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Full text of "Manuel des antiquités romaines"

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MANUEL 



DES 



ANTIQUITÉS ROMAINES 

XV 



14. 



LE PUY. — IMPRIMERIE MARCHE9S0U FILS. 



^ 



LA 

VIE PRIVÉE DÉS ROMAINS 

PAR 

JOACHIM MARQUARDT 

OUVRAGE TRADUIT SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE 
PUBLIÉE PAR A. MAU 



Victor HENRY 

DOCTEUR EN DROIT, CHARGÉ DE CODRS EX SORBONNE, LAURÉAT DE l'iNSTITUT 



TOME DEUXIEME 
Avec vingt-trois gravures sur bois. 




PARIS 

THORIN ET FILS, ÉDITEURS 

LIBRAfRBS DU COLLÈGE DE FRAXCE, DE l'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE, 

DES ÉCOLES FRANÇAISES d'aTHÈNES ET DE ROME 

DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES HISTORIQUES 

7, RUE DE MÉDICIS, 7 

1893 



LA 

VIE PRIVÉE DES ROMAINS 

Par J. MARQUARDT 
II 



MANUEL 



DES 



ANTIQUITÉS ROMAINES 

PAH 

TH. MOMMSEN, J. MARQUARDT & P. KRUGER 

TRADUIT DE l'aLLEMAND SOUS LA DIRECTION DE 

M. Gustave HUMBERT 

Professeur honoraire à la Faculté de Droit de Toulouse, ancien Garde des Sceaux, 
ancien Vice-Président du Sénat, premier Président de la Cour des Comptes. 



TOME QUINZIEME 

LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS 

Par JOACHIM MARQUARDT 

OUVRAGE TRADUIT SUR LA DEUXIÈME ÉDITION ALLEMANDE 
PURLIÉE PAR A, MAU 

PAR 

Victor HENRY 
Docteur en droit, Chargé de cours en Sorbounc, Lauréat de l'Institut. 



TOME DEUXIEME 
Avec vingt-trois gravures sur bois. 





PARIS 

THORIN ET FILS, ÉDITEURS 

libraires du collège de FRANCE, DE L'ÉCOLE NORMALE SOPÉRXEDRE, 

DES ÉCOLES FRANÇAISES D' ATHENES ET DE ROME 

DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES HISTORIQUES 

7, RUE DE MÉDICIS, 7 

i893 



BGr 
11 

cl t>. 



AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR 



Les dimensions atteintes par ce second volume m'inter- 
disaient de songer à le grossir. J'ai donc dû renoncer aux 
additions finales que j'avais projetées et qui au surplus 
n'offraient qu'un intérêt fort accessoire, et me borner, 
comme dans le premier, à quelques notes complémen- 
taires qu'on trouvera çà et là au bas des pages. Mais je con- 
signe ici, par ordre de chapitres, les titres de quelques 
récents ouvrages, qui auraient risqué de se perdre dans les 
bibliographies touffues de l'auteur, et que le lecteur 
français me saura gré de lui rappeler. 

Sur le chapitre 1" : — Alph. dé Candolle, Origine des 
plantes cultivées, 3" édition, Paris, Alcan, 1886, in-8°. 

Sur le chapitre 111 : — Max. CoUignon, Histoire de la 
Sculpture grecque, tome I", Paris, Didot, 1892, gr. in-8° ; 
— J. Martha, VArt Étrusque, Paris, Didot, 1889, in-/*" ; — 
J. Martha, Manuel d* Archéologie étrusque et?vmaine, Paris, 
Quantin, s. d., in-8° ; — E. Miintz, la Mosaïque chrétienne, 
pendant les premiers siècles, I-II (extr. des Mém. de la 
Société des Antiquaires de Fr., t. LU), Paris, Leroux, 
1893, in-8°. 

Sur le chapitre V : — K. Richter, les Jeux des Grecs et 



X AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR. 

des Romaïm, trad. A. Bréal et M. Schwob, Paris, Bouillon, 
1891, pet. in-8° ; — Max Ihm, Romische Spieltafeln, in 
Donner Studïen R. Kékulé gewidmet, Berlin, 1890, in-8°, 
p. 323 sq. ; — Max Ihm, delk Tavole lusoiie, in Mittheil- 
imgen des kaiserlkh Deutschen Archaeologischen Instituts, 
Rôm. Adth., 1891, p. 208 sq. (1). 

Sur l'ensemble des questions étymologiques que sou- 
lèvent les termes techniques et usuels de la vie privée 
romaine : — 0. Keller, Lateinîsche Volksetymologie, Leipzig, 
Teubner, 1891, in-8° ; — ouvrage hasardeux dans son 
principe et condamnable en ses outrances, mais très heu- 
reux parfois dans l'ingénieuse divination qui reconstitue 
le mot latin déformé par l'ignorance ou l'erreur. On y 
lira, par exemple, que l'exclamation nuptiale talassio, 
incomprise des Romains, n'est autre chose que le nom 
étrusque d'une Déesse de la naissance et de la maison, 
Thalna Lasa, accompagné de l'interjection commune 
lOj — que le mot imbrex (tuile creuse) a pris l'initiale de 
imber (pluie), mais a dû jadis se prononcer ambrex^ lui- 
même corrompu du grec àj^àpa (chéneau) sous l'influence 
des deux mots latins amb-regere (diriger à l'entour [du 
toit] ) , — que le pïncerna ou échanson latin doit son nom 
bizarre à la composition grecque 'zritfyt.t^^-^vu'^i (mêler en 
versant), etc. — Les lecteurs qui s'intéressent à ces délicats 
problèmes trouveront également profit à consulter les index 
grecs et latins des sept volumes de Mémoires de la Société de 
Linguistique de Paris, Paris, Bouillon 1871-1892, gr. in-8°. 
Pline l'ancien étant cité presque à chaque page du 
présent volume et Pline le jeune à peine une dizaine de 
fois, j'ai cru pouvoir supprimer en maint endroit la sigle 
H. N., surtout lorsqu'elle était suivie d'un chiffre romain 



■ (1) Je dois ces deux indications à l'obligeance de mon excellent collègue et 
ami R. Gagnât. 



AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR. xi 

supérieur à X. Toutes les fois donc qu'on lira Piin. tout 
court, on voudra bien l'entendre du naturaliste. 

LMndex des mots est un peu plus détaillé dans la traduc- 
tion que dans l'original (1). 

V. H. 

Paris; 16 mai 1893. 



H) ERRATA. 



P. 30, 1. 15, suppléer (horrea). 
P. 289, 1. 7, suppléer (sima). 
P. 373, 1. 9, lire (sacomarii). 
P. 373, 1. 10, lire (parmularii). 



LA 

VIE PRIVÉE DES ROMAINS 



SECONDE PARTIE 
TRAVAIL ET LOISIRS 



ViE Privée des Rom. t. H. 



INTRODUCTION (389) 



AGRICULTURE, INDUSTRIE, COMMERCE EN GÉNÉRAL. 

La première partie de cet ouvrage a été consacrée à 
Tétude de J'organisme intérieur de la vie de famille romaine. 
Dans la seconde, nous en envisageons les éléments extrin- 
sèques, les besoins de la vie, et la satisfaction de ces besoins 
par l'exercice des diverses professions. La tâche est com- 
pliquée : avant de l'entreprendre, il semble expédient d'em- 
brasser d'un coup d'oeil rapide tout ce vaste sujet et de fixer 
le point central d'où rayonneront nos aperçus. 

Généraux ou individuels, telle est la première distinction 
que comportent les besoins de l'homme vivant en société 
politique. Les besoins généraux, ceux de la société poli- 
tique elle-même, soit donc ceux de l'Etat romain, auquel 
se bornent nos vues, ont fait l'objet des divisions précé- 
dentes de ce Manuel. Ce sont les besoins individuels qui 
doivent à présent nous occuper : ils sont, ou corporels, — 
besoins de nourriture, de vêtement et d'habitation, — ou 
intellectuels, — besoins d'activité scientifique ou de simple 
et libre récréation, auxquels les arts doivent en partie leur 
naissance. La satisfaction de ces besoins est en tout temps 
et en tout lieu le but immédiat du travail humain ; mais 
l'importance attachée à chacun d'eux, la méthode usitée pour 
les satisfaire, et tout particulièrement les rapports des ser- 
vices publics avec la production en elle-même et ceux des 
divers ordres de production entre eux, accusent de très sen- 
sibles différences, caractéristiques des époques et des nations. 



INTRODUCTION. 



Arts et métiers Detis rancicii Orient le sentiment de la personnalité est 



en Orient, 



encore à Tétat d'ébauche : aussi la société repose-t-elle en 
généra] sur un rigoureux régime de castes. Gouvernement 
et administration, défense du pays, culte, métiers manuels 
et trafics, ce sont autant de domaines exclusivement dévo- 
(390) lus à certaines classes sociales : les limites en sont étroite- 
ment tracées, le choix n'en est point libre, la vocation y est 
héréditaire. Il est une branche de l'activité humaina qui 
s'accommode merveilleusement de cette délimitation : le 
travail manuel, tissage, apprêt du cuir, façon des métaux, 
des pierre» lines, de l'argile et du verre, s'est déjà élevé en 
Orient à une haute perfection, et les conquêtes de la civi- 
lisation orientale, léguées par elle à l'antiquité tout entière, 
ont constitué le fonds sur lequel vivait encore la technique 
du moyen âge. 
en Grèce, En Grècc, tout au contraire, et notamment à Athènes, la 

liberté individuelle atteint son apogée de développement : 
chaque homme a conscience d'être également apte à rem- 
plir toutes ces fonctions si variées ; le sophiste Hippias, qui 
enseigne les sciences et tient école de politique, se vante 
d'avoir fabriqué lui-même sa tunique, son manteau, ses 
souliers, sa bague et son huilier (l), et il n'est pas un Athé- 
nien, foulon, cordonnier, charpentier, forgeron, paysan ou 
marchand, qui ne se tienne pour propre à gouverner sa 
ville (2). Il est vrai que Platon, Aristote et les représentants 
de la haute culture ne partagent point cette opinion : pour 
eux, du moins, la carrière politique est incompatible avec 
le [âàvauo-ov l'pyov, le métier manuel (3) : ce labeur, disent- 
ils, entrave le développement du corps comme celui de l'in- 
telligence ; il rétrécit le cœur, ferme les yeux aux grandes 



(1) Plat. Hipp. min. p. 368 ; Cic. de or. III, 32, 127; Quintil. XII, 11, 21; 
Apul. Flor. I, 9. 

(2) Xenoph. Memor. III, 7, S. 

(3) Aristot. Polit. VIII, 2 =11, p. 1337\ 8 Bk. : ^âvauaov 6' è'pyov sivat Ssi 
TOÛTo vo!J.iî;civ, xal Téy_vT,v TaÛTTiv xal (xiOriaiv, oaai Trpôî Tàî XP'^l'^''^ *^^ "^^î 
irpiÇeiî rf,!; àpexTJi; àfypTiaxov dtTrîpYdÇovxat tô ffwjxa tûv AsuO^pwv t, rh,v Siavotav. 
Cf. 111, i), p. 1278-, 6 Bk. 



INTRODUCTION. 5 

vues d'utilité générale, restreint le loisir indispensable à 
l'homme politique, fait enfin du salarié, qui travaille au 
profit d'un autre, une manière d'esclave qui ne vit point 
pour soi, mais pour le maître qui l'emploie (1). IV^ais préci- (391) 
sèment l'industrie ancienne reposa en grande partie sur le 
travail servile : le chef d'entreprise n'avait dès lors qu'à 
pourvoir à l'apprentissage de ses esclaves (2), et la besogne 
manuelle lui était à peu près épargnée. Ce genre d'exploita- 
tion et, à plus forte raison, la pratique habituelle d'un art 
ou d'une science, sans intention d'en tirer profit, furent de 
tout temps appréciés et tenus en honneur par les Grecs : de 
là ce merveilleux épanouissement des sciences et des arts 
qui demeure pour le monde moderne la marque indélébile 
du passage de la race grecque sur la terre. 

Ainsi, la technique industrielle vient d'Orient; de Grèce, à Rome. 
l'art et la science à leur plus haut période : quelle nou- 
velle et propre direction le monde romain saurait-il impri- 
mer au travail utile? Aussi n'est-ce point en un progrès 
. dans l'un ou l'autre sens que gît son originalité et se recon- 
naît son rôle historique, mais bien dans l'intensité de sa vie 
politique, dont l'influence se fait sentir à tous les âges de 
Rome. L'Etat souverain dirigeant les destinées de l'univers, 
tel est le but conscient que les Romains ont poursuivi sans 
relâche d'un bout à l'autre de leur histoire : ils y ont sacrifié, 
au début, tous les intérêts individuels, et, dans la suite, 
jusqu'à l'intérêt national lui-même. C'est un beau trait du 
caractère des vieux Romains, que ce sentiment du devoir 
envers l'Etat qui, du moins dans leurs antiques annales, 
s'élève jusqu'aux plus sublimes dévouements : les efforts du 
citoyen ne tendent point à la satisfaction de ses appétits (3), 

(1) Question traitée par Druuiann, die Arbeiler u. Communisten in Grie- 
chenl. u. Rom, Koenigsberg, 1860, in-8, et récemment, avec beaucoup de 
détail par Frohberger, de opifician apud veteres Graecos conditione diss. I, 
Grimmae 1866, in-4. 

(2) Plat, de leg. p. 846o, et autres références dans Frohberger, op. cit., p. 21. 

(3) Val. Max. IV, 4, 9 : patriae enim rem unusquisque, non siiam aiigere pro- 
perabaf, paupergiie in divile qiiam divea in pavpere imperio vcrsari malehat. 



6 LNTRODUCTION. 

mais à la glorification de l'État, et les droits de l'individu le 
cèdent toujours aux intérêts de la communauté. Le père de 
famille ne connaît d'autre gain décent que les revenus de 
l'agriculturç (1) : il produit sur son propre domaine tout ce 
qu'il consomme (2), sa nourriture et celle de sa famille, la 
laine de ses vêtements, le cuir de ses chaussures et les 
matériaux de sa maison ; il est chef, instituteur, prêtre et 
médecin domestique ; mais avant tout il est citoyen, admi- 
nistrateur et soldat. Le travail manuel, le travail de la terre, 
telle est sa vocation et son lot, et il n'est point d'homme si 
haut placé que ce travail ne l'ennoblisse (3)-: que si le ser- 
(392) vice militaire ou l'exercice de quelque charge vient à l'in- 
terrompre, l'économie domestique tout entière se trouve 
compromise. 

Dans ces conditions, la production industrielle demeura 

très rudimentaire, jusqu'au jour oij, du moins dans la ville 

même de Rome, on reconnut la nécessité de pourvoir par la 

division du travail à certaines industries qui exigent l'habi- 

coUèges darii- leté dc maiu, l'habitude et l'apprentissage. La fondation des 

sans institués par _ ... 

Numa: huit coUègcs d'artisaus que la tradition attribue à Numa (4), 

et qui en tout état de cause remontent à une très haute 
antiquité, réalise ce progrès et marque les débuts de l'indus- 
trie romaine. Mais il en advint de cette industrie primitive 



(1) Cf. supra, I, p. 160 sq. 

(2) D'où le proverbe : nequam ac/vicolam esse, qinsqids emeret quod praestare 
ei fiindus posset. Pliri. //. N. XV[1I, 40. 

(3) Plin. H. N. XVIII, 19 : ipsorum tune manibtts imperatori/m colebantur 
açjri. Cic. de sen. 16, 56. Exemples cités : les Camilli et les Curii (Luc. Phars. 
I, 168 sq.); L. Quinciius Cineinnatus Cos. 460 av. J.-C. (Liv. III, 26, 9; Fost., 
p. 2oT', 1 ; Val. Max. IV, 4, 7; Colum. I, pr. § 13); M. Valerius Corviniis Cos. 
348 (Val. Max. VllI, 13, 1); C. Fabricius, censeur 175 CCol. ibid.)\ C. Atiliiis 
Serranus Cos. 257 et 250 (Cic. pro H. Amer. 18, 50: Val. Max. IV, 4, 3); et 
en général toutes les familles dont les nomina ou les cognomina sont emprun- 
tés à l'agriculture ou à l'élève du bétail, Fabii, Pisones, Lentuli, Cicérones 
(Plin. H. N. XVIII, 10), Porcii, Ovinii, Caprilii, Equilii, Caprae, Tauri, Vituli 
(Varr. de re rust. II, 1, 10). Scipion l'Africain encore, selon Sénèque {Ep. 
LXXXVI, 5), exercebat enim opère se, terramque, ut mos fuit priscis, ipse 
subigebat. 

(4) Cf. Culte, I, p. 166. 



INTRODUCTION. 1 

comme de la littérature indigène : elle fut arrêtée ou déviée 
dans son développement naturel, par l'introduction de pro- 
duits étrangers d'un art plus achevé, auxquels l'extension de 
la puissance romaine et les progrès du commerce ouvrirent 
de jour en jour un plus abondant et facile accès. A l'époque 
de la fondation de Rome, la technique des Italiotes ne 
s'était point encore dégagée de la rudesse qui caractérise 
chez tous les peuples les premiers débuts de la civilisation 
naissante (1). La filature, le tissage, la fabrication des tresses 
et des feutres, le travail élémentaire du bois, de l'argile, du 
métal et du cuir, sont en usage dès ce temps-là et prennent 
place dans l'organisation industrielle de Numa (2), qui com- 
prend, outre les tibicines^ auxiliaires obligés du culte public, 
les orfèvres [aiirifices^ y^^u7o-/6oi) , les charpentiers [fahri 
tignarii^ tsxtovsç), les teinturiers {tinctores, pacpsiç), les cor- 
donniers {sutores^ o"/cutotÔ|jioi.), les tanneurs [coriarii^ oxuto- 
ôi'lsis), les forgcurs en cuivre [fahri aerarii, yaXxsliç) et les 
potiers [fîguli^ xspa^uLs^). Il y manque les ouvriers du fer 
[fahri ferrarii), — car le cuivre est encore la seule matière (393) 
première des outils de la paix et des armes de guerre, et 
dans les rites religieux il reste très tard le seul métal dont 
l'usage soit licite (3), — les tisserands et les boulangers, 
que supplée le travail domestique, et toutes les indus- 
tries élégantes dont il sera question plus bas. Quant aux ce quUs fabri- 
produits métalliques ou céramiques de cette fabrication *'""" 
indigène, nous en avons de bons spécimens par les fouilles 
de la nécropole d'Albe la Longue (4) et de l'Esquilin à 

(1) Helbig, die Italiker in der Poebene, Leipzig, 1879, p. 77-97. 
(2j Plut.. Nian. 17, et joindre E. Wczel, de opificio opificibusque ap. veter. 
Rom. diss. I, Berol. 1881, in-4. 

(3) Culte, I, p. 282, n. 5 *; Momuisen, R. G., 16, p. 192 "; Helbig, op. cit., 
p. 77 sq. 

(4) On trouvera dans Helbig, op. cit., p. 82, la bibliographie afférente à la 
nécropole d'Albe. V. en particulier : Al. Visconti, Lettere al Sig. G. Carne- 
vali di Albano supra alcuni vasi sepolcrali rinvenuti nelle vicinanze delV 

* Rapprocher : Culte, II, p. 15. — V. H. 

** Hist. Rom., trad. Alexandre, I, p. 261. — V. H. 



8 INTRODUCTION. 

Rome (1), dont les sépultures sont en partie du moins anté- 
rieures à la construction de la muraille de Servius (2). On 
n'y trouve point du tout de vases en bronze repoussé (3), 
très peu d'objets en métal d'ailleurs (4), mais, en fait de cé- 
ramique, des pesons de fuseau en terre glaise, pareils à ceux 
que Schliemann a découverts dans ses explorations troyen- 
nes, et des pots grossiers façonnés à la main sans tour à po- 
^tier (5). C'est de ces procédés enfantins que relèvent les vases 
sacrés de l'ancien culte, le simpuviimi et le niger catinus 
de Numa (6), et la tradition religieuse les maintint tels quels 
pour certains services déterminés, témoin les ollae qui se 
sont conservées dans l'enclos des Arvales : très postérieures 
en date, elles sont pourtant fort communes et visiblement 
façonnées sans l'aide du tour (7). 
Importation de p^^ yjije gi^cle avaut uotre ère, la Grèce elle-même n'avait 

produits pneni - 

aîiir *°" '"^*'" P^^^^ encore développé d'art ni d'industrie à elle propres, 
tandis que, de temps immémorial, l'Orient — Egypte, Assy- 
rie et Phénicie — nous apparaît en possession de procédés 



antica Alba Longa, Roma 1817 ; G. Tambroni, intorno le urne cinerarie dissot- 
terrate nel Pascolare di Castel Gandolfo, in Atti delV Accadem. Rom. 
d'Archeolog., I, 2, p. 237; Pigorini and Lubbock, Notes on the Hut-Urns and 
the objects discovered in an ancient cejnetery in the Commune of Marino, in 
Archaeologia, XLII, 1 (1869), p. 99 sq. ; quatre rapports de M. S. de Rossi, in 
Annali 1867, p. 36-40, Giornale Arcadico, n. s., LVIII, p. 26 sq., Corrispon- 
denza scientifica di Roma, décembre 1870, et Annali 1871, p. 239 sq. 

(1) V. supra, I, p. 399. 

(2) M. S. de Rossi, Bull, d. Inst. 1875, p. 230 sq. 

(3) Ilelbig, op. cit., p. 77. 

(4) Helbig, p. 89; M. S. de Rossi, Annali 1871, p. 249. 

(5) Helbig, p. 84. 

(6) Juven. VI, 343. M. S. de Rossi, seconflo rapporto, p. 40. Sur la simplicité 
des anciens ustensiles du culte * : Dion. liai. II, 23; Plin. //. N. XXXV, 158; 
Apul. de maq. 18; Val. Max. IV. 4. 11. 

(7) Quand ils ne sont pas tout bonnement façonnés à la main, on y insère 
des cerceaux pour donner aux parois la courbure voulue : M. S. de Rossi, 
Giorn. Arcad., LVIII (Luglio 1868), tav. IV, n. 1-18; Helbig, op. cit., p. 87; cf. 
Henzen, Acta Fr. Arval., p. 30. 

* Dans l'Inde aussi, en dépit des progrès de la civilisation et du luxe effréné des cours, le 
culte brahmanique a longtemps conservé l'humble matériel que lui avait légué la barbarie 
préhistorique. — V. H. 



INTRODUCTION. 



techniques très perfectionnés en tout genre ; parties de Sidon 
et de Tyr, ses créations se répandirent sur tous les rivages 
de la Méditerranée. Les découvertes récentes de Chypre (1), (394) 
de Rhodes (2), de Mélos (3), de Spata, village situé à quatre 
lieues environ d'Athènes (4), les trouvailles faites en Italie, 
à Cervetri (5), à Corneto (6), à Chiusi (7), à Vulci (8), à 
Salerne (9), à Palestrina (10), en Sardaigno enfin, aussi riches 
qu'inespérées, ont amené au jour des objets tout à fait 
analogues à ceux, dits de style égyptien ou assyrien, qui 



(1) Les découvertes du général de Cesnola ne furent d'abord publiées que 
sous forme de recueil de photographies sans texte, intitulé the Antiquilies of 
Cyprus discovered by General L. P. di Cesnola, photogruphed by St. Thomson, 
London 1873, in-f". Vint ensuite le Catalogue de J. Doell, in Mém. Acad. 
S. Plbg., Vile gér., XIX, 4, 4 (1873); et enfin : L. P. di Cesnola, Cyprus, ils 
ancient cities, tonibs and temples, London 1877, in-8; L. P. di Cesnola, Cypern, 
seine alten Studte, Grilber und Tempel, en recension allemande par L.- Stcrn, 
Jena 1879, in-8; L. P. di Cesnola, a descriptive Atlas of the Cesnola Collection 
of Cypriote Antiquities, vol. I, Berlin 1885. Sur les découvertes de R. H. Lang, 
contemporaines de celles de Cesnola, on trouvera des renseignements dans 
R. S. P'oole, Transactions of the Royal Society of Literature, XI, part l, 
new séries. 

(2) Voir : Aug. Salzmann, Nécropole de Cameiros, Paris 1875, in-f" max. ; 
A. de Longpérier, Musée Napoléon III, pi. 49-54 et 57-58. 

(3j A. Conze, Melische Thongeftisse, Leipzig, s. d., in-f» obi. 

(4) Voir : Mittheilungen d. dtsch. archciologischen Instituts in Alhen 1877, 
p. 82 sq. et 261 sq. ; 'AÔTivatov, VI (1877), p. 167-172, ph 1-VII; Schliemann, 
Mykenû, Leipzig 1878, in-8, anhang II, p. 432 sq. *. A Mycènes m^me 
(Schliemann, loc. cit. ; Furtwângler et Loeschke, Myken. Thongefâsse, Berlin 
1879, in-fo obi.), on ne trouve point d'ouvrages de style assyrien, mais des 
objets en cristal de roche, ambre, ivoire et verre, qui relèvent de la civilisa- 
tion phénicienne. 

(5) Voir : Grifl, i Momim. di Cereantica, Roma 1841 ; Museo Gregor. I, 63 sq. 

(6) Ann. d. Inst. 1874, p. 249 sq. ; Mon., X, tav. 10-10''. 

(7) Helbig, Bull. d. Inst. 1874. p. 203 sq. ; Annali 1877, p. 397; Mon., X, 
tav. 39'. 

(8) Micali, Monum. ined.. tav. 4, 5 n. 1-2, 6-8. 

(9) Annali 1872, p. 231; Mon., IX, tav. 44, 1. 

(10) Sur la nécropole de Préneste et l'historique de la découverte, étude 
consciencieuse de E. Fernique, Étude sur Préneste, Paris 1880, p. 125-137. Cf. : 
Ann. d. Inst. 1866, p. 186 sq, ; Monum., VIII, tav. 26; Ann. 1876, p. 247 sq. ; 
Mon., X, tav. 31-33; Ann. 1879, p. 1 sq.; Mon., XI, tav. 2. 



* Cet appendice ne se trouve pas dans l'édition française de Mycènes. qui est traduite de 
l'anglais. — V. H. 



10 INTRODUCTION. 

paraissent èlre pour la plupart de fabrication phénicienne (1). 
Car les Phéniciens, de longue date ouvriers habiles en tout 
genre d'industrie, excellèrent surtout dans le travail des 
métaux : c'est à ce titre que Salomon les employa dans ses 
constructions (2) et qu'Homère leur consacre une mention 
élogieuse (3). On reconnaît leur œuvre à diverses marques, 
(395) à l'imitation industrielle de modèles étrangers qui s'accuse 
par la libre et capricieuse combinaison de motifs égyptiens 
et assyriens (4), à l'emploi de caractères hiéroglyphiques 
comme simple décoration et sans qu'aucune valeur de sens 
y soit attachée (5), enfin, de temps à autre, à la présence 
d'une inscription phénicienne qui sert de signature (6). 

Il est fort probable que, dès le vu^ siècle, les Tyriens 
apportèrent eux-mêmes leurs denrées en Italie ; car nous les 
voyons figurer comme parties au deuxième traité de com- 
merce conclu entre Rome et Carthage (7). Quant aux Cartha- 

(1) C'est ce qui ressort des recherches approfondies de Helbig, Cenni sopra 
l'Arte Fenicia, in Annali 1876, p. 197-237. 

(2> Il avait fait venir de Tyr un maître ouvrier : Rois, I, 7, 14; Chroniques, 
II, 4, 11. * 

(3) Hom. //. XXIII, 740 : 

IlTiîvEtOT.î S' ali{;' àXkix TtOsi Taj(UTT|TOç âsOTia, 

àpyûpsov xpTixfipa, Texyyjxévov • ï\ S' àpa [xétpa 
)^dtv6av£v, aùxàp xdtX'Xei, èvtxa irâcrav sir' alav 
TToXXôv, étteI S'.Sôve; -iroXuSaiSaXoi eu -i^axYiaav, 
4>oîvtx£î S' ayov âvSpsî sir' ■f,cpoît8ia tîôvxov. 

Ménélas a un "cratère de Sidon, Odyss. IV, 618; Agamemnon, une cuirasse de 
Cyprc, II. XI, 20, et les descriptions homériques d'ouvrages d'art en métal 
permettent toujours d'y reconnaître des modèles orientaux. Sur ce point, voir 
Helbig, dashomer. Epos aus den Denkmulern, p. 13 sq. 

(4) Helbig, Annali 1876, p. 204 sq. 

(3) Helbig, loc. cit., p. 211 ; Cesnola, p. 272 de l'éd. allemande. 

(6) Il y en a une sur la coupe d'argent trouvée à Palestrina en 1873 
(Monum., X, tav. 32, 1), sur laquelle voir détails dans un article de Clermont- 
Ganiicau, Journ. Asiat., VIIo sér., XI (1878), p. 232-270 et 444-344; une autre 
sur le vase publié par Euting, in Mém. Acad. S. Ptbg. VII= sér., XVII 
(1872), pi. 40. 

(7) Polyb. III, 24 : MsTà Si xaûxaç éiÉpa; -roioûvxai auvÔT.xx;, êv «T? Tipoarcpi- 
E'.Ti'/lsaat Kap/T,Sôvio'. Tuptou; xal xov 'Ixuxaiwv of.jiov. Suivent les termes du traité : 
'Eitl xoTaOE cpOaav Elvat 'Po)|xaioi; xal xoÏî 'Puiiaîwv au;ji|xa/oiî xal Kap)(T,6ovtwv 
xal Tuptwv xal 'Ixuxatwv ôr.tjiw. On sait qu'il y a désaccord sur l'époque de ces 
conventions ; Polybe place la première en 243 = 509, et la seconde, semble-t- 



. INTRODUCTION. 11 

ginois, qui, au temps de la royautd romaine, étaient maîtres 
absolus de la Méditerranée occidentale (1), occupaient la Sar- 
daignc (2) et possédaient môme, selon toute apparence, des 
factoreries sur la côte de Ligurie (3), il va sans dire qu'ils ne 
se bornaient point au trafic des produits de la Syrie (4): ceux 
de leur propre industrie ayant sûrement pénétré en Sardai- 
gne (5), ils ont dû tout aussi bien les amener jusqu'au Latium. 

[Les objets trouvés dans les sépultures mettent hors de (sae) 
doute l'importation en Italie de produits phéniciens et cartha- 
ginois, et notamment de verreries, dès le vni^ siècle au plus 
tard (6). Puis les Grecs, surtout ceux de Gumes et de Pho- 
cée, inaugurèrent contre eux une concurrence heureuse (7). 
Vers le milieu du vi* siècle, l'exportation phénicienne ou 
plutôt carthaginoise — car à cette époque tardive le com- 
merce de Carthage devait l'emporter sur celui de sa métro- 
pole — prit un nouvel élan, grâce sans doute au rappro- 
chement politique des Etrusques et des Carthaginois, qui 
triomphèrent des Phocéens à Alalie en l'an 537. Les objets 
de style phénicien qu'on a trouvés en abondance dans les 
sépultures et dont il a été question plus haut, remontent en 
général à cette dernière époque (8).] 

il, en 406 =r 348; d'après Mommsen (Chronologie 2, p. 320 sq.), les trois traités 
auraient été conclus respectivement en 406 r=: 348, 448 = 306 et 475 r=: 279. 

(1) Mommsen, R. G., I^, p. 142 sq. et 487 sq *. 

(2) Entre 554 et 500 avant notre ère, approximativement : Mommsen, R. G., 
16, p. 144, 319 et 492 "; Helbig, Annali 1876, p. 219 sq. et 235 sq. 

(3) Helbig., die Ital. in d. Poebene, p. 37. 

(4) Carthage aussi pratiquait avec succès la métallurgie phénicienne : Hel- 
big, Atïnali 1876, p. 222 sq. 

(5) Les nécropoles sardes de Sulcis, Tharros et Cagliari ont fourni des objets 
d'art absolument similaires de ceux de Phénicie, mais probablement origi- 
naires de Carthage : Helbig, Anncdi 1876, p, 215 sq. 

(6) Helbig, d. homer. Epos, p. 16. 

(7) Vases de Chalcis : Helbig, liai, in d. Poebene, p. 84 sq. Ce trafic doit 
avoir pris naissance à la suite de la fondation de Cumcs, soit donc au vu" siè- 
cle avant notre ère. Sur l'époque de la fondation de Cumcs, voir Helbig, d. 
homer. Epos. p. 321 sq. 

(8) Cf. sur ce point Helbig, op. cit., p. 21 sq. et 67 sq. 

* Nist. Boni., Irad. Alexandre, I, p. i96 sq., ot III, p. 16 sq. — V. H. 

** Hist. Rom., Irad. Alexandre, I, p. 198; II, p. 234, et III. p. 17. — \\ H. 



12 INTRODUCTION. 

inHuence de lart Le période dcs Fois voit diminuer peu à peu et disparaître 

grec à partir de <• i • • i 

l'an 500. 1 importation phénicienne, qui d ailleurs paraît n'avoir exercé 

aucune influence sensible sur l'industrie indigène du Lalium, 
et, depuis la fin du vi' siècle, s'accusent de plus en plus les 
traces du commerce grec, auquel dès lors prennent part les 
colonies doriennes, et Syracuse en particulier. C'est alors 
aussi qu'on voit s'esquisser les premières influences de l'art 
grec, non pas encore dans le Latium, mais du moins en 
Etrurie. La plus ancienne statue romaine, le Jupiter en terre 
cuite érigé dans le temple du Gapitole voué par Tarquin 
l'Ancien et dédié en 245 = 509, fut l'œuvre d'un artiste de 
Véies (1), et la décoration plastique des toits de temples 
romains garda jusque dans la suite le nom de Signa Tiis- 
canica (2). Mais, peu après, l'on voit des artistes grecs tra- 
vailler aux temples romains (3) ; les vases d'argile à figures 
rouges arrivent de Grèce (4), et les beaux as à tête de Jupiter, 
(397) de Minerve, d'Hercule ou de Mercure sont fondus et moulés 
sur des types issus de l'Italie inférieure (5). L'année 416 = 
338 inaugure les admirables monnaies romano-campanien- 
nes à la légende ROMANO (6), et en 458 = 296 les édiles 
curules Cn. et Q. Ogulnius érigent la célèbre statue d'airain 
de la louve allaitant les jumeaux (7). Comment dans la suite 
se développèrent à Rome môme les diverses industries d'art, 

(1) Plin. H. N. XXXY, 157. Detlefsen, de Arte Romanor. antiquiss., I, 
Gluckstadt 1867, in-4, p. 3 sq. 

(2) Plin. //. N. XXXY, 154. 

(3) A la construction de Vaedes Cereris ad circum maximum, dont la dédi- 
cace eut lieu en 261 = 493 (Dion. liai. VI, 17, 94 ; Tac. Ann. Il, 49), travaillè- 
rent deux artistes grecs, le sculpteur Damophile et le peintre Gorgaso : Var- 
ron, cité par Plin. //. N. XXXY, 154; cf. Detlefsen, op. cit., p. 10. 

(4) Momuisen, R. G., I^, p. 444 *. 

(5) Mommsen, Gesch. des RÔm. Munzwesens, p, 186 **. 
(6) Mommsen, G. d. R. Mûnzw., p. 212 *". 

(7) Liv. X, 23, 11. Detlefsen, op. cit., III, p. 5 sq. [On doute aujourd'hui que 
ce soit la louve du Gapitole encore existante, ouvrage de style carolingien 
selon plusieurs archéologues.] 

* Hist. Rom., trad Alexandre, II, p. 275. — V. H. 

** Mon». Rom., Irad. de Blacas et de Wilte, I, p. 196. — V. H. 

•" Monn. Rom., I, p. 262. — V. H. 



INTRODUCTION. 13 

c'est ce qu'on s'efforcera d'indiquer dans les pages qui vont 
suivre. Il faut ici se borner à une remarque d'une portée 
très générale : la part prise par les Romains au progrès 
artistique leur appartient bien moins à titre de vocation 
spéciale pour les beaux-arts qu'en leur qualité de domina- 
teurs politiques et souverains de l'univers. A mesure que se 
répandit l'entente des commodités de la vie, que s'offrirent 
de toutes parts plus d'aisances à se les procurer, et qu'enfin 
le goût blasé des Romains fit croître ses exigences, on vit se 
multiplier les importations exotiques et les fabrications indi- 
gènes d'objets d'art et de luxe : la capitale môme ne fut 
bientôt plus seule à en faire usage; la mode les fit pénétrer 
jusque dans les provinces. A partir des derniers temps de la Ré- Rome 
publique et durant tout l'Empire, Rome est le centre où abou- "''^''' 
tissent naturellement tous les produits de l'industrie de l'an- 
cien monde (1), et au déclin elle ne partage qu'avec Byzance 
l'honneur d'avoir transmis au moyen âge tout l'ensemble 
des procédés techniques créés et perfectionnés par l'antiquité. 

Comme l'industrie, l'agriculture elle-même fut enrayée Agriculture. 
par les destinées qui appelaient Rome à la domination du 
monde. Au temps jadis, la culture romaine suffisait ample- 
ment à la consommation de la capitale et des armées en 
campagne (2) ; elle l'excédait parfois jusqu'à s'ouvrir des 
débouchés étrangers. Sophocle, dans un fragment de son 
Triptolèîne, vante « le blanc froment de l'Italie, terre bénie ». 
Mais, dès l'époque d'Alexandre le Grand, il a cessé d'être 
connu en Grèce (3). Avec la conquête des premières provin- 
ces, Sicile et Sardaigne, commence l'usage des prestations (398) 
provinciales en nature : le blé qu'elles fournissent (4) sert 



(1) Voir Friedlaender, Darstellungen aus der Sitlengeschichte Roms, 1", 
p. 15-16. 

(2) Tac. Atin. XII, 43 : Olim Italia legionibus longinquas in provincias cotn- 
meatiis portabal, nec nunc infecunditale laboratur. Sed Africain potius et 
Aegyptum exercemus, navibiisque et casibits vita poptili Romani permissa est. 
Et Lips. ad h. l. 

(3) Plin. //. ]V. XVIII, 65. 

(4) V. Organ. financière, p. 141 sq. 



H INTRODUCTION. 

h nourrir, non seulement les armées, mais aussi la popula- 
tion urbaine, à qui FEtat, pour faciliter Falimentation des 
classes pauvres, le livre au prix le plus bas possible et très 
souvent à grande perte. A Rome, en 551 = 203, les édiles 
vendent du froment d'Espagne à 4 as le niodius, soit le bois- 
seau prussien [1/2 hectol.] à 24 as ou 1 1/2 denier = 1 mk. 
5 pf. [1 fr. 32] (1); en 553 = 201, du froment d'Afrique au 
même prix (2) ; en 554 = 200, du froment d'Afrique, à deux 
as, soit le boisseau prussien à 50 pf. [1 fr. 25 l'hectolit.] (3) ; 
en 588 = 196, au même prix (4). A partir de ce moment les 
largitions se poursuivirent sans interruption, comme on le 
verra avec plus de détail dans notre Organisation financière 
(p. 138 sq.), et ne purent manquer d'exercer sur les cours 
une influence déprimante : ainsi, au temps de Polybc, qui 
mourut en 123 avant notre ère, l'hectolitre de froment coû- 
tait en Gaule cisalpine 1 fr. 15 (5), prix auquel la culture du 
froment ne pouvait plus être rémunératrice. C'est avec 
grande raison qu'on a signalé, comme une des pratiques les 
plus déplorables de l'administration romaine, celle qui, sous 
prétexte de venir en aide au prolétariat de la ville, ruina la 
culture de l'Italie, et restreignit même, par des dispositions 



(1) Liv. XXX, 26, 6. Mommsen {R. G. I, p. 836 de la 3" éd.) fixe également 
la valeur du denier à 10 gros, tandis que, dans le même ouvrage (I, p. 836 de 
la 40 éd.), il admet 17 gros, ce qui donne à penser qu'il établit son calcul sur 
des as trientaux *. 

(2) Liv. XXXI, 4, 6. 

(3) Liv. XXXI, 50, 1. 

(4) Liv. XXXIII, 42, 8. 

(5) Polyb. II, 15, 1. D'après cet historien, le médimne de Sicile, qui vaut 
celui d'Attique et un peu moins que le boisseau prussien [soit un demi-hecto- 
litre], coûte 4 oboles, c'est-à-dire, en valeur grecque, 54 pfennig [= fr. 675]. 
Comme, d'autre part, Polybe compte la drachme égale au denier (Hultsch, 
Métrologie^, p. 252), 4 oboles valent pour lui 2/3 de denier, ce qui, avec le 
denier égal à 7 silbergros [=0 fr. 875], revient au total à 47 pfennig [= fr. 5875]. 
[Le prix minimum indiqué par Polybe pour la période de 170 à 140 avant 
notre ère, ne subissait sans doute pas l'influence des distributions gratuites : 
cf. Zippel, in Hist. Zeitschr. 1884, p. 490.] Sur les fluctuations de prix, voir 07'g. 
fin., p. 143. 

* Cf. IJist. Itom., tr. Alex., IV, p. 136. — V. H. 



INTRODUCTION'. l'ô 

prohibitives, le commerce des céréales dans les provinces (1), 
afin d'assurer à Rome le monopole des bas cours du blé. 
Mais, soit qu'on n'eût pas prévu au début les extrêmes con- 
séquences de ces mesures, soit que les intérêts particuliers 
de la métropole l'emportassent par la nature môme des cho- 
ses sur les besoins généraux de l'Etat, le fait est que l'agri- 
culture des vieux temps, sur laquelle reposait immédiate- 
ment l'alimentation de la famille, finit par disparaître, que 
la classe paysanne s'éteignit et que l'exploitation foncière (3^^) 
de l'Italie se transforma du tout au tout. 

Tandis que l'acquisition des provinces causait en Italie Banque. 
cette crise agricole, elle imprimait en môme temps au com- 
merce de l'argent et à la spéculation une extraordinaire 
impulsion. De tout temps les Romains eurent du goût pour 
les profits de cette sorte : ils avaient beau les juger indécents 
et odieux (2), ils ne pouvaient s'empêcher de les trouver 
abondants à souhait. Aussi le prêt à gros intérêts occupe-t- 
il déjà une place importante dans l'économie sociale de l'âge 
primitif (3). A plus forte raison le scrupule moral s'est-il 
apaisé quand les provinces s'ouvrent à ce genre d'exploita- 
tion : à peine une nouvelle province est-elle conquise, qu'elle 
voit s'abattre une nuée de traitants romains. Pas une ville 
dans tout l'Empire, où les usuriers [feneratores) et les ban- 
quiers [argentarii] n'établissent leurs comptoirs; pas une 
branche d'affaires qui n'exige leur intervention sous forme 
d'avances et de mandats de paiement (4). Les variétés moné- 
taires des provinces, l'incommodité des méthodes de paie- 
ment, rimpossibilité pour les intéressés d'entrer en relations 

(1) Sur ce point, voir Orç]. fin., p. 144 sq. 

(2) Cat. de re rust. pr. 1. Cic. de off. I, 42, 130 : improbantur ii quaeslus, 
qui in odia homimim incurrunt, ut porlitorum, ut feneratorum. 

(3) Les références sur ce point : Org. fin., p. 216, cf. p. 69 sq. 

(4) Organ. de l'Emp. Rom., II, p. 560. Aussi apparaissent-ils fréquemment 
dans les inscriptions, par exemple : Italici quel Argeis negotianttir; cives 
Romani qui Mytileneis negotiàntur ; en grec, oî T:paY[jiaT£U(5[j.£vot ou èpyaÇôjxevoi. 
Renseignements sur ce point dans : Mommsen, Ephem. epigr., IV, p. 42 sq. ; 
C. Keil, Analecta epigr. et onomat., p. 80. Eu particulier, sur les opération» 
des argentarii, voir Org. fin., p. 78 sq. 



16 INTRODUCTION. 

directes, contraignent tout homme d'affaires à prendre le 
banquier pour intermédiaire. La disette d'argent, fréquente 
dans les provinces, met les particuliers et les communes à 
la merci des feneratores y qui prélèvent sur eux des taux 
insensés, voire 48 pour cent (1). La noblesse fait fortune en 
administrant les provinces; les chevaliers, en prenant à 
ferme les impôts et les faisant rentrer par d'atroces exac- 
tions : grands et petits pressurent à l'envi les pays con- 
quis (2). La spéculation est encore encouragée par les con- 
cessions d'entreprises, ouvertes par les censeurs au nom de 
l'État, ou même par les communes et les simples particu- 
liers : perception des impôts, construction de temples, de 
(400) routes et d'aqueducs, entretien des édifices publics, des ponts 
et des égouts, fournitures à l'usage du culte et des jeux 
publics (3), puis encore affaires privées de toute sorte, con- 
struction d'une maison, enlèvement d'une récolte (4), liqui- 
dation d'une masse successorale ou d'une distribution entre 
créanciers (5), cérémonie des obsèques (6) : autant de tra- 
vaux concédés à forfait et riches de profit pour le spéculateur 
qui les prend à l'entreprise. 
Placement des L'agHculture à SOU tour tomba en proie à cette spécula- 
tion effrénée. La petite culture ne donnant plus de revenu, 
on essaya de la grande exploitation avec fonds de roule- 
ment et méthodes nouvelles. On commença par réduire à un 
strict minimum la production des céréales, et l'on développa 
au contraire celle de la vigne et de l'olivier, ainsi que l'élève 
des bestiaux; on écartait ainsi le risque de concurrence 
étrangère, en même temps qu'on s'assurait, par des procédés 
perfectionnés d'économie rurale, un rendement très satis- 
faisant. Puis, on se défit des paysans, des petits fermiers et 

(1) Org. de VEmp., Il, p. 364. 

(2) Org. de VEmp., II, p. 358 sq. 

(3) Org. fin., p. 398; Mommsen, Staatsrecht, 11^, p. 421 sq. 

(4) Y. supra, I, p. 162, n. 5. 
^5) Org. fin., p. 80. 
(6) V. supra, I, p. 450. 



capitaux. 



INTRODUCTION. 17 

des ouvriers libres, — ils coûtaient décidément trop cher, 
— et l'on les remplaça par des esclaves exempts du service 
militaire et des charges de famille. Enfin, les petites métai- 
ries d'autrefois s'agglomérèrent en vastes domaines, lati- 
fundia (1), où trouvèrent un emploi les capitaux des per- 
sonnes qui ne pouvaient faire la banque, — tels les 
sénateurs, — et qui comportaient au surplus l'exploitation 
accessoire des industries compatibles avec le régime rural : 
production en grand des fruits et légumes, de la volaille, du 
gibier et du poisson, aménagement des bois , briqueteries, 
poteries, charbonnages, fouleries, carHères de sable et de 
pierres à bâtir. Caton l'Ancien déjà enseigne les nouveaux 
principes : gagner de l'argent est, selon lui, le premier des 
devoirs (2) ; le commerce, songe-t-il, serait bien rémunéra- 
teur, s'il n'était si chanceux, ou l'usure, mais elle est trop 
décriée : va donc pour l'agriculture, la plus considérée 
parmi les professions (3) ; mais le blé ne rend rien ; l'éle- 
vage (4), la vigne, l'olivier (5), à la bonne heure. Aussi 
les deux types de domaines qu'il décrit dans l'ouvrage (40i) 
qu'il a consacré  l'agriculture portent-ils spécifiquement 
les noms à'olivetum et de vinea (6); pour le demeurant, son 
capital est placé en bois, étangs, pâturages et fouleries (7), 
ou trouve un débouché dans le commerce d'esclaves et le 
trafic d'outre-mer (8). 



(1) Org. de VEmp., I, p. 138. 

(2) Plut. Cat. maj. 21 : èxcïvo 8' rfir^ aœoSpÔTepov toO Kâ-cwvoî, Sti 0au[jiajT6v 
(JvSpa xal ôstov tlizti.^ i'ZQ\\i.f^7z irpôî SoÇav, 3? ài:oXsiTi£i xXéov èv xoîî ^ôyoïî, ô 
"TrpoaiOTixev, ou irapÉXaêsv. 

(3) Cat. de re rust. pr. 

(4) Caton cité Cic. de off. II, 23, 89; Columcl. VI, pr. § 4; Plia. H. N. 
XVIII, 29. 

(o) Voir les paragraphes consacrés à ces matières. 

(6) Cat. de re rust. 10-11. 

(7) Plut. Cat. maj. 21 : i'i:T()[Acvoî Se a'JvTovwTîpov Tiopiajxoû t>^v Yciopytav \ii\- 
>kOv i;'{zZxo Siaywy^jV t\ rpôffoSov, si; S' idcpaX-fj r.piy\t.%ix xal péêaia xxTat'.ôs- 
(jiEvo; fàî àcpop;jià; ixxàxo XÎ[Ava;, OSa-ca OîpiAa, tirouî y^aasûjiv x.'c'.ixévo'j;, ipf^- 
TTiffiav /wpav è'yo'JTav aùxo'fjsîî voai; xaî îiXaî, àtp' wv aùxô) ypr,i>.zxx •icpoffiiet 
■KoXkk [iT,5' ÙTÔ xoû Atoî, oi; csfiatv aùxô;, pXa6f,vai Suvajiivuv. 

(8) Plut. Cat. maj. 21. 

Vie Privée deb Rom. t. II. 2 



18 INTRODUCTION. 

Ainsi, peu à peu, le régime capitaliste investit le com- 
merce et l'industrie : après le petit cultivateur, l'artisan et 
le marchand en ressentiront inévitablement les désastreux 
effets. Sans doute il ne manque pas à Rome de métiers exer- 
cés par des hommes de naissance libre, cordonniers, tan- 
neurs, foulons, teinturiers, forgerons, orfèvres, potiers, 
bouchers et boulangers ; mais, s'ils ne relèvent pas tous des 
anciens collèges de Numa, ce sont du moins des industries 
qui n'exigent qu'un médiocre fonds de roulement, et l'on 
sait du reste qu'ils n'ont jamais été entourés d'une grande 
considération. Le travail manuel et le petit commerce eurent 
toujours quelque chose de bas (1), à ce point que les paysans 
chassés de leurs fermes et devenus citadins, tout comme 
les bourgeois sans terres, aimèrent mieux vivre à titre de 
clients dans une dépendance dégradante (2) , ou vendre 
leurs suffrages et tendre la main (3), que de gagner honnê- 
tement leur pain à force de bras. Tout au contraire, la 
grande industrie et le gros négoce passaient pour hono- 
rables (4), soit que le capitaliste les exerçât lui-rnôme en 
(402) faisant travailler ses propres esclaves sous la surveillance 
de contre-maîtres, soit qu'un affranchi y employât ses pro- 
pres deniers ou les capitaux que son patron lui confiait à 



« (1) Cic. de off. I, 42, 150 : Inliherales autem et sordidi quaestus mercena- 
riorum omnium, quorum operae, non quorum, artes emiintur, est enim in illis 
ipsa merces auctoramentum servitutis. Sordidi etiam putandi, qui mercantur 
a mercatoribus , quod statim vendant; nihil enim proficiant, nisi admodum 
mentiantur, nec vero est qidcquam turpius vanitate. Opiftcesque omnes in 
sordida arte versantur ; nec enim quicquam ingemium habere potest ofpcina. 
Minimeque artes eae probandàe, quae ministrae sunt voluptatuni, 

cetarii, lanii, coqui, fartores, piscatores, 
ut ait Terentius. Adde hue, si placet, unguentarios, saltatores, totumque 
ludum talarium. 131 : Quibus autem in artihus aut prudentia major inest 
aut non mediocris utilitas quaeritur, ut medicina, ut architectura, ut doctrina 
rerum honestarum, eae sunt iis quorum ordini conveniunt honestae. "Cette 
dernière observation aussi est caractéristique. Cf. Dion, Hal. II, 28; IX, 25 ; 
Liv. XXII, 25, 18 ; Cic. pro Flac. 8, 18 ; Gell. I, 12, 3 ; Sen. Ep. XC, 23-27. 

(2) V. supra, I, p. 235 sq. 

(3) Org. fin., p. 151. 

(4) Cic. de off. I, 42, 151. 



INTRODUCTION. 19 

part de fruit (1). Les industries rurales demeurèrent toujours 
les plus considérées : on y revenait de prédilection après 
avoir fait fortune ailleurs (2); les afli'anchis de la période 
impériale aiment encore à arrondir leurs vignobles (3), et 
Q. RemmiusPalémon, jadis esclave tisserand, puis grammai- 
rien fameux dont l'école vaut un héritage, place ses capitaux, 
•partie en manufactures, par ressouvenir de son ancienne 
profession, et partie en domaines vinicoles (4). On verra 
môme que les empereurs et les membres de la famille impé- 
riale ne se firent aucun scrupule d'employer en entreprises 
industrielles leur fortune privée, mais de préférence sur 
leurs domaines ruraux, où ils exploitaient des briqueteries, 
des poteries, des teintureries, des fabriques de feutres et 
autres manufactures appropriées à l'économie d'un bien de 
campagne. 
Le commerce de terre et de mer et la navigation qui en Commerce 

, . . maritime. 

dépend paraissent également avoir pris chez les Romams un 
bien plus grand essor que ne le feraient supposer de prime 
abord les documents fort insuffisants qui nous en sont par- 
venus. Rome elle-même, située sur un fleuve dont l'embou- 
chure est accessible aux gros navires (5), dont le cours supé- 



(1) V. supra, I, p. 191 sq. 

(2) C'est là sans doute aussi ce que veut dire Cicéron [de off. I, 42, 151): Mer- 
calura autem, si tenuis est, sordida putanda est; sin magna et copiosa, multa 
undique apportans multisque sine vanitate vnpertiens, non est admodum vitu- 
peranda, atque etiam, si satiala quaestu vel contenta potius, ut saepe ex alto 
in portum, ex ipso portu se in agros possessionesqiie contulit, videttir jure 
optimo jwsse laudari. 

(3) Plin. H. N. XIV, 48-49. 

(4) Suet. de f/ramm. 23 : ctwi et officinas promercalium vestium exerceret et 
ar/ros adeo coleret, ut vifem manu ejtis institutam satis constet CCCLX uvas 
edidisse. 

(5) Dion. liai. III, 44 : îxavoG 6è ôvxo; (xoû It&i^'.oc.) dl^P' \^^"* '^^'^ tzTjYÛv 
TtOTajiTiYoti; (jxâosfnv eùsisYÉGsTtv àva-^XatirOat, xpôî aijTT,v 5è ti'iv 'Pa»[iT,v xal 
6a>iaTTiai; olxity. [xeyaXaiï. Plin. H. N. III, o4 : (Tiberis) quamlibet magnarum 
naviinn ex Italo mari capax, rerum in toto orbe nascentium mercator placi- 
dissimus. Des flottes de guerre accédèrent assez souvent jusqu'à la ville 
môme. Liv. VIII, 14, 12 : Naves Anliatum partim in navalia Romae subductae 
partim incensae. XLV, 42, 12 : Naves regiae (Persei), captae de Macedonibus, 
inusitatae antea magniludinis, in Campo Martio subductae sunt. Caton 



20 INÎRODUCTION. 

(403) rieur (1) et les affluents, Clanis, Nar et Anio, peuvent porter 
bateau (2), Rome fut dès le début, sinon un port de grand 
commerce, du moins un emporium pour la moyenne Ita- 
lie (3) : le Tibre y amenait du bois, de la pierre et toutes 
sortes de grosses marchandises (4) ; de Rome partaient, par 
terre ou par eau, pour se répandre dans l'intérieur du pays, 
les denrées exotiques et les produits indigènes, le sel notam- 
ment, qu'on recueillait à Ostie (S) ; la ville possédait depuis 
un temps indéfini un arsenal avec chantiers de construc- 
tion (6), un quai de déchargement dont il sera question plus 
bas, et Ancus Marcius la dota d'un bon port dans la colonie 
d'Ostie (7). La marine romaine, il est vrai, ne se développa 
guère, tant que les Étrusques et les Carthaginois, puis les 
Syracusains et les Tarentins tinrent la royauté de la mer (8) ; 
et pourtant, dès l'an 360= 394, un navire de guerre romain 
appareilla pour la Grèce, chargé d'un don votif à Apollon 
Delphien (9), et les fameux traités de commerce avec Car- 



d'Utique encore, revenant de Cypre, remonta le Tibre avec sa flotte jusqu'à 
l'arsenal, monté lui-même sur une hexère (galère à six rames) : Plut. Cat. 
min. 39. Sur ce qui suit, voir Nissen, Italische Landeskunde, I, p. 316 sq. 

(1) Dion. Hal. II, 53, 55; III, 44. 

(2) Strab. V, p. 235. Anio navigabilis : Plin. H. N. III, 54, Sur le Nar, voir 
Tac. Ann. III, 9. 

(3) Cic. de rep. II, 5, 10 : (Romulus) urbem perennis amnis et aequabilis et in 
mare late influentis posuit in ripa, quo posset tirbs et accipere ex mari quo 
egeret et reddere quo redundaret. Liv.V, 54, 4 : Non sine causa DU hominesque 
hune urbi condendae locum elegerunt, saluberrimos colles, flumen opportunum 
quo ex viediterraneis locis fruges devehantur, quo maritimi commeatus acci- 
piantur. 

(4) Strab. V, p. 235. 

(5) Les salines créées à Ostie par Ancus Marcius étaient des bassins où l'on 
obtenait le sel par évaporation de l'eau de mer. On le transportait ensuite de 
Rome vers l'intérieur, soit par la Via Salaria, qui en tira son nom, soit sans 
doute aussi par la voie du Tibre. Cf. Preller, in Ber. d. siichs. Gesellsch. d. 
Wissensch., phil-hist. Cl. 1849, p. 8. 

(6) Voir : Bccker, Topographie, p. 159 sq. ; Preller, Regionen d. St. Ro7tis, 
p. 241 sq. 

(7) Liv. I, 33, 9; Dion. Hal. III, 44. 

(8) Mommsen. R. G., P, p. 140 sq. et 320 sq. * 

(9) Liv. V, 28, 2. 

* Ilist. Boni., Uad. Alexandre, I, p. 196 sq., cl II, p, 230 sq. — V. H. 



INTRODUCTION. 21 

thage nous apprennent qu'en 406 =: 348 Rome avait étendu 
ses relations tout au moins jusqu'en Sardaigne, en Sicile et 
en Afrique (1). Mais, du jour où elle eut conquis, outre 
l'Italie tout entière, plusieurs provinces transmdditerra- 
néennes, d'où les publicains tiraient les dîmes qu'ils étaient 
chargés de convoyer à la ville et aux armées, il va do soi 
qu'ils s'emparèrent du commerce des marchandises, comme 
ils avaient fait de celui d'argent dans toutes les provinces ; 
car les conditions favorables que leur créait leur situation 
politique et les gros revenus qu'on en devait tirer leur (404) 
faisaient un devoir de n'en pas laisser bénéficier les seuls 
étrangers. Il n'était point indispensable d'ailleurs que tous 
les armateurs eussent leur siège d'aiïaires à Rome : tous les 
ports de l'Italie, Ostie, Ardée, Antium, Gircéii, Pouzzoles, 
Naples, Rhégium, ïarente et Ancône, étaient librement 
ouverts aux opérations des spéculateurs romains, et de fait 
on constate, à la fin de la période républicaine et au début 
de l'Empire, la présence de marins romains sur toutes les 
mers. Horace, dans la comparaison des diverses conditions 
humaines, n'oublie jamais le mercator errant sur la mer 
lointaine (2) : c'est à ses yeux l'une des causes irrémédiables 
de la perversion des mœurs romaines, que cette chasse à 
l'argent menée par pays (3). Pline est redevable aux marins 
de commerce, nostri negotiatores (4), de toutes ses informa- 
tions sur l'Arabie et le Golfe Persique. L'ernpereur Claude 
s'intéressa aux progrès du commerce maritime et de l'art 



(1) Polyb. m, 22-23. Sur les trois traités de commerce ici mentionnés, voir 
supra, p. 10, n. 7. 

(2) Ilor. Od. I, 1, 15-16 ; 31, 11; III, 7, 3; Sat. I, 1, 4-16; II, 3, 107 ; Ep. I, 
1, 45. Détails sur ce point : Friedlaonder, Darstellungen^ 11^, p. 57 sq. 

(3) lier. Od. m, 24, 35 : Quid leges sine moribus Vanae proficiunt, si neque 
fervidis Pars inclusa calorihus Mundi nec Boreae finitimum lattes Durataeque 
solo nives Mercatorem abigiint, horrida callidi Vincunt aequora navitae, 
Magrium paiipei'ies opprobrium jubet Quidvis et facere et pati, Virtutisqiie 
viarn deserit ardiiae ? 

(4) Plin. H. N. VI, 140 et 149. C'est d'après l'usage récent qu'il appelle 
negotiatores ces bateliers : sous la République, on devait les nommer me?'- 
ca tores. 



22 INTRODUCTION. 

des constructions navales dans Rome même (1), et plus 
tard, à son exemple, Néron et Trajan témoignèrent une 
sollicitude particulière aux travaux de port d'Ostie, d'An- 
tium (2), de Cività-Vecchia (3) et d'Ancône (4). 
Navigation II nous est parvenu, sur l'organisation de la navigation, 

cl armement. , , , . a • , 

quelques documents remarquables , qui en même temps 
répandent un peu de jour sur Forigine des corporations de 
batellerie (5) [collegia naviculariorum) signalées aux in^ et 
(405) iV siècles, tant à Rome même (6) que dans la plupart des 
cités maritimes (7). Leur principale affaire est Fimporta- 
tion des céréales. Les entreprises d'une certaine importance 
étaient presque toutes à Rome montées par actions sur un 
type d'organisation très perfectionné dont les sociétates piibli- 
canoriim nous permettent de nous rendre compte (8). Ce 
même type, à bien des égards, était tout indiqué pour les 
affaires d'armement : d'une part, les petits capitalistes (9), 
ainsi que les sénateurs, à qui le commerce maritime était 
interdit (10), y pouvaient prendre part en se dissimulant 

(1) Suet. Cl. 18-19 : Nam et negotiatoribiis certa lucra proposait, suscepto in 
se damno, si cul quid per lempestates accidisset, et naves mercatiirae causa 
fabricantibus magna commoda constituit pro condicione cujusque : civi vaca- 
tionem legis Papiae Poppaeae, Latino jus Qinritium, feminisjus IIII liberorum ; 
quae constituta hodieque servantur. Ulp. Fr. 111,6. • 

(2) Reconstruit par Néron : Suet. Ner. 9. 

(3) Gréé par Trajan : Plin. £;5. VI, 31, 15 sq. 

(4) V. Tinscription de l'arc de Trajan à Ancône : Or. 792. 

(5) Sur les corporations des bas temps de l'Empire, voir Dirksen, Civili- 
stische Ahhandlungen, II, p. 83; sur les navicularii, C. Th. XIII, 5. 

(6) Dig. III, 4, 1 pr. : Item collegia Romae certa sunt, quorum corpus senatus 
consultis atque constitutionibus principalibus confirmatum est, veluti pistorinn 
et quorundam aliorum et 7iaviculariorum, qui et in provinciis sunt. 

(7) Exemples connus : navicularii maris Hadriatici, Or. 4109 ; collegium 
naviculariorum à Pisaurum en Ombrie et à Atria, Or. 4069, C. I. L. V, 2315 ; 
corpus naviculariorum m.arinorum à Arles, Or. 3635 ; navicularii Coloniaë 
Juniae Paternae Claudiae Narbonensis Martine à Narbonne, Or.-Henzen 4241 
et 7253; Q. Capitonius Probanus, Romain de naissance {domo Roma), est 
Naviclarius marinus établi à Pouzzoles et à Lyon, Or. 4242. 

(8) V. Org. fin., p. 380 sq. 

(9) Dig. IV, 9, 7 § 5 : Si plures navem exerceant, unusquisque pro parte qua 
navem exercet convenitur. ' . ' . 

(10) La loi du tribun Q. Claudius (533 = 219) prescrivait selon Tite-Livë 
(XXI, 63, 3) ne qiiis senator, cuive senator pater fuisset, maritimam navém, 



INTRODUCTION. 23 

SOUS une raison sociale étrangère, et à notre connaissance 
Caton l'ancien déjà avait placé ses capitaux dans des com- 
pagnies de ce genre (1) ; puis, le trafic de mer était en ce 
temps-là fort aléatoire, il n'avait pas à compter seulement 
avec les vagues et la tempête, mais aussi avec les pirates, 
et l'assurance était encore inconnue (2), en sorte qu'il y 
avait tout avantage à former de grandes compagnies qui 
fussent en mesure de répartir et de compenser les pertes et 
les bénéfices; enfin, certains affrètements, surtout pour les 
transports au compte de l'État, exigeaient des types tout (406) 
spéciaux de navires en assez grand nombre, ceux, par exem- 
ple, qui servaient à l'importation des blocs de marbre desti- 
nés aux constructions luxueuses (3), ou ceux qui amenaient 
à Rome les blés de l'annone. 

Aussi le transport du blé que l'État faisait importer de. 
Sardaigne (4), de Sicile (5), d'Espagne (6), d'Afrique (7) et 
d'Egypte, se faisait-il par voie d'entreprise (8). L'afïaire était 

quae plus quam CCC amphorarum esset, haberet. Id satis habitum ad fruclus 
ex agris vectandos : quaestiis omnis patribus indecorus visus. Cicéron (in Verr. 
V, 18, 43) cite également cette interdiction, que renouvela la lex Julia repe~ 
tiindarum. Dig. L, 5, 3 : senatores autem hanc vacationem habere non passant, 
qiiod ?iec habere illis navem ex lege Julia repetundarum licet. Cf. Cujac. 
Observ. VI, 38. 

(1) Plut. Cat. maj. 21. 

(2) On cite, il est vrai, des cas d'expédition pour fait de guerre, effectuée 
par des entrepreneurs aux risques et périls de l'État (Liv. XXIII, 49, 2 ; XXV, 
3, 10), et l'on voit l'empereur Claude, au sujet d'un transport de céréales à 
Rome, assumer le risque de perte ou avarie (Suet. Cl. 18) ; mais ce sont des" 
exceptions isolées. Quand Cicéron écrit {ad fam. Il, 17, 4) : Laodiceae me 
praedes accepturum arbitror omnis pecuniae .publicae, ut et mihi et populo 
cautum sit sine vectiirae pei'iculo, il ne faut pas non plus l'entendre en ce 
sens qu'il ait assuré l'envoi : il a tout simplement laissé le numéraire à 
Laodicée et n'en a emporté que la reconnaissance. 

(3) Plin. H. N. XXXVI, 2 : navesque marmorum causa fiunt. Cf. Rruzza, in 
Ann. d. Inst. 1870, p. 136 sq. 

(4) Org. de l'Emp., II, p. 61 ; et, sur les bas temps, Gothofr. ad C. Theod. IX, 
40, 3, et XIV, 17, 5. 

(o) Cf. Org. fin., p. 141 sq. et 237 sq. 

(6) Orç. /îtt., p. 249, et Gothofr. arf C. r/!. XIII, 5, 4. 

(7) Org. fin., p. 248, et Tac. Ann. XII, 43. 

(8) Varr. de re rust. II pr. § 3 : frumentum locamus qui nobis advehat. Colum. 
I pr. 20 : nunc ad hastam locamus, ut hobis ex ti'unsmarinis provinciis adveha- 
tur frumentum, ne famé laboremus. . 



24' INTRODUCTION. 

de conséquence : de l'Egypte seule on tirait 20 millions de 
modii, soit 3 millions de boisseaux prussiens ou 1,750,000 
hectolitres (1). Vlsis, navire à blé égyptien décrit par 
Lucien (2). est un trois-mâts (xpiàppievoç) de 180 pieds de 
long sur 45 de large, cubant 1,575 tonnes (3), qui rapporte 
en fret annuel 12 talents attiques (73,229 francs). Mais ce ne 
sont pas des bâtiments isolés qui assurent ces approvisionne- 
ments; c'est toute une flotte [classis Alexandrina^ tzôXoç) (4), 
dont les navires partent et voguent de conserve, font escale 
à Malte, en Sicile et à Rhégium (5) et rompent charge à 
Pouzzoles (6). Outre la flotte alexandrine, il y eut, à partir 
du règne de Commode, une classis Africana (7), puis, plus 
tard, un corpus de navicularii espagnols (8) et une flotte 
sarde (9). Toutes ces flottes furent créées par des compagnies 
(407) de traitants avec lesquelles l'Etat faisait marché pour l'im- 
portation des céréales. Nous connaissons même certaines 
conditions du contrat : au iv" siècle, les navires alexandrins 
voyageaient moyennant 4 pour 100 de la cargaison, plus un 
aureus ^diY iOOO 7nodii (10); ceux d'Afrique se contentaient 
d'un pour cent sur la cargaison (11). Mais, comme ces compa- 
gnies touchaient en outre une subvention de l'Etat, — il leur 

(1) Aurel. Vict. Ep. I. Org. fin., p. 1S8. 

(2) Luciaii. Naviçf. 5. 6. 

(3) Cf. Graser, de veterum re navali, Berol. 1864, in-4, p. 42 et 47. 

(4) C. I. G. 5889 : Tirèp (jwxTipiaî v.ol\ 5'.a[j.ovf|î to5 xupiou AùxoxpdÎTopoî KojxjiôSou 
Seêaaxoû ol vaû-/i)»T,pot xoû xopsuTtuou 'ATvs^avôpeivou a-zà'Xov. C. 1. G. S973 : un 
èxiiicXTiT^,? -rcavTÔi; xoG 'AXs^avôpôtvou axô'kou nommé G. Valerius Serenus, Ro- 
main par conséquent. Alexandrinus stohis, C. Theod. XIII, 5, 7. 

(5) Act. Apost. 28; Joseph. Ant. Jiid. XIX, 2, 5. 

(6) Sen. Ep. LXXVII, 1 : Suhifo nobis hodie Alexandrinae naves adparuerunf, 
quae praemitti soient et niintiare secuturae classis adventum : tabellarias vocant, 
f/ratits illarum Campaniae adspectus est; otnnis in pilis Puteoloriim lurha con- 
sislit, et ex ipso génère velorum Alexandrinus quamvis in marjna turha navium 
intellegit. Phil. in Place. 5 = II p. 321 Mangey; Suet. Oct. 98. 

(7) Lamprid. Commod. 17, 7 : classem Africanam instiluit, qiiae snbsidio esset, 
si forte Alexandrina frumenta cessassent. C. Theod. XIII, 5, 6, et Gothofr. ad 
h. l. Cf. ibid. 1, 10, 12, 14, 24, etc. Claudian. Bel. Gild. 52 sq. 

(8) C. Theod. XIII, 5, 4 et 8. 

(9) Prud. c. Symm. II, 943 : Sardorum congesla vehens granaria classis. 

(10) C. Th. XIII, 5, 7. 

(H) C. Th. XIII, 5, 36 et 38. • 



INTRODUCTION. 23 

fournissait notamment le bois nécessaire à leurs construc- 
tions navales (1), — et que leurs membres jouissaient de cer- 
tains privilèges et immunités (2), elles perdirent peu à peu 
leur ancienne indépendance et se convertirent en véritables 
administrations de services publics. Aussi la législation des bas 
temps les organisa-t-elle absolument sur ce nouveau pied : 
on limita le nombre des associés, qui devint fixe, et ils demeu- 
rèrent à perpétuité, eux et leurs descendants, liés à la société. 
Accessoirement à la navigation maritime toutes les villes Caibota^cei 

navigation 

commerçantes développèrent un autre trafic, d'ordre infé- ""^iaïc .• 
rieur, mais néanmoins très actif, celui des caboteurs, déchar- 
geurs et bateliers, qui assuraient les communications entre 
l'intérieur et le littoral. Rome en première ligne ne pouvait 
s'en passer : le port d'Ostie, créé par Ancus Marcius à l'em- 
bouchure du Tibre, est aujourd'hui à trois milles du rivage, dans leporide 

' J ^ ' Rome; 

et les alluvions qui ont refoulé la mer à cette distance étaient 
assez considérables dès les derniers temps de la République, 
les bancs de sable de l'entrée avaient dès lors atteint des pro- 
portions assez encombrantes (3), pour forcer les gros navires 
à rompre charge dans le port de Pouzzoles (4), qui à celte 
époque peut passer pour le véritable avant-port de Rome (5) ; 
se risquaient-ils jusqu'à Ostie, — encore n'était-ce possible (408) 
que durant les mois d'été, — ils se voyaient contraints de 



(1) C. Th. XIII, 5, 14. Cette constitution ne fait que confirmer un principe 
admis antérieurement, témoin le passage cité plus haut, Suet. Cl. 17. 

(2) Callistrat. (vers 211 de notre ère) Dig. L, 6, 6 (5) § 3 : Negotialores, qui 
annonam iirbis adjuvant, item 7iavicularii,-qui annonae urhis serviunt, immu- 
nitatem a miineribus publicis consequimtur, quandiu in ejusmodi actu sunt. 
(Ainsi, dans ce temps-là, ils pouvaient encore résigner leur office.) Nam remu- 
neranda pericula eorum, quin etiam adhortanda praemiis inerito placuit, ut 
qui peregre muneribus et quidem publicis cum periculo et labore fungantur, a 
domesticis vacationibus et siimptibus liberentur, cum non sit alienum dicere, 
etiam hos rei publicae causa, dum annonae urbis serviunt, abesse. 

(3) Sur ce qui suit, voir Preller, Rom und der Tiber, trois études, in Ber. d. 
k. sàchs. Ges. d. Wiss., pii.-hist. Cl. 1848 p. 131-150, 1849, p. 5-38 et 134-131, 
où l'on trouvera la bibliographie italienne sur la matière. Les références 
ci-dessous visent le volume de 1849. 

(4) V. supra, p. 24, n. 6. 

(5) V. Org. fin., p. 142: Preller, loc. cit., p. 18 et 28. 



26 TNTRODUCTIOiN. 

jeter l'ancre dans une rade ouverte et peu sûre, pour s'y 
défaire d'une partie de leur cargaison et remonter ensuite le 
Tibre à demi-chargement, et leur trop plein gagnait Rome à 
l'aide de chalands de cabotage (1). Ostie fut déchue de son 
rang de port de guerre dès le règne d'Auguste, qui établit ses 
stations navales à Misène et à Ra venue (2). Plus tard, Claude 
y fit construire un nouveau port de commerce (3), achevé 
par Trajan (4) et dit Portus (5), Portus urbis (6), Portus 
Augusti (7) : il comprenait un bassin extérieur creusé par 



(1) Strab. V, p. 231-2 : Tà''£2ffxia, itdXti; à>.i[X£voî 5tà t-)-,v itpoay^uj'.v fiv ô Tîêe- 
piç TapaaxEoâÇct TrT^Tjpo'jtxsvoî Ix tîoaÎvwv xoTajj-wv • irapaxtvSûvw; iièv ouv ôpjJttÇovTai 
jj-srioipa èv tw ad)iw -rà vaux7kT,pia • t6 [iévtoi >iUaixeXèç vtxâ • xal vàp t\ twv uirepr^- 
Tixwv axacpwv sÙTtopîa twv ixSej^otiévwv Ta cpôpxia xal àvTttçop'uiÇôvTwv "ua^^ùv tzo'.v. 
TÔv àirô'ir)vOuv Ttpiv 7] Toû -TtOTajjLOÛ a<j;a!j6ai, xal jAspouç à'Koxou'.pi.aÔévTOç elaTr^eô xal 
dvivExai ji.é/pt Tf,î 'Piô[jLT,i;. D. Cass. 60, 11, 2. Denys d'Halicarnasse (III, 44) ne 
mentionne pas encore d'obstacle à l'entrée, mais constate pourtant que les 
navires de tonnage un peu fort doivent s'alléger d'une partie de leur charge- 
ment. Or l'opération n'est point sans dangers, témoin Callistrate {Dig. XIV, 
2, 4 pr.) : Navis onustae levandae causa, quia inlrare flumen vel portum non 
-potiierat cum onere si quaedam mercesin scapham ttajectae sunt, ne aut extra 
flumen periclitetur aut in ipso ostio vel portii, eaque scapha summersa est, 
ratio haberi débet inter eos qui in nave merces salvas habent, cum his qui in 
scapha perdiderunt. Plus bas, le même jurisconsulte pose l'espèce de la perte 
du navire lui-même. L'un ou l'autre accident n'était point rare et justifie l'exis- 
tence d'un collège de plongeurs (urinatores) pour le sauvetage des marchan- 
dises submergées : Or. 4115 = C. J. L. VI, 1872. 

(2) Sur ces ports de guerre, voir les indications de Preller, p. 18. 

(3) Suet. Cl. 20; D. Cass. 60, 11, 3 sq. ; Pliu. H. N. IX, 14 et 15; XVI, 202; 
XXXVI, 70 et 83. Preller, p. 12 sq. Recherches essentielles sur les construc- 
tions de Claude et de Trajan : Texier, Comptes rendus 1857, p. 98 sq., et Revue 
générale d' Architecte XV, p. 306 sq. ; Lanciani, Ann. d. Inst. 1868, p. 144-195. 
A. von Reumont, in des Rutilius Namatianus Heimkehr ubersetzt u. erklàrt 
von Itasius Lemniacus, Berlin 1872, in-8, avec 2 plans, p. 89-109. Cf. 0. Ilirsch- 
feld , Untersuchungen auf dem Gebiete der Rôm. Vei'waltimgsgeschichte, 
p. 139 sq. 

(4) V. Fea, Relazione di un viaggio ad Ostia, Roma 1802, in-8, p. 31-36; Prel- 
ler, p. 19 sq. Le principal document est Juven. XII, 76, et la scholie : Traja- 
ntts portum Augusti restauravit in melius et interius tutiorem sui nominis 
fecit. L'expression assez fréquente portus uterque (Henzen 6523) paraît dési- 
gner ces ports de Claude et Trajan, et non Ostie et Portus. V. de Rossi, Bull, 
di Arch. Crist. 1866, p. 63. ' " 

(5) D. Cass. 60, 11, 5. 

(6) C. Theod. XIW, 15, 2 et 4. '0 'Pa)[xaîwv Xi[xV, Procop. B. G. II, 7. 

(7) Sur des monnaies et des inscriptions. Cf. Preller, p. 14 et 19 ; Itinerar. 
Anton., p. 494-5. Plus de détails sur ces noms dans Fea, op. cit., p. 37. 



iNTRODUCTIOiN. 27 

Claude (d) et un bassin intérieur adjacent qui fut l'œuvre 
de Trajan, tous deux situés au nord d'Ostie et réunis au 
Tibre par un canal {fossa Trajani); ce canal est aujour- (409) 
d'hui la bouche septentrionale [Fiumicino) du delta à deux 
branches que forme le lleuve (2). Sur ce bras nouveau du 
Tibre s'édifia bientôt une nouvelle cité maritime, dite égale- 
ment* Portus (3), et spécialement affectée au service de l'an- 
none.Oslie n'en demeura pas moins une place peuplée et 
prospère (4), jusque vers le v* ou le vi" siècle qui vit se con- 
sommer l'ensablement du bras méridional. Procope décrit 
encore tout au long la double embouchure du Tibre (5) : 
Portus, sur la bouche de droite, est un magnifique port for- 
tifié; Ostie, sur le bras de gauche, une ville ouverte. On se 
rendait de Portus à Rome par la via Portiiensis, attenante au 
canal et toujours entretenue en parfait état : les navires de 
mer déposaient leur cargaison à Portus, puis on la rechar- 
geait sur des chalands que remorquaient des attelages de 



(1) Ce port est figuré, tant sur les monnaies coUigt'es par Prellcr, que sur 
un relief de marbre découvert il y a quelques années et appartenant au prince 
Torlonia : il a été décrit par Ilenzcn, Bull. d. InsL 1864, p. 12-20, et reproduit 
par Guglielmotti, délie due navi romane scolpite sut bassorilievo portuense del 
Pr. Torlonia, Roma 1866, in-8. 

(2) Plin. Ep. VIll, 17, 2. Preller, loc. cit., p. 21. 

(3) Dans les documents ecclésiastiques la ville est dénommée Portus, Portus 
Romanus, Portus IJrbls Romae. Elle semble avoir d'abord fait partie de la 
commune d'Ostie : du mo.ns nous trouvons un procurator Ostiae portus 
utriusque, un corpus pistorum coloniae Ostiensis portus utriusque , et au 
iV siècle encore , un corpus antiqidssimum susceptorum Ostiensium sive Por- 
tuensium. Mais à cette époque Portus était depuis longtemps un lieu auto- 
nome : une inscription de l'an 195 de notre ère distingue déjà les fabri nava- 
les Portenses et les fabri navales Ostienses, et plus tard Portus possède des 
fonctionnaires spéciaux, même un évêque chrétien à elle propre. Y. sur ce 
point, de Rossi, Rull. di Arch. Cr. 1866, p. 37 sq. 

(i) Preller, p. 24 sq. 

(5) Procop. B. G. I, 26 : Ô5ôv lot'vuv, f; èç 'Pwjxtjv sx toû IlôpTOu çeps'-, ô'xaHv 
tt xxl è[nïo5iov oOSèv ê^^ouaav t;6 è'c, ipyj\i; 'Pwjxaïoi tzztcoIt^'vzt.i • Jiâpsu ~z itl 
iroXXal è^cTrirriSeç èv tw XtfjLSvt ôppiiÇovTai, xal pÔ£î oùx à'kifO'. iv irapasxEur, 
ày/OTixw éffxâaw. 'EiietSàv ouv ol t\nzopoi taiî vauslv è; t6v >ii[i£va à:ftxwvTai', 
àpavTcî zà cpopxia èvôévôs xal xaûxa jv6l[icV0t èv xa'î pâpsfft, TiXiouît 6tà xoû T-.êi- 
piôoî STil x-)\v 'Pa)(j.Tiv, taxioïc; [lèv t, /.wirai; T.vtiaxa jrpwjxcvoi... jîpôyoy; Si ir.b xwv 
pâpswv è; xwv poôJv xoij; aùysva; àpx'fjaavxïî è'X/O'JTiv aOxà; a)T7:;p âai;aî â/pt è; 
'Pa)|j.T,v. 



28 INTRODUCTION. 

bœufs; elle remontait ainsi le canal et arrivait à Rome. Au 
contraire, la vieille via Ostiensis était délabrée, et le bras 
méridional ne prenait plus aucune part à ces transports. 
Outre leurs matelots, — ceux d'Ostie figurent déjà dans le 
poème d'Ennius (1), — l'un et l'autre port abritaient toute 
une population de déchargeurs (2), patrons de cabotage, 
(410) bateliers, flotteurs, mesureurs (3), portefaix (4), porteurs de 
sacs (o), charpentiers en navires (6), greffiers (7) et employés 
de l'accise (8). Pour l'allégement des navires Ostie ne comp- 
tait pas moins de cinq corpora lenunculariorum (9), distin- 
gués parleurs surnoms (10). Les transports sur le Tibre appar- 

(1) Enn. Ann. 145 Vahlen (parlant d'Ancus Marcius) : 

Ostia munita est; idem loca navihus pulcris 
Munda facit nautisque mari quaesentibus vitam. 

C'est peut-être à ces bâtiments de mer que se réfère le corpus nauticariorum 
Henzen 7203. 

(2) Levamentarii, C. Theod.XlU, 5, 1. 

(3) Corpus mensorum frumentariorum Ostiensium, Henzen 7194; mensores 
frumenlarii Cereris Augiistae, Or. 4109 ; corpus mensorum adjutorum, Henzen 
7205; Mensores Portuenses, C. Theod. XIV, 4, 9. 

(4) Phalangarii, Henzen 5089 = C. /. L. VI, 1785. Nonius, p. 163, 26 : phalan- 
garios dicimus, qui aliquid oneris fustibus transvehunt. 

(5) C. Th. XIV, 22 : de saccariis portus Romae. On les trouve aussi à Pompéi. 

C. I. L. IV, 274 et 497. Saccariam facere : Apul. Met. I, 7. 

(6) Il y a des fabri navales Portenses et un corpus fabrum navalium Ostien- 
sium, quibus ex S. C. coire licet, Or. - Henzen 3140 et 7106. 

(7) Un tabularius porluenfsis) a ration(e) marmiorum}, Or. 3246; un tabu- 
liarius) r(ipae) Tib(eris), Ov. 3248; un tabular( ius ) ration(um) Portuens(ium), 
Marini, Atti, p. 553. Le tabularius ripae Ost. de Murât. 715, 1, est une inven- 
tion de Ligorius. 

(8) Preller, loc. cit., p. 151. 

(9) Or. 3178 = C. I. L. VI, 1624 : quinque corpora navigantes. Or. 6029 : 

D. Fabius, D. filius, Pal. Floriis Veranus... navicularius V. corpor(um) lenun- 
culariorum Ost(iensiiim). Annali 1859, p. 230. 

(10) On rencontre:— lo \i\\ ordo corporator(um) lenunculatriorum) pleroma- 
riorumauxiliarior(um)Ostien(sium), Or. 4104 (ces aî<a;i7îa?'u forment des équi- 
pages d'allèges, ainsi qu'il ressort du passage Strab. V, p. 232, d'après lequel 
il y avait à Ostie une eùitopta tôiv ÛTrîo-rixtxwv axaçwv pour décharger les navires 
en rade; le -Kki^^w^xoL est le navire marchand, Ilesych. s. v., Henzen 6866, et 
l'on trouve encore des pleromarii, avec même sens, dans une inscription de 
Lcuca en Calabre, C. /. L. IX, 1 : /. 0. M. Q. Cordius Aquilinus vot. sol. l. l. 
cum pleromariis : il s'agit^ donc bien ici d'allèges montées par un équipage 
et franchissant les passes de la rade, par opposition aux chalands fluviaux 



INTRODUCTION. 29 

tenaient à la très ancienne corporation des Codicarii ou 
Caitdicarii : sur des radeaux ou des bateaux plats elle ame- 
nait à Rome diverses denrées, mais surtout le bois et les 
grains (1), et elle avait ses curatores à Rome et à Ostie (2). 
Il semble bien qu'en 163 se soit fondé un nouveau collegium, 
celui des codicarii navicularii infernales (3), et l'on ne peut se 
défendre de penser que la construction du nouveau port ne 
fut point étrangère à cette institution. 

Toutes les cités commerçantes organisèrent sur le môme (4ii) 

dans Ici autres 

pied les relations entre la mer et l'intérieur du pays. A Lyon po'i»- 
les bateliers forment des corporations hautement considé- 
rées {corpus splendidissimuîn) (4) : ils rendent des décrets (5), 
occupent à l'amphithéâtre de Nîmes quarante places d'hon- 
neur (6), et, devançant le décret de Constantin qui décer- 
nera la chevalerie à tous les navicidarii (7), comptent dans 
leurs rangs un chevalier et plusieurs magistrats munici- 
paux (8). Ils se répartissent en trois collèges : celui du 
Rhône [nautae Rhodanici), celui de la Saône [nautae Ara- 



qu'on fait remorquer par des bœufs) ; — 2» un ovdo corporatorum lenuncu- 
larior(um) tabulariorum auxiliares Ostiens., Or. 4034, qui ne sauraient être 
ni des scribes ni des porteurs de dépêches (Preiler. loc. cit., p. 149, et 
Regionen, p 235), mais sont peut-être des arrimeurs de bois qui chargent 
et déchargent des planches (tabulae), de même qu'il existe à Pisaurum des 
chargeurs de lest {sabiirrarii), Or. 4116 ; — 3» un leniincularius r(ipae) 
Tib(erisl, Or. 3248 ; — 4° un corpus scapharior(iim) et lemtncularior(um) 
traifectus) LuculL, Ov. 4109, cf. 4115; \a. scapha est une allège, Callistr. Dig. 
XIV, 2, 4 pr. (supra, p. 26, n. 1); mais les scapharii paraissent aussi s'occu- 
per du transport des personnes : Suet. Cl. 38 : Ostiensibiis, quia sibi subeunli 
Tiberim scaphas obviam non miserint, graviter correplis... repente... veniam 
dédit. 

(1) V. Org. fin., p. 143. 

(2) Ilenzen 7194. 

(3)Or.-IIenzen719o=:6479= CI. L. VJ, 1022, complétée d'après Or. 1084. 
On les appelle infernates parce qu'ils déchargent les navires venus de la mer 
Tyrrhénienne : Preiler, loc. ci^,p. 148. 

(4) Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 265. 

(5) Boissieu, op. cit., p. 391-2. 

(6) Ib. p. 396. 

(7) C. Th. XIII, 5, 16. 

(8) Boissieu, p. 207, 209, 197 et 390 = Or. 4077, 7007, 7256 et 7254. 



du commerce 
à Rome. 



30 INTRODUCTION. 

rici) (1), et celui des Condéates, dont le siège est au pagus 
Condatus, près Lyon (2). Partout où se fait quelque trafic 
on constate l'existence de pareils collèges de batellerie : 
en Gaule, sur la Durance (3) et la Seine (4); en Espagne, 
sur le Bétis (5) ; en Italie, à Atria (6), à Arelica (Pes- 
chiera) (7) et Riva (8) sur le lac de Garde, à Corne (9) ; en 
Suisse, sur le lac de Genève (10) et sur l'Aar (11) ; en Allema- 
gne, sur le Rhin (12), et en Dacie, à Carlsburg [Apulum) sur 
le Maros (13). 
Miiemcnt ^ partir de la deuxième guerre punique Rome revêtit de 
plus en plus l'aspect d'un grand centre commercial. L'empo- 
rium situé au pied de l'Aventin (14) fit courir le long du 
Tibre un quai de pierre, d'oiî un escalier descendait au 
fleuve ; on y construisit des hangars pour la vente et de vas- 
tes magasins où l'on entreposa le sel, le blé, le vin, le bois. 



(1) Boissieu distingue trois collèges : — 1° Nautae Ararici, que visent les 
inscriptions Boissieu p. 197 — Henzen 7256, p. 207 = Or. 4077, p. 209 = Hen- 
zen 7007, p. 259 = lïenzen 6950, p. 388-9 = Or. 4244, p. 390 = Henzen 7254, 
p. 391 et Or. 200; — 2» Nautae Rhodanici, Boiss. p. 203 = H. 7260, p. 211, 
p. 392 = Or. 4110, p. 393 = Or. 4243, Or. 809; — 3" Nautae Rhodanici et 
Ararici, B. p. 260 = H. 6950, p. 265, 394 et 376. 

(2) B. p. 259 = H. 6950, et joindre Mommsen, Aniiali 1853, p. 68. 

(3) Corpus nautarum Druentiorum : inscription d'Arles, Or. 4120. 

(4) Nautae Parisiaci, Or. 1993. 

(5) Dans une inscription d'Hispalis en Bétique il est question de Scaphari 
qui Romulae negotiantur, C. I. L. 11, 1168 et 1169; scapharii Romul(ae) con- 
sist(entes), 1183; lyntrarii Canamenses, Oducienses, Naevenses, 1182. 

(6) Col(legium) naut(arum) m(unicipii) A(triaeJ, C. I. L. V, 2315. 

(7) Coll(egium) nautfarumj Ariliciensiuyn), C. I. L. V, 4016; collef/imn navi- 
culariorum Arelicensium, V, 4015 ; coll(egium) n(autarum) V(eronensium) 
A{relicae) coHsist(entium), V, 4017. 

(8) Collfegium) n(autarum) B(rixianorum), C. I. L. V, 4999 . 

(9) Collegium nautarum Comensium, C. I. L. V, 5295 et 5911. 

(10) Ratiarii superiores (tirent leur nom du cours supérieur du Rhône) : 
Mommsen, Inscr. Helv. 75 ■=■ Or. 276. 

(11) Nautae Aruranci Aramici : inscription d'Aventicum (Avenches) 
Mommsen /. H. 182 = Or. 365. C'est à l'Aar {Ai'ura) qu'ils doivent le 
nom à' Aruranci = Aruranici\ quant à Aramici; je ne sais ce qu'il 
signifie. 

(^12) Brambach, Corp. Inscr. Rhénan., 939 et 1668. 

(13) Henzen 6654. 

(14) Becker, Topor/r., p. 464; PrcUer, lac. cit., p. 145. 



INTRODUCTION. 31 

les pierres de taille (1) et toutes autres denrées. D'autres 
quartiers de la ville furent pourvus de semblables entre- 
pôts, soit aux frais de l'Etat, soit par les soins de spécula- 
teurs qui en tiraient loyer (2). Pour la consommation locale 
on bâtit des marchés de superbe ordonnance, forum boa- 
riiim (3), suarium (4), pecuarium (5), pistoriiim (6), vina- 
rium (7), holitorium (8), piscatorium (9) ou piscarium (10), 
cuppedinariiim (11), et ces derniers furent remplacés par le 
macellum (12) construit en 575 = 179, auquel s'adjoignirent 
sous l'Empire le macellum Liviae (13) et le macellum ma- 
gnum (1 4). Du jour oii Caton eut érigé, en 570 = 184, le pre- 
mier bazar, dit hasilica Porcia (15), le Forum s'orna peu à 
peu de splendides magasins (16). Dans leur voisinage s'ou- 
vrirent les comptoirs des banquiers [tabernae argenta- 
riae) (17), où se traitaient les affaires d'argent, surtout au 
Janus médius (18) et au Puteal Libonis (19). Les grandes pla- 
ces, comme la Septa (20), et les artères principales, notam- 



(1) Sur le magasin de marbres découvert en 1868, voir: Parthey et Jordan, 
Archiiolog. Ztq 1868, p. 15 sq. et 104 sq. ; L. Bruzza, Annali 1870, p. 106 sq. 

(2) Preller, Regionen, p. 101 et 203. 

(3) Becker, Top., p. 473 sq. 

(4) Preller, Reg., p, 139. 

(5) Ib. p. 226. 

(6) Ib. p. 203 (selon lui, le marché au pain affecté aux boulangers). 

(7) V. infra le paragraphe consacré au vin. 

(8) Becker, Top., p. 600 sq. 

(9) Ib. p. 267 et 301. 

(10) Plaut. Cure. 474 ; Varr. de L. L. V, 146. 

,11) Varrou l'appelle forum cupedinis (lac. cit.); Symmaque {Ep. VIII, 19), 
forum cupedinarium. 

(12) Fest. Ep. p. 123, 7, s. v. macellum. Sur la situation et l'installation de ce 
macellum, détails dans : Jordan, Hermès, II, p. 89 sq., et XV, p. 116 sq,; 
Ritschl, Opusc, II, p. 385; Urlichs, Rhein. Mus., XXIII (1868), p. 84 sq. 

(13) Preller, Reg., p. 131. 

(14) Ib. p. 119. 

(13) Liv. XXXIX, 44, 7. Jordan, Topogr., I, 1, p. 501. 

(16) Sur ces basilicae, voir Becker, Top., p. 300-310. 

(17) Ib. p. 295. 

(18) Ib. p. 327. 

(19) Ib. p. 280, n. 439. 

(20) Ib. 632. 



32 INTRODUCTION. 

ment la Voie Sacrée (1), étaient toutes garnies de boutiques 
Certaines rues devaient leurs noms à la profession qu'on y 
exerçait (2) : il y avait la rue des marchands de grains [viens 
frumentarius) , celle des corrôyeurs [vicu^ lorarius)^ celle des 
(413) marchands de bois [v. materiarius) ^ celle des fabricants de 
sandales {v. sandaliarius) ^ celle des verriers [v. vitrarius), 
celle des parfumeurs {v. nnguentarius)^ celle des fabricants 
de faux [inter falcarios) (3). Les auvents et les échoppes des 
petits artisans et détaillants faisaient saillie sur les maisons 
le long des rues, en si grand nombre qu'ils gênaient 
beaucoup la circulation et qu'on dut sous Domitien couper 
court à cet abus (4). Qu'on songe maintenant aux milliers 
d'hommes qui trouvaient emploi, non seulement dans ces 
locaux de vente, mais dans les grands entrepôts (5), dans les 
officines, comme colporteurs et crieurs de denrées [institores 
et circitores) (6), puis encore comme courtiers en marchan- 
dises {arillatores (7), coctiones) (8) , courtiers en espèces 
{pararii) (9) et commissionnaires {proxenetae) (10); qu'on se 
représente cette cohue affairée et grouillante, et l'on se fera 
quelque idée de l'animation commerçante de la grande cité. 
Désormais édifiés sur les relations de l'économie agricole, 
de l'industrie et du commerce en général chez les Romains, 
nous passons à l'étude particulière des divers objets sur 



(1) Preller, Reg. p. 129. 

(2) V. Jordan, de vicis urbis Romae, in Nuove Memorie d. Insl., Lipsiae 
1865, p. 215-242, spécialement p. 234, et Jordan, Top., 1, 1, p. 515, et II, p. 597. 

(3) Cic. in Catil. I, 4, 8. Il y avait de même une rue inter lignarios : 
Liv. XXXV, 41, 10. Jordan cite le vicus pulverarius-, mais je ne saurais à quelle 
profession l'assigner. 

(4) Question traitée en détail par Friedlaender, Darstellungen, P, p. 7 sq. 

(5) A ce trafic se rapporte le nom d'apothecarii, C. Jus t. XII, 58, 12 § 3. 

(6) Dig. XIV, 3, 5 § 4 : Sed etiam eos institores dicendos placuit, quitus ves- 
tiarii vel lintearii dant vestem circumferendam et distrahendam, quos vulgo 
circitores appellamus. 

(7) Gell, XVI, 7, 12; Fest. Ep. p. 20, 12. 

(8) Gell. loc. cit. ; Plaut. Asin. 203; Henzen 7216 = C. I. L. VI, 9103. Loewe, 
Prodrom. corpor. glossarior., p. 285 ; Bugge, Altital. Stud., p. 35. 

(9) Sen. de benef. II, 23, 2; III, 15, 2. 

(10) Sen. Ep. CXIX, 1; Martial. X, 3, 4; Dig. L, 14, 2-3. 



INTRODUCTION. 33 

lesquels s'exerçait leur activité. Nous les envisageons dans 
leur ordre de succession naturel, déjà esquissé plus haut : 
d'abord, ceux qui concernent l'alimentation; ensuite, les 
industries qui pourvoient au vêtement et à la parure; celles 
enfin qui travaillent à l'habitation humaine et à l'ameuble- 
ment de la maison. 



Vie PiiiVÉE CES Rom. t. 11. 



CHAPITRE PREMIER (4i4) 

l'alimentation (1) 



1. Céréales. — L'histoire de l'agriculture italienne offre 
un frappant exemple du pouvoir de l'homme sur la nature : 
la production de l'Italie s'est sensiblement modifiée au 
cours des âges (2). Quelques-uns des produits que nous 
tenons pour italiens au premier chef, tels que le maïs et 
l'orange, sont absolument ignorés de l'antiquité (3); d'autres, 
la vigne, l'olivier, les herbes potagères, nombre d'arbres 
fruitiers, n'ont été introduits que par les Romains. La très Froment; 
ancienne Italie ne cultiva guère que les céréales ; encore ne 
les connut-elle point toutes. Le seigle {secale) passait chez 

(1) Sur les aliments des anciens, consulter : Nonni, Diaeteticon sive de re 
cibaria libri IV, Antverp. 1646, in-4 ; C. J. van Cooth, Diatribe in diaeleticam 
veterum, Traj. ad Rh. 1835, in-8. On en trouvera aussi une très notable partie 
traitée dans : Magcrstedt, Bilder aus d. Rôm. Landwirtlischaft, fascicules 1-6, 
Sondershausen 1858-63 (recueil de documents sur la viticulture, l'élève du 
bétail, l'arboriculture fruitière, l'aménagement des labours, jardins et prai- 
ries, enfin l'apiculture) ; H. 'Wiskemann, die antike Landwirtlischaft u. dus 
von Thilnen' sche Gesetz, aus den alten Schriflstellern dargelegt, Leipzig 1859, 
in-8 (ouvrage couronné par la Jablonowskische Gesellschaft n. VII) ; Darem- 
berg et Saglio, Dict. des Antiq., s. v. cibaria. 

(2) Mommsen, R. G., P, p. 826 *. Détails sur ce point : V. Hehn, Kultur- 
pflanzen u. Hausthiere in ihrem Ueberganç/ aus As. nach Griechenl. u. liai. 
sowie in d. ûbr. Europa, 2= éd. Berl. 1874, in-8. 

(3) Hehn, p. 438 et 377, 

* Hist. Rom., Irad. Alexandre, IV, p. 128. — V. H. 



36 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

les Romains pour une mauvaise herbe. Ils ne produisaient 
d'avoine que pour la nourriture du bétail (j). Ils estimaient 
médiocrement Forge, aliment trop peu fortifiant pour les 
travailleurs et les soldats (2). Bref, en dehors de l'épeautre 
(/«r), culture essentielle des anciens temps (3), il n'y avait 
(415) de céréale usuelle que le seul froment. Autrefois on ne 
l'écrasait pas à la meule, mais dans un mortier, et sa farine 
cuite donnait une bouillie {puis) qui resta toujours le mets 
phtores; national de l'Italie (4). Les esclaves chargés de piler le grain 
se nommaient pistores ou pinsitores (5). 

(1) Org. fin., p. 139; Hehn, p. 479. Le secale mentionné par Pline ne serait 
pas du seigle, mais du sarrasin ou blé noir {polygonum), selon A. Kerner, 
Geschichte des Roggens, Vortrag im Innsbr. naturwiss.-med. Ver. 1877, dont 
je trouve la mention dans Jung, die Romanischen Landschaften, p. 427. 

(2) Galen. VI, p. 507 Kûhn : oî itaTia'.ol 5â xal toîî ffTpaxEuo[jiévo'.î à>k'f txa 
TiapeCTxeijaÇov • èXX' oÛTOt ye vOv tô 'Pwfjiaîwv (TToaT'.wxtxàv dXœîtoi; j^pf.Tai, xa-us- 
yvuxô; aÔTwv inOévEiav • ôîkifr^v yàp tpoç>-)^v SîSwaiv tw awjiaTi, TOtî (ièv IStwxtxw; 
6iaxsi[xévOK xal dtyujjLvota-coiî àùtdpxTi, toÎî S' ôiïwaoOv yuiivaÇoiAlvot; Èvôef;. Ce fut 
plus tard un châtiment militaire que d'être réduit à manger de l'orge : Org. 
fin., p. 139, n. 3. 

(3) Plin. H. N. XVIII, 62 : populum Romanorum farre tantum e frumento 
CCC annis usum Vet^ius tradit. Plus tard cette céréale figure surtout dans le 
culte : supra, I, p. 60, et Culte, II, p. 30. Sur la culture de l'épeautre, voir 
Magerstedt, op. cit., V, p. 283 sq. 

(4) Plin. H. N. XVIII, 83 : piilte autem, non pane vixisse longo tempore 
Romanos manifestiim. Varr. de L. L. V, 105; Juven. XIV, 170. C'est à ce mets 
que font allusion les passages de Plante [Most. 828), 

Non enim haec pultifagus opifex opéra fecit barbants, 

qui sans doute doit s'entendre d'un Romain, et {Poen. 54) 

Latine Patruos Pultiphagonides. 

Cf. Plin. H. N. XVIII, 84 : videturque tam puis ignota Graeciae fuisse, quant 
Italiae polenta. La. polenta est une bouillie d'orge : Plin. ib. 72 sq. 

(5) Nonius, p. 52, 13 : Pinsere tundere vel molere. Varro xacpïi Meviinrou : 
nec pistorem ullum nossent, nisi eum qui in pistrino pinseret farinam. Idem de 
vita populi Romani lihro I : nec pistoris nomen erat, nisi ejits qui ruri far 
pinsebat, nominati ab eo quod pinsunt. Plin. E. N. XVIII, 108. Serv. ad Aen. 
I, 179 : Et quia apud majores nostros molarum nsus non erat, frumenta tor- 
rebant, et ea in pilas missa pinsebant, et hoc erat genus molendi. De pinsere 
fut tiré le surnom Piso' : Paneg. in Pisonem (= Wernsdorf, P. L. M., IV, 
p. 240 =^Baehrens, P. L. M., I, 15) vers 16 : Claraque Pisonis tulerit cogno- 
mina prima, Humida callosa cian pinseret hordea dextra. 

* Non pas, mais de pisuni « pois », comme l'impliiiuc au surplus l'indication de 1 auteur même, 
supra, p. 6, n. 3. — V. H. 



L'ALIMENTATION. 37 

La fabrication du pain fut un premier progrès (1). Elle 
fut d'abord dévolue à la maîtresse de maison ou au cuisi- 
nier (2). C'est en 583 =171 seulement que prit naissance à 
Rome l'industrie du boulanger (3) et, avec elle, l'art de fabri- 
quer le pain de luxe et les gâteaux (4). La boulangerie 
domestique tomba alors en désuétude : la boutique du bou- 
langer fournit aux familles leur provende quotidienne (5), 
et môme leur premier déjeuner aux écoliers (6). Sans doute 
les maisons riches gardèrent encore longtemps des escla- 
ves préposés à cet office (7), surtout à la campagne (8), et 
les boulangers établis ne furent guère que des affranchis (9) 
ou des citoyens réduits par la misère à cette profession (10); 

(1) Détails récents sur la préparation du pain : Blûmncr, Technolog. u. 
Tenninol. der Gewerbe u. Kiinste bel Gr. u. Rom., Leipzig, d87o, in-8, 
I, p. 1-88. 

(2) Plin. //. N. XVIII, 107-8 : Pistores Romae non fuere ad Persicum usqiie 
hélium annis ab urbe condila super DLXXX. Ipsi panem faciebant Qtiirites, 

miilierumque id opus erat, sicut etiam mine in plurimis r/entiwn, certum- 

que fit Atei Capilonis senlentia cocos tum panem lautiorUnis coqiiere solilos 
pistoresque tantum eos qui far pinsebant nominatos. Fest. Ep. p. 58, 14 : 
Cocum et pistorem apud antiquos eundem fuisse accepimus. 

(3) Plin. loc. cit. 

(4) Plin. U. N. XIX, 53 : ferendum sane fuerit luxuriam... pistrinarinn 

operibus et caelaturis vivere, alio pane procerum, alio vulgi, tôt generibus 
iisque ad infimam plebem descendente annona. 

(5) Plaut. Asin. 200 : Quom a pistore panem petimus, vinum ex oenopolio, 
Si aes habent, dont mercem. 

(6) Martial. XIV, 223. Deux boulangeries figurées sur peintures murales 
de Pompéi : 0. Jahn, Abhandl. d. phil.-hisl. Cl. d. k. Gesellsch. d. Wiss., V 
(1868), p. 276 sq., pi. II, 1, et III, 2. 

(7) Suet. Caes. 48 : ut pistorem, alium quam sibi panem convivis subjicien- 
tem, compedibus vinxerit. Chrysogonus (Cic. pro R. Am. 46, 134) a de même 
coquos pistores lecticarios, et les inscriptions aussi mentionnent des esclaves 
de ce genre. Or. 647 : Faustus Marcellae Pauii pislor. Henzen 6445 : Januarius 
pistor. C. I. L. VI, 4010. 8998 sq. 5077. 6337 sq. etc. 

(8) Dig. XXXIII, 7, 12 § 5 : Trebatius ampliits etiam pistorem et tonsorem, 

qui familiae rvsticae causa parati sunt putat (instrumenta) contineri et 

mulieres quae panem coquant. 

(9) P. Cornélius Trophimus, pistor Romaniensis ex reg. XIV, sous Trajan, 
Or. 1455; C. Julius Aug. liberti libertus Eros pistor candidarius, Or. 4263; 
P. Sextilius P. l. Tertius pistor, à Anagnia, Grut. 646, 2; Sex. Rettitts Sex. 
l. Eleuthefrus) pistor, à Corfinium, C. I. L. IX, 3190; A. Mulvius A. l. 
Alexa pistor, C. I. L. V, 1036; cf. C. I. L. VI, 6219 et 9802 sq. 

(10) Le métier n'est point considéré. Suet. Oct. 4 : Verum idem Antonii/s, 
despiciens etiam maternam Augusti originem, proavum ejus Afri generis 



(416) 



3$ 



LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 



mais bientôt les nécessités de la cura annonae amenèrent la 

bourgeoisie à s'intéresser de plus près à cette industrie. Dès 

la boulangerie ja périodc républicainc, il rentrait dans les attributions des 

appliquée à la -"^ ^ 

cura annonae; ^^\[q^ (Jq veiller à ce quc le pain fût de bonne qualité, vendu 
sans faux poids et à bon marché (1). Un document d'une 
grande importance pour l'histoire de la boulangerie, anté- 
rieur peut-être à l'époque d'Auguste, ou au plus tard con- 
temporain, nous fait connaître un nommé Marcus Vei^gilius 
Eurysaces pistor redemtor (2), qui a conclu avec les auto- 
rités compétentes, soit donc les édiles, un contrat de four- 
niture de pain à prix fixes. Nous rencontrons plus tard une 
corporation [corpus, collegium) de boulangers (3), organisée 
par Trajan (4), subordonnée au Praefectus annonae^ et pour- 
vue de privilèges spéciaux, au même titre que toutes les 
autres institutions dépendantes de la cura annonae^ les codi- 
carii, par exemple, et les navicidarii : ses membres jouis- 
saient de certaines immunités , celle de la tutelle entre 
autres (5), possédaient une dotation en biens meubles et 



corpus 
pistorum 



(417) 



fuisse, et modo îinguentariam tahernam modo pistrinum Ariciae exercuisse 
objicit [pistrinum exercere est le terme technique : Apul. Metam. IX, 10 ; Fr. 
Vat. § 233). Juven. VII, 3 : cuyn jam célèbres notiqiie poetae Balneolum 
Gabiis, Romae condiicere furnos Temptarenl, passage glosé par la scholie : ad 
panem coquendum, ut furnarii fièrent. Ammien Marcellin encore mentionne 
(XXVII, 3, 2) un Terentius humili génère in Urbe natus et pistor. 

(1) Mommsen, Staatsrecht, IP, p. 492, n. 3. 

(2) Voir les inscriptions : C. I. L. I, 1013-17 = VI, 1958 = Henzen 7267 sq. 
Le monument lui-même est reproduit Mon. d. Inst., II, 58, et expliqué par 
0. Jahn, Ann., X, p. 231 sq. 

(3) L'inscr. Doni IX, 11, de laquelle j'ai inféré que ce collège apparaît déjà 
sous Auguste, aurait été falsifiée par Ligorius, selon Bormann, in Hirschfeld, 
die Getreideverwaltung in d. Rôm. Kaiserzeit, p. 44, n. 60. On peut douter 
aussi, bien que Borghesi l'admette [Œuvres, III, p. 133), que le corpus pisto- 
rum siliginiariorum, nommé dans ce document et ailleurs encore [C. I. L. 
VI, 22), soit identique au corpus pistorum : on verra plus bas que les siligi- 
niarii ne vendaient pas de pain ordinaire, mais du pain de luxe. Mais Hirsch- 
feld enseigne avec raison sans doute que le corpus pistorum était antérieur à 
Trajan. 

(4) Aurel. Vict. Caes. 13, 5 : et annonae perpetuae mire consultum reperto 
firmatoque pistorum collegio. Au lieu de reperto, Borghesi lit recepto, et 
Hirschfeld, reparato. 

(5) Fr. Vat. § 233 : Qui in collegio pistorum sunt, a lutelis excusantur, si 
modo per semet ipsos pistrinum exerceant; sed non allas. puto excusandos. 



L'ALIMENTATION. 39 

immeubles dont il va être question, et un Latin qui avait 
exploité un jpistrinwni durant trois années consécutives et 
fourni une mouture minimum de 100 modii par jour, acqué- 
rait de droit \q,jîis Quirithwi (1). Ce corpus ou collegium pis- 
tonim (2), dit aussi ordo pistorius (3), se maintint à Rome jus- 
qu'à la chute de l'Empire d'Occident, et Gonstantinople con- 
serva la même organisation. De plus, les boulangeries privées 
{pistrina ow officinae pistoriac) se multiplièrent au point que 
les régionaires des années 312 et 334 de notre ère (4) en 
comptent jusqu'à 254 (5). C'est qu'aussi les distributions de 
pain accroissaient leurs exigences : depuis les Gracques (6) (4i8) 
on en faisait une par mois (7) ; une constitution d'Aurélien 
en ordonna une par jour (8), et cette mesure se maintint 
également à Constantinople (9). On donnait le pain gratui- 



quam qui intra numerum constituti centenarium pistrinum secitndtim litteras 
Divi Trajani ad Sulpicium Similem exerceant : qiiae omnia litteris praefecti 
annonae sir/nificaiida sunt. Cf. § 234-o : Plus eliam imperator noster (Cara- 
calla) induisit, tit a iutelis, quas susceperant anlequam pistores essent, excu- 
sarentur, sed hoc ab ipso creatis pistoribus praeslitit, et ita Marco Diocae 
fraefecto annonae rescripsit. Paul. Dig. XXVII, 1, 46. 

(1) Gai. 1, 34 (lecture de Studeinund) : Denique Trajanus constiluit, ut, si 
Latinus in Urbe triennio pistrinum exercuerit, in quo in dies singulos non 
minus quam centenos modios frumenti pinseret, ad jus Quiritium perveniret. 
Sur ce passage, qui explique le centenarium pistrintcm des Fr. Vat., voir 
Studemund, Mitlheilungen antiquar. Inhalts aus d. Palimps. d. Gains, Leip- 
zig, 1869, in-4, p. iQ {Verhandlungen d. Wûrzburg. Philologen-Versammlung, 
1868, p. 128), et Hirschfeld, loc. cit. 

(2) Corpus pis torum sous Antonin le Pieux, C. I. L. VI, 1002 (Murai. 91, 8 
est apocryphe). Le Collegium pistorum a pour patron L. Aradius Val. Procu'- 
lus, consul en 340 : C. 1. L. VI, 1692. Corpus pistorum : C. Theod. XIV, 3, 2. 
8. 10. 

(3) C. T/ieod. XIV, 3, 20. 

(4) V. Jordan, Topogr., II, p. 5 sq. et 136 sq. 

(5) Preller, Regionen, p. 30-31 et 111. 

(6) App. Bel. civ. I, 21 ; Suet. Oct. 40. 

(7) Org. fin. p. 144. 

(8) Vopisc. Aurel. 35, 1 : Nec praetereundum videtur, coronas eum fecisse 

de panibus, qui nunc siliginei vocantur, et singulis quibusque donasse, ita ut 
siligineiim suum cottidie toto aevo suo unusquisque et acciperet et posteris 
suis demitteret . 46, 1 : Panes iirbi» Romae uncia de Aegyptio vectigali auxit. 
Zosini. I, 61 : stîI ■zoù'zo-.q xal àpxwv So>pêâ tàv 'Pwjxaiwv £TL[i.T,Te Sfjjiov. Ces 
distributions sont dites diurna également C. Th. XIV, 17, 3. 

(9) A Constantinople on distribuait une quantité déterminée de pains par 
maison : C. Th. XIV, 17, 1. 



40 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

tement à certains bénéficiaires portés sur une liste {partis 
ç/radilis) (1), ou bien on le vendait à prix fixé [panis flsca- 
lis) (2). Les vastes bâtiments à usage de boulangerie, répartis 
entre les quatorze régions (3), et le capital d'exploitation en 
esclaves, ânes et meules (4), furent à l'origine fournis par 
l'Etat (8). Il y joignit une dotation en immeubles assignée 
^ dans les provinces au collège qui en touchait les revenus (6). 

L'entretien de ce fonds commun en terres, bâtiments et 
mobilier était confié aux deux quinquennaux du collège ; la 
caisse était tenue par deux questeurs (7) , fonctiormaires 
(419) qu'on voit figurer dans tous les collèges ; quant à l'exploita- 
tion, achat de blé au fisc, fabrication et fourniture, elle 
appartenait à des administrateurs élus, qui portaient, comme 
dans les sociétés de publicani (8), le nom de mancipes. Du 
moins trouve-t-on encore, jusqu'au iv* et au v" siècle, des 
traces de cette organisation, à la seule différence près que 



(1) C. Th. XIV, 17, de annonis civicis et pane gradili. Sur ce mot. v. ibid. 
2, 3 et 4. Prud. c. Symmach. I, 582 : Et quem panis alit gradibus dispensus 
ab altis. Ib. II, 949 : Quae regio gradibus vacuis jejunia dira Sustinet? 

(2) Ainsi l'on lit dans une constitution de 398 (C. Th. XIV, 19, 1) : Panem 
Ostiensem atque fiscalem uno nummo distrahi volumus. 

(3) Socrat. Hist. eccl. V, 18 : T,aav è^ àpyoLiou xa-rà x^jv (j-sytaxTiv 'Pa)[ji7iv oixot 
■jcaiijxeY^^^'î ^^ o^î ô xifi xdXst j^opi]yoù\iv^oi; àpTOî éyiveto. Le tableau des quar- 
tiers fait voir qu'il y avait dans chacun de 15 à 25 pistrina, et non seulement 
les boulangers des bas temps ajoutent à leur nom l'indication du quartier 
(an 401, C. I. L. VI, 9811 : Vitalis pistor... reg. XII), mais cet usage se 
rencontre dès l'époque de Trajan, à laquelle appartient l'inscription. Or. 
1455 : P. Cornélius Trophimus pistor Romaniensis ex reg. XIIIl. 

(4) C. Th. XIV, 3, 7. 

(5) C. Th. XIV, 3, 13 : Non ea sola pistrini sint,... quae in originem ad- 
scripta corpori dotis nomen-^et speciem etiamnunc retentant. 

(6) Ils sont dits fundi dotales, C. Th. XIV, 3, 7, et ib. 19 on lit : fundis 
tel praediis... quae eorum (pistorum) corpori solatia certa praebebant, et fiin- 
dorum sive praediorum quae pistorum corpori obnoxia sunt ; enfin, il est dit 
des fermiers de ces domaines : atque conductores praéstationis modum et sola- 
tia ministrent antiquitus constituta pistoribus. Ces fonds étaient situés dans 
les provinces, témoin Cassiodor. Var. VI, 18 : Dignitati quoque tuae (il 
s'adresse au praefectus annonae) pistorum jura famulala sunt, quae per 
diversas mundi partes possessione latissima tenebantur. V. sur ces fonds : 
Dïrksen, Civilistische Abhandl., II, p. 127. 

(7) Grut. 255, 3. 

(8) Org. fin. p. 380< 



L'ALIMENTATION. 41 

chaque officine est alors pourvue de deux patroni nomrads 
pour cinq ans (1), qui représentent les anciens quinquen- 
nales, et administrée par un manceps spécial (2). 

Le pain comportait des qualités fort diverses (3) : pain de Vari«(^s de pain. 
froment supérieur {panis siligineus) (4) fait de pure farine 
de froment {simila, similago) (5) ; pain de farine grossière et 
de son, ou de son tout pur [panis cibariiis (6), plebeius (7), 
castrensis (8), sordidus (9), rusticus) (10); pain de toute autre 
céréale, telle que le millet [milium) (11), etc. Les consom- 
mateurs attachaient une grande importance à la finesse 
du pain (12) et recherchaient môme les variétés exoti- (420) 



(1) C. Theod. XIV, 3, 7. 

(2) Socrat. Hist. eccl. V, 18 : oïts Trpoïatiij.svoi to'jtwv (tûv oïxwv, les pis- 
trina) \i.i-^yi.i-RZ^ vr^ 'Puixaiwv ^XtitiT/r) xaXoûvxai ; et plus bas : yvoù? TaOxx 6 
paatXs'Jî Toùî ixotYxiiraî è-utixwpTiaaTo. Lydus, de mens. IV. 30 : ot Se [x^YxiTte;, 
otovsi ■zzyyli'X'. xoû àvSpxiroSwSouî àpxou. De mag. IH, 7 : txeS' oO; [Aâyx'.Tîeç, o'. 
Toû S7i[xw5ou; xal àv5pairoSw8ouç âprou Sï)[i.ioupYOt, utp' ol? dpTOTioioi. Il en est 
question C. Th. XIV, 3, 18, et Gothofr. ad h. l. 

(3) Blùumer, Technol., I, 77 sq.; M. Voigt, die verschiedenen Sorten von Tri- 
ticum, Weizenmehl u. Brot b. d. Rom., in Rhein. Mus., XXXI (1876), p. 10o-128. 

(4) Plin. H.N. XVIII, 83 : siliginem proprie dixerim tritici delicias. San. Ep- 
CXIX, 3 : utrum hic panis sit plebeius an siligineus ad naturam nihil pertinel. 
CXXIII, 2 : illum (malum panem) tibi tenerum et siligineum famés reddet. 

(5) Cels. II, 18 : ex Iritico firmissima siligo, deinde simila, deinde oui nihil 
demtum est, quod aùxÔTrupov Graeci vacant, infirmior est ex polline, infirmissi- 
mus cibarius panis. Galen. VI p. 483 sq. Kûhn : xal irapi ys toTî 'Pwixaiotî waitep 
ouv xal Tîapà toÏî à'X>>0'.i; aysSôv aTtacrtv wv oEp^^ouaiv, ô |Jièv xaôapwiaTOî àfpTOî ôvo- 

[xâÇîTxi jiXtyvtTTiî, ô Se è'fs^f,; aOxwv uejX'.SaXiTT.î Tpoy'.jJLajTaTo; [lèv ouv ô ut^iy- 

vtTTj; aJTciv, ÊcpeÇf,î Se 6 CT£[j.iSa>,iTTiî, xxl xptxoî ô [xÉJo; xs xal auYxô|JitTxoî, ô xal 
a'jxoTT'jpixT,!;, £'-p''(î> xsxxpxôv saxiv x6 xwv ^uirapwv cloo;, (Lv ëayaxoî ô irixopta;. Ces 
deux énumérations s'accordent à nous faire interpréter Hor. Ep. II, 1 , 123 [vivit 
siliquis et pane secundo) par pain de similago. 

(6) Cic. Tusc. V, 34, 97 ; Cels. loc. cit. ; Plin. //. N. XVIII, 87; Fronto, ad Ant. 
imp. I, 3, p. 101 Naber. Ce pain est dit cibarius, parce qu'on le fournit, comme 
les autres cibaria, aux soldats et aux employés. Cf. Mommsen, Droit public, I, 
p. 338. 

(7) Sen. ÊJ9. CXIX,.3. 

(8) Vopisc. Aurel. 9, 6 : panes militares mundosXVI, panes mililares castren- 
ses XXXX. 

(9) Plaut. Asin. 142 ; Suet. Ner. 48 ; C. Th. XIV, 17, 3. 

(10) Plin. H. N. XIX, 168. 

(U) C'est l'aliment de la Campanie: Plin. H. N. XXVIII, 54 et 100; cf. Colum. 
II, 9, 17. Galien (VI, p. 323) le tient pour peu nourrissant et impropre à l'ali- 
mentation. 

(12) Suet. Caes. 48. 



42 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

ques (1). Aussi, à côté des boulangers qui travaillaient pour 
la consommation du menu peuple et ne fournissaient guère 
que du pain de qualité moyenne (2), y avait-il place pour les 
boulangeries de luxe qui traitaient les pâtes fines et chères : 
c'est ainsi que les inscriptions nous signalent des pistores can- 
didarii{S) ou siliginiarii (4), clihanarii (5), un pis tor similagi- 
narius) (6), Romaniensis (7), pepsianiis (8), et diverses variétés 
de pâtissiers, dulciarii (9), placentarii (10), libarii (H), Cînis- 
tularii dont quelques-uns crient leur marchandise par les 
rues (12), panchrestarii (13), enfin les fabricants de gâteaux 
d'offrande, fictores (14), auxquels se rattachent originaire- 
ment les 'pastillarii (15). Des produits nous pouvons juger par 
quelques échantillons originaux (16), et par des peintures 
représentant surtout des miches rondes entaillées en quatre 



(1) Plin. E. N. XVIII, 103 : non pridem etiam e Parthis invecto (-pane) quem 
aqiiaticum vacant, quoniam aqua trahitur ad tenuem et spongiosam inanitatem, 
alii Parthicum. 

(2) Sen. Ep. CXIX, 3. Schol. ad Pers. III, 111 : panem non deliciosius cribro 
discussum, sed plebeium, de populi annona, id est fiscalem. Cf. Gothofr. ad C. Th. 
XIV, 17, S. 

(3) Or. 4263. 

(4) C. I. L. VI, 22. 

(5) C. I. L. IV, 677, à Pompéi : Trehium. aed. clibanari rogant. Galen. VI, 
p. 489 : xdtXX'.atot 8è aùiwv (twv àp-ruv) ot x)viêavtTat.. ècpeÇf,? 6è aùtûv ol lirvï-cai. 
Plin. H. N. XVIII, 105 : necnon a coquendi ratione (appellati panes), ut fiirna- 
cei vel artopticii aut in clibanis cocti. 

(6) C. I. L. I, 1017 = VI, 9812. 

(7) Or. 1455. 

(8) [C. /. L. VI, 9810 (Or. 4246 porte à tort Persiano) : .le nom vient de Tzé^n 
et se réfère au mode de préparation.] 

(9) Martial. XIV, 222 ; Veget. I, 7. On les rencontre aussi en tant qu'esclaves : 
Lampr. Heliog. 27, 3 ; Treb. Poil. Claud. 14, 11 ; Apul. Met. X, 13. 

(10) Gloss. Philox. icXaxouvxdîptoî placentarius . 

(11) Le libum se compose de lait, pâte de farine et miel : ir)ka-<coijî ex. yaî^ax- 
TOî Ixpiwv TE xal (lÉAtxoî, ov 'PtojjiaTot )vt6ov xaXoûji, Athen. III, p. 125^ 

(12) Sen. Ep. LVI, 2. 

(13) Arnob. II, 38, et Hildebrand ad h. l. 

(14) Culte, I, p. 297. 

(15) Fest., p. 250'', 30 : pastillum est in sacris libi genus rotundi. Fest. Ep. 
p. 222, 18 : pastilius forma panis parvi utique diminutivum est a pane. Dans 
une inscription de 435 (Or. 4112 = C. I. L. VI, 9765) figure un palronus corpo- 
ris pastillariorum. Un pastillarius : C. I. L. VI, 9766. 

(16) Sur les pains trouvés à Pompéi, voir Overbeck, Pompeji'', p. 385. 



L'ALIMENTATION. 43 

segments ou davantage (i), ce qui explique l'expression cou- 
rante quadra panis (2). Nous sommes également riches de 
documents sur la division du travail dans cette industrie (3), (42i) 
mais nous ne pouvons en utiliser ici qu'une fort petite partie. 

Ce sont les boulangers eux-mômes qui s'occupent de la Mouiim, 
mouture (4). L'antiquité distingue trois sortes de moulins : 
meules à main, molae mamiariae (3), maniiales (6); moulins 
mus par des chevaux, molae jumentariae (7), ou plus com- 
munément par des ânes (8), asinariae (9); moulins à eau. Les 

(1) Aringhi, fio?na subterranea, 1651, in-f», II, p. 533; Pitture di Ercol.,U, 
p. 141; Mîis. Borb., VI, 38 = Overbeck, PompA, p. 576; cf. W'inckelmann, 
Werke, II, p. 68. 

(2) Sen. de benef. IV, 29, 2; Verg. Aen. VII, 115 ; Moret. 47 : Levât opus pal- 
misque suum dilatât in orbem, Et notât impressis aequo discrimine quadris. 
Hor. Ep. I, 17, 49. Martial. IX, 90, 18 : Secta plurima quadra de placenta. Cf. 
VI, 75, 1. Athen. III, p. 114" : pXwaiaioj; Se àptouî ôvoail^EjOa: XÉyei toj; ê/ov-caî 
èvTO(xiî, oOî 'PwtxaToi vcoSpâfO'j; Xi'yo'j^'.. 

(3) V. Gôtzius, de pistrinis veterum, Cygneae 1730, in-8. On trouvera plus de 
détails dans Blumner, Technologie, I, p. 1-88, qui traite du battage, du van- 
nage, de la torréfaction, de l'égrugeage et de la mouture du blé, puis de la 
farine, de la panification et du pain, par sections séparées. Parmi les monu- 
ments qui représentent ce travail, on a cité plus haut (p. 38, n. 2) celui d'Eu- 
rysace ; relief de sarcophage de Latran, figurant l'histoire du pain depuis le 
labourage jusqu'à la cuisson, reproduit par Garrucci, Mus. Laler., tab. 32, et 
expliqué par 0. Jahn, in Gerhard, Denkmâler u. Forschungen 1861, n. 148, 
pi. 148, 1. Le même auteur a traité des autres figurations connues dans Ber. 
d. k.suchs. Ges. d. Wiss., phil.-hist. Cl. 1861, p. 340-348. 

(4) Dans l'atellane Pistor, de Pomponius (Ribbeck, Com. Lat. Fr., 2" éd., 
p. 243), on lit : Decipit vicinos : quod molendum conduxit comest. Et la bou- 
langerie se nomme pistrinum, terme qui proprement désigne la moletrina 
(Nonius, p. 63, 25). 

(5) Dig. XXXIII, 7, 26, § 1. 

(6) Hieronym. Chron. ad. a. 312 ap. J.-C. = vol. VIII, p. 495 Migne; Calpum. 
Eclog. m, 85. Beckmann {Beilrûge zur Gesch. der Erfindungen, II, p. 3) se 
représente le moulin à bras comme composé d'un mortier dont l'intérieur est 
rayé et d'un pilon dont la base porte une encoche, de telle sorte que les grains 
s'y écrasent, non par contusion, mais par frottement. Mais les moulins à bras 
étaient versatiles (Plin. H. N. XXXVI, 135), tout comme ceux que faisaient 
tourner des chevaux. [Les moulins pompéiens ordinaires et ceux de même 
système découverts en nombre d'autres endroits pouvaient sans doute être 
mus à force de bras ; mais il était d'usage d'y atteler des animaux, car le sol 
qui les entoure est pavé. On trouve toutefois à Pompéi un type plus petit, aisé 
à mouvoir, visiblement moulin à bras, qui relève du même genre de construc- 
tion : il y en a un mentionné dans Overbeck, Pomp.^, p. 393.] 

(7) Dig. XXXIII, 7, 26, § 1. 

(8) Jahn, loc. cit., p. 345. 

(9) €at. de re rust. iQ, 4, et 11, 4. 



44 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. ^ 

deux premières sont de construction identique et ne diffèrent 
que par les proportions (1) : elles se composent essentielle- 
ment du gîte {meta, [xûXti) et de la meule courante {catillus, 
ovoç) (2). Le premier est un cône massif qui repose sur une 
base solide et dans la pointe duquel passe un axe vertical en 
fer ; la meule courante qui tourne autour de cet axe, se com- 
(422) pose de deux cônes creux en entonnoir, symétriquement réu- 
nis par la pointe ; la silhouette de l'appareil reproduit celle 
d'un sablier. Au point de jonction des deux entonnoirs, un 
ajustage en fer (3) permet à la meule de reposer d'un côté sur 
l'axe, tandis que de l'autre elle se meut autour de lui, et au 
grain versé dans l'entonnoir supérieur de s'échapper et de 
tomber entre la meta et l'entonnoir inférieur, qui le broie. La 
meule courante est munie d'un levier différent suivant que le 
moulin est à bras d'homme ou à traction de chevaux : dans 
celui-ci c'est un simple bras de levier, auquel on attelle le 
cheval ou l'âne, les yeux bandés (4) ; l'autre a deux bras de 
levier, et deux esclaves le meuvent, non pas en tirant, mais 
en poussant {trudunt), d'oii la désignation de trusatiles appli- 
quée aux meules à bras en opposition aux asinariae (5). 
Quant aux moulins à eau (6) {molae aquariae, hydraletae), 
bien que Mithridate en eût un (7) et que depuis lors oh en 
rencontre assez souvent la mention (8), ils ne s'introduisirent 



(1) Sur ce type, voir Mazois, les Ruines de Pompéi, t. II, p. 57-59, pi. XVIII-XIX, 
et d'après lui Overbeck, Pomp.'', p. 387. Figuré dans : Schneider, Scriptores r. 
rust., vol. II, tab. IX, n. 7 ; Jahn, loc. cit., pi. 12, n. 6-7. 

(2) Dig. XXXIII, 7, 18, § 5 : Est autem meta inferior pars molae, catillus 
superior. Jahn, loc. cit., p. 341. 

(3) Retrouvé à Pompéi par Mazois en état de conservation partielle. 

(4) Lucian. Asin. 42; Apul. Met. IX, 11 ; Jahn, loc. cit., pi. 12, n. 2. [A Pom- 
péi les moulins à traction d'ânes ou de chevaux sont également agencés pour 
deux, bras de levier.] 

(5) C'est la description très exacte de Blûmner, Technologie, I, p. 32. Cf. 
Cat. de re rust. 10, 4 : molas asînarias unas, trusatiles unas. Id. 11, 4. Gell. 
III, 3, 14 (parlant de Plante) : cum... ad circumagendas molas, qiiae trusatiles 
appellantur, operam pistori locasset. 

(6) Sur ce type, voir Beckmann, op. cit., I, p. 12 sq. 

(7) Strab. XII, p. 556. 

(8) Décrit Vitruv. X, 10, 5. Cf. Antipater Thess., in Anth. Gr., éd. Jacobs, II, 
p. 105, n. 39. Pallad. de re 7'iist. I, 42 : Si aquae copia est, fusuras balnearam 



L'ALIMENTATION. 45 

pas à Rome avant le iv' ou le v'' siècle de notre ère : l'eau 
était fournie par les aqueducs publics (i) ; les moulins de la 
Pistrina, situés au pied du Janicule (2), étaient alimentés par 
la prise d'eau qui, des environs du Lacus Sabatinus, remon- 
tait la pente de cette colline pour redescendre sur l'autre (423) 
versant (3). Enfin, quand les Goths assiégèrent la ville en 536, 
Bclisaire inventa les bateaux-moulins : c'étaient des mou- 
lins flottant sur le Tibre et mus par le cours même du fleuve, 
qui demeurèrent ultérieurement en usage (4). Comme les 
moulins à eau ne pouvaient être installés dans les boulange- 
ries, la meunerie désormais se trouva séparée de la fabrica- meunieM 
tion du pain; les meuniers {inolitores (5), molendinarii), dont 
le nom n'apparaît pas avant cette époque, sont très probable- 
ment des gérants de moulins à eau (6). 

A la mouture succèdent le criblage de la farine, le pétris- 
sage de la pâte, — on se sert parfois d'un pétrin mécanique 
mû à bras d'hommes ou tourné par des ânes (7), — enfin la 



debent pistrina suscipere, ut ibi formatis aquariis molis sine animalium vel 
hominum labore frumenta frangantur. Auson. M.os. 361 (parlant de l'Erubris, 
aujourd'hui Rouvre, petit affluent de la Moselle) : ille Praecipiti torquens cerea- 
lia saxa rotatu. Pline aussi paraît avoir en vue ces moulins, H. N. XVIII, 97 : 
major pars Italiae nudo utitur pilo, rôtis etiam qiias aqiia verset obiter et 
molat. Jahn corrige : verset obiter et mola. Pour moi, je crois qu'il faut join- 
dre verset obiter et qu'il s'agit d'un moulin à augets. 

(1) V. C. Theod. XIV, 13, 4, et la lettre de Théodoric au Sénat Romain dans 
Cassiod. Var. 111,31. 

(2) Prud. c. Symm. II, 950 : aut quae JanicuU mola muta quiescit? 

(3) Procop. B. G., I, 19. Cf. Becker, Topogr., p. 706. 

(4) Procop. toc. cit. 96-97, où l'on lit à la fin : xal x6 Xot-ôv 'PwjxaToi -roûxot; 
[lèv ToTî jxû>kWïiv eypwvTO. 

(5) Dig. XXXIII, 7, 12, § 5 : molitores, si ad usum rusticum comparati 
sunt. 

(6) Ce sont les molendinarii du Janicule que vise l'arrêté du préfet de la ville 
Dynamius (C. /. L. VI, 1711), qui tut consul, selon Borghesi, en 488, et préfet, 
selon Corsini, en 490 : Claudiiis Julius Ecclesius Dynamius v. c. et inl. urbi 
praef. d(icit) : Amore patriae compiilsi ne qtiid diligentiae déesse videalur, stu- 
dio nostro adici novimus, ut omnium molendinariorum fraudes amputentur,.... 
et ideo stateras fiei'i praecepimus, quas in Janiculo constitui nostra praecepit 

auctoritas Accipere autem molendinarios tam in Janiculo quam per 

diversa praecipimus per modium unum nummos III. 

(7) Jahn, loc. cit., p. 347; Blûmner, Technol., I, p. 62 sq. ; Overbeck, Pomp.^, 
p. 389 sq. 



46 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS 

cuisson au four sur lequel nous renseignent plusieurs bou- 
langeries pompéiennes (1). 
Marchands Moius la procluction du blé italique suffisait à la consom- 
mation urbaine des derniers siècles de la République, plus 
se développa le commerce de grains d'outre-mer. Les princes 
du commerce sous la République {negotiatores) sont tous 
banquiers ou marchands de grains (2) : ceux-ci achètent à 
forfait dans les provinces (3), soumissionnent pour la four- 
niture aux armées (4), ou vendent leur denrée à Rome, oii 
(424) les dîmes reçues des provinces laissent encore place malgré 
tout à un important débouché (5). Auguste en ses largitions 
prenait soin, nous dit-on, de ne point faire tort au trafic des 
negotiatores (6); Claude favorisa les progrès de ce commerce 
dans Rome, en instituant, semble-t-il, un collegium negotia- 
torum fnimentariorum^ auquel il concéda certains avantages 
et promit de le garantir de ses avaries (7); Alexandre Sévère, 
enfin, s'efforça, par des concessions d'immunités, d'amener 



(1) Mazois, loc. cit. ; Overbeck, op. cit., p. 388. 

(2) Ernesti, de negotiatoribus Romanis, in Ernesti, Opusc. philolog. crit., 
p. 1 sq. 

(3) Ainsi Cicéron rapporte [pi^o Flac. 37, 91) que Falcidius acheta 90,000 ses- 
terces la récolte de Tralles. 

(4) Caes. B. G. VII, 3 : Carnutes... Gehabum dato signo concurrmit, civesque 
Romanos, qui negotiandi causa ibi constiterant, in his C. Fufium Citam, hones- 
tum equitem Romanum, qui rei frumentariae jussu Caesaris praeerat, interfi- 
ciunt. Hirt. B. Afr. 36 : Legati intérim ex oppido Tisdrae, in quo tritici inodium 
milia CGC comportata fuerant a negotiatoribus Italicis aratoribusque, ad Cae- 
sarem venere. 

(5) Cf. Organ. financière, p. 142. 

(6) Suet. Oct. 42 : Atque ita posthac rem temperavit, ut non minorem arato- 
rum ac negotiantium, quam populi rationem deduceret. 

(7) Gai. I, 32 (lecture de Studemund) : Item edicto Claudii Latini jus Quiri" 
tium consecuntur^ si navem marinam aedificaverint, quae non yninus quam 
decem milia modiorum pnimenti capiat, eaque navis vel quae in ejus locum sub- 
stituta sit, sex annis frumentum Romam portaverit. Suet. Cl. 18 : Nihil non 
excogitavit ad invehendos etiam tempore hiberno commeatus ; nam negotiatori- 
bus certa lucra proposuit, suscepto in se damno, si cui quid per tempestates acci- 
disset. Une pareille mesure n'avait d'application possible que pour un collège 
d'un certain nombre de membres : aussi voyons-nous les negotiatores frumen- 
tarii, en tant qu'orgailisés en corporation, mentionnés dans l'inscription con- 
temporaine de Titus, C. I. L. VI, 814. 



L'ALIMENTATION. 41 

des marchands de grains à fixer leur résidence à Rome (1) : 
il parait donc bien que le nombre des collegia de ce genre 
déjà créés à Rome (2) ne répondait plus aux besoins de la 
population. 

2. Culture maraîchère. — Outre le froment et le millet 
{miiium), assaisonnés à la graisse de porc, à l'huile (3) et au 
lait (4), sans doute aussi pétris en pains et gâteaux (5), l'ali- 
mentation populaire comportait essentiellement les légu- 
mes (6), dont l'extrômc importance se révèle d'abord par la 
seule abondance des documents qui nous en sont parve- 
nus (7). Viennent en premier lieu les siliqueux ou fruits à 
gousse {legumina, odirpia) (8), que Galien définit « des céré- (42B) 
aies impropres à la panification » (9) : lentilles [leni), fèves 
(faba), pois (pisum), pois chiches (cicer), lupins (ôsp^ji-oç), hari- 
cots et pavots ; le pavot se servait à la secunda mensa, assai- 
sonné de miel, et on en parsemait aussi la croûte du pain, 
auquel il donnait un goût épicé (10). Puis les variétés de 
légumes verts : oignons {cepa), scilles {scilia), ail {allm?n), et 



(1) Lampr. Al. Sev. 22, 1. 

(2) Dig. L, 5, 9 § 1 : Paitlus respondit, privilegium frumentariis negotiato- 
ribus concessum etiam ad honores excusandos pertinere. Callistrat. (vers 21 1) 
Dig. L, 6, 6 (5) § 3 : Negof.iatores, qui annonam urbis adjuvant, item navicula- 
rii, qui annonae urbis serviunt, immunitatem a muneribus publicis consequuntur. 
Plus tard, on rencontre des collèges spéciaux du même genre, tels que les 
mercatores frumentarii et olearii Afrarii, Or. 3331 = C. 1. L. VI, 1620. Mention 
fréquente, dans les inscriptions, d'individus faisant le commerce des blés soit 
à Rome soit en province : à Rome, C. /. L. VI, 9668 ; à Lyon, Henzen 7256, Bols- 
sieu p. 197; en Germanie, Brambach C. /. Rh. 71. 

(3) Galen. VI, p. 523. 

(4) Colum. II, 9, 19; Galen. VI, p. S24 Kûhn. 
(3) Ov. Fast., IV, 743. 

(6) Plin. H. N. XIX, 52 : ex horto plebei macellum. 

(7) Outre les Scriptores rei rusticae, la question est traitée en détail par : 
Dioscor. de mat. med., II, de 126 à la fin du livre; Plin. H. N. XIX, 52-189 ; 
Galen. de alimentor. facultat. 1,16-11, 6 = VI, p. 524-568 Kùhn; Oribas. I, 
17 sq. 

(8) Sur l'acception du mot legumen, voirRôper, in Philolog., IX, p. 239 sq. 

(9) Galen. VI, p. 524. Au contraire Plin. H. N. XVIII, 165 : legumina, quae 
velluntur e terra, non subsecantur, unde et legumina appellata, quia ita legun- 
tur. Dans un autre passage (XVIII, 53), il les définit par fruits à gousse : 
(quorum fructus) includitur siliquis. 

(10) Galen. VI. p. 548 ; Plin. H. N. XIX, 168. 



48 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

poireau [porrum)\ ache (â!/)mm), asperge {asparagus)^ artichaut 
[cardims]^ chicorée {intybum) et aunée [inula)\ chou [bras- 
sica), rave et radis (napiis, siser , raphanus^ pastinaca, beta) ; 
concombre {cucumis), melon (melo) et courge [ciicurbita] (1); 
les salades et plantes à feuilles comestibles, laitue [lac- 
tuca)^ cresson {lepidium), mauve [malva], oseille {lapathiim)^ 
rue {ruta) et mainte autre; les plantes aromatiques, moutarde 
(sinapi), anis (anesum)^ fenouil {foeniculum)^ coriandre {co- 
riandrum), cumin indigène (cuminum), cumin noir (git), anct 
(aneûnim), fournissaient aux classes laborieuses leurs mets 
indigestes, aux tables riches les éléments de la promulsis (2), 
et à la cuisine ses indispensables condiments. Le bon vieux 
temps faisait ses délices ordinaires des fèves (3) et des 
oignons, auxquels durent leur nom les Fabii (4) et les Cae- 
piones ; les fèves, légume lourd (5), furent, si Ton en croit 
la tradition, interdites déjà par Pythagore à ses disciples (6), 
et plus tard elles ne furent plus goûtées à Rome que des gla- 
diateurs (7), des ferronniers (8) et des paysans (9); mais les 
Romains du temps jadis sentaient l'ail et l'oignon (10), on dis- 
(426) tribuait des lentilles aux soldats en campagne (11), et le vieux 
Gaton tient le chou pour le roi des légumes (12). Quant aux 



(1) Ilehn, op. cit., p. 267 sq, 

(2) V. supra, I, p. 378 sq. 

(3) Helbig, liai, in d. Poebene, p. 70. 

(4) Cf. Pfund, de antiquiss. apud Italos fabae cultura ac religione, Berol. 
1845, in-8. 

(5) Dioscor. M. M. II, 127. 

(6) Gell. IV, 11; Plin. H. N. XVIII, 117-119. 

(7) Galen. VI, p. 529. 

(8) Martial, X, 48, 16. 

(9) Hor. Sat. II, 6, 63. 

(10) Varron, cité par Nonius, p. 201, 5 (XI 6 Oehier = p. 169 Bûcheler) : Avi 
et atavi nostri, curn allium ac cèpe eorum verba olerent, tamen optume animati 
erant. Plus tard le goût changea : Névius déjà écrit (v. 19 Ribbeck, cité par 
Priscicn, VI, 2, p. 681 : Ut illum Di perdant, qui primam holitor pi'otuUt Cae- 
pam! et Horace n'a pas trop dune épode entière {Ep. 3) pour exécrer l'ail. 

(11) Plut. Crass. 19. Mais on en mangeait ailleurs encore : Plin. H. N. XIX, 
133. 

(12) Cat. de re rust. 156, 1. Cette culture resta en honneur : Plin. H. N. XIX 
140; Colum. X, 130 sq. 



L'ALIMENTATION. 49 

légumes fins, aux salades et aux herbes aromatiques, ce fut 
toujours fantaisie de gastronomes et affaire aux maraîchers 
entendus : on faisait venir la grosse asperge de Ravenne(l), 
l'artichaut de Carthage et de Cordoue (2), les lentilles 
d'Egypte (3), la betterave sucrée (sise?') de Gelduba sur le 
Rhin (4), plusieurs plantes potagères exotiques de Grèce 
et d'Asie Mineure, et l'importation des épices d'Orient fut 
toujours active (5). 

C'est surtout à la production des fruits que les Romains Los fruits. 
des bas temps de la République et des débuts de l'Empire 
appliquèrent leurs soins, que le succès récompensa, tant 
dans les provinces qu'en Italie même. Dès l'époque de Var- 
ron l'Italie était un grand verger (6) : les pommes, les poires, 
les prunes, les coings, les nèfles, les châtaignes et les noix, 
les olives et les raisins faisaient partie intégrante du repas. 
Puis on se prit à perfectionner les variétés indigènes, à 
acclimater aux alentours de Rome les meilleures espèces 
italiques et exotiques, à faire mûrir au printemps des fruits 
d'automne (7); on se lit gloire de perpétuer son nom en 
l'attachant à quelque nouveau produit. On mangeait à Rome 
des poires de Picénum, de Signia, de Tarente, de Grèce, de 
Numidie, d'Alexandrie; il y avait des pi?'a Dolabelliana, 



(1) Plin. //. N. XIX, 54. 

(2) Plin. H. N. XIX, 152. 

(3) Plin. H. N. XVI, 201 ; Mart. XIII, 9. 

(4) Plin. H. N. XIX, 90. ^ 

(5) Sur les unes et les autres, voir supra, I, p. 384 sq. 

(6) Varr. de re rust. I, 2, 6 : Non arboribus consita Italia est, ul tota poma- 
rium videatiir? Lucret. V, 1366 : 

Inde aliam alque aliam cultiiram dulcis agelli • 
Temptabant, f'ruclusque f'eros mansuesceve terram 
Cernebant indulgendo blandeque colendo. 
Inque dles magis in montent succedere silvas 

Cogebant, infraque locum concedere cicltis 

Ut nunc esse vides vario distincta lepore 
Omnia, qi/ae pomis intersita dulcibiis ornant 
Arbutisque tenent felicibus opsita civcton. 

{!) Pratique mentionnée pour les figues par Pliu. //. .V. XV, Vi. 

Vie PiiivÈE DES Rom. t. II. + 



80 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

Pomponiana, Seviana (1), des pommes de Vérone, d'Afrique 
(427) et de Syrie, des niala Scaudiana (2) , Sceptiana. Les mala 
Matiana ou Mattiana (3), les plus fines au dire d'Athénce (4), 
doivent leur nom au chevalier C. Matius, contemporain d'Au- 
guste (5); les Appiana, h un nommé Appius Glaudius (6). 
Chaque conquête nouvelle enrichissait le verger romain : 
c'est ainsi qu'entrèrent en Italie la noix exotique {Juglans), 
la noix persique (7), dite aussi pontique ou royale (notre 
noisette) (8), la noix connue en Campanie et en Latium sous 
le nom de nitx Praenestina ou Avellana (aveline) (9), l'amande 
{nux Graeca, nux Thasia, amijqdalé) (10), qui ne paraît pas 
avoir encore été naturalisée au temps de Caton(H), la pêche 
[malum Persicum) (J 2), l'abricot (ma/wm Armeniacum ouprae- 



(i) Plin. IL N. XV, 53-S6; Colum. V, 10, 18. L'auteur du Moretum (Macrob. 
Sat. III, 18, 11) ne paraît pas sawomra&T Suevius, mais Sueius {L. MûIIer, arf 
Lucil., p. 311 ; Rhein. Mus., XXIV (1869), p. 553) : les poires, par hasard, 
étaient-elles dites aussi Sueiana'l 

(2) Plin. H. N. XV, 49. Dans Colum. V, 10, 19, les mss. portent gaudiana 
au lieu de Scaudiana. Le nom propre Scaudius se lit Murât., p. 1741, 17. 

(3) Suet. Dom. 21; Colum. V, 10, 19; XII, 47, 5; Macrob. Sat. III, 
19, 2. 

(4) Athen. III, p. 82" : èywSè... Ttavtwv ,a3t>viaTa Tc9a'jp,axx Tàicatà t)^v 'Pw[rriv 
irmpaaxôfXEva [xf,)va xà jjLarxLavà xa)kOij[X£va, airsp xo[jLtÇ£ff9ai "^iytxxi. àizô ttvoî 
xwjJiTlç i8pu(AlvT|Ç ÈTtl TÛJv TTpôî 'Axu^Tjta "AXirEuv. Trois épigrammcs sur les mala 
Matiana : Baehrens, P. L. M., IV, p. 303 =z Riese, I, n. 133-135. Dans FÉdit 
de Dioclétien (VI, 65), ces fruits sont dits mala Mattiana sive Saligniana, et 
ce dernier nom leur vient sans doute de quelque Fundus Salignianus. 

(5) Plin. H. N. XII, 13, et XV, 49 ; Colum. XII, 46, 1. 

(6) Plin. H. N. XV, 49. 

(7) V. Bôckh, C. I. G., n. 123, 18. Dioscor. M. M. I, 178 : xipua '^onili^i, â 
ïvtoi TTêpaiicà yaTvoûfft. Plin. II. N. XV, 87. 

(8) Kâpyov novTtxdv, Geopon. X, 73, etc.; Hehn, op. cit., p. 339. 

(9) Cat. de re rust. 8, 2 ; Colum. V, 10, 14 ; Macrob. Sat. III, 18, 5 ; Ed, DiocL 
VI, 53. Pline {H. N. III, 63) mentionne en Campanie Abellbium et Abellani, et 
selon lui (XV, 88) les noix portent le nom spécifique d'Abellinae. Serv. ad 
Georg. II, 65. Sur l'espèce, voir Hehn, p. 341 sq. 

(10) Dioscor. I, 176; Macrob. Sat. III, 18, 8; Colum. V, 10, 12; Pallad. II, 
15,6. 

(11) Plin. H. N. XV, 90. [V. pourtant Hehn, p. 341 sq.] 

(12) Dioscor. 1, 164; Galen. VI, p. 592 ; Isid. Or. XVII, 7, 7. Par la 7iux mol- 
lusca, que mentionne Plante (cité Macrob. Sat. III, 18, 9), et dont Macrobe 
ajoute est autem Persicum quod vulgo vocatur, il faut, selon Hehn, p. 342, 
entendre, non la pêche, mais la châtaigne. 



L'ALIMENTATION. 51 



cox) {\), la grenade [malum Punicum ou granatiim) (2), le 
figuier de Grèce (3), la cerise, que Lucullus rapporta de Cdra- 
sus du Pont au retour de sa campagne contre Mithridate (4), 
la pistache, qui parvint à Rome vers la fin du règne de 
Tibère (5), le citronnier enfin (6), connu en Grèce depuis (428) 
Alexandre le Grand. D'Italie ces cultures se propagèrent 
dans les provinces, la pistache, par exemple, en Espagne (7), 
et la cerise jusqu'en Bretagne (8). Qu'on y joigne les fruits 



(1) Dioscor. T, 16ij : ta Sa [xivcpÔTspa, xaXo'j[J.Eva 5è dtpjjtsviaitdt, pwjiaïaTl Se rpai- 
xôxia. L'arbre n'avait pénétré en Italie que bien peu de temps avant Pline : H. 
N. XV, 40. En grec des bas temps le fruit se nomme pspixoxxa {Geop. X, 73) ; 
en italien, albercocco ou baracocca (Spcngel, sur Dioscor., loc. cit.)', en espa- 
gnol, albaricoque; en allemand, aprîcose. Cf. Ilehn, p. 369. 

(2) Plin. H. N. XIII, 112; Colum. XII, 42, 1. 

(3) Le figuier sauvage est indigène en Italie. Du figuier grec Pline dit (//. N. 
XV, 69) : ad nos ex aliis traiisiere gentibus Chalcide Chio. Il est venu aussi de 
Lydie, d'Afrique, d'Alexandrie, de Rhodes (ib. 70). Cf. Ilehn, p. 83 sq. 

(4) Plin. H. N. XV, 102; Athen. II, p. M'. Tertull. Apol. 11, p. 82 extr. Oehler; 
Isid. Or. XVII, 7, 16. Nombre d'amateurs en entretenaient la culture, témoin 
les noms de cerasa Aj)ronia7ia, Lutalia, Jiiniana, Pliniana. 

(5) Plin, H. N. XV, 91, et cf. 83. 

(6) Le citronnier, originaire de Perse et de Médie, ne se trouve pas décrit 
avant Théophraste {Hist. plant. IV, 4, 2), et Pline même (//. N. XII, 15 sq.) ne 
le connaît que par cet auteur- Il ne fut introduit en Italie que vers le iv^-vo siè- 
cle de notre ère, et comme plante de serre. Cf. Florentinus, in Geop. X, 7 ; 
Pallad. IV, 10, 11 sq., et les trois épigrammes de citro, in Baehrens, P. L. M., 
IV, p. 311 = Riese, I, n. 169. Il est armé d'aiguillons et le fruit n'en est pas 
comestible : en conséquence, Hehn (p. 386) l'identifie au cédratier [citrtis 
medica cedra). Ce qu'on entendait à Rome par citrus, c'était le bois de l'arbre 
de vie [thuya articulata), que dés une époque ancienne on importait d'Afrique : 
des madrures de ce bois, on faisait de précieux dessus de table; cf. infra, la 
section du travail du bois. Mais on donnait aussi le nom de xirptov à la pomme 
de Médie. Dioscor. l, 166 : Ta 5è jjLr.S-.xà "kty oiiv^olt, -rrspaixà -î^ %sôp6[ir}iOi, pwiAaïrcl 
Se xtxp'.a. Serv. ad Georri. II, 126 : apiid Medos nascitur quaedam arbor ferens 
mala, quae medica vocanliir, qiiam. per periphrasin ostendit, ejus supprimens 
nomen : hanc plerique citrum voli/nl, quod negat Apuleius in libris quos de 
arboribus scripsit et docet longe aliud esse genus arboris. Galion {VI, p. 617) 
raille cette inintelligible dénomination : xal tou-co (tô xÏTpiov) tô MT,Sixôv ovojii- 
Çouai [jifi>>ov oî [JLT.Ssva voeïv S çOÉyvovxat itpoTipT,[Af^ot. Le fruit que nous nonunons 
citron et qui s'appelle limon en Italie a été importé en ce pays par les croisés 
(Hehn, p. 388) ; l'orange, en arabe nârandj, en grec byzantin vepav^iov {Schol. 
in Nicand. Alexipharm. 533), par les Arabes (Hehn ib.); quant à l'orange douce 
ou mandarine [citrus aurantium diilce), ce furent les Portugais qui, en 1548, 
dit-on, l'introduisirent de Chine méridionale en Europe (Hehn, p. 389). 

(7) Plin. H. N. XV, 91. 

(8) Plin. ib. 102. 



52 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

séchés, confits ou apprêtés en diverses manières, qae tous 
les pays de production expédiaient à Rome : prunes de Da- 
mas (1), figues de Carie pressées et séchées (2), dattes [caryo- 
tae) (3) — on s'en faisait des cadeaux (4) et l'on en distri- 
buait à la foule en missilia (5), — raisins secs conservés dans 
des pots [ollares) (6) et pâtes de coings d'Espagne (7). 

3. Viande. — En dépit de ce goût pour les fruits et les 
légumes délicats, on cessa peu à peu d'apprécier les nourri- 
tures végétales. On connaît la plaisante sortie du cuisinier 
(429) dans Plante (8) : 

Certains galvaudeurs, mes confrères, dont j'enrage, 
Dans chacun de leurs plats font cuire un pâturage, 
Changent les conviés en bœufs, à qui Ton sert 
De rherbe pour dîner, condiment et dessert. 
Coriandre, fenouil, amarante, poii^ée. 

Chou pommé, rue, oseille et poireau 

Sont-ce pas des noms à coucher dehors? On s'en 
Emplit; la panse à grand'peine y consent; 
Étonnez-vous donc de vivre peu, si vous êtes 
Sur votre vivre moins dégoûtés que les bêtes ! 

Cette profession de foi devint le principe de la cuisine 

romaine, qui fit à la viande et au poisson une place de plus 

Bétail, en plus large dans les repas (9). Ce n'est pas qu'on ne se fît 

longtemps scrupule d'abattre les bestiaux qui partagent les 



(1) Dioscor. 1, 174 ; Martial. XUI, 29; Stat. Silv. I, 6, 14 ; Ed. Diocl. VI, 86-87. 

(2) Ed. Diocl. VI, 84-83. 

(3) Ed. Diocl. VI, 81-82, elles sont dites dactuli nicolai. 

(4) Martial. XIII, 27. 

(5) Mart. XI, 31, 10; Stat. Silv. I, 6, 20. 

(6) Mart. VII, 20, 9. 

(7) Gaien. VI, p. 603 : êv 'lôtipia 8è xèv itaXotj[xsvov jjiTiXoitXoticoijvxa auvtiôÉaaiv, 
lùi'3\}.à [xôvqxov oîixwi;, ûî z\^ 'Pw[xt,v xoiiîÇeuOat [xs^iràç aÙTOÛ T^oitaSaî xaivot;. 

(8) Plaut. Pseud., 810-825. 

(9) Juven. XI, 78 : 

Curius parvo quae legerat horto 
Ipse focis brevibus ponebat holuscula, quae nnnc 
Squalidiis in i)W(/na fastidit compede fossor, 
Qui meminil calidae sapial quid vulva popinae. 



L'ALIMENTATION. 53 

labeurs de l'homme : les auteurs consacrent plus d'un souve- 
nir à la piété des ancêtres, qui tenaient pour criminel (1) et 
môme, à Rome, avaient frappé d'une peine le meurtre du 
taureau de labour (2) ; mais la nécessité l'emporta sur le sen- 
timent, et la viande de bœuf entra, au même titre que celle 
de chèvre, d'agneau, de mouton et de porc, dans l'alimenta- 
tion publique (3). Quant au porc, l'usage en était beaucoup 
plus ancien et plus commun : pas un paysan qui n'élevât ses 
cochons (4), dont on faisait bombance aux jours de fôte (S). 
La cuisine raffinée inventa cinquante façons d'apprêter les 
morceaux qui passaient pour les plus friands (6) ; de savantes 
tortures d'engraissage et d'égorgement (7) firent rendre à la 
chair tout ce qu'elle pouvait valoir. Parmi les plats usuels il (430) 
faut citer la matrice {mtlva), la tétine [sitmen), le foie {fica- 
tîim), le petit-salé {taridum), le jambon [perna) (8) et la 
partie supérieure des pattes de devant [petasones) (9), diverses 
sortes de saucisses {farciniina, circelli, botelli, isicia (10), 
tomacula) (11), et le saticisson fumé {Lucanica) (12). Il s'en 
fallait de beaucoup que la campagne romaine suffit à la con- 
sommation : des contrées lointaines y suppléaient; la viande 



(1) Vcrg. Georg. II, 537, et Scrv. adh. l.\ Ov. Fast. I, 362; IV, 413; Cic. de 
Deor. nat. 11,63, lo9; Vàr:-. de re rust. 11,5, 4; Colum. VI pr. 7; Porphyr. 
de abst. II, 31. [C'est là un scrupule sentimental qui prend naissance aux 
époques plus récentes : les habitants des villages sur pilotis mangeaient déjà 
du bœuf, Ilelbig. Ital. in d. Poebene, p. 14.] 

(2) Plin. H. N. VIII, 180; cf. Suet. Dom. 9. 

(3) Lanipr. Al Se». 22, 7. 

(4) Varr. de re riut. II, 4, 3 ; Cic. Cat. maj. 16, 56. 

(5) Ov. Fast. VI, 179: Juv. XI, 83. 

(6) V. supra, I, p. 38o. Plut. Reg. et imp. apophthegm., T. Quinctius 4 = 
p. 238 Dûbner. 

(7) Plut, de esu carn. 1, 4 = p. 1219 Dûbner. 

(8) Ed. Diocl. IV, 4-9. 

(9) V. Schneider, ad Cat. de re rust. 162. 

(10; Voir les recettes dans Apicius, 2, 3-5. Le boudin [botuli cruore dislenti) 
était interdit attu chrétiens : Tertull. Apol. 9, p. 78 Oehler; Savaro, ad Sid. 
Ap. L>£«.Vvm, 11, p. 533. 

(11) Juv. X, 35b; Mart. I, 41, 9. 

(12) Mart. IV, 46, 8; XIII, 33; Apic. 2, 4 ; Ed. Diocl. IV, 15-16. 



54 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

salée ou fumée venait de la Gaule Cisalpine (1), des Pyré- 
nées {pernae Cerretanae) (2), de la Cantabrie (3), du pays des 
Séquanes (4) (à l'ouest du Jura), et de la Belgique, qui four- 
nissait les jambons ménapes (5). A partir d'Aurélien (6) les 
pauvres de Rome eurent droit, avec le pain, à une distribu- 
tion gratuite de viande de porc, nouvelle branche de l'annone 
à laquelle il fut désormais pourvu par une organisation 
spéciale (7). 
gib'.er, Le gibier qu'on servait sur les tables, s'il n'était pris à la 

chasse, venait des grands parcs (vivaria) que dès les derniers 
temps de la République l'on entretenait autour de toutes les 
villas. C'étaient des sangliers (8), qu'on servait tout entiers (9), 
des lièvres, le meilleur gibier au dire de Martial (10), des cerfs, 
mauvaise viande d'après Galien (11), des chevreuils (12), 
des loirs [glires) (13), peut-être bien des ânes sauvages {ona- 
voiaiiic. gri) (14). On n'apportait pas moins de soin à l'élève de la 
(431) volaille : non seulement les propriétaires en défrayaient 



(1) Polyb. II, 15, 3; Varr. de re rust. Il, 4, 10; Slrab. V, p. 218; Isid. Or. 
XX, 2, 24 : Taxea lardiim est Gallice dictum. Unde Afranius in Prosa (284 Rib- 
beck) : Gallum sagatum, pingiii pastum taxea . 

(2) Strab. III, p. 162; Ed. Diocl. IV, 8. 

(3) Strab. III, p. 162. 

(4) Strab. IV, p. 192. 

(5) Strab. IV, p. 197; Mart. XIII, 54; Ed. Diocl. IV-,' 8. 

(6) Vopisc. Awel. 33 : nam idem Aurelianus et porcinam carnem p. R. dis- 
tribuit, quae hodieque dividitur. Aurcl. Vict. de Caes. 35, 7; Epit. 33, 6. 

(7) C. Theod. XIV, 4, de suainis, et Gothofred. ad h. l, 

(8) Varr. de re rust. III, 13. 

(9) Plin. if. iV. VIII, 210; Juv. I, 140. Dans Horace, c'est le sanglier de 
rOmbrie et celui de Lucanie {Sat. II, 4, 40, et 8, 6) qui jouissent de la plus 
haute estime. Il va sans dire qu'on en sert aussi des morceaux détachés : sin- 
ciput aprugnum (tête de porc); lumbi aprugni, Macrob. Sat. HI, 13, 12; cal- 
lum aprugnum, Caton cité par Pline H. N. VIII, 210. 

(10) Mart. XIII, 92; 

(11) Galen. VI, p. 664. 

(12) Capreae : Hor. Sat. II, 4, 43. 

(13) Varr. de re rust. III, 15. V. sur ces animaux : Winckcluiann, Werke, 
II, p. 87; Oribas. I, p. 182, et Daremberg, p. 606, sur ce passage. 

(14) Plin. H. N. VIII, 170. Mécène se faisait servir de jeunes ânes domes- 
tiques : Plin. toc. cit. A la campagne on abat les vieux ânes : Galen. VI, 
p. 664. 



L'ALIMENTATION. 55 

leur cuisine, mais souvent ils tiraient de leurs aviaria ou 
ornithones {{) des revenus considérables. Toutes les frian- 
dises qui reviennent en usage aux bas temps, variétés rares 
de pigeons (2), poulardes et cbapons engraissés (3), énormes 
foies d'oies (4), étaient déjà connues dans les derniers siècles 
de la République, témoin la disposition de la lex Fannia 
sitmptuaria (161 av. J.-C.) qui interdisait d'engraisser la 
volaille (5). Bientôt on ne se contenta plus de la volaille 
domestique et indigène : on s'appliqua à rechercher de par le 
monde toutes sortes d'oiseaux sauvages, à les apprivoiser, à 
les engraisser dans des volières. Encore qu'on n'y épargnât 
point la peine, on ne parvint pas à mettre en cage toute la 
provende des tables somptueuses : il y eut toujours des réfrac- 
taires, cotés à hauts prix, la perdrix ou gelinotte blanche 
[lagopiis) (6), la bécasse {scolopax) (7), et le gibier par excel- 
lence, la gelinotte de bruyère [attagen Ioniens) (8); mais, 
depuis l'exemple donné par Lucullus (9), on élevait à grand 
profit des grives [turdi] (40), des j^erdrix (perdices) (11), des 
ortolans {miliariae) (12), des becfigues [ficedulae) (13) et des 
cailles [cotiirnices] (14). Les cailles passèrent de mode au 
temps de Pline (15). Parmi les oiseaux exotiques, on accli- 

(1) Varr. de re riist. II pr. 2 et 5; III, 3, 1 et 7; III, 4 et 5; Colum. VIII, 1, 3; 
VIII, 3;Plin. H. N. X, 141. 

(2) Varr. de re rust. III, 7; Plin. //. N. X, 110 ; Colum. VIII, 8. 

(3) Mart. XIII, 62-63; Varr. dere rust. III, 9. 

(4) Hor. Sat. II, 8, 88; Plin. //. N. X, 52 ; Pallad, I, 30, 4; Mart. XIII, 58; 
Juv. V, 114; Galen. VI, p. 704 Kiihn. Judicium coci et pistoris (Wcrnsdorf, P. 
L. M., II, p. 229 -^^ Riese, I, n. 199), v. 82. 

(5) Plin. H. N. X, 139. 

(6) Plin. //. iV. X, 133. 

(7) Nomes. />•. 2 de aucup. 21 (Wernsdorf, P. L. M., I, p. 128 sq. = Baeh- 
rens, P. L. M., III, p. 203 sq.). 

(8) Hor. Epod. 2, 54; Mart. II, 37, 3; XIII, 61; Plin. //. N. X, 133; Ed. Diocl. 
IV, 30. 

(9) Plut. Pomp. 2. 

(10) Varr. III, 2, 15. Mentionnées : Mart. XIII, 51 ; Ed. Diocl. IV, 27. 

(11) Mart. III, 58, 15; cf. XIII, 65 et 76; PUn. H. N., 100. 

(12) Varr. m, 5,- 2. 

(13) Mart. XIII, 49, etc., etc. 

(14) Varr. III, 5,. 2. 

(15) Plin. X, 69. 



56 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

mata le paon (1), qu'on engraissait et mangeait (2), la pin- 
(32) ' tade [Africae ou Numidicae aves (3), Meleagrides) (4), le îoi- 
sam [phasiani ou te traones) originaire de Colchide (5), la grue 
{grues) (6) et la cigogne [ciconiae) (7), enfin le flamant {phoe- 
nicopterus) dont la langue passait pour un très fin mor- 
ceau (8). 

4, Poisson (9). — C'est assez tard que la chair des animaux 
maritimes et fluviaux entra dans l'alimentation générale : les 
anciens Romains (10), non plus que les héros d'Homère (11), 
Poissons : uc mangcut guère de poisson. Mais, lorsqu'on eut appris à le 
connaître, on y prit goût de plus en plus, à Rome comme en 
Grèce, à tel point que le mot o^j^ov ou obsonium, qui désignait 
originairement, en opposition au pain, tout aliment apprêté 
au feu, finit par se restreindre au sens exclusif de poisson 
cuit (12). La comédie attique est pleine de traits oii se trahit 



(1) Le paon est en Grèce aussi une importation: Aelian. de n. anim. V, 21. Il 
est originaire de Médie : Clem. Alex. Paed. II, 1, 3, p. 164 Pott.; Hehn, p. 303 sq. 

(2) Seulement à dater de Cicéron : Varr. III, 6 ; Colum. VIII, 11 ; Plin. X, 45; 
Mart. III, 58, 13; XIII, 70; Hor. Sat. II, 2, 23; Juven. I, 143 ; Petron. 55; 
Macrob. III, 13, 1. 

(3) Colum. VIII, 2, 2, et VIII, 12; Plin. X, 132. Gallinae Africanae : Varr. III, 
9, 1. Numidicae giittatae : Mart. III, 58, 15. Afrae volucres : Petron. 93. Afra 
avis : Hor. Epod. 2, 53. Hehn, p. 313. 

(4) Varr. III, 9, 18; Plin. X, 74. 

(5) Pallad. I, 29; Mart. III, 58, 16; XIII, 72; Petron. 93, etc., etc. Dans le 
commerce on distinguait le fasianus en pastus et en agrès tis. Fasiana pasta et 
nonpasta: Ed. Diocl. IV, 17-20. Hehn, p. 318. 

(6) Varr. III, 2, 14. Mets dans Hor. Sat. II, 8, 87; Apic. 6, 2 ; Plut, de esu carn. 
1, 6, p. 1219 Dûbner. 

(7) Hor. Sat. II, 2, 49, et Porphyrion ad h. l. 

(8) Plin. X, 133; Mart. XIII, 71 ; Suet. Vitell. 13. 

(9) P. Jovius, de Rom. piscibus, 1531, in-8, et dans Sallengre, Thés., I, p. 837. 

(10) Ov. Fast. VI, 173 : Piscis adhuc illi populo sine fraude natabat. Varr. 
Sat. Men. 89, 2 Oehler = Bùchelcr, p. 219 : Nec rnultiniimmus piscis ex salo 
captus Ilelops neque ostrea illa magna Baiana Quivit palatum suscitare. 

(11) Athen. I, p. 9''. 

(12) Plut. Q. conviv. 4, 4, 2, 4 = p. 811 Dubner. Athen. VII, p. 276^ : TrivTwv 
Twv Tzpovo'\n]\i.dxb>w ûi|;tj)v xa)iOU[Jiévwv, IÇsvixTiffEv ô iyB'jç Sii t>,v è^xtpeTOv È6w5■^lV 
|i.6voî oOtox; xxXeÎTOai Stà toù; èrijxavw? S7yi\-/.6zoii xpôç TatJTT,v Tr,v I5wSt,v. Nep. 
Themist. 10. L'û«j/ocpdtYOî est le friand amateur de poisson (Plut. toc. cit. 5) tel 
que le dépeint l'épigramme Jacobs, Anth. Gr., II, p. 55, n. VII = Anth. Pal., 
I, p. 287 : TÔv où xpéaç, àXKà 6dt>>aa!jav Tt|xwvTa, i^atpapoû >cXd(T|xaTO<; sic dtTcdxav, 
« pour assaisonner son pain sec ». Cf. Xenocrat. in Oribas. I, p. 124 Darem- 
berg : izz-Koir^'zoïi [xèvr, vriyjxkéoL tp-jai; atxiwv à'Oupjxa xaïî ey-rpaii^Çoiî àTioTvaûasat. 



L'ALIMENTATION. 57 

le goût du poisson, et à Rome il y avait, dès le temps de 
Caton, des poissons qu'on payait plus cher que des bœufs (1). 
On prodiguait l'argent pour acheter des poissons exotiques 
et nourrir dans de splendides piscicultures ceux qui se prô- (433) 
talent à l'élevage, hes piscinarii (2), i^QuoTpe^eli;, apparaissent piscinaru, 
à Rome avec L. Licinius Crassus, censeur en 662 = 92; 
après lui viennent Lucullus, L. Philippus et Hortensius (3). 
Lucullus est le premier qui installe des étangs pour les pois- 
sons de mer (4) et donne l'exemple de ces établissements 
luxueux que la période impériale développe au-delà de toute 
mesure (5). On estime par dessus tout, au début, Yacipen- 



(1) Plut. Q. conv. 4, 4, 2, 9 =: p. 811 D. Un poisson plus cher qu'un "iticoî 
xoirirairtai; : Philostrat. Vita Apoll. 8, 7 (4), 16, p. 334 01. Une conserve de 
poissons du Pont en marinade, payée 300 drachmes dès le temps de Caton : 
Athen. VI. 109, p. 275». 

(2) Cic. ad AU. I, 20, 3 ; cf. Parad. 5, 2. 

(3) Macrob. Sat. III, 15 ; Varr. de re rust. III, 17, 5. 

(4) Plin. H. N. IX, 170 : Eadem asiate (au temps du bellmn Marsicum) prior 
Licinius Miirena reliquorum piscium vivaria invenit, cujus deinde excmplum 
nobilitas secuta est, Philippi, Horteiisi. Lucullus, exciso etiam monte juxla 
Neapolim majore impendio, quam villam exaediflcaverat, euripum et maria ad- 
misit, qua de causa Magnus Pompeius Xerxem togatum eum appellabat. Varr. 
de re rust. III, 17, 9 : Contra ad Neapolim L. Lucullus, posteaquam perfodisset 
montem ac maritima flumina immisisset in piscinas, quae reciprocae fluerent, 
ipse Neptuno non cederet de piscatu. Plut. Luc. 39; Vell. Pat. II, 33, 4; Val. 
Max. IX, 1,1. Après la mort de Lucullus ou vendit pour 40,000 as de poisson 
provenant de ses étangs : Varr. III, 2, 17 * ; Plin. loc. cit. Autres détails sur 
ces viviers, dans Wernsdorf, P. L. M., I. p. 143; et sur leur aménagement, 
Geop. 20, 1. 

(5) Colum. VIII, 16, 2 : Magni enim aestimabat velus illa Romuli et Numae 
rustica progenies... nulla parte copiarum defici. Quamobrem, non solum pisci- 
nas, quas ipsi construxerant, frequentabant, sed etiam, quos rerum natura 
lacus fecerat, convectis marinis seminibus replebant. Inde Velinus, inde etiam 
Sabatinus, et item Vulsinensis et Ciminius lupos auratasque procreaverunt, ac 
si qua sint alia piscium gênera dulcis undae tolerantia. Mox islam curam 
sequens aetas abolevit et lautiliae locupletum maria ipsa Neptunumque clau- 
serunt. Tibul. II, 3, 43 : Claudit et indomitum moles mare, lentus ut intra 
Neglegat hibernas piscis adesse minas. Ilor. Od. II, 13, 1 ; III, 1, 33. Sali. Cal. 
13, 1; 20, 11. Sen. Contr. II, 9, 13, p. 122 Bursian : litoribus quoque moles 
invehuntur congestisque in alto terris exaggerant sinus, alii fossis inducunt 
mare. Sen. Exe. Contr. 5, 5, p. 396 Bursian : navigabilium piscinarum fréta... 
Maria projectis molibus summoventur. Manil. IV, 263 : Litoribusque novis per 
luxum illudere ponto. Petron. Sat. 120, v, 87 : Aedificant auro sedesque ad 

* Le texte que j'ai sous les yeux porte « 40,000 sesterces ». — V. H. 



S8 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

ser (1) ou esturgeon (2), qui rentra aussi en faveur aux bas 
(434) temps (3), la dorade [aurata] (4), et le brochet [lupus] (5), qui 
toutefois, pour être apprécié des connaisseurs, doit avoir été 
péché dans le Tibre inter duos pontes [Q] , c'est-à-dire dans l'île 
du Tibre (7), enrmr«^e//z/5(8);plustard,le*c«m.5'(9), l^rmillus 



sidéra mittunt, Expelluntur aqiiae saxis, mare nascitur arvis. Sen. Tr. Thy. 
4S9 : 7'etro mare Jacta fugamus mole. Les villas contiguës à la mer avaient 
habituellement une pisciculture, témoin la description de la Villa Surrentina 
Pollii Felicis (Stat. Silv. II, 2, 29) : Stagna modesta jacent dominique imitantia 
mores. Sur les piscinae de Baïes, voir Martial. IV, 30 ; sur les villas bâties en 
avancée sur la mer, Winckelmann, Werke, II, p. 181 sq. 

(1) Plin. IX, 60: Apud antiquos piscium nobilissimus acipenser... nullo nunc 
in, honore est. Quidam eum elopem vocant. Cf. XXXII, 153. Varr. loc. cit., 
supra, p. 56, n. 10. Aelian. N. anim. VIII, 28. Athen. VII, p. 294e : 'Ap^énTpaxo; 
8è... Ttîpl Toû Iv 'PdSw '{'xkzox) Xsywv, xàv aùxôv elvai ^■^ti'za.t. xw irapà 'PwjjiatOK; [jlst' 
aùTkWv xal ffxstpdvwv sic xà SsÎTrva Tuspi'spepoixévw, èjxscpavwfxivtDv %cd xûv cpspôvxwv 
aôxôv, xa);oû[j.sv6v xe dtxxtTr-fiatov . Il ajoute que le moindre acipenser se paie 
1,000 drachmes attiques. Cf. Plaut. cité Macrob. Sat. III, 16, 2; Cic de fin. 
II, 8, 25 ; Ov. Hal. 132 : Ilor, Sat. II, 2, 47. 

(2) Acipenser sturio, aussi silurus : Lucil. IV, 5 M. ; Plin. H. N. IX, 45 : 
Juven. IV, 33; XIV, 132 ; Auson. Mos. 135, et Bôcking. ad h. t., Jahrb. d. 
Alterth. im. Rheinl., VII. 

(3) Sous Sévère : Macrob. Sat. III, 16, 6 sq. Mais auparavant déjà Ton en lit 
l'éloge dans Martial (XIII, 91) et Galien (VI, p. 727 K.) : b yap xoi Trapà 'Pwjjiatotç 
lvxt[jidxaxo; IxOtiç, ov ôvojxiÇouffi yaXs^tav, èy. xoO xwv ya>k£wv iaxt yévouç. 

(4) Macrob. Sat. III, 15, 2; Varr. de re rtist. III, 3, 10 ; Cels. II, 18, p. 65 
med. Daremberg ; Colum. VIII, 16, 5 et 8 ; Mart. XIII, 90 ; Apic. 4, 151 ; 10, 
473 sq.; Fest. p.'182\ 13 M.; xpiiaoçpuç Athen. VII, 20, p. 284° et 136, p. 328\ 

(5) Plin. H. N. IX, 58. Auson. Mos. 122 le nomme lucius. 

(6) Varr. III, 3, 9. Colum. VIII, 16, 4 : doctaque et erudita palata fastidire 
docuit (hoc perjuriiim) fluvialem hipum, nisi quem Tiberis adverso tangente 
defatigasset. Plin. IX, 169 ; Hor. Sat. II, 2, 31 ; Macrob. Sat. III, 16, 11-18. 
Xenocrat. de alim. ex aquat., in Oribas, I, p. 127 Daremberg : ô iv TiSept 
Xdêpflf^, oç laxtv ^irsCTxiyjxivo;. Martial loue également le lupus pris à l'embou- 
chure du Timave : XIII, 89. Mais Auson. Mos. 120-124 dédaigne le lupus commun : 
hic, nullos mensarum lectus ad usiis, Fervet fumosis olido nidore popinis. On 
le pêche aussi dans les lacs : Colum. VIII, 16, 2, supra p. 57. n. 5. 

(7) V. Becker, Topogr., p. 653. Au temps de Juvénal il est réputé sans 
valeur ; car, tandis que le satirique fait servir un mullus au dominus (V, 92), 
il ajoute (103 sq.) : Vos anguilla manet... Aut glacie aspersus maculis Tiberinus 
et ipse Vernula riparum, pinguis torrente cloaca, Et solitus mediae cryptam 
penetrare Suburae. 

(8) Varr. cité Gell. VI (VII), 16, 5, et de L. L. V, 77; Petron. 24 ; Ov. Hal. 131 ; 
Plin. IX, 61 ; Galen. VI, p. 721 K. 

(9) Plin. IX, 62 : Nunc principatus scaro datur. Cf. XXXII, 151. Déjà men- 
tionné Enn. Ileduphag. 8 (p. 167 Vahlen, et Fest. p. 253% 20 M.); Varr. cité 
Gell. VI (VII), 16, 5. Parmi les auteurs postérieurs, voir : Hor. Epod, 2, 50 ; 



L'ALIMENTATION. 39 

OU mulet {muUus barbatus Linné), poisson qui pèse rarement 
plus de deux livres (1) et monte à des sommes folles (2), la 
muraena{Z) et le turbot [rhombiis) (4); en dernier lieu arri- (435) 
vent à la célébrité les poissons de l'Italie supérieure (5), du 
Danube, du Rhin (6) et de la Moselle (7). Du rmillus, les gas- 
tronomes vantent le foie (8) ; de presque tous les autres pois- 
sons frais ou marines, la chair qui recouvre les grosses arôtes 



Sai. H, 2, 22; Macro\j. Sut. III, 16, 10; Colum. VIII, 16, 1 et 9 ; Galcn. VI, 
p. 718 ; Petron. Sat. 119, v. 3.3 : Siculo scarus aequore mersus Ad mensam 
vivus perducitur. Recette pour la préparation donnée par Archestrate, Athen. 
VII, 113, p. 320\ 

(1) Plin. IX, 64; Mart. XI, 50, 9. Un individu de trois livres, dans Hor. 
Sat. II, 2, 33, et Mart. X, 37, 8 ; de quatre livres et demie, Sen. Ep. 93, 42 ; 
de 6 livres, Juvcn. IV, 15. 

(2) 5,000 sesterces, Sen. Ep. 95, 42; 6,000, Juv. IV, 15; sous Caligula, 6,000 
(TertuU. de pallio 5, p. 547 Oehler) et 7,000 sesterces (Macrob. Sat. III, 16, 9>, 
8,000 même selon Plin. IX, 67. Sous Tibère trois miilli se vendirent 30,000 ses- 
terces : Plin. IX, 66 [? rien de pareil en cet endroit]. Un mullus à 1,200 ses- 
terces : Mart. X, 31. Cité à titre de mets délicat : Juv. V, 92; Mart. III, 77, 1 ; 
VII, 78, etc., etc. Galen. VI, p. 715 : x£Tt[j.7)Tai S' Oirô tûv àvOpwnwv, wî twv dfî^Xuv 
uiîspij(ouja XTi xaxà t^,v èSwSi'iV f,5ovf,. Sen. Q. JV. III, 17,2; cf. Plin. H. N. 
IX, 66. 

(3) C'est du fretum Siculum, c'est-à-dire de Rhégium, qu'on apportait les 
murènes aux viviers romains : Macrob. Sai. 111, 15, 7; Mart. XllI, 80. Les 
murènes de cette provenance sont dites irXwtai, flutae : Varr. in Macrob. loc. 
cit., et de re rust. II, 6; Colum. VIII, 17, 8: Athen. I, p. 4. C'est à elles que les 
Licinii Miirenae doivent leur surnom, parce que le premier vivier à murènes 
fut aménagé par le préteur P. Licinius Muréna : Plin. IX, 170. Plus tard furent 
célèbres les viviers d'Ilirrius, qui livra à César 6,000 murènes, d'Hortensius, de 
Védius Pollion et d'Antonia Drusi : Plin IX, 77 et 171-172. 

(4) Hor. Sat. I, 2, 116 ; II, 2, 95 ; 8, 30; Mart. XIII, 81, etc. 

(3) Le gobius de Vénétie (Mart. XIII, 88), aussi dans la Moselle (goujon, 
cyprinus gobio de Linné) : Bôckirig, sur Auson. Mos. 132; Galen. VI, p. 718. 

(6) Cassiodor. Vai'. XII, 4 : Destinet carpam Danubius, a Rheno veniat ancho- 
rago,... pisces de diversis finibus afferantur. 

(7) Les poissons de la Moselle ont été idcntiflés par Bôcking sur Aus. Mos. 
85-149 (d'après Schafer, Moselfauna, I, Trêves 1844 ; Florencourt, Jahrb.d. Ver. 
V. Alterthumsfr. im Rheinlande 1844, V-VI, p. 202-218; Oken, Isis 1845, fasc. I, 
p. 5-44) ainsi qu'il suit : capito, le gardon; salar,\a. truite; rhedo, la lotte 
[gadus Iota) ; umbra {salmo thymallus de Linné), l'ombre-chcvalier ; barbus, le 
barbeau; salmo, le saumon; mustela, la lamproie; perça, la perche {i\ êv 
'Ptjvw TtspxTi : Orib. I, p. 127 Dar.); lucius ou lupus, le brochet; tinca, la 
tanche ; alburnus, l'ablette ; alausa, l'alose ; sario, la truite saumonée ; gobiot 
le goujon ; silurus ou acipenser silurus, l'esturgeon. 

(8) Galen. VI, p. 716 : tô ys [x-^v -f^zap Tf,ç TpiyXTjî oî Xi/voi XcOauiJLaxaatv TiSovfi« 
ïvEXEv. Plin. IX, 66i 



60 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

du ventre, to uTroYàoTpwv(l), puis le morceau de la queue, rà 
oùpola (2). 
tarichos; Outre les poissons frais ou élevés dans le voisinage immé- 

(436) diat, plusieurs poissons exotiques conservés dans des pots (3) 
donnaient lieu, sous le nom de xàpt-^oç (4), à une importation 
extrêmement active, et il en était de môme des sauces exo- 
tiques extraites de poissons et fort recherchées pour les tables 
romaines. La plupart des ports méditerranéens exportaient 
des poissons salés (5); les auteurs mentionnent fréquemment 



(1) Relon, de la Nature et Diversité des Poissons, I, p. 101, cité par Kôhler, 
Tipiyo^, p. 457 : Les pêcheurs gardent les meilleurs endroits du thon et les 
nomment diversement : car les parties du ventre qui sont plus grasses et meil- 
leures, sont nommées Ventresque ; Tarantelle et Surro les endroits du dos de la 
Thonnine. Bôttiger, Amalthea, II, p. 303 : « Aujourd'hui encore l'Italien distin- 
gue dans le thon la pièce de râble maigre, Tarentello, et la grasse pièce de 
poitrine (plus exactement, de ventre), Ventresca. » Rien n'est plus aisé que de 
se convaincre, sur un saumon ou même sur une simple carpe, de la supério- 
rité de ce dernier morceau. Mentionné également, Plin. IX, 48 : hi (thynni) 
memhratim caesi cervice et abdomine (pièce de râble et pièce de ventre) 
commendantur. Xenocrat. de alim. ex aquat., in Fabr. B. Gr., IX, p. 472, et 
in Orib. I. p. 137 Dar. : xoi'kix. Ôè toû Ôûvvou -ïrpôacpaTo; [lèv sSti5t[xoî • oùy^ û-iTO[iév£i 
vàp Trpoaxaîvaîtoatv tÙ!sx6\L3.y^o<; wç év rapt^Et. Un peu plus bas l'auteur nomme 
ùiroydcjTpiov ce qu'il vient d'appeler xotXta. Archestrate, dans Athen. VII, 
p. 310" : yp'ti ToO xuvôç ôtj'wvEÏv uiïoyaaxpta xoT)ia xiTwôsv. Mention fréquente des 
îj^eûwv uTioydtaTpia, Oûvvwv ÛTroydaTpta : Athen. VII, p. 302'*, p. 313'*, et autres 
références dans Jacobi, Index com. dict., s. v. C'est la clef du passage 
Mart. XIII, 84 : (scarus) Visceribus bonus est, cetera vile sapit. Hor. Sat. II, 
8, 30 : passeris assi et Ingustata mihi porrexerat ilia rhombi. Auson. Mos. 86 : 
capito... viscère praetenero. 

(2) Xenocr. op. cit., in Fabr. B. G. p. 413, et Orib. I, p. 123 Dar. : -irapà 5è -rà 
\Lép-t\ ZiaXkdzzovui (tous les poissons), iTztl toÎî oôpatoiî, oU xivoOvxat, yEyufxvaa- 
jxévoi, EUTpotpo!., TpucpEpoî • Y.OL'zà Se x-^jV vT|5ûv, (JtTE T^tTïtoôstî, ETti'TCo'XaffT'.Tcoi * .. . xatà 
6è ta vwxa axXfipôaotpxot... Archestrate (VII, p. 303'' et 314") recommande le 
ôûvvTi!; oùpaîov et le ^l'flov TÉpLa/o:;, puis oùpaiou x' aùxôv xèv acpôvSuXov. Ainsi 
s'explique le passage Pers. V, 182 : rubrumque amplexa catimim Cauda natat 
thynni. 

(3) Tapi/ouî xEpaixia, Demosth. c.Lacrit. 34, p, 934 ; >cEpd([xta xapty-ripdt, Geo- 
pon. 13, 8, 12; àa'fop£y<; Athen. III, 85, p. iil" ; salsa7nentaria testa, Plin. XXVIII, 
140; salsamentarius cadus. ib. XVIII, 308; vas salsamentum, Colum.II, 10, 6. 

(4) L'œuvre capitale sur ce point est : Kôhler, Taptxo;, ou Recherches sur 
Vhistoire et. les antiquités des pêcheries de la Russie méridionale, in Mém. 
Acad.S.-Ptbg,&<' sér., I (1832), in-4, p. 347-488. Source essentielle : Xenocrat. 
de alimentis ex fluviatilibus , in Fabr. B. Gr. IX, p. 454 sq. , ou in Oribas. 
I, p. 124 sq. Dar., ou in Ideler, Physici et Medici Graeci minores, vol. I. 

(5) V. Blûmner, die gewerbliche Thâtigkeit der Vôlker des classischen 
Alterthums, Leipzig 1869, in-8. 



L'ALtMENTATION. 61 

ce commerce en Italie (1), en Épirc (2), en Macédoine (3), 
dans FAsie-Mineure (4), en Egypte (5) et en Afrique (6); 
mais les qualités supérieures de tarichos viennent, nous dit- 
on, du Pont, d'Espagne et de Sardaigne. On pêche les pois- 
sons du Pont aux embouchures de l'Ister (7), du Tyras 
(Dniester) (8), du Borysthène (Dnieper) (9), de l'Hypanis (Bug), 
du Tanaïs (Don), dans la Méotide (10), le Bosphore (11), 
l'Hellespont (12), la Propontide (13) et généralement tout le 
Pont-Euxin (14) ; on l'exporte par 01bie(15), Tanaïs à l'em- 
bouchure du Don (16), Panticapée (17), Héraclée, Tius, Amas- (437) 
trie, Sinope (18) et Byzance (19). Le tarichos d'Espagne, le plus 
célèbre (20), se tire de Gadès (21), de Malaca (22), deCarlha- 

(1) A Velia, Hipponium, Thurii : Blûmner, p. 120. 

(2) Strab. VII, 327; Athen. VII, p. 303", 311', 328V 

(3) La Macédoine exportait des anguilles marinées : Athen. VII, p. 298''. 

(4) A Cumes, Xenocr. op. cit. 4, 73; à Phasélis, Athen. VII, p. 297»; en 
Phrygie, Pollux, Oneir. 6, 48 ; ailleurs encore Kôhler, p. 363. 

(5) Diod. Sic. I, 36, 1; I, 52, 6; Xenocr. op. cit., inFabr. IX, p. 473= Orib. I, 
p. 158; TàN£i>kwa Tapiyri xài'kfK'zi, mentionnés Lucian.iVaDi,7. 15;AtYÛ7tx:aTaptyrj, 
Pollux, On. 6,48; mais les Grecs n'en faisaient poiot de cas, Athen. III, p. 118°. 

(6) Strab. XVII, p. 835 ; Kôhler, p. 365 sq. 

(7) Athen. III, p. 119». 

(8) Scymni Chii Orbis Descr. 798 sq. Millier. Sur la topographie, voir P. 
Becker, die Gestade des Pontus Euxinus vomister bis zum Borystfienes, Pctcrsb. 
1852, in-8, aussi in Mem. d. kaiserl. archâoloç/. Gesellsch., V-VI. 

(9) On y trouvait tant les esturgeons que le sel nécessaire : Herodot. IV, 53; 
Pomp. M. II, 1, 6; Plin. IX, 45; Se. Chius, 813 sq. 

(10) Strab. XI, p. 493; Niceph. Greg. 9, 5, p. 417, et 13, 12, p. 686 Bonn. 

(11) '0 TapiyÔTLÂsojî BôjTTopoî, Euthydème dans Athen. III, p. 116''; tyOuôet;, 
Liban. Ep. 84, p. 45 Wolf. Archestrate, dans Athen. VII, p. 284», préfère ce 
Tstpt/oî à celui de la Méotide. 

(12) Hermippe, dans Athen. I, p. 27". 

(13) Aelian. N. A., XV, 5, et mon ouvrage Cyzicus u. sein Gebiet, p. 35. 

(14) Philostr. Imag, I, 13, et Jacobs ad h. l. Tap-.yot IIovTtxoi, Athen. III, 89, 
p. 119\ 

(15) Scymnus Chius, 804 sq. 

(16) Strab. VII, p. 310. 

(17) Strab. ib.; Demosth. c. Lao-it., 32 et 34, p. 933 et 934. 

(18) Athen. III, p. 118-^; Aelian. N. A. XV, 5. 

(19) Polyb. IV, 38,4; Athen. III, p. UG^^sq.; D. Chrysost. II, p. 11 R.; Tac. 
Ann. XII, 63. 

(20) Xenocr. in Fabr. IX, p. 471 = Orib. I, p. 155 : xpi-ruToi 5à oî i6T,pixol 
(tdp'./ot). Lucian. Navi(j. 23. 

(21) raScipixôv Tâpi/o;: Pollux Oh. 6,48; Athen., III, p. 118''; VII, p. 315'', etc. 

(22) Strab. III, p. 156. 



62 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

gène (1) et autres places (2), où les pêcheurs de tout le litto- 
ral hispanique apportent leurs prises (3) ; c'est Pouzzoles qui 
importe le produit fabriqué (4). Le tarichos sarde, enfin, vaut 
celui d'Espagne (S). La matière première, c'est l'estur- 
geon (6) et les diverses variétés de thon : pelamys, thyn- 
niis (7), sarda (8), coracynus ou saperdes (9), xso-Tpsù; ou mu- 
^27(10), .5'comôer(ll),co/z«6'(12),opx'jvoç (13); et, selon le mode 
de préparation, on distingue le demi-sel (-ripiiviripoç, YijjLtTapi- 
(438) yoç) (14) et le plein-sel (t£);£i.Os) (15), le gras et le maigre (Tapr/ïi 
TOova et àT:[ova) (16). On fait rentrer dans la seconde catégorie 



(1) Strab. III, p. 1S8. 

(2) Strab. III, p. 140 et 136. 

(3) Strab. III, p. 144. 
(4)AcIian. JV. A. XIII, 6. 

(3) Galen. VI, p. 728 Kûhn : iD^T.aiov S' a'jtwv T^xouat %<x\ o't \Ltyiko'. 6ûvvot, xat- 
xoi TTJ y Tiôovf, TTiî êOw5f|î 0^5^ 0|xoiot toÎî irpoetprifiÉvoiî Ôvteî • àrfiHe, yàp èxeïvot 
xal (jLstX'.aira Tîpôsçaxoi, Tapijrsuôsvxeî 6' ifiEivouç ytvovTai. Twv S' sXatxôvwv 6ùv- 
vti)v xatâ T£ TT.v T.Xixîav xal tô [xéysOoî 0'j6' f, aàp| ô[iotw; ffxXT,pà xal TrscsOf.vai 
St^ÎvOvôti peTvTio'Jî eîai • xal toûtwv ïxi \xSKko'^ aï TtTjîiaa'Jôs;, at xal TapiyE-jôcTo'a'. 
ToTî àpiTTOt; Tapîj^otî hi^iWoi ytvovxat. nT^Etaxat ô' ex xoû IIôvto'j xojxiÇovxat, 
Twv èx xf|i; SapSoûî xal xwv èx Tf,ç'I6T|piaî jj-Ôvwv àito^ket— ô|xsvat . 'EvTiixûTaTOv yàp 
5'>j ToOxo x6 xdpi)(Oî eîxôxw; sffxlv... ôvo'xaî^exai S-h, auvf,6u)î uTtô xwv Trivxwv '?,St, xà 
xoiaûxa xapt/T) Sâpoa.Cf. ib. p. 747. Plin. XXXII, 131 : sarda, ita vocatur pelamys 
longa ex oceano veniens. 

(6) Tâpi/oî àvxaxatov : Antiphane, dans Athen. III, p. llS"" ; Ilerodol. IV, 33; 
Strab. VII, p. 307. 

(7) Plin. IX, 47 sq. ; Strab. VII, p. 320 ; Galen. loc. cit. Sur les voyages et la 
pêche du thon, voir Bôttiger, Ainalthea, II, p. 303 sq. 

(8) V. trois notes plus haut. 

(9) Galen. loc. cit.; Athen. III, p. 118''; Ilesych. s. v. ffairÉpÔT,?; Pers. V, 134. 

(10) Suivant Kôhler, p. 369, le x^©a>vOî, le xeïxpsûî et le mugil sont identiques. 
On le sale à Sinope et à Abdère : Athen. 111, p. 118% et VII, p. 307''; Schol. in 
Aristoph. Nuh. 338 Dindorf. 

(11) De Parium : Xenocr. in Fabr.-IX, p. 472— Orib. I, p. 136. Le meilleur est 
celui de Carthagène : Strab. III. p. 139. 

(12) Le meilleur est celui de Parium: Athen. III, p. UÔ-^; cf. Plin. XXXII, 146. 
'lêT.ptxai, Xenocr. in Fabr. IX, p. 472 = Orib. I, p. 155. 

(13) Athen. III, p. ii6°; VII, p. 303 ''. Tous ces poissons ne sont que des variétés 
de thon, comme Fa montré Kôhler, p. 364 et 451, n. 179. C'est pourquoi Xéno- 
crate (Fabr. IX, p. 457 = Orib. I, p. 129) énumère ensemble ôjvvo; xal Ouwiî, 
xo>.ia<:, ôpxuvo;, T:T,>iajXÛ;, axôtxêpoî. Cf. ib. p. 472 = Orib. I, p. 154. 

(14) Athen. III, p. 119». 

(15) C'est ainsi du moins que Kôhler, (p. 371) entend l'expression d'Athénée 
(lll, p. 120-'). 

(16) Ath. m, p. 120e. 



L'ALLMENTATION. 63 

le Tapi'^oç (opalov OU topaioTapi^oç (1), fabriqué au printemps 
avec de jeunes poissons (2) ; dans la première, xà Otivveia xal 
xopSùX/i (3). Les melandrya forment encore une classe à part : 
ce sont de longues tranches dorsales d'esturgeon ou de thon, 
salées et séchées ; elles prennent Taspect de planches de 
chône, qui leur a valu leur nom (4), et cette préparation 
s'est maintenue jusqu'à nos jours (5). Toutes ces variétés 
de poissons salés figurent dans les entrées du repas (6) : 
avant de les servir, on les passe à l'eau (7), à l'eau de mer 
préférablcment (8); on peut les assaisonner d'huile (9), ou 
de vinaigre et de moutarde (10), les cuire dans la muria^ les 
rôtir, les faire bouillir dans le vin ou les accompagner d'au- 
tres condiments (il) ; on en compose enfin un mets spécial, la 
'patina tyrotarichi (12). 

Un autre genre de conserve dont les noms reviennent sou- Sauces do 
vent dans les auteurs, ce sont les sauces de poisson dites yarum, 
garum^ muria et allée ou allex. Parfois tous ces noms dési- 



(1) Plaut. Capt. 851 : horaeum, scombnim et trugoniim. Alh. 111, p. 120': et 
116". Arct. de diut. morb. ctir. 1, 3, p. 248; 2, 13, p. 276 Ernicr. : manger le 
xâpi/oî mpoLÎoi à déjeuner avec du pain de froment. 

(2) Hesych. s. v. wpaïov • tip'.yo^ • ô xx-rà t6 êap auvTt6é|Aevoî. V. Daremberg, 
ad Oribas . 1, p. 399. 

(3) Athen. 111, p. 120". 

(4) Plin. IX, 48 : Melandrya vocantur quercus assulis similia. Xenocr. (IX, 
p. 472 Fabr. ■== 1, p. 157 Orib.) : ik Se AOf:rà [xép-ri (du thon, après distraction 
de ruTroyxaTpiov) \i.zkmZçt'j'x Sià t^v èjjitpépstav irpô; Tiî [xsXaivoûaaî tt,; Spuôî ^îÇa<;. 
Ath. VII, p. 315'' : iv TaSsipoiî [xèv ouv xà xXstSia xa6' aÙTi xapi/sÛETat, wç xal 
Twv dtvTaxaiwv al yvotôot xal o'jpavtorxot xal oî Xcyd|i,evot jxsXavSpûai i\ auTÛv xapt- 
XîûovTat. Mart. III, 77 : Teqtiej'uvant gerres et pelle melandrtja cana. 

(5) Kôhler, p. 415 sq. 

(6) Plut. Q. conv. 4, 4, 3, 7, p. 812 D. 

(7) Atli. 111, p. 121c : TTaviaî Se /pr, xxpiyou; tz'Kwzvj, iypi àv ta uSwp àvotf- 
[J.OV xal yTvuxj ysvTiTai. Cf. p. in-* et 119°. Plaut. Poen. 241 : Quam si salsa mu- 
i'iatica esse autumanlur Sine omni lepore et sine omni suavitale, Nisi si mulla 
aqna usque et diii macerantur, Oient, salsa stint, tangere ut 7ion velis. 

(8) Plut. Q. conv. 1, 9, 1, 1 = p. 759 Dûbner. 

(9) Ath. VII, p. 303^ 

(10) Xenocr. loc. cit. 

(11) Plus de détails sur ce point dans Kôhler, p. 383. 

(12) Cic. ad fam. IX, 16, 7: ad Att. IV, 8; XIV, 16, 1. Recettes dans Apiciuâ 
(4,2), qui indique aussi diverses sauces pour accompagner le tâptyo; (9, li-13)f. 



64 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

gnent indistinctement tonte sauce de poisson (1); mais dans 
le langage technique chacun a sa fonction propre. Le garum 
(439) se prépare à Pompéi (2), Clazomènes, Leptis (3), et dans bien 
d'autres villes sans doute; mais le plus renommé est celui 
d'Espagne (4), qu'on fabrique à Garthagène et à Cartéia : il 
est dit ^«rwm sociorum (5), plus tard liquamen, garum noir 
ou sanguinolent (alpiàTwv). On le tire des intestins du scom- 
bre (6), poisson auquel les pêcheurs d'Espagne et de Maure ta- 
nie font une guerre acharnée lors de son passage de l'Océan 
dans la Méditerranée (7). On les sale dans un pot, qu'on 
expose au soleil ou à la cuisson sur le feu ; on tourne énergi- 
quement jusqu'à ce que toutes les parties solides se soient 
dissoutes, après quoi l'on laisse fermenter pendant deux 



(1) Dioacor. M. M. II, 75 : yâpov tô ex xapi/Tipwv l^r^Sûwv xai xpswv Tr)vaTxô[xevov. 
Sophocle dans Ath. II, p. 67° : toû Tapi/T,poO ydîpou. D'après la recette Geopon. 
20, 46, 6 (infra, p. 65, n. 1), le garum s'extrait du 6ûvvoî, et noa du scomber\ 
aussi ex iiifinito génère piscium, d'après Isid. Or. XX, 3, 19. Cf. Caelius Aurel. 
moi'b. chron. 2, 1, 40 : garum, quod appellamus liquamen, ex pisce siluro con- 
feclum. Le silurus est l'esturgeon {acipenser sturio) : Bôcking, in Auson. 
Mos. 135. 

(2) Plin. XXXI, 94. Nous avons encore des urcei avec mention de ïofficina 
A. Umbrici Scauri : C. L L. IV, 2574-81. 

(3) Plin. ibid. 

(4) Galen. XII, p. 622 : tô S-Travôv yipoî. 

(5) Plin. IX, 66; XXXI, 93 : Aliud etiamnum Uquoris exquisiti genus, quod 
garon vocavere, intestinis piscium ceterisque quae abicienda essent sale mace- 
ralis, ut sit illa putrescentium sanies. Hoc olim conficiebatur ex pisce quem 
Graeci garon vocabant...^ nunc e scombro pisce laudatissimum in Carthaginis 
spartariae cetariis... sociorum id appellatur. Strab. III, p. 159 : elô' •f\ toû 
'Hpax)kÉouî vfiaoç i^fi-r\ Tipôî KapyT|OÔvi,... t^^ xa)vOÛfft 2xo[x6paptav àirô twv dt>>iaxo- 
[xévwv axojxêpuv, i\ wv xô apicrxov axsuiÇsxai ydtpov. D'après ce passage, il faut 
sans doute aussi lire dans Pline : in Carthaginis Scombrarlae cetariis. Galen. 
XII, p. 637 : yipou [i.é)vavoç poiixaiaxl )ksyo[xévou ô^uTidpou (lire ffoxtwpoujj.). Sen. 
Ep. 95, 25 : Quid ? illud sociorum garum, pretiosam malorum piscium saniem, 
non credis urere salsa tabe jjraecordial 

(G) Schol. ad Pers. I, 43 : Scombri dicuntur pisces saisi, de quibus fit opti- 
mum garum. Mart. XIII, 40 : Hesperius scombri temperet ova liquor. Id. XIII, 
102 : Exspirantis adliuc scombri de sanguine primo, Accipe fastosum, munera 
cara, garum. Ilor. Sat. II, 8, 46 : garo de succis piscis Iberi. 

(7) Plin. XXXI, 94. En Maurétanie aussi on apprêtait le garum, comme 
l'induit avec raison Bruzza [Bull. d. Inst. 1873, p. 108) du cachet d'une am- 
phore : ex prov(incia) Maur(elunia) Caes(ariensi) Tubus(upto). Ce cachet a été 
plus tard trouvé en plusieurs exemplaires (Dresscl, Ann. d. Inst. 1878, p. 134) 
et ne peut en elfet se rapporter qu'à du garum. 



L'ALIMENTATION'. 63 

mois. Lo liquide ainsi obtenu est passe par un tamis : ce qui 
en sort est le garum, le résidu est Tallex (1). Le garum s'ex- 
pédie en îircei marqués d'une inscription ou d'un timbre 
qui en indique la qualité (2) : — garum sociorum (3), — (440) 
garum scombri (4) — gari flos (o) — garum scombri flos (6), 
— gari flos per se (sans autre condiment) (7), — liqua- 
men^ flos excellens scombri (8), — garum castimoniale (garum 
kôscher à l'usage des Juifs) (9). L'Edit djD Dioclétien aussi 

(1) Geopon. 20, 46, on décrit d'abord l'apprêt du liquamen tiré de divers 
poissons, dit également garum; puis on ajoute : T6 Zï xâXXiov yâpov, ià xaXoû- 
[Asvov aîjiat'U'.ov, o'jtco ytvsxat • XaiiêavExa'. ti lyxxxa toO Ôûvvo'j (il n'est pas 
question du scombre) asTà twv êijiêpaYj^twv xal toO lydooi xal xoû «"[xaTOî 
xal TtâajsTat z(^ àpxoûvt: dîXaTi, êv xw iyfzM xs xaxoiXi[nîdtv£xai \i.éyjn, (jlt,v(λv 8ûo 
xô Tzo'k'j • elxa xoû àyysto'j xpuzT.Ôévxoî è;ip/£xai yâpov xà xaXoûiievov a'.iiaxiov. 
Cf. Artemid. Oneir. 1, 66 : yipov Se Ttivsiv çôiniv uTijjLaivit •iaxt y^P oùSàv àfXXo ô 
ydpo; f, oTiireotiv. D'où Suid. s. v. ydipoî. Pline aussi le nomme putrescentium 
piscium sanies. et Manil. V, 672, sanies pretiosa. 

(2) 11 sera question plus bas, au paragraphe du vin, des amphores de ce 
genre qui nous sont parvenues. 

(3) Inscr. d'un urceus, Ephem. epigr., I, p. 163, n. 189. 

(4) Dressel, Bull. d. comm. archeol. comunale, VII (1879), p. 102, n. 82. 

(5) L'inscription G. F. est interprétée [C. I. L. IV, p. 172) par garum factum. 
Mais Dressel [loc. cit., p. 96) fait fort justement observer que, de même que 
les qualités supérieures sont dénommées flos olei (Plin. XV, 23 ; Ed. Diocl. 
III, 1), flos salis (Cat. de re rust. 88 ; Plin. XXXI, 85 et 90), flos gypsi (Colum. 
XII, 20, 8; 21, 3), flos cerae (Plin. XXI, 84), flos siliginis (Plin. XVIII, 86 et 89), 
flos visci (Plin. XXVI, 21), flos purpurae (Plin. IX, 123), ainsi G. F. doit très 
probablement se lire gari flos, d'autant que Manilius (V, 672) appelle le garum, 
flos criioris. En fait on lit gari flos sur un urceus pompéien : Arch. Zeit. 1877, 
p. 27; Not. d. Scavi 1876, p. 146 , 

(6) Étiqueté G. SC. F. : Dressel, loc. cit., n. 76 et 83. G. F. Scombr(i) : 
Eph. epigr., I, p. 162, n. 183 et 184-187 ; p.l73, n. 253; C. I. L. IV, 2574-76. 

(7) C. I. L. IV, 2571-73 ; Eph. epig., I, p. 1C2, n. 182. 

(8) Le mot liquor est un terme poétique d'acception très générale : le 
liquor scombri (Mart. XIII, 40) et le liquor sociorum (Auson. Ep. 21 ; infra, 
p. 66, n. 7) sont certainement du garum. Mais liquamen est un mot tech- 
nique, fréquent sur les amphores et les urcei : C. I. L. IV, 2386 sq. Le liqua- 
men ne s'extrait pas du scombre, mais (selon Cael. Aurel. morb. chroti. 2, 1, 
40) du silure, des petits poissons (selon Isid. Or. XX, 3, 20), aussi des poires 
(Pallad. III, 25, 12), et rentre au temps de l'Empire dans les fournitures mili- 
taires (Vopisc. Aurel. 9, 6). Toutefois on lit aussi liq(uamen) fflos) exc(el)l(ens) 
scom(bri) : C. I. L. IV, 2388; Eph. epigr., 111, n. 1008. Les deu.v mots garum 
et liquamen sont synonymes dans Geop. 20, 40. Le liquamen optimum (C. I. 
L. IV, 2389-94) et le liquamen primum (ib. 2393 et 2395) ne le cédaient sans 
doute guère en valeur au garum. 

(9) Plin. XXXI, 93 : aliud vero (garum) castimoniarum superstitioni etiam 
sacrisque Judaeis dicatum quod fit e piscibus squama carenlibus. On lit aussi 

Vie riiiVFE DES Rom. t. II. •'> 



66 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

mentionne le ^-drum en deux qualités, liquamen primum et 
seciindiun, et, au temps de Pline, deux congii ou 6 litres J/2 
de la meilleure sorte coûtent mille deniers (1), 

muria, La muria (aAjjiyi) est proprement la saumure, que de tout 

temps les Yestalcs préparèrent pour les besoins du sacri- 
fice (2), et qui, dans le pemis domestique, servait à garder 
la viande, le fromage, le poisson (3), les légumes (4), les 

(441) fruits (S); on la mélangeait aussi au vin (6). Mais le mot 
passa également pour une traduction du grec yàpov, et dans 
ce cas il désigne, soit le garum lui-même (7), soit une sauce 
de poisson analogue, préparée à Antibes (8), à Thurii, en Dal- 
matie (9), àByzance (10), et extraite non du scombre mais du 
thon [thynnus) (11). Le résidu de la clarification est dit 



sur des urcei les désignations : gar(wn) cast(imoniale) : C. I. L. IV, 2o69; 
Eph. ep. I, p. 163, n. 188; p. 176, n. 267; mur(ia) cast(imonialisJ, C. I. L. IV, 
2609 ; et dans Pallad. III, 25, 12, lic/uamen castimoniale. 

(1) Plia. XXXI, 94. 

(2) Culte, II, p. 30. 

(3j Cat. de re rust. 88 : d'où muria salsamentorum, Plin. XXXI, 83; salsa 
muriatica, Plaut. Poen. 241; duratos mima pisces, Quintil. Inst. VIII, 2, 3; 
salsamentum in muria sua, Colum. XII, 35, 4. 

(4) Colum. XII, 7. 

(5) Cat. de re rust. 7; Cels. II, 24; IV, 16(9) : oleae ex muria. Gargil. Mar- 
tial, de arb. pomifer. 2, 13, p. 10 Mai : Persici pomum nisi conditum muria 
et oxymelle asservari diutius non potest. Cf. Apic. 7, 8. 

(6) Cat. de re rust. 105 ; Colum. XII, 25. 

(7) Auson. Epist. 21 : Veritus displicuisse oleum quod miseras, miinus ite- 
i^asti, addito etiam Barcinonensis muriae condimento cumulatius praestitisti. 
Sois autem me id nomen muriae, quod in usu vulgi est, nec solere nec passe 
dicere, cum scientissimi veterum et Graeca vocabula fastidientes Latiniim in 
gari appellatïone non habeant ; sed ego qitocunque nomine loquar, liquor iste 
sociorum vocatur. 

(8) Mart. XIII, 103 : Amphora muriae : Antipolitani, fateor, sum filial hynni : 
Essem si scombri, non tibi missa forem. IV, 88, 5 : Antipolitani, nec quae de 
sanguine thynni Testa rubet. Plin. XXXI, 94. 

(9) Plin. XXXI, 94. 

(10) Hor. Sat. II, 4, 65. 

(11) Manilius, après avoir dépeint la pêche des thynni, décrit la préparation 
du condiment (V, 667 sq.) : Tum quoque, cum toto jacuerunt litore praedae. 
Altéra fit caedis caedes : scinduntur in artiis, Corpore et ex iino varius des- 
cribitur usus. Illa datis melior succis pars, illa retentis (une partie est apprê- 
tée en sauces, une autre en -ripi/o;). Hinc sanies preliosa /luit, floremqiie 
cruoris Evomit, et mixto gustiim sale temj^erat oris (ceci est le garum). Illa 
putris turba est, strages confunditur omnis, Perniiscetque suas alterna in 



L'ALIMENTATION. 67 

alh'x{i), comme plus haut, bien ([uc de qualités fort dilTé- «««• 
rentes : pour les besoins journaliers de la maison, il y a de 
l'allex de poissons communs, qu'on donne aux esclaves 
comme pidmentarium (2) et que mangent les pauvres 
gens (3) ; mais le môme nom désigne des sauces très fines 
faites d'ingrédients spéciaux (4). 

Toutes ces sauces servent de condimentum pour la pré- (442) 
paration des mets (5). Le garum entre en outre dans divers 
mélanges : avec le vin, olvôyapov (6); l'huile, yapéXaiov (7); le 
vinaigre, o^uyapov (8) ; l'eau, 'jopÔYapov (9). C'est à tort qu'on 



damna figuras, Cominimemqite vihis iisinn succumque mbdslral (ceci ost l'rt^- 
lex). Aiit, cum caeruleu stetit ipsa simillima ponto Squamif/erum mibex, lur- 
baque immohiUs haeret, Excipitur vasta clrcumvallata sagema, Jnr/entesque 
laciis et Bacchi dolia complet, Humorisque vomit socias per mulua dotes. Et 
fluit in liqitidam tabem resoliUn medidla (voilà la muria). Manetho, Apote- 
lesm. 6 (3), 463 : "H TOty' e'J/avôîï yaXxw xotXot; te TisêTjsiv ny6o;jLÉvotî jiéXSouffJv 
à'jx' Î/O'jjiv o-ykom âf);|jLTjV. Un negotialov muriarius, Or. 7260. 

(1) Plin. XXXI, 95 : Vitiiim liujus (muriae) est aller, hnperfectae nec colatae 
faex. 

(2) On donne aux esclaves ruraux, pour assaisonner leur nourriture, soit 
des olives, soit de Vallex et du vinaigre : Cat. 58. 

(3) Mart. XI, 27, 6; III, 77,5, : putri cepas haleté natantes. 

(4) Plin. XXXI, 95-96 : Coepit tamen et privatim (allex) ex inulili pisciculo 
minumoque confici, apiiam nostri, aphyen Graeci vocant... Transiit deinde in 
luxuriam, creveruntqiie gênera ad infinitiim, sicuti garum ad colorem midsi 
veteris adeoque dilulam siiavitatem ut bibi possit... Sic allex pervenit ad 
ostreas, echinos, urticas maris, mullorum jecinora. Cf. IX, 66. C'est à une 
semblable allex que fait allusion Horace, Sat. II, i,73. Inscription d'un urceiis 
pompéien [Bull. d. Inst. 1877, p. 169) : hallex optuma. 

(5) Les condiments de cuisine usuels sont, d'après Athen. I, p. 6» : lÀaLOv, 
oivo?,. Y^poî et ôçoî. 

(6) Apic. 1, 31. Mart. VII, 27, 8 : 7nixta Falerna garo. Souvent mentionné 
par les médecins. V. Kôhler, p. 403 sq., qui cite Jules Africain, ad calcem 
Math. Vett., p. 300», Paris 1692 : i\y.i xal yif>oi îÇ â[kin\^ {mutna) àxpixou,t 
[lipoui évoî xal ù6o oïvou toû yî^yviioî. Recette pour la préparation de l'olvô- 
yapov, sous le titre confectio liqtiaminis quod oenogarum vocant, conservée 
dans le ms, de St-Gall cod. 899, et publiée in Mittheil. d. antiq. Gesellsch. in 
Zurich, t. XII, fasc. 6 (1859), p. VI, plus récemment par Rose, Hennés, VIII, 
p. 226. 

(7) Ilesych. yapÉXov (lire yxoélotio^y ydtpoî xal IXaiov. 

(8) Mart. III, 50, 4. Athen. IX, p. 366° : ôpw 5è xal [aet' 5Çouî âva|xt[jiiY!i^vov 
Yâpov oISa os OTi v'jv Tivà; twv IIovtixwv iSia xïO' aÙTÔ xa-rauxEui^ovcai 
ôÇÔYapov. 

(9) Thcophan. Nonn. 156, p. 12; 158, p. 18; 162, p. 23. Le passage Lampr. 
Ileliog. 29 [hydrogarum... primus publiée exhibait, cum. anlea militaris- mensa 



68 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

chercherait le caviar sous quelqu'un de ces noms (1) : l'anti- 
quité le connaissait, mais en fait on ne le voit mentionné 
qu'une seule fois (2) et il ne se répandit guère. Comme l'a 
fait observer Koehler, le climat empêchait l'introduction du 
caviar frais en Grèce et en Italie ; quant au caviar pressé et 
fortement salé, il ne pouvait passer pour friandise. 

Huîtres. En même temps que des poissons on s'engoua des huîtres, 

on leur donna la palme parmi les délicatesses du repas (3). 
Ennius déjà vante celles d'Abydos (4). Peu de temps avant la 
guerre des Marses, C. Sergius Orata installe dans le lac Lucrin 
le premier parc aux huîtres {tî), et les huîtres du Lucrin 

(443) deviennent célèbres (6). Autre parc au lac Averne (7). Puis 
on fait venir toutes sortes de variétés exotiques, énumérées 
par Mucien dans Pline (8), par Ausone dans son Carmen de 
ostreis^ et autres auteurs (9) : la plupart se consomment à 
Rome (10). Il faut signaler les huîtres de Brundusium, plus 
tard celles de Bretagne (11), et, du temps d'Ausone, les huî- 
tres gauloises (12) artificiellement élevées à Bordeaux (13). 



esset) a été mal compris par Kôhler, p. 403 : il n'y est pas question d"un repas 
de Tempereur, mais d'un congiairc qu'il donne (cf. Org. financière, p. 172); 
quant à l'empereur, il n'est pas probable que cette mixture d'une partie de 
gariim et sept d'eau (Apic. 2, 2) ait jamais été de son goût. 

(1) C'est ainsi qu'Orelli entend allex dans Hor. Sal. II, 4, 73; mais c'est un 
contre-sens. 

(2) Diphile, dans Athen. III, p. 121° : xà [aévtoi iôjv îySôwv xal tôjv xapi/wv 
(I)à (caviar frais et salé) Trxvua Sûj-TtEitTa,... yivexat ô' eDaTO|JLa [aeô' à).(ï)v uêsaOÉvra 
xal STzoTz-zrfivna. Je pense que [xeô' akihw aêsaOÉvra doit s'entendre d'aspersion 
d'eau salée; cf. Plut. Q. conv. 1, 9, 1, 1 == p. 759 D. : xâptj^oç â'XpiTi ppéysTa;. 

(3) Plin. XXXII, 59. 

(4) Enn. Heduph., p. 166, 2 Vahlen. Cf. mon ouvrage, Cyziciis ii. sein Gebiel, 
p. 36. 

(5) Plin. IX, 168; Val. Max. IX, 1, 1; Macrob. Sat. III, 15, 3; Augustin, de 
vita beata 26, p. 308 Bened. Cf. Varr. de re mst. III, 3, 10 ; Colum. VIII, 16, 5. 

(6) Strab. V, p. 245 ; Hor. Epod. 2, 49; Martial. VI, 11, 5. 

(7) Plin. XXXII, 61. 

(8) Plin. XXXII, 62. 

(9) V. notamment Oribas. I, p. 147 Dar. 

(10) Plin. loc. cit. . 

(11) Plin. IX, 169. 

(12) Auson. de ostr. 19. 

(13) Sidoine Apollinaire {Ep. 8, 12) les nomme opimata vivariis ostrea. V. Sa- 
varo ad. h. l. p. 541. 



L'ALIMENTATION. 69 

5. Iluile et vin. — Dans l'énumoration des cultures frui- 
tières nous en avons à dessein omis deux qui occupent dans 
l'économie rurale de l'Italie une place caractéristique : celle 
de l'olivier et celle de la vigne. La première n'est pas indi- c.iituro 

de l'olivier. 

gène en Italie (1); mais on la constate dans le Latium dès 
l'époque des ïarquins environ, et c'est de là qu'elle s'est pro- 
pagée vers l'Occident, notamment en France et en Espa- 
gne (2). Les progrès en furent merveilleux : l'huile d'Italie, 
surtout celle de Vénafre (3), de Casinum (4) et de la Sabine (5) 
passa pour la plus belle du monde (6) et s'exporta en masse. 
Au second rang venaient celles d'Istrie et de Bétiquc (7). 

A la différence de l'olivier, la vigne se rencontre de temps viiicuiiure: 
immémorial (8), non seulement dans l'Italie inférieure, mais 
dans toute la plaine du Pô. La production de bons crus (9) 
n'est pourtant pas antérieure à l'abandon de la culture dos 
céréales. A Rome la viticulture est placée sous le patronage 
de Jupiter : c'est en son honneur qu'on fête deux fois l'an les 
Vinalia{iO); c'est le flamine Diale qui ouvre la vendange (H). 
Il est question de vineae dans les Douze Tables (12) ; mais (444) 



(1) Plin. XV, 1-34; Monimsen. R. G., F, p. 287*; Ilehn, op. cit. p. 98 sq. 

(2) Plin. loc. cit. l. 

(3) Plin. loc. cit. 8; Hor. Od. II, 6, 16; Sat. Il, 4, 69; II, 8, 43; Strab. V, 
p. 238; Mart. XII, 63, 1 ; XIII, 101. 

(4) Varron cité Macrob. Sat. III, 16, 12. 

(5) Galen. XII, p. 513. 

(6) Plin. loc. cit. 8; XXXVII, 202. 

(7J Plin. XY, 8; cf. Galen. XII, p. 513. 

(8) Hclbig, die Ital. in der Poebene, p. 109. 

(9) Voir : Ilenderson, the History of ancient and modem Wines, London 
1827, in-4, traduit sous le titre Geschichte der Weine der alten u. neuen Zeiten, 
Wcimar 1833, in-8 ; G. F. Weber, de Agro Falerno, Marburgi 185.5, in-4; id. de 
Vino Falerno, Marb. 1856, in-4 ; J. F. G. Hessel, die Weinveredlungsmelhoden 
des Alterthums, Marburg 1836, in-4; G. Lehmann, de Vini ap. Rom. apparatu 
curag., Wernigerode 1872, in4; Becker, Gallus, pub. par Gôll, III, p. 412 sq, 

(10) Culte, II, p. 18. 

(11) Culte, U, p. 18, n. 4. 

(12) Fest p. 364'', 24, s. v. tignnm. 



* Hist. Rom., trad., Alexandre, 1, p. 254. — V. H. 



70 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

l'usage du vin était encore fort restreint dans l'ancien culte (1 ), 
et, au temps môme de la conquête de la Gampanie, pas uni 
vin italique ne s'était élevé au renom qu'il devait acquérir 
plus tard. Cinéas, ambassadeur de Pyrrhus, raille le vin aigre 
des monts Albains (2). Ni Plante ni Gaton ne connaissent le 
falerne : l'un vante les vins de Leucade, de Lesbos, de Thasos, 
de Gos (3) et de Ghios (4) ; l'autre fabrique du vimim Grae- 
cum (5), notamment du vinum Coiwi (6), avec des vins indi- 
gènes (7), par un procédé spécial. Les médecins de ce temps- 
là ne prescrivent 'jamais que des vins de Grèce (8), et les 
remarquables trouvailles d'amphores rhodiennes, aux anses 
chargées d'inscriptions que le caractère de l'écriture permet 
de dater de 150 à 30 avant notre ère, nous ont appris qu'à 
cette époque le vin de Rhodes parvenait, non seulement jus- 
qu'aux villes du Pont-Euxin et de la Grimée, à Alexandrie, 
à Athènes, en Sicile (9), en Sardaignc (10), mais dans le 
Latium môme, à Préneste (11) qui plus tard produisit d'excel- 
lents vins, et que l'Etrurie l'importa peut-être bien antérieu- 



(1) Plin. XIV, 88 : Romulum lacle, non vino libasse indicio sunt sacra ab eo 
inslihda, quae hodie custodiunt morem. Numae régis Postumia lex est : Vino 
rogum ne respargito, quod sanxisse illum propter inopiam rei nemo duhitet... 
M. Varro auctor est Mezentium Elruriae regem auxilium Rutulis contra Latinos 
tulisse vini mercede quod tum in Latino agro fiiisset. 89 : Non licebat id feminis 
Romae bibere : invenimus inter exempta Egnati Mecenni uxorem, quod viniim 
bibisset e dolio, interfectam fusti a marito, eumque caedis a Romulo abso- 
lutum. 

(2) Plin. XIV, 12. 

(3) Plaut. JPoew. 699. 

(4) Plaut. Cure. 79. 

(5) Cat.24etl05. 

(6) Cat. 112. • 

(7) 11 les énumère c. 6, 4. 

(8) Galen. XIV, p. 28. 

(9) Franz, Praef. ad C. I. G., III, p. M sq ; P. Bcckcr, Bull. Acad. S.-Ptbg. 
cl. hist.-phllolog., XI, p. 305 sq., et XII, p. 52 sq. ; Stephani, Tituli Graeci, 
pars II [Index Schol. Univ. Dorpat. 1848); id. Antiquités du Bosph. Cimmér., 
texte, II, p. 324 sq.; id. Bull. Acad. S.-Ptbg 1836, p. 230 sq., et 1860, p. 150 sq. ; 
Dumont, Archives des Missions scientifiques, 2" sér., VI, p. 73 sq. 

(10) Henzen, Bull. 1865, p. 72. 

(11) Sur la découverte de 23 amphores rhodiennes à Préneste, voir : Ilenzen. 
Bull. 1865, p. 72 sq. ; Fernique, Étude sur Préneste, p. 48. 



L'ALIMF.NTATION. 7t 

romont (1). En l'année du consul Upimius (633 = 121), restée 
fameuse dans les annales de la production vinicole (2), les 
crus d'outre-mer étaient encore presque les seuls qui comp- 
tassent, et ce furent les générations suivantes qui firent la (445) 
réputation des vins indigènes de cette date (3), 

Le falerne apparaît le premier, dans Catulle (4) et dans 
Varron (5). Il doit son renom aux soins extrêmes que les 
Romains donnaient h cette production (6) ; les écrivains agri- 
coles insistent tout particulièrement sur cette partie de l'éco- 
nomie rurale (7), car la viticulture bien entendue est en prontsien iirer; 
Italie une source de gros revenus (8). Voici un compte de 
revient établi par Julius Graecinus (9), qui mourut sous 
Caligula : un seul vinitor suffit à cultiver 7 jugera de vigno- 
ble, soit 7 arpents de Prusse (10) [ou un peu plus d'un hectare 

et demi], qui coûtent 7 000 sesterces. 

Coût du vigneron (esclave). . . 8000 » 
Coût des ceps et du mobilier . . 14 000 » 
Total de la mise de fonds. . . 29 000 sesterces. 

Plus l'intérêt à 6 0/0 dudit capital pour 
deux ans pendant lesquels les ceps ne 

portent pas encore fruit 3 480 » 

Capital engagé 32480 sesterces. 

(1) Dans une tombe à Vulci on a trouvé une amphore rhodienne : Ilenzen, 
loc. cit., p. 11. 

(2) Plin. XIV, 94 : Apothecas fuisse, et di/fundi solita vina anno IX'XXXIIl 
urbis adparet iiiduhitato Opimiani vini argumento, jam intelleyenle sinon 
boniim Italia. Nondiim tamen ista gênera in claritate erant. Itaque omnia tune 
genita unum habent consulis nomen. Sic quoque postea diu transmarina in 
auctoritate fuen/nt et ad avos usque nostros. 

(3) Cic. Brut. 83, 287; Mart. I, 26, 7; II, 40, îi; III, 82, 24, etc., etc. 
(4)Catull. 27, 1. 

(5) Varr. de re rust. I, 2, 6. 

(6) Plin. XIV, G2. 

(7) Cat. de re rust. 19-28. 33. 41. 43. 49. 68-69. lOo-Uii. 120. 123. 132-lo4; Varr. 
de re rust. I, 8. 23-26. 34. 63; Colum. III. IV. V, 1-3. XII, 18-41. 

(8) Colum. III, 3, 2 : Intérim studiosiagricolationis hoc primtimdocendisunt, 
vberrimum esse reditum vinearum. Plus bas il évalue à 20 amphorae le rende- 
ment àw jugerum. 

(9) Dans Colum. III, 3, 8 sq. 

(10) Lejugerii/n vaut 0,98633 arpont de Prusse. 



72 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

Ce capital, à 6 0/0, rendrait par an 1,948 4/5, ou, en chif- 
fres ronds, 1,950 sesterces. Or les vignes les moins produc- 
tives donnent à l'arpent un culleus = 20 amphorae = 40 
urnae de vin, qui valent 300 sesterces : soit donc, pour 
7 arpents, 2,100 sesterces. Selon Columelle cette évaluation 
est encore bien au-dessous de la vérité ; car l'arpent bien 
cultivé doit rendre trois cidlei (1), ce qui fait pour les 
7 arpents 6,300 sesterces ou 18 0/0 du capital engagé, sans 
compter le bénétice important de la vente des sarments. Il 
est vrai qu'il néglige les mauvaises récoltes, les frais d'en- 
tretien et les dépenses extraordinaires ; mais, si on les fait 
(446) entrer dans le calcul, on voit que le capital est encore fort 
amplement rémunéré. 

De semblables profits stimulaient la diligence du proprié- 
taire : aussi réussit-elle à élever certaines variétés italiennes, 
campaniennes surtout, à la dignité de premiers crus du 
monde (2), et à leur ouvrir le marché de l'Empire Romain 
tout entier, y compris la Grèce (3), à leur faire passer môme 
la frontière, puisque l'Inde en importa (4) et que la produc- 
tion finit par ne plus suffire à la demande (5). Mais, d'autre 
part, les gros bénéfices poussent au monopole : il y eut de 
bonne heure tendance à réserver à l'Italie la viticulture et, 
par conséquent, à la restreindre le plus possible dans les 
provinces. Dès l'année 625 = 129, dont Cicéron date son 
dialogue de Repiiblica, existait une disposition prohibitive, 
applicable à toutes les provinces transalpines, et particuliè- 
rement à la Gaule, où les vins italiques trouvaient de nom- 



(1) Les vineae supérieures à la moyenne rendaient davantage : 7, 10 et jus- 
qu'à 15 cidlei à l'arpent : Plin. XIV, 52 ; Varr. I, 2, 7. 

(2) Plin. XIV, 8. Colum. III, 8, 5 : Neque enim dubium est, Massici Surrenti- 
nique et Alhaniatque Caecubi ar/ri vîtes, omnium quas terra sustinet in nobi- 
litate vini princij>es esse. 

(3) Lucian. Navig. 23. 

(4) Arrian. Peripl. Mar. Erythr. 6 et 49. 

(5) Galen. XIV, p. 77 : xal xaxà lôv olvov 8à ttôv «PaXspïvov o[jio'.ôv ti aujxSÉÊTi- 
xsv • Èv [Atxpw Ydtp Ttvt x*^P^<î* "^^î 'iTaXta? oXiyoî ysvvwfxsvoî, w; SfjOev aÙTÔî IxsT- 
voî wv EU (ÏTraaav x->iv ÛTzb 'Pw[iaioiç yf^v eîaxojxiÇsTat, axsuaÇotAsvwv S' à>vXwv oîvwv 
eiî ô[ioiou uavoupyîav uirô twv izzoX xaûxa Setvwv. 



L'ALIMENTATION. 73 

breux acheteurs (1) : il était défendu d'y faire de nouvelles 
plantations de vigne ou d'olivier [pleam et vitem sercre) (2), 
et cette interdiction demeura en vigueur jusqu'au temps de 
Probus (3). Il ne faut point l'entendre dans le sens d'une pro- 
hibition absolue de la viticulture; car, bien avant le remar- 
quable essor des vins de Bordeaux, qu'on ne voit pas men- 
tionnés avant Ausone (4), la Gaule eut des crus de toute 
sorte : Marseille ne tombait pas sous le coup de la dé- 
fense (5) ; les AUobroges possédaient une vigne indigène, 
vilis Allobrogica, domi nobilis nec agnoscenda alibi (6), et 
les Eduens (7), les Viennois et les Helviens de la vallée du 
Rhône, les Séquancs du Jura (8) ne leur cédaient point ; (447) 
le vin de Vienne était fort estimé et se vendait cher en 
Gaule (9), et Rome môme le recherchait (10). Ce qu'on inter- 
disait, c'était tout uniment la création de vineae nouvelles, 
ainsi que l'achat et la vente de sarments, considérés comme 



(1) Cic. pro Font. 9, 19, et Moinmsen ad h. l., dans l'édition de Halui, H, 1, 
p. 477. Le passage se rapporte à l'an 69 av. J.-C. Athen. p. 152». 

(2) Cic. de rep. III, 9, 16: Nos vero justissimi hommes, qui Iransalpinas 
(fentes oleam et vitem serere non sinimus, quo pluris sinl nostra olivela nos- 
traeque vineae : quod cum faciamus, prudenter facere dicimur, juste non 
dicimiir. 

(3) Vopisc. Prob. 18, 8 : Gallis omnibus et Hispanis ac Britannis hinc per- 
misit ut vites haberent vinumque conficerent. Eutrop. IX. 17 : Vineas Gallos et 
Pannonios habere permisit. Aurcl. Vict. Caes. 37 : Galliam Pannoniasque et 
Moesorum colles vinetis replevit. 

(4) Auson. de ostr. [Ep. 9), 21. 
(0) Strab. IV, p. 179. 

(6) Plin. XIV, 126; Colum, III, 2, 16. 

(7) La Gaule avait des vignes avant que Probus eût levé l'interdiction, 
témoin la Gratiarum. actio Constantino Aug. tenue par Euménius en 311, où 
l'on lit du pays des Éduens (6) : Ipsae denique vineae, qtias mirantur ignari, 
ita vetustate senuerimt ut culturam jam paene non sentiant : radiées enim 
vitium, quarum jam nescimus aetatem, millies replicando congestae, altitudi- 
nem debitam scrobibus excludunl, etc. Ces vignes d'âge iuiméuiorial devaient 
avoir été plantées longtemps avant Probus (mort en 282) ; car, si elles ne 
l'avaient été que de son temps, elles n'eussent été âgées que de 29 ans, 

(8) Plin. XIV, 18 et 43. 

(9) Plin. XIV, 57. 

(10) Plut. Q. conv. 5, 3, 1, 10, p. 822 Dûbner : èx 6è xf,; r.i^l Bitvvav TaXaTta; 
ô n'.ffdtXTiî olvoî xaTaxojJiiÇcTai, StaœepdvTwç Ti(iw(xevoî ûttô 'Pwfiatwv. 



74 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

privilèges spéciaux de Vager juris Italici (1). Il n'y a aucun 
rapport, d'ailleurs, entre cette disposition ancienne et l'édit 
de Domitien (2) qui, dans la crainte que la viticulture ne fit 
tort à la production des céréales, interdit la plantation de 
vignes nouvelles tant en Italie que dans les provinces, et 
s'efforça même d'abolir, ou peu s'en faut, cette culture dans 
les provinces orientales. L'édit ne fut jamais exécuté (3) : le 
vin resta, dans toute l'Italie, comme en Grèce et en Asie, le 
principal produit du sol, et sur toutes les places un important 
article de commerce. 
marchands de Lcs marchauds de vins à Rome (4), dont plusieurs étaient 

vins ; \ / ' i 

des affranchis (5), fournissaient les particuliers et les taver- 
(448) nés (6). Alexandre Sévère les organisa en corporations (7) : les 



(1) Dans le passage, déjà cité, de Columelle (III, 3), où se trouve calculé le 
rendement d'un vignoble, on lit (11) : Et adhiic 'tamen sic compuiavimus, 
quasi nullae sint viviradices quae de pastinato eximantur^ cum sola ea res (la 
vente des sarments) omnem impensam terreni pretio suo liberet, si modo non 
provincialis sed Italicvs ager est. Ce passage est inexactement interprété 
parHuschke,M6. d. Census it. d. Steuerverfassunff der frUheren rôm.Kaiserzeit, 
p. 117. 

(2) Suet. Dom. 7 : Ad summam quondam uhertatem vini, frumenti vero ino- 
piam existimans nimio vinorum studio negleç/i arva, edixit ne quis in Italia 
novellaret, iitque in provinciis vineta succiderentur, relicta ubi pliirimum dimi- 
dia parte; nec exsequi rem perseveravit. 

(3) Suétone (14) en attribue l'inobservation à un scrupule de l'empereur; 
mais Philostrate, qui mentionne l'édit jusqu'à deux fois [V. Apoll. 6, 42, et 
V. sophist. 1, 21, 6), en rapporte l'honneur à l'éloquence du sophiste Scopé- 
lianus, qui aurait reçu mandat des Asiates d'obtenir que la mesure fût rap- 
portée. 

(4) Or. 4233 = C. I. L. IX, 4680 : A. Herennuleius Cestus negotiator vinarius 
a septem Caesaribus idem mercator omnis generis mercium transmarinarum. 
Or. 4249 = C. /. L. VI, 9676 : Negotians salsamentarius et vinariarius. C: I. 
L., VI, 9679-82. 9992-93. Plaut. Asin. 436; Sallust. cité Non. p. 264, 17: Suet. 
Cl. 40 : ces trois auteurs emploient vinarius seul ; chez les deux derniei's il 
désigne un tabernarius ou débitant. 

(5) Or. 4229 = C. /. L. X, 6493 : L. Papius L. l. Phaselus mercator vinarius. 
Or. 5086 = C. I. L. VI. 9993 : P. Sergius P. P. l. Demetrius vinarius de Vela- 
bro. Un autre affranchi (Or. 5087 = C. I. L. VI, 9671) se dit de même 7iego- 
tiator penoris et vinorum de Velabro a IIII Scaris. 

(6) Dig. XXXIII, 7, 7 : Tabernam cum cenaculo Pardalae manumisso testa- 
mento legaverat cum mercibus et instrumentis,... item horreum vinarium cum 
vino et vasis et instrumentis et institoribus . 

(7) Lampr. Al. Sev. 33, 2 : Corpora omnium constituit vinariorum lupinario- 
rum caligariotum et omnino omnium artium, 



I/ALIMENTATiaN. 7o 

negotiatores vini sujicrnates {{) faisaient le commerce du mare 
superum ou Mer Adriatique, et il y avait sans doute une cor- 
poration des infernatcs (2) pour celui de Fltalie occidentale, 
Rome avait \m portus vinarius (3), un forum vinarium (4), 
et l'on admet d'un commun accord que le fameux Monte 
Testaccio est une accumulation dix fois séculaire de ddbris 
d'amphores de transport dépendantes des entrepôts d'entre 
Aventin et Tibre (5). Ostie avait son forum vinarium (6) et 
ses deux collèges, les negotiatores vinarii ab urbc (7) ou 
îirbani, et les negotiatores Ostienses (8). A Lyon les négo- 
ciants en vins ont rang de chevaliers et de Seviri Augus- 
tales (9) ; du nom des échoppes de marchands dans les castra 
stativa (10) et parfois à Rome môme (M), leurs entrepôts 
spéciaux, situés sur la Saône, sont dits Canabae (12). 

Pour se faire une idée de l'étendue de ce genre d'aiïaires, 
on considérera que, d'après Pline, et abstraction faite des 
vins ordinaires (13), le commerce romain n'opérait pas sur 



(1) Or. 993 = C. /. /.. VI, flOl. 

(2) Ainsi Ton trouve des navicularii infernales en ce sens : Or. 1084, 

(3) C. I. L. VI, 9189-90. 

(4) C. 1. L. VI, 9181. 

(3) V. Reiit'erscheid in Bull. d. Inst. 1863, p. 233, et la consciencieuse étude 
do Dressel, Annali 1878, p. 118-192. La croissance insensible de cette monta- 
gne est dénoncée par le fait que les amphorae de date certaine qu'on y a 
trouvées vont de l'an 140 à l'an 233 de notre ère. Cf. Dressel, loc. cil. p. 167. 

(6) Or. 4109. 

(7) Or. ibid. 

(8) Or. 3921 : Q(uin)QCuennalis) CORPORiim VINariorum VRBanorum ET 
OSTiensium. 

(9) Dans Finscr. Or. 4020 = Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 160, S. Ligurius 
distribue, à titre de sporlula, (De)curionibus denarios V, ordini equestri, 
IlIUIviris Auq(uslalibus), negotiatoribfusj vinari(is) denarios III, et omnib(us) 
corporib(us) Lug(uduni) licile coeunlibus denarios II. Cf. Boissieu, p. 398. 

(10) Orcjan. de l'Emp., I, p. 23. 

(11) V. les inscriptions dans Moinmsen, in Zscfir. f. geschichll. Rechts- 
wissensch., XV, 3, p. 337. 

(12) Les negotiatores vinarii Lugudiini consistenles (Ilenzen 7254 = Boissieu 
p. 390) sont encore dits en conséquence negotiatores vinarii Luguduni in Ka- 
nabis consistenles (Or. 4077 et 7007 = Boissieu, p. 207 et 209). Sur les Kana- 
bae, cf. aussi Boissieu, p. 399. 

(13) Ed. Diocl. II, 8-10, on voit distingués: vin de plus d'un an de première 
qualité, vinum vetiisprimi'gtis tus; vin de plus d'un an de seconde qualité, 



76 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

(449) moins de quatre-vingts marques de vins supérieurs, dont 
l'Italie fournissait les deux tiers (4). Encore ce total ne 
comprend-il, ni les vins tenus en particulière estime partout 
ailleurs qu'en Italie (2), ni les vins artificiels dont il sera 
vins d'Italie, qucstiou plus bas. Parmi les vins du Latium, jusqu'au cours 
du Liris (3), le vin d'Albe tient la tête (4), noble cru (5) 
estimé à l'égal du falerne (6) ; puis on cite Formies (7), Fun- 
di (8), Gabies(9), Vager Latiniensis {i^)^ Labici (11), Nomen- 
tum (12), Préneste (13), Privernum (14), Vénafre (15), Véli- 
tres (16), la Sabine, — vin léger prescrit aux fiévreux (17), — - 
Sétia, — le vin de prédilection d'Auguste (18), — Signia (19), 



vinum vêtus sequentis giistus, et vin do paysan, vinum riisticum. Un exem- 
plaire grec de ce chapitre, récemment découvert, a été publié par Joh. Schmidt, 
in Mittheil. d. dtsch. archilolog. Inst. in Athen, V (1880), p. 70 sq. 

(1) Plin. XIV, 87. 

(2) Indication des diverses qualités de vins : Plin. H. N. XIV, 33-76 ; Galen. 
VI, p, 273, 334-9, 800 sq. ; X, p. 483 et 831 ; XIV, p. 28 sq. ; Oribas. I, p. 338 ; 
Athen. I, p. 26° -34; Schneider, Ind. scr. r. rust., p. 411. 

(3) Plin. m, 39-60. 

(4) Hor. Od. IV, 11, 1 : Est mihi noniim superantis anniim Pleniis Albani 
cadus. Galen. VI, p. 334; Steph. Byz. p. 69. 

(5) EÙysv-nî : Galen. X, p. 485. 

(6) Hor. Sat. II, 8, 16 ; Strab. V, p. 234 ; Colum. III, 8, 3 (supra, p. 72, n. 2); 
Plin. XIV, 64; Mart. XIII, 109. Juv. XIII, 214 : Albani veteris pretiosa senec- 
tus. Athen. I, p. 26'' et 33» ; Dioscor. V, 10. 

(7) Ilor. Od. I, 20, 11 ; Athen. I, p. 26<=. 

(8) Strab. V, p. 234; Plin. XIV, 63 ; Mart. XIII, 113; Athen. I, p. 27»; Aret. 
de acut. morb. cur. 2, p. 213 Ermer. C. I. L. IV, 2332. 

(9) Galen. VI, p. 334. 

(10) Plin. XIV, 67. Vager Latiniensis est dit subu7'banus àana Cic. de har. 
resp. 10, 20. Cf. 62. 

(11) Ath. I. p. 26f. 

(12) Colum. III, 3, 3; Mart. I, 103; X, 48, 19; XIII, 119; Ath. I, p. 27^ 
[D'après ces passages, le cru nomentan ne compte point parmi les supérieurs. 
Cf. Zippel, Hist. Zschr. 1884, p. 491.] 

(13) Ath. I, p. 26'. 

(14) Plin. XIV, 63 ; Ath. I, p. 26o. 
(13) Ath. I, p. 27'. 

(16) Plin. XIV, 65; Ath. I, p. 27'. 

(17) Mart. X, 49; Galen. VI, p. 334 ; X, p. 483-483 ; XV, p. 648. Ed. Diocl. II, 
3. C'est pourquoi Mécène en buvait : Hor. Od. 1, 20, et Meineke ad h. l. 
Athen. I, p. 27^, 

(18) Strab. V, p. 234; Plin. XIV, 61; Juv. V, 34 ; X, 27; XIII, 213 ; Mart. IV, 
69 ; VI, 86; XIII, 112; Stat. Silv. II, 6, 90. Ed. Diocl. II, 5. 

(19) Galen. VI, p. 334; X, p. 831 ; Mart. XIII, 116; Ath. I, p. 27 . 



L'ALIMENTATION. • 77 

Tibur(l), et par dessus tout le cru de Cécube près Amun- 
clae (2), tenu avant Auguste pour le meilleur de l'Italie (3); 
au temps de Pline la production en est éteinte (4), mais le (450) 
nom subsiste pour désigner toute espèce de vin vieux et géné- 
reux (5). Parmi les vins de Campanie chacun nomme d'abord 
celui de Falerne, au nord du VoJturne et à 6 milles est de 
Sinuesse (6). On le classe : d'après la situation précise, on 
vintim Caucinum (7), Faustianum (8) et Falernum propre- 
ment dit (9) ; d'après le goût, en fort et doux, — le faustien 
est un vin doux (10); — d'après la couleur, en jaune {yt-i^^hi^) (11) 
et noir (12). Le meilleur falerne est celui de quinze ans (13) ; 
on en boit de beaucoup plus âgé (14), mais il passe alors pour 

(I) Galen. locc. citl. ; Ath. I, p. 26" ; Ed. Diocl. II, 2. 

(2)Plin. XIV, 61. Selon Vitruv. VIII, 3, 12, entre Terracine et Fundi. Cf. 
Strab. V, p. 231-234. 

(3)Plin. loc. cit., et cf. Strab. V, p. 231; Ilor. Od. I, 20, 9; I, 37, 5; II, 14, 
25; III, 28, 3; Epod. 9, 1 ; 9, 36; Colura. III, 8, 5; Mart. VI, 27, 9; XIII, 115. 

(4) La construction des canaux de Néron avait endommagé les plantations : 
Plin. loc. cit., et cf. XXIII, 35. 

(5) Ath. I, p. 27»; Dioscor. V, 10. Galen. VI, p. 805 et 809; X, p. 834 : 'OiroToî 
xal ô Katxo'jêoî i-nX ttjç 'IxaTvtaî, S? où/ ?v xt ylvo; satlv oîvou toiojtou i\ ^9yj\^i 
wî £vtoi vo|j.{Çouatv, àWk ûitô -7raXaiôxT,T0i; îIî toGÔ' t^xuv, wç iruppiv ?)(siv xpo*^? 
o9£v7:èp xal ôvoiia aÙTw. Une amphore avec rinscription Caec. : Bull, comun. 
1879, p. 54, n. 11. 

(6) Plin. XIV, 62 ; Strab. V, p. 233. 

(7) Plin. XIV, 63 : Quidam ita distinguunt, summis collibus Caucinum gigni, 
mediis Faustianum, imis Falernum. Ath. I, p. 27°. 

(8) C'est à tort que L. Jahn, sur la foi du palimpseste de Mone, écrit Fausti- 
nianum le nom de ce cru. Nous en avons pour garant Fronton (De Fer. Alsien- 
sib. 3, p. 224 Naber) : Faustiana vina de Sullae Fausti cognomento felicia 
appello. Ce nom revient souvent : Galen. VI, p. 801 (<l>ayaTiavôî «PaT^spIvoî) ; X, 
p. 832 (y^uxû;, ôv ôvojxiÇo'jai <î>auaTTvov à corriger sans doute aussi en «Pa-jatia- 
vôv); XIV, p. 20 et 267; Oribas. I, p. 346. Cf. Weber, op. cit., p. 15, n. 2. 
Amphore pompéienne de l'an 47 de notre ère, avec l'inscription Faus. : C. I. L. 
IV, 2553. 

(9) Amphores étiquetées Fal. : C. I. L. IV, 2565» et 2566; Bull, comun. 1879, 
p. 55, n. 12. 

(10) Galen. XIV, p. 20 et 267; X, p. 832; Ath. I, p. 26°. Pline (XIV, 63) distin- 
gue trois variétés : austerum, dulce et tenue. 

(II) Dans cette catégorie rentre le faustianum : Galen. VI, p. 801. 

(12) Nigrum : Mart. VIII, 56, 14 ; 77, 5; IX, 22, 8 ; XI, 8, 7; 50, 7; Or. 2591 = 
C. I. L. VI, 9797. Fuscum : Mart. II, 40, 6. 

(13) Plin. XXIII, 34. De dix à vingt ans : Ath. I, p. 26'. 

(14) Vetulum Falernum : Catul. 27, 1; Mart. 1, 19; VIII, 77, 5; XI, 26, 3. 
Annosum : Mart. VI, 27, 5. 



78 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

moins salubre (1) et extrêmement échauffant (2). Dès l'épo- 
que de Pline il perdit de sa valeur : on n'eut plus souci que 
de la quantité (3), on négligea les soins qui en assuraient la 
qualité, et Ton se permit d'ailleurs toutes les falsifications 
possibles (4). Contigus a Y Age?' Falermis, le Mons Masd- 
(451) eus (o), VAger Statanus (6), les territoires de Cales (7) et de 
Trebula (8) donnaient les vins de mêmes noms; puis, au sud 
du Volturne, on prise les crus de Capoue (9), surtout \ Ager 
Caulinus (10), ceux de Naples (11), vinum Trebellicmn (12), 
et vinum Trifoliniim (13), ce dernier classé septième (14), enfin 
les vins, encore aujourd'hui célèbres, du Vésuve {i'^S), vinum 



(1) Cic. Brut. 83, 287 : Ut, si qiiis Falerno vino delectetur, sed eo nec ita novo 
ut proximis consulihus natum velit, nec rursus ita vetere ut Opimium mit 
Anicium consulern qitaerat;... atqui hae notae sunt optimae ; credo ; sed nimia 
vetustas, nec habet eam, quam quaerimus, suavitatem, nec est jam sane tolera- 
bilis. Plin. XXIII, 34; Cic. cité Macr. Sat. II, 3, 2. 

(2) Le falerne est souvent dit ardens (Hor. Od. II, 11, 19; Mart. IX, 
73, 5), forte, severum, vehemens, Oepjjlôv. V. les références, Weber, op. cit. 
p. 19. 

(3) Plin. XIV; 62. 

(4) Galen., vol. XIV, p. 77, etl. Kûhn. 

(5) Hor. Od. I, 1, 19; II, 7, 21 ; III, 21, 5; Sat. II, 4, SI; Verg. Geonj. II, 
143; Aen. VII, 726 ; Stat. Silv. IV, 3, 64 ; Mart. l, 26, 8 ; III, 49; IV, 13, 4; 69, 1. 
Ce dernier le confond avec le falerne (XIII, 111); mais Pline l'ancien (III, 60, 
et XIV, 64) distingue bien les deux crus. 

(6) Strab. V, p. 234 ; Plin. XIV, 63; XXIII, 36; Ath. I, p. 26^. 

(7) Hor. Od. I, 20, 9; 31, 9; IV, 12, 14; Plin. XIV, 65; Ath. I, p. 27a. 

(8) Plin. XIV, 69. 

(9) Ka-K'javô; : Ath. p. 27''. Polyb. dans Ath. p. 31''. Amphore avec inscrip- 
tion KaTTuavô;, C. L L. IV, 2833 ; avec l'inscription Avi(i)neu(m) Campan(um), 
Bull, comun. 1879, p. 56, n. 14. Sur la vitis Aminea, voir : Verg. Georc/. II, 97 ; 
Serv. et Philargur. ad. h, l. ; Cat. de re rust. 6, 4; 7, 1 ; "Colum. III, 9, 3 ; Plin. 
XIV, 21; Macrob. Sat. III, 20, 7. Selon ce dernier auteur, elle est issue de 
Va(^er Falernus\ mais on la cultivait également en diverses régions de l'Italie 
(Plin. loc. cit.), même en Sicile (Galen. Xlll, p. 659) et en Bithynic (id. VI, 
p. 337). 

(10) Plin. XIV, 69. 

(11) Galen. VI, p. 335 et 806 ; X, p. 833. 

(12) Plin. loc. cit. ; Ath. I, p. 27o. 

(13) Plin. loc. cit.; Aih. I, p. 26"; Galen. VI, p. 334. 

(14) Mart. XIII, 114. 

(15) Plin. XIV, 22 et 34 ; Mart. IV, 44, 1-4. Sur le Vésuve croissent aujour- 
d'hui diverses variétés, dont les plus célèbres sont le lacryma-chi-isti et le vino 
Greco. 



L'ALIMENTATION. 79 

Vesvinum et Vesuviiium (1), ceux de Pompéi (2), du Mans 
Gaurus (3), de Cumcs, dit Où)vêav6? (4), et de Sorrente, 
recommandé des médecins (5), en dépit de Tibère qui l'appe- 
lait « un noble vinaigre », mais il lui fallait vingt-cinq ans 
d âge pour ôtre potable (6). En Lucanie (7), on cite les vins 
de Buxentum (8), les vina Lagarina de Grumentum et ceux 
de Tburii (9); dans le Bruttium (10), ceux de Consentia, (452) 
Tcmpsa (11) et Rhégium (12). La Sicile mit à la mode sous 
César ses vins de Messine {vinum Mamertiimm) (13), surtout 
le cru dit Potulanum ou plutôt, comme le conjecture Det- 
lefsen(14), Potitiamim (15) ; ceux de Tauroménium (16) et de 
Syracuse (17) sont également estimés. L'Italie inférieure four- 



(1) Les deux noms se lisent sur des amphores (C. /. L. IV, 2536-59) et corres- 
pondent à deux variétés également distinguées par Galion (X, p. 364) : Xôçoî 
ïizooe^ où [xiTipà; ôv Iv ts toï; juyypâ[i.|j.aj'.v oî TîaXaiol 'Ptj)[jLaîoi xat tûv vOv oî àxoi- 
êéaTspoi Beso'jêiov 6vo|x3tÇoyai. tô 0' svSoçov te xal vsov ôvo[j.a toû Xôcpoy BÉaêiov 
aÎTraortv àvôpw-o'.î yvtipiiJLOv. 

(2) Plin. XIV, 35 et 70; Colum. III, 2, 27. 

(3) Plin. XIV, 64; Stat. Silv. 111, 1, 147; Galen. X, p. 833; Athen. I. p. 26'. 

(4) Ath. ibid. 

(3) Plin. XIV, 22 et 64 ; XXIII, 33-36 ; Galen. X, p. 831 ; Pers. III, 93 ; Dioscor. 
V, 10 ; Stat. Silv. II, 2. 4; Mart. XllI, HO; DJr/. XXXIIl, 6, 16: Éd. Diocl. II, 6. 
Sur les amphores, il est dit, non seulement Surrfentinuin), C. I, L. IV, 2553, 
mais encore, avec spécification, Surr(entinum) Fabian(um), C. I. L. IV, 2356, 
et Eph. eplgi\, I, p. 161, n. 178, et Stirr(entinutn) Clod(ianum) nov(tnn), 
Bull, comiin. 1879, p. 58, n. 13. 

(6) Ath. I, p. 26''. 

(7) Plin. XIV, 69. 

(8) Ath. I, p. 27». 

(9) Plin. loc. cit. Les viiia Serviliana dont fait aussi mention ce passage ne 
sont nommés nulle part ailleurs. 

(10) Au ivc siècle, les Lucani ou Bruttii paient un impôt en nature qui con- 
siste en vin : C. Theod. XIV, 4, 4 ; Bôcking, ad Not. Dif/n. Occ, p. 194 sq. ; 
Mommsen, sur VEd. Diocl., p. 76-77. Au vic siècle, le BpsxT'.avôî est mentionné 
Alcxand. Trall. II, p. 421 Puschmann. 

(11) Plin. XIV, 69. 

(12) Ath. I, p. 260. 

(13) Plin. XIV, 66 et 97 ; Ath. I, p. 27'<; Mart. XIII, 117; Dioscor. V, 10. 

(14) Sur Valerius Messala Potitus, détails dans Detlefsen, kurze Nolizen ilh. 
einige Quellenschriftstellev des Pliniiis, Glûckst. 1881, in-4, p. 6 sq. 

(15) Plin. XIV, 66. 

(16) Souvent vendu en guise de Mamertinum : Plin. ib. 

(17) Aelian. Var. XII, 31.- 



80 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

nit encore les vins renommés de Tarente (1) et de sa voisine 
Aulon (2); peut-être celui de Bénévent est-il aussi réputé 
supérieur (3). Beaucoup plus communs sont les vins de 
l'Italie moyenne, ceux d'Allifes en Samnium (4), par exem- 
ple, ou les vins marses et péligniens (5) ; mais on estime 
celui de Spolète (6), on vante ceux d'Hadria (7), d'Ancône 
et de sa banlieue, YAger Praetutianus (8), les vi7ia palmensia 
du Picénum (9), ceux de Céséna près Ravenne (10), le vin 
d'Aquilée, vinicm Pucinum^ — Livie en buvait, qui vécut 
82 ans, de par sa vertu si l'on l'en croit (41), — enfm les vins. 
d'Istrie (12). Ceux d'Etrurie, viniim Tuscum (13), sont médio- 
cres : aux portes mêmes de Rome, le cru du Vatican ne vaut 
rien (14) ; celui de Yéies non plus (15) ; Caeré (16), Graviscae 
(453) et le lacus Statoniensis (17) en produisent aussi; le meilleur 
vient de Luna (18). Bien plus au nord, Gênes en fournit de 
bon (19), et en Gaule Cisalpine le cru rhétique de Vérone est 
hors de pair (20). 



(1) Mart. XIII, 123 ; Ath. I, p. 27-=. 

(2) Hor. Od. II, 6, 18. 

(3) Ath. I, p. 31C. 

(4) Sil. Ital. Pun. XII, 526. 

(5) Mart. I, 26, S; XIII, 121 ; Ath. I, p. 26^; Galen. VI, p. 337. 

(6) Mart. XIII, 120; XIV, 116; Ath. I. p. 27\ 

(7) Galen. VI, p. 275 et 334 ; X, p. 485 et 833 ; Jacobs, Anth. Gr., II, p. 153, 
n. 7 ; Ath. I, p. 33"; Dioscor. V, 10 ; Alex. Trall. II, p. 217 et 269 Puschmann. 

(8) Plin. XIV, 67 ; Dioscor. V, 10. 

(9) Vinum Picenum : Ed. Diocl. II, 1. 

(10) Plin. ib. A Ravenne même le vin était moins cher que Teau : Mart. III, 
56-57. 

(11) Plin. XIV, 60. 

(12) Dioscor. V, 10. 

(13) Mart. I, 26, 6 ; Galen. VI, p. 335 et 806 ; X, p. 833. 

(14) Mart. VI, 92, 3 ; X, 45, 5 ; XII, 48, 14 ; cf. 1, 18, 2. 

(15) Hor. Sa/. II, 3, 143; Mart. I, 104, 9; 11,53, 4; III, 49; Pers. V, 147. 
Amphore avec l'inscription Veientan. : Bull, cumun. 1879, p. 59. 

(16) Mart. XIII, 124. 

(17) Plin. XIV, 67. 

(18) Plin. XIV, 68 ; C. /. L. IV, 2599-2601. 

(19) Plin. XIV, 68. 

(20) Verg. Georg. II, 96; Plin. XIV, 67; Strab. IV, p. 206: Colum. III, 2 ; 
Suet. Oct. 77 ; Mart. XIV, 100 ; Cassiod. Var. XII, 4. 



L'ALIMENTATION. 81 

Parmi les vins d'Espac;nc on cite ceux de la Bélique (1) et ^ms 

:i V / exotiques, 

de la Tarraconaisc (2) : en Bdtique, le vinum Gaditanum (3) ; 
en Tarraconaise, le vinum Laeetanum (4) ou Laiironense (5), 
de qualité inférieure, et pourtant consommé à Rome; on en 
tire aussi des Baléares (6). La Gaule (7) fournit au com- 
merce romain les vins de Marseille, d'un goût fumeux, aro- 
matisés d'herbes, et partant plus estimés en Gaule môme (8) 
qu'à Rome (9), ceux de Bacterrae (Béziers) (10), et les vins de 
Vienne additionnés de poix (11). 

Une autre grande catégorie comprend les vins d'outre-mer. 
On énumérera par ordre géographique les plus usuels : vins 
de l'île d'Issa sur la côte dalmate (12), de Corcyre (13), de (454) 
Leucade (14), de Zacynthe(lo) et d'Ambracie (16); dans le Pé- 



(1) Strab. III, p. 144. 

(2) Plin. XIV, 71. 

(3) Le nom apparaît sur une amphore avec le consulat de l'an 31 de notre 
ère : Bull, comun. 1879, p. 48, n. 7. 

(4) La leçon Laletana dans Pline (XIV, 71) n'a pas pour elle l'autorité des 
meilleurs mss., et dans Martial faex Laletana (I, 26, 9), Laletana sapa (VII, 
53, 6) et Aprica répètes Tarraconis litora Tuamque Lalelaniam (I, 49, 21) sont 
très probablement des incorrections ; car le peuple qui habite, au nord de 
Tarragone, le littoral de Barcelone est dit A£T,Tavoi dans Strabon (III, p. 159); 
l'inscription de Tarragone (C. /. L. II, 4226) mentionne un praefectus orae 
maritimae Laeeta7iae, et Ilûbner [Hermès, I, p. 340) infère de toutes ces don- 
nées, non seulement que le vin en question s'appelait Laeetanum, mais qu'il 
faut aussi dans Tite-Live (XXI, 60, 3, et 61, 8) corriger Lacetani en Laeetani. 

(5) Plin. XIV, 71. Sur la situation de Lauro, cf. Ilûbner, C. /. L., II, p. 482. 
Deux amphores avec l'inscription Laur. : Bull, comun. 1879, p. 61-62, n. 18-19. 

(6) Plin. loc. cit. 

(7) Sur ces crus : Ilehn, p. 73 sq. 

(8) Athen. IV, p. 152% et cf. I, p. 27°. 

(9) Plin. XIV, 68. Martial le juge détestable : III, 82, 23; X, 36;; XIII, 123; 
XIV, 118. 

(10) Plin. ib. Amphore avec l'inscription Baeler(rense) : Bull, comun. 1879, 
p. 64. 

(11) V. supra, p. 73, n. 9 et 10. Je n'ai pu consulter Greppo, Essai sur le 
commerce des vins à Lugd. et dans les Gaules, in Revue du Lyonnais, XIII, 
p. 449 sq. 

(12) Ath. I, p. 28*. 

(13) Ath. I, p. 33''; Jahn, Ber. d. k. sciclis. Gesellsch. d. Wissensch. 1854, p. 34. 
sq. C. /. L. IV, 2584. 

(14) Ath. I. p. 29» et 33"; Plaut. Poeîi. 699; Plin. XIV, 76. 

(15) Ath. I, p. 33". 

(16) Plin. ib. 

Vie PnivÉE des Rom. t. II. 6 



82 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

loponnèse, vins de Sicyone.(l), de Phlionte (2) et de Corin- 
the (3), mais ceux de Sparte, d'Arcadie, d'Argos et d'Achaïe 
n'apparaissent presque plus à l'époque des Romains (4) ; 
l'Attique ne livre qu'un vin artificiel, le ^pua-aTTixoç (5); 
l'Eubée (6), l'orétique (7) et le carystique (8) ; suivent les vins 
de Sciathe (9) et Péparèthe (10), les vins chalcidiques de 
Mendé (11) et d'Acanthe (12), les vins thracesde Maronée, cru 
qui se maintient en renom depuis Fâge homérique jusqu'au 
temps de Pline (13), ceux de Bibline (14), des îles de Thasos (15) 
et de Lemnos (16). Les plus nobles des vins grecs sont ceux 
de Lesbos (17) et de Chios (18), et particulièrement ceux qu'on 
expédie sans addition d'eau de mer (19), comme T'Apouta-Loç 



(i) Plin. XIV, 74. 

(2) Antiphane, dans Ath. I, p. 2T*. 

(3) Alexis, clans Ath. I, p. 30'. 

(4) Ath. I, p. Si\ 

(5) Alex. Tr. Puschmann : I, p. 107; II, p. 135 et 155 ; IV, p. 249; Ed. Diocl. 
II, 14. 

(6) Alexis, Ath. I, p. 30'; Steph. Byz., p. 479, 10. 

(7) Plin. XIV, 76. Sur Oreos, voir Bursian, Geogr. v. Griechenl., II, p. 407. 

(8) Alcman, dans Ath. I, p. 31<=. [Aucune mention à l'époque romaine : selon 
Athénée, d'une localité Karystos en Laconie.] 

(9) Ath. I, p. 30'. 

(10) Plin. IV, 72; XIV, 76; Aristophane, dans Ath. I, p. 29». 

(11) Ath. I. p. 23\ 29"» et29«. 

(12) Ath. I. p. 30^ 

(18) Hom. Odyss. IX, 196 sq. ; Plin. XIV, 53. 

(14) Arménidas, dans Ath. I, p. 31", appelle le pays ^têXta ytipa ; dans Steph. 
Byz., p. 168, il est dit ptêXtvT) /wpa. Le vinum Phorineum de Pline (XIV, 79) 
déguise peut-être bien aussi le nom d'un cru thrace, Phorunnaeum. Cf. Steph. 
Byz., p. 670 : *ôpouvva, ttoT^k; ©pâxT);... t6 é6vtx6v 4>opouvvatoi;. 

(15) Verg. Georg. II, 91; Plin. XIV, 73; Ath. I, p. 28^; mention fréquente. V. 
Lennep, ad. Coluth., p. 11 sq. Cachets de 124 amphores thasiennes, dans 
A. Dumont, Inscriptions céramiques de Grèce, in Arch. d. Missions scient., 
20 sér., VI (1871), p. 59 sq. 

(16) Ath. I, p. 31\ 

(17) Trois crus : Mitylène, Éressos et Méthymne: Galen. VI, p. 275 et 334; X, 
p. 832, et XIV, p. 28. Éloge fréquent du vin de Lesbos : Aristot. cité Gell. 
XIII, 5, 9; Hor. Od. I, 17, 21; Epod. 9, 34; Dioscor. V, 10; surtout Ath. I, 
p. 28. 

(18) Plin. XIV, 73 ; Hor. Epod. 9, 34; Sat. II, 3, 115; Tibul. II, 1, 28; Dioscor. 
V, 10. 

(19) Dits àSdcXauffoi : Galen. passim, et Theoph. Nonnus, 69. 



L'ALIMENTATION. 83 

de Ghios (1) ; mais ceux des îles Icaros (2), Myconos (3), (455) 
Naxos (4), Cos (5), Théra (6) et de la Crète (7) mdritent aussi 
une mention. Selon Strabon, le vin de Cos vaudrait môme 
ceux de Chios et de Lesbos (8). On en distingue deux espè- 
ces : le vin en renom est noir et fort, et l'on en extrait un 
ingrédient, faecula Coa, qui sert à stimuler les estomacs 
paresseux (9) ; mais le vin blanc et doux cause des maux de 
tête et se conserve difficilement, aussi le mélange-t-on d'eau 
de mer (10). En Asie Mineure on prône les vins mysiens (11) 
deLampsaque(12), l"I'jruo8a|jiàvT£t,o<;deCyzique(13),len£pTOpt- 



(1) Galen. X, p. 83.'} : où ;x)-,v oùôi elwOaTt toTî eùvsviaiv oTvoiî, ùizkp oiv ô Xoyoî 
Êffxt, (Aiyvôvai xfiî ^ciXiuiir^^ èv Aéffêw, xaOaTtEp oûS' èv Xio) xû 'Apouïaiw. C'est là le 
Chium maris expers d'Horace [Sat. II, 8, 15), si étrangement commenté par 
Dôderlein, qui ne connaissait point le passage de Galien, également ignoré de 
Jahn, ad Pers. VI, 39. Sur r'Apoutaioî, voir aussi : Galen. XIV, p. 28; Strab. 
XIV, p. 645; Verg. Bue. V, 71; Sil. Ital. VII, 210; Plin. XIV, 73. Deux crus sou- 
vent mentionnés par Galien, l"ApjuT,v6c; (c'est la correction vraisemblable pour 
'Apaûtvo; ou 'Apaûvto; : VI, p. 276, 335 et 806; X, p. 483, 485 et 833 ; XI, p. 87, et 
XII, p. 517) et le Ti'zxx(x^-r\'^6i (mêmes passages), paraissent également rentrer 
dans le vignoble de Chios. V. Meineke, sur Steph. Byz., I, p. 126. De même le 
Phanaeus (Verg. Georg. II, 98), cru du cap «ï>âvai : Steph. Byz., p. 657, 13. 

(2) Ath. I, p. 30\ 

(3) Plin. XIV, 75. 

(4) Ath. I, p. 30f. 

(5) Ath. I, p. 33'' ; Plin. XIV, 78. Les vins de Cos furent de bonne heure 
importés ou même contrefaits en Italie. V. supra, p. 70. Le nxeXEaTivtôî parait 
appartenir aux crus de cette île : Theocrit. VII, 65, et scholies ad. h. l. ; Steph. 
Byz., p. 29, 4. 

(6) Sr^podo^i mentionné Galen. VI, p. 337, 800, 804, et X, p. 833. 

(7) Aelian. Var. XII, 31. 

(8) Strab. XIV, p. 657. 

(9) Hor. Sàt. II, 8, 9 : acria circum Rapula, lactucae, radiées, qualia lassum 
Pervellunt stomachum, siser, allée, faecula Coa. Cette dernière expression est 
commentée par Rayet, Mém. sur l'île de Cos, in Arch. d. Miss, scient.. 3° sér., 
III (1876), p. 37 sq. (ibid., p. 105, détails circonstanciés sur le vin de Cos) : 
« En faisant cuire les vins de ce genre sur un feu doux, y ajoutant un peu de 
farine, puis versant la liqueur devenue épaisse sur une table, et la laissant 
sécher, les Turcs et les Grecs d'aujourd'hui fabriquent une espèce de pâte vio- 
lacée, qu'ils appellent du petmez. On la sert coupée en petits morceaux, que 
l'on grignote dans l'intervalle des plats. Le goût âpre de cette pâte réveille 
l'appétit. C'est la faecula Coa d'Horace. » 

(10) Rayet, loc. cit., p. 106. 

(11) Galen. VI, p. 334-5, et X, p. 833 : Cyzicus u. sein Gebiel, p. 32-34. 

(12) Ath. I, p. 29'. ^ 

(13) Galen. VI, p. 801, et X, p. 836; Plin. XIV, 75 ; Hcsych. s. v. 



84 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

voç (1) et le Tiêyivéç (2) de Pergame, et le vin d'Aegae (3); le 
vin de Nicomédie de Bithynie (4), connu de tout le monde 
(456) antique (5); les vins lydiens de Smyrne {vinum Pram- 
nium (6), de Clazomènes (7), d'Ephèse (8), de Magnésie (9), 
de Milet (10), du mont Tmolus(H), et le Katakékauménite de 
Méonie (12) ; le vin d'Apamée (Phrygie) (13) ; les vins cariens 
de Myndos, Halicarnasse, Cnide (14) et Aphrodisias (15) ; celui 
de Rhodes (16), le vin lycien de Telmesse (17), r'AêaT/iç de 



(1) Galen. VI, p. 337, et X, p. 833. 11 vient sv lIcpTîspivTi près Pergame : ib. 
VI, p. 800. 

(2) Ib. XIV, p. 16 : xal toû -rcap' f.jiîv (à Pergame) ôvo|iaÇo[iÉvo'j TtêTivoij, 8tà -uô 
j(ti)piov év w YswpyEÏxat, Ttêaç ôvo[AaÇô[i£vov. Cf. ib. VI. p 806-7 et X, p. 833, où, au 
lieu de Ti6tiicîvo<;, il faut, avec Meineke (sur Steph. Byz. p. 126), lire 

(3) L'AlysiTT,? (Gai. VI, p. 337, et X, p. 833) vient ^v Atraïç, près Myrine : ib. VI, 
p. 800. 

(4) Gai. VI, p. 337. Alex. Tral. II, p. 27 et 487 Puschm. : ■fKuY.ht, BtOwd;. A 
Rome aussi graecanicum BiOuvdv. V. Jordan, Hermès, VI, p. 314, et cf. supra, 
p. 78, n. 9. 

(5) Gai. X, p. 834 : irâffiv àv6p(î>Tro'.<; Yvupt[iOî. 

(6) Déjà célèbre au temps d'Homère : II. XI, 639; Od. X, 235. L'est resté à 
l'époque romaine. C'est un cru voisin de Smyrne selon Pline (XIV, 54), 
d'Éphèse ou de Lesbos suivant d'autres (Ath. I, p. 28^ et 31'^). 

(7) Plin. XIV, 73 ; Dioscor. V, 10. 

(8) Plin. XIV, 75; Dioscor. V, 10. 

(9) Ath. I, p. 29". 

(10) Ath. I, p. 29». 

(11) Galen. VI, p. 335 et 802; X, p. 835; XIV, p. 28; Verg. Georg. II, 98 ; Plin. 
XIV, 74; SU. Ital. VII, 210 ; Dioscor. V, 10. 

(12) Plin. XIV, 75 ; Vitruv. VIII, 3, 12. 

(13) Plin. XIV, 75. 

(14) La grande extension de ce commerce est attestée par la découverte d'am- 
phores cnidiennes aux endroits les plus divers. Voir : C. I. G. III praef. 
p. XIV sq. ; Dumont (in A7'ch. d. Missions scient., 2<^ sér., VI, p. 125 sq.), qui 
signale à Athènes les étiquettes de près de 1,800 amphores cnidiennes, et 
s'étonne (p. 41) de cette abondance, attendu que Cnide n'aurait, selon lui, point 
produit de vin, ou du moins point de vin renommé. Cependant le vin de 
Cnide est mentionné par Athénée (I, p. 27"=), par Pline (XIV, 75) et très fré- 
quemment par Alexandre de Tralles (Puschm. 1, p. 301-335 et 483 ; II, p. 217, 
237, 331, 407, 485 et 495), qui le dit mince et léger, bon vin de table et indiqué 
pour les estomacs faibles, comme le sabin. 

(15) Gai. X, p. 835. 

(16) Plin. XIV, 79; Ath. I, p. 31<! et 32^ ; Aristot. cité Gell. XIII, 5; Verg. 
Georg. II, 102. Sur les amphores rhodiennes, cf. supra, p. 70, n. 9. 

(17) Plin. XIV, 74. 



L'ALIMENTATION. 85 

Cilicie (1), le Ix'jStliTri!; de Galatie (2) et le vin de Chypre (3). 
La Syrie aussi produit des vins excellents, comme celui de 
Laodicée (4), qui s'exporte vers la Mer Rouge et vers 
l'Inde (S) , et celui d'Apame'e (6) ; la Phénicie a ceux de Tri- 
polis, Béryte, Byblos, Sidon, Sarepta et Tyr(7); la Judée, 
ceux d'Ascalon (8) et de Gaza (9); l'Arabie, ceux de Da- (457) 
mas (10) et de Pétra (11); l'Egypte, entre autres crus, celui de 
la bouche sdbennytique du Nil (12) et celui de Maréa près 
Alexandrie (13). 

Tous ces vins se distinguent, non seulement par leur ori- appr«t des vins, 
gine», mais par les procédés employés pour les apprêter et 
les ennoblir. Selon qu'on ajoute aux moûts du plâtre, de la 
glaise, de la chaux, du marbre, de la résine, de la poix (14), 



(1) Gai. VI, p. 800; Ath. I, p. 33'' ; Oribas. I, p. 345 Dar. L"AX6âT7iç et le Eu6i- 
TT,; de Galien (X, p. 833, et VI, p. 337) ne reposent sans doute que sur de 
fausses leçons. 

(2) Le i:xu6£>v{T-ri(;, à proprement parler, est un moût qui découle des raisins 
mûrs avant pressurage : voir les passages dans le Stephanus de Paris. Pline 
(XIV, 80) le nomme à la suite des crus galates. Cf. aussi Gai. VI, p. 337, 800, 
804, et X, p. 833. 

(3) Plin. XIV, 74. 

(4) Alex. Tr. II, p. 483 P. 

(5) Strab. XVI, p. 751; Arrian. Peripl. Mar. Erythr., 6 et 49. 

(6) Waddington, n. 2644. 

(7) Plin. XIV, 74. Sur le vin de Byblos, Ath. I, p. 29\ Sur celui de Sarepta : 
Sid. Ap. Carm. 17,16, et Savaro ad. h. l.; Alex. Tral. I, p. 335 et 483; II, 
p. 217, 325, 327, 407, 421, 485 et 495. Sur celui de Tyr, Al. Tr. II, p. 327, 407, 
457, 485 et 495. 

(8) Oribas. I, p. 433 Dar. 

(9) Vinum Gazeticum, célèbre dans tout le monde romain depuis le 
ivo-yo siècle :Isid. Or. XX, 3, 7; Sid. Ap. Carm. 17, 15, et Savaro ad. h. l. 
V. aussi Stark, Gaza, p. 561. 

(10) De là vient le vin chalybonien que buvaient les rois de Perse : Ath. I, 
p. 28'', et Schweighaûser ad. h. l. 

(11) Si toutefois le Pétrîtes de Pline (XIV, 75) tire son nom de Pétra en Ara- 
bie Pétrée {Palaestina tertia). 

(12) Plin. XIV, 74. 

(13) Ath. I, p. SS-», et cf. 33'; Steph. Byz., p. 431, 20, Écrivains latins qui en 
parlent : Verg. Geort). II, 91 ; Hor. Od. I, 37, 14; Colum. III, 2, 24, Sur la viticul- 
ture et les crus d'Egypte, voir Wilkinson, the Egyptians in the lime of the 
Pharaons, London 1857, in-8o, p. 13 et 64-65, et Mannersand Customsdn même, 
II, p. 152-170. 

(14) Plin. XÏV, 120-124 ; XXIII, 45-47 ; Cat. de re rust. 23; Colum. XÏI, 20, 3; 
XX, 8, 28 ; Pallad. XI, 14 ; Plut. Q. conv. 5, 3, 1, 10, p. 822 D. ; Dioscor. V, 43 ; 



86 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

OU encore — mais cela ne se fait qu'en Grèce (1) et en Asie — 
de l'eau de mer (2), l'évolution du vin suit une voie diffé- 
rente. Plus le vin est commun, plus il réclame les ingrédients 
artificiels (3) ; plus il est généreux, moins il en a besoin pour 
vieillir et acquérir du goût et du bouquet (4) : aussi les resi- 
nata vina et les TESaXacro-topiéva rentrent-ils dans les marques 
inférieures (S) ; ceux de Cos et de Clazomènes passent même 
pour pernicieux à raison de la forte addition d'eau de mer (6). 
(458) Un autre procédé d'amélioration, usité en Orient (7) et en 
Grèce (8), consiste à transporter le vin en outres; car le cuir 
laisse évaporer Feau qu'il contient, et la force s'en accroît 
d'autant (9). Mais, bien que l'Italie connût les outres et s'en 
servît pour le transport des vins, la méthode n'y fut guère 
ou point du tout pratiquée (10). Elle eut au contraire en com- 



Daremberg sur Orib. I, p. 643. Sur l'addition de poix : Col. XII, 22 et 24 ; Orib. I, 
p. 403 ; Dioscor. V, 48. Elle s'appliquait spécialement aux vins de Gaule : Col. 
XII, 23, 1. Mention des vina picaia Viennensiurn : Plin. XIV, 57; Mart. XIII, 
107 ; Plut. loc. cit. 

(1) Theophr. de caus. pi. 6,7, 6 ; Cat. de re rust. 24 ; Plaut. Rud. 588. 

(2) Col. XII, 25. Les qualités communes des vins de Cos et autres îles étaient 
mélangées d'eau de mer : Plin. XIV, 78. Même le vin de Cos artificiel, selon 
la recette de Caton (r. rust. 24, 105 et 112, et Col. XII, 37), se fait avec de l'eau 
de mer ou de la saumure imuria). Le vin ainsi traité est dit TsOaXaajufilvoi; : 
Plin. XIV, 78; Cael. Aurelian. de morb. acut. 2, 39 ; Athen. I, p. 32'' ; Schol. ad. 
Aristoph. Nub. 1237. 

(3) Col. XII, 20, 7. 

(4) Col. XII, 19, 2 : Quaecunque vini nota sine condimento valet perennare, 
optimam esse eam censemus, nec omnino quidqiiam permiscendum, quo natura- 
lis sapor ejus infuscetur. Id enim praestantissimum est, quod simple natura 
placere poterit. 

(5) Plin. XXIII, 46 ; Mart. III, 77, 8 ; Dioscor. V, 43. 

(6) Dioscor. V, 10. 

(7) Il en est souvent question dans la Bible : I Sam. XVI, 20 ; Jos. IX, 5 et 
13; Job XXXII, 18-19; Ps. CXIX, 83; Matth. IX, 17; Marc II, 22. 

(8) Aristot. Meteor. IV, 10, 5, 1 = p. 388" Bk. 

(9) Hessel, op. cit., p. 1 sq. et 41 sq. 

(10) La seule appellation culleus pour la plus grande des mesures à vin prouve 
déjà que l'usage des outres était répandu en Italie. Les deux peintures pom- 
péiennes Ilelbig, Wandgemitlde, 1487-88, et Mus. Borb., IV, tav. A, V, tav. 48, 
montrent qu'on importait le vin dans une grande outre d'où on le transvasait 
en amphores; cf. Helbig 1486. Dans Plaut. Ttmc. V, 11, nous lisons de même : 
Opus nutrici autem, utrem ut habeat veteris vini larcfiter. Ut dies noctesque 
potet. Et Dig, XXXIII, 6, 3, § 1 : Vino legato utres non debebuntur, ne culleos 



L'ALIMENTATION. 87 

mun avec la Grèce les procédés artificiels de maturation du 
vin ; car les vins du midi ne valent tout leur prix qu'à force 
de vieillir : on en hâte donc le dépouillement, en exposant 
le vin nouveau à l'ardeur du soleil (1) ou en l'enfumant dans 
des locaux spéciaux (2) avant de le descendre en cave. Encore 
ce traitement est-il moins nécessaire aux vins généreux. En 
Gaule il est poussé à un tel excès que le vin ne perd jamais 
le goût fumeux (3). (459) 

Autant de vins naturels, autant d'artificiels, vina ficticia : ^">' artificiels ; 
on les sert au repas, ou plutôt à la gustatio ; ce sont parfois 



quidem deberi dico. Mais les outres ne paraissent avoir servi qu'à transporter 
le vin, non à le garder. L'usage des outres à table est suranné d'après Varron 
cité par Nonius, p. 544, S : Antiquissimi in conviviis titres vini primo, postea 
tinas ponebant. 

(1) Plin. XIV, 77 et 85; Cat. de rerust. 105. 

(2) Dans l'Orient (Ps. CXIX, 83) et en Arcadie (Aristot. Meleor. IV, 10, 5), on 
fumait le vin en outres. Galien décrit l'aménagement de fumoirs où l'on traite 
le vin en amphores (XIV, p. 17), et ajoute (p. 19) que le vin de Naples, nommé- 
ment le triphyllin, et nombres d'autres vins d'Italie subissent le même traite- 
ment. Id. XI, p. 663 : iizti toi xàÇsTriTTjôeî èv 110)^)^01; ^wpioiî xivoOai te xal [iexai- 
epépouat Toùî ol'vouî, wairsp ouv xal -fjXtoûai ys xal OepjAaivo'jat, w? èvt'ouî aÙTwv 
dtTiÔEÏç yiY^^esôai f^v d-rà xoû xaTcvoû ôej^oixÉvoui; iroiÔTTiTa • xal irap' f||jLÎv ye xaxà 
tV 'Affiav ÈTTÎ TO'Jî xspifxouî twv oixiwv, OTav r^%t^ Oépouç topa, ^ayTivotî £Yj(£Ô[i£vot 
(lyeSàv S.iZT.'^'zz^ ÈTTtTiÔEvTai,, xal [isxà taÛTa xaSatpoOvxeî èv ÛTcpwotî otXT,[xaj'.v, àiv 
£v toïi; xaxwY^oi; [j.£)vXei xauÔTiaîaôai okbq, TzoXkr^, xaTa-ctOcVTai xal oXwî irpà; (X£«rr,|x- 
6ptav xe xal irpo; f;Xtov itl axpécpouai, xàî àiroÔTixai;, oî<; jiéXXei ôâxTov aùxoùî xTzé- 
<j>ai T£ xal TroTtpoui; ipyâaadOai. Recette pareille dans Colum. 1, 6, 20 : Apothe- 
cae recte superponentur his locis, unde plerumque fumus exoritur : quoniam 
vina celerius vetustescunt, quae fumi quodam tenore praecoquem malunlatem 
trahunt. Propter quodet aliud tabulatum esse debebit, quo amoveanlur, ne rur- 
siis nimia siiffilione medicatasint. Allusion à ce traitement, Ilor. Od. III, 8, 11 : 
Amphorae fumum bibere instilutae Consule Tullo. Cette méthode, également 
enseignée par Palladius (XI, 14, 8), est réprouvée par Pline (XXIII, 40) : Vinum 
fumo inveteratum insaluberrimuin [ou saluben'imum]. Mangones ista in apothe- 
cis excogitavere. 

(3) Plin. XIV, 68. Martial. X, 36 : 

Improba Massiliae quidquid fumaria cogunt, 

Accipit aetatern quisquis ab igné cadus, 
A te, Munna, venit : miseris tu rniftis amicis 

Per fréta, per longas toxica saeva vias: 
Nec facili pretio, sed quo contenta Falerni 

Testa sit aut sellis Setia cara suis. 
Non venias quare tam longo tempore Romam, 

Haec piito causa tibi est, ne tua vina bibas^ 



88 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

des potions médicinales, parfois aussi des boissons écono- 
miques. On distingue les vins purs apprêtés, les vins de miel, 
les vins épicés et ceux de fruits. La première catégorie com- 
prend le vin de raisins secs [passum) (1), les moûts cuits 
{defrutum ou frutum^ caroemim^ sapa^ en grec £'}T,[jt.a ou 
o-Lpawv) (2), et la piquette [lora) qu'on obtient en faisant macé- 
rer dans l'eau les marcs pressurés (3). Les vins miellés, selon 
les proportions du mélange et la qualité du moût, sont dits 
(460) mulsiim [ohh^ikC) et melitites (4). Les vins aromatiques rem- 
plaçaient nos liqueurs, et nous en connaissons plus de cin- 
quante variétés, soit directement extraites d'herbes, de Heurs 
et de bois odorants, soit parfumées avec des huiles végétales, 

(1) Varron cité par Nonius, p. S51 ; Plin. XIV, 81 ; Colum. XII, 39 ; Pallad. XI, 
18;Dioscor. V, 9. 

(2) Varron traitait de ces breuvages dans son de vita pop. Rom. lib. I, et 
Bûcheler [Rhein. Mus., XIV, 1859, p. 448) rétablit comme suit son exposé, 
d'après Nonius, p. S31 : Anliquae mulieres majores natu bihebant loram aut 
sapam aut defretum aut passum [aut muriolam'] quam m.urrinam quidem Plau- 
tus appellare putatiir ; tum autem murrinam loram dicebant in vindemia cum 
expressissent acinis mustum et follicules in dolium conjecissent. Sapam appel- 
labant, quod de musto ad mediam partem decoxerant ; defretum, si ex duabiis 
partibus ad tertiam rederjerant defervefaciendo. Passum nominabant, si in vin- 
demia uvam diutius coctam legerent eamque passi essent in sole aduri. Vino 
addito loram passi vocare coeperunt. Muriolam nominabant, quom ex uvis 
expi^essum erat passum et ad folliculos reliquos et vinacea adjiciebant sapam. 
On cuisait donc le moût de manière à le réduire aux deux tiers, à moitié ou au 
tiers. Le premier de ces produits est dit carenum : Pallad. XI, 18; Isid. Or. 
XX, 3, 13. C'est le Caroenum Maeonium de TÉdit de Dioctétien (II, 13), iden- 
tique sans doute au Kapûïvo; de Galien (VI, p. 801). Varron nomme le second 
produit sapa et le troisième defretum ou defrutum, tandis que c'est à celui-ci 
que Palladius [loc. cit.) applique le nom de sapa. Cf. Colum. XII, 20, 2; 21, 1. 
En grec il s'appelle aipatov (Galen. X, p. 833 ; Orib. 1, p. 356) ou ï-]^-r\\x% : Galen. 
loc. cit. ; Plin. XIV, 80 ; Geop. 8, 32. Sur la muriola, voir M. Voigt, Rhein. Mus., 
XXVIII (1873), p. 56 sq. Decoctum mentionné Ed. Diocl. II, 15. Defr[e]tum a 
Romulo se lit sur une amphore trouvée à Pompéi. 

(3) Cat. d' re rust. 57 ; Varr. de re rust. I, 54; Col. XII, 40 ; Plin. XIV, 86; 
Dioscor. V, 13; Geop. 6, 13; Orib. I, p. 359. 

(4) V. supra, I, p. 379, n. 1. Dioscor. V, 15-16; Col. XII, 41 ; Plin. XIV, 85; 
Geop. 8, 26; Orib. I, p. 399; à\i:sx-A6\xc'ki., Orib. I, p. 384. On lit mulsum sur une 
amphore pompéienne (Bull. d. Inst. 1881, p. 234; Not. d. Scavi 1879, p. 154) et 
mul(sum) sur une amphore romaine (Bm^^ comun. 1879, p. 51). On fabriquait 
des breuvages de même genre avec de l'eau et du miel ([AsXt-tpxirov ou ùôpô- 
lizl'., Orib. I, p. 360 sq.), avec de l'eau de mer et du miel {^xKT.s^à^c'k:, Dioscor. 
V, 17 et 20), avec de l'eau, du miel et du vinaigre (ôÇOjijAi, Dioscor. V, 22, et 
Orib. 1, p. 391), avec du miel et des fruits (aT.AÔixsT^t, Dioscor. V, 29). 



L'ALIMENTATION. 89 

OU fabriquées suivant telle autre recette plus complexe. En 
se bornant aux extraits les plus simples, on énumdrera les 
vins de roses, poSî-nriç, rosetum (1), de myrte, |xupTir^!;, jxupdt.- 
v^Tviç (2), de violettes, LaTov (3), de mastic, (t^ivivoç (4), de pis- 
taches, T£p[jLÎv8!.vo<; (5), de pommes et bois de pin, orpoêà-l-rris, 
TC'.TÙ'.voç, de sureau, xéopivo;, àpx£Û8t.vo;, de cyprès, xuTrapia-Two;, 
de laurier, oàcpvt,vo; (6), d'absinthe, à']/!.vO'lT7iç (7), d'hysope, 
uT!7wmTr,ç (8), d'origan, opt-yavlTri; (9), de marrube {marru- 
bmm), 7rpao-[r/iv;(10), de thym, 9'j[jiÎTriç, de sarriette, 9u[ji.êpiTiri;, 
de menthe, xaXap.t,v9îr/iç, de pouliot, y)v7iy(iJvtTriç(H), d'aurone 
mâle, àSpoToviT/jç (12), d'acore, àxopir/;?, d'ache, o-eÀwlTyiç, de 
fenouil, [xapaSplrriç, d'anet, àvy)9t.voç, d-'anis, àviai-nriç (13), de 
serpolet, serpylhim^ de moutarde (14), et de scilles, nt.CKki- 
Tt,x6ç (15). Un mélange de myrrhe donnait la murrhina [potio), 
déjà connue de Plante (16). Sous le nom à'aromatites on com- 
prenait diverses compositions dont on peut lire les recettes 
dans Dioscoride et Pline (17) — Phne y fait rentrer la mur- (46i) 

(1) Dioscor. V, 35; Plin. XIV, 106; Orib. I, p. 401 et 431-2; JPd. Diocl. II, 19; 
Pallad. III, 32, et VI, 13 ; Geop. 8, 2; Lampr. Helioçi. 21. 

(2) Cat. de re riist. 123 ; Col. XII, 38 ; Pall. II, 18 ; III, 31 ; Dioscor. V, 36-37 ; 
Plin. XIV, 104; Orib. I, p. 402; Ed. Diocl. II, 16. 

(3) Orib. I, p. 433. Violation : Pall. III, 32. 

(4) Dioscor. V, 38. 
(3) Diosc. V, 39. 

(6) Diosc. V, 44-47; Geop. 8, 8. 

(7) Diosc. V, 49 ; Plin. XIV, 109 ; Col. XII, 35 ; Geop. 8, 21 ; Orib. I, p. 435 ; Ed. 
Diocl. II, 18; Lampr. Hel. 21, 6; Pall. III, 32. 

(8) Diosc. V, 30; Plin. XIV, 109 ; Col. XII, 35 ; Geop. 8, 15. 

(9) Diosc. V, 61; Plin. XIV, 105 et 111 ; xpaYoptyav'TT.î Diosc. V, 55. 

(10) Diosc. V, 58; Plin. XIV, 105; Col. XII, 32. 

(11) Diosc. V, 59-62; CoL XII, 35; Plin. XIV, 105 ; Geop. 8, 7. 

(12) Diosc. V, 62; Plin. XIV, 103; Col. XII, 35. 

(13) Diosc. V, 73-75 ; Plin. loc. cit. ; Col. loc. cit. ; Geop. 8, 3-4, 9 et 16. 

(14) Plin. XIV, 105-106. 

(15) Diosc. V, 26; Col. XII, 33; Plin. XIV, 106. 

(16) Plin. XIV, 92-93; Plaut. Pseiid. 741 ; Gell. X, 23, 2; Fest. Ep., p. 144, s. 
V. ; Varr. cité Non. p. 331 ; Aelian. Var. XII, 31. Evang. Marc. XV, 23 : xal tSi- 
Souv (X'jx(h TriEÏv èffjxup'.iTtxÉvov olvov, ce que la Vulgate traduit par myrrhatum 
vinum. Voigt (Rh. Mus., XXVIII, p. 60) admet que la murrata (Fest., p. 158'', 22) 
et la murrina étaient deux boissons ditl'érentes, l'une amère, l'autre douce, et 
difléraient aussi toutes deux de la muriola (Non. loc. cit.) qu'on fabriquait en 
additionnant de sapa les marcs du passum. 

(17) Plin. XIV, 107 ; Diosc. V, 64 sq. 



90 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

rhina — vins au nard et au malobathre (1), vins au poivre, 
à la myrrhe et à l'iris (2). Le breuvage connu sous le nom 
de conditum au sens étroit (3) se composait de divers ingré- 
dients d'ailleurs variables, mais essentiellement de vin, miel 
et poivre, d'oii lui vient son autre nom de piperatum (4). 
Les vins de fruits les plus ordinaires sont les cidres, les poi- 
rés, les vins de grenades, de dattes, de figues et de mûres (5). 
Certaines provinces fabriquent des boissons du genre de la 
bière, telles que cerevisia, zythum et camum^ qui ne parais- 
sent pas être entrées dans les usages italiens (6). 

Les vins romains ne se conservent ni en outres ni en tonnes 

doiia, de bois (7), mais dans des vaisseaux de terre, Tt'lOoi, ou dolia (8), 

amphorae, auxqucls OU emplit les amphorae (9). Viniim doliare^ c'est 

(1) Pline (XIV, 108) rattache cette préparation à Varomatites. Diosc. V, 67. 
[Elle est sans doute identique &\xnardinum de Plaut. Mil. gl. 824, et au folia- 
tum de Mart. XIV, 1 10 ; cf. Plin. XIII, 13.] 

(2) Dioscoride (V, 63) nomme également ce produit aromatites. 

(.3) Un conditarius et une conditaria : C. /. L. VI, 9277. Cf. Augustin. Civ. Dei 
XXII, 8. 

(4) Plin. XIV, 108; Symphosii aenigma 82, inBaehrens, P. L. M., IV, p. 381 = 
Riese, AnthoL, I, p. 204, n. 82 ; Lampr. Heliog. 21; Cels. IV, 19; Ed. Diocl. 
II, 17. Recettes : Apic. 1,1; Orib. I, p. 433 sq. ; Geop. 8, 31 ; Marcell. Emp. 23, 
p. 166, et 26, p. 178 et 183 ; Aetius 3, 66-68 ; 16, 118 ; Paul. Aegin. 7, 11 ; Nicol, 
Myreps. 1, 45 et 194-3; 27, 33-43. C'est par ce breuvage romain que se traite 
aussi l'Alexandrin Pellas : Anth. Gr., III, p. 120, n. 26. 

(3) Diosc. V, 32, 34 et 40-42 ; Plin. XIV, 102-103 ; Pall. III, 23, 11 et 19 ; IV, 10, 
10; Orib. I, p. 399-401. 

(6) Mentionnées toutes trois : Ed. Diocl. 11,11-12; UIp. Dig. XXXIII, 6,9. La 
cerevisia se brassait en Gaule, le zythum en Espagne et en Egypte : Strab. III, 
p. 133 ; XVII, p. 799 et 824 ; Plin. XXII, 164. Il est question de la décoction d'orge 
égyptienne dans Athénée (I, p. 34''). V. aussi : Wilkinson, Manners and Cus- 
toms of the ancient Egyptians, London 1837, II, p. 171-173 ; et sur toutes les biè- 
res en général : Zosimi Panopolitani de zythorîtm confectione fragmentum; 
Ace. hist. zythor. s. cerevisiar., scripsit. C. G. Gruner, Solisbaci 1814, in-8 ; 
Meibom, de cerevisiis, Helmst. 1668, et inGronov. Thés., IX, p. 537 sq. Recher- 
ches plus récentes sur les bières connues des peuples barbares de l'antiquité, 
dans Hehn, op. cit.., p. 123 sq. 

(7) Les tonneaux, n'étaient en usage que dans la Gaule : Plin. XIV, 132; 
Strab. V, p. 214 et 218; Herodian. VIII, 4, 4 ; Hehn, p. 497; Jung, Rômer u. 
Romanen, p. 176. On en voit figurés sur la Colonne Trajane : Froehner, Col. 
Trajane, I, 29, et III, 163 ; Rich, Dictionary, s. v. cupa. 

(8) U en sera question plus bas. 

(9) Dig. XXXIII, 6, 15-16. L'opération est dite diffundere (Juven.'V, 30) et 
l'amphore en porte la date : C. /. L. IV, 2551 (1. 3, lire diff.) ; Bull, municip. 
1874, p. 40, et 1879, p. 50 ; cf. A. Mau, Bull. d. Inst. 1880, p. 95. 



L'ALIMENTATION. 9f 

l'épithète du jeune vin qu'on tire au tonneau ; s'il doit vieillir, (462) 
on le met en amphores {diffundilur) (1) pour l'encaver, et il 
en est de même des vins artificiels (2). Les amphores sont 
fermées avec des bouchons en terre (3), scellées de poix, 
d'argile ou de plâtre (4) [oblinere) (5), gypsare) (6), et portent 
une marque {nota) (7), tantôt sous forme d'étiquette, joz7/a- 
cium (8), tantôt inscrite sur la panse môme de l'amphore. 
Parmi les amphores en très grand nombre que nous ont 
livrées les fouilles de Pompéi (9), celles du Monte Testaccio{iO) 
et celles du grand dépôt du quartier des castra praetoria (11) 
découvert en 1878, quelques-unes portent le timbre de la 
manufacture qui les a fabriquées (12); mais nombre d'autres 
exhibent une marque, ordinairement faite à la plume, parfois 
au pinceau, en couleur noire, rouge ou blanche, indiquant le 
cru et la quahté, probablement aussi l'année de la récolte (13), 



(1) Salmas. Exercit. Plin., 331 sq. 

(2) Ainsi, pour le vin de scille, Colum. XII, 33 : postea (lorsqu'il est fait) 
eximito et defaecatum vinum in amphoras bonas adjicito. Cf. supra, p. 88, 
n. 2 et 4. 

(3) Bouchon d'amphore en terre avec l'inscription P. Saufe(i) (le vendeur 
apparenuuent), trouvé à Palestrina : Gerhard, Arch. Anz. 1865, n. 196, p. 51. 
Couvercle en plomb : Rhein. Jahrbuch 66 (1879), p. 95. 

(4) Galen. XVII, 2, p. 164 K. 

(5) Colum. XII, 32, etc. Hor. Od. I, 20, 3; III, 8, 10. On lutait aussi avec de la 
poix les opercula doliorum : Plin. XIV, 135. 

(6) Col. XII, 39,2; 41, 1 ; 42, 3. 

(7) D'oii le nom de nota pour le cru lui-même : Hor. Od. II, 3,8; Sat. 
1, 10, 24. 

(8) Petron. 34 : Statim allatae sunt atnpfiorae vitreae diligenter gypsatae, 
quarum in cervicibiis pittacia erant afflxa ciim hoc titulo : Falernurn Opimia- 
num annorum centum. 

(9) Les marques des amphores pompéiennes ont été publiées par R. Schoene, 
C. /. L. IV, p, 171 sq. Voir aussi les additamenta de Brizio et Schoene, in : 
Ephem. epigr., I, p. 160 sq. ; Bull. d. Inst. et Not. d. Scavi, passim. 

(10) Dressel, Ricerche sul Monte Testaccio, in Annali 1878, p. 118 sq. 

(11) Dressel, di un grande deposito di anfore rinvenuto nel nuovo quartiere 
del Castro pi'etorio, in Bull, comiin. 1879, p. 36-112 et 143-195. 

(12) Dressel, Ricerche, p. 131 sq. 

(13) Galen. XIV, p. 25 (parlant de la cave impériale à Rome) : lywyé toi tûv 
oïvwv xôiv <I>a)iepivwv éxa^Tou t)-,v -fjXtxtav àvaytYvwsxwv ÈirtyEypaiJijxivTiv toîç xspa- 
(Jiioii;, elp^ôfiTiv Tf,(; ysûjeuî, ojot lîXztôvwv ètwv \<st^ ei^ùffi, TcpospyôixEvoç àir 
a'jTwv àj(pt tôjv oùSèv Ozo-ixoov è/ôvcov. Ce sont là les languidiora vina 
d'Horace : Od. III, 16, 34 ; 21, 8 [lene merum, Od. III, 29, 2). Indication du con- 



92 LA VIE PRIVÉE DES ROMALNS. 

(463) le nom du vendeur (1), outre un ou plusieurs chiffres 
dont en général on n'a point donné jusqu'à présent d'inter- 
prétation sûre (2). Voici un spécimen de ces amphores 

amphorae . . . , , ,. 

litteratae; a luscriptious [amphovae htteratae) (3) : 

FAYStianum 
TI. GLAVDIO IIII 

COS (47 ap. J.-G.) 
L. YITELLIO III (4). 

Un autre : 

en. lenTVLO M ASINIO COS (25 ap. J.-C.) 
FVNDanum (5). 

Un autre : 

TI • GLAVDIO • P. QVINGTILIO COS (741 = 13) 
A. D. XIII. K. IVN. VINVM 
DIFFVSVM • QVOD • NATVM- EST 
DVOBVS • LENTVLIS COS (736 = 18) 
AVTOCR. (6). 



sulat sur les amphores mentionnée : TibuU. II, 1, 27; Hor. Od. III, 28, 8 
{Bibuli consulis amphoram); 8, 11 ; 21, 1; Epod. 13, 6. Le plus ancien consulat 
inscrit sur les amphores qui nous sont parvenues est de l'an 647 = 107 : Hen- 
derson, History of Wines, p. S4 = C. I. L. VIII. n. 10, 477, 1. On a trouvé à 
Pompéi 16 amphores datées, 23 au Monte Testaccio (Dressel. Annali 1878, 
p. 167), et 10 aux castra fraetoria^ dont l'époque se place entre les années 107 
avant et 255 ap. J.-C. 

(1) Plin. XXIII, 33 (parlant de falsification de vins) : eo venere mores, ut 
nomina modo cellarum veneant, statimque in lacubus vindemiae adulterentur. 
Dans Doni (p. LXXXII) se voit une amphore avec la marque ex cell(is) L Purelli 
Gemelli. 

(2) Les petits chiffres paraissent indiquer la capacité de l'amphore, ou par- 
fois l'âge du vin; les grands forment un numéro d'ordre. Sur ces diverses 
marques voir aussi Bruzza, Iscriz. Vercellesi, p. 185 sq. 

(3) Plaut. Poen. 835 ; bibitur, estur, quasi in popina, haud secus. Ibi tu videas 
litteratas fictiles epistulas Pice signalas : nomina insunt cubitum longis litte- 
ris. Juven. V, 33 : Crus bibet Albanis aliquid de montibus aut de Setinis, 
ciijus palriam tilulumque seneclus Delevit multa veteris fuligine testae. 

(4) C. /. L. IV, 2553. 

(5) C. I. L. IV, 25.^2. 

(6) Lanciani, Bull, municip. 1874, p. 40. La dernière ligne porte sans doute 
le nom du marchand : Autocrates. 



L'ALIMENTATION. 93 

Un autre enfin : ^ 

LVN • VET I 

A IIII II w 

X ? 

M • VALERI ABINNERICI (1). 

Dans la très haute antiquité, en Italie comme en Grèce, le ;464) 
vin était à fort bon marché : encore en 504 = 2a0, le congius p"" """ ""' 
(près de trois litres) se vend un as (2), et Columelle (III, 3, 10) 
compte 40 urnes de vin ordinaire nouveau à 300 sesterces au 
plus bas, ce qui met l'amphore à 15 sesterces. Mais ce sont là 
des minima. Les vins vieux et généreux atteignent des prix 
élevés : dès le temps de Socrate, le chios vaut à Athènes une 
mine le metretes (3), soit 2 fr. 10 le litre, et à Rome il devait 
être bien plus cher, puisque le seul falerne était en Italie 
même une consommation de grand luxe (4), Le transport 
n'était point d'ailleurs seul en cause : les vins vieux deve- 
naient inabordables, parce qu'on était dans l'usage de cumu- 
ler les intérêts du capital qu'ils représentaient. Ainsi, le vin 
de la fameuse année 633 = 121 [vinum Opimianiim) s'acheta 
en vendange 100 sesterces l'amphore, au témoignage de Pline 
[Hist. Nat. XIV, 56) ; sous Caligula, 160 ans plus tard, on en 
vendait encore ; mais le capital initial, en calculant les inté- 
rêts à 6 0/0 l'an, s'était élevé à 1,065 sesterces, et Vuncia ou 

(1) Fiorelli {Giornale d. Scavi di Pomp. 1861, fasc. I, p. 26) publie trois 
inscriptions de ce type (aujourd'hui C. /. L. IV, 2599-2601), qu'il lit ainsi : 
Lunense vêtus annorum quatuor rubrum, decem sextarii Marci Valerii Abinne- 
rici. Le chiflre X, en effet, indique la capacité, puisque les deux autres mar- 
ques portent des chiffres différents, savoir VIIl S. {= octo semis) et V. Une 
quatrième marque porte XIIII S., chiffre qui d'ailleurs ne saurait se référer 
à des sextorii, dont il tient 48 à l'amphore; ce doit être un jaugeage en congii 
(8 à l'amphore) ; mais malheureusement Fiorelli n'indique pas la grandeur 
des vases en question. Il pense que Cornelia [Coimeliis, C. I. L.) est le nom 
de la marchande. Marque disposée de môme, en couleur noire, Doni, p. lxxxii. 

(2) Plin. XVIII, n. 

(3) Plut, de an. tranq. 10, p. 570 D. 

(4) Inscr. Ilenzen 7411 -.DM C. Domiti Primi. Hoc ego suCm) in lumiilo 
Primus notissimus ille. Vixi Lucrinis, potabi saepe Falernum. Balnia vina 
venus mecum senuere per annos. 



94 



LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 



Lait, 

(465) 
fromage, 

miel, 

sel. 



Marchands 
de comestibles ; 



cyathus, la 12" partie du sextarius, la 576" de Tamphore, soit 
un petit verre à vin de notre mesure, valait environ deux 
sesterces (1), ce qui met les deux sextarii ou un peu moins 
d'un litre à 44 1/6 sesterces, soit environ 9 mk 50 [11 fr. 90], 

6. Dans cette énumération des denrées alimentaires, on 
a omis, comme n'offrant rien de caractéristique pour l'anti- 
quité, quelques-uns des produits indigènes ou des ingrédients 
culinaires les plus communs : le lait, base de quelques plats 
fins, comme l'àcppÔYaAa (crème fouettée) et la melca (2); les 
fromages, dont le plus renommé est celui des Alpes, qui 
vient des Alpes Grées [caseus Vatiisicus) (3) — certains fro- 
mages anciens sont fumés (4) — ; le miel (5), précieux suc- 
cédané du sucre dans la pâtisserie et la cuisine, car l'antiquité 
a connu la canne à sucre sans l'utiliser (6); le sel enfin, d'abord 
extrait de l'eau de mer, puis concurremment tiré des salines(7) . 

Je termine ce chapitre par un rapide aperçu de toutes les 
professions qui se rattachent, en dehors des producteurs pro- 
prement dits, à la circulation des denrées alimentaires. 

1) Marchands de grains (8), boulangers et gérants de mou- 
lins à eau. 



(1) D'après ces données, le passage Plin. XIV, 56, que déjà Budé jugeait 
inintelligible et qui l'est demeuré jusque dans les plus récentes éditions, doit 
être lu comme suit : Quod ut ejus temporis aestîmatione in singulas amphoras 
centeni nummi statuantiir, ex his tamen usura miiltiplicata semissibus (taux 
de 6 pour 100) quae civilis ac modica est, in Gai Caesaris Germanici fili prin- 
cipatti, annis CLX uncias binis n. (les éditions portent vini) constitisse nobili 
exemplo docuimus referentes vitam Pomponi Secundi vatis cenamque quam 
principi illi dédit. 

(2) Galen. X, p. 468 K., supra, I, p. 386, n. o. Cf. Geop. 18, 21. 11 y a aussi de 
Voxyrjala, dont on trouvera la recette Col. XII, 8. Cf. Galen. VI, p. 689 K, 

(3) Galen. VI, p. 697; Plin. XI, 240. 

(4) Dig. VIII, 5, 8, § 5 : Ainsto respondit, non putare se, ex taberna casiaria 
fumum in superiora aedificia Jure immitti posse. Ce caseus fumosus (»ou[jiwao< 
Tupôî : Athen. 111, p. 113"; Mart. XIII, 32)étaitfumé àRomeraême: Plin. XI, 241, 

(5) Sur l'apiculture et le miel on trouvera les documents colligés dans 
Magerstedt, Bilder aus d. Rôm. Landwirthschaft, fasc. 6. 

(6) V. Dioscor. M. M. Il, 104; Plin. XII, 32; Luc. Phars. III, 237; Isid. Or. 
XVII, 7, 1)8; autres références dans Eisenach, zur Gesch. d. Ziickers, Gotha 
1866, in-4'. 

(7) V. Organ. financière, p. 203 et 354. 

(8) V. supra, p. 46. 



L'ALIMENTATION. 95 

2) Marchands de légumes (1). 

3) Marchands de fruits frais {pomarii) (2) et négociants en (466) 
fruits confits [salgamarii) (3). 

4) Marchands de bestiaux, bouchers, marchands de volaille 
et de gibier. — Les bouchers romains tirent, de première 
main, des domaines ruraux leurs bœufs, porcs et mou- 
tons (4) : on doit donc entendre par marchands de bestiaux 
les négociants qui amènent au marché les troupeaux issus 
de contrées lointaines. Nous en connaissons plusieurs asso- 
ciations : le collecjium mercatorum pequariorum , de la pé- 
riode républicaine, à Préneste (5) ; les negotiantes boarii 
huius loci, qui invehont, nommés dans une inscription du 
forum boarium de l'an 204 (6); le negotiator campi pecuarii 



(1) Une negotiatrix frumentaria et leguminaria ab scala Mediana : Or. 
3093 = C. I. L. VI, 9683. Felicio lupinarius, à Pompéi : Bull. d. but. 1876, 
p. 234. Liipinarii : Lampr. Al. Sev. 33, 2. Negotiatores leg(iiminarii), snlon toute 
apparence, sur une inscription de Vindonissa : Mommsen, Jnsc7'. Conf. Helvet., 
n. 261. Une taberna où Ton vend des légumineux, figurée sur le relief romain 
de 0. Jahn, lier. d. k. sticks. Ges. d. Wissenschaften, phil.-hist. CL I86I1 
p. 330, pi. XIII, 4. Un faharius : Rev. épigr. du Midi de la Fr.. I, p. 238, n. 276. 
La fabaria de C. I. L. III. 133, se rattache à Béryte. Le negotiator lentiarius 
et castrensiarius de C. /. L. V, 5932 = Or. 4234, n'est pas un marchand de len- 
tilles, comme l'admet Hagenbuch : le mot équivaut à lintearius Ilenzen 6991. 
Au C. /. G. 273, lin. 71, on le voit nommé XevT-.dpto;, de î^évxiov = linteum. 
Cf. Renier, Inscr. Rom. de l'Alg., n. 2874 = C. L L. VIII, 3234 : Abascantus 
Caesaris ex [fami]lia cast[7'en]si ex num[ero ve]stiariorum. 

(2) Pomarius : Hor. Sat. II, 3, 227. Pomarius de circo maximo : Or. 4268 = 
C. L L. VI, 9822. Pomarius de agger(e) a proseiicha : Or. 2323 = C. /. L. VI, 
9821. Pomarius, à Capoue : Ilenzen 6131 = C. I. L. X, 3936. Pomarii, à Pom- 
péi : C. I. L. IV, 149. 180. 183. 202. 206. Les propriétaires de jardins font, eux 
aussi, le commerce de fruits : Varr. de r. rust. I, 2, 10 (parlant de Cn. Tre- 
mellius Scrofa) : hiijusce pomariasumma Sacra via, ubi poma veneunt, contra 
auream imaginem. Le pomarium est un dépôt de fruits (Schneider, ad. h. t.), 
et il y en avait sur la Voie Sacrée : Ov. A. am. II, 266; Priapeia 21, 3 : Quae- 
que tibi posui tanquam vernacula poma De Sacra nulli dixeris esse via. Relief 
figurant une fruiterie : Jahn, toc. cit., pi. XIII, 5. Marchand de figues {ficarius), 
sur un relief de Vérone : ib., p. 368. 

(3) Colum. XII, 36, 1. 

(4) Varr. de r. rust. II, 5, 11 : lanii, qui ad cultrum bovem emunt. III, 2, 11 : 
tu e villa illic natos verres lanio vendis. Col. VII, 3, 13 : suburbanae villicus 
enim teneros agnos... lanio tradit. 

(3) C. /. L. I, 1130. 

(6) Or. 913 = C. I. L. VI, 1039. L'inscr. porte invehent. Un neg(otiator) j'u- 
vencarius : C. I. L. X, 5583. 



96 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

d'Orelli 4114 = C. 1. L. VI, 9660; \q?> porcinarii (1), negotia- 
tores suarii (2), et les fournisseurs de bêtes destinées au 
sacrifice, pour lesquelles étaient requises des conditions spé- 
ciales (3), victimarii (4). Aux bas temps de l'Empire, les cor- 
pora suariorum ai joecuarioriim^ réunis en un seul collège par 
Honorius, sont bien les fournisseurs de porc pour la con- 
sommation urbaine (5) ; mais les peciiarii dont nous consta- 
(467) tons la présence aux armées de Germanie et de Mauréta- 
nie (6) doivent être plutôt les inspecteurs du bétail qui 
pâture sur les terres des légions (7). Les bouchers de Rome 
[lanii (8), laniones (9), laniarii [iO]^ confectuarii) (11) consti- 
tuent un corps de métier bourgeois, d'où sortit, comme on 
sait, le consul de l'an 216 avant notre ère, G. Terentius Var- 
ron (12). Les mace/Zam (13) vendent surtout du gibier et de la 
volaille (14), mais tiennent les comestibles en tout genre (15): 
aussi la police surveille-t-elle leur commerce par applica- 



(1) Plaut. Capt. 90S. 

(2) Plin. VII, 54; C. /. L. V, 2128 ; IV, 1306. L'inscr. Or. 2672 est apocryphe. 
V. C. /. L. IX, 156*. Relief de la Villa Albani, figurant la besogne d'un abat- 
teur de porcs : Zoega, Bassiril., 28 ; 0. Jahn, loc. cit., p. 352, pi. XIII, 1. 

(3) Varr. de re rust. II, 3, 10-11. 

(4) Le victimarius Serapio de Val. Max. IX, 14, 3, doit bien être un mar- 
chand de bestiaux, puisque Pline (VII, 54) l'appelle suarii negotiatoris vile 
mancipium. 

(5) C. Theod. XIV, 4, et Gothofr. ad h. L ; inscr. de l'an 340 (et non 390), Or. 
3672 = C. 1. L. VI, 1690; inscr. de 364 ou 372, Or. 3166 = C. I. L. VI, 1770. 

(6) Dans l'inscr. de Cologne, Brainbach, C. /. Rhen. 377, figure un miles leg. 
XX, qui est en même temps pequarius. V. les inscriptions africaines C. /. L. 
VIII, 2333. 2368-69, 2791. 2827. 

(7) V. Mommsen, C. I. L. II, 2916. 

(8) C. I. L. VI, 167-8. 9499 (la)nius de colle Viminale. 9300. 

(9) Or. 4229 (= C. /. L. X, 6493), 7237. 

(10) Grut. 1035, 4 = Her70g, Gall. Narb. append., 64. 

(11) Or. 3672 et 4167 = C. I. L. VI, 1690 et 9278. 

(12) Liv. XXII, 23, 19; Val. Max. III, 4, 4. 

(13) Suet. Caes. 26; Vesp. 19. etc., etc.; C. /. L. VI, 9532. Un negotiator artis 
macellariae, à Lyon : Grut. 647, 5 = Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 417. 

(14) Dans Varron (III, 2, 11) il est question de vendre au lanius lea pour- 
ceaux, au macellarius les sangliers. Celui-ci achète aussi la volaille : ib. 
111,3,4. 

(15) Varr. de L. L. V, 147 : obsonia. Fest. Ep., p. 125, 8. Du poisson aussi: 
Plaut. Aul. 373. 



L'ALIMENTATION. 97 

tion des lois somptuairos (1). Les marchands de comestibles 
fins sont dits cuppe dinar il (2). Tous ces détaillants tiennent 
des tabernae (3) pareilles à celle que reproduit le relief de 
la Yilla Albani (4), où l'on voit étalés en vente des porcs, 
des lièvres et de la volaille. Le commerce des poulets est 
en outre une spécialité (o). D'autres boutiques sont assorties 
de viande salée ou fumée pour les provisions d'hiver (6), et 
les botidarii, les institores popinarum colportent et crient 
leurs saucisses chaudes et autres victuailles (7). 

5) Pêcheurs (piscicapi (8), jriscatores) (9) ; marchands de (468) 
poisson [piscatores propolae (10), ol sv 'Pwiari lyOuoTiwXa!.) (11), 
en particulier les cetarii, cumulant le double rôle des xapi- 
•)^£UTai(12) et Tapi*)(0T:w>a!,(13) grecs, soit qu'ils organisent eux- 
mêmes la pêche du thon et des autres poissons de mer (14) 

(1) Suct. Caes. 43 ; Tib. 34. 

(2) Donat. ad. Ter. Eun. H, 2, 25 : Qui esculenta et pociclenta vendiinl, a 
rébus cupedinis ob alimentum cupedinarii appellanlur. A cette catégorie appar- 
tient le negotlalor vinarius a septem Caesaribus (nom d'un quartier de Rome : 
Marini, Atti, p. 245) idem mercator omnis rjeneris mercium Iransmarinarum : 
Or. 4253 = C. I. L. IX, 4680. 

(3) Taberna macellaria : Val. Max. III, 4, 4. On connaît par Liv. III, 48, 5, Ja 
taberna d'un lanio. Varron, cité par Nonius, p. 532, 20 : tabernae lanienae. 

(4) Zocga, Bassirilievi, 27 = Jahn, toc. cit., pi. XIII, 2. Relief semblable 
décrit par Gerhard et Panofka, Neapels ant. Bildwerke, I, p. 130, n. 491. 

(5) C. I. L. VI, 9674 : negotianti pullario. 

(6) Un negotiator penoris et vinorum de Velabro a IIII scaris : Henzen i 
5087 = C. L L. VI, 9671. Pernarius : Or. 4259. Enseigne d'une boutique de 
pernarius, figurant cinq jambons côte à côte : Jahn, loc. cit., p. 353. 

(7) Sen. Ep. 56, 2: Mart. 1,41, 9. 

(8) C. /. L. VI, 9799-9801. A Pompéi : Or. 3700'^ = C. I. L. IV, 826. 

(9) Corpus piscatorum et urinatorum lolius alvei Tiberis : Or. 4115 = C. I. 
L. VI, 1872. Les urinalores travaillent à retirer les marchandises qui ont som- 
bré avec les barques du Tibre : Dig. XIV, 2, 4 § 1 ; cf. Liv. XLIV, 10, 3, et 
supra, p. 26, n. 1. 

(10) A Ostic : Or. 4109. 

(11) Athen. VI, p. 224°. 

(12) Outre les passages cités aux lexiques, voir Lcemans, Papyri Graecj, pap. 
P, p. 83. 

(13) V. Kôhler, in Mém. Acad. S. Plbg, C<! sér., I, p. 389. Les importateurs 
sont dits tapi/TiYoî. 

(14) Varron, cité par Nonius, p. 49, 15 : Non animadvertis cetarios, cum videre 
volunt in mari thynnos, escendere in malum alte? La. piscatio tfujnnaria est 
mentionnée Dig. VIII, 4, 13 pr., et les ludi cetarii de Padoue (Tac. Ann. XVI, 21) 
sont des jeux de pécheurs. 

Vie Privée des Rom. t. II. ^ 



98 LA VIE PRIVEE DES ROMAliNS. 

et en composent dans leurs propres officines des salsamenta 
(Tapr^o;) ou des sauces diverses (1), soit qu'ils se bornent à 
vendre ces compositions (2) : dans ce dernier cas, ils sont 
dits salsamentarii (3) et, si l'on précise, muriarii (4) ou 
liquaminarii (5). 

6) Marchands de vins (6). 
(469) 7) Marchands d'huile [oleariï) : il y en a qui ne tiennent 

que des spécialités (7). 



(1) Coluin. VIII, 17, 12 : salsamemlorum omnium jmvgamenla, quae cetario- 
rum officinis everruntur. 

(2) Placidi Gloss., in Mai, Auct. class., III, p. 436 : bolona, redemtor cetaria- 
rum tabernarum, in quibus salsamenta conduntur, quas tabernas vulgo ceta- 
rias vacant *. C'est aussi en ce sens qu'Arnobe (II, 38) emploie le mot : ^oldi^r^^ 
dérive donc de jiôXoî, « coup de filet », et aussi lit-on pôXov tyO'jwv 
itpiaffOat, Plut. Q. conv. 8, 8, 3, 4, p. 889 D. Au contraire Donat {ad Ter. Eun. 
II, 2, 26) glose cetarii par qui cete, id est magnos pisces, venditant, et bolonas 
exercent; mais il n'y a pas d'exemple de bolona dans cette acception. 

(3) Cic. ad Her. IV, 54, 67 ; Suct. V. Horat., p. 44 Rciflerscheid ; Macrob. Sat. 
VII, 3, 6; Schol. ad Pers. I, 43. Or. 4249=^ C. /. L. VI, 9676 : negotians salsa- 
mentarius et vinariarius Maurariiis. 

(4) Negotiator muriarius, à Lyon : Henzen 7260. 

(5) Placidi Gloss. in Mai, Aiict. class., III, p. 444 : Cetarii. Cete dicitur geniis 
maximae beluae. Ab hoc vero génère abusive piscatores cetarii dicuntur. Et 
q\d tractant ea quae ex piscibus fiunt, liquemanarii (lire liquaminarii), qui ex 
corporibus piscium humorem liquant. 

(6) Supra, p. 74 sq. Non seulement les caves à vin de l'antiquité figurent 
dans nos inscriptions (telles la cella vinaria Or. 2867, la Cella Groesiana, 
C. I. L. VI, 706, la cella Nigriniana, Bull, municip. 1876, p. 47); mais il en 
existe encore aujourd'hui à Rome, où l'on a découvert récemment deux caves, 
renfermant l'inscription suivante (de l'an 102 de notre ère) : Collegio Liberi 
patris et Mercuri negotiantium cellarum vinariarum novae et Arruntianae 
Caesaris n., etc. V. Lanciani, Bull, comun. 1878, p. 102 ; Not. d. Scavi 1880, 
p. 140, tav. 4 ; Bull. d. Inst. 1879, p. 70. 

(7) M. Julius Hermegianus, diffusor olearius : C. I. L. II, 1481. Mercator olei 
Hispani ex provincia Baetica : Or. 3254 = C. I. L. VI, 1935. Negotiator olea- 
rius : ib. III, 2936 ; IX, 5307. Olearius : X, 1934. C. Sentius Regulidnus eq. R. 
diffusor olearius ex Baetica, curator ejusdem corporis : Or. 4077. C'est donc 
un négociant en gros, negotiator magnarius : Apul. Metam. I, 5; Or.-IIenzen 
4074 = C. I. L. VI, 1117 ; 6476 = VI, 1696; 7243 = X, 6H3. Mercatores fru- 
mentarii et olearii Afrarii : Or. 3331 = C. /. L. VI, 1620 ; ib. 9716-19. On a 
trouvé à Pompéi la taberna d'un marchand d'huile; une autre est figurée suf 
un relief du Vatican: sur toutes deux, voir Jahn, loc. cit., p. 350 sq. 

* Liic pi'obablcnienl cretarias, puisque la forme non vulgaire cetariarinn est donn(V plus 
liaul ; car, par corruption, le bas peuple, qui ignorait le mot savant cetos v gros ))oisson » et 
connaissait le mot crcta « marne, marne fluviale », appelait les poissonneries tahernae creta- 
riae : 0. Keller, Latein. Volksetymoloyie, p. tio. — V. H. 



L'ALLMKNTATION. M 

8) Mui'cluiiiJs de miel (1). 

9) Marchands (le sel (2). 

10) Cuisiniers et aubergistes. — On a vu plus haut cuisiniers 

' c ' el aubergistes, 

(I, p. 171) qu'au temps de Plaute il était encore rare qu'un 
Romain eût un cuisinier à son service : à l'occasion on en 
louait un sur le Forum, et plus tard il y eut aussi des cui- 
sines publiques qui exécutèrent des commandes de plats (3). 
Nous ne saurions omettre ici les auberges, restaurants et 
cabarets, fort multipliés dans la ville et la banlieue (4). Les 
noms en foisonnent, mais sans aucune nuance de sens, ou 
bien peu s'en faut : cauponae^ popinae {^)^ thermopolia[<Q)^ (470) 
tabernae vinariae (7) ; bientôt tabernae tout court, parce que 
beaucoup de détaillants, surtout les boulangers, joignent ce 



(1) Varr. rfe re. rust, III, IG, 17. Un mellar(ius) a port(a) triye)n(ina): Ilcnzcii 
5091 = C. I. L. VI, 9G18. 

(2) Salinator. Ce terme a sans doute design»' d'abord l'exploitant des salines, 
qui salem facit : de là le surnom de M. Livius Salinator; de là aussi les 
saUnalores aerarii de Caton {Catonis qiiae exstant rec. Jordan, p. 49, 9) et les 
salinalores civitatis Menapiorum (Or. 749) ; cf. Dessau, Bull. d. Inst. 1883, 
p. 213 sq. Au contraii'e, le salarius de Martial (IV, 86, 9 : Si damnaverit, ad 
salariorum Curras scrinia protinus licehit) est un marchand de sel, et non pas 
un salsamentavius comme l'indiquent les lexiques; de même C. /. L. V, 6670; 
X, S37, 3, 20. Mais plus tard l'acception des deux mots se confond : lorsqu'Ar- 
nobe (II, 38) énumère salinalores bolonas unr/uentarios auvific.es auciipes, les 
salinalores sont des marchands de sel ; et inversement le corpus salariorum 
Or. 1092 = C. I. L. VI, 1152, et les socii salarii de l'inscription sarde C. I. L. 
X, 7856, sont des concessionnaires de salines. 

(3) Dans une inscription romaine. Murât, p. 1322, 9, figure sous cette quali- 
fication un citoyen romain, C. Celronius C. f. dapife.v. A la même catégoi'ie 
appartiennent probablement : L. Clodius L. l. Anlioc(hus) Tuscus cocus, à 
Casinum, C. I. L. X, 5211 ; Marcius Faustus Ubertus, cocus oplimus, à Alba 
Fuccntia, ib. IX, 'SQ'iS; Tyrannus cocus, I. R. iV. 6898. [L'inscr. Murât, est 
apocryphe (C. /. L. VI, 5, 3993*), et les personnages nommés dans les trois 
autres n'étaient sans doute cuisiniers qu'avant leur affranchissement.] 

(4) Sur l'ensemble du sujet, voir : Zcll, d. WirlhshaOser d. Allen, in Zell, 
Ferienschriflen, l»t« Samml., Freiburg 1826, in-8, p. 1-52; Bccker, Gallus, III, 
p. 18-28 (27 sq. GôU). Description vive et animée, riche en documents de toute 
sorte, mais qui dans le détail est parfois sujette à caution, dans Francisque 
Michel et Éd. Fournicr, Hisl. des Hùlelleries, 1, Paris 1859, in-8 (la partie spé- 
ciale aux Romains, p. 51-180). La plus récente étude do la matière est celle de 
L. Friedlacnder, Darstellungen aus der Sillenr/esch.,U"', p. 31 sq. 

(5) Cauponam exercere : Dif/. IV, 9, 1, § 5. 

(6) Plaut. Cure. 292; Rud. 529; Trin. 1013. 

(7) Apul. de Mag. 57; Nonius. p. 532, 16. 



100 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

profit à leur commerce (1) ; ganeae est un terme de mépris. 
Ces locaux enfumés (2) et graisseux (3) — l'épithète est 
d'Horace, qui a devancé Shakespeare — n'abritent en général 
que les plus basses classes de la population (4) : on y mange 
sans trop avoir ses aises (5), on y boit surtout beaucoup, on 
y danse (6), on s'y raconte les nouvelles (7). Mais il y a aussi 
des tavernes oiî des plaisirs plus délicats (8) attirent jusqu'à 
l'élite (9) ; il en est même où Ton peut dépenser toute une 
fortune (10), soit qu'on y joue aux jeux de hasard (11), ou que, 
selon l'usage commun, des courtisanes y soient attachées à 
demeure (12), Cette dernière industrie et les fourberies attri- 
(471) buées aux taverniers (13) expliquent la mésestime oij sont 



(1) Fcst. Ep. p. 7, 18 : Allcarlae meretrices dicebantur in Campania solitae 
nnte pistrina alicarioritm versari quaeslits t/ratia. Plant. Poen. 266. Sur Rome, 
voir supra, I, p. 197, n. 7. 

(2) Fumosa taberna : Verg. Copa 3. 

(3) Uncta popina : Hor. Ep. I, 14, 21. 

(4) Juven. VIII, 172 : Mitte, sed in magna legatinn quaere popina. Invenies 
aliquo cum percussore jacentem, Permixtum nantis et furibus ac fugitivis, 
Intel' carnifices et fabros sandapilarum Et resiipinati cessantia tympana galli. 

(5) Je pense, comme Becker {Gallus, III, p. 23 = p. 39 Gôll), que les sella- 
riolae popinae étaient des tavernes où l'on mangeait et buvait assis, et non 
point couché [accubans) comme dans un repas véritable; mais ce n'était point 
la pratique universelle, témoin les vers de Juvénal cités plus haut. 

(6) Hor. Ep. I, 14, 24 : JVec vicina subest vinum praebere taberna Quae possit 
tibi, nec meretrix tibicina cujus Ad strepitum salias terrae gravis. 

(7)Juv. IX, 108. 

(8) La Copa de Virgile vante les délices de sa taberna: un ruisseau murmure 
tout auprès ; elle s'entoure de berceaux et de parterres ; elle prodigue les tré- 
sors de Gérés, de Bromius et de l'Amour. 

(9) Gic. in Pis. 6, 13 ; Juv. VIII, 158. Le goût de fréquenter les tavernes est 
dit luxuria popinalis (Apul. Met. VIII, 1) et c'est à raison de ce goût que le 
grammairien Lenaeus traitait l'historien Sallusfe de lurcho, nebido et popino 
(Suet. de gr. lli). 

(10) Mart. V, 70. 

(11) Mart. V, 84, 4. 

(12) Copa 33. Gf. supra, I, p. 197, n. 7. Dig. XXIII, 2, 43 § 9 : Si qua caupo- 
7iam exercens in ea corpora quaestuaria habeat, ut miiltae assolent sub prae- 
te.xtu instrumenti caiiponii prostitntas mulieres habere, hanc quoque tenue 
appellatione contineri. De là l'expression salax taberna : GatuII. 37, 1. II en 
était de même dans les auberges pour voyageurs situées sur les grandes rou- 
tes : cf. infra, p. 103, n. 1. 

(13) Perfidiis caupo : Hor. Sat. I, 1, 29. Callidus copa : Mart. III, 57, 1. Cau- 
pones maligni : Hor. Sat. I, 5, 4. 



L'AL[MENTAT10N. 101 

tenus l(i?> tabernarii, popae {{), popinarii (2), popinariae (3), 
copoîies et ropae, gens que les lois clles-mômes réputent 
souvent infâmes (4). 

Il ne manque pas non plus d'hôtelleries pour voyageurs i'ôicii<ii b, 
{deversoria{V^), hospitia) (6), et d'écuries de remise [stabida), 
dont les ge'rants sont dits copones ou stahularii il) : tant 
l'Italie que la capitale les a connues, au plus tard dès le 
n' siècle avant notre ère. Il le fallait bien : si les voyageurs 
de distinction avaient leurs hôtes dans la plupart des cités, 
si les chargés de missions politiques trouvaient partout un 
parochus pour les accueillir (8), les gens qui voyageaient 
pour leurs propres affaires n'avaient guère d'autre refuge que 
l'auberge ; même les ambassadeurs rhodiens qui vinrent à 
Rome en 176 avant notre ère, n'ayant point reçu du Sénat 
l'hospitalité accoutumée (9), durent chercher gîte dans un 
sordidum deriersorium (10), Lés propriétaires de domaines 
voisins d'une grande route installaient le long du chemin des 



(1) C. /. L. VI, 982i. Popa Liciniiis de Circo maximo : Cic. "pro Mil. 24, 6j. 

(2) C. I. L. VI, 9825. 

(3) Amemone... palriae popinaria nota : inscr. de Tibur, Henzen 7269. 

(4) Paul. Sent. II, 26, il : Cian his qi/ne publiée mercibus vel tahernis exer- 
cendis procurant aduUerium fieri non placuit. Cette, disposition de la loi 
Julia de adulteriis fut modifiée par une constitution de Constantin de 
Tan 326 (C. Theod, IX, 7, 1) : les ancillae tabernarwn, à raison de leur vilitas 
vitae, demeurèrent réputées merelrices; mais ce décri ne s'attacha à la domina 
tabernae qu'autant qu'elle servait elle-même les hôtes. On trouvera tous les 
documents sur la matière coUigés dans Gothofr. ad. h. l. Du personnel mas- 
culin il est dit (C. Th. VII, 13, 8) : Inter.., militum turmas neminern e numéro 
servorum dandum esse decernimus, neve ex caupona ductum, vel ex famosartim 
minisleriis tabernarum, aut ex cocorum aut pislorum numéro. 

(o) Taberna devorsoria : Plaut. Men. 436. Devorsorium : Cic. Cal. maj. 23, 
84, etc. Taberna meritoria : Val. Max. I, 7, 10. 

(6) Hospitium Ihjgini Firmi, k Pompéi : Bull. d. Inst. 1882, p. 116; cf. C. /. /.. 
IV, 807. 

(7) Dig. IV, 9, 1 § 5 : Caupones autem et stahularios aeque eos accipimus, qui 
cauponam vel slabulum exercent, institutoresve eorum. VI, 9, 5 pr. : Caupo 
{mercedem accipit), ut viatores manere in caupona patiatur; stabularius, ut 
permittat jumenta apud eum stabulari. On lit aussi slabulum et stabularius 
dans Apul. Met. I, 13 et 17. 

(8) Supra, I, p. 232 sq. 

(9) Supra, I,. p. 232. 

(10) Liv. XLV, 22, 2. 



102 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

tahernae, tcihemae quMls louaient ou faisaient gérer par leurs escla- 
ves (1). Rien n'est plus commun que cette spéculation : la 
(472) Voie Appienne, par exemple, a les tabernae Caediciae (2) et 
les très tabernae (3) ; c'est dans une taverne proche de Bovilles 
que se réfugie Clodius attaqué par Milon (4) ; Cynthie, dans 
un voyage à Lanuvium, entre dans une taverne de la Voie 
Appienne (5); Cicéron parle d'un copo de via Latina (6), et 
Antoine, au retour de Narbonne, séjourne en une cauponida 
de la Voie Flaminienne (7). Dans ces admirables cités de la 
Gaule Cisalpine oi^i la vie est si abondante et facile, les au- 
berges, au temps de Polybe, ne tiennent pas môme de comp- 
tes : on a le vivre et le couvert pour un demi-as (8). Mais 
l'antiquité nous a légué un type de compte d'hôtellerie des 
débuts de l'Empire, dans le fameux relief d'Aesernia (9), qui 
représente un homme en costume de voyage, tenant en bride 
un mulet et comptant avec son hôtesse ; au dessus est gravé 
pour l'éternité leur vulgaire dialogue. 

Copo computemus. 

Habes vini sextarium unum, panem — assem unum; piil- 
mentanum — asses duos. 



(1) Varr. de re rust. I, 2, 23 : Si ager secundum viam et opportunus viatori- 
hus locus, aedificandae tabernae deversoriae, quae tamen, quamvis sint fructiio- 
sae, nitiilo inagis sunt agricuUurae partes. 

(2) Fest. Ep. p. 45, 13 : Caediciae tabernae in via Appia a do7nini nomine sunt 
vocatae. Elles étaient voisines de Sinuessa. V. Mommsen, ad C. I. L. I, 1199. 

(3) Act. Apost. 28, 15 ; Itin. Anton, p. 107 Wess. 

(4) Ascon. in. or. pr. Mil., p. 28 Kiessling. 

(5) Propert. V, 8, 19. 

(6) Cic. p'o Cluent. 59, 163: Atque etiam... hominem multorum hospitem, 
Ambivium quemdam, coponem de via Latina, subornatis, qui sibi a Cluentio 
servisque ejus ip, taberna sua manus allatas esse dicat. 

(1) Cic. Phil. II, 31, 77. 

(8) Polyb. II, 15,5 : Trotouvrat yàp -uà; xaxaTv'jo-t'.î o'. StoSsûovTs; T•^|V ^wpav Iv 
Toti; Trav5o/etoiç, oô cujxœuvoûvxcç Trepi iwv -/.axà [xspo; èizizrfizM^^, iXk' spwTwvxsç 
Ttôffou xov àvopx Ziytxxi • û>^ [jlsv ouv èirl t6 ttoT^ù Trapisvxai xoù; itaxa'XÛTa? o'. 
TravooysT;, w; '.xavà -rrâvx' lyj.'.'/ xà -Tipô; x-J-jV XP'''*"^ f,aiajaaptou • loxtio 5' l'axt 
xsxapxov aspo; ù&okoû • airavio); Se xqûO' UTïepêaivo'JO't. 

(9) Reproduit Bull. Nap., VI, 1, et 0. Jahn, Ber. d. k. suchs. Ges. d. W., 
ph.-hist. Cl. 1861, p. 369, pi. X, 6. Voir rinscription C. I. L. IX, 2689 = Henzen 
7306. La dernière ligne, selon Mommsen, signifie iste mulus feret me ad opus 
rusticum. 



I/ALIMENTATION. 103 

Convenit. 

Puellam — asses octo (l). 

Et hoc convenit. 

Faeniim mulo — asses duos. 

Iste midus me ad factum dabit. 

Les provinces eurent leurs hôtelleries, comme Rome et 
l'Italie. Cela va de soi pour les pays d'ancienne civilisation, (473) 
comme la Grèce (2). Pour les autres, la sécurité croissante y 
facilita les voyages ; les rapports de plus en plus étroits des 
provinces entre elles et avec la métropole les multiplièrent 
en les rendant à la fois nécessaires et possibles : voyages 
d'administration et d'affaires, explorations scientifiques ou 
tournées d'agrément (3). Alors on établit, sur toutes les gran- 
des voies provinciales, des relais [mutatio) et des quartiers 
de nuit [mansio) (4), et toute la question est de savoir si 
certaines désignations de ces stations, fréquemment repro- 
duites dans les itinéraires, visent en effet les tavernes qui y 
étaient attachées. 

A Rome et dans les autres villes, il est d'usage que les 
artisans et commerçants fassent suivre leur tirme de leur 
adresse, indiquée par le nom de la rue môme (o), ou d'un cnsoigms 
monument connu (6). Mais certaines maisons (7), et surtout 

(1) Supra p. 100, n. 12. 

(2) On connaît les anecdotes cont^'cs par Cicéron {de div. I, 27, 37; de inv. 
II, 4, 14), sur une auberge de Mégare, et sur une autre hôtellerie, grecque 
aussi sans aucun doute, où le voyageur est assassiné par l'aubergiste ; puis 
encore le grand na-caywyiov de Platées, ïiiucyd. 111, 68. Caupona, aux environs 
de Larisse, mentionnée Apul. Met. 1, 7. 

(3) V. Friedlaender, Darstellunr/en, U>, p. 3-82. 

(4) V. notamment Vltinerarium Rierosolymitanum, dans Parthey et Pindcr, 
Itin. Anton. Aug. et HierosoL, Berol. 1848, in-8. 

(5) Auraria et margaritaria de via Sacra — aurifex de via Sacra — caelator 
de via Sacra — et nombre de firmes pareilles : Preller, Regionen, p. 129. , 
Lanarius de Vico Caesaris — sagarius post aedem Castoris : ib. p. 131. Lana- 
rius de Subura — lanarius a Vico Loreti minoris : ib. p. 197. Pomarius de 
aggere a proseucha : C. I. L. VI, 9821. Linlearius qui manet in Sebura maiore 
ad nimfas : Or. 8 = C. /. L. VI, 9o26. 

(6) Non seulement de temples et de portes, mais aussi de statues ou figures 
quelconques : ciconiae nixae : Preller, Regionen, p. 173; caput Africae — 
capila bubiila — caput Gorgonis : ib. p. 120, etc. 

(7) La boutique ad palmam est dite aussi domus palmata : ib. p. 143. 



104 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

les tavernes, ont un insigne à elles propre : à Rome, une 
auberge situde sur le Forum exhibe une imago Galli in scuto 
Cimbrico -picta^ et l'on a trouvé à Pompéi une hôtellerie à 
l'Éléphant (1). D'après ces précédents, il doit être permis de 
reconnaître une auberge au Coq dans l'inscription de Nar- 
bonne (2) L. Afranius Cerealis l. Eros^ ospitalis a Gallo Galli- 
nacio^ et d'inférer d'une enseigne d'hôtellerie lyonnaise (3) 
la firme Ad Mercurium et Apollinem. Lors donc qu'on lit, 
(474) dans les itinéraires, des noms de stations tels que ad Mer- 
cnrios, ad aquilam minorem, ad aquilam nmjorem, ad Dia- 
na77i, ad gallum gallinaceum^ ad dracones, ad olivam^ ad 
ficum^ adrotam (toutes en Afrique), ad Hercnlem (Sardaigne), 
ad malum (Italie supérieure), ad pinim (près Ancône), ad 
morum (Espagne), on est amené à penser que ces stations doi- 
vent leurs désignations aux enseignes de leurs auberges (4). 



(1) Qniiitil. VI, 3, 38; Fiorelli, Giorn. cl. Scavi 1862, n. 13, p. 24; Overbeck. 
Po7np. ^ p. 379; C. I. L. IV, 806. 

(2) Or. 4330. 

(3) Or. 4329 = Boissieu, Inscr. de Lyon, p. 418 : Mercurius hic lucrinn pro- 
mittit, Apollo salutem : Septumanus hospitium cum praiidio. Qui venerit, 
melius utetur. post, hospes, ubi maneas prospice. 

'(4) Détails sur ce point : Jordan, ûb. Rom. Aushiingeschilder , in Archuolog. 
Zeitung 1812, p. 65 sq. 



CHAPITRE DEUXIÈME (475) 



LE VÊTEMENT, 



C'est une tâche méritoire, mais à peine eiflcurée encore, 
que l'histoire des modes dans l'antiquité. On ne prétend point 
ici non plus l'assumer en son entier, même en la restrei- 
gnant à l'antiquité romaine. Notre étude du vêtement ne por- 
tera que sur trois points essentiels : les matières premières 
employées chez les Romains, par ordre chronologique ; les 
principaux types de costume, et les diverses professions qui 
desservaient les besoins de la mode. Quant à la technologie 
de la teinture, de la filature, du tissage et de la broderie anti- 
ques, on n'y donnera place que dans la mesure où le per- 
mettent la compétence de l'auteur et l'intérêt qu'elle peut 
olïrir au lecteur philologue. 



SECTION P^ — MATIÈRES TEXTILES (1). 

1. La laine. 
La Grèce ne connut d'abord d'autre produit. textile que la 



(1) Ouvrages sur la question : Mongez, Recherches sur les habillements des 
anciens, in Mém. de l'Insf. de Fr., cl. d'hist. et littér., t. IV, 1818, in-4, p. 222- 
314; J. Yates, TexLrinum Antiquorum, an account of the art of weaving among 



106 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

laine (1). Ainsi du paysan romain : le port d'un lourd tissu 
(476) de laine est tout indiqué par le climat (2), et la production 
de la laine a de tout temps fait partie intégrante de l'écono- 
mie rurale de l'Italie (3). Toutes les anciennes amendes con- 
sistent en bœufs et moutons (4). Les variétés fmes importées 
de Grèce (5) prospérèrent si bien que la laine d'Italie sur- 
passa celles de Grèce, d'Asie Mineure, d'Afrique et des Gau- 
les (6), et c'est le renom des races italiennes qui se perpétue 
en celui des moutons d'Espagne (7). L'Apulie a les plus beaux 
sujets (8) : Varron déjà y élevait de grands troupeaux (9), 



the ancients, part I (seule parue malheureusement), London 1843, in-8 ; 
G. Semper, der Stilin d. technischen u. tekton. Kunsten, Th. I, Textile Kunst, 
Francfort s/ M. 1860, in-8; Blûmner, Technologie u. Terininolor/ie d. Gewerbe 
u. Kilnste bei Gr. u. Rôm., Th. I, Leipzig 187u, in-8, p. 89 sq. ; Blûmner, die 
gewerbl. Thiitigkeit derVôlker d. class. Alterthums, Leipzig 1869, in-8; Bûchs- 
enschûtz, Hauptstulten des Gewerhfleisscs, Leipzig 1869, in-8. Sur la laine en 
particulier : H. Grothe, die Geschichle d. Wolle u. Wollenmanufaktur im 
Alterthum, in Dtsch. Vierteljahrsschrift 1866, IV, p. 259 sq.- Enfin les ques- 
tions auxquelles est consacré ce chapitre se trouvent traitées en grande partie 
dans South Kensington Muséum : Textile Fabrics; a descriptive catalogue of 
the collection of churchvestments , dresses, silk stuffs, needlev)ork and tapes- 
tries, forming that sect. ofthe M., by Dan. Rock, London 1870, in-8, Introduct., 
p. i-CLxi. On trouvera chaque bibliographie spéciale en son lieu et place. 

(1) Platon {Polit., p. 280^) définit ainsi l'industrie textile : %oil >v£)ko£i:a;i£v, w? 
5ôÇaù[j.£v à'v, aLlT•^,v tV ÇT,TT,6£Ïffav à|X'jvTixT,v yji[iwvtav, èpsoû TtpoêXTijAaxoî epya- 
(TTixTiV, ôvojJia 8è OcpavTix^iV Xcj^Oeïjav. 

(2) Mommsen, R. G., I^, p. 34 *. 

(3) Colum. VII, 2, 1 : Post majores quadrupèdes ovilli jjecoris secunda ratio 
est, cjuae j)rima fit si ad utilitatis magnitudinem referas : nam id praecipue 
nos contra frigoris violentiam protegit, corporibusque nostris liberaliora prae- 
bet velamina. Plin. //. AT. VIII, 187 : ut boves victum hominum excolunt, ita 
coiyorum tutela pecori debetur. 

(4) V. Organ. financière, p. 2, n. 2, et S, n. 2; Varr. de re rust. II, 1, 9. 

(5) Plin. H. N. VIII, 190 : Lana autem laudatissima Apula, et quae in Italia 
Graeci pecoris appellatur, alibi Italica. 

(6) Pline [loc. cit.) n'assigne à la laine de Milet que le troisième rang. 

(7) On importa en Bétique des moutons de l'Italie inférieure, notamment de 
Tarente, témoin Colum. VII, 2, 5, et Caipurn. Ed. IV, 37-49 [ce dernier pas- 
sage ne paraît pas probant]. Mais, d'autre part, on payait jusqu'à un talent 
certains béliers d'Espagne : Strab. III, p. 144. 

(8) Varr. de L. L. IX, 39; Plin. VIII, 190; Mart. VIII, 28, 3; XIV, 15.^. 

(9) Varr. de re rust. II pr. 6. 



* Hist. Rom., Irad. Alexandre, I, p. 48. — V. H. 



LE VÊTEMENT. 107 

transhumants comme ceux d'aujourd'hui (1), qu'on menait 
paître durant l'étd sur les hauts plateaux du Samnium et 
jusqu'à Réate (2). La Calabre (3) se fait gloire des races fines 
de Tarente (4) : à l'exemple de l'Attique (5), de Mégare (6), 
de Mil et (7) et de la Bithynie (8), on y revôt de peaux les 
moutons (9), afin de garder toute leur pureté aux toisons 
dont on fabrique les tissus diaphanes si célèbres au temps 
de Lucien (10), On cite encore les moutons de Ganusium (11), 
de Lucérie(12) et des environs (13), puis les races delà Gaule (477) 
Cisalpine [lana GalUcana (14), Circumpadana (IS) ), oiî l'on 
distinguo Pollentia (16), Parme (17), Modène (18), Padoue (19), 
Altinum (20) et Aquilée (21). En dépit do cette intense pro- 



(1) Yatcs, op. cit., 1, p. 81-84. 

(2) VaiT. de re rust. II, 1, 16; 2, 9. 

(3) Colura. VII, 2, 3. 

(4) Varr. de rerust. II, 2, 18; Strab. VI, p. 284; Colum. VII, 2, 3; Plin. VIII, 
190; Mart. Il, 43, 3 ; IV, 28, 3; V, 37, 2; VIII, 28, 3; XII, 63, 3. 

(5) Varr. loc. cit. 

(6) Diog. Laert. VI, 41. 

(7) Clein. Alex. Paed. II, 10, 111, p. 237 Potter, 

(8) Strab. XII, p. 546. 

(9) Varr. loc. cit. : Pleraque simililer faciendum i?i ovihus pellitis, qiiae 
propler lanae bonitatem, ut sunt Tarentinae et Atticae, pellibiis interfiintur, ne 
lana inquinetiir, qtiominus vel infici recte possiY vellus vel lavari ac puturi. 
Horace aussi {Od. II, 6, 10) mentionne les pellitae oves. En grec elles sont 
dites ÛTTOûicpôspoi : Strab. IV, p. 196, et XII, p. 346. 

(10) Lucian. Rhet. praec. 15 : h^ èj9r|î Se ectto) £'jxvOt,î xal 'kt'jy.-ri, è'pyov Tf,ç 
TapavTtvTjî, wç Stayai'vETBai xo Twixa. 

(11) Plin. VIII, 190; Mart. XIV, 127 et 129. 
(12)IIor. Od. III, 15, 14. 

(13) Strab. VI, p. 284. 

(14) Varr. de L. L. IX, 39; cf. Ilor. Od. III, 16, 35. 

(15) Plin. H. N. VIII, 190. 

(16) Colum. VII, 2, 4. Nirjri velleris : Plin. VIII, 191. Mart. XIV, 157. Sil. 
Ital. VIII, 599 : fuscique ferax Pollentia villi. 

(17) Colum. Vil, 2, 3 ; Mart. II, 43, 4; V, 13, 8 ; XIV, 155. 

(18) Col. ib. La prospérité de l'industrie à Modène est attestée par le fullo de 
Martial (III, 59) qui gratifie ses concitoyens d'un miintis. 

(19) D'après Strabon (V, p. 218) Modène fournit de la laine fine, les Ligures 
et les Insubricns, une laine grossière, et Padoue, une qualité moyenne, dont 
on fabrique des couvertures et yauniiTat xal x6 xotoOtov sISo? iràv, àvyîixaXXov 
xal éTîpô[j.aX)vov. 

(20) Col. VII, 2, 3; Mart. XIV, 155; Tertull. de pall. 3, p. 539 med. Oehler. 

(21) Sur le Timave : Mart. VIII, 28, 7. 



108 LA VJE PRIVÉE DES ROMAINS. 

duction indigène, Rome importe en masse les laines exo- 
tiques, brutes ou travaillées : il n'est pas de contrée grecque 
où l'on n'élève le mouton, mais les laines fines viennent 
surtout de l'Attique (1), de Mégare (2) et de la Laconie (3) ; 
en Asie Mineure (4), les deux villes de Milet (5) et de Laodi- 
cée (6) paraissent avoir érigé la manufacture de leurs laines 
(478; on monopole (7), celles de Selgé en Pisidie (8) et de Colos- 
ses (9) sont à l'époque romaine réputées les meilleures, et le 
commerce apporte même du Caucase la laine des moutons 
circassiens (10); on tire de la Gaule des étoffes grossiè- 



{]) Van-, de re rust. Il, 2, 18. Labérius, cité par Nonius, p. 212, 21, où Rib- 
beck {Com. fragm., 2'= éd. p. 290) adopte ma lecture : Nihilne refert, mollem ex 
lanilia Atlica An pécore ex hirto [cr'assuin\ vestitum géras. Car les noms 
techniques des moutons à laine fine et à grosse laine sont respectivement 
pecus Tarentinum et hirtum (Col. I pr. 26), mollepecus et hirtiim pecus (Col. VII, 
4, 1, 4). Cf. Plut, de audiendo 9, p. 51 Diibner :6aoiô; irsx'. \).'t\ po!j>.o[X£va)... î[j.â- 
Ttov TTEpiêxîiÉJÔa'. /sijxwvoî, il [l■^, Tzooêâxwv 'Axtixwv sït, xh è'o'.ov. 

(2) Diog. Laert. VI, 41. 

(;j) Hor. Od. II, 18, 7. 

(4) Toute l'Asie Mineure élevait des moutons, et l'on cite comme pays pro- 
ducteurs de laine la Syrie, la Galatie, la Lycaonie, la Pisidie, la Pamphylie, 
la Phrygie et la Lydie : Blûmncr, Gewerhl. Thutigk., p. 23-35. A Philadelphie de 
Lydie il y avait une wX^ twv épioupyôJv : C. I. G. 3422. 

(5) L'éloge de la laine de Milet revient fréquemment : les Sybarites déjà en 
faisaient venir des étoffes (Athen. XII, p. 519''); Milesia vellera, Verg. Georg. 
IV, 334 ; laine de Milot teinte en pourpre, ib. III, 306. Eustath. ad Dionys. 
823 : Epta 8è ô Tdiro; ouxo; cpspst dyaôi, ôôev xal sîi; -irapotiJLtav vtstTat xi MiXr.ata 
aTp(ô[xaTa. Tzetzes Chil. X, 347 : Tô xa^^atôv Tispl axpwixvàç r^v Tri MiXt,tw or^\lr^ • 
'Epia xi Mt^iffia xâXT^taxa yàp xûv Ttavxwv. Col. Vil, 2, 3; Plin, VllI, 190; 
Mart. VIII, 28, 10; TertuU. de ciiltu fem. I, 1; de pall. 3; et autres références 
dans Yates, I, p. 35-37. 

(6) Plin. VIll, 190; Strab. XII, p. 578; Ilieronym. ado. Jovinian. II, 21; 
Expositio tothis miindi, in Riese, Geogr. Lat. ?ni7i., p. 115, 42; Ed. Diocl. XVI, 
12-15. 

(7) Cic. in Verr. I, 34, 86 : Nam quid Milesiis lanae publicae abstulerit... 
dicere praetermittam. Strab. XII, p. 578 (parlant de Laodicée) : %%>. TrpoaoSsûov- • 
xai TvajxTTpwî ait' aôxwv (xwv èpîtov). 

(8) Tertull. de pall. 3. 

(9) Strab. XII, p. 578. 

(10) Hipponax déjà, qui vivait à Éphèse en 540, dit d'une femme (/"/•. 3 
Bergk =^ Tzetzes Chil. X, 378) : Kopa^txôv [xèvf,îi.9i£(j;jiév-ri "Xûir.oc,. Yates (1, p. 29 
sq.) a prouvé que les Coraxi, qui se nomment encore de nos jours Charat- 
schai, habitaient la Colchide sur le versant septentrional de l'Elbourz, et appor- 
taient leurs denrées sur le marché de Dioscurias, d'où elles se rendaient à 
Milet. Ce qui reste douteux, c'est la nature môme du KopaÇcxôv )vwtoî : est-c« 



LE VETEMENT. 109 

rcs(l), des tissus fins de la Bétique (2), particulièrement de 
Cordoue (3) et de la Turdétanie (4) ; il en vient enfin de Lusi- 
tanie (5). On recherche toutes ces variétés tant à raison de 
leur finesse que de leur nuance naturelle qui épargne la 
peine de les teindre : la laine de Canusium est brune (6) 
ou rouge (7) ; celle de Pollentia, noire ; celle d'Asie, rou- 
geâtre (8) ; celle de Bétique, jaune-brun (9) ou grise, et cer- 
taines couleurs de laines se désignent couramment par des 
termes de convention, color Mulinensis (gris-brun) (10), color 
spanusovL nativiis ou leiicopliaeus (gris) (11), xopa^yi XP°'^ (noir (479) 
luisant, à ce qu'il semble) (12). 



une étoffe circassienne? ou un vêtement de la couleur de la laine de Circas- 
sie? Car, aux bas temps, le mot xopa^ô; désigne une couleur, et la laine ainsi 
colorée se tire également d'Asie Mineure et d'Espagne. Strab. XII, p. 578 : 
tpspit S" ô "TCspl ->,v AaoôixE'.av tôtto; -rpoêaTwv ipaxà; oùx s".? ]i-'x)\7.yi6xt\'Z'X [aovov 
TÔJv èpiwv, ■?! xal Twv Mi>.Tia£wv otaçipsi, iXkk xal sic f^.v xopa;-^,v yçàoL^j, (xxs'zt xal 
-itpojoSs'Jovxai XajAiipôi; ait' aùxwv, warsp xal ol KoT^oaativol àizà xoû ôijlwvûjjlou 
ypw[jLaTo; ttXt.tlov oîxouvtsî. Id. III, p. 144 (parlant de la Turdétanie) : tcoX)\^ 
oï %%l ïJÔtjî iTpÔTSpov Tjp/sto, vûv 6â è'p'.a [j.3)^Xov xwv xopaÇwv. Cf. infra, 
n. 12. 
(i) Il en sera question plus bas. V. aussi Yates, 1, p. Hl. 

(2) Juv. XII, 42; Plin. VIII, 191 ; Mart. VIII, 28, 6; XII, 65, 5. 

(3) Col. VII, 2, 4. 

(4) Strab. III, p. 144. 
(5)Plin. VIII, 191. 

(6) Fusca : Mart. XIV, 127. Fîilvi coloris : Plin. Vlll, 191. 

(7) Mart. XIV, 129, 

(8) (Oves) rutili coloris, quas Erythraeas vacant, en Asie : Plin. VIII, 191. 

(9) Mart. IX, 61, 3 (parlant de Cordoue) : Vellera nativo pallent ubi flava 
métallo. Cf. XII, 63, 3. Et V, 37, 7 (d'une jeune fille blonde) : Quae crine vieil 
liaetici gregis vellus Rhenique nodos aureamque nitellam Cf. XII, 99, 2; XIV, 
133. 

(10) Nonius,p. 548, 17 : Impluviatus color, quasi fiimalo stillicidio implutus, 
qui est Mulinensis, quem nunc dicimus. Plautus in Epidico (224); Impluvia- 
tam, ut istae f'aciunt vestimentis nomina. C'est aussi sans doute à leur couleur 
que doivent leurs noms la y)ia[jLÙ; [xoTOvT.aia [Ed. Diocl. XVI, 40 et 41, cf. 30 et 
31), la 7^avtî ixo'JTO'jv-fiuta (ib. 72-73) et le çpi6ou>^aTÔptov [Jio'Jtouvf,aiov (ib. 74). 

(11) Nonius, p. 549, 30 : Pullus color est, quem nunc spajium vel nalivum 
dicimus. Plin. //. .V. XXXII, 114 : in panno leucophaeo. Mart. I, 96, 3: Amator 
ille tristium lacernarum Et baeticatus atque leucophaeatus. 

(12) Saumaise [ad Tert. de palL, p. 215) enseigne que xopa^o? est dérivé de 
xôpa; et signifie « noir-corbeau », et cette acception a pris place dans les 
lexiques récents ; mais elle est dénuée de tout fondement. Le mot KopaÇd; est 
un ethnique : outre les passages cités supra, p. 108, n. 10, on le voit désigner la 
couleur dans Plut, de fluv. H, 4, p. 89 D. (XtOoi... xopaçol fh,v xpô»v), et 18, 8, 



110 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 



2. Le poil de chèvhe. 



Le poil de chèvre a bien moins d'importance comme tex- 
tile. La chèvre, sans doute, est dans l'antiquité un animal 
domestique beaucoup plus commun que le mouton, mais on 
ne l'e'lèvc que pour le lait, le fromage et la viande, tout au 
plus la peau sert-elle à vêtir les bergers et les paysans : on 
ne tond que les races à longs poils, telles que les produisent 
la Phrygie, laCilicie (1), l'Afrique (2) et l'Espagne (3), et ces 
poils eux-mêmes n'ont d'autre destination que la fabrication 
d'articles grossiers, câbles (4), cordes à l'usage des tor- 
menta (5), et toile à sacs, tissus velus qui doivent aux chè- 
(480) vrcs de Cilicie leur nom de ciliciiim (6). On en fait de gros 

p. 94 D. (>*t6o<;... xf, /pôct xopaçô;;). Eustathe est le seul à attester que ce 
soit une nuance de noir {Opusc, p. 236, 43) : Sî[xvûovTat yoûv xal év spioiî [Xc)va- 
vauyéai Ta xopa^à oùy^ dtir)vwî iXkk xapaOéffît Tri T^pôç étspoïa jxÉXava. Si cette 
information est exacte, il se peut évidemment que cette couleur soit la même 
que le /pwixa -Aopax'.vov, Bekker, Anecd., 1, p. 104, 14. Vitruv. VIII, 3, 14 : 
pecorçi... procréant aliis locis leucophaea, aliis locis pulla, aliis coracino colore 
(c'est donc une autre nuance que pullus). Dig. XXXII, 1, 78 § S : Coccum quod 
proprio nomine appellatur quin versicoloribus cederet, nemo dubitavit; quin 
minus porro coracinum aut hysginum aut meliniim suo nomine quam coccum 
purpurave designahir? 

(1) Varr. de re rust. II, H, 11 : Capra pilos ministrat ad iisum nauticum et ad 
bellica tormenta et fahrilia vasa. Neque non qiiaedam nationes hariim pellibus 
sunt vestitae, ut in Gae}ulia et in Sardinia. Cujus usum apud antiques .quo- 
que Graecos fuisse apparet, quod in tragoediis senes ab hac pelle vocantur ôtœ- 
Oepiai, et in comoediis qui in rustico opère morantur... Tondentur, quod magnis 
villis sunt) in magna parte Phrygiae, unde cilicia et cetera ejus generis fieri 
soient. Sed, quod primum ea tonsura in Cilicia sit instituta, nomen id Cilicia 
adjecisse dicunt. CoL I, pr., 26; Plin. H. N. VIII, 203. 

(2) Verg. Georg. III, 311 : Nec minus interea barbas inca^iaque menta Ciny- 
phii tondent hirci, saetasque cornantes, Usum in castrorum et miseris velamina 
nantis. Ce dernier vers est cité par Col. VII, 6, 2, et Ascon. in Cic. Verr. I, 
p. 185 Or. 

(3) Avien. Ora mar. I, 218-221. 

(4) Geopon. 18, 9 : -t^ Se 6piç àvayxaîa -npdç tî a/oivou? y.ctl uixviou; xal Tit toû- 
Totî TrapaTrW,aia xotl sU vauTixxî {i-T,pc(j£aî, o'jts -/.otz-zôixvjol pa5tw; oùts ffT,irô|xîva 
tpufftxcôî èàv [A^, Xtav xaToX'.ywpTiOri . 

(5) Varr. loc. cit. CL Organ. milit., p. 255. 

(6) Ascon. in Cic. Ferr. I, p. 185 Or. : Cilicia texta depilis. Varr. loc. cil,, 
cité par Philargyr. ad Verg. Georg. III, 313. 



LE VÊTEMENT. 111 

manteaux (1), des sacs, des bourses (2), des rideaux pour 
garantir les maisons des intempéries (3), des couvertures de 
lit (4), des abris contre le feu et les flèches dans les opérations 
militaires (5), des toiles grossières pour les soins à donner 
au bétail (6) et des chaussures en feutre (7). 



3. Le lin. 

C'est l'Egypte qui la première a cultivé le lin ; c'est elle L'industrie 
aussi qui en a produit les meilleures sortes (8). Les Egyp- en Egypte, 
tiens étaient vêtus de toile (9) ; leurs prêtres, notamment, ne 

{i) Varr. loc. cit. Solin. 33, 3 (parlant des Arabes) : Ipsa autem tentoria 
cilicia sunt : ita nuncupant velamenta caprarum pilis texla. Isid. Or. XIX, 26, 
10 : Cilicia Arabes nuncupant velamenta pilis caprarum contexta, ex quibus ten- 
toria faciunt. Glossar. Nomic, dans le Stephanus de Londres, IX, p. 462 : KtXt- 
xia • Tpxyoi iizh Ki'Xixix;, ol SajEti; •... oOsv xal Ta 1% tôjv xpiywv !JuvxtG^|i.£va t.'.'K'.- 

(2) Yatcs (L P- 141) observe que l'expression ôeppEÏç Tpiyivat des Septante 
{Ex. XXVI, 7-13, et XXXVl, 14-15) a pour équivalent dans la Vulgate saqa de 
pilis caprarum. En Orient, en temps de deuil ou de pénitence, on porte des 
aâxxoi (voir le passage, Yates, 1, p. 142) ; mais, selon la remarque de Yates, le 
sagum des Romains doit bien avoir quelque affinité avec le aaxxoî. 

(3) Dif/. XXXIII, 7, 12, § 17 : Vêla autem cilicia instrumenti esse Cassius ait, 
quae ideo parantur, ne aedificia vento vel pluuia laborent. Cf. XIX, 1, 17 § 4. 

(4) Hicronym. Ep. 130, 4 Vallars : nunquam eam linteamine, nunquam plti- 
marum iisam mollitie, sed ciliciolum in nuda humo habuisse pro stratu. Cf. id. 
Ep. 108, 13 Vallars. 

(5) Scrv. ad Geor;/. III, 313 : de ciliciis et poUuntur loricae et teguntur tabu- 
lata turrium, tie jadis facibus ignis possit adhaerere. Veget. de re mil. 4, 6 : 
Deinde per propiignacula duplicia saga ciliciaque tenduntur, quae impetum 
excipiunt sagittarum. Liv. XXXVIII, 7, 10 : intersaepientibus cuniculum... nunc 
ciliciis praetentis nunc foribus raplim objectis. Sisenna, cité par Nonius, p. 91, • 
27 : l'uppis aceto inadefactis centonibus integuntur, quos supra perpétua classi 
suspensa cilicia obtenduntitr. Amm. Marc. XX, 11, 9 : Defensores obtentis cili- 
ciis, ne conspicerentur ab hostibus, latebant intrinsecus. Ib. XXIV, 2, 10 : Tum 
defensores... per propugnacula ciliciis undique laxius paîisis, quae telorum 
impetus cohiberent,... validissime resistebaiit. 

(6) Veget. de arte vet. II, 14 (I, 42), 3. 

(7) Mart. XIV, 140. 

(8) Sur l'histoire de la culture du lin, voir Ilehn, p. 142 sq. e 

(9) Ilerodot. Il, 37 : eï|i.aTa Bili-jtT. cpopÉo'jTi aîsî vEÔTrA'jTa st:itt|ScÛovtsî toûto 
[xaXiJTa. H, 81 : 'EvSîS-Jxatr: Se x-.Owvaî XivIo'Jî r^spl -ri ffxsXsa ejTavwToûî, oO< 
xaAÉo'JTi xa>;XTip'.î " è-l TO'jTOio-'. 5è slpt'vea eïfiaTa liuxi i-avaêXr.Sôv œopÉo-jff-. ' 
où [xevco'. h ys xà îpà so-fépcxai sipivca, Gtioi tf'jyxaxaOiTZTexa-: cr»'. • où yip ojtov, 
Cf. Ion, dans Athen. X, p. 431'*. 



112 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

portaieat que de la toile blanche (1) en vêtement de dessus 
et de dessous (2). Les villes de Panopolis (3) (au nord de 
(481) Thèbe), d'Alexandrie (4), de Tanis, de Péluse, de Butos, de 
Tcntyris (5), de Casium (6), d'Arsinoé (7) fabriquaient des 
toiles renommées, et les temples eux-mêmes avaient leurs 
ateliers de tissage. La peinture de la grotte d'El Kab nous a 
conservé la reproduction du travail du lin dans ses moindres 
détails (8), et la toile était pour l'Egypte un important article 
d'exportation (9). Et pourtant cette industrie n'y paraît pas 
appartenir à la plus haute antiquité : les plus anciennes 
momies connues sont emmaillottées de laine, et c'est avec 
la 12^ dynastie seulement qu'apparaissent les linceuls de toile 
restés dès lors en usage (10). La grosse toile et la toile à voile 



(1) Apul. Met. XI, 9, 10. 

(2) Plut, de Is. et Osir. 4, p. 431 D. Apul. de mar/. 36 : Serf enini mundissima 
Uni seges iiiter optimas fruges terra exorta non modo indutui et amictui sanc- 
tissitnis Aegypliorum sacerdotibus, sed opertiii quoque rébus sacris usurpatur. 
Hieronym. in Ezech. 44, vol. III, p. 1029 Ben. = V, p. 548 Vallars : Vestibus 
lineis utuntur Aegyptii sacerdotes, non solum extrinsecus, sed et intrinsectts . 
Isis elle-même est dite langera : Ov. Ep. ex Pont. I, 51 ; A. am. I, 77; et ses 
prêtres, linigeri : Ov. Met. I, 747; Juv. VI, 533 ; Mart. XII, 29, 19; cf. Suet. Oth. 
12; Apul. Met. II, 28; XI, 10. 

(3) Strab. XVII, p. 813 : Ilavwv TtôXiî, Tvtvoupywv xxl XiOoupywv xatoixia -irxXati. 

(4) Ed. Diocl. XVII-XVIII. 

(5) Plin. H. N. XIX, 14. Le Pelusiacum mentionné Sil. Ital. III, 24 et 375. 

(6) Steph. Byz. s. v. Kdtaiov. 

(7) Arrian. Per. Mar. Erythr. 6. 

(8) Description de l'Egypte, Antiquités., Planches, I, 68, reproduit Yatcs, 
pi. VI, p. 255 ; Wilkinson, op. cit., III, p. 138. 

(9) Hadriani Episliila, dans Vop. Saturnin. 8 : genus hominum seditiosis- 
simum... ciiJzïas (Alexandrie probablement) opulenta, dives, fecunda, in qua 
nemo vivat otiosus : alii vitrum confiant, aliis charta conficitur, alii linifio- 
nes, omnes certe cujuscunque artis et videntur et habentur. Treb. Poil. Gall. Il 
6 : curn ei nuntiatum esset, Aegyptum descivisse, dixisse fertur : Quid? sine 
lino Aegyptio esse non possumus? Le lin était fra'ppé en Egypte d'un impôt, 
probablement d'un impôt de fabrication, puisque l'Édit de Dioclétien (XVII) 
parle d'un timbre à apposer sur les toiles fines. Cf. Movers, die Phônizier, II, 
3, 1, p. 319-320, et les passages cités par cet auteur. Prochor. de Johann. Ev. 
Ilist., in Moninn. S. Patrnm Orthodoxogr., Basil, ^n-f", vol. I, p. 86 : xal ocaxsX- 
Oôv Ti'Xoîov àirô Aîyûirxou tôv cpôptov ÈTwttpEpdixsvov sifJLatwv à-nreîpôpT.aev iv 'lÔTZTt-i^ • 

ÈêO'jXstO Oc £i:l TO'JÎ SuTtXOÙî TOITOUÎ Sia-iTEpâv. 

(10) V. Parthey, sur Plut. Is. et Osir., p. 158. La question si souvent traitée 
de savoir si les momies étaient emmaillottées de lin ou de coton, a été reprise 
et résumée par Yates, I, p. 236-264 : il conclut que les linceuls étaient de toile. 



LE VÊTEMENT. 113 

portent chez les Grecs le nom égyptien (1) de ©cbo-o-wv; la toile 
fine y est dite byssus (2), terme que Pline est le premier à 6g««y 
re'pandre parmi les Romains; mais, comme les uns ni les 
autres ne se piquent d'exactitude dans l'usage des mots étran- 
gers (3), ils n'en ont pas restreint l'acception à la toile (4) et 
parfois dénomment à tort byssus divers tissus de coton (3). 



Cf. C. Ritter, in Abhandl. d. Bevl. Acad., phil.-hist. abth. 1851, p. 316-320; 
Brugsch, in Allgem. Monatsschr. f. Wissensch. u. Litter. 18o4, p. 633; Rock, 
op. cit., p. XVI. 

(1) Pollux, VII, 71. 

(2) J. R. Forster {Lib. singularis de bysso antiquorum, Lond. 1776, in-B»), qui 
prend le byssus pour du coton, a été complètement réfuté par Yates, p. 267- 
280, qui allègue, entre autres arguments : 1° que déjà Eschyle {Sept. c. Th. 
1039) attribue à Antigone un pûaaivov TréirTvwjjia, Euripide des puuivo'Jî ttéttXouî 
aux Bacchantes [Bacch. 821), et l'on doit remarquer, sur ce dernier passage, 
que les orphiques, eux aussi, portaient des vêtements de lin (Apul. de mag. 
56) ; 2° que, selon Hérodote (II, 86), les momies sont enveloppées aiv5(5voî pua- 
(jivTjî TcXaixwai xaTatsTiiT^fx^vonn; 3° que, dans le même auteur (VII, 181), on 
bande un blessé ntvSôvoî puffirivrji; 'ze'ka.p.îùa'., usage auquel le coton est impro- 
pre ; 4° qu' Isis enveloppe de byssina les membres d'Osiris (Diod. Sic. I, 85, 5; 
cf. Apul. de mag. 56 : Uni seges... opertui quoque rébus sacris usurpatur); 
5» que la vache d'or qui figure Isis est voilée d'un vêtement de byssus noir 
(î|jiaTia) [jLsXavi pjadîvw. Plut, de Is. et Os. 39, p. 448 D.) ; 6° que le grand navire 
de Ptolémée Philopator, décrit Athen. V, p. 206% a une voile de byssus, pûaat- 
vov ÎT-tov ; 7" que, suivant l'inscription de Rosette (Letronne, Recueil, I, p. 244, 
1. 29-30), les tissages des temples foui'nissaient au roi pûaaiva ôOôvia (cf. Organ. 
financière, p. 252, n. 3); 8° que Philon [de somn. I, 37, p. 653 Mang.) dit du 
grand-prêtre des Juifs : xV [lèv -notxtî^Tiv ÊffGf.xa àirafiçiffitExai, >kivî\v Se étépav, 
P'jauou Tî\î xaOapwuâTT,; neTcotT.jxévTiV iva>va[j.6d(V£i; et Josèphe enfin (/In^. III, 7, 
2), des prêtres juifs en général : è-!tl 8è to'jtw Xiveov evSujia Siirîvf.c » opeï aivSdvo; 
puaatvT,ç • )(e8o[iév7^ [ièv xaXsttai, Xivsov toOto aT,[xa{v£i • yeOùv yàp tô Xîvov i,[i.zlz 
xa>vou[A£v. Ces derniers passages et la signification du mot hébreu shesh sont 
fort discutés : Ritter (toc. cit., p. 347) y voit du coton; Movers, de la toile 
de lin d'Egypte (PkÔniz., II, 3, 1, p. 318). Le mot égyptien correspondant à 
pûaao? est pech ou pek : Brugsch, lac. cit., p. 635. 

(3) Pline (H. N. XIX, 14) range le gossypium — tel est le vrai nom du coton — 
parmi les variétés du lin, et ajoute : vestes inde sacerdotibus Aegypli gratis- 
simae. 

(4) Pour Paulin de Noie (vers 400 de notre ère), le byssus est sûrement du 
lin [ad Cytherium, in Max. Bibl. Patr., VI, p. 264*") : Contexta bysso vestis irrup- 
tam fidem Signât valenti staminé; Nam fila byssi fortiora et sparleis Feruntur 
esse funibus. De même Isid. Qr. XIX, 22, 15, et 27, 4 : Byssum genus est quod- 
dam Uni... quod Gracci papaten (lire T.ofKTzûiôr{) vacant. 

(5) Information importante dans Philostr. V. Apoll. 20 : t-^^v Sa ^'jff«ov oûsi- 
6a'. SévSpou (paffîv. Voir au surplus Yates, p. 274-279. Le byssus de Judée n'est 
ni du lin ni du coton, mais provient d'une plante herbacée annuelle encore 
cultivée aujourd'hui dans la région littorale de la Méditerranée : cf. Movers, 

Vie Privée des Rom. t. II. 8 



dl4 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

en orieni; En delioFS clc TÉgyptc, la Colchide (1), la Babylonie (2) et 

la Judée (3) cultivent aussi le lin ; les meilleures qualités de 
toiles sont fournies à Rome par les villes de Scythopolis près 
Damas, de Byblos et Laodicée en Syrie, et de Tarse en Cili- 
cie (4). La Grèce semble n'avoir point connu, ou à peine, la 
(483) production du lin (5). Mais il est indigène en Afrique (6), en 
en Afrique, Espaguc (7), cu Gaulc (8) et en Germanie (9). L'Italie infe- 
ct spécialement ricure ne le cultivait pas encore, nous dit-on, au temps de 

en Italie. r ? ' r 

Pythagore (10) ; plus tard elle le connut, mais n'en produisit 
jamais autant que les autres régions de l'Italie, parce que le 



PhÔn., II, 3, 1, p. 318 sq. On en peut voir une description, de l'an 1574, dans 
Reisen u. Gefangensch. Hans Ulr. Krafft's, hei'ausg. von Hassler, Stuttgart 1861, 
in-S", p. 99 sq. 

(1) Herod. II, 105; Xenoph. Cyneg. 2, 4; Pollux, V, 26; Strab. XI, p. 498; 
Blûmner, Gew. Th., p. 43. 

(2) Herod. I, 195; Strab. XVI, p. 746. 

(3) Mention fréquente. V. les références : Yates, p. 281 sq. ; Movers, Phôn., 
II, 3, 1, p. 216 sq. 

(4) L'Édit de Dioclétien de pretiis rerum venalium (XVII-XVIII) indique 
comme lins de qualité supérieure ceux de Scythopolis, de Byblos, de Lao- 
dicée, de Tarse et d'Alexandrie. Cf. Totiiis orb. descriptio, inRiese, Geogr. Lat. 
min., p. 110, 31 : Scythopolis, Laodicia, Byblus, Tyrtis, Berytus, qiiae lintea- 
men omni orbi terrarum emiltunt. Autres références dans Movers, PhÔniz., II, 
3, 1, p. 217-218. Scythopolis avait au iv<= siècle des manufactures impériales de 
lin : C. Theod. X, 20, 8. 

(5) L'Élide produit du byssiniim linum : Plin. XIX, 20. Pausan. V, 5, 2 : 
0au[idffat S' àfv Ttî èv "zr^ yîi 'HTksia tTiV ts pOffiJov, '6ii IvraCOa [idvov, étIpwOt 5è 
oii5a|xou Tf|Ç 'E7»>id5o; o'jsTat •... -fj Se pûffaoî r^ èv xt^ 'HXsia ^etutôtï^toç [lèv ëvexa 
où% à-zoùti tfiç 'Eêpaîwv, Iœxi Sa oby^ ôjxot'ox; ^avO-fj. Id. VI, 26, 6 : t->\v |xèv ?>\ xav- 
vaêtoa xal >vtvov xal t-)jv P'Jaaov a-nstpo'jui. Mais ce byssus paraît être celui des 
Hébreux, l'arbuste à coton. 

(6) Xenoph. Cyneg. 2, 4 ; Pollux, V, 26 ; Grat. Fal. Cyneg. 34-35 ; Vop. Aurel. 48, 

(7) Les tissus de lin venaient d'Emporium en Tarraconaise, colonie de Mar- 
seille (Strab. III, p. 160), de Tarragone même (Plin. XIX, 10), et surtout de Séta- 
bis (ib. 9), qui fournissait des toiles fines (siidaria Saetaba, CatuU. 12, 14). Cf. 
Sil. Ital. III, 374 : Saetabis et telas Arabum sprevisse superba Et Pelusiaco 
filiim componere lino. Grat. Fal. Cyneg. 41. 

(8) La toile des Atrebates en Belgique (Artois) était très fine. Ilieronym. adv. 
Jovinian. II, 21 =: vol. II, p. 357 Vallars : Tune pexa tunica et nigra subucula 
vestiebaris, sordidatiis et pallidus et callosam opère ges titans manum; nunc 
lineis et sericis vestibus, et Atrebatum ac Laodiceae indumentis ornatus ince- 
dis. Toute la Gaule fabriquait de la toile à voile : Plin. XIX, 8. 

(9) Tac. Germ. 17 ; Plin. ib. 

(10) Diog. Laert. VIII, 1, 19 : xà yàp Xtvâ oDtiw s!î èvcetvouî «yTxxo toùî 

tÔTIOUÇ. 



LE VÉTEMEiNT. 115 

lin est une culture épuisante (1); la Gaule Cisalpine, l'Etru- 
rie, le Piccnum et la Gampanie s'y adonnaient de temps 
imme'morial (2). L'Italie, toutefois, n'eut jamais beaucoup de 
toile fine : sa filasse commune était tissée à la maison en vue 
des besoins de la famille (3) ; on en faisait aussi de la toile à Usages du im 

^ ' ' à Rome. 

voiles, soit pour les navires, soit pour les vêla qui abritaient 
du soleil le Forum et les théâtres (4), de gros fil, du cordon- 
net (o), des filets de pêche (6) et de chasse (7), de la toile à 
sacs pour filtres (8), des bandes de pansement (9) et autres 
similaires. G'cst en 444 avant notre ère à Rome (10), en 293 (484) 
chez les Samnites (11), qu'on voit apparaître les libri lintei\ 
mais, tandis qu'en 308 ceux-ci se mettent en campagne vêtus 
de tuniques de lin blanc (12), les Romains ne connaissent très 
longtemps encore d'autre vêtement de toile que le pagne 
[sublujaculum^ subligar), porté par les femmes (13) et les 
hommes (14), et la guimpe {a?nictorni77î (15), taenia (16), stro- 



(I) Colinn. II, 10, 17; Pallad. X, 2; Theophr. de c.pl. 3, 6 [?]. 

(2; Plin. XIX, 9-13; llelbig, die Ital. in d. Poeb., p. 66 sq. ; Hehn, p. 152 sq. 

(3) Dig. XXXII, 70 § 11 : Lino autem Icgato tam faclum qiiam infeclum con- 
tinetur, quodqiie netum, quodque in tela est, qiiod est nondum detextum. 

(4) Plin. XIX, 3-8 et 23-24. Les lintea sont des voiles de navire dans la lan- 
gue poétique. 

(o) Le lien qui scelle une lettre est dit liniim : Cic. in Catil. III, 5, 10; Plaut. 
Baccli. 715 et 748, Pseiid. 42. Linum aussi la ligne à pécher : Ov. Met. XIII, 923. 

(6) Verg. Georg. I, 142; Ov. Met. XIII, 931; Juv. IV, 45. 

(7) Plin. XIX, 10-11 ; Ov. Met. 111, 153 ; VII, 768 et 807. 

(8) Plin. XXI, 122; XXXIV, 172. Cf. supra, I, p. 391, n. 4. 

(9) Colum. VI, 16, 2. 

(10) Liv. IV, 7, 12. 

(II) Liv. X, 38, 0. 

(12) Liv. IX, 40, 3. La legio linteata des Samnites ne devrait pas son nom à 
son costume, mais à la tente sous laquelle elle prêtait serment : Liv. X, 38, 
12; Fest. Ep.,^. 115. 

(13)Mart. III, 87,4. 

(14) Non] us, p. 29, 20 : Subligaculum est, quo pudendae partes corporis tegun- 
tur... M. Tull. de Off. I (35, 129) : scaenicorum quidem mos tnntam habet vetere 
disciplina verecundiam, ut in scaenam sine stibligaculo prodeat nemo. Isid. 
Or. XIX, 22, 5 : Ilaec et campestria nuncupantur, pro eo qiiod eisdem jitvenes, 
qui nudi exercentnr in campo, pudenda operiunt. Les gens qui servaient à 
table étaient succincti linteo : Suet. Cal. 26. Aux Douze Tables ce pagne est 
dit licimn : Fest. Ep., p. 117, 2; Gai. III, 192-3. 

(15) Mart. XIV, 149. 

(16) Apul. Met. X, 21 ; PoUux, VII, 65. 



116 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

phiiim [V), fascia pectoralis) (2), qui n'appartient qu'à la toilette 
féminine. Ce furent les femmes qui les premières, et dès l'épo- 
que républicaine, quittèrent les vêtements de laine pour ceux 
de toile : Pline nous donne pour une tradition de la famille 
des Serrani la défense aux femmes de porter du linge (3). La 
plus ancienne pièce de costume en toile que consacra la mode 
féminine fut le stippamm (4), dont le nom, en dépit de Var- 
ron ou de Nonius, n'a rien à voir à sîipra ni à suptus : c'est 
(485) tout simplement siparum et le grec T'icpapoç (voile), qui sans 
doute a passé par la langue osque avant de parvenir à 
Rome (5). Le supparum est un vêtement de dessus que 
les femmes mettent pour sortir. A la maison, les hom- 
mes ne portent que la suhucula ou chemise de laine et la 
tunique; les femmes n'ont également, par dessus la su- 
hucula^ qu'une tunique dite indusium (6) ou tunica indu- 



(1) Non. p. 338 s. v. ; CatuU. 64, 65; Cic. de har. resp. 21, 44. 

(2) Mart. XIV, 134; Ov. A. am., III, 274 ; Rem. am. 338; Prop. V, 9, 49. 
(3)Plin. XIX, 8. 

(4) Points traités en détail par Roeper, M. Ter. Varronis Eumenidum Reliq., 
partie, altéra, Gedani 1861, in-4o, p. 12-16. Références essentielles : Nonius, 
p. 540, 8 {supparum est linteum fémorale usque ad talos pendens, dictum, 
quod subtus appareat, où il faut, avec Roeper, lire linteum humerale, comme 
le montre le passage de Lucain, Phars. II, 363, parlant de Marcia, épouse de 
Caton : umerisque haerentia primis Suppara nudalos cingunt angusta lacertos) ; 
Novius, Paedio, in Ribbeck, Com. fragm. 2, p. 265 {Supparum puriim Meliten- 
sem linteum [em]escam meram)\ Afran. Epist., Ribbeck ib., p. 180 (lace, Puella 
non sum, supparo si induta sum?). Dans la pièce anonyme Verba Achillis in 
Parthenone (Raehrens, P. L. M. IV, n. 318 := Riese, n. 198), on fait dire à 
Achille (v. 23) : Arma tegant nostrum potius quam suppara corpus. Et un frag- 
ment des Eumenides de Varron (p. 175, n. 5 Bùcheler) attribue en ces termes, à 
Sérapis, semble-t-il, le vêtement rose de l'Aurore : Aurorat ostrinum hic indu- 
Lus supparum. 

(5) Varr. de L. L. V, 131. 

(6) Les informations qui nous ont été transmises sur toutes ces pièces de 
vêture sont pour la plupart ambiguës ou sûrement inexactes. L'article de Fes- 
tus (p. 310, s. V. suppanis) n'est pas restituable. Quant à ÏEpilome, on y lit 
(p. 311) : Supparus veslimentum puellare lineum, quod et subucula, id est cami- 
sia, dicilur. Or cette notion, en contradiction avec le passage de Varron cité 
plus bas, est une erreur manifeste ; mais l'addition id est camisia vient de Vepi- 
tomator, et non de Festus, puisque le mot camisia, qui ne se trouve pour la 
première fois que dans S. Jérôme {Ep. 64, vol. I. p. 361 Vallars : soient militan- 
tes habere lineas (tunicas), quas camisias vacant], paraît bien être d'origine 
gauloise (Zeuss, Gramm. Celt. 2, II, p. 787). D'autre part, Varron écrit (de L. L. 



LE VÊTEMENT. 117 

siata (1); au dehors, les hommes avaient la toge, et les fem- 
mes, un genre de surtout dans lequel rentre, avec la stola et 
la palla. dont il sera question plus bas, le supparum^ longue 
pièce de toile qui descend des épaules aux talons. 

Le développement des relations avec les autres pays 
méditerranéens (2) propagea l'usage des toiles fines. Celui 
du mouchoir remonte au temps de Cicéron (3) ; Catulle, en 
maint endroit, se pique de délicatesse sur cet article (4) ; dans (436) 
Pétrone, une femme en porte un autour du cou (0) ; Néron 
de môme (6), et il applique son mouchoir contre son visage 
lorsqu'il ne veut pas être reconnu (7) ; plus tard, de multiples 
appellations en dénoncent le commun emploi (8), et au cir- 



V, 131) : Prius dein indutui, tiim amictui quae sunl, tangam... Indutui alte- 
rum quod subtiis, a quo subucida, altertim quod supra, a quo siipparus, nisi id, 
quod item dicunt Osce. Alterius generis item duo : iinum quod foris et palam, 
palla ; alterum quod intus, a quo intusium. Mais ses définitions ne reposent 
que sur trois fausses étyniologies : supparus n'a rien à voir à supra, ni palla 
à palam, et indusium ne vient pas d'inlus, mais à'induere (sur ce dernier mot, 
voir Jordan, Beitr. z. Gesch. der Lat. Spraclie, p. 119). Vindusium n'est donc 
point, comme la palla, un vêtement qu'où met pour sortir, mais, suivant 
Texacte définition de Nonius (p. 539, 32), indusium est vestimentum quod cor- 
pori intra plurbnas vestes adhaeret, quasi intusium, et, selon Varron lui-même 
(cité Non., p. 542, 22) : posteaquam binas tunicas habere coeperunt, institue- 
runl vocare subuculam et indusium. Varron n'a été amené à la dérivation par 
intus, que parce que les femmes, dans l'intérieur de la maison, portaient Yin- 
dusium par dessus la subucula, et prenaient le supparum pour sortir. 

(1) Plaut. Epid. 231. Puis on ne rencontre plus nulle part le mot indusium, 
sauf encore indusiarius Plaut. Aul. 509, tandis que le mot subucula demeure 
usité : Hor. Ep. I, 1, 95 : *i forte subucula pexae Trita stibest tunicae, vel si 
toga dissidet impar, Rides. Nonius, p. 548, 29 : Castula est palliolum praecinc- 
tui, quod nudae infra papillas praecinguntur, quo muUeres nunc et eo magis 
utuntur, postqitam subuculis desierunt. 

(2) Dès l'époque de Verres la Sicile importait d'Orient la vestis lintea : Cic. 
in Verr. V, 56, 146. 

(3) Vatinius, en se défendant contre l'accusation de Calvus, se servait d'un 
candidum sudarium : Quintil. VI, 3, 60. 

(4) Sudaria Saetaba : Catull. 12, 14; 25, 7. 

(5) Petron. 67 : tune sudario maniis tergens, quod in collo habebat, applicat 
se toro (Fortunata). 

(6) Suet. Ner. 51. 

(7) Suet. Ner. 48. 

(8) Mai, Aiict. class., VIII, p. 239 : facitergium, togilla, mappa, mappula, 
gausape, orarium, manutergium, brandeum, manumundum, manupiarium. 
Dans Arnobe, une fois, mucinium (H, 23). Le terme usuel est orarium : Efym. 



\i8 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

que, au théâtre, les mouchoirs flottent en signe d'applaudis- 
sement (1); du temps d'Auguste, on se contentait encore 
d'agiter le pan de sa toge (2). Dans les usages domestiques 
entrent alors toutes sortes de linges [lintea] , nappes, ser- 
viettes et essuie-mains [inappae^ mantelia) (3), les uns fins, 
les autres pelucheux [villosa) sur une des faces (4), Les em- 
pereurs donnent l'exemple de ce luxe nouveau : Alexandre 
Sévère était grand amateur de toiles de lin (o). Sous la plume 
de Sénèque (6) les mots linteatus senex désignent encore 
spécifiquement un prêtre égyptien ; mais, au ni^ siècle , la 
tunique de lin est fort commune dans Rome (7) ; au iv% la 
chemise de toile sous la tunique de laine (8). L'Edit de Dio- 
(487) clétien de 301 de prédis rerum venalium (9) distingue, parmi 
les toiles usuelles, cinq qualités supérieures : celles de Scy- 
thopolis près Damas, de Byblos et Laodicée en Syrie, de 
Tarse en Cilicie, et d'Alexandrie; on les marque d'un tim- 



Marj . s. V. cpwaawv r^ -irpojtixo'j ti èxaayîïov • '>Â'^z-z%'. èà o'jtoj %at ô rapà 

'Pw[Aaîotç xa)v£ÏTat (Lpiptov. Augustin. Civ. D. XXII, 8. Il était également porté, 
en lien au bras gauche, par les prêtres chrétiens : Salmas. ad Vojnsc. Aiirel. 
48 = vol. II, p. 581 sq., éd. 1671. 

(i) Aurélien faisait don à'oraria, quibus uteretur populus ad favorem : Vop. 
Au7\ 48, S. Eusèbe (Hist. eccl. VU, 30) appelle cet usage xaTaaststv xod^ oÔôvan; 
iv ToTç ÔEdrpotî. 

(2) Ov. Am. III, 2, 74 : Et datejaclatis undique signa togis. 

(3) V. supra, I, p. 365 sq. 

(4) Verg. Aen. I, 702; Georg. IV, 377; et Serv. adAen. I, 702 : constat enim 
majores mappas habinsse villosas. Ov. Fast. IV, 933 : villis mantele solutis (à 
Toffrande). Sid. Ap. Ep. 5, 17 : linteiim villis onustiim (un essuie-mains). Mart. 
XIV, 138 : villosa lintea (une nappe). Le sudarium dont on se sert chez le bar- 
bier (Mart. XI, 39, 3) se nomme aussi en grec wjjiôXtvov (Plut, de garrul. 13, 
p. 616 D.), et le même linge sert de serviette de bain. Linteum « essuie- 
mains » Plaut. Most. 267. 

(5) Lampr. Al. Sev. 40, 10 : Boni Unleaminis appetitor fuit, et qiiidem piiri. 

(6) Sen. de brev. vit. 26, 8. 

(7) Aurélien donna au peuple tunicas albas manicatas ex diversis provinciis 
et lineas Afras atque Aegyptias puras : Vop. Au7\ 48. Cf. ib. 12, où l'on voit 

Valérien assigner à Aurélien, en vue des jeux du cirque, tunicas lineas 

Aegyptias XX. 

;8) Augustin. Serm. 37, 6 : Hoc conjicere audeo ex ordine vestimentorum 
nostrorum : interiora sunt enim linea vestimenta, lanea exteriora. 

(9) Ed. Diocl. XVII-XVIII, et, sur ce texte, Mommsen, Ber. d. k. sclchs, Ges. 
d, Wissensch., phil.-histi Cl. 1851, p. GO sf[. 



LE VÊTEMENT. 119 

bre, évidemment parce qu'elles étaient frappées d'un droit 
de douane ; il y est aussi question de gros tissus à l'usage 
du menu peuple (iSiwTai.) et des esclaves. Quant aux vête- 
ments confectionnés avec ces toiles grossières ou fines, ce 
sont des robes de femmes (8£)^[jiaTual yuvaixalia!.), des robes 
d'hommes [otlikOL-zt.xy.l àvops^a', r, xo^ôêia), des manteaux et 
surtouts (àvaêoXe^), des mouchoirs {facialia)^ des capuches 
{caracallae), des fichus pour la coiffure des femmes (xscpaXo- 
osa-[ji.t.a), des draps de lit (o-'.voôvss xoiTapiat,), des bandes (oaTxU 
v(,a ou cpao-xslat.) et des linges de bain (o-àêava). Les empereurs, 
tant en Orient (1) qu'en Occident (2), avaient des ateliers de 
tissage à eux, où le travail de leurs esclaves subvenait aux 
besoins du palais (3). 



4. Le coton (4). 

Les anciens le nommaient ï^^o-^j àrco ^ûXo'j (5), lana arbo- 
rea (6), et la langue allemande a conservé cette désignation 
impropre (7). C'est un produit de l'Inde orientale (8), que, 
s'il faut en croire Pline, la Haute-Egypte cultivait également 
sous le nom de gossypium ou gossipiiim (9). En sanscrit, la gossypium, 
plante à coton se nomme karpâsi, et la fibre, kârpâsa^ terme 
qui paraît avoir été importé de bonne heure en Espagne par 



(1) Not. Dign. Or. XllI, 20, où figurent, sous les ordres du cornes sacrarum 
largitiontim, les procuratores linyfîorum. 

(2) A Vienne, en Gaule et à Ravenne : Not. Dign. Occ. XI, 61-63. 

(3) Euseb. V. Constant. 2, 34, et Mommsen, sur l'Édit de Dioclétien, p. 61, 

(4) Yates, op. cit., p. 334-334 ; Ritter, iib. d. geogr. Verbreitung d. Baumwolle, 
Ister abschn., antiquar. Theil. in Abhandl. d. Berl. Acad. 1831, phil.-hist. 
abhandl., p. 297-359 ; H. Brandes, ub. d. Zeitalter des Geographen Eudoxos u. 
des Astronomen Geminos, ub. die antiken Namen u. die geogr. Verbreit. d. 
Baumw. im Alterth., zwei geogr. antiquar. Untersuchungen, Leipzig 1866, in-8°. 

(3) Herod. III, 41; PoUux, VII, 73. 

(6) Lanigerae arbores : Plin. XII, 38. 

(7) Le coton n'est pas de la laine, et le cotonnier n'est pas un arbre, mais 
un arbuste de petite taille. 

(8) Herod. III, 106 ; Varr. cité Serv. ad Aen. I, 649 ; Philostr. F. Apoll. 3, 
13 ; Brandes, op. cit., p. lOS. 

(9) Plin. XIX, 14 ; Ritter, loc. cit., p. 326. 



120 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

les Phéniciens, puisque Pline enseigne que l'invention des 
carbasa est due à l'Espagne (1). La Grèce n'eut quelque con- 
(488) naissance précise de ce textile que par l'expédition d'Alexan- 
carbasus, (Jre le Grand (2), qui naturalisa le mot xàp-aa-oç (3). Les 
Romains en apprirent l'usage au plus tard lors des guerres 
d'Asie, soit vers l'an 190 avant notre ère : c'est à cette épo- 
que que nous trouvons le mot employé par le comique Céci- 
lius (4). Dès lors, la langue latine l'adopte et le plie aux 
acceptions les plus diverses : produits authentiques de 
l'Inde (5) ; rideaux et tentures imités de FOrient (6) et fort 
communs en Italie (7) : voiles de navires (8) et vêla des 
théâtres (9) — il ne se peut pas de transport plus impropre ; 
— et enfin tissus de luxe quelconques (10) dont la matière 



(1) Plin. XIX, 10 ; Brandes, p. 111. 

(2) La plante est décrite par Théophrastc [Hist. plant. IV, 4, 8, et 1, 1) et 
mentionnée par Aristobule, qui accompagna l'expédition d'Alexandre : Strab. 
XV, p. 694; Néarque, cité Strab. ib., p. 693; Arrian. Hist. Ind. 16, 1; Plin. 
H. N. XII, 25 et 38-39 ; XIX, 14. 

(3) Strab. XV, p. 719 : '1v5oùî Èff9f,Tt )icuxri ypr^a^x: xai aivoûdi >;S'JxaTî xal xap- 
Triaoïç. Arrian. Peripl. Mar. Erythr. 41 : Ttoîvucsôpo? 8è fi ywpa... xac xapTraaou 
Tial Twv è\ aÙTT,; 'IvSixwv ôôoviwv twv /uSaitov. Schol. ad Arisloph. Lysistr. 735 : 
l'att 5è acpôopa 'ktiz'zôv, ÛTrèp ttiv puatiov xal t-^,v xâpTrajov. 

(4) Nonius, p. 548, 14, etRibbeck, Com.fraym. 2, p. 58 : Carbasina, molochina, 
ampelina. 

(5) Q. Curt. VIII, 9, 31 (parlant des Indiens) : Corpora usque jiedes carbaso 
vêlant. 32 (de leur roi) : distincta sunt auro et pui'pura carbasa quae indutus 
est. Luc. Pliars. III, 239 (du même) : Fluxa coloratis adstrinyunt carbasa gem- 
mis. De même Propert. V, 3, 64. 

(6) Telles les tentures qui ornent la salle du palais d'Assuérus à Suse : Esth. 
I, 6 (Septante) : x£X0ff!X7i[Aév7i puaatvot; xal xapuaaîvoiî TSTajjiévo'.? s-iil ayoïvtoi; 
puaffîvoiî xal Tîop'fupoî?. 

(7) Cic. in Verr. V, 12, 30 : Nam in ipso aditu atqiie ore portus... labernaciila 
carbaseis intenta velis conlocabat. Cf. V, 31, 80. 

(8) Très fréquent : références dans Yates. 

(9) Lucret. VI, 108 ; Plin. XIX, 23. 

(10) Val. Max. 1,1,7 (conte la légende d'une vestale Emilie, de date incer- 
taine, mais sûrement ancienne) : cmncarbasiim, quem optimum habebat, foculo 
imposuisset, subito ignis emicuit. Propert. V, 11 54 (du même événement) : 
Exhibuit vivos carbasus alba focos. Mais, tandis que ces deux auteurs parais- 
sent faire allusion à un linge, sens fréquent du mot carbasus (TibuU. III, 2, 
21), Denys d'IIalicarnasse (II, 68) parle d'une xapiracjivn £16)1; -i^v stu/sv IvSeSu- 
xuTa. Il est pourtant bien difficile d'admettre, pour une vestale de la haute 
antiquité, un vêtement de lin ou de coton. A cela près, il est certain que car- 



LE VÊTEMENT. 121 

première était d'autant moins reconnaissable aux yeux des 
Romains que l'antiquité' tout entière ne distingua guère le 
coton d'une simple variété du lin (1). 

La mousseline indienne, fabriquée par la caste des tisse- (489) 
rands de l'Inde, — c'est ce tissu que désigne spécifiquement 
le mot carbasus, — se prêtait mieux que la toile à la tein- 
ture : l'indigo, par exemple, noircit sur le lin et garde sur 
le coton tout son éclat (2). Les cotonnades fines et de cou- 
leurs variées parvinrent aux Grecs et aux Romains par des 
voies différentes, les unes par route de terre et Tyr (3), les 
autres par mer et par l'Egypte : c'est par cette double voie 
que C. Ritter a expliqué les deux expressions qui les dési- 
gnent, (nvôwv, sindon, et ôQovri, la première fort rare chez aivSwv, 
les Romains (4), mais commune chez les Grecs depuis Héro- 
dote, l'autre déjà homérique (S). Le mot sindon ne serait 
autre que Sindhii, le nom indigène de l'Indus (6), qui n'est 
point ignoré de Pline lui-même (7), et servirait à désigner 
parleur provenance les tissus de coton venus des Indes par 
mer, à peu près comme chez nous les mots indienne^ mous- 
seline (Mossoul), calicot (Calicut), tandis que oQôvri serait le 
nom propre au coton du commerce de terre gréco-arabe, 
l'arabe kutn^ devenu dans nos langues katun et coton. Mais 
cette dernière étymologie semble inadmissible; et, s'il est 
vrai que les <nvS6v£<; et les oBova',, dont le Périple de la Mer 
Rouge (8) , entre autres , fait une mention si fréquente. 



basus désigne un vêtement de fine étoffe, tel que celui du Tibre dans Verg. 
Aen. VIII, 33 : cum tennis f/lauco velabat amiclu Carbasus. Cf. ib. XI, 776 ; 
Stat. Theb. VII, 6o8 ; Val. FI. Arg. VI, 223 ; Apul. Met. VIII, 27. 

(1) Plin. XIX, 14 : Superior pars Aegypti in Arabiam vergens gignit fruticem 
qiiem aliqtd gossipion vocant, plures xylon, et ideo lina incle fada xylina. 
Properce parle de même de carbasa lina, et Ausone [Eph. parecbas. 2), d'une 
lintea sindon. 

(2) Ritter, loc. cit., p. 309. 

(3) Ezech. XXVII, 24. 

(4) Mart. IV, 19, 12 ; Auson. loc. cit. 

(5) Ilom. 11. III, 141 ; XVIII, 593 ; Od. VII, 107. 

(6) Lassen, Ind. AUerthumsk., I, p. 36 (45), n. 4; Ritter, loc. cit., p. 330. 

(7) Plin. VI, 71. 

(8j Arr. Peripl. Mar. Erythr. 6 : ôOôv:ov 'IvSix6v t6 t.'Kt.iù'zzow . 24 : ôOôv.ov, 



122 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

furent effectivement des tissus de coton (1), il ne s'ensuit 
nullement qu'il y ait lieu de chercher dans ces deux mots 
obscurs une désignation spécifique de la matière première (2) ; 

(490) car on entend par <jlv8wv, aussi bien que par ôOôvr,, une pièce 
d'étoffe ou de toile qui peut être tissue de byssus, de lin, 
de coton, ou môme des fibres de pinna dont on traitera 
plus bas (3). 

L'Asie Mineure , l'Egypte, l'Occident môme importaient- 
ils aussi du coton brut pour le transformer? L'affirmative 
est au moins probable. A Traites de Carie, à Antinoupolis 
d'Egypte, à Damas de Syrie, on fabriquait des chevets de 

'zi\v.. lit (TÙXat.) et des oreillers pour l'exportation (4) ; or 'z{j\-r\ est 
évidemment le sanscrit tiila, nom de poids qui désigne en 



31 : Ô6ÔVÏ1 'IvSix-ri. 32 : ôôôviov. 39 : ôOôv.ov (de l'Indus). 41 (d'une région con- 
tiguë à rindus) : no)>L)cpôpoî 5â r\ j^wpa... xal xapTcauou '/.où. xwv s^ aÙTTi? 'IvSt/,â)v 
ôOovtwv Twv yuSaîwv... MfiTpÔTïO^viç 6e tt,; yûpaç Mtvvâyapa, àcp' t,<; xal tïT^ïïjtov 
ôôdviov etç BapûyaÇa xaxâyETau 48 : aivSovâç 'Ivoixat... vial iitav6v j^uSaïov ôôôviov. 
49 : ôOôviov iravxoTov. 51 : 66ôvtov 'ko'Kû... xal aivSdvuv itavuoTa. 56 : Ô9(5via S-riptxdt. 
Et du Gange viennent (63) (jcvôoveî a'. Siacpopwxatai, aï FayyTiTixal )i£yô;ji£vai. 

(1) Brandes, op. ci/., p. 112. 

(2) Ces deux étymologies de Rittei' ont déjà été combattues par Movers 
[Phoniz., II, 3, 1, p. 319). Recherches détaillées sur la signification des mots 
(jLvSwv et ûôôvïi, dans Brandes (p. 103), qui fait observer notamment qu'une 
pièce fabriquée, soit une serviette, une voile, un drapeau, porte le nom de 
aivStiv. Même conclusion à tirer d'un papyrus de Paris, de l'an 163 avant 
notre ère {Notices et Extraits, XVIII, 2 (1863), n. 52-34), où l'on voit énumé- 
rés à plusieurs reprises dans un compte : oôôvta p', ytTwvs? p', èx;j.xyf,a (des 
essuie-mains), aivSôve? p', ôOôvtov lyxoiiiTjTpov (drap de lit, le pap. porte syvtoi|j.7)- 
•cptv), ôOôvia p', xal paitxà p', etc. Le primitif égyptien de atvSwv est schint, et, 
selon Brugsch {ûb. d. aegypt. Benennungen f. Sindon u. Byssus, in Allgeni. 
Monatsschr. f. Wissensch. u. Litter. 1834, p. 633), « le mot égyptien schenti 
ou schint ne désigne point, à proprement parler, une matière textile, mais 
un type de vêtement, le tablier ou pagne égyptien ; mais il est vrai que ce 
pagne est en étoffe de coton ». 

(3) Brandes, op. cit., p. 105 *. 

(4) Ed. Diocl. XVIII, 45 : X'jXtj [izzà TrpoaxeçaXaiou Tpa>via[vT,] TiToi 'Avx'.vor,- 
[xtx.] TÎ Aa]xaaxTivT,. 

* Toulo cette discussion semble peu probante. En fait, letymologio la plus plausible, pour 
aivSwv, est bien Sindhu. Quant à ô9ôvTi , qu'on rapporte à I'bél>rcu ethàn (W. Prellwilz, 
Etymol. Wb. d. Gr. Spr., p. 219 et 285), il paraît en tout cas d'origine sémitique. Cela n'ex- 
clut nullement, pour ces deux mots, la possibilité d'acceptions techniques ou vulgaires détour- 
nées du sens primitif : nous appelons bien calicot un commis en nouveautés, môme s'il vend 
des lainages ou des soieries; — Y. H. 



LE VÊTEMENT. 123 

môme temps le coton on tant que matière brute vendue au 
poids (1) : on doit donc supposer que ces oreillers étaient 
bourrés de coton, suivant le procédé déjà connu des Macé- 
doniens dans l'expédition d'Alexandre (2). A Malte, colonie 
phénicienne et plus tard possession carthaginoise, il y avait 
de célèbres manufactures d'étoffes fines (o96via) (3), connues 
à Rome sous le nom de vestis Melitensis (4), et restées en 
renom longtemps encore après que l'île fut tombée sous la 
domination romaine (5) : tout porte à croire que c'étaient 
aussi des cotonnades (6). (49i) 



S. La mauve (7). 

Le cotonnier appartient à la famille des malvacées, dont 
le type est la mauve [inalva silvestris Linné). Elle fournis- 
sait comme lui un textile, Isidore nous en est garant (8). Les 

1^1) D'après le Dictionnaire de Pétersbourg, tilla signiûc originairement 
" panicule de graminée », d'où « coton », et enfin « mèche faite de coton », 
tûlikâ, « matelas bourré de coton », inchalûla, « floche de coton » *. 

(2) Strab. XV, p. 693, in fine. 

(3) Diod. Sic. V, 12, 2 : TsyvÎTaî xs yàp Ij^st iravToSxTCO'Jî Taîî èpyaataiî, xpa- 

TtaTOUî Se Toù? ôôdv'.a Tioio'jvxa; x-îj xe TiETtXoxfjXi xxl x-rj |JiaXaxôxT,xi Siairpe'Trf, 

èjxt Se -fi vfiao; ajxTi <I>oiv{x(i)v aTto'.ocoç. 

(4) On ne restitue, il est vrai, Meliiensia que par conjecture dans Lucret. 
IV, 1129 : Et bene parla patrum. fiunt anademata, milrae, Interdum in pallam 
ac Melitensia Ceaque vertunt (les mss. ont atqiie alidensia). Mais la correction 
de Lachmann afqiie alideusia demeure sans fondement et ne rétablit pas le 
passage. Mitra Melitensis: Varr. cité Non., p. 539, 27, Siipparus Melilensis : 
(vraisemblablement) Novius, cf. supra, p. 116, n. 4. Vestis Melitensis : Cic. in 
Verr. II, 72, 176. Melitensia : ib. 74, 183. 

(o) Cic. in Verr. IV, 46, 103 : Insula est Melita,... in qua est eodem nomine 
oppidum,... quod isti textrinum per triennium ad muliebrem vestem conficien- 
dani fuit. Isid. Or. XIX, 22, 21 : Velensis tunica est, quae affertur ex insulis 
(il faut, avec Arevalo, lire Melitensis). Les insulae en question sont Malte, 
Gaulus et Cercina : cf. Diod. Sic. V, 12. Même Hésychius, s. v. M£>i'.xaîa, men- 
tionne les ôôôvta Sti'-popa Ix Ms)v{xt,î. 

(6) Ritter, loc. cit., p. 339 sq. 

(7) Yates, I, p. 296-317. 

(8) Isid. Or. XIX, 22, 12 : Molochinia, quae malvarum staminé conficitur, 
qiiam alii molocinum, alii malvellam vacant. 

* 11 ne parait pas y avoir de rapport étymologique entre tidâ « balance » et tûla « flocon » 
d'où (c colon ». A cela près d'ailleurs, l'identification de x'j).at à tàla est irréprochable. — V. H. 



124 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

tissus de mauve ([i.oX6-)(_t.va , a-i,v86v£ç iKokàyivon) (1) se fabri- 
quaient dans la région de l'Indus, peut-être aussi en Grèce (2). 
L'étoffe [molochina] (3) et les gens qui en font commerce 
[molochinariï) (4) figurent dans la comédie latine. Il n'en est 
plus question postérieurement : les caprices de la mode y 
ont substitué d'autres tissus , notamment les soieries dont 
nous allons nous occuper. 



6. La soie (o). 

Le ver à soie est indigène dans la Chine septentrionale, au 

(492) Japon et dans l'Inde (6). La sériciculture, partie de la Chine 

septentrionale, ne s'est répandue qu'au v'' siècle de notre ère 



(1) Arr. Ver. M. E. 6, 48 et 49. 

(2) Yates suppose que les d(|j.ôpytva, dont il est souvent question en Grèce 
à partir d'Aristophane, ne diffèrent point des !J.o)^ô)'tva. Toutefois, on nous les 
donne positivement pour des tissus de lin : références dans Blùmner, Gew. 
Thiit., p. 94. 

(3) Cécilius cité Non., p. S48, 14 (Ribbeck, Com. fr. 2, p. 38) : Carbasina 
molochina ampelina. Novius cité Non., p. 539, 20, et 540, 23 : Molicinam 
crocotam chirodotam ricam ricinium, que Ribbeck (ib., p. 2G5) lit : Molucium 
crocolam chirodotam ricam ricinum. Mais Nonius lui-même glose (p. 540) : 
mollicina vestis a mollitie dicta ; et inversement (p. 548) : molochinum a 
Graeco, color ftori similis mulvae. 11 est probable qu"il ne connaissait l'étoffe 
que par tradition. 

(4) Plaut. Aul. 514 : Solearii adstant, adstant molochinarii. Le vestiarius 
tenuiariiis molochinarius de Tinscr. Or. 4297 est sans doute une invention 
de Ligorius. 

(5) Question traitée en détail par : Yates, op. cit.., p. 160-250; Ritter, 
Erdkunde, VIII, p. 679-710; Lassen, Ind. Alterthumsk., I, p. 317-322(369-375); 
Movers, die Phônizier, II, 3, 1, p. 263 sq. ; Latreille, Eclaircissem. de qq. pas- 
sages d'aut. anc. rel. à des vers à soie, in Ann. des se. natur., Paris in-8°, 
XXIII (1831), p. 58-84, mal traduit en allemand dans Froriep, Notizen ans d. 
Gebiete der Natur- u. Heilk., XXXIV, n. 733 et 735; Pardessus, sur le commerce 
de la soie chez les anciens antér. au vio siècle, in Mém. Acad. Inscr., nouv. 
sér.,'XV, 1 (1842), p. 1-27; (avec beaucoup de compétence) E. Pariset, His- 
toire de la Soie, Paris 1862, in-8°. 

(6) Ritter, op. cit., p. 690. Déjà dans Amm. Marc. XXIII, 6, 67 : [Apud 
Seines] abunde silvae sublucidae, a quibus arborum fétus aquarum aspergini- 
biis crebris velut quaedam vellera molientes ex lanugine et liquore mixtam 
subtilitatem tenerrimam pectunt, nentesque subtegmina conficiunt sericum ad 
usiis antehac nobilium, nunc etiam infimorum sine ulla discretione proficiens. 



LE VÊTEMENT. 125 

dans l'Asie centrale et la Perse, dans le Tibet qu'au vn" (1). 

Le nom ancien du ver à soie, o-zip (2), existe encore : c'est le T/.p, 

chinois s.se, le corden sir, le mongol sii^kek (3), et les peuples 

de l'extrême Orient lui doivent le sobriquet mercantile de 

Seres (marchands de soie) qui leur tient lieu de désignation seres 

ge'ographique (4). Les soieries elles-mômes ne sont arrivées 

qu'assez tard dans l'Asie antérieure : l'Ancien Testament 

n'en fait mention qu'en un seul passage douteux (o) ; quant 

aux vêtements dits modiques (so-OtItss MT,o!.xaî), ils n'étaient 

point de soie à l'origine, quoi qu'on en ait pu dire (6). Le 

premier document grec sur la soie est d'Aristote (7). Les 

Romains purent voir les drapeaux de soie des Parthes à qui 

ils firent la guerre (8); mais que César ait fait tendre le (493) 

théâtre de vêla de soie, c'est un propos en l'air (9). Ce sont 

(1) Ritter, p. 698; Lassen, p. 317 (369). 

(2) Paiisan. VI, 26, 6 ; Hesych. s. v. 2:f,pcî. Autres références dans Yates, 
p. 222, qui d'ailleurs lui-inênie se trompe sur la première acception du mot. 

(3) Klaproth et Abel-llénmsat, in Journ. Asiat., II, p. 243 sq. ; Klaproth, 
sur les noms de la Chine, in Mém. relatifs à l'Asie, III, p. 264. 

(4) Ritter, p. 694 ; Lassen, p. 321 (374). 

(5) Le meschi à'Ezech. XVI, 10 et 13, est de la soie pour les commentateurs 
hébreux ; mais les Septante traduisent Tpi/a-;:Tov (tissu de poil). Cf. Pariset, 
op. cit., p. 38-62 ; D. Rock, op. cit., p. xvii. 

(6) Ilerod. I, 135 ; III, 84; VI, 112 ; VII, 80 et 116 ; Xenoph. Cyrop. VIII, 1, 
40 ; Arr. Exp. Al. IV, 7, 4. C'est Procope qui le premier assure que ces cos- 
tumes étaient de soie. Bell. Pers. I, 20 : aux-r\ 5É èffTtv i, [istaÇa, à? f,î eîdiBajt •zï,v 
èis^r\ioL $pYiî;£50ai, ^jv iri>>ai jièv "E>k>^T)VE; M7\3ixhiV èx4)^ouv, tavûv 8è dT.p-.xV 
ûvojjLdtsO'ja-.. Bell. Vand. II, 6 : MtjSixV ij8f,Ta, fy vOv S-rjptxtiV xa>iOÛatv, i\i.T.zy^6- 
ix-.vo;. Cf. Suid. s. v. ST,ptxTi. Tertull. de pall. 4, p. 542 med. Oehler : Vicerat 

(Alexander) Medicam qentem et victus est Medica veste Pectus squamarum 

signacuiis disculptum textu pellucido tegendo nudavit, anhelum adhuc ab 
opère belli, et ut mollius ventilante serico extinxit. Selon Diodore (II, 66), c'est 
Sémiramis qui avait imaginé la a-coX-^, MT,5ix-n, pour déguiser son sexe, et 
comme costume approprié à la guerre ou au voyage ; et les termes de Xéno- 
phon (supra) permettent encore de reconnaître qu'elle était faite d'un tissu 
opaque et fort, tout différent de la vestis serica telle que la dépeignent les 
Romains. On en doit conclure que la caractéristique du costume mède rési- 
dait, non dans l'étoffe, mais dans la forme et la coupe (décrites Ilerod. VII, 
61-62, et Strab. XI, p. 326), et que ce costume, jadis en laine, était de soie 
au temps de Procope. Cf. Pariset, p. 43-35. 

(7) Hist. Anim.Y, 19, p. 531^ 14 Bk. 

(8) Flor. III, 11 : Itaque vixdum venerat Carras, cum undique praefecti régis 
Sillaces et Surenas ostendere signa aura sericisque vexillis uibrantia. 

(9) D. Cass. 43, 24, 2. Il ajoute : wî yi ttvéî (paat. 



126 



LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 



les écrivains contemporains d'Auguste qui les premiers font 
mention de la soie, sous trois espèces distinctes : vestes Coae, 
bombycinae et sericae. 

vestes Coae, Lcs vcstcs Cotts uc furcut de modc qu'en ce temps-là (1) ; 
Pline les connaît encore ; après, il n'en est plus question (2) : 
ce sont des étoffes fines (3), transparentes (4), teintes de 
pourpre (5), probablement brodées d'or (6), en tout cas fort 
chères (7). Aristote déjà, dans le passage môme où il traite 
du ver à soie, cite les manufactures de Gos (8), et Varron 
semble en avoir une connaissance indécise (9). Les vestes 
(494) dites bombycinae (10) sont de la même matière que celles de 

^^^TinaT''"' Gos, mais de fabrication différente : les meilleures viennent 



(1) Coa vestis : Tibull. II, 3, 33 ; 4, 29; Prop. I, 2, 2 ; II, 1, 5; V, 5, 23 ; Ov. 
A. am. II, 298 ; Hor. Od. IV, 13, 13; Juven. VIII, 101. 

(2) Isidore {Or. XIX, 22, 13) emprunte son article à Pline. 

(3) Tenues : Tib. II, 3, 33; Prop. I, 2, 2. 

(4) Hor. Sat. I, 2, 101 : Cois tibipaene videre est Ut nudam. Plin. XI, 76. Sen. 
Contr. H, 13, 7, p. 159, 10 Bursian ; II, 15, 4, p. 174, 16 id. Sen. Exe. Contr. II, 7, 
p. 358 : Infelices ancillarum grèges laborant., ut adultéra tenui veste perspicua 
sit et niliil in corpore uxoris suae plus maritus quam qiiilibet alienus peregri- 
nusque cognoverit. Ces vêtements sont encore dépeints de même par Sénèque : 
de benef. VII, 9, 5 ; cous, ad Ilelv. 16, 4 ; Ep. 90, 20. Mais il y avait des étoffes 
de lin tout aussi fines : Publ. Syr. cité Petron. 53 : Aequum est induere nuptam 
ventum textilem, Palam prostare nudam in nebula linea ? Les Grecs nomment 
ces tissus Siacpavf, : Athen. XII, p. 522''. A raison de leur contcxture lâche, 
M. Argentarius [Ep., in Jacobs, Antli. Gr., II, p. 242, n. 3) les appelle oixTua. 

(3) Prop. II, 1, 5 : Sive illam Cois fulgentem incedere coccis. Hor. Od. IV, 
13, 13 : Coaepurpurae. 

(6) Tib. II, 3, 53 : Illa gerat vestes tenues, quas femina Coa Texuit, auratas 
disposuitque vias. 

(7) Prop. V, 5, 53 : Qui versus, Coae dederit nec mimera vestis, Istius l.ibi sit 
surda sine aère lyra. 

(8) Aristot. Hist. Anim. V, 19, p. 331b, 14 Bk. (après avoir parlé du ver à 
soie) : 'Ex toutou tou Çwou xal Ta pop.Suxta âvaÀûouai twv yuvaixwv Ttvèç àvxTzr- 
■vtî^djXEvo'. xâiîc'.Ta ucpatvouji. IIpwTïi Se )iéy£Tai, ucsfiVa'. èv Kw IlaaïsîXou (IlatjicpiTkT,) 
iDvxTïw 6uyâTT|p. Reproduit par Plin. XI, 76. Aristote atteste donc que Cos 
même importait les |3o[A6ùx'.a (cocons). Cf. Yates, I, p. 216. 

(9) Pline (IV, 62) dit de Pîle de Céos : Ex liac profectam delicatiorem feminis 
vestem auctor est Varro. On ne saurait dire si c'est lui ou Varron qui a con- 
fondu Cos et Céos. Si c'est Varron, il a pour excuse qu'en son temps les 
Coae vestes étaient encore ignorées à Rome ; et son témoignage, comme le 
remarque Lachmann, a aussi induit Lucrèce en erreur, si la leçon Cea doit 
être maintenue : IV, 1130. 

(10) Première mention dans Propercc (II, 3, 13); puis Juv. VI, 260. 



LE VÊTEMENT. I2t 

d'Assyrie (1) ; également minces et translucides (2), on les 
distingue expressément des sericae vestes (3), mais c'est d'hier 
à peine que nous sommes en mesure de justifier avec quelque 
certitude cette distinction. Nous savons aujourd'hui que la 
Chine et le Japon possèdent diverses espèces de vers à 
soie, les uns vivant à l'état de nature sur plusieurs sortes 
d'arbres (4), les autres élevés artificiellement (3), que l'Inde, 
elle aussi, connaît au moins douze espèces de vers à soie 
indigènes (6), et qu'enfin Ton n'a réussi à acclimater dans 
l'Asie occidentale, et de là en Europe, qu'une seule de toutes 
ces variétés, la phalaena bombyx mori^ qui se nourrit des 
feuilles du mûrier (7) ; car c'est dans ces dernières années 
seulement qu'on a introduit en France et en Algérie de nou- (495) 
velles races de chenilles, le ver à soie de l'allante, qui vit, 



(1) Plin. XI, 16. Puis il ajoute (77) que le bombyx est également indigène à 
Cos, et poursuit (78) : Nec pudiiit fias vestes (Coas) nsurpare etiam viros levi- 
tatem propter aestivam... Assyria tamen bombyce adhuc feminis cedimus. Cf. 
73 : Quartum inter haec genus est bombycum in Assyria proveniens. Cette espèce 
est probablement la même que VAi'abius bombyx de Prop. II, 3, 15. En sens 
inverse on lit Isid. Or. XIX, 22, 13 : Bombycina est a bombyce vermiculo, qui 
longissima ex se fila générât, quormn textiira bombyciniim dicittir confici- 
turque in insida Coo. 

(2) Mart. VIII, 33, 15 : Nec vaga tam tenui discurrit aranea, lela, Tarn levé 
nec bombyx pendulus urget opiis. VIII, 68, 7 : Femineum lucet sic per bom- 
bycina corpus, Calculus in nitida sic numeratur aqiia. XIV, 24 : Splendida ne 
madidi violent bombycina crines, Figat aciis tortas sustineatqiie comas. 
Alciphr. I, 39, 4. 

(3) Ulp. Dig. XXXIV, 2, 23 § 1 : Vestimentorum sunt omnia lanea lineaque 
vel serica vel bombycina. Clem. Alex. Paed. II, 10, 107 : fffjoaî 'IvStxoij; xal toùî 
TtEpiÉpyouî pdjjiêuxaî /.aipsiv scovTa;. Dans Apulée [Met. VIII, 27), les prêtres 
sont bombycinis injectl, mais la Déesse est serico contecta amiculo. Isid. Or. 
XIX, 22, 13 : supra, n. 1. 14 : Serica a serico dicta, vel quod eam Seres primi 
miserunt, Césaire, évêque d'Arles, dans son règlement conventuel {Acta 
Sanctor. Januar. I, p. 734), s'exprime encore en ces termes : fpsa etiam orna- 
menta in oratoriis simplicia esse debent, nunquam plumata, nunquam holose- 
fica, nunquam bombycina. 

(4) Rittcr, p. 691. Pline (XI, 77) indique quatre sortes d'arbres sur lesquels 
vit le bombyx, et Latreille [op. cit., p. 68 sq.) en a vérifié l'identité en Chine. 
Cf. Pariset, p. 69 sq. 

(3) La sériciculture en Chine remonterait à l'an 2200 avant notre ère, d'après 
St. Julien, Résumé des principaux traités chinois sur la cultm'e des mûriers 
et l'éducation des vers à soie, Paris 1837, p. 67-68. 

(6) Lassen, I, p. 318 (370). 

(7) Ritter, p. 700. 



128 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

non sur le mûrier, mais sur le buisson de vernis du Japon 
{bombyx cynthia), et le bombyx japonais du chêne [bombyx 
[Anteraea] Yamamayou) (1). Quand les auteurs pjrecs et latins 
rapportent que la matière textile pend en longs fils du haut 
des arbres, d'oi^i on la détache à l'aide de peignes (2), cette 
information ne peut viser que la soie d'espèces sauvages (3) : 
il y a donc lieu de penser que les bombycinae vestes sont 
faites de la soie d'une autre chenille que les sericae (4). Et 
de fait l'île de Cos avait une variété indigène de bombyx, 
qui vit sur le cyprès, le térébinthe, le frêne et le chêne; 
Pline la connaissait (5) et elle existe encore (6). L'Assyrie 
aussi paraît avoir possédé des espèces indigènes (7), dont 
peut-être une variété du bombyx mori^ à cette différence 



(1) On l'a importé en Europe en 1862. V. Personnat, le Ver à soie du Chêne, 
40 éd., Paris 1868, in-S» ; UUerich, der Japanische Eichenspinner, Eichstaedt 
1870, in-8<'. 

(2) Verg. Georg. II, 121 : Velleraque ut foliis depectant tenuia Seres. Strab. 
XV, p. 693 in fine; Plin. VI, 54; Solin. 49; Amin. Marc. XXIII, 6, 67, cité 
supra, p. 124, n. 6 ; Sen. Tr. Herc. Oet. 667, Eippol. 386 ; SU. Ital. VI, 4 : XIV, 
664. Dionys. Perieget. 752 : 

xai ëÔvsa pâpêapa Sripwv, 
o" "es pôaî ij.èv dtvaivovTai xal ïcp'.a [jLf,>ia, 
clXo\x 6à ^atvovueç £pT,aTjî à'v6ca yair,; 

£Îoô[JLEva ypo'.ri XetjjLWvtoo:; âvôsat TcoiTj?, 
xEtvotç ou Tt xsv È'pyov àpaj^vaiwv èptastcv. 

Le premier auteur qui parle de Télevage artificiel des vers à soie est Pausan. 
VI, 26, 6. Mais le ver à soie sauvage se trouve encore décrit dans : Auson. 
Idyll. 12, de historiis 2^; Avien. descr. orb. fe?v. 936 ; Prudent. Hamar- 
tigenia 288. 

(3) Latreille, loc. cit., p. 68 : Le fsoueukien (ver à soie sauvage de Chine) ne 
tire pas la soie en rond ni en ovale, comme le ver à soie domestique, mais en 
fils très longs, et qui s'attachent aux arbrisseaux et aux buissons, suivant que 
les vents les poussent d'un côté ou d'un autre. Autres informations : Yates, 
p. 206-213. 

(4) Pollux, VII, 76 :Sicw>vTiX£î etfftv oî pôfxëuxe?, àcp' lauxwv Ta vr,;xaTa ivévueç 
wjTTcp ;ô àpd)^vT,ç, è'vtot 5è xal toùî 2f,paî àT:6 to'.ouxwv kzéobiw Çwwv àOpotÇstv cpauî 
ta ucpâdixaira. 

(5) Plin. XI, 77. 

(6) Pariset, p. 68. Il paraîtrait que non, toutefois, d'après Rayet, Mém. sur 
l'île de Cos, in Arch. d. Missions se, 3'^ sér., III, p. 86. 

(7) Plin. XI, 7.5 et 78. 



LE VÊTEMENT. 129 

près que la soie assyrienne se distingue de la chinoise à la 
fois par la couleur et le travail : l'une était jaune sans doute, 
comme celle que produisent aujourd'hui la Perse et la Géor- (496) 
gic (1), tandis que la soie chinoise est d'un blanc éclatant; 
quant au travail, il était particulièrement difficile en ce que 
le cocon du ver à soie sauvage ne se prête pas au dévidage ; 
il faut le racler, puis le filer, et l'on obtient ainsi une soie 
dite galette^ très inférieure en brillant et en finesse à celle 
de sériciculture (2). 

C'est à cette dernière qu'appartient en propre le nom de wstes serkae, 
sericum. Le commerce de l'Occident ne la tirait que de la 
Chine, soit par la voie de terre, de la Chine septentrionale 
au défilé de la Tour de Pierre (3), à Samarcande et à la Mer 
Caspienne (4), soit par mer à partir de l'Inde antérieure, du 
Golfe Persique à Babylone et à Tyr (5), ou de la Mer Rouge étoffes et grôges, 
en Egypte (6). On commença par importer des soieries (7); 
plus tard, on acheta aussi des fils (vYi{xa oTipuov) (8) et de la 



(1) Pariset, p. 73. 

(2) Pariset, p. 73, et, sur ce qu'on entend par galette, p. 2 sq. 

(3) Ptoleni. VI, 13. Détails sur les diverses voies de trafic : Pariset, p. 102 sq. 

(4) Ritter, loc. cit., p. 693. 

(5) Ritter, p. 692. Procop. Hist. arc. 23, p. 140 Bonn. : 'niiv.a. xk èx [isTâÇ-r^î 
ev BTjpUTw ]jièv xal Tûpo) TiôXeat Taïi; iizl 4>0'.vixT,î èpyâÇeaOat Ix Tuaî^atoO eîwBei • 
ot "cs TO'JTwv ïiiT.opoi T£ xal ÈTt'.STKJLiO'jpyol xaî tsj^vïxat èvTaûOa tô dtvéxaOsv wxo'jv • 
ÊvOévSô Te Èî vf.v à'Tra^av cpipêiOai tô £[n:ô)iT,[xa toûto auviêaivîv. Sur les Tyriae 
vestes, xûpîa, voir Ov. A. am. H, 297; Reiskc, ad Constant. Porphyr. de 
cerimon., vol. II, p. 221 Bonn. C'est du nom arabe de Sidon qu'on fait dériver 
le moyen -haut-aile ni and seida (soie) : Reiske, loc. cit. ; Movers, Phôn., II, 3, 
1, p. 263. — [A tort : c'est le latin seta. V. H.] 

(6) Arr. Per. M. Er. 56. 

(7) 'Oôôv'.a STiptxi : Arr. ib. 

(8) Arr. ib. 39, cf. 49. Ailleurs (64) il enseigne que de Chine (6ïvat) xal t6 
vf,[ia xal xà ôôov.ov ta Sr.p'.xôv £t<; xà BapûyaÇa S-.à BâxTpwv itsÇ-^ cpÉpsTai xai eîç 
T->,v Ai[iupLX'f,v TcaXiv Stà xoû Tiyyo'j TzoxaijLoij. Parmi les objets soumis à la 
douane, énumérés par Marcien {Dig. XXXiX, 4, 16 § 7), on lit vestis serica vel 
subserica, nema sericum et metaxa. Cf. Galen. Meth. med. XIII, 22 = vol. X 
p. 942 K. : xax' ?DCkr^ 5è irôXiv îaxpsûovxt aot TrapaaxsuaÇéaOo) xwv vT,ijia(Xwv xt xwv 
ÏTipixwv ûvo[jLXÎ^o[X£vwv * l/ouTt yàp al Tr^iOÛatai v'jvaTxsî aûxà iroXXa/oGt xf,î 0-6 
'Pw;xaLcov àp/f,; xal ixi)^'.axa èv [xsyâXatî Tr6>k£atv. Ammien aussi (XXIII, 6, 68) 
témoigne qu'on achetait aux Sères. des /î/a. Cf. Basil. Hexahemeron, p. 79 
Bened. : xà vr.jjiaxa Tisyw â zési-irouoriv \^^'» ot Sfjpïî irpo; x\^> xwv [laXaxwv évSuiii- 
xwv xaxaTX£'jTiv. Joh. Chrysost. Hom. 49 in Hatth. ■=. vol. VII, p. SIO** Bened. : 

Vie Privée des Rom. t. II. 9 



130 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

soie grège designée par le terme étymologiquement obscur 
de jjLÉTa^a (1). Mais, soit que les étoffes chinoises parussent 

(497) trop lourdes, ou trop chères, ou ne répondissent pas aux 
exigences du goût occidental, elles non plus ne servirent 
que de matière première : on les effilait (2) pour les teindre, 

vestes les mélanger de lin ou de coton et obtenir ainsi une demi- 
soie légère, translucide (3), de couleurs variées (4), que por- 
taient au i" siècle, non seulement les dames romaines, mais 
même les hommes raffinés sur leur toilette (5). On vendit ces 
vestes sous le nom de sericae (6), tant que les progrès du 
commerce n'eurent pas rendu les Romains familiers avec 



ëxav yàp Ta vTjjJLaTa là S-f^pixi, â [XTjSè èv l'xaTÎoi; uoxîvssBai xaT^ôv, xa-j-ca èv 
uTioSTHjLafft SiappdÎTrTTiTs, ttôuTiÇ Gêpstoç, TtôaQu yÉ^vwuoç xaûxa à\<.oi\ Suid. s. v. , 
ÏTjpixT) in fine : xal Sïipixôv vf,|xa xai ST,pixi l^ix'.OL. 

(1) Sur ce mot, voir Yates, p. 223; mais Fauteur se trompe en admettant 
qu'il n'apparaît qu'au iv^ siècle de notre ère, puisque Lucilius déjà (III, 4 
Mûller, tiré de Fest., p. 265, s. v. rodus) mentionne Uni mataxam (cf. Vitruv. 
VII, 3, 2), et que la metaxa figure, en tant que soie brute, dans le texte de 
Marcien cité à la note précédente. V. aussi Waddington, in Le Bas et Wad- 
dington, Voy.^ III, p. 179. 

(2) Sur Alexandrie, Luc. Phars. X, 141 (parlant de Cléopâtre) : Candida 
Sidonio perlucent pectora filo, Quod Nilotis acus percussum pectine Sérum 
Suivit et extenso laxavit stamina vélo. L'étoffe était donc tissée' en Chine, 
teinte à Sidon (cf. Sid. Ap. Carm. 15, 128j, puis tissée de nouveau et brodée 
en Egypte. [Lucain ne veut sans doute pas dire autre chose, sinon que la 
broderie s'exécutait en Egypte. Pline (VI, 34, et XI, 76) parle du dévidage des 
cocons de vers à soie, comme on s'en convaincra en comparant ces passages 
avec celui d'Aristote cité plus haut, p. 126, n, 8.] Ce qui rendait nécessaire 
cette pratique, dite en français pai'filage, c'est évidemment qu'à l'origine on 
n'exportait pas de soie brute (cf. sur ce point, Pardessus, lac. cit., p. 13 sq.), 
etTertullien aussi {de cultii fem. 1, 8) paraît y faire allusion : Sedet parietes 
Tyriis et hyacinthinis et illis regiis velis, quae vos operose resoluta trans- 
figuratis, pro pictura abutuntur. [Ce passage non plus ne semble viser qu'un 
travail de broderie.] 

(3) Supra, p. 126, n. 4. 

(4) Prop. I, 14, 22 (parlant d'une couverture) : variis serica textilibus. Ces 
couvertures recouvrant des coussins se retrouvent dans Mart. III, 82, 7. 

(5) Sous Tibère, en 16 de notre ère, fut édicté un sénatus-^consulte ne vestis 
serica viras foedaret : Tac. Ann. II, 33; D. Cass. 57, 15, 1. Pourtant Caligula 
s'exhiba en robe de soie : D. Cass. 59, 26, 10; Suet. Cal. 52. 

(6) Sen. Ep. 90, 15 ; Johann. Apoc. 18, 12. Les impératrices et les princesses 
avaient des approvisionnements de pareilles robes : Mart. XI, 8, 5; Capitol. 
M. Ant. ph. 17, 4. Dès le temps d'Auguste (Or. 2955 = C. I. L. VI, 9892), on 
trouve une Thymele Marcellae siricaria, c'est-à-dire une esclave préposée à la 
garde-robe des sericae vestes. 



LE VÊTEMENT. (31 

les lourdes étoffes tout soie iholosericaé) de rOricnt. L'empc- wsies 
rcur Élagabal (218-222) fut le premier qui en porta (1), et ses 
successeurs immédiats ne l'imitèrent point (2) ; d'ailleurs la 
soie valait alors son poids d'or (3). Mais, à partir de cette 
époque, s'établit la distinction des tissus tout soie {holoseri- 
cae) et demi-soie [subsericaé), autrement dit à chaîne de lin (498) 
et trame de soie (4), et il y eut aussi des étoffes mélan- 
gées de laine, lin et soie (5). Au m* siècle ces vêtements 
demi-soie étaient de mode tant pour les hommes que pour 
les femmes (6) ; au iv% ils étaient d'usage courant pour les 
personnes de toutes conditions (7). Le luxe va bien plus 
loin : aux jeux solennels on distribue en présent des subseri- 
cae (8) et des holosericae (9); les courtisanes portent des 
6).oa7)puà (10); à en croire les objurgations de S. Jérôme, qui- 



(1) Lanipr. Hel. 26. 1 : Primus Romanorum holoserica veste usus fertur, 
cuin jam subsericae in tisu essent. Herodian. V, 5, 4. 

(2) Lampr. Al. Sev. 40, 1 : Vestes setncas ipse raras habuit : olosericam nun- 
qiiam induit, subsericam nunquam donavit. 

(3) Vop. Aurel. 43, 4 : Vestem holosericam neque ipse in vestiario suo habuit 
neque alteri utendam dédit, et, cum ab eo uxor sua peteret, ut unico pallio 
blatleo serico uteretur, ille respondit : « Absit ut auro fila pensentur. » Libra 
enim auri tune libra serici fuit. 

(4) Isid. Or. XIX, 22, 14 : Holoserica tota serica... Tramoserica staminé 
lineo, trama ex serico, 

(5) Leont. adv. Nestor., in Mai, Scr. vet. nova Coll., IX, p. 497 : %ctl tô ïo'.o'J 
%al T^Tvov xal [xÉtx^a êv tû £v'. )k£uxw Tzétt'Kiù ucpaafxéva. 

(6) Solin, dont les œuvres sont probablement de ce temps-là, écrit (oO, 3, 
p. 202 Momms.) : hoc illud est sericum, in usum publicum damno severitatis 
admissum, et quo ostendere potius corpora quam vestire, primo feminis, nunc 
etiam viins luxuriae persuasit libido. Vop. Tac. 10, 4 : Holosericam vestem 
viris omnibus interdixit (en 275). Vop. Car. 19, 3 : Donatum est Graécis artifi- 
cibus et gymnicis et histrionibus et musicis amnim et argentum, donata et 
vestis serica. D. Cass. 43, 24 : toûto Se tô Ocpaujia yXiSfjç papêâpou laxlv s'pyov 
%<xl irap' èxeivwv vcal T:p6î C[j.5î èî xpu-j-^v twv Tidtvj yuvatxwv TCspiTT-^v èinrs'f otxT|ic£v. 

(7) Amm. Marc. XXIII, 6, 67 : supra, p. 124, n. 6. En 301 déjà, VEd. Diocl. 
(VII, 49-30) mentionne dans l'industrie du vêtement la subserica et Yholoserica, 
et en 361 Ammien fait dire à l'empereur Julien (XXII, 4, 5) : Unde fluxionis 

vitae initia pullularunt : ususque abundantes serici et textiles auctaè 

sunt artes. 

(8) Treb. Poil. Claud. 17, 6; Symmach. Ep. 5, 20. 

(9) Symmach. Ep, 4, 8. 

(10) Macar. Homil. 17 § 9 (vers l'an 370), in Macarii Aegyptii Opusc. cd. Pri- 
tius, 1699, in-8° : yw^ ïyovaot ôXo(iT,pticd(... sic iropvsîov ■zpoéa-zriv.vK 



132 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

conque n'a point dcsei^ica vestis ipasse pour un moine (1) ; en 
383, on interdit aux mimes de porter des sigillata serica et 
des soieries brodées d'or, mais on leur permet les soieries 
unies, et les autres femmes gardent le droit de se parer des 
étoffes les plus précieuses (2). De cette époque aussi date la 
commerce de divisiou dcs Opérations commerciales sur la soie entre les 

la soie. 

sericarii (3), les holosericopratae (4) elles metaxarii (5). 
(499) Vers 5S2 l'empereur Justinien fit venir les premiers vers à 

soie : de Khotan (6), où une princesse chinoise l'avait intro- 
duite (7), la sériciculture passa à Byzance (8), et en même 
temps le commerce de la soie fut érigé en monopole impé- 



(1) Ilieronym. ad Marcell. de aeçirot. Blaesill. = Ep. 38, 5 Vallars : Nos, 
quia serico veste non utimur, monachi judicamûr. 

(2) C. Theod. XV, 7, 11. Témoignages postérieurs sur le luxe des vêtements 
de soie : Pariset, p. 162-173. 

(3) Un T. Abuidiacus Prhnus siricarius : Mariai, Atti, p. 94*. Vin serica- 
rius : Fabretti, X, n. 346. Un commerce de soie, in Tusco vice, à Rome : 
Mart. XI, 27, 11. Un negotiator sericarius : inscr. de Gabies de 168 ap. J.-C, 
dans Visconti, Mon. Gab., p. 121 éd. Labus; autre, ib., p. 136= Or. 1368 et 
4232. Un M. Aurelius Flavianus, negotians siricarius : inscr. romaine, C. I. L. 
VI, 9678. Institores gemmarum sericarianqiie vestium, qui colportent leur mar- 
chandise de maison en maison : Théophraste, cité par Sen. fragm. 13, 32. 
'HAioûwpo? 'A)v£^dtvSpo-j 'AvTio/EÙç atpixoTioiô; : inscr. de Naples, C. /. G. n. 5834 ; 
c'est à tort que Boeckh corrige en auptyyoTrotôî; le aiptiioirotôî est un marchand 
de soie, comme l'avait bien reconnu Blasius Caryophilus [Diss. miscell., 
Rom. 1718, in-4o, p. 108), trafic qui cadre d'ailleurs avec sa nationalité syrienne. 
Hieronym. m Ezech. 27 ^= vol. III, p. 883 Bened. = vol. V, p. 313 Vallars : 
Usque hodie autem permanet in Syris ingenitus negotiatiojiis ardor, qui per 
totum mundum lucri cupiditate discurrunt, et lantam mercandi habent vesa- 
niam, ut occupato nunc orbe Romano inter gladios et miseroriim neces quae- 

rant divitias Istiusmodi homines negotiatores Tyri sunt, qui polymita, 

puiyuram et scutulata mercantur, byssum quoque et sericum et chodchod 
proponiint in mercatu ej'us. Un aipT^xâpio; juif, nommé Samuel, dans l'inscr. 
de Béryte, Waddington, n. 1834°. 

(4) C. /. L. VI, 9893 : Paulus olosiricoprates. Dans Marini, Pap. diplom. 
n. LXXIX, p. 113, figurent, parmi les signataires d'un testament rédigé vers 

330, un Georgius olosiricoprata civis Ravennas (col. V, 1. 13), et un Theo- 

dulus olosiricoprata (col. VI, 1. 6). 

(3) C. Just. VIII, 13 (14), 27 : argenti distractores, vel metaxarii, vel alii 
quarunciinque specierum negotiatores. 

(6) Ritter, p. 701 ; Yates, p. 232. 

(7) Ab.-Rémusat, Hist. de Khoten, p. 34 et 53; Heyd, Gesch. d. Levanthan- 
dels, I, p. 5. 

(8) Procop. B. Goth. IV, 17; Theophan. in Phot. Bibl., p. 26* et 37 Bekker; 
Zonaras, 14, p. 69 Paris.; Glycas Ann. 4, p. 301 Bonn. 



LE VÊTEMENT. 133 

rial sous la direction du préfet des Thesauri{{). Cette mesure 
ruina la prospérité de ïyr et de Béryie (2); Byzance devint le 
centre et le grand marché des soieries pour tout l'Occident. 
Il nous faudra revenir sur l'intéressant développement de 
cette industrie au moyen âge; car les armures et les dessins 
des soieries médiévales ont conservé en partie le type orien- 
tal originaire et nous permettent de reconstituer en toute 
sûreté les détails de la fabrication antique (3). 



7. Textiles moins usités. (boo) 

Après avoir traité des matières textiles couramment em- 
ployées, il nous reste à en signaler quelques-unes qui ne 
furent connues que tard ou ne furent jamais fort répandues. 
Les étoiles de poil de castor (4), vestes fîbrinae (o) ou castori- 
nae^ n'apparaissent pas avant le iv° siècle (6). On en fit 
aussi de poil de chameau (7) et du bouquet de fibres de la 



(i) Procop. Hist, arc. 25. Zachariae von Lingenthal [eine Verordnung Justi- 
nian's ub. d. Seidenhandel, S.-Ptbg 1865, in-4°, tiré à part des Mém. Acad. 
Se. S.-Ptbg, 70 sér., IX, n. 6) a extrait du Cod. Bodleianus 3399, qui contient un 
ouvrage de droit byzantin, et publié (p. 12-13) une constitution grecque sur le 
commerce de la soie, qu'il attribue à Justinien et aux années 540-547 et iden- 
tifie à celle dont parle Procope. 

(2) Procop. ib., p. 142 Bonn. 

(3) Sur l'histoire de l'industrie de la soie au moj-en âge, on trouvera une 
ample collection de documents dans D. Rock, op. cit., et dans Heyd, Gesch. d. 
Levanthandels hn MittelaUei\ Stuttg. 1879, in-8''. 

(4) Yates, p. 145-148. 

(3) Isid. Or. XIX, 22, 16 : Fibrina (vestis) tramam de fibri lana habens. XIX, 
27, 4 : Fibrinum lana est anirnalium, qiiae fihros vacant, ipsos et castores exis- 
timant. Cf. Cramer, inJuv. Sat. Comment, vet., p. 60. 

(6) Un birrus castoreus dans Claudien (92, 1). Cf. Sid. Ap. Ep. 5, 7 : castori- 
nati ad litanias (incedunt); et Sa.va.ro ad. h. t., p. 335. Dans l'ouvrage rfe dignit. 
sacerd., attribué à S. Ambroise, mais revendiqué pour Gerbcrt par Migne 
{Ambras. 0pp., II, 2, p. 398), on lit (c. 4): Castarinas quaerimus et sericas 
vestes, et ille se inter episcopos crédit esse altiarem, qui vestem induerit 
clariorem. 

(7) S. Jean Baptiste portait un vêtement de poil de chameau (Matth-. III, 4 ; 
Marc. I, 6), et il y a en Orient d'autres exemples d'un pareil costume (Yates, 
p. 149-131). 



134 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

pinna{i), coquillage de 18 pouces de long sur 6 de large, qu'on 
pêche encore aujourd'hui dans les mers de l'Italie inférieure, 
de Sicile, de Corse et de Sardaigne. Tertullien le premier (2), 
puis Procope (3) mentionnent ce tissu ; il se pourrait qu'on le 
fabriquât aussi dans l'Inde (4); Tarente en avait garde' la 
tradition jusqu'à nos jours (5). Parmi les minéraux, l'as- 
beste (6) ou amiante (7) servait à fabriquer une étoffe qui 
(501) offrait la merveilleuse propriété de résister au feu : cette 
pierre fibreuse s'extrayait des carrières de Caryste en Eu- 
bée (8); on l'exploitait aussi à Chypre (9), en Arcadie (10) et 
dans l'Inde (11). On en faisait des mèches de lampes (12), des 
serviettes et essuie-mains (13), surtout des linceuls de créma- 

(1) Décrite en détail par Manuel Philès {de animalium propriet. carm. 95) : 
suivant cet auteur, la fibre servait à fabriquer des résilles pour les jeunes filles 

(V. 16): 

^avôoïfft ■Kkoyjxol^ èvSîOataa Tiapôévwv 
aTiapyôJvxaç aùxaïç ixaaxpoTTEJSt vj[xtpio'ji;. 

(2) TertuU. de pall. 3, p. S39 med. Oehler : Nec fuit satis tunicam pangere et 
serere, ni etiam piscari vestitum contigisset : nam et de mari vellera, quae 
miicosae lanositatis lautiores conchae cornant. 

(3) Procop. de aedif. 3, 1, p. 247 Bonn. : -/)ia[xijç ^ i\ èptwv Trs'rcon^ii.Évri, ouy 
oTa Twv xpoêaTtwv èxTréo'Jvisv, àX'X' êx ôaXâacTiî suvstî^syjj.svwv • ttîvvoui; Ta Çwa 
TtaXeîv v£vo[J.ixaffiv, èv oîç \ xwv èpitov exçuaii; yivETa;. 

(4) Arr. Per. M. Er. 59 (parlant du lieu dit ''Apya>.oî ou "Apyapo;, près Col- 
ches, dans l'Inde antérieure) : èv évl tôttc») TspovEÎxat ta -Kap' aùt•^,v ^■^^v 'HTrcoSoi- 
pou [vf|<jov] auXXeyôjJLSVov Tîivtxôv • «pIpovTai yàp é| aùx-rj; atvSôvsç, êêapyapstxiSs; 
>iey6[iEvai. Saunaaise {ad Ter t. de pall., p. 218) remplace TspoveÏTao par êptovcîxat 
{in inodum lanae netiir), et Mûller corrige èêapyapcîxtSEç en al 'ApyapîxtSs?. Le 
texte en lui-même est donc d'une grande incertitude. 

(5) Dans la collection de Gotha figure un gant de cette étoffe et de fabrica- 
tion moderne. 

(6) Varr. de L. L. V, 131 ; Plin. XIX, 19 sq. 

(7) Dioscor. Mat. med. V, 155 (156); Plin. XXXVI, 139. 

(8) Strab. X, p. 446 : èv 8è xtî Kapû^xw xal t, 'kl^o^ çûsxai t, ^aivofjLsvT^ xal û-^ai- 
vo|j.£Vïi wŒXE xà ucp-fi /£ipô[iaxxpa yivsaÔat, puxwôévxa 8' eÎç çAÔya patAÎkSffOai xal 
dtTîoxaOatpsaOai xr^ tiXûjei xwv Xtvwv TrapaTcXTjaiwç. Apollon. Dysc. Hist. Com- 
ment. 36. 

(9) Dioscor. loc. cit. 

(10) Plin. XXXVII, 146; Solin. 1, 12, p. 63, 12 Mommsen. 
(H) Plin. XIX, 19. 

(12) La lampe de l'Acropole d'Athènes avait une OpuaT^Xl; Xivou KapTcaatoy, 
c'est-à-dire d'asbeste de Carpasie en Cypre : Pausan. I, 26, 7. 

(13) Mappae : PUn. XIX, 19. 



LE VÊTEMENT. 135 

tion (1) incombustibles qui retenaient les cendres et les osse- 
ments; on en a trouvé plusieurs dans des sépultures (2). Au 
temps de Plutarque les carrières de Caryste sont épuisées (3). 
Le moyen âge pourtant conserve à titre d'exception le travail 
de l'asbeste (4). Mais, de toutes les substances minérales 
employées au tissage, la plus importante est l'or. On en re- 
trouvera plus bas les multiples applications. 



SECTION II. — FABRICATION. 



L'étude complète des diverses industries appelées à traiter 
les matières premières ci-dessus décrites, les répartirait en 
six classes distinctes : tressage, tricot, filet, feutrage, tissage, 
couture ou broderie. Mais le tricot, invention toute moderne, 
est ignoré de l'antiquité; la fabrication de tresses ne rentre- 
rait dans notre sujet que par son application éventuelle à la 
passementerie (5) ; le filet (6), qui consiste à fixer chaque 
maille par un nœud, est un travail courant chez les anciens : 
c'est à la maison que se confectionnent les filets de pêche 
[tragiilae, verricula), de chasse [casses-, plagaé), d'oiseleur, les (502) 
filets à porter les denrées du marché (7) et les résilles de 
femmes [reticida). Restent, comme objets propres de l'indus- 
trie, le feutrage, le tissage et la broderie. 



(1) Plin. loc. cit. 

(2) V. Yates, p. 359. 

(3) Plut, de oracul. defect. 43, p. 527 Dûbner : xpôvoî où ttoX-jî, àcp' ou -néirau- 
Tai {iTipûixaTa Xiôwv [Jia)i3cxà vT,|j.axti5T| ff'jvtxys'pouaa • xal ■j'àp ûtiwv éwpaxévat Tivi; 
oïoaa'. ystpôjiaxxpa xal Sixxua x.al xsxputpatîiO'j; sitstôsv, où TiEp'.xaojxévouî, dtXX' ût' 
àv ^uravôri ypw[i.£vwv, èfiêaXdvxî; eîç cpXôya, Xa[jiitpà xal Stacpavfj xo(j.tÇovxat * 
vûv 8' Titpivtaxai, xal [iô>v'.; otov Iveç -i^ '^pîX'î àpatal 6iaxpéj(ouaiv èv xoîî 
u.sxâ>iXoi(;. 

(4) Yates, p. 362 sq. 

(5) V. Semper, P, p. 178 (189). 

(6) Détails sur ce point : Yates, I, p. 311-439 ; cf. Semper, P, p. 169 (181). 

(7) Hor. Sat. 1, 1, 47 (le filet sert à porter des pains}. 



J36 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 



\. Les feltres (1). 

L'apprôt de feutres de poils d'animaux (Ti'lTvriTt.ç) (2) est un 
métier organisé en Grèce et en Italie : il est dit ri TzCkr^'ziy.ri (3), 
ars coactiliaria (4), et ceux qui l'exercent, uO^o-noioi, ti'.Xwto- 
•Kow'i, coactiliarii (S). Pertinax, qui d'honneurs en honneurs 
gravit la dignité impériale, était propriétaire d'une fabrique 
de feutres qui lui rapportait de fort beaux revenus (6). Les 
feutres servaient à confectionner surtout des bonnets et des 
chapeaux [pilleï), des semelles et des pantoufles [impilia], des 
couvertures de cheval (7) : il sera question plus bas des coif- 
fures d'hommes et de femmes; les chaussures de feutre 
étaient grossières ou fines, les udones (8) et les impilia (9) 
étaient destinés à protéger la plante du pied, soit à la chasse, 
soit dans les travaux des champs, mais en Grèce on voit aussi 
des dames porter des semelles de feutre (10), Démétrius 
Poliorcète avait des souliers de feutre de laine pourpre (il), 
et ce genre de chaussure reparaît à l'époque byzantine (12). 



(1) Yates, I, p. 388-411. 

(2) Plat, de Leg. VIII, p. 849" ; Pollux, 7, 171 ; cf. Plin. VIII, 192 : Lanae et 
per se coactam (lire coactae) veslem fâchait. 

(3) Plat. Polit., p. 280°. 

(4) Capitol. Per t. 3, 3 : nom pater ejiis tabei'natn coactiliariam exercuerat. 
Les feutres eux-mêmes sont dits coactilia : Dig. XXXIV, 2, 25 § 1. 

(5) Un lanarius coactiliarius : inscr. romaine. Or. 4206 := C. J, L. VI, 9494. 
Lanarii coactores, à Brescia : C. /. L. V, 4504-05. 

(6) Capitol, loc. cit. 

(7) Ed. Diocl. VII, 52-53. 

(8) Mart. XIV, 140; Dig. XXXI V, 2. 25 § 4. 

(9) Impilia : Plin. XIX, 32. Le passage est traduit de Théophraste, qui avait 
écrit •TCoSïïa [Hist. plant. VII, 13, 8). Le mot revient encore une fois Dig. loc. 
cit., où les impilia, ainsi que les fasciae crurales pedulesque, sont rattachés au 
vêtement, tandis que les udones appartiennent à la cordonnerie : les uns doi- 
vent donc être des chaussons, et les autres, des souliers. 

(10) Dans Tinscr. d'Andanie (Gerhard, Arch. Anz. 1858, n. 120, p. 254, et 
Sauppe, Abhandl. d. k. Gesellsch. zu GÔttingen, VIII), il est interdit aux prê- 
tresses (1. 23) de porter !j-iro5T,iiaTx (des souliers) v. ixi, tJ.'K'.-jx t, Sîp;j.âxiva. 

(11) Athen. XII, p. 535'. 

(12) V. Casaubon. ad Treb. Poil. Div. Claud. 17, p. 403 éd. 1671. 



LE VÊTEMENT. 131 



2. Le tissage. 



La transformation des textiles proprement dits avait 
atteint dans l'antiquité un si haut point de perfection, que la 
technologie moderne n'est pas encore parvenue — tant s'en (503) 
faut — à percer tous les secrets de la teinture et du tissage 
antiques, et que l'historien lui-môme est à court de docu- 
ments assez complets pour lui permettre d'en apprécier 
l'activité. 

Les textiles usuels, laine, lin et soie, exigent avant le tis- 
sage une série d'opérations, qui tantôt rentrent dans le tra- 
vail domestique, tantôt font l'objet d'une industrie organisée : 
il y a lieu de distinguer l'apprêt de la matière première, la 
teinture et la filature. 



Apprêt dç la matière première (1). 

La laine tondue, on commence par la laver, puis on la bat 
de verges, on l'épluche [trahere^ carpere) (2) et on la peigne 
(^a'ivsiv, carere^ carminare) (3) avec un instrument dit ^àvwv, 



(1) Les explications techniques qu'on lira dans les paragraplies ci-après ont 
été sensiblement développées et complétées par Blumner {Technoloq. u. Ter- 
minolog. der Gewerbe u. Kûnste], et je renvoie à son ouvrage les lecteurs qui 
s'intéressent plus spécialement aux questions de cet ordre. 

(2) C'est la série d'opérations qu'Aristophane {Lysistr. 575 sq.) nomme 
èxxXûvE'.v, sxpaêStî^Eiv, Sia^aîvetv. Pour le nettoyage Varron {de rerust. II, 2, 18) 
dit vellus lavare acputare, et l'on lit dans Titinius (cité par Nonius, p. 369, 20, 
et Ribbeck, Com. fragin.^, p. 136) : Da peiisam lanam : qui non reddel lein- 
peri Putalam recte facito, ut multetur malo. Le triage des brins est dit en latin 
trahere (Juv. Il, 54) ou carpere lanam, encore que cette expression désigne 
également le filage : Verg. Georg. I, 390 ; IV, 334; Blumner, Techn., I, p. 100 sq. 

(3) Varr. de L. L. Vil, 54 : In Menaechmis (797) ; Inter ancillas sederejubeas, 
lanam carere. Idem est hoc verbum in Cosmetria Naevii. Carere a carendo, quod 
eam titm purgant ac deducunt, ut careat spiircitia, ex quo carminari dicitur 
tum lana. 



138 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

Carmen (1) ou pecten (2). Ces apprêts [carminatio (3), ^av- 
TixT)) (4) se donnent en général à la maison (5) ; mais il y a 
(B04) aussi pour cela des ouvriers spéciaux, carminatores (6), pecti- 
natores (7) : s'ils sont rarement nommés, c'est que les mar- 
chands de laine [lanarii) (8) se chargent de Tensemble de la 
fabrication et, par suite aussi, de ce travail préliminaire (9). 

L'apprêt du lin est décrit par Pline (10): on l'arrache [evel- 
litur)^ on le lie en bottes [fascicidos manuales)^ on le fait rouir 
[maceratur)^ on le teille {stuppario malleo tunditur) et on le 
peigne [ferreis hamis pectitur). 

Avant Justinien (p. 132), la soie ne venait pas de Chine en 
cocons, mais en tissus ou en fil (p. 129). Au temps de Diocté- 
tien, l'importation de la soie avait fait assez de progrès pour 
qu'il ne fût plus question d'effiler des étoffes pour se la pro- 
curer, et pourtant l'Édit de cet empereur parle d'ouvriers 
qui « défont » (Xùouo-i.) la soie blanche ou pourpre (H): il ne 
peut s'agir ici que du travail qui consiste à dévider les éche- 



(1) Venant. Fortun. 5, 6 praef. : Cum... ut ita dictum sit, nihil velleretur ex 
vellere, quod carminaretur in carminé. Le mot ne se rencontre nulle part ail- 
leurs, et là même il pourrait bien n'être qu'un calembour. 

(2) Claudian. in Eutrop. II, 381 : doctissimus artis Quondam lanificae, mode- 
rator pectinis unci, Non alius lanam piirrjatis sordibus aeque Praebuerit 
calathis, sipiilis nec pinguia- quisquam Vellera fer tenues ferri producere 
rimas. 

(3j Plin. XI, 77. 

(4) Plat. Polit., p. 281». 

(5) Plaut. Men. 797. 

(6) Un sodalicium lanariorum carminatorum, dans la région de Modène : Or. 
4103 = Cavedoni, Marmi Moden., p. 269. 

(7) Or.-Henzen 7265 = C. /. L. V, 2538. Les lanarii pectinarii sodales de 
Brixia (Or. 4207 = C. /. L. V, 4501) paraissent être aussi des cardeurs de laine. 

(8) Lanarii, à Rome, affranchis pour la plupart : C. /. L. VI, 9489-93. Un 
lanarius, à Lucérie : C. /. L. IX, 826 ; toutefois le tisseur de laine est égale- 
ment dit lanarius, Ilieronym. Ep. 53, 6. Un neqotians lanarius, à Modène : Or. 
4063. Les lanarii de Grut. 173, 4 = C. /. /.-. IX, 2226, sont des tabernae lanariae. 
L'inscription d'Ortona, dans Romanelli, Top. III, p. 64 {collegium lanariorum) 
est apocryphe : C. 7. L. IX, 317*. 

(9) Juven. VII, 224 (description du cardeur) : Qui docet obUquo lanam dedii^ 
cere ferro. Et le scholiaste glose : aut lanarius. 

(10) Plin. XIX, 16-18. Blùmner, Techn., I, p. 178 sq. 

(11) Ed. Diocl. XVI, 84 et 97. 



LE VÊTEMENT. 139 

veaux de soie et à étirer les fils que le tisserand placera sur 
le métier (1). 



Teinture (2). 

En général, s'il y avait lieu d'appliquer une teinture, on 
teignait la laine avant de la filer (3), la soie seulement avant 
le tissage (4), de manière à pouvoir obtenir des étoffes cha- (505) 
toyantes ou de couleurs changeantes [vestes versicolores) (o) 
en entrelaçant des fils de chaîne et de trame de teinture diffé- 
rente. Pourtant il arrivait aussi qu'on teignît des étoffes 
toutes faites (6), et qu'on les décorât de figures d'animaux (7), 



(1) Sur ce point, voir Waddington, in Le Bas, Foy., 111, p. 179. 

(2) Blûmner, Techn., I, p. 215 sq. 

(3) On file et on tisse la laine déjà teinte, témoin Hom. Od. VI, 306 : T\ki- 
xaxa axpw'fôJT' iXiirôpcpupa. Toutefois on teint aussi de la laine toute filée : 
Varr. Mutiium midi scabunt, cité Non. p. 228, 27 = p. 195, 4 Bûcheler : ut 
venalem tuniculain poneret cottidie, ut videret totum, denique etiam suis 
manibus lanea tracta ministrasset infectori. Mais on la teint toujours avant 
de la tisser : Cic. in Verr. IV, 26, 59 : Millier est Segestana... Larnia nomine ; 
per triemiium isti plena domo telarum stragulam vestem confecit, 7iihil nisi 
conchylio tinctum Ipsedabat purpuram, tantum operam amici. 

(4) C'est ce qui ressort de YEd. Diocl. XVI, 97. 

(5) Liv. Vil, 10, 7. Aristenaet. Ep. I, 11 : où yàp Itp' Ivô; [lévei j^pwjjLa-coî (xà 
5^>iavi8tavciov), ihlà TpÉTiexai xal [istavOsî. Philostrat. Imag. I, 10 : xal tj x'^*" 

(lûî où yàp à'f' ivôî tfépz'. j^pwixxTOî, àXKà xpl— £Tai xxî xaxà t^,v tpiv |XcTav- 

BsT. Il est vrai que l'épithète versicolor, chez les jurisconsultes, désigne d'une 
manière générale des vêtements de couleur : Ulp. Dig. XXXII, 70 § 12; Paul. 
Dig. XXXIV, 2, 32 § 6. Mais, lorsqu'on lit dans la loi Oppia (Liv. XXXIV, 1, 
3), ne qiia mulier vestimento versicolori iiteretur, ou dans Quintil. X, 1, 33, 

meminevimus nec versicolorem illam, qua Demetvius Vhalereus dicebatur 

uti, vestem bene ad forensem pulverem facere, il ne saurait s'agir d'un simple 
vêtement de couleur, dont le port à Rome ne fut jamais interdit aux femmes. 

(6) Plin. XXXV, 150 : Piîigunt et vestis in Aegyplo inter pauca mirabili 
génère, candida vêla, postquam attrivere, inlinentes 7ion coloribus, sed colorent 
sorbentibus medicamentis. Hoc cum fecere, non apparet in velis, sed in corti- 
nam pigmenti ferventis mersa post momentum extrahuntur picta. Mirumque, 
cum sit unus in cortina color, ex illo alius atque alius fit in veste accipientis 
medicamenti qualitate mutatus, nec postea ablui potest. Cf. VIII, 191 : i« 
Aegyptq... vestis detrita usu pingitur rursusque aevo durât. 

(7) Ilerod. I, 203 (parlant des habitants du Caucase) : 'Ev toTat xal Sévèpsa 
tpûXXa TotfjjSs IS^Tjî Trape/ôfj.sva elvai XÉyeTai, xi xpiêovTiî xz xal lîapajjitaYOVTai; 
(iSwp ÎJwa éauToîai èî fh|V èa6f,Ta syvpâœsiv, xi 5à ÎJwa oix JxiîTvûve^Oai, iXXi juyxa- 
TayTipdffxiiv tSf àWijf *lpi(i>) xaTditsp ivuçavôlvta ipx^v. 



140 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

de scènes mythologiques et autres motifs, par application 
directe de la couleur sur le tissu. Parmi les pièces d'étoffes 
grecques trouvées dans la Russie méridionale, il en est plu- 
sieurs dont la décoration trahit à ne s'y pas méprendre le 
pinceau du peintre (1). Dans les étoffes d'un seul ton, on ne 
couleurs; s'attachait poiut à obtenir des couleurs absolument pures : 
on se complaisait aux nuances soit directement imilées de 
la nature soit fournies sans autre apprêt par de simples 
teintures naturelles (2). Dans un passage très topique à cet 
égard (3), Ovide nous dit qu'une robe de femme n'a pas 
besoin, pour être belle, d'une teinture précieuse de pourpre 
authentique : n'a-t-on pas, ajoute-t-il, le bleu d'un ciel 
serein, le ton d'or de la laine naturelle, le vert-clair de la 
vague, le jaune du safran, le vert foncé du myrte de Paphos, 
les délicates nuances de l'améthyste, de la rose blanche, de 
la grue grise, du gland, de l'amande, de la cire, toutes cou- 
(506) leurs que la laine s'assimile? Et ce ne sont point là des 
périphrases de poète, mais des termes techniques et de pur 
métier; car les boutiques exposent des vestes cumatiles (4), 
caltulae (5), crocotulae (6), ferrugineae^ violaceae (7), ceri- 
nae (8), et les teinturiers [infectores (9), offectores) (10), qui 
pour la plupart sont des spécialistes, portent les noms de 



(1) V. Stephani, Compte rendu, 1878-79, p. 122 et 132. 

(2) V. Semper, P, p. 189 (202). 

(3) Ov. A. am., III, 169-188. 

(4) Noiiius, p. 548, 8. Vundulata vestis que Varron (cit6 Non., p. 189, 24) et 
Pline (VIII, 194) donnent pour un très ancien produit de l'industrie romaine, 
est probablement, comme l'enseigne Forcellini, un tissu de laines non 
teintes et diversement colorées par la nature. Cf. Schol. ad Arist. Lysistr. 581 : 
at yuvaïxs? yàp spyaÇô|j.£vai à»' ÉxâaTOu èpto-j Xatixêivoyjiv ëv i\. xal [j.iyvûou<jiv 

(3) Non., p. 548, 25 ; Plaut. Epid. 231. La callha est la fleur du souci jaune, 
calendula arvensis Linné. 

(6) Non., p. 548, 21, et 549, 26. 

(7) Non., p. 549, 3 et 28. 

(8) Non., p. 548, 33; Plaut. Epid. II, 2, 49. 

(9) Cic. ad fam. II, 16, 7 (il veut parler d'un infector purpurarius) ; Plin. 
XX, 59; Fest. Ep., p. 112, 6; C. /. L. V, 997. 

(10) Inscr. de Pompéi : Ilenzen 7264 =. C. L L. IV, 864. Fest. Ep. p. 192, 10. 



LE VÊTEMENT. 141 

teinturiers en violet [violariï) (1), en cire {cerinarii) (2), en 
safran [crocotariî) (3), en brun [spadicarii) (4), en rouge 
[flammarii] (5) et en pourpre [piirpurariî). 

Les substances tinctoriales sont toutes végétales ou ani- uncioriam 
maies ; il n'y en a point de minérales (6). Le plus beau des 
rouges s'extrait du lichen roccella [fucus, orseille) (7), dont 
la nuance, tant qu'elle est fraîche, l'emporte môme sur la 
pourpre, mais se fane vite (8), et du ver kermès [cocciis 
ilicis), insecte du même genre que la cochenille, substance 
dont les anciens ignorent la vraie nature (9) tout en tirant 
un parti merveilleux de sa nuance rouge-vif. Cette nuance 
[color coccineus, '^otôfjia oow.xoGv) est fort différente de celle (507) 
de la pourpre (10), et on les emploie concurremment dans la 
trabea, robe à bandes horizontales d'écarlate [Irabes), autant 
qu'il semble, et à ourlet de pourpre (H). On teint encore en 



(1) Plaut. Aul. 510. L'inscr. Doni, p. 333, n. 18, ex schedis Vaticanis, est 
de Ligorius. 

(2) Plaut. Aul. SIO. 

(3) Plaut. Aul. 521. 

(4) Firm. Mat. Math. III, 7, 1. Sur la couleur, cf. Gell. II, 26, 9. 

(5) Plaut. Aul. 510. Ordinairement on lit flammearius, qu'on explique par 
« confectionneur de voiles de noces » {flainmeum, cf. supra, I, p. 54); mais 
Plaute parle d'un artisan quotidiennement occupé au service d'une matrona, 
et, comme il nomme immédiatement après lui le violarius, il ne peut guère 
songer qu'à un teinturier. Ainsi que l'a remarqué Bliimner (Techn., I, p. 243), 
la teinture en question est le lutiim, la gaude {reseda luteola Linné). Tout au 
moins était-ce la couleur du voile de noce : Plin. XXI, 46 : lutei video honorem 
antiquissimum, in nuptialibus flammeis feminis concessmn. Verg. Cir. 317. 

(6) Plin. VIII, 193, Cyprian. de hab. virg. 14 : herbarum succis et conchrjliis 
tinrjere et colorare. Sur les tinctoriaux végétaux, voir : Plin. XXI, 170 ; XXII, 
3 et 48; Lenz, Botanik d. alten Gr. u. Rom., p. 222. 

(7) Lenz, op. cit.., p. 746-748; Beckmann, Btr. zur Gesch. d. Erfindungen, I, 
p. 334 sq. 

(8) Theophr. Hist. plant. IV, 6, 5 : xal é'wî Iv -Jj irpoiçaTOî tj pay/j, t:oXù ^ 
xaXXiiov y^^àx rrjç Ttop-^ûpai;. 

(9) Pline [H. N. IX, 141, et XXII, 3) enseigne que le coccum est une substance 
végétale {granum). 

(10) Voir les passages cités par: W. A. Schmidt, For.schungen auf d. Gebiete 
desAlterth., 1, Berl. 1842, in-8, p. 100 sq. ; Beckmann, Erfindungen, III, p. 1-46. 

(11) D'après Denys d'IIalicarnasse (11,70), les Sa /ù' portent xTiêÉwaî irspiirop- 
tp'jpouî, 9otv'.xorapû-.po!j;, Sî xaXoûa'. irpaêsaî. Par itapuyai il ne peut entendre que 
les trabes, qui étaient de coccum, tandis que l'ourlet était de pourpre. L'inter- 
prétation est moins sûre pour VI, 13, où il attribue aux chevaliers iropçupâî 



I4â La vie PRIVEE DES ROMAINS. 

rouge avec la rubia (rouge des teinturiers, garance, rubia 
tinctorum Linné) (1) et avec le sandyx (2) ; en jaune, avec le 
safran [crocus), le 6àt];oç, qui est un bois de Scythie, et la 
racine de l'arbre de lotos (3); en bleu, avec le vitrum 
(guède, isatis tinctoria Linné) ; en noir, avec la noix de 
galle (4). Mais la plus noble et la plus chère des teintures 
est toujours la pourpre, et les grandes affaires de teintu- 
rerie sont entre les mains des teinturiers et négociants en 
pourpre (5). 
coquillages à Ou cxtrait ccttc couleur de deux genres de coquilles , la 

pourpre, 

coquille en trompette [bucinum (6), murex, xr]puç) et le 
coquillage à pourpre [purpura (7), pelagia (8), Tîopcpupa). Le 
bucinum fournit une couleur rouge, mais mauvais teint et 
(508) d'un ton faux quand elle est employée seule (9). Quant au 
suc du coquillage à pourpre, les couleurs en sont variables 
suivant les pays de production ; mais on peut les réduire 

epoivtxoTtapûtpouç rr^êlwaî xàç xaXoufxévac; xpaêia;, car il y avait divers genres de 
trabea. Serv, ad Aen. VII, 612 : Suetoîiius in libro de génère vestium dicit, tria 
esse gênera trabearum, unum Dis sacratum, quod est tantum de purpura, aliud 
7'egum, quod est purpureum, habet tamen album aliquid, tertium augurale, de 
purpura et cocco mixtum. Cf. ib. VII, 188 : (trabea) toga est augurum de 
cocco et purpura. Isid. Or. XIX, 24, 8 : Trabea erat togae species ex purpura 
et cocco. Dig. XXXII, 1, 70 § 13 : Purpurae autem appellatio7ie omnis generis 
purpuram contineri puto, sed cocctim non continebitur ; fucinum et ianthinum 
continebitiir. 

(1) Plin. XIX, 47. Aussi nommé erythrodanum ou ereuthodanum : Plin. XXIV, 94. 

(2) Prop. III, 25, 43 : Iliaque plebeio vel sit sandycis amictu. Verg. Bue. 
4, 4S. Sur la plante, voir Blumner, Techn., I, p. 243. 

(3) Références dans Blumner, Techn., I, p. 243-243. 11 n'est pas probable, 
comme il le pense, que le nom ait rien de commun avec celui de l'île de 
Thapsos. 

(4) Blumner, I, p. 244. 

(5) Étude définitive sur cette question|dans W. A. Schmidt, die Purpurfur^ 
berei u. der Purpurhandel im Alterth., in op. cit.., I, p. 96-212. Ce travail a 
rendu superflue la consultation des études précédentes auxquelles renvoie 
l'auteur, notamment Amatius, de restitutione purpurarum, Caesenae 1784, 
in-fo, et Mich. Rosa, délie Porpore e délie Materie vestiarie., Modena 1786, 
in-8o. Comme on trouvera tous les documents soigneusement colligés et 
utilisés dans cet ouvrage, je serai moi-même ici très sobre de références* 

(6) Plin. IX, 130. 

(7) Plin. IX, 123 et 130. 

(8) Plin. IX, 131. 

(9) Plin. IX, 134. 



LE VÊTEMENT. 143 

aux quatre tons énumérds par Vitruve (1), noir, bleu-noir, 
violet et rouge {atrum, lividum, violaceum, rubnmï)^ plus 
simplement encore peut-être à deux tons fondamentaux , 
noir et rouge. Ce suc pur, additionné de sel et soumis à la 
cuisson, donne la teinture dite pelagium (2). Mais l'indus- 
trie, non contente des deux couleurs naturelles du bucinum 
et àw. pelagium, parvint en les combinant à créer deux varié- 
tés artificielles de pourpre vraie, la pourpre ianthine ou variétés de 

, pourpre, 

améthyste, et la pourpre de Tyr avec ses dérivées. 

La pourpre violette, améthyste, ianthine (3) ou d'hyacin- 
the s'obtient par un seul bain dans un mélange de pourpre 
noire et de bucin (4). La violacea purpura, ou ianthina, ame- 
thystina, Jujacinthina vestis est un des plus beaux et coûteux 
produits de cette industrie de luxe (5). 

La pourpre de Tyr ou de Laconie est deux fois teinte 
[dibaphus, purpura dibapha) : d'abord dans un bain ^q pela- 
gium à demi cuit, qui lui donne une couleur indécise et cha- 
toyante ; puis dans le bucinum. Elle est rouge-foncé, mais 
prend au soleil des teintes changeantes, et compte égale- 
ment parmi les variétés les plus précieuses (6). 

Ces deux pourpres, l'ianthine et la tyrienne, sont dési- 
gnées à l'époque byzantine par le même nom , ^^vàrTY) , 
blatta (7). 

Toutes les pourpres ci-dessus étaient foncées : pour obtenir 
des tons clairs, il fallait mettre en œuvre d'autres procédés. 
On mélangeait d'autres liquides, de l'eau, de l'urine (8), du 
fucus (9), au suc du coquillage à pourpre non additionné de 
bucinum : il en résultait une teinture atténuée, dite conchy 



(1) Vitruv. VII, 13, 2. 

(2) Schinidt, op. cit., p. 113-114 et 120-123< 

(3) Plin. XXI, 45. 

(4) Plin. IX, 134-133. 

(3) Références : Schmidt, p. 123-126. 

(6) Plin. IX, 135. Schmidt, p. 127-128: 

(7) Schmidt, p. 130-136. 

(8) Plin. IX, 138. 

(9) Plin. XXVI, 103. 



144 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

liwn et très expressément distinguée de la pourpre pure (1), 
(509) d'où étaient issues trois couleurs claires, bleu-héliotrope, 
bleu-mauve et jaune de violette d'automne (bouton d'or) (2). 
Tels étaient les tons des conchyliatae vestes [3). 

Enfin l'on combina entre eux ces divers procédés de tein- 
ture : on teignit la laine, d'abord en pourpre ianthine, puis 
au double bain tyrien (4), et l'on créa le Tyrianthinum (5); 
on la teignit successivement à une mixture de conchylium 
et à la pourpre tyrienne, et l'on développa les variétés nom- 
breuses de concliylio-pourpre de Tyr(6); enfin, en plongeant 
au bain tyrien une étoffe préalablement saturée de cocciim^ 
on eut la pourpre hysgine (7), qui doit son nom à une plante 
(uTyri) et qui était déjà connue de Xénophon (8). 
prix La valeur de la pourpre variait naturellement suivant 

de la pourpre, 

qu'on employait tel ou tel des procédés décrits, mais aussi 
selon l'étoffe à laquelle elle était appliquée, la qualité du suc 
de telle ou telle provenance (9) et le renom attaché à chaque 

(1) Plin. IX, 138. Ib. 130 : Concharum ad purpuras et conchylia — eadem 
enim est maferia, sed-distat temperamento — duo sunt gênera. V, 76 : Nunc 
omnis ejus (TyriJ nobilitas conchylio atque purpura constat. VIII, 197 : Vidi- 
mus jam et viventium vellera purpura, cocco, conchylio... infecta. 

(2) Plin. XXI, 46 : Terlius est (color), qui proprie conchyli intelligitur, 
multis modis : unus in heliotropio et in aliquo ex his plerunque saturatior, 
alius in malva ad purpuram inclinans, alius in viola serotina conchyliorum 
veqetissimus. L'héliotrope est de caeruleus color, Plin. XXII, 57, tandis que la 
viola serotina ou calatiana, Plin. XXI, 27, est jaune d'or, Colum. X, 101. 

(3) Vestis conchyliata : Plin. IX, 138; Suet. Caes. 43; Cic. in Verr. IV, 26, 
59. Peristromata conchyliata : Cic. Phil. II, 27, 67, etc. 

(4) Plin. IX, 139-140. Schmidt, p. 145-7. 

(5) Mart. I, 53, 5. Pallium tyrianthinum : Vop. Car. 20, 5. 

(6) Plin. IX, 139. 

(7) Plin. IX, 140. 

(8) Xenoph. Cyrop. VIII, 3, 13. 

(9) Toutes ces variétés ont été étudiées par Lamarck, Animaux sans vertè- 
bres, genre rocher, t. IX, p. 559-560. Les amas de coquillages accumulés sur 
certains points du littoral du Péloponnèse et observés par Boblaye dans l'ex- 
pédition française de Morée, notamment aux environs de Gythium, permet- 
tent de constater que la pourpre de Laconie était tirée du murex brandaris. 
On trouve aussi, sur la côte d'entre Sidon et Tyr, de véritables tertres de 
coquillages vidés; mais ils appartiennent à la variété dite murex trunculus. 
V. de Saulcy, Rev. archéolog., N. S., IX, p. 216 sq. Sur le coquillage à pour- 
pre, on peut consulter Heusinger, Observationes de purpura antiquorum, 
Isenaci 1826, in-4o. 



LE VÊTEMENT. 145 

manufacture. L'Édit de Diocldtien de Fan 301 (1), chapi- 
tre XYI, contient une énumération des variétés de pourpre, 
avec des prix qui accusent d'emblée de très grandes diffé- 
rences de valeur entre elles, mais qui sont restés irréduc- (bio) 
tibles tant qu'on n'a point connu la vraie valeur du denier 
de Dioctétien (2). Moi-môme je l'avais, dans la première édi- 
tion de ce livre, fixée à 1/4 de gros, évaluation que Hultsch 
avait jugée vraisemblable (3) ; mais, depuis lors, Hultsch est 
parvenu à démontrer que, d'après l'ordonnance monétaire 
de Dioctétien, la livre d'or vaut 36,000 deniers, que par 
conséquent le denier de Dioclétien est de mk 02538 = 
fr. 03133 (4). On réduira doAC de la manière suivante les 
prix énoncés dans l'Edit de Dioclétien : 

[XETa^aêXâxTY] la livre 150,000 deniers =4,687 fr. 50 c. 

(le même article sous Justinien 288 aurei = 4,568 fr. 40). 

pXàTTT) la livre 

iTCoêXàxTT) — 

o^ux'joia — 

ADAIOr (5) " — 

MtXrjaîa oi'êacpoç — 

» 2" quai. — 

Ne'.xaTjVTi xoxxT)oà — 



(1) L'Édit de Dioclétien a été successivement publié par : Mommsen, in 
Ber. d. k. scichs. Gesellsch. d. Wissensch., phil.-hist. Cl. 1831, p. 1-80 et 383- 
480, avec tirage à part; Waddington, in Le Bas et W., Voyage archéol. en 
Grèce et en As. Min., Explic, vol. III, p. 145, n. 535, également avec tirage à 
part sous le titre Édit de Dioclétien, Paris 1864, in-f" ; Mommsen enfin, 
C. I. L. III, p. 801 sq. Depuis lors Joh. Schmidt {Mittheilungen d. dtsch. 
archilol. Instituts in Athen 1880, V, p. 70 sq.) a fait connaître un nouveau 
fragment de la version grecque. 

(2) Org. financière, p. 38 sq. 

(3) Hultsch, Métrologie, p. 253. 

(4) Hultsch, der Denar Diocletians in Neiie Jahrbûcher f. Philol. u. Pâdag., 
CXXI (1880), p. 27 sq. Id. Metr. ^ p. 333. 

(5) La lecture AHAlor /K (i. e. V.-zpx) A est inintelligible. Waddington lit 
'Auiaiou et entend par 'A^taTov la pourpre de Sardes et dé Thyatire. Comme 
la pierre est altérée et d'une lecture très difficile, on pourrait conjecturer le 
luot AIBA<t>or et admettre que, dans le B et le *, les traits les moins pro- 
fonds se fussent effacés en ne laissant subsister que la hampe. 

Vie Privée des Rom. t. II. 10 



50,000 de 


niers 


:=: 


1,562 fr. 50 


32,000 


— 


= 


1,000 )) » 


16,000 


— 


= 


500 » » 


12,000 


— 


= 


375 » » 


12,000 


— 


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375 » » 


10,000 


— 


= 


312 )) 50 


1,500 


— 


= 


46 » 90 



1^6 La VlÊ PRIVÉE DES ROMAINS. 

luyi^ri l""* quai. la livre 



ire 


quai 


2e 


» 


3« 


» 


4« 


» 



600 


deniers = 


18 fr. 73 


500 


— =: 


13 » 63 


400 


= 


12 » 30 


300 


r::; 


9 » 40 



Le tableau débute par cinq espèces de pourpre tyrienne 
authentique, à savoir une de pourpre sur soie et quatre de 
pourpre sur laine (1). Le mot blatta, qui signifie « motte, 
caillot » (2), s'emploie spécifiquement pour désigner le suc 
figé de la pourpre (3), puis la pourpre en général, le fil teint 
(511) de cette substance. Si c'est un fil de soie, on le spécifie 
expressément : la soie brute pourpre se nomme donc ^e-ra^a- 
6'kâxx-r\, en latin blatta serica (4), sericoblatta (5); elle coûte 
trois fois autant que la laine pourpre, quinze fois autant que 
la soie blanche (6). Si Ton dit blatta tout court, on désigne 
de la laine (7) : la blatta est une laine teinte en foncé, la 
pourpre noire (8) ; l'uTroêAà'TTYi, selon toute apparence, une 
pourpre claire (9), et l'o^uTupU ou oxijblatta (10), une variété 
écarlate (11). Suivent les qualités inférieures, une de vraie 

(1) Détails dans Waddington, op. cit., p. 180. 

(2) Fest. Ep., p. 34, 4 : Balatrones et blateas biillas luti ex itineribus, aul 
quod calciamentorum soleis eraditur., appellabant. 

(3) Glose du Stephanus de Londres, IX, p. 206 : Blattela 6pô[i6o<; aï;j.aTO<: 
Twv xoyyu>;twv. Blaltia %oô\x&o<; oc'tfjiaTOî. 

(4) C. Theod. X, 20, 18. 

(3) C. Theod. X, 20, 13 = C. Just. XI, 8 (7), 10. Un pallium blatteum seri- 
cum, mentionné Vop. Aiirel. 43, 3. 

(6) Laquelle est évaluée à 10,000 deniers Ed. Diocl. XVI, 83. 

(7) D'après le passage ci-dessus de Vopiscus, Aurélien ne souffrait pas que 
sa propre épouse portât un pallium blatteum sericum, mais permettait à tou- 
tes les dames (ib. 46, 4) de porter des blatteae tunicae. 

(8) Godefroy {ad C. Th. X, 20, 13) cite à l'appui le passage d'Épiphane, de 
XII gemmis quae erant in veste Aaronis 5, p. 227 éd. Col. : aiTrosipo; Tîop-ju- 
pîÇuv wî |5);dcTXT)î Ttop'f jpaî xfii; ixs'XaivT,? eîSo; : témoignage avec lequel concorde 
celui de Pline (IX, 135, parlant de la pourpre de Tyr) : laus ei summa in 
colore sanguinis concreti, nigricans aspectu idemque suspectu refidgens. 

(9) A l'instar des mots subcaeruleus, subcandidus, suffuscus, subruber, ùrJ- 
puBpoç, il faut entendre par ÙT.o6'Xitxr\ une couleur atténuée, probablement 
la même que hijacinthinum, ianthimim, amethystinum. 

(10) C. Just. IV, 40, 1. 

(11) C'est de cette nuance que parle Plutarque [Cat. min. 6) : ItteI Tropçûpav 
étipa (Caton) t-}\v xaxaxôpw; èpuOpàvxal o^stav àyaTrw[j.£VT)v , aOtô; êcpopzt lïy 
|jLé>^atvav. Sur le mot à\\ic, dans l'acception tinctoriale, voir : Salmas. ad Tert, 
depall., Lugd. Bat. 1656, in-S", p. 182 sq.; Waddington, op. cit., p. 180. 



LE VÊTEMENT. Ul 

pourpre de Milel (d) et cinq de fausse pourpre, laine de 
Nicée teinte de coccus (2) et laines dites hysgines teintes en 
orseille (3), toutes infiniment moins coûteuses. On conçoit 
dès lors que les énormes variations de prix accusées çà et là 
par les documents antérieurs à l'Edit, doivent s'expliquer de 
môme par des qualités diverses de teinture : au temps de 
César, la livre de pourpre ianthine valait 100 deniers ou 
87 fr. 70, et celle de pourpre de ïyr 1,000 deniers ou 
877 fr. (4) ; on achète un vêtement de pourpre 3 mines ou 
294 fr. 75 c. (5), mais aussi 10,000 sesterces ou 2,719 fr. (6). (5i2) 

On voit que la teinturerie en pourpre était une industrie 
considérable et fort ramifiée. Elle comportait deux genres 
de profession : les Topoupsi;;, murileguli ou conchylioleguli, 
pécheurs de pourpre (7), et les purpiirarii, les fabricants qui 
apprêtent la teinture dans leurs offlcinae (8), teignent les 
étoffes et joignent habituellement la vente à leur fabrication. 

Dans toute la Méditerranée on poche la pourpre. Les pèdiedcia 
meilleurs coquillages à pourpre sont : en Asie, ceux de la 
Phénicie (9) ; en Afrique, ceux de l'île Méninx [purpura 
Girbitana) et de la côte de Gétulie (10); en Grèce, ceux de 
Laconie (11). Mais on en recueille encore sur les rivages de 

(1) Cf. Serv. adGeorg. III, 306 : Miletos est civilas Asiae, iibi tingiintur lanae 
optimae. 

(2) Il y avait des ateliers île teinture en coccus, non seulement à Nicée, 
mais tout spécialement en Galatie, subsidiairement aussi en Pisidie, Cilicie, 
Espagne, Afrique et Sardaigne : Tertull. de pall. 4 {Galaticus rubor) ; Dios- 
cor. Mat. med. IV, 48 ; Plin. IX, 141 ; XVI, 32 ; XXII, 3. 

(3) La forme torY^vri est corrompue de uayivov. La qualité supérieure d'hys- 
f/iniim est dénommée dans l'Édit tayivTi xowxsia à),y£vr,tf{a , soit donc une 
couleur tirée d'une alga, c'est-à-dire d'un fucus : cf. AVaddington, p. 181. 

(4) Plin. IX, 137. 

(5) Plut, de an. tranq. 10, p. 570 Dûbner; D. Chrysost. 66, 4 = vol. II, 
p. 348 R. 

(G) Mart. VIII, 10; IV, 61,4. 

(7) Références : Schmidt, op. cit., p. 163. 

(8) Plin. IX, 129 et 133. 

(9) Plin. IX, 127. Schmidt, p. 155. 

(10) Ilor. Ep. II, 2, 181 : vestes Gaetulo murice tinctas. Et la glose de Por- 
phyrion : Afro, ac per hoc Mauro; siçinificat enim purpuram Oirbitanam. 
Autres témoignages anciens : Schmidt, p. 155. 

(11) Ilor. Od. II, 18, 7. Clem. Alex. Paed. II, 10, 115, p. 239 Potter : Sii 



pourpre, 



148 LA VIE PRIVEE DES ROiMAINS. 

la Propontide (1), à Thyatire (2), à Milet (3), à Phocée (4), 
aux îles de Cos (o), de Cypre (6), d'Eubée (7), en Pho- 
(513) cide (8), à Argos (9), à Ancône (10), en Calabre (11), à Ta- 
rente (12), à Baies (13) et en Sicile (14). Les manufactures im- 
périales de pourpre (15) — au commencement du v^ siècle 
l'Occident en comptait neuf et il y en avait une à Tyr (16) — 
sont établies de même sur différents points, à Tarente, 
Salone (17), Syracuse, dans la province d'Afrique, dans l'île 
de Girba ou Méninx, aux Baléares, à Telo Martius (Toulon) 
et Narbonnc. 



•caÛTTiv yoûv t-}\v 'nop'jijpav ■i\ Tiipoî xal f, StSwv xal tî^i; Aaxwvf/cfjÇ f, ycôxcov Tf,î 
6x)»dîaCTT|<; iîo9civ6xa"uat, 

(1) Il y a dans la Propontide une île Porphyrione : Plin. V, 151. 

(2) Une TtopcpupÔTTwXti; TrôT^swi; ftuaxEÏpwv mentionnée Act. Apost. 16, 14 : cf. 
Blûmner, Gew. Th., p. 36. 

{^)Ed.Diocl. XVI, 91. 

(4) Ov. Met. VI, 9 : Phocaico bibulas tingebat murice lanas. 

(5) Lyd. de mag. 2, 13 : [iav6û-r)v [jiâv yàp ô ÏT^xpy^oi (le préfet du prétoire 
sous les premiers empereurs) -Kzp'.z&iXksxo Kûov • ètz' èxsivT^î yàp xf,; vf,joo xal 
jxdvTji; Ti paOuxÉpa ^olo^ xoû cpotvixoû yoix>\).oiioi xà Ttplv i~-iy^z'.xo xaxaaxïuaÇoix^vT]. 
Le (potvtxoûv, à proprement parler, est la teinte du cocciis, à telle enseigne 
que Lachmann, dans Prop. II, 1, 5, lit Cois coccis (cf. toutefois Léo, Rliein. 
Mus., XXXV, 1880, p. 435); mais Lydus paraît bien avoir en vue la teinte 
de pourpre foncée, et Horace aussi [Od. IV, 13, 13) parle de Coae purpurae. 

(6) Isid. Or. XIX, 28, 3 : optimum [ostrum] in insula Cijpro gignitur. 

(7) D. Chrysost. Or. 1, 55 = I, p. 241 R. 

(8) C'est Pausanias qui nous renseigne sur la ville de Bulis, située sur la 
côte septentrionale du golfe de Corinthe (X, 37, 3) : oi 5è à'v9pw::oi oî ÈvxaûOa 
irTkéov -^iixiaôK xô)'>»wv s'.ç pacpV Tropcpûpai; EÎfflv akitîi;. 

(9) On connaît la pourpre d'Hermione : Plut. Alex. 36, et autres références 
dans Blûmner, op. cit., p. 78. 

(10) Sil. Ital. VIII, 436 : Stat fucare colos nec Sidone vilior Ancon Murice 
nec Lihyco. 

(11) Cassiodor. Var. I, 2. 

(12) Corn. Nep. cité Plin. IX, 137; Hor.f:p.II, 1, 207; autres références dans 
Blûmner, p. 123, n. 13. 

(13) Hor. Sat. II, 4, 32. 

(14) Blûmner, p. 125. 

(15) C. Theod.X, 20 {demurilegulis); C. Jiist. XI, 8(7) (même rubrique). 

(16) Net. Dign. .Occ. XI, 64-73. 

(17) Le nommé Aur. Peculiaris magister conquiliarius de l'inscr. de Salone 
(C. I. L. III, 2U5) est sans doute un employé qui relève du pvocurator baphii 
Salonitani mentionné Not. Dign. Occ. XI, 66. L'inscr. Or. 4272, où il est ques- 
tion d'un baphium à Cissa sur la côte de l'Istrie, est apocryphe : C. I. L. 
V, 11*. 



LE VÊTEMENT. 149 

Les négociants vendaient au poids (1), soit la teinture, soit n^igocianis en 

. . . pourpre, 

la laine teinte (2), et tenaient aussi des dépôts d'étofles 
toutes faites (3). Ce commerce doit remonter fort haut à 
Rome, puisque la trabea bordée de pourpre et le clavus de 
pourpre étaient déjà en usage à l'époque des rois (4). Il y 
avait d'ailleurs une famille patricienne dite des Fabii Pur- 
pureones qui portait le coquillage à pourpre dans ses ar- 
mes (5). Mais on ne connaissait que la pourpre indigène, 
plus tard peut-ôtre la grecque : le premier Romain qui porta 
une prétexte de pourpre tyrienne fut l'édile P. Lentulus 
Spinther (691 = 63) (6). A partir do ce temps la pourpre 
prit rang parmi les objets de luxe : César eut beau restrein- 
dre l'usage des conchyliatae vestes (7) ; Auguste, interdire (5i4) 
la pourpre à tous autres que les magistrats (8); Néron, 
prohiber par un édit la vente de la pourpre de Tyr et de la 
pourpre améthyste (9) : la mode adopta de plus en plus les 
vêtements ornés de pourpre et ceux de pourpre même (10); 
bientôt la capitale (11), les principales villes de l'Ita- 



(1) Plin. IX, 137; Suet. Ner. 32. 

(2) Conclusion tirée avec raison par Schmidt (p. 165) du monument funé- 
raire d'un piirpwarius, trouvé à Parme (Lama, Iscrizioni ant. collocale ne' 
mûri délia scala Farnese, Parma 1818, in-40, p. 98, et Blûmner, Techn., 1, 
p. 240), où sont figurés trois flacons destinés à contenir la teinture, une 
balance et divers écheveaux de laine. 

(3) Macrob. Snl, II, 4, 14. Schmidt, p. 167. 

(4) Plin. IX, 136 : Pwpurae usiim Romae semper fuisse video, sed Romulo 
in trabea ; nam toga praeLexta et latiore clavo Tullum Hostilium e regibus 
primum itsum Etruàcis devictis satis constat. 

(5) Voir : Borghesi, Œuvres, I, p. 167 sq. ; Mommscn, Gesch. d. Rom. 
Milnzw., p. 496 et 512*; Mommsen, RÔtn. Forsch., I, p. 115. En 558 = 196 il y 
eut un consul L. Furius Purpureo. 

(6) Plin. IX, 137. Drumann, Gesch. Roms, II, p. 533 sq. 

(7) Suet. Caes. 43 : Lecticarum usum, item conchyliatae vestis et margarila- 
rum, nisi certis personis et aetatibus perçue certes dies, ademit. 

(8) D. Cass. 49, 16, 1 : ff^v ts èa6f,Ta t^v àXoupYf; jiTjSéva àXXov è'?w tôiv 
PouXeuTwv Twv £v Taîç ipyoLi^ ôvtwv èvSûîJÔat èxéXeujcv. 

(9) Suet. Ner. 32. 

(10) Amethystinae vestes : Mart. I, 96. 7; II, 57, 2: XIV, 154. Tyriae : ib. 156. 

(11) Suet. Ner. 32. Un purpurarius de vico Tusco : Or. 4271. Autres piayu- 



* Monn. Rom., trad. de Blacas et de Wille, II, p. 2il et 206. — V. H. 



ISO LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

lie (1) et des provinces (2) virent s'ouvrir de nombreux 
magasins de marchands de pourpre [tabernae cum servis 
institoribus) (3), tandis que dans les centres manufacturiers 
se donstitiiaient des collèges d'artisans en cette spécialité (4). 
manufactures Lcs grands profits dc cette industrie tentèrent aussi les 

impériales. » u- • • 

empereurs. A 1 imitation de ceux du i" siècle, qui, depuis 
Tibère jusqu'aux Antonins, eurent des intérêts dans l'indus- 
trie céramique, Alexandre Sévère déjà posséda des manufac- 
tures de pourpre, dont les produits n'étaient point exclusive- 
ment destinés à son usage, mais livrés au commerce (5), et 
dont la gestion, en Achaïe, Épire et Thessalie, fut confiée à un 
;>rocz({r«^or spécial appointé sur la cassette impériale (6). On 
(515) appelait cette pourpre piirpura Probiana ou Alexandriana : 
ce dernier nom est celui de l'empereur propriétaire ; l'autre 
celui du praeposittcs baphiis, Aurelius Probus, qui inventa un 



raini à Rome : CI. L. VI, 9843-48. [L'inscr. Grut. G21, 4, purpurarius de vico 
Cornelii, est fausse : C. I. L. VI, 3297 *.] 

(1) Un purpurarius à Capoue, X, 3973. A Pouzz«les : ib. 540 (?) et 1932. A 
Truentum : ib. IX, S276 =^ Or.-IIenzen .5176. A Mevaniola : Or.-Henzen 
7271. A Parme : Murât, p. 973, 7. A Aquilée : ib. p. 973, 6 — C. /. L. V, 1044. 
A PoUentia : C. I. L. V, 7620. 

(2) Un purpurarius à Narbonno : Grut. 649, 9 := Ilcrzog, Gall. 'Narh., 
app. 69. A Cordoue, C. I. L. II, 2235. Un neqoliator artis purpurariae à 
Augusta Vindelicorum : Or. 4230 = C. I. L. III, 5824. Ua TropcpupoirûX-ri; à 
This (Egypte) : papyr. I, I. 11, et II, 1. 11, dans Schmidt. Une iropcp-jpû-iTwlK; à 
Thyatire : A. Apost. 16, 14. Un purpurarius en Macédoine : C. /. L. 111, 664. 

(3) Big. XXXII, 91 § 2. 

(4) Une (TuvTjOîia tùv -op» upoêâîpuv à Thessalonique : A. Duchesne, Arch. d. 
M. scient.., 3" sér., III, p. 248, n. 83. Une soyacn'a twv patpiwv à Hiéropolis de 
Phrygie (C. I. G. 3924) semble, d'après l'inscr. Waddington 1687, avoir été un 
collegium funeraticium (cf. Culte, I, p. 169). 

(3) Lampr. Al. Sev. 40, 6 : Purpurae clarissimae, non ad usum suum, sed 
ad matronarum, si quae aut passent aut vellent, certe ad vendendum gravissi- 
mits exactor fuit, ita ut Alexandriana purpura hodieque dicatur, quae vulgo 
Probiana dicitur, idcirco quod Aurelius Probus bafiis praepositus id genus 
muricis repperisset. 

(6) Ihscr. de Corinthe, C. I. L. III, 536 : Theoprepen Aug. lib. proc. domini 
n. M. Aur. Severi Alexandri pli fel. Aug. provinciae Achaiae et Epiri et Thes- 
saliae rat(ionis) purpurarum. Sur ce document, voir : Friediaendcr, Dars- 
tellumjen, \«, p. 176 sq. ; Ilirschfeld, Rom. Verwaltungsgesch., p. 193, qui 
enseigne également que les manufactures impériales de pourpre, souvent men- 
tionnées à partir de cette époque, doivent leur fondation à Alexandre Sévèrci 



LE VÊTEMENT. 151 

nouveau fjenus miiricis^ en un mot le fabricant lui-môme (1). 
De môme nous est signalée, dès le règne de Dioclétien (2), 
l'existence de la fameuse manufacture de Tyr, qui fabriquait 
la blatta (3), alors mise dans le commerce en cinq qualités 
différentes (4). L'industrie privée lui fit concurrence, jusqu'à 
la constitution de 383 des empereurs Gratien, Yalentinien et 
Théodose, qui érigea en monopole impérial, sans d'ailleurs en 
supprimer la vente (5), la fabrication des variétés supérieures 
de \iOWT^YQ [blatta). Le seul indumentiim regale (6), soit le port 
d'un vêtement tout entier de blatta^ était réservé à l'empe- 
reur, et le particulier qui empiétait sur ce privilège, réputé 
coupable de haute trahison (7) ; mais on portait couramment 
des garnitures, des bandes tissées dans l'étoffe et des revers 



(1) Ce détail a échappé à Schmidt (p. 175 et 184), qui croit à une industrie 
privée, simplement frappée d'une redevance au profit de l'empereur, et tient 
en conséquence ce Probus pour un receveur de taxes. Il se trompe aussi en 
admettant (p. 106) que sans doute il y avait en même temps des -purpurarii 
impériaux, mais que leurs produits n'entraient pas dans le commerce. C'est 
qu'il a mal compris l'inscr. Murât. 903, 8 = C. /. L. X, 540, qu'il faut lire : 
cN.HAIO ■ DORYPhORO || PVRPVRARIO ■ AVGVStali || DVPLICIARIO • 
VIXIT II ANNIS XXXXIIII \\ M. VI. DIERVS • XXIX. Le personnage en ques- 
tion n'est donc pas un purpurarius Aiigusti, maiis un purpiirarius Augustalis 
dupliciariiis (Or.-Henzen 3534. 3934. 7110-11; C. I. L. X, Index, p. 1150, sous 
Puleoli), c'est-à-dire un Augustalis qui dans les distributions touche double 
part à titre honorifique. V. sur ce point la lex coll. salut., dansMommsen, de 
Coiie.^., p. 106-107. 

(2) D'après Eusèbe {Ilist. Eccl. VII, 32), Dioclétien commit Dorothée à Vèr.'.- 
■zooT.r, Tf,î xaTi Tûpov âXoupyoO |iaï>f,î, durant l'épiscopat de S. Cyrille à Antioche, 
soit avant l'an 300 ; Vales. ad h. l. 

(3) C. Theod. X, 20, 18. 

(4) Ed. Diocl. XVI, 1. 85 sq. Cf. Vop. Aurel. 46, 4 : idem concessit ut hlalteas 
malronae tunicas haberent. 

(5) C. Just. IV, 40, 1 : Fucandae atque distrahendae purpurae vel in serico vel 
in lana, quae blatta vel oxyblalta atque hyacinthina dicitur, facultatem nullus 
possit habere privatus. Que peut signifier ce texte, sinon « nul autre que l'em- 
pereur ne fabriquera ni ne vendra de blatta »? Et en fait, au temps de Justi- 
nien, la manufacture impériale vendait ses produits, témoin Procop. Hisl. arc. 
25, p. 142 Bonn. Cf. Mommsen, sur YEd. Diocl., p. 94 (395). 

(6) Lactant. Inst. IV, 7, 6 : sicut nunc Romanis indumentum pwpurae insigne 
est regiae dignilatis assumptae. D'où la locution purpuram sumere : Treb. 
Poil. XXXtrjr. 18, 3, et Salmas. ad h. l. 

(7) Amm. Marc. XIV, 9, 7. Joh. Chrysost. de anal hem. 3 = vol. I, p. 693 '^ 
Montf. : 6 irep'.GeU ÉauTÔ) âXo-jpyiSa pajtXtxT,v, ÎSiwtt,; TUY/^âvwv, aÔTÔ? te xaî 
«Otû <yyvîpyf,TXVTîî w; xypavvo'. àva'.poûvrau 



152 LA VIE PRIVÉE i)ES ROMAINS. 

(516) en pourpre vraie (1), et c'étaient les manufactures impériales 
qui fournissaient la laine pourpre à cet usage. La soie pour- 
pre, interdite aux particuliers en 424 (2), puis réoctroyée dans 
la suite, provenait de la même source (3). Il est donc fort 
naturel d'admettre que les manufactures impériales de l'Oc- 
cident, dont les produits étaient de qualité inférieure, ne 
se bornaient pas à subvenir à la consommation du palais et 
travaillaient aussi pour la vente. Mais ce ne furent point pour 
cela des entreprises d'industrie privée : l'identité de leur 
organisation et de celle des gynécées impériaux doit y faire 
reconnaître sans hésitation des dépendances de l'empereur (4). 



(1) Constitution de l'an 302 (C. Th.^ XV, 7, H) : Nulla mima gemmis, nulla 
sif/illalis sericis aut textis utatur auratis. His qiiogue vestibiis noverint ahsti- 
nendum, quas Graeco nomine alethinocrustas vocant, in quibus alii admixtus 
coloripuri rubor muricis inardescit. On. interdit donc aux mimes, et non aux 
autres femmes, les étoffes tissées de fils de vraie pourpre (cf. llaenel ad h. l., 
et Schmidt, p. 186); caries expressions àAT,6'.vi, Ttopcpûpa (Ed. Diocl. XVI, 90), 
vestes de alethino (Salmas. ad Treb. Poil. Claiid. 17, p. 403 sq. éd. 1671), holo- 
vera vestis {C. Th. X, 21, de veslib. hohv.= C. Just. XI, 8) désignent le pâjjL[ia 
jSafft^ixôv, oTTsp ■f.akzX-i ôXôSt.oov vevofxixaai (Procop. Hist. arc. 25), et les ale- 
thinocriistae sont des étoffes dont la trame ou la chaîne est de laine pourpre, 
soit donc des étoffes de demi-pourpre. Il sera question plus bas des segmenta 
et des fimbriae. Le clavus senatorum était aussi de vraie poui'pre, si toutefois 
il faut entendre à la lettre le blattifer senatus de la pièce (v. 22) citée Sid. Ap. 
Ep. 9, 16. 

(2) C. Theod. X, 21, 3 : Nec pallia tunicasque domi qiiis serica contexat aut 
faciat, qiiae tincta conchylio nullius alterius permixtione subtexta sunt. Mais le 
même texte, au C. Just. XI, 8, 4, porte contexta sunt. [Krùger lit subtexta. 
L'addition nullius alterius permixtione indique bien, ce semble, qu'il s'agit, 
dans l'un et l'autre texte, de vêtements dont la teinture procédait exclusive- 
ment de conchylium.] Plus loin, là où le C. T/i. porte reddenda aerario holovera 
vestimenta protinus offerantur., le C. Just. insère l'épithètc virilia. La consti- 
tution de 424 a donc été modifiée par Justinien sur deux points : elle interdi- 
sait, soit aux hommes, soit aux femmes, le port d'habits de soie, tant holoverae 
que conchylialae ou même simplement tramés de laine de conchylium, tandis 
que Justinien ne fait qu'interdire aux hommes seuls les vêtements de soie pure 
pourpre, et les permet aux femmes, ainsi qu'aux deux sexes ceux de demi- 
pourpre . 

(3) Procop. Hist. arc. 25, p. 142 Bonn. Mommsen, sur VEd. Diocl., p. 94 (395) 
n. 1. 

(4) Le procurator bafii préposé à chacune de ces manufactures [Not. Dign. 
Occ. II, 64) est le directeur de la fabrication, au même titre que le procurator 
gynaecei, le procurator linifii et le procurator monetae. 11 équivaut à l'sTrtTpo- 
-oî de la fabrique de Tyr (Euseb. Hist. Eccl. VII, 32) et au praepositus Imfiis 
d'Alexandre Sévère (Lampr. A. S. 40, 6). Cf. C. Just. XI, 8 (7), 14 : Privatae vel 



LE VÊTEMENT. 1^3 



Filature et tissage [i). 



Filer la laine, c'est par excellence la tâche des femmes et (5i7) 
des servantes (2). La filature du lin est aussi bien un travail 
masculin (3). Le rouet à filer est une invention moderne (4) : 
les anciens ne connaissent que la quenouille (ri)vaxàrri, coins) 
et le fuseau (axpaxTOs, fiisus). Le fuseau se compose de deux 
éléments : la tige, dite pareillement ri).axàr/i, et surmon- 
tée d'un petit crochet (ayxiarpov) qui retient le fil (5) ; et le 
peson (a-cpôvo'j).oç (6), verticillus {"l), turbo) (8), qui, adapté au 
bas de la tige (9), l'alourdit et en accélère la rotation. Ces 
pesons se rencontrent en abondance dans les habitations 
lacustres (10) et les sépultures, et Schliemann en a déterré 
par centaines dans ses fouilles de Troie : ils sont de terre 
cuite ou de pierre, ont la forme d'une lentille, d'une balle ou 
d'un cône tronqué, et sont percés d'un trou par lequel pas- 



linteae vestis magistri, thesaurorum praepositi, vel baphiorumac textrinorum 
procuratores... non ante ad rem sacri aerarti procurandam permiltantur acce- 
dere, quam satisdationibus dignis eorum admiiiistratio roboretur. 

(1) Études sur cette question : Schneider, ad Scriptor. rei l'iist., vol. IV, 
p. 339-387; Mongcz, Hist. et Mérn. de l'Inst. fio?/., "classe d'histoire, t. IV (1818), 
p. 222-314; Conze, Ann. d. Inst. 1872, p. 190 sq.; Bluraner, Techn., 1, p. 107 
sq. ; Ahrens, die WebstUhle d. Alten, in Philologus, XXXV, p. 383-409 ; v. Cohau- 
sen, das Spinnen u. Weben b. d. Alten, in A7in. des Vereins f. Nassau. Alter- 
thumsk. 1879, p. 23 sq. ; Blumner, dans les Jahresberickle de Bursian, t. XI 
(1877), p. 2.37. 

(2) V. supra, I, p. 70. 

(3) Plin. H. N. XIX, 18 : l.inumqiie nere et viris décorum est. 

(4) On prétend qu'il fut imaginé à Brunswick en 1330. 

(3) Plat, de Rep., p. 616° : èx Se -uôiv à'xowv tE-uajxévov 'AvâyxT,? ax^axTov, 5'.' oj 
Triaa; è~:a-zpé'st<3^xi Tàî ■jTEptœopdtç • ou tt,v [xv/ -fiXaxaTt.v te vcal tô afyxuxpov sivai 
£ç àoâijLavTOî, x6v 5à (TcpôvSuXov [ji:xt6v ïa xî xouto'j xal tXKwj yevciv. 

(6) Ed. Diocl. XllI, 3 : âxpixxû; tj-'.vo; asxi aœovôJXou. Thcophr. Hist. plant. 
III, 16, 4 : x6 5' àTravOr.Tav Xettxôv, ousizïo aœôvouXoî Tcol àxpaxxov. 

(7) Plin. XXXVII, 37. 

(8) CatuU. 64, 314. 

(9) Fuseaux égyptiens conservés, de formes diverses, mais sans trace de cro- 
chet, figurés dansWilkinson, Manners and Customs of the anc. Egypt., London 
1837, in-8o, III, p. 136. 

(10) Helbig, Ital. in d. Poebene, p. 83. 



Vôi LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

sait la tige (1). La fileuse tient de la main gauche la que- 
nouille, à laquelle est attaché le lin ou la laine apprêtée 
(ToÀuinri (2), mollis lana (3), tractus) (4); de la main droite 
(518) elle tire un fil hors de la poupée (5), le fixe au croc du fuseau, 
et le laisse pendre, ainsi chargé, entre le- pouce et l'index, 
après avoir imprimé au fuseau un mouvement de rotation qui 
tord le fil sur lui-même (6). Lorsque la rotation s'arrête, elle 
enroule le fil autour du fuseau, le tire par le croc, et les trois 
opérations se répètent indéfiniment (7) jusqu'à ce que le 
fuseau soit complètement chargé de fil; alors elle le dépouille 
et dépose l'écheveau (xXwo-ttjp) (8) dans la corbeille à filer 
[calathus). Comme on filait debout (9), assis (10) ou môme en 
marchant(ll), le tour de main n'était pas toujours identique: 
parfois on fixait la quenouille dans la ceinture (12) pour avoir 
les deux mains libres [et ce fut à cet égard un nouveau pro- 
grès que l'invention de la quenouille montée sur pied 

(1) Figurés dans Cohausen, loc. cit., pi. II, fig. 2-3. 

(2) Schneider, op. cit., IV, p. 363. 

(3) Catull. 64, 311. 

(4) Nonius, p. 228, 25, 

(5) Catull. 64, 311 (parlant des Parques) : Laeva colum molli lana retinebut 
amictum ; Dextera tum leviter deducens fila siipinis Formahat digitis, tum prono 
in pollice torquens Libratum tereti versabat turbine fiisiim. 

(6) Ov. Met. VI, 22 : Sive levi teretem versabat turbine fiisum. Tibull. II, 1, 
63 : Hinc et femineus labor est, hinc pensa colusque, Ftisus et apposito pollice 
versât opus. 

(7) Cf. Cohausen, p. 23 sq. 

(8) Schneider, p. 360 sq. 

(9) Une femme debout, tenant la quenouille de la main gauche, et tirant de 
la droite le fil auquel pend le fuseau, figurée sur un vase antique : Millingen, 
Vas. Coghill, pi. XXII: Panofka, Bilder ant. Lebens, XIX, 2; Bliimner, Techn., 
I, p. 119. 

(10) Fileuse assise, sur un bas-relief du Forum Nervae : Bartoli, Admiranda 
Rom. ant., 1693, in-f», pi. 37; Mon. d. Inst.,X, 41. Hercule assis auprès d'Om- 
phale, décrit par Lactance {Inst. 1,9, 7) : Illud quidem nemo negabit, Hercu- 
lem servisse... Omphalae, quae illum... sedere ad pedes suos jubebat pensa 
facientem. C'est dans cette attitude que le représente une fresque pompéienne : 
Ilelbig, Wandgemulde, n. 1136. 

(11) Plin. XXVIII, 28 : Pagana lege, in plerisque Italiae praediis cavetur, ne 
mulieres per itinera ambulantes torqueant fusos. 

(12) Sur une mosaïque (Mori, Sculture del Mus. Capitol., I, p. 237) ou voit 
Hercule filer de cette manière : il tire le fil de la main gauche et tient le 
fuseau de la droite. 



LE VÊTEMENT. 133 

(yépwv) {{)]. La filature produisait à l'usage du tisserand 
diverses sortes de fils : les uns durs et forts, parfois faits de (5i9) 
plusieurs fils retordus, pour la chaîne de l'étoffe ; les autres 
mous et peu tordus, pour la trame; et ceux-ci, comme on le 
verra, relevés par le peigne du foulon, formaient ensuite le 
côté pelucheux (p.a);>.6s) du tissu (2). Sur les monuments égyp- 
tiens qui représentent l'opération de la filature, il n'y a pas 
de quenouille visible et l'on ne peut reconnaître que la tor- 
sion des fils de chaîne (3) . 

La structure du métier à tisser des anciens est jus- Métier à Ussor ; 
qu'à présent si peu éclaircie, qu'elle ne comporte encore 
en aucune façon le genre de description brève et précise 
qui rentrerait dans le plan de ce Manuel. Les figures 
qui nous en sont parvenues sont en petit nombre (4), et 



(1) PoUux, 7, 73 : ~0 oà èpyaTisTov xaO'ou è'xXwÔov sçap-côjvTc; Ta axuTnrsïa, ysocov 
i'f.'xkzixo • TiV 5è \'jkox) TisTtoiTiiiévov xiôvtov, aj(fi|jLa 'Ep[j.o'j TïTpaywvoii lyov, «î) vépov- 
xo; S7:f,v TpôawTOv, àcp' ou xal TOuvo|xa ■ tl'spîxpixTiî Se '^Tjaiv èv MopixTiXavOpwiroi; • 

à-Xk' (Jî Td(/tffxa t6v yipovO' Î(jt6v iroisi, 
à»" O'J x6 Xïvov T,v. 

(2) Plat. Polit., p. 282*= : Tojxou 8ii xà [ièv àxpâxxw xî axpa'fèv -xal ffxepsôv vf,ixa 
Yevô[i£vov axT.ijLOva [xèv cpiôi xôvf,aa, xV> Sa àTTEuBûvoujav aùxà xsy vt,v slvai axr,[AO- 
vovrixtxïiv... "Oja Se ys au xh,v [jiv auaxpO'j-^,v ya'JvTjv T^ajiêâvci, xr. Se xoû (TXTifio- 
vo; ÈfiirTiÉ^si irpôç x-^jV xf;î yvâçew; ô)kxh,v ifiixéxpwî x'^jV [xaXax(5xT,xa "ayet, xaOx' 
apa xpôxTjv [xèv xà vriÔsvxa, xV Si ÈTTixîxaytJLévTjv aùxoîî elvai xéyvTiv xr.v xpo^ovr^- 
xix-hiV çwtisv. Cf. le passage de Sénèque cité p. 138, n. 1. C'est à quoi fait éga- 
lement allusion S. Jérôme, Ep. 130, 15 Vallars : habeto lanam semper in mani- 
bus ; vel staminis pollice fila deducilo, vel ad torquenda subtemina in alveolis 
fusa verlanliir. Les mots in alveolis fusa ne sont pas clairs. Je les interpré- 
terais en admettant qu'on jetait les fila dans des corbeilles pour les tordre 
ensuite en un fil plus résistant. 

(3) Wilkinson, op. cit., II, p. 60, fig. 6-9, et III, p. 134, fig. 1. 

(4) Deux métiers à tisser égyptiens sont reproduits par Wilkinson : l'un 
est de construction fort simple (II, p. 60, fig. 2), l'autre un peu plus compli- 
qué (III, p. 13a, fig. 2), tous deux verticaux. On en trouvera un troisième, 
auquel travaillent deux personnes, dans Wilkinson, a popular Account of the 
ancient Egyptians, II, n. 382, et (mieux reproduit) dans Lepsius, Denkmâler 
aus Aer/ypten u. Aethiop., abth. II, pi. 126. Mais le plus intéressant de ces 
monuments est une peinture de vase de Clusium, qui représente Pénélope à 
son métier, étudiée par Conze, Ann. d. Inst. 1872, p. 187 sq., et reproduite 
dans les Monum. ined., IX, lav. XLII. Des deux métiers à tisser de Ciampini 
{Vetera Monim., pars I, Rom. 1690, in-f°, tab. 33) le second est une pure 
fiction, empruntée à Braun, Vestilus Sacerd. Hebr., XVII; l'autre est une 



136 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

trop peu poussées pour nous permettre de pénétrer dans le 
détail technique. On a dû s'adresser au métier indien, arabe, 
turc, islandais, pour en tirer quelques données sur le métier 
romain (1); on a dû reconstituer de toutes pièces les agen- 
cements élémentaires nécessaires et suffisants à l'exécu - 
(520) tion d'étoffes usuelles (2). Mais les sources les plus impor- 
tantes, ce sont des descriptions épisodiques ou des termes 
techniques, qui au surplus ne visent pas toujours les mani- 
pulations de l'âge héroïque, et parfois datent d'une époque 
où le commerce répandait des tissus de fabrication fort com- 
pliquée : les appareils qu'exigeait cette industrie ressem- 
blaient dès lors bien plus à nos métiers modernes qu'aux 
primitifs instruments des tribus barbares. Dans ces condi- 
tions, il s'agit, pour l'historien du tissage, de développer 
quelques aperçus plausibles et concordants, bien plutôt que 
d'ouvrir une enquête documentaire, et, sur deux ou trois 
points au moins, la certitude ne lui est pas interdite. 

Les métiers à tisser de l'antiquité relèvent indubitable- 
ment de deux systèmes : l'ancien, ou métier vertical, et le 
métier vertical ; plus réccnt, OU horlzoutal (3). L'opQwç loTÔç primitif est un 



reproduction fort agrandie, inexacte quant au détail, du métier à tisser de 
Circé, qui forme le premier plan d'un paysage sur une vignette du Virgile du 
Vatican : cf. S. Bartoli, Antiquiss. Virgiliani Codicis Biblioth. Vat. Picturae, 
Rom. 1776, in-4o, tab. 48 (Rom. 1782, tab. 72), et (A. Mai) Vi7^gilii picturae 
ant. ex codicib. Vat., Rom. 1833, tab. LII *. 

(1) Conze, loc. cit., p. 191 sq.; Ahrens, loc. cit., p. 386, 400 et 407. 

(2) Métier à tisser permettant de fabriquer des tissus du type de ceux qu'on 
trouve dans les habitations lacustres, restitué par Pauer, fabricant de rubans 
à Zurich, dans les Mittheil. d. antiquar. Gesellsch. in Z. 1861, XIV, 1, p. 21 
sq. Modèle de niétier à tisser pouvant sufRre à établir les genres d'étoffes 
égyptiennes, romaines et franques réunies dans la collection de Wiesbaden, 
publié par Cohausen, loc. cit. 

(3) La première de ces données est contestée par Ahrens (p. 388), qui pense 
que le métier horizontal n'a été introduit en Europe qu'au moyen âge par les 
Arabes. Mais Blumncr [Jahresber. loc. cit.) a montré que l'assertion est insou- 



* Le trôs ancien métier à tisser des Indous ne paraît pas différer sensiblement de celui qui va 
être décrit. Tout au moins en trouve-t-on déjà, énumérés dans les Védas ou les Brâhmanas, les 
principaux organes : chaîne, trame, navette, chevilles pour attacher le tissu, et poids en plomb 
pour le tendre. Cf. Zimmer, Altindisches Leben, p. 254. — V. H. 



LE VÊTEMENT. 137 

cadre vertical, où les fils de chaîne sont tendus parallèle- 
ment de haut en bas et fixés aux deux extrémités, tandis 
que le fil de trame, conduit par une aiguille, passe horizon- 
talement parmi eux (1) : bref, le tissage se distingue à peine 
encore du tressage (2). On peut à volonté commencer le 
tissu par le haut ou le bas du cadre : les Egyptiens le com- 
mencent par le bas (3) ; aussi font les Romains du temps 
jadis; car la tunica recta, que, bien plus tard encore, por- 
tent les épousées (supra, I, p. S3) et les jeunes gens à la prise 
de la toge virile (supra, I, p. 146), est tissée sursum ver- 
sum (4), autrement dit in altitudinem . 

Mais on ne tarde guère à trouver une disposition qui per- (521) 
mette de soulever symétriquement les fils de chaîne, de 
manière à faciliter et accélérer le passage du fil de trame 
dans leurs intervalles. Homère la connaît déjà : chez lui, 
comme en général dans toute la Grèce, le tissage est mené 
de haut en bas. Il suffit, pour cela, que les fils de chaîne 
dans leur ensemble, au lieu d'être fixés à la pa^'tie inférieure 
du cadre, pendent librement, soit un à un, soit noués en 
faisceau, et chargés de poids (5); de plus, ceux d'entre ces 
fils qui doivent se soulever tous à la fois sont attachés par 
des cordelettes à un fût rond transversal, qu'on lire à soi 
par la main au moment de faire passer le fil de trame (6) ; 



tenable ; car le terme si fréquent opSioî îa-côî n'a pu exister qu'en opposition à 
un métier horizontal, et au surplus la substitution du peigne à la <s~6.^-t\ n'a 
pu relever d'une autre cause que de l'horizontalité de la chaîne. 

(1) Châssis de ce type reproduit Wilkinson, Manners, III, p. 134. Il semble 
qu'on y tresse une natte. 

(2) C'est pourquoi Platon [Polit., p. 283'') définit l'tJcpavTixTi ou industrie du 
tisserand,' Tr)i£XTt>cï^ xpdxr.î xal sttjJiovoi;. 

(3) Herod. Il, 35 : ûtpaîvouai 5â oî (j.àv SXkoi à!vw xi^v xpdxTiv (le fil de trame) 
wôéovTïî, Aîyjir-u'.oi Se xaTw. 

(4) Fest., p. 277, s. v. rectae; p. 286\ 33, s. v. regillis. Isid. Or. XIX, 
22, 18. 

(3) La disposition était aussi celle des Égyptiens. Il semble même qu'ils 
aient soulevé les lames au moyen d'une pédale. V. les figures dans Wilkinson, 
op. cit., III, p. 135, fig. 2, et Lepsius, loc. cit. Mais on ne s'y rend pas compte 
des agencements par lesquels le métier se prêtait à ce mode d'opérer. 

(6) Cette disposition correspond pour le métier vertical à ce qu'on nomme le 



1S8 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

eniin, l'on serre ce lil au moyen d'une pièce de bois lourde 
et plate, spatha (1), manœuvrée à la main. Les poids (àyvjBsç, 
\v.7.\.) indispensables à ce type de métier trouvèrent encore 
leur application dans d'autres plus récents, et l'antiquité 
nous a légué une ample collection de poids en terre cuite ou 
tendeurs de chaîne de pareille destination (2). Quant au 
métier lui-même, on le voit figuré sur le vase de Clusium : 
(522) deux poteaux portent à leur sommet une traverse horizon- 
tale ; plus bas on compté encore quatre autres traverses ; la 
traverse supérieure est l'ensouple, oîj l'on enroule le tissu à 
mesure qu'il s'achève, et d'oii pendent les fils de chaîne, 
chacun chargé d'un caillou, disposés de façon que toujours 
un plus court alterne avec un plus long : je pense donc 
qu'on doit reconnaître dans les deux traverses inférieures 
les deux lames qu'il faut tirer tour à tour pour lever alterna- 
tivement les fils impairs et les fils pairs. 
métier homontai. Dc ce métier vertical (Lo-toç op9i.o;) diffère en plusieurs 



harnais dans le métier horizontal. C'est elle que vise le passage si souvent cité 
d'Homère [II. XXIII, 760) : 

à^yf} V-'^\ <i^î 0T£ Ti'î T£ yuvatxôî luÇwvoto 
atT^Oeô; éuxi xavwv, ov t' su [idXa /epai xavuaffTi 
TCTiviov è\i\%o\)(sai i:apàx [xtxov, dtpj^oôt 5' l'^x^- 
axT|0£o;. 

Le scholiastc glose très bien : xavtiv • ô %i'k<x]i.Qc„ Trspi ov stXsctai ô [jlîtoî ô 
îffToupyiicôi;. Le xaviôv correspond aux lames, ariindo (infra) ; le [lixoî est 
l'ensemble des lisses (licia) ou cordons qui retiennent aux lames ceux des fils 
de chaîne qui doivent être soulevés; le Trrivtov est le fil de trame. Le poète 
veut donc dire : « Ulysse l'approcha d'aussi près que les lames sont proches 
de la poitrine de la tisseuse lorsqu'elle les attire à elle avec la main pour 
faire passer le fil de trame à travers le harnais. » 

(1) La spatha est un accessoire du métier vertical, d'où le nom (T7:a6T,xôv 
{i'.paa[jia ou aTraÔiî pour les tissus de haute lisse. C'est ce métier vertical que 
décrit Sénèque, Ep. 90, 20 : Diim vult (Posidonius) describere prbnum, quem- 
admodum alla torqueantur fila, alla ex molli solutoque ducantur, deinde, 
qiiemadmodiim tela sitspensis ponderibiis rectum stamen extendat, quernad- 
modum subtemen insertum, quod duriliam utrinque comprimentis tramae 
remolliat, spatha coire cogatur et jungi, textrini quoque artem a sapientibus 
dixit inventam. 

(2) V. Ritschl, ûh. ant. Gewichtsteine, Bonn 186G, aussi Jahrb. d. Ver. von 
Alterthtimsfreunden im Rheinlande, fasc. 41, p. 9 sq., et Optisc, IV, p. 673; 
Conze, Annali 1872, p. 196 sq., tav. M. 



Le véteaient. 1o9 

points le métier horizontal : l'ouvrière n y est pas debout, 
mais assise, et pour serrer la trame elle n'emploie point la 
aTtàÔYi, mais le peigne (xxeU) (!)• Ce métier fut, dit-on, inventé 
en Egypte (2). Les expressions techniques qui le visent et 
dont quelques-unes ont subsisté jusqu'à nos jours, laissent 
entrevoir une structure générale toute pareille à celle de 
notre métier à la main (3) : on y distingue quatre méca- 
nismes essentiels, respectivement destinés à tendre la chaîne, 
à la répartir en deux séries de fils entre lesquelles passe le 
fil de trame, à lancer la duite, enfin à serrer et fixer la trame. 
1) On appelle chaîne les fils longitudinaux du tissu, paral- 
lèlement tendus sur le métier. Par l'une des extrémités ils 
sont fixés sur un rouleau horizontal, qui occupe la partie 
postérieure du métier, et qu'on nomme ensouple ou ensou- 
ple d'arrière : la chaîne, qui au début y est entièrement 
enroulée, s'en déroule au cours du travail. L'autre extrémité 
repose sur un second rouleau, l'ensouple d'avant ou ensou- (523) 
pleau, qui touche au siège du tisserand et où s'enroule le 
tissu terminé. La longueur de la chaîne libre, mesurée par 
l'écartement des ensouples, varie entre quatre et huit pieds. 
La chaîne s'appelle (7r/,{ji.wv et stamen. Il se peut que les 
ensouples aient été d'un usage restreint dans l'antiquité ; car 
on ne tissait guère de pièces de coupe, mais des vêtements et 
des étoffes tout ajustés, et ce métier pouvait dès lors, comme 



(i) Artemidor. Oneir. 3, 36 : 'Ijtô? ôpOto; xivT,ffâi; xal àTroÔTiixîai; ïTijxatvs: • yp^ 
yàp TEptTûaxeïv Th,v ûœxivouaav. '0 6è ËTspoç '.utô; xaToj(T,î ètfTl ffïiaavxixôi;, êTstS'^, 
xa6£Çd[jL£vai al ywaïxîî OïiaLvouat -càv toioOxov îarxôv. Hésychius, s. v. aTraOaxov, 
définit ce tissu : t6 ôpOàv ucpoç, duiO-ri x£xpou[jLévov, ou xtevt. 

(2) Eustath.. ad Hom. IL, I, 31, p. 31, 8 : irptirn 8é tiî AîyuTrTta yuv-ri xaSsÇo- 
l>.iwr\ u'^avsv, àcp' -f,? xai AtYÛitxioi 'AÔT^vâç àyaXixa xa6T|[jLSVT|î ÎSpyaav-uo. 

(3) Il n'est pas d'endroit où l'on ne puisse voir un métier de tissage à la 
main. Quant à la forme de ma description, je l'emprunte en tant que de 
besoin à un article très clair du grand Coiiversationslexicon de Meyer, 
vol. XIV, p. 1096 sq., dont l'exactitude est satisfaisante et le détail tout à 
fait suûisant pour l'objet que je me propose *. 

* En français, on trouvera des détails précis sur la matière, dans l'article Tissage du g^artd 
Dictionnaire de l'Industrie de Lami et Tliarel. — V. H. 



160 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

le précédent, fonctionner avec de simples poids pour tendre 
la chaîne. 

2) Dans les tissus simples du genre toile la trame est enga- 
gée de telle façon que, si un fil pair la recouvre, le fil impair 
en soit recouvert, et réciproquement; les tissus croisés, au 
contraire, et les étoffes à dessins admettent des combinaisons 
telles que deux ou plusieurs fils de chaîne contigus puissent 
dissimuler la trame (1). En tout état de cause il faut qu'à la 
fois certains fils de chaîne s'élèvent et certains autres s'abais- 
sent pour donner passage à la duite. Ne nous occupons que 
du premier cas, et désignons les fils de la chaîne par les 
chiffres 1, 2, 3, 4, S... : au passage du fil de trame, les fils 
impairs se trouveront par dessus et les fils pairs par dessous; 
à la deuxième duite, les fils pairs devront se trouver par 
dessus et les fils impairs par dessous. Il faudra donc que, la 
première fois, tous les fils impairs aient été levés à la fois et 
tous les fils pairs abaissés, et inversement pour la seconde 
fois. Ce résultat s'obtient par la disposition suivante : chaque 
fil de chaîne passe par un anneau de fil de fer à trois ouver- 
tures; celle du milieu reçoit le fil de la chaîne, et à chacune 
des autres est fixé un fil retors; les fils retors dirigés vers 
le haut qui correspondent aux fils de chaîne 1, 3, 5..., sont 
rattachés à une traverse de bois placée au-dessus de la 
(524) chaîne, dont le mouvement permettra de tirer vers le haut 
tous les fils impairs ; on fixe de même les fils retors dirigés 
vers le bas à une traverse horizontale et mobile située au- 
dessous de la chaîne, et, appliquant enfin la même disposi- 
tion aux fils de chaîne 2, 4, 6..., on a ainsi deux couples de 



(1) Sur les trois principales armures, voir Cohauseh, loc. cit., où elles sont 
figurées. On distingue la toile, le croisé et le satin. Dans l'armure toile, soit 
qu'on emploie des fils de laine, de soie ou de lin, il faut toujours qu'ils se 
croisent un à un et que le croisement change à chaque duite. Le croisé sub- 
stitue à cette alternance un rythme suivant lequel plusieurs fils tant de chaîne 
que de trame courent parallèlement dans l'étofleet s'y ci-oisent à intervalles 
réguliers ; Cohausen en donne un modèle. Dans le satin, enfin, les croisements 
sont agencés de manière à échapper le plus possible à l'œil, en sorte que le 
tissu ne paraisse composé que de fils de chaîne indépendants. 



LE VÊTEMENT. 161 

traverses au moyen desquelles on peut tirer à volonté vers 
le haut et vers le bas les fils pairs et les fils impairs. Ce cou- 
ple de traverses est dit lames (1) ; les deux lames et l'ensem- 
ble des agencements qui les rattachent au métier s'appellent 
aujourd'hui le harnais, en grec [j.itoç, en latin licia (2). Cha- 
cun d'eux comprend deux baguettes horizontales suspendues 
et un grand nombre de fils retors qui s'y adaptent perpen- 
diculairement et qu'on nomme encore aujourd'hui lisses 
[licia); au milieu se trouve le maillon par lequel passe le 
fil de chaîne, et par suite le nombre des lisses est double de 
celui des fils de chaîne. Pour se dispenser de manœuvrer 
les lames à la main, ainsi que cela se pratiquait dans l'an- 
cien métier vertical, on les suspend à la partie supérieure 
du métier, àiia jiigum^ sur une pièce de bois ronde et mobile 
ou sur deux rouleaux, en tel équilibre que le levage de l'un 
cause l'abaissement de l'autre ; quant au moteur, ce sont 
deux pédales que presse le pied de l'ouvrier et qui sont en 
communication avec les pièces inférieures de chacun des 
deux couples. Tant que la chaîne est sur un même plan, les 
deux couples pendent à la même hauteur; si l'on presse pour 
tirer en bas celui d'arrière, celui d'avant se lève, la moitié 
de la chaîne descend, l'autre moitié monte, et l'interstice 
ainsi obtenu est le feuillet , latin trama = trahima, de (525) 
trahere (3), grec 7]Tp{,ov, de àto-o-w; que si ensuite on presse 

(1) Arundo : Ov. Met. VT, 53. Plus tard liciatorium : Vulgate. / Reg. 17, 7. 
Insubuli dans Isid. Or. XIX, 29, 1 : Insubiili, quia infra supra sunt, vel quia 
insubulantur. Dans Lucrèce (V, 1352) insilia. 

(2) Serv. ad Verg. Bue. VIH, 73 : bene utitur liciis, quae ita stamen impli- 
cant, ut haec adolescentis menlem implicare contendunt. TibuU. I, 6, 79 : Fir- 
maque conductis adnectit licia telis. Plin. H. N. VIII, 196 : plurimis vero liciis 
texere quae polymita appellant Alexandria instituit. V. encore Epithalam. 
Laur. et Mar. in Baehrens, P. L. M., IH, p. 295 = Riese, Aiith. Lat., n. 742 
(v. 44 sq.) : Compositas tenui suspendis staminé telas : Quas cum multiplici fre- 
narint licia gressu, Traxeris et digitis tum mollia fila gemellis, Serica Arach- 
neo densentur pectine texta, Subtilisque seges radio stridente resultet. Eus- 
tath. ad Hom. Od. VII, 107, p. 1571, 62 : [xîtoî 8i, 8t' o6 xoù; aTTiULOvas; èvaXXd's- . 
aouaiv et; -r:Xox^,v Tf,!; >ipoxT|(;. Sur les licia, voir Blûmner, Tec/m., I, p. 142. II 
sera question plus loin des polymita. 

(3) Le mot trama ne saurait venir de trameare (Varr. de L. L. V, 113) ni de 
rans. Les féminins en ma appartiennent au plus ancien fonds de la dérivation 

Vie Privée des Rom. t. II. n 



162 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

sur la lame d'avant, la position des fils de chaîne change 
et ceux qui formaient la face passent au revers de l'étoffe. 

3) Voici donc la chaîne ouverte : dans le feuillet on fait 
passer le fil de trame [subtemen, xpéxr,, spucp/,). Dans le métier 
vertical on se servait à cet effet du radius (1), en grec xsp- 
xU (2), plus rarement en XdAm pecten (3), longue tige de hois 
(526) ou de métal (4). probablement pointue aux deux extrémités 
de manière à maintenir le fil qui y était enroulé dans le sens 
de la longueur. Sur le métier horizontal, cet appareil fut 
remplacé par la navette, dite également xspx'lç (5), ou encore 
panus (6), tïyivwv, iravouT^Xi.ov, à cette différence près toutefois 



latine : les uns sont gi'ecs, comme lacrima, lema, mamma, palma, parma; 
d'autres, tels que pluma, Roma, groma, ruma, turma, sont d'étyniologie obs- 
cure; mais les types lima de lïno, norma de nosco, spûma de spûo, squàma 
de squà(leo), strûma de strûo, sont des analogies suffisantes pour permettre de 
rattacher trama à ira/io *. Chez les écrivains des bas temps, trama désigne 
aussi le simple fil de trame ; Blùmner, Tecfm., I, p. 124, n. 4. 

(1) Ov. Fast. III, 819 : Illa etiam stantes radio 'percurrere telas Erudit. Ov. 
Met. VI, 56, le nom passe à la navette : Inseritur médium radiis subtemen 
acutis. On reconnaît également ce radius dans la main du tisserand égyptien 
de V^ilkinson, III, p. 135, f. 2. 

(2) La vtcovctî, dont se servent les ouvrières grecques et que les Latins 
nomment pec^en, n'est point le battant du métier horizontal, mais bien l'engin 
que le tisseur au métier vertical conduit à la main ; c'est ce qui ressort de 
nombreux passages. — 1° La main la laisse échapper. Hom. II. XXII, 448 : 
T-fjî D\ù\iy%f] vuTa, X^lJ^a'^ Se oî à'vc-rcsaE xepxû. Verg. Aen. IX, 476 : Excussi mani- 
bus radii revolutaque pensa. — 2" Elle est pointue. Car on peut s'y piquer : 
Anton. Liber. 25. On peut s'en servir pour crever l'œil : Sophocl. Ant. 976 ; 
ApoUodor. II, 8, 1. — 3" Elle reçoit les épithètes de « sifflante, murmurante, 
chanteuse », parce que son passage à travers les fils tendus du stamen pro- 
duit un son musical. Verg. Aen. VII, 14 : Arguto tenuis percurrens pectine 
telas. Verg. Georg. I, 294 : Arguto conjunx percurrit pectine telas. Aristophan. 
Ran. 1316 : 'Itrxoxôva T.r^vh\ix'^oi., KepxiSoç àoiSoû [xsXsxaç. Leonid. Tarent. : 
infra, p. 163, n. 1. Antipater Sidon. 22, 5, in Jacobs, Anth. Gr., II, p. 11 : 
KspxiSa S' sÔTrotT,TOV, à'riSova xàv êv èpîOon;, Bxy./jj'XI^ sOxpéxTOUî a Stixpivs [Atxo'Jî. 
Id. 9, 1, et 26, 1 = Jacobs, ib. II, p. 7 et 12. 

(3) Ce pecten n'est pas un peigne, mais une dent {dens) ou un bâtonnet, 
tout comme celui dont on se sert pour frapper les cordes de la lyre. 

(4) Hom. Od. V, 62 : y^pviei-r^ y.epx£5' -jcpaivsv. 

(5) Ed. Diocl. XIII, 1-2. ' 

(6) Nonius, p. 149, 22 : Panus tramae involucrum, quem diminutive panu- 

* Discussion étymologique sans valeur, autant d'erreurs que de mots : trama est le féminin 
d'un adjectif inusité trâmus ■=■ t}'ans-7nu-s ■' qui traverse » (comme summus dérivé de sub, 
etc.), : Bréal. ûict. Étym. Lat., et Wharton, Etyma Latina, s. v. — V. H. 



I.E VÊTEMENT. 163 

que le T/ivlov, au sens étroit, est la bobine de la navette sur 
laquelle s'enroule le fil de trame (1). 

4) Enfin, pour que le tissu n'offre point de jours, il faut 
que le fil de trame soit serré entre les fils de chaîne. C'est à 
quoi sert le battant, cadre de bois un peu plus large que la 
chaîne, suspendu par deux points à la partie supérieure du 
métier [juguni] de manière à se placer presque perpendicu- 
lairement à la chaîne entre les lames et l'ensoupleau. Le bas 
du battant porte le peigne, par les dents duquel passent les 
fils de chaîne : le peigne remplit ainsi la double fonction de 
maintenir Técartement des fils de la chaîne, et, après chaque 
passage du fil de trame, de s'appliquer sur lui pour le serrer 
contre le précédent. Le peigne, pecten (2), en grec xteCç (3), 
est un des grands progrès réalisés dans le métier horizontal ; 
on le doit à l'Egypte (4), comme ce métier lui-même. 

L'ensemble du procédé est décrit dans Ovide [Metam. (527) 
VI, 53): 

consistunt diversis partibus ambae, 
Et gracili geminas intendunt staminé telas. 
Tela jugo vincta est, stamen secernit arundo, 
Inseritiir médium radiis siibtemen acutis, 
Quod digiti expediiint, atque inter stamina ductum 
Percusso feriunt insecti pectine dentés. 

clam vocamus. Lucil. lib. XllII : foris subteminis panus est. Isid. Or. XIX, 29, 
1 : Panuliae vel panuclae, quod ex iis panni texantur. Ipsae enim discurrunt 
per telam. Varr. de />. L. V, 114 : panuvellium dictian a panno et volvendo 
filo, oùSpengel lit pannvelUum. Papiae Gios.s., dans Du Gange, s. v. panucula : 
Panus, lignum in quo trama componitur... diclum, quod ex eo panni texantur. 
Fest. Ep. p. 220, 16: panus facit diminutivum panucula. Adhelm. de laud. virg. 
15 (7) : nisi paniculae... inter densa filorum stamina ultro citroque decurrant. 

(1) Hesych. : Tr-riviov [lîavouTjXtov t^] dtxpaxxo!;, eIç ôv eîXstxai ^ xpéxT). Suid. 
s. V. : irTjVÎov, ô dtTpaxTOî, èv ai ei^jï-cai i\ xpôxTi. Leonidas Tarentin. 8, 5, in 
Jacobs, Antli. Gr., I, p. 153 = Anth. Pal., VI, 288 : xal làv à'rpia xptva[iÉvav 
KepxîSa, -càv ittuv [xoy^-izi-ziô-x xal -uà xpo/aîa Ilavta. Ce texte distingue expres- 
sément la bobine (tït.viov) de la navette (xspxîi;). Les TtT^vtffixaxa sont les fils de 
trame ; l'enroulement de ces fils sur la bobine est dit iv3.T.Tyi^z<3b(x:. 

(2) Ov. Met. VI, 58 ; Fast. III, 820 : et raro pectine denset opus. Supra, 
p. 161, n. 2 : densentur pectine texta. Cf. Blûmner, I, p. 148. 

(3) Hesych., supra, p. 159, n. 1. VEd. Diocl. (XIII) désigne comme acces- 
soires du métier à tisser la xspxi; et le xxêtî. 

(4) Pecten Niliacus : Mart. XIV, 150. Cf. Verg. Cir. 179 : Non Libyco molles 
plauduntur pectine telae. 



I6i LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

Ainsi, l'on tend la chaîne ; le métier est une tela jugalis (1), 
c'est-à-dire un mélier horizontal, du sommet {jiigum) duquel 
pendent le harnais et le hattant, en opposition à la tela pen- 
dilla (2) (métier vertical) ; l'opération commence par le jeu 
de la pédale, qui ouvre la chaîne — arundo (les lames) secer- 
nit stamen ; — la duite est lancée par la navette [radius) et 
le battant {pecten) frappe la trame pour la serrer (3). Les 
étoffes de lin exigent en outre, après tissage, un traitement 
particulier qui consiste à les battre avec de gros maillets (4). 

Il n'a été question jusqu'à présent que des tissus simples 
à armure toile. Des étoffes qui demandent plus d'art et de 
procédé, on se bornera à dire le strict nécessaire. 

Les tissus de laine sont, ou des tissus lisses, ou des draps. 
Foulage, Lcs draps comportent un apprêt spécial, qui relève de l'in- 
dustrie du foulon, ars fullonia (5). Pour fouler le tissu 
confectionné, on commence par le faire macérer dans un 
mélange d'argile à foulon (6), de potasse (7) et d'urine (8), au 
fond de grandes fosses (9) ou cuves [lacunae (10), lacus (H), 
(528) pilae)^ où on le foule aux pieds (T^axTlJ^sw) (12), le bat (xôtïtsiv) 

(1) Cat. de re rust. 10, S et 14, 2. . 

(2) Ov. lier. I, 10. 

(3) On n'a pas encore interprété avec certitude les noms des accessoires du 
métier à tisser dans Lucrèce (V, 1332) : Insilia ac fusi, radii, scapique sonan- 
tes. Cf. Bliimner, Techn., I, p. 143, n. 6. 

(4) Plin. XIX, 18 : Linurn nere et vins décorum est. Iterum deinde in filo poli- 

tur, textumque rursiis tiinditur clavis, semper injuria melius. Sur ce point, 

voir Blûmner, Techn., I, p. 185, mais en substituant clavae à clavi. 

(5) Plaut. Asin. 907 ; Plin. VII, 196. 0. Jahn, ilber Darstellungen des Hand- 
werks, in Abh. d. k. siichs. Ges. d. Wiss., phil.-liist. Cl. 1868, V, p. 303 sq. ; 
Blûmner, I, p. 157 sq. 

(6) Plin. XVII, 46; XXXV, 196-7. 

(7) Pollux, 7, 39, et 10, 135. Blûmner, p. 162, n. 4. 

. (8) Plin. XXVIII, 66, 91 et 174; Athen. XI, p. 484=. 

(9) Pila fullonica : Cat. de re rust. 14. 2. 

(10) Lex collegiiaquae : Mommsen, Zschr. f. geschichtl. Rechtswiss.,XY,i).3i6. 

(11) Frontin. de aq. 98. 

(12) Les termes techniques ci-après nous sont transmis par Hippocrate [de 
diaeta I, 14 Ermer.) xal oî yvacpés; tcoOtô S'.aTtoTiaJovxai • XaxxtÇoufft, xôtitouji, 
é'TiX.O'JJ'., 'X'jp.aivôasvoi iayuçio-ztpoi Troisouu'., xstpovxsç xà ÔTrîpé/ovxa xal TcapaTcXs- 
xovxcî xaVAÎw TTotÉo-jai. Le foulage aux pieds est dit aussi (juix~axf,aai, en latin 
argutari pedibus (Non. p. 245, 32). 11 est question dans Sénèquc du fullonius 
saltus (Ep. 15, 4). 



LE VÊTEMENT. 165 

cl l'étiré (ëXx$t,v). A la suite de ces opérations, les fils de la 
trame, qui sont plus mous (4), forment une sorte de feutre 
{cogimtur, conciliantur) (2), au milieu duquel les fils mômes 
de la chaîne se perdent et cessent d'ôtre visibles. Gela fait, 
on lave le drap ^^^.ujjLaivso-Oai.), on le fait sécher et on le carde. 
Le cardage s'effectue de nos jours à l'aide des chardons à 
foulon [dipsacus fullonum) ou d'une brosse en fil de fer très 
fin ; mais les anciens se servaient de la plante dite spina 
fullonia (3). Enfin, l'on passe le drap au soufre (4), on le 
brosse, on le tond et on le met en presse ; toutefois l'anti- 
tiquité fabriquait également des couvertures et des habits 
qu'on ne tondait pas et qui restaient pelucheux sur l'une des 
faces ou toutes deux (5). Toutes ces opérations, qui se rap- 
portent à l'apprôt des dra])S [ad polienda vestimenta) (6) et 
qu'on voit reproduites sur les peintures de la Fullonica à 
Pompéi (7), s'appliquent d'ailleurs tant à des étoiles neuves 



(1) Plat. Polit., p. 2820, V. supra, p. 155, n. 2. 

(2) Varr. de L. L. VI, 43 : vestimentum apud fullonem qnom cof/Uur, conci- 
liari dictum. 

(3) rvaç'.xhràxâvOT, : Dioscor. Mat. med. IV, 160; Plin. XVI, 244; XXIV, 111 ; 
XXVII, 92. L'instrument où l'on insère les piquants est dit xvi-fOî, chez Pline 
aena. On emploie aussi les piquants du hérisson [erinaceus] : Plin. VIII, 135. 

(4) Plin. XXXV, 115 et 198. Bliimner, 1, p. 169. 

(o) Les poils duveteux qui hérissent ces sortes d'étoffes sont dits villi : 
Mart. XIV, 136. Sid. Ap. Ep. 5, 27 : linteiim villis oniistum. Les tissus qui en 
présentent sur l'une et l'autre face sont amphitapa [Dir/. XXXIV, 2, 23, §2; 
Varr. Sat. Men. 253 Bûcheler : alteriim hene acceptum, donnire super amphi- 
tapo hene molli) ou amphimalla (Varr. d. L. L. V, 167 ; Schol. ad Juv. III, 
283 : antiqui ampidmallum laenam appellahant). Isid. Or. XIX, 26, 5 : Psila 
(c'est la vraie lecture pour sipla) tapeta ex una parte villosa, quasi simpla ; 
amphitapa ex utraque parte villosa tapeta. Lucilius (Millier, I, 28) : Psilae 
alqne amphitapoe villis ingentibiis molles. Nonius (p. 540, 25) cite aussi le 
vers de Lucilius, dont la lecture est par là assurée. Parmi les tissus ras sur 
une seule face on range aussi les gausapa : Plin. VIII, 193 : Gausapa patris 
mei inemoria coepere, amphimallia nostra, siciit villosa etiam ventralia ; nam 
tiinica lati clavi in modvm gausapae texi mine primum incipit. 

(6) Gai. m, 143; Paul. Sent. II, 31, 29; Plin. VIII, 135. 

(7) Ilclbig, Wandr/ernalde, 1502 ; Mus. liorb., IV, tav. 49-50 ; Jahn, loc. cit., 
p. 306 et pi. IV, n. 1-4; Blùniner, I, p. 173 sq. Le foulage et l'étirage, le car- 
dage, la mise en presse sont représentés en trois figures. L'appareil qu'on 
voit Mus. Uorb. (49, 1) paraît destiné au soufrage. Figurations de même genre 
sur un relief trouvé à Forlimpopoli : Not. d. Scavi, 1878, p. 155 sq. 



166 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

{vestes rudes ou de tela) qu'à des vêtements déjà portés [ves- 
(529) timenta ah usii) (1). Un habit qui sort de l'apprêt et fait foi- 
sonner sa laine, est àiipexa vestis (2); un vêtement usé et qui 
montre la corde, trita ou defloccata (3) ; un vieil habit remis à 
neuf par le foulage, interpolata{k),interpola[^)o\xinterpolis(Çi). 
L'usage des lainages était général dans l'antiquité; pour 
leur apprêt, il fallait, comme on voit, un atelier spécial [o/Ji- 
fuiione.9. cina) (7) et des artisans exercés : aussi les foulons [fullones (8), 
lavatores (9), lotores) (10) formèrent-ils un corps de métier à 
part, non seulement dans les villes, mais même à la cam- 
pagne, où les riches propriétaires étaient les seuls qui pussent 
entretenir des foulons à leur service exclusif. Tout le monde 
envoyait ses vêtements à la foulcrie la plus voisine (11). Les 
fullones sont organisés en collegia (12) et sodalicia (13); ils ont 

(1) Ces termes techniques figurent dans VEd. Diocl. VII, 54-63. 

(2) Hor. Ep. 1, i, 95 : si forte subucula pexae Trita subest tunicae. Mart. II, 
58 : Pexatus pulcre rides mea, Zoile, trita. 

(3) Plaut. Epid. 616 ; Non., p. 7, 19. 

(4) Cic. adQ. fr. II, 10 (12), 3 : vult... renovare honores eosdem, quo minus 

togam praetextam quotannis interpolet. Non., p. 34, 2 : Interpolare est 

tractum ab arte fullonia, qui poliendo diligenter vetera quaeque quasi in 
novam speciem mutant. Plautus Amphitr. (317) : Illic homo me interpolabit 
meumque os finget denuo. 

(5) Marcian. Dig. XVIII, 1, 45 : Labeo scribit, si vestimenta interpola 

quis pro novis emerit, Trebatio placere ita emptori praestandum, quod inte- 
rest, si ignorans interpola emerit. 

(6) Front, ad M. Ant. de orat., p. 161 Naber : Peritia opus est, ut vestem 
interpolem a sincera discernas. 

(7) Fullonum officinae : Plin. XXXV, 175. 

(8) Fullones à Pompéi : Or. 3291 = C. I. L. X, 813. Un magisler artis fullo- 
niae, à Cologne : Brambach, C. L Rhen., n. 371. 

(9) atori : Ed. Diocl. VII, 54. 

(10) Or.-Henzen 7240 ; Spon. Mise, p. 64. 

(11) Yarr. de re rust. I, 16, 4: Itaque in hoc genus coloni potius anniversa- 
rios (à forfait pour un an) habent vicinos, quibiis imperant, medicos, fullones, 
fabros, quam in villa suos habeant : quorum nonnunquam unius artificis mors 
tollit fundi fructum; quam partem latifundii diviles dômes ticae copiae man- 
dare soient. Au Metallum Vipascense, les tabernae fulloniae étaient données à 
bail, comme on le voit par le passage de la Lex Met. Vip. {Ephem. epigr., III, 
p. 167) lin. 43 : Vestimenta rudia vel recurata nemijii m[ercede polire nisi cui 
conductor so]cius actorve ejus locaverit permiseritve, liceto. 

(12) Par exemple à Spolète : Or. 4091. 

(13) Un sodalicium fullonum, à Paieries (Falerone) : Or. 4056 =: C. /. L. IX, 
5450. Sur les collegia des foulons, voir aussi Nissen, Pomp. Stud., p. 297 sq. 



LE VÉTEMExNT. 167 

Minerve pour patronne, comme tous les artifices (1), et célè- 
brent sa fête le 19 mars (2). Ils établissent leurs fosses, soit (530) 
sur les conduites d'eau publiques, dont l'usage^ au temps de 
la République, leur est concédé moyennant redevance (3), 
soit sur des sources ou des puits ; et c'est de là qu'à Rome une 
dérivation à usage de foulerie tire son nom de coUegium fon- 
tanorum (4) ou collegium aquae (5). Parmi les propriétaires 
de fosses à foulon, soit qu'ils exerçassent eux-mêmes l'indus- 
trie en faisant travailler leurs esclaves (6), soit qu'ils louassent 
leur matériel à des artisans (7), on cite même une famille de 
distinction, celle des Marcii Philippi (8). 

Les dessins d'étoffes de laine, de lin et de soie usités parmi Étoffes à dessins 
les anciens nous sont parvenus par diverses voies : nous possé- 
dons encore quelques échantillons de tissus de l'antiquité (9), 



(1) Ov. Fasl. III, 821; Or.-IIenzen 4091 et 7240. Mommsen, in Zschr. f. gesch. 
Rechtswisseiisch., XV, 3, p. 330. 

(2) V. Culte, II, p. 168. 0. Jahn, Ber. d. k. sclchs. Gesellschafl d. Wissensch., 
phil.-hist. Cl. 1856, p. 296. 

(3) Fi'ontin. de aq. 94 : et haec ipsa (aqua) non in alium usum quant in bal- 
nearum et fullonicarum dabatur, eratque vectif/alis staluta mercede, quae in 
publicum penderetur. Cette disposition paraît s'être maintenue jusqu'au jour 
où Agrippa eut multiplié les concessions d'eau en proportion des besoins : 
cf. ib. 98. 

(4) Mommsen, loc. cit. p. 329 sq. 

(5) Mommsen, loc. cit., p. 346 sq. 

(6) Dig. XXXIX, 3, 3 pr. : Apud Trebatium relation est, eum, in cujus fundo 
aqua oritiir, fullonicas circa fontem instituisse. C'est ainsi qu'un propriétaire 
a deux esclaves, Flaccus fullo et Philonicus pistor : Diq. XXXIV, 5, 28 [29]. 
Dig. XIV, 4, 1 § 1^ il est également question de servi fullones. 

(7) Selon Dig. VII, 1, 13 § 8, l'usufruitier testamentaire d'une maison d'habi- 
tation ne peut la donner à bail qu'à ce titre, et non pour usages industriels; 
il ne peut y établir ni fullonica ni diversorium ni balnea ni pistrinum. 

(8) Mommsen, loc. cit., p. 329-330. 

(9) Les restes les plus intéressants de tissus grecs ont été mis à jour dans 
les fouilles de la Russie méridionale, et publiés, avec étude spéciale, par 
Stcphani, Compte rendu de S.-Ptbg. C'est à savoir : — 1° Fragment d'un vête- 
ment de femme, en laine, de couleur sombre, brodé de laine, du iv siècle 
avant notre ère d'après l'auteur {loc. cit. 1859, p. 30-31; 1878-79, p. 112, 
pi. m, n. 1-3) ; — 20 Fragment d'un vêtement de couleur sombre (teint en 
pourpre, loc. cit., 1878-79, pi. III, n. 7); — S» Restes nombreux d'une grande 
couverture grecque en laine, du iv» siècle avant notre ère {loc. cit. 1878-79, 
p. 120-130, pi. IV), laquelle se composait d'environ douze bandes d'étoffes cou- 
sues ensemble : sur le fond jaune de la couverture se voient des figurations" 



168 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

et surtout du moyen âge (1), qui conserva fort longtemps les 
procédés antiques ; nous en avons de nombreuses reproduc- 
(531) tions, notamment sur les vases peints ; les auteurs enfin nous 
en ont çà et là transmis des descriptions, et Stephani a pu 
récemment traiter ce sujet avec pénétration et en détail (2). 
On peut distinguer des dessins mouchetés, oii la décoration 
se compose de croix, d'étoiles, de points, de cercles ou de 
combinaisons de ces divers motifs ; des étoffes rayées — les 
raies longitudinales se nomment virgae (3), les raies transver- 
sales trahes ; — des étoffes à carreaux ornées d'un dessin en 
carré ou en losange (4), et des ornements ondulés. Le dessin 



mythologiques, non point incorporées dans le tissvi, mais appliquées dessus 
en couleur par un peintre; — 4° Fragments d'une étotl'e de laine fine et 
transparente, du vo siècle avant notre ère (ib., p. 131, pi. V, n. 1), dont les 
couleurs n'ont également été appliquées qu'après achèvement du tissu ; — 
î)0 Morceau de toile blanche, employé comme mèche de lampe (ib. 1877, p. 23, 
pi. II, n. 7-8; 1878-79, p. 132, n. 3); — 6° Étoffe de laine brun-cerise, décorée 
de cinq rangées de canards de couleurs variées (ib. 1878-79, p. 133, pi. V, n. 2); 
— 7° Restes d'un tissu de soie couleur bronze (ib. pi. V, n. 3); — 8" Étoffe de 
laine ornée de fils d'or (ib. pi. V, n. 4) ; — 9° Grande pièce d'étoffe de laine, 
dont les fils, dès avant tissage, avaient été teints en noir, brun foncé et 
jaune d'ocre (ib. pi. V, n. S) ; — 10° Tissu de laine blanche (pi. VI, 1); — 
11" Bonnet de laine (pi. VI, 2); — 12» Fragment d'une couverture de laine 
(pi. VI, 3) ; — 130 Tissu de laine rayé (pi. VI, 4). — Outre ces étoffes de pro- 
venance grecque, on peut citer encore un fragment de tissu de soie qui se 
trouve à Sitten (reproduit par Semper, der Slil, P, p. 180 [192]), et un tissu 
de soie de l'époque chrétienne, représentant Samson et le lion, motif qui en 
se continuant et se superposant de bande en bande forme le patron de l'étoffe 
(reproduit par Bock, I, pi. I-II, Mittheil. d. ant. Ges. in Zurich, XI, p. 163, 
pi. XIV, et Semper, p. 143 [152]). On reviendra plus bas sur les'restes d'an- 
ciennes étoffes à fils d'or. 

(1) Sur les étoffes du moyen âge, voir : Muratori, Antiq. liai. med. aevi, 
vol. II, 1739 in-fo, p. 400 sq. ; A. Jubinal, les anciennes Tapisseries historiées, 
Paris 1838-39 in-f» ; Cahier et Martin, Mélanges d'archéol., d'hist. et de littér., 
Paris 1848-56, 4 vol. in-4o; Michel, Rech. sur le commerce, la fabr. et Vusage 
des étoffes de soie, d'or et d'argent en Occ. pendant le moy. âge, Paris, 1832-54, 
2 vol. in-4° ; Bock, Gesch. d. litiirg. Gewiinder des Mitte.lalters, 3 vol., Bonn 
1836; Semper, op. cit., Pp. 145 (134) sq.; D. Rock, Textile Fabrics, London, 
1870, in-8o. 

(2) Compte rendu 1878-79, p. 48-142. 

(3) Ov. A. am. III, 269 : Pallida purpureis tingat sua corpora virgis. Verg. 
Aen. VIII, 660 : sagula virgata. Sil. Ital. IV, 155 : auro virgatae vestes. 

(4) Le losange est dit scutula. Ccnsorin. fr. 7 : scutula, id est rhombos, 
quod latera paria fiabet nec angulos rectos. Et l'on désigne le patron par 
l'épithète scutulatus . Juven. II, 97 : Caerulea indutus scutulata aut galbina 



LE VÊTEMENT. 1G9 

en échiquier compte parmi les plus anciens (1). Aucun d'eux, 
au surplus , n'offre de diflicultd technique ; mais Fart des 
anciens s'est surpassé dans les étoffes à dessins ou tissus bro- 
chés, trimita (2), polymita, pluribus liciis texta (3), dont l'éta- poii/mUa; 
blissemcnt exige un métier de structure compliquée et un 
grand nombre de harnais (4). Cette fabrication est la gloire (532) 



rasa. Prudent. Hamartig. 289 : Gaudent et durum scutulis perfundere corpus. 
Plin. VIII, 196 : scutulis dividere Gallia (instituit). Ed. Diocl. XVI, 48 Moinm- 
sen : sk ôXoaTipixôv (TxouTTkâxov. 

(1) Stephani, loc. cit., p. 14. 

(2) Un 8wpa? "Kwoùi Tpi[xi"uoî : D. Cass. 77, 7. Un ytxoJviaxoç Tp{[j,iTo; : Pollux, 
7, 58. Id. 7, 78 : oxi [aIvtoi xal xpÈjAtra sîpyiÇovco, Aît^^-jXo; SiSâaxôi OTjTa; 
{fr. 335 Nauck) • au 5è UTcaOTixoTi; tptjxiTivdiî u^iafxaatv. 

(3) Isid. Or. XIX, 22, 21 : Polymita multicoloris ; polymitus enim texlus 
multorum colorum est. Le mot se retrouve Aeschyl. Suppl. 432 et Gratin, cité 
Pollux, 7, 31. Pour les Romains, Petron. 40 : alicula subornatus polymita. 
Mart. XIV, 150 : Cubicularia polymita. Haec tibi Memphitis telliis dat mimera : 
victa est Pectine Niliaco jam Babylonos acus. Ilieronym.Ep. 64, 12 Vallars (par- 
lant de la ceinture du grand-prêtre) : Textum est (cingulum) autem subtemine 
cocci, purpurae, hyacinthi, et staminé byssino, ob decorem, et fortitudinem, 
atque ita polymita arte dislinotum, ut diversos flores ac gemmas artificis manu 
non textas, sed additas arbitreris. A.n testament publié par Wilmanns, i^a;em- 
pla Inscr., 313, 70, on lit : et vestis poly}nit[ae] et pluma[tae] quidquid reli- 
quero. 

(4) Plin. VIII, 196 : Plurimis vero liciis texere, quae polymita appellant, 
Alexandria instituit. Apul. Flor. 1, 9, 33 : Hippias... habehat indutui'ad corpus 
tunicam interulam tenuissimo textu, triplici licio, purpura duplici. Dans ces 
passages, j'entends par iii-zoi, Hcium, l'ensemble du harnais. Il est vrai que 
[itTOi; désigne aussi le fil, et qu'il en est de même de Hcium, au moins chez 
les poètes. Auson. Epigr. 38, 1 : licio qui texunt. Luc. Phars. X, 126 : Ut mos 
est Phariis miscendi licia telis. Martial (XIV, 143) dit des tunicae Patavinae 
trilices, qu'elles sont épaisses à pouvoir être débitées à la scie, et les loricae 
bilices (Verg. Aen. XII, 375), hamis auroque trilices (ib. III, 467 ; VII, 639), cra- 
ies trilices (Val. FI. III, 199) paraissent être des cottes de mailles de deux ou 
trois fils dé trame d'épaisseur. Dans le même sens, au moyen âge, les dimita 
et trimita sont des tissus à deux ou trois fils de trame d'épaisseur, et les 
hexamita, nous dit-on, sont des velours *; or on sait qu'aujourd'hui encore le 
velours se fait avec six fils de trame, dont trois sont relevés et coupés pour 
former le velouté de l'étoile , tandis que les trois autres soutiennent la 
chaîne. V. Hugo Falcandus, dans la description des manufactures de soieries 
de Palcrmc à la fin du xi<= siècle, in Muratori, Ant. It. med aevi, II, p. 405^ ; 
Semper, der Stil, P, p. 165 (173). Mais ce dernier auteur fait observer fort 
justement que, dans l'antiquité, les pohjmita sont des étoiles multicolores. 
« Ce n'est, dit-il, qu'en vertu d'agencements mécaniques (et ces agencements 



* Le mot allemand qui signifie « velours », sammet, n'est autre chose en effet quune corrup- 
tion de hexamitum. — V. H. 



170 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

des manufactures alexandrines (1); mais la Judée (2) et 
Chypre (3) y prenaient également part, Chypre qui, au moyen 
âge encore, faisait concurrence à Alexandrie en cet art (4), 
et la Campanie ne tarda point à les imiter (5). C'est vraiment 
(533) la peinture du tisserand, ypacpal aizo xspxiSo; (6). Ces belles 
étoffes, ces riches tapis représentaient des fleurs, des feuilles, 
des plantes et des lianes (7), qui leur valurent le nom d'àv9t.và, 
àvQ!.vri ItOv]?, étendu d'ailleurs à tous les. tissus à dessins (8), 
des animaux (9), souvent fantastiques, griffons, hippo- 



constituent les licia) que les fils de diverses couleurs se disposent, pour for- 
mer le dessin voulu, les uns par dessus, les autres par dessous le, tissu, selon 
qu'ils doivent demeurer visibles ou se dissimuler. Le fil de fond seul forme la 
trame proprement dite : autant il y a de couleurs dans le dessin, autant il 
faut de fils dans la trame. « Il est bien souvent question de ces étoffes multi- 
colores. Dans Vad Herenn. IV, 47, 60, figure un cilharoedus cum chlamyde pur- 
purea variis coloribus intexta. Prudent. Hamartig. 290 : Additur ars, iit fila 
herbis satiirata recoctis Inludant varias distincto staminé formas. 

(i) Plin. VIII, 196; Sil. Ital. XIV, 660; Luc. Phars. X, 126. Ces fabriques 
restent célèbres jusqu'en plein moyen âge. Anastas. Biblioth. de vitis pontif. 
(Rom. 1718, in-f°), vol. I, p. 346 : fecit vélum Alexandrinum, hahens phasia- 
nos XII {en 821). 

(2) Judaica vêla de ce genre, mentionnés Claud. in Eutrop. I, 337. 

(3) Aristophane cité par PoUux, 10, 32 : TcapaTtsxa<T(jLa t6 Kûirpiov -cô xoixO^ov. 
Athen. II, p. 48''. Accubitalia Cypria : Treb. Poil. Claud. 14, 10. Mantelia 
Cypria : Vop. Ain^el. 12, 1. 

(4) Bock, op. cit., I, p. 209. 

(5) Plaut. Pseud. 145 : Ita eyo vostra latera loris faciam valide varia iiti 
sint, Ut ne peristromata quidem aeque picta sint Campanica, Neque Alexan- 
drina beluata conchuliata tapetia. 

(6) Philostr. Imag. 2,- 5, p. 816 ; Aristaenet. Ep. I, 27. 

(7) Stephani, loc. cit., p. 99-103. 

(8) Salmas. ad. Vop. Aurel. 46 = vol. II, p. .559, éd. 1671. 

(9) Description d'un de ces patrons par Astérius, évêque d'Amasie, vers 400 
(homil. I, in Combefis, Asterii... aliorumque Patrum Orationes et Homiliae, 
Paris. 1648, in-f", p. 4) : Oô 6è [aéx?' "^^'^ sîp'fitxévwv è'jTTjaav tt,; [Awpâç èirtvotaî 
Toui; opou;, àWi tiva xîv)-|V ûcpavxix'^^v È^eupôvxei; xal TtEptspyov, f|Tn; Tfi tz'Ko-x.ti toû 
CTXT|[jt.ovoî Trpàî xt^v yi.p6y.iYJ xf,î ypscpixT,; [Ai^sîxat x^ Sûvaixtv y.al irdtvxwv Çuxov xotî 
-iré-TtXoK; xàç fiopcpàî £vaT^;xa{vsxat, xhjV m%vA;/ xal [Aupioiç £Î8o!));oiî irsTOfAtXpiÉvTiv 
oi'ko'zz'/yoî)a'.\/ saÔfixa... 'Exeî );sovxc; xal TtapôiXsn;, ào-^cxoi xal xaûpoi xal n'Jvsi;, ilD^ai 
xal iréxpat val àvSpe; ÔTipovtxôvoi ical ttS.<yy. ■}] xfjç ypaï)txf|î ÈTttXT^osuatç jji'.[xoua£v7i 
T-^v cpûaiv. Les types d'animaux sont ceux des anciennes étofl'es perses, telles 
que les portaient les rois. Q. Curt. III, 3, 18 : pallam auro distinctam aurei acci- 
pitres, velut rostris inter se concurrerent, adornabant. Philostrate [Imag. 2, 31, 
p. 856), en décrivant les vêtements babyloniens, parle de 6-riptwv xspaxoiôciî 
fiopçii;, ota TïotxOv'Xouai pâpêapot. Ces décorations sont visibles sur les habits 



LE VÊTEMENT. 171 

campes et chevaux ailés (J), des mots et des sentences (2), 
des portraits (3), môme des paysages et des scènes historiques. 
Dans Ilomôre déjà, Ton voit Hélène travailler à un ouvrage (534) 
où sont reproduits les combats des Grecs et des ïroyens (4) ; 
Ovide fait tisser à Pallas et à Arachné de grandes scènes 
mythologiques (S), telles qu'on en exécutait à Alexandrie (6) ; 
Aristote parle d'un tapis fabriqué pour le compte d'un Syba- 
rite, puis vendu 120 talents aux Carthaginois par Denys 
l'Ancien, étalant sur champ de pourpre des ligures d'animaux 
et de dieux, le portrait de celui qui avait commandé le tra- 
vail et une vue de la ville même de Sybaris (7). Les poètes 



des Perses dans la mosaïque pompéienne d'Alexandre. Les tunicae... varielate 
liciorum effiqiatae in species animalium multiformes (Amm. Marc. XIV, G, 9) 
étaient aussi de mode à Rome au iv^ siècle, et ce sont elles que le C. Theod. 
(XV, 7, H) entend T^tiv sigillata (vestimenta), c'est-à-dire étoffes à figures. Les 
beluata lapetia, que Plaute déjà connaissait {Pseud. 147) étaient contre-indiqués 
pour les malades, parce qu'ils surexcitent l'imagination. Oribas. II, p. 310 
Dar. : ti 5c hoixîXti xal £vu9âcT;j.axa ïy^outscf. Çwwv... "ZOLpayri^ aÎTta yiyvsTat; Ce 
qui explique le passage Lucret. II, 34 : Nec calidae citiiis decedunt corpore 
fehres, Textilibus si in picturis ostroque rubenti Jncteris, quam si in pleheia 
veste cubandum est. On les trouve aussi décrits dans Clem. Alex Paed. II, 

16, 109 sq. = p. 235-7 Potter, et la, mention en est fréquente à l'époque byzan- 
tine. Y. Reiske, ad Constant. Porphyr., vol. II, p. 221 Bonn. 

(1) V. les documents dans Stephani, loc. cit., p. 108 sq. Figures d'animaux 
fantastiques sur des étoffes de Judée, décrites Claud. in Eut7'op. I, 350-7. Sur 
des représentations d'animaux fantastiques en tissus orientaux, voir Semper, 
P, p. 257 (273). De même, pour des étoffes du moyen âge : Bock, I, p. 8-18 et 
192 (le dessin comporte des éléphants, des paons, des lions, des griffons, des 
aigles), illustré pi. VIL 

(2) Plin. XXXV, 62; Vop. Carin. 20, 5; Auson. Epigr. 38, 4. Ov. Met. VI, 576 
(parlant de Philomèle) : Slamina bai'barica suspendit callida tela, Purpiireasque 
notas filis intexuit albis, Indicium sceleris. Ces notae, dites plus loin carmen 
(382), sont des lettres et des mots. Cf. Auson. Epist. 23, 13. Étoffes du moyen 
âge portant des sentences ou des mots : Bock, I, p. 16. 

(3) Treb. Poil. XXX tyr. 14, 4, il est question de paenulae, quae Alexflndri 
effigiem de liciis variantibus monstrent. Auson. Grat. act., p. 294 Bip. : Pal- 
matam... in qua Divus Constantius parens noster intextus est. Macrob. Saf. V, 

17, 5 : pictores fictoresqiie, et qui figmentis liciorum contextas imitantur effi- 
gies. Alexandrie fabriquait aussi ce genre de tissus. Athen. V, p. 196 f : 

sv'jcpaffjxévaî, ai Se [xuOixàî SiaBÉasi;. 

(4) Hom. n. III, 126. 

(5) Ov. Met. VI, 70-126. 

(6) Athen. V, p. 196 «. 

(7) Aristot. de mirab. auscult. 96. Il y est bien question d'un tissu, et non 



172 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

ne tarissent pas en descriptions du même ordre (1); mais il 
n'est pas toujours aisé de reconnaître s'il s'agit vraiment de 
tissus brochés ou de broderies (2). Le christianisme appliqua 
cet art luxueux à la confection de tentures, nappes d'autels 
et autres ornements d'église : il substitua naturellement les 
scènes tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament aux sujets 
de mythologie et d'histoire (3) ; mais l'art en lui-même se 
transmit tel quel à tout le moyen âge. 
étoffes brochdes C'cst ésjalement à l'Orient que l'on doit la spécialité artis- 

d'or; " ^ ■" 

tique des étoffes de laine ou de soie brochées d'or et des tis- 
sus de pur fil d'or (4). Pline se trompe en attribuant cette 
invention au roi Attale (5) : il n'en a d'autre garant que le 
(535) terme technique Attalica peripetasmata (6) ou aulaea (7) par 
peripetasmata; lequel OU désigne les produits de cette industrie. En réalité 
ils figurent déjà dans l'Ancien Testament (8); la Perse (9) et 
toute l'Asie antérieure (10) les connaissent de longue date; à 



d'une broderie, comme le font voir les mots SistAT^Tixo ÇwSt'otç èvucsajixsvoti;. 
Le tapis se retrouve dans Ath. XII, p. 541". 

(1) Theocr. XV, 78-83 : tapis représentant Adonis. On trouvera beaucoup 
d'autres indications coUigées par Stephani, loc. cit., p. 103, et Compte rendu 
1864, p. 127; 1866, p. 143 sq. 

(2) Par exemple, dans la couverture décrite par Catulle (64, 30-264). 

(3) Asterius, loc. cit. : "Ouoi Se xal oaat twv irXouxoûvtwv s-jXaêÉJirepot, àva- 
Xs^dtfjLEVot T•^lV E•JaYYE>ktx•^iV laxopiav toTî ûçavuaîç irapÉSuviav • aùxàv 'kéyt^i tôv 
XptaTÔv Ti|jLwv [jiexà xwv [laOfixwv aTtdvxuv,. xal xwv Oaufjiaatwv ËTcajxov... "Oi^et 
xèv Yot[iov xf,î FaXtXataç ital xà? 65pta;, xôv •::apa)vuxt<côv x'^iv 5t)kivT,v èizl xwv w;jlwv 
(pépovxa, etc. Les tissus de ce genre sont souvent cités (Bock, I, p. 22 sq.), et 
nous en avons des spécimens qui datent du moyen âge. 

(4) Lyd. de Mag. III, 64 : airouS-»^ yéyovs xoï? •KoT.u/pûaot; x6 tA'Xoli AuSoTç eùttû- 

pta ypuaLO'j xal j^p'jaoaxTjaova; SispyâÇsaSat ytxwvai;, xal [lip-zin; ô IIïLTavSpoc; 

Etiriiv • Auôol ypusoyi'zoi'^B:;. Sur les tissus d'or de l'antiquité et du moyen âge, 
voir spécialement Rock, Textile Fabr. introd., p. xxv sq. 

(3) Plin. VUl, 196 : Aurum intexere in eadem Asia invenit Atlalus rex, unde 
nomen Attalicis. 

(6) Cic. in Verr. IV, 12, 27. 

(7) Sil. Ital. XIV, 639, et ailleurs, mention fréquente. 

(8) Exod., 28, 3-8, et 39, 2-8. 

(9) Le roi de Perse porte pallam auro distinctam : Q. Curt. III, 3, 18. Lors 
de la prise de Persépolis par Alexandre, il s'y trouva 'iro>i>»al oial ■Ko'kvxz'kzU 
la6f,X£î, a', [lèv 6aXaxxiai; Tropcpôpat;, et'. Sa yp'juoT; £V'j'j3ta|Jia70 tî— oixt>v[X£vai : 
Diod. Sic. XVII, 70, 3. 

(10) Lyd. de Mai]., cité six notes plus haut. 



LE VÊTEMENT. 173 

partir d'Alexandre (1) et de ses successeurs (2) ils se répan- 
dent en Grèce. Il y eut des habits d'or dans l'Italie inférieure 
dès le temps de Pythagore (3) ; Tarquin l'Ancien, dit-on, en 
portait un (4), et l'on a trouvé des tissus d'or, non seulement 
dans les sépultures de la période romaine (5), mais jusque 
daiis les tombes étrusques (6). Ils ne se répandirent toute- 
fois qu'avec le luxe asiatique et concurremment avec les 
soieries. Déjà les étoffes de Cos étaient brochées d'or (7). 
Les poètes du siècle d'Auguste (8) et ceux des siècles sui- 
vants parlent en maint endroit de soieries rayées d'or ou à 
dessins d'or (9). Quant aux tissus d'or pur (10), ils constituent, (536) 



(1) Aux noces d'Alexandre la maison était décorée ô6ovtoi<;... -^op-^upoT; nal 
çotvtxot!; ypuao'JcpÉîL : Ath. Xll, p. 338''. 

(2) Sous les Ptolémées il y a à Alexandrie des /itûve; ypuuoiJçst; : Ath. V, 
p. 196f. Démétrius Poliorcète se vêtait ypuaoïraoûçotî dtXoupyia'.v : Plut. Dem. 41. 

(3) Justin. 20, 4. 

(4) Plin. XXXIII, 62-63 : (Aurum) nelur ac texitiir lanae modo vel sine lana. 
Tunica aurea triumphasse Tarquinium Priscurn Verrius docet. Nos vidimus 
Agrippinam Claudii principis, edente eo navalis praelii spectaculum, adsiden- 
tem ei, indutam paludamento aureo lextili sine alia materia. Attalicis vero 
jampridem intexitur invenlo reqtim Asiae. 

(5) Bock, I, p. 2 : « On montre encore aujourd'hui, au Musée Bourbon de 
Naples et au Musée municipal de Lyon, des restes de pesants tissus d'or, obte- 
nus par un fin entrelacement de fils d'or étirés. » On en a trouvé aussi à 
Herculanum : Winckelraann, Geschiclite der Kunsl, VI, 1, § 8. Sur d'autres 
trouvailles de ce genre, voir R.-Rochette, i¥ém. de l'Inst., XIII, p. 641-630. 
Dans un sarcophage d'une sépulture d'Arles on a découvert « une étoffe d'or 
et de soie très riche » : Millin, Voy. d. le midi de la Fr., III, p. 582. 

(6) A Pérouse : Vermiglioli, Ant. Inscr. Perug., vol. I, p. 234, n. 1. A 
Caeré : Bull. d. Inst. 1836, p. 60. 

(7) Tibull. 11,3, 53. 

(8) Une aurata vestis : Ov. A. am. II, 299. Cf. Ov. Met. III, 336 : Purpiira- 
que et pictis intextum vestibus aurum. Verg. Georg . II, 464 : Illitsasque aura 
vestes. Verg. Aen. III, 483 : Fei^t picluratas auri sublemine vestes. IV, 262 : 
ardebat murlce laena, Demissa ex umeris. dives qiiae munera Dido Fecerat et 
tenui telas discreverat aura. Vlll, 167 : Discedens chlamydemque aura dédit 
intertextam. 

(9) Néron fut enseveli stragulis albis auro intextis (Suet. Ner. 30). Sen. Ep. 
90, 43 : nondum texebatur aurum. Les nombreux autres passages qui se 
rapportent à cette question se trouvent réunis dans Yates, Textrinum anti- 
quorum, I, p. 366-370, à qui je dois également une partie de mes propres 
références. 

(10) Caligula portait une aurea chlamys : Suet. Cal. 19. Agrippine la jeune, 
un paludamentum aureum textile : Plin. XXXIII, 63. Héliogabale, une aurea 
tunica : Lampr. Hel. 23, 3. 



174 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

môme à l'époque impériale, un rare et. exceptionnel raffine- 
ment de luxe. 
fils dor. Ce qui fait pour nous l'intérêt spécial de cette industrie 

antique, c'est que l'art d'étirer l'or en fils propres au tissage, 
conservé par tradition jusqu'au xv" siècle, est un secret 
aujourd'hui perdu. Notre fil d'or actuel est un fort fil de soie 
autour duquel s'enroule un fil d'argent doré extrêmement 
fin ; celui des tissus du moyen âge est une bandelette de sub- 
stance végétale très délicate, lissée, flexible, plate et dorée 
sur une seule face (1), ou bien encore un fil de lin autour 
duquel s'enroule la bandelette en question, jamais un fil de 
soie (2). Ces bandelettes servent de trame (3), et tout porte à 
croire qu'elles coûtaient moins cher que nos fils d'or; car on 
ne les brochait point à proprement parler (4) : elles occu- 
pent toute la largeur du tissu (5). Les tissus d'argent appa- 
raissent plus rai'ement dans l'antiquité (6) ; mais le moyen 
âge les fabriquait par le même procédé (7). 



(B37) 3. La broderie et la couture. 

La broderie {acu pingeré), tout comme le tissage artis- 
tique, est une invention orientale, attribuée aux Babyloniens 



(1) Cf. Hicronym. JEp. 22, 16 Vallars : in quarum vestibus altenuata in filiim 
auri metalla texuntur. Claudian. in Prob. et Olybr. cons. 181 : Et longum 
tenues tractiis prodiicit in auriim, Filaque concreto cogit squalere métallo. 

(2) V. sur ce point : Bock, I, p. 42-43 et 48-SO; Fr.-Michel, Recherches, II, 
p. 180, n. 2; Seiuper, derStil. 1^, p. 152 (161) sq. Toutefois Bock se contredit 
(I, p. 204), en signalant, à propos d'une broderie du xii^ siècle, un fil de soie 
enveloppé de fil d'or. 

(3) V. Bock, I, p. 66, illustr. pi. XIV, et p. 258, illustr. pi. XVI. 

(4) Pariset, p. 216, n. 1 : « Une étoffe brochée est celle où le dessin est repro- 
duit à l'aide de trames indépendantes de la trame du fond et appliquées par- 
tiellement dans le seul endroit où apparaît le dessin. » 

(5) Bock, I, p. 49. 

(6) Josèphe {Ant. XIX, 8, 2) décrit le costume d'IIérode Agrippa : atoW.v il, 
àoyûpou zeiroiTiixÉvTiV Tiâffav, w; ôa'jjjiifftov ûcstiV elvat. Philon {de vit. contempl, 
6 = vol. II, p. 478 Mangey) parle de cjTpw;j.val akoupyzÏ!; £VJ(patf[i£voL) ypuaoO 
xai àpY'jpou 

(7) Bock, I, p. 44 et pi. VIII. 



LE VÊTEMENT. 



n;i 



et aux Phrygiens. L'Ancien Testament déjà (J) célèbre les 
couvertures et les tapis de Babylone aux couleurs variées (2). 
et d'autre part nous les voyons opposés, en tant qu'ouvra- 
ges de broderie, aux étofles d'Alexandrie, qui produisent le 
même effet (3). Les Phrygiens, dont les vases peints repro- 
duisent souvent les habits brodés, auraient, dit-on, valu leur 
nom aux phrygiones (4) ou brodeurs artistiques de l'époque phrygiones 
romaine (5). 

Dans les arts graphiques d'aujourd'hui l'on distingue deux 
procédés essentiels, le pointillé et le trait. De môme, la 
broderie a deux méthodes : la tapisserie ou point de croix, 
qui correspond au pointillé, et la broderie proprement dite, 
qui rappelle le dessin au trait (6). La première est fort an- 
cienne en Egypte et en Phrygie, comme la broderie plate en 
Babylonie (7) : chez les Romains, l'une est affaire aux phrij- 
giones, l'autre aux plumarii (8). Les données fournies par 



(538) 

plumarii ; 



(1) Josiié, 7, 21. 

(2) Plaut. Stich. 378 : Tum Babylonien peristromata, conchuliata tapetia 
Advexit. Garnitures de chaises, soliaria Babylonica : Fest., p. 298'', 19. Baby- 
lonica comme garnitures de lits : Lucret. IV, 1029 et 1123. Housses de selles : 
Dig. XXXiV, 2, 23 § 3. 

(3) Mart. VIII, 28, 17 : Non ego praetulerbn Babylonos picta superbae 
Texta, Semiramia qiiae variantur acu. XIV, 150 : supra, p. 16J, n. 3. Joseph. 
Bel. Jud. VII, S, 5 : tA si; àxpiêf, î^oiypa-^iav ■!icT:oi>ct)i]X£va rifi Baê'jXwvicov •zéyyi^ 
(ijtpG(ff|i.aTa). 11 n'y a point contradiction entre ces passages et ceux où il est 
question de tissage (Plin. VIII, 196 : colores diversos picturq-e intexere Baby- 
lon maxime celebravit et nomen imposuit. Sil. Ital. XIV, 656 : fulvo certave- 
rit auro Vestis, spirantes referens subtemine vultus, Quae radio caelat Babylon. 
Tertull. de cultu fem. 1, 1 : Si ab initio rerum et Milesii aoes tonderent et 
Tyrii tingerent et Phryges insuerent et Babylonii intexerent) ; car l'industrie 
du moyen âge, elle aussi, cumula le brochage et la broderie : Bock, I, p. 174- 
175 et 229. 

(4) Plaut. Aul. 508. Mcn. 426 : Pallam illam, quamdudum dederas, ad phry- 
gionem ut déferas, Ut reconcinnelur atque ut opéra addantur quae volo. Autres 
textes cités Nonius, p. 3, 16. [L'inscr. Reines, cl. H, n. 108, est fausse : C. I. 
L. VI, 1232*.] Cf. Rock, Text. Fabr., p. xciii. 

(5) Plin. VIII, 195 : Accipio... pictas vestes jam apud llomerum fuisse... Acu 
facere id Phryges invenerunt, ideoque Phrygioniae appellatae sunt. Serv. ad 
Aen. ni, 484; IX, 614. Sen. Tr. Herc. Oet. 665 : Nec Maeonia disti7iguit acu 
Quae Phoebeis subditus Euris Legit Eois Ser arboribus. 

(6) Semper, der Stil, P, p. 181 (193) sq. 

(7) Semper, lac. ci^, p. 184 (196) sq. 

(8) Mention fréquente dans les inscriptions : C. I. L. VI, 9813-14; Ed. DiocL 



ne LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

les auteurs sont, il est vrai, si peu claires, qu'on a cru pou- 
voir en inférer que V opus plumarium (1), les vêla pliimata [2) 
et les vestes plumatae (3) n'étaient point des broderies, mais 
des tissus (4). Il serait difficile pourtant d'admettre que les 
vestes plumatae fussent en somme identiques aux /jo/ymf/fae; 
et d'ailleurs l'Edit de Dioctétien nous apprend que X^pluma- 
rius exerce son art sur des tapis et des vêtements tout tis- 
sés (5). La conclusion s'impose donc en dépit de l'insuffi- 



XVI, 38. Ars plumaria : Hieronym. Ep. 29, 6 Vallars; Adhehii. de laud. virg. 
15 (7). 

(1) Chron. Farfense dans Muratori, Rer. Ital. Scr., Il, 2, p. 469 : ubi fuit 
anliquitus congregatio ancillarum, quae opère plumario ornamenta ecclesiae 
laborabant. 

(2) Dans un acte de donation de l'an 471 (Doni, p. 504; Anastas. Biblioth. 
de vit. pontif., vol. Ill, p. xxxi), VEcclesia Cornu lianensis reçoit en don : 
palUum liolosericum... vêla tramoserica... vêla linea plumatn. Au Liber Ponti- 
ficalis {Vita Gregorii, IV, § 478) figure un vélum ante janiias plumatum. 

(3) Au testament Wiluianns 315, le testateur dispose de vestis polymil[ae] 
et plu772al[ae] quidquid reliquero. Le ms. ]^orte jjlumari quod, mais la restitu- 
tion de Kiessling est tout à fait plausible. 

(4) C'est ce qu'admet Georges, Philologus, XXXII (1873), p. 530, et dans son 
HandwÔrterbucJi, en s'appuyant sur divers textes. Vitruv. VI, 7 (4), 2 : pluma- 
riorum textrina. Hieronym. Ep. 29, 6 Vallars : In Exodo (35, 35) ceterisque 
locis ubi describuntur vestes plumaria arte contextae, opus Ctieriihim, id est 
varium alque depictum, esse factum describitur. Prudent. Hamartig. 294 : avium 
quoque versicolorinn Indumenta novis texentein plumea telis. Adhelm. de laud. 
virg. 15 (7), éd. Giles : stragularum texlura nisi paniculae purpureis, immo 
diversis colorum varietatibus fucatae, inter densa filorum stamina iiltro citro- 
que decurrant, et arte plumaria omne textrinum opus diversis imaginum tora- 
ciclis perornent,... nec jocunda... nec... formosa videbitur. A ces témoignages 
il eût pu joindre Theodoret. quaestio 28 in II Reg. : tùv 5è j^iTÛva itw da-rpaya- 
>kWTÔv ô [lâv 'Av.ù'KoL^ xapTrwTÔv -fjpixTiveuffsv, dvcl loû xapTroùç èvutpaafAsvouî lyovca • 
oî vûv 8è aÙTÔv xa)^ouao -ir>voy|jLapiicôv. Dans tous ces passages, sans doute, il s'agit 
de tissage; mais on peut se demander si les auteurs cités avaient une connais- 
sance suffisante de la technique dont ils parlaient ou si leur intention était de 
s'exprimer avec une rigoureuse précision. Quand Vitruve, par exemple, nous 
dit que les pinacotfiecae et plumariorum textrina pictorumque officinae exigent 
une exposition septentrionale, il est clair qu'il manque d'un mot pour désigner 
l'atelier du brodeur et le remplace par un quasi-synonyme. Nonius (p. 162, 
25) et Jul. Firmicus (III, 13, 10), la Vulgate [Exod. 35, 35), le testament Wil- 
manns 315, distinguent respectivement le plumarius du textor, le plumarius 
du polgmitarius, la vestis polymita de la vestis plumata. Les gloses de Labbé 
interprètent plumarius par uœavrf,;, mais aussi par itoixiT^T-f,?, et au moyen âge 
le plumarium est un opus acu pictum. Cf. Bock, I, p. 140. 

(5) Ed. Diocl. XVI, 38 sq. Il travaille tU -zir.rizx, eÎî aTi/Y\v (en latin tunica 
strictoria), eU /XaiiûSa MouTouvT)atav, sli; yT^aixûôa AaSixTivTiv. 



LE VÊTEMENT. ^ m 

sance des autorités : le plumarius était un brodeur (1). (539) 

Le terme ^/2W2« « plume » a passé par analogie à la dési- 
gnation des écailles de la cuirasse [lorica plumata) (2), et, 
dans une inscription de Pompéi (3), il spécifie une partie de 
Fédifice, peut-ôtre bien les lames qui servent à la couver- 
ture (4). Quant à son acception dans la locution ars pluma- 
ria, il y en a deux origines plausibles : on peut croire que 
la broderie plate procède immédiatement de la broderie en 
plumes, c'est-à-dire de l'art qui consiste à obtenir des dessins 
sur un fond quelconque au moyen de barbes et de tiges de 
plumes fendues et délicatement appliquées ; — cette décora- 
tion se rencontre chez tous les peuples encore voisins de la 
nature et s'est maintenue jusqu'à nos jours en Tyrol (5); — 
ou, plus simplement à mon avis (6), les fils colorés qu'on 



(1) C'est aussi l'avis de Waddington, op. cit., 176. 

(2) Justin. 41, 2, 10. Sur Verg. Aen. XI, 770 {Spnmantemque agilabat equum, 
quem pellis aenis In plumam squamis auro conserta teç/ebat), où il s'agit évi- 
demment d'une cuirasse à écailles, Servius glose : Pluma est in armaliira, ubi 
lamina in laminam se indit. Le mot pluma est donc un terme technique, 
employé aussi comme tel par Salluste [fr. 4, 17 Kr. = 59 D.) : Equis paria ope- 
rimenta erant, quae lintea ferreis laminisin modum plumae annexuerant. Stat. 
Theb. XI, 542 : aile ensem germani in coi'pore pressit, Qua maie Jam plumis 
imus tegit inguina thorax. Amm. Marc. XVII, 12, 2 : loricae ex coimibus rasis 
et laevigatis, plumarum specie linteis indumentis innexae. Détails sur ces cui- 
rasses à écailles, dans Stephani, op. cit., 1874, p. 182 sq. ; cf. 1876, p. 7 et 
113, pi. II, n. 11-12, 15-16, 19-20; 1877, p. 10. 

(3) C. /. L. IV, p. 189 : Cuspius T. f. M. Loreiu[s] M. f. duo vir. d. d. s. mu- 
rum [e]t plumam [fac. coer(averunt) eidem]q. profbaverunt). 

(4) Cette inscription a été étudiée en détail par L. Bruzza, del significato 
délia voce pluma in una iscriz. pompei., in Pompei e la regione sotterrata dal 
Vesuvio, Napoli 1879, in-4o, p. 131 sq., où l'on trouvera cités tous les essais 
dinterprétation. Je me rallie à l'explication de C. Promis (Bruzza, p. 134), 
qui compare le passage Plin. XXXVI, 159 : Mollitiae (lapidum) trans Alpis 
praecipua stint exempta : in Belgica provincia candidum lapidem serra quo 
lignum faciliusque etiam sécant ad tegularum et imbricum vicem, vel, si libeat, 
quae vocant pavonacea tegendi gênera. 

(5) C'est l'opinion de Semper, qui reproduit une broderie de plumes tyro- 
rolienne, P, p. 182. 

(6) Avec Rock, Text. Fabr., p. cxvi : This term (plumarium opus) was given 
to embroidery needlework because the stitches were laid down never ac7'oss but 
longwise, and sa put fogether that they seemed to overlap one another like the 
feathers in the plumage of a bird. Not inaptly then was this style called 
« feather-stitch » work, in contradistinction to that done in cross. 

Vie Privée des Rom. t. II. 12 



moyen âge ; 



Ils LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

appliquait parallèlement et symétriquement sur le champ 
d'étoffe ont été comparés par les poètes à des plumes, dont 
ils reproduisaient en effet la disposition et les nuances (1). 
On peut voir sur le diptyque du consul Basil ius une bro- 
(540) derie dont le dessin est formé de plumes symétriquement 
superposées en manière d'écaillés (2). Quant à des étoffes fai- 
tes de plumes, les Romains n'en ont jamais eu (3). 
ars piumaria au Après Coustantin Ic Grand, Gonstantinople devint la, 
métropole de la broderie (4). L'une et l'autre méthode s'y 
conserva durant tout le moyen âge : comme dans l'anti- 
quité (S), on continua à exécuter les dessins du type le plus 



(1) Tout de même que dans Pétrone (SS) le paon est dit phtmato amictus 
aureo Babijlonico, Prudence {Hamart. 290 sq.) qualifie une broderie de « tissu 
de plumes d'oiseaux ». Il s'agit de vêtements rayés ou en laine fine :■ Additur 
ars, ut fila herbis saturata recocHs Inludant varias distincto staminé formas. 
Ut quaeque est lanugo fere mollissima tactu, Pectitur : hune videos lascivas 
praepete cursu Venaniem tunicas, aviiim quoqiie versicolorum Indumenla novis 
texentem plumea telis Illum, etc. Il n'est pas douteux qu'Arevali ne soit dans 
le vrai en glosant : acu pingendh pliimae avium referuntur. 

(2) Gori, Thesaur. veter. diptijchor., II, tab. 20. 

(3) Muratori déjà {Aiit. Ital., II, p. 400) avait été induit en méprise par le 
texte de Prudence qu'on vient de lire. Mais Becker, Gallus, II, p. 290 sq. 
(p. 337 Gôll), a^encore embrouillé la question en interprétant à contre-sens 
quelques passages détachés de l'ensemble auquel ils tiennent. La pluma ver- 
sicolor de Properce, IV (III), 7, 50, est un coussin à taie multicolore ou bro- 
dée, et il en est de même pour Martial (XIV, 146) et pour d'autres textes que 
Ilertzberg déjà avait rapprochés de celui de Properce. Sénèque {Ep. 90, 16) ne 
parle point du tout d'étoffes de luxe en usage à Rome, mais des costumes les 
plus grossiers de tribus sauvages, en ces termes : Non pelles ferarum et alio- 
rum animalium a frigore satis abundeque defendere queunt? non corticibus 
arborum pleraeque gentes tegunt corpora? non avium plumae in usum vestis 
conseruntur? non hodieque magna Scytharlim pars tergis vidpium induitur ac 
murum ? Ce passage n'a donc rien à voir à Vai's piumaria. Toutefois Panofka 
fin Gerhard, Arch. Zeit. 1857, n. 100, p. 46, not. 2), étudiant une fresque pom- 
péienne (pi. Cil; Helbig, Wandgem., 1271) qui représente le buste d'une femme 
coiffée du bonnet phrygien, croit reconnaître dans la draperie dos plumes de 
paon cousues en application; mais, l'hypothèse même admise, il ne s'ensui- 
vrait rien de concluant pour le costume romain. [En réalité c'est un pelage 
de léopard : Ilelbig, loc. cit.l 

(4) Bock, I, p. 137 et 138. 

(5) Les Romains nomment sigillata les broderies à figures. Cf. Verg. Aen. 
I, 648 : pallam signis auroque rigentem. Treb. Poil, xxx tyr. 16 : sigillata ten- 
to7'ia. C. Theod. XV, 7, 11 : sigillata serica. 



LE VETEMENT. 



179 



complique, sentences (1), portraits (2), médaillons (3), figures 
isolées (4) et grandes scènes en tout genre (5), soit en bro- 
derie (6), soit en tapisserie (7). Pour la broderie en or le 
procédé le plus indiqué des deux était Varsphimaria : on fai- (541) 
sait passer le fil d'or en broderie sur le fond (8), ou bien 
encore — méthode plus aisée et moins coûteuse — on se 
contentait de l'y appliquer sans le faire passer au travers et 
on l'attachait par un point de couture (9). La broderie en 
or relève donc des phimarii {iO), non des p/mjgiones. Toute- 
fois les brodeurs en or portent aussi le nom tout spécial de 
barbaricarii[\.i ) , qui désigne originairement certains ouvriers barbarkaru; 
en métaux sur lesquels nous aurons occasion de revenir : on 
a saisi quelque analogie entre leur travail et la décoration en 
or et argent appliquée sur le fer et le bronze des outils, no- 
tamment des armes de luxe. 
A Rome même la broderie eut de toute antiquité un dou- la broderie à 

Rome» 



(1) L'épigrainme d'Asclépiade, Anth'. Gr., I, p. 147, n. 16, mentionne une 
ceinture, Çwviov èÇ àvOéwv TiotxiXov... j^pûaea ypi[i\icix' l^ov. Cf. Auson. Epigr. 
94. On trouvei-a d'autres informations dans Garrucci, Vetri ornati di figure in 
oro, Rome 1838, in-f», p. 41, et, pour le moyen âge, dans Bock, I, p. 137. 

(2) Bock, I, p. 136, 137 et 236. 

(3) Bock, I, p. 105. 

(4) Bock, I, p. 149 et pi. II, p. 194 et pi. VIII. 

(5) Une broderie de ce type décrite Claud. de rapt. Prosei'p. I, 248 sq. Pour 
le moyen âge, voir Bock, I, p. 136. 

(6) Bock, I, p. 149, pi. II ; p. 194, pi. VIII ; p. 226, 228, 229 et 246. 

(7) Bock, I, p. 178 et 227. 

(8) Bock, I, p. 251. 

(9) Bock, I, p. 161, ne, 193, 204 et 269. 

(10) Procop. de aedif. III, 1, p. 247 Bonn : X'.xwv ex jjLSTa^r,!; èvxa^^XwTt'fffxaai ypu- 
aotî TîavTay66£v wpaïafi^vo;, 5 Zy\ vsvojJiLxaat irXou[i[xta -/aXeïv. Luc. Phars. X, 
123 : Strata micant, Tyrio quorum pars maxima fiico Coda diu, virus non uno 
duxit aheno, Pars auro plmnata nitet. Dans la Chronique Pascale (p. 614 
Bonn.) Justin le Thrace fait un don au roi des AdÇot : uxtyapiv oEaTtpov irapaYaG- 
Stv xal aÙTÔ è'j^ov /pyaâ xXou[j,[xia paatî^txà wja^Toj; çépovra xàv j^paxTr^oa toO 
aÙToij ^aa'.XÉw; 'Iouttlvo'j. 

(11) Donat, ad.Verg. Aen. XI, 777: Barbaricarii dicuiitur, expritnenf.es ex auro 
et coloratis filis hominum formas et diversorum animalium et specierum imi^ 
tantes subtilitate veritatem. L'Édit de Dioclétien (XVI, 42 sq.) les nomme à la 
suite des plumarii et fixe leur rétribution au prorata du poids d'or qu'ils 
utilisent. 



180 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS." 

ble but: les tapis, les tentures, les housses (1) dont on recou- 
vrait les chaises (2), les lecti acciibitorii (3), les coussins (4) 
et les lits (5) ne venaient point tous de l'étranger, et l'indus- 
trie domestique qui y employait les esclaves (6), ainsi que 
(542) l'industrie attitrée des brodeurs (7), en fabriquait une bonne 
togapicta, part; puis, il y avait des habits brodés officiels, la toga picta 

tunica palmata, t • i r> • • 

et la tunica palmata. Les vêtements de cérémonie, importes 
d'Étrurie à Rome (8), sont incontestablement de fabrication 
étrusque à l'origine (9) et font partie du costume du Jupiter 
Capitolin : sous la République, on en décore les triompha- 
teurs (40), mais c'est le trésor du temple du Capitole qui les leur 
délivre le jour du triomphe, car ils restent propriété de l'État 
jusqu'aux bas temps de l'Empire (11). Toutefois, à titre de dis- 



(1) Stragula picta : Tibul. I, 2, 77. 

(2) V. Mus Borb.\ VIII, 20, qui représente deux chaises avec des coussins 
sur le siège et un tapis sur le dossier. Cf. ib. X, 44 ; XII, 3, et XIV, 1. Le nom 
des garnitures de meubles varie suivant le type de meubles lui-même. Dig. 
XXXIII, 10, 5 : De tapetis qiiaeri potest, quibus subsellia calhedraria insterni 
soient, utrum in veste sint, sicut stragula, an in supellectile, sicut toralia 
quae proprie stragulorum non sunl. 

(3) Vevg. Aen. I, 639 et 700; Cir. 440 ; Hor. Sat II, 6, 102. Les toralia men- 
tionnés Hor. Sat. Il, 4, 84, et Ep. I, 5, 22. Cf. Cic. Tusc. V, 21, 61 : collocari 
jussit hominem in aureo lecto, strato pulcerrimo textili stragulo, magnificis 
operibus picto . 

(4) Pulvinaria picta, sur un vase de Sicile, Gerhard, Ant. Bildiverke, 71. 

(5) Cf. supra, p. 170, n. 9. Clem. Alex. Paed. II, 9, p. 216, dit que pour dor- 
mir on n'a pas besoin de xV Tzo'Xuxé'kzioLw tûv Lnroa-cpwvvuijivuv, -ràç ^^puffoirdiiTXOuî 
xairtSai; xal j^puaoTTOixiXxouç tj't^oSaTriSaç. Sur les picta toralia, voir Marini, 
Arval., p. 322, 3. 

(6) Parmi les esclaves on voit figurer des phrygiones et plumarii. Titinius, 
in Ribbeck. Com fr. ^, p. 134 : frygio fui primo beneque id opus scivi; Reliqui 
acus aciasque ero atque erae nostrae. Nonius, p. 162, 25 : Varro, Cato vel de 
liberis educandis : Etenim nulla, quae non didicit pingere, potest bene judicare, 
quid sit bene pictutn [a] plumario aut textore in pulvinaribus plagiis. 

(7) Sur les phrygiones, voir p. 175, n. S ; sur \%^ plumarii, p. 175, n. 8. 

(8) D'après Denys d'Halicarnasse (III, 61) les Étrusques apportèrent à Tar- 
quin l'Ancien yixwvi xs iropcpupoûv /puadaf^iiov vcal irjptêôîvatov ■Tropcpupoûv icotxt- 
>.ov. Cf. FloF. I, 5; Macrob. Sat. I, 6, 7. 

(9) Mûller, die Etrusker, I, p. 373 sq. 

(10) Liv. X, 7, 10; Suet. Oct, 94; Serv. ad Bue. X, 27 : unde etiam trium- 
■ phantes quihabent omnia Jovis insignia, sceptrum, palmatam togam. 

(11) Lampr. Al. Sev. 40, 8 : praetextam et pictam togam nunquam nisi consul 
accepit, et eam quidem quam de Jovis templo sumptam alii quoque accipiebant 
aut praetores aut consules. Capitol. Gord. III 4, 4 : palmatam tunicam et togam 



LE VÊTEMENT. 181 

tinction exceptionnelle, ils furent prêtés à dos souverains 
étrangers, à Syphax (1), à Masinissa (2), à Ptolémée de 
Maurétanie (3), et octroyés à plusieurs magistrats dans des 
circonstances solennelles, aux préteurs, par exemple, dans 
\apo?npa circensis (4), et aux tribuns du peuple à la fête des 
Augustales (5). De plus, les triomphateurs conservaient, 
même après le triomphe, le droit de paraître en public ornés 
de la vcstis triiimphalis (6), et, sous l'Empire, quand le triom- 
phe eut été aboli pour les simples particuliers et qu'on se 
borna désormais à leur décerner les insignia triumphalia {l)y 
le vêtement triomphal demeura le plus important de ces 
insignes (8). C'était enfin le costume de cérémonie des empe- (543) 
reurs (9) et, à partir du n^ siècle environ, celui de tous les 
consuls lors de leur entrée en charge, dite processus con- 
su lavis (10). 

Ces deux termes, tunica palmata eitogapicta{li), doivent 
évidemment viser deux genres différents de broderie, à telles 
enseignes, entre autres, que la toge des bas temps de l'Em- 
pire, en changeant de forme, adopta la broderie de la tunique 
et dès lors fut dite palmata au lieu de picta (12). Nous savons 



pictam primus Romaiwrum privatus suam propriam habuit, cum ante impera- 
tores etiam vel de Capitolio acciperent vel dePalatio. 

(1) Liv. XXVII, 4, 8. 

(2) Liv. XXX, 15, 11 ; XXXI, 11, 11. 

(3) Tac. Ann. IV, 26. Sur ces prêts, voir Cavedoni, Ann. d. Inst., XXXVIl 
(1865), p. 253 sq. 

(4) Juven. X, 36 : Quid si vidisset praetorem curribus altis Exstantem et medii 
sublimem pulvere circi In tunica Jovis, et pictae Sarrana ferentem Ex umeris 
aulaea togae ? ' 

(5) Tac. Ann. I, 15 ; D. Cass. 56, 46, 5. 

(6) Paul-Emile se montra aux ludi circenses en vestis triumphalis : Auct. de 
vil', m. 57. De même Pompée : Vell. Pat. II, 40, 4; D. Cass. 37, 21, 4. Puis 
César : D. Cass. 43, 43, 1 ; 44, 6, 1 ; 44, 11, 2. Métellus Plus même dans des 
repas ordinaires : Macrob. Sut. III, 13, 9 ; Plut. Sert. 22: Val. Max. IX, 1, 5. 

(7) V. Organ. milit., p. 344. 

(8) V. Mommsen, Dr. publ., II. p. 53 sq. 

(9) Auguste : D. Cass. 48, 16, 1 ; 48, 31, 3. Caligula : ib. 59, 7, 1. Claude : ib. 
60, 6, 7. Néron : ib. 63, 4, 3; Tac. Ann. XII, 41 ; XllI, 8. 

(10) Mommsen, Dr. publ., II, p. 51 sq. 

(11) Liv. X, 7, 9; XXX, 15, 11 ; Fest. p. 209», 18. 

(12) Cette dénomination apparaît pour la première fois dans Martial (VII, 2, 



182 LA VIE PRIVEE DES ROMAINS. 

que la broderie était d'or (1), et l'épithète palmata nous per- 
met d'infe'rer qu'elle formait sur la tunique un dessin de 
feuillage (2) ; la togapicta, au contraire, paraît avoir été déco- 
rée de menus motifs, points, cercles [ocuH], croix et étoiles, 
qui lui valent la qualification de '^putTÔTrao-To;, « parsemée 
d'or » (3). Les Orientaux réalisaient en partie cette décora- 
piaquettcs d'or, tlou au moyen de plaquettes d'or repoussé (4), dont les types 
nous ont été conservés en grand nombre par les découvertes 
de Rhodes, de Chypre, de Mycènes, de l'Attique, de Dodone, et 
par les sépultures de la Russie méridionale (5). Le moyen âge, 
(544) d'ailleurs, employait encore ces ornements (6). Entraient-ils 
dans la toga pictal Cela est tout au moins probable; car ils 



8) ; mais à partir de cette époque elle devient d'usage courant : Apul. Ai>ol. 
22 ; Tertull. de cor. 13 ; Serv. ad Aen. XI, 334 ; Sid. ApoU. Carm. 5, 5 ; Pacat. 
Paneg. 9, 6; Isid. Or. XIX, 24, S. 

(1) V. Mommsen, Dr.ptihl., II, p. 52, n. 1. 

(2) Fcst., p. 209", 23 : Tunica autem jxdmata a laliludine clavorum dicebatur, 
quae nunc a génère pictiirae appellatur. 

(3) D'après Appien [Pun. 66) Scipion portait à son triomphe iropcpûpav àais- 
pwv 5(puawv £vu9aa[X£vwv. Néron, à son entrée dans Rome (Suet. Ner. 25), portait 
une chlamys distincla stellis aureis, ce que D. Cass. (63, 20, 3) exprime par 
ÔLkovpyiÔT. /pudOTTaaTov. Plutarque aussi {Aem. Paul. 34) nomme ahoopylBx jrpujô- 
TcotjTov la vestis tinumphalis. 

(4) Démocrite, dans Athen. XII, p. 525-1 : « "iSot S' ôîv xi; xal -ràî naT^oujxévai; 
àxTaïaç, oTuep Iffxl xal ■Ko'kvxBkéixoL'zo'/ sv toïç Ttepaivtoïî Trpo6>kTi[xa!nv • saxi Se toûto 
!n:a6T,TÔv Iar)(^iJOC xal xou'.pô"rrjTOî5(âp'.v, xaTaTcÉTtaaTat 8è ypuaoï; xÉYXpo'î (propre- 
ment « grains de mil »)• ot Se xéy/^pot VT,(xaTL Tropcpupw TtdévTsç si; rhjV e'i'aw |xotpav 
à'ijLjxax' Sj^o'JiTiv àvà [xéffov. » Toûtoiç -Kàtui /p-rjaOat cpTja: toùç 'Ecpsaioui; sTtiSôvxaî et; 

Tp'JCpT|V. 

(5) Les premières informations sur les lamelles d'or percées de trous pour 
pouvoir être cousues sur un vêtement, nous ont été fournies par R.-Rochette, 
Journ. d. Sav. 1832, p. 45, 1835, p. 341, et III<^ Méjn. sur les Ant. chrét. des Catac, 
in Mém. Acad. Inscr., XIII (1838), p. 648. Depuis ce temps on en a trouvé en si 
grande quantité que, d'après Stephani {op. cit., 1878-79, p. 41), la collection 
impériale de l'Ermitage à St-Pétersbourg en comptait en 1867 prés de cinq 
mille, nombre presque doublé depuis lors. Sur la découverte de ces plaques, 
l'usage qu'on en faisait et les figurations en relief qu'on y distingue encore, 
on trouvera des détails dans l'auteur cité, qui y est revenu à plusieurs repri- 
ses : 1864, p. 127 sq. ; 1865, p, 10 sq., 49 sq., 55 sq., 70 sq., et cf. pi. III; 1872, 
p. 148 sq. ; 1875, p. 31 ; 1876, p. 121 sq. , 139 sq., et pi. IV, où l'on en verra 
reproduit un grand nombre ; 1877, p. 234-237. Consulter en outre Antiq. du 
Bosph. Cimmér., pi. XX sq. Quelques modèles sont reproduits par Saglio, 
Dict. d. Antiq., I, p. 748. 

(6) Bock, I, p. 208, 211 et 213. 



LE VÊTEMENT. 183 

sont anciens aussi en Italie (1), et particulièrement usitds en 
Etrurie (2), d'où ces costumes officiels ont passé aux Romains. 
Il nous reste à traiter d'une dernière variété de décora- 
tions, soit pour vêtements, soit pour linge de table et couver- 
tures (3) : ce sont les garnitures et applications, communes à camiiurcs : 
tous les peuples anciens, mais plus intéressantes dans le cos- 
tume romain que partout ailleurs, Ces ornements font parfois 
partie intégrante du tissu ; parfois ils y sont simplement insé- 
rés, juxtaposés ou appliqués par la couture. Rien n'est plus 
courant que l'usage de pièces de costume ornées de garni- 
tures (4). Ce sont, en général, des bandes d'étoffes, l'm^- 
tita.{^), le limbus (6), plus tard les lora (7), que l'on coud sur 
l'habit en deux (8), trois rangs, ou davantage (9), parfois (545) 
aussi, des franges [fimhriae) (10). La bande de pourpre en 

(1) V. les indications dans Benndorf, Gesichtshelme, p. 7, n. 2. 

(2) Gozzadini {di ulter. scoperteneW ant. necrop. a Mcwzabotto, Bo\. 1870, 
in-fo, tav. 16) donne le dessin de pareilles plaques extraites des sépultures de 
Marzabotto. Plaque d'un très beau travail, trouvée à Caeré : •Mus. Gi^eg.^ 
pi. 82-83 ; Saglio, Dict. d. Anliq., I, p. 796. [Cette dernière pièce est un pecto- 
ral d'un tout autre type.] 

(3) On avait notamment encore : des mappae laticlaviae, Petron. 32, et Mart. 
IV, 46, 17; des mantelia cocco clavata, Lanipr. Al. Sev. 37, 2; des lintea tora- 
lia à Amxclavi latissimi, Amm. Marc. XVI, 8, 8. 

(4) Pour ne citer qu'un exemple entre cent, la statue peinte de Diane à Iler- 
culanum (R.-Rochette, Peintures ant., Paris, 1836, in-4', pi. VII) porte un 
péplos à ourlet rouge brodé d'or. 

(5) Hor. Sat. I, 2, 29 ; Ov. A. am. I, 32. 

(6) Le limbus est, dans les tissus, la lisière (Ov. Met. VI, 127) et, dans les 
vêtements, la bande cousue en bordure. Verg. Aen. IV, 137, et Serv. ad. h. l. : 
limbus est fascia qiiae atnbit extremitatem vestium. Id. ad Aen. II, 616 : (lim- 
bus) est pars vestis extrema, quae instita dicitur. Un limbus aureiis dans Ov. 
Met. V, 51. Le limbus était l'objet d'un travail à part, comme on le voit par 
l'industrie des fabricants de bordures, limbolarii : Plaut. Aul. 319 ; l'inscr. 
Or. 4213 est fausse. 

(7) Casaub. ad Treb. Poil. Claud. 17, p. 406 éd. 1671. 

(8) Le Maeander (Verg. Aen. V, 250) est une bordure de ce genre : Victori 
chlamydem auratam, quam plurima circum Pm^ura Maeandro duplici Meli- 
boea cucurrit. 

(9) Vop. Aurel. 46, 6 : paraqaudas vestes ipse primus militibus dedil, et 

quidem aliis monolores, aliis dilores, trilores aliis et usque ad pentelores. Cf. 
Saumaise, ad h. l. 

(10) Ainsi que le fait i-emarquer Winckelmann, les franges ne sont pas romai- 
nes : elles caractérisent au premier chef le costume royal de l'Orient. Prè^ 
tresse d'Isis dont le vêtement de dessus est garni de franges : Visconti, Mus. 



184 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

bordure; bordure Gst à Rome l'insigne de la toga praetexta, que por- 
tent les magistrats curules, certains prêtres, les magistrats 
môme inférieurs en des occurrences déterminées (1) et tous 
les ingénus jusqu'au jour où ils revêtent la toge virile (2). 

eiamis ; H est moius aisé de se rendre compte de la nature du cla- 

vus qui ornait la tunique et qui, lui aussi, devint avec le 
temps un insigne politique, la tunica laticlavia étant réser- 
vée aux sénateurs et V angusticlavia aux chevaliers (3). La 
forme de cet appendice a provoqué des controverses d'une 
invraisemblable prolixité (4). Il faut, ce semble, pour résou- 
dre la question, partir de lïdée que le clavus était à l'origine 
un insigne étrusque et non romain, et que Rome seule y 
attacha la valeur d'un symbole, alors qu'en tous autres lieux 
il n'était qu'une parure banale (5). Or, en Orient comme en 
Grèce, un vêtement à ourlet de pourpre est dit TrspCTÔptpupoç ; 
pisuoTropcpupoç, s'il porte sur le devant une bande de pourpre 
(lïapufpT]) (6) courant de haut en bas ; [Xco-ôXeuxoç, un habit de 
pourpre à bande pectorale blanche (7). Ces bandes, comment 



Chiaram., tav. 3 et 43 de l'éd. de Milan. Une Aphrodite, même costume : Dres- 
den. Antikensamml., n. 13. Une Pudicitia : Righetti, Descr. d. Campidoglio, 
I, tav. 61. Treb. Poli, xxx tyr. 30, 14 (parlant de Zénobie) : Imperatorum more 
Romanorum ad contiones galeata processit, cum Ihnho purpureo gemmis depen- 
dentibus per ultimam fimbriam. De César aussi il est dit (Suet. C. 45) iisum 
eum esse lato clavo ad manus fimbriato ; mais cette phrase ne veut rien dire, 
en sorte que E.Schulze [Rhein. Mus., XXX, p. 122) conjecture clavo ad amussim 
striato. 

(1) Mommsen, Dr. publ., II, p. 60. 

(2) V. supra, I, p. 146 sq. 

(3) V. mon Hist. equit. Rom., p. 77 et 80. 

(4) 0. Ferrarii de Re vestiaria Lib. VU, Patav. 1634, in-4«, I, p. 206 sq. ; 
A. Rubenii de Re vest. veter. praecip. de lato clavo Lib. H, Antverp. 1665, 
in-4° ; 0. Ferrarii Analecta de Re vest., Patav. 1690, in-4o, p. 29 sq. ; étude 
récente de E. Schulze, der latiis clavus d. rôm. tunica, in Rhein Mus., XXX 
(1875), p. 120 sq. 

(5) Plin. H. N. IX, 136 : Nam toga praetextu et laliore clavo Tullum Hosti- 
lium e regibus primum usum Etruscis devictis satis constat. Selon Strabon 
(III, p. 168) ce sont les Baléares qui les premiers portèrent y tTwvaç TrXaTuj-f,- 
[Aouç. Sur les vêtements grecs où courent dé haut en bas des bandes soit 
médianes soit latérales, voir Stephani, op. cit., 1878-79, p. 83 et 95 sq. 

(6) Pollux, 7, 53 : aî [jievtoi. ev xoÏç y.TÔxît Trop» upat pâêSoi [virgae) Tîaputpal 
xaXoûvxat. 

(7) Y. les passages cités par Reimarus, sur D. Cass. 78, 3, n. 14. Q. 



LE VÊTEMENT. 183 

se nommaient-elles? L'inscription d'Andanie, contemporaine 
d'Épaminondas, en interdisant aux prêtresses des mystères (546) 
de porter sur leurs vêtements des <TYi|jLelia dé plus d'un demi- 
doigt de large , nous apprend à n'en pas douter que la 
bande est dite ot.jjlswv, et que le vêtement en comportait plu- 
sieurs (1). D'autre part, ce mot çrYipiswv traduit en grec le 
latin claviis (2) : la tunique laticlave s'appelle TtÀaTuoTri [xoç (3) ; 
l'angusticlave, (rrcvôo-Yifxo; (4); la tunique sans clavus, a.<7-r\- 
pio? (5); celle à claviis, (j-^aeiwTo; (6) ; et ainsi se justifie la 
conclusion déjà formulée par Rubcnius (7) : le ciaviis était 
une bande, un galon (8), et non un motif d'application rond 
ou rectangulaire. Le claviis de pourpre était tissé dans l'étoffe 



Curt. m, 3, n (du costume du roi de Perse) : -purpureae tunicae médium 
album intextum erat. 

(1) Sauppe, die Mysterieninschr. v. Andania, in Abhandl. d. k. Gesellsch. zu 
Gottingen, VIII (1860). Il y est dit (lin. 16) : aî Ss yuvatxcî (doivent porter) 

fii^ ô'.acpavf,, [iTjSà -zà aa|jL£ta * èv toîî EÎ[j.axio'.ç irXaTÛTîpa T,[itSax-:u)ktou (lin. 21) 

Eifiaxtov yuvaixstov ouXov, (raïAsTa ïyo^j [x-h, irXaTÛxepa •f,|j.'.SaxT'j)vtou. Iphigénie 
porte un vêtement garni d'un pareil <jy\\i.ziow, sur les peintures de vases : Mon. 
d. Inst. I, 43, et VI, 66. Vêtements à deux bandes courant de haut en bas, 
aussi dans Gerhard, Ant. Bildw., 49 et 309. 

(2) Philox. gloss. aTijAeîa • clavi. 

(3) Diod. Sic. Exe, p. 533, 69 {fr. 36, 7, 4). L'expression revient souvent. 

(4) Arrian. Epict. I, 24, 12 : \iyzi aoi • 6è; t-^.v Ti)^aTÛaT|[xov • ISou aTEvéaT^fioç * 
6è; xal TaûxT^v • tSoO Ifjidtxtov [xôvov. 

(5) Pollux, 4, 118 : xw[jLtxi-| 5à saOr,? £^w[xti; * eaxi Se /txwv î^suxôî àaT,[ioi;. 
Lampr. Al. Sev. 33, 4 : tunicas asemas... ad usiim revocavit suum. Ed. Diocl. 
XVI, 71 : i<yi\\iou itaivoû ôXoaTjpixoG, et Keil ad h. L, in Rhein. Mus., nouv. sêr., 
1864, p. 613. 

(6) C'est du moins ainsi que Sauppe comprend le passage Marc-Aurèle, elç 
éauxôv, I, 17, èv oiù'kr^ ^ioûvxa [x-r^xs Sopucpopfiffswv yp-Zj^siv \i.'r\'Zt ÈaO-fjxwv aT^iieiwxûv 
[j.T,xs îiajiTraSwv. 

(7) Op. cit., p. 13 sq. 

(8) Cf. aussi Serv. ad Aen. II, 616 : alii nimbum clavum transversum in 
veste exislimant. Au moyen âge encore le mot a le mêç^ sens. Isid. Or. XIX, 
22, 9 : Dalmatica.... tunica sacerdotalis candida cum clavis ex purpura, expres- 
sions auxquelles Raban Maur [de institut, clericor. 19) substitue les équiva- 
lents : haec vestis... habet... et piirpureos tramites, ipsa tunica a summa usque 
ad ima ante et relro descendentes, nec non per utramque manicam. Dans d'au- 
tres textes (cités Ruben. p. 49) ces clavi sont dits aussi coccineae lineae ou 
virgulae ou zonae. 

* !ia|jLEÎa (avec a long) représente le grec commun ij7|[jiEÎa, puisque l'inscription d'Andanie est 
messénienne, aulremcnl dit, de dialecte dorien. — V. H. 



186 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

de la tunique (1) ou cousu par dessus (2) ; il courait de haut 
(547) en bas à partir du cou (3), en formant, autant du moins 
qu'on en peut juger par les références (4), deux rangs paral- 
lèles. La tunique tant angusticlave (5) que laticlave (6) aurait 
donc porté deux clavi sur le devant. On ne sait si elle les 
portait également dans le dos; mais un passage de Yar- 
ron (7) semblerait l'indiquer. 



(1) Quintilien ne précise pas (VIII, 5, 28) : clavtis et purpiirae in loco inser- 
tae. Nonius non plus (p. 540, 4) : l'atac/ium aureus clavus, qui pretiosis ves- 
tibus immitti solet. De même Dir/. X, 4, 7 § 2 : si... -piirpuram vestimënto 
intexueris; car on peut l'entendre de la praetexta. Festus est plus net (£■/)., 
p. 56, 9) : Clavata dicuntur... vestimenta clavis intertexla. 

(2) Dig. XXXIV, 2, 23 § 1 : clavique qui vestibus insuuniur. Ib. 1&, § 5 : 
quemadmodum clavi aurei et jjuiyurae pars sunt vestimentorum. Idem Pom- 
ponius libris epistolarum ,_etsi non sunt clavi vestimentis consuti, tamen veste 
leqata contineri. 

(3) Hor. Sat. I, 6, 28 : latum demisit pectore clavum. Quintil. XI, 3, 138 : 
Cuilati clavi jus non erit, ita cingatur, ut tunicae prioribus oris infra genua 

paullum, posterioribus ad ntedios poplites usque perveniant Ut purpurae 

recte descendant levis cura est. Eucher. Hebraeor. 7iomin. interpretatio, éd. 
Basil. 1531 in-f", p. 291 : Paenula est quasi lacerna descendentibus clavis. 

(4) La plupart des passages qui traitent du droit de porter cette décoration 
donnent le mot au singulier, ce qui au surplus ne prouve rien : Suet. Caes. 
45; Oct. 73; Vell. Pat. II, 88, 2; Treb. Poil. Claud. 14, 10, etc. Lydus (de Mag. I, 
17) n'a plus aucune idée précise de Tancien costume sénatorial, qu'il nomme 
/Xajxûç tandis que x^'^*^^ serait le terme propre : èxtaripLa 8è xoU iraxpcitjiv f,Tot 
TraTO'.xtot; t^v St-nT^avcsi; jxèv TjTOI y'XajxûSsî à'y/i' */<.vT,rjLwv IÇ w;io)v 5tTi-/C0Ujai... Ttop- 
tpijpa xarà ixsao'j 5iitTT|ixoi (Xaxix>ka6ta? aûxài; wvô|jiaî^ov). Trois textes toutefois 
parlent de clavi tunicae, savoir : celui de Quintilien, qu'on vient de lire, où 
purpurae équivaut à clavi; Fest., p. 209', 23 (supra, p. 182, n. 2), et Varr. 
Sat. Men. 313 Biicheler [quam istorum, quorum vitreae togae ostentant tuni- 
cae clavos). [Ces trois textes non plus ne prouvent rien, car le pluriel peut 
s'entendre du clavus de devant et de celui de derrière : ce n'est que dans le 
passage de Varron cité trois notes plus bas qu'il est question de plusieurs 
clavi tant devant que derrière.] 

(5) C'est ce qu'on a conclu avec raison de la phrase citée de Quintilien. 

(6) Fest., p. 209% 23. Le passage d'IIérodien (V, 5, 9) auquel se réfère Rubé- 
nius pour n'admettre qu'une seule bande de pourpre, me paraît indiquer pré- 
cisément le contraire : au sacrifice y décrit, célébré par Élagabal, assistent 
les magistrats, dtveÇwajxs'vot ot jxèv /txwva; itoS-ripEt; xal ^stp-ôw^O'^î v6[Jiw <ï>otvi- 
xwv, Iv fx^aw tpépovTEî [Atav iropcpûpav : ils sont donc revêtus d'un costume, non 
pas romain, mais phénicien, d'un ■/j.xihv [leao-irôpcpupoi;, lequel diffère du cos- 
tume romain, précisément en ce qu'il ne comporte qu'un seul large clavus. 

(7) Varr. de L. L. IX, 79 : Non, si quis tunicam in usu ita (il faut sans doute, 
avec E. Schulze, lire inusitate) ita constat ut altéra plagula sit anguslis cla- 
vis, altéra latis, utrague in sua génère caret analogia. La tunica se compo- 



LE VÊTEMENT. IS"? 

Dans le costume féminin fleurent aussi des clavi ou pata- (548) 

c ^ pntayia, 

gia d'or (1), c'est-à-dire en broderie d'or, dont l'xVthéné de 
Dresde (2) nous a le'gue' un modèle : le vêtement de dessous 
est orné d'une large bande, qui descend de la gorge jus- 
qu'à l'ourlet et représente en broderie une gigantomachie. 
Quand les auteurs nous parlent de vêtements bordés d'or (3), 
et nommément de vestes auro clavatae (4), nous pouvons les 
imaginer d'après ce type d'ornementation, qui d'ailleurs a 
survécu, avec la stola elle-même , dans l'ancien costume 
sacerdotal du christianisme (5). Au moyen âge, la bande en 
broderie d'or est dite chnjsoclavum^ et le vêtement qu'elle 
décore, vestis chrysoclava (6). 



sait, ainsi qu'on va le voir, d'une pièce de devant et d'une pièce de dos cou- 
sues ensemble de part et d'autre, et Varron dit expressément que les deux 
pièces comportaient les clavi. La seule raison qu'on ait eue d'en douter, c'est 
que ceux de dos n'étaient pas visibles quand le sujet portait la toga. Mais, 
d'abord, on ne la portait pas toujours ; puis, Varron iSat. Men. 313, cité Non. 
p. 536, 33) parle de gens quorum vitreae togae ostentant tunicae clavos. Sur 
une fresque pompéienne se voient treize personnages vêtus de tunicae angus- 
ticlaviae : or, le long de leur tunique, courent deux clavi, tant sur le dos que 
sur le devant. Nissen, qui s'occupe de cette fresque [Pomp. Slud. p. 352), 
tient ces personnages pour des ministri portant le costume officiel romain. 
[Cette dernière hypothèse au moins est mal fondée : on voit des bandes toutes 
semblables, par exemple, sur le costume des esclaves qui servent à table, 
dans une peinture décrite Not. d. Scavi 1884, p. 48 sq. Si la bande en ques- 
tion est le clavus, il faut donc que tout le monde ait eu le droit de le por- 
ter : la distinction ne consistait qu'à le porter de pourpre.] 

(1) Nonius, p. 340, 4 : Patagium aureus clavus, qui pretiosis vestibus 
immitti solet. TertuU. de pall. 3. Fest. Ep., p. 221, 2 : Patagium est, quod ad 
summam tunicam assui solet, quae et patagiata dicitur (cf. Plaut. Epid. 231), 
et patagiarii qui ejusmodi faciunt. Ces patagiarii figurent aussi Plaut. Aid. 
509. L'inscr. Doni Vlll, 78, manulearius patagiarius, est de Ligorius. 

(2) Becker, Augusteum, pi. IX-X. 

(3) Fest. Ep., p. 115, 12 : Leria, ornamenta tunicarum aurea. Hesychius : 
Ar.poi * Ta TTSpl toï; y'Jva'.Xcioiç y'.Twai y.£)'_pu3to[ji£va. Photius : AT,poî * xdj[iOî 
YuvaixEÏOî /puffoû;. 

(4) Juven. VI, 482 : Aut latum pictae vestis considérât aiirum. Et la scholie : 
auroclavas vestes miratur. Vop. Tac. 11,6: auro clavatis vestibus idem inter- 
dixit ; nam et ipse auctor Aureliano fuisse perhibetur, ut aurum a vestibus... 
summoveret. 

(5) Bock, L P- 436-7. Sur la mosaïque du vi» siècle reproduite pi. X, la 
stola des clercs est ornée de deux bandes parallèles qui partent des épaules. 

(6) Anastas. Biblioth. de vit. pontif. Rom. 1718, in-f» (fondations de Léon III, 
en 795) : (vol. I, p. 273) cortinas albas holosericas rosatas habentes in medio 



188 LA VIE PRIVÉE DES ROMAINS. 

segmenta. \\ ne faut pas Confondre avec les clavi les segmenta (1) qui 

ont valu leur nom aux vestes segmentatae (2) et toralia seg- 
mentata (3). Ce sont des pièces d'application coupées en 
(549) angle dro