padoiic jiis(|n à (■«> (|ii il \ iciiric fonder 
àMaiiloiic IN'Cole appelée Casa (liocosa. Si l'on s'en rapporte 
au j)an('j^yriste de Padoue, Micliel SaAonarole, trois villes 
seuleinenl peuvent se comparera Padoue: Florence, Venise 
et Rome. 

Do niènK^ (juc les vilirs du moyen àg"e étaient Hères 
de compter dans leurs églises des reliques de saints, de 
même Padoue se g-lorific de posséder les tombeaux d'An- 
ténor, de Tite-Live, de Pétrarque qui avaient entretenu 
des relations avec Giacomo Carrara, souverain de Padoue, 
du poète Mussato- et de guerriers célèbres comme Gatta- 
melata de Nai-ni dont la statue équestre se dressait sur la 
place du Santo, « semblable à un César triomphant». 

Des œuvres comme celles de Donalello, les travaux 
d'épig'rapliie, de philologie grecque et latine, les études 
d'archéologie, les découvertes de manuscrits, tout ce mou- 
vement d'enthousiasme pour la civilisation antique, toutes 
ces idées des humanistes vont déterminer des formes d'art 
nouvelles. Une de celles (jui n'-alisent le mieux l'idéal de 
beauté de ce temps est celle de Mantegna. 

Mantegna est né en 1431. On dit que la ville qui lui a 
donné le jour serait Padoue, car il signait quelques tableaux: 
Andréa Mantegna, Patavinus. On lui a attribué aussi 
comme lieu de naissance Yicence, parce que, dans un 
document extrait des archives des Frari de Venise, Man- 
tegna se déclare né à Vicence : « Per magistrum Franci- 
scum Scorzono, pictoi'em de Padua, et Andream Blasii 
Mantegna de Vicentia jjictorem. » En réalité, d'après des 




i.iuii.- Aiiri.i 

i.i; iiAi'iiMi. Il' Il I u Mdci.M. 1 i.i:(,i:\ m; m: suni .i\(:ui'Es). 

(l'iiiloui'. (\-lisr (li's Iji'iiiilaiii.) 



MAiNTEGNA- H 

documents publies par Yillorio Lazzarini, il serait né à 
Isola di Sopra ou Isola di Cartura, sur le territoire de 
Vicencf. Mais l'Ile faisant partie de la commune de Piaz- 
zola et étant limitée par la rivière Celeson pouvait être 
considérée comme une dépendance de Padoue. 

D'après le témoignage de Yasari, il élait « umilissima 
stirpe», mais un document notarié désigne son père Biaise 
comme « honorable etmesser », ce quidétruit cette assertion. 
Il est le fds adoptif de Squarcione qui, en 1441,1e fitinscrire 
dans l'association de la Fraglia de pittori e coffanari iloiit 
les statuts ont été publiés par le docteur (lave. Le jeune 
Mantegna, âgé de dix ans, est ainsi nommé» Andréa fiuolo 
de M. Francesco Squarcione depentore». L'étude de l'in- 
tluence exercée par Squarcione sur Mantegna est une ques- 
tion des plus obscures, mais il serait intéressantde l'élucider 
pour comprendre le développement (Ui lab'nt de .Manlegna. 
Dans quelle mesure l'a-t-il subie? 

La personualili' ib' Squarcione est peu connue. On ne 
sait guère sur hii (jue ce qu'en a écrit A'asari cl Ion ne 
possède pas d aulres renseignements que ceux ijui ont été 
indiqu('s par Selvatico et plus tard par Lazzarini. Squar- 
cione devait être n(' en L'V.14. ('/est en 1 1. Il) qu'il est men- 
tioniK' comme jx'inti'e pour hi jireinicre l'ois. Lazzarini le 
considère connue un des inaitres (|ui on! b' phis contribut' 
à former l'fMkication (b's artistes (bi quallroccnto. ( )n 
croyait jusqu'à ces deinièrcs aum'cs (|ue S(|uai'ci(nie 
n'était (|u un cbef d'atebCr n'exei'cant (|u une l'nilib' action 
sur des édùNcs, mais les documents n'-cennnent pui»li('s 



12 MANTKONA- 

par Lazzaciiii jx-niiclltMil d ('(iiMir (jtic son iiilluciicc s'est 
l"ai( sentir sur loiilr lécole de Padoiie. 

L'atelier de S(juarcione était très fréquenté. On y venait 
de toutes les villes d'Italie. Buono vint de Ferrare, Ansuino 
de Forli, Marco Zoppo de Bologne. Parmi ses élèves, les 
uns devaient ex('cuter des travaux pour le maître et étaient 
nourris et habillés, d'autres venaient pour recevoir une 
instruction artistique. Squarcione promettait de leur ensei- 
gner « bene et lideliter » et « monstrare designos », en un 
mot, de leur faire connaître la peinture « secundum quod 
facere debent magistri discipulis suis ». Ce que Squar- 
cione a pu en particulier apprendre à Mantegna, c'est 
l'art de suspendre, dans la partie supérieure ou inférieure 
de ses tableaux de Madones, ces guirlandes de Heurs 
et de fruits qu'affectionnaient les miniaturistes. Mais 
l'élève voulut si bien se dégager de l'enseignement 
de son professeur qu'en 1 ' .^.5 il se présenta à Venise, 
comme on le sait d'après un document conservé aux 
archives de cette ville, devant la Cour des Quarante, pour 
demander l'annulation du contrat conclu auparavant avec 
Squarcione. Il l'obtint en invoquant à l'appui de sa 
réclamation le fait qu'il était mineur au monu-nt de son 
engagement. 

Cette tentative du jeune Mantegna, pour cesser toute 
collaboration avec son maître, indique bien le désir qu'il 
avait d'échapper à son influence. On a dit que Squarcione 
avait appris à Mantegna l'étude de l'antiquité, on prétend 
qu'il possédait une intéressante collection d'antiques et de 




SAINT JACUUKS M A «CHANT A t S ( P I' 1 n |: 

(Padou.', rglise des Eromitaiii.) 



liolu' Aliiiiiii. 



MANTEGNA. 15 

moulages lie statues gix'cques et qu'il enseignait à ses élèves 
à dessiner d'après ces modèles. Mais du fait que Squar- 
cione a contribué à leur faire connprendre la beauté des 
chefs-d'œuvre classiques, on ne peut conclure qu'il soit le 
seul à avoir découvert l'esprit trop longtemps caché de 
l'antiquité. A Padoue, les monuments, les conversations 
des humanistes et des anti({uaires, tout l'enseig^nait, mais 
surtout Donatello. 11 était venu à Padoue en 1444, et 
avait exécuté au Santo une série de bas-reliefs (jui 
racontaient les épisodes de la vie du pi'otocteur de la 
ville. 

Le talent de Mantegna fut déterminé par les eti'ets de 
modelé de Donatello cjui lui lit comprendre l'éloquence de 
la statuaire, il pensa, dit Yasari, (|ue les muscles, les 
veines, les nei'fs sont mieux in(li(|ii('s sur le marbre (jue 
sui' le vif. Tandis qu'autour de lui on se bornait à copier le 
style anticjue, Mantegna saperyut que le sentimeni de lan- 
ti(}ue, tel qu'il apparaissait dans les œuvres de Donatello, 
consistait surtout dans l'étude de la nature. De là vint son 
(b'sir de chercher à coiislruire les iormes ^■ivantes en 
s'ins|)ii'aiil des bas-i'(diefs aiili(Hi('s. C/esl ce (jui e\ph(|ue 
({ue le contour de ses lignes [)r<'senle une cei'laine durelt" de 
modidé. Mais cette énergiedes traits répond à sa [)réoccupa- 
(ion dCxprimei' la vie inléi'ieiire d'nn èli'e. Son elfori lui de 
rendre les éniolions (|iii agildil I iniie cl Ac les rendre 
visibles, même loi'S(|ii'<dles se caidirnl. Il pdssèdr une 
aptilude singulière à \"()ir le ('('ih- doidoiireux de ces 
conllils (il lors(|u'il li'aduil les cllels delà |iassion. il i-éus- 



ir, .\IANTK(iNA. 

sil ;i tMi'c [)aliit''li(jii('. sans avoii' Ix'soiii il usit de iikhinc- 

iiiciils violents. 

Cet essai de sul)slitiici" le calme au iintiiNcniiMil lui 
enipi'iinle à la pcinlure vénilicnnc Mais ce ddiit il 
lui est plus rcdcvahlc, c'est d'axoir complète sa science 
des lornics par 1 arl de la couleur. L'école vénitienne 
a pour ol)j('t principal de faire œuvre tlécorative et dès ses 
orig-ines, chez Gentile da Fahiiano, chez Pisanello, chez 
Anionio Yiviirini. l'c'dude de la couleur la préoccupe plus 
(|ue C(dle de la foi'me. Mantegna, en rompant avec l'ensei- 
gnement de Squarcione, prit pour modèles les Vénitiens. 
En 14o0 il entretient des relations avec Jacopo Bellini,venu 
à Padoue en 1444, et qui y travaille depuis cette date. En 
14o4 Mantegna épouse sa fille Nicolosia. Le talent de 
Mantegna s'apparentait à celui des Bellini. Ce mai'iagc 
irrita Squarcione qui les détestait et il ne pardonna pas à 
son ancien élève un hymen qui l'unissait à ses ennemis. 

Jacopo Bellini, qui fut l'élève de Gentile da Fahriano, 
avait fait ses études à Florence. Ce style llorentin, Man- 
tegna avait appris à le connaître dans les fresques de 
Giotto, dans la Capella de l'Arena, dans les fresques de 
Filippo Lippi, dans la Capella del Podesta et dans les 
études de perspective de Paolo Uccello. Jacopo Bellini 
continua à lui en indiquer des principes qui provoquèrent 
une évolution dans le talent de son élève. On pourrait 
citer bien des rapprochements de Mantegna et des Bellini. 
Dans la Crucifixion du Louvre, on voit un groupe de 
femmes que rappelle un autre semblable emprunté au 




i;x KC.UTin N itr. SAiNi .lAcyi i;s. 

(l'aduiii', T'élise ilc,> l''.rriiiilani . ) 



MANTEGNA. 10 

livre d'esquisses de Bellini, du Louvre. On peut aussi com- 
parer les rois mages du Triptyque de Mantegna à Florence 
et de l'Adora tion des rois de Bellini, dans le même 
livre d'esquisses. Telle est l'intluence des Bellini jointe à 
celle de Donatello qu'a subie Mantegna. Mais celle qu'aurait 
exerce'e Squarcione est plus difficile à constater. 

II. — Les Fresoues des Eremitaxi. 

Pai'uii les travaux commandes à Squarcione aux(}uels 
collabora Mantegna, le plus considérable fut la (b''coi"ation 
de l'église des Eremilani. Par un testament du 5 janvier 
1443, Antonio Ovetari avait légué à Jacopo Leone une cba- 
pelle qu'il possédait dans l'église des frères Eremitani à 
Padoue et "(M) ducats d'oi' pour (luelle fût di-corée « pulcbre 
et condecenter » des histoires de la vie de saint .laccjues 
et de saint Christophe. Il résulte d'un document de li4G 
que la commande n'avait pas encore, à cette date, reiju un 
commencement d'exécution. Les fresques de la b'gende de 
saint Jac(jues sont pres(jue terminées à la fin de 1432. 

La chapelle s(^ compose diin (juaihihilèi'e supportani une 
voûte d'aréle et lernnni' par une abside (|u"('cl;iire une fe- 
nêtre ronde et quatre fenêtres sur les parois. Les peintures 
de la voûte et de l'abside sont les nmins im])ortantes. La 
voûte est ornée de (piaire Iriangles rej)r('seMlanl h's figures 
des évang('lisles (hiiis (b's cadres londs foriiK-s de guir- 
landes et de gi'ou[>es de ti'ois ('(xpiillages. alliibul (hi suint 
au(|U(d ht (diap(dh' esl (b'slint'c. L ;ibsi(h' esl dt-cort'e (b- 



20 MANTEGNA. 

(|iialre inrdaillons ronds consaiM'és aux Pères de ri'^glise, 
vus jusqu'à mi-corps, cl de cinq panneaux Irianfzulaires 
ropresenlanl, les apôLrcs saini l*ien-e et saint, Paul. Dieu 
le Père et les deux saints aiixijuels est vouée la chapelle. 
Les histoires de la vie des deux sainis sont disliibuées 
deux par deux en ti'ois étages sui' les pai'ois Jaléi'alcs. Sur 
le inuf, à gauche, ce sont les l'rescjues de la vie de saint 
Jacques. Celles de droite sont celles de la légende de saint 
Christophe. Elles sont reliées entre (dles par des cadres 
d'architecture feinte où se succèdent des guirlandes faites 
de fruits et de feuilles et des génies ailés ou putli. 

Quelle est la part de Manlegna dans la composition de ces 
fresques des Ereuiitani ?11 est bien difTicile de la déterminer, 
d'autant plus que le témoignage de ses contemporains ne 
jette aucune lumière sur cette question obscure. Pour cer- 
taines fresques, il n'y a pas de doute possible au sujet de 
leur attribution, car elles poi'tent des signatures. Telles 
sont les (juatre fresques de la vie de saint Christophe qui 
sont signées de Bono da Feri'ara et d'Ansuino da Forlî. 
Sur la muraille, en face, deux des fresques de la vie de 
saint Jacques ont dû avoir été peintes par Niccolo Pizzolo, 
qui paraît être aussi l'auteur des ligures des Pères de 
l'Église, des saints, des apôtres et du Père Eternel. Comme 
œuvres exécutées par Mantegna,on ne peut guère lui attri- 
buer avec certitude que six compartiments, quatre à 
gauche, les deux étages (en haut Baptême d'Nerûwgè?ie: 
Saint Jacques devant l'empercu7\ et, en bas, Saint Jacques 
marchant au supplice : le Martyre de saint Jacques) ; et deux 




II. lu- Allll.ll'l 



M Ail TV m; m. saint en ius i opii k 

il',iilunc,r'''lis(' (lus lù-iMiiilani.) 



MANÏEGNA. 2?, 

à droite (Martyre de .saint Christophe : Enlèvement de son 
corps). 

Mais ce n'est pas à ces six peintures que se limite la 
collaboration de Mantegna, En réalite, on est porté à croire 
qu'il a dû être le directeur do tout ce travail de décoration, 
car si les fresques ne sont pas de la même main, elles pro- 
cèdent bien dune idée commune qui leur donne leur 
caractère d'unité. Le plan suivant lequel elles ont été 
exécutées est fondé sur un svstème décoratif tout à fait 
nouveau pour l'époque. Mantegna se dit (ju'elles sont des- 
tinées avant tout à pouvoir être vues en un point quel- 
conque par le spectateur, qu'il faut rendre la perspective 
en tenant compte de la place c|uelle quelle soit qu'il occupe 
pour les reg-arder. Sa préoccupation est de faire apparaître 
les représentalions comme des événements réels, il veut 
sur une surface plane exprimer les saillies que présentent 
les êtres et les cboses et il se sert des effets de la sculpture 
pour parvenir à cette imitation de la réalité. L'ensemble 
des motifs décoratifs présente un groupement de combinai-, 
sons g-éouK-tiMcjnes se (lévelo])|)ant sui\ant un plan ioiiiiiue. 
Son but est de rt'iissir par ses proci'dt's de tronqu'-l'ieil à 
donner au spectateur Tillusion de voiries figurations dans 
l'espace, en debors des limites des nuirs de la cbapelle. 

Ces principes de décoration apparaissent très nettement 
dans les quatre fresques de l'bistoire de saint Jacques que 
l'on reconnaît connue l'ceuvre de Mantegna. I^Ues re{»ré- 
sentent les (pialre épisotb's sni\ants : dans le premier, le 
saint ba[>tise un converti (jui à genoux reeoit 1 eau haplis- 



24 MANTEGNA. 

inalcidans le douxicunc, il coiriparaft oiiloui"»^ de soldais 
dcvaiil le fM.iijisiiJil (|iii va le coiidaniiKT: dans le ti'oisième, 
il iiiarclic au su|)|dic<' ol s'arriMc un iiislaiil |)()iii' l)('iiii' un 
avcuj^K". fja dciiiiri'o sconc nioiilic au milieu d'un pay- 
sage ia dc'coIJalion ùw rnarivr. Il csL «'dendu le xcnlrc sur 
la terre, laudis (|uc le hourreau lève une hache qui va dé- 
laclier la tète du tronc. Le Bapieme d' Ilermogène {ii Saint 
.lacf/ues devant l'empereur ?,or\[ deux peintures symétrique- 
ment dispos('es de manière à pouvoir être vues d'un même 
endroit. La composition dénote une connaissance très 
approfondie de la perspective. Dans le Baptême dllermn- 
r/ène^cesl bien la tète d'Hermogène qui est au premier plan, 
tandis que l'échoppe du potier est rejetée dans le fond, La 
composition de Sai7it Jacques devant l' empereur est 
moins bien réussie, car l'attention est attirée aussi bien par 
l'arc de triomphe du fond que par les ligures du premier 
plan. L'aspect de saint Jac({ues et du proconsul assis est 
un peu masqué par le licteur de g-auche et le g'uerrier 
s'appuyant sur sa lance. Quant aux deux fresques de la vie 
de saint Christophe, le Marlijre de saint Christophe et la 
Translation du corps de saint Christophe, la préoccupation 
du système architectonique apparaît dans la présence d'un 
pilier peint qui les sépare et dans la représentation d'un 
même fond qui leur est commun et qui est formé d'un palais 
style renaissance orné de bas-reliefs et entouré d'une vig"ne 
grimpante. On sent (jue Mantegna a étudié la perspective, 
peut-être chez L('on Alberti qui l'avait formulée dans 
son traité sur la peinture de 143.5, mais plus certaine- 





iA\r\v Alill 
SA INT OKdlU.r.S. 

(Vcni-c, Arail('iiii(\ ) 



S A 1 M S I : It A s 1 I i: N . 
(Miist'-c (lu Louvre.) 



MANTEGNA. i?/ 

ment ciiez Paolo Uccollo qui lui enseigna à l'appliquer. 
S'il possède des notions techniques très développées, 
il n'est pas, comme on le lui a reproché, un doctrinaire; 
loin d'en faire parade, il s'efforce de les dissimuler, pour ex- 
piimer {)his complèlemeni son émotion Ainsi dans le 
Martyre de ^aint Christophe, i^Wa se manifeste par les gestes 
effrayés des soldats (jui se détournent du spectacle des 
archers visant un saint gigantesque, tandis (|u'une flèche 
est allée frapper un des juges dehout à sa fenêtre. Sa ma- 
nière ne rappelle pas celle des vieux maîtres de lancienne 
Padoue. Aux images svmholiques il préfère des compositions 
souvent pleines de réalisme où le fini du détail n'exclut 
pas le caractère dramatique de l'ensemble. La fresque 5r/m/ 
Jacques marchant au supplice présente à cet égard une im- 
portance capitale. C'est surtout dans ce morceau que l'on 
sent combien le talent de Mantegna rappelle celui de 
Donatello. A gauche est la scène prin(i[)ale ; saint -hu-ques 
guérit un paralyliqne qui s'agenouille devant lui. u 
guerrier le regarde, saisi d'étonnemenl. A droite, un soldat 
de son bâton repousse énergiquemeni un porte-étendard. 
U y a, dans ce mouvement bi(Mi obserxé des soldais, une 
étude rt'aliste (pii ('■vtKjue la manière de Donalello. I^e 
jeune soldat qui s ap[)uie sui" son bouclier est iniilt' du >V///// 
Georges de Donatello. Bien plus. l'es(juisse de ce morceau, 
le dessin appartenant à l'Iionorable A. E. Galhorne-Hardy. 
à Londres, a même été pendant ti'ès longtemps attribuée 
à Donatello. Par son étude du i(diel", Mantegna est l'ideM' 
du sculpteur lloicnlin. 



28 I\lANTE(iNA. 

('.omiiic son iiiiiîhc, il est priirlit- (raiiiour pour I ait 
anlique, (jnil clitTclic à l'aire revivi'c t-n le rcsliluant avec 
la passion dun follcrlionnour. Elle se manifeste par la 
pr('cision avec hujuelie il leprésento les accessoires. Dans 
le HaplêtiK' d' Jfcnnof/rnc^ ce sont les amphores [)lacées dans 
l'échoppe (lu potier (Ici'rièie les piliers d'une galerie ro- 
nuiine; dans le tahleau Saint Jacques devant [empereur, 
c est le tribunal de poi'phyre où siège César. Ce sont 
aussi tous les détails des fresques des Eremitani: les cos- 
tumes, les armures, les houcliers des soldats, les colonnes, 
les bas-reliefs, les motifs d'architecture, les inscriptions 
copiées d'api'ès les monuments qu'il avait sous les yeux, 
évoquant ainsi, avec un sens merveilleux d'archéologie, 
la vision de la Rome antique. 

Mais en môme temps que son art visait à une sorte de 
résurrection du passé, il reste très approprié à l'époque 
qualtrocentiste. Mantegna demeure l'homme de son 
temps, peignant les personnages qui l'entouraient, vêtus 
à la mode du xv^ siècle, comme dans les fresques de saint 
Christophe oi^i il délaissa l'archaïsme des costumes pour 
ne demander conseil qu'à la vérité moderne. Suivant 
Yasari, il aurait cédé aussi à l'usage toscan d'introduire 
des portrails comme celui de son maître et de quelques-uns 
des plus notoires contemporains : Pallas Strozzi, Girolamo, 
Valle et BonifacioFrigimelica. Ses physionomies montrent 
qu'il a étudié la nature vivante et ne présentent pas cette 
raideur de pierre que S(juarcione critiquait dans les 
fresques de saint Jaccjues. 




(Tiilileiui ((Mili-al 






(ViM-mic, San 



Zrun I 



MANTEGNA. 



III. — Les op:uvres de dkbit. 



Ce qui caractérise le progrès dans le développement de 
la vie de Mantegna, c'est le passage d'une interprétation 
réaliste de la nature à une technique plus idéaliste. Bien 
qu'il soit arrivé presque d'emblée à la pleine possession de 
son talent, on sent toutefois que ses œuvres de dt'but n'ont 
pas le caractère idéalisé de ses travaux postérieurs. L'émo- 
tion dramatique qu'elles expriment n'est pas très contenue 
dans ses premiers travaux. Ce n'est que dans les produc- 
tions plus tardives quelle paraît atténuée et adoucie. 

Beaucoup d'entre elles ont été perdues et quclcjucs-unes 
sont d'une atti'ibution douteuse. Parmi les plus anciennes, 
Yasari sig'nale un retable pour l'a ut ci do Santa Sofia de 
Padoue, (jui aurait été signé et daté de 1448; comme en 
fait foi l'inscription conservée par Scardeone dans son 
livre sur les anti(|iiités de Padoue : « Andréas Mantinea 
Patavinus an... scpicm et decem natus sua niaïui pinxil 
1448. » 

En n'alité, les œuvres de Manteg'na, exécutées dans ses 
débuts, de 1448 à 1455, ne sont pas, à part les tVesfjues de 
rég"lise des Eremitani, très nombreuses. Parmi Icstabicaux 
regardés avec cerliludc connue de la main de Maiilci^na »■! 
composés pendant cette première [K'ridtb'. il laul cilrr la 
Madone avec fEnfanl du musée A(\ jierlin. et la Madone 
avec r enfant de Mi' Butler \\ Londres (ludn doil raïqirocliei' 



32 iMANTKiJNA. 

d'une aulrc Madone de la galerie de Berlin, de Giov^anni 
liellini. Un aulr(> lahleau qui [)r«'.senle des analogies avec 
une loile de lîellini le père esl la Madone avec C Enfant 
dormaîil, de la collcclion de M. James Simon. Conuncles 
œuvi'es de jeunesse de Mantegna, elle est tiiiitée dans un 
style assez réaliste qui donne à la Madone les traits d'une 
mère tenant un enfant endormi et non pas l'air d'une sainte 
consciente de porter le Sauveur. Certains tableaux de d('djut 
commencent déjà à montrer la Madone sous un aspect 
doucereux, comme la Madone avec l enfant du musée de 
Bergame et la Madone avec l'enfant du musée Poldi-Pezzoli 
à Milan, mais les formes et l'expression indiquent l'obser- 
vation très exacte de la nature, qui caractérise ses premières 
œuvres. Quelque temps auparavant, vers 1452, fut exécutée 
la peinture de la basilique de Saint-Antoine, à Padoue, 
représentant saint Antoine et saint Bernard agenouillés 
et tenant une couronne avec le chifTre du Cbrist. 

Vers la même date, le 10 août 14.53, les bénédictins de 
l'église Sainte-Justine, à Padoue, lui commandèrentla déco- 
ration d'une chapelle dédiée à saint Luc qui lui fut payée le 
18 novembre 14.j4. Ce maître-autel de Saint-Luc, aujour- 
d'hui à Milan au musée Brera, est divisé en douze compar- 
timents disposés en deux étages. Au premier étage, au 
centre, est représenté saint Luc assis et écrivant. 11 est 
plus grand que les autres saints qui occupent à droite et 
à gauchie les compartiments : sainte Scholastique, saint 
Benoît, saint Prosdocime, sainte Justine. Au deuxième 
étage, au milieu de quatre autres saints, apparaît le 



MANTEGNA. :io 

Christ émerg-eant du tombeau, ontoun- de la Yierg-e qui 
pleure et de saint Jean. Chaque personnage est place dans 
une sorte de niche surmontée de l'arc d'une og-ive, ce 
qui montre (|ue Mantegna suhit encore l'iiiduence des 
formes gothiques donl il ne réussit pas. connue il le cher- 
clie. à s'émanciper. Il évoque le souvenir du polyptvque 
de Giovanni et Antonio Yivarini, et ce rapprochement s'ex- 
plique si Ton étudie les rapports de Manteg-na avec cette 
école. 

A la même année (jue le maître-autel, apparlicnl. 
vers 14o4, la Sainte Euphnnie du musée de Xaph's qui est 
une des plus anciennes toiles de Mantegna portant une 
date. Elle est sig^née : OPUS ANDRE.E MANTECtN.E, 
MCCCCLIIII, date qui serait assez vraisemblable malgré la 
théorie de Morelli qui la croit postérieure. La sainte Eu- 
phémie se lient sous une niche (htnllc h.iulcsl foi-mé d un 
demi-cercle avec des guirlandes de fruits. Cette fenniH' 
(hd)()ul exprime, malgré le poignai'd plac»' sur son C(eur. 
I;i jilaslKjue <hi repos. J'^Ue lien! d'une main un Ivs. (h' 
1 autre une jtahne. A ri'ilé' tl'ehe est un bon. symbole 
(b' son martyre. (iOnnne (buis ses œuxres (b' (b'but. Abin- 
legna es! moins pr(''()ccupt'' de traduire ini senliuu'nt (|ue 
(b' ren(b'e bi lormedu corps. Eue nMixre de celle nu'ine 
jxTioib'. b' Saint. Srbasiien, découverte dans léglise de 
Ndire-Dame à Aiguepeise par Maniz j)i"ovenanl de Cilbert 
(b' lîom'bon et de Claire (b' (lon/.ague. siein' (b' bianeois 
('i(Uizague, el a(dielé r('cenuuenl |iar b' nmst'e (hi Loiixre a 
(''té compai'é'e avec l'aison axcc bi Saiiitr Eu iiltruiif. 



:;'■. AlANTETiNA. 

Le Sflliil S/'/^'/s/ir/i (r.\i^ll('|»cl'Sf l'cpr'rsrillc le III H'Ivr' 
nii, ;il lacln'- parles jiicds cl les hras ii iiiic (•(jloiiiic caii- 
iicN'c, uiK' (Irapciic izi'isc aiiloiir du (orse, A (Ifoitc. au 
piciiiicr plan. a|ij)tiraissciil ilciix pri-s(iiiiia^L'.s \us îi mi- 
corps, l/iiii csl un aiclicrîi !a iniiic Irrorc (|ui lient eiicoro 
(|uei(|iics llèclies h la main. L'autre esl un spectateur 
xcmi pai' ciiriositiî assister au supplice du saint. A gauche, 
des d{'I)ris anti(|ues. une bi-anciie de feLiillag'e vert et des 
i-o(diers. Dans le fond, x'ci's la droite, on aperçoit un ('ditice 
hàti à ranti(jue et(l<'\;int liMjuid sont rassemblés des cava- 
liers et des marchands. Des rayons de lumière lomhenl 
SU!' le corps du supplicii' et ('clairent ses formes. On est 
frappé de l'attitude de ce corps immobile, en même temps 
que de l'expression extasiée tieson visage, malgi'é les flèches 
dont il est percé. Manlei^na, en exécutant plus lird deux 
auties répliijues du même sujet, sera préoccupé de donner 
au coi'ps une plus grande liberté de mouvement. Dans 
le Saint Sébastien de la galerie de Vienne, le martyr est 
debout, nu, les mains attachées derrière le dos, contre 
une colonne encastrée entre deux pilastres. Au second 
plan, un buste et un fragment de bas-relief antif|ues. 
Au fond, h l'horizon, une route montante, un rocher 
abrupt et une colline, di'cor ati'ectionné par Mantegna. 
Dans ce tableau, le saint parait raidir son corps vigou- 
reux contre la souffrance causée par des Mèches et relever 
un peu la tète. Le torse ne présente pas un aspect aussi 
calme que celui du Saint Séhastien d'Aigueperse. L'ex- 
pi'ession est plus douloureuse. Mais le martyr conserve 



MANTEGNA. ^ÎT 

un caractère de jeunesse et de grâce pai'liculicr à ces 
ligures de lu-ros nivtliologiques de celle jx'riodf. (Vesl 
seulement dans un Iroisiènie Saint Sébastien, trouv»' aprrs 
la inorl de Manlegna dans son aUdier. et qui avail elr 
destine au cardinal Sigisniond de (lonzague et passa au 
cardinal l'idro Heinho. [)uis à la fainillr Scai'pa <à la Motta, 
puis au baron Franchetti, que se trouve exprimée avec 
énergie la lutte de la volonté humaine contre la souf- 
france physique. Dans celle composition, le marl\ r nesl 
plus attacht^ à une colonne, mais a lair de marcher, les 
cheveux épars, la draperie (jui recouvi'C son lor-se lui 
flollani au vent. A ses pieds un cierge s'éleinl e( porte 
celle inscription : Nihil /lisi divinum est stabilc^ cfetera 
famiis. Ce qui frappe dans ce Saint Sébastien, c'est la 
représentation d'un tilan puissant et lerrihle, qui. hiessi' 
morltdlemenl. affirme sa l'oi'ce de i'<''sislance conire une 
douleui' corportdie. mais ce n'est plus la douceur du l.ihleau 
d'Aigueperse. 

IV. — MANTi;(iN'.v A \ ICMONK : i.K, •niii>rv(,)i I". m: San Zi.no. 

Paruu les (eu\res de (h'hui de .Manle^n;i. eu I i 'i '( . il 
fiiul sigii;iler la l'irseitldlinn au Icniplr. du umsi'c de jîer- 
Ini où le grand pi'èlre reçoit de l,i \ UMge le liinuhiu em- 
maillolé el \ Adoration drs nmije^, de ladx A^llllurlou ;i 
Londres. Mais d'aulres I r;i\au\ |»lus luiporliinis lui eliiieui 
réservés. l*]n I '(..">7. le uiar(|uis Loins II! de (iou/;igue. 
désii'aii le l'aire Ncnir à IVlanloue pour lui conlier un Iraxiiil 



:!'S MANTECNA. 

(■oiisiVN'riihlc (le (I('((»r;ili()ii. Manle^iia devait rclarder son 
(k'|);u-| |)(tur Maiiluuc, car il venait de recevoir- de (Irefiorio 
Coi-fci', ('lè\(' de VittoriiM» d.i Feltrc, la coiiimiiiKle dune 
peiiiliiie |)((iir laiilcl de l'i'glise Saii ZeiK), à Vérone. Le 
relahle a él(' peiiil <le I l'iT à \i'-\\). car (lej)uis le ."i janvier 
I \'M jiis(|iren le\ riei' I i.")(l, (rois leltres du marquis de 
Manloue ontéU; puhlif'cs, dans Ies(|uelles il s'infoiMiie si le 
iclable est lernnné. 

Il seconipose (le six coniparlinienls, un li'i[)ty(iue et trois 
predelles, el lui Iransportéà Paris, en 1707, puis, après le 
Iraih'' de \ ieniie, retourna à Vc'rone, sans les predelles qui 
sont restées en France; deux sont conservées au musée de 
Tours et l'une au musée du Louvre. Le tableau central de 
la partie supérieure, aujourd'hui à Vérone, représente la 
Madone assise sur un tnnie, entourée à ses pieds d'anges 
qui clianteid en s'accompagnantd'instrumcnts demusi({UO. 
Le trône est placé entre deux pilastres rectangulaires 
ornés de médaillons représentant le centaure Chiron et 
Neptune domptant un cheval. Au-dessus de la Madone, est 
une lampe soutenue par desg-uirlandesde fleurs etde fruits. 
Klle tient dans sa main droite l'enfant Jésus debout, qui 
incline la tête à droite connue pour écouter les anges. La 
ligure de la Viei'ge et de l'enfant ainsi que les bas-reliefs 
elles médaillons qui ornent le trône rappellent Donatello, 
tandis que dans la partie supérieure, la lampe et la guirlande 
de fruits et dans le bas, le tapis d'Orient évoquent plutôt 
la manière des nnniaturistcs. 

Le volet droit du panneau central représente saint Jean- 



MANTEGiNA. 39 

Haptistc à la ))Lii.ssanle stature qui se tient à l'écart, saisis- 
sant un livre (juil lit attentivement. Près de lui est placé 
un évéc|ue vers lequel se toui'ne saini Laurent. Dans le 
fond, saint Benoit teuillelle un livre. Dans le volet do 
gauche, saint Paul s'entretient avec saint Pierre, saint Jean 
rÉvang-élisIe lixe les yeux sur un li\'re, ouvert devant lui, 
d'un air rêveur. Dans le fond, un évèque tient un volume 
sous son bras. Un constate dans ces deux volets le progrès 
accompli par Alanlegna depuis Texi-cution des fresques des 
Eremitani dont ils }»rocèdent. Ils trahissent encoi'e une 
certaine lourdeur de mouvement, mais dénotent un plus 
grand souci de donner aux personnages une indivi<lualil(' 
propre. 

Quant aux trois prédelles, hi plus imporlante est ccdle 
(Ui milieu, la Cnniflilon. aujoui'dhui conservée au musc'C 
du Louxrc. L'enseudjle de celle composition est d un 
puissant (dfel dramaliijut' cl d'uu ri'ah'suie Iragiquc. Tous les 
détails conti'iiuicnt à (h)mu'r l'impression d une lutte dou- 
loureuse contre la nuu i. La figure nol)le du C.hrisl se iviidit 
con\ ulsixement contre les souffrances. Iristenu'nt pen(di(''e 
sur r(''j»aule. les hras paraissent connue sorlii' de leurs 
ai'liculalions. les |»ieds nieuiiris par le (dou (|ui lésa trans- 
percés. Toute la lumière est concent l'ee sur le cor|»s du ( '.hrisl, 
tandis (jue les deux larrons en croix \\ droite et à gaucdie 
sont vus de CÔti' et (pu' les groupes de feumies et île soldats 
sont laissf's dans l'inubre. Ouehpies-inis jouenl aux des 
pendant (pie leiii-s (ditd's les regardent ou se tournent \ers 
les supplicH'S. 



40 MANTKr.NA. 

L;i [(ir-ilcllc lie (lioilr rsl l;i Hr^iirrcctioii (lu C/irixI. P;ii- 
mi ciel clair ri Iiiiiiiimmix , It- loiilhcau se soiilrxc cl le 
ClifisI (li'lxiiil a[t[)arail aii\ soldais, ciiloiiri' fl une coiiroiiiH' 
l'aile (le l'a\()ns <ii' luiiiiric. d Un corlr^c de clirnihilis. 
Los soldais soiil illiiiiiiiit''s |»ar ccllf appai^ilion. On coinjtarr 
souveiil celle lii'snncctioii \\ celle de Piero dtdia |-'i'ancesca 
à Boryo Sar. Sepolcio. A j^auche, la pj-édidle l'epré- 
senlo le JMunt des O/irir/s. Les premières lueurs du jour 
counnenceiil à éclairei- les collines de la ville, dessinant 
déjà les ai'bres à l'horizon. Au second jdan, les soldais 
conduits par.Iiidas. I^e Christ parait recevoir des rayons 
(l'une lumière surnaturelU' dill'érente de ceux du soleil 
levant. Les apôtres dorment à droite. L'un a la bouche 
ouverte, l'autre est même représente dans une attitude 
d'un réalisme un peu comicjue (|ui indiijue de la part de 
l'auteur lui sens exact d'observation. 

Le succès du maiire-autel de Vérone a dû être très 
considéra!)le h rt'po(|ue de Manlegna, car non seulement 
le sujet fut copié par Francesco Bennglio dans sa peinture 
de saint lîernard à ^'érone. mais un amateur connue 
(îiocomo Anionio Mai'cello faisait exécuter une répli(jue 
du MoiK des 0,'iricrs. La composition du mont des Oliviej's 
de la National Gallery de Londres provenant de lordNortli- 
brock présente quelques diti'érences avec celle de la pré- 
delle de Tours. Toute la lumière est concentrée sur un 
groupe d'anges, tandis (|ue la ligure du Christ reste dans 
l'ombre. H est curieux de rapprocher la réplique de la 
National Callerv et le tableau du iVorit des Oliviers de 




f — 



M A NT KG N A. 43 

Giovanni Bellini, également à la National Gallcry. Les deux 
artistes paraissent avoir voulu tous deux imiter un dessin 
conservé à Londres dans le livre d'esquisses de Jacopo 
Bellini, le maflî'e de ses iils et de Mantegna. 

De la mt''nie l'poquo que le triptvque de A'erone date 
le portrait du cai-dinal Lodovico Mezzarota du Musée 
royal de Berlin, (le qui a permis d'identider 1(^ tableau en 
question avec le portrait de ce personnage, c'est une com- 
paraison avec une médaille gravée qui le représente. Les 
traits du cai'dinal sont les mêmes. Le tableau est dniHeurs 
connu par une reproduclion gravée (|ni ilhisirait l'ouvrage 
(le Tomasinus, Elogia vironim i/instrinm, l^alavii, 1G30. 
Sa pbysionomie, qui est très expressive el[)leine dénergie. 
correspondait au type du Romain l(d que Mantegna sou- 
baitait de b' trouver. C/t'Iail à la l'ois un bumaniste el un 
bomme d'aclidii. Il lui daltord uK'decin du pa|M' lùigène l\'. 
se signala pai' ses «'xploils nulilaires dans les condjals des 
troupes pontificales contre l"'rançois St'orza, fut évè(|ue de 
Florence, de Bologne, puis cardinal. Dans la repi-ésenlation 
du cardinal Mezzarota les (|ualil«''s de porirailisle (|ue com- 
mençaient (b'jà à r('\('lei' cerlaiiis morceaux des IVesipics 
des Jl]remilani apparaissent ici axce plus de iwlleh'-. 

On y remarcjue celle science d'exprimer a\'ec pri'cision 
tous les ib'Iails dune pli\ sionomie. en sciulani probtn- 
dément tous les trails susce[)lildes de Iraduire ce (|u'elle 
a de j)ersonn(d et c(> (pn conslilue son indix idualitc. ('elle 
tendance se renconire dans des [lorliails uu)iiis inipor- 
lants. connue c(dui du cardinal François ("ion/aL:ue du 



4'» MA.NTIKINA. 

iiiLisro (le X;i[>Irs. Diuilrcs p(ii-| rails sonl malliriiifii.sciiiciit 
perdus, coiimie celui «le .If-an di» O.cztMic/.c <iu Janus 
Pannonius, connu seult'innil |i,ir I t'-lt-izie (|u il aiin-ssait a 
Manh'i^na. .Mais, à di'iaiit dr rcilaiiit's de ses (l'uxr'fs dis- 
j»ai-ues. l)('auc(Mi|> de (•(dl(\s fju'il cM-cula à .Manloiic sub- 
sistent. Cesl là (|u il laul aller pour sui\rc 1 (''xcjlul ion du 
talent de Manlc^iia. 

\. — Mantegna a Mantolk. 

Au moment où Mantegna achevait le travail de déco- 
ration qui lui avait été commandé pour l'église San 
Zeno à Vérone, le marquis Louis de Gonzague lui écrivait, 
le 5 janvier 1437, pour lui demander de venir à Mantoue, 
aussitôt après avoir fini son œuvre. Le triply(]ue de 
Vérone exigea plus de temps que Mantegna ne croyait. 
Son départ dut être retardé. Le marquis de Mantoue 
attendit avec une indulgente patience son arrivée dans 
sa résidence, mais il ne cessa de lui envoyer des 
lettres et des ambassadeurs pour le décider à se bàler. 
Le 27 novcndtre. il demande au protonolaire apostolique, 
commandatairr de l'église, si les travaux sont terminés. 
En même temps, il adresse à Mantegna le sculpteur Luca 
Fancelli, il lui promet, par une lettre du 1.5 avril 14.38. d'aug- 
menter ses appointements, il délègue auprès de lui l'ingé- 
nieur Giovanni de Padoue le 21) décendjre 14o8. puis 
Zuccaria de Pise. En 1439 Mantegna est encore occupé à 
iinir le triptvque. mais à cette date il s'est déjà engagé à 



MANTEGNA 'Ù 

aller chez li' marquis de Mantouo. Dans une lettre qu'il 
écrivait à son maître le 13 mai 1478 il disait: aVoici main- 
tenant dix-neuf ans que je suis à votre service. » 

La famille Gonzague, au milieu de laquelle il devait 
passer tout le reste de sa vie, est compos«''e de princes 
lettres et artistes, qui unissent à des passions de condottieri 
des qualités de mécènes et d'humanistes très éclairés. Le 
fondateur de leur dynastie. Louis P', (jui a été proclamé 
seigneur de Mantoue après l'assassinat de Passerino Buo- 
nacolsi, en 1328. a un tils, Guido. qui entretientdes relations 
avec Pétrartjue. Son arrière-petit-tils François possède une 
bibliothè(}uecélèhre. Lefds de ce dernier, Jean-François P'. 
qui reçut de l'empereur Sigismond le titre de marquis, con- 
Irihue le plus à faire df AlintoLir un nouveau centre de 
culture intelh'clutdlc. C'est à Mantoue (|n il ;i fait ;i[i|)flrr 
le célèbre Vittoriiio Rambaldoni, de l-'clti-c, dont l'iiistitul 
d'éducation est le type de l'école de la Renaissance. Au 
milieu de bois et de sources, près du lac de "Nïantoue, dans 
une demeure gracieuse, décorée de fresques el ornée de 
colonnades, (jii'on appidle la (îîisa Giocosa. le mail ri' 
inaugure un eiiseignenieiil ([ui lail «le la science un agrc'-- 
menl, (jui l'end le jeu insiruclil'. ([ui i'Mluf|iie <\<'S lionnnes 
libres. Iids (jue le i^Aail Pliloii. Parmi les t'lè\i's 
(idèles à celte iiouxelle disriphiie. beaucoup (le\ieii(lr<Mit 
célèbres. Ils s'appellent Gregorio Correr. j'edeiico de 
Moiilefellre, Teodoro Ga/.a el le ihic dl rliiiio. Le iiiari|uis 
de Maiiloue lui coiilie I '('■ilueal ion de ses (ils. Louis et 
(diarles de (ronzague. I^ouis épousa Barbara de {{laiidc- 



W MA.NTKliNA- 

bour;; (|iii. •'■Ir\t' ;iiissi de \ il loi-ino de hClli'r, ;iiiiit'i;i à 
pratifjuci- raiilii|uil<'' cl I liiiiiiaiiisnif. Ils cntrcliriKli-oiil lics 
rchilioMS ii\'rc Ions les s;i\;iiilsct 1rs ;irl isics de la Kni.iis- 
saiicc ot ils- accurillrront les iiicilh'iirs tVuils do la ciillurc 
arilique dans leur cih'. (iCsl à AlaiiloLie, on 1171, (|ii"a liru 
la première ropreseiilalion, à Toccasion dos noces de 
Jean Sforza eL do Bona di Savoia, de VOr/'eo de Polition 
(jui suhsiiliio ;ni\ \ioLi.v spectaclos d'ég'liso un diverlissc- 
mont prof'aiio Ai' heaulo, rcniplaoant par do Ijellos (jdos 
saphiquos les litanies des mystères. Louis dv Gonzajiuo 
encourage la roprosonlalion do ces drames païens : ils 
exercent une grande intluonce sur les artistes qui sinh'- 
ressent au spectacle des costumes et des étoffes anti(|uos. 
Louis no fait que continuer les traditions de sa famille. Son 
père, Jean-François, avait appelé, à Mantoue, Brunellesclii 
pour lui conlier des travaux d'architecture, Pisanello pour 
lui commander dos médaillons parmi lesquels son portraif. 
11 avait aussi fait venir DonaloUo qui est installe à Mantoue 
on 14.j0 et (jui exocule en bronze le buste de Louis 
aujourd'hui au musée do Berlin. D'autres (ouvres de sa 
main ont dû sans doute orner les palais de Mantoue où 
Mantogna retrouvait, après les avoir admirés <-i Padoue, 
les modèles du sculpteur (ju'il regardait comme son maître. 
La situation que Louis de Gonzague fit a Manlegna parait 
assez modeste. Los appointements (ju'il recevait furent 
d'abord, en vertu d'un décret du 15 avril 14o8, de l.'i du- 
cats par mois, ce qui est peu, mais à cette époque les 
artistes n'étaient guère plus payés. Les lettres de Mantog-na, 




Cli.li.- Mjuii 



I. A MOU ATin \ Il IS M \l, i:s. 

îildcaii rciilcal ilii lri|il \ i|iii' dr l^'loi-eiicc.) 
iFlDr.'iicc. MiiM'c lies (tllii-'cs.J 



MANTEGNA. 51 

surtout dans les débuts, expriment sans cesse des besoins 
d'argent. En J4(J3, il réclame un arriéré de quatre mois 
d'appointements ; en 1404, il demande qu'on lui donne le 
bois (jui lui était alloué en dehors de son traitement. En 
1472, on lui promet un tciwaiii. m.iislc I ."iiiiai I 'i-78, il se plaint 
de ujuoir rien reru, et en li(SI, aj)rès la mor! de Louis, il 
exige de son successeur, Frédéric, la reconnaissance de la 
dette par acte du 21 avril 1481. En 1401. on lui accorde 
une terre à Goïto. mais il désire obtenii- un aulrt' terrain au 
Bosco délia Caccia. Par de'cret du t février 14U2, le teri-ain 
lui est accordé. 

Alantegna ne craignait pas d'importuner les Gonzag"uo. 
Il avait réussi cà leur imposer toutes les bizarreries de sa 
nature indépendante et farouche. Ses lettres au mar(|uis 
de Mantoue sont très curieuses parce qu'on y sent l'ar- 
tiste conscient de son laleul et (|ui sait (jue ses œuvres 
sont recherchées. On se rap|i<'ll(' (|U(' des li-a\au.\' (|ui lui 
avaient été commandés rempéchaient pendant j)lusieurs 
mois de \-enii' à Mantoue oi'i le mar(|nis laltemlait avec 
tant d iuijtatience. Loin de s irriter de ces relards. Louis 
lui t('moignait des jjaroles tlouces et all'ectueuses. Il sut 
llatter sa vanil('' en lui acc(u-danl des armoiries et une de\ ise 
(|ue le peintre sollicitait. Il laida à constiaiire une maison 
et s intéressa aux dt'tails de son existence. .Manlegna 
n'hésitait pas à faii'e ap|)el à lui. à |ii'opos île tous les memis 
incidents dans les(pHds pou\ail >e uianilesler son tempé'i-a- 
nienl lacilenient irritable. Il se jdainl.dans une lettre dn 
27 juillet I i(iS. (le voisins (|ui le i^i'nent et a\cc lesquels 



5::! M A NT i: CM A. 

il se dispult'. en pai'liciilicr d une jardiniL'i'c qui .luiait 
élc gTOSsi«.'r(; à 1 (';gai(I de sa foinmc. Plus tai'il. et' 
sont d'autres voisins a\('c j<'s(|iicls il a des dilïV'reiids. Le 
2 juillet 1474, le inar(|uis de Alanloiic es! oblier»' de s'occu- 
jx'i' d Une allaire lilii;ieuse eiilic Manleena et un ci'ilam 
(ii()\anni Donald de [*reli. Lannt'-e suivante, Manlejjria 
eulic de nouveau en conflit avec Francesco de Aliprandi. 
(ju'il accuse d'avoir fait piller par ses gens un cog"nassier. 
Le 15 septembre 1475, Mantegna a un procès avec Ardizoni 
de Reggio. Une lettre d Ardizoni nous apprend que Manle- 
gna l'aurait l'ait battre et attaquer par des agents. ;i sa solile. 
parce qu'il aidait Zoan Andréa à graver ses plancbes que 
Manlegna prétendait lui avoir été volées. Tous ces traits de 
l'existence de Mantegna indiquent un caractère un peu 
sauvage et décidé à ne pas supporter de fàclieux voisi- 
nages, mais à vivre isolé dans sa maison pour se consacrer 
tout entier à l'art. 

Ce fut le rêve de toute sa vie. Il voulait construii'e une 
maison qui fût belle, non seulement pour en faire un atelier 
digne des toiles qu'elle devait renfermer, mais parce qu tdle 
devait donner asile à ses précieuses collections d'antiques. 
Cette demeure fut sa perpétuelle préoccupation. Ln 1466, il 
demanda ii Louis une avance de 101) ducats pour se cons- 
truire une petite maison. La somme lui est accordée, mais 
il lui fallut du temps pour entreprendre ce travail, car en 
147;^ une lettre le montre occupé à se procurer du bois 
pour le toit. A ce moment, vers 1473, Mantegna liabile une 
maison assez bumble dans le liorso San Giacomo. ;i côté 




I \ ( I Itld M I s I n N. 

(l'iirlic iliv.itr .lu lri|ilviiiic .Ir l''l(.rciin'.) 



MANTEGNA. .") 

(les voisins Giovanni Donato do Preti et Aliprandi. avec 
lesquels il fut, comme on la vu, en procès. Plus tard il 
voulut, d'après Vasari, habiter une maison plus bcdle. En 
148t), il demeure dans la via Equi Vermilii. En liST, il 
loue chez un certain Francesco Mahitesta. En 1492. il 
habite dans la via San Dominici : en 14!)î). dans la via 
Cnicorni ; en l.o04. via (hd Bove. En |. ">()(). il nKniiul 
dans la maison de la via Unicorni, à propos de laqutdle 
il écrivait le 13 janvier l.j06, à Isabelle d'Esté, (ju'il ven- 
drait sa statue la Fausthie, le joyau de sa collection ])our 
finir de payer les .340 ducats (iircHc hii cdùtail. 

Si 3Ianlegna a mené ainsi une vie vagabonde, rhan- 
geant sans cesse de domicile, cest que la maison à Uujiielle 
il travailla la moitié de sa vie, bien que lernnnée en I ilKl. 
ne fut jamais complètement achevée. On pi'ut se rej)réseiiler 
aujourdliui ce qu'elle devait être d'après les restes qui 
subsisleiit encoi'e à .Manloiie. en face de 1 ('glise Saint- 
Sébaslien. jtrès de la porle Piisleil.i. dans 1 aïKMeniie rue 
Sainl-S('baslien, aujoui'd bui \ ia (iio\inun Acerbi. File a 
apparlenii ;i Pierre Cion/.ague, j)iiis à Fassoin. puis aux 
Lan/.oni. ("/elail une rolonde à ciel oUNcrI. ib' Il uièlres 
de diauièti'e. birmani une sorle dalriuui. 'l'oul auloui' 
élail une galei'ie a\'ec |»ilaslres porlaiil iiu eiilablenieiil 
classi(|tn' el (|ualre p(U'les encadrées dans leurs pdasires 
et contournés de cdiambranles et de \ilrau\. Siii- la |Mii-|e 
on lil une ins('ri[)lion Ab Ob/)ii.i>(). \\\ ileNi.se de (i()n- 
zague. La bnuière el l'air \iennenl d en liaul. il sendde 
bien ([ue Manlegiia ail voulu inslaller lii ses collée- 



50 MANT1Î<1NA. 

lions (le stiitiK's aiil i(|U('s. .M.nil('g-ii;i ('-lail un connais- 
sciii- Irrs averti doiil hs aiiialcur's c(jnsiillai('nl ropiiiion. 
Laurnil de Mi-ilicis viiil, en liH.'i, visitn- son aldin-. Le 
jeune caidinal François de Gonzague, dans une lellic du 
IS juillet \il2 h son père Louis, lui deiuandail de lui en- 
voyer, à Porefla, Mantegna auf|U(d il d('sirail montrer dos 
camées, des lètcs de bronze et autres objets antiques. 

Celte passion de colleetionneur d'art posséda Mantegna 
toute sa vie. Si elle ne l'entraîna pas à la misère, comme 
Rembrandt, elle explique du moins les situations critiques 
aux(|uelles plusieurs de ses lettres foid allusion. Mantegna 
avait conscience du prix que les amateurs devaient payer 
ses tableaux, soit (ju'il s'agisse duiu' commande de 
Gonzague, ou des moines de Santa Maria in Organo, à 
Vérone, ou de Francesco Cornaro. 11 put donner 
à ses filles Lain-a et Taddea une dot de 401) ducats, 
mais il éprouva (juelque gène à la lin de son existence, 
parce qu'il dépensait toute sa fortune à Tacbat de collec- 
tions antiques. 

VI. — Les premièues oeuvres de Mantecina a Mantoue. 

Louis de Gonzague avait une profonde admiration et une 
grande considération pour Mantegna dont il était lieureux 
d'avoir découvert le talent. Mantegna n'était pas seulement 
pour le marquis de Alantoue un grand peintre, mais il 
incarnaitTartiste idt'al. capable de comprendre et de réaliser 
ses projets de travaux décoratifs. Mantegna serendaitcompte 




r. r. 



- 3J 



MANTEfiNA. 59 

à la fois (le iCsIime que Louis lui lemoig-nait et du fait 
(ju'il était pjesque le seul à pouvoir traduire ses concep- 
(ions de style moderne, comme il le dira lui-môme dans 
une lettre du IM niai 1478. Dès 145!), Louis le consultait 
pour lui denuindcr s'il aimait la conslructioii de la cha- 
pelle de son château. Quand enlin, après l'avoir attendu 
longtemps, il se l'attaclia à la cour de Mantoue, il dut lui 
confier la dt'-coration de ses résidences, d'ahord à Goïto, 
puis sans doute à Cavriano, Saviola, Gonzaga, Maruiirolo. 
La villa Goïto a certainement été ornée de ses fr<'S(jues. 
mais il n'en reste que la mention dans les Irtircs (h- Louis 
à son intendant (iattaneo. Poui' les autres châteaux, (jui 
ont dispaïai. il est possihle que Mantegna se soit hornt' ;i 
fournir des dessins pour la dé'coration. 

Le 11 juillet 14(i!), Louis de (lonzague kii éci'it pour lui 
demander (h' taire le jjorlrail de potHets d'Inde, d .iprès 
natui'e. 11 en ;i\ail sans doule hesom pour les fane lii:nrei' 
dans une tapisserie. Celte hesoi^ne ne lahaissa pas la di- 
gnité de l'artiste, (pionpi \\ liïl occiipi' à ce inoiiieul à Ai-s 
travaux plus importants, l ne des prenneres (eii\ res ([uil 
exécuta p<tnr les Gonzague est la (h-coralion de la idiapelle 
du GasNdlo N ec(diio. (îest sans doule ;i ce tra\ail (|ue se 
rapporte le lameiix triplx (pn'. apjiartenani aujourdJuii au 
umsée des (Jllices à l'iorence ej proxcnanl d Antoine de 
Médicis au(jutdles(ionzague l'ax aient peut -('Ire \'endu. Il est 
sans doute vraisemhlahle de ridenliliei- axcc r(eu\ re donj 
Vasari parle el ([lU' .Manlegna menlionne dans une lettre 
au maripns dali'e du '2\ a\ril l'iCti de Goïlo. Le panneau 



00 MAXTFJiNA- 

(lu nillit'ii n'jin'sciilc r.l '/o/v/Z/V/// dc^ ))iiif/cs. le \(ilcl de 

i;auclic, V Ascension, le \(tlrl de droilr la (J li) uncisiun. 

\j Adorufion des nia(/cs csl un niorcrau inli'ivssant par 
sa ('omjxisilidii. Au M'cuiici' plan. \\ dioilc, la \ i('i'g"t' est 
assise dans une iifollr. Icninil rcnfanl Jt'sus ri cnlourtM' de 
|t<'lils anges, qui iortiient comme une yloire autour d'elle. 
Lenl'anl Jésus, dans une attitude naturelle etenfantine, lève 
la main, comme s'il faisait un geste de bénédiction. Dans 
le haut des rochers, s'envolent des anges à droite et à 
gauche <le l'éloilc (jui a servi à guider les rois. La Vierge 
lournc latiHe vers eux. Ils s'avancenl portant des prt'sents. 
Le premier, un A'ieillaid à harhe blanche, a dt'jà apporté 
son olFrande, qui est placée sur les genoux de la Vierge. Il 
se prosterne devant elle, les mains croisées siula poitrine. 
Le second roi, un ( h'ienlal, s'approche, le turban ;i la main, 
pi'ét à s'agenouiller. Le troisièuH'. y\\\ Maure, attend à 
genoux, les bras croisés, «jue son tour vienne de remeltre 
ses présents. A droite de la Vierge, est saint Joseph. Dans 
le fond, à travers les rochers, on aperçoit la suite des ser- 
viteurs conduisant des chameaux. Il y a là dans cetie 
Adoration des mages, une science de composition, une 
étude des formes, des costumes, une coloration (diaude 
qui. si on la compare à Y Adoration de (îentileda Fabriano. 
nu)ntre le progrès accomjdi. 

\j Ascension est une peinture d une exécution moins heu- 
reuse. Le mouvement d'ascension n'est indiqué (jue par des 
nuages et une gloire formée de chérubins. Ce qui est le 
mieux rendu dans ce tableau, c'est le groupe des apé)tres 



MANTE(iNA. 01 

et de la Vierge. Ils sont représentes levant les veux vers 
le ciel, penchant la tète en arrirre. le corps ie'g'èremeuf 
inclinr. L'un, îi g-auche, met la m;iiii devant ses veux: un 
autre, à droite, avance le pied gauche; deux drnli-e (hix 
sont agenouillés à terre. 11 y a là des alliludcs vraies et 
bien dessinées d'après nature. 

Mais V Ascension, ne saurait avoir rini{)ortance de l'autre 
volet, la Circoncision, qui est un des tableaux les plus re- 
marquables du maître. C'est une scène d'intérieur à la fois 
chai'uiante et dt'coi'ative. Dans un palais décori' de j)()rti(|Lies 
de uiai'hre et d'oi'neuients doré'S, un \ ieux prêtre, accom- 
pagné d'un jeune serviteur porteur d"un plateau. \a com- 
mencer l'opération. L euiant se i-ejelle sur le sein de sa 
mère connne pour v cherclier un refuge. A gauche. 
Jose])h a l'aspect rude d'un ouxricr. A droite, un grroupe 
foi"m(''de deux sainle>. une vieille et I aulre jeinie. j)Osanl 
la main sur la ti'le d un eiilanl (|ui met un doigt dans 
la hou(du'. Il V a là un travail île miniaturiste tiès curieux, 
une »''t ud<' de dessin ! rès pi'i'cise. mais ce (|u'on a renia r(|U(' 
sui'tout. cCsl I iiileiisiii' du coloiis (|ui donne à vi' m ir- 
<'eau tant d iii!('rel . 

(î'est vers la même (''poiiue. vei's les |ii'eniii'res nniH'es 
de son s(''jour à .Mantoiie. (|iie fut eM'ciili' le lahleau. con- 
testé d'ailleurs par Alorelli. la MorI dr Ik 1 ii'n/i' du inu^é-e 
Pi'ado ;i Madrid. Au milieu de la compo>ilion. le cad;i\re 
de la \ ierge est ('teiidu sur une Inèie, recouNerl d un 
di'ap. Deux llamhe.iux In-rileiit aux extré-iuiio. Derrière la 
hière. troisapi'tt res. don! I iiii au cent ii'. re\ i-l u d un cosi unie 



(y^ MANTKCNA. 

(Icpi'clic. A (lioilc el k liaiiclic, drhdiil, des apôtres fonant 
<les cicrcos el des palmes. Liiii d Ciiln- fiix s'appi-odie dr 
la \ itTj^c. Italaiirant au-dessus (rtdlo un tMicciisoir. Dans 
!•' lond. la Iriu'ln- ouNcrlc jx-ruicl d aptM'ct'Noir le lac de 
.Maulouc cl h' pont de Saird-deorges (jui coiiduil du C-as- 
t(dl() di Coi'le au Castel Saint -Georges. 

La Mort delà K/er^^ esl une des dernières peintures dans 
lesquelles se glisse une note élégiaque. Dans les œuvres qui 
vont sui\Te, le ton deviendra héroïque . Cette évolution 
dans le dévcdoppcincnl du talent de Mantegna est produite 
par le milieu dans lequel il vit à Mantoue. Les Gonzague 
aiment une forme d'art un ])eu pompeuse, en harnmnie avec 
iag'randeur de leur cour. C'est ce caractère qui va dominer 
dans ses travaux postérieurs. i\.ldobrandini, dans une lettre 
du 5 juillet I ilif), nous dit que Mantcgna est allé à Florence 
où il avait été envoyé en mission par le marquis de Man- 
toue. L'art florentin va provo(juer des ti'ansl'oj'uiations dans 
son talent. 

Une des plus jolies ligui-es appartenant à la manière 
moderne de Manteg-na est le Saint-Georges de l'Académie 
de A'enise. Le héros est représenté debout, enfermé dans 
son armure, le corps lég"èrement incliné, reposant sur la 
jambe droite, dans l'attitude de la marche. 11 tient à la 
main la partie inférieure de sa lance dont la poitite est 
restée dans la màclioiredu monstre qu'il vient de tuer et (|ui 
gît à ses pieds. Il se l'etourne d'un air plein d'une douceur 
triste, comme s'il voulait se dérober aux applaudisse- 
ments de la foule, lue uuirlande de Meurs et de fruits 



iMANTEiiNA. 0:5 

décrit une jolie courbe au-dessus Je sa tète. Cette gracieuse 
image de jeune homme, qui semble passer rapidement 
comme une apparitidu, est une des «euvres les plus belles 
du ninitrc padou;in. 

Une autre peinture s'apparente avec le Saint-Georges sans 
avoir été exécutée vers la même date. C'est la Madone devant 
la grotte.^ du musée des Offices à Florence, que l'on a cru 
identilier avec uwe Madone te/ia/it l'enfant e?ido/-?ni dont 
pai-le Vasari, peinte à Rome vers 1489. Devant des rochers 
de forme prismati(|ut'ef semblables à des cristaux, la \ icrge 
est assise, tète nue, les cheveux tlottants sur les épaules, 
vêtue d'un manteau aux plis sinueux retenu par une riche 
agrafe. Sur ses genoux, est assis un enfant nu (jui s'agite 
plein de vi\acité et parait chantei'. Aucun dt'lail irinin(jui' 
que le tableau représente une madone. Elle n'est pas eini- 
ronnée de saints. C'est une chai-maiitc plivsiononiic déjeune 
fille tenant un eiifaiil au milini d un paxsage ])itlorcsque. 

\\\. .MvNTKCNA AU C.VSTKLLO M CoUIK A AlANTOri'.. 

La (îamkra DiT.ri siMtsi. 

Louis \()ulut embellir sa forteresse à tours carrées du 
Castello di Corte, plongeant dans des fossés où il faisait 
amener lean du Mineio. Il eliargca Maiilegna de décori'r 
la (diainbre à coihdiei' ou ( .amera deg h spo si. située au pre- 
miei' ('tage de la I oui' nord-esl . Il est dillicde de sa\(iir à 
(|U(d moment pi'éeis leira\ail fui couiuieuce. Le seul l'eii- 
seigneuienl eerlain. eCsl (|u il fui I erunni' \ ers I iT i . eouuue 



f)'i \IANTi:(iNA. 

J atU'Slc une iiiscri[)li()ii du h'mpan de la [joric du milicii. 
Elle est placée d;iiis un caclouche (|ue siipporlfiil .s('|)l 
eiil'anls iiusanx ailes de |);i|)ill()n cl coiitKMil l;i dT-dicace sui- 
vanle : ILI. LOI)0\ ICU 11 M M. IMIINCII»! OPTI.MO 

m: fide lnmctissimo i:t ill |{\hi}ai{ k j:i[ s 
goniugi mllierum (iijjk incoml'akablll slls 
andreas mantinia patavus opus hoc tenue 

AD EORU DEÇUS ABSOLMT ANNO MCCCCLXXIIII. A 

droite est un rideau dont la prirtie inférieure se relève pour 
laisser voir un paysage; à gauche se liou\<' un leniplr 
bizarre fait de colonnades élag-ées. 

L'idée (jui a })résidé à rexéculioii des IVesques à.Maiitoue 
est celle que Mantegna avait déjà essayée de traduire dans 
celles de Padoue. Il cliei"che une peinture décorative telle 
(|u'clle puisse donner lillusion de la réalité à un spectateur, 
en (juelque endroit qu'il soit placé. C'est le système qui 
se fonde sur l'emploi du trompe-l'œil. Mais la nouveauté 
du procédé consiste, pour les fresques de Mantoue, dans ce 
fait que le peintre, ayant à composer une série de portraits 
dans le cadre restreint des mursdunecliambre, neles repré- 
sente pas isolément, debout, accoté lun de l'autre, mais leur 
donne tant de mouvement qu'il réussit, pour ainsi dire, à 
les faire sortir des limites des murs delà pièce. 

La Caméra degli sposi est une cbambre quadrangulaire 
éclairée par deux fenêtres au nord et à l'est. Pour la 
décoration du plafond, Mantegna employa un système 
d'architecture à arcades dont les retombées forment autant 
de cadres pour les scènes de chaque paroi des murailles. 








3 C i; 



3 ■/: O 



MANTEGNA. G7 

Dans le liauL. une série de voussures ornementales en 
tronipe-l'œil. simulant le bas-relief reposent sur des 
j)ilasties qui imitent le marbre. Elles représentent les 
premiers Césars (Octavien Aug'uste, Tiberius César, 
l'empereur Otlion, Jules César, l'empereur Caligula, l'em- 
pereur Galba), dans des médaillons encadrés de laurier, 
peints en couleur de marbre et de mosaï(|ue dorée et sup- 
portés par de petits g-énies nus. En dessous, douze petites 
lunettes sont décorées de peinture en camaïeu repré- 
sentant les épisodes des ti-avaux d'Hercule et de la vie 
d'Oi-fdu'c. (Au sud: Hercule liranl. Nessus et Déjanire, 
Hercule et les lions. A l'ouest : Hercule etl'bydre. Hercule 
et Antée, Hercule et Cerbère. Au nord: Or-pliée se lamen- 
tant. Orphée au séjour des morts, mort dOrpliée. A l'esl : 
Ai'ion chantant. Arion porté par un dau])hin, les marins 
devant le Iribunal.) Au milieu du plafond, une ouverlur<' 
circulaire, formant cou[)()b', bor(b'<' pai- une bahislrade de 
marbre, montre le ciel où glissenl des nuages. Des hMcs de 
feuunes, dont une nég^ressc;, se penchent h celle balusliade. 
(b's putti aih's jouent sur les bords, ini pa(ui se (h'esse 
orgueineuseiuenl. Dans ce {dafond. .Manlegna se réxèje un 
pn'cui'seur de lai'l uoiiN'eau. aiuioiire (h'jà h's lres(|ues ihi 
palais Laid)ia de 'ri{''p(>l() cl les (h-coralions de Parme (hi 
(îorrège. 

Les paniHîaux en lornu' de (b'uii-ceicle places au-dessus 
des fresques de cluupu! unir soûl ilécon's de g;uii'laudes de 
fi'uils ])ai'lanl des angles poui'se rt'uuir au soiumel el (UiU'S 
de m('daill(Uis re|U'(''seiilaul les eiuhlèuu's de la lamille 



«••s .MANTKfiN A. 

(lonzagLio. La paroi nord. (|iii <'s| (railleiiis ni mauvais ('-laL 
(l( consrrvalioii <■! (jiii a le plus soullVrl, nous montre 
Lc)nar<juis Ludor'ic Gouz'iijni' rt m famille . Surla muraille, 
rai'lislc a peint en Irouipe rn'il une riche ])oi-lièi-e (jui a 
l'air (l'un rideau de lli(''àlre. Toutes les (pialih's decoralives 
de Mantegna se manileslent dans cette peinture. C'est 
ainsi que, par un habile arrangement, la cheminée lui sert 
d'entahlementpour un pilier central qui divise la fresque en 
deux compartiments. En même temps il l'utilise comme un 
plancdier de salle auquel on accède par des marches adroite. 
La fresque est un tahleau de la famille seigneuriale des Gon- 
zague. x\u centre est assise la marquise Barbara, quia l'air 
d'une excellente mère de famille entourée de ses enfants. 
Derrière elle est son fds, Jean-François, né en 1446. Devant 
elle, une jeune lille lui présente une pomme comme pour 
attirer son attention. Mais la marquise regarde avec curiosité 
son mari auquel on vient de remettre une lettre. Il est assis 
dans un fauteuil et se retourne pour donner des instructions 
à un personnage, sans doute son secrétaire. Elle cherche 
à deviner d'après ses traits le contenu du message qu'on 
lui a apporté. A la gauche du. marquis est Frédéric, les 
mains posées sur les épaules de Louis, le plus jeune lils 
du marquis. Entre Frédéric et Jean-François est un vieil- 
lard qu'on a identifié avec l'astrologue de la famille. Quant 
aux autres personnages, il serait difficile de les désigner 
avec certitude. A droite, sur les marches de l'escalier, des 
serviteurs montent et descendent. 

Danscetensemble de portraits de lafamille des Gonzague, 



MANTEdXA. C>9 

il y a un personnage qui ne ligure pas. C'est le second (ils 
(lu marquis, le cardinal François. Sa situation lui méritait 
une place à part dans ces scènes d'int('rieur. Manlegna lui 
a consacre les fresques de la paroi située en face le lac : Lf/ 
Rejicontre du marquis Ludovic et du cardinal Francesco Gon- 
zafjiie. Elle est divisée en deux parties et encadre la porte. 
Le sujet représenté est Tarrivi-e du cardinal François chez 
son père. Le mar(|uis Louis \ ient de descendre de cheval, 
le couteau de chasse à son (•('ili' d s'avance au-dt-vant «h' 
son (ils le cardinal François, emmenant avec lui ses deux 
petits-fils. François, n<' en 14lj(i, et Sigismond, n»' en ! iliî). 
plus tard cardinal. Le cardinal François se tient devant. son 
père dans une altitude pleine de gravit('. imposée par ses 
hautes fondions. Il donne la main <à son frère Louis. L<' 
jeune Sigismond picnd avec limi(lil('' la main dr T^ouis. 
Mantegna a groujx' avec intention ces trois personnages, 
car .à C(Mé du cardinal sont placés les futurs cardinaux do 
la famille. A di'oile de ce trio est peint Fréd('i-ic. le suc- 
cesseur au triMie de Louis. I^nlrc le mar{|uis et le cardinal 
se trouNc Jean-l'rançois. Drrrièi'c le niai(|uis. {\vs scr\i- 
leurs de sa cour tenani des cliifiis en Liissc. Dans le tond, 
le pa\sage repré'scntf une ({(uih' idéale a\ec une eneemie 
rorlilié'c. des temples e! i\v<. loiii'elles. une I\onie lelle qii au- 
rait pu la resliluei' un hmnaiiisle. a\cc le (".olisee el les 
pyramides de C.eslius. L'euseiidde de la couiposilion est 
simple, mais exprime hien eu lui'uie temps la sideiuule 
el la pompe \\\vr la(lllelle lui acciiedll lecardiual. lol'S de 
son enirt'e ;i Manloue le I^aoï'il \\~'l. 



70 MANTKr.NA. 

(^(ïllc rr('S(|ii(', csl (I imc loriiic iiioins iiclicA'rc (jue celle 
(le la jKWoi nord. Ijii [teiiidii-e de l;i r.iiiiiile (ioiiza^ue offre en 
oiilrc 1111 iiili'i'iM loiil piiiiiculier |)oiii- 1 liisloire du porti'Jiit 
de groii[)CS. (^l'Iail une (r'iixre dillicile de n'-uiiir les ])oi-- 
traits des difïéi'ents membres de la l'amillc, sans que leur 
présence simultanée puisse s'ex])li(]uer par une action com- 
mune à laquelle chacun viendrait concourir. Il s'agissait, 
en l'aisani le polirait de divers personnages de la famille, 
d'éviter ([u'ils aient l'air dèlre juxtaposés d'une manière 
froide et un jieu hiératique, comme les tableaux de pri- 
mitifs ou les enluminures des manuscrits byzantins. Man- 
tegna a su éviter cette difficulté, en donnant à chaque 
personnage son individualité et en le faisant participer en 
même temps à la vie de la collectivité. C est ce caractère 
nouveau donné à la peinture de groupes qui la rend si 
différente de l'art de Melozzo da Forli, dont elle pouvait 
paraître procéder. 11 est possible que dans une certaine 
mesure Mantegna ait subi l'intluence de ce maître, surtout 
au moment où il travaUlait à Padoue avec Ansuino daForli 
aux fresques des Eremitani. Ce qu'il a pu lui emj)iunler. 
c'est la science de la perspective, que Melozzo avait eu 
l'occasion d'étudier lorsqu'il s'occupait de la décoration du 
dôme de la chapelle de Loi-eto. Mais tandis (jue le tra- 
vail de Melozzo était facilité par l'existence d'une voûte, 
Mantegna devait se servir à Mantoue d'une surface plane 
pour donner au spectateur l'illusion d'une voûte. C'est 
pourquoi les fresques du Castello de Mantoue attestent un 
progrès, sur celles de la coupole de Loreto. La forme devient 



MANTEdNA. 71 

vivante, le dessin a ae(juis plus de précision et de netteté, 
les détails sont rendus avec plus d'exaclitude et de naturel, 
la lii^ne des contours est plus souple, le coloris est plus 
chaud et plus harmonieux et la lumière mieux étudit'c 

YUl. — Lk Tuîo.Mi'Ht: DK Jli.es César. 

A la moit de Lonis 11. le 12 juin I 178, son fils Fn'ih'ric I, 
humaniste délicat, continua à témoigner à Manteuiia le 
même intérêt que son père et à entretenir avec l'artiste 
des relations amicales. En octobre 1478 il écrit àMantegna 
malade pour sinformer de sa fièvre. En 1480 le peintre de 
sa cour ayant refusé à la duchesse de Milan de l'aiic sou 
poi'trait, le marcjuis se charuc de lui transmettre ce relus. 
Il a^ait besoin de Mantegna pour ses travaux. V:,\M' lettre 
de lui adressée le 24 avril 1481 à Johannes de Padua, 
nous apprend (|ue .Alanteg^na est occu|)é au chàleau de Mar- 
mirolo. En 1181 il signe d<'U\ (h'crels accordiml un hriain 
à Mantegna. il mourut à (|uaran(e-(piati-e ans en 1 t84. 

Son sucçesseui' Jean-I'rancois, né le H) août I4(l(i.(|ui fut 
jdulôt un gueri'iei" el un politi(|ue (juun amaleur dai'l. ne 
négligea pas d(! proti'ger Maidegna. Il ('lail sec()nd('' par sa 
femme Isabidle d'Esté, fille dllercule dl'lsle (|u"il a\ail 
('pous('<M'n le\ lier I 1!I0. I^]l le avait ('h' I (dè\ c de (liiin Hal I isia 
(inarino de \ érone donl le père idail lami de M,iiilei:na. 
L'arlisleeiilielint (rexeellenles relali(insa\'ec Jeau-l*V;inr(iis 
et continua ;i garder le lilre de [leinlre olliciel de la i-our 
des Gonzague. Le manjuis avait l'ambiliou tie rendie sa 



72 MANTK(i.\A. 

coui' (•(''IM)ft' et il clici'cli.iil dans I arl un iimxcii de doii- 
iici' h son rri^iic plus de picsiim' à li-l rani^ci'. Maiilcgna 
ne lui pas j)n''S('nl ii Manlouc an nioincnl de son ma- 
riage, car- il ('cril (!<■ IJoiuclc !" janvier I i 1)1). (juil soulfrc 
d"unr cnllinc aux janibi'S c»' (|ui I rnipiMdu' (( de caNaicarc ». 

Il «Uail pailicn 1 i8S pour Rome on le pa[)c linioccnl \'III 
lui avai! connnaniN' la d('<'Oi'alion de la rliap(dl(' du 
l{t'l\(''d('i'('. !.(• niarquis de Manloue avait ('■cril le .'i juin I i8<S 
au pape j)our lui aniKuiccr (pi H lui envoyait S(jn peintre 
Manleg-na. C'était la preniière lois (jue le niaitre avait loc- 
casion de voir Rome. Elle offrait un inhu-i'-t particulier à un 
collectionneur passionné des objets antiques qui avait été 
honoré le 23 février 1483 de la visite de Laurent de Médicis. 

La chapelle décorée par Mantegna à Rome fut détruite 
par Pie Y], qui la ht abattre pour agrandir les dépendances 
du Vatican. D"après le témoig:nage de Vasari elle compor- 
tait quatre fresques : Le baptême de Jésus-Christ, La Vierge 
sur un trône, La Nativité, L Adoration des mages. « Les plus 
grandes fig-ures faites à fresque, dit-il, comme le reste, 
sont au-dessus de l'autel et représentent saint Jean bapti- 
sant le Gbrist au milieu dune foule de g-cns qui, se désha- 
billant, paraissent vouloir se faire baptiser. Entre autres, 
on en voitunqui, voulant tirer seschaussures collées à ses 
jambes par la sueur, les retourne et montre Tetfort ([u il 
fait par l'expression de son visage et le mouvement de 
son corps ». Le soldat dont parle Vasai-i a sans doute été 
présent devant les yeux de Michel-Ange (|ui s'en est sou- 
venu dans les carions de la g-ueri'e de Pise. Manteg-na pro- 




ru A NCKscn (.11 \ z \(, I i:. 

'•'^'•'"1 <'.!i,il,Mii ,li Cii-lr. Camcf.i d.-yli Sposi.) 



MANTEGNA. 75 

fite de son séjoui" à Roiih' pour cxécutor d "autres peintures 
comme la Vierge du musée des Offices, à Florence, mais il 
pensait toujours à ses Triotnphts. Il écrit à Fi-ançois de 
Gonzague en 1489 pour lui recommander de veiller avec 
soin sur ses compositions des TriompJies qu'il a laissi'cs à 
Mantoue. Frani^ois de Gonzague lui répond pour le rassu- 
rer sur le sort de ses fresques dont il se préoccupe. Le 
15 juin 1489 Mantegna lui parle de ses travaux à Rome, 
lui raconte (ju'il a vu des Turcs à Rome et. dans un passage 
de sa lettre, il parle d' « el t'ratello del Turcoè qui nel palazo 
di N. S. molto ben gardato ». Le frère du sultan don! il 
s'agit est Zizim ou Djem, qui dispute le trône à Bajazet II. 
Mantegna le regarde comme un lionnne terrible, mais il a 
eu du plaisir à le voir el (|url(|ucs mots de sa Ici Ire per- 
mettent de croire (|u"il a dessiné le personnage. Fciiilb 1 
de Conciles prétendait avoir \u une lettre contenant ce 
curieux cro(juis. Cet essai de portrait était une dislraclion 
au milieu de ses occupations au Vatican. Les fresques du 
Belvéïlère ont été décrites par deux ('ciiNalns du wni' siè- 
cle, Agostino Faja cl INcIro CJialard. (|ui doimciil (|uid- 
(|U(!S détails sur le sujet. Un (•oiu|)i'cMd. d après ces descrqi- 
lions, l'opinion de A'asar-i sui\aul le(|uel ces frcs(|ucs 
ressend)laient plus ii des miuialui'cs cjuà des peinlurcs 
ordinaires. c<' qui signilie (jiic Maidegna soignait \v d('-lail 
jus([ue dans des composilions di'ciir.ilives. 

Le génie de Maiilegna csl suihuil appropiit' aux grandes 
rruvi'es d arcdiilcchirc dc'coral ivc. r>eaiic(»iip de lrcs(|ucs 
(|u'il ex('cuta dans les \ illas des ( idii/aL: uc. l'ouuuc à ('idïld. 



7G MANTKONA. 

(Mil rl('' |)('|-(lu('S. Il 11 CM rrslr (|iic des liiciilKiIls dans los 
lollres écrites à J^oiiis Jl |)ai' son iiilcndant. i|ui lui 
(Icniandf de faii'c cnNovci- j)ai' .Maiite^na les drssuis 
susceptibles de pt'iincl Ire à des apprenlis de Iraxailler. Il 
a dû composer des carions dCnsenihle ou des d»''lails de 
décoralion dont aucinie trace ne subsiste. 

Mais b' cbef-dceuvre de ces travaux décoratifs a étt' 
conservi'. Ce sont b's Triomphes qui ornent aujourd'liui 
b' (diàteau (l"llain|)ton-( -ourt. Ils comprennent neul'i:randes 
compositions peintes à Ja détrempe, à tempera, formant une 
frise Je 27 mètres de longueur sur 3 mètres de bauteur envi- 
ron. C'est vers 1484 qu'elles ont sans doute été commencées. 
A cette date, le préb't de Rome, Jean de la Rovère, qui dési- 
rait posséder un tableau de Mantegna. cbargea de la négo- 
ciation Louis de Gonzague, évêque de Mantoue. Frédéric 
répondit que Mantegna était occupé à un autre travail au 
])alais. Il est difficile de savoir s'il y songeait depuis long- 
temps, car on ne possède pas les esquisses qu'il exécuta 
en vue de ces fresques. Les gravures décrites par Bartscb 
sous les n"' 12-1.3-14, et qui sont des répliques de la cin- 
quième et de la sixième fresque, les élépbants portant des toi'- 
cheset les soldats portant des tropbées, paraissent des copies 
de ces tableaux. Elles ont été gravées peut-être contre son 
gré, carellesprésententmoinsde mouvement etde viequeles 
originaux. En 1486, le 'l^i août, le duc de Fei'rare vit à Man- 
toue quelques fragments de ces fresques esquissées. Le travail 
de Mantegna fut interrompu de juin 1488 à septembre 1493, 
par son vovage à Rome. L'œuvre fut presque achevée 




|. i: I \T| Il 1, Il I 1' I \ I n N 11. 

(Maiiliiu.'. ( li.'tic.iti ili Cnitr, CamciM «If^'li S|m.si. 



MANÏECiNA. 70 

vers 1492, car François de Gonzague, par un acie du i- ft'- 
vrier 1492, donna des terres à Mantegna pour avoir terniint,' 
ses Triomphes. Elle resta dans le palais Pusterla jusque 
vers 1323, d'oi^i elle fut transportée au CastelloVeccliio. En 
1627, le dernier descendant des (ïonzague la vendit à 
Daniel Nys poui- le coniplo de Charles I" d'Ang^leterre. 
Elle fut placée au j)alais d'Hainpton-riOurt, où (îuil- 
laumelllla fît restaurer |)ar Louis Lag"uerre, le lils du maître 
de la ménagerie de Louis Xl^^ «à Versailles. 

Ces fres(jues. séparées par des pilaslros. étaient dcslint-es 
à la (l(''corali()n «lune salle un i)eu lons'ue. sans doute une 
salle de théâtre, car, dans une lettre de l3iM. un gentil- 
homme de Ferrare déclare (juilaassistéà une représentation 
théâtrale à M;intoue et que la saMe est décorée des Triompltcs. 
On sait comhien riniluence du théâtre, en uK'uie temps 
que celle de r;inli(|uilé s'est exercf'e dnns la composition de 
ces 7'riom/)hrsA)\\ sv rappidie la i-epr(''sentati(ui de \'()/y///ée 
de l'olitien. Le succès de cette juèce pr(dane à Ahuitour 
en 1471, qui se suhstiluail avec tant de honheur aux spec- 
tacles religieux, montre hien (|ue le |»uldic se it'jouissait 
de ces divertissements nouveaux. L"aiili(piil('. coïKiuise 
au |)rix lies Iraxaux des hinuaiiistes, ('-tait là pit'senle 
et \i\ante. Tdle euxahissait les chars du caiiiaNal cl 
Iransl'ormait la procession du uioxcn ài^c en un ^ 'IViont'o » 
païen. ( îes (diai's d alh-gories et de triomphes (pu pen- 
dant le carnaxal parcoui'ent les rues, joules ces IV'Ies 
où I anti(piit(' ap|>araissail comme une trailil ion iiici-ush'e 
dans les nueui's pojndaires. ont pi''U(''tr('' dans l'ieuNic de 



80 MANTKGNA. 

MantogTia. S'il n';i pas vu à Florence le liioinplie de l'àac 
d'or el le Irioinplie de lîacclius el Ariane, les trioinplios 
dos empereurs i-oniains. le Iriouiplie de Paul-Fiuile, les 
cavalcades pilloî-es(|ues oraanisc'os par Laurent de Mf-flicis, 
il a peul-ètre assislT' à des r('ce})lioiis de souverains, à des 
entrées (riomphales, comme celles de Bona de Savoie en 
1471. d'Eléonore d'Arapon en li7.3, d'Isabelle d'Aragon. 
11 a compris (juc toutes ces pompes mythologiques expri- 
maient l'amour du peuple italien pour l'antiquité, el il a fail 
passer dans ses fresques ce senlimenl d'enthousiasme pour 
l'archéologie. 

H ne faudrait pas y chercher une restitution fidèle des 
monuments de Rome, une adaption exacte aux Triomphes 
d'un bas-relief de l'arc de triomphe de Titus et de la colonne 
Trajane. Le savant cède la place au peintre. Il se laisse 
aller à suivre sa fantaisie, s'inspii'ant du plan (jui lui 
parait le plus harmonieux, (kdui qu'il a adopté pour ses 
Trioinphes est très clair et très logique. 

Le cortège se déroule dans l'ordre suivant: 1° d'abord les 
soldats soufflant de la trompette, les porteurs d'étendards 
et les guerriers avec des tableaux où sont représentés 
des sujets de guerre. 2'^ Ensuite, un char avec des machines 
de siège. 3'^ Après, viennent des porteurs de trophées d'ar- 
mes et de cuirasses, quatre hommes avec des vases pré- 
cieux sur un brancard. Parmi eux, au premier plan s'avance 
un jeune homme, qui garde fièrement le butin dont il est 
chargé, sans fléchir sous le poids. 4° Puis viennent les bœufs 
destinés au sacrifice près desquels marche un adolescent à 




I (t I (I M I' Il 1 I) I. (IS A 11. 

( ll;iiii|>l(in ( loml . i 



MANTEGNA. 88 

la démarche pleine de digniti'. Plusieurs musiciens jouent 
sur des chalumeaux très lourds. 3° Derrière, ce sont des 
éléphants richement caparaçonnés sur le dos desquels 
se dressent des candélabres et des flambeaux qui fument. 
6° Ensuite, s'avancent des liommes tenant des vases sui' un 
brancard. D'autres porleni des trophées au bout d'un bâton. 
7'J Puis c'est le cortèg-e d'hommes et de femmes. 8" Puis des 
guerriers portant des aig-les, précédés de musiciens dont 
l'un jouedelalyre.lautre dutambourin. 9" Enfin apparaît le 
chai' du Triomphateur attelé de deux chevaux. Un honnne 
porte un bâton aucjuel est attachée une tablette rondeavec 
ces mots : N'ENI-\ IDI-VIGI. Le cortège n'est pas termini'. 
Derrière le char, on attend des personnages qui le suivent. 
Le tableau n'a pas été exécuté, mais il semble que Mantc- 
g'nay ait pensé. 11 aurait esquissé un projet. La dixième fres- 
que aurait peut-être représenté le sujet de la gravure décrite 
par Bartsch sous le n" 11, avec ce titre : Le sénat de Home 
accompagnant le Triomphateur. Il est très \ raisembluble 
d'admettre que cette estampe, ait été gravée par un copiste 
d'après un dessin de Mantegna, préj)aré en vue de cette 
dixième fres(|ue. Quant aux personnagesqui accompagnaient 
le li'iomphatcur. ils ne paraissent pas (Mit des sénateurs, 
mais plutôt <les savants portant des tablettes. 

Les Triomphes^ (jui ont ('!('' |)()piilarisés par les gra\ures 
d Andréa Andi'eaui. eu l'IKK. sont la j)remière et la plus 
puissante restitution (|ue la Ueiiaissance ail faite de la \ii' 
anti(jue. (lu ne peut pas dii'e (|iie Mantegna ait imité' dans 
ces l"res(jues ranli(|nit(''. Il pai'ail. au contran'e. proct'der 



84 AIANTi:(JNA. 

<riiii(' l('cliiii(|ii(' (lifirrcnlc. Ijcs l'oi'iiics, Irs lii^iics des 
ctotres légères (jiii les recouvrent, les plis des draperies 
un peu roclierclK's, Ions ces di'Iails sont conçus dans un 
style (|ui lui csl li'ès parlirulicr. Mais ce qu'il a su fivuluii'e, 
c'esl I Cspril du uioiidc aiili(jue. On seul que ce qui a agi 
sur son talent, ce sont les personnaji'es, les coutumes et 
poui- ainsi dire làino de la cixilisalion romaine, au temps 
des Césars. Il semble quelle soit encore présente au milieu 
de la société italienne de la fin du xv" siècle, tant Mantegna 
la ressuscite avec exactitude. 

Ce ne sont pas seulement des souvenirs antiques 
qu'évoque une pareille vision. A côté du travail de restitu- 
tion archéologique, ce qui frappe, c'est l'impression de vie 
intense avec laquelle Manteg'na a fait défiler ce long- cortège. 
Toutes les attitudes de ces personnages si nombreux, qui 
passent, ontétésoigneusementobservées. Les uns se hâtent, 
d'autres s'arrêtent, d'autres se retournent, les uns sont de 
face, d'autres de profil, les uns dirigent leurs regards vers 
le sol, d'autres marchent droit devant eux, d'autres con- 
templent le triomphateur. 11 semble que la foule passe 
€t repasse. Ce qui contribue à produire cette illusion, c'est 
l'art avec lequel est indi(|ué le mouvement de marche. 11 
est noté par une série de détails exacts. On remarque le 
sens suivant lequel se dirigent les trompettes, les éten- 
dards portés en avant, les flammes rejetées en arriére, 
les conducteurs retenant les bœufs et les chevaux. Tout en 
étant très étudiée, la composition reste pleine de naturel 
et de liberté. Mantegna a introduit dans cette procession 




I i( 1 (I M l' Il i; Il i: (. is A it. 

( ll.nii|iliill Ciiiii'l . 



MANTKGNA. 87 

trioiiipliale un éh'nieni pendant longtemps inconnu à la 
Renaissance, l'enthousiasme des gens passionnés pour une 
idée et qui s'exprime, dans le Triomplie de Ci^^sar, par ce 
regard du jeune guerrier tourné, plein d'admiration, vers 
le triomphateur dont la devise est : Veni. Vidi, Vici. Le 
ton s'élève ici jusqu'à devenir pour ainsi dire lyrique et 
héroïque. On sent qu'à la manière réaliste, qui caractéri- 
sait les premières productions de Mantegna, va succéder 
une conception symbolique plus idéaliste, destinée à orien- 
ter l'art italien dans une nouvelle direction. 

IX. — Les 1)i:bnieus rriAVAix de Mantegna. 

Les derniers travaux de Mantegna peuvent se di^is('r 
en deux groupes : les uns se rattachant à des sujets reli- 
gieux, les autres à des sujets mythoh)gi(|ues et allégori(jues. 
En ce qui concerne les tableaux religieux, ces compositions 
de la fin de sa carrière présentent j)ai'fois une certaine 
supériorité sui' ses œuvres de début. Le sentiment de la 
vie intérieure des personnages y P^t pli^'s pioloiid. le 
caractère lnnuaiii des scènes v est mieux mai"(|u<''. Texpres- 
sion des ])hvsionomies mieux traduite. 

Toutes ces (jualit(''S apj)araissent dans la Madour de la 
galerie Bréra, àMilan,(jueFrizzoni idenliliaitavec la Madone 
peinte en liHJi.pour Éh'onore d"Ai-agon. fennne d'Hercule 
d'Esté et duciiesse de Ferrare. Ce (|ui \ient à I apjtui de 
celle hypothèse, c'est (jue ce tableau, attribue autretois à 



88 MAMKCNA. 

iiclliui. app.iilcnait encore en 1 i*.l.') ;» la maison d'Esté et 
était il('cril ainsi dans un inventaire : « (juadro de lifirio 
(lei)inclo euni noslt'a Dona et il fitilinlo cuni scralini ». La 
peiidure de .Milan. (|ui es! sur lK)is, i-eprf'sente la ^'ie^ge 
tenant 1 rnfanl .Irsns debout cl cntnurc'e de chcrubins 
dont la bouche s'ouvre pour (dianter. Ces petites 
tètes d'ang^es évoquent le souN'enir des i}as-reliefs de 
Donalello. Mais ceux (jui ont vu b: tableau sont moins 
frappé du sentiment (b's formes que de la couleur. 

Ce retour du peintre vers la couleur se trouve encore 
indiqué dans la Madone de la Victoire que François de 
Gonzague lui commanda en 149o. L'œuvre est conçue dans 
le style héroïque. Elle paraît chercher à souligner toute 
l'importance du moment pendant letjuei François de Gon- 
zague se tourne vers la Vierge. C'est lui (jui. le 6 juillet 
1495, à Fornoue, disputa le passag-e du Taro aux troupes 
de Charles YIII, revenant de Naples. 11 était généralissime 
des Vénitiens et le combat fut si acharné qu'il donna 
lieu à des commentaires contradictoii'es. Les Vénitiens 
crurent au triomphe parce qu'ils s'étaient emparés du 
camp de Charles Vïll. Mais les Français prétendaient 
avoir remporté la victoire, car les Vénitiens perdirent en 
cette journée près de trois mille hommes. Jean-François 
de Gonzague avait fait le vœu d'élever un sanctuaire à la 
Vierge, s'il sortait vivant de la bataille. .Mantegna fut 
chargé de décorer ce sanctuaire et composa ce groupe, que 
le Louvre possède depuis les campagnes de Bonaparte en 
Italie et que les traités de iSlo ne lui ont pas enlevé. Au 




i.A .madom: i.i: i a vi. innu;. 
(Musûi.' (lu Luiivic ) 



MANTEGNA. 91 

centre, trône la Vierge assise, tenant sur son bras droit 
Tenfant Jésus. A ses côtés, saint Georges, à droite, et saint 
Michel, à g-auclie, appuyé sur son épée, relèvent le pan de 
son manteau. A gauche, iedonateur Jean-François de (ionza- 
g^ue, agenouillé aux pieds de la Vierge, éperonné, vêtu de 
son armure, se toui-iie vers elle. A droite, en pcmhinl, se 
tient sainte Elisabeth, à g-enoux près du socle qui supporte 
le jeune saint Jean debout. Le soubassement du trône de 
la Vierge est orné d'un bas-relief représentant Adam et 
Eve près de l'arbre défendu. Dans \c fond appaiaisseiil 
saint Longin, le soldat qui après avoir frapp(' le Christ, vint à 
Mantoue se réfug-ier et y subir le marlyre, et saini An(h<''. 
le patron de Mantoue. Un balda(juin de verdure, enveloji- 
pant un arc en plein cintre, abrite la Madone, (iest un ber- 
ceau de feuillages et de guirlandes, entremêlés de fleurs, 
de fruits, d'oiseaux et d'éclianlilloiis (h' marbres cl (K* 
métaux précieux. Un rameau de corail briil. allach('' à la 
voûte par un cordon de perles, est placé, au-dessus de la 
tète delà Madone. L'entrelacement (b' ces festonsde v(>rdui'e 
laisse apercevoir l'azur d'un ciel dllalie. Les coloiations 
sont nettes et vixcs. Les carnations son! tlimi' lonalilt'' 
chaude. (|ui rap] ici le celle des \ l'iiil iens. et les Irnils rouges 
ou vermeils font |ienser aux coulcui's fraîches ci (■•lalaiiles 
adoptées [)ar les minialuiisles. 

Compai-ée à la Mddonc de la Vicfoirr. la Mtuloncih' Sdnta 
Maria in Organo, (|ui fut comniainh'c à Manlegna j>ar les 
frères de San Oliveto. |»arait à c(M'tains crilii|ucs(l une lona- 
lilé' plus grise cl plus silencieuse. L(eu\rc lui coin iiiciicce en 



02 MANTEGNA. 

141)6, car les r('L;isli-('.s du coiixciit en par'lcnt à coite date 
et sig[i;il(Mit Taclial de couleur d oulrruirr jioui- Mantogna. 
KIlc lui Icruiiuéc en 1497, couiuic riiidi(ju»' ijuscription 
(|u il y a i)la(ce : A MANTINIA, P. AN. GKACIA 14!)7, i:> 
AUGUSTJ. (rest une peinture à la df'treunje, apparicuaul 
aujourd'hui au prince Tri^•ulzio, à .Milan. La Vierge est 
assise sur des nuages, entoui'ée d(> chérubins, une Heur 
dans la main gauche, et tient Tentant Jésus. Il porte un 
collier de corail autour du cou, étend les hras et t'ait un 
geste de bénédiction. Cn bei'ceau de feuillage, cliargé de 
fruits de citroimiers. de grenadiers et de cog"nassiers, que 
Mantegnaati'eclionne,k la manière des miniaturistes, abrite 
quatre saints : saint Jean-Baptiste, saint Grégoire, saint 
lîenoit et saint Jérôme. Dans le bas de la composition ap- 
paraissent trois petits anges musiciens dont on ne voit que 
la têle et le buste. Ils chantent en s'accompagnant sur un 
orgue à main de petite dimension et l'un d'entre eux tient 
une banderole avec l'inscription citée plus haut. La dispo- 
sition des personnages produit lui effet plein de grandeur. 
A enté des œuvres comme la Madone de Santa Maria 
in Organo et la Madone de la Victoire, quelques autres 
tableaux religieux de la même époque paraissent moins 
imporlants. Celui qui présente les plus frappantes analo- 
gies avec ces peintures est la Vierge avec l'Enfant, de la 
National Gallery de Londres. La Vierge est assise sous un 
baldaquin entouré de fleurs; la tète légèrement inclinée, 
elle tient l'enfant Jésus debout sur ses genoux, entre saint 
Jean-Baptisie et Madeleine debout à ses côtés. Il faut rap- 



MANTEGNA. 1)3 

procher de cette œuvre une peinture où la madone et l'en- 
fant sont représente's dans une attitude presque identique. 
C'est la Sainte Fiuiiillc de la galerie de Dresde. La Vierge 
tient l'enfant Jésus el est placée entre sainte Klisabetli et 
saint Joseph, le petit saint Jean à ses pieds. On peut encore 
comparer à ces deux Madones la toile d'une authenticité 
douteuse du Musée civique de A'érone, la Madone et 
ï enfant avec deux saints. 

Il faut signaler le Christ e?ifant, de la collection de M. Louis 
Mond. à Londres, entouré de saint Jean enfant, saint Jo- 
seph, et sainte Marie et \' Homme de douleurs du Musée de 
Copenhague, qui semble antérieur aux travaux de cette 
période. Le Christ est assis et drapé, étendant les bras dou- 
loureusement, soutenu par deux anges. Quant aux scènes 
relig"ieuses (jui décorent la Chapelle de San Andréa, 
à Mantoue, elles ont ])u être exécutt'es dnprès les des- 
sins de Mantegna, mais (dles sont de la main de ses élèves. 

Dans ces tableaux religieux de .M;inlegii!i. on m- sent pas 
une àme croyante, inspir(''e par une loi prolondc. mais uu 
artiste (■|)i-is de belles altitudes el duii n''el seulimeul de 
lafoi'me el de la \ ie. Audi'cliu du (hiattrnveutd, oii les \ io- 
lenles [»r(''dicalions duu ,b''i'(Miu' Sa\dnai'(de appelaieiil 
1 anathème de Dieu coulre les id(''es de sou temps, el exal- 
taient l'Evang^ile en bi'andissanl le crucilix coulre les dieux 
des Grecs et Komains. Mantegna demeura peu seuMble ;i 
cette t'lo(|uerice et ;i ces in\'eclives contre les idoles (ju il 
a\"ait adort-es. Il resta lidèle au culte de I aul hjuilc ius(|ii';i 
ja lin de sa \ie, se s(Ui\ cuaiil d'elle iuM|ue dans ses com- 



O'i MANTKGNA. 

positions roligioiiscs. Mais c'osl surtout dans ses tableaux 
invlli()lofii(|U('s et all('gori(ju<'s (|u"il allait continuer à 
doniiei' caiTièrc à son amour [xiiii- lliiiinaiiisnie. 

A Tàge de soixante ans. il est cliarg"!; de dirig-er des tra- 
vaux de décoration (jue lui coniinaiide Isabelle d'Esté. Par 
sa profonde culture littt-raire et artistique, elle incarne 
l'idëaldcla fennne de ce temps. Elle n'est plus la créature 
giottesque, confinée dans un intérieur, ignorant l'histoire 
et la vie, elle possède les plus vastes connaissances, a lu 
les auteurs grecs, latins et italiens, converse avec les éru- 
dits, recherche les marbres et les bronzes antiques et veut 
réunir ses précieuses collections dans un endroit qui sera 
décoré par les plus illustres artistes contemporains. 
Mantegna lui apparaît comme l'artiste le plus capable de 
l'aider à réaliser le plan qu elle s'est tracé. Et cependant 
il ne conçoit pas l'antiquité de la même façon qu'Isa- 
belle. Tandis qu'elle appartient à la jeune g-énération 
qui se représente l'antiquité comme un monde de formes 
synonymes de grâce et de beauté, comme des symboles 
de leur idéal esthétique, Mantegna s'attache surtout au 
sentiment de ce qu'elle a d'humain, à ce qu'elle constitue 
une discipline de la pensée et des mœurs. Malg-ré cette ditlé- 
rence de conception de l'antiquité, Isabelle le considéra 
comme le seul artiste susceptible de s'occuper de la déco- 
ration de son appartement du Corte Vecchio, qui est dési- 
gné dans ses lettres sous le nom de la Grotta, sorte de 
bibliothèque destinée à renfermer ses collections. Pour 
la décoration de la Grotta, Isabelle avait commandé cinq 



MANTEGNA. 05 

compositions allégoriques à Lorenzo Costa, aujourd'hui 
conservées au Louvre, un tableau à Péruginet deux autres 
à Mantegna, le Parnasse et la Vertu triomphant des Vices, 
achetés aulrefois par le cardinal Richelieu et appartenant 
maintenant au Louvre. 

Ces sujets antiques sont d'un sentiment plus moderne 
que les œuvres antérieures de Mantegna. Lidée ([ui préside 
à ces compositions est l'ancien symbolisme consistant à 
représenter les difîérents aspects de la vie, les passions, 
les ^■('rtus, par les tlivinités anliijucs correspondantes. 
Pétrarqur, dans ses Triomphes, avait donné un modéh' Ar 
remploi de ces abstractions. Mantegna adaptera l'idée du 
triomphe à ces deux tableaux. Dans le Parnasse ce sera le 
Irionqjhe de Vénus, d'Apollon et des Muses. Dans la Vertu 
triomphant des Vices, ce sera le triomjjhc de la sag"esse 
et de l'activité intelh'ctuelle. 

Le Parnasse, qui est antérieur à l'autre talilfuii. hii 
est bien supérieur. Au sommet d'une cascade de rochers 
couronnée par un bosquet d'orangers, Mars conlenq)h' 
avec admiration Vénus luu'. A leui's pieds, un petit Amour 
ag"ace d'une sarbacane \ ulcain. (|ui sort l'uricux de la 
forge. Devant eux, dans la j)i'airi('. Aj^dioii lait daiiM'C 
au son de la lyre les neuf .Muscs. A droite. Mercure, le 
caducée à la main, s'ajqjuie aux lianes de Pt'gase ([ui piatle 
et omre les ailes. x\ Ihori/.on, entre les rocduMs (|ui en- 
loui-eiit cette île des dieux, s'i'-lcnd la terre a\ ce les \ illes et 
les hoMunes (|ui les habitent .< 'e tableau païen. (|ui n a pas la 
grâce maladive et la n go u l'eu se de iîott icelli, respire la saute 



00 MANTKGNA. 

cl chanlerharmoiiic des lignes dans la lumière. On sent quel 
enlliousiasme y a mis le jx'intrc, (juoicjue vieux, et on com- 
prend l'admiration qu'eprouvail Isabelle pour cette œuvre. 
Apollon et Vulcain sont dans Tombi-e, ainsi (|ue les rochers, 
landis que loute la lumière se concentre; sur le corps de 
Vénus et sur les Muses, r^eui' mouxement est des plus 
gracieux et possède ce caractèi'e d'élégance qui est le propre 
des œuvres tardives deMantegna. Dun ensemble déformes 
individuelles il essaie de dégager un type idéal de beauté 
(|ui annonce déjà lexvf siècle. 

Quant à la peinture la Sagesse triotnpliant des Vices, elle 
est moins belle, mais très intéressante. Les personnages y 
sont accompagnés d'un nom comme dans les tapisseries 
symboliques du xv*" siècle. Sur le borddun bassin, entouré 
de lauriers et d'orangers, apparaît Minerve (la Sagesse), 
ornée d'une lance pour mettre en fuite les Vices. Près d'elle 
mie fenmie, accompagnée de petits Amours et symbolisant 
la luxure, s'enfuit. A sa droite, deux jeunes femmes drapées 
à l'antique et tenant une torcbe. Au milieu Vénus, debout 
sur le dos d'un Centaure qui est entré dans le bassin où 
Minerve repousse les Vices. Près du Centaure, un satyre, 
portant un enfant. A droite, une femme symbolisant l'igno- 
rance, portée par deux autres femmes, qui représentent l'in- 
gratitude et l'avarice. A la droite du Centaure, un singe 
portant une banderole avec cette inscription : Immorlale 
odiimi fraus et malitia, s'avance dans l'eau du bassin 
avec deux femmes à sa gauche, l'une déguenillée, l'autre 
sans bras, représentant la paresse. A gauche, un laurier à 




A viiougk et i.'km am a(.(.omi'A(.m.s m- oiAH'i' saints. 

(Milan, ('.(illcclidii (In lunicc 'l'riv ul/in.) 



MANTEGNA. 9Î) 

tête (le femnif symbolise la verlu. Uaiis le ciel appa- 
raissent trois représentations allégoriques de la Force, la 
Tempérance, la Justice. Dans le fond, entre deux rochers, 
des arcades formées de plantes permettent d'apercevoir le 
sentier de la vertu. Les ditiormités de l;i nature sont iili- 
lisées ici dans une intention morale. 

Mais ce n'est pas le côté moral qui domine dans la 
plupart des tableaux mythologiques de Mantegna. Le 
trait fondamental, c'est le caractère di'coratif. Ou se l'ap- 
pelle le reproche que Squarcione aurait fait jadis <à Mante- 
gna, de représenter les figures humaines avec une dureté 
d'expression qui les faisait ressembler à des statues de 
marbre. C'est que, par tempérament et par suite de l'in- 
fluence exercée sur lui par la sculpture antique, Mautcgna 
fait passer Ft-tude d<'s lignes avant celle de la couleur. 
Peu à peu, sous linlluence des Bellini, il s'efforça de se 
prt'occuper du coloris, mais vers la fin de sa vie, sa con- 
ception de la peinture, visant aux elfets de relief du marbre 
et du bronze, le faisait revenir à ces tons unicolores qui 
<lonneiit aux lignes une pince pi-('p()n(l('rante. Toulr une 
s('rie d"(i3uvresde cette p<''i'i()de ont des tons bruns ipii l'ont 
valoir les contours, connue s'il sagissail (re\(''cnter 
des camées. lîeaucoup sont r(euvre de ses (lisci|tles. mais 
ont été peini,es d'api'ès ses dessins. Il f.iiil signaler la 
Vestale Ti/r/'a ci la Soplirmisbe (F h^li' el f'.\ iiIo/iiih'k de 
la National (lallerv. la Judilh d la lUthni de la r(dlec- 
tion John l'Mwai'd Tavlor à Londres, la .ImUt/i du nuisc'e 
de Dublin, la Sihi/Hf et xii l^i'ophrle au duc île Huccdeucli. 



KHI MANTKCNA- 

cl (les dessins cil iiiiiliici'c tic pcilil lll'c. roiiimc le .liKjr/nciif 
de Sd/o/non i\n Mwi^vv i\u Louvre. I ne des jjciiiliircs dt'-co- 
imIincs de lii lin de sa carrière (|ui pciil lui t'Irc allriltui'c, 
est le Samsonet Daliia de la National (iallcr\ . i-cpicscnlant 
un Ivpo assez firossierdeSamson, couché au pie'ddun arbre, 
pendant (|u"unc cliarmanfe figure de Daliia lui coupe les 
cheveux. L'arbre jtorte cette inscription : Fcminn diabolo 
tribus; ass/bi('< est liufia pf'Jor. 

X. — LOeIVHK (JRAVK 1)K AL\NTKGNA. 

Pour saisir le caractère particulier de dessin pre'cis de 
Manlegna, il est nf'cessairc d étudier son œuvre gravé en le 
raitachanlàunehistoire d'ensemble de cettetechnique en Ita- 
lie. L'art de la gravure, dont les premiers essais en ce pays 
datent lie 1452, a été pratiqué à ses origines par des orfèvres 
tlorentins qui ne voyaient, dans le procédé récemment 
découvert, qu'un moyen de se renseigner sur l'état d'a- 
chèvement de leurs travaux d'orfèverie, en se servant 
d'épreuves sur papier plutôt (juc de moulages enterre et en 
soufre. Ces ateliers des artistes nieileurs donnèrent nais- 
sance à deux écoles ditférentes de graveurs. L'une, conti- 
nuant la vieille tradition, s'immobilise dans les conditions 
((ui lui ont été faites au début par les émailleurs et les 
ciseleurs et ne saiiranchit pas des exigences industrielles. 
Le dessin est un peu dur et ne cherche qu'à répondre 
à un besoin de décoration ornementale. L'autre école 
réussit à s'émanciper du travail des ciseleurs et, mal- 



MANTKliNA- 1<»I 

gré quchjuc inexpérience dans le niaiiienifiil du Itui'in. 
se préoccupe dellels de lumière, de chiir-oljsrur. (dierclie à 
diversilier la valeur des ()ud)res. à iniiler les tiaxaux du 
crayon et de la plume ou du dessin en manière de lavis. 

C'est cette tendance nouvelle qui de\int populaire en 
Italie. De tous les maîtres italiens de la (in du \\ '' siè(di'. ([ui 
essayèrent d'exploilei' la décou\ei'le de la pravui'e en 
1 adaptant à liiuilalion des lif^nes du dessin, un de ceux 
(|ui devinreiil les plus habiles fut .Alanleizna. Au lieu di- 
se borner, comme les premiers graveurs llorenlins, à des 
tailles espacées soutenant à peine les formes, et de se con- 
tenter de tracer des silhouettes, il procède par des tailles 
serrées, allant de droite à g^auche el (diendie à ex|)rimer le 
mo(l(dé int<''rieui'. H imile le dessin à la ])luuie. dans ses 
lignes rapides et hardies, (^est cette manière de dessin (jui. 
suivant Bellini. aurait donne une impulsion à la gravure 
et aurait facilité son développement. Les artistes de la fin 
du xv" siècle virent dans cette techni(|ue nouvelle le moven 
de l'aire l'eproduire à plusieurs ('■preuNcs leurs dessins et 
de les rc'pandre ainsi dans le |»ubli<'. 

Il ne laudrail pas adiibuer il Manlegna liih-e d'avoir 
décou\"ei-| ce svsièuie de gravui'e. Il es! possible (jue Maso 
b'im'guer'ra. (|u Ou rcijarde connue riii\cnleui' de la gi'avure 
en llalie. en \\'.\'2, le coiuuil. Mais les premiers essais 
imporlanis de ce genre de reproducliou (|ui nous >oul 
parvemis daleul de Pollajuolo el de .Maulei:na. ( .e n'es! 
là (|u"une livpolbèse. car les documenis cduleiuporauis 
son! rai'es: ceux (|U(in possède sin' lieux le i:ra\e de 



102 M ANTKdNA. 

Mantegna se [('(luisciil à deux |);i.s.sat;('s de N'asari el à iiiir 
lettre de d'Anlizoni. D.itis la \ ie (luil nous a laissée de 
Mantegna, Vasari dit qu'àl"exeiii]de du l'oilajuolo, Andréa 
se plut à faire des g^ravures sur cuivjc cl il ajoute que c'a 
été une counnodité vraiment remarquable, en permettant 
de connaître plusieurs de ses morceaux célèbres. Dans un 
autre passage de ses Vies, dans la vie de Marc-Anloine. 
après avoir parlé des tentatives de Finiguerra. de Botticelli, 
de Baldini, Yasari dit qu'Andréa, ayant entendu parler de 
celte invention à Rome, en profita pour graver plusieurs 
de ses œuvres. Enfin, le dernier document est une lettre 
du graveur Simone di Ardizoni au niar(juis de Mantoue, 
datée du 15 septembre 1475. «Quand Andréa Mantegna, 
dit-il, vint à Mantoue, il me fit beaucoup d'offres, témoigna 
qu'il était mon ami. Mais j'avais depuis longtemps noué 
amitié avec Zoan Andréa qui m'avait raconté qu'on lui 
avait volé des planches gravées, ce qui m'émut de com- 
passion. 11 me dit de lui refaire les gravures et je travaillais 
pour lui lorsque Andréa Mantegna, sachant que je faisais 
des estampes, m'envoya menacer par un Florentin, jurant 
qu'il m'en empêcherait. Et pour cela, un soir, Zoan Andréa 
et moi nous fûmes assaillis par le neveu de Carlo Moltone 
et plus de dix hommes armés.» 

Si ces renseignements sont exacts, il en résulte qu avant 
1475 Mantegna n'avait pas encore gravé ses dessins, mais 
qu'il chargeait un graveur de les reproduire. Mantegna 
n'avait pas encore l'habitude de manier le burin quand il 
sollicita la collaboration de d'Ardizoni. Ce qui explique sa 



MANTECiNA. 103 

colère contre ce praticien, c'est qu'il avait besoin de lui et qu'il 
n'aurait pas voulu le trouver auprès de Zoan Andréa occupé 
à graver des dessins contre son gré. C'est seulement assez 
tard que Mantegna grava lui-même ses dessins. 

11 convient de distinguer ses œuvres de celles des 
copistes. Pendant très long'temps on ne faisait aucunedifle- 
rence entre ces diverses épreuves. Un catalogue critique 
et raisonné de ces pièces n'existe ni dans Bartscli, ni 
dans Passavant. C'est le travail minutieux d'un érudit péné- 
trant, comme Kristeller, qui a réussi à établir, en se fon- 
dant sur des précisions tecbniques, que sept estampes seu- 
lement doivent être regardées comme de la main de 
Mantegna. Ce (jui constitue leur caractère particuliei-, 
c'est qu'elles présentent une certaine dureté de traits t'iier- 
giquement accusés, tandis que les estampes dues à des 
copistes ou à des élèves sont d'une tonalitt' plus douce. 
Cette classification est adoptée mainlenant par le Britisb 
Muséum, dans le catalogue qu'il a |)iil)li(' ic'ceiunienl de 
ses pièces italiennes. Lesestaiiqx's susceptibles d'avoir été 
gravées par Mantegna seraient : Lu Vierf/f dssise (Barlscb, 
8). L(i Sépulture (B. 'X). Jrsiis-Chr/'st ressuscité entre saint 
André et saint Lonyin (B. ()). Combat des Tritons (B. 17). 
Combat des dieux marins [\\. 18). Bacchanale à la cuve. (B. 
19j. Baccliana/rauSi/é/ip. (|{.2(h. 

Dans (|uel ordre ces gravures orit-idles é-lé exécult-es et 
(juelles seraient les plus anciennes? C'est une chronologie 
assez peu conniiod(> à ('lablir ;n"ec cerlitiide. l'illes ne sont 
pas datées et si deux d'entre elles, la liacchanalc au Silène 



lO'i MANTEtlNA. 

elle Combat des dieux marins oui (-tt; copit'fs jiar Diiici- 
avec la dato 1491, dans les dessins de la collcclioii 
Alherline à Vienne, il faul l'aire des réserves sur celle 
dale. (if (junn peut dire, c'est (|ue, pendant longtemps, 
Manlegna ne gra\ait pas lui-niènie, mais employait des 
grav(!urs. Ses premiers essais sont dus à linlluence de 
PoUajuolo dont il a voulu imiler l'estampe bien connue 
Combat dliommes nus. Kristeller estime (juc la première 
estampe, qui pourrait avoir él('' l'aile entre 14S() et ItlIO. 
serait la Vierge assise. Vierulraient ensuite les deux 
Bacchanales, le Combat des dieux marins et le Combat de 
deux Tritons. Quant à \di Sépulture et au Christ entre saint 
André et saint Lonrjin. elles appartiendraient à une époque 
postérieure. 

L'étude de ces ditïérentes pièces permet de suivre l'e'vo- 
lulion du talent de Mantegna dans l'art de la gravure. La 
Vierge assise est contemporaine, par sa manière, des 
Triomphes. Le sujet religieux est interprété comme une 
scène de la vie humaine. La A'ierge est une mère qui 
incline sa tète vers celle de son enfant pour se rappro- 
cher de lui, et qui l'enserre de ses deux mains dans une 
étreinte pleine de tendresse, comme pour le protéger. Les 
Bacchanales et le Combat des dieux sont de la même 
époque environ et procèdent de la môme manière que les 
Triomphes. 11 se souvient de compositions antiques, mais 
il ne les imite pas, se laissant aller à son amour pour le 
mouvement des formes vivantes et la nature. Dans la 
Bacchanale à la cuve, il nous la présente sous les aspects 



MANTEGNA. 107 

les plus bas et les plus réalistes. C'est un personnag'eivrc, 
assis sur le bord d'une cuve, soutenu par un de ses com- 
pagnons et entouré de faunes qui boivent avec joie. La 
Bacchanale au Silène complète ce tableau d'ivresse. Un 
Silène est porté entre les bras de deux faunes et d'un satyre. 
Un homme prend sur son dos une femme très grosse, un 
autre porte un de ses camarades, tandis que deux femmes 
jouent des instruments de musique. Ailleurs, Mantegna 
montre que les divinités de la mer ne sont pas exemptes 
des passions bumaines. Dans le Combat des dieux marins, 
c'est l'Envie qui, sous la forme d'une femme hideuse, excite 
les dieux do la mer. Ils sont montés sur des chevaux ma- 
rins et se battent. L'un frappe avec un fouet foruK' de 
poissons. L'autre pare le coup avec un bâton. Le vicomte 
Delaborde croyait que la gravure avait été inspirée à Man- 
tegna d'un bas-relief de Ravenne, mais on s'accorde à croire 
que ce bas-relief ne serait pas un antique. C'est une copie 
faite d'après la gravure. 11 y a d'ailleurs dans Cfltc 
estampe, moins une imitation iranti(|U(' ([u'unc fan- 
taisie. Mantegna est frappé des forces divines de la 
mer et il essaie de traduire leur mou\enient. Ou rctrouM' 
cet effort dans le pendant, le Combat de deux Tritnn<. 
Ce sont deux tritons qui se battent, ayant chacun une 
nt''r<''i(l(' en croiipr. L'un, à droite, lin porte ini coup avec 
un grand os. [^ auti'e, à gaucbe. ai'iui'- d'un bàloii. pare le 
coup de son ath'ersaire avec le crâne d Un aiiini;il. La 
gravure est dans le goût qualirocentiste. 

Les deux dernières gravur«'s sont A^iA |)ièces leligieuses. 



loS MANTi:(iNA. 

L'une, la Sé()ullm<'. r,i|»|tcll(' le li'ijilN (|iic «if San Zcno. Dans 
la Si'jiulliire, an nionicnl (n"i le (-(M'ps «le J/'sns rst porté 
|tar deux «lis('i|)l('s pour r(r<' mis an ((inilican, le di'ses- 
poir (le sain! Jean esl ex|)[ain(' par ses mains joinles. 
son cou tendu, ses yeux ouvei'ls. Mais l'allilude la 
plus étudiée est celle do Joseph d'Arinialliie qui. tout en 
sujtpoi'lant la \ue du di\in cadavre, se relourne vers la 
Yierg'e é-vanouie, j)]ein de compassion. Son alllicl'on se 
mar(jue par l^dl'ort (|u"il fait })0ui' conlenii' ses larmes et 
qui contraste avec la douleur des autres personnages. 

Ij'autre estampe, le Christ rntif samt André et saint 
Lon//in,u'eM pas un morceau dune émotion aussi poignante 
et religieuse, mais pai-aît d'un sentimeni tout à l'ait anti(jue. 
Jésus-Cliristest debout, tenant une bannière. Agauclie, saint 
André soutient une croix. A droite, saint Longin, les mains 
jointes, appuie salance contre l'épaule. Il semble que Man- 
tegna ne se préoccupe pas du sujet proprement dit. 11 
ne voit que des formes dont il cherche à rendre l'impres- 
sion avec vérité et naturel, ('e (|ui apparaît dans cette gra- 
vure, c'est la [)réd()minance des ('déments antiques sur 
l'émotion religieuse. Ces tigni'es de saints n'expriment 
pas le sentiment chrétien de la douleur, mais le sentiment 
antique de la lutte de rhouniie contre la fatalité. Cette 
force j)hysique du saint Longin et ce calme puissant de 
saint Andr(' leur donnent moins le caractèi'c de saints 
que de divinités de l'Olympe. On croirait que ce sont 
des dessins pour des statues antiques. 

11 serait intéressant de rapprochei- des estampes de 




i'.liilir Min.u : 



Jl UlTIl. 



Dessin à lii II 



,,,,, ,;,„.u.l d.sosiau,.o. du MU.V closOni.vs . Flo,v,u-e). 



MANTEGNA. 111 

Mantegna les dessins quil destinait à la gravure. Il n'existe 
parmi les dessins gravés qu'un seul susceptible d'être 
reg'arde' avec certitude comme de la main de Mantegna. C'est 
le Combat des Tritons, de la collection du duc Devonshire à 
Chatsworth. Les autres dessins n'ont pas été g^ravés ou ne 
sont pas de la main de Mantegna. Les seuls dessins qu'on 
puisse lui attrilnuM', outre le Combat des Tritons, et une 
esquisse de la collection de l'iionorahle (lalhorne Hardy, 
dont on a parlé à proj)Os des f'res(iues des Eremilani, sont 
quatre dessins du British Muséum, une Allégorie tle la For- 
tune et de la Vertu que grava Zoan Andréa, une Etude 
d homme malade^ une Madone assise tenant l'enfant Jésus 
debout, un ange <à ses pieds, et un dessin repiésenlant Mars 
-assis entre Vénus et Diane. \\ faut encore citer le dessin du 
musée des Offices, à Florence, représentant Judith avec 
cette signature : ANDREAS MANTINLA MCCCCLWXXL 
Il a appartenu à Vasari et a dû servir de modèle poui- la 
décoration de la chapelle de Mantegna. Juditli est i-eprt'-- 
seiih- (lelioul en compagnie dune esidave mauresijiie, 
niellant dans un sac la IT'Ie (llioloplierne. (Juanl aux autres 
dessins, ils présentent une aullienlicilt'' douteuse. Le> deux 
plus curieux seraieni celui du musi'-e de |{ennes. le Jeune 
prisoniiicr et l'escjuisse du Lou\ re poiii' une slalue de 
Virgile. Elle lui avait ('dé commaniii'-e jiar Isahelle. (jui 
\"oulait veng'er le poêle conlretlarlo Malalesla. Crhii-ci, 
au momeni où (laleas N'isconli l'aisail la guerre aii\ (ion- 
zague, pour emjiéclier N'irgile d'(Mr-e regaidi- conniie une 
divinité, avait l'ail jeler sa slalue dans \v Mmcio. Les 



11-.^ MANTKdNA. 

hisloricns <■! les partes llc'lriiciil Malalcsla, et c'r'sl pour 
rcstiliicr If eu lit' (lu |)()M(' (pilsiiltcllc (lciimii(l;i h Munloizna 
un pi-djcl (le iiiomiiiiciil . (W dessin du LouM'e. provenant 
(le His de la Salle, n-pi-i-senle le p()<'le dehoul sur un pi»''- 
destal, couronni' de lauriers, \r\u à la romaine et lenanl 
des deux mains son livre. 

Mais il faut l'aire toutes r(''serves sur quantité de dessins 
altribu('S à MaïUet^na, de mt^'Uie que pour toutes les autres 
gravures classées dans son œuvre et qui ont dû être exé- 
cutées par des élèves d'après ses dessins. Ces dix-huit ou 
dix-neuf estampes peuvent se diviser en deux groupes. 
Les unes, (jui sont les plus importantes et paraissent d'un 
même artiste, témoignent d'une certaine fermeté de tailles. 
Ce sont la Flagellation (B. 1). La Sépulture (B. 2). La DeS' 
ceiite de croix (B. 4). Jésus-Christ descendant aux limbes 
(B. 3). La Vierge dans la grotte. Hercule et Antée de la 
Hofblibliothek de Vienne. Quant aux autres, qui com- 
prennent l'ensemble des autres pièces citées par Bartscb et 
Passavant, elles sont exécutées d'une manière plus fine. 
Elles paraissent être de la main de Zoan Andréa, Gio- 
vanni Antonio da Brescia, Mocetto, Jacopo Francia, 
Nicoletto de Modène, qui s'appli(iuèrent non seulement à 
s'approprier sa manière, mais <à contrefaire ses gravures, 
sans arriver cependant à imiter sa rare vigueur de ti'ails. 



MANTEGNA. 115 



XI. DeRMÈRKS années. MoHT DE Mantegna. 

Son influence. 

Les dernières années de la vie de Mantegna furent 
attristées par des difficultés pécuniaires, des inquiétudes 
sur sa santé, et des ennuis que lui causa son lils aîné 
François. Le l'^'" mars 1304, il lit un testament oîi se 
manifeste toute sa méfiance pour lui, tandis qu'il avan- 
tageait son plus jeune fils Louis, auquel il cédait ses pro- 
priétés, et faisait un legs à sa femme Libéra. En même 
temps, Mantegna demandait à être enterré dans la cha- 
pelle de San Andréa, et engageait des pourparlers avec 
le protonotaire Sigismond de Gonzague. Le 11 août 1504, 
en présence des chapelains et des chanoines, la conces- 
sion de la chapelle lui est accordée. Il h'ur léguail liMI du- 
cats pour la construire et la décorer. Kn l.'iO.j. à soixante- 
treize ans, il promit à Francesco Cornaro GorneHo, que les 
poètes faisaient descendre de la gens (iOrneha. de pein- 
dre un triomphe en l'honninir de son prt'U>ndu ancêtre 
Cornélius Scipioii. Il s'agissiiil du Triomphe de Sci/j/on 
aujourd'hui à Londres, ;i la National (Vallery. On a des 
nouvelles de cette comj»osition par une lettre du T' jan- 
vier 150"), du cardinal Pietro liembo. qui demande à 
Isab(dle d'ivsie dinlervenir auprès d(> Mantegna pour 
lachèvement du Iricnuphe doiil le jti'ix a é'l('' li.\<' ii l."'»(l du- 
cats. Le sujet ('lait «Mupiunté à Tiie-Li\ c et a t'-lt' ainsi dé- 



116 MANTKliNA- 

crit par Roisol dans un ailiclc : « Scipion Nasica, dt'signc 
par le Sénat, coniiric le plus vertueux des Romaiiis, pour 
recevoir l'image de la mère des dieux apportée de 
Plirygie, s'avance au-devani (!<■ la déesse dont le husie, 
porlé par des Asiatiques, va prendre jjlace dans le temple, 
à enté des divinih-s protectrices de Rome. Scipion est 
entouré de sénateurs et d'hommes de toutes conditions 
qui lui font cortège. Une femme (Claudia (Juinta) se 
précipite à genoux devant la sainte image. » Mantcgna 
était pi'éoccupé à ce moment j)ar la mauvaise conduite 
de son lils Fi'ançois. Le 1"'' avril l.'iOo, Isabelle écrit à 
son mari que le vieux Mantegna est venu lacrimom lui 
demander la grâce de son fds. Par nn codicille il le 
rétablit dans ses droits d'héritier. 

Mantegna était tombé malade. Des embarras d'argent 
l'obligèrent à s'adresser à Isabelle à laquelle il oliVit, en 
janvier 1506, de céder pour 100 ducats un marbre antique 
dont il hésitait à se dessaisir, X^FauM'nie. Le 15 juillet, 
l'intendant de la marquise, Jacopo Calandra, lui écrit qu'il 
est allé la veille chez Mantegna et qu'il y a vu un tableau, 
le Dion Comas dont il donne les renseignements sui- 
vants: «Le dieu des festins et des élégances y paraissait 
entouré de deux Vertus, l'une vêtue, l'autre nue. de 
deux amours, d'un Mercure et d'autres figures allégori- 
ques.» Ce tableau fut retrouvé ainsi que le Triomphe de Sci- 
pion dans l'atelier de Mantegna, après sa mort. Il était 
inacbevé et fut termini' parLorenzo CiOsta, ce (juile rendit 
un peu différent de la description de Calandra. Le T' avi'il 



MANTEGNA. 11^» 

1506, Calandra écrivait à Isabelle pour lui anuoncer que 
Mantegna lui avait cédé la Faiistine. 

Le 13 septembre 1506, Manteena mourait ;i Manloue 
dans sa maison de la via Unicorno. Son fils François, exilé, 
rentra à Mantoue. Louis annonça la mort de son p«'re au 
marquis de Mantoue. et sa lettre nous apprend (jue dans 
son atelier Mantegna laissait, outre le Triomphedc Comnlins 
Scipion et le Dieu Cornus, im Saint Sébastien, celui (|ui 
fait partie actuellement delà collection du baron Francbetti, 
Les hnnentations sur le Christ ou Christ en raccourci. Ce 
(( Cristo in scurto » qui passa de l'atelier de Mantegna 
dans le palais du cardinal Sigismond de Gon/.aiiuc puis 
dans le palais du caidinal Mazarin, à Rome, est mainte- 
nant à Milan, au musée Bréra. Du fait que celte d'uvre 
ait été trouvée dans l'atelier de Mantegna, il ne fau- 
<lrait pas conclure qu'elle soit de sa dernière période. 
Bien (|ue MorcUi la date (b' 15(l(i, (Irowe et Cavalca- 
S(dle ainsi (juc M. Lafenestre la considèrent comiiif une 
œuvre de jeunesse. Mantegna a voulu iiioiilrcr tout ce 
qu'il savait des pi-oblèmes du raccourci m l;iisant Icnir 
dans un petit espace compi'is entre b's talons cl la Iclc 
un bomme de foi'te stature liumainc. Le corps du Cbrisl 
est (■tendu (b' biais, l'aiib'. la plante des |)ie(ls en a\aiil. au 
premier plan en raccourci, la tt'te exbaussi'-e «le uiaiiière à 
pouvoir être vue de tous lescitlés où Ton se |>laee. A gau- 
cbe apparaissent les trois profils de \i saines (pii i»leurenl 
et dont les muscles contraslenl axcc la masse cada\('ri(|Ue. 
Le torse est nu, recou\<'rt d une ilrajierie à la paitie iule- 



l-^O MANTKflNA. 

ricure, la poitrine s'ailaissc sans souille l;i \r\(' est pen- 
chée <à droite, les mains iininohilcs nionlrenl, les plaies 
(jue les clous oui laiss('es. les hras placés syme'trique- 
ment deuicurcul rigides. Il y a là un ellet de réalisme 
effrayant. 

Ce hnt d'effrayei' plul<^it (juc d'('inoiivoii-. qui frappe dans 
beaucoup de ses (euvres, révèle moins une àme chré- 
tienne qu'un espi-it préoccupé de mesurer la puissance 
expressive de son arl. On sent un génie inquiet chez lequel 
subsiste la trace des luttes âpres et, violentes du quattro- 
cento. Au moment où Tespril liésilc entre la tradition 
immobile du nioyen âge et la culture moderne, il com- 
prend la nécessité d'étudier l'antiquité comme un moyen 
d'apprendre à connaître la nature. A un peuple passionné 
de voir et de savoir, l'antiquité fait aimer la vie que le 
moyen àg-e avait flag-ellée de sa discipline et qu'elle réhabi- 
lite avec toutes ses jouissances, la lumière, l'air, l'espace, 
les fleurs, toutes les beautés dont elle se pare. « Les 
couleurs Unes, écrit Marsile Ficin, les lumières, les voix, 
la splendeur de l'or, la blancheur de l'arg-ent. la science, 
l'àme, ces choses nous les appelons belles. » A cette 
société dont les yeux s'ouvrent pour admirer toutes les 
merveilles de l'univers trop long-temps condamné, Mante- 
g-na voulut révéler la beauté de la forme vraie. Pour se 
faire une idée de ses efforts, il faut avoir présent à la mé- 
moire le médaillon en bronze attribué soit à Sperandio, 
soit à Gian Marco Cavalli et placé dans la chapelle à gau- 
che dans l'église San Andréa de Mantoue, qui représente 



MANTEGNA. 12:1 

son masque terriblo. Cette physionomie énergique et tour- 
mentée révèle, au milieu de souffrances visibles, une éton- 
nante force de volonté. On devine une nature pleine d'une 
ardeur combative dont lart rellète toutes les forces qui 
travaillaicnl l'àme de ses contemporains. 

Il y avait dans son style un élément si individuel (|ue per- 
sonne ne pouvait essayer de limiter. Il ne forma pour ainsi 
dire pas d'élèves mais, sans être proprement dit un chef 
d'école, il exerça une grande inlluence sur lécole de 
Padoue, l'école de Vérone et les écoles de l'Emilie. A 
Padoue, à côté de ses camarades (|ui Iravaillaient sous sa 
direction à la jx'inture des fresques de l'église des Ereini- 
tani, Bono da Ferrara, Ansuino da Foi'Ii. Niccolo Pizzolo. 
il eut des élèves comme Jacopo da Monlagnana. A Man- 
toue, il faut citer Antonio da Pavia. Plusieurs peintres 
de lécole de Vérone, comme l^ibi-ralc de A'i-roiie. Fran- 
cesco Bonsignori, Francesco Carolo. FrancescoMoi'one, oui 
été ses discij)l('s. Ij'arl iii;mlegnes(|Uf iiispii-a les ("çolcs 
du Nord, dont les brillants rcpn'scMilaiils à Fcrrarc Parme 
et Bologne, Marco Zoppo, Cosimo Tura, Lorcn/.o Costa. 
Ercole Roberti, Francesco delCossa, Biancbi Ferra l'i. a(hni- 
raient la science anat()iiii(|ut' du uiaih'c Ai' Padituc \\\\ 
dehors de l'Italie, des artistes comuie Durer et llolbem 
l'ui-enl séihiils par ses notalious jirécises (b' pei'sjteetixc. 
Kapbaid eui[)ruilte à ses fres(|ues tout ce (|U elles emi- 
teiiaienl (b' docunumlalioii sur ranti(|uité' païenne, l'jilin. 
b' ebarmaiit (b'corafeur de la cou|i(ib' ib' Paiine. Cmi-ège. 
maigri' ses buaiies moelleuses et S(iU|»les ([ui paraissent 



V^'t MANTEGNA- 

oflVir un conlrasle avec les contours durs cl ('-nci-giciues <le 
Manlf'g-na. a iniilé ses effets fie luinirre. de mouveinents 
aériens, ses liarrliesscs de dessin et fut g"ag"né par son 
inslincl de la i'('';ilil(' décorali\i'. Il faudrait exauiiner dans le 
dt'Iail ioul le d('\ tdoppcnicnl de la pcinliire en Italie dans 
la preinirie partie du \vr siècle [)Our comprendre tout 
ce (jue son iruvre renfermait de vie et de vérité. 
Bien qu'on lui ait reproché de préférer Téfude de la scul- 
pture antique ;i celle du modèle vivant, Manteorna aurait 
souscrit à 1 opinion émise par Cennino Ccnnini 1or({u il 
conseillait à toutpeintre qualtrocenliste dimiterla nature : 
(( Prends garde disait-il. que le guide le plus parfait et le 
meilleur timon que tu puisses avoir, c'est la porte triom- 
phale de portraiturer d'après nature. Et la nature dépasse 
tous h'S autres exemples, et lie-toi toujours à la nature». 



BIBLIOGRAPHIE DES OUVRAGES PRINCIPAUX 
SUR MAXTEGNA 



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11102. — Berenson, Novth Jtalian painlers of the Renaissance. Londres, 
1907. — Bettinelli, Délie letlere e délie arti Mantouane. Mantoue, 1774. — 
Braghirolli, Lettere ined. di artisli di Mantoi/a. Mantoue, 1878. — Brun, 
Neue Dokmnente iibcr Maiitegna [Zeilschi-ift fitrotldende Kiinste, l87o-76, 
t. -Ml. — Burckli.irdI, Die cultur der Uenaissance in Italien, 8' (id. Leipzij^, 
l'JOl. — Crowe e Cavalcaselle, Stcria délia pittura in Ilalia. Florence, 
187.O-1908, t. V. — Maud Crulwcll, .U«/i/e.7/(a. London 1901. — DArco, 
Délie arti e délie artifici in Mantoaa. Mantoue, 1857. — Gaye. Carteggio 
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L'œuvre de Manteyna (:200 illustration,-:. Stult-arl. l'JlOct Paris. 1911. — 1'. 
Kristeller, Manlegna. Berlin ri Leipzig, 1902: Kristelier, Francesco Squar- 
cione e le sue relazioiii con Andréa Manfegna {llassegna d'Arte, 1909. t. X.) 

— Lanzi, Stor/a pittorica délia Jlaliana. .Milan, 1824-25 t. IIL — Ivan 
Lerniolieff (Morelli), Le opère di niaestri iluliani nelle gallerie di Dresda 
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t. XV). — Miintz. Histoire de l'arl pendant la /{i['//c//.vAr/Hr<'. l'aris, 1889-91. 

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Paris, 18i0. — Ad. Venturi, Sloria dell' arle italiana.MWnn. 1908, t. V et VL 

— Lionello Venturi. l'illara rcnezlniin. \i-n\<r 19117. — C.li. Viiiirlr. Muii- 
iegna, Paris, 1901. 



TABLE DES GRAVURES 



Le baptême d'Hermogène iL('gende de saint JarMiues. fresque), 

(Padoue, église des Ereiiiitani) 9 

Saint Jacques marchant an snpplice, fresque f'Padoue, église des 

Eremifani) 13 

Exécution de saint Jacques, fresque (Padoue, église des Eremitani) 17 
Martyre de saint (Jirisloplie, fresqui' (Padoue. église des Eremi- 
tani) 21 

Samt Georges (Venise, Académie) Bois. H. 0°',66; L. 0",32. — 

Saint Sébastien (Louvre) Toile. H. 2 '",57 ; L. 1 ",42 25 

La Vierge et l'Enfant avec des anges |(Vérone. San Zeno) Bois. 

H. 2'°,20: L. l-n.lo ^ 29 

Jésus sur la croix (Musée du Louvre) Bois. H. U-n-GG; L. 0">.90. . 33 
Mont des Oliviers (Musée de Tours) Bois. H. O'^fid; L. 0">,88. . . 41 

Le Cardinal Mezzarota (Berlin) Bois. H. 0'°,44: L. 0'°,33 45 

L'adoration des Mages (Florence. Musée des Offices) Bois. 

H. O-nje; L. 0°'.765: 49 

La Circoncision (P'iorence, Musée des Offices) Bois. H. 0m,46; 

L. 0'°.425 53 

Le marquis Ludovic Gonzague et sa famille (Mantoue. Cbàteau 57 

di corte, fresque) 

Le marquis Ludovic Gonzague et la marquise Barbara (frag- 
ment de fresque) 65 

La rencontre du marquis Ludovic et du cardinal Francesco Gon- 
zague (Mantoue. Château di Corte, fresque) 73 

Peinture du plafond (Mantoue, ChAteau di Corte) 77 

Triomphe de César (Hampton Court, fragment de fresque) 
2'n,74x2m,74 81 

Triomphe de César (Hampton Court i fresque 2™,74X-'"-"i 85 



TABLE DES GRAVURES. 127 

La Madone de la Victoire (Louvre) Toile. IL 2»,80 ; L. 1»,(J0. . . 89 
La Vierge et l'Enfant entourés de quatre saints (Milan, Collec- 
tion du prince Trivulzio) Toile. ÏI. ^'".S?; L. â'n/l-i 97 

Le Parnasse (Musée du Louvre) Toile. IL d^-GO; L. i "'92 103 

Judith, dessin à la plume (Florence, Musée des Otlices) 109 

Combat de deux Tritons, estampe. H. 0™,328; L. 0»,440 113 

Le Christ ressuscité, entre saint André et saint Longin, Estampe 

H. 0°^,330: L. Om.32.^ LIT 

Lamentations sur le Christ (Milan, Musée Bréraj Toile. 11. O^jWJ; 

L. 0">,81 121 



TABLE DES MATIERES 



I. Mantcgnaà Padoiic. — Formalifui cl ili'veloiiiM'inenl de son 

esprit • 5 

11. Les fresques des Eremitani 19 

III. Les œuvres de début 31 

IV. Mantcgna à Vérone : le triptyque de San Zenn 37 

V. Mantegna à Mantoue -i^ 

VI. Les premières œuvres de Mantegna à Mantoue 56 

VII. Mantegna au Castello di Corte à Mantoue. — La Caméra 

degli Sposi 6!} 

VIII. Le triomphe de Jules César 71 

IX. Les derniers travaux de Mantegna !ST 

X. L'œuvi'e gravé de Mantegna 100 

XI. Dernières années — Mort de Mantegna, son influence... . Mo 

r.ibliographie des ouvrages principaux sur Mantegna 125 



13.495-11. — CoRBEiL. Imprimerie Crété. 



BINDING SECT. OCT 1 df^^r^ 



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ND Blum, André 

^^5 Mantegna, biographie 

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