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Full text of "Manuel d'archéologie chrétienne depuis les origines jusqu'au VIIIe siècle"

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MANUEL 



D'ARCHÉOLOGIE 



CHRÉTIENNE 



DEPUIS LES ORIGINES JUSQU'AU VIII« SIÈCLE 



PAR 



DoM H. LECLERGQ 

BÉNÉDICTIN DE FARNBOROUGH 



TOME SECOND 



PARIS 

LETOUZEY ET ANÉ, ÉDITEURS 

76 BIS, Rue des Saints- Pères 

1907 



CHAPITRE PREMIER 



METHODES DE CONSTRUCTIOX 



Cnractère de la première période. — II. Maçonnerie ])ar compression. — 
III. Construction pilonée. — IV. Les parements et les charpentes enclavées. 

— V. Les voûtes en maçonnerie. — VI. Voûtes sur armature. — VII. Arma- 
ture en carrelage. — VIII. Voûtes d'arête. — IX. Voûtes spliérirjues. — 
X. Les contreforts. — XI. Les constructions appareillées. — Xll. Caractère de 
la deuxième période. — XIII. Les massifs. — XIV. Les parements. — XV. La 
colonne byzantine. — XVI. — Voûtes sur cintres. — XVII. Voûtes sans cintres. 

— XVIII. Voûtes d'arête. — XIX. Coupoles. — XX. Xiches sphérif/ues. — 
XXI. Voûtes sphériques sur trompes. — XXII. Voûtes sur pendentifs. — 
XXIII. Les tassements. — XXIV. Les chaînages. — XXV. Les contreforts. 



I. Caractère de la première période. 

Le règne d'Aug-uste marque le début dune période d'art assez 
origXixdl pour lui mériter le titre d'art romain ou d'art aufjiistal. 
Grâce aux ressources considérables dont on disposait et à lenthou- 
..lasme général, cet art se manifesta librement sous la forme la plus 
coûteuse et la plus séduisante de toutes celles au moyen desquelles 
Fart peut s'exprimer : l'architecture. Depuis le début de notre ère 
jusque vers le milieu du iv*^ siècle, l'art de bâtir parvient à ces 
méthodes achevées et savantes qui sont le résultat de l'expérience 
acquise par la pratique et vérifiée sans cesse par elle. Pendant cette 
période, les procédés que nous allons décrire se maintiendront 
presque sans changements. Il importe toutefois de ne pas confondre 
ici l'architecture avec l'art de bâtir. L'architecture n'échappe pas au 
mouvement de décadence qui, à partir de la fin du iT' siècle, atteint 
et entraîne toute forme artistique, quelle quelle soit. Tandis que 
cette forme se modifie, s'altère, l'art de bâtir n'éprouve point de 
changements, ni progrès, ni déchéance. Ses dernières productions 
compteront au nombre des plus excellentes, son dernier ouvrage 
sera le plus parfait et le plus beau ; nous parlons des thermes de 



Ti ciiAi'iiiii: ritKM 11.11 

DiiH'K'lion cl de la basilicjuc do ('.oiistanliii. Mais cctto ojjposilion 
iMitro 1 arc'liilt'cturc t-l la sliuttur»» n'eut (jii un liMnj)s. l'iiedêca- 
(K'iue aiiUMia 1 autre ({ui arriva sous K> ri'i^'ue de (Constantin. 

lîien ne la faisait prévoir. Si (juehjues constructions, connin' le 
eir([ue de Maxenee, près de la voie .Vppienne. laissaient apparaître 
la né^'li<i^enee. on constatait ailleurs le maintien des vieilles tradi- 
tions de larclntecture prati(|ue. Soudain celle-ci retomba au point 
d'où elle s'était élevée (piatre siècles auparavant. Son pro'^rès avait 
consisté dans l'expansion des ouvraj^'-es voûtés, son déclin fut 
marqué par leur abandon prescjue absolu. A rej^^arder de très près 
les édiliccs, on peut saisir un instant d hésitation pendant le(juel les 
procédés traditionnels, immuables, sont remis en cpiestion par le 
fait .seul (pi'ils sont timidement appliqués. Le mausolée de sainte 
(Constance sur la voie Xomentane, dont nous avons parlé', indique 
l'instant jirécis et la nature de cette hésitation (pii manjue la rupture 
avec le passé et le jj^erme de la décadence-. Les voûtes, les voûtes 
sphériques en particulier, restent d'un emploi fréquent dans les édi- 
fices funéraires ou relii,'-ieux, mais elles disparaissent presque entiè- 
rement des grands étlilices civils. Les basili(|ues chrétiennes des 'V" 
et V siècles, ne présentent plus, en l'ait de voûtes, que des arcades 
reliant les colonnades deux à deux et une voûte en quart de sphère 
h l'extrémité de la grande nef; tout le reste est couvert par des 
charpentes. 

Depuis Constantin jusqu'à Justinien, pendant deux siècles,' les 
voûtes, réservées pour des monuments de médiocre importance, 
cessent de dominer le svstème g-énéral de la construction. La renais 
sance bvzantine les i-amènera, mais elles reparaîtront alors sous 
une forme toute nouvelle. La tradition anti(jue est rompue défini- 
tivement. La raison qui rendit cette rupture dé fini tivc se trouve dans 
les conditions mêmes faites à l'art de bâtir par les entreprises 
architecturales gig-antes(jues de Constantin, et particulièrement 
Constantinople (jui va enj^loutir des richesses sans bornes. La 
caractéristique des constructions de la capitale nouvelle de l'empire 

1. \o\r iJiclionn. d'arch. chi'/'t., l. i, col. Oifi s<|. 

2. M. A. Clioisy. L'-irf de h:\lir chez li's liomains, iw-'t", Paris, 1873, p. 178, 
se demaiide s'il ne fiiiil pas {lalerdc la même époque le bizarre édifice poilant 
le nom do Minerva-Medica. Puisipio nous mentionnons ici, pour la ])r<Mnière 
fois au cours de ce travail, le nom de M. A. (".hoisy, nous nous faisons un plaisir 
de dire que nous avons mis conlinuclliMncnl ses beaux travaux à contribution, 
nous lavons souvent cité et toujours consulté. 



CARACTÈRK DK LA PREMIER?: PÉRIODE 7 

sera la lég-èreté permettant d'entrer plus promptenient en jouis- 
sance par la simplification excessive des anciennes méthodes jug'ées 
trop lentes. Les vieux praticiens ne pouvant chang-er soudain 
leurs habitudes, on se trouvera donc réduit à employer des cons- 
tructeurs improvisés, mais on ne pourra remplacer les maîtres d œuvre 
et les chefs de chantiers. On entreprendra de les improviser au moyen 
des lois, mais c'est en vain parce qu'une chose aura disparu sans 
retour : l'expérience séculaire. La grande tradition monumentale 
ne lui survivra pas. 

Pendant la période qui s'étend du début de notre ère à la paix de 
l'Eglise, nous ne rencontrons g-uère de vestig-es des constructions 
élevées par les chrétiens, mais les textes nous ont appris, par 
contre, combien fut grande l'activité monumentale des fidèles de 
ce temps. Les causes qui nous empêchent de juger leurs ouvrages 
ne s'étant pas exercées au même degré à l'égard des édifices de 
l'antiquité profane, c'est aux monuments de cette classe que nous 
devons demander les enseignements qu'ils renferment sur la science 
et l'expérience des contemporains. Nous sortons ainsi, en appa- 
r'^^'^e, de nos études. En réalité, il n'en est rien. On a ingénieuse- 
ment démontré jadis l'influence exercée par l'art pharaonique sur 
l'archéologie mosaïque grâce au séjour prolongé et à la servitude 
des Hébreux en Egypte'. A l'origine du christianisme, des condi- 
tions analogues se sont exercées sur les fidèles. Ceux-ci ont été 
souven Je gré ou de force, initiés pratiquement aux procédés en 
usage de leur temps pour la construction des édifices"-; c'est 

,que leur profession manuelle ou la condamnation pour crime de 
religion les amenait à participer soit à titre d'entrepreneurs et d'ar- 
chitectes-^ ou autrement, soit à titre d'esclaves, à concourir aux 
grandes constructions impériales qui s'espacèrent sur la période 
entière des persécutions. Dans un cas comme dans l'autre, les 
fidèles ont été initiés aux principes et aux méthodes de l'art de 
bâtir, principes et méthodes qu'ils ont appliqués lorsque, pendant 
les répits de la persécution et après la Paix, ils ont entrepris de 
construire pour leur propre usage. 

1. Ancessi, L'Egypte et Moïse, in-8", Paris, 187o. 

2. Voir ce que nous avons dit au sujet des condamnés aux mines pcAu' crime 
de reli<,^ion. H. Leclercq, Les martyrs, in-12, Paris, 1903, t. ii, préface. 

3. Nous ne reviendrons pas ici sur le pseudo-architecte chrétien de l'amphi- 
théâtre Flavien dont nous avons parlé ; voir Dictionn. d'arch. chrét., t. i, 
col. 16o3 et note 6. 



8 ( iiAiTiiii: l'iiiiMii:» 

(] l'sl (lom- duiU' t'iudi' puit'incnl locliiiicjiu' (ju'il s';i^il m.iinto- 
nant l't pour hujiu'llc il n'iinporlc ^-ut-rr si iiuus allons piiMidrc nos 
l'xcinplos ailli'urs (|iu' dans les ou\ raj^cs des cliivliciis. A incsurc 
(jiu' nous avanfi'i-ons dans nolic travail, nous cousliitcions l'in- 
ihuMice persistante exercée sur les areliiteeles ])ar les j^iandes 
(.'illroprises de r«'|)o(pie du IIaut-l']nij)ire. 

Plusieurs aperi^oivenl enc(»re les Honiains à travi'rs les inia^-ina- 
tions (pii ont été lon;^''teni{)s un lii'U eoninuin parmi les historiens. 
Ils se les représentent donc eoniine un peuj)le uni(iueinent soucieux 
de traduire pour réternilé lénorniilé de sa puissance j)ar la majesté 
de ses édilices. l'^n réalité, les Romains, disposant de ressources 
immenses, ont surmonté des dilïicultés matérielles considérables, et 
leurs monuments témoi^-nent souvent de leur dédain pour ces dilïi- 
cultés; mais c'est une opinion erronée (pie celle (pii ne veut voir 
que cela seul dans toutt's leurs constructions. Jusqu'au dernier 
siècle avant notre ère les bâtisses en jji'rand appareil, c'est-à-dire en 
matériaux bruts ou taillés, juxtaposés ou superposés, mais toujours 
sans ciment, continuèrent d'être enqiloyées dans les monuments delà 
lU''publi(iue. Le t^oût en subsista beaucoup plus tard, mais l'usr.^e 
en devint peu fré(pient. L'essor donné à rarchitecture romaine 
sous Auguste inaugura ce (pion doit ajipeler une ère nouvelle, 
puis(|ue c'est alors (jue les architectes romains adoptèrent les seuls 
procédés qui leur appartiennent en propre : ceux de la construction 
concrète. Les colossales entreprises (pii se succèdent sur tous les 
points de l'empire, mais principalement à Home, depuis Auguste 
jus(ju'à Constantin, démontrent (jue, si c la passion des grandis 
choses ne fut assurément étrangère à aucune de leurs entreprises, 
le génie des Romains sut concilier l'étendue des jjrojets et la l'acilité 
des movens d'exécution. A mesure qu'on observe de plus pi'ès les 
restes de leurs monuments, il semble inq:)ossible d'y méconnaître 
l'emploi d'une foule d'artilices ayant pour objet, sinon de réduire 
la main-d'œuvre, du moins de la sinq^lilier : tandis (jue les archi- 
tectes ont visé dans leurs concej)tlons d'ensemble à une majesté 
d'elfet et à une durée digne de la puissance et de l'éternitt' du j)euple 
romain, une [lensée évidente de rigoureuse épargne les guida dans 
l'exécution de toutes les parties : toujours ils aspirèrent à réaliser 
par remj)loi de procédés aussi faciles ([ue sinq)les le double méi'ite 
d'une solidité parfaite et diine inconq)arable grandeur » '. 

i. A. (llioisy, L'nrI (!•• />ilir clu'z 1rs lioDininti, in-V', Piiris, [H~,'.\, p. :> sq. 



ma(X>nm:hii: pau compression 



//. Maçonnerie par compression. 

Quel que soit le peuple auquel revient l'honneur du voir eu l'idée 
d'agg-lomérer des matériaux uniformes d;ins un bain de mortier de 
manière à composer des massifs monolithes artificiels, il n'est pas 
douteux que les Romains donnèrent les premiers k ce procédé 
un développement considérable grâce auquel ils purent entreprendre 
avec moins de dépenses, moins de fatigues et moins de dilïi- 
cultés, un svstème nouveau de construction monumentale. Le 




153. — Maçonnerie par compression, d'après Choisy, 
L'art de bâtir chez les Romains, p. 13, fig. 1. 

j icédé était peu compliqué et d'une exécution rapide. Etant donné 
un massif à construire, on disposait à ses deux extrémités deax 
parements de pierre entre lesquels on étendait une couche très 
épaisse (40 à 15 centimètres au moins) de mortier'. Par-dessus on 
répandait des éclats de pierre de petite dimension (8 à 10 centi- 
mètres de diamètre environ) en épaisseur égale à celle de la couche 
de mortier ; on procédait alors k un battage dont l'effet était de 
faire refluer le mortier dans les interstices. Ces dépôts alternatifs se 
succédaient dans toute la hauteur d'une assise de parement- 
(fig. 133). 

1. A Rome, ce mortier était composé de chaux et de pouzzolane, ailleurs de 
chaux et de gros sable. 

2. Les massifs de presque tous les tombeaux qui longent les voies anti(jues 
à leur sortie de Rome, en particulier ceux de la voie Appienne, sont bâtis sui- 
vant ce svstème. 



iO 



cii.MTiKi: I'Iii;mii;u 



///. Construction pilonée. 

Les suhslnutions des ('ililiccs (U; IJoini' nous ollVent une applica- 
tion notahlo dv la conslruclion pilonin.' cl dcinontrcnt jusiju'à Icvi- 
dence (jue les svslcincs de constructions n échappent pas aux condi- 
tions locales. Le sol, dans la canipaj^ne de Home, se coupe verticale- 
ment et la tranchée ne réclame (pi'un faihle hlindai^e de ses parois, en 
sorte (pion y peut commodément pilonner des maçonneries. C/est 
ce qui s'est fait, et les fondements des principaux édilices sont com- 




|;H. — Siil)Struilions dans les jardins Fai'nrsc, 
d'aprrs Clioisy, L'url de h.ilir rlu'z k-x lianiuins, p. 10, (ijr. 2 



posés de massifs monolithes artiliciels. Des massifs de ce genre onî, 
été découverts dans les fouilles des jardins Farnèse ; ils permettent 
de se représenter ce mode de substructions dans le moule naturel que 
lui offraient les excavations (fig. loi). Les piédroits et les planches 
servant au blindag-e ont laissé une trace bien nette, ce sont de? rai- 
nures verticales profondes et de lon<^ues raies horizontales dans le 
mortier. Souvent, la compression a été si forte que le mortier a 
filtré dans les interstices du blindage et pénétré jus({u'à la paroi du 
moule contre lacjuelle il s'est aplati en bourndets. Les planches se 
sont moulées entre ces bavures, puis elles ont pourri sur place. 

Les Vnaçonneries comprimées n'ont pas été d'un usage général 
chez les Romains qui les ont réservées pour les massifs à parements 
de pierre et les ouvrages souterrains. Le mode normal de construc- 
tion est la ma(,-onnerie sans compression. Suivant ce système, 
chaque pierre est posée directement sur un lit de mortier, c'est 



CONSTIUCTION l'ILONEK 



11 



véritablement un blocage rég-ulior. Des couciies de mortier de 13 à 
4 centimètres au plus sont uniformément superposées, alternant 
avec des assises de cailloux posés à plat et sur lit de carrière ^ Il 
n'est pas rare que les cailloux attei<^nent 0'" 12 à 0'" lo de côté 
sur 0.'" 07 d'épaisseur. Ces dimensions ont été relevées à un grand 
nombre d'exemplaires dans la basilique de Constantin, aux thermes 
de Dioclétien et de Caracalla, au temple de Vénus et de Rome bâti 
sous Hadrien, ailleurs encore ; aux thermes d' Agrippa on en a 
mesuré de plus gros encore. Ce mode de construction n'admet pas 




135. — Maçonnerie en blocage au Palatin, 
d'après A. Choisy, L'art de bâtir chez les Romains, pi. i. 

l'opinion assez répandue qui voit dans la maçonnerie romaine une 
sorte de béton préparé d'avance et employé par coulage. L'orienta- 
tion invariable des cailloux, leur volume, rendent cette opinion plus 
qu'invraisemblable ; en outre, les vides ou soufflures existant dans 
le mortier qui devrait lier les joints verticaux de deux cailloux 
sont inexplicables dans le cas où les matériaux auraient été mêlés 
d'avance et coulés d'un seul jet- (fig. loo). -• 

1. On a employé quelquefois des tuileaux et des tessons, l'orientation de 
leurs faces suivant les plans horizontaux est constante. 

2. Ajouter que l'ondulation des lits de movliev, suivant une loi lente et conti- 
nue, montre que le mortier était répandu par jet, à la pelle. 



12 tiiM'iriti: i'iti;Mii;it 

L»' !) 'ton a l'it' «'iiiplov' (li's le temps di* la I{r|)ul»lit|iif, mais 

il était plus (lispi'iidioux sans èlri' plus soliilc (|ue la ma^Mtnni'ric 
ordinaire'. 



IV. Les parements et les charpentes enclavées. 

L\'mploi do la mavonncrit' piloniu-e clans K's murs ;i ])ari'mi'nls 
])àlis aurnoviMi do lourdos piorros do taillo dôvoloj)|)ail dos j)oussôc's 
liori/.onlalos tondant à lonvorsor los paromonts du murvors lo vido. 
C est à cot incoiivôniont cjuo romôdiait, dans los murs ordinairos ii 
paromonts minces, un svslomo do romplissago su[)primanl la com- 
pression horizontale. 

Les j)aromonts se com[)osaiont de ti'ès petits moellons cid)iquos 
ou de l)ri(juos trianij;'ulaires. La lô^oroté do ces matériaux, loin don 
faire un véritable parement, les réduisait au rôle de simple rovétomont 
puisfju'ils noso maintenaient pas par c-ux-mônu's, mais soulomont |)ar 
loiret de leur adhéronce avec les r(Mnplissa<^''es. Alin de compenser 
ce ({ue ce revêtement j)urement décoratif enlevait do cohésion : la 
bâtisse, on faisait usai^^e d'un procédé identique à celui (jui. connu 
sous le nom de par[)ainL,'-s, est emplovc' dans les murs à mati'riaux 
réiii'uliers et consiste en matlriers enclavés servant à relier les 
deux parements. La présence de cavités horizontales nond)reusos 
dans los édifices romains s"expli(jue par 1 amorce des sorives do 
léchafaudag-e de construction. Dans les murs épais, les cavités 
s'arrêtent à une faible distance dos parements, c'est lo cas pour '.os 
thermes do (^aracalla, la l)asili({uo de (^.onstantin, le tem[)lo ae 
Vénus et do Rome, los thoi'mos do Dioclétion ; dans los murs 
minces, la cavité traverse do paît on pai-l, par exemple à la villa 
Hadriana et dans les murs rayonnants du (^olisée avoisinant larèno. 
Ces cavités alfoctent la ligure tortueuse des bois (réchafauda^-os 
mal éfjuarris, à tel j)oint ([ue, dans bien dos cas, ils n auraient pu. 
l;i construction achevée, être retirés. Kn cIVet, los liomains se bor- 
naient à les scier à llour de j)arements et los [parties en;4;ai(éos ayant 
pourri à la longue ont laissé vido la place remplie jadis. On peut se 
rendre compte aisément du rôle joué par ces pièces de charpente, 
enclavéesàla fac^-on de parpaing-s [iv^. L')()). Un texte de \'itruvo est 
d'ailleurs formel sur ce point : <• Dans l\''paissour dos mavonneries, 
dit-il, il convient d'(;ncastror des madi'iors do bois d'olivier lé^-oromont 
charbonnés cjui traversent la masse de part en part, de manière à 



LES PAREMENTS ET r.HS CHARPENTES ENCLAVÉES 



13 



relier, à clouer en quel([ue sorte les deux parements l'un à l'iiutre '. » 
Outre les parpaings de bois, les lîcjmains faisaient usaj^e de très 
grandes briques qui reparaissaient sur les nuirs, à divers niveaux, 
par assises isolées et rendaient le même service que nous venons 
d'indiquer. Les briques préférées étaient des carreaux de GO centi- 
mètres environ de coté, sur i à o centimètres d'épaisseur. Tantôt on 
rencontre un carrelage simple, tantôt deux ou trois carrelages super- 
posés les uns aux autres, le plus fréc|uemment on observe des assises 




j6. — Charpente enclavée, d'après Clioisy, L'art de Ijdtir chez les Romains, p. 25, fig. 7. 

simples en carreaux de terre cuite traversant horizontalement les 
murs à des intervalles successifs compris entre i '" 50 et 3 mètres. 
Les dimensions des briques s'expliquent donc par la destination 
qu'on leur donne, mais il semble plus difficile de comprendre la sin- 
gulière sujétion qui portait les Romains à n'employer dans les assises 
intermédiaires que des cailloux réduits en menus fragments dont 
aucun ne dépasse en volume une certaine moyenne qu'on peut éva- 
luer à un décimètre cube au plus. Vitruve nous en a heureusement 
donné la raison : '« Quelque espèce de maçonnerie qu'on emploie, 
dit-il, on doit faire les remplissages en cailloux très menus, afin 
que les murs, pénétrés dans toutes leurs parties, et comme abi-euvés 



1. Vitruve, De architeclura, 1. I, c. v. 



1i (iiAi'iiiti: i'iii;Mii:it 

lit' inoi'tiiM' (K" cli;iu\ cl de sahK'. se conservent plus loni^tcnips ' . » 
\'ilriivo revient ;i plusii'urs reprist's sur cette prescription (pii ;i été 
observée pendant de loni^s siècK's et jus(pie dans les nionuinenls des 
plus bas ti'nips de l'art romain. L"e\|)lication en est tiés simple. 
Les pierres <1 un volume considérable mises en contact avec le mor- 
tier de liaison le dessèchent rapidement et le réduisent en poussière, 
tandis (jue les très petits éclats n'absorbent pas comiilètenient l'hu- 
miditt' et laissent au mortier sa l'onction de liaison. Cette pi'écaution 
était surtout utile à Home, oîi les matériaux ordinaires étaient des 
tufs d'ori<;ine volcani({ue, sponj^ieux et très avides d'humidité ; on 
pourrait presque allirmer, en suivant par induction l'ordre d'idées 
indiqué par Vitruve. (jue ces matériaux n étaient mis en (euvre (ju'a- 
près avoir été rendus moins absorbants par une immersion préalable. 
Une inscription connue sous le nom de Lcxputcolanapnricti fuciundo, 
antérieure d'un siècle à Vitruve, énonce la limite de grosseur que ne 
peuvent excéder les matériaux destinés à la restauration d'un nuir 
en maçonnerie dépendant du temple de Sérapis, à Pou///.oles. « Que 
l'entrepreneur, y est-il dit, n'emploie pas en maçonnerie de pierre 
cassée plus lourde que celle qui pèse sèche (lanl) etc.*. » Ce poids 
des moellons « secs » semble bien faire allusion à la praticjue de les 
immerger avant l'emploi. 

V. Les voûtes en maçonnerie. 

Les quelques chapelles trichores qui subsistent entre tant de 
constructions chrétiennes se font remarquer par leurs trois absides : 
à Salone nous rencontrons plusieurs édicules terminés par une 
abside et il paraît très probable que le plus grand nombre 
des édifices chrétiens de cette époque oifrait une disposition analogue. 
C'est que les voûtes maçonnées étaient alors d'un usage général chez 
les Romains et on peut dire qu'elles sont la caractéristique de l'ar- 
chitecture romaine de la période impériale. Les Grecs s'étaient 
obstinés dans la composition des voûtes par claveaux convergents 
laissant aux architectes de l'Italie l'honneur d'imaginer^, d'appliquer 

1. VH"uve, op. cit., 1. Il, c. M. 

2. Corp. inscr. lat., t. i, n. 577. 

3. S'ils n'en furent pas tout à f;iil les invonleurs, ils eurent du moins le 
mérite d'appliquer ce qui se faisait avant eux, de construire des voûtes en 
grande partie en maçonnerie de menus matériaux et d'en systématiser l'emploi 
et la formule. 



LKS VOUTES EN MACONNEUIE 



lo 



et de généraliser la bâtisse voûtée. Ceux-ci ne sV applicjuèrent 
définitivement que vers la fin du dernier siècle avant l'ère chrétienne ; 
mais le développement de la prospérité matérielle qui marcjua les 
premiers temps de l'empire amena un prog-rès si rapide qu'il en 
résulta une véritable révolution dans l'art de bâtir. « Les voûtes 
une fois adoptées pour les g-randes salles des édiiices entraînèrent 
le changement de l'arrangement entier des plans ; les points d'appui, 
soumis à des efforts d'un nouveau genre, durent affecter des formes 
autrefois inusitées ; il fallut modifier le groupement des salles pour 




137. — Armature de voûte pendant l'exécution, 
d'après Ghoisy, L'art de bâtir chez les Romains, p. 40, fig. 13. 

ménager un contre-butement énergique aux poussées des voûtes. 
Jusque-là, les constructeurs avaient, pour ainsi dire, vécu sur le 
fonds de la Grèce et de l'Etrurie : à cette époque seulement les pro- 
cédés de bâtisse se dégagent des entraves de la tradition ; tout un 
système de construction vraiment romain prend naissance, ou du 
moins se régularise et s'étend ^. » 

Les difficultés d'ordre pratique qu'offrait pour la construction des 
voûtes l'emploi de la méthode de pilonnage que nous avons décrite 



1. A. Choisy, op. cit., p. 33. 



u\ 



«iiAi'iiiii: I'I(i:mii II 



V liii'nl l'OMonciT v[ prcli'irr le iiiocM-dr de hlocaj^e. (!rlui-ci iit'xi- 
<^e;iil plus l'i'inj)!»)! d uno cliarpeiiU' de iinli;ii,''t' aussi coûteust' (jiu' 
dans le cas du j)il<niuat,'-(> ;i causo des rhi aulcuu'nls (jui' la construc- 
tio» ili' tH- «ItTuitT suppose ; néanmoins, la (.•onsiruclion d'une voûlt; 
nuivonnée on pt'tits niatéiiaux ne pouvait èlre satisfaisante (juit la 
condition de disposer les cintit-s suivant une rit,'idité absolue, et 
celte rigidité restait le point le |)lus dillicile à obtenir parce ({ue les 




l.)8. — Voiilcs (lu (^ilÏM-c. diiiH-rs Clioisy, /,,(/•/ </c /),;/(;■ clirz Irx Hi,m;iiiig. pi. ii. n 2. 



bois, même les mieux assemblés, jouent, travaillent, au moindre 
changement de température, et la voûte monolithe sera donc sans 
cesse menacée, par suite du retrait ou des alFaissements éventuels 
des cintres, de se trouver sans appui. En outre, les architectes 
romains ne se résignaient pas à introduire des appareils auxiliaires 
très djspendieux et très lents à dresser et dont il ne devait rester 
aucune trace. Afin d'écha[)per à ces armatures complitjuées et pro- 
visoires des cintres en charpente, ils eurent l'idée de donner aux 
voûtes une charpente intérieure en briques (jui soutenait les masses 
pendant la construction et empêchait les maçonneries de diriger leur 



LES VOLTKS EN MAÇONNERIE 



poussée totale sur les cintres. Voici ce système : Les cintres provi- 
soires G portent une carcasse légère en briques 1), dont les massifs 
en blocage M viendront par couches horizontales remplir les inter- 
stices. Cette disposition permet de réduire considérablement la résis- 
tance et le coût des cintres (fig. lo7). Ainsi, la voûte provisoire G 
donnera son empreinte aux massifs, mais sans en subir le poids; en 
réalité, c'est l'armature en briques de la voûte qui est devenue le vrai 
cintre inséparable, désormais, de la voûte elle-même dont elle fait 




139. — Aqueduc, près de Saint-Étienne-le-Rond, 
d'après Choisy, L'art de bâtir chez les Romains, pi. ii, n. 1. 



partie. Gette armature coûtait, il est vrai, plus cher que la portion 
dK. ijlocage dont elle tenait la place, mais la différence était peu con- 
sidérable ; on l'avait d'ailleurs beaucoup réduite en ramenant l'ai - 
nature à un réseau ajouré supprimant ainsi la moitié environ des 
briques qui eussent été nécessaires pour former une enveloppe conti- 
nue autour des cintres. Souvent les armatures se réduisent à n'être 
que des chaînes isolées, noyées dans l'épaisseur des blocages, sortes 
de claires-voies de briques tapissant de distance en distance les zones 
étroites de la voûte (fig. 158 et 159). Parfois même, et toujours 
dans un but d'économie, les architectes romains se contentèrent pour 
leurs armatures de poser les briques à plat, ce qui formait une 
sorte de carrelage courbe. Si on superposait deux carrelagps, le 
second était ordinairement discontinu (fîg. 160 et 161). 

Dans ces constructions, on remarque presque partout les traces 
d'une précipitation qui aboutit parfois à l'incorrection. Celle-ci avait, 
toutefois, un minimum d'inconvénients parce que les constructeurs 
Archéologie chrétienne. II. — 2 



18 



• iiM'iiiti: ritLMiiit 



rechcrchnioni oxclusivoim-iil la solidili' (K-s aiinaluri'S sachant (juc, 
Il partir du inoiiu'iit (»ii cfs ariiialurrs strait-iil emprisctmu'os dans les 




KiO. — Circjuc de .Maxpiice, d'aiin's Cliois\ , L;irl de hiilir chez les Himi.iinx. ]il. iv, n. I. 

blocages, les traces de soin ou de né<^ligence apportées dans réta- 
blissement du réseau disparaîtraient sous les enduits qu'il était 




IGl. — Voie Appiomio, d'ajin-s (".lioi>y. I.'urt ilf lidlir rlifz Us {lamainn, pi. iv, n. 3. 



d'usage d'appliquer sur la voûte. Quant au blocage, il s'exécutait 
rapidement, à la manière d'un massif ordinaire et, cela fait, le décin- 



VOUTES SUR ARMATURES 



19 



trement s'opérait sans appréhensions ni difficultés puisque le vrai 
cintre, l'armature en briques, demeurait en place alors que le moule 
en charpente était enlevé. 

VI. Voûtes sur armatures. 

Il nous reste à dire quelques mots des voûtes : 1° sur armatures 
à joints convergents; 2° sur armatures en carrelage. 

Les armatures à joints convergents sont dun aspect si net quelles 
ne réclament aucune description (fîg. 162). Elles comportent l'emploi 




102. — Armature à joints convergents, 
d'après Clioisy, L'art de bâtir chez les Romains, p. 47 



fig. 18. 



de briques carrées de 0" 60 environ de côté et de briques rectangu- 
laires de 0™15 environ. Les premières tracent des arcs espacés que 
les secondes relient deux à deux. Cette disposition est le type le 
plus complet d'armature à joints convergents chez les Romains. On 
trouve, mais exceptionnellement, les grands carreaux servant d'en- 
tretoises disposés de façon à se recroiser afin qu'un même carreau 
embrasse la largeur totale de deux chaînes. Le type le plus achevé 
des ouvrages de ce genre se voit dans une salle du palais des Césars, 
à Rome, salle qui a fait partie des bâtiments en bordure du grand 
■cirque. 

On y découvre clairement la similitude de construction entre 
les massifs des voûtes et les massifs des piédroits. « Cette voûte 



20 



(.11 Ai'inti; i'iti.Mii:ii 



[Wy;. !()){) oiïri' peut-ôlii' le tvpo K' l)lus compli-l de raniialuif 
!inli(jiu' : 11' rési'au iK* l)ii(|iu*s (|iii s"v voit li^'-urc' rôuiiit ii lui hrs 
haut j)()int If ilouhlo inéritc d'un suj)|)()rt rii,n(k' et (l'iui rrvèli'iiu'iit 
continu. Toutefois, cotti' combinaison cxi_i,'-cait uni- (juanlité df 
bri(jucs ([ui put parailrc excessive : el les lîoniains, sacrilianl dans 




1(J3. — Pillais des Césars au Palatin, d'ain-cs Clioisy, L'art de l>;itiv chez lis Harnuins. \>\. i. 

les ossatures de leurs voûtes ordinaires un avantage trop durement 
acheté, s'écartèrent peu à peu de ce type pour passer d'une conti- 
nuité absolue à une discontinuité complète, des réseaux de briques 
aux simples nervures eni^a<j^ées K » 

Manifestement les architectes ont eu, ilans des ouvrages posté- 
rieurs à celui que nous venons de rappeler, la préoccupation de sim- 
plifier les réseaux. On peut s'en convaincre en comparant la voûte 
du Palatin [l\<^. !()'{) avec celle dune arcade dacjueduc dont les 
restées se trouvent en^'-a^és dans les murs de jardins qui bordent la 
rue donnant accès à l'é^'-lise Saint-l']tienne-le-Hond, à Rome( li<^. 1 oî> . 
Il s'en faut que cet ouvrag-e, malgré sa haute antiquité, présente la 



1. A. Choisy, op. cit., p. 41). 



VOUTKS Slll AHMATIRES 21 

correction qu'on s'attend à rencontrer clans les travaux du i'"" siècle, 
aussi pour cette fig"ure, ainsi que pour quelques autres, faudra-t-il 
en rabattre un peu de la régularité du dessin que nous donnons. 
L'inconvénient d'ailleurs n'a aucune conséquence puisqu'il sag-it de 
Ja théorie bien plus que des édifices eux-mêmes. 

Les architectes romains ne furent pas longtemps à s'apercevoir 
de l'inconvénient du système d'armatures entièrement isolées. 
Puisque les plus longs carreaux ne pouvaient remplir l'espace entre 
deux anneaux briquetés ; il en résultait que ces anneaux, laissés pour 
ainsi dire à eux-mêmes, se déformaient par flexion latérale ou flam- 
bement. Ce fut pour remédier à cet inconvénient qu'on imag-ina la 
disposition d'arceaux accouplés tels que nous les voyons employer 
dans les voûtes du Colisée et que nous les retrouvons dans un 
grand nombre d'édifices fig. lo8). Ces méthodes sont générales dans 
l'art de bâtir à l'époque romaine, elles ne sont pas absolues. Tels 
monuments présentent à la fois des applications des procédés que 
nous avons marqués et des exceptions. Le Colisée, principalement. 
« au point de A^ue de l'exécution matérielle est, pour ainsi dire, un 
in _-jnse résumé de l'art de bâtir où tous les procédés antiques 
trouvent tour à tour leur application. Soit que les voûtes aient été 
refaites à diverses époques, soit que la construction en ait été par- 
tagée entre divers entrepreneurs, jouissant d'une certaine indépen- 
dance quant aux procédés, on remarque dans les dilTérentes voûtes 
de l'écx.- e, et quelquefois dans les diverses parties d'une même 
voûte, les méthodes les plus disparates ^ » 

ous venons de passer en revue les principaux types d'arma- 
turesà joints convergents. Si, maintenant, nous jetons un coupd'œil 
"ensemble sur les applications quelles ont reçues, nous apprécie- 
rons, sans qu'il soit besoin de rieii ajouter, et les services qu'elles 
peuvent rendre et les garanties de succès quelles assurent dans la 
construction des voûtes. Mais, à côté de ces avantages, ne serait-on 
pas fondé à redouter de leur emploi quelques dangers? Ces chaînes 
noyées dans l'épaisseur des voûtes semblaient former, au milieu des 
blocages encore humides, comme un noyau incompressible; interca- 
lées dans une maçonnerie qui se resserre sur elle-même, elles en 
gênaient peut-être les mouvements, et exposaient les masses k des 
fissures ou des lézardes. S'il en eût été réellement ainsi, les arma- 
tures qui facilitaient l'exécution des voûtes auraient hâté ou peut- 

1. A. Choisy, op. cil., p. Y)2. 



22 



CIlAIMlHi: IMIKMIKH 



être préparé K'ur ruini' : mais lu'urousi'iiuMit K's cliosos se passant 
cl uiUMnanièri'li)ut autre. Les voûtes eu elVet ne sont [)as (lésinasses 
coulées tl'un jet, et la marche proj^'ressive de la construction par 
couches lie niveau très minces atténue sin^^^ulièrenu'ut le dan^'-er des 
contractions ; chatjue couche prend bien vite son volume déli- 
nitif, le tassement se fait assise par assise : et les mouvements d'en- 
seml)le se trouvant évités, les déchirures sont moins à craindri'. 
Cette observation n'est pas dailleurs spéciale au mode d'armatures 
que nous venons de décrire : elle s'appli(jucra, sans qu'il soiL 
besoin de le rappeler dans la suite, au nouveau j^enre de construc- 
tion dont nous allons aborder l'étude ', 1 armature en carrelag'e. 

VII. Armature en carrelage. 

L'armatureencarrelage consistait en une couche de g'randes briques 
carrées de '" GO de côté environ sur 4 ii 5 centimètres d'épaisseur, 
posées à plat sur la surface convexe des cintres et maisonnées au 




164. — Voûte en carrelage, d'après .\. Choisy, L'art de Làlir chez les Romains, p. Gl, fig. 28. 



moyen de plâtre ou de mortier à prise rapide. Ordinairement ce 
carrelaj^e, qui pouvait constituer toute l'armature d'une voûte, était 
doublé d'une seconde couche de carreaux de moindre dimension 



1. A. Choisy, op. cit., p. iiO s({. 



A RM ATI ri: KN CARRELAGE 



23 



soudée à la première couche par rintermédiaire d'un lit do plâtre 
ou de mortier. Cette voûte, en apparence Inen frêle et ([u'on n'eût pu 
décintrer aussitôt après son achèvement, sous peine de la voir s'in- 
fléchir, tirait sa résistance de sa fonction même. Dans sa partie 
inférieure, la voûte était soutenue par les massifs pour toute cette 
partie où les assises en encorbellement successif se relevaient au pro- 
longement vertical des piédroits comme une sorte d'appendice en 
surplomb ABM, EDN. La partie qui portait les charges BCD était 
réduite à un simple arc de cercle et se présentait dans les meilleures 
conditions d'équilibre (fîg. lOi). 

L'édifice le plus considérable qui ait été construit dans le système 




'65. — Thermes de Caracalla, d'après A. Clioisy, L';irt de hdtir chez les Romains, p. 63, fig. 30. 

que nous venons de décrire date du premier quart du iii" siècle, 
c'est les thermes de Caracalla. Les cintres ayant reçu, non un plan- 
cher continu, mais de simples tringles espacées de deux pieds, 
d'axe en axe, elles furent recouvertes d'un dallage en grands car- 
reaux (0"" 60 décote sur 0™ 04 ou 0'" Oo d'épaisseur). 

Les dimensions de ces carreaux permettaient de recouvrir très 
rapidement la voûte. On leur superposait alors d'autres carreaux 
plus petits (0"^ 20 environ)', en ayant soin de poser de temps en 
temps une brique isolée en saillie, de champ, dans l'épaisseur du 
deuxième carrelage (fig. 165). Le rôle de ces briques debout, en 
saillie, sur la surface extérieure de l'armature, était de former entre 



1. Au Panthéon d'Agrippa, les deux couches se composent de carreaux 
d'égale grandeur. 



2i 



r.iiAi'iTUK pui:mii:u 



les armatures et le c^rps de la voûte des arlilices (jui en assu- 
rassent 1 adliérenee et l'étroite liaison, (a-s hritjues en saillie ou hou- 
tisses se sont partout conservéï's tlans le parement des bloca^'es, 
mais le reste de l'armature a i,^énéralement disparu et on n'en peut 
jui^er (|ui' par des l'raj^'ments. 

Le type que nous venons de décrire sid)it diveises modilicalions 
(jui n'oll'rent d'ailleurs par elles-mêmes (|u"un médiocre intérêt. Le 
premier carrelage est invariable et on lui superpose des bricjues for- 
mant couvre-joints, ou bien ces bri((ues se bornent à recouvrir les 
seuls joints perpendicidaires à l'axe de la voûte, enfin on se 
contente d'ap})lic[uer une bri(jue sur cha({ue jointure de (juatre 



- 1 i r II 




1- 


1 


- -| 


1 


r 1 


- - 1 - 1 V 


1 ' 1 r i; 


1 1 r ' 


1 1- li II 




Iti6. — Annaluro on carri'lage, 

d'après Choisy, L'arl de bâlir chez 

les Homain.1, p. 08, flg. 33. 



107. — .Vrinature en carrelage, 
iltl(L, pi. xur. 



tuiles. Une dernière simplification reste à faire, on supprime la 
seconde enveloppe carrelée ; cette disposition paraît avoir été rare, 
l'exemple le mieux caractérisé est celui du cirque dit de Maxence 
hors de la porte de Saint-Sébastien (lig. 1G0). 

L'usage des armatures en carrelage ne se limite pas aux grands 
édifices ; nous le rencontrons dans les bâtisses les plus modestes à 
tel point que, parfois, la voûte se réduit à deux carreaux de 
O^ôO X 0'"C0 arcboutés; c'est le cas pour de nombreuses galeries 
d'a(jueducs débouchant dans l'arène du Colisée (lig. IGfi). On se 
contente encore d'une dalle unique posée de niveau (lig. 107). 



VOUTKS d'arêtes 



2o 



VIII. Voûtes d'arêtes. 




Les voûtes d'arêtes n'ont été employées par les Romains que 
lorsqu'ils se trouvaient acculés à la nécessité de cette construction. 
Ce n'est pas cependant qu'ils s'y montrassent moins habiles que dans 
leurs autres travaux ; d'ailleurs 
ils se sont trouvés fréquemment 
obligés d'y recourir dans la 
construction des basiliques. 
Ces édifices comportaient une 
nef centrale flanquée de deux 
nefs secondaires et l'éclairag-e 
de la nef centrale imposait le 
choix entre le relèvement de la 
voûte assez haut pour prendre 
jour au-dessous de ses nais- 
sai- ^s, ou bien l'établissement 
de lunettes dans la voûte, dis- 
position qui réclamait l'emploi 
des voûtes d'arête. Or, ce fut 
plus fréquemment au moyen 
de lunfc„<is que furent éclairées les basiliques. 

Nous allons constater ici un fait que nous avons observé dans 
It catacombes : la négligence à établir une rigoureuse égalité 
entre deux berceaux qui se pénètrent. 
-iC plus souvent on se contente déplacer 
les sommets au même niveau en conser- 
vant aux deux berceaux une courbure en 
plein cintre. C'est le cas pour la nef 
centrale de la basilique de Constantin. 
On y a pris pour montée commune des 
deux berceaux le rayon C D du plus 
large des deux : le profil de l'autre 
berceau est un demi-cercle surhaussé 
dont la moitié totale A B est égale à 
C D (fîg. 168). Le léger surhaussement qui en résulte pour le ber- 
ceau le plus étroit, donnait à l'édifice une plus grande élégance. 

Une autre disposition que nous constatons dans une salle des 



lOS. — Basilique de Constantin, 
d'après A. Choisy, op. cit., p. 73, fig. 39. 




169. — Thermes de Diocléticn, 
d'après A. Choisy, op. cit., p. 73, 
note 10. I 



2<; 



ciiAi'iiiiK I'Iu;\iii:k 




' 170. — Le Palatin, d'après A. Clioisy, L'art de bâtir chez Icn Ronuiins, pi. viii. 



voL"Ti:s d'ahfVi'iùs 



27 



thermes de Dioclétien n'est pas moins remarqualjle. Nous la retrou- 
vons, elle aussi, dans les catacombes. Une inég-alité très sensible 
entre les deux côtés d'une salle à voûtes étant donnée, on ramène la 
construction à celle d'une voûte sur plan carré en négligeant, ou 
plutôt en ajoutant la partie supplémentaire en deux sections ég-ales 
à deux des berceaux (fîg-. 1G9). Soit le carré ABCD mesurant sur 
toutes ses faces une larg-eur ég-ale k AB, on donne aux berceaux 
AOB, COD les prolongements A E, FB et DG, IIG. 

Le procédé technique adopté pour la construction des voûtes 




n. — Janus Quadrifons, d'après Choisy, L'art de bâtir chez les Romains, pi. vu, n. 2. 



d'arête rappelle celui que nous avons décrit pour les voûtes en ber- 
ceau : réseau briqueté ajouré ou carrelage léger et massif de ma- 
çonnerie brute. Bien que l'on ait constaté l'emploi des carrelages 
dans l'une des salles des thermes de Caracalla, au Palatin et à 
la villa d'Hadrien, on peut croire que l'emploi des nervures bri- 
quetées a été plus répandu, comme mieux approprié au dessein 
d'une intersection. 

Nous trouvons encore ici bien des variétés. Tantôt on fait usage 
de trois arceaux parallèles reliés entre eux deux à deux par des 
dalles en poteries^ tantôt de la nervure à deux chaînes, tantôt d'une 
chaîne unique de briques. 

L'armature d'une galerie du Palatin située à l'angle méridional de 
la colline (fîg. 170) nous montre le premier mode. Les arcs arêtiers 



2S 



cii.vni HK rui;.Mii:u 



sont t'inhlis oxactt'iiu'ut coiniiu' aux tlioi-inos de Diocléliou. sauf 
(jue h's arcs tiansvcrsaux oui otô jut^'ivs supcillus vn é^^anl aux 
(linu'MsioMS df la salle. Nous trouvons dans la voùLc d arrtt* de la 
partie centrale du porli(|ue dit de .lanus (^uadrifrons (li^»-. 171 ) Teni- 
ploi de la nervure diai^onale à deux chaînes seulement, (^'est 
encore au Palatin, dans une salle dominant le vallon du 'Tand 
cir([iu\ (|ue nous rencontrons larcalinv dia^^onale à une sevde chaîne 




172. — I.c Palatin, il .ipit's .\. Clioisy, L.trt de luilir riiez les RiiniHiiis, pi. vu, lig. I. 



de briques fi<i^. 172). Dans rétablissement de ces voûtes briquetées, 
« la seule opération délicate était de ména^i^er au sommet le croi- 
.sement des nerfs dia<^onaux. On fermait sans peine l'une des deux 
nervures, on terminait un des deux arêtiers, mais (juand il fallait 
terminer l'autre une difficulté se présentait : les moitiés de ce 
second arc venant presser à droite et à «gauche la nervure creuse, 
menaçaient de l'écraser. Il fallait donc renq)lir de maçonneries les 
cellulss supérieures du premier arc avant de poser les dernières 
briques du second arc, la construction se poursuivait dès lors sans 
le moindre embarras. » 



VOL'TES SPIIÉRIiJLES 29 

IX. Voûtes sphériques. 

Les constructeurs romains nous ont laissé des voûtes sphéricjiu's 
sur plan circulaire qui ont contribué pour une bonne part îi leur 
grande et durable réputation. Les difficultés que présentait la cons- 
truction des dômes n'étaient pas cependant plus «grandes que celles 
qu'offraient les autres voûtes. « Chaque tranche horizontale étant 
de forme annulaire tend k se maintenir par elle-même en équilibre ; 
et il semble qu'une coupole, dont le plan est un cercle parfait, 
réclame moins une ossature résistante qu'un moule capable de don- 
ner k chaque partie la courbure qui lui convient. Plus dune couj)ole 
antique fut en effet maçonnée sans autre appui que la charpente de 
ses cintres. Mais la résistance aux déformations résultant de la cour- 
bure des surfaces s'atténue k mesure que le rayon aujjmente : et, 
pour les dômes d'un diamètre comparable à celui du Panthéon de 
Rome, la courbure étant presque insensible, les avantagées de sta- 
bilité qu'elle procure deviennent pour ainsi dire illusoires. — 
Mciiie lorsqu'ils avaient k construire sur de moindres dimensions, 
les Romains paraissaient redouter la disposition des massifs k s'af- 
faisser sur leurs cintres ; et dès que la portée atteignait une ving- 
taine de mètres, ils regardaient les armatures en briques comme 
capables d'offrir aux charpentes provisoires un très utile renfort ^ . 
On tenia d'employer la méthode du réseau continu en briques 
(fi"" 163) mais les difficultés étaient grandes par suite de la nécessité 
de airiger les cordons de briques suivant les divers méridiens et de 
varier sans cesse la forme des mailles. Le type le plus remar- 
vjUable de ce procédé est celui de l'édifice désigné sous le nom de 
Torre de Schiavi, k gauche de la route qui conduisait de Rome k 
Préneste. On préféra remplacer le réseau continu par de simples 
chaînes isolées les unes des autres et partageant la voûte en une 
série de fuseaux. Une voûte de thermes "~ nous montre une applica- 
tion de ce système, du moins dans le voisinage des naissances, car 
la voûte ayant été coupée en son milieu il n'est plus possible de 
dire quel était l'arrangement des chaînes de briques dans les par- 
ties hautes. Quelle que soit la date de cette magnifique ruine, l'exé- 
cution en est des plus intéressantes par la correction irréprochable 

i. A. Choisy, op. cit., p. 81. 

2. Elle pourrait avoir fait partie des Thermes d'Agrippa. 



'M) 



CIIAI'IIIU: l'Ill.MIKU 



<!o la facture vl la ivi^'ulariti'- des formes. Avec l'expérience, les 
coustrucleurs simj)lilièrent les procèdes, mais ce ([ue iidus devons 
retenir, c'est ici, comme ailleurs, lemploi de l'armature bricjuetée 
alin d'étahlir la carcasse de la construction ili'^. \1'A . 




173. — Thermes dAgnjip;!, d'après Choisy, L'art de bûlir chez les liomnins, jil. x. 



Rien ne serait plus éloigné de la vérité que de professer, en 
matière de construction romaine, l'existence de règles formelles 
d'une application rigoureuse et invariable. La diversité de méthode 
et de procédés est grande. Le choix des matériaux impose des 
niodidcations profondes dans l'aspect des voûtes, et ce choix est 
commandé parla question des ressources locales. Il suffit de passer 
de Rome à Pompéi pour constater le changement. A Rompéi, le 
constructeur se contente d'une croûte continue de tufs mêlés à du 
mortier environnant les cintres ; l'armature devient une voûte 
mince en matériaux pres(jue bruts, faisant une fonction analogue 
à celle que nous avons vu attribuer aux carrelages romains et sup- 
portant le poids entier de la partie haute des massifs. Ce genre de 
support se retrouve dans les corridors de l'arène, dans les galeries 
des deux théâtres, dans les salles de l'étage inférieur de la maison 
de Diomède. 



VOUTES SPHÉRIQLKS 



31 



A Vérone, on remplace le tuf et les briques par les galets de 
l'Adige. X Vienne, dans le Dauphiné, on remplace l'armature et le 
cintre par un noyau en terre servant de moule pour la coulée du 
massif, ce système a même été employé à Rome dans le soubasse- 
ment d'un des principaux temples qui s'élevaient sur la plate-forme 
du Palatin. Dans le théâtre de Taormine on voit de grandes niches 
présentant, au lieu d'une voûte en arc de cercle, une voûte en pointe, 







174. — Théâtre de Taormine, d'après Choisy, L'art de Lâtir chez les Romains, 
pi. XV, flg. 5. 



et c i,e particularité a été observée à Rome, non loin du cirque de 
Maxence pour les voûtes de constructions antiques (fîg. 174). 

11 paraît évident que les préoccupations utilitaires et économiques 
se sont accordées avec l'expérience technique pour introduire des 
dispositions qui ne semblent pas être le résultat d'une systématisa- 
tion pratique, mais seulement d'une initiative individuelle. C'est 
ainsi que certains faits isolés ou très rares ne peuvent être tenus 
pour autre chose que la tentative d'une construction ou la méthode 
d'une école au sens le plus restreint du mot. On doit donc laisser 
une part très large, selon nous, aux divers cas de la pratique, trop 
disséminées pour offrir l'unité et la cohésion d'une doctrine archéo- 
logique. 



:\2 



ciiAiMim: i'Iu:>iii;k 



X. Les contreforts. 

Tandis (|ue cK's (juestioiis (Ircoiiomic on le désir diiiu' phis 
fi;rando rapidité portaient les constrnetenrs à adojjler des moyens 
très simplifiés et très expéditifs. comme, par exemple, K's vontes 
passant de la mac^-onnerie pleine en ^^randes l)ri({ues it un simj)le 
réseau à jour recevant un hlocaf^e et des arca turcs en briques che- 




175. — Anneaux emboi'.(^>s, d'après Clioisy, L'art de bâtir chez les Flomaiiis, pi. xv, i\g. 2. 



vauchées dégénérant soudain en arceaux emboîtés et indépendants 
{fig. 175), il arriva que ladhérence des mortiers alla jusqu'à per- 
mettre de bâtir de })etites voûtes sans cintres. Mais les architectes 
se trouvèrent en face de difficultés d'une autre nature. La voûte 
monolithe, telle qu'ils la construisaient, ne réclame pas absolument 
des éHais auxiliaires, la surface d'appui peut lui suffire. Néanmoins, 
tout massif achevé subit un lent mouvement de déformation qu'il 
est sage de prévenir. Le moyen le plus efficace est de serrer entre 
des éperons puissants les reins qui tendent à s'écarter. Les anciens 



LKS COM'Ri;i"()l(TS 'M) 

ont, en elîet, connu et employé les conlieforls. Nous vn retrouvons 
à Sainte-Marie-des-Ang'es, au temple de la Paix et, en un mot, 
presque dans toutes les grandes voûtes d"arèt(\ Mais, loin de faire de 
ces contreforts un ornement, une richesse, pres([ue une nécessité 
architecturale ainsi qu'il arriva au moyen âge, on s'obstina à les dis- 
simuler lorsqu'on ne pouvait pas les supprimer complètement. « En 
général, les Romains n'employaient ces étais extérieurs qu'avec 
une extrême réserve : dans la consolidation des voûtes aussi bien 
que dans toutes les parties de la bâtisse, ils évitaient les ouvrages 
auxiliaires : au lieu d'élever des massifs spécialement airectés au 
rôle de contreforts, c'est-à-dire des massifs servant à la stabilité de 
l'édifice sans concourir à ses usages, ils cherchaient à maintenir les 



170. — Basilique de ConstauLiii, L'art de bâtir rlicz les Roinuims, (ig'. 50. 

voûtes par un groupement convenable des diverses parties d'une 
même construction. Dans leurs salles voûtées en berceaux, les contre- 
forts sont plus rares et moins saillants ; dans les édifices circulaires 
c'pct presque une exception de rencontrer des éperons adossés au 
tambour'. » Les exemples sont nombreux de l'artiOce au moyen 
duquel on évitait l'appendice encombrant du contrefort, c'est sur- 
tout dans les thermes de Garacalla qu'on en relève de fréquentes 
et remarquables applications. 

Dans la basilique de Constantin les voûtes d'arête de la nef centrale 
avaient une portée de 23 mètres, presque égale à celle de la nef de 
Saint-Pierre de Rome ; on ne pouvait les abandonner sans contreforts. 
Afin cependant de les éviter on imagina d'en faire les piédroits d'une 
nef latérale. .Ainsi au moyen dune voûte en berceau, les butées A, C, 
D, B, perdirent leur aspect, sinon leur rôle accessoire, et devinrent 
les arceaux d'une nef latérale (fig. 176). Ailleurs, au Panthéon 
d' Agrippa, par exemple, on a préféré exagérer l'épaisseur des pié- 
droits, sauf à évider les massifs par de vastes et profondes niches. 

1. A. Choisy, op. cit., p. 93. 

Archéologie chrétienne. II. — 3 



34 



cil AiTiui: i'iu:Mii;it 



Aliii tliv itiT. (hins une ccrtaiiH' iiu'suic. la iit'ccssiU'' des |)ii''tli()its 
(1 uiu' ;im|tU'Ui" coiisiili-raMc cl ci-lK' des font n'Ioits, inèiiU' afcdinnio- 
cK'S comiiu' dans la l)asdii|U(> de ('.oiistaiitiii, les conslructeurs ont 
visé à alli';4;i'r le jioids di's noÙIcs en y faisant rnlrcr des niati'- 
riau\ d'un poids rxtrônu'nu'nl faibli-, j)iincij)alrnient K-s ponces (jue 
l'on voit apparaitie surtout à j)aitii' du point où IciU' U'g-i-ri'té 
dét'harj^^t' d'autant les poussées. La plupart des voûtes au Colisée, 
aux llieiines de C^araealla et de lilus sont faites de tufs voleani(jues 
dune extrême porosité, lùdin, une notice, rapportée dans la com- 
pilation d'Isidore tle Séville et très probaMenient extraite do 
(|uel(|ue écrivain lomain, énonce foi'inellement la pi'ali([ue (jui con- 
sistait à réserver de parti pris les matériaux les moins lourds pour 
la construction des voûtes. Sfu/u/ia, l;ij)is crculus ex af/iin, Icris ne 
/isiulosus et eunieris tiptus '. L'emploi des vases en poterie dans les 
massifs n'a été constaté que trop exceptionnellement pour (ju'on 
puisse penser (jue leur présence résulte d'un calcul en vue de lal- 
lègement des poussées (lig. 1G0). A l'époque suivante, nous trouve- 
rons des voûtes entièrement composées de tubes creux, mais ce 
procédé ne parait pas avoir été employé exclusivement pendant la 
période que nous étudions dans ce volume. 

« Les voûtes antiques constituent les toitures des édifices qu'elles 

abritent, jamais on ne voit, au-dessus 
d'elles, une charpente, un cond)le. Il 
semble qu'aux yeux du constructeur ro- 
main ce soit un double emploi et une 
combinaison vicieuse, que de protéger 
les maçonneries d'une voûte par un 
comble construit en bois, matière coû- 
teuse, altérable et de courte durée : ou 
bien il adopte le système des toitures en 
bois, et alors les voûtes sont exclues, ou 
bien il admet le régime de la construction 
voûtée, mais cette fois la charpente est 
proscrite, et la voûte à elle seule tient 
lieu de tout : c'est sur l'extrados ~ que 
poseront les lames de métal ou les tuiles sur les(juelles doivent 
glisser les pluies ; quelquefois même, la mavonnerie, arasée en plate- 
forme, n'aura pour revêtement qu'une sinqile chape en béton iin et 
serré lig. 177). 

1. Orif/inex, 1. XIX, c. x. Cf. A. Choisy, op. rit., p. 1>G. 

2. Surface convexe et extérieure d'une voûte. 




177. — (^liiipo en l)i'lon 
d'apri'-s Ciioisy. ihid., lig-. ; 



LES CONTItKFOinS 



3:j 



Toute une série de voûtes aux thermes de Caraealla ap])ar- 
tiennent à ce type : les massifs se terminent suivant des surfaces 
presque horizontales ; et la dernière assise, recouverte dune 




178. — Sainte-Marie-des-Angcs, d'après Choisy, L'arl de hàlir chez les Romuiiis, û'jç. 54. 



mosaïque de marbres colorés, est utilisée comme le sol d'une magni- 
fique terras.sn. Dans le cas contraire, lorsque la voûte est couverte de 
tuiles ou ue lames métalliques, elle 
airecte ordinairement l'aspect du toit à 
versai. : qu'elle remplace. Nous avons une 
application remarquable de cette sorte 
d't^vTados à Sainte-Marie-des-Anges (fig. 
178). 

L'intérieur est formé par une série de 
voûtes d'arêtes. Qu'on imagine sur cha- 
cun des berceaux une toiture spéciale, 
et la pénétration mutuelle de ces toitures 
donnera exactement la forme admise 
pour l'extrados des voûtes ; les noues 
correspondent extérieurement aux arêtes 

, . Il- ^'^^- "~ Voûte convexe exlradossée 

intérieures : de toutes les solutions d'après choisy, /y^/d., %. ss. 
c'était, à la fois, la plus naturelle et celle 

qui assurait aux eaux l'écoulement le plus libre. Semblables dispo- 
sitions s'observent aux Thermes de Paris, à la basilique de 




:{() (iivriiiu; l'itKMiKii 

(^)nst;iMtiM, rio. : st-ulfs li's voùtrs coint'Xcs l'-laifiil r\li;i(l<»s.si''t'S 
suiv;iiit (U's sui'f.ut's lonvrxi's : t't leur piolil U- plus ordiiKiiic' fl;iil 
celui (juon vimt do divc ' lii;. ITîll. 



XI. Les constructions appareillées. 

.Ius(ju'ici nous avons réservé notrt? allenlion pour les l'onslruclions 
concrètes; il tant maintenant diie (juel(|ue chose des constructions 
appareillées. Les mêmes variétés locales (jue nous venons de noter 
s'y retrouvent et jusc|u";iux procédés teclmicjiies. ('/est ainsi cpiil 
y a des types spéciaux à telle contrée et (ju on ne peut faire [)lus 
que de soupc^-onner, \h où la ruine est universelle, ('e serait une 
erreur de croire ((ue les constructions concrètes ouvraient [)lus (jue 
les autres raccès aux intluences locales. Sans doute, les armatures 
en briques se prêtaient à bien des combinaisons, et ce serait même 
une raison de penser cju'elles se sont adaptées avec une souplesse 
indéfinie aux procédés locaux; il n'en est rien. A mesure (juon 
s'éloij^ne de Rome on en constate progressivement l'abandon. 
L'éloi^nement de Pompéi et de \ érone sullît à explicjuer des types 
très diirérents dans lesquels le rôle de 1 armature se réduit de plus 
en plus ; dès c^u'on a franchi les Alpes, l'idée même d'armature 
disparaît ; ou bien, par un curieux renversement des rôles, cette 
armature en moellons convergents augmente d'importance au point 
de devenir elle-même le corps de la voûte : c[uant au blocaj^e par 
couches horizontales, ce n'est plus (ju'une garniture, une sorte de 
remplissa^ife, en un mot, un accessoire ; les fonctions sont désor- 
mais interverties. 

Mêmes constatations dans les constructions appareillées. 

Celles-ci nous présentent moins d'ori<^inalité j)ar rapport à ce (|ui 
avait précédé et à ce qui suivit. Les procédés d'appareil des maîtres 
constructeurs de l'éjiocjue impériale sont, dordinaire, emj)runtés à 
la Grèce et n'ont subi (|ue des modifications accidentelles. Pour les 
murs construits entièrement en pierres de taille, l'ag-encement con- 
sista dans la juxtaposition avec agrafes. Pour les murs composés 
d'un parement d'appareil et d'un blocage, on employa deux pio- 
cédés ; 1" alternance dune assise continue de boutisse avec une 

i. A. (Ihoisy, op. cil., p. 99. 



LES CONSTHUCTIONS APPARKILLKFiS 3/ 

assise continue de carreaux ; 2*^ alternance dune assise continue 
decarreaux avec une assise mixte (lig-. 180, 181). 

Les pierres de taille sont posées à sec, même quand elles doivent 
affleurer des blocag-es ou y pénétrer plus ou moins profondément. 
« Il faut, pour comprendre cette singulière exclusion du mortier, 
remonter à l'idée môme que les anciens se faisaient de son rôle : 
c'était pour eux une matière d'agrégation, rien de plus ; jamais ils 
ne songèrent à Tutiliser pour transmettre ou régulariser les pressions 





180, 181. — Murs appareillés, d'après Choisy, L'art de hâlir chez les Romains, ûg. 6i-66. 

entre les pierres. En l'adoptant dans leurs constructions concrètes, 
ils ne lui assignaient qu'une seule fonction : celle d'une sorte de 
gangue plastique, propre à réunir des cailloux en une aggloméra- 
tion artificiv^ile. Dans la construction en grands matériaux réguliers, 
le mortier était insuffisant pour produire un semblable résultat ; 
dès lors ils le regardèrent comme inutile, ils en proscrivirent l'em- 
ploi, et songèrent à rendre les blocs solidaires entre eux en les 
re^. lissant par des pièces de fer fortement scellées '. » 

Pour leurs voûtes appareillées, ce n'est plus aux Grecs, mais aux 
Etrusques que les Romains ont emprunté. Ils ont peu modifié ce 
quils ont adopté et rarement avec bonheur. La préoccupation que 
nous avons constatée dans la construction reparaîtra une fois encore 
et plusieurs changements regrettables n'auront d'autre explication 
que la recherche de l'économie. 

C'est cette pensée d'économie qui a conduit à cintrer seulement 
la partie haute dune voûte d'appareil en établissant le cintre sur 
des voussoirs saillants comme cela se voit au pont du Gard et au 
pont Saint-Barthélémy à Rome. On ne se contenta pas de cette 



1. A. Clioisy, op. cit., p. \ 15. 



38 



cii.vi'iiiii: i'ni:.\iii:ii 



ri'duction. on proct-d;!, jxuu" I;i tonslnulidn des nrclu'S, p.ir arciMUX 
juxtaposes i.'[ sans liaison au lieu darcfaux imicIr-n ètrôs. 




.r.i.iv 



l'^i'. — Arceaux de cintre sans coiuliis, 
A. Clioisv. L.irt lie h.ilir rhrz /c.v Iii)iii;tiiis 



lif.-. *^t>. 



Cette disposition permettait de supprimer le coueliis toujours 
dispendieux du cintrage puisque cliacpic section aimelée reposait 
sur une ferme ' fig-. 182). C'était un progrès dans une voie où l'ap- 
plication des architectes romains en amena bientôt un autre. On 




183. — Bains île I)iane à Niines, d après Clioisv. L'art (li> hùlir clicz 1rs liaiiuiiiis. jil. xvi. lijr. t. 

avait construit, suivant le procédé que nous venons d'indifjuer, plu- 
sieurs ouvraf^es de la réi,'ion du pont du Gard, en particulier les 
voûtes supérieures de ramj)liitlu''âtre d'Arles, celles des arènes de 
Nimes, celles du Temple de Diane. Dans ce dernier édifice on fit 
encore usa^'-e d'un procédé nouveau permettant de diminuer dans 
une proportion considérable la l'atij.,^ue (pie subissent les cintres. Au 
lieu de juxtaposer A B C, on les isola et on remplit les vides par 
une sorte de dallag-e courl)e (pii s'appuya sur les arcs doubleaux, 
non sur les cintres exonérés et d'une confection d'autant moins 
di.spendieuse (fi^'-. 183;. Ces sortes de voûtes déliaisonnées sont nom- 



LES CONSTRUCTIONS APPAREILLEES 



39 



breuses dans la région du pont du Gard, parce que la qualité des 
matériaux du pays se prêtait admirablement à ces constructions ; 
on ne les retrouve pas ailleurs, sauf dans une région dotée de 
matériaux analogues. C'est un précieux exemple de l'influence locale 
que cette rencontre frappante entre des édifices gaulois et des édi- 
fices syriens, et qui mérite qu'on s'y arrête un instant. 

Les voûtes souterraines des arènes d'Arles nous en fourniront 
un exemple (corridor en prolongement du grand axe de l'amphi- 
théâtre) (fig. 184). Au lieu de suivre la courbure des arceaux, de se 
modeler sur eux, les dalles de remplissage prennent l'apparence 
d'une plate-forme; chaque arc porte, en manière de tympan, un 




184. — Arènes d'Arles, d'après Choisy, L'art de bâtir chez les Romains, pi. xvi, fig. 3. 



petit mur arasé au niveau de l'extrados ; et les dalles, rangées sur 
la dernière assise horizontale de ce tympan, se disposent suivant 
une surface plane qu'on peut utiliser comme le sol d'un nouvel 
étage. Qu'on se reporte au procédé de construction de la basilique 
de Chaqqâ (fig. 128) et on verra un procédé identique de dallage 
qui, en Syrie, fait partie d'un système entier d'architecture caracté- 
risé par les dallages horizontaux reposant sur les arcs isolés. 

D'autres systèmes se rencontrent, dont quelques-uns attestent 
une étrange indifférence pour la correction linéaire et le goût esthé- 
tique. A Vérone, l'amphithéâtre nous montre l'usage de plates- 
bandes clavées traitées avec une précipitation sans pareille. Les 



4(1 



cii.M-i nti: i-KiMiiit 



liiili'aux hori/.onlaiix ont olé ooucln's à iiiio ccrlaiiio dislaïuc Uib uns 
tli's auti't's 011 é(|uiliI)iH' sur los pii'dioils. 

L(> point (I aj)j)ui (1 un sonimitT i()riH'sj)()n(l au milieu de sa loii- 
i;ueur t'I la ciel vient s'iiitercaK'i- outre doux sumniiors. Son étroi- 
losse et. par e<>nsé(|uont . sa léyèrelé, no jjouvaieul déplaei-r les som- 
miers (|ui su|>portaiont |)ros(jue toute la cliarg'O do ma(,'()nnei"ie. 
C'est après un premier arasomi'nt et j)oui- éviter toute olianee de 
culbute (ju On posiiit la clef, mais il se trouva alors (pie. taillée 
d'avance, elle était ou trop lar<j;^o ou trop étroite. On ne pouvait plus 



vma g ues Êftfi^ 



^v':^^r<-'M; 



\nr,, HO. — Aini)!iillu;Urc (le Vérone, d'apivs Clioisy, L'urt de hûlir chez 
les ]ii>m;iins. pi. xxii, litr. 3. 4. 



soncer à reculer ou :i avancer les sonmiiers, on ne se donna pas la 
peine de retailler ou tle chan^^er les clefs, on continua i fi^'. ISo-lSH . 
Ce (jue nous venons de manjuer dans telle ou Itdle localité a 
une portée plus étendue qu'on ne serait dès l'ahord porté à le penser. 
En eiret,ce n'est i)as à (juehjuos villes jirisos à part (pie s'apidi(juent 
dans leur g'énéralité les remanjues faites dans los pajj^'os (pii pré- 
cèdent, nuiis, sauf quelques réserves sur lesquelles nous reviendrons 
plus loin, à l'Occident tout entier. Deux civilisations et deux arts 
se parta^'eaient l'empire romain, séjiarés l'un de 1 autre i)ar 1 Adria- 
ticpie. Dans les contrées de lani;ue latin(\ dont nous venons de 
nous occuper, réj^^nalt un svslème de construction issu de toutes 



CARACTÈHKS DK LA SKCONDF: PKHIODE 11 

pièces du génie romain. Les influences j^recquos y avaient à peine 
pénétré. L'Occident reçut de Home tout ce qu'il plut à Home de lui 
donner, s'habitua à la dépendance absolue et universelle juscjuau 
jour où, Rome détruite ne lui donnant plus rien, il se trouva dans 
cette indig-ence artistique inouïe qui est la marque de la i)ériode 
barbare. 

Ce qui se passa en Orient fut tout ditTérent. L'unité de lauii^ue et 
de civilisation avait contrii^ué à y implanter l'art grec avec les 
idées de la Grèce. A vrai dire, ces idées et cet art avaient passé par 
Alexandrie, mais ils gardaient néanmoins assez d'originalité et de 
vigueur pour s'assimiler les apports de l'invasion romaine, demeu- 
rer, dans une certaine mesure, indépendants à leur égard, traverser 
la durée du Haut-Empire et se retrouver, altérés mais reconnais - 
sables encore et vivaces le jour où, Rome détruite, l'Orient rede- 
vient un empire à part. De cet événement date pour la société une 
forme nouvelle de civilisation et, pour l'art, un type d'architecture 
entièrement original, l'architecture byzantine. 

XII. Caractères de la seconde période. 

Il n'est heureusement plus question aujourd'hui d'un certain art 
byzantin sortant parfait du cerveau génial des architectes de 
Sainte-S^'^hie un peu à la manière dont Minerve casquée sortait du 
cerveau de Jupiter. Les origines de l'art byzantin, que représente 
éminemment l'architecture byzantine, sont beaucoup plus modestes 
et surtout plus compliquées. Nous essayerons plus loin de mon- 
trer ce qui, dans les divers domaines de l'art, en subsiste à l'heure 
actuelle. Afin de ne pas nous écarter des faits certains, nous nous 
bornerons à prendre 1 architecture qualifiée de byzantine à l'heure 
même où la volonté de Constantin compromet 1 art romain et 
assure le succès de l'art d'Asie-Mineure. 

Ainsi, au moment où les méthodes romaines sont vouées à l'aban- 
don, nous rencontrons, sans méprise ni hésitation possible, les 
procédés byzantins. A Constantinople même, la citerne dite des 
« Mille et une colonnes » nous montre des voûtes, qui sont des 
calottes sur pendentifs, exécutées par tranches et des chapiteaux du 
type byzantin le plus irrécusable (fig. 187). Or, suivant Du Cange ', 
cette construction n'est probablement autre chose que le réservoir 

1. Du Cang-e, Conslantinopolis chrisiiana, in-fol., Pansus, 1080, p. 90-132. 



ï'2 



<:iiAi'iriti: I'iUmii it 



bàli p;u' It' st'-iiatcur IMiiloxiuc. sous !(• i-rLCiic do Constanlin. Cet 
0XiMn|tIf n est |);is isoli'. La fitcriic ^ rii'-halan-St'raï, n<»n moins 
OvidfUiiiuMit l)v/aiiliin' ([Uf la |)ri'cr»lt'iile. ni'st aulrr (jin' la cittMiK! 
Hasilica, couslruiti' au i\ ' sifclc |)ar (loiistantin ' (ii;. ISS . Les tha- 
pitoaux. ainsi (|ue la ohst'ivô M. (IhoisN -\ s"v prc-sentciil . la plu- 
part, à l'état tl l'pannclai,^!' : on sent ([ue des édiliccs somptueux, i-t 




l'^T. — Citerne des Mille el une (pilonnes ii (>msl;intino]ilc, (lii|Mes Clioisy, L'art de h.ilir 
chez les Hxjz.inliiis, jil. xiii, litr. ^. 



d'une architecture encore classique, furent interrompus pour fournir 
à cette citerne leurs pierres ébauchées. C'est ainsi cjue, d'après les 
documents transcrits par luisèbe ', Constantin arrêta les «^'•rands 
travaux de l'empire pour faire servir les colonnes, les plafonds 
mêmes, à l'achèvement de sa nouvelle ca[)itale. Le rapprochement, 
à lui seul, vaut {)res(jue une date. 

Il serait aisé de remonter plus haut encore et d'énmnérer des 
édifices «pii. bien au delii de l'épocjue romaine, laissent entrevoir 
les rudiments de la construction by/antine juscjue dans les plus 



1. Du C.'iii;,'-c, ('.<insl:uiliii(>p()lis rhrisli.in.i. p. 0)1. 

2. A. Clu)i^y, L'.irt df ij.ilir riirz /'-s J!>/z;tiilin^, in-i-". l'.iiis, ISS!?, ji. l')2. 
.'{. lùisèl)e, Ml.i ('.oiisl.inlini, 1. III, c. xxix, xxxi, xxxii, /'. <i., t. xx, 

col. lO.SO s([. ; Liij.-iniiis, y-i-, iiV')/, édit. lîeislu-, t. ii, p. ISti. 



CARACTÈRES DK LA SECONDE PÉRIODE 



43 



anciennes civilisations de l'Orient* ; mais nous y reviendrons et 
nous nous bornons ici volontairement à la limite (fue nous avons 
marquée. Ce qui paraît incontestable, c'est que l'art byzantin vivait 
dès l'époque romaine à côté de l'architecture ofïicielle ; éclii)sé par 
elle, il n'atlendait, pour se produire au grand jour et se consacrer 
par des œuvres durables, que le déclin des traditions classiques. 
Vers le temps d'Au<,^uste, les architectes romains commencèrent 




188. — Citerne Yérè-batan-Seraï à Constantinople, 
d'après Clioisy, L'art de bâtir chez les Byzantins, pi. .xiii, fig-. 1. 



à employer, parmi les matériaux usuels de la grande construction, 
la brique. Son introduction fut le point de départ de toute l'archi- 
tecture de la Rome impériale ; en quelques années l'emploi de la 
brique décupla les moyens d'action des architectes et leur permit, 
entre autres choses, de jeter dans l'espace ces belles voûtes sur 
armatures à claire-voie dont la hardiesse et la perfection nous 
ravissent. 

Rendre possible la construction des voiites sur armature fut pour 
l'Occident la conséquence qu'amena l'usage en grand des nouveaux 
matériaux. En Orient, un mouvement analogue s'opéra vers la 
même date et sous la même influence, mais dans une direction diffé- 
rente, car chaque province, chaque ville de l'empire conservait à 
son gré, en fait d'architecture comme en matière de religion ou 



1. A. Choisy, op. cit., p. 153-154. 



it (Il MMiiii: i'iti:Mii;u 

<1 ttrLranisalion ci\il('. ses usai^t's propres cl ses Iradit i(»ns. l.cs 
|{(Hii;iins, en iiitrotluisanl dans l«'s proviiucs d Asie les iiialcriaux 
tl(Mit ils avaient inau^'Ui'i' 1 usaLr<', laissi'Tciit les coiist ruclciirs asi.i- 
ticpu's maitiH's trcii laiii' rt'ni|)li»i (pii leur coiiviciidrail. 1 /emploi de 
la l)ri([U(> euite a laplé aux vieilles méthodes de la conslruetioii par 
tranches pei'mil d t''ii|^er en svsteme les artifices de la construction 
sans ciiitrat^e et tlétcrmina, parallèlement au courant occidental de 
la construction concrète sur armatures, un autre courant d idées 
appelé à renouveler l'architecture entière de l'Orient. (Iràce à ces 
matériaux admirablement adaptés h ses exi^'ences, le svstème des 
voûtes par tranches j)iit un essor inattendu; l'écrasiMuent n'étant 
j)lusti craindre, la portée des ajij)lications s'aj2;randit ; l'art oriental, 
subordonnant ses détails à son nouveau principe, devint ime archi- 
tecture distincte, celle <jue nous aj)pelons l'architecture bv/,antine, 
dans la(juelle les tendances asiati(jues se l'ésument comme dans 
leur expression dernière. 

.Ius(ju'ici notre étude nous a montré dans l'architecture occiden- 
tale d époque romaine une préoccupation dominante : l'emploi de 
la voûte. Une préoccuj)ation identique l'orme l'élément principal de 
1 architecture ])y/antine. Mais la ressemblance s'arrête à ce j)oint 
parce (jue les deux sortes de voûtes ne se ressend>lent ni par 1 aspect 
ni par la structure, l'^n Occident, la voûte n'est {^aière qu'une leuvre 
primitive témoig^nant d'une force matérielle immense; à peine v 
rencontre-t-on (juehjues chaînes de brique noyées dans un massif 
énorme de mortier et de cailloux. En Orient, au contraire, on a 
débité cluujue portion de la voûte de layon à en faire une combi- 
naison distincte ayant, dans l'ensemble, sa place déterminée et sa 
fonction. 

Au lieu de la force matérielle, c'est ici le calcul (jui donne à 1 édi- 
fice tout entier sa disposition savante. Kn elfet, les {)oussées des 
voûtes réclament des masses d'appui d'un tyjie nécessaire (pii 
découle du système des voûtes comme son corollaii'C et rend un 
plan by/antin reconnaissabU- à première vue. 

XIII. Les massifs. 

De même que l'Occident. 1 Orient a fait usaj^-'e pour ses concré- 
tions de briques, de pierrailles et de mortier; mais tandis (pi'en 
Occident, nous avons rencontré l'usag'e des compressions, en Orient 



Li;s MASSIFS 



ÎO 



nous constatons que le procédé de construction par pilonna^'-e est 
inconnu. Au lieu d'y employer des matériaux concassés on préfère 
des moellons de lo à 20 centimètres d'épaisseur. Leur arranj^emcnt 
diirère. Tantôt les matériaux sont jetés pèie-mèle, tantôt ils sont 
disposés par assises rég-lées; ajoutons (jue le pèle-mêle n'est qu'un 
désordre apparent et ({ue, ordinairement, les moellons dessinent un 
mode quelconque de g-roupement, comme dans les ligures suivantes 
(%. 189-190). 

Dansles constructions en blocag-e une disposition, ou, pour mieux 




L™J:cjC3e; 



icasEî 




189, 190. — Soubassements du palais de Spalato, 
d'après Clioisy, L'art de Ldlir chez les Bijzanlins, fig. 1, 2. 

dire, une interprétation nouvelle, apparaît de l'emploi des arases. Les 
constructeurs romains interrompaient le blocage par une assise de 
grandes briques formant arases et donnant à la masse une liaison 
transvv...^dle bien assurée. Les Byzantins font de même, sauf qu'ils 
emploient rarement moins de trois assises superposées, là où les 
Komains se contentaient d'une seule. Nous en avons des exemples 
dans la citerne de Tchokour-Bostan à Constantinople où les assir:es 
de brique sont au noml)re de cinq et forment ensemble une bande 
de 0'" 42 de hauteur revenant de trois en trois mètres, et dans les 
fortifications byzantines de Salonique (fig. 191-192] où l'intervalle se 
réduit à 1'" 30, Il faut noter dès maintenantque l'épaisseur du lit de 
mortier n'est jamais moindre que celle des briques elles-mêmes, elle 
la dépasse parfois et il n'est pas rare de trouver entre deux assises 
de 4 centimètres, des lits de mortier de o ou 6 centimètres. Dans les 
ruines du palais des Blachernes, M. A. Choisy a vu des pans de 
murailles où le mortier entre pour les deux tiers du volume total. 
Ce mortier toutefois est un peu ditférent de la matière à laquelle 
nous donnons aujourd'hui ce nom et il serait plus justement 
nommé béton. L'épaisseiu" qu'on lui donne fait qu'il joue vm rôle 
considérable parmi les matériaux de la construction ; or, pour ([u il 



u\ 



cMAPinti: i>iu:mii;ii 



ne so (K'-rohc ])as à of roK' par rt'iuii'tltMiicnl. il a fallu lui {lonniT 
une t'frlaiiie consistaiiciv ( ! i-sl dans et* l)ul (juOn y incorpoiT vn 
forte proportion une nialirre i()U_i,'-eàtre (jui n'est autre eliose (jue de 
la tuile éerasée et j)assi'e à la elaie de (!'" 01*) environ de maille. 
Outre les tuileaux pili's on faisait aussi usa^^i» de L^ravier, de reeoupes 








191. — Citernes de Tcliokour-Ik)Slan 

;i Conslanliiiople, 

d'après Clioisy, o/<. eii., fig. 3. 



r.'2. — Forlilications byzantines 

de Saioniqiie, 
d'après Clioisy, op. cil., fig. 4. 



de pierre dont les fragments varient de grosseur suivant que Timploi 
doit se faire par plus grandes masses *. 

La forme des briques et la nature de leur cuisson ont varii 
beaucoup chez les Byzantins ; mais c'est la brique romaine appelée 
plintlios qui fut le plus souvent employée. Les briques byzantines 
étaient fabriquées au moyen de terres lavées et foulées dans des 
moules par les pieds des ouvriers ; il est extrêmement fréquent de 
trouver sur les bri({ues des empreintes de pieds d'hommes et den- 
fants. Les pièces formant moulures ou corniches étaient fabricjuées 
au moyen de moules. Les fûts de colonnes se composaient de 
briques rondes ; quand elles dépassaient un pied de diamètre, on les 
formait de deux demi-cercles, et au delà les briques avaient la 
forme de segments. La brique byzantine, comme la brique romaine, 
a plus d'un pouce d'épaisseur. Elle porte une estampille assez dif- 

i. Les Byzantinsonl, eux aussi, failusagedu béton coulé. Codinus et l'Ano- 
nyme de Banduri mentionnent le mouhi},^o des massifs de fondation h Sainte- 
Sophie. 



Li:S MASSIFS i i 

férente de celle qui se lit sur les briques romaines où le nom du 
fabricant et la date de fabrication tiennent lieu, le plus souvent, 
d'autres indications. A Thessalonique, les estanq:)illes des bri(jues 
ayant servi à la construction des ég'lises, se composent g'énérali'- 
ment de sujets religieux; à Sainte-Sophie de Constantinoj)le ce sont 
des lég^endes entières. 

Outre son rôle capital dans la construction, la brique a reçu 
dans la décoration byzantine un rôle décoratif. A l'aide de fig-ures 
géométriques combinées avec g"oût, on adonné, principalement aux 
revêtements, un aspect où la variété et la fantaisie produisent des 
compositions de lig-nes aussi gracieuses que savantes. Nous trou- 
vons quelques exemples de ce genre d'ornementation dans les églises 
de Thessalonique et sur les tours des murailles de Xicée. Car, bien 
que nous ne nous occupions pas des édifices civils ou militaires, 
nous ne pouvons omettre de rappeler l'unité de jirocédés adoptés 
pour ceux-ci et pour les constructions ecclésiastiques. La brique 
fait le fond désormais des ouvrages byzantins dont les architectes 
regardent l'emploi comme plus avantageux et plus propre à résister 
à l'effort du bélier dans l'attaque des places de guerre. Ordinaire- 
ment, le cœur de la muraille est en béton. 

L'importance donnée à la brique dans les constructions n'impo- 
sait pas seulement un soin extrême à sa fabrication ; l'emploi du 
mortier en proportion considérable dans la construction en briques 
exigeait uuc attention non moins prévoyante sur tout ce qui regar- 
dait un élément de cette importance. Sa composition faisait l'objet 
d'u V active surveillance et dans les édifices encore debout datant 
du haut-empire le mortier a conservé encore presque toutes ses 
qualités. La chaux était toujours très cuite et le sable tamisé avec 
soin. Le mortier des Byzantins comme celui des Romains se com- 
pose pour un tiers de chaux grasse, un tiers de sable et un tiers 
de briques pilées. Ces proportions changent peu dans les divers 
pays ; cependant, quand la pouzzolane était abondante, on l'em- 
ployait de préférence au ciment. 

A une époque un peu postérieure à celle des grandes construc- 
tions de Justinien, les Byzantins reçurent des Arabes la recette 
d'un mortier dont on fait encore usage de nos jours à Constanti- 
nople, où il est connu sous le nom de khorasan. 11 est de couleur 
brune, composé de chaux hydraulique et de sable fin ; il prend avec 
une grande rapidité et peut soutenir la comparaison avec le ciment 
de Portland. 



iS 



illM'IlIti: l-ttlMIKIt 



I/iinporlaiU'i> allaclu'i' par Ks ny/.aiitius à la lahiicatioii du iiKH'- 
tiiM" lionl iMicnrc à l'iMiipIoi cpi ils en iaisairnt poui" la (•«tusliiu-lion 
l'M Ix'lnu servant non seulement aux londations pilonées t't aux 
uunailles, mais encore aux vciùtes, aux ('■jj;-()uts et aux acpiedues. 
Dans ces derniers eonduils la surlai-i' du hélon est couverte d'un 
double revêtement : une c<»uclu' de charbon [)ilé, mêlé avt-c de la 
chaux, et une ct)Uche di' ciment très lin l't poli avec iUH> a|)plication 
d'huile de lin. (]e béton constitue un nuissif impénétrable ;i l'eau et 
<pn résiste à l'elVet des siècles. Les citernes, dans la construction 
des(pudles les Hv/.antins excidlèrent et surpassèrent les liomains, 
sont toutes bâties d'après ce système. Les voûtes des citernes sont 
construites soit à voûtes daréto, soit en pontlentif.s et prestjue tou- 
jours en blocag'e de béton. Des citernes, la construction des voûtes 
en béton s'est étendue aux édilices. 



XIV. Les parements. 







Les Byzantins ont employé les parements dans leurs construc- 
tions. Comme appareil chaque assise présente, mêlées à des car- 
reaux posés sur leur lit île carrière, des pierres tle champ faisant 
office de boutisses et toutes en délit, [)rocédé ancien et justifié par 
de solides avantages. Ce[)endant on ne tarde 
pas à s'apercevoir qu'iui paremei.i ne peut 
adhérer aux remplissantes ([u'à la condition 
de se contracter avec eux. A cet elïtl on 
altère de plus en plus l'ancien usay-e, on 
substitue à la j)ierre de taille Ii' simple 
moellon et, pour plus de précaution, on in- 
tercale entre deux arasements de moellons 
I''.-!. — Uriqu.s <n hoiiiisscs dcsassiscs cu l)ri([ues d'épaisseur vaiiable ; 

d'après Chois V. 0/>. vil., lik-^. li. , . , . 

j>ar ce moyen la proportion de mortier s ei,''a- 
lise entre le corps du mur et le revêtement, les chances de déliai- 
.sonnement disparaissent. Le profil ifii^. 1ÎJ3) montre (jue hs 
moellons remplissent ici le rôle de carreaux et les bri(pies 
tiennent la [)lace des boutisses. A défaut de bricjues on fait usai^e 
d'un tube en poterie plon^'eant dans le blocat,^e. i< Le vrai type du 
parement byzantin est cidui (jue la fiy;-ure .'58 caractérise, et les 
plus heureuses ap[)lications (pii en aient été faites sobservi'nt 
dans les monuments de la Grèce. Les cours de bricjue tranchent 




LA COLONNE HVZANTINE iîj 

€11 roug^e sombre sur le blanc roug^eàtre des mortiers et sur le 
gris mat de la pierre. Ordinairement le mortier est lissé en retraite 
sur le nu du mur : si bien que cha([ue brique, chaque moellon 
a son contour redessiné en noir par un trait d'ombre. On ne 
saurait allier une meilleure entente des efîets avec un sens plus 
juste des vraies convenances de la bonne construction '. » 

XV. La colonne byzantine. 

Voici un élément nouveau que les architectes romains ont 
méconnu. Pour ceux-ci, la colonne n'est que la garniture d'un mas- 
sif de maçonnerie qui est le véritable point d'appui de la poussée 
des voûtes d'arête. Les Byzantins connurent par expérience les 
inconvénients d'un monolithe, dressé en délit, supportant un poids 
énorme. Procope raconte que, pendant la construction de Sainte- 
Sophie, des colonnes surchargées éclatèrent. Pour y 
remédier, maintenir le faisceau des veines de la pierre 
et empêcher les fissures longitudinales, on eut recours 
à des frettes ou bagues métalliques cerclant les fûts 
à leurs extrémités ~. Le manque de monolithes imposa 
la nécessité de fragmenter les colonnes en deux ou 
trois sections et fit imaginer la disposition suivante : 
chaque tambour dont se compose la colonne introduit 
ses extr-' itésdans des srodets d'assises basses posées ^ , , 

~ ^ 19 1. — Godet 

sur lit de carrière et faisant saillie sur tout le pourtour dassise, 
(fig ^94). Les fissures peuvent désormais se produire, „y,. cit. ûg. u ils. 
la coionne ne se disjoindra pas. La citerne dite des 
<(. Mille et une colonnes », a Constantinople, offre un exemple 
remarquable de cette association d'assises basses posées sur lit de 
carrière et de tambours dressés en délit. 

Dernier trait d'ingéniosité. Les Byzantins assoient la base des 
colonnes sur un lit de plomb dont la ductilité se prête à une 
répartition uniforme de la charge. L'épaisseur de la feuille de 
plomb est d'environ un millimètre -^ Cet usage semble limité aux 

i. A. Clîoisy, L'art de bâtir des Byzantins, p. 13. 

2. Pliotius appelle ces anneaux -îc,\'Çm'i.7.-:x. 

3. Un texte de Paul le Silentiaire donne à penser que la pose sur lits de plomb 
n'était pas exclusivement réservée au cas des colonnes. 11 rapporte c[u"à Sainte- 
Sophie les pendentifs furent arasés à l'aide de pierres de taille qui reçurent, par 
l'intermédiaire de feuilles de plomb, le poids de la coupole. L'état actuel de l'édi- 
fice ne permet guère de vérifier cette assertion. 

Archéologie chrétienne. II — l 




50 



cii.M'iTHi: i'iti;Mii:u 



pavs (l'Orient. On le trouve au palais de Dioclétien à Spalato, 
c'est-à-tlire en un lieu et en un temps où les procédés oiientaux 
triomphaient. On le retrouve aussi dans la hasilicpu» constanti- 
nienne île Bethléhem et dans plusieurs édilices de lépocpu' hv/.an- 
tlne. D'après ce (pi'on })eut constater à la citerne des (• MilK' et une 
colonni'S 'I, le plond) était léservé pour les points où la cliarj^e 
devenait exceptiomudlement violente. 1/emploi du plond) avait 
aussi ses dangers. Si l'épaisseur de la feuille laminée était exces- 
sive (t)"' 013), comme c'était le cas pour la colonne de Marcien, le 
plomb cédait sous la char^^e, s'étalait et débordait en bavures sur 
le pourtour du lit. Pour y remédier, on cerclait la colonne avec les 
anneaux métalliciues à l'endroit même où le plomb allleurait, ce 
qui l'empêchait de baver. 

XVI. Voûtes sur cintres. 



Les voûtes exécutées sur cinlraj^e parles Byzantins sont, ou bien 
des voûtes en berceau, ou bien des voûtes d'arêtes. 

Les voûtes en berceau suivent un procédé économique qui rappelle 
celui que nous avons vu en usage chez les architectes romains. Une 
galerie souterraine des Thermes dlliérapolis nous montre l'artifice 
auquel on a eu recours. Pour les voussoirs inférieurs, nulle 
difficulté, ils se mettent en place sans le secours d'aucun cintre. 
Dès l'instant où le cintre devient nécessaire, les voussoirs consti- 
tuent une série d'arceaux indépendants accolés les uns aux auires, 
construits successivement à l'aide d'un cintre volant installé tour 
à tour sous chacun des arceaux. 

Les berceaux byzantins sont exactement du type romain, mais 
les Grecs d'Asie, tenant à laisser au berceau toute l'élasticité pos- 
sible, suppriment dans les voûtes d'appareil ainsi que dans les 
murs toute espèce de ferrement. 

Lorsqu'à la pierre de taille on substitue les moellons, ceux-ci 
sont ordinairement maçonnés à bain de mortier. Parfois, entre 
deux moellons, s'intercalent une ou deux briques ou bien des éclats 
de tuile creuse. Enfin, on renforce parfois les berceaux par des 
nervures transversales qui sont de véritables arcs doubleaux 
distants entre eux de 3"' 30 à 4'" 50. 

Les voûtes d'arête ne sont pas rares en Orient. Nous les voyons 
admises en Syrie pendant la période romaine et toute la durée de 



VOÛTES SANS CIMRKS 51 

l'empire byzantin. Elles y persistent prescjue à l'exclusion de 
toutes les autres et, au xii" siècle, les Croisés seront réduits à 
abandonner les voûtes sur nervures pour les voûtes d'arête telles 
que les construisaient les ouvriers du pays. Dans les monuments 
des Croisés les matériaux sont des moellons de petit échantillon 
et sommairement taillés, mais taillés d'après les modèles antiques: 
la présence du mortier entre les lits fait la principale différence 
entre ces voûtes du moyen à^^e et celles des Romains de Syrie. 

A Constantinople et dans l'Asie-Mineure il en était autrement. 
Le jour où Justinien voulut élever le pont de Sangarius, il ne se 
trouva pas, sur le chantier, un ouvrier capable d'appareiller une 
arête. 

Les Byzantins ont, toutefois, pratiqué la construction de la voûte 
d'arête dans laquelle la brique tient la place que le moellon occupe 
chez les Syriens. Cependant, comme les briques se taillent malaisé- 
ment, on se contentait de recouper sur tas celles qui constituent 
l'arêtier ; le mortier servant à combler les vides et à corriger ce que 
la taille pouvait avoir de trop imparfait. 

XVII. Voûtes sans cintre. 

L'emploi du cintre dans la construction des voûtes est facultatif; 
en effet, ivant qu'on procède par tranches ou par assises, cet 
emploi est superflu ou indispensable. Afin d'éloigner les chances de 
flar-^'^ment, les Byzantins remplacent les tranches horizontales par 
des tranches plus ou moins inclinées, ce qui enlève en outre aux 
briques une chance de glisser. Cette inclinaison des lits sur la ver- 
ticale est ordinairement d'un quart d'angle droit. Ils emploient 
encore d'autres artifices, comme de substituer aux tranches planes 
des tranches tronconiques ; enfin, ils font usage de tranches réunis- 
sant la double condition d'être coniques et d'avoir leurs bases incli- 
nées. A ces types divers s'en ajoute un autre qui combine les deux 
modes de constructions : par tranches et par lits. C'est, de tous, 
celui qui est le plus couramment employé par les Byzantins. Les lits 
rayonnants s'élèvent jusqu'au moment où ils deviennent impossibles 
sans cintres ; à ce moment, on emploie les tranches (fig. 19o). En 
somme, le procédé est facile à énoncer ; la disposition par lits con- 
siste en couches de maçonnerie horizontales superposées, la dispo- 
sition par tranches consiste en couches verticales de maçonnerie 
appliquées les unes contre les autres. 



.-;•) 



( ii.vi'inu: l'iuMiKii 



XVIII. Voûtes d'arête. 

La voùlo (1 iuèto n'-sulU' de la comhiiiaison de deux l)erceaux (jui 
se croisent. l*uis(|ue eluicim de ces berceaux peut, nous l'avons vu, 
être construit sans cintre au nioven du procédé par tranches, il sul- 
lit d'appliipier, à chacini des berceaux, le procédé par tranches. 




195. — Évidcmenls intérieurs des conlreforls de Sainte-Sopliie, d'après Clioisy, L'art de 
b/itir chez len liyzanlinn, pi. ii. fig. 1. 



Que le plan soit carré ou de forme barlon^j^ue, peu importe. On 
commence par maçonner sur deux parois de face les deux premières 
tranches, puis on fait la même chose sur les deux autres parois et 
on revient au premier berceau. Passant ainsi de Tun à l'autre, les 
tranches prennent sur celles qui viennent d'être posées immédia- 
tement auparavant un appui et, à leur tour, elles vont servir de som- 
miers à de nouvelles tranches, et ainsi de proche en proche, che- 
vauchant les unes sur les autres. 



COUPOLES "ili 

XIX. Coupoles. 

Les coupoles sont des voûtes sur plan circulaire. Dès une haute 
antiquité, les architectes élevèrent des coupoles ou dômes dont les 
particularités se résumaient en deux caractères essentiels : horizon- 
talité des assises et surhaussement des profils. Chaque assise se 
superpose à la précédente et constitue, indépendamment du reste, un 
anneau indéformable. Ces voûtes sphériques en grands matériaux 
sur plan circulaire paraissent propres à l'Orient, mais leur prix élevé 
détourna le plus souvent les Byzantins d'en construire ; d'ailleurs, 
ils surent, par une heureuse extension d'idée, transporter aux voûtes 
en briques le principe des lits coniques et parvinrent, avec une 



C; 

19G. — Cônes emboîtés, 
d'après Choisy, L'art de bâtir chez les Byzantins, fig. (56. 

momdre dépense, aux mêmes résultats. « Ils rangèrent, écrit 
M. Choisj ^, les briques par couronnes successives et qui repré- 
sentent individuellement de minces surfaces coniques. Quelquefois, 
comme dans les fortifications de Kontahia, ils construisirent les reins 
de la voûte par assise de moellons posés en tas de charge, sauf à 
bâtir la calotte supérieure à l'aide de briques formant une série de 
troncs de cône emboîtés les uns dans les autres. Cette disposition de 
briques par cônes emboîtés se prête à merveille au genre d'économie 
que les Byzantins recherchent avant tout, la suppression du cintrage 
(fig. 196). Les briques d'un lit A sont appliquées sur une couche de 
mortier qui les fixe au lit précédent ; puis, une fois terminé, ce lit 
A se comporte comme un tronc de cône tourné la pointe en bas et 
qui ne peut ni se déformer, ni descendre ; il demeure en place et 

1. Op. cit., p. 61. 



:ii 



iiiAriiiu. i>iii:Mii:it 



st'rl. il son tour, do suiTaii' (r;i|)j)ui pcnir un deuxième anneau : oelui- 
ei pour un troisiènie. et ainsi de suite : un cintre ne serait (ju'un 
end>arras. i» 

Les e(Ui|)ol«>s 1)\ /antines antt'rieures au ix*" siècle sont généralement 
enveloppées à la hase dans une ^Mine de maçonnerie, juscpi'à hauteur 
des reins, et se raccorth-nt ;t Textrailos pai- une contre-courhe. (Test 
dans ci'tte j^^arniture (pie sOuvrent les haies déclairaj^e lijj^. lîlTj. 

A jiartir du ix'' siècle se répand lusa^^e de monter les coupoles sur 




r.>7. — (Wiiiif l't coiiti-f-courljc, d'iiprrs Clioisy. oy*. cil-, l\g. li. 



des tamhours cylindriques. Nous n'avons g'uère ;i nous occuper 
de ce type que sa date place en dehors de la période de nos 
études. 

Outre la coupole, dans son aj)plication générale, nous devons 
tenir compte de (piel({ues types secondaires au moyen des(juels on 
s'est ell'orcé de réaliser deux progrès : 1" prévenir par un système de 
nervures la déformation des voûtes ; 2" alléger les jioussées des voûtes 
et enchevêtrer plus étroitement les matériaux qui les composent. 

Le plus h(d exemple de coupole nervée est le dôme de Sainte- 
Sophie. L'intrados est j)artagé en (piarante fuseaux par autant de 
nervures méridiennes saillantes. A ces coupoles nervées nous devons 
rattacher les cou[)oles côtelées, c'est-à-dire celles dont l'intrados 
afTecte l'asjjcct d'une calotte sphérique ondulée. Saint-Serge. ;i (^ons- 
tantinople, pn'senteen grand l'application de ce système dans lecjuel 
cha(jue assise est tlécoupée en feston dans une surface conique. La 
Theotokos de (]onstnntinoj)le oIVre un autre exemple. 

Puis viennent encore les coujioles j)ar trompillons étages, c'est- 
à-dire (ju au lieu de maçonner la coupole par assises on l'a con- 
struite en étageant les unes au-dessus des autres de petites trompes, 



COUPOLES 



OO 



ainsi que nous en voyons un premier exemple dans le temple rond 
de Dioclétien, à Spalato. Comme exemple byzantin nous donnons 




198. — Demi-coupole à trompillons, couvrant le vestibule du tombeau de saint Dimitri à 
Salonique, d'après Choisy, L'art de bàlir chez les Byzantins, pi. xiv. 

ici le vestibule semi-circulaire du tombeau de Saint-Dimitri à Salo- 
nique (ûg. i98). 

I PS Byzantins ont même construit des coupoles absolument 
exemptes de poussées ; et voici par quel artifice : Aux briques des 
voûtes ordinaires, écrit M. A. 
Choisy, ils substituent des tuiles 
courbes qu'ils disposent par lits 
emboîtés Tun dans l'autre (fig. 
199). De la sorte on produit des 
couronnes absolument inexten- 
sibles. Aucun des anneaux de la 
coupole ne saurait augmenter 
de rayon; et par suite, la coupole elle-même, ne pouvant s'élargir, 
devient incapable de pousser au vide : c'est une voûte où toutes 
les assises forment chaînage. 

Enfin, les constructeurs byzantins ont employé dans la construc- 
tion des coupoles les tubes en terre cuite. Ces tubes sont de véri- 
tables tubes de drainage, rétrécis par un bout, emboîtés les uns dans 




19!). — Lits de tuiles emboîtées, 
d'après Choisy, oj>. cit., fig. 78. 



.-Kl 



(Il AI'IIHi: l'HKMIKIl 



les autres et disposés en spirale lontinue (K* la naissance de la cou- 
pole au s(»niim't. Nous avons vu tléjà 1 (»eoasion de signaler ce mode 
de constiiutidu en Afri(jue '. mais c'est à Havenne (ju'on en trouve 

lis applications les plus remarcpiahles, 
dans les monuments élevés sous l'inlluence 
directe et exclusive de l'Orient. La c(»upole 
di' Saint-\ ilal est le plus ci'lèhre exemple 
de ce mode de construction (juon retrouve 
au baptistère de Havenne et dans la voi'ile de 
la chapelle Saint-Satvre à Milanli^^. 200. 

(a\s exemples — les deux derniers au 
moins — nousreportent ;» une centaine d'an- 
nées avant lépocjue juslinienne. On ren- 
contre les tubes en Afri({ue, ainsi (pie nous 
l'avons dit, et en Svrie. Dans ce pays, les 
tubes sont de forme évasée et disposés en 
manière de voussoirs, scellés j)ar de bon 
mortier, ils permettent d'achever la voûte, 
quel qu'en soit le proiîl, sans le secours 
d'aucun cintre. Ces poteries creuses oiVraient 
aux habitations un excellent préservatif 
contre les températures extrêmes. En outre 
on leur attribuait l'avantagée de la sonorité ; 
à cet etTet, on en incorporait dans les blo- 
cages, deux par deux, le col tourné vers 
l'intérieur. C'étaient les vases acousticjues 
de Vitruve, dont nous avons parlé plus haut ; et cet u.sage existe 
encore de nos jours dans les mêmes contrées. 




-ï«g 



200. Tubos en terre ciiitf, 
d;i|>ri'-s Dielil, liurennc, p. 2".'. 



XX. Niches sphériques. 

La niche voûtée n'est (ju'une voûte coupée suivant un plan verti- 
cal. Sa construction n'offre rien de particulier, après ce (jue nous 
avons dit des voûtes sphéri(|ues et des coupoles d'ap|)areils. T'n 
des exemples les plus instructifs est celui des «^-randes absides de 
Sainte-Sophie, à Constantinople. Pour (ju on puisse employer le 
mode de construction par tranches conicjues. il faut que la niche 
embrasse en plan au moins une demi-circonférence ; dans le cas 



I. Voir Diclionn. d'arch. clirât., t. i, fig. 167, 108. 



VOUTES SPHERIQUES SLR TROMPES 



;>/ 



contraire, pour éviter les poussées que les lits coniques développent, 
perpendiculairement au plan de tête, il faut recourir k la solution 
des lits en éventail. Dans ce système nouveau, aucun glissement 
ne peut se produire, en sorte que Taplatissement plus ou moins 
accentué de la niche n'influe en rien sur sa stabilité. 



///. Voûtes sphériques sur trompes. 

La coupole ne trouve son assiette naturelle que sur une base cir- 
culaire ; cependant on imagina d'élever des coupoles sur des bases 
polygonales. Pour v parvenir, il fallait passer du polygone au cercle, 
à l'aide de raccords. A chacun des angles du polygone un support 




20 t. — Coupole octogone sur trompes, 
d'après Choisy, L'art de bâtir chez les Byzantins, fig. 94. 



en surplomb fut lancé dans le vide pour racheter le porte-faux et ce 
support, dont la forme naturelle était celle d'un triangle sphérique, 
fut l'origine du pendentif. Ces pendentifs ne 'sont encore que des 
triangles sphériques bien définis, ou mieux « des panneaux triangu- 
laires taillés dans une voûte sphérique ». 

Moins le polygone de base a de côtés, plus les pendentifs sur- 
plombent et plus leur exécution est délicate. C'est à ce point que 
les constructeurs auxquels on livrait une base carrée pour y établir 
une calotte sphérique ont fréquemment remanié le tracé primitif 



r>8 



ciiAi'irur. i'ni.Mii:ii 



pour en faire un octogone cl ((ualrc (Icnii-ciMvli's. Nous pouvons 
le constitlor non seulement en Occident, mais à Saint-Serge de 
Gonstanlinople, et même dans les jurandes absides de Sainte-Sophie. 
Les Byzantins allèri'nl plus loin et arrivèrent à un des tyjtes de 
voûte les plus usités dans rarcliiteclure du l)as-lùnj)ire : la <'oupole 
à hase octoj^one soutenue sur (piatre trompes d'angle suivant diverses 
comhinaiscms (lig. 201). 



XXII. Voûtes sur pendentifs. 
La dispositit>n sur pendentifs doit être considérée : 1" suivant 




202. — .Salle de Djcrach, d'après Choisy, L'art de construire chez les lhjznnlinx. pi. xv. 



le système de construction par lits ; 2" suivant le .système de con- 
struction par tranches. 

1" Dans le premier cas les pendentifs d'une voûte à base octogone 
sont des portions d'une sphère pénétrée par les huit faces verticales 



VOÛTES SU H PENDKNTIFS ')<) 

du pourtour. Les édifices du Haouràn nous laissent entrevoir quelque 
chose des tâtonnements par lesquels les constructeurs ont passé pour 
ménager la transition de la base octogonale du plan inférieur de la 
coupole circulaire à l'aide d'une pierre unique posée en pan coupé 
sur chacun des angles de la salle. Et le plus souvent, ils renoncent 
à jeter un dôme sur le vide restant et se contentent de le remplir 
par une série d'encorbellements. C'est un procédé ingénieux, mais 
ce n'est pas une solution. Il n'est applicable qu'à des espaces res- 
treints. D'après M. A. Choisy, c'est dans les ruines de Djerach 
qu'on aperçoit pour la première fois la voûte sphérique à pendentifs 
établie sur un plan carré. Tout un édifice est voûté suivant l'appa- 
reil décrit (fig. 202). 

Des dispositions analogues se reproduisent à Jérusalem dans les 
parties byzantines de Haram-ech-chérif et ce seraient là les deux 
plus anciens exemples de pendentifs appareillés puisque les voûtes 
de Haram-ech-chérif paraissent appartenir à l'époque de Justinien 
et que Djerach porte les marques, dans son style et sa structure, 
de la meilleure époque romaine, bien avant la décadence. 

La coupole sur pendentifs appareillés ne se rencontre guère au 
delà des provinces sj'riennes où elle s'explique par les conditions 
locales de construclion '. Ici, la pierre abonde et la construction 
appareillée se développe, mais ailleurs un autre type de construc- 
tion tend à prévaloir ; la coupole en menus matériaux posés sur un 
lit de moi - r, type essentiellement pratique dont le double mérite 
est de s'exécuter à la fois sans épure et sans cintre. 

L^ns le cas des pendentifs en menus matériaux on rencontre les 
pendentifs et la calotte faisant partie tantôt d'une même sphère, 
tantôt de deux surfaces sphériques distinctes. Dès l'époque romaine 
les voûtes sur pendentifs exécutées en briques se rencontrent en 
Asie-Mineure, notamment dans les vallées du Méandre et de 
rilermus. On peut citer des exemples à Sardes, à Philadelphie, à 
Magnésie du Méandre, dès l'époque romaine, bien que le type ne se 
généralise pas avant l'époque byzantine. 

2° Dans le système de construction par tranches, la calotte et les 
pendentifs sont dans un rapport bien différent. Jusqu'ici nous les 
avons vus ne point faire corps ensemble, maintenant ce sera tout 
le contraire : la calotte et les pendentifs qui la portent ne peuvent 
s'établir l'un sans l'autre, ils s'engendrent à la fois d'après le pro- 

1. Voir Dictionn. d'arch. chréL, t. i, col. 1778 sq., i.'iOS sq. 



(U) 



ciiM'iiiii: ritiMiiii 



fi'ilc (le c'onstruclion en usa^'^c \Hn\v K's voùlcs d'aivli' dont ils ne 
sont g'Ui're (ju'un cas parliculiiT : c'csl iiiu* voùto dari'lc dont la 
lU'ihe est égali' i» la (h-ini-diji^onalc ilu retlan^de (jui lui scil de 
hase. 

C/esl ici le lii'ii de montrer, d apri-s M. A. Cdioisy, 1 étroit rap- 
port que le mode de eonstruetion j)ar tranches cn-e dans larchi- 
tecture hy/anlinc entre trois voûtes en ap])arence profondément 
distinctes: la voûte d arête, la voûli' sj)héri(jiie et la voi\te en are 
de cloître. 

De la voûte sj)hérique à la voûte d'arête la transition s'opère ii 




Colhitéraiix de S>iiiiU'-So|iliic. d'ain'és (^lioisy, L';irt de luitir chez les Jlijzunlins, lig. 125. 



mesure (jue Tare diai^onal de la voûte d'arête se rapjirochant d une 
demi-circonférence les arêtes s'émoussent de plus en ])lus et les 
sections horizontales passent de la forme hrisée à la forme circu- 
laire ; la seule différence do l'une à l'autre réside dans la courhure 
de l'arc diag'onal : dans la voûte d'arête, l'arc diajji'onal est surhaissé, 
dans la voûte sphéricjue, l'arc diag'onal est en j)lein cintre. 

La voûte sphéi'i(pie est une voûte d'îtrête parvenue à son maxi- 
mum de flèche. Son emploi correspond au minimum de poussée, 
elle doit donc être cf)nsidérée comme la solution normale, celle 
qu'il faut choisir toutes les fois (|ue la hauteur disponihle le permet. 
Les Byzantins n'y mantjuent pas. L'une des plus frappantes véri- 
fications se trouve dans la distrihution même des deux sortes de 
voûtes entre les deux étages des collatéraux de Sainte-Sophie. 

A l'étafi^e inférieur (lij.,'. 20'i) la hauteur devait être ménagée; car 
tout relèvements II du sommet S serait traduit p;ir une suréleva- 



LKS TASSKMFNTS 



(il 



tion correspondante dans l'ensemble entier de l'édilice. Au con- 
traire, pour la voûte de l'étag-e supérieur, l'espace libre était indé- 
fini, on n'avait que le ciel pour limite. D'après cela le parti à 
prendre était tout indiqué : il fallait abaisser le plus possible le 
sommet des galeries inférieures en adoptant pour elles le type de 
la voûte d'arête ; et, pour les voûtes de l'étag-e supérieur, rien ne 
s'opposait à l'emploi de la coupole. Ainsi se répartissent en elfet les 
voûtes entre les deux étages: voûtes d'arête à l'étage inférieur; à 
l'étage supérieur, voûtes sphériques. Cette distinction n'est })as 
spéciale à Sainte-Sophie : les narthex hauts des églises de Salonique 
et de l'Athos sont voûtés en coupoles ; du reste la règle est ])ar 
elle-même trop indiquée pour qu'il paraisse utile de multiplier les 
exemples. 

On peut même, au seul aspect d'un plan byzantin, reconnaître si 
la voûte repose sur des pendentifs — en ce cas elle concentre sa 
poussée sur ses quatre angles — ou sur des trompes — elle partage 
^lors sa poussée entre huit points de son pourtour. 

XXIII. Les tassements. 

Pour obvier aux inconvénients qui résultent pour une maçonne- 
rie dé pressions très différentes s'exerçarit sur elles et dont l'effet le 





204. — Arc de décharge, d'après Choisy, L'art de 
bâtir chez les Byzantins, fig. 127. 



203. — Arc de dt'cliarge, 

d'après Choisy, L'art de hàlir clw: 

les Byzantins, lig. 128. 



plus ordinaire est d'amener des lézardes, on a coutume dédoubler 
la tête de la voûte A par un arc de décharge D que les Byzantins 
ont soin d'exécuter en matériaux plus épais que ceux de la voûte 
même (fîg. 204 et 205). Tandis que le corps entier de la voûte est en 



02 



ciim'Uki; I'Hi;mii:u 



bri(iut's, rarceaii do (K'-tluir^H' i-st pri'S(|ue l<»ut onlier en moellons. 
De la sorte l'arc enveloppant eonlient moins de mortier (pie la voûte 
intérieui-e, j)ar suite il l'st moins compressible et revoit 1;» surcharge 
au lieu de la transniellre. La plu[)art des voûtes de Salone ipii 
jouent ce rôle de décliar^^e sont ainsi ct)nd)int'es. 

M. Cdioisy ajoute (pie souvent nuMue les Byzantins peu confiants 
dans l\'nicacili'> des di-eliar^es renoncent à ména|^'er une li;iison 
(pielle (ju'elle soit entre le corps d'une voûte et Tare de tète ([ui le 
termine. Et dans ce cas, la séparation est si absolue que Tare de 
tête et le corps de la voûte ne sont prestpie jamais concentri(jues ; 




200. — Arcs non concentriques, 
d'a|)rès Choisy, L'urt de bâtir chez les Ihjzantins, fig. 131. 

la voûte est habituellement plus mince, et l'on profite de sa moindre 
éj)aisseur pour la surhausser davantage : de sorte que l'arc de tête, 
noyé dans la région des naissances, se dégage peu à peu à mesure 
qu'il s'élève. Au mausolée de Placidie, à Ravenne, les arcs qui ter- 
minent les nefs et portent la lanterne présentent d'assez curieux 
exemples de cette discordance (fîg. 206). 

XXIV. Les chaînages. 



Les trépidations fréquentes du sol en Orient, pour ne pas parler 
des secousses de tremblement de terre, impo.saient aux construc- 
teurs l'adoption de procédés destinés à contrebalancer ces chances 
de destruction. De là l'emploi du chaînage en pièces de charpente 
contre lequel les trépidations ne pouvaient rien. Les chaînages s'em- 
ployaient dans les voûtes et dans les murailles elles-mêmes, habi- 
tuellement noyés dans l'épaisseur des massifs. 

Pendant la durée de la construction, les chaînages formaient une 
sorte d'armature dans laquelle la maçonnerie encore fraîche avait le 



LES CONTKKFOHTS G3 

temps de se durcir et de se consolider sans se déformer. Mais les 
Byzantins étaient trop expérimentés et trop prévoyants pour subor- 
donner la stabilité de leurs voûtes à ces ^renforts artificiels dont la 
durée est essentiellement restreinte et dont l'entretien est impossible. 
Ils savaient que le bois dure peu comparativement à la pierre ; aussi 
n'employaient-ils le chaînage que comme une mesure de prudence 
et presque exclusivement dans deux cas: pendant la période des 
tassements et lors des secousses accidentelles du sol. 

Ce n'est guère qu'à l'époque de l'invasion ottomane que l'usage 
du fer devient général pour les chaînages. 

XXV. Les contreforts. 

La coupole portée sur un tambour circulaire ou polygonal 
enverra ses poussées sur ce tambour qui, s'il présente une épais- 
seur suffisante, les annulera, et le moyen d'accroître l'épaisseur du 
tambour, sans en exagérer la masse, sera de l'évider intérieure- 
ment, comme on a fait au Panthéon de Rome et à Saint-Jean de 
Salonique. 

Ce système d'évidements n'exclut pas les contreforts d'angles 
puisque ces deux modes de butée se rencontrent à la rotonde de 
Minerva medica à Rome et dans la base octogone du dôme de 
Saint-Serge à Constantinople, deux édifices dont les plans semblent 
calqués l'un sur l'autre. 

D^ns l'architecture occidentale du moyen âge, les contreforts 
sont extérieurs tandis que dans l'architecture romaine et byzantine 
ils sont intérieurs à l'édifice. Chaque système a ses inconvénients et 
ses avantages. Les Byzantins, fidèles aux traditions du Haut- 
Empire, adoptent le second système qui donne aux murs extérieurs, 
jusqu'à la naissance des voûtes, l'extrême simplicité des murs 
droits et nus. Saint- Vital de Ravenne est une des rares construc- 
tions byzantines où les murs soient flanqués de contreforts : c'est 
une véritable exception. 



CHAPITRE II 

L'ARCHITECTURE 



I. Les origines de l'archilecture chrétienne. — II. Le palais de Dioctétien à 
Salone. — III. L'Asie-Mineure berceau de l'art bijzantin. — IV. Rôle de 
l'Asie dans la formation de l'art byzantin. — V. Architecture de la Sijrie 
centrale. — VI. Architecture byzantine. — VII. Caractères essentiels et 
influence de l'architecture byzantine. — VIII. Comparaison des caractères du 
type architectural byzantin. [ — IX. Architecture romano-byzantine. — 
X. Influence de l'art asiatique sur l'art occidental. — XI. Architecture à 
Ravenne. — XII. Architecture longobarde. — XIII. Architecture des Goths. 
— XIV. Résumé. 



I. Les origines de f architecture chrétienne. 

Pendan' les trois premiers siècles de notre ère jusqu'à la Paix de 
rÉglise, il n'y eut pas, à proprement parler, d'architecture chré- 
tien Nous avons montré les fidèles en possession d'un grand 
nombre de lieux de réunion servant à la célébration du culte, 
mais, en ce qui concerne la construction et la décoration de ces 
édifices, nous ne possédons que des indices peu précis. Rien ne nous 
autorise à penser que les églises chrétiennes de cette période se 
distinguaient des constructions païennes contemporaines par des 
caractères originaux '. 

La Paix de l'Eglise, en 313, survenait à la suite d'une persécution 
si implacable et si prolongée, que, faute d'hommes et de res- 
sources, les bénéficiaires de cette Paix ne pouvaient songer à des 
constructions importantes. Habitués qu'ils étaient à l'installation 

1. Toutes les constructions exécutées à la hâte après 313 tombaient en ruines 
sous lessuccesseurs immédiats de Constantin : Sainte-Sophie, Sainte-Irène, les 
Saints-Apôtres, cf. Eusèbe, Vita Constanlini, 1. I\', c. lviii, P. G., t. xx, col. 
1209; Zosime, Hist., édit. Bonn, 1. II, c. xxxii. 

Archéologie chrétienne. Il — 5 



(>(i ( M vniiti: M 

<l;ins les luaisoiis j)ii\i'cs, les iliict icns rlioisiri'iil de pivl^'i-cnce 
pour s V cliiMir. Irs < l);isili(|U(s ci\iUs ". Di-s ([u ils riii't'iil vu 
nu'suit' Av cdustruiri'. ils hiiliiciil des l);isili(jiu's (jui (illV.iient, 
iMilfi' autii's avaiilam's. celui di'lrc le plus aisr, \v plus rapide i-t le 
plus l'fuuouuipu' il l'K'ViT di' tous les ('•diljccs j)ul)lics. l!l et; fut 
ainsi cpio K's aichilcck's chinditMis. un pou déhordôs |)ar l\'Xtùs de 
l)es()j,MU' (pu leur survenait soudain, furt-nl contraints de ne pas se 
niontri'r trop hrusipienient novateiu's, mais de compter avec la 
nécessité d'atlopter les dispositions ^^'-nérales. les fornu'S hahilucdles 
et les matériaux familiers aux constriutenrs et aux mâchons travail- 
lant sous leurs ordres. De la sorte ils sauvèrent 1 ai't anti(pie de la 
ruine et de Toubli, rajeunirent ses métluxles en les adaptant à des 
exiji^ences nouvelles et maintinrent les principes de construction 
consacrés par une expérience séculaire. 

La colossale entreprise de Constantin à By/.ance détermina ime 
perturbation j)rofonde dans les constructions et dans l'arcliitecture 
impériales. Le désir de jouir vite l'emporta sur celui de construire 
solidement et, par-dessus tout, le désii" tle travailler économicpie- 
ment dirig^ea les maîtres d'ceuvre. Le résultat fut de n'avoir rien fait 
de durable, aussi les édifices chrétiens élevés en si ^i-and nombre j)ar 
Constantin périrent en peu de temps et durent être remplacés. Un 
autre résultat fut cjue, pour apaiser l'impatience de l'empereur et 
satisfaire ses prescriptions d'économie, on dépouilla les monuments 
anciens atin de fournir rapidement et à moindres frais à la décora- 
tion des monuments nouveaux. Tant de hâte et de lésinerie eurent 
des effets déplorables. Les temples païens étaient généralement très 
exigus, tandis (jue les églises chrétiennes étaient très vastes. Une 
seule éj^lise réunissait donc les dépouilles disparates de plusieurs 
temples. (>olonnes, frises, architraves de dimensions et de stvle 
divers se trouvaient rapprochées et associées dans un ensemble; on 
se contentait de les ajuster tant bien (jue mal, parfois mtMne on n'y 
prenait pas garde '. 

Depuis Constantin jus(|u'à Justinien le type de la «basilique 
civile » prévalut en Occident et en Orient pour les édifices reli- 
gieux. La « basili(pie » (Hait un vaste local couvert dépendant d'une 
demeure privée, d'un forum ou d'un palais impérial. Les basiliques 



i. \oiv Diclioiin. trurrh. rhrrl., l. i, col. 3.'{2, G(>G scj. On im.n^nna de rétablir 
le niveau entre les colonnes de iiaiileurs inégales et de provenances diverses 
au moyen de dosserels. /</., t. i,col. 008. 



,ES ORIGINES DE L'ARCllITEr.TLHE CHRÉTIENNE 



G7 



servaient communément de tribunal et de l)ourse de commerce. 
Elles alï'ectaient de préférence la forme d'un rectangle allongé très 
souvent divisé dans le sens de la longueur par des colonnades ou 
des lignes d'arcades sur piliers soutenant les combles. A rextrémitc 
opposée à rentrée se trouvait un espace peu profond en forme d'en- 




207. — Coupe transversale de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, d'après Michel, 
Histoire de l'art, 1. 1, fig-, 57. 



foncement semi-circulaire, placé en face de la travée centrale, 
c'était Fabside ^ dans laquelle siégeaient le magistrat et ses asses- 
seurs que remplacèrent l'évêque et ses prêtres. Ils étaient rangés sur 
des bancs adossés le long des murs de l'abside - et devant 
eux se dressait l'autel. Entre l'abside et les nefs se voyait 
un espace, réservé jadis aux membres du barreau ^, devenu une 



1. Voir Dictionn. d'arch. chrct., t. i, col. 184. Un seul édifice complaît par- 
fois plusieurs absides, par exemple à Orléansville, Dictionn. d'arch. chrét., t. i, 
fig. 50. Uabside était aussi désignée par les noms de exèdre, hémicycle. 

2. Voir Dictionn. d'arch. chrét., t. i, col. 2660, fig. 864. 

3. Voir Dictionn. d'arch. chrét., t. i, col. 3243 sq. 



r>S (iiAi'iim: Il 

oiu'finlt' privili'-Lcift' ;i l usaLT»' <!»'>< cK'ics et des chantres, c-c'-lail le 
1' chu'ur '). Afin de lacilitcr les opérations de eciix <|iii ()c(U|)ait'iit. 
l'ahside, on leur donnait le moyen de dominer rassend)lée en rele- 
vant le S(d au-dessus de c«'lui du reste de la l)asili([ue '. Le plan 
par tene de e(dle-ii ('lail prescpie invariable, mais lélt'vation 
offrait des luodilications plus impoi-tanfes (jue le nond)i'e vaiiahle des 
mds, trois, eintj ou sept -' et la multiplicité des ahsides. La nvf 
ci-ntrale était souvent llancpiée de collatéraux coupt'S dans leur 
hauteur de manière ;i former tribunes • i liii^. '201 >. 

Le tvpe basilical, couvei't d un toil en charj)ente, a été j^énéral 
pendant deux siècdes, du iv'' au vi'" siècle. (À* n'est pas (pi'on man- 
quât d"exemples pour s'en atrranchir puistjue, à Home, la basilicjue 
Julia et ci'Ue de Constantin donnaient le modèle de la basilicjue 
voûtée, mais soit incaj)acité, soit pénurie, les aixhitecfes chrétiens 
ne paraissent pas avoir song'é à imiter ces derniers édifices ni à s'en 
inspirer. Ce n'est g^uère avant le xii'" siècle' ([u'ils réussirent défi- 
nitivement, après bien des recherches, à appli(juer la voûte au 
plan basilical '•. De très bonne heure une modification importante 
fut introduite dans la construction des basiliques : on substitua aux 
architraves des arcs en maçonnerie venant s'amortir sur les ciiapi- 
teaux des colonnes. .Vu premier abord on est porté à penser ([ue 
cette disposition fut la consétjuence dune nécessité matérielle. La 
prodij^alité avec la([uelle on usait des matériaux antiques laissait 
entrevoir le jour où cette ressource serait épuisée; pour remédier à 
cette difficulté on aurait imaj^iné l'arc de portée permettant de se 
passer (h'sormais des architraves. Cette explication n'a pas une 
valeur absolue puis(jue, dès le temps de Dioclétien, on rencontre 
en Italie lusaj^e de l'arcade sur colonnes. Quoi qu'il en soit des 

1. Do très bonne lieuro, cette circonstance supg^éra ridée de disposer une 
crypte sous l'abside, voir Diclionn. d'arcli. chréL, t. i, col. 184. S. Gsell, Les 
monuments nnl. de l'Alr/érie, in-8°, Paris, 1001, t. i, p. 177, ûff. IIK. Le sarco- 
pha^'O (r.Vdelphia, voir Diclionn. d'arch. c/trél., t. i, col. 52t, fut découvert 
sous une abside,;'» Syracuse. 

2. \ oir Diclionn. d'arcli. clirél., t. i, col. 0G8. 

3. Voir Diclionn. d'arch. clin-l., t. i, col. G8"i, dis|)osition des tribiuies à 
Tig/.irt. Uf,'. 132. 

4. CEn\av[, L'archilccliire chn-lienne en Occident, dans .\. Michel, Histoire 
de l'art, in-8", Paris, l*JO."i, t. i. p. 0'.'. Il ne faudrait pas attribuer la forme rig-ide 
de la basilifpie à tout édifice dési<,nié sous ce nom, princii)alenient à ])artir du 
v* siècle. Nous avons démontré ce point, Diilionn. d'arch. chrcl., t. i, 
col. 8!)i sq. 



LE PALAIS D1-: DIOCLÉTIEN A SALONH ()D 

motifs qui ont amené cette innovation, on ne pevit méconnaître son 
importance capitale dans l'histoire de rarchilecture moderne (jut'lic 
caractérise, comme l'entablement caractérisait rarchitecture 
^mtique. 

//. Le palais de Dioctétien, à Salone. 

Malgré cette innovation qui décèle, seml>le-t-il, une véritable 
originalité, on peut assurer que 1" architecture chrétienne, née au 
début du iv" siècle, s'est élaborée au sein d'une décadence caracté- 
risée dont elle n'a pas tardé à être atteinte. Tandis qu'elle subis- 
sait l'action dissolvante du milieu dans lequel elle se développait, 
cette architecture recevait l'influence réparatrice de l'art oriental 
qui apparaît en Italie dès la fin du m" siècle. Aucun édifice n'est 
plus révélateur de ce nouveau style architectural que le palais 
construit par Dioclétien à Salone. L'ostentation de force et de 
richesse qui s'y montre partout ne doit pas détourner 1 attention de 
ce qui constitue l'importance capitale de cette immense construc- 
tion, c'est-à-dire les combinaisons de formes sans précédentes dans 
les monuments antiques '. C'est dans ce monument, le plus com- 
plet encore existant de la décadence romaine et du style nouveau, 
que pour la première fois, en Occident, on note l'emploi systéma- 
tique de l'arcade sur colonne, sans l'intermédiaire d'une imposte ; 
procédé importé de Syrie en lUyrie par des architectes asiatiques 
et das maçons grecs ~. Malgré l'immensité de ressources que 
l'entreprise d'une telle construction révèle, on constate déjà l'emploi 
des procédés hâtifs qui dénotent un souci plus constant de l'effet 
d'ensemble que de l'achèvement des parties ; et c'est là un indice 
de décadence. Mais l'intérêt véritable du palais de Salone se 
trouve dans la place unique qu'il tient dans rarchitecture au point 
de vue de la technique et de la forme; comblant une lacune que, 
sans lui, nous serions impuissants à remplir et fournissant une 
solution que nous serions incapables de justifier K Placé à la 

"l . L. de Beylié, Lliabilation byzantine, Recherches sur l'architecture civile 
•des Byzantins et son influence en Europe, in-4'', Paris, 1902, p. 20, avec dix 
plans en coupe d'après l'ouvrage de Cassas et huit vues photographiques. 

2. Ibid., p. 21. 

3. Hauser, Spalato und die rômischen Monumente Dalmatiens, in-8". Wien, 
1883, p. 22. 



7 (11 Ai'iiiii; 11 

limite cK' tli'ux iiumdes. dv 1 anli(|uitf roinaino liiiissaiilo ri dvi 
niovcn i\'j;v vUvviwn ci hv/antiii, il lorim' fiilrc les deux une natu- 
relle liausitioii. il dt'inoiilie et expluiue l\''V(»lutit)n <[ui a aelieiniiu' 
rareliiteelure romaine vers di-s j)rineii)e.s nouveaux. Sans lui 
(lUehjue chose nous éthapjx'iait du lien inliiue ([ui unit 1 art 
romain ilu ui" siècle aux premiers i-ssais de 1 arclutectin-e cliré- 
ticmu' : et c est ci' ([ui lait linlérèt et la nouveauté du palais de 
Salone '. 

DiocK'tien avait passé la j)lus loni^^ue et la [)lus i^Iorieuse [)artie 
de sa vie en Orient. Il en aimait le faste éclatant et la forci' un peu 
théâtrale, (fiand bâtisseur, il distin^'uait mal la «grandeur de lénor- 
milé et préférait celle-ci, dont 1 Orient lui avait fourni tant de 
modèles divers. Ce fut donc à l'Orient (\u il demanda des modèles 
et des matériaux, des ma(,ons et des architectes - ; partout les 
formes architecturales et les éléments décoratifs attestent cette ori- 
g^ine. L abandon des architraves horizontales couronnant les colon- 
nades enlevait à l'édilice ([uehjue chose de sa ri;;;ide a{)[)arence par 
la suppression d'une li^i^ne droite et la substitution d une li<^ne plus 
ou moins sinueuse. L'arcade n'avait joué dans lait romain (jue le 
rôle d une simple ordonnance décorative, réduite h n'être (ju'im évi- 
dement entre la ligne droite des piliers et l'entablement ; désormais, 
les arcs appuyant directement leur naissance sur les chapiteaux 
annonçaient les longues perspectives des basili(jues chrétiennes K 

L'architrave n'est pas seulement su]){)riniée. vUe est profondé- 
ment modifiée, elle s'infléchit, se courbe en arcade au-dessus de 
lentre-colonnement et devient archivolte '. La « Porte Doré » est, 
à ce |)oint de vue, une des parties les plus révélatrices de la fermen- 
tation d'un art nouveau. Tout y est également digne d'attention 
depuis le grand arc de décharge ouvert par-dessus le linteau de 
l'entrée, jusqu'aux niches demi-circulaires creusées dans l'épaisseur 
des j)arois et jus(ju à la rangée d'arcatures appliijuées contre la par- 
tie supérieure de la muraille ets'appuyant sur de minces colonnettes 
posées sur de petites consoles sculptées dont 1 ordonnance est 

1. Cil. Oiohl, En M''-<Ulcrrnnrc, Promenades d' histoire et d'art, iii-12, l'.iris, 
1901, p. 25-20. 

2. Toutes les manjuos (h; tàcliorons relevées sur les pierres îles éilificos 
sont inscrites en lettres f^recques. 

3. Ch. Diohl, op. cit., p. 21». 

4. L. de Heylié, op. cit., ])lanches en regard de la page 22 : porti([ue précé- 
dant les appartements impériaux ; porlinue s'ouvrant vers le mur. 



lf: palais dk dfoclétikn a saloni-: 71 

absolument semblable à celle du palais de Théodoi-ic àHavenae, au 
\V' siècle •. Enfin, le palais de Salone avait ses coupoles, déjà 
byzantines, couronnant le vestibule du palais et la rotonde du 
dôme. Cette dernière est construite par trompillons étatii'és. suivant 
un procédé tout nouveau alors et que nous avons sij.,^nalé à Saint- 
Dimitri de Sa Ionique ~ (fig. 198]. 

La décoration confirme ce que la construction nous a i-évélé. La 
prodig'alité et l'inutilité évidente des colonnades, des entablements, 
des membres saillants et ornés qui se pressent et s'entassent à linté- 
riéur du Dôme, à la porte de la cbapelle impériale ou du vestibule 
circulaire, n'offrent rien de spécial aux monuments de Salone. Ce 
luxe pesant, cette lourde magnificence font un contraste fâcheux avec 
la médiocrité de l'exécution, la banalité des motifs. C'est la part de 
la décadence. Mais la promesse et l'essai d'un art nouveau se 
montrent partout, sur les frises, à la voûte. « Les broderies de den- 
telles découpées sur la surface de la pierre ont déjà un caractère 
profondément byzantin ; 'parmi les palmettes et les oves de l'enta- 
blement du dôme courent des entrelacs du plus pur style 
byzantin ; dans les caissons de la curieuse voûte qui couvre le bap- 
tistère, à la base des petites consoles qui décorent la « Porte 
Dorée » ou l'entrée de la chapelle impériale, des figures humaines 
apparaissent mystérieuses et bizarres, et sur la frise extérieure du 
baptistère, des vases accostés de lions ou de g-rifFons achèvent de 
donner à cette décoration un caractère tout oriental '.» C'est en effet 
de l'Orient que viennent tous les éléments nouveaux qui donnent au 
pair de Salone son importance unique dans l'histoire de l'art. On 
y relève des formes étrangères à l'art classique occidental dont la 
plupart se retrouvent habituellement en Syrie, dans le Ilaouràn. Un 
exemple caractéristique est celui du fronton sur colonnes, percé 
d'une arcade en son milieu dont il subsiste encore un exemple à 
Damas, et qui, d'après les médailles frappées dans ces contrées, 
aurait été, depuis le règne d'Iladrien, le type le plus ordinaire 
des entrées de temples ou de portiques '*. 

1. Xo'iv Die tionn. crai-ch. chrét., t. i, col. 2833, fig. 9îji. 

2. A. Choisy, L'art de bâlir chez les Byzantins, in-fol., Paris, 1883, pi. xiv, 
n. 3. 

3. Ch. Dichl, op. cit., p. 28. 

4. Une médaille ^d'Hadrien 117-138) donne cette disposition au temple de 
Jupiter Capitolin érig-é sur remplacement du temple de Jérusalem. De Vogué, 
Le temple de Jérusalem, in-i", Paris, 18G4, p. 62 ; dans son Architecture de la 



t'J. CllAIMIIti: Il 

Hii'ii lu- s opjxisf il et' (|u (»ii lasse ri'nu)nti'r corlaiiU'S construc- 
tions (le la Svrit' centrale jiiscju'au temps diladrien, et c\'st là (|ue 
nous rencontrons, « dès la lin du iii'" siècle, les combinaisons de 
formes architecturales, l'arc |)osanl directement sur la colonne, les 
procétlés de construction des couj)oles. les {^^rands arcs de décharji^e 
soulaj^eant les linteaux, les niches extérieiu'es décorant les murailles; 
c'est en Palestiiu'ct en Syrie (|iu' nous voyons, vers le même temps, 
l'architrave s'inllèchissant en archivolte au tympan des frontons. 
I''t si nous M»idons savoir enlin dOù viennent ces combinaisons 
décor;itives, c'est encore dans les monuments romains d'Asie, à 
Laodicée, à Haalbek, à Palmyre, à Pétra, (jue nous trouverons ces 
ciselures de pierres, cet art luxueux ot chary-é dont les motifs 
connue les [)rocédés ont persisté jusqu à l'épocpie by/.antine. 

« Un dernier élément décoratif, celui-là plus remarquable (jue 
tous les autres, se rencontre enlin à Salone. Va\ ISÎ)!), en réparant 
la coupole du vestibvde circulaire, on a découvert sur la voûte les 
restes d'une décoration en mosanjuc. (Juel en était le sujet ou la 
disposition, on ne saurait le dire d après les rares fra','-ments demeu- 
rés en phice : mais, si peu nombreux qu ils soient, ces cubes de 
verre routes et bleus, verts et blancs, n'en ont pas moins une 
importance capitale ; car c est ici le plus ancien exemple connu de 
cette décoration en mosaïque appliquée à la voûte des coupoles 
(jui devait dans 1 art chrétien et byzantin faire une si merveilleuse 
fortune. Tout porte à croire (jue la coupole du mausolée était, elle 
aussi, tapissée de mosaïques, et par ce procédé caractéristique, 
dont la découverte à Salone nous est si précieuse, le palais de Dio- 
clétien achève d'être le prélude de l'architecture byzantine '. » 



Syrie renfrnle, in-4°, Paris, 1875, p. 71 ot 7j, le même auteur écrit : >< (^etle 
forme était devenue en Syrie le type de toutes les façades. Les monnaies des 
empereurs romains frappées dans les villes de Palestine, de Pliénicie, de Syrie 
et qui représentent les temples des divinités locales, fournissent de très nom- 
breux exemples de cette combinaison architecturale, mais les monuments eux- 
mêmes ont f,^énéralement disparu. » A l'arc de Damas on peut ajouter (|uel({ues 
exemples : le porche du prétoire de Mousmieh, les niches (pii ornent la façade 
de la basilique (le Chac|(|à, leporche de la basili(jue de Quennouat. I)a|)rês 
M. F. de Dartein, lidée d'ouvrir une arcade dans un fronton pourrait |)rove- 
nir de l'établissement d'une voiîte en berceau sur Favenue centrale du por- 
tique, disposition qu'on observe déjà au Panthéon de Rome. Après avoir Tenu 
d'abord la voûte cachée derrière le fronton on se serait avisé plus lard de la 
faire paraître au dehors en perçant celui-ci. 
1. Ch. Diehl, op. cil., p. 29. 



l'asie-minklri-; Rr:RCi;Ar dk l'aiît iîvzamin 73 

Ce n'est pas seulement par sa construction et sa décoration cjue 
le palais de Dioctétien se rattache à l'architecture orientale, c'est 
par le plan même que nous retrouverons en Orient. Il serait dilïi- 
cile d'exagérer l'importance du palais de Salone qui marque le trait 
d'union entre 1 art chrétien de l'Orient et celui de l'Occident, modèle 
long-temps consulté par les architectes ravennates qui y cher- 
chaient les secrets de l'architecture asiatique •. Ce ne fut toutefois 
qu'après le déplacement de la capitale de l'empire de Rome à Cons- 
tantinople que l'architecture de l'Orient fit de réels progrès et pré- 
para la fusion d'oià sortit le style romano-byzantin dont les timides 
•débuts remontent au règRe de Dioctétien pour s'affirmer aux envi- 
rons de l'année 330 et acquérir la complète autonomie vers le temps 
■de la chute de l'empire romain. Pendant cette période, l'influence 
orientale paraît s'exercer dans le sens de l'altération des formes 
consacrées, du perfectionnement de la construction des voûtes et 
■de la transformation du caractère de la décoration monumentale. 

Nous allons nous rendre maintenant sur les lieux mêmes où s'est 
opérée cette fusion des influences d'où est sorti le style architectural 
et ornemental appelé byzantin. 

///. L Asie-Mineure berceau de l'art byzantin. 

Placée à l'extrémité occidentale du monde asiatique et à un de 
ses points de contact avec le monde européen, l' Asie-Mineure 
paraît avoir servi de passage, dès les plus anciens âges, à quehjues- 
unes des nombreuses migrations qui se sont dirigées de l'Asie vers 
l'Europe. De ces migrations, plusieurs ont laissé des traces encore 
reconnaissables de leur passage, et nous tenterons bientôt de les 
relever : plusieurs aussi se sont arrêtées en Asie-Mineure et s'y sont 
fixées. Mais toutes ces migrations, à beaucoup près, n'y ont pas con- 
servé la pureté de leur race. Les refoulements des invasions, les 
■changements de domination politique, les mélanges et les agglo- 
mérations, ont concouru tour à tour, et parfois simultanément, à 
altérer, à elTacer plus ou moins non seulement les traits primitifs 
et caractéristiques des peuples émigrants, mais encore des arts 
qu'ils avaient apportés avec eux et implantés dans leur nouvelle 
patrie. 

1. A Ravenne en particulier, le palais et le tombeau de Tliéodoric s'en 
inspirent étroitement, voir Dictionn. d'arch. chréL, t. i, fig. O'ii, 9")2. 



/ i- I iiM'iiiii: Il 

\\n et' (jui coiuffu»' 1 ;iirliitc(.luri' l>v/;intiiu' on sCsl liahilur à la 
faire dater du W siéele de noire ère ; (Ui lui a donne .luslinien jxtur 
jifonioteur. Anllu'niius i-l Isidore pour inNcnteurs et Sainte-Soj)liie 
de ( !onslantino|)le pour ctuij) d essai : ee n est pas seulenu'ul au 
V' ni niènie au i\' sieele (pie nous j)laeons le <lel)ul de 1 art l>y/.anlin, 
mais l)ion auparavant. a\ant (^)nstanlin et avant Dioclélien. (Vvsl 
au delà de 1 éjxxpie romaine l't juscpie dans les plus antiennes civi- 
lisations de 1 Orient (pie nous allons saisir les rudiments de la 
const rue lion hy/antine telle (pic nous la vei'r(Uisse constituer en Asie- 
Mineure. 

Les Assvriens connaissaient la coujioK' ainsi (ju On peut sCn con- 
vaincre p;ir un has-ndief de Ivouioundjik représentant les deux 
variétés principales du tvpe ; la coupole surhaussée et la coupole 
sphéri(pu''_'. Les Perses employaient couramment la construction 
par tranches dont on retrouve les traces dans les palais de Servis- 
tan et de Tirou/.-.Vhad contemporains de l'art de Persej)olis. indé- 
pendants de lui et témoins de la tradition et des méthodes d'une 
très ancienne architecture nationale '-. Ce système de construction 
par tranches a été éi^'-alement prati([ué en Assyrie», |)Our l'aejiieduc 
du palais de Sar^on à Khorsabad ' et en ]']<,'ypte, dès laXLX'" dynas- 
tie. Les voûtes du Ramesseum '* sont, en elfet, des berceaux bâtis 
h l'aide de bricjues disposées par tranches ;t partir du niveau où les 
lits rayonnants existeraient un cintre : les tranches, plus inclinées 
à leur pied (ju'à leur sommet présentent un empâtement ijui faci- 
lite beaucoup le travail : jamais les Byzantins ii'ap[)li(juèrent ce 
procédé de constructiond une fa(,'on j)lus raisonnée. ])lus méthodique. 

.\.insi,(juand les Byzantins l'adoptèrent et en firent la caractéristi([ue 
de leur art, la construction sans cintre comptait plus de dix-huit 
siècles de durée. La Perse, l'Assyrie et l'Kj^ypte la pratiquaient et 
c'est vraisemblablement à la Perse ([u Cn doit reiiuniter l'ori^-ine. 
Les plaines de l'I^^lam mettaient à la disposition de leurs habitants 

1. I.av.ird, The tnoniinir/il^ of Xineveh, 2'" série, in-f<>l., I.oinlon, i<Si-'.t, 

2. .\. fllioisy, L'nrtih" hîtir rhfz è's Bi/zanlins, iii-'f'^, i\iris, lss;5, j). i'.')'t. 

3. Place, Xiiiivp cl l'Assi/rir, iii-fo!., I^uis, l. i, p. "271. 

i. Lepsius, Di'nkiiiulcr .jiys .ley/zp/rAJ, in-fol,, Berlin, iS't'.t, f' |jarl., pi. SS- 
89. On roinarquera en outre (|ue les plus anciennes voûtes sans cintra^'^e pré- 
sentent (les profils surlriussés extr(*'nienienl favoiahles à 1 "adhérence des 
briques : les profils é;^yptiens et j)ersans se rap])rochent beaucoup, suivant 
M. Clioisy, loc. cit., do la courbui'o [parabolique, et le j)roni de l"a([ue(hic de 
Kliorsabad est une otrive. 



L ASI(>MIM;rHK ItKHCEAi: DE l. Ain lîVZAMIN /,) 

des arg^iles excellentes qui, même sans cuisson, rt'sislent à la pous- 
sée : mais point de bois, rien de ce cjui est indispensahle ou sulli- 
sant pour fournir les matériaux dun cintre. Ces arg'iles, il fallait 
donc les maçonner directement dans 1 espace sans charpentes auxi- 
liaires, c'est ce qui fut tenté et réalisé. 

L'Asie-Mineure, avec ses plateaux dénudés, éprouvait les mêmes 
besoins, mais n'avait pas les mêmes ressources. Faute de posséder 
Farg-ile elle dut se borner à imiter timidement les méthodes d(.' cons- 
tructions voûtées de la Perse et de l'Egypte jusqu'au jour où elle 
connut l'usage de la brique durcie au feu. Ce jour nest pas anté- 
rieur à l'époque romaine et son application en grand aux construc- 
tions monumentales n'est pas antérieure aux dernières années de la 
République romaine. 

L'emploi de la brique cuite permit d'ériger en système les arti- 
fices de la construction sans cintrage et de rivaliser en Asie-Mineure 
avec les exemples réalisés en Perse au moyen de la brique de terre 
séchée. Grâce à la largeur d idées des architectes asiatiques, 
la brique cuite fut adaptée sur-le-champ aux vieilles méthodes de 
constructions par tranches que les Perses, les Egyptiens et les 
Assyriens leur avaient appris et que, faute de moyens, ils n'avaient pu, 
eux, exécuter ou du moins élever jusqu'aux applications monu- 
mentales. 

Reste à déterminer la région de l'Asie-Mineure où s'accomplit le 
travail qui donna naissance à l'art byzantin. 

L'art byzantin représente des éléments asiatiques combinés avec 
dei éléments romains sous l'influence grecque. Nulle part ce con- 
tact n'a pu se produire avec plus de fécondité qu'aux lieux où 
l'hellénisme, l'Asie et Rome, se rencontraient avec une originalité et 
une vigueur encore sufTisantes pour ne pas s'épuiser, s'altérer ou 
se dénaturer complètement dans une compénétration réciproque. 
Or, la ligne de communication entre l'Asie et l'Europe traversait 
des régions pénétrées de l'esprit hellénistique situées à la limite 
même où s'échangeaient les idées et les produits de l'Europe et de 
l'Asie, c'est-à-dire vers la côte d'Ionie. « Les caravanes y affluaient 
des plaines de l'Euphrate en descendant les larges et belles vallées 
de l'Hermus et du Méandre. D'un autre côté, le commerce de la 
Méditerranée y venait tout entier aboutir : la voie directe de Rome 
vers l'Asie, dans un temps de navigation à courtes étapes, consis- 
tait à franchir l'Adriatique vers la hauteur de Corfou, transborder à 
Corinthe et suivre la chaîne des îles de l'Archipel. Ephèse, située à 



1{\ 



(iiM'iriti; Il 



la jdiK'lion (le ces deux j^Maiuls couranls. forniail lo conlliu'iit des idées 

et des richessi'S des deux mondes '. » 

La vraie fonetion liisl()ri{|ue des peuples do rAsie-Miiieiire a été de 

servir d'intermédiaires entre 
lAssyriect la Grèce -' (jui lui 
empruntait sa décoration ar- 
( liilectiirale et les dessins 
(lèses étoiles ; car (( les tvpes 
arlisti(jues paraissent avt)ir 
été portés en Grèce bien 
moins ])ar les Phéniciens (jue 
par les peuples de TAsie- 
Mineure maîtres de routes 
commerciales (pii passaient 
par Comane et Tarse j>our 
atteindre Ninivc et Babj- 
lone » •^. 

La démonstration a été 
faite, en ce qui concerne lar- 
chitecture et rornementa- 
tion, sur des bas-reliefs de 
la Ptérie et divers autres 
monuments et il nest pas 
douteux que les architectes 
<^recs aient cherché des exem- 




208. — Plan dr 1 église de la Saiiite-Trinilé à Ki)lièsc, 
d'après Clioisy, L'art de Lâtir chez les liyzanlins, 
fig. 174. 



pies chez les constructeurs 
en Lydie et en Phrygie. Cette 
voie de l'Asie-Mineure n'est sans doute pas la seule cju'aient suivie, 
à travers les terres et les mers, les semences qui sont venues germer 
sur le sol de la Grèce et y produire des fruits merveilleux, mais 
c'est la principale: c'est, pour ainsi dire, la route royale qui met 
Babylone et Ninive en communication directe avec Smyrne, Milet, 
Ephèse et Athènes. 

A Ephèse, nous apercevons en elfet les plus anciens témoi- 
gnantes de cette fusion entre les procédés de Borne et de l'Asie : les 

1. A. Choisy, ojt.cil., p. IIJ.S. 

2. G. Pcvrol, M('nioiresd\irchéolofjic, d'i''j)if/r!i])liic cl d'Iiistoirc, in-H", Paris, 
187;;, p. 67. 

3. Ed. Gerhard, Lclicr die Kunsf dcr Phônizier, clans Gesaninielle akade- 
niische Abhandlunfjen und hlcinc Schriftcn, l. ii, p. 1-21. 



L ASIE-MINEURE RERCEAU DE L ART liYZANTIN 



77 



premières basiliques chrétiennes d'Ephèse sont encore romaines 
quant aux dispositions d'ensemble et déjà byzantines par la struc- 
ture. L'ég-lise de la Trinité offre un monument précieux de cett 
transition (fîg. 208). Le tracé et les combinaisons d'équilibre 
rappellent, sans erreur possible, les édifices de la famille de la basi- 




209. — Détails du plan précédent, d'après Choisy, L'arl de bâtir chez les Byzantins, 

pi. IV, fig. 2. 

lique de Constantin ou les grandes salles des thermes de Rome. 
Si on passe à l'étude en détail des procédés (fig. 209) on distingue 
déjà des tendances très étrangères à l'art occidental : la construc- 
tion est exécutée par tranches et sans cintrage ; la méthode byzan- 
tine se superpose aux types de l'architecture classique en attendant 
qu'elle s'en empare et les force à se transformer. 

Encore à Ephèse, l'église dite des Sept-Dormants intéresse au 
même titre l'histoire des origines de l'art byzantin : c'est une voûte 



7 s 



(iiM'Uiti: Il 



jett'i" sur un r.iviii (|ui sri\ il de si''j)ullui i- ;i des in;ii-|\ rs locaux. I/as- 
pt'it (le li-dilirc csl lomaiii ; !'• uiui-pi^noii (|ui le tcrmint' a la 
j)li\ sioudUiif aiili(|ui' la mieux aicciiluc»' ; 1 l'iiduil de stuc est nriu' 
dt' pidlils (|ui pdiU'ul rux-inruit's Kur dalc t-l scuiMcnl sorlir des 
luèines mains (jiii ont drc(Mc'' toile catac'{)mln' romaint'. ( )r, ce 




210. — lij^'lisf ck'S Sci)t-D()rmaiils ;i l!i)li('so. d'iiprrs (Jioisy, L'nrt de luitir chez lot 
Byzunlins, \)\. m. 



monument, romain de date, est entièrement Ijyzantin de struc- 
ture : berceaux, pénétrations, tout est exécuté par tranches et sans 
cintrag-e (fij;. 210j. 

A Magnésie du Méandre, une voûte enclavée sous les murs 
romains de l'enceinte est une véritable calotte sphéri(jue aplatie 
construite par tranches à la manière byzantine. Elle nous fait voir 
l'art byzantin longtemps avant la date où l'on a coutume d'en pla- 
cer l'origine. 

A Ala-Shehr 'ancienne Philadelphie) et à Sardes constatations 
identiques de la fusion tendant à s'opérer entre les architectures de 
Rome et de l'Asie. Saint-Georges de Sardes fournit une nouvelle 
preuve de cette tendance à concilier les plans romains avec les pro- 
cédés orientaux. Si on rapproche le plan et l'agencement des voûtes 



L ASIE-MINEIIU^ liEUCKAU DK L AllT lîVZANTlN 



79 



(le cet édifice de celui de l'ég-lise Saint-Jean également à Sardes et 
qui paraît de la même époque, on constate (jue, à Saint-Jean, le 
plan, la structure, tout est romain, tandis (]u'à Saint-Georg-es la 
structure entière des voûtes est déjà byzantine (li^. 211-212). 

Il serait excessif de localiser à Éphèse et sur la côte d'Ionie le mou- 





îll. — Plan de l'église Saint-Georg'es de 
Sardes, d'après Choisy, L'art de bâtir 
chez les Byzantins, fig. 177. 



212. — Plan de l'i'glise Saint-Jean de Sardes, 
d'après Choisy, L'art de hdt'ir chez les 
Byzantins, fig. 178. 



vement dont nous venons de constater la tendance. L'art byzantin 
a admis une part d'influence syrienne dans sa formation ; toute- 
fois il importe de remarquer que cette influence s'est exercée princi- 
palement et presque exclusivement sur le côté décoratif de l'art. 
La sculpture gréco-syrienne, en honneur parmi les écoles d'archi- 
tecture du haut Oronte, a sérieusement influencé la décoration sculp- 
tée adoptée dans les écoles locales byzantines ; mais dès qu'il 
s'agit de la construction même des édifices et notamment du sys- 
tème des voûtes, on ne voit ni quelle part l'art de Syrie peut revendi- 
quer, ni même quelle action il eût été capable d'exercer. Lart 
byzantin a pour point de départ la voûte sans cintrage et celle-ci 
suppose essentiellement l'emploi de la brique ; or la brique est 
demeurée presque étrangère aux constructeurs syriens. 



SI) (iiMMiiti: Il 

« Vax souiiin', hors di- hi icj^'-ioii oi i idriihilc de rAsic-Minoure, on 
n"aj)t'!\(>it iiuUr j);iil ;iv.i!it K' has-t'inpirc 1 rs])!il di' la construction 
voûte»' sans cintra^' ni cet cnchaincincnl l()|^i([nt' (K' jjroj^-ics dont 
l'art l>v/anlin lut la nianilVstation d» rnicrc : |)artout ailK-ms on le 
trouve i(»nstituc de touli's j)icccs conmuî un art inijtortc ; là scn- 
liMucnl on 11' saisit dans son i^^i rnic et son essor. (Ttst de là (ju il 
ra\ onne sur le reste de reinjMie ^'•rec ; si bien (ju an jour où .lusli- 
ni<'n coni^'oit Sainte-Sophie. 1 lonie Ini fournit les seuls architectes 
capables de nu'ner ;i bien nn si vaste dessi-in : I ralles lui donne 
Anthéinius, et Milel, Isidore: rencontre sinp^ulièri'. (jui re{)orte la 
plus belle apjjlication de 1 art byzantin au pays même où il avait 
pris naissance '. > 

IV. Rôle de l'Asie-Mineure dans la formation de l'art byzantin. 

Tout ce (jue nous avons vu jusquà ce moment tend à faire croire 
qu'on s'est singulièrement exagéré le rôle de l'art augustal romain 
quand on l'a représenté conquérant l'Orient, s'y implantant, y rem- 
plaçant la vieille culture hellénistique et }' devenant la base de l'art 
byzantin. Ce que Rome — et cela un peu avant la renaissance artis- 
ti(jue du siècle d'Au<i^uste — a donné à l'Asie-Mineure, c'est la bricjue 
cuite. Nous avons montré avec (juelle indépendance du goût romain 
et des méthodes romaines les constructeurs d'Asie s'en servirent. 
Ce n'est donc pas à Rome qu'il faut aller chercher les origines de 
l'art byzantin. Dès les trois premiers siècles de notre ère, toute la 
fermentation artistique se concentre sur trois points, dans les trois 
grandes villes orientales du monde hellénistique : Alexandrie, 
Antioche et Kphèse -. 

1. A. Clioisy, op. cit., p. 102. 

2. E. Dicz, Die Miniuturcn des Wioner J)ioshuri(!cs,'in-i°^'\\\cn, lOO:?, fasc. 3, 
des liyzanlinische Den/im/iler, p. 1-69, s'elToice de (lénionlror (|uo IWnalolie 
est le [jays d'origine de l'art Ityzantin. I/iiifliience s'en est fait sentir jiis([u"à 
Constantinople et k l'iiellénisme déjà orientalisé par le ciiristianisnie, inondé 
par une nouvelle va^^ue venue d'Orient, devint le byzanlinisme ». M. Ainalov, 
FonJrincnIs /tellrniali'jiica de l'art />//:<•<«//«, Sainl-Péler.'-hour','-, l'.KHI, rattache 
l'art byzantin à la tradition hellénistique encore vivace sous lécorce l'oniaine. 
Vioilel-le-Duc, L'art russe. m-H°, l^aris, 1877, p. 4 : « I/art byzantin est hii- 
mème un composé d'éléments très divers, et son originalité, autant (pi il en 
possède, est due à l'harmonie établie entre ces éléments, les uns empnwités à 
l'Extrême-Orient, d'autres à la Perse, beaucoup à l'art de l'Asie-Mineure et 
même à Home. » A. Choisy. Histoire de l'art liifectitre^ t. ii, p. 81 sq., place en 
Perse le bei'ceau de l'architecture byzantine. On ne peut omettre de ra|)peler 
au moins le nom de I^ouis Courajod à propos de cetti' ipiestiou. 



liÔLK iji; '/asik-mimiikI': dans la fokmaiio.n ui: l*aiîI" i;vzami.\ S! 

Le rôle de ces cités dans la roriiiation de Tart clirélicMi n'a com- 
mencé à attirer l'attention (jue de[)uis peu d'années. L()n^•tem|)s les 
explorateurs ont complètement nég-lii^i-é, ou bien ils ont si^-nalé avec 
une indill'érence absolue, les édiiices d Asie-Mineure poslérieius ii 
l'époque classicjue. Le premier — et le seul pendant long-tem})s — 
Charles Texier leur a consacré une attention très éveillée et un livie 
important, vers 18i)t. Beaucoup plus tard, en lS9o, seulenieni, un 
savant russe Smirnot" a parcouru tout le centre du haut plateau ana- 
tolien relevant attentivement les monuments chrétiens : Bin-bir- 
Kilisse, la basilicjue d Andaval, près de Xig-dé en Cappadoce, les 
grottes d'Urg-ub longuement décrites par Texier. En 1900, 
J. W. Crowfoot visitait Bin-bir-Kilisse, Utchayak. au nord-est de 
Kirshehr, et quelques autres édiiices. Depuis lors l'expédition autri- 
chienne de la « Société scientifique de Prag^ue » a exploré llsaurie. 
Dans la Syrie du Nord, dont l'art est si étroitement apparenté à celui 
de L Asie-Mineure, Lexpédition allemande du baron Oppenheim a 
fait connaitre la belle basilique de Karz-ibn-Wardan, entre Koms 
et Alep, et l'expédition russe de l'Institut archéologique de Constan- 
tinople a étendu nos connaissances sur l'architecture syrienne, déjà 
éclairée par les livres de M. de Voj^iié et N. G. Butler, et montré ses 
rapports avec l'architecture propre à l'Asie-Mineure. Tous ces travaux 
ont été mis à profit, avec quelques autres traités plus sommairement', 
par M. Strzygowski -, dont le liv^e a fait l'objet d'une critique impor- 
tante de MM. Ch. Diehl 3 et G. Millet l 

Tous les édifices chrétiens d'Asie-Mineure ne sont pas construits 
sur u.i type unique, mais ils peuvent, d'une manière générale, se 
ramener à quatre types principaux, ou à deux modèles opposés. Sur 
les côtes de l'Ouest et du Sud, on constate l'emploi de la brique et 
-de la charpente ; dans les rég-ions à l'intérieur, la pierre de taille et 
la voûte en berceau soutenue par des arcs doubleaux -^ là, un atrium 

1. J. W. IleacUam avait décrit, en 181)2, Téglise de Ivodja-Kalessi. Il faut 
encore mentionner les travaux rapides dont les édifices suivants ont été Tobjet : 
basiliques de Giil-Batsché, Sagalassos, etc., en Lycie et en Pisidie ; les édifices 
chrétiens d'Adalie, de Jiirme, de Myra, etc., et, en Syrie, Toctogone de 
Wiranscher décrit par Puchstein. 

2. Klein. A.fien-Ein Xeuland dcr Kanxlf/eschichle, in-8°, Leipzig, 190.'^. 

3. Les origines asiatiques de l'arl hyzantin, dans le Journal des savants, 
1904, p. 239-2")!. 

4. L'Asie-Mineure, dans la Revue arcln'olofjii/ue, lOOil. t. v. [). 9.')-108. 

■'). J. Strzygowski, Klein Asien. Ein Neuland der Kunsl<jcschirhte, iii-8", 
Leipzig, 1903, p. 13, fig. 8. 

Archéoloçfie chrétienne. \l. — 6 



82 cnM'iiiti: ii 

ot un n;irllu'X pri'iiiu'iit toute la larj^^rur cU' rcdilici' ; ici. en avant do 
la poilc. un |)(»rfli(' étroit jdolon^-c la grandi' nef. cl , par une douMt' 
DU triple arcade, s'ouvri' hhrcMH'iit au uulicu de la l'açade, entre 
deux puces closes, dressées comme di'ux tours d ant^lc aux exlré- 
niilés lies has-côtés '. (ii'tte dillV'renci', dtdimiti'-e par la i;coi4ra|)liic, 
s'expliipie par le fait ipu' la culture «^recipie. très dcveloppi'c dans 
les villes ilu littoral, ne piMU-ti'a (pie tardivenunL l'I timidement 
tlans les provinces de l'intiMieiu' di' la presipiilc. laissant le sol et 
les habitants à peu près indemni's de linlluence ludlénicpu' jus(pi"au 
début du IV'' siècle -'. Le résultat le plus clair et le plus précieux l'ut 
la conservation de l'ori^ji-inalité j)rovinciale. ainsi « au iv'' siècle 
l'Orient parle à sa manière la lani^ue de lart chrétien. La basili<pie 
orientale ne doit rien à la basiliipie hellénisticpie " ■. 

L'usaii^e de la voûte, l'application d une abside isolée à lextré- 
mité de l'église et l'emjjloi frécpuMit do 1 arcade en fer à cheval n Ont 
pas toutefois limportance exceptionnelle (juon leur prête et (pii 
pousse M. J. Str/yg-owski à en faire les traits dim style distinct et 
original. C est aller trop loin [)uis({ue, si intéressant (ju il puisse 
être, ce type — et ceci le rend, en un sens, plus intéressant encore 
■ — se rencontre dans l'Africjue du Nord avec ses traits les plus 
caractéristicjues ; abside isolée au fond de lédilice, piliers canton- 
nés de colonnes engagées, rareté de l'atrium, façade llaïujuée de 
tours, enlin, en Tunisie du moins, emploi des voûtes '. Ce 

1. ("i. MiWrl, L'Asie-Mineure, i\M\iih\ Uenie archéolor/ique, lOO'l, p. '.t.'i. Nous 
suivrons el citerons frécinemment au cours de ce paraj^raplie le reinarcjuahle 
exposé do M. G. Millet. 

2. Il ou fui de même en Syrio et on 1-lpypto. 

3. (i. Millot, op. rit., p. 9(5. Itolovons, sans nous y arrèler, ((uolipies |)arlicula- 
rités (jui tém')i^''nont de l'indépendance absolue des hasiiiipies do linlériour, 
celles de Bin-bir-Kilisso. par exemple,;» l'égard de l'art grec. Los piliers Irapus, 
oblongs. terminés vers les nefs par des demi-colonnes émergeant d'un bloc 
massif, sans chapiteau, sous la saillie d'une simple imposte (.Slrzygowski, o/). 
cit., p. 173, fi„'. 138 ; l'arc en for à cheval dans le prolil des arcades ou le 
tracé do la grande abside, comme c'est le cas pour l'église d'.Vladja, aujour- 
d'hui Kodscha-Kalessi. L. de I^aborde, L'i^f/tise (l'ALid/a danii le T.iurua, dans 
la Heviie urrhi'-olofji'fiie. ISkT-IH^X, t. iv, p. 172-170. On no peut omettre de 
sign.ilor les points de ressemblance «pii existent entre les monuments de la 
Syrie, de l'Egyplo et ceux do r.M'ri(jue du Nord. Voir Dirtio/in., t. r, col. (377, 
et (jsoll, .Monuments nnliq.de l'Ali/érie, t. ii, p. 141, 137, 138 en Tunisie il y 
avait des églises voûtées. (Isell, op. cit., p. 128, 132, 135, l.'»0, 232. 

4. S. Gsell, Les monuments unti'/ues de l'Al'jérie^ in-8", Paris, 1901, t. ii, 
p. 128. 132, i3:i, 137, 138, lil, loO. 



RÔLE DE l"aSIE-5I1NEURE DANS LA KOH\LVTI(JN DE l'aUT IîV/.AMIN S'I 

qui fait l'importance de ce rapprochement c'est ([ue. sunaiit la 
remarque de M. Gh. Diehl, les basiliques d'Anatolie, malgré leur 
intérêt, ne présentent point un type qui appartienne exclusivement 
à l'Asie-Mineure et s'y soit nécessairement constitué '. 

Le deuxième des types principaux est représenté en Asie- 
Mineure, en Syrie et en Mésopotamie par une série d'édifices, la 
plupart en pierre de taille de forme octogonale, surmontés dune 
coupole '-. Cette disposition nous est clairement connue g-ràce k 
divers monuments et à un document d'une grande importance pour 
l'histoire de l'architecture ■^. Les principaux monuments sont l'octo- 
gone de Bin-bir-Kilisse et celui de Wiranschehr qui rapprochés de 
la lettre de Grégoire de Xysse à Amphiloque, évèque d'Iconium. ne 
donnent plus lieu de douter que, dès le iv" siècle, l'église en forme 
de croix, bâtie sur plan octogonal et couronnée dune coupole à tam- 
bour, était une disposition tout à fait usuelle et courante. Voici la 
description de saint Grégoire de Nysse ^ : 

'( ... Envoyez-nous tout ce qu'il faut d'ouvriers pour suffire k l'ou- 
vrage. Une exposition du plan fera connaître k Votre Perfection 
quelles seront les dimensions de l'ensemble, et j'essaierai de vous 
donner, par une description, une idée claire de la construction dont 
il s'agit. Mon oratoire, z-jy-r^piz^ ., doit ofTrir l'image d'une croix termi- 
née naturellement par quatre corps de bâtiments : ils s'unissent et 
se joignent ensemble ainsi que cela a lieu pour les édifices qui 
reproduisent la forme de la croix ; mais au centre se trouve un 
espace compris entre huit côtés. A cause de cette disposition, je 
l'appelle octogone ; de telle sorte que quatre côtés opposés deux par 



1. Journal des savants, 1904, p. 242. 

2. Quelques-unes de ces coupoles sont coniques comme celles des édifices 
persans ou arméniens ; elles semblent reproduire le célèbre Marneioa de Gaza. 

3. L'octogone, très fréquent en Arménie, a passé dans l'art seldjoukide. 

4. Cette lettre a été imprimée par J.-B. Caraccioli, Toj h ayio-'? -aToo; 7;awv 
rpT)Yopioj l-iTTOÀa'., XII, in-4°, _Florentiae, 1731 ; nous citons la traduction de 
E. Morin, Plan d'un oratoire ou église chrétienne de la fin du IV"^ siècle, décrit 
par saint Grégoire de Nijsse, dans Bulletin et mémoires de la Société archéolo- 
gique d'Ille-el-V Haine, 1862, t. II, p. 276-284. Cf. P. G., t.xLvi, col. 1096. Au 
groupe des édifices octogones il faut rattacher celui que décrit Pseudo-Abdias, 
Garrucci, Storia, t. i, p. 24. Les constructions octogonales se rencontrent à 
Wiranscher, en Mésopotamie, à Soasa, Bin-bir-Kilisse, Isaura et Derbédans le 
centre de l'Asie-Mineure, formant une chaîne qui nous conduit à Constanti- 
nople où nous trouvons Saint-Jean à l'Hebdomon et Saint-Michel à l'Anapho- 
sis; et de Constantinople à Saint-Vital de Ravenne. 



Si 



ii.\i'iii;i: II 



tli'UX i;iU;uluiil l;i |).iilii' iciilr.iK' de 1 cdiliri' ;iu\ hias dr |;i noix 
par (Ifs ouN filiuis fil ;n\;nlc. :'.' j:'y.:uv,. 1 ,rs aiil ri's côU'S de lOilo- 
jjfoiu- t[ui s l'Ii'lidfUl l'iiti'c les (|ualri' forps de hàliiiu'iils ii iront n;.s 
K's rcjoiiidri' cii lii^iU' diditc. mais s dart^-iroiil cliac-uii ni In-iiiicvlc 
(|Ui allV'cU'ia la loriiU' coiiiaNc d uiir r()(|uill(' rcnvi-rst'-c cl se Icriiii- 
naiit ;i la voùlc. Il v aura ddiir liuil voùirspar l('s{|U(d!t's les (lualn' 
hàlinu'iils oppnsrs (K'U\ il deux et U-s (pial rc lu''inic\ des se joi:,--!!!'!!! 
à l;i partie ii'iit l'ali' (\v 1 l'diliti'. A 1 inU-m'Ui' •■( à clKupic aii^Ii- de 
lOcloiroiit'. y.-x--u)'i<.u^'i -izzùri. seront j)laci''t's des colonnes pour Tor- 
nonu'nt et pour la solidité : tdK-s soutiendront di's voûtes de' même 
hauteur (|ue celles de lintt'rieur des bâtiments. Au-dessus de touli-s 
ces voùti's seront percés des jours convenablement disposc's et la 
construction octog'oiude sélèveia de cpiatre coudées : de lit p;irtira 
lin dôme en l'orme de cône, z-pizù.:: ■/.uy/zz'.zr,:, b'cjuel ira si- rétré- 
cissant pour se terminer en j)ointe. Pour l(>s (piafre bàtinu'iits à 
quatre anj,''les, chacun aura en bas huit coudées de lar^'-eur. un tiers 
(le j)lus en lonj^'-ueur; la hauteur sera en raj)port avec la larii-eur, et 
il en sera de même j)our les hémicycles. De même tout l'espace 
entre les assises des colonnes, zs77(ov, mesure huit coudt'es. (juant 
à la surface de chaque hémicycle, idle est déterminée par une 
ouverturede compas ég'aloà la moitié d un des côtés de ToctoiJi'one. 
Relativement ii la hauteur, elle sera en [)ro]H)rli()n avec la larj,'t'ur. 
Les murs du pourtour aurtuit une é[)aisseur de trois j)ieds » 

(fi-. •2\:\--2\ÏK 

Plus loin, saint (iréf^oire demande (jue, pariui les ouvriers qu'on 
lui enverra, il s'en trouve (pii sacluMit construire des voûtes arron- 
dies en coupole, sans aucun support, (o; tl/xi -ivaç èr xj-twv y.j.\ -r,^ 
àvjT::-y.ij:v il'/,r,z'.'/ ï-'z-tj.v/zj:; car je sais, dit-il, (pie celle sorte 
d'ouvrai^e est j)lus solide tjue celle qui repose sur des apj)uis. La 
pénurie de bois où nous sommes nous conduit à la jiensée de cou- 
vrir lédilice entier avec de la pierre, car il ny a pas de matériaux 
pour toiture auprès de nous. £C£'V.y.:v JXr//. 

L évè(pie a trouvé dans son ])ays trente ouvriers pour construire 
les bâtiments formant les bras de la croix. Il n'a pas d'autres maté- 
riaux (pie la bri(pie et (piekpies pierres des environs, de sorte tju'il 
n'y aura rien à faire pour ré(juarrissag'e et l'ajustement. 

Les tailleurs de pierre ne sont pas seulement néces.saires pour les 
huit colonnes aux(pielles il faut donner le jjoli, mais aussi pour les 
spirales ({ui lif,^urent des autels, zr.'J.zxz zioj.zv.li'.:'^ et pour les cha- 
piteaux de l'ordre corinthien, ■/.iz:x.'/J.zx: z'.y.';'Lj^z\)z y,x-x -'z Kcc'JvO'.;v 



RÔLF, DE l'aSIK-MINEIRE DANS I,A FOIt.MATION DK I.AKT lîV/. V.MIN S') 




£che//e de 7 coudées } dant chacune mesure 0^0Û4% 




213-214. — Plan et élévation de l'octogone de Nazianze, reconstitution de M. Brune, 
d'après le Bull, et Mèin. de la Soc. arch. d'Ille-et-Vilaine, 1802, t. ii, p. 27(!. 



sr. 



(iiM'iiit!: Il 



s':;:, l.t'utirf. : r:;:r. sera (iriu'c de marhrcs hitii lra\ aillrs. Les 
porlf^ (lu \l•^tlllul(■ M'iiuil ili coit'cs. selon lusa^-f. (le dessins sur 
la partii- sailianlc du rebord. Wx'ij-.tzv.ivj.v/y. -.: j-ur/ hjzutj.-ji-.yi -.t'.Xj-.x:: 
■;zxz.:i'.z -.•-•. v.x'x.t: l'i:: itt'.v :'.; v.y./.Kz: v.x-x -ç/ -.Zj ■;-'•"'•-'-' r:::::/.y;v 
ïzr,z/:r^\):).-.rx'.z. 11 esl elau'. coMliliUel évè(|ue. ([ue nous aurons ;i nous 
procurer ;i prix d ari,^'!!! tous ces niatei'iaux. V.w outre, dans le 
porche, il n v aura pas moins de (piai'anle colonnes, pour lescpielles 
il faudra des lailleursde pierre. 

(il- l\pe octogonal si ininulieusenieni décrd ne parail pas être 
spêciiii|Ut'nu'nt asiati(juc. M. .1. Str/,\\u'"«>wsl\i et M.Cdi. Dicld sont 
d'accord sur ci' point : néanmoins ce dernii-r rappelle (pie le jdan 
di' rocto^oiu' de Xa/.ian/.e est aj)|)ai'enté lies visiblement à un l'dilice 
de Salone, le mausolée (pie Dioclétien s"\ lit cunslruire au début du 
iv" siècle ' dont l'orij^ine est certainement orit'iitale et vraiseinbla- 
l>lement svrieniu'. 

Li' troisième tvj)e tlont nous avons à parK'r l'st celui des basi- 
li([ues à coupoles tlont la carrictéristi(jue est une travée sur plan rec- 
tanj,''ulaire ménaj^-ée en avant de labsidt'. Il est im])()ssible d Cnlever 
au monument le lvj)e basilical (piil doit à sa nef llaïupiée de bas- 
côtés, mais rorii;inalité véritable se trouv(> dans la coupole, dressée 
au-dessus du vaisseau princi[)al. Ainsi (jue nous 1 avons vu dans 
rAfri([ue du Nord, les bas-côtés sont fré(jueminent siuinontés de 
tribunes et les exem[)les de basiliipies ;i coupole ne sont pas rares 
en Asie-Mineure -' et même en Svrie ' et en l'Europe. Sainte-Sophie 
tle Salonitjue et Sainte-Sophie de (]onstantinoj)le se ramènent à ce 
type. (< Mais toujoius ici la même (juestion se j)ose : est-ce dans 
1 Asie-Mini'ure, ou du moins dans lOrient hellénisti({ue (piil faut 
chercher rorij.,nn!' tle cette tlispt)sition ? M. ,1. Slr/.yj^^owski rallirnu' 
et fixe le j)oint de formation à Antioche d Où ce type aurait rayonné 
sur 1 Asie-Mineure, et d l'ipliî-se auiait passé à Sahuiitjue. 

« Il st; peut, mais il faudrait, pour en être certain, fournir la preuve 
(jue ces basilitjues ii coupole de l'Analolie tlatent bien du iv'' siècle, 
et ceci ne semble i)as être pleinement établi '. » 

Enfin, le (piatrieme lyp • est celui tle léj^lise en foi'uie de croix 
«^rectpie inscrite dans un rectanj^-le et dont une coupole com'onne la 
croisée. On trouve en .\sie-MiiU'ure des représentants de ce type, 



1. Aiijourd'imi cnllit-iiiMlc <li' Spalalo. 

2. Kodja-K.'ilessi. o\\ is.iiiiic ; Aii.iii.i. etc. 
'■\. Ksar-it)n-\V;u(laii. 

4. (lii. Dielil. diiiis le Jo/////,(/ ilm s.ininlu. [Wt. p. 2i.3. 



RÔLF-: DE l'asii:-mim:l"hi-: dans la formation dk l'aut I!Vzaniin 87 

soit dans les petites chapelles creusées dans les rochers de Phrvf^ne, 
dlsaiirie, de Cappadoce, soit dans les édilices comme hi moscpiée 
de Firsandyn, ancienne ég-lise chrétienne, ou dans les ruines de 
Tschaulvkilisse. Cette catég^orie d'édifices est relativement récente 
et ne paraît pas antérieure à répo(|ue de Juslinien. D'après 
M. J. Strzvgowski, il faudrait faire exception en faveur de l'église 
double d'Utchayak, construite en briques et surmontée de deux 
coupoles sur tambour, et la faire remonter à la fin de l'époque hellé- 
nistique, ce qui pourra sembler d'autant plus audacieux, que cette 
opinion ne repose que sur la photographie des ruines et non l'étude 
directe. 

Cette question de la date des monuments chrétiens d'Asie- 
Mineure est en effet capitale pour les conclusions qu'on tire de la 
structure de ces monuments. 

Suivant qu'on les fait contemporains de Constantin ou de Justi- 
nien, ou même d'une époque plus récente, ils ont, dans l'histoire des 
origines de l'art byzantin, une place capitale ou bien une significa- 
tion presque nulle. Or, la chronologie de ces monuments n'est guère 
avancée, à l'heure présente. CroAvfoot ^ signale à Ltchayak des 
inscriptions qui malheureusement n'ont pas encore été déchiffrées; 
à Bin-bir-Kilisse on a trouvé une inscription datée de 1162; dans 
les grottes cappadociennes on relève des inscriptions duvi'' siècle, et 
un texte épigraphique assigne la basilique de Ksar-ibn-Wardan à 
l'année o64. C'est assez peu de chose, on le voit ; et ce qu'une 
chronologie, établie sur les caractères intrinsèques de la construc- 
tion, présente de conjectural met en défiance des conclusions 
précipitées. « M. J. Strzygowski s'est donné beaucoup de peine 
pour établir que les monuments étudiés par lui appartiennent à la 
période qui va de Constantin à Justinien et qu'ils sont bien plus 
voisins du iv'' siècle que du vi''. Mais voici qui inquiète un peu sur 
la valeur de cette démonstration. M. J. Strzygowski n'a point vu 
lui-même les édifices sur lesqvielsil raisonne; il les connait par des 
photographies, par des plans, qui parfois, et sur des points essen- 
tiels, sont incomplets ou contradictoires, Dans de telles conditions, 
n'y a-t-il point quelque témérité à vouloir fixer des dates définitives ? 
est-il bien prudent surtout de s'écarter des données chronologiques 
indiquées par les voyageurs, savants expérimentés pour la plupart, 
qui ont visité eux, les monuments- ? » Ceux-ci se montrent générale- 

1. Strzygowski, Klein Astien, ]). 33. 

2. Journal des savants, 1904, p. 244 sq. 



N8 (iiM-rini: ii 

nu'iit moiiK (lispost'-s à NU'illii- les ('■diliccs cliirliciis de lAsic- 
Mincurf. ( ".(' ut'st loiilclois (|u apics des cxpldialions cl dis ('■tudcs^ 
noUNi'Ilos (|u Ou poiiira t'iitrcprciidrc un classciucut dcliiiilir. 
Jiis(jiu'-Ià on peut, sans trop s"a\ i-ntuicr, admet lie la date du 
IV sii'iK' pour U's l),isdi(pics de Uin-Mi -Ixilissc et poui- la j)lupaii 
dos t'-diiic'i's sur plan oc t( >!,'■() nal, said" loutt'Iois lOctcti^-'oiif dr \\ iiaiis- 
cluT (pic Puchstcin, (pu l'a visite, et M. (!li. Dield. iroient du 
VI'' siècle. l']n cv (pii concerne le l,\ pe des hasilicpics à coupoles, 
loin de les faire renionter au iV siècle. M. (>. W'ulll' lait au con- 
traire (U'river toutes les èjji'lises de ci'tte sorte de Sainlc-Sopliie di' 
Constantinople ', et il est certain à tout le moins cpic la l)asili(|ue 
Ksa^-il)n-^^ ardan, (|ui appartient à ce i^i-ou].e, est du vi'" siècle et 
toute tlilVérente des autres constructions i\v Svi'ic. ce (pii semble 
bien attester des influences venues d'ailleurs -'. L'c^'-lise de Kodsclia- 
KaK'ssi. dans l'Isamùe, étudiée par ,1. \\'. llcadlam ' lui send)le 
être du V siècle, tandis cpic .1. Str/,vj;o\vski la rcpoite au iV sietle. 
Enlin. 1 cdilice à coupoK's d'I'tchavak, <pii bcnélicie ct^alement de 
cette haute anli(piité, doit être tenue, d'après M. C.li. l)i(dd. j)Our 
une consti'uction du moyen à^e bvzantin et ne saurait j)rètendre 
en aucune manière au rôle de précurseur '. 

Ces ([uelcjues faits sulTiront à montrer l'obscurité (|ui rèi^ne 
encore sur un sujet que nous ne j)ouvions omettre, mais qu'il suf- 
fira de faire entrevoir dans son état présent, sauf ;i y l'cvenir dans 
la suiti' et à y apj)orter plus de lumière à mesure (pi'on aura plus de 
détails. 

L'é^'lise d'Aladja i ^=: Kodscha-Kalessi) dans le Taurus, sur les 
contins de la Lycaonie et de la Cilicie, semble placée à la frontière 
du domaine oriental et de la zone hellénisti(jue. Aladja n'est pas 
un coup d'essai. On peut saisir les éléments (jui viendront concou- 
rir à son exécution dans une des basili(jues de Bin-bir-Kilisse ii" Il i ■'. 

1. (). Wiilir. />/(' A'o////*'.s-/.s7r//v7(e /'/) Xicïa iind ilu-c Mosnihcti ndnit dcn vi>f- 
wnndlcn hirchlicln'ii l'.iudt'iikiniili'ni. I-'.idi' !'nlei'siicliii/ii/ ziii- fi^'sc/iir/i/c dci- 
J)i/z.inliiii^chdi Kinifil lin I J.ilirt.iUHrntl, iii-S", Stiasshiii^, ['M)'.\. 

2. Jiiurrtiil of hi-lh'nir s/zu/Zcs. l.S'.>2, Siipplcmciil. 

3. Journal r/es snvinta, IDOi. p. iV.\, noie 3. fêtait descoiidre la dalo jiis(ni"aii 
\' siècle en se fondant sur les proportions du land)our cylindi iipie liant et 
svell'^. très différent des lanihoursqui coninienconl à se niontrerdèsle v' siècle. 
bas et trapus, à Sainte-Sophie de Salonicpie, à Ksar-ihn-Wardan, à Saint- 
Vital, an mausolée do dalla Placidia, à Havenne. 

4. L. de Lahorde, V<>;/:i(/c île /'.l.s-è>-.)//ncu/v, in-fol., I*aiis, 1!^3S. pi. i.xix. 
.^>. .1. Strzyyowski, A7ei/J Asim. p. tOi-, pi. 19, 20. 



nÙLK DK '."asm -:Mi.NF.riîi: dans la K(»itMAii(iN i)i: i.Ar.i i!v/..\.N UN S'.> 

Comme les basiliques liéllénisLi(jues, celle-ci a des lrij)iiiu's et un 
narthex au lieu de jjorche. Ce narthex a obligé de reculer les deux 
tours de la fa<,'ade au delà des murs latéraux; en outre, près de 
Tabside, deux piliers plus forts marcjuent la direction du presb\ le- 
rium. Ce sont autant de traits communs avec rarcliitecture 
syrienne. Aladja peut être datée approximativement du deuxième, 
quart du iv*' siècle et nous savons que ce tvpe se propa^^ea rapide- 
ment le long' de la côte, à Adalia, à Myra à b]phèse, à Xicée : on 
le retrouve même au delà de la mer Ei,'"ée, inspirant et dirigeant la 
structure et la décoration de Sainte-Sophie de Saloni(|ue. Construit 
en pierres de taille à son lieu d'origine, le type en question fut 
exécuté en briques dès cjuil parvint dans les régions du littoral, et 
ce fut sous cette nouvelle forme qu'il fit retour vers l'intérieur à 
Ancyre, par exemple, et dans la Syrie du Nord, à Ksar-ibn-^^ ar- 
dan, M. J. Strzygowski trouve dans l'église d'Aladja des traits syro- 
égyptiens qui lui paraissent sulïisamment expliqués par la posi- 
tion géographique de la Cilicie. alors rattachée à la Syrie, et par 
les traditions monastiques ^. Avant de nous engager plus loin, nous 
rappellerons, avec M. G. Millet, un texte important de Choricius, 
relatif à une église construite à Gaza, au w'' siècle, en l'honneur 
de" Saint-Serge. « Des propylées, puis un atrium carré menaient 
directement à l'église sans narthex. Du portique -' dressé à l'ouest 
devant l'église, deux autres se détachent, l'un au sud, l'autre au 
nord, perj>endiculaires à la façade et égaux entre eux. Leurs parois 
sont revêtues de plaques ; leurs colonnes, toutes de même style, 
atteignent, à l'aide d'arcades, la hauteur des colonnes qui soutiennent 
l'église. Le milieu est ainsi formé : quatre arcades sont opposées 
deux à deux ; quatre autres, se faisant face aussi, viennent buter 
contre elle. Huit en tout, elles enferment entre chacun de ces couples 
un toit concave. Tout s'oppose en des formes égales et symétric[ues 
sauf que le côté de lest se creuse au milieu en forme de conque 
pour la place du prêtre. En termes techni([ues, une portion du 
cylindre dressé sur le sol porte un (juart de sphère. Deux autres 
figures analogues ornent de chaque côté le même mur, égales entre 
elles, moinsgrandesquecelledu centre. Lesquatre arcades intérieures. 



1. En .3o7-,3d8, saint Basile visita les monastères d"Kgvpte de Syrie de 
Mésopotamie et en rapporta les règles de la vie monastique. 

2. Choricius de Gaza, Ornfionea, édit. Boissonnade, 18 îG, p. 83 s([. Nous 
donnons la traduction de M. G. Millet, op. cit., p. 99-100. 



\H) (iiAi'iiiu: Il 

tl()ii[ mms j);irlit>iis t;iiil('tl. sont iluicuii»' j)r(il<tnLr»'i"!^ dvs <K'iix cnti'S 
j);ir (les iiiuis ;iussi li.iuts (ju flics, poiliiiit des murs aiii^uhiiri's cl des 
colonnes ;il(cii;-n;int 1 ;isscini)l;ii,''c sur lc([ucl s clcvo le toit. A 1 inté- 
rieur (1 un prisnu^ (|u;ulr;in:,''ul;iire est :i(l;ij)ti'' x\n prisme oeto^ctne 
riMift'rmant un lercle (|ui p<ulc très haut le toit. Il laul avoii- le cou 
assoupli poiu" le ii'j^^ardcr ; à une telle distance du sol il imite sans 
doutt' le ciid visible : les colonnes atleii,'-ncnt une hauteur (piaucune 
autre ne pourrait dépasser. » ('ette description s'applique exacte- 
ment à Kodseha-Kalessi et au Couvent rouj^e '. La nef centrale tra- 
cée j)ar (piatre t,^randes arcades avait ses anji^lcs manjués par de 
larj^es j)iliers. Du carré on passait à loctoi^^one jiar des trompes 
décorées de colonnettes. A Kodseha-Kalessi comme a Adalia c est 
plutôt dans la structure (pie dans la décoration (pi il faut chercher;! 
résoudre le problème des ori<.,'-ines. " Or 1 élément essentiel de cette 
sti'uclure est le support de la coupole. A Kodseha-Kalessi, ii (la/a, 
en Thébaïde, à Ancvre. ce sont des trompes d'ani^les ; à Mvra. ;i 
Saloni(ju<', à Xicée. des pendentifs. La trompe d an<^le, étrangère ;i 
1 l\irypte anti({ue, est persane, l'aile s'est perpétuée au vu" et au viii* 
siècle en Arménie -. au \i'' en Géorg'ie -^ dans les l)asili(jues à croix 
j;"rec([ue, issues de Kodseha-Kalessi. Si Ion raisonne, à lé^-ai'd de la 
trompe d'anj,''le, comme a fait NL J. Str/.y<^owski ;» léy^ard de l'oc- 
to<;one, on doit conclure (ju'elle aj)partient à la tradition de l'Asie- 
Mineure centrale et orientale, ({u elle a émi<j^ré du plateau vers la 
C(")te, puis ([uelle a traversé la merpour aborder, à la lin du v*" siècle, à 
Xaples (baptistèrei, et au vT siècle, à Ravenne (Saint-Vital ! ^ Le 
même raisonnement vaut encore pour la basili(jue à coupole : celle- 
ci aussi a passé la mer, puis(ju'à Païenne, au xiT siècle (chapelle j)ala- 
tine , une trijile nef basilicale, couverte, il est vrai, en charj)ente, se 
soude à une coupole portée jiar ({uatre trompes et par (juatre 
colonnes entre deux berceaux long-itudinaux. Les tromjies de Kods- 
eha-Kalessi ne seraient donc j)as, comme le suppose NL J. Str/v- 
•^owski. un emprunt fortuit à la Thébaïde, un présent du mona- 



1. Strzyf,-()wski, op. cit., p. 110-11 t,nj,'. 7S-82. 

2. A. Ousoiiiil;ir et \'aliarc'li.il);i(l (Iriiiiin, Montiiufnls d'nrcliool. lii/zaiil. en 
(irnrf/ie et en Artnt'/iic, [)]. xxw, xxxvi . 

.3. Mati^riah/ jto nrrlii'olnti'n h'.iricnz.i. l. m. pi. xxiv, xxviir-xxx, xxxviii, 
xxxfx, XI. I, XI m : Los Irompes ^^éorj^'iciincs resscmhleiil à colles d'Ancyro ; 
O. WulfT, I\(")iinfiiisl,irchr in .\i<;-in. pi. iv. où li' type csl modifie par aiialo;.çie 
avec lo pondoiilif. 

\. E. Herleaiix, L'art dans illalio méridionale, t. i, p. il). 



rôlf: de l'aste-aiinkiiU': dans la foumatio.n di: laui' iiv/.\.Mi.\ !)1 

chisme égyptien. Saint-Serg-e de Gaza était une église séculière. Nous 
croirions plutôt que, plus d'un siècle avant la construction de Sainl- 
Serge de Gaza, les disciples de Shnouti ont trouvé ce procédé accli- 
maté sur la cote est déjà combiné avec les colonnes décoratives'. » 

Il n'en est pas du pendentif comme de la trompe d'angle. Le pen- 
dentif paraît être hellénique. M. Clioisy a pu suivre son ap])lication 
progressive à Salonique, à Magnésie du Méandre, à Sardes, à Phi- 
ladelphie et, nonobstant les exemples anciens signalés jusque dans 
l'est de la Palestine, ce savant a pu conclure, sur de solides rai- 
sons, que le pendentif a été imaginé pour la construction en briques 
et adapté ensuite à la pierre-. 

« Mais le pendentif, observe M. G. Millet'^, s'adapte mal à la 
basilique à coupole, parce qu'il exerce des poussées trop fortes 
pour les simples parois d'une grande nef basilicale. Pour les con- 
tre-bouter, à Myra, on a surélevé les collatéraux ; à Ephèse, à Nicée, 
à Salonique on a intercalé des arcades de plus en plus profondes 
qui sont devenues à Déré-Aghzy, à Sainte-Irène, à Philippes, de 
véritables berceaux prolongés jusqu'aux murs extérieurs, qui ont 
covipé les collatéraux et transformé la basilique en coupole en église 
à croix grecque. » Ainsi nous voyons d'abord la trompe d'angle^ 
procédé oriental, ensuite le pendentif^ procédé hellénistique. La 
trompe d'angle attache la coupole aux parois de la basilique voûtée 
à tribunes, le pendentif transforme la basilique à coupole en église 
à croix grecque. 

On peut se demander si les Grecs « qui ont conservé la trompe à 
Gaza, ne l'auraient pas appliquée eux-mêmes, pour créer la basilique 
à coupole. Un des éléments générateurs leur appartient ; les tribunes 
forment un des traits saillants de leurs basiliques aux iv^'-vi'^ siècles, 
parce qu'elles répondent aux développement du culte dans les grands 
centres après la Paix de l'Eglise, au goût de la magnificence ins- 
pirée par la Cour. C'est assurément aux cités de la côte que les 
architectes de Bin-bir-Kilisse les ont empruntées. Mais la voûte en 
berceau souteime par des arcs doubleaux au-dessus d'une longue 
nef, forme caractéristique de la construction en pierre, procédé 
commun aux régions intérieures de l'Egypte et de l'Asie-Mineure, 

1. G. Millet, op. cit., p. 101-102. 

2. A. Choisy, L'art de hâlirchez les Byzantins, p. 159 sq. ; Histoire de l'archi- 
tecture, in-8°, Paris, 1899, t. ii, p. H, 43 sq. ; Lelhaby and Swainson, The 
church of Sancta Sophia, p. 201. 

3. G. .Millet, op. cit., p. 102. 



\^'2 iiiM'inu: Il 

Ires icp.Mulu t'iisuilf fil Ariiu'iiic cl l'ii ( H'oi^ic, ii «■sl-cllc |);is pui'»'- 
liuiil oi M'Ilhilc ' .* M. (i. Millit A Iriitr am.c un plrili succès i\{' 
rcliiiccr le (.licinin (|u clic ;i sui\i en s aidant des ininialuics dun 
inaiiusiiil i'clèl)i-c. le M('n(ilii<j(' do Jùtsllr II . niinialurcs dimc haute 
imporlaïK'c arclié(il(>^i(|ue. n M. C.Iioisy. écrit-il. a oliscrvé ;i Sardes 
<|ue sur les salles < il >l<inu;'U<'S, la Noùtc d arêtes, avec le tcnijis. lit jdace ii 
la calotte sur pendent ils. 1) "autre part M . Slr/.\ |4t)\vslvi iinai,Miie \ olon- 
licrs (jue Uoiiie ne lit (pi imiter la iiia^-nilieciicc des sli uclurcs liellc- 
nicjues. l-]n induisant du pc'til au i^rand. on peut adnieltre (pie les 
salles somptueuses d Alexandrie, d Aiitioche (>u d l^phcsc devaient 
ressemhler à celle des Thcrnies de (laracalla ou de la l)asili([ue do 
MaxiMice. ( )r les voûtes dartjles de ces deux «grandes salles étaient 
contrel)ut(''es par des voûtes en berceaux perjiendiciilaires ii Taxe et 
s'éclairaii'iil aisément au-dessus de ces sortes de collatéraux. Le pro- 
hit'me (pii lit concevoir en Orient la l)asili(|ue ;i coupole se- trou^ait 
là dc|ii ri'solu. D'autre part, en substituant dans uiu> tidle striulure 
la couj)ole sur pentlonlirs à la voûte d arêtes, on obtenait It-^lisi! à 
croix t^reccjuo, non la basili(|ue ;i coupole. Mieux vaut donc écarter 
rhv|)olliése d'un prototype hellénisti(|ue et reconnailre (jue la basi- 
licjueà coupole est sortiedu ty[)e(le l>in-bir-Kilisse -, sous linlluence 
liellt''iiisti([ue. apri's (Constantin, sur les contins du domaine orien- 
tal'. . 

Nous avons fait remarcjuer déjà la part (jui revient à l'Asie- 
Mineure. ;i llonie en particulier, dans la renaissance architecturale 
(jui, combinant toutes les ressources mises à sa disposition, se livra 
en .Vsie-Mineure, en Syrie, en Macédoine et dans tout rem])ire 
i^rec à des travaux neufs, int,''énieux et savants (b^iit la variété se 
révèle en combinaisons multiples dans les tyj)es de construction les 
plus divers : basili(pie voûtée, l)asili([ue sur j)lan octoiii-one, baslli(pie 
à coupole, éi^-lise trétlée, église cruciforme ;i coupole centiaK'. Par 
cette activité vi ci'tte souplesse inventive r.Vsie-Mineure a exercé 
une influence créatrice incontestable sur larl chrétien; influence 
moins capitale et moins directe toutefois (pi'on s"(\st plu à le dire. 

Les rapjiorts évidents existant entre les l)asili(pies de Syrie et lar- 
chilecture romane pour être indiscutables (piantau fond, ne sont plus 
tels (piant à la nu'sure dans la(pielle, à ces distances et par des causes 

1. (1. Millet, np. rif., p. loij. 

2. (^-tte parenti' est in;M(|uéo ;"i Nicée, Myra, l)éré-Ai;lizy, par les deux 
pit'ccs (|ui font saillie sur les fa(,-a(lcs latérales aux extrémités du nartlu'x. 

3. (1. Millet, op. cil., p. l(t:;. 



RÙi.K })[■: I .sie-mim:lui-: dans la iubmaiki.n di; i.aiît iîvza.mi.n !):{ 

qui nous échappent en partie, ces influences asiali({ues ont at;i les 
unes sur les autres, se sont conipénétrées et ont porté au loin leur 
action féconde et encore reconnaissahle. 

Mais une fois ce fait acquis, dit excellemment M. (^li. Diehl. (pii 
a donné l'exact exposé de la question, une fois ce fait acepiis, (pie 
l'art de lAsie-Mineure, comme celui de Syrie et d'Eg-yple. a 
exercé une action considérable sur la g-enèse de lart chrétien, il 
reste à examiner si cette influence fut aussi exclusive qu'on le dit 
et si l'Asie-Mineure peut revendiquer une part essentielle dans la 
création des types architecturaux quelle nous montre réalisés. 

^'oici une remarque qui frappe tout d'abord : c'est (|ue le 
groupe des édifices du haut plateau anatolien, dont Bin-bir-Kilisse 
offre les meilleurs exemplaires, semble avoir, en somme, contri- 
bué pour une assez faible part au développement de l'art byzantin, 
ce qui ne laisse pas de réduire l'importance de ce groupe. Nous 
l'avons dit déjà, Alexandrie. Antioche et Ephèse auraient pré- 
paré la renaissance de l'art qui se révélera à Constantinople dans 
toute sa perfection et toute sa beauté, mais il faut ajouter ([ue l'ef- 
fort créateur de ces trois centres hellénisticjues a été si puissant 
qu'il est devenu exclusif et larrière-pays égyptien, syrien et ana- 
tolien ne joue, en comparaison deux, qu'un rôle tout à fait secon- 
daire, dans le travail d'élaboration des types architecturaux qui 
se constituèrent à l'époque de Constantin. 

Quelle est donc exactement la part de l'Asie-Mineure dans la for- 
mation de ces types principaux que nous avons classés? J. Strzv- 
g-owski lui-même reconnaît l'origine des édifices chrétiens de plan 
octogonal dans l'église des Saints-Apôtres que Constantin fit éle- 
ver dans sa capitale ; il fait dériver de ce même monument le plan 
en croix à coupole centrale ; enfin, tout en réclamant une part 
d'influence pour les constructions constantiniennes d' Antioche, il 
■admet que « le nouveau centre qui grandissait dans la capitale com- 
mença bien vite à prendre la direction dans les choses de l'art ». 

Pour réelle que soit l'influence de l'Orient hellénistique, elle ne 
doit pas porter préjudice au rôle joué par Constantinople dans la 
formation de l'art chrétien. Si, dans la hâte un peu fébrile des 
débuts, les constructions constantiniennes de Constantinople se 
contentent de reproduire l'architecture hellénistique de l'Orient 
et les édifices de type latin presque sans modification, cette 
période dure peu et la présence de la Cour, l'excitation de ressources 
et de richesses immenses produisent rapidement un grand mouve- 



[)i (Il Ai'iiiii: Il 

iiUMil aiti>^ti(jUt* <[ui, ;i son toui'. cxt-rri' hik' iiilliu'iu-c sur les piiys 
tMivir(tMM;iiils dont on i''t;iit iiutrcfois liihulitiic. (hiand on voit, en 
iOl.dit M. (!li. I)ifhl '. 1 iiMpi'ialrifi' lùidoxic i'nvo\ cr de ( lonstan- 
lino|)K' des plans pour la reconstruction d'une t'-j^'^lisc a (îa/a; (piand 
on voit, au VT' siècle. Isidore de Milet. 1 areliiteele de Sainte-Sojihie, 
élevant dos édllices ;i (lliaKis en Syrie, peut-on nier laetion 
(ju\'xei\Mit la capitale, et a-t-on le droit surtout de déclarer spéci- 
ii(|uenuMit asiatiijues ou syriens tous les inonuinenls (jue l'on ren- 
contre localisés en Asie-Mineure ou en Syrie. Sans méconnailro 
aucunement le i^-'rand rôle des villes hollénisti(pu's d"()rient. en con- 
cédant nièiue. au moins juscju ;i plus ample informé, (jue le type de 
la i)asili(jue à coupole peut bien être orii^inaire de l'Asie-Mineure ou 
de la Syrie, il convient, croyons-nous, de faire, et dès le iV siècle, 
à {'onstantinople aussi, sa part. VA (ju On nOhjecte point (pie nous 
ig-norons tout des monuments de liy/ance de cette épocjue. (hie 
savons-nous des édifices d'Alexandrie et d'Antioche, et nous 
crovons-nous obligés, i)our cela, de refuser à ces cités un rôle dans 
la formation de l'art byzantin ? 

Au reste, il n'est pas discutable aujourd'hui (jue les types des 
monuments chrétiens de l'Asie-Mineure — de certain d'entre ci's 
types — procèdent souvent de la Syrie et parfois de Constantinople. 
Il est clair (jue leur valeur s'en trouve, sinon amoindrie, du moins 
déplacée et (jue leur véritable et scientifi(jue intérêt consiste à nous 
aj)j)rendre comment, jiar tout l'Orient hellénifjue. se sont projiai^ées 
des méthodes et des influences communes, d'où sortira le j^rand 
essor artisti(jue du vi'" siècle. Constantinojile a imprimé à des 
méthodes encore hésitantes un essor dont elle-même ne se dou- 
tait pas. elle les a aj)|)liquées, jiortées à leur j)lus haut de^^ré et 
leur a donné la solennelle consécration (jui les a identiliées avec l'art 
byzantin. Sur ce point. MM. Diehl et Strzy^owski sont jjleinement 
d'accord et ce dernier admet que les systèmes d'architecture parti- 
culiers aux trois régions de l'Orient hellénisticjue (Ej^'vjite. Syrie, 
Asie-Mineure i, en se rencontrant à Constantinople, se combinent 
pour donner naissance à la nouvelle forme d'art hellénistico-orien- 
tale, la hi/zantine. Sainte-Sophie doit être considérée comme 1 in- 
com|)arable produit de cette réciprocjue pénétration. 

1. Journal des savants, iOO't, p. 247. 



.\RCiHTi;cTL"itr, ui-; la svmi: ck.muai.i; 



V. Architecture de la Syrie centrale. 

Avant d'aborder l'étude de l'architecture l)yzantine nous devons 
nous arrêter un peu aux monuments de la Syrie centrale afin de 
grouper quel(|ues réflexions plutôt que de décrire les édifices (|ui K's 
inspirent. 

Dès le [f siècle, l'influence romaine se manifeste dans la Svrie 
centrale et cette province devient le centre dun mouvement archi- 
tectural dont les efTets s'affirment de plus en j)lus jusqu'à la fin du 
vu" siècle et dont le rayonnement s'étend jusqu'en Europe. Les 
ég-lises reproduisent les dispositions et les formes des basiliques de 
Rome; le style des constructions est romain, modifié par des 
influences locales, parle souvenir très marqué des arts antérievu's, et 
surtout par la nature des matériaux que les architectes avaient à 
leur disposition et qui ont imposé k leurs ouvrages un caractère 
vraiment original. Dans les régions situées à proximité des forêts on 
fait usage de charpentes pour la couverture des édifices, mais 
lorsque cette ressource manque absolument on relie les faces laté- 
rales aux travées de la nef au moyen d'arcs destinés à supporter les 
dalles de pierre formant à la fois le plafond et la toiture. La simpli- 
cité et la force des moyens employés indiquent une habileté con- 
sommée alliée à un sentiment de l'art des plus délicats. 

Les édifices chrétiens de la Syrie, si importants pour l'histoire 
de l'art chrétien monumental, se sont ressentis d'influences très 
diverses qu'il est moins aisé de définir que de soupçonner. Sa posi- 
tion géographique et ses vicissitudes politiques, au moins autant 
que ses relations commerciales étendues et lointaines, concoururent 
à introduire sur ce coin de terre toutes les races qui dominèrent 
tour à tour le bassin de la Méditerranée. 

Pendant la période grecque l'architecture syrienne n'échappe pas 
à l'influence des arts étrangers. C'est ainsi que dans certains édifices 
comptés parmi les plus anciens de cette période, tels que le tombeau 
d'Absalon et le palais d'Hyrcan, la corniche égyptienne est associée 
aux ordres grecs. Le grand temple de Baalbek montre l'architec- 
ture gréco-syrienne encore animée du souffle puissant de l'art 
égyptien ou assyrien. On peut également indiquer quelque comnui- 
nauté de principe entre le chapiteau à consoles des édifices du 
Haouràn et celui des anciens monuments de la Perse, entre les cou- 



*M\ I II M'ii lii: Il 

j)(ilf> s\ ^u■Illll••^ <•! li's (IniiH's mil! \ lies ou ctu\ (K'-> palais sassamdi's. 
A 1 aiiliitfit me luiiixitc m- rat lacliciil ciUdrc les nifi'ldlis ii rcdaiis 
(lu Iniiilicau jtlM'iiuirii (1 Aiiuilli et (If plusicuis hunlicaux de l'clra. 
nuiloiis (|ui sont (IcM'ims plus tard le C()ui'(»iuicmciit hahituid des 
imiis aiahfs. ( )ii pouirail iiu-iiu' trouver, dans les ruines faidastupics 
de iN'tra. (pii'Kpic iiMUluiscciicc des nioiiuilicnls IiiikIkus. telle (pie 
la nuiltij)liiilt' des haiides liori/onlales Idi'iiK'-es d eiilahlemeiils. 
e(triiii.'lies et piédestaux, l)i/arreineiil aeciiimiles les mis sur les 
autres a\'ee une hauteur totale (pu (K'passe heaueoup celle des 
(.•oloiiiies ou pilastres (pii les soutiennent, l'^l ce rapjtroelienient 
n aurait rien de loree j)ins(pie. sous la donunation romaine. Palmvre 
au nord de la S\ rie. Pelra au sud l'-taienl devenus les eiitrep(")ts du 
commeive de 1 lùirope avec 1 Inde, la (".lune et 1 Arabie'. 

La Svrie. suivant mie observation très juste, n Cut jamais de ^•oùt 
personnel à cause de sa composition ellinicpie. l'dle montra loujoius 
de la prélV-rence pour le ^oiU de l'un (pielcoiupie de ses puissants 
voisins. l{^\[)tien ou Assvrien. se pr(''occu|)ant peu de ses voisins 
plus faibles. Aussi, sous 1 inilueuce de Honu-. (die se S(''para de 
1 Asie-Mineure et lit siennes les formuler somaines rt'pandues dans 
le monde entier vers le temps de l'empereur Hadrien-'. Au \ i'' et au 
vil'' sit'cle. le voisin intluent lut la Perse. Les architectes sassanides 
construisirent, dans le Ilaouràn. la cou[)()le coni((ue d Iv.ra ' et. en 
TransJordanie, à Amman, le prototype des palais arabes, (pudre 
puissants ext'dres ouverts sur les (juatre C(")t(''s d'une cour '. Ces 
architectes (U'pl()V('rent, sou.s des arcades décoratÏNCs en fer ;i che- 
val, leur acanthe nu)lle. leur flore pittores(jue. lis, ro.ses. mais le 
<^()ùl arabe s'allirme par l'abandon de la ti^iire vivante et la transpo- 
.silion sur la pierre des motifs j4éonu''tri(jiies de la sculpture sur 
bois '. 

1. i'. (le D.nieiii. l'.tiido i^iir rnrchilectnrc lornhurdc, \). ^'t s(|. ; de N'ol^i'u', 
Si/rir ci'iilrulc. p. l'I. 

2. Ixiiuiliikov. Arc/iriilof/iïi'nhor piih'si-slric po Sirii i Palrsllnjr i\'i)\;\<^c, 
.Trclii'-otuwii|iic cil S\ ri('-l*;ilfsiiii('', iii-8", Sailll-t*éle^sl)()llI■;,^ l'.MIi. p. ,';'.). 
A I{;iall)ek. i'alrimii li('\a;;()iial est pareil à eeltii (le Tyr, mais (''Iraii^^ci- aux 
types occiileiitaiix ; ceiieiKlaiil la slrnclure vl roniemciilalioii sont i oiiiaiiies. 

!{. De N'ouMié. [). 77. 

i. /J., p. I->S. 

:>. /'/., |). <''N. Dans les in()saï<ni('s de Damas, les archilectiires et les jardins de 
la (l(''C()ralion li('ll(''uislii|ii(> picmu'iil un as|)ec'l oriciilal. D'autre |)ail.le ciseau 
hy/.antin n'apparait i^mk'tc dans la iicdi(,' s(''rie des chapiteaux du Saiiil-St'-pulcic 
cl de la mos(jU(''e dlil-Aksa. 



AUCIIIIKCniiK DK LA SVItll-; (.K.N IH AI.K 91 

Depuis près d'un demi-siècle un problème est nettement posi'-. 
dont la solution n'a pas été donnée dune manière dèlinilive. L( s 
édifices chrétiens de la Syrie centrale (pia fait connaître la mission 
de \'og'iïé olFrent avec l'architecture romane de l'Occident tles res- 
semblances frappantes. L'emploi de la voûte substituée à la couver- 
ture en charpente des basili({ues occidentales, la disparition de 
Vatrium remplacé par une ftiçade à porche flanqué de deux tours, 
l'usa^^e des piliers contournés de demi-colonnes eng-ag-ées, l'établis- 
sement d'une travée sur plan rectang-ulaire en avant de 1 abside, la 
disposition tles fenêtres à arcades par g'roupes de deux ou trois 
ouvertures accolées, sont autant de traits caractéristiques des édi- 
fices de Syrie et d'Asie-Miiieure (jue l'on retrouve dans les construc- 
tions romanes '. Ce point initial et ce point teiMiiinus sont nettement 
situés et définis ; ce qui est demeuré flottant et indécis, c est le lien 
qui rapproche ces extrêmes et explique la filiation partant de l'art 
byzantin pour aboutir à l'art roman. 

Tandis que M. de Vogiié et VioUet-le-Duc expliquent cette simili- 
tude par les croisades, M. Enlart et M. Ch. Diehl réduisent le plus 
possible la part de l'imitation que M. Strzygowski maintient abso- 
lument, jusque dans ce qu'elle a de plus servile. Selon lui, les édi- 
fices construits en Anatolie dès le iv*' ou le v^ siècle ont inspiré et 
instruit les constructeurs occidentaux qui se sont appliqués à les 
reproduire. Les relations commerciales très actives entre Ravenne, 
Milan, Marseille et l'Orient ont servi de prétexte et d'occasion à 
l'infiltration des méthodes orientales d'architecture en Occident, la 
tradition monastique a facilité ce mouvement dont le résultat le plus 
clair fut de créer, dès le iv'^ siècle, dans l'Italie du >sord et la Gaule, 
au point de vue artisticjue, comme une sorte de province de l'Eglise 
orientale; d'oii il résulte que l'art roman procède des mêmes origines 
que l'art byzantin, sauf toutefois, qu'en Occident c'est l'art oriental 
de l'arrière-pajs anatolien,à Constantinople. l'art des grandes villes 
hellénistiques qui exerça l'influence prépondérante. 

Ce sont là des hypothèses qu'il est plus aisé de combiner que de 
prouver. En l'état actuel de nos connaissances on peut dire qu'elles 
ne reposent encore que sur des convenances et des arg-uments contes- 



1. D'après M. Puclistein, ces façades à porche avec tours de façade repré- 
senteraient l'ancien chilani hittite. La Syrie et lAsie-Mineure auraient donc 
puisé à une source commune, lart des peuples [de même sang établis dans 
l'Asie-Mineure orientale, l'Arménie et la Syrie du Nord. 

Archéologie chrétienne. II.— 7 



'.'S I 11 \i'i I m; Il 



c 



l;iI)K'S '. .Ius(|u;i la (Itioiiv ti d- iK s l'-diliccs «m des vcstii^rs (uii 
jahmiu'iil la communicalioii riilie 1 Orit-iil ci 1 ( )iti(liiif . on |k'uI sup- 
poser (pu* 1 aKst'iui' (11' it's \ l'sti^-t's s l'xplicpu' en paitic pai' leur iiicxis- 
tenco. 1 >(' II' (pic lis arrliilciUs oicidciilaiix sont anivi-s à adopter 
les nu'ines lornies |)our résoudre les nu'ines pi'ohleines (jui avaient été 
proposés aux areliiteilt's orientaux, nous pouvons eoiK dure «pie ees 
lornies étaient si naturidlement ada{)tées à leur ohjel (piidles s'inij)o- 
saient pres(pie. 1 )es erocpiis. des récils, ont pu eireuler sans doute, 
l)ien (pie nous n Cn indevions nulle trace ; id si. eoniine c'est \ l'ai- 
seinl)lai)le. les Occidentaux cliercliêrent en Orient des inspirations 
vl des inodtdes. nous ne S(»inines pas en état de préciser la nature 
et 1 importance de tous ces emprunts, faute de textes précis et de 
monuments. ('.e(pii est probable, c'est cpie ce furent surtout des motifs 
d'oriu'mentation (pii se transmirent, bien plus ([ue des formes d'ai-- 
chitecture '-. De la viennent les raj)p()rts étroits (jue les miniatures, 
les ivoirt-s, la décoration des monuments oirrent de bonne heure avec 
les modèles orientaux. Mais il n'est <i;-uèri' crovable (jue si, dès le 
iv'" siècle, K's architectes d'Occident avaient eu sous leurs veux à 
Havenne,à Milan ou à Marseille les l)asili(jues orientales, ils eussent 
attendu ciiuj siècles pour s'en inspirer. 

La basilicjue de Tafkha est un édilice chrétien bâti du iv*' au 
v*" siècle et qui manjue admirablement la transition entre la basi- 
lique civile des Romains et l'ég-lise chrétienne. Le système de cons- 
truction ra[)pelle ce que nous disions au sujet des maisons d'Am- 
rah '. 11 oll're la répétition, plus ou moins fré({uente. suivant (ju'on 
désire un édilice plus ou moins grand, d'une travée /'//)(', reproduite 



1. M. .1. Str/.y^'owsiii iiivcxiue particulièreinent un édifice de Cnhihro (ju'oii 
nomme la Uocn'lhila ili Sifuilnce dans letjuel il l'oconnait une construction 
orientale datant de la période (jui va du iv au vi'' siècle et servant de proto- 
type à un |,M()Upe important de monuments de l'Italie du Sud tjuon rattache- 
rait parce moyen à danciens types orientaux. Mais le soi-disant type oriental 
(le la lioccollnta di Sffiiilure ne |)eut se réclamer d'aucun édifice oriental actuel- 
lement connu ; de plus, c'est aux cathédrales siciliennes (pi'elle semble appa- 
rentée et M. E. Merteaux la l'ait dater, avec beaucoup de vraisemblance, delà 
fin du xii*" siècle. L'art '/.i/is l'itulii' ini-ridionnle, in-8", Paris, lOO.'J, p. 126- 
128. 

2. i'.]\. Dield, L<'s (iri(/inrs usiali'/iipn iJp l'nrl Jji/znnfin, dans le Journal don 
s;ir;tnls, i'M)'t. p. 2i>0. {'A'. L. Hréhier, Lm coloniea (]'()rirnl;ui.r en Occidrnl nu 
comtncnreini'nl du nioi/i'n ;i;/t\ V-Vllh .s àV /es, dans Bijzantinisrhc Zcilschrif/, 
i903, p. 1-39. 

3. Voir Dicdonn. d'arch. chrél., t. i, fig. 408, 409. 



ARCIlITECTUni: DK LA SVltlK CEMHALE 1)9 

un certain nombre de fois. A Tafklia, la nef est formée par des 
rang^ées d'arcs j^arallèles, un grand arc pour la nef centrale, deux 
petits arcs pour les nefs latérales. Celles-ci sont à deux (Ha^-es 
formés par un plancher de pierre porté sur des corbeaux eni;ag-és 
dans les murs transversaux. 

Une fois bien comprise et scientifiquement résolue, la difliculté 
que rencontraient les premiers architectes chrétiens disparaît et tous 
les édifices qu'ils construisent dans les conditions que nous venons 
de voir, n'offrent d'autre intérêt que celui de la décoration et des 
problèmes nouve;mx qu'ils se posent à eux-mêmes pour échapper à 
la routine. C'est ainsi que nous les voyons aborder la construc- 
tion polygonale au baptistère de Moudjeleia et l'abside carrée à 
Behio. Le baptistère de Saint-Georg-es d'Ezra est une construction 
octogonale composée de deux octogones concentriques inscrits dans 
un carré. L'octogone central est couronné par une coupole de dix 
mètres environ de diamètre, soutenue par huit piliers de 
cinq mètres de hauteur. Les deux assises hautes de la rotonde octo- 
gone sont : la première à seize pans, la deuxième à trente-deux 
pans; de manière à passer graduellement de la forme polygonale au 
plan circulaire de la base de la coupole, de forme ovoïde en éléva- 
tion et rappelant les monuments de l'Asie centrale. Cette coupole 
est la seule partie du bâtiment faite en blocage ; tout le reste est en 
pierres appareillées à joints vifs. Une disposition intéressante se 
voit à la base de la coupole. Ce sont de petites fenêtres semi-circu- 
laires, une dans chaque pan de l'octogone ; c est le plus ancien 
exemple existant d'un système d'éclairage qui reçut à Sainte-Sophie, 
de Constantinople, son entier développement. 

C'est comme un premier point de contact rapide, mais suffisant, 
pour permettre de rattacher larchitecture syrienne aux écoles posté- 
rieures, dont la célébrité la longtemps comme efTacée. L'église de 
Qalb-Louzeh, d'une remarquable conservation, affecte dans son 
ornementation des formes qui tendent vers les pratiques byzantines. 
Mais c'est surtout l'église de Tourmanin, dans laquelle se combinent 
les dispositions de Baqouza et de Qalb-Louzeh, qui est instructive. 
Si la disposition du narthex laisse reconnaitre en germe les façades 
du moyen âge occidental, c'est cependant l'abside qui mérite sur- 
tout notre attention parce que c'est là qu'apparaît, de la manière la 
plus évidente, le lien de parenté qui unit les églises de la Syrie 
centrale à celles de l'Occident. Extérieurement, cette a]:»side est 
décorée, comme à Qalb-Louzeh, de deux ordres de colonnettes 



lut) I II Ai'i nu: Il 

«lirrclt'iiu'ul sujt('r|)<isi''cs : la (lomn'i' rsl t'îicorc aiili(|U('. Iticii (|U(" 
l a|)|ilu:iti<)n en soil ah^olumcul ii(tu\ clic. L archilcclc. dour d un 
|4;raii(l sens j)rati(iui'. a sU|i|)riiiic. les jui^M'aiil inutiles, la loniiclic, 
la liise ft larcliitrax i'. ([uiin (.'onstniclcur romain n mit |>as inan([ué 
(rinlt'i\aUM' dans sa composition. Néanmoins, la coloniit' est rcslci' 
aiiti([U(> dans ses propoil ions et dans h* rappoil des deux ordres; 
mais (uiOn attende un ])eu plus et ces derniers serupules dis|)arai- 
tront. K- chapiteau et la l»ase inliM-médiaires, devenus inutiles. dis|)a- 
railronl ou seront remplaeés \m\v une hai^ue; la longue colonnelto 
ainsi obtenue se rapprochera ch^ sa voisine, les eorheaux de la cor- 
niche se serreronl et 1 abside romane de France ou des bords du 
Hhin apparaîtra. 

La dt'inonslration de ces relations, (ju il sullil dindicpier ici, a cHc; 
laite j)ar M. de \'o^''U('' cl conlirmée récemment j)ar la mission amé- 
ricaine ; nous aurons occasion dv revenir ailleiu's. 



VI. Architecture byzantine. 

Si, comme nous l'avons dit, 1 arcliiteclure by/.antine n est pas née 
à (]onstanlinople, elle s'y est, à tout le moins, or^'^anisée. (]e ne fut 
pas l'alVaire de peu fie temps. Ce ([u'on pourrait nommer la pre- 
mière Constantinople, celle que, précipitamment, Constantin 
éleva, était, par bien des points, une ville romaine. Dès le v'' siècle, 
on peut constater (jue les g-ermes d'oriti^inalité du style d architec- 
liu"e ([ualilié de by/antin se développaient heureusement. (]e style 
répondait ;i ces nouvelles tend;uices artistiques (ju'on aperc^'oit 
encore confuses au palais de Spalato et dé'jà plus sûres dcdles- 
mèmes au mausolée de Galla Placidia et au baptistère de liavemie. 
Malt,'"r('" ce très réel pro^'rès il n'en faut pas moins considérer la 
jH'iiode entic're cpii s'étend de Constantin à Justinicn comme la 
période de formation de l'art byzantin. Pendant cette période, 
l'Italie, devancée par l'empire ^rec, se prêta comme un champ 
d'expéiienccs pour y tenter la réalisation des proi.,'-rès entrevus et des 
innovations proposées. Va\ Italie, de même (ju à (>onstantinople, 
bien ([ue pour des causes im peu dillerentes, on lit surtout usaj^e 
(les mac^'onneries en j)etits matériaux (jui se recommandaient d'ail- 
leurs par les colossales bâtisses des Thermes. On n avait f^ui're le 
choix de faire autrement. L'ex[)loitation des carrières était aban- 
donnée et le transport des matériaux réduit aux pièces de grand 



AUCIHÏKCTLKi; l'.YZAMlNE lUl 

prix, colonnes ou niarl)res précieuNc. Il n'v avait (ju'à continuer la 
tradition romaine, et, conséquence oblij^'-ée d'un pareil svstènic de 
construction, les revêtements et les placag-es jouèrent aussi le rnle 
essentiel dans la décoration intérieure des édifices byzantins. Néan- 
moins il importe de bien disting-uer entre les procédés de ctjnstruc- 
tion, d'ornementation et le style architectural. 

« Dès le commencement du vi'' siècle, écrit M. Corroyer, l'art 
byzantin se dég-age des traditions latines ; il marque l'essor d'un 
développement original (jui s'est manifesté par une architecture 
hardie, témoignant de la grande science et de l'habileté des archi- 
tectes byzantins. » 

Le caractère dominant de Farchitecture byzantine réside dans 
l'emploi de la coupole comme partie architectonique avec toutes les 
conséquences résultant de ce mode de construction. La coupole 
n'était pas une forme nouvelle. Les Roniains la connaissaient de 
longue date puisqu'ils avaient sous les yeux, à Home, le temple rond 
du Panthéon et le Caldariuin des thermes de Caracalla, modèles 
achevés d architecture, aussi admirables par les savantes combi- 
naisons de leur structure que par la niagniticence de leur décora- 
tion. Les anciens Romains ou les nouveaux Byzantins connaissaient 
également par leurs relations suivies avec les peuples de l'Orient et 
de la Perse, alors dans tout l'éclat de leur prospérité et de leur civili- 
sation, la coupole asiatique sur pendentifs ; mais on ne l'avait 
appliquée jusque là qu'à des édifices de petites dimensions comme 
des chapelles ou des baptistères. Cependant des essais avaient été 
faits sur de plus grandes dimensions, et la coupole de Saint-Georges, 
à Ezra, dans la Syrie centrale, est un des exemples les plus intéres- 
sants de ce genre de construction. La coupole d'Ezra, bâtie dans les 
premières années du vi'' siècle, a environ dix mètres de diamètre sur 
plan octogone, facilitant le passage au tracé circulaire plus que ne 
fait le plan carré, même racheté par des pendentifs. 

Mais, lorsque la coupole devint le principe même de la construc- 
tion, les difïîcultés s'accrurent en raison de la dimension agrandie 
des édifices. L'une de ces difficultés fut de concilier la nouvelle 
architecture avec les formes rectangulaires sur lesquelles s'était 
modelé le cérémonial liturgique du culte chrétien. On commença 
par supprimer les colonnes de la basilique latine ou des anciens édi- 
fices à coupoles de l'antiquité païenne et chrétienne ; on les rem- 
plaça par de puissants piliers au-dessus desquels on banda de grands 
arcs dont les vastes ouvertures tracent les quatre branches d'une 



102 riiAi'i ii!i: Il 

croix (li'iil la loupnlc in:ii'([iic le centre. Dans ces ^Taiids arcs for- 
niaiil l'ossature Av l'édilice. coniine dans les lliennes romains, les 
colonnes ne sont pins (|ue des sul)di\isions ; (dles ne st-rNcnt plus 
(|U ;i soutenir les arcades des tiihunes ou à séparer les galeries 
secondaires. 

I.a loupoK" repose ainsi direcleinenl sur le somniel des (juahi' 
arcs t'ievés sur plan carré, ridiés par di's jx-ndentils spliéricpies appa- 
rcilli's normalement ;i la couihe, rachetant le carre — cCst-à-diri; 
passant du jilan carré de la naissance des arcs au plan circulaire 
c()ur(uuiant leurs ciels — et reportant les cliai';;;es de la coupole 
hémispheri(pu' sur les (piatre piliers. 

Afin de contrehuter ces t;'rands arcs sur K'scpu'ls ai^issenl d éiier- 
yiipies j)oussées verticales, on appuya contre eux des voûtes en 
(piart de sphère ou en berceau, et la coupcde ct'ntrali' se trou\a 
ainsi soutenue l't maintenue de tous côtés. Mlle devint le centre 
autour du([uel furent disposés les demi-coupoles et les berceaux 
nécessaires pour assurer la stabilité de rouvra^e : en même temps 
cette (lisj)ositi()n donna ;i lédilice de «grands espaces (pii lurent uti- 
lisés pour la célébration des olîices liturg'i(pies. 

Au j)oint de vue technicpie, ce nouveau mode de bâtir lit ^■rande 
impression sur l'esprit des architectes ; il excita leur éniulalit)n, il 
provo([ua leurs études sur celte forme nouvelle dont ils pouvaient 
tirer un si jj^rand parti et plus encore sur les règ^les architectoni<|ues 
tlont cette forme imposait l'application. Dès lors les basiliques du 
type latin devinrent l'exception en Orient. La cou[)ole fut comme le 
thèmi' autour duquel on exécuta dinlinies variations, et Sainte- 
Soj)hie de Constantinople a[)parut comme la manifestation la plus 
complète et la plus grandiose de rarchiteclure byzantine. 

Celle-ci re^ut, sous le règ-ne de Justinien, une inq)ulsion si 
durable et si puissante cjue l'on ne sépare guère plus aujourd hui 
le *^rand empereur de et; style ({ui parvint, sous son rè:;ne. à l'ex- 
pression (lélinitivc; "J 1 9-.')(il ). Nous décrirons dans le l)ic/l'//in;iir(' 
d\irc/i<'f)l(j;/ic Sainte-Sophie avec le détail qui convient, ainsi (pie les 
principaux édilices de ce temps, tels (jue Saint-Serge-et-Bacchus de 
Constantinople, Saint-\'ital de Ravenne, Saint-Aj)ollinaire-in-(>lassi', 
etc. Ici nous devons nous borner à mettre (mi évidence les caractères 
distinctifs de l'architecture byzantine et à rechercher la part d in- 
fluence (|ui lui revient dans l'évolution de rarchiteclure chrétienne. 



CAKAdTRKS KT INFLL'ENCK UK I.'AUCIiriKCTlUK liV/.AMINi; I (l.'i 



VII. Caractères essentiels et influence de l'architecture byzantine. 

Les cai'actères et l'induence dont nous voulons trouver l'expres- 
sion ne peuvent se rencontrer que dans la disposition, le système 
de construction et la décoration des édifices byzantins. 

1° Disposifions. — Les é<^-lises bâties en Orient depuis le milieu 
du VI'' siècle appartiennent à l'un ou à l'autre des trois types sui- 
vants : basilique couverte en charpente ^, rotonde -, basili([ue 
byzantine voûtée •'. De ces trois types, le premier fut délaissé de 
très bonne heure, le deuxième n'est représenté que par quehjues 
rares édifices, le troisième devint d'un usage presque général ; 
c'est celui qu'il nous importe d'étudier comme vraiment typique. 

La basilique byzantine voûtée présente une originalité véritable 
grâce à sa coupole sur pendentifs dressée au milieu d'un vaisseau 
central plus ou moins allongé dont Sainte-Sophie de Constantinople 
est le plus illustre exemplaire. L'influence exercée par ce chef- 
d'œuvre fut générale en Orient, et elle dure encore non seulement en 
pays grec mais môme en Russie '. 

Cette influence s'arrêta net au bord de l'Adriatique. En Occident 
on ne la rencontre nulle part. Les édifices byzantins sont tantôt des 
basiliques latines comme Saint-ApoUinaire-in-Classe, tantôt des 
rotondes comme Saint-Vital de Ravcnnc et Saint-Laui-ent de Milan, 
tantôt des vaisseaux cruciformes ou allongés à séries de coupoles 



1. Procope en décrit (jiiclques-uncs élevées sous Justinien, tant à Constan- 
tinople que dans Tempire, 

2. Saints-Scrge-et-Bacchus à (Constantinople sous Justinien, avant Sainte- 
Sophie ; jusqu'à un certain point Saint-IIélie de Thessaloni([ue. En Occident 
Saint-Vital de Ravenne. 

3. Sainte-Sophie deThessalonic[uc, Saint-Nicolas de Myre, Saint-Bardias de 
Thessalonique etrég-lise des Saints-Apôtres à Thessaloni([ue. La Theotocos et 
le Pantocratorà Constantinople sont bâtis sur le même type (pie Saint-Nicolas 
de Myre. Quekiues difTérencesde détail à Saint-Clément d'Ancyre et dans une 
église ruinée entre Smyrne et Sardes. 

4. De Constantinople, le style byzantin s'est répandu sur le littoral de la 
mer Noire, a envahi la Crimée et s'est ensuite propa^-é rapidement en Russie 
où il n"est pas une ancienne église qui ne s'annonce par un ou plusieurs dômes 
dont le principal occupe le centre de l'édifice. La plupart de ces églises russes 
sont dues à des architectes grecs. L. l^eynaud, Traité d'architecture, in-t", 
Paris, 1870, t. ii, p. 243. 



lOi 



:iiM'iiiti: Il 



coininc Sailli-Mare de W-nisc ', Sainl-Front de Pt-rii^ucux . Saiiil- 
l'UieiiiU' lie la nièllU' ville, la eatln-drale di' Caliois et (|uel<[Ue.s 
autres éj^'-iist-s du sud-ouest de la I' ranee. Aueuu de e(;s inouuineuts 
n'ollVt' di' eoupoU' doiuiuante élevée sur le milieu d un Naisseau 
allonjjfé. A plus foite raison u Cn trouve-t-on aueun exemple dans 
les éj^'lises de slvle roniano-hv/.antin des bords du IJIiiii, Sainte- 
Marie du (lapitole il (loloj^^no, la cathédi'ale de WOrms, le donu' do 
Mayence, la eathédi-ale de Strashourjj;' (pii, comme les éj^'lises de 
style lombard, placent leur coupole. (|uand elles eu ont une. soit à 
la croisé-e de la nef piiucipale et du trausej)t, soit, (piand il ny a 
pas de transept, siu" la travée de la nef principale (pii précède 
immédiatement la tribune. 

Nous avons insisté précédenuuent siu' limiuense l'ssor (pu> 1 em- 
ploi de la britpie donna aux constructions. (( Dans les pays les plus 
abondants en pierre dv taille nous voyons les architectes préférer 
la bri(|ue à tous les autres matériaux-'; » à Myre, en Lycie, 
K l'église de Saint-Nicolas est bâtie en bri([ues, mal^'-ré l'aboiulance 
(le pierre de taille qui existe dans la localité '. » (^est b"i lui |)remier 
exemple (pron [)ourrait faire suivre dun ^rand nombre d'autres 
(pii nous montreraient (pie lemjjloi de la bri(jue est une des carac- 
téristicjues de la maçonnerie byzantine. La coupole, toujours sail- 
lante à l'extérieur, ajoute M. de Dartein '', porte sur des [)iles iso- 

1. 1. "église (les Sainls-Apôlres, ;i (lonslniilinople, hâlio sous le réunie de 
.luslinieii el niainlenant détruite, devait ollVir ii la vérité une disposition ana- 
l()j,'ue à celle de Saint-Mare, car ion y voyait, selon Procope, luie coupole cen- 
trale à Tinterscction de deux \aisseaux disposés en forme de croix et couverts 
|)ar((natre coupoles de niénie dianiétri' que celle du milieu. Cv lyi><', qui con- 
venait assez liien à raicliiteclure occidentale, fut en Orient com|>Kiemi'nl 
délaissé pour celui de Sainte-Sophie. Nous n'en avons pas fait mention spé- 
ciale parmi les diirérenls types dé^lises byzantines, ])arce (pi'un exemple 
unique, remontant à une période de déi)ut, ne [)eul pas servir à formulci- des 
principes fj;énéraux, surtout quand cet exemple n'est connu <pu' |)ar une 
(lescrij)lion. Au reste, la coupole centrale des Saints-Apôtres, seule |)ercée de 
fenêtres, devait dominer les autres coupoles. 

2. (]h. Texier et Pullan, L'urchilcctiirc lii/z.inlinc, in-fol., Londres, l8Gi, 
|.. 2:;. 

3. i<i., p. [h:\. 

L Elude sur r.trcluti'cturf lonihnrdc el sur les orn/ines de l'urrliileclure 
rnniano-hi/z.-inline. \n-\", Paris, IS!S2, t. i, p. '.V.i s(|. Nous ne pouvons mieux 
faire cpie de donner ici les conclusions de ce travail dont on n"a pas tenu, en 
matière doriyines et d"Iiisloire du hyzantinisme, le compte (juil convenait 
de tenir. 



CARACTKRi;s KT INFLLKNCK DE 1. AIUJIITKCTLIU: liVZA.N II M) 10.) 

lées j)ni" rinterniédiaire de pendentifs; elle est évidée h sa hase par 
des fenêtres et maintenue sur les quatre côtés par de rohusles arcs 
appuyés sur les piliers. Les voûtes d'arête, (pii recouvrent parfois 
les bas-côtés et le narthex, sont habituellement surhaussées et 
iirrondies à leur sommet en forme de dômes. Des murs, faisant 
ofïice de cloison, ferment, partout où il est nécessaire, les •^n-andes 
arcades comprises entre les piles de soutien ; et les murailles d'en- 
ceinte sont reculées jusqu'à la ])aroi extérieure des supports 
extrêmes, de manière à utiliser comme surface couverte tout 1 es- 
pace occupé par les constructions. L'arc remplace défînitiveiuent 
l'architrave. Enfin la colonne est presque toujours surmontée d vm 
sommier destiné à élargir la surface d'appui des arcs qui viennent 
y retomber. 

Ces divers caractères apparaissent surtout dans les basiliques 
byzantines voûtées. Le type de la rotonde se prête moins ;i les 
mettre en évidence ; et ils se réduisent, dans la basilique byzantine 
couverte en charpente, à l'usage des arcs et à celui du sommier. Il 
faut observer aussi cpie, suivant limportance du monument, on les 
trouve plus ou moins bien accusés. C'est ainsi qu'à Sainte-Sophie 
de Constantinople, leur expression est complète ', tandis que dans 
les autres églises construites sur ce type, mais avec des dimensions 
beaucoup moindres, plusieurs d'entre eux se laissent à peine remar- 
quer ou même s'elfacent entièrement. Dans les petites églises, par 
exemple, il n'y a plus ni voûtes d arêtes sur les bas-côtés, ni 
murailles d'enceinte conq)osées de cloisons étal^lies entre des piles de 
soutien ; une smiple voûte en berceau prend appui sur un mur d'une 
épaisseur uniforme. Ce changement, et d'autres encore, résultent, 
comme nous l'avons déjà fait observer, d'une réduction dans 
l'échelle du monum.ent. 

Le caractère le plus intéressant des églises byzantines, au point 
de vue du système de construction, consiste dans le mode d'agen- 
cement de la coupole, c'est-à-dire dans son installation sur des pen- 
dentifs au-dessus du vide laissé entre quatre piliers. Une disposi- 
tion analogue se rencontre dans beaucoup d'églises lombardes; 
seulement la coupole, au lieu d'avoir une base circulaire, est cons- 
tamment octogonale ; et au lieu de porter sur des pendentifs à 
courbure sphéric[ue, elle est appuyée sur des trompes coni([ues 

1. Cependant les chapiteaux de Sainte-Sophie ne sont pas surmonlés (k> som- 
miers ; mais on y a suppléé en leur donnant une forme à la fois massive et 
évasée. 



toi) (iiAnriti: ii 

Siuivt'iil j)i(ililt'H's (Ml i^Tiuliils. M;il;^''ii' ces (lillViciucs (l;iiis les (h'iails 
lie rt'\(''(.'iiti(in, l.i i(iu|)i>lt' loinhiirdc, prisf (l;iiis son ciiscinlilc. ull'ic 
lilU' icssi-mlihiiirc IVapjtaiilc avec la coiiixilc l)\ /aiit me. l*r('S([Ut' 
toujours, comiiif t'cltc ilcriiiri'f, elle fsl accom|)ai;iu''c, du nioins 
surliois (("liés les deux hrautlics du liansrpl et la tiâhuiu- , |)ar 
di's Ndùli's l'M hcriH-au. Il est d(UU' très \ raiscniMa j)l(' (Hic les arclii- 
Icclcs lond)ards ont euipmutt' la couixjIc de leurs ('^lises auxmonu- 
inenls l)V/.aiiliiis. Ils avaiiMil sous les veux, uolaunnent à HaviMUu; 
cl à Milan, plusieiu's exemples de ee t;t'nre de voûte ; et s ils ne les 
ont (|u'imj)arfaiti'ment imités, eela lient sans doute ;i leur culture 
arlistiiiut' end)rvonnaire. (jui les eonduisil ;i simplilier la eonstrue- 
tion '. 

I/arehiteeture hv/anliiu' lut la j)remière à ein[)lover les voûtes 
darèle siwliausséi'S en dôme, et eest ;i (die seule (jue lareliiteeture 
lond)arde a j)U les emprunter. 

Le caractère distinctil de ces voûtes au point de vu(> t^t'onn'dricjue, 
est (jue les sections diagonales, au lit'U de si' proliler en idli|)se, sont ;i 
courbure circidaire. (Juand la hauteur disponible li' permettait, on 
les disposait en plein cintre, ou peu st'U laul, ce (pii, pour des 
voût 'S sur plan carré, détermine lui surliaussement considéi\'d)le. 

Tout l'art l)\/.anlin, il faut bien se K' lappelei-, n"est pas à Sainte- 
Sophie de C.onstantinople, mais cette église est le tvpi> par excel- 
lence de l'art bv/antin, c'est là ce (pi'il ne faut jamais perdre de 
vue. Il n'existe pas, a-t-ondit très justement, dans l'histoire de l'art 
chrétien, d'é^'^lise dont limportance soit plus «^'•rande. Notre-Dame 
(le Paris com[)te des é^Mles même dans les provinces voisines ; 
Saint-Pierre de Rome manijue d'ori^ànalité et n'est g-uère chrétien 
(pie de destination ; Sainte-Sophie, au contraire, mar([U(; 1 apo^^ée 
inimitable d'im stvle dont les proportions inusitées l'ont, en un cer- 
tain sens, un stvle nouveau. 

Sainte-Sophie, dit excell(Mnment M. Ch. lîayet, est le tvpe par 
exc(dlence de l'art bv/antin tel (ju'il s'est développé sous Justinien 
et ses successeurs ; les contemporains l'ont admiri'e. les artistes s en 
sont inspirés, mais il ne faudrait j)as croire (juVlle si> soit imposée 
comme un modèle (but ils n'osaient pas s'écarter. Or on imagine 



1. Les coupoles sassnnidcs sont |>;ireilleineiil .-ippiiyét^s sur des trompes. 
Peul-ètre les lrom|)es des couiioles octo^^onaies dérivent-elles des niches 
ouvertes, dans certains cas, sur (piaire cotés d'un tambour octof^onc. I.ors(iue 
ces niches sont spacieuses, r.iire de la salle devient sensiblement carrée. 



C.UtAriKHKS KT IMI.UKNCK DK I.' AliCII I IKC. IllU: ISVZAMl.M: 107 

volontiers que l'école hy/antine sesl toujours soumise à luie mono- 
tone uniformité, travaillant d'après des règ'les immuables. Hien n'est 
plus contraire à la vérité pour l'époque qui nous occupe; si partout un 
même esprit anime et dirige l'art, il se traduit cependant sous des 
formes diverses (jui attestent l'activité in<^-énieuse des artistes. C est 
ce qu'il sera facile de constater par quehjues faits. 

La coupole se répand de plus en plus et les basilitpies du type 
latin deviennent l'exception en Orient ; mais la coupole se prête à 
de nouvelles combinaisons. A Saint-Serge de Constantinople. par 
exemple, la coupole centrale n'est point flanquée à l'est et à l'ouest 
de deux voûtes hémisphériques. La forme générale est celle d'un 
carré ; la coupole s'appuie sur huit piliers et entre ces piliers se 
développent quatre absides. Dans l'église des Saints-Apôtres, deux 
nefs d'égales dimensions, ayant en longueur trois fois leur largeur, 
se coupent à angles droits à leur centre. Le plan présente ainsi la 
forme d'une croix à branches égales, ou croix grecque, qui se divise 
en cinq compartiments carrés de même étendue. Au-dessus de cha- 
cun de ces compartiments s'élève une coupole appuyée sur quatre 
pendentifs. Qu'on étudie d'autres églises, Saint-Michel surl'Anaple, 
Sainte-Irène, la Theotocos aux Blachernes, toutes présentent des 
différences de plan, si l'on en juge d'après celles qui subsistent ou 
d'après les descriptions de Procope. 

A Salonique, l'église de Sainte-Sophie semble appartenir au règne 
de Justinien, bien que Procope n'en fasse pas mention. Plusieurs 
voyageurs ont remarqué que l'architecte paraît avoir imité Sainte- 
Sophie de Constantinople. On y retrouve, en effet, la grande coupole 
centrale reposant sur quatre piliers, mais elle n'est plus accompa- 
gnée de ces deux grandes demi-coupoles qui existent à Constanti- 
nople, et, par conséquent, à côté d'analogies remarquables, on doit 
signaler des dillerences essentielles. En Asie, dans la région d'An- 
tioche, l'église de Dana ne présente point de coupole et se rattache 
plutôt au type de la basilique ; en revanche on y remarque un 
curieux exemple de l'arc en fer à cheval qui, de l'architecture byzan- 
tine, passera à l'architecture arabe. Les Byzantins avaient eux- 
mêmes emprunté cette forme aux types de l'Asie centrale. 

Si nous jetons un simple coup d'ceil sur une autre catégorie d'édi- 
fices, les rotondes, nous rencontrons Saint-Vital de Ravenne, élevé 
sur plan octogonal, et qu'on peut assimiler par tant de points aux 
églises à coupoles qui s'élevaient en même temps qu'elle à Cons- 
tantinople. Cependant Saint- Vital, commencé avant Sainte-Sophie, 



lOS (Il AiMiiii: Il 

s rii ilislin^-iu' par (l«'s (rails essentiels, a tel pnuil (|u du a proposé 
dv leeoiuiailre. non point I milueiu" l)\/anline. mais eelle diiiH' 
éi-ole (1 arcliileeluie (pii. aux i\ ' Cl \' siet'les. l'xislail a Milan, l'our- 
lant, soil dans la enlture ornenienlale. soil dans la di'eo! al i(»n en 
niosaupies. tout trahit la eollalxualion ou tout au moins l'eiistM- 
l^liemeiit d artistes i;i-eis. ( hi s e\])li(jue dilîicilemenl (pie cette 
intlueneo ne se soit i)as éleiuhu' surles plans de 1 édiliee si liui con- 
sidert- (jue c était en Orient surtout (piOn axait aj)pli(pié aux ('^-list's 
la lornu' j)ol\ i^onale. 

La décoration exterioure des églises l)v/.anlines des jui'iniiMs temj)s 
se réduit à fort peu de cliosi'. Nous ne nous occuperons ici (jue de 
la décoration intérieure, (lelle-ci consiste en ri'vétements de diverses 
natures, piacai^es en inaihre ou nu)saï(jues. appliqués sur les piliers, 
les murailles, les voûtes. Les archivoltes et les arcs, appareil lés en 
petits matériaux, sont décorés souvent de la même manière, en sorte 
([Ui' le rôle de la sculpture se réduit à oiner les parties de la cons- 
truction (ju une destination spc'-ciale ohli^'-e à exécuter en blocs de 
pierre isolés ou saillants, telles (|ue les hases. chaj)iteaux et som- 
miers des eolonnes. les linteaux des portes et les meneaux des 
fenêtres, li's bandeaux et les corniclu's, enfin les appuis ou parapets 
des «galeries supéi'ieures. Le rôle de la sculpturi' se trouve réduit à 
bien peu de chose et accommodé au caractère superficiel de l'ensemble 
de la décoration. \\n outre, son mode d'expression répond bien à ce 
canictère. (/est ainsi (jue le chapiteau, ollVant habituellement la 
forme dune corbeille, fut couvert en i^énéral d'un réseau d'orne- 
ments capricieux et délicats, ((ui paraissent envelopper ses massives 
parois de la mèiue façon dont les placaj^^es et les mosaïcjues tapissent 
les murailles [et les voûtes. Parfois même on refouilla ces orne- 
ments, au poiid de les détacher j)res([ue de la masse du chaj)iteau. 

(^etle décoration, admirablement adaptée aux conditions archi- 
tectonicpu's des édifices, convient à l'ornement de grandes surfaces 
lisses, mais n'exprime en rien le but utile des masses. Va\ né^''li^eant 
la forme j)our s't>mparer de la couleur, cette décoration a obéi à une 
loi profonde et à une éternelle vérité : c est (jue 1 architecture n'est 
pas un art nomade. A l'Orient la couleur, à l'Occident la forme, 
voilà la division fondamentale et le tréfond de 1 architecture bv/.an- 
tine. 



œ.MPAl'.A' \ Di;S CARAf.Ti.HKS Dl TVIM: AnCIliriOC IIH AL lî V/.AM IN 1 0!j 

VIII. Comparaison des caractères du type architectural byzantin. 

En Occident, à travers les vicissitudes des systèmes de cons- 
truction, la basilique cruciale reste l'inspiration fondamentale de 
tout édifice religieux ({ui nest pas un baptistère. En Occident, |)arnii 
des vicissitudes non moins marquées on retrouve les éléments cons- 
titutifs d un j)lan tracé de bonne heure et qui devient la base dune 
série de types successifs; ces éléments se résument dans la formule : 
narthex, naos, bema. \in Occident comme en Orient toutes les 
transformations accomplies procèdent d'une tendance commune qui 
peut s'exprimer ainsi: l'elfort vers une plus grande unité. 

Pour réaliser cette tendance, l'architecture byzantine a élaboré un 
svstème entièrement opposé à celui de l'architecture romaine. Par- 
tant de cette remarque que la réalisation de l'unité parfaite impli- 
quait la construction des voûtes dont la principale difficulté résidait 
dans la neutralisation de la poussée latérale, les Byzantins s'ing-é- 
nièrent à renforcer les murs sur les points de poussée par l'emploi 
de contre-forts intérieurs tandis que les Occidentaux s'engag-eaient 
de plus en plus dans la voie des contreforts extérieurs, arcs-boutants, 
etc., et tout ce qui devait suivre. 

Dans l'architecture religieuse byzantine les types divers évoluent 
autour d'un problème capital, la connexion de la coupole élevée au- 
dessus du naos avec le reste de l'édifice. Il est devenu possible 
aujourd'hui de déterminer les caractères particuliers de quelques- 
uns de ces types principaux. Texier et Salzenberg ont montré 
Fétroite relation qui unit deux églises de Lycie ' avec celle de Saint- 
Clément, à Ancyre. Ces trois édifices sont de plus apparentés de 
près avec Sainte-Sophie, de Salonique, et la Koimesis, de Nicée. 
D'après leurs caractères communs nous voyons du premier coup le 
noyau duquel dépend et autour duquel gravite la construction et la 
disposition entière d'une église byzantine. La coupole est toujours 
supportée par des piliers massifs à profil carré ou oblong. Ces piliers 
sont appliqués et comme fondus aux murs latéraux du sanctuaire. 
Dans la plupart des cas, cette masse est percée de deux étages d'ar- 
cades étroites et peu élevées -, ce qui donne l'impression d'un bloc 
unique composé des piliers et des murs. 

1. Deré Aghsy ou Cassaba et Saint-Nicolas de Myre. 

2. A Saint-Nicolas ces arcades ne sont percées que du côté ouest et au rez- 
de-chaussée. 



1 m ( iiAi'i iKi: Il 

Nulle |);ii-t la c(>u|)(>l(' Ile sfiiiMi' [néscnlcr iiiic sui'rli'valioii scn- 
siMc. Les firlist's (|Ui' nous av(in>^ ('■iniiiH'ifcs i-cpo^ciit touirs leur 
coupole siii- un tauihour exterieui- lielil ; ce (|ui l'sl plus reniarcpiahle 
c t'sl roUNfiture relaliveiniMil consitit rahli- de la coupole j)ai- rapp«»rt 
à sa liauleui". l'ai" exemple. Saiiile-Sopliie de Saloiiiipic a une cou- 
j)ole de I2"'l2<lde dianielre; rt\i;lise di-truile d l''phese avait \'2 
nièlres; ensuile vieiineiil Saiiil-Xicolas de M \ la avec S "'S(l et Dcrc 
Ai,^lisv avec S '" tid. I /c^-lise dt' la hni/nrsis ;i Nict'e a 7 mètres et la 
petite éi^lise de Saiul-( llemenl, il Ancvre, o mètres. Oulri' la coupole 
priiuipali', on s'allendrail ;i renconlier des coupoles secondaii'e.s. il 
n v en avait auc-une et 1 exception (ju on' siii^nale à la /(oirm'sis de 
Nic»''i', sur K> I)i;i/,')ni/,')n, est un ouvraj^^e [)ostèM'it'ur, exécuté lors 
d'une restaui'ation ancienne de It-dilice. 

{'.es conditions dilVèrent notahleiuent. on le voit, du stvle hvzan- 
tin j)lus réciMit ; on peut faire la même remarcpie touchant la manière 
dont les parlit's lati-rales et les parties secondaires de It'dilice 
viennent s amorcer au novau. ()n doit ici sit;naler des variations 
d'un édilice à 1 autre, mais la caiactéristi(jue est toujours sauve^-ar- 
dée. Sauf ;t Deré A<,''Iisy (|ui, par d'autres dispositions, se rattache- 
certainement au i,^roupe d'éditices (jiu' nous déci'ivons, nous cons- 
tatons ((ue h' dévelo[)pement des \ oùtes en berceaux sous le naos, 
non compris la coupolt\ ne trouve d'application que dans son 
axe loiii^iludinal. lùifin, de l'alliance de la couj)ole avec la disposi- 
tion ;i trois nefs résulte une particidarité nouvidle. un élar^-issement 
remarcjuahlement puissant du bâtiment du milieu dont la lari^^eur 
ne reste inférieure à la loni;ueur (|u"à Saint-Nicolas de Myra et ù 
Deré A;.,'-hsy. 

Les dépendances du bema paraissent. pro[K)rtionnellement au 
tout, presque comme des annexes. A Sainte-Sophie de Salonitjue, 
à la Koimcsis et à Saint-Nicolas elles n"attei<^nent pas rélévatif)n du 
sanctuaire. Le bema a la pleine larg-eur du naos (juil déborde par- 
fois, comme à la Kointcsis; mais en ij;-énéral leurs dimensions con- 
cordent entre elles. (Cependant à Sainte-Sophie de Saloni(jue et ii 
Kphèse •é'^lise détruite la larf,''eur du bema est notablement moindre 
que celle du naos. 

L'éclairage (Hait ménai,^é au moyen de fenêtres perct-es dans les 
absides secondaires et dans les murs latéraux : ces ouvertures ont 
été relevées à Saloni(jue, à Deré Aghsy et à Xicée. 

Le narthex offre partout laspect d'une long-ue i^alerie. A Saloni(pie 
et à Ancyre il s'ouvre sur les collatéraux dans toute leur largeur, 



AKCiiriHCiiiii: ho.manu-iîv/antim: 1 1 1 

sans que celle-ci soit réduite par les pilastres du mur, de sorte cpi "au 
rez-de-chaussée, tout autour de la coupole, rè^ne une «galerie à trois 
côtés. Là où le narthex se divise en plusieurs sections il ne fait (jue 
continuerai triple division du bâtiment du milieu et la section inter- 
médiaire, la plus grande, paraît avoir porté une seule voûte '. 



IX. Architecture romano-byzantine. 

La période d'activité artistique est beaucoup moins prolongée en 
Occident qu en Orient. Ici, la conquête romaine avait rencontré des 
peuples en possession dune culture déjà ancienne et raifinée qui, au 
lendemain des désastres qui amenèrent la séparation de l'empire en 
deux, demeurait assez vivace pour ressaisir son originalité primi- 
tive, plutôt masquée que détruite. Là, en Occident, l'architecture 
romaine introduite par la conquête avait rencontré des peuples 
incultes et presque barbares, en sorte que l'art romain avait été le 
premier et l'unique à s'implanter chez eux et il ne pouvait être 
exposé de leur part à aucune réaction. Au moment oii l'empire 
romain périssait en Occident, il aurait fallu, pour que l'architecture des 
payslatinsfùt transformée ou renouvelée aussitôt, que les Francsetles 
autres peuplades devenus maîtres des provinces enlevées à l'empire 
eussent apporté aveceuxlesprincipes d'unart nouveau. Or,iln'enétait 
rien, et l'architecture romaine continua d'être seule en usage dans 
les provinces occidentales. Cependant, il n'en fut pas en Occident 
comme il devait en être en Orient où l'art, après une période de 
fécondité, s'endormit dans le formalisme. Les barbares, inhabiles à 
créer ou à renouveler, n'étaient que trop portés à remanier, c'est-à- 
dire à altérer et à avilir. L'ignorance et la rudesse des mœurs où 
ils plongèrent les paj's occidentaux achevèrent de corrompre les 
formes, de faire oublier les règles et d'user tous les principes de l'ar- 
chitecture romaine. Quelque parti que l'on adopte sur le caractère 
des invasions barbares, soit qu'on les envisage comme un déborde- 
ment effroyable de la Germanie sur la Gaule, l'Italie et l'Espagne, 
soit qu'on y reconnaisse les caractères d'un établissement pacifique, 



I. A la Koiinesis, de Nicée, le système actuel de voûte avec un large compar- 
timent central orné de mosaïques parait résulter d'une grave transformation. 
Nous avons emprunté les éléments de ce paragraphe au livre de M. O. Wulfl', 
Die Koiinesiskirche in Xicâa, in-*", Strassburg, 1003. 



IIJ 



iii M'i nu: Il 



il l.iul roiistalcr iiuf ccl rvt'iH'iiu'ul i-ut poui- consrcjuciue (iirccle et 
imiU'diatt' uiii' prrluihatioii ([ui arrrla lU'l le dt-N cloppi-iiu'iil arcln- 
ti'c'lural fl iiiaUL;iiia la (KHadciicc. 

(If liavail *K' ilrsli-iiolidii lui tii's lonjj;-. mais trt's n'-cl. L ij^uo- 
raïut- l'I la niisi'io coiicouraicut ;t le rendre plus iiiénK'diaMe ; aussi, 
en France, ee n est (|u à la suite des |)i'ii()des iiicioN in^iemu' et 
c;ir(>lint,''ieniie. i\ rt''p()(|ue où. après des déehireineuts el des misères 
sans nomhi'e, la nationalité si> constitua s(Uis les premiers ( lajxHit'us, 
(pie Ton \it aj)paraître \\n nouveau style darchitecture. (leci nous 
l'cporle à une date i)ostèrieure à celle (jui mar(pie la limite de nos 
éludes; ce ne sera pas ce style dans les ap[)licatious ([ui en lurent 
faites en I*'ranco (pii va nous retenir, mais c(; sont les orij^'-ines de 
ce style cpi on s est accordé à (jualider d une manière assez exacte : 
archi/cc/iirc ronuino-bi/znn/i/ic, (pii fera 1 objet de nos remarcpies '. 

(le n'est donc pas en Gaule (pie nous allons nous liMiir, mais en 
Italie, puis(pie larcliitecture romano-byzanlini' a eu pour berceau le 
nord de l'Italie ainsi (ju'on doit s'en convaincre par l'analyse des 
caractères de cette architecture ; caractères (|ui n'ont pu se produire 
(pie sous l'inlluence de conditions matérielles et morales de la teire 
lombarde. 

Larcliitecture romano-ln/.antine est, comme son nom rin(li(|ue^ 
un mlanine de deux architectures distinctes ([ui se sont compéné- 
trées, non toutefois au point (jue leurs éléments ne demeurassent 
reconnaissal)les. L'inlluence romaine se montre surtout dans le 
style et dans les modes de construction, l'inlluence byzantine se 
manifeste principalement dans la décoration, tandis cjue 1 iniluence 
barbare se révèle par 1 incorrection (]ui préside à la fusion des deux 
iniluences romaine et byzantine. 

Si on cherche un pays où ces trois iniluences ai(>nt pu se rencon- 
trer, il en est un (jue tout d'abord l'histoire et les monuments, 
désij^nent, c'est le nord de l'Italie. Dès le vi'' sic'cle, en elfet, dit 
M. de Dartein, l'architecture romaine et l'architecture byzantine 
furent en présence dans cette contrée. La j)remière y existait de 
lonj^ue date et s y trouvait représentée par d innombrables monu- 
ments, principalement les basilicjues chrétiennes bâties depuis 



\. MM. N'ilel, I>. Heyn.uul el do l);\rloin sont, croyoïis-iious, ;ni iiomlire des 
plus étniiienls p.ii-iiii les ;iiiti([u;dies (|iii ont ;il)()i'dé cetlo i|ii('slioii dont on .i 
t'nit lionrieur depuis à des nulours moins anciens mais plus brillants ou jjIus 
l)ruyanls. Nous suivrons ici pas à pas rexposilion de MM. Vilct et de Dartein. 



ARCHITECTURE HOMANO-BYZANTINE 113 

Tépoque de Constantin. La seconde, qui fut introduite du temps des 
Goths, se répandit principalement sous la domination des Grecs; 
et non seulement elle se manifesta sur les côtes de l'Adriatique par 
Saint-Vital de Ravenne, mais elle pénétra jusqu'au cœur de la Lom- 
bardie, puisque, à Milan même, à côté de plusieurs basiliques des 
iv*" et v'' siècles, s'élevait une magnifique église byzantine dédiée à 
Saint-Laurent. 

Après la conquête des Longobards, la Lombardie continua d'être 
le théâtre de l'action réciproque des deux styles. L'influence de 
l'architecture romaine y rayonna de Rome, où se maintinrent long- 
temps et très fidèlement les anciennes traditions : témoin les basi- 
liques de Saint-Clément, de Saint-Praxède et de Saint-Martin, con- 
struites au IX*' siècle. Quant au style byzantin, il ne cessa point 
d'exercer son action, non seulement tant que dura la domination 
des Grecs sur le littoral, mais encore après leur expulsion de l'Italie, 
par suite des relations qui continuèrent à subsister entre Constanti- 
nople et les contrées riveraines de l'Adriatique : Sainte-Sophie 
de Padoue et Saint-Marc de Venise en sont la preuve irrécu- 
sable. 

Ces faits nous apprennent que le style romano-byzantin s'est 
développé en Lombardie, mais ils n'excluent pas la possibilité d'un 
développement analogue dans d'autres régions occidentales avant le 
xi^ siècle. On sait du reste que les importations byzantines en pays 
latin eurent lieu, la première vers l'an 800 dans les provinces rhé- 
nanes et la seconde vers la fin du x® siècle, dans le Périgord. Deux 
monuments témoignent encore de ces courants byzantins, ce sont : 
Notre-Dame d'Aix-la-Chapelle, bâtie à l'image de Saint- Vital de 
Ravenne, et Saint-Front de Périgueux, qui est presque une copie 
de Saint-Marc de Venise. 

Or, ces deux édifices n'ont pu exercer aucun effet parce que le 
premier n'a de byzantin que son plan et ses dispositions d'ensemble, 
alors que les détails — qui sont précisément ce que le style roma- 
no-byzantin a le plus emprunté à l'architecture byzantine — les 
détails, disons-nous, appartiennent à l'art romain corrompu ; le 
second, dont on s'est inspiré couramment dans le Périgord et l'An- 
goumois au xi*^ et au xii*^ siècle, nous permet de constater l'affaiblis- 
sement progressif et enfin l'effacement complet de l'influence byzan- 
tine précisément dans les églises à coupoles qui dépendent de Saint- 
Front. 

Ainsi, les importations de Ravenne et de Pise n'ont pas créé une 
Archéologie chrétienne. II. — f^ 



I I i ( iiAi'ii lu: II 

;ii-cliit('clun' à Ai\-la-(llia|)olk' et à Pcrij^'iU'Ux. (Ù'I avoiieiiicril sox- 
|)li(|Ut' par l\''l()i;,'iu'iiu'iit et l'ij^^noraïuc <[ui iciKlaicnt la civilisation 
l)v/.aiitiiU' et K's ioniu's issues de ccUc-ei l'iiaii^-fics aux Hliéiiaiis el 
aux Péri^-ourdins. 11 en était tout autrement en Loinhardie et dans 
lospavs voisins (|ui vivaient di'|)uis lonf;'tt'nij)s dune vie tout iinpré- 
i;née de livdisation hvzantine. Lois(|ue les voya^-es des eoniniei- 
Vants. les pèli'iinai^es et (|ui'l(|Ui's auti'es dt'plaeenienls de long^ue 
portée coniinencèrent , vers la lin du x'' sièele, à familiariser les 
pi'uj)les occidentaux avi'c la civilisation hy/.antine et les mirent en 
état di' la j^oùtt'r tlans son arcliilectine. on voit des moines lond)ards 
lajiporter en Bour^'-oj^^ne et en Normandie, tandis (jiu' d'autres 
devaient se répandre en Allemag'ne, à en jug^er par la date (piOn 
assig'ne aux vieilles éfj^lises roniano-hyzanlines bâties sur les hords 
du lihin. et surtout par le caractère de leur architecture. 

X. Influence de l'art asiatique sur l'art occidental. 

Nous venons de voir que la Lomhardie a été le lieu de rencontre 
des influences romaine et byzantine; et, en Lombartlie, Havenne avec 
la réf^ion avoisinante, occupe une situation privilégiée. Or, cette 
contrée était, à répo([ue (jui nous occupe, celle dlùuope (jui avait 
les relations les plus ordinaires avec l'Orient et (^onstantinople. Y 
a-t-il là une piste à suivre sur l'orig-ine orientale de; l'architeeturi^ 
romano-by/.antine ? C'est ce (jue nous devons maintenant approfon- 
dir. 

Il send)le, après ce que nous avons dit de linqoortance des con- 
structions à calotte s{)héri({ue, que ce soit à cet élément capital (ju il 
faille demander la solution cherchée. Malheureusement l'étutle des 
édifices de r(Jrient est encore réduite h un trop petit nombre de 
cas pour (ju'on j)uisse song'er sérieusement à établir sur cette base 
étroite des conclusions définitives. Les arguments, en efFet, se 
balancent. Si, d une part, on doit convenir (jue les nouveautés archi- 
tecturales des thermes de Dioclétien et du palais de Spalato — (jui 
semblent apparaître en Italie et en Dalmatie bruscfuement, sans j)ré- 
paration — ne sont pas une imitation de formes devenues habituelles 
à l'art romain oriental ; d'autre part, on doit reconnaître que, si on 
considère les coupoles syriennes des Kalybés d Oum-ez-Z(Mtoum (en 
282), de Chaqqà (avant '113j et de l'éji^lise d'Ezra len ')[•)), on se croira 
en droit de penser que les provinces d"I^>xtrème-Orient ont ig-noré, 



INFL''"\'CE DE l'aKT ASIATIQUE SUR l'aRT OCCIDENTAL llo 

jusqu'au vi*" siècle au moins, rusag;e du pendentif ; et comme cet 
usage fut certainement pratiqué en Italie dès le milieu du siècle 
précédent, on serait tenté de soutenir qu'il est d'orig-ine romaine et 
que l'architecture orientale fut étrangère à son institution. 

On peut ainsi se renvoyer les arguments sans arriver à conclure, 
et, en ce qui concerne la question de primauté de la coupole sur pen- 
dentifs, nous nous abstiendrons de le faire. 

Mais toute la solution n'est pas renfermée dans cette particularité. 
La décoration des monuments italiens des iv"^ et v'' siècles peut nous 
conduire à déterminer l'influence orientale sur l'architecture roma- 
no-byzantine. Certains membres d'architecture, jouant un rôle par- 
ticulier, nettement défini, offrent autant d'intérêt pour la décoration 
que d'importance pour la construction. Tels sont les colonnes, 
pilastres, arcades, entablements, arcatures, corniches, en un mot, 
tous les membres isolés, évidés ou saillants des édifices. Plusieurs 
d'entre eux apparaissent d'abord en Asie et s introduisent en Occi- 
dent par cet inépuisable palais de Dioclétien à Spalato. Cependant, 
il faut observer que, en ce qui concerne la décoration par arcatures, 
dont les principaux motifs apparaissent, comme nous le dirons, au 
baptistère de Ravenne, au mausolée de Placidie et à la chapelle 
Saint-Aquilin, il faut observer, disons-nous, que si le mode de con- 
struction des édifices de Syrie, en très grosses pierres de taille, 
explique l'absence d'arcatures plaquées sur les murailles impliquant 
l'emploi des petits matériaux, il n'en est plus de même à propos 
des plus anciens bâtiments byzantins de l'empire grec où l'usage de 
la brique s'arrangerait à merveille des arcatures plaquées. 

La décoration de l'architecture romaine en Orient, exclusivement 
fondée sur les saillies, moulures ou ornements sculptés des œuvres 
vives de la construction est très difTérente de la décoration orien- 
tale tout en placages et en mosaïques comme à Sainte-Sophie de 
Constantinople. Cette décoration en placages se rencontre déjà au 
Panthéon de Rome ; elle devint la conséquence obligée du système 
de construction en maçonnerie de blocage dont le Panthéon d' Agrippa, 
les thermes de Caracalla et de Dioclétien, la basilique de Maxence 
et d'autres monuments nous attestent le grand développement à 
partir du règne d'Auguste. Toutefois, dans ces édifices, une grande 
part est laissée, parmi les masses énormes de concrétions, aux 
membres d'architecture aux formes expressives, détachés ou sail- 
lants par rapport à la masse du blocage et construits en grands 
quartiers de pierre, de marbre ou de granit. Mais, avec l'épuisement 



1 hî CIIAIMIIU: Il 

(les linaïKM's vi la (ItH-adt'nco. ces diMiUfis ('•It'iiu'nls «It'coi-atifs sont 
(le |)lus cil plus ahaiuloiiiu'S, car l'exploitation des c-arrièrcs, le trans- 
port t't la inisi- cini'uvrt' tU's ^ros hiocs (Icviciiiiciit cha<pic jour plus 
(lilliciK's. Par compensation l'emploi des revêtements de diverse 
nature preiul une imj)ortance croissante, et la dt'-coration intt'rieiwe 
devient pres(jue exclusivement superlicielle. Sans doute, la décoration 
par phuaj^es et enduits dominait dejii dans les constructions ass\- 
ri»'nnes laites on hricjues, mais l'action immédiate exerci-c par 1 arclii- 
tecture romaine sur l'architeclure I)vzantine a nt-cossairenu'iil prinit'- 
toute inlluenco j)lus lointaine. 

D'après ce (jue nous avons pu voir dans ce <pii prt'cede. l'ai'clii- 
toclure oriiMitale a contribué à introduire et à répandre en Italie, 
depuis la fin du m" siècle, plusieurs formes nouvelles étran<^ères à 
l'art classicpu^ do l'Occident. La princi[)ale de ces innovations con- 
siste dans les applications tri'S étendues et très variées de 1 arcade, 
soit comme élément essentiel de la construction, soit comme lij^^ure 
décorative. 

Nous ne pouvons omettre de mentionner deux types d'édifices dont 
on rencontre en Occident quekjues applications, ce sont les églises de 
forme cruciale et de forme circulaire. Au nombre des églises de 
forme cruciale, nous mentionnerons la basilique des Saints-Pierre et 
Paul, fondée près de Côme, au plus tartl dans les premières années 
du V siècle, et la basilicjue des Saints-Apôtres (aujourd'hui Saint- 
Xazalre-Majeur), fondée à Milan, par saint Ambroise, vers la fin du 
iv*" siècle: enfin, une autre basili(|ue des Saints-Apôtres, élevée au 
vr siècle par Justinien, à Constantinople. 

Les églises circulaires sont à rotonde annulaire comme le baptis- 
tère du Latran et lég^lise de Sainte-Constance ' bâtis sous Constjui- 
tin, ou bien à rotonde simple comme Saint-^L'^rcellin et Saint- 
Pierre de Home, édifices tous deux attribués à Constantin et dispo- 
S(''s comme les salles circulaires des thermes, avec des parois épaisses, 
évidées par des niches. 

Les monuments circulaires sont ^'•énéralemenl voûtés. Dans les 
rotondes annulaires, il y a (juehjuefois deux étaj^es superposés de 
galeries, et la voûte centrale s'élève assez, haut pour (ju'il y ait des 
jours entre sa naissance et le toit des «^^aleries. 

A la catéjcorie des éj^lises circulaires se rattachent certaines 
rotoniles hypètres. d un usaj^-e tout à fait exceptionnel, ayant pour 

1. \'o\v iJictionn. ditrch. chn-l., I. i. \v^. -l-W-fM . 



ARCIllTECTLKi: A RAVKNNE 117 

objet d'enclore dans une cour, entourée d'un portique, quelque 
insigne monument religieux. Des églises accompagnaient ordinaire- 
ment ces sanctuaires commémoratifs. Telle était la rotonde incom- 
plète servant d'abside à la basilique du Saint-Sépulcre, bâtie sous 
Constantin, et la rotonde octogone de Kalat-Sem'an, au centre de 
laquelle s'élevait la colonne de saint Siméon Stylite. A cette dernière 
rotonde sont annexées quatre basiliques disposées suivant les 
branches d'une croix, disposition ingénieuse et grandiose dont il 
n'existe pas d'autre exemple '. 

XL Architecture à Ravenne. 

Nous avons assisté, sur la côte d'Asie-Mineure, à la rencontre 
des influences dont la compénétration a donné naissance à un con- 
cept original qui trouvera dans l'art byzantin son expression adé- 
quate. Mais cet art ne s'est pas localisé dans la région où il s'est 
formé. Nous le retrouvons d'assez bonne heure à des distances con- 
sidérables de son point de départ et y accomplissant les étapes de 
son développement normal. Il est souvent impossible de jalonner la 
route suivie entre le point de départ et le point d'arrivée, faute de 
monuments dans lesquels l'absence de plus en plus complète de tâton- 
nements et d'erreurs marquerait le progrès lentement réalisé et l'itiné- 
raire suivi. A défaut de ces édifices de transition, force nous sera de 
nous transporter directement de Constantinople à Ravenne pour y 
constater et y étudier l'influence exercée par l'art des provinces asia- 
tiques de l'empire sur la transformation de l'architecture en Occi- 
dent et principalement en Italie. 

Les relations commerciales entre Ravenne et les provinces orien- 
tales de l'empire, par voie maritime, sont depuis longtemps con- 
nues. On s'explique dès lors, dans une certaine mesure, l'absence 
d'intermédiaires et la réaction directe de l'art asiatique sur l'archi- 
tecture romaine régnant sans partage sur l'Europe civilisée. Voyons 
jusqu'à quel point les faits justifient une pareille conjecture. 

Nous avons déjà rappelé l'importance exceptionnelle pour la ques- 
tion qui nous occupe de deux édifices : les thermes de Dioclétien 
et le palais de ce prince à Salone. On y relève, en effet, des formes 
étrangères à l'art classique occidental, formes dont la plupart se 
retrouvent en Syrie, comme motifs habituels. Un exemple caracté- 

I. Voir Diclionn. d'arch. chrét., t. ii, fig. 803 



1 1«S cil API im: Il 

risti(jiu' est celui »lu IVontoii sur t'olo'mics. pcrcr d une arcade en son 
milieu. (l(»nt un spécimen suhsiste encore à Damas, et (|ui, d après 
les médailles Irapjjé'es en ces contrées, aurait éle, de|)uis le le^'-ne 
d Hadrien. K- type ordinaii'i- des entrées monuuienlales de temples 
ou de porliipies. ('/est. en elVet. jus(|u'au il'' siècle (juOn peut faire 
remonter certaines constructions syriennes ; aussi. nCst-ii pas dou- 
teux (|ue les nouveauté's arcliileclurales des tlu'inies de Dioclt-tien 
et du palais de Salone ne soient une imitation de formes liahiluelles 
il 1 art romain oriental. 

Il faut être moins allirmatif en ce (jui concerne la (piestion de 
priorité de l'emploi des pendentifs soutiMiant la coupole. Ici, le j)ro- 
hlème repose sur des déterminations chronolo<j;-i(|ues assez, délicates 
il résoudre, faute délémiMits certains. (,)uel(jues faits très connus 
invitent ii penser, dès 1 abord, ((ue les provinces dl^xtréme-Orient 
ont i^'^noré, juscju au \V' siècli' au moins, l'usa^^e du pendentif. Les 
coup(des des kalybés syriennes d"()um-e/-Zeitoum, antérieures toutes 
deux il l'année .'{|'{, abritent des salles carrées, et le jjassaj^e de cette 
lig'ure il la circonférence se fait au moyen de dalles sujterposées et 
couchées ii plat dans les encoig-nures. Dans l'ég'lise d Iv/.ra. termi- 
née en ;')!.'), on emploie le même système (juoi(jue, dans ce dernier 
édiiice, la forme oclog^onale du tand)our ména<^eàt une transition 
moins brutale. D"aj)rès ces exemples, il faut se «garder de conclure 
que l'usag-e des pendentifs, pratiqué en Italie un siècle auparavant, 
est d'orifi^ine romaine. 

Il existe ii Jérusalem et dans les villes ioniennes de Philadelphie 
et de Sardes des cou[)oles sur pendentifs d'une haute ancienneté, 
dont il faut tenir ^rand compte, bien ({ue leurs dates soient incer- 
taines. L'ampleur des dimensions et léjiaisseur extraordinaire des 
massifs de maçonnerie portent hautement témoij^nafi^e en faveur de 
l'ancienneté de ces trois monuments. Si ceux-ci existaient en Italie, 
on ne pourrait pas les faire remonter moins haut que le milieu du 
iv*" siècle. Mais, situés dans les provinces orientales de 1 empire, oii 
l'appauvrissement et la décadence commencèrent plus tard, ils pour- 
raient être d une épocjue plus récente. Toutefois, comme les édifices 
en (juestion sont nécessairement, eu ég-ard ii leur structure, plus 
anciens que Sainte-Sophie de Gonstantinople, dont la date est [)os- 
térieure de (juatre-vinj^ts ans seulement ii celle du baptistère de 
Ravenne et du mau.solée de Placidie ; et comme, par cette structure, 
ils tiennent ii l'art romain des beaux temps de l'empire de beaucoup 
plus près (pi'aucun de ces derniers monuments, il ne serait nulle- 



ARCHITECTURi: A HAVENM-: 



119 



ment improbable qu'ils fussent» contemporains des primitives cou- 
poles ravennaises, ou même qu ils leur fussent antérieurs. 

Ainsi donc, exception faite d'un détail — le système d'établisse- 
ment des voûtes par tubes creux emboîtés les uns dans les autres 
— les coupoles de la Cisalpine n'oifrent rien d'ori<^inal. 

Le système de construction des voûtes en petits matériaux prati- 
(jué spécialement en Italie à l'époque impériale n'a g'uère survécu 
au règne de Constantin. Les thermes de Dioclétien et la basilique 




y^ Métrei 



21 J. — Etuili' sur la voùtt- canneli-e aux thermes de Dioclétien 
d'après de Darlein, Arcliitecliire lombarde. \>. 13. 



de Maxence en sont peut-être les dernières applications en Italie. A 
partir du iv'^ siècle, la voûte monolithe est délaissée ; mais il n'est 
pas aisé d'établir, en Occident, pendant les iv'' et v° siècles, la chro- 
nologie des voûtes, ce qui rend malaisée l'étude de la transformation 
des méthodes de construction. Il faut, néanmoins, mentionner 
la voûte de la salle octogone qui, dans les thermes de Dioclétien, 
occupait l'angle ouest de l'édifice central. Nous avons ici. à partir 
du sommet du tambour octogonal, une voûte cannelée qui rappelle 
les coupoles byzantines cannelées, avec cette diiîérence toutefois, 
que ces dernières sont cannelées de la base au sommet, tandis que. 
dans les thermes de Dioclétien, les cannelures, très saillantes à la 
base, s'atténuent peu à peu en même temps que les arêtes, de 
manière k disparaître avec elles à mi-hauteur de la voûte (fig. 215;. 
Les voûtes du baptistère de Saint-Jean-les-Fonts à Havenne et du 
mausolée de Galla Placidia dans la même ville nous font voir, au 



120 (.liAi'iriii: Il 

rniliou du v'siiH-K' ', uiu' innovation Mnporlantt' dans la construction 
(les voûtes. Nous voulons parler des voûtes consliuili's à l'aide de 
deux couihes de tuhes creux en terre cuite, striés ;i la surface, 
einl)oités les uns dans les autri's et lonnant. dans cluKjue couche, une 
suite d'anneaux ou plutôt de s|)ii-i's (pii se continui-nt sans interrup- 
tion depuis le sommet des pendentils jus(|u"au laite. Les pendentifs 
sont exécutés avec les mêmes matériaux. La voûte de Saint-.lean- 
les-Fonts a une épaisseur de (I '" lî) pour une portée de Kl'" 70. (1 l'st 
une calotti' sphéricpie raccordée par des pendentifs de même cour- 
bure avec le tambour octo<.^onal '. Au mausolée de (lalla Placidia 
l'éditice, en forme de croix, est voûté en berceau sur les cpiatre 
branches et couvert, dans l'étendue de la croisée, par une calotte 
sphéricjue sur pendentifs. G est le premiei" exemj)le sûrement daté 
(Lune voûte sphéricpie à pendentifs établie sur plan carré, .système 
fré(juent dans l'architecture byzantine. Ces deux édifices, mais sur- 
tout le second, marquent un progrès considérable puisque le problème 
de l'établissement de la coupole sur pendentifs y est résolu. Dans 
l'établissement sur base octog'onale la dilliculté est beaucoup moindie 
parce (jue les pendentifs, très restreints en amplitude et en sur- 
plomb, peuvent être facilement exécutés sans délinition ri^'-oureuse 
au moyen d'encorbellements à pente plus ou moins raide et d une 
courbure plus ou moins prononcée. La dilliculté va en diminuant à 
mesure que les pans du tambour se multiplient ; mais, si on élève la 
voûte sur plan carré, les pendentifs très développés en superficie ont 
un porte à faux considérable. Pour se rendre compte du pro<.::rès 
réalisé en moins d'un demi-siècle, il faut se reporter à la petite cou- 
pole de Saint-Satyre, à Milan, établie sur plan carré et avec des 
tubes creux, mais sarrètant court à des surfaces horizontales et 
reposant, dans les angles du carré, sur des plateaux d'appui ana- 
logues à ceux des coupoles du Haouràn. 

Après la réalisation d'un tel progrès, on devine que la rotondt' 
de Saint-Aquilin, dont la construction est attribuée à Galla l^lacidia, 
et la petite rotonde de Saint-Sixte, qui s'élèvent tous deux à Milan, 
étaient de simples récréations pour les architectes puis(ju'il ne s agis- 

1. Le baplislère :i été décoré <le iiiosaïfiiies pai' lévècnie Néon i-VO-i-i:.' . I;i 
chapelle Saint-Na/aire et Saint-Celse, plus connue sous le nom de mauso- 
lée deCialla Piacidia, est antérieure à la mort de Placidie, survenue en iliO. 

2. Voir une coupe de cet édifice dans F. de Dartein, Kliidr aiir l'arrltitcr- 
ture Inmharfle et mir 1rs orir/inni <le l'nrchilocliire rornano-hi/zniiliiif, in-î ', 
Paris, 1882, p. 1 i. 



ARCUd'ECTURE A RAVKNNi; 121 

sait pour eux que de poser une coupole octog-onale sur un tambour 
de même forme. Nous ne nous arrêterions même pas à les signaler 
si ces exemples ne montraient une nouveauté presque sans com[)a- 
raison dans l'architecture romaine et qui va, au contraire, se mul- 
tiplier indéliniment dans les constructions du moyen âge. Gomme 
s'il fallait que tout fût rupture avec le passé, la voûte en briques 
de Saint-Aquilin, épaisse de 0'" 4o, avec une portée de près de 
13 mètres, n'appartient plus à la classe des voûtes monolithes. 

Enfin, autres innovations intéressantes : au baptistère de Ravenne, 
une corniche composée de petites arca turcs qui prennent appui alter- 
nativement sur des bandes murales et des consoles ; ce qui est, sui- 
vant la remarque de Hûbsch, très probablement le plus ancien 
exemple de la frise à petites arcatures ; au mausolée de Placidia, des 
arcatures aveugles retombant sur des bandes murales; enfin, à la 
rotonde de Saint-Aquilin, une galerie de couronnement et de circu- 
lation, limitée au dehors par des arcatures de piédroits. 

Si nous passons de la construction à la décoration des édifices, le 
problème de l'influence asiatique se pose de nouveau. Les monuments 
de Ravenne et de Milan des iv^ et v*^ siècles nous font voir l'emploi 
de certains membres d'architecture jouant un rôle particulier net- 
tement défini. Colonnes, pilastres, arcades, entablements, arcatures, 
corniches, en un mot, tous les membres évidés, isolés ou saillants 
des édifices. Pour s'en tenir à la décoration par arcatures, nous pou- 
vons observer que les anciens monuments de Syrie n'offrent ni cor- 
niches à petits arcs •, ni arcatures profondes soutenues par des 
colonnettes et en fait d'arcatures aveugles, on ne trouve guère que 
des encadrements de niches. Ce fait est explicable en Syrie par 
l'emploi constant du grand appareil ; il ne l'est plus dans les monu- 
ments byzantins de l'empire grec, bâtis en brique, dans lesquels 
l'arcature serait, en tant qu'élément principal décoratif, parfaitement 
justifié par l'emploi de petits matériaux. Or, les membres décoratifs 
en question sont mis en œuvre à Ravenne et Milan, dès le milieu du 
v*" siècle et, fait plus notable encore, la décoration extérieure des 

1. Au lieu de corniches à petits arcs on rencontre dans quelques monuments 
delà Syrie centrale des corniches à petites niches. Celles-ci en forme de cul- 
de-four, décorées de coquilles, sont taillées dans de grandes pierres portées en 
surplomb par des colonnettes alternant avec des consoles. C'est la disposition 
delà corniche lombarde, à cela près que le cul-de-four remplace l'arcature ; 
par exemple : corniche de l'abside à l'église de Tourmanin et à Téglise de 
Kalat-Sema'n. 



122 ciiAi'iriu: ii 

palais sassanides hàlis oiitrt' lo m'" et K' vi' siècle) était fondée priii- 
eipaleinenl sur 1 emploi des arealures et des bandes murales, si 
Ion en jut^-^e |)ar la façade du palais de (^(('siplion et pai- les ruines 
du palais de l""irou/.-AI)ad '. 

Le mauvais ijoùl décoratif, L,''én»'"ial dans 1 architecture romaine du 
m'' siécli', lait j)lace a la prolusion des ima^'^es et couleurs dont on 
recouvre les édifices aussi bien (jue les vêtements. Dans les monu- 
ments, la mode orientale envahit tout. Les mosaï(jues à fond d'or, 
les pava<^es en marbre de couleur, les revêtements en marbres pré- 
cieux, les moulures charg'ées d'ornements, devinrent comme les 
caractères essentiels du beau. On économisait sur la (jualité des maté- 
riaux pour décorer plus richement les surfaces. Au baptistère de 
Saint-.Iean-les-Fonts, à Ravenne, a décoration luxueuse et soij^née 
ténioi<;ne d'un éloig^nement sans cesse croissant pour l'austérité de 
l'ancienne architecture romaine et d'un acheminement très manpié 
vers lart byzantin. A ce point de vue, nous ne pouvons trop insister 
sur ce baptistère de Ravenne dont la construction présente, dans ses 
membres extérieurs, un exemple — le plus ancien probablement — 
de la frise à petite arcature, caractéristique de l'architecture lombarde 
Mais c'est principalement sur la décoration que nous voulons ici 
appeler l'attention. Le fond des arcatures basses (li^. 21()) était 
garni de placages et de mosaïques en marbres précieux exécutés avec 
une remarquable perfection et un goût déjà franchement bv/.antin. 
On en peut dire de même des belles mosaïques en petits cubes de 
verre émaillé qui tapissent les tympans des arcatures basses et la 
voûte sphérique à pendentifs. Leur distribution par zones, la nature 
des sujets : prophètes, évangélistes, apôtres, baptême de Jésus-Christ, 
les formes de feuillage et les autres ornements, sont autant de carac- 
tères (jui rattachent les mosaïques en question à la nouvelle ère 
artistique inaugurée par l'architecture byzantine. Pour mesurer le 
chemin parcouru, il n'y a qu'à les comparer aux mosaïques cons- 
tantiniennes de la rotonde de Sainte-Constance, à Rome-. 

En définitive, dirons-nous avec M. de Dartein, un maître, tandis 
que les thermes de Dioclétien et surtout le palais de Spalato 
annoncent de loin la formation de l'architecture byzantine, première 
manifestation de l'art du moyen âge, ou plutôt trait d'union entre 
l'architecture romaine et celle du moyen âge. le baptistère de 

1. K. Flandin et Coslc, Voi/;t;/p en Perso, iii-8", t^.tris, IH.'ii, p. 215-218, et 
allas in-fol., pi. 38-4-2. 

2. Dictinnn. (l'nrrh. rlin-/.. t. i, (irr. 238, 231>. 



ARCmTPXTlRK A KAVENM: 



23 



-^' 




21(). — Le baptistère de Saint-Jean-les-Fonls. à Havenne, 
d'après une photographie. 



I2i f.iiAiMiiu: II 

RavtMiiU' et lo inausoK'i' de IMaculic, l);Uis im siècle vl (leini |tlus 
tard, nous montrent cet art nouveau en partie constitué. 

XII. Architecture lon^obarde. 

Nous avons dit (|ue dans la (iaule. 1 l'^spaj^-ne. la Hreta^^U"' et 
rAfri(jue du Nord il ne fallait ;.;uère s attendre à lencontrer une 
école et un stvle d'architecture, mais tout au plus (jutdcjues construc- 
tions isolées (jue nous étudierons dans le Dirfionnnirr d\ircheolo(/i(' 
h mesure (jue nous les rencontrerons. Kn Lomhardie. après d Cl- 
froyables misères causées par l'invasion, on se mit, ^-ràce à la reine 
Théodelinde, au vi'" siècle, à bâtir avec activité. Après la conversion 
d Ai^ilulph, ce mouvement prit une plus ^'•rande extension et conti- 
nua sous les rèi^nes suivants. 

A Tlieodelinde remontent léii^lise de Monza et le baptistère de 
Brescia ; à la reine Gundiberf^e, 1 e«j^lise Saint-Jean-Baptiste, ;» Pavie ; 
sous Aribertet Grinvald, leséji^lisesSaint-SauveuretSaint-.Vmbroise. 
à Pavie ; sous Pétharit, le monastère Sainte-Aj'athe, l'éjjrlise Saintt- 
Marie allr pcrfiche, à Pavie ; et le reste, ce qui comprend les édilices 
demeurés debout et ceux qui ne nous sont connus (jue par des docu- 
ments. Nous aurons occasion de traiter cette question en étudiant 
en détail la basilique de Saint-Sauveur à Brescia ', le seul édifice lon- 
gobard qui subsiste à peu près dans son état primitif. Il nous faut 
dès maintenant envisager les caractères essentiels de Tarchitectec- 
ture lombarde. 

Si on se rappelle ce que nous avons dit au sujet de la forme f^i-éné- 
rale et des principes de construction de la voûte d arête dans l'ar- 
chitecture bvzantine, on ne pourra mancjuer de constater très vite 
une dilTérence notable entre le système byzantin et le système lom- 
bard (jui fait usag^e dans les voûtes de nervures .saillantes. Des arcs 
doubleaux, longitudinaux ou formerets, limitent par côté ces der- 
nières voûtes, et sont accompagnés, le plus souvent, dans les plus 
grandes d'entre elles, d'arcs diagonaux cjui se croisent au sommet. 
Cette armature en relief, construite à l'avance, servait à soutenir le 
corps de la voûte. Elle en lixait aussi Les formes apj)arentes, (|ui 
consistent dans les contours des nervures, en sorte que, après avoir 
soigneusement construit et profilé celles-ci, on pouvait bâtir sans 
beaucoup d'attention la couverture maçonnée qui fermait leurs inter- 

I. Voir Diclinnn. d'arch. chrét., au wioi lirrxcia. 



ARCHITECTURE LONGOBARDE 125 

viilles. Ainsi les nervures remplissent la double fonction de porter 
la voûte et d'en exprimer et assurer la forme. 

Il se pourrait, et c'est même tout à fait probable, que ces org-anes 
dussent être rattachés, en ce (jui concerne les voûtes d'arête, aux 
méthodes romaines en usagée pour la construction des voûtes en 
petits matériaux. Entre autres exemples de ces dernières construc- 
tions, citons les grandes voûtes d'arête des thermes de Dioclétien, 
où des arcs doubleaux, formerets et diagonaux, bâtis en briques, 
sont noyés dans le blocage. Que l'on pose la voûte sur ces arcs, au 
lieu de les incorporer avec elle, et l'on aura réalisé, aux conditions 
de stabilité et au surhaussement près, la voûte d'arête lombarde, 
dans sa structure la plus complète. Du moins, l'aspect sera sensi- 
blement le même. 

La voûte d'arête lombarde dériverait donc, pour sa forme et son 
tracé, de la voûte dômicale byzantine et, peut-être, de la voûte 
d'arête romaine, par son armature latérale et diagonale. 

Faisons remarquer, à propos des nervures saillantes de cette arma- 
ture, que l'architecture lombarde leur doit un de ses traits caracté- 
ristiques, à savoir : le pilier cantonné de colonnes. Il était logique, 
en effet, que les dentelures déterminées à la naissance de la voûte, 
par les saillies des différents arcs, fussent continuées dans le support 
par des ressauts correspondants. En toutes circonstances, la forme 
de l'appui doit sadapter à celle de la construction qu'il soutient. 
C'est pour la même raison que les voûtes lisses de l'architecture 
byzantine reposent sur des piles à parements plats. 

L'architecture byzantine a laissé d'autres traces dans rc\rchitec- 
ture lombarde que la coupole et la voûte d arête dômicale à section 
diagonale circulaire. C'est d'abord l'usage très répandu de la brique, 
la substitution de l'arc à l'architrave, 1 emploi des voûtes appareil- 
lées poussant leurs appuis et l'application de ces poussées k des 
piles isolées, réunies sur le pourtour de l'édifice par des murs géné- 
ralement assez minces pour ne faire que l'office de cloisons. Le 
sommier détaché se rencontre plus rarement ; mais un tailloir très 
robuste, est souvent pris dans un bloc distinct du chapiteau, pour 
le même rôle que ce membre particulier de la colonne byzantine. 

Toutefois, les différentes analogies que nous venons dénumérer, 
ajoute M. de Dartein, ne paraissent pas, comme celles qui existent 
pour la coupole et pour la voûte dômicale, provenir directement de 
1 action du style byzantin sur l'architecture lombarde. L'usage habi- 
tuel de la brique, la substitution des arcs aux plates-bandes aj)par- 



\'2('} (Il \ri iiii: Il 

lifiincnt au loii Is ooinimiii de liaditioiis rt (Irxcinplt's laissas j)ar 1 arl 
romain. (^)uanl au tailloir louil) irti, il rcsscuihli' au moins autant ;t 
labatjuo alourdi du chapiteau romain de la dt-c-adiMicc (|u au soinmit-r 
hy/antin si énormi' et si franclu'iiu'ut isole. 

La voûte mince, t'ijuilihrt'c. a t'ii- essayée d'abord en Itali<' ainsi 
<[ue lusai^'-e des cont lelorls l'i, sui' ces deux j)oints. la |)rati(|ue lom- 
l>arile ne parait pas dépendante du style byzantin pleinement con- 
stitué. 

Les divers raj)procliements <jue nous venons de faire conduisent 
à cette conclusion (pie. à j)art l'emploi de la cou{)ole et celui de la 
voûte tl arête dômicale, 1 architecture loiubarde ne paraît diivcte- 
ment redevable à rarciiilecture byzantine d'aucun trait saillant de 
sa méthode de construction. Si li's deux systèmes se ressemblent en 
»|uel(|ues autres points, on doit l'attribuer à ce (ju ils sont fondés sui' 
un certain nombre de principes communs, déjà pratiijués antérieu- 
lement. Cest donc à une influence partielle que s'est limitée, ([uant 
a la construction, l'action du style byzantin sur l'architecture lom- 
barde. 

Il nous reste à envisager hi décoration. 

Nous avons dit que l'architecture byzantine se prêtait admirable- 
ment à fournir à la décoration colorée de vastes surfaces planes ; il 
n'en est plus de même avec larchitecture lombarde dans laquelle des 
formes précises, des lij^nes nettement marquées, font ressortir d'une 
manière très claire et avec beaucoup de détails les fonctions de cha- 
cune des parties de la construction. 

Le système même de construction devient ici l'élément essentiel 
de la décoration, c'est dans le f^ros (tuvre lié d'une manière intime 
à l'ossature qu il faut le chercher. De là le rôle principal enlevé au 
revêtement et donné à la sculpture qui se montre dans les chapiteaux, 
les archivoltes, les consoles des arcatures, etc. En Lombardie. on 
réserve les revêtements pour l'abside a(in d'ajouter à sa splendeur 
et de la sig'naler entre toutes les parties de l'édifice. Ces revêtements, 
toutefois, paraissent avoir été plus souvent en peinture qu'en marbi-e 
ou en cubes de verre émaillé ; sauf ce détail, elles ressemblaient 
complètement aux compositions qui décoraient les é<;lises byzan- 
tines. La sculpture lombarde est apparentée de près à la byzantine, 
ce qui tient sans doute, pour une jurande part, à ce (jue, dans l'une 
et dans l'autre, on revint à la méthode élémentaire, ({ui consiste à 
détacher les ornements, par des reliefs très bas, sur les faces d'un 
simple épannelag'e. Ce fut peut-être, dans une certaine mesure. 



AKCIIITKCTl KK DES OSTROG(JTIIS 127 

affaire de goût pour l'art byzantin, au lieu que, pour la sculpture 
lombarde, ce fut affaire de nécessité. 

Au point de vue décoratif les deux systèmes, byzantin et lombard, 
diffèrent radicalement dans l'ensemble, malgré des analogies de 
détail très étendues. C'est par là qu'ils se touchent, et il faut remar- 
quer que ce ne pouvait être que par là, à raison de la dilférence des 
méthodes de construction. Tandis que les placages réduits au 
minimum se bornaient à l'imitation des motifs byzantins, la sculp- 
ture très développée, ne trouvant pas dans les édifices byzantins 
tous les modèles dont elle aurait eu besoin, s'habitua à s'en affran- 
chir de plus en plus et à se développer dans une direction originale. 

En résumé, l'influence exercée par le style byzantin sur Farchi- 
tecture lombarde a été nulle quant à la disposition du plan des édi- 
fices, considérable quoique partielle, quant au système de construc- 
tion, et, enfin, très fortement marquée dans la partie ornementale de 
la décoration. 

XIII. Architecture des Ostrogoths. 

Au VI® siècle, le règne de Justinien inaugure une période de 
conquêtes systématiques tendant à reformer l'empire romain dans 
ses anciennes limites. Nous n'avons pas à suivre les armées byzan- 
tines dans leurs luttes pour établir la domination et la civilisation 
orientales en Afrique, en Italie, en Espagne ; mais nous devons 
constater que ces prétentions entraînent l'établissement d'un vaste 
réseau de constructions stratégiques, de villes nouvelles et d'édi- 
fices sans nombre. Pendant la période qui s'écoule entre les con- 
structions constantiniennes et les constructions justiniennes, nous 
n'avons à noter que le progrès de la décadence. La Gaule, la Bre- 
tagne et l'Espagne sont occupées par des peuples insoucieux de 
bâtir; l'Afrique est aux mains des Vandales, l'Egypte détruit plus 
qu'elle n'édifie, la Syrie seule est encore active, l'Italie entretient 
ses richesses sans les accroître. Du moins, nous ne pouvons juger 
des accroissements dus à Théodoric à Ravenne, à Pavie, à Vérone, 
puisque rien ne subsiste de ces monuments. Le seul monument 
authentique et complet qui nous reste des Ostrogoths est le mauso- 
lée de Théodoric, bâti à Ravenne, au commencement du vi*^ siècle. 
Son architecture, dont la reconstitution en ce qui concerne certains 
membres extérieurs et accessoires du premier étage n'a pas encore 
été faite d'une manière définitive, ne paraît vraiment originale que 



i2S (iiAi'iiui; Il 

par la vigueur (lu cMiai-tcro. La Lri^'aril»'S([iii' o()U|)()lo inoiiolillu», du 
poids (l'tMivii'ou ftMit ([ualro-viuj^ts tonnes, (jui i-ouvrc rédilicc, prouve 
une rechi'ivlje de grandiose, une perst'vérance de ti'avail et une 
habileté inéeani(pn' (pii font le plus ^^rand honneur au rè^ne de 
Théodorie. Los ruines du palais de ce prinee ii Kavenne. et le 
baptistère de l'ioienee, dont on atliihue avec assez de vraisemblance 
les parties anciennes ;t l'épocpie di's (loths, ne n'-vèlent, comme le 
mausoh'H' de Théodorie. aucun style particulier. L architecture du 
palais de Havenne prtxéde de ctdle du palais de Spalato. 

Do là à ima^-inor une thèse comj)lèle sur le rôle joué par les 
Wisij^oths dans la transmission do rarchitecture néo-^rec(pie et 
l'établissement du centre di' l'action Nvisi<,^()thiquo, il n'y avait (pi un 
pas pour losprit brillant et aventureux de Louis (^ourajod. Le pas 
franchi, 1 intréj)ide archéoloy^'ue se trouva prestjue seul, mali,'ré la 
séduction (juo sa parole ajoutait à la thèse présentée j)ar lui. Il 
était impossible de la passer sous silence, il serait superflu de s'y 
arrêter. M. J.-A. Brutails a ramené la thèse « insoutenable » ;i ses 
justes proj)ortions ; on peut dire cju'il n'en reste rien, c est pour- 
quoi nous ne nous y attardons pas dans ce livre '. 

On a prétendu ([ue les Goths avaient apporté, des rives du 
Danube, les éléments dune architecture ori<j^inale qu'ils auraient 
ensuite développée en Italie et dans le midi de la Gaule '. Cette 
opinion ne repose que sur des textes fort vajii'ues ■* ; aucun monument 
ne vient lappuyer. Au contraire, les rares monuments subsistants 
entre ceux qui furent élevés par les Goths — le mausolée de Théo- 
dorie et le palais de ce prince à Ravenne, le baptistère de Florence'' — 
ces monuments paraissent démentir l'opinion que nous venons de 
rappeler. 

Le principal argument que l'on invoque en faveur de cotte pré- 
tendue architecture, c'est que les Goths étaient ariens très zélés et 
que, comme tels, ils durent adopter pour leurs ég'lises un type diffé- 
rent de celui des orthodoxes '. Mais, si l'on en jug'O par l'exemple 

1. .I.-A. Hriilîuls. L'.irrhf'oloijie du mot/en ;ige of :^eii, môlhodrs, ii)-H°. Paiis, 
1900, p. lOil-lt."?. 

2. De Troya, dodiri' dijdomniiro lonf/ohnrdn, dans Storin di Flalin, in-S". 
IS'apoli, 18"')'2-iH'l.'j, |),'irl. f, |). 23 s(|. 

3. F. <le Darloin. Kliidi' sur l'arcliitorture lotnhnrde d sur /fs ori</incs de 
iarchilrrlurp romnnD-hi/z.inlinr, in-i", Paris, 1882, l. ii, p. 30. 

4. Cordero di San Qiiintino. Dell' Ilaliannarrhitcltura durnnir In doininazionr 
longoharda, in-4", Brescia, lS2ft. |). 291 s(j. 

"l. C. Troya, op. cit., p. 't~, tS, 'M, "A, etc. Voir Diclionn. d'arch. chrôl., 
t. I. col. 2819-283:;. 



lŒSLMÉ 129 

des sectes chrétiennes postérieures à celle d'Arius, et dont il reste 
des temples, comme aucune d'elles n a produit une architecture reli- 
gieuse qui lui appartînt en propre, il serait surprenant que la secte 
arienne se fût, par exception, montrée créatrice. L histoire cite 
d'ailleurs un certain nombre d'églises ariennes qu'une simple dédi- 
cace a sufli pour rendre au culte orthodoxe'. On ne voit pas, qu'à 
la chute de larianisme, les églises de ce culte aient été transformées 
ou détruites ; et pourtant, les mêmes motifs qui auraient porté les 
ariens à bâtir des églises, ditférentes de celles des orthodoxes, 
devaient ensuite déterminer ceux-ci à transformer ou à détruire les 
églises ariennes. Leur conservation à Ra venue, à Pavie et même à 
Rome, prouve qu'elles ne différaient pas des églises orthodoxes. 

La destruction des églises ariennes ne prouverait pas, du reste, 
que ces églises aient offert les caractères d'un style particulier ; car 
elle aurait eu naturellement pour cause, soit la violence des passions 
religieuses, soit l'existence de dispositions par trop spéciales à la 
secte arienne. Or, une dilférence de disposition est loin d'impliquer 
une différence de style. 

XIV. Résumé. 

Tout ce qui vient d'être rappelé concourt à prouver que l'architec- 
ture byzantine née dans l'Anatolie a reçu à Gonstantinople sa forme 
définitive, forme à laquelle contribuent les apports de la Syrie, de 
l'Egypte et de la Perse. Rome, au point de vue artistique comme au 
point de vue politique, est devenue une « ville de province », tan- 
dis que Gonstantinople s'affirme comme le centre de l'art chrétien 
gréco-oriental. 

Le rôle de l'Orient hellénisé, insoupçonné jusqu'à ces derniers 
temps, pourrait difficilement être exagéré. A cette alliance instinc- 
tive de l'Asie-Mineure et de la Grèce d'Europe (y compris Salo- 
nique) s'oppose l'influence de la sphère syro-égyptienne représentée 
par divers édifices '^. L'un d'eux se rencontre à Gonstantinople, c'est 
la mosquée Khodja-Mustafa, dont le trait caractéristique est la 
coupole centrale flanquée de deux absides de largeur égale à la cou- 

1. M. A. Ricci, Sloria dell architellura in Ilalia, in-4'^, Modeaa, 18o7, t. r, 
p. 101 sq. Voir Dlcl. d'arch. chrét., t. I, col. 2819-2835. 

2. l.es citernes de Gonstantinople sont inspii'ées par rarcliitecture syro- 
alexandrine. 

Archéologie chrétienne. II. — 9 



i:{ii 



iiivi'iiiti: Il 



|)()U' '. ('il' ty|)t> est ordinaire en I'^lcv])!!'. Dés la première iiioitii' du 
V'' sièele, on le reiieontre dans l-- i^MMiid eoiivi'nl de Selmouli. à 
Solia*^, et (»ii 11' reh'DUve jiisiju a ikis |(tui-.s ii 1 Athos où il a t'té 
introduit par des moines é^-yptiens et s\ riens. 

A partir du V sieele, il devient aisé de jnévoir la victoire ai-tis- 
ti([ui' j)lus ou moins prochaine de (^)nslantinopli' et le rayonne- 
ment de ses méthodes vers le monde occidental. I, l'poijue de .lusli- 
nien manpie l'apog'ée de ce rayonnement ; on ne peut trop insister 
sur ce point puisijue, il y a ([uehjues années ii peine, V . X. Kraus 
osait soutenir que Sainl-\'ital de iîavenne n est pas une cn-ation 
byzantine, mais romaine ou ravennate -'. Aussi, n'est-ce pas sans 
raison (jue M. .1. Str/.y<;owsl<.i l'crit ces lij.;-nes : (. Je suis curieux de 
savoii- pendant combien de temj)s encore le vieux j)i'i'jut,^('' en faveur 
de Home et de lantiijue s'opposera à la constatation pleine et entière 
de la vérité : à savoir (jue l'Orient a créé le nouveau style et ipie 
l'art chrétien, où qu'il apparaisse, en particulier aussi à Home et en 
Italie, est bientôt devenu le véhicule de ce mouvement nouveau 
vraiment contraire à l'esprit anti(jue. mais qui n'en fut pas moins 
imposant, majestueux et surtout fécond. » 

La création improvisée de Constantinople avait failli, par l'excès 
des besoins qu'elle entraînait, ruiner le pro<.^rès de 1 arcliitecture 
pour long-temps. L'obligation de satisfaire avec des moyens insulîî- 
sanls à des exigences énormes condamna l'art à un retour en arrière 
et le ramena brusijuement au point où il était aux derniers temps 

1. Dans le cas où l'abside principale est demi-circulaire, on ohtienl le ty|)f 
tréllé à coupole centrale. 

2. (ic>ic}iir)itp (1er rhrislliche Kunsl. t. i, p. 4iO. ("f. J. Quill. Dii' Mosailcen 
von S. Viluli' in liavcnnn. Eino Apolorjie (1er Di/nphisilixnius nus deni VI. Jahr- 
hunderl, in-4", Wien, 190:^. On trouve dans Eusèbe des analo^nes frappantes 
avec Saint-Vital qu'on pourrait prendre ainsi pour une é;,dise du iv'^ siècle; par 
oxem[)le, la descrijition de l'octof^one construit h Antioclie par Constantin. 
Dans la région limitrophe entre l'Asie-Mineure et la Syrie du Nord, cette fonne 
octogonale jouit d'une longue faveur, (^n [)eut se dis|)enser de rattacher Saint 
Vital à l'église des Saints-Serge-el-lîacchus à Conslantino|)le ou aux édilice.'-. 
de Hostra et d'Esra. Saint-Vital parait, ira|)rès (juelijues indices, avoii' remplaci- 
un édifice plus ancien et il n'est peut-être [)as incroyable de |)arler de l'épotpie 
théodosienne; quoi ([uil en soit, un des chapiteaux oiïrele type nettement tliéo- 
dosien. Ce qui est hors de doute, c'est ipie le nord de l'Italie est. au point de 
vue de l'art, dans la dépendance de l'Orient; rien de plus démons! ratif et de 
plus instructif à ce sujet (pie la comparaison avec les grandes constructions 
de la Svrie et de r.\sie-Mineure comprises entre les règnes de (Constantin et de 
.lustinien. 



KÉSL'MÉ 1 3^ 

de la République romaine. Le procédé de la construction voûtée 
devenu trop lent et trop coûteux, on se rabattit des voûtes sur les 
simples toits en charpente, on revint au type de la basilique primi- 
tive. Les édifices constanliniens de la nouvelle capitale, Sainte- 
Sophie, Sainte-Irène, les Saints-Apôtres n'étaient pas autre chose 
sous leur plafond en lambris. Une pareille crise eut pour effet de 
transformer radicalement l'art demi-romain demi-asiatique de Phila- 
delphie et d'Ephèse et de l'acheminer rapidement vers la rupture 
complète avec ses éléments romains. 

Jusque-là les constructeurs avaient compté sur la simple cohésion 
des massifs de leurs voûtes, ils se prennent peu à peu à chercher 
dans le jeu des poussées un principe nouveau d'équilibre. Rompant 
avec les traditions romaines, renonçant à envisager la voûte comme 
un monolithe artificiel, ils en réduisent la masse tandis que, aban- 
donnant le tracé géométrique des pénétrations de berceaux, ils 
adoptent le profil surhaussé. 

Les phases de cette évolution de l'art byzantin vers sa forme 
finale, c'est-à-dire complète dans son originalité, ne nous sont 
pas toutes connues ; ce que nous savons avec certitude c'est le point 
de départ et le point d'arrivée, celui-ci au vi'' siècle. A cette date, 
toutes les méthodes de construction sont fixées, tous les types 
sont produits, tous apparaissent appliqués à la fois sans exclusion 
et sans parti pris ; le plan polygonal, indiqué dès le iv*' siècle à 
Nazianze et à Xéocésarée, se reproduit à Saint-Serge de Gonstan- 
tinople et à Saint- Vital de Ravenne; le plan basilical se retrouve 
dans l'église de la Theotokos, à Jérusalem ; le plan crucial à cinq 
coupoles apparaît lors de la reconstruction de l'église des Saints- 
Apôtres ; la belle disposition de Sainte-Sophie se révèle ; et enfin, 
Sainte-Sophie de Salonique nous offre le type de ces églises à cou- 
poles centrales dont toutes celles de l'Athos et de la Grèce ne sont 
que des variantes ; jamais l'art ne s'est montré plus libre, plus varié, 
plus fécond K 

1. A. Choisy, L'art de bitir chez les Byzantins, p. 159 sq. 



CHAPITRE m 

LA PEINTURE 



I. Lt's origines. — - II. Ln technique. — III. Rôle du clergé romain. — IV. Les 
artistes. — V. Les types. — VI. L'esthétique. — VII. Le second art chrétien. 
— VIII. Bibliographie. 



I. Les origines. 

La peinture chrétienne est presque aussi ancienne que le chris- 
tianisme '. Ce fait s'explique sans peine à partir du moment où l'in- 
fluence prédominante de saint Paul tire la relig-ion nouvelle du 
monde juif et l'introduit dans la société gréco-romaine, tout impré- 
gnée d'art. Partout oîi nous rencontrons les monuments primitifs, 
nous constatons le parallélisme entre les œuvres de la littérature et 
de l'art. Les images exposent et expliquent tout à la fois les ensei- 
gnements des Livres saints. En étudiant les influences qui se sont 
exercées sur 1 art chrétien, nous avons reconnu la part considérable 
des sources classiques dans l'élaboration des types propres à cet art 
nouveau. Cependant, ces emprunts sont le plus souvent purement 
matériels. Les types mythologiques et profanes, décalqués dans les 
compositions d'ensemble de l'art hellénistique et alexandrin, reçoivent 
une destination, une action et un état-civil entièrement nouveaux. 
Les gestes, les attitudes sont les mêmes, mais les intentions sont 
changées. Orphée, Ulysse, Psyché, les enfants à la vendange ont 
une signification nouvelle dont l'Ecriture fournit l'idée générale. Les 
plus anciens écrits des Pères partagent avec l'Ecriture l'honneur de 
recevoir un commentaire iconographique. A Naples, dans les cata- 
combes de Saint-Janvier, la gracieuse allégorie des jeunes filles 

1. On nous dispensera d'aborder ici les images achéropites, le portrait delà 
Vierge attribué à saint Luc et d'autres ouvrages sans aucun rapport avec les 
monuments primitifs, les seuls que nous interrogions. \'oiv Dictionn. d'arch. 
chrét., au mot : Portrait deJ.-C. 



i.ti r.HAiMTni: III 

hàtissant imc tour ost iMiipruulrc au P.is/rur d llcnnas '. l\ulin, des 
emprunts sont tails en faraud nomhic au c-vclc cosini(jue pcrsonni- 
lîant les loivcs de la nalinc : les Saisons. 1 ()céan. le l'irniainenl, 
les Astres n-paraitront pendant de loiij^'-s siècles sur les monuments 
chrétiens et s v devidoppeiont même j)eu ii peu '. 

On st'st demandé ii mainti's rejuises le rôle ipi avaient exerce les 
chefs du chrislianisnu' primitif en matière daiL ■'. (Quelques Pères 
ont eu une connaissance assez j)rt'cisi' di's chefs-dceuvre de lanli- 
quilé ', mais ils paraissent se préoccuper mé'diocrement des choses 
artistiipies. Justin', rhéoj)hiK''' et Tatien ' si'nd)lenl n apercevoir 
Texistence des statues i|ue pour autant (pi idles repiési'iitent des 



1. Scliiilt/.e, Die Kittakotnljen von San (imn.iro <li'i l'on-ri in Sdijifl, iii-S'. 
Jeiia, 1877, nadmel pas cette idi'iilitication ; mais, coiniuf l'.i dit I',. Miiiil/. 
c«'tle opinion paradoxale ne soulient pas rexaineii. Hi-riii' crili(/iit', 1' di'ccinl)!!- 
1S77, |). .'IIM.ll se pourrait (pio la lii^urf dlioininc dans (laiiiicci .S7o/-/,(. pi. V77. 
n. 1'.', fnl ('•^alcnuMit ins])irée j)ar llernias. l'.islnr, --imilitiidc VIII. ii. I. rdil. 
Knnk. in-M", Tid)in^'en. ISS7, t. i, |i. 17t'i. 

2. 1"". Piper, Mi/l/iolof/ii' imd Si/rnljollli (h'r i-hrislliclu-n h'iins/. in-S'>, Weiniii-, 
IH'li : rapi)r()clier réj)isode des Qnalre couronnés. De Hossi. lioni.i solleri-.. 
t. m, p. :J79. 

■i. A. (Jhi^''noni. El pensiero crisliano ncl nrtr, scco/o /-w, in-8". Hoina, t'.l(*i. 
Séroux (rAj,'incourt osa le premier parler de la liante anli(]nilé des peiiiluri's. 
Haoul Hochette, Tahlrnu de^ calncoinlio^i romaines, in-12, Bruxelles, 18^7, 
p. it»2, 17(3, afTirma l'existence d'un art ciirélien dès les orij^ines du ciiristia- 
nisme. En dehors des preuves de l'ait, .l.-B. De Hossi, lio/na soUrrr., l. i. 
p. 1"J0-197, a |)résenté un argument in^a'-nieux ; « Si l'on compare, dit-il, dan-^ 
les cimetières souterrains, la richesse, la variété, la liberté de sujets et t\c 
types des plus anciennes peintures avec la roidetir (grandissante, la pauvreté 
d'invention de jour en jour plus évidente du cycle des ligures à la fin du 
ni* siècle on constate linvraiscmblanci' de Ihypotlièse d'après la(|uelle la 
peinture chrétienne aurait été introduite subrepticement et en ()|)position avec 
la discipline primitive de 1 Église. » F. X. Kraus, Gescfiic/ite (1er christlichen 
Kunst, in-8", Kreiburg, 1896, t. i. .Vvant-propos : n Ici on ne considère que 
l'art des peuples chrétiens et seulement le côté religieux de cet art. J'ai 
voulu rechercher les rapi)orts entre la religion chrétienne et l'art ; montre!- 
que l'art chrétien a le droit d'exister, qu'il a sa place bien marquée à côté de 
l'art antique ; établir la relation entre léjjanouissement et la décadence di' 
l'art d'un côté et l'état de l'esjjrit religieux de l'autre. » 

4. F. Piper, Einleitnnij in die monumentale Theoloi/ie, in-8". (lotha, 18t»7, 
p. 118. 

5. Justin, Apolofjia, I, n. ix, P. G., t. vi, col. '.i'tO. 

ti. Théophile, Ad Autolycum, l.II, t. ii, P. G., t. vi. col. 10*8. 
7. Tatien, Ad Graecos, c. xxxm-xxxv, P. G., t. vi, col. 873-879. 



LES ORIGINES \X') 

idoles '. Leurs comparaisons sont dune insipide banalité -. Lac- 
tance, qui vit à la cour de Constantin en qualité de précepteur de 
Crispus, paraît être un des plus réfractaires parmi ses coreligion- 
naires au sentiment de la beauté. A l'entendre, les images des dieux 
exécutées en or et en ivoire par Phidias, Polyclète ou Euphranor, ne 
sont autre chose que de g'randes poupées à l'usag'e, non des petites 
filles à qui on peut passer cet amusement, mais des liommes 
sérieux. 

A l'exception d'Astérius d'Amasée, on ne rencontre g-uère la 
préoccupation esthétique chez les chrétiens. Quelques phrases ii 
demi perdues dans un discours ou dans un traité polémique sont 
tout ce qu'on peut citer et on n'y trouve que peu de renseignements. 
Saint Basile exhorte les artistes à représenter le martyre de saint Bar- 
la am et à surpasser sa propre éloquence par leur art : «Faites-nous 
voir la lutte de la main et du feu exactement rendue, faites-nous voir 
l'image' brillante du combattant. Placez aussi dans votre tableau le 
Christ, aofonothète de ces luttes -^ » Saint Gréooire de Nvsse tlécrit 
le martyre de saint Théodore : (( L'artiste a déployé dans cette 
œuvre, dit-il. le meilleur de son talent. Il a retracé habilement, par 
la couleur, les grandes actions du martyr, sa résistance, ses souf- 
frances, les traits sauvages des tyrans, leurs violences, la fournaise 
ardente, la fin bienheureuse de l'athlète, la forme humaine du Christ 
qui préside à ces combats. Sa peinture est comme un livre vivant; 
il a rendu les luttes et les tourments du martyr et il a orné le temple 
comme une prairie agréable et fleurie. Car la peinture, bien que 
silencieuse, semble parler sur le mur, et ses enseignements sont pré- 
cieux '*. » 

Saint Jean Chrysostome fait parfois allusion k la peinture et lui 

1. TertuUien et Athénagore reprochent à la statuaire sa perfection, car cette 
perfection même a favorisé Tidolàtrie. Cf. F. Piper, op. cit., p. 12u, 126, 147. 
Lactance, Divin, instit., 1. III, c. iv, P. L., t. vi, col. 268 sq., n'est pas moins 
excessif et aussi Clément, Exhort. ad génies, vu, P. G., t. viii, col. 1800. 

2. F. Piper, op. cit., p. 75 sq. Cette inaptitude artistique ne paraît pas s"ètre 
traduite par des rigueurs. « Si nous examinons, dit E. Miintz, op. cit., p. 7, les 
productions des premiers siècles, nous voyons que leurs auteurs défendent 
les droits du bon sens comme aussi rattachement aux règles profession- 
nelles. ». 

3. S. Basile, Homilia, xviii, P. G., t. xxxi, col. 490. 

4. S. Grégoire deNysse, Oratio in S. Theodorum, P. G., t. xlvi. col. 738 sq. 
Voirsa description du sacrifice d'Abraham d'après les monuments qu'il avait 
sous les yeux, dans Dictionn. d'arch. chrét., t. i, col. 113. 



130 



(iiAi'i I iti: m 



einprunto des comj);ir.us()as '. Saint (IvrilU' d'Alcxaiiclru' retrace les 
(lilVéreiites sc«'nes dans lescpielles on avait coutTinie de distril)uer la 
représentât ion du sairilioe d Ahraliani. Ine épi^^raniine de IM/j/Ao- 
Inifir décrit 1 é^'lise Sainl-l*()lveucte fondée au V siècle, et nienlionne 
des peintiMH's (pii reproduisaient plusieurs é[)isodes de la vie de 
C.onstantin '. « On peut admirer- à la voûte une t'tt)nnante nieiveille 
des pinceaux saci-i'S : le sag^e (>onslanlin t'uvant les idoles, t'teignant 
la rai,^' des ennemis de Dimi. trouvant la lumière de la Irinité après 
avoir purifié son corps dans les eaux. ^ l^éja. un siècle auparavant. 
Eupèhe mentionnait un tableau représentant Constantin avec ses 
enfants, foulant aux pieds un drag-on percé de llèclies. image du 
démon. Mais le plus curieux monument de cette criti(|ue nouvelle, 
c'est la description faite par Astérius. évé(jue dAmasée, d un 
tableau (jui représentait le martyre de sainte l'Aiphémie '. 

Les prt'cédentes descriptions n'offrent, en effet. (|u'un dessin léger; 
ici. nous avons une étude soignée. Ce ({U il y a d int<''ressant dans 
ce morceau, ce senties réminiscemes de 1 ai-f païen mêlées ;i lana- 
lyse des productions d'un art nouveau. On dirait, écrit révècjue. une 
page d'b^uphranor ou de qutdcpi'un de ces anciens artistes qui ont 
élevé si haut la peinture en transportant la vie dans leurs tableaux. 
Par un rapprochement [)iquant, il com[)are le visage de la martyre 
i\ celui de la Mcdce de Nicomatjue et remarque de deux côtés le 
même art pour unir deux sentiments contraires, ici. la pitié et la 
jalousie ; là, l'intrépidité sans limites et la plus délicate pudeur ^. 

(larrucci a réuni quelques-uns des textes d'après lesfjuels les 
apôtres et les chrétiens des premières générations auraient élev(' 
des églises décorées de peintures représentant le Christ, sa mère ou 

i. Texte cité par S. Jean Damascène. Oratio'II, De ininf/inih., P. G., t. xciv, 
col. 1313, mentionnant un tableau repiésentant Tan^fO du Seig-neur dispersant 
rarniée des Assyriens. 

2. Aiilholof/ia, édil. Jacobs, t. i, p. H. Sur la décoration de celte éj,dise, cf. 
Christlicfin Kiinstljl/iller, 1869, p. 14"j-l")l; L. Duciiesne, Kludc sur le Liber 
pontifir.ilis, in-8". Paris, 1877, p. 172. On ne saurait affirmer s'il s'agit ici de 
peintures plutôt rpie de peintres. 

3. Labbe, (Concilia, t. xii, col. 204. Lettre à Acace, évècpie de Scythopolis. 
Nous en avons donné la traduction dans le Diclionn. il'arch. chrét., t. i, 
col. 3001. 

4-. E. Bertrand, Eludes sur la peinture et la eritif/ue d'art dans l'antiquité, 
in-S", Paris, 1803, p. 422. L. et R. Ménard, De la sculpture antique et moderne, 
in-8°, Paris, 1867; P. AUard. L'art j)aïen sous les empereurs chrétiens, in-8", 
Paris. 1879. 



LES OKIGINF.S 137 

les martyrs. Ces témoig-nag-es sont tous trop tardifs pour être pris 
en sérieuse considération ; ils ont surgi pour la plupart au moment 
des querelles iconoclastes et leur précision même autorise à les tenir 
en suspicion '. L iconographie des sectes hérétiques est mieux attes- 
tée. Les Simoniens possédaient les eflîgies peintes et sculptées de 
leur fondateur. Les Manichéens conservaient le portrait de Manès: 
une femme de la secte de Carpocrate gardait les images de Jésus et 
de saint Paul ; un nommé Lycomède adorait limage de saint Jean 
de Patmos ; Alexandre Sévère s'était procuré un buste du Christ 
pour son laraire. Tous ces textes sont depuis longtemps connus ''. 
Les plus anciennes peintures chrétiennes paraissent adopter des 
« types » plutôt que de reproduire des « portraits » ; c'est du moins 
l'impression que donnent les fresques des catacombes ; impression 
que ne contredisent pas quelques textes intentionnellement très 
vagues '■''. Les monuments et les textes sont d'accord pour nous 
montrer que, dans ces premiers essais de l'art chrétien, le Christ 
n'avait pas obtenu une place prépondérante. \on seulement il n'ap- 
paraît pas le premier de tous, mais il transparaît souvent sous 
d'autres figures que la sienne. C'est une coutume si bien admise que 
Celse s'étonne même qu'on ne remplace pas partout ce Christ par 
Jonas sous le cucurbite ou par Daniel au milieu des lions ^. 

Nous soinmes mal renseig'nés sur l'importance des compositions 
pendant la période antérieure à la paix de ULglise. S'il faut en 
juger par les catacombes, les artistes se sont presque complètement 
abstenus de représenter des scènes dans lesquelles entraient plu- 
sieurs groupes. Les trop rares indications relatives à la peinture en 
Orient semblent confirmer cette observation. Le voyag-eur Pacho a 

1. Garrucci, SloriadelV arte cristiana, t. i, p. 417 sq. M. P. Lejay, loc. infr. 
ci7., écrit avec son ordinaire précision : « Dans la polémique sur le culte des 
images, on a appliqué à tous les textes possibles de la Bible, des Pères et des 
conciles, une savante torture pour en extraire ce qu'ils ne contiennent 
pas. » 

"2. Nous ne les transcrivons pas ; ils auront leur place dans le Dictionn. 
d^arch. chrétienne. 

3. Le canon 8® du document désigne sous le titre de << Concile apostolique 
d'Antioche » est particulièrement obscur. Cf. P. Lejay, Le concile apostolique 
d'Antioche, dans la Revue du clergé français, 1903, p. 345, 349-330; Pitra, 
Spicilegium Solesmense, t. i, p. 501, note 1 ; Garrucci, op. cit., t. i, p. 432. 

4. Origène, Contra Celsum, 1. VII, c. lui, P. G., t. xr, col. 1497. Cette obser- 
vation de Celse semble bien faire allusion à quelques peintures vues par lui. 
Cf. Buonarotti, Osservazioni, p. 18. 



:J8 



CllM'lTIU. III 



(lossinr. diins la cafaooinlx' de (^yrt'iit' '. une n-prôscntation du Uon 
l*asti'ur. (le la lin du IT' siccdc. La sciMic est tralftH- assez, libri'nu'ul. 
Lo jeune Iteri^er est eouionné de lierre; il conduit un petit troupeau 
et il est possible (pu- lOrij^inal le montre dans un paysa<;e moins 
étri(|ué (jue eehii du dessin uni(pie (1 après letjuel cette fres(jue nous 
est connue lii,^. 217 . A Ai)amée se trouvait peut-être une fresipu' 




217. - Peinture de (".yri'iie. 
d'après Pacho, lirlulion il'iin vor/agc, pi. xm. 



ou une peinture représentant la sortie de larclie de Xoé - et il se 
pourrait que le sacrifice d'Abraham ait orné certaines é<jlises ' ; à 
Alexandrie nous voyons les noces de Cana et la multiplication des 
pains ^. 



1. Pacho, Uclalion d'un roi/nijc. dans In Marm;iri//ue^ lu (J)jrf^ unique, in-l'ol., 
Paris, 1827-1829, pi. xiii, i.i ; (Ifirrucci, Slorin, p\. lOîl. 

2. Voir Dictionn. (Vurch. rhràl., t. i, col. 2."ill. 

3. C. Hayel, Urchcrrhes, p. 2.i. (^f. Labhe, (Joncilin, l. vu, col. 201 : 
S. Ephrem, Opnrn ledit. ,\ssemani), t. ii. p. 317 : S. Grégoire do Nysse, D<' 
deiinle Filii et S. -S., P. (}., t. xli, col. ;J72. 

4. \oïv Diclinnn. d'nrch. chr/d., t. i, fig. 279. La calacomhe Wescher ne fui 
délaissée qu'à la paix de l'Ep^lise. Les peintures du vestibule appartiennent à la 
période pré-constantinienne, au m* siècle probablement, et décorent l'abside 
dans laquelle elles forment une frise à mi-hauteur. On rencontre dans les 
cryptes romaines des exemples de décoration à une place analogue. Bosio, 
Itoma sotterr., p. 438; .\rmellini, Scoperta dclla cripla di S. Enierenzinna, 
1877, p. 38, lO-i-J. .1. Wilperl, Frnclio pnnis, p. 10, met la fresque de la cata- 



LES OKIGINES 139 

Le plus précieux ensemble de peintures en dehors de Rome, 
avant la Renaissance constantinienne, se voit en b]g'ypte, dans une 
chapelle de nécropole d'El-Bagaouàt, située à cinq lieues de la ville 
d'El-Kargeh (^Grande-Oasis)^. Les chapelles funéraires d'El-Ba<i^aoui\t 
sont d'époques diverses, celle qui nous intéresse paraît avoir été 
construite et décorée antérieurement k la paix de l'Eglise. La cou- 
pole, ornée de peintures, repose sur quatre arcs de soutènement 
accolés au mur. Les arcades des murs au nord, à l'est et à l'ouest, 
ont une décoration architecturale et linéaire. La face antérieure de 
l'archivolte porte une g-uirlande de fleurs -, l'archivolte k l'est est 
décorée dun cep de vigne et de trois croix ^. La décoration des 
pendentifs est assez banale ; ce sont des croix et des branchages. 

Le sommet de la coupole est tapissé des branches d'un immense 
cep de vigne dont le pied sort d'un vase en forme de tour. Tout le 
champ laissé libre par les pampres est rempli de scènes bibliques 
sur fond blanc. Ce sont presque tous les mêmes sujets que nous 
rencontrons k Rome dans les catacombes, mais traités d'une manière 
très différente. Une première particularité, c'est que chaque épisode 
est accompagné du nom des personnages qui y figurent, ou bien du 
titre du sujet représenté ^. Les édifices, si rares sur les peintures 
romaines, sont ici prodigués. Parmi les sujets traités avec une ori- 
ginalité remarquable, nous signalerons les sept Vierges sages, 
Jérémie,le supplice de sainte Thècle, la poursuite des Hébreux par 
les Egyptiens, le martyre disaïe. La présence de sainte Thècle est 
particulièrement digne d'attention, elle nous ramène aux origines 
mêmes du symbolisme chrétien et k cet Ordo commendationis ani- 
mae dont nous avons montré l'influence sur la peinture chrétienne de 
la période primitive. 

En Occident les peintures romaines vont nous retenir longtemps, 

combe Wcscher au \^ siècle, « toutefois, dit-il (p. il), elle est inspirée du 
symbolisme ancien et a une grande importance. La copie que nous avons n'est 
pas conforme en tous ses détails à Torig-inal. Le dessinateur a marcjué l'extré- 
mité de droite des sigma comme étant la partie inférieure d'une figure assise. 
Les deux apôtres ont reçu le nimbe, il est plus probable qu'ils ne l'avaient ni 
l'un, ni l'autre. Au cimetière des Saints-Pierre et Marcellin un arcosolium réu- 
nit également Cana et la multiplication des pains. 

1. Wl.de Bock, Matériaux pour servir à l archéologie de V Egypte chrétienne, 
in-4°, atlas, Saint-Pétersbourg, 1901, pi. viii. 

2. /c?., pi. XII. 

3. 7(7., pi. IX. Voir Dictionn. darch. chrét., t. ii, au mot Bagouàt. 

4. Voir Dictionn. d'arch. chrét., t. i, fig. 906. 



1 iO riiAi-rnii; m 

mais nous uv |)(iuv(>ns passiT sous silt'uct' un texte célèbre <jui nous 
apprend 1 exislenee de peintures en Ms|);t<4-ne. dans les édifices chré- 
tiens. Nous voulons parler du canon d un concile tenu h l'dvire 
(^rr-Ti (irenade. vers lan '{00 '. à la veille d»' la dernière peisécution. 
Ce canon interdit <> de placer des tahleaux dans les é^'-lises et de 
peindri' sur K's murailles ce «pii est vénéré et adoié » '. On a 
donné de ce texte heaucouj) d'explications dont un hon nond)re ont 
le tort de s'éloi^-ner du sens naturel des pai'oles du concile. Li's 
Pères d'hilvire reprochent aux images de représenter c-e <pii est 
vénéré et adoré, c est-iVdire d'être elles-mêmes des objets de véné- 
ration ou d'ailoration '. En cons(''(pience, ils les proscrivent pure- 
ment et simplement. Est-ce la théorie ou la praticjue du culte des 
imaj^es qu ils condamnent, chacun peut se faire son opinion sur ce 
point. Ce qui est tout à fait certain c'est (jue. comme l'ont pensé 
Raoul Hochette et Beuj^not, ce tlécret est l'expression dune disci- 
pline « toute accidentelle », « toute locale '. » 

//. La technique. 

Les causes multiples qui ont concouru à détruirela décoration des 
catacombes et les catacombes elles-mêmes, se sont exercées sur 
des proportions si vastes qu'il serait tout à fait illusoire de sonj^^er 
à calculer l'elfort de travail représenté par la préparation des parois 
et leur ornementation. Cependant on peut, sans aucune exagération, 
le qualilierde colossal et prendre ainsi une certaine idée de la place 
(pi'a dû tenir ce grand ouvrage dans les préoccupations de la 
société chrétienne des premiers siècles. Le travail matériel, h lui 
seul, réclamait la résence d'un personnel considérable. La paroi 
destinée à être recouverte de fresques demandait une préparation 
délicate. Pline et Vitruve nous ont laissé la recette des opérations à 
exécuter. Suivant Pline ', la paroi doit recevoir trois couches de 
chaux et pouzzolane et deux couches de chaux et de stuc marmorin''. 

1. M. l.eclerc-q, f/ Espagne chrétienne, in-12, Paris, l'JO.'i, p. !)9. 

2. Canon !?t) : l*l;iriiil p/c//v/'as in cc.clesia esse non rlehere, ne f/iiod colilur et 
adoratur in f)arii'tihus depingatur. 

3. Turmol, dans la Revue <ln clergé français, 1906, t. xi.v, [>. ;>08. 

4. Beupnot, Histoire delà destruction du paganisme en Occident, in-H'^.Vavis, 
1835, l. I. p. 312, 314. 

'). Ilist. nat., xxxvr, 176. 

6. Il ne peut èlie question anjoiinlluii de contester aux peinluios des cala- 
coml)es le titre de fresques. Dans une étude qui jjrécède les Wandgemalde, de 



LA TKCHMOUK 141 

Vitruve exige, outre un premier badigeon grossier, trois couches 
de chaux et pouzzolane et trois autres couches de ciment marmo- 
rin '. Aucune de ces six couches ne doit être appliquée sur la 
couche précédente alors que celle-ci commence à sécher et les trois 
dernières couches doivent être étendues de manière à ce qu'elles se 
coagulent et forment une masse compacte -, On a trouvé au Pala- 
tin, dans les fouilles du palais des empereurs, un mur dont le revê- 
tement satisfait à toutes ces règles ; les artisans pompéiens 
employaient un procédé un peu différent \ ceux des catacombes 
n'adoptèrent pas non plus toutes les prescriptions compliquées de 
Pline et de Vitruve. La raison est aisée à donner. Les parois en tuf 
des catacombes n'offraient pas la résistance nécessaire pour suppor- 
ter le poids d'un revêtement très lourd, on fît donc choix d un enduit 
dont l'épaisseur totale ne dépassait pas un centimètre. On relève 
bien quelques différences suivant les lieux et les époques. Ainsi, 
jusqu'au m*' siècle avancé, l'enduit se compose exclusivement de 
deux couches, à l'époque qui suit on se contente souvent d'une 
seule couche. Cependant à la catacombe des Saints-Pierre-et-Marcel- 
lin on en met deux ; à la crypte de Saint-Janvier, à la catacombe de 
Prétextât on en met jusquà trois, il est juste de dire que la couche 
inférieure n'est pas appliquée surle tuf, mais sur Yopus murariuni 
plus capable de supporter un pareil poids. Avant le milieu du 
ui® siècle, on ne connaît aucun exemple de fresques exécutées sur un 
enduit d'une seule couche, et cette circonstance est un précieux 
indice chronologique pour la détermination de l'âge des peintures. 
Il est assez probable que les peintres des catacombes ne sont arri- 
vés à établir ces règles qu'après divers tâtonnements et quelques 
mésaventures. Ainsi on peut supposer que les premières fresques 

M. Helbig, la démonstration avait été faite pour la plus grande partie des 
tableaux qui décorent les villes de la Campanie. Cf. Otto Donner von Richter, 
Die erhaltenen anliken Wandmalerein in technischer Beziehung untersucht und 
beurtheiit, dont les conclusions ont été combattues sans résultat par E. Ber- 
ger, Beitrâge zur Entwicklungsgeschichte der Maltechnik, dans Technische 
Mittheilungen fur Malerei, de Ad. W. Keim, 189.3, 1894. L'ouvrage capital 
de J. Wilpert, Le pitliire délie catacombe romane, in-fol., Roma, 1903, ne 
laisse aucun doute sur l'emploi de la fresque, p. 3, 6-7. Cf. J. Wilpert, Sulla 
tecnica délie pitture cimiteriali e siillo stato délia loro conserrazione, Roma, 
■ 1874. 

1. De architectura, . VII, p. 3, 5-8. 

2. Donner, Die erhaltenen anliken '\Vandmalereien,p. 39. 

3. /(/., p. 41 sq. 



142 t.iiAi'iiiu; III 

tracées sur un l'iuluit tro)» lourd se si-ronl (K'tiiclu'cs des parois ot 
auront péri, nous privant des ouvra^'-cs h-s plus anciens cl, à en 
ju|j;er |)ar ce (jui reste, les plus parfaits. Afin d'éviter la chute des 
enduits, on iinaj^ina dans les cul)iiules les plus anciens pourvus de 
softites plats, de fixer le stuc- au soilitt; avec des clous de 1er ' dont 
plusi»'urs sont encore visibles aujourdliui '. Nous devons ;i cette 
précaution la conservation de la voûte de la crypte de Lucine, 
nonobstant ses L,'-randes crevasses. A la Cnpjiclla (frccn^ la paroi 
j^auche verticale était tellement friable ([u'on fit usa^-i' de chevilles 
en ciment dont on reconnaît la place aujourd hui '. 

t. .1. Wilpert. Le pilture, |>1. -i"., :{S. 

2. l';u' exemple, dans le cuhiciiliiin iliiplcr du ciinelière de Liiciiie el 
dans les deux cliainhi'es des saci'eiiH'iils A- cl A-'. 

'.\. ,1. \\'il|)('rl, ()/). ci/., j)l. 1 i. ('f. ,1. WWpevl, Frnrtio punis. Die ullextc Durs 
telliin;/ dm eurharistischen Opfers in (1er « (Cappella (jrecu » en<Jcc/;l und erl/iii- 
tiTt, in-4", Frcihuiji^, iS(H). pi. v. A p<Trlir du m'' siècle ou rcuoucf à ce moyeu 
cl on évite le dauf^ereu ahandonnaul le softite plat pour la voûte. 

Eu ce (]ui concerne l'encauslicpie dans l'art chrétien ce sujet est vile épuisé. 
I/héréli(jue Ilernio^ène pei<.^nail à l'oncausticpie el rerlullicMi, Adv. Ilerino;/.. 
P. L., t. M, col. 2'2I, le déclare u deux fois faussaire : parle caulrriuni et par le 
slyle ". Einéric David, llisl. de In j)pinlurc au moyen ùi/e, in-i"i, Paris, 18(53, 
p. 97, dit (juiine [)artie des peintures (h'scalacomhes fut exécutée à Tencaus- 
li((ue, el on lit à ce propos dans H. Cros et Ch. Henry, L'encausti(juc el les 
,iulres proci^di^s de peinlure chez les anciens. Historicjue et technique, in-8", Paris, 
tS84, p. liO, note (■) : « L'éminent M. De liossi nous a assuré qu'il ne connais- 
sait aucune peinture à l'encaustique dans les catacombes, la technique sérail 
la fresque terminée |)arfois par la détrempe. » Il faut, afin d'éviter les malen- 
tendus, écarter le soi-disant portrait de la Vierge Marie, peint à rencausti([ue 
par saint Luc et qut; mentionnent une vit; anonyme de l'évanf^éliste ainsi (pie 
Théophane, cités par Du Cange, Glossariuni niedine el infiniae (jraecilatis, 
in-fol., Lugduni, 1688, col. 648. (]'est une pure légende. D. M. Manni, Dell' 
errorc che persiste di altribuirsi le pilture al Santo evanfjelisla. Lezione, in-4'', 
Firenze, 1766 ; le même, Del vero pittore Luca sanln e del tempo del sua florire. 
Lezione, in-4", Firenz(;, 4764; A. Milochau, La Vierge de saint Luc à Sainte- 
Marie-Majeure, in-H", Paris, 1862; lierthier, La Vierge acli^ropite des SS. Dome- 
nico e Sisto, à Rome, dans la Revue de iart chr/dien, 18U4, p. 483-494 ; 1895, 
p. 42-o7 ; La madone de saint Luc, notice et explication si/mholique, in-16, 
Paris, 1861 ; II. .1. Bolton, The Madona of St. Luke. The stonj of a portrait, 
in-16, London, i89;i. Il existe même une Relacion. El mcdico pictor San Lucas 
(en vers), in-4'', Valencia, 1760 ; L. Ç., Les madones de saint Luc, dans la 
Revue de iart chrétien, 1878, t. viii, p, 241-244. Eusèhe décrit un grand tahleau 
à l'encaustique représentant (Constantin précipitant un dragon dans la mer ; 
symbole de la ruine des ennemis de l'Église. Le moine Epiphane [Epiphanii 
monachi édita et inedita, édii. Dressel, in-S", Lipsiae, 1843, p. 47) mentionne 
à Sinope, dans le Pont, une peinture à la cire sur marbre représentant saint 
André. 



LA TKCIIMQLK 143 

La composition de l'enduit est ici conforme à la formule de Pline et 
de Vitruve. Lorsqu'il comporte deux couches, celle de dessous est 
faite d'un mélang-e de chaux et de pouzzolane, la couche supérieure 
est faite d'un mélang-e de chaux et de marbre pulvérisé, d'une 
extrême solidité et olîrant une belle surface g-lacée. Lorsque l'enduit 
ne comporte qu'une seule couche elle est faite d'un mélang-e de 
chaux et de pouzzolane dont la surface est blanchie au moyen d'un 
lait de chaux. Les meilleurs enduits des catacombes sont aujour- 
d'hui ceux de la crvpte du couronnement d'épines au cimetière de 
Prétextât, du cubicule sous le grand lucernaire et du cubicule 
d'Ampliatus au cimetière de Domitille; de l'hypog-ée des Acilii et 
d'une partie delà galerie des Flavii, de la Cappella greca et de la 
crypte de Saint-Janvier; les enduits de la plus mauvaise qualité se 
trouvent au Coemeterium maius et à la catacombe de Saint-Hermès. 
La qualité de l'enduit diffère encore suivant qu'il est destiné à rece- 
voir des peintures ou bien à servir simplement de revêtement à la 
paroi du tuf. Dans le premier cas, le stuc est d'une pâte plus fine et 
on peut croire que la différence de préparation et de prix devait être 
assez considérable puisque, dans un même cubicule, les parties non 
destinées à la décoration sont toujours enduites du stuc de moindre 
qualité ; c'est le cas dans la crypte de Miltiade du cimetière de Gal- 
lixte, où cette distinction a été observée pour des surfaces assez 
exiguës, par exemple, une niche et deux arcosolia revêtus d'un 
enduit moins soigné que le soffite qui est peint '. Cette circonstance, 
dont la raison économique avait échappé à J.-B. De Rossi, 
l'a induit à présenter des explications historiques inexactes. Il a 



1. Les cubicules creusés avant la moitié du m'' siècle étaient entièrement 
couverts d'enduit sur la voûte et sur les parois, alors même qu'on n'aurait pas eu 
de peintures à faire partout. A partir du milieu du .11^ siècle, et principalement 
depuis la paix de l'Eglise, on se borna, dans un grand nombre de cubicules, à 
couvrir d'enduit et à peindre la paroi de face, dans laquelle s'ouvrait le prin- 
cipal arcosolium (ou bien, mais ceci est plus rare, Varcosolium seulement), la 
paroi extérieure de l'entrée et la voûte, laissant le reste à l'état brut. On peut 
citer comme exemple le cubicule délie pecorelle, au cimetière de Callixte, les 
cubicules de Veneranda, de Diogène et des apostoll piccoli, au cimetière 
de Domitille; de la « crèche » et de r(( étoile », au cimetière de Saint-Sébas- 
tien; des deux orantes et des saints, au cimetière ad duas lauros ; de sainte 
Emérentienne et de la Madone, au Coemeterium Majus ; du (( cocher », au 
cimetière de la vigna Massima ; et le cubiculum clarum, du cimetière de Pris- 
cille. Cf. J. 'Wilpert, op. cit., pi. 154, n. 2, 155 ; n. 2, 158; n. 1, 163; n. 2, 
164 ; n. 1, 207, 208, 209, 180, 213. 



1 ii I II \i>ii lu: III 

priisô ([lU' la t r\ plt' avait d abord sii\ i de lieu dv it'unioii litui- 
j^i([lU' sous K' j)a|)i' l''al)ii-n l't (jUc la iiulu' cl les .//•c'o.so//,* l'-taicul des 
addilioiis tlatanl du poiitilical de Milliadi' '. l']n iralilc'. la c r\ |)lf 
iMllière, telK' (ju\dle existe, est pi-imitivi' et date des premiers 
temps (jui suiviriMit la paix de 1 I-liiflist'. Ino crvpte j)lus eélehre. 
colle des ciru/tic Sunli^ creusée peu api"és 1 au ."{(10, au ciiueliere de 
Callixte, t)ll"re éi^^aleuieut deux modes de levèlemeut. (lelui de la 
paroi du fond sur lecjuel est tracée la fres(jue des ciiK/iic S;in/i est 
à deux couches, celui de la voûte et des parois latérales non peintes 
n a qu'une seule couche. A partir de la fin du m' siècle le stuc h 
une seule couche s'emploie de plus en plus, {.a nihirulutn duplex 
du diacre Sévère, qui n'a pas de peintures, est enduit d'un stuc (|ui 
ne diirère pas de celui (jui sera employé ii la dernière {)ériode di's 
excavations qu'il soit peint ou non. Ce stuc ii une couche est 
em[)loyé dans la chambre de VOstrianu/n qui mène à l'aiénaire et 
qui, d'a])rès une inscription trouvée en ce lieu, est antérieure ;i 
l'année 21)1 . 

La pose de l'enduit constituait une opération préliminaire 
réservée à un corps de métier analogue à nos plâtriers [tcctorrs, 
•/.oviâTai) ; leur besogne achevée, le peintre (/)ic/or, [TcoYpiç;:;) abordait 
la sienne. Il traçait d'abord sur le stuc frais les lignes géométriques 
de son dessin h l'aide d'une pointe dont on peut suivre aujourd'hui 
encore le léger sillon. Les corrections pouvaient se faire sans grand 
inconvénient grâce à l'éclairage défectueux des cubicules et cette 
circonstance n a pu avoir que des conséquences fâcheuses en excu- 
sant bien des nonchalances et des négligences d'artistes peu cons- 
ciencieux-. 

D'autres artistes plus soigneux veillaient à elFacer la légère trace 
de la pointe et à lisser de nouveau le champ. On en trouve un 
exemple à la Cappella grcca, où le peintre, mécontent de lescjuissi' 
d'une ligure symbolique de l'été tracée sur la frise et qu'il jugeait de 
proportions trop grandes, passa son pouce sur tout le contour afin 
de laisser la surface et recommencer un modèle plus réduit '. Dès 
que l'on arrive aux ouvrages du iV siècle, on ne trouve plus rien 
de semblable. Le tracé géométrique des voûtes est fait au j)iiiceau 

1. J. Wilpert, lieilriif/e zur rhristlic/ien Arclu'iulof/ic, dans liôinischi- Qiiu/- 
talschrifl, l'JOl, p. 611 s(j. 

2. Par exem[)lo la voûte du cul)icule m du cimelièio de Priscille 2' moitié 
du iv*" siècle. .1. Wilport, Le fiilliirc, pi. 42. 

3. J. Wilpoii, Le piltiire, pi. h, n. 2. 



LA TECUMQLi: 1 t5 

et sans tire-lignes ni compas. De là des inéj^alités choquantes entre 
les panneaux, des circonférences tordues, un art qui trop souvent 
ressemble à des crayonnag'es enfantins '. L'exécution a [)arfois 
racheté la néglij^ence de l'esquisse et parfois aussi fait dis])araître 
presque complètement le trait en le recouvrant de couleur. 

A partir du m'' siècle, un procédé nouveau se répand ; au lieu de 
dessiner à la pointe sur le stuc humide, on dessine la figure avec un 
trait courant de pinceau imbibé de couleur claire, plus claire que 
celle de la ligure à exécuter. Les corrections devenaient faciles au 
moyen de teintes différentes, mais il fallait presque renoncer à 
enlever ces essais si aucun d eux n'était satisfaisant, car le stuc fixait 
la couleur de l'esquisse comme il eût fait de celle du tableau, quelle 
fût l'ocre clair ou le vert de mer. Les artistes se trouvèrent obligés, 
de la sorte, à acquérir une plus grande habileté, afin d'éviter les 
repentirs qui détérioreraient le champ de la fresque ; il est vrai de 
dire que, dans les derniers ouvrages, on supprime la difTiculté en exé- 
cutant l'esquisse telle qu'elle est, fautive ou non, sans corrections. 
Sur une fresque du iv*" siècle, nous voyons un serviteur portant une 
large corbeille ; l'esquisse avait porté le vêtement beaucoup trop à 
droite on n'a pas laissé de remplir l'espace marqué sauf à en faire 
un véritable hors-d'œuvre '-. 

Un croquis du i\^ siècle, tracé à la couleur blanche, sur un fond 
noir 3, est demeuré inachevé, sans doute à cause de la difficulté de 
dominer l'obscurité du champ. On ne rencontre nulle part la « mise 
au carré » dont les artistes égyptiens se sont aidés pour tracer leurs 
esquisses, aussi est-il arrivé à certains artistes de se trouver, l'es- 
quisse terminée, devant un travail manqué. Celui qui dessina l'Ado- 
ration des mages de la catacombe de Domitille ^ s aperçut que la 
composition ne remplissait pas le cadre qui lui avait été assigné ; 
pour y porter remède, il donna un écart plus grand entre les figures 
des mages. 

D'autres décorateurs se sont montrés plus prévoyants. Ceux aux- 
quels nous devons le Jugement de Daniel, au cimetière de Callixte ', 
et deux voûtes du cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin ^ avaient 

1. Wilpert, Le pilture, pi. 49, 106, 108 et 213. 

2. /f/., pi. 9;j, II. 1. 

3. /(/., pi. loi, n. 1. 

4. /(/., pi. 110, n. I. 
îi. Id., pi. 80. 

6. /f/., pi. 01, 63. n. 1. Au cimetière de Prétextai, le Ciirist en>ei-naiit. op. 
cit., pi. 49. 

Archéologie chrétienne. H. — lo 



I t(') I II MMiiii: III 

eu la piicaulioii iK- c.iUulcr aupaiavaiit la liautcuf des lii,'-uri'S cl la 
(linu'iision drs loiiijiarliiiuiils ; les r;^iat it^iiuics faites sur la imirailK' 
pour et' l'aleul se MHi'iil eiieure aujoui'd hui. 

La pii-seiui' <le la eliaux huiuide dans I l'iiduil iin|)<)s;iit reiiij)l()l 
t'XelusiJ" di's couleurs luiiu-rales delà \ ées dans l'eau. Les ((luleilfs les 
plus j;-eut'rali'iiu'nl eiuplovées t'iaient le roiii^e. \r hruii. le jaune, le 
hlaiK'. le Neil, on ne vnil »]ue laieineut 1 a/.ur, le minium, le einahie 
el \c noir et dans plusieurs eas ou eouslale di'S mélaut^es. L''s iuiids 
sont ordiuairemeul la teinte naturelle de l'enduit. eei)endant il arrive 
dans (pu l«}Ues euhicules (ju ou les a recouverts d'iuu' teinte mu- 
forme '. 

Los chairs sont exécutées au moyen du hrun clair ('tendu juscpi'au 
jaune rosé ; le hlanc et le rouj^^^e chnr, plus raiciuent (jue le hlanc. 
servent ;i mar(juer les lumières, le hrun ou le l'ouj^-e servent pour les 
ondjies. Aux. calacomhes, comme à Pom[)éi. ce sont les tons amor- 
tis (pii dominent, les couleurs éclatantes (jui donneraient des coups 
de lumière trop crue et dos phujues d'omhre trop opacpu' sont 
repoussées ; la tonalité «générale est douce, harnu)nieuse, un peu 
voilée. Quel({uefois, cependant, on rencontre un ,7/-co,so/////n et même 
un cubicule entier revêtu d'un enduit rou^e vif ou jaune clairet la 
décoration est assortie à ce IoikL-. 

On retrouve à {)eine, dans les catacombes, un procédé d'art qui 
a joui d'une extrême faveur et atteint à une rare perfection dans la 
décoration des édifices pendant les premiers siècles de l'empire ; nous 
voulons parler des reliefs en stuc recouverts de peinture. Le travail 
le plus notable, dans ce genre, que contiennent les catacombes est 
un groupe du Bon Pasteur parmi les arbres. Le pasteur, les brebis 

1. A l'ninpéi, on oniploio le l)lanc cr.iyciix, l'ocre jamio, lOcre roiiofo, 
cinajjre, iiulij^o, i)leii éf^yption (=: cerulfimu, jaune Ijn'ilé, terre violacée, rose 
liranl au .i,Mraiice, lorre dombre, vert clair, teiiilo neutre, chair, violet, noir. 
Lu nièiiie sujet réparait plusieurs fois mais tijujoius avec des \ariant('s. 
Lesipiisse est tracée au style el au moyen de li{^nes rouj^-'es ; parfois un trait 
en creux ou une li<,Mie iioncliiée martjue la limite cpie la peinlin'c ne doit pas 
dépasser. Parmi les ])einturcs de lépcxpie des premiers cmjjereurs, rintluence 
grec(jue est plus manifeste (ju'elle ne le sera dans la suite ; le stuc l)lanc fait 
le fond du taijleau, les ciels ne sont pas indiqués, les hleus, les jaunes, les vio- 
lacés dominent. (>elte prédominance de Tari ^vec en Italie au r"" siècle est 
reconnue par P. Girard el la célèbre mosaï(|ue de Palestrina la constate, cf. 
Gazette archéolofjif/ue, ISTl», p. 80. 

2. J. Wilpert, op. cit., \,\. i". sq., 137, IT'.t, IS2, l'.M). 2Î-8. Ces peintur.-s se 
répartissent sur les i'"", n« et iv" siècles entre les catacombes de Domitille, 
Priscille, Callixte et Hermès. 



1,A TH<;ilMoLK 147 

et les maîtresses branches sont en relief peint ' : (juant aux feuilles 
et aux détails secondaires ils sont simplement peints ou ti'acés sur 
l'enduit. Cet emploi des stucs nous amène à j)arler dun <^enre de 
décoration dont le cubicule d'Ampliatus nous offre un exemjjlc inté- 
ressant et précieux. 

Le g-oùt très vif des collections d'art qui se développa à Rome 
pendant les derniers siècles de la République et au début de l'Em- 
pire conduisit les particuliers, à l'imitation des princes étran<,^ers, 
à faire construire des g-aleries destinées à recevoir tableaux et sta- 
tues. Ceux à qui leur fortune ne permettait pas ces constructions 
dispendieuses, ces salles immenses soutenues par des pilastres et 
des colonnes de marbre s'en tiraient à meilleur compte : ils faisaient 
peindre à fresque sur leurs murailles de faux pilastres encadrant de 
faux tableaux. Ampliatus est tombé dans ce travers, et les deux 
chambres de son cubicvde donnent une idée très exacte de la déco- 
ration d'une maison privée. Dans une architecture fantastique com- 
posée de colonnettes, de corniches, de soubassements peints en 
trompe-l'œil, sont ménagés des panneaux que remplissent des scènes 
de « genre » -. Un amour gardant un troupeau, un bouc et des bre- 

1. J. Wilpert, op. cit., pi. 21, 22, 2.3. 

2. Ici., pi. 30, n. 1; 31, n. 1 ; voir Diclionn. d'arch. chrél., t. i, Vig. 444, 
443. M. P. Gusman a fait remarcjuer très justement que les pi^emières fouilles 
de Pompéi coïncident avec lesdébuts du style Louis XV qui en a subi profon- 
dément rinfluence. A Pompéi on peut se rendre un compte très exact des 
divers styles qui furent en faveur. Le plus ancien de tous imitait les marbres 
coloriés posés à plat ; le deuxième style imite de plus près les reliefs, ce style 
fut plus employé à Rome qu'à Pompéi, il renonce aux détails architectoni(jues 
ne conservant que la corniche en relief quoique d"une moindre 'saillie. Des 
colonnes peintes encadrent les tableaux et semblent porter Tarchitrave. Sous 
les premiers empereurs apparaît le troisième style caractérisé par des orne- 
ments délicats, minutieux, dans lequel les colonnes blanches ont des ombres 
vertes. On tend à donner une impression d'extrême légèreté, les colonnes se 
dédoublent et ne sont plus que des baguettes, parfois elles se transforment en 
candélabres d'une fantaisie sans bornes. Les cymaises sont coloriées de brun 
violacé ou de bandes vert clair. La décoration du troisième type est influencée 
par la décoration égyptienne qui lui a transmis ses spliynx, ses lotus, etc. 
Mais les architectures n'ont rien de la solidité massive du style égyptien. Ce 
ne sont ici que silhouettes d'une sveltesse presque choquante se détachant 
sur un fond clair et donnant l'impi'ession d'un péristyle vu au travers d'une 
fenêtre. Ce style obtient sa grande vogue de l'an 63 à l'an 70. Après le 
désastre de 63 on répare les peintures gâtées, les rectangles sont Ijordés d'ara- 
besques. L'ensemble est décoratif, mais pompeux, théâtral, d'un goût douteux, 
grâce à l'encombrement des baldaquins et des rideaux. Le style égyptien est 



I IS «:ii \i-i lin III 

l)is. (K's vaclu'S. (1rs Iki-uI's, hict" des />(•/■'/<' firs siiispii'ant du lui'iiU' 
^oùt (|IU' celles (jui onuToiil les Ixiudoiis du wiil'' siècle. Null'- 
trace de cliristianisiue dans le clu»i\ des supls ni dans lesaccessiùn-s 
cl les oineinenls ; ce (jui. ;i 1 inleièt ([ui s attache à lelle cliand)re 
funéraiie. ajoute celui d un sjx'ciinen cctinplet et iini([ue de la déco- 
ration d un appartement dans une maison clirétienne. 1 )'a])ivs cette 
ivniarcpie, nous sommes tondi-s ;t cioiie (|ue les lideles ne si' conten- 
taient pas de faire orner les nuirailK's de K-ur dernière demeure 
mais (pi'ils j)renaieul un pari'il soin poiu' les maisons «piils habi- 
taient '. 

Si fervents (ju ils pussent être, les ciirétiens vivaient dans la 
société païenne et en subissaient 1 iniluence; ce dont plusieurs ne se 
défeiulaient i^uere -. Il est intéressant d en trouver luu' j)reuve nou- 
velK' dans un sujet aussi étranger en apparence (pie la ilécoration 
des maisons privées. C'est que. en elVet. la frescpie était devenue un 
inoven économicjue à rusa<j;-e des petites ^-ens j)oin' imiter l'exemple 
des riches, et tous les chrétiens ne savaient pas se défendre de cette 
ambition de la richesse apparente. Le sj)ectacle irritant des jouis- 
sances et des splendeurs c{ui remplissaient le palais des «^rands per- 
sonnag'es [)oussait à reproduire autour de soi (juelque chose de ce 
luxe. La fresque s'y prêtait heureusement et économiquenu'nt. 
Comme elle demande une exécution rapide et (ju'on y soulîre des 
inq)erfections de détail, les artistes j)urent travailler vite et couvrir 
de lar^;es surfaces pour des prix très modérés. Les salles cpi ils déco- 
raient ne s'éclairaient ordinairement ([ue par la porte, et des voiles 
^endus dans Vufriiirn, dune colonne à l'autre, tamisaient la lumière 
trop vive. (Vest dans cette demi-obscurité (jue se développaient les 

(lésoniiais limité ;t I:i décoration «l'un seul a|)|i,irlenieiil. siii\aiil 1(> piéceple 
(le X'itriive ; on ti'ouve aussi des réminiscences du style persan on inilien. An 
dire de Slrahon, heancoup de maisons consirnites snr les hords dn <;(>ll'e de 
Nai)les ra|)pelaienl les maisons royales perses. Slrahon dit anssi (pu' les .\lexan- 
drins rt'çoixenl i)eancon[) d"élran<;ers (pii se ré|>and(Mil ensnite dans le niondi' 
entier. Xo'iv Dii-tionii. d'nrrli. cfirrt., t. i, col. llDii s(j. 

I. On en tionve.an i\' siècle, nne iionvelle prenve dans la décoration (U' la 
maison des saints .lean et l'anl, an Cœlitis. Cf. I*. Allard, L;i maison dex ni;tr- 
(i/rs, dans I'-JikU-s il'/iisloirc i'I d'iin-hôolof/u', in-12, Paris. ISO'.I, p. 18.!; A. Dn- 
fonrc<|, Hliidc itiir /'-s fii-sl.i marli/riiin ro/;i,(//i.<, in-S", l'aris. l'.HIO, jil. \i. 
A Pompéi, on décore Vopriia. Vi:ri'dr;i, le l.il/lininn, le péristyle et Vnirium. 

'2. \i. I^e lilanl, Lrs rfirrlipns dans l;i sorii'-h'' ji.iïcnnc nu.r jiroinn'rs à;/rs df 
l'hijlisr, (\nns Li-s fii'rsrriifrurs cl Irs ni.irli/rs, in-S". Paris, ts'.iii. p. 2! -.{'•. 
L. Duchesne. dans la Jiil)li')tlir'/iie de l Ecoh' ilrs ll.intt-s éludes, l'.V' l'ascicnle, 
p. 159. 



HÔL1-: IJL" C.LKHC.É ROMAIN 1 19 

fresques dans lesquelles on n'apercevait pas ces imperfections de 
détail dont nous avons parlé. Les conditions étaient, on le voit, peu 
diiîérentes dans les maisons de ce qu'elles étaient dans les cata- 
combes, pour le plus j^rand détriment de l'art qui se tournait à 
n'être plus qu'une industrie. Nous disions plus haut que les cata- 
combes oll'raient, dans leur système décoratif, des points de contact 
avec les caveaux funéraires éj^yptiens ; or, nous trouvons de ceci 
une confirmation dans une remarque de Pétrone, qui attribue à 1 au- 
dace des Kg-yptiens l'invention de la fresque, cette imitation en rac- 
courci du g'rand art '. En multipliant la fresque dans leurs demeures 
et dans les catacombes les fidèles de Rome prirent ainsi leur g-rande 
part de responsabilité dans la décadence de l'art. G est encore 
Pétrone qui fait cette remarque : l'usag-e de la fresque a perdu la 
peinture. On le comprend sans peine. Les gens de petite fortune 
Pavaient adoptée pour imiter d'une certaine manière l'exemple que 
leur donnaient les gens riches ; à leur tour, les riches l'emprun- 
tèrent à la petite société lorsqu'ils s'aperçurent que les peintres de 
fresques atteignaient à une certaine habileté dans la reproduction 
des œuvres d'art célèbres. On leur en demanda des copies qui se 
multiplièrent, et la peinture originale, négligée d'autant, commença 
à dépérir. 

///. Rôle du clergé romain. 

La décoration des catacombes paraît avoir été, en partie du moins, 
placée sous la surveillance de l'Eglise romaine. Les PJiilo^ophumcna 
nous apprennent que le pape Zéphirin chargea le futur pape Callixte 
de la surveillance du cimetière. De ce fait particulier - on ne saurait, 
toutefois, conclure à une règle générale. A quelle date et dans 
quelle mesure le clergé romain exerça-t-il une sorte de police admi- 
nistrative sur les cimetières? Nous l'ignorons absolument. Une épi- 
taphe que la paléographie permet de reporter au \V siècle nous 

t. Pétrone, Sat!jricon,i: Aeçjijptiorum audacia tam magnae artis compendin- 
riam invenit. 

2. Philosophuinena, 1. IX, c. xi. J.-I3. I^e Rossi se fonda sur ce texte jiour 
conjecturer que les fresques des deux plus anciennes capelle dei Sacramcnli 
(A, 2, et A, 3) avaient été exécutées par l'ordre ou du moins sous la direction 
de Callixte. Bullett. di arch. crisL, 18G3, p. 83 sq. Kn réalité les frescpies en 
question sont plus anciennes. Cf. J. Wilpert, Die Malereien der Sakrainenls- 
Kapellen in der Katakombe des hl. Callistiis, in-8», Freiburg-, 1S97, p. 3 sij. 



i:;i) 



ciiAi'iiiii: III 



moiUic (i('U\ pirlii's |)i('|)ost's à la sur\ fillaïuc du liiiicliri'f di' 1 )()ini- 
tilK' '. I).iu(ri' j)arl. pfutlaiil la dciixiriiu' imulit' du ni' sirclc ', on 
osl fondr a cTciUf (jui- ce ri'^'iint' n est j)as a|)[)liijui'' à tous les i-inu'- 
tirrcs. I .(' peu d rtcndui' du cinu'l icic de SainU'-A;^n('S, en itaili- 
cidicr. donne liru dr penser (|u d n"a jamais fait pailii' des \in;;l- 
C'in(| ciinelières au\(|uels ('taieiit altacliés des litres preshvléraux ; 
en outre, le nian(|ue di' locaux destinés aux assend)léi's nond)ieuses 
c'onlirine llix pollièsi- du maintien de son caraetère privé. (À' cinu'- 
tière ne sera jam;us tc)nd)é dans K' domaine administratif «le ri-]^lise 
di' Rome, ce (jui lui a permis île q-arder le nom de son tondateur, de 
se développer et il être décoré sans tenir com[)le du clergé 
romain '. 

1. Dinn (;;il)i()l et (loin I,ecleiV([, Moinimrnhi l-'i-ch-ainr liliiri/ir.t , iii-fol., 
P;irisiis. tOt)'2. t. i, ii. 2'M)'.\. A une é|)()(|ue posléi-ieiire le l'ait n'est plus dou- 
teux. Cf. De Ikissi, Insrripf. chriat., iii-fol.. Koinae. iStlj, t. i, u. '.tT:i ; liiillrH., 
ISf.V, |). ()'t: IHOt). p. lit. 

2. pour 1.1 date p()ssii)le du martyre de sainte .\.^Mn"'S, i-f. I'. .Mlanl, \n[v 
Dirlinnii. d'arrh. rlinU., col. '.U.'î. 

!<. (iarrucci, Slorin. t. i, p. .">-•"), a inia<,nné l'existence d'un canon aI■ti^ti([ue 
dressé par les clercs et imposé par eux aux artistes; fous les faits contredisent 
cette opinion, au moins pendant les d(Mix pri-miers siècles l'I, même après, il 
faut toujours faire très larj,^e la part d'indépendance des arlisti>s et des arti- 
sans, cf. E. Mi'mtz, KliJ(l)'>i sur l'Iiisloirc de l;t prinliiri' cl Je iic()iioiirnf)hie 
chràlii'nnoA, in-S", I*aris, ISSl, \). î-. (Jnant au mysticisme proprement dit, il 
l'st très postérieur au symbolisme, nous n'avons |)as à nous en occu|)ei'. l-^mt'- 
ric David, Histoire de In peinture, I^aris, ISi-i}, p. 7!î, avait ima;;iiié, sur la foi 
d'un texte du vni'' siècle, ce canon artisti({ue [donc. \ir.iei)um //, anno 7^7, 
d.ins l-abl)0, (Jvnril., t. iv, col. 3(iO;, mais ICdm. I^i" IMant l'n fait délinitivi'inent 
justice en relevant les graves divergences ipii existent entre le texte des 
Livres saintsel leur interprétation : le poisson sous le cucurhite à la place de 
Jonas. (iarrucci, .S'/or/ci, t. i, ]>. 37, pi. 174; saint Pieri'e frajjpant le rocher à la 
place de Mo'ise, De lîossi, liull. di arch. crist., 18(1S, p. :{ ; C. .\. Kiu-ller, .l/os*-^ 
urid Petrus, i\nus Stirnnien nus M.iri.i-Lnnch, 1000, ]>. 2.'{7-2 "lO ; l'agneau à la 
place du Christ, Mosio, liom.i sotterr., p. i.'j ; le cluisme à la |)lace de l'étoile 
des mages, /iw//. di nrcfi. crist., 1863, p. 70; 181)0, p. 00; H.I.e Hlanl, Insrripl. 
clirf^t. de l;i (ianle, n. 3S8 ; une brebis entre <li'ux loups à la place de Suzanni- 
et les vieillards, Perret, Les cntac. de Rome, t. i, pi. i.xxvni; parfois il y a plus 
que ilivergence, il y a désaccord : présence d un assesseur à coté de Ponce 
Pilate, voir Dictionn. d'arch. chrét., fig. 1021 ; nombre variable des urnes à 
Cana, E. Le Plant, Etudes sur les sarcopha;jes ehréfiens ;tnti(/ucs de (a ville 
d'Arles, pi. v, vi, vu ; David et Goliath de même taille, Bibli(^lh. nationale, 
Peiresc, fonds latin n. GO 12, fol. 91); D. Marlot, Ilist. de lieinis, t. i, p. 002 ; 
Eve portant un bracelet et un collier avec médaillon, Clarrucci, Vetri. pi. ii, 
n. 1,2; Lazare dans un tond^eau ;'i fronton au lieu dune cave speluncui fermée 
d'une pierre, /Ai.sst'/». 



UÔLK IJI r.LKlif.l': liOMAlN 1 .') 1 

On s'expliquerait difllcileinent (|ue classez bonne heure et géné- 
ralement le clerj^'é n'ait pas veillé à rornementation des cimetières 
qui étaient les véi'itajjles é(liliei>s du culte. L"ado{)ti()n et le maintien 
pendant plusieurs siècles de ty[)es symboliques inviteraient déjà à 
rechercher une direction unique et suprême si un autre fait assez 
significatif ne nous conduisait à la nu'^me conclusion. On sait que 
l'orig-ine des principaux cimetières, celui de Domitille en particulier, 
fut un hypogée appartenant à un fidèle qui consentit à en ouvrir 
l'accès à ses coreligionnaires '. Tandis que l'hypogée et ses premières 
galeries n'étaient pas sortis des mains de son propriétaire, celui-ci 
demeurait libre d'en régler la décoration. Précisément dans la cata- 
combe de Domitille, les plus anciennes fresques, certainement anté- 
rieures à l'épitaphe que nous rappelions plus haut -, sont exécutées 
d'après un programme très différent de celui qui commencera à 
prévaloir dès la première moitié du ii"^ siècle. Nous pouvons suivre 
ici l histoire des premiers tâtonnements qui aboutiront à un système 
que nous décrivons ailleurs. Les quatre plus anciennes voûtes peintes 
ne nous olTrent aucun symbole chrétien ^. La voûte du corridor qui 
donnait accès à la galerie est couverte des rameaux d'une vigne 
dans laquelle de petits amours font la vendange ', les plafonds de 
trois chambres nous présentent une décoration composée exclusive- 
ment d'amours. Ce gracieux motif se retrouvera longtemps dans les 
fresques des catacombes ; ce qui ne se retrouvera plus, c'est un 
amour occupant le médaillon central •'. On admettra ces légères 
figures désormais comme accessoires, mais, dès le début du u" siècle, 
le Bon Pasteur a pris définitivement possession du médaillon 
central de la voûte '' et il ne partagera plus cette place d'honneur 
qu'avec des sujets bibliques ou symboliques ~. Les autres peintures 
du i'^'" siècle ne sont pas toutes aussi indépendantes des types qui 

1. D. Cabrol et D. Leclercq, op. cit., t. i, n. 2860, 4230. 

2. Ici., t. I, n. 2905. 

3. J.Wilpert, Le pitture, pi. 1-4. 

4. Il est possible qu'il faille rattacher à ce type la voûte du cubicule d'Am- 
pliatus, repeinte au iv'= siècle, proljablement d'api'ès la décoration primitive. 

5. J. Wilpert, op. cit., pi. 2-4, tous trois à la deuxième moitié du r"'" siècle. 
A Pompéi, maison d'Elpidius Sabinus, un amour dans un médaillon, au centre 
d"un panneau. Cf. A. Mau, Geschichle des decorativen Wandmalerei, in-fol., 
Berlin, 1882, pi. xv, xvi. 

6. Id., pi. 9, 17, 332, 38, 42, ol, 67, 72, 73, etc. 

7. Id., pi. 53 : Daniel; pi. 37 : Orphée; pi. 33, même sujet détruit ; pi. 36: 
Noé; pi. 75 : le Christ juge. 



I *il2 (iiM'iiiti: III 

rt'paraitront \)\us tarda satii-lf. In ii'|»as l'uiu'hic de deux convives 
servis par un lioiniuf nt' reparaîtra plus '. tandis (pie le personna^-e 
delxiut entre deux lions ' servira de prototv|)e à la rej)résentalion 
de l)anitd. On reneontre encore trois jiavsa^^es ■' et puis un iiippo- 
campe identicpie a ceux di's |)i'intures p(unp(''iennes et (pii deviendra 
le monstre marin aucpud on jette le |)r(t|)hète .louas ' ; mais ;i la lin 
du r' sit.'cle. il est encore sans emploi et ne sert (pie de di-cor lan- 
lasli(pie. l'n troisii-me sujel destiné ;i renc<mlivr pou de voj^^ue parmi 
les li(l('les l'ail di's lors son apparition, c'est ra;j;'neau bondissant 
aupr('s d un vase de lait suspendu U la houlette '. Ainsi, pendant le 
1'' si('cle, on ne constate rien de seniMahle ii ladoption de types 
décoratifs et symb()li(pies ; il faut attendre le iléhut du siècle suivant 
pour rencontrer les premières scènes l)il)li(pies ''. CiOst à la C.nppoUa 
f/rcr<i icimeti»'re de Priscille) ([ue nous observons les premiers types 
de Moïse fia{)pant le rocher et des trois enfants dans la fournaise '. 
(^.ependant, il y a dû y avoir alors des tàtonm'ments. des i-epentirs. 
On voit, à la lliippcUn tjrcca, un personnag-e debout, drajjé, le bras 
tendu (pie Ton ne retrouvera j)lus désormais et (|ue l'on n'a j)u inter- 
préter ^. De même la re[)réscntation de l'histoire de Suzanne ne 
sera plus traitée dans les peintures ])ostérieures de l;i même manière 
(pià la (UippcUn t/rcca. 

Le r"" siècle a donc été une période d'indépendance complète ; 
ajoutons que la tradition mit ({uebjue temps à se perdre. Même 
après l'adoption des premiers types symboli([ues il y eut, parmi 
les fidèles, des esprits trop personnels pour s'accommoder aux exi- 
«i^ences du clerg-é romain en matière de décoration. In personnajj^e 
contemporain des Antonins, nommé Amplialus', lit orner les 
chand^res de son cubicule à la manière d'un ap[)artement, sans (pi'on 
puisse ridever aucun indice de la reli_ti;"ion du propriétaire. Hinceaux 

1. .1. W"\\\n'r[, Lo })i(liirp délie datncoinhc i-i)innne, IJoma, l'.lOii, 2 vol. iii- 
fol., pi. 7, II. V. 

2. 1(1., |)1. :i, n. 1. 

3. /r/., pi. ('., 7, 10. 

4. 1(1., pi. il, M. 1. (J. A. M;ui, deschickle des decnrniirrn Wanilninlerei in 
Ponipei, in-lol., Hciliii, 1882, pi. vu fvilla de Dionièdes . 

*) Id., pi. vri. I). 2. 

6. Le Bon Pasteur apjiarail sur une voûte à la (in (]u r ■' sii'cle, mais ce sujet 
ne parait pas faire partie du cycle hiblirpie pro|)renient dit. Quant ;i Daniel, 
ce n'est (pi'une conjecture assez probable, rien de j)lus. 

7. Id., pi. i:<. 

8. Id.. pi. 13. 



LES AiniSTKS I").'{ 

de vig-ne, architecture eu trom])e-r(i-'il, tableaux représeutant des 
scènes champêtres et c'est tout '. 

IV. Les artistes. 

Nous avons pu entrevoir linfluence de l'Eg'lise de Rome, nous 
sommes moins avancés en ce qui regarde la corporation des artistes 
qui travaillèrent dans les catacombes. La profession d'artiste était 
médiocrement considérée, ceux ([ui s'y livraient étaient •^'•ens de peu, 
«sclaves et atTranchis. Les inscriptions mentionnant l'état de 
peintre visent des hommes de basse condition, trois fois nous ren- 
controns des libcrli '-. Rien ne nous fait connaitre leur religion, 
d'où l'on peut induire qu'ils n'étaient pas chrétiens ^ ; par contre, 

1. Comparer cette décoration avec le péristyle de la maison du cithariste, à 
Pompéi. A. Mau, op. cit., pi. xi. 

2. Corp. inscrip. laf., t. vi, n. 978G : Q- ANTOXIVS-SALVI- L(j7.er/(/s)' 
EVTYCHVS; n. 9788 : DECEMBER ; n. 9789 : PHILARGVRVS; n. 9790: 
M-PLAVTIVS-MEXECRATES; n. 9792 : PAPIRIVS VITALIS; n. 9792 : TI. 
CLAVDIVS SOTER; n. 9794 : PCORNELIYSP-LfièeWusjPIIILOMVSVS. 
Une inscription découverte en 1898 sur la Vin Salaria velus, à peu de distance 
<lu mur de la ville, mentionne un C" SALLVRTIVS- CRISPI" Lu/jer^ys)- AlAX 
PICTOR. A partir du règne d'Auguste la vogue se porte sur les tableaux grecs, 
mais les plus anciens renseignements que nous possédions sur la peinture 
romaine nous font voir un peintre appartenant à la rjens Fabia, et décorant un 
temple sur le Quirinal, près de la porte Salutaris ; il dut à cet ouvrage le sur- 
nom de pictor. Pline, //('s/., 1. XXXV, 4 en 4.')0 U. c. . Paccuvius, neveu du poète 
Ennius, peignit le temple dllercule du Forum Boarium en 490 U. c). Mais 
■depuis cette époque la peinture cessa d'être cultivée par les hommes lilnes, 
Postea non est spectnta (pictural honestis nianihus, Pline, XXXV, 4. Valère Maxime 
1. VIII, c. XIV, 6, est bien dans le ton, cpiand il écrit au sujet de ce Fabius que 
nous venons de nommer : Tsenipe hoc ornamenti familiae consulalibus et sncer- 
(lotibus et triurnphis celeberrimae deerat. Virgile, Aen., 1. VII, vs. 847-8il3 : 
« D'autres, sans doute, sauront mieux assouplir et animer l'airain et d'un 
marjjre insensible créer de vivantes figures. Toi, Romain, souviens-toi de 
commander au monde. » Au temps de Pline, un amateur, Turpilius, chevalier 
romain, peignait de la main gauche ; un ancien proconsul, Titidius Labeo, 
faisait des tableaux dont tout le monde riait; sous Auguste, Arellius donnait 
aux figures la ressemblance de ses maîtresses; enfin Aeniilius FabuUus, 
peintre officiel de Néron, peignait en toge la k maison dorée ». Le fait le plus 
significatif est celui de ce petit-fils de Q. Pédius, muet de naissance, désiL;né 
par César pour cohéritier d'Auguste. Un conseil de famille sollicita l'agrément 
d'Auguste pour en faire un peintre. 

3. Nous n'entendons pas dire cpie toute épitaphe chrétienne soit facilement 
reconnaissable; nous [jensons qu'un grand noni]:)re de /j'/u// chrétiens ne portent 



1."i t.iiAi'i nu: m 

ainiiii iiiiluT ui- nous auloi-isc a altrihucr au\ (It'cdrali'urs di-s tala- 
c'dinlx'S uuf silualioii plus la\ i)ris(''c. Le seul clii't't icii i'\rii;aiil la 
j)i-i)lcssi(iii (le jx'iiilri'. (|U(' nous (•(tmiaissioiis par sou imni pciidaiil 
cfitt' prcMiifrc pi'i'iodc tic larl, est un uouuut' llcniin^ruc. Il l'iail 
élahli à ( ".ai'l lia^r^' <>ù il se uu-la de tout rovt'i'sc cl saltua luic n-fu- 
tal ion (le Tcrluilicn. KmjucI nous donne la plus lâcheuse uK'-c du 
talenl de son (.•ontradicteur '. A I5nnu'. aucun nom ne nous csl par- 
vt'uu l'I la déca<lence rapide (juaccusenl les ouvraj^es des ni'' et 
IV'' siècles s'expli(pie enL;;rande partie par la considération médiocre 
ou nulle (jui s'attachait aux arlistt's réduits ;i n'être (jue des ouvriers 
décoi-ateui's. Deux empereurs du iv''siccK' prirent (K's uu'Suih's pour 
porter remède à ce mal. (Constantin le (irand et \ alentinicn accor- 
dèrent ;iiix peintres et aux sculpteurs des [)riviU"\ii;'es considérables. 
Afin (K' relever le niveau social de cette corporation ils t'ssavèrent 
d'y attirer des hommes libres -'. Mais, à l'épcxjue où ces lois rurenl 
j)romul^ut''es, la peinture catacombale semble n'ètie plus même sus- 
ceptible d'une résurrection. Si on constate dans la plupart des 
ouvra^'-es du iv'' siècle un style [)lus pur ([ue dans les ouvrages du 
m'" siècle, ce retour vers le passé peut avoir été accidenttd '. Les 
conditions nouvelles faites à ri*]|i;'lise permettaient à celle-ci de 
mettre aux peintures des maîtres contemporains un prix aiujuel 
elle ne pouvait sonj^er auparavant. En outre, chose plus j^rave, la 
prise de Home en ilO était proche et les consé(juences de cet événe- 
ment devaient être si profondes et si «j^énérales (jue les catacombes 
elles-mêmes en subissaient le (;ontre-coup. A vrai dire, c était le 
coup de «(race ; la décadence irrémédiable avait commencé dt's la 
deuxième moitié du iv'' siècle. Il n'est pas impossible (jue les lois 
impériales (jue nous avons rappelées y aient contribué. La situation 
privilégiée qu'elles accordaient aux peintres devait faire de cette 

aucune indiciliou permettant de les laltaclier à répi^rapliie clirétienne, mais 
nous iH.'viendrons ailleurs sur celte (jucstion avec le détail (|n'elle compoile. 

1. Terlullien, Adv. llorninf/eneiii, c. i, P. L., I. n, col. 221. 

2. I.,ois de '.i'M et de M t. I^a deuxième s'occupe (;x( lusivemciit des picliir.ic 
professorcK ni modo iiujcniii su/it. I{emar(|uons (|ue lépii^i'apliic du iv'' siècle 
nous donne trois inscri[)tions chrétiennes dans lesrpiclles la profession de 
j)eintre est mentionnée. (Test le contre-coup de la réhabilitation de cet état 
par les lois que nous venons de rapj)eler. (If. De Hossi, Insrript. rhrisl., t. i, 
p. ii2, n. 'i[H,a<I .'inn.:iS2 ; Corp. inscr. /a/., t. vi, n. ItTST, 9701 ; .1. Wilijerl, 
Le pitliirr^ p. 1 i. 

3. Ou plutôt le retentissement de la <,n'ande cfTlorescencc d'art à rc|)oque 
basillcale. 



LKS AimSTKS \")b 

profession un niétier avantaj^eux ({iii, du délaissement, passerait à 
rencomhrenient. En elfet, à partir du iv*' siècle, il devient très didi- 
cile de suivre l'œuvre d'un artiste dans les catacombes tant les [)ro- 
ductions y sont nombreuses, et le plus souvent banales et 
médiocres. 

Ni les uns ni les autres, à aucune époque, n'ont jugé bon de 
signer leurs ouvrages, et les œuvres païennes de ce temps sont dans 
le même cas '. Cet anonymat est assez instructif. Il suffirait 
presque à lui seul à donner le niveau exact du mérite et de l'origi- 
nalité des artistes. Ceux-ci ne sont que des hommes de peine à (pu 
la notoriété est impossible. Leur condition sociale les réduit à ne 
produire que sur commande, ils n'inventent pas et travaillent de 
recette. La décoration pompéienne ne témoigne pas d'une person- 
nalité plus marquée chez les décorateurs qui y ont été employés. 
On aurait tort de penser que l'adoption de types, répétés juscprà la 
lassitude, est particulière à l'art catacombal. Ceux qui établirent le 
cycle décoratif chrétien ne firent que suivre sur ce point les habi- 
tudes de l'art de leur temps. Les grands recueils de Clarac et de 
Matz-Duhni montrent une véritable iconographie païenne dont les 
types ne sont pas arrêtés d'une façon moins rigide que ceux de l'ico- 
nographie catacombale. Dès lors, aucun ou presque aucun moyen de 
s'affranchir des attitudes convenues, aucun intérêt pour l'artiste à 
produire des ouvrages inexplicables et invendables, et très vite on 
entrevoit les conséquences : une routine stupéfiante, une indiffé- 
rence absolue, une ignorance grandissante ^. 

A ce point de vue, la peinture catacombale — et la peinture 
profane, puisque, en l'espèce, c'est tout un — nous révèlent une 
particulière disposition de l'esprit romain, disposition qui domine 
la conception artistique de l'Eglise de Rome. Ayant vu le parti à 
tirer de la peinture elle en a fait un auxiliaire sans se [)réoccuper 
si elle en faussait le sens et la détournait de sa véritable destination. 
On ne s'aperçoit nulle part que le clergé romain ait cherché dans la 
peinture autre chose que des tableaux destinés à instruire et à 
moraliser. Les œuvres ne démontrent nulle part l'importance de la 
peinture proprement dite considérée comme un art. L'art dépeindre 

1. La seule exce[)tion est un g-i-affite découvert dans une maison voisine de 
la Farnésine,on lit : CE.VHYKOC EtlOIKI. 

2. L'art byzantin médiéval marque le dernier stade de cette évolution vers 
l'état comateux. Aucun livre n'est plusdéaionstratif (jue le Guide de la peinlnre, 
publié par Didron, in-S", Paris, iSio, d"api'ès un ms. de l'Athos. 



i:i('> 



< Il M'I I lil. III 



iii' parait pas rôpoiidri' ;i un Ix-sniii sfusurl des llomains, a un scu- 
t iinciil vraiiniMit iritiuu'dc la IxmuIc ou de 1 cxpii'ssioM plasli(pu'. 
l II taMcau t'st un oUjct df luxe cl de distliuhou j)(>ur li'S l'idifs. 
un UKiycii d insli lut idii et dt' uioralisatioii pnur le jx'uplc. lOutc 
1 liistoirr di' la pi'iiitui\' roinainc tient dans ccttt' lornuiK'. Ajurs la 
prise (le S\ raeusf par Mareellus '2\'2 et la j)rise de (lorinllie pai- 
Mlinnnius, les laMeaux de\iennent l>ulin de i;ueire et la haute 
sociétt' roiuaiiu' apjirend lexisteiiee dune ])einture _i,'-ree(|ue dont les 
pi'oduits s aeliètent ;i prix d or el vont s enteiniei" jalousement dans 
les palais et K'S villas. \ oihi |)()Ui' les rielies. Après la prise de (!ar- 
thai^e. !.. lloitilius Maneinus, étant entré le preinierdans la ville, 
l'ait j»eindi"e vc (pie nous appellerions aujourd luii lui " j)anorania » 
(le la |)laee, ainsi ([ue des diverses atta(|ues (pi elle eut ;i soutenir: 
puis il expose cette peinture sur le Forum et lui-même, debout, 
en expli(jue t(jus les détails à la foule assend>lée. A partir de 
ce moiuent l'usage sintroduisit d'emplover dans les triomphes 
des tableaux portatiis pour repiH'senter les villes eonipiises et les 
actions d'éclat ; dans les jeux publics, pour décorer et explicpier les 
pompes sacrées. \'oilà pour le peu[)le '. 

La première catéi^i-orie d'ouvra^-es tirait son mc'rite de sa perfection 
et de son exotisme, aussi nétait-tdle pascultivée h Home : ladeuxieme 
caté<^^orie ne comportait, comnu' on vient de le voir, (jue des ima_i;es 



1. S;illiist(^,V,',//(7//i.-). M, (lit ([ue ce lui en .Xsie ([uo les liiiiiuiins (l(''coii\ rirenl 
l"('xisl(>nce do la iiciiilure. i/n .\si;i) iiriniiini iiixiirril crerrilux populi nminni 
;ini;iri'. j)()tnr(^, si;/n;i, Inliuhi^ jilcl.ts, r;ts;i (•:irl:il:i mif.iri. Dès le temps «le 
(accTdn. il y av;iil des ('(iniiaisseius, des ;i iitii|uaii'es, des inarcliands de 
lahleauxel do curiosités. ( If. Horace, .S,(//yr., ii.vs. .i, IS s([. Tibère el (".ali^ula 
oiiroal loi^'-oùl plus vif (|ue délicat. Néron reût dé^ordonuc', il se faisait peindre 
sur une toile de I 20 pieds di- hauteur et se faisait accompanMer dans tous ses 
déplaceuienls par l'Auiazoue eukneiuos de Stroni.'-yliou : il lit dorer l'AleNaudrc 
cnfaiil, de Lysi|)po. qu'il fallut rendre ensuite ;i sou premier étal. D'ailleurs 
Néron lui-nièiuo savait peindn\ j,M'aver. ciseler. Tacite. An/i.il.. xiii, 3 ; Sué loue, 
/// Xrron., "i.'J. Hadrien fut curieux do ])einture comme de tout le reste; Marc 
.\urèlo i)ril des leçons de peinture île Dioi,r|U'te ; \'aleulinion !"" el (lonslantin 
Pori)hyroj;énète prali(pu''rent ét;alemenl cet ail. i.e i^oùl publie se portait 
|)rincipalemont vois les petits tableaux dans le i^enre de ceux t\o l'ireicos el 
vers les S|)rituelles compositions (le Socralès. l'olv^note tenait eu |K'inlur(> la 
place (|uo Naevius occupait en littérature. Cf. 1^. HerIrand, l-Hmlcssiir In jifinlufi' 
el 1,1 rrili'/tip d'art il;i/i^ l.uili'fiiilc. iii-S", Paris. iS'.t.!. Sur les rhy pliaro^raphes 
li. Lotronno, Leilrcs il'un ;iii/iffii;iirr ,î un ;trHs/r su/- Ifuiploi dr l;i jti'inluro 
fiisloriffiir innrnlc d.uis la (Irror.ilinri r/cs h'iiipli-s. ri ih-s aii/rcri rill/iri:< jiuhlici^ 
on p;ii-/iriilirrs clii-z h's ^wws el li:t lioinains, in-H", Paris. |S:{:i. 



LKS AUTISTKS 1 .")7 

improvisées et faites sur commande, ce qui ne pouvait liausser 
leurs auteurs aux préoccupations de 1 art. Le Ijut à atteindre impose 
l'adoption des moyens à employer, à ce point cpie la peinture est avant 
tout un métier qui condamne lartisan à ne pas sortir de l'ornière. 
Pour y parvenir il lui eût fallu des études lon<i^ues et approfondies 
dont on ne relève nulle ti-ace et une critique d art impitoyable dont 
on ne rencontre qu'exceptionnellement la préoccupation et la pra- 
tique '. 

Et c'est ce qui explique la stag-nation et la décadence rapide ef 
irrémédiable de la peinture catacombale. Le peintre est un fournis- 
seur n'ayant d'autre utilité que celle du métier qu'il exerce. Ainsi 
ces deux mots : ori<i;inalité, force, sont sans application dans les 
ouvrages comme les deux puissances qu'ils représentent ont été sans 
emploi dans les individus. Plusieurs ne seront cependant pas assez 
maîtres d'eux-mêmes pour se contenir en toute occasion et la 
tendance réaliste sera le prétexte de se livrer à quelques audaces, 
ainsi que l'occasion délaisser entrevoir vme véritable indépendance. 
Mais dans cette voie nouvelle il faut s'arrêter à peine entré ; la dis- 
cipline est si rig-oureusc (pie l'originalité ne trouve d'issue que dans 
le caprice et la force, ne se révèle que dans la maladresse. Puisque 
nous y sommes, pénétrons plus avant, jusqu'au centre. (]e qui, 
plus que tout, a manqué à ces peintres, c est la conscience. On 
leur a communiqué des procédés, ils en ont fait usage, satisfaits 
du résultat qu ils en tirent, dédaigneux ou insouciants de re- 
prendre et de vérifier les formules toutes faites, de mesurer, de com- 
parer, d'étudier; contents, en un mot, de pratiquer un art à la 
manière d'un métier, oublieux que la science n'est pas facultative 
et qu'elle est le seul chemin qui conduise à la simplicité, au naturel, 
à la vérité, à la vie. 

John Ruskin a fait presque un mérite aux artistes de la Grèce 
d'avoir ignoré l'anatomie ; il serait plus exact de dire qu ils ont 
ignoré la dissection, ce qui n'est pas la même chose. Les Grecs ont 
possédé, à s'en tenir aux seuls chants de l'Iliade^ des connaissïinces 
anatomiques très précises, ;i tel point qu'on a ])U y noter jusqu'à 
cent quarante-cin([ observations de blessures ainsi qu'une « très 

1. E. Bertrand, L^n criliqup d'art dans l'antiquité. P/iiloftlrale et son école, 
in-8°, Paris, 1882. Outre les clia[tilres consacrés parce livre très consciencieux 
à la critique d'art chez les païens on trouvera, p. 209 : La critique et l'arl chré- 
tiens, p. 279-284; Les sujets chrétiens dans Choricius, p. iJG2 s<[. ; }farcus 
Eugenicus, Le martyre de saint Démet rios. 



1 *>S tllM-IIHK III 

Ix'lK- aïKilomif (K's i-t'i^nons ■■ '. Il t-sl iir Kuli'NlaMc ([Uf U-s arlistcs 
•4;ri'is sont ])ar\tiui-- <!<■ leur cùlr ii ii-iulic la loiiiic liuiiiaiiu- a\ ce U> 
(leurrt- (If préi'isinii aiiatomiciuc K' plu^ j)a!'rait (|U un ai-lislc inodcnu' 
|missi' ('Sjxrer allcmdr»'. I(ul de 1(M1l;u<'S cl paticiilcs rludrs. ( )u en 
a conclu pri'inaluri'UU'iil (jUt- 1rs anciens s't'taicnl li\rt's;t la disscc- 
ti(»n : c'est là une pure conjeelure (jue les laits citntrediseiit absolu- 
ment '. Ni les saciiliees d animaux, ni 1 ouveilurt- du e()rj)s humain 
pour les opérations de 1 end)aumenu'nt ii ont pernus de suj)plc''er à 
une direction nu'tliodicjue cpie nous savons n'avoir pas été donnée '. 
Clelse et Tertullieu nous apprennent (|ue deux médecins d'Alexan- 
drie. " l*!rasistrate et llérophile. ont dissécjué vivants des criminels 
condamnés à mort '. ' l'U lertullien ne mentionne aucun autre méde- 
cin ou artiste depuis celte épo(|ue - 2S() environ avant .I.-C — (jui 
se soit occupé de dissection, ile n'est qu'au il'' siècle de notre ére(|ue 
Galion remet en honneur l'étude anatomic|ue du corps humaiiu-t porte 
celte science ;i un dej^ré de perfection si élevé (pi On a j)u dire cjue sa 
mort avait ouvert la période de décadence. Pourtant (ialieu n a 
peut-être jamais disséciué (jue des animaux '. Les singes étaient les 
sujets (ju il choisissait de préférence pour en examiner la structure. 
Nous pouvons prendre une idée des obstacles dressés devant l'ar- 
tiste désireux de s'instruire en vovant ce médecin de Marc-Aurèle, 
parvenu à une célébrité sans ég'ale de son temps, considérer comme 
une chose rare " d'avoir eu l'occasion d'examiner à loisir des os 
humains (jue le courant d une rivière débordée avait jetés dans un 
lieu luai-écag-eux, après avoir démoli un tombeau nouvellement 
construit » et encore « les os d'un cadavre (|ue les habitants du 



1. M^lL,^'UJ;Ile, Elude sur l'annloinic cl Inphi/xuiuc d'IIonii-re. dans le llullclin 
<le l'Acidcniir lie ni(kleci/te, lSi-2. Cf. Hlumenl)iicli, /^t" re/'V(//;i ;irlificiir)i unalo- 
micnr itcrilinp lande limilnnda celehranda rero connu iii cliararlerc (/cnlililio 
cxpriincnilii acciiralionc, dans Gullinijischc r/clelific Aiizeifjcr^ n. \'2'>, 7 aoùl 
1Sl'3, t. M. |>. l-'H-12fS. 

2. Malhias Diival et \l. (".uyer, Ilixloire de l'analoinic idaslii^/iic, iii-12, Paris, 
1898, p. -2. 

3. (^liéroaii, dans le Dirlionnairc ciiri/rlnjx-di'/iie dcx .scjVv/cc.s' /N/vZ/ca/cs, iii-S", 
P.-jris, IHTCi, l. IV, ]>. 207. Aristole, Ilixl. anim., 1. I, c. xvi, dit en propres 
termos cpie " les ])arties do l'hoinme sont inconnues, ou du moins (]u"on ne 
peut en juj,'or que par la ressemblance (ju'ellos doivent avoir avec les or;,oiiies 
(les animaux ». 

I. Terlullien, De anima, c. x. \xv, P. L.. t. i, col. 70M, 7.'ik 
5. Laboulbène. Les arialomislcs anciens, dans la licciie scienlip'/iic, 1880, 
série III, t. vi, j). tli.'l. 



Li:S AItTISIKS l')9 

lieu avaient privé de sépulture et (jiiils avaient exposé volon- 
tairement aux oiseaux ([ui le dévorèrent dans l'espace de deux 
jours » '. 

Un monument aussi curieux qu'ignoré conservé au musée du 
"Vatican ne nous laisse plus aucun doute sur les connaissances ana- 
tomiques que pouvaient posséder médecins et artistes romains au 
début de notre ère. Le marbre dont nous parlons a été relevé vers 
le milieu du xvnr' siècle lors des fouilles entreprises sur l'emplace- 
ment de la villa du médecin d'Aug'uste, Antonius Musa, entre la 
via Labicana et la via Pra'uestina '. Il représente le tronc humain 
avec les viscères thoraci([ues et abdominaux vus en place. Or c aucun 
monument de l'art plastique, aucun document historique, n'autorise 
à supposer ({ue l'imag-e, peinte ou sculptée, des organes internes de 
l'homme, ait jamais ligure symboliquement à côté du squelette. 
Dès lors, un pareil travail ne peut avoir été entrepris que dans 
l'une des deux intentions : ou de satisfaire une simple curiosité 
d'artiste, ou de produire un modèle qui pût servira Tétude de l'ana- 
tomie. Mais on remarquera que, quelle qu'ait été l'intention, le 
résultat a dû être le même ; car, au temps, même le moins éloigné, 
où il est permis de placer la date de ce fragment, une splanchnolo- 
gie en marbre, fût-elle issue de la fantaisie du ciseau, ne pouvait 
manquer d'être mise à profit pour l'étude. Mais une particularité 
importante de la pièce accuse manifestement une intention scienti- 
fique, en même temps qu'elle apporte un document curieux à la 
question des ressources anatomiques dont pouvaient disposer les 
médecins et les artistes de l'antiquité. Les viscères représentés, 
bien que placés dans un thorax et un abdomen humains, n'appar- 
tiennent pas à l'homme, mais au singe; un détail — les trois lobes 
du poumon droit — permet presque de déterminer sur quelle espèce 
a été prise la figure. Ce n'est pas sur le chimpanzé, qui n'a bien 
que trois lobes à droite et deux à gauche, mais dont le cœur est 
oblique et couché en partie sur le diaphragme ; ce ne peut être que 
sur le magot, l'ouistiti commun ou le tamarin » -K 

Voilà donc les ressources dont les plus habiles et les plus cons- 

i. GaVicn, Ad minislr. Anat., 1. III, c. m. \o'iv Dicdonn. d'arch. chrél., t. i, 
col. 1941-1973. 

2, J.-M. Charcot et A. Dechambre, De quelques maidjres antiques coneernant 
les études anatomiques, dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirur- 
gie, 1857, t. IV, p. 42o, 437. 

3. Id., p. 51b. Voir Diclionn. d'arch. chrél., t. i, fig. 518. 



hil) iiiM'iiiu: III 

cii'iK'U'UX artistes des rahuoiulx-s oui tli-^post' jxtur s iiislruirt' do 
loi'i^'-aiiisiiu' (lu c'orps liuiu.tiu. (In pciil din (|iU'. i-ii rc (jui idiircrnf 
1 ostcdloi^if t't la molilili'. ils oui ;t peu près Itiul ii^uori'-. la piati<[Uf 
(les <liss('(.' lions leur i'aisaiil (K-l'aut . iNuu' \ suppléer, ils oui eu leeours 
à divers juneedes (pu ue nous apparaissent ([lU' eoiuiue des expt'- 
(heuls el U(''auiU(UUS ce soûl ces pioeedc's (pu axaieut porte les 
(irecs il uue perieetiou irrei)roc'lial)le. (".elle i>erle(.-liou est le ii'sul- 
tal d uu ellort ccuiliuu \(,'is 1 ae(|uisit iou des coiuiaissauces ludis- 
j)eusal)les ii reM'culiou d ouvrai^cs excidleids. lue (liseij)liue détude 
dout ou ue s est plus (K''j)arti a imposé laualyse luiuulieuse des 
l'irets extérieurs du uu)uveiu('ut. C l'sl j)ar I ohscrvaliou du lui, par 
la (l(.'H'ouij)ositi(tu [)hysioloi;i(pu' des luouveiueuts de 1 alliK'Ie. \rAV la 
nicusuratiou (U's lUoiKdés et des saillies ({ue la scieuce du eorps 
huuKiiu a ett3 ac(|uise. Il ue parait pas (jiu' les artistes des eala- 
coudx's aient tourui uu ell'ort notable dans celte direct ion. tout 
euipiri({ue. d (.Hude analouu([ue. Au ukjuu'uI où ou les rencontre 
l'art anli(jue a prodif^ué les nuxKdes (jue Ton se borne surtout à 
co[)ier. Nous avons eu 1 Occasion (rénunu'rer un certain noud)ie d(^ 
types lraus[)ort(.'s sans alU'u'aliou ou avec des relouches iusij^iii- 
fiautes de l'art classi(jue dans l'art calacoiubal. La raison de cet 
asservissement ne se trouve pas exclusivement dans 1 ignorance ou 
la mahulresse des artistes cliriHieus. Les anciens avaient non seule- 
ment impos»' 1 admiration, mais encore 1 observation de certaines 
règles inunuables sans les(juelles ou ne concevait jkis la production 
de r(euvie d art. Il en (Hait résidt(.'' un cminn aualomi(jue ou « rt^'gle 
de [)rop()rlious » dout on n'osait s'allVancIiii-. (À'ite " i\'gle di' pro- 
j)ortions >' avait été ap[)Ii(juée à im grand nond)re d'ouvrages 
anti([uesd une manière si excelleutef{ue les artistes de 1 épo(jue chré- 
tienne se gardèrent d altérer les proportions et nuMue de changer 
l'attitude des types ainsi consacrés. Cette regrettable timidité, (jui 
prenait sa source dans l'iguorauce et uue juste déliance, fut un îles 
facteurs (jui hâtèrent la décadence. A partir du jour où la simple 
copie se substitue ;i l'étude originale, l'art fait j)lace à la production 
commerciale. Autant <i les répli({ues >> exigent uue élude person- 
nelle et approfondie de l'ordonnance du sujet el de ré({uilil)re des 
masses, autant la vulgaire copie annule la personnalité artistique et 
cesse d'apj)artenir ii Ihisloire de l'art et de la j)ens('e. 

On n'est pas surpris outre mesure de ui> lencouirer j)armi les déco- 
rateurs des catacond)es (pu- des artistes généralenu-nt peu instruits 
de la techni(pu' de la peinture (puind on l'ail cette ri'uuuque que ces 



Li;s AliïlSTKS 161 

■ilécoi'a leurs appartenaient à la corporation des fossoyeurs '. On 
s'explique ainsi bien des maladresses et bien des i^'norances. \\n 
l'état actuel de nos connaissances nous ne saurions pas entrer dans 
le détail et préciser la nature du travail qui incombait aux décora- 
teurs. Prati;[uaient-ils exclusivement la décoration, ou i^ien étaient-ils 
employés tour à tour aux excavations, à l'application de l'enduit et 
à sa décoration ? nous lii^norons. Ce qui nest pas douteux, c'est 
que les artistes doués de quelque iiabileté devaient être chefs d'ate- 
liers. Un sarcophage du m'' siècle nous montre le nommé Eutrope, 
sculpteur de sarcophaj;e, dans son atelier avec un élève -. Les 
fresques catacorabales laissent reconnaître plusieurs séries d'ou- 
vrages dont chacune ne peut être produite que par la même main ou 
par un même atelier. Par exemple à la catacombe des Saints-Pierre- 
et-Marcellin: la fresque du cubicule W, celle de la crypte de la 
Madone, celle du cubiculuin duplex et celle de la chapelle du cycle 
christologique -^ ; à la catacombe de Saint-Callixte^ : les fresques de 
la crypte d'Orphée et des deux chapelles des Sacrements A' et A-; 
à la catacombe de Domitille : les fresques de la crypte de Diogène 
et du cubicule contigu offrant une représentation du jugement ■', 
outre Yarcosoliuni de la crypte délie pccorelle, de la crypte des 
boulangers et d'autres décorations voisines '' : kV(^)sfrianuni: les 
fresques des cubicules I et III '. Dès la première moitié du 
II*' siècle nous constatons dans les catacombes de Priscille et de Pré- 
textât la présence d'un même artiste ou du moins des élèves d'un 



1. De Rossi, Hoina ^otlrrraiifa, t. ni, p. .">3y. Une épitaphe du musée épi- 
graphique de Latran Pilier XI, n. 2t confirme ce détail puisipion y trouve 
rapprochés des pinceaux, un conn)as et un troisième objet qui semble un long- 
clou ou une tarière. 

2. R. Fabretti, Inscripl. anti'/uar.. quae in /)alcrniii acdibini a^^crvanlur, 
■explicatio, in-(ol., Romae, 1090, p. ;J87, n. en ; De Fiossi, Roinu soltrrr., t. ni, 
■in-fol., Roma, 1877, p. 't't'-i. Loriginal est conservé à Urbino. 

3. J. Wilpert. Le pilttire, pi. .'iT, 00, Gl, Go, n. 1 ; 6t, n. 2-i-.(:f. J. Wilpert. 
EinCi/cliischrixtoloijiacher Geiniilde ans der Katakomhcn der heilujen Pétrins 
und Marcelliiiits. Zurn er^teiiin-d hffnu.'if/iin'dji'n uiid ci-laiitTl , in-fol., 1892, 
pi. i-iv, n. 1. 

4. J. Wilpert, Le pitlure, pi. ;î7, 38, 39, 40, n. 3; 41, n. 1-3. 
0. Id., pi, 154, n. 2 ; lliy, n. 2; 180, 181, n. 2. 

6. Id., pi. 117, n. 2; 193 sq. 

7. Id., pi. 168 sq. Vers le milieu du ii"^ siècle et la période (pii suit immédia- 
tement il n"est pas possible de l'aire la preuve qu'un artiste ou qu'un atelier 
■ait travaillé dans difTérents cimetièi'cs. 

.irchéolofjie chrétienne. II. — Il 



\(\-2 



I II M'iiiti: III 



iiU'iiu' iiKiitif ' {•[ un 'ir.tfji lu (K'cliillVt' sur le slui' d un .trinsiilium 
;i permis dt' lirt' le nom d un mailii' mosaïstf ri dr st'S clcxes L'll;ir- 
^''és dr la clccoi'al ion de la l'iatonia wl ci/.iciint /i.ts '. 

MNSICNS CXM S\1S I.AI5\HA\ ril?\ S \I{S\S 

i-oi; r\ MO MAXiMN's i-:\si': />ius 

L c'sllii'li([urd('s lypos de 1 art calacond)al est un noiivcausujcld Oh- 
si'i'N allons dont ([uel(|uc's-unes doivenl éclairer cHdles([ue nous avons 
lailes jus(ju ici sur les idées l'stliélicjues de 1 Mi;lise romaini'. 

V. Les types^ 

Les inépuisables peintures campaniennes nous fournissent une- 
indication précieuse j)()ur 1 iiistoire des artistes chrétiens. Nous 
avons vu ceux-ci subir, dans une certaine mesure, l'intluence des 
tvpes de la statuaire jusque dans les ouvraj^es ([ui ne devraient r(de- 
ver ([ue de bi peinture; néanmoins, principalement dans bi c )pie 
(lAristée Criopbore, ils introduisent des modilications heureuses 
parce ([u'elles sont conb)rmes aux exi<^ences (b' l'art du peintre, l'n 
biit sembbd)b' se rencontre à Pompéi. l'ne [)eintin\' découverte en 
171)0 représente les Trois (iriiccs. Or l{a[)haël a laissé une com[)o- 
sition identi(|ue tiait pour trait, mêmes attitudes, mêmes birmes, 
mêmes ex})ressions '. La rencontre s"expli([ue par ce biit (ju au 
temps de Raphaël on voyait dans une église de Sienne le laineux 
groupe anti(pie des Trois (îrârcs; c est ce ^rou()i' <pie le j)eintre (b» 
Ia'ou X a (bi connaître puiscjue la peinture de l*omj)éi, le ^'loupi- 
de Sienne et le tableau de Kaphacd sont i(b'nti(pies. On |)eut (b)nc 
croire ({ue la peinture est une imitation, biite [)ar un peintre cam- 
j)anien, du groupe de. marbre (jui devait plu-; lard être imilé' par 

I. Wilperl, /,<■ /.(7//;n-, pi. I8s(|., 21 si\. 

1. \. Vi-iiUiii. Sh>ri;i ih'li nrli- il.iliuiiu. in-S", Mil;iii(), l'.Utl. I. i, p. 2'.,. 

'.\. .Vviioiirdhiii au imisi-o <rAurnale, à (iliaiilillv. Les pciiil rcs de l*<)inp(-i 
copiaient les slaliies et ne s'iiiterdisaieiil pas de les modifier. \.c hroii/.e (Vlfrr- 
cnlfà lu l/icfir a inspiré maiiifeslemeiitla pviwluve d' lli'n-iilr enfant <'-/nu/J';inl /ci 
.sc/yv/j/x, (!{;lli' de Prnllu-i' liir pur les liiiccliunlea, el la peiiiliire nioiioelirome 
d'IhMCidamini : l'n di'nlaiirc, /•^iiri/sllu'-i', Ilippodaniie cl 'l'/irséc. Les jambes du 
|)elil Hercule dv l'antliée el doThésé»! ont la mèmt; pose que celle du bronze, 
le liaut du corps est seul changé, mais le plajjiat est maiiiresle. 



Li;s TVi'i:s |ti;i 

Rapliaël '. ('oinme (.'omposition. ces trois (L-uvres ne se (listiii^ucut 
entre elles ([ue par des dissemblances ;i peine ajjpréeiahles ; niais, 
chose pour le moins sing-ulière. le tableau de llaphat'l se rapproeln- 
certainement plus tle la peinture anli({ue, ([ue I{a[)ha(d n'avait 
jamais vue, ([ue du marbri; de Sienne, dont il s"inspii-ait. (lest 
que le g-énie du j)eintre estdillerent du ^énie du sculpteur. Kaphaid, 
en faisant un tableau d'après une statue, a applic{ué les mêmes pr(^- 
cédés que le peintre canipanien peignant une fresque d'après cette 
statue avait employés quinze siècles au[)aravant. Cette simj)le obser- 
vation laisse entrevoir ({uelque chose de linq^ortance ([ue doivent 
prendre pour l'histoire de l'art g-rec plusieurs types représentés dans 
les catacombes et qui y prennent d'ailleurs une signitication nouvelle. 

Après la ruine de l'art classique le lil semble se rompre, on le 
croit perdu, il s'est simplement enfoncé sous terre. Cette admirable 
Antiquité paraîtra un jour morte tout entière. Le christianisme, qui 
lui succède, en repousse à peu près toutes les idées. La source de 
beauté est donc tarie... Soudain on la voit jaillir de nouveau. On 
dirait que, durant ce long^ deuil de la beauté antique (pion appelle 
le moyen-àg-e, elle a coulé obscurément dans le sol pour re[)a- 
raître clariliée et plus puissante à l'issue. La llenaissance expli([ue 
l'antiquité profane et l'art catacombal ; elle est l'héritière directe de 
toutes deux. Elle procède directement de l'art anti({ue et de la 
fresque chrétienne et retrouve chez les primitifs, /rccentisti et f/uaf- 
Irocentisti, de Giotto à Masaccio, le concept de « l'art chrétien ■>. 

Les conditions dans lesquelles se dévelopj)a le christianisme ne 
lui permettaient pas de demeurer étranger à l'art dont le monde hel- 
léni([ue était pénétré. La vieanticjue était revêtue de beauté; alors le 
sens de la grâce et du décor était partout. Ce qui montre d'une layon 
curieuse la dillerence de qualité entre la sève du christianisme pr-i- 
mitifet la sève delà Réforme, c'est le traitement qui fut fait à l'art au 
i'"'' siècle, etau xvi'' siècle -. Aui'"'' siècle, lesfjuehjues esprits supérieurs 

i. Ce cas n'est pas exceptionnel. Le nuisée Bourbon à Naples ])ossè(le 
une Dircé allachée aux cornes d'un (nureau, peinture de Poni[)éi imitée du 
{groupe de marl)ri' connu sous le nom de Taureau Farnèse. 

2. F. Lichtenbei-gei-, Encyclopédie (/es sciences religieuses, in-S", Paris, 1877,, 
t. I, p. 618 sq., comi)ai-e la peinture catacombale et l'art protestant qui >' par- 
tout où il triomphe de l'hostilité puritaine et des répugnances calvinistes, ne- 
fait (jue reproduire, avec des modifications plus ou moins heureuses, les divers 
types qui Tout précédé. Il n"v a point encore, il n'y aura vraisend:)IablemenL 
jamais, d'arciiitecluri". de sculpture et de [x'inture essenlicilcuu'iil pi-dl.'-,- 
tantes ». 



\{\ï (iiAi'iiiti: m 

(jui fondiiifiit hi pcusct- cluvtu'Miic t(unj)rii»'iil 1 iiiuliliti' cl h' dan^'t'i' 
pt'ut-rtri' (|u il V ;iv;iit ;i imposer ;iu\ 0(»nvi'rlis le rcnonci'iiu'iit ;i 
mu' cMslciut' fmhi'llic p;ii- le sourire des loirncs li;iriiioiiit'iiscs et 
(léliiali'sdf la ln-autc. Le j)rt'inifr soin sejiorla, seiid)l»'-t-il. iiKtiiis ii 
iiiiiovei- (ju à purilier. l*,n cefle première anhc, a-t-oii dit avec ^'l'àcc 
et justesse, 1 apparition d uiu' li^-urt- nouvelle est chose aussi j^rave 
i\uc pourra lètre. mille ans plus tard. crlU' de tout un pf)rclu' de 
latliédrali'. Les ehan^'-ements. dans lart classicpie. ont une marche 
pres(jue insensible; ici leur lenteur s'au^-mentait de prudence; rien 
ne devait prêter au souj)von dans les monuments accessihh's aux 
païens. (Jue Ton song-e ;i Linmiense diflicullé (juOn trouvait à créer 
des imai,^es nouvelles, à émonder du champ de rauticjue imaj^erie 
le pidlulement des plantes vénéneuses. C'était beaucoup, pour 
assainir la maison romaine, (jue d'elîacer des murs cette mytholo- 
>^\c dont b^s allusions divines n'étaient plus bien comj)rises et ne 
laissaient aux yeux (jue le .spectacle trop irécjuent de fantaisies 
lascives, d impuretés banales passées dans la coutume, et sur les- 
(|uelles s'arrêtaient les premiers regards de l'enfant. Il y a dans cet 
art réj^'énéré devenant chrétien et qui se cherche encore comme un 
premier sourire d innocence et de chasteté. 

Les catacond)es sont des cimetières, c'est-à-dire, suivant létymo- 
logie du mot, des lieux poui" le repos, pour le sommeil. (]e mot 
exprimait à merveille la pensée chrétienne de la mort qui était le 
si<,'-nal d'une existence nouvelle pour l'âme attendant la résurrection 
du corps. C'est le mystère de cette existence <jui domine dans les 
catacombes toutes les préoccuj)ations et, ainsi {|u il faut s'y attendre, 
inspire le plus grand nombre d images. Le type n'est pas de l'in- 
vention des fidèles ', mais le sens ([ui lui appartient désormais n'est 
dû (ju à eux. L âme (jui a quitté la terre rappelle à ceux ([ui lont 
connue le besoin (ju'elle peut avoir de leur intercession. Plusieurs 
(igures étaient employées pour symboliser l'âme, aucune ne paraît 
avoir possédé la dignité et la signification exclusive cjui appartint à 
1 oranle. Agneau, colombe, poisson, tonneau - sont loin d'éga- 
ler la vogue de 1 orante sur les frescjues et sur les éjiitaphes. 
L oranle apparaît pour la première fois dans sa forme im[)ersonnelIe 



1. Il suffit <le rappeler lorant de Berlin et loraiit (iiusliniani, cf. CJarac, 
Musée fie sculpture, in-fol., Paris, 1824, pi. 777. 

2. Cf. H. Leck'rc(j, au mot Ame, dans le Dicliann. <} arrti. rlurl., l. i, 
coi. 1488. 



Li:s ivi'Ks IGo 

à la voûte du cubicule de Luciue dès la première moitié du iT siècle ' ; 
mais à la même époque nous rencontrons dans la crypte de Priscille 
un orant et une orante -' et on s est demandé à ce propos si lorante, 
symbole de l'âme, avait été réservée aux seules tombes des femmes. 
Il n'en est rien. Le type n"a aucune relation avec le sexe du défunt. 
Nous en avons des preuves nombreuses et assurées. Une épitaphe 
provenant du cimetière deCallixte représente une orante entre deux 
oliviers, c'est-à-dire l'àme dans le jardin céleste; et l'acclamation 
qu'elle olîre ne laisse aucun doute : Cnesidio Faust ino. . . . bonne 
animae in pace '. Une autre épitaphe, celle d'un jeune enfant de 
quatre ans, montre l'àme orante sous les traits d'un adolescent '*. 
Une médaille de plomb du v" siècle représente un martyr étendu 
sur le gril embrasé à l'instant où l'àme quitte le corps sous la forme 
d'une orante et reçoit la couronne qui lui est préparée dans le 
ciel •^. Dans les actes des saints Pierre et Marcellin on lit que " le 
bourreau témoisrna avoir vu les âmes des martvrs sortir de leurs 
corps sous la forme de jeunes tilles, qui, parées d or et de gemmes 
et vêtues d'habits étincelants, furent portées au ciel par les mains 
des anges » "^ 

Le type de lorante n est donc pas nécessairement féminin, et 
l'étude des plus anciennes peintures montre qu'il est caractérisé 
non par le sexe, mais par le geste. Dans les catacombes, antérieu- 
rement à la voûte du cubicule de Lucine, nous rencontrons ce geste 
de prière attribué à toutes les figures d'allégorie : les trois jeunes 
Hébreux -, Suzanne "*, Noé '\ Daniel '". C est pendant la première 

1. J. Wilpert, Le pitture, pi. 2."i. 

2. Item., pi. 21, n. 2. Cf. pour l'attitude Suzanne, pi. It, n. 1 de la Cappella 
greca. 

'A. De Ross\, Bulletl. di archeol. crist., 1868, pi. 12, n. :i. 

4. Marangoni,xlc<<i S. Victoi-ini, in-^'^, Romae, 1740, p. (io ; A. de Waal, Drei 
altchrislliche Inschriften, dans Rômische Quartalschrifl , 1891. p. 34S sq., 
pi. XII, n. 1 ; 1892, p. 28, n. 13. Cette épitaphe est du iv*^ siècle. 

5. Voir Dictionn. (Tarch. chrél., t. i, fig. 79. 

6. Acta SS. Pétri et Marcellini, n. 11, dans .lc7a sancioriim, ijuiii. S. Astère, 
Homil., n. In psalm. V, P. G., t. xl, col. 40.j, compare l'àine cjui sort de ce 
monde à la Vierge qui va partager dans le ciel la couche du Christ. Cf. 
Philo de Carpasia, Enarratio in canticiini Canticorum, P. G., t. xi., col. tjO sq. 

7. J. Wilpert, op. cit.. pi. 13. 

8. Item, pi. 14. 
■ 9. Item, pi. 16. 

10. Item, pi. 2'). « .Votre prière sera plus vite exaucée, dit saint A mhroise, s 
notre corps représente le Christ auquel nous pensons. <> 



Idt; 



I II vi-i nu: III 



niml lidu 11 Me h1c<[II<' s .llllliHh I' 1 ^•\|II•^■v-^l<||| 1( li M !<■ (If l;i H'Ullf pt'MSt'f 

clircl iciiiic riKtiii' pt'iutiri' (If 1,1 pure Ix'.iult' (•l;issi( jUf . (hiiis les 
oraiilcs (lu ( ul>i(u!<- (le I.iuiiic. I.f ( iHps Idii:^- cl imiicc, cmi-ldj)- 
jM't'S. ((Uimic (les sliitUo l:1C( (|llcs. (hllls les plis (Ildlls (1 Ullc luiiiipif 

tiihiiif. les l«r:is mis hors du piilliuiii (pu leur coun ri' la (('-It' cl scii- 
roiilc aut(Uir (le leur taille, elles s a]»puieiil ('•l('i;ammeiil sur un 
«aliic (le lleiir. laiit-il \(iir dans ces (.liannaMtes iiiiat^cs. traci'cs 
<1 iiM pinceau ia]»i(le et laeile. nn sinijtle caprice de décorateur? 
laut-il les rappidcliei, eoninie on la lait . de certaines lres(pies de 
l'oinp.'i cl des llierm.'s de Titus, de e •> li^'-ures fi'ininines demi-nues 
et dansantes (pu. de leurs hras levi'S. soutiennent des coupes ou des 
«^'uirlaii les lleuries ? ( >n les a c()inp,ir(.''es |)lus sérieusement ;i la 
J'icf.is anticpie. la l)(dle statu- du nuist-e du N'atiean. ([ui personniiie 
le culte des dieux et des liomnu's, mais j)our(pioi tant (Teirorts 
<léj»ensi's ;t meconnaitre 1 oriiiinalite de ees nobles ima<j;^es oii l'art 
cliri'tien naissant a mis son plus haut svmholisme '? x (le n Cst 
^'•uère (ju avec le IV et le v'' siècle, c esl-;i-dire avec les premii-rt's 
omhres tlu moven îi'j;v, (jue nous vovons lexcjuise li{j;'ure de l'âme 
tout immati'i'itdle se rapjjrocher du corps, se ri'duirc à la taille de 
celui-ci. et ;i une taille bien jjIus minime encore, jus((u ;i ce ({u'enlin 
elle ne soit plus (ju une lit,''urine emmailloti'e. dilTorme, cjuim vol 
ilan^a's ou de démons se dispute à la sortie de la bouche du mou- 
ïant. Alors rimnfj;;e immatéritdb; de lame du cléfunt perd peu à peu de 
sa primitive simplicitt'- '. Le costume retrace la (jualité de la défunte 
<lrapée dans la pourpre, parée de ses bijoux, constellée de ses pierre- 
ries et afin (jue toute celte vanité ne soit pas perdue, on a ^^randsoin 
<le remplacer lOranle anonvme par le j)ortrait du fidèle '. Lue autre 
altération du sens primitil' de l'orante conduira ([ueUjuefois ;i repré- 
senter des familles entières oii se mMent les sexes et les à<j;-es, dans 
1 attitude des oranls. A ce moment, le sens profond du .synd)olisme 
«st perdu, nous n avons plus (jue des portraits de famille '. 



1. A. l'érah'', L'urrlii'-ol'if/ir ihri'lien'X', in-^", l'aiis, 1H'.I2. p. 7H s(|. N'oir 
Dicîionn. <l';irrli. rlirrt.. t. i. li^^. '.\\'.\. 

2. .1. Wilpert. op. rit., pi. SK. 

3. Ilp fi. pi. I7f-I7t,. 

4. Itrin, pi. '.H), u. 2. Il(i. III. Itiî. (l'est p:ii- rell'ct <\\uu' pi'éocciipal ion 
iip()ln<,'éli<pie sans fniHleineiil dans les faits (pie dos écrivains iiiysli(pies ont 
transformé les oiantes en iinaj.'-es de la mère de Dieu et d(> lEf^lise. « Si 
fjuel(jiios verres (loré->. du iv et du v" siècle, dil M. l'éralé, si une dalle du 
vi' siècle, représenlanl la vier;;(' Marie oranle, si un rouleau iVExiillel du 



LES TVI'KS 1(17 

La fii^nire de l'orante est la ^-rancle et (lural)le création de l'art 
cataconihal; son (euvre orig-inale et son titre à prendre, dès ce 
moment, le nom d'art chrétien j)uis(jue la pensée chrétienne a eu 
cette vertu d'inspirer une conception artistique absolument nouvelle. 
L'orante se trouve ainsi être l'essence de 1 art funéraire, nous ver- 
rons qu'en outre elle en est le centre. 

La iig-ure du Bon Pasteur elle-même. (|uoi(pie plus ancienne 
dansles catacombes quecellede l'orante, s'y trouve, on peut le dire, 
en fonction de l'orante, ce qui s'explique parla pensée dominante qui 
inspire les fidèles dès les premiers temps de l'Eg'lise. Cette pensée 
est celle du salut de l'âme et de sa vie en Dieu ; ainsi, c'est parl'eiret 
d'une sorte de pressentiment du cycle funéraire qui va s'élaborer, 
apparaît la bienfaisante image du Pasteur, sauveur des âmes. On 
entrevoit quelque chose peut-être du sens le plus anciennement 
donné à l'imaj^e du Bon Pasteur dans YOralio posl sopulliirani 
du Sacramentaire g-élasien : Débit uni liumani corporis sepcliendi 
officiuni fideliiim more coni[)lcntcs. Deuni, cui omnia vivant, fideli- 
ter defjrecemiir, ut hoc corpus... et eius aninmm... J/oni Pnsloris 
humeris reportatum '. Dans YOrdo comniendationis ani/nae qui 
remonte à une haute antiquité on lit cette supplication : Constituât 
te Christus Filius Dci vivi intra p)aradisi sui scmper amoena vircntia 
et inter oves suas te verus ille pastor agnoscat -. « Puisse le Christ 
fils du Dieu vivant, te recevoir dans les prairies toujours riantes de 
son ^paradis et puisse ce véritable Bon Pasteur te reconnaitre 
comme un de ses agneaux. » Le sens de l'allégorie se trouve donc 
clairement déterminé. Il nous importait d'autant plus de le mon- 
trer que le souvenir de la parabole évangélique inviterait à ne voir 
que le Sauveur faisant entrer le pécheur dans son Eglise ■^j tandis 

!x^ siècle renferme, parmi ses miniatures, une imag-e (l'orante, au-dessus de 
laquelle est inscrit le mot ECCLESIA, ]ieut-on bien en tirer des conclusions 
applicables aux trois premiers siècles? » L'interprétation de l'orante par lànie 
du fidèle défunt a été établie d'après lépigraphie par .1. Wilpert, Ein Ci/clus 
i'hrisioloijischer Geinnlde, 1892, p. 43. La démonstration s'appli(jue à toutes les 
images d'orante isolée, sans exception. 

1. Liber sacramenlorum Romanae Ecclexiae, édit. II. Wilson, in-8°, Oxford, 
1894, p. 298. Cette formule a disparu dans l'oraison correspondante du Sacra- 
mentaire grégorien. Muratori, Litunjia. roiunna velus, in-fol., Venetiis, 17i-8, 
t. II, col. 217, cf. col. 290, 3^0. 

2. Breviariuin romaniim. 

3. C'est le sens qu'adoptent de préférence les verres dorés du iv" siècle. Cf. 
J. Wilpert, Le pillure, p. 139, 398. 



1<)S ( Il Mil ni. m 

([u';« l'C siMis il faut ajoiiltT ct'lui df làmc du di luiit lutroduilf dans 
K' |)aradis'. l'iudciuc. si hirii uisiruit de plusieurs clidscs tics 
anciennes, a deiiil les lieux ou le Paslein- poiMe sa hreltis |)ai' les 
mêmes traits dont il si' sert pour peindre le paradis •. 11 n fst donc 
plus doutt'ux (pn- nous avons dans 1 iina^-^e du Hou Pasteur une 
alléi4;orii' de 1 àine du défunt introduite dans la soeiele des saints '. 
('/est le sens cpii pré\aut dans les eatacoinl>es, ainsi (pi'on peut 
s'en rendre eom|ile i-n \ovanl le Pasteur en relation axci- les li^-iucs 
et les seeut^s ndatives a la héatiludi' céleste. princij)alenienl les 
orantes. Dans le plus i;rand noinhre de c;ts. le Pasteur est repi'ésenté 
inlroiluisant làine parmi d autres âmes, <pud(pu'f()is on le voit 
n avant ipu- lànu' sous les traits de 1 a^-neau sur ses éj)aidi'S : dans 
ce c;is il est prohahlenu'ut fait allusion au trajet du Pasteur pour 
porter son fardeau parmi le trou|)eau ct'K'ste. Dès le T' siecK' nous 
possédons trois imai^es du Hun Pasteiu* et. dès cette épocjue reiulée, 
le tvjîeest fixé '. On peut se faire inu' idée de son imjxtrtance dans 
Ihistoire des idét'S allé^''ori<[ues parmi les tidèles. si on remai(|ue 
que ce lypi' nest januus complètement délaissé et reparait (juatre- 
ving't-treize fois dans les catacond)es '. 

G est. considéré à ce point tle vue, (pu> le P)on Pasteur prend sa 
valeur véritable, celle (pie les premiers lidèles lui ont attril)uée. 
Grâce à lui, on voit à (pielle distance le tvpe alléi,'-ori([ue se trouve 
(lu ty[)e plasti({ue dont on ne siiurait affirmer en toute certitude s'il 
reproduit Aristée ou Hermès (h'iophore ou s'il est inspiré directe- 
ment par le modèle vivant tel (ju'on le rencontrait, pres(jue sans 
le chercher, dans la campaj^ne romaine, (.e cpii n'est pas douteux 
c'est que le type a été rcpcnsô. Ici encore le christianisme a fait 
(cuvre créatrice et le jeune pâtre imberbe, debout et paisible, vêtu 
d'une tuni(pie courte, les jambes nues ou couvei'tcs de bandelettes, 
les pieds chaussés de brode(juins. tenant dune main les [)attes de la 

1. 'A-;".a-ï;xa:âv.O'/ to [Ai^x, p. 100 : to à-oÀ'.)/.o; -y>'A-:o-i £■;'■) i'.').: .T.-n./.xt.i'Ji': 'ii 
ilfoTrjo, /.a; 1(010/ |XE. « .le suis la i)rel)is perdiio, appelio-iuoi.-iiioii Hédeiiiiileiir, 
el sauve-moi. 

2. ('.atlionicrinon. viii. liO-VT. /'. /.., t. i.ix. col. H!!".» s(|. 

.3. Sprinter, llnnilhuch dcr lûiDxIfjeschirlih', p. 7; .1. W'ilpeil. oji. cil., 

p. 3ys. 

4. Le nomlire (U's l)rei)is varie, ainsi t\uo les vètenienls, suileul au uT' siècle; 
mais c(îs détails n'atU'ij^'-iieiit pas l'essence du l.vpe. 

'■». J. Wilpert, o/(. (•//., p. 3'.t(l-42(). Pour les staUies du Bon l'asleur, voir 
Diclionn. d'arcli. cltn'-l., au'iuot l'.tsli'iir. 



LES TYPES \('}*} 

brebis couchée sur ses épaules et de l'autre le vase de lait, la hou- 
lette ou les pi[)eaux, est la première conception et une des plus 
exquises de 1 art chrétien. 

Les fresques, les sarcophages et les épitaphes nous olîrent un 
certain nombre de combinaisons des deux types que nous venons 
de décrire. Toutes présentent de l'intérêt et plusieurs apportent des 
éclaircissements notables à ce que nous avons dit. Nous ne pouvons 
entrer ici dans le détail '. Les symboles, tels que l'agneau, la 
colombe, etc.. ne sont que des types résumés d'après d'autres 
tvpes complets ; ils gardent néanmoins de 1 intérêt parce (ju ils 
montrent l'intense préoccupation des générations chrétiennes tou- 
chant l'àme des fidèles -, mais ils n'ont pas de portée artistique, 
c'est pourquoi nous ne les étudions pas dans ce chapitre. 

Cette préoccupation des premières générations chrétiennes a 
donné naissance à un grand nombre d'allégories dont le sujet est 
emprunté à la Bible. On ne saurait dire toutefois que nous nous 
trouvons ici en présence de types nouveaux — au sens que prend 
ce mot lorsqu'il s'applique à Forante et au Bon Pasteur — bien 
que plusieurs de ces allégories soient arrivées de très bonne heure 
(i*""ou II*" siècle) à leur expression désormais définitive (ce qui est le 
cas pour Daniel '^, Noé dans l'arche ^, Moïse frappant le rocher •' 
et les trois Hébreux dans la fournaise ''), tandis que d'autres, Jonas 
et Lazare, par exemple, subiront d'importantes modifications ; néan- 
moins toutes ces allégories se rapportent à l àme chrétienne. Lazare 
représente le fidèle attendant dans le tombeau l'instant de la résur- 
rection ". Pour cette scène de Lazare nous voyons que les décora- 
teurs des catacombes ne sont pas arrivés du premier coup aux types 

1. Une fresque du cimetière de Domitille, moitié du iv« siècle. J. Wilpert, 
op. cit., pi. 190, montre le Pasteur apportant Tàme dans un troupeau céleste 
composé de brebis et dorants. Une épitaphe du cimetière de Callixte, De Rossi, 
Roma sotterr., t. ii, pi. xi.ix-l. n. 14, représente l'orante déjà mêlée à ce trou- 
peau de brebis. 

2. Ces symboles de Tagneau. de la colombe, le poisson, etc., ne paraissent 
pas avoir eu primitivement le symbolisme d'àme fidèle. Voir Dictionn. d'arc/i. 
chrét., aux mots Agneau, Amphore, Ame. 

3. J. NVilpert, op. cit., pi. 5, n. 1. 

4. Item, pi. 16. 

5. Item, pi. 13. 

6. Item, pi. 13. 

7. Remarquer queTédicule qui lui sert de tombeau est un de ces hypogées 
qui bordaient les voies consulaires ; en aucun cas on ne voit Lazare enseveli 
dans un loculus ou dans un arcoaolium. 



170 



iiM'iiitr III 



il.'liailifs, m 1!-^ (|uiU v o il :iltrinl |t;ii' v.nc d i''limiii;it ion. I);iiis I;i 
('.nfifu'lhi 'jrcr.i, la ri'[)rf<fiit;»tiiin de La/air foinpdit»' deux 
st'ciit'S ' lii,'-. li I S . l)aiis la jjrciniiTc, la iiiDinit' se trouve dans 1 l'-di- 
culf ; (huis la seconde sièiie, I, a/are ressusiil»' se rencontre avec sa 




!!•-. — La rc-siirrr,licin di' I,a/.:irt 



ijins \\ il|i('it, l-'r.iilid ii.iiiis. \A. m. 



sœur. Le Clirisl n "apparaît pas encore -. C'est, on le voit, la période 
des tàtonnenieiits. Dans une Iresipie dv la ervpte de la Passion, au 
cimetière de Prétextât, un peu postérieure ii la j)réeédente, la s(vur 
de Lazare est représentée, ainsi (jue le (Christ, mais les deux mo- 
ments sont réduits à un seul ' ; en outre, si on compare 1 attitude 



I. .1. \Vil|) -rt, Fricii > /((/(/>.■, |il. \i. 

"2. S;ms (ioutr paicc (|u"on tf()u\;iil le r;t|)i)rocliO!neiil du ciulavre et dn res- 
suscite jissez clair par liii-inèiiie. (les! comiuedaiis le niiracle du paral\ii(|U(\ on 
le reiirésente son lit sur {"épaule, cela exprupie loul, on omet donc le (iluisl : 
siniplilicalion analoi^'ue dans la l'epn'-sentalion du jeune Toljie.au cimetière de 
Doaiiiille. riette IVes(pie, la plus ancienni> de celles de ce ty|)e. est au jourilhui 
déiruile. l^Ue r(>présentait un adolescent nu, un hàton dans la main i,''auclie, 
un poisson dans la main droite. Dans la fres(pie dn cimetière de Tlirason, 
postériouro à la précédente .1. Wilperl, pi. 2\2 , le sujet au lieu de se sim|)li- 
fier se développe et occupe deux scènes dilTérentes. .Vu iv" siècle, sij^Nialons la 
tendance à s"é -arlei- des styles très siniplillés et à ajouter des |iersnnna;;-es, 
par exemple: la femm.' de .lob. pi. I 't~ ; le bourreau attisint le l'eu de la four- 
naise; le juif escortant Moïse c|ui frap|>e le rocher. On remarcpiera à ce propos 
<jue pour celte histoire, comme pour celle de .lonas, |)1. f7.n.2, le dévtdopjie- 
niont d'un sujet se fait de droite à ;,^auc!ie et non. comme aujourd'hui, do 
j.'Huche à droil(\ 

:5. .1. Wilpert, Lf jiHhirr. pi. l'.t. 



i.Ks rvi'Ks 171 

du Christ dans ctte scène à celle (jui lui est donnée dans le j)an- 
neau inini-'diatenient au-dessous, on peut croire (jue le g-este ({uil 
devait l'aire est celui de la parole et non le g-este de conmiandenient 
avec la ba<^uette maj^icjue, tel (jue nous le voyons plus tard. Mais, 
ici encore nous suivons un mouvement très lent vers le type délini- 
tif. Environ un demi-siècle après la lres({ue de Prétextât nous retrcm- 
vons au cimetière de Gallixte (lin du u'' siècle) la résurrection de 
Lazare ; le Christ esquisse alors le g^este de la parole, mais cette fois il 
porte dans sa main g-auche la baguette magique (|uoi({u"il n'en fasse 
pas encore usage ' ; quant à Lazare il est ressuscité et dégagé des 
bandelettes. Cestversleméme temps, au cimetière de Priscille, dans 
le cubicule de l'Annonciation , que se rencontre le modèle qui deviendra 
typique. Lazare enseveli, debout dans lédicule, et le Christ touchant 
la momie de l'extrémité de la baguette -. On voit, par cet exemple, 
quelles hésitations '^ ont précédé 1 adaptation de plusieurs allégories 
bibliques. 

D'autres allégories sont assez peu précises pour permettre leur 
adaptation^ à des séries de scènes analogues quoique historiquement 



1. J. Wilpert, op. cit., pi. 40, n. 2. 

2. Item, pi. 4.'j, n. 2. Sur la présence de la baj^uelte mafiicpie entre les mains 
du Christ, sa signification et son emploi, cf. E. Le Blant, L'accusation de 
magie, dans Lex pen^écuteurs et les martyrs, in-8°, Paris, 1893, p. 80; J. Wil- 
pert, op. cit., p. il . 

3. Hésitations semblables pour le sacrifice d'Abraham ainsi (jue nous l'avons 
montré plus haut, pour la multiplication des pains et des poissons, cf. J. Wil- 
pert, op. cit., p. 43 ; pour l'adoration des mages, llem, p. 44; pour .louas, où 
nous voyons des modifications successives (jui rappellent celles de Lazare, 
llem, p. 49; pour Job, Hem. p. TJO ; pour l'aveugle-né, Item, p. ol. 

4. Ici, comme pour l'épigraphie, on est porté à croire à l'existence de cahiers 
de modèles permettant décomposer des scènes différentes en variant les per- 
sonnages, modifiant, séparant ou rapprochant des figures. On pourra peut-être 
s'expliquer le procéJé de ces vieux décorateurs en le rapprochant de 
celui d'un maître contemporain. (( Il Tuvis de (^havannes' dessinait d'abord 
ses figures, avec toutes leurs particularités, puis il les calquait en supprimant 
tout détail. Alors il arrangeait, il modifiait ses compositions en appliquant 
ces calques les uns près des autres, les enlaçant, les changeant de place, 
jusqu'à ce qu'il eût trouvé sa satisfaction complète. Et il mettait un goût 
admirable à l'ordonnance qui sortait de cette façon de procéder où le hasard 
le servait. » J. Breton, Nos peintres du siècle, in-12, Paris, s. d., p. 232.' Cf. 
J. Wilpert, op. cit.. pi. p. o4, qui ne doute pas de l'existence des cahiers de 
modèles dont il voit la preuve dans les jjeintures de la première moitié du 
iv« siècle conservées dans l'hypogée des Syncrétistes sur la via Appia, pein- 



172 I 11 Ai'inu: m 

«listiialt's. |);ii- l'xomplc : le CJirisl ju-^'^t' et le (Ihrisl (ioclcur ' ; la 
imiUipliOiilioii iK's pains et Ir i-liaii^-i'im'iit de 1 isiu vu vin à (iana '; 
un it'pasoi'dinairc hansloinn', parla présence du (liuisl clianj^t'ant 
l\>au en vin. en représiMitalion des noces tle ('ana ' ; la ^'•uérison de 
l'aveuij^le-iU' et ci'Ue des lépreux '. 11 se pourrait (|ue la scène très 
;uicienne de Su/.anne onlie les deux vieillards ait été (li'm;i/-(/ii('(' et 
soit devenue l'archétvpe de la re[)résenlalion postérieure diuie 
oranle entre deux saints '. 

A piopreniont parler, il n'y a pas là de types nouveaux parce 
(jue ces alléj^orics ne re])résentent pas une seuli' idée nouvelle. Le 
pa^-anisine avait depuis loui^lenips ad()j)té des li<j;^ures vé^^étales et 
animales pour exj)rimer des idées ou des forces natiuH'lles. Parfois 
les chrétiens se sont contentés d'une sorte de transposition et la 
longue série des lij^ures alléjji-oricjues s'est développée, en un certain 
sens, dans une lan<j^ue identi(jue et suivant un discours parallèle à la 
série des lig^ures niytli(jIo^i({ues. (^e n'est donc pas d'adaptations 
nouvelles mais de créations (ju il doit s'a<^ir loi\s({ue nous voulons 
connaître la virtualité delà penséechrétienne primitive. Or c'est bien 
d'une création (ju'il saiçit lorsque, par exemple, nous renconti'ons le 
type de la mère de Jésus. 

Exce[)té dans une uni(jue peinture représentant l'Annonciation, 
la ^'ie^ge Marie est toujours représentée avec son lils. Dès la pre- 
mière moitié du u*' siècle, nous voyons le type désormais invariable 
fixé dans la catacombe de Priscille ''. Le trait (jui, dès ce monumt^ 
caractérisera la mère du Christ et la distinguera des chrétiennes repré- 
sentées elles aussi avec leurenfant, est trouvé. La Vier^'e Marie por- 
tera son fils sur son sein ". Les autres mères auront leur enfant à 

lures (jui senil)lont iii(Ii(|U('r ([ue les décorateurs faisaient usa<j^e «le cahiers 
(le modèles ayant appailenu à des ciiréliens. (les cahiers, d'après le cons- 
ciencieux éditeur des peintures des cataconil)es, auraient contenu des pres- 
criptions destinées à ^Miider les artistes et ou peut iu(hiire du va^uc de cer- 
taines allé<,^ories, telles <pie i'ohie ou .loi), (pi'elies étaient |)ourvues d'une 
lé^-ende explicative (pii (mi avait suflisamnienl popularisé la signification [)our 
rendre iutelli^'-ihles les fij,'-ures anépij,'^raphes des catacond)es. 

1. J. Wilperl, Lr i.ilhirc. pi. l'iO, IW, 177, l'Jii. 

2. Item, pi. :i7, 180, n. l. 

3. Il cm, pi. ."»7. 

4. Itoni, pi. 7 V, n. 2. 
■'». Item, \)\. 14. 

G. Item. pi. il. 

7. Item, pi. i\, n. 1, 22, (>0, 81, liti, l'^l, 163, 207, 20S. 



LKS TVPKS 173 

leur côté ''. Sans nous attarder aux préoccupations apologétiques nous 
devons une attention spéciale à cette fresque de Priscille «pii nous 
montre un modèle destiné à prendre dans l'art des siècles suivants 
€t jusqu'à nos jours, une importancecapitale. On s'écartera peu désor- 
mais de la madone avec son lils entre ses bras, elle se retrouvera dans 
les images maladroites des siècles barbares et sur les tableaux incom- 
parables de la Renaissance. Il semble que, du premier coup, et 
comme sans eiîort, le tN'pe ait été atteint. En le réalisant, l'art 
chrétien justifiait, une fois de plus, son existence par une concep- 
tion nouvelle et qui, plus que l'orante et le Bon Pasteur, aujour- 
d'hui délaissés, paraît devoir être impérissable. 

Plusieurs questions d'esthétique que nous croyons avoir été 
posées pour la première fois de nos jours, ont été pratiquement 
résolues et peut être envisagées théoriquement par les décorateurs 
des catacombes. La première image de la Vierge que nous possé- 
dions est une fresque du cimetière de Priscille remontant à la pre- 
mière moitié du ii*^ siècle ~. Elle représente le prophète Isaïe prédi- 
sant la maternité divine de Marie en présence de la Vierge allaitant 
son fils. 

Cet ouvrage est digne de l'art classique à sa meilleure époque ; 
mais il nous intéresse à un autre titre. Le prophète Isaïe y est 
représenté vêtu du pallium des philosophes. L'anachronisme est 
complet, mais il n'est pas exceptionnel et il faut s'y arrêter quelques 
instants. 

Les marques de ce qu'on a appelé dejiuis <( la couleur locale » sont 
très rares dans les fresques catacombales. A la Cappella greca, 
nous voyons une montagne représentée dans la scène du sacrifice 
d'Abraham et dans la -scène de Daniel parmi les lions nous pou- 
vons encore distinguer un palais et la fosse aux lions entourée 
d'une grille à peu près effacée aujourd'hui -^ 

L'emploi de la perspective est également très rare, mais non sans 
exemple. On reconnaît la présence de plans successifs grâce aux 
figures empiétant les unes sur les autres, comme dans le bas- 
relief. Il n'y aurait, on le voit, que peu de choses à conclure de ces 



- 1. J. Wilpert, Le pitture, pi. 21, n. 2; 90, n. 2; 110, 111. 

2. J. Wilpert, Item, pi. 21, 22. Cf. H. F. Liell, Dlr Dar.'^lellunf/en rler 
sllerseligsten Jungfrau und Goltesgeblirerin Maria, in-S", Frciburg-, 1887, 
p. 316-328. 

3. J. Wilpert, Fraclio panis, pi. i.\ s(j. 



\~i (iiM'iiitr; III 

in(lic;ili(ins si ikuis ne tiouvions daii-^ le \ ('li-iiiriil un ^laiid noinhri' 
tli' laits priais l't caïaitfiistiijiics. 

I.i's trcsijiu's (It's deux prcmu'is su'clfs de notre t-rc ikhis moiitrcnl 
It's pt'i'sounai,''(.'S l)d»lnpu's vètus a la inodi' rumauu' du t('iii|)s, 
portant la tunupir sans niani. In-s ou avin- des inaiulirs tics courtt.'s. 
Li' Bon Pasteur, dès la lin du l" sieele ' ; Xot\ au dtd>ut du sii-ele 
suivant '. le (llirist s entretenant avec la Sainarilaine ■. le paraly- 
tiipie ol lOrant ' portent la tunicpie avec la ci'inture ; au contraire, 
Ahralunu vi Isaac sont vêtus il'une luni([ue sans ceinturt; '. (ne 
lVes(jue de la pi'einieie moitié du m'' siècle nous montre .loi) velu 
simplement d une tuni([ue de dessous [S(i/)Uru/;i, /iiici. indusium, 
stricfof'iii. infcru/.i, carnisiu , ce (jui revient à la chemise telle que 
nous la [)t)rtons ''. Le port de la tuni([ue à ICxomide', c est-à-dire 
attacliée sur 1 épauli' i^auclic et laissant à découvert l'épaule et K' 
sein di'oit, présentait une i^rande commodité pour les ouvriers, les 
esclaves et tous ceux ([ui voulaient avoir les mouvements très 
libres ^ ; nt)us voyons ce vêtement attribué au (Christ '•', à saint 
.lean-liaptiste l'^, à Daniel •'. Une attention superficielle donnerait 
occasion de penser ([ue les peintres ont eu ([uel({ue souci d'attribuer 
aux ma<^es et aux trois Hébreux, eu leur (jualité d'tJrientaux. un 
vêtement (pie Ton savait caractéristi{[ue des po[)ulations de l Asie 
ant(''rieure. au delà des limites de l'empire. Il n'en est pas ainsi. 
Pendant les deux premiers siècles, la tuiiica niunirnlH, tuni({ue 
serrée à la taille et pourvut' de long'ues manclies, était un vêteiuent 
])eu connu, (hi le voit, à la vérité, imposé aux luaj^es. aux trois 



1. .]. \Vil|>erl, Li' i„lluri'. p!. '.», Il, ii. W. 

■1. ih'iit, pi. m. 
;(. //<•//!, |)i. i<.t. 

i-. Ili-m. pi. 27. 11. :};:}'.•. ii. 2. 

il. //'V/i. pi. \\, 11. 2 ; I.e même. Die (ieivitndtin;/ (h'r (]hrisli-n in <li'n rrxii-n 
J:ihrhuml>-rh-ii, iii-V", Coin, 1898, (i<r. 2. 
(>. //''/;*, pi. 'M'k 

7. £;o;xi:, (pie Aiilu Gelle, Nocl . Allie, iv, xn, paniphrase do la sorte : Siih- 
strirl.t el hrrris liinic;i cilru liuincruni desineris. Cf, Al. Con/o, />ù? anti/o' 
(ipivnndunij , dans llliitlfr fur Kunxlfjcwrrhc de Teirich, 187"), p. Gt) dn tiré 
à pari. 

8. l^u- exeni|)lc les petits vi<^iierons et moissonneurs, .1. Wil|ieil, Li' pil- 
tiirr, 1)1. '^2, 11. I, -t't ; les portefaix du port aux <,'rains. Ih'ni, pi. \'.)'t, l'.(.'>. 

9. Ileni, pi. 2'.t, ii.2 ; ai. n. l ; M. 

10. lleriK pi. 2'.». 11. I. 

11. Item, pi. :i.n. 1 : 2".. 



Li;s ivi'i;s I /.) 

Hébreux. ;i Orphée, mais é^-aleineiit ;i un ouvrier emplovt'-. dans la 
fres([ue de la crvpte de Saint-Janvier, à !a récolte des olives. 

A partir du ui*^ siècle, les niod^'s d'Oi'ient t;-ai,'-nent d.' [)lus on 
plus dans Uonie. la tiinica iiiiinicala devient d'un emploi t;éné'ral et 
elle a[)paraît aussitôt sur un i;-rand nombre de t"res(jues. Le Bon 
Pasteur, les fossoyeurs, le paralyti({ue la [)ortent avec la ceinture ; 
les crantes, les convives, les serviteurs, Jonas. Xoé et raveui;-le-né 
la portent sans ceinture '. Les personnag-es biblicjues de la bjintaine 
antiquité sont ainsi réduits èi suivre les chang-ements de la mode. 

Cette assimilation des personnag-es biblic[ues. mèmi; de ceux 
appartenant à des temps très éloig-nés, aux contemporains, se 
retrouve pour presque tous les vêtements. Saint Jean-Ba[jtiste et 
Daniel sont pourvus du pcrizoïnn -, qui est une ceinture de lin 
dont les deux sexes faisaient usag-e pour cacher leur nudité, et la 
loi en imposait l'emploi à Tég-ard de ceux qui étaient condamnés à 
paraître nus dans lamphithéàtre '. 

Tobie, représenté avec le poisson qu il vient de prendre dans le 
fleuve ', porte autour des reins le centrale, sorte décharpe dont 

1. J. WilpcTl, A'' pitlurc. pi. .".7, 5'J, 01, 0:2. 03. 09. 74, 70, 80, 0:5, etc. Pen- 
dant les trois premiers siècles nous n(> rencontrons jamais l'emploi delà luni([ue 
talaire pour les personna<;es bil)li((ues. Hst-ee un souvenir du mépris ([ui s'at- 
laciiailà ce vêtement tenu pour eiréminé dans les derniers temps de la Ré|)u- 
hlique? (iicéron, //( Calil., ii, 10.) Quoi qu'il en soit, il se pourrait <{ue le clergé 
ait cherché à en répandre l'usage puis(|ue les deux seuls exem|)les tpu- nous en 
iniissions donnersont l'évêque delà fraclio panis et la statue de sair.t llippo- 
lyte. Au iv*^ siècle, un grand nombre de saints [joiteat la tunique talaire. mais 
c'est qu'alors elle a la vogue. J. NVilperl, o/<. cit., pi. 1 i7, IS'l, n. 2 : De Rossi, 
Uonta aoUcrr.A- i:, [)!■ xxii; Garrucci. Storiu, t. ii, pi. 11, n. 2; et d'après saint 
Augustin : TaLirt's rt nianicates tuniras hnhen- apud lionianox vclcrcs /lagitiiint 
e/-al. nituv aillent lionesto loco naliff, cu/n Uinical i sunf, non pas habcr»' /hi(/i- 
tiuni est. La luui([ue talaire était devenue le vêtement des patriciens. Sur les 
deux bas-reliefs constantiniens de ïalloculio et de la largillo Aiu/iiaU l'empe- 
reur et les clarissimes portent la tunique talaire, la plèbe porte la !tuni(jue 
courte. Lu texte des temps voisins de la \nn\ de l'Église (Eusèhe, //i.s/. ceci., 
X, IV, 2 nous montre le clergé portant ce vêtement. puis(pi"uu évècjue dit en 
s'adi'essanl aux évê([ues et aux prêtres venus à l'inauguration de la basilicjue 
de Tyr : oi tov ay'.ov -oorjor, r.iy.yjAr^'xvjo:. ('.(. .1. Wilpert, Un cnpilnlo di storia 
(lelvputiarin, dansVArte. 1808-ll^!)9, fig-, !-•!. A .Vquilée, les épitaphes montrent 
les défuntes vêtues de la tuni((ue talaire, cf. J. Wilpert, Die altchrisiliche/i 
Iniiclu-iflenron A(/uilcJa, dans EphenieriA Salonitana, 1804. pi. 4(> si(., ^)0s({., ."iiS. 

2. .1. Wilpert. Le piiture. pi. 27, n. .\: 100, n. 2 ; 100, n. 1. 

'^. K. Leblant, Supplément aux Acla rincera. in-ir°, Paris, 1882, [i. l'M) sq. 
4. .1. Wilpert, Le pitture, [>l. 212. 



170 iiiAnnii: m 

rcxtivinitt- est r;muMii''i' aliii de jx'Uilrc dt'vaiit les x\iz:y.: v'csi 
prccisrincnt I aci'outiHMnciit cirs prclunirs de |»i<)h'ssioii '. 

Aiuuii pcrsoiiiia;^^!' hihliijiu' ne pdiic la loj^t' dont 1 usaj^c va se 
pi-rdant de j)lus v\\ j)lus -. 

Le ji.illiiirn, inaiitcau i^rci' d un usa^-c j^i-ni rai, avait rit' le Nrlc- 
im'ut lia (dnisl et dos a|)("ilrcs, il lu- laul donc pas ètir surj)ris (U- 
11' K'ur vou' al trihiiiT ; mais d n rn est pas de nu'inc lorscpi'on le 
voit porter par Moïse ' et iré(pieniuient par Ahrahani; il est vrai 
(pie Daniel. Noé, .loi) l't ([iud(pies autii's ne le revèl»'nl jamais, et 
la raison n est pas aist'-e ii trouver. La ildamvdi' est donnée aux 
niâmes, à Orj)liée et ii (pitdcpies orants au iir et au i\' siècles '. (]e 
vêtement, surtout en usaj^^e pour les soldats, parait sur les épaides 
d«>s lionmies de ^'arde (jui assistent au couronnement d épines '. sur 
celles des juifs révoltés contre Moïse et Aaron '• et dun personnaj^'-e 
accompaja^nant Moïse frappant le rocher '. Nahuchodonosor porte 
le vêtement d'un empereur romain '"*, il a sur les épaules le jiuIikIu- 
nic/i/um^ plus Ion*;;' et plus riche (pie la chiamyde. 

Les (pieUpies rencontres faites jus(pi'ici d'un vêtement c(»nforine 
à celui (pii convient au personnag'e représenté ne doivent ])as nous 
induire à attribuer aux décorateurs une science archéolo<i^i(jue, 
même rudimenlaire. Les détails les plus notables d'une scène sont 
parfois négli|j^és par eux, alors (pie tout devrait les porter it en tenir 
compte. Dans le couronnement d épines, du cimetière de Prétextât, 
le (]hrist est revêtu du pallium, or le texte des (juatre évangélistes 
est formel et mentionne lachlamvdede pourju'e •'. Nous pourrions 

1. H. (). Viscoiiti, Musre Pio-dleineiilino, iii-V", Hoinn, 1782, I. i, [)1. .12, 
|). Ifil ; ("Jarac, Miisrc di' !irulj)lurc, iii-fol., l'aiis, \Xl't, \>\. 'A2'\, n. 21'ti\ ., 
])1. 870, n. 22i-3, 22'tt, 22M. Même vtHeiiienl doiiiu'' au Clu'isl eu croix de la 
[toite (le Saillie-Sabine; (îanucei, Storia, l. iv, pi. 4'.*i*, ii. 1 ; et à saint l^anl 
remplissant la charge de pilote sur un sarcophage, cf. Marrucchi, l'un niiuvu 
scena di simholismo acpolrralr ri-isluino, dans Av/uro biill. <li urctieol. crislinnn, 
1877, pi. IV. 

"1. On ne Irouvt! la lo^^e que dans un j)t)i'lrail, .1. Wilporl. op. cil., pi. :2t)(t, 
n. l,et peut-être les sept boulangers de la (•or|)oration en sont-ils revêtus, 
ItPin, pi. V.l.'l, mais l'état de la fresf(uo rend la constatation difticile. 

:<. Kcm, pi. 187, n. :{. 

4. Ilem, pi. 2'Z, '21, n. 2; 2(1, n. 2:30, u. 2. Isaïe, Moïse, leCluisi, un saint. 

l\. Ilem, pi. 18. 

0. Ilem, pi. 22i, n. 2. 

7. Ilem, pi. 2.'{7, n. 2. 

8. Ilem, pi. 12:{, n. 1. 

\K Math., XXVII, 27 scj. ; Marc, xv, 10 sip ; Luc, \xn, 03 s(p ; Joli, xix, 
1' sq. 



I.KS TVI'ES 177 

réunir I)ion d'autres faits ([ui tendent tous k établir 1 arhitrairt' avec 
lequel on donnait aux personnatçes un vêtement pris auliasaixl; par 
exemple, Abraham portant la yyac/îw/.^ ', vêtement de préservation 
contre lèvent et la pluie', dans ce pays d'Orient oii lextrème cha- 
leur et l'extrême sécheresse sont les ccjnditions ordinaires ; mais les 
anachronismes cpie nous avons réunis sont assez caractéristi(|ues et 
assez nombreux pour expliquer que nous nous y arrêtions. 

Ce n'est pas un spectacle nouveau que celui de l'anachronisme 
dans l'art. Des écoles de peinture, illustres entre toutes, en ont t'ait 
un svstème. Les peintres de la Renaissance ne semblent pas avoir 
jamais son<^é à représenter les scènes bibliques dans le cadre his- 
torique où elles se sont déroulées. En peignant le Christ au milieu 
de leurs contemj)orains. les maîtres incontestés du xV et du xvi'' 
siècle ont suivi mie tradition qu'ils avaient trouvée établie et qui, 
de siècle en siècle, pourrait être rattachée à la pratitjue que nous 
venons de constater dans les catacond^es. Ce qui paraît de nos jours 
si audacieux dans les (cuvres de MM. Jean Béraud, Fritz de Uhde, 
Lhermitte, Skredsvig-, et même si choquant, lorsqu ils nous font 
voir le Fils de l'IIonime x en v^eston », parcourant les villages, 
g-uérissantles malades, ou bien catéchisant les petits enfants sur la 
teri'asse des Tuileries, rompant le pain d'Emmaiis dans une ferme 
de nos campagnes et pardonnant à la pécheresse malgré le mécon- 
tentement d'un groupe de notabilités parisiennes qui assistent à la 
scène en prenant leur café, ne répugnait pas aux décorateurs des 
catacombes qui ont été presque aussi loin dans cette v^oie que nos 
peintres contemporains. Isaïe, vêtu du simple pal lia m et les autres 
exemples énumérés plus haut nous montrent, sinon des audaces 
pareilles, du moins une tendance et un tour d'idées analogues. 

On a le droit de se demander le but entrevu par ces peintres c{ui, 
négligeant absolument le détail archéologique, paraissent s'être 
refusés à envisager la Bible et l'Evangile comme une histoire 
évanouie, pour n'y voir qu'une morale en action, un drame qui ne 
s achèvera que le jour où il n'y aura plus d'infirmes à guérir, dallâ- 
mes à nourrir, de misérables à consoler, de pécheurs à sauver. Ce 
but, le voici, c'est de substituer à la vérité de l'histoire la vérité de 
la vie et de prévenir l'erreur où pourrait vous induire la couleur 
locale, à savoir que tout ceci n'est qu une douce histoire du passé, un 

1. J. Wilperl, op. cH., pi. 14G, n. 2. 

2. Lampride, Alex. Sev., xxvii, 4. 

Archéoloçfie chrétienne. II. — 12 



I7S ( Il \i 1 1 i;i: m 

vv\i- A |;im;iis l'ului ; r;ir \ nu i (|U II c^t ,i\ ic \ (Mis |ust|U ii la tunsoin- 
iiiatmii (les -^irilfs '. ( .v (liriiici- iimt. <lil M. de la Si/cra iiiic -, 
MOUS (li'i-oiivic la pieuse si^^mticalioii île I aiiacliridiisine. Mu elTel. si 
le(.lirisl est |»aruii nous, |)iiui(|Uoi le represeuler saii> eesse paiini 
li'S peuplades de la (lalilee depuis lonj^'-lemps disparues? S il est 
ressuscite, s d est \i\aul. pourcpioi I liahiller a la iiiodi' des .luils, 
iniuts il v a deux uiilli' ans et uon coiuiue les Ikuuuu's «pii vivent 
autour lie uous ? Si la (lèue n\'st pas un siin|)le rejias liistoricpie 
lonune le dernu-r diuer des (liroudins, mais un luvstere (pii se 
ri-nouvelle tous les jours, sous louli-s les latilutles, pourcpioi la 
ropivseuU'T obstinément dans le même lieu et ne pas laire li^urer a 
la table dv 1 Ijomme-Dieu nos eontemjxtrains et nos eomj)at rioli's ? 
Si le san|^ <pie 1 an^c de Nicecdo da l'"olii;no recueille dans une 
coupe dOr. en détournant la tiHe, na j)as ele conlisipit' par les 
moines armes du MontsaKal ; si, comme le xcul la lliéolo^nc eatlio- 
liipu-, chacun de nous est acteur dans le drame sacre; si cliatpie 
(lime commis de nos jours est un coup de plus dans la I"'lai;(dla- 
lion, une c'-pine de plus dans le (Couronnement. poiir(|uoi ne pas 
montrer nos contemporains sur le Golji;-otlia, ciuciliant le Cdiiisl ? 
L es[)ril lationaliste protestera sans doute. Poui' lui, le drame sacre- 
est lini, la toile est tombée. Si ses ell'ets se prolon^'ent jus(|u'à 
notre ^•c'nei'ation, c'est ;i la lac^-on des elVelsde tout j^rand eviMiemenl 
historujue dont la rc'>{)ercussion s allaiblil à mesure ([ue les 
temps s éloig'nent. l*our le mvstujue, au contraire, les mvsières de 
la Passion se renouvelleiil tous les jours, comme les bois et les 
prairies reverdissent cha((ue anné'c. l{n sorte ((ue le peintre arcluM)- 
lo^''ue vaut mieux poin- illustrer le récit de 1 liistorien rationaliste. 
Mais pour illusti'cr 1 civan^ile d'un croyant, peut-c'tre faut-il un 
anaclironiste '. 

Nous ne croyons pas (|ue les peintres des calaccunbes et lc!s 
(idèles (jui commandaient leurs ouvrages aicml pense'' d une 
manière très (lilTérentc. Kn admettant (ju'ils aient eu d'autres raisons 
pour se montrci- anachronistes, il resterait à les chercher j)uis(jue, 
aussi bien, le fait est assuré. 

1. (;<)llin;,'\v(Hjd, ,1/7 Icichin;/ of Joftn liushin, in-8», Loiuloii, 1891. 

2. L'anmhronisrnc dariK l'art, dniisli» lievtie des Drii.r Moudra, ISltf, l. ci.xxxr, 
p. 3:iO. 

3. Camille Lenioiiiiicr, Lrs ficinlres do lu vi<\ P.uis, IH8H ; ^ LarlisU^ vrai- 
ment moderne, le |,M'aiul peintre d'hisloire est celui (|ui osera crucifiorle Christ 
sur nos places publicjues, au milieu des f^'eiidaimcs, des soldats de la li^ne el 
d'un |)euplc en redingote. >- 



Lr:s TYPES 17(1 

Ne l".iut-il [)as aller plus loin et se demander si la laison toute 
simple du parti-])ris que nos fresques nous ont révélé ne se trouve 
pas dans une incurable iiJi-norance ethno<rraphi(jue chez les décora- 
teurs ? 

Etaient-ils si naïfs qu'ils crussent que tous les temps et tous 
les pays se ressemblaient et qu'un Galiléen ne différait pas d un(! 
manière appréciable d'un Scythe, d'un Grec ou d'un Romain? Assu- 
rément non. A lire certains auteurs on se figure que ces vieux 
maîtres vivaient dans une contemplation ininterrompue, ignorants 
volontaires à l'égard de toute science profane, de toute information 
technique. Ceci n'est pas exact. Ces peintres quOn nous représente 
si recueillis, si absorbés dans leur pensée théologique, savent poser 
les Amours comme Boucher', dessiner un sacrifice païen- comme 
M. Alma-Tadéma ; un paysage ■ comme Th. Rousseau; des orne- 
ments ou des natures mortes ' comme Chardin : des fantaisies ' 
comme ^^'ateau ; des scènes de la vie réelle'' comme Terburg. 
Teniers et les « petits Hollandais ». ^ oilà pour le recueillement. 

^ oici pour leur naïveté. Que le peintre de la (Cappella Çfrcca ait 
pensé que l'évêque présidant au repas des fidèles dût être assis. 
d'accord: mais assis sur la table'?... (Jue le j)eintre de Xoé ait 
pensé que le patriarche fut enfermé dans l'arche, d'accord; mais 
qu'il ait imaginé l'arche comme un coffre découvert permettant tout 
ou plus de s'y accroupir seul '*?... Ainsi du reste ; et j)ourra-t-on 
croire un seul instant que tout ce (jue nous voyons tellement simpli- 
fié ne l'ait pas été à dessein ? Choses et gens ont été ramenés à leur 
tixpression générale, on s'est contenté de leur demander une su(j- 
r/eslion de la scène et non la scène elle-même telle qu on pourrait la 
déduire d'une minutieuse érudition. 

Faudra-t-il chercher ailleurs la raison de cette conduite? Dans le 
goût du pittoresque ? ou plus simplement dans le goût ? Nous n'en 
avons aucune preuve certaine et aucun indice j)rol)al)le. Et cepen- 
dant nous ne serions pas éloigné de penser (pie ces décorateurs 



1. .1. Wilpci'l, Le pittiire, \)\. 2, '^, t. '.'>. 

2. Item, pi. 6, n. I ; 32, rr2. li.'i, ll'.l. n. 3 : 218, 24:5, ii. 1. 

3. Ilem. pi. 0, n. 2; :}0, n. 2; 31, n. 1. 

4. Ilem, j)l. 9, 12. 2S, :iO, :;0, S9. n. 2 : 2;'.l. 
.">. Item, \)\. 32-34. 

<■.. Item, pi. 133, n. 2: I i-3, ii. 2; 1:17, 173, iSO, 194, 19:;, 202. 

7. Item, pi. i:"), 11. 1 . 

H. Item, j)l. IC). 



ISO I II \i'i I l'.i m 

jiulms (les Iraditidus tralflici- ont iti- ailiiiiiMlrurs jissc/. cmIiisIIs de 
lait i-lassi([Ut> pour V raiiit'iici- totil n' ([ui s rii l'raitait. Mai«^ icii 
u fst (|u uiu- ctiii)iTlii!c cl niiUN 11 insistons pas. l'onlffois. s'il en 
rsl ainsi, o\'sl-;»-(lii<- m les artistes drs calaconiln's avaient scicrn- 
inenl repousse le (.•oslunic lourd tl dist;iarit'n\ des .Juils, coslunit' 
(jui li'ur l'iait hii'ii eoiiiiu ^Màrc ii la juiveric du rranslcN ère '. poiii" 
satisfaire \v\iv lève de lu-autc en attribuant aux j)t'rs()nnai,''t's 
l)il)li(jut's la drapcrif llottaiilc. ils auiait-nt . dans ce cas. cédi' à un 
courant d idées dont il nous importait de rtdevfr la trace pour 
C(»inpleter ces reniarcpu's sur 1 eslliétujue des premières i^-t'iu' rat ions 
cliivf iennes. 

La draperie Ilot ta nie. plus (piauciin autre \ élément. rt'-\ èle le corps 
liuniain. (leci nous ramène à la ([ueslion pit-cèdeiite. puis(pie. 
i-onime [larle Diderot, " 1 liahil de nature. cCst la j)eau ; plus on 
s'(doii;^ne de c<' vêlement. \)\us on pèche contre le L;-oi"it. riien, 
mieux (pu' la draperie, ne laisse soupçonner les l'ormes (pi tdie 
rt'couvre. creusant mille plis révélateurs et d'autant plus naturtds 
(puî son tissu plus souple se prête à exprimer les plus lé:,'-ères sail- 
lies, les moindres chanirements d'attitude, à Faire sentir le nu. 



VII. Le second art chrétien. 

Partout, nous l'avons dit. ap[)uraissent les scènes hiMicjues, par- 
tout aussi le souci de la composition semble absent. .V la (InjipeUn 
Y/vT.j où l(^s suji'ts sont traités d'une façon moins rudimenlaire. la 
composition proj)renient dite nexistt' pas. mais simplement le 
décor. Pojr la scène de Su/anne sur[)rise au bain on ajoutt' un 

1. K. lieiKm.S.(//// Puni, in-H". l\-iris, IStil). p. |02 sq. Il esl |)i)ssil)le (pic le 
mépris i|ii"()n pio(liL;n:ul h celte juivoiie sordide <lii l 'r.instevèfc ;iil coiilrihiK' :i 
inspirer \in seidiineiit de répii^-'iiMiice ahoutissnril .i rex<diisi()ii du lype. lu 
Hoiiiaiii ipii se ropeel.iil ne iiieH;nl j;uii;iis le pied daii-^ co ipiiuliers Mhjects. 
(]'t''l;iil comme une Imnlieiie s.icrili(''e ;i des cl;isses nu''|)iis(''es et :i des hesou^nes 
inl'eeles: les hnineries. les l)()y,uid<M'ies. les |ioiHi'issoiis v éliiienl rel('';,niés. 
.Xjoidez ."i ces dilL-rerdes causes d "exclusion llioslililé ipii. de 1res honne lu-ure, 
prol);d)lemenl dès t'iC, lors des bruits (pii impulèreul :i hi juis e l'()pp(>e et ;'i son 
«•nlour.'if^e le massarre des jai-dins de Néron. Ilioslilili'-. disons-nous, (pii, dès 
lois, (lut délourner le> lid(''ies de reproduire dans les ealacondies le lype de 
ces ennemis dont la haine iéél;til plus un seerel. VA. (ilémenl Homain. .\<l 
Coriitllt., v.'i: A'.à rr/.ov /.a'. vOovov '/: ■i.i-y.-j-'i: /.x. h:/.%:'>-.ï-.-,: -,-ji.u: )?i\<-vi')r^-ZTi /.x: 



LE SLCDMJ Ai;i CIIRKTIO 



81 



pavillon, jiour la scène de Daniel on ajoute un palais i]'^. 219 , mais 
la mise en scène est absente. Manifestement le but (ju On se pro- 
pose est (le tracer une ima^e (pii incubpie iu>e idée. iaj)pel]e un 
de\oir. trathiise une espérance. 




211'. — Daniel cl les lions, trapiès \\"ilj)ei't, Fructio punis. j>l. ix. 



Jamais peut-être dans aucune peinture chez les peuples civilisés 
1 action n"a été simplitiée à ce point; jamais on n a fait plus complè- 
tement abstraction de tout élément dramatique. Toutefois, cette 
simplicité, cette nudité qui règle lordonnance de chacpie scène isolée 
aboutit, par le groupement et la liaison de tous ces motifs, à un 
ensemble pittoresque. La fertilité tl invention, la grâce et la liberté 
des meilleures décorations antiques reparaissent sui- quekpies pla- 



IS2 ( Il \ciiiii; III 

loij.ls {•[ (|iul(|ucs muiMillfs iii;illifur<uscm(nl ti()|) rares. ('.i'|>fiul.int 
il faut aHciidrc la |)ai\ ilc IM^^lisc cl les idutlit ions <1 iiistallalioii 
l'uliriTincul nouvelles (j Ml en rt'su lient pour assister;! la ma ni lest a lion 
(l un ail se inoiilianl sans t-nlraN i'>. en liberté. 11 v eut alors non 
seulement eetti' ditleienee consideraMe de peindre, après des murs de 
caN l's. des murs de hasditpu's. mais ei' lie eireonslanei' la pi la K' de don- 
ner il ees l)asilii|ues une décoration en rapport avec leur slructuii' et 
leur destination. VA on n exai^ere pas en disant (jue cette circon- 
stance était cnjtl/.ilc puis(jue, ;i son occasion, le s\ nil>olisme lit 
place ;i 1 liistoirc. le typi' liiératicjue ii la lif^uri' vivante. 

Sans la j)aix de Ij-lulise et les consc(juenccs ((u\'lle l'ul pour la 
peinturi', celle-ci aurait eu la destinée du bas-reliel" (jui. faute de st^ 
renouvelei'. sen^^ourdit l't se iijj^e pour devenir tel que nous le 
vovons sur les sarcoplia;^''es. L avènement de la peinture d histoire 
amène la disparition de beaucoup de tvpes symboli({ues, parmi les- 
(juels : Adam et Mve. 1 arche de Xoé. le sacrilice d'Abraiiam, David 
armé île la fronde, l'ascension d l^lie, Suzanne, Daniel, les trois 
Hébreux. Jonas, Job. Tobie, le lion Pasteur, Or[)liée, Ulysse et les 
sirènes. Psyché' et lù'os, les amours à la vendanj^e, les orantes. Ils 
avaient fait bon service; le terrain de lartse trouva déblayé d'autant. 

Il ne servirait à rien de le dissimuler; en l'année )il.'{, l'art chré- 
tien n'existait plus. On comptait des ateliers mais pas d'école, 
parce (ju'un [)atron sulïit parcluujue atelier, tandisfju'il faut un maître 
à la tète d'une école et, faute de ce maître, on barbouille encore, mais 
on ne peint plus, surtout on ne dessine [)lus. Assurément le m(»ment 
était criti(jue. (Juand on a suivi le j.M-og'rès de la décadence qui, par 
degrés, lentement et sûrement, fait trembler le trait et ternir la 
couleur, C[uand,à rextrémitéde cette pente glissante, on voit s'ouvrir 
le <;()ull're de la dernière persécution, on se dit (jue tout est perdu. 

Il s'en faudra de bien peu. Nulle existence politi((ue assurée, les 
hommes et li's biens livrés à l'arbitraire, plus d'orjj^anisation, j)Ius 
d'édillces, <les cryptes violées, ensablées, des traditions interrom- 
pues, une société a[)pauvrie, décimée, dispersée. La paix, ({uandon 
l'obtient, n'étant jamais (pu' la tolérance, n'apportera pas de cette 
conliance et de cet entrain nécessaires pour entreprendre l'teuvro 
énorme de reconstruction, de décoration des églises dévastées'. 

1. Eusèl>e, Dr ril.t do/ts/.tulini, 1. II, c. xi.vi, P. d., l. x\, col. I021 h(|. N'oir 
les ternies de lit lettre ciicul.iin- do (ionstaiilin ;iu\ évè(|iies : ■■ l);uis toutes les 
Eglises (juo tu f,'oiivenies, dans toutes celles dont lu connais les évè<[ues, les 
prêtres, les diacres, avertis-les tous (|u"ils apportent tous leurs soins à la con- 



i.i: SKCOM) AiM' cnmViiKN 1S.'{ 

L'avenir de l'art tUMondait, semblait-il. de la vaillance avec 
laquelle on reconstituerait le j)assé disparu : en réalité, dans l'état 
auquel le christianisme était réduit, une période nouvelle d accalmie 
eût été un remède sans vertu. Pour l'art, comme pour la socitH*' 
chrétienne elle-même, la situation précaire ([ui durait de[)uis trois 
siècles ne pouvait se prolong'er indéfiniment, il était j^rand temps 
qu'elle prît lin. Ainsi tout dépendait d'un accident politique ou 
militaire. 

Pour que la société politique chrétienne nacpu't et que l'art chré- 
tien pût renaître avec elle, il fallait qu'une révolution se fit. ([u eUe 
fût complète, heureuse et délinitive. Il fallait en outre que cette 
révolution se fît au profit d'un peuple qui méritât tout ce ([u'il 
pouvaitobtenir; d'un peuple énerg-ique, convaincu. lal)orieux. patient, 
héroïque et sage, sans turbulence inutile, en tous points di^-ne de 
prendre la direction et le g'ouvernement de l humanité. Cette 
révolution s'opéra en 313. Si 1 on veut se convaincre à quel point 
elle était utile, il sutFit dénumérer les forces qu'elle a disciplinées, 
groupées, fécondées, les œuvres qu'elle arenduespossibles.ee qu'elle 
a remplacé, ce qu'elle a été, ce qu'elle promettait d'être. 

Le résultat, si promptement et si formellement issu de 1 incident 
politique, ne paraît pas, en ce qui concerne 1 art. avoir été pleine- 
ment apprécié, ni même compris. 

A l'instant des germes se mettent à éclore. Ils lèvent partout et 
à la fois. A Home, k Byzance. à Antioche. à Jérusalem, à Alexan- 
drie et un peu au hasard entre ces grandes villes, comme la semence 
échappée d'une main trop pleine. La sève monte de toutes parts, mais 
sera-t-elle contrainte de suivre les canaux rigides d'un art épuisé 
ou bien des formes nouvelles lui sont-elles préparées? La ([ues- 
tion se posait et on pouvait, non sans raison, se demander ce que 
les peintres allaient peindre. La révolution consacrée par l'avène- 
ment de Constantin venait de rompre avec tout ce qui avait ali- 
menté l'art de la période précédente. Des besoins nouveaux, des 
habitudes dilTérentes, des exigences imprévues, des croyances hau- 
tement proclamées au lieu d'être colportées mystérieusement, impo- 

struction des ég-lises ; qu'on répare colles qui stih&isteiit ou fju'on les aoraii- 
disse; là où ce sera utile qu'on en élève de nouvelles. Pour le nécessaire 
adressez-vous aux gouverneurs des provinces cl au préfet du [)réloire. •> Cf. 
Eusèbe, Ilist. eccL, 1. X, c. ii-v; Df> lamUI). Co/js/., c. ix: /A' vila CoiiaI.. 1. 111, 
c. xxv-XLiv, XLvni, L, Li, L:i. i.v, i.ix ; 1. I\'. c. XXXIX, XI. [(I, i.viii-i.x: Socrate, 
Hist. eccL, 1. I, c. xvn, xviii; Sozoïnène. Ilist. ecd., 1. II, c. ii, m. iv, xxvi. 



iNi tiiAriiiu: m 

sait'iil soudain ii 1 ima;4;iii;(t uni cl au talent «les pciutifs le (K-voir 
<K' lOMN lird imnu'uscs suiiact-s. dalxudi'i' des icjut-Sfutatious Icnui'S 
|Us([ut-la poui' iiupiaticaltlis ou ino|)j)ortuMfS, d alIVoutrr les 
rnst'inltlt's. de s \ uionl icr tout ii la lois liahdrs t't ori;,MUau\. 

Ml voici (|Ur tout d uu ( i)Uj) li's atflirrs s »'11'actiit et les ci-oK-s se 
révM«Mit. Tout est chauLT»' dans la niauièic de couccn oir. de voir cl 
de loudrc : lidt'al. la |)ocli(|Uc, le slyli' et la méthode. ( )u 
n il,'' no le |)as le |»asse. ses \ieu\ et uaifs svnd)oles, mais on les 
re|)ense et on les recrée. .Ius([ii ii ce moment uii art avait cMsté ([ui. 
pris dans son cnsemltle. exprimait des idt'cs de résignation, de 
fol en la miséricorde et en 1 assistance divine, d espoir de la résur- 
rection, la douicur. la sérénité rc'^naient partout cl inspiraient celte 
peinture \ (tlontairemenl al)straile, impriH-ise et, j)our ainsi dire, 
liumilii'c ' . 

La candeur enl'anliiu' i-l joyeuse, li's conce|)lions didacticpies 
décomposées en K'urs idées élé'nu'nlaires. les idi'-es morales e\|tri- 
mées en jiaraholes n étaient (pie les asjx'cts divers d une préoccu j)a lion 
uni(jue. la préoccuj)ati()n de la personne liumaine ;i hupielle tout se 
raj)i)orte et <K' laijuelle tout dépend. 

Pour exprimer d un mol le caractéi'e ess(Miliel de la révolution 
artistiipu' de ."{l."}. nous dirons (jue jusqu alors la j)einturo élai* en 
fnncfidit de lindividu ; (lej)uis lors, elle devient en fnnrtioii de la 
société. 

Dans le cliapitre de ee livre consacré aux catacombes nous .-ivons 
dit lemjjressement avec leciuel on abandonna ces souterrains ii par- 
tir du jour oii on vit la possibilité de se l'aire inhunu'r dans les 
cimetières à ciel ouvert. Pendant (piebjues années, sous le jionliii- 
c.it de Daniase, on sen<^oiia(K' nouveau des sépultures souti'iraines. 
mais cetU' voi^-ue dura peu. Xous devons donc nous attendre ;i ne 
pas rencontrer dans les cubicules des ouvi-ati^es en li^rand nombre it 
partir de la Paix de Ib'^'lise. Les conditions déieclueuses d une 
installation étroite et obscure ne se prêtaient d'ailleurs (|ue mt'dio- 
crenient à la peinture telle (jue la jeune école la prati(piait. (]elle-ci 
préférait les basili(jues et les édifices nouveaux aux cryptes 
obscures, mais c'est par le travail exécuté dans ces cryptes (pie 
nous pouvons seulement connaître des productions de l'école |)uis(pie 
toutes les constructions cliréliennes de l'épocjue constanlinienne ont 

I. B. .Viil)é, /..-( flirolor/io cl h' f<i/ niLolisiiiP (I.iiis /»'.< <;if;ic(>ml)i's dp Unuic. dans 
la lierue (les Ih'n.r Mondos. [XXW. t. i.viii, p. :{(i2-:{'.t:;. 



i.K si;(;(>M) Mil' ciiHKiiKN IS.") 

disparu. Or, malgré rexiguïté (4 1 incommodité dus calacoinlx's, nous 
voyons, dés le premier quart du iV siècle, apparaître la conci'plion 
nouvelle de l'art chrétien. Ce qui le caractérise, c'est un sens inconnu 
iusque-lii, le sens de la majesté. Happelons-nous le doux et modeste 
pasteur paissant ses brebis qui est le leit niotiv de prescjue toute 
fresque catacombale. Soudain, son rôle change, on l'assied sur un 
trône parmi les apôtres ou les saints'. (]e n'est pas slnq)lement 
une réminiscence ou une adaptation de l'adoration des mages, c'est 
un sujet nouveau dont nous rencontrons un des prototypes au cime- 
tière de Domitille, dans le Christ assis, vu de face, accuedlant trois 
saintes et trois saints qui s'approchent de lui-. A partir de cette 
peinture les scènes analogues se multiplient '^; mais c'est assez de 
les avoir rencontrées à celte place, nous les étudierons là où elles 
ont atteint leur plein épanouissement, sur les mosaïques, à l'ab- 
side et sur les parois des basili(jues. 

A dire vrai, à partir de la Paix de l'I^glise, l'histoire de la })ein- 
ture chrétienne est terminée. Non certes que nous voulions dire 
par là (pielle cessa de produire ; mais les ouvrages qui subsistent 
dans les catacombes ne représentent plusque d'une façon très insulli- 
sante l'elfort artistique qui, désormais, se jioursuitaugrandjour. Cet 
effort, dontles mosaïquesnouspermettentdejugerd'une manière assez 
complète, nous serait entièrement inconnu si nous comptions sur les 
fresques et les peintures, toutes disparues. C est donc maintenant vers 
la mosaïque que doit se diriger notre attention*. Mais auparavant 
nous devons ajouter quelques mots sur les peintures du iV siècle et 
des siècles suivants qui nous sont connues par les documents et les 
découvertes monumentales. 

1. l^oux essais du ii" et du in'= siècle n'avaient })as été appréciés ou compris, 
un Clirist juj^-e au cimetière délia Nnnzinlclla, Wilpert, pi. T'I, et un Clirisl 
cnsei^nanl six apôtres assis à ses côtés, au cimetière de I^ierre-et-Marcellin, 
Wilpert, pi. 1)6, sont demeurés sans influence. 

2. Wilpert, pi. 125. 

3. Wilpert, pi. 126, 148, n. 2; i:;2, 15:i, n. 2 ; 170, 177, 193, 262. 

4. Hors de Rome, il n'est pas inijjossible de citer (juelques peintures 
recomniandahles, par exemple, une chapelle d'el-Bagaouàt, autre que celle 
que nous avons mentionnée, et les peintures de Deir-ahou-IIennys à Antinoë. 
Voir Dicfinnn. (Varch. chrét., t. i, col. 234.'j sq. Mais ces peintures et quelques 
autres (jue nous pourrions énumérer ne représentent pas, selon nous, un état 
ou une époque de Fart, ce sont des décorations utiles pour nous apprendre le 
goût po|)ulaire comme peut l'être la maison des Saints-Jean-el-Paul au Ccelius, 
ou bien ledegré d'évolution d'un tvpe comme dans les peintures de Baouit,en 
Egypte, et d'Albano, Diclionn. d'arch. chrét., t. i, fig. 264. 



ISC» I 11 \|'| 1 i;l. III 

Di's la lin (lu w' sicilf et \v coininfiucin 'iil du v" sifcK\ uni' 
Irllri' (11' "^aint Xil nous appii-nd ([urllrs (■lait'ul li's pi'inluri's doul 
on oi'uait alors li's ryfliscs dOiii'nl. In t'|)ar([ut'. Ol \ nipiodorc. \ ou- 
lait (di'viTuni' l'iflisc et faire (Iihoiit rinli-rii'Ur d animaux, de stcut's 
de chasse et de pèehe. Saint Xil hlàine son j)i()jel et propose 
d autres inolils : ■• |)ans le //./os de eha(pu' eot»'. dit-il. on eouvrira 
les murs de seèiies de 1 Aneien et du Nouveau l'estanu-nt. peintes 
par un hon ai'tiste ; ainsi, eeux (pii ne connaissent pas les lettres et 
ne peuvent lire les Saintes lùritui'es a])prendront par ces peintvues 
les belles actions de ceux (pii ont servi Dieu lidèlemeiit ; ils seront 
excités il imiter cette noble conduite (pii leur lit préfi'-rer le ciel it la 
toi re. les clioses invisibles aux visibles'. >> (dioricius. de (ia/,a. nous 
décrit les j)eintures (pii décoraient une des éj^'^lises de cette ville, au 
vr' siècle. Il nous apprend ([ue tous les sujets sont empruntés au 
Nouveau Testament. Le cvcle des peintures connnence à 1 Annoncia- 
tion : ranL,^e. descendant du ciel, s'approche de la \'ieri;'e, occupée à 
liler; il lui parle et il semble (juOn entende ses paroles; la \'ieri,^eest 
surprise et la pourprecjuelle tisse séchappeprescjue de ses mains. La 
\'isitation vient ensuite et 1 on voit l'Elisabeth se précipiter vers la 
\ lerp^e dont elle voudiviit embrasser les j^^enoux tandis (jue la N'ieri^e 
l'en empêche. Plus loin est leprésentée la Nativité: l'àne et lelxeuf 
sont auprès de la crèche oii repose le nouveau-né ; la \'ier<^e est 
couchée, à demi accoudée sur le bras droit. Piùs une voix céleste 
avertit les berg'ers, les distrait de leurs troupeaux ; ils les laissent 
dans le pàtura^-e, auprès dune source, à la <;;-arde du chien, et se 
dressent à l'appel. Les uns portent leurs houlettes, d'autres s'en 
servent pour s'appuyer. L'ange leur apparaît, il leur indique où se 
trouve l'enfant: les troupeaux, qui ne se doutent point de l'appa- 
rition, paissent ou s'abreuvent, mais le chien, plus intelligent, 
semble comprendre que (juehpie chose d'extraordinaire se passe. La 
peinture suivante représente le vieillard Siméon saluant l'enfant 
divin porté sur les bras de .sa mère. Les scènes cjui viennent après 
représentent les princi[)aux miracles du Sauveur : les noces de (]ana 
où le Christ, accompagné de sa mère, change l'eau en vin : un des 
serviteurs verse dans les amphores l'eau contenue dans un vase; un 
autre, après avoir rempli la coupe, la fait circuler autour de la 
table. La ligure satisfaite de celui qui boit ne permet pas de douter 
que le vin soit ex(juis. Puis c'est la belle-mère de saint Pierre guérie 

I. S. Nil, Fj>ist.. 1. IV. episl. i.\i, /'. A., t. i.xxix. col. :;7'.t. 



1.I-: si:(:(»M» aim (Iiukiikn IST 

par Jésus à la doniaiule de 1 apôtre; le paralvti(jue et le ser\ilt'ur(lu 
centurion y-uéris é";-alenient. Plus loin les funérailles du tds de l;i 
veuve, des femmes suivent en yémissant ; mais la douleiu" se ch;ini;r 
en joie à la suite de la résurrection du jeune homme.. Le repentir de 
la femme adultère, la tempête apaisée, le Christ marchant sur les 
flots, la guérison du possédé et de Ihémorroïsse. la résurrection de 
Lazare complètent cette deuxième série. 

Enfin viennent les épisotles empruntés aux derniers jours de la vie 
de Jésus : la Cène, la trahison de Judas, le jugement du Christ. 
Pilate se lavant les mains, la Crucifixion, les soldats j^ardant le 
tombeau. l'Ascension'. 

Ces épisodes recevront avec le temps quelques additions, et saint 
Jean Damascène ne doute pas que ,1e cycle remonte au début du 
iv*" siècle. Il fait remonter jusqu'à Constantin l'usag-e de [)eindre 
dans les églises (( la naissance à Bethléhem, la scène des berg-ers, 
l'adoration des mages, l'étoile qui les guidait, le juste Siméon 
recevant le Christ, le baptême de Jean, les miracles du Christ, sa 
passion volontaire, sa merveilleuse et salutaire résurrection, sa divine 
ascension, les événements qui suivirent et les prodiges acconiplis 
par les apôtres » '. 

Parmi les motifs qui furent pour la première fois représentés dans 
les monuments postérieurs à l'ère des persécutions, nous citerons la 
Visitation, la Présentation au Temple, les dillerents épisodes de 
l'histoire de saint Jean-Baptiste, la Pèche miraculeuse, le Denier de 
la veuve, les diverses scènes de la Passion, le Crucifiement, dont les 
premiers exemples connus se trouvent dans le manuscrit syriaque 
de Rabulas, de Tannée 086, et sur les fioles de Monza, envoyées 
par saint Grégoire le Grand à Théodelinde\ la Transfiguration. 
les symboles des quatre évangélistes sur la mosaïque de Sainte- 
Praxède, l'église « des gentils » et l'église « de la circoncision » 
à Sainte-Sabine, les cités mystiques de Bethléhem et de Jérusalem, 
l'agneau couché entre les sept lampes, les vingt-quatre vieillards 
de l'Apocalypse, bien d'autres encore, ainsi qu'on le verra lorsque 
nous décrirons le cycle de Sainte-Marie-Majeure, antérieur à 
l'année 440. 

1. Choricii Gazaei orafiunes, (Icclama/ionea, fi-H<jinen(a^ édit. lîoissoniKuU', 
p. 91-98. 

2. S.Jean Damascène, Epist. ail T/ioophiluin impL'ratoreiii, c. m, P. G., t. xcv, 
col. 349. 

3. Xoiv Dictionn. d'arcli. chri'l., [. fit;-. i"'>7-iGI. 



ISS iiiM'iiHi: III 

A |).\itir (K' ci'tti' t'|)(»,|uc 11'-; i^i;iii(ls rvclt'^ liislnri([iU's si' imilti- 
pluiit. In su'cK' apri-slc c\ tic de Sixtt- 1 1 1 . ;i Saiiitr-M;irif-M;i|t'Uit', 
nous ii'iu'oiitroiis c't'lui (le S.tiiit-A |)()lliii;iir('-///-/j;/oro, ;i H.ivt'iuu', 
sous riu'oiloiic. iliiiis K'cjui'l sont rt'|)rcsi'iilt''.s les sujets suivants : 
1. (iuérison ilu |);n mIn ti(|u»' ; il. (inérison du possédé; III. (iui-iison 
d un autre |)aral\ li(|ue ; 1\ . .Ii'-sus-i "diiist st'paranl les houes des 
hivhis; \. Le l)eiiit'rde la veuvi-; \ I. Le pharisien et le |)uhlieain 
à lentiée du Temple: \ 11. La resurreetion de La/are; \'1I1. La 
Samaritaine; 1\. La iemme adultère; X. (îuerison des deux 
avi'ULrh's ; XL La pèehe miraeuh'use; .\1L La multij)lication des 
pains; \1II. Même sujet ; \1\ . La(!tiie; X\ . Le .jardin des Oli- 
viers; X\ I. Le hîiiser de .ludas; X\ IL L'arrestation de .h'sus ; 
X\ 111. .lesus devant le ^rand-prélre ; XIX. Jésus prédisant le renie- 
ment de saint Pierre; XX. Henienient de saint l*ierre ; XXL Judas 
iaj)portant les tiento deniers ; XXIL Jésus devant l'ilate; XXllI. 
Dépait j)Our le (iolg"otlKi ; X.XI\ . Les saintt's l'emmes au lond)eau; 
XX\ . Les diseiples d'Emmaiis; X.X\ L Jésus se montrant aux 
apôtres. Ce evele de Kavenne est d autant plus important (pie son 
exéeution ti'-nioi^'-ne dos j)lus t,^randes cpialités. Les seénes de la vie 
du (.hrist (pii forment la partie supérii'ure de la iléeoralion de 
Saint-. \pollinaire-//i-/jf/oro ainsi (pie la \ ierj^e et le (Ihrist de la 
iani,^ée intérieure, appartiennent, sans contestation possil>le depuis 
la démonstration de ^L lihan, à répo(pie de Théodoric. (les scènes 
demeurent le modèle le plus achevé du stvle narratif dans la pein- 
ture chrétienne des j)remiers siècles, lîlen ne se peut imaginer de 
plus j)aifait au point de vue de lintellinence du sujet et de la net- 
teté du g-roupement. CluKjue scène ne com[)rend (pie trois ou (juatre 
personnages; aussi les tahleaux s harmonisent-ils de la manièrt^ 
la plus parfaite avecLarchitecture, Lunitéd'actionest l'igoureusement 
observée. Les attitudes et h?s costumes achèvent la j)erfecti(Mi dec es 
pages magistrales. 

Les tahleaux dits « de sainteté » ne sont pas négligés. 

Choricius de (raza est l'auteur dune description importante 
dont le sujet entièrement mythologique n'appartient pas à nos 
études', mais Marcus Eugenicus nous a laissé une descri])ti()n du 
« Martyre de saint Démétrios » ; la voici- : 

l. Ed. lU-rliiind. l^ii rrltif/up d'url dniix l'nntit/iiilt'. Philosirale et son rcolc, 
arec un ap/tenilicc rciifiTiiinttt lu Irudiiction d'un r/mi.r >le lahleuux de Phdoa- 
Irale l'ancien, l'Iiilostr.ilf /<■ Jrune, (Jioricius de (î:iz;t et M;ucus Ku;/enicus, 
in-8», Paris. IXS2, p. .y:,-2-:U)\. 

■2. Id.. p. :u')2-:{(>:{. 



Li; si;(.(iM) AHT (Iihkiii.n 18!) 

(( L'héroïsme de la piété se manifeste eu traits éclatants dans et' 
tableau : Démétrios, le martyr du (Christ, y est représenté. 11 vifiil 
sans doute de sortir de sa prison. Assis devant cette prison, sur 
des deg'rés de pierre comme vous le voyez, il accueille, plein de joit; 
et de courag'e, ses bourreaux qui surviennent. Il brûle de subir la 
mort pour le Christ et aspire à partag^er son supplice. Comme la 
croixlui est refusée, il saisit ce qui lui est olFertet s'enivre des délices 
du martj're. La main g-auche appuyée avec fermeté sur la pierre où 
il est assis, la droite levée, il présente son flanc aux piques, heureux, 
vous n'en doutez pas, du nombre de ses bourreaux, et triomphant. 
C est avec un visa<i^e brillant de sérénité et un regard oii rayonne 
la grâce qu'il attend les meurtriers; il invite pres([ue leurs lances à 
pénétrer tout entières dans son corps. Vous diriez qu'il reçoit ceux 
qui vont le couronner. Mais la beauté de son noble visage n'impose 
pas aux bourreaux. Furieux, dans des attitudes farouches, ils 
élèvent leurs bras impatients, et percent les lianes et la poitrine de 
la victime, partout où le hasard fait tomber leurs coups. Il y en a 
un parmi eux qu'émeut la grâce héroïque de l'athlète : le respect 
entre dans son cceur et suspend sa lance qu'il n(^ veut pas plonger 
dans le flanc du bienheureux. Derrière, se tient le serviteur du mar- 
tyr. Lupus ; saisi d'effroi, il recule devant ce spectacle et semble 
vouloir fuir : mais la pitié triomphe : le dévouement pour son maître 
relèveson courage, et ladouleurdeson àmeluidonnepart àl épreuve. 
Ce double sentiment de douleur mêlée d'effroi est exprimé par 
son geste et son attitude. D'une main, il relève les bords de son 
vêtement comme pour se dérober tout entier et se soustraire au 
péril ; il étend 1 autre, qu'il oppose dans sa frayeur à laUVeux spec- 
tacle. Mais l'expression dominante de son visage, c'est la douleur. 
Il semble prêt à verser des larmes. Cependant, Démétrios n'atten- 
dra pas la récompense de ses travaux ; déjà sur sa tête est suspen- 
due une couronne ([ue tient la main d'un ange descendu des 
cieux. » 

Au v" siècle, sous le règne d'Anastase l**"", Christodore, poète grec 
né dans la Thébaïde, consacra une description de quatre cent seize 
vers aux statues qui ornaient le Zeuxippe de Constantinople. Paul le 
Silentiaire a laissé une description célèbre de Sainte-Sophie, quoique 
d'un goût détestable. L'emphase et la déclamation font de celte descrip- 
tion un dithyrambe : aux pompeuses énumérations, aux métaphores 
outrées se mêlent des invocations, des apostrophes. Il semble que 
le luxe déployé dans la décoration des églises ait achevé de gâter 



l'.K» 



llAl-lll:r III 



Iim iLT'ii <t""i tl 'j)Uis li»ii4lt'in;)s t ht. impur i);ir K'-^ r.iHiiU'int'iit s di; 
1 faillit so|)liisti(|Ut'. I)cv.iii! If s]»('i.t;ul(' (If Imis ces m;iil»rfs ffhi- 
taiit^. (If cet or, de ccl ;ii'.4ciit ([iii. Sfincs piiiiout ;i\('c iJiodij^Mlitt' . 
rc s|)lf iidissf lit ;iu\ parois cl aux (.(lupolcs de 1 t'dilicf . limprc ssion 
l'sllif li([Uf a disparu: il ne icslc plus ipic I fhlouissfiiifiil du rc^^'-ard 
et le VfiliLTf «If ICspril. Paul If Silf uliaiif a subi (.('lie laclifusc 
iiitlufMcc : i\r là. une ic chciclic constante des cire Is brillants ; et 
cependant. inalLrr('' ce ^oùt nouveau (pii est eelui du harhare. le Cirec 
se retrouve ini instant en présence du (llirist ([ui (UUe le voile de la 
table sainte, il admire axce un sentiment vraiment anlifjue. la 
draperie (dé^ammenl jetée sur les ('-paules de ee (".lirist et retond»ant 
en plis maf,^nili(|iies. Le sens estluM i(jue s'est eorrompu. mais le seii- 
limt'iit du beau arlisti([ue est resti' pur'. 

Kn "iiil. Antioehe l'ut j)rise j»ar Cliosroes. Les habitants d Aj)a- 
inee supj)lierent alors leur e\("'(pie d exposer publi(|uement le bois 
de la eroix. ii certains jours indi(jués d avance, alin <pie les po])ula- 
tions des envii-ons pussent accourir ;i cette céivmonie. Il y eut de 
j^M'andes processions où r(''vè(pie portait la reli(jue sacrei> : on racon- 
tait (pi il ('tait entouri' d une jurande tlamnie (pii brillait sans brûler, 
pour conserver le souvenir de ce miracle, on le lit peindre au l'uid 
de 1 (.''ii;'lise -. 

Il faut reconnaître (|ue j)arini les nu)saï([ues, les bas-reliefs et l«>s 
Irc's rares peintures ([ui sont parvenues ius([u ;t nous, les sujets 
reprt'sentc's sont parfois passablement énig'mati((ues et on s"expli(|ue 
aisi'inent un usaj^e dont nous retrouvons la tiace en ()ccident comme 
en Orient. \.' Antliobxjie renferme une s(M"ie d épi<iframmes chrt'- 
ti(;niies, toutes fort courtes, sur les principaux événements de lAn- 
cien et du Nouveau Testament'. La pluj)art de ces épi'jiTamines 
ont pour auteur .\<,^atliius \v. scolasti([ue, <pii \écut dans la première 
moitié du vT' siècle. l<]lles s"appli([uent à des peintures ', car le titre 
de lune d'elles l'indicjue : {•.: -yi x'j-Vi Xxly^pzj èv E-^i^u) pour 
une peinture (jui représente le même sujet llilstoire de Lazare . 
et qui se trouve à l<*j)lu'se >'. 

Le nK'rite d'art des fres(jues postérieures ;i la Paix de l'I^j^lise est 

1. K. Ik'rtr;m(l, l'.liidcs nui- la pelnlnrf. p. H il. 

2. Anlholo(ii;i,('i\\\. .larol)s, I, i. ii. iJT-'.M). On Iroiivc iniflinu-s (■iii-^iMiniiics .lu 
même ^^'nrc, com|i()sés pur l^iiiicc le <;r;iiiun;iiri('n ii. lO'.t-Ilt , mais cesl un 
iuitour (in IX'" siècle. 

.'{. L(^s eomineiiliilciirs de VA/i/holo'/lt'. 1, ni, p. \''>. le i-cfomi.iissciil nii^si. 
4. Kva'M-ius, //es/, cal., I. I\', c. wvi. /'. (i.. l. i wxvr, col. il 't^-'2~V.'>. 



I.I-: SKCd.MJ Altr CllliKIlK.N 



j^énériilemoiit médiocre. Exceptionnellement, nous rencontrons 
cependant des morceaux remarquables. Lecimetière dc(]allixle con- 
serve le portrait en «grandes dimensions des trois saints Policamus, 
Sebastianus et Carinus'. La peinture est du v'' siècle et. malq-ié les 
traces de décadence, ^arde (|uek(ue chose (les traditions de force et 
d'équilibre des ouvraj^es plus anciens. Vers le même temps, les cata- 
combes de Xapleset de Syracuse- s'embellissentde ({uel([ues fresques 
dans lesquelles il est possible de retrouver linlluence des vieux 
maîtres chrétiens qui peig^nirent les allégories d llermas dans la 
catacombe de Saint-Janvier. Les peintures de la maison des Saints- 
Jean-et-Paul, sur le (^udius. nous intéressent surtout parce ({u'elles 
paraissent coni^-ues dune manière t)riginale et indépendante des 
exigences qui se montrent trop souvent dans le choix et l'exécution 
des sujets aux catacombes. Il y a ici un ell'ort de bon aloi vers le 
réalisme '. 

Les grands travaux exécutés par le j)ape Damase dans les cata- 
combes et d'autres entrepris pai' l'initiative privée tirent songer à 
transporter sur les parois des souterrains éclairés par de larges lucer- 
naires les grandes compositions qui se déployaient à Laise dans les 
basiliques : toutefois, ces tentatives demeurèrent isolées. Elles ne 
nous ont valu que de rares morceaux intéressants pour l'étude du 
détail, mais de peu de secours pour la fixation des lignes générales 
de l'histoire de l'art \ 

Les peintures d'Albano ' et quelques autres disséminées en Italie 
n'ont toutes également qu une valeur secondaire et présentent moins 
d'intérêt à l'art qu'à l'érudition. Il en est de même en Afrique''. En 
Egypte, au contraire, quelques peintures ont déjà été mentionnées. 
C'est d'abord celles de la voûte de la deuxième chapelle chrétienne 
delà nécropole d'El-Bagaouàt '. Autour de deux cercles ornés de 
rinceaux et de lauriers, se déroule une théorie de personnages parmi 
lesquels les héros de l'Ancien et du Nouveau Testament sont mélan- 



1. De Rossi, Ronia sollerraneu, l. ii, pi. vu. 
j2. Voir Dictionn. d'arch. chrét., L i, li;;. 3'')7. 

3. Buiourcq, Elude sur lesGestn marlyi'um roiuairiA, in-8°, P;iris. l'.)0(), pl.ii. 
v; Rômische Quartalschrift, 1888, pi. vi. voir Diclionii., L i, iîy. 82. 

4. Wilpert. Le pitture, pi. 2;i2-26K 

5. \oiv Dictionn. d'arch. chrét., t. i, (ij;. 264. 

6. \oïr Dictionn. d'arc/i. chrét., t. i, c(j1. 72i-726. 

7. De Bock, Matériaux pour servir ,i l'histoire de ilùji/pte cfirétiennc. 111-4", 
atlas, Pétersbourg, 1901, pi. xur, xv. 



111:2 



I II \l'lNtl. 111 



^'t'-s à (K's [) 'rsoiiiiiluMlions lUDialfs (hiiis le noùl aK'xandrin. (Irsoiit 
(Its li^-iirt's lit' Jurande taille, ali^-iu-t-s. m- dt-larliaiit sur fond uni, 
d'un aspi'cl scvéïi' ri moiuum'iilal. lùiliii. nous ne ItToiis (|uc rap- 
|)i'lt'r li'i les |)t'iiituri's de ICi^^lisc soiiU'riaiiic de 1 )('i!-al)(»u-l Iciim s 
(lue nous avons ri'j)ro(luilt's dans \v hic/ioii/imrc il itfchrohxiio clirc- 
tirnncK Mali^ré de j^i-avcs didauls, ces pc-intuii's ne sont pas sans 
nuM'iti'. 

VIII. Bibliographie. 



W AW.ivd. /imiiv siHilcrr.niic, iii-S", Paris. IS77; /.;iii pnïcii sous les 
(■nii)i'rciirs chri'licris. in-l'_*. Paris, I(S7U. - I",. Hertaiix. L;i pciiiliiri' d.ins 
ilhilie nicridinihilc du v ;iu ■\''' sicclc, (laii< A. Michel. Il isintic de i;irl. 
in-S', Paris. HXC), l. i. p. :W<». -- .1. (llrdal. Le iuimnslvrc cl l;i ucvmpnU- 
de ll;i<>uil. iii-tol.. Paris. lOOi-P.KM".. — II. Cm- cl Cli. jlcniv, Lcncius- 
li(/ue cl li's iiulri's proccdcs de pciiilnrc chez les uucicus ■ hisloritjuc cl 
lec/mii/iie, iii-8", Paris. I8(Si. — A. l)uroiirc((. h'hide sur les (icsl;i m.irlip 
rnin rom.iiiis, in-H'\ Paris, HUM». [)1. ii-\i. — A. davcl, J. nii copie. in-S". 
Paris, l'.KVJ. — A. (ïlii^iioni. l'I pen.siero clirisliana nel ;irlc. sec(d(i i vi, 
iii-8'\ Honia, nxili. !.. Lelorl, l'Jude sur les tiuinurueiils primilifs del.t 
peinture en ilnlie. m-l'i, Paris. 189."). — 11. 1". I.iell, l)ie l);irslellun(p'n 
der ;tllerseli(/slen .lunijfruu un<l (iollesgeh/irerin Murm, iii-8". |''rei- 
hiirj;, 1887. — (). .Milius, Ein Fnniilienhild nus der Priscillnlxnl;ih(inihe 
mil der iilleslen ll<>c/izeilsd;irslellun(j der chrisilichen Kunsl. iii-8", 
l,cip/.i};, ï^l''). .lonns ;iu/ den Denhutulern des chrislliclie Allcrinin. iii-8", 
l.eip/.i^\ 18*.)7. !•>. Miinlz. Eludes .sur l'itislnire de l;i jyeinlure el de 

I icorKK/raphie chrcliennes. iii-8", Paris, I88(). A. Pcralc. Les com- 

niencenienls de I ;trl clirélien en OccidenI, dans A. Michel, llislotre de 
I ;irl, l. I. 1'". Piper. Mt/l/ioloi/ie iind .Sijnihidi/, der chrisilichen 

Kunsl/in-S", W'eimar. I8i7-I8."')l ; Einleilunij in die nionumenlnle Theo- 
lixjie. iii-8". (iolha, I8()7. — liaoul Kochcttc, Peinlures des culacanthes, 
dans les Ménutires de I Acid. des inscri/)l.. IS.'iS. t. viii, p. 9"J-I()*,(; Dis- 
cnur.s sur les hjpes iniilalif.s qui consliluenl l'arl du chrisli;inisme.\n-l'2^ 
l'aris, i8:U. — De Possi, /{oni.i sollerr/inci. ii vol. in-fol., Honia, I8()1- 
1877. .1. W'ilperl. Le pillure délie culncoinhe roni.ine. in-fol.. Poiiia, 
l*,>0!{ ; J)ie Mnlereien der S;iliran\enlsh;ipeUen in der KulakoniJje des hl. 
Kullislus. iii-8". l'rciburji, 181)7; Kin (Jijclus chrisloliKjischer (leni/ilde 
nus der Knlulioinhe der heilifjen Peirus und Marcel linus ziini ersleninul 
hernusqeqehcn ni\d erhiulerl, in-fol., Freihurg, 1893 ; Fruclio punis, 
in-i", Paris. 189(»; In cipilido di sloriu del Veslinro, dans L'urle. 1898. 

I. Voir Diclionn. tl'nrrh. chrH., c. i, col. 2:5V4-2:t:iO. 11^. .'i'.)'.». 7'.)l-7'.»;5. 



CHAPITRE VI 

LA MOSAÏQUE 



I. Origines. — II. T('clini({U(\ — III. Ar.ml lu Paix di' l'Iù/lise. — IN'. Lu 
Renaissance constantinienne. — \'. Le ni;iusnlée de Sninte-(^onsl;incc. — 
\'I. L'abside de Sainte-Pndenlienne. — \'I[. Le second mi chrétien. — 
\'III. Mosaïques romaines du V siècli-. — IX. Mosaïr/ua romaines du 
VI'' siècle et au delà. — X. Mosaï>jues de iOi-ienI . — XI. Mosaïques de 
Ravenne. — XII. lilhlioijrapltie. 



I. Origines. 



On donne le nom de nio.saïques à des ouvrag-es intimement liés 
à l'architecture qui est leur raison d'ôtre. Cependant la décoration 
des édifices au moyen de placages et de mosaïques est plus ou moins 
étroitement coordonnée aux divers systèmes de construction. Celui 
avec lequel elle forme, pour ainsi dire, une alliance oblig;-ée est le 
système de maçonnerie de blocage ou en briques. Nous lais- 
sons avix livres qui traitent de l'antiquité classique 1 énumération 
des textes et des monuments dans lesquels on a reconnu la mention 
ou la présence de l'émail. Dès la période du haut-empire nous trou- 
vons l'emploi de la mosaïque dans les grandes constructions en Ita- 
lie; à Rome, le Panthéon; à Pompéi, plusieurs pans de murs nous 
donnent des exemples portant leur date avec eux. Au cours des ii" 
etiii'^siècles, les constructeurs romains appliquèrent à des entreprises 
gigantesques telles que les Thermes de Caracalla, ceux de Domitien, 
la basilique de Maxence, le système de maçonnerie en blocage. x\ 
mesure que s'éloignent les beaux jours de l'Empire, la richesse dimi- 
nue, les membres d'architecture à formes expressives introduits dans 
la masse du blocage et faits de grands quartiers de pierre, de 
marbre ou de granit, deviennent de plus en plus rares et dispa- 
raissent à peu près complètement. 

Nécessairement, les revêtements de différente nature envahissent 
toute la surface d où les éléments décoratifs en relief se sont retirés ; 
désormais l'ornementation tendà devenir exclusivement superficielle. 
Archéologie chrétienne U. — l.'J 



l'.»4 iiixi'iiiii: IV 

( >n voit (|u un ti-l sxstiiiu' iir peut se riithicluT à 1 ;ircliiU'cliiiu' eu 
|)K-rrrs (K- iiiillc (le j^'iaïul appart'il dt's provinces lonianu-s do 
1 ( ) rient dans 1<S([ vu lies la detoiation. ac cdinniodeeaux conditions des 
inatcnaux. est e\i lusivenu-nt londee sur les saillies, moulures 
ou orneuu-nts sculptés des «luvres vives (K- la constiuction. 

La niosai(|ue ou j)laca;^H' ni' se l»orn«' pas ;i un luiiijue |»rocédé. 
Klle conipi'enil : 1" la nu)sai(|ue di' niarhre. aux cid>es de dimensions 
très variables, de formes plus au moins réj^'-ulières, spéciah'ment 
destinée aux pavements ' ; 2" les incrustations en pla(|ues tle 
dimensions variables emboîtées de manière U iormer des scènes ', 
comme dans l'ancienne basilicjue de Junius Hassus ■. dans l'é^dise 
Sainte-Sabine à Homo, au baptistère dos orthodoxes ii Ha\onne. 
dans la basiliipie Sainte-Sophie à (^onstantinople, ii Saint-. Vnibioise 
de Milan ' ; •"{ " t-nlin \()//us alc.r.iitdri/iiini composé- de IVa;^''nu'nts de 
j)ii'i'res dures juxtaposés et dessinant des li<4Uies t^éomelinpies : 
dis(pies. trianj^les. losanges, étoiles, etc. 

Outre la mosai([ue de marbi'o, on connaissait la mosaï(pie de 
verre, d'émail, et nous verrons (jue, à certaines épo([ues, on ajoutait 
h l'éclat do ces tapisseries étincelantes des matières plus rares telles 
(jue la nacre. On a mémo cru voir dans la mosaï(jue (K> verre un 
art exclusivement chi'étien et on lui a donné le nom de <• mos; .ï(juo 
bv/antine <> '. Hien n'autorise cette ima|j;'ination. Dès le i " siècle dcv 
notre ère, les mosaïstes l'jusaient communément usaj^e de pâtes 
d'émail de tous points siMublabh's aux cubes d'émail employés ii 
l'épocjue chrétienne '' ; ci' lait était déjà avéï'i' au xii'' siècle pour le 
moine Théophile'. Non seulement on employait dès lovs les pâtes 

1. Voir dans ce voliiiiic: l'arfiiini/s /us/a/vV's. On domiait à celto mosaïque le 
nom d" <)[ni!i Icssi'll.iliiin ((nand les cubes étaient ré^Mdiers, do/x/s rerintriil;iliini 
(|uan(l ils étaient irré^niiefs. 

2. (Test V()j)tis inuriiioroiun ^pclilr, cC. Neshilt, On irull ilecoration in acrlili' 
u-or/i as iiacd 1)1/ lioinuns, dans l'/n- .l/'c/i.x'o/ocyja, iSHO, t. xi.v, p. 2i'iU S(|. 

■i. Montfaucon, l)i;iriiint Itnlicuni, in-fol., Pai'is, t70(S, p. 107; Diichesiie, 
I.iltpr l)on(i/i<-;tli!i/in-V\ i'aiis, IH80. l. i, j). 2'M)\ De; iJossi, /?;///. diarrh. cris/.. 
1K7I. |). l-tik 

i. Venini-i, Stori.i di'U' nrh' iinlinnu, t. i, ti}j. VO, 43, '^'^. 

!). Cette eneni a été ii'tnlée par K. Miiiit/., Aa nios.iïfiiii' chri'lit'nnc peruhint 
les promiiTs xii-clrs, in-H'. Paris, I8'.>.{, p. 10; on trouvera, note 2. la liste des 
auteurs (]ni ont piopa^'é cette imaj,'inalioii. 

6. Poinpéi, maisonn. XXII, S' ilôt, tl'' réj^ion, etc. (11'. V.. Mi'inlz, op. cil., p. Il 
et les notes. 

7. Srlii'(hil;i iJtnTs.iriiin urtiiirn. Vienne, tlS7», p. ll.t, 1. II, c. xii. (^1'. 
K. Mi'mt/. dans le liullvliii (b- la Société nal. (/es an(i(/. df France, 188;'), 
p. 2iH--2i:). 



ORIGINES 1*13 

vitrifiées, mais on les prodiguait, on en variait les dimensions et les 
couleurs avec toute la maîtrise d'un art en possession de tous ses 
moyens '. La difficulté de se procurer certaines pierres, telles que le 
lapis lazuli, amena les verriers romains à des imitations dune per- 
fection déconcertante ; ils variaient les tons depuis le sombre jus- 
qu'au clair et fabriquaient même d'autres nuances dans la même 
gamme telles que le bleu turquoise -. 

{( Les mosaïques, écrit Pline, débutèrent à l'époque de Sylla ; un 
carrelage en petits cubes qu'il fit exécuter dans le temple de la For- 
tune, à Préneste, existe certainement encore aujourd'hui. Du sol, 
les carrelages montèrent ensuite aux plafonds ; ils furent alors de 
verre et c'est une invention récente ^ » Le théâtre de Scaurus ^ k 
Rome, était revêtu de marbre pour le soubassement et la scène, 
de verre pour la partie moyenne, de panneaux dorés pour la partie 
supérieure. Peut-être ce mode de décoration n"était-il pas aussi rare 
qu'on l'a pensé. Au xvi'' siècle, un antiquaire espagnol vit à 
Rome « en fouillant les contreforts du mont Quirinal vers une rue 
qui allait de Subure à Sainte-Marie-Majeure, ({uatre murs entiers 
revêtus de plaques d'émail de plusieurs genres, encadrées de bor- 
dures aussi en émaux de différentes couleurs. Ces panneaux sui- 
vaient de haut en bas la direction des parois » ' et comme il ne 
peut s'agir ici d'émail parfondu sur métal, nous nous trouvons donc 
en présence de plaques vitreuses d'émail incrustées à froid ou sim- 
plement appliquées. 

Ce mode de décor en verre se rapproche fort de la marqueterie eu 
marbre découpé, martnor interrnsurn. représentant des animaux, des 
figures géométriques, qui, suivant Pline, recouvrait les murailles 
des édifices. 11 paraît probable que l'on a parfois employé l'un pour 

i. Barbier de Monlault, La mosuhjiie du dômo à Ai.r-la-CJiapelh'. Paris, 
1869, p. 32. 

2. Arlaud, Ilisluire abrégée de In [teinliifc sui' mosnïr/ui\ in-8°, Lyon. 183'), 
p. 128. 

3. Plino, Ilisl. nat., 1. XXXVI, c. i.xiv. 

4. M. Gerspach est disposé à croire que dans le passage de Pline relatif à la 
décoration du théâtre de Scaurus il est question de plaques de verre colorées et 
non de mosaïques. Mais E. Miinlz fait observer que le mot vitruin a deux sens. 
Déjà Passeri, Lucernae fîctiles Mut^ei Pnsstprii. t. i, p. 67, proposait de rapporlrr 
ce passage à des bas-reliefs en verre. 

î>. Pablo de Céspedes, Discor.tn ^ohre l.i coinpar.icion de lu .iii/ii/iin >/ niodefnn 
pinlura y o.'iculliira, d:ins José Amador de Los Rios, A7 ;irli' Ltlino Jjiz.inlino, 
in-i», Madrid, 1801, p. I3f. 



t!)(i I II MM I lii: i\ 

r;iutri>. suitoiil l()r'^(ju il saisissait de I oiMifiiii-iitalioii des parties 
t'-lcN l'fs (1 im cililiif, à uik- ilislaïuc ou ln-il ii<' |>()U\ai( appivcicr 
la (lilli'it'iu r (lu inaii)!t' cl du Ncnc '. ( -i' ii l'tiiil pas toiitclius de pures 
raisons d'ccouoniit' (pu laisaii-ul luiplovcr le \erre. mais un ralline- 
inent de lu\f. ear l«' \cv\i' tdait alors prisé lies haut eoni'ue matière 
déeoi'ative. ■ (lelui-l.i se eroit pauvi-e et mes(|uiu, éerit ScMiècpie, 
dont les murailles ne hrillent pas de t^i'ands el pit''eieu\ discpu's ; 
dont li's niosat(pies alexandrines n incrustent pas du marbre afri- 
cain r(deM'' par un somptueux encadit'ment sinudant la peinture ■'. 

Le dci;oi- en verre n a pas clé ('■tran^cr aux édiliees clirétiens. La 
hasilicpic profane de .limius Hassus, conslruile sur ri']sipiiliu \('rs le 
dé'j)ut du IV' siècle cl mise par li' \M[[)v Sunplicius i(>N-iS.{ sous le 
Nocahle de Saint-. \n(li-é. offrait encore au wi' siècle une double 
dé'coralion : dans l'abside, une mosaïque chrétienne ; sur les j)arois 
lalérales. des suji'ls m vtholoii^iciiu's et histori([ues de I épcxpie iinpi'- 
riale en mar(|iu'terie de marbre. (^)uel([ues parties conser\ées. tant 
il la chapi'lle Saint-. Vntoine qu'au musée du Palatin cl au palais 
Albani, montrent (ju(^ ces sujets étaient composés non seulem<nt 
de pierres, mais aussi de pâtes vitreuses colorées '. Parmi ct's com- 
positions se trouvait le rapt dllylas et il est probable (pie cet 
ouvrajJi'O, et d autres dans le même t;()ùt . auront paru incompatibles 
avec la destination nouvelle donnée à lédilice par le j)ape Sim- 
j)licius ; mais nous ne nous trouvons pas ici devant un spécimen 
uni(|ue. Prudence nous apprend ({ue les arcs de la basili(jue de 
Saint-Paul, à Piome, étaicmt ornés de verre ' et Sidoine Apollinaire 
dit lamêinechose delég'lisedeLyon '. Peut-être avons-nousencoreim 
(K'bris appartenantà la caléj^oriede verres incrustés, dans unchrisme 
en marbre blanc trouvé dans le cimetière de Sainte*-. Vj^nès et ins- 
crit dans un cercle de '" 20 de diamètre'', (le chrisme est découpé 
à jour dans la placpie de marbre ; les vides ménagés entre les cloi- 

1. l'iiiic, o/). <-il.. 1. .\\.\V. c. I. iliihiier, (iiiiis linlb'lliiK, ilrW lii:<liliito di 
i-iirrispoml . .irrlifo/ .. iST.f, \>. 'i'.\. CA'. l'cif^iié-Delacoiul. dans le llull. df l;i Soc. 
J'-.s' nnli(/. <lr Fr;uic<-, iSoî», p. 77. 

2. S('>iic(]u<', l-l})i^l.. i,\xx\i. 

!t. ( ".ianipinl. Vi'l<'i-:i iiionuncnl.i . iii-fol., lîoina', l'I'.H». I. i. pi. \\ii-\\i\. ('A\ 
V . von Mimitoli. l'i'hiT die An/'erlljfun;/... ilcr /;irl)l<f('n ( ilii^fr ln-i ih'ii Altcii. 
iii-fol., Lie^Miit/, IHii'i, p. 1.",, p|. iv. 

i-. Péri Slcp/inno" . Iiyniii. xii, vs. 'VA, 1'. /.., I. i.\. col. iititi. 

il. l'ipialolnr., 1. Il, episl. x, Ad llo^poricuiii, r, /*. /.., I. i.viii. col. LSCi. 

r». Voir Dic/ionn. d'arrh. rhrôl., l. i, ii;,'-. iiH ; De iiossi. liiiil. di :irch .cri^l . 
iK72, \). Ai, pi. m : ls7:.. p. HO sq.. pi. vi. 



sons étaient remplis dune pâte de verre jaspé de diirérentes couleurs. 
Au reste, en Occident, ce mode de décoration devint de plus en 
plus ré[)andu à mesure que savan^a la décadence'. 

//. Technique. 

Les mosaïques chrétiennes, au sens le plus g-énéral de ce mot. 
se' composent de cubes d'émail plus ou moins lins, (-onq)arés à 
ceux des mosaïques païennes, les cubes sont généralement beaucoup 
plus [fi^ros ; néanmoins leur nombre reste tel qu'il suffit, dans les 
vastes compositions murales, à confondre l'imagination. Ch. 
Texier a calculé c[ue dans la mosaïque de l'église Saint-Georges de 
Salonique, chaque cube mesure 0'"-0(l5, soit 40,000 cubes par 
mètre carré de superficie et pour l'ensemble de la mosaïque de la 
coupole (^tlOi '"-G08), environ 36, 18 i. 320 cubes. Dans le mauso- 
lée de Galla Placidia. à Ravenne, qui, écrit E. Miintz, au point 
de vue de l'assemblage des matériaux et de la iinessc des teintes, 
peut passer pour l'ouvrage le plus achevé de 1 art chrétien primitif, 
certains cubes n'ont pas plus de '"H)03 de côté, et dans la chapelle 
Saint Zenon, de la basilique de Sainte-P*raxède à Rome, la figure 
de sainte Pudentienne, haute d'environ 1 '" 10, se compose de cubes 
mesurant en moyenne deux tiers de centimètre carré. Une figure 
n'était d'ailleurs pas traitée entièrement avec des cubes de mêmes 
dimensions ; on les choisissait plus petits pour la tête et pour les 
parties que l'on voulait traiter avec un soin particulier. Cette 
remarque se vérifie en particulier dans les mosaïques de Sainte- 
Sophie de Constantinople^ et dans la chapelle du pape Jean VII 
au Vatican ^. 

La mosaïque chrétienne en Italie et en Orient se compose de cubes 
démail teints dans la masse, de cubes de verre dans lesquels on a 
introduit une feuille d'or et de cubes de verre dont on fait usage 
généralement pour les parties blanches ou grises. Les cubes d'ar- 
gent et les incrustations de nacre sont d'un usage exceptionnel. 

1. José Amador de I^os 1-lios, op. cit., p. 136. 

2. Salzcnherg, AllchristUche Baudenkinale von Conslanlinopel, Berlin, 18of, 
p. 29. 

3. E. Mïuîtz, La mosaïque chrétienne pendant les premiers siècles, p. 24 ; 
R. Kanzler, Osservazioni sulla tecnica dei miisnici nei cimileri cristiani. dans 
Niiovo biill. di arch.crisl.. 1900, 



108 ciiM'iiHi: IV 

(](' (juOn appelle • émaux de couleur ■ uCst (pie du verri- coloré 
à l'aidi' d'()X\(les uiétallicjues, vilnini. Le uiol sinnltuin aj)parait 
|)Our la preiniètH' fois daus le l.ihci- //iin(i/ir;ihs, au IX'' siècle, daus 
la notice (K- Léon \\\ et il sa'^'^it là, non d émaux pour mosaupu's, 
mais d Cmaux tels (pi'ou les employait pour la di'coralion de lOrfé- 
vi-erii'. Nous u avons donc pas à nous occuper ici do ce terme et du 
mode de travail au<[U(d il se rapp(ute. 

L'étudi' de la composition cliimiipie des émaux colorés ne peut 
trouver place dans ce livre. C^'lte étudi' paraît d'ailleurs assez pou 
avancée, mais im simple aperçu du sujet à j)ropos dos mosaïcjues d(> 
lé^^lise Saint-Geor<i;'es do Salonique iera voir tout le pi-olit (jue 
la science archéoloj,^i(pu' et iiistoricpie tirerait dune analyse minvi- 
tiouse des oxydes métalli(}ues mis à la disposition dos ouvriers pen- 
dant les premiers siècles de notre ère. Dans ces mosaïques, (|ui 
datent du vi" siècle, les « bleus sont composés de cobalt et d'oxyde 
bleu de cuivre, vulg^airoment nommé fritte de cuivre, couleur décrite 
par \'itruve. Les rouj^es sont de deux sortes, l'un est obtenu au 
moyen docres ou oxydes de foi-: l'autre, (pii est princi[)aloment 
onaployé dans les teintes de chairs, est formé d'un énuiil composé 
de silice, potîisse, protoxyde de cuivre. Les violets sont dus au 
nian'fanèse ; ils sont employés dans les vêtements des personnages, 
les noirs intenses sont obtenus par un procédé que nous ne con- 
naissons pas. L'émail voit est un oxyde de cuivre, la force de la 
cuisson en varie l'intensité. Les émaux jaunes sont obtenus par une 
coloration d!antimoine ; les blancs, par le moyen do l'oxyde détain. 
Cil. Toxior ajoute qu'il n'a remarqué aucune pierre naturelle dans 
ces mosaïques » '. A Hethléhom, dans l'église do la Nativité, le blanc 
vif est rendu par la nacre-. 

Les cubes dorés paraissent remonter jus([u'au T"" siècle de notre 
ère. On les obtenait par l'application d'une feuille do métal sur une 
masse de verre transparente -^ Toutefois, les procédés de fabrication 
variaient. A Salonicjuo, les cubes sont composés d'un verre légè- 
rement coloré en jaune dans sa niasse et qui paraît avoir subi une 
seconde cuisson après l'application de l'or'; à Bainte-Sophie de 
Constantinople le dé de verre est doublé d'une feuille métallique que 



i. Tcxier cl Pullan, Arcliifrc/ure Injzanline, in-fol., Londres, IHOi, p. 140. 

i. De Voi^iié, Aes i^f/lisp^ do la Terre-Sainte, iii-V", Paris, 1800, [). 72. 

.3. De Rossi, Bull, di arch. crisf., 1877, p. 00. 

4. Texier, op. cil., p. 149. 



TKCIlMnii; 199 

recouvre une plaque de verre très mince'. A Salonique. cette 
feuille de couverture est parfois fort épaisse. 

Ainsi que nous le verrons en traitant de la verrerie, la fabrica- 
tion des cubes d'or olfre de frappantes analogies avec celle des 
fonds de coupe dorés. 

Une particularité nous apprend tout ce que l'art des anciens sup- 
posait d'expérience et d études. On trouve un certain nombre de 
cubes d'or ayant la dorure appliquée sur une g-alette de verre plus 
ou moins foncé. Des cubes provenant de la nef de Sainte-Marie- 
Majeure montrent lor apj)liqué sur une masse noirâtre ou rou<^e ; 
on signale un fait analogue sur un cube dor au baptistère des Ortho- 
doxes, à Ravenne, Ce n'étaient là que des essais isolés qui se généra- 
lisèrent seulement au xu^ siècle. Or, il est reconnu aujourd'hui que, 
pour des raisons physiques évidentes, le fond rouge soutient, mieux 
que le fond translucide, l'éclat de l'or. 

La mosaïque d'argent dilfère à peine, par son mode de prépara- 
tion, de la mosaïque d'or, mais sa place est l)ien inférieure dans 
l'histoire de l'art. Ce n'est que dune manière exceptionnelle qu'on 
rencontre les mosaïques d'argent. Produit essentiellement byzantin, 
on le voit employer à Sainte-Sophie de Constantinople ', à Ravenne, 
à Palerme, à Pise. 

Enfin la nacre a été employée concurremment avec le marbre à 
Saint- Vital de Ravenne, à Parenzo et dans les églises coptes 
d'Egypte-^. 

Dans le chapitre relatif à lémaillerie, nous dirons quelle obscu- 
rité persistante recouvi^e la question de savoir où les artistes s'ap- 
provisionnaient de la matière première indispensable à leurs travaux, 
émail ou pâte de verre. Nous ne sommes pas plus avancés pour la 
mosaïque proprement dite. Les centres de fabrication de l'émail et 
du verre de couleur à l'époque de nos recherches ne sont pas con- 
nus. 

Nous ignorons de même les travaux qui précédaient l'opération 
de l'incrustation. Le mosaïste travaillait-il d'après un carton '.'Com- 
posait-il lui-même ce carton ou bien avait-il recours à des peintres 
de profession ? E. Miintz est disposé à admettre que les méthodes 

1. Fougeroux de Bondaroy, Recherches sur les ruines d'Herculanum... avec un 
Traité sur la fabrique des mosaïques, Paris, 1770, p. 179. 

2. Salzenhevg, Altchristliche Baudenkmale von Constanlinopel, p. 28. 

3. Butler, The ancient coplic churches in Egypt, in-S", Oxford, 188i, t. i, 
p. 38-40. 



200 I II M'iiiii; \\ 

vu iisa^'i' clu'Z les inosaïstcs dvs xii' cl xiii' sii'clcs ii avaient j^mh-ih' 
rhanj^'o tlepuis lo temps (K- .1 wsl iiiirii. et cf poinl |)arait vraiscm- 
l)lal>K' jiis(|vr;t preuve du eoulrau'e. ( >u |)ei;^M»ail doue (lireelenienl 
(li's lij,'-uies sur 1 enduit Irais tle^tiue ii ri'eev(Ui- 1 incrustât ion. cl 
c l'sl sur celle lr<'S(|iic (|ue li' niosaislc, suc-ccdant au peintre, posait 
ses cubes deniail . 

loul le ilianij) était couvert d un enduit coloit' alin (pie les inter- 
valles des cubes ne lussent pas i'ein|)lis d une bavure blanche (pii 
aurait altéré 1 liarnuune de renst'inble ', |)our les cubes dorés, en 
pai'licidiei', le mortier dans le([uel ils étaient lixés avait une colo- 
ration jaune roui;eàlre •'. 

///. Avant la Paix de l'Église. 

La mosaï(pie j'»ua un rôle dos j)lus modestes dans la décoration 
des catacond)es. La rareté des ou\ ra!j:es de ma(^'(uuiei'ie.indis|)ensables 
pour si'ivii^ de base aux incrustations de marbre ou d émail, expli(|ue 
le j)eu de développement d un procédé décoialil" si bien a(laj)lé. 
pourrait-on croire, aux j^'-aleries et aux eliambres souteri'aines. Liu; 
autre circonstance concourait;! écarter la mosaï(pie des lieux obs- 
cui's et étroits où elle perdait la moitié de; ses avantag-es. Lue 
mosaï(pie ne peut être jutc^'^" (pi à distance ; vue dv trop près, l'i'U- 
send)le ne se saisit plus, il disparaît dans laspect confus des cubes 
mullicobues rapprochés avec plus ou moins d'art. Ca' nest (ju a- 
j)rès la Paix de ll^j^lise et les aménaj^ements de saint Damase cpie 
la mosaï(pie fut eniployée dans une plus lari^'-e mesure à l'orne- 
mentation des cryj)tes et des chapelles. 

On ne saurait toutefois passer sous silence les mosaïcpies descata- 
c(unbes '. La bibliolhétpu'Chiy-i conserve deux portraits en niosanpies '* 

I. A S.iloniijue. (l'apiès Texier, le contour i!c cli.Kiue lij^iire est in.iri|iié |):u' 
une leiiilc^ intense et le milieu est rempli par des cubes dont la pose suit le 
contour du modelé, l.a substance ser\ant à lier les cubes est une pâle faite de 
travertin pilé cl dliuile de lin. 

-*. La frescpie était purement conventionnelle : une teinte rouf,'e mar(piait 
remplacement des incrustations en or. inie teinte violette annon(,-ail l'émail 
rouf^e. Ces teintes sous-j.icentes t'-taient. semble-t-il. vaiiablessuivant les aleliei's 
ou les local i lés. 

3. De Hossi. liom.-t soticrr., t. m, j). :;82, ;i'.l2-:i',i:{. 

4. De Hossi, Miis.iiri crintianie s.if/iji <Iei itnvimenli ddlr ('Jiloipdi Hoinu ante- 
riori ;il norolo AT. Tnvole rrornoliloyru/iche con cenni slorici e rrUici, in-fol., 
Fioma, 1872, pi. i. On peut rapprocher de ces portraits celui (|ue si<,niale 
\i. Miinl/, Lu nios.tïque chn''tienn(',p. <•(>. 



AVANT LA PAIX I)K l'kGLISK 201 

provenant delà catacombe de Cyriatjue. Ces portraits sonl ceux de 
FI. Jul. Julianus et de sa femme Maria Simpl. Huslica, mariée à 
quinze ans, morte à dix-huit, et représentée en buste, les mains 
levées dans le geste de lorante. Ces deux médaiUons ont, malheu- 
reusement, ])eaucoup soulFert. Les cubes dorés ont presque tous 
perdu leur feuille dor, les cubes manquants ont été remplacés au 
liasard sans aucun souci, semble-t-il, de conserver l'harmonie des 
teintes. Quoi qu'il en soit de ces dég-radations, nous avons dans ces 
deux portraits des monuments d un art vraiment romain, avant 
toute influence byzantine. Nous aurons occasion d'étudier ailleurs ces 
portraits et d en tirer parti pour l'histoire du vêtement. Poumons en 
tenir à l'ouvrag'e lui-même, il nous donne un utile document sur la 
technique de la mosaïque au iv'' siècle. A la même époque paraît 
remonter un monument qui ne nous est connu que par des descrip- 
tions et qui tapissait l'intérieur d un arcosolium ; il représentait 
le Sauveur assis sur un g-lobe accompag^né des princes des apôtres K 

Nous ne trouvons plus ensuite que des frag-ments : un coq au 
combat* que M. J. Ficker croit pouvoir faire remonter iusc[u'à la 
première moitié du ii'' siècle ^ ; quelques débris représentant des 
têtes; des scènes bibliques, séparées par des bandes dans lesquelles 
couraient des (leurs ' ; des empreintes de vase, de fleurs et de génies 
dans la crypte du pape saint Eusèbe''; enfin des symboles, des mono- 
g-rammes, des inscriptions dont le détail sera donné ailleurs. Le 
pavement, découvert en 1838, dans le cimetière de Sainte-Hélène 
ad diias lauros, offre une colombe et des entrelacs bruns et jaunes 
sur fond bleu '', il appartient à l'époque de Constantin. 

Des fouilles opérées à Rome près de la via Vend Sctfcmbrc, le 
palais du ministère de la maison royale et le jardin public, ont amené 
la découverte, à 1 '" 60 de profondeur, d'un pavement de mosaïque 
<le forme rectangulaire, ayant couvert une superficie de 8 '" 40 sur 



1. E. Miintz, op. cil., p. 08-70. 

2. /(/., p. 74; L. Perret, Les calac. de Rome, l. iv, pi. vu, n. 3. 

3. Die altchriallichen Bildwerke ini chrisllichen Muséum des Laterans, in-8°, 
Leipzig, 1890, p. 103. 

4. Marchi, Monu/nenli délie arti cristiane primitive, Homa, l84t, \)\. xlvii, 
p. 237; L. Perret, op. cit., t. m, pi. xxxvi ; E. Miintz, op. cit., p. 78-83; 
De Rossi, Musaici, pi. 4. 

"). Voir Diclionn. d'arch. chrél., t. i,col. 2783, fig. 938. 

G. Perret, op. cit., t. ii, pi. lxiii, lxiv; t. vi, p. 07 ; Marchi, op. cit., pi. vi- 
VIII ; Garrucci, Storia, t. iv, pi. 204, n. 3. 



202 



CIlAlMim IV 



() '"iO ' lii;^. 22(1 . (!" pavi'iiuMil ;t\;iil fit- hitulcvci'st'' |)ni-t icllcincnt 
j»;ii' 1 t''l;il)lisst'iiu'nt de murs inodcriics. Le loiul de la in(>sai(|ur rsL 




22ii. — Mosaïinic d'un oratoire doniostiqnc, daprrs lliilli'Ilino <h'll;i roninii.s. ;ircU, 
corniiiutle <li Uoin.i, I. xxix. p. f*". 



l)lanc, avec un double encadrement moucheté de noir. Aux quatre 
ant^les et au milieu de deux cotés se voient des cantharesde |j;^i'ande 
dimension d'où s'échappent de larg'es volutes de feuilles, g^ris et 
colombin, qui garnissent tout le fond sauf un espace carré, réservé 

1. G. Gatli, NoliziP di ricmli troviinfiili <li .intichil.î, dans ihilli'lt. dcll.i 
coinmiAx. .irrheol. comunile (Il Ii)fni, l xxix, l'.X)!, p. 80-80. 



AVAM LA l'Ai.v DK I. r:(;Lisi: 'Hy.i 

aux deux: tiers de la longueur, eutouré d'un double trait formant 
cadre et au centre duquel se voit une croix équilatérale sur un fond 
multicolore. La croix est un peu dissimulée et tout autour d'elle. 
sur un fond blanc, nag^e un banc de petits poissons i^ris. Cette déco- 
ration date du m'' siècle de notre ère. Elle dillere pour la partie 
centrale de tout ce qu'on connaît de cette époque. La croix dissi- 
mulée, les poissons, ne laissent presque aucun doute. Les g-randes 
dimensions de la salle contirment l'opinion qui y voit un oratoire 
chrétien dans une maison privée à l'époque des persécutions. Il est 
possible, bien que ces rapprochements soient souvent de notre fait 
plutôt que la pensée des anciens, qu'on ait ici une représentation 
inspirée de cette phrase bien connue de Tertullien : « Nous sommes 
de petits poissons, par rapport à Jésus-Christ notre Poisson ; nous 
naissons dans l'eau et nous ne sommes sauvés qu'à la condition de 
demeurer dans l'eau K » 

On remarquera la position du cadre crucifère. Dans les mosaïques 
païennes, si l'artiste introduit une composition artistique, celle-ci 
occupe exactement le centre de la salle. Au contraire, le cadre cru- 
cifère se trouve vers le fond de la salle, cette anomalie n'est pas 
sans raison. Il paraît probable que nous avons ici remplacement de 
l'autel situé au fond de la salle afin de laisser les deux tiers environ 
d'espace libre pour les fidèles. 

A Parenzo, en Istrie, les archéologues locaux ont trouvé l'empla- 
cement d'un édifice ancien, un petit oratoire, qu'ils jugent antérieur 
à la persécution de Dioclétien- (fig. 221). Il ne subsiste aujourd'hui 
qu'un débris de mosaïque caché par d'autres mosaïques que recou- 
vrait le pavement actuel de 1 église. Cette triple succession d'édi- 
fices nous conduit-elle jusqu'à la primitiva ccclesia dont parle une 
inscription découverte sous le maître-autel de la basilique Eufra- 
sienne -^ ? Il est difficile de prendre parti sur d'aussi faibles indices 

1. Tertullien, De haptismo, i : A'os phcicuU, secundum '!/OJv nostrum Jesium 
Christum, in arjua nasciniur ; nec aliter (juain in aqua pernianendo salvi sunim. 

2. A. Amoroso, Le basiliche cristiane di Parenzo, in-8'', Parenzo, 1891, p. 2o ; 
O. Marucchi, Le recenti scoperte nel duonio di Parenzo, dans Xuovo biill. di 
arch. crist., 1896, t. n, p. 19. En ce (jui concerne les antiquités de Parenzo on 
trouve le détail des découvertes dans les Alli e memorie délia Sociela Istriana 
di archeologia e storia patria, t. i, 1885 sq. Le tome xiv, 1898, fasc. 3'', 4", 
contient un résumé utile de P. Dépéris, Parenzo cristiana. Scritto inedito, 
in-8o, Parenzo, 1899, 14.") p. et 1 pi. 

3. Kandler, dans L'Istria, 1847, p. 219; G. Pesante, S. Maiiro protettore delta 
città e diocesi di Parenzo, in-B", Parenzo, 1891, p. 08; A. Amoroso, op. cit., 



'2(\'\r 



t.iiAriim; iv 



(|IU' cfUK «Imil Ht) dispose. L iihn'clidii tics v;ii;iic liii'-c de la m dis- 
cipliiic des jnH'inicis li'iii|»s ■ n a. en I csikhi". aucune applicalioii 

$"n tt I» « « 4'^^^'^^!^ Ki n a n tf' < « » « « I 




221 . — .Mi)s;i]i|iu- ili- riiriii/o, (lii])r(s iiiio pliologriijilii» 



p. 13, cl fac-siiuilc pi. i; W l)(>pcris. .S'. Mniiror S. Eleuli'rii) vescovi nuirtiri di 
Parefizo, mn nppi'ndirc i/cH' ;ivr. A. Amoroso, iii-H", l';ircn/,o. 1S()8, p. (W) ; 
O. Manicclii. o/>. rtV.. p. [-2:] : Cirillà ralloUcn, IS'.tS, I. i, p. 2i'.l; Aiuih-rln 
l)()llaii<Hunn, 18*.t9, l. xvm. p. .{77. 



LA RKNAISSANr.i: (:( iNSTAM'IMK.NM". liOo 

fondée sur les lexles; reste le débris de mosaïque qui aurait donc 
appartenu à la première basilique, remplacée à l'époque constanti- 
nienne par un c.ru/iiiun /cmpliun, ou bien ayant a])parlenu à ce der- 
nier édifice. La mosaïque noM're aucun siu^ne, aucun détail d'où l'on 
puisse inférer une date ou simplement une limite chronolog-icpie 
certaine. La techni([ue du pavement permet de le faire remonter au 
H'' siècle. L'insertion de deux poissons interronqiant les dessins com- 
mencés a été certainement postérieure à l'exécution de la mosaïque 
et ne permet pas de mettre en doute le christianisme de celui qui a 
ordonné cette introduction du célèbre symbole de Tr/Ojç. Ce sym- 
bole n'a ^uère été employé après la Paix de l'Ej^^lise. La technique 
et le type que nous montre la mosaïque ne nous permettent pas de 
faire dater l'addition des deux symboles après le in'^ siècle. 

L'explication la plus vraisemblable serait celle qui verrait ici un 
oratoire, une « ég-lise domesti{[ue » installée dans une habitation pri- 
vée dont un des appartements fut attribué aux réunions litur- 
g'iques. Le propriétaire voulut alors lui donner une décoration en rap- 
port avec sa destination nouvelle. On remarquera quatre lacunes 
disposées symétriquement à la partie supérieure de la mosaïque. Il 
n'est pas douteux un seul instant, que nous ayons ici la ti'ace des 
supports soit d'une table, d'un coll're, d'un autel, qui recouvrait la 
moitié des cadres dans lesquels on a inséré tardivement les poissons, 
soit que la partie ancienne fût déjà recouverte, soit qu'on ait pris des 
mesures afin de réduire la transformation au strict nécessaire. 

L'adoption du symbole de l";-/6'jç porterait naturellement à penseï 
qu'il s'a<^issait d'un autel. 

Nous sommes malheureusement moins instruits de la forme qu af- 
fectait le lieu de réunion dont le pavement subsiste en partie. Les 
altérations apportées au plan primitif par les édifices construits à 
cette place ne laissent le champ à aucune conjecture sérieuse K 

IV. La Renaissance constantinienne. 

Nous avons écrit, à plusieurs reprises, dans les pag-es qui pré- 
cèdent, ces mots pleins de promesses: la Renaissance constantinienne, 
et l'étude des g-randes constructions monumentales entreprises à 
Jérusalem et à (^onstantinople fait voir que cette Renaissance a 

i. O. Marucchi, op. cit., p. 21, estime ([ue trois fragments de mosaïcjue trou- 
vés au même niveau ont appartenu à l'édifice à une époque poslérieuri'. 



20() I II Mil m; IV 

t'xisti'. .Ius(|uiii. nitu>^ n cm ;i\ons rcK'Vt'- l;i tiiicc. marijucr dOrif^'-i- 
ualili' vi'ril;il>K\ (|uc dans Ii-s rdiliits. La rri'S(|iu\ la sculplurc elle 
has-ri'liff iw nous dllVi'iil rien di- coiujjarahU; ; au coi»liairi'. la 
m()saï((U(\ U peint' r»'|nt'S('nti't' justju'à ce inonu'nl par dt's travaux 
tlu'lifs t'I d'unt' t'Xt'c'ulion in('s(piiiu'. \a nous ollVir un aspect nou- 
veau de la Henaissanee eonslantiiiienne. 

I/etude dos liescpies eatactunhales, on se le rappelK'. nous a nion- 
li'ê, il partir du iv'' siècle, deux courants artistitpies distincts. I/iui 
n'est autre clutse (pie Tart de la période précédente prolon^^é, étendu 
plus (pie développt' ; 1 autre, étran-^^ei- au prt'cédent. proct'de dune 
conception décorative essentiellement dillerente et, par certains 
aspects, conti'adictoire ii la conception jus(pi"alors réj^f^nante. (le 
deuxième coiu'ant nous a paru dii^'-ne de la plus ^-rande attention, 
mais un examen rapide nous a permis de reconnaître ([uo les jjict- 
ductions (pii le représentent dans les cidacomhes man.'pient des 
caractères distinctils des (cuvres orii^inales. LUesnes'v trouvent |»as 
à leiu' place, elles ne sont (pie des pastiches dont les types sont 
ailleurs. (>es types, c est dans K-s mosaupies (pu' nous les reiicoii- 
irons. 

Tout dahord, il importe de déterminer les limites dont nous ne 
sortirons pas. P.ir inosaï(jue, on j)eut entendre le procédé techni(jue 
ot tous les ouvrag'es exécutés daprès ce procédé et les procédés (pii 
s'en rapprochent. Nous n'entreprenons rien de semhlaMe. La tech- 
ni({ue a été exposée avec les détails indispensahles ; (piant aux spt'-- 
ciniens des niosa'ùpies chrétiennes, (pii subsistent en très ti;-rand 
nombre, il n'entre [)as dans notre dessein d énunu'rer les produits 
commerciaux, tels (jue les tombes de Thabraca ' et les ouvra^'es (pii 
nous révèlent 1 existence d'écoles mosaïstes locales dont les modèles 
ot les procèdes étudiés à leur place justifieront, par leiw défaut d'ori- 
ginalité, l'omission (juo nous en faisons ici. 

(rest en Italie (pio les mosai(pies conservées dans (pielcpies ét^lises. 
nous initient aux orij^'-inos de l'art mocierno. On en trouve à Havenne, 
à Venise, à Florence, ;• Milan, à Paron/o, h Palerme. on on trouve 
notamment à Home et ces derniî'res comptent, non seulement des 
clu;fs-d (l'uvro, mais des compositions d'ensemble (pii, bien (pi'alté- 
rés par (jU(d(jues restaurations jKirtiellos. n'en ollrent pas moins une 
série d'inappréciables documents. Los murs d'une trentaine déj^^lises 
<pi'olles décorent ont. en ell'et. été élevés à des épocpies ditl'érentes, 

1. \'oïy Dicliun/i. il'/tnh. ihr(''l.. :iii mot AlViiiiic. I. i, col. ~\'.\-~'l\. 



LA KK.NAISSANCK CONSTAMIMKNNE 207 

ainsi, peiicLint près d'un millier d'années, comme l'a fait voir le 
recueil de J.-B. De Rossi, nous possédons des mosaïcjues formant 
une suite presque ininterrompue. 

Si on a é^ard à une certaine barljarie inséparable d'un très g'rand 
nombre de ces peintures, on s'étonne moins de la long'ue indifférence 
qu'on leur a témoi;^née. A peine ({uelques archéoloj^ues leur ont-ils 
prêté attention : Uj^onio, Bosio, et, plus que les autres, Ciampini. 
Xulartiste,jusqu'autempsde Louis Vitetne les admira et ne les com- 
prit. Avant lui, on décrit, on commente telle ou telle mosaï{[ue, sans 
autre dessein que d en expliquer le sens, d'en dévoiler les obscuri- 
tés symboliques et d en déterminer la date et l'orig'ine soit au moyen 
de documents écrits, soit à laide de traditions, de rapprochements. 
Les reproductions qui accompai^nent ces travaux participent à l'in- 
correction de tout dessin archéologique jusque vers le milieu du 
xix" siècle. On peut dire, avec 'S^itet, que la j^ravure n'a eu, pour les 
mosaïques, d autre but que d'indiquer sommairement l'ordonnance 
de la composition, le nombre des personnages, leur pose respective, 
leurs gestes principaux et de faciliter ainsi l'intellig-ence du texte 
par un moyen plus sûr et plus commode que si on employait de 
simples lettres, ou d'autres signes de convention. Aussi, bien que 
gravées et publiées plusieurs fois depuis deux ou trois siècles, ces 
mosaïques sont à peine connues', ou, du moins, elles offrent un 
champ d'étude absolument nouveau, dès (ju'il s'agit d'y voir ce que, 
pour notre part, nous y voulons chercher, c'est-à-dire, non plus des 
notions sur les mœurs, les vêtements, les usages, les rites des 
chrétiens primitifs, mais un chapitre d'histoire de l'art, l'état du 
goût, le caractère du style et du dessin à Rome et dans l'Occident, 
depuis l'émancipation des communautés chrétiennes pendant et après 
le règne de Constantin. 

Deux séries de mosaïques serviront de base à notre étude ; la 
série de l\ome pour l'art du i\^ siècle, représenté par Constantin ; 
la série de Ravenne pour lart du vi'' siècle représenté par Justi- 
nien. 

Après l'effort factice d'où sortit Var't aiifjustal, la tradition antique 
qui, de Trajan aux Antonins, avait fait une chute si prompte et 
n'avait cessé d'aller s'amoindrissant toujours pendant le m'' siècle 

1. Le prixexoi-bitant (1.200 fr.) du recueil deJ.-B. De Rossi, Musaici cristiani, 
le rend inabordable non seulement aux archéologues, peu fortunés d'ordi- 
naire, mais à un grand nombre de bibliothè([ues publiques el de sociétés 
savantes. 



stMuMait, "^ou^ l loiisliiiUii, ii'duili' ;t un tel <lf^-it' d iiiipuissaïui'- 
(ju <»n ilcvait n.iIIcihIit ii l;i \iiii' inoiiiir d fjiuisfiiuMil. I Iruieusciiit'Ut. 
celte tradiliDn aiit i(|ue se pcipeluait . vivait dune vie (ihseuie dans 
les itacDinhes. (ICst la, iioiis 1 a\ on-, inoiilr»', (jue se trouNf le trait 
d union (Mitre 1 art anli(|ue i-t lait de la Henaissanee. Tandis (jUe 
lait romain salonrdit, se matérialise, l'art des sont ei'iains (.(Hi- 
serve en partie les (|ualites de hardiesse et de souplesst' du st\ le 
campanieii. Ses ornements, ses aial>e>(|ues. ses comjiarliments 
s\ métricjues. ses capricieux l'iiroulenu-nls, ses fantaisies, ses 
pavsa^es de I*(»mj)éi. rej)araissenl ici rajemiis. transl'oi'nu's. plus 
délicats, plus onctueux, sacrilianl nu)ins à la routine et plus au sen- 
timent. L art des catacombes touche au spiritualisme lohusti- et 
vivace dont s inspire 1 art t;rec de la pt'riode la plus parlaile. Pou- 
vons-nous croire ([ue le christianisme, si soij^neux d fntrelenir 
pendant trois siècles le pâle lumi<,nu»n de la Beauté, dérobé à ceux 
tjui laissaient \v flambeau éclatant vaciller et s éleindri-. va. au jour 
de son triomphe. étoulFer cette lueur ou bien cesser de s'en éclairer 
v[ li'en recueillir aucun profit juscju'au nu)rnent, déjii j)roche. où les 
barbares survenant vont tout_interrompre. tout briser et rendre pour 
lony^tcmps étranijers l'un ;i lautre. et incompatibles eu apparence, 
lart anti(juc et resj)rit chrétien. 

('(■que nous nous [)roposons d examiner dans les iuosai([ues, c est 
la trace de cette transformation de 1 art anti(|ue (pii nous est apj)a- 
rue dans les catacombes. Nous allons ressaisir le /il f/ui ses/ enfonce 
sous terre el remonter avec lui h la surface ; nous saurons alors si 
le i'iiit de transmission (jue nous avons constaté dans la nécropole 
romaine est un fait isolé, sans consé(juences extérieures, un fait (jui 
commence l'I (jui finit là. ou si. au contraire, le christianisnu' vaiu- 
(|ueur, libre enfin de bàlir et d Orner des éjj^Iises ailleurs (|ue sous la 
terre, persiste à s'approprier les traditions du style anticjue. et 
trouve encore, au moins pour (juelque temps, jus(ju à lapproche 
des barbares, et malgré rabaissement de plus en j)lus notoiie des 
arts profanes à Ironie et dans l'empire, (juehjues inspirations dignes 
des catacombes et de l'.Vnticputé. 

Pendant le iv'' siècle, exactement de la Paix de ll^glist' au sac de 
Home — Ml.'i-tiO — il exista une période artisti(jiu' {productive et 
originale dont le siège fut à Ronu' et dont le souvenir se résume tlans 
la mosaïque de Sainte-Pudentienne. (]e siècle fut. à proprenu-nt 
parler, la Henaissance constantinienne. dont la j)ensée inspiratrice 
et le style sont nettement ronuiins avec un mélange de plus 



LA I!I:NAISSANCI: Cn.NSrA.MIMKNM: 20(1 

çn plus sensil)Ie de la pensée, du stvle et des éléineiils orii-n- 
taux. 

La mosaupie est 1 expression de cet art rt)niain parvenu, au 
IV'' siècle, il la plénitude de ses moyens. Pour s'en convaincre, il sul- 
lit de constater la persistance de l'ancien style romain dans le des- 
sin des {i^raves et majestueuses ti;^ures tle la mosaïque de Sainte- 
Sabine ou des arcs triomphaux de Sainte-Marie-Majeure et de Saint- 
Paul ; bien que ces «ji-randes p;ii^es déioratives laissent déjà pressen- 
tir les défauts dominants ptMulant la première moitié du v'' siècle : la 
monotonie et une symétrie trop rigoureuse. La souplesse et le 
mouvement font place à la roideur et à la rig-idité. Il nous reste dans 
les dessins de San-Gallo, conservés dans la bibliothèque Barberini 
et dans deux panneaux de mosaïques du musée du (^apitoie, un 
moyen d'apprécier les g-randes décorations mosaïques au début du 
IV'' siècle. Dessins et panneaux rappellent le dernier monument de 
grandes dimensions entièrement décoré en mosaïque de marbre, la 
basilique érigée en 317 })ar le consul Junius Bassus. transformée en 
église chrétienne sous le vocable de Saint-André in Catabarbara à la 
fin du IV" siècle et détruite au xvii'^. La substitution de la mosaïque 
d'émail à la mosaïque de marbre, vers cette époque, ajouta beaucoup 
à la splendeur des revêtements grâce à la variété et à la vivacité incom- 
parables du coloris. Malgré ce rajeunissement éclatant, l'art chré- 
tien de l'âge classique s'est parfaitement conservé dans les mosaïques 
de la deuxième moitié du v'' siècle, au baptistère de Latran et à la 
voûte de l'oratoire de Saint-Jean-lKvangéliste ; et cette conservation 
n'est due qu'à l'imitation des partis décoratifs empruntés aux cubi- 
cules des Catacombes. 

A Saint-Gôme-et-Saint-Damien, oii la mosaïque peut remonter 
aux trente premières années du vl'^ siècle, le style des grandes figures 
apparaît d'une importance capitale ; c'est l'instant de transition où 
l'art chrétien classique s'affirme dans la direction nouvelle et com- 
mence à devenir l'art byzantin. Cette transformation du style 
romain, dans lequel les (igures étaient bien proportionnées, avaient 
grande allure, se drapaient noblement, s'accomplit vers la lin du vT' 
siècle et le début du siècle suivant. Pour cette période nouvelle, 
nous avons des monuments instructifs dans l'arc de la basilique de 
Saint- Laurent, dans les absides de Saint-Théodore, de Sainte- Agnès, 
de Saint-Etienne-le-Rond et dans les autres compositions où la rai- 
deur anguleuse des (igures, la symétrie trop sévère, la richesse abu- 
sive du vêtement et de la pirure, imitées de la cour byzantine, 
Archsolojie chrétienne. II. — Il 



2lit 



("iiAi'intr. IV 



caractcrist'iil un type ahsoluiiu'iil s|i»'cial aux ahsidi-s iK-puis lt> 
NI'' jus(ju au i\' su'c'K'. (]\'s[ la mhc de la (K'cadt'uct' l'apidt'. 

V. Le mausolée de Sainte-Constance. 

L «'i^lisc cimilaiic de Sainlc-Coiislaïue, sur la voie Noinculaiic, 
nous ollVi' le plus ancien ('diliee chrt'tien du iv'" siècle dt'cori'- de 
niosaujui's '. ("etti' t^ylise siTvait alors de l)aj)tis(ère à It-j^lise 
voisine, dite de Sainte-A^-nès, iMieore debout (juidcpies pas plus 
loin. Les inosaùpies ont des mérites fort divers suivant (juon consi- 
dère celles des absides - et celles de la voûte annulaire ', ces dernières 
vont particulièrement nous retenir. Dans ces mosaïques, la tech- 
ni([ue n'olfre rien de très j)arfait. Les cubes sont de dimension 
moyenne : la taille est sans finesse et sans précision, bien (jue suf- 
fisamment ré<^ulière ; lenchaînement aussi laisse (juelque chose à 
désirer. En un mot. ce sont de bonnes mosakjues, purement déco- 
ratives, d un effet harmonieux, ag'ré'able. mais, à tout jjrendre. tiès 
inférieures aux tj^rands ouvrag'es de cet art ; par exemple, à la 
bataille d .Vrbelles découverte à Pompéi et aux pavements de la 
maison des Lahcrii, ;i Oudna '. Ainsi, âne consulter (jue le carac- 
t»'re du travail, ce n'est ni au M'' ni même au m'' siècK'. c'est tout au 
|)lus au IV'' siècle ([ue la voûte annulaire a été décori'c. Le sujet d(^ 
cette décoration, la vendang-e, 1m"os et Psyché, a joui, dès les cata- 
combes, dune vo<i^ue aujourd'hui incontestée '. Or ce n'est pas seu- 
lement la même idée, le même symbolisnu'. ce sont les mêmes 
ajustements de feuilles et de rinceaux qui reparaissent, les mêmes 
enfants, les mêmes oiseaux g'roupés dans le feuilla<,'-e. S'il s'agissait 
de Bacchanales, si c'était la vi<^ne de Bacchus et non la vi<;ne du 
Seij^neur t[u on eût voulu représenter, la scène serait-elle donc si 
calme, si chaste^ .' Y verrait-on régner cette douceur, cette modestie? 
Ici pas l'ombre de délire, point de fureur, point d'ivresse : la paix, 
au contraiie. la paix et l'innocence des vij^nt'rons de rHvania^ile. 
(Quelle est maintenant, au point de vue de l'art, la valeur de ces 

I. Voir Dicliortn. il'urrh. chn'-t., l. i, col. 94r)-0.")S. fif;. i'.i't. 

■J. 1(1., l. I. li^'. -•{*'. Le lainhour de la coupole était revêtu d'iiicruslatious 
<lo marbre lai.ssaul passer léclairaf^o par douze fenêtres. Au-dessus la voûte 
était couverlo de luosaïcjues, <,nattécs en 1620. 

:i. l'J., l. I, fi-,'. 2:iH; .\. Venluri. Storiu delT arle ituUana. t. i, (i-. OD-lOO. 

4. \oiv Dicliorin. (J.irrh. rhrrl.. t. i, fif^. »0î*. 

:■>. Id., t. I, col. U>10s(|. 



LE MALSOLKK DL SAIM F-CO.NS lANCi; 211 

mosaïques? Elles forment un ensemble ré<^ulier, métho(li([ut'. d'un" 
parfaite symétrie. Douze travées, correspondant aux douze colonnes 
«géminées qui portent la coupole, coupent la voûte circulaire a inter- 
valles égaux. La décoration varie de travée à travée : ici des scéni's 
de vendange, là de simples méandres, des ornements puremi>nt 
géométriques ; plus loin des ligures d'hommes ou d'animaux, enca- 
drées une à une dans des enroulements : puis les vendanges recom- 
mencent, puis les méandres, et ainsi de suite. Ces mosaïques se 
détachent sur fond blanc, à l'exception dune seule travée revêtue 
d'ornements sur fond d'or. Cette travée est la partie de l'édifice où fut 
trouvé le tombeau de Constance dont le sarcophage offre des sculp- 
tures en bas-relief du même caractère que les mosaïques de la 
voûta : ce sont aussi des pampres et des raisins, et de jeunes 
garçons, des génies, cueillant le fruit de la vigne ', Quelle est donc 
en définitive la valeur de ces mosaïques ? Y trouvons-nous cette vie, 
cette flamme, cette jeunesse, ce retour instinctif aux grandes tradi- 
tions, ces éclairs d'originalité qui nous étonnent et nous charment 
dans quelques fresques d'élite des catacombes ? 

Franchement, non. Il y a tout juste assez de christianisme dans 
ces voûtes pour affimer qu'elles ne sont pas païennes ; il n'y en a 
pas assez pour que l'art s'en ressente, pour qu'il s'en trouve rajeuni, 
transformé. Mais précisément, c'est ce qui fait leur grande impor- 
tance, ce qui montre que le fîl de la tradition antique est sorti de 
dessous la terre, qu'il n'est ni rompu ni perdu. Los mosaï(jues de 
Sainte-Constance sont dans le prolongement des fresques des cata- 
combes. Toute la partie ornementale, tout l'accessoire sort d'une réclu- 
sion trois fois séculaire, unpeuroidi, un peu appauvri, mais dans une 
inspiration et un style qui rappellent les meilleures traditions. La 
partie figurée, au contraire, est terne et un peu vulgaire, les per- 
sonnages manquent d'élégance, ils sont courts et presque trapus. 
L'échelle est d'ailleurs trop petite pour que les physionomies jouent 
un rôle important ; or, sans physionomies, point d'expression, et 
l expression est, dans les catacombes, la grande nouveauté, la 
ressource inattendue qui prépure les voies aux destinées de l'art 
moderne. 

Le tambour de la coupole était divisé en deux zones par une 
corniche peinte en opus scctilc marmoreuni -. La zone inférieure 
décorée de douze panneaux de marbre bordés de listels, agrémentée 

1. Voir Dictionn. d'arch. chréf., t. i, fig. '2't'i. 

2. /f/., t. I, fig. 237. 



'2\2 « Il Ai'i nu: iv 

(lo jJi'tifs pilastres, de t-oiisoU-s, de IViscs t-ii laiiU'llfs de inarhrt'. rcs- 
plondissail Sdus la lumiiT»' iiitt'iisc des doii/i' IciièliTS de la /.(Hif 
supcriouif, iclii'cs rnlic idlcs pai- um- dt-coration aicliilcctoiiKpu' 
d (tr.li-i' Kiiiira sdult'iiaat uiir rDiiiiilic nriu-r di' couples de dau- 
phins entoihlies sur des Irideiils. I )e iidle c(U'uiclie s"élau(,'ait la 
voûte adiniiahleineut dceoi-t'-e de inosaùpies a\U'c un |^«)ùl tout 
i!nj)ré'^né des i-éniinisiHMues de lait iieilt-iiisticpie '. (les mosaiipies 
nOnt pas t-lé st'uK's détruites : le mur cireuiairt de I édilici' était 
jadis pei'cé de (piiii/.(MHclu's et I autid était suiinonté dum' petite cou- 
pole, le tout dt'coré' eu uiosaï(jueet dont il ne subsiste rien, (letle 
petite coupole uionlrait deux scènes, dont 1 une ('lait c(»ninie le 
j)reniier oiO(piis dv la vaste composition (pie nous allons rencontrer 
dans un instant ;i Sainle-Pudentit'une ; on y vt)yait le (dirist siéj^eant 
parmi K's aj)otres, accompa|j^né de deux femmes debout, vêtues de 
robes blanches. l'>nlin, les mosaupies des absidi-s lalérak's ont été 
épargnées et nous ont conservé la j)lus ancienne iej)résentation dt' 
ces compositions <pii vont devenir Ij' thème le j)lus habituel de l'art 
chrétien. Dans l'une. Dieu le père assis sur le «^lobe du monde, 
donne à Moïse la Loi ; dans l'autre. le(>hrisl di'boutsur la montaj^ne. 
d Où s'échappent les Meuves mysticpies, proclanu' la Loi nouvelle 
dont il conlie le texte ii saint Pieire et la prédication à saint Paul •'. 
" Tel était, dans ses «grandes li<;-nes, le décor du plus charmant 
('•diiice tle l'aiiticpiité chrétienne, décor ([ui a ses racines dans l'art 
(dassi([ue et dans h; svnd)olismt' i^iacieux des catacond)es, et (pii 
dt'jii s'épanouit en nouvelles vl im[)érissables liL,an'es '. » 

VI. L'abside de Sainte-Pudentienne. 

Ci est il Htune ([ue nous rencontrons la production la plus j)ar- 
faile de toute la mosaïqufi chrétienne, celle ([ui porte ! empri'inte du 
christianisme sans cesser d'être fidèle aux ^.i^randes lois du ^^oùt 
anticpu'. une o-uvre vraiment chrétienne et classi(jue à la fois (pii 
renferme lesenseij^nements les plus décisifs sur létatdel art chrétien 
au IV siècle. (]ette mosa'ùjue orne l'abside de ré|j;^lise de Sainte- 
Pudentii'nne. près de Sainte-Marie-Majeure, à lextrémiti' de la rlu 
IJrhaiiH, entre le \'iminal et l'Esquilin. La scène est ;t moitié mys- 

1. Nous avons (lécrit ce pl.ifoiul. Diclionn. il'ui-rli . r/iri'-l ., [. i. col. '.t. "ri. et 
lif^'tiié la (lécontlioii. Ii^^ '2'.V.\, SM'>. 

2. \o\v Diclionn. d'nrrh. rlii-r/., I. i. col. 'MV.'t s(|., liy. i'.VJ. 
.}. A. i'ératé. ///s/. ,/,• r.irl. p. ri. 



lVmîsidk I)i; sainth-imdkm'ihnm; 2I'{ 

tique et ii moitié réelle. Au centre de Ihéinicycle, le Christ, riche- 
ment vêtu, est assis sur un trône splendide ; de la main droite il 
bénit, de la g'auche il tient un livre ouvert sur lequel on lit ces 
mots : yoMi.Nus ccnshuyatoh kcclesiak pudk.ntianai;. lui arrière du 
trône s'élève un monticule de forme conique, une sorte de calvaire 
sur lequel est plantée une grande croix d'or recouverte de pierreries. 
Au-dessus de la croix, dans les nuages, on voit lange, le lion, le 
bœuf et l'aigle, images symboliques des quatre évangélistes : telle 
est la partie mystique du sujet. Le reste se compose d'êtres vivants, 
d'êtres terrestres, de figures historiques et pres(jue de portraits. Les 
vaillants défenseurs de la foi : saint Pierre d'un côté, et de l'autre 
saint Paul ; le vieux Pudens, ses deux fils et cinq autres Romains, 
leurs amis et leurs frères, sont groupés autour du trône du Sauveur, 
assistant à la glorilication allégorique du christianisme triomphant. 
Le rapprochement d'une scène réelle et d'une scène idéale dans la 
même composition n'est pas une invention chrétienne. Presque tous 
les tableaux religieux de l'art païen reposaient sur cette donnée, 
ainsi qu'en témoignent les descriptions qui nous en restent et plu- 
sieurs peintures pompéiennes. La description qui précède doit, 
pour être complète, mentionner deux jeunes filles, debout, en 
arrière des autres personnages, les dominant de toute leur hau- 
teur, et tenant suspendue, l'une sur la tête de saint Pierre, l'autre 
sur la tête de saint Paul, la couronne des martyrs K Le fond est 
un décor architectural '. 

Nous avons ici une grande œuvre, un vrai tableau où toutes 

1. Peut-être ces figures féminines sont-elles simplement allégoriques, peut- 
être sont-elles historicjues, ce qui paraît peu probable; en ce cas ce serait 
réponyme de l'église, sainte Pudentienne, et sainte Praxède. 

2. On ferait tout un livre sur cette mosaï([ue à laquelle I^e Rossi, Musaici, a 
consacré une impérissable monographie. On a proposé bien des explications du 
décor architectural ; De Rossi y voyait le Viens Patricius au iv" siècle ; le 
P. Grisar, Analecta roinana, t. ii, dissert. XIII, se fonde sur la mosaïque de 
Madaba pour voir à Sainte-Pudentienne les grandes constructions constanti- 
niennes de Jérusalem. Cette vue a été adoptée par la Revue biblique, 1900, 
t. IX, p. 484; elle parait, en effet, très vraisemblable. Si cette explication était 
définitivement démontrée, on voit son grand intérêt et ses conséquences pour 
l'histoire de l'art le plus romain, la mosa'ùiue. Il se serait trouvé imprégné et 
envahi par cet Orient auquel, décidément, rien ne pouvait, semble-t-il, se 
soustraire en Occident. Barbet de Jou5', /-es mosaïques chrétiennes des basiliques 
et des églises de Rome, in-8», Paris, 1857, a révélé l'existence de la mosaïque 
de Sainte-Pudentienne dont pas un archéologue ne paraissait plus avoir con- 
naissance. 



2\i 



(Il M'iiiti: 



li's (.oiiditidus (lu stvlc pitt()ri'S(juc sont licK'lcim'nt conservées : dis 
posilion s;ivanl«' cl aniiiUM> des persoiinii^es, distribution par g^roupes 
et à des plans divers, draperies fraiulieineiit accusées, lar;^''es plis, 
amples étoiles, alliludes vai-iees. aeeeiit individuel, j^randeur, har- 
monie, re^rularite de l'ordonnance, distinction de Idnivre, <;xj)res- 
sion des individus, tous les traits essentiels de l'art antique s'v 
trouvent encore vivants ; on ne sent la décadence (ju à certaines 
faiblesses d'exécution et de détail, et, par compensation, on découvre 
dans ces lij^'ures des trésors (jui sont les promesses mêmes de lart des 
temps modernes. La mosaï(|ue de Sainte- l'udentienne, admirée par 
le Poussin, est le monument K' plus achevé de ce (jui nous reste 
de 1 art chrétien en sa période histoi'ifjue. 

D'après la décoration de Sainte-Constance et de l'abside (Kî Sainte- 
Pudentienne. nous pouvons imag'iner en (piehjue la<,"on la décoration 
des édilices chrétiens de ré})0{jue constantinienne. La polychromie 
et le naturalisme, ces deux tendances (jui constituent la pensée 
essentielle de l'art catacombal, atteig'nent un degré (jue nul ne se 
serait hasardé de prédire. La mosai({ue et la fresque — celle-ci 
toujours subordonnée désormais — occupent tout espace laissé libre 
j>ar la sculpture ornementale. La beauté est en raison directe de la 
lichesse, la basilique vaticane, pour laquelle Constantin semble avoir 
voulu épuiser la [)rofusion même, n'est plus (ju'une pa<;^e historiée. 
La façade de l'atrium, la i^rande fa(,'ade de léjj^lise, les nefs, les arcs, 
l'arc triomphal, l'abside l'eluisent de couleurs et de dorure. La 
mosa'ique absidale nous est connue par un dessin du xviT' siècle. 
Nous voyons (jue les petites absides laténdes de Sainte-(]onstance 
contiennent bien, comme nous lavons reconnu, la jjromesse 
de l'art nouveau. Mais cet art. il faut le redire encore, ne se 
détache pas brus(|uement du j^oùt antique ; il le raj)pelle, l'utilise et 
ne semble s'en séparer (|u'à regret. La mosa'ique nous montre le 
Christ assis sur im tr(')ne entre saint Pierre et saint Paul, la scène 
est encadrée par des palmiers ; sur le sol — et c'est ici que les rémi- 
niscences se multiplient — sont disséminés de petits temples ronds 
parmi les(|U(ds se \ oient des arbres (jue des petits génies frappent de 
leur cognée. 

VII. Le second art chrétien. 

L'iconographie nouvelle — ce (jue nous appelions dans le chapitre 
précédent « le second art clin tien " — entrée en possession de ses 



LE SECOND ART CHRÉTIEN 21a 

moyens, sait maintenant ce qu'elle veut et à quoi elle tend. Nous 
empruntons à un archéologue qui est aussi un artiste délicat, une 
page qui expose avec la concision et la justesse désirables la nou- 
velle phase de l'art, celle qui en est véritablement la forme chré- 
tienne. « Un grand effort, écrit M. Pératé *, a été accompli pour 
fixer le type du Christ, très différent de Tadolescent imberbe que 
présentent les fresques des catacombes. Il est bien évident que les 
artistes se sont tenus à l'écart des interminables controverses qui 
divisèrent les docteurs du iii'" et du iv" siècle, les plus nombreux 
inclinant à croire, d'après Isaïe, que le Fils de Dieu avait été dépourvu 
de beauté, allant même, avec Tertullien et saint Cyrille d'Alexan- 
drie, jusqu'à lui donner des formes abjectes ; d'autres, avec saint 
Jérôme et saint Jean Chrysostome, lui faisant conquérir les âmes par 
la beauté de ses traits autant que par ses discours. Les œuvres des 
artistes chrétiens s'inspirent du sentiment populaire et toujours vivace 
de la beauté des immortels. Le Christ des catacombes avait quelque 
chose de la grâce d'un Apollon ; celui des mosaïques aura quelque 
chose de la majesté d'un Jupiter ; mais il est bien vrai que le senti- 
ment chrétien, à défaut de traditions orales ou écrites, en l'absence 
surtout d'un portrait authentique, suffit à marquer la divine figure 
d'une empreinte originale. Il est intéressant de constater que le type 
imberbe de Jésus persistera longtemps encore dans l'art des basiliques 
(et dans l'art des sarcophages) auprès du type barbu qui caractérise d 'or- 
dinaire le Sauveur dans sa gloire. Jésus donne la Loi au monde chré- 
tien dans l'attitude de commandement des empereurs, debout ou 
assis sur un trône constellé de gemmes ; il est vêtu de la toge et du 
pallium, le nimbe entoure sa tête d'un cercle lumineux, où se dessi- 
nera bientôt une croix, aux côtés de laquelle brilleront l'A et l'Q, pour 
rappeler les paroles de l'Apocalyse : « Je suis l'Alpha et l'Oméga, le 
« premier et le dernier, le principe et la fin % » Auprès de cette figure 
que l'on peut appeler historique et réelle, la figure symbolique de 
l'Agneau occupe la place que l'art mystique des catacombes donnait 
au bon Pasteur. C'est l'Agneau de l'Apocalypse, « debout sur la 
« montagne de Sion ^^ » et couronné du nimbe. Si les évangiles sont 
la grande source où va puiser l'art historique et réaliste, l'Apocalypse, 
par ses visions enflammées, n'offre pas moins de richesses à l'art 

1. Les monuments de l'art chrétien en Occident, dans A. Michel, Histoire de 
fart, t. I, p. 42-44. 

2. Apoc, xxii, 13, voir Dictionn. d'arch. chrét., t. i, col. 1. 

3. Apoc, XIV, 1. 



i>i(; 



«iiM'iiiti: w 



s\ ml)iili(|iu'. I >(• 1 .\|Mii;iI \ sf vifiiiu'iit CCS liu;!!!»'^ <|ui oinciit I ;ii'i' de 
1 al)si(lc et 1 ,irc t i|(imi|>1i;iI des li;isili(|ucs : c csl 1 Agneau cl;(»i'i;('', 
cli'iulu sur un tnnic. (Ic\aiil lc([ucl est ouNcit le lixrt' aux sc|»l 
sceaux ' ; ce sont les sept candelalucs ni\sti(|ucs ', les {|uali'e sym- 
boles dt'S 1!\ aui,^élistes, le Lion, le l'xeul. llloninu' et lAii;le '; 
enlin les vin^l-tjuatre Nieillards ([ui adort'ul 1 Ai^ncau, et tendent 
Nci'slui leurs coui'onni's •. Le lU'Uve de \ie. splendide loinnu' le cris- 
tal, (|ui jaillit du siem' de l)ieu cl de 1 .\.i,'"neau ', ce sont les (jualre 
l.vanj^iles t-onipan'-s aux ([ualre fleuves du Laradis. (lion, I*liis(Ui. 
1 ii^i'c et Luplirate ; les iinu-s lidèlcs y \(tnl hoire, sous la li:^ure du 
cei'l '• et surtout S(»us la ti^urt' des hi'ehis, (|ui soi'lent par groupes 
c,i;"aux généralement au nond)re de dou/.ei de Jérusalem et di' 
Jielhlt'hem ; .lérusaliMU, c Cst la ville de 1 ancienne Alliance. V/ùrlc- 
.s7,7 ('./■ ciffiimcisionc : Hct hléhein , c est la \\\\v de la Nouvelle Alliance, 
I J-Jf<l('si;i c.r (jcnfibus ; l'u sorte (|ue ces lij^ures des deux l".i,'-lises, 
s\ nd)(dis('es matériellement par limat^e de deux villes ceintes de 
murs avec des j)ortes et des touis. se j)ersonnilienl encore idi-ale- 
nu'ut en deux i'emmes vétui's de hlanc, <pie nous avons vues ;i Sainle- 
(lonstance. et dont le type se perpétuera parla mosaï<pie et la sculp- 
tiwe jus([u'à la lia du moyen à^e. l'allés résument ])ar leur opposi- 
tion ce |)arallélisme des scènes de 1 Ancien et du Nouveau ICstament 
((ue 1 ai"t chrétien, se conformant ii renseijj;-nement tlu''()loi;i([ue. va 
désornuM' adopter. Ce parallélisnn'. nous le verrons, devient luie des 
lois princijiales de Lart chrétien, où, comme dans lé^'-lise même, 
tout doit aboutir ;i la iii^uiH' (hi IJédempteur. Miiuix enc<)re (jue les 
symétri([ues lig-ures de la Syna^-'of^ue et de rLij;-lise des (lentils, les 
deux absidi's de Sainte-Constanci' a\ aient incarné en leurs puis- 
santes com[)ositions du don de la Loi anciiMine et cK' la Loi nouvelK' 
la concordanct' des deux Festaments ; mais (dk-s demeurèrent un 
monument unicpie. Lart chrétien ne s'essaiera plus avant longtemps 
à lii,'urcr l)ieu le Père autrement ([ue par un sij^'-ne intidlii^i-ibli' : ce 
sera, au sommet des absides consacrées ;i la ^-loire du bils. la main 
divine ([ui sort des nues et tient suspendue au-dessus du voile du 
ciel la couronne des récompenses éternidles, taiulis (pie })lane lu 

I. A|.(.c., V. I, t;. 

'1.