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Full text of "Manuel du bibliophile, ou Traité du choix des livres, contenant des développemens sur la nature des ouvrages les plus propres à former une collection précieuse, et particulièrement sur les chefs-d'œuvre de la littérature sacrée, grecque, latine, franc̜aise, étrangère; avec les jugemens qu'en ont portés les plus célèbres critiques; une indication des morceaux les plus saillans de ces chefs-d'œuvre; la liste raisonnée des éditions les plus belles et les plus correctes des principaux auteurs, anciens et modernes, avec les prix; la manière de disposer une bibliothèque, de préserver les livres de toute avarie, avec des détails sur leurs formats, sur les différens genres de reliûres, etc., etc., etc., et une ample table des matières"

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MANUEL 



DU BIBLIOPHILE, 



ov 



TRATEJ^ BU CHOIX BES UVKES. 



• dm m 



Paucis libris immorari et irlmitriri oportet, si velis aliquid 

irahere quod in dftimo fideUter hcBreat QuCB uhi varia ei 

diversa sunt, nocent, non alitnt, Frobatos itaque libros sempet 
lege. ( Seneca ad Lucilium. ) 

Non refert qudm multos habeas libros , sed quUm bonas, 
(Sekecjl, id.) 

Aiunt multum legendum esse, non multa. ( Puh. juh. ) 



flt An milieu de la foule des livres qui nous entourent, uatf 
n longiie ^tude deyient indispensable pour determiner notre choix ; 
«c et c^est au point que la science des Hvres est deyeuue une science 
<c hpart. » ( A. Metbjll^ Conjectures sur lesliyres qui passcront 

la po stents, ) 



A PARIS, 

CHEZ ANT.-AUG. RENOUARD, LIBRAIRd^ 



▲ DIION f DE L'iMPRIMERIB DB FAA^T1K y 

uiPAiiuca ov aof. 



MANUEL 



DU BIBLIOPHILE, 

ou 
TRATTjfe Dlf CHOtX DES LIVBES, 



CovtEiriBT des d^eloppemens ^ur U nature des ouylragefl lea ploi 

propres h. fofmer une collection precieuse^ et particali^rement 

cur les chefs-d^oeuvTe de la litterature sacree , grecque , latine , 

francaise,etrangere *, ayec les jugemens qu*en ont partes lespluj 

cel^bres critiques ; une indication des morceaux les plud sailland 

de ces chefs-d^oeuyre; la liste raisonnee des editions les plus 

belles et les plus corT^ctes des pfincipaux auteurs, ancieus et 

tnodemes , avec les prix ; la mani^re de disposer une biblio' 

theque , de preserver les livres de toute avarie , avec des details 

Bur leurs formats, sur les differeus genres d^ reliih'eS) etc« , etc. ^ 

etc. J et one ample table des matieres. 

Pab^ GABRIEL JEIGNOT, 

XNSPECTEXJB. DB L^ACADiMtE ROf ALE DE DI^OIT* 



TOME I. 



A DIJON, 

CHEZ VICTOR LACIER, LIBRAlRKj 

BiX7B RAMEAU , KOS« l £T 4« 



II. DCCG. XXltt. 



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Jx^ / f JZ^- mmno coimi umst 
^^o^.gi,^ APR 2£ loo, 



V7 



AVIS 

DU LIBRAIRE-EDITEUR. 

La premiere Edition du Traitd du choix des livres, par 

M.Peignot, ayoit pam en 1817, 1 vol, £«-8° de xx-295 

pages. Quoique ce ne f&t qu'un simple essai , comme le 

proQYe lepeud'^tendue duTolume, cette Mition fut^pui- 

s^sar-Ie-champ. Nous comptions en donner iine seconde 

en 1818, quandPauteur nous fit observer qu'il 6toitpeut- 

^tre i propos de difT^rer, parce que , la librairie fran^aise 

et les presses de la capitale commen^ant alors k prendre 

vne activity extraordinaire , Pemulation alloit sans doute 

prodnire de nouyelles editions des meilleurs ouvrages tant 

anclens que modernes , qui , grice aux progr^s de Tart 

et du gout typographique , au z^le et aux lumi^res des 

^criyains-^diteurSf pourroient^ sous tous les rapports^ Stre 

dignes de Pattention des yrais amateurs \ ii fallut done at-* 

tendre, pour pouToir mentionner ces Editions dans le 

BouTeau choix des liyres , si elles justifioient les esp^« 

maces qu'on aToit con^ues , d'apr^s Pimpulsion g^n^rale 

donn^ k cette branclie de commerce. Les conjectures de 

M. Peignot s^^tant y^rifi^es pendant les quatre demi^res 

anuses qui yiennent de s^^couler , i} a enti^rement refondu 

ion premier travail , lui a donn^ beaucoup plus de dh-* 

veloppement dans la partie litt^raire \ dans les notices ^ 

et les rechercbes en tous genres ^ mais surtout dans \% 

partie bibliographiqiie , ou tout ce que les presses fran* 

^ises ont demierement produit de plus beau et de meil- 

korse trouTe d^taill^ ^ aana que les bonnes ^tions jint^^ 



Vr AVIS DTT LTBRATRE-fiDITEUR. 

rleurea aient He negligees. Aussi , au lieu d'un rolume de 
3oo pages que foriuoit la premiere Edition , son ouvrage 
absolument neuf en presente deux depr^s de looo pages. 
Nous avons pris sur nous d*aj outer au frontispice le litre 
de Manui* du bibliophile , et nous nous y sommes de* 
cld6 tant par la nature de ce travail important que par la 
definition du mot bibliophile, que nous avons trouv^Q 
einsi expos^e dans le Dictionnaire raisonnS de hihliolo-^ 
gie f torn, I , pag« 52 : cc Bibliophile. C^tte d^nomina- 
cc tion convient a toute personne qui aime les livres ; la 
cc bibliographe et le bibliomane paroissent y avoir let 
fc m^me droit ; cependant je crois qu^il convient mieux 
cc k I'amateur qui ne recberche lea livres ni par etat ni 
«c par passion , mais qui , dirig^ par le seul d^sir de 
cc s^instruire , aime et se procure les bons et les beaux 
<c ouvrages qu'il croit les plus propres k former une col- 
CK lection inleressaiite par le nombre et la vari^t^ des ar-. 
u tides. La vraie pbilosophie guid^ par le gout doit 
«c toujours determiner 1^ clioix du bibliophile dans sea 
«c acquisitions. Eutasser des livres sans discernement 
« n'est pas prouver qu'on les aime. Ce n'est done pas ce- 
«c lui qui a le plus de livres , mais celui qui poss^de lea 
•c meilleurs , qui m^rite le titre de bibliophile* Si la pas- 
te sion du bibliomane est pr^cieuse pour le commerce de 
«c la librairie , le gout du bibliophile Test bien davantage 
«c pour le progr^s des lettres , des sciences et des arts , 
«c parce que ne sVttachant qu\ux bons ouvrages , il rend 
« n^cessairement les auteurs plus circonspects , plus dif- 
ff ficiles et plus soigneux dans leurs productions. II noua 
«c semble done que le titre de bibliophile ne doit appar- 
et tenir qu^a celui qui aime les livres comme on doit les 
« aimer ^ et non a celui qui a la ^lanie de vouloir tout 



AVIS DU^ RATRE-^DITEUR. yjf 

« eivaliir , on dont la passion s^^gare dans des recher* 
« cbes d'ouTTages , rares i la y^rit^ y mais la plupart da 
« temps inutiles, et qn^un avengle caprice £ut parfois 
4r cenhipler de Talenr. » 

DVpr^s cette definition j nous pensons tfu^en ajoutant 
an firontispice du Traiti du choix des Uvres ces mots | 
Manuel bu bibliophiix, nons faisons une cbose d^autant 
plus juste et d^autant plus exacte , qu'il n'est question 
dans FouTrage | que des productions les plus estim^es des 
liommes de bien et des gens de goiit ^ et piir consequent 
les plus ^iff^^ dVntrer dans le cabinet d'un amateur qui 
9^a ^ coenr qu'une instruction aussi variee que solide , e| 
l&ft d^lasseo&ent aussi agr^^e ^e licite« 



•«*p> 



DIVISIONS DE L'OUVRAGE. 



TOME PREMIER. 
DiscouRS pr^liminaire t page n 

PREMIERE PARTIE. 

Dq la necessity Ae faire un choix dans IMnnombrable quantity de 
livres qui existent ; 8ur ^uels ouvrages doit j>orter ce choix ; et 
quels sont les motifs qui doivent le d^^terminer. . . pag. x 

SECONDE PARTIE. 

De la predilection particuliere.que des homines celebres de tous 
les. temps ont ene pour certains ouvrages , et surtoat pour les 
chefs-d oeuvre litt^raire^ ^ pag. 29 

J}e la Bible considMc sous le rapport religieux, moral, histo- 
rique et Utt^raire , • , . . pag. 219 

TOME SECOND. 

TROISIEME FARTIE. 

Notice indicative et succincte des morceaux les phis beaux et led 
plus estimes que Ton a toujours distiogucs dans les chefs-d*oeu- 
Tre litteraires des auteurs du premier ordre et de quelques ecri- 
yains du second pag. x 

4^UATR1£ME PARTIE. 

Memorial bibliographiqoe, indiquant sommairement les editiona 
les phis correctes et les plus belles des meiUeurs ouvrages de la 
litteraturesacree, grecque, latine , francaise et etrang^re. p. 127 

Memorial : Religion ]3a 

Jurisprudence i53 

Sciences et Arts 179 

Belles'Lettres 227 

Histoire ." 355 

cikquijIme PARTIB. 

De Vetablissement d'une biblioth^que ; de la disposition des ta- 
blettes ; des soius qu* exigent les livres; de leurs formats; de Icur 

reliure; et de leur classification • . pag. 418 

Emplacement 4'^ 

Du corps de bibliothique et de la disposition des tm^ 

blettes 419 

JDes soins qu'exige une bibliothique 4^4 

JPu format des Uteres 427 

X>e la relidre des livres. 4^4 

X>e la classification des livres* 44^ 

Additions •»..«•«. 447 

Table des mati^res. 



<i»#\/^jvrjs#^Nr>rj>#>#N<N<v#»JN#v#»^»^»^#>#v»^^»<^»^»»»'»^^ 



DISCOURS PRfeLIMINAIRE. 



ij aract£r£s distinctifs de rhomme^ la pensee et 
la parole, quilui assignent le premier rang panni 
les ^tres animes, sont sans contredit les preuvea 
les plus irrefiragables de sa celeste ori^ne et en 
meme temps de sa destination a communiquer 
avec ses sexnblables et a yivre en societe ; mais si 
le plus beau, le plus noble attribut que n ous ay ons 
recu de TAuteur de la nature , est la £iculte de 
manifester nos pensees par la parole , il fiiut con- 
venir que la plus grande et la plus etonnante de-- 
couverte dont puisse s*honorer Tesprit humain , 
est celle de T^criture (i). Habitues a parler des 

• (i) On a beaucoap disserte sur Porigine de r^criture. ( Nous ne 
parlous ici que de Fecriture alphab^tiqae. ) Les opinions des sa- 
ltans tant anciens que modemes, sout divisees entre trois peuplei 
qui se disputeroient Thonueur de cette decouverte. Ciceron , Jam- 
blique y Tertullien , Plutarque , etc. , deferent cette gloire aox 
Egyptiens, dans la personne de Tboth , ills d*Hermes ou Mercnre- 
Trism^ste. Pline et Diodore de Sidle regardent les Ph^niciens 
comme les peres de T^criture. Kircher 8*est declare pour lef 
Egypiiens ; il a 6i6 viveinent combattu par Renaudot. Buxtorf « 
Conringiusi Spanbeim, Meier , Bforiu, Bourguet et Court de Ge* 
bclin se sont prononces ouvertemeut pour les Cbaldeens. Mais 
selon G^nebrard, BellarminyHuet, Montfaucon,Galniet,Renau^ 
doty Joi, ScaligeTi Grotiusy Casauboui Wftitony Bochart, Vo6« 



^ DISCOURS PR^LIMINAIRE. 

que nous qui lions ie sein matemel, habitues desF 
le bas &ge a tracer des caracteres sur le papier ^ 



fiius, Prideauz, Capelle, Simon, le president de-Brosses, eto^^ 
etc. , tout depose exclusivemeut en faveur des Ph^niciens. Nous 
partageons cette deruiere opinioa) en ce sens que par la Phenicie 
on ne doit pas seulemeut entendre les villes de la c6te maritime 
de la Palestine , maiis encore la JFudee et le pays des Chananeens. 
ct des Hebreux , ( car les Pheniciens n*etoient primitivemeut quo 
le reste des anciens Chananeens que les Isra^tes n*ayoient point 
cbasses). Ainsi, par ecriture phenicienne ne ponrroit-on pas en- 
tendre. la samaritaine (avec laqnelle elle a une telle analogic quei 
Scaliger et Bockart ont donn^ le nom de samaritain et de phcni- 
cien au meme alphabet)? Le samaritain dont nous parkms est 
, Tancien caractere hebreu qa*il ne faut pas coufoudre avec rbebreu 
carr^ ou chaldeen , adopte dcpuis la captivity, suivant S. Jcr6mey 
Saint Ir^uce et Saint Clement d*Alexaudrie. Ce qui nous fait pcn^^ 
cher vers ce sentiment, c^est que le mpnument bistorique le plu» 
ancien, le plus certain , le plus authentique bu il soit question de 
Tart d^ecrire, est le Pentateuque ; et Pon ne peut gu^re douter 
qu'il n*ait et^ ^crit en yieux samaritain on hebreu primitif. £utr& 
une infinite de passages de ce livte antique , qi{i attestent que 
Part de P^criture existoit d^jk, nous citerons les suivans tires de 
PExode {cap. xvxi, "j^ 14) : Dixit autem Donunusad Moy serif 
ccniBE hotipb monimentum in libra ; et plus loin (cap. xxiv, )9* 
4) : scRiPsiT autem NLoyses urdversos sermones JDomini; ailleurs 
(cop. xxxiv, )^ 27) : Dixit Dominus ad Moysen : scribe tihi 
verba hcec , etc., etc. Cest Moyse lui-m^me ( 1671 ayant J.-C. ), 
qui s'exprime ainsi; et Job, que, d'apr^s son liyre, on juge con** 
temporal n de Jacob (enyiron 1730 ans ayant J.-C.), nous parle 
Bussi de IVcriture: Qids mihi tribuat (dit-il, cap. xix, "j^ a3 et 
Si4 ) , uf scribamtur sermones mei ? Qiiis mihi det ut BXARBHTua 
in LIBR0I Stylo fcrreo, et plumbi lamind, pel celte sculpaktor 
in silice? Plus loin (cap. xxxi, "j^ 35) : £t librum scribat ipse 
qui judical; etc. Ces passages ne prouveut-ils pas eyidemment 
^le Pccritnre ^toit deja , dans ces temps recul^s, trcs famili^ro 
anx Uebreia? JNi Job, ni Moyse n'enparlcnt point comme d^uA* 



DISCOUKS PR&niDf AIRE. xr 

Aous ne reflechissons pas assez snr les menreillci 
de la parole (i) ^ et sur les merveilles plus grandes 



d^coBTcrte ; ib t'ezpruBCBt k oe •ajd ami natniiiJliBiBty a 
simpleiiieat que nous le fciions aofOiinniiu, a noos parlioBS 
dire one lettrcy im ducoan, urn li¥re. L'iaTCBtioo dc 
dont fls faisoicDt usage , ctoH done antericore an teBps on 
T i v crien t ; et cette ecritme demit ^tie celle da people dont 069 
^ciivains fauoient partie. I^aillean , les Ph^niciens ctoieBt-ils an- 
tnriefin ^m. Bcbrenxy dont AfarahjuB est la soockc! Lear illaa* 
tration vient do conuncroey doot ils fbrent redevables aa voasi* 
vage de la mer ; mais ce commerce ne lot florissaut qa*apris 
lioyse. Nous ne parlerons ici ni de Cecrops, ni d'Agenor, m de 
Cadmus y parce qa'Os passent moins poor aToir inTent^ Tart d*^ 
crire , que poor I'avoir transfiM aax Grecs. I>'aprn ce que noo^ 
venons d'exposer, noos pensoos qoe recritore a pris naassance 
dans le pays des ifebreox ; que sans doote Joseph , pais ses Irires, 
la connoissoient lorsqifils abocdcrent en ^gypte, et qoe FedMi'- 
liradage de Torigine dcs lettres attribo^ ao faboleox Tboth (qai 
n'est pent-etre ipie Joseph oo Moyse ) , n'a M eleve par rimagina« 
tion des premiers historiens on des poetes, Uen post^ears k ces 
temps recoils, que sor la T^iit^ historiqae des Lmes saints , dont 
la tradition s'etoit altdrse, defigor^, pois perdue chez les aotres 
peoples. 

(i) La Harpe dit : « Qnand on pense k toot le cfaemin qoHl a 
fallo faire poor parvenir k nn langage regolier et raisonnable , 
malgr^ ses imperfections, la formation des langoes paroit one 
des mer?eiUes de I'esprit bomain, qoe deox choses seules rendent 
concerable , le temps et la n^cessit^. » Cette pens<*c ayoit ete phis 
d^elopp^ par Scaliger, long-temps aoparavant : « Trois causes, 
dit-il, ont contriboe d^abord k former, et par la suite k pcrfec* 
tiomier le langage, savoir : la n^essite, Tosage, et le d^sir de 
plaire. La ne^ressite produisit un ensemble de paroles tres impar* 
faitemeut li^es; 1* usage, en les multipliant, leur donna plus d*es,o 
pression , et c'est au diSsir de plaire qi^ilti dut ensuitc ces tour- 
Hores , cet heurcux assemblage de mots qui donaent anx phrases 
d< Tel^giMkce et de In grace. » 



jO^ DISCOtRS PRiLlltnrAlKK; 

prete de la pessee , a la propriete d*anreter le tcmp^ 
dan$ sa course rapide^ d'afiranchir le genie de la 
Huitdtl tombeaUy de calmer les douleurs deTalH 
sence et de rapprocher les siecles. Moyse existoit ' 
il J a plus de trois mille ans, et nous eatendona 
encore Moyse , inspire par TEsprit divin ^ nous 
raconter les merveilles de la creation ; nous le 
voyons au pied du Sinai , confident duTres-Haut^ 
poser les bases de sa legislation immortelle sur 
c^s Tables sacrees qu'il recut de Dieu lui-meme« 
A chaque heure du jour nous pouvons interroger 

leg pellicoles da papyrus ;IV<> sur des peanz d'animanx passeeSf 
qae Ton appeloit membrana^et que Ton a nominees depuis perga-* 
mena , parchemin, dont on rapporte Finvention k Eum^ne» 
roi de Pergame. Mais noos avons prouve , dans noire HistoUe du 
parchendn et du vilin, 1812, t/z-8o, qu^Eiun^ne avoit seulement 
perfectionne et uon invent^ Part de preparer le parckemin; V® sur. 
des morceaux de toile prepare pour recevoir recritore. Ce sont 
lesUvres faits de cette substance , que Tite-Live et Plinenomment 
libri linteL 

Sur ces quatre demieres sortes de matieres on ecrivoit, comma 
font encore aujoiird'hui les Orieniiux , avec nn roseau trempe 
dans une encre 2^peu-pr^s seraUable k la u6ire. L^usage des plu* 
mes est) dit-on, counu depuis le y« si^de; mais il n*a M gen^- 
ralement adopts que depuis le x*. Le P. du Halde pretend que 
Pencre de la Cbine date de onze siecles ayant J.-C. Le papier de 
chiffons ne remonte gudre an-delk du xui^ siecle ; c'est le papier 
de coton dont les Grecs se servoieut depui* le ix« siecle , qui lui a 
aerri de module. Leplus ancien monument sur papier de chifTons |, 
date de 1239. (Voyez notre Dicdannaire de Bibliologie, 180a , 
3 vol, in-80 ; nous y donnons la description historique de toutes 
les especes de papiers ancieas ct modernes, et en g<ineral de toutt^ 
les matieres sub|ectives de r«criture. ) . 



DtSCOimS PRELIMINAIBE. xf 

Jiotnere^ et Homere nous dira en vers suLlimes 
la colered'Achille et son repos si &tal aux Grecs* 
Vir^le^ son heureux emule, est egalement an mi* 
lieu de nous^ toujotirs dispose a nous attendrir sur 
les dernieres infortunes de Tantique Ilium , et k 
nous decouyrir, dans le terme des longs travaux du 
pieiix Enee^ la premiere origine du peuple Latia 
et de la superbe Rome y genus undi latinum....^ 
atque alias moenia Romas^ Les siecles orageux et 
harbares qui se sont Joules depuis Demosdieno 
et Ciceron y n^ont point etouffe la voix foudroyan te 
de ces deux princes de Teloquence ; ils tonnent 
encore k la tribune y sur tons les points de TEu- 
rope sayante ^ comme aux beaux jours de la Greco 
et de Rome. Horace nous enchante comme il 
enchanta Auguste , Mecene et le peuple roi ^ par 
la finesse de son genie ^ le charme de ses vers^ et 
surtout par son aimable philosophic si bien ap-7 
propriee aux sons de sa lyre. L'histoire derou- 
lantanos yeux ses longues annales^ semble ajou-* 
ter a notre courte et fragile existence celle de tous^ 
les siecles qui nous qipt precedes. Un amique nous 
eherissons tendrement y est s^pare de nous par 
Timmensite des mers ; une substance mince j^ 
blanche^ legere et de nulle valeur (i) a laquelle 



^M>*a 



(i) On trottve dauA un des oposcnles dfi Voltaire , an passngo 
•saez plaiaant et d'une bonne philoflophie^ sur U fabncttion dji 
papier. Apr^ avoir critique quelques oayrages nlodernes^^ U dii s 
Tout c« &tri« fot da cbaaTre en soa taoips^ 



XVt DISCdURS PR^IMmAlM, 

il a coiifie sa pensee , nous parvient ; la distance . 
disparoit a Tinstant ; nous Yoyons cet ami ^ nous 
i'entendons ^ nous lisous dans son coeur y nous 
Savons ce qu'il pense , ce qu'il fiiit , quoique dans 
un aussi grand eloignemeni il soil pour nous 
comme s'il n'existoit plus. Get adoucissement de 
i'absence est parfaitement rendu par S*. Jerome ^ 
dansunelettrequ'iladresseadeux desesamis(i) : 
cc En ce moment^ dit-il, je m*entretiens avec vos. 
<c lettres ; je les baise, elles me parlent. Toutes 
<c les fois que je parcours ces caiacteres traces par 
cc votre main et qui me rappellentvos traits che- 
4IC ris ^ il me semble ou que je ne suis plus ici , 
cc ou que vous y ^tes pres de moi » Et le com- 



Iiioge il devint par l*art des tisserands , 
Pais en lambeaox des pilons le pressferent. ; 
II fat papier; cent cerveaox k Ten vers 
De visions k Venvi le chargirent; 
Pais on le btMe, il vole dans les airs , 
n est famSe aossi bien qae la gloire. 
jDe nos travauz voiU quelle est Thistoire; 
Tont est famde , etc. , etc. 

(0 « Nunc Cum vestris litteris fabolor , illas amplector ; illae 
mecum loquuntur. Quoti^scumque carissimos mihi yultus notas 
manus referunt impressa vestigia , toti^ aut ego klc non sum , 
aut vos hie estis. a (S. Hibron.| lib. I| ep. 57, ad ChromatiunC 
Jovinum et Eusebium. ) 

Saint Augustin ^criyoit aossi k Saint J^i^me {epist, 40) : <« Libii 
quidem quos de horreo dominico elaborasti , pene totum te nobis 
e&faibeut* » C«toit le beau travail de Saint Jer6me sur la Bible, 



DtSCOURS PRKUMINAIRE. xyu 

inerce, et rindustrie, etleslpis^ etles sciences^ 
el les beaux-arts , que seroient-ils sans recriture ? 
lia parole seule n'eiit etabli que des rapports tres 
limites entre les individus j et grace a Tecriture, 
les relations d'homme a homme , de peuples a 
peiiples f de contrees a contrees , se sont eten- 
dues sur toute la surface du globe. 

Tels sont cependant les bienfaits de cet art di- 
-vin ; mais le plus grand de tous est d'avoir con- 
tribue a polir la societe , a Tenrichir des produc- 
tions du genie et a etendre I empire des lettres, 
lies lettres ! Quel charme elles repandent sur la 
vie ! Quelles douces jouissances elles procurent, 
8uriout quand on les honore d'un culte pur et 
qu'on ne les fait point servir d'aliment aux pas- 
sions ! Aussi Tun des plus beaux geniesdumonde, 
penetre de leur utilite et de leur importance, ea 
a fait un eloge digne d'elles et digne de lui. Quoi- 
que la verite et le charme de ce morceau Taient 
fait repeter mille fois, il tient tellement a noire 
sujet , que nous croirions meritcr un reproche 
si nous le passions sous silence . L'orateur romain , 
dans la cause de son ami Archias , apres avoir 
parle de Scipion TAfricain, de C, Laelius , de L. 
Furius y qui joignoient Tetude et rinstruction a 
im excellent naturel , et de Caton TAncien , 
I'homme le plus savant de son siecle, s'exprim© 
1. i 



XVIII BISCOtIRS PR^LIMINAIRE. 

aiiisi (x) : ccAssuremenicesillustresRomainSjs'il 
avoient cru que les Icltres ue fussent d'aucun se* 
coiirs pour connottre et pratiquer la vertu, ne se 
scroient jamais appliques a les cultiver. Mais 
quand meme on n'envisageroit pas cet inappre- 
ciable avanuge , ct que daiis Telude on n'aurcil 
en vue que le plaisir , celte recreation de Tesprit 
n'eti devroil pas moins etre regardee comme la 
plus douce et la plus honnete j car les autres plai- 
sirs ne sont ni de tons les temps , ni de tous les 
iges , iii de tous les lieux ; les lettres , au con- 
traire , forment la jeunesse , rejouissent la vieil- 
lesse , embellissent ia prusperite , offrent un asile 
el des consolations dans I'adversite. Elles nous 
amusent dans nos loisirs et ne nuisent point a 
ikos affaires. Compagnes de nos veilles , de nos 
voyages ^ de nos travaux cliampetres , elles font 



(i) « Quiprofect6 (clarissimi viri sopra dicti) si nihil ad per- 
cipiendam colehdamque virtntem litteris adjovarentur, numqaatn 
tK ad earum siudium contuHssent. Quod si nou hie tantus fructus 
ostcnderctur , et si ex his studiis delectatio sola peteretur ; tameu , 
ut opiuor, banc auimi remissioaem , fauinanissimam ac liberalis- 
simam judicaretis. Nam caeteise ueque temporum sunt , neque 
aetatom omnium, ncque locorum : haic studia adolescentiani alunt, 
senectatcm oblectant, sccundas res ornant , adversis perfugiuia 
ac solatium praebent; delectant domi, non impediunt foris, per- 
noctant nobiscum, peregrinantur , rusticautur. Qn6d si ipsi hajc 
iicque attiugere, nequc sensn nostro gust are possemns , tarn en ea 
mirari debercmus , «:tiam quCuu in aliis videremus. » (f/o 
Ant^au. pocta.) 



DtSCOUHS PR^LIMINAIRK. xiX 

par-toiit le charme de notre vie. Fussions-nous 
incapables d'atteindre par noiis-memes a un plai- 
sir si noble el d'en goAter toutes les douceurs ^ 
encore devrions-nous radmirerdans Ics autres. >> 
Apfes avoir lu ce bel eloge des lettres , on ne 
doit pas ^tre siu*pris que son auteur ait eu une 
vive passion pour les livres. DeTamour des lettres 
a Tamour des livres , la transition est nalurelle. 
Aussi voyons-nous Ciceron revenir tres souveni 
sur cet objet dans ses ouvrages , mais particu- ' 
lierement dans sa correspondance avec son ami 
Pomponius , qui , demeurant a Athenes , s'etoit 
charge de ses acquisitions en statues , tableaux 
et livres, dans cette ville encore celebre a cette 
epoque (i) : « Ayez soin , je vous prie, lui ecrit 



(i) « Ta vdim (lib. ly ad u^tUcum , epis. 3), ea quae nobis 

cmisse et parassc scribis, des operam ot quamprimum habeamusi 

et velim cogites, id quod mihi polHcitus es, quemadmodum bi<- 

lliotbecam nobis €Ouficere possis. Omnem^spem delcctationis 

nostras, quam, cum in otium venerimus, habere volutnus, in tua 

humauitate positam habemuj. — Et ailleurs (epist. 6) : Biblio- 

thpcam tuam caye cuiquam despondeas , quamvis acrem amato- 

rem inveneris : nam ego omues meas Tiudemiolas eo reservo, ut 

illud subsidiura seuectuti parem. — Plus loin ( epist. 9 ) : Libros 

tuos conserva ; et noli desperare eos me meos facere posse. Quod 

8i assequor, supero Crassum divitiis, atque omnium yicos et prata 

contemno. — Dans un autre endroit (epist. 20) : L. Papirius 

Paetus, vir bouus, amatorque noster , mihilibros eos, quos Ser. 

Claudius reliquit, donavit Si me amas , si te h me amari 

K\Sy cuitcrc per amicos, clientes, bospiles, libertos deiiique,ac 
seryos tuos ut scbcda ^c qua dcpcreat. !^am et (jrxcis his lihrja 



DISCOURS PRELIMmAIRE. 

Ciceron ^ de m'envoyer le plutot possible les o 
jets que tous me mandez avoir achetes et rassem* 
bles pour moi. Songez surtout , comme vous me 
I'avez promisy a me composer une bibliothequc* 
Je compte sur vos soins obligeans pour mfe pro- 
curer le plaisirdont je jouirai quand j'aurai quel- 
ques momens de loisir. — Ne traitez avec per- 
sonne de voire bibliotheque , quelque haut prix 
que Ton vous en offrej car je destine toutes mes 
• petites epargnes a me procurer cette ressource 
dans ma vieillesse. — Conservcz-moi vos livres 
et ne descsperez pas que je ne puisse un jour en 
faire racquisition. Si j'en viens a bout , je me 
croirai plus riche que Crassus 5 et toutes les mai- 
sons de campagne , toutes les terres ne seront 

quos suspicor, et latinis quos scio ilium reliqiiisse, miki vche- 
nienter opus est. Ego autem quotidi^ magis, quod mihi de forensi 
labore temporis datur, in his studiis conquiesco. Per miki, per, 
luquam, gratum feceris, si in hoc tam diligens fueris, quam soles 
in bis rebus, quas me yalde vclle arbitraris. — yiiUeurs ( lib. IV, 
epist. 4) • Perbelle feccris si ad nos veneris : oifendes dcsigna- 
tionem Tyrannionis mirificam in librorum meorum bibliothera ; 
quorum reliquiae ( apres son exil ) mu]t6 meliores sunt quam pu> 
taram. £t velim mibi mittas de tuis librariolis duos aliquos , qui« 
bus Tyrannio utatur glutiuatoribus, ad caetera admiuistris, iisque 
iroperes, ut sumant raembranulam, ex qua indices fiant, quos vos 
Graeci, ut opiuor, syLlabous appellatis; scd haec si tibi erit com- 
modum. — Un peu plus Loin (epist. 8) : Postea ver6 quhm Ty- 
ranuio mihi libros disposuit , mens addita vidctur meis sedibus : 
qua quidcm in re mirifica opera Diouysii et Meuophili tui fuit. 
JVihil venustius quam ilia tua pegmata : postquuiu silly bis libros 
illuslraiunt valde. m 



DISCOURS PRlfeLIMINAIRE. ^XT 

^en pour moi aupres de ce iresor. — L, Papirius 
Jetns , honnete homme de nies amis , ni*a fait 
present des livres que S. Claudius lui a laisses... ; 
si vous m'aimez , si vouscroyez que je vous aime^ 
engagez, je vous prie , vos amis, vos cliens, vos 
hdtes y vos afiranchis enfin, et vos esclaves a sur- 
veiller de maniere a ce qu'il ne s'en perde pas un 
feuillet. J'ai le plus grand besoin des livres grecs 
que J'espere y trouver, et des latins que je sais 
y etre. Tout le temps que me laissent les affaires 
du barreau , je I'emploie a me delasser au milieu 
de mes livres. Vous me ferez le plus sensible 
plaisir, si vous apportez a cette affaire tout le soin 
que vous avez coutume de donner a ce que j*ai 
le plus a coeur. — Vous ferez tres bien de venir 
me voir. Vous serez content du bel ordre dans 
lequel Ty rannion a dispose ma bibliotheque , dont 
les Testes ( elle at^oit ete piUee pendant son exil) 
valent beaucpup mieux que je ne m'y attendois. 
En attendant , je vous prie de m'envoyer deux 
de vos ouvriers en livres ( ce que sont nos relieurs 
maintenant) , qui , sous I'inspection de Tyran- 
nion J colleront les miens et y feront tout ce qui 
est de leur ressort, Vous leur direz de se pour- 
voir de ce parchemin fin dont on se sert pour ecrire 
les titres , et que vous autres Grecs , appclez , je 
crois, syllabous ^ mais tout cela a voire comnio- 
dite. — Depuis que Tyrannign a arr^inge ma bi* 



jixii DISCOURS PBISlIMTNAIRE. 

bliothequc , je laregarde commeramedemamai- 
son. Dion y sins et Menophilus (^lesdeux oui^riers 
mentlonnts ci-dessus) out parfaitement reussi.La 
proprete avec laquelle ils ont couvert mes livres, 
et la disposition des cases (sur les rayons ) que 
vous avez; imaginees , font ua effet tres agreable , 
etc. p etc. (i) >y 



(i) Les hiblioth^ques ^es Romains ^toient disposees ^-peu-pres 
commele sent dctueliemeut les boutiques de tn9rcbandsde papiera 
^e tenturc; mais les rayons, di vises par cases, capsce ouforuli, 
^toient eufermes dans des armoires, et meme , dans les derniers 
temps, sans doute sous des vitraux, si Ton en croit Bocce, dans 
sou iivr^ £>e la Consolation. II pretend que les murs etoient cou^ 
verts d'iyoire : il veutsans doute dire les tablettes ou les armoires, 
cornme nous Ic verrons bi.eht6t dans Seu^que. On lit dans Isidore 
l|ne les'plus habiles architeptes ne peusoient pas que Ton ddt de- 
corer les biblioth^quesde lambrisdores,nilesparqueterautrement 
qu'en marbre de Caristo , parce que Pcclat de Tor eblouit , au 
lieu quft le beau vert de ce marbre repose agreablement la vue. On 
glissoit les volumes {volumina de volvere) ou rouleaux dans les 
cases. Chaque volume etoit compose dVue ou de plusieurs feuillea 
(vingt au plus) collees ensemble, et roulees autour d*un baton 
Homme cylindrus , oU bacillus , ou surculus , dont les extremitea 
ou boutons, bulUe, Etoient appeles umbilici ou cornua, Los deu^ 
cdtcs exterieurs des feuilles , ou les tranches , se nommoient 
f rentes , etles extremiles du baton etoient ordiuairemeut decoreed 
4e morceaux d*i voire , quelquefois enrichis d^or et dc pierres pr^-* 
peuses. C'est sur ces fixtremit^s que Ton mettoit le titre de I'ou^ 
vrage , sans doute le syllabous des Grecs. Les feuillets qui com-* 
jjosoienl les volumes se tiommoicnt i^^^^paginm, du mot pan-^ 
gere, lier ensemble; comme le mot tome vient du Grec tomos do 
temn6, couper, diviser, c* est- k- dire , section, partie d*ouvrage. 

Dans chaque bibliotheqne il y avoit uu ou plusieurs scrinium^ 
CTiHoit line espiise de bpite ronde ,ressemblQQt assez k nos etws d« 



13ISCOURS PR^LIMINAIRE. xxiil 

Nous ne finirions point, si nous voulions, non 
pas rapporter , mais seulemenl indiquer lous les 
passages des ouvrages de Ciceron qui atteslent 
son goAt pour les livres. CelW louable passion 
etoit Men partagee par les Lucullus , les Catou , 
lesPollion , les Varron , les Seneque, lesPline (i) , 
etc. , etc. , el nieme elle etoit devenue par la suite 
assez commune , puisque chez un simple parti- 

mancbon , eu p]ut6t k la mesure en bois que Ton nomme mainte-r 
nant Loisseau. Elle servoit k mettre les volumes ou rouleaux quf 
Ton Youloit avoir pres de soi , lorsqu^oa travailloil ou que Ton d^<p 
firoit yarier ses lectures sans se derauger. Les ^coliers avoient aossi 
leur scrinium pour porter leurs livres en classe ; mais il etoit dt 
plus petite dimension , et on Tappeloit plus voloniiers capsa , d*oii 
le nom de capsarii^s donn^ h. Tesclave charg^ de les conduire cliex 
leurs maitres. On voit des figures de scrinium dans les peintures 
d'Herculanum , torn. II, pi. 2, et dans la Galerie mythoL 
de M. Millin , n.o 65. Ces boites et autres de meme forme ayant 
ete destiuces k mettre des parfums et des bijous | on a fait de 
scrinium le mot ^crin, 

(1) Lucullus, par suite de sef victoires dans le Pont, tira de 
cc royaume un nombre considt^rable de livres, comme Paul* 
imile eu avoit tire de Pcrsee^ rpi de Madecoine, apr^s Pavoir 
vamcu, et Sylla , d*Atbenes, apres la prise de la ville. Lucullus , 
outre cela , s^en procura encore un tres grand nombre ; aussi s% 
bibliotbeque , dont nous parlous torn* I , pag, 54 > (^toit tres re- 
nommee k Home. 

Le Catou dont il est ici question , est cejui dont Ciceron ( de 
Plnibus etc., lib. Ill, 7) dit : all avoit une telle avidite poqr 
la lecture, que, sans craindre la vaiuc critique du vulgaire, il 
lisoit sonvcnt au Palais , pendant que le Scuat s*a8sembloit. Je le 
Irouvai un jour dans la bibliotbeque da jeune Lucullus, k la cam« 
pagne , environne d^uue foule de livres de Tecole des Stoiciens. 
Cest dans ce moment de loisir et parmi toiis ces vQlaues i\ffi\ 



xmr DISCOUBS PRfolMINAIRE. 

culier a Herculanum , il existoit ( dans le pre 
mier siecle de Tere vulgaire ) une bibliothequ 
d*a-peu-presdix- sept cents volumes ou rouleaux 
que la lave du^'Vesuve a conserves jusqu*a no 




paroissoit affam^ de livres, helluo librorum, 8*il est permis d*em — 
ployer ce terme pour exprimer une telle passion. » 

Asinius PolUon fbnda k Rome la premiere biblioth^que publi- 
que ; elle etoit piac^e sur le Mont Aventin. Augusle ^tablit un»- 
bibliotheque grecque et latine sur le Mont Palatin, et une autre , 
au nom de sa sdenr Octavie, pres du theatre de Marcellus. Ca- 
outre, il y en avoit une au Capitole, uue dans le palais de Tibere, 
|>nis la bibliotb^que Ulpienne fbud^e par Trajan , et reunie par 
Diocletien h. ses Thermes, pour en augmenter la magnificence. 

Varrou, Tun des plus savans et des plus f^conds auteurs latins 
( il a fait pres de cinq cents ouvrages) , fut charg^ par J. Cesar de 
la direction des bibliotheques que ce dictateur se proposoit d'eta^ 
bHr. Octave lui continua sa confiance pour le mcme objet ; et 
Varron est le seul auteur romaiu dont la statue ait ^te placee de 
8on vivaut dans une bibliotheque publique. 

S^neque , qui avoit le gout des lettres , devoit avoir une fort 
belle bibliotheque , puisque , tout en ecrivant sur le m^ris de* 
richesses, il jouissoit, dit-on, de trois millions de revenus. 

Combien Pline TAncieu n*a-t-il pas devor^ de livres pour com- 
poser son grand ouvrage ? Personue u^a ete plus passioune que lui 
pour la lecture; au lit, k table, k la promenade , il lisoit par-tout. 
ct Je me souviens, dit son neveu (liv. Ill, epHr. 5) , qu^un jour ie 
lecteur ay ant mal prononc^ quelquesmots, uu de ceux qui etoient 
il table Tobligea de recommencer. Quoi ! ne Favez-vous pas en- 
tendu , dit mon oncle ? — Pardonnez-moi , reprit son ami. — 
Pourquoi done le faire rep^er ? votre interruption nous coute plus 
de dix lignes. » 

Pline le Jeune avoit bien herit^ de cette passion de son oncle ; 
mille passages de ses lettres en font foi , surtout celui ou il dit : 
cc Mecum tantum et cum libellis loquor. O rectam sinceramque 
Yitam ! O dulce otium i honestumque ac peae omni negotio 
pulcbritts! n 



DISCOURS PRlfeLIMINAIRE. XXT 

jours , mais que la chaleur avoit tellement cal- 
cines et noircis, qu'a leur decouverte (le 3 nov. 
3 763 ) on les prit pour des charbons. Cette erreur 
en fit d'abord detruire un certain nombre , et en- 
suite on eprouva toutes les peines.du monde a eu 
derouler quelques fragmens ( i) . 

(i) Ces fragmens ont ^t^ publics k Naples avec des facsimile , 
en 1793 y 1797 et 1809, 3 vol, in-folio. Les auteurs dont on a 
deja pu d^couvrir des fragmens sont Philod^me sur la musique et 
sur Ja rhetoriqne; Epicure sur la nature; Demetrius sur la gco- 
metrie, etc.; Colotes snrPIsisde Platon; Polystratesur la morale, 
etc. ; Chrysippe sur la Providence, etc. ; Phaedrus, ami de Ciceroni 
sur ia nature des Dieux, etc. , etc. On voit par Ik que le gout do- 
minant du propri^taire de cette biblioth^que etoit la philosopbie 
et les arts. 

M. Humphrey Davy , c^lebre chimiste anglais , a pr^sent^ quel- 
ques observations relatives aux manuscnts d^Herculanum sur I4 
^croulement desquels il a fait comme plusieurs autres , des essais 
«L peu pres infructueux. II dit que le papyrus des manuscnts ro< 
mains est en general plus <fpais que celui des manuscnts grecs. Les 
caractcres ronudns sont ordinairement plus graqds et les rouleaux 
plus volomineux. Les caract^res des manuscnts grecs , kPexcep- 
tion d'an petit nombre , sont plus parfaits que les latins. II pa- 
ToR k M. Davy que les Romaius, du moius jusqu^k Pline, n'ont 
point fait usage dVncre de uoix de gall« et de fer pour ^rire. 11 
est remarquable, ajoute M. Davy, qu^il ne s^est trouve dans toute 
la collection des manuscnts d'Herculanum aucun fragment de 
poesie grecque , et un tres petit nombre seulemeut de po^sie la- 
tine. Environ cent colonnes de diff^^reus ouvrages, d^roul^s sous 
la direction de M. Hayter et aux frais du roi Georges IV, ont ^t^ 
copiecs et gravees par le^ artistes employees au mus^e. II n'y a pas 
de doute qae les rouleaux qui se trouvent au mus^e n*aient ^t^ 
dans un bien meilleur ^tat , k Tepoque ou ils ont <$te decouverts; 
les plus parfaits mime ont ete fort eadommag^s peadaut les 69 
ans quails outvie exposes h Tair. 



XXVI BISCOtlRS PR^LIMINAIRE, 

. Ce qui proiive encore combien les Romaina 
mettoieut d'empressement a former des collec- 
tions de livres y meme comme objet de luxe , ce 
sont les plaintes que forme a cet egard Seneque , 
plaintes qui pourroient s'adresser a plus d'un nio- 
derne (i) : ccRien deplus noble , dit-il , que la 
depense qu'on fait pour se procurer des livres. 
Mais il ne faut pas que cela soit pousse a Texces. 
A quoi sert une quanUte innombrable de volumes 
dont le niaitre pourroit a peine dans toute sa vie 
lire les litres ? Devorer un grand nombre de li- 
vres , c'est surcharger sa memoire. II vaut beau- 
coup mieux s'en tenir a peu d'auteurs que d'eu 
parcourir un grand nombre. Aujourd'hui que la 
plupart des hommes sont ignorans , les livres ne 
servent plus pour Tinstruction , on n'en fait 



.JB. 



(i) «c Comparandorum librorum ( inquit Seneca de TranquilL 
cap. 9) ) impensa liberalissima est ; at. in ea habendus modus. 
Quid prosunt innuoierabiles Jibri quorum dominus vix tota vita 
sua indices periegit % Onerat discentem turba ; multoque satius est 
tradere te paucis auctoribus, quam errare per multos. Nunc pie- 
risque litterarum ignaris y libri nou studiorum instrumenta sunt y 
fied sedium ornamenta. Paretur itaque quantum satis sit librorum y 
nihil in apparatum. Houestius, inquis, in libros impensas efPun- 
dam , quam in vasa pretiosa , pictasque tabulas. Vitiosum est ubi« 
que quod nimium est. An ignoscas homini aptanti armaria cedro 
atque ebore , aut inter tot millia librorum oscitanti, cui volumi^ 
num suorum frontes maxime placent titulique? Apud desidiosissi- 
mos videbis quidquid orationum historiarumque est , et tecto teuus 
exstructa locu]amenta. Sicque sacrorum opera iugeniorum in spe-> 
ciem tautum et cultumparietum comparantur. » ( Extrait abr^g^,')^ 



MSCOURS PRIELIMINAIRE. xXYM 

qnSme decoration (J'appartement. On ne devroit 
se procurer que les ouvrages dont on a besoin , 
et non pas les acquerir pour en faire un vain or- 
nement, Mais , direz-vous ^ ne fais-je pas mieux 
d'acheter des livres que des vases precieux et des 
tableaux ? Par-tout I'exces est un defaut. Quelle 
idee avez-vous d'un homme qui assortit a grands 
frais des armoires de cedre garnies d'ivoire , ou 
de celui qui biille au milieu de taut de volumes, 
et dont le plaisir consisle a en lire les frontispices 
et les titres ? On voit chez les hommes les plus 
oisifs tout ce qui appartient a Thistoire et a Telo- 
quence, et des rayons garnis jusqu'au plancher. 
G'est ainsi qu'on n*acquiert les productions sa- 
crees du genie que pour en faire parade et pour en 
tapisser des murs (i). » 

Quand Seneque tracoit ces lignes , la decadence 
dela litterature romaine s'annoncoit deja j etbien- 
tdt, marchantde fmnt avec la decadence de Tem- 
t — ... ,1,1 ■ .1 , 

(i) Ce passage prouve qu'il y avoit k Rome des bibliolhequca 
particnlieres assez volumineases ; en effet on raconte qu'un certain 
Epaphrodite d« Cheron^e , grammairien qui a vecii k Rome dans 
I'intervalle du r^gne de N^rou k celui de JVerva , possedoit unu 
bihliotb^que de trente mille volumes ; et Sammonicus Sereuus^ 
poete du troisi^me siecle etmcdeciu, que Caracalla fit tuercomm« 
ayant ete da parti dti malheureui; Geta, avoit reuna dans la sieuae 
6oL\ante-deux mille volumes, quautite prodigieuse sous le rapport 
de la cherte du parchemin , du papyrus ^t des manuscrits. Sam** 
monicusfion fits , herita de cette collection prccieuse, et en fit don 
^ Ggrdien III , dont il ^toit ou avoit et^ le precepteur. 



XXVlll DISCOtJRS PRfeLIMINAIRE. 

pire y elle s'afibiblit iusensiblement et finit pai 
disparottre sous les epaisses tenebres qui cou- 
vrirent TEurope pendant pres de mille ans. In- 
vasions des Barbares sur tous les points de i'em- 
pire y destructions , ruines , moeurs grossieres , 
usages bizarres, querelles religieuses, guerresci- 
"viles, schisnies, meurtres , ignorance a-peu-pres- 
complete de la litterature classique , tels sent les- 
tristes objets qu'offre le sombre tableau dumoyen 
Age. 

Quel fiit le sort des lettres dans cette longue pe* 
riode de deuil et de misere? Que devinrent les 
beaux genies du siecle d' Auguste ? Delaisses , me- 
prises , ignores , ils n'echapperent a une destruc- 
tion totale qu'en se refiigiant furtivement dans 
quelques monasteres (i), dans quelques souter- 
rains ou ils dormirent d'un long sommeil , qui 
pour les uns fut un sommeil de mort , et dont 
presque tous les autres ne se reveillerent que mu- 
tiles, soit par les injures du temps , soit par un zele 



(i) On ne pent uier que si nous poss^dons maintenant une 
bonne partie des chcfs-d^oeuyredela litterature classique , c^est aux 
moines du moyen age que nous en avons obligation. Ces pieux 
c^nobites employoient tout le tenaps que les exercices religieux ne 
r^clamoient pas, k copier les anciens manuscrits, soit sacres soit 
profanes. C'est ainsi quails nous ont conserve beaucoup d'auteurs 
latins. Tons les grands monasteres avoient chacun une chambro 
appeye scriptorium ; c^est U que les copistes transcriyoieat les ma« 
nuscrits qui leur etoieut d^siga^ par Tabbe. 



DISCOURS PRiLIMINAIRE. xxix 

mal entendu de ceux qui ^ plus pieux qu'eclaires, 
croyoient pouvoir violer a leur egard les droits de 
rhospitalite (i), 

Cependant vers le xiv® siecle , rhorizon devient 
tnoins sombre. Les premiers points lumineux 
partent de Tltalie : le Dante , Petrarque ^ Boc- 
cace, etc. , chasseut devant eux les tenebres, et 
de tous c6tes Ton commence a sentir le besoin 
de sauyer du naufrage les debris des auteurs an- 
ciens^ des modeles du gout en tous genres. 11 
seroit difficile d'exprimer la joie qu'eprouvoient 
les Petrarque , les Le Pogge , les Leonard Are- 
tin , les Guarini , quand ils decouvroient quel- 
.ques manuscrits poudreux des classiques , soit 
dans lescouvens , soit au fond de quelques vieilles 
lours : O lucrum ingens! 6 inesperatum gaudium ^ 

s'ecrioient-ils (2) ! • 

•- 

(1) C^est k la disette du parchemin dans ces temps malheu- ' 
>eax, qu'il faut attkibuer sans doute le funeste usage de rempla- 
cer sur cette substance le texte de quelques classiques par des 
ouvrages du temps. Mais .cette perte , quelque deplorable qu^ello 
soit , est compens^e par ce qui nous a ^t^ conserve ; d'ailieurs on 
a dejk commence k recouvrer dans ces Codices rescripti, des te2L« 
tes precieux grattes ct caches sous uue Venture plus moderue^ 
(V. k noire Table g6n6rale les mots Mai, NiEBCHa, ^tc.) 

(2) V. lettre de Leon. Ar^tin au Pogge, ecrite aux ides de sept, 
1416. Citons en passant I'un des plus graud^ explorateurs de li- 
Tres , soit manuscrits soit imprimes , qui ait exists , G. Naude. 
Hien uVst aussi plaisant que la manirre dont Janus PJicius £ry* 
thraeus (Jean Victor Rossi) raconte, dans uue letlre k Tyrrhenus 
(Fabio Cbigi, nonce du Pape k Cologne j \ le zcle, I'ardeuT; les 



\ 



DISCOURS PRtLlMlNAflttJ. 

Bient6t des particuliers pleins de goiit j et assets 
riches pour acquerir les manuscrils decouverts ^ 
ou assez patiens pour les copier , s'empresserenl 
de former des bibliotheques k leur usage, Parmi 
plusieurs qui exisloient daus lia premiere moiti^ 
du xv^ siecle , nous ne citerons que celle de Nic- 
colo Niccoli et celle du cardinal Bessarion. La 
premiere eloit composee de huit cents manus- 
crits grecs , soit acquis , soit copies par le pro- 
prietaire qui la legua a la Republique de Flo- 
rence. M. Petit-Radel, dans ses Recherches sur 
les Bibliotheques , Paris , 1819 ^ m-8° y pag. 2.35 ^ 
estime cette collection 466,400 fr. de notre mon- 
noie actuelle. La seconde , celle du cardinal Bes- 
sarion , etoit moins nombreuse ( six cents vo^ 
lumes ) ; mais elle etoit plus precieuse pour le 
choixdesouvrages. M. Pclit-Radeldit ,^ag^. 219, 
qu'elleavoit coAte au Cardinal 3o,ooo ecus qu'il 
estime 653,6oo fr. Uue piece tres iuteressante p 
qui, se rattachant au souvenir de cette bibliotlie- 

ruses , les fatigues de Naud^ pour se procurer , dans un voyage 
qu'il fit k Rome en i6\5 , des livres prccieux et k Ir^s has prix. 
Apr^S avoir dit lous les moyens qu*employoit ce vrai bouquiniste 
pour vcuir ^ bout de ses fins , Rossi le peiut ainsi , sortant de U 
boutique ou des greniers des libraires : « At velles homiaem ex 
tabernis bibliopolarum exeuntem , aspicerc r*risnm profecl6 te- 
nere non posses; ita exit, capile, barblr/vestibus, lelis aranea- 
rum atque erudito illo pulvere qui libris adhaiserat, plenus, ut 
ad cum depellcndum , uuliifi satis videautmr esse Qxcutiac y nulU 
pciUcuU...'..^ . • 



MSCOtJRS PRtLIMINAihE; «xi 

cpie , n'est point etrangere a notre sujcft ( Teloge 
des lettres) , est la lettre par laquelle le Cardinal 
fait don de sa riche collection au Doge ( Christ, 
Moro) et au Senat de Venise. Cette lettre prouve 
la passion du Cardin al pour les livres , et la puret^ 
de son goAt dans Teloge qu'il en fait. Nous ne 
pouvons nous refuser au plaisir d'en rapporter 
line partie. 

<c (i) Des ma plus tendre enfance , dit-il , tou$ 



(i) c< Equidem semper k tenera fer^ paerilique state omnetn 
tneum laborem , omnemque operam , studium , curamque adhi« 
bui , ut quoscuDque libros in omni disci plinarum genere compa^ 
rarem. Propter quod uon modo plerosque et paer et adolescens 
manu mea cooscripsi ; sed quidquid pecuniolae seponere interim 
|>arca frugalitas potuit, in his coetnendfs absampsi. Nullam enim 
magis diguam atquepraeclaram^uppellectiiem, nullum utiliorem 
praestantioremque thesaurum parare mihi posse existimabam. 

<c Vocibuspleni, pleni antiquitatis exemplis, pleni moribus, pleni 
legibas, pleni religione, yivunt, conversantur, loquunturqoe nobis- 
cum. Decent nos , instituunt, consolantur : resque k memoria nostr& 
remotissimas , quasi pneseutes nobis exhibent et ante oculos ponunt, 
Tauta est eorum potestas, tanta diguitas, tanta majestas, tantum 
denique namen, ut nisi libri forent, rudes omnes essemus atquc 
indocti ; nullam fer^ prseteritarum rerum Biemoriam , nullum 
exemplum , nullam deuique nee humanarum uec divinarum re- 
ram coguitionem haberemus ; eadem uma quae hominum corpora 
contegit, etiam nomina obrueret. 

<c Quamvis autem huic rei totoanimo semper incubnerim^arden* 
tiori tamen studio, post Graeciie excidium et detestandam Byzantii 
captivitatem, in perquirendis libris grsecis Qmnesmeas vires, omneni 
cnram , omnemque operam, facultatem industriamqueconsumpsi, 
Verebar enim et vehementissime formidabam ne cum csteris rebut 
tot excelleulissimi viri , tpt sunamM'um viroruju sudore^ aique vum 



XXril DISCOURS PR]ELIMmAIRE. 

mes goil^ts y toutes mes pensees ^ tous mes soins 
n'ont eu d'auire but que de me procurer des li- 
vres pour eti former une bibliotheque assortie. 
Aussi des inon jeune &ge , non seulement j'en 
copiois beaucoup , mais toutes les petites epar- 
gDesque je pouvois mettre de cote parunegrande 
economic , je les employois sur-le-champaache- 
ter des livres j et en efFet , je croyois ne pouvoir 
acquerir ni d'ameublement plus beau , plus digue 
de moi y ni de tresor plus utile et plus precieux. 
Ces livres depositaires des langues , pleins des 
modeles de Tantiquite , consacres aux moeurs , 
aux lois , a la Religion, sont toujours avec nous, 
nous entretiennent et nous parlent; ils nous ins- 
truisent, nous forment , nous consolentj ils nous 
rappellent les choses le^plus eloignees de notre 
memoire, nous les rendent presentes, les met- 



lis, tot lamina orbis terrse krevi tempore periclitarcntur atque 
perirent. Quemadmodum etiam superiori tempore tautam jactu- 
ram fecimus, ut ex duceutis vigintimillibus librorum, quae Plutar- 
chus refert in bib]iotbeca Apamaeorum fuisse, vix mi lie aetate nos^ 
tra supersiut. Conati autem sumus , quantum in nobis fuit , noa 
tam multos quam optimos libros colligere, et siugulorum operum 
singula volumina*} sicque cuncta fere sapiehtium graecorum opera , 
prsesertim quae rara eraut inventuque diflQcilia coegimus. 
. « Caeterum quum baec saepe mcnte repeterem, parum desidcrio 
meo satisfecisse yidebar, nisi pariter providerem , ut libri, quos 
tanto labore et studio coegerim , me vivo ila collocarentur , ut 
etiam defuncto dissipari alienarique non possent, scd in loco ali* 
quo tuto simul ac commodo ad commuucm hominum tam graeco* 
r^im quaui latiuorum utilitatem seryareulur etc. ; etc. »> 



ient sous nos yeux. £n un mot^ telle est leui* 
puissance^ telle est leui: dignite y leur majeste ^ 
leur influence^ que s'il n'y avoit pasde livres ^ 
Dous seiions tous ignorans et grossiers ; nous 
n'aurioDS nila moiudre trace des choses passees ^ 
oi aucun exemple ^ ni la moiudre notion des 
dhosesdivinesethumaines. Lem^me toiubeauqui 
couvrelescorps^ auroit engloutilesnomscelebres* . 
cc Gependaut , quoique j'eusse deja fait tout ce 
qu^il m'etoit possible de faire pour ma biblior 
dieque ^ je sentis tout-a-coup mon zele se ranimer 
a la funeste nouvelle de la perte de la Grece et^ 
de la prise de Constantinople (^29 mai i4^3) ^ 
et je n*epargnai rien pour obtenir par des recliert 
ches multipliees tous les livres grecs que Toa 
pouvoit decouvrir j.car je craignois beaucoupque 
tant de grands hommes, que le fruit precieux 
des veilles et des sueurs de tant d'illustres ecri-« 
vains y que tant de fl ^ibeaux du Monde y se trou-« 
imut dans un aussi grand danger y ne vinsscnt 
a perir avec tout le reste. D*ailleurs , dans les 
temps ancienS) les lettres grecques out deja fai): 
une telle perte y que de deux cent vingt mille 
ouvrages qui , au rapport dePlutarque y existoien( 
dans la bibliotheque d'Apamee^ a peine il nous 
en reste mille. J'ai tAche y autant qu'il m'a ete 
possible y de. reunir moins un grand nombre de 
livres que des ouvrages excellens; et surtout de 

I. Q 



les avoir complets* Ainsi j^ai raasemble parmiles 

producdoiM dea «age5 da la Grece tout ce qu'ily 

avoit de phis rare et de plus difficile a trouver* 

cc Mais Feflechissant souvent snr cet ob}et y il 

ih'asemble que mon but ne serortpasentierement 

rempli^ si jeoepFenoisdesprecaation&pourqu'un 

tresor amasse avec taut de soios^et a ^grands 

frais y ne tiki m vendunidispepseapres ma mort, 

mais qu'ilJ%Lt place y pendant que j'existe encore , 

dans que^ue lieu s^r et>coniinode^ et jconserve 

precieufsen^nt pourll'ut^iteicoBaittuite des amis 

ties lettres grecques et latines y .••^. :etc. 3> 

Le reste de cette iettre ne redferme que des 
cotnplimens pour 4e ©oge et le:Senat de Venise 
a qui ilfaft doii4e sa bibliotbeque. La somscrip- 
ticmporte : tc^iterbi, vf iij9R.77iaiaf i(4'mai i^^S). 
BcsSARiO <:ardinaUsp pa;triaPDha ^Constanttinopo" 
iitanus^ BasUiece Seofti Stkroi f^enetiis dica^it. )> 
"Bessarion-memTut-en i47^» 

On yoitpar eette^lettreqaielie^toidapassioofAe 
ce Cardinal pour les livres. Ava&t lui , Richard 
de Buri , eriSque de^urkam , mort^en i345 , iuc 
s'etoit pas rendu moins ceiebre par cette noble 
passion. On conncftt -son PhUohiblion ou Traite 
det'amour etduiflioix des livres, qui parvit d'a- 
l)ordaCcflogne , en ^473 , in-4^ 5 piAsa Spire, en 
i4B3 , aussi w-4°. Tabricius attribue col ouvi:age 
au dominicain Holkot ; qupi qu'il en soit > on j 



represehte les livres comme etant )es meilleiirs 
precepteursque nous puissions avoir ^ et Tauteur 
s^exprime ainsi : cc Hi sunt magistri qui nas iiu- 
truunt^ sine virgis et feruUs, sine cholera , sine '• ^ ^ 
pecunid / si CLccedis , non dorr^iunt ; si inquiris ^ 
non se abscondunt^ nan obmurmurant, si oberresf / 
cachinnos nesciunt, si ignores , ^ JKous pourrions i 
encore rapporter plusieurs eloges des livres a 
cette epoque (i) j mais il est temps d'arriver a ua 



(i) Eotre autres celui de Lucas de t^enna (qne ron titmve dans 
te PolyhUtor de MorhofF, liv, i y chap. 3 ) par lequel nous finirona 
les eloges en latin : « Liber y dit-il, est lumen cordis y speculum 
corporis y Tirtutum magister, vitiorum depulsor^ corona pruden* 
tiom , comes itineris y domesticus amicfis , congerro|acentis» college 
et consiliariua prtesidentis , myrothecium eloquentiee ^ hortus ple« 
mu frnctibna, pratum floribus distinctum, memorie peuus, yita 
tecordationis ; Tocatns properat y jussus festinat , semper pnestd 
est, nunquam non morigerus , rogatusconfestUn resppndet , arcann 
veveltit y obscnra illustrat , ambigua certiorat , perpleza resqlyit ; 
dmtra adyersam fortunam defensor y secunda moderator 9 opei 
idkHiget, jactoram propulsat y etc. y etc. » 

l*f ons ajooterons que beaucoup d*^criyains modemes ont aossi 
haX P^loge des livres. Ce sont k pen pr^s les m^mes id^es qu« 
ceUes^uonc^ dans les ^riyains pr^^emment cit^s; cependant 
tioos croyons pouveir rapporter nn de ces Eloges modertoes : « Qui 
ii*aime , dit Taut^ur , k trouyer dans les liyres des conseillers uti- 
les, toa)oors prdts k nous instruire; des amis complaisans toujonrft 
empresses ^ nous plaire ; des maitres dont ia s^verit^ m^me u'est 
pas sans indulgence y et que leurs disciples peuyent visiter sans 
trainte, ecouter sans rougir et quitter sans bumeur? Trop souvent 
fcannie des cercles et das cours y la sinc^rite trouve un asile dans 
ane page dcrite avec uue sage liberty ; et les verity que la flattena 
cacbe auxmonarques sasont r«fugiees daus les livres. La m^oii« 



XXXVI DISCOXJRS PRJ^LIMINAIRE. 

^venement qui a ete pour la propagation des 
lettres ce que la decouverte des deux Indes a ete 
pour celle dii commerce. 

Si^ comme nous Tavons dit^ la decouverte de 
Fecriturt a eu la plus grande influence sur les 
progres de la civilisation et m^me sur les agre- 
mens dela societe, combien cette influence a ete 
augmentee par une decouverte moderne qui est 
d'autant plusinteressante qu*elledecoule de cette 
premiere ! On voit que nous voulons parler de 
I'imprimerie (i) , qui dans le fpnd n*est autre 
chose qu'une espece d'ecriture mecanique dont 



y puise ses richesses , et ^esprit son aliment. G*est lii que le genie 
rencontre Fetincelle ou se rallumeut ses flammes assoapies ; Ik 
qn^une ame generense , quand la sagesse peut-etre nVst ailleurt 
qu^uu fantume y pent embrasser du moins dans le portrait d^ua 
grand holkime, Pauguste image de la vertu. L'univers est gouvem^ 
par les livres. Interpretes des dogmes retigieux , ils instruisent la 
terre k reverer son Auteur; depositaires des lois, ils assureut par 
ellcs le rcpos des falbilles ; les nations leur doivent la plus belle 
moiti^ de leur bonheur et de leur gloire. » ( Db Gderlk. ) 

(i) U est assez surprenant que les anciens n*aieut pas conntt 
Vimprimerie , eux qui Font presque touchee au doigt ; car ils 
avoientdes caracteres alphabetiques en relief, fondus soit en fer 
soit en airain y dont ils se servoient pour marquer des Tases en 
terre et autres usteosiles. \\ existe au museum de Portici une boite 
remplie de ces sortes de caracteres anciens, trouves k Herculannm* 
Comment avec de telles donnees n*a-t-ou pas eu I'idee de la pos- 
sibilite dUmprimer? 

La decouverte de Fi/nprimerie en Europe n'a eu lieu que dant 
le XV« siccle. Jean Gutenberg, ne k Mayencc vers 1400, eu a fait 
€U secret les premiers essais k Strasbourg , vers i436 ; mais cet 



DISCOTTRS PRlgUMINAlRE. xxxvii 

ies caracteres parfaitement uniformes sont plus 
reguliers et mieux disposes. 

II n'est plus ici question d'une esquisse legere 
et unique ^ que la main trace lentenient ^ et par 
le moyen de laquelle elle peint aux yeuxles idees 
successivement et a mesure qu'elles se presen- 
tent J il s'agit d'une masse ^mposante de metal 
dont Ies particules sont rangees par une main 
etrangere dans un ordre convenable ^ et qui y dans 
un clin d'oeil ^ fait jaillir sur le papier un tableau 
de mille, deux mille ^ trois mille idees a la fois ^ 
que vous avez la faculte de renouveler a Tins- 



cssais pannssent n'avoir offert quelqaes T^ltats satisfaisans 
qo'apr^ le retoar de Gutenberg k Mayence, en 144^ 9 ou il a*oc- 
cupa toujoors d^imprimerie. On pense qu'il pent avoir fait, de 
1445 k i45o 9 trois editions de la grammaire de Donat , dont on a 
4n>aTi6 des fragmens k Mayence. En ]45o, il s'associa avec Faust 
ou Fust pour rimpression de la bible. Cette bible a du etre impri- 
mie de 14^ k i455 , ann^e ou la society a 4le dissoute. Faust prit 
a?ec lui Pierre SchoefTer , tres bon ouvrier qui perfectionna la 
fonte des caracteres. Bien n'est plus beau que son Psautier de 
iJ^ypet, in^Jblio, Gutenberg est mort en 1468. 

L'imprimerie a, dit'on, ^t^ decouverte k la Cbine sous Ming- 
■Tiongy Fan 927 de J.-C. ; mais Fart d'imprimer des Chinois ue 
consute que dans la gravure en relief de lenr Venture , k cause 
de Tezcessive quantity de leurs caracteres (80,000) ; et nous qui 
&*en avous que 249 nous u*en trouvons pas moins le moyen d*e:(« 
primer assez fecilement uos idees. II est vrai que le mathdmati- 
den Tacquet a calcule €[ue par la transposition des lettres de no- 
tre alphabet, on poovoit trouyer un certain nombre dc combinai- 
IDns qu'il ne porte qu*k 620,44^,4^1 >7^^)^9«4^9»^^^»^9^» cepen- 
iuA la lasgue fran^aise ne possede gu^res plus de Sa^ooo mots. 



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XVXVITX DISCOURS PRiLIMINAIRE. 

tant et autant de fois que bon yous semble. YoiU 
en quoi Tart de rimprimerie est admirable ; c'esi 
I'avahtage qu'il a stir Tccriture de multiplier les 
copies ayec une ^tonnante rapidite (i) ; et c^est 
cette facilite de centupler en peu de temps les 
exemplaires d'lin livre qui ^ en repandant davan^ 
lage les lumieres^ en popularisant r^tude^en 
Augmentant les relations entre les difFerentes 



. (i) Deux oayrien k la presse peuyent tirer 2000 feuilles par 
' |Our ; qu« Ton compare cette promptitude au temps qu'eraployoient 

\ les copistes avant le XV« si^cle. li existoit dans la bibllotheque 

des O^lestitis de Paris ^ uh bel exemplaire des Canons de Gro* 
\ tien , manuscrit ; le copiste a uote quUl avoit employ^ vingt-an 

\ mois k r^crire : sur ce pied , il faudroit dix-sept cent cinqaante 

ans k trois kommes pour faire troSs mille etem^lairies da mhson 
oaVrage; et au moyen de rimprimerie » ces troia mitte texemplai- 
res peuyeut etre achev^s par le meme nombre d^hommes es moina 
d.*un an. Cest ce quVxprime le yers suivant , tir^ d'un sixain de 
Jean Ant. Campahus, mis au bas de Tedition qu^Udalriccw Gallas 
a donn^ de Tite-Live) ea 14^6 : 

Imprimit ille die, qnaotiim non scrUntnr aaao*. 
Laurent Valla a ainsi rendu ki mSme pens^ t 

£t qaod vix tot6 quisqaim pmseriberbt anno 
Manere g«miano oonficit una dies* 

^ous avons dit plus hieiut que d%ux ouvriers peuyiilit titer 2000 
feuiites par jour ; d'dpt^s ufiie nduVelle presse invent^ derniere- 
stketet k Erfurt, par M. HeUfar^ , imprimenr , on petit, dil Tauteur y 
imiHrittier jasqu*k bnit feuilles eh forme k la (bis, et Ton aura eft 
doti2e lienk*es, de ^haqne feuill^ 7,000 ^preu^s , et par consuSqueiA 
des buit feuilles 56,ooo exempMres imprimeis deb deux c6t^8. iJa. 
machine est facilement mise ^h mbiiVemeat ]par un ch^al , et trois 
hommes suffisent podt mMtr^ le papier sur le cbassis M pour Teh 
^ter. Sans arr^er 1« machine, les formes imprim^es sie de^laceol 
d'eilc8-m^mes,«t les avtresAeremeltent en places ^ ' 



B!SC0T7RS PRiLnilNAIRE. 

classes de la societe y a pour ainsi dire change la 
face de FEurope. Ce seroit un ouvrage bien in- 
teressant que celui qui nous presenteroit Fhis^ 
toire bien faite dies r^saltatts de cette decouveite 
sous toti^ ses rapports. Maisiei nous ne pouTons 
I'enyisager que cemmeayant fek prendre un nou-* 
vel essor aux lettres. Ce n'est eependaspt pas , 
eomme nous Tavons vu y que leur renaissance 
ait attendu Tinvention de Gutenberg j le feu sa- 
cre, ralluine depuis plus d*un siecle , jetoit deja 
un certain eclat; mais il prit une nouvelle acti- 
vite y plus prompte , plus vive , d'abord par 1^ 
moyen de rimprimerie qui<^ en rendant les livres 
plus communs y en diminua la cherte et les mi^ 
a la portee de tout le monde {i) y et ensuite par 



(i) C'est ce qne proaveoi ces yen qja?^ liaoifc k la fia d*oii yieui^ 
Xaxholicon imprim^ ^ Rouen «a i499« 

TiBgere dispotitis ehsrtu qiiiciBiq«« metiBii 

Cflepit* flt intignu tdidit Mmnotuv 
Mtfrourio giBitom Mtcu , gsBiliiM. Miaarri » 

PrKdatns. sBthcroM s«itiin« aMBli* trat. 
Copia libromm capidis modo ran latinia 
. Com foaet, aiupieiu illioi anpla ▼•nil. 
Improbiu inniuneru libraxiiu ante talentic 

Qaod dabat, axigaA onnc stipe yendit opsf, 
Historas yenAre Titi , se Plinias omni 

» 

GyttBafio jactant , Tnllios atqne Iff aro. 
UnHum opoi , o aostri felicem tempqris artamt 

Celat ia areaiko bHiliotiieea ntn. 
-4|NMni fliodo rex, qsemr f\x princepemodb ram habebat , ' 

. Qbit^^ abi libnim panpet babere pateen 

€« Ten me mmi ftmnw par Qdbfiei If andi. T. fes Mimoires 



XL DISCOtJRS PRjSXIMmAIRE. 

deux causes qui coiociderent avec celte decou- 
verte pour propager le goAt des lettres : ce fut la 
prise de Constautinople ^ en i453> qui fitrefluer 
en £uropebeaucoup de Grecs instruits j puisFeta- 
Uissement des posies ( par Louis XI^ en i464)> 
qui facilita les correspondances si rares et si dif-* 
ficiles auparavant. On pent y ajouter les papete- 
ries qui depuis uu siecle s'etoient deja hien mul^ 
tipliees (i). 

4e Comines, Mition de Braxellesy 1723, 5voh in-Z^^ tom«I|I| 
page 124' On trouve dans le m^me volumci page 102 ^ les vers fral^'* 
f ais fiuiyaus, relatif^ au m^me stijet : 

J'ai va grand'mahitodt 

De livres imprimez , 

Pour tirer en estude 

Poores mal argentezt 

Par ces noavelles modes 

Aura maint escolier, 

B^erets , bibles et codes , 

Sans grand argent bailler. 

Ces yen sont tir^s du recueil de J. Molinet , p6€te da XV* 
fii^cle, sur les merveilles arriv^es de son temps. On pent dire em 
effet que ce siecle estJe plus fecond en grandes d^couvertes et ea 
grands evdnemens : I'imprimerie, la prise de Constantinople^ 
Temploi de la boussole sur mer (Capmany la Bxe k i4^3) , I'lisage 
des armes k feu (les mousquets vers i43a, et les bombes en 14^0)^ 
la dccouverte de PAmerique^ F^tablissement des postes, la pein- 
ture k Thuile, la gravure au burin, les cartes geographiques, etc., 
etc., etc.; tout cela appartiont au XVe siecle. 

(1) C'est sous le r^gne de Philippe de Valois , vers i34o, que les 
manufactures de papier s^etablirent en France. Les premieres 
usines furent celles de Troyes et d*£ssone. Avant cette epoque, on 
tiroit le papier de la Lombardie; mais bieut6t il s^en fabriqua en 
BoUftode , k G^nes et dans plusieurs provinces de France. Les JKol* 



MSCOTIRS PRifeLIMINAIRE. XLI 

Quant a rimprimerie, jamais devise ne lui a 
mieux convenu que celle de crescit eundo : un 
siecle etoit a peine ecoule depuis cette decou- 
verte (en i436), que, malgre les tAtonnemens 
el les lenteurs inseparables des premiers essais 
d'un art et surtout d'un art aussi complique f 
plus de quarante-deux mille editions etoient deja 
repandues tant en AUemagne qu'en Italie y en 
France , etc, j et des-lors , c'est-a-dire , dans les 
trois siecles suivans , les presses et leurs produits 
se sont multiplies dans une telle progression , qu'il 
est impossible de la determiner. (Voy. la note, 
pag. %yZ et ^ de notre 1^^ vol, ) Ne soyons done 
passurpris si le goAt des lettreset des livres a pris 
un accroissement proportionne aux ressources 
que ce nouvel art lui a offertes. 

Mais si d'un c6te Ton pouvoit se feliciter de 
ce que Tart typographique avoit promptement 
remedic a la disette des livres en donnant aux 
chefs-d*oeuvre de la litterature classique et a tant 
d'autres bons ouvrages une nouvelle vie qui de- 



landais surtout en firent un objet capital d^indnstrie, et excell^- 
rent dans I'art de le coller. Aa XVI« siecle> les Anglais tiroient en- 
core leur papier de Tetranger , puisque leur premiere manufacture 
etablie k Hertford pour la fabrication- du papier gris, date de i538 ; 
et la premiere pour le papier k ^crire , ou d*impression , est de 
1690. Avant cette ^yoqne , Timportation de cet article coutoit k 
I'Angleterre 100,000 liv. sterl. ( 2,400,000 if. ) , quails faisoient pafl«> 
KBT to France et en Hojlande, 



XLli DlSCOtmS PRiLIMINAIKE. 

sormais n'avoit phis a craindre Fin jure des temps ^ 
d'un autre c6te cm ne tarda pas a s'aperceroir 
que la fecondite de c^e bel art devint telle qu'a lai 
rarete succeda Inentdt xme snFabondance qtdn'e^ 
toit pas moins defdorable. 

La presse est une puissance active y forte ; 
mais ayeugle^ qui accueille indistinctement tout 
ce qu'on lui presente ^ et qui ^ si on ne lui im« 
pose un frein y propage afvec une egale indifFe^ 
rence et une egale profusion , la verite comme 
Terreur , les preceptes de la morale comme les 
exces de la licence y les productions du genie 
comme les fiivolites du bel esprit. D*apres cela^ 
comment s^etonner si , n'ayant pas toujours ete 
retenue dans les homes d*une juste liberte (i), 



(i) La censare n*a jamais prodait toas les effets qae 8*en pro- 

nettoieat ceax qui Font ^taMie , soit parce qa'«ll» n*a pas exists 

constamment et simultan^ment daus toos les pays oh Fart typo«« 

graphiqae s'exercoit, soit parce qa*on a toujours trouv^ mille 

moyens de lai ^chapper, mtee dans les pays oh les lois ^toient I^ 

plus s^v^res. L'^tablissement de la censure en general remonte tres 

baut, surtout en France; elle fut d'abord attribuee k Tuniversit^ 

de Paris; on trouve des statuts de ce corps sous la date de i323, de 

i343) de i4o3, qui portent que les EcHvains de Uvres (rimpri* 

merie n'existoit pas encore), n*en pourront communiquer aucun^ 

fioit par Yeute soit par louage, qu'il n*ait M aaparavant examine, 

approuT^ et corrig^ par I'universit^. Cependant le premier livre 

imprim^ sur lequel on trouve des traces de correction et d'appro-* 

hation, n*a pas ^t^ pabli^ en France ; c'est \v ^etri Nigri tractatu^ 

contra perfidiam JudcBorum , Eslingen , Fyner de Gerhussen ^ 

1475, ifi'folio, U porte qu*il a 6i6 corrig^ et approuv^ par Tiv^vw 



DISCOURS PR]S:LTMINAIRC. xliii 

la pres^ a multiptie les livres en lous genres 
d'une maniere aussi rapide qu'effrayanle ? 
Comment s'etonner si , aux bons cuy rages que 
reclamoient les besoins de rinstruction relv- 
gietlse y morale et litteraire , et les progres suo 
ce8si£s de la saine litterature^ des sciences et des 



de Katisbonne. CVst aassi le premier livre oil Foil voit poor la 

premie fois du caractire h^faralqiie. La r^formatimi de Liith«r 

causa tant de d^sotdre en France dans le XVI* si^le, que Charles 

IX y par son 4dii da lo teptembre i563y ordonna que celui qui 

anroit public nn Uvre sans avoir oblenn nn privilege scell^ dn 

grand sceyn , etc. , seroit pendn et ^rangl^ ; il fat r^^ par le m^me 

^t qa'on n'imprimeroit aocon Uvre sor la religion y sans avoir 

obtenu aaparavant Tapinrobation des docteurs de Sorbonne. Vn 

pfemier ^tt da mime roi Charles IX , da 17 Janvier i56t , portoit 

poor pareils d^^lits y peine du foaet poar la premiere fois , et peine 

de la vie en cas de r^cidive. Qaant aux livres qoi ne traitent 

pas de mati^res de Religion y il parolt que dans le prindpe lei 

maltres des rtqnHH ont ea 16 pontoir de les examiner ^ etqa'ila 

Vo&t conserve jusqa'an r^e de Henri IV. £n 16049 Louis XIII 

par kttrcs patentee <Hablit qaatre doctenrs de Sorbonne , comme 

censeurs des livres ; mais ili n'accept^ut pas , parce que cela 

caosa beaucoup de trooble dans la' faculty. Alors le roi y par on 

autre Mit de 1639 y donna pouvoir au chancelier du au garde des 

iceaox de commettre telle personne qu*il verra ^tre d fdire selon 

lesujet et la, matiire des livres^ pour les lire ^ examiner et ap^ 

prouper s'il est nicessaire. D^^lors le chancelier ou le garde des 

iceaux* choisirent eux«mdmes soit des docteurs, soit des laiques, 

pouc lire et approuver les livres. Eafin arriva r^tablissemeot des cen* 

sears royaux en titre, tant k Paris que dans les provinces, mais 

toujoors k la nomination du chancelier. AIxmts le manuscrit d*ua 

ounvge ^toit remis au censor par Tautenr lui-m^e, et le ceii- 

senr le rendoit k Tauteur apris I'avoir approuv^ ; mais vers la (in 

de 171^1 M. Le Gamaf de P^euYilley directeur de la librairie, cnw 



N 



XLIV BISCOTJRS PR^LIMINAIIIE. 

arts^ on a vu s'amalgamer ^ soil dans Toml^re^ 
soil au grand jour, des productions dangereu— 
6es y fruits ou de la corruption du coeur au milieia. 
du luxe et de I'aisance dans les temps de paix ^ 
ou de Fesprit de parti toujours inseparable des 
gi^andes dissentions religieuses ou des revolu- 
tions politiques (i) ? 



ddnna que les manusciits lui seroient remis k lui'inSme , qu*S 
designeroit un censeur , et qii'ensuite le manuscrit lui seroit reO' 
voy^ , et retnis k I'auteur s^il y avoit lieu. C*est ce qui s'est assee 
observe jusqu*k la Revolution , epoque ou la censure , qui , depuis- 
Itt^n des annees , n'^toit plus que de forme y a ^t^ supprimee. 

Kous ne parlons point ici des Index ou catalogues de . livres 
d^fendusy parce quails n'ont presque point eu lieu en France. Le 
premier a ete, dit-on ^compose par Tlnquisition d^E^agne et pu- 
Mi^ par ordre de Philippe II y en i56()\ cela est faux. U en exis- 
toit d^jk un de Louvain, en i55oy approuve par Charles-Quint; 
eton en connoit un de Venisey de i543« V* sur les Index , uotre 
Dictionnaire des livres condamnis aufeu, torn. 1 9 p. a53-a68. 

(i) Quand on compare la nature des revolutions qui out pr^- 
t&dii le XV* si^cle y avec la marche et les r^sultats de celles qui 
Tont suivi y on ne pent 8*emp£cher d*y trouver une difference no- 
table ; et nous ne doutons pas que cette diffi6rence ne soit due k 
la presse y qui y entre les mains de tous ceux qui ont foment^ 
des revolutions depuistrois siecles, a et^ un nouveau et puissant 
levier pour soulever au loin toutes les passions. C*est des commen- 
cemens du seizieme siecle que dat6 cet esprit d* agitation et de 
trouble qui n*a cesse de tourmenter FEurope y soit sourdement 
8oit ouvertement jusqu'k ce jour. Vers ,i5i6 , Luther y imbu des 
principes de J. Hus , levant publiquement r^tendard de la re- 
volte contre Vautorite poutificale, parvieut k arracher du sein de 
r^glise catholique, des peuples dont il a flatt^ les passions et des 
princes qui y ont trouv^ leur inter^t; et bientdt PEurope est en 
feu; le christiaiuisme est ebranlej usque dansses fondemeus, ^t deift 



t)ISCOTtR^ PRl^IMmAiRiB. xcf 

Ce n'est pas d^aujourd'hui que Ton s'est 
plaint 9 Hon seulementde la qiiantite excessive 
ides livres , mais encore de la nature de cer* 
tains ouvrages. Erasme ^ cet esprit si univer^ 
sel 9 si fin ^ si profond y disoit deja de son temps 
(80 ans apres la decouverte de Gutenberg) : (1) 
cc Les imprimeurs remplissent le monde de li- 
belles 9 je ne dirai pas inutiles tels que peuvent 



Bota de Bang coulent de toutoi parts au npm de la Religion. Vn pea 
plus tard , la ligue , sous le m^me masque , attaque I'autorit^ 
iroyale y et Henri IH p^rit sous le fer de J. Clement , et le bon 
Henri sous celui de Rayaillac. Chez nos voisins, un fauatisme de 
lausse liberty arme des s^ditieux contre la m^me autorit^ ; et 
Qromwel , leur chef, fait tomber sur Techafaud la t^te de soa 
roi. Anx menrtres de Henri III et'de Henri IV avoicnt succ^de la 
lermet^ de Richelieu et la grandeur de Louis XIV ; mais la r^* 
geuce y en rellchant les moeurs , laiase germer de nouyeaux princi- 
pes 9 qui, minant sourdement I'autel et le tr6ne, appellent une 
revolution : elle ^late, et Louis XVI, le plus vertueux des horn- 
mes, p6it sous le fer des bourreaux ; et Pie VI, te plus venerable 
dea pontifes , meurt prisonnier k Valence. Quand on consid^re 
ayec attention le caractire particnlier des revolutions dont nous 
venons de parler , on ne doute plus que la presse n*ait eu sur cha- 
cane d^elles une influence proportiounee k ses progres et k la U« 
Lerte dont elle a joui. 

(1)0 Implent typographi mundum libellis , non jam dicam , 
nogalibus, quales ego forsitan scriboi sed ineptis, indoctis , male* 
dids, famosis, rabiosis, impiis ac seditiosis ; et horum turba fin-^ 
cit, ut frugiferis etiam libellis suus pereat fructus. Proyolant qui- 
dam absque titulis, aut titulis , quod est sccleratius, fictis. Depre* 
heusi respondent : Betur und^ alam familiam , desinam t«le< 
libellos excudere. » (Erasmus, in explicatione proyerbii JP«f^li«i 
U/ud, qued est pri^iuBa ceaturi« prima, cbyliadisa.) 



^fttre ceux que j'ecris , mals de libelles insenS^s 
^norans y madisans y diffamatoires y furieux 
knpies et sediiieux j leur multitude empeche d( 
profiter de la lecture des bons livres. Quelques- 
tins de ces ouvrages paroisseot sans titre^ ou^ c( 
qui est plus scelerat, sous des titres supposes. Si 

Ton decouvre rimprimeur et qu'on Tarr^te , il 

H coutume de repondre pour s'excuser : <Ju*oii^ 
me donne de quol nourrir ma famille , je cesse — 
rai d'imprimer de ces libelles. » 

Erasnie y s'il revenoit parmi uous y parleroit-iL 
autrement ? Et si 1- on considere les progres inouis^ 
que , depths son temps , on a faits dans le genre 
qui excicoit sa bile y I'indignation U*auroitrelle 
pas le droit de s'exprimer avec plus d*energie 
encore ? Au re^te y que gagneroit-<>|i a deplorer 
des abus et a combattre des passions que les ob- 
servations de la raispn et de la justice ne font 
qu'irriter, etqui ne peuvent^tre comprimeesque 
par la ferme volonte du pouvoir , ou m^me par 
Jes seuls reglemep^ de Ja police , mai^ de cett^ 
police severe qui ne doit pas plus permettre I'e- 
mission de pajnphlets licencieux , injurieiix et 
seditieux y .qu'ell^ ns p^rm^et le libr^ comm^ro^ 
des poignards et du poison , souvent moins dan- 
gereux que cerl^oi^s ouvrages ? 
Ik Mais n'euvisageops lei les livres que sous le 
rapport de leur uombre excessif , nombre qui 



a'accroit chaque jour des nouveautei et des re^ 

impressions que I'activite toujours reBaiisante 

de la presse y ^ute. Quoique le goAt de la 

litterature^ ou pour mieux dire la manie de 

posseder des livres soil repandue dans toutes 

les daases de la societe^ quel est oelui qui 

pourroit se flatter de se reconnoitre et de faire 

iin hon daoix dans oette masse effirayante d'ou-* 

vrages en tons genres ? Supposons pour un ins-* 

lant le plus intr^Mde des bibliophiles place aa 

^^ntre de toutes les richesses litteraires qui 

existent ; desorte qu'il puisse Toir d^un coup 

d'ceH tces vastes dep6ts que la munificence des 

rois met a la dispositioa du piblic (i)^ ces 

riches collections que des amateurs opulens ra»* 

sendaient a grands frais y ces biUiotheques plus 

ou moins nomJ^reuses que i'-on rencon^e dans 

u>ute maisen ^euissaat de quelqu^aisaace^ enfia 

ces innom&raides magasins de librairie ^ entre^ 

p^ts et souf?ent 4:ombe^u de tant d'puvrages 



(i) Celt dans ces ^andea bibliotlik[Ufl8 publicpes que dbrment 
^aaBomm&l painbk et presque'janMif intoorompii, tanide Uvre9 
4oiit i^eiusteiice «st k peine 8pi^9oxw^e pur %g^ plus prpfond3 ^ru- 
dits. M. Henri Hallam dit k ce sujet, dans son JSurope au moyek 
dge , torn. IV, pag. 347 • " LHiistoioe de la liiUrature , comme 
celle du pcuivoir, est pleine de ndycdiAJoiid- ^os iybliptloi/^^ptt'' 
Uiques soot des tombeaux ou gisent des r^putatioQs eteintes; la 
poussi^re qui s'amoncMe sur leurs volumes intacts y parle aus&i 

^lo^uemmeat que Aerbe qui Hotte uxc, les murs de Babykme. «> 



tLVill DISCOURS PRIEXIMtNAAfi!. 

modemes j quelle sera la premiere impipessioh 
qu'^prouvera notre amateur au milieu de ce 
dedale immense? La surprise* A la surprise 
succedera Tembarras du choix , et a cet embarras 
le degoAt j et ce degoAt sera occasionne autant 
par cette excessive surabondance que par la 
crainte, s*il porte la main sur un rayon , d'y 
rencontrer du poison au lieu de I'aliment sain 
qu'il desire. Voila certainement ce qu'eprouve- 
roit tout homme qui ^ connoissant Tetat actuel 
de la litterature universelle, se trouveroit eiir 
presence de tons les livres connus. 

Mais si 9 quittant cette mer sans rivage^ nou^ 
introduisons la meme personne dans un lieir 
circonscrit , ou, par suite d'un triage salutaire i 
seroient reunis les plus beaux genies du nionde^ 
ou Ton ne rencontreroit que des ouvrages avoue^ 
par la Religion et par la morale , que des livresf 
qui, consacres par Tassentiment de tous lei^ 
peuples , par le suffrage des hommes de gout i 
par Tapprobation des gens de bien, fortifient 
Tame , ornent Tesprit , et mettent a Tabri des se- 
ductions de la licence et des atteintes d'uneprc-r 
somption orgueilleusej de ces ecrits, source des 
jouissances les plus pures, qui entretiennent la 
paix du coeur et commandent une bienveillance 
afFectueuse en vers ses semblables j enfm, de cos 
productions substanticlles dont*lc but est de 



|>^auver c|u'il n*j a {>oitit de bonheur individiiet 
feiBS la pratique dela vend etraccomplissement 
de ses devoirs ^ et point de bonheur general san* 
bonhcur petriictilierjil est cei^tam que ramateur 
admU daug ce vrai saaetuaire de« lettres f u*4* 
prouvera m inquietude ^ ni embarras ^ ni degoikt ) 
plein de confianee, il aura la douce satisfaction 
de tf ouver la tout ce qu*il pent desirer , sans 
eraindre des erretirs dangerieuses ou une peniblei. 
totiet^ , i*esi|ltat ordinaire de Texces et de la di-' 
versite des mets. 

C'est Favantage incontestable que doit pre-^ 
senter le triage dont nous venons de parler, qui 
nous a suggere la premiere idee de nous occuper 
d*un traite du choix des livres j les observation^ 
suivantesnous out entierement determine. Pres- 
que tons les bx^mthes dans I'etat actuel de la 
iociete , nOti$ Sotniiies-nous dit , oiitune maniere 
de sentir ^ de penser et d'agir, moins d'apres Te- 
dncatioxi et Tinstruction ptimitive cpi'ils out 
recues, que d^apresles lecturesdont cbaque jour 
ils nonrrissent leur esprit (i) j ainsi les livres 

■ I !■ il l I 'l l I ■ T If I I i> I Ill - T i m ' 

(i) n seroit difiiciie d'expfiiiier combien est ^roihpte et ddii^ 
get^Q^e rinftnence d*1lii toauVais livre , d^un livre licencieiix sut 
tnietmehbmvae , quetle qo^dt ete son education etde quels hoha 
prmdpe3 que son ^rlt alt efe piiMitiveiiiclItt ii!ibu« Le poi$ou 
est pr^par^ avec tant d^art , on le read si s^duisant qu'il est cer-' 
taiu que sur jnille jeunes gens qui ont Fimprudonce de ne pas le 

1. d 



2. PISCOURS PR^LTMINAtRE. 

ont la plufi grande influence sur lent go4t ^ mf 
leurs opinions et 6ur leur oonduite* Mais les 
livres sont excessivement abondans^ et lapresse^ 
surtout d^puis quelques annees > assaillie par 



\m I fc— — ^— — — — i— ^>i 



tejeter aussitM qu'on leleur presente, k pein&qaatre 2i dn^r^-* • 
terotat k ses terribles eilets. Jamais Ics examples n'eii out eUplos 
fr^uens que de noa jours; nous ue miUiqooiis cependant pas de 
pr^servatifs contre an aussi grand danger. Nous ayons le discooff 
postliame de Massillon sur les mauTaises lectures, le ditcoonde 
M. de Boulogne sur les knauvais liyres, celni de M. Fabb^ Fayet, 
le traitd de la lecture par dom Jamin , ben^ctin, etc. Nous igno- 
tons si le fameux sermon du P. Beauregard, qui a prodmt de n 
grands effefcs avaut la Revolution, a ^te imprim^; jamais il ne Fa 
pr^ch^ qu^oti ne vit ehsuite plusieurs de set anditeurs venir loi 
apportep quelques-uns de ces instrumens de corruption. 

Le passage suivant , qui a para demierement dans une feoille 
publique, peut trouver sa place ici : « Avons-nous k nous feUd- 
ter , y est-il dit , de TeztrSme abondance des livres? est-elle £eivo- 
Table k la morale et m^me k TinstructionT H est permis d'en doO' 
ter quaud on parcourt cctte fbule d'^crits , les uns frivoles et su- 
perficiels, les autres passionu^ et ddclamateurs, qui, loinderien 
apprendre, ue peuvent servir au conttaire qu*k fausser Fesprit et 
k gaterle coeur. La Religion, la morale, la politique, les princi- 
pes couservateurs de Fordre et de la society , tout est aujourd'hia 
insulte , mcconnu dans des livres , des pamphlets et des feuilles 
p<§riodiques ; ces sortes d'ouvrages sont stales par-tout, et s*offineut 
de tous les cdt^s aux regards d*une ignorance curieuse. TJn« )^- 
nesse confiante sc trouve tout euvironn^e de ces moyens de si- 
dnction; elle rencontre Fcrreur en cherchant la v^rite, et les ge- 
nerations qui s^^l^vent puisant ainsi k des sources empoisonnees- 
et se formant sur des guides trompeurs , accueiUent des thtories 
brillantes etdes principes dangereux, et se pr^parent sans le sa- 
voir des jours aussi funestes an bonheur de Findividu qa*k Fordrc; 
public. i> 



BISCOtJRS i^RtLTMINAIRE. I.I 

toutes les passions , a redouble d'activite (i), et 
n'a pas toujours conserve la mesure que les amia 
de Tordre , de la paix , des mceurs et de la Re- 
ligion y auroient desir^e. De plus^ un mauvais 
ouvrage est plus dangereux et fait plus de mal 
que yingt bons ne sont utiles et ne peuvent faire 
de bien. D'ailleurs y dans le nombre incalcu- 
lable des livres^ il est difficile de faire un cboix 
vraiment bon , si Ton n'a des connoissances lit- 
teraires assez ^tendues pour juger du merite des 






(i) C*€8t nnrtoot depuis 1817 qae cette activity a pris an grand 
accroiasement, eomme on peut 8*en convaincre en-fetant on coup 
d'ceil snr le taMean siiiYant , pr^sentaut le montatit des annonces 
de libndiie et d'infprimerie qui ont en lien en France chaquo 
ttiB^y ik partir de 1814 : . 



£ni8i4 • • 9547 annoQcef. 


£n 1819 . . 4^8 annonces. 


i8i5 . . 33^ id. 


1820 . . 4881 id. 


1816 . . 3763 id. 


18a 1 . . 5499 id. 


1817 . . 4a37 id. 


182a . . 58a4 id. 


i«i8 . .4837 id. 


i8a3 . . 



Ces r^raHats sont tir^s dn Journal officiel de Pimprimerie et de 

la KtHnairie , r^g^ avec beaacoup de soin par M. Beuchot. Noua 

fcfons remarquer qu*ou peut retrancher de oes diff<^rens nombrea 

plus des cinq donzl^mes , si I'on yeut avoir approximativement le 

lumibre des ouvrages proprement dits, qui out ^t^ publics , parce 

qaVm ne pent pas cbnsid^rer conime ouvrages les prospectus, 

dmanacfas 9 factnmsy catalogues officinauxy bluettes, etc., qui 

cependant ont leur n.« dans le Journal , et font partie des nom- 

Itres qui composent le tableau ci-dessus. Mais nous ajouterons que 

oepuis quolques ann^es il se fait dans plusieurs viHes des r^m- 

fresrioDSy surtout d'ouvrages de d^voUou, saus declarations. Si 

les d^arations avoient en lieu , les tableaux ci-dessus seroieut 

tscore plus confid^blet. 



2JI DISCOURS PRELIMmAIRE. 

ouvragcs y et dcs connoissanccs bibliographiqneiv 
pour apprecier les editions (x). Gombien nevoHr 

■'■'$■ . ■ ■ * 

(t> Cef deux genrei de <:ooucMis«aee9.pe'8oql ptfles seides qui 
cloiveat caracteriser le yeritable hiblipgraplie pi lui en fautfsnc()i^ 
I)eaucoup d'autres, airisi qu*oii peut le voir dans Particle suivant, 
exlrait de noire JPicUon, raisomii de Bibliologie , iom. T, p.So': 
«i Li biUSograjdiie ^nt la pliu vaste et U pliu nmyerwlle if 
toutes les connoissances hiunaines y tout paroit devoir ilre di 
ressort da bibliography;, les langues, la logique, la critique, la 
{ihiloflophie , Teloquence, 1» g^ographie, la ■chronologie , Tkii- 
toire et la diplomatiqae i|e ilpivcnt point lui ^e ^traiq;ens> 
L^histoire de rimprimerie et des celcbrcs imprimeurs lui est fa- 
niliere, ainsi que toutes les op^tions de l*art typographique. II 
€» est de m^me de tout ee qui constitub le matenwl d'un UvTe» 
comme papier, caraclcres, justiiicatfoo ^ encre, impreasiQa) 
formats, reliiire. |i est sans cesse occupe d^ ouTTiiges des anci<iitf 
et des modern^; il VappUqae k iconupitre; 4aoa seulement piu^ls 
titre et par la forme , mais encore par leor. oont?nu , les hw$ 
i^tiles, rares , curieu^ , manuscrits ou iinprim<^. II passQ sa vie k ks 
analyser^ les classer, les decrire. II chcrch^ cem qui sont indiqu^ 
par les ^crivains jntelligens qui ont su ]e« appr^er. II piircoiut 
les biblioth^ques et les cabinets, pour aqgi|ienler lasomme -de sss 
connoissances ; il etudie parti culierementlfs autenrs qoi ont trait^ 
de la science des livres; il relive leurs erreurs; ii cboisit dansjes 
productions nouvelles ceAes qui sont marquees au coin da g^nie^ 
et qui doivent vivre dans la m^moire des bommes *, il furet^ Icf 
journaux HUcraires, pour se tenir sans cesse au courant des ddcoft- 
vertes de son siecle et Its comparer k celles des si^cles pass^ II 
est avide de tous lea Qtu.vrages qui traitent flcs bibliotbeques, et 
fiurtout des catalogues , lorsqu^ils sont bien fails , bien raisoon^s ^ 
et que Pindication des pfix ajoute k Icnr valcur. £n6u, il • le^ 
yeux continuellement ouverts sur tout ce qui regarde les prodac- 
lions de Tesprit humain, leurs Auteurs, leur publication, leoi; 
sort, c*est-k-dire , qu*on peut le considerer comme une bistoire 
litl^raire vivante : tel est le vrai bibliograpbe. Il doit reunir 
toutes les connoissances dont nous venpas de parler ; cepeudia4 



oisotNJRS vnEmnif AiBE. x.iii 

on pas de gens, dupes da tilre imposamt d*an 

iiyrt oooveaa sottvcMt tres mediocre , oa dn 

duniatanisme deees pfospectos sedtiisans doot 

on Dons inonde tous les jours ^ apprendre a leurs 

(i^peus, mab m^ tard, ais'eo me£er ? Biifin ^ 

quels gindes fluivent la plupan des persouues 

HicertaiBes sur les livres qm'dles Teuieni aoque- 

rir ? Tan%6t c'est un ayeo^ caprioe ^ taaldtc'est 

le premier ^enu quelquefob rnmns instruit quo 

eelui qui le coBSuke , ou kien ce seront des li- 

braires toujours eespresses de vid^er leurs ma- 

gasins ^ et dent , par oetle raison , les conseils 

sont rarement de^nieresses. Eu suivant de pa- 

reils giudesy il n*est pas surpreBant qu'au boni 

de qnelque temps on se trouve une bitdiotheqae 

composee d'uBe mauiere iMzarve^ et queic|uefois 

ilfiuii convcnir qo*an seal honunei quelque longne que l&t n 
cairi^rey oe pouRoit jamni panrenir k devenir uA bibliographQ 
parfaity paice qt^X ftudroit qyn embrttsftt ioutes In aciencesy 
loales le9 ]fni^ef» topa let arlB, diinPilr anmikt tow kioaTra^ef 
^en traitent^Maiss'ilestimpoasiUe^a'imfieal iodividu aequiire 
raiUTenaliti^ des connoissances homainea relatives k la bibliogra- 
^Ine, il en anste beaaciMip cjid ont parefMuo cctte canito atvec If 
plaa-f^sd avaitafe paaiihle y sfit comne aavansi soit oomkna bir 
bliothecaires oa comme amateiurs* De 4:e nombre sont : Photius^ 
Gesoer y Lacfoix da Maine , da Vexdier , ' Naod^ , Lambedus y 
Placdusy MagUabeccbl, Leioog, Ortandi , Fafaricias , Stravins, 
Vogty Nicerony Muttnire, Marcband, Sauus, Dav. Cl^meaty 
Coujety Meeirmati, De Bure, Crevenna, Rive) Mercier, Lnire, 
Panzer , Oberlin; et parmi les vivaus, MM. Van Pract, Brunct^ 
Eenoaani^ Cb. Wein^ Oibdin, Hnbaod; atc.^ etc. , etc. n 



X.,V BISCOURS PB^LDflNAmEi 

plus que bizarre , ou disons plut6t ^ avee hq 
amas de livres ineoherens y et qui ^ s^il est permis 
de se servir de cette expression > hurlent de se 
trouper ensemble. 

Cest done apres avoir fait les reflexions pre- 
cedentes ^ que > pen^tre de I'utilite dont seroit 
tin ouvrage qui pourroit remedier aux inconire- 
niens que nous venons de signaler ^ et consulliant 
jnoins nos forces que notre zele ^' nous nous 
sommes occup^ d'un choix des auteurs qui 
tiennent le premier. rang dans la litterature de 
tons les lig^s et de tons les peuples. Mais comme 
la simple liste de leurs immortels travaux eiU 
sans doute produit peu d'efifet ^ nous avons 
aficompagne notre choix de toutes les observa-* 
tions 9 de tons les raisonnemens ^ de tous les 
jugemens litteraires, de tous les exemples qui 
nous oni paru les plus propresa faire ressortir 
TexceUence des ouvrages que nous indiquons^ 
et a prouver la necessite de s'en tenir a ce9 
inodeles du goiit et de la raison. Nous avons 
particulierement insiste sur les avantages incal^ 
culables que Ton He pent manquer de retirer de 
la lecture des anciens (i), tout en payapt ce- 

# - ■ 

(i) Quoiqu'k chaque page de notre ouvrage nos reGommanda- 
tions k cet ^gard soient des pliui pressantes y nous ne pouvons r^» 
sister k la tentation de les appuyer encore ici de Tautorit^ d'on 
des plu« calibres critiques modemes | qui connoissoit tout le prix 



BISCOXJIlS PR&LI1IIN AIRE. j^y 

pendant an tribut bien legitime aux illustres 
ecriyains modemes qui ne sont devenus leurs 
emules qu'apres les avoir long^temps medites. 

Voici Tordre dans lequel est dispose notre 
travail divise en cinq parties : 



de en flloitras ^eriyaiiiB qiM FmtiqoiU nous a 1^^ tool le htam 
torn de clafltiquea. 

« Cest en lisant let anciens, dit-il, que Ton jnge et que Yon 

foAte mienx les bom modemei qui leor ressemlileiit ; c^est arec 

cnz que le go&t 8*^are et que Fame ^6ihve et se fortifier que le 

aentiraeiit de la ynde gloire et ramour da yrai beau s'accroiflsent 

ct s^afFemiiMeiit. On ne les lit pas assez. Nous avons beaucoup 

^imwmia et pea d'hommes de lettres. Racine, Boileaa, F^^- 

Ion ^tndioient sans cesK Fantiqaite} Voltaire est rempli do 

ai^e d^Aogoste. Quel homme de lettres d*ane classe distiagate 

ii*a pas soayent k se plaindre des injostices de ses contemporainsi 

•MS bienl quPil se r^fugie alors dans le sein de Fantiqait^ ; c'est Ik 

aoa v^table asile. Sidles progr^ da maoyais goAt , les preventions 

^ r ignorance y les noircears de Fenvie, les outrages de la baine, 

fcttent dons son ame ce d^conragement inTolontaire qoi se fait 

jMntir qaelqnefois k ceux qai aiment le plas les beaax-arts , alon 

qu*il revieone viyre ayec Horace » Virgile et Cic^n ; qu^il conyerse 

aiyec ces grandes ames : la sienne retrouyera tout son courage ; et 

^est ayec de paiteils conMres qtf il oabliera ses ennemis. 

m Mais d'ou nalt ce charme qui attacbe dans lears oa- 

^rages et nous y rappelle sans cesse? Qu*est-ce qui soatient en 

«ax ce ton d^^l^ation natarelle qoi ne se dement presqae jamais! 

Oest qne les lettiei ^toient poor eox an besoin de Fame , et non 

pas on metier de conyenance ; c'est qa*ils r^andoient sor le pa^ 

pier des idees et des sentimens qu'ils ne cberchoient pas aillenra 

^'en eox-mteies; c'est qu'ils ont un caract^re qai learappartient 

ct qui donne sa conleur k tout ce qa'ils composeut. Aussi ne yoyez- 

Yoas jamais cbez eux ce melange de tons que Fon remarque aujour- 

dPbui dans ane foole d'auteurs qni ne peuyeat en ayoir un qui 

lenr soit propre. Etc. n (V. La Ha.bpB; Sa<^t. ^ VUcpriL) 



%ri siscouRs piu&Lnnif AIRE; 

La premiere traite de la n^cessite de hire nit 
choix dans rinnoiubrable quantite de hvre$ q^^ 
existent. Nous disons sommairement sur queV^ 
anteurs ce choix doit porter ^et quals aont le^ 
motifs qui doivent le detenniner. En un mot f 
ee sont des observations sur la nature dea ou-* 
vrages les plus propres a former une coUeciiQi^ 
d'une mediocre, etendue, mais^ precieuse sons 1^ 
rapport dugoiit ^ de rinstruction et de ragrer 
ment* 

La seconde partie renferme une notice litte^ 
raire, histbrique et chronolpgique de la predir 
lection que des hommes celebres de tous le^ 
temps out eue pour certains ouvrages ^ avec leis^ 
]ugemens qu'en out portes les meilleurs critir 
ques et lesrecrivains les plus distingu^s. Cette 
notice est ^ropre non-seulement a faciliter la 
connoissance des chefs-d'oeuvre de la litterature 
ancienne et modeme , mais a prouver que pres-^ 
que tous les grands hommes se sont formes p^c 
la lecture de peu de volumes : il est vrai que ces 
volumes ^toient presque toujoiirs du meilleur 
choix, et qu'ils etoient Lus et relus.avec:ratten-r 
tion la plus soutenue. Multum legere, non 
mudta y etoit la devise de ces hommes celebres ^ 
comme elle doit ^tre celle de quiconque veut 
acquerir une solide instruction. 

Ita troisieme partie se compose d'une notice 



DISCOUBS mtLTMUfAIRE. xTIt 

indicative raisonnee, iioii*-seiilement des meil<^ 
^kurs ouvrages paitiek des plus grands ecrivains , 
"anais encore des morceaux-les plus saillans de 
leurs chefs^'ceuvre. Elle convient a ceux qui 
^nremlent epurerleur goiit^ en se penetrant parti- 
-4;aiieremeut de la quintessence des chefs«d*ceu- 
-vre litleraires.. 

lia quatrieme partie est un memorial biblio*- 
grapluqoe^ range par ordre dematieres selon le 
eystdrae generalement adople% C'est une liste 
raisonnee des editions les plus correctes y les 
plus bdiles d'un. nond>re assortide bons ouyra^ 
^es^ mais particuUerement des chefs-d-oeuvre de 
la litierature sacree , grecque^ latine , francaise 
«t etrangere. Nous avpns eu soin d*indiquer les 
meilleures editions des textes les. plus purs ^ et 
«nsuite des traductions les plus recommandables 
des ouvrages andens ou etrangers. Les editions 
de eliaque auteur sont rangees suivant les for- 
mats j et quand il y en a pluueurs du m^me y 
nous lea placons par ordre dedate^ de sorte 
qu'en reunissant tons les ouvrages d'un format 
uniforme dans des armoires ou sur des tablettes 
separ^ ^ et les ratigeant dans I'ordre que nous 
avoos sui^, s'en tiendroitoon a uneseule edition 
pour chaque auteur , on aura sa bibliotheque 
dass^e selon le meilleur syst^m^ -bibliographic 
qoe* Nous devons prevenir que nous avons fait 



j;^in BISCOURS PRiumNAIRE. 

unleger changement a la partie de la poesie.'Xie^ 
poemes epiques et les ouvrages dramatiques te^ 
nam un rang distingue dans cette partie y nou^ 
les avons places aussitdt apres la poetique et le^ 
collections y de sorte quails sont en t^te des poe^ 
■sies en tons genres* Nous dirons encore que 1^- 
nature de notre travail ne nous a pas penuis d^ 
desccindre des principales branches de Tarbr^ 
hibliographique jusqu'a ses plus petits rameaux* 

La cinquieme partie ofifre un essai sur Teta-^ 
hlissement materiel d'une bibliotheque^ sur sois^ 
emplacement 9 sa construction^ sa division; sur 
le format des livres , leur reliAre y leur arrange- 
ment y et le soin que Ton doit prendre, de le9 
preserver de Thumidite^ de la poussiere, de^ 
insec tes y etc • y etc • 

Une table generale des matieres termii^e Tou^ 
vrage. 

Tel est le plan que nous avons adopte. Nous 
l^e pouvons mentionner ici une infinite de de- 
tails accessoires repandus dans les differentes 
parties de notre travail ; mais npus avons fait en 
sorte que tout^ jusqu'aux moindres articles, 
tendlt au mSme but y qui est d'engager tout ama- 
teur de livres a s'attacher principalement a ce 
qu*il y a de meilleur , c'est-a-dire y a ces ouvra- 
ges du premier merite qui reunissent tous les 
suffrages y quelle que soit la difference de goiit 



et d'opinions. Nous disons principalemeUt ^ car 

notts sommes bien ^Idigne de proscrire tons lea 

ouvrages dont noud he parlons pas dans notre 

memorial. Si nouS nous sommes borne a Pes- 

.sentiel > nous n'en conyenons pas moins que 

parmi les auteurs du second et du troi^ieme or« 

dre ^ il en est d'estimables dont les travaux re- 

gagnent en utilite ce qui leur manque en merite 

litteraire. U y auroit injustice a leur interdire 

Tentree d'une bibliotheque^ mdme choisie; et 

deplus^ nous ne disconviendrons pas qu'il nous 

est arrive d'en citer plusieurs. Les seuls liyres 

que Ton doit proscrire sont ceux qui attaquent 

la Religion y qui blessent les mceurs , qui tendent 

a troubler I'Etat^ et ceux que la futilite du su jet 

ou le mauvais' style rendent au moins inutiles; 

le reste pent i^tre accueUli avec plus ou moins 

d'empresseinent. D'ailleurs ^ on sait que grossir 

son tr^sor est) pour celui qui a le goiit des li- 

Tres^ un desir , un besoin , une occupation de 

tons les instans y et qu'il ne seroit pas facile de 

le orconscrire dans un cercle trop etroit. Malgre 

cela y nous persistons dans I'opinion qu'une 

collection bomee aux ouvrages capitaux sera 

toujours preferable a toute autre. C'est ce que 

nous avons t^cbe! de demontrer dans Tou- 

vrage que nous publions. Heureux si nous pou- 

Tons convaincre de cette verit^ ceux qui ont U 



i,x niSCOUftS PAiUHIItAIIUE. 

noble pasaion des livrea , et surtout cent qtii se 
aentent du penchant k TaTdirl II en remilterCHt 
HBT double avantagd^ : le nombre des onvrageft 
maUTais ou in utiles dimmueroit oeCessairemeiitf 
«t Ton oe verrcat ^ua que des bibliotheques 
vrument pr^oieuses^ que la jeunesae iaexperi- 
meotee pourrolt abordcJr saoa d&oger et cbusul— 
ter avec fruit* 




TKAITf 

DU CHOIX DES LIVRES. 



**>^i^lsr«^«^r^*^Js«^r«r#*#yr^^r«».r4^#^rJ^r•r#«r#^rll^^^ 



PREMIERE PARTIE. 



^e la necesshS die f aire un choix dam Vinnom'* 
hrable quantity de Iwres qui existent ^ sur quels 
tuvrages doit porter ce choix f et quels sont les, 
mot^ qui doi^ent le ditenhiner* 

Jus goAt des livres ^ si ra)re ftvant le seiziime si^cle ^ 

^stmaintenanttellementl'epaiida qtte Ton ne trouya 

pTes((ae {>a8 ime seule maison jomssant d^un pea 

d^auance^ cpi ne poss^de une biblioth^que plus oil 

xnoins Tolaminen^e. G^est la preuve que depuis pres 

de qoatre cents ans qu^existe Tart de rimprimerie ^ 

le nombre des acqu^renrs de livres , soit par besoih ^ 

oa par gout ^ soit par manie on par ostentation , a 

tonjours ^t^ en proportion des produits de eet art* 

NoQs disons acqnereurs et non pas amateurs , car 

>^iln^y eut jamais eU que de vrais amateurs , c^est* 

i-dire, des hommes d'un gout s^v^re^ des savans 

proibnds , des amis eclair^s de la saine litt^rature et 

,de la solide instruction ^ il est bien presumable quo 

i« % 



a BtJ CfiOtX' DES LfVRK, 

rimmetise quantite de livres r^pandas dans totite 
les parties du monde civilise ne seroit pas aassi 
siderable (i), et surtout que Pon seroit mcrins dai 
le cas d^appliquer a presque toutes les collections^ 
litt^raires ce que Mailial (fp* 17 9 lib* 1 ) dit a juste* 
litre dn recueil de ses ^pigrammes : 

Sunt bona ^ sant qudedam mediocnay stmt mala plum. 



(1) Le carieuji, dont noiis avons parl^ dans notre premiere ^ 
tion, pag. vj ,qui s^etoit occupe k chercher ce que nous appelioi 
la pierre philosophale , c'est-k-dire, le nombre approximatif d 
liyres quiont ^te mis sous presse depuis rorigiue de Fimprimerit^ 
fusqu^k 1817, a reyu ses calculs et ]es a continues jusqu'k 1823, 
en les appnyaut de notices historiqnes assez int^ressantes. Void 
Texpos^ sommaire de son travail , qui nous paroit plus curienx 
qu*utile. 11 a d*abord puis^ dans Maittaire, Panzer et les aotres 
auteurs qui ont trayaill^ sur les Editions du XY.* si^cle, et y a 
trottve un apercu de 42)000 ou?rages im primes de i436y on pla« 
t6t 1 450 k i536. Voilk pour le premier si^cle. Passant ensttite an 
dernier si^cle ( de 1736 k i8aa) , qui doit lui servir de base poor 
les calculs des deux si^cles intermediaires, et se servant des ren- 
seignemens que lui ont foumis, sur le nombre de tons les oovraget 
public dans ce dernier siMe, les joumaux litt^raires y les grands 
catalogues de librairie , ceux des foires d* Allemagne , I'excellente 
Hbliograpbie de la France, etc., etc.; ila calculi par approxima- 
tion que depuis quatre-vingt-six ans, c*est-k-dire, depuis 1736, on 
a pu imprimer en totalite environ 1,839,960 onvrages : voilk pour 
le dernier siecle. Restent les deux si^cles interm^diaires qui vont 
de i536 k 1736. Ici les donn^es dtoient plus incertaines ; anssi 
notre calculateur a ^tabli des proportions progressives de vingt- 
cinq ans en vingt-cinq ans, qui ont eu pour premieres bases les 
prodiiits du premier et da dernier siecle, et pour secondes bases 
les evenemens civils, politiques et religieux qui ont pn , de temps 
en temps, donner plus d'activit^ k la presse, comme nous Peprou- 
Tons en France depuis plusieurs ann^s *, de sorte qu*il a trouv^ 
^ur \» second sikto) 57^1000 ouyrages*, et poar le bt>isieme| 



II y a da bon^ passablement de mediocre et beau- 
coup de mauvais. Puisque la litt^rature prise en ge- 
neral offre malbeureusement un tei amalgame ^ il 
iaut done neeessairement faire un choix ; et Ton 
convifendra , d^apr^s I'influence quePetude et la lec- 
ture ont sur ie gout j sur ies opinions ^ sur le raison- 



■■ 



1)225,000. Ainsi Ies quatre siides typographiques donnent 1« re«| 
luitat suivant : 

i.e>^si^cle de 1436 k i536 4^,000 ouyrages.-' 

a.« si^cle de i536 k i636 675^000 id. 

3.«si^clede i63d k 1736. , \ i,aa5,ooo id. 

4.*" sieclede 2736 k 1822 (incoinplei.) 1)839,960 id. 

Total. 3,681,960 ouvrages* 

VoOk dime pour Ies quatre si^cles un total de 3,681,960 ouvrages 
itoprim^ dans Ies difFerentes parties du monde. Notre amateur 
suppose que chaqae ouyrage, termemoyen, peutStreevalu^a trois 
iQliimeft) ce qui nous paroit un peu trop fort; et il portc le tirago 
maeiy terme moyen, k trois cents ezemplaires pour chacun. II ea 
l^tferoit qu'il seroit sort! de toutes Ies presses du monde jusqu'k 
tejour, environ 3,3i3,764)Ooo volumes; mais selonlui, Ies deux 
fien an moins de cette masse ^norme ont ^t^ d^truits , soit par 
ua usage [oumalier, soit par des accidens, soit par Pimpitoy able 
contean de T^picier ou de la beurriire, qui, semblable au glaive 
iPH^rode, fait chaque jour main -basse sur tant d*innocens. II 
M nous leste done plus pour nos menus plaisirs, dans toutes lesbi* 
bfoth^ues publiques etparticuli^res du monde, que i,io4,588,ooc» 
iralumes. Kotrecaknlateur ajouteque si tons ces volumes auxquek 
51 donne , terme moyen, un pouce d'epaisseur, ^toient ranges Ies 
Qlisk c6t^ dcs autres, comme dans' un rayon de bibliotheque ^ 
ikformeroient une ligne de i5,34i,5oo toises , ou de 7,670 heaea 

(deposte). 

Nous ne pr^sentons ces r^sultats que pour ce quails valent, le« 
tboaderantplutM comme un jea d^esprit que comme ua calcul s4« 






nemeilt et sa'r la faciUt^ 4 rendre ses iiieSj on eed 
Tiendra, dis-)e) que Fon ne peut apportef trof 
d^attention k ne cbobir que ce qui est iFraimenf boi^ 
^raiment utile. D^ailleurs il est reconnu que les ez^ 
cellens livres^ ceux que Punanimite des sufFragef 
place au premier rang , sout les seuls dont la Yakur 
intriaseque soit constante et m^me aille toujours en 
crojssant. . 

Ces considerations ne frappent pas assez les per' 
sonnes et surtout les jeunes gens qui commencent 
& satisfaure leur passion pour les livres : ils acquie- 
rent d^abord k pen prds tout ce qui se presenter Tait- 
t6t c^est la beaute de Pimpression y taut6t la reliare, 
et souvent un gout encore peu forme qui decide de 
leurs premieres acquisitions, QuVn resulte-t-it? 
Pendant les deux ou trois premieres annees^ Tceii 

IM ■ I T ' ■ I- T 

lieux, puisqu'ils sont appuyes sur des bases extrcmemeut vaguest 
et qae la verification en est impossible. Ils nous paroissent un pea 
cxager^s. 

Gependant lorsque Ton considere qu*il a ete imprim^ ptus de 
36,ooo,odo d^exemplaires d*un seul ouvrage, la Bible, et plus de 
6,000,000 d*un autre ouvrage, V Imitation de Jisus' Christ ; que 
la seule soci^t^ biblique britannique, de 1804 k 1820, a distribue 
2i ses frais 2,617,268 bibles ou nouveaux testameus; que la societe 
biblique russe , en a fait imprimer en seize langues differentes-i 
jusqu*en 1817 seulemeut, plus de 196,000 exemplaires; que la so^ 
ci^td biblique protestante de Paris en a aussi public uue grande 
quantity , il faut conTenir que le nombre des liyres en tous genres 
est d^uue telle immensity , qu*il devient incalculable. On en sera 
encore plus convaincu quand on saura qu^il existe plus de 80,000 
Ottvtages sur la seule hbtoire de France ; le catalogue public en 
2768, 5 vol. in-foL, en reufenne dt\k pres de 49,000 , et il y en 
inanque plus de 9000. 



PREMISE PAliTIE. 5 

irdmire avec complaisance un certain nombre de to- 
Inmes bien relies et bien a]ignes sur des rayons ; mais 
pea k pea les connoissances augmentent, le go6t 
s'epure y on ne desire plus que de bons livres , et 
Pon regrette .d^en avoir entasse p^le-m^le de bons ^ 
ie mediocres et de mauvais. On veut purger s • col- 
lection; on reUgue d^abord tout ce qui deplait sur 
les taUettes les moins apparentes ; puis pen apr^s on 
c^e ce rebut a vil prix y on Ton fait des echanges 
qui occasionnent encore une plus grande perte; On 
se procure ensuite de bons ouyrages qui coutent fort 
cber 9 et tel bon livre qu^on cut acquis dans le prin- 
<:ipe k six francs le volume , revient par suite d^^* 
change ou de revente j et sans que Ton s^en dpule ^ 
k plus de vingt francs. Combien d^amateurs ont fait 
Ja tiiste experience de ce que j^avance ! 

Le moyen le -plus certain d'eviter de pareils in- 
conv^niens dont on s^aper^oit ordinairement quand 
il n^est plus temps d-y remedier^ c^est de ne feire 
aucnne acquisition sans prealablement s^^tre form^ 
un plan ; et ce plan une fois arr^t^ y il faut y tenir 
fertement y ne s^en ecarter sous aucun prdtexte et ne 
jamais se laisser seduire par Pappat d^une reliure 
Elegante ou d^une impression de luxe y prodiguees 
qnelquefois a an ouvrage mediocre ou pernicieux^ qui 
esttoujours, 4quelque basprixqu^onracquierre, une 
surcharge inutile ou nuisible dans une biblioth^qne^ 
Mais dira-t-on y comment former ce plan? quela sont 
les livres qui doivent y entrer? Les gouts sont si va- 
ries! et les bons ouvrages sont encore asses nom« 



g BU CHOIX DES UVRES. 

breux ponr qne Ton ^prouve quelqu^incertitade daw 
le triage des meilleurs. D'iiiHears, peut-on faire nn 
bon cboix si Pon n^est i^erse dans la science biblio- 
grapbique? 

La solution de ces difilfrentes questions , qui est le 
principal objet que nous nous sommes propose dans 
cet outrage , ne nous paroit ofTrir aucune difficult^. 
D'abord, pour former le plan dont nous parlons^ 
il est inutile de recourir k ces systSmes bibliograpbi* 
ques qui n^ont ^t^ imagines que pour faciliter la clas- 
sification dans ces immenses d^pdts, vastes cimetii' 
res de I' esprit humain, comme \es appelle M. de 
Bonald ^ ou dorment tant de morts que Von n'6vq^ 
quera plus, et ou il seroit impossible de se recon- 
noitre sans un grand nombre de divisions et de sons- 
divisions , dont la plupart, pour suivre Tid^e de M* 
de Bonald 9 renferment plus d^epitapbes que d^indi- 
cations de domicile. Non^ il n^est point ici question 
d^une bibliotb^que universelle qui embrasse touted 
les conuoissances humaines^ et qui , tapissant de lon- 
gues galeries, eiTraie plus Pimagination qu^elle ne 
promet de jouissances r^elles k Pesprit ; mais il s^a- 
gitd^un cboixdes meilleurs ouvrages consideres sous 
le rapport moral, litteraire et instructif; de ces ou- 
trages dont la reputation est solidement etablie ; de 
ces ouvrages que Pon appelle classiques dans qbaque 
langue, parce quails sont les modules du goiiit, et 
quails out fixe les principes de Part d^ecrire cbez les 
differens peuples ; de ces ouvrages qui , melant an 
plus baut degr^ V utile dulci, sontla source des jouis« 



PREMT£HE PARTI6. # 

^aees les plus pares et les plus vives, ptroe qn^ 
sont les plas propres k int^resser le cceur et Pespritj 
eufin de ces oavrages capitaux dont on peut regar* 
der la TOunion comme la quiatessence de toute la 
iittenitiire. Tels sont les livres , et nous oserions 
presqae dire les seuls qui derroient entrer dans le 
plan de la biblioth^ue ehoisie qui nous occupe. 

Que Ton mt croie pas que le nombre en soit tres 
grand; et oependaiit on y trouvera tout ce que Ton 
peat d^sirer^ on du moins ce qu^il j a de mieux sous 
le rapport de la seligion , de la morale , de Peloquen- 
ce, de la po^e^ de Tart dramatique, des fictions 
len prose y des melanges^ dn genre epistolaire et de 
l^histoire. Four prouyer qu^un nombre de -volumes 
^a plut6t d'ouyrages assez restreint, peut satisfaire 
^nx besoins de Pbomme de go&t , tout en ne lui pre* 
^entant que des chefs-d'oeuvre dans ces difFerentes 
^rties, il suflBt de jeter ua coup-d'ceil sur les prin- 
<:ipaax siicleslitteraires, ouplut6t sur la litterature 
en general. Ellle se diyise naturellement en trois par- 
ties : litt^ture ancienne, litterature du moyen age^ 
«t litterature modeme. 

La litterature anci^ine , qui comprend les Greci 
ctles Aomains, nous presente, en suivant Pordre 
chrottologique des productions de l^prit humain , 
1.^ la po^siE, oilnous trouvons Hom^re, Escbyle^ 
Eunpide, Sopboole; puis Terence , Yirgile, Ho- 
race y Tibulle , Ovide dans quelques parties et 
Fhedre ] 2.<* Phistoirb , qui a consacre les noms 
^H^rodote, de Tbucydide, de Xenopbon^ de Plu« 



^O ^U CfiOIX BES UVRIS. 

ques satires de Regniepr^ et quelques strophes ie 
Malherbe. Les noms de Balzac (i) et de Volture Be 
•ont plus mentioim^s que dans les fastes da bel es« 
prit* Enfiiiy nous ai^vons au si^cle de Louis XIY : 
Pascal et Corneille ouvrent la carriere du genie 9 et 
line foule d^illustres ^mules dans tous les genres se 
precipitent sur leurs pas. Yoyez avec quelle gran-* 
deur, quelle dignite s^avancent dans le sanctuaire 
des lettres un Bossuet y un Bourdaloue , unFeneloui 
un Larocbefoucauldy un Labruy^re, un Boileau^ un 
La Fontaine 9 un Racine, un Moli^re, une Sevigo^^ 
un Flechier, un Regnard^puisensuite un Massillon^ 
un J.-B. Rousseau, un Rollin et un Cr^billon, qui 
lient le ^and si^cle au si^cle suivant. Celui-ci place 
au premier rang Voltaire , Montesquieu , J.-J. Roa»' 
seau et Buffon. On pent encore citer , quoique dans 
un rang inf^rieur, Paimable Bemardin de Saint-* 
Pierre, le savant Barthelemy, et Pabb^ Delille ^ 
dernier anneau de cette cbatne brillante dont mal- 
heureusement Tor de quelques chainons lest mMe 
d'un funeste alliage. 

Yoil4 done dans toute la litterature ^peupresune 
soixantaine d^ecrivains distingues, qui ofirent, non 
pas tous dans leurs oeuvres complettes , mals dans un 
eboix de leurs productions, des cbefs-d^oeuvre en 



(i) II faut cependant coninenir que Balzac, malgre son enflure 
ct MB phrases ambitieuses, fut le fondateur de rharmonie de la 
prose y comme Malherbe le fut de celle des vers. Nous ne parlons 
ici que de rharmonie , et non pas de la force, de la correction ek 
da g^nie de la langae^ car alors aous aurions cite Pascal. 



fOTWriflllt PARTIE. 1.^ 

t ens genres ^ dont les Tdritables amatenn se tont Km* 
J ours empresses de faire la base de lear bibliotli&{iie'« 
XI est certain qn^en mati^re de go&t, on pent ^en, 
~9enir k pen pr^s 14 (i) , et si Ton Youloit angmentinr 
'Me nombre de ces auteurs comme modeles , il noos 
jKmble qne ce ne seroit guires que multiplie]^ det 
^cfaos J et Ton sait que le propre de Tecbo est de r^ 
p^ter les mfemes sons en les affoiblissant. Ainsi, aveo 
trcHsaqnatre cents yolnmes, on ponrroit se compo- 
ser la collection la plus precieuse qn^an amatenv 
pnisse possMer^sanscrainte de choqner aucnne opi- 
nion litt^nsdre. 

Quant aux connoissances bibliographiques, ton^ 

jours subordonn^anxconnoissances litteraires dont 

elles ne sont que Taccessoire , elles ne peuyent et ne 

^ivent itre que d^un int^rftt secondaire dans le 

<boix des livres j & moins que Pon ne soit attaqu^ de 



(i) Po«r tooBrmetf par une autorit^ du plus grand poids, ce 

que nous airaiicoiis id, nous dterons le savant et profond antenr 

des JWdlanges lUUraires pnUies en 1819, a vol. in-S.^^ II dit posi- 

tirementy torn. II , p. 670 : « Les chefs-d^oeuyre de la litterature 

andenne, senls onvrages qa'ilsoit necessaire k Phomme de goAt 

^i'^todier et de retenir, sont en assez petit nombre; et les pro- 

4iictiont d'an rang infiMeur, plus capables de corrompre le goAt 

que propres kle former y traduites, imitees, dt^es dans nos cours 

^ belles-lettres, poor ce qu'elles ont de meilleur, sont relego^es 

aa fond de nos bibliotb^qaes , d*o<i I'idolatrie de quelqnes com- 

mentatenn a fait de Tains efforts poor les exhumer. II faat bien 

•e persuader qu*il n'y a k la longue que les cbefs-d'oeuyre qui 8ur« 

nt^t sur le fleuye d'oubli, et c*est ce qui doit nous faire envisa- 

ficr arec moins d'effroi le prodigieuz accroissement' dcs prodiic- 

ti*oi Utt^rairef et scientifiques. n M. 01 BovALOr 



la ^tr GHOIX DES LIVBE8. 

oette foneste tnakdie appel^ bibliomante^ c^Mt-ii- 
dire 9 de cette passion aveugle qui fait tout sacrtfier 
an fatile plaisir de posseder exclusivement certains 
Kvres et certaines editions. Que l^on se pen^tre bien 
Jie cette vdrit^ ^ que Pimpression et la reliure d^un 
TolumC) quelque belles, quelqu^^l^ganles qu^elles 
soient, ne sont k Pouvrage que ce que Fierce et les 
coucbes ligneuses sont k la siye de Parbre ; et les ar- 
bres les plus beaux k la vue ne portent pas toujo 
les fruits les plus agr^ables et les plus sains* 

Ce n^est cependant pas que s^attacbant exclusive- 
ment au m^rite intrinseque d^un outrage , il faille 
enn^igerle materiel ext^rieur, c^est-4-dire j la par- 
tie typograpbique. Au contraire, nous pensons qu^il 
est de la plus grande importance de tou jours recber- 
cber les Editions les meiUeures, les plus correctes et 
les mieux imprim^es; car, ainsi que le dit le sage 
RoUin , <c une belle edition quifrappe lesyeux, ga* 
gne V esprit, et, par cet attrait innocent, inv^ite i 
Vetude. » G'est ce que Pon eprouve surtout quand 
on a le bonbeur de rencontrer ces excellentes Edi- 
tions d^auteurs anciens , si recbercbeesdes amateurs. 
II n^y a pas de doute que la beaqte d^une impression 
tris soignee contribue k faciliter Pin telligence du texte, 
et semble en insinuer le sens ayec plus d^ cbarmes 
et de d^veloppement dans Pesprit du lecteur. 

Des connoissances bibliograpbiques sont done uti^ 
les k Pamateur ; mais , comme nous Pavons dit , elles 
doivent c^er le pas aux connoissances litteraires. 
D^ailleurs, le cboix des editions n^e&t pas au$si diffi,-^. 



tile ({ne te cboix des livres 9 oelni^ci est un' talent qui 
ne s^acquiert qa^4 la loDgue ; il ne pent Hre que !• 
r^saltat de prtncipes files y d^excellentes Etudes 9 de 
lectures iminetises et de connoissances profondes (^ 
-vaii^ ; an lieu que ie choix deS Editions n^exigifr 
gu^re que des yeti^ et un peu de goAt. En quoi con-' 
siste une belle edition? Dans la nettete d^unbeau ca* 
lactere, et dans sa proportion avec le format; dans 
une s^^re correction qui conserve le telcte et cba* 
que mot en particulier, dans toute leur int^grit#y 
et Portbograpbe dans toute sa puret^ ; dans T^l^n- 
te disposition du (rontispice y des ^tres de chapitre^ 
des notes ^ etc. ; dans uue justification {longueur des 
lignes ) qui ne sbit ui trop grande ni trop petite } 
dansde belles marges; dans Puniformit^ du tirage^ 
et snrtont de la couleur de Pencrequi, ni trop noire 
ni trop plile y doit ^tre de la m£me nuance pour toa- 
tes les pages; enfin, dans la beaut^ et la solidity 
du papier. II nVst pas difficile au premier coup- 
d'cBil devoir si ces diverses conditions sont reznplies. 
An reste ^ lie nom de certains imprimeurs est une ga* 
Tantie & cet ^rd : les Aides ^ les Etiennes, les El« 
zevirs j les Cramoisy, les Wetstein, les Fonlis , les 
Baskerville, les Ibarra , les Didot, les Bodoni , les 
Mussiy les Crapelety et beaucoup d^anciens impri- 
meurs de Paris , se sont attire Pestime de PEurope 
savante par la beauts et la bont^ de leurs editions^ 
on ne risque done rien de donner la pr6f<6rence k 
celles quails ont publiees. Et parmi les ^diteurs de 
collectioos curleuses et int^ressautes , oudbtioguera 





1^ BU CHOIX DE8 IIVB£S. 

tcmjours les Maittairfe , ks Brindle j, Icfd G3ii5teli€!X<j 

Ih Barboa y lea Didot j les Renouatd j etc. etc. 

. Mak revenons au choix des livres, sur leqnel Oi 
laie pent trop maistef, et t&chom d^ajouter a ce xpii 
n6uB avons dit^ de nouvelles observations qui proi 
Tent de la mani^re la plus evidente et Pimportanc^ 
dt «e choix sous le rapport littersiire , et sa n^oessi- 
tn^ sous le rapport moral. 

On Pa dit depuis long-temps, et nous ne pouton^^ 
trop le repeter, ce n^est point dans le nombre des^ ■" 
Tcdiimes que consiste Pexcellence d*une biblic^hi^^ 
que, mais dans le choix et le merite des ouyrageB— 
qui la composent. Telle collection de trois cents 
lumes est quelquefois bien au^dessus d^Une de trob 
mille J parce que Pon gagne plus k la lecture et a la 
meditation d^un seul bon livre , sous le rapport da 
goiit; de la morale et de la solide instruction, qu'on 
ne le fera avec \ingt ouvrages m^diocres. En efTet^ 
quel but doit-on se proposer en formant une biblio- 
th^ueparticuli^re? N^est-ce pas de reunir des livres 
pour en tirer le plus grand avantage possible ? Et y 
pairviendra-t-on si Pon entasse indistinctement tou- 
tes sortes dWvrages, bons, mediocres et mauTais? 
Non sans doute. Une biblioth^que ne sera vraiment 
bonne, vraiment utile, vraiment precieuse, quW* 
tant qu^ellesera composee de livres d^une reputation 
confirmee par le temps , ou par le suffrage des per* 
fionnes ^clairees et vertueuses ; de livres qui , joi- 
gnant les charmes du style k la solidity des princi- 
pes^ sont les plus propre& a former le gout, k omer 



i^esprit^ k ^ever Pame^ k n^alimehter que les pas- 
sions nobles y a ^purer les moetirS) k noas rendre 
mellleurs et plus habiles; de liyres qui soient pour 
nous de vrais amis j toujours pr^ts a nous instruire^ 
a nous plaire , et dont nous n^ayons jamais k rougir; 
de livres enfin^ qui y tout en augmentant nos con- 
noissances et en perfectionnant nos faculty ^ soient 
une source continuelle de jouissances d'autant plus 
pures qu^elles seront plus Tives a mesure qu^on les 
multipliera ; tel est le cachet des bons ouvrages, des 
jeals que lV>n doit rechercher. Et^ commenous Fa- 
Yons d^ja dit^ ils ne sout pas tres nombreux. II en 
"est des Kvres comme des hommes : les sages j les he- 
jTos 9 les vrais savans peuyent se compter ; la masse dti 
vnlgaire est innombrable (i). Cette verity s'appHqu6 
parfaitement aux productions de Pesprit . U faiit done 
savoir choisir , ne pas confondre les diamans avec les 
cailloux 9 et ne s^attacher qu^a ce qui est essentielle- 
ment bon y essentiellement beau. Les livres medio- 

(i) IiOJRB^e f ai ^tabli cette comparaison dans la premiere ^di- 

tiou de mon Choix des Livres , fignorois que M. de Bonald en 

eftt tait une pareille dans son excellent article sur la multiplicity 

des Livres* , public en 1811. Comme elle est plus d^yelopp^e que 

la mienne , je yais la rapporter , quelque d^savantagenz qa*i] soit 

pour moi de citer on ^crivaia tel que M. de Bonald, sur an objet 

ea fai eu le bonheur de me rencontrer ayec lui : « Les liyres , 

dit-il f peuyent ^tre compares aux liommes , et nH liyre n'est autre 

tbote qa*un homme qui parle en public. II est des hommes qui 

yivent et meurent dans Pobscurit^ , inutiles k tout le monde et k 

tnx-mdmes , et qui ne laissent point de traces de leur passage sur 

U terre. 11 en est d'autses dont les yertus et les talens out jet^ un 

grind cdat , et qui oat donnc k leors semblable)! d^otUes exemplesi^ 



tS ' DtJ CHOIX DES LtVKES. 

cresj fnvolesy mal itiiisy ne tendent €(v?k c6rtot£* 
pre le go&t, k discr^diter la saine litterature, elk 
faire perdre un temps pr^ieux j malgr^ ces incon* 
T^niens j combien de ces ouvrages ^ph^mires , tris* 
tes fruits de la decadence des lettres, sont prefer^ 
par des gens d^un gout deprave et par une jeunesse 
ignorante ^ aux chefs -d^ceuvre de Pantiquite et da 
si^cle de Louis XIV ! De telles productions sont de 
Trab chardons qui , sous un ciel nebuleux , croi&sent 
sans culture dans les champs trop feconds de la lit- 
t^rature ^.et sont bien dignes de ceux qui s^en repais^ 
sent avec delices? Cependant ces blucttes, au moins 
inutiles^ sont encore bien ^loignees de la reproba* 
lion qui doit frapper les mauvab livres proprement 
dits 9 c^est-4-dire j ces productions infanies y si pemi* 
cieuses sous le rapport de la Religion et des moeurs* 

ont rendu k la society de grands services % ils viyront k lamaiif 
dans Testime publique, et serout d^age en age proposes comme 
des modules. D'autres enfin ont ^te le fleau de leur pays, et Fop" 
probre du genre humaiu ; la society les a rejet^ de son sein , et leur 
memoire est en horreur parmi les hommes. Aiusi , pour les pro- 
ductions de Tesprit, les unes, inutiles et souvent sans £tre indiffi^- 
rentes, sontbieutdt oubliees; les autres, fruit d*un grand talent 
employe kde grandes cboses, serveutk former la raison publique^ 
et leur gloiredurera autant que le monde. Quelques autres enfin ^ 
malbeureusemeut c^l^bres par Tabus des plus rarestalens, empoi- 
fionneut k cbaque generation une jeuuesse sans experience, et 
perp^tuent la tradition des mauyaises moeurs et des faux prin* 
cipes. Aiusi , on parle assez des livres qui meurent de leur mort 
naturelle , tri&te objet de PindifPerence du public et des regrets de 
leurs auteurs , et Von ne dit rien des livres qu'il faudroit empecber 
denaitre, ou faire znourir et coAdamjaer, pour r«2i^emple, a« 
dernier supplice. » ' 






Bfi Wqae trop prouv^ quecessortesd'ouTirages sont 

iPame ft J^Penprit ee queParaeiuc est au corpsjilea 

«rt tpd iftendent jeur fuiieste influence jiisque s«ir ki 

fAjaqaek.Si Ton ayoit sous les yeux le tableau dea 

naux afBreux que ces monstruosit^ ont cat^ses et 

cansent chaque jour k la society ^ et surtout k la jieu- 

ttesse dont elles irtltent les passions naissantes^ et 

jont elles absorbent toutes les facultes dans le ttsmps 

leplus pr^cieux de la vie; on fr^miroit d^^horreur^ 

et on les proscriroit avec la plus tive indignation.' 

Malheureusement les bons livres nie forment cTu'uu 

JbiUecontrepoids dans la balance; ce qui fla^te les 

passions est si seduisant, et 1-homme livre i lui-md* 

iie est St impatient de toute espece defrem ^ qu'il 

n'est pas surprenant de lui \qir sabir avec avidit^ 

tout ce qui tend k Pind^pendance et aux jouissances 

ttidme les plus criminelles et les plus nuisiblea. Di- 

lons-Ie francbement, les mauvais livres n^ont'pas 

peu contribue k nos erreurs^ et4 tons les m^lb^urs 

fpi en ont iti la suite (i). II est temps dereconnot- 



(i) Voicice qf^en 1806 nous disionB k ce mjet, dans le discoim 
ffUimitudre du J}ictionnaire des Iwreis condamnis : n Depuia 
taU nicies ii.*a-t-oii pas ^uise, en fait de productions litt6w««B^ 

tqu let traka de la satire, tons les genres de licence? £h I 

fn ne sait conil>ien4e Ibis ces vaines d^amat]on8,ont.^t^ i^PI^* 
tisst oomUende Ibis, sons pr^tezte d'attaquer la tyrannie.etJUi 
w pw atiti on, on a ^jbrani^ jusques aux fondemens de Fordra sp« 
cid? Qn'eit-il r^sult^.de ces nombreux ouvrages,, qui tons (sdoa 
kns anienia) tendoient an bonheur dn genre hnmainl L*liQBia|k» 
en <it-il meiUenr? est-il plus Jibce,. plns.lbrtnn^l fonniit-il nut 
c«dto plus loDgne et mieai; rei|ipli«l Xa fin du dix*huiti^i^ 



x9 BU CBXttX JSES' JX990B. 

trt eette trisle yMti et de reptfcr le irtaL Rcbod^' 
fons i on phmtes empoi s onnees que nods atom em 
fortes eti^staimuitcs I JMteequVUcs nous obt eiahi 



k 6t»le«KpMtBCt in rerohitioQa reliptuet cipoKtiqifCty wi^* 
ti^ da lang de qos anofitres et de celui de nos coatemponinf ^ 
^ fbme eacot«9 fommes-noos plus rertaeux, iqoins firivoles^ 
noiiu incoii8^({uenfly plus disposes k ncrifier Knt^rfit pmticiilier 
^ rinlMt pttUICy plui atiacMs k Ic patrie ^iie <um idboxl Soni*' 
m ^gaoui mtiJlAuM filf , Biinlleimepota , neiUtitti pitcal £Utel 
^TOttons qtie les plus belles fh^ries en poliiiqaey en pbilosopfaif p. 
en morale y ont ea tarement I'effet qu'on e'en ^toit promia , at 
Ibfttne qti0 aoofeut eUea Bom out egarca et poiiea Mtt itamiav 
•kiete. AiroMiii surUmt cp^il est impoanbie h F^ctrrain la p|«i 
Ittfaila, le plua fdcqad et le plot haCrdi, de pcdiHer qadqiie choaa 
de plus fort que ce qdi a ^e di^k t^p^te mille foisaor cea dilKhreiia 
objets. A qnoi bon par cons^uent Touloir s^^ciger en nooreaa 
p r^ca pt awr dn pmwe bnmain, an r^fonnafteiir dca abuf , en apfttn 
d^la lieancal Que paat-on gagnar k sa livrar k ce genre de tsmtail 
^9 dangereos qua n^cessaire, et soayeut plus hontevx qa'ina* 

tile! Pag. It— T Les mauvais liTres se rapportent ordinal* 

rement, soit k la pdttiqaey soit k la motvley soit k la veligioa; 
c^cak CDBtre ees traa ob|ets ai respectaUaa, qma la plaperC da* 
^crivains coapableaout dirig^ lenrs batteries. Les onsont rbercbi 
k dctruire toute esp^e de gouyemement, k prScber le r/gicUfe,* t 
tmhier Peidrs aodal ; d^autres ont blesi^ les moBon , calonmi^ 
la Tertu, fricomi lea Ticea; cam-ci ont yoola saper laa ibwla* 
vena dks la rdigioa , ridkaliser ses ministrca, an^antir le calte, et 
aeaMr des dhrisioiis faneatea k Vitat, Autcun ttodrairaa,qii^a^aa^ 
tdaa gagn^ k tantda vainas d^lamationa) Le m^pris das ganado 
Men , at qaelqaafina ium panition axemplaire. Ja ne pariefai pea 
dea aiffraux vesoltats qn*oot cos quelques-vna da cea coopablaa 
daiHSf qoand de lenr paifida tb^orie on a yeala passer k la [an« 
f^ea....Tiroiis on epaia rideaa sor le pass^^ et laiasona k Pfaistaiit 
lapMbla aoim d*ea iaatrnpte nos neireuju JPag, xyixt — au. . .» » ' 



TBEltlERE PUxttST %^ 

k celhr^n 9 Hi rereiUMQs i oet T^g^tdc stint el na* 
tritifs-dbnt sHilime&toient nos piret ; c^est-i-dire^ re& 
tendns k cet bant onYfaget qni exercent agr^le- 
uent et titilement Petprit^ qui ret|>irent la Tertii; 
fcMrtifieBt- le caswr' stnt PeniVrier , et donnenf do. 
retsort k Pamiettnii Pegarer dans let tourbillonsd^u-^ 
ne perfiectibilite cKim^riqae, qui recommandent cd 
tnUime pt^plede I'J&vangile) Pamcmr de Diea et 
da prcxJiBiBy qui font sentir let a^antages de la toa<- 
mittion anx loit et an prince ^ de la moderation dans 
■fes d&irs y de Pnnion entre let fMres, et qui ne t^ops* 
potedt p^nt ila jonissance det plai&irt licites. C^est 
parttu det Imet de cette nature qu^il faut faire uh 
clioiX) et te bomer k un petit nombre ^ si Pen yeut 
mcqnerir nne instruction solidjs et se preparer dans 
ia toci^ une reputation bonorable. Car il arrire 
tdiiveiit que la reputation n^est point ^trang^re aux 
livret dont on fSut ordinairement sa lecture ^ ou plu?- 
t6t k la mani^re dont on compose sa bibliothique. 
Ricbardtoadit dans Claruse : ctSi vous avez int^rdt 
de connottre une jeune personne^ commencez par 
eonnottreles Kvres qu^elle lit.»M. deMaistre, dans 
set SoirSes de S. Petersbour^^ torn, i ^ pag. 189^ 
dtoae plut de developpement k cette pens^e : cc U 
n'y a rien de si incontestable ^ dit-il en citant ce pas« 
•age, mais cette verite est d^un ordre bien plus gif- 
Bifral quelle ne se pr^sentoit & Petprit de Bicbard* 
son. EUe se rapporte k la science autant qu^au ca« 
nct^re ; et il est certain qu^en parcourant les livret 



so I)V €BOIX DES XJVflES. 

« 

ntsembl^s ptruu bommei on conndtt.m.pen M 
temps ce cpi^il est^ ce qu^il sait et ce qd^il aiiiie« s» 

Nous ne pouvons done trop insbter snr la nici/jh 
iit^ de bomer le go&t que Ton pent avoir poor lei 
livreS) k un cboix s^v^re d^excelleni antenrsy et qui 
ne soient pas tres nombreux. Mais, diiHH^t qnelques 
amateurs pen s^vires^ dans une bibliotk&que as- 
aortie ne faut-il pas un pen de tout? Oui santf 
donte^ mais de tout ce qui est bon } car^ si tooi 
admettez quelqu^-unes de ces productions infer* 
Bales dont nous avons parl^ plus bant, pu quelqnei* 
uns de ces livres m^iocres qui y sans fttre dange* 
reuxysont &-peu*pris inutiles(i); votre bibfiothi* 



(x) Dans tons les tempi » mais sartoat dans la litt^ntve 
deme, cat sortes d'ouTrages k-pen-pr^s insignifiana ont ^ iris 
noltipli^; c*e8t I'lrraie qui, dans nos vastes d^pMs litt^rainit 
f§toiifle la moisson. D'o& proTient cette malheorense fifocmdittf 
De ce que Ton ne r^fl^chit pas assez sur la difficult^ de faire 
bon livre y et de ce qu*on se fait auteur sans se doater de toot a 
^'il faut poss^er pour m^riter ce titre. <iSi Ton examinoit atant 
de prendre la plume y dit un cd^bre critique, modemey 
Bieu de quality sont n^cessaires pour composer , je ne dis pas mm^ 
excellent ouvrage , mais seulement un ouvrage raisomiable) y^" 
'suis persuade que Ton ne s'engageroit que bien rarement dans on^^ 
tfutreprise aussi difficile. II ne suffit pas de s^^crier dans an beaf 
transport : £t moi aussi, je suis auteur, et'de se mettre aossitAC^ 
h. ^crire; ce n'est que par une longue suite d'^udes s^euses et de 
meditations profondesy que Ton peut esp^rer de se placer au tn^ 
des bons ^criyains. Tel bomme a Fesprit vif et le jugement aain^ 
de .Fimp^tuosite et de la cbaleur dans la conreivation ; il ltd 
^cbappe de ces traits vifs et brillans qui surprennent et ^blonisaeni^ 
il a m^e ^crit des pages qui sont admir^es. Tel autre a one vaste 
m^moire; il a long-temps ^tudi^ les auciens, il a s^cfa^ sur Ie» 
(scoUastes ; il a la tans les biitorieiiSi toiis les poi^tcsi tona ks 



^resseinUera k ane table bien servie, ojt parmi 
^ bom mets il s^en troaTera plasieurs depourvns 
d^Hsabonnement y quelques-uns 'saupoudr^s de co- 
feqiiinte j et'd'aatres infect^s de poison. Quel bon-*' 
nice bomme , sous le pretexte d^'ofFrir un peu de 
font 9 oaeroit donner un parell festiu? Qui oseroit y 
asnster? Rieii de plus naturel que cette compkrat*" 



wateon; il tons din inste en qod endroit se tromre tel h^isti- 
dbe grec oa Utin ; k prqpos d'lm mot tr^ simple en lai-mSrae, iT 
Qterm Tingt aateun-dont lui seal connoit les norns; mais cepen- 
lint, qoe ces deux hommes d*une toumore d'esprit si difir<£rente», 
maieot de composer «n firre , on sera tout ^tonn^ de yoir qne !• 
{onaicr aott devenu si "firoid , si empes^ , et que Pautre , avec son 
iflsmenfle Erudition) n'ait pa parvenir k icxite deux phrases qui 
cnasent de la soite et de la liaison. 

Ce ^Tily a de plus difficile dans nn oincragey c!jest rensemBlr^ 
reistlepOTUsnefMiMnilonl pane Horace. Sans cette id^ pvemilta 
I laqodlB toot vient se rattacher, sans cette disposition savanta 
it lootes lei parties 9^ qui forme on tont bien ordonn^ , on ne par- 
yiaadim jamais k composer on oa?rage pour la post^rit^. II hat 
ia,$fbat peer concermr un plan dont les propcnrtioas soient anarf 
lollies que r^guliires; il ne finut que dn travail et de la patience 
]p«ir ex^cnter cas compilations immerses 9 dont la yne senle ^pou:^ 
nnte les plus intrudes lecteors ; ausi& qoelques auteurs se sont^ 
lb fidt nne grande reputation arec nn petit nomlire de Tolumes^ 
imdis que d'antres qui ont toit des. in-foUo iaonoM , soat i 
idae connas anjonrd'hui. 

B en est de m^me des oayrages d'imagination. 8i on n'a pas aiii 
|ba.Uen fixa, lacn anrM; sionnes'estpasprc^os^ nnlratlden 
itbendtdfim marcbe an basard sans savoir ai d'ou I'on pait| at 
si l>ni doit arriTcr ; miUe exemplea en font foi. Cgnd^en na 
ysjyons-noos pasde aouveana poSmca.dont les anteurs nMteient' 
aalsjarmentpas sans talenst Mais ils;se sont perdns an miUen d9 
ma episodes et de lenrs descry tions> parceqa'ili a^ayaiaBt pqiaf 
ince d'aranca la loata qa*ils defoieat saiyas. » 



.^9 ptr cshoixdes uvhes. 

ion^ eat dans toot lea temps ;oii a raeowia ifue'laa 
livres 8ontirameoeqaeleaalimeiii8imtaocorpa(i)) 
le poison. moral n^eat pas moins coiTOsif que la poi<# 
aon materiel } si Teflet n'en est pas qael({uefeis attsit 
prompt, auui apparent , il n'en est pas moins ansil 
s^el et plus pemicienx, parce que sea rafageas^^leii* 
dent plus loin et durent pins loog-tempi^ 

On auroit grand tort de croire que lea ezcelleai 
livres n'oflrent pas asses de ressoorcte daoa tons ks 
genres. II n'j a pas nne senle hranelie dea connoii- 
aances humaines qui ne soit enricliie de tr6s hem 
puvrages ; il est vrai que leur nombre est circonsant 
en comparaison de celoi des mMioeres et des maar 
Vaiij mais ce nombfe, tout cireonscrit qu^ est, M;^ 
IC^dejencore beauconp nos besoins. D^ailleurs CNasfii 
combien il est avantagenx de nepas trop d^voverdi 



t 



■ (i) le citeivi k tette accwkm ua baa mot da dloe 4t Vi^oaaa^ 
Kjoob Xiy Im d«miiiidimt ce ^oe 1» lectdre falsOfit I iVf U wif 
IN Bit9f r^potiffit l»-dttfc, ct qae vAb jteirdrix fimt k <itM joust, t^ 
lift fleur de la ssat^lailleitMir sob viia|^. Cedoc ^Unt Msipiri'' 
tael ) et aVtvit la re)^rtie vhre «t fine. 

On ^tend qii*k Ik t6nt d« Lottis Xltl , les ^natre penbima^e^ 
]e» f^ remarqvsblw par leors aaiHies et fears bona mots, < l cfia g^ 
le prince de Gu^men^y Bautniy le comte de Lode et le oAar^ai^ 
ilS.Yatwtk 

-, Bbileaii*Desjrt^§ftitXy |iaivin les ]|v^ftoliMs de s(yD teiBpa en ^oi m 
• Ifeodbi^oissoit ipn etfnfit sU^Metti' > ^Roit le pfiAce deGoatS ^ttiStfC 
iM 17^/ > le aisr(}ui8 de Temiesy Boesiietf 'BofiMaloiite ^ PalMM 
vto CiuiteanBettiy ^pttAictMBt dii jettiie Atoii6t atoimiie cnipna 
▼oltairej et.crAKttesseaai tiles leaiae aiofs^ pQu^ii?il ^kt aiett^en 
s^^4 II HMt j^itaureut^^teMl YttS la fiti da la tie da BoUea^i itk 
depuis a ^t^ chanddicV'. ■ * . : • * - .••••' ...-■-..- 



I -<»!:• 



^mws; PlfaM dit arfeo beaueoap die swtt AfiillMk 
iegendum^ es$9 , non multa f <m coanott auasi cat 
vntare ttdage Ibiid^ aur Pezp^rietiise t Cat^ ah hominn 
Wiius lAn / ct HoMtaes , qui saroit ti4i bieii qae la 
lectmre 4*aB grand iM»mbre de ToIuBies n^est pas oe 
qui coattrilme A IHiiBtiiictioii , diMlt jJaiaamment en 
pariant de quelquea aavans de aon temps : « SI f avoii 
luMteiitde lilvres t[ue tela et tela, je aerois auasi ign6^ 
niiit qnVa le sent* » Au reite que Pou comulte U 
plupart det ge&a qui ae aont illuatr^s dans la carriAre 
tiei lettm^deaacieBcea^delamagistnitareyet mAme 
de la {^eivej uu apfurendra d'^eux'^iiiftniea quails ne 
ae paaaHmnoient pas pour un grand nombred^ouTra- 
{ea } ih dboiaiaaoiekit ce qui leur paroissoit le meil- 
lenr^ aeldn le priScepte de Pline le jeune : Tu me* 
minem suij^njusqne^&neris auctores eUgere, et ik 
e'en teneient li. 

De tona lea auciettSi eelui qui a donii^ lea me3« 
leura aria! «et egard^ eat Sen^ue^ dana la deuxi^ 
me et la qaavantOHunqui^ttie de aea^tveai Loct* 
Kaa. {i ) cc La lecture de beauconp d Wvrages de dif- 
ferena genrea y.dii-il, offre qnelque chose de vague 



MttMMM 



(i) yr#rtfff AHflu Mtntiii trg/iinir'Bifiii hMbM MJivuiM iMunm ^ 
mtkihile JUmeitiihiisimmtomn at uMittiiftf ^pottU , si omUs 4Uim 
padimkereqmod im^nimofiddUterkmrnauXiefti^ omiaprBdmU^ 
fmrim d^edntt 41"^ «k^ pemmnim qu^d^&timmi^^ unmm Mf imi* 
pifviam, Mou per piungwqf star, mm^um m^nam qusMti$ i 
Ma nfmt qukm mulUt habeas ^md^pti^h&ms* Dut r mh k - ^ ^ 
mumlibmmm.mn/fifmdo, limqtm tJimUgam nan fsaUquoHibum 
hobuerif, sat est'hakpp$ fmaftwa leg^*Ma4bi^ rngtUs^Jmi^ 



doctHiMsperiiicieaset, ei.da ppisoa de l?imtiiorilile» 
Ou trouveroit-elle aiUeuxs que dansles.o^avre^ dei 
fkmeux §inies doatnpiu aTOHs parie^mie plutMo^ 
pie proviffon d^idte jiuftes et aames ^ d^. maiulttef a^ 
lide» ei lumiaeuses plus capables de la souteair el de 
k diriger dans la c<Midaite de la vie ? .Nte ^ i) A^est 
point d!aai9iixS| daiu la loague s^rie des siicles , if^ 
fieuji pmi^ avec plusde justessei et ecril avec not 
^.oqueooe plus sublime ^ que lea g^uies eUk <{uestiou* 
. Qupiqiiv^ .^K>us ay<M9 daHs le court de oesobser* 
ir^BLtious 9 cit^ les. 4crivams du premier.Ordre qae l:Oil 
doit dVlH>?^ faire eutfer dans une <K>Uectioa ckoi* 
sie^ nous ne pr^tendons point ^feapper d^ekditsioii 
des aut^rs estuaabl^S: qui marchent k la siptp dejoes 
hommcsimitres , et qui QCoupent k seooodetm^Mr 
)e.ti:oisii6me rang dans la republiquedes lettresiK Qom^ 
U^n d'ouyiugeSiUtUes^t insjkructi£s iMmteortisdelf urs 
plumes consacrees j soit a la religion , soit k h.moiNJf ^ 
80jt,aufi; litres Ott k l^histoire $ mais^ nous neH^ns 
iaifferiMlPi point de le.r^peter ^ le gout le plus pur^ I0 
tact le phis.'ftn y. le taUtlt: d^ecrire avec mitant de de« 
)i€^te^e,q4fte de solidite^ He s^acque^rOnt jamais ^qina 
dafis l%.ioG^^te. do*. autQilr^ vraiment classiques ^ ^ui 
<^ iuMnArtali^^ les^atedes d^ Periclee, d^Ajogasle et 
4f^jLiquis XXy.; et cV4 d^lfHurs ouvrages seula qa!tl 
£EM^dM;e^sans cesse aux amateurs et surUmt aox jcu* 
ngs.gena;.*..-.. » 

Quejl7oki en^fDtBU done on tresor A aoi , un trfsor 
^ r«^aiti6ujduiv:sQurla:maia «t o4rrou-puiss» 



pmf^ .4 ^bi^e imtant. On ne coart poiiitl^ liaque 

d^£tietroB^;cetpiia|MMsd itra vers lei riidesavee 

rasse^liment ydisona fdosy ayec Padmiietion de tons 

Jes bamcnes A<t goftt , ce qui jonit da suffngeunaiiiiiie 

de toot lee peoples , doit £tre ii^e»eiremeiit mar* 

moA au coin de la perfeclioii , da moins aatant qoe 

cequiesiluuiMiApeatenapproclier; etqaenVWia 

paa k gaguer ea metta&t conAtoelleiiieiit son eaprii 

en ooBtad atee ces piodnctioaa des pins beaux g^ 

Hies dtt motide.?.Lear repatatson n'est point ie t&uI* 

tat d^MM vogue passagitfej le temps finit toujouie 

par oonfinier od ananller les {ugeaieiiB des oonteaa* 

porainS) oeloB quails sont boos oa maayais^ et rare* 

meni il tarde i mettre ekaeun i sa plaee. A Rome , 

on aen bean loner A outnmoe Slaoe ^ Auaone , .GUnt* 

dies^ etmteit^lias-Itdioas^eroiiti^paaeraintde 

oompartr A Vbgile} eombien la eonriMtie que l^ett* 

tbouaianne d« moment avoit dricem^ A oes dcrivaiftk 

s^est tifnie ^sotti k mait^ da %emps t tA&di^ que cello 

de Vii|^ et d'Haraee birUle ekaqae jour d^ata «Mh 

vet Mst ;' et ebea les modemes ^ Balaae ^ Voiture|y 

BenMfnde Aoient port^ a«i^ noes ^ dans leur sied^-) 

ct makitftnaiiit ensevebis dans k poossiire ^ leurs cto* 

vrea^ ai bnUantes antrefois^ diapatent aux Wrs «n 

reste dVststenoe ^phiSm^. Radne n'^toitpas t>4s 

go&td de son tempi , mtme de madame de S^ig*^ 

qui lol pr^voit Piudon ; qu'est detenn Prsdoti t 

tandis que Racine a piis plaoe prfe de Virgile.pouf 

kpuretd du a^ ) et sa gloire ne fen que s^abcl^atu« 

avec les siicles. 



^.. . -I 



lA Dtr cHoix ras uvims. 

Si noire go&t n^est pas encore ^pnr^ 9 xn^fioBs^ 
nous done des ^loges pompeux donnas k certains och 
Trages; Os sont presque toujours jng^s ayec precipi- 
tation et loads par une, aTeugle bienveillance , on 
d&^birds par une partiality rdvoltaute ; c^est pour- 
quoi il fiiut s'abstenir de les admettre dans une col* 
lection choisie , ^uscp'ii ce que lea hommes d^un goftt 
aiMurd ) de principes solides ^et d^gds de toutes pasi 
aions y leur aient donnd leur sanction. Dans tous les 
cas ^ le parti le plus s&r est de sVn tenir d^abord aux 
ouvnges consacr^ par le temps et par le goikt^ qui 
out risistd k la dent des Zo'des et des Aristarques ^ 
cojBune la lime de la fable k celle du serpent. 

Nous croyons avoir suffisamment ddmontrd land^ 
oessitd de iaire un cboix dans Pimmense quantite da 
livres qui surcbai^ent Phorizon littdraire ; nous avona 
indiqud les dcrivains sur lesquels ce cboix doit se By 
zer ) et nous avons exposd les motifs qui doirent leur 
&ir^ donner la preference. Nous allons maintenant^ 
dans la seoonde partie de notre travail , faire voir 
que les cb^fs-d^ceuyre de oes auteurs du premier or* 
dre out iU Tobjet de la predilection particuli^jfe 
d^une infiaite de grands bOmmes j et n^ont pas peu 
oontribue k les former tela; ces details qui ^ d^apr^ 
le plan que nous atons.adopte, tiennent aiitant 4 
Tbistoire litteraire qu^aux principes mSme de la lit* 
t^rature, compldteront ce que nous venons d^expo^ 
ser , et pr^uveront d^une maniere encore plus dvi^ 
dente la necessity. de sVtacber particulieremen^i 
la litterature dassique. '. . 



TRAITi 

t-.... .- - •■' 

DU CHOIX DES LITRES, 



#»»J^ » ^»l < ^»<^»#»< ^ i^»v i ^J»<^»^rJ^#^i^r#»##^»^^^r # ^r^•»J^r^^i^ 



SECONDE PARTIE. 



De la- pridilection particuliire que des hommes 
dUbres deitoui les temps ont eue pour certains 
outrages et surtout pour les chefs-d'oeuvre litti* 
mires. 

La r^patati<m des a'uteors anciens qui ont m^t^ 
U denomination de classiques j es\ tellement i^tablie ^ 
qo^ii e&t dft siifBre de les nommer ^ comme nous Pa- 
pons fiut dans notre premiere partie ^ poor engager 
lea amateurs de livres et surtout les jeunes gens k les 
placer an premier rang^ dans toute collection quails 
se proposent de former. Aussi leur aTons-nousvive- 
meni recommand^ de fixer d'abord leur choix sur 
les chefs-d'ceuvre que ces grands dcrivains nous ont 
la^sses J et d^en faire Pobjet special de leurs etudes 
ou du moins Pobjet favori de leurs lectures ; mais 
it simples recommandationS) surtout dans le si^cle 
oil nous Tivbns j ne produisant pas toujours Peffet 
^^on en attejod ^ il est }>on de l^s ^ppi>7^^ d^exeai- 



36 I^tT CRDGC DBS ViVms. 

pies qui fassentdavantage sentirlan^cessit^d^yadh^- 
r^» C!e8t ce que- uout allons Ucher de.fiiir^ dawf 
Oette teconde pastiey en t|»pclaiit inoitle seooak, 
cVst-inlire j en pr^sentant comme dVxcellens mo* 
4&le5 a ^mret de« homines cel^Jnres de tous les tiif 
des J des litterateurs ^ des savans , des bistoriens^ 
des bommea d^etat et ^m£me des rois j sur le godi 
litt^raire dbsquels nous avons fait qUetques recber* 
ches J et qui j devor^s, Ais leur jeunesse , du d^r 
de s^instruire solidement y ne se sont attaches qu^i 
un petit nombre d'ouvrages bien cboias ^ et en ont 
fiiit I'objet constant de leur application. Il n^y a an- 
cun doute que c^est en se nourrissant uniquemeBt 
Tesprit At boos ouyrngesy d'ou\rages solides^ quails 
ont fait preuve^ dans les differentes carri^res que k 
sort leur a ouvertes y de connoissances tres profpn- 
dcifliy d^une grande togacite , d'un tact fin , de talent 
garahs immanquables du succis y enfin de touted 
les qualites qui les ont illustr^. Ge n^est cependant 
pas que tous y obinme on le verra y aient port^ leuf 
cUoix sur des prodm^tiona du premier merite; mai^ 
le plus grand nombre sVal conforme k ce qne Vcm- 
peut prescrire de mieux a cet ^gard. 

Rien nVst done plus propre que Pexemple de ce^ 
grands hommes k confirmer ce que nous ayons dit 
pr^Memment ^ que ce n^est point la lecture d%iK 
grand nombrie de Toliimes qui d^veloppe le genie y 
qui alimente IVsprit y qui forme le gout , mais que 
c^est plttt6t un cboix severe et circonscrit d^ouvragea 
dtt pcemier ordre y Ixa) rebxs et Ineu m^dites. * 



^ 8I9CONIXB PJJKtOL 0^ 

Twos wfoos era dcroir suiTito I orar6 CDTiMiologi*. 
ifiie dafm Fezpoaition des goftts litt&raires des pands 
kommes. Commenpint k Thncjdide ^ nous desoen* 
dons de si^Ie en si^de jusqaes & nos joars, et noas 
ajoalcms k chaqne article ropinkm et le jugement 
des plus grands ^rivams y soit sur Pantear y soit 
for Poavrage dont 3 est qnestlon j de sorte que 
eette partie de notre traTail , par les rdflexiona litt^ 
faires , les dates ^ et qufflqnes anecdotes dont elle 
ait entremflfe; pourroit sons certains rapports ap* 
partemr k nn conrs de litterature y et sous d^autrea 
k Fbutoire Ktt^ire; ce qni Ini donneroit nn double 
degr^ d'ntilit^ j si nous ^tions assez henrenx pour 
aToir retaipli ce cadre int^ressant tel que nous Pa-* 
Tons conpn. 

Tojrons d^alxnrd quels ont ^t^ les go&ts litt^raires 
de qnelqnes hommes c^Ubres de la Grice, patrie 
primiliye des lettres. 

THUCTDIDE y bistorien grec (n^ en 471— mort 
en 391 ar. T.-C.), assistant k une lecture qu^H^ao* 
ton fittsoit de ses bistoires devant le penple d'Ath^« 
&es y fat tellement frapp^ de la beauts du style y qu^ 
tntim dans viae esp^ de transport et d'enthousiaa* 
iDe^et Texaa des larmes de joie en abondance j il nV 
loit akva qnequinzeans. Ce go&t precoce, cettesen^ 
sibiltt^ extraordinaire k cet kgCy pr^geoient rbon« 
neur que Tbucydide feroit uq jour i sa patrie daa« 
U &i£me carriire. 

X^esbistoiiMla d'HiiLonon^ dtvis^eA eik nenf Hrrai 



'3a I>t^ CHOIX DES UVRES. 

.■tilxqQebcMidoiiiu le nom de$ necif Moses, cpnuneir* 
cent k Cyrus y premier roi des Pei^es , selon rantenr 
(Fan 599 ay. J.-C*), et se terminent k la bataille dt 
Mycale qui se doupa la huitiime ann^ de Xerzdif 
(Pan 4B0 av. J.-G.), ce qui comprend Pespace d^eii* 
Tiron cent vingt ans. H^&odotb est appel4 ie Pim 
4e rhistoire, par Ciceron , non-seulelpent parce qa^il 
est le plus ancien des historiens grecs dont les Merits 
^nt parvenus jusqu^4 nous, mais parce qu^il est en* 
tre ces historiens ce qu^Hom^re est entre les poetes, 
et D^mosthine entre les orateurs. Fidelle imitateor 
d^Hom^ pour la narration , il entrelace les £uts kf 
yns dans les autres , de mani^re quails ne font qu'ua 
tout bien assorti. En variant continuellemeut ses rl^ 
cits y il reveille sans cesse Fattention de ses lectQurs. 
Son style es^ plein de gr&ce*) de douceur et de no- 
l>l^sse. Ses histoires sont ecrites dans le dialecte ioni> 
que* M. Larcher a rendu un important service i 
notrelitt^raturc; par la savante traduction qu^ilnous 
i^donn^edecethistorien. ^Paris, if/SSyf^ vol. mS^'^i 
el Paris, 18029 9'^oL inS.^) Ce pr^cienx ouvragea 
emporte les suffrages universels sous le rapportdeP^* 
rudition ( 1) . M. Dacier ^ secretaire perpe tuel de P Aca- 



' (1) Je ne puis mieaz en faire connottre le m^rite ^ qa*en rappor* 
tant ce qu*en -a dit le siiTant et estilnable M^ Boissohade, autenr 
de la notice sur M. Larcher , en tite du catalogue de la bibliothi- 
que de ce denuer^ p. zxit. » On peut, dit-il, sous le rapport do 
kyle^ faire k M. Larcher d'assez graves reproches; mais la ri-- 
chesse du commentairey Timportauce des recherche^ ^^ograpbi- 
ques et.cbxOBologiqaesi injBkX ^ItilftdwitioiK d'U^rodott , 11a cks 



SECX)Nd£ PAKTIE. 33 

jefflie ties inscriptions et bell^lettres j dit ^ dans son 
eloge de M. Larcher, In k la seance publique da a5 
jdOet 18179 ccquUl est permis de dire sans exagera- 
tion, que PRerodote de M.Larcher et PAnacharsis 
deBarthelemy sontles deux ouvrages publics depuis 
4oaDs, qui ont le plus puissammentcontribue&rani* 
mer le goiit des Etudes de rhistoire ancienne , et en 
general de I'arch^ologie* » Yoyez le parall^le d^H^^ 
lodote avec Thucydide d^ins. Farticle sulvant. 

DEMOSTHfeNE , celibre orateurgrec, (n. 38i' 
— ffl, 3aa av. J.-C.)^ faisoit tant de oas de Phistoire 

• ■ 

plus beans monamens de r^radition fraucaUe.M. de Sainte^^rois 
{Eocamen des hist, d* Alexandre ^^b^. 58i ) , a dit que M. Larcher 
Bvoit, parta chronologie d^H^rodote, mdrit^ la reconnoisaauce' 
de la postAifaS. M. Wyttenbach ( BibUoih, cat, IIT , a , pag. i53 ) » 
te sViprime pfts avec mopaa de force aur le m^te de ce grand 
0071^ : Quo opere quantum incrementi allqtum sit, cum ad in* 
telligentiam Serodod dliotumque scriptorum , turn ad judicium 
etcognitionem omiUs illlus historioe et dniiquitaHs , si diserta 
ipUome stgnificarevelimMts^ vix nobis centum paginat su/ficidnt J 
AiUcBn {SeUctd, pag. 344)9 i^ appelle M. Larcher le plus exact. 
ct le plus savant de tous les interpretes d'Uerodote. M. Ghardoa 
dela Rocheite (Manges, torn. Ill, pag. ii5), se' rencontlrant- 
tfw M. de Sainte-Cron, -daofl Texpre^on de son 'admirations^ 
(Ut (pie 1a trdduction d*H^odote m^te toute notre recouuoi|«. 
nooe et ccUe de la posterity. Enfiu, M. Larcher a ohtenu un 
hoanear duquel ont joui fort pea de commentateufs : sa chrono- 
logie ti.M tradnite eh latin par M. Borhieck (tradi d'Hirodote'; 
toni. I ,pag. zxxix , tom. VII, pag. 7); en allcmand par M. Degeit 
(Vcy. la France litt, par. Ersch, torn. U, pag. a^i ) , et scs not^i^ 
out pam dans les principales laligues de FEurope. (Voyez lis 
Melanges de M. Ghardon de la Rochette, 'icin^Ii pag. 5^', dif 
tott.lll,.pag.83.) - -I 



! 



/ 



3 



34 ^u cnotx D£s Liviif:^. 

de TffucYiSiBB J ((a^Q la cofiia hait fob de te uui 
pour miens se p^ndtrer de son style. 

Gette histoire tenSetme les ^▼dneniensarrit&pai' 
dant les Tlngt*ane premiss anodes de la gaenedi 
P^^lopon^se qui a embras^ la Grtce, de 43^ ^ 4^ 
at. J.*G. Thucydide , qui florissoii pendant cettc 
guerre, a ^mt eette histoire en huit livtes. Us onl 
iti publics par X^nophoii qui y a fait nne suite en 
sept liTi^s fiulssanf it la bataille de Mantinfe ^ Fill 
363 av. J.^. 

Ucte t^marque que Ton a souvent faite tclatite* 
mfeiit & U po^sie et k lIListoire ^ c^^st qiie les bM* 
jhes de g^nie qui out ouvert la camiredanscesdeni 
patties, sont ceux qui y out le taieux r^ussl. Hbtikbie 
n^a point encore eu de rival pour la po^sie ; Rbko* 
i>OTa etTHuctniDK sout dstns le m^me eas pour Tins* 
toir^. Nous parleirObs d^Hom^re dans Partide sni* 
yant; mais noiis deyoiis rkppoii^er ici Pelegafit et )ii- 
dicieux parallile que Quintilien trace des deux ho* 
toTiens qui nous occupent : <c La Gr^ce, dit'il^ a ea 
plhsi^urs bistbridns ci^l^bres; mais on cbnTient qii^ 
y en a deux qui sont fort au^dessus des autres , e{ 
qui j par des qualit^s differentes , ont acquis one 
gloiire pi*esque <%ale. L^un, coneis ^ serrd, toujoon 
presse d^airlver k son but, cVst Thucydide : Pautre, 
doux, clair , ^tendu, c^est H^kodote. L'un est plui 
propre pour les passions veh^nientes; Pautre, poui 
^Ues qdi demandent de Pinsinuatioti. L^uu r^ssll 
dans les bars^ugues ; Pautre , dans les discours ordl 
Maures. Le premier entraine par la force ; le aeconc 



itliM put \e pUhir (i). » Tow les dent Ont porii 
llustoire k sa perfection par une route diflG^nte* 
CVit une justice ^pe leur onl reudae les ancieiis et 
kiitodemesk 

ALEXANDRE (n. 356-^ m. 324 ay. l.-C.)) roi 
ie Mac&hMne ^ ^toit tellement paasionne pour Ho* 
MiiB y qa'il portoit toaloars ateo lui VlUade. II ap- 
peknt lea cB«vres de ee poete^ sea provisioiu de Tart 
militaire, AnBsi| au milieu de sea marches et de ses 
conquAtea ^ il le m«tioit toa jonrt sous son chevet aveo 
urn ^p^. AjMT^ la d^iaite de Darins^on trouvmypar* 
fti les d^ponillea de ce prince 9 une caatetie d'un tra* 
fail fini et dHm prix ezcessif j on la porta k Alexan« 
dre y qui auasitftt y reaferma Vlliade ^ en disant : 
« II est natuid que TouTrage le plus par&it de Tes* 
prit kumain soit renfierm^ dans la cassette la ^ua 
{rideuae dn monde. » Traveisant un jour le Sig^ 
et foyant le tombcau d^Achillt : ocO fortune heros f 

(1) JSiAwiMi mulii scnps4re , sed nemo duhitat duos iongd 

tMnf pn^erondos, quorum diversa virtus laudem pen^ est 

ferem cemteaOa, ^Jensau, et krevU^ et semper insUms sibi 

l^ncTUDSt dmleis,etcandidus etfiuus Hikodotui. Ille con* 

cdottfy kic remisns affecUbus meUor : ille conciordbus , hie ser- 

mmiihus t ille vi, hie voluptate, (Qmint. lib. x, cap. i.) m 

lolliBy de qui j*ai empmiit^ la traduction de ce passage, dit que 

Jes moCa instans sibi soot difficiles k rendre, et qu*ils signifient 

fK Thncydide est ton^onn presaS , qu*il ae hate d*«ller k son but ^ 

^!il J tend contanaellement aana le perdre de Toe, sans se de- 

tomMTy emu s*amnser. Gedoya les a tradoita par ne s'arritant 

jemais en chemin, c'est le mime sens. La traduction de ce mor« 

oeiQ par RaUia me parolt plu« liltffaute ^t ctUt de CMoyn. 



%6 DtJ CHOIX DE5 L1VBE5. 

8^dcria-t*i1 , d'avoir eu im Hom^&e ponr cliBBterlei 
victoires! » 

II est certain qa'il n^existe point dans la r^pnUi* 
que des lettres , de reputation plus grande et plni 
solidementetablie que celle de ce poete. C'estceqa^a 
fort bien exprime Cfaenier dans ces vers t 

Trois mille ans ont pastf^ sar la cendre d'Homii^^; 
Et depais trois ihille aus Homire respect^ 
Eat jeune eucor de gloire et dUmmortalite (i). 

En effet ^ le nature] on plnt6t la naivete ^ la riclieiie 
du style poetique^ la chaleur et la rapidity sontki 
traits principaux que radmiration saisitd^aborddaat 
les immortelles compositions de ce genie extraordii 
naire qui^ pour ainsi dire^ a cree ce monde intel* 
lectuel qu^on appelle la poesie. Quelle grftce^ qudle 
ifnergie y quelle harmonie dans les Ten de celhonusft 
que la voix de tons les peuples a proclame le pier 
mier , le plus grand poete de Fantiquit^ ^ de oet 
homme qui joignit k tons les ayantages du plus hen*, 
reux genie j tous ceux de la plus riche y de la plu 

* 

m ' ' "^ ' ■ ' -"- _-i . -fi • 

(i) J. B. Aouflseaa a dit dans son Ode k Malheibe : (5.« lit* !&). 

A la lonrce d*nippocr6ne, 
Hom^re , ouvrunt ses rameaur, 
S*6Uve comnie un vienx chdnv 
Entre deux jeunes ormeaaz. 
Les savantes immurtelles 
Tons les joars , de flears noavellev 
Ont soin de parer son front; 
Xk parleu-commnn snffrage 
Atcc elles il partage 
. JLt fceptrt da douJble moBt« 



~ SECOJTtnr PARTIE. 3^ 

tt^Iodiense, de la mieux construite, dc la plus belle 

^ieslangues qui jamais enchant^rent Poreille hiimal- 

^lExiste-t-il elocutibh plus pittoresque, delails de 

ityie plus plains tl^iinagmatioQ , de force et de grace ; 

pins de rapidity ^ et, si nous osons le dire j plus de 

feague et de* v^hdmence j quand il s^agit d^exprimer 

let passions , et plus de sensibility quand il faut pein- 

ite la douleur? Oui y disons-le ayed tous les gens de 

{oaty Panivers sera touJQurs einerveill^ des sons.de 

eerie lyre immortelle , dont Fantique harmouie , vie- 

torieose de la difference des idiomes, et tou jours la 

oime pour tous les peuples et pour toutes les gene- 

raUoiui, se prolonge k trovers tous les &ges et ret^a« 

iit ^galeinent dans tous les si^cles. 

- Vojons main tenant comment Vlliade a vu le jour, 

«l comment ce pr^i6ux tresor est pa^enu jusqV4 

WMis. On preti^nd qu'HoM£B.E(i),lors de la compcH 

fllion de ce cd^bre poeme (vers 920 a v. J.-C. ) 9 ne 

IVi point divisiS par livries. G^etoit un recit en verd 

des^f^nemens de la guerre de Troie dont il chan- 

toit des passages k la volonte des auditenrs, pour ga- 

goersa vie, en parcourant les bourgades de Plonie. 

De-Uiest venu le nom de rhapsodies {2) donnea ses 



(1) Lea mavbres d*Anitidel knetlent Hom^re. sous Farcbonte 
Impute y c*est'k-dire y 3oo ana apres la prise de Troie, 916 aus 

(3) Rhapsodie yient du grec rhapto , coudre f et qd€, piece de 
^Adiautee, c^est-li-dire, chants coosus ensemble. DanaranU* 
fivU on appeloit ainsi des especes de poemes composea sor des 
^v^Bemenii remarquaUet) et que des. Ahapsodes alloiciit chanter 



38 DtT CHOR TOSS LIVIffiS. 

oavrages j lorsqa^on en a rasaembl^ les difUrembiff 
mens. Lycurgue (vers 876 av. J.-C.)^ eat le pK-» 
mier qui , dans son voyage dlonie y lea vecaeillit el 
les apporia k LacM^mone, d^ak fla se i^pandiienl 
dana la Gr^ce (i). Pisiatrate (vera 54o av. J«-G.)f 
ordonna k aon fila Hipparque d^en faire one aoavelltt 
copie y et ce fut celle qui eat coura depoia oe tempi 
]asqa^aa rtgne d^ Alexandre. Ce prince (vera r«ii336 
av. J.-G.), chargea Calliathine et Anaxarqaedeiv* 
voir soignensement les poemes d'Romire quidevwal 
avoir He alt^r^s en paaaant par tant de boodies et 
courant de paya en paya. Aristote , dana le mtma 
temps y fut ansai conault^ aur ce nouveau tranil4 
CTest cette copie que Pon nomme ration de I'&niii 
ou de la cassette , parce que cVat celle qu^ Afexancbe 
enferma dans la cassette de Darius. Z^nodoted'EpU* 
fit J premier conservateur dela bibliothique d^AlcoiH 

*'■ ■ I 1 ■ ■■ ■ i '*m ■■ I ■■ ii » ii|i I lull.— ^^ 

de yille en ville poor gagner de Targent. Par la suite oa doaaict 
BOm anx morceaux d^cMs dee poicimes d'Qomere , qae lea Vhtf* 
^des cKantoient en public y et que les Grecs preiioieiit le pliV 
grand plaisir k entendre. 

(]) Void comment Plutarqne raconte la chose ( ^^dBLj/au* 
gue) 1 ft C'est vraisemblablement en looie que Lycurgpe iritpMr 
la premie fois les po^es d*Hom^re , qui ^toient entre leamaiiis 
des descendans de Cleophilus ( ancien li6te du poete); et ayanl 
trouY^ que les instructions morales et patitiquee qa'eUes lenfot* 
ment ne sont pas rooios utiles que ses fictions sent agr^bles* il 
prit lui-m^me la peine de les copier et de les reunir en on ml- 
corps pour les porter en Grice. II est vrai que ces poesies j 
BToient d^jk ftiit qnelque Iwuit, et qu'uu petit nombre de per* 
sonnes en avoient quelques teorceaox d^tacb^s ; mais LycorfQi 
ht celtti qui les fit enti^reBMiit connottra Hiu Gffca. «» 



I 

r 



[ 



SBCDH DE PARTIE. 3^ 

(Ub^soos Ptol^mee Lagijis qui la fonda (versft9aaY4 

L'C»)y revit encore cett^ &lHion. Mais on bUma la 

kfdiesse av^ kqaelle il rejeta les vers qui lui pa'- 

viNiSQieiitduuieBX ; et A en ju(;er d'apr^sles vaviaates 

dtecB par Eustat^e^ an d^&at de sens po^tiqae Pa 

fiit tomber dans beauceup d^enssurs. Aristophane 

4t Byiancey qnelqoe tempsapris( aooans av. J.-C. \y 

t'oeenpaanaaid'unenoaveUeeditiond^OM^B.B. Mais 

bjj^iisciSIAbve de tontes , celle qui est la base de 

Foidre dans lequel nous sont parvenus les euvrages 

^ ce poete ^ est P^ition quV donnee Aristarque da 

Smotbfface (vers 176 aas a^. J.4]!.). On lui attribue 

la diyiMO|i des deux poemes d^Hom^; cbacun en 

vingt-iputjne chants. 

Vlliade, dmd le sajet est fonii snr le rapt d^He- 
line et aur PenliiYement de Bryseis, embrasse ufx 
ftmple ^sodt de la guerre de Troie. C'est le recit 
poeftiqne des ^yenemens qui sfs sont passf^s dans nn 
tttieirvalk pea (ftendu , depuis la dispute d^Agamemr- 
noa et d'Achilie au sujet de Bryseis , jusqu'aux ob- 
flifpes d^Hrctor qu'Acbille a immol^ aux mbies de 
ionamiPatrocle. Le sujetdupoemeestdonclacolire 
i^Achille^ pu plat&t la satisfiiotion que Jupiter doane 
i fou p^t^fils Achille offens^ par le chef des Grecs. 

M • de Bonald j dans son b^au morceau surle style 
^iurla Uiteraturp, parlant du poeiBie epique^ ex- 
piuua biien font ce que Vlliade a de grand et de ma- 
jeitiieiix* H coifiBaence par exposer cc qu^on ne pent 
WM?e le sujet d'une epopee que dap? Pbi^toiij'e 
$m ewwie ^agj^t^.* U #e Moit pa^ flipin^ wx y^ux 



^o DU CHOIX DES UVRES. 

des anciens yContiBve-t-i] 9 qae les destins de laGr^tf 
ct de Rome j et aux ndtres , qne les destins de la chr^ 
•tiente et ceux du genre hnmain mftme , pour fonder 
.rinter^t et soutenir la majesty dea qoatre grandes 
«pop^s et peut*£tre des seules qu'ait prodaites It 
'.litterature ancienne et modeme (i). » Pui^ arriTaiit 
i, VIli€uie,il s^exprime ainsi:<cDaiis oe poeme^rim- 
.-portance de Pentreprise , an moins pour les Crrecs ; 
da grandeur des moyens ; ces rob , toua lieros^ tons 
:en&ns desdieux; cet Agamemubn^ roi de tonsces 
rois, issu lui-meme da mattre des dieux 5 rEorope 
'luttant contre PAsie ,les dieux contre les .dieux; 
Tolympe qui delib^re ; la terre qui attend ; le destin 
des hommes ; la volonte m&me des dieux suspendoe 
-par rinaction d^un seul homme: tons ces grands-ob* 
Jets eleverent Pimagination du poete , et donn&rent k 
son ouvrage cette majeste qui s^est accrue d^Jige en 
A^Cy rn^me par Peloignement du temps j et qui a fait 
-de Vlliade le premier et le plus beau titre du genie 
•de Phomme..., 3> 

Dans POfl^^w^e, qui a egalement \ingt-quatrc 
chants 9 HoMiBE raconte ies aventures d'Ulysse, de- 
puis ]a prise de Troie jusqu^a son retour en Itaqae. 
.li'action ne dure que quarante jours ; mais^ 4 la fa- 
' venr du plan adopte , Homi^re rappelle plusieurs 
details de cette guerre fameuse , et deploie les con- 
• noissances que lui-m^meavoit acquises dans ses voya- 
ges, luOdjssee n'a ni le feu ni la majeste de Vlliade; 



(0 Vlliade, VirUide, la Jerusalem dilivHe, et UParadisperdu^ 



S£COm)E PAKTIE. ^^ 

4m voit qne 1e po^te ^toit sur son declin ; mais j com* 
me le dit Longin {chap, yu) j c^est le soleil couchant 
qui n^a point la force de son midi^ mais qui a ton- 
jours la mime grandeur. 

II existe un grand nombre de parall^les entre Ho« 
: mire et Virgile. Les anteurs anciens j k commencer 
par Velleina-Pateroalus qui yivoit sous Tib^re et qui 
a pu iroir Virgile j jusqu^i ceux du cinqui^me si^cle^ 
sont tons pour Hom^re ^ et quand ils font aller de 
pair Virgile avec le poete grec , ils semblent vouloir 
le flatter extrSmement. II y avoit &-peu-pr^s mille 
ans qn'on avoit cess^ de les comparer , quand Flori- 
du8-!>alnnus publia son.apologie des autenrs latins^ 
\BasiL , i54o ^ in-foL). Pen content de justifier Vir- 
gile des reproches de Macrobe et de Lascaris, il bla- 
me Hom^re sans mesure. Jules Scaliger qui vint en- 
•anit^ J garda encore moins de management pour Ho- 
miire. S^il le compare avec Virgile, toutes ses louan- 
ges sent pour le poete latin , tout le blame est pour 
le poete grec : Vir^Uus, dit-il , artem ab eo rudem 
acceptam lections naturas studiis atquejudicio ad 
\summum extulit Jastfgium perfectionis , quodque 
perpaucis datum est, multa detrahendofecit auctio-^ 
rem. Fudit Hom^rus^ hie collegitf ille sparsit, hie 
composuit. Quantum h plebeid mulierculd matrona 
tUstat, tantum summus ille vird diwino nostra ju« 
peratur. Quee sunt magnifica in Homero , non ce- 
quant magnitudinem f^iigilii. Virgilius magister 
est, Homerus discipulus. Facit diuina ex humiUbus 
JBomeiif Homeru9 humilia et humiliter, f^irgilim 



^ bn CBGDi VU UTIES. 

grandiom et magnified f opprimii et obmk Homei^ 
rumf relinquit eum post $e» Narrati» 4ltenus aur 
rea, alienus plumbea. Mie verus poeta, illejbrar 
neus narrator. Homerus mohs tfuidem e^t, sed m- 
dis et indigeita f yirgiUus muttm deus est et niieliar 
naturd. It n-e$t pAs betoin de dire connbieQ oe p«r 
nllMe est marqu^ au coin de la pavdalit^ et de k 
paasicm. Je pr^ftre beaucoup lea r^fleiians atiivanlai 
de M. BoiTin cadet : « yiliade et FOdysaee , ditrtl^ 
eont ae«x gnmda taUeaux dent TEo^ide est le rae- 
isourci. Gelni-oi Teut dtve regardeude pi^a. Touty 
doit Itfe achet^. Les grands taUeaux se voieat de 
Join til nVst pas n^oessaire qee tons les traits y soieat 
81 fims et si rdguliers. C Vst mime an d^nt dans nfi 
fprand tableau qu^un soin trop scropnienx...... Vir- 

-gile a ajont^ quelcpies traits k eeux qne son original 
lui fonmissoit. Ces traits ajeut^ ne font pas que U 
«opie doive fitre pr^fer^e k roriginal qui nVn avoit 
pas besoin ^ et dans lequel peut-itre iU n^ont pas eu 
besoin d^itre employes. La vraie beaut^ ne consist^ 
pas k tout dire 9 mab k bien dire ce que Pon dit. Elle 
consiste moins k dire de grandes choses^qu^a en dire 
de petlteS) sans s^avilir. U y a plus dWt, ce me sem^ 
ble, et plus de pompe dansYirgile que dans Hom^i^ 
en beaucoup d^endroits. Mais tout cet art et toute 
cette pompe ne doivent pas Temporter sur une yraie 
noblesse alliee avec un air de simplicite qui plait y 
mime dans ses negligences. )> 

L^abbe Trublet a fait aussi un parallile d^HoMixE 
tl de Yirgile ; tout n^ est pas parfait ^ n^ais il y a 



SECOim FAmtE. J^ 

des idees jastes et fines) iroici les passages de ee pa* 
^Ule cpii me parolssent les plus saillaas raHoxim^ 
est un des plus grands g^es qui alent jamais iii ; 

YirgOe est nn des pliu accomplis HoMinv est 

plus poete, Vivgile est on poete plus parfait... Uiiki 
canse nn plaisir plus vif , Pautre on plaisir plos doox, 
}i^homm« de gi^nie ^st plos fvapp^ d'Hoic^&s ) Pbom^ 
me de goftt est plus Umoli^ de YurgUe. On admire 
plos le premier ^ cm estime plos 1q second. II y a plof 
d'or dans HoHimv ; ce qn'il y en a dans Virg^e est 

plos pnr et plos poll Une grande pariie des di^ 

&uts de Vlliade sont cenx do sidcle d'HoMia.! \ lep 
d£&ots de I'Endide sont ceoic de Yirgile, Q y a plof 
de fiiotes dans Vlliade, et plos de d^qts dans PE^ 
n&ie (i). On doit Yirgile k Hoxias. On ignore st 
celoi*ci a en des modules (a) , mais on sent cpf'i\ 
ponvoit s'en passer. H y a plos de talent et d^abon* 
dance dans Hoitiu ^ pins d'art et de cboix dans Yir* 
1^, L^on et Paotre sont peintres, ils peignent too to 

(i) M. dt La Harpe a d^taill^ lat d^favU de P&i^e dam ma 
Coarp de litt^ratnre, article de VEpopie latine, (Toy ex r^tioo 
de jytjon, 1891 ytSiAp/. in-it, torn. I^ pag. 95a. 

(a) Fabridiu (bibLgroBcaf V£k. I9 cap. > , ) copsple aqisaala* 
dix poi^tea ipu^aea qui out para aTsnt Homtoy et qui aans daote 
ae Ini ont M d'aacim secoun ^ gil*oa en juge d'apres lea fragmeua 
qui Dona restent de quelques-una de lean ouvragea. Fabridiia 
donne la Kate alpbaMtique de cef •oixaiite<dlx poStef , daas aoa 
pmnier chapitre ; les trente-cinq chapitres anivans de son premier 
HTre font coniacr^ k dea details plus ou ingins ^udus stir cea 
podtes. Le dnquitoie chapitre du second livre de sa lublioth^ue 
grecqoey ccmtieat la lista da cant Yiagt-trois fommcnistcms d*fio* 
mtey doat les conawtapft sont perdnii 



j^j^ DU CHOnt DES LIVRES. 

la nature j et le choix est admirable dans tons le^ 
denx ; mais il est pins gracieux dans Yirgile, et pln^ 
Tif dansHoMEKE. Hom^ke s^estplns attach^ que Ynr — 
gile, k peindre les caract^res , les moeurs des horn — 
mes ; il est pins moral : et c^est 1& , i mon gre^ le prih-* 
cipal a vantage du poete grec sar le poete latin, hm. 
morale de Yirgile est meilleure : c'est le merite de 
son si^cle et PefTet des lumi^res acqnises d^dge en 
kge; mais Hom^rb a plus de morale : cVst en lui tin. 
merite propre et personnel, Peffet de son tour d*es- 
pritparticulier.... II viendra plut6t un Yirgile qu^on 

HoM^RE J etc. 3> La Harpe dit dans son Conrs de 

litt^ratnre : <c Si Yirgile n'a pas ^gal^ HomI:ile pour 
rinyention , la richesse et Tensemble , il Pa surpasse 
par la singuli^re beauts de quelqnes parties et par 
6on excellent gout dans les details. 3f> 

Sept villes se sont dispute Phonneur d'avoir'dontie 
le jour k Hom^re. Si Ton en croit un ancien disti* 
que grec j ces villes sont : Cumes j Smyrne y Chio y 
Colophon J Pylos, Argos et Ath^nes (i). L^opinion 
la pi us commune estqu^HoMERE a vu le jour & Chio. 

Une chose assez singuli^re j c^est que pendant vingt- 
aeptsi^cles on n^ait point mis ien problSmePexistence 
d^HoM^RE, et que Pon ait atteudu aux xvii et xviii.* 
si^cles pour clever des doutes k cet egard. L^abbe 
d^Aubignac , vers i63o j dans une dissertation sur 

(i) Un distlque latin s^exprime ainsi k cet egard : 

SoajTjiB , Khodof , Colophon , Salamis, Chios, Argos, Atheaw^ 
OxbU dfl patiia ,'certat , Uomere , toA. 



SECONDE PARTIE. 45 

l^Iliade , a soutenu cjuMl n^y a jamais eu d^bomme 

xiomm^ HoM]^RE qui ait compose Vlliade et VOdyS' 

sie^ et que ces deux poemes ne sont qu^une compi* 

lation de vieilles tragedies (rhapsodies) qui se chan'- 

toient anciennement dans la Gr^ce. Dans le xviii.* 

si^cle y on a agite cette question sous differens points 

de vue. II y en a qui ont doute qu^HoM]&R:B ei^t mis 

par ^qrit ses poesies : c^est Payis de MM. Wood ^ 

Heyne , Wolf, etc. II a ^te combattu par MM. Ame- 

lang. Hug , de Maree ^ etc. M. Wolf est alld plus 

loin : il a vpulu prouyer ^ tant par Panalogie que par 

les. disparates qu^il a cru remarquer dans les diffe- 

rentes parties des deux poemes ^ qu^on doit les re- 

garder comme une suite d^ouyrages de diyers a.u* 

teurs ^ et qu^on ne pent attribuer k Homerb ( s^il a 

exists) que- la pi;emi^re idee et peut-^tre une partie 

des yers que ces poemes i*enferment. M* de SaintCT: 

Croix s^est eleye ^ en 179& 9 contre cette opinion* 

M. Bryant, 4 Poccasion de Pouyrage de M. Cheya-^ 

lier sur la Troade, a surpasse M. Wolf^ en soute- 

nant, en 1796, quMl n^a jamais existe ni yille de 

Troie y ni guerre des Grecs contre Ilion. Enfin \ 

M. Pabb^ Geoffroy , cel^bre critique dans ces der- 

niers temps , a pretendu que les poemes heroiques 

d^HoMEAE etoient en partie des poemes plaisans et 

jn^me burlesques. II a deyeloppe ce syst^me bizarre 

dans dix k douze articles ayec beaucoup d^^sprit j 

mais il n'a conyaincu pei*sonne. 

II faut couyenir qu^il est aiissi difficile de decider 
s^ ics differentes opinions dont nous yenons de par- 



^6 DtJ GHODC bfed LtVh£S. 

ler ) Mnt fondiieS) qa^il s^roit ituposBible de lee cofl^ 
dlief ; et pour nous sidrrir d^une expression de Da-* 
frdny ^ ce n^est pas Ji traTeys an brouillaul de vingt-* 
linit si^cles qu^on peiit ytar dislinctement les objets ^ 
et dire : ils sont ainst. tl noua Mmble cepe&dftnt f 
quand tons les abciens ^ k cooimeticer par Lyenrgne 
qui vWoit tout au plus cent aiis aprte Hoxkus-, sa 
aont 4ccord^s pour le regarder comme auteui^ de IV- 
liade et de VOdyssih; il nous semble^ dis^je ^ que 
b^est Tenir un peu tard ^ vingt'sept siicles aprh ^ pooi^ 
Clever des doutes sur son existence y et donner tme 
eaptee de dementi formel & toute Pantiqmt^. Aia 
resU^ ^nous sommes dans le sl^le oji , k force dis tou* 
loir tout approfondir y on finitpar douter de tottt. 

ARISTOPHANE DIE BnAircfe ) ctfl^bre gramniai^ 
Hen gnec j quiexistoiti-peu-pris^oo ansaVant Ja-G. p 
passe pOur Pauteur du fameux canon des auteur^ 
classiqu^s grecs. Son disciple Aristarque^ qui vivoii 
175 ans a^ant J.-C. , a eu aussi part k la redaction 
de ce canon , qui ne nous est parvenu qu^avec lei 
thangemens qu^y ont fails les grammairiens des temps 
suivans. Voici la nomenclature de ces classiques telle 
que nous la poss^dons maintenant. 

P0BTS9 £pkQUEs : Hom^re^ Hesiode (quoiqu^il soft 
principaleinent didactique ) , Pisandre , Panpsis j 
A&titnaque. 

PoETEs lAMBiQXJES : Arcbiloque, Simonide, Hip^ 
ponax. 

PoEttis LTKiqtJVS : jZUcman , Alcee j Sapho j Stcsi* 



SECOKDE PARTHL i^ 

Aote 9 Fibdiure ^ fiieebylide ^ Ibycns ^ AnKrfon , 
iinidtiidek 

PofiTtti iiitQUL^iVMB : Calliiiiis | Mimnenae , Phi« 
l^tas^ Callidiaqiie. 

Ptatfss VftAGti^vfts : Eicthyk) Sopliode, Earipidei 
Ion ) AchlettB , AgathM. 

PdRTEjicOiflQitss 9 antnenhecoimidie i Epicfaarme^ 
Ciftlitiiu J fiBpoltt^ iU^ntophatife ^ Phifr^crate ^ Platon. 

Mojrenne comddie : Antiphane^ Alexia* 

N&uMh comSdie i M^nAndft , Phili|^icke ^ Di- 
phSltj Ftilimohff ApollcMbte. 

HiSTOAiBHS : Hdrodote ^ Tbueydide , X^nophoii ^ 
Tbtopompe ^ l^piiore y Philiate 9 Anaziaaine , Gallia- 

OiLiTMUd 9 /e^ dfJt Mtufues t Amipbon y Ando- 
4iAey Lyaiaa^ IsoefaU^ b^e^ Eschitiey Lycurgoe 9 
IMmoath^e ^ Hypikide ^ Diiiaii|ue. 

PniixisoMifestPktony X^ophon, Eiclutiey Am« 
tele 9 Th<£ophra8te* 

lei M tanAitle le eanon des elasftlqaea firee* atiri- 
kriitf i Alfistdpkati^ de Byaanee et k Ariatarqae. Par 
la aiiite 9 on y r^unit ce qu'on appelle Ut Pliiade s 
t'teat uM liate de sept pontes du tecohd ordre que 
Pon ajoUta k ceux du piretnieir que nous Ten^Kis de 
dtier. Ayant de presenter cette liate , noua croyDn3 
dievoir donnet une petite explicaiioadu mot PlUade, 
et ensuite nous rappolrterons taut eft qui a ^ti^ connu 
ioos le Dom de Pbiiade fH>itiijue cheK les anciens et 
chez les mod^mes. 

Le mot PliUuU yitui d'«i|i» conatelltticm eompo' 



^8 I>U CHOIX DES LIVBES. 

see de sept ^toiles r^unies vers Pepaule da Taureau* 
Ces etoiles se nomment C^l^no y Asterope , Merope^ 
l&lectre j Alcyone j Ma'ia et Taygete. Selon la Fa- 
ble, ces noms ^toient ceux des filles d^ Atlas et de 
Pleione. Cette Pleione etoit fiUe de POceau et de 
Thetis. Le terme Pleiade provient du grec pleio, ]6 
nayigue^ parce que cette constellation passoit poor 
plufieuse , orageuse ^ et par consequent trds redout^ 
des marins* 

C^est dunom de ces Etoiles que les Grecsontdonne 
le nom dePleiade k sept poetes qui ont paru sous le 
regne de Ptolemee Philadelplie (de 2.SS a ^4^ avant 
J.-C* ) : on n^est point dWcord sur les sept poetei 
qui composoient la Pleiade grecque. > 

Selon Tzetzes^ dans son cpmmentaire sur le poe- 
me de Gassandre par Lycophron , ces pontes sont s 
Theocrite , Callimaque , Nicandre y ApoUonius de 
KhodeSy Homdre le jeune , Aratus , Lycophron. 

Selon le scoliaste de Theocrite , la Pleiad^ est 
ainsi composee : Theocrite ^ Philicus y ^antide f 
ApoUonius de Rhodes, Aratus, Honi^re le jeums j 
Lycophron. 

Le scoliaste d'Hephestion presente une autre 
liste que voici : Hom^re le jeune ^ Sosithee, Lyco^ 
phron, Alexandre, Philicus 9 Dionysiade, iEantide*' 

D'autres mettent Sosiphane au lieude Dionysiade# 

M. Schoell , dans son Histoire abregee de la liU 
femture g^nec^Me,donneaussi(pag. 107 du i.«'vol.) 
une liste des poetes composant la Pleiade grecque } 
cette liste est conforms k la premiere qu^ npusavons 



' . 8EGONDE PAKTIE. ^ 

^ttee, SI ce n^est quHl met Phillcus au lieu de Calli* 

zuaque : je pense que c^est k celle^i que Pon dk>itsVa 

srapporter. 

M. Le F^re dit^ dans son Abrege des vies dea 

^oetesgrecs, quecomme entr^les^toilesdela Pleiade 
<:eleste ^ il y en a une qui parott plus obscure que les 
aubreS) Lycophron tient le rang de cette ^toile dans 
la Pleiade poetique. Cette compaspison n^est pas de 
lai; elle vient d^AmoIdus Arlenius Peraxylus, dans 
sa preface de Lycopbron, texte grec , qu^il donna 
avecles commentaires de Tzetz^s, k B&le^ en 154^^ 

Nous allons maintenant dire un mot des Pleiades 
mt^demes* 

. ATimiiation des Grecs^ les Fran^ais eurent aussi 
leur Pleiade. Cette constellation dont les ^toilessont 
maintenant tr^s n^buleuses, parut dails le xvi.® si^- 
de, sous Henri II qui r^gna de i547 ^ i5S^. Les 
poetes qui la composoient y sont : Dubellay y Jo- 
dellc) BelleaU) Ronsard, J. Dorat^ Baif, Ponthus de 
Thiard. 

Sous le pape Alexandre VII ^ qui si^gea de i655 
a 16679 il se forma une Pleiade latine ou romaine^ 
^ Ton sumomma Alexandrine , parce que les 
poetes qui la composoient ^toient pour la plupart au 
service de ce souverain pontife. Les noms de cessept 
poetes, pea connus aujourd^hui, sont:Augustin Fa« 
Toriiii, de Luna; Noel Rondini, de Rome; Ferdi* 
ttand, de Furstemberg ; Etienne Gradi, de Raguse ; 
I. Roger Torek , AUemand ; VirgUe Cesarini ; Alexan- 

4 



So Dtr CHOIX DM LiVftES. 

dre Polini , de Florence , d^guisiS soas le nom d^A- 
pollonias Florens. 

U a paru ensuite une Pliiade de poetes lathis mo* 
dernes , Frangais d^origine , dans le xvii.^ si^cle ; elle 
est, dit-on, de la fafon de Baillet ^ et n^a pas ea Pas* 
sentiment g^n^ral :cependant la plupart de ceux qui 
la composent sont des poetes d^an vrai merite.Toici 
leui^s noms : le P. Rapin , j^suite ; le P. Commire^ 
j^suite ; le P. La Rue, jesuite j Santeuil , Victorin ; 
Manage, abbe s^eulier ; Duperrier, gentilhomme; 
Petit, medecin. 

Si les PP. Vani^re et Poree avoient vecu trente" 
ans plut6t ,ils tiendroient mieax leur rang dans cette 
JPleiade que Duperrier et Petit. 

Telles sont les Pleiades poetiques sur lesquelles 
nous avons recueilli des renseignemens. II nous sera* 
ble que depuis Pepoque de la derni^re, il s'est lev^ 
sur Phorizon fran^ais des astres assez eclatans pour 
former une nouvelle Pliiade. S'il nous etoit permis 
de donner notre voix sur la composition de cette 
nouvelle constellation , nous nous bazarderions 4 j 
placer Malherbe, Corneille, Boileau, La Fontaine, 
Racine , Jean-Baptiste Rousseau et Voltaire , tout en 
regrettant que le nombre circonscrit ne nous per- 
mette pas d'y admettre d'autres noms encore cel6- 
bres dans nos fastes poetiques. C'est dommage que 
la prose n'ait pas des droits k Phonneur d'avoir una 
Pleiade comme la poesie : avec quel plaisir on y ver- 
xoit graves en lettres d^or les noms d^un Pascal , d^un 



SSCOm>t PARTIE. 5x 

Bossuet) d'an Fenelon, dW Bouidaloue^ dW La, 
Brayire^ d^tm Fl^chier^ d'un Massillon! 

Au reste ^ le choix parmi les ^crivains depend da 
goM particulier des amateurs. Cependant il est des 
anteurs sttr lesquels Popinion publique s^est telle- 
ment prononcee k raison de leur mt^rite reel et g^* 
ndralement reconnu ^ qu'il n^est pas permis de cher<- 
cber a lea &ire descendre du rang quails occupent 
dans la r^pablique des lettres ^ sans s'exposer a pas^ 
ser poor bixarre dans ses gofits^ ou m£me pour quel* 
que chose de pire* 

PtniLius CoaKELiiTs SCIPION, sumomme PArat- 
CAiv ( n. 235 — m. 180 avant J.-G. ) , faisoit ses de* 
lices des ouvrages de X^nophok ; il les lisoit conti* 
fiuelletnent et ne cessoit de les admirer. Gette lee* 
tare n^a pas peu contribue k faire de Scipion un 
homme vertueux et un gi^and general. Ghaque page 
de XteovBOif respire les sentimens religieux dont 
fibn ame ^it p^n^tr^ , les principes de justice et 
de morale qu^il avoit puises dans P^cole de Socrat^^ 
et toutes les yertus dont il etoit ome. Son style est 
Ample 9 noUe , elegant et plein de grsice y sans £tre 
^goureux ni sublime* H a employ^ dans ^s ouvrages 
le dialecte attique qui ^ sous sa plume ^ respire un^ 
douceur si aimable , que Ton a dit : les graces repo* 
lent 8ur ses Uvres ; on pent ajouter , avec La Harpe ^ 
<ia^elles y sont pr^s de la sagesse. Les Grecs Pont sur- 
nomm^ VJtbeille attique ou la Muse atliinienne. U 



5ft Btt CfiOIX DCS imtS. 

est eettain qu^aux charmes de sa diction y qui est 
d^ane simplicity admirable y il joint des vnes profon* 
des J des pr^ceptes utiles y et que dans tous 9e» ^rits, 
particuli^rement dans sa Cjrropedie, on reconnolt 
l^ami des lois j des hommes et de la vertu. Xj^ophoit 
a beaucoup ecrit , soit comme philosophe , soit comme 
historien y soit comme politique j mais les deux oa- 
^rages que Ton regarde comme ses chefs-d^oeuvre , 
^ont la Retraite des dix mille et la Cyropedie, H 
«ut grande part k la fameuse retraite des dix mille y 
puisqu^il y commandoit. II raconte cet ^venement 
glorieux d^une mani^re tr^s int^ressante et avec la 
plus grande modestie. Get ouvrage est le plus ancien 
et Tun des plus precieux monumens de la science 
.inilitaire(i). La Cyropidie, en huitlivres , estmoins 
une histoire qu^un roman politique y dansleqnel Paa- 
teur trace le module d'un prince accompli, sous le 
nom de Cyrus ,' et d'un gouvernement parfait. II est 
philosophe et homme d'etat dans ce livre charmant^ 
qu'on pent comparer k notre Telemaque. Son Hk- 



(i) VExpidiUon dans Vuisie supirieure et la Retraite da 
dix mille, out etc traduits, avec des notes, par M. Larcher. 
Paris , 1778, a vol. m-12. Void le jugement que porle de cettc 
traduction, Fauteur de la notice sur M. Larcher, que nous avons 
d^jk cit^c : « Cette traduction, dit-il, fit honneur k M. Larcher » 
mais comme hell^niste et erudit, plut6t que comme ^rivain; et 
il est permis de croirc que M. de Juvigny (Rigoley) a M plus 
poli qu*exact, quand il a dit {Decadence des lettres, page ai ), 
que ft cette excellente traduction lui paroissoit rendre tootes les 
l>eautes et toute I'^l^ance de Toriginal. » La Harpe ( Correspon- 
dance, torn. II, pag. 323) Vappelle uae assez bonne traductioa j 



SECONDE PARTIE. 5} 

toire grecque p en sept livres^ qui contient Pespace 
d^environ 48 ^^s j est une continuation de celle de 
Thucydide, depuis le retour d^Alcibiade dans i^At- 
tique , jusqu^4 la bataille de Mantin^e ( Pan 363 av. 
J.-C.).Cet ouvrage , fruit desayieillesse, a plusieurs 
lacunes et des passages fiilsifies. Le morceau sur la 
' Imtaille de Leuctres n'est pas suffisamment develop- 
pe : on "voit que ce n'est qu'i regret que Pauteur 
rapporte les yietoires d^Epaminondas sur sa patrie 
adoptive. U n^imite pas la mani^re de Thucydide y 
mais plutdt celle d'H^rodote y mieux appropriee k 
son caract^re ^ et plus en rapport avec le genre d^e- 
loquence d^IsQcrate qui a voit ^te son maitre. On re- 
marque dans son petit traite de la Chasse, le tableau 
du li^vre qui est d'une v^rit^ frappante. 

LiTciTJs LiciKius LUCULLUS , cel^bre Bomain ," 
plus connu encore par son luxe que par ses exploits 
(n« ii5-— m* 47 ^^' -l^-'C. )j faisoit ses delices de la 
lecture de X^hophon. Son gout pour cet auteur con- 
firme ce que Pon a dit de son amour pour la pbilo- 

ce ^01 est plus juste. Quoique M. Larcher n*e&t pas absolument , 
dtus ie style, touies les qualit^s que doit avoir un ^aducteur 4e 
Xenophon 9 son ouvrage u*en est pas moins recommandable k 
cause de I'ezacte intelligence da texte et de Fimportance des. re- 
marques; et personne, je croisy ne contestera la y^rit^ de ce-qua 
<iiioit M. de WyttenlMch, dans Particle de la Bibliox. cbitica. 
(I> 4» pog»' 97) , ou il en rendoit compte ; « Larcherus is est 
quern non dubUemus omnium qui nostrd estate veteres scriptQ" 
^ in linguas vertunt recentiores , antiquitatis linguceque grai% 
^ ^dentissimum vocare, » 



S4 ^^ CHOIX DM UVRES. 

sophie , 1 VIcquence et les lettres. Apr^s avoir yainca 
Tigrane (Tan 68 av. J.-C. ) et avoir obtenu les hon- 
neurs du triomphe , en 63 , il renonga k la glcnre 
militaire , disant tres sens^ment que la fortune avoit 
des homes qu^un homme d^esprit devoit connoitre* 
D^s-lors il vecut loin du tumulte des aflaires publi- 
ques J et se livra, pendant les vingt derni^res annees 
de sa vie ^ aux jouissances du luxe , au plaisir de Vi* 
tude I et au commerce des hommes les plus instroits 
et les plus polls de son si^cle. Jamais particulier avant 
lui n'avoit fait a Rome de depenses aussiexorbitantes 
en tons genres : qui ne connott ses fameux jardins | 
ses superbes palais y et ses soupers delicats dans k 
salle d^ApolloUy qui, quoique impromptu, ae cou* 
toient y dit-on y que 4^ i So^ooo fr. de notre moO" 
noie? ccMais, selon Plutarque (F'ie de Lucullus),une 
d^pense plus raisonhable et plus digue de lui , c^est 
celle qu'il fit a recbercher de tous c6tes lesmeilleurs 
livres; il en acbeta un tr^s grand nombre, tous tri$ 
hons y et en composa une magnifique biblioth^que ; 
la mani^re dont il en usa fut encore plus estimable 
et plus louable que Pacquisition y car cette bibliothS- 
que etoit ouverte a tout le monde. L^entree de ses 
galeries , de ses portiques y de ses cabinets n'etoit in- 
terdite a qui que ce fut; les Grecs y alloient comme 
dans le palais des Muses , et y passoient les journees 
enti^res a discourir ensemble y ravis de quitter toutes 
leurs affaires pour se rendre dans un lieusid^licieux. 
Souvent mSme LucuUus se promenoit dans ses gale* 



SECONDS PARTIE. 55 

ries arec ce$ bommes instmits; il conferoit avec-eux^ 
ei les aidoit dans leurs aflaires quand ils Pen priolent ; 
de sorte qu^on peut dire qae sa maison ^toit Taaile 
et le prytaBee d^ la Grice pour tous les Grecs qui 
eloient k Rome. » 

LucuUtts ^ comme on le voit j ^toit trea instrait , 
et surtoat an homme de beaucoup de gout. Sylla 
ayant eompes^ des memoires de sa vie , les lui l^gua^ 
comme k celui qni ^toit le plus capable de Inen ran- 
ger les fiuts et dVn composer une bistoire ; malbeu- 
reusement ils sont perdus. Un jour, badinant avec 
Forateur Hortensias et Thistorlen Sisenna ^ Lucullus 
se fit foyt d'^crire la guerre des Marses en vers ou en 
prose grecqne ou latine, selon que le sort en decide- 
roit« Cette plaisanterie devint une affaire serieuse ; 
le sort fat jet^ et tomba sur la langue grecque ; il 
tint parole y et ^crivit parfaitement en grec la guerre 
des Mairses ^ on autrement sociale. Cette histoire 
existoit encore du temps de Plutarque* Cic^ron don^ 
na le nom de Lucullus k son quatri^me livre des 
Questions academiques ^ il regnoit entre eux la pla» 
{rande intimites 

Marcus Tulwus GICfiRON ( n. 106— m. 43 av. 
J*-C. ) regardoit D^mosth^ine comme le plus grand 
de tous les orateurs dans tous les genres de style \ il 
fiefaiscut gloh^e de le prendre pour module et de sui- 
^ 8CS traces. On lui demandoit un jour quel etoit 
lupins beau discours de D^MOsxHiiNE ; il r^pondit : 



56 J>V CHOIX DES LIVRES. 

le plus long (i)« Cependant il dit dans nne de ses 
lettres, que ce grand orateur sommeilloit quelque- 
fois ( comme Horace Pa dit d'Homere ). 

-D^MOSTfiENE n^est pas le seul auteur de Pantiquit^ 
qui fut du gout de Cic^ron ;celui-ci avoit encore und 
predilection marquee pour Aristotb , Platoh et 
Th^ophraste. Parlant d'ARisxOTE , il dit qae son 
style est un fleuve qui roule a grands flots dW ; et 
des dialogues de Platon , que si Jupiter parloit j il 
parleroit comme lui. II appeloit Th^ofhraste ses 
delices. St. J^r6me a porte sur Dj^mosthene et sur 
Ciceron un jugement aussiingenieux que vrai : ccDe- 
mosthene , dit-il^ a ravi i Ciceron la gloire d'etre le 
premier orateur ^ et Ciceron a 6t^ a D^mosth^ne 
celle d^^tre Tunique.)) Quintilien a fait un tr^s beau 
parall^le de D^MOsxHEyE et de Ciceron. Apres avoir 
montre ce quUls ont de commun dans les parties es« 
sentielles et les grandes qualites de Porateur , il ^ta- 
blit la difference qui se trouve entre eux pour le 
style et Pelocution : cc L^un , dit-il j est plus precis ^ 
Pautre plus abondant. L^un serre de plus pres sc»i 
adversaire ; Pautre , pour le combattre ^ se donne 
plus de cbamp. L^un songe toujours k le percer^ 
pour ainsi dire y par la vivacity de son style ; Pautre 

■ ■ ■ ■' ■ ■ ■ ■ ■! ■■ • ■ —I— — — ^ 

(i) On fit ttn joar la m^me qu^tionk Massillon sur ses sermons. * 
R Mon meilleur seimon, i^pondit-il, c'est celui qne je sais le 
snieox. » II auroitd^sir^ qa*on introdoisit en France Pusage ^tabK 
en Angleterre, de lire les sermons an lieu de les prober de m^«- 
moira : tfsage commode, mais qui fait perdre k Tdoquence toutt 
ii cbuleor. <" 



SECONDE PARTIE. 5y 

convent Paccable par le poids du discours. 11 n^y a 
iien k retrancher k Ton, et rien k ajouter k Pautre. , 
On Yoit en D^MOSTHiiirE pins de soin et d^etude, en 
Ciceron plus de naturel et de genie (i). y> ( Voyez 
sorCicig&ON Part. ARNAULD). Tite-Liveecrivoiti 
son fils, Legendos Demosthenem atque Ciceronem .* 
turn itd , ut quisque esset Demostheni et Ciceroni 
simillimus, II faut lire d^abord Deinosthene et Cice- 
ron ^ ensnite les autres auteurs ^ mais a proportion 
quMIs ressembleront davantage k ces deux grands mo- 
d^es. 

Marcus Junius BRUTUS , Passassin de Cesar (ni' 
y9— ^m. 4^ ay. J.-C.)^ faisoit un tel cas de Phistoire 
de PoLTBE J que non-seul^ment il la lisoit continuel- 
lement m&me au milieu de ses affaires les plus im« 
portantes ^ mais quHl en fit un abrege pour son usage 
particulier ylorsqu^il eut k combattre contre Antoine 
et Octave. 

n est certain qu^il n'y a pas d^ecrivain plus pr^-^ 
tieux que Poltbe , pour tout ce qui regarde les 
grandes operations militaires ; c^est dommage que 
nous ne possedions qu^une partie de son bistoire* 
Elle ^toitcomposee de quarante livres. Dans les deux 
premiers ^ qui servent comme dUntroduction , Pau- 

(i) In eloquendo est aliqua diversitas : Densior ille , hiccO' 
piosior, Ille concludit astrictius, hie laUits pugnaU Ille acuminm 
temper, hie frequenter et pondere. Jlli nihil detrahi potest, huic 
nihil adjici. Cures plus in illo , in hoc naturae. (Quxktii*, lib. X| 
cap. 1.) 



58 ^^ CHOIX DES UVBES. 

teur parcoart rapidement ce qui s^est pas^e depuis 
lai prise de Rome par les Gaulois (Pan 366 de B. — • 
387 av. J.-C. ) y jusqu'a la premiere descente des 
domains en Sicile (Pan 489 de R.— ^266 av^ J.-C. )• 
II raconte avec un peuplus de details les ev^nemen^ 
qui ont eu lieu depuis cette epoque jusqu^A la deu- 
xiimegueri*epunique(ran536deR. — ai^av.J.-C), 
Dans les trente-huit livres qui suivent les deux pre* 
miers , PoXiXBE rapporte en detail les ^venemens qui 
ae son! passes depuis le commencement de la seco^de 
guerre punique jusqu^^ la soumission de la Mace<r 
doine par les Romains (Pan 588deR.— 166 av. J.-C), 
ce qui renferme une pt^riode de 5^ ans. II ne nous 
reste des quarante livres de Poltbe que les cinq pre« 
miers, les chapitres 17 a 40 du sixi^me livre qui trai- 
tent de la milice des Romains ; des fragmens asses 
considerables, depuis le 6.® livre jusqu^au 17.^, et 
rien des suivans qui auroient ete d^autant plus inte« 
ressans pour nous , que Polybe (n. 2o3— m. 121 av, 
J.-C. ) parloit des evenemens dont il a ete t^moin. 
II nous reste encore deux maigres extraits que Pem-* 
pereur Constantin Porpliyrogen^te (n. 9o5—- m. 969 
de J.-C. ) fit faire de tout Pouvrage; Pun intitule , 
Des ambassades , en 53 cbapitres , et Pautre , Des 
fvertus et des vices, J. Muller , celebre bistorien mo- 
derne , s'exprime ainsi en parlant de Polybe : «c On 
ne trouve chez lui, ni Part d'Herodote, ni la force 
de Tbucydide, ni la concision de Xenopbon,qui dit 
tout en pen de mots. Polybe est un bomme d'etat 
plcin de son objet, qui , indifferent pour Papproba- 



'SEGOIfHE PAirnE. s^ 

tii}n Sies hommes de lettret 9 eerit pour let hommes 
d'etat : la raisoti le caracterise. » 

La meiUeure traduction de Poly be est celle de dom 
Thuillier j avec un commentaire de Folard ; Paris, 
^7^7, 6 vol. 111-4***) fis* 5 ^^ Amsterdam, 1729-30^ 
^ v<d. iH-4-** Supplement, Pam, 1783, 1 vol.in*4-**| 
^>u Amsterdam, 1774? 7 vol. in-4-**> fig-> y com'» 
-jyris le Supplement , qu^on peut joindre a Teditioii 
^e Paris. 

UAbrege de» Commentaires de Folard sur Polyba 
{ par Ckabot ) est de Paris, 17549 3 vol. in-4-^ 

VIRGILE, le prince despoetes latins (n. 70 — m. 
19 ans ay. J.-C. )., etoit tellement enthousiaste 
d^HoM^ae J qu^on le surnommoit VHomdrique, cc Ce 
qui frappe le plus^ en passant de la lecture d^Hom^r^ 
k celle deVir-gile^ dilM. de La Harpe^ c'est Pespice 
de culte que le poete latin a voue au poete greCf 
Quand on ne nous auroit pas appri^ que Virgile etoit 
adorateur d^Hom^re , il suiBroit de le lire pour en 
£tre convaincu. II le suit pas k pas^ mais on sait que 
faire passer ainsi dans sa langue les beautes d'une 
langue etrangere y a toujours ete regarde comme une 
des concp^tes du genie ; et pour juger si cette con- 
quftte est aisee, il n'y a qu'a se rappeler ce que di- 
soit Virgile lui-m^m^v: qu'il seroit molns difficile de 
prendre k Hercule sa massue que de d^rober un vers 
aHom^re (1). II en a ^ris cependaut une quantite 

(i) Facilius esse Herculi clavam quant Komero versum ^urri* 
pere, (Tita Vuplii, iocerto auctofe.) 



DU CHOIX DES UVRfeS. 

cdnsid^rabl^ i et quand il le tradait , s^il ne l^^gale! 
pas toujours, quelquefois il le surpasse. 5) II est bon 
de r^unir ici Popinion de Voltaire k celle de La Har- 
pe, sur le inline snjet. « A! Pegard de la constrac- 
tion de la fable, Virgile est blame, dit Voltaire J 
par quelques critiques , et loue par d'autres de s'S- 
tre asservi k imiter Hom^re. Pour moi, si j'ose ha-^ 
sarder mon sentiment, je pense quUl ne merite nf 
ces reprocbes , ni ces louanges ; il ne pouvoit eviter 
de mettre sur la sc^ne les dieux d^Hbm^re , qui 
^toient aussi les siens, et qui, selon la tradition, 
avoient eux-m^mes guide Enee en Italie ; mais assu- 
rement il les fait agir avec plus de jugement que le 
poete grec : il parle comme lui du si^ge de Troiej 
mais j^ose dire qu^il y a plus d'art et des beautes plus 
toucbantes dans la description que fait Virgile de la 
prise de cetteville que dans toute PUiade d^Homire. 
On nous crie que I'episode de Didon est d'apr^s ce- 
lui de Circe et de Calypso ; qu^Enee ne descend aux 
enfers qu'i Pimitation d'Ulysse. Le lecteur n'a qu'a 
comparer ces pretendues copies avec Poriginal sup- 
pose 5 il y trouveraune prodigieuse difference, cc Hor 
mere a fait Virgile, » dit-ou; si cela est, c'e»t sans 
doute son plus be^ouvrage. II est bien vrai que Vir* 
gile a emprunte du grec quelques comparaisons , quel- 
ques descriptions , dans lesquelles meme pour Por- 
dinaire il est au-dessous de Poriginal. Quand Virgjle 
est grand , il est lui-mfeme ; s'il bronche quelquefois, 
c'e|t lorsquHl se plie a suivre la marche d'un autre. » 
Ces reflexions generales nous amenent a jeter ua 



Ml 



SECONDS PARTIE. ^1 

%2tmp-d^CBil particiilier sor les productions da eygne 
<X.e Mantoue. 

Trois sortes d^ouvrages ont immortalis^ Yirgile : 
ft.'^un dans le genre pastoral ; Pautre dans le genre 
^Udactique ^ et le troisi^me dans le genre heroiqae ; 
9iu-m£me Pa dit dans ce peu de mots : 

Cedni pascua , rura , duces* 

)*ai diant^ les bergers, les moittons et les rois. 

C^est par ses ^glogues qu^il a commence k se faire 
connottre ; qnoiqae compos^es sur la fin des guerrea 
^vileSy an milieu de la devastation et du pillage^ 
^eaux qui m£me atteignirent les propri^tes du jeune 
-poete 9 elles respirent un charme et une douceur 
inexprimables* Les premieres qui parurent firent 
conccToir aux Romains ce que Yirgile seroitun jour* 
Ciceron vivoit encore ; Donat rapporte que ce p^re 
de P eloquence ayant entendu reciter Peglogue inti- 
tuUe SiUne, s^ecria^ plein d^admiration : Magnce 
spes altera Romce. En efFet , les Bucoliques de Yir- 
gile sont ce que la po^sie latine a de plus parfait dans 
ce genre ; on s^aper^oit ais^ment combien il les avoit 
soign^s (i) ; mais aussi elles sont ce qu^il y a de plus 
difficile k rendre dans nos langues modemes, sur- 
toat en fran^ais. C'est ce qui a fait dire 4 M. Dus- 
sault ; cc Comment faire passer dans notre langue 

(i) Yirgile disoit loi-meme qu'il lechoit ses yers comme Tours 

Itehe 9tB petits. On rapporte que lorsque Pollion l^engagea k re- 

cneillir et publier ses ^loguea , il ne mit pas moins de trois aos k 

revoir et k corriger cet ouynlge y compost seulement de quelquee* 

cejitaii^es de yen, . 



6a DU CfiOIX DES LIVKES. 

ces tours si yariea^ si delicats^ cette liarmonie eif* 
chanteresse, cette mollesse delicieuse, ces graces 
nai'ves et piquantes qUe le plus parfait des poetes a 
prStees ati langage des bergers? Comment represen- 
ler ce style ou le go&t le plus exquis a su fondre ^ 
par UQ artifice admirable j et sans la moindre trace 
d^affectation^ ce que la simplicite champ&tre des 
ages les plus recuMs a de naif , et mSme de rustique, 
avec tout ce que I'urbanile des siecles les plus polis 
offre de delicat^ et nii^me de raffine? Comment tra** 
duire enfin ce molle atque facetum , que les divini* 
tes protectrices des campagnes avoient accords, sui- 
vant Pexpressiou d'Horace , au poete dont les vers 
doivent remplir leur sejour cb^ri de nouveaux en- 
chantemens? » Ne soyons done pas surpris si nous 
nVvons pas encore une traduction parfaite de ces 
poesies inimitables. Segrais et Gresset y ont ^hou^« 
MM. Tissot et de Langeac ont plus approcbe de Po- 
riginal ; m^is est-il possible d^abreger davantage la 
distance qui les en separe encore ? 

Le poeme des Giorgiques est de tous les ouvragei 
de Virgile celui dont il eloit le plus co&t^nt ^ parc^ 
que c'est celui qu'il avoit le plus trayaille , et qu'il j 
avoit mis la demise main aprds sept ans d^applica* 
tion. II en composa la plus grande partie sous le 
beau ciel de Naples (i). La posteiite a confirme I'o- 






(i) C'est M^c^ne qui invita Vii^ile k s^occuper des GcoFgi- 
ques. Le but de ce ministre fayori etoit de reineitre en hcmneur 
r agriculture y abandonn^e en Italic au milieu des guerres civiles. 
Les yues de Meceos fureat parfaitement reiopUes \ peu apres que 



SECONDE PARTIE. fij 

pmion avantageuse que Pauteur avoit Ae ce po^'me^ 
en le considerant comme son plus beau , son meil« 
teur ouvrage ^ et en g^n^ral comme ce que les an^ 
ciens nous ont laisse de plus parfait dans le genre di^ 
dactique. <c Les conseils que le poetedonne aux gens 
de la campagne , dit M. Binet^ sont ceux d^un agri* 
iBulteur instruit j autant qu^il etoit possible de P^tre 
k r^poque et dans les lieux oil il vivoit. Ses descrip- 
tions sont exact es et prises dans la nature. Les fa^^ 
bles et les prodiges qu^il m^le a ses preceptes , ne 
sont pas de simples imaginations poetiques ; c^est la 
religion 9 ou si Pon vent, le pr^juge et la croyanc^ 
superstitieose de ceux k qui le poete est cense adres- 
serses lemons. II s^en sert^ non pour deguiser ses 
preceptes, mais pour les appuyer, pour y donner 
plus d'importance et plus de poids,. Le tout est sou-* 
tenttd^un style plein de. dignite, d^une eloquence 
aifectueuse ^d^une versification pittoresqu^ quisem* 
ble mettre sous les yeux les objets mdme dont il 
parle. » Si les G^orgiques sont le poeme le plus par- 
fait de Pantiquite , on peut dire que la traduction 
frangaise que nous en a donnee M. Pabbe Delille, est 
la traduction la plus parfaite des temps modemes ; 
traduction originale, comme on Pa dit dans le 
temps. 
Virgile, apris ayoir travaiUe k plaire aux Bomains 

^ ^ef.d*oeifyre eut para , FItalie prit niie nouvelle face , et Vh-^ \ 
file poo?ott se yaBter d^ayoir fertilise les campagnes , coiiim« / 
Am^hioi^ d'aygix hkti des Yilks p« le cbarme de ses vers. 



64 I>^ CHOIX DISS LtVAES. 

par ses Bucoliques j et k les instruire par ses Giot^ 
giques ^ voulut c^lebrer leur gloire dans ua poeme 
^pique consacre k leur origine et particuli^rement i 
celle des Cesars. II travailla pendant les onze der^ 
nitres annees de sa yie 4 VEneide, et quoiqu^il n^ait 
pu mettre la demiere main k ce poeme ^ cet ouvrage 
n^en est pas moins une des plus belles productions 
du genie 9 et partage avec Plliade Padmiration de 
tous les gens de gout. L^action roule sur la fonda- 
tion de Pempire latin par Enee, qui n^y parvient 
qu^apr^s mille obstacles que lui oppose successiye- 
meut la haiue de Junon. Cette action estgrande par 
elle-m^me et parce qu'il s^agit d^un peuple de qui 
^ome tire son origine. Combien cejt outrage devoit 
interesser et la nation romaine dont il annonce Ja 
gloire future , et la famille des Cesars quHl fait dcf* 
cendre dUule (i), fils d^Enee et petit-fils de Priam^ 

( i) Cette opinion d'une descendance si reculee u*etoit pas !• 
fruit de Pimagiuation du poete^ car avant loi Tambitieux Jules 
Cesar , etant questeur et prouoncant Foraison funebre de sa tante 
Julie, femme de C. Marius, exalta beaucoup leur origine com- 
mune, qu*il faisoit descendre , d'un c6t^, d'Ancus Martins, Tun 
des preixiiers rois de Rome, et de Fautre, de la deesse Venus: 
€t On trouve done dans roa famille , disoit-il , la saintete des rois 
qui sont les maitres des hommes, et la majesty des dieuxqui sont 
les maitres des rois. m 

; D'ailleurs, Virgile n'a gu^re employ^ dans son poeme que difTerens 
materiaux qui etoient ^pars dans diffcrens livres, et dont on pent 
-voir quelques-uns dans Denys d'Halicamasse. Cet historien trace 
lexactemeut le cours de la navigation d'^uce; il n^oublie ni la fable 
des Harpies , ni les predictions de Celeno, ni le petit Ascagae,qui 
s^ecrie que /^.f Troy cm ont mang4 leurs assUttes, etc. 



S£CONI]|E PARTIE. 65 

par Cireuse sa m^re ! L^action nVst pas moms inte- 
ressante par le caractere m^ine du heros ^ en qui 
Ton Toit reunis ^ dans le plus haut degre y le coura-> 
ge, k prudence ^ la piet^ envers les dienx , la bont£ 
enters les bomtnes; en un mot, toutes les vertus 
qne Ton pent desirer dans Phomme et dans le prince 
accompli. La morale du poeme int^resse egalement^* 
car on aime k voir sortir de tant de traverses et de 
dangers un beros sage et vertneux poursuivi par une 
puissance ennemie^ et luttant contre les rigueurs 
du sort avec nne courageuse et pie use resignation* 

Sous le rapport poetique ^ cet ouvrage j que Pau- 
teuravoit condamn^ aux flammes^ est encore^ avec 
ses defauls ^ le plus beau monument qui nous reste 
de tonte Pantiquite. Quelle perfection dans sa poe- 
sie! Toajours le mot propre, toujours la m^me pu*- 
fete^ le m£me gout^ la m^me ricbesse dans les des- 
criptions, dans les images j dans les narrations. 
Quelle connoissance approfondie du coeur bumain ! 
Quelle sensibility ! Quoi de plus toucbant surtout 
que ce vers queVirgile met dans laboucbe de Didon 
tccaeiUant Enee : 

Kon ignara mali, misens succurrere disco ! 

£h. lib. I, 634* 

L J. Rousseau dit an sujetde ce yeTs(^Emile, liv; 
is): a Rien de si beau, de si profoud, de si tou- 
cWt, de si vrai , que ce vers-U.» Et Voltaire, dang 
^ exemplaire de Yirgile, quMtant fort jeune , il a , 
dit-on, cbarg^de notes de sa main, a ^crit k c6te dq 

1. S 



55 iJtJ CHOIX BES LIVRES. 

ce m^m^ vers : mversus minficus^ n mais cela v^esi 

-pas certain (i). 

Citona encore un passage du nl6me Voltaire snr 
le personnel de Virgile : <£ II est le seul de tons les 
poetes epiquesy dit-il, qui ait joui de sa reputation 
pendant sa vie (%)• Les suffrages etPamitie d^Augns- 
it J de M^c^ne^ de Tucca j de Pollion, d^Horace^ de 
Gallus 9 ne servirent pas pea, sans doate^ a diriger 
les jugemens de ses contemporains , qui peut-Stre 
^ans cela ne lui auroient pas sit6t rendu justice. 
Qaoiqu^il en soit, telle ^toit la veneration qu^oa 
avoit pour lui 4 Rome y qu^un )our j comme il vint 

(i) M. de Fontaoes qui poss^doit cet exemplaire, en a {kit le 
sujet d*un m^moire qu'il a la k rinsUtut en 1796, et qui est coaai* 
gu^ dans le Magasin encyclop^dique , a.« annee, torn. II , pa^n 
196 — ao4> Cet estimable savant ^toit bien persuade que let noto 
en question ^toientde la main de Voltaire; mais, depnis sa mort 
arriv^e le 17 mars 1821 , sa bibliotbeque ay ant ^te mise en ycste 
au mois de Janvier 1822 , ce volume ( vendu 60 fr. ) a cte examin^ 
par des curieux, etsurtoutpar M. Beuchot, I'un de nos bihlio- 
graplies les plus eriidits, qui possede de Tecriture non-seulement 
de Vollaire , mais d€ses trois secretaires, Longchamp , Tabb^ Bigex 
et Waniere ; M. Beucbot dit quMl pourroit prcsqn*a(Ermer que ces 
notes ne sont pas de la main de Voltaire , et plus bas il ajoute qo« 
tout cu admettant que Pecriture de Voltaire a pu et du cbanger » 
il pcrsiste k croire que les susditcs notes nc sont pas de sa main* 
( Voy. le Journal de la Librairie, n.o du 19 Janvier 1822 , page* 
45, 46.) 

(2) Nous observerons que ce n'est pas comme poete ^piqoe f 
puisqu^u sa mort il n*avoit pas encore mis la derni^re main k Vk' 
n^ide, et meme que par son testament il Tavoit eoudamuee aii- 
feu. II n'avoit voulu en reciter k Auguste que le premier, le sc 
coud, le quatricme ct le sixiemo^livre, qui sont efTectivement \m 
pids belle partie du poeme. 



SECONDE PAATIE. ^^ 

I parottre an th^fttre apris (ja^on y eut r^it^ quel-*, 
cpes^uns de ses vers ^ tout le peuple se leva avec des 
acclamations, honnear qa^on ne r^ndoit alors qti^k 
Fempereur • II etoit n^ d^un caractere doux j modes- 
te, et m£me timide. II se d^oboit tr^s souvent, ea 
rongissant, ji la multitude qui accouroit poiirle voir* 

II etoit embarrass^ de sa gloire ; ses moeurs ^toient 
simples; iln^ligeoit sa personne et ses habillemens j 
mais cetten^ligence etoitaimable. II faisoitles delice^ 
de ses amis par cette simplicity qui s^accorde si bien 
avec le g^nie et qui semble dtre donnee aux v^rita- 
bles grands bommes pour adoucir Penvie. Comme 
les talens sont born^s, et qu^il arrive rarementqu^oa 
toncbe aux deux extr^mit^s k la fois, il n^^toit plus 
le m^mcy dit-on, lorsqu^il ^crivoit en prose (i). 
S^n^qne le pfailosophe nous apprend que Yirgile 
a^avoit pas mieux reussi en prose , que Ciceron ne 

(i) Mmciolie (Satumalej,\iy. I , c. a4) boos a conserve les seiiles 
Kgnes de proM tpd j je crois , nous restent de Virgile ; c^est le frag- 
nent d'ane lettre qa'il ^riyoit k Auguste, et oii il parle de aoa 
tn^e. Le Toici : 

a Efft vero frequentes d, te litteras accipio . . , {et infra )...dm 

Mnea qiddem meo, si me Hercule jam dignum auribus haberem 

tuis ,libeTttermitterem ; sed tanta inchoata res est, utpani vitio 

mentis tantum opus ingressus mihi videar; cum proesertim ut 

ids alia quoqui studia ad id opus multoque potiora impertiar. » 

« 7^ recois souvent de tos lettres. . . {£tplu^ b^is:) Qaant ^ moa 

ineide , je yous jure que d elle ^loit digne de yous ^re pn^sent^e ^ 

je Yoas Veaverrois yolontiers; mais f ai form^ Ik une si grande en- 

^reprise , qae je suis presque tente de me regarder comme fon, da 

b'^ impose an tel trayail , surtout ayant , comme yous le sayez ^ 

cnirepris d^aatits eaym^es plus importaoi que pelui-Uu » ' 



^O ^U CHOIX DE8 LIVRES. 

Cette anecdote ^ et beaucoup d^autres que nous 
pourrions rapporter ^ prouve le cas que Ton a &it 
de Yirgile j dans tons les temps et sous tons les rap- 
ports. Plus ce g^nie immortel voit les si^cles s^accu- 
xuuler sur ses chefs-d^oeuvre , plus sa gloire s^el^ve 
et s^etend. C^est un colosse imposant, admirable , 
dontchaque &ge, chaque generation semble aug* 
menter le volume. Nous n^avons point parle des 
opuscules qu^on lui attribue ; mais nous les faisona 
tous connoitre en detail dans notre Biblioihique 
choisie des classiques latins, 

^Lius AnRiJLNtJs (ADRIEN), cmpereur romain 
(n. 76— m. i38depuis J.-C), offre, dans sesgoftts 
litteraires 9 un exemple de la depravation qui ent 
lieu apr^s le si^cle d'Auguste : il pr^CSroit pour IM- 
]oquence j Caton a Cic^ron ; pour la poesie , Ennius 
a ViRGiLE 5 et pour I'histoire , Cc«uus k Sallustb. 
II falloit que la litt^rature romaine commen9at k 
bien d^gen^rer pour que cet empereur osat emettre 
tine telle opinion. CicifcROK et Virgile trouvoient 
A€]k beaucoup de censeurs sous son regne (1). U^* 
loquence degen^roit encore plus que la poesie. Un 

(1) Et m£me long-temps avant le r^gne d* Adrieu , le merite de 
Virgile avoit dcjk ^t^ meconnu, meme k la Cour, car cc Caligula> 
qui avoit fait de fort bonnes Etudes , quoiqu^il fut fou, et qui n9 
snanquoit pas d^ esprit , quoiquUl fiit an monstre , avoit pour Fan- 
t^ur des Eglogues, des G^orgiques et de Tl^n^ide, leplus souTerain 
inepris ; il disoit de lui que c*etoit un ecrivain sans g^nie , et un 
}>omme d'une science fort medipcre , nullius ingenii et oUnimm 
doctrines, >» 



SECONBE PAKTIE. ^^ 

eerfain Largias Licinins ponissa Pimpadence jnsqu^4 
intitoler Dn de ses ouvrages, Ciceromastix , dans le*- 
quel il Yonloit prouveif que Cici^rok s^etoit servi 
d'expressions impropres et avoit un style incorrect. 
Un si Strange pai*adoxe excita Pindignation d^Aulii-. 
ge]Ie(iVbct. Att., lib. xvii^ cap. i^ edit. biponU, 
torn. II, pag. 189-91). Gallus Asinius (1) sVtoIt 
aossi d&;lare contre Cictaoif i Aulugelle le cite avec 
Liciiiias. 

On voii ordinairement ces monstroosites en litte- 
ntnre parbitre quelque temps apres un si^cle de 
chefs-d^oenvre ; on ne pent riYaliser avec les grands 
mattres, il faut done les denlgrer ; c'est le seul moyea 
de fixer un instant sur soi les regards du Tulgaire ^ 
surtout des gens superficiels et des ignorans. Racine 
ct Boileau n^ont-ils pas ete, de nos jours, traites 
d^hommes sans genie , sans 'talent et sans verve? 
Newtoft nVt-il pas ete egalement Pobjet des inde- 
ceates dedamations de celui qui injurioit alnsi Ra- 
cine et Boileau (^2)? Et dans le dernier si^cle , n^a- 

(1) Aaiiiiis PoUion, orateur celebre y dont le gout ^toit si deli- 
cat OH plutut si ouir^ , qu*il ne trouvoit dans Ciccron oi force ni 
v^li^mence, fiit p^re d'un fils du ineme nom , homme tres savant y 
*a rapport de S^n^iie. II publia une comparaison des oeuvres de 
^ pire avec celles de Ciccron , dans laquelte ce dernier est tr^s 
■ultrait^. Uempereur Claude prit la defense de Ciccron y et re- 
^Midit 4 I'ouvrage de cet Asinius , que le cruel Tiberc fit mourir 
^ faim sMis raison y Van de Rome 788 (35 ans apres J. C. ) 

(a) Nous n'a^Ds pas besoin de dire qu*il est ici question de 
Skreier, auteur du Tableau de Paris, qui a continuellenent 
iBndll^ avec Tanne da paradoss^ et dans ua at^le^oa n^o- 



ya I>U CHOIX DES LIVBES. 

Yons-nons pas vu un litterateur, qui certes nematii' 
£[uoit cependant pas de gout, oser dire, en parlsfciit 
de Tauteur de VA/t poetique et du Lutrin : 

Que ne peut point une etude constante! 
Sans feu j. sans verve et sans fecondite , 
Boileau copie : on diroit qu'il iuvente. 
Comme nn miroir il a tout r^pet^ ! 

De pareilles absurdites, si ell esse multiplioient^don* 
neroient k notre si^cle un grand air de ressemblance 
avec celui d'Adrien. 

Un cel^bre critique de notre temps , aussi distingue 
par la puret^ de songoiitque par la solidity de sesprin- 
cipes, a fait en 1806 un rapproohement Ktteraire da 
«i^cle de Tacite avec le xviii.® si^cle, danslequelil 
developpe , sous un autre point de vue-, Pidee que 
nous venons d^^mettre sur les causes de la d^a- 



logique qu'origiual, contre les reputations les plus solideme&t 
etablies en litterature , en physique , et nous pourrions ajouter eA 
histoii^ naturelle , car il a soutenu tres si^rieusement qu^on avoik 
^e plus grand tort d^aimer et d^admirer le chant du rosslgnoL La 
plupart des grands ecrivains du siecle de Louis XIV ont ete expO' 
fies aux insultes de cet homme bizarre. Quoiqu^il connut k peine 
les regies dela versification , il attaqua avec acharnement Racine et 
Soileau ; le langage du mepris n^eut pas d^expressions assez forteB 
pour rendre lepeudecas qu'il faisoit d'eux : aussi I'a-t-on appel^ \t 
JDiog^ne de la litterature. Et dans ce qu^il a ecrit sur le drame, on 
Ya regardo comme la caricature de Diderot, ce qui lui a vabile 
sobriquet de Dramaturge. Etranger aux math^matiques et k Pas- 
tronomie , il a voulu faire descendre Newton du rang ou IVtonne* 
ment et Padmiration de PEuropc Pont plac^. Enfin , il u*est pas 
d^extxavagance qui n*ait pass^ par la tete k ce digne emule da 
P. Hardouin : ^mule seulemeut en bizarrerie , car il ^toit bicA 
^loigne de poss^der P^ruditiou et le talent de ce cel^bre Jesuite* 



cSECONDE PARTIE. y3 

dence des lettres dans les si^cles qui succMent aux 
f[raiids Slides litt^raires. Ce morceauest si judicieux 
<[ae le lecteur nous saura gr^ d'en enrichir notre ou- 
'vrage. cc Tacite , dit M. Dassault, ^crivoit k une 
epoque qui fut assez semblable au dix-huiti^me si^- 
cle parmi ndus : les auteurs etoient dial's beaucoup 
moins attaches aux int^rSts du bon sens et de la ve* 
xite, qu^aceuxdeleur amour propre et de leur repu- 
tation. Avant tout 9 ils cherchoient k briller :ils s'ap- 
pliqubient d'abord a montrer de Pesprit , de Pelo- 
quence , de la sensibilite , de la profondeur ] la soli- 
dlte , la justesse des pensees , le fond des choses n^e- 
toient pour eux qu^un accessoire dont ils s'occupoient 
mediocrement; pen leur importoit d^'nstruire et d'e- 
clairar le lecteur ; ils vouloient seulement qu'il eut 

Merder aspiroit-il k la gloirede Toriginalit^? Sans doute; mais » 
comme Pa dit un homme de beaucoup d'esprit : a I] y a deuiL 
tmies d'originalites : Tune , compagne du genie , m^re des pensdes 
fniondee et neuves, source des vdrites les plus dlev^es ou des com- 
Innaisous les plus piquantes , piincipe de cette eloquence qui cr^e 
des expressions et un style pour des idees qui sont elles-m^mes 
des cr^tioBs : yoilk la veritable originalite. L'autre , fiUe de Pa* 
moor propre <t qui en met les yaines pretentions k la place des 
titres solides du genie, ne veut que se singulariser ; elle se presente 
comme un don special y comme une empreinte particuliere et pri- 
'vii^ee de la nature , et n'est au fond que la marque d'une orga- 
nisation defectuease : voilk la fausse originality , et c'^toit celle de 
Mercicr. » Malgre les erreurs de son esprit, il faut rendre justice 
« son caract^re :il etoit bon; ou sait que jamais les desordres de sa 
^te ne pass^rent jusqu^k sou coeur. II s'est m^me honor^ pendaiit 
'^ revolution par des reclamations courageuses ; il est mort en 
^^^t apr^s avoir demand^ et recu les secours et les consol^tioos 
■®l«»ligion. 



1^^ DU CHOIX DE8 LITRES. 

k se recrier sur leurs vastes connoissances et sur lenr^ 
^tonnante sagacity j ils ne songeoient pas a bien faire^ 
inai84prodairederefTet4Les auteurs des ages prece-^ 
densmettoientleur premier soia k penser avec exac— 
titdde et jastesse, 4 presenter leurs idees dans un^ 
ordre naturel et lumineux, k leur donner ^ en Ie» 
exprimant j ce degr^ de couleur et de relief qni fait^ 
le merite da style j sans montrer les pretentions d^ 
Tecrivain; car ils s^etudioient surtout & cacher Part^ 
qni n^est jamais plus parfaijt que lorsqu'il est insea — 
sible. Leur premier , leur principal but, ^toit de^ 
composer de bons ouvrages; et^ comme le dit Bos" 
3uet pour une autre occasion, ils laissoient venir I^ 
gloire apr^s le merite. G^est, ajoute Porateur, L 
fnaxime qui fait les grands hommes , et Ton peu 
dire aussi que c^est elle qui fait les grands ^crivains.i^ 
Leurs successeurs, au contraire, ne consideroien 
que leur amour propre ; et c'est la , dans tons le^ 
temps J une des sources du mauvais gout : la bizar«^ 
rerie j Paffectation dans les pensees et dans le style^ 
8ont une des suites naturelles de cette disposition t 
on ne veut plus alors penser et s'exprimer avec sim- 
plicity ; on dedaigne la nature , on mepriseles regies; 
le style manque de verite , parce que la bonne foi 
est bannie du coeur de Pecrivain ; un entbousiasme 
faux prend la place de cette chaleur veritable qui ani- 
me et vivifie les ouvrages des auteurs du bon temps*, 
Tamour propre 5 Potgueil, Pegoisme,le charlatanisme 
qui president a tons les genres de compositions j les 
alt^rent tous et les denaturent^ en corrompant ks 



8ECONDE PAMTE. ^5 

^^ens^ c^est Pimage du dix*liuiii^me si^cle^ etc'est 
*clle de r^poque ou Tacite a vecu. » 

Marcu9-Clavdius TACITUS, empereur romain 
^n. aoo-— m,. 276 dep* J.-C), avoit une estime 
partlculi^re pour les ouvrages de Phistorien Tjlcute^ 
doat il se faisoit gloire de descendre* Avant de mon- 
ter sur le tr6ne j il s^etolt nourri des grandes maxi- 
mes politiques repaqdues dans les Perils de son il- 
lustre parent. Devenu empereur , II hcmora la md- 
moire de cet auteur , en faisant placer sa statue dans 
les biblioth^ques publiques, et en ordonnant que 
Pon fit tons les an$ dix nouyelles copies de ses livres 
faux dipeQS du 6sc, de peur quails ne p^rissent par 
la negligence des lecteurs. On repute par-tout que 
cette sage precaution u^a pu neanmoinsnous conser* 
ver en entier les ouvrages de Tacxte ) il nous sem- 
ble qu^il est plus naturel de dire que la bri^vet^ da 
r^gne ^e cet empereur ( proclame le 2,5 septembre 
^275, et asiassine par les soldats en avrll 276) n^a pas 
permis de mettre k execution des ordres qui ne pou«> 
Toient s^executer que dans un assez long espace de 
temps* 

On regarde la Fie d'Agricola, par Tacite , qui 
avoit epouse sa fille Fan 77 de J.-C. , comme Pun 
des morceaux les plus beaux et les plus precieux qui 
noiis soient restes de la litt^rature latine. Malgr^ 
qnelques defauts ^quelques endroits un pen obscurs, 
qaelques pens^es un pen recbercbees , c^est un chef? 
^<Bttyre sou$ le rapport de Tordonnaoice et de U 



^6 DU CHOIX DES LIVRES. 

disposition j qualit^s que les anciens ont possede^^s 
particulierement a un degr^ beaucoup pins eminertt 
que les modernes. Rien de plus imposant que le d^- 
but de la f^ie d'jigricola^ rien de plus beau, de 
plus sublime ^ de plus pathetique que la perorai- 
son. Enfin , dans Pensemble de cet excellent mor- j 
ceau^ les militaires , les magistrats^ les courtisansy 
peuvent puiser d^excellentes instructions. Quant aux 
ajitres ouvrages de Tagite , il faut avouer quails an- 
noncent un des plus grands historiens par IMnergie) 
la finesse et la yerite avec lesquelles les bommes et 
les evenemens y sont pelnts. Tacite poss^de la veri- 
table eloquence et le talent de dire simplement de 
grandes cboses. Dans le tableau du regne de Tib^re, 
comme il d^masque les fausses yertus ^ comme il de- 
xn&le les intrigues , comme il assigne les causes des 
evenemens ^ et disceme la realite des apparences ! 
Cependant on lui reproche d'avoir peint tropenmal 
la nature humaine , d'etre obscur , enfin d'ayoir le 
style trop concis. Ces reprocbes sont assez fondes y 
et nous les trouvons fort bien exposes dans le Traiti 
des etudes du sage RoUin : cc N'est-il pas a craindre^ 
dit-il 9 qu'un bistorien qui affecte presque par-tout 
de fouiller dans le coeur buqpiain , et d^en &onder le^ 
replis les plus cacb^s ^ ne donne ses idees et ses con-' 
jectures pour des realites, et ne prete souvent aur:- 
bommes des intentions quails n^ont point eues , et^ 
des desseins auxquels ils n^ont jamais pense? Sal^ 
luste ne manque pas de jeter dans son bistoire de^ 
reflexions de politique \ mais il le fait avec plus d^H^ 



SECONDE PARTffi, rjff 

ft de' reserve, et par 14 se rend moins suspect. II 

semble que Tagite, dans Pliistoire des empereurs, 

est jJus attentif 4 faire apercevbir le mal qu'4 mon- 

Irer le bien , ce qui vient peut*Stre de ce que eeut 

dont nous avons les vies sont presque tous de mau- 

Tais princes. 3> Et ailleurs , le m^me Rollin , dont les 

decisions en fait de gout spnt des autorites^dit: cc Pour 

ce qui regarde le style de Tacite , on ne pent pas 

nier qu'il ne soit fort obscur ; il est meme quelque- 

fois dur et n'a pas toute la purete des bons auteurs 

de la langue latine ; ma is il excelle a renfermer de 

grands sens en peu de mots , ce qui donne a son dis- 

cours une force , une energie, une vivacity toute 

particuli^re. » J. J* Rousseau et D'Alembert, qui ^ 

Pun et Pautre ont traduit quelques morceaux de 

Tacite, et qui en etoient tr^s enthousiasmes , ne lui 

font pas moins aussi quelques reprocbes : le pre-* 

mier, dWoir de la duretje et de Pobscurite dans le 

style; le second d^Stre quelquefois pueril dans se$ 

idees et dans ses images , et il cite en exemple le 

passage de la vie d'Agricola , ou Tacite oppose la 

roQgeur du visage de Domitieri k la paleur des mal- 

heureux qu'il faisbit executer en sa presence. 

Mais malgre cela Tacite n^en sera pas moins tou- 
jours considere comme Pun des plus gi'ands ecrivains 
^ue nous offre la litterature romaine . Eh ! quel auteur 
est i Pabride tout reprocbe? Est-ildonn^ a Phomme 
4'atteindre une enti^re perfection? Le sage Quinti- 
lien, parlant des auteurs les plus renommes, dit : 
Us occupent le premier rang, mais ih solnt hommes ^ 



j8 DtJ CHOIX DES LtVRES. 

summi (juidem^ homines tamen. Disolis-le iloiict 
Tacite^ malgr^ ses defauts^ n^en a pas moins m^te 
restime et Padmiration des plus grands g^nies ; Ra- 
cine Pappelle le plus graife des histonens, et Bos- 
suet y leplus grand peintre de I'antujuite. Que pent- 
on aj outer k de pareils ^loges ? 

Si cependant Ton veut connoUre en detail tontle 
Inerite de cet historien, il faut lire le bean portrait 
qnVn a trac^ M. Ancillon , dans ses Melanges de 
litterature etde philosophie, Paris ^ 18099 2 W. 
in-S.^j torn, i.^'j pp. 25o-265. G^est un morceaa 
achev^. Pens^es profondes^ idees lumineuses , ili' 
gance de style 9 tout s'y trouye. Malheureusement 
ce morceau est trop long pour Stre insure ici ^ et 3 
perdroit trop k Stre donne par extrait ; nous y ren- 
yoyons le lecteur. Un autre ^crivain a peint Tacite 
sous un point de vue different, et avec des couletiTS 
plus fortes que M, Ancillon 5 cet ecrivain est M- 
Chenier, dans son Tableau de la litterature fran^ 
faise, depuis 1789, seconde Mition, Paris, 1817^ 
1/1-8.°, pp. 1 64-170- « Quel module, dit-il, eut ja^ 
mais droit d'exiger de son traducteur une fidelil^ 
plus respectueuse que Tacite? Soit que d'une plu^** 
xne austere il decrive les moeurs des Germainsj soi^^ 
qu'avec une pieuse Eloquence il transmette a la pos-^ 
terite la vie de son beau-pere Agricola ; soit qu'ou-^ 
trant Fame de Tyb^re, il y compte les decfairemen^ 
du crime et les coups de fouet du remords; soif^ 
l[u'il peigne le senat, les chevaliers, tons les Ro^ 
mains se precipitant vers la servitude , esclaves mS-^ 



• 



SECONBfi PAHtm. ^^ 

file des delateurs , et accusaBt pour n^£tre point ac- 
cuses ; Partificieux S^jan , redout^ d'uu mattre qu^il 
craint; les affranchis tout'puissans par leur basses-' 
Be; Pallas gouveruant Fiinb^cille Claude; Narcisse, 
Vexecrable Neron ; les avides ministres de Galba^ se 
Mtant sous uu yieillard de saisir une proie qui va 
bientAt leur echapper; les Romains combattant jus- 
que dans Rome ^ afin qu^entre Othon et Vitellius la 
'victoire nomme le plus coupable , en se declarant 
pour lui ; soit quHl represeuteGermanicus vengeant 
la perte des legions d^Auguste^ ou puni par le poi- 
son y de ses triomphes et de Pamour da peuple ; 
rhistorien Cremutius Gordus forc^ de mourir pour 
avoir lou^ Brutus et Cassius j et , suivant un tr^s 
juste usage y sa proscription doublant sa renomm^ j 
Britaunicus j Octayie j Agrippine j victimes d^un ty- 
ran trois fois parricide ; Seu^que se faisant ouvrir les 
Veines j coD}ointement avec son epouse ; les d^bats 
beroiiLques de Servilie et de son p^re Soranus ; Tbra* 
s£as aux prises avec la mort^ ofirant une libation de 
son sang i Jupiter liberateur^ et prescrivant la vie 
comme un devoir k la m^re de scs enfans : il est 
loor-a-tour on k la fois ^nergique y sublime; variant 
K$ recits autant que le permet la monotoniedudes- 
potisme , et toujours ^galement admirable ; imitant 
Tbucydide et Salluste j mais surpassant ses modules 
comme il sarpasse tons ses autres devanciers j et no 
laissanti ses successeurs aucun espoir de Patteindre. 
Eitudiez Pensemble de ses ouvrages y c^est le produit 
4W vie entiire, d^etudes prolongees, de m^dita- 



8o DU CHOIX DES UVRES. 

tions profondes. Examinez les details, tout y ressent 
rinspiration ; tous les mots sont des traits de g^nie 
et les elans d^une grande ame. Incorruptible dispen* 
sateur et de la gloire et de la honte, il represente 
cette conscience du genre humain que j selon sea 
energiques expressions , les tyrans croyoient etouf- 
fer au milieu des flammes j en faisant bruler publi- 
quement les oeuvres du talent reste libre , et les elo« 
ges de leurs victimes , dans ces m^mes places ou 
le peuple romain s^assembloit sous la republiqne. 
Son livre est un tribunal ou sont juges en dernier 
ressort les opprimes et les oppresseurs : c^est a Pirn* 
mortality quMl les consacre ou les devoue ; et dans 
cet historien des peuples j par consequent des princes 
qui savent regner , chaque ligne est le chatiment 
des crimes , ou la recompense des vertus. » 

L^EMPEiiETjR JULIEN ( n. 33i— m. 363 ) eloit 
enthousiaste d'HoMERE et de Platon. Les actioos 
et les ecrits de ce prince justifient la diversite dV 
pinions de tous les auteurs qui ont parle de lui ; ii 
etoit tout naturel qu'on I'envisage^t sous differens 
points de vue 9 puisque lui-m6me etoit un amas de 
contradictions; on le voit d'un c6te , juste , clement, 
humain, savant, liberal, temperant, sobre et yigi' 
lant; de Pautre, leger, inconstant, bizarre, avide 
de la funeste gloire de detruire la religion chretien- 
ne dans laquelle il avoit et^ eleve , et donnant dans 
le fanatisme et les superstitions les plus extra vagan- 
tcs du paganisme. Aussi le sage Fleury disoit qu'il y 



SECOIiDE PiOlTIE. 8^^* 

avoit dans ce prince nn tel melange de bonnes et de 
mauvaises qaalit^s qu^il ^toit facile de le louer ou de 
leblamer sans alterer la verite* Thomas, dans le 
XX.® cfaapitre de ses jc/bg^e^ ; resume ainsi les details 
qQ^il donne sur ce que cet empereur avoit de boa 
e^e mauVais : « Que penser done de Ji>Iien? Qu'il 
hi beaucoup plus philosopbe dans son gouver- 
lement et sa condulte que dans ses idees ^ que > son 
imagination extreme egara souvent ses lumi^res; que 
fixe sur la morale parses principes , il avoit sur tout 
k reste Pinquiietude d^un homme qui manque d^un 
point d'appui ; qu'il porta ) sansypenser, dans le 
paganisme mdme^ une teinte de Pausterite chr^** 
tienne;qa'ii fut cbretien par les moenrs , platoniciea 
par les id^s, superstitieux par Pimagination , payea 
par le culte , grand sur le tr6ne et k la t^te des ar* 
niiesj foiUe et petit dans ses tejmples et dans ses 
nystires ; qu^il eut en un ,mot le. courage d^agir^ 
depenser, de gouyemer et de combattre; mais 
^^lui manqua le courage d^ignoi^er (i); que mat> 



• I f 



(i) Oette exptessiQii ignorer me paroit fort obscure. Si Tauteuc 
M fi&t MTvi dii InOt oublier, cela me sembletoit plus intelligible ; 
cir 3 sef pdurroit fort bleu que Julien, ayant yu dans son 
tBfaacesoiL pere et plu$ieurs de ses piirens massacres par son onde 
CoMUnce It , empereur chr^tien, il eut eu assez peu de jugement 
poor regarder la Heligion cbretienne comme coihplice de ces cri« 
Aie8({d'dle condamn6itbautement, et qu' en -Consequence le soa« 
Toiir de bes m^lheurs .Iqi eut aigri Fesprit au point de former le 
fn)|et inselis^ de detruire la Religion^ II ignproit , ce prince si 
uutrdit, ilignoroit ^ans doute que c'est parde pareillesattaqueset 
pv les persecutions , que cette Religion, qui n'est point TouTrage 
teftommes) MforUfie; s'agrandit et'«K;quiertun nouvel^at., 
1. 6 



^ Du Cficnx xffis uvfics. 

gr^ sc^ ddfftuts, car il en ent pluaienrs^ lespojens 
dnrent Padmirery et ifie lea chretiisBs doient le- 
plaindre. » 

Les ouvrages qm noiu restent de ee prince y an* 
noncent qa^il fut a^dait par cette eap^ de tb^Io* 
gie platoniq*ae qui regnoit de son temps et dent 3' 
parle toojours avee enthoasiasme. Mais si lea envia- 
ges du divin Pkton contribu^rent k rendre sear 
mcBurs pures, son caract^re humainy son style H^ 
gant, ils auroient Ad aussi le p^n^trer dn danger de 
toucher^ la religion. M. Tourlet^ieiitde poUierles 
OEui^res completes de Vemp. Julten, trad»- pour la 
premiere fins du grec enfixingais, accompag* dp0rgU' 
mens et de notes, etprScedSes d'un dbr^gi- /UsUmi^» 
et c'ritiq. desavie. Paris, Tilliard , 1821, 3v. ui-8^. 

TH^ODORIC I, Boi ( en 4ao ) des Vlsigotht 
etablis dans les Gaiiles, tue k labalaiUe de Mari" 
stir-Seine (i quatre lieiiesde Troyes)^en45i ^ avoit 
un gout pilrticulier pour Yirgile.H voulnt quesea^ 
iGls Theodoric II s^appliquat a Tetude de ce poete.' 
Sidonius ApoUinaris, gendre d^Avitus, raconte i 
ce sujet ( carmine septimo ) que Theodoric le fil^ 
dit en parlant a cet Atitus ( proclam^ empereur en 
455 ) , qui le pressoit de s'accommoder avec les Eo- 
mains : <c Je vous ai trop d^obligation pour vousrien 
refuser; vous avez instruit ma jeunesse; n'est-cep»* 
vous qui in'avez explique Virgile , quand mon p4rc 
voulut que j^etudiasse ce poete? » 

Cette anecdote prouve quelle estime on falsoit d^ 



8ECOICDE PARTIE. g3 

ViRGiLE, m^me cbez les peaples barbaiiss , apr^ la 
flestraction de Pempire romain. An reste j dans toutf 
les temps on en a sent! le prix. Quintilien, qui yu 
Voit quatre-vingt-dix ans aprts ce poete, en parle 
avecle plus grand eloge. Juvenal nous apprend {^saU 
Tii ) que de son temps on faisoit 4^ja lire dans les 
^les ^OR4.CE et Yiagile j mais la pru4ence exigeoit 
que Ton ne mit pas Horace en entier sous les yeux 
de la jeunesse ; on pourroit presque appliquer k ces 
^ttx auteurs ce que Delille a dit de deux grands poes- 
ies modemes (i) j et presenter ainsi le vers : 

On relit tout VirgUe , ou choisit dans Horace. 

On lit dans les Institutes de Justinien ( /iVj 
i , tft. 2 ) , que toutes les fois que les Romains 
employoient ce terme , le poete par excellence p 
ils entendoient Yiiigile, comme les Grecs enten-> 
doient parler d'Hom^e , quand ils se servoient de 
k m^me expression : ciim poetam dicimus nee 
Mimns nomen, subauditur apud Grcecos egregius 
HoMSjars, apud nos J^irgilius, ( Voyez ci-des- 
nis le parall^le d^HoM^RE et de Yirgile a Particlet 
ALEXANDRE , pag. 41 -44; et surtout Part. VIR- 
GlLEj pag. -59-70. 

CHARLEMAGNE , emp^reur d'Occident et roi 
dc France ( n. ^^2r^m. 814 ) j avoit une predilec- 
tion particuliire pour la Cite de Dieu de S. Auotjs- 
Tiv. Naud^ J dans son addition k Thistoire de Louis 

(1) Onrdit tout Racine, on choisit dans Voltaire. 

L*MQmm€ d^ champs, Ch. i.**^ 



B4 ^U CHOIX DES UVRES. 

XI J parlant dii gout de Charlemagne pour les lef* 
tres, dit : cc Son Hom^re etoit le livre de S. Augits* 
TIN ) de la Cite de Dieu, qti^il se faisoit lire pendaat 
son diner y et mettre sous son chevet lorsqu^il allolt 
dormir* » 

ALFRED LB GnAKD , roi d^Angleterte ( n. 845^ 
-— m. 900 )9 futy dit-on^ tellement passionne pour 
EsopE, qu^il traduisit ses fables en vers saxons. Ce 
bon prince , que Ton regarde avec raison comme le 
legislateur de PAngleterre ^ fut grand guerrier, grand 
politique y et protecteur des lettres^ quUl cultivoit 
lui-mSme^ Aussi Henri Spalman, qui Pappelle la 
merveilleetretonnementde tous les si^cles^ s^ecrie: 
<c Si nous r^flechissons sur sa religion et sur sa pie^ 
te ^ nous croirons qu^il a toujours yecu dans un clot* 
tre ; si nous pensons k ses exploits guerriers , noitf 
jugerons qu^il n^a jamais quitte les camps ;; si nous 
nous rappelons son savoir et ses ecrits ^ nous estime.- 
rons qu'il a passe toute sa \ie a s'instruire dans les 
lettres ; si nous faisons attention k la sagesse de s(W 
gouvernementetauxloisqu'il a publiees'^ nous seronf 
persuades queces objets ontete son unique etude. » 

LOUIS IX, roide France (n. i2i5 — m.^iayo), 
faisoit sa lecture ordinaire des Psaumes de David* 
Naude , qui nous fait connoitre ce gout particulier 
du saint Roi , ajoute : cc U estudioit en la saincte es' 
criture , les sentences de laquelle il pratiquoit en sa 
maniere de vivre, etles alleguoit fort souvent en ses 
discours. » 



SECOlfDE PARTIE. SH 

Thi^odore GAZA de Thessalonique, ceWbre 
^mmairien grec ( refogi^ en Italie apr^s la prise 
le son payssur les Y^tiens, en 14449 ^^ ^^^ apr^s 
la prise de Constantinople (le apmai 14^3), comme 
on le dit ordinairement ) , mort k Rome en i5o8 j 
disoit qne si toos les livres des anciens ^toient dans 
le fen J il en tireroit de preference Pluta&que. 

On pent dire que tons ceux y on da moins pres- 

que tons cenx qui out In les ouyragesdePLUTARQUE^ 

eri ont pCTise aussi ayantageusement que Theodore 

Gasa. On le regarde k juste titre comme le plus utile 

des historiens^ parce qu^il poss^de tous les talens 

n^tessaires pour corriger et pour instruire. Sa bio- 

graphie des Grecs et des Romains les plus illustres , 

est le liyre de tous les hommes, de tous les liges ; il 

est peut-£tre le seul qui puisse amuser utilement les 

enfiins j et en m£me temps occuper solidement les 

hommes faits. cc C'est, dit le sage Rollin, Pouyrage 

le plus accompli que nous ayons ^ et le plus propre 

i, former les hommes j soit pour la yie publique et 

les ibnciions du dehors, soit pour la yie priy^e et 

domestique. Plutarque ne s^ laisse point eblouir 

comme la plupart des historiens j par les actions d^^- 

ckt qui font beaucoup de bruit et qui attirent Pad- 

muration du yulgaire. II juge des choses par ce qui 

cafait le y^itable prix. Les sages reflexions qu^il 

nMe dans ses Merits j accoutument ses leoteurs k en 

joger de la mSme sorte , et leur apprennent en quoi 

consistent la yeritable grandeuir ^t la y^ie gloire. II 

i^use inflexiblement ces titres honorables k tout oa 



D0 DU 'CHOTx hes cnntEs. 

^i ne poiie pioint le caract&re de jo^ice^ de verite^ 

de bonte, d^humanit^ , d^amour da bien pnUic, et 

qui n^en a que les appareoices. II ne s^arr6te point 

aux actions ext^rieui*es et brillaiites ^ ou les princeS) 

les conqu^rans et tons les grands de la teire^ aiten- 

tifs a se faire un nom , joaent cbacun leur T61e snr 

la sc^ne du monde j j re{)resehtent, pour ainsi dire^ 

un personnage passager y et r^ussissent a se contre- 

faire pour uh temps. 11 les demasque ^ il les depOuilk 

de tout Pappareil etranger qui les en^ironne y il let 

montre tels quHls sont eux-m£mte ; et ponr l^s met- 

tre hors d^etat de -se d^rober k sa vue perpanie ^ 3 

les suit avec son lecteur jusqiie dans rinterieor de 

leurs maisons ; les examine j s^il etoit permis de sVx- 

jprimer ainsi, dans leur desbabill^; pr^te Pdreillei 

letirs conversations les plus famili^res j led cdnsidize 

k table y ou Ton ne sait ee que c'eist de se contrain- 

dre j et dans le jeu ou Ton se gine encore moins (t)« 

Voila ce qu'il y a de merveilleux dans Plutarqub. 

Quant k son style , sa diction n^est ni pure j ni ele« 



(i) Plutarqiie iui-m^me dit , dails la Fie d*ALlexandte ': « J^ 
siVcris pas une histoire , mais des Ties ; et ce n^est pas toujbort 
4aiis les exploits les plus eclatans et les plus signal^s que paroissebt 
le plus la vertu ou le vice de ccux qui les executent. Mais souveDt 
lla moindre petite action, une simple parole, un jeu, JTont beaa* 
coup mienx connoitre les ihoeurs des homines , que les combats les 
plussanglans, les batailles rangees et les prises de villes.^ (Voyei 
la traduction de Plutarque, par Dacier, yie d* Alexandre, ) AilleufS 
2^1utarque cite k ce sujet Xenophon : n Les bons mots ^chapp^ 
aux' grands bommes dans leur conyer^tion, ou torsqu*ils stuoX 
icebaufifespar le yib^ m^HUtiit d*elre coaserr^s ^ la posteHti^. * 



SXCONlkE YAHTIE. f^ 

gainte; bmis en i^ecompenie elle a vm% favee^ vtnt 
^ergie m^rveilleittemeiit prapre ^ peiadre en peu 
de mote de irives images ^ & lancer des traits perfans^ 
4 exprifltier des pensdea nobles et aubli«es (i). » 

La parlie des oavrages de Hutarque la plus estir 
snee^ est oelle q«i cmnprend les vies des homines il' 
iisstres, Grecs et Momains, etsurtout les parallMes 
c[u^il en lail. On a k regretter plasieurs vies et plu- 
sienKs paxall^les^tpu ont et^ la proie du temps. 

Qoant anz sm^mes morales , tout n^y est pas anssi 

Jbon 5 qoMjnW 4reuve^ dans la plupart de ses trat- 

tes J des £uls cnxnleiix , des lemons utiles ^ des princi- 

^es admixaUes snr la Divinity , il faut convenir qu^l 

y a paiHci par4& des opinions absurdes , des cboses 

.mUcnIes, lAss evxeurs en pbyajque. Anssi fait-^n un 

tcboix parmt ces petits traites mdraax. Void les ti- 

tires-de eeux que Ton pre£&re : i.^. Sur la manHre de 

Jire ies poetes. -i- a.<> Sur la maniere d'ecouter. 

«— 3.<* Sur Iq distinction entre i'ami et lejlatteur. 

— 4*® Sur I'utilitd qU'on peut retirer de ses enne- 

mis. — » 5«* Sur lacuriosM. -—6.® Sur V amour des 



(t) If. Mnllevy de Schafflioase, «nteur>d^ VHistoire des Suisses, 
it, dasA one de aes lettres k M. Bpnstetten, de Berae^ en lui 
]i«rla|it da taleat de T^locpience dans une r^publique : « Former 
▼otre style d*apr^8 Plutarque plut6t gue d^apr^s Tacite ; le pre- 
wnaty dans m Itonhomie nn pea yerbease, semble on p^re qoi 
(nie k MB msXimh des cfaoses d'aatrefois^ et les ex^orte anncale- 
wcoSL an HeQ. \ les magUtrats et ie peup|e s'a^andonnent volontiers 
Itja condoite. L'autre parle comme Foracle d'un Dieu; son lan- 
|tge imposant intimide les ames foibles ; elles ^foient devant lui 
'«MMBe nt 4roiip^«a de Inrebw aa wigiM>cBipiil4tt'«a das fovdts. » 



88 DU CROIX BES UVRES. 

rtckesses, — 7.® Sur V amour fratemel. — 8.® 4Sur 
les babillards. — ^,^ Sur la mauuaise honte. — 
lo.^ Sur les occasions oii il est permis de se loner 
soUm^me. *^ 11.® Sur les dSlais de la justice divir 
ne par rapport aux mechans. 

Si PiiUTARQUE a eu beaucoup d^admirateurs^ ilt 
eu aussi des d^tracteurs. M'^. V* D« C. (Valentin de 
GtiilIion)dit, dans son Examen de VesclavHZge^X.^^ 
pag. 14s : <c Plutarque n'est pas nn guide sur. Sou 
extreme partiality en faveur de la Gr^ce , sa patrie^ 
est connue. II ^criyoit loin Att lieux dont il parloit^ 
loin des choses , et plus loin encore des hommes sur 
lesquels il n^avoit que des ti^ditions exagetees par la 
jactanee grecque : de plus ^ Pxutarqujb ecriyoit ak 
hate , en se ddrobant aux grandes occupations dont 
il etoit accable a Rome. » (V. la preface de la f^ 
de Ciceron , trad, de Panglais de Middleton ^ pir 
Tabbe Prevo&t, Edition de 1784, 4 vol. in-S.® pp. 
73-75. On n'y flatte pas Plutarque. ) 

LOUIS XII, roide France (n. 1462 — m. i5i5)> 
lisoit de preference C^sar et Ciceron (de Offlciish 
ce qui est la preuv0)d'un excellent gout, de la part de 
ce bon roi, cell faisoit, dit Naude, un grand estat de$ 
Commentaires de Cesar etdeslivresde Ciceron trait- 
tans du devoir d'un chacunensa vocation, jj Le mSme 
Naude,parlantdulivre intitule: Le Rosier des guerresp 
que Pon attribue a Louis XI , et qui n'est nuUement 
de ce prince , comme on peut le yoir par le prolo* 
gue } Naude , dis-je , pretend c^ qu'il y a trois sortcs 



8ECOia>B PABTIE. ^ 

de livres qne lea princes peavent legitimemeiit com- 
poser , et sans aucon sonp^on de blasme et calom- 
nie • estans tr^s utiles et n^cessaires , savoir : les com- 
mentaires de leur vie et principales actions j comme 
afaict Joles-Cesar , et apr^s lay les emperenrs Adrian ^ 
Clande et Tib^re ; ceux qui contiennent Festat de 
leur royanme tant en paix qu^en gaerre ; et finale- 
ment les bons preceptes et instructions quails peur 
Tent laisser k leurs descendans comme maximes tr^s 
certaines ef approuvees pour bien gouvemer et se 
eonseryer en Testat quails leur laissent. a> 

KmiLt NAVAGEM ou NAUGER, noble Veni- 
tien^ bon poete latin ( n. i483— -m. 1629 ) , avoit 
iitt goAt particulier pour Catulle , qu^il a pris pour 
module dans Pexcellent livre d^epigrammes qu'il a 
composes. Son enthousiasme poor cet auteur lui 
avoit fait tellement prendre enhaine les epigrammes 
4e Martial^ qu^ayant fond^ tous les ans chez lui une 
iSte en Phonneur des Muses, il ne manquoit jamais , 
au jour de cette f%te j de sacrifier aux manes et a la 
m^moire de Gatulle., comme nous Papprenons 
de Paul Jove, un exemplaire de Martial, (i). (Y. le 
Delectus epigrammatum de Nicole , Londres, 1 683, 
lib* Tii, p. 365 ). Paul Jove dit que c'est k Yulcaiu 



(1) Un illnstre president du Parlement de Toulouse , nomrn^ 
CiBiiiiade, ne pensoit pas si d^ayantageusement de Maatul ; 
toas les ans il faisoit cadeau, en ^trennes, d'un exemplaire de cet 
Hleur k notre poSte Maynard (n. i582—- m. i6i6)j qni xiw 
*^oit aiMia Ueii dans r^p^Famme, 



Ao Bu CBoa ms ixvbes. 

qn^'A £dsoit ee sacrifice, saa$ donte paree qaHl jetoit 
Fesempiaire au fen. (Y. PttuL Jov. £iog. XiXxriii^ 
pag. 180 , edit. Basil. iit-ta.)ND^aatare8 prdtendent 
qu^il faisoit cette c^r^monie le joor de sa naissanoe, 
et que ramassant tout ce (pi^il pouyoit renconirar 
d^exemplaires de Martial dans la yille de Yenise y il 
les brulait ce joar-U j ce qui me purest asa^ diffi- 
€^e a croire. 

Qaelques personnes ont dit la m&me chose de 
MUR£T( n. i585— m. 1644 ) , qui aoit ^galement 
passionnd pour CAarvLLB ; mais on n^a rien de ce^ 
tain k cet egard. 

Aktoike DUPRAT , cardinal et cbancelier de 
France (n. i463-'-m. i535), avoit tellement gojltj 
leroman de Rabelais , qu^il lui etbit impossible de 
s^en passer. Quelque part qu^il all&t j il avoit toar 
jours son Rabelais sur lui. 11 en etoit de m^medf 
Jeandu Bellay, aussi cardinal (n. 1492^— ^m. i56o)^ 
qui n'avoit pas une passion moins vive pourPouvrag^ 
du cur^ de M eudon.nPadmiroit telkment, qu^il re- 
fusa d^admettre k sa table un savant de reputation ^ 
parce qu'il n^ayoit pas lu le livre ; c^est ainsi que 
Tonappeloit alors leroman de Rabelais. Si Ponyeat 
fie rendre compte de Penthousiasme decesdeux emi- 
nences et d'une infinite d^autres personnes pour cetle 
singuliere production , dont on lit encore quelques 
pages avec plaisir ^ il faut se reporter au si^cle ou elk 
a paru, aux moeurs du temps, a Petat de la langue^ 
de la litterature ^ et surlout de la societe k ceiti^ epo* 



que 9 et Vm sera l)eai]Cotip inohis surpris. Rabelais j 
cbue d^an caract^re ofigiiial ^ d^un esprit fin , fae^* 
tienx ^ eausttqae , bouffoti it dessein y mais pen ii^ 
licat j parce que la delicattesse n^et^istoit alors imlle 
jnrt^ d'atae lOstrtictHm ttin Aendae, et d^rni talent 
jioiir ferire j irks rare al6rs , suitont en prose 9 et 
tei qti^mi pent dire qa^il fit fiiire bh pes k la langae; 
Eabelafa j disotis^noas , profita de tous ees atantages 
qu^il aTdit tegtis de la nature, podr faire , sons nn 
Toile transparent alors^ nn tableau satirique de la 
society et de tons les abus qu - il croyoit y remarquer . Da 
tnoins c^st Pidee qne prdsente son roman k travers 
beanconp d^obscnrit^s , et sans donte celle qu^a saisie 
la malignity dn piiblic , anssitdt quUl a tn le joar. Car 
cbmment expdiqner antremeni le sneers prodigtent 
qm eette satire ent dans le temps ? L'admiration 
aUa jniqn^au diilire ) les etpressions hes pins fastaeu- 
ses ne pan^tot pas saffisantes pour ^aoneer te f{ae 
Ton pensoit de ce malin reoueil , on*se contenta de 
Taf^ti^ler simpleiaetit le i.tYiitt^ eoiaame A nul aair^ 
CKiTra^e n\t% pu 6tre compare a cette prodaetion 
orighsafe. 

• Dans le bean sii^le de Louis XlY , dan«; ce sii^de 
th poll ) on pent bien crbire t[uMl nMtoit plus ques- 
tion de leet enthousiasme ; mais m^tgn^ se^ d^faiitsy 
et diefiiats tr^s Igraves , on n^tgiioroit pas le merite de 
Babelais. Boileau Papp^loit la rais&n haifitlSe en 
moiquef La Fontaine en faisoit beaao6up de cas^ 
eamiae noas le verrons k Mi Bfikh ; et La lS)ray^re 
la portent le jugement s^ht^^I : « Rabeti^ j dit^l , 



j^a DU CHOIX DES LIVRESr. 

est Incomprehensible. Son livre est une enignie inex- 
plicable. C'est une chim^re ; cVst le visage d^nne 
belle femme avec des pieds et une queue de serpent, 
oude quelqu^autrebdte plus diflforme : c^estun monsr 
truenx assemblage d^une morale fine et ingeniense 
et d'une sale corruption. Ou il est mauyais ^ il passe 
bien loin au-del4 du pire ; c^est le cbarme de la ca- 
naille :ou il est bon, il va jusqu^i Pexquis et 4 Fex* 
cellent ; il pent £tre le mets des plus delicats. » (La 
Bruters, ch. I.®') Gette opinion est dictee park 
goiit et par Pimpartialit^. 

On devroit peut-^tre maintenant fetre encore plus 
severe k Pegard de Rabelais ; car plus on s^eloigue da 
si^cle ou il a v^cu^ plus son style et ses allusions de^ 
viennent inintelligibles j plus la licencieuse erudite 
de ses expressions et ses turlupinades doivent parotf 
tre r^voltantes ; cela nVmpScbe cependant pas qu^on 
ne le reimprime encore assez souveut; la raisonea 
est facile a deviner ; nous ne la deduirons pas ici , 
parce que nous la developpons dans un autre travail 
sur les outrages ii clef, ou Rabelais a un tr^s long 
article ^et ou nous discutons les explications que Ton 
a donnees de ses allusions y de ses allegories et des 
personnages qui y figurent ; nous passons en revue 
toutes les Editions de ses diiTerens ouvrages , sans 
m^me omettre celle que Pabbe Perau a donnee ano* 
nymement sous le titre di'OEus^res choisies de M.* 
Fi\ Rabelais, lySa, 3 vol. m-ia, et qui a eu pen 
de succ^s. Est-ce parce qu^elle est purgee des passa* 
ges obsc^nes de cet auteur satirique et licencieux } 



' SEGOaHDE PAKTIE. ^3 

ou est-ce puirce que son style naif est habill^ k k mo- 
deme ? Pour Fhonnenr da zviu.® slide ^ nous adop*. 
tons le dernier motif. 

Nicolas BOURBON , poete latin modeirne) ( n; 
i5o3— m. i55o)) auroitpr^fer^, disoit-il, dtre Pau- 
teur de la paraphrase des psanmes par BucBAHAif ^ 
k rhonneur d^itre archeySqne de Paris. 

: 3vuss^tsAii SCALI6ER, savant distingu^ ( n« 
1484-— m. i558) y assuroit qu^il aimeroit mieux avoir 
£ut la deuxiime ode du ly.® livre d^HoRAcB : Quern 
tu Melpomene semel, etc. j que d^Stre roi d^Aragon* 
Sans doate que Scaliger a voulu nous dire par-l& 
qu^il trouvoit cette.ode superbe , et qu'il lui donnoit 
la preference sur toutes les autres. En effet, elle est 
tris belle; la po^sie, Felevation et la delicatesse y 
brillent ^galementdansla versification ^ dans les pen- 
sees et dans le stylet Aussl M . Dacier disoit que les 
Grecs :et les Latins ne nous ont rien laisse de plus 
achev^. On pretendqueScaliger ajoutoitune seconds 
ode k celle que nous venous de citer. C^est le dialo- 
gue entre Horace et Lydie : Donee gratus eramj^eta 
II en est encore une que Joseph-Jules Scaliger ^ fils 
de Jules-C^sar ( n. i54o— -m. 1609 ), Pun des plus 
redoutables critiques du xvi.^ si^cle(i) ,n'a pus^em- 



(1) Ce Scaliger 8*^toit acquis une telle reputation , ^e Jasttf 
lipae toriyoitqu'il aimeroit mieux jouir de I'entretien de Scaliger^ 
<|Be devoir toute la pompe triomphate d'uu ancien consol romaiB. 
CioompUmeat ^^t pcnt-^tre dft en partie k la temiur quHauBpi- 



94 ^^ CHOIX DES UVBES. 

pAcher ie lotier ; il eat mi&iiie convenu q[u^flQs.Acs y 
est AUr4eA8U9 de lui-mdme et4e toute Ja Gi*eGe.Cest 
la troisieme ode du iv.® liv. : Qualem wmUtrumfol'. 
minis alitem , etc, , compos^e Tan 74^ de R. ( 12 
i^ns av. J.-G. ). Xie P. Sanadon appelle cette pi^ce 
Taigle d^HoaACE , non-seulement parce qu^elle com- 
ipepce par tUiie comparai9on prise de cet qise^a y 
mais parce qu^elle eat enti^remeutdaos ie go&tde 
Pindare. Le poete y c^l^bre la victoire que TiWre 
et DrusuS) beaa-fils d^Auguste , ont remport^e dans 
la Pannonie sur les Yindelieiens , Pan 739 de R. 
(iSans av. J.*C. ). C'est Tune des deux pieces qu'An- 
goate avoit demand^es & Horacb. L^autre est le Cat' 
men seculare , compost en 787 de R. ( 17 ans aY< 
J.-C. ) Onles place Pune et Pautre parmi les jdoa 
beaUx morceaux d^HoRACE. 



roit Tesp^ce de despotisme exerce par rorgueilleux Scaliger stir 
tous les litterateurs de son temps. Casaubbn trembloit en ecrivanf » 
quand il pensoitque ce quHl ^crivoit seroit tu par Joseph Scali* 
ger. Ce Scaliger se flattoit de parier treize laugaes :. rb^lup^y le. 
grec ^ le Utin , le !ran9ais, Tespagaol, Fitalien, rallemand, Taa-, 
glais y Farabe , le syriaque y le chald^en , le persan et rethiopien* 
Aussi puisoit-il dans toutes ces langues, qu*il possedoit superficiel* 
lemenl , les injures dont il accabloit ceux qui osoient non-seule* 
meat attaqaer 4ion pmni-science^mais meme en douter. J^es i^orti 
n^etoient pas plus k Tabri de ses injure^ que les vivans. A Pen-, 
iendre , les jesuites etoient des &nes ; il traitoit les saints peres de 
la maniere la plus ind^cente. Orig^ne y selon lui , est un r^veur ; 
saint Justin, un imbecille ; saint Jer6me, un ignorant; Ru60| 
UQ maraud ; saint Cbrisost6me y un orgueilleux ; saint Basile y un 
soperbe; saint Thomas, un pedant , etc. y etc. y etc. y etc. G*est ce 
qui faisoit dire qu*il ue poa^oittenir son Erudition que du diahle. 



SECONDS PABTIE. p5 

CHARLES-QUINT , ^mperonr , roi d^Espagne 
(n. le 24 f^^^^ iSoo-HDi. Je 21 aeptemhre iSSd)) 
^toit passionne pour Thtjctdidb ; il en iaiaoit aom 
homme de guerre et le compagnon de toutes ses en- 
treprises. ( V* sur Thuctdidb les pp. 3i et suiu. ) 
Nous ajouterons que Cliarles-Quint avoit un gout 
decide pour la langue frangaise ; dans son jeune age 
il gouioit et lisoit ayee passion les Memoires de 
Louis XT per Commines. Quand il fut empereur^ 
son chancelier Grandvelle lui apporta uu Thucj-- 
dide traduit en fran^ais ; apri^s en avoir, parcoura 
quelques pages^ Gbarles*Quint en fut si content j 
qu^il lut Je livre en entier deuXvOU trois £013 de suite* 
Que feroit-ce^Uleiit vu Plutarque traduit par Amyot^ 
qui.parujt plus jtard? Ce prince qui connoissoit le ca- 
ract^re des difTt^rentes langues de PEurope^ disoit 
qa^l parleroit fran^ais k un diXo\ ^Jrxmcese adxun 
amicoi allemand k son cheval^ tedesco al suo ca^ 
valloj italien 4 sa maitresse, italiano alia sua si- 
ptoraf espagnol a Dieu> spagnuolo d Dio$ et an* 
(;laa anx. meaux , Ujiglese h gli uccellL 

MELANCHTON (n. 14^— m. i56o), boraoit 
toatesabiblioth^queixpiatre auteur^ dont les nom» 
e^mmencent par la m^e letlve : Pulton , Pi^uce , 
Plutakque et Ptol£m£e. Ces quatre anteurs r^u- 
nissent Futile e t Pagreable . 

JEAN DORAT , ou DAURAT, poete (li. i5o8 
•-m. i588) ; etoit tellement enchante de la cent sep- 



^6 I>U CROIX DBS LIVRES. 

tiime epigramme d'Ausoicb ^ qu^il soutenoit qu^trn 
demon en ^toit Pauteur. Yoici cette epigramme qui 
^t en effet iris jolie : 

In PCXRUM FOKMOSUM. 

Dum dubitat nature , marem faceret ne puellam, 
Factus es f dpulcher, paene puella puer (i). 

cc Pendant que la nature hesitoit si elle feroit die 
vons un gar^on ou une fille ; jeune liomme ^ elle 
vous a forme si beau que vous ^tes presqu^nne 
fille. » AusoKE , ne & Bordeaux , est mort vers Faa 
39a de J. G. 

« 

GUJAS ) cel^bre jurisconsulte (n. iSao— •n; 
1690 ) J disoit des ouvrages de Paul de Gastbo^ 
professeur de droit ^ mort k Florence en 1437: Qi{t 
non habet PjHTLUM de CjISTRO tunicam ^endtit 
et emat, 

Ce mot a ^te applique depuis k Pouvrage de 
DoMAT : Des lois ciuiles dans leur ordre naturei 
G'est nn excellent livre, et qui jouit k juste titrc 
de la plus haute reputation parmi les jurisconsultei* 
Voici la mani^re dont I'illustre chancelier d'Agiies- 
seau en parloit a son ills : cc Un ouvrage moderne 
qui vous suffiroit presque seul, et que vous ne 

(1) Marot a traduit ces deux yers dans une de ses epigramintf 
ayaut pour litre : 

DE GHABLES , DUG Ti^OKLiASS. 
Katnre estant en esmoj de forger 
On fille on fils , concent finalement 
Charles si bean i si bean pour abr^ger r 
Qn*estre fait fille il cnida proprement ; 
etc. , etc. 



SECONDE PARTIE. ^n 

fiauriez trop tous rendre propre^ soit par tine lec- 
ture exacte^ ou mfime par Pextrait cjue vous feres 
Lien d^en faire^ est le Traiti des lois , de M. Domat^ 
q[ai est en t^te de son grand ouvrage Des lois cwiles 
dans leur ordre naturel. Personne n^a mieux ap- 
profondi cpie cet auteur le veritable principe des 
lois, et ne Ta explique d^une mani^re plus digne 
d\in pUIosophe , d^un jurisconsulte et d^iin chr^- 
t!en. Apr^s avoir remonte jusqu^au premier prin- 
cipe y il descend jusqu^aux derni^res consequences ; 
il les developpe dans un ordre presque geom^tri- 
qiie j toutes les differentes esp^ces de lois y sont d^- 
taiHees avec les caract^res qui les distinguent. C^est 
le plan general de la societe civile , le mieux fait et 
le plus acheviS qui ait jamais paru ; et je Tai toujours 
regarde comme un ouvrage pr^cieux, que j'ai vu 
croitre et presque naitre entre mes mains ^ par Pa- 
mitie que Pauteur avoit pour moi. Vous devez vous 
estimer heureuxy mon clier fils, de trouver cet ou- 
in^ fiiit avaht que vous entries dans Petude de la 
jnrisprndence. Yous y puiserez un esprit^ non-seu- 
kment de jurisconsulte ^ mais de l^gislateur y si vous 
le lisez avec Pattention qu^il m^rite ; et vous seres 
cn^ty par les principes qu^il vous donnera, de de- 
nser de vous-m^me dans toutes les lois que vous 
Ibez^ ce qui appartient 4 la justice natnrelle et im- 
BiTiaWe , de ce qui n'est que Pouvrage d'une volontje 
positive et arbitraire ; et de ne vOus point laisser 
3)loQir par les subtilites qui sont souvent repandu^a 
^i» les jurisconsnltes Romaii^. 9> Ailleurs M. d^Ar 
u n 



- A' 



Slpmat le jurisconsulte des mag^ 

.Mw-^ : <c Quiconque possederoH IkH 

nf jeroit peut-6tre pas le plus profooS 

• Z»«i^ 9 ™^^ ^ seroit le pltis solide et le 

^ 'yfos les juges. » Cette honorable opinion 

J^^ de Domat) an moment ou il a para, 

jn^tmee par la posteiite ; sa reputation B^a 

aiticnienter j plusieurs editions ont paro Uni 

Min-Jblio , et Ton en public une i/i-8.* 

^ ^*e moment. Le celebre La Harpe j qnoique 

ji^ifir litterateur , dit , dans sa Philosophic du 

v^'tlL^ siecle : ec Pour ce qui est de la jurispra" 

i^^ccj j^ai vu les plus babiles s^incliner an seal 

^^m dh fameux Domat j de ce Domat dont les on* 

vrag^s ^^^^^1^^ reconcille rexeellent esprit de Boi- 

]eau avec la science des lois (i) ^ et sont regardea 

^mme un des plus parfaits modules du veritable 

esprit philosopbique, de Tesprit d'ordre el d'aw 

lyse ) applique a ce genre de connoissances moilie 

specula lives , raoitie politiques , et ou la pratiqoe 

embrouille si souvent la tbeorie. » 



(i) cc Pavols compart, dit Boileau .dana une lettre kBrossette^ 
les lois duDigeste aux dents du dragon que sema Cadmus , el doat 
i il naissoit des gens arm^s qui se tuoient les uns les auttcs. U 
lecture du Uvre de Domat m'a fait changer d'avis, et m'a failToir 
dans cette science une raison que je n'y avois,pas true iasqae-ft« 
CVtoit un homme admirable que ce M. Domat. Vous me fiitet 
trop d'honnear de mettre en paraUMd un miserable faiscur deal* 
.tires avec le re^urateur de la raison dans la jurisprudence. >• 
Jean Domat, ^ ^ Glermoat en Auyergae en i0at5 , est n^ k 
iParis en 1696. 



SfiCOlOMS PARTIE. gg 

MfcHfii. DB MONTAIGNE (n. i533— m. 159a), 
« cobsaci^ le dixii^me chap, da liv. it de 8e9 Essaisp 
(Bpt^el^s par le cardinal Duperron , le Breuiaire des 
honh^tes gens) ^ it parler des livres et particuli^re- 
ment de ceux qti^il ainioit le plus. Son langage naif 
est 81 expressif y et son opinion d^un tel poids , que 
Hens croyons devoir rapporter textuellement les 
passages de ce cliapitre qui ont an rapport direct k 
notre ob)et. 

<c je he clierclie'aux )ivres, dit Montaigne ^ qu'i 
m^y donner du plaisir par un honneste amusement : 
ousi jVstudie, jen^y cherchequela science qui traicte 
le la cognoissance de moy mesme , et qui m^ins- 

Iruise 4 bien vivre et a bien mourir Si tel livre 

me iascfae^ j^en prends un aultre et ne m^y addonne 

qn^anx henres oA Pennuy de rien faire commence >& 

me imisir. Je ne me prends gueres aux nouveaux^ 

pour ce que les anciens me semblent plus pleins et 

plus roides : ny aux Grecs, parce que mon jugement 

ne spait pas £iire ses besongnes d'une puerile et 

apprenfisse intelligence. Entre les Kvres simplement 

plaisants je trenve ^ des modemes , leDecame/io/tde 

Boccjics , RjiBELJiis f et les Baisers de JsHJiir 

Smcokp, s'il les fault l(^er soubs ce tiltre, dignea 

({Q^on s^y amuse U m^a toujours sembl^ qu'eu 

*lipo^ey VnLGfLEy LucB.EcEy Catitlle et Horace 
Hennent de bien loingle premier rang ; etsignamment 
ViaGiLB en ses Georgiques que j^estime le plus ac- 
rcamply outrage, die lapo^e : k cOxnparaison dnr 
quel on pealt recognoistre ayseemept qa^il y a det 



■c 



2^0 DU CHOIX DBS LIVAES. 

endroictfl de VjEneide , atisqaels rancteur eusf 
.donn^ encore quelque tour de pigoe s^il en enat 
eu loisir ; et le cinqniesme livte en VjEneide att 
semble le plus parfiaiict. J^aime aussd Lucaiv ^ et k 
practique volon tiers , non tant pour son style , ffnp 
pour sa valenr propre et verity de ses opinions cl 
jugements. Quant au bon TsaENCB, la BugDavdue 
et les graces du langage latin , je le treave admurahle 
k represeuter au vif les mouvements de Pame el It 
condition de nos moeurs; k toute beure nos actions 
me rejectent & luy : je ne le puis lire si souveftt,qiie 
je n^y treuve quelque beant^et grace nouTelle. Ceab 
des temps voisins k Vib.oilb se plaignoient de qdoj 
aulcuns luy cpmparoient LucnscEije suis dVpinio(i 
que c^est k la i^erit^ une comparaison inegnale;; 
mais fay bien k faire k me r^asseurer en cette creaacCy 
quand je me trenve attach^ k quelque beau lien dr 
ceulx de Lucregb. S^ils se picquoient dc cette conir 
paraison ^ que diroient-ils de la bestise et stupidiif 
barbaresque de ceulx quilui comparent k cette heaia 
Arioste (i)? Et qu^en diroit Arioste luy mesm'e? 
JVstime que les anciens avoient encores plus k le 

- - — — - — " 

. (i) Moutaigne, un peu plus bas j pour faire sentir la difTcifmiGS 
c{u*il y a entre Virgile et P Arioste, sous le rapport da talent po^' 
tique dans I'epop^, s'exprime ainsi : cc En la comparaison i^ 
r^neide et dii Furieux (Roland) : celuy Ik on le yeoit aller ktit* 
d'aile d*un Vol hault et fenbe, suyvant toujours sa poincte:cetta^ 
cy , voleter et saulteler de conte en coiite , comme de branchc c^ 
branche , ue se fiant k ses ailes que pour une bien courte trayentr 
ct prendre pied k chasque boot de cbamp , de pcur que rhaleiat a^ 
'4a force luy faille. » 



SECONDS PAimS. loi 

flundre de ceulx qui apparioient Plaute k TiacircB 
(Cettuy cy sent Lien miealx son gentilhomme), que 
LucmscB k ViRoiLB. . • . . On admire plus sans com- 
paraison Veguale polissure et cette perpetnelle douI« 
ceuT et beant^ fleurissante des epigrammes de Ca- 
tnlle^ qne touts les aiguillons de quoy Martial ai- 

^iiise la qnene des siens Voy 14 doncques ^ quant 

k cette torte de subjects (les livres amusants)^ les 
aacteurs qui me plaisent le plus. 
• a Quant k mon aultre legon qui mesle un pea 
plus de fruict au plaisir, par ou j'apprends k renger 
bes opinions et conditions, les livres qui m^y ser** 
tent J c^est Pltttarqub , d^puis qu^il est francois 
(trad, par Amyot;, etSBifEQUE(i). lis ont touts deux 
cette notable commodite pour mon humeur, que 



I 

^ 



. (i) n i^en fiuit beancoi^ que Ton mette but la mtoe ligne S^- 

lifM el Plutaiqae. On tronre que S^n^e a trop d'esprit ; il 

Tent briller 9 qtielqiie so jet qa'il traite. II est meillear k dter dans 

It c^enr de la conrenatioii qu'ii Kre dans le silence du cabinet. 

Qiibhlje& (lib. x, c. i ), disoit de Im : Felles cum suo ingenia 

iixitte alMojudicio. On ddsireroitqu^aTec son bel esprit, il e&t 

llitAt man b go&t d'on autre que le sien propre. Ifallebrancha 

laivpioclie de trojp s'abandonner k son imagination , et de ne pai 

wifoaner cons^qnemment. Calvin , grand partisan de S<fn^ue ^ 

foat, k vingt-tvois ans, il commentoit le Traits de clementid , 

*i. Kcoonoit en plus d*an endroit que la jqste disposition des parties 

\ 4b disconrs uVtoit pas le talent de son autenr. Pierre Petit ( dans 

^ iOB line de lacrymU, p. iSp), appelle S^n^que le maitredei 

\ liMLUi. SeoMca, dit-il| verus ut quidem arbitror magisUt 

I Mtentuincm. 

Conmie ]*ai pairl^ de Plotarque k Tartide TaiODoax GAZA^ ]« 
a'cB dind nca icL ( Voy . pag. 85. ) 



' -» 



lo4 ^^ CHOtX DES UVRES- 

homme que Plutaaque. Je suis bien marry que 
nous n^ayoQS ane doazaine de Ljoitius (Dxogenb)i 
ou qu^il ne soli ou plus estendu on plus entenda.... 
Cesar me semble singqlierement meriter qn^on Pes* 
tudie y tant il a de perfection et d^excellence. par- 
de^sus touts les aultres j quoique Sallitstc SQit dii 
nombre. Certes je lis cet aucteur avec un peu plus 
de reverence et de respect , qu^on ne lit les^bninains 
ouvrages ; tantost le considerant lay mesme par ses 
actions et le miracle de sa grandeur ; tantost la pa- 
ret^ et inimitable polissure de son language , qui a 
surpass^ non seulement touts les bistoriens^ comme 
diet Cicero, mais a Padventure Cicero mesme.. ••• 
Les seules bonnes bistoires sont celles qui ont este 
escriptes par ceulx mesmes qui commandoient aux 
affaires , ou qui estoient participants k les conduire^ 
ou au moins qui ont en la fortune d^en conduire 
d^aultres de mesme sorte. Telles sont quasi toutes 
les grecques et romaines. , . • . 3> Montaigne termine 
ce chapitre par dire que se m^fiant de sa memoire^ 
il fait des notes sur les Hvres qu'il a lus , et s'en rend 
nn compte sommaire. II rapporte celle$ qu'il a n»- 
ses sur son exemplaire de Guicciardin , de PhiUppc 
de Com mines et des Memoires de.t)ubellay. 

Montesquieu disoit : <c Dans la plupart des an- 
teurs je vois Pbomme qui ecrit; dans Montaigne y 
Pbomm6 qui pense. » ^ 

PASSERAT,poete(n. i534— m. 1602), snc- 
cesseur de Pinfortune P. Ramus , dans la cbaire ^^ 



SECONDE PARTIE. io5 

• • ■'".•■ > 

Ipqnence an college de Cambray, en iSya (i), af- 

fectionnoit singuli^rement Properce, Catullb et 

TiBiTLiA. Uanalogie de son g^nie avec celai des trois 

poetesles plus galans de Fancienne Rome, les lul fit 

pref&rer & beaucoup d^autres dans les explications 

qn'il donnoit an college de Gambray, k Paris. U a 

pnbliedes commentaires sur ces trols poetes^Pam, 

16089 in-folio. Mais son trayail sur Properce est 

preferable k ce qu^il a fait pour les deux autres. 

JSToai n^entrerons dans aucun detail sur le merlte de* 

ces trois auteurs; nous nous contenterons de rap- 

porter le parallele que Muret a fait de Tibulle avec 

iPaopsmcB y dans la d^dicace de ses scolies sur ee 

dernier poete. <£ C^est avec raison, dit-il, q'lle lea 

anciens ont dout^ k qui de Tibulle ou de Propercis- 

il &Uoit assigner le premier rang parmi les ^l^gia-^ 

• ■ 

(1) Passent discontinaa ses lecons pendant les troubles de la 
ligae^ (Bt il ne les reprit que lorsque Henri IV entra triomphant 
di^BS Ptfis, en 1594* U eut grande part k la Satire M^nipie, 
daa« Jaquelle on troave cette satire sanglante contre les seize , ek 
qui est de sa composition : 

A ehaeim le sien , c*est jnstic* : 

A Paris seize qnarteniers ; 

A Montfaacon seize piliers : 

« 

C*est t'chacnn son bdtadfice. 

Cependant on pretend que du temps de la Ligue il ayoit ches 

laion portrait du cardinal de Bourbon, que les Ligueurs appe- 

loient Charles X, tandis que les partisans de Henri IV Tappe* 

koent Charles XVltl. Ce prince y ^toit repr^sent^ avec tous les 

attrilratsdela royant^; mais le portrait avoit deux faces , et quan^ 

.: -il Teaoit chez Ini de bons serviteurs du Roi, il leur montroit Tau- 

tie c6U y o& le pr^teudu Charles X ^toit couronn^ de foin et do 

diaidoiui. 



io6 ^^ CHOix pa uv^u. 

^aes latins ; Tun' et Fautre poss&dent beancoup i% 
qualites qui les font sortir du rang des poete^ orcli* 
iiaires ^ et leur assignent une place ^minente ; maU 
chacun d^eux se distingue en m^me temps par des 
qualites personnelles qui font douter auquel des 
deux appartient la palme. Tibulle poss^de.au sa^ 
pr&me degre Pelegance et la propri^ti de Pexpres- 
fiion ; PROPEmcE , une grande richesse 9 une grands 
\aiiete d^erudltion poelique. Tout est romain dans 
le premier j beaucoup de choses sont etrang^res dans 
Pautre. La purete du langage fait reconnoitre dans 
Tun un ecrivain n^ et ^leve dans la capitale j dans 
Pautre , la forme et le caractire de la diction indi- 
quenf^un poete tr^s versd dans la lecture des auteurs 
grecs. En un mot j des deux qualites qui j d^apr^s le 
jugement des critiques , constitu'ent la beaute dW 
poeme j la clarte et les ornemens etrangers j la pre- 
fni^re appartient eminemment 4 Tibulle ; la seconde 
a Propeb.ce. L^un est plus doux et plus delicat , Pau- 
tre^ plus nervcux et plus soigne ; on aime mieuxPnn, 
on admire davantage Pautre ; le premier a Pair dV 
voir ^crit avec simplicite ses poesies , Pautre, d'avoir 
pense a ce qu'il devoif ecrire; Pun a plus de nature! , 
Pautre plus d^art et de travail. U est tr^s difficile de 
dire d'apres cela lequel des deux raerite la preference. 
Si la perfection du poete depend du degr^ de verite 
avec lequel il a imite la nature j il me paroit que 
Tibulle a mieux exprime les divers mouvemens qui 
aigitent le cosur j si au contraire le premier rang est 
dii k celui qui approcbe de plus pr^s des beaux mo* 



d^eS:,. pexspune ^ 4 moii ms^ n^a plus ^'ressem- 
blance avec les anciens Grecs, et snrtout avec Calli- 
ipaquje y que .P&opeb.cb ; aussi a-t-il cm pouvoir se 
nommer lui-m^me le Callimaque romain. s> 
. RevenoQs a Passerat : U eslimoit Vode que Ron- 
fAKD a fitite poor le chancelier de THApital , plus 
que le duch^ de Milan. On ^e yoit plus cette ode 
da m£me oeil que Passerat. Depuis long-temps elle 
est tondli^e dansPoobli ainsi.que les autres fruits de 
la muse barbare de Roksajk.!) . II fant cependant a vouer 
^^il ^oit vraimeni poete^ et que.quelques-unes de 
tes pieces de po^sie ont product un grand eflet : en 
>oici un.ezeniple : Un gentilhomme fran^ais^nomm^ / 
Cbatelard, condanin^i £tre d^capit^ en Ecossepour \ 
avoir altente k Thonneur de la Reine qu^il aimoit ^ ■ 
ne voulut d^autre preparatioai la mort que la lee* 
ture d'un bymne de Ronsako. Brant6me raconte 
ainsi la cbpse : <c Le )Our venu , ayant ete men^ sur 
r^cbafiiud 9 avant mourir , prit en ses mains les hym* 
|ie» de-M« RoNs^aD 9 et pour son ^teriielle consola- 
tion y $e mit k lire tout entiirement Thymne de la 
mort, qui est tr^s bien fait et propre pour ne point 
nbborrer la mort j ne s^aidant autrement d^autre 
livre fpirituely ni de ministre^ ni de confesseur. » 

. L'AxiRAL DE COLIGNY (nden i5i6, tu^ le a4 
ao&t i572))faisoit sa lecture babituelle, ^tant jeune^ 
des £lemens i^EiVCiJD'B et des vies des Hommes il* 
histf'esdePjjjTAnqvB. Hen ^toit de m^medeHenril V^ 
cpmme nousle verrons plus bas. 



moS ^^ CROIX DES UVACS. 

Juste LTPSE^ savantcritiqae(n. i547— m. i6oS)f 
go&toit tellement Tacite, qae^ poar mieux en imi- 
ter le style , il Pavoit appris par coenr en entier. II 
sVbligea nn jour , dit-on j 4 reciter mot pour tnot tous. 
les endroits de8 ouvrages de cet historien qu^on lui 
designeroit, consentant k £tre poignard^ en casqn'il. 
Be les recitat pas fidellement. Cette anecdote r^- 
t^ par tous les biograpbes ,me pafott tr^s doutense; 
et si elle est vraie , on ne doit la consid^rer que com« 
me une fanfaronnade de Jaste Lipse. Cependftnt ce^ 
calibre pbilologue ne parle point de Tacite dans le. 
passage suivant ( Cent. II, Miscellan. , episU 44) > oj^ 
il s^exprime ainsi : cc Je n^admire qne trois bommesi 
HoiiiRE ) HiFFOciLATE et A&isTOTE. Cesontles8enIS|^ 
i mon avis 9 qui ont porte I'bumanit^ au-del4 de ses 
forces et de sa sphere naturelle. » Scaliger, Casau- 
bon et Juste Lipse passoient dans leur temps pout 
les triumvirs de la r^publique des lettres. 

HENRIIV, roi de France (n. i553— m. \6\o)y 
avoit un gout particulier pour les Etemens d'EU' 
CLiDS etfourles jHommesillustresde PhUTjiRQUEi 
il disoit souvent qu^il avoit de grandes obligations i 
ce dernier ouvrage dans lequel il avoit puis^ d'excel- 
lentes maximes pour sa conduite et pour le gouver- 
nement. M. de Jouy remarque avec raison dans 
VHermite de pro\*ince , torn, i , cc qu'il est impos- 
sible de ne pas reconnoitre Pinfluence la plus beu« 
reuse des Hommes illustres de Plvtarqub dans 
cette foule de mots du grand Bearnais^ ou la gract 



SECOKDE PARnE. 109 

et la finesse modemes ne cacbent pas la profondenr 
et la simplicity antiqaes. » 

F. BACON DB Vbrulajc ^ cbancelier d^Angle-' 
terre^et savant profond (n. i55o-^m. i6a6), voyoit 
k regret cette immense quantity d^ouy rages qai en- 
combrent nos biblioth^ques : ccLes sciences 9 disoit-il y 
regoi^ent d^ecrits ; les livres ne sont que des repeti- 
tions; cette enorme multitude de i^olumes se r^duil 
aux id^es de cinq i six g^nies; fouillez les Grecs, les 
Romainsy les Arabes, et tons les auteurs modemes ; 
vous ne verrez par-tout qu^AaisTOTE, Platoic^ Eu- 
CLIDB et Ptol£m£e. » Bacon dit ailleurs : a Que la 
lecture de Phistoire nous rend prudens ; qu^onde- 
Tient ingenieux avec les poetes ; que les ouvrages de 
matbematiques donnent de la subtilit^ k Pesprit ; 
que ceax de philosopbie donnent de la profondeur 
au )ugement; que la morale met de la gravity dans 
nos moeurs ; que la dialectique et la rhetorique pro- 
curent de la iacilite et. de la vivficite dans la discus- 
sion : ( Baco I de studiis et lectione librorum seimo 
48 ). i> Tout cela est tr^s -vrai ; mais il ne Pest pas 
moins que \e% livres frivoles avilissent et ^nervent 
Pesprit ; que les ouvrages de galanterie amoUissent et 
corrompent le coeur ; et que les productions impies 
couvrent notre ame de nuages par les doutes que de 
pr^tendus esprits forts travaillent k y multiplier sur 
les plus importantes Veritas. II est done absolument 
essentiel d'apporter la plus |^nde attenlioa dans le 
choix des Uyres. 



l,o DU CHblX DM UVMS. 

Fn&iffois BE MALHERBE (n. i55S— m. 1628)^ 

le vrai createur de la latagae poetiqne en France j 

avoit un go&t particulier pour Stace j Stvkqvz le 

tragique^ JuvibrAi., OVinE^ Martial, surtout Ho- 

KACE , qn^il appeloit son breTiaire. II ne paroit pas 

*quHl se soil rendu aussi familiers les poetes grec^. 

'Les odes de Findare hii sembloient du' galimatias. 

Ce jngeinent sur Puh des ph^miers poetes lyriques, 

proQVe encore davantage qu^il avoit £giitune etude plus 

parficuli^re des auteufs latins que des grecs. Parnii 

ces difFerens ecrivains iqui faisoient les d^lices de 

Mallierbe , nous distingiierons particuli^ment Ho- 

B.ACE et Jirv^NAL. 

HbiaAdE, le poete le jflns aimable de Pantiquhe | 

s^est too jours fait r^marquer par les Iieaut^ et les 

'graces en tout genre qui distinguent ses difl^rens oti- 

Vragcfs. Dou^ par lal nature du plus beaii g^nie, Se 

rimagination la plus brillante j de Pesprit le plcCS 

flexible et le plus lebond j il a r^pandu dans ses odes 

tout <ie que Simonide ,Sapho, Pindare , Tyrt^e dt 

Alcee noils offrent de plus beau, de plus gracieur^ 

' de plus sublime , comm6 Vii^ile nous presente , avec 

nncharme inexprimable, lesheureuxemprunts qu'il 

a ifaits k Theocrite , k H^siode et at Hom^re. C*est 

' surtout la vari^t^ que Ton admire dans les odes d'Hd-* 

race; nul n'a mieux.possdde quelni ce grand s^ecret^ 

' qui' est un des principesles plus importans de VsLtty 

et qui consiste k s^elever , sans disparate , jusquVu 

'sublime, dans de petits sujets qui n'en paroitroiedt 

nuUement susceptibles sous toute autre pbime. Dads 



SfeCONDfe PARTIE, i ,*x 

ses ^pttres y quelle philosopliie douce y aimaUe elt 
entratnante ! Et dans le didactique y c'est le poete 
par excellence y qui revile tous les secrets de son art} 
c^est le dieu du go&t qui dicte ses oracles. 

Quant aux satires y nous n^ pouvons mieux eh 
laire connoitre Pesprit et le style y qu^en presentant 
Textrait d^un tr^s beau parallele d'HoRACE ayec Ju- 
T^NAL que M. Dussault nous a donne en 1812. Apr^s 
^avoir expose le caractere des vives et enei^iques dia- 
tribes dii fougueux rival d^oaAcE dans le genre sa- 
liriqueyet noiis avoir prevenus que lorsqu^on com- 
pare ces deux poetes y il faut distinguer soigneuse- 
giaent le citoyen d'avec Vecrivain ; qu^il faut eviter 
^de confoodre Thomme vertueux et austere ayec le 
courtisau aimaHe et poli y fa grandeur d^ame et la 
noblesse des seati]i].ens avec la finesse et les agremeris 
de Fesprit y etc. etc.'; il etablit ainsi son paralliSIe : 
« Juvenal n^a qu'un ton et q'u'une maniere ; il ne 
connott ni la variety hi la grace ; toujours ^uinde ^ 
toujoul^ enipKsLtique et dcclamateur, il fatigue par 
*»es hyperboles continiielles , et ion etalage de rbe- 
teur J son.style rapide y harmonieux y plein de cba- 
leur et de force y est d^une monotonie assommante. 
U est presquie toujours recberch^ et outre dans ses 
expressions j et ses pens^es'sont souvent etrangl^ea 
par une precision dure qui degen^re en obscurity. 
Horace^ au cbntraire^ est toujours aise y uaturel'^ 
agreable ; et pour plaire y il'se replie en cent fa^onsi 
differentes; il sait^ 

D'une voix l^g^re. 
Passer da grmys au douz, dupluMut ausev^e. 



112 DTJ CHOIX DES UVRES. 

. Son style pur ^ elegant j facile y n^ofire aucune irac^ 
. d^afFectation et de recherche j ses satires ne sont pas 
, des declamations eloquentes : ce sont des dialogaes 
ingenieux oh. chaque interlocuteur estpeint avecnne 
finesse et one yerite admirables j ce n^est point nil 
pedant triste et faroache y 4le\6 dans les cris de I'e- 
cole^ un sombre misanthrope , qui rebute par one 
morale chagrine et sauvage y et fait hai'r la verta y 
m^me en la pr&chant : cVst un philosophe aimabie^ 
un courtisan poli y qui salt embellir la raison etadod- 
cir Pausterite de la sagesse ; Juvenal est un mattre 
dur et severe qui gourmande ses lecteurs ; Ho&ace y 
\\n ami tendre y indulgent et facile y qui conveine 
familierement avec les siens. Les invectives am^res'i 
les reprochessanglans de Juvenal irritent les vicienxy 
sans les reformer; les traits plaisans y les peintures 
comiques d'HoRACE corrigent les hommes en les 
amusant ) Tarme du ridicule semble avoir toujours 
ete propre et particuH^re aux satiriques ; c'est celle 
qu'ont employee les anciens poetes Eupolis y Cratl- 
nus, Aristophane, dont les comedies peuvent £tre 
rcgardeescommeautant de satires. C^est aussi Tarme 
la plus utile pour combattre avec succ^s les vices le5 
plus accredites. Le sel d^une plaisanterie ing^nieuse 
epouvante plus les coupables que tous les foudreset 
les tonnerres d^un declamateur dont ilsse moquent: 
le ridicule est la seule chose que craignent encore 
ceux qui ne craignent plus rieu et qui n^ont plus ni 
pudeur ni remords : 

Ri'diculum acri ^ 

Fortiui ac melius magnas plerumque secat res. » 



SECONBE PARTIE. Il3 

Nous ajouterons encore un mat k cet article d'Ho'^ 
ucBetde JiTY]igNAt.cpn«ideres comme satiriques j c'est 
fne^ si rpn Teut prendre une connoissance parfaite 
its moears priv^s des Romains j et entrer dan$ le$ 
plus petits details de leurs usages , c^est d^abord dan$ 
ks satires de ces deux poetes qu^on doit les puiser j 
nais il faut y joindre celles de Perse, puis lire atten* 
tiyement les comedies de Plaute etde Terence , touted 
kslettres de Giceron, celles de Pline le jeune y 1^9 
epStres de Sen^que y les vies de Sudtone y ett quelques 
chapittesdeValireMaxime, d^Aulu-Gelle, etdesSa^^ 
tnmales de Macrobe , sans n^gliger Pline Pancien 
ct les rei msticce Scriptores. Celui qui liroit tons ces 
anteurs , la plume k la main , et qui en tireroit tout 
ce qui tient aux moeurs, aux habitudes et aux usages 
particuliers de la vie privee des Romains y ne seroit 
ps plus Stranger au milieu de Rome ancieune y que 
itons ne le sommes au milieu de Paris. 

AftiiAirDr Jean Duplessis y cardinal DE RICHE-; 
llEU , calibre ministre.de Prance y ( n. i585-— m.' 
1642), faisoit de VArgenU de Bab.clay son liyre 
favori. II disoit x[u^il ne connoissoit au monde que 
trois bommes souverainement sayans : Saumaisb j 
Gaornts et Bigkov. Mais, scion le sayant Peiresc ;^ 
QaoTius valoit deux Saumaise. Le mdme cardinal 
comparoti aux quatre (Siemens quatre ecriyains de 
Wn temps qu'il regardoit comme les meilleurs : le 
caidinal db B]6rulle j compare au feu pour son ele- 
vation jk cardinalDvPBR&ON, k la mer pour son ^ten.'j 
a. 8 



n 



J 1^ DU GOOIX DBS UVtea. 

dae ; le P. CosFFJrrsAn , a Pair pouP sd irasf e caps- 
cite ; et M. Dis:vAiK ^ i 1« terre fwr Tabondanoe et la 
variete de aes prodjoctions. Cea q«atre HemeoA title- 
Taires ne sont ga^Be.plas cooaiderda maintenant dana 
BOS biblioth^aes j que lea qua tm anciens elimexts ie 
1^ nature ne le sont dans la ehimie moderae. On Toit 
par cet article ^ et nous pourrions encore le confir* 
mer par miilfs autrea traits , que les gouts litteraire^ 
4e spn Eminence etoient bieii aurdessoua de sea ta« 
lens politiques. 

QUSVEDO-OB VfLtBOAa^fecoudautenF espagnol 

(n» i58o-*m. 1^4^)9 ^tqit tellemenipassionne ponv 

}e Don QuichotteideCEtiYA^vzsj quequandiMelisoit^ 

iHtoit tentif de bruler leanpmbreux ouvrages qu^il 

avoitcomposes. : (Voyess plus basS.EYREMONT). 

Kous ajouterons Jci une anecdote tr^s connue y mats 

qui prouve qne le caract^re de ce roman a ete ap? 

precie dans tous les temps. <cUn jour que le roi Pbi- 

Ilppe III etoit suF un bajcon du palata d^ Madrid^ il 

aper^ut nn etudiantqui y en lisant^ quittolt d^ taxaj>$ 

en temps sa lecture et se frappoit- le front s^vec dt$ 

marques extraoidinaires de plaisir : Cet homme est 

fou J dit le roi aux courtisans j ou bien il lit Don 

Quichotte, Le prince avoit raison ; IMtudiant lisoit 

eiTectivement ce livre^ et ne pouvoit^ quoiqueseul) 

retenir Pimpression agreable quHl en eprouvoitk » 

: Montesquieu, devant qui Ton parloit de D^n 

\ I 4^iohotte^ dit:.<cLe m^Ileu^ livre des Espagnoli 

«st celui qui se moque do tous lesautres. » 



.♦ 



f 



I 

I SBCOIIDS StfnfK. ii5 

-. If. Sinrfer-'Rios a frit qoelqaes obsenrstioits sur 
rAistoife romanesque dn li^nos de la Manche ; ellea 
rMftt ooaagn^ dans les trois belles editions de Dan, 

Q^dwUlBf^fkB Paeadisiiiie delladrida pnbliees chea 

' BNomrlSnie en 1780 ^ 4 '^^^^ vt-4-^ ^- 9 ^ seconde 

ra vfiAj'>^molm pet. iit-8.^;etla troisa^me eu 1787 ^ 

^ W. iii«8.^ fig. Cest la renre Ibarra qui a execute 

cHtedemilirey son mari ^t-int mort en 1785. Parmi 

1^ o])ser?alions de M. Seniei^RTos , il en est nne que 

nons allons' rapporter quoiqu'eUe paroisse trte fa- 

^le,* mais an mcins elle prouve le haut degr^ d'im« 

portftnoe que ks Espagnols attachent k cet ingenieux 

Vtaan.^M. Semer-Rios calcnle de la mani^re sni-« 

Vaate la dnrfe des expedition^ du beros de C^kva.v-* 

tss) k partir da moment oa ce chevalier parott sur 

liso^. 

Le a8 juillet 16049 ^^^ Quidiotte part et revient 
lelendemain •«•••• a jours.^ 

n Teste chex Ini • •...••••..• 18 j. 

La seoooda excursion dure depuis le 
ty aoftt jiiiqn?ffn a septembre ^7 )^ 

n revient cbex lui etreste 3i j. 

n soirt le 3 octolwe et ne revient que 
lca9d^cembre « 87 j. 

U reste cbez lui^ tombe malade et 

Mortle 8 Janvier 10 j. 

Total •*>. i65 jours,^ 

ToQtes oes excursioas ont done dor^ cinq mois et 
hmtt jours j mais ellf s n'ont pas toutes eu lieu dapa 
k mime am^ QaoiqucCB&vJjrxss donne k pei|-ii 



11(5 DU CSiblX DES LIVRES. 

ser.que la.troisi^me et dernidre expedition da cli« 
valier fut li^e aux deux premieres j il parott par 
histoire j que dix annees s^dcoulerent entre la pme- 
miere et la demiere , parce que Don Qnichofte esl 
4;ense yivre. encore en 1614^ lors de rexpnision clc^ 
Maures. On Toit aussi que la lettre que Sancbo idrir 
vit 4 sa femme j du chateau du ]>Qe y e$t datee da 2&0 
juillet 16149 et que la gouvemant^ qui^ dans le pre- 
mier chapitre, avoit environ quarante ans ^ en a ci&- 
quantcrun dans le dernier. Au reste j la cluroiiologie 
d^un roman n^est pas assez intdressante pouv qa'09 
en fasse Tobjet d^une discussion j et il iaut toutelft 
reputation dont jouit a juste titrePouvrage immor- 
tel de Ceryaittes j et tout le plaisir quHl cause a sa 
lecteurs , pour que Ton se soit occupe de la chrono- 
logic des actions de son heros^ ce qui' dans le foa^ 
peut ne paroitre qu^une pure frivolite* 

Cervantes declare dans son prologue y que son 
principal but a ete d'afToiblir Pautorite et la favenr 
des livres de chevalerie anpr^s du vulgaire. Voici 
le motif qu^on lui enattribue j et que j^ai lu quelqne 
part : Le due de Lerme , premier ministre de Phi- 
lippe III J etoit pen favorable aux gens de lettres ; 
un jour il traita Cervantes avec peu de considera* 
tion 5 celui-ci, pour s'en venger, entreprit une sa- 
tire de la chevalerie dout le ministre et la nation 
i^etoient fort ent^tes. Je.doute un .peu de la verite dc 
cette anecdote y car je ne vois aucun fiel dans ce ro' 
xnancontre le principal ministre. Quoi qu^il en soity 
}d,. Senier-ilios blame Cervantes devoir fait cetini' 



SECbNBE PARTIE. nn 

initabk roman. ic Un fort bon livre pent faire da 
na}, dit-il 9 temoin Don Quichotte. Cervantes etet- 
{oH les id^ brillantes de la chevalerie y et de ce 
'noment-Ui PEspHgiie a decline. 11 y a du danger k 
^enr on peuple de ses cbim^res ^ lorsqu^elles sont 
resseace m^ine de son earaet^re , et que ce carac- 
tin est bon : il y ai de certains prejuges qu^il faut 
laToir respecter. » 

RuGUEsCrROTIUS, litterateur et savant publiciste 
(n. i58o— ^n. i645 ) j avoit tin tel gout pour Lu- 
CAw, aa rapport de Guy Patin , <c qu'il i'avoit tou- 
jcNiTs dans sa pocbe^ et qu^il le baisoit plusieurs fois 
le joiir.» Telles sont les propres expressions du sa- 
^ntib^ecin. Oh raconte que M. Dumaurier, am** 
kssadenr de France en Hollande, ayant uu jourcon- 
«nW Grotius sur les livres qu'il devoit lire et ^tu- 

'dier*celui-ci lui conseilla les suivans : VEcclesiaste 
€t le livre de la Sagesse ,* les vers dores de Pytha- 
«ow ; toutes les CEuures de Platon ; la Rhetorique 
^^h Politique d'AniSTOTEj les Harangues de Di&- 
MOisTHibrE; les Fragmensde Th]6ogitis(i) etdePno- 
ciude; lies TragSdies d'EuRiPiDs ; les Caracteres de 
TfiioPHRASTB ; les ComSdies de Tj^rence 5 les Of- 

fees et les Oraisons de Cici&RON ; les Merits de Sal- 

(0 M. Becker a donn^ il y a quelques ann^e^ , ^ Leipsick , une 
wition de' Th^ognis , angment^e de cent cinquanU-neuf yeta 
troav^ dans un manoscrit de Mod^ne. M. Coup^ a public, en 
'79^) nne traducUoa des csavres ( fragmena) deTh^oguis et f ho? 
«*de, I wZ. wi-18. 



I ,— • 



a 18 I>tJ €HOIX rmS LIVRES. 

Z.USTE ; les £pttres d^HoRACE ; le Manuel d^Eix ^ 
TETE ; les OEuures philosophiques et les Tragedm^» 
de S^NEQUE \ les Opuscules de Plutarque j les eciS fa 
d^Hi^ROCLEs , d^ARRiEKy dc DiON } Poavrage de I^-^) 
ILTBE sur les Republiques^ les Pandectes et le Co^^^ 
de Justinien, On est surpris de ne pas voir Hom^r ^, 
Virgile et les Vies de Plutajqae j figurer dans cet. Mi 
lisle. 

Claude Fayhe y seigheur de YAUGEL A.S j litti^- 
rateur fran^ais (u. i585— m. 1650), avoit une ide^ 
tellement avantageuse du style de Phistoire romaio^ 
de CoEFFETEAti y qu^il ne vouloit point recevoir de 
phrase qui n^y fut employee. Mais ensuite il quitU 
CoEFFETEAu y et eat une estime particuli^re poor 
les traductions d^ABLANCOURX y surtout pour celk 
d'ARKiEN qui lui servit de modele lorsquUl refit en 
entier sa traduction de Quinte-Curce. 

CoEFFETBAU et ABLANCOURTSontjuaiutenant pre** 
que oublies , et a juste titre y soil k raison des pror 
gres que la langue a fails ^ soit a raison de la con-^ 
noissance plus profonde que Pon a des auteurs an- 
ciens. Balzac a hazarde un assez pauvre mot au sujet 
de Penthousiasme de Yaugelas pour Coeffeteau i 
(c Au jugement de M. de Yaugelas^ dit-U^ il n'ya 
point de salut hors de Phistoire romaine y non plus 
que hors de PEglise romaine. >> 

On sait que Yaugelas a et^ trente ans a faire si 
traduction de Quinte-Curce , qui parut en 1647 ^ 
l>i-4'^ ; elle fut rc(ue avec beaucoup d^applaudisset . 



SECONDS P ARTIE. .^^^ 

nens; cepefndant eUe ne m^ritoit pas cet autre mot 
de Balzac : <c L^ Alexandre de Qainte-Carce est in- 
mciblei oeiui ide Vaugelas est inimitable. » II est 
^({ae dans le temps cette traduction passa pour 
le li?re le plus ccHrecfement ^rit dans la lamgue 
lraB9ai8e ; mais depuis otk est convenu que le style 
manque un pen de cette sooplesse j de cette ame*** 
tiH^, de cette 'igrftce qu'on a depuis donnas k notre 
kngne , quoiqm^ii s^y trouve peu d'expressioas qt& 
aieatirieilK. 

Jjaithi Mi^ot a donn^ nne nouvelle traductioii 
d« Qointe-Cnroe , en 1781 , a vol. f/i-B.® , et Beau- 
^ ane autre en 1782, d vol, in^iz ; ces deux tra* 
Ructions qui ne sont pas sans m^rite^ n^ont cepen- 
dantsurcelle de Vaugelas que Tavantage de quel* 
^nei expressions jAns modernes ; mais pour Texac^^ 
titade et la fid^lite , pour la propri^t^ et la justesse 
^stermesy la r^ularite de la construction ^ rhar*- 
moQie de la phrase et le fond du style ^ Vaugelas pa^ 
t^it encore prefi^raMe aux nouyeaux traducteurs. ' 

Sajiuel SORBII^BE ) SEavant^m^decin (n. i6i5 
•^m* 1670 ) y mettoit les Offices de CicifcaoN' au- 
detstts de tons les livres ^ except^ Vtlcriture Sainte. 
Voil4 pour les anciens ; et pour les modernes y il lelE 
pU^oit dans Pordre suivant : Charron y Montaigne y 
Bauic et Laiioth«»le-Vayer. « Ces quatre Mes- 
sieurs, dit4I, font presque toute ma biblioth^que.aft 
" it composeroit sans doute differemment aujouT«> 
^^W y en coBservant toutefois Moktjogsk et CnAai^ 



tao ^^ CHOIX DBS XIVTUES. 

&OV ^ et comme il paroit qu^il avoit da penchant poor 
le scepticisme ^ il ne seroi t pas embarrasse poor rem* 
placer La Mothe-le-Vayer. II disoit encore qu'il|M^ 
feroit Plutarque a Si^neque ^ CtfAKnoir 4 Montii- 

GKE ; DtJPERRON, D^ChsAT Ct CoEFFBTEAU 4 Ba^LZAC, 

parce qae dans leurs ecrits le raisonnement est plus 
•uiyi, et le style moins coupe. 

On ne pent qu^applaudir 4 la preference qae Sor- 
bi^re donnoit slmx Offices de Cic^B-Oir; c'estk IWre 
de morale le plus parfait que les hommes aientpos- 
s6d6 avant que les lumi^res de PEvangile fussent le- 
Slues les eclairer d^une maniere plus fixe y plus too* 
chante et plus solide sur leurs devoirs. Le liyre de 
CiciiRON renferme tout ce qu'il etoit possible i un 
{)hilosophe pai'en d'enoncer de plus vrai , de plus 
juste et de meilleur sous le rapport moral. La sub- 
stance de ce fameux traite est que Phomme n^oublie 
jamais sa dignite ; qu^il respecte dans ses moeors et 
xlans sa conduite le caract^re auguste qui le distingue 
de la brute qui n'a que des sens 5 qu'il combine toui 
les rapports par lesquels il tient a la societe, et quft 
de ces rapports il deduise ses devoirs pour les rem- 
plir. Ce plan est admirablement developpe dans Pou^ 
Trage en question , que Cic^ron composa pour s(M» 
£ls Marcus. 

Guy PATIN, m^decin ( n. 1601— m. 1672), dit^^ 
idans une de ses lettres : cc IPHistoire de Pline est 
tin des plus beaux iivres du monde ; c'est pourquoi 
il a ete nomme la bibliothdque des pauures. Si Toi^ 



-SECOITBE I>ART1E. ' j^al 

•^et AkiSTOTE avec lui j c'est une biblioth^qne pres* 
^ue complete ; si Ton y ajoute Plutarque et Si^n^e- \ 
iQUE y toate la famille des bons livres y sera j p^re et 
^n&re ^ atne et cadet. o> On yoit que Guy Pa tin avoit 
une mani^re de s'exprimer assez originale ; il ne di* 
rBoitpas les choses^ m&meles plus communes, comme 
Jes autres. Ennemi des auteurs arabes et des empy- 
-riquesy il ^toit grand admirateur d^HipPOCRAxE , de 
^GalUen et de Cic£ron. Quant k ses gouts litt^raires 
plos particuliers j il nous les fait ainsi connoitre : 
<^ Juvibrii^est mon cher ami d^entre les anciens j avec 
iViAaiLE et Lucr:^ce , sans ppnrtant que je m^prise 
ancan des autres. Je compte au nombre de mes in- 
times et des premiers auteurs modemes, le bon 
Erasmb, le docte Scaligbr, et FincomparableM. de 
. Sauma^se. Feu M. Grotixjs etoit aussi mon ami ; j^e- 
:tois tout transports de joie quand je Payois entrete- 
nu , mais il est mort trop t&t pour moi et pour le pu- 
blic. y> Ailleurs , Guy Pa tin se faiisant Papplication 
, d^un passage de SSn^que que j^ai rapporte dans le 
, -commencement de mon ouvrage j s^exprime ainsi : 
«c Une lecture uniforme profite y une lecture diver- 
• sifiee rejouit : lectio certa prodest , varia delectaU 
. le lis sonvent Hippocrate , Galien , Fernel , Rio* 
x^N y et dWtres illustres patrons de ma profession r 
voilk ma lecture uniforme , voila mon profit. Je lis 
de temps en temps Ovide , Juvenal , Horace y Si^- 
: »EQUE, Tacite y Pline ct autres auteurs qui mMent 
[ ^tUe dulci: voili ma lecture diversifiSe , yoULk ma re- 
I cr^tlon y elle n^iest pas sans utilite. »> Nous avons yu 



V 



t^m ^U CHOIX t>ES UVUES. 

prec^denrment que Montaigne en usoit de m^me; il 
avoit des lectures d'amusement et ses lectures d^uti* 
lit^k Guy Patin se declare hautement contre les ou* 
vrages m^diocres et inutiles. cc Si Ton n^imprimoit 
que de bons livres y dit-il , il n^y anroit pas tant de 
gens occup^ ^ ni tant de biblioth^nes remplies. Aa 
reste^ s^il y a de mauvais auteurs^ sans doute qo'il 
ne depend pas d'eux d^ecrire mieux } mais tant pis 
pour les gens qui sont la dupe de leur passion ^ et qui 
la secondent et Texcitent en montrant de Pempres** 
sement et de la fureur dans Pachat de toutes sortei 
fie livres. Dieu merci^ }e suis k Pepreuve de la ten- 
tation de ces messieurs lesAcheteurs publics dessot* 
tises d^autrui ; je ne veux que debons ouvrages , c'est 
|K>ur cela que f ai une bibUoth^que peu gamie. »Ge* 
pendant notre medecin dit ailleurs :<c J^ai achetiSan^ 
belle maison ou je demeure depuis trois jours ; ell6 
me revient k neuf mille ^cus ; j^ai une belle ^tude ^ 
grande et vaste j ou j^esp^re de faire entrer dix mille 
volumes 9 en y ajoutant une petite chambre qui y 
tient de plain pied.3> Dix mille volumes ! appelle^-il 
cela une bibliotheque peu gamie? et esperoit-il ne 
la composer que de bons ouvrages? Je crois quHl res* 
sembloit un peu a celui qui ayant a sa disposition un 
panier de cerises ^ se propose d^abord de ne choisir 
que les plus belles, et dnit par les toutes manger : 
c^est assez le defaut des bibliophiles. 

Le comte Hyde de CLA.RENDON, historien an- 
glais ( m. 1674 )y lisoit tous les jours quelques pa 



fiECONDE PARTH. 1^3 

ngM de TiTfi^LiVE etdeTAQiTE, sesaiiteitiHifaToris* 
WJHist€Hre romaine ii hiqabVLe Tite-Livb travailla 
pendant vingt ans, etoijt cm 142 livres, et embras- 
»oit un espace d« 744^^'^'' ^ nous ^1 manque une 
praiide|iartie. Nous possedenft les dk premiers livres 
qui eomprennentles 4^0 premieres anneesde Borne; 
ensuite lea livres %ik\S{^ mais ceax de 40 a 4^ ont 
beaucovp de lacunes ) ] ce^ liTres vont depnis 534> 
epoqne da 'OosBmencement de la seconde guerre pa- 
piq«e.y jaaqa'i Tann^e 585 1 epoque de la aoumiasion 
de la Macedoine; enfin qaelques fragmens parmi 
Jeaquek il y -en a ub da ^1 •« livre j qui h^a ete dd- 
eottvertquW 1772^ dans na manascrit palimpseste 
An Vatioan. L^histoire de TixE-Lrvs est div4aee ea 
dee^desimen parties de dis livres chacnne. II existe 
un ancien abregd de loute trette histoire^ except^ 
lea Uvres iZi et 137, qa^on a atiribdd k Floras, 
CTesi k l^nde de oet epitome et des ancieos auteora 
^veea et latins , que Jean Freinsheniias, savant alle* 
jHiand do xvji.^ si^cle^ a supple ^ autant qu^il i^toit 
possible yles lacnnes considerables qui se trouvent 
dans J^onvrage de Tite-Live; Nous avons dej4 parli^ 
^e la cmnparaison que Quintilien fiiit de Tite-Live 
Mvec Herodote. Nous renvoyons pour le caract^re et 
le aerite de Phistorien Utin, aux observations tr^ 
detail|ees d^un dcrivain alleraand , qui sont consi- 
([tides dans VHistoire dt la litterature romaine, de 
M. Schoell^ torn. 11 j pp. 4i'^7* 

Tacxtb est auteur de quatre ouviages : i.<^ la F'ie 
^jigncola, atm bean-p^ j niort en 5^ ; il la con^ 



lai ^^ CeOIX DES LiVltflS. 

posa eii 98 ^ i Page de 89 ans. G^est le module aie^ 
compli d'une biographie y le plus beau monumeiit 
qui ait jamais ^te erig^ k unparticulierpar la plume 
d^uu eciivain; nous en parlous pag. 75-76. 2.^ Les 

r 

Mceurs des Germains, qu'il composaen 98 ; cet ou* 
•vrage est divise en trois parties : la premiere traite 
de la situation de la Germanie , de Porigine de sa 
population et de la nature du sol ; la seconde , des 
jnoeurs des Grermains en general ] et la troisieme ren^ 
ferme une revue des divers peuples germaniques, 
Cest le principal monument qui existe pour Phis- 
•toire ancienne du Nord^ mais il renferme beaucoup 
td^erreurs. 3.o Les ffistoires de Tacite, grand oii- 
vrage qu^il composa sous le rSgne de Trajan. II com- 
laence k Pavenement de Galba, et s^etend jusqiTJi 
la mort de Domitien, embrassant ainsi un espace de 
99 ans. Oni ignore combien ces Histoires compre- 
noient de livres ; il devoit y en avoir beaucoup, puis* 
que les quatre premiers et le commencement da 
cinquiime qui nous restent^ ne contiennent qu^iin 
peu plus d^une annee. 4*^ ^^^ Annales A.e Tacitcf ^ 
en seize livres. EUes commencent k la mort d^Ad- 
guste y et vont jusqu^a celle de Neron. II ne nous en 
reste que les quatre premiers livres , une partie da 
cinqui^me et les onzi^me et quatorzi^me , except^ 
la fin du dernier. Nous avons le r^gne de Tib^re, la 
fin de celui de Claude , et presque tout le ri^gne de 
iDferon. II nous manque le r^gne de Caligula etle 
commencement de celui de Claude. II sembleroit 
que les Annales soat la premiere partie des Histoid 



SECOMBE PARTIE. ^^S 

res, mais elles sont traTaillees sor nn autre plan, 
(foils avons parle, pag. 76-80 ^ da m^rite de Tacite 
eomme biatorien ; le Dialogue des orateurs calibres 
t.&p6 attribu^ k Tacite par differens ecrivains ; d'aa- 
tres le donnent JLQaintilien ^ et quelques-unsi Pline 
le jeane. 

. HBHrni DB LA Tour D^AiTYE&GifEy Ticomte db 
TURENNE, n^ 4 Sedan, le 11 septembre 1611 , 
tu^ pr^ de Saltzbacfa y le 27 juillet 1676 , lisoit 
Qi7ivtb-Ctjb.ce ayec transport dans son jeane ftge. 
U ^toit frapp^ de Ph^roisme d^Alexandre , et de la 
maniire dont Quivte-Gurcb a rendu ses exploits. 
Pn ancien.officier lui ayant soutenu que cette his- 
tmre n'^toit qu^un conte fait k plaisir, Turenne ^ 
q^uoique pour ainsi dire encore enfant, Youlut se 
bittre contre cet ofEcier. 

: ;^I1 est certain qu^ily a beaucoup de choses ^videm- 
ment iansses dans Quihtb-Gurce , beaucoup d^er-» 
rears en geograpbie, beaucoup de details minutienx 
et inutiles ; mais cet auteur conuott parfaitement 
U» replis du coeur bumain j il est bien edaire 
sur la marcbe des passions, sur la chatne des dvene- 
linens, sur les causes et les resaltats des faits qu^ii 
pr^seiite. Personne ^e guide mieux, ni par une;voie 
l^us courte et plus agreable, vers la connoissance 
de Fhomme , qui doit itre le' veritable but. de 
Pfaistoire. Nous citons, pag. 118-119, les^traduc- 
teurs de Quinte-Gurce, tels que Yaugelas, Fabb^ 
Mignot, et Beauzee. 



1 26 DU GHOa DESr LIVRE& 

Torenne a ecrit ses Mimoires ( puMi^s par M^^ 
Grimoard , 178a , a ^o/. in-Jbl. ) ; ila^oit pro pon^ 
modele les Commentains de Cj^SjiR^ mais si sonr 
epee se rapproche de celle du general Romain, ife 
nW est pas de mftme de sa. plume. 

Jeah DESMARETS de Saint-Soklin ( d. iSpS 
<*-m. 1676 )^ne voyoit rien de pins beau 'que son 
poeme de Clouts ^ il en.^oit si encbante qu^il en 
ren voyoit la glosre k Dieo. cc Qui, dit41 dans ses 
Delices de Vesprit, Dieii m^a sensiblement assiste 
pour finir un aussi beau Hvre. in On pretend qu^un 
plaisant, lorsque Desmareta lui envoya son yolome 
des Delices de V esprit, mit a Perrata : DiLicis^ 
Usez D^LiREs. Qnand on Toit Penthonsiasme deDes* 
xnarets pour son pitoyable Claris, on ne pent s^era* 
prober de dire que V erratum du plaisant n^etoit paa 
sens fondement; On en est encore plus convaincu en 
}etantles jreux sur ce tas <le visions appelees Delices, 
ou Pauteuravoulu expliquer PApocalypse. Au rests 
il etoit devenu fou. ^ 

Nous nous serious bien garde de rapporter cette 
anecdote k peu pres insigni€ante, si elienenousfonr- 
nissoit Foccasion de passer en revue les pretendos 
poeqies epiques du xvii.® siecle^ avec un, mot qui les 
caracterise. 

Le Mayse sauve, de Saints Amand {-Leyde, i654y 
1/1-12).— Bas et rampant. C'^est une Idylleberoique 
jdivisee en douze parties. 



ttBCOHWiR PARTIE. ^ m 

Le CUms, de Desnuveis {Paris, i6Syj iii-i2)« 
^i«- Sec et plat. 

IPAlaric, ou Rome vaincue, de Scuderi {PariSp 
t65^y in^i^. ^^ Fanfaron. 

Le Charlemagne, de le Labourei|p( Paris, 1664^ 
£r2-8.<^ ). — - Lache et sans poi^sie. 

Le Childebrand, de Garel de Sainte-Garde ( Pa- 
m^ 1.668 y ih-12 )• «- Aussi barbare que le nom 
da biro8. 

Le Saint-Paulin, de Ch« Perrault {Paris, 1686^ 
£a-8.® )• -wDoucereuz. 

Le Saint-Louis, du P. le Mo3^e ( Paris, i658| 
in'\% ).-^— Hyperbolique et plein d^un feu d^rdgle. 

La Magdeleine, de Pierre de Saint-Louis ( Pa^ 
ris, 1700 9 2/1-12 ). — " Ridicule et d^autant plus face- 
tienX) que Pauteur a cru faire quelque chose de 
bony de serieux et d^edifiant. Rien n^est plus risible 
et plus plat. On en pourroit presque dire autant d-un 
autre poeme sur la Magdeleine, de frire Remi de 
Beanvffis ( Toumay, 1617, i>i-8.® ). 

"Le David, de Les-Fargues {Paris, 1660, in-* 
la ) y ne "vaut pas mieux que les pr^ccdens ; il en est 
de m^me du Jonas ou Ninive penitente, de i663y 
par Jacques de Coras j qui est aussi auteur d'un poe- 
me de David ou la vertu. courannee, qu^il publia 
tn,i66.5f Termiuons cette brillante collection epi- 
que -par Ia Pucelle , ou la France deli\^ree , poeme 
h^roique en douze chants, de Chapelain. Paris, 
i6S6jgr. in-foi.fig,, et ( HoUande), in-^iz, L^aur 



Ift8 I>tJ CHOIX DE$ UVRES. 

teur nous A fait grftce de rimpression des doa%e der* 

niers chants qu^on trouve manuscrits dans divers 

cabinets. 

Ce qu^il y A de singulier ^ c^est que toirtes ces rap- 
sodies 9 quant k la stractare da poeme j sont confer- 
mes aux regies de Part. C^est ce qui a fait dire 1 
Voltaire : cc Le Clouis de Desmarets y la Pucelle de 
Chapelain, etc. ; ces poemes fameux par leiir ri£* 
cule, sont 9 k la honte des regies ^ conduits avecplus . 
de regularity que niiade^ com me le Pyrame Ae 
Pradon est plus exact que le Cid de Gorneille. » 

J. DELAUNOY, savant tli^ologien ( n. i6o3 — 
in« 1678 )j avoit toujours sur sa table les Faria 
lectiones de Muret. CVst un livre rempli d^erudi- 
tion et de saine litterature \ mais tons les morceaiix 
qu^il renferme ne presentent pas le m^me interSt. 
On pretend que Muret avoit une telle perspicacity 
qu'en \oyant une personne lire une lettre , il devi- 
noitau mouvement de ses yeux et au cbangement 
de sa physionoinie ^ ce que contenoit la lettre. Ge 
savant est mort en i585. 

Pierre GORNEILLE, auteur du Gid (n. 1616 
~ m. 1684 ), faisoit ses lectures favorites de TAci- 
TE, de TiTE-LivE et surtout de Lucaiw (1) et de 



■« 



(1) Quoique nous ne placions pas tout-k-fait Lucain au rang 
des classiqueS) nous sommes bien ^loigne de ne pas le regarder 
comme poete; il a des morceaux sublimes , et si I'on a un reproche 
k loi faire y c*est d^avoir entrepris un poeme epique sur un sujet 
trop rapproch^ de lui. Ses h^ros y Cesar et Pomp^e , dont la cett* 



SfoX)NDE PAtlTt£. j^lO 

S^iQUB. Qaand on lit soti th^Atre y on Toit com* 
Ken il etoit p^n^tr^ de cette grandeur romaine si 
lien tiracee y et peut-^tre exager^e ^ dans ces quatr^ 
anteurs^ La Hairpe^ en confirmant en paHie ce que 



tire n'^oit pM entore entietement refroidie, ne lui permettoieut 
fas (Temploy^r toates lee madiines et tons les prestiges absolument 
a^e8saire0 daniNpop^. Ou ne peutgn^ mettreen sc^ue qae des 
I>enoiiiiMges anticpies, qui, se perdant dans le vague des temps ^ 
pr^t k rimagination tous les moyens de les agrandir et de les 
embellir, soit k I'aide des Dieax de la FaMe y aoit 2i l*aSde des passiona 
^ derienaeot elles-mtees des divinit^s dons la plume du poiSte. ' 
Hais dtons. Voltairey il juge Lucain ayec ce go&t exquis et Cetta 
inpaiiialit^ qu*on admirera toujours dims ses ecrits , toutes lea 
ibis qoi*!! ne sera pas egai^ par la passion, tc Lucain, ^^'^1 > ^^^' 
•fl6 i^ecaiter de Ffaistoire ; par-Ik il a rendu son poeme sec et aride» - 
fi a yoda supplte au d^faut d'invention par la grandeur des sen- 
tuneos; mais il a cach^ trop souyent sa s^cheresse sous de Pen- 
tore. Ainsi il est arriv^ qu^Achille et En^e, qui ^toient .peu im<»' 
portans par eox-m^mesy sont deyienns grands dans Homdreet 
^ans Virgile, et que G^r et Pomp^ sont petits quelquefoid dans 
Lucain. II n'y a dans son poSme aucune description brillanto 
tomme dans Himi^re ; il n*a point connu y comme Virgile , I'art^ 
^ narrer et dene rien dire de trop ; il n'a ni son ^l^gance y ni son 
^Mnnoiiie ; nudstiussi vous trouyerez dims sa Pharsale des beSnt^s 
^ ne sont ni dans llliade ni dans Tl^n^ide. Au milieu de ses d^- 
dunationB ampoules il y a de ces pens^es males et hardies, de 
<es inaximes politiqoes dont Comeille est rempli ; qnelques-nna 
^lesdiscoiirs ont la majesty de ceux de Tite-Liye et la force de 
facifte. II peint comme. Salluste ; en un mot, il est grand^par-tout 
ooU ne yeut point Stre poe'te. Une seule ligue telle que celle-ci ^ 
ai parUnt de C^sar, ' ' 

mi actum reputans, si quid superessei agendum , . i 

M Uen assnr^ment une description po^tique. » Voltaire dit ail- 
^ qne a Lucain , dont le g^nie original a ouyert une route 
^iMTalle, n*a rien imit^ ;,il ne doit k personne ni ses beatit&i ni 
^ ^Ut5| et mdrite par cda seul ant attantton partituUire. » ^' 

I. 9 



i3a ^^ CH(MX DE8 LlVUfiS. 

BOU8 venous de dire but les autenrs preferes par 
Corneille ^ j joint les tragiqaes espagnols. cc Ses lec- 
tures de preference' 9 dit-il^ ses Etudes de prelec- 
tion ^toient J si IW vent y prendre garde ^ analogaes 
k la toumure de son esprit. On sait^ ajoute^-il^qne 
ses auteurs favoris furent Lucaik^ S^i^que et le» 
poetes espagnols. Comme Lucain^ Famour du grand 
]e conduisit jusqu^i Penflure^ comme S^n^qne, il 
fut raisonoeur jusqu^i la subtilite et la secheresse ; 
comme les tragiques espagnols y il for^a les yraisem- 
blances ponrobtenir des effets. Mais les beautes qii^il 
He devoit qu^i son talent naturel, le plac^nt pen- 
dant trente ans 31 fort au-dessus de ses con tempo-, 
rains y qu^il lui fat impossible de revenir aur lai-m^ 
me et d'apercevoir ce qui lui manquoit. » Gomeille 
disoit qu^il donneroit deux de ses meilleures pi^ 
pour avoir fait les quatre vers si connus y oil Bre« 
bcBuf ^ dans sa traduction de la Pbarsale y peint I'aft 
de Tecriture, qu'on attribue a Cadmus : 

C'cst de lui que nous vient cet art iugenieux 
De peiudre la parole et de parler aiix yeuxy 
£t par des traits divers de figures tracces, 
Donnerde la couleur et du corps auxpeusees. 

Tout en avouant que ces quatre vers sont beauK^il 
faut convenir que CorneiUe les eut payes un pea 
cher. Nous aurons plusicurs fois occasion de park' 
desesouvrages lorsqu'il sera question des principaux 
tragiques fran^ais. 

CHRISTINE, reJne de Su^de(n. 1626 — m* 
1689 ) , savoit MiATiAi en entier par coeur k I'age 



d^Om)E PARTIE. i3i 

ie vingt*trois ans ; elle faisoit an cas particulier d« 
Ca'Tullb^ de S^irtQvt le tragique^ mats surtout de 
LirciiH* Le savant Guy Patin^ qui me foumit cet 
article dur lea gouts litterair^a de Christine , gouta 
qui eertainement j auroient pa 6tre plus s^ir^res , 
ajoute : €c Pour S^i^QUfi le tragique ^ c^est un admi- 
rable ecrivain y auteut plus egal que tout autre* II se 
sontient merveilleuaement. On ne voit point que le 
mediocre suecMe au sublime; ton jours semblable k 
Ini-m^me , il conserve une force de style et une no-* 
blesse de sentiment qui ne se dement jamais. » II y 
auroit bien quelqiie chose & rabattre de ces louanges; 
car tous les critiques sont asses d^avis que les dix tra- 
g^ies attribuees k S^n^que (i)^ sont d'un merita 

(i) n s*en faut beaucoup que les savaus s^accordent k recon* 
aoltre 8en^<}ue pour aateuir de ces tragedies. Quintilien croit qae 
la M^dde eat de S^n^que le phUosoplie ; Sidouios ApoUinaiia 
donne les dix pieces k L. Aiiiu&iis Novatus , frtte dii philosophe. 
Cest sans doute ce qui a fait appeler vulgairement ce Pf oTatus y 
Seueque le tragique. Petrarque j Crinitus, Daniel Cajetan . M artia 
Bel-Rio, Erasme, <foste Lipse et les deux^ Scaliger, attribnent c« 
thMtre au pfailosopbe, k I'exception de VOctavie. D'autres sayans 
tn regairdent comme attteur un Marcus S^u^ue, fils du philosa-r 
pbe, et ne de sa premiere epouse*, mats il est reconfiu que ce Mar- 
cos S^aeqne est mort tr^ jeune avant Texil de son p^re. (Voyeft 
la Consolation d Helvia , ch. xvi. ) Elie Vinet parle d^un L. Au- 
Qams Sen^que, qui vivoit , dit-il , sous Tra^a : ce Seneque n*est 
pcdat connu. Dauiel Hedasius est d'avis que S«udqtte le philosopha 
Mt auteur de Medie , ^Hlppol^te, dfs Troy^nnes et de Thyss* 
Uf il donne ^ Seu^ue le pere on le Irbeteur, Hercule fuH&nxip 
OEdipe el Agamemnon, Quant k la Th6baid€ ,kHercule sur te 
mont CBta, et k OotaideyiX oonjeoture qu'elles sout de troisaiir 
tears inconnus. Le P. BrutKioy dii positiyen^ut que ce theatre en^ 
tier n'est d'aucun Sene/iuey «i da sbatfttr » Ai 4u pbikaopilM ,<»»; 



1 3a ^U CHOIX DE8 LIVRES. 

fort inegal , et qu^il n^j eii a pas une seule ^i so!t 
vraiment bonne. Elles sont defectueases par le plan^ 
Tides d^action , et abondent en declamatioDS dii 
style le plus boursoufle. ccLa s^cberesse, Penflurey 
la monotonie ^ Pamas des descriptions gigaiitesques^ 
le cliquetis des antitb^ses recberchees^ dan» les phra- 
ses ane concision entortillee^ et une insuppOrtabk 
diffusion dans les pens^es ^ sont j dit La Harpe ^ l€9 
caracteres de ces imitations mal-adroites et malhea- 
reuses des plus beaux sujets d^Euripide et de Sopbo" 
cle. II ne faut pourtant pas croire que les pieces a(^ 
tribuees i Seni^que soient sans merite; il y a des 
beautes , et les bons esprits qui savent tirer parti de 
tout J ont bien su les apprecier . On y remarque des 
pensees ingenieuses et fortes j des traits brillans et 
xn^me des morceaux eloquens et des idees theatn- 
les. Racine a bien su profiter ^ Hippolyte , qui est 
en effet ce qu'il y a de mieux dans Seneque. II en a 
pris ses principaux moyens , et s'est rapproche de 
lui , dans son plan, beaucoup plus que d'£uripide.}> 

de Novatus , ni du jeune Marcus , mais d'un anonyme qui anra'. 
pris ce nom tres fameux alorsdans la r^publique des lettres. Enfioi 
M. Coup^ est d'un avis tout difTi^reut : selon lui, le precepteurdc^ 
Neron est auteur de toutes les tragedies en question , a rexception 
cepeudant de celle ^Octavie. D*apres cette diversite d'opinioos^ 
il parott diflicile , pour ne pas dire impossible, de d^ider ^ qud 
auteur appartiennent les tragedies en question : ce qu*il y a de 
certain , c*est que Seneque le philosophe etoit vers^ dans la poesie, 
et il est presumable qu*il a compose quelques-unes de ces pieces; 
inais il est demontre qu*elles ne sont pas tonjtes de lui , et surtottt 
qu'il u'est pas possible qu'il ait compose Octdvie , puisque sa morf 
tfagique a precede celle de cette princesse. 



SECOra)E PARTIE. i3S 

MENAGE , litterateur ^rudit ( n. 161 3 — m. 
169a), regardoit Pltjtarque comme Fauteurle plu& 
essentieL II disoit^ aiusi c[ue Theodore Gaza. : « Si 
tous mes livres ^toient au feu et que je n^en pusse 
sauver quW^ ce seroit Pluta&que. » 

AvTonTBARNAULDy cel^bretheologien(n. 161a 
— -m. 1694 ) 9 aimoit passionnement Cic^roi^ , et en 
lentoit tout le prix. Quelqu^un lui ayant demande 
ce qa^H falloit faire pour se former un bon style ; 
lisez Cig£ron , repondit-il ; il ne s^agit pas , lui repli- 
qoa-t-on , d^ecrire en latin , mais en Fran^ais j en ce 
eaS| reprit le docteur, lisez CiciRON. Boileau disoit 
d'Antoine Amauld, qu^il ^toitle plus savant mor- 
tel qui jamais eAt ^crit (i)« Jei^roirois yolontiers que 
le m£me Amauld est auteur de Peloge de Cic^ron y 
qni se trouTe dans la preface de la Methode latine 
de Port-Royal. Peut-dtre est-il de Lancelot (2); quoi 

(j) Grosley de Troyes , mort en 1785 , ^toit aussi an des admira-* 
tears' d'Anumld; il iusera dans son testament Tarticle suiyant : 
« Je Ugae one somme de 600 liv. pour contribution de ma part 
•o monoment k ^'ger au c^lebre Antoine Amauld , soit k Paris , 
soit 2i BrnxelleSv L'etude suivie que j'ai faite de ses Merits m'a of- 
iert an homme courageuii au milieu d'une persecution continue y 
sop^rieor aui( deux grands mobiles des determinations humaines^ 
la crainte et Fesp^rance. Se& ouvrages sont Fexpression de V^lo- 
qofence da coeur,^ui u^appartient qu'aux ames fortes. >> 

(a) Cela est plus presumable, car Lancelot a toujourspass^ pour 
Faatenr de la Methode pour apprendre facilement la langue la^ 
Une, C7est U qu'il dit ; c< Les meilleurs auteurs classiques, ceux sur 
lesqaels on doit etaUir la veritable connoissance de la langue la-. 
tiB^ dipAS M plus graade purete, non-seulement pour la connoitre. 



1 3^ DU CHOIX DES LIVRES. 

qu^il eii soit, le voici : cc Ge qui nuit ordinalrement 
le plus k ceux qui veulent bien savoir la laiigae Ia<* 
tine, c^est quails n^estimeni pad et ne liaent pas asses 
CiciaoK 9 qui est un auteur incomparable enire let 
pai'ens, nop- seulement pour les paroles , maispour 
les pensees , ayant ^t^ pour cette raison appele le 
jpiaton des Romains par Quintilien , tt a jant me* 
3?ite Festime particuli^re des plus grands persoana* 
ges de PEglise m6me. Car II a ^crit si noblement et 
si excellemment de toutes sortes de matieres, do 
Teloquence , des orateurs , de la morale , de la phi- 
losophie selon toutes les s^ectes , des affaires publi* 
ques et particuli^res en ce grand nombre de lettres 
qu^il nous a laissees , de la maniere de defendre et 
d^accuser les hommes , et de parler sagement et i\fh 
quemment de toutes choses dans ses oraisons , que 
lui seul doit tenir lieu de beaucoup d^auteurs et en«« 
treteiiir agreablement ceux qui aiment les beUeS' 
lettres durant toute leur vie, -» Ajoutons k cet eloge 
celui que Quintilien (/?V, x. c/i. i) fait de I'eloquencc 
de I'orateur remain : cc II me paroit, dit-il (i), que 



jnais encore pour la parler et Pecrire, sbnl TEitEKCB, CiCEHOVr 
Cesar , Virgile , Horace ; parmi )es autres , il faut mettre au pre* 
mier rang Quinte-Curce , Salluste et Tite-Live. » Voila les seuls 
auteurs que cite Lancelot, comme vraimeut classiques ; il avoit 
cependaut parle precedemment de Ph^dre , qui pourroit biett 
marcher k la suite, ainsi qu^OviDS, Velleius Paterculcs (que 
Ton place eatre Tite-Live el Tacite), Cornelius-Nbpc», Jovi- 
jfAL, Justin, Florus, etc. 

(i) Mihi vidctur JH. Tullius , cum, se totum ad imitationeiH 
Crcocorum contulisset, ejjinxisse vim Demosihenis, capiam Plch 



hcilnoir I $tjutki tourn^ tonies ses pensees Vers les 
irees^ pour se former sur leiir module ^ a compost 
on cftract^ de la force de D^mosthitie , de Fabon'^ 
knc^ de Hlttotl, et de la doncetir d^Isocrate* Et 
[lon-seiiieteent-fl Hi extralt pftr soti application c6 
ipt^l y HToit de rtt^illeHr dans oes gi^ands origi* 
aanX) itaais la {dapart de ces monies perfections, on 
ponr mienx dire y toutes. II les a ensuite comme en^ 
^t^s de lui-m£me par Theurev^e fi^condite d^ 
wu ghne. Car, poor me servir d^une expression 
le Pitidarey // ne tamassepasles eaux du del pour 
rtm^dier a sa sSchefi^sse Hdturelle^ mats il troupe 
dans son propre fonds une source d*eau viue qui 
toule sans cesse h gros bouilltms^ et vous diriez que 

■ 

t0n£r^ fueitnditaum Isocratis. Nee vera quod in quoque opHtnum. 
fitttj studio cojueciuus est.tantum; sed piurimas, etpQtmk om* 
9etex se ipso virtutes textulitimmortalis ingenii heatissimd uber" 
tate, Nou enim pluvias, ut ait Pindants , aquas coUigit, sed viyo 
gQrgpit€exiuidat, dono quodam Providentios genitus , in quo totai 
kdnes sua etoquimtia experiretur. Nam quis docere diligentius , 
noven vehementius potest 1 Cui ianta unqudm jucunditas affuit f 
^t ipsa ilia, quae extorquet, impetrare eum credos, et ciim 
tinuversum vi sud judicem ferat, tarn ille non rapi videatur, 
tedsequi. Jam in omnibus quae dicit, tanta auctoritas inest, ut ' 
^ifWiUre pudeat. Nee adt^cati studium , sed testis out fudicis 
'ffiratfidem, Cikm interim hiBc omnia, quae vix singula quis^ 
S^n intentissima cura consequi posset, fiuunt illaborata : et 
^, qud nihil pulchrius auditu est, oratio pros sefert tamenfe^ 
'^^mamfacilitatem» Quare nonimmerito ab hominibus cetdtlt 
^"^ r«gnare in judiciu dictus est : apud posteros id a>nsecutats, 
^Cicero jam Tion hominis nomen, sed eloquentioe kabeatur, Huno 
^^r spectemus : hoc propositum nobis sit exefhplum : ille se 
P'tfecisse sciat, cm Cicero valde placebit. 



l36 DTJ CHOIX DES UVRES. 

les Dieux Tont accord^ k la terre^ afin que J^elo-^ 
quence essayit toutes ses forces ea la personne de 
ce grand hoinme. Qui, en effet, pent instroire avee 
plus dVxactitude, et touclier avec plus de vehet 
mence? Quel orateur a jamais eu plus de charmes? 
jusques«la que ce qu^il vous arracfae^ vous croyezle 
lui accorder, et que les ]uges emportes par sa vio* 
lencecommepar un torrent, s^maginent suivre leur 
mouveoQient propre , quand ils sont entratnes. D^ail- 
leurs il parle toujours avec tant d^autorite que vous 
avez lionte d^^tre d'un sentiment contraire. Ce n'est 
pas le z^)e d^un avocat que vous trouvez en lui, c^est 
la foi d^un t^moin et d^un juge. Et toutes ces cbosei 
dont une seule couteroit des peines infinies k un au« 
tre , coulent en lui naturellement et-comme d^elles- 
m^mes. En sorte que ses oraisons les plus, belles et 
les plus harmonieuses qu^il soit possible d^entendre^ 
ont n^anmoins un air si aise qu'il semble qu'elles 
n^aient rien coute a cet heureux genie. Voila pour* 
quoi ce n^est pas sans fondement que les gens de son 
temps ontdit qu'«7 regnoit au barreau, commec'est 
avec justice que ceux qui sont venus depuis I'ont 
tellement estime, que le nom de Cic^ron est moin^ 
aujourd^hui le nom d'un homme que celui de Pelo* 
quence m^me. A.yons done les yeux continuelleinenl 
sur lui ; qu'il soit notre modele ; on pent etre assu- 
re que I'on a fait de grands progres quand on sc 
plait a la lecture de ses ouvrages. » 

« , Quel homme que Cic^ron ! dit M, Dus- 



SECONBB PARTIE. i3y 

s^qU (i), et dans quel temps le ciel Fa numtr^ 4 I9 
terre ! et but quel th&tre il ^toit place ! Pea de mor- 
tels out ^te plas digaesd^attirer les regards.de rum- 
vers etde la posterity: c^etoit Teloquence m£me^ 
-dans tont ce qa^elle a de plus majestueux et de ploai 
aimable; c^etolt la probite mSme, ai^ec toutes le^ 
verios qui lui servent de cortege* Quelle candeur y, 
quel patriotisme, quelle beaute de genie dans ses 
lettres j et quelle sagacite ^ quelle hauteur de yues 
dans Padministration! II confondit Gatilina par son 
^oquence ^ et sauva Rome par son courage. Quel 
fat le prix de tant de talens, de yertus et de servi- 
ces? il p^rit egorge a 63 ans ^ et sa \&ie et ses mains . 
fbrent clonics sur la tribune aux barangues. Je ne 

pretends pas faire ici Phistoire de Cic^ron Je 

Teux ponrtant presenter en peu de mots Porateur 
romain sous un rapport qui ne sauroit manquer de 
toocher notre si^cle si sensible a P^clat du luxe et 
anx pompes de la richesse. Les ignorans du bel air 
ne voient gu^re dans Cic£b.on qu^une esp^ce d^hom- 
me de college dont les ouvrages les out cruellement 
ennuyes dans leurs etudes ^ qu^une mani^re de pedant 
qui sayoit assez bien le latin ^ et qui enfiloit ayec 
nne pretention ridicule ^ de yerbeuses periodes; et 
comme on ne gagne pas beaucoup d^argent a enfiler 
des periodes ^ ils soup^onnent que Cic^ron ne pou- 
Voit 6tre que ce quW appelle un pauure diable, un 

* — ■ ' — ■ a 

(0 Voyez ]« Journal des V4bats, du 98 avfil x8i7« 



l38 Dtl CHdtt BfiS LSVKES. 

pen plui favorise de la nature que Ae la fortune. 
Quails lisent slon histoire donnee par Middleton ( 4 
ofol. inS.^ ou 4 "^ol //i-ia ), iU seront bien detrom- 
J>^s; le seal nombre des maisons de campagne de 
CiG^RON les frappera d^etonnement , et probable- 
meut les saisira de respect ; il en avoit une Tingfainc^ 
toutes plus ou molns elegantes , plus ou moins ma- 
gnifiqaes, toutes enyironnees de jardins parfaite* 
sneut cultivesy de bosquets delicieux, et accompa- 
pagnees de pares immenses j toutes dans des situa- 
tions yariees et cbarmantes , k Tusculum y a An- 
tium y a Asture , k Arpinum y k Formies j k Cumes y 
k Bales 9 4 Pompeia, etc. Les galeries de ces maisons 
de plaisance, qu^ii appeloit lui-m^me les delices de 
P Italic, etoient omees des plus belles statues et des 
xneilleures peintures de la Gr^ce ; sa yaisselle et ses 
autres meubles repondoient a tant de luxe y par la 
beaute de la matiere et par Pexcellence du travail ; 
et il faut remarquer que Ton ne compte pas parmi 
ces brillans domaines, une foule de petits lieux de 
repos, diuersoriola, qu'il possedoit sur differentes 
routes y et qui ressembloieiit assez a nos maisons de 
campagne bourgeoises. On suppose qu^il avoit a peu 
pr^s un million de rentes de notre monnoie (i) , 
quoiquMl se fiit toujours montre plein de desinte* 

(i ) Dans an Traits du Luxe et de la somptuosiU des Romdins, 
auquel nous travaillons depuis dix ans , nous avons insere nos re- 
^herches sur la fortune particuliere de Cic^ron , sur ses posses- 
isious y sut «on mobilier , etc. , et il nous a senibl^ qu'il pou^t 
posseder en capital k-peu-pr^s 25,000,000 fir. de notre moimoie ; 



.SECOITOE PABTTE. i3j 

^ssement dans ses emplois^ et qu^il n^eut pas reca 
^tts de quatre millioQS par ces presens testamentai- 
^ en nsage ches les Romains. Que nos magnificen- 
ces modemes semblent meaquines et pauvres ^ en 
comparaison de ces dereloppeniens de la richesse 
antique ! » 

Jean D£ LA FONTAINE , fabuliste inimitable 
( n. le 8 }niilet 1621 -— m. le 14 ^vril 1696 )j com« 
menga a Page de 22 ans k sentir son talent pour la 
poesie ^ en entendant lire quelques vers deM alkerbs* 
U s^attacha d^abord tellement a ce poete , qa^apr^ 
avoir passe les nuits k Papprendre par ccsur ^ il alloil 
le }OXkT le deelamer dans les bois. II Timita d^abord^ 
mais bientdt il s^aperput que son talent Pappeloit k 
nn autre genre et qaUl ne reussiroit pas dans celui 
de Malherbe. C^est ce qui loi fait dire dans une 
^pitre k M. Huet^ en lui envoyant un Quintilien dQ 

Toscanella ; 

Jc pris certain auteur avtrefiatt pcrar mon mattre \ 
II peosa me gater : k la fia , grace chix dieux > 
Horace par bonheur me dessilla les yeux. 
L'autear ayoit du bon , da meillenr; et la France 
Esthaoit dans ses vers le tour et la cadence. • 
iQui ne les eut prists % J'en demeiirai ravi. 
Mais ces traits ont perdu quiconque I'a suivL 
Son trop d'esprit s'epand en de trbp belles cboses : 
Tous mitaux y sont or, toutes fleursy stmt- roses. 

On voit par ces vers , dont le dernier est de Mal« 

^ cette fortune <Hoit tres modeste en comparaison de celle des 
^^lla, des Scaurus, dtis Lucullus^ desL^pide^ dcs SallustC; dea 
vbrnp^Sc; etc.^etc; 



^(^ DU CHOIX DES LIVRES. 

lierbe lai-mSine, que La Fontaine fit s'ucceder la 
lecture d^HoRACE a celle de Malherbe. U se peae* 
tra aussi de Virgile^ de Terence et de Quintiliew, 
qu^un de ses parens , nomme Pintrel , lui designa 
comnie les yraies sources du bon gout et de Part 
d'ecrire. Parmi les auteurs francais, il prit ungout 
particulier pour Rabelais, Marot, D^llRFi (I'Astree) 
ct VoiTURE. Le premier lui plaisoit par ses faceiies; 
le second par sa naivete ; le troisieme par ses ima- 
ges champ^tres ^ et le quatri^me par sa galanterie 
delicate et ingenieuse. C'est ISl ou il a puis^ IVsprit 
de simplicite , de candeur y de verite , de delicatesse 
qui caracterise ses ouvrages , et qui le caracterisoit 
Itti-m^me. listen exprime ainsi dans une lettre ecrite 
en 1687 a Saint-Evremont : 

Pai profits dans Voiturb; 
Et Marot par sa lecture 
M*a fort aid^ , j*ea conviens. 
Je ne sais qui fut moii maitre; 
Que ce soit qui ce peut etre , 
Vous etes tous trois les iniens. 

Puis il ajoute : <c J'oubliois mailre Francois (Ra- 
belais ) , dout je me dis encore le disciple j aussi bien 
que celui de maitre Vincent ( Voiture ) , et celui 
de mailre Clement (Marot). Voila bien des mahres 
pour un ecolier de mon age. » La Fontaine avoit 
alors 66 ans. C'est surtout de Rabelais qu'il rafo- 
loit. Cet auteur facetieux etoit une de ses plus an- 
clennes passions. 11 1'admiroit foUement et ne coft- 
Boissoit nul ecrivain , ancien ou moderne y profane 
ou sacre, a qui Ton ne fit honneur en le mettaat ^^ 



^ECONpE PMitlE, lA^ 

paralUle ayec maitre Francois. II ^toit clie^ Des^ • 
preaux ayec Racine j Boileau le docteur et quelcfues 
autres ; on y parloit beancoup de Saint Augustin } ' 
U ecoutoit de Pair d^un Itomine qui n^entend rien ; 
enfin se r^veillant comme d^un somme , il demanda 
d^un grand serieux an docteur, s^ii croyoit que Saint 
Augustin eiit eu plus d'esprit que Rabblais ? Le doc- 
teur Payant regarde de la tite aux pieds, lui dlt 
pout toute reponse : <c Prenez garde , M. de La 
Fontaine ) yous avez mis un de vos bas a Penyers y 7> 
et la cbose etoit yraie (i). Outre Rabelais, La Fon- 
taine aimoit aussi les Fabliaux, Villon et Saiht- 
Gelais. Parmi les Italiens, ayec lesquels, disoit-il, 
il se diyertissoit mieux, il donnoit la preference k 
PArioste y a RoGCAGE J a MAGHiAyEL et au.TAssE. 

Je cfa^ris TArioste, et j*estime Lk Tassb; 
Plein de Machiayel, entet^ de Boggacb, 
J^en parle si sonvent qu^on en est etourdi. 

11 aimoit aussi les Grecs. <c Ce qu'on n^imagineroit 
pas J dit Pabb^ d'Oliyct , il faisoit ses delices de Pla- 
TOK, qu'il appelolt le plus grand des amuseurs, et 
de Plutarqve ( mais seulement en latin , car la belle 
langue des Grecs lui ^toit inconnue ). Pai teuu ^ 
continue Pabbe d^Oliyet , des exemplaires qu^il en: 



(t) La Fontaine ^toit fort sujet k des na'iyetes ouk faire deff 
i^onses singuli^res, qui preuoient leur source dans la distractioQ 
que lai causoit par fois une pens^e qui I'occupoit fortement et 
lui faisq^t oublier qu*il ^toit en soci^t^ : nous venons d'en citer nil 
exemple. Sa yie en presente beancoup d*autres ; mais ses biogra> 
phes ont adopts plusienrs anecdotes apocryphes ct plosiearsconte^- 
pu^ls doat U iaut m laefier^ : ' . 



l4» I>tr CHDIX DES LIVIRES. 

nvoit J lis sont notes de sa main k chaqne pnge ; 
et }a plupart de ses notes ^tolent des maximes d 
morale et de politique qu'il a sem^es dans s«s &bles 
VtVTXKqvEj peintre si naif et si vrai dans ses f^i 
des hommes illustres, discoureur si aimable et si in 
g^nieux dans ia plupart de ses trait^s de morale 
lui procuroit i la fois de Pinstruction et da plaisir. 
Mils Pliton j le divin Platoit , le seduisoit plus en^^ 
core par ses nobles pens^es^ ses reveries sublimes e 
ses belles formes de style qu^il savoit apercevoir 
trayers la plate fidelite des versions latines. Celu& 
qui trouvoit tant de charmes dans le commerce desi^ 
pUlosophes, ne pouvoit n^gliger celui d^HoMi:iic ^ 
de ce grand poete, qu^Horace ( ^pit. ii , liv* i ) meCf 
au-dessus des plus grands moralistes , des chefs der 
Tacad^mie et du portique. Onrapporte que La Fon-^ 
talne alloit souvent chez Racine (i), pour se fair^ 
expliquer par lui des passages de VI Hade et de I'O— 
dyss4e ; aussi disoit-il encore dans son epitre a Huet : 

Terence est dans mes mains, je m^iastrais dans Horace; 
Homers et son rival sont mes dieux du Parnasse. 

Chacun sait que , sur la fin de sa carri^re , il deviate 




(i) C*est cc que Racine le fils nous apprend , quand il dit: aMe^ 
soeurS) dans leur jeuuesse, ont souvent vu La Fontaine k tabkr 
chez mou pere. t> Puis il ajoute : a Elles u^ont conserve de loi^ 
d'autre idee que celled'uu hommefort mal propre et fort ennuyeuE ; ' 
il Be parloit point, ou vouloit tou jours parler de Platon< » Racine 
avoit dit precedemment : « Autant La Fontaine etoit aimable par 
la douceur de son caractere, autant il Tetoit pen par \^s agrcmens' 
de la society ; il n'y mettoit jamais riea du sien. w 



entliOnsiaste 6e Ba&vch (i) ; voici k quel lujet : Ua , ^^ 
}oar Racine le c<HiduUit k tenibres^ et s^apercevaot 
que Poffice lui paroissoit trop long , il lui domui 
pour Toccuper un volun^ de la Bible qui co^tenjoit 
les petits proph^tes. Le bon homme tomba par ha* 
sard sur la pri^re des Juifs dans Baruch; et ne pou* 
yant se lasser de Padmirer j il se d^tounia toat^A- 
coup vers Racine : Qui etoit ce Baruch? lui dit-il^ 
savez-TOus que c^etoit un beau g^nie ? Pendant plu' 
sieurs jours ^ il fnt tellement occup^ de Barucr ^ 
qu'il ne rencontroit pers'onne de sa connoissance 
sans lui demander : Avez-vous lu Baruch ? savez* 
Tous que c'elolt un beau genie ? Pendant la derni^re 
maladie qu'il eut sur la fin de 1692, il fut Tisite par 
iin respectable ecclesiastique ^ M. Pouget, qui fut 
depuis un cel^bre oratorien ; et dans une des confe- 
rences qu'ils eurent ensemble, le malade dit avec sa 
naivete ordinaire que I'on pent comparer a celle 
d^un enfant : cc Je me suis mis pendant quelque 
^ ■ * ■ , 

(1) Get enthoasiasme de La Fontaine pour Baruch me rappeil* 
la passion d'un jurisconsulte Allemand nomm^ Jer6me Gerard , 
^our leaYe , ou da moina poor le commeataire de Jean Brentzen, 
sur ce prophete. Non-seulement ce Gerard lut et relut plnsieuni 
fois ce commentaire pendant sa yie; nais il en fut tellement en-> 
chante, qu'il ordonna qu'on enterri^t le livre ayec lui apres sa 
mort. Ce Brentzen , en latin Brentius , yivoit dans le i^.esi^e'; 
|1 changea de religion , fut Tami et Tap^tre de Luther. Oa lui doit 
0ept k huit yolumes in-fol. d^ouvsages de contrayerse, hien propret 
k gnerir d*une maladie dont il a ^te tourmente toute sa yie , c'cst- 
k>dire de Finsomnie. Uue trop grande appiifuitiou au trayail dfius 
M jeunesse^ lui afoit pour awi di£€ fait perdre rhahiiude dii 
' sommcil» 



^44 ^^ CttOtX DtS LlvhES. 

temps k lire le Nouuedu Testament; je voiis ft^-^ 
sure que c^est uii fort bon livre ; out , ma foi, c^es'^ 
un bon livre; » La Fontaine survecut deux ans h, 
cette maladie ; il paroit ique pendant ces deux ans il 
fut tout k la religion ^ et m^me qu^il s^mposa le^ 
plus grandes aust^rit^s. Lorsqu^on Pensevelit, onle 
Ironva convert d'un cilice. Louis 'Racine a fait i ce 
Sdjet les beaux vers suivans : 

Vrai dans tous ses merits, vrai dans ious ws discouts^ 
Vrai dans sa penitence k la fin de sas joui^ , 
Du Maitre qui s*approche il pr^vient la justice , 
£t Tauteur de Joconde est couvert d*un cilice. 

Passons a quelques jugemens portes par des liOm* 
mes de gout sur les oiivrages de ce celebre fabuliste^ 
LaBruy^re, dans sondiscours de reception a I'Acade^ 
xnie franpise, en 1693, a dit de lui: ccPlus egalque 
Marot et plus poete que Voiture, 11 a le jeu, le 
tour et la naive t^ de tous les deux ; il instruit en ba- 
dinant, persuade aux bommes la vertu parPorgaue 
des bStesj el^ve les petits sujets jusqu^au sublime ; 
bomme unique dans son genre d'ecrire 5 toujours 
original , soit qu'il invente , soit qu'il traduise ^ qui a 
ete au-dela de ses modeles, module lui-m^me difScile 
a imiter. » 

M. Ducis, ( m. le 3o mars 1816 ) , s'exprim^ 
ainsi sur notre auteur : 

£n revue ayec lui fai pass^ Pumvefs. 

Oui, c'est lui le premier qui m^inspira des vers; 

De ma rSveuse enfance il a fait les deiices. 

O poete enchanteur! en diffamant les vices, 

Aux champs ) k la candeur que tu pretes d'attraitsi 

Tes auimawK parlant ne me quittoient jamais : 



SECONDE PARTIE. t^S 

7u coQTois me raison qui croissoit sous tea ailes. 
Combicu tes deux pigeons , si tendres, si fiddles y 
M7ont fait de I'amiti^ savoarer la douceur! 
^^e ne fapprenois pas : je te saTois par coeur. 



O tnoB bon La Fontaine, auteur par- tout b^ni, 
Ou lout ce qui pent plaire k T utile est uni, 

Mon maitre! mon Mentor, je t*aimai d^s Feufance. 

it t*aime '«n cheveux Manes : la mort vers moi s'ayance ; 
C'est par toi que j*aurai fini. » 

On peat assurer j sans crainte d^itre dementi y 
^ne ses fables ne dureront pas moins que les plus 
l>eaaxmonamens consacresi la gloirede Louis XIV^ 
iMoliirele pentoit^quand U disoit de La Fontaine k 
fioileau : «c Le bon homme ira plus loin que nous. )> 
^ouj il n^ira pas plus loin, mais aussi loin. La re- 
putation des grands gdnles du si^cle de Louis XIV 
>i!aura de bomes que celles de Pexistence de la lan- 
^e fran^aise. On est surpris que Boileau n^ait pas 
pxrli de La Fontaine dans son Art poetique ; je 
CTois en ayoir d^couvert la raison dans une opinion 
^e le satirique a ^mise quelque part y sur les ou- 
trages du fabuliste : cc La Fontaine , dit-il , a beaucoup 
d^esprit; mais iln'en a qu'une sorte, et encore cette 
maniire si naive de dire les eboses qui fait son carac- 
tire n^est pas originale en lui, puisqu^il la tient de 
Marot, de Rabelais et autres, qui ont ^crit dans le 
"^ieux style. II y a du merite k s'en servir quelque- 
fois*, mais que cela fasse le caract^re principal d^un 
^rivain, c'est se rendre trop borne. Au reste, ajou- 
toit Boileau y La Fontaine a quelquefois surpasse s^ 

1. lO 



1^6 DU CHOIX DES LIVKES. 

origmaux ; il y a des choses inimitabl«;s dans seft A^ 
bles ; et ses contes ^ k la pudeur pf^s ({ui y est totf 
jours blessee (i}^ ont des graces et des delicatesMf 
que lui seul est capable de repandre dans un preil 
ouvrage. cc On voitcombien ce jugement est set^re; 
Boileau etoit sans doute trop pr^s de La Fontaine 
pour sentir tout le mcrite de ses fables* 

Yauyenargues me paroit avoir une opinkm pins 
juste sur le merite de cet inimitable ^crivain.aLors* 
qu^on a entendu parler de La Fontaine, dit-9, et 
quW vient k lire ses ouyrages, on est etonn^ d^j 
f rouver , je ne dis pas plus de genie j maisplasnitiie 
de ce qu^on appelle de Fesprit, qu^on n^en trovie 
dans le monde le plus culiive. On remarqoe ayeck 
mSrne surprise ^ la profondeur de Piutelligenceqi^ 
lait paroitre dans son art ; et on ne pent comprah 
dre que le mot dUnstincf ait ete emj^ye ay«c qM 

• ■ -• ■ , 

(i) Nous citeroii8,«u sujet de ces contes, tin passage deM.tIr 
Bonald , sur la licence d*expression qae Fon remarqnoit dans no* 
anciens auteurs, particulieremeut dans Moliere et dans La Fqu- 
taiue qu'il mentionne: cc Au siecle de Louis XIV, dit-il^ ainsi qo< 
'dans les temps qui Tavoient precede , la licence ^toit qudquefois 
dans Texpression, comme dans quelques farces de Moliere. Musb 
comedie commencoit ; et le gfaud poete qui a porte Tart a one fi 
haute perfection , Pavoit neanmoins pris h sou berceau , ct loi 
laissoit quelquefois par negligence et par prt^cipilation, son an- 
tique et gauloise ua'ivete. Les contes de La Fontaine, piaspolify 
sont I'ouvrage d*un enfant qui ecrivoit sans malice , et qui ne pefr 
.soit pas h. faire autorite , pas plus que dans celui ou ii a ete fliii 
modele et sans imitateurs. Au si^cIe suivant la licence a ct^ datf 
•les sujets, de temps en temps dans Texpression ; elle a memeel* 
.quelquefois serieuse et dogmatique, et «'est U pire de toatcs** 



SECONDS PAKTIE^ j y 

•ffeclation particuliire k marquer le caracttre d'ua 
esprit si fin. II seroit superflu de «Wi*tep k louer 
Pharmonie variee «t legdre dt aes vew; la gr4ce, le 
tour ^ Peliegance , les charmei naifs de son style et de 
son badinage, Je rclnafqaerai settlement que le bon 
sens et la simplicity soot les caract^res dominans de 
ses ecrits. 11 est bon d'opposep un tcl exemple k 
ceux qui cherchent la grace et le Brillant how de la 
raison et de la nature. La simplicite de La Fontaine 
donne de la grfce i son bon sens, et son bon sens 
rend sa simplicite piquaAte ; de sorte que le bpiUant 
de ses outrages ^ent essentieUement de ces deust 
sources reunies. Cela ne doit pas nous surprendr^ t 
pourquoi le bon sens, qui est le flambeau de ia m- 
tare , excluroit-il la girftce qui en est Pexpressionf 
La raison ne deplatt dans la plupart des homm^s ^ 
que parce qu'elle j est ^trang^re. Un bon sens na- 
turel est presqu'ins^parable d'une grande simpli^ 
cite 5 et une dmj>lici()(§ ^clairee est un cbartne que 
rien n'egale. Je ne donne pas ces lonanges aux grftce* 
d^un homme si sage pour dissimuler ses ddfauts : j^ 
crds qu'on pent Irouterdans ses <CTits plus de style 
que d'invention. Le noftud et le fond de ses contes 
ont pen d'iat^r^t, et les sujctsj^n so&t bas. On y re- 
marque quelquefois un air de crapule qui ne sauroit 
plaire. Ni €et aateiir n'est par&it dans ce genre ni 
C€ genre n'est le plus noble. » 

La Harpe confirme le jugement de Vauvenargue* 
6w La Fontaine. Apres avoir dit que cfaaque genr« 
de poesie et d'eloquenoc voit sa saprfrioritq dispttt^0 



l48 I>U CHOIX DES LIVBES. 

entre differeiis anteurs j du moins sous quelques 
rapports , il s^exprime aiusi : cc II n^existe qnW 
genre de po^sie , dans lequel un seul hommie a si par- 
tieuli^rement excelle ^ que ce genre lui est rieste en 
propre j et ne rappelle plus d^autre nom que le sien^ 
tant il a eclipse tous les autres. Nommer la £iUe| 
c^est nommer La Fontaine : le genre et Tattteiir ne 
font plus qu^un. Esope, PhMre, Pilpaj^ ATienns^ 
avoient fait des fables ; il vient j et les prehd toutesy 
et ces fables ne sont plus celles d^Esope y de PhidiVf 
dePilpay, d'Avienus : ce sont les fables de LaFon* 
taine. Get avantage est unique : il en a un autre 
presqu^aussi rare. II a tellement imprime son ca* 
ract^re a ses ecrits, et ce caractere est si aimaUe^ 
qu^il sVst fait des amis de tous ses lecteurs. Ob 
adore en lui cette bonhomie, deveuue dans ta poi-' 
terit^ un de ses attributs distinctifs , mot vulgaire et 
ennobli en faveur de deux hommes rares , Henri VT 
et La Fontaine. Le bon homme, yoila le nom qui 
Jui est reste ; .comme on dit, en parlant de Henri : 
Le bon Rou Ces sortes de denominations , consa^ 
crees par le temps , sont les titres les plus surs et 
les plus authentiques ; ils expriment Fopinion ge- 
nerale , comme les proverbes attestent Pexperience 
des si^cles. )> 

Le spirituel Chamfort a fait un tr^s beau pa- 
rallele de La Fontaine et de Moliere : ccSans mecoa- 
noitre, dit-il, I'intervalle immense qui se pare Part 
si simple de I'apologue et Part si complique de la 
comedie, j'observerai, pour 6tre juste euvers Li 



SECONDE PABTIE. i^^ 

FoBtaine j que la gloire d'avoir ete , ayec Moli^re , 

le peintrele plus fidelie de la nature et de la societe j 

doh rapprocher ici ces deux grands hommes. Mo- 

liere, dans cliacnne de ses places, ramenant la pein- 

tnre det mcenrs k un objet philosophique j donne 

i la commie Tanite j et pour ainsi dire la morality 

dePapoIogae. La Fontaine ^ transportant dans ses 

&Uet la peinture des moeurs j donne k Papologue 

uae det grandes beautes de la comedie j les carac- 

ldrei« Le poete comique semble s^^tre plus attache 

aux ridicules ^ et a peint quelquefois les formes pas- 

ng6res de la societe j le fabuliste semble s^adresser 

dafantige aux ^ices , et a peint une nature encore 

pios g^n^rale. Le premier me fait plus rire de mon 

Toisinj le aecond me ram^ne plus k moi-mime. Ce- 

loi-d me yenge des sottises d^autrui ; celui-14 me 

&It mieax songer aux miennes. L^un semble avoir 

vales ridicules comme un defaut de bienseance cbo- 

ipuuit pour la society ; Pautre avoir vu les vices 

comme ud d^aut de raison fSLcbeux pour nous-mS- 

oies. Apris la lecture du premier je crains Popinion 

JpnUique ; apres la lecture du second je crains ma 

conscience. Enfin j Phomme corrige par Moli^re ^ 

ccHant d^^tre ridicule j pourroit demeurer vicieux j 

corrig^ par La Fontaine j il ne seroit plus ni vicieux 

Bi ridicule : il seroit raisonnable et bon. » Ce pa* 

nUile est charmant ; il est tire de Pexcellent J^loge 

Je La Fontaine , par Chamfort j et vaut beaucoup 

mjenx que qnelques - unes des notes du m6me 

Qiax^fort j sur les £Bd)les. On les trouve dans Pedi- 



tSo DU CHOR DES tlVltES. 

tion des 7Vy>u Fabnlistes, p«r Gail, et, }e c]H>i9^ 
dans les £$udes sur La Fontaine , p^r GaiUard y 
1812, iii*8«^ cc Ces notes^ dit M. Dussauit 9 ont 
quelquefoia des nuanceft de cette sombre mbanthro- 
pie qui Qoircities derixiers temps de sa vie et les 
dernieres produclioos de sa plume ) elles sont sou<^ 
Yent plas politiques que litteraires j et pins ehagii* 
lies qu^inst]!uctives ; 00 eprouve parfois qvelqne de* 
gont a voir les principes demagogtqUes de M. de 
Chamfort aux prises aveo la biookomie de La ¥ot^ 
taine. » 

Cenx qui TOudr<»lt coanottre a fond La Fontaine^ 
sons le rapport biographique et litt^raire^ dotTent 
lire ses eloges envoyes a PAcademie de Marseille , 
en X7749 ^^^^ P^^ Chamfort, que nous venons de 
citeret qui a ete coaronne, et Pautre par La Harpe^ 
qui a eu Pac€essit*Celui-<ci est plus historique^on le 
trouTe avec un commentaire, en; tftte du La F<m^ 
taine et tous lesfohulistes , de Guillen ^ Paris^ , 1 8o3 ^ 
» w>L ii9-8.<^ Ceini de Chamfort est dans Pedition 
des Trots Fcdtulistes , ( Esope, PhMre, La Fontaine)^ 
par M. Gail , Paris ^ 1796 , 4 ^^^^ in-^.^ Voy. Ie3«. , 
p. i7i**««2i8^ et la vie de La Fontaine , qni est en 
tdte de ee volume. Yoyes encore la vie de La Fod« 
taine , par M. Crenz^ de Lesser, en t^te de Pedition 
des Fables, par M • Didot , Paris, ifti3, a vol. in* 
8,<> Mais Pouvrage qui surpasse tous ceux que noos 
venons de citer, soit par les details biographiques y 
$oit par les details cbronologiques et litteraires sar 
ioutes les produetions de La Fontaine % est^ sani 



SECCNDE PARTTE. |$i 

fOfttredit, VBistoire de la vie et des ov%f rages de 
LaFimUmey par C.-A. Walchnaer, membre de 
fliutitut.VmBj A. Nepvea, 1820, 1 vol. i/f-8.*^, 
I'^Sii^pages, oa i8ai, 2 w}L m-18, fig. On y 
veit eonibien pen est fond^ Popipion qui sVsl ac- 
€r^d^9 V^^ ^ Fontaine a iti m^onnu de son 
(•Me. Pfen d^hommea ont 6ti plus repandus que lui 
dui k aocMt^ y et plus recherolt^s sous le rapport 
datilent y mi^is boa sous le rapport des usages du 
nonde. M. Walcknaer a relev^ beaueoup de vieilles 
cirenrs relatives k la vie et aux ouvrages de notre 
Abiiliste. Cette kiograpliie se lit et se lira tou)ours 
tveo un vrai plaisir j quoiqu^elle paroisse , au pre- 
mier aboid^ un peu volnmineuse. Mais peut-on ja- 
Biiis craindre d^ennoyer y quand on parle du bon 
Li Fontaine , surtout quand on le fait avec autant 
cPesjirity antant de gout et autant de v^rit^? 

Nona terminerona Particle de La Fontaine, par 
qaelqnea reflexions sur un passage de M. Dussault^ 
tendant conipte de Pouvrage assez foible y intitule : 
mdessurLaFontaine, par feu M . Gaillard, 1812 ^ 
M-8.**, que nouaavons cit^ plus haut. Voici ce pas* 
(^e : ccQuelque respect , dit M. Du8sa)ilt^ que j^aie 
four Perudition y je ne puis m'emp^cbttKle la trou- 
per un pen ridicule et crueilement ennujeuse y lors<» 
^'elie se pique de rechercber cnrieusement les 
MMvoes oJi La Fontaine a'puise ses sujets, et lors-* 
<|B^dle environne ce nom cb^ri des graces et de la 
fUre, d^une foule de noms plus obscurs, plus barn 
^■Ktietplus baroquetlesnns qw lef nutrea. Le nou* 



l5a 1>U CHOIX DES LIVRES. 

Teau commentateur (Gaillard)) reproche & M. 
Pabbe Guill on-Pastel de n^avoir fait mention dam 
son livre intitule : La Fontaine fst tons les FdbuUs' 
tes, ni de Philibert Hegemon , ni de Habert Gorro- 
zet, ni de Targa, ni de Verdizotti , ni de plusiears 
autres genies aussi c^^bres; M. I'abb^ Guillon doit 
peut-fetre se reproeber de n'avoir dresse Cfu^nne liste 
incomplete ; mais j Woue que je sais bien pen de gie 
au noaveau commentateiir 9 desa severe exactitude ^ 
et je lui pardoniierois yolontiers de ne pas dter a 
c6te du recueil des Fables de La Fontaine j les re- 
cueils de Nevelet et de Cainerarius. Les vi*aies sour- 
ces dans lesquelles notre fabuliste a puise j sont : 
Pilpay, Esope, Phedre , Plutarque j Rabelais , et 
son propre g^nie : oil va-t-on chercber Camerarius? 
n est k presumer que La Fontaine connoissoit ped { 
ces noms en us. » Nous permettra-t-on de n'^tie 
pas tout-a-fait de I'avis de M. Dussault ? L'abus de 
r^rudition est certainement toujours blamable; 
mais y a-t-il abus k rechercher les sources ou 1* 
Fontaine a puise? Nous ne le pensons pas, Ne se- 
roit-ce qu'un motif de curiosite , il seroit peut-Slre 
excusable.^ .ma is il y a quelque chose de plus dans 
I'examen ^ Part avec lequel il a converti en or po' 
et si delicatement travaille, un metal grossier tire 
d'une mine obscure : nous ne parlons ni d'Esopen* 
de Phedre 5 on est bien aise dejugerde la distance d* 
point de depart, au point oule genie est arrive. Noa* 
avouerons que cela n^est pasd^une necessite absolue 9 
mab c'est un objet qui ne nous paroit point depout' 



ISECONDE PARTIE. i53 

y/u d'int^i^t , surtout qnand il est question d^nn au- 
teur aussi cel^bre que La Fontaine, et qui semble, 
par son originality j avoir plat6t cr^^ ses sujets que 
les avoir imites. Ce qui nous confirme encore dans 
ntotre opinion j c^est que nous savons qu^un homme 

de gofity M. G de B...., s^oecupe depuis long- 

tempa des recberches que blame M. Dussault; et si 
elles ^oient aussi fastidieuses et aussi inutiles que 

icelui-ci le . pretend , M* G ne les continneroit 

|ias avec autant d'ardeur. 

GuuDE LANCELOT , savant de Port-Boyal , 
(n. 1616— 'm. 1695), dit, dans la Preface de la 
Jfouvelle mdthode pourapprendre la langue latincp 
Parby 1667, 1/1-8.® j p. 16—17, m^^ pour faire un 
choix des bons auteurs latins , ceux sur lesquels on 
doit ^tablir la veritable connoissance de la langue la- 
line dans sa plus grande purete , non-seulement pour 
Tentendre , mais pour la parler et pour Pecrire , 
sont Tbrekge, Cig^ron, Ci^sAa, yiRGU«E et Ho- 
ai.cB J dont le latin , en retranchant quelques pbra- 
ses purement poetiques de ces deux derniers , se 
peat allier ensemble parfaitement. Parmi les autres 
auteurs latins, ceux qui tiennent le premier rang 
apr^s les cinq que nous venons de citer , sent 
QnniTE-CuRCE , Saxltjste et Tite-Live. cc Us se 
doivent lire avec soin en leur rang, et peuvent ser* 
tir beaucoup pour former Pesprit et le jugement , 
mais non pas le $tyle; si Pon en excepte quelques 
phrases elegantes et pleines de grice , dont le choix 



lS4 ^^ CHOIX DES LIVftES. 

esld'autant phis difficile qu^il suppose une grands 
connoissance de la veritable puret^ de la laague^ 
qu^on doit avoir puis^ dans les cinq premiers men- 
tioim^ ci-dessns. » 

Claude Lancelot ^ Antoine Araauld , et Pierre Ni« 
cole (n. i623<*-«in. 16^) ^ out eu part aux excel-' 
lentea m^thodespour apprendre les langues grecque 
et latine y qui sent oonnQes sous le nom de MStho^ 
des de Port-HoyaL lis ont aussi public de bonnes 
grammaires italienne , generate (1) j francaise j et 
beaucoup d'autres livres utiles. 

Lep^Lami)delH>ratoire (n. 1645-^m. lyiS), 
est parfaitement de Pavis de MM. de Porl-Royal y 
pour les ouvrages de cfaoix qui doivent former U 
gout : cc Je QC veux point, dit-i], (4*^ entretim sw 
les sciences) vous aeoabler pap une diversity de lec^ 
tares ; faites choix d^un petit nombre d^auteursi 
Dans le latin , je ne vous marque que Terence j 
Cj^sar , Salluste, CiciRON, ViRGiLE et Horace y 
avec lesquels vous conversiez si famili^rement , que 
sans y penser vous preniez toutes leurs manieres. » 
Un peu plus bas y il dit : cc Tite-Live est clair , et 
on pent le prendre pour module d'un style facile et 
coulant. Tacite renferme en peu de mots des re- 



(1) M. Petitot, secretaire general du Conseil royal de Pmstruc- 
tion publique , a doun6 une tres bonne edition de la Grammaire 
girUrale et raisonn^e de PortrRoyal , pr^cid^e d*un JEssai sue 
Vorigine et lesprogrds de la langue fratiQaise y et suiuie des Com- 
mentaires de jyuclos, a laquetle on a ajoutd des notes. Paris j 
»So3y in-b,^. jtfouvelle Edition augmentie, Paris, i8o9> lVt-8.» \ 



SEOQNBE PARTIE. ^55 

fl«xk>i:i8 judicieuses. Imitez cette hr\ive\4 antanl 
qu^elle est compatible avec la puret^ et la nettete 
da style. G^est une excelleate quality d^Atre concis 
^ns obseurite. » L^abbe Duguet , dans une lettre 
anonyme inseree parmi les Entretiens sur tes scien* 
ces, pense comme le p^re Lami , sur la plupart 
des auteurs que nous venons de nommer ; eepen- 
daotil y a quelques petltes restrictions qui ne paroi- 
tront peut-itre pas sans fondement aux personnes 
de gout, cc Four le style des memoires ou d^une bis- 
toire pen etendue , dit-il , on ne pent rien avoir de 
plos parfait que les Commemtatres de CisAa, et 
VHkbmf^ de Sai^ilustik. II faut les lii*esoiiTent; et 
coiniii0 tout le mcmde convient que le premier par* 
loit le BEiieux des Romains , et que le second est le 
premier des bistoriens j il ne faut pas appr^bender 
de ae mouler syr eux , et de former son jugement 
cur le lenr. II faut cependant avouer que le style de 
CiaA& et de Sallustb nVst pas assez plein et assea 
majest«eux pour une bistoire eteudue. Gelui de 
TiTB-'Liys est grand et digne de la majeste de Pern- 
pire romain^ mais il est rooins pur et moins exact. 
A TiTSt-Livfi, il faut joindre Quihtb-Cukce , Taci- 
rB et Justin j pour se faire une id^e du style bisto- 
rique^ quoique le dernier soit d^j^ un peu bar- 
bare. 3> 

Puisqu^Il est ici question des bistoriens latins^ 
Bous croyons devoir entrer dans quelques details 
sur Ci&sAR et sur Sallustb ; nous ne dirons rien de 
fttM-l^ir^ ) de Taoite ^ etc. j parce que notds atons 



i56 DIT CHOIX DES LIVRES. 

parle du premier, pag. i23 ;et du second, pag» ^S— 
80 et 123—125. 

J^ C^sAR nous a laiss^ deux compositions, histori- 
qucs ; Pune intitulee : Commentaires sur les guerres 
des Gaules, et Pautre Commentaires sur la guerre 
civile : ce sont des Memoires sur ces deux guerres. 
Les Commentaires sur les guerres des Gaules ren- 
ferment Phistoire des exploits de Pauteur dans ce 
pays ; ils sont divises en sept livres , auxquels Aulas 
Hirtius, lieutenant de Cesar danscette guerre, en a 
ajoute un huitieme. Les Com^mentaires sur la guerre 
civile comprennent Phi^toire de la lutte de Cesar 
avec Pomp^e , qui se termine par la bataille de 
Pharsale^ ils sont distribues en trois livres. Ces ou- 
trages historiques ont joui de la plus grande repa« 
tation d^ quails ont paru , et la posterity a confirme 
le jugement qu^en a port^ Ciceron , qui (dans Bru- 
tus, L yS,) s^exprime ainsi : cc Cj^sar a ecrit des 
commentaires fort estimables ; ils sont simples 
i^nudi) , clairs {^recti) et elegans. L^auteur a d^pouil- 
le son style de tout ornement , comme on rejette un 
v^tement inutile ; mais il a voulu laisser des mat^- 
riaux a ceux qui se proposent d'ecrire Pbistdbre. 
Peut-6tre a-t-il rendu service aux sots qui auront 
envie de laparer de colifichets; mais certainement 
il a 6te aux hommes de bon sens le courage d^e- 
crire apres lui. » Un cel^bre historien moderne , 
Jean MuUer , nous dit: cc Je sens que C^sar me rend 
infidelle a TACiTE.Ilest impossible d'ecrire avec plus 
d^elegance et de purete ; il a la veritable precisicta ^ 



SEGONDE PAKTIK iSy 

^Ile qni tonsiste k dire tout ce qui est n^cessaire ^ 
«t pas un mot de plus. II ecrit en homme d^etat ^ 
tonjoQTS sans passion. Tacitb est philosophe, ora- 
teur, ami z^Ie de rhumanite, et^ k tons ces titres^ 
il se passionne quelquefois. Si je m'en fie aveugie- 
in^t k lui J il pent me mener trop loin ; avee Ci&SAa 

je ne conrs jamais ce risque Une ^l^gance ad* 

mirable y ce don si rare non-seulement de ne rien 
dire de trop , ce qui n^est pas difficile , mais eii m£- 
ine temps de ne rien omettre d'essentiel ; une har- 
monic toujours appropriee k la graviie du sujet , et j 
par-dessus tout, une ^tonnante egaliie de style , et 
nne mesure toujours parfaite j toutes ces qualites 
)ustifient a mes yeux Pexpression de Tacite : Sum- 

mus (mctoriim divus Julius Son discours n^est 

qu'une suite de faits repr^sentes sous le jour le plus 
Irappant et le plus lumineux ; son style est Pimage 
de son caractere : tandis qu^il renfermoit au dedans 
les passions les plus violentes , k Pexterieur il sem- 
Moit, comme les Dieux, elev^ au-dessus de toutes 
les passions , et rien ne paroissoit assez grand pour 
que Tame'de Cesar piit s^en laisser ^mouvoir. y> 

Salluste j que Velleius Paterculus appelle Pe- 
mule de Thucydide , et que Quintilien prefere a 
Tite-Live , est auteur de quatre ouvrages j dont le 
plus important peut-Stre ne nous est parvenu que 
par fragmens. Ces quatre ouvrages sont : i.*> Vffis^ 
ioire de la conjuration de Catilina, qu'il ecrivit en 
704 de Rome , apr^s avoir ete chasse du Senat ; a.*^ 
deux discour? politiques De republica o/dinandd. 



^58 ^^ CHOIX DfiS LIVRES, 

camposeji en 706 , et qu'il adressa k Cesar (1) ; 3.* 
VHiitoire de la gue/re de Jugurtha, que les Ro-» 
matins avoient soutenue soixante ans auparayant 
^ontro €^ priace. II ^rivit cette histotre en 709^ 
selon les uns^ et eh 710 , seloii les autres} enfin^ 
4*® M>n HistoiPe genSraJcp dont il ne reste plus que 
des fragmens inrormes^ dissemines dans ua gmnd 
nombre d^auteurs. Cette histoire fut commencee en 
711; divisee en six livres , elle debutoit a la mort de 
Sylla ^ etse tefminoilalaeonjurationde Catilina. Ony 
trouYoit ) outre la guerre de Lepide , celle de Ser* 
torius en Espagne j Pexpedition de LucuUus contre 
Mithridate ^ le fameux si^ge de Cyzique 9 la nfvolte 
de Spartacus ^ Pinvasion de Marc-Antoine dans Pile 
de Cr^te j celle de Curion dans la Moesie ^ la guerre 
des Pirates, la publication de la loi Manilia; en un 
mot y tout ce qui a^est pass^ depuis Pabdioation de 
Sylla jusqu^au temps de la grande puissance de 
Pomp^e en Orient. M. le president de Brosses , de 
Dijon 9 a retabli cette histoire aussi completement 
qu'il ^toit possible^ d'apres les legers fragmens qui 
en restetit , et a Paide des historiens anciens ^ dans 

un ouvrage considerable , rempli de recherches im- 

' ■ ' ■ ' ■ 

(1) C*esten 708 de Rome que Salliiste, age de quarante AUSf 
vpousa Terentia , femme die Cicdroii , avec qui elle vcnoit de di- 
vorcer. Cette Terentia a ^ femme de Ciceron, puis de Salluste, 
(ennemi de Ciceron), et apres la nrort de Salluste, eHc a cpouse 
Messala Corvinus , orateur tr^ cel^bre ; de sorte qu*elle a ete mariee 
aux trois plus beaux geuies de son siecle. Enfin , veuve de Corvi- 
laus, feUe ^pousa en quatri^mes noccs Vibius Rufus, et ne moiirut, 
dit-oO) qu*a Tage de 117 ans. 



SECO^DE PARTiE. jS^ 

tOABBSes et marque aa coin de la plus profonde era* 
dition. Get ouvrage a pour litre : Histoirede la n?- 
jpublique^romaUie dans le cours du septi^me siicie^ 
fHtr Salluste, en purlie traduite du latin sur Vorv- 
^nal, en partie rStablie et composee sur lesfrag^ 
jnens ijui sont testes de ses Iwres perdus , remis en 
ordre dans leur place *v6ritable ou le plus vraisem* 

-iluble. Dijoa^ Frantia^ *777> ^ *^^^' ^'A*^ifiS* ^ 

4aut ajout^ k cet ouvrage un supplement de yS p. ^ 

iplitule : C Sallustii Crtspi historiarumfrttgmentu 

ut in edipiime gatliod ordinantur. Ge supplement 

•est posthume ;la mort ayant emp^he M. de Brosses 

jle donuer Hti4^ volume^ quidevoitrenfermerle texte 

de Salluste , on a extraitde sespapters ce qoi negarde 

-les fragmeas de la grande Itistoire , et on les a impri* 

«mes s^paremeut : c^est ce qui forme le supplement* 

Ccs fragmens font vivement regretter que M. de 

JBrosses n^ait pas eu le temps de metire la demi^re 

tinain a son quatrieme volume. Les trois premiers 

5QBtparfaitement imprimes ^etfontbeattcoupd^hon*^ 

iieur aux presses de M. Frantin. Nous avoiM fait 

*Xine analyse detaillee de tout ce que renferme ce bel 

fOuvrage j mais elle est trop etendue pour trouTer 

place ici ^ elle se trouve dans notre Itiiliothdque 

fihoisie des dassiques latins. 

SfeVIGNE (Marie de Ralmtin, marquise de)y 
j(n. i^<S — m. ie i\ Janvier 1 696) , etoit passioiua^ 
pour les Essais de morale de JNTicoi.!! -^ puis pouir 
CoRNEiLLE J qu'elle appelle son vieil ami, et enfiu 



l6o ^^ CHOIX DES LlV!\ES. 

pour LiFoKTAiNE. EUle cite souventdanssesletttesj 
et toujours avec un k propos charmant y les vers cle 
ces deux poetes. Quant k Nicole j elle le lisoit habi- 
iuellement j mais surtout quand elle avoit quelques 
chagrins , et Ton sait que le plus grand de ses cha- 
grins etoit Pabsence de sa fiUe. C'etoit pour s'y resi- 
gner , qu^elle cherchoit k puiser un peu de force 
dans les Essais : ccmais le moyen , (disoit-elle avee 
cette tournure piquante et inimitable ) ; il faut done 
toujours avoir cette morale dans les mains ^ comme 
du vinaigre au nez , de peur de sMvanouir. » 

Disons un mot des jugemens que Ton a portes des 
Lettres de madame de S^vigne , ouvrage immortel^ 
qui, tant qu^il y aura du gout en France, fera les 
d^lices de la posterity, quoiqu^il n^ait point et^ &it 
pour elle. Ce n^etoit pas Popinion de mademoiselle 
de Sommery , qui pretend le contraire , et qui ap- 
pelle madame de Sevigne uue caillelte : il est vr»t 
qu'elle traite La Fontaine de niais , et Fenelon dc 
bavard; on doit apprecier de pareilles epithetes, 
quand on les voit appliquees avee une telle justesse 
et une telle delicatesse. Un auteur moderne a etc 
Pinterpr^te de Popinion publique sur les lettres dc 
jnadame de Sevigne , quand il a dit que cc le carac- 
tere original qui y r^gne est si marque , qu'aucun 
recueil epistolaire ne peut lui 6tre compare. Ce sent 
des traits fins et delicats , formes par une imagina- 
tion Vive qui peut tout, qui anime tout. Elle y met 
tant de naturel qu'on se sent affecte des m^mes se«- 



S£ODND£ PARTtE. l6l 

timens qu^elle ; on partage sa joie et sa tristesde ] ou 
souscrit k ses louanges et k ses censures* On n^ft ja- 
mais raconte des riens avec tant de gr^ce; tons sea 
r^cits sent des tableaux de PAlbane. Enfin, madame 
de Sevign^ est dans son genre c^ que La Fontaine 
est dans le sien j le modele et le d^sespoir de ceux; 
qui sutvent la m^me carri^re. » M. Campenon ^ 
irendant compte d'une des derni^res Editions des 
Lettres de madame de Sevigne, s'exprime ea ces 
tertnes s (c Quels sont les memoires de cette epoque 
qui nous font mieux connottre les evenemens du 
temps ^ les personnages memorables qui marquoient 
alors dans regiise^ dans les lettres , dans le mi- 
nist^re^ k Parm^e; qui nous peignent plus au vrai 
ou la vie agitee de cette brillante courde Louis XIV^ 
ou la vie sludieuse et retiree des habitans de Port^ 
Royal I Les meilleures pages de Pelisson pour la de<* 
fense de Fouquet y nous interessent^elles plus vive« 
ment au sortderaocuse y que les recits rapides et ani* 
mes de madame de Sevigne?Le peude lignes qu^elle 
ecrit surla mort de Turenne, ne produisent-elles 
pas sur nousune impression plus soudaine , plus pe* 
netrante que toute I'eloquence de Flechier?Etsiroa 
examine ce recueil sous un rapport purement litt^- 
raire^ quel est I'ecrivain qui a donne plus de mou* 
vemenl a son style y qui a su enriohir la langue de 
plus de tournures nouvelles y qui a cree , sans le sa- 
voir, un plus grand nombre de ces locutions vives^ 
pitloresques y familiires y souventenergiques^ qu^elle 

1. XX 



l5» ^^ CHOIX DE8 UVVES. 

laisfloit commit tomber de sa plume ^ et qw l^oaig 
et le temps out transportees dans noire Ikng^ 
luuel? 99 

LA BRUTERE , cel^bte moraliste ( n. i63jr- 
m. 1696)9 met Motse, HoMkaE , Px^atqit , Yiaoiii 
et Ho&ACB y au-dessDS des autres Remains , i oasif 
de lean expressioitu et de leurs images. Ilditailleiiif 
qa^an cbeM^oeavre d^esprit ne peut gu^re toe Pbs* 
Tragede plosieurs* HoxERBa fait VHiade fYikGrtiMf 
V£niide$ Titb-Lxts^ ses Decades, et Ciciaonyaci 
Oraisons* 

La vogne extraordinaire qu^ont eue les Cbme- 
iires de La Brny^, a tena dans le princfpe ^ moin 
au merite ntel de FouTrage ^qu^^ la malignity da pi- 
blic^ avide d'y reconnoitre des personnages Titaii 
que Panteur avoit, k ce qn^on croit, pris pour no* 
d^les J mais quoique cette TOgue ne soit plus aosii 
grande ^ il n^en est pas moins certain que ces CaraC' 
tSres seront toujours mis an rang des meilleursli' 
\res de morale, cc Ouvrage admirable j que Ponde* 
vroit savoir par coeur, dit nn auleur^ et qu'oDB* 
peut trop mediter. C^est le tableau de la vie hvf 
maine dVpr^s nature 3 c^est une galerie de portraits 
d^hommes ridicules , sots et curienx. II n^y a neA 
de si aise que de trouver des originaux qni y resseifr 
blent. Les caract^res sont relev^s par I'eclat du cor 
loris; on trouve de la force , de la noblesse danak 
style y et tr^s souvent line grande eloquence ; k k 
\erite , Fouvrage est beaucoup travaille , il tiic ^ 



■f 

t 



iSEGOIfDE l^AimE. 1^3 

Vepgirftinnie. »SeIonunaiitre ^rivaiin! cc La toache 
ip La Bruy^l^ est atissi forte que celle de Moli^re ^ 
^en tnitae temps plus delicate et plus fine. Peintre 
cnergique et fier, il montra par le «tyle nei^eux^ 
les exp]^essioiis vives , les traits de feu et de genie ^ 
les toars fiias et singuliers de ses portraits , que la 
laogue franf abe avoit plus de force qu^on n^avoit cru 
JQsqu'aloM. Ses portraits sont autant de lecons utir 
l€8 J en fai^tit rougir le vice, il le force 4 se corn- 
ier. II parcourt tous les etats, toutes les conditions^ 
toas ies ratigs j et donne k tous d'excellens pr^« 
ceptesk » 

M% de Vauvenargues a fait un parall^le de La 
Broyire et de Pension , qui doit trouver naturelle-^ 
meat sa place ici t <c Si Ton compare , dit-il, La 
l^uy^re et Pension, la vertu toujours tendre et na-^ 
turelle da dernier j et Pamour propre qui se montre 
ipelquefois dans Tautre, le sentiment nous porte 
malgr^ nous a croire que celui qui fait paroitre Pa* 
tte la plus grande a Pesprit le plus ^clair^ ; et toute- 
ibisil seroit difficile de justifier cette preference*' 
f ^n^loB a plus de facility et d^abondance , Pauteur 
des Caract^res plus de precision et plus de force j le 
premier, d^une imagination plus riante et plus fe« 
tonde J le second , d^nn genie plus vehement : Pua 
nchant rendre les plus grandes choses famili^res et 
Kfisibles sans les abaisser , Pautre sacbant ennoblir 
ies plus petites sans les deguiser; celui-la plus hu- 
liain, celui-ci plus austere; Pun plus tendre pour 
latertuy Pautre plus implacable au vice; Pun e| 



1 64 ^^ CHOIX DES LIVRES. 

Tautre moins p^n^lrans et mdins profonds qne Bos^ 
«uet et Pascal (V. lenr parallele^ p« 176, 177) 9 mais 
inimitables pent-^tre dans la clarte et dan5 la nettet^ 
de leurs idees ] enfin, originanic^ cteateurs dans leur 
genre et modules tres accomplis. » 

Je ne qaitter^i pas La Bruy^re sans parler d^un 
ouvrage qui , sous le rapport moral , a de la coifnci- 
delice avec les Caracteres^ ce sont les Maximes et 
reflexions du due de La Rochefoncauld. C'est on 
livre vraiment original. « U parut d'abord anony- 
me^ dit M« Suard ; il excita line grande curiosity j 
on le lut avec avidite, on Pattaqua avec acbame* 
ment; on Pa reimprime sou vent , et on Pa traduit 
dans toates les langues; il a fait £i^ire beaucoup 
d\iutres livresj par- tout enfin^ et dans tons les 
temps y il a trouve des admirateurs et des censenrs. 
C^est la^ ce me semble , le sceau du plus grand sue- 
c^s pour les productions de Pesprit humain. » Ecou- 
tons encore Voltaire sur le livre des Maximes: 
cc Un des ouvrages qui contribuerent le plus k for- 
mer le gout de la nation , et 4 lui donner un esprit 
de justesse etde precision, futle Jiecueil des maxU 
mes de Francois de La Rochefoucauld. Quoiqu'il n'y 
ait presque qu'une verite dans ce livre j qui est que 
Pamour propre est le mobile de tout , cependant 
cette pensee se presente sous tant d'aspects varies j 
qu'elle est presque toujours piquante : c'est moins 
un livre que des matenaux pour orner un livre ; oa 
lut avidement ce petit recueil ; il accoutuma k pett- 
ier et k renfermer ses pensees dans un tour \if ^ 



SECONBE PARTIE. . 165 

"precis et delicat. C'etoit un merite qne personne 
nVvoit ea avant lui en Europe depuis la renaissance 
des lettres (1). » U existe una belle edition des Ma^ 
ximes , faite en Angleterre , Londres , chez Z. 
Lhomme, n.<* 98, /lew bondstreet, ^799 > S^- '^-8*® 
pap. velin, avec portrait. Je suis etoune que cette 
edition ne soit pds mentionnee dans nos bibliogra- 
phies modemes. La demi^re edition donnee par M. 
Didot ( dans sa collection des meilleurs onvi*ages 
fran^is )y Paris, i8i5 j m-8.^ , est aussi fort belle^ 
et pliis ample que celle de Londres. 

Le due de La Rochefoucauld a encore fait des 
ifimoires Cfu.e l^yle pr^feroit aux Commentaires 
de dsar^ quoiqu^ils ne soient pas sans merite , ils 
sontbien ^loign^s de meriter un jugement aussi fa- 
Torable ; c^est k ses Maximes que La Rochefoucauld 
doit sa reputation, 

lEiN RACINE ( n. 1639 — m. 1699 ) , savoit 

« 

(i) Champfort , dans ses notes sur les Fables de La Fontaine 
(lesZdjym^^iiy. X, f. i5), ne flatte pas le due de La Rochefou^ 
cauld. U appelle ]es Maximes , « un livre cher aux esprits sees et 
•uxamcs froides. L'auteur, ajoute-t-il, qui n*avoitguere frequente 
^oe des courtisans^ rapporte le motif de toutes nos actions k Fa- 
loour propre ; et il faut convenir quMl devoile avec une sagacity 
Mfiuie les subterfuges de ce miserable amour propre. Mais s*il y a 
Vtt amour propre petit , mesquin , ou si Ton veut meprisablc , n*eri 
ctt-ilpas un autre noble , sensible et g^nereus.? Pourquoi M. le due 
^ La Rochefoucauld ne nous peint-il jamais que le premier? Est- 
(cfaire connoitre un palais de n'en montrer que les portions cou- 
wxi%^ aux usages les .plus rebutans? t> Ce jugement est bien digne 
^ Chamfort. Montesquieu au contraire pretend que les Maximes 
^ I'd Rochefoucauld sont les proyerbes des gens d'esprit* 



i 

\ 



iM I>U CHCnx DCS IIVRES. 

presqne par ccenr,. i Pftge de seize & dix-sept ani; 
SoPHOcus et EuftziPXBB^ teste grec^ II avoii c^jl 
charg^ d'apostilles les marges du Platqn et da Pin* 
TARQUB) ^tionsde Bile, teste grec, sans tradnc-' 
tion latine, dont il se servoit dans ses classes. EUot 
encore k Port^Royal, entre i655 et i658j il troon 
par liasara leroman grec de Theagine et CharicUe, 
d'Hii.iODoms(i).Il le d^voroit, lorsque le sacristeia 
Claude Lancelot ^ qui le surprit dans cette lectoR} 
Itti arracha le livre et le jeta au feu. Le jeune Bi* 
cine trouva moyen d^en avoir un autre exemplairei 
qui eut le m£me sort^ ce qui Pengagea k en iacheter 
tin troisi^me , et pour n'en plus crailidre la pros* 
cription , il Papprit par cceur 9 et le porta au saens< 
tain J en lui di&ant : cc Vous pouvez encore brftki 
celui-ci comme les autres, » P. Nicole, chargldf 
dinger la classe de littcrature k Port-Royal , pritnn 
soiu particulier du jeune Racine; il le familiarise 
d'abord avec Quintilien , Cic^ron , Virgilb et 
P^/t poitique d^HoRAcs. II lui en fit remarquer 
avec soin les endroiis les plus propres k former son 
€Sprit et a fixer son attention. II lui expliqua tontes 



(1) Niccphore, dans son Bistoire eccl^siastique (liv, xii,c!t 
34), rapporte que revlqoe H^liodore, auteur de ce romau qn*il 
avoit compost dans sa jeunesse , n^ayant pas voulu le desavooef 
k)rsqa*il fut pai^^enu k Tepiscopat , fut d^osd par des ^vlqnes «9- 
aemblcs k Th'cssalonique. Le Duchat pretend que ce que l*<ui dit 
du christianisme et de 1* episcopal d'Heiiodore ne peut £tre qu'aoe 
ffible. Cependaat Plic^phore paroit un pen plus digue de foi ^ 
l^e Duchat. 






SECONDE PARTIE. i^n 

let figures employees par ces auteurs pour rendre 
leursdiscours pi as orn^s ou pi as persuasifs. Nicole 
ne dictoit aucun cahier k son ^16 ve^ mais il confe- 
roit a?cc liii ; et ponr rendre plus evidentes ses d^- 
moiMtratiOBS , il les accompagnoit d^exemples sensN 
bles et de t^omparaisons justes. II laissolt k son dis- 
ciple la liberty des objections y et y r^pondoit tou- 
)oursavec antant de precision que de simplicite. Ja- 
mais ilne sortoitde ces entretiens joumaliers, qu'll 
n'eut rentier e conviction d'avoir ete compris par 
«on ^^ve. Cette methode est certainement la raeil- 
leare pour faire faire k un jeune komme des progres 
Hussi solides que rapides (i). 

Nous devrions peut-Stre placer ici les jugemens 
^ePon a portes sur les ouvrages de Racine; mais la 
nature de notre travail exigeant quMls soient repor- 



(0 On ne peut gu^re citer le nom de Nicole sans se rappelcr 
ceki df Amauld , dont nous parlons ailieurs. Un critique moderne 
a fait nn parall^le de ces deux bommes cel^bres ; nous pensons 
<{u'on ne nous ^aura pas mauvais gre de le rapporter ici. Le savant 
critique commence par dire <* qu'Amauld et Nicole sont , apres 
J^ascal, les premiers maitres de I'ecole de Port-Royal : heureux 
<i ) comme lui , ils avoient pu sauver de Toubli une foule d^ou- - 
▼ngesqu^iis consacrerent aux disputes du temps, et qui n*ont pu j 
^orvivre k ces disputes. C'est k ces deux grands maitres que ia lit- 
*^rature francaise est redevable de la grammaire et de la logique 
^Port-Royal; deux traites que toute Pid^ologie de notre siecle 
^** point egales. Amaald fut plui? sp^cialement thcologien ; Nicole 
piQs philosopbe et plus moraliste, quoique tons d»ux ^galement 
■^ireg et rigoureux j et peut-4trc outres dans leur doctrine. La di^- 
**•»*« de leurs caracteres dut iufluer sur le style de leurs ouvra- 
{68: le premier avoit Thumeur belliqueuse, ne respiroit que la 



\ 



t^ aux articlef diB^ceux qui les CNut pronoaees^ baqI 
n^viA cpntc^nteirfgu^j^ popper ici un p9$aage ^xtiait 
des Ittdlanges lUtiraires de M « de Bonald swr ootic 
€4Uhi^ tragiqi^ie ; xt •.,.•• II est possible ^dit-il, que 
q[i»elqiie ,;|^jte d^couvre ou invent^ des SHj^ts de 
tn^die plu^ inl^iiessaiis qD^e ceui^ qVa traits Baci« 
ip^e, qui.peiiVi^tre ep a prb un p^u trop dans leslfc* 
J))es,diipi^a^i$||ie| inais on peut assurer sans ciwte 
de ae ^tf^mpeic ^ que jamais aucua deriiFain ne x^rin 
a^s pi^Eus^ i|T^o-pltt8 de perfection que ce poite) 
qui^ r^aaijt a Jua dejgr^ au<deU duquel Ve&prit ofi 
coD^t rica ^ jaii^nx y toutes les GOQditioils d^aa 
atyle acbev^^ la clarte^ la iioblesse, r^nei^ie,la&" 
cili^y^la rapidi^e,) Vbarmonie ; et selon le snivel) h 
iriyacite <^u la inojl^sse , la vehemence on la doaceBv> 
I^abondance ou la jconeisiou : admirable surtoutduv 
le dialogue y oil les interlocuteurs se repondeut toa* 

dispute et les combats , etoit toajours pret h descendre dans IV 
reue, et jusque dans un age avaucd, deployoit comme Entelle, 
8es bras yigoureux, et ses mains armees de cestes ; Fautre ^toijt 
pacifique et doux , d^un esprit trauquille , ne refusant point U 
lutte et ne la oherchant point. Arnauld repondoit h ceusquireu- 
gageoient au repos : ^*aurai-je pas toute UiterniUpourme reposeii 
3!9icole disoit qu*il n^aimoit pas les giierres chiles, lis ont lou« 
deux une logique parfaite ; mais Tun a plus d^impetuosite, de nerf 
et de feu dans ses raisonnemens; Fautre d^duit et dcveloppe se< 
sdees avec plus de sang froid et plus do calme. II y a quelqae 
chose de passionu^ et d'impei>;ux dans les preaves, d'aiUeori 
presque tou jours irr^sistibles, du premier; le second parle le Ian* 
gage de la raison, d^gag^ de toute affection etrangere; Tun est 
plein de vivacity, de rapidity, de y^h^mence et de ckaleuri 1*9^* 
Ut est jent| d}f!u8 et fxQvi% u 






SECOnDE PARTIE. i S^ 

jours ]^ui) i Pautre, au lieu que dans lieaucoup de > 
tragedies^ m^me esiimees^ ils ne font que parlei^ i 
I'un ^pr^s Pautre. 3> ^ 

Quand Racine fut parvenu k la Cour j et qu'il eul 

la fayeur de Louis XIV, ce roi Ini demanda un jour 

■quel etoit le premier des grands ecrivains qui illus* 

troientla France sous son regne? cc MoH^re, repon- 

dit Racine. Je ne le croyois pas^ reprit le Roi, mail 

Tous YQus y connoissez mieux que moi.>»De8preaux 

n^aimoit pas que Moli^re eut fait parler ses paysana 

en patois, cc Yous ne voyezipas^ dit-il^ que Plaute 

•ni ses confreres aient estropie la langue en faisant 

parler des villageois. Otez celaa Moli^re, continuoit* 

il 9 )e ne lui connois point d^ sup^rieur pour Pesprit 

ei le naturel. Ce grand homme Pemporte beaucoup 

sur Corneille, sur Racine et sur moi ; car^ ajoutoit-il 

en riant j il faut bien que je me mette de la partie.» 

II me semble , quel que soit le merite incontestable 

de Moli^re , que Despreaux le flatte un peu trop en 

Jui donnant une place aussi eminente, Je suis d^au* 

tant plus fonde dans cette opinion j que j'ai lu quel* 

que part que Boileau lui^-meme, declamant contre 

les plaisanteries bouffonnes qu^ont employees quel-* 

ques auteurs comiques j parmi lesquels figure Mo- 

liere, a fait un grand eloge de Terence qui sVn est 

abstenu ^ et a dit en propres termes : cc C^est par \k 

que Terence a Pa vantage sur Moli^re j qui certaine- 

meut est un peintre d^apres nature j mais non pas 

si parfait que Terence, puisque Moli^re derc^eoit 

souve^t a soa genie noble pa:r des plaisanteries groa^ 



nu CHOIX DES LIVriES. 
Rieres qu'il hasardoit en favear de la miiltifnde , a T] 
lieu qu^il ne faut avoir en vue que ies tiotinftes 
gens. )> BoileRU louoit rnt'Ore Tertncc de demeiirtj 
toujours oil il en faut demeurer; c'est ce qui a man- 
que a Moliere ; Ne quid niniis est la grande n'g/e 
qu'il prescrivoit aux poclesj aiix orateuvs et aux his- 
torlens ; aussi a-l-il , d'apres Horace , etabli la masi- 
me suivante dans son Art poetique ; 

Tout ce qu'oQ dit de trap esi fade et robutanl. 

La BruytVe disoit ; a II n'a manque a Terence 
que d'Stre moins froid : quelle purele , quelle eiac- 
titude, quelle politesse, quelle elegance, quels ca- 
racteres 1 II n'a manque a Moliere que d'eviler le 
jai^on et le barbarisme , et d'ecrire purement : qufl 
feu , quelle naivete , quelle source de la bonne plaispn- 
tei-ie, quelle iuutation des mceurs, quelles images, 
et quel fleau du ridicule ! Mais quel liomrae on 
auroit pu faire de ces deox eoniiqnes! -a Quanta 
Yauvenaigaes qui avoit beaacoup de gofit, il s'ei- 
prime ainsi eur notre premier auteur comiqMr 
qu'il me parott juger un pen sev^rement : <cMoli^K 
in*a paru autrefois T^preheasible d'avoir pris del 
sujets trop bas. La Bruy^e, plus parfait peut-titre 
dans son genre , a laisse t'idee d'ua comique plui 
Ae\i et plus fecond. Mais il est plus facile de cara«' 
t^riser Ies bommes, que An faire qu'ils se caracteri' 
sent eux-m^mes et de soutenir un personnage qui 
parle long-temps et pai-le toujours en vers. La vehe- 
mence inimitable de Moliere et son caract^re si ori- 
siaal) le rendent d'ailleurs respectable. On peut 



SE€ONDE PARTIE. ^ni 

^^f trie encore cet auteur en paralUle avec Racine : 
Vin et Pautre ont connu parfaitement le cceur 
4e rhomme ; Pun et Pautre se soot attaches 4 
t^indre la nature. Racine la saisit dans les passions 
^es grandes ames; Moliere dans Phumeur et lesbi*' 
Karreries des gens du commun. L^un a joue aveo 
tin. agrement inexplicable les petits sujets ; Pautre a 
traite les grands avec une sagesse ^t une majeste 
toucbante. Moliere a ce bel avantage que ses p^son* 
nages jamais ne languissent ; une forte et continuelle 
tn&itation des moeurs passionne ses moindres discours« 
Ce pendant j k considerer simplement ces deux ao« 
teurs comme poetes j je crois qu^il ne seroit pas juste 
d^en faire comparaison. Sans parler de la superio* 
Titi du genre sublime donne 4 Racine, on trouve 
dans Moliere tant de negligences et d^expressions 
fbrcees et impropres, qu^il y a peu de poetes, si j'ose 

le dire ^ moins corrects et moins purs que lui « 

dependant Popjnion commune est qu^il va plus loin 
dans son genre qu^aucua de nos grands hommes 
dans le leur ; et si Pon demande pourquoi ? Parpe 
qa'il est plus naturel. C'est une le^on importante 
pour tons ceux qui veulent ^crire. » 

SAINT-EVREMOND , litterateur et pViIosophc 
aimable ( n. 161 3 — m. 1708 ), disoit dans une de 
ses lettres au marecbal de Crequi : cc Don Quichotte 
( de Cervantes ) est un ouyrage que je puis lire 
toute ma vie sans en etre degoute un moment. De 
loos les iivres que j^ailus, Don Quichotte est celui 



1^ DU GHOIX DBS LIVRES. 

qae je voadrois avoir fait. II n^y en a point k mc:^ 
avis qai puisse contribuer davantage k nous form 
nn bon gout^or toutes choses. J^admire commen. ^ 
dans la bouche da plus grand fou de la terre j C& :x- 
YAHTEs a trouv^ le moyen de paroitre Phomme le 
plus entendu et le plus grand connoisseur qa^oo 
puisse imaginer. » ( Yoyez plus baut Quevedo ^ 
p. ii4)* Saint-Evremond dit ailleurs : ccLes Essais 
de MonTiiGiCB ) les Podsies de Malherbb , les 7m- 

■ 

gedies de CoKViLtL'LE et les OEuures de VoitueE) 
se sont ^tabli comme un droit de me plaire toate 
ma vie. » 

U paroit que les ouvrages du bel esprit Yoitvrs 
( n. iSpSi— <>m. 1648)9 qui jouissoient d^une si 
grande reputation sous Loub XIII , en aToient en* 
core ibonserv^ tine bonne partie du temps de Saint- 
Evremond. Maintenant ce qu^on en pent lire avee 
quelque fruit se reduit a bien peu de chose. 

Jacques-Benigne BOSSUET , le plus eloquent 
des oraleurs modernes ( n. 1627— -m. 1704)) con- 
sultd sur celui de to us les ouvrages qu'il voudroit 
avclr fails, repondit : Les Lettres proi^inciales {i^ 
Pascal ). M. le chancelier d'Aguesseau pretend que 
<c la qup.torzieme Lettre provinciale surtout est un 
chef-d'oeuvre d'eloquence qui pent le disputer a tout 
ce que Fantiquite a le plus admire j et je doule? 
ajoute-t-il, que les Philippiques de Demosth^neet 
de Ciceron offrent rien de plus fort et de pl^s 
parfait, » 



SECONDE PARTIE. i^S 

^ Je ne puis resister an plaisir de citer le bel eloge 
cfue La Harpe fait de Pascal et des Prouinciales s 
-<( Uti genie non moins eleve que Descartes daiis la 
speculation y dit-il, et non moins . vigoureux que 
-Bossuet dans le style \ Pascal emplo^a Tune et Pau- 
Ire force k combattre Pincredulite qui, venue k 
ja suite du calvinisme , et quoique cachee et sans 
credit , alarmoit des-lors les vrafs amis de la Reli- 
gion. II attaqua d^abord ces malheureux casuistes^ 
qui paroissoient , il est vrai , avoir deraisonne de 
bonne foi , mais qui n^en avoient pas moins compro* 
mis Pbonneur de la Religion , en la rendant com- 
plice de cette ridicule scolastique qui avoit rempli 
leurs livres des plus pernicieuses erreurs. On pent 
done mettre sur le compte de la bonne philosophic 
ces fameuses Pros^inciales qui leur porterent un 
coup mortel. Si ce n'eut ete qu'un livre de contro- 
verse, il auroit eu le sort de tant d'aulres ^ et auroit 
passe comme eux. S'iln'avoit eu que le merite d'e- 
tre ^crit avec yne purete unique a cette epoque, on 
nes'ensouviendroit que comme d'un service rendu 4 
Uotre langue. Mais le talent de la plaisanterie rei^ni i 
celui de I'eloquence , et le choix ingenieux d'un ca- 
dre dramatique ou il fait jouer k des personnages 
serieux un r61e si comique et si plaisant, et nait]:e le 
i*ire de la gaiete au milieu des mati^res les plus s^- 
^hes et les plus graves, nWt pas permis que cet 
excellent ecrit polemique passat avec les int^rSts 
particuliers qui lui promeltoient d'abord une si 
grande fortune* » Aussi voyons-nous le4 P.rQyinciales 



\ 



DU CIIOIX DES LtVllES. 
Bouvent relmprimL-cs^ tenip un des premiers raiL* . 
dans toutes les bibliathLqiifs modernes les mie-^a 
L-ompos^es. ( Voyez cniLore siir Pascal, PflrlicYj 
DESPR^AUX, pag. i85— 188). 

Reveoons a Bossuet. Lorsqu'il eiil In les Jfefolw 
tions de Portugal, par Vertot , il dit an cartlinsi 
de Bouillon ; « Voila une plume i^illtie pour e(;rire 
rhistolre de M. de Turenne, » Malheureusemcntce 
vceu , car e'en elolt nn de la part de Bossnet , n'a pa* 
^te exaiice. Le prre Bouhours pensoit aussi avanta- 
geusemeut que Bossuet , du talent de I'abbe de Ver- 
tot. « Pfoiis n'avona rieii dans noire langue , disoit' 
il, qui, pourlestjle, soit au-dessiisdesi^ei'o/iiIi'o'M 
de Suede et de celles de Portugal, n Mably regar- 
doit le mfime Vehtot commc cilui de tons no* 
icrivaioa qui a ete Ic plus capable d'ecrire Pliisloire: 
kNuus a\ons un morceau , disoit-il, qn'a Lien dw 
^gards, on peut comparer k ce que les aociens oat 
de plus bean ; c*est Vffistoire des Revolutions il 
Suede; que) cliBTine ne cause pas cette lectnre ! * 
Mais le chef-d'ojuvre de I'abbe de Vertot , est son 
ilhtoire des Revolutions romaines. Quelle chaleof 
de style \ Quelle T^rite de seutimens! Quel tableau 
des passions tou jours en mouvement! Cependantf 
comparera-t-on cette bistoire avec le discours dc 
Bossuet sur I'histoire univers^lle ? Non, sans doute, 
parce que I'une ne traite qn'un sujet particulier, el 
I'autre embrasse tous les Sges; I'une est ecrite d'un 
Btyle vif, rapide, energique et tel qu'il convient a la 
narration des faits et k I'exprcssioa des passions ; 



SEGONBE PARTIE. ^f/S 

Z'antreest un tableau immense ou rien n^est o^iiia 

^uoique renfermd dans un cadre ^troit; la touche 

^a pinceau en est ^nergique , grande ^ sublime ^ ma* 

jestueuse et dignedu sujet. Ces deux histoires^ quoi'* 

^ue chefs-d^ceuvreGbacunedans lenr genre , ne peu- 

Tent done entrer en parall^le. Voltaire regardoit 

comme un des morceaux les plus precieux dela Ian* 

gue irancaise y le livre de Bossuet dont nous parlons^ 

et mSme il a dit quelque part : <c On a de lui cin* 

quante-un ou-vrages; mais ce sont sej» oraisonsju" 

ftebres et ses discours sur V Histoire unwerselle qui 

Font conduit 4 Pimmortalite. » Comment a-t-il done 

pu avancer ailleurs que cc Bossuet n'a ete que Pbis- 

torien du peuple juif. » Cette qualification porta 

Jbten k faux,, car, ainsi que Pa fort bien observe La 

Harpe , <c Bossuet a ete Phistorien de la Providence, 

et personne n^en a ete plus digne que lui ; personne 

aans exception , n'a mieux saisi Pencfaainement des 

causes secondes , quoiqu^U les rapporte tou jours k la 

eanse premiere ; chez lui tout est consequent , et 

ses resultats moraux tirent leur evidence des faits. 

Sa pensee marcbe avec les temps et les evenemens^ 

depuis la naissance du Monde jusqu^a nous , et jetle 

% tout moment des traits de lumi^re qui ^clairent 

tout et font tout voir, les si^cles , les hommes et les 

^Loses. » 

Mais il est temps d^arriver aux jugemens que des 

liommes d^un merite distingue out portes de Bos^ 

Suet ; on remarquera que la plupart , en parlant de 

ce grand orateur , out ete pour ainsi dire electrises 



(^4 ^^ cnoax DEs uvees. 

. fan son talent , et se soul pi'esque mis k son niv«w 
|>our le peindre dignement. 

La Bniyere paile aiusi du D(-mDslti6ae {rangaii 
daus son Discoiirs de reception k I'AcadcOiie fran^ni* 
se, prononce Je lundi i5 juin 1693, « Que dirai-je 
de ce persoQuage qui a fait pailcr si lonfj-temps um 
envieuse crititiue et '|iii Ta fait taire , qu'on ajoiire 
jnalgre aoi , qui accablc par le grand nombre et pU 
l'eminencedeseslalens?Orateur, hislorien, theolo- 
gien, philosophe, d'une rare erudition, d'une plm 
rare eloquence, soil dans ses enlretiensj soil danJ 
ses ecrits,'Soit dans la cLaire : nn defcnscur de li 
Religion j une 1 umi^re de I'Eglise , parlons d'avanR 
le laugagc du la poateiite , un Pere de I'Eglise (1)1 
Que nVsI-il point? JVommez une vertu qui ne loit 
pas la sienne. » ' 

Vauvenarguc* a etabli le parallelc suivant enfrt 
ISossuct et Pascal ; a Qui n'admire la mujeste , 1» I 

(1) Le cardinal Mauiy a relcv^ cetle expression ila[U«oa&)'' 
sur i'iloquence i nCe aont i mon avis, dit-il , lea P^res de I'EjB* 
Ijne La Brujireflatte, et dod pas Bossiiet, aa diGant de lu{:P«^ 
Ions d'avaace , etc. Get homniage ^toit uasurement tres hoiiDtiU* 
et \jts beau pour nn ei6que qui le recevoit en personne au miUM 
d'une seaace pubtique de rAcademie. Mais il mc xcmble que it- 
puis la inort ile ce grand homme , en mellaot a part I'incoiopara- 
Me aiilerit^ que doune le litre autbentiqiie et sacr^ de Vitt da 
I'f^liie , et le droit d'etre ainsi compte parmi les anneaux doat al 
forme la chainc de la tradition -, en ne considerant i]ue son) d« 
rapports purement litteraires I'l^rudilioa, la dialtctiquc et rcl»- 
quence des jcrivains cccl^asliques, il ma scmblc, dia-ic, qu'im 
pouAHHt, en jugeant aiuai Boaiuet, l'appcl?r avcc autaulde can-, 
fiance que de.y^rilfj le premitr da J'ires de I'EglUe. » 



SEGOlfDE PARTIE. ^ 1^^ 

iH>mpe) la miatgnificence, renthonsiasme de Bdssaet^ 
et la vaste etendue de ce genie imp^tueux , fecond^ 
sublime? Qui concoit sans ^tonnement la profoa* 
deur incroyable de Pascal j son raisonnement lovin- 
eible j sa memoire sui^naturelle ^ sa connoissahce 
universelle et pr^maturee? le premier eleve Pesprit^ 
Pautre le confond et le trouble ; Pun delate comme 
un tonnerre dans un tourbillon orageux ^ et par sea 
soudatnes hardiesses ecbappe aux genies plus timi- 
des; Tautre presse^ etonne^ illumine^ fait sen tir 
despotiquement Pascendant de la verite ] et comme 
si c^etoit un £tre d^une autre nature que nons^ sa 
iiye intelligence explique toutes les conditions ^ 
toutes les affections et toutes les pensees des bom- 
mes y et parott toujours superieure k leurs concep- 
tions incertaines. Gn^nie simple et puissant , il assem- 
ble des cboses qu^on croyoit incompatibles , la \eh^- 
xnence ^ Pentbousiasme ^ la naivete avec les profon- 
deurs les plus cachees de Part^ mais d^un art qui 
Inen loin de g^ner la nature^ n^est lui*mdme qu^nne 
nature plus parfaite j et Poriginal des preceptes. Que 
dirai-je encore? Bossuet fait voir plus de feconditd^ 
et Pascal a plus d^invention ; Bossuet est plus imp^- 
tueux^ et Pascal est plus transcendant ^ Pun excite 
Padmiration par de plus frequentes saillies, Pautre 
toujours plein et solide , P^puise par un caract^re 
plus concis et plus soutenu. » 

L^auteur, apr^s avoir parle de Bossuet et de Pas- 
cal, passe k Pension : a Mais toi, dit-il, qui les. a 
surpasses en amcnit^ et en grace, ombre illustre y 

1. la 



jyS I>U CBDVL DCS tlVWES. 

aimable g^ie^ toi qui fis regtier la yertu par V^ 
tion et par la donceor; pourrois^je ottUier la 
blesse et le charme de ta parole j lorsqu^il est qu^s-* 
tion d^'eloquence ? Ne pour cultiter la sagesse et Vht u* 
xnauite dans les rois y ta voix ingenue fit retentir an 
pied du tr6ne les calamit^s du genre humain fouie 
par les tyrans y et defendit contre les artifices de Ja 
flatterie la cause abandonnee des peuples. QoelJe 
fcont^ de coeur, quelle sinc^rite se remarqne dans 
tes ecrits ! Quel eclat de paroles et d^images I Qui 
sema jamais taut de fleurs dans un style si natural ^ 
mi m^lodieux et si tendre ? Qui oma jamais la raisois^ 
d^une si touchante parure? Ah ! que de tresorsdV^ 
bondance dans ta riche simplicite ! 

<c O noms consacr^s par Tamour et par les 
pects de tous ceux qui cberissent Thonneur des let 
tres 9 restaurateurs des arts , pires de Peloquence 
lumi^res de Pesprit humain, que n^ai-|e uu rajoi^- 
du g^nie qui echaufia vos profonds discours , fomr^ 
vous expliquer dignement et marquer tous les traits 
qui vous out ete propres ! St Ton pbuvoit m^ler des 
talens si divers, peut-dtre quW Toudroit penser 
comme Pascal , ^rire comme Bossuet y parler com- 
me Fenelon^ mais paree que la difTerence de leur 
style venoit de la difiGerence de leurs pens^ et de 
leur mani^re de sentir les choses, ils perdroient 
beaucoup tous les trois, si Ton vouloit rendre les 
pensees de I'un par les expressions de Pautre. On ne 
iouhaite point cela en Ids lisant, car chacun d^eox 
^^exprime dans lest termer les plus assortis au csrsc* 



SECONDE PARTIE. ^m 

t^de 868 sentimens et de ses id^s; ce qui est la 
t^itable marque du gi^nie. m 

LaHarpe^ parlant de Pumyersalit^ de$ connois- 

unceS) qui ne pent £tre le partage d^un seul hom- 

me, apris avoir pay£ un juste tribut aux talens de 

Voltaire 9 et avoir cependant d^montr^ qu'4 part la 

trag^die et la poesie l^g^re, il occuperoit k peine le 

^cood rang dans d'autres partiies. La Harpe s'^crie : 

«Un homme ( si j^ose dire ce que j^en pense ), mo 

pttolt avoir ^t^ plus magnifiquement partag^ que 

penonne^ puisquUl s^est elev^ au plus haut degri 

^808 ce qui est de science et ce qui estdeg^nie ; c'est 

'oflsaet. II n^a point d^^gal dans P^loquence ^ 

^^Bscelle de Foraison fun^bre^ dans celle de This- 

^iie^ dans celle des affections religieuses ( voyes 

'^ Miditations sur l^vangile ) , dans celle de la 

^^ntroverse ( voyez les F'arialions ) j et en m^me 

^mps personne n^a 4xi plus loin dans une science 

^"tiamense qui en renferme une foule d'autres, celle 

^ela Religion. C^est, ce me semble^ Phomme qui 

^t le plus d^honneur k la France et k P^lbe des 

fdemiers siicles. Et pourtant ce n^^toit point un es- 

\»rit nniversel ; les sciences physiques ^ les sciences 

nactes J la jurisprudence et ia po^sie lui ^toient fort 

^trangires. » 

Ailleurs La Harpe s'exprime ainsi sur ce grand 

oratenr : cc Qu^un homme de godit le relise , qu'il le 

in^te; il en sera terrasse d^admiration. Je ne sau* 

nb exprimer autrement la miexn;ie pour Bossuet. 

Oana ses.^rits on tie trouve jamais )a moindre apr 



;i8o ^V CHOIX PES LIVRES. 

parence d^efibrt ni d'appr^t y rien qui votis fasse son- 
ger a Pauteur. II yous. ^chappe entierement ^ et- ne 
yous attaqbe qu^4 ce qu^il dit. C^est la surtout ^ on 
ne sauroit trop le repeter, la differenqe essenlielle 
da grand talent et de la mediocrite ^ du bon gout et 
du mauvais. Si votre imaginatioa vous commande , 
vpus conimandez , et dans ce cas }e ne verrai rien dans 
yous qui demente cette impression* Je ne vous ver- 
rai rien chercher^ rien affecter^ rien conlourner. 
Suivez de Pceil Taigle au plus haut des airs , ti^ver- 
sant toute Petendue de Phorizon ; il vole, et ses aile$ 
semblent immobiles ) on croiroit que les airs le por- 
tent* C^est Pemblime du poete et de Porateur dans 
le genre sublime ; c^est celui de Bossuet. » Cette 
demiere image est une tres belle imitation du style 
de Bossuet lui-m&me y et par la meme , la plus yraie 
et la plus heureuse mani^re de le loner. 
. Finissons par le sublime eloge que M« le cardinal 
Maury a trace de notre orateur.: cc Au sepl nom |le 
Demostbene, mon admiration me rappelle celui de 
ses emules ayec lequel il a le plus de ressemblance j 
Pbomme le plus eloquent de notre nation. Que Pon 
«e represente done un de ces orateurs que Ciceron 
appelle vehemens et eu quelque sorte tragiqi^es, 
( grandis et, ut ita dicam, tragicus oratqr. Brutus 
3o3 )•, qui, dou^s par la nature de la souverainete 
de la parole ,. et eqiportes par une eloquence tou- 
jours armee de traits brulans comme la foudre , s'e- 
leyent au-dessus des regies et des modules, et por- 
tent Part it tout^ la baij^leur. de leurs propres c<m- 



J 



SECONDE PXRTIE. i^f 

oeptionsj uri orateur qui , par ses flans , monte jus- 

^uWxcienx, d'ou il descend avee ses vastes pen- 

8^es agrandies encore par la religion , pour s'asseoir 

sur les bords d'un tombeau et abattre Torgueil ides 

princes et des roi^ devant le Dieu qui ; apr^s les avoir 

distingnes sur la terre durant le rapide instant de la 

vie, iesrendtous^ leur n^ant et les confond k jamais 

<lan3 la poassi^re de notre commune origine; uu ora- 

^rquiamontre dans tousles genres qu'il inventeou 

qa'il feconde y le premier et le plus beau genie qui 

«t jamais illustre les kttres j et qu'on pent placer 

*vee une juste confiance j k la tSte de tous les ecri-' 

Tainsanciens on modemes qui ont fait le plus d^hon- 

*cw i Pesprit humain ; un orateur qui se crce une 

JaogQe anssi neuve et aussi originale que ses idees y 

^ui donne a ses expressions un tel caractere d^ener- 

Sie, qaVn <^roit Pentendre quand on le lit , et k son 

stylennetelle majesty d'elocution, que Fidiome dont 

" ic sert semble cbanger de caractere et se divini- 

^r en quelque sorte sous sa plume ; un ap6tre qui 

wstruii Punivers en pleai*ant et en celebrant les 

plus illastres de ses contemporains , quMl rend eux- 

J^iinies da fond de leur cercueil les premiers insti- 

totenrs et les plus imposans moralistes de tous les 

*i^les; qui repand la consternation autour de lui y 

^ttwendant pour ainsi dire pr^sens les malheurs qu'il 

"^coute, et qui, en deplorant la mort d^un seul 

■^oiitie, montre k d^couvert tout leneant de la na- 

^ humaine; enfin, un orateur dont les discours 

''Spires ou animes par la verve la plus ardente y la 



%B% ^^ fSBOifX BSfi 13VKES. 

plus or^pnale y la plus lii^h^mente et la plot svUiflMf - 
aont en ce genre des onTrages abaolament a pirtf 
des onvfaget oil Sam guide et sans mod^et^ il attekt 
la liniite de la perfiection y des ouyvages classkpei 
conaacrds en qiielqae sorte par le sufirage unaniiiiis 
da genre hamain^ et qn^il &at ^tadier sans ceney 
eomme dans les arts on Ta former son goikt et mAiff 
son talent k Rome en mutant les cheft-d^oeune^ 
Bapbael et de Michel-Ange. Voili le D^inostUns 
fntn^ais ! Toili Bossnet ! On pent applkjner k sei 
torits oratoires IVloge si memorable cpe friioil 
Qnintilien dn Jnpiter de |^hidias y lorsqn^il disoit qns 
^tte statoe avoit ajont^ k la religion des peiipki; 
Bossnet a M en Enrope le veritable cr^tenr et U 

pins parfidt mod^ de Pdloqiience de la chairs^ » 

' . . .. 

Loins BOURDALOUE, c^l&bre predicate 
( n. i633^ jifsuite en 1648 9 m. 1704) 9 relisoit tosi 
lesans Saint Phtl, Saiht Chrisost6me et Cictaotk 
Cest dans ces trois sources quUl puisoit sa male et 
solide Eloquence. On a dit de lui qu^il etoit le Co^ 
neille de la chaire y et que Massillon en etoit k Bs- 
cine. On Pa compart k Demosth^ne ] on Pa appele 
le pr^dicateur des rois^ et le rbi des predicateon* 
Tontes ces flatleases denominations prouTent biea 
queBourdaloae est digne da rang qu^il occnpe k tsst 
de litres parmi les orateurs de la chaire les pins dis- 
tingnds. G'est surtout par la beaute et la regolaritJ 
de ses plans , par une force tou jours croissante d'i- 
diSes distinctes et nettes y par une logique pressanle) 



* 
1" 



SECOrn)E P4RTIE. i83 

fm nn 9tyle. severe ^ qu^il se fait remarquer; ii n^a 
ni le sublime de Demostfa^ne, ni les metaphores 
harcUes et frappantea de Bossnet^ ni les allegories 
brillantesy Tives et ricbes de Massillon ; il ne s^amuse 
jamais k cueillir les flenrs qae la roiute peut lai of- 
frir ; jnais il marche vers son but d^un pas ferine et 
mpide^ snr la ligne la plus directe, visant plus k 
poosser k bout la raison de Fauditeur par la force de 
la dialectiqne^ qu^a frapper son imagination par les 
^harmes et les mouvemens de Peloquence. Le ten- 
ure Massillon plaira davantage an commun des lee- 
'^urs y surtont aax jeanes gens ; Panst^re Bonrdalone 
^era pins du goikX de Fhomme mur et r^flechi qui 
tient ]das k la conviction qu^i la persuasion. 

M • le cardinal Maury a parfaitement rendu jus* 
Hice k notre c^lebre predlcateur et le fait paroitre 
«oas son vrai jour j lorsqu^il dit : <c Ce qui me platt^ 
'^eqne jWmire principalement dans Bourdaloue^ 
t^est quHl se fait oublier lui-m^me; c^est que 
dans nn genre trop souvent livre k la d^clatnation 
il n^exag^re jamais les devoirs du cbristianisme j ne 
cbange point en pr^ceptes les simples conseils^ et 
que sa morale peut toujours kire reduite en prati- 
que; cVst la ffcondit^ inepuisable de ses plans qui 
ne se ressemblent jamais, et Tbeurfux talent de 
disposer ses raisonnemens avec cet ordre dont parle 
Qointilien lersqu^il compare le merite d^un ora- 
teur k rhabilet^ d^un g^n^ral qui commande une 
arm^e, ^elut imperatoris virtus^ c^estcette logique 
ieaaete et pvessante qui exclut les soplvisineS', les 



t84 ^^ dOIX BBS liVRES^ 

contvadictions yleg paAuloxes j e^est Part avec lecpiel 
il foade noftdeYoirs stir -nos int^rfttsy et ce seoet 
prddeux cpie ye ne irois gn^ qae -dans ses sermoni) 
de converlir les d^jtaili des moenrs en prenves de sod 
SQJet; c^est cette abondance de g^e q[Qi ne laioe 
rien k imaginer au-deli de c^hacun de sea discom) 
cpcMqu^il en aU compost aa molns deux^ souveit 
iroify.qiielqiiefoia m^me quatre surla.mdme matii* , 
re , et qn'on ne aache apr& les a^voir las j aaqad 4e 
ces sermons donner la pr^££rence ; c^est la sunpln 
cit^. d'an stjle nerveux et touchant, naturel et lUH 
Ue J U connoissance la. plus profonde de la Religiooy 
Posage admirable qa^il fait de Pi^lcritare ^et. des Fi- 
res ; enfin je ne pense jamais k oe grand honune asai 
me dire iomM-mtme : YoiU done josqu^on le gdnie 
pent ;s^eleYerj|.qnandU. est soutenu par le traYsil!> 

■ f * 

Nicolas BOILEAU DESPREAUX ( n. i636- 
m. 1711 .)) avoit un gout particulier pour Homerb; 
il en revenoit toujours a lui et en faisoit sa passion 
favorite. ccC^est unpoete^ disoit-il, que les graces 
ne quittent point. Tout ce qu^il ecrit est dans la na- 
ture ^ et d^un seul mot il vous fait connoitre ua 
homme. Ulysse arrive dans la caverne du Cyclope ; 
Polyphfeme ne fait qu^une bouchee de deux de ses 
compagnons; Ulysse lui pr^sente k boire ; YpiUde 
bon vin ^ dit le Cyclope ; va^ mon ami y je te maoge' 
rai le dernier, s> II est certain que ce trait qui a Fair 
si peu intjeressant , si minutieux en lui-mdme j est un 
des coups, de pinceau les plus beureux pour faire 



» 



SECONDE PABTIE. 1 85 

ress^prtir le caractere souple, ruse, adroit ifUlysse. 
Ce que Boileau estime le plus dans Homeae , c'est le 
talent qu'il a d'exprimer noblement les plus petites 
choses. II observe que c'est la ou consiste Part ; car les 
grandes choses se.soutienhent assez d^elles-niemes. 
Ailleurs Boileau s^exprime ainsi : a Hom^re dit tou- 
jours tout ce qu'il faut dire sur un sujet, et ne dit 
jamais plus que ce qu'il faut dire , comme on peut 
le yoir par la harangue du p^re de Chriseis , qui , 
dans le i .«' livre AeVHiade, vient demauder safille 
a Agamemnon. C'est le plus excellent modele de 
harangue qu'on puisse proposer, en ce qu'en deux 
periodes tout au plus elle renferme une infinite de 
choses et de circonstances ; il n'appartient qu'a Ho- 
MEBJE d'etre si heureusemeut laconique« )> 

Un des ecrivains anciens qui faisoit le plus de 
plajsir a Boileau , apres Homerb cependant , etoit 
TERENCE. (cCet auteur, disoit-il, dont toutes les ex- 
pressions vont au cceur , ne cherche point a faire 
rire., ce qu'affectent surtout les autres comiques; il 
ne s'etudie qu'a dire des choses raisonnables, et tous 
ses termes sont dans la nature qu'il peint toujours 
admirablement. » . 

Boileau donnoit le pas aux anciens sur les moder- 
nes, k I'exceplion d'un seul auteur, qui surpassoit, 
a son gout , les vieux et les nouveaux ; et cet auteur 
etoit Pascal. Ce satirique disoit au P. Bo.uhours(i) : 



(i) Puisqu'il est ici question du. P. Bouhours, uousdironsy en 
passant) que La Harpe a TiTement ciitiqu^ la ,M.anUri£_de bUn 



l86 BU GHODC BES UVRES. 

<cMon P£te| lisons les Lettres prowncialei f^j 
nroyes^moi ^ ne liioiti point d^antres liyrcB. » Li P<f 
Bouhoun avoit ses laisoiu poor n'^tre pas VM^ 
hit de Pavia de Boil^io. 

Voltaire aarare que « lea meillenrea comddicf ds 
Moli^ n^o&t paa plus de ael qae les premiifa 
Prot^indales, et que Bossnet n^a rien de pins tfa* 
^uent que les demies, so H fiint conrenir ^e e^ 
i ces Lettres qne Pon doit rapporter P^poqne da k 
fixation de la langue fran^aise. Qaoiqn^elles aieni 
pam d^ i6S6y la diction nVn a pdnt vieilU) d 
Pon n^y vemarqne rien qni se ressente des cbasge< 
mens et de Palt^tion cfue le temps introdnitdutf 
ks langnes'irivantes. KPeossent-elles que ce mdrbey 
c^en seroit d^j4 nn ttis grand ; maia nous Tenons di 
Toir k Particle BOSSUET, qne ce nVst pasi celai-il 
senl qm^elles doivent lenr r^utation immortdle. 



penser sur les ouvrages d* esprit, par ce Jesuite, onvrage (iffn eol 
l)eaaconp de TOgne dans son temps , et qu*il fait le plus gnuu^ 
^loge d*aii litre de Barbier d'Aucoart , iutitule : Sentimens ds 
CUante , et dirig^ centre les^ EntreUens d*^riste et d'JSugtne, 
ie Bouhours. aLes Sentimens de CUante , dit La Harpe, sontt 
apres les Lettres prouinciales qu*il suffit de nommer, le sed 
lirre pol^mique qui ait assure k son auteur une reputation qui t 
dure )U8qu*k nous; et I'oavrage en est digne. C*est, k tres peu de 
chose pr6S) ce que la critique a produit de meilleur dans le xrii.' 

siecle L^auteur a de la rndthode, du sens et des principes. 

£n indiqaant Terreur , il y substitue la y^rit^ ; il met le bon gout k 
la place du mauyais; en blamant ce qu*on a fait , il montre cequ'il 
faut faire. II pense juste et il ecrit bien. II yarie son ton k propor- 
tion des objets, et sa plaisanterie est fine et dccente autant quesa 
Jl^aiaoa est solide et kunineose. » 



SECONBE PARTIE. igw 

flesi encore un onyrage qui place Pascal an rang 
ei g^nies les plus profonds ; nous parlons de ses 
^J?ens6eSf livre etonnant, quoiqne seulement ^bau* 
^tAi€. Le Quintilien francais ( La Harpe ) en a bien 
:&it sentir tout le m^rite dans son Cours de litt^ra* 
^ure. « Une conception bien plus Haute ( que lea 
JPfx^inciales)^ dit-il, ce fut celle d^un grand onvra' 
.^e que Pascal ne put que mediter et n^eut pas le. 
^fcemps de composer, et ou il se proposoit de prouder 
^nviuciblement la n^essit^ et la verite de la revela- 
tion; ce qui ne Teut pas dire, pour ceux qui con?^ 
noissent leur langue et leur religion , qu'il eiit )a* 
mais pens^ k expliquer les Hyst^res par une th^rie 
parement bumaine , ce qui seroit detruire la foi 
pour clever la raison. Pascal n^etoit pas capable de 
cette inconsequence anti-cbretienne ; il vouloit sen^^ 
lement demontrer les motifs de credibility fond^^ 
far la certitude des faits et des consequences , de 
nani^re 4 ce que la raison n^ait rien k y opposer et 
^'ellesoitforceed^avouerqn'il sufBt de ce que Dieu 
a vonlu nous apprendre pour croire ce qu^il a voula 
nous cacber. Ce plan est tr^s philosopbique et tr^s 
executable ; et personne ne pouvoit Pexecuter mieux 
que Pascal, & en juger seulement par les fragmens 
qui nous restent, tout informes quails nous sont par- 
Tenus. La liaison des idees est necessairement per- 
due : cVst une force principale qui manque pour le 
but de Pouvrage; mals ceile de pens^e et d'expres- 
sionsuffiroitpour Pimmortaliser. £a: ungue leonemp 
on Toit Pongle da lion ; cVst ce qu^on peut dire k 



i88^/ , DU cudix.DESTXviaes:: 

diaque page de ce singulier . reciieil qni ■ ne parol 
qu^aprti sa mort^ soas le litre de PensSes.VolUm 
en a combatta qoelqaes-imes avec uhe Ir^ maiinise ' 
logique et beanconpde'maavaise foi. Le projet d'ai- 
taqne n^^it.pas'inftme convenable en bOnne joitl* 
ce. Gommentae-permeti'Ond^argiimeater contremi 
Iiomme .qui y ne parlant encore 'qu^a liii*m6me 9 nV • 
soavent jet^ sar deft' papien detaches que des aper* 
(US incomplets qa'il ne vonloit qne retrouver paor' 
les rattBcher JL la chatne de ses raisonnemens ? TAt*: - 
taire est Mi se .beurter contre des pierres d^attentet 
eombien il e&t moms r^ussi contre IMdifice entier ! » : 
Rerenona i Boilean ^ et. partons un pen de hi< 
mfime. Son jirt poitigue Pa* toujours fait conaid^ 
rer ^ i bien juite titre ^ comme le l^gislateur da Fk^ 
naiue^ son Lutrin, plein de ael et de verve ^ proatei 
^vPiSL n^^toif pas .simplement un bon yersificateor^ 
mais que la nature Tavoit encore dou^ de Pima^na- 
tion la plus feconde et la plus brillante ; et qaoique 
ce charmant badinage apit uue esp^ce de parodie 
epique ^ on voit que Boileau eut pu entOnner avec: 
succ^s la troinpette heroique s^il eut voulu appliqaer 

son talent 4 ce genre de poeme (1) \ aussi nous dou- 

«■ ■ ■ , — 1 ' ■* 

(1) On peat s'en conyaincre en lisant le.Parallile de la Hen- 
riade et du Lutrin, par Fabb^ Batteux, 1746) i/z-ia. Ceat 01 
xnorcean de cntiqne lilt^raire fait aVec beaucoup de gout, qaoi 
qu^en ait dit La Harpe. La Heniiade y esty^k dire yrai , traik^e oa 
pcu s^yerement; mais Pexamen des deux poeme» est parfaite- 
ment d^taill^, et ne peut £tre que fort instructif. Ce parallele a 
^t^ r^imprim^ dans le T^oltariana, 174.8) i/z-8.o; dans les OpW' 
aulei.de Fr6ron , 1763 ^ 3 vqU in-i^f torn. II , et dans la Henriad^ ' 



f- 



r ^ SECOIfDE PARTIE. 189 

~ tons^ qne tout le monde soit de Pavis de La Harpe^ 
qui 9 tout en convenant que Voltaire n'a pas ete aussi 
parfait dan& un grand su)et (la Henriade ) que Boi* 
lean dans un petit. ( le Lutrin ), ajoute : cc On pent 
penser, sans dire injuste envers Despreaux, cp'il 
n'auroit fait ni le second , ni le septi^me j ni le neu- 
vi^me. chant de la Henriade. » Sans doute les opi- 
nions pourroient etre partagees 4 cet egard. 

Mais an moins.personne ne disconviendra que ses 
£pitres, ainsi que son ^rt poetujue, et la plupart 
de ses- Satires Font fait , a juste titre^ proclamer 
a Punanimite des suffrages , le poele de la raison^ 
On ne fait. pas assez d^attention ,aux services impor- 
tansquese? Satires onX, rendus a la litt^rature fran-> 
$aise. Personne ne Ta mieux senti qu^un ^uteur mo- 
derne qui , dans un article de critique , en 1.806 , 
s^est exprime ainsi: : <c Une foule de charlatans litt^- 
ftires ( vers le commencement du r^gne de Louis 
XlV ) J trompoient la nation , faisoient illusion k 
l^ Cour et au peuple , et par toutes les seductions y 
P^lt tons les prestiges du faux bel esprit j etoient par- 
Venus a s'emparer des honneurs, du credit et des 
i^^compenses qui ne sont dus qu^au vrai merite (i). 



^*.vec le commentaire deJLa Beaumelle y^Biiay lyyS yin'!^,^ II y en 
^ ausfii nne edition iA-8.0 

(1) Nous en avons la preuTe dans irois listesde pensions accor< 
^^es par Louis XIV aux geus de lettres, en 1664, i665 et 1666 y 
fr^ne nous possedons dans un manuscrit du temps de CoUiert^ 
^tjpi contient ep outre le detail de toutes les depenses que ce roi 
^ faites pour sea chateaux rpyamc.: Ce manuscnt ea 3i Yolume^ 



>l^ J)TJ €8013! BES I1VRE8. 

An mOiea de ce triomphe magique de la sottise ef 
da nuui^faif go&t^ BoUeaii porott : k m^voix, tons k$ 
finlAmes s^^fuioaiisent ^ toutes les illnsicms se (&* 
sipent; le public d^sabat^ rit de ses propres ecreiin 
et litfoae cens qu^il avoit admir^ (i)jchacan pread 
Ba place natofell^ } Chapelain^ qui teaoit le sceptn 
de la litt^tuve ^ n^est plus qu^un riineur dur et btp 
bare (a)^ digue d'autant de siffleta qa^il avott dinbt 
d^applaodisaemens} Cottin^ Porade des meliety k 
ptMite des dames ^ k cbarme des salons , n'est jim 
qu'nn miserable bel esprit ^ qu^un petit iiuseiur dt 
mauvaises pointes ^ d'insipides calembourgs et de p 
toyaUes piadrigauS) bem^ dans ces mftmes ceickl 
dont il amt fiiit les d^lioes. L^in^puisaUe ScndAyi 
qui tons les mois enfantoit nn f olume | est rddoit k 
maudire la triate ^condit^. Tous ces intras dn Ftf* 
Basse ezpi^ sous le fouet de la satire leurs prAes* 

• 4ii analyst par nout, et nous publievons une dusertation qn 
nooB ayons r^g^e k ce sujet. 

(i) Les Pemmes savantes et les Pricieuses ridicules, de Mo* 
\\kttj out aussi beaucoup coBtrilni^ 'i la r^forme du Pamasieatdd 
la litt^ratnre fran9aise. 

(a) De toutes les ^pigrammes de Boileaa , la mieux faite, la ploi 
ac^r^e , la plas plaisante , est celle qu*il decocha contre le paovro 
Cbapelain, daas le genre de riuuriDoaie imitative : 

Maudit soil Tanteor dnr , dont Tipre et mde yervo , 

Son carreaa tenaiUant , rima malgrt Minenre; 

£t de son loord marteaa martelant le bons sens, 

jL-UXt de inteliaBt yen doiue fbit doase cents. • 
. La PuceUe 4toit en vingt-^^iiatre chants ; il n'y en ent qae dooif 
qui fiirent imprimis. Cette ^igramme n'a pas pea contriM i 
^«mp^her les donze derniers de paroltre; ils ae troayent inano»* 
criu daas ^pwlqnei o afci n st f de ctnieux/ 



^BGOlfBE PAKTIE. j^l 

ions fidicmles et lenr reputation usurp^e. Une heu- 
reii5e et salataire revolution s^op^re dans les esprits 
sclair^s par le flambeau de la rai«on et de la saine 
critique ; le masque du charlatanisme tombe ; le bon 
sens reprend ses droits y la y^rlte son empire ; et 
la litterature fran^aise, degag^ de tout ce qui la 
souilloity par le satirique qui donne k la fois la le* 
pon et Pexemple , briUe d'un ^clat aussi pur que du- 
rable , et deyient un des titres les plus glorieux da 
plus beau r^gne de notre ancienne monarchie. Yoili 
ce que la France doit h Boileau. » Nous n^ajouterons 
rien a ces faits qui font assez ressortir le merite de 
B0tre auteur. 

Disons encore un mot sur ses go&ts litteraires. It 
aimoit Regit Ann y et trouvoit qu^il n^etoit pas medio- 
crement plaisant. £n elTet on le regarde comme no- 
tre second comique* Aussi Voltaire disoit : cc Qui ne 
se platt pas k Regv ard j n^est pas digne d'admirer 
MoLitiaB. 9» De toutes les ^pigrammes quV connues 
Tauteur de la satire contre les femmesy il estimoit 
le plus cdle-ci : 

Ci-git ma femme ; ah ! qa'eUe est bien 
Pour sou repos et poor le mien ! 

mais il bll^oit hautement ce vers de Thomas Cor<- 
neille j dans son comte d' Essex, 

te crime fait la honte et non pas Fechafaud^ 

quoiqu^il ait pass6 en pvoverbe parmi nous. Boileau 
lui trouToit un sens louche et le regardoit comme 
une esp^ce de galimatias. Cependant il parott fort 
l)le^ imite de ce passage de TertuUien , Martjrrem 



1^2 I>tJ CHOIX i)E8 LtVRES* 

facit causa f non pasna, qui esltr^sclair (i)5etiiVtM 
deplaise 4 Boileau , si ce vers e&t ete du galimatias ^ 
il n^eftt pas eu Passentiment de la posterite. 

Nicolas MA.LLEBRANCHE , celebre metaphy 
sicien, (n. i638-«-in. 1715 ) , passant un jour (en 
1 664 ) dans la rue Saint-Jacques , fut invite par uu 
libraire 4 acheter le Traite^ de Vhomme, de Des- 
cartes ^ qui venoit de paroitre (a). II se mit 4 fenil* 

(1) II est d'autant plus clair que le cas de poena n*est nullement 
douteux, et qu'on voit k FiDstant quMl est le nominatif ou sujetde 
facit, au lieu que le francais n*ayaiit pas de cas marques par la d^- 
fiinence, il ne seroit pas impossible qu^un etraoger, trtspeafa- 
miliarisi^ ayec la langue frau9aise, et lisant pour la premiere fens 
le vers de Corneille, fut incertain si le mot ichafaud est oil sojet 
ou r^me da verbe fait, 

(i) D^ que le TraiU de I'homme vit le jour, on le wSt iii 
nombre des plus beaux ouvrages de Descartes. II n*y en a fsA* 
etre m^me aucun dont la marche soit aussi bardie et aussi neuve. 
La roaniere dout il y explique tout le m^canisme et tout le. jeades 
ressorts, dut etonner le si^cle des qualit^s occultes et des formes 
substantielles. Avant lui on n'avoit point ose assignor les acfioni 
qui dependent de Fame, et celles qui ne sont que le resultatdes 
luouvemeus de la machine. II semble qu^il ait voulu poser les 
l)ornes entre les deux empires. Get ouvrage n'etoit point acheve 
quand Descartes mourut (le ii fevrier i65o, k cinquante-quatre 
ans)*, il ne fut imprim^ qu'en 1660. Thomas, de qui nous empran* 
tons ce jugement sur cet ouvrage, a un passage assez interessaat 
dans les notes qu^il a ajout^es h. I'eloge de Descartes : il y parledes 
voyages de ce grand homme , et cite a ce siijet les philosophes de 
I'antiquite qui ont aussi voyage , tels que Thalt^s , Solon , Pytha* 
gore, Platon et Democrite. Ensuite il dit : «Parrai nous il semble 
que les voyages soient moins n^cessaires. Toutes les connoissauces 
sont rassemblces dans les livres *, et Timprimerie a rdpandu les Ii' 
vres par toute ia t'erre. Ayec uue bibliothei|ue on trouye ruaiTcfS 



leter le livte et en fut frappe comme d^nne lumt^re 
qui sortit toute nottVelle k se$ yeux ; il entrevit 
une science dont il n^aVoit point d^idee^ et sentit 
qu^elle lui convenoit. II acheta le livre , le lut 
avec empressement) et^ ce qu'on auroit peine a 
croire , avec un tel transport qu'^il lui en prenoit des 



tans fioitir de cliez soi. Mais cet univers compo^^ de la main des 

hommes, ressemble-t<-il assez k Punivers tieil hes iditB acquisetf 

par une refiexion froide et lente, An fobdd'un cabinet, sont-ellei 

«u68i vives et aussi fortes ^e celles qui ualtroieut da spectacle 

du Monde? Uhomine qui lit croit sur parole; Thomme qui yoit 

fuge par lu^-mlme : il interroge la nature , et peut lui arracher 

des secrets qu*elle «Toit caches jusqu^alors. D'ailleuvs, il en est des 

livres, par rapport k la nature, comme des copies par rapport aus 

grands tableaux; les traits s'alt^rent en passant par differeutes 

mains. Pour bien peindre il faut £tre pres de son modele. A joutex 

^ue cbacun a sa mauiere de voir et de saxrir les grands r^sultats; 

et la mantere de Pun n'est presque jamais celle dp Tantre. Ce n*est 

n^me qu*en parcourant successiyement une foule de grands ob-^ 

jets f que Ton accoutume son ame k bien yoir et k comparer. L'es- 

prit s*^tend avec Tespace qu'il veut embrasser. Enfiu tout bomma 

qui ^crit donne k hi natiire les homes de sen g^nie : on ne la 

connoit done point si on ne Petudie dans elle^m^me. C*^toit Ik la 

gtande inaxime de Descartes. II n'ayoit, disoit^il, d'autre livre 

que le Mondi?. » C'est vers Page de trente aus qu'il forma la r^so- 

lution de se passer de liyres et de sayans; il ne voulut plus lire 

que dansce qu*il appeloit le grand liwre du Monde ; et il s'occnpa 

k ramasser des exp<^ri.ences. 

M. de Bonald dit, en parlant de ce grand homme : a Descartes ^ 
f enteuds le moraliste et nbn le physicien , a fait une revolution 
dans les pens^es; Voltairje a excite une r^volte dans la societe; 
Yoltaire a joui de son vivant de toute sa gloire »..,.. Descartes 
n'a pas joui de la sienne; mais elle s'est accrue apr^s lui , parce 
que les grands geuies, pareils aux Edifices ileves, yeulent ^tre vus 
k une ju£te distance. » ( V. la Ligulation primitive, 1. 1, p. a3. ) 

1. i3 



1 j4 ^^ CHOnt DES LIVKES. 

battemens de ccear qui PobligeoiieQt parfois d^iiteiv 
rompre sa jectore. Cett^ lecture fit Mir lai.reiFet de 
retincelLe sur la poudre ^ ei^ de9 vers de Mallierbe 
snr Lfi Fontaine. II abanidoi^na tonte autre etucfe 
pour la philpspphie de. Descartes , etcoosacra a li 
metaphysique le resle de ses }Oi|];s« Ju9que-U il s'e<» 
toit adonne y mais sans goiit j k rhistoire ecglesiastir 
que et k la <^ritique. Mallebrapclie a compose an 
grand nombre d'ouvrages y surtput de controvene« 
Qaelquefois il> a eu Arnauld pour adversaire. On i 
dit que Mallebrancbe ^toit le Pension de la dis- 
pute et qu^ Arnauld en etoit le Bo$su^t. MsJIebran* 
che ne s^enonpoit pas facilement dans la cooYersa-* 
tion; un homme d^esprit^ comparant ce profbod 
ecrivain aTec Plngenieux Fontenclle y dont il avoit 
cultive lasoci^te apres ayoir lu lieurs ouvrages^.dit: 
cc J^ai trouve le P. Mallebrancbe fort au-dessonsde 
ses ecrits y et Fontenelle fort au-dessus des siens. » 

LEIBNITZ , pbilosophe , litterateur et saranl 
profond (n. 1646— m. 1716), faisoit, dit- on, con- 
sister toute sa bibliollieque dans les oeuyres de Pla- 
TON y d'ARisTOTE , dc Plut ARQuE y dc Sextus Em- 
pYRicus, d'EucLiDE, d'AncHiMEDE, de Pline, de 
Cici^RON et de S^neque. Leibnitz perdit son perea 
Page de six aos^ on Penvoya k Pecole ou, sit6t qu'il 
eut appris les principes des langues grecque et lali- 
ne, il quitta ses dasses et se mit a lire en parll; 
culier les classiqnes de ces deux langues. Mais il 
donna la preference a Tite-Live et a VirgiiE/ 



8KC0N0B PARTIE. ^g5 

« Ainal-^ dit Paatear de m vie ^ il fit par instinct ce 

que les mattres kft plot habiles ont coitseill^ que Ton 

fit finre aux autre^ par raisoh; L^^leganoe, la ptiret^^ 

U noble aimplicite de TiTk-Liys conviennent sans 

doutie ii-cet lige poor qui la brievete de Salluste et 

les orades de Tacite, si beau>c dans an' &ge plus 

avanci$9 sont alors d^ dangerl^ut modules. Qnant k 

Vi&oiuiy Element propre k rechaufifer rimaginai* 

tioD'^ac^ des Vieillards et* k t^tenir rimaginatiofi 

firagnense des )ennes gens, iL convient k tons les 

IgeSy et il n'est pas snrprenant qu^il ait plu k Leib^ 

nits* II le Ittt- avec tant d^application , il le recom« 

men^ si souvent, il le grava si profond^ment dan^ 

Ba m^moire , qu^il pouvoit encore dans sa vieillesse 

enTiSeiter des Iivres d^un bout k Pautre. Les y^cta 

iSWftalrtonim/ Lipsiar^ ^7^7 9 P^* 3a3, rapportetot 

t|ii'il profita tellement de cette lecture ^ qu^il a pu 

ikire-en nn jour nn poeme de trois cents vers, dans 

leq[uelil ne s^etoitipas pemxis nne Vision (1). Mais 

prenXfnM plntftt eette cntreprise pour xta jeu d^esprit 



(1) Si Leibiiitz av<nt tant de repugnance pont Telision, qa*aa- 
ftott-3 dit die ee pr^tcndu teft bexam^tre tjai est bien le plus long 
«t le plas dAeatable qu'nn nUUTsis jeo d'esprit«it imaging) c*ert 
fyoy Patin qoi Fa recueilli : 
Tm ei^ age, abi, aBgram ftdi antim ; atnun ema OTem; aUnm ada oven j 
ante agram abi Hoc est. 
On |tent opposer k ce vers compost de dix-huit mots, les deussuf • 
iTMia qui n*en ont que quatre poor les deiUL| et qui n^ea valent 

^f9» mieux* 

Pertarbabantiir CoDttantinopoliuoiL 
Xnaumerabilibas MlUcitsdiiubcn. * 



i jg DU. CHOIX DES LIVnES. 

qu6 poiir un fruit de la lecture deVirgile. )» Leib> 
nitz parcourut le cerde de toutes les connoissances 
humaines. Poetes, orateurs, historiens^ )uriSGO<i<^ 
isultes, th^ologiens, philosopbes^ mathematicieiis^ 
il ne donna Pexclusion jiaucun genre de litteratiire^ 
II fut le savant le plus universel de PEiirope. Le roi 
d^Angleterre Tappeloit son dictionnaire vivant% His^ 
torien mfatigable dans ses redi^rches ; jurisconsalte 
profond j ^clairant Fetude du droit par la phUoso^ 
phie; mdtapliysicien.d^lie^ et enfinassez grandma^ 
th^maticien pour disputer Tinvention dn calcul de 
rinfini au plus beau g^uie qu^dt eu PAngletene} 
tel fut Leibnitz. 

f • ■ . '. .' 

CHARLES XII, roi de Suede ( n. 1682 — mi 
1718), avoitiine predilection particuli^re /pouE 
QuiKTE-CuRCB, et cela, par le vif desir de ressem** 
I>ler au heros de cet auteur. Ce m&me roi ^tant 
k Bender , lisojt beaucoup de tragedies dans ses 
longs loisirs. Celle qui I'avoit le plus frappe , et qui 
lui plaisoit davantage, etoit le Mithridate de Raci- 
ne (1), dont le caract^re est si elev^. Le roimon- 
troit avec le doigt, a un de ses ministres , tous les 
passages qu^U admiroit le plus. Mais lorsqu^il Icit les 



•(i) Gorneille appeloit cependant V^chille , V^gamemnonti 
le Mithridate de Raciue, des heros refondus k notre in ode. ttant 
}i une representation de Bajazet, il dit k Segrais : « Je me gardc- 
rbls bien de^ le dire k d*autres qu*k vous , parce qu'on croiroit que 
fen parte de jalousie; mais prenez-y garde , il n*y a pas un scui^ 



SECONDE PABTIE. j^a 

chacpie chose n^avoit et^ dite qu'une fois (i). U eit 
^xceptoit cependant les details historiques. II me 
Semble qu^on pourroit encore rMuire k moins de 
'volumes les principes geiieranx et particuliers de 
tontes les connoissances hamaines ^ que Ton a de* 
layesy reputes, et pr^sent^s sous mille faces difie* 
rentes dans des millions de volumes. 

« 

Louis DR LONGUERUE j savant critique ( n • 1 65ii 
— m. lyaS ), estimoit si pen les poetes j qu^4 son 
inventaire on nVn trouva pas un seul dans sa biblio- 
th^ae. II n'en parloit qu^avec mepris comme d^e* 

»— ■^» ■ ■ ■ II * 11 ■ 

. (i) Le pape Clement XIV (Ganganelli, n. 1705 — pap. 1769— <• 
B. 1774 ) y pensoit que tous les livres da monde pouvoient 6tre 
rtfaits k m cents in-folio ( la latitude est uu pen grande), et que 
ceos de DOS jours ^toient d'andens tableaux que d'adroits r^ara^ 
tears aToient trouv^ Part de nettpyer assez bien poiir lea printer 
pomme nenfsaux yeux du public. II ^toit tellement persuade qu*ily 
afoitbeaucoup trop d^ecrivains, qu*il trembloittoujours d'etre tent^ 
iPfenaccroitrelenombre. lidisoitunjoureu riant: « Qui sait pour- 
taat s'il ne passera pas un jour par la tete k fr^re Francois ( il sa 
Bomlnoit Francois-Laurent ) de youloir faire un livrel Je r^pon«- 
tois cependant bien que ce ne sera pas Thistoire de ses ragouts , 
6q le livre seroit bien court, m II dbservoit que tous les ^rivains 
opposes k la religion savoient uniquement creuser un fosse, maiff 
■e aayoient que faire de la terre qa*ila eii tiroient, ui quoi faire 
du terrain quails laissoieut vacant. <c Ce Voltaire, disoit-ii, n*at« 
taque si souvent la religion que pour se yenger des inquietudes 
i|it'eitc lui cause; quant k J. J. Rousseau, c'est ua peiutre, qui en 
nanqoant toujonrs les t^tes, excelle uniquement dans les dra- 
peries.' •> Ganganelli savqit de memoire les passages les plus subli- 
fties et les plus ing^nieux des pontes anciens ; et parmi les pocites 
^'Italie il donnoit la prefibvnce k Vjdrioste, au DanU, an Ttuse, 
I P6^arque et k M4tasUue, « 



200 I>U CHOIX DES UVRES. 

crivains frivoles qui n^apprenuent rien. Cependant 
il les connoissoit parfaitement. Dans uae \isite que 
lui rendit Racine le fils^ la conversation roula sui 
les poetes ; Pabbe de Longuerue les passa tqus en xeNne^ 
en dit son opinion y qui ne leur etoit nullement 
avantageuse ;.il n^epargna que PArioste : cc Pour ce 
fou-l4, dit-il J il m^a quelquefois amuse. » Get aLbe 
n^etoit pas le seul qui pensat d^une maniere aussi 
peu favorable aux poetes j des hommes cel^bres se 
sont rapprocbes de son opinion ; par exemple , Fas* 
cal ne voyoit dans la poesie que des mots vides de 
sens ( V. ses PensSes)] Fenelon, contemporain de 
Racine et de Roileau y pretendoit que la perfection 
de la poesie fran^aise ^toit presque impossible. Mon- 
tesquieu y dans ses Lettres persanes dont Voltaire 
a dit avec plus d'humeur que de verite : ce Uvresi 
friuole et si aisS hfaire, Montesquieu , dis-je , re- 
garde les poetes comme des auteurs dont le metier 
est de mettre des entraues au bon sens et d'acca* 
bier la raison sous les agremens, II estimoit pea 
Despreaux et J. B. Rousseau ; cependant il daigne 
faire grace aux auteurs dramatiques. Duclos, quand 
il reuconlroit quelques passages poetiques tres re- 
marquables^ disoit : cc Cela est beau comme delct 
prose (i). » J. J. Piousseau temoigne faire assez peu 
de cas de la versification francaise. Buffon, comme 

«i' ■ I I I I 11 II I I III ■ ■ — ^1— .M^— 

(i) Ce mot de Duclos fait tout-k-fait coutraste avec celui de Vol- 
taire qui est si connu nJSntrez, entrez, Jkfonsieur, je ne faU^^^ 
de la vile prose ; » et cet autre de I'abbe Dclille k qui M. Valck- 
naer obseryoit qu'uu de ses beau& vers du poeme de ^Imagination, 



SECONDE PARTIE. 201 

onlesait) critiquoit les vers ^Athalie, etc. Heu-' 
reusement cette. mani^re de voir des difierens phi-* 
losophes que nous.venons de citer^ fait d^autant 
moins autorit^, quails ne se sont p(nnt occupes de 
poerie^ ou du moins tr^s pen* Pascal n^a pas fait un 
seul vers ; JP^n^lon en a quelques-uns , mais si foi- 
bles qu^on auroit pa se dispenser de les publier; 
Montesquieu pouvoit le disputer en ce genre au P» 
Mallebranche ; Jean- Jacques ^toit un versificateur 
tris mediocre ; Duclos n'a rien y ni Buffon. Ajoatons 
que le grand Bossuet n'a £iit qu'une c^e qui n'est 
pas supportable. Ne soyons ddnc pas surpris si des 
&srivains aussi Strangers a la po^sie ont portedes ju-*. 
gemens si ^tranges sur les poetes. 

Claude-Francois FRA.6UIER , savant academi- 
cien (n* 1666 -— * m. 1728 )^ aimoit passionnement 
HoMEKE. U le relut en entier jusqu^i six fois. La 
premiere fois , il souligna au crayon les passages qui 
le frappoient le plus ; la seconde fois , il fut surpjris 
de* reti^nver des beautes qu'il n^avoit pas aperfaes 
d^abord) il les souligna encore. A la troisi^me lec- 
ture ^ nouveaux passages admires qui sembloient lui 
reprocber une in juste prefierence dans les deux pre- 
mieres lectures. II en fut de m^me k la quatrieme et 
& la cinqui^me ; de sorte qu^4 la sixieme le livre se 

^toit pm mot 'i mot dans la belle prose At» jStudes de la nature ^ 
Se fiemardin deSaiut-Pierre : « Ce qui n'a iti dit qu' en prose n'a 
jamais 6U dit, >> reprit avec viyacit^ M. Delill^. Ce mot peint 
Incn le po^ie entliousiaste de sou firt. .... 



ao!» DTI CBCttX, des uvres. 

trouva presque soalign^ d^uH bout k Pautre. Ce nVsf 
quW lisant an anteur avec une pareille att€Dtio& ^ 
quW peut se flatter de le bien posseder et d'en 
senlir toates les beaut^s (i).Ce m^tne abb^ Fragaier 
fit un vcea public en latin ^ de lire tous les joars 
znille vers d^HoM^AE, en reparation des critiqnes 
ludacieuses de La Motbe-Houdart. Voltaire parlant 
de cet autenr-ci, dit qu^il ne savoit pas le grec , mais 
que Pesprit ^uppl^e en lui , antant quMl est possible^ 
k cette connoissance. cc Peu d^ouvrages , ajoute-t^t^ 
sont &rits avec aiitant d'art, de discretion et de fi- 
nesse que ses dissertfltions sur Hoinere. Madame 
Dacier, connue par tme erudition qu^on eiiX admH 
r^e dans un bomme, soutint la cause d^Homere ayec 
Femportement d^un commentateur. On eut dit que ' 
Touvrage de La Motbe etoit d'une femme d'esprit , 
et celui de Madame Dacier d^un bomme savant. 
L'un, par son ignorance de la langue grecque, ne 
pouvoit sentir les beautes de Pauteur qu'il attaquoil; 
Pautre , toute remplie de la superstition des com- 
mentatfeurs, etoit incapable d'apercevoir lesde'fauls 

dans Pauteur qu'elle adoroit. » 

• — -- — — -^ 

(i) La principale regie pour lire les auteurs avec fruit 9 cVst 
d'esaminer, dit Voltaire, si ce quails diseut est vrai en geueral; 
£*il est vrai dans les occasions ou ils le disent ; s*il est vrai dans la 
bouche des personnages qu'on fait parler. Car eufin la verite est 
toujoursla premiere beaute, et les autres doiveut lui servir d*or- 
nement : c^est la pierre de touche dans toutes les langues <;t dans 
tous les genres d*ecrire. ( Voyez Connoissance des beautis et du 
d6fauts de lapodsie et del' (Eloquence, Londres> 17499 2/i-ia>pag* 
211 et dei'niere. ) 



SECQNUE PAHTIE. 2o3 

Je doi$ -encore citer ici M. DomiBique Berirand 
de Marseille^ ccHweiller-d^etat honoraire, et secre^ 
1aire*g^n^ral da commevce^ homme tr^s instruit y 
cpii est mort en 1818. Son amoar pour HoMtas 
et<nt une passion et mSme an cnke. ct Celui qtii ne 
raime pas trop, disoit-il^ ne Paime pas asses : S 
chame mes jours et nies nuits. » 

Francois ATTERBURY, savant ev*que de Ro- 
eliester {^nik Milton en 1662— -mort en exil k Paris 
en 1782 )j sayoit par coeur tous les bons auteiirs du 
si^le d'Auguste ; nfais il donnoit la preference k 
YiRGiLs et ne pouvoit le quitter , soit parce qu^il y 
tronvoit tou jours de nouveaux charmes, soit parce 
qn^l vouloit former son style sur un si parfait mo« 
diile. Quoique le docteur Atterbury ne put pas par- 
ler fran^ais ^ il avoit un discernement exquis dans le 
cboix de nos bons auteurs qu^il lisoit avec gout et 
doot il jugeoit sainement. Parmi nos livres ^ ceux 
qu^il estimoit le plus ^toient les Essais de Moittai- 
OKE, les Pensees de Pascal (1), VHistoire unwer^ 

^— — — i— — I ■ ■ ■ 1— — ^i— — ■— — — ^— ^— — — 

(i) Ce Yoisiiiage de Montaigiie ct Pascal , reimu dans les godts 
litteraires d*Atterbary , noas autorise 3i rapportcr ici un parall^le 
de ces deiu dcrivains, qoe noas puisons dans V^loge de Pascal ^ 
par M. B^lime , que T Acadcmie des Jeux iioraux dc- Toalouse a 
oooronn^ en 1816. « Montaigne, dit M. B^lime, accoutam^ dk% 
Peafiincey et sous le toit patemel , aux doux accens du plaisir ^ 
loorri de I'essence de la philosophie grecque, ami da repos, de la 
guet^ , de rind<fpendance , tout biillant d'imagination , deroit s'a* 
Itandonner k la seduction d*ane morale qui flattoit ses goftts, ber* 
$oit moliemcnt son existence, embeUUsoit la sagcsse et lui doa* 



ao4 ^^ CHOIX DES LIVMES. 

seUede Bossubt.^ le TeUmaque de FisNiLOif, les 
QSuures de Rqjllin , les Poesies de La Foktains^' 
de Dbspr^aux et de J. B. Roussea.it ; il disoit de ce- 
lui-ci : Sapit antiguitatem. Il admiroit aussi Mo- 
LiiRE et Racine. Les litterateurs dont A^tterburyt 
culiive la society pendant son exil k Paris y ^toient 
RoUin, le P^re Brumoy^ Pabb^ Graiiet et Tahbe 
Desfontaines. 

Le MariSchal d'ESTREES (n. 1660 — m. 1737) 
^toit tellement epris d^HoRAcE j que lorsqu^il servoit 
sur mer^ et qu^il eloit k bord d^un vaisseau ^ il aToit 
toujours ce poete a la main. 

R^Nir Joseph TOURNEMINE , tres savant jesuifc, 
^ n. i66i— -m. 1709 )9 lisoit tous les jours rouvrage 

noit Paimable cortege des Graces. Pascal , eleve dans des principes 
s^v^res, occup^ jour et uait de profoudes meditations sur Ie> 
sciences y etranger k toutes les jouissances, hors celles de la peii' 
see , pr^cipite par sou genie ardent dans les plus sombres abstrac- 
tions des doctrines ascetiques , d€voit repousser avec horreur des 
maximes contraires k la purete du chn'stianisme. Tous deux coa- 
nurent tr^s bien Vimperfection de la raisou, mais lis ne s^accor* 
d^rent pas sur les moyens de se garantir d^ ses erreurs. Uun se 
)€ta avec noucbalance dans les bras du scepticisme ; I'autre invo- 
qua les secours et les lumi^res de la foi. Montaigne fatigue ses lec- 
teurs par son doute continue! , et les livre k une perplexite diso- 
lante; Pascal, en les rattachaut k des idees positives et d'on ordro 
superieur, affermit, eleve leur esprit, epure, enuoblit leurs s«B- 
timeus. On peut reprocher au premier trop de moUesse dansses^ 
principes ) au second trop d'iuflexibilite dans sa pbilosophie :1& 
religion qui en forme la base est plus indolgente y et salt mieo^ 
compatir k uotre ibiblesscr » 



^ ^EGOimfi PARTIE. ' aoS 

ihtitule : Les Effusions du cceur sur chaque verset 
des psaumei eVdes cantiques de VEglise ( par D. 
Robert Morel , n. i653 •— » m. 1781 ^ b^nedictili 
de Saint-Maur ). Paris, 1716 ^ 5 vol. in-12. II avoit 
nne telle passion pour ce liyre dofit les expressions 
sont si affectuetises, que s^il etoit oblige dialler k 
la campagne j il en portoit toujours un volume 
avec lui. II voulut m^ine en connottre Pauteur^ et 
loi demander sa benediction a genoux. ( Hist. litt. 
de la CongregaU de S. Maur, p. 5o4 )• 

jEAif •Baptists ROUSSEAU, cel^re poetelyri- 

que ( n. 1671— m. 1740 )> *> ^ans son ^pttre a CI. 

Marot^ passe en revue les pontes latins qu^il re- 

{arde comme les seuls modules qu^il faut lire , reli- 

Te y apprendre et mediter. Ces poetes sont , Yirgile^ 

Horace j Ovide ^^Catulle et Tibulle. Comme il les 

caracterise tous en peu de mots, nous allons rappor-* 

ter ce passage , quoique cette epttre qui est en style 

xi&arotique , soit un des plus foibles ouvrages^ d& 

Rcusseau : 

Lisez les Greeks ^ savourez les Latins; 
Je ne dis tous, car Rome a setf Cotins : 
] 'en tends tons ceux qoi d'line aile assareei 
Quittant la terre ont atteint Fempyr^e. 
L^ trouverez en toat genre d'^rits, 
DjB quoi former yos goiits et tos esprits ; 
Car chacun d'eaz a sa betmt^ precise 
Qui le distingue et forme sa deyise. 

Le grand Virgilb enseigne k ses bergers 
L*art d*emboucher les chalumeaox legers } 
w . . Au labourear, par des lecons utiles^ ■ '• 



^o6 Dn CHOIX DES LIVRG£l; 

Fait de CMs hkier le» dons ^eiiiles ; 
I^uiSi tottt4i-ooup, la trompette k la maiB^ 
Dit les combaU du fondateat roniain , 
Ses longs travaiux couronnes de rictoirey 
Et des C^sars prophetise-la gloire. 

OviDB en yer&doux 0t' mdlodieox 
Sut d^bromllerrhistoire de ses Dieoxt 
Trop indulgent au feu de son genie, 
Mais vari^, tendre, pleiu d^harmoniey 
Savant y utile , ing^nieax, profond, 
Riche eu on mot s*il ^toit moins fecond. 

lion moins brillant, quoique sans eiincelley 
Le seul Horace en tous geutes excelle; 
De Cy ther^e exalte les faveurs ; 
Chante les Dieux , les h^ros, les buvears^ 
Xfes sots aateurs beme les vers ineptes, 
Kous instruisant par gracieux precoptes^ 
£t par sermons de joie antidotes. 

Catolle en grlLce et naives bcaut^s, 
Ayant Marot mdrita la couronne ; 
£t snis marri que le poivre assaisonne 
Un pea trop fort ses petits madrigaux. 

TiBULLE enfin, sur patins inegaux 
Faisaut marcher la boitease ^legie , 
De Cupidon traite k fond la magie. 

Voilk les chefsLqu'il vous faut consulter^ 

Lire, relire, apprendre, mediter : 

Lors voire gout conduisant voire oreille, 

]Ve prendra plus le bourdon pour Tabcille, 

]\i les fredons du chantre cordouan {JLucairt. ) 

Pour les vrais airs du cygne mantouan. ( Virgile. ) 

Si Rousseau n'eut jamais fait que de pareils vef*f 
nous n'aurions certainement pas ete dans le cas de 
les citer, parce que Pauteur ne feroit autorite n! 
sur le Parnasse, ni dans le temple du gout: mais 



^Oxaiiie lis sortent de la {4ttme da poSte qui a m^- 
^*t^ le somom de gnrnd et que la France regarde 
comme son premier Iyi*ique ^ nous avons pens^ que 
les conseils qu^il donne dans cea stropbes seroient 
d^an plus grand poids. Ronssean^qui a travaill^ pen<» 
dant iFiDgt ans sous les yeux de Boileau ^ nous ap- 
prend loi-m^me qu^il a appris de ce grand mattre 
tout ce qu^il savoit en poesie« On peut dire qne ja- 
mais disciple n'a mieux profit^. Dans lout ce qu^il a 
fait de bon 9 c^est-i-dire y dans ses Psaumes, dans la 
plupart deses Odes,. dans ses Cantates, on remar* 
qoe une heurense imitation des anciens^ la fid^Iite 
sax bona principes, la purete du langage et du gout. 
Jamais poete n^a possed^ k un plus haut degre le don 
de Pharmoi^ie. Ses strophes , quelqne sorte de vers 
qu'il empluie ^ sont toajours nombreuses ; et il con*- 
nott parfaitement Pespece de cadence qui leur con- 
vient. Ses Odes pi^sentent de grandes y^riles expri-r 
mees avec une force j une noblesse ^ une energie qui 
ne setrouventdansauGunpoetede son temps ; et dans 
Ses Psaumes, les images sont.peintes en grand, et 
representees avec cette majeste qui convient aux 
maximes et aux vefit^ de la. Religion. £n g^n^ral ^ 
les ceuvres de Rousseau annoncent le genie etles ta-> 
lens qui caracterisent les poetes du premier ordre* 

CsAHLEs ROLLIN) ancien 7ecteur>de PUniverfli** 
'4y professeur d^eloquence au college royal , et asso? 
i« k Pacad^mie royale des inscriptions eit belles-let^ 
*ea ( P* 1661 — • m.. 1741 )f ^ sentoit It plus vi£ 



S&o8 I>tJ CH5IX DES LiVftEd. 

attrait pour lesVies des grands bommes de Vmrkt^ 
QUE J il faisoit de cet ouvrage son compagnon de 
promenade le plus ordinaire* Pour rendre plus pot* 
tatif un exemplaire imprim^ par Henri Etienne^ 
qu^il poss^doit j il Pavoit partage en six volumes. 
Pendant les trente dernieres annees de sa vie ^ il a 
passi^ regulierement tons les etes a la campagueave^ 
M. Tabbe D^Asfeld son illustre ami ; lorsquUls par- 
toient pour se promener j ils se munissoient chacun 
d^un petit volume de Plutarque, dont ils lisoient 
une Vie ou deux en s^amusant. 

Rollin comparoit les ouvrages utiles aux arbres 
que la nature produit avec peine ^ et les ouvrages de 
pur esprit aux fleurs des cbamps qui croisseut et qui 
meurent si vtte. La perfection consiste y comme dit 
Horace j k joindre les fleurs aux fruits : 

Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci, 
M. de Cbateaubriand a consacre un cbapitre i^ 
son Genie du Cliristianisme k la gloire de Rollin cou* 
sider^ comme bistorien. <c Rollin , dit-il , est le Fe- 
n^lon de Fhistoire j et comme lui ^ il a embelli TE' 
gypte et la Gr^ce. Les premiers volumes de I'His- 
toire ancierine abondent du genie de Pantiquite. La 
narration du vertueux recteur est pleine ^ simple el 
tranquille ^ et le Christianisme attendrissant sa plu' 
me lui a donne quelque chose qui remue les en- 
trailles. Ses ecrits respirent tout cet bomme de 
bien dont le coeur est une f(^te continuelle, selofl 
I'expressioli de I'Ecriture. Nous ne connoissons 
pas d'ouvrage qui repose plus doucement Pame. 



SECOin>E PARTIE. ^q^ 

Rollin a r^pandu. sur les crimes des homines le 
calme d^uae conscience sans reproche y et Pone- 
tuense charite d^un ap6tre de J^sus-Christ. 3>.Cet 
eloge sublime et tendre est digne sous tous les rap- 
ports de celui qui en est Pobjet. 

Montesquieu s^e;i^prime ainsi sur Rollin : cc Un 
bonn^te homme a j par ses ouyrages d'histoire ^ en- 
cbante le public, C^est le coeur qui parle au cceur;^ 
on sent une secrete satisfajction d'entendre parler la 
vertu, C'est Pabeille de la France. » (Voyez encore 
i'article ESPIARD DE LA COUR, ou il est ques- 
tion de Rollin sous le rapport bistorique. ) : ^ 

Voltaire a place Rollin dans le Temple du goUtp 
et'il le compte parmi les grands hommes du si^cle 
de Louis XIY ; mais toujours malin, il ne peut s^em- 
pScber de donner le coup de patte aux confreres du 
digne recteur : i 

V Non loin de lui (le dieu dugoUt) Rollin dictpit 
Quelques lecons k.la jeunesse, 
£t quoiqu'en robe on recootoit^ 
Chose asaez rare en sou esp^ce. 

Ce passage a sans doute rapport au Traite des etu* 
des que Ton regarde comme le cbef-d'oeuvre de 
Rollin, et qui, en effet, est un ouvrage excellent. 
<c SHI ne frappe pas d'abord , dit un ^crivain moder- 
ne , par Feclat du style et par Poriginalite«des vues, 
il attache par Paitrait d^une diction toujours natur 
relle et toiijours aimable , et satisfait par la pleni- 
tude des idees et la justesse des principes. Tout dans 
ce livre est pur et sain ; tout y est sqlide ; tout y ^st 
fonde sur le bon sens; onn^y trouve rien qui puiss« 



^Y6 I>^ f^mtK DES LIVRE^. 

kire d^snTOue par la raison et piir Pe&pei4elic«. G0 
qui ajoiite encore k son prix j cVist qn^il n^y a pal 
«ne trace de pedant^rie dans tout PoQ¥tage ; k toll 
eh est loujours simple, dout et naif; Tanteur am 
repandre de I'agrement sur dcs Objets qni n'eil pi* 
roissoient gu^resusceptiblesjil a sn feremer des roses 
snr les details lies plus ^pineuk et les pluft aridesd^ 

]a discipline scblastique «•• QnandRoiKn 

^oihposa le TtailS des etudes (qui pamt en t^)j 
le meilleur goiit n^gnoit dans la littdratnre et dam 
i'Universite 5 le siicle de Louis XIV avoit acheve dff 
diss! per les djemieres tem^bres des ^s pr^c^deuji et 
T^pahdu sur toutes les parties des arts et des sciences 
tine lumiere que notre pretenduephilosophien'afait 
qn^obscurcir ; les limites en tout genre etoient ttette^ 
itnenttrac^esjlesprincipesdefinisavecjustesseetfiijl 
avec precision . Rollin ^toi t lui-mSme uli deseftprittleS 
plus eclaires et les mieux faits de Pepoque oi il ecri- 
•voit ; Page , I'experience et les circonstances avoient 
encore ajoute au grand sens dont la nature I'avoit 
doue. 11 avoit ete lie avec les plus grands hommes 
du si^cle de Louis XIV, dont la conversation n'a- 
voit pas dft 6tre pour lui une source d^instruction 
moins abondante que les ouvrages des grands ecri» 
Vains du si^cle d'Auguste. C^etoit a soixante ans, 
apres avoir long-temps appris a connoitre I'espril 
ties jeunes gens, qu'il ecrivoit sur Teducation. Peut- 
on raisonnablement se flatter d'etre au jourd'hui plus 
i^claire que lui sur cette mati^re , de savoir mieni 
comment il faut enseigner la grammaire^ leslangvics 



. SEGOIfDS PARTIE. . ^H^ 

•Bciennes ^ la rh^torique y Phistoire ? w* ••<••••••• • Oq 

^it considerer le TraitS des Studes comme un dea 

• 

monumens de noire litt^rature ; ce n^sX point nu 
de ces livres qui ne sont faits que pour une certaine 
^poqne et de certaiuesjcirconstances ; fonde sur Pex* 
p^rience des alleles passes , il doit instruire les si^cle^ 
i venir} il doit partager le privilege de la v^rite qui 
est de ne point avoir de -vieillesse. 3> J^ajouterai k 
tontes ces^ges r^flexions^ que cet excellent ouvrage 
devroit ^tre le br^viaire de toute personne qui se 
vone k rinstruction publique; et si un professeur 
r^nnit an Traite des Etudes les Institutiones orator 
rias de Quintilien 9 et le De ratione docendi et dis^ 
gfendi de Jouyeikcj y il pent se flatter d^avoir daus 
Tart difficile de Penseignement et de la teuue des 
enfiinsy une biblioth^que didaciique complette. 
- Qnoique Rollin se soit peint dans ses Merits y quoi* 
que Fon sache que ses moeurs avoient la m^me sim<^ 
|ilicit6 9 la m£me naivet^ que son style y et que touto 
aa conduite arespiroit la mSme yertu que ses ouvra- 
ges^ on nVn lira pas moins avec le plus vif inter£t 
et le plus grand plabir , la vie de cet illustre profes^ 
aenr y dont on a enrichi une Edition du TraitS des 
Etudes, en i8o5 y 4 *vdL inSj^ C'est en lisant et en 
.xelisant ce beau travail y que nous avons eprouv^ d^ 
quel charme attendrissant pen^tre le tableau de la 
^erin mise en action. Cet ouvrage nous a paru ir^s 
Jbien ecrit. cc Les difTerentes parties en sont li^es 
mrec beaucoup d^art ; Pauteur passe des fiiits aux r^- 
^xiona et d[jes jfeflexions aux. fiiits^par des nuanpea 



jlia BIT CHOIX DES LIVlffiS. 

bien m^nag^es et des transitions adroites. En fjini*, 
ral J ce trayail est remarqiiable par Tetendiie et U 
finesse des vues et par la solidity des principes^ soit 
de morale 9 soit de litt^rature. II est termine par 
line esp^ce de peroraison d^iiis le gout de celle de 
Tacite ( f7e d'^gricola)) c'est le m^me ton de 
doul«*ur noble etde m^lancolie sublime. L^auteur^H. 
Gueneau de Mussy , Fcsil fixe sur les ruines de ces 
^tablissemens utiles que la revolution a renven^^ 
deplore la destin^e Aes generations naissantes^ qmy 
pendant ,dix anuses de trouble et d^anarchie, sent 
rest^es sans culture et sans education. a> 

Clattbe BROSSETTE , commentateurde Boilcau 
( n. 1671 •— m. 1743 ), ^crivoit k J. B. Rousseau : 
<c Je ne connois que trois personnes en France ^ 
out reussi ^ apr^s Marot , dans le genre epigramma- 
tique 5 ces troispersounessont, Despr£aux, Racike, 
et vous ( Rousseau ). » On pent dire que le plus 
foible des qua Ire est Despr^aux ; en lisant ses epi- 
grammes , on s'apercoit qu'il en a trop fait 5 et en 
lisant celles de Racine , que celui-ci n'en a pas fait 
assez. Ce qu'il y a de certain, c'est que I'espritde 
Racine etoit tres enclin a I'epigramme et a la satire \ 
aussi Despr^aux disoit k ceux qui lui reprochoieat 
d'etre trop malin : cc Racine Pest bien plus que moi. » 

Parmi les poetes modernes, I'epigrammatiste le 
plus fecond et le plus heureux apres Piron, est M. 
Ecoucbard Le Brun ; on compte dans ses oeuvres six 
Mcent trente-six epigrauuues dont la plupart sont tr^ 



SECOin)E PARTIE. hi3 

Itten faites et fort piqnantes ; mais il y en a anssi qui 
sont triviales et m6me plus que trivlales. Un criti- 
que modeme qui n^a pas menage M. Le Brun , dans 
le compte qu^il a rendu de ses ceuvres (4 "^oL 1/7-8.®) 
en 1B119 rend justice a son talent pour Pepigram- 
-me : oc Cette espece de composition et de poesie y 
dit-ily estpeut-£tre celled laquelle M. Le Brun etoit 
appele par une vocation plus particuli^re ^ et il faut 
coBvehir qa^il a bien rempli sa vocation et qu^il n^a 

pas r^sist^ 4 la gr&ce. • *.. II savoit amener 

le trait de Tepigramme qui ^ parfois ^ comme Ta dit 
Boilean^ n^est qu^uh bon mot de deux rimes omip 
et qui parfois aussi , prepare et balance liabilement 
par Otoe suite de dix ou douze vers^ le coup quelle 
Veat porter. On doit d^abord examiner deux choses 
dans une epigram me , le trait et la mani^re dont il 
est dtScoclie ; les traits du nouvel epigram matiste 
m'ont pas toils la Aeur et la grace de la nouveaut^ ^ 
inais ils sont presque tons lances d^une main agile y 
adroite et ferme. II faut de plus &ire attention an 
plus on moins de finesse du trait qui ^ ce me semble^ 
attest plus digne du nom d^epigramme^ s^il n^est 
qu^un aignillon de plomb^ qu^un lourd sareasme^ 
on .qn'nhe injur^.grossiere , dans quelque tour heu'- 
reux que ce sarcasme oil cette injure soit encadre. » 
%• Le Brun a malbeureusement quelques epigram* 
^Baes de ce dernier genre , surtout parmi celles qu^ilr 
a decocb^es contre un certain M* Urbain Domergue 
'et centre dent bomtnes de m^rite, M. de La Harpe 
Net M« Baou^Lormian ; ces trois personnages ont ete 



gli^ DU CHOIX DES LIVRES. 

le principal point de mire de la muse satiriqae ii 
M. Le Brun. 

ThiSmiseul db SAINT-HYACINTHE, savant lit- 
terateur ( n. 1684 — m. 174^ )) dit daus sa deifica* 
tion d'Aristarchus Masso, que pour former une 
excellente biblioth^que , il ne faut que joindre lei 
ouvrages de Plutarqub k ceux de Platow et de Lu- 
ciEN. Les livres de ces trois hommes doivent ttre 
Tegardes comme la source de la sagesse , du savoir et 
des graces en tons genres. II demande qu^on y ajoote 
par rapport' aux moeurs des modemes^ les Caracte* 
res de La Brutere. 

Le Ckef-d^oeuure d'un Inconnu, par Saint-Hya* 
cinthe, est une production vraimentoriginaleettris 
|)iquante ) c^est grand dommage qu^on ait un pen 
trop prolonge cette excellente plaisanterie. Finesse^ 
delicatesse j sel epigram matique , erudition , tout s'y 
trouve* Le Chef-d'oeuvre est, pour leslourdset 
fiurabondans commentaires des auteurs anciens , ce 
4jue Don Quichotte est pour les livres de chevalerie» 
M. P.-X. Leschevin , notre confrere a P Academic 
de Dijon 9 a public une neuvieme et derniere edi- 
tion du Chef-d'oeuvre d'un Inconnu, Paris, 1807 j 
a vol, m-8.<> Qnelques critiques ont preteadu que 
cette ingenieuse bagatelle , dej4 un peu longue par 
elle-mSme , etoit de venue hors de toute proportioa 
^ous la plume du nouvel editeur. Nousne partageons 
pas tout-a-fait cette opinion. Si M. Leschevin eut 
augmentele texte.de Fauteur, qu'il eut multlpW 



8ECX)NDE PAKTIE. ' %ai$ 

Jes plaisa^teries sur les lourds et ridicules commen* 
tateon qui n'appartienne&t plus k notre siecle , da 
moins ea France y noos serious de Pavis des criti- 
ques { mais M* Le^clievia n^a rempli ses deux volu* 
mes que de recberches litteraires tres curieuses et 
quiserout de tQus les temps ; il y a fait preuve d\ine 
jg^nde Edition'} son livre est done utile, et il sera 
.tonjoofs rechercbe par ceux qui aimjsnt les details 
Btteiairesy parfois un peu minutieux y mais tou jours 
iiistnicti&« M« Leschevin est mprt en i8i4« 

; HniLi-FRivfoisr D^AGUESSEAU, chanceller de 
Fr%nce ( n. 1668— -m. 1761 ), ne passolt jamais no. 
^al jour sans ouvrir V£criture Sainte* II etoit intit 
jnemeat persuade que Ton ne pent se p^netrer de 
.ce Jivre divin sans deyenir plusvertueu^. Partageant 
joomplitement cette opinion , nous donnons k la suite 
Ae Varticle die cet iUustre magistral, une notice un 
pea d^tttU^e sur la Bible. M • d^ Aguesseau , convain^ 
.<;a dea T^tes de la religion , et fidelle k tous les de* 
▼oirs qu^elle impose , repandoit autour de lui et par* 
mi tous ceux qui Papprocboient , cet esprit vraiment 
religieux dont il ^toit anime. Tr^s connu par son 
d^int^ressement, il n^a laiss^ d^autres fruits de ses 
(Ipargoes que sa bibliotb(^ue; encore n^y mettoit-il 
qa'une certaine somme par an. Son esprit solide 
flaws tous les genres n^aimoit que les livres utiles ; il 
IB^priaoit ceuz qui n'etoient que rares. Lui-m6me 
^irigea son fills dans ses etudes. On voit quels sont 
ki outrages dAUt il lui cpnaeilloit U bsctiune dans lea 



^i6 BU CBOIX BES UVRE8. 

instructions que, n^^tant enccnre que prociireiiY^- 
H^rat y il lai adresa^ le 07 septembre 1716 ; ces ifii- 
truciions se trouyent dans les OEu^res complies iit 
cl^Agae88eau^(jPam^ 1759-89, i3 voL iii-4*®);oii 
dans an extrmit de cette collection, intituld : /Mi* 

€Ott/y er OEUifres mSlSes de M. le chandelier d'A- 

. ■< .■ , ■ 

guessean y noQV. ddit. Paris, 1771 y a tio/. £pi*ifty 
p>m» 11 J pag, 1-169. Les jeunesgens ne pemrevt 
trop lire et trop mister cet excellent mdirceaii. U 
y est bien question de quelqnes livves qui ne joninent 
plus d^une aussi grande reputation qu^alors^^ nub ill 
si'en renferment pas moins d^excellentes choseBj on 
n^en sauroit douter, puisqu^ils ont en le suffinge 
d^un yertueux mapstrat, aussi illustre par la d^ 
catesse de son goM que. par P^tendue de sea eotf> 
noissances. La seule nomenclature de ces Ihrres i^ 

;* ........ . - 

sroit troplongue pour £tre d^taill^ici \ M. d?AgiMr 
seau cite en g^n^ral les meilleurs ouvrages de reli- 
gion ) de jurisprudence j de litterature ancienne et 
xnoderne y et d^histoire ; il en discute le mdrite avee 
beaucoup de sagacity , et souyent m^me il d&igne 
les parties les plus saillantes ou les plus utiles de 
chaque ouvrage, et par consequent ceiles dont 3re- 
commande le plus particuli^rement la lecture k son 
fils. Par exemple, parlant du traite de la Feritede 
la Religion chrStienne, par Abbadie (derni^re idiX. 
La Haycy 1743 ^ 4 ''^^* ^'^^ ) 9 ^ rend justice k ce 
bon ouvrage ; mais il trouve le style de Pauteur trop 
difTus : Abbadie n^a pas appuy^ avec assez de fori^ 
sur Pargument des propheties, argument que Saint 



SECONDE PARTIE. 217 

Pierre regerdoit comme la plus grande preuve de 
la veritable religion. Le troisi^me Tolume oii Abba- 
BiE parle de la divinite de J^sus- Christ, est le moins 
bien traits. Passant k d^autres oLjets, M. d^Agues- 
seau conseille a son fils de lire , dans Bossttet , la se- 
Gonde partie da Discours sur VHistoire unwerselle; 
dans Gbotius, seulement la preface ou les prolego- 
mknes de son livre Dejure pacis et belli} dans Puf- 
rENDORF, Pabrege de son traite De jure gentium et 
ci^iU, traduit par Barbeyrac; dans Domat ( dont 
nous ayons Ae]k parle, pag. 96 ), le livre prelim;^ 
naire qui est au commencement du premier volume 
de ses Lois ciuiles, et qui renferme un abreg^ fort 
utile des maximes g^^rales qui regardent la nature, 
I'lmge et. interpretation des lois; dans le Digeste, 
les deux demiers titres : De regulis juris et de ver* 
borum signi/icatione ^ dans Arkaijld , VArt de pen-- 

ser, le dernier livre (1) ; dans Mallebranche, le si- 

^1— — i— — — — i^— ■— — — I ■■ ■ ■ 

(1) L'iUiiitre d'Aguesseau ne pouyoit trop recommander Petude 
de la Icjgiqne k son fils , parce qa*on doit la consid^rer comme la 
Imm de toutes les sciences , de toutes les connoissances litt^rairet 
tree lesquelles elle a an rapport direct. Cest sartout ayec la rh^^ 
toriqne qn'dle doit s'identifier, ainsi que le prouve un ancien 
pffofesseor de f^ilosophie, M. Hauchecome , lorsqu*il dit : « II y 
a one liaison iutime entre la logique et la rh^torique , ou plut6t 
cf eft le m&mt art sous deux rapports difft^rens. La logique trace le 
dessin de nos connoissances ; la rH^torique y met ses couleurs : la 
logique pose les fondemens et construit , pour ainsi dire, la char- 
podte de nos pens^es, de nos raisonuemens , de tons les travaux 
de aotre esprit; la rh^torique en fait un Edifice brillant par la 
giice et ia disposition qu^elle sait leor donner : la logique present 
1m mcturesy indiqne les proportipni | determine les coavenanceai 



a 18 DU CHOIX DES LIVRE5. 

zieme livre De la recherche de la veritS^ dans Ifi- 
coLB y les quatre premiers volumes des Essais; dans 
QuiirTiLiBN y les trois premiers et les trois demie rs 
livres de son Institution oratoire^ le reste est trop 
sec et pour ainsi dire trop scolastique; dans etc., 
etc. J etc. Nous renvoyons le lecteur k rexcellentli- 
▼re de M. d^Aguesseau y en regrettant que les limites 



la rhetorique distribue les omemens, i^pand le bon gopt, le sen- 
timent et la vie. L'une sans Fautre ne fait on qa*un corps neireux 
dont les formes sont rudcs et durement prononc^es , sans aucnne 
draperie qui les sauve et les adoucisse , ou qu^un assemblage coti* 
fus de riches draperies qui ne couvriroient qu'une ^bauche ift* 
forme. B^unies par nne main habile, elles composent un tout har- 
monieux , dans lequel se marient agreablement la force et la d^- 
<licatesse , la precision et Tabondance , la symetrie etia vari^^. » 
Xes reflexions, anssi blen ecrites que bien 'penseesy se troQYent 
dims la logique qu*a publi^e M. Hauchecome en 1806, Un aatfe 
auteur nous foumit un tres beau passage qui coincide avec celai 
que nous venons de rapporter. a Pour bien ecrire , dit-il , il faul 
penser ayec justesse; le style leplus brillant ne sauroit plnireaux 
csprits bien faits, si les idees qu'il exprime ue sont vraies etsolides. 
Xes 6gures les plus vives et les plus agreables, les termeslesmieux 
choisis et les plus elegans, les phrases les mieux cadencees ct les 
plus harmonieuses , n'ont qu^un eclat trompeur et ne sont qu^un 
Tain bruit y s'ils ne serveut k faire valoir des idees int^ressantes. 
TJn declamateur qui ne cherchequ'k montrer les ressonrces desoa 
esprit, et qui s*occupe uniquement des graces de rciocution , peut 
bien amuserun instant notre oreille et captiver notreimaginatioa; 
mais il ne sauroit obtenir un suffrage durable. Ce suflVage est la 
recompense de Pecrivain ou de Porateur qui nous instruit en noai 
charmant, qui r^unit Tutile avec ragr^able , et qui, sans negliger 
les autres regies de Tart, regarde comme la premiere de toate^i 
£clle qui present la justesse des pensees et Texactituda du raisoOf 
pement. m ' . 



SEGONDE PAHTIE. - ^xf 

qne nous nous sommes imposees ne nous permet-^ 
tent pas de prolonger les citations. 

Nous allons donner, ainsi que nous Pavons an* 
nonce plus haut, qaelques details sar FEcriture 
Sainte. Ces details auront une certaine etendue j 
parce qa^il est naturel que dans un ouvrage qui a 
pour objet le choix des livres , nous nous appesan- 
fissions da vantage sur celui qui les precede tous^ qui 
^uivaut k tons ^ et qui Pemporte sur tous par son 
origine y par ses details y et par son influence sur 
Tordre social et sur le Lonheur des hommes. 



BE LA BIBLE 

ConsidirSe sous le rapport religieiix , moral j 
historigue et litteraire (i), 

Le premier y le meilleur^ le plus sublime de tous 
les liYves est y sans contredit y PEcriture Saikte y 
compos^e de V^ncien et du JVouueau Testament* 
C'est le livre divin , le livre par excellence y 4^ns le- 

% 

■ 

(i) Ces considerations sur la Bible sont , en grande partie ^ 
composto des morceauz les plus saillans, les plus beaux., les-plus 
^loqaena, ou dUi moins de ceux qui nous ont le plus frapp^ dans 
diT^TB i^crivains qui ont parU de Plfecriture Sainte. Cest le r^ultat 
des notes que nous ayons pri^ k ce sujet, cooune nous avons Pba^ 
liitade d^en prendre sur tout ce qui nous paroit digne de remarque 
dans les oavrages que nous lisons. Une k>ngue experience nous ^ 
pvooy^ que cette habitude est d*astant plus utile, qu'elle fomilia« 
jam diiTantage «vec nn granjl nombre de liyres , qu^elle fixe mieuji 
fnttention.- sur ce .qn*ils renferment de meilleur, et qne, par 1% 
snitedes anndes^ nn recueil de notes bien fait Hy&atcliit lanUifAoirf 



220 DU CHOIX DES UVRES. 
quel on troave Phistoire la plus vraie y la pliHoso- 
phle la plus sage, la morale la plus pure, la doctrine 
la plus relev^e et en m^me temps la plus salutaire. 
CVst Pexpose de ce que Dieu a fait pour les honi' 
mes J Fexpos^ des importantes verites quHl a bien 
Youlu leur r^v^er, et Pexpos^ des lois qu'il leura 
donn^es pour eclairer leur marche dans le diemia 
de Teternit^. C'est un tresor qui nous est conti- 
nuellement oiivert par un Dieu qui nous aime : le 
p^cheur y puise les moyens de se corriger ; le jaste 
de pers^v^rer dans la justice et de se sanctifier de 
plus en plus ; le pauvre y trouve du soulagement 
dans sa mis^re ; Pafflige , de la consolation dans sa 
' . ^ . -T* 

sar une infinite d*objet8 qui ont pa lui ^chappert et procnre toa- 
jours une nouvelle jouissance. M. de Maistre a consign^, dans Ml 
Soiries de Saint-Pitershourg , torn, ii, pag. 157, un passage^re- 
latif k cette mSme habitude qu41 avoit contractee ; et nous TaTons 
lu avec d^autant plus de plaisir et dMnt^ret, que nous y trouvions 
notre propre histoire , aux localites pres : a Depuis trente voSy 
dit M. de Maistre , j'ecris tout ce que mes lectures me presentent 
de plus frappant. Quelquefois je me borne k de simples indica- 
tions; d*autres fois je transcris mot k mot des morceaux essentieb; 
<ouyent je les accompagne de quelques notes , et souvent aussify 
place ces pens^es du moment, ces illuminations soudaines qui 
s^^teignent sans fruit, si Peclair n'est fix^ par Pecriture. Porte par 
le tourbillon r^volutionnaire en di verses contrees de TEurope, 
continue Pauteur, jamais mes recueils ne m'ont abandonn^, et 
maintenant yous ne sauriez croire avec quel plaisir je parcoars 
cette immense collection. Chaque passage reveille dans moi one 
foule d*idees interessantes et de souvenirs melancoliques , mille 
fois plus doux que tout ce qu*on est conyenu d'appeler plaisirs. 
Je yois des pages datees de Cren^ye> de Rome, de Venise; de 
Lausanne, etc » 



SECONDE PARTUS. 221 

^oulenr ; et Pigtiorant ^ des lumi^res dans ses t^£- 
bres (i)» Les rois y apprenneni k regner j les peu- 
pies k oI>^ir. L^Ecrlture Sainie nous d^couvre une 
Providence qui r^gle tout ayec une sagesse admira- 
ble J et une bont^ sans bomes qui veille sur nous 
ayec une attention continuelle j elle nous montre 
notre g^ieration k partir d^Adam ; si elle nous fait 
connoitre Torigine de nos mis^res y elle nous en in- 
dique aussi le remMe. a Elle est accessible k tous y 
dit saint Augustin, epist. 187 ad F'olusianum ,€^01- 
que peu soient en etat de Papprofondir (2) j elle 

(1) M. de Ch&teaabriand , dans son G6nie du christianisme , 
ditime chose d*ane T^rit^ frappante^ qui a 416 vivement sentie 
pn tons ceu qui ont lu la Bible ayec one attention religieose, et 
que 9 poor notre propre covpte , nous avons remarqu^ plus de 
miUe fois : « Cest qu*il n*y a pas une position dans la vie pour 
laqaelle on ne puisse rencontrer dans la Bible un yerset qui sem- 
Ue dict^ tont expr^s. (Tajouterai surtont dans les Psaumes). Ou 
nou pemiadera di£&cilement, continue-t-il, que tous les ^yene-» 
mens possibles , heureux oumalheureuz , aient* ^t^ pr^vus avec tou> 
tea leors oons^uences dans un livre 6crit de la main des hommes. 
Ory il est certain qu'on trouye dans F^criture Torigine du Monde 
et Fannonce de sa fin , la base de toutes les sciences bumaines » 
tous Jes pi^ceptes politiques depuis le gouyemement du p^re de 
jbiniUe jusqn*au despotisme inclusiyement ; depuis Vkge pastoral 
]asqa*aiUL sidles de corruption j tous les priceptes moraux appli* 
cabUs k tons les raugs et k tous les accidens de la yie ; enfin , toutes 
let fortes de styles connus, styles qui, formant un corps unique 
de cent morceaux diyerS) n*ont toutefoisaucune ressemblance ayec 
les styles des hommes. » 

(a) nPfe soyez pas ^nn^s , dit le Pte Lami dans 9^ JEntretiens 
mr les "sciences, de la yaste ^tendue et de la profondenr de ce 
liyre sacrej car quoique yous ne le puissiez pas tout comprendre^ 
TOttS trouTcrcx des choses faciles qui yous seront uu sujet de con* 



iaa DU CHOIX DES LIVHES. 

jmrle comme an ami au coeur de tous , au coeur ie$ 
ignoraqs comme des savans. » Semblable a un flense 
dont Peau est si basse en certains endroits j qn^un 
agneaa y ponrroit passer , et en d'autres ^ si pro- 
fonde ^ qn^un elephant y nageroit ; ce livre divis 
renferme des myst^res capables d^exercer les esprits 
les plus eclair^s , et contient en mSme temps des 
T^rit^s simples , fiicUes et propres A nourrir les hnm^ 
bles et les moins sayatis (Saint Gregoire le Grand)'. 
U etoit dans Pordre de la divine sagesse ^ que la pa* 
role de Dieu etant pour tous , fut en quelque ina-^ 
ni^re mise & la portee de chacun. Oui , PMlcritur^ 
3ainte est pour tous ; elle est un bien commun ao^ 
quel tous les Chretiens ont droit y puisque c^est li 
t[ue nous apprenons ce qui doit le plus contribuer 
i notre bonheur sur la terre en nous preparant i 
celui qui sera inalterable dans la commune patrie; 
et pour tout dire en un mot , d'apres I'expressioa 
admirable de M. de La Harpe (i) ^ les livres saints 
coutiennent la science de Dieu et la science du salut. 



solation ; et le peu que yous en decouvrirez vous satisfera, comme 
dans un grand fleuve , quoiqu'on n*en boive que quelques goutteS| 

on Blanche sa soif pleiuement Sans Thistoire de la Bible, oa 

nc pent rien entendre ni dans les Psaumes nl dans le Nouyeaa 
Testament , qui sont les liyres de TEcriture qu'on lit le plus soa- 
vent. Celui^a est un accomplissement de FAncien. » 

(i) Get ecrivain a et^ un des plus ardens partisans des doctrines 
qui ont amene la revolution, etpar suite il en a embrass^ arec 
fureur les principes, jusqu'en 1793. Alors il est revenu sur ses 
erreurs, ets^est jet^ ayec autaut de sincerity que d'ardeur, danS 
l6s bras de la Religion. Depuis sa conversion , tous ses Merits oti^ 



SECONDE PAHTIE. ^23 

- Kous Ve&ons de considiSTer la Bible sous le rap^ 
port religieux ; Toyons^U maintenant comme mo* 
ftument historique, et comme ouyrage le plus pr^- 
cieu:t et pour Pesprit et pour le coeur. La Bible re« 
montaiftt k Torlgine des cHoses y est Phistoire j non 
d^un peuple en particulier^ mais de tous les peupletf 
en general ; elle offre k chaque nation un int^r^t qui 
loi est propre. Ne semble^t-elle pas y apprenant k 
chaque peuple son origine et ses progr^s ^ ses succ^s 
et aes revers y lui devoiler Pavenir par les grandes le- 
mons du pass^ ; et lui montrant ^ ou ce qu^il doit es« 
p^rer^ ou ce qu^il doit craindre ^ lui pr^sager sa gran-* 
dear on sa decadence procbaine ? D^un autre c6te , 
quelle superiority n'a pas Phistoire sacr^ sur Phis- 
toire. profane ! Celle^ci ne nous apprend que des 
^enemens ordinaires y si remplis d^imsertitudes et 
de contradictions^ que Pon est souvent embarrassd 
pour y decouvrir la ^erite ; tandis que Phistoire sa« 
cr^e est celle de Dieu meme , de sa toute-puissance y 
de sa sagesse infinie^ de sa providence universelle^ 
de sa justice^ de sa bont^ et de tous ses autres attri« 
bats. lis y sont presentes sous mille formes et dans 
one aerie d?evenemens varies y miraculeux et tela 



^t^ dirig^ contre les doctrines qui Tavoient egar^ , et contre les 
^ncipes r^olutioiinaires. Dans son Apologie de la Religion , il 
iit : «c Depuis que j'ai le bouheur de lire les divines £critures> 
chaque moti chaque ligue appelle en moi une abondance d'idces 
d de sentimens qui semblent se r^YeiUer dans mon ame , ou ils 
itoient comme endormis dans le long somnieil des erreurs de 
Via yia. » ^ 



^24 ^^ CHOIX DES LIVRES. 

qu^aacune nation n^en eut de semblables. La supe- 
riorite de PEcriture , en ce genre comme en tout 
autre ^ est done incontestable ; mais elle est encore 
dou^e d^un avantage auquel les historiens profanes 
n^arrivent pas y et qui distingue seul les siens : c'est 
la mani^re simple et sans affectation avec laquelle 
les faits y sont racontes ; etcette simplicite^ loin de 
Huire k la grandeur et k la majeste des images , ks 
faitbriller d'un eclat que Ton ne rencontre quedani 
ce livre divin. U n^y a pas de doute que cette admi- 
rable simplicity ne soit Pune des principales causes 
qui aient fait passer tant d^etonnantes narrations par 
tons les ages et par toutes les langues , sans qu^elles 
aient rien perdu de leur verite , de leur force et de 
leur «clat. Voyez , dis la premiere page du livre, 
cette magnifique description de la creation ^ dont 
Longin , le meilleur de nos anciens critiques , ^toit 
enthousiasme ; lisez-Ia dans quelle langue vous tou- 
drez y en grec j en latin , en fran^ais , dans toutes les 
langues modernes ; son merite sous le rapport du 
style , c'est-a-d!re j la grandeur de Pimage , n'en 
iouffrira point; vous y trouvereztou jours cette reu- 
nion de simplicite et de sublime qui etonne , trans- 
porte, et qui, tout en frappant Pesprit , soumetle 
coeur et lui impose sans contraiute le joug de la foi. 
Si y des considerations historiques , nous passons 
aux considerations morales et politiques , nous se- 
rous egalement convaincus , et peut-Stre encore da- 
vantage, que la Bible Pemporte iuGniment sur tout 
ce qu'il a ete possible de faire et d'ecrire en ce genre. 



Ecotitons k ce s'ujet uq savant modeme (M. Ber^ 

liardi ) qui va en peu de mots nous demon trer cette 

ir^riteb cc Les livres des Juifs y dit-il ^ ont cet avan- 

tage snr teuX des auti^es peuples ^ de faire connoitre 

la nature de Thomme ^ celle du souverain bien j et 

les vraU fondemens de la ygislation et de la mora- 

le.a.. No^ avons beaucoup de traites philosophic 

i[ues i)nr la nature des gouvernemens et sur Part d^ 

les maintenir ; mais les preceptes quells contiennent 

nVmt ni amelior^ leur sort) ni ne les ont garantis de 

lenr chute 5 ils ont m^me peut-Stre contribu^ k Tac- 

t^l^rer y en inspirant k ceux qui etoient a letir iSte 

Une vaine confiance dans les combinaisons d^une sa- 

fesse oil d^tine ralson pr^somptueuse^ qui dirige ra^ 

^ment les hommes ^ et que tant de causes iippre- 

Vues tronblent ou d^rangent.%..% Au contraire y ce 

^i distingue particuli^rement les Juifs y c^est ce but 

l&oral qui se montre dans leurs institutions et qui He. 

le dement pas un seul instatit pendant la duree de 

leur longoe existence^ Leurs lois ne furent point y 

bomme celles des Grecs et des Romains , TouTrage 

progressif du temps : conlplettes et parfaites d^s leur 

Haissance 9 elles subsistent encore » Eh ! com- 

knent ne subsisteroient^^Ues pas y quand Dieu a dai- 
^e Ini-m^me graver sur leur base y ces comman- 
demens ^ternels y ce code du genre humaln , et com« 
Kne le dit M • de Bonald y cc cette loi primitive et g^« 
^inie y cette loi naturcUe y parfaite y divine ( toua 
Hiotssynonymes), cette loi, ajoute-t-il, qui se trouve 
la Uvre des revelations divines • conserve chez let 
1. i5 



2^6 1)U CHOiX DES LlV*fS; 

Juifs et cliez les Chretiens ^vec une tcfligieuse fidfTw 
lite, quoique dans des vues differentes et mSme oj>j 
posees J et porte par les uns et par les autres dauiT 
tout Tunivers (i) ? 5> 

Citons encore sur le mSme sujet un autre anteor 

ihoderne , M. I'abbe Fayet ^ dont les pensees pro- 

fondes coincident si bien avec celles de MM. Bef- 

I nardi et de Bonald. cc Le plus be£iti caracf^r^ desln 

vres saints j dit-il , c'est de n'&voir rieii de commaH' 

^ avec ce qu'ont ecrlt les homities : Homere et Virgik 

ont eu des imitateurs plus btt moins heurisiux 5 liiaif 

la Biblje n'a trouve jusqu'ici que des traducteiirs oft 

des copistes. Ouvrez ce livre : une l^islation comJ 

plette ; une histoire , source de toiites leshi»to!res(2)j 

(1) cc Uexistence des liiift}, dit en note M. de Bonald, a quel* 
que chose de si extraordinaire, qu^elle ne pent etrcrexpliqueeqiM 
par la neCessitc d*attestcr a tons les peuplcs de Tunivers , et dans 
tous les temps de sa duree, rauthenticite d'uue loi eGritepoof 
tons les peuples et pour tous les temps. C*est la branche ain^^^ 
la grande famille , et elle a le dcp6t des livres originaux; Cda • 
ete dit cent fois, et tou jours avec raison ; mais , comme.l*obsery^ 
un homme d'esprit, les pensees vieillissent par Vusage , et tes 
mots par le non usage. » Legislation primitive. 

(2) Feu William Jones, president de la Societe de Calcalt»» 
rhoinme le plus savant qui ait existe dans les langues, Fhistoiii 
et la litterature de Tlnde, assure « n' avoir rencontr^ dans les an- 
tiquites iudiennes qu'un anias conf'us de fables ubsurdes elinco- 
h^rentes , sans suite , sans liaison, enveloppecs d*allegories qoi W 
rcndeut encore plus inintelligibles. Si Ton y apercoit par iuter- 
valles , ajoute-t-il , quelque foible eclat de lumiere , c'est pour fairt 
bientut place aux tenebres les plus profondes. II nV»i est pas ainsi 
de la Bible; ellc a conserve le depc»t des archives du genre ha- 
main; elle expose k nos yeux. les premiers monumens^ie rhistoiit 



SECOJTDE PARTfE. ^^7 

nne morale inimitable ; une politique qui fbnde les 
£tats et qui civilise les nation^ (i) ; uue philosophie 



des nations ; elle en suit la filiation. Ce n'est que par son secourt 
qn*on a pu former un systSme sui?i et raisoonable de chrouolo- 
gie , ainnqu'en couvenoit le aava&t Frcret. Elle pr^sente enfin une 
Tari^t^ de compositions qui ^galent et qui surpassent mSme les 
compOsitidlDS analogues qu*on rencontre chez les autres }>euples. » 
(1} Qui n'a pad lu le beau traite de Bossuet , intitule : Politique 
Ur^e des propres paroles de I'JScriture Sainte , d. Jkfonseigneur le 
Ihmphin 1 II renferme tout ce qui est relatif k la politique, dans 
la.Kl^e.L*aat6nrdeyoit ddvelopper ensnite, dans des discourspar- 
lacaliers j lesprincipes qui en decOulent; il est bien k regretter qu^il 
n'ait pas acheve un onvrage si digue d'cxercer son puissant genie* 
Comme t>n le reconnoit bien, ce beau gduie , dans le debut de son 
liTte : aDiea est le ftoi des Rois; c'est k lui qu*il appartientde le» 
instrtiire et de les r^gler comme ses miuistres. Ecoutez done p 
IfonseigBeor, les lecous qu'il leur donne daus son Venture, et 
«pprenez de lui les regies et les exemples sur lesquels ils doivent 
fbimer lenr conduite. Outre les autres avantages de P^criture ^ 
a encore cdui-ci, qu*elie reprend Fhistoire du Monde d^s sa 
origine , et nous fait voir par ce moyen mieox que pat 
toiites les autres histoires , les principes primitifs qui ont form^ 
les empires. Nnlle faistoire ne d^couvre mieux ce qu'il y a de bon 
^t de mantais dans Id Coeur bumain , ce qui sontient et renverse 
les royaomes, ce que pent la religion pour les etablir, et Vimx 
^t^t« pour les d^tmire. Les autres vertus et les autres rices trou- 
^ent aossi dans TJEcriture leur caracl^^.^e naturel , et on u*en yoit 
lialle part dans une plus grande evidence les veritables effets. On 
^TToit le gouyemement d*un peuple dont Dieu mSme a ^t^ le legist 
Jateur; les abus qu^il a repiimes et leslois qu*il a ^tablies, qui 
«omprennent la plus belle et la plus juste politique qui fut jamais... 
7isi»-CHiitsT vous apprendra par lui-mSme et par ses Ap6tre8 p 
toot ce qui fait les Etats beureux ; son j^vangile rend les bommes 
iPaotant plus propres h etre bons citoyens sur la terre , qu'il leur 
^pprend par-Ik k se rcndre dignes de devenir citoyens du Cie|. 
I^eO) enfin, par qui les Rois regaeat, n^oubli^ rieu pour leur ap«, 
^Nreadre k bien r^gner ut 



aaS I>U CHOIX DES LITKES. 

toute divine j ¥oiU ce qu^il offre k Pesprit htiiiiftiii..* 
. Toot ce qu^on a publie de sage sol' ViXki social ^ ler 
droit des gens , la religion et la politicpie , sort de ce 
Kvre I conime le comtnentaife sort da texte. Com'* 
menc^ par nn bei^er legislateur ^ ce commentaite tf 
iii continue de si^de en si^cle^ par des rois , des mar 
gistrats j des solitaires ^ des artisans ^ dea homntef 
obscnrs qui paroissent nWoir en d^autre raissidnqaj? 
d^en ^crire quelques pages et qui ont disparii apijf 
IWoir remplie. dependant il ne pr^sente point dV 
aegalit^s ) de contradictions ; c^est par-tout le miner 
esprit) la mftme doctrine y la mime sagesse. » 

Ne nous lassons done pas de le r^p^ter ^ parce qae 
tout homme de bonne foi ^ tout bomme iBstriiit et 
€{ui n^a pas le cceur corrompu, en a Pintime convie* 
lion ; la Bible est le premier j le plus important ^ I^ 
plus attrayant de tous les livres ^ et ainsi que son ti-' 
tre Pannonce^lelivre par excellence. aPour jugerJe 
sa haute antiquUe , il suffit de conslderer Padmira- 
ble rapport qui se trouve entre les moeurs des temp» 
heroi'ques et les moeurs des Hebreu!x. Les heros 
d'Hom^re se servent eux-memes , et les pairiarclies 
se servent egalement eux-memes. Abraham age de 
pr^s de cent ans , environne d'un peuple de domes- 
tiques J se hate lui-m6me de porter de Peau pour 
laver les pieds de ses h6te*s } il presse sa femme de 
leur faire du pain ; il va choisir ce qu'il y a de plui 
beau dans sa bergerie ; il le leur presente avecdtt 
beurre et du lait ^ et les sert pendant le repas, se te- 
nant deboiit aupr^s d^eiixV Rebecca yient aussi k U 



SECONDE PARTIE. 22^ 

fontaine puiser Peau qu'elle porte 4 la'maison. Ra- 
chel couduisoit ses nombreux troupeaux ; et cette 
premiere simplicite , nous la retrouvons chez les 
Grecs. C'est ainsi que nous voyons la noble fille d' Al- 
cinoiis descendre vers le fleuve pour y laver les vftle- 
mens de son pere et les siens. Plus les auteurs Grecs 
fie rapptbchent des premiers ages, plus ils ressem- 
Llent aur Hebreux. Mais , quelle comparaison ela* 
hlir entre des productions qui ne reunissent que cer<- 
tains genres de merite, certains genres d^uti lite , et 
un ouvrage qui les reunit tbus k la fois ! Quoi de plus 
beau que la conduite de ce Joseph qui , vendu par 
ies freres y se venge en pardonnant(i) ! Quoi de pluft 
toncbant que le moment de la reconnoissance : Ego 
sum Jratervester quern vendiddstis inj£gjptum{;£j \ 



(1) Voltaire a dit : <f Ce morceau d^histoire (celle de Joseph) 
a tottioors pasa^ pour un des plus beaux de rantiquiU ; nous n*a« 
Tous rien dans Homere de si touchant. C'est la premiere de toutes 
1«9 necQunoisvmces, dans quelque langue que cc puisse dire, n 
OEuvres compl, , edit, de Kehl, tarn, xxx.iv, pag. 91; et aillcurs 
[Bible expU)y \\ s'exprirae ainsi k Voccasion de Ruth : « L'his* 
toire de Rnth est ^crite avec une simplicite naive et toucbante ; 
■OU5 ne connoissons rien dans Homere ni dans Herodote , qui 
aiile an coeor comme cette reponse de Ruth a sa mere : <c J^irai 
avec vous; et par-tout ou vons resterez, je reaterai*, votre peuple 
fera mon peuple; votre Dieu sera mon Dieu; je roourrai dans la 
terre oia vous mourrez. » 11 y a du sublime dans cette simpli* 
cite. » 

(2) Sterne , parlant de la supdriorite des auteurs sacres sur loj 
aateors profanes, en fait une tr^s belle application a Phistoirede 
Joseph. <f Lorsque Joseph , dit-il, se fait connoitre et qu^il pletire^ 

U Ute de son fr^re Beo)amin , k ce^ instant druoatique » y a* 



. ^ DV OKHX Z«t EIVBES. 

Quels aoteiM ^Ins ^oalonreox qnt acjo. iea hni- 
litet g^misMat-mr ie bordnl'aB fl«uve Arnngo- (i)I 
Zjiidoiilcia' <le Jnceb en a|)|>renaat et croyant qn'iiM 

Mtf fi?roce r flev*f4 son fiU , n'est-«He pna jilns sim* 
pie et en meme temps plus frappante qne celle dc 
Priam aiix pieds tl'A.cliille , rFtdema(i<iant le corps At 
soil fils (a) ? Les plalntes d'Andromaque tgalereiit- 



t-jl an de sob frfres qui proltre un nenl mot, soil pour rxjirimtr 
sa joie,>oit jiourpBliirrriajuraqu'ilgluiGrMitiNon, deloutcUe 
a'cDjiuit un sileacspralbnil et soleiinel, un silence inliaimciitpliu 
cloqupot etplui ciprcssif (jue tout co qu'onnuroit pu sohjtilUErk 
ca plHce. Qjie Thurydlde. Hcrodole, Tite-LIve on tel autre bii- 
toiira clansique eiifisciit rl^ cliargi^B dVcrire rette bistoire; qainl 
l\a en auroient iXi li , tls eusECUl surement epuise loute lanr iln- 
qupnce ti fournir \ts fi-rrres de Jostplj dc liaranguestliidiets; et n- 
' Jiendant, quelques belles qu'oupxilsse lessnpposer, ellesauroientcli 
peu nnlurelles ct niillcmeut proprea & la cireoostance. Lorsqn'DH' 
t«lle variety de passions dut fandre toul-h'COUp datis le cdurde 
fcOBfrercs, quelle lauguc aoroit iJtii cajinble d'psprimer Ic toronlW 
ll* leura id^es! Qusnd le remords, Is snrprise, la hoate, I* )0K| 
Ib recoiiDobsRjice envabireat wudaiDemeiit lenrs ame*, ak! qw 
TiSloqaence d« Imrs Iottcs eut eti! insuffiEaato ! ComUai lem* 
laogneB euueut iti infidelle* ta traDsmetlaiit le Isogage de lenr 
C<eur! Qui, le silence seul particlpoit de la sublimit<!onttoire; et 
de» pleura achevojent de I-endre re qo^une harangue Mponvoil 
Jamaia faire. » Cei r^flexioni de Sterne sont tres fuslea , et |io# 
E'en couvBioere il sufStde lire I'bietoire de Joseph, racont&pti' 
fbloD d'Akxandrie, ensnite par Joseph, Tauteur des Atitiqd- 
MjjuiJiii'fuM, puis par lePere Berruyer. Ceat eayaia qu'on che^ 
cheroit dBDE cea rroides paraphrases Is noble aitapHcit^ et hchu- 
ms qui produit taut d'efTet dans le recit dea livi'es sacnis. ' 
(i) L'adipifable psaaine Super flanUna Babylonis , etc. 
(a) Cepsndant ce passage eat un des plus beau, des plus jw- 
Ihdtiques de I'lliade : n Juge de I'excci de loaa malhenr, dit 
"Smp^ )i AcbiUe, pjtiiqae je baue It Duia ^ai a tui non Ual » 



SE€0NDE PARTIE. ^Si 
elles jamais €es cris de douleur ^ cette voix de Ra- 
chel qui pleure ses enfans dans Rama , et qui re- 
jette loia d^ejle toqie cpnsolatioaparce quails nesont 
plus (i)? Qqi jamais y comme JdrejQie, sera capable 
d^egaler les lamentations aux calamites ? Quels ob« 
jelsplas propresfi euflammer Timagination, que cette 
mer entr'eiiverte et suspendue qui engloutit jPha- 
raon eC son armee? quecette nuee de feu , et ces mur 
rallies qui s^ecroulent avec fracas au seul bruit de$ 
jtron^pettes? Qui dira le nom de Jerusalem, ce noni 
lout a la fois si poetique et si douloureux dansl^bou- 
fihe des prophetes ( GhateaubriAnp ) ? 5> Quoi de 
|>lus pix>fond que les reflexions de Job sur la brie? 
yete de ]a vie et sur rins.tal>ilite des cboses humai* 
nes? Quoi de plus vrai que le tableau du cheyal de 
Jbfttaiilc dans le livre du m<^me J<^^ , tableau ou it 
tt^y a pas lin seul trait dont la beaute n^exige un com? 
jQentaire particulier ? £xiste*t*il quelque chose de 
.plus tendre , .de plus pathetique , que ces reproche^ 
adresaesanx enfans d^Israe) , par les proph^te^ , et 
idont Je lecteur le plus froid et le plus prevenu a 
^nt de peine a ne pas ^re affecte ? a O haj>itans de 
Jerusalem 9 et vous, hommes de Juda , decidez en- 
ire ma vigne et moi. Que pouvqis-je faire de plus 
|)Our ma vigne que ce que j'ai fait ? Eh bien ! j'at- 
4endois qu'elle me donnat des raisins, et elle me 
)ette quelques grappes sauvages. Mais , direz-vous y 
% ■ ■ ■ . 

(j) £t noluit ' consolari qjiia jion sunt. Quoile admirable et 
tottchanta simplicittj! 




I 



aSa DD CHOIX des LivaES. 

la vo!c du Seigneur est inegaie : ecoutez k present ^ 
MaisoD d'lsrael , c'est la v6lre qui IVst , et non Ja 
mlcnne. A-i-je quelijue plaisir a voir rkomme s'ega- 
rcr et mourii'? N'en aarois-je pas davantage k le voir 
revenir et vivre? J'ai uonrri, j'ai eieve des enfans, 
et lis 86 soul re\olltis coutre mol. Le bceuf connoit 
son msllre , Vkne connoit la creche dii sien , mais is- 
rnj-l ne me connoit pas; moa peuple ae veut pai me 
f:onnoitre. » (IsiiG. ) cc Non, il it'est rien dans lej 
livres des pai'ens qui soil comparable a I'eloqueucej 
k la vivacile , k la tendresse de ces reprocbes ; il J 
ri^gnc qnel([ue cbose de si afl'ectueus , de si oolile , 
de si sublime , qu'on peul defifi- lea plus grauds oia. 
teurs de I'antiqiiite de rlea produirc dc semblable.ii 
( Stebnb. ) 

Trouvera-t-onnnmorceaupliistoucliant, pluscon- 
solant que ce passage du prophete-roi sur les inistf- 
ricordes de Dieu et sur !e bonhenr de I'aimer? 
« Qu'eiles sont grsndes , 6 mon Dieu , lea douceurs 
que vous r^rvez & cenx qui vous craigneDt? Vods 
les cacherez dans le secret de voire face , loin de la 
persecution des bommes ; vous les mettrez en &&•- 
ret£ dans voti<e taberoacile , k Vabri de la contradic- 
tion des langues. Je disoia dans Pexc^s de mon tnnir 
Me I Mon Dieu , vous m'avez done rejete loin df 
Tous ) et tandis qoe je vous adressois ma pri^re,vons 
m^aviea dejfi exauce. ^raez done le Se%Qeur} parce 
qu'il con«ervera ceux qui lui soot 6delles. Agiss«i 
Bvec courage, voqs tous qui esp«ei enI)ieo,et que 



SECONDE PARTIE. ^35 

Totre coenr se fortifie en lui Cherchez la pre- 
tence de Dieu, ehercbez-Ia toajours » 

Opposons k ces passages si doux un tableau grand ^ 
terrible et majestuenx. C'est PEtemel qui se peint 
lui-mSme : €c Sa colore a monte com me un tour« 
billon defumee i son visage a paru comme la flamme ^ 
et son courroux comme un feu ardent. II a abaiss^ 
les cieox ; il est descendu , et les nuages etoient sous 
ses pieds* II a pris son vol sur les ailes des Cheru* 
bins; il s'est elance sur les vents. Les nuees amon*' 
cel^es formoient autour de lui un pavilion de t^n^* 
bres« L'^clat de son visage les a dissip^ea , et nne 
pluie de feu est tomb^e de leur sein. Le Seigneur a 
tonn^ du haut des cieux ; le Tres-Haut a fait enten* 
dre sa voix ; sa voix a eclate comme un orage bril* 
iant. II a lance ses fl^ches et dissipe mes ennemis j 
il a redouble ses foudres qui les ont renversds. Alort 
les eaux ont ^te devoilees dans leurs sources , lea 
fondemens de la terre ont paru k decouvert ^ parce 
que vous les avez menaces , Seigneur , et quUls ont 
senti le souffle de voire colore. y> Quelle superiority 
dans les id^es^dans les expressions ! car elles sont iot 
litteralement rendues , dit le traducteur.^ M. de La 
Harpe; plus loin il ajoute: ccAvouons-le, il y a aussi 
loin de ce sublime 4 tout autre sublime , que de PEs^ 
>prit de Dieu & Pesprit de Phomme. On voit ici la 
conception du grand dans son principe : le reste n^en 
est qa'une ombre , comme Pintelligence cre^e n'eal 
^it^une foible Emanation de Piutelligeace creatrice ; 



i 



634 1>U CBOIX DES LIVRES. 

ronime la fiction, quand clle est bcile, nVst PtiROr^ 
(]uc PoQibrede In v^nte,et tire tout son mcnted'iui 
lond de ressemblnnce. » 

P«'e cessons done de le redire , la BiMe est une 
source aussi riclic que fecoade ou puUtirent et ou 
puiseront toujours I'eloquence et les arts. Tel est 
rinterel <le ce livi'e diviu , que les differentes par- 
ties qui le composeat , prises sepai-ement et di'U- 
chees du tout qii'elles forment , aitachent nean- 
moius et instruisenl le lectcur. Que dire du corpi 
entier de I'ouvrage? Rica de plus mujestoeux etcle 
plus imposanl que ce vaste tableau , oi^ Ton volt une 
longue suite d'evenemens qui uaisseut tows les uQS 
des autres, qui tous sont regies par une in^me lo- 
loQte , qui tous conduisenl k une m^me iin. Mils 
peu de pcrsounes yculeiit astreindrc leur paresse i 
suivre uo pai-eil enebamcmeut el a ea etudier tou* 
tee ie* he^ntct eu dctetZ- 

Ces.beantef sur lesquelles nous nous plaJBom k 
veveiiirseas le-rapport litt^raire, feront toujours let 
Alices des hommes de gout , et I'on ne peut k las- 
ker de les iodi^er. Jamais aucune ode gvecqve oa 
latioea-t-elle pu atteiodre k la hauteur des psaumes? 
Que I'on nous pei^iette de nous arrSter un instant 
«ur.ce livi'e estraordinaire qui, compose par un i 
roi, tient, parmi ]eg productions litt^raires, le xang 
Xfae son suBlime auteur ' occupoit au Bittien de se* 
^uptes. RecueiUoDS ]*opinion des savans sur cei 
clmiits divins que I'on peut appeler la nourritore 
forte et habituelle des ames sensibles et religieuses. 



SECONDE PARTIE. ^35 

« De tons les livres de la Bible , dit M. VsibhS 
Fayet , celui des Psaames paroit le plus admirable 
par Peclat et la majesty dcs images, la variete des fi- 
gures* et des sujets , Pimp^tuosite d'une eloquencie 
que Bossuet compare aitx tourbillons qui sortent de 
lajbumaise. Jamais Hom^re ni Pindare n'onl ^gale 
la richesse, le melange de douceur et d'euergie qui 
r^gne dans les cantiques de David* Le plus gimnd ef- 
fort de Peloquence est sans doute de representer fi- 
dellement les cboses par les mots. Ici Toa va plus 
loia : les choses m^me sont mises a la place des 
mots ; on Yoit , on entend , on contemple j on ne 

lit pas La beaute des psaumes parle l»en mieux 

nu cceur qu^a Tesprit. On oublie , en lisant ces bym- 
nes sacres, quails furent chantes il y a trois mille ani 
par un peuple qui c^lebroit ses triompbes ou pleu-* 
toii ses grandeurs aneanties. On croit lire Tbretoire 
de sa propre patrie , sa captivite , sa delivrance , la 
faite de ses rois , leur merveilleux retour. Lit aussi 
ies nations ontfremi (^Ps. iv ) , les peuples ont me" 
dite de vains complots contre le Seigneur et son 
Christ f Ui aussi le prophete vit des impies MeuSsi 
eomfneles cadres du Liban^ il passa et ilsn^etoiervt 
plus. y> Nous reviendrons sur ce dernier passage du 
psaume xxxvi. 

M. de Maistre j dans ses entretiens intitules Soi" 
fees de Suint^Petersbourg (1)., tome 11 , p. 56 j 



. (1) Get onyrage que nous avons d^jk cit^ , a paru en 2 vol. z/i« 
S» } il nUi .poiat cU temun^; et commo le dit M# le comte O'Ma* 



\ 



a56 DU CHOIX DES LIVRES. 

dit : M La Bible , en general , renfernie line fonle He 
prieres dont on a fait un livre dans notre langue j 
mais elle retiferroe de plus , dans ce genre, ]e livre 
des livres, le livre par excellence el qui u'a point de 
rival , ccliii des Psaumes. n M. de Maislre , aprc'j 
avoir parle de Pindnre dont on prononce quelque- 
fois le nom k c6le dc celui de David , et apres avorr 
demOntre que ce lyrlque gvec n'est prescine plus in- 
telligible; M. de MaisU-e , dis-je , sVxprime ainsi: 
« David , an coutraire y brave le lempa et IVspace , 
parce qu'il n'a rien accorde aux licnx ni aux circons- 
tances ; il n'a cliante que Dien el la verite inimDr- 
Icllc comme lui (i). Jeriisaletn u'a point dispaiu 



lioni ; 1 Le ti^ps<i a glaci la main <[in ea traroil les dcrniow 
lipnes. Pent-dtre esp^roit-il que c'litoit im don qii'il alloit wni 
ofiHr ■. ce n'eiit qu'un legs qu'i! nous a fail, Apres avoir , dunet 
vingt siu pattaea, ajourae lui-iaciae son trioinplir , il uVo * pM 
joni meme un seal joar. Cest qu'appsremmeat sa mission n'clqif 
qiwde fairele bien,et non d'en recevoirlo salaire dans ce moodc 
Diau 1*> soustrait i la gloire comme k la reconQoiMiiace hnmiimft' 
et le del I'est churgK de la dette de la teri-e. u 

(i) Ua philoaopbc da iviii.' si^Ie, M. de Ferriere, dim un 
livre inUlulJ : £e ThiUine,3H: » Je m'^Ionne innninMnt de la 
aubUmit^ des livres sacr&, qai furent composes chez des peaplci 
igDoran* et abrutis (*) (nous [eviendroni sur cette ^pilhete). it 
{lourroii citer ici quantitc de passages de la salute Bible, etia 
ferois voir ijue aal peaple et m^me nuUe secle de philosopbes a'a 
parU de Dieo avec aulant de graadcur et de viriU que tea Jab; 
jem'en iiendiai au paaitfna cm, genedic, anima inea, J3Miir 
no, etc, monamentprteieuxque la Grtca la plus aavante n'aurcat 
pas dcsavou* " 

parlnufiutMlHaiodaiiui, eMfJoaMm trns l«t paiac*, •tMitnl 



S£CDND£ PAKTIE. ^S^f 

pour nous : elle est toute oil nous sommes^ et c^est 
David qui nous la rend presente. Lisez done et re* 
lisezsans cesse lespsaumes ^ non ^ si vous m^en croyez y 
dans nos traductions modemes qui sont trop loin de 
hi source ^ mais dans la version latine adoptee dans 
notre Eglise. ...... Les psaumes sont une veritable 



d on peat la letur applicpief ponr le temps oii lei psaumes ont iti compo* 
•te. La mdrite-t-il vraiment, ce people qni , depnis rorigine da Moade , 
a sa conserved , je ne dirai pas aa sjstSme par et raisennable de religioii , 
anais la vraiA teligton aa miliea dtt poljthdisme saavage et de TidoUtrie r^* 
toltante qai soailloient toate la terre?La m^rite-t-il vraiment, ce peaple qai, 
da temps de Molse , de David , de Salomon , et m^me des MachabieS , a fait 
de si grandes choses? « Les mcears des anciens Israelites dtoient simples et ' 
Jpores; ils s*appliqaoient k la plas utile comme k laplas innocente des pro- 
fessions , A la cuUare des champs et aa soin des troilpeaaz ; ce fat anssi cello 
qui fat le plas en lionneur dans les premiers temps de la Grice et de Rome. 
SToates ces nitions se ressembloient dans le principe ; mais les anes et les 
iintres chang^rent avec le temps. La simplicity rustique des Isradites, main- 
tenae pendant la dnr^e de Tadministration anarchiqae des Jages , se polit 
tons la monarchie. Salomon, dont la mimoire est encore en honnear dans 
toot rOrient, fat an prince sage et magnifiqne; il favorisa les arts , et il 
^tablitnn commerce lucratifavec I'Afriqae et vraisemblablementavec Tln- 
de. Ce commerce saspenda aptes Ini, mais repris ensaite par Josaphat , 
amena tant de monde k Jerusalem, et loi procara tant de richesses, qae 
cette rille excita la jalonsie de la fameuse Tyr, qui fit dclater ane joie inhu- 
inain« k la vue de la destraction de cette ville rivale , par les Chald^ens. 
Szdchiel en fait le reproche k Tyr, en luipr^disant un sort pareil. (Ei6ch, 
XXVI- a.) La prosp6rit6 du commerce engendra le luxe j il fnt porti trfea 
loin, si Ton en juge par lesplaintes que lesproph^tes ne eessent d'en faire. 
(V. Isaie, 1II-I6; Os6e, H-i3j Amos, VI -4.) Les Jaifs ne manquk- 
tent ni de valenr ni de courage : la conqudte de la Palestine suffiroit seula 
pvar le pronver. Asservis quelquefois par leurs Toisi&s, da temps des Jages , 
lis secouferent presque toujours avec gloire le joug passager qu*on leur aroit 
impose. David et Salomon regnferent depuis I'ifegypfe jusqa'A I'Euphrate. 
tears actions , aiasi que celles des autres rois d'lsra^l et de Juda, nons 
CjMxt peu connues, parce qae noas n'aronsqae des abreg^s tr^s snccincts d« 



DTJ CHOIS DES LIVRES. 
pieparalion wangtiliifUB ! cav nulle part i'cspiit Je 
la pmre qui est cclui de Dieu , ii'cst plus visible} 
ct de loutes puils on y lit lea promesscs de tout co 
que nous poss^dons. Le premier caiactere de cm 
bymaes ^ c'eat gu'elles prient toujoars. Lors mime 



a'AloijindrB. Rian n'ait ploj brilUut. dam Tliiiioira grocqae, qiir lew 

la Grtee et dc Romo, on mDnlrual , dannon CoiBtteriaira lor Polyho, loiiK 
' 1(1 SDiiiaiiis li iDumelnc Us JnUt : il leu fallut plm de femps iga'llt n'u 

brilUnl dim I'hiiloire , aijisi qoe nom veocns de l-djioMf? Cci qan \a 
gloin I iti tcKpat , »t qu'il iioU dej4 Tipaudn so penpUdst dam utm 

Jtii^-Cbriit , tt dcpuii la deslnclion dc J«nit()em, pr^dile pirliSia- 
Tenr, qua ee peopio, diipen* pu toau la Ihtb, et lonjuan ntuinant, 
p*ala>^T««iniT«9DnaacieiineglDira.0nar«pt>«iiiiIUfDii,Eitaii)iiDn 

]amlencorau:lorlleineiil,rarniiiDtim<nati(iDDOiDbre'<»»nirL'aiiraBelnH 



its U Religioii chttlit 
panrappliqaarlMep 



ipoqan poattriBOTEi qa« nont n 



S£GOin)£ PABTTE. si3^ 

ffote le suj^t d'an psaame paroit accidentel et relatif 
senlementaquelqueey^nement de la Vie duRoi pro* 
pbdte^ toujoors son g^nie echappe k ce cerele retreci } 
toujonTS il g^ndralise. Comme il voit tout dans Pini'* 
mense imite de la puissance qui Tinspire, toutes set 
pens^es et tous ses sentimens se touruent en pri^re« 
II n'apasuneligne qui n^appartienne k tous les temps ^ 

i tous les hommes Tant6i il se laisse pen^trer 

par Pid^e de la presence de Dieu j et les expressions 
les plus magnifiques se pr^sentent k «on esprit {Ps^ 
etxxyiitj w. 7, 9, 10, 8); tant6t il jette les yeux sur 
la nature^ et ses transports nous apprennent de 
quelle mani^re nous devons la contempler {Ps» xci y 
^v. 5,6,7)5 s'il descend aux phenomenes particu- 
liers^ quelle abondance d'itnages ! Quelle richesse 
d'expressions I Voyez avec quelle Tigueur et quelle 
grftce il exprime les noces de la terre et de Tel^menl: 
Iiumlde {^Ps% lxiv, tv. 10, 11 , 12, i3, 14)5 mais 
<;'est dans un ordre plus releve qu'il faut Tentendre 
exprimer les merveilles de ce culte interieur qui ne 
pouTmt de son temps Stre apercu que par Pinspira*- 
tion. L^amour divin qui Pembrase, prend chez lui 
tin caract^re proph^tique ; il devance le3 si^cles, et 

dej^ il appartient a la loi de grace II est in^pui- 

sable lorsqu'il exalte la douceur et Pexcellence de la 
loi divine... Quclquefois le sentiment qui Poppresse 
intercepte sa respiration. Un verbe qui s'avan^oit 
pour exprimer la pensee du propb^te , s'arrfete sur 
zcs levres et retombe sur son cceur 3 mais la piet^ le 



Dtl CHOIX DES LIVBES. 
e >r<?nd,lorsqu'iU'ecrie:ttTesauteJs,6Dieuclesc»> 
prits 1 moil DieuetmojiRoi(i)!3)^/(a/'(a fun, Domi- 
jie r'irtutuni ; Rex meus at Deus meus '. {^Ps.'L^mm <, 
•v, 4). D'aiitres fois on I'enlcnd deviiicr en quelqnes 
mots tout le cbrjslUnisme , etc. etc. m Ce be) etoge 
des Psaumes par M. de Maistre, commence 4 la page 
56 , finit a la page yS , par cette peroraison : « II 
est enaucd parce cjii'ii ii'a cliante que I'Etemel. Ses 
chants participcnl do reternite ; les occens enflam- 
m^s , confies aux cordes de sa lyre divine , ret(;a- 
tissent encore apres trente sieclcs dans toutes lc» 
parties de Punivers. La Synagogue conserva les psau- 
mes ; I'Eglise se hala de les adopter ; la pot'sie da 
toutes les nations chretiennes s'cn est emparee; el 
depuis plus de trois si<^<:les , le soleil ne cesse d'cclai- 
rer quelques temples dont les youtes retentisscnt da 
ees hymnes sacres. On les cliante a Rome , a (Jen^ 
ve , a Madrid , a Lonib-es , a Quebec , a Quito , a 
Moskou , k Pekin , a BoUny-Bay; on les murmura 
BQ Japon. A CoQcInons done de cet assentiment , da 
cette admiration gen^rale , que les Psaumes nral la 
^wrtie de la Bible la plus feoonde ea beautes delous 
les genres ; )e quarante-neuvieme , qui commence 



(i) M. dc La Haipe fait Xtha bien remanjner que cette ptirsM 
n'est point actiev^e ai dans I'li^breu ni daos la Vulgate ; I'h^bnn 
est plus clliptique qu'aucune autre laogue ; muia cette etlipu, 
.■joute-t-il, oeroit trop forte pour nous; cilc a'ea est pas maiu 
de sentiment. It a rendu la phrase en Fraucaia , par : n Fot 
wUels , 6 mon Dieu et man Boi ! vos autels , c'est I'asUe ifae ff 
TOua demande, •• 



SE€X>NI^ PARTIE. ^1^ 

par ces xftots: Le Dieu des dieux, le Seigneur xl 
farle , it a appeld la terte , etc. ^ surpasse toute 
imagincition liumaine. Quelle majeste dans le debut 
du diX'-liuitiime : Les cieux racontent la gloire do 
P£temel, et lejirmament annonce l^ouurage de ses 
fnains (i) ! Quoi de plus (^nei^que que ceile su- 
perbe pensee : J^ai vu Vimpie eleve dans la gloire^ 
haut comme les cedres du Lihan ; fai passe et il 
n'etoit plus {2) \ {Ps, xxxvi^ w. 35 et 36.) Nous ne 
finirionsjamaissinous voulions faire remarquer tout; 



' ^ 



(1) Coeli enarunt gloriam Dei, et opera manuum ejits annun* 
tiat firmamentum. Que Ton compere k ce texte la traduction d^ 
JVowi^Hiy toate belle qu*elle est : 

Les cienx instrnijeat la tern 
A r^v^rer lear antetkr} 
- ,Toat ce ^fue leor glob« ensefTa 
CdUhre tin Bien cr^atejar > etc, 
QdlElle difference pour la majeste, r<!nergie et le leconisme! 

(isi) yiM impium exattttum etelevatutn sicut cedros Libani^ 
tttratuivi at eccenon erat. Tout le mondesail par coBur ces lye^ui^ 
Ters de Aadne ; 

J'ai TU rimpie ador^ Sdr la tetre ; 

jl^areil an eidre , il cachoit dans les cieux 
^on front andacienx. 
n sembloit k son grt gonvemer le tonnerrc i 

Tonloit aaz pieds ses ennemis vaincns. 
Je A'ai fait que passer , il n^etoit dejk plns» 

«t Ceiiies, dit La Harpe, le poete A fail ici ce <fti*il y aVbit Ak 
(kiieiix k f^ire : il a eu recours k la richesse et k l^eclat de la plus 
Ihagniiiqae paraphrase , dans rimpossibilite d*^galer la sablimo 
H>ncision de roriginal. Mais cnfin mettez ces beaux vers en com* 
[karaison avec le verset de la Vulgate : il n*y a persOnne qui ne 
ionne la palme k Toriginal par un cri d^ admiration. I^esyera- d^ 
^Ine sent de Tor parfil^; mai^lelingotcst ici^M 

I* 16 




I 



DU CBOIX DES LIVBE8. 
ce qu'il y a cl« niervetlleQit dans les tyoines da Roi- 
tiroph^te ; mais combieti d'auli'es iaspiratioiis divi- 
lu'S (Ihhs les livrfs SBinl.i , ne sODt pas moms elon- 
iiantes et moins dignes de notre admiration ! je icdx 
parlerdes proplieles. ■ 

11 seroit difficile d'itidicpier dans Homere ou daoi 
tout autre poiite un morceaii superieur an clianlde 
joie d'lsa'ie suria cliute dii roi de Bal>y]oDe. Quels 
taoavemens animes , quelle rapidite et en meme 
temps (pielle grandeur d'idue , quelle terrible pein- 
ture de la chute d'un tyi'an impie et org«eilleu]i(i)!'' 
D'un autre cfitejtjuelle douceur, {]Qt:II?oncti(mdai 
le cantique d'Ezechias (a) ! Dans ces deux morceanl- 
si differeus , on trouve reunies tontes les granM 
qualites pocliques,. elevation d^ame , force d'imagt' 
nalioa , patlictique de sentiment et dVlpre»sioiit' 
Aussi Fenelon a dit qUe jamais aucua poete n'a t^M 
Isaie peignaut la majeste de Dieu aux yeus daqaa 
les royaumes ne scat qu'iin grain de poussiere ; IV 
nivers , qii'une tenlc qu'on el^ve aujourd^liui et qu'oa 
enlcvera demain. Tantflt , ajoute-t-il , sa poesie a 
toutc la douceur et toute la teudi-essc dVne cglf^ue 
dans les riaiites peintures qu'il fait de la pais; tantol 

(0 laUB , ch, siv, *■. ,') et jr-iV. Bacine le GIs a imltc ea jeit 
fiwi9ai3 ce passage sublime d'Isuic : 



(a) D'Alembert jiri^ftrojt In tourbante simplidti! da ti 
I'liiHi: ni;i{!uifii;|u« que Saiuaeau on ■ tlrcc. 



\e ]H>ete tf&iif^ iu$qa?i ItisMt toot iKi«dcfStOiis db 

T ft^t-fl riett dttiA )*tilti<tttit^y qfte |Hudse soutenir 
ke pftrallele ftTee te» kmenlatidiMi An tendsre J^*^mie 
d^jiloraiit k» mfttrx de boa pettf{de , et sftriout atecr 
ta toucbaiite pridte qui terliiifie ces lamentations 9 
Le laligage d'Ez^ehiet est day, ijfiorp^ttteaic ^ plein de 
force , d^BSfi6tit4 tt de vk^etice ; Mais qnoi de pins 
beau que sa domphtmfe s|ir ki mine de Tyr (i) V 
Parmi les petifs pi^bites , Os^ ^ Joel ^ Michee ^ 
l&bciculL dotit le eantique sotJime fit tant d^im-* 
j ire ssioii sttr lift Fontaine , ont tous un earact^d 
peiltiqiie ixis remarquabLe. Les trois chapiires dd 
Rabuni Ibrment un petit po^e comptet sot la des- 
ttuctian fiitnre de Ninive j qoi est rempli d^images 
kr jJm.natui*eHeft tf fear plnd reletees. On croit voi^ 
cMte snperbe Nmlve tontbet sous les effoits d^nne 
arm^e umoiiibtable j on croit yoir eette armee ; OA 
GiK)it eutendie le bruit des armes et des chariots* 
Tout est d^eint d^une mani^e ^lev^e qui daisit Pi- 
magination. Qu^on lise encore Daniel d^Qon{»nt k 
Baltbftsar la yengeanee de Dieu toute pr^te k fondr« 
Eur lui ; trotttera^t-'on dans les/plus sublimes origi^- 
nanx de Paniiquite quelque chose que Ton puisse 
comparer k ces diHerens morceaux? Et cotmbien 
^Wtres qui he leur sont pas inf^rieurs ! Disonsdonc 
^& toute assurance 9 que si Voii vouloit examiner si*- 
lament tontes les parties de la Bible ^ puis leur 



^ ■ .^^>^^^^^^ .^^^ 



(0 EzicBisZ', ch. mm et suif. 



I 

I 



3ij4 DU CHOrS DES LtVRES. 

enspmble , radmirntion iioit tuujoiirs en croissant, 
et Ton seroit fortement convaincu que tout se soo- 
tient duns l^Ecrituie Ssiulf -, lout y garde le carac- 
tere qu'il doit avoir : I'LUlohe , les loia , les de*- 
criplions , les passions , les discours de morale, !« 
myst^res , tout j est a sa place ; tout y est bieii. Ed- 
fiii , il y a Qiilant de difference entre les poetes pro- 
fanes et les propiiiVtes , qu'il y en a entre le veriliiUe 
cnthousissme et le faux : les uus , \eri table men! ins- 
pires , expriment sensibleraent quclque chose de di- 
fin; lesauli'ess'efTor^antdesVlever au-dessusd'cui- 
mdmes, laissent toujours voir en eux la foihiesse hit- 
maine (i). 

S la superiorite dq style de I'Ecrlture Sainte sm 
tout ce qne nous avot : plus parfait clicz les mcil- 
leurs^crivains de i< temps pouvoit encore flw 

douteuse aux yeu* u^,- quclques personnes, ou pri- 
VcnueS) ou superCcielles et indifferentes , uousaion- 



(i) Et cctte foiUesse humBiac , ne pcul-on pas dire qa'clle* 
bcBut^oup <lc part h In maniLTi; dout bcuucotip dc pghoddc^ jn^eut 
la fiible, sous dilTcrcna rajiporls! N'est-ce paaellfcqai ooat em- 
piclv! d'en lentir, d'en siiprofoadir tontea les beautci; dc Us voit 
aoaa lent vrai joar, et d'etre bien peui-lcj ds leor T^ritabln ubs; 
el tjuand ccUe fuililusse esf rcuuic k la corruplion du cceur, qii'n 
ri'sulle-l'il J EUc ajonte bienliit le sacril<'-ge A raveuglenieal ; dU 
BltL're, trBTcatit et iittai[ae avec Tiruleace mille pa9ssgcBqiii,ioit 
hirtorii]nea, soil all^goriques , oul elc pcDttant Uat de dmia 
Tobiet du respect de tous les peupjca, de tous les hDininei ius- 
truiU. l)e-lii loutci lei turlupiuades iiopiea qui ont inijude la in- 
nil re moitiii du xviii.' si^cle ct Ic commeacement du iu[.>,et 
qui ont Tail taut de ni>l, quoiqu'ellea aieut iti tituVia gujio 
ptiunee du preiniai: loerile. 



S&ltmDE PARTIE. ^S 

Yerohs k ce que nous avons d^ja dit snr cet objet j 
un p&iss£^e tr^s beau j tire d^un auteur anglais cit6 
precedemment. Cet auteur est fort ingenieux , foi^ 
piquant ; mais si Foriginalite de son esprit Pa quel- 
quefois ^gar^ sur la route qnUl a le premier frayee 
( on Yoit que je veux parler de Slerne j le createur 
du genre sentimental) , il est certain qu?ici il a ren- 
du Pfaommage le plus pur et le plus beau k Fexcel* 
lence du style de TEcriture Sainte. Yoici comment 
il ^tablit la comparaison entre Peloquence profane 
et r^loquence sacree : a II y a , dit-il , deux sortes 
d'eloquence : Tune en m^rite k peine le nom ; elle 
eonsiste en'un nombre fixe de periodes arrang^es et 
compassees , et de figures artificielles , briUantees 
de mots k pretention : cette eloquence eblouit, mais 
eclaire pen Pentendement. Admir^e , affectee par 
des demi*saTans dont le jngement est aussi faux que 
Je gotit est vici^ , elle est enti^rement ^trangere aux 
ecrivains sacr^s. Si elle fut toujours estimee comme 
etant au-dessous des grands bommes de tous les si^ 
clesy combien a plus forte raison a-t-elle du paroitre 
iitdigne de ces ecrivains que PEsprit d^eternelle sa-- 
gesse animoit dans letirs yeilles j et qui devoient at' 
teindre k cette force y cette majesty , cette simplir 
€it^ k laquelle Phomme seul n^atteignit jamais ? 
li^autre sorte d^eloquence est enti^rement opposee k 
oelle que je viens de censurer ; et elle caracterise ve- 
ritablement les saintes Ecritures. Son excellence ne 
derive pas d^une elocution travalU^e et amenee de 
loin y mais d^un mdange etonnant de simplicite et 



gvfi DU CHGIS BES LIVRES, 

^e majesty , double c-aract^re si difGcilFment r^uni 
qii'oa le trouvu bieo rareraent dans les compo^U 
tioDs purcnient humaioee. Lf s pages saiates oc sont 
p«ig chargeesd'oraemenssuperflus pt affectes. L^Etn 
iuHiii^ajant biec voiilu coD<leficeiidl« ^ par|er no)re 
langage pour Doas apporter la ItuQicre de Jtt revela- 
tion , s'est pill sant doule a le douer de oes tour- 
nures natui-ellei et grscieusM qui devoient pi^nelrer 
nos ames. Observer que les plus grands ecrivalns de 
rantiquite , soit grecs , soil lati«« , |»erdent infini- 
meut dea graces dc leur style , quand ils sont tra. 
duits litteralcment daaa nos langdcs loodernes. Li 
fameuse appai'itioB de Jupiler,ilaii» le premier livr* 
d'Homi'irejsa pompeiise descriplion d'mae temp^U[ 
■OQ Neptune ebraulaot la Icrre etl'entrWvraatjaS' 
qu'ji son centre; la beauts dei chevenx djesa FalUi) 
tous ces passages , en un mot, admires As aieclcs at 
si^cles , se fletrissent et disparoisseat presqne enti^ 
remeot daoe lee versions latines. Qu'oa liee les tn* 
ductions de Sopbocle , de Tbeocrite , de Pindtn 
mdme , y trouvera-t-oii autre chose que quelq-aei 
vestiges legers des graces qui nous ont cbarmes dam 
les originaiuc (i) ! Concluoiis que la pompe de l^ex-* 
prestion , la suaviti^ dss mnnbrea ^ *tia jilirue mo' 
•icale y coa^tueat la plas ^nmiit partie des heantfi 
denosaoteursclasu({ae«,teBili»^ueclled«iifM£en' 

(i) V«)l«in > dit a«ec {(>Ba«m<Dt I « Qn'an a# CMiiB polal M- 
core eoonoltra Jw poittra par In traduotioDB ; u Mrtut vonloic 
■perceiolr le coloru d'un bbleau daiu nue wCampe. Lm tndncr 
tioiUMigiiiei]tMtlMfa)lM(rDBoinrageateiig«niitlealMaDUi.a 



SECOITOB f ARTIE. f^^j 

lures domiste plut6t dans la grandeur defi chosesm^ 
me que dan3 celle des mots. Les idees y 8ont si ele- 
vie^ d;e leur nature ^ qa-e)les doivent paroitre oeces- 
^ireinent SQ^Umes daos leur modeste aju3tement ; 
elles }irilleat k trovers les plus foibles et les plus litr 
t^^raies verNoiis d^ la Bible. a> 

Npus dvoos a\k eu occasion de purler de M. Wil* 
liam Jmefy fQo/i^teur d» la Soci^t^ asiatiqne de Cal- 
cutta J et nous ne connoi^sons ()oiot de savins qui 
nnisaeHt {4^9 die boone foi, pliis die c^^ideuff a Peru- 
ditjKHft hi pl9s prpfoode siirtoui relatiyement aux an- 
tiqi4t^s et »n% Iwgnes de l-Iode ; ajoutons son o}Mr 
fiioi» i (celie de son compatrlote que nous venous d^ 
piter t jK La qoUection d^ouvr^ges qu^ nou9 appelons 
TE^iriflNPe p^r e:(jeeUience y dit-il, c<^itient| ind^penr 
^mmsiA d» 90n origjue divine 9 plus de vrai ^ubli- 
|ne| plp» de bf^t^ r^ejl^fi , plus de ro/Qralite, plu3 
d^hi^ioir^ ipjereas^ntes , ejt plu^ de tr»its /^lev^ d^ 
pOeri/eejtifi-e9k>q«ence, qu^on ne pourroit en rassem^ 
)Aef d^BS ioii ie^p^ce pareil, .en fai^nt un exirait de^ 
Jiyre^ (jm pp% f§t4 p^iblies dans les difierens ages e% 
dans les difTerens idlomes. Les deux parties qui for- 
mei^ PEcriture S,a^ite ^ spht unies entre elles par 
une mite de compositions qui a'oot aucune jessem- 
Mance , soit pour la forme , soit pour le style , avec 
tout ,ce qu^on pourroit tirer de 1^ litt^raiure grec- 
qf^e y indienn/B ^ p^r^ajpe , et m^ipe ^^rfibe. i> LVuteui* 
declare ensuiteqa^ilne pretend pas donner sa croyan- 
ce pour rSgl.e de celle des autres ; mais que cepen- 
dant on ne lui refusera pas de conve{^ q^ l^s pjrer 



a48 ^^ CHorx des LrvRES. 

miers h!storiens hebreus ne meritentautant decon*' 
fianre que totit autre de I'antiquite (t). 

On sail que , dans le xviii.^ slecle , on a ose avan- 
cer que la Bible n'utoit pas le plus ancien livre qui 
esisle, ni le monumenl le plus aulhentiqiie des pre- 
miers 3ges ; et pour le prouver , on adjugeoit U 
priorile aux livres de Zoroastre; mais dps savans d« 
I'nnivei'site de Gottingue ont fait justice de cetle 
preleatioii de mauvaise foi. Ensuile on s'est rejcle 
aur les livrss icdiens ; ici il etoit plus difficile de ju- 
]ger a fond celte question a cause de I'cloignemeDl 
des lieui et du pen de coanoissance qu'on avoit de 
cea livres ; mais la Soci^te asiatiquc de Calcutta cat 
■venue k propos pour fournir les lutui^res donl on 
"avoit besoin. Son respectable president , dont nous 
veDOQs de -parler , reudant compte des travaux lie 
la Societe sous ce rappol-t , se felicile de ce qu'ils 
oervent a justifier les recits de Moyse sur I'origine 
du Monde, C'est avec une candeur el une impartla- 
lite admintbles qa'il dit i a Notre tdmoignage surce 
- point m^rite d'autant plus de confiance , qne qnaiid 

(i) Le calibre Tfewtnn dit du joor an doctenr Smitb , intmr 
de> Comjnentairea gar Daniel : « Je troave p)ut d'utllientiEM 
dam 1m livrei de U Bihl«, que ilans aacune birtoire pnAiMqnd- 
conquB. u Duleniiana , p«g. 5. Voltaire, parlant de NewtoDt 
s'eaprimoit aiaai: n Cert le plus gnndgciiie qui ait exists. Qotnil 
ttiut let g^iiei de runiven mroient arrang^i . il couduinnt la I>en- 
de. ■> Et Bitlean : « Ce grand bomme (NewtOD) u*eiiteDdoit jt- 
inaig pronoDCer le Dom de Diea aans f^ire une inclinatioii pn- 
fonde qui narqnoitet son respect et son adnuralion pourlwCH: 



^ECONDE PARTIE. 249 ^ 

in^me noas anrioiis troave le contraire, nous Pens-t 
sions egalement public j non A }a verity avec la mft- 
me satisfaction j mab du moins avec la m£me fran* 
cliise. La v^rit^ doit Pempor^r sur tout. » (Voyes 
le dixieme disconrs anniversaire , prononce le 28 fe- • 
wer xfj^ZiAsiatik research. Tom. iv,^dit. in-8.®) 
Quel hommage rendu 4 Pautbenticit^ de la Bible ! 
Quant anx zodiaques trouT^s demi^rement euEgyp- 
te 9 de savantes et profondes dissertations out prouv^ 
que cette derni^re branche k laquelle s^attachoient 
ibrtement les adversaires de la Bible, n^est pasmoius 
Termoulue-que celle des livres de Zoroastre et de* 
taut dWtres qui out disparu. 

Tout ce que nous avons dit prec^demment re« 
garde PAnciexi Testameht ; quant au Nouyeau j de 
quelle Y^n^ation^de quel amour ne doit-il pas nous 
pdn^trer, puisqu^il renferme dans le r^cit des ac- 
tions de Jesus-Christ j Paccomplissement de toutes 
les promeases faites au genre bumain par la bouche 
des patriarcbes et des proph^tes , c^est-a-dire , par' 
Diea ]ni-m£me,et exprimees avec une clart^ incon* 
testable dans mille endroits de PAncien Testament: 
en nn mot , c^est PEvangile , c^est ce livre oh. la 
bont^ divine parut en personhe j parut en action et 
en paroles y au point que les incredules eux-m£mes , 
enrefusant d'y voir Dieu , y out au moins vu la per* 
lection de Phomme (ce qui est beaucoup pour eux); 
enfin ^ c^est ce livre qui a conquis le monde en con* 
damnant le monde. Que Pon fasse attention k cett^ 
pcns^e de Pascal : «c Les deux Testamena regaxdent 



aSa DH CHOfX DES LIVRES. 

Jesus-Clirist ^ 1'A.ncieu, comme soa attente 5 le Ntra^ 
veau, comme soa module ; tous deux comme \em 
centre; a et I'oa vcira que rien n'est plus vrai : nn 
liberateur eloit vUiblernent promis fiu Monde data 
l<s livres proph^llques d€s Jail's (eux-m^mesencon- 
Tieiinent encore aujourd'hui), et tous ses caractfr« 
y sont distinctement traces •, or Jesus-Christ les a 
remplia de point en point daus la plus eiact£ prdci- 
fiion ; il est ne, il » vecu, il a iuslruit, il est mort, 
)l est ressuscit^ , comme le IVIessie devoit natlre , 
vivre f easeigner, mourir et renaiire j doao il est Is 
vrai liberateur ; il n'y en a point £U , et il n'y en 
aura jamaiti d'autre. Mais si les actions de Je'siur 
Christ portent le vrai cachet de sa divinity, nepeut- 
«n pas dire que la manjere doal elles sont racoo- 
tfes a egalement uncaractcre particulier qui annonce 
quelque chose dedivin? Quelle simplicite deslyle(i) 

(i) M. da CUtemAdud, paclut dea diffimu ai^tM tmf/kifk 
iaju Ufiildf, .B« jlutingM lim» aorUi ; i-" ifttjit UifoqqaB, 
qui cat.celm da la Geutbae, du DenUronome , etc.; a.* |e (^l* 
pojtique, let qa'il eiisto dans les Psaumea, dang les ProphiUt, 
Im trutJa moraaz, tie.; et1e«tffe ^rang'^liqae , qoi eitcdmdn 
^ouTwu T.eatu«n»- *'«n'W¥» k «• dtjvier, H dit : .-C'»«t J* qw 
)a sublimits dttfropb^ta^w ^Wigf «ii une tendrcMB WQ 9U>jV)f 
•nblime ; c'est U que parle rainoiiri c'est U que le Ferbe J'«Jt 
vMlement fait chair. QnMe onction! quelteamplitdW'LaRdi- 
gioB du FiU de Bluie eat caiaive l*.eaaence de teutea lea sebgioaii 
cm cequ'ilyade pliu celeata^o.allea.OypBut^ndfee^fiKJfOW 
mots le caractere du stj-Je ^Tangelique 1 c'at un tou d'autwi'' 
de jtin , m£Ic k je ne sais quelle Indul^nce fratemelle , et k je na 
aaig quelle commiserBtion d'lut Dieu qui, pour nous radulW) a 



^fiCONBE PARTIE. f^Sl 

.fttrtout daas lee paroles-de Jesu««>Christ! C^tte sim^ 
pliciie e3t €Bti^rement dans le go^it antique ; elle e»X 
eaa&JTiBie 4 Moy«e et aux proph^tes, dont m^me on 
tro^ve aff^ez eouvent les ^xpresnoas. Mals^ quoique 
fimfU et &«Uier .9 ce style est sublime et figur^ ea 
biea dea endroits , m^iue dans les predications les 
plus po^aiTj^ du SauYeur. Quant 4 ses discoura 
xi^poHifi par Saint Jean j. presque tout y est sensi* 
hitm€ml^ dim* Vvat des caract^r^s hs plus frappans 
4e I'inapiration qui a preside k la redaction de l^an* 
pie^^ft que les qnatre jaarratlons de la vie de J^sus* 
Cbrmi^ qnoiqise nuUewenl ealqu^es Tune w^ Tan* 
tre y qvoique n^ayant rien de commun avec le ^enr^ 
htfltiwriq&e ordinaire^ qnoique presenlant mdme 
4|ittkpie dftffjSrenee 4fmM a IWdre 4ep faits 9 4tan«- 
imtf; iaot par k ton^ riiM^m fjfiff^ j que pair 
b eon£Mr«iift^ piarjE»itie qui (e^^iste enlve dies pou? 
|ieindne niomnie-jDiea tel qu^il a ete parmilesli^mr 
nea 9 c^t4-djne .^ tenajut an ciel par sa divine e^r 
aeiiee 9 eft lienani A la terre jpar ce cGfp$ qu^41 hu 
a pibi fieirltir pour ai:)eo»pJir ses ^[mnda desseins^ 
Yejiezrk eemfi^0eier li prtcfaer son £<^aogile | et vir 
w^r ks aeerets qiu reposoient de toute ^temite am 
aeisi 4e sen Virt ; i^oyeK-le poser lea fondeinens de 
son Kglisft par la vocation de douze p^cheurs^ gens 
dttpeuple^eC pourtant deques i porter le flambeau 
ide I*jByangile par tou%e la ferre ; voyez4e paroourir 
loute la ludde qu*^!! remplit de ses bienfalts, Secou- 
Jl^able aux malades | mis^ricordieux envers lea pe- 
cbeurs dont il se montre le ynm medeein par Pacces 



sSa EU CHOIX DES LIVEES, 

qii'il lenr donne auprts de lui , faisant ressentir am 
honimcs une autorite et une douceur ijiii n'avoient 
jamais paru dans aucun mortel avantliii; il annoiicc 
dt" hauls mysleres, maisilles confirme parde grands 
iniracl<?$ ; il commande de grandes vertus , mais il 
donne en mfime temps de grandes lumieres , de 
grands exemples et de grandes graces. Tout se son- 
tieiit en sa personne : sa vie , sa doctrine , ses mira- 
cJes. Lamfime veriteybrille par-tout: tout concourl 
a y faire voir le maltrc du genre liumain et le nio- 
dkle de la perfection (i). Lui seul vivant au milieu 
des homines et a la vue de tout 1« moudc , a pa dire 
sans craintc d'etre dementi : « Qui de vous me re- 
prcndra de peche ? » Ses miracles sont d'un ordre 
particulier, d'un caract^re nouvean- II les fait prcf- 
qae tous sur Ics homines meme et pour gucrirleiirs 
infirmites. Tous ces miracles liennent plus de Ij 
l)Onte que de la puissance , et ne surprennent pas 
tant les spectateurs , gu'ils les touchent au cceur. 
Qui n'admirei'oi t la condeseendance avec laquclle il 
tempore la hauteur desa doctrine? CVst dulaitpour 
les enfans et tout ensemble du pain pour les forls. 
On le voit plein des secrets de Dieu , laais dd voil 
^n'il n'en est pas itoua^ comme les autres mortek 

(i)H. ie LaHRrpedit daiii ton ^pologie de la Rdigio'i' 
« ToDteit duucei liTresdmniCles^Taiigiles), et le mallieDr Ii 
plna commun ct le plus graud, eatde ne pal leg lire. 11 <b entre 
autree uD sermon de la Cine qui me parolt coDtenir toute ooln 
HdigioD , et oil chaque parole est im oracle du Gel : je ne Tti j** 
luit lu iHU one fmotioii sincoliiie- » 



SECONDB PABTIE. ^53 

.)^ qui Dieti se communique : il en parle naturelle* 
sient comme ^tant ne dans ce secret et dans cette 
Ijloire ; et ce qu^il a sans mesure, il le repand avec 
mesure afin que notre foiblesse le puisse porter* 
:(Bosstjet). 

Quant aux Ap6tres ^ on trouve dans leurs Merita 

le mdme style 4-peu-pr^s que dans les Evangiles(i)y 

ayec cette difference cependant, que Jesus-Christ. ^ 

xnattre de sa doctrine , la distribue tranquillement j 

il dit ce quHl lui plait, et il le dit sans aucun effort) 

il parle du Royaume et de la gloire celestes, comme 

.4c la maison de son P^re. Toutes ces grandeurs qui 

.][U>u8 etonnent lui sont naturelles ; il y est ne, et il 

ne- dit que ce qu^il yoit, comme il nous Tassure lui- 

inSme. Au contraire , les Ap6tres succombent sous 

le poids des v^rites qui leur sont revelees. Ilsne peu- 

-vent exprimer tout ce quUls con^oivent. Les paroles 

JeuT manquent. De-1^ \iennent ces transpositions , 

(i) N'onUions pas une pensee de Pascal, bien remarqnable sdr 

le style de D^vaugile. <c Ce style, dit-il, est admirable en une iu' 

^.iinit^ de mani^res, et entre autres, en ce qu'il n*y a aiicune inyec- 

tive de la part des.historiens contre Judas ou Pilate > ni coutcis 

aucun des ennemis qu des bourreaux de Jesus-Cbrist. Si cette mo- 

destie des bistoriens evang^liques avoitet^ affect^e , aussi bien que 

' tant d'autres traits d^un si beau caractere , et quails ne I'eussent 

. affectee que pour la faire remarquer ; sMls n^ayoieut os^ la remar> 

quer eux-memes, ils n'aoroieut pas mauqu^ de se procurer des 

am^ qui auroient fait ces remarques k leur avantage. Mais commo 

jls ont agi de la sorte , sans afTectation et par uu mouyement tout 

. d^int^ress^, ils pe Tout fait remarquer par personne *, je ne sait 

: |n^me si cela a ^t^ remarque jusqu'ici, et c'est ce qui temoigneia 

muvete ayec iaquelle la ^hoie a ^t^ faite. m 



OJ4 "U CaotS »E3 LtVftES. 

cea exprpsuons confuses , ces liaisons de discours <]q{ 
ne penvent finir. Toute cette irregularite dii sfyle 
tnarque dans Saint Paul et dans les autre.i Ap&tres, 
que I'Espril de Dien entralnoit le leiir. Mais , nonob- 
stantces prtils dtsordres pour U diction ^ tout j est 
hoble , vif et touchant. I^us on lit leurs epttres, 
flurtout celles de Saint Paul , plus on est <?toiitie; on 
lie sail cjupI est cet liommc qni , dans une espece de 
prfirie familier, dit cependant dcs mots suhlimes, 
jette les regards les plus profouds snr le cteur ho- 
maiD, esplique la nature duSouverain Eire et pre- 
ditl'avenir. Pourl'Apoca]ypse,Ony troUTe la m^mc 
magniGccDcc et le mSme entbotisiasme qae dans let 
propheles. Les expressions sont souvent Ics m^mes, 
et queI[]uefois ce rapport fait quails s'aident tnutuel* 
lement k ^tre entendus. On pent done conclure de 
lout ce rjue nous Tenons do dire, que I'eloijuence 
H'appartieat J^i aeulement anx Uvres de PAocletl 
Testament, maia qu'elle se troave ^galement danf 
le Noavean. 

Tel est I'^vanfile ; tel eit ce livre divin f It ceol 
n^essaire i an Chretien , et le plus utile de tous ft 
quiconqne ne le seroU pas ; il o'a l>esom que d'Mrs 
medite pour porter dans I'ame Pamoar de son Au* 
teur et la volont^ d*aocotilplir ses pi^eeptes. Jamait 
la vertun'a parl^ unstdotixlangage, jamais la sagesM 
ne s*eat exprim^ avec tant d'energie et de simplt- 
cite. On n'en qnitte pas la lectnlv satis se senlt> 
tneilleur. C'est Popinion d^nn lamcnx philosophy 
du xmi." tUcle j si inconstant en mati^re de relP 



SECONiaS PARTtK. ^SS ' 

gion, si habile dans I'art da paradote^ et k €ftx\ ce-^ 
pendant la force de la t^rit^ a arraGb^ le plus bel 
kommage que Ton att jamais.tendu k T^Tangile'et k 
son diTin Aiiteur(i). Api^s avoir parle de la r^v^la-* 
tioa sur laquelle il ose dire qu'il reste dans nn douM 
respectueux, qttoiqu^il ait avanc^ plus hautqu^ y ft 
tant de raisons solidds pour y croire ^ il continue! 
ainsi : cc Je tous avoue que la saintete de PEvangile 
est nn argument qui parle k mon coeur ^ et auquel 
f aurois m^tlie regret de trottver quelque bonne re^ 
ponse* Yoyet les livres des pbilosophes avec toute 
leur pompe ; quHls sont peiits pr^s de celui-lft ! Se 
peut-il qu'un livre^ k la fois si sublime et si simple y 
seit PouTrage des kommes? Se peut-il que celui dont 
il fait Phistoire ne soit qu^un bolnme lui-m^me t 
Est-ce Ik le ton d^un enth^usiaste on d'un ambitieuil 
jectaire ? Quelle douceur , quelle puret^ dans seA 
mceurs ! Quelle grice touchante dans ^b instruc- 
tions! Quelle ^evatioa dans ses maximes! Quelle 



(t) M. de CbateftuMand , paiilmt de HouSMau sons le rapport 
jreBgieiiZy nous parott iWoir montuS sons son T^ritabie jour , dan* 
ce pett de ligmei t « M. Aoiuseaay dit^il, est un des ^criTains da 
dix-haiti^e ii^de dont le style A le plus de cfaarme, parce que 
let iMMnme) HxArre ii dttsein, ^(^t<Ht an tnaina ct6i une ombre de 
teligioA. II atoil foi en quelque cbose qui n'^toit pas le Christ, 
maia qui pouttant ^toit V£yangU6, Ce fant6me de christianisme ,' 
tel quel, a quelqoelbift doiui^ des grft^s iuefifables k son g^uie. 
Lm qni s*est ^lev4 iifee tant de force coatre tes sophiste^, u*eiit-il 
pas mieux fait de I'd^atidoaner \ toute la iendre^se de son ame, 
que de se perdre^ comme eux^ dans de yaias s^sUmes> dont it 
it'a fait c(ue raj^uair lei tieiUes enreurs % «> 



a56 DU CHOIX DBS LIVRES. 

profonde sagesse dans ses discours ! Quelle presence 
d'esprit, quel nature! et quelle Justesse dans ses re- 
ponscs! Quel empire sur aes passions ! Ou esll'hom- 
-ine, oil est le sage qu! sail agir, sourfrir et monrir 
sansfoibleBseetsans ostentation?QuandPlaton peint 
son juste imaginaire convert de lout I'opprobre du 
crime et digne de lous les prix de la vertu , il peint 
trait pour trait Josus-Clirist (i) : la ressembUnce est 
si frappante , que tous les Peres I'onl sentie , el qu'il 
n'est pas possible de a'y tromper. Quela prejuges , 
Cfuel aveuglement ne faut-il pas avoir pour oser com- 
parer le fils de Sophrouisque auFils de Marle?QueIle 
distance de I'uu a l'a«tie ! Socrate mourant sans 
douleur , sans ignominie , soutiut aisement jusqu'au 
bout son personnage ^ et si cctte facile mort n'ent 
honore sa Vie , on douteroit si Socrate , avec tout 
son esprit, fut autre chose qu'uusophiste. II invenla, 

(i) Cest quelqne chaie de bien ^nnant tt de bim singnltti, 
(|ue cc passage de Platon. ( de Republ., lib. u.) n Le juste par- 
fait,dil-i) ,e8t celui qui cfaerche nonpaa li paroUre vertueux , niBia 
i I'jtre. 11 fant qu'il aoit piiv^ de I'estiine du public ; cai ^'\l pane 
pour juite , il aura des bonaeorj et Ata i^compeuses, et Von oa 
pouTTB iBToir B'it pTBtJque la justice poor Tamour de ccs biens, 
ou pour la juitice clle-nijmc. II faut douc qu'il soit depouill^ da 
tout, except^ deja verta : il doit e'en avoir pas mJlnelB ri^ata- 
tion, maia passer poor iujuste et mecbant; et comme te),.elra 
fouett^, tourmente, mia dans lea cbaines, prire de la vue, elf 
•prca avoir soufTert toutea sortes demaui, et» cnuciFii-uIl oI 
impossible d'avoir mieui speciSe la Gq doiilourctue de lisof 
Cbriat, qui cepeadaat o'eut lieu que 371 aas apris la morl 4* 
Platon. 

Uu autre paist^eDonmoiniuugulierdu m^e PhtOD, <tt C«; 



SEGONDE PARTIE. 2^5- 

dit-on y la niorale : d'autres avant lai Pavoient 
inise en pratique ; il ne fit que dire ce quells avoient 
felt ; il ne fit que mettre en lecons leurs exem- 
ples. Aristide avoit ^te juste a^antque Socrate eAt 
dit ce que c^^toit que la justice ; Leonidas ^toit 
mort pour sou pays avant que Socrate eiit fait un 
devoir d^aimer la patrie. Sparte ^toit sobre avant 
que Socrate eut loue la sobriete ; avant quHl eiit lo\i6 
la yertu , la Gr^ce abondoit en hommes vertueuz.' 
Mais 9 ou J^sus-Christ avoit-il prischezles sienscette 
morale ^levee et pure j dont lui seul a donn^ les le- 
^ns et Pexemple? La mort de Socrate philosophant 
tranquillement avec ses amis , est la plus douce qu'oa 
puisse desirer; celle de Jesus expirant dans les tour-, 
mens, injurle , raille , maudit de tout un peuple y 
est la plus horrible qu^on puisse craindre. Socrate 
prenant la coupe empoisonn^e j benit celui qui 1st 
lui pr^nte et qui pleure ; Jesus , au milieu d^ua 
■ »■ ■ .1 I ■ I .1 I I ■ ■ ■ I — — — 

' hii f>& il d^nillHeu comme Dieu se definit lui-m^me. II dit que 
Diea a tout fait par son p^erbe, et que le Verbe tris divin a renda 
Taniyen barmonique et visible. II donne le nom de Pire et de 
Seignenr au P^de TAuteur du Monde. 11 distingue de bona et do 
aiaavliiB anges. II enseigne que notre ameest Pimage et la ressem- 
ilance de Dieu. Ces discours et quelques autres pareils ont fait 
dire 2i saint Clement d'Alexandrie, que Piaton^ nouyeau Prom^- 
tkt^y ayoit derob^ des Livres saints quelques ^tiucelles du feu sa- 
Cr^ qu'ila renferment. V. Platon , in TimcBo ; le mdme , in JEpi' 

• 

homide^ le m^me, in epistoL ad Hermiam, JSrastum et Coris^ 
Turn ; le m^me, de Leg, , 1. lo; le m^me, in Phcedone et in Al^ 
cihiade; et Clbmemt d'Alex. in Stromal., lib. i. M. De Maistre 
% on mot fort heureux k ce sujet ; il appelle la pbilosopl^ie de 
^aioii I la priface humaine de I'jiyangiU. 

1. X7 



35a DDGH^E BES'LiVHE3, 

supplies affrens, prie pour ses bourreanx acbarnes. 
Oui , si la vie et la mort dc Socrate sont d'ni) sage , 
la vie et la mort de Jesm-Clirist sont ct^uti Dien. 
Dirons-Dous que I'liistoire de TEvangile est invent^ 
k plaisir? Ce n'est pas ainsi qu'on invente ; et lei 
fiiiU de Socrate, dontpersonne ne doute, sontmoini 
altcslesque ceitx de Jesus-Clirisltau fond, c'est re- 
«uler la difficulte sans la dctrutre. II seroit plus in- 
concevaLle que plusieurs hommes d'accord euaseot 
iitbi-ique ce livre , qu'ii ne Test qu'ua seiil en ait 
fourni le aujet. Jamais des auteurs Juifs nVusseat 
trouve ce ton ni cette morale ; et PEvangile a des c»- 
lact^res de verite si grinds, si frappans, si parfaite- 
ment inimitables , que I'inventeur an seroit plu 
^tonnant que le heros, » 

Nous terminons par cet eloquent morcean pleiEt 
de force et de verite, ce que nous avians a dire sue 
I'Ecriture Sainte en general. Nous n'avons parle que 
d'apres les auteurs sacres et profanes qui nous ont 
paru le plus penetres de la grandeur et de la dignite 
^e cette production vraiment miraculeuse. Eh ! que 
pourrioos-nous dire de plus de ces livres dtvins, qui, 
selon un ecrivain moderne, sont I'eternel heritage 
des generations cliretiennes ; de ces livres qui, dans 
Jeur incomprehensible universalitt? , consolent le fi- 
ddle, coufondent I'iucredule, ct ont ravl d'une saiule 
admiration Ics plus beaux genies de luus les ages? 



SEGONDE PAHTIE. ^^ 

ABftittAx MOIVRE ( n* 1667 *~ in. 1764), c6li* 
lire math^maticieiiy et homme Xxis s^rieux^ etoit 
ptts^ionn^ poor Rabelais et pour M oli^rk ; il les m- 
Toit par c(Bar» II dit un jour 4 Pun d^ ses amis qu^il 
aimeroit mieux £tre Moli^i^ que Newton ; opinion 
biasarre et plus surprenaote encore dans un mathe^^ 
maticien. Jl r^citoit des seines-' enti^res du Misan^ 
ihrope ayec toute la finesse et toute la force qu^il se 
rappeloit de leur avoir entendn donner soixante et 
ans auparavant par la troupe de Moliire. 



OuMM Sbcondat nB MONTESQUIEU (n. 1689 
*— m. 1755 ) 9 president au parlement de Bordeaux^ 
anteur de V Esprit des, Lois et d'autres ouvrages-^ 
£iisoit de Tacite son auteur favori. aCethistorien^ 
€lit*il J abr^eoit tout , parce qu'il voyoit tout. » 

Nous croyons devoir donner ici un extrait dei 

pens^es de Montesquieu sur les auteurs grecs et ro- 

teains. <€ Pavoue y dit-il j mon goAt pour le9 anciens^ 

cette antiqi^ mVnchante , et je suis toujours pr£t 

k dire Avec Pline : C'est k Athines que vous alles ^ 

s^pectei^ les Dieux. •— L'ouvrage divin de ce siicle^ 

TSlSnutque, dans lequel Homire semble respirer^ 

egt ane preuve sans r^plique de Pexcellence de cet 

tttcien poete. Pope seul a senti la grandeur d'Ho- 

ttiire. ^- EscHYLX , Euripide y Sophocuee ^ ont d'a- 

Iiord port^ le genre d^invention au point que nous 

l^^avons rien ^cbang^ depuis aux regies quails nous 

^at laissees j ce quMls n'ont pu faire sans une con^^* 

xioissance parfaite de la nature et des passioz^.<— "Pjuu^ 



/ 

/ 



a^ CTT CHOTX SES UVRE8. 

; TAKQTTX tne charme loujours : il y a des circoniUA' 
. cet ellatb^es 8ux persoanes , qui font grand ptainf. 
■— Qu'AniSTOTS ait He precepteur d' Alexandre, oa 
_q«e Platon ail etc a la cour de Syracuse , cela 
nen pour 1«up gloire ; U reputation de lenr pbiloiD- 

. . pbie a absorb^ tout. — Ciceron , selon mo! , est dd 
dec plus grands esprits qu! aient jamais tte : I'ame 
!loti)OUTs belle lorsqu'elle n'est ps foible. — Deni 

^ 4diefs-d'o9uvrc : la mort de Cesar dans Pi-dtirqiii, 

et celle de Neron dans SviiojiE. Dau3 l'iinp,<n 

l^, ' commence par avoir pitie des conjures (lu'on voiteB 

pAril , et ensuite de Cesar (ju'on voit assassine. Diw 

., celle de Neron, on est etonne de le voir oblige par 

^ jdegr^ de se tuer, sans aucune cause qui I'y coutm- 
gne, et ccpendant de fa^on a ne pouyoit IVviler. 
•K- ViRGiLB inferieur a Hom^re par la grandenr el 
|« variele des caract^res, par I'inventioa adminlilF, 
r^ale par la beaute de la poesie. — Belle parole de 
StWEQiiE : Sic prcEsentilms utaris voluptalibui , ut 
Jiituris non noceas. — Jamais pbilosophe n'a mieui 
lait seulir aux bommcs les douceurs de la verlu et 
la dignite de leur 6tre que MiHC-AsTOHiif. Le cceuc 
*8t louche , i'ame agi-andie , I'esprit cleve. — il fant 
reflecbir sur la politique d' AaisTOTE et sur lea dens 
r^publiques de Platon , si I'on veut avoir une juste 
idd:e des lois et des moeurs des anciens Grecs. Let 
cbercLer dans leurs historieus, c'cst comme si ooU 
Toulions trouvcr les B^tres en lisant les guerrei J* 
__ Louis XIV. — KepubliquedePlaton, pas plus ideik 
^ i " ^ue celle de Spaite. » 



SECONDS PABTIE. 2(^1 

Telle est ropinion de Montesquieu sur les auteurs 
mciens ; celle qa^il a emise sur les modemes se 
trouve dans ce volume , aux difTerens articles des 
^Tvrauis dont il a parle j tels que Voltaire , Crebil* 
Ion 9 etc.) etc. 

Jetons maintenant un coup d^osil sur ses propres 
onvrages : les principaux sont les Considerations sur 
la grandeur. et la decadence desRomains, et VEs^ 
frit des Lois, Nous ne parlous pas des Lettres per^ 
sanes^xsA parurent en 1721 ; il suffit de dire que^ 
4e sentant de la licence qui regnoit sous la regence y' 
celivre futle premier qui ^ sous Tapparence de lafri- 
lirolite^mitAlaportee du vulgaire Pesprit pliilosophi- 
jqpA etla critique des objets les plus s^rieuxetles plus 
srespect^s dans la societe^ Les Considerations sur les 
JRomains sont tout autre chose , et Pon peut asst^- 
fer , d'aprAs un cel^bre critique , que icc'est un cbef- 
d^oeutvre de raison et de style dont nous n^avions au« 
cun module dans notre langue y qui dnrera autant 
qu'elle^ et qui laisse bien loin Machiavel, Gordon y 
Saint-Real} Amelot de la Houssaie , et tons lea autres 
^crivains politiques qui avoient traite les mSmes ob- 
jets. Jamais on n^avoit encore rapproche dans un 
si petit espace une telle quantite de pensees profon* 
des et de vues lumineuses. Le merite de la concision 
dans les yerites morales j naturalist dans notre lan- 
gue par La Rochefoucauld et La Bruy^re (i), doit 

(1) Un auteur moderne dont noua ne nous rappelons pas !• 
ftom ) s'exprime ainsi sur les difFerans ^rivains de son choix qui 
Ini ont paru let plus remar<|ualiles par la precision } ct qu*il c]|as8Q 



^63 ^^ CHOIX BES UVRES. 

]e ceder Ji cekii de Montesquieu, en raison de la 

liauteur et de la difficulte du sujet.« Quoi de 

plus imposant que ce yaste tableau de \ingt siedes 
( depuis la fondation de Rome jusqu^4 la prise de 
Constantinople), renferme dans un cadre etroit| 
0U9 malgre sa petitesse, les objets ne perdent riea 
de leur grandeur et n^en deviennent mdme que plas 
saillans et plus sensibles! Que peut-on comparer en 
ce genre a un petit nombre de pages , ou Ton a pour 
ainsi dire fondu et concentr^ tout Pesprit de irie cpi 
animoit et soutenoit ce colosse de la puissance to- 
snaine , et en m^me temps tous les poisons roogenn 
qui 9 apr^s Pa voir loiig-temps consume , le firent 
tomber en lambeau^ sous les coups de tant de na* 
tions r^unies contre lui? G^est un monument um« 
que dans notre si^cle , que ce livre qui avec tant de 
substance a si peu d^elendue, ou la philosopbie est 
si beureusement m^lee a la politique y que Pauteur 
a pris de Tune la justesse des idees generales, et de 

dans Tordre suivant : Montesquieu, La. Brutere et Bossuet. 
« L'esprit de Moktesquieu. dit-il, franchissoit ioutes les idees 
intermediaires ; ses pens^es n'eloient que des resultats : il est peut- 
etre encore plus precis que Tacile. Quant k La. Brute&e qui n'a 
^crit que des pensees detachees, il abonde eu expressions heu- 
reuses et inusitees , en tournures de phrases qui ne sont qu*k lui : 
il s'est cree une langue dans la n6tre. C*est recrivaiu le plus ori- 
ginal par Fexpression ) sans jamais etre bizarre. Bossuet, dans 
les beaux morceaux de ses Oraisons funibres, unit la force , la 
concision , la majestc et la negligence : il est de tous les ecrivaiiu 
]e moins l6cM; dans son Histoire universelle , il entasseles faitj 
en ^pargnant les motS) et cependant y fi^me k profusion degraodet 



SiSGdKDE PABTIE. a<53 

Tautre^ telle d^s applications particnK^res : deux 
thoses tr^s difiG^ireiites et qui y faute d^^tre reanies y 
ont prodait si souvent ou des l^slateurs qui n^e* 
toient nullement philosophes ^ ou des philosopher 
qm n^etmettt nullement legislateurs. » 

QtkmtiLVEipritdes Lois, c'est une vaste concep- 
tion qui a exige trente ans de travaux , et qui y gr&*» 
ce aa style concis de P^crivain^ quoique resserred 
dans un cadre assez ^troit, renferme les dif£^rens 
principes de l^sktion et de politique dont toutes 
les nations civilise^s ou susceptibles de F^tre peu- 
vent fiare lenr pi^ofit^ quelque gouvernement qu'el- 
les aielit ou qu'elles veulent adopter ; mais aussi ef- 
les peuvent en faire abus. G'est ce qui fait que cet 
fmyrage si pl*ofond et dont Pensemble est si difficile 
& saisir ji' nfioins d^^tre long- temps medit^^ a ii6 
Pob)et d^^tc^es pompeux et de critiques am^resr. 
Voltaire dont 1^ jugement ^toit si sur en mati^i*e)i 
litt^i^ireSy'mais si mobile quand Phumeur ou la pas- 
sion ie doiminoit^ a dit blanc et noir en parlant d6 
te livre ; tant6t il se plaisoit a repeter ce mot d6 
tnadame DudefTant : cc Ce n^est pas VEsprit des 
Lois, mais d&V esprit sur les lois$ tant6t il s'&rioit: 
fc Le genre humain auoit perdu ses litres ; Montes^ 
quieu les d retrouues et les lui a rendus, » Mais 
lorsque la revolution se pr^paroit et qu^elle a com- 
titeneik edlate^y les regards se sont fix^ bien da- 
vantage sur Pouvrage de Montesquieu, et sur un 
tatre livre non moins fameux et qui , aux yeux des 
ttovateurs , parnt bieh plus approprid aux cir^^oitf^ 



^4 ^^ CHCnX DBS. HVRES. 

lances da moment j je yenx parler da Contrat so^ 
ciaL Les denx ^rivains ont eu lean enthousastes 
et lean detractears qui se son! alors prononc^ ayec 
nne exaltation nnllement sarprenante en 89 et 90. 
Nona ne citerons done ancan dea jogemens ^ ce . 
temps ; mais nous en rappellerons denx qui leur sont 
post^rienn, et dans lesquels Monteaquieu et Roas- 
aeau sont jug& d^apris les r^ultats de la r^volation. 
L^un est de M. de La Harpe qui se. declare oa?er- 
tem'ent pour Montesquieu. U le pr^nte par-tout I 
eomme un grand homme qui a examine tons. les j 
gouvememens sous les rapports de Pordre k corner* 
Ter et de Pabus k modifier ; tandis qn^il donne Roos- 
aeau comme bUmant universellement ce qui est^ et 
imagihant sans cesse ce qui de^roit fitre, sans s^en- 
])arrasser si ce qu^il propose est possible ; et il pense 
qu^ayec les principes de Rousseau on ne feroit pas 
jD^me une petite republique, et qu'avec ceux 
de Montesquieu on maintiendra toujours une gran« 
de moDarchie. Cette opinion de La Harpe , tresde- 
taillee , est trop longue pour Stre rapportee ici ; on 
la trouvera dans son Cours de litterature, edition 
de Dijon, tom. xvii, pag. 64 et suiv. 

Le second jugement est de M. de Bonald qui 
B^est pai*tisan ni de Montesquieu , ni de Rousseau. 
Comme ce passage de la Legislation primitive, etc* 
Paris, i8p2, 3 vol. in-S.^j tom. i, pag. 90-9^) 
nVst pas tres long y nous pouvons le donner en en« 
tier 5 on y verra que Pauteur regarde V Esprit des 
Lois comme ay ant inilu^ ^ de m^me que le Contrat 



SGCDNBE PAHTIE. 265 

50c«a/>suT la politique de la generation presente ^ 
cependant avec des nuances differentes : cc Montes- 
quieu et Rousseau ^ dit*il , ^crivirent tons deux snr 
la politique avec un succ^s egal , parce que les talens 
^toient semblables et que les intentions n^etoient 
pas tr^s differentes. Tons deux admirent comme 
I)ase de la societe^ ou du moins ^tablirent^ d^s Pen- 
tree.) la bonte native de Phomme et un pretendu 
^tat:humain de pure nature anterieur k la societe et 

meiUeur que la societe Montesquieu j partisan 

de Tunite de pouToir par etat et par prejug^ et du 
gouyernement populaire ]>ar affection philosophi- 
que^ favorable aux societes unitaires par ses ayeux 
et aux societes opposees par ses principes^ sans plan 
et sans systSme y ^crivit V Esprit des Lois ayec le 
xndme esprit^ etdans quelques endroits, ayec la m^- 
me mani^re quHlayoit ecrit les Lettres persanes ; et 
cliercliant sans cesse Pesprit de ce qui est , et jamais 
la r^gle de ce qui doit £tre ^ il trouya la raison de^ 
loisles plus contradictoires et m^me des lois qui 
sont contre tqute raison. L'auteur du Contrat social 
ne yit dans la societe que Pindividu , et dans PEu- 
rope. que Gen^ye. II confondit dans Phomme la do* 
minaiion ayec la liberty y dans la societe la turbu- 
lence ayec la force ^ Pagitation ayec le mouyement y 
Pinquietude ayec Pindependance ; et il youlut re- 
duire eu tb^orie le gouyemement populaire y c^est- 
i-dire y fixer Pinconstance et ordonner le desordre. 
L^instruction politique de la generation pr^sente fut 
toute renfermee dans ces deux ouyrages : Pun con- 



ru cHoix DES wvhes. 

-Sqaent a ses principes , appelant lout le monde a 
domiDalion , et fait pour seduire des hommes Ot- 
gueillt-ux et avides de pouyoir ) I'aulre heureuse- 
nent iuconsequent , raclietant I'errcur des principes 
(jardegrandes^eriles dans les details, el fait pour 
en imposer a des espi-its inattentifs et a des ccears 
bonnfites ; I'uq et I'autre soutenus par un style qui 
^blouit par son ficlat, ou qui t'tonne parsa precision, 
accredites par des noms fameux , et ce qui est plas 
decisif , appuyes par nn parti puissant. ^JEsprit des 
Lois fut I'oracle des philosophes du grand monde, 
le Contral social fut I'^vangile des philosoplies de 
college oude coinptoirj etcommeles ecoleslienncDt 
loujours quelque chose du tour dVsprit et du carac- 
tere de leurs fondateurs,les adeptes de RoussEiu, 
tranclians comme leur maltre , attaqa^rent k force 
oaverte les principes de I'ordre social , que les par- 
tisans de Montesquieu ne d^fendirent qu'avec la foi* 
))le3se et rirresoluUon que donuent nne doctrine 
^quivocpie et un maltre timide et indecis. » 

Je crois pouvoir ejouter ici un passage tir^ comme 
le pr^cddent, de la Legblation primitive, torn, i , 
pag. 128. M. de Bonald y caract^rise en pen de 
mots la revolution de France. C'est nn petit tableau 
plein de v^rite ; <t La revolution, dit-il, a pass^,ef 
de bien loin, tontes les craintes et toutes les esp^' 
rances; Assemblage inoui de foiblesse et de force y 
d'opprobre et de grandeur, de d^Iire et de raison, 
de crimes et m^me de vertusj la tSte dans les cieoi 
ellespieds dam les enfers, eHe a atteint les denx 



SECONDS PARTIR 267 

points extr^es de la ligne qu^il a ete donn^ k rhom- 
me de parcourir^ et elle a offert k PEorope, dans 
tous les genres 9 des scandales et des modules qui ne 
seront jamais surpasses. » 

M. ESPIARD DE LA. COUR ( ne le 1." fewer 

i^iS— m )9 conseiller au Parlement de Dijon^ 

dity dans ses OEui^res mSlees, Amsterdam (Dijon)^ 

1749 9 i^'^^j qU^Hl^RODOTE, ThUCYDIDE, Xl^OPHOHy 

Joseph , Tite-Live , Sallttste et Tacite sont des 
historiens parfaits y et que le seul Fran^ais que nous 
puissions leur comparer, est Rollik. Cependant 
M. Espiard ajoute des reflexions sur Rolliic , dont 
le fond a peut-^tre quelque chose de fonde, mais 
dont la forme me parott un peu cynique. <c Depla* 
cez J dit-il, M. Rollin du poste qu^il occupoit k Vw* 
niversitey vous lui 6terez la manie de tout rappor« 
ler 4 la Religion; vous le mettrez dans le cas d^abr^- 
ger ses reflexions et de couvrir d^un voile moins 
^pais la verity des fails qui blessent la pudeur : alors 
M. R01.1.1N sera le plus v^ridique et le plus accom- 
pli des historiens. » Qui; mais Rollin que je regar- 
derois comme Pbomme le plus vertueux des temps 
modernes j si JP^n^Ion ne lui disputoit ce beau titre^ 
Rollin ne travailloit-il pas pour la jeunesse ? Pou* 
Toit-il prendre trop de precautions pour Fafifermir 
dans les principes religieux j et pour derober k ses 
jenx tout ce qui pouvoit blesser la morale et la pu- 
deur? A*Vil jamais trahi la verite de Thistoire? Ne 
JVt-il pas ecrite dW stjle soutena et tou jours coa« 



DU CHOIX DES LIVRES. 
table? Ses reQexioos sonl un peu vtendues; mail 
son style est si doux, si coiilatit, si cntraiaaiit, que 
i-seulement on lul panloane, inais on est teiile 
lul savoir gre de aa prolixile, Je citcrai a ce sujel 
uQ teraoignflge bieu flallcur pour Rollin. Le due Je 
Cumberland et les princesses ses sceurs se procuroient 
toujonrs les premiers exemplaires des ouvrages de 
BoLLiN*, c'etoita qui les auroit plutfil lus et a qui 
en rendroit le meilleur compte. Ce prince disoil : 
«c Je ue sais comment fait M. Rollin ; par-tout ail- 
leurs les retlcxioos m'cnnuient, et je les saute a 
pieds joints ; mais dans aou livre elles me charment, 
et je n'en perds pas uu mot. » Tel est ['empire de 
la vertu exprime'e dans un style qui lui convieat; 
il est certain qu'on ne pent lire une page de Roluk 
sans devenir meilleur. 

11 est encore un reprocbe que Pon a fait a RoLiiir} 
c'est d'avoir ^te trap peu en garde contra les exa- 
gyrations de I'antiquite; et ce reprocbe lui a ele (ait 
par M. Royou qui nous a donn^ nn Precis de Ihis- 
toire ancienne, d'apres RoUin. Nous ne nous per- 
mettrons pas de decider si cette accusation est 
plus on mains fondee ; mais nous y repondrons pr 
des observations (r^s judicieuses qu'elle a su^r^ 
iun savant critique, qui, dans les journaux, a ren- 
du compte, en 1811, du Precw de M. Royou. cell 
faut se rappeler, dit-il, le plan que s'etoit trac^ Rot- 
xiN et les Tues dans lesquelles il ecrivoit, qnand on 
■vent le juger avec imparlialite ! d'abord il travailloit 
poor 1« j«iuie6se^ et ce n'etoit pas wulesoent les &itt 



SECONDE PARTIE. ^So 

Ae I^istoire anrienne^ mals Tesprit, le g^nie de 
Pantiquil^ qu^il vouloit lui faire connoitre. II est 
necessaire de savoir les fables^ les contes, tou jours 
plus ou moias iot^ressans ^ toujours plus ou moins 
jiioraux, que debitent les bistoriens anciens j cette 
connpissance des traditions m^meles plus suspectes^ 
doit former , comme celle des mensonges mytholo- 
giques, une partie de Teducation ; il n^est point per- 
mis d^ignorer ce que raconte le pere de Thistoire 
aTec une eloquence si naive, tant de bonbomie et 
de ^implicite, et quelquefols probablement ayec plus 
de verite que ne le pense notre dedaigneuse criti- 
que (i). Ses narrations sont comme les r^cits d'Ho- 
m^re^ elles ont quelque chose de sacre, quelque 
cbose qui tient k Pautorite des vleux ages ; elles par- 
lent k Fimagination, la charment et la nourrissent; 
Tenfance et la jeunesse ne sont point le temps dea 
discussions critiques : j^aime mieux dans les jeunea 
gens une certaine simplicite de croyance, qu^une 
orgueilleuse incredulite ^ j^ai meilleure id^e des en- 
ians qui respectent Homere et Herodote, que de 
ceux qui veulent s^en moquer; les bistoires philo- 
sophiques et raisonn^es ne sont point faites pour cea 
jeunes esprits : le flambeau de la critique les eclaire 

(i) On sait que depuis plus de vingt ans les counoissances ar- 

ch^ologiques , historiques et geographiques 8*etant accrues par 

Buite d^exp^ditions et de voyages tres intercssans , soit dans la 

Gr^ce, soit en l^gypte, soit en Asie; on sait, disons-nous , que 

. plusieurs points des histoires d*Herodote, que Ton taxoit defablts 

.ft 4*€rrettrs , ont ^t^ reconnus pour etre yrais et ejiacU. 



F 

t 



»TO 



DU CHOIX BES LIVRES. 



tnoins qn'il ne les dessecb« ; il viendra Tine epoqne 
oh Us pmirronl examiner avec severity les Iresori 
•maweidans leur memoire et dans leur imagiDation; 
maiA ea attendant, il Taut qu'ils ecoutent avec mo- 
destie et docilitd les grands ecnvains de Pantiquite, 
ct [tersonne n'a su mieux que Rollin leur servir 
d'iotoi'pi^-ta et d'oi^aa« Aupi^« dc la jaunecae. » 
- Ndtu ne pulennu pasiciderexeellent jyaMJet 
iktau^f nons en aTOtu fait mention, /m^. 009-; nosi 
cBnmwnleaieBt que (Una tons ks onvnges Ae R<m> 
feas, e> r«DUqaa nn fty\a dtir, pur, eomttj htr- 
monienX , el^uit J nuii d'nne 4l6game» qw •« coO' 
cflie aveo 1« naivete et qui ne co&t« rien an natii>' 
t«l; et pour rerewr Au reproche qa'oit Ini a £utdc 
mordiser nn pen trop, nous conTwadrons «vec le 
iti^biv cHliqne eitd plot liaat, « que pea disseitar 
tibns venlcii aont qaelqiMfina nn pen longaes, nail, 
qu'il est trds rare qu^elles le partussent , parce qu'el- 
les ne sont point pedantesqaes, parce quVlles nc 
«ont jamais dures, parce qn'on y aent toujoura nn 
fonda d'indulgence, d'int^r£t veritable et de Lonte, 
parce qu'elles ont mSme an certain attrait et nns 
eertaioe am^nit^ qui lea tntroduisent aans efibrt dana 
les esprits et qui leur gagnent en secret les cceurs: 
c'est ce ton de tendresse et de simplicite patrtarcal« 
qui a rendu Pepithete de xos comme inseparable dit 
respectable nom de Boli-ih. Heureux les autears , 
comme les princes , k qui la voix publique deceme 
im si douxbonneur! line statue fut elevee au bon 
RoLLiH," comme au grandBossuet, au sensible F^ne- 



8ECONX>£ PARTIE. m^ 

Ion', aii profond Paacal, aa naif La Fontaine , a Gor- 
neille, k Racine, 4 Descartes j le bon Rolliit tient sa 
place parmi les lettres qui ont le plus bonore notro 
nation et qui Pont le mieux seryie. » 

Revenons k M. Espiard. II pretend que c^est faire 
tort au si^cle de Louis XIV de le comparer au si^- 
cle d'Auguste : ce dernier si^cle n^est recommandar 
ble k ses yeux que par les poesies de Virgilb , d'Ho- 
AACE et d^Oyide. Pas un seul capitaine k comparer 
aux Turenne, ai|x Gond^, aux Luxembourg, aux 
Catinat , aux Yillars, puis aux Gassion, Grequiy 
Tboiras, le Plessis-Praslin, Rantzau^Venddme, etc. 
Point d^auteurs a opposer aux Rossuet , aux ¥±vir 
XON , aux Pascal , aux La Rrvyere , aux Roujloa<p 
JLOUE, aux FLi^cHiEa. Point d'artistes, de peintres , 
ile sculpteurs , de musiciena, qui puissent le dispu.^ 
ter aux Lcbrun, aux Mignard, aux Girardon , aux 
Mansard, aux Lully. Point de matbematicien qui 
rivalise avec Vauban. Mec^ne nVst pas comparable 
a Colbe^. II est cependant vrai que la Henriade est 
Lien au-dessous de VEneide^ que les Satires de 
BoitEAf; sont au-dessQus de celles d^HoAAc^ , et que 
nous ^'avons point de poesies galantes k placer vis- 
i-vis celles d^OvioE , de Catuixk et de Tibulle ; 
( Parny n^existoit pas encore du temps de M. Els- 
piard , il n^ avoit gu^re que Ghaulieu ) ; mais les 
Romains n^ont personne qui puisse 6tre compare k 
CoRHEiLLE, k Racine, a Cr:^billon, (^Yoltaiiie). 
Terence ne pent le disputer k Molierb ; Phj^dre k 
La Foi^taike; Martiai. kJ.-'R. ]^^qmu^^4v. M- £$-y 



S^ft DC CHOIX DES LnHES. 

p!ard qui parottjiiger un pea severement les Ro- 
inams, trouve qu'il seroit plus convenable de com- 
parer \e Steele de Louia-]e- Grand aux beaux temps 
de la Gr^ce, En consequeoce il fait dcs parRllt-)«s 
que je \ais disposer en tableaux sur deux colonnes , 
afia qu'oii les saisisse plus facilement. 



TLmi&lDcli: 

Ciiuou 

Alciliiade 



etCond^. 

et Luxambourg. 

el Villf-- 



Hiitoriens , JKoralisles , 
€t liosiniet. 



Thucydidi 
Platan 

Thcophrn. 



et liourdolouB 
etMassillau. 
ut Flechier. 



Sophocle ct Com«ll«. 

Euripide et Raciiie. 

Eschyle et Crrlnllon. 

Mennndre et MoUere. 

Esopo et LuFoQlBinB. 

Aiiarrron et CiiHpelle. 

Thcocrile et Fontenallt. 

Apclle 



et LebrnD. 

el Mignard. 
Pra»ilelc ct Gi ' " 

Dincicrat? el Mi 

Archim^de et Vaubui 



,rd. 



BjpiSride 

II n'est pas certain que tous ces paralleles soient 
parfaitement exacts; mais il y a quelques poiuts de 
contact enlre le ^uie et les talens des persoDuagei 
que M. Espiard compare entre eux. 

En prenant ua peu plus de latitude^ c'eat-ik-diFe) 
, en puisant dans toute I'antiquit^ grecqae et romai- 
ne , nous avons aussi essaj^ d'^tablir quelques p«- 
ralleles qui nous paroissent presenter plus d'aoalo- 
gie que ceux de M. Espiard. Nous avons eu poor 
but, dans ces rapprocbemens , de faire juger, dau 
chaque genre , de la sup^riorite des anciens sur les 
moderoes , ou des modemes sur les anciens. II suf- 
fit pour cela de comparer 
Aristoto k Descartes. 

X^Dophon (Cjropidie) i, Fto^lon. (T^Umaque.) 

Tb^phrsste k La Bruj^re. 

Seu^ue le philoiOFhc i MoataigDe. 



ColumeUe 

Baclide 

Quiatilidii . 

Den^osthend , 

Isocrate 

IBschine et Cicefou 

Vitgile (lilii^de) 

jSophocl^ . 

Euripida 

£)schyle 

lies irois tr&giqties pr^dSdtns 

Terence et Plaute 

liSenalidre 

Aristopbane 

S^n^ue le tragique 

Horace (Odes) 

Horace (Sat. et iipit.) 

Horace (Art poetique) 

Oyide (H^roides) 

Juv^ai 

Martial 

isope et Phi^re 



^GONDE PARTIE* 

liBuffoa.. 

k Rozier. 

k Pascal. 

k Rollin et k La.Harpei. 

k Bossaet. 

k Fl^chier. 

k Massilion. 

k Voltaire (Bearkde.) 

k GomeiUe. 

k Racme. 

k Cr^biUon. 

It Vol^ire. 

k Moli^re. 

k Regnard* 

k Palisaot. 

k Qaioaull. 

Ii J.-B. Roosicua (OdflB.) 

k Boileau. 

k Boileau* 

k Golardeaa (Rero'ides.) 

Ik Boileau et k Gilbert. 

k Maroty Racine et Rooasenitjl 

k La Fontaine. 



I»7^ 



\ 



TTh^crite et Virgile ( Bucoliq. ) k Fontenelle ( Pastorales. ) 

k Berquin (Idylles.) 
k DeliUe (Homme ded champs^.] 
k Pamy ( acs seules jill^es* ) 
k Rollin. 
iVertot. 
k Saint-R^al (Conj. de Venisc. > 

kH^natdt ( 1^ President )^ 
etc. , etc. 

Quoiqiie uous ne nous soyons pasprononc^^ Anns 
tette liste^ sur la saperiorit^ reciproque que cer«- 
Xkins auteurs, soitanciens^ soit modemes^ peuveut 
avoir les tiU6 sur leg autreS| on ^e peut cependant 



Bion et Moscfaus (Idylles) 
Vii^le (G^rgiques) 

Thncydide et Tite-Iiye 
Qninte-Carce 

Salluste (Gonj. de Gatilina) 
iVelleits P&tercolufl y Florua et 
Eutrope 




^-i Du cHori DEs livAes. 

pas disconvpTiir que La Bruytre ne I'emfiorte liean- 
coup sur Theophraste ; que Bossuet, egal a DemiK- 
th^iiepODrtegi^nief ne Inisoitsuperieur pourl'ordrt 
des idees od nos doctrines religieuses avdient elevi 
8on talent ; qne Racine n'ait perfeclionne ce qu'il i 
emprunte k Earipide, et ne I'emporte 9ur lut par 
les details du style el par les graces di; la dicU<ffl| 
que Molitre ne soit fort au-dessus de Terence etde 
Plaute J que La Foulaiuc n'eclipse totalemeot 
Phedre , etc. 

IMonlcaquieu a anssi fait une esp^ce de table (b 
comparaison , mais differente de celle que nous tg- 
noDS d'exposer. II ne parle que d^auteurs Fran^ais, 
et il lea met en rapport avec des pemti'es. « S'il faul 
donncr le caraclej-e de nos poetes , dit-Jl , je cos; 
pare 



in- 1 



CortfiUe 






iiMIchel-Aogo. 


Barine 






t. naphael. 


M«rot 






at. Correge. 


La FantHino 






au Titicn. 


toejproaax 






an Dominiitilillj 


Cr^hillou 






au Guereian. 


Vollaire 






Bu Guide. 


Fontenelle 






flu Bcruin. 


tbBpeTle.taftK 


ChauUeu 




Begoier 






oil GioTtidU. 


Lamaite 






i Rembrandt. 


CbapeUin 






flu-deasoua d' Albert Dnrar. 


Si I'on veu 


parler 


des ctrau^ers : 


Milton 






i Jules Roihain. 


f.«f«»^ 






BuCarrache. 


I'AciosIe 






k penoune, parte que perstoM 


^ peul lui 


itro 


oompHre 





SECOIfDE PARTIE. mJ 

/ • Pajouterai encore ici an parall^le de trois pro- 
lih^tes ayee trois autenrs grecs j qne fait le c^l^bre 

'tk>wtb) antenr dW excellent traite sor la poesie 
lies H^reux* II compare 

%M^ k fiomkte. 

'XMmie k Kmonide. 

fBiiliiiiel k Bschyle. 

On sent bien que tons ces paralUles He feposeni 
fp9LS sur des rapprocbemens complets et rigontenx } 
^nais cependant ils donnent nne idee assez jnste d^ 
certains points de contact qui se tronyent entre tel 
^t tel g^nie; et sous ce rapport ils ne sont pas d^*> 
. ^n^ d^int^r^t , puisqn^ils mettent en presence ^i U 
fitt^irature et les grands bommes des diflferens si^-^ 
«eles ; c^est ce qui noHS a engag^ k r6mir tons ces 
]>arall^les dans un seul article. 

BERVAiin Lb Boyier m FONTENELLE ^ litt^ra^ 
tear (n. 1^57— m. 1757), sentoit tout leprix d^ 
f Imitation de JSsus- Christ, lorsque^ dans la yie 
•da grand Comeille ^ il a dit : cc Ce liyre admirable ^ 
traduit dans les langnes des penples m£me les plus 
^mrbares^ est le plus bel ouyrage qui soit sorti de la 
«nain des bommes, puisque PEvangile n^en yient 
^s.s> En efTet , on ne pent disconyenir que ce liyre^ 
malgr^ la negligence du style , toucbe beaucoup plus 
que les reflexions petUlantes de Seni^ue et les froi>» 
des consolations >de Boece. U cbarme k la fois le 
icfai^tien et le pbilosopbe ; Lutber m^me le mettoit 
«a-desstts des ouyrages .de tous les Pires , Moqit^ 



^j6 DU CHOIX DBS LIVBES. 

ceax de S. Angastin. Leibnitz s^exprime ain4. ixoi 
ses lettres, ( />• 77 ) ' << V Imitation de Jesus^Chriu 
est un des plus excellens traites qui aietit et^ fidts ; 
heureux celui qui en pratique le coutenu y non con; 
tent de Fadmirer ! » Le prince Eugene ( n. 1.663 
m. 1736)9 portoit toujours sur lui V Imitation de 
JesuS' Christ, dans ses expeditions militailfes. M. de 
Jnvigny^ ^diteur des Bibliothiquesjrangaises deLa 
iCroix du Maine et du Verdier, parlant de Jeai 
Bouillon 9 traducteur de V Imitation deXesuS'-Chist, 
apostrophe ainsi les ^crivains de son temps ^ qoi, 
dans leurs productions , cherclioient i saper les base^ 
de la religion et de la morale publique : cc T^m^rai- 
res et orgueilleux philosophes du dix-huiti^me si^ 
de 9 oseriez-YOus , a cet ouvrage si pur, si consolant 
du treizi^me , opposer yos ecrits tenebreux donit 
I'odieuse et sombre pbilosopbie ne respire que le 
doute^ le desespoir et le neant? »Qu^eut a)oute4 cette 
apostrophe un peu "vive pour le temps ^ M. de Juvi* 
guy, sHl eut(ete temoin de Pinfluence quWteue 
sur la revolution francaise les ecrits en question ^et 
jsurtout sHl \oyoit les livres en tous genres dent la 
presse nous inonde depuis quatre k cinq ans? Ilea 
est quelques*uQs ^ et m^me un trop grand nombre/ 
qui sans doute lui feroient dire avec M. de Bonald : 
<c Lorsque Ton voit des^ecrivains doues^ quelques- 
uns 9 des plus rares talens , et qui tous ensemble out 
pris un si haut ascendant sur leur si^cle ^ traitant la 
pbilosopbie par byperboles,publier sur lesobjetsles 
^lu^ impprtans leurs conceptions hardies qu^on ne 



SECONDS PAHTIE. 3^,7 

, jiioit pas prendre a la rigueur j et faire ainsi avec 
nne inconcevable t^m^rite de Tesprit sur les lois^ 
les mceurs, la religion ^ Pautorite politique ^ au mi« 
Ken de la society j et en presence de toutes les pas- 
foonsy on ne pent sVinp^cher de les comparer k des 
tnCeins qui ^ dans leurs jeux impradens , tranquillea 
far dea dangers qaUIs ne soup^onnent m&me pas y 
iPftmaseroient k tirer des feux d'artifice dans un ma- 
laain & poudre. » 

^ Revenons k V Imitation : Ancnn livre • si ce nVst 
k Bible 9 n'a plas souvent ete reimprim^ que ce 

• kel onirrage (1) ^ et le nombre de ses traductions 

♦ .,^_ ^__i^ ^__ _ _ _ — 

(t) Le P. Desbillons, dans sa dissertation snr Tauteur de Vlmi-f 
psiion, pretend que dans Tespace de trois si^des il a para plas de 
^ jkm mille Wtions de cet ouvrage. Si I'ou suppose que chaque 
'j^ditimt a M tir^, terme moyen , k trois mille, c'est six million^ 
-^C^emplaires qui ont 4Aj& r^paudus dans le monde chretien. M. 
Baribier pense que le nombre des Editions des traductions fraucaises 
da m^e onyrage ^ peut sVlever 2i pr^s de mille. 

Quant k la Bible y pour donner une id^e de la multiplicity de ses 
'Mitions, je dteai settlement le nombre d*exemplaires qni est 
jortt d'une jBenle imprimerie pendant cent ans. Cette imprimerje est 
celle des Oiphelins, fondee k Halle par M. le baron de Caustein, 
CD 1710, poor la publication de r£criture Sainte seiilement. Elle 
• prod«ii depnis sa fondation jusqu'en 1810, environ deux miU 
Sons de Bibles complettes , e^t pr^s d*un million de Nouveaux 
y nit aniens imprimis k part avec les Psaumes. Si l*on ajoute h ce 
pcMnbre le r^snltat des travaux des Societ^s bibKques modernes de 
l^nce, d'Angleterre, de Russie, de Tlnde, etc. , IHraaginatioa 
fltra effiray^ de la quantity inouie d'exemplaires de TJEcriture r^* 
jpandos dans les diffi^rentes parties du Monde. 
. On assure que la BiUiotb^que royale de Wurtemberg possMe 
'fins de neuf mille Bibles, toutes d'^ditions diffi^rentes , endiversea 
lai^DCs; ct ToB ajoote qa*il en manque bien troii miUe poor que 



j^g DU CHOIX DES LIVBES: 

dans diverMS langues, est aussi tr^s consid^nlile. 
Just{u'ici I'on n'a pn encore decouvrir dVne m»- 
niKre certaioe le vijritable nuteur de ce livre admW 
Table; le savanl M. Barbicr a donn4 une tr^s Loom 
diaserlatioa sursoixante traductions franca isesdecet 
ouvrage, Paris, 1812, in-ia; dans son avettisse- 
inent, il dit que a I'excellent livre dc V/mitation, 
ti Tcmarquable par la noblesse et Pelevation del 
sentimciis, n'est pas moins ceUbre par les dispules 
auxquell^s le nom de son auteur a donat; lieu depuii 
plus de trois cents ans. Le quiuzi^me el le seizl^me 
Steele out vu alleguei uue multiliide de temoi^ges 
Boit pour Saint Bemai-d , soit pour le cbaiicclier 
Gerson, soit pour le chanoine regulierThomas-i- 
Kempis, Vers le commencemeat du dis-septit%e 
Bi'-ch f on a mis en sci^ne un priitendu Jean Gersen, 
l)ei)Miciin,abbede Verceil en Italie. A.U milieu da 
mSme siecle , les Chauoines regullers plaiderent vi- 
vement pour Thomas-a-K.cBipis, et les Benediclins 
pour Jean Gersen. Pendanl le dix-buiti^me si^'lcf 
la question s'etant rcnouvelee en faveur de ce der- 
nier, des savans Ires recommandablesse decliir^reat 
pour Tbomas-a-K.empis. Depuis quclques anaees , 



In rollertinn soft romiilelle. OrdinaireiDciit ime Mjtion de li 
Bible se tire ti dnq nille ; mail preooiu le lerme moyon de tnii 
nilleda tirage. Ira doDza mills ^lione produironnt done tnate- 
aiz mUlioDi d'eiemplaires de la BibU. Que Ton jngei par ce nd 
article, du nombre deTolumeieii toiu genres 1 qoeb pretaaabit 
rictora dcpnii i436| ^poqoa de w lUcoineite. (Voy . k ce vqtth 
BOlepJWf.a-f) 



3<s Italiens iris Audits se prononcent Ae nauveau 
€o &vear de Gersen ^ tandis qu^un litterateui: fran- 
fm qui a fait uue profonde etude de cette mati^re , 
yaroit penser que le yeritable auteur de rimitation 
4e lesns^Christ seroit plut6tle chancelier Gerson^, 
on le chanoine Thomas-ii-Xempis. M* Barbier d^. 
^fe qn^U n'entre pas dans cette l^onorable lice i^ 
jArce que son objet pri^cip^4 ?s^ de faire cqanoiira 
]es traducteurs de cet ouycage. Apr^ avoir lu b.eai^* 
eovip de dissertations k ce sujet, il me sembie qu^a 
^Tkcmas-i-Kempis a le plus de prespmptions en sa, 
i^Rrear. Dans de pareilles discussions il faut sacrifier. 
I0 ^sri]v^i national k la rechercbe de k verite. Ua 
trin respectal^e magistral (i), ancien president da 
imi^m^nt de l^ourgogpC) 9 publie une nouvelle tra« 
ilnction de. Plmitation de Jesus-Christ, Dijon, i8i<$^ 
in-myil en a donne une nouvelle Edition en 1820^ 
|it-8.?, k laquell^ il a ajoute en note tous les texte^ 
Ae V&^tn^ Sainte, qui fprn\ent la base de cet e%^ 
cellent Qvife. Enfin / en f^yrjer 1822 ^ parut ^nc; 
liouTelle edition de la mdme tr^^duction, avec le^ 
|n£mes testes dePf^criture, e^franc^is9 d^apr^s li^ 



(1) Ce digne magistrat est M. Louis-Philibert-Joseph Jo)y de 
BAfj9 Gonnn par diffi^ns oa?rage9 d^taiUea daus h Journal d^ 
ia Zabraidei, n.« 19 , du 28 n^iss 18^ , d*apr^3 uue nptice d^ M. 
Amanton , coDsigne^ dans le Journal de, JDijon et dfi la C6tfi' 
^Or,dua3 fierier. M. de B^vy estmortle ai f«£vrier 182a, &ge de 
^ MM, an moment oik I'ov termiuoit I'in^pressioji de la troisiimA 
Edition de sa traduction de V Imitation de J^-C, Ge6 trois editions 



bBo Dn CHorx des livres. 

Tersiou du P^re CBrri^es, C'est done une traJac- 
tion de plus a ajouter aux soixanle donl M. Barhier 
a fait Vobjet de ses s^vantes reclierches. Mais ctle 
n'est pas ]a aciile ; on connoU encore une traduction 
nonvelle de M. Gcntz, une de M, Genoude, (joi 
I'une et I'autre onl paru en 1820 , etc. , etc, Le mi- 
me M. Barbiur dit dans ses notes, que si I'on rennit 
IVdilion da Louvre, 164'', in-foUo, I'edition de 
Didot jeunc, Parisiis, 1789, in-^.", avec un bean 
portrait du Sauveur, par Klauber, I'edition de Bo- 
doai, ParniP, 1793, in-foUo, et la jolie editioades 
Elzevirs, Liigduni (Batav.), sans date , mais eutre 
i652 et 1654, m-12, on connohra ce que la lypo- 
grapliie a execute de plus magniSque el de plus ele- 
gant pour reproduire un des chefs -d'ceuvre de I'es- 
prit humain. 

C, FALCONNET, m^dccin (n. 1671— m. i'j6%yi 
tlisoit que si on ne Ini permettoit de choi»r que 
quatre volumes dans sa bibliolL^que ( qui ^toit 
Compos^ede 19,798 ouvrages),jlprendroitd:'a]!K»rd 
la B1BI.B} pour les trois autres , il lesdesignoitainsi: 
Mattre FrAht^ois , mattre Micasi. et mtutre Bbkoit; 
ce qai, si je neme trompe, signifie assez tjairement 
Babbuis , MoitTAiaiiE et Spikosa. On trouvera saas 
doute de la biiarrerie , et mSme qnelque chose de 
plus, A lui voir placer la Bibli: en tfite des trois Ott- 
vrages , objet de sa predilection y surtoutdu dernier. 

LOUIS osFRARCB(a' 1729—111. i765)jDaupliiBj 



SEOQNBE PARTIE. ^^^i 

pire de Lonis XVI, faisoit delGic^RON et d^Ho&Ac^ 
ses auteurs favoris. On conserTbit dans la biblio- 
th^qiie particuli^re de Louis XVI , un exemplaire 
de CiGi^RON, Edition de d'Olivet, qui , dans le Traite 
des oj^ces, etoit charge de notes Sorites de la main 
dn Daupliin, sur les marges. Horace lui ^toit si fa« 
inilier qu^il le savoit presqu^entl^remeut par coeur. 
II aToit appris seul la langue anglaise ; il parott qu^il 
lisoit Locke ay ec int^r^t , car il le pla^oit sons soi» 
chevet. II a traduit plusienrs passages du Speotateur 
jd'ADDissoN et des oeuvres de Pope quMl lisoit volon- 
tiers. (Y. pour des extraits de ses traductions, sa 
^Wie par M. Pabb^ Proyard, ^ition de 1777, i«-i2, 
pag^ 66-71 )• Dans ce dernier ouvrage, on trouve 
^encore un morceau tris int^ressant sur la derni^re 
inaladie du Daupbin , ^crit enti^rement de la main 
de madame la Dauphine son Spouse. Dans Peditioni 
en question , ce morceau tient depuis la page 286 
jusqu^i la 317.^^ La relation de madame la Dau- 
phine ne \a pas jusqu^li la mort de son auguste 
4fpoQX, parce qu^elle n^a voulu ^crire que ce qu^elle 
avoit yvLp Cette relation a ^te continuee par M. P^« 
T^que de Verdun qui estrest^ aupris du prince jus* 
ijp^k son dernier soupir. 

Jacques DOUGLAS, medecin anglais (n; 1707 
«-— m • 1 768 , ^toit tellement enthousiasm^ d^HoRACS ^ 
quHl avoIt uniquement compose sa biblioth^cpe 
A^^tions.de cet auteur. ILen possedoit quatre cent 
jcmquante, dont la premiere datoit de 147^9 et la 



ettologne. ItOitdrti, xf^y inS.' 

Urn siisMdepQlf «n Autre Mnatenr^rleceBiteds 
5aln«Wy qntBToit iarm m bibtiv^kd^aa j^ it luut, 

cents, taut editions d'Horace qu'ouvragts relulifs ii 
cct auteur. Voici comment Sommer s'eKpi'ime a ce 
tu]et dans sa Bibliotheca Horadana , Lipsiaej lyyS, 
in-B." ( Voj. la preface) : Sitetilio aiitem non itt- 
volvendum hoc, sedpalampiwdicandumtnultame 
extanUtac splendidd supellecUle iltuxinssimi et 
excellentissimi FridericiJjudovici e comitibus Sol- 
meAsibus, Elect, Sax. comitis consistoriani, de- 
promp.u'sse. Lilterarum hie ut est fautor eximius, 
iibliotheas sms fJoratiante catalogum nobis iiispi- 
cieridum dedit : quce bibliotheca omnium, instruc- 
tissima editiones et scripta hue pertinentia fori 
Dccc continet. » 

GvKltAis-FKiirfOis PocMiw DB SA.INT-FOIX , 
historiagnpfae de Tordre da Saint-Esprjt ( a. 170^ 
^m. 1776 )} iaiaoit son idQ]edeCoKHEiL;.s,Quoi-< 
<{ne s'^tapt eierc^ sur des sujets pleius de deliciles' 
u> telfi que VOracle, leg Grdces, et«. Saint'Foix 
n^estimoit que les ouvrages d'nne louche aost^re et 
vigoureuse. Racine avoit, seloa lui, trop de moUesse 
et de douceur. Griinin pretend qu'U avoit pria re- 
version la plus d^cidee pour Henri IV; je presiung 
que cette mani^re de voir de Saint-Foix sur BadnQ 
ct sur Henri IV , tient plus k I'originalit^ qn'i nq 
4e&ut de goitt ; car U en avoit beancoup. CMtoit u4 



SECONDE PAimE. -jgj 

liomme singulier qni ^crivolt tr^ agreablement^ qui 
savoit interesser son lecteur, soit par la purete de 
son style y soit par les reclierclies curieuses doat il a 
rempli ses Essais sur Paris et sou Histoire de Vor* 
dre du SainuEsprit} mais dont le caraet^re petu- 
lant et la conduite dans la societe faisoient un con- 
traste contlnuel avec la fratcheur, les graces et I'in- 
terdt qui regnent dans presque tous ses ecrits. 

Jeait-Baptiste GRESSET, poete fran^ais (n. 1709 
in. 1777)9 a conslgne dans sa jolie pi^ce de la Char» 
treuse, la liste des auteurs auxquels^ dit-il^ il bor- 
noit sa biblioth^qne. II est presumable qu^elle etoit 
plus etendue , et d^un choix plus severe et plus 
Claire sous certains rapports ; car on n^a jamais mia 
Pavilion ni Saint-Evremond an rang des ^rivains 
primes notcB. Yoici le passage oii Gresset fait Pelog^ 
des auteurs de son gout : 

Qne dis-{el est-on jkuI, apr^s tont, 
Lorsqacy toach^ des plaisirs sages ^ 
On s'entretient dans les oavrages 
Des Dieux de la lyre et da goilit I 
Par una illusion charmante 
Que produit la yenre brillante 
De ces chantres iug^nieax^ 
£ux-memes s'ofTrent k mes yeux , 

sous cette parure ais^e, 

Sous ces lauriers vainqueurs da sort,* 
Que les dtoyens d^iXysit 
3auvent du souffle de la mort. 
Tautot de l*azur d*un nuage 
Plus brillant que les plus beaux jounV 
J€ v6i3 sortir Toiobre Tolsf o 



a84 




DU CHOII DES LIVMS. 




D'Af»c 


.EOF,ceUadT< 


!Mge, 




Le KesI 


ot do gatsQl H 


vsgc, 



Le patriarchc du Amours. 

£pris de 3011 dout badinage , 

HoHicE , rami du boa sens, 
PtiiJosophe sam verbisj^e, 
Et poele sans fade cnceus. 
Autour de cm ombres Bimablei ,' 
Couconuils de roses dureliles, 
CaiPELLi, CHjLiii.iEit, Pavilion, 
£t la naive DicboITLibbeI, 

£t font badiiifr )a raison; 

Tandis que Le Ta)£e el Uiltob 

Pour eui des trompettes guetriure* 

Adouciuent le double ton. 

TantAt i ce folfltre groups 

Je TOiI succ^der une troupe 

De morts un pen plus strieux , 

Mais Don moins charrtians h met jreuK. 

Je Vois SilBT-KBjlL et MoKTJlGRK 

Eotre Siniqui et Licieb; 
Saibt-Ethmord les Bccompagne; 
Snr la ntchen^e du vrai Inen 
Je la Toia porter la Inmi^re ; 
La HocHBroDCADLD, La fitOTias 
Vieonent embellir rentretien. 
Bomant au dom Tniit de leurs plumcB 
Ha bibliotlieque et mea vceux, 
Ja laisae aui. savButaa poodreux 
Co vaate diaoa de vdumea 
DootPeiTeur et les sots divcra 
Ont infatu^ I'muven, 
Et qui, MU8 lenom de aciencet 
Seni^ et^eproduits par-lout, 
ImmortHliseDt rignoronce, 
Les muiaoiiges ot le fau gout. 



SECONDE PARTIE. ^85 

C7est ainsi que pac la presence 
De ccB morts vainqueurs des destins^ 
On se console de Pabsence y 
Be Foubli mSme des humains. 

luSL Chartreuse , d^oi!t sont tir^s les vers que j6 
yiens de citer, parut en lySS. L^auteur ayoit alors 
Tingt-six ans. Quaud J.-B. Rousseau lut cette pi^ce^ 
il s'ecria : cc Quel prodige ! quel desespoir pour toui 
les pr^teudus beaux esprits modernes ! y> II pr^fe- 
roit celte ^pitre a Ververt, comme etant d'un ordre 
de po^sie et de talent aa-dessus du recit des aventu- 
res d'un perroquet. 

Francois-Marie Arouetde VOLT AIRE (n. 1694 
^-m. 1778 ), avoit^ dit-on, toujours sur sa table ^ 
VAthalie de Racine et le Petit- CarSme deMAssiL- 
xoN (1) ! II ecrivolt au marquis de MafTei : cc La 

■ I p ■ i I II ■ I II 

(1) D'AIembert atteste ce fait dans son eloge de Massillon; it 
dit positivenient : « Le plus c^lebre ^criyain de notre nation et 
de tiotre siecle ( Voltaire ), faisoit des sermons de ce grand ora- \ \ 
tcurune de ses lectures les plus assidues. Massillon ^it pour lui le 
JBod^le des prosateurs y comme Racine celui des poetes, et il ayoit 
toujours sur la mSme table le Petit' Car^me et jithaUe. » Pal ouK 
dire qu'il y ayoit aussi la Bible. 

Pnisqu^il est ici question VAthalie , nous rapporterons une 
opinion assez singuli^re de M. le cardinal de Bernis, qui, dana 
niie de ses lettres li Voltaire , ^crite de Rome le o& fdyrier 1770 ^ 
dit i n j^thalU ne m'a jamais paru un ouyrage sup^rieur que par 
Je style ; je n*osois pas le dire. » Palissot fait h. ce sujet la remar- 
que suiyante : « Cette pidce est non-seulement un chef-^l^oeuyre 
par le style, maisc^est la premiere tragedie sans amour qui ait ^t^ 
donnee au theatre. Les caracteres admir^blement soutenus , Fexacie 
y^te des moeUr», rtrdonnaMce noble et simple, la pompe d» 



^85 DtJ CHOIX DES LIVRES. 

France se glorifie tW-itfialie; c'esl le dief-d'ranYfe 
de notrc theatre et de notre pousie. n Boileau , loug- 
temps auparavant , avoit emis la meme opinion ; et 
dans un temps ou cette piece toute aouvelle avoit 
^te mal re^ue du public , il sontint qu'elle etoit !e 
cLef-d'cEUvre du poete et de la tragedie, el que le 
public y reviendroit tfit ou tard. Cette devniere pre- 
diction ne tarda pas a se verifier. Le due d'Orleaus, 
Tegent, voulant connoitre quel effet cette piSce 
produiroit sur le tbeStre , ordonna aux com^diens 
de I'execuler ( malgre la clause inseree dans le privi- 
lege ). Le succes fut etonnant. Les premieres repre- 
sentations faites & la Cour donnoient un nouveflu 
prix a celte pi^ce, parce que Ic Roi ( Louis XV) 

•peclBcle, lea chceurs compBrn'bles aii]t plus beaux raodeles it li 
BC^ae aalique, toutea Irs regies de I'ait (idcllcmcut observvcs, (U 
on mot, toiu lea genres de m^rite paTaia«eiit r^uDia dans ce ma- 
gnificpie oovrage. •• Que penscr da godt de Dorat qui apjieloil 
jilhalie , la plus belle des piicei ennuy eases. l\ ne faut pa». Hat 
■nrprlt d'apri* cell, li le c^Ubie Lekaio a'airaoit pas joaer Isi trr- 
g£die> de Dorat. A propos i'^lJialie at de Lckain , dtons I'nuc- 
dote rairsDtei Get acteur inimitable viat, h I'igede i3Biu,cbii 
Vohaire, faire devaat \m I'esui de iod talent. 11 voulnt d'abori 
lui T&iter le rAIe de Gualave. .Von, non, dit le po^e ifn cni- 
gnoit et n'aimoit pas Piron, je n'aime pas let mauvais vers. Ls 
jeuue homiDB lui Offrit alora de lipitet k premirre adue d'J- 
tkalie, entre Joad et Abuer. Voltaire ^conte; et roumge loi fai' 
wntoUblier racteur, il^ecrieavec tramport: Quel style! guelit 
•poiiie! Et toute la pUce est iaite de mSme! Mk'. Maniiear, 
quel homme qae ce Jtacine 1 Cest Lekbin qui rapparte lai'tnimt 
ce fait dauB set Hemoirea qui oat i\i imprimeg ea iSoi , i toL 
in'S.o Cea paroles remaiqiubles de Voltaire font apptjciv li n 
-^tc Talwr Je UospUBW lilMnm de Dorat. 



^toit i-petiJ^plr^s de PAge de Joas ; mais par la suite ^ 
tet &-propos ne pouvoit plus iufluer sur Paccueil 
inoui que Pon a toujours fait k ce chef-d^ceuvre* 
jtthalie selra dans tous les temps ^ mise au rang des 
premiers et des plus beaux modules du goiit} de ]k 
poesie et de Fart dramatique. 

U faut £tre juste k regard de Voltaire ; il a tou* 
jours rendu un hommage ^clatant au beau ta|ent de 
Racike. Quelqu^un Ini proposa de faire un com- 
«ientaire sur ce grand poete, comme il en faisoit un 
Bur Comeille. II repondit ces propres mots ; cc II est 
tout faity il suffit de mettre au bas de toutes les pa- 
<{es : BeaUf pathdtique, harmonieux, admirable, r^ 
Ce qui prouve que ce sentiment etoit sincere , quQi 
tp^en ait dit un critique modeme ^ c^est que Voltaire 
■a commente la Berenice de Ricine dans le mdme 
iFolume avec celle de Comeille , et il a fait remar- 
i^uer dans ses notes ( malgr^ quelques critiques ) ^ 
Part infini que le poete a employ^ et les ressources 
snconcevables qu^il a trouvees dans son talent pour 
)*emplir cinq actes avec si pen de chose. En eflet^ la 
pi^e porte tout entl^re sur ces trois mots de Su^- 
tone •* Jnuitus inuitam dimisit; mais il faut conve- 
nir que c^est Tune des plus foibles tragedies de Racxivb. 

Puisqu^il est ici question de Comeille , de Racine 
et de Voltaire , nous allons entrer dans quelque^ 
>details sur nos premiers tragiques fran9ais ^ nous t&- 
cherons de les puiser dans de bonnes sources. Com- 
men^ons par un passage auqtiel Voltaire lui-m^me 
n^est point Stranger ; ce passage est \xt& d'nn petit 



o88 »U CHOIX DES IIVRES. 

ouvrag*! anonyme, iatitule i Connoissance des half 
tez ( sic ) et des H^Jauts de la poesie et de relo-_ 
tjuence, etc, Loodres, 1749) i«-ia, dont oil nous a 
Bsiure que Voltaire etoit lut-m^me I'auteur. II sera 
facile de voir pourcpioi il n'y pai-le pas k la premiere 
personae. Voici comment il s'eJiprime , page 90: 
n Apr^s ces quatrc tragit{aes ( Corseille , Racine , 
Cii£bii.i.on et VoLTtiBE ), je n'en connois point qui 
meritent d'etre lus. D'ailleura il faut se borner dans 
ses lectures. II n'y a dans Cohneii.i.e que cinq a sii 
pieces qu'on doive ou plutfit qu'on puisse lire. D n'y 
a que V£lectre et le Hadamiste (sic ) chez M. de 
Ck^billok , dont un homme qui a un peu d'oreille^ 
puisse soutenir la lecture; mais pour les pieces de 
Bacine , jc conseille qu'on les lise toutes tr^s sol- 
vent ^horstesFrvres en nemis.>yAl. de Voltaire) qui, 
Eousle voile del'anoDyme^parlebeaucoupdespsou- 
vrages dans ce petit volume, ne dit rien tci de sob 
th^Stre. Maisj deux feuilleU plus bant , il parie de 
lui en ces termes : « M. de Voltaire dialogue infini-^ 
meat mieux que M. de Cr^billon , de PaveD de toot 
le monde ; et son style est si superieor, que, Ana. 
queL^^ues'unes de ses pieces , comme dans Brutuset 
dans Jules-Cezar ( sic ) , je ne crains point de le. 
mettre k c6t^ du grand Comeille. Je n'avance rien 
U qne je.ne puisse prouver, 

Parcourom d'autres jugemens sur nos principam 
tra^ques. 

La Harpe a fort maltraif ^ Cr^billon. (V. son Coan 
da Littdmture , Edition de Dijon, 18 vol. in-iZf 



SECONDS PARTIE. ^Sa 

torn* xn J pag. 5-149) ;il ^.^ ™^^ beaucoup au-deasous 
de Voltaire ^ et soatient qu^Il n^a qn^ane seule boime 
pi^ce qui est Rhadamiste. U sVxprime ainsi : cc Le 
talent que Gr3>illon avoit reca de la nature s^est ar- 
r6t^ k JFthadamiste, et n^a pas ^te au-del4 : il a eu 
quelques eclairs dans Idomeneeet dans AtrSe, de% 
momens lumineux dansJElectre et unbeau jour dans 
Jthadamiste. y> 

Montesquieu s^exprime bien autrement sur le 
comptedeCr^billon. ccNons nWons pas ^dit-il, d'au^ 
teortragique qui donne k Pame de plus grands mou-* 
tremens que Qrebillon, qui nous arracbe plus k nous^^ 
m^mes^ qui nous remplisse plus de la vapeur du 
Dieu qui Tagtte : il Tons fait entrer dans le transport 
des Bacchantes. On ne sauroit )uger son outrage ^ 
parce qu^il commence par troubler cette partie de 
Tame qui relidcbit. C^est le veritable tragique denos 
put's ^ le seul qui sache exciter la veritable passion 
de la tragifdie j la terreur. » 

La Harpe termine son long examen du tb^itre de 
Cr^billon par un morceau qui a rapport k la diiB-« 
cultiS de fixer les rangs entre Comeille ^ Racine et 
Voltaire, cc Notts avons , dit*il , trois grands tragi-^ 
mies entre lesquels il seroit tr^s difficile de pronon- 
t^er nne primaute absolue s du moins ce nVst cer« 
tainement pas moi qui Pentreprendrai. La saine cri-* 
tique pent senlement reconnoitre que chacun d^eux 
Temporte dans les parties quite distinguent parti-* 
cnliArement : ComeQle , par la force d'un genie qui 
a tout cr^^ 9 et par^la sublimit^ de ses <:onccpti6nf | 

1. 19 



Ilteine 9 par la sageaae de aes plaiia^ Ik ccmnofSBtasif 
approiimdie dn ocbbt Iramain^ et amrUmtpar la per* 
fieetioii de aon stjle ; Voltabe j par PeflBbi tlttttaTi 
la printnre des mcnm f ViUniaA et la TaiiM det 
ii^ inoralte adapts aux sitiiatioiia dramatiqiMi* 
le'donte que let g^^ntiona faluiet^ ea admitut 
Ma trois hommea ram ^ sdeni {aBuua'dPkccord miv 
le rang qui leur est dA. » 

"•Boileflfay qaoiqae atiii de Badne^ v?m, point oiJie 
prifiber 4 Comeille. H tenoit entre' enx la lialaBce 
^pde^ j'ngeant de leur talent i-pen-prts eaNiame lo^ 
;v^nal a jag6 de' celoi d'Hom^ et de Ylrgile : 

Cn^diiorlUmdoMcanUibiiur^mqtieMannii 
^UUatd diMam/Mitniiti €anmimt palmum, 

Ja Bmy&re ai ^tabli le paralUle aaivant entre Co^ 
BBille et Racine \ ctS'il est pennia defiure enlre em 
qnelqae comparaison^ et deles marquer Pan I'aotnr 
par ce quails ont de plus propre et par ee qui eclate 
le plus ordinairement dans lenrs ouvriages , pent* 
£fre qu\>n pourroit parler ainsi : Corneille nousias- 
aiijettit a ses caractires et a ses idees ^ Racine se con-* 
forme aux n6tres:ceIui-Iipeintlesliommes comme 
ils devroient dtre \ celui-ci les peint tels quails sont : 
il y a plus dans le premier de ce que Pen admire et 
de ce que Ton doit m6me imiter ; il y a plus dans le 
second de ce que Ton reconnoit dans les autres, oa 
de ce que Ton ^prouve dans soi-m^me. L^un ilksty 
etonne ^ maitrise , instruit ; Pautre plait , remne ^ 
touche 9 p^n^tre^ Ce qu^il y a de plus beau^ de plus 
lioUe et de plus impdrieux dans la raisoh est manie 



SfiCONDfi PARTIE. ^or 

pBt I'e pinethier ; et }>ar Tautre , ce qu^il y 8i de plus 
flatteur et de plus delicat dans la passion. Ce so|it; 
dians celui-la des maximes^ des regies et des precep-. 
tes} et dans celiii-ci dn gOut et des sentlo^ens. JJon 
iest plus occup^ aux pieces de Gomeille ; Ton est 
plos ^branl^.) plus attendri a celles de Racine. Cor- 
tieille est plus moral j Bacine plus natureL U sem- 
ble que Pun imite Sophocle y et que Pautre doit plu4 
k Enripide* » 

La Haxpe a donne un resume sur Comeille et 
Racine 9 qui y sans etablir un parall^le proprement 
dit entre ces deux auteurs, les fait parfaltement ap- 
pr^cier sous tous les rapports* Y. le Cours de Litter 
rature, tom. Yt, pag, 268-3a8« 

Nous terminerohs ci^tte digression sur les princit 
^nx tragiques fran^ais , par un extratt de M. de Bor 
liald ^ ou 9 apris avoir d^montre quHl existe troi$ 
^poqaes distlnciement marquees dans nos moeurs 
«t fidellement r^p^tees dans nos drames y il prouve 
tone a la trag^e a marcli^ du m6me pas que la so- 
ci^ et en a parcouru toutes les phases. Elle a eu ^ 
oomme la societe y son epoque de fondation y par 
des caractires heroiques et des sentimens exalt^s ; 
ton Epoque d^afFermlssement et de perfection, par 
des yertus generetises et des sentimens nobles et re- 
gl& ; son Epoque de decadence y par des passions 
fouguenses et d^sordonn^es ; et sous ce rapport 9 on 
pent regarder Corneille corame le poete de la fon- 
dation y Racine comine celui des progr^s et de la 
^perlectioni. lia decadence date de Yoltaire.M*««i»«4i 



39* 



Dtl CHOIX BES LIVIVES. 



Rials si les mceurs et IV'Sptit g^D^ral qui dominettt 
aiix diverses epoques de la sociele , ont doone una 
direction particulitre aiis genies qui les ont illaf 
tr^es par leurs ecrits, il semble qu'on peut compa^ 
Tcr eDtre eu\ les hommes piiissans dans la society 
qui ont exprce sur 1' esprit public et sur lea mcenn 
une grande influence , et les hommes puissans ani 
mSmes ermnims ilans ]a litterature , dont les pen- 
sees ont t flue =e des mceurs dominanles; 
et en su nai , Voltaire parolt brilJant 
et corromnu i igent ; Racine , grand , no* 
hie, poli, Icent e Luuis XIV; Corneille, 
liaut, absol inat ir comme Richelieu; Mr 
Kicliclieu etoit , a ceti poque , le roi de la France 

et Tarbitre de I'Eu Le tb^alre comiijoe 

a marclie du m^me pas ue la tlieStre tragique, et 
a subilcsmt^mescbangeniens. La premi^recomcdie, 
& commencer par celle de Corneille j etoilromanes- 
quedans lcscaractcres,et amie du merveilleuxdaoi 
les evenemens. La seconde , celle dont Molicre est 
le pero , offre plus de verite , de naturel , de decente 
Iheatrale. La troisieme , celle dont Regnard eatlt 
fondateur on le coryphee , est plus p^tulante , plus 
malicieuse, et en general , plus immorale dans le 
choixdes sujets,pluslicencieuse dans les intentions) 
n^me lorsqn'elle est plus reservee dans I'expnS- 

sioQ » M. de Donald fait voir encore que «jui- 

que dans les romans ^ qui sont a la comedie ce que 
la potsie cpique est a la tragedie, et qu'on pourroil 
eppeler Tepopee famili^e j oa aper^it lea mSii>9 



. SECONDE PARTIE. ^o3 

|nrogr^ et bientdt la m^ine decadence. Dans le pre- 
anier ftge de qette composition , les romans ne sont 
cpi'an tissu d^ayentures chevaleresques et d'un mer'^ 
peiUeux souyent exti*avagant. Ces fier3 paladins ont 
aans cease les armes k la main j et la sc^ne est tou- 
jours en champ clos, Dans le second age, les romans 
jont des intrigues de societS, et le$ beros sont dans 
]ks salons. On y retrouve plas de tendresse que de 
passion 9 moins de hauteur que de noblesse , et la 
d^licatesse des sentimens y est quelquefois pouss^e 
|iisqa^4 la fadeur. Au troisi^me lige , Paction du ro- 
man se passe dans des boudoirs et des tombeaux ; la 
licence y est portee jusqu^4 Pobscenit^, et le path^- 
•Uque jnsqu^4 Phorreur. Ge gout de Pborrible , qui 
a r^^ aussi dans la trag^die , et mSme dans la co- 
piidie metamorpbos^e en drame larmoyant, est une 
imitation malheureuse de la litterature anglaise. EUe 
annoufoitle. passage inevitable et procbain des mceurs 
:^olles WOOL moeurs feroces, et nous preparoit k des 
imitations anglaises ou anglicanes d^un genre plus 
s^rieoxy ^tc. » 

Pas9ons au PetiuCarSme, k cet ouvrage immor- 
lel^pour lequel Voltaire professoit la plus haute es- 
.time. II fut compose en six semaines , et prononce 
.en 1718, devant Louis XY &ge de buit ans, et de* 
3rant la Cour. II s^agissoit , dans ces sermons , de trai- 
tter de toutes les vertus et de tons les vices dansleur 
ypipport avec les bommes charges de commander aux 
^ntres hommes , de former un coeur simple et de 
JBUneii^ 4es coeurs corrompus , de donner des Ya^ 



f ons qn^M en&fil pAt eompreii^ et o& des ^eil- 
krds pnssent profiter. Tel ^t le plan que Bhan&i 
rojf a sa si bien adapter ant eirconatances j et ip^ 
& parfiutement rempli* La dignity dilMmist^ imi' 
g^Iiqae est hearensemeiit tenip^Er^e par cette one^ 
tion pati^melle qae permetloil PAge du Firiiice k ^ 
Toratear parloit. Toutesles T^rit&impOrtantesloiil 
tapos^s aveo un codragie qui n^eti diislmiile riea f 
^t rey^taes d\iii cbarme qui: ne permet paa de ki 
tepoasser; jamais la religion n'eut one TOtKpIiistnh 
dre J jamais la raison n^eot on accent pitta noble et 
JilusTrai* 

Cet ^loge aans donte est bite mititi } nUiIs il ne 
tiioit pas nons empftcker de i^ppeler 1e jngetnentqne 
le cardinal Maury porte de cet oliTrage ^ awpiel il 
Irend ^gidement justice sons le rapport d^ itjle , 
snais quMl blftme fortement comme ^tant qtialifi^ de 
sermons , parce que la morale profane en est pres- 
que seule Pessence j et que ce genre absolameot 
neuf dans la chaire , et peut-Stre bon dans la circons- 
lance j mais dangereux pour Pexemple j a ite U 
source d'une nouvelle ^cole , qui , pref<$rant Pesprit 
philosophique k Pesprit du texte sacr^ 9 a iti tris fa- 
neste a Peloquence de la chaire ; je citerai seolement 
Tin passage de Popinion de M, Maury k cet ^gard, 
« Malgre Pitiferiorite oratoire du Petit-CarSme ,iiX-^ 
il J compare aux stations de Massillon ^ cet ouvrsge 
"vivra par le style 5 mais les orateurs sacr^s ne le 
compteront jamais par mi les sermons du premier 
iordre qui out assure sa gloire* UsufBrcHtd^enchan" 



SECOlf DI PARTIE. . ^^5 

fer le litre pour en faire uiLbeaa livre , cli^ohs plus^ 
oa chef-d^cBuvre de morale. II ne manque presque k 
ees discours pour r^unir tons les sufTrages^ que db 
a^aVoir pas eii prononc^s en chaire au nom de la 
religion. lis out dik £ure et ils ont fait un houneur 
immortel k leur anteur comme ^crivain ^ si Pon veut 
mAme , comme moraliste ; maisils ne peuyent pas 
4tre citds parmi les monumens de Massillon prlSdi* 
diteor. Oh! combien toutes ces consciences de coun- 
tiaansy pendant les dissolutions de la regence y du- 
real sayoir gre k Massillon de nWoir pas remue la 
lie infecte de leurs vices et de leurs debaucbes y de 
ne les traduire jamais au tribunal du Souverain Juge ^ 
«t de pouYoir se distraire ainn des remords , devant 
jK)n minist&re, par des applaudissemensl Massillon 
auroit pu s^apercevoir n^anmoins de la revolution 
qu^il op&*oit dans la cfaaire , par ses succ^s m£me 
«t par les moyens ^trainges auxquels il dtoit obligtS 
de vecourirend^naturant ou vertement sa mission. « . *• 
Apr^ le sncces si contagieux du Petit^Car^me , la 
nouvelle gi^n6ration d^orateurs qui succ^d^rent k Mas- 
sillon^ fmrtement entrainee Vers un si dangereuz 
^eneil par Pattrait de la gloire y suivit cette fatale 
impulsion de Pesprit public j en dirigeant ses discours 
vors les mati^res pbilosophiques. Tons ou presque 
tons les talens en ce genre se precipit^rent a Penvi 
dans la m£me route ^ comme si chaque auditoire eut 
ressembie k la cour d'un enfant roi. Ou agrandit 
luentdt outre mesure la carri^re seduisante que Masr 
'fUk>n veooit d^indiquer a Peloquene^ en la partiOu* 



a^g OC CHOIX DES tlVRES. 

Tiint lu!-Tn€me avcc Unt dVclat ; et une simple noa' 
Teautt i\a circonstaiicps devint une veritable revoln- 
tion dans le mioistere ev angel iqiie. » Ce jugement 
da cardinal Maury snrle Petit-CarSme, a ete vive- 
nent critiqud par nn litterateur moderoe qiii I'l 
l-egardecommeunparadoxe inconcevable. Sansdoute 
«e jugemeal de M. Maury semble severe , et il le pa- 
Tolt d^aulant plus que le Pelit-Careme a ete cons- 
tamment Tohjet des suiTrages unanimes de tous let 
Lommes de gout^ mais il Taut faire attention que 
M. Maury u^attaque, pour aiusi dire , que le tilre 
de sermons donoe a ces beaus discours qui , en ciTt t, 
composes pour une circonstanceparticuliere,etpro- 
portionoes , autant qu'il etoit possible , k Vintelli- 
^eiicc da royal enfant, devoient plus porter sar li 
morale simple que surles deTeloppemeos austerei 
puises dans I'Ecriture et qui font Tessence des veri- 
tables sermons. Le Petit- Car6me tenant done plm 
aTeloquence de I'acad^mie qu^i T^oqaence de U 
«liaire , a et^ d*un exemple dangoreux pour les pre- 
dicateurs ; beaucoup de sermons pablies dms le 
»viii.« Steele en font foi ; M. Maury est-il done si 
'coupable devoir rev^I^ les sources da mtd? Noui 
<jLe le pensons pas. 

II est temps d'arriver anx diflerens jngemeDS que 
l*on a port^ sar Voltaire. Nous donnerons quelqu 
extension k cette partie de notre travail , parce 
-qu'il nous semble quelle doit Stre proportionnee I 
J'importance de I'objet qui nous occnpe. 
'■■ Toot bomme impartial etgaid^ par I'amouxde It 



SECONBE PARTIE. ^oni 

yexiti ne peut disconvenir que Voltaire a ^t^ dou^ 
cte ires grands talens , et comme poete et com me 
prosateur ; mats en m^me temps , qu^il en a sou- 
.irent &it ^us : aussi a-t-il eu , et a-t-il , surtout dans 
le moment ou nous ecrivons, beaucoup d^admira- 
teurs et beaucoup de d^tracteurs. Commencons par 
deux jugemens relatifs k cet homme c^Iebre j iris 
difS^ens Pun de Pautre , ou pour mieux dire , dlam^- 
tralement opposes ; ils donneront une idee tr^s juste 
du point de^ue sous lequel il est envisage par sc» 
partisans et par ses adversaires. Nous r^unissons ces 
deux morceaux y parce quMIs d^butent k-peu-pr^s 
de la m£me mani^re* Le premier est de M. Suard : 
« II s^^va de nos jours , dit-il , un bomme extraor- 
dinaire y ni avec l^ame d^un poete et la raison d'ua 
pfailosopbe. La nature ayoit allume dans son sein la 
flamme du g^nie et Pambition de la gloire. Son go&t 
s^etoit forme sur les cbels-d^CBuvre du beau si^cle 
dent il«Toit vu la fin. Son esprit s^enricbit de touties 
' les connoissances qu^accumidoit le si^cledelumi^res 
dont il annon^oit Paurore. Si la po^sie n^eiit pas et^ 
' n^e ayant lui , il Pauroit cre^e ; il la d^fendit par 
des raisons et la ranima par son exemple j il ^tendit 
son domaine sur tous les pbjets de la nature. Tons 
les pbenom^nes du ciel et de la terre , la m^tapby- 
sique y la morale , les productions des deux mondes ^ 
Phistbire de tous les peuples et de tous les si^cles 
lui ofTrtrent des sources inepuisables de beautesnou- 
Telle3. II donna des modeles dans tous les genres de 
ponies y m&js^e de ceux qui n^ayoient point eU e&« 



ao8 ^V CHOIX DES LIVREa. 

Bay^s dans noire languc. » Voyons tnnintenaDt le se- 
cond jiigeint^nt que M. de Cullion presenlc sousle 
voile de I'allegorie : a Un homme, dit-il , parut en 
France au commencement du dernier siecle. C'etoil 
un codre orgucillenx : sa t£te touclioit aux niies , et 
668 racines penetroicnt jitsqa'anx enfers d'oii ellei 
tiroient leur seve. Ses ranieaus couvroient la tcrre ; 
sa beaute altiroit la foulesous son ombre ; on croymt 
y respircr un air nonveau qui donnoit du ressort i 
I'ame J mais son ombre etolt funestc ct causoit le 
verligc. Le murmure qu'il rcndoit, comme les clif- 
nes de Dodone , n'etoit qu'un oracle faux , que 
(jues vcritc's rendirent celobre. L'avbre poussa dei 
rejetons sans nombre , dont les malignes inlluencei 
etoufKrent la foj-^t qui les avoit vus naitre ; 
inSmes ils pcrirent dans la destruction quails avoieni 

causee. Tel fut Voltaire Homme rare, ne poui 

rbonnenr de U France , et qui n'auroit jamais di 
nattre poor son repos! » Mablj ne jngeoit pas non 
pins fsToreJileinent Voltaire ; mais ii le coasid&<oit 
sous le lapport littnvire seulement. Apr^s en svwr 
trac^ nn portrait pea avautagenx , it I'acctise d'a- 
toir Toolu &\xe un Alexandre en litt^rature , et coq- 
rant toujours de contjiiSte en conqu^te , de D^avoir 
pas connu les \astes proTioces dans lesquelles U a 
iait des incursions pout y Clever a sa gloire des tro- 
pheespensslides. Cepeudantil a'exprime ains! (piel- 
<|Qe part: ccQaojque je sois port^ it refuser la partie 
de Pin-venttoQ 4 Voltaire , il me setable qu'on ne 
jwut^-uns injustice j lui contester cette imaginatioft 



SECONDE PARTIE. ep/| 

Wfe et brillante qui est ^i propre k embellir les de- 
tails et qui a fait sa repatation. Ses pieces fugitives f 
ou-vrage de sa jeunesse , sont Rentes a vec la plus heu- 
reuse facilite ; nul effort , nqlle contrainte ne les gA- 
tent^ et les graces semblent IMnspirer; le colons de 
son style fait illusion. Les bons juges m&me applaur 
dissent a une premiere lecture ^ etc* » 

Montesquieu n^a pas ncm plus flatte Voltaire; ce^ 
lui-ci n^^toit pas encore re^u a PAcademie fran^aise^ 
lorsque Pauteur deY Esprit des lots s^exprimoit ainsi 
iians&e8P€nseesdif>erses: cc Voltaire n^est pas beau , il 
n'est que joli: il seroit bonteux pour PAcademie, que 
Voltaire en fiit , et il lui sera quelque jour booteux 
qu^ n'en ait pas ^te. — Les onvrages de Voltaire 
60nt commc les visages mal proportionnes qui bril- 
lent de jeunesse.— Voltaire n^ecrira jamais une bon- 
ne bistoire. II est comme les moities qui n^^crivent 
pas pour le sujet qu'ils traitent, mais pour la gloire 
ide lenr ordre. Voltaire ecrit pour son couvent. — • 
Obaries XII ^ tou jours dans le prodige , ^tonne et 
nVst pas grand. Dans cette bistoire il y a un mor- 
ceau admirable ^ la retraite de Scbulembourg , mor- 
ccati ^crit aussi vivement qu'il y en ait. L'auteur 
jnanque quelquefois de sens. -— Plus le poeme de 
la Ligue paroit ^tre PEneide , moins il Pest (i)« » 

(i) Malgr^ cela nous sommes parfaitement de Tavis d*aii c^^* 
lure critique moderne; qui dit que la Henriade, malgr^ les criti- 
qvee ti^s fondies que Pon en a faites, n'en est pas moins on des 
ttcmuniens les plus pr^cifeux de la Utt^rature francaise, pmsqua 
c^est le Mul po<ime ^pique que nous ayons; quoiqiie plMieiini Mn 



A ces difierentes opinions snr Voltaire , uows Je^ 
■irerions |>DUVoir njouter celle du prorond ecrivain 
modcrne qui , dans ses Melanges Ikteraires, poli- 
liijues et philawphiijues , a consigue, torn. i."^pag. 
i-3o,un chspilre fori cnrleux suj- les ecrils de Fol 
taire; niais tout s'encliaine tellemcnl dans ce nio> 
ceaU} on pour mieux dire, tout y est si substan- ■ 
tiel , qu'il nous paroit tr^s difQcile d'en detacher 

Tains, dont ijoelqaes-uns u'^toicat pas sam merite , aient essaji 
de parcourir la invmc earners , niaU toujour] en vaiu- LaHcnriade 
•st unique purmi nouj, eomme YlUade, VEniide , lo JiSrsmlea 
ditivtie, le Paradis perdu, \a Luiiade, aont uniquES elm lei 
Grcca, lea Romalua, lex Italiens, lea Aaglau ct les Ejpagiiali. 
Jioas De parlcroDs pas id de tons lea d^fuuta que I'on a rcpruclnii 
i lit Heiiriade; mais il cu est itu que uotre critique a rcmiuqiii 
ct qu'oQ peut citer id, parce que tea [ir^d^cesEeili's I'out nidni 
■i^alt que plusieurs autrea. n Tin dca traits les plus frappsDadi 
la Henriade, dit-il, c'csl que cet auvrage a le premier roia k la 
SBode ccttefuraurdediaserter sur tous leami)ets, qui a'einpan mi- 
ne de lapo&ie daua le i*ni.' d^Ie, et qniThamas a poosWei* 
dcmierdegrj dans les fragmens qoe nous connoissoai de sa P^ 
triidt. LesdisMrtatioDsdeThomaaaurrartd'expIoilMlesmintt, 
de conalruire lei vaisseaux, aor lei mathemaliques , sur la sti- 
tistique ; toua ces morceauE sdentifiqnes qui appesBntissenl la mar- 
che de son pofine , ne soDt que des copies oatr^ta des omemeoa dl 
tattae genre que pr^sente la Htnriade, S'agit-il de I'atteutat da 
moine Cl^mentl Voltaire diasecte aur les monaEtiroi et aur la 
moines. S'agit-ildea Etata-G^nerBuiasBeinlileB par la LiguelVlta 
nne diasertatioa aur lea ^tats-G^n^ui. Est-il queiticiu dn li^ 
de PaiisT Vlte nne dissertation nr lea antiquites da cette rille. 
•Va-t-on donner nue bataillel Encore nne dissettstion snr la ms- 
nitie dont an faisoit la guerre dans Tantiqait^ et aur celle ituA 
ODlafaitaujoard'hoi. A la verite Voltaire sail gnrder dans son 
vavie de disseitcr, une certaine mesurB que Mtiautateun n'ont 



SieCONM PARTIE. SoV 



quelques passages saas les afToibllr. Cependant nous 
allons tacher d^en donner une idee par quelques ci- 
tations : cc •*. Voltaire est depuis long-temps parmi 
nous, dit M. de Bonald, un signe de contradiction , 
non assurement pour son esprit extraordinaire sur 
lequel il ne pent y avoir deux opinions , mais sur le9 
fruits que la societe en a recueillis. Geux qu^on ac- 
cuse d^£tre ses detracteurs, en rendant justice k ses 
talens, d^testent Pusage qu^il en a fait, qui leur pa- 
rolt un abus coupable des plus beaux dons de Pes^ 
prit :et ceux qui se donnent pour ses plus z^l^s par- 
tisans , admirent ce talent ^ precis^ment k cause de 
cet abus quUIs regardent comme un usage utile et 
i;lorieux de la superiorite du g^nie. » M. de Bonald 
donne le developpement de cette v^rit^ , en prou- 
Taiit qu'il n^y a que les talens qui orient ou les talens 
qui detruisent, qui commandent cette admiration 
cxalt6e j voisine du fanatisme. cc Les talens qui ne 
font que conseryer, ajoute-t-il , excitent des senti- 
mens plus calmes ; et si on leur dresse des statues^ 
on ne leur el^ve pas d^autels, » 

Ensuite prenant Voltaire au commencement de 
Ba carri^re , c^est-4-dire , sur la fin des desordres de 

la r^gence, M. de Bonald dit : cc U s^aper^ut 

de bonne beure que pour plaire a la multitude (et 
Ton pent, selon les temps, comprendre sous cette 
d^omination les grands auissi biei4que les petits ) j^ 
il s^agisaoit moins, comme il le disoit lui-m^me^ de 
//'apper juste que def rapper fort, et surtoutde frap- 
pei* souT^At ; mbinjs d^eclaiireir qu€ d^^blouir : car iL 



3oa i^tj CHdix DES Livnfis. 

calculdt I cet homme habile, ses succ£$ ttrnme s4 
fortune j et m^ine toute sa vie j il a mis dans sa con* 
duite lilt^raire j ainsi que dans le soin de ses affaires 
domestiques , plusdWt et de combinaison qu^il n^ap- 
partient peut-^tre au genie. II jugea done sans trop 
de peine , qu^il falloit ^tonner les esprits superf[cit;Is 
par Pnniversalite des talens ; subjuguer les espriU 
foibles par Paudace et la nouveaute des opinions} 
occuper les esprits distraits par la continuite des sue* 
G^. Sa longue carri^re fut employee k suiyre ce plait 
avec une merveilleuse perseverance. Tout y servit, 
jusqn^anx boutades de^ son humeur et k la fougue d6 
son imagination; et gr&ce aux dispositions de sespar** 
tisans j ses inconsequences m^me ne furenf pas des 
fautes J et Pextr^me licence de ses ecrits ne fiit pas 
un tort. Ainsi Voltaire commenta 4 la fois la fh3&^ 
sophie de Newton et le chant d^amour du Cantiqne 
des cantiques ; il fit un poeme epique et des poemes 
bouffons J des tragedies bien patheliq^es et des poe- 
sies leg^res bien Hcencieuses , de grandes histoires et 
de petils remans. II voulut 6tre philosophe etm^me 
tlieologien. II entretint des correspondances avec les 
teles couronnees et avec des marchands , et dedia 
ses ouvrages a Benoit XIV et k M"^*^. de Pompa- 
dour » 

Queconclurons-nousdecesdifferensjugemen&por- 
les sur Voltaire? Qu'il a ete I'homme le plus spirituel 
de son temps ; qu'Il a exerce la plus grande influence 
sur la litterature et sur les opinions de son siecle et 
fdu siecle suivant. Comme poete , comme prosateur. 



11 tient sans contredit le premier rang. Sa versifica* 
tion est pure^ facile, claire et brillante. U en est de 
mfime de sa prose ; par-tout on reconnott la finesse 
et la puret^ de son gout, quoique eependant soa 
8^1e y agreable en general , offre quelquefois j soit en 
vers J soit en prose , de la bigarrure et de Pincobe- 
rence ; mais cela est rare. U faut aussi convenir quc^ 
dans sa prose , il n^a ni le nerf , ni la cbaleur , ni la 
pr^ision de Rousseau ; mais il poss^de au supremo 
degre cette facility, cette elegance, cette clart^ lu* 
minense qui met ses ouvrages k la port^e de tout le 
xnonde et qui est plus rare qu^on ne pense. <c Le 
nitrite de la clarte , dit un modeme de grand godt^ 
Suppose dans la conception et dans les id^es unenet** 
tet^ qui nVst pas commune; ce style qui se d^ve* 
Joppe et qui coule avec une extreme limpidity, cette 
transparence de diction , si Ton pent s^exprimer 
arnsi , nepeuyent nattre que d^une source tr^pure ) 
c^est une grande perfection dans les organes de Tin* 
telligenoe, qui prpduit cette clarte frappante et qui 
repand cette abondance de lumi^re dans les d^taila 
de Pelocution. C^est de Voltaire encore plus que de 
Maiberbe, que Poh doit dire avec Boileau : 

Aimez sa paret^, 

£t de son tour henreux imjtez la clarte. 

Ceux qui lisent avec quelque soin savent combiei)! 
d^ecrivainsyd^ailleurs estimables , sont loin de posse- 
der au mdme degre que Voltaire cette quality qui 
est la plus necessaire quand on ^rit , mais qui n^est 
pas la plus brillante : notre si4cle a produit quelque^i 



5q4 su tmoL BBS una. 

hpnioet^^ gtu&«4e*Aj ils peBvoil i.hiKa«oati^, 
4%ud» e»^ e(nq»><ii , <e^ nAm k^m^ffox Ait', 

iaFerieurs. >t 

UnedescliosGa encore tresremHi-quablesdaas Vol- 
taire est son talent pour le sarcasme , pour la fioe 
plaisantcrie, pour la peinture des travcrs de la so- 
ciety, a part cependant quand il a voula aborder la 
Bc^ne coroique et quaiid !1 est descendu aux uijurea 
ignobles que lui suggeroit une aveugle colej-e. Ce ta- 
lent salirique du palriarchc de Feruey a fait aaitre 
cbezle ceUbre critique moderoe que nous avouscile 
pliisbaut, les reflexions suivanlesKcQu'onse figure, 
dit-il , Voltaire avec le rare lalent qu'il ayoit pour se 
servir du ridicule , talent duut il a tant abuse , tour- 
nant cctte m^me arme si redoutable etitfc ses mains, 
contre ceux dont il s^etoil declare Tappui et le chef, 
et se moquant d'eux en public comme il s'en mo- 
qU,oit qaelqaefois en secret : croit-on que tout cet 
Edifice de reputations factices , baties sor le soUect 
sar la bou« , auroit pn resister aux traits qn'il an- 
Toit su lancerl S'il avoit seulement lUrig^ contre la 
fausse et dangereuse pbilosopbie de son si^cLe h 
moili^ de I'esprit qu^il a prodigue contre les institu- 
tions les plus utiles et les plus sacr^es , e'en eloit fait 
de tant de beaux systfimes , de tant de brillantes re- 
nommeesjde toute cette sublime doctrine dont nous 
BTODS pu apprecier les effets, apr^s en avoir adqiire 
■i long-temps et si stupidement les theories, n Mats 
^ en & ^t^ autrement j et Voltaire j surtout dans h 



*s 



SECONDE PAOTIE. goj 

ihonient oii j^ecrb , doit peut^^tre plus a son esprit 
fin J inalin , mordant y satirique ^ audacieux , qu^& 
6es cbe&d^oeuvre litteraires, la reputation colossale 
€ont il joult ^ et les editions multipiiees ' que Pon 
(lonne en ce moment de ses oeuvres complettes (i)I 
Cependant il faut dire que Fesprit ne sufBt pas 
|K>nr consolider une reputation litteraire , etlui faire 
traTersei^ les si^cles ; il est reconnu que Pesprit sans 
le g^ie peutbien briller d^un grand ^clat , mais que 
son triomphe sera peu durable^ k moins que des cir^. 



(i) Xjes ancien&es ^tiotis commutes ne inanquoient cependant 
pas; on en a donn^ un apercu rdsonn^ depuia 1732 ju^qn'en 1817, 
iSans vine bitMrhure intitnlee t Recherches sur les ouvrages de f^ol- 
taire, contenant \J^ des Reflexions sur ses Merits; 2.0 une JSbtica 
ties dijfirentes editions de ses teuvres choisies ou completes pis* 
l^tfM OB jourf 3.0 le Detail des conda*nnations furidiques qu'vnt 
mncourues laplupart de ses Merits; et 4*'* Vindication des princi'^ 

jpaux f}uvrages dirig^s contre Voltaire. Par J. •> J. " £.' G p 

utocbI.' Paris y (JtHjon) 1817, in-8.« de 6^ pages. La liste dea 
iiditions ve tmixve pages 22 «38. M. Beuchot s^occupe d'un travail 
'bikliogniph]<Iklto sur les eeuvres de Vc^taire , beaucoup plas et^nda 
et pins exact;' ien Tattendant yoici la liste des principales Editions 
qui ont pani'd^[>i]is 1748 1 

CEayres da Voltaire, T>resde , 1748-54, 10 vol, in-^,^ 

^ Geneve, Vf56 et suii/, , d*abord 17 vol, m-8.0, dont le nomr 

bre est alki BOCcessivement jusqu'k 40 vol. 
^^ Geneve f 1768 etsuiv,, 45 vol, in-4-®> iirk^ Ji 4^^^^ cxenip. 
—^ Geneve (i^dition encadr^e), 1776, 4^ '^**^* in-S,^, tiree k 

6^000 exemplaires. 
•»- KeAl (i^ition de Beaumarchais) , 1784 et suiv*^ 70 vol, in*. 

8.^9 tir^e k 28,000 exemplaires. 
•^ K.ehl, 1785, 92 vol.in^t^^ tir^e k i5,ooo exemplaires. 
— Basle et Gotha, 1784 etsuit^,, 71 vol* in-8.o, tiree k6^oo^ 
' exemplaireB. .... 

;i. 20 




DTI CllOtX OES t-IVfiE5. 

\c prolongenl ie ijnelqttei 
liuti-rs. Nous rnpporleroHS eucoro a ce sujel dps ob- 
eervations tri'S jiidicieuses de IVcrivaiu cite prece- 
dumment et sur I'Qpinioti duqiiel uous ne poaTom 
trop nous appuyef : «ll y a une cliose bieu iacheusc 
pour IVspiit , dil-il , c'esl qu'il gille et coiroupC 
jiresqiie tous Ics genres de littti-ature ou il cheroht 

i doDiiaer C'est lui qui egnra le talont atmable 

d'Ovide , qui sema dc poioles les ecrifs phllosoph!* 
quel dc tieueque, qui coiitouraa les phrases tlcgai^ 

— IJyon, La MoIlUre, 1791 , ioo vol. in-ia. 
•- BatleA Deux - Fonts , 1793, 100 vol. w-ia. 
>» Pat is (etliti(in<l« PallSHit), 17911, 55 vol. i/i-S.', tiree 1 to 

•— choiaiea. Pari!, Scmire, 1798, 4o vol. In-S 

■— J'arif, BleiTOlype, i-tootfiHilV., 5^ vof. («-i8ctin-i3, tiiA 

— clioisies. Paris, Alsafe, iSiP, ai vol. I'n-lt.oetiit-ia. 
iijoutons qn'outre cea rdilioua oil a lire )i port : 

La Tkidtre, b plunde 5ci,ooo exenplura> 

, Im Henriade , ^auiaoiaii ^00,000 id. 

Ba autre [loeme , i 3oo,ooo Id. 

"Let Romans ei Cantes , i a5o,i»o id. 

l.es Questions tur I' Eitcyclopidie , i . . 1 53,ooo id. 
Mou5 ne pBrloiis ni des Dinragea hbtoriques, ni des pmVia 
diverses, iii dea mtlaugei , qoi out ousai «le imprimtaacpaNnieut 

Arrivona maiutenaiit aiix i^ciiliona completes piiMices d(jii]i> 

1817; nouadeionsditflqu'aceltc^porjue, ou assure qn'il esijioit 
- •ncorebl'HriSicn mngnsin, platde inille exemplaiivs de r^dllioa 

de Kcbl, iVi-B." Ccla n'empeclie pm que, aoit spccalitioa, irit 

lout autre motif, fA 
iprefSB les rdilioos suivautos, doul U pliipart out Aet idditioW 

iaedilua, des notea, de^ eemurqiiej, des correclion^ etc^ cl 



^ SfiCONDE PARTIE. ^ 

les die Pliae le Jeune, qui obscurcit les pens^es pro'* 

ibndei de Tacite ; cVst lui qui dicta k Fontenelle ces 

idialog^es si jolis par la forme et si ridicules pour 

le fond 9 «... qui Pinduisit 4 travestir des belters en 

tn^taphysicienset en dissertateurs, qui re pandit dani 

ies Mondes quelques traits capables de decrier le 

Vieilleur ouvrage ^ et qui defigura m^me les eloges 

des acad^miciens par une affectation de finesse dans 

lesid^es et par une certaine coquetterie de style ab«» 

Mhiment contraire & ce genre ; c^est lui qui inspire 

■ < » ■" ■» , ■ ■ 

* ' OEuvres complies (Miteur, M. Anger), Paris , I>esoer, 1817^ 
i3 voL i/z-8.« (y compns an yol. de taLle), euskS tomes tr^ 
forts t c'est IVdition compacte (*), 
— Paris, Plancher, 1817-22, 44 voL i/t-12* 
"; • — Paris, Lefivre et D^terville, 1817, 41 ^^» in^fi 
•— Paris ( lediteur, M. Beuchot ), veuve Perronneau , 1817 et 
' . suiv, , 5o vol, z/i-12. Uediteur a donu^ beaucoup de 8<hi^ aux 
volumes de cette Edition que lui-mSme a publics. 
•— Paris (<Sditeur, M. Renouard ) , 1819 et suiv,,6o v&l. i/i'^S.^ 
) Cette Edition est saus contredit la plus belle, la plus soigniQ 
et la plus complete de toutes celles qui out paru. 
*» Paris ((^iteur , M. Lequien), 1820, 79 vol. m-8.^ 
•— Paris, Carez, Thomine et Fortic , 1820, ^ voL in-xH. 
•— Paris (^teur^ M. Touquet), iS^iO. JO^abord i^ vol, i/i-iaA 

puis 71 vol. z/i-13. 
— Ptf/ir (i^teur, M. J. Esneaux), i8ai , 60 vol. z/t-8.« 

(*) On a ea soin , dans le pro^pectti j de cette edition , de ilotis ^tivatiie 
%Q*eUe seroSt en xi volumes, qae chaqoe Volume auroit environ 1000 pages, 
^e cfaaquepage seroh de So Itgnes, et que chaqne ligae renfermeroit 5» 
Wrres. JUnei , noas vayons par^U qae Voltaire a trao6 , poor la colleotioia 
4« '«•« eeavret , li-pea-pr^i 33,ooo,ooo de caraeteret alphabetiques ; et ri 
ftwn afootoBs le volume de table , ce sera environ 3S,75o»ooo letires doM 
•• eowpose cette Edition. La Si^oA'tA renCem* 9Lue.3,Si6,49o; et r^«»-i 
, ^a3,9fS Muljvqiflit, . 



3o8 Bv cHQix OEs uvraai. 

k Lamotte ces odes iniipides et glac^es^ ••••• c^eit lf4 
qui alt^ par le dinquant Tor des'iolides beauUi 
dont le poeme da Tasse est enrichi } c^eat lol enfit 
qui nuiflit anx dons heareax que Paateor de la Hki^ 
riade avoit repiu de la nature : Toltaire ^crit-Q mii 
hbtoire f c^eat Pesprit qui lui aogg^re ces ^plgraii* 
VQiea y ces qnoltbets , ces fiiceties ^ <ses mots parfiw 
triTianx dont il souOle et denature le plus grave di 
tons les genres. UJjlisioire de Charles XII, le tM* 
ceau historiqae le plus parfait* qoi soit sorti dell 
plame de Tautenr, n^est pas exempte de cea d^&aU; 
le Sikcle de Louis XIF'en offine davantage j et VEh 
sai sur les MtBurs des nations n^eat pnesqne eh Uk 
talit^ qa^un recaeil de plaisanteries qaelqnefbis tri» 
piqnantes etsouvent tres fisides et tr£a eniin7eiises(i) ; 
>ii ■ ' ■ ■ '■ ■ II ■ ■ 

(i) ICoiu crayons qne c«8 ^itbHefl ^.efadJes et Semmyenses, 
auroient pu etre reinplacf^es par d'aatres pins exacles et plus 
lustes. M. de Bonald qui entre dans plus de d^veioppemens 
sur Voltaire cousidere comme historien , ne le taxc jamais 
ffennuyeux. « Les Huet , dit-il , les Mabillon , les Tilie- 
mont , les Fleuiy , les Bossnet , les Rollin , Icfs Lebeau , aoroieat 
trouT^ bien superficiels son ^talaged*^rudition historiqae et sa ma- 
tii^re d*ecrire Thistoire , sans profondeur, sans gravity , sans auto- 
rite. Je ue parle pas de Fhistoire de Charles Xll, continue H.de 
Bonald; d*une histoire toate romanesqae, il ^toit difficile deSoft 
autre chose qu*un roman historique, et celui de Voltaire est poor 
le style un ouvrage classique. La simplicity du recit y coutrasto 
d^une manicre piquante avec le merveilleux des aventures, etThis* 
toire ressemble au hcros qui etoit simple dans ses moeura et ei- 
traordinairc dans ses actions. » £n efifet , Charles XII est lecbef* 
d*oeuvre historique de Voltaire, a Ces chapitres si bien ^rits, coi- 
nus sous le nom de Sidcle de Louis XI y, ou meme de lAfuis XV% 
ne sQnt njl Thistoire d^un siecle^ ni celle d'unroiy niceUciTM 



\. 



6EC0NDE PARTIE. Boa 

Voltaire fait-il ufte tragedie, c'est respritquilui dicte 
ites tirades ambitieuses, ces sentences a pretention 
m contraires k la verite du dialogue ; c^est lui qui 
tnet dans la bouclie de Zaire une dissertation sur 
l^in£ueiicedePeducation ; dans celled^Orosmane j uii 
mibrigi de Phistoire universelle; dans celle d^AJzire^ 



|»enple9 inabla narration rapide et tranchante de quelques ^y^ne* 
jnens remarquables; ce sont quelqaes segues d'un grand drame^ 
anxquelles il mauque une exposition , un nceud , uu denouements 

* he morceau d'histoire le plus important dans les ecrits de 

^^oltaire, est Bon ^sai sur Vhistoire ginirale » On sait 

^*elle commence ou a fini celle de Bossuet qui , dans son admi- 
rable Discours^ « g li^ Thistoire du genre humain k celle du pen-' 
pie de Dieu, et fait d^pcndre tous les grands ^v^uem^ns historiques 
da seal fait de I'etablissement du christianisme. Le plan de Vol- 
taire paroit £tre la contre-partie de celui de Bossuet \ ci rintentioni 
gen^rale de son ^ssai, est que la Religion a ^te la cause de tous^ 
les mauz et de tous les d^sordres de Punivers. G'est k-peu-pre9 
comme si Von refetoit sur la sant^ toutes les infirmites humainesy 
pairce qu'effectiyement on est malade avant de recouvrer la sante^ 
et on meurt quand on Ta perdue. Ce plan est triste et faux; il nie 
]a Divinity 9 et mine la soci^t^ par &es fondemens. Le mal, quel- 
que r^andu qn'il soit , n'est qu'un ddfaut, une exception) et 
ne peut etrie le sujet d*une histoire generate. Aussi cet JEssai pr^- 
'tenda girUral est tout-k-fait particulicr et partial; Thistoirede la 
•Religion est Thistoire des papes; Phistoire des peuples, celle de 
ifoelques chefs ; i' histoire de la soci^te , celle de quelques hommes. 
AuHeudVvdnemenft, des anecdotes dont il est aussi ais^ de p^netrer 
.le motif que difficile de decouvrir la source; aulieu de r^llexions^ 
det ^pigrammes : toujours le hasard ; par-tout des vices et du d^« 
jjOfdre, une recherche continuelle dc contraste entre ce qu'il y a 
de plus grand dfins I9 society et ce qu'il y a de plus petit dant 
IThomme, j^ yeux dire ses passions. Cette mani^re famili^re k Vol. 
fairey ddnne k Phistoire un air querelleur et chagrin , iacompatibl« 
^acfii4igmt^ etioa impartiality. ..v.«i . 



3,o UTJ CHOIX DES UVBES. 

III! Iraile sur le suicidf ; Voltaire , touclie de ta pliiS' 
nohle amliition , veut-il enricliir d'lin poeme ^p'lqitt 
la lilteratiire francaise, cVst encore I'esprit qui lui 
iail illosion sur rinventiua, leplaa et TeDseinble de 
I'ouvrage , et qui hii persuade que le cliquelis Aa 
coulrastes et dcs opposJlions, que I'enluminure d« 
portraits, que la ntslignite desdeclamatioDS aoti-TQ; 
ligieuses , que la pompe des nJilexions pliilosopU- 
que« , ponrront supplcer a cea creations magnifiqaei 
et sublimes , 4 ces glands tableaux , a celte peinliuK 
finimee dcs caracteres , a ces passions vives et \ariees, 
4 celte connoissance pTofoode du ccenr humaia tou» 
jours peint par les actions et jamais disseque par I'fi- 
ualyae , qui oaraclerisent et feroot vivre i )amais les 
ouvj-ages des gi-ands matt res. SVst-on jamais avisctla 
dire qu'Homere, que Virgile , que Demosth^ne ^ 
Ciceron , Boileau , Racine , Bossuet , Bourdaloae , 
IVTassillon,avoipnt del'espritTC'est un mcrite»{u'oa 
ne daigne pas remarquer en eus ; c'est une pensee 
qui ne sc presente pas en lisant leurs ouvragesj rt 
inalheurpusenient J c'est pivsque la seule quisepre- 
eente en lisanlceux de Voltaire, m C'c jugementnous 
paro'it sevire , roais cst-il iiijuste 1 Nous ne le pen- 
Bons pas, Au contraire , nous sommos d'autant pliu 
dispose k croire k 1' imperii a lite de I'autenr, quej 
malgre des mnis de restiiction a la suite de chaifue 
eloge, il se plait k rendre justice a Voltaire ; il con- 
vient que « dans ses poesies leg^res et dans ses con- 

tet, il a una griice et un agrcment bien rares .] 

gu'w general ion style esttlair, elegant ^ 30H|4oi 



SECONDS PARTIE. S I ^ 

Acile, harxnonienx; que la justesse de son esprit Pal 
pr^serv^ de cette manie des syslfemes, de cette mi- 
tapliysiqne t^n^breuse, de ce galimatias scicntiGquei 
qai infecteiit la plupart des productions du xviii.^ 

si^cle 3> II eoDvient encore que <cles productions 

litt^raires de Voltaire , prises en totalite , sont tr^^ 
saines ; il possedoit bien les principes ^ et il en fail 
des applications fort justes dans ses critiques; raais^ 
ajoate*t-il , il ressembloit k ces hommes qui connois* 
tent k fond la morale j qui en dissertent tr^s docte^ 
ment 9 et qui cependant ne pratiquent point les ver« 
Ins qu^elle enseigne : aucun des ouvrages sortis de 
ta plume n'est veritablement classique j aucnn no 
pent serrir de module. » 

Jeah- Jacques ROUSSEAU (n. i^ia-^m. 1778)^' 
laisoil , dis son bas lige , sa lecture favorite des F^ies 
de Pi-UTAiQUE. II raconte dans ses Confessions yt^VL^dL" 
pr^s avoir lu beaucoup de romans, k TAge de sepi 
•ns J pouramnserson p«^re (horloger a Geneve) pen- 
dant qn'il travailloit ^ il se trouva heureusement xm 
ministre, homme de gout et d'esprit ^ qui lui pro-* 
cnra de bons livres ^ k la lecture desquels il prit j 
dit-il y nn gout rare et peut-^tre unique k son fige. 
Ces livres dont il donne la nomenclature 9 sont 
yj^istoire de r£glise et de I' Empire, par Lb Sueuilj 
le Discours de Bossvet sur r/Jistoire ufii^evselle f 
les Hommes illustres de Plutarque 5 VHistoire de 

• 

Jp^enise, par Nani ; les Metamorphoses d'0\ij)E j 
les Caracteres de La BauYiRs ; le3 Jflatides d^Fom^ 





DU CHOIX DES LTVRES. 
TENELLK, ses Dialogues des Marts , et qnelqnes tor 
mes de Moi.ibre. Rousseau esprime ailleurs (Cosf. 
/iV, \i ) le goiit parliculier (jn'il avoit pour certain* 
livres dnns un iige plus avauc^ : ttCeuK (jui cicloieDt 
la devotion aux sciences m'cloient, dit-il , plus cou- 
Yenables ; lels ctoient particulieremeut ceux de I'O- 
yaloire ot de Port-Royal. Jc me mis a les lire ou pin- 
lot k les devorcr. II m'en tomba dans les maius uii 
du P. Lami , intitule : Eritretiens sur les sciences.^ 
CVtoil une esp^ce d'inlroduction a la connoissauco 
deslivrfisquientraiteutjielelus etie relusceutfois; 
je vesolus d'en faire mon guide (i). EnGn je me sen- 
■^B entraine peu k peu vers I'^tude avec une force ir- 
l^sistible ; et tout en regai'dant chaijue jour comme 
le dernier de mes jours, j'etudiois avec autantd'ar- 
deur que si j'avois dn toujours vivre. » II est encore 
tin livre dont Rousseau paile dans son £mile {liv. ii) 
ave<! iln interet bii?n marque ; cela u'esl point sur- 
prenant : uu roman dont le lieros oblige de vivre loin 
des hommes , est indirpeudant et pourvoit seul a tons 
^es hesoius, devoit singulicrement plaire au plulo- 
SOpbe genevois. Mais epontons I'instituteur d'Kmile 
lui-mCme i a Puisqu'il nous faut absolumeut des Ii- 

(i ) CV»t en cfTet <m ton livre. Je I'ai la evec atlealioa ; U est 
maiolcaaat uu poii sutauai ; i) actoil a rtftiire , pacce que \ii 
ecieacM et lea arts ont fait des progr^a depuis aii puUicatiol 
qui date de plus d'na sikcXc {i-ja^, i/i-is); mail qd j trooTI 
d'eicellentci cboies 5iir les parties lea plug solidet des connoil- 
MQces humBJnea . et li cliaque page la Religion j marcfae de front 
avec I'erudition. I>b demiere ^lion del £ntretiau lur Itt 
ftOmcet eat de 1714 1 i^-P-.. 



SECOWDE P ARTIE. J i % 

yres , il en existe un qui fournit k mon gre le plu* 
heureux traite d^^ducation nationale. Ce livre sersi 
le premier que lira mon Emile : seul il xomposerij^ 
durant long-temps toute sa biblioth^que , et il y 
tiendra tou jours une place distinguee. II sera le texte 
^uquel nos entretiens sur les sciences naturelles uq' 
serviront que de cpmmentaire, II servira dMpreuvQ 
durant nos progr^s k Petat de notre jugement , et 
tant que notre gout n^y sera pas gate^ sa lecture nous^ 
plaira tou jours. Quel est done ce merveilleux Hvre? 
Est-ce Aristole? Est-ce PHne? Est-ce Buffon? Non j, 

(^'est Robinson Crusoe ( de Foe ) Ce roman ^ 

^ebarrasse de tout son fatras ^ commencant au naun 
frage de Robinson pr^s de son ile j et finissant a Par- 
rivee du yaisseau qui vient Pen tirer ,. sera, tout a \s^ 
ibis Pamusement et Pinstruction d^Emile » 

Parmi les bommes d^un grand merite auxquels^ 
Rousseau s'est plu 4 rendre justice j il faut compter 
le c^lebre Linnee. II en parle ainsi dans ses Confes* 
sions : cc Je passois trois ou quatre heures de la ma- 
tinee k Petude de la botanique , et surtout du sys- 
t^me de LiNNiBus, pour lequel je pris une passion 
dont jamais je n^ai pu bien me guerir^ meme apr^s 
en avoir senti le \ide. Ce grand observateur est, a 
mon gre , le seul avec Ludwig, qui ait vu jusquUci 
la botanique en naturaliste et en pbilosophe ; mais 
il Pa trop etudiee dans des berbiers et dans des jar-^ 
dins , et pas assez dans la nature elle-m^me. » 

Quandonlitavec attention les Merits de Rousseau ^ 
on est oblige de convenir qu^U s^etoit bien penetre 




3i4 DTT CnoiX DES t.r\TlES. 

des ccrits ie Momtmune ; La Harpe est cle cet avis, 
mais il yajoute SAutijWE. « Les deux auteurs,dU-il, 
dont Roussoeu paroit avoir le plus profile sont ii- 
HEQVE ct Montaigne f i) ; il a queltjiicfois lea tour- 
miresfrantiheselnaivesderun, et I'ingenieusi; abon- 
daace del'aittve, Mais en general ce qui dialingiie son 
•tjrle, c'est la chak'ur et IVnorgie. n L'abbe Morpl- 
let, dflnssesit/emoircipiiblieseii 1821 ,'ai'o/. inS.", 
parle ainsi quMI suit , des aiiteurs qui etoieat ies 
plus famitiers a Rousseau : <t Je sais que I'ou a dit 
que le fond des idees de VEmile est lout entier dam 
P1.UTAHQUE, dans MowTAiGNBet dans Locke, troii 
auteurs qui etoient constamment dans les mains de 
Jean-Janques el dont il a suivi loujours les traces. 
Mais je ne regordc pas tiette observation comme suf- 
fisRule pour diminuer la glolre d'avoir mis si habi- 
lement en wuvre ces niateriaux que foiirnissoil la 
nature. Des id^es si vraies, si justes, si pr^s de nous^ 
80nt A tout le monde , comme I'arbre dVne forSt 
avant que I'homme Pabatte et le faconne en canot j 
en charrue ; mais , comme I'arbre aussi , elles de- 
viennent la propriele de celui qui les a facoanees, 
qui les a revetues de I'expression la plus pure , em- 

(0 Rousseau dit daiu «ei Confesiions , lir. s : n J'nTois too-. 
jours li de la fauBSe oafvel^ de Montaigue qui, faisant setublaut 
d'aTouirr sea d^fauts, a grand join de ue e'en doDuer que d'aima- 
Uea; taodis quefesentoi.s, moi 'qui me Euis toufours cru,et qui 
me croig eucore, i, tout prendre, Ic tueilleiir des hoiDines, qu'il 
n'y B point d'inlerieur humuin , si pur qu'il puiise etre, qui n« 
reccia qiiflque vice odieiix. u L'aveu est naif : les Confeifioiu u 
vboiient-elics pu ud -peu il I'appui de cet aTCot 



8£c6nde PARiPife, 3, ^ 

bellied de la plus vive couleur , et les a renchies c^ 
pables de penetrer et de convaincre no» esprits. » - 

Jetons y d'apr^s quelqnes auteurs connus j un cou^ 
d^oeil sur les principaux oavrages de Rousseau. 

cc Le Discours sur VinSgalite des conditions est y 
selon La Harpe, bien superieur au Discours surlSs 
sciences , -premier essai de Pauteur. Le morceau snt 
la formation des societes ctoit d^une t^te pehsantey 
et Ton apercevoit d6\k ce melange d'une philosd* 
phie vigoureuse et d'une eloquence: entrainante qui 
depuis ont caracterisules ouvragss de Rousseau. Mais 
aussi Peloquence a-t-elle jamais soutenu une caus^ 
plus triste j plus desolante que celle dont le pbiloso* 
pbe genevois a developpe les moyens dans ce sy^ 
t^me sur Porigine de la societe ou de Pinegalite j ct 
qui est la mSme chose? » ccQuelles consequences af<- 
freusesy dit un moderne, et pourtant tr^s bien de^ 
duites des principes ! Quel horrible resultat de tant 
de penibles meditations ! La sociSt4 est le plus grand 
des maux I Mais , phiiosophe , continue Tauteur ^ 
I'evidente faussete de vos consequences devroit an 
moins vous ramener en arri^re et vous faire exami^ 
ner de nouveau le point d^od vous dtes parti : plus 
voire dialeciique est juste et pressante , plus vous 
devez avoir de doutes sur les hypotheses dont elle a 
tire de si noires iuduciions... Non , je vous entends;^ 
vous ch^rissez les abstractions qui ne sont qu^a vous^ 
et vous negligez les faits qui appartiennent k tout le 
monde ; vous ne voulez rien devoir qu'i voire g^ 
aic ! » Nous ne dirons rien da Discours sur les »scien^. 



Sifi DC CHOIX DES LIVHES. 

Ctfj.'c'est le champ clos oil le paradoxe a fait aes pre- 
mieres aimes, et ou il a cause le plus graud litonnc- 
ment pai- la dexterity, par I'aplomh et par la force 
avec laquelle il a debute. 

La Nouvelle Hclo'ise est un livre dangereiis et 
par consequent loauvals ; il y a quplques beaux mor> 
ceaux de passion et de philosophie. Voltaire qui ja- 
geoit defavorablement ce roman , y avoit dislingu^ 
plusieurs lettrea qu'ii cut voulu , dU-il , en arra- 
chcr. Nous croyons devoir rapporler ici Popinioa de 
J'abbe Morellet sur cet ouvrage donl il fuL enlhou- 
iiaste dans sa jeunesse j apres en. avoii' fait Teloge , il 
ajoiite ; « Ce n'est pas qu'aujourd'hui ( a I'ugc de 70 
ans ) )e m'en dissimule Ics defauts que \e ne laisois 
alors qu'enlrevoir. Heldise est souyeut une foible 
copie de Clarisse. C/aiVeestcalqueesur Miss Howe. 
Le romaa , comme composilioa dramatique , ne 
marolie pas. Plus d'une moitie est occupee par Jes 
dissertations fort bien faitcs , maia deplscees et qui 
MTT^tent les progres de I'actioa. Telles sont les letlres 
suT Paris, le duel , te suicide , les spectacles.. A. peine 
resteroit-il deux volumes , si I'on relraacboit tout 
ce qui n'est point du sujet. Quelle comparaisoB 
peut-oa faire d^une composition pareille avec Cl^ 
risse , cette grande machine avec laquelle tant de 
ressorts sont employes a produii'e ua aeul et grand 
elfet , oil tant de ceracteres sont dessines avec tant 
■de force et de v^rite, oii tout est prepare avec tant 
d'art, oil tout se lie etse tieat? Quelle difference en- 
core, dans le but moral de ces deux ouvrages 1 Quel 



SECONDS t»A»ME. 3i^ 

tht^rSt inspire Phero'iiie anglaise y et combien est 
froid celui que nous prenons k Julie ! EUe est s^duite 
teomme Clarisse j mais ne s^en relive pas comme 
'elle; au eontraire eUe s^abaisse encore davantage en 
^pousant Wolmar sans Taimer^ tandisqu^elleen aime 
tin autre. On me la montre marine , bonne m^re de 
fiimille y ^levant bien ses enfans , remplissant froi« 
dement ses devoirs d^^pouse ; mais le tableau de ces 
rertus domestiques seroit bien mieux plac^ dans une 
femme qui e6t toujours et^ chaste et pure ; et c^est 
l>lesserla morale , que de les supposer i une fiUecor- 
Srompue avant son mariage et qui n^aime pas son 
snari. Rousseau a voulu quelque part , non seiilement 
'excuser cette immoralite j mais la toumeri sonavan- 
tage ;cette apologie n^est qu^un tissu de sophismes.a» 
Hien de plas Trai et de plus juste que ces r^flelLions 
^e Tabb^ Morellet sur VlfSloise. 

Uilmileesi d'un ordre plus releve(i). ccC'estli, 
iit encore La Harpe y que Rousseau a n^is le plus de 
T^ritaMe eloquence et de philosophie (i part ce qui 
est repr^bensible sous le rapport religieux ). Ce 
B^est pas que son syst^me d^education soit pratica- 



(i) On pr^same que Rousseau a pris I'icUe de son J^mile dans 
tm passage des Considerations sur les moeurs , par Duclos. En ef- 
fet , dans le chapitre sur Viducation , Duclos dit : « II est constant 
que dans Feducation qui se donnoit k Sparte , on 8*attachoit d*a^ 
Itordk former des Spartiates. Ceat ainsi qu'on deyroit dans tons 
les EtatSy inspirer des seutimens de citoyen, former des Fraucais 
parmi nous, et pour en faire des Fraucais , travailler k en faire 
des hommes. » II est certain que ce peu de mots renferme tout 
le fond d« Touyragc- de Bousseau*, c*JMt la iMse de aon ^stdme* - 




3i8 DD CHOIX DES LrVBKS. 

Lie ; mais dans les diversts situotions oi'i il pWe 
£inilc,(lepuUl'enfance jiisqu'alu inaliinte,il dunne 
dVxcelleiites lecons , et par-tout la morale est en ac- 
tioQct animeederint^rellepliis touchatit. Sonsljle 
nVst nulk' pait plus boaii que dans Y^mile.^ C'cst 
aussi I'optnioa de I'abbe Morellet qtie nous nous 
{liaisons encore a citer, parce que, lout admirateuT 
qu'il etoit du talent de Rousseau , il n^a point dissi- 
jnul^ I'abus que le philosophe genevotg en a fait. 
I4ous observerons seult-ment que M. Morellet n'au- 
roit pas dii louer Tintegralite de V£mile commc ou- 
trage d^vducalion pratique ; les deux premieres par- 
ties sunt e\cellentes,iaaisil est impossible d^eo dire 
autant des deux derni^res: le moindi-e des roproehes 
graves que Ton y peut faire A I'auteiir, est de pre- 
senter un systiime d'educalion que sabizarrerie ri'nd 
beureuaement lout-a-rait impi-alieable. Maisilfaut 
coavenir que I'ouvrage entier est ecrit d'un style en- 
cliauteur , et que par- tout on y trouve une eloquence 
Tive et sedubaate (i) ; c'est sans doute ce qui a nio- 
tiv^ I'opiaioa d'euthousiasme que msnifeste ainsi 
Jl. Morellet : «.V£:mile, dit-il, est sans contredit 



(i) THe pourroit-OD pas appliqaer !i I'Mmile de Ronsieau, da 
noias aux deux deroiers livTCS , ranecdole suivaute , a laqiirlle a 

.don Q^ lieu unaiitreouvragedu mcmeaDtEur! llDgraudgeigneDr, 
cluriue de la description que Housseau ■ faite daus la Nouiietla 
Hilout, du jardin de madanie de Wolmar, voulut en aruir dd 

.pareil. 11 fit lire la descriptiua i, son jardiiiier qui lui rr|iouitil 
naivemeut : Monseigtieur , cela est fort beau ; mais il ri'y a qa'ua 
ine^a^iaientj c'est giie tela tttinexiaUable. 



' SECONDE PARTIE. 819 

.«t le tnieUIeflr ouvrage de Rousseau et un excellent 
^uvrage i la douce loi qu'il impose aux m^res ^ Vi*^ 
ducaiion physique et morale de la premidre enfance^ 
lamarche et les progres de Pinstruction du jeunc 
f^g€j la naissance des passions , etc* etc., tous ces su* 
jets donnent k VJEmile un caract^re d'utilite qui Ic 
jnei dans la premiere classe des ouvrages dont la \ejCh 
tare n contribue ou peut contribuer k Pinstruction 
:des hommes. Au i^este , m^me force , mdme eloquence 
idans le style Ou le raisonnement se troure faeurett«> 
«ement entrem^le et fonda avec les mouvemens ora^ 
loires ^ & la maniiire de Pascal y et d^Arnaud et de* 
•Mallebranche ; vrai module d^une discussion philo^ 
.sopbique et animee , raisonnableet pathi^tique ,dont 
iios hamngueurs revoltttionnaires, sans en excepteir 
Mirabeau lui^m^me, sont resits bien loin, etc...;.^ 
-Si jeveux examiner Rousseau com me philosOphe^ 
ye diraiqu^ilestvraimentphilosophs dans ^n£milef 
•mais aussa je ne crains pas d^affirmer que dans \k 
-plupart de ses autres ouvrages, non seulement il ne 
merite pas ce titre^ mais qu'il n^a enseigir^ que \k 
plus fausse et la plus funeste philosophic qui ait ja- 
mais ^gar^ Pesprtt humain.)>y. Mefnoires de Vuhbi 
-Morellet, tom. i, pag. iit^-iiS* Lem<dme auteur 
continue : cc On voit que c^est surtOQt contre ses li- 
Tres de politique que }e porte cet anath^me, let \t 
He le prononce qu^apr^s avoir Qonsacri^ toute molt 
. intelligence et toute ma vie aUk questions et aux rt^ 
cberches oi!i le phiiosophe de 6en<^ve me semble 
avoir adoptu des priacipes favx^ ooiitraMKft 4 la .ii»» 



3ao DO CHorX BES LIVRES. 

lure m?me de I'homnie qu'il a pretendn sulwe , (\ 
Bubvcrsifs de lout t^tat social. nL^abbe Morellet con- 
tinue ! nSa premiere erreur, et peut-Stre celle qui* 
entralnd toutcslrsaiitrtrs, aetcaoii paradoxeestra\fl- 
gaiit sur la part fiiaesle qu'^il altribue aux sciences et 
aux arts dans la corruption ct le malheur des bom- 
nes', jc ne combsttrai pas cette doclrine quMl faut 
en effct regarder comnie folle , si I'on ne veut pas , 
pour etre consequent , retouruer dahs les bois , se 

vfitir de peaus de b^les ct yivrc de glands. 

Ce premier paradoxe une fois embrasse par Jean- 
Jacques , 11 fut assez uaturcllement conduit a ceux 
qui remplisaent son discours sur I'lnegalite ties con- 
Mtiotts. Mais c^est surtout daus le Contrat Social 
qu'il a etabli dea doctrines funestes qui ont si biea 
servila revolution, et, ilfautle dire, danscequ'elJe 
a cue de plus funeste , dans cet absurile syst?me d'^ 
galile, nou pas devant Ja loJ , Tt'jile triviale et salu- 
taire, mats egaliteAe fortunes, de proprietes^d'aii- 
toiite , d'influence sur la legislation , principes jttt- 
Bient destructenrs de toutordre social, etc...... i' 

Qnant 4 ses Confessions , beancoup de monde f 
est malti'aite , mais personne autant que lui : cW 
uiie des productions de I'amour propre lea plus Ih* 
xarres que Pon ait jamais Yoes. La Harpe placeRiAii- 
seao partai nos plus grands prosateurs. C^est an 
temps et k la post^rite a marquer le rang qu'il drat 
occuper dans te petit nombre d'hommes qui ont 
joint ik une tSte pensante une imagiuation sensible | 
Gt r^oquence k- la philosophie.' 



SECONDE PARTIE. 3^1 

Mably^ dans un de ses ouvrages posthumes ( Des 

Talens) , a trac^ un portrait dc Rousseau , oil ^ tout 

eii rendant justice k ses grands talens , il ne dissi- 

mule pas ses d^fauts : cc Rousseau j dit-il ^ est ntk 

grand exemple y et peut-^tre unique , de tout ce que 

rimagination pent produire & la fois de bien etde 

mal. De \k ces morceaux dlvins et frappans qui sont 

frequemment r^pandus dans ses ouvrages^ quipren<* 

nent quelquefois sous sa plume la forme de la plutf 

sajge pbilosophie ; mais^ si Ton y fait attention , qui 

ne peuvent jamais avoir une certaine etendue sanit 

itre terminus par des disparates cboquantes. De li 

encore ces paradoxes qui deplaisent aux bons esprita 

recbercbant avant tout la verity ; de \k ce desordre 

qui T^gne quelquefois dans ses Merits , et qui sert; 

mftme & tromper le lecteur dont PImagination trop 

docile se laissant entratner par Pimaginationtropim- 

p^euse de Rousseau, suit le maitre sans demander 

t>j|| ii va. Dis qu^il entroit dans sa verve, il n'avoit 

plus le sang froid necessaire pour tenir une route 

certaine, consid^]:er lentement un objet , le decom^ 

poser, et Fexaminer par toutes ses differentes faces.' 

II s^enivroit lui-m$me de son eloquence ; le jugement 

^toitdela partie, et croyoit encore obeir k Pevidence 

quand Pimagination Pavoit d^ja oblige k se taire. Oc- 

cupe entiirement du moment present , si une idee 

s^emparoit de lui avec une certaine force , il ne son- 

geoit plus k ce qu^il avoit dit dans des momens lu* 

cides ou son entendement plus libre n^avoit et6 

qtt^embelli des grsices et m^mq^des ornemens siibli* 



Saa ^^ CHOIX DES UVBES. 

tnes de rimagination j ie la ces coatradictidns istm 
nombre qui degradent ses ouyrages et dont il ne s'e^t 
jamais doute. Ce n^etoit pas en veiite la |>eiBe de 
iaire des llvres pour prouTer qti^il n^est jamais dW 
«ord ayec lui-m^me. Les gens qni ont le talent de 
lire J talent plus rare qu^on ne cl^it , n^ayoient pas 
jbesoin de cet ayertissement ^ et les autres n^en pro* 
'fiteront pas. Ceseroit^ jecrois, se tromper que dW 
cuser cet bomme extraordinaire de n^^tre quW so- 
i>biste qui se prdposoit de faire du bruit par la har- 
dUesse de ses opinions ^ d^eUouir et de seduire ses 
lecteurs ; il etoit lui-m^me persuade^ il etcat le pr^ 
ohier ebloui et seduit par les fant6mes qui lui &i- 
«oient illusion. Si sans rien 6ter a la chaleur et k 
l^impetuosite de cette imagination , la nature eiltpa 
ij joindre mii^aculeusement une iiitelligenqe supe- 
irieure et capable de la gouverner, Rousseau auroit 
cte le plus prodigieux des hommes ^ ou plut6t sob 
genie auroit passe les bornes prescritesa Phumanite.^ 
Ceci paroit un peu fort 5 je doute qu'il eut ete au- 
dessus de Pascal ^ de Bossuet ^ etc. 



. Jean le Rond d'ALEMBERT , savant litterateur 
eet raathematicien ( n. 1717 — m. 1783 ), disoitqne 
«i Ton etoit reduit a ne conserver qu^un seul poete 
$incien , cc il faudroit choisir Horace de preference 
a tous les autres, parce qu'il est peut-^tre le seul oi 
Ton trouve des beautes de tous les genres : enthoa- 
siasme, imagination, noblesse, harmonic, elegance, 
«ensibilite ^ finesse , gaiete , gout exquis^ philosophie 



' SECONDE PARTIE. 3^3 

1hnt6t I<%^re9 tahtftt |)rofonde, et ton jours utile. » 
le m^ine d^Alembert pretend que les auteurs la* 
&IS dignes d^^tre traduits , peuv^nt se partager eil 
^ux classes : eeux du si^cle d^Auguste , Cici&iiON j 
ViRGiLE) Ho&AcE J et ceux du si^cle suivaut ^ le^ 
-^nfB J S&skqvE et Lucain. 

Nous ayohs parl^ precedezkimetit des jugemenf 
^rt^s snr Cic^ron , Virgile ^ Horace et Lucain ; il noui 
reste 4 donner ici quelques details sur S^^iquE la 
philosopKe et sar les deux Pliiv e. 

SiifkQu^ (nik Cordoue Pan 3 de J.-G.-— m. pr^i 
tie Rome en 65 ) ^ a laiss^ de nombreux ouyrdges 
flont la plus grande partie a rapport k la morale, et 
Ifuelques-uns k la pbysique et k rhistoire naturelle | 
bn J trouve aussi quelques anecdotes et des passaged 
iqm appartiennent k Phistoire. Tous sont marqu^ft 
\ka coin d^une imagination tr^s vive et souvent d'uii 
excellent jugement. S^n^que qui a ^prouy^ touted 
les vicissitudes du sort, avoit ^tudi^ le coeur humaia 
an milieu d^une Cour brillante et corrompue , ainsi 
que dans les classes infifrieures de la soci^te ; il ea 
avoit approfondi les replis les plus secrets. Ses livreSi 
tfn^on pent regarder comme le manuel de tous le^ 
liommes qui aiment la philosophic ou plut6t la mo-» 
irale pratique , renferment une infinite d'observa- 
%ions tendant k corriger et k ennoblir le caractere ^ 
il assurer Pempire de la raison sur les passions , k 
ijipprendre k se moderer dans la prosp^rite et k sup* 
porter avec patience et courage Padversite. II y en a 
fevL oil Pen trouve autant de tableaux des dii££rente$ 



3a4 ^^ CHOIX DES LlVll». 

sitaations oik rhomme peat se trouver ^ traces d^at 
pinceau aussifermeetaussi ingenieax. Maiscelan^em* 
pAche point qu^on ne fasse de graces reprOclies aa 
style de S^neque* II n^a pas su se garanti^ da goftt 
de son si^cle pour la declamation. Quoique a per* 
Sonne , dit un calibre critiqae modeme , n^ait ei 
plas d^invention que lui ^ plus de fiicilit^ j d^abon- 
dance 9 de ressoarces dans le style ^ de combinaisoiii 
dans les pens^esi de traits, de saillies^ de tours in- 
genieux et frappans , toute Pautorite de Quintiliea 
put 4 peine (aire entendre auxRomainsdeson temps , 
que cet ecrivain ^toit tr^s inffrienr k Ciceron; et 
cependant Sonique , avec tout son talent , tout son 
esprit) toute sa recherche , toutes ses epigrammeS| 
ne sut jamais icrire : c^est le jugement qu^en porte 
La Harpe j et mSme le terme dont il se sert dans le 
iv.^ volume de son Cours de LittSrature , lorsqa^il 
examine les ecrits du rheteur latin. Ce Jugement pa- 
roit d'abord severe pour le fond et mSme dur dans 
la forme *,ma^ il n'en est pas moins juste , continne 
le meme ecrivain : pour y souscrire, il suffit de lire 
avec attention I'excellent morceau de critique ou il 
est developpe 5 on se convaincra aussi , en le lisant, 
que ce qui a manqu^ a Sen^que , au milieu de ses 
fausses ri chesses, c'est la raison qui n'admet que des 
idces saines et justes , la logique qui les enchatne^ 
la methode qui les classe : le bon gout n'est que It 
logique appliquee aux arts de Pimagiuation , a la 
poesie, a Peloquence , k toutes les productions de 
Pesprit, ?) Nous avons rapporte en entier ce juge? 



SECONDE PARTIE. 3a5 

• '^ ^ent de M« Dussault , qui j r^uni k celui de La 
Harpe, nous parott excessivement rigoureux. Ne se« 
3roit*il pas possible d'en appeler , non pas pour le 
' fidre entiirement reformer ^ ce qui seroit retomber 
dans tin autre exc^s j mais au moins pour en adou- 
cir les dispositions? La Harpe s^est prononce contre 
.Senique avec beaucoup d^aigreur ; et Paigreur ac* 

. ' compagne rarement Pimpartialit^. II avoit de l%u- 

jneur ; cette humeur n^auroit-elle pas pris sa source 

' dans la haine qu^il portoit k Diderot grand apolo- 

., ' giste de Sonique? Qiioi qu^il en soit , le severe arrdt 

r ' qn^il a port^ sur le philosophe romain n^a pas ea 
Papprobation enti^red^un savant distingn^ dont nous 
allons rapporter Popinion. M* De Maistre j dans le 
Beuvi^me entretien des Soirees de Saint- Peters^ 
hourg , toin* ii^ pag. 178 etsuw. , ^tablit sur Soni- 
que le dialogue suivant : ccLe Chevalier Je me 

rappelle que mes premieres versions etoient puisnes 

' 'dans un petit livre intitule : Senkque Chrdtien, qui 
ne contenoit que les propres paroles de ce philoso* 
pile. II fiJloit que cet bomme fut un bien grand mo- 
Taliste pour qu'on lui efit fait cet honneur. Pavois 
'done uneassez grande v^n^ration pour lui, quand 
La Harpe est venu d^ranger toutes mes id^es avec 
^nn volume entier de son Lyc^e tout remplid^oracles 
trancbans rendus contre S^n^que. Je vous avoue ce- 
pendant que je pencbe toujouris pour Pavis du valet 
de la com^die : Ce Senique , Monsieur, etoit un 
Hen grand homme. — Lb Comte* Vous faites fort 
bien de ne pas cbanger d'avis. Je sais par coeur tout 



3^9 ^U CHOIX BES XJVRES. 

ce qu^oti a dit contre Sen^que. Mais U y a bien det 
choses aussi 4 dire en sa faveur. Prenez garde seule** 
meat que le plus grand defaut qu^on reproclie k Ini 
«u k son style tourne au profit de ses lecteurs ; sam 
doute il est trop recherche ^ trop seqtenoieux ; saoi 
4oute il vise trop k ne rien dire comme les autres. 
Mais avec ses toumures originales j avec ses traita 
inattendus, il pdn^^tre profondement l^s esprits, ei 
de tout ce qu*il dit laisse un long som^enir. Je na 
connois pas d^auteur ( Tacite peut-^tre excepte ) qu W 
hfi rappelle davantage ; a ne consid^rerqtie le fond deii 
'Choses, il a des morceaux inestimift>les j ses £pUres> 
aont un tresor de morale , de bonne philosophie. II ji 
a, telle de ses epitres que Bourdaloue ou Massilloa 
auroient pu reciter en chaire avec qnelqnes I^era 
changemens. Ses Questions naturelles sont sanscon-^ 
tredit le morceau le plus precieux que rantiquitS 
nous ait laisse dans ce genre. II a fait un beauTraite 
de la Proi^idence qui n^avoit point encore de nom 
a Rome du temps de Ciceron. II ne tiendroit qu'i 
moi de le citer sur une foule de questions qui n'a- 
voient pas ete ti'aitees ni meme pressenties par ses 

devanciors 3> Apres ce passage , M. De Maistre 

traite la question plus que problematique du chris- 
tianisme de Scneque et de sa correspon dance avec 
saint Paul ; et il emploie 19 pages (de 181 a 200 )a 
demon trer que s'il n^y a rien de certain a cet egard , 
il y a de grandes probabilites , sinon pour Taffirma- 
tive de ces deux faits , du moins pour Passertion que 



SECOIfDE PARTIE. Jm 

S6ii^^ a connu saint Paul (i). Puis ilfinit par dire : 

«Ne soyons done nullement surpris si cette doctrine 

divine y plus on moins connue de Sen^que , a pro- 

dnit dans ses Merits une foule de traits qu^on ne sau-^ 

lent trop remarquer. Quant k La Harpe que j^avois 

loat4-fiiit perdu de vue ^ que voulez-vous que ja 

Tons dise ? En &Teur de ses talens j de sa noble r^- 

•olntlon^ de son repentir sincere , de son invariable 

jiersevemnce , faisohs grace a tout ce qu^ii a dit sur 

des choses qu^il nVi^tendoit pas, ou qui veveilloient 

en lui qnelque passion mal assoupie. Qu'il repose en 

(i) If oiu dterons k cet^gard M. Schoell, qui, dans son His^ 

Wnre ahf^giede la litUrature romaine, torn, ii, peg. 4^0, aprdf 

i^voir proiiy<^ pi|r plusieurs citations la siuguliere ressemblance qu^ 

Ifou. a remarqu^e entre beaucoup de passages de Seneque et des 

^intes Ecritores j surtout des ^pitres de saint Paul , s^exprima 

finsi I n Rien aa reste de ce que nous sayons de la vie de sainf 

^aul y ne )ette la moindre invraisemblance sur la tradition qui le 

|net en rapport ayec le philosophe romain. Ce fut, d'apres le calr 

col des pins sarans' critiques, au printemps de Tan 61 de J. C. ^ 

qae TApMre arriva k Rome. Le pr^fet du Pr^toire auquel il ful 

femisy lui permit de demeurer dans une maison particuliere ayec 

nn floidat qui le gardoit k vue , et lui laissa toute liberte de voir 

fMES amis. Ce pr^fet du Pr^toire ^toit Burrhus, l*ami de Seneque* 

IITest-il pas naturel de penser que leur conversation sera tomb^ 

for ce docteur juif, doquent et hardi , qui, pour dc nouvelles opi* 

ilioiis religieuses 9 avoit et^ pers^ute en Palestine , et en avoit 

•pp^ au tribunal de Tempereur? S^n^que n'aura-t-il pas ete cur 

yienx de yoir et d'entendre cet bomme extraordii^aire 1 1I est mS* 

JHe probable que |e uom de saint Paul etoit counu de S^u^que- 

fvant son arrivide k Home. Lors de son s^jour k Conutbe , rAp6« 

tve avoit ^ ameoi^ devaut le tribunal de QalUon. Cclui-ci refusal 



328 I>U CHOIX DE& UVRES. 

Pliite rAncicn , ne k C&me ou k Vcrone Tan al 

de J.-C. , mort en 79 pr^s du Vesuve , alasi que nous 

le raconte son neveu {EptU, 16 , /iV, vi ) , doit fetre 

mis au rang des ecrivains de Rome les pins laboiieiix 

et les plus savans. II n^y a pas de lecture plus cu- 

. rieuse ,ni plus instructive que celle de son immense 

ouyrage que Ton appelle improprement Histoire 

naturelle, car l?histoire naturelle n^en forme quWe 

partie, et c'est plut6t une encyclopedic des sciences 

naturelies ^ de la cosmographie ^ de la medeciue et 

de rkistoire des arts. Toutes les connoissances de 

Tantiqnite s^y trouvent r^unies avec exactitude, et 

accompagn^es de pensdes et de vues qui annoncent 

de prononcer dans une affaire qui concemoit les opinions rdi- 
gieuses d*tin peuple Stranger, pea coosid^r^ k Rome et connapar 
json intolerance. Mais ce gouyerneur de 1' Achate n*etoit autre qne 
M. Anneeus Noyatus , ce frere de S^n^que qui , ay ant pass^ par 
adoption dans une autre famille, ayoit pris les noms de Joniofl 
Annseus Gallio. Probablement le propreteur ayoit , dans sa corres* 
pondance ayec son frere, parl^ de ce docteur qui ayoit enseigo^ 
pendant dix-huit mois P^yangile dans la capitale de sa proyiuce... » 
M. Schoell, apres avoir refute quelques objections contre les pre* 
somptions des entrevues de saint Paul ayec S^neque, quoiqa'il 
rejette comme apocryphes les quatorze lettres de S^neque k saint 
Pauly malgre qu'elles soient citees par saint J^rdme'et saint Augru* 
tin, M . Schoell , disons-uous, finit par dire que les ressemblances 
ayec les expressions de saint Paul et des autres ecriyainssacres, ne 
se trouyent frequemment qne dans les derniers ouyrages de S(fn^ 
que, dans son traite de la Tn.e heureuse^daus celui des Bienfaits, 
qui tous les deux ont ^te redig^s apr^s Fan 61 , et sortout dans set 
lettres ^criles pendant laderniere ^poque de sa yie. ( Voyez TVac- 
tatiuncula de familiaritate quae Paulo apostolo cum Seneca 
]^hilosopho intercessisse traditur , vensimULima ; d />. Ch*, 
fielpke. Lips, i^id, in-4*^) 



«ECONDR PARTIK. ^Jajj 

rtkn esprit ^minemment philosophique. Gette vaste 

compilation , tiree de plus de deux mille puvragea ^ 

d^une tradition infinie et tres vari^e j est divis^e ea 

xxxyii livres : le premier est une esp^ce de table des 

Biatiiresy et le catalogue des auteurs dont Pline sVst 

. servi ; le second renferme la g^ographie matheraa- 

tique et physique ; les trois suivans, la geograpbie 

kistorique et politique ] les livres six 4 dix^ la zoo* 

l<^e;les neuf suivans, la botanique. Les livres vingt 

k trente*deux sont consacres aux medicamens que 

Ibnmissent le r^gne animal et le r^gne vegetal ; et 

dans les cinq derniers j Pauteur s^occupe des m^taux^ 

. de la sculpture et de la peinture j ainsi que des prin- 

cipaux artistes et de leursouvrages. On trouve dans 

. ee grand travail tous les pbenomenes de physique j 

:.tous les faits d'histoire naturelle^ et tous les chefs- 

. d'oeuvre de Part observes , recueillis et decrits avec 

soin. ccUauteur , plein de feu, de vigueur etde verv^^ 

jrapide, dnergique , toujours precis , sou vent sublime ^ 

anim^ de ce genie qui aper^oit avec etendue les ob« 

jets dans tout leur ensemble et qui les peint avec 

force j usque dans leurs derniers details , a meritdde 

: servir de module k cet illustre ecrivain dont la gloire 

• est un des titres de la France , et qui, recueillant 

.parmi nous le double heritage et les traditions com- 

.l>ia^es du precepteur d' Alexandre et du naturaliste 

lomain, joignit a Pavantage d^Stre venu tant de si^ 

des apr^s.eu?^ celuide les surpasser par la beaute 

.du style et par Peclat de Peloquence. Pline apprit k 

fioffon qu^il na jsuffit ps^s.d^analyser et de diasifquec 



33a DU CHOIX DBS LIVIIES. 

)a natnre , mais qu'il faot encore la peindre , parc« 
f|ue la nature nVst pas un cadavrcj mais an ouyrage< 
vivant. ...... Cepeodaixt il iaiit convcnir que doue 

du plus heureux genie , Pllne ecrivit malheureuse- 
ment dans un si^cle ou U purete du bon gout com- 
mencoit k se corrompre : sa diction , quelquefois dure 
et forcee, (ourmenl'Se et pcsante, entortillee, pt'iti- 
ble et obscure , porte IVnipreinte d'un temps de de- 
cadence; ses morceaux Ics plus eloquens ne sont pas 
exempts d'esageration y d'cndure ; de suMili te, d^eni' 
pbase, de tout ce tjui consttlue Jes vices de la deck- 
mation ; mais il n'est aucune des tirades d'orncmenl 
et d'apparat dont il a seme son ouvrage , oil Ton ne 
voie briller les eclairs d'ua talent sublime. » 

Pi-iMEleJeunejneaC6nxcversl'an63de J.-C. ,et 
mortii-peu-preseu no, est connu parun recueilde 
dis livres de lettres et par un panegyrique en I'hon- 
nenr de Trajan, aLe style de Flioe dans seslettxesy 
4it un moderae, M. Scboell, est eu m£iae. temps 
eelui d^uQ grand ^crivaio et d'un homme da monde,. 
II est ^l^aat ,.gTaciens et correct } mais, sous le 
rapport de la simpUcite et de I'ingenoite , ces letlret 
sont inferienres k celLes de Cic^ron;on y roitl'envie 
de plaire qui falsoit la passion dominante de Tan- 
tenr. On peut reprocher k la diction de Pline d*6tre 
trop finie. » Un autre ^rivain parle ainsi des lettres 
de notre autenr : «Leur principal agr^ment consista 
dam Tidee que Pline y doone de son caractere ; ileal 
impossiblede les lire et dene pas aimer Pautear^tant 
il •'j' iDODtre Dxn^ de tontes les vertaa. y Jfi touted 



les q^ualited qui constituent rhomme de bien j Phomme 
sociable j rempli de tons les sentimens qui m^ritent 
et s^attirent la bienveillance^ Quelle noble passion 
pour la gloire! QueUe delicatesse dans les affaires I, 
Quelle douceur dans le commerce de la ^ie ! Quelle, 
amenit^ d^hnmeur ! Quelle amabiUte ! Quelle indul* 
gence! QneUe absence detouteslespassionshaineuses. 
et r^pulsives ! Quel concours de toutes les affections. 
e^Epansives et attirantes ! Si parmi tant de perfections^/ 
il etoit permts d^epier quelques foiblesses y il fau-> 
droit pent-dtre lui reprocher un an^oipr nn pen trop^ 
\i£ pour les letUres ; il a le goiiti djes petits vers , il en, 
fait ) il en parle trop souvent k ses amis , il les con* 
Toque trop solvent pour leur lire des pieces de poe*- 
aie on des moreeaqx de prose j de$ ind^easyllabes ^ 
•u des harai^gues; U cou^t tirop volon tiers lesLyc^es 
et les Atb^neea de Rome y il y porte une indulgence, 
trop facile^ qui a^^laudit k toiat , qui exquse tout y 
qui cc^oit trop aisenj^nt des esperances, et caresse 
avec lr(^ de loiblesse la pr€30B(iption des petits aa-« 
teurs. La Gapitale ^toit alors. remplie de bureau]^ 
dVsprit (i) y i-peu-pv^s comme Paris Pest mainte* 

nant; le culte des lettres n^y fut jamais plus ardent^ 

»■■ » ' ■ ■ ■ ^ . ^- ■ ■ ^ ,.. I ■ 

(i) Dans Tarticle d*ou. nous tironsce passage, I'auteuc parlant 
de la decadence du gout, nous peint Sen^que qu'il appelle <c ce 
bel esprit, ce faiseur de calembours philosophiques , comme ua 
intrigant tres repandu daus le beau monde , tres aime des belles 
damet de Borne, et-conune ^tant k la teke de 1ft principle coterit 
litteraire ou les Philamintes lattues prononcoient avec I'air da 
d^oiit , que Ciceron ^toit un ^crivaiu sans g^nie et tropp^iadi" 
que, Le sage Quintiiiga Itttta prudemmeiit coutre cetta ^iad(4ouA 



33» DU CBOIX DES LIVRES. 

plus minuUeax, plus superstilieux qu'k 1'epoque de 
leur decatleace ; elle ofTroit ]e apt^ctaclc de tous lei 
ndicules litteraires ; et Plioe auroit et^ Itien digne 
dc neles point partager. Onpeut d^aUleursrecueillir 
dans ses lettres des reaseignemens precieus sur les 
musurs , les usages , U vie privee des Romains , sur 
la constructioD de leurs maisons , Pordonaance de 
leurs jardins, les regies de lenr economic domesll- 
que. La conuoissance des moaurs et des usages est un 
des princSpaus fruits que Ton doit tirer de la lecture 
des ouvrages de I'antiqiitte j mais il faut pour cela 
qiielque attention j et les lecteurs attentiis sont 
rares. n 

Pline le Jeune est encore celebre par son Pifne- 
gyrique en Vhonneur de Trajan , (jii'il adressa k ce 
priacCf apr^s avoir ete nomme consul en I'an lOo 
de J.-C. C'cst un des beaux monumens de la laugue 
ktine, chefrd^ceavre d*eloquence et de correctioi]. 
Pline y peint son hecos comme homme public , 
comme administrateur j et comme prince. Illoue son 
amour pour les sciences, sajustice^ etsa gen^rositj. 
n peint ensuite la simplicite de sa vie privee. ToutH 
)fis parties de ce discours sont reunies par des tran- 
sitions extrftmement beureuses. On y trouve de 
belles images , des descriptiom int^ressautes et des 



'UtUraire, elc. •> II aoua sembla qae duu ce patrage on balalla 
Sterne etlMRomaiatanpeu trap ilafrancuMl Cest uu douta 

'|iOUT wienx fairtreuortir le rtpprocbetnMit cb la liltentai* do 
fiide dc Steiqao»TccecU« da ZTHi.* Slide. 



SEGONDE PARTIE. 333 

sentences profondes. Cependant le style manque 
quelquefob de simplicity et porte quelques trac^ 
d^ la decadence du gout qui se manifestoit depuis 
quelques ann^es* 

M. Dussault cpii a bris^ plusieurs lances pour sou* 
tenir qu^il est non seulement difficile y mais impos- 
sible de traduire en fran^ais les classiques anciens j 
a cependant bien youIu appliquer aux traductions 
en g^n^ral , ou plutftt aux bonnes traductions , W 
vers de Boileau sur les femmes ^ 

U en est jusqu*^ trois que je pourrois nommer. 

Et il ajoute : <c Nous en avons du moins trois assear 
bien faites j assez fidelles j assez bien ecrites , assez 
Elegantes j assez semblables k Poriginal , ou qui en 
compensent asse:B pr^cisement les beaut^s pour que 
le nom de Pauteur traduit ne puisse dtre prononciS 
sans rappeler le nom du traducteur. Ces trois tra- 
ductions sont 9 1.® celle des Georgiques de Vir- 
gile ) par Tabbe Delille qui a su associer la fortune 
de son talent k Pimmortalite du genie; 2.0 celle 4^ 
Pline le Jeune , par de Sacy j qui se m61e k la gloire 
de Pauteur latin , la partage^ la dispute en quelque 
sorte ) et se substitue insensiblement k Poriginal 
. qn'elle ne fait pas oublier assurement 9 mais dout 
rile semble vouloir prendre la place , et dont on sent 
\aguement qu^elle pourroit reparer la perte j s^il 
pouYoit venir a se perdre ; 3.^^ enfin ^ la traduction. 
de morceaux choisis de Pline PAncien ( 5 vol. inS.^ ), 
par M* Gueroult Pain^ , bomme aussi plein de goiit 
que de modestie y et qui par consequent sait au^ 



334 ^^ CHOIX DES LIVhES. 

bieQ ecrire qu'il sait peu faire valoir ses ouvTnge). 
«c Cettc traduction , disoit en 1808 M. Dussault , est 
& peine connue,(elle Pestdavantage maiQteDaat),(1 
jc soutiens quVlle est eu ce genre iin dea litres I« 
-plus solidea et Ics plus LrilUns de notre titttSrature: 
Habentsuafafa Ubelli. » 

Quant i In traduction de Pline le Jenne , M. Dus- 
sault dit encore « qn'elle est d'autant plus admira- 
ble , que sans dt'naturer le caractere de I'origind, 
le traducteur est parvenu a corriger ses defauts , i 
rendre sa finesse plus naturelle,son esprit plussim- 
"pie et moins anibiticux, ses traits plus precis etnon 
moins piquans, sa physionomie plus na'ive et non 
TDOtus agi'eable, son style plus facile et non moins 
ingeaieux. Cette traduction n'a point I'air d'une tra- 
duction ; tout y coule de source ; el I'on pent dire 
que la mani^re du traducteur est beaucoup plus con- 
forme & la nature, auX qualit^s principales, k Var- 
' MQce , A la i:ap1dit^ , k I'abaiidon ,4 la negligence gn- 
'ciensedusty1eepiatolaiie,quecellederaatenrlBtiB.» 

Deris DIDEROT , lllt^rateni' et pbilosopbe (s. 
iyi3_i.m. 1764) , assuroit que s'il eloit bhlig^dfe 
vendre sa biblioth^que ^ il garderoit Motse,'H(^ 

M^RB , EVRlPlSE , S0PHOCI.X et RiCHARDSOir'. Ce^ 

surtDut de Ricbardsob dont on peat dire qu'Il ^trat 
non senlemeat entbousiaste , mais vraiment fanati- 
que. «Depuis que Ics romans de Richardson , dit-il; 
me spnt connns, ils ont ^t^ ma pierre de ttmcbe; 
cetik & <i^ ils d^plalsent lont jngea par moi; Je n'ea 



• 9ECONDE PARTIE. 335 

ittt jamaifl parl^ knn homme que j'estimisiie 9 sans 
.trembler que son jugement ne se rappqriat pas aa 
.mien j je n^ai jmnaU rencoatr^ personne qui parta** 
^e&t mon enthousiasme j que je n'aie ^t^ tente de le 
;aerrer entre mes bras et de rembrasser.** » Diderot 
trouvoit-il quelqu^ua qui arriv&t d' Angleterre , il liu 
ilemaiidoit sur-le-champ : Avez-vous vu le poets 
Jlichardson? La lecture des ouvrages de cet estima- 
ibte Anglais ayoit donne k Diderot une teinte asses 
liabitaelle de nvelancolie ; quand ses amis le rencon- 
troient et lui demandoient : Qu^as^z-vous ? f^ous 
•n*6tes pas dans votre etatnaturelf il repondoitd'un 
•ton comiquement path^tique : O mes amis , Pa* 
imela > Clarisse , Grandisson sont trois grands 
idrames! Le m^me Diderot , dans son Traitid'^du' 
-eation publique, dit : <cll ne faut pas glisser trop le* 
igirement sur les lois de Motse ; c^est un chef-d^ceu- 
;inre d'^onomie politique dont les plus fameux le- 
gislateurs n^ont pas approch^. » II est sur que Di- 
derot , tout philosopke qu'il etoit , voyoit ii la fois 
dans MoTSB le plus grand poete et le plus grand 1^ 
gislatenrqui eut existe. II le repute sou vent dans ses 
onvrages, surtout dans son eloge de Richardson, Il 
dit ailleurs que Ton doit commencer par faire ap- 
prendre aux enfans le Petit CatSchisme deFi^EVRT ^ 
que c^est un ouvrage vraiment substantiel ^ au-dessus 
de tout eloge^.. et que c^est k de tels hommes qu^il 
aconvient de faire des abr^g^s. 

Le d^but du Traite d* Education , par Diderot ^ 
«8t si beau^ que je ne puis m^emp6cher d'en eonsfr> 



3M ^^ CHOIX DES xtvrEs. 

gner tci la partie <jui a rapport aus connoiisattcei 
indispensables a I'hoinme. u JVppelle , dit-il , cod- 
noissances essentielles, celles qui ontdesobjcts reels 
el necessaifps i tous Ics etats, daos tous les temps, 
et auxquellcs rien ne peut siippleer , parce qaVlles 
comprcnnent tout ce que Phomme doit absolumeot 
savoir el faire sous peine d'etre degrade et malheu- 
reux. Elles se rcduisenl a trois ; i." La Religion par 
laquelle nous devons coinmencer,conlinaerel finir, 
parce que nous sommes de Dieu , par lui et pour 
lui ; a." la morale , pour se conBoilre soi-meroe et 
les autres , ce que I'on peut et ce que I'oo doit dans 
lea cas divers oil il plait a la Providence de nous pla- 
cer; 3-" la physique pour prendre une idee de 1> 
DBtore et de ses operations , de notre propre corps 
et de ce qui iait la sante ou la retablit , et des arls 
divers qui augmentent Taisance en adoucissant les 

ennuis L'homme a une ame a perfectionner , 

des devoirs k observer et nne autre yie k pr^tendre. - 
II est sons la main de Dien , 1!^ k une soci^te etcfaaig^ - 
de Im-mSme ; Or 1e premier commandement de Dim '■- 
est qu'on lui rende bommage de toates ses fteniVet^ < 
en travaillaut selon Tordrede la Providence. Lspre- * 
mi^ loi de toute soci^t^ est qu'on 1 ni soH utile poor 
acheter par des services les avantages qu'elle pro- ' 
care. Le premier conseil del'amour[»opTee8td'aHg- - 
menter sod bien-fttre par Taisaace que la raison per- 
niet et la consideration que le m^rite attire. U faut 
done que Ton abjure sa destination et son existence, 
pu^neron^connoiiseleiceavres de Dieaetleciilttt*' 



6EGONDE PARTIE. 33,^ 

qa^U eicigC) les droits de h. nature et les ressources 
de reconomie) les lois de sa patrie et les talens qu^elle 
honore ^ les moyens de la sant^ et les arts d^agri§-. 
ment. II faat adorer Dieu^ aimer les hommes^ et 
travailler it son bonheur pour ie temps et pour V€» 
ternit^. Religion ^ morale , physique , ces troisobjets 
se repr^ntent sans cesse et ne se s^parent point... 
Pobserve qae la Religion , la morale et la physique ^ 
c'est-it-dire ^ tontes les vraies sciences j ont en effet 
chacune trois parties bien distinctes , dont la pre-f 
mi^re est le fondement de la seconde et celle-ci le 
principe de la troisi^me : savoir , Fhistoire , c^est-&<^ 
dire ^ le recueil des faits relatifs k la chose et qui ser-* 
vent de materiaux k Pesprit ; la theorie qui combine 
ces £iits y en cherche les raisons et en deduit la 
chaine de$ axiomes et des regies ; la pratique qui ^ 
monle de ce secours ^ op^re avec la lumi^re et doit 
ttre le principal et dernier but de toute elude sen-r 
see...* UhifttOire de la Religion a deux parties; cello 
da people deDieU) laquelle remonte k Porigine de& 
Slides ) ce que n^a fait aucuue autre histoire , etcelle 
de r]^!glise^ qui ^ rempla^ant ce peuple proscrit, ne 
finira quWec le Monde. L'une contient les faits ^ 
les lois et les oracles qni ont prepare la venue do, 
Messie ; Fautre nous montre la loi ^temelle et im- 
mnable etablie par le Messie et les A.p6tres j ai^ec 
l^oracle tou jours subsistant dans PEgljse j qui exjdi^ 
que ses mysteres et consacre sa doctrine. Les monu-^^ 
pnens authentiques de cette histoire sont , d^uue 
parjt I )ifi$ liyr^s jMtcre? de FAtfcieA ^t du Nouve%i\ 



338 DU-tflhMf^lKs ^tSYUS* 

IctttliiiMit ) A cK 'llllfB^ /'ItfWMfllradPvuffCiUiiiki 
•tt'deni Peftl,*Ote y%|mitfe Ifctdi m to Ti^ i fc idpgiig^ 

tidi 'Wtit ckliilp I jliMk|ttnu ^|MHNMM tMktiffit ^ 
^ (S6feiilittf«tifr »p«^«taMft*'i*Ual«lMr^«<^^ 
que. ;¥6itt Ite futt^d^k^Rdlgidlfti^AtVdlfer dfrCB 
i|oVmi ^pclk' iMoh^te-porflH^^MiMi lMi|tilSle 3 b^ 

foife 4h 'fytm»^liffhm et'iiiH'Wltiiie^^ea est & 

Mle ^' poitqae'e'eM'riiiirtoiTe^ iiMi*'de'4)Mlli ^ mu$ 
dei4ioinfiiei.; j *B ne iiwl y «vofr ^ ili^Mte'et jdm 
gAre«t plaa^ftette qa^ oelfe de h Rcdi^dniiniiqit 
k^faitt qui Itil Benrent cte-baae idBt d^EdUi eC •»» 
tiienfiqaes til n^est point ct^igpdfmrn yiii4i»nleoia 
qae celle de la vraie flteologie, pnisqa^ilii^^t pomt 
de sci^ce pins impoHante et plas aiaee J^'appren- 
dre. )> Diderot ajoute que s^il y a tant d^obscnrit^ 
et de disputes dans cette etnde ^ c^est que ton con- 
fond la scolastique avee la th^logie v^table qui a 
trois parties ; celle de Tbistoire on la th^ologie post* 
live ; celle du dogme on la th^logie dogmatique j 
qui ne pent £tre qu^une logiqne saine appltqu^ anx 
fiiits de ia Religion ; celle de la morale ^ qui se redoit 
a une seule et gratide r^le, la conformity de noi 
Tolontes k celle de Dieu ^ et qui n'est qa'undevelop* 
pement methodique de la loi de rEvangiJe et dd 
Didoaaemcesde V-figliMiiiuirerseUek i^Ailleiurs ilditt 



m La Religion ne pr^he que Pordre et l^monr , et 
n^ftte point la raisoii y mais elle Pepare et Penno- 
Uit ^ elle ne cUtmit pas les homtneir, mais elle en 
fiut Ae Vrtis' tages J la morale hnmaine nVst point le 
thristiapinne, mais elle ne pent le contredife : elle 
vient da ciel comme lui. La pratique de la mbrale ^ 
c'est la jostioe <fai (»mprend Element la pi^te et 
14ianianit£^ et en elles tontes lesVertiis. Ila pi^t6 
adore Dien avec le respect profond d^tine foible crea« 
tare poor le Dien de I'aniyers, et la tendt^ cmlfianco 

dPnn fils poor son p^ » L'antMir'eOflftnence 

•tin plan d^^tode par la Religion. & Ce seMKMijoara 
II premiere le^im , dit-il , etla l^^on'de'^^bs les 
jotirs. Est^il concevsble qne Insc^'lf "pr^sKMl Ton 
li^ait pas sentrcpie celadeToit 6tre? ff'est-ff )n[^ scan- 
dddenr qvrles jevnes gens ptfrieiit rf-'lUifdilfl^ht de 
JaReli^on^dans-lr monde (i) , et qii^s eii' ^^ent si 
|iea instnAs^ etc. etc. etc.'?'i> CetVedUrtidh d'an 
onvrage de Diderot est nn pen longue ; mai^'l'ai fait 
en cela comniA le^oyageur qihi ^ iMprh "ii ttrouver 

I ■ ■ ■ ■ I » I • ■ 

(i) IL beXa taarpe fait nne reflexion Inen juste et bien sage k 
«a sect's '«])l(l«Mt'ii^i quetrop raison , dit-il , irtir f ignOitfhce trop 
caauBima dala ReUgion, et sar la coiifiaiioe Vraimeni ridfcole des 
jaaBcagens qui en parlent d*an ton que leor Age na rend que plua 
'iaiiecent , loin de le rendre plus excusable ; ils eu rougiroienty s'ils 
-^Ibitnit aeolemeni capables dc se' rappeler li n6tu dies hommes qui 
««t VBSpaeC^ ce qiPilsaii^prisent. Maislafplas grand mal'i't'est qa« 
la pf^aomption n'est en effet que de Pignofaace, an point que, « 
op leor demandoit de nous dire s^rieusement ce que c*est qua 
•tJilai Religion dont ils se moquent, laplupart^'en se'^asardant k 
H ^ pcutoi , lidqntiofMit' d* dire iiiie ioMsM Utt^e mot. >» 



!^gM DutsBOut Mis LnmMi 

qoelqiiM pkillettdi d\>r<siur idn chemiii j telttM ts^ 

Si Diderot ne ie fitt jainiia feaaeSS dts princi|pii 

. iD!OiDci$ dftiu le moroMiL qtam noi|MrenDii9 de isiter ] 

«t s^il B^e&t |M8 Mcrifij MS talens ( caril* ea aidk 

beincoap ) k Tidoledn jdm^y II jovirait dPane i^ 

tation plot g^iufnle j plot aolide *et baiiiodiq> phi 

JuMkonlde. La Harfie qvi Pa tiaitf wtfiremeBi ^ al 

a tnuD^le porMit'raivant t «c IKdetot nT^Hoitptf ■< 

tut g^ie oa fdatAt aans iniagiBaficm jti^eitoettefir 

ctie. do g^nie qoi est ches Ini donyraate-'daiis IniiSm 

comme dans le style* iMlisPiokagifu^SnB^qoaiid die 

test seok » airwto ^plos'sooTeni qu'eHe Ae ptiodnL H 

&at q»*elle sioitfSeotidifa par le-jjoganekity^ifoiir der 

Tenir oette totot crMllea dVy^niusasat-les cone^ 

lioBi|soutesiiie*.et.diBindbles» LSaisgnstfao de-flife 

wt, trop deititofe <iflr ,ise J^meift eiilMt gnit^^ 

ressembloit & one lumi^re qui a pea d^stUment, qa 

jette de temps en temps des elsrt^ ^ives j et ¥oai 

laisse 4 tous momens dans les t^hdbres. Tonjoun 

pret a s^ecbauiTer sur tout, ce qui est un moyen sor 

de s^echauffer souvent k froid , il ne pouvoit s^atta- 

cher k rien : de-14 les disparates continnelles d'ai 

style scabreux, bach^, martel^, tour-i-tour n^ig^ 

et boursoufl^ ; de-U les frequentes eclipses da boa 

sens et les bizarres saillies du delire. Incapable d'os 

ouvrage j jamais il n^a pu faire que des morceaui ; 

et c^est lui-m^me quHl louoit quand il r^daisoit 1« 

g(£nie k de belies lignes. II y en a dans tout ce qu'i) 

a fait I plus ou m<MA9 rares | et toujoun il iaut kf 



SECONDS PARTIE. 3^i; 

tclieter beancoup plus qu^elles ne valent. » Toat 
^omme impartial qui a lu les ouyrages de Diderot ^ 
conyieodra que si ce portrait n^est point flatt^ j il 
est da moins assez ressemblant. 

MABLY J Iiistorien et publiciste ( n. I'/o^'^ia* 
1785 ) J savoit presque par coeur Platon , Thuct- 
piDE ) Xi&HOPHOVy PLUTARQtJB, et les ouvrages phi* 
losophiques de Cici&oN. Dans Pune de ses oeuyres 
posthumes intitulee : Des talens , il passe en revue 
BOS plus grands auteurs. cc II me semble y dit-il ^ 
^^on ne d^m^le jamais mieux Paction des passions 
sur notre esprit j qu^en fixant ses regards sur ces 
)iommes que la nature seule a favorises, et qui j dans 
leur henreuse obscurity y ont ^te les mattres de dis- 
poser k leur gre de leur genie. Nous admirons tons 
rintelligence sublime de Descartes ^ de CoR9EiLLEy 
de Pascal j de Bossuet , de F^n^lov , de Malle-* 
SRANCBB^ deDssPR^Aux^de Racine, de CoNDiLLAcy 
4e MoLii&B, de La Foutaive. Mais tons ces grands 
biommes , conduits par des passions diiTerentes y se 
apparent , pour ainsi dire j en diffifrentes bandes. a» 
Mably fait voir ensuite que les passions tranquilles 
prodaisent les philosopbes : tels ont ete Descartes ^ 
Mazxbbranche et Condillag ; les passions moins 
tranquilles produisent les poetes j comme Cor- 
niu^B, MoLi^RE et La Fontaine j qui, avec le 
in^me sneers , ont parcouru une carriere difTi^rente* 
Parlaqt de La Fontaine , il dit : cc Conduit par sa 
lM>nbomie y et nous menant k la morale la plus sage 



3*2 DC CHOIX DES LIVRES. i 

et en mfime temps la plus enjouee , il uons apprend 
BeonnoUi'eJ'hommequin'estsisouventqu'iinloupj 
Tin rooulon , ua renard, un Hon, an geai, elc.n 
II peint la (liffcrenc« des caract^res de CoawEiLLEet 
de Racine ; puis passant a Bossuet, a FiitiLUS et 
h P*sc*i., il fait au3s! ressorlir la difference de lean 
raracl«:;fs produils par de^ passions plus ou moins 
vives. (cLa forme dc notre gouverncment , dit-il, 
Be petDiettoit pas a Bossubt de montrer sod elo- 
quence avec le mSme avantage que Demosthene et 
Ciceron j mais je crois m^apcrcevoir qu'il anroit ea 
les memes succ^s k Athenes et a Rome, parce qu'il 
avoit leur genie. I! aiii'oit rendu leur courage ans 
AtliLJiicns , inquiele Philippe, ou fait palir VemSj 
Catilina el Autoiiic. Aux passions qu''il reveille en 
moi pour m'l-ntraiacr , je jnge de ccUes donl U est 
anime lui-ni^me. F^k^los , au contraire , avec line 
eloquence plus douce, mais egalemeot puissante, 
B'tnsinue. adnriteoLbDt dans raon ctcur en ^lainnt 
ma raison*, ils'eUve 4 c6te d'Homere et de Vii^lei 
il est pleia de leur esprit ; tout s'embeUit sons sei 
pinceaqx ; et il leur est sup^rieur par le chois d'on 
■njet plus importaat que laruinedeTr<ne,et rarri- 
v^e d'Enee en Italie , et qui plaira k toutes les ni- 
tions, tant qu^il j aura des rois et des peoples tfa 
d^sireroat d'etre faeureux.u Passant k Pascai;, ildit'! 
<c Grace a celte intelligence tjai ranimoit et qn! ne 
peut Stre sans action, il est g^m^tre avant ijue de 
•avoir s^il j avoit une g^om^trie ; et la physiqae «1- 



SECOND^ MiOSEU;*'. 3^3 * 

loit: TTa^mbUbleqient lui devoir la plupail de^ d4r 
couvertj^ qu^elle a faites depuis , lorsque k Religion 
qui le S^s^pe -yivement j Farrache a ses ^ti^des pro- 
fanes ^ ^Ae^ ce geaie aussi flexible qu^etendu, m^* 
cUte de {p^fondre rincr^dulite : on pent pressentir 
la subll^yt^ d^ aon ouvrage par la lecture des Pen* 
^Ses qu^ n^a jetees 3ur le papier qu^ pour se tracer 
)a rout^qu^U d^yoit tenir. Cependant , djstrait par 
vn auirf pb}et| il compose ses immortelles Protein-- 
dales, f%c, ^tc. (i). » Mably fait, dans son Traiti 
du BeajL, Pelpge de la Plurality des Mondes , par 
FovTSSfsjLjji 9 qu^U. appelle un chef-d^oeuvre.: cc/L^ 
caractiipe^V^P^^ ^^ ^^ marquise est, dit-U, une de5 
plus hepyr^^n^s inventions, et des plus propres i, rif* 
pandre>4?^^agrement dans un ouvrage.de pbysique* 
JPfe sachfptxien, la marquise devine tout, d^s qu^oo 
]a met suj: la/.vpie. A Pexceptioa de trois oa quati*e 
galante|jeif.qiie, je.voudrols pouvoir efiacer, le reste 
est pleia^e grAce et de genie. » 

Lio9A]Uh^aS7:Qi9BX£[0MAS, orateur ,|>o^e, etcu 
(n. 173^— Qtua.785), lisoit toujoursle mSme livre^ 



(1) Un litterateur modeme, parlant de Pascal, le qualifioit 
monk : « Le g^om^re du premier ordre , le physicieu qui arrachc 
ik la natii^^'iimpartaiif. secrete, )e penseur profond, r^crivaia 
•sup^rieur oui . des son premier pas, portapt notre langue au terme 
^e sa perfection, Hunit la naivete de Ti^rence, le comique do 
M<^^re, (imagination de Bossoetj la dialectioue^ la yerye et la 



gU DU CHOIX DES LIVBES. 

Bi I'on en croit HTaiilt-SechclIes , et ce livre ^Iwt, 
CicSro.v -, il ne manq^uoit jamais de I'emporter i li 
camfiagni?, Ailleiirslf m^nrie Heraiilt-SecliellcSjpw 
Ian: toiijonrs de Thomas j dit ; «Ses auteurs fayori) 
itOiTit, piimni lea poetcs, Hom&re, Etjripide, Vi»- 

GILB, MtTASTASE et Le TaSSE. VoiTAIRE t'toit tou- 

jours dans ies mains ( sans doiile avec Cicebon ). R»- 
ciNB, J.-B. FovssEau cl Juv^NALqu'il traduisoit sou- 
vent , liii plaisoicnl b+^aucoup Je demandai an 

^owr a Tliomas quel t'loit Pordre des ecrivains , et 
comment 11 faudroit donner les places, si Ton vou- 
loit Ips jugcr par la force et I'etendue des idees. 11 
mit d'abord Montesquiec le premier , le premier 
mf-me a uDe grandi; distnnce au-dcasus des autres 5 
ce|jendant au-dessus de loi il placa Bacow : Consi- 
eisrez en effet , disoit-il , de quel genie il fiilioit 
tjiir^ B^coTif>it pourua j seul , il y a deux siecles , 
ii'a toutdevinS,tracetoutes les routes; sesetptica- 
tions de la mythologie , ses morceaux de morah 
sont remplis d' esprit et d' invention. Aprea MoitTES- 
QtiiEO , Thomas pla^oit Buffok pour lo don de I> 
pensee. Buffoit poss^e ^minemment Tart soprSme 
de generaliser ses idees ; il s'el^ve , il tire de soa 
sujft tout ce qn'il ya de grand et de noble; il com- 
pare avec superiorlte les objets ; c'est ud aigle qui 
tient d'abord ses ailes serrees , et qui ensnite en les 
deployant tout-^-cou p , ofiTre anx regards une enTer- 
gnre considerable. Apr^s BurroB , Tbomas pl^it 
DrDEKOT ; il h^sitoit m^iiie s'il ne le placeroit {ws 
avaot pour la jouissance de la pemee j oa an. moiiu 



SECONDE PARTffi. 3^5 

snr la m£me ligne (i). Apr^s BuFPOif et DroE&or y 
venoit J.- J. Rousseau, plus foible que les pr^^ens 
( c^est la premiere fois qu^on ^\Bvanc^ une telle opi- 
nion), mais cependant ua desplus riches, souvent 
an moyen de ses paradoxes ; eu general , fioussEAV 
s^est plus abandonne au sentiment qu^^ Pid^. Thor 



(i) Je ne sais pas si Diderot jouUsoit mieux de la pens^e quo 
Bnffon ; mais ^e qa*il y a de certain , c'est qa'il la rendoit soa- 
Tent d'nne maniere tr^s obscure, tandis que BufTon s'exprime 
toujours avec la plus grande clartd. A propos de cette obscurite 
de style qui se remarque dans quelques ecrivains du xviii.e ^ 
ajoutons da xxx.« si^cle, et qu^on ne trouye point dans les anteurs 
du si^de de Louis XIV , void un passage oix M. de Bonald expli- 
que comment ce changement de style tient h. des causes morales : 
«c Les Ecrivains du xvii.« si^cle, dit-il, avoient des principes de- 
cides et n*aToient point dUntentions cach^es. L'expression ^toit 
franche commerid^e, et cette franchise de style est la premiere 
quality de Tesprit et du caract^re francais. Au si^cle suivant , les 
ecrivains mime les plus cel^bres ont eu sur de grands objets des 
notions confuses, incertaines , et des vues secretes et profondes^ 
et en mime temps quails ont youlu cacher les unes , ils n*ont su 
comment expliquer les autres. Trop souvent le style est devena 
line espece de chiffre qui pr^sentoit uu sens k TAutorite avec la- 
quelle on ne vouloit pas se compromettre, et un autre sens aux 
disciples qn'ou vouloit ^c^frer; et il s'est introduit ainsi un Ian- 
gage k deux faces et k doable entente, qui, au moyen de touiv 
adroitSy d'expressions vagaes et jamais defioies, signifie beaucoup 
plus ou beaucoup moins qu^il ne paroit signifier. Si c'est Ik un 
progrls, ce progr^s est riel; et Part de faire entendre ce qu'on 
m'ose pas dire, ou de voiler ce qu'on veut faire entendre, s'est 
txtremement perfectionn^. Comme ces mimes Icrivains ont M 
en Itat de guerre centre les institutions et contre les bommes , ili 
ont dA armer leur style pour le combat ; et le style est devena 
qa^aefois yigkut , amer, at le plus soureut moqoeur st iosul* 

v^HHa%# ^^ ■ ■ ■ • » »'' 



3^5 DU CHOra DE5- UVXES. 

mas noootnoit aiissi Makmostel, non qu'il pense en 
graod niais heaucoup en dtilall, »'Aj,embebt, R»t- 
KAL et Saikt-Lambesx. ( Quel amalgame! ) Qiianl 
aax oraleurs, il n'ea Irouvoit que deus qui le fus- 
SCQt veritabletnent , Bossuet et J.>J. RousseiMj. U 
metloit-BossnET le premier , a cause de ce Ion dt 
naitre qui u'appartient qu^a lui setd et dont le mo- 
dele nVxiste nulle part , de cette t-apidite , de cette 
^Itfvatiop qui voua emporle , sans que vous sacbiei 
j <mais ou vous vous arrtiterez. Massillos n'est qu'un 
grand ccrivaiii ; Bovrdaloue , uu faiseur de traitcs ; 
Mascai^on, ioibrme , inegal -, d'Aguessbau est sans 
force, sans imagination, souvent mintuifu-x (i) ; 
BosscET seul est grand, et Roussead, eniTgique. II 
m'a rccomniande surtout In lecture de Tacitk pI de 
MosTESQviEu ; ce soiit deux auteurs de cheminee : 
it ne faut pas passer un jour sans les lire,... » 

Tels etoient les gouts lilleraires de Thomas et les 
jugeme^ qu|il portoit qiir nos grands ^crivaios y si 
I'on en inroit Herault-Secbelles , eon ami : reste i sa* 
Voir si Herault-Sechelles est bien 6delle dans ce qu'il 
rapporte de Thomas, etsi quelquefois ii neprend 
pas son^pinioQ particuli^ce ( dont oo a beauconp k 
se defier sous le rapport du gout) poor celle de sou 



. (i)CesjDgcmaDBpoTU>aurMAmu.oi>t Boiiidu«di,Ham!U<mi 
•t d'AccKUBAD , saut plus qiie haurd^s, poar ue pa&dire ridjcolt*. 
J'<D dirai li p«ii pr^a antant de c«lui de Madame Nccker qai ap- 
yctoit Thomu Vhomme deceiiicle, et BnfToa Vkomme de taut 
itt liicUt. H|ii il (aot aioDter qa'elle adretaoit c« jngemnt t 
' lhilfen,ealiiiinnnBi;MitUiaoft itoThww. 



ami j'bous ierioiis«assez teate de le'cioiFQ , ,et p€«itr» 
dtre le lectenr pourra ^tre de poire avk ^ quand il 
aura parcouru la nptice suivaixtQrelativ,eaaxauteuri 
qui ont )e plus coutribu^ a. former la bngue poetiff 
que ch»z leg aiiciea^.et cliez hs oiodernes. Ge moiy. 
ceau asses. ^teiidu.<KJL,.TbQma3 passe en.reyue lea 
piincipftiucpoeieii des difil^rens si^cles^ nous a para 
approp^d aiL.sttjetque nous tmtpiis etipar conse* 
quent devoir j £guxer. Mais^avant j nous dkons ua 
mot de^ lalangne iranfaisi^ f >oii plut6t deshommea. 
a grand taleutqueThotinLas des^^ comme ay ant ler 
mieux manid dittelangu^ etay^antle plus contrituo 
a Fenrichir. 

€c Parmi ksj£crlvains du:;siiicle de KiOuiaXIV. ditt 
il y c^esiPASCJUL ^ La BaiiT^BjB.et J^ossuet pour. la 
prose ;«^CoafcsiLt£ et Raciite pour ies vers (i)« Ce 
sont e\m T^ritablementiqui sont c^ateurs k Pegard 
du styley.et je les metsau.premier r^ng. Apr^ vient 
BoiLXAVr qui, par^ ses formes .soigneef et.correctes^ 
^pura la.langue et y ajouta plus jd'espressions pit 



(i) Les grands hqmmes du sUcle passi , dit Voltaire , ont e/i- 
seignd d penser et d. parler, Ge fut d'dbord Coritbillb y et aprds 
hdj La Rochbfottcauld y le cardiital db Rbtz, Pascal, Bossubt, 

BOURDALOVB f MOLliftB y .^MLiSSOIt y.BoXhEAV , . JUci^B , ]^Bh£lOV^ 

La BRuriaB , IjuL fprm^rent Tesprit ,1a langue* et le goiit de la. na* 
iioii. (P^oyez Mabmoxxbi. ,-<ie VautoriU et.de Vusage sur la 
languJe. ) 

Drenx daRadier remonte plus liaat.dans ses JUcriations hUto^ 
riques, torn, ii, pag. 76 : a Am|rot , d^-il^ est ua. des icrirainli 
qm ait le mieux ^onau le gdnie de sa.laKi^a, et cel<j|i anqujel.la 
fran^au a le plus d'obligation. Pfoas loi da«oiif4UM infinite, d*^ 



348 on CHOIX DES LIVRES. 

quantcs ^ neaves et tn^me Imrdics que la regnWite 
Mge An son esprit et de son talent ne senibloll le pro- 
mettre : il est meme en general plus createur dVx- 
prrssions qae d'idees ; peut-^tre meme I'emporle-t-il 
aur Rousseau pour ce genre de m^rife , quoitpe 
Bousseac soit celui de nos poetes qii! ait donne plus 
de maf^nificence , de pompe et d'harmonie h la Ua- 
guc; raais il a encore plus la richesse des images que 

des formes nouvellcs de style Moliehe et Li 

FosTAiNE , par Jes genres qu'ils embrasserent , furenl 
presque touj ours reliigues dans la langue commune... 
Ce n'est que dans les belles scenes du Misanthrope 
et du Tartiife , oil le ton de la comedie sVl6ve , que 
le gi^nie ardent de Moliehe a le plus imprimc ses 
formes k la langue... Quanta Ftsti-ov y il me sem- 
ble qu'il iit ptulfit un choij; elegant et heureux de 
la langue coiinue, qu'il n'en ctendil les limites..... 
II en est k peu pr^ de mSme de QniRAtiLT , doat 
le merite fut , comme ^crivaia j la plus douce et 
la plus aimable souplesse. Cest ce qu'une persoune 
de go&t exprima fort heureusement par ce mot : 
Cet homme a desossc la langue. » II y auroit bien 
Ba peu k redire sur qaelques-unes de ces asser- 

{ireuions ct de Iodtb qui au}i(istent encore dans uotre langue. Lcf 
■uteura qui oal le plus coatiibu^ i Is former, gout Alain Char- 
tier, Villon, Comminet, Rabelais, Degeaaartj dana sf^ ^aadUf 
jimyot, d'Urfe dana sou ^itrie; CoefTeteau, Balzac, Patra, 
4' Ablancourt, Pascal, Port-Hojal, Pelisaon, Hacine, etc. Od a bien 
de la peiae k a'imaginer qae Comminea ^rivoit soaa Lonia XI, et 
OD at ae figOTa paa en lisant lei Himoirw d« la rase Ha^OBiite % 
ftitdJft ttcdt fiUe aeJHcori IL » 



r SECOlfDE PABTIE. {{4^ 

^oiis de Tkomai ; mftis il est temp^ d'arriver k la 
formation de la laagae po^tiqne chez les dtfiKreot 
penplei. Ce morceau^ ainsi que ce que nous venonf 
de dire sur la kngue fran^aise y est tir^ du XraM de 
la langae peStique, outrage posthume de Thomas. 
II commence avee raison par le peuple dont la litter 
ratnre a aervi de module k tbutes les nations qui out 
cnltiT^ la po^ej et agivant la serie des temps et des 
langnes il arrive jusqu^au deruier si^cle. 

« Les premiers grands ^crivaihs chez les Grecs ^ 
diVil J ont iii des poetes y et ces poetes ont ^te on 
^piques on lyriques y denk genres de poesie qui donr 
nent le plus d^audace au g^nie et par consequent k 
2a langne« HoiciaB surtout , dont le sentiment ^tolt 
fii vif Kt les conceptions si Tastes , Home&b qui parr 
tout aasocioit la nature celeste k la nature bumaine ^ 
domia'pluis d^energie et de mouyement k sa Ungue. 
31 cr^ tm employa beaucoup de mots composes qui 
pr^senftmcikf '^ Ic^ fois une association d^images ^ domme 
pour peindre d^un mot ce que Fesprit concevoit 
d'une pens^. II fit pkis : parmi les dialectes diflGS- 
rens des peuples de la Gr^oe j il .se permit de. choisir 
les diSiSrentes terminaisons de mots quiconyenoient 
le plus on it la mesure ou k Pharmonie de son y^rs^.^ 
Les poetes tragiques qui yinrent apris lui , cr^^nt 
leur art ^^apres le sien et parlirent a-peu-prte l^ 
mdme langue 9 ayec la seule difference du style dra- 
matique au style ^pique. Eschtlb , par Paudace de 
aes expressions y dans ses scenes se rappfpiclia sou* 
vent de la hardiesse de Tepop^e^ Sopkogu | dana 



I 



35o DTI CROTi TIES LIVBM. 

plusieiirs descriptions dont ses trapi^diM sont orne'es, 

se plah a creep des choses uouvellea Dans les 

trsgediL's greeques , les cliceiirs qui terminoient les 
actes , etoient de vA-itables odes; in langue poetique 
la plus liardie s'y Irouvoit naturellement places. 
Qu'on Use les clicenrs d'EtimpiDE qui cependanl de« 
Irois Iragiques grecs est le inoius poete danslaseene, 
«(t I'on poun'a jnger a quel dejre ies choears admet- 
toictit celtc sorte de langue. Tel fut le progres de 
I'^tabltsseraent de la langue poetique chez ies Grecs; 
Ct c'est peut-^tre le peuple cliez qui elle fut le plii» 
distingnee de la prose. Mais personne ne marqiia 
plus ceUe si^paration q^ue Ptkdahe. 

« Chez les Romains, la langue po^tiqub ne fut pas 
aussi separee , parce que I'eloquenoe y etaiit cnlli- 
vee avec siicces long-temps nvant qu'il y etit des 
poetes eelt'bres,la prose yeutpourainsi direledroit 
d'aitiesse. La prose avoit fondii son empire a^ant 
l/v<»t!&ady VnciBBcfcHoBiKB'^etleVi^Us-pHniFent, 
in'kiti9rteet»itd^^ert^ee>ddn»toii<£tapel>feiDtion(t). 
B» fbittifr oMif ^' ■deJa vaivr^ arf li^li d^4v dinger j 
'(Mtia'ei«aSaeiie&-(sU'>qti'JtfaiteF'leV'{wetes'grecs._ 
feat kogUWpO^ttfMrmbn^s.JilatjDirtd'Aagtfste par 
Jei(^i«'deTeihr<«<nirtiaiii j><ut^]tkwn(^racfaeeda 
t!li'ncUt4g>fQentdd4«"iiagiie-oFdInii«,'«^'se soti- 
«taH'aai'lois<d^ i«^*ef . Bile pei-cKtia«m^<qtielqiiesr 

f>'<^TiMilcB«rfci«D sttUfwu'^ .L?c«loB,«vatt conlEibod.li U 
jw^iEt-il est snrprenaut que Thomaa d'bh ait pu, fait vealkw. 
11 Bliroit mtaii pu rappeler Pli.cit quoique Ijjen mains cltiti^ que 
tritaC^lilfe'piillitr^Ml'aTdit^tfclttf'atalrtlaL- " ^ ■■■ ''■■ ••■ 



• • SECOtnSE PAHTIE. 35l 

um de9 pmtl^s que lui atoient donn^ IcH poetes 
Romams et que lai avoit conserves LvcnicB. Cepen* 
dant HoRAGB et VmaiLs , par le pouvoir de-leur g^-> 
nie y ' tniJDsport^rent dans la langue po^tiqne de Rome 
tons left genres de beatit^ qu'ils parent' etalever k la 
Grice y i-peu-pr^s comnle les conqii^rans Romams 
avoient fait paasei* enltalie les statues et les ^leaUx 
de Gorinthe et d^Ath^es..^....... Ondoitreiiiar^ 

quer une siagukrit^ assets frapp^nte j c^t qii^Ho- 
HACB^dans ses odes^oonununiqua peut-dtre A la Iieui- 
gue poetique plus de beaut^s originales et- de bar* 
diesses verrtabhement henreuses que Virgile. II a 
beancoup plus de ces expressions qui ne sont qu^a 
lui et qui n^ont jamais pass^ dans le domaine de la 
prose y soit que cette audace lui ait ete inspir^e par 
le genre lyrique , soit par son propre genie et cette 
multitude de sensations vive^ et promptes qu^^l ex- 
primoit rapidement dans chacune de ses odes......; 

A regard d'Ovide y e'est sans contredit celui des,trois 
dont la langue poetique est la moins distingu^e de 
celle de la prose. Dans la rapidite de sa composition 
fnoUe et facile^iro patient de prodaire, ilassociesou-^ 
Tent les images de la po^sie aux tours et aux exp;r(?is? 
sions de la prose... • Les autrespoetes fonnent 'leur 
langue ^ et la travaillentpour T^lever jnsqu'i^' eut j 
Oyids n'a pas mSme Pair de p^nser k la slj^nne.3 i( 
la trouve i Pemploie et ne la cboisit pas t c^est unaiH 
tiste qui jette indifferemment i^s foirmes et leit'thiittt 
de la vie sur For , le marbre , la pierre ^ IVrgile ou 
)ebois.y amesux'e quails s^x^{i99l}U^ntsQivSif%jxu^ijH^ 



352 Ptr CHOIX BES tlVRES. 

Pour Luc* IS, c' eat dc tous Ips hommf s de genie qni 
ont fnit des vers cliez les Romaiiis , le moins poele 
pour TexpressioD. Dans ses plus beaus ven m^mC) 
ilaVpresque jamais un langagedislingu*; (le)a prose; 
ga langiie aiisture et vigoiircuse , mais sans imagi- 
uation el sans eclat , est prest^ue toujoiirs cclle de 
l*oraleiir,del'historien,souvent dii philosophc sloi- 
cien. LucAiN , dans ses beanx morceaux , est pour 
son laogagc, ce que Caton etolt pour sa toilette ; et 
I'oo voit par ces deax vers, que celui-ci n'en faisoit 
nas grands frais : 

Jnlonjos rigijain infroateltt descendere Canoa 
Parsiti eral, mixstamque geidi iacreicere barbaia. 

Si Ton rompoit la mesure dcs vers de Lucais et qu'on 
les mit en prose ( epreuve que Lamotte a faite sur 
line scene tie Etactne ) , il scroit sans contrcdit celni 
de tons les potites qui perdroit le moins quand il est 
Teritablement beau. A peine se douteroil-on qu'il 
eut ecrit en vers. 

(cPassons aux Italiens (i). La langue poetique a eu 

(i) Voltaire dit : a Aprb .que r«inpire nomtdn eut et^ dttnil 
pat lei Barbares . pliuieare langues se fbrm^reut de« debris da la- 
tiDi'cMdtaie plusieurs ro}^iinieJ sVIevteent sar lex ruines dc Rone. 
{w^oBqnAraDcportiranli dan* tout I'occidentltnir barbaric etlnif 
ignoran^.^ Toua lei arti y^i|ireiit, et lorEqu'aprei buit ccdIjiuu 

ill coromenc^reiit k rcaaltre , ila renaquirent Gotba et Vandalet 
ie iqui bous rcite de I'arcbitecture et de la sculpture de cei lempl- 
^ttfaaicaiOfoU bizarre de gnoui^rete et de coliflcbetg. Lepea 
f |f0V-^Crir<Bt ^toit daqq la mime gout. Leg moinei comerrireut 
Ja langue latincpoor la coirompre (cela est plug que douteui, car 
B DOnspoai^dons Ici dassiquea greca et latiDB, et le gout pour lei 
^l^rit^ W futot aaiwidynigTellpWMea dn moyen Age que noot 



le tn^nie avantage chez enx j quelle aVOit eu chefi 
les Grecs, celui d'avdir ^te formee avant qu'il y cut 
de bons ecrivains en prose; Elle fut creee par hU 
DAKT^^comilie celle des Grecs le fut patHomere..^ 
Le Dante transportant ides cdncitoyens et ses leC'* 
teurs dans un Monde iiivisible 6t peignant les vices 
•et les vertus de son si^cle dans les regions de la 
mort j an milieu des supplices ou des recompenses 
d^une autre vie, ou tcfut ce qui est crime ou vertu 
])rend sons les yeux de la Divinite un caract^re im- 
muable et eternel j Le Dante , dans son Enfer, sori 
Purgatoire et son Paradis , parcouriit tout le mer-* 
Teilleux de lai Religion ^^Le MaAini j dails son poeme 
de V Adonis, tout le ineryeilleux de la Religion an-^ 
tienne J Lb BotArdo et PArioste ^ le merveilleiix de 
la f4£erie ^ des enchantemens et de la ch^yalerie aa 



r ♦ '1 r 



fen sommM tedevables ) ; les Francs, les Vandales, les Lombards 
ihSUrent k ce latin corrompu leur jai^on irregulier et sterile. En* 
fin la langue italienne, comme la fille ainee de la latine, se polit 
la premiere , ensuite I'^espagnole; puis la francaise et Pauglaise sc 
perfectionn^rent. La po^sie fut le premier art qu| fut cultiy^ aved 
^iiccds. Lfe Dante et P^trarque ecrivirent dans un temps ou Von, 
li*avoit pas (incoire un ouvrage de prose supportable: chose ^tfango 
que presque toutes les nations du mondfe aieut eu des pontes arvani 
que d*avoir aticune autre sorte d*ecriyains! Hom^re fleun£ chez 
1^ Grecs plus d*un si^cle avant qu'il parilt un historien. Les can- 
tiqaes de VLola/t sont le plus ancien monument d«s H^breux. On 
a* trouv^ des chansons chez les dara'ibes qui ignoroient tous les 
lots. TLAs Barbares des c6tes de la mer fialtique avoient leurs fa^ 
menses rimes runiques dans les temps qu*ils ne savoient pas lire : 
ce qui prouve eu passant que la po^sie est plus naturelle aux 
homines qu^bn ne pense. » 

It. »i 



tSA - I*^ CHOIX DES UWES. I 

temps des remans et des fables ; Le Tubs j le met' 
veilleux des mceurs clievalerescjues , agrandies par 
I'Wroismereligieux, et associees a une epoc]uebril' 
lante de Thisloire. Enfin PiiKABQUBy quoiqa'ilecri- 
vit dans un genre different , fut anssi le peintre du 
merveilleax ; maia il peigait le merveilleux de !'>• 
niOur,de cetle passion (juij portee jusqu'a I'enfkon- 
siasme , est elle-m^me ane espece de Religion , uo 
enctaQtement et une foerie continuelle... (i). 

« Chez les Anglais , la langne poetique a consette 
le droit de modifier et de tronquer des mots et dei 
sytlabes pour la mcsure. Ce qii'elle a de plus remar- 
quablc , c'est son caractere ; elle a ete formee par le 
genie m^me anglais , c[ui a I'audace et I'independance 
que lui donnent son gouverneroent , ses mcenrs et 
8es lois, et par la medllation profoude el solitaire 
des phenomenes de la nature et des passions huniai-- 

(i) Thomas pvttend i juste tilre que le beau cUmat dc I'lUlie 
a du influer sur le caiacUre et sar la tangue poMque de ses habi- 
tam ; n Li , dit-il , lea CEprits ont je oe wis quoi de plus prompt 
Ct depliu ardent; lei senEatioos sont plus vivea; I'amoiir ntnlus 
toluptueux ; toutes les paseions y doDn«iit des secousses plus n- 
^ides; lesorrilles se passionneiit pour la musiqne, comme les jeaE 
pouT la beauts ; la natare livBDte. et morte sans ccsse j tnfaille 
■UT Tim agnation ; lea cimes majestucusesdes Atpes, Ics Todenet 
les brsDcbes de PApeoniD, leTolcan du VesuTe, les rives encbiD- 
■t^ea de Pouiiol et de Naples, les deoi mers qui emlirusciit «• 
toDtr^es , ces fleuves qui out aatrefois portf les domiDateun da 
knonde , ce Tibre qui semfale eDcare rouler dans ses flots h (Mi- 
llie de I'aDcieu anivera, ces niiocs c^Ubres qui sont comme !• 

lombeau d'un vaste empire En foulant ces mines, on rioit]) 

Toir imprim^ lea pas de Virgile et d'Morace, d'Ovide etde lit 
huUe-jOn croit encore enltiidre leur voiz barinoiuciue et dauc& 



Sfi€Om>£: PARTIE. 355 

Heft. Une telle meditation introdait Pame plu^ avant 
dans les profondeur^ de la nature, et donne au pea- 
pie m^me, sous des dehors froids , une sen^ibilitere- 
4;aeillie qui brule en dedans , comme celle des peu- 
pies legers s'exbale tout enti^re en dehors. Gette 
jchaleur ardente et sombre se fait sentir par-tout dans 
les pontes anglais.*. En general j ta langue poetjique 
anglaise penche vers F^nergie y comme celle des Ita- 
liens vers la mollesse y et reussit surtout k peindre ce 
sneryeilleux terrible qui ebranle fortement Pimagi- 
nation. Un de ses autres caract^res est la richesse ; 
elle a prodigiensement acquis dansun commerce ha- 
bituel avee les anciens poetes qui ont et^ traduits en 
^ers^^soit.en toat^ soit en partie, par les plus grands 
poetes anglais } car en Angleterre on n'a jamais 
era queie g^nie d^rogeat k traduire. Cic&on ne It 






Jjk enfin les fables yivent encore dans les monumens qui les ^ter- 
Siisent. Ce ne sokit pas seulement les vases antiques , les statues p 
les bas-reb'efsj qoi les representent ; cesout encore les lieux, co 
cont lea c6tes visitees par les vaisseaux errahs d*Ulysse et d'l^n^e ^ 
rile ou chantoient les Syr^ues, Tile qu'habitoit Circ^, le rivage de 
Cumes ou aborda Dedale et ou s*enfoncoit la retraite proph^tique 
6e la Sybille, cette mer si fameuse ou Carybde et Sylla englou- 
tiMoient les yaisseauK, les antres du Cyclope , I'Etna dont la masse 
cmbras^ convroit les g^ans , et plus pres le laurier qui croit sur 
le tombeau de Virgile, d'ou son ombre semble encore presider k 
ce pays des antiques fables qu*il a rendues immortelles. Tous e^ 
* cbarmeflF r^anis font de Tltalie enti^re le sejour de Fimagination ; 
J^ les eauX| I'air et la terre semblent , pour aiusi dire, exhaler de 
toate part la yapeur du merveilleux et le d^lire enchanteur de la 
po^e. C*est done de tous les pays de TEurope moderne , celui qui 
a d£k avoir plu^ particuilierement une langue poetique. » ( QEu9^ 
posth. de TaoMAs, t. iiy p. 7^'7^)* 



35S J>^ CHOIX tt^ LlVhE^I. 

pensoii pas non pluslorsqu^il tradaisoitDemostli^^ 

et le poeme grec d^Aratus stif rastronomie........v. 

PoPE) Addissoit et DuTi^Eit n^etoient pas comme ce 
soldat barbare k qui Ton confia ded statues et des ta- 
bleaux precieux,et qui crut les rendre entier»^ pax- 
ce qu^apr^s les avoir mutiles ^ brises et rompns ^ A 
en rendit avec soin les pieces et les lambeaux : c^est 
assez Pembl^me des traducteurs ordinaires qoi de- 
figurent deux Ungues et n^en enrichissent aucnne^.* 
Passons aux principaux poetes anglais : Milton (i) 
qui ne prit aucun modele dans Pantiquite^ agrandit 
la langue poetique des Anglais par son g^me et par 

(i) L'article de ce cel^bre poete anglais devoit se trouTer eattt 
ijeox de CLARENDON ct de fURENNE , pflg-. isi5; ayant M 
omis k rimpressioo, nons allotis leretablir ici. 

Jean MILTON (n. en 1608 — mort 1674), avoit 
tine telle predilection pour la Bible y que tous leu 
matins il en lisoit un chapitre en hebreu. Apres FE* 
crilure Sainte ^ son livre favori etoit Hom^RE qu'il 
savoit presque par coeur . On rapporte qu'il eut trois 
filles auxquelles il ayoit fait apprendre a lire et i 
bien prononcer huit langues qu'elles n^entendoieat 
pas. II aToit coutume de dire qu'w/ie langue suffisoit 
cLunefemme^ mais il voulut, comme il etoit devena 
aveugle , que ses filles fussent capables de lui faire 
les lectures dont il avoit besoin. On a su par I'udc 
d'elles que ce qu'il se faisoit lire le plus souvent c'e- 
toit IsAiE en hebreu , Homere en grec , et les Me- 
tfimorphoses d'OviDE en latin. Milton etoit si pau* 



SECONDE PARTIE. 35^ 

lesujet extraordindre qu^il traita(i) .••••.^11 troura 
des expressions egales k Phorreur des enfers j k la 
magnificence des cieax^ a la yolupte celeste et pure 
des premiers habitans de la terre, c^est-a-dire , k 
des sensations que Thonlme n^eprouva jamais ; il 
£dloit que tour^il-tour il sanctifiat^ divinisat sa lan- 
gne et la rendit ou majestueuse j delicate ou terri* 

ble Moyse, les proph^tes^ Hom^re ^ I'Orient et 

son propre genie vinrent a son secours Nous ne 

citerons qn'en passant y Cowley^ poete ingenieux et 
lurillant^ mais dontle style fut infecte de metaphy- 
sique. Ce poete reste attache a la cause de ses rois^ 

Tre sur la fin de ses jours ^ quMl fut oblig^ de vendre 
sa biblioth^ue j et de faire un march^ presqu^hu- 
jailiant avec un libraire pour la premiere edition da 
I^aradis perdu. Le contrat, date du 2y mai 1667 ^ 
a et^ conserve avec le manuscrit sur lequel est 
i^crit Vimprinuitur du censeur. Par ce contrat il est 
dit que le libraire s^engage a payer a Pauteur dix li- 
tres sterlings^ en cas que la yente n^allat pas k ua 
certain nombre d^exemplaires^ et cinq livres de 
plus si elle alloit jusqu^a ce nombre. Une page de la 
traduction en yers de Tabbe Delille, a ^te pay^e 
dayantage. Sic habent sua fata libellL 

(1) « Le Paradis perdu est un pof^me dent hi sc^ne est tr^fl 
aooyent hors des limites de la nature co]Hiue> dans lea enfers > 
dafis le chaos 9 sur la voute ext^rieure dl»Monde> au dessus d« 
la hauteur des cieux , et dans: le templfe ^temel de la Diviuite- ; 
vu po^me dont les priucipaux. acteurs k jamais iaconnus aux 
teas ne peuTent ^tre iaisis ^ue-par l!oeil dei!imaginatioay et d(u»> 



358 DC CHOrS DES LIVRES. 

coramf MiLTOB a relic de Cromwe! , etoil alors re- 
garde comint; le premier de I'Anglelerre , car Mii- 
Tox ctoit a peine cOntiu. Mais le colosse sorlit d( 
rombre qui le cou^roit et fut bient&l a sa place; 
tout dispiirut ou s^sbaissa devant lui. Sous le regne 
de Charles 11 , on fut ingenieux sans etre subtil j hari 



vent ocpendanl pour allacher #tre revilus rtc toutes lea fonnr.i 
de la ^aisemblBuce; d'un cil^ !e nicrveilleiii des g^nies inrerniui 
i peind™, etun cflractrrctuliUme dansaOQ horTcur rocme , cnqoi 
Too doit recoil Doltre lee traits d'une grandR nature dcgradee et on 
etre prcaquc divin, tombe en niinc; un i'tre qui aiipartient snCiei 
paraon originfi, * I'Enfpr parses tounnena et sea psssioiis, i IE- 
temite |>»r aa duree; meoacanl i^oiis la mail) toute-puiaaantc qui 
I'euchaiDe , souffraut «( malheureui evec toute I'energie d'une 
force suroaturelle, place entre trois mondea qui bbde cesae occa- 
peot eon aclivile fuiieata : celui des cieui qu'iL a perdu, celai dw 
eufersdoBt il eat aoaveraia, celui de la terre doot jl aspire t itre 
\e conqu^ranl -, de I'autre cCitt', Dieu, lea g^uies ciUalea, les locr- 
veilles de la creatiou; les decrels ijui foul le destiu de I'uuivprj; 
lee messagei des cieui k la terre et de la terre aux cienz; sur cetl« 
terre earore noovellei et parmi dea berceaui de Hears, le geurs 
humaintout entier renferm^ daiia deux habitans , cieaturei iniiu- 
centeaet purea, chei qui la volupt^ mente est sainte, et ramonc 
a lea eharmea lea plus toucbaus de la vertu ; le boulieur et rim- 
morlalil^ perdns par un moment de foiblesse; le mal fletrissant 
iout-i-coap la nature ; les spheres des cieoxderaag^i la tent 
cbranlee sur ion axe; an chemiu immeose do conununicaliaa 
trac^ ^ trarera I'ecpace entre les enfera et la terre ; la mart aecourt 
pour s'emparer du monde ; la race des hommea coudamuea aa 
malheur et au crime; le tableau effrayant de toils les maux dtt 
piecleg k venir; et daos le loiatain la perspective consolaiite da 
monde repack , et de I'homme par les secours d'un Uieu remoDtaal 
b sa pTimitive ^andeur. II faut convenir qu'un pareil sujet, khu 
la plume d'un homme de g^oie, devoit donner le pliu grand tssot 
i la Uugae po^c(iie dct Anglait. u . . 



S£CONDE PARTIE. 35p 

jans fitre bizarre , et correct autant qu'on le peut fttrc 
avec une grande liberie. Ce futrepoquede Waller y 
<de pRiOft J deRocHESTER ei de Gongreve. Enfin paru^ 
rent trois hommes d^un m^rite distingue , Dryden ^ 
AnoissoN et Pope : le premier , d^un genie fecond ^ 
fiche et vigoureux^ mais inegal; le second, Elegant 
<^t pur 9 mais ({ui n^eut que le degre de force qui peut 
se concilier avec une mesure tou jours juste ; le der- 
pier enfin poss^da peut-£tre toutes les qualtt^s de 
IVsprit et quelques-unes de celles du g^nie ; car il 
H^avoit pas la bauteur du sublime qui n^appartient 
qyL*k Milton (i) , et les mouyemens passionnes de 
Tame qui sont eux-mSmes le sublime de la sensibi- 
lite etquiformentles grands traitsde Shakespeare (i); 
mais il reunit d'ailleurs la precision et la vigueur 
philosophique , la force pen^trante de la satire , Part 
de peindre ces nuances m^lancoliques de Fame si 
(clieres aux Anglais , et cette nature en deuil qui cbar- 



(i) La Harpe dit, en parlant de la po^sie anglaise, que Pope 
est de tou8 les auteurs anglais cclui qui lui a donu^ le plus de pr^ 
cision, et Milton le plus d'^nergie. 

(d) ft Veut-on , dit Rivarol , avoir une id^e juste de Shakespeare? 
Qu^onprenne le Ciuna de Corneille , qu*on ni61e parmi les grands 
personnages de cette tragddie, quelques cordonniers disautdes quo- 
libets, quelques poissardes chantant des couplets, quelques pay-^ 
Bans parliint le patois de leur province et faisant des contes de 
•orders iqu'on 6te Funit^ de lieu, de temps et d'actibn; mai< 
qa*on laisce subsister les scenes sublimes, et on aura la plus belle 
trag^e je Shakespeare... Cetliomme extraordinaire a deux sortes 
d*ennemis, ses diitracteurs et ses enthousiastes : les uns ont la vue 
trop conrtepour le reconnoitre quand il est sublime ^ les acttra 
ront trop fascin^e poor le Toir jamais autre, u 



g6o DU CBOTX DES Ln'RES. 

me en altristanl... Apr^s ces trois ecrivains et mux 
du rfgoe de Charles I! , qui par leur nature! , har 
gout et leur elegante facility , repr^sentent assez biea 
en Angleterre les ferivains du si^cle de Louts XIV 
en France, la laugue poetiqiie anglaise parut eproa- 
ver «ne sorte de revolution ; j'en fixerois I'epoquei 
TuoKPSOH , le plus grand de ses poetes modernes, 
corome dans I'histoire des Etats on fixe cliaque epoi 
que aux noms les plus connus... , a ce Thomfson, 
dit ailleurs Thomas , a ce poete li-op abondant, mais 
vigoureux et bardi , qui semble avoir jete dans son 
pneme (des Saisons^ toutes les richessps de la nation 
pvec une magnifique prorusion. 

a. Le veritable fondateur de la langue poetique en 
France fut Malhekse; ensuite vint Corn£Ii.i.£, puis 
BacinEj puis VoLTiiRE. Tbomas etablit le paralJelq 
Euivant entre les tragedies de Racine etcellcsdeToL- 
TAiRE : « La. langue poettque de Baciets, dit-il, est 
plus corr^cte et plus pure ; celle de Vdi.taihb est 
plus vive et plus passionp^e ; Pune ft plus de cesef- 
fets qui tiennent a la perfection des details ; IVtr^ 
^e ceuK qui tiennent 4 ]a rapidite de reuaeipbl& : 
J'une ne choque jamais le gout , I'aulre ne laisse fa- 
|uais reposer I'imagination i enfin I'une , mfime ea 
peignaqt les passiaps le* plus taqiultuev^es de Tame, 
peipble tonJQurs conserver une portion ^e sang froid 
poQF observer et mesurer sa niarcbe ; I'aatre semble 
pvoir I'lvraase mSme des passions qu'y peiot. Vol- 
taire a de plu^ CQiqnmnique a cette langue une par. 
tip 4ft l«*« ^e soq esprit , peut-fetre mi pcH cftpforme 



8EC0NDE PARTIE. gtf 1 

k t>elu( de son si^cle j il detache pins ses idees dn 
Ibnd gi^neral et les met plus en relief ; souvent ses 
vers sortent plus de la ligne pour s^attirer une atten^^ 
lion particuli^re j au lieu que dans Racine , les vers 
Knarchent tons ensemble sous une discipline egale 
qui ne permet a aucun de se faire remarquer aux 
depens de la troupe enti^re, » Thomas parlant de 
KoussEAU J pretend a qu^aucune de ses odes ne peut 
se mettre k c6te de la famense ode anglaise pour la 
J'ete de Sainte Cecile , oil Dryden peint les dif£^-» 
rens effets de la musique sur Alexandre y lorsque Ti-t 
mothee lui chantqit tour-a-tour sur sa lyre des airs 
majestueux ^ gu«rriers , voluptueux ou bachiques^ 
Celle de Pope , quoique infdrieure , offre encore des 
beautes rares de style et d'harmonie , lorsqu^il peint 
f^lemeQt pfir ]e charme et la musique des vers le 
pouvoir et Pencbantement de la musique y dans la 
JDescente d'Orphee aux enfers, Peutrfetre ce sont Ik 
led deux plus belles odes modernes et qui sie rappro- 
cbent le plus des anciens. Quoi qu^il en soit^ Rous* 
sJSau ne contribua pas peu k embellir notre langue 
poi^tique^ en lui donnant une ricbesse^ une pompe 
et une Jiarmonie peu commuqes , en multipliant les ' 
images et les expressions plut6t uiagniiiques que nou^ 
nelles y en6n en lui communiquant un caract^re 
qu'elle n^avoit point eu jusqu^alors , excepte dans ' 
les beaux morceaux des chqeurs di Esther et d^^tha^ 
lie, y> Thomas cite encore le3 Saisons de Saint-Lam- 
BBRT et la traduction des Georgigues de f^irgile par 
V^be Delille, 



DD CHOIX DES LIVRES. 
Tels sont les passages qui nous onl le plus frappe 
Ds le Traite de la langue poetique par Thomas, 
noas reste a dire un mot sur ses autres ouvra- 
i. Le jugement que Ton en a porte lui est assea 
vantagenx , et il mcrite un rang parmi nos ecrivatm 
second ordre. On lui reproche k juste titre trop 
ipprSt , trop d'cfforts dans le style, une emphase 
ni le rend parfois ridicule j des comparaisons for- 
ees et trop multipliees , une eloquence de mots pla- 
bt qnc de choses ; mais ces defauls sont moins sen- 
libles dans son Essai sur les eloges et dans VEloge 
de Atarc'Awele , que Ton peut rcgarder comme 
ses meilf curs ouvrages. Parmi ses poesies , on disl'ui- 
gue son Epttre au Peuph , son Ode sur le Temps , 
et plusieurs morceaux de son poeme de Jumon- 
ville. La publication de ses cenTres posthumes u'a 
presque rienajoat«a sa reputation. On ytrouvequalre 
cliants d'un poeme auquel il a travaill^ long-temps 
etqu'il Va point termine. C'est la Pitriide, monu- 
ment qu*il vouloit Clever en I'honneur de Pierre-le- 
Grand. Les seuls chants qu'ii ait &nis presentent les 
tableaux successifs des voyages de ce prince en Alle- 
njagne, en Hollande , en Angleterre et en France. 
On y remarque des morceaux brillans^ defort belles 
tirades , ainsi qu'en ofTrent son poeme sur la mort 
de Tinforlune Jiimonville, son Ode sur le Temps et 
■on Epttre au Peuple; mais les defauts de Foratear 
«e retronvent dans le poete ; m^me emphase , mS- 
me gout pour les IJeux communs scientifiques , m@- 
me surcbai^e de details proUxes, m^me monotome; 



SEGONDE PARTIE. 365 

peude rariete dans lescouleurs, et profusion d^id^es. 
Semblable k Lucain et k Claudien, il nWvre jamais 
une mine sans Pepuiser; il tourinente ses pensees 
pour les rendre plus saillantes ; cbmnie eux il s^etend 
et se complait dans des descriptions qiiiii^ont pas de 
fin 5 il neglige Pensemble de Ponvrage pour s'appe- 
santir sur les diff^rentes parties 5 et c'est surtout dans^ 
ce qu'il avoit deja fait de IsiPetreide, que ces defauts 
sotit le plus sensibles. M algre eelaTbomas etoit vrai* 
ment poete ; il possMoit parfaitement le micanisme 
du vers. On^ a remarque que sa &cture a des rap- 
ports avec celle'de Pabb^ Delille ; sa versification eat 
travaill^e ^ precise et brillainte ; il a porte dans la 
poesie le mSine genre de grandeur que dans Pelo- 
quence. M. Dussault le considerant sous le rapport 
poetique^ dit ccqu'en general y quoique Pabb^ Delille 
lui soit tr^s sup^rieur y ces deux ecrivains ont des 
traits de ressemblance : tons deux ont une mani^re 
plus ing^nleuse et plus brillante que natureHe ; tons 
deux cberchent surtout les effets qui naissent de la 

r 

coupe et de la construction du vers ; tons deiii s'^- 
tudient beauconp plus k faire des morceaux qu^i 
combiner un ensemble ; tons deux aiment k s^appe- 
santir sur les particularit^s etsur lesaccessoires ; tous 
deux s'epuisent en descriptions , en lieux communs j 
en details techniques ; tous deux abandonnent vo- 
lontiers leurs sujets pour ne s'occuper que des ome« 
mens ; tous deux enfin ont ce mSme gout scientific 
que et encyclop^dique qui fut peut-6tre plus encore 
la faute de kur si^e que la leur^ et qui se fait sen* 



5^4 DXr CHOIX DES LIVBES. 

tir egalement dans les G^orgiques frangmses et dans 
]a P^treide; maisM .Delille est precieux et Thomas 
emphatiqae j M. Delille est afTet^ , mignaiid , co^ 
quet ; Thomas est ampoule , enfld^ gigantescpie ; la 
grandeur de Pun n^est que bouffissure j la grice de 
Tautre n'est que fard et vermilion; Pun cherche a 
^toaner^ et il a irrite la censure ; Pautre ne veut que 
plaire ^ et il a rencontre Pindulgence. Je ne sais si 
les Jardins et les Georgiquesfrancaises yivrontplus 
que cette Petreide et les autres poesies de Thomas ; 
jnais Delille a laisse un monument immortel ; il a 
interroge un moment le genie de Yirgile , et ce genie 
a daign^ lui repondre ; Thomas n'a consulte que le 
aien ^ et n^a pas trouve dans ses propres ressources 
de quoi s^elever au rang des grands poetes. » 

Thomas n^etoit pas moins recommandable par set 
vertus que par ses taleiis ; il etoit philosophe ^ mais 
la philosophic de ses buvrages n^a jamais offert xrA* 
nie Papparence de Pimpiete j et sa mort fat celle 
d'un Chretien 5 a ses dermers momens il yejut les 
secours de la Religion de la main de M. de Monta* 
set , archeveque de Lyon , qui etoit son ami et qui 
lui-meme redigea Pepitaphe suivante : cc Au Dieu 
« CriSateur et Redempteuk.. Ci-git Leonard- An- 
te toine Thomas , Pan des quarante de PAcadera'ie 
cc francaise , associe de celle de Lyon , ne a Cler- 
cc mout en Auvergnele 1.^' octobre lyS-s, mort dans 
cc le chateau d'Oullins le 17 septembre 1785. II eut 
cc des moeurs irreprochables , un genie eleve , tous 
|K les genres d^esprit : grand orateur , grand poete ^ 



jtecONDti paktIe. 365 

<it bon ^ modeste ^ simple et doux, sey^fe a lui seiil^ 
« il ne eonnut de passions que celles du bieif , de r^-* 
« tude et de Pamitje ; homme rare par ses talens ^ 
cc excellent par ses vertus. II courdnna sa vie labo 
cc rieuse et pure par unemortedifianteetehretienne^ 
« C'est ici qu'il attend la veritable imtnortalite. — < 
cc Ses^crits etles larmesde tons ceux qui Pont connu^i 
cc honorent assez sa memoire ; mais M « Antoine de 
cc Malvin de Montazet , arcbev^que de Lyon ^ soil 
cc ami j et son confrere k T Academie francaise y aprSd 
cc lui avoir procure dads sa maladie tous les secours 
«c de Pamiti^ et de la Religion , a voulu lui eriger ce 
tt foible monument d6 son estime et de ses regrets. » 
Cette epitaphe aete graveesur le tombeaudeThomasv 

- PiEkre Je An GROSLEY, savant distingue (n . 1 7 1 8 
*— m. 1786) j vivoit habituellement avec Erasme^ 
iUnELAis^ Mom^AlONfe dont il aimoit le franeparler ^^ 
et les auteurs de la Satire MSnipee qui sont P. Li( 
Roy, P* PiTHOu (1) , F. Chrestien , J. Passerat y 
N. Rapin et J^ 61LLOT4 On reconnott au style de 
M* Grosley^ a la fine^sse, a Fenjouement , & la mar 

■ n 

(1) M. Foumier, dans son jyictionnaire bibliographique , pagJ 
473, met P. Dupuy au rang des auteurs de la Satire Menipee; it 
a tort. Ce savant , ne en 1 682 , ne pouvoit avoir eu part k un ou- 
Vrage imprim^ en 1693 : il falloit mettre Pithoii au lieu de Dupuy. 
U est bien vrai qu*on a tir^ d'un manuscrit de Dupuy, mort em 
i65i , des remarques et des explicartioBs sur les endroits difficile^ 
^e cette Satire, pour T^ditiou de Ratisbonne (Bruxelles), 1664 
z/i-12; mais cefa ne pent pas faire considerer Dupuy comme VvOK, 
des auteurs djB cet ouvrage. 



Dtr CHOIX DES LIVRES, 
iWj et qndquefois k la causticite que I'on remar- 
dans ses ecrits, qu'il avoit passablemeot pro6le 
a cette agreable compagnie. Doue dVn caraclere 
prononce , d'un esprit original , il s'est fait rc- 
tjuer par une profondc eruilitiou et par un ar- 
t amour de son pays, Mais ces litres hoaorables 
<ut partages par un de ses estimables compatriotesy 
Patns-Debreuil , qui a donne de tres bonnes edi- 
ns de quelques-uns des nombrcus et curieus ou- 
rages da savant Troyen. Nous citerons entre autres 
litioD des Ephemerides de Grosley , outrage his- 
torique mis dans un nouvet ordre , corrige sur let 
Mss. de I'auteur , avec des notes, par M. Patris- 
Debreuilj Paris, 1811 , 2 vol. in-S." el 7.-vol, in-\%, , 
— OEufres inedites de Grosley, edition collation- 
nee sur son manuscrit, et augmentee d' articles bio- 
graphiffues et d'nndiscours preliminaire ; parM.Pa- 
tris-Deforeuii. Paris, 1812, 'i vol. in-S." avecun 
l>eau portrait de I'auteur. Ces deux outrages sont 
^^s int^ressans sous le rapport bistorique et litte- 
raire , tant par les pieces curieuses qu'ils renferinent 
que par les remarques et les additious du savant edi- 
teur. 

RENAU D'ELigAGARAY , c^^bre marin , n^ 
dans le Beam , avoit une aversion prononcee pour 
tonslcslivres, a I'exception d'un seul , /a ^ecAe/trAff 
dela Fent^.parleP. Malleihasche ; mais il avoil 
une passion ardente pour les math^matiques qu'il 
cberchoit et qu'il trouvoit dans sa t£te. 



SECONDE PARTIE. 3(5^ 

BUFFON, rWstorien et le peintre de la nature 
(n. 1707— Pin. 1788), recomui^ndoit la lecture des 
ouvrages des plus grands genies y et il les bomoit k 
cinq : Newton , Bacon de Verulam , Leisnitz j Mon- 
tesquieu et LUI : il paroit qu'il avoit le sentiment 
de ses forces. On sait encore qu^il faisoit un cas par- 
ticulier de F^nj^lon et de Richardson, cc II ne faut^ 
disoit-U , lire que les ouvrages principaux y mais les 
lire dans tous les genres y dans toutes les sciences ^ 
parce qu^elles sont parentes j comme dit Ciceron ; 
parce que les vues de Tune peuvent s^appliquer k 
Tautre, quoiqu^on ne soit pas destine k les exercer 
toutes..... ...Les livres capitaux dans cliaque genre 

9ont rares j eiy au total y ils pourroient peut-Stre se 
|*eduire k tine cinquantaine d^ouvrages qu^il suffiroit 
de bien mediter. » BufTon y dans ses jennes ann^es ^ 
^toit tellement passionn^ pour la geom^trie y qu^il 
ne pouvoit se separer des tllemens d^EucLiDE ; il en 
avoit tou jours un exemplaire dans sa poche. II a fait 
dans ses ouvrages le plus pompeux eloge d^ARisroxB 
( HUtoire des animaux), et de Pline (Histoire du 
Monde). 

Thomas , dans son Traite de la langue poetique, 
a rendu hommage au genie de BufTon. Apr^s avoir 
parl^ de son syst^me de la formation de la Terre et 
des ^poques de la nature { dont Teloge nous paroit 

emphatique et exagere ) ^ il dtt : cc Avec moins 

d^audace et non moins de fierte , Buffon decrit la na- 
ture qui est sous nos yeuxj tous ces tableaux vari^ 
^ue pr^nte la terre : la mer , les fleuves y les vol-^ 



368 ^^ CHorx des livbes. 

cms, la coini>osition interieure da globe , I'arcliit^C- 
ture des montagnes, toiite celte fotcc majeslueuse 
et terrible de. la natore , ijni , par I'agitalion cooli-^ 
Quelle de Teau, de Tair et dii feu , s'attacfue , se 
combat, et semble vouloir se detruii-e elle-mSme, 
mais conserve tout en paroissant lout mertacer; en- 
iiu, les merveilles de la nature organisecjchaine im- 
mense k la ttite de latjuelle paroit I'hommc comnte 
le souverain de la terre , et qui de rhomme s'a- 
baisse et redescend a loutes les especes douees de 
mceurs et d'instincts difierens , copiees toujoursyet 
loujours renouvelees d'un premier modeledont Dien 
grava I'empreinte en traits ineffacaUes. M. de Buf- 
foa par son style egale encore la grandeur de son 
sujel -J il est lier , eleve j profond comme la nature} 
il paroit cr^er avec la meme richesse et la m^me 
tnagnificence ) ses idees naissenten foule, se pres- 
sent comme les fitrea datis I'nnivers , et se re?6teirt 
comme eux de couleurs et de formes sensible} ; A 
peint le nterveilleux reel comme Milton a peint l« 
merveilleux de I'imagiDation ; mais I'un n'est pat 
moins grand lorsqu'il semble atteindre aux bornesds 
la nature, que I'autre lorsqu'il nous entralne au-de- 
Ik de ses limites. Ses expressions ^ comnM ses vues^ 
Bemblent avoir qnelquefois I'etendue des espaces' et 
des temps qu'il parcourt et du monik ^*il em- 
brasse Buffoo, au milieu de I'iminensite , sem- 
ble n^^tre qd'i sa place ; la langue sublime et calmtt 
qu'il emploie J inspire , comme le spectacle de I'uBt- 
yers j une admiration tranquille. C'est par ce me^ 



SECONDE PARTIE. 3gg 

lange de tableaux ^ de style et dHdees ^ qu^il a fait 
une si grande impression sur TEurope : il semble 
qu^il ait ramene rfaomme k la nature, et qu^il Pait 
ayerti d^un magnifique spectacle qui Pentouroit sans 
qu^il daignat sVn apercevoir^ Le mouvement qu^ii a 
imprim^ s^est communique de Paris a Petersbourg^ 
et de PEurope j usqu^i^ Philadelpbie a> 

OERBIER ( PiERRB- Jban-Baptistb ) , celebra 
avocat (n. 11725 — m. 1788), ^toit passionne pour 
\^sLeUrjospros>inciales* cc Les livres de sa bibliothd^ 
que ) superbement relies (dit M» Garat dans ses 
Memoires surSuard, torn. i.«'j pag. iSy), ctoient 
plus le luxe de son etat que de son gout ; presque 
tons restoient ueufs dans leurs rayons. Un seul , un 
seul petit Wume se voyoit dans ses mains y se ren- 
controit a Paris et 4 Franconville , sur ses tables ^ 
sur ses fruteuils^ il le savoit par cceur et le lisoit 
tonjours t c'etolent les petites Lettres , les Pro^in^ 
ciaies^ Ce n^est pas qu^il fut le moins du monde 
jans^niste; mais il ne pouvoit rien mettre k c6te de 
cetle logique nue et serree , piquante et vehemente , 
k c6t€ de ee style ou la verve comique et la verve 
oratoire sont toujours si pr^s Tune de Fautre , et 
loutes les deux pr^s de la raison pour I'environner 
IVne double puissance* jj L'avocat Gerbier a et^ 
I'ui^ des avocats les plus distingues du xviii.® si^cle. 
;< II a laiss^ , ditM.Chenier , d^imposans souvenirs j 
^es memoires imprimis ne donnent de lui qu^u^a 
d^e ipicompUte : Patlitude y le maintien , le geste ^ 

1. 24 



3^o 15tr CllOI^f m.S I,IVBE5. 

nil ceil eloquent, une voix sonore et flexible , toat 
le servoit an barreau. Rieii de tout cela ne fail i'e* 
crivaia : c'esi le corps qui parle an corps, dil Buf- 
fon ; mais tout cela fait I'oraleur, s'll faut en croire 
CictTon dont I'autorite semliie irrecusable. A cm 
parlies esse iitiel Its , Geibier joignoit le don dVraoii- 
voir, et I'on ne pent revnquer en doule sa suju'rio- 
rile garautle par trenle ans de succ^s , altesti-e 
biSme par ses emules. » 

BebiamI!. franklin (n, 1706 — m. 1790), 
&!so!t, elanljeuue , sa lectui-e favorite deXiwopHos. 
Cette lecture renDamma du desir d'ecrire et de se 
distinguer. C'est dans les ouvragea pbiiosopbiqnet 
Ac cet autenr, qu'il piiisa la methode socratiqne 
qui cousiste k paroitre douter et k toujoiurs e'vitiir 
lin ton afSrmatif et trop ti-anchant. 

I 
LOUIS XVI , Ratde France (n. 1754 — m. 179^), 
montoit 4 peine s«i- le tr6ne en .1774, qu'il lui 
tomba sons la main un livre alors cKtr^Daement 
l-ai-e, intitule ; Directions pour la conscience tl'un 
^01 (par F^KfiLOs): ceyertueni Prince devorecel 
excellent ouviagB qui renierme un abrcge dea de' 
voirs dea rois , le m^dtte , et veut que Ftstvos soil 
desormais le conseiller et le guide de sa conscience. 
II fait plus, il veut qu'on repande le livre par U 
voie de la re impression. Dans ce dessein , U appelle 
I'abbe Soldini , son confesseur, et lui montrant un 
\ieil exemplaire dcs i^/rectionj.'aYoilH.Mtmsieur* 



SECONDfi t»ARTlE* 3^^ 

lai dit-il ) Un bien boa livre^ pourquoi <)onc esf-il st 
Jraj*e? ou ne le trouve nulle part. * — Sii'e ^ tepond 
recclesiastique ^ c^est que les sublimes obligations 
desroisy sont pesees au poids du sanctuaii^e, et qu^il 
renferme bon notnbre deveritesfoftesquHl importe 
auiaut aux rois de savoir^ qu^aux courtisans de les 
leur laissel" ignorer. •*- He bien ! reprend Louis XVI ^ 
jcomme je suis r^solu de remplir tous mes devoirs ^ 
|e n^ai pas d^interet d^en faire un myst^reau public} 
il seroit ficheux d^ailleurs qu^un aussi bon livre Vint 
k se perdre pour xnes successeurs ] faites-moi Id 
plaisir de le faire reim primer. » En effet la reim-* 
|>ression eut laeu^ et Pediteur mit en t^te de Tou^ 
"vrage t Du consentement eocpres du MoL 

Quoique le livre des Directions ne soit pas ecrit 
Hvec le charme inexprimable qu^on remarque dans 
Je Telemaque (sans doute parce que le sujet ne li^ 
comportoit pas) ^ on ne peut disconvenir que c^est 
un des meilleurs ouvrages qui existent* Condillac 
dit s <K Les lemons que donne Phistoire ne suffisent 
IMS k nn Prince ; il faut encore qu'il apprenne k se 
Gonnottre, et c^est peut*^tre la chose la plus difficile 
k lut apprendre. Les Directions remplissent cet 
objet. Le respectable auteur de cet ouvrage avoit le 
ig^nie qui met la v^rite dans son jour^ le courage qui 
ose la dire ^ et les vertus qui la font aimer.. » Aussi 
Condillac a-t-il fait imprimer les Directions a 1« 
cuite de son Cours d' Etudes. L^lbbe Maui^y, etk 
fiBrlant du meme ouvrage ^ s^expfime ainsi :jcc,Le 
/directeur va plus loin que I'instituteur ; son coeur 



3,7a ^" CHOIX DES LIVHES. 

s'epanrhp; en iulcrrogeant , il aocase ; en tnon- 
^ant , il (ItJmonlre ; en avertissant , il frappe. Quand 
on lit cette inslructton paternelle ou Ics maxiines 
les plus aLstraites de I'art du Goiivernemcnt tle- 
vieanent aussi lumineuses que les (-ternels axjomei 
de la ralson, I'oa croit voir I'huTnauit^ a'asseoir 
avec U Religion aux cfites du jeune Prince , pour 
lui enseigner loutes les regies de morale tju'il doit 
suivrc s'il veut retidre les peuples heureux, 3> Eiifiii 
I.a Harpe appclle les Directions , a, Patrege de W 
sagessc ct le catechisme dea prioces. » 

Revenona a Louis XVI. Ce Prince, le plus ver- 
tueux et le plus icforlune de tous les rois, possedoib 
dcs connoissauces tres eteiidues, soildansles letlres, 
»oit dans les sciences. Pour raiuux faire coniiotlre 
I'iusU'ucIion qui le distingiioit , citons d'abord Jt-s 
proprcs paroles de Sa Wajesl^ a M. du Maleslierbes, 
dansletemps(iyy5)qHe celui-ci eloit au minisltirc: 
R J'ai seati , Jui dit ce Prince , qn'au sortir de moa 
i^ucatioa j'etois loin encore de I'avofr complete. 
3e formai le plan d'acquerir I'instrnction qui me 
manquoit. Je Toiilussavoir les langues anglaise, ita- 
lienne et espagnole : je les appris seul. Je me rendii 
assez fort dans la lilterature latine pour traduire 
ais^ment les autenrs lea plus difBciles. Ensuite, 
m^enfon^ant dans I'histoire, je remontai jusqu'sQX 
premiers Sges du monde ; puis , descendant de si^cle 
en siecle Jusqu'A nos jours , je m'arrfitai plus specii- 
lement k I'histoire dc France ; je m^mposai k U<|)ie - 



SECONDE PARTIE. 3,73 

dVcIaircir ses obscurites ; je m^ditai la legislation 
et les coutumes du royaume ] je comparai la marche 
des difTerens r^gnes j j^analysai les causes de leap 
prosper! le et de leurs re vers. A ce travail habit ael 
je joignois la lecture de tous les bons ouvrages qui 
paroissoient. Ceux qui traitoient des mati^res d^ad«^ 
ministration ou de politique m^attachoient sp^cia- 
lement : j'y faisois mes observations. ^> En efTet^ on 
a trouv^ parmi les livres de la biblioth^que de ce 
inalbeureux Prince ^ un assez grand nombre d'our 
vrages enrichis de notes ecrites de sa main. 

G^est done avec autant de verite que de justice ^ 
qu'on a toujours dit que Louis XVI etoit fort ins- 
truit 9 qu^il parloit purement le latin ^ et qu^il avoit 
appris facilement Fanglais : c^est lors de la guerre 
d^Amerique qu'il se livra k Fetude de cette demi^re 
laugue. II poss^doit k fond Phistoire^et etoit Pun des 
meilleurs gdographes de son Royaume. Une Acade* 
xnie c^l^bre reforma plusieurs erreurs dans une 
carte des mers du Nord^ d^aprds ses observations ; 
et ce fut lui qui redigea en entier les instructions du 
voyageur La Peyrouse , qui font encore plus d'hon** 
neur k son cceur qu^a ses talens. M. le Bailly de 
Suffren, k son retour de Flnde^ s^entretenant avec 
SaMajeste^ de son expedition , resta ^tonne de 1ft 
parfaite connoissance qu'elle avoit du pays et de ce 
qu^elle paroissoit avoir ete temoin de tout ce qu^oa 
y avoit execute. Precedemment Louis XVI avoit 
£ut donner des ordres k tous les marins de respecter 



3^4 ^^ CHOI.T DES LIVBES. 

le pavilion de Cook, quoi(|ue la France fut alorsen 
guiirre avec I'Angltterre , et <le secounr en. tous 
lieux ce. celt^bre navigateur. 

Des I'age de Jouze ans, ce Prince s'etoit amuse a 
impriraer, sous la direclioii de Lottin, a une pelitc 
pressi' cjii'il avoil au chateau de Versiiillps dans son 
appartnment , on pelit volume intitule : Mitximes 
morales et pulitiifues, iirees du Telemaque , Ver- 
sailles, 1766, pptit in-B." de 36 pages et la table, 
tire k vingl-cinq exemplaires (i). La m^me aante, 
il dunna la Description dc la Foret de. C'ontpiegiie 
(eomme elle etoit en 1765}^ avcc lo Guide de la 
For^t, par Loois-Akguste, Dauphin, Paris, Lot" 
tin, 1766, JH-S," do 64 pagPS) avec la carte, lire a 
Irente-six esf mplaircs. Op assure tjuc Locis XVI a 
traduil de I'anglais d'Horace Walpole , le Kegne 
de Hichard III, ou Doutes fiistoriques sur les vri- 
mes qui lui sont imputes, Imprime k Paris, iSoa^ 
iVS," II a en outre traduit de TaoglaU de Hume, 
V^/utoire ete Charles I." Comment ce livre ne l'»- 
t-il paa ^clalre snr les moyens de preveiiir ses pro- 
pres malWurs! On le dit encore auteur de la tia< 
duction des premiers volumes de la Decadence de 
V Empire romain, par Gibbon; lea trois premicn 
volumes ont para sons le nom de Leclerc de Sept- 
Ch^nes; la traduction a ^t^ continuee , k parlir tin 
^atrieme vQlume , par MM, Demeuaier et Boa^ 



(1) lly a une rAmpreiaioii dc ce petit oavtage, Paris, Diitt 



SECONDE PARTIE. S7? 

lard 9 puis terminee par MM. Cantwel ei Marinie f 
jPari's, 1^7- 11795 5 18 vol. f«-8**. ; enfin, on attri« 
hue a Louis XVI , dans les Memoires de Soulavie ^ 
tin portrait du ipinistre M. de Choiseul^ qui, dit*p 
on 9 est digne de Tacite. Telle est Pindication des 
ouvrages que des presomptions tr^s fondees font 
regarder comme le fruit des loisirs de cet infortuniS 
Monarque. En general , dans tout ee qu^il a ecrit Q^ 
trouve un style aise, naturel, et qui cependant 
n'exclut pas la force (i). Dans la conversation il 8^6r 
noncoit avee une certaine timidite; |nais lorsqu^i| 
s^agissoitde la Religion ou du bonheurdes Francais^ 
il s^exprimoit avec une facilite et une eaergie qui 
^tonnoient les ministres admis pour la premiere foLs 
0u Conseil. Au .gout des bonnes etudes , il joignoit 
un grand discerneraent dans le choix des livres. 
24^ous en avoqs la preuve dan$ la demande qu^il. 
adressa le aS novembre 1792 (temps d'hprrible ni4- 
tnoire), k la Commune de Paris , relativemeni aux 
onvrages qu^il desiroit qu^on lui procurit, tant pour 
£on usage que pour Tinstruction du Dauphin j \orsr 
qu^Il etoit enferme dans la lour du Temple 9 ou , 
pendant cinq mois d^une terrible agonie y il fut un 



(1) On en trouve la preuve surtout dans son testament ^crit 4e 
sa main , le a5 decenibre 179a , et lu k la Commune de Paris \ft 
A I Janvier 1793, jour d'un deuil eteruel pour la France. Voyezje 
petit onvrage que nous avons public k ce sujet, le 21 Janvier 181(^9 
4upe seujement k 60 exemplaires, et Wimprim^ le 3o Janvier av^ 
idcn additions, uz>8^<>.de 4^ pages. Uu pareii ouvrage a^aru fiur le 
tftstamcat de la Aeine. 



3^(5 DD CHOIX DES LTVBES. 

modi'Ic de courage et Ac iereuite au milieu de»on- 
trages dc toute esprce. Voici la liste des livres qntl 
(l^signa, telle qu'iin Journal (Perlbt, lundi affno- 
vembre ^'^^a) nous I'a transmise : 

jinrelius fictors—^lex Comnientaires de Cesar; 

— Cornelius Nepos; — hs Fables de La Fontaine; 

— Florus J — /fi,f Grammaires fmncaise et latinedi 
J/ Homond i — la Grammairefi-an^nisede JFailiyi 
<^~ Horace;— Justin; — les Moj^intes de I'Ecritura 
Sainte ; ^ les Metamorphoses d'^Ovide , lalin- 
francais; — les Fables de Phedre , en latin; — 
Quinte-Curce; — Remarrjiies sur la langue frail' 
i;,aisp, par d'Olivet*, — Sallusie; — Stietona (Eke- 
viv^j —, Tacite; — jffventiires de Telemaque ; — 
Titc-Live; — Traits des £tudes, de RoIIiii; — la 
fie des Saints, de Mesengiiy ; — f^elleius Pater- 
culus ; — Firgile , aveo des notes , traduil par 
Barett (i). 

La GollecdoD de tons ces liTres^dontle piix etl« 
format se trouvotent indiquesi cfaaqtie article (mail 
qoe le Joumaliste n'a pas rapport^a) , formoit la 
lomme de iq4 liv. iS) sous. 



(i) Barett n'eat point Buteur de celte trodncUoD , mail lien le ' 
Pere Catrou. Elles paru poor la premi^ra foil en itoS, svec de* 
notes biiloriqiies et critique!. Ou en connolt une ^ditioadeParu', 
171A, en 6 vol. in-13, uae de Iffon, 1731, 4 vol. in-ia. M. B>- 
't«tt a retouche et conig^ celte tiiiductiou qui eo Bvoit grand be- 
■oia, et ce aauveaa traTuI a paru en 1787, a vol. ia-13. 11. Ba- 
rett ou Barrett (Paul), traducteur egtimj, nd k I^yoo le 38 juia 
J7»S, ut niwt k Pant k 19 «a&t 179a. 



SECONDE PARTIE. 3y,jy 

Cette demande a cause les debats les plus ridicu- 
les et les plus injurieui^ au Roi dans le Conseil gene- 
ral de la Commune j les uns disoient que la vie de 
JLovis ne sufiiroit pas pour la lecture de ces ouvra* 
ges (i) y d^autres quails etoient inintelligibles pour 
lui* II en est qui trouvoient les Metamorphoses d^O- 
Tide contraires aux moeurs ; plusieurs YOuloieQt 
qu^on lui donnat en place les Resolutions d'Anglc"* 
terre, celles d^Amerique, la Vie de Cromwel, celle 
de Charles IX , PHistoire des Massacres de la Saintr 
Barthelemi ; enfin y un membre a apergu un plan 
de contre-revolution dans f^elleius Paterculus. 
Tf ous n'avons pas voulu souiller notre ouvrage des 
expressions grossi^res dont on s^est servi dans ces. 
debats scandaleux ; cependant^ malgre ropposition 
de quelques membres du Conseil , aussi forcenes 
qu^ignorans , on a fini par accorder au Roi les ou- 
y rages qu^il avoit demandes. 

Ajoutons a cet article de Louis XYI , un mot sur , 
son auguste Spouse MARIE -ANTOINETTE (n. le 
a novembre 1755 — m. le 16 octobre 1793 ). On 
troijive dans un opuscule intitule : Recit exact des 
derniers momens de captwite de la Reine , depuis 

■ I . I. I i I n M 

■ 

- (1) Pai lu quelque part que Louis XVI , pendant sa detention » 
avoit lu 267 Tolumes. Alors il faudroit qu41 eut eu quelqnes livrei 
aVec lui Aks sou eutrce a la Tour. Ce nombre de volumes me pa- 
rbit exag^re. La detentipn du Roi a ^t^ de 169 jours | et Pou salt 
que dans les premiers mois il s'occupoit beaucoup de Peducatioa 
de son fils, de consoler son auguste epouse, sa fille, sa sceur* et 
qD*il donnoit une partie de son temps aux exercices religieux* Il 
&e ioi en restoit done pas beaucoup pour la lectwre« 



378 riD CnOTX DES UVRES. 

le It septemhre t^g3 jusqu'au 16 octobre suivarA, 
par la dameBault, veuve He son dernier concier^, 
Paris, 1817, (H-S." de )6 pages; on trouve, dis-ji;, 
le passage suivantucLa lecture favorite de la Reiue, 
^tant a la Conciergerit , ^loit celle des f'oyages du 
capitaine Cook , que le concierge lui avoil procu- 
rfa. La plus grande pai'tie de son temps ttoit con- 
•acree a la pri^re ; soiiYent on la \\\, dans ce pieun 
exercice qui remplissuit tons les momeus de sa \ie y 
etc. » 

Lonis-LAuREHT-JosEpnDEMO?JTA-GNAC, lieu- 
ten ant' col on el d'ua batailloa provincial (n. iy3i — 
m. 179 ) , dit daus ses Amusemens des gens d'es- 
prit, Berlin, 176a, in-\z, p. 9 : « Si tons les livres 
politiques devoient perir , et que )e fussc le maiire 
d'en conserver un senl j je ne dcmandcrois grSce 
(nVn dc-|ilaise a M. de VoUaire ) que pour V£jpnC 
des Lois (de Montbsqtjied), » 

Le m^me auteur ajoute , page 147 du m^me ou- 
trage : a II est fort ordinaire d'avoir beaucoup d'ej- 
pril sans une grande erudition ; il n'arrive jamais 
d'avoir beaucoupd'eruditionsaiisungrandespEit(i); 

(1) Cette assGrlion psrolt fori Binguliere, etest iioitreot derneU' 
tie par t'enpnieiice et pardrspreuresiiicoateslaMea, i moiuaqo* 
j'autenr a'entende par le mot esprit autre chose que la facull^ da 
leudre ses iAi-ea avec fdcilite, clarte, i-l^ance, etc. Je ue peon 
pas que I'l^uditiOD puisse ilonner cette Taculte ; elle vient pIutM 
lie la nature secoadi'e par riuetructioii et par I'cducalioD. Com- 
tHen ue Tnit-oii pas de grauds crudits qui ^ccireat Ires uial , et 
towiaea dc getu ^ui, ^ivant trea Uea , a'ottt pas d'erttdilian i 



SECONDE PARTIE. . 3-^ 

M. de Montesquieu en est la preuve. Voltaire passe 
parmi nous pour le premier bel esprit qu^ait produit 
la France ; mais Tauteur de VEsprit des Lois passed 
pour le premier genie de TEurope. » 

Sophie-Augusted'AnhaltAlexiewwa, CATHE- 
RINE II (n. 1729 — Imperatrice de Russie^ 1762, 
pii— m. 1796 ) y aimoit le Plutab-que d'Amyot , le 

* 1 1 .1 — ■ 

Cependapt quoique noas entendions par le mot esprit la faculty 
de s*expnmer avec aisance, clarte, elegance, aboudance, nous 
sommes bjeu eloign^ de faire consister Tesprit dans cette seule 
faculty ; et h. ce sujet nous adoptons les reflexions tres sages d*ua 
ecriyain modeme qui admeitant en principe qu*i/ n'yapoint d^es^ 
pntsans raison, developpe ainsi cette pensee : « L^esprit, selon 
J.-B. Bousseauy n*est que le sel de la raison; Teclat des mots^ 
le luillaut des phrases, T^l^ance des tournures, la finesse dea 
allusions, ragremeut de la plaisanterie, la vivacite des idees et des 
expressions, ne constituent pas le veritable esprit; ces qualit^s 
li*en sont que le masque et le fant6me ; ellcs accompagneut sou- 
yeut Tesprit faux et de mauvais aloi ; cUes u^ont vraiment du prix 
ipie quand elles sont jointes h la justesse, au bon sens, aux con- 
uoissances , k la raison. Amuser une socidte , un auditoire , uh 
lecteur, par une profusion de saillies rapides, vives, brillantes^ 
^tince]antes,c*est n^avoir que le merite d'un feu d'artifice, qui re- 
crce, r^jouit, eblouit les yeux , et bient6t les laisse dans une pro- 
fqnde obscurity. L*bomme d'un veritable esprit reunit k tous ce« 
moyens de plaire 1^ solidite de la raison. La raison seule est sou- 
yent ennuyeuse, mais elle a toujours des droits sur les bons eg* 
prits \ les agr^mens qui nc sont destines qu*k Tomer et Pembellir p 
tie produiseul qu'un plaisir passager suivi bieut6t de la derisioa 
et du m^pris, quand ils sont separ^s d'elle. On nVst douc un Lou 
orateur, un bon ecrivaiu, et meme un veritable bomme d^esprii, 
au^autant que Ton joint h. tout cc qui peut s^duire et charmer IH- 
vagioaUon, tout ce qui peut conteutcr la raison > et aatisfaire riu- 
tdiigeoce, le JHgcmeut et le^oiAt. If 



38(3 DU CHOIX DES LmiES. 

Tacite d'Amelot de La Houssaie , et Moii^taigbe. 
w Jg suis UDC Gauloise du nord, disoit'clle au Prince 
de LigQe , je n'cntends que le vieux fran^ais; je 
uVtitends pas Ic nouveau. J'ai voulu tirer parti de 
vos messieurs It's gens dVsprit en isles fles encyclo- 
pedistes et les economisles) , je les ai essayes , j'en 
ai fait venir , je Icar ai quelquefois ^cnt , ils m^ont 
ennuyee et ne m^ont pas entendue. II n'y avoit qua 
mon boa protecteur V^oltaire. Savez-TOus que c'est 
lui qui m'a mise a la mode ? II m'a bien payee du 
gout que j'ai pris toute ma vie a le lire , et il m'n 
appris bien des clioses en m'amusant. » Parmi les 
romaiis, Catherine choisissoit ceux deLESAGB. Elle 
aimoit MoLiERE etCoRNEiLLE : « Raciiie n'est pas 
nionbomme, disoit-elle, exceptc dans JMithridate.a 
Rabelais et ScArbos lui avoienl plu autrefois , mais 
elle les avoIt oublies. 

jEAu-FaiMcois DE LA. HARPE (ne 4 Paris le 20 
novembre 1739 , mort dans la mSme ville le 11 fe- 
vrier i8o3), dit dans sonCours de Litterature, que 
u le Petit-CarSme , de Massillon , les Directions 
pour la conscience d'un Rot, de Vtati.ov , et Ja 
Politique de I'Ecriture Sainte, de Bosshet , sont les 
meilleures instructions que puissent recevoir les 
Souverains , noa-seulement en morale , mais en 
politique: car^ tout bien consider^, quand les prio- 
cipes generaux de I'une sont aussi ceux de Tautre y 
ils conduisent par la voie la plus sure au m.dme re- 
sultat, qui est !e bonheur du Prince, foude surce- 



SjECONDE PARTIfi- 38i> 

Jul des sujets. 9> II dit plus bas 2 cc SI la raison elle« 
in^me , si celte faculte-setnreraine ^ eman^e de I'm* 
telligence etemelle ^ vonloit apparottre aux hommes 
sous les traits les plus capables de la faire aimer ^ et 
leur parler le langage le plus persuasif ^ il faudroit 
^u'elle prit les traits et le langage de I'auteur duPe^ 
tit'Car^me ou de celui de Telemaque. jy 

Voici la mani^re dont La Harpe pretend qu'on 
peut classer les diverses compositions litteraires s 
a.® L'ecrivain eloquent qui a toujours le style du 
«ujet 5 a.<» le rh^teur qui veut tout agrandir et tout 
orner; 3.<^ le declamateur qui s'echaufTe il froid. 
lia premiere classe est celle des grands genies et de$ 
nxod^es , comme parmi nous, les Bossuet^ les 
Montesquieu ^ etc. ; la seconde, celle des hommes 
^uionteuplus de talent que de jugementetdegoAt^ 
comme Thomas ^ comme Raynal (i), Diderot , et 



•M 



(1) Aiisfiit6t que VHistoire du commerce dans les deux 1/tdes 
{>aitit, M. Turgot porta le jugement suivaut sur Touvrage et sur 
son auteur : « J*ai ete cboqu^ y dit-il , de Fincohereace de ses 
idees , et de roir tous les paradoxes les plus opposes mis en ayant 
•t d^eudns avec la meme chaleur , la meme Eloquence , le m^e 
fanatiame. II est tant6t rigoriste comme Richardson , tant6t im- 
moral comme Helvetius , tant6t enthousiaste des yertus douces et 
tendres, tanl6t de*la dehauche , tant6t du courage f^roce-, traitant 
Tesclayage d'abominable , etyoulant des esclayes ; dcraisonnanteUt 
physique y deraisonnant en metaphysique et souyent en politique ; 
il ne r^sulte rien de son liyre, sinou que I'auteur est un homm^ 
de beaucoup <l*esprit , tr^s instruit , mats qui u*a aucuue id^e arrd> 
t^e^ et qui se laisse emporter par Penthousiasme d*un jeune rh^* 
teur. Il semhle ayoir pris k tacbe de soutenir successiyemeut tou^ 
les paradoxes qui se sont pr^seut^s k lui dans ses lectures et dam 



383 PtJ CHOrX DES LlVBES. 

Lien d'aulwa i«pr^« eui; la dprniere el la plus norn 
Lreiise , Ct-lle dca ccrivalns ou maiivais ou tits im 
diocres , eu prose ou en vers, qui sont le plus soi 
Vfnt boursoufli's et vides, emphaliques et faux. ( 
dernier caractLi-e cat genera lemeut celui tie la plu 
|»art des productions motlemea depuis le milien di 
XVlli." slecic, d'ou Toil peut dater la depravatiaa 
dfs esprits et du goiil. 

La Harpe fait mention dtins son Introduction i 
la phihsophie flu xy/ti.' siicle , dea priaripaui 
ifcrivains qui onl eu de I'infiucncc sur les opinion! 
de ce siiVle , et qui ont ele en m^me temps pliiloao- 
pheset ecrivains. H les divisc en tvois classes: i.'ks 
eci'ivaias illustres qui, en difTerentes manieres, out 
rendu plus oa moins de services a la philosophie ; 
a." lea moralistcs plus on moina distioguea , et les 
economistes 5 enfin , 3." les aophistea qui , avec plus 
on moias de talent pour ecrire , et quelqnefois a\ec 
des titres de celebrite aussi etrangera k la philoso' 
phie que les caracteres de leur esprit, ont etc , sous 
le faux notn de philosophes , d'abord les ennemis 
de la Religion, et ensuite, par une consequence iui- 
{aillible, ceux de tout ordre moral , social et p(di' 
tique. Dans la premiere clasae , La Harpe place d'a- 
Imrd cinq ecrivaina , qu'il qualiGe d^illustres et 

•ei rivea. 11 eat plus iantruit , plus seuaiLle, et a une eloqueixa 
flua naturelle qu'Heivetius: maJH il eit ea vepite anssi iDCoherFal < 
ct ausai Stranger au ayatume del'liomme. >• C«tte opioiini aiirfDU' 
vrege de naynat a'est cerUioeinent pas wiapecto com la plunte (U 
tfclebre Turgol, 



SECONDE PARTIE. ggj 

d^bommes sup^rieurs ^ qui ont ^t^ a la fois philoso- 
phes et ecriyains , et qui ont rendu des services k la 
philosophie.Gescinqecrivainssont: i.^Fontemellb^ 
qui a reconcilie la philosophic avec les graces ; d.** 
BuFFON J qui , comme Platon et Pline ^ lui a pr^t^ le 
langage de Timagination j 3.^ Moktesquieu j qui a 
svL appliquer Tune et Pautre ailx speculations poli* 
tiques ; 4*^ b^Alembeht j qui a range dans un ordre 
methodique et lumineux toutes les acquisitions de 
Pesprit humain^ et 5.^ Condillac^ qui a fait briller 
€ur la metaphysique de Locke tons les rayons de Pe« 
vidence. La Harpe developpe les motifs qui Pont 
engage k mettre d'Alembert et Condillac dans cette 
liste. Dans la seconde classe^ celle des moralistes et 
des economistes , Pauteur cite parmi les principaux ^ 
comme moralistes, Vauvew argues et Duglos, dont 
il fait Peloge 5 et comme economiste y QuesSay 
qu^il ne. loue pas , et qui avoit ete precede par Me* 
Ion etDulotetpar Forbonnais, ecriyains plus sage« 
que Quesnay. Ensuite il parle de Linguet , de Nec*. 
KEB. et de MiRABEAU p^re , auxquels il est bien ^loi-> 
gne de prodiguer des eloges. Dans la troisi^me clas- 
se qui appartient aux sopbistes qu^il traite encore 
plus mal 9 La Harpe place d'abord Toussaint , puis 
Helvi^tius , ensuite Diderot ; vlennent apr^s y Botji.f- 
XAHGEB. et J.-J« Rousseau. II dit ailleurs, que cc le 
inilieu du xviii.® si^cle fut marque par trois grandes 
entreprises : V Esprit des Lois de Montesquieu j 
VHistoire naturelle de Buffon , et VEncjclopediep 
ouyrage dirige par d^Alembert et DinEiox : trol9 



7 



S84 ^^ CKOrx llES LIVflES. 

niemorables produclioas qui pamrent presqu'eB 
Ri^me temps, mais qui D^avoieDt pas a beaucoup 
Jir^s ie meme caracl^re fit le mSme dessein, quoi- 
^u'appartenaut h I'espnt philosophique. » 

Le Cours de Lktirature de La Harpe m'ayant 
fourni la pliipart des renscignetncDs consigtii;s daoS 
cet article , je rrois devoir eolrer daus quelgues de- 
tails sur ce mouument elove par It gout a la sarne 
lilteratiire de tons les Sgcs et de tons les pajs. II est 
certain que ctt oiivrage est le plna beau tilre de 
gloire de La Ilarpe, quoique Warwich , Philoc 
tetc , les Eloges de t'enelon, dc liacine et de Call* 
fiat, lui aient assure precedcmment un rang parmi 
jios bons eerivflins. On trouve daos le Cours de Hi- 
tei-alu/v une critique fine, quelquefois (et plusra- 
rement qu'on ne Ic dit) un pcu parliale , des con- 
noisssnces profondos en tout genre , dVxcelfeiile* 
Tues pour les progres des lettrcs , uu tnleut remar- 
quable pour la discussion , une dialeclique serree et 
pressante , enfin un style toujours pur , toujour* 
EOutenu , tou)Ours conveuable k cbaque sujet. C'est 
■un livre doat on ne peut trop conseiller la lecture , 
et m^me I'fSlude , aux jeunes gens qui , ayaut fini 
jeurs cours classiques , desirent acquerir des cod- 
jioissances litteraires aussi solides qu'etendncs , se 
former un bon style, et s'enoncer avec facilite. Cet 
ou'vrage convient d'autant mieux a la jeuoesse en- 
cote inexperiment^e , qu'il est impossible de parler 
avec plus de respect et m^me de conviction que La 
HaVpe le fait , quand il est question de reudje bom- 



SECONDB t>ARTIE» 385 

tsage a^x vtais principes et particuli^ihetit k la 
Religipn* Je ne tirerai point ma pi^uve de sa Phi^ 
hsopkie du xnii^. sidcle, je la prendrai dans Par* 
tide dvi Courjf de Litterature , ou il traite de Pelo* 
quence de la chaire , et ou voAlant reudre comptd 
des Oraisond fub^bres de Bossuet ^ de Flechier et de 
MassilloH ^ il croit devoir jeter en avant quelqlies 
reflexions que Pesprit du moment (le fort de la re- 
volution) avoit rendues necessaires ; car ses nom** 
Lreux audit^urs ^ suivant leurs mani^res diverses de 
penser ^ apportoient des dispositions differentes k 
I'objet qu'il alloit traiter. cc Quoique le mdrite d'o* 
ratenr et d^^crivain ^ dit-il ^ soit ici particuli^rement 
ce qui doit nous occUper^ cependant on ne peut se 
^issimulerque le degre d'attention et dUnt^rdt poui^ 
le talent depend un peu en ces matieres^ et surtout 
aujourd^faui , du degre de respect ^ et pour tout dire 
€n un mot y de la croyance ou de Pincredulite** 
Celle-ci de venue plus intolerante . k mesure qu^elle 
t^st plus repandue^.en vient enfin depuis quelques 
anuees, jusqu^^ vouloir d^toumer nos yeux des plus 
beaux monumeus de notre langue y des qu^elle y 
voit empreint le sceau de la Religion. Je laisse de 
c6ie les opinions que personne n'a le droit de for- 
cer J mais je reclame contre cette esp^ce de pros-* 
cription que personne n*a le droit de prononcer. II 
faut se rappeler que c'est le si^cle de Louis XIV qui 
passe actuellement sous vos yeux (La Harpe parloit 
alors des orateurs sacres) ^ et qu^ainsi que moi, voiw 
devez considerer k la fois dans ce qui nous en reste ^ 
I. a5 



386 I>U CHOIX DES LlVRES, 

ft Tesprit Aes ecrivains et celui de lenr si^cle. II 
etoit tout religieuic (i) : le n&tre ne Test pas ; mais 
de quclque maniere qui'on juge Pun et Pautre j on 
lie peut nier du moins que les ecrivains et les ora- 
teurs ont du i^crire^et parler pour ceux qui les li* 
soient et les dcoutoient. C^est un principe de raison 
et d'equite que j'oppose d^abord a Pimperieux de* 
dain de ceux qui voudroient qu^6n n^e&t jamais ecrit 
et parle que dans leur sens. •...•• II est certain que 
dans le si^cle des grandeurs de la France y la Religion 
jPut grande comme tout le reste , et que la France ^ 
son Monarque et sa Cour furent pour PEurope en- 
tiere j dans la Religion comme dans tout le reste j 
un spectacle et un modele* U n^est perm is ni de Pi" 
gnorer ni de Poublier. Ayons done devant les yeux, 
pendant les seances actuelles , un Bossuet converlis- 
sant un Turenne 5 un Fenelon montantdanslacliaire 
pour donner Pexemple de la soumission k PEglise 5 
un Luxembourg , au lit de la mort j preferant a 
toutes ses victoires le souvenir d'a/i ^erre d'eau 
donne au nam du Dieu des pauvres^ un Conde , un 
cardinal de ReU j une iPrincesse Palatine , donnaut ^ 



(1) « Le si^cle de Louis XIV, tout litteraire ct tout religieux, 
deviutle plus beau siecle du Christianisme : jen'en excepte pas les 
temps de la primilive Eglise. Quel siecle, en efFet, que celui oil 
I'ou voyoit non-seukiueot les Bossuet, lesFeu^loo, leji Turenoe 
et les Conde , mais les Racine , les CorneiUe et les Boileau, s'occu- 
per saus reUche des naoiudres pratiques de la Religion , saos sc 
pcrmeltre jamais Tombre meme du doute! i> ^Lettres de Rivarol 
4 iiecker, etc. ) 



SECONDS PARTI£; §87 

^pr^s avoir jou^ de si grands r61es datls le ttionde.^ 
i la guerre 9 a la coor , l^eletnple de la piet^ et da 
)repentir au pied des autels ; une La Valliere allant 
pleurer aux Carmelites , jusqu^a son dernier jour , le 
malheur d^avoir aim^ le plus aimable des Rois ^ en- 
fin J ce Roi lui'm^me, regarde comine le premiei^ 
des hoitimes, bumiliant tous les jours dans les tem^^ 
})Ies un diad^ine de lauriers ^ et se reptocliant ses 
foiblesses au milieu de ses triomphes* Revoye^ dans 
les Lettres de S^vign^^ces fidelles imaged des moeuns 
de son temps y par-tout la Religion en honneur^ 
par'- tout le devoir de se retirer du monde k temps ^ 
de se preparer k la mort j mis au nombre des de«> 
voirs y non pas seulement de conscience j mats de 
i)ieiis^aBce ; ce qu^etoit la solenuite des f<^tes et Tob^ 
Bervance du jeune present ; enfin ^ un Due de Bour-* 
gogne J un Prince de vingt ans j refusant au respect 
qu^il avoit pour le Roi son ai'eul , d^assister k un bal 
qu'il regardoit comme une assemblee trop mondai-* 
tie. Tel ^toit Pempire de la Religion t ceux qui n^ea 
avoient pas (et ils etoient rares) gardoient au moins 
beaucoup de reserve ; et ceux qui avoient de la reli^ 
gion en avoient avec dignite. VoiU les auditeura 
quWt eus les Bossuet, les Fl^chier, les Massillon : 
seroit-il juste de les juger sur ceux quails auroient 
aujourd^hui? » 

Citons encore un passage qui a rapport aux granda 
orateursque nous venous de nommer, et aux ser- 
vices que la Rdigion a rendus aja langue fran^aise* 
cc La France , dit La Harpe j pent se vanter d^avoir 



1 



i 



388 Dn CHOIX DES LIVRES. 

cn BossuET son Deniosthene, comme dans Missile 
1.0S elle a sgn CicOron. Ainsi c'est a la ReligioQ qne 
nous devoQs cc que la langue fraiicaise ade pluspat- 
fait dans IV-loquence. C'est k elle que nous dt^voiu 
^l/ialie , cc qii'il y a de plus parfait dans noire 
poesie ; c'est a elle que nous devons le Discours iw 
>l'HUtoire universelle, le phis beau monument hiV 
■toii'jue daus toutea les langues ; cVst a elle qne 
nous devons les Prot>inciales, le clief-d'cEuvre dela 
critique ; c'est a elle enlin que nous devons In 
Leltres philosophiques , de FiniLoit, ce que noos 
avons de plus Eloquent en philosophie. VoiU ce qu'i 
produit le si^cle de la Religion , qui a ete celui da 
^cnie. Que le n6tie avoue qu'ila etc plus laeiled'ea 
ilre le delracteur que le rival , ou qu'il ose noo* 
produire en coucurreace les chefs-d'oeuvre de 
Finipit'te. w 

Quoit^e ]e Conrs de Litterature de La Harpe 
jonisse du plus grand succes, ce qui est attests par 
les sufTragea de tous les hommes de f out , et surtout 
par les nombreuses editions ea tous format^ qoi se 
succedent rapidement, il ne Ikut cependant pas le 
eonsiderer comme unouvraged'une perfection ache- 
•v&e. Voici comment un ciitique niodeme en partCf 
en rendant compte du Cours analytique dtt Litti' 
rature genemle , dp M'. N.-L. Lemercier, Paris, 
■ Nepveu, 1817-1818, 4 ''^'- "1-8. "j ouvrage dans 
lequel La Harpe est traite plus que s^v^rement : 
IK. Aucune prevention nc nous aveu^gle^ ditM. Loy- 
ioa f sur les defauts de ce critique celd>re*(^ 



SECONDE PARTIE. 389 

Harpe)5retendue de son esprit n'egala point la rec- 
titude de son jugement , et si les fotmes de sa dis- 
cnssion lui ont fait donner I'eloge de bon dialecti- 
cien 9 la profondeur de ses vues ne le placera point 
Au rang des litterateurs philosophes ; son ouvrage 
manque de methode, d^unite^ de proportions ; les 
anciens y sont juges souvent avec legerete, quelque- 
fois avec une erudition si superficielle , qu'on seroit 
tente de la prendre pour de Tignorance 5 enfin^nous 
renconti^ons trop frequemment les haines et les af- 
fections particuli^res de rhomme passionne y oik 
nous ne cherchions que les opinions de Parbltre im- 
partial. Mais, si La Harpe n^a pas possede toutes les 
qualites qui lui auroient merite le titre de Quintilien 
J^rancais{y)y traitera-t-on pour cela en critique m^- 



(1) Nous CToyons pouvoir citer , k Toccasion de ce titre hono- 
rable , uu passage de M. Dussault qui ne nous paroit pas regarder 
personnellement M. Loyson , mais qui a quelque rapport k Topi- 
pion qu'il manifeste ici. M. Dussault, refusantr(^s^yerement ce 
nous semble) le talent oratoire k La Harpe, dit : <c II ne fut ja- 
mais qu^un excellent critique, et le premier critique de son si^cle. 
Je ne sais pourquoi unde nos colIaLorateurs, dout fhonorc IV- 
rudition et le gout , s*est amuse k le chicaner derni^rement sur uu« 
phrase negligee, et k lui coutester le titre de Quintilien frangais ^ 
qui lui fut decerne par quelques-uns des hommes les plus dignes 
dc r^gler les rangs dans la littcrature ; convenons, qui que nous 
soyons, que dans la carri(^rede la critique il marche knotre t^te; 
convenons que quelques morceaux. du Cours de literature souf: 
au moins au niveau de tout ce que la critique a jamais produit d^ 
meilleur dans tons les siecles, et croyons que la France doit k M. 
dc La Harpe autant de recouuoissauce que Rome put cndevoiik 
iou Quiutiliea. » 



3q(, Dtr CHOIX DES LIVRES. 

diocre celui k qui du moins on ne peut refuser le 
ni^rile d'ovoii- le mi«ux OKpose, le plus habilemeot 
diiveloppe , le plus eloqiiemment loac nos chefs- 
dVavre d'tiloquence et de pocsie ? Placera-t-on au- 
dessous des Reflexions de Louis Racine et des Le- 
fons de Chenierj un ouvr»ge que aes imperfections 
n'emp^cheut pas d'etre un monument unique dan^ 
sou genre, un monument qui lie la gloire del'auteur 
A la gloire lilleraire de son pays? n Ce jugement de 
M.Ch.Loyson peutparoili'e en gi-aade parti e fonde, 
quoiqu'il nous seml>le Ires severe dans qaciques de- 
tails ; nous en dirons autsnt du passnge sutvant tiru 
da m^me article de M. Loyson : « C'est avec raison 
Mns doute , dit-il , que M. Lemereipr a vepvoclie k 
X.a Harpe son peu de metliode , on platfit son enliec 
d^faut de methode. La Harpe , en effet , ne mettant 
point dans ses examens d'autve ordre que celui dn 
temps et des dates , repand fa et 1^ des observations 
J^tachees qa'i) n'a pottlt k sohi de rallier i ^es ^4- 
jit^s g^nerales. 11 n'ipprofondit point Part en apprcH 
fondissant s^parement chaque ouvrage de Tart ; U 
deconvi^ let beaut^, il s'en empare, et satisfaitdc 
nous aroir communique son admiration , il lesaban- 
doone pour passer outre comme un conqn^nt , si 
Ton veut nous permettre cette comparaisoa , qsi 
soemet nne province et pousse en avant vers nns 
■iDtre y saps se mettre en peine de Iter les coD<}u£tes 
les unes aux aulres , de mani^re a en former an Etat 
V^gulier et .solidemeot coasUtu^, Le Cours de Ut- 
tv-ature e«t done plut^t un recueil ^ comiBeiitn' 



SECX)NDE PABTIE. 3a|, 

res, quelqtiefois admirables , il estTrai, stirles ou- 
"Vrages des grauds mattres, qb^an corps de doctrine 
litteraire. M. Liemercier a pris une voie plus system 
jnatique ; mais ces ajTst^mea qui consistent a proc^*- 
der par generalites ^ par definitions , par classifica*- 
tioDs de genres et dVsp^ces j par regies et par con* 
ditions, ne pretent*ils point au vague, k Tarbitrai^ 
re , Il Pilicomplet , 4 ce Trai indecis et sterile qai 
n^est gtt^re preferable au (aux , parce qu^il est sau& 
priticipes et sans eohs^quencies , etc. a> 

Jacques DELILLE , poete (n. i^BS— m. le i.^ 
inai 181 3), se passionna d^abord pour le poeme de 
la Religion, par Louis Racine (1). a II le lut assi* 
dument, dit un critique moderne, et prit en quel- 
qn^ sorte pour guide le chautre de la Religion, lors- 
qu^il essaya ses pas dans la carri^re de la poesie , ou 
lant de gloire Pattendoit : peut-^tre m^me dut-il au 
chef-d^ceuvre de Louis Racuw les premieres inspi- 

mt I I I— — ^M I I I !■■■ ■ !■■ 

(]) Cest nne pensee de Pascal, qoi donoa k L. Hacine V'viit do 
eon poSme, et qui ]ui en fournit le plan. Voici cette pensee : « A 
ceax qui out de la r^pugilance pour la Religi6n , il f^ut commeii« 
cer par leur montrcr qu'elle n*est ][^a8 contraire k la raison, ensuite 
qa'elieeflt y^uerable; apr^s, la reudre aimable, faire souhaiter 
qa'elle soit vraie , montrer qu'elle fest vraie , et enfin quVUe est 
aimable. » G'est ce qu^ se proposoit d*executer Pascal , iorsqu'U 
luourut k r&ge de 89 ans, et c'est ce qa'a efx^cnte Raciue dans soli 
pol!me qni , ^fnls contredit , est son, ineillear outrage. Notre 
necle, qupique si different du Steele du plut6t de I'cpoque oiL^cri- 
<Voit Louis Aacinlj, uoils ofFre uu Ourragd en prose sur le mSm^ 
0«iet: c'est le GSnie dnckriHianisme,de M. de Chateaubriand, Ot 
Ouvrage, ecMi d'aae plume auftdbrtUaiite qa'cloqueate, reHfefftoi 



3na Dtr CHOIX DES LrV'RES. 

I'Hiions et les premieres revelations de son talent; 
car il arrivp presque toujours (jue les hommes de 
talont sonl plus puissammcnt et plus efficacement 
modlQtJs par I'influeQce immediate de leiirs con- 
lemporains, que par les exemples de ceux qui oat 
mnrcbelong-lcmps avanteux dans les monies routes. 
On pent dire que Louis Racine n'etoit pas indtgne 
d'avoir un tel disciple; il a sans doute ete surpasse 
par son eleve, lequel a pousse les jeux de la versifi- 
cation et les artifices du style jusqn'a iin degre de 
perfection qui , semblable au somniet de certainei 
liauteors , est envlronne de perils et de precipices j 
inais il lui a trac^ le cliemin en le jonchant de flenrs 
brillantes. Le poeme de la Heligion en est seme ; 
les descriptions agr^ables y sont melees avec gout i 
la sevtrite des discussions et a raust^rile des raison- 
nemeos. » Cependant il faut convenir que ce poem© 
ne prend pas rang parnii les oiivrages du premier 
ordre , tnais il est un des meilleors du second; et u 
Ton n'a pas le cceur corrompu , il est impossible do 
ne pas le lire , je ne dirai pas avec une donee satis- 
faction , mais avec une jouissance inexprimable. 



flua de po^aie, plus d'int^t, plus de chariae« qu« la pa£me i» 
la Jteligian; mail a'il ptaitd«Tantage b I'eiprit, s'il frappe dann- 
taga rimagiDation, i*)! fait^prouverdei joiiisn«ce(]ilnaTiTe«, p 
as aais quoi de plui dons, da plw onctneox, de plua peraoaiif 
rette dans le cceur apres aroir lit le pa£ma de Badae. Chacon d» 
CM deux ouTrages a la couleur do temps ou il a ^ bit, et eette 
dif^ence de couleur tient esteutlelleineDt i reaprit qiii doniL- 
noit «iw dei^ efioqaet, ({uoi^ut le fond MHt U ni4ne. 



SECONDE PARTIE. 3^3 

Qu'on me permette de rapporter ici le jugement 
qji^en a porle M. de Maistre , dans ses Soirees da 
Saint'Petersbourg. II a introduit parmi ses iiiterlo- 
cuteurs un jeane cbevalier qui lui dit : cc Les pre- 
miers vers qui sont entres dans ma memoire sont 

de Louis Racine , dans son poeme de la Heligion : 
Adorable yertu, que tes divins attraits etc. 

Ma m^re me les apprit lorsque je ne savois point en- 
core lire, et je me vois toujours sur ses genoux, re-' 
petant cette belle tirade que je n^oublierai de ma 

vie » Le comte (c'est I'auteur) reprenant pea 

apr^s y dit : cc M. le chevalier, je vous felicite 

d'avoir lu Louis Racine avant Voltaire ; sa muse lie- 
ritiere (je ne dis pas universelle) d'une autre muse 
plus illustre, doit £tre ch^re k tons les institute urs, 
car c'est une muse defamille qui n^a chante que la 
raison et la vertu. Si la voix de ce poete n^est pas 
eclatante, elle est douce au moins et^ toujours juste4 
Ses poesies sacrees sont pleines de pensees , de sen- 
timent et d^onction. Rousseau marcbe avant lui 
dans le monde et dans les academies ; mais dans 
TEglise je tiendrois pour Racine. Je vous ai felicity 
d^avoir commence par lui , je dois vous feliciter en- 
core plus de Pavoir appris sur les genoux de votre 
excellente m^re que j'ai profondement veneree pen- 
dant sa vie et qu^aujourd^hui je suis quelquefois tentd 
d^invoquer, C^cst k notre sexe sans doute qu^il ap- 
partient de former des geom^tres , des tacticiens , des 
chimistes, etc. ; maiscequ^on appelle Phomme ,c^e&t« 
i-dire, Thomme morale est peut-£tre forme k dix 



394 ^^ CHOIX DBS LIVRftS. 

ans ; et s^il tie Pa pas 6ti sur les genoux de sa m^r^ ^ 
ce sera toujours un grand malheur. Riea ne peut 
remplacer cette Education ; si la m^re surtout s^est 
fait un devoir d^imprimer profondement sur le front 
desonfils le caractere diyin, on peut Stre k peu pris 
stiT que la main du vice ne Teffacera jamais. Le jeu* 
ne homme pourra s^ecarter sans doute j mais il de- 
crira j si vous voulez me permeUre cette expression j 
nne courbe rentrante qui le ram^nera au point d^ojl 
il ^toit parti. » 

J^avoue que je n^ai point )u ce passage sans un 
profond attendrissement , et par plusienrs motifs 
dont le plus puissant se rattache aux tendres souve- 
nirs et de mon enfance et de la meilleure des m^res. 
J^avouerai encore que j^ai ^prouve nne satisfaction 
oil Pamour propre a peut-6tre un peu de part, en 
reconnoissant vers la fin de ce passage , les propres 
expressions que je ne cesse de repeter aux jeun^s 
gens depuis plus de vingt ans. 

Charles PALISSOT, litterateur (n. 1780 -— m. 
1814)9 dit , dans ses Menioires litt^raires y que 
«c notre siecle (le xviir.^) bien moins f^cond que le 
precedent en ouvrages de genie , paroit Pemporter 
du c6te des traductions. Celles de Terence par Mw 
Pabbe Lbmonwier , des Georgiques par M. tA 
Lille , de Juuenal par M. Dusaulx , du Tasse 
par M. Lebrun , des ATetamorphoses enfin par M. 
x>£ Saint* A.KGB; sont tr^s superieures k toutes celies 



SBOOlfDE FAKHE. 3j^5 

que noos ccmiiOissa<Mis ^ il ea est m^me qui ne sont 
pas eloignees de la perleclioii des ariginauT. » 

Chaues prince de IAGTSE ( n. 1734 — m. 
1814)9 bo<nn^*in^l^y Itltenlenragreable, etmili- 
taire distingue , etoit passi<Muie pour Mohtaigvb 
qu^il appelle sou oiade. Yoici eomme il sVzprime 
sur le comple de ce pliilosopbe : « Movtaigiib ne 
s^est pas doute de sa profondeur et de la finesse de 
ses observatioBS. Jesuis pourlni comme Condepoux 
Turenne. Que ne donnerois-je pas, disoit-il, pour 
causer une beure a?ec lui? IAostaigvb etoit , k Tor* 
gueil pr^9 tout le portique d^Atb^nes k la fois. On 
TOit par-tout le bon hosnme y le bon Goeur , la bonne 
t£te. n a deyine le monde ; il a yu le p^sse , le pre* 
sent y Tavenir j sans se croire un grand s<Hrcier. ss 
Ailleurs le Prince de ligne parie ainsi de difierena 
auteurs : a VoLTAiaB, Pbonune que j^aime et ad« 
mire le plus j a prosonee trois ou quatre grandes 
Terit^. HoRACB en dit une couple ^ Otidb nVn a pas 
dit, ni ViiGiLB non plus. LucmccE en a cberch^ et 
n^en a pas rencontre* Les deux Rousseau en out 
embelli ou denature j Pun en beaux ^ers, Pautre en 
belle piose.Voila a-peu-pr^ cependant tous les ins* 
titutenrs du genre humain. Les deux bommes qui 
n^ont pas pretendu k cet bonneur, sont les deux 
seuls veritables : c'est La Fontaihb et Moktaignb, 
C'est chez eux que tous trou?erex le plus de yrai et 
de iieuf , reiourne de mille fii^ons difTerentes par 



Z^6 DD CUOIX DES LTVRES. 

les pretcndas prt'cepleurs de nos jours. « t.* Prince 
de Ligtie regnrdoit Ic Pan^^rique de Trajan, pit 
Plibk le jEt-NB, cotume le Lrevialre des Souse- 
rains, u Plihb le iel'ke, dit-il , est nti des bommfs 
superieurs que je connoisse, par aoa goiit , son cd- 
raclere aimalite ^ son Uiimanite el lous les genrts de 

litti'ratnre Je n'aJtne Toncle naturaliste , que 

puree t(ue 1r nevcu eloit son admiratcur. » Parlant 
des hiatoricns, le Prince de Ligne dit : u Moa favoii 
est Xt»opnos ; il est pour moi dans ce genre ce que 
sont les Pline dans le leur, Horace pour la pocsie, 
Cic^ROHpour IV'loquence , et Cesar pour la guerre. 
TiTE-LrvE rend ses generaux des bavards , et se fait 

passer pour lueiiteiir Salluste a eu ce defaut, 

mals ua peu moins; Tacite point du tout... J'aime 
QviKTE-CcBCEdnns sondebitison paralleie de Plu- 
lippe et d'Alesandre dtvi-oit le faire metlre au 
rang des histoiiens du premier ordre. On voit qu'il 

n'^toit pas militaire 11 devroit £tre defenda box . 

aatenrs d'ecrire U vie des hommes de guerre et les , 
operations militaires ; c^est ce qui fait que Polybb^ 
la retraite des dix mille (X^hOvhon) , et C^sar^ 
soat les seuts ouvrages doat oa peut tirer parti.... 
J^estime Patercvle , Jostih et Flokus , qui sont let 
president Henault de ce temps-ljij maia c'est Plu* 
TARQtJB , le seul Plvtakque au monde qui donne k 
penser. Cicbbos est sans contredit un des plus 
grands hommes du- monde ; en morale , rhetorique , 
Ic^iquC) politique J quel homme* Comiueplu- 



SfiCOlVDE PAHTIE. 897 

Idsophe , S^NEQXJE , reduit k un petit volume , auroit 
et^ le premier apres Cic^ron et Plutarque.... Mo- 

LIERE J DeSTOUCHES ^ BoiSST, BoiLEAU , AeGNARD) 

s'entendoient parfaitement dans Part de la medi- 
sance. On recdnnolssoit les originaux de leurs por- 
traits 5 ma is ce talent est perdu, Les moeurs ont 
cliange , et il n*y a point d'auteurs qui puissent rem- 
placer ceux que je viens de nommer. Regnard mar* 
clie tout pr^s de Moliere j mais il amu^e sans corri- 
ger ; Moliere est moraliste ^ Begnard nVst que 
xnoqueur. 3) On voit qu'il y a une espice d'originali^ 
et quelque chose de piquant dans la mani^re dont 
le Prince de Ligne expose son jugement rapide sur 
les anciens et les modernes ; mais on remarque en- 
core plus cette original ite dans d^autres pensees da 
in^me auteur j dont plusieurs nous ont paru excel- 
lentes, quelques-unes kasardces., et dWtres un pen 
triviales. 

Jean-Siffren MAURY, cardinal (ne a Vaureas 
le 26 juin 1746 J mort k Rome, le 10 mai 1817), a 
presente, en 1785, dans la peroraison de son dis- 
cours de reception k PAcademie francaise, un ta- 
bleau simple , mais piquant, des grands personnages 
qui ont illustre le r^gne de Louis XIV. Ce n'est 
qu'une nomenclature , et cependant elle frappe par 
Peclat parliculier de chaque nom qui la compose. 
Semblable au verre ardent qui reunit les rayons da 
sdleil daps un m^me foyer , ce morceau Eloquent 



■ 3,8 



I 



Eu cnorx des Ln-Rss. 

mlile siir un m^me poiat tous les traits epars 
la gloire lie l^un des plus grands rois ct dit plus 

le de noire monarcltie. 
K Louis XIV, dit M. Maury, eut a la tSle de Kf 
B ^9 Turt^ane, Conde, Luscmboui^, Catiitatf 
Crequi, BoufBers, Montesfjuiou, Vend&me el Vil- 
lars. — Ouquesae, Tourville, Duguay-Trouin coni- 
Colbert, Lonvois, Torcy 

ils,— BoSStiET, BOHHDS- 

icoient ses devoirs. — Son 
't Larooignon pour chelkf 



ma ad 01 f*" I '"^i csrsdre^. 
etoient J 

lOVi 'LLOS lUl si> 

^tremier 



roir ^ 



Talon et d'Aguesf 
li6oit ses citadellc*. 
•^Perrault el Maasa 
Puget, Girardon, le F 
les embellissoient. — 
- — CoRWEtLi.K, Racine, 



r organes. — Vauban for- 
(Uet creasoit ses cauaus, 
Dslruisoient ses pain is.— 
»in , le Sueur et Le Bran I 
itre dcssinoit ses jardins. I 

MoLICKE, QuiSdVLT , \.K 

Fontaine, Li BmiTiBB, Boile&u , eclairoient sa rat- 
ton et aiDusoient ses loisirs. — Moktausiek , Bos' 

SUET, BSAtTVILLIERS, Fid £ LOR , HdET, Fl^BIBB ; 

I'abbe Flboiit elei^oient ses enftins-— C'est avec cet 
sugaste cortege de genies immorlels, que le premier 
Boi protecleur de t'Acad^tnie fraDcaise^ toujoun 
fier de sa nation qui sous lui s^illustra par tous let 
'{genres degloire, appny^sur tantde grands hommn 
qu'il sut mettre et conserver k leur place, se pre-- 
senle aux regards de la post^iite. m 

Nous croyons devoir ajouter a ce morcean frap- 
]>ant, nn beau portrait' de Louis XIV, trace par 
M- Auger dans son £loge deSoileaUf couronue par 



SECONDE PARTIE. 3^^ 

rinstitnt. L^aateur repond au reproche que Ton a 

fait au satirique d^avoir ete le flatteur de Louis XIV : 

<£ Mais il le fut, dit M. Auger, avec toute la France 

qui idol4troit sou roi , avec toute TEurope qui re- 

tentissoit de la gloire de ce prince. Un mouarque 

d^une figure imposante , d^une taille majestueuse j 

d'un esprit sans culture mais plein de justesse et 

d^elevation , grand dans ses projets j constant dans 

ses resolutions, noble dans ses plaisirs, decent dans 

ses foiblesses, employant les arts, protegeant les 

lettres et les sciences , sachant apprecier les hommes 

et s^en servir , possedant Part de donner du prix aux 

faveurs , et Tart, plus grand encore, de dispenser \k 

loiiange et Fencouragement k Faide de ces propos 

heureux dont Pexpression reunissoit toujours la 

{[race et la dignity : voila quel fut long-temps Louis 

XIV. » 

La Bruyere a fait aussi un portrait de ce prince y 
mais sans le nommer. II est beaucoup plus detaille 
que celui de M. Auger ; le style m^en a paru un pen 
liacb^. Des pensees rendues eu sept k huit mots^ 
toujours ayec le m^me tour de phrases, pendant 
trois grandes pages 9 ne doivent-elles pas k la fin fa- 
tiguer le lecteur? (Yoyez les Caracteres, chap, x^ 
du Soui^erain ou de la r6publique , vers la fin da 
cbapitre. ) 

M. SUARD (n. 1782^ — m. le 20 juillet 1817) , 
^toit passionne pour La Brittj&re ; il Pavoit conti- 
nuellement lu et relu ; mais peu siir de sa memoire^ 



4oo DD CHOlS DES LrV'RES. 

il portoit toujours sur lui un petit esempUire At 
cet excelleot auleur. On peul juger de I'etudt; par- 
liculi^re qu'avoit faile du livre des Caraclem 
M. Suard, psr l'inU.'ressante Notice sur la personna 
et les ecrits de La Bruyere, qu'il a publlee a Pa- 
lis, 1781 , »i-ia, et qui n'a ele tiree, dit-on, cpi'i 
viiigt-cinq exemplaires ; mais elle a etc rL-impnniee 
en tfile de ]a jolie edition stereoljpe des Caracteres, 
Paris, KicoUe et Aenouard, 1809, 3 vol. in-iSoa 



Lofis-JosEPH DE BOURBO:y, prince dc CONDEl 
( n. le J) aout 1736 — m. le i3 mai 181S), avoit 
uue affection p.irticuli<'re ponr CoitMEiLLE et pouf 
EossucT. Le gout litteraire etoit hereditaire dans 
cctte illusli-e fimille. On se rappelle I'eallme siagu- 
Jjere et oiQiue I'ad miration dont ]e grand Coude ho- 
noroit lesouvrages de Cohseille. Son ai-nire-pelit- 
6I9 1 le prince de Coude dont la France a i-ecemment 
deplor^ la perte , (5prouvoit les m^mes sentimetu 
envcrs le p^re de la tragedie en France. Un jour il 
dit au pj-ecepteur de I'infortuue due d'EogbieD 1 
« Moa cber abbe, j'ai surpris mon petit-fUs lisant 
cc volume de Cbaulieu; faitesdui sentir que cette 
lecture ne lui convient point. U ne manquera jamaia 
d'agrement : gu'il lise Corseille, c'est le breTiairs 
des princes." Ce motseul su f fit pour mo ntrer quelle 
^toit la purele du gout de ce prince et la gran- 
deui' de son ame ; car il u'y a gu^re qu'une graade, 
ame qui puisse vivement senUr tout Ce qu^il y a de 



SECONDE PARTIE. ^oi 

tnAle^ de grand ^de noble , de sublime dans certains 
passages des tragedies de Gornbille. 

M. VALCKENAER, savant critique modeme, dit 
jne les qnatre morceaux de po^sie latine 6u brille 
tonte la majesty romaine, et sous ce rapport pr^fe- 
rables k tous autres j sont ^ le Prologue de Lab£- 
Ritjs 5 VEpithalame de Thetis etPelee, de Cattjlle ;• 
la Consolation (anonyme ) adfessee d, Lwie sur la 
moft de sonfils ; et VHerdide de Comelie ii Pau-^ 
lus , par Properge. Nous allons indiquer sommai'- 
renentretenduede ces quatre beaux morceaux (for- 
mant ensemble 1012 vers ), et les editions oh ils se 
tronvent tant pour le texte que pour la traduction. 

1 .<> Le Prologue de Laberius est en 27 vers 5 on 
le trouvera pour le texte dans les Saturnates de Ma- 
crobe^ Iw* iij cA, 7^ editio Biponlina, 1788, a vol, 
ih-8.^9 torn, i^pag* 35o ; etpour la traduction, dans 
le Traitedes Jttudes de RoUin , Paris ^ i8o5, 4 vol. 
in'S.^j torn. 1 y pag^ 246. 

a.° UEpithalamede Thetis et Pdlde , en4o9 vers ^ 
est pour le texte et la traduction , dans Touvrage de 
M. Noel, intitule : Traduction complete des poi* 
sies de Catulle , etc. Paris , 1806 , a vol. in-8.% 
torn. 1 , pag. iBa-iyo. 

3.^ La Consolation h Livie sur la mort de son fils 
Drusus Neron, fr^re de Tib^re , est en 474 vers. 
On ignore qui en estPauteur : on la croit d^Albino- 
vanus Pedo, poete , ami d^Oyide ; mais on la trouve 
pour le texte dans Oyidii Opera, Argentorati, e^ 

1. 216 



■i^ ■ HP ■— i m I iwii w. 

6h8.*, twi»^3^^iy4 fteu 4 4< » i l |i>i |ti »»ii hiil i H i f| 

foucauld, Avignon, anx, alio/. ;9^. m^ia, ccqu^Ho* 
mAC£ , PsB.SE 9 Juy^iTAL , cheE fes Romains ; Des* 
PB.6AUX en France, et Pope en Angleterre, sontks 
^uteurs satiriques le« plus c^l^bres. » Plus bas il ex- 
}>rime le desir de voir un homme de lettres publier 
ime collection compli^te des pontes satiriques laiiDS 
gvec une traduction francaise. Get duvrage , ajoute^^t- 
il , auroit le double a vantage de rassembler plusieun 
morceaux int^ressans par leur composition ', et de 
faire connoitre les mceurs romaines quiy sont peintet 
evec Anergic. On sait que ces poetes spnt £Wmiti, 
Pacuvius et Lucifius , dont nous n'avons que des 
fragmens , Ifgrace j F^n^ ei/HMrf^M^ ^ dont 1^9 flM 



SEOOBTltt FABTK. ^q3 

tifes nojEU 9cmt ptryenues en eBlier. U fiivt y ajoatev 
I* tatire de Sulpieia , aar Tedit de D^mildeii qui 
ijiasse de Bome les pfailosophes. 

M. DELEUZE 9 dans schi boa paytnge intitule 
JBktdaxe, Paris, 1810 , fkVQl.inS.^j |»rdsente.d^ex- 
cellentes considerations snr le choix des meilleare$ 
prodnctions litt^raires. Aprteavoirindiqu^iEodoxe 
les lirres qui penvent le gnider dans T^tade de 1^ 
nature , et cenx qui penvent rinstmire de Phistoire p 
il loi dit : « Mais ontre ces livies ou tous puiserec 
successivement des connoissances positives , il en est 
un petit nombre que tous deyez feuilleter tous les 
]Ours pour tormer votre ciorar et voire esprit. Ia 
choix de ces auteurs auxquels on a communement 
donn^ le nom de classiques y n'est point indifferent ^ 
et c'est un sujeft que je yenx encoise traiter avec vons. 
•••s> lei M. Delense donne les conseils les plus sage^ 
k son ^ve j avant de loi indiquer les ouvrages dont 
il doit fiure sa lecture habituelle : a Voulez-vous y 
lui dit-il, conserver votre raison dans toute sa droi- 
ture, votre sentiment moral dans toute sa purete.y 
votre gout dans toute sa dellcatesse ?Fuyez ces horn* 
mes pour qui tout est devenu insipide et problema- 
tique , ou du moins ne discutez jamais avec eux. S^ils 
vous font des objections y refutez-les pour vous et 
dans la solitude. Evitez surtout la lecture des ou- 
vrages qui tendroient k ^branler vos principes. La pu- 
rely da gout se conserve par la puret^ des moeurs } 
ne voos pennettes jamais d'arr&ter votre e^rit su« 






-^ 



•tlaqoeitt drt pirtinlp a i ^ <i y<Jli »y»ip wil r <i git>iii> ' 
iles Bit, Cuittt pM»4B«B«MtilaMiHil»f ftttit 

JRnVE'^ITDi pngMnR lBygWWBni€l WBttHSIilMyilPllUi 

iifa;fe>i»M>Ddeoi€f f>^^ jUilliiiUJiMimaa ji - 

do^eies ^lii^aul^^^%9Mr emor de wHiiiinfiiiliiiii y 
iiilles ; 4 YOi» dcuiier Vlidbhiide d^i^^ ^ 

gant 9 harmonieux , celle snrtout de PencbaiBement 
desidees , de la gradation et de la jiistesse des expres- 
sions 9 enfin de cette simplicity , de cette noblesse y 
de cette dignite dont Pemploi ne pent jamais entraS- 
liel* dans le mauvais gout... Les livres que voos de- 
vez choisir pour votre lecturie habitnelle sont les clas- 
siques de toutes les nations. Je vous recommande de 
les r^duire k un petit nombre. Ce n^est point par la 
lecture rapide d^une multitude de liyres que le goot 
se forme ^ c'est par la lecture attentive et reiteree de 
ce que les gi*ands ecrivaius nous out laisse de plus 
parfait... HoMERE^ chez les Grecs ; Virgile, Ho- 
JIAC6 , chez les Latins \ Le Dakts ^ PiTaARQUs et Ls 



SEOOIfDE PASnS. ^^5 

TxssBy dm le» Italiens; Rijofstock, ches les Alle- 
Boands ; II11.TOH j FEssai sur Vhomtne, Je Pops , ches 

les Anglais ; TOila ks modeles en poesie Ches 

nous, les ekefs-d'cmTre de Corvsilxb , de Racihb ^ 
de Boii.sAn , de Molieeb^ de La Fostaivb , soffi- 
sent pour la poesie (1). Quant anx prosateurs, Pui* 
TOHy XtHOPHOH et Pi.uTAaQUBy CiCJBBOsT et Tacitb 
Tons ofiriiont ee qne la litterature greoqne et latine 
ren£nrme de ]dos juropre i elerer Tame j k entrete* 
nir le gont de la simplicite. Qaelqnes Merits d'An- 
« Dissov yde BoBBBTSOv^et qnelipies-nns de Lbssikg ^ 
de Wi^LAHB et de Gobthb , vons safiBront ponr les 
langues anf^aise et allemande. Les Italiens ont les 
commentaiies sar Tite^Lwe de AIachiavbl. Dans la 
Btteratore fran^aise , je vons engage & toos attacher 

(1) VanYenaigiict ^^cifie dnsi ce qm cvact^rise chacon de not 
principam poStes : « Cokkbillb a eminemmcnt la force; Racixv ^ 
Ja dignity et r^kM{iieiice ; Boii.mA.u, la jnstesse; La FoarAisVy la 
nalveU ; CoAOLBVy ks gr&ces et 1'iiigeiiieiiz ; MoLiimB y les saiUies 
ci la Yiye iimtatkm des mceim. Ce n'est pas k dire qii*il8 aient 
ces arantages k rexdusion les uns des aatres^ ik les ont senle- 
ment dans on degr^ pins eminent. » 

Qtons encore Fopinion d'nnantre homme de gouty snr lemtee 
objct. M. RadonfiULen ^ directeor dePAcad^mie firancaise^ repon- 
dant ^ M. Duds, nomm^ ^ la place de Voltaire, a dit : a Vent- 
en dans un poiSte la yigaeor de Tame, les sentimens sublimes , 
c'est Coavmiu.B ; la sensibility do coenr , le style tendre et har- 
monienz ^ c'est KAcnrs; la molle fedlit^y la n^^Ugence aimable^ 
<'est La Fovtaxvb; la raison paree 4^ omemens de la po^^,. 
c'est Despbi^adx; la yerye, Tenthousiasmey c'est J. B. Rousskau; 
les crayons noirs, les peintures efiBrayantes, c'est CaisiLLOv; lo 
colons qui donne anx pens^, aux sentimens ^ aoz. images, «a. 
^dsi ^Uoainanl} c'est Voi.TAxms. » , 



k qaelques ckapitres de Moif taighb j poor la ricbesse 
et Fenergie d? rexpression ; 4 quelqnes lettres de Si-' 
¥iGKi ^ pour le naturel et la grftce ; aax Pnmnciales 
e% aux Pensies de Pascal , ponr la force da raison- 
cement; aax cfaefs-d^oeuTre de Bossusr (i), poor la 
aublimite dea pensees ; aa Tel^maq[tie et k qaelques 
ecrits de FsNi^LOif y poar la doacetir et Pel^nce da 

style En sapposant dans an xn^e' recaeil les 

oavrages 6a les fragmeris dont je voas conseiHe la lec- 
ture joomaliere ^ eeax aaxqaels j^appliqiie ce qd^Ho- 
race disolt des aatears greedy nactumd 'versate ma^ 
nup 'ver^dte diumdf f estime qae cela poarrbit for- 
mer JU'pea-pres qaarante \olames } c^est ai$se£.»« i^ 

M. DE CHATEAUBRIAND a dit : o: Pascal et 
BossuET 9 MoLii:iiE et La Fontaine , sont quatre 
liommes tout-^-fait incomparables et qaWne retroa-^ 

Tera plus. Si nous ne meltons pas Hacine de ce nom- 
tre , c'est qu'il a un i^ival dans F^irgile. » 

■ I ■ ' ■ ■ ■ , ■■ ,1 ■ ■ I .^ 

(i) Les gens da monde ne connoissent et ne lisent ga^re de 
Bossucf que son Di scours sur Vhistoire universelle , et ses Orai- 
sons fun ibres ; cependant il a encore d^excellens ouvragcs bieu 
i^its pour exciter Tadmiratibti gendl-alc; de ce riombre sont : 
I'.o La politique iir^e de VJEcriture Sainte , 1709, 1/2-4. <* ^^ ^ '^^^' 
i«-i2; 2.«> le Traits de la corihoissance de Dieii et de soi-mSme, 
ddnt M. de Beaussct dit : «Ouvrage qui par Soti in^rite est un des 
pliiB dignes de la meditation dies bommes; » Tedition de 1741 in-i^ 
est bieh preferable ^ celle de 1722 qui a ptiru sons le titre d*/n- 
troduction a la philosophie, 3.o L'exposition de la doctrine de 
Viglisc , edition de I'abb^ Fleury, 1761 , in-\2, 4»** L'histoire des 
*0ariations des ^glises protestantes , avec les six avefrtissemena> 
Edition de Tabbe Leq[ueux. Paris, 177a/ 5 vol* i/z«i2. 



La Harpe pt^tend que c^trois homtnes ont verita- 
blemerit reuni deax choses presque tonjonrs^ s^pa- 
veesy le genie de la science et le talent d^ecrire : Pa8^ 
CAL , qui devina les matli^iiiatiqnefi tout en faisant 
les Ptoi>inciales ; Buf^ov ^ qiii a d^titavec eloquence 
la nature animale qu^il etudioit en observateur quol^ 
quMl ne Pait pas toujours bien obserTee ; et le g^b^ 
m^tre icr^ateur ( d^Alemaert ) k qui nous devOns 1^ 
discours pr^liminalre de VEncyclopSdie. » Oti pent 
i*egarder ce disceiirs cotiime le chef^^oetivTe de d^A^ 
lembert. cc La rt^uniOi d^une Vaste ^tendue de con«* 
noissances j dit Condorcet , une mani^re nouvell<^ 
dVnvisager ies sci^nd^d ^ tin style dair , lioble , eiier- 
gique ^ ^yaht toute Iti sev^rit^ qu'exlge le sujet et 
tout le piquant qu^il peiralety ont mis ce discours ail 
nombre de ces ouvrages pr^ieux que deut ou troi* 
homines tout au plui daiis ckaque si^e sont en etat 
d'execuler. 3> ' 

Les quatre homines qu'e Ponmet ati premiertang 
dans la litt^ratut*e du xviii.® si^le, sous le rapport 
du genie et de Pairt d'Airire, Wonl 'Voltaire , J,'-J*; 
KoussEATT^ Moi!iTss<^iT)cEty 6t Bt)rrY>ir« Vt)ili ce quO 
nous avons dit diEdis hotr^ premie i^dition jmaift 
nous ajouteroiis k cette |>rop6iili<m qu'on ne pent 
con tester ) nne question qui , aul y^% de certainei 
personnes ^ne paroitrk peut-it^ pas si facile k rdsou-* 
dre : ces quatre grabdft ^crivainadoihrent*>ils^reconsi». 
d^r^s cotnme vr&imeiit classiqnes t Si Pou admet qu^uu 
ouvrag^ ne p<^ut iki^iter icette denomination qu^an** 
lant qu^il r^unit toU^ les iu{irra|;e8 ^ et qu'essentieUe** 



^ DU-CHOIX DES UVEES. 

ment bon et sans aHCun melange de mal il est Tob- 
jet constant de radmiration des gens de gout et de 
la reconnoissance des gens de bien , on sera oblige de 
convenir que Tepith^te de classique pent 6tre dis« 
puteeauxquatreaBteurs cel^bres dont nous parloos, 
et peut-£lre partager»-t-on Popinion d^un savant tr^ 
profond qui s^est ainsi exprime a ce sujet : a Sans 
doute VoLTAiB.B J J.-J. Rousseau j Montbsquieu et 
BuFFOH ont iU^ cbacun d«ins leur genre ^ de grands 
.ecrivains j et mime les seuls qui ^ aux yeux de la 
posterite j representeront leur si^l^ ; mais ce Yol- 
TAiAE y si briUant ^ si ing^nieux ^ si ££cond y est-il j 
dans Tart de la tragedie (le premier titre de sagloire 
litteraire etleplus splide)9aussi classique que Racine) 
ou dans Phistoire , autant que Rollin ^ c«r ye lui iais 
grace de ^ pbilosopbie ? J.<r J. Rousseaij y si ^oquent^ 
51 passionn^, estril classique dans son Contratsocial, 
dans son Entile , dans ses discours sur VInegalite 
des conditions y ou sur le Danger des sciences ? Esi-il 
classique dans sa JYouvelle lielo'ise ou dans ses Con- 
Jessions. . . . ? Montpsquieu , sou vent si profond et si 
substantiel , est-il cla^iquo dans lesr Lelt/^s persanesi 
£st'il nic^nie dans ^ Esprit des Lois , aussi classique 
pour la Iggislatiop politique^ que le sage Domat Test 
pour la legislation civile? ( Voyez sur Domat les ar- 
ticles CUJAS , pag. 96-98 , et D'AGUESSEAU , 
pag. 217. ) Les litterateurs, je le sais, I'ont pro- 
clame le premier des publicistes , parce qu'il etoit 
uu grand ecrivaiu ; mais il n'y a pas en Europe el 
dcpuis loug- temps , un bomme verse dans ccs ma* 



SECONDE PARTIE. ^o^ 

tiires , qui n'alt aper^u et releve dans VEsprit des 
Lois de graves erreurs. L^oavrage de Montesquieu ^ 
le plus parfait, est le Traits des causes de la gran^ 
deur et de la decadence des Remains, et m^me la 
seul que le xv|ii.*' si^cle puisse opposer.au Discours 
de Bossuet sur VHistoire uniuerselle, De quel c6t6 
est la superiorite? NVt-on pas mSme remarqueque 
les demi^res pages de Bossuet renferment en subn 
stance. tout ce qu^a dit Montesquieu sur les causes de 
la grandeur de Roine ou de sa decadence , dont , au 
reste y Montesquieu indi({ue les mojens bien plus quer 
les causes ? Buffok n^est pas classique pour ses sys- 
t^mesde. physique g^nerale ^ d^puis long-temps aban- 
donnes. U net Pest pas m^me ^ il ne pent pas Petre 
pour son Uistoire naturelte , que des observations 
mienxfaites ^ des faits en plus grand liombre et mieux 
constates ^ qnt dej4 vieillie au point qu^il a ^t^ pro- 
|K>a4de.la;refaire. Ces quatre ^crivains ne sont pajs. 
m&me toat-infait irreprocbables sous le rapport da 
style; nouvelle preuve du rapport necessaire de la 
verity de la pens^e avec la perfection du style. Ii& ou 
J*-Jv BovsslEAU estsopbistCy il est presque tOu jours 
declamateur^ QuandYoLXAiRB est impie , il estbouf- 
fenettrppsouventcynique. Si Montesquieu se trom- 
pe^ son expression manque de naturel et mSme de 
gravity. BuFPON lui-m£me ne garde pas toujours une 
qxA^ mesupe ^ et Von desireroit dans ses.^crits cette 
{uroportion eiitre le sujet et Fexpression ^ qui est la 
premiere condition d'un bon. style. II parle j dans uii 
imvrage de science , du cbeval et du lion , comme un 



[Jl, DD CHOIX DES LIVItES. 

toe craiodra! pas de soutenir que dc deux homines 
Bea avec le ni^me talent , celui qui aura le gout le 
plus sCir et surtout la maniere la pliis originale, sera 
celui qui aura lu le plus souvenl et avcc le plus de 
fruit un petit nombre d'ouviages exccllens et mollis 
d'ouvrages mediocres. Ainsi , pour composer, il faut 
lire souvcnt les mftmes livres , et les meillenrs dans 
le genre de son talent et de son travail , et ae pene- 
trerdeleursubstance, commeonsenourritd'alimens 
sains ef solides pour former son temperament. Les 
nethodes d'enseigncmcnt public ont toujoups eti5 
dirigees d'apres celte idee. On ne metentre.Ies mains 
des enfans , dans les denies de latinitiS et de belles* 
letfres , qucce que I'antiquite a de plus pur ^ ctquand 
«n feroitexpliquerdans les classes PlauteetAusoue, 
Plaute et Ausonc ne seroient pas pour cela des au- 
leurs classiques , parce qu'ils ne peuvent en lout ser- 
Tir de modules. Le m^iocre dans tons les genres j 
vne fois qne le bon a pam ; le bon mSme , une fois 
qu'oa a le meillenr, ae Mnt k la longne gu^re plus 
eonnos qne le tnauvau; et mgme ie momeDt arriTe 
pour one soci^t^ ojk il D?y a de boa dans tous les gen- 
res qae ce qui est parfait, et pent'Stre en sommes- 
noos plus pr^ que nous ne pensons. Le mediocre 
dn Steele de Louis XIV n'est pas supportable'; celui 
da XTiii.* si^le est beaocoup meilleur et cela doit* 

^ire » Ce passage r^rde particuH^rement les 

dassiques anciens ; mais si noos voulons j ajouter 
les «lassiqnes modemes ^ reraarqnonsavec on autre 
aoteor, que a depois la TenBissanoedes lettres j let 



SECONDE PARTIE. ^iJ 

plus Ii^uf eux genies se sont formes sur les premiers 
modeles; qu'on ne devient original etclassiqueqa^en 
se couvrant avec art des depouilles de Pantiquit^ ; 
et que les litterateurs m^me les plus riches ont 
hesoin de se renouveler dans ces sources inepuisa* 
hies du vrai et du beau. » 

Finissons done cette seconde partie de notre tra- 
vail par insister ^ comme nous Tavons fait dans la 
premiere , sur la necessite de s^attacher sp^cialement 
aux classiques , d^en faire l\)bjet constant de ses etu-t 
des et de ses lectures , et de les placer au premier 
rang dans toute collection qu^on se propose de for-* 
mer. 




FIN DU niEMlER VOLUME. 



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